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L , , 



SOCIÉTÉ DES PYRÉNÉES -ORIENTALES. 



/ 



La Société n'entend approuver ni iraprouver les opinions émises 
dans les travaux qu'elle publie ; elles appartiennent à leurs auteurs, 
qui en sont seuls garants. 



Les lettres, mémoires, etc. , etc. , doivent être adressés (franc de port) à 
M. Louis Fabbb, Secrétaire de la Société, • rue Trayeraière-de-r Ange, 4; 
et les objets d'histoire naturelle à M. Coimanyo, Conservateur du Cabinet , 
place Laborie, 5, à Perpignan. 



SOCIÉTÉ 

AGRICOLE, SCIENTIFIQUE 

ET LITTÉRAIRE 

DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



Kai&oui Uni uot «flbrU pour qu'on pjifw dire 
un jour : Il y ni 1 Parpigau me uàHi i nom 

firent ailla à lew piji . 

{JauHrt k Ri ART. I" Bulletin , p. t.) 



' ' '■•\ 



PERPIGNAN. 

IMPRIMERIE DE J.-B. ALZINE, 

Rna d« Trou -Rois, 4. 

/«se. 



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SOCIETE 

AGRICOLE, SCIENTIFIQUE ft LITTÉRAIRE 



DES PYRENEES-ORIENTALES. 



COMPOSITION DU BUREAU POUR LES ANNÉES 

1955. 18&e. 

Président : M. LLOUBES ( Auguste), Président : M. LLOUBES ( Augostb ), 
$t, banquier, anrieu maire de la ifc, banquier, ancien maire de la 
ville, membre du Conseil-Général ville, membre du Couseil-Général 
d'Agriculture et du Conseil-Géné- d'Agriculture et du Conseil-Géné- 
ral du département. rai du département. 

Vies-Président: M. Compasto, père, Vice- Président : M. Companto , père, 

docteur-médecin , conservateur du docteur-médecin, conservateur du 

Cabinet d'histoire naturelle. Cabinet d'histoire naturelle. 

Secrétaire: M. Fabre (Louis), pro- Secrétaire : M. Fabkb (Louis), pro- 
fesseur de troisième et de commerce fesseur de troisième et decommtrce 
an Collège. au Collège. 

Vice-Secrétaire : M. Ribes, directeur Vice-Secrétaire ; M. Cortic , profes- 

de l'école primaire supérieure. seur de sixième au Collège. 

Trésorier: M. Sud (Antoine), né- Trésorier: M. S au (Antoine), né- 
gociant, goeiant. 

Archiviste : M . l'abbé Fiass, chanoine- Archiviste : M. Faurr , médecin, 
titulaire. 



COMITÉ DE RÉDACTION : 

1 *«»*»• îHze. 

M. Argiot (Jacques), homme de y. BaiOL, professeur de rhétorique 

lettres. au Collège. 

M. Bmol , professeur de rhétorique M. Lutrand , professeur de mathé- 

au Collège. ma tiques. 



1 



RÉSUMÉ DES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ, 

Aunées 4855 et 4856, 

par H. Fabkb, secrétaire^ 



La Société, pendant l'impression et depuis la publi- 
cation de son dernier Bulletin, a éprouvé des perles 
sensibles. Elle s'est vu d'abord enlever l'illustre Fran- 
çois Arago, son président honoraire et notre compa- 
triote, qui, par son génie et son vaste savoir, devenu 
citoyen de l'univers, ne cessa, durant sa vie, de porter 
le plus vif intérêt au lieu de sa naissance et à la Société 
des Pyrénées-Orientales, long-lemp> placée sous ses 
auspices. Sans parler, en effet, de tant d'autres avan- 
tages dont nous a,vons été dotés à la sollicitation et par 
l'influence de M. Arago, c'est à lui que nous devons 
cette immense quantité de livres scientifiques dont 
s'enrichissait tous les ans la bibliothèque publique de 
Perpignan. Pas un ouvrage de ce genre ne paraissait 
sans être adressé en double exemplaire au Secrétaire 
perpétuel de l'Acadétaie des Sciences; il ne recevait 
aucun de ces envois sans le partager avec son pays 
natal. C'est encore par l'initiative de M. Arago, que la 
Société reçoit régulièrement les annales des sciences 
naturelles, ouvrage immense et précieux. Aussi 
avons-nous cru devoir, en commençant ce bulletin, 
payer à la mémoire de l'illustre savant qui jetait tant 
d'éclat sur la Société agricole, scientifique et littéraire 
des Pyrénées-Orientales, le juste tribut de nos regrets, 
auxquels se sont associés la France entière et tout le 



monde savant. Nous avons perdu depuis M. Pierre 
Puîggari , ancien principal du Collège de Perpignan, 
et M. Renard de Saint-M alo , ancien sous-préfet de 
Céret, tous deux littérateurs distingués et savants 
antiquaires, dont les précieux travaux ont enrichi 
nos précédents bulletins. — Nous citerons encore 
M. Jaubert-Campagne, Fauteur du Vitux Roussillon; 
M. Tiens Falip, géomètre recommandable , et M. le 
docteur Emmanuel Bonafos, professeur de botanique 
émérite et médecin distingué. Après avoir déploré 
que tant de précieux collaborateurs nous aient été 
enlevés coup sur coup, nous ajouterons que par un 
bonheur inespéré, la Société s'est en même temps 
accrue de quelques nouveaux membres qui rempla- 
cent dignement plusieurs de ceux qu'elle a perdus 
en si peu de mois. Le résumé que nous allons donner 
de ses travaux pendant les deux années qui viennent 
de s'écouler, et )es importants mémoires dont se com- 
posera ce bulletin, justifieront sans aucun doute ce 
que nous venons d'avancer. 

Nous diviserons notre compte-rendu en trois sec- 
tions, suivant les différentes qualifications de la 
Société . 

Agriculture. 

La Société a porté principalement ses investigations 
sur la maladie de la vigne. Elle a accueilli avec in- 
térêt et reconnaissance toutes les communications qui 
lui ont été faites sur ce grave sujet. Pas un nouveau 
remède n'a paru sans qu'elle ait nommé une com- 
mission pour en faire 1 essai. Malheureusement, au 
soufrage près, dont elle a constaté plusieurs fois les 
heureux résultats, tous les procédés indiqués jus- 



qu'aujourd'hui ont été infructueux. Toutefois, 
M. Auguste Lloubes, président actuel de la Société, 
lui a communiqué, dans une des dernières séances 
qu'elle a tenues, une observation qu'il a faite. Il a 
remarqué qu'en général les vignes qui longent les 
grandes routes et qui sont sous le vent dominant, 
ne sont pas attaquées de Yoïdium, jusqu'à certaine 
distance de ces routes. Il pense que la poussière, 
qui, soulevée par le vent, vient continuellement 
couvrir les feuilles et les raisins, est sans doute 
un préservatif aussi puissant que le soufre dont on a 
saupoudré certaines vignes, qu'on a ainsi garanties. 
Cette observation a été accueillie comme un trait de 
lumière pouvant servir a éclairer le mystère du fléau 
qui désole nos vignobles. 

Dans la séance du 1 1 janvier 1854, M. le Président 
a déposé sur le bureau quelques belles pommes de 
terre, présentées par M. Corne Rouffia, qui croit 
avoir si bien réussi, parce que, contre l'usage ordi- 
naire, il les avait semées entières. 

M . Antoine Siau a proposé d'encourager l'exhibition 
sur le bureau de la Société des produits nouveaux in- 
téressant les arts, l'horticulture et l'arboriculture, et 
dignes d'être mentionnés au procès-verbal. Il cite à 
ce sujet trois nouvelles variétés de chrysanthèmes qui, 
récemment obtenues par M. Michel Fabre, auraient 
figuré avec éclat aux expositions de Paris. La propo- 
sition de M. Siau a été reçue favorablement, et les 
horticulteurs ayant créé et obtenu quelque nouveau 
produit, sont désormais engagés à le présenter a la 
Société, qui en fera mention au procès- verbal. 

Dans la séance du 1 er février 1854, M. Joseph Llo- 
bet, rapporteur d'une commission chargée de ré pou- 



dre à une série de questions proposées par le Gouver- 
nement et par l'entremise de M. le Préfet, sur la 
maladie de la vigne, a soumis à la discussion de la 
Société chacune des réponses, qui ont été successi- 
vement approuvées. 

Le 8 mars 1854, M. Charles Lazerme, rapporteur 
d'une commission nommée pour examiner et essayer 
une charrue araire, inventée par M. Fourcade, for- 
geron h. Saint-Paul-de-Fenouillet, présente à la Société 
le résultat de cette opération, et fait ressortir tous les 
avantages de ce nouvel ^instrument, dont l'adoption 
paraît destinée a rendre de grands services à l'agri- 
culture, conclusion qu'adopte la Société. 

M. Faure lit un mémoire sur la maladie de la vi- 
gne. Établissant d'abord qu'il y a dans l'agriculture 
deux hommes parfaitement distincts, l'homme pra- 
tique et l'homme de science, l'auteur se livre à de 
hautes réflexions. Il entre ensuite en matière et 
n'oublie rien de ce qui peut éclairer l'importante 
question qu'il traite. Le mémoire de M. Faure doit 
être lu et médité. La Société l'a si bien senti qu'elle 
s'est empressée d'en confier l'examen à k commission 
qui a déjà répondu aux questions de M. le Ministre 
de l'Agriculture sur la maladie de la vigne. ' 

M. le Président. présente à la Société de la graine 
d'argane, que M. Companyo, père, s'est procurée au 
Ministère de l'Agriculture, et on en fait la distribu- 
tion aux membres qui désirent l'essayer, tout en 
rappelant que cette plante existe depuis long-temps 
en pleine terre dans notre jardin botanique. 

Le 22 mars 1854, M. le Président donne lecture 
d'une lettre de M. le Préfet, annonçant pour l'an- 
née 1855 une exposition universelle, sous la présï- 



dence de S. A. I. le prince Napoléon, et demandant, 
pour organiser un ou plusieurs comités, chargés de 
rechercher les produits de notre département, une 
liste de candidats aussi nombreuse que possible, et 
sur laquelle sera pris le nombre des membres, se- 
lon leurs spécialités, les plus en rapport avec les 
besoins agricoles, manufacturiers ou artistiques du 
déparlement. M. le Président pense qu'une seule 
commission serait insuffisante. Il est d'avis d'en nom- 
mer une par arrondissement, et d'en établir le centre 
à Perpignan. Cette proposition est adoptée, et sur 
l'invitation de M. le Président, chacun des membres 
présents indique nos produits agricoles, manufactu- 
riers ou artistiques qui se présentent à sa mémoire. 

Ont été mentionnés en conséquence : tous nos vins, 
— luzerne, — lièges, — olives et huile, — micocou- 
liers, — figues, — chanvres, — lins, — miel, — graines de 
trèfle, — blé de la Salanque, — salaisons, — sels marins, 
— marbres, — chocolat, — ouvrages en buis faits à St- 
Paul, — soie, — graine de vers à soie, — échantillons de 
draps, — papier à cigarrette, — peaux tannées, — cuirs 
semelles, — gourdes en peau, — confitures de tomates, 
— résiné,— ^fruits confits, — eau de vie, surtout de 
muscat, — mines de fer, — cercles et douelles en châ- 
taignier , — bois façonnés , — placages , — roseaux , — 
amadou, — peaux de chevreau, — espardilles, — den- 
telles. 

Le 10 mai 1854, M. Faure lit un mémoire sur la 
destruction des insectes nuisibles à l'agriculture par 
des parasites, leurs ennemis. 

Le 14 juin 1854, M. Companyo, père, en termi- 
nant un rapport sur un mémoire de M. Leroy de 
Mabille, relatif à la maladie de la pomme de terre 



et au£ moyens de régénérer cette plante, rappelle 
les essais qu'il fit lui-même à ce sujet, lorsqu'il était 
encore directeur de la Pépinière départementale, et 
les succès qui couronnèrent ses expériences. 

Le 12 juillet 1854, M. le Président dépose sur le 
bureau et présente à la Société de belles aubergines, 
obtenues trois semaines au moins avant l'époque ordi- 
naire, par M. Marquy, jardinier, à 111e. 

Le 11 octobre 1854, M. le Président communi- 
que à la Société une lettre dont M. le Préfet accom- 
pagne une circulaire par laquelle M. le Ministre de 
l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics 
demande des renseignements relatifs à la pratique du 
drainage dans chaque département. Après avoir pris 
connaissance des différentes questions qui lui sont 
adressées sur cet objet, la Société engage M. le Pré- 
sident ai répondre que le premier arrondissement 
des Pyrénées Orientales présente approximativement 
1,000 hectares à drainer; 400 hectares le deuxième, 
et 300 hectares le troisième, et que, sur les fonds 
alloués pour propager le drainage, M. le Ministre 
pourrait accorder à notre département 2,000 francs 
pour être employés en distributions gratuites de 
drains et trois machines à drainer. 

Le 8 novembre 1854, M. le Président donne quel- 
ques nouveaux renseignements sur la maladie de la 
vigne , sur les moyens curatifs employés jusqu'à ce 
jour et sur la récolte de Tannée. L'expérience a 
prouvé, dit-il en terminant, que le vin produit par 
les vignes malades et traitées avec la chaux a le grave 
inconvénient de n'être pas potable, tandis que le 
soufre ne communique au vin qu'une odeur et un. 
arrière goût qui diminuent successivement. 



8 

Le 17 janvier 1855, M. Faure donne lecture d'un 
Mémoire qu'il a composé sur le libre-échange à l'oc- 
casion de la polémique qui s'est engagée entre 
M. Michel Chevalier et noire honorable député. En 
reconnaissant les bonnes intentions des adversaires 
du régime protecteur, M. Faure expose avec clarté 
et énergie tous les inconvénients qui résulteraient 
du libre-échange, adopté sans restriction, et termine 
par ces mots qui résument sa pensée : 

« Si notre France ne se trouve pas assez riche eu 
« capitaux, fixes ou circulants, assez pourvue d'ou- 
« vriers consommés dans la pratique des arts méca- 
(( niques pour affronter une épreuve décisive, qu'elle 
« patiente encore. En attendant, nous l'engagerons à 
« réviser soigneusement ses tarifs, à supprimer sans 
a plus de retard sa protection à toute industrie ca- 
« pable de pouvoir soutenir la libre concurrence; 
« qu'elle marche enfin prudemment, mais avec per- 
ce sévérance, vers l'amélioration. Il y va pour elle de 
« son honneur, de son rang dans le monde et de ses 
(( destinées futures. » 

A ce mémoire M. le Président ajoute verbalement 
quelques nouvelles observations, dont il appuie 
l'opinion de M. Justin Durand et de M. Faure, et 
cite certaines denrées qui, depuis quelque temps, 
entrent librement en France sans aucun avantage 
pour le consommateur, ce qui est un argument, se* 
Ion lui , contre le libre-échange. 

Le 11 avril 1855, M. Faure fait un rapport favora- 
ble sur deux traités d'agriculture par M. Eugène 
Grollier, qui, par l'entremise de M. François, chef 
de comptabilité à la recette générale, les avait sou* 
rais à l'appréciation de la Société , avec prière d'en 



9 

favoriser la vente dans le département des Pyrénées- 
Orientales. L'opinion de la Société sur ces deux ou- 
vrages est transmise k M* François. 

On décide que le prochain Bulletin contiendra une 
relation des produits horticoles de notre dépar- 
tement, et Ton nomme pour s'occuper de ce tra- 
vail une commission composée de MM. Antoine 
Siau, Ribes, Sauveur Dadins, Faure et Companyo, 
père. 

Le 25 avril 1855, M. Companyo, père, fait l'éloge 
d'un traité de botanique qu'a reçu la Société , c^ qui 
a pour titre : Flore des plantes nouvelles ou peu connues 
de l'Ask occidentale y par M. le comte Jaubert. 

Communication du rapport présenté au Jury dé- 
partemental des Pyrénées-Orientales par le rappor- 
teur M. Lloubes, Auguste , membre du Conseil- 
Général , ancien maire de Perpignan , sur les objets 
envoyés par le département k l'Exposition univer- 
selle de 1855. 

Le 6 juin 1855, M. Guiraud de Saint-Marsal, ana- 
lysant un Bulletin de la Société d'Agriculture de 
Boulogne-sur-Mer, consigne dans son rapport un fait 
que, vu son importance et le bon exemple qu'il 
donne, nous transcrivons en entier : 

«M. Lavoi&ier, instituteur primaire àPernes, arron- 
« dissement de Boulogne, a réalisé dans sa commune 
« le vœu formé par une foule de Sociétés savantes : 
d'éducation agricole, théorique et pratique, dont 
a il donne les premiers éléments à ses élèves. Il a 
« acheté un hectare, trente ares de terrain, dont il 
« a divisé la culture en herbages, blé, fèves en ligne 
ce et légumes. Il y conduit journellement ses élèves 
h aux heures de récréation , et ils y trouvent Tins- 



10 

a miction et la santé par l'exercice auquel donnent 
<c lieu ces travaux. » 

M. le Président dépose sur le bureau trois plantes 
attaquées de la même maladie que la vigne, savoir : 
la nigelle de Damas , une tige de houblon sauvage, 
et un rosier bengale. Il pense que cette maladie a 
peut-être été importée dans nos contrées par quel- 
qu'un qui aura fait yenir des plantes des pays loin- 
tains, et les aura cultivées en serre chaude, puisque 
c'est sur une treille ainsi cultivée dans les serres de 
Margate, et au milieu d'autres végétaux, que la 
maladie a paru en 1845, et cette opinion lui donne 
l'espoir de voir bientôt nos vignes délivrées de 
l'oïdium. 

Le 18 juillet 1855, M. Antoine Siau a parlé de 
deux nouveaux remèdes contre l'oïdium, qui ont été 
essayés par M. Ernest Farines et qui n'ont pas réussi. 
Il ajoute que M. de Saint-Victor, membre de la 
Société, a préservé une de ses vignes au moyen du 
flambage, tandis que la vigne voisine, où l'on n'a 
pas appliqué ce remède, est fortement attaquée. 

M. le Président communique une lettre de M. le 
Préfet du déparlement, qui lui transmet, de la part 
de M. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et 
des Travaux publics, deux exemplaires d'une notice 
indiquant les procédés employés jusqu'ici avec le 
plus de succès pour mettre les blés coupés à l'abri 
des intempéries et en assurer la conservation. La 
Société est priée en même temps d'employer tous les 
moyens qui sont à sa disposition pour répandre parmi 
les agriculteurs la connaissance des procédés men- 
tionnés dans cette notice. 

M. le Président propose ensuite d'ajouter aux pri- 



11 

mes qui seront distribuées sur les fonds départe- 
mentaux, dans la séance publique que tiendra pro- 
chainement la Société, le don d'une médaille en 
bronze à M. Magnères, de Saint-André, pour la taille 
intelligente des oliviers. 

29 juillet 1855. La Société a tenu sa séance pu- 
blique annuelle pour la distribution de médailles et 
de primes départementales pour l'amélioration de 
l'espèce bovine. 

M. le Président a ouvert cette séance par un dis- 
cours remarquable et vivement applaudi, sur les 
conditions actuelles et futures de l'industrie agricole 
dans le département des Pyrénées Orientales. 

Dans la même séance, M. Ribes, sous-secrétaire, a 
communiqué un article très curieux de M. Durand, 
de Saint-Nazaire, sur le chien de berger. «Jusqu'ici, 
«nous avions cru, sur la foi de M. de Buffon, que le 
«chien de berger méritait d'occuper une place des 
«plus éminen tes dans la classification des animaux 
«vertueux et utiles. Grâce à M. Durand, nous de- 
«vons être complètement revenus* de cette erreur. 
«Le chien de berger ne sera plus à nos yeux, corn- 
« me aux yeux de l'habile agronome, qu'un embarras 
«et qu'un danger. Désormais, le vilain quadrupède 
a redescendra dans la hiérarchie de la race canine, 
« au rang infime que lui assignent ses instincfs per- 
« vers et sa hideuse figure. » 

A la suite de l'exposition publique des fleurs, des 
fruits et des légumes de notre département, faite les 
15, 16 et 17 septembre, sous le patronnage et aux 
frais de la Société, M. le Président lui a soumis les 
récompenses votées par la commission nommée à cet 
effet. On a décidé ce qui suit : 



12 



La médaille d'argent destinée au jardinier qui 
présenterait le plus bel ensemble de plantes pota- 



gères, — réservée ; 



La médaillé de bronze, à celui qui présenterait 
les plus belles variétés nouvelles de fruits et de 
plantes potagères, — décernée à M. Marquy, jardi- 
nier, à 111e; 

La médaille de bronze destinée à celui qui aurait 
pratiqué dans son jardin la culture la plus intelli- 
gente, — réservée; 

Une mention honorable est décernée à MM. Mar- 
gail, Raymond et Taillade, François; 

La médaille d'argent destinée à l'horticulteur qui 
présenterait, le plus bel ensemble de fruits, — réservée; 

La médaille de bronze pour la plus belle collection 
de fleurs, — réservée ; 

Une mention honorable a été décernée à MM. Marc 
Robert et Laurent Baretge;. 

La médaille de bronze pour les plus beaux échan- 
tillons d'une espèce de fleur, — décernée a M. Aleron, 
père ; 

Une mention honorable à MM. Pierre Garrette et 
Bresson ; 

Une médaille d'argent est en outre décernée à 
MM. Robin, frères, à qui le département des Pyré- 
nées-Orientales doit le perfectionnement de l'arbori- 
culture, et l'importation d'un grand nombre d'arbres 
fruitiers. 

La Société adopte ensuite les propositions suivantes, 
faites par le Jury des expositions, savoir : 

Une exposition de fleurs, de fruits et de légumes, 
aura lieu en 1856, du 10 au 15 juin; 

On décernera à cette occasion : 



13 

Une médaille d'argent, grand module, au jardinier 
qui présentera le' plus bel ensemble de primeurs 
en plantes potagères; 

Une médaille d'argent, petit module, à celui qui 
présentera les plus belles espèces de primeurs en 
plantes potagères ; 

Une médaille de bronze pour la culture la plus 
intelligente ; 

Une médaille de bronze pour l'introduction dans 
notre département d'une ou plusieurs espèces nou- 
velles de plantes potagères ; 

Une médaille d'argent, petit module, pour le plus 
bel ensemble de fleurs ; 

Une médaille de bronzé pour les plus beaux 
échantillons d'une espèce de fleurs ; 

Une médaille de bronze pour les plus beaux types 
de fleurs obtenues de semis; 

11 sera décerné en outre plusieurs mentions hono- 
rables. 

Les personnes qui, dans l'intervalle d'une exposi- 
tion à l'autre, auront obteàu de beaux types de fleurs 
de semis, seront dans le cas d'être primées, pourvu 
qu'elles fassent constater par la commission l'authen- 
ticité de la provenance de semis et la nature de la fleur. 

Une exposition aura toujours lieu dans le mois de 
septembre. 

Le Jury portera son jugement sans connaître les 
noms des exposants. 

On a désigné pour visiter les jardins une commis- 
sion composée de MM. Companyo, père, Antoine 
Siau, Sauveur Dadins, Aleron, père , "Robin , cadet, 
l'abbé Delhoste, Ribes, Astors et Guiraud de Saint- 
Marsal. 



14 

M. Siau communique ensuite à la Société un tra- 
vail des plus importants dont la Société Ta chargé, et 
qu'il a très bien exécuté. Il comprend : 

1° Un calendrier horticole ou statistique, mois par 
mois, de tous les fruits et de tous les légumes que 
produit notre département; 

2° Une notice sur le produit 4 U jardinage de la 
banlieue de Perpignan; 

3° Les dépenses et les recettes du jardinier, ayant 
à ferme un jardin de trois hectares (cinq ayminates); 

4° Le détail des fruits et des légumes exportés; 

5° Enfin, quelques détails sur l'état et les produits 
de l'horticulture et de l'arboriculture dans la com- 
mune d'Ille, ainsi que dans les arrondissements de 
Prades et de Céret. Ces renseignements, que M. Siau 
s'efforce de compléter tous les jours, sont les pre- 
miers éléments d'une statistique analogue à celle 
qu'il a dressée pour la banlieue de Perpignan. 

Après la lecture de cet intéressant travail, la So- 
ciété, sur la proposition de IVL le Président , vote des 
remercîmenls à M. Antoine Siau et à la commission 
qui Ta aidé dans ses recherches. 

Sciences et Arts. 

Le 1 er février 1854, M. Companyo, fils, a com- 
muniqué à la Société un mémoire sur les eaux 
thermales des Pyrénées-Orientales. Chaque source 
savamment analysée, tous les établissements décrits 
avec les plus grands détails, et présentant une série 
de séduisants tableaux, démontrent qu'on peut trou- 
ver en toute saison dans notre contrée, sous un des 
plus beaux ciels de l'Europe, les sites les plus pitto- 
resques, et des eaux offrant ensemble les propriétés 



15 

thérapeutiques, dont la réunion ne se rencontre nulle 
autre part. 

Le 22 mars 1854, M. Amédée Maurice, agent-voyer 
en chef du département, a soumis à l'appréciation de 
la Société : 1°une notice sur les travaux qu'il a exé- 
cutés au pont de Rivesaltes ; 2° un carnet de nivelle- 
ment, mettant cette opération à la portée de tout le 
monde* — On a nommé pour examiner ce double 
travail et en rendre compte, une commission com- 
posée de MM. Caffe, Béguin et Crova, père. 

Dans la séance publique du 29 juillet 1 855, M . Fau- 
velle a lu un mémoire ingénieux et profond sur les 
causes de la dérivation des cours d'eau, et M. Danjan, 
professeur à l'École-Normale de Perpignan, a fait l'é- 
logedela science. Ce dernier travail se recommande par 
quelque* idées neuves et beureusemeni exprimées. 

Le 18 juillet 1855, M. le Président adonné lecture 
d'un mémoire offert à la Société par Tau leur, M. Jean 
Coozalés, officier de santé a Palalda, et traitant du cho- 
léra, des causes qui le produisent et du traitement à 
suivre pour combattre ce fléau. M. Faure a été chargé 
d'apprécier cette œuvre et d'en faire un rapport. 

Le 31 octobre 1 855, M. André Crova lit la première 
partie d'un travail qu'il a lait sur les piles. Il indique 
d'abord quelques inconvénients des piles actuelle- 
ment employées, et donne ensuite une idée des mo- 
difications qu'il y a apportées. Il annonce un prochain 
travail, dans lequel il exposera l'application des piles 
aux machines électromotrices. 

Le 5 novembre 1855, M. Faure communique à la 
Société un mémoire intifulé : Coup-iïœil rapide sur 
les Pyrénées en général, et plus particulièrement sur nos 
Pyrénées- Orientales . 



16 



Littérature, Histoire» Antiquités. 

Le 26 avril 1 854, M. Companyo, fils, communique 
à la Société un envoi de M. Prax , vice -consul de 
France, à Saint-Domingue (Haïti), dans lequel il 
remercie la Société de l'avoir reçu au nombre de ses 
membres correspondants, et lui adresse un mémoire 
fort curieux sur l'empereur Soulouque (Faustin I tr ), 
et renfermant en outre des anecdotes avec des détails 
pleins d'intérêt sur les mœurs et les usages de ce 
nouvel empire, sur la baie, le port, la ville des Go- 
naïves et ses environs. 

Le 10 mai 1854, rapport de M. Fabre sur les Pre- 
mières Leçons de lecture, à l'usage des écoles et des 
familles, par M. Morer, instituteur, à Thuir, ancien 
élève de l'Ecole-Normale de Perpignan. Cette nou- 
velle méthode offre des avantages qu'apprécieront 
toutes les personnes qui s'occupent d'instruction 
primaire. 

M. l'abbé Fines, pour remercier la Société de l'a- 
voir reçu au nombre de ses membres, lit une pièce 
de vers, dont il lui offre l'hommage. 

Dans la séance publique du 30 juillet 1854, M. P" 
Baille a adressé à Monseigneur Gerbet un remercî- 
ment en vers, où il a été le digne interprète des sen- 
timents de toute l'assemblée. 

M. labbé Fines, dans quelques pages écrites avec 
clarté et netteté , avec une logique convaincante ; a 
prouvé que la religion est l'amie des beaux-arts; que 
c'est aux sources pures de la foi que l'artiste doit 
puiser ses inspirations, attendu que la stérilité est 
au fond du scepticisme. 



17 

Notice de M. Sirven sur le donjon de la citadelle 
de Perpignan. 

M. Faure a exposé avec énergie et conviction les 
devoirs du médecin. L'écrivain , qui se trouvait sur 
son terrain, a parfaitement développé sa thèse. 

M. Fabre, secrétaire du bureau, a clos cette série 
de lectures par le récit en vers d'un trait d'amour 
filial , qu'il a intitulé le Nid d'aigle. 

Le 11 octobre 1854, article nécrologique, où 
M. Morer, archiviste de la Préfecture, déplore la 
perte que, dans le courant du mois d'août de la 
même année, ont faite le Ronssillon et la Société des 
Pyrénées-Orientales en particulier, par le décès de 
M. Pierre Puiggari, a qui ses travaux littéraires assu- 
rent désormais un rang distingué parmi les hommes 
remarquables de notre contrée. M. Morer, racontant 
la vie, les études et les longs services du savant pro- 
fesseur, a fait ressortir son beau caractère, et tout ce 
que lui doivent l'histoire et les lettres françaises et 
espagnoles. 

Mémoire de M. Faure sur la filiation des langues. 
On y remarque une foule d'aperçus nouveaux et rem- 
plis d'intérêt. 

Le 6 décembre 1854, M. Aussel, professeur de se- 
conde au Collège de Perpignan , a lu une étude cri- 
tique sur les traités de rhétorique que nous ont laissés 
les anciens. 

Notice de M. Sirven sur M Duchalmeau, qui rem- 
plit a Perpignan les fonctions de Maire, dans les circons- 
tances les plus critiques de notre première révolution, 
qui, par sa bienveillance, son humanité et son énergie, 
rendit d'immenses services a la cité et sut se concilie** 

l'affection et la reconnaissance de tous les habitant*. 

2 



18 

Le 20 décembre 1854, a été lu un rapport sur des 
pièces de vers, adressées k la Société par l'auteur, 
M. Autheman, moulinier en soie, à l'Ile-sur la-Sorgue 
(Vaucluse). M. Guiraûd de S'-Marsal, qui, conjoin- 
tement avec M. Batlle, a examiné ces productions, 
en désigne quelques-unes pour être insérées dans le 
prochain bulletin de la Société. 

Le 17 janvier 1855, M. l'abbé Fines, analysant la 
9 me livraison (septembre 1854) du tome 1 er du Bulletin 
des Sociétés savantes, y a remarqué quelques ouvrages 
signalés à M. le Ministre de l'Instruction publique 
par le Comité de la langue, de l'histoire et des arts de 
la France. Parmi les publications à exécuter sont: le 
roman de Girard de Roussillon et les actes du Concile 
schismatique tenu à Perpignan en 1408. Comme ces 
deux ouvrages doivent toucher par quelque endroit 
à notre histoire locale, M. l'abbé Fines demande s'il 
ne serait pas possible d'obtenir un exemplaire de 
chacun d'eux pour la bibliothèque de notre Société. 

M. Cortie, professeur au Collège de Perpignan, 
donne lecture d'un discours sur le goût, ses élé- 
ments et ses principes. Cet essai se recommande par 
les saines doctrines littéraires, et le talent qu'y fait 
paraître le jeune professeur. 

Le 11 avril 1855, M. Aussel lit, sur la poésie épi- 
que , une étude où il a examiné successivement les 
principaux poèmes du genre, en les comparant avec 
les conditions sociales et les événements qui les ont 
inspirés. 

Le 6 juin 1855, M. l'abbé Fines communique à la 
Société un résumé en vers de l'histoire de France, 
qu'il a composé pour l'instruction d'un de ses ne- 
veux. L'auteur regrette de n'avoir pas été en mesure 



19 

de donner ce résumé complet : il est vraiment fâcheux 
qu'il ait dû se borner aux deux premières races de nos 
rois. 

M. Fa lire lit une étude, qu'il a intitulée : Les Maxi- 
mes de sagesse et de morale des anciens philosophes ne 
sont pas un effet de la puissance de la raison humaine, 
mais ont été puisées dans la Sainte Bible. 

Après ces lectures, M. le Président dépose sur le 
bureau trois opuscules, que l'auteur, M. Àlart, 
adresse à la Société, dont il fait partie, pour éire 
insérés dans le premier bulletin qu'elle publiera. 
Ce sont : 1° Les Trinitaires de Corbiach, épisode de 
l'histoire du Confient dans le seizième siècle ; 2° La 
Géographie historique du Confient; 3° une notice sur 
le troubadour Bérenger de Palazol , qui , ainsi que 
Guillem de Cabestan g, florissait vers le milieu du 
•douzième siècle. Ces trois précieux morceaux proa- 
'venl que M. Alart marche dignement sur les traces 
des deux savants antiquaires dont nous regrettons la 
perte. 

Le 48 juillet 1855, M. l'abbé Fines lit sur les Eu- 
nuques un mémoire , où il expose les motifs de la 
confiance que leur accordaient les monarques de 
l'Egypte et de la Perse, etc., et l'étymologie du mot 
eunuque, signifiant d'abord , non pas homme mutilé , 
comme le mot latin spado, mais simplement cham- 
bellan* 

Dans la séance publique du 29 juillet, M. Aussel 
lit une dissertation sur la véritable grandeur. 

Vient ensuite une notice de M. l'abbé Fines sur le 
célèbre évêque Guy de Terrena, enfant de Perpignan, 
qui a mérité d'être appelé par plusieurs historiens le 
plus savant homme de son siècle. M. Fines demande 



20 

à juste titre, que le portrait de l'illustre Roussillon* 
nais prenne enfin dans notre Musée la place qui lui 
est due. 

M, l'abbé Fines donne aussi lecture d'une pièce de 
vers en l'honneur de Notre-Dame de Font-Romeu. 

M. Guiraud de Saint-Marsal communique une re- 
lation historique sur les inondations de la Basse et de 
la Tel. 

M. Faure exprime quelques idées lumineuses sur 
les progrès de notre civilisation, et de la part que 
lui apportent les sociétés littéraires, scientifiques 
et agricoles. 

Ces lectures sont terminées par une nouvelle corn- 
position poétique de M. leSecrétairedelaSociété. Elle 
est intitulée la Diitde* Henri IV, exténué de fatigue, 
arrive incognito dans la maison d'un des officiers de 
son armée. La dame du logis, prise au dépourvu, ne 
trouve à lui offrir qu'une dinde appartenant à un 
artisan du voisinage, lequel, après avoir partagé le 
repas du prince , demande en échange de son vola- 
tile des titres de noblesse, qui lui sont accordés par 
le bon et joyeux monarque. 

Nous ajouterous $ ce résumé, que la Société des 
Pyréhées-Orien laies recevant en échange de ses Bul- 
letins les publications de presque toutes les Sociétés 
agricoles, scientifiques et littéraires de France, confie 
chacun de ces envois à un de ses membres, suivant 
sa spécialité, pour en rendre compte. Ces analyses 
la mettent à même de connaître les travaux de ces 
diverses compagnies, et de profiler de toutes les dé- 
couvertes et perfectionnements qui ont lieu dans 
toute Té tendue de l'empire. 



3t 



ELISABETH DE FRANCE, 

* 

REINE O'ESPAGHE, 

SON MARIAGE.— 8A COUR.— 818 RELATIONS AVEC LA FRANCK. 

IS59— «68. 
Par M. tidouarti de Babtm bIiebiy, 

Correspondant du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 
membre de la Société scientifique de* Pyrénées-Orieutales, de l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, des Académies de Reims, 
d'Arrêt et de Belgique (Archéologie), des .Comités archéologiques de la, 
Marne, du grand duché de Luiembourg, d'Arlon et de Trêves, de la Société 
des Antiquaires de la Morinie, de la Société d'Histoire de France, etc. 



Le traité de Cateau-Catnbrésis contenait, ainsi qu'on 
le sait, comme condition, le mariage d'Elisabeth de 
France, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, 
avec Philippe 11, roi d'Espagne. Cette union venait 
de se célébrer à Paris, et le duc d'Albe y avait repré- 
senté le fils de Charles Quint, quand Henri II périt 
dans un des tournois donnés à l'occasion de ces fêtes, 
qui amusèrent pendant plusieurs jours la cour. Phi- 
lippe se trouvait alors dans les Pays-Bas, mais a 1* 
veille de quitter une contrée qui lui déplaisait et où il 
n'était pas aimé. Quoiqu'il ne connût pas sa femme, il 
la chérissait déjà, et éprouvait encore un plus vif désir 
de retourner en Espagne, puisque c'était li seulement 
qu'il devait la rejoindre. ((Sa Majesté, au surplus,» écrit 
à la reine mère l'évéque de Limoges, ambassadeur de 
France auprès de Philippe, «a un singulier çontente- 
«ment de la reyne catholique sa femme et luy porte,, 
«comme j'estime que vous aurez entendu par mes pré- 



22 

«cédentes dépesches, l'amour telle que vous et elle 
«sauriez le désirer 1 .» Outre les qualités personnelles 
d'Elisabeth, son royal mari voyait en effet des intérêts 
sérieux se rattacher à cette union, où la politique 
avait eu plus d'action que l'amour. L'assurance pour 
lui de demeurer en bonne intelligence avec la France 
a un moment où les Pays-Bas donnaient déjà de graves 
inquiétudes, et une dot de 400.000 florins, n'étaient 
pas choses à dédaigner. Mais, nous le verrons en con- 
tinuant, et j'insiste à dessein sur ce point, ce prince 
éprouvait une véritable inclination pour la femme 
qu'il devait au hasard des guerres : les historiens 
se sont tous mépris à cet égard en posant Elisabeth 
comme une victime. Philippe n'était doué d'un 
caractère ni brillant ni chevaleresque, mais d'un es- 
prit doux, réfléchi, laborieux, sincère. «Je trouve ce 
« prince, » écrit encore de l'Aubespine au cardinal de 
Lorraine, « luy fort entier à ses affaires et qui n'en 
« pert pas une heure, estant tout le long du jour sur 
«des papiers; il est aussy prince d'amityé et de pa- 
« rolle, et se paye de raison quant en telles choses on 
«parle à luy franchement*.» 

Le 8 août 1 559 , Philippe II s'embarqua sur le canal 
de Gand pour aller prendre la mer en Zélande, tandis 
que 1 evéque de Limoges, auquel nous verrons tenir 
un rang important dans cette histoire, se dirigeait sur 
Paris, peu désireux de faire une aussi longue traversée, 
et pressé d'ailleurs de venir rendre ses hommages aux 
princes de Guise, qui gouvernaient alors la France sous 
le nom du jeune et faible François II. 

1 De Gand, 49 juillet 4559. Simon de l'Aubespine, évéque de Limoges, 
abbé de Bellefontaine, un des diplomates distingués de ce temps. 
2DeGand,27juilleH559. 



23 

La reine Elisabeth demeura encore à la cour pour 
pouvoir assister au sacre de son frère, célébré à Reims 
lel 8 septembre; elle alla passer ensuite quelques jours 
à l'abbaye de Vauluisant, près de Sens, en Champagne, 
et écrivit de là a l'évêque de Limoges, reparti pour 
Madrid : « Qu'ayant entendu le désir qu'a le roy, mon 
«Seigneur, de me veoir, avec moins de regrets, je me 
« suis délibérée de m'achemyner bientost pour l'aller 
« trouver (22 octobre). » Les historiens se sont servi 
de ces mots avec moins de regrets, pour déclarer qu'Eli- 
sabeth n'accomplissait ce voyage qu'avec un chagrin 
mal dissimulé : ils sont dans l'erreur. Cette princesse, 
âgée seulement de quatorze ans, n'avait jamais quitté 
la cour de France, où elle était heureuse et entourée. 
Rien de plus naturel que de la voir hésiter et se ré- 
soudre avec quelque peine à cet expatrieraient loin de 
tous ses parents, et pour rejoindre un mari qu'elle 
ne connaissait pas. Mais de là à conclure a l'incom- 
patibilité d'humeur, d'âge et de caractère entre les 
deux époux, il y a trop loin: Philippe, d'ailleurs, 
qu'on se plaît à représenter comme un vieillard n'a- 
vait alors que trente-deux ans. Il est certain, cepen- 
dant, que de retard en retard, Elisabeth ne se décida 
à partir qu'au mois de décembre. Le roi et la reine- 
mère la conduisirent jusqu'à Poitiers, «où il y eut 
« bien des larmes de répandues,» nous dit l'historien 
de Thou. Elle continua sa route , accompagnée du 
cardinal de Bourbon, du prince de la Roche-sur- Yon 
et d'autres seigneurs, et rencontra, à Bordeaux, An- 
toine de Bourbon, roi de Navarre, chargé de la re- 
mettre aux mains des Espagnols. La reine arriva le 
31 décembre 1 559 à Saint-Jean-Pied-de-Port, et quitta 
le deuil pour se vêtir, avec ses femmes, à l'espagnole, 



24 

en velours "noir garni de jais, avec «la coiffure de volants 

« à la lorraine, y Le 3 janvier, la caravane se remit en 

marche, sur des chevaux et des mulets, pour gagner 

Roncevaux, où devait avoir lieu la remise officielle. 

L'ascension ne se fit pas sans peine , à cause du vent 

et de la neige : on arriva cependant, et la reine fut 

reçue dans l'église de Roncevaux par le clergé et une 

assemblée nombreuse de gentilshommes, a si bien en 

« poinst qu'on ne voyait qu'or sur escarlatte de ve- 

« lours cramoisy, et tous tant chargés de chaînes qu'ils 

« en avoient le col tout courbé '. Quelques-uns vou- 

« Ioient dire que le roy d'Espaigne y estoit en habit 

« dissimulé, mais il n'en estoit rien ; n'y avoient que 

« le marquis de Savette, le marquis de Vélos, le comte 

a de Breigna et le comte de Modica qui ne vouloient 

«se donner à cognoistre. La reyne entrant à l'église 

« fort bien tapissée et parfumée de cassollettes, parée 

« d'une grande quantité de cierges et lampes, la cha- 

« pelle de musique du cardinal (de Bourbon), qu'on 

«estime beaucoup, chanta tant que ladite dame dit 

« son oraison, après laquelle fut conduite à sa chani- 

« bre. Les neiges et les vents qui avoient esté si grands, 

«furent cause de faire retourner le cardinal et le 

«duc (de l'Infantado) qui, le lendemain matin s'es- 

«toient mis en chemain de l'Espinal, distant d'une 

«lieue de Roncevaux, pour faire leur réception, 

« comme ils mandèrent. Il sembloit que la reyne leur 

«fit gaigner la moitié du chemin; et pour cet efFect, 

«plusieurs gentilshommes en vindrent disputer, tant 

«qu'à la fin le courrier major, par l'advis du roy de 

1 Je vais laisser parler un anonyme, dont la relation originale se trouve 
dans le* dépêches de l'Aubesprae, dans son portefeuille de la Bibliothèque 
Impériale. 



25 

«Navarre, de Monseigneur le Prince et de M. de 
«Lansac, leur alla dire qu'il esioit meilleur et néces- 
« saire qu'ils prinsent la peine de venir le lendemain 
«faire leur dile réception, plutost que de mettre la 
« reyne aux champs et faire demeurer la leitière dé- 
couverte dans les neiges pour estre veue et bailler 
« la main à baiser à tout le monde, et eux aussy venir 
«descendre à pied et se mettre à genoux dans ladite 
<c neige qui estoit haute de bien trois pieds, ce dont 
« ils s'accordèrent. Ce jour se passa ainsy et Dieu sçait 
« cependant si la reyne estoit regardée à son disner et 
« souper, par les seigneurs déguisés, qui s'estonnoient 
« de la bonne grâce , contenance et gravité de cette 
«princesse, de laquelle ils receurent en eux un tel 
«contentement qu'il n'est possible de le. décrire, et 
« quant aux dames et aux damoiselles, si d'aventure 
«elles sortoient, elles n'avoient point faute de com- 
«paignie ny de serviteurs, qui commençoient de 
« bonne heure à prendre place chacun en la bonne 
« grâce de celle qui luy sembloit plus agréable, s'en- 
«quérant de leur nom et de leur maison. Le lende- 
« main, 6 e janvier, la reyne ayant ouye la messe dans 
« la chapelle du cardinal, après le disner, fit tapisser 
« une grande salle en laquelle, quant elle sentit que 
« les députés s'aprochoient, Se retira, ayant le roy de 
«Navarre et M* r le Prince assis à la main droite, 
« M 11 * de Montpensier et M me de Rieux à sa gauche, 
«près .d'une chaise k dos préparée pour le cardinal 
«et d'une escabelle de velours pour le duc. Toutes 
« les dames et damoiselles estoient d'un rang à l'en* 
«tour; le reste des personnes estoient en rondeur, 
«laissant une grande place vuide pour ceux qui 
« viendroient baiser les mains. Somme que M. le 



26 

« cardinal de Bourbon estant allé pour les recevoir, 
« ils arrivent, demeurant encore bien long-temps en 
a bas à s'acoustrer, et cependant la reyne estendoit 
« sa main à tous ceux (pourveu qu'ils fussent d'appa- 
«rance) qui la vouloient baiser, comme est la cous- 
ce tume du pays. La suitte du cardinal estoit d'environ 
« soixante gentilshommes fort braves, trente ou qua- 
« rante laquais et autant de paiges vêtus de velours 
« cramoisy. et manteaux d'écarlate bandés dudit ve- 
« lours. Le duc de Tlnfantado avoit encore plus de 
« paiges et de laquais vestus de sayes de toile d'or, 
« bandés à deux bandes de velours cramoisy et de 
« manteaux de velours cramoisy à deux bandes de 
« toile d'or; les autres seigneurs avoient leurs paiges 
ce et laquais fort bien en poinst de velours de toutes 
« couleurs et de passements d'or. Quelques-uns raes- 
« sieurs montèrent avec eux , qui estoient les plus 
a principaux des seigneurs 4 , qui lors se firent cognois- 
cc tre , estant paravant déguisés : ce donc tout Tordre 

1 Voici les noms des principaux seigneurs de la suite du duc de FI nfan- 
tado et du cardinal de Burgos : Marquis de Sevrette, fil» dudit duc; comte 
de Saldagne ; comte de Moricqoe, fils atné de Famirante de Castille, gendre 
du marquis de Sevrette ; comte de Tandilla , vice-roi de Grenade , fils du 
marquis de Montdéjar, gendre dudit duc ; marquis de Montesclaros ( du 
Mendoça); comte de Ribadavia (i<è); comte de Ribadeo (id); dom Diego 
Hurtado de Mandoça, fils du marquis de Canette, vice-roi du Pérou ; dom 
Diego de Mandoça, ambassadeur à Rome; dom Juan de Mandoça, ambas- 
sadeur à Venise ; dom Luis de Mandoça de Junquerra ; dom Juan de Man- 
doça de Delfresne ; dom Urbain d'Àrellane ; dom Francisque de Mandoça, 
fils du marquis de Sevrette ; vicomte de Ghelves ; comtesse d'Cregna, sœur 
du duc d'Alburqtierque, dame d'honneur désignée de la reine, et son fils; 
le duc de Nagerac; le marquis de Gousveille, gendre de la comtesse d'U- 
regna ; dom Frédéric de Portugal, grand écuyer désigné de la reine ; dos» 
de Guzman, maître d'hôtel désigné ; dom Bernardin de Manrique; dom PU. 
de Lescan , et plus de deux raille cinq cents gentilshommes et écuyers, au 
dire de l'historien de Thou. 



27 

• se perdit et les Espagnols mirent tout en presse ei 
«confusion, tant que le cardinal et le duc furent 
«bien long-temps sans pouvoir approcher du lieu où 
«estoit la reyne. Ledit cardinal, vestu d'escarlatte 
«et d'un roquet, faisant une grande révérance, le 
a genouil en terre , et le duc , d'une petite robe de 
«damas, baisant la main, furent fort humainement 
« et gracieusement receus et embrassés de la reyne, 
a qui les fit incontinent seoir et couvrir. Lors le roy 
« de Navarre commença à parler et eux k répondre, 
a et après quelques non longs propos d'une part et de 
((l'autre, ils prinrent et enlevèrent la reyne, et par 
«de bien mauvais temps et chemins (n'eut esté les 
« pionniers qui alloient devant) la menèrent coucher 
« à l'Espinart, qui est à une bonne lieue, laissant le 
« roy de Navarre et le cardinal seuls en cette grande 
«salle, fort mélancholiques de laisser la reyne et 
«bien aises toutefois de lavoir conduite jusques en 
«ce lieu en tel état et disposition (Dieu mercy) qu'ils 
«a voient désiré. Elle fut conduite jusqu'à la couchée 
«avec trompettes, hautbois et tambourins à la man- 
te resque, qui ne cessèrent de sonner tout le long du 
«chemin, et continuèrent quasi tout le long du soir, 
« durant lequel elle ne fut point visitée par le car- 
« dinal et le duc qui la laissèrent reposer, mais en- 
uvoyèrent souvent savoir de ses nouvelles* Ledit 
« cardinal arrivé voulut faire convier pour la reyne : 
« il envoya un grand chandelier d'argent avec un grand 
« et gros flambeau qui esclairoit toute la salle, qui es- 
« toit pleine de leurs paiges et laquais portant flam- 
« beaux pour esclairer et conduire toutes lés dames 
« qui entroient et sortoient ; mesme par les chemins 
« ils usent de cette courtoisie ; ils envoyent tous leurs 



28 

« laquais pour demeurer près d'elles et conduire leurs 
«haquenées; ils tiennent fort grande maison et en- 
te voyent toujours convier quelqu'un de la maison de 
« la reyne à manger avec eus , et à chaque repas un 
«service de viandes aux dames et damoiselles. Au 
« partir de l'Espinart , la reyne , après avoir ouy la 
«messe, à laquelle assistèrent lesdits sieurs cardinal 
« et duc, et avoir disné, alla coucher à... deux lieues 
ade Pampelune, et le lendemain, 7 e janvier, après 
«disner, ladite dame , vestue d'une robe de velours 
«noir à l'espagnole, passementée d'argent et coiffée 
« d'une petite tocque , fit son entrée dans sa leitière 
«avec M me de Rieux, accompagnée du cardinal à 
a dextre et du duc à senestre. Approchant de la ville, 
«elle fut saluée d'une infinité de canonades et d'ar- 
« tillerie ; et prenant le chemin courbé pour gagner 
u une plaine qui est la plus belle advenue de la ville 
«qu'il. est possible, vient audevant d'elle, avec trom- 
«pettes et hautbois, le connestable de Navarre , fort 
« vieil et ancien officier, accompagné des gentilshom- 
« mes et officiers de la ville qu'on appelle les jurades, 
«en nombre de douze, vestus de grandes robes lon- 
agues de velours noir, bordées k l'entour de trois 
u passements d'or, les manches fort larges et renver- 
« sées à paraments de damas bleu : devant eux estoient 
(( cinq ou six officiers portant grosses masses d'argent, 
« qui tous mirent pied à terre pour baiser les mains 
« a la reyne , puis un peu plus avant se présenta à 
«pied le vice-roy de Navarre, suivy des gens de la 
((justice, vestus de robes longues de velours noir, 
d Cependant force masques, montés sur des chevaux 
« ou mulets ayant sonnettes, courroient çà et là et une 
« grande bande d'autres masques, gens de la ville, qui 



29 

« faisoient parmy les champs une danse avec les filles, 
« vestues et tondues à la mode de Biscaye, ayant k leurs 
« testes couronnes de velours de toutes couleurs. Cha- 
«cun, du plus grand au plus petit, démonstroit tous 
«les signes de joie et d'allégresse qu'il pouvoit. Puis 
« approchant la reyne de trois cents pas vers la porte, 
« elle entra sous une arche ou portail de peincture et 
« d'armoirie, depuis lequel le chemin large estoit des 
a deux costés borné de barrières couvertes de buis et 
«de lierre, avec un rang de pins plantés de chaque 
« costé, jusqu'à la porte de la ville. En ladite barrière 
« estaient arrangés les enfants de la ville, armés et en 
« bon équipage, qui firent une salve, passant la reyne. 
«Il faisoit si beau veoir cette- grande allée longue et 
«droite, qu'à mon jugement s'estoit de toute rentrée 
« ce qui avoit meilleure grâce. Au bout, près la porte, 
«y avoit un gros may ou buisson plein de fusées qui 
« s'allumoient par une flamme de feu qui descendoit 
« artificiellement du haut d'un clocher; sur la porte 
«estoient les armoiries repeinctes du feu empereur 
« de quant il fist son entrée ; sur le rempart et mu- 
« raille de la villç estoient trois compagnies qui de- 
«meurent ordinairement en garnison dans la ville, 
« tous armés et en rang, comme si ils vouloient re- 
« ceveoir l'assaut, qui pareillement firent une furieuse 
«salve. A l'entrée de la ville la. reyne fut couverte 
« d'un fort beau daiz ou poille, porté par les j tirades 
«à six basions dorés, ledit daiz en cinq écussons faist 
« dans l'un desquels il y avait les armes de la ville et 
«dans l'autre un F et un Y liez d'un lac d'amour, le 
m tout de broderie d'or sur satin cramoisy ; au bas de 
« chaque écusson pendoit une grosse houppe d'or. A 
« l'eotrée estoit un tableau des trois Charités; puis plus 



30 

« bas estoit un petit théâtre où il y avoit une feinte 
« d'un pélican qui se frappoit à l'estomac et faisoit 
o saillir le sang, y avoit un homme dessus qui récita 
« quelques vers; puis en suyvant estoit portrait le pre- 
« mier roy de Navarre armé, et ung portail sur lequel 
« estoient peinctes femmes tenant cornes d'abondance 
« avec les armoiries du roy et de la reyne; de Ik au 
a bout de la rue, qui est belle, longue et large et fort 
«droite, y avoit un autre portail fort grand, au haut 
« duquel y avoit une Paix ayant les armes soubs les 
« pieds et en escript : Unie constans ,/brtis dwisioflexa 
« Au détour d'une autre rue y avoit encore d'autres 
« statues des plus anciens roys de Navarre et ung autre 
« grand portail sur lequel y avoit une fille vestue et 
«assise en reyne, accompagnée de trois ou quatre 
« autres, et près d'elle ung bien grand mirouer et en 
« escript : Ad regale spéculum tains se componit or bis; 
« puis au bout de l'autre rue ung autre portail au haut 
« duquel estoit enlevé le roy Philippe en portraiture, 
« et à costé les armoiries de l'un et de l'autre avec les 
« F et Y liez ensemble et au-dessous : Phitippo Hispa- 
« niarum régi catholico et Ysabellœ catholicœ reginœ. 

« La reyne ayant faist son entrée assez tard fut me- 
« née au palais après avoir esté à l'église épiscopale 
« avec quantité de flambeaux, où arrivant elle trouva 
« la comtesse de Ureigna, habillée en femme veufue 
«et la marquise de V elles, sa fille. Il ne se fit rien 
«digne d'escrire, sinon que force dames du pays, 
« montées sur leurs chapines, la venoient veoir boire 
« et manger, l'admirant en toute sorte, ne se pouvant 
ci saouler de la regarder. Le lendemain, la reyne (pour 
« ce que la comtesse l'en pria) s'habillait à la française, 
«ce que les dames du pays trouvèrent si beau, que 



31 

« la reyne depuis ne s'est point accoustrée autrement 
«qu'une fois ou deux. Ce jour elle fut visitée des 
u seigneurs de la suite et autres régents et gouver- 
u neurs du pays. Le lendemain, la reyne sortit après 
« disner sur une gallerie, près la chambre de la com- 
« tesse, pour veoir le passe- temps de quatre ou cinq 
a taureaux, qui furent combattus en la cour à force 
«de baguettes aiguillonnées par le bout d'aleines 
«qu'on leur dardoit; puis ensuite plusieurs fusées 
« faistes en branches peinctes , on apporta au milieu 
a de la cour un chasteau aussy peinct, plein de fu- 
« sées et de poudres qui, avec une merveilleuse des- 
« serre, fut incontinent consumé entièrement. La 
« cotation de confitures cependant se préparait en la 
«chambre de la comtesse, fort honorable, où la 
«reyne alla prendre son vin. Toute la nuit et le 
« jour se promenoient des masques ; les feux de joye 
«tous les soirs; il n'estait heure que quelque pièce 
«ne tirast, qu'on ne sonnât trompettes, hautbois, 
« tambourins. Bref, je ne vis jamais tartt d'allégresse, 
«de sorte qu'on disoit que les Castillans en estaient 
« jaloux et envyeux , disant aux Navarrois que si la 
« reyne eut esté de leur pays ou d'autre que la Fran- 
«ce, ils n'en eussent pas tant fait de la moitié. Le 
«10 e du mois, la reyne partit dudit Pampelune, et 
«fut convoyée jusqu'un peu loing de la ville par les 
«susdits connestable, vice-roy, et enfants de la ville 
«avec trompettes et hautbois, et vient coucher à 
« Arrasein, le lendemain à Olite, chasteau navarrois, 
«où elle trouva la marquise de Corte, femme de 
« celuy qui en l'absence du prince d'Evoly ' coucha 

1 Rny Gotnez de Silva, comte de Melito, ambassadeur à Paris ; c'est ce 
personnage que M. V. Hugo a fait paraître dans un de ses drames. 



32 

« en la chambre du roy, qui luy fit tout l'honneur 
«et bon traitement qu'il est possible. Le chasteau 
« est bien meublé de beaux buffets d'argent, tapis- 
<c séries et lits; tout se parfume de cassolettes et si 
« plein de confitures et dragées qu'on n'en tenoit 
«compte. 

« Le lendemain , la reyne vient coucher à Cappa- 
« rosa, de là à Valtière; le lendemain, 14 e , la reyne 
«fit son entrée à Tudéla, dernière ville de Navarre, 
« aussy grande quasy que Pampelune, assise le long 
«d'un beau fleuve nommé Iberus; les capitaines et 
« jurades vinrent au devant d'elle baiser les mains. 
«Elle avoit le même accoustrement que quand elle 
«entra à Pampelune. Les jurades aussy avoient les 
« mesmes costumes qu en cette dite ville, mais avec 
« des parements de velours cramoisy. Je ne dis point 
« de l'affluence du peuple qui abordoit de çà et de là 
«pour la veoir de quinze lieues et plus; somme que 
« la reyne, parvenue à l'entrée du pont, qui est grand, 
« beau et de pierre, trouva un portail de toile peincte 
«en peincture seulement, au haut duquel estoit un 
«petit eschafTaud plein de hautbois et trompettes, 
«au-dehors quelques vers, à l'entour force lierre et 
« cyprès et grand may en forme de pyramide. Passant 
« ladite darne par dessoubs, elle fut couverte par les- 
«dits jurades d'un poille de velours cramoisy avec 
«franges d'or et armoiries de la ville, le fond dudit 
« poille de velours cramoisy à fond de toile d'or. Au 
« bout du pont estoient les armoiries et quelques vers 
«escritps, les mes toutes tendues et tapissées; elle 
« fut conduite à 1 église, de là à son logis où fut jouée 
«une petite comédie par des masques habillés en 
« pèlerins de S. Jacques qui Festoient venus accom- 



33 

« pagner, dansant avec sonnettes. La comédie esioit 
«des sept vertus qui composèrent un homme, et les 
«sept vices contraires le défirent et desinembrèrent. 
«Après souper, force torches et flambeaux avec une 
« infinité de peuple s'assemblèrent sur des eschaffauds 
«en la cour, les gentilshommes de la ville en deux 
« bandes, ayant chascune deux hommes portant flam- 
« beaux, vestus tous d'une parure et des couleurs de 
«leur partie, qui est oit Tune blanc et violet, Vautre 
«blanc et rouge; lesdits gentilshommes armés entre* 
«rent en combat un à un, la barrière entre deux, 
« premièrement à la pique cinq ou six coups, plus à 
«la masse autant, et autant à l'épée. Quand ils se 
« vouloient opiniastrer, y ayoienl gens qui les sépa- 
« roient; après tous combattirent ensemble desdifes 
« trois sortes d'armes, et le lendemain les taureaux 
« furent combattus et se fit sur la rivière un combat 
a à coups d'orange. 11 y avoit si grande masse de da- 
«mes, gentilshommes et peuple venus de Saragosse 
« et d'autres lieux que c'est incroyable. » 

Le voyage continua ainsi, et la reine arriva vers le 
28 janvier à Guadala jarra , où Philippe était venu la 
surprendre avec son fils, Don Carlos, Jeanne, sa fille, 
et toute sa cour. La ratification du mariage eut lieu 
à Tolède, et le cardinal de Burgos donna aux époux 
la bénédiction nuptiale le 2 février. Des fêtes magni- 
fiques accompagnèrent celle cérémonie. 

Comme on le voii, les Espagnols avaient dignement 
reçu leur nouvelle souveraine; et la jeune princesse 
devait sentir ses regrets s'effacer en voyant l'élan d'une 
nation qui saluait en elle le gage de la paix entre les 
deux peuples , qu'une si longue guerre venait de sé- 
parer. Une scène fâcheuse avait cependant éclaté au 

3 



34 

milieu de ces fêtes splendides, et fut la cause pre- 
mière de toutes les rivalités qui, comme nous le ver- 
rons, divisèrent par la suite les dames de la cour 
d'Elisabeth. En sortant de Pampelune, la reine offrit 
une place près d'elle à la comtesse d'Urégna, qui re- 
fusa; les litières de M Ue de Montpensier et de M me de 
Rieux suivaient celle d'Elisabeth, quand les gens de 
M m * d'Uregna s'avancèrent rapidement, heurtèrent 
brutalement ceux de M 110 de Montpensier et prirent 
son rang : il en résulta un désordre assez grand et 
des plaintes très vives. La reine intervint et fit dire 
à la comtesse : « Qu'il luy eût été très agréable qu'elle 
amontât dans sa ieitière, comme elle pou voit encore 
«le faire, mais qu'après cela, elle la prioit d'estre 
« contente que mesdites damoiselle et dame pour estre 
« princesses de son sang et de la maison royale, estran- 
« gères en ce pays et non ses sujettes, fussent estimées 
«et honorées comme il leur appartenoit*. » La com- 
tesse d'Uregna dissimula mal son dépit , s'excusa ce- 
pendant et promit de punir ses gens; .mais de ce 
moment elle commença à chercher les moyens de 
contrarier les dames françaises, et de mettre les cho- 
ses sur un pied qui devait, dans un temps assez court, 
forcer la reine à les sacrifier et k les renvoyer en 
France. Les tracasseries ne furent pas un des moin- 
dres ennuis de la jeune princesse, et la cause déter- 
minante des intrigues de cour qui ne cessèrent de 
l'importuner. 

La réception d'Elisabeth à Madrid fut vraiment 
magnifique; et si elle jugeait de son avenir par cette 
brillante et pompeuse préface, elle devait s'estimer 

1 Lettre de Lansac de Saint-Gelais aa cardinal de Lorraine. 



35 

heureuse de l'union à laquelle l'avait destinée U 
raison politique. Elle parut d'ailleurs éprouver ce 
sentiment; car, dès les premiers jours de son instal- 
lation, on la voit s'occuper uniquement des fêtes et 
des divertissements, dont le roi son époux avait garde 
de la priver. Elle était souvent dans sa chambre, 
«enfermée avec ses dames, qu'elle faisoit danser le» 
« unes après les autres, elle-même dansant plusieurs 
«fois, estant disposte et gaillarde qu'il es toit possi- 
«ble 1 .» Philippe lui plaisait beaucoup, malgré les 
méchants bruits qui avaient circulé au sujet de l'in- 
fant Don Carlos ; et le bon é véque de Limoges , dans 
sa correspondance , ne nous laisse aucun doute sur 
les intimes rapports qui existaient entre les deux 
époux. Au même moment, on s'occupait de com- 
poser la maison de la reine, où Ton devait conserver 
le moins de Français possible. Le comte d'Albe d'A* 
liste, beau-frère du duc d'Albe, nommé grand-maître; 
Frédéric de Portugal, grand-écuyer ; J. de Guzman, 
maître-d'hôtel; la comtesse d'U régna, cameraja-major, 
furent les premiers désignés. 

Une courte maladie vint interrompre un instant 
ces débuts; mais les fêtes et les tournois recommen- 
cèrent avec les jours gras, et nous sommes obligés de 
' reconnaître que dans les dépêches de l'ambassadeur 
de France, il est bien souvent question de D. Carlos. 
Carlos était boiteux, maladif, au point qu'on déses- 
pérait de lui, et Elisabeth lui témoignait en toute 
occasion des preuves continuelles sinon d'amour au 
moins d'un intérêt bien grand. Il ne faut pas cepen- 
dant en venir k adopter les hialveillantes conclusions 

t M. de Limoges au roi, 25 février 45GO. 



36 

de la plupart des historiens contemporains; car, en 
même temps, M. de Limoges parle à la reine-mère, 
« de Thonneste comportement de la jeune reine et du 
«contentement et satisfaction de son mary 1 .» 

L'organisation de la maison de la reine traînait en 
longueur, par suite de l'opposition qu'elle faisait à 
consentir à se séparer de ses serviteurs, et elle finit 
par dresser un état de ceux qu'elle voulait conserver 
malgré le comte d'Albe et la comtesse d'Urcgna : 

André de Vermont, second maître d'hôtel. 

Chevalier Salviati, de Vaulx, de Vasseur, d'Es- 
perney, Dupéron, gentilshommes de la bouche. 

Marquis de Bourdelan, premier écuyer ; de Lanial, 
de Ghaulne, écuyers d'écurie. 

Claude Gabelet, premier aumônier; trois chape- 
lains, dont un espagnol ; deux clercs de chapelle, et 
le père Consilii, confesseur. 

Trois secrétaires, dont un espagnol. 

J. Bnrgeois, premier médecin*; un second mé- 
decin; un chirurgien; un apothicaire. 

Six valets de chambre. 

Un tailleur-cousturier des habillements de la reyne. 

Le nain Montaigne. 

Trois huissiers de chambre; un maître et un valet 
de la garde-robe. 

t J'ai dit que la dot d'Elisabeth s'élevait à 400.000 écus au soleil 
(équivalant à 426.666 ducats et 2 / 3 ) ; Philippe les reçut presque comp- 
tant et constitua à la reine les domaines suivants» titre d'hypothèques : les 
villes de Soria, Molina, Aranda, Sepalveda, Canton, Alcaras, S. -Clément, 
Albarata, Villanueva-de-la-Para, Valladerey. Il fut en outre décidé que ia 
reine toucherait une somme de 55.605 ducats pour organiser sa maison, 
plus une rente annuelle de 60.000 ducats. 

2 Fils sans doute du premier médecin de François I er et frère de Jérôme, 
évéque de Chàlons- sur-Marne. 



37 

Deux tapissiers-brodeurs; un pelletier; un mercier; 
un passementier ; un orfèvre (Arnault Du verger). 

Le sieur de Bois vins, garde des dames «restant vieil 
«et marié.» 

Deux fourriers ( les maréchaux-dçs-logis étant es- 
pagnols). , 

Emery Tissart, trésorier de la maison. 

Daniel Durand, trésorier des menus plaisirs. 

Aignon Dufour, contrôleur. 

Six violons; un joueur de musette. 

Plus, un certain nombre de menus officiers de la 
fourrière, cuisine, paneterie, escbansonnerie «qui 
« connoissent Ion goût et façon de vivre. » 

Toutes ces petites difficultés s'aplanirent, en mê- 
me temps que la reine catholique prenait un assez 
grand ascendant sur l'esprit de Philippe, pour rendre 
de réels services à la cour de France, et occuper 
une certaine position dans la politique du moment, 
où de graves événements s'accomplissaient par suite 
des mouvements des religionnaîres en France, de 
l'insurrection d'Ecosse et de l'altitude de la reine 
d'Angleterre, hostile à François II, et qui faisait « sa 
patte de velours» à l'Escurial. Les Guise songeaient 
à resserrer encore plus étroitement les liens qui unis- 
saient la France et l'Espagne, et voulaient marier 
Madame avec le prince héréditaire; tandis que le 
prince de Portugal recherchait sa main ou du moins 
qu'on la recherchait pour lui. L'évéque de Limoges 
occupait alors une haute position à Madrid : non- 
seulement il était le représentant officiel de la France 
et l'agent des Guise, qu'il ménageait d'autant plus 
qu'il n'avait pas toujours été leur ami ; mais il servait 
aussi d'intermédiaire entre la reine-mère et sa fille, 



38 

voulant à tout événement se réserver une porte ou- 
verte en cas d'un accident, que rendait vraisemblable 
déjà la faible santé de François II. Il entretenait a ce 
titre une correspondance suivie avec Catherine de 
Médicis, et donnait de fréquents conseils k la jeune 
Elisabeth au milieu des intrigues de toute sorte et des 
tracasseries qui ne cessaient de l'importuner. Philip- 
pe II, cependant, écoutait volontiers sa femme et lui 
donna raison dans la petite dispute avecM me d'Urégna, 
malgré les efforts de celle-ci pour faite une question 
importante de cette insignifiante affaire. La comtesse 
ne se tint pas cependant pour battue ; mais Elisabeth 
fit intervenir le roi, et en triompha aisément. «La 
« reyne et le roy (écrit à Catherine de Médicis, un de 
«ses correspondants) ont tousjours continué en leur 
«bonne santé et façons d'amytié à l'a costumé, sinon 
«qu'il me semble qu'elle commence à prendre un che- 
«min de lui parler de ses affaires plus privement*.» 
Le même correspondant parle de l'infant D. Carlos, 
et laisse échapper à ce sujet cette phrase assez signi- 
ficative : « Je croye qu'il vouldroit être davantage sou 
« parent, * en ajoutant qu'ils passent leur temps cons- 
tamment ensemble à Madrid. J'avoue que je ne puis 
ajouter foi h. ces malveillantes allégations : Carlos avait 
quatorze ans, la reine n'en avait pas quinze, et il me 
semble beaucoup plus simple de voir dans cette phra- 
se une allusion au désir de l'infant d'épouser la sœur 
d'Elisabeth. 

Il résulte aussi de la correspondance de la reine avec 
sa mère qu'elle se plaisait en Espagne, et accueillait 
plus favorablement qu'au début ses nouveaux sujets; 

iDnff août 1560. 



39 

de plus, elle prenait goût à la politique et en parlait 
souvent. Dans une de ses lettres à Catherine de Me- 
dicis, elle s'expliquait très nettement sur les plaintes 
mal fondées de M Ue de Montpensier, et vantait le bon 
caractère de son grand-maître, le comte d'Àlbe; en 
même temps elle se plaignait avec une grande vigueur 
de ce que les Marseillais avaient prêté des bâtiments 
aux Maures pour venir sur les côtes d'Espagne, et 
priait sa mère «d'y foire mettre prompt remède 1 .» 
Les contemporains, cependant, affirment que la posi- 
tion de la reine à Madrid était assez pénible et celle 
de ses dames tout à fait désagréable; mais qu'elle 
se taisait de peur que ses plaintes ne fissent trop de 
bruit et qu'elle ne fut encore plus mal après. On ne 
peut trouver la vérité exacte dans la volumineuse 
correspondance que j'ai eu sous les yeux : toutes les 
dépêches, quelles qu'elles fussent, passaient entre 
les mains des Guise : il est facile de voir, en effet, 
qu'Elisabeth ne se laissait aller à aucune causerie 
îbtime, et d'un autre coté Catherine, à chaque ins- 
tant, loue la conduite des princes Lorrains et ap- 
prouve les mesures rigoureuses employées contre les 
religionnaires, quand on sait pertinemment qu'à celte 
époque elle penchait assez pour les princes de Bour- 
bon et les réformés, par dépit contre ses puissants 
rivaux. Du reste, l'entente eordiale entre les deux 
gouvernements , sans être moins solide ; n'était déjà 
plus aussi intime. Les Guise voulaient réunir un 
concile national à Paris, pour aviser aux moyens de 
réprimer l'extension des idées nouvelles; le Pape s'y 
refusait en décidant le renouvellement du concile 

1 Ou mois de septembre f560. 



40 

de Trente; Philippe H se prononçait énergiquement 
pour le Souverain Pontife et agissait près de Fran- 
çois II pour l'amener k son sentiment. Il lui envoya 
même un ambassadeur spécial, Don Antonio de To- 
lède; et un historien espagnol s'exprime ainsi au 
sujet de cette mission ; «Comme il y avoit alors en 
«France de grands troubles, causés par l'insolence 
« des hérétiques qui y étoient, et que ceux-ci dénian- 
te doient que les points contestés fussent jugés par un 
« concile provincial , le roi Don Philippe dépêcha 
«dans ce royaume Don Antonio de Tolède, afin 
«d'engager le roi François II à n'y pas consentir, 
« parce que les choses qui concernoient la croyance 
«universelle de l'Eglise, ne pouvoient être décidées 
«que par un concile général 1 .» Malgré les efforts 
intelligents de Févêque de Limoges ; malgré proba- 
blement les tentatives de la reine Elisabeth près de 
son mari, ce dernier demeura inébranlable dans son 
opinion, qui d'ailleurs était la seule raisonnable. 

En ce moment 8 la cour d'Espagne présentait le plus 
étrange spectacle : des rivalités de toute sorte, des 
jalousies, des tracasseries séparaient tous les seigneurs 
et y renouvelaient, presque chaque jour, des scènes 
fâcheuses. Le résultat fut le départ du duc d'Albe, 
que la jeune reine regretta beaucoup. A ce moment 
telle était souffrante, et l'on espérait que sa maladie 
n'était, comme le mande l'évêque de Limoges à la 
reine-mère « qu'une maladie de neuf mois. » Cathe- 
rine de Médicis en conçut une grande joie, s'em- 
pressa de transmettre à l'Anbespine des conseils qui 
devaient être donnés à Elisabeth, mais quon a le droit 

1 J. de Ferreras, Hist. gin. d'Espagne, XlVe partie, tom. IX, p. 422. 

2 Mois d'octobre 1 5 GO. 



41 

de voir avec étonnement passer par la bouche d'un 
prélat. «La chose du monde que je désire le plus, 
«lui écrit-elle, est de luy veoir ung enfant.» Mais 
ce n'était qu'une indisposition réellement passagère, 
dont la princesse fut promptement guérie, et qui 
servit à lui prouver encore davantage l'affection de 
son mari. «Il (le roi) fait bien office de bon maryj 
«car tant que j'ay eu la fièvre, il n'a jamais bougé 
«d'issy et ne l'a-l-on jamais çeu engarder qu'il me 
«vint veoir tous les jours, et depuis qu'il est à To- 
«lède, est venu trois fois. Je vous dirais comme je 
«suis la plus heureuse femme du monde et ne tiens 
«cet heur que de vous 1 .» Les querelles entre ses 
dames françaises seulement l'attristaient, principale- 
ment celles qui divisaient M raes de Clermont et de 
Vineulx. Catherine s'y intéressait grandement et 
adressait de vifs reproches à l'évéque de Limoges de 
lui laisser ignorer ces particularités, le prévenant 
«qu'elle a à Madrid des espions qui lui mandent 
<c tout ce qu'on y fait. » Puis, elle prend la plume et 
lui trace de main de maître une règle de conduite, 
que je crois trop curieuse pour la passer sous silence : 
«Madame, ma fille, j'é entendeu par d'aucouns qui 
«sont venus d'Espagne, commant vos femmes ne se 
« peuvent accorder ensamble, et que M mc de Vineulx 
«veultà toute feorce entrer en vos afaires; set que 
«je trove merveilleusement mauves, et voyre set 
«que je luy en mande et ausi a M me de Clermont. 
«Pour ce, suivez set que je vous dis au partir, car 
« vous savez comment vous y ymporteneret que Ton 
« seut set que vous avez; car set vostre mary le savest, 

1 Madrid, novembre 4560. 



42 

a aseurez-vous qui ne tous veoiret jeamès. Et aneore 
«que je panse qu'ele vous souit fidèle, si ay-se que 
« j'é entendu qu'el ayme fort la faveur et les byens; 
«et puisque sela ayst, l'on oublie quelque fouis set 
«que Ton douit k sa maistresse pour complère à 
«son maistre, qui a plus de moyen de lny en faire 
« que vous n'avez. Et aussy j'e houy dire à seus qui 
«aunt aysté auprès de vous que vous ne faystes cas 
ade pas henné de vos famés tant que de Vineulx, 
(( et que de ma cousine ni de M me de Clermont, ni 
(( même de sa mère, vous n'an tenez conte au prys 
ad'elle, si bien que tous les Àyspagnols et vostre 
« mary mesme s'en mosquent. Et de vray au lieu que 
» vous tenez et héou vous aystes, sela syet très mal et 
«monstre 4.rop de avoyr aneore de l'enfant, d'entre- 
« tenir et fayre cas devant lé jeans de vos filles. Quand 
a vous aystes seule en vostre chambre, an privé, pasez 
« vostre temps et vous jouays avecqnes aylles toutes, 
« et devant lé jeans faystes cas et bonne chère & vostre 
«cousine et, à M me de Clermont, et les entretenez 
((souvent, et croyez-les, car y sont touttes deux sages 
«et n'ément rien tant que vostre hauneur et vostre 
«contentement. Et se aultres jounes garses f jeunes 
«JîllcsJ ne vous pouvent aprendre que folye et sotti- 
«se. Pour ce faystes set que je vous mende, si vous 
« volez que je saye contente de vous et que je vous 
«ayme, et que je croye que me aymez comme de- 
«vez, vous aystant set que je vous suys, et^ie dési- 
« rant ryen plus en set monde que vous veoir si eu.- 
«reulse que gaie toutte vostre vye aystre contente: 
«set vostre bonne mère. Caterine.» 

On voit quel ton prenait la reine-mère quand elle 
écrivait à sa fille, et on est tenté de croire ce que dit 



43 

Brantôme, qu'elle la craignait tellement qu'il lui 
avait entendu dire «qu'elle ne reçut jamais lettre 
«de sa mère sans trembler eu l'ouvrant.» En même 
temps, l'évéque de Limoges intervenait directement 
dans cette grave affaire, parlant assez rudement a 
||me Je Vineulx, au point que celle-ci voulait re- 
tourner en France, ce qui désespérait Elisabeth. Le 
comte d'Albe voulait le renvoi de M m *de Germon l; 
les dames espagnoles intervenaient au milieu de tout 
cela, et cette réunion de conflits causait un état de 
choses qui menaçait de devenir intolérable , M me de 
Vineulx allant jusqu'à accuser M™* de Clermont 
d'avoir volé dix mille écus donnés par Catherine à 
sa fille. Ce fut alors au tour de M me de Clermont de 
voir sa position devenir impossible, bien que la reine 
tint plus qu'à toute autre à elle qui, par son rang de 
première dame, était dans sa plus étroite intimité. 
Le duc d'Albe parla au roi des inconvénients qu'a- 
mènerait un plus long séjour de la comtesse, et Phi- 
lippe U comprenant que son absence aplanirait toutes 
les petites questions de jalousies de cour, et en même 
temps rendrait plus espagnole sa femme, lui demanda 
le renvoi de sa première dame. Ce point une fois dé* 
cidé, il fallut prendre des ménagements pour couvrir 
la retraite de M rae de Clermont, qui était de la maison 
de Bretagne-Avaugour. 

La mort presque subite de François H vint arrêter 
ces petites négociations et donner de plus graves sou- 
cia aux hommes d'État. François II mort, le pouvoir 
échappait aux Guise pour retourner à Catherine de 
Médicis. Grande fut l'inquiétude à la cour de Madrid 
sur la direction qui allait être donnée aux affaires, 
d'autant plus que Philippe II professait une haine 



44 

implacable contre Antoine de Bourbon, roi de Na- 
varre, et ses frères, pour lesquels on savait que Ca- 
therine avait témoigné un vif intérêt lors de l'accu- 
sation capitale dirigée contre le prince de Condé, et 
qui lui eût été si fatale si François II eût vécu seule- 
ment quelques jours de plus. Et en effet, dès le 19 
décembre 1560, la reine mère rappelait à la cour 
les Bourbons et les vieux serviteurs de Henri II, mai» 
en même temps elle écrivait à sa fille pour lui pro- 
mettre la continuation de son amitié pour elle et son 
mari. Elle, ne dissimula pas dans sa lettre la satisfac- 
tion qu'elle éprouvait à reprendre les rênes du gou- 
vernement, et dit naïvement, en parlant du jeune 
Charles IX : « Y ni e si aubéysant et n'a nul comen- 
« dément que seluy que je luy permets. » Le même 
courrier portail ce billet à Elisabeth : 

« Ma dame ma bonne seur, je n'ay voulu perdre 
« l'occasion de ce courrier que la reyne ma dame vous 
« envoyé exprès, sans vous mander de mes nouvelles, 
«qui sont fort bonnes et vous asseurer toujours de 
« l'amitié que je vous ay promise, vous priant de la 
« croire et en asseurer bien le roy, monsieur mon boa 
« frère, auquel je désire la faire connoistre par tous 
« les moyens qui seront en ma puissance. Je remet- 
«tray le demeurant de mes nouvelles à la reyne, 
((madame ma mère, qui les vous fait entendre bien 
((particulièrement. Votre bon frère. Charles. » 

Elisabeth répondait aussitôt k son frère celte let- 
tre, que je trouve charmante de gentillesse et de 
délicatesse : 

((Monsieur, ma maladie a esté cause que je ne 
« vous ay pas escrit depuis la fortune qui vous a ve- 
rt neue en perdant le feu roy nostre frère. Si esse que 



45 

«je ne veux faillir, estant tous deux si fortunés, de 
« tous dire combien nous devons prier Dieu pour la 
«reyne nostre mère, qu'il luy plaise nous la garder; 
« et encor que je saiche que vous luy serez bien obéis- 
» sant 9 je vous ferès souvenir touttefois combien vous 
«la devez aymer et honorer, puisque vous luy estes 
« tenu de tout le bien et honneur que vous avez. 
«J'ay bien pris la hardiesse de vous le dire ainsy 
« m'assurant que vous ne trouverez rien mauvais de 
« vostre Jhme , et que, ayant changé d'estat, vous 
« n'avez point changé de volonté en mon endroit et 
« m'aymerez autant que vous avez accoustumé. De 
«quoy je vous supplie bien humblement et tenir 
«toujours en votre bonne grâce. Votre humble 
«sœur. Elisabeth.» 

m 

Elisabeth venait en effet de tomber malade de la 
petite vérole, et assez gravement pour qu'on crût 
devoir la faire administrer ) mais elle s'éiait remise 
promptement. Il n'était plus question alors à sa cour 
que des nombreux mariages qui se négociaient en 
l'air. Lies Guise voulaient unir Marie Stuart h l'infant 
Don Carlos, projet dont la pensée seule exaspérait 
la reine-mère; celle-ci songeait à unir Charles IX à la 
princesse d'Espagne, et Marguerite de France, sœur 
de la reine, avec le même Don Carlos, à la place 
duquel les princes Lorrains auraient accepté Don 
Juan d'Autriche; enfin M 11e de Montpensier épousait 
le comte d'Eu, fils du duc de Nevers, et rentrait en 
France, « qui ancore qu'elle soit bien alliée, n'a-t-elle 
«grant peine de laisser la reyne et la reyne elle 1 . » 
Catherine envoya alors à Tolède les portraits de Marie 

1 M"* de Clermont • la reine-mère. Tolède, 6 février 1564. 



46 

Stuart et de la jeune Marguerite, et Don Carlos, après 
les avoir regardés, préféra cette dernière, et s'écria : 
« Mas hermosa es la pequefia ! l » Ces portraits furent 
une grande consolation pour Elisabeth, qui souffrait 
réellement de son éloignement. Elle les fit placer 
dans son cabinet et passait des heures à les regarder. 
a Le so\t x quand elle a dit ses eures, après avoir fait 
arévérense à Dieu, elle ne faut jamais, an vostre 
«souvenance, de la fere à vostre peniure et après au 
«roy et aux os très*. » Elle s'était remise assez vite, 
comme je l'ai dit, de sa petite vérole; mais cette 
maladie avait laissé des traces qu'il fallait soigner 
avec les plus grandes précautions, ce qui du reste, 
nous dit Brantôme, eut un plein succès, «car les gens 
a d'église même ne la pouvoient regarder, de peur d'en 
« estre espris et en causer jalousie au roy. » Pendant 
toute cette maladie, Philippe II se montra le plus 
attentif des maris et Elisabeth le dit à sa mère. «Vous 
« dirès-je, madame, que sy ce n'estoit la bonne corn- 
et pagnie où je suis en ce lieu et l'heur que j'ay de 
« voir tous les jours le roy mon seigneur, je trouve- 
« rois se lieu l'un des plus fascheux du monde; mais 
«je vous asseure que j'ay un si bon mary et suis si 
«heureuse que, quand il le seroit cent fois davan- 
« tage, je ne m'y fascherois point. » 

A ce moment, Elisabeth était chargée par la cour 
de France de ménager le mariage de sa sœur avec 
D. Carlos, que la reine de Bohême recherchait pour 

1 La reine a la reine-mçre, février 4564 . — Il y avait aussi les portraits 
de Catherine, de François II, de Charles IX et de Henri III. 

2 Lettre d'un inconnu à la reine-mère, sans doute un de ses espions, 
•I er janvier -1561. Le correspondant y entre dans des détails de nature à 
prouver que le roi portait le plus tendre amour à sa femme. 



47 

sa fille. Catherine attachait une grande importance à 
cette union, au point même de consentir à lui voir 
épouser Marie Smart, plutôt qu'une étrangère. « Ne 
« perdez l'occasion ( mande- t-el le à sa fille) de guarder 
«qu'il ne soit marié à aullre femme que k vostre 
«sœur ou à vostre belle -sœur, et me semble que y 
«devez mestre tous vos sin son pour fayre l'ung ou 
«l'aultre mariage, car autrement vous seriez en dan- 
ccger d'estre la plus malheureuse du monde, si vostre 
« mary venoit à mourir, luy estant roy , comme yl 
«seroit, si n'a voit espousé quelque femme qui fust 
«ung vous-même, comme seroit vostre sœur.» En 
même temps, Catherine engage sa fille à se faire ap- 
puyer par la princesse d'Espagne, en lui promettant 
de lui faire épouser Charles IX. Elisabeth, compre- 
nant la vérité de ces objections, se décida, lors de la 
démarche de la reine de Bohême , à en parler à son 
mari, qui se contenta de lui répondre que D. Carlos 
était bien jeune et avait une bien faible santé. Avec 
Tévêque de Limoges, qui venait de passer plusieurs 
semaines éloigné des affaires, à cause d'une forte fiè- 
vre, Catherine est plus explicite qu'avec sa fille. Elle 
lui recommande de soigner le mariage de D. Carlos, 
mais surtout de rompre à tout prix celui manigancé 
par les Guise. Il y eut alors un système d'intrigties 
inextricables, chacun tirant k soi et tentant de réussir 
près de Philippe II, qui demeurait assez inébranlable, 
quoiqu'il ne cessât de protester de son dévoûment 
pour la France et de son affection pour sa belle-mère : 
on cherchait à se tromper avec assez de cynisrçie et à 
se dérober les dépêches qu'on écrivait; du moins, 
l'évéque de Limoges, se plaignant à la reine-mère 
des menées d'un certain religieux envoyé par le car- 



48 

dinal de Lorraine au prince d'Eboly, qui faisait bonne 
chère, dépensait beaucoup d'argent et expédiait force 
courriers, lui dit, tout franchement, qu'il a séduit l'au- 
bergiste chez lequel il logeait, «mais qu'il luy a esté 
«impossible de recouvrer ses lettres 1 .» Catherine, 
chaque fois qu'elle écrivait à sa fille, lui recomman- 
dait ce mariage, allant jusqu'à dire que c'était le seul 
moyen que son amitié ne diminuât pas pour elle; 
elle la prie aussi d'intervenir pour obtenir que Phi- 
lippe indemnisât le roi de Navarre, dont elle avait 
besoin, et qui depuis longues années était dépouillé 
d'une partie de ses états, et enfin la prévient qu'elle 
va rappeler M mc de Clermont, dont les allures lui dé- 
plaisent, et qu'il faudra la remplacer par M mc de Vi- 
neulx. Il est curieux d'étudier ce caractère vraiment 
extraordinaire de Catherine de Médicis qui, h une 
époque où elle avait tout à reconstituer en France, à 
ramener les Bourbons, à éloigner les Guise, à écraser 
les protestants, ne s'en occupe pas moins des plus 
petits détails de la cour de Madrid, et ne veut perdre 
aucune des prérogatives de son autorité maternelle : 
elle met avec un grand soin sa fille au courant de tout 
ce qui se passait en France. Vers le milieu de l'année 
1 561 , elle ne parle presque plus des négociations 
relatives au mariage, songeant uniquement à pro- 
curer quelques adoucissements à la position équi- 
voque du roi de Navarre. On a beaucoup parlé des 
ruses de Catherine, et l'on n'a pas manqué de ranger 
parmi ses intrigues les promesses qu'elle faisait alors 
k Antoine de Bourbon, de solliciter près de Philippe 
un dédommagement à l'usurpation dont il avait été 

i DoH mars 4564. 



49 

victime. Toutes les lettres de la reine-mère en Es- 
pagne sont remplies de recommandations pressantes 
à ce sujet; ce n'est pas sa faute si elles sont demeu- 
rées sans effet. Il est certain qu'elle aimait peu le rot 
de Navarre; mais le besoin qu'elle avait de lui, rendait 
ses protestations sincères. D'ailleurs elle ne dissimulait 
pas les motifs qui la faisaient agir, et ces motifs subsis- 
tèrent jusqu'à la mort d'Antoine. Mais il y avait à 
Madrid un homme qui, malgré ses apparences toutes 
contraires, gênait fortement les démarches de la reine- 
mère, qui l'obligeait à prendre des précautions infinies 
dans sa correspondance, et dont elle n'osait pas encore 
se débarrasser: c'était l'évéque de Limoges, créature 
des Guise, et qui entravait tout par sa duplicité ha- 
bile. 11 répandait, tout en se cachant soigneusement, 
les bruits les plus étranges; au point, qu'une fois, la 
reine-mère dut écrire à sa fille, pour l'assurer qu'elle 
continuait à aller à la messe et que le jeune roi ne 
pétochait nullement pour les idées nouvelles. Ce ne 
fut qu'au mois d'août que Catherine commença à 
être rassurée pour les affaires de par delà les Pyré- 
nées, quand Marie Stuart se fut enfin embarquée 
pour regagner son royaume d'Ecosse, et rendit au 
moins invraisemblable , par son éloignement , toute 
pensée de mariage avec ce pauvre Don Carlos, qui 
préoccupait si vivement la reine depuis près d'un 
an. Mais aussi les relations avec la cour de Madrid 
devinrent moins intimes. Elisabeth demeura beau- 
coup plus isolée : M me de Clermont et M lle de Mont- 
pensier l'avaient quittée, et elle ne recevait que rare- 
ment des nouvelles de France. Au printemps de 1 562, 
Catherine se décida à rappeler Sébastien de l'Aubes- 
pine, qui déplaisait fortement au roi de Navarre. Ne 

4 



50 

voulant pas, cependant, que ce rappel eût l'air d'une 
disgrâce, elle saisit le prétexte de la mauvaise santé 
de l'évéque de Limoges, quoiqu'il assurât pouvoir 
comme à l'ordinaire vaquer à ses affaires, et nomma 
à sa place Jean Evrard de Saint-Sulpice, ami de l'Au- 
bespine, homme nouveau et sans antécédents, mais 
qui ne voulut pas accepter sa mission sans l'assenti- 
ment de son prédécesseur 4 . Cet agent diplomatique 
fut parfaitement accueilli en Espagne, ainsi qu'on le 
voit par ce billet d'Elisabeth à sa mère : « Vous n'eus- 
usiez sceuanvoyer personne qui eustesté plus agréa- 
it ble au roy mon seigneur que luy. Et quant à moy 
« j'ay esté bien ayse de sa venue, et puisqu'il sait si 
«b en le chemin d'Espagne, je vous supplie ne luy 
(ileisser oublier. Il vous dira là où il m'a trouvée, 
« quand il est venu prendre congé de moy, et comme 
« nous vous y souhestions ; et pour ce qu'il vous dira 
«bien au long tout ce qu'il vous plaira savoir, et 
«combien le roy mon seigneur est bon mary, cadil 
« en est témoing *. » 

A cette époque, un événement qui avait failli avoir 
les plus tristes conséquences, était venu attrister la 
cour. Un jour, étant à l'Université d'AIcala, D. Carlos 
tomba, en courant, du haut d'un escalier, et se heurta 
violemûient la tête au point de perdre connaissance. 
Au bout de quelque temps, cet accident parut de- 
voir prendre un caractère plus grave qu'on ne l'avait 
d'abord pensé ; on trépana le pauvre prince, sans trop 
de raison, et on lui augmenta ainsi la fièvre, qui de- 
vint très inquiétante. Philippe II fut appelé en toute 
hâte et arriva précisément comme les gens de l'art ne 

t AvriH5G2. 

i De Madrid, 20 octobre 4562. 



51 

conservaient plus aucune espérance. Le prince re* 
convra cependant presque miraculeusement la santé, 
car ce fut après l'avoir revétn du linceul de saint Diego 
en désespoir de cause, qu'un mieux sensible se fit sen- 
tir f . Don Carlos se remit en quelques jours, et aussitôt 
le roi poursuivit, près de la cour de Rome, la cano- 
nisation régulière du Bienheureux qui venait de 
donner une preuve si éclatante de la puissance de 
son intercession. Ce prince ne revint du reste à la 
vie que pour chagriner étrangement son père. D'un 
caractère fantasque, violent, même cruel, il ne sup- 
portait aucune résistance, aucune contradiction: la 
cour était tous les Jours témoin de quelqu'un de ees 
actes d'emportement sauvage, dont l'historien Ferre- 
ras nous trace le plus triste tableau. Philippe sup- 
porta long-temps ces excès; mais, k la fin, son fils 
ayant voulu quitter l'Espagne pour aller épouser 
l'archiduchesse Anne, fille de l'empereur Maximt» 
lien, le roi dut le faire arrêter et garder à vue. Doa 
Carlos ne supporta pas long-temps cette servitude: 
il se soumit k un régime déplorable pour une santé 
aussi délabrée que la sienne, demeurant quelquefois 
plusieurs jours sans prendre de nourriture, d'autre- 
fois mangeant avec énormité; il contracta bientôt 
une grave maladie, qui l'emporta le 24 juillet 4568. 
Un assez grand nombre d'auteurs ont accusé Philip- 
pe II d'avoir contribué à la mort de son fils; mais 
une accusation aussi odieuse doit être soigneusement 
écartée. 

Comme on peut le penser, cette succession d'évé- 
nements, jointe aux préoccupations des expéditions 

1 J. de Ferreras, tome IX, p. 458. 



52 

d'Afrique, avaient singulièrement attristé la cour. 
Elisabeth avait été peu à peu séparée de quelques- 
unes de ses femmes, de la plupart de ses serviteurs : 
désirant ardemment avoir une entrevue avec sa fa- 
mille, elle s'était vue refuser jusqu'à cette légitime 
distraction. Elle passait ses journées presque seule, 
tantôt à Tolède, tantôt h Madrid, tantôt à l'Escurial, 
que son mari venait de fonder, tandis que Philippe II 
était absorbé par la guerre contre les Maures, et les 
préoccupations de la politique et des questions reli- 
gieuses, qui s'aggravaient chaque jour. A la fin, Eli- 
sabeth obtint cependant, et à l'aide encore de cette 
même politique qui attristait tant sa vie, cette entre- 
vue trop long-temps attendue. Elle eut à s'occuper 
d'abord d'obtenir de Charles IX la translation de Saint- 
Denis à Tolède du corps de saint Eugène, que le cha- 
pitre de cette ville désirait, le considérant comme son 
premier évéque. Charles IX accéda a la demande de 
sa sœur, x malgré la résistance du. cardinal de Lorraine, 
abbé de Saint-Denis, et lui annonça en même temps 
qu'il allait se rendre avec sa mère à Bayonne, pour 
conférer avec elle sur les mesures à prendre contre 
les hérétiques qui se multipliaient et gagnaient cer- 
taines provinces d'Espagne. La jeune reine ne se fit 
pas prier pour accomplir ce voyage; et quittant son 
mari, qui ne pouvait s'absenter en ce moment, elle 
partit le 8 avril 1 565 , accompagnée de Jean de Man- 
rique, son premier majordome, des ducs d'Àlbe, 
d'Ossana et de l'Infantado, du cardinal de Burgos, 
des évoques de Pampelune et de Calahorra, et d'une 
cour nombreuse. Catherine de Médicis traversa la 
Bidassoa, et l'entrevue des deux reines fut des plus 
touchantes, au dire d'un contemporain. Charles IX 



53 

ne chercha, pas à dissimuler la joie qu'il éprouvait à 
revoir sa sœur; et cette dernière, heureuse de fouler 
encore une fois le sol de sa patrie, vint à Bayonne, 
eu se donnèrent les fêles les plus brillantes. La cour 
logea à l'Évêché ; Elisabeth s'installa dans une maison 
voisine, qui communiquait avec le palais par une 
galerie couverte et bâtie exprès. Au milieu des bals, 
et des tournois, cependant, s'ouvrirent des confé- 
rences sérieuses; mais rien ne fut conclu, la jeune 
reine ne voulant pas s'engager sans l'assentiment du 
roi. Philippe était probablement demeuré en Espa- 
gne, pour laisser ces négociations dans le vague et ne 
pas avoir à combattre en face les projets de Cathe- 
rine, qui supportait difficilement la contradiction. 
On se décida néanmoins des deux côtés à poursuivre 
avec encore plus de sévérité que par le passé les 
prétendus réformés. On parla aussi des mariages de 
Don Carlos, qui vivait encore alors* avec Marguerite, 
sœur de la reine Elisabeth, et de Charles IX avec 
l'infante Jeanne, qui aurait eu les Flandres* en? dot ;. 
mais aucun de ces projets n'eut de suite. 

Elisabeth quitta Bayonne après un se jour de- trois 
semaines et revint à Madrid, où son mari lui témoi- 
gna beaucoup de joie de la revoir. Pendant les confé- 
rences, le duc d'Albe avait demandé à Charles IX, 
au nom de son maître, le retrait de la permission 
donnée aux hérétiques de se rassembler dans les 
villes françaises; mais les conseillers du jeune roi ne 
voulurent pas, à cet instant, consentir à un tel acte 
de rigueur. Phili ppe, alors, demanda et obtint à Rome 
la séparation des provinces de Biscaye et de Guipus? 
coa, qui relevaient encore du diocèse de Bayonne 
pour le spirituel, et fit parvenir au Pape de nou- 



54 

velles protestations en faveur du concile de Trente, 
auquel la France se montrait toujours assez hostile. 

En résumé, les relations entre les deux couronnes 
furent loin de gagner en intimité à l'entrevue de 
Bayonne. Les deux cours demeurèrent assurément 
en bons termes , mais avec une nuance de froideur 
qui n'échappait à personne. Personne non plus n'i- 
gnorait les efforts que Catherine de Médicis avait 
faits pour agir sur sa fille; mais forcée de reconnaître 
qu'Elisabeth était ouvertement attachée à la poli- 
tique de son mari et de son pays d'adoption , elle ne 
put ni ne sut lui dissimuler son profond mécontente- 
ment. La mère et la fille se quittèrent peu satisfaites, 
l'une de voir ses projets dérangés et son influence 
amoindrie; l'autre en reconnaissant que la reine- 
mère ne voyait en elle qu'un instrument, et que 
son affection dépendait principalement des services 
qu'elle pouvait rendre. Le retour d'Elisabeth fut 
assez triste ; elle comprenait qu'elle avait creusé un 
abîme entre les deux pays, et qu'elle ne devait plus 
chercher de bonheur que dans cette cour de Madrid, 
qui lui inspirait si peu de sympathies et lui offrait si 
peu de ressources. 

L'année suivante, Elisabeth accoucha, le 12 août, 
d'une fille, qui fut nommée Elisabeth, du nom de sa 
mère; Claire, à cause du jour de sa naissance, et 
Eugénie, à cause du saint dont la reine avait de- 
mandé les reliques en France *. Elle eut une se- 
conde fille, nommée Catherine, et qui naquit le 10 
octobre 1567. Enfin, en 1568, elle était grosse de 
nouveau; cette fois elle fut assez gravement malade; 

1 Ferrera*.— Cabreras.— Calmen are i, But. (USégovti. 



55 

traitée par des moyens trop violents, elle fît une fausse 
couche au mois de septembre, à Madrid; prise aussitôt 
par une forte fièvre maligne, elle expira le 3 octobre, 
à l'âge de vingt-trois ans. Cette princesse fut univer- 
sellement regrettée : d'un caractère doux, aimable et 
bienveillant; douée de qualités sérieuses, qui se dé- 
veloppèrent rapidement quand elle eut secoué le joug 
que lui imposait Ja tutelle de sa mère, elle avait su 
prendre une solide position à la cour, et avait plu à 
cette noblesse chevaleresque, mais susceptible , qui 
avait vu avec un profond étonnement et une certaine 
défiance une fille des Valois venir s'asseoir sur le trône 
de ses rois. Le chagrin que Philippe II ne pouvait pas 
cacher est une réponse suffisante aux accusations ca- 
lomnieuses que les écrivains ne manquèrent de ré- 
péter k cette occasion, eomme pour la mort de Don 
Carlos. 

Le corps d'Elisabeth, revêtu de l'habit franciscain, 
fut déposé dans le couvent des Carmes déchaussés, et, 
k service fut présidé par l'évéque de Cuença. 



56 



BÉRENGER DE PALAZOL (1150). 



Par M. H* AMjAWLT, membre résidant. 



I. 

rarroi les nombreux troubadours que le Roussil- 
Ion a produits, il en est deux surtout, Guillem de 
Cabestanh et Bérenger de Palazol qui, par le nombre 
cl le mérite de leurs poésies, peuvent honorablement 
soutenir la comparaison avec les Bernard de Venta- 
dour et les Arnaud Daniel, et produire leurs chan- 
sons parmi les plus gracieuses créations de la muse 
romane, à 1 époque de sa jeunesse et de sa plus noble 
pureté. Les deux poètes Roussillonnais n'eurent que 
leur épée pour toute fortune; mais, quoique braves 
tous les deux, ils laissèrent à Bernard -Arnaud de 
Monteuc et à Bertrand de Born les chants de guerre 
et l'arme déjà sanglante de la satire, et, ne regardant 
que l'amour comme essentiellement poétique et es- 
sentiellement fait pour être chanté, ils demandèrent 
à la galanterie chevaleresque ses plus délicates inspi- 
rations. Il règne dans les couplets de Cabestanh cette 
teinte mélancolique, accent de la douleur intérieure, 
que Ton retrouve dans la poésie religieuse et mystique 
des Arabes et des Castillans, et qui semble annoncer 
les brûlantes contemplations de Dante, tandis que la 
grâce et l'enthousiasme respectueux de Palazol font 



57 

pressentir la tendresse suave et chrétienne de Pé- 
trarque et d'Ausias March. Mais ces nuances sont 
peu tranchées dans nos deux troubadours. A ta saison 
des fleurs, ils chantaient sous le même ciel et avec un 
égal talent, les accents plaintifs et les douces inquié- 
tudes de leur cœur. Il semble aussi résulter de cer- 
tains documents, que cette Ermessende, qui faisait 
trouver de si bonnes chansons à Bérenger, aurait épouse 
le frère de Sau ri monde, la sensible châtelaine pour qui 
Guillem de Cabestanh brûlait d'une flamme si vive et 
si bien partagée. Si le fait était vrai , les deux trou- 
badours, qui étaient déjà si rapprochés par le lieu de 
leur naissance * , l'auraient été bien davantage par les 
liens de famille qui unissaient leurs dames; et, du haut 
des tours de Castell-Rossellô, où Guillem fo noyritz 
enfans dans l'art d'aimer et de trouver, le jeune écuyer 
dut porter bien des fois ses regards sur l'autre rive de 
la Tet, vers le tertre de Torrellcs et le château de 

I La patrie de 6. de Cabestanh a été l'objet de longues controverses, ter- 
minées , a ee qu'il semble , par les documents indiqués par M. Puiggari, 
et surtout par le testament d'Arnaud de Cabestanh , père du troubadour, 
et seigneur du fief de Cabestanh, situé à une lieue de Perpignan (Cartulmro 
du Temple, fol. 44 ). La fable si long-temps accréditée sur la fin tragique 
du poète roussillonnais, quoique rejetée par M. Henry (Le Guide en Roussit- 
Ion, pag. 437) qui s'en était si vivement constitué le défenseur, vient 
d'être encore répétée par un écrivain qui ne connaissait pas sans doute les 
travaux de M. Puiggari , puisqu'il n'a tenu aucun compte de ses décou- 
vertes. (La Presse Littéraire, n° du 45 février 4854. ) 

II est inoins difficile de découvrir la patrie de Bérenger dont le nom, 
Palazol, Palasols ou Pallol , en latin Palatiolum, s'applique à différents 
domaines et villages situés aux environs d'Elnc, de Céret, d'Arles, etc. Ce- 
nom se retrouve aussi , transformé en Palan , dans la Cerdagne et à Fines- 
tret. Bérenger était originaire du fief de Pallol, ancienne villa située dans 
le voisinage et à l'ouest d'Elne , le seul domaine de ce nom que Ton trouve 
dans Y ancien comté de Roussillon. Une charte de 916 l'appelle fallot 
d'amont (villare PalatioUm tuperierem. Marca, 66 ). 



58 

Petralata, où Bérenger cherchait aussi des yeux l'objet 

de ses amours, 

Manihas sazos que de vos me sove, 

B vir mos huelh devas vostre repaire. (Béb. cans. VI. ) 

La parenté des deux châtelaines n'a pas été suffi- 
samment établie ; mais il semble que ces rapproche- 
ments auraient dû rendre inséparables les noms des 
deux troubadours et leur faire partager la même célé- 
brité. Loin de là, tandis que Guillaume de Cabestanh, 
grâce à un récit romanesque, dont l'impossibilité his- 
torique a été surtout démontrée par la persévérante 
érudition de M. Pniggari, donnait lieu h d'innom- 
brables dissertations, et obtenait, à l'occasion de ses 
fabuleuses infortunes, les éloges de tous les critiques 
qui se sont occupés de la littérature méridionale, le 
nom de Bérenger était à peine cité par de rares éru- 
dits, qui se bornaient à louer la douceur de sa poésie, 
la tendresse de ses sentiments, et, sous prétexte que 
ses vers n'offrent rien de particulier, les laissaient ense- 
velis dans les manuscrits ou dans le silencieux recueil 
de Raynouard. 

Bérenger de Palazol ne peut que gagner h se pro- 
duire. Il n'a chanté que l'amour, comme on le chan- 
tait au xn e siècle : l'idolâtrie qu'il voue à sa dame n'est 
pas une de ces passions nées du délire des sens; c'est 
un enthousiasme respectueux qui relève l'objet aimé, 
le divinise et se plaît à le parer de toutes les perfec- 
tions. Le changement des mœurs et des idées a bien 
affaibli le sentiment d'admiration qui transportait nos 
pères à cet égard. De même que nous avons cessé de 
prendre autant d'intérêt aux prouesses des paladins,, 
nous ne sommes guère touchés non plus par la délU 



59 

catesse fastidieuse des chevaliers-troubadours, ni par 
l'interminable répétition des charmes et des rigueurs 
d'une maîtresse, peut-être idéale, et en tout cas in- 
connue k nous. Mais ces défauts, qui rendent à peu 
près illisibles les sonnets italiens des trois derniers 
siècles, ces sons mélancoliques, monotones et inin- 
tellectuels qui indiquent si peu de douleur et de 
sentiment réel dans le poète, se laissent à peine de- 
viner chez les troubadours du xu e siècle, et ne se 
montrent nulle part dans les poèmes galants de Pa- 
lazol. Ce n'est pas non plus une de ces imaginations 
emportées , 

Qui per escalf (rtspassen veritat , 

comme dit Àusias March ; c'est un tendre génie qui 
chante ce qu'il éprouve, dans une langue énergique 
et polie, avec ce goût, qui, sans atteindre encore à 
la pureté classique, recherchait au moins cette grâce 
qui s'allie si facilement au naturel et à la vérité des 
sentiments. 

Une traduction ne peut que détruire les beautés 
d'une versification, dont le mécanisme surpasse en 
raffinements et en difficultés celui de toutes les poé- 
sies modernes de l'Europe. Cependant, nous ne pou- 
vons nous empêcher de donner ici la seconde des 
chansons de Bérenger de Palazol, pour justifier les 
éloges que nous venons de lui donner. 

« De la seule merveille que l'on ait vue , et pour qui nuit et jour 
« je veille , je pense et je soupire , je veux m'éloigner, si mon cœur 
• veut me suivre, bien décidé à ne plus revenir en sa présence ; car 
« elle a long-temps nourri mes espérances par beaux semblants, mais 
« ses réponses sont si cruelles pour moi , qu'elle n'a jamais voulu 
« écouter ni mes prières ni mes soupirs. - 



60 

« Jamais mes yeux ne reverront les siens, s'il ne lai plaît de me 
« mander auprès d'elle ; car plus je la vois, plus mes désirs me tuent, 
« et plus je l'aime, plus je cours à ma perte. Mais dès que je ne I*. 
« toîs plus , je me trouble , je languis , rien ne me sourit plus dans 
« l'univers, et peu s'en faut que je ne cesse d'entendre et de voir. 

m Ah ! belle dame , noble et douce personne , de beaux semblants 
« et de gentil accueil ! à peine sais-je prendre un parti ; dois-je vous 
« voir ou non , revenir à vous ou vous fuir? Je n'ai savoir ni esprit 
« qui me vienne en aide, et je suis entré si profondément dans votre 
« amour, que je ne sais par où j'en pais sortir. 

« Et cependant, si je voyais en vous envie ou volonté d'accorder. 
« la moindre faveur à l'amour que j'éprouve pour vous , c'est bien 
« on mal dont je ne voudrais jamais guérir. Mais je l'attends en- 
« vain de vous. C'est donc au vrai Dieu que je me confie; je me 
« sépare de vous , et ce n'est pas de mon propre gré , car rien sans 
« vous ne peut me donner le bonheur, et vous voyez. si je peux m'en 
« séparer avec joie. 

« Vous savez que je vous aime sans tromperie ; mais je vous suis 
« encore bien plus fidèle que je ne saurais le dire, et, puisque mon 
« destin dépend de vous seule, Madame, qui pouvez me faire vivre 
« ou mourir, daignez au moins m'accorder assez de pitié pour sou- 
« tenir mon cœur qui me manque, fuit et se fond, car je ne sais où- 
« chercher du secours &i vos rigueurs me font mourir. » 

Au risque de passer pour téméraire , nous oserons 
rappeler que plusieurs sentiments exprimés ici par 
Bérenger, se retrouvent dans Pun des chefs-d'œuvre 
de la poésie lyrique des Grecs, dans Iode sublime où 
Sappho peint en traits de flamme les transports de sa 
passion. La strophe finale de la jeune fille de Lesbos 
est admirablement reproduite par ce vers rapide, où: 
le troubadour semble avoir épuisé toutes les res^ 
sources de sa langue monosyllabique : 

Dona , que l cor que mfalh e mfug e m fon> 
Me sostenguatz, etc. 



61 

11 n'est pas besoin d'ajouter que nos poètes du xn* 
siècle n'avaient aucune notion de l'antiquité classi- 
que ; et la seule conclusion que nous voulions tirer de 
ces analogies, c'est que Bérenger de Palazol puisait 
ses sentiments dans la nature, sentiments de tous les 
temps et de tous les pays. 11 serait donc facile de 
prouver par des citations que ce troubadour occupe 
un des premiers rangs dans la poésie amoureuse du 
xn e siècle. Mais ce n'est pas sous ce rapport qu'il nous 
intéresse le plus; et peut-être n'aurions-nous pas pris 
la plume à son occasion, si la plupart des critiques 
qui ont parlé de lui n'avaient reculé d'un demi-siècle 
trop tard l'époque où il florissait. Cette erreur n'est pas 
sans importance pour l'histoire littéraire du Rous- 
sillon; et, si nous parvenons à la détruire, il en ré- 
sultera que le mouvement intellectuel et poétique 
de notre province , attribué généralement à l'exem- 
ple et à l'influence d'Alphonse d'Aragon, remonte au 
moins au commencement du xn e siècle, et se dé- 
veloppa surtout par les encouragements de l'avant- 
dernier comte de Roussi lion. 



II. 

Dom Vaissète (Hisi. du Languedoc) met Bérenger 
de Palazol au nombre des troubadours qui fleurirent 
sous Raymond V , comte de Toulouse. Ginguené * le 
fait mourir vers la fin du xn° siècle; M. Puiggari 1 
le dit contemporain de Guillem de Cabestanh, et 
M. Henry ' le déclare postérieur à ce troubadour, 

i HUt. lUtér. de la France, tom. XV, pag. 443. 

s Anmawe de 4834, pag. 440. 

3 Bis t. du Routsillon, tom. I , pag. lv. 



62 

qui vivait encore et guerroyait en 1212. M. Puiggari 
cite seul, à l'appui de son opinion, quelques docu- 
ments qu'il est facile de faire accorder avec celle que 
nous avons émise nous- même. Voici, d'abord, com- 
ment s'exprime une ancienne notice romane qui 
précède les chansons de Palazol , dans les manuscrits 
de la Bibliothèque Impériale : % 

« Bérenger de Palazol fut de la Catalogne , de la terre du comte 
« de Roussi lion. Ce fut un chevalier sans Fortune, mais distingué par 
« ses talents, instruit et plein de bravoure. Il composa de bonnes 
« poésies, et chanta N' Ermessen d'Avignon, femme d'En Àrnaot 
« d'Avignon , qui était fils de Na Maria de Peiralata t. » 

La maison A'Avinyo, Tune des plus distinguées de 
la Catalogne, est connue, dès le xu e siècle, par un 
Maître qu'elle donna à la Milice du Temple. Une bran- 
che de la famille nobiliaire tfAvinyo vivait à Elne au 
xiv* siècle, et à 111e dans les deux siècles suivants. 
Un de ses membres était abbé de Jau en 1539. Quant 
à la famille de Péralada, étrangère, selon nous, à la 
ville de ce nom, située en Àmpurdan*, elle parait 
d'origine roussillonnaise, et doit son nom au château 
de Petralata, ou château de Tor relies*. Il résulte 
des documents indiqués par M. Puiggari, qu'en 1 201 , 
une dame, portant le nom de Marie de Péralada, 

1 Raynooard , Choix , etc. — Les expressions dont se sert le biographe 
« Berengiers de Palazol ri fo de Cataloijna de la terra del Comte de Rossil- 
« Ion » rapportent l'existence du poète au temps des comtes particuliers du 
RoussiUon , dont le dernier mourut en M 75. 

* Les vicomtes de Rochaberti étaient seigneurs de cette ville. 

3 Le bailliage de ce château fut iuféodé à Àrnald Àmilot de Torrelles par 
Ermeugaud de Org , le 4 b des calendes d'août 4 237. « Bajutian konorum 
• que... pertinent ai Castrum nostrum qui vocatur de Petralata quod eet in 
« terminis et m adiacencia Sancti Jatiani de TurrUlie, etc. » 



63 

vendit ce château à sa fille Sauriinonde , femme de 
Raimond de Castell - Rossello (Archives du Domaine, 
liasse, tit. 154), et cette même Saurimonde — Souri- 
manda JUia Domine Marie de Petralata — se constituait 
vassale de Pons de Vernet en 1 2 1 (Ibidem, tit. 229). 
Ces documents, joints à deux actes de Tan 1207, sur 
lesquels figure le nom de Bérenger de Palatiolo (Car- 
tulaire du TempleJ ont paru suffisants à M. Puiggari 
pour déclarer que le troubadour Bérenger était con- 
temporain de Guillaume de Cabestanh. 11 se peut, en 
effet, que Bérenger fût encore vivant en 1207, et 
qu'il ait été à ce titre contemporain de Cabestanh: c'est 
tout ce qu'a voulu dire M. Puiggari, nous en sommes , 
convaincu. Maip, comme troubadour, Guillaume de 
Cabestanh a été précédé de ving-cinq ans au moins 
par Bérenger, qui brillait déjà de tout son éclat avant 
1150. Qu'il chantât, dès cette époque, l'épouse d'Ar- 
naud d'Àvinyo, c'est ce que nous ne saurions ni dire 
ni penser; et, en admettant que cette Marie, dont 
parle le biographe provençal, soit la même que celle 
dont le nom se trouve sur nos parchemins, sa belle- 
fille figurerait une des dernières, dans l'ordre de date, 
sur la liste des amours du poète. Quoi qu'il en soit, 
Bérenger ne nomme Ërmessende dans aucune des 
chansons qui restent de lui. Dans une seule pièce, 
il nomme l'objet de ses chants, qu'il appelle Marie; 
mais quelques passages prouvent assez que Bérenger 
ne débutait pas alors dans la carrière poétique, et 
qu'avant d'accorder à Maria 

Laflor de la cortesia, 

le galant chevalier avait adressé ses hommages à bien 
d'autres dames, qu'il avait eu déjà le temps d'oublier : 



64 

Per vos ai oblidat , 
E non per autra re , 
Tôt quant avi' amat 
Que de pauc m'en sovc ; 
Si ai per vos camjat, 
Camjatz, Dona, per me 

Rostre cor abdurat. 

Chansos , a Na Maria 
Vai dir quieu chantaria , 
S'ieu en sabi aver grat. 

Mais il existe dans les chansons mêmes de Bérenger 
une indication autrement importante, qui suffit pour 
déterminer l'époque où il florissait, et qui, par un 
hasard assez difficile à comprendre, semble avoir 
échappé à l'attention de tous ceux qui se sont occu- 
pés de lui. Nous voulons parler de l'envoi de la chan- 
son, qui commence avec tant de grâce et de mouve- 
ment : 

S'ieu sabi* aver guidardo 

De chanzo, si lafazia, 

A des la corne nsaria 
Cunhdeta de motz e de so , etc. 

En voici le dernier couplet : 

« Ici finira ma chanson , et je ne veux pas qu'elle soit plus longue, 
« car elle serait apprise avec plus de peine par mon Seigneur, et ses 
« compagnons , le comte Jaufre , que Dieu protège ! Il est plein de 
« talents et de connaissances , et fait tant d'actions nobles et coura- 
« geuses^ue les médisants même ne pourraient l' incriminer. » 

Aissi finira ma chanso, 

S no vuelh pus longa sia , 

Que pus greu la 'n apenria 
Mo Senher, e siejr companho , 
Lo Coms Jaufres , que Die us ampar, 
Quar es adreitz e conoissens, 



65 

E fay tans de ricxfaitz valais , 
Lauzengiers no '( pot encolpar. * 

Le comte Jaufre, seigneur de Bérenger de Palazol, 
ne peut élre que Jofre ou Gausfred III, comte de 
Roussi] Ion dès Tan 1113, et mort seulement en fé- 
vrier 1164 fMarca, n° 443). Dans cette longue exis- 
tence, marquée par tant de désordres et de ruines, 
il est cependant possible de préciser, entre Tan 1145 
et Tan 1150 environ, 1 époque si digne d'intérêt, où 
le comte Jofre et sa petite cour apprenaient les chan- 
sons du poète-chevalier. On sait, en effet, que vers 
Van 1151 , le comte de Roussillon, mettant en prati- 
que les principes dont les troubadours lui dévelop- 
paient la séduisante théorie, abandonna son épouse 
Ermengarde pour épouser une autre femme, et attira 
sur sa tête les foudres d'Eugène III et d'Adrien IV. 
Son fils Guinard prit aussi les armes pour venger 
l'honneur de sa mère ; et, après avoir ravagé le Rous- 
sillon, priva peut-être son père du peu de droits que 
lui laissait encore l'Église, car il paraît seul revêtu du 
titre de comte dans des actes de 1 1 57 fMarca, n° 427), 
et de 1162 (WAchèry, Spicileg., tom. III, page 536). 
Or, quel que soit l'esprit licencieux et irréligieux de 
certains troubadours, il est difficile d'admettre que 
Gausfred eût encore affiché son adultère lorsque 
Bérenger de Palazol parlait de ses nobles actions; ce 
n'est pas au moment où une révoltante immoralité 
armait un fils contre son père, déjà frappé par les 
anathèmes de deux papes, qu'un pauvre poète aurait 
osé dire que les médisants seuls pouvaient incriminer 
le comte excommunié. La composition qui nous 
occupe est donc antérieure à Tan 1150, cl contem- 
poraine des monuments religieux que l'architecture 

5 



66 

romane multipliait alors dans notre province, et dont 
le chef-d'œuvre (l'église de Serrabona) était consacré 
en 1151 fProcur. Ray., reg. 32, f° 226). 

Nous n'avons pas à atténuer les fautes de l'avant- 
dernier comte de Roussillon ; mais , quelque ré- 
pulsion qu'inspirent ses débordements, on ne peut 
s'empêcher de lui tenir compte de la faveur qu'il 
accordait aux troubadours. Le flambeau des lettres, 
que tant de guerres désastreuses n'ont pu éteindre 
dans notre province, éclaire de ses premières lueurs 
les règnes de Raymond IV et de Gausfred III. Ce 
fait, déjà bien constaté par les vers de Bérenger de 
Palazol, est confirmé par Pierre Vidal, troubadour 
du xm e siècle, dans une pièce où il énumère tous 
les protecteurs de la poésie provençale, et cite notre 
comte entre Pons d'Empuries et le père d'Alphonse 
d'Aragon , 

E Jaufre que tan fo prezatz 

Per maris locx e per mans regnutz. 

Le nom du fils de Gausfred ne nous est point par* 
venu entouré de pareils éloges : il n'est guère connu 
qne par ses brigandages, et Bertrand de Born se rap- 
pelait peut-être les jours où Jofre chantait les vers 
de Palazol, lorsqu'il mêlait le nom du comte proscrit 
aux traits satiriques lancés contre Alphonse, le fis 
du Barcelonais, 

Quel non a suenh mas que s' engrais 
E beva per Rossilhones , 
On fo dczeretatz Jaufres. 



67 



GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DU GONFLENT, 



Par M. M» AJLMAT 9 membre résidant. 



M. de Saint-Malo, qui avait bien voula m'honorer de ses commu- 
nications et de ses conseils, m'avait engagé a composer, sur la géo- 
graphie historique du Gonflent, an travail dont il pouvait lui-même 
remplir le cadre mieux que personne ; mais notre regrettable collègue 
était persuadé que, pour être menées à bonne fin , les recherches ar- 
chéologiques doivent être entreprises par de nombreux explorateurs, 
répartis, pour ainsi dire, dans chaque canton du département, et dont 
les travaux réunis peuvent seuls éclairer d'une manière satisfaisante 
l'histoire de notre province. Je parcourus donc, autant que possible, 
les diverses parties du Confient , et je compulsai tous les documents 
publiés sur notre pays dans les recueils de Baluze , de D'Àchéry, de 
Bofarull , de la Gallia ckristiana , des Historiens de France , du 
Languedoc, etc., et plus de six mille pièces inédites provenant des 
anciennes archives du Gonflent. Cet ensemble de documents m'a 
permis de faire, sur la géographie historique de ce pays, un travail 
qui , on le pense bien , ne saurait être complet , mais dont les indi- 
cations peuvent être d'une grande utilité pour l'intelligence de nos 
anciens documents historiques. Cette considération m'a engage à 
soumettre ces recherches à la Société, dans l'espoir que ce premier 
essai portera quelqu'un de nos collègues à faire pour le reste du 
département, ce que j'ai tenté pour une de ses parties. 



Le pays du Confient, comprenant la partie supé- 
rieure du bassin de la Tet, avec ses affluents jus- 
qu'au passage resserré de Rodés, était borné au nord 



68 

par une chaîne 1 des Corbières, qui le séparait du 
pays de Fenouillet; à Test, par les dédiés de Terra- 
nera, qui le séparaient du Roussillon; au sud, par le 
Canigo et les Pyrénées, qui le séparaient du Vallespir 
et de la Vall de Ribes; à l'ouest, par la Gerdagne et par 
la montagne de Madrés, qui le sépare du Capcir. 

Les limites du Gonflent étaient tracées par la na- 
ture, et s'étendaient sans doute anciennement jus- 
qu'au port de la Perche, comme semble l'indiquer un 
document de Fan 819 (Marca, n° 1), qui mentionne 
nominativement toutes les dépendances du diocèse 
d'Urgel, sans y comprendre aucune paroisse du bas- 
sin de la Tet. Les comtes de Gerdagne, Guillem 
Raymond, en 1095, et Guillem Jorda, deux ans 
après, indiquent aussi, sans toutefois nommer le 
Gonflent, des délimitations * qui correspondent k peu 
près aux bornes naturelles de ce pays, telles qpe 
nous les avons données. Mais tous les autres docu- 
ments, à partir de l'an 897, au lieu d'étendre le 
Confient jusqu'au port de la Perche, bornent ce pays, 
ainsi que le diocèse d'Elne, au cours de la Tet* et au 
port de Jardo') situé entre Planés et la rivière de 

* Cette cfcalne, qui sépare le bassin de la Tet de celui de la Desig (affluent 
de l'Agi y) , est appelée les mantanyet de Dotre (de Vitra) , en 446$ , à cause 
de sa situation au-delà de la Tet. On trouvait sur le versant du sud le lieu 
de Dotrera, anciennement Vltraria, dont le nom avait la même origine. 

2 De Insula usqne ad Pertiam. — De Partira Porti ntque ad lntulam. 
(Marca, 544 et 515.) — Voyez la note \, à la fin de ee mémoire. 

* On lit dans un règlement fait en 4504 sur les limites do Capcir et des 
comtés de Foix et de Gerdagne : « Item pronuntiamui quod Vicaria Ceritanie 
« extendilur de Pinu Sancta usque ad flumen Tetis, et de Baxaaa ueqne ad 
« Malum.» (Anciennes arch. de l'Université, liass. 5 et 7, parch. 4 05 et 407.) 

* Ecclesiae... in Bateilionense pertinentes et Confiuenlibns a portu lardonis 
ueqne ad mare. ( Marca } 58.) 



69 

Balaguer * , et laissent par conséquent a la Cerdagne 
et au diocèse d'Urgel, les paroisses de Planes, dels, 
Forçats * et de la Cabanasse , hieit qu'elles soient si- 
tuées dans le bassin de la Tel. 

Tout le Confient est couvert de montagnes et de 
eollines, dont les ramifications descendent souvent 
jusqu'à la Tel, alimentée par de nombreux affluents, 
auxquels ce pays doit sans doute son nom. Les prin- 
cipaux sont, sur la rive gauche : la rivière A 1 Ole ta, 
formée par la réunion de la rivière de CabrUs ou de 
la VaU del Feu et de celle à'Evol, la rivière de Co- 
naty celle de Castallar, la Coma de Paradis, la Coma 
Botrera ou de Tarerach, et le torrent del Ancch ou 
de Bopidera. Sur la rive droite : la rivière de Prats* 
de-Balaguer, celle des Karança, celles ftAnyer, de 
Py 9 de Pernet, lo Biu Merder, la rivière de Litera, la 
Coma de C avaler a ou de Lesco, eelles de Llonat et 
de Marquexanes, le torrent de Gotmar, la rivière de 
LentiUa ou Nentilla, formée de la rivière de Finestret 
et de celle de Llech ou de Ceners, la Coma del Pla 
de Jech, celle de ConUlac, et le Biu Pages, formé de 
la réunion de la rivière de Motsancs ou de Bigarda 
et de celle de Croses ou de Domanova* 
x Nous ne trouvons pas, dans l'ancien Confient, d'au- 
tres divisions géographiques que celle des vallées, dont 

1 En 966 , la limite du lieu àUnforeûie « deuendil per médium Ted usque 
• ad pouiem qui e$t i% tifûta publiai quœ intrat in valle Baloçucf, et inde 
« vadit nsque io lordanem , il ascendii per Iuforcaloi, etc..» (J/arta, 405.) 

2 D'après une charte qui paraît- être de Tan 876 (Marca, 56 ) l'église de 
Saint-Pierre-dels-Forcats serait située in Voile Conflutnte; mais ce documeut 
ne s'eiprime pas d'une manière bien nette et précise a cet égard. Une autre 
pièce, du 22 septembre -14 30, range cette même église (S. Vetri de Infurcatà) 
parmi celles qui étaient soumises a la visite de l'évéque d'Elne. Tous le» 
autres documents attribuent cette église au diocèse d'Urgel. 



70 

il existe quelques traces dans les vieux documents. 
Ainsi , la partie supérieure du cours de la Tet, jus- 
qu'au passage dels Graus 7 semble avoir porté ancien- 
nement le nom de Vallée Engarra (Marca, 19). La 
vallée dite aujourd'hui de Cabrils, s'appelait Vall 
del Feu (du fief), sans que nous puissions reconnaître 
l'origine de cette dénomination, que Ton trouve pour 
la première fois en 1 258 (Inventaire d'AgullanaJ. Le 
bassin de la rivière de Gastallar s'appelle Vallis Mo- 
legiga (de Molitg) dès le ix € siècle ' . On trouve encore 
les Voilées de Balaguer, de Canot, de Karança, de 
Valmanya, etc. 

Routes. — Les documents de l'époque romaine sont 
muets sur les voies de communication qui devaient 
nécessairement exister, à travers le Gonflent, entre 
la ville de Livia et celles d'Hliberri et de Ruscino; 
«mais nous connaissons, à partir du ix c siècle, l'exis- 
tence et la direction d'une ancienne voie qui mettait 
le Roussillon en communication avec la Cerdagne. 
Cette route, appelée Strata Francisco* aux ix e et x* 
siècles, Strata Conjlentana* au XI e , Strata et Via regia 

1 Marca, 62. D'après ce document, le village de Coma, qui se trouve sur 
le versant propre de la Tet, était compris dans la Vallée de Molig. Cette erreur 
topographique s'explique par l'histoire du village de Coma, qui a toujours 
dépendu de la haronnie de Molig ou de Para cols. 

* En 863, on trouve, comme limite commune de Prades et de Codalet, 
• de tereia parte in strata frantisca tu petra fita à Sancti Felici , etc. » (Livre 
« rouge de Prades, fol. 258; voyez aussi Marca, 73, 87, 435, 164 ; Acher. 
SpecUeg. to. VIII, p. 337.) La même voie se retrouve en 876 comme limite 
de Saint- Pierre- deh-Forcats « de quinta in strata francisca superiore, etc. » 
(Marca, 56 , 73. ) 

3 Le 5 des noues d'octobre, an xi de Robert (4007), donation d'un alleu 
situé • infra fines et terminoe de Salaone, tive Luppiani, in loeo quem votant 
« Casais Borrals... et affrontât... de parte aquilonis en alaude de Oliba Comité 
« tn ip ta strata conflentana. » (Anciennes arc h. de l'Uni?., parch. 96 H.) 



71 

en lier regium fCami reolj dans les siècles suivants, 
partait de la ville d'Elne ' , passait à Salaon, près de 
Llupia, et entrait dans le Confient par le col de Ter- 
ranera. Elle remontait ensuite la rive droite de la 
rivière de Moisanes jusqu'au château Tarraça, cou- 
pait en deux la plaine de Joch jusqu'au Lentilla*, et 
arrivait à Marquexanes, d'où elle se dirigeait vers la 
Cerdagne, en suivant à peu près jusqu'à la Perche 
le parcours de la route impériale actuelle. Le second 
chemin royal se rattachait au premier au pont d'O- 
leta, parcourait la Vall del Feu, et entrait dans le 
Capcîr par le Col de Creu. Enfin , un troisième che- 
min royal partait de Prada; remontait la vallée de 
Castallar, et entrait dans le pays de Roquefort par le 
Col de Jau. Les autres chemins publics du Gonflent 
conduisaient dans le Capcir parle col de la Uagona; 
dan4 le pays de Fenouillet par les cols del Tribe, de 
Roca gèlera, de Sequéraow de Tarerach; dans le Val- 
lespir par les cols de las Arcas, de Uebrera et de Pla 
Guilkm, et dans l'Espagne par les cols de Madona, 
de la Gegana et de Npu-fonts. 

Les plus anciennes chartes .montrent le pays de 
Confient divisé en sections, plus ou moins étendues, 
qui, généralement , forment encore aujourd'hui nos 

1 En 916, donation du « villare quod vêtant Palatiolum fii piua w, q%a 
« al in adjacentin de \'ito Etna... de parle meridie affrontât in Urnmia qui< 

• disctirrit de Yico Klna ad Vallc Coufluentc. » (Marca, n°66.) 

2 La section de cette route comprise entre Terrancra et Marquexanes, 
signalée déjà Ycrs Tan 840. a Vinea I. quod infrontat in strata et tu castra 

• Tarraça, » (Marca, 26), fut abandonnée vers la fin du xu* siècle. Une 
charte de Jacques de Mayorque, du 8 des ides de juin 1508, l'appelle déjà 
te vieille route (ad stratam vclcrcm) , et ses restes portent encore le nom, 
de la Strada. 



72 

communes. Toutes ces divisions renfermaient au 
moins un village fvillaj, et comprenaient souvent 
plusieurs subdivisions ou territoires (iermim, termens) 
où existaient une ou plusieurs habitations rurales, 
manses, bordes, dont la réunion s'appelle dans les 
anciens titres v illare, v Ulula, villaruncula. 

Villefranche est la seule ville du Confient dont 
l'origine soit connue, et les autres datent, au moins, 
de la domination romaine, bien que leurs noms figu- 
rent pour la première fois dans les chartes des ix e et 
X e siècles. Mais il serait ptiéril et ridicule de ne faire 
remonter l'origine d'une ville, qu'à l'époque où son 
nom se montre enregistré dans un acte de vente ou de 
donation. Le nom du Confient ne paraît lui-même 
qu'en 843. Que s'était-il passé dans ce pays avant 
cette époque? Qui avait fondé ses villes et ses villa- 
ges? L'histoire est à peu près muette à cet égard; 
mais on connaît les peuples qui ont successivement 
établi leur domination dans le Confient : ils ont laissé 
des traces de leur passage dans les noms qu'ils ont 
donnés aux localités, et c'est par là seulement que 
l'on peut aujourd'hui exprimer quelques conjectures 
sur l'origine de la plupart des centres de population 
du pays qui nous occupe, car tous les noms propres 
ont été originairement significatifs, et il n'est pas 
dans la nature de l'homme d'appliquer aux choses 
dont il s'est occupé des sons qui ne réveillent aucune 
impression dans la mémoire, aucune idée dans son 
esprit. 

Les Phéniciens et les Grecs ont parcouru de bonne 
heure tous les rivages de la Méditerranée, et ont fondé 
sur nos côtes des comptoirs, des villes et des temples, 
dont les noms, encore conserves, marquent l'influence 



73 

de ces peuples sur la première civilisation de notre 
pays. Mais celte influence, nous le croyons, n'a ja- 
mais dépassé le bord de la mer dans le pays de Rus- 
cino; et quoique d'anciennes traditions attribuent 
aux Phéniciens la première exploitation des mines 
de nos montagnes , le Gonflent n'a conservé dans les 
noms de ses villes et villages aucune preuve certaine 
du séjour de ce peuple dans ce pays '. 

D'après les plus anciens témoignages historiques, 
les premiers habitants des bords de la Tet se compo- 
saient de Sordons, à la partie inférieure , et de Ceré- 
tans, à la partie haute de la vallée '. Après eux sont 
venus les Romains, les Wisigoths et les Arabes, dont 
les langues, du moins celle des premiers , peuvent ex- 
pliquer bon nombre de noms de villes et de lieux du 
Confient; mais beaucoup d'autres ne peuvent s'in- 
terpréter par aucune de ces trois langues, et doivent 
leur origine à un peuple plus ancien , qui ne peut 
être que le peuple Cérétan. Ce peuple, si l'on en 
juge par Tétymologie des noms des pays qu'il a oc- 
cupés, appartenait a la famille Ibérienne et se servait 
d'un idiome particulier, ayant de grands rapports 
avec la langue des Vascons, et mélangé de quelques 
éléments celtiques, puisque l'on retrouve des indices 

1 Feu M. Puiggari t'était occupé des Ceretani des Pyrénées, auxquels il 
attribuait une origine Cretoise et par suite Phénicienne ( Le PubliccUcur, 
année 4855). Les preuTes étymologiques données dans son travail, sont 
loin de paraître décisives; d'ailleurs, M. P. n'avait signalé dans le Confient 
que le seul village à 1 En, dont le nom (fontaine) peut a la rigueur s'inter- 
préter par les langues sémitiques. 

3 Presque tous les géographes ont plaie les Çontvaroni dans le Confient, 
sur la foi de Pline, dont voici les propres expressions : « In ara (Narbonensis 
tpTtmnciœ) repo Sardonum, infiuçiu Consuaranorum. » Il nous semble 
que le mot intus peut tout aussi bien s'entendre du bassin de la Garonne, 
où Ton trouve, en effet, les Contuarani dans les siècles suivants. 



74 

de ces deux langues dans beaucoup d'anciens noms 
géographiques de notre pays. Nous n'avons pas Tin* 
tention d'indiquer ici l'origine étymologique des nom» 
de chacune de nos localités; car ce ne sont pas seu- 
lement nos villes et nos villages, ce sont surtout le» 
noms des divers territoires, des ravins, des rochers, 
etc., de notre département, qui pourraient fournir, 
pour une pareille étude, des résultats souvent satis- 
faisants et toujours pleins d'intérêt. Nous nous bor- 
nerons à de courtes observations sur les dérivés des 
idiomes dont il reste quelques traces dans le Confient. 

Langue Basque. — A cette langue appartiennent, 
dans une seule vallée du Confient, Llech (habitation), 
Asta*bero (roche-chaude), Estoher(C/rtoeerc, dans les- 
anciennes chartes), Asp-eri (village inférieur), Espira 
(appelé villa Àsperi dans une charte de l'an 981 , Mar- 
ca, 79). Llar (pâturage), dans le haut Confient. Baso 
(forêt), Baho, en Roussillon. 

Langue Celtique. — Les dialectes celtiques peu- 
vent revendiquer un grand nombre de dénomina- 
tions de notre département, entre autres celle de 
Kexans (casse, chêne), que l'on trouve en Cerdagne, 
dans le V Mespiv fCaixasJ, et dans le Confient (Mar- 
Quexanes l ), où ce nom se montre précédé de l'affixe 
celtique mar (sur), qui se trouve également dans Mar- 
ceval, Mar-suga, etc. Le mot celtique Ker (rocher 4 ), 

1 Sur-les-chènes. Le village de Marquexanes est borné a l'ouest par relui 
de Llonat, dont l'église paroiasiale s'appelle, encore aujourd'hui, Samta- 
Mario-del-Roure (du cbéne). 

2 En 985 , on trouve dans les délimitations du territoire de Guxa « dtindê 
« tendiiur ad rupem sive cherum Clarinti. » (Marca f 455.) — En 4055, on? 
trouve, au sud d'Àrbussols, un ekero Beran (Marca, 244) , que les actes do. 
xvu* siècle appellent Roc de Bar* (aujourd'hui Roc Redon). 



75 

est extrêmement fréquent dans le Confient, où il se 
trouve sous les formes Ker, Cher, Quer, Cor, Car, 
Quer a, etc., dans presque toutes nos communes, le 
plus souvent accompagné d'un nom latin ou catalan, 
Car-roig, Cher-alb, Cher-acut, Ker-mal, Car-aut, Ker- 
rotundo, Car-ramai; Cher-de-carrega-pauch , près de 
Celra, dans une charte de Tan 1021 (Marca, 186). 

Peut-être faut-il rattacher à l'ancienne langue des 
Cerrétans la particule Sa, qui figure dans beaucoup 
de noms propres du pays, dans lesquels elle semble 
avoir joué le rôle de notre article ta. Le reste du 
nom s'explique quelquefois par la langue basque. 
Sa-Mbuga (La Mouga, rivière), Sa-horra (La Gine- 
brera, lieu planté de genièvres), Sa-hilla, Sa-horla, 
dont le radical simple Orla ou Orula, existe en Ro os- 
sillon, se trouvent dans nos plus anciennes chartes. 
On peut y voir une syncope du déterminatif latin 
ipsa, qui eut de bonne heure le même sens; mais 
on peut aussi remarquer que la même particule re- 
paraît, avec la signification que nous lui attribuons, 
dès le xm e siècle, dans une infinité de noms de fa- 
mille du pays : SfrGarriga (La Garrigue), Sa-Tor 
(La Tour), Sa-Parra (La Treille), Sa-Trilla, Sa-Mun- 
tada, SarCosta, Sa-Nespleda, Sa-Casa, etc. 

Langue Latine. — Les noms latins abondent dans 
le Confient, et sont tirés, de la nature du terrain 
ÇÂrejiianœ, Ropidera, etc.), de la situation fJugum 
(Joch), Entre-valls, Belloch, Valmanya, etc.), des 
sources (Font-pedrosa , Caudiers, Aygua-tebia, etc.), 
des cultures qui s'y pratiquaient (los Horts , Prada, 
Prats, etc. ), de quelque domaine particulier f Camp- 
long, Campells, Campolmc , VUclla , Domanova , Ca- 



76 

noettcs, etc.), de terrains censiers ou autres dépen- 
dances de familles romaines fVincianum , Porcinia- 
num, Sansianum, Aurelianum , Cornelianum, Taurin 
nianum, Lucianœ y Sccundanianum (Serdinya), etc.). 

Wisigoths. — Les Wisigoths ont occupé le Con- 
fient pendant plus de deux siècles, mais tout ce pays 
était déjà habité avant leur domination, et ils n'ont 
laissé des noms qu'à des rochers fCher-Ennego), & des 
ravins (Torrent de Godmar), ou à des domaines de peu 
d'importance, tels que Guixa (VitesanoJ et Vuytczà 
(FhitesanoJ , qui semblent une corruption de Wiliza, 
nom gothique très commun parmi les habitants du 
Confient au ix e siècle. 

Arabes. — Les Arabes n ont fait que passer dans, 
le Confient, et nous n'y trouvons aucune construc- 
tion, aucun nom, qui puisse leur être attribué avec- 
certitude, quoiqu'il existe encore dans ce pays un 
grand nombre de tours, de châteaux et de cimetiè- 
res, dont les traditions populaires font remonter l'o- 
rigine jusqu'aux Maures. Nous avons pu nous assurer 
que la plupart de ces dénominations, dans le Confient,, 
ne remontent pas au-delà du xyi e siècle 1 . 

Domination Franque. — Le Confient se soumit, en 
même temps que le Roussillon, au roi Pépin , vers 

1 Les Arabes n'en ont pat moins laissé dans notre pays de nombreuse* 
locutions, qui ont enrichi l'ancienne langue catalane. Une des plus ancien- 
nes dont Fintroduclion. soit constatée dans notre pays, est celle iïaizina 
(ehône-vert) ; ce mot, dérivé du berbère zin, fut porté par les Arabes dan* 
la Péninsule, où il s'est conservé dans le castillan encina; on le trouve en» 
usage, dans le Confient, en 865, dans les confrontations de la ville de Prada 
« pervenit in Luscone ad ipsa Elzina, cl de ipsa Alzina vadit ad alia petra /lia.» 
(Livré rouge de Pradet)* 



77 

Tan 760; mais les détails historiques se réduisent à 
fort peu de chose, pour ce pays, pendant le premier 
siècle de cette domination nouvelle. On voit cepen- 
dant que Béra, qui fut comte de Barcelone dans les 
premières années du ix e siècle, avait aux environs 
de Canavellas des propriétés, qu'il transmit \ sa fille 
Rotrodis (Baluze, Append. Capitular. lit. 98). Un des 
fils de ce même Béra, le comte Argila, possédait aussi 
tout ou partie du territoire d'Eus; et, lorsque le roi 
Charles-le-Chauve eut donné la ville de Prada à son 
fidèle Sicfrid ou Sunifred (Marca, 15), ces deux sei- 
gneurs séparèrent leurs domaines, vers Tan 844, par 
un mur , qui servait encore de limite à ces deux 
communes dans les premières années du xiv° siècle 1 . 
Sicfrid ou Sunifred I CT mourut vers Tan 875, et ses 
descendants gouvernèrent, pendant plusieurs siècles, 
tous les pays de la Marche d'Espagne. L'histoire du 
Gonflent se déroule, dès lors, sans difficulté, appuyée 
sur de nombreux documents. Ce pays n'a jamais eu 
de comtes particuliers, bien qu'il soit appelé comté dans 
quelques titres anciens; dans le plus grand nombre, 
ce n'est qu'un pays fpagus ConfluentisJ, ou même une 
simple vallée (vallis Confluentana), que nous trouvons, 
à toutes les époques, annexée au comté de Cerdagne. 

1 On lit dans la charte relatif e aux limites du territoire de Prades, 
en 865 : « et inde vadit per ipsa termniû «4 ipsa pariete qui awidit inter 
« Prata et Lusconem , et divisent»/ per ip$a pariete ipsat villas Suniofredut et 

• Argila comités, usque in medio alveo Tedo, » (Archives de la Mairie de Pra- 
des, Livre rouge, fol. 258.) Ce mur est appelé la parti de Cavatera, comme 
on le Toit par Pacte de tente d'une vigne « que quidem vinea e$t in terminit 

• Saneti-Petri de Prata, loco voeato Vinyer del Oliu, et affrontât ex una parte 
« t« pariete de Cavalera qui dividit terminos Prate et Eucii , etc., II. Kal. 
« mardi 4307. » (Parch. arch. de la Mairie de Vinça.)Le territoire de Lluteo 
on de Cavalera se trouve aujourd'hui compps dans celui de la commune 
d'Eus. 



78 

Comtes de Cerdagne qui ont dominé sur le Confient : 

869. MiroI« 895. 

895. Wiffeéd I« le-Veld (comte de Barcelone) frère 

de Miro I« \ 898. 

898. Mmo II, fils de Wiffred I<* . 928. 

928. Seniofred , fils de Miro II 967. 

967. Oliba , frère de Seniofred 990. 

990. WiffredII, fils d'Oliba 1049. 

1049. Raymond , fils de Wiffred II 1064. 

1067. Guille m -Raymond 1095. 

1095. guillem-jorda 1110. 

1110. Bernard-Guillem 1117. 

Le Confient n'en eut pas moins une administration 
particulière dès l'an 865. Un vicaire, ou lieutenant du 
comte, l'administrait à cette époque ; mais la présence 
habituelle du comte de Cerdagne y rendant sans doute 
inutile l'existence du vicaire, la Cerdagne et le Con- 
fient n'eurent bientôt plus qu'un seul vicomte, dont 
les attributions sont loin d'être définies , mais qui se 
montre en 963 avec le titre de vicomte de Cerdagne, 
et semble avoir exercé sa juridiction depuis les limites 
du Vallespir, à travers le Confient et la Cerdagne, jus- 
qu'à la Seu-d'Urgel et au-delà. La vicomte de Cerdagne, 
dont les titulaires prennent aussi les titres de vicomtes 
de Joch, de Castell-Bo, et même de Castell-nou (sur 
le Sègre), s'éteignit avant la réunion du comté de 
Cerdagne au comté de Barcelone, 1118. (Fbir la 
note B.) 

Le Confient formait une viguerie dès l'an 1126 1 , 
mais il n'y avait encore qu'un seul juge ou viguier 
pour ce pays et la Cerdagne, comme on le voit par 



1 Procurât . roy . , rrg . 3 , fol . 56 . 



79 

des chartes de Fan 1158 4 et de Tan 1217 f . Nous 
trouvons seulement en 1243% pour le Gonflent et 
le Capcir, un viguier particulier qui prit le titre de 
viguier de ViUefranche ou de Confient jusqu'en 1 789. 

Chef-lieu du Coaflent. — La célébration des plaids 
publics, présidés par le comte ou par son délégué, 
avait lieu d'ordinaire dans le château comtal, qui, de 
la sorte, devenait naturellement le chef-lieu du dis* 
trict, comme on le voit pour le comté de Bésalu. Il 
ne paraît pas que le Confient ait jamais eu un siège 
quelconque affecté à la résidence du comte ou de son 
vicaire durant le ix e siècle ; et les plaids de ce pays, 
qui nous restent de cette époque, se tiennent : au 
château de Saint-Étiennc, au dessus de Clara, en 865 ; 
dans l'église de Saint-Saturnin de Vernet , en 874; k 
Ascaro y vers Tan 876; dans l'église tfAstoher, le 31 
janvier 879, et dans celle de Clara, le 10 février 
suivant. Nous n'avons aucun renseignement sur les 
plaids du Confient dans le siècle suivant. Ceux que 
nous connaissons du xi e siècle sont célébrés dans l'é- 
glise de Sainte-Marie de CorneUa, en 1019 (Marca, 
184), et dans le palais de CorneUa, en 1049 (Ibid., 
232). Le palais ou château de CorneUa fut donc la 
résidence ordinaire des comtes de Cerdagne, même 
après que Guillem-Raymond eut donné une véritable 
capitale au Confient, en fondant VMejranche , où il 
établit le siège de la juridiction et de l'administration 
du pays (1 095). Les ruines du château comtal de Cor- 

* Bernard** de BreJumo, jades Cerrilam© et Confluentis (Marc*, 530). 

2 Guilicmus de Anxore, vi cari us Centaine et Confluentis (Procurât, roy., 
rcg. 2, fol. 400; Arek. de la Mairie de Vînça, Privilog. 58). 

3 Cariulairc de Villefranche. 



80 

nella furent données au monastère de ce village par 
le roi Pierre IV *, et Villefranche demeura, jusqu'en 
1789, le forum et le véritable chef-lieu du Gonflent, 
bien que certains viguiers, depuis la réunion à la 
France, aient momentanément établi leur résidence, 
tantôt à Vinça, tantôt à Prades f . 

Liste des villes, villages et hameaux dn Confient, avec la date où leur nom 
se montre pour la première (ois dans les documents. 

840. Exalata . locus. . Exalada. 

Taurinianum villa. . Taurinya. 

Cartes villa. . Cours. 

Cuxanum villare. Cayxa. 

Arrianum villa. . Àrria. 

841. Paulianum villare. 

843. Prata villa. . Prada. 

Kanoas . . . villare. Canoha. 

845. Molegiga villa. . Molig. 

Comba . . . villa. . Coma. 

846. Canavellas , .. villa. . Canavellas. 

1 Une charte de Jean, roi d'Aragon (4* r septembre 4589), nous apprend 
qu'à cette époque, les chanoines de Cornella, avaient transféré leur monas- 
tère dans les bâtiments de cet ancien château : « fa quoddanicastrvmsivê pala- 
« tium dirutum, situm in dexfro latere desuper ecclesiam ipsius monasterii; qnod 
« castrnm glorio$e memorie Princeps Itlustris Dominvs Petrus genitor noster, 
« Âragonum Rex, Priori et conventni dUti monasterii dédit ecian et concassit...* 

2 Ou lit dans V Annuaire de 4834 , page 453 « Villefranche était la capi- 
« taie de nom (du Confient) , car la résidence du viguier et le siège de la 
« vigueric étaient à Prades. » Cela ne doit s'entendre que d'une partie du 
xvm' siècle, tar les anciennes prescriptions étaient rigoureusement observées 
a cet égard, sous la domination castillane, et nous trouvons, en 4594, an 
viguier de Confient, dont le titre et l'autorité furent méconnus par diverses 
communes , parce qu'il avait daté ses ordres de Prada , 4 5 mai. m Y que vos 
« no siau Veguer (disent les syndics des communes) constats eiaramnt, pus 
« veuhen qu$ vos no residiu en la vila de Vilafrancha, cap de la Vegaria, ahont 
• lendrieu obligacio de rcsidir si fosseu Veguer, y es lo Uoch destinai de la 
« Cort f etc. » 



81 

849. Lecbo val lis. t . Llech. 

855. Balagarium villa. . . Balaguer. 

860. Intervalles. • villare* Ëntrevalls. 

Ocenias villare. 

864. Lqsco villa. . Llosco. 

Avellanetam villare. Avellanet. 

865. Mairacolas villare. Musclas. 

Tovecale villa. . Thuciol. 

Lare villare. Llar. 

867. Saltone villa. . Sauto. 

871. Cotaleto villa, \ Codalet. 

Marazanos. ...... villa. . Ma ri ans. 

Agnerra villa. . Anyer. 

873. Campolongo villare. 

874. Talatio villa. . Talau. 

Verneto villa. . Vernet. 

Sovanias. . villa. . Soanyes. 

875. Ipso Piano Los Plans. 

Oleta villa. . Oleta. 

876. Ascarone villa. . Ascaro. 

878. Tobcs villa. . Tues. 

Albareto Albaret. 

Emne villa. . En. 

879. Astovere villa. . Àstoher. 

Glerano villa. . Clara. < 

Pommario Pomers. 

906. Campilias Carapells. 

Folianutn villa. . Fulha. 

937. Cirasago villa. . Cirack. 

Gastellani villa. . Catllar. 

950. Vallistnagna villa. . Valmanya. 

Lagnoa villa. . La Llagona. 

Vincianam. .' villa. . Vinça. 

Saorla. .....*.. villa. . Saorla. 

Arbassolas villa. . Arbussols. 

Planiçolas.. Planissols. 

Terrades Entre Eus et Arbnssols. 

Falguerias villa. . Fa Ignoras. 

6 



82 

950. Folioliis villa. . Fillols. 

Cornelianura villa. . Corn el la. 

Saorra . villa. . Saorra. 

Taresago villa. . Tarerach. 

Torresindum. Toren. 

Pino « villa. . Py. 

Scgondaniaaum villa. . Scrdinya. 

Jnjuls villa. . Jujuls. 

Flacanum, villa. . Flassa. 

Pnrciana villa. . Purcinyans. 

Evolc villa. . Evol. 

Altino? 

957. Bardolio villa. . Bordoll. 

958. Senaria villa. . Seners. 

962. PujoAko. 

Fcges villa. . Fetgcs. 

Fenestredo villa. . Finestret. 

Pratoi • . . locus. . Prats. 

966. Castrara Sancti- Martini Castell. 

974. Villclla villa. . Vilclla. 

' Asperi villa. . Aspira. 

985. Gasalono Calaons. 

Mosedo villa. . Mosset. 

1007. Marquexanea villa. . Marquexanes. 

1008. Penedes. (Entre Aspira et Marqaexanes. ) 

1009. Rigasdanum villa. . Ri garda. 

1010. Mentedo villa. . Mentet. 

Stagnilios • . . . Stanyils. 

Marccval villa. . Marcevol. 

Ropidaria villa. . Ropidera. 

Vulcraria Llussanes ou Dolrera. 

Oreliano villare. Orella. 

Cirlano villare. Celra. 

Tubiro villare. Tuhir. 

Vitesano Guixà. 

Caprilios Gabrils. 

Vallils Valclls. 

Àrenianes. . . Arcnyans. 



83 

1010. Glnviana* Glorianas. 

Erzillano v illare. Sahilla. 

VallisStabia Vallestavia. 

1011. Vaincedo Juacet, prit de Serdinya. 

1017. Marignanos Marinyans. 

. Vhitesaao. Vaytesa. 

1031. Merlioo Maurli. 

1025. Mûries villare* Territoire de Serdinya. 

1035. ViaàtelUun villare. Juocet (deb Masos). 

Fa varias v illare. Mas de la Sacrisiia? 

Lunad Llonat. 

Elz, villa. . Eus. 

1036. Fornols villa. . Fornols. 

Campoltme villa. . Campoma. 

1079. Àqoa tepida villa. . Ayguatebia. 

1095. VoLà-uiEliA*Go!fFLVBirri5. . . . Viltaf ranch a. 

1151. Jocho villa. . Jocb. 

1163. Belloloco villa. . Bel loch, 

1173. Villaracho Villarach. 

1186. Orbagnan vallis. . Orbanya. 

Chonato villa. . Cooat. 

Lugob : . . . . Lugols. 

1213. Rodes Rodes. 

1217. Gerola villare. Gerola. 

Bredis Brèsas. 

1261. Sofroias Sofrunys. 

Bolela LaVolella. 

1264. La Vall de Spira .... villarc La Vall. 

1265. Saosiano Sansa. 

1266. Arletas Dans la vallée de Conat. 

Habilles Dans la vallée de Conat 

1288. Telleto villare. Ta!let,prèsdeValleflUnia. 

1307. Noedes villa. . Noèdas. 

1310. Orti villare. Los Horts. 

Calders villa. . Caudiès. 

Foxannm villare. Foià. 

Cases noves ou Cases no vêtes. . . Canoettas. 

1319. Croses Près de Domanova. 



1327. Montelia Près de Nohèdes. « 

1348. Corbiaco Corbiach. 

1352. Mesons Près de VaUestavia. 

1355. Lo Royre Lo Royre. 

1356. Evallans PrèsdeConat. 

1358. Font Pedrosa Font-Pedrosa. 

1366. La Aulzina Territoire de Gloria&es. 

1373. La Bastida de Mas Carda Territoire de Mosset. 

1376. Gaujach Territoire d'Àspira. 

1385. Araleu Rallcu. 

1455. La Guardia Près dels Horts. 

» 

Chacun de ces villages, et souvent chaqufe section 
de leur territoire, formait une seigneurie particu- 
lière dont l'histoire ne saurait être développée ici. 
Nous nous bornerons à donner le tableau général 
des seigneuries du Confient vers Tan 1350. 

Villes et Villages du Roi. 



Villefranchc, 

Serdinya. 

Juncet. 

Flaça. 

Marinyans. 



Vin ça. 

Cornella. 

Fnlha. 

Sahorra. 

Conat. 



Vilella. 

Rodes. 

Ropidera. 

Nohèdas. 

Orbauya. 



Prada, 

Canoha, 

Gerola, 

Sansa, 

Bel loch, 

Ceners, 

Ayguatebia, 

Payais, 



Seigneuries ecclésiastiques. 
JLe Gamérier de la Grasse. 



) 



Le Prieur de Cornella-de-Conflent. 



Le Sacristain de Cornella-de-Conflent. 
(Le Chapitre de la cathédrale d*Urgel. 



L'Abbé de Jatt. 
Le Prieur de Marcevot. 
L'Abbé de Camprodonu 
L'Abbé de RipolL 



85 

Castell, 

Vernet, 

Marqnexanes, 

Ltonat, 

Avellanet, 

Jancet (dels Maso»), }L'Ahbé de Saint-Martin- dc-Canigo. 

Orella, 

Celra, 

Guixa, 

Marli, 

Bordoll, 

Clariana, 

Marce?ot, 

Mented, 

Codalet, 

Catllar, 

Ria, 

Cirach, 

Taurinya, 

Clara, 

Valmanya, 

La Llagona, 

Fontpedrosa , 

Prats, 

Saint-Thomas , 

Tbuès, 

Entrevalk, 

En, 

Llar, 

Cabrils, 

Thuevol, 

Los Plans, 

Mondes, 

Talaii, 

GanavellaS) 

Llugols, 

Lo Mas de l'Alzina, 



> L'Abbé de Saint- Micliel-de-Ctiyxa. 



Vallestavia, 

Llussanes , 

Iiech, 

Arbussols, 

Fillols, 

Tarerach, 

Soanyes, 

Marians, 



) 
i 



86 

Le Camérier de Saint-Michel-de-Cuyxa. 
L'Infirmier de Saint-Michel-de-Cuyxa. 

Le Prieur majeur de Saint-Michel-de-Cuyxa. 

Le Prévôt de Fillols et de Puy-Laurens , 
(moine dfe Guyxa). 

Le Prévôt de Cerdague (moine de Guyxa). 



Seigneuries des Barons. 



Evol, 

Tukir, 

Oleta, 

La Bastida, 

Los Horts, 

Fetges, 

Sauto, 

Mosset, 

Bresas, 

Anyer, 

Purcinyans, 

Moiig, 

Campoma, 

Coma, 

Paracols, 

Fornols, 

Stanyils, 

Astoher, 

Eus, 

Joch, 

Sahilla , 



►Vicomte d'Evol. 



I Baron de Mosset. 

î 

I Baron d' Anyer. 



Baron de Molig ou de Paracols. 



| Vicomte d'Ille. 
I Baron de Joch *. 



1 Le château de Joch, ancien manoir des vicomtes de Cerdogne , devint, 
dans les dernières années du xvi* siècle 9 le siège d'une nouvelle vicomte, 
dont les titulaires, outre les dépendances de la baronnîe de Joch, possé-* 
daient Rodes et Ropidera, dans le Confient; Trébillach, Seqièra, Rocavert, 
PraU et Rabouillet, dans le pays de Feu oui lie t. 



87 

Salaria, \ 

n . , y \ Suite de h îwronnic de Joch. 

fUgarda, \ 

Foiià, * 

runys, u g ar0|V fa j^ cl ^ p,^ <fo Serrobona. 

Glorianas^ J 

Jujuls, N 
Aspira, J 

Villerachy f c . . Fl 

m /Seigneuries particulières. 

Candies, 
Àreleu, 

Toutes ces localités étaient d'abord appelées villœ, 
quelle que fût leur importance. Elles portent géné- 
ralement le titre de châteaux (castra) durant les xm e 
et xiv e siècles; et c'est seulement dans les quatre 
derniers siècles, qu'on les distingue en villes et Uochs 
(villages), selon leur importance. Parmi les premières 
se trouvaient : V Ukf tanche , Vinça, Prada, Ole ta, 
Codalet, Mosaet et Rodés. Les deux premières, outre 
leur territoire propre, avaient un territoire justicier, 
pris sur les communes voisines. Cette banlieue, qui 
quadruplait, pour ainsi dire, Yétendue du territoire 
primitif de ces villes, porte le nom de Dcchs dans les 
anciens actes; elle fut concédée à l'Université de 
Vinça, par une charte de Jacques, roi de Majorque, 
le 8 des ides de juin 1308; la date de la concession 
n'est pas connue pour Yillefranche 1 . Chacune de 

1 Voici les limites des Derhs de Vinça, d'après la charte de concession : 
« D« riparia de Rigardana, titra vtrtnt vitlam ipsam (de Vinciano) ; si de via 

• qme dieitur de Pongalops, pif ont protenditur ntqne ad molendina Sêneti 
*Joha%%ii, qne tnnt in riparia de Ltntitiano «eu de Finestreto; ti 1% itlo 

• spaeio qvod est ab ip$a riparia dira, qnaninm protcnditnr inferims ntqne ad 

• s Ira tara vétéran, prout ip$a stratn protcnditnr utque ad torrtnlm d$ Gel/- 



89 

« 

ces communes eut sa vie propre, dont l'histoire, pour 
quelques-unes du moins, ne manquerait pas d'intérêt. 
—Nous nous bornerons à donner ici l'exposé chro- 
nologique de l'institution ou de l'apparition de leurs 
consuls, tel qu'il résulté des documents que nous 
avons pu consulter : 

1302. Villefranche 3 consuls. 

1306. Vinça . 3 idem. 

1340. Rodés 2 idem. 

1349. Saborra 2 idem. 

1358. Joch 2 idem. 

1364. Eus 2 idem. 

1365. Ropidera 2 idem. 

1379. Mossct i . 2 idem. 

1395. Vall de Molig ou de Paracols. . 2 idem. 

1416. Àstoher 2 idem. 

1423. Prada 3 idem. 

1426. Calllar 2 idem. 

1485. Codalet 2 idem. 

A partir du xvi c siècle, chaque commune du Con- 
fient eut des consuls, et quelques-unes , telles que 
Rodés, Astoher, Mosset, Codalet, Calllar, qui n'en 
avaient que deux prifnitivement, en eurent troi* 
désormais. 

Les villes et villages du roi furent les premiers, 
dans le Confient, a obtenir l'institution du consulat; 
quelques barons suivirent cet exemple, imité, seu* 

« mar, et prout ipse torrent protenditur inferius utque ad ripariam Tketidit; 
« et «l/ra dictam ripariam Thetit prout aqua tabitur venue Vincianum • Les 
Dech»de Villefranche sont ainsi indiqués eu 4352: « De ponte de Gornerio 
• utque ad crucem de Sechdcnyano, et ab eadem cruce utque ad crue cm de Foliano 
« et » cruce de Foliano utque ad palancham de Corneliano; de quibut Dechs, etc. » 
(Archives de la Mairie de Viuro, Tretllat de Privilégie, n° ; i0. — Procès deJock i 
toi. îO, et Procès n° 7. — Voyez pièces justiGcalives, n° I .) 



89 

lement un siècle après , par les seigneurs ecclésiasti- 
ques. Ce fait remarquable résulte du tableau donné 
ci-dessus, et se prouve surtout par ce qui se passait 
dans deux villages d'une faible importance, Ropidera 
et Ceners, l'un et l'autre entièrement détruits aujour- 
d'hui. Le premier, qui dépendait du roi, avait déjà 
deux consuls en 1365. Le second, qui avait pour sei- 
gneur le sacristain du monastère de Cornella, formait 
aussi, à cette époque, une commune, dont un do- 
cument de l'an 1389 fait connaître nominativement 
tous les habhanxs , fac lentes comunitatem locide Cénc- 
riis; mais aucun d'entr'eux ne porte le titre de con- 
sul, quoiqu'ils fassent une reconnaissance au nom de 
la commune, et les autres actes de celle localité gar- 
dent le même silence sur le consulat. Enfin, l'impor- 
tante ville de Prada, qui dépendait du monastère de 
la Grasse, obtint de son seigneur, le carnérier Gal- 
ceran de Villanova, à la date du 28 juin 1423, le 
privilège de faire trois consuls le jour de la Toussaint. 
Cette institution fonctionnait depuis plus de cent 
vingt ans dans les villes royales de Villefranche et 
de Vinça [voyez la note C). Le jour de l'élection des 
consuls variait, presque pour chaque commune; 
quelques-unes même le changèrent dans la suite du 
temps. Ainsi, la ville de Vinça, qui anciennement 
élisait ses consuls le dernier dimanche de carnaval, 
les élut le 24 juin, à partir de l'an 1372. 

Industrie. — L'industrie du Confient peut fournir 
des pages intéressantes aux annales commerciales du 
département, et on se ferait difficilement une idée 
de la multiplicité des usines jadis en activité dans ce 
pays, si on en juge par les nombreux foyers dont nos 



90 

montagnes conservent encore les indices 1 . Nous nous 
bornerons à indiquer ici, d'après les documents, les 
diverses localités où furent exploités les fers et les 
laines, les deux branches les plus importantes de 
l'ancienne industrie du Gonflent. 



Forges (Fargnai on HoUbm do fer ). 

1137 à Py. 1550 à La Bastida d'Oleta. 

1430 à Valmanya. 1571 à Gonat (S forges). 

1439 à Campoma. 1593 à Llech. 

1430 à Val lesta via. 1664 à La Cassanya. 

1504 à Vernet. 1671 à Mente t. 
1533 à Thoès. — à Anyer. 

1540 à Mosset (6 forges). — ' à Ria. 

Scieries de bois (Molb serradors de fusta). 

1403 à Eus. 

1446 à Noèdes. 

1537 à Saint- Ma rtin-de-CanigOv, 

1553 à Py. 

1559 à Jau. 

1559 à Sant-Barthomeu (territoire de Mosset). 

Topographie do lainage. 

1110 à Ver net, moulin à foulon. 

1351 à Villefrauche, seconde manufacture, après Perpignan , inves- 
tie de juridiction disciplinaire sur les petites fabriques do 
rayon. 

1354 à Vin ça, cinq moulins à foulon. 

1559 à Prades, pareurs. 

* Confient te y gosa de tôt es tes fertilitats y- abundancies de Cerdanya y 
Rouello , y excedeix en moites, en partieular en la (abrita de /erros, de toies 
torts, y chus, que ofrran- mes en Confient à soles que en tôles les dénies parts de 
Rossello y Cerdanya; y entra per ell quiscun any un gran tkesor de dîner. 
(Boscn , Titols de honor, clc, p. 87.) 



91 

1560 à Mosset, pareur. 
1627 à Joch, monlia à foulon. 
1655 à Finestret, pareur. 
— à Catllar, pareurs, etc. 

Géographie militaire. — Presque tous les lieux 
du Confient conservent encore des débris de châteaux 
ou d'enceintes fortifiées, dont les habitants font géné- 
ralement remonter l'origine à la féodalité. 11 est cer- 
tain que, du x e au xn e siècles, tous les seigneurs, 
laïques ou ecclésiastiques , faibles et puissants, s'em- 
pressèrent également à fortifier leur indépendance 
ou leur domination, en couvrant de tours et de rem- 
parts les montagnes et les fleuves, les villas et les 
manoirs, les églises et les couvents. Mais l'histoire 
nous montre des châteaux dans le Confient, bien 
long-temps avant rétablissement du régime féodal. 
Tels sont ceux de Tarraça, de Saint-Martin (Castell), 
de Paracols , d'Eus, de Saint-Etienne , etc. Ces cons- 
tructions, bâties sur des escarpements ou sur des ro- 
chers déjà fortifiés par la nature, sur le passage des 
routes ou sur le cours des rivières, remontent proba- 
blement jusqua la domination romaine, et semblent 
avoir été uniquement destinées à la défense natio- 
nale. Les châteaux nommés ci-dessus se trouvent 
tous anciennement sous la domination des rois Francs 
ou des comtes, leurs successeurs; et ces souverains 
défendirent expressément aux seigneurs d'en cons- 
truire d'autres, sans leur autorisation, comme on le 
voit dans le testament du comte Wiffred *. On trouve, 

I Mêndo ut eccUtia de Molig, tentât eam Bernardus de Castro Sono... et ul 
M*o ibi oomtfnat caiirwn sine connûtu comitis CerritanUe. (1056. IVÀciieb > 
Specilegi. lom. III , pag. 592. 



92 

en effet, plusieurs permissions de ce genre accordées 
au xn e siècle et dans les siècles suivants '. 

Toutes les anciennes forteresses du Confient sont 
indifféremment appelées castra- dans les anciens ac- 
tes, et ce mot qui, le plus souvent, s'applique à des 
enceintes carrées, peu étendues, ou même à de véri- 
tables tours (Tarraça, Paracols, Saint-Etienne, etc.), 
s'entend aussi de vastes enceintes capables d'abriter 
une nombreuse population *. Ces dernières sont ap- 
pelées plus communément fortiludines , et en catalan. 
fortalesas, forses, etc. Les châteaux de la féodalité 
sont ordinairement appelés castella; mais ce nom 
lui-même est appliqué arbitrairement dans les actes 
du moyen-âge, et, tel château, comme celui de Ver- 
net, se trouve appelé castrum (en 876) et castellum 
(en 1224). Le mot castrum est employé souvent com- 
me synonyme de villa ou territoire, dans les actes de 
la province, aux xtn e et xiv e siècles. 

Châteaux et tours do Gonflent. . 

841 Castrum Tarraça (Tour de Rigarda). 

864 — Sancli-Stephani (au-dessus de Clara). 

876 , — Verneto. 

966 — Sancti- Martini (Castell). 

1 En 1 172, privilège accordé à Tabac de Canigo « quod possit construere 
« fortitudinen tive forciam in villa de Marcktxaues. » (Inventaire d'Agullana, 
n° 95. Voyez aussi Ibid. n° -M 5 5 Maroa, 465; GalUa Christian*, tom. VI t 
instrum. anni 1 187 ) — Le XI des caleud. de novembre 4245, Jacques-Ie- 
Conquérant accorde divers privilèges aux hommes de la commune de 
Vinça, •condicione tamen ûdjicimut, ni profriis expentis vetlris facialit et 
« kedificetis murum universum dicte ville, talitcr quod dicta villa mûris circum- 
« quaque claudatur. » (Àrcbiv. de la Mairie de Vinça.) 

'* Ann. 907. Castro Castriscrra...ut istius castri populua, et alii qui in(r<k 
"jus teminos sunt, etc. (Marca, 65). 



93 

1095 Castram Rotenis (Rodés?). 

— de Ylice (Eus). 

— de Paracollis (au-dessus de Molig }. 
1186 — Chonato (Gonat). 

1195 — de Arriano (Arria). 

1931 — Harlino (Maurli, au-dessus de Turol). 

1954 — de Vallestarô. 

1960 — de Sahorra. 

— de EyoI. 
1965 — de Sanaiano. 

— de Jocho. # 
1287 — de Foliaoo (U Rolella ). 
1990 — deCeirano. 

1390 — de Sauto. 

1349 — de Glosianis. 

1364 — de Gaudies. 

1389 — de Corneliauo. 

1437 — de Moligio. 

1450 La Bastida de! Vescomie d'Evol ( au-dessous d'Oleta). 

1500 Castrum de Anyer. 

— de Mosset. 

— de Valells- 

— de Valmanya, etc. 

Tours. 

1349 Turris de Rigarda. s 

1350 — de Mas Carda (valiée de Mosset). 
1389 — de Ceneriis. 

~ de Cours. 

— de Goa- 

— de la Guardia, etc. 

Fortalesas ou villes fortifiées. 

1019 Forcia de Vinça. 
1095 — de Villafranca. 
1179 — de Marquexanes. 
1943 — de Marcivol. 



94 

1305 — de Codalet. 

— de Prata. 
1349 — de Ropidera, 
1363 — de Tarerach. 
1393 — de Joch. 

de Mosset. 

de Catllar. 

d'Oleta. 

de Rodes. 

d'Estoher. 

d'Eus, etc. 

Tous les monastères du Confient étaient entoures 
de hautes et épaisses murailles, qui en faisaient de 
véritables forteresses. Le monastère de Corbiacb fut 
entouré de murs, en 1576, pour résister aux Hugue- 
nots, et le monastère de Marcevol conserve encore 
un chemin de ronde et des meurtrières pratiquées 
dans ses épaisses murailles. Plusieurs églises furent 
aussi fortifiées aux x e et xi e siècles, comme on le 
voit par les actes de la Trêve de Dieu, où elles sont 
appelées Ecclesiœ incastellalœ. Celle de Ropidera est 
la seule église fortifiée que nous connaissions dans le 
Confient. 

Tels étaient les asiles derrière lesquels se retran- 
chaient les populations dans les jourk de danger, et 
lorsque la frontière était envahie par une armée 
étrangère, les somatents du Confient se portaient aux 
défilés du col de Terranera, dont les hauteurs se 
couvrirent encore de redoutes et de canons, en 1640 
et 1794. 

Conflent Chrétien. — La foi chrétienne fut prê- 
chée, vers Tan 250, dans la ville de Narbonne, d'où 
elle s'étendit rapidement jusqu'aux Pyrénées; mais 
le diocèse d'EIne est signalé, pour la première fois, 



•5 

vers Fan 571, et noire histoire religieuse est à peu 
près inconnue jusqu'à l'époque de la domination 
franke. Les limites du diocèse d'Elne semblent avoir 
éprouvé quelques variations sous la domination des 
Wisigolhs, et le roi Wamba fit décréter, vers Tan 
675 , une constitution qui fixait le ressort et la cir- 
conscription des évêchés de son royaume, sicut anti- 
quitas dcnotaret. Les confina de chaque diocèse sont 
marqués dans cette constitution; mais, c'est en des 
termes si barbares ou corrompus, qu'on n'en peut 
tirer aucun parti, selon D. Vaissète f . Quoi qu'il en 

1 Voici les limites attribuée* au diocèse «l'Elue , d'après la constitution 
de Wamba : « Elna hœe tentai : de Angera ueqne Rotinolam, de Lateroea usine 
« ha mma m. • (Hiei. rer. Franc.) tora. II , p. 749.) H ne parait pas impossible 
de retrouver ces anciennes limites, en les rapprochant des indications four- 
nies par tue balle do l'an 897, qui semble répéter, quoiqu'en termes diffé- 
rents et avec plus de précision , les bornes déjà données par la division 
gothique. Cette bulle attribue au diocèse d'Elne « omnes eecteiûu in Roeei- 
« twntnee pertinente* et ConfnenWnu à porta lardonis neque ad mare , et é 
» termina Nnrbonenei neqne Bi$nllnnen$e. » (Mnrca, 58.) La limite de Test, ou 
de In mer, n'est autre que celle de Rotinola, corruption de Roiciliona (CuteW- 
Roesello). lamnsa semble une corruption de Lamuga , et celte rivière, ordi- 
nairement appelée Sambnea , est encore donnée , avec le pays dé Bésalu , 
comme limite du diocèse d'Elne, en 4442 (Marca, 404). Lateroea corres- 
pond à un point quelconque de la frontière du Narbonais. Quant à Angera, 
qui bornait aussi le diocèse de Garcassoune ( Carcasona hae tenent, de Monte 
Rufo tuque ad Angeram, etc.), il faut le chercher dans le haut Confient, où 
l'on trouve en effet la vallée Engarra, au ix* siècle, et le village d'Anyer, appelé 
Agnera, Angerro, Anger, dans nos plus anciens documents (Speciteg. d'Acher. 
tom. VHI; p. 349; Narca, 87, 455). H est vrai que, du village d'Anyer au 
Port de Jardo, il y avait encore deux paroisses , qui , de tout temps, ont fait 
partie du diocèse d'Elne ; mais les limites de l'an 675 ne sont pas données 
avec une rigoureuse exactitude, puisque, de Ruseino à ta mer, il y avait, sans 
doute dès cette époque, la paroisse de Canet, qui ne se trouverait comprise 
dans aucun diocèse, s'il fallait prendre au pied de la lettre les indications 
de la constitution de Wamba. En citant les noms de Roeciliona et tfAgnerra, 
ce document ne semble avoir voulu nommer que les villes les plus impor- 
tantes et les plus rapprochées des limites réelles du diocèse, et il faut en 



96 

soil, le Gonflent se trouvait alors compris dans le 
diocèse d'Elne, et il n'en a jamais été séparé depuis 
cette époque. 

Après l'expulsion des Arabes, le Confient se trouve 
divisé en paroisses, dont la circonscription ne corres- 
pondait pas exactement à celle des communes, et dont 
le nombre était bien plus considérable que de nos jours 1 
Leur origine est irfeonnue; mais on peut conjecturer 
que presque tontes nos églises remontent aux pre- 
miers siècles du christianisme, car celles que les 
documents signalent avant le xi c siècle sont sous 
l'invocation des Apôtres et des Saints de la primitive 
Eglise, et on n'en trouve aucune de consacrée aux 
Saints d'origine Franque ou Gothique, dont le culte 
était cependant assez répandu dans le pays, comme 
on le voit par l'inventaire des reliques vénérées à 
Cuyxa vers Tan 1040*. 

Liste des Églises paroissiales et rurales du Cooflent. 

846 Ecclesia S. Andrcae, de Llar. 

849 — S. Salvatons, de Llech. 

855 — SS.Salvatoris et Pelri, de Prada. 

— S. Martini, de Canoha. 

864 Ecclesiola Follonichs? 

Ecdesia S. Felicis, de Codalet. 

conclure qu'au-dessus de Nyer, Je Confient ne possédait alors aucun centre 
de population important : ce qui est assez conforme aux autres données de 
l'histoire. 

1 Dès le ii c siècle, Llech, Estoher et Clara avaient chacun leur église, et 
Ccners, qui se trouvait au milieu de ces trois villages, devait bien avoir la 
sienne quoiqu'elle soit citée beaucoup plus tard par les documents. 

2 On y trouve des reliques de saint Laadbert, de saint Gunterand, de 
saint Ugbert, de saint Philibert, de saint Leudger, et autres saints d'ori- 
gine barbare, (ttarca, 224). 



97 



874 Ecclesia S. Saturnini, 


de Vernet. 




Cella 


S. Vincentii, 


de Caraplong. 


878 Ecclesia S. Cypriani, 


de Sahorra. 


879 


— 


S. Stephani, 


d'Astoher. 




— 


S. Martini, 


de Clara. 




Cella 


S. Thomas, 


(de Balaguer). 


906 Ecclesia S. Stephani, 


de Campells. 




— 


S" Eulaliae, 


de Falha. 


937 


— - 


S. Fructnosi, 


de Taurioya. 




— 


S. André», 


de Catllar. 


950 


— 


S. Vincent m, 


de Valmanya. 




— 


S. Vincentii, 


de La Llagona. 


981 


— 


S. Martini, 


d'Ascaro. 




— 


S. Cucuphati, 


près d'Ascaro. 


985 


— 


S* Marias, 


de Riquer. 




— 


S. Stephani, 


de Talau. 




— 


S. Mauricii, 


de Sauto. 


996 


— 


S. Martini, 


de Canigo (lo vell). 


1010 


— 


S* Eulaliae, 


d'Arbussols. 




— 


• S. Adriani, 


de Tuèbol ? 




— 


S. Pétri d'Exalada (dels Gratis de Cerola). 




— 


S. André», 


de Vallestayia. 


1011 


— 


S. Clementis, 


de la Serra, pr. de Fulha. 


1017 


— 


S. Pauli, 


dcPy. 




— 


S. André», 


d'Evol. 


1019 


— 


S» Maria;, 


de Cornella. 


1025 


— 


S" Eulaliae, 


de Marqueianes. 


1035 


— ' 


S. Vincentii, 


d'Eus. 


1036 


— 


S" Marias, 


de Molig. 


1040 


— 


S* Maria? ad Presepium, 


( à la crèche ) de Cuyxa. 


1072 


— 


S. Felicis, 


d'Ayguatebia. 


1091 


— 


S* Mariae-de-Gradibus, 


à Marcevol. 


1095 


— . 


S. Jacobi, 


de Villefranche. 


1097 


— 


S. Vincentii, 


de Mented. 


1142 


— 


S. Salvatoris, , 


d'Arbussols. 


1144 


— 


S* Eulaliae, 


de Vilella. 


1151 


— 


S. Martini, 


de Jocb. 


1151 


— 


S" Mariae, 


de Marinyans. 

7 



1173 
1178 
1186 
1190 
1204 



1217 
1218 



1163 Ecclcsia S. 

- S. 

- S. 

- SS 

- S. 

- S. 

- S. 

- S. 

- S* 

- S. 

- S. 

— s. 

— s. 

— s. 

— s. 

— s- 

— s. 

— s. 

— s- 

— s. 

— s- 

— s. 

— s. 

— s. 

— s. 

— s. 

— s- 

— s- 

— s. 

— s. 

— s» 

— s. 

— s. 

— s- 

- S" 
1348 — S. 



1231 
1242 
1260 
1261 
1265 

1276 
1278 
1293 
1296 
1297 
1299 

1301 
1307 
1334 



98 

Stephani, 
Jacobi, 
Andréa? *, 
.Gosmae et Damiani, 
Marcelli, 
Stephani, 
Pétri, 
Johannis, 
Marias, 
Juliani, 
Felicis, 
Johannis, 
Juliani, 

Martini, 

Marias, 

Stephani, 

Martini, 

Colomba*, 

Germa ni, 

Colomb*, 

Stephani, 

Stephani, 

Vincenti i, 

Juliani, 

Michaelis, 

Mariae, 

Caecilae, 

Slephani-del-Prat, 

Andréas, 

Mariae-Magdalenes, 

Jacobi, 

Martini, 

Maria?, 

Mariae, 

Johannis, 



de Sahorra. 

d'Anyer. 

de Belloch. 

de Serdinya. 

de Flaça. 

de Villarach. 

de Belloch. 

de Conat. 

d' Aspira. 

de Vinça. 

de Ropidera. 

de Seners. 

de Mosset. 

d'En. 

de Canavellas. 

du Château d'Eus. 

de Coma. 

de Stenyils. 

de Bordoll. 

de Cuyia. 

de Finestret. 

de Sofrunys. 

de Glorianes. 

d'Arria. 

d'Avellanet. 

dels Plans. 

de Domanova. 

de Celra. 

de la Vall-d'Aspira. 

de Tarerach. 

de Nentilla. 

de Calahons. 

de Nohèdes. 

de Corbiach. 

d'Orella. 

de Rodes. 



1 Sanctœ-MQrugy selon un acte de 4655. 



1360 Ecdesia 

1354 — " 
1364 — 

1355 — 
1363 — 



1369 
1375 



1381 
1389 
1399 
1394 
1395 
1398 
1403 
1430 

1434 
1450 
1493 
1510 

1536 
1547 
1563 
1581 
158. 
1595 
1600 
1616 
1631 



S. 

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— S. 

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— S. 

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— s- 



Vakntini, do château de Rodes. 

Sttphani, de la Roc&a de Pomers. 

Jaliani, de Jujols. 

Mari*, del Royre. 

Pétri de la Rocha (N. D. de Vie). 



Cruds, 

Maria?, 

Felicis, 

Johannis, 

Joliani, 

Martini, 

Asciscli, 

Justi, 

Stephani, 

Stephani, 

Pelri, 

Magdalenes, 

Johannis, 

Justi, 

Pétri, 

Clementis, 

Johannis, 

Sebastiani, 

Jaliani ( nova ), 

Ghristophori, 

Margarita», 

Marix-de-Coma-Gelada , 



de Toren. 
d'OIeta. 

entre Aspira et Finestret . 

de Sansa. 

d'Areleu. 

de Cauders* 

de Porrinyans. 

de Gnissa. 

d'Orbanya. 

de Bréses. 

du château de Joch. 

(vallée de Conat). 

de Folha. 

de Iionat. 

de FiUols. 

de Thuès. 

de Sirach. 

de Dossoros. 

de F hôpital de Vinça. 

de Mosset. 

de Fornols. 

de Llogols. 

à Mosset. 

du château de Mosset. 

de Prada. 



Cosmae et Damiani, 
Mariai del Vcynat d'Avall, près d'Ascaro. 
Marias de Rosario, à Prades. 

Andréa?, d'OIeta. 

Magdalenes, de Sahorla. 

Galderici del Barri del Prat, à Vinça. 
Fructuosi, de Marians. 

Eugeniae, de Soanyes. 

Eulaliae, de Ri garda. 



657159 A 



/ 



100 

1672 Ecclcsia S" Maris, de Prats de Balaguer. 

— * S. Pauli, près de Fontpedrosa. 

— S. Domiuici, de Rigarda. 

— S. Valentini, de Cours. 

1707 — S* Anna;, dels Quatre- Termens (entre Glorianes et 

La Bastida). 

Toutes ces églises étaient desservies par des prê- 
tres, qui prennent ordinairement le titre de Rectors 
ou de CapeUas. Ce dernier s'applique plus particu- 
lièrement aux desservants des églises rurales et des 
châteaux. Le titre A" Hcbdomadier était attaché k la 
cure d'Arria, *et celui de Sacristain a celles de Sa- 
horra et de Serdinya. 

Le personnel des églises du Confient fut considé- 
rablement augmenté, après le xm e siècle, par la 
fondation de Bénéfices, dont les titulaires, lorsqu'ils 
furent en nombre suffisant, se constituèrent en Corn* 
munautés ecclésiastiques, ayant chacune des adminis- 
trateurs et des revenus particuliers. 

Communautés ecclésiastiques du Gonflent. 

Commuuautc dos Prêtres de Saint- Julien de. Vinça, vers 1330. 
Idem de Saint- Jacques de Villefranche, vers 1330. 
Idem de Saint-Pierre de Prades, vers 1330. 
Idem de Saint- Julien de Mosset, vers 1393. 
Idem de S te -Eulalie de Marquexanes, 5 novembre 1566 > etc. 

Ajoutons, pour compléter ce qui se rapporte au 
clergé séculier, que le titre à" Arclùdiacre de Confient 
était porté par un chanoine du chapitre d'Elne(1 21 5); 
et que V Officiai ecclésiastique du Confient résidait or- 
dinairement à Villefranche. 

■ 

Pèlerinages. — Le plus célèbre du Confient était 
le Pardon institué, selon la tradition, par la piété 



101 

filiale d'un pape, dont la mère aurait été ensevelie 
dans l'église du village de MarcevoL Ce Pardon, fondé 
probablement dans le xn* siècle, est mentionné pour 
la première fois en 1371, et consistait en indulgences 
qui pouvaient se gagner seulement dans les années 
où la fête de l'Invention de la Sainte-Croix (3 mai) 
était un vendredi. 

Clergé régulier. — A1ona6t£iib$* 

Abbayes. — Ordre de Saiut-Benoit, 

Saint -André XExalada. — Fondée vers Tait 840. — Emportée 
par une inondation de la Têt, vers Tan 878. 

Saint-Germain, et pins tard Saint-Michel de Cujrxa. — Fondée 
vers Fan 876. —1789. 

Saint-Martin de Caaigo. -^Fondée vers lîan 1007. —Sécularisé» 
en 1783. 

Ordre eblerciei» 

Sainte-Marie de Jau ou de Clariana. — Existait déjà en 1169. 
— Était rainée en 1713, quoiqu'elle eut encore des Abbés en titre 
à l'époque de la Révolution, 

Prieurés. — Ordre de la T. S. Trinité, de la rédemption des captif*. 
Sainte-Marie de Corbiach. — Fondé le 28 juin 1575. — - 1608. 

Chanoines régalien de l!ordre de Snint-Àngostin. 

Sainte-Marie de Cornella. — Fondé en 1097. — 1712. 
Sainte- Marie d'Espira-. — Signalé en 1191. — 1236? 
Sainte-Marie de Corbiach,— 1610— 1789? 

Chanoines repliera de l'ordre du Saint-Sépulcre. 

Sainte-Marie de Marcevol. — Fondé vers Tan 1147. — Sécularisé, 
far Bulle apostolique du 16 des kalendes d'août 1484. 



102 

Couvents. 

Couvent des Frères-Mineurs de Saint-François, à Villefranche. — 
Existait déjà en 1258. 

Couvent des Frères-Capucins, à Vinça. — Fondé en 1589. 
Couvent des Frères-Capucins, à Prades. — 1637? 

Prieurés ruraux. 

Sainte-Marie d'Espira. — 1236?— 1789. 

Saint-Pierre de Belloch. — Ancienne chapellenie érigée en Prieuré 
vers l'an 1370, uni au monastère de Canigo par Bulle apostolique 
du 13 août 1403. 

Obédiences monastiques. — Du monastère de la Grasse. 
Cella de Saint -Sauveur et de Saint- Pierre à Prades. — 855. 

Du monastère de Guyxa. 

Cella de Saint- Vincent de Camplong (à l'Est de Vernet).-— 876. 

Ctlla de Saint-Thomas (de Balaguer). — 879. 

Prieuré de Sainte-Marie de Riquer (près de Catllar). — 1073. 

Prieuré de Saint- Jacques de Calahons. — 1301. 

Prévôté de Saint-Pierre de Fillols. 

Du monastère de Canigo. 

Prévôté de Sainte-Marie d'Orella. 

Prieuré de Saint-Pierre de Belloch.— 1402. 

Du monastère de Serrabona. 

Prévôté de Saint-Martin de Joch. — 1303. 
Prévôté de Sainte-Marie de Marinyans. — 1303. 
Prévôté de Sainte-Marie d'Oleta. — 1370. 

Du monastère de Cornella. 

Prévôté de Saint- Jacques de Camarola (entre Vernet et Cornella). 
Prévôté de Saint-Pierre de la Rocha (Notre-Dame de Fie). 



103 

Hôpitaux. — Outre les institutions de charité que 
l'on trouvait autrefois, dans presque tous les villages 
du Gonflent, sous le nom d'aumônes communes, les 
documents signalent encore une maison des lépreux, 
près de Villefranche, eu 1 285 , et des hôpitaux, dans 
h même ville, en 1398, à Vinca (1330), à Prada 
(1350), a Rodès(1350), à Oletâ (1382), à Mosset 
(1547), àMarquexanes(15G0), àEus(1568), à Co- 
daient 633), etc. 



NOTES. 

(A) Note sur les anciennes limites 

du Gonflent. 

Les précieuses archives de Boule -Ter ncre» que nous ayons eu 
depuis peu seulement l'occasion d'examiner, nous ont appris que 
cette commune faisait anciennement partie do Confient. Ce fait, déjà 
vaguement indiqué dans une charte très corrompue de l'an 1050 
(Marca, 192), explique clairement les limites données au Gonflent 
en 1097, de Partira Porti usque ad Insuîam (Jbid., 313). La. 
commune de Bola-Tcrrancra fut séparée de la vigueric de Gonflent 
et transférée dans celle de Roussillon, par une charte du roi Jacques 
de Majorque, en date du 3 des ides d'octobre de l'an 1309 (Arch. 
de Boule, parch. n° 16). Mais celte séparation fut purement admi- 
nistrative , et , par la même charte , le roi de Majorque conservait à 
la ville de Boule-Ternère tons les droits et privilèges dont elle avait 
joui jusqu'alors en sa qualité de commune du Gonflent , entr'autres 
celui d'envoyer &ti bestiaux aux pasquiers de ce pays, et d'y acheter 
du blé pour sa propre consommation : tous droits confirmés par plu- 
sieurs sentences et chartes royales , dont la dernière est du 24 dé- 
cembre 1403 (Jbid , parch. n° 90.— Voyez les Pièt es justificatives, . 
a°2). 



104 



(B) Note sur l'ancienne Vicomte de Joca 

ET DE CbRDJGNB. 

Les comtes déléguaient leurs fonctions à dès employés subalternes, 
désignés anciennement sous le nom de vicarii, et plus tard sous celui 
de vicomtes. Les attributions de ces officiers se rattachaient principa- 
lement à l'exercice de la justice, et on eu trouve dans chacun des pays 
des Marches Gothiques, même dans les vi Iles où les comtes avaient établi 
leur résidence i . Il est donc hors de doute que le pays du Confient 
avait des vicomtes dès le ix e siècle , comme on le voit par un plaid 
qui y fut célébré en 869, sous la présidence du vicomte Eldesind 
(Balux. Capitulas, append. tit. 98). Ce titre devint ensuite héré- 
ditaire, et l'on trouve, en 962 et 966 (Marca, 97, 104), un certain 
vicomte Isarn, qui appartenait au Confient, selon toutes les proba- 
bilités 2 ; mais l'extrême rareté des documents relatifs à cette vicomte, 
et le vague et l'obscurité de leurs indications, imposent la plus scru- 
puleuse réserve à cet égard , et Ton doit se borner à constater l'exis- 
tence d'une ancienne vicomte de Confient, dont le siège était fixé au 
château de Joch, comme le prouvent deux documents rapportés plus 
loin. Tout porte même à croire que cette vicomte n'existait plus dès 
la fin du x e siècle , et que le titre et les droits en avaient été acquis 
par les vicomtes de Cerdagne, dont l'histoire est aussi fort obscure. 

Les vicomtes de Cerdagne semblent se rattacher, par des liens dé 
parenté, aux comtes de ce pays, et l'un d'eux, le comte Miro, choisit 
pour ses manumissenrs , en 928, « son fidèle Unifrçd, vicomte, sa 
« cousine Gilcsinda, et leur fils Rcmesario, vicomte. » On trouve 
aussi, en 953, on vicomte Bernard (Marca, 90), qui s'intitule vi- 

1 En 994 , Borrel, comte de Barcelone, choisit pour être ses exécuteurs 
testamentaires, ses vicomtet de Gérone, dé Barcelone et d'Grgel (Marco, Mi). 

» 

2 Bofarull (Los Condes de Barcelona, etc. 9 tom. I), cite, dans le ix* siècle, 
un vicomte de Confient, qui parait être le même que Bernard, vicomte de Cer<- 
ééçne : » Sant Armengol, obievo de Urgel, fuè hijo, tin ningun gènero de duda 
« de Bemardo , viiconde de Confient , y de Guitfcé Wisla, hija de Seniofred* 
u de Llutâ, conforme asi lo ha detnostrado y nrobado ya cl se n y or Villanueva À 
* que nos remit imos. » (Yiage literario, ton). 40.) 



105 

comte de Cerdagnc (vicecomes Ceritaniensium), en 963, dans une 
charte par laquelle il renonce , moyennant 200 sous de Malgone , à 
certains droits de justice, que ses parents et prédécesseurs rece- 
vaient sur les possessions du monastère de Coyxa, situées dans sa 
vicomte, infra vicccomitatu meo (Marca, 102). Son nom figure 
encore en 966 /dans le testament du comte Seniofred. Il existe en- 
suite une lacune dans la liste des vicomtes de Cerdagne, jusqu'en 
1019, si Ton peut, toutefois, considérer comme en faisant partie un 
certain Seniofred, vicomte, dont le nom figure à côté de celui du 
comte de Cerdagne dans une charte de cette année (Marca, 184). 
C'était sans doute l'époux de la vicomtesse Adaltrudis , dont le fils, 
également nommé Seniofred, et époux de Guisla, prend aussi le 
titre de vicomte, deux ans après (Marca, 162). 

Le titre de vicomte de Cerdagne est pris, pour la dernière fois, 
en 1035 (Marca, 214) par Bernard , que les documents nomment 
encore en 1046 (Jbid., 232), et en 1073 (Invent. d'Agullana). 
Le titre de vicomte , [porté depuis Tan 1084, 'par Hcnii, frère de 
Guillem- Raymond , comte de Cerdagne , semble avoir été purement 
honorifique , et il faut chercher le fils et successeur du vicomte Ber- 
nard parmi les fondateurs du monastère de Serrahona, où nous trou- 
vons, en 1081) le vicomte Raymond- Bernard cl son fière Bernard- 
Bernard parmi les principaux bienfaiteurs de cette maison (Archives 
de Solsona). Si Ton considère que les plus importantes possessions 
de Serrahona furent situées dans le Confient et la Cerdagne, on peut 
compter Raymond- Bernard, auteur de cette dotation , parmi les vi- 
comtes de ce dernier pays, et le considérer comme le père de Pierre- 
Raymond, qui, prit le titre de vicomte de Caste Ibo, de Cerdagne et 
de Joch, et se fit aussi remarquer par ses libéralités en faveur du 
même monastère i . Le 4 des calendes de mars 1134, le successeur 

1 En 4263, Bertraud Gil, commissaire royal dans les comtes de Cerda- 
gne et àe Confient, reconnut l'allodialité des possessions du prieuré de Ser- 
rahona dans ces deux pays : « Exceptis Manso de Casasiis de Urgio , qu$m U- 
« oavit in suo testamento dkto Monasterio Petrus-llaymundi quondam vice- 
« cornes Ceritanie, et quibusdam terris et eensibus quos dicio monasterio con- 
« tulit apud Quexans Sebilia quondam vice corn i tissa Ceritanie ; et quodam 
« manso apud Pratun\ de Quexans, et duabus dimidHs bordis apud Saorlam, in 
« termino eastri de Joch, quem et quas dédit prcdiclo monasterio Pet rus de 
« Castellnou quondam vices cornes Ceritanie et de Joch ; que quidem omuia 



106 

des comtes de Cerdagne , Raymond-Bérenger, comte de Barcelone , 

• donna à Pierre-Raymond , vicomte de Castellbo , les fiefs de la 
« vicomte de Cerdagne , excepté le tiers d'une seigneurie qoe ledil 
« vicomte laissait à Gauceran. » (Marca, tit. 385.) 

Comme on le voit, les vicomtes de Joch et de Cerdagne n'en for- 
maient plus qu'une avec celle de Castellbo, pendant le xii c siècle, et 
leurs droits arrivèrent ensemble aux comtes de Foix par le mariage 
de Roger-Bernard avec Ermessende, fille unique tf Arnaud, vicomte 
de Castellbo (1202). L'histoire des comtes de Foix est assez connue; 
mais ces héritiers des vicomtes de Cerdagne conservèrent long-temps, 
sur ce pays et sur le château de Joch, des droits, dont l'existence vient 
à l'appui de nos inductions, et qu'il importe de faire connaître à ce titre. 

Le 5 juillet 1329 , en exécution des dernières volontés de Gaston, 
comte de Foix, Gaston, sou fils et successeur, donna à son frère Roger- 
Bernard a vieomitatum Castriboni et terram Urgelleti, etc., nec- 
« non et loca seu illud quod h abc bat in villa de Podio Ceritano et 
« m Comitatu Ceritanie et Confluenti. » (Preuves de la nouvelle 
édition de Y Histoire de Languedoc.) 

« prôxime memorata , inverti , per instrumenta à dicta Priorc in judicio pro- 
« ducta y fore eidem monatterio collala à vicecomitibus Cerritanie feuda- 
« tariis Domini nostri Régis in vicecomitatu predicto , etc. Lata fuit kee 
« senteneia in Perpiniano xv° kalendas augusti anno Domini m.cc.lx.v. iuprf- 
« soucia, etc, (Charte provenant des archives de l'église deSolsona.)— Nous 
avions ignoré l'existence de L'ancienne vicomte de Jo*h t avant la découverte 
de ce document, le seul qui en fit mention , à notre connaissance, lorsque 
M. P. Tas tu eut l'obligeance de nous communiquer Pacte de veute de 
quelques droits de celte même vicomte, dont l'existence est désormais attes- 
tée d'une manière irrécusable. Voici un extrait de ce document : « Ego f 
« Arnaldus Bertrandi , per me et suecessores meos , vendo libi domino meo Jtde- 

• fonso régi Aragonum omnem honorem qnem habeo vel habere debeo de vicc- 
« comitatu de Joch , è ViUafrancha usque ad Sedem Vrgeilensem , exceptis 

• duabut cavatleriis per hcc. sot. Met. Prtdictwm konorem tibi vendo Domino 
« meo Régi in perpetuum et quicqvid jurie in vicecomitatu de Joch habeo vei 
« habere debeo , scilicet alodium meum proprium quod est in vitla de Yx , et 

• fevot quos tenent per me vel tenere debent milites illius vicecomîtatns, 
i exceptis predictis cavalleriis , et de meo jure et dominio in tuum jus et domi- 
« nium trado y et trado eciam tibi Régi instrumenta et raciones quos habeo de 
« predicto honore, etc. Aetnm est hoc apud Yx, IX. mensis junii anno Domini 
« .V. C.LYX.K1/. tfrigfnuin, etc. » (Arch. roy. d'Aragon, regift. \ , n° \2\$ 



107 

Le 3 janvier 1354, Roger-Bernard de Foix, vicomte de Gastellbo, 
inféoda an chevalier Roger de Rovenac « la moitié des lieux de 
« Joch , de Finestret et 'de Saorla , dans le Confient , ainsi que les 
c droits qu'il y possédait par indivis avec André , vicomte de Canet 
« et d'Me, » à la charge , ponr le feudataire , d'offrir aux vicomtes 
de Gastellbo une paire de gants en cuir blanc, unum par crotecarum 
corii albi, tontes les fois qu'il y aurait dans ce fief mutation de sei- 
gneur on de vassal (Arch. de la Mairie de Finça, Procès de 1432). 
Cette obligation fut encore remplie le 24 novembre 1406, par Éléo- 
nore de Perelios, dame du château et des lieux de Joch, Finestret et 
Saorla, qni prêta hommage et serment de fidélité à Jean de Foix, 
vicomte de Castelbo , ah près tac io de un pareil de guans de cuyro 
blanc (Jbid.). Nous ne savons pas si cet hommage fut renonvelé par 
les successeurs d'Eléonore , mais les faits qni l'avaient constitué sont 
encore rappelés dans" une supplique présentée au roi d'Aragon, le 22 
novembre 1418 : a Castrum de Jocko (y est-il dit) et loca plani ejus 
« tenentur in feudum pro vestra Regia Mages ta te, que illa infeu- 
m davit Egregio comiti Ffuxi , seu vicecomiti Cast ri-Boni, et dic- 
« tus vicecomes illa reinfeudavit, etc. » (Jbid., Procès, n° 3.) 



(C) Note sur les armoiries et le sceau consulaire 

DES VILLES ROYALES DU CoNFLENT. 

On sait que le 8 juillet 1400, le roi Martin permit à la ville de 
Perpignan de changer le sceau du consulat et les armoiries de la 
commune, de prendre, à cet effet, son écu royal (d'or à quatre pals 
de gueules) et de le surcharger de l'image de S. Jean -Baptiste (Liv. I. 
Provis., fol. 208). La pragmatique du roi parle d'un sceau plus 
ancien, dont le type était peut-être, comme le pensait H. Puiggari, 
l'image de S. Jean , patron de la commune (Bulletin de la Société, 
tom. IX, p. 106). Il paraît plus probable que l'ancien sceau de Per- 
pignan portait tout simplement l'écu royal d'Aragon , et ressemblait 
aux anciens sceaux consulaires des villes royales du Confient. 

La ville de Vinça avait des armoiries , dont il est fait mention , 
ponr la première fois, en décembre 1407 1 ; et sur lesquelles nous 

* A cette époque, les consuls de Vinça firent célébrer une neu vaine pour 



108 

n'avons pu recueillir que les détails suivants. Dans une réunion de 
la confrérie des pareurs de Vinça, du 12 février 1649, on voit un. 
candidat présenter, pour son admission , « una pessa de drap, fêla 
* be y legitimament, segons r et glas de art de parajrre, la quai es 
a estât rnarcat ab las marcas de la vila, ço es, en la una de lasquals 
« y ha gravât S* Julia y S 1 Jaumc menor Apostoi * , f en l'altra las 
v barras de Arago ab lo nom de VINÇA. » (Jos. Tin*o, notaire.) 

Les barres d'Aragon, avec le nom de Vinva , se trouvent égale- 
ment sur l'ancien sceau de la commune, dans neuf quittances, contre- 
signées par les consuls de Vinça , et allant du 23 juin 1455 au 23 
juin 1460. Ce sceau, d'un module de 21 millimètres, porte l'écu 
royal d'Aragon, sans couronne, avec la légende + S (egel) D(e) 
VINSA (étoile). Or, à l'époque où nous en retrouvons les empreintes, 
la ville de Vinça, séparée «de la couronne royale, depuis le 7 jan- 
vier 1358 jusqu'au 8 juin 1586, avait des seigneurs particuliers , 
membres de la famille de Rocaberti, dont elle aurait pris les armoi- 
ries plutôt que celles d' Aragon , si celles-ci ne lui eussent été acquises 
à une époque antérieure. 11 est donc probable que les armes de Vinça, 
comme celles -de Villefranche datent du règne de Pierre IV, et sont 
antérieures à l'an 1358 2 . A celte époque, cette ville, qui jouissait 
des mêmes privilèges que Villefranche, fut donnée â 1' Infant issa 
Joajina, fille du roi d'Aragon, mais elle conserva, sous ses nouveaux, 
seigneurs, tous ses privilèges, parmi lesquels était compris sans doute 
celui de porter Fécu* royal dans ses armoiries. 

4 

l'âme de Michel de Perellot, seigneur de Joeh, ci empruntèrent pour celte 
cérémonie, un pâli des Frères dtl Carme, sur lequel ils firent broder ou 
peindre les armoiries de la ville : « Vogue per fer posar lo senyal de la vila, 
■ al dit pâli vm. diners (Despesa d'En P. Âlbar, consoij ». 

1 Ce premier sceau, sur lequel figuraient unis les deux* patrons de Vinça 
et de Villefranche, appartenait à la confrérie des pareurs de ces deux villes, 
et rappelait l'ancienne juridiction des Préposée des pareurs de Villefranche 
sur les autres fabriques du Confient. La même suprématie existait au xvi e 
siècle, pour les ouvriers tanneurs et cordonniers, qui n'exerçaient leur mé- 
tier, dans divers lieux du Gonflent, qu'avec Pautorîsation des maîtres de 
Villefranche. 

2 Le sceau du Consulat de Vinça fut acheté, et pent-étre concédé, en \ 550 ç 
on lit parmi les dépenses de cette année : « Item, paga al saftel que eompre dcl, 
« cosolat, xuii. diners (bespesa d"En P. Jtotcdor, consol de Vinça, 4550.) ' 



109 

NOTE SUR QUELQUES LIEUX DÉTRUITS BU CONFLENT. 

•Les raines qui existent encore sor divers points du Gonflent, au- 
jourd'hui inhabités, ont fait dire souvent que ce pays était autrefois 
plus peuplé que de nos jours. Cette opinion peut être vraie pour 
certains villages, et même pour quelques cantons,, car on trouve, en 
1283, une communauté religieuse et plus de vingt-cinq familles 
dans le village de Marcevol qui n'en contient que cinq aujourd'hui. 
Un siècle après, on trouve de huit à quinze familles dans les villages 
de Ceners et de Ropidera qui sont entièrement détruits depuis long- 
temps, et les documents du XV e siècle signalent encore deux cime- 
tières dans la vallée de Croses, qui ne renferme plus que quatre ou 
cinq métairies. Enfin, les travaux de l'agriculture et les inondations 
mettent souvent à découvert des tombes et des cimetières anciens 
dont l'existence et la situation s'expliquent par les usages religieux 
de nos ancêtres. I) est certain que les ressources alimentaires n'ont 
pas diminué dans le diocèse d'Elne ; et si la ruine de l'industrie a 
fait émigrer quelques familles que le binage faisait vivre, d'autre 
paît la plupart des fléaux, qui ont jadis dépeuplé le Roussi lion, les 
pestes, les famines, les guerres, ne sont plus que de rares accidents 
dans l'histoire de ce pays ; et nous croyons pouvoir affirmer que la 
population du Confient n'a jamais été, depuis le xiv« siècle, plus 
nombreuse qu'elle ne Test de nos jours. Nous nous abstiendrons de 
donner ici des détails qui pourront être développés un jour sur cette 
intéressante question , et nous nous bornerons à de courtes observa- 
tions sur quelques lieux du Confient dont nous n'avons pu recon- 
naître exactement la situation. 

Villar Pauliaitom.. — (Vers Tan 743?) « Du temps du roi Àu- 
mar, lorsque Ibn-Aumar régissait Narbonne », le villar Paulia- 
num était possédé par un certain Mascara , dont les descendants 
donnèrent ce domaine au monastère d'Exalada, en 841 (Afarca, 40). 
D'après M. de Saint- Ma lo (Le Publicateur), la terre de Paulian ne 
pourrait être inscrite dans nos comtés , quoique les possessions con- 
nues du monastère d'Exalada soient toutes situées dans le Confient 
ou dans la partie de la Cerdagne qui l'avoisine. Ce villar fut cédé 
par la communauté au comte Miro en 869, sauf quelques petites 
pièces de terre possédées, dans ledit villare Poliano (sic), par di- 



110 

vers propriétaires, entr'autres par une certaine Nowolenda (Marca, 
39), que Ton retrouve, en 869, propriétaire de vignes et de champs 
à las Scalas (Gratis), à Palmalada, à Oncenias , à Planosos, de 
champs à Llar « par succession de ses parents », et d'an moulin à 
Oleta (Marca, 40). Évidemment, sa petiola de terre du villar 
Paulianum ou Poliano ne pouvait être guère éloignée de ces mê- 
mes localités, qui sont tontes antoor d'Exalada , et c'est probable* 
ment dans cette partie du haut Gonflent qu'il faudrait chercher ce 
villar dont ancun autre monument ne fait mention. 

Ocenias. — Le villar d'Ocenias semble situé entre les lieux de 
Talau , de Munclas et dels Plans ; mais les indications des doen- 
ments sont trop vagues pour qu'il soit possible de mieux indiquer sa 
situation. 

Puyals. — Les stils de Villefranche citent an xiv e siècle, dans le 
voisinage d'Ayguatébia, nn village de Puyals , le même sans doute 
que le Pujo alto, dont il est fait mention dans deux chartes de l'an 
962 (Marca, 97, 99). 

Bordoll. — Semble être le lieu appelé aujourd'hui Turol. 

Mikles. — Etait compris dans le territoire de Serdinya. 

Peneoes. — Etait situé entre Marquexanes et Aspira, dans le ter* 
lïlotre de ce dernier village. 

Planissols. — Le territoire de Planissols était situé entre celui de 
Stanyils et celui d'ArbussoIs. 

Tebraoes. — Entre Eus et Arbussols. 

La situation géographique des autres villages ruinés do Gonflent , 
tels que Gamplong, Stanyils, Gaujach, Seners„Sofranys, Ropidera x , 
Vilella, Llech, Yalells, Celra, etc., est facile à déterminer par les 
ruines qui en restent encore, et par les indications des anciens do- 
cuments. 

1 On trouve, en 4565, deux habitants de Ropidera qui se nomment 
Gmllem Pages d'Amont et G. Pages tfAvayl. Ces qualifications, qui pour- 
raient faire croire qu'il y avait deux villages de Ropidera, se rapportent 
aux rues kamte et basse de ce village, où Ton troovr encore un Pages de ta 
Massa en 1595. La même particularité existe an xn* siècle, parmi les habi- 
tants de Mosset et de beaucoup d'autres endroits. 



111 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



N° i. — Concession des Dbchs de Vinçà. 

Noverint universi qaod nos Jacobus, Dei gracia Rex Maioricarum, 
Cornes Rossilionis et Ceritanie et Dominus Montispessutani, a Uen dentés 
qood villa nostra de Vinciano , secundum mullitudinem habitatoroin 
ejosdem babet modicum territorium sea terminos , et cum contingit 
homiaes ipsios ville delinquere extra saura territorium, ubi babeot 
plurima predia, conveniontur in curia Vicarii Confluentis et babent 
ire ad Villamfrancbam et ibi litigare, non absque magnis laboribus et 
expensis : Quapropter, ab bnjusmodi gravamine ipsos homines rele- 
vare dolentes et eorum indempnitati providere, volumus, statuimes ac 
ipsis bominibos indulgemus de gracia speciali : Qaod si ipsi hommes 
habitantes et babitaturi in futurum in villa predicta de Vinciano 
extra îllîus territorium seu terminos deliquerint, de Riparia de Ri- 
gardano citra versos villam ipsam, et de Fia que dicitur de 
Pengalops prout protenditur usque ad Molendina Sancti-Johannis 
que sunt in Riparia de Lentiliano sen de Finestreto, et in illo 
spacio quod est ab ipsa Riparia citra quantum protenditur inferius 
usque ad Stratam vetirem prout ipsa Strata protenditur usque ad 
Torrentem de Gotmar et prout ipse Torrens protenditur inferius 
usqae ad Ripariam Thetidis, et ultra diotam Ripariam Thetis 
prout aqoa labitur versus Vinci anum : pro aliquo delicto seu de- 
lictis comissis aut comitendis infra spacium hujusmodi, ipsi homi- 
nes de Vinciano présentes et»fuluri ex no ne non conveniantur nec 
habeant litigare nec judicentur in Villafrancha Confluentis nec 
alibi, nisi in ipsa villa de Vinciano. Hujusmodi autem indultum et 
graciant dictis bominibus de Vinciano damus et concedimus absque 
joris prejudicio alieni ; Mandantes Vicariis, Bajulis, Judicibus et aliis 
Oflîcialibus nostris presentibus et futuris quod indultum et graciam 
premîssam dictis hominibus de Vinciano teneant et observent, et fa- 
ciant ab omnibus inviolabiliter observari. In eu jus rei testimonium 
presentem cartam sigillo noslro pendenti jussimus comuniri. Quod 
est actum in dicta villa de Vinciano , octavo Idus Julii anno Domini 
m*cco octavo. 



Lz.v Luir'iicius Hasen** scriptar p^ùri Dcmini nostri Régis 
awisixne mamiito h<iac carum scriti fed et soo sigillo pendcnti 
ttu .a-n er cUusû et subsunavi meo pcLuco et solito sig -f-no. 

*-i w -*i+*is de a Marie <U fuira / 

>• 2. — U5105 de Bcla-Terrasola 
ac Roussi 1x05. 

Jaccbus Dei gracia Rei Maioric. Cames Rossilioois et Ceritanie et 
Dominas Montisp, notum £2 dm os oorrersîs quod, de mandate et or- 
dinadose nostra , Castram de Bob de Terrenera , quod ab antiqoo 
foît et esse consoevit longîssimis temporibos in et de Vicaria Gon* 
floenlis, translatera est et sobieetiim ad Yicariam Rosâlionis, et Vicario 
Rossilionis sabest et soberit ex on ne. Sed per boiusmodi transladonem 
nolomos nec inteodimus qood condido osas pascendi sea paseaba aut 
paseberia et jura Nobilis Petii de Fenolrto domini dicti Castri et 
boounom eiosdem Castri piesendom et futurorom, et alii osus, con- 
suetodines, libellâtes sea in munitales et ad emptivia eonimdem ali- 
qnam recipiant mutadonem, seo crescant in aliquo vel decrescant ; 
ymmo persévèrent et dorent ac remaneant eo modo et in eo statu in 
qoo fnerunt et erant Icmpore quo dietnm Castrom suberat Vicarie 
et Vicario Conflaentis. Precipientes locom nostrnm tenentibtift , Vie- 
canis , baiolîs , procaratoribus et aliis omnibus officialibus nostris 
presentibus et futuris quod, quantum ad paseuha paseberia et alios 
omnes usas libertates in munitates et oonsuetudines, modum et condi- 
donem antiquitus observa tara , dum Castrum predictum suberat Vi- 
carie et Vicario Conûuentis, domino et bominibus dicti castri pre- 
sentibus et futuris teneant et conservent firmiter, et non fadant vel 
reniant contra nec aliquem permitant facere vel venir*. In cuius rei 
testimonium prescntcin cartam nostro sigillo pendenti justimus co- 
ma niri. Quod est actum Perpiniani Tercio Idos octobri anno Domini 
m- ecc- nono. 

Ego Laurcncius P la son sa script or publiais prefati Domini Régis 
ipsius mandate liane cartam scribi feci et clausi et subsignavi meo 
publico et solito sig-f-no. (Archives de la Mairie de Boule-Tcr- 
ttère, parchem. n" 10.) 



113 



LES TRINITAIRES DE CORBIACH. 

( ÉPISODE DE L'HISTOIRE DO GOIPLENT AU XVI « SIÉCLH \ ) 

Par M. ■• Aïï*AMT, membre résidant. 



Sur la rive gauche de la Tet, en face du Canigo, 
s'ouvre la vallée de Molig, une des plus importantes 
du Confient par ses établissements thermaux, par ses 
produits agricoles et industriels, par ses pacages et 
les riches forêts qui couvrent encore sa partie supé- 
rieure. Ce canton n'offre pas moins d'intérêt au point 
de vue historique ; car la féodalité y avait fortement 
établi son empire, et les ruines de ses donjons domi- 
nent encore la rivière de Castallar, depuis le Puig de 
Paracols, jusqu'au château des barons de Mosset, vieux 
manoir, dont les armes et les chasses ' réveillaient 
autrefois les échos, et dont la vaste enceinte abrite 

* Celte notice est entièrement composée d'après les actes de deux notai • 
res, Laurent et Michel Fabre, dont M* Sallens, notaire à Vinça, a bien 
voulu mettre les minutes à notre disposition , avec une obligeance et no 
empressement dont nous aimons à lai témoigner ici notre reconnaissance. 
Paissions-nous en avoir bit nn assez bon usage pour donner une idée des 
ressources nouvelles et inépuisables que l'histoire du Roussit Ion peut tirer 
des registres d'actes des anciens notaires , dans lesquels se trouve enfoui, 
souvent dans un assez bon état de conservation , tout ce qu'il y eut de vie 
dans notre pays, pendant les trois ou quatre derniers siècles ! 

1 Le 26 juin 4o49 , Bernard Ros , du lieu de Rocafort , fut élargi de la 
prison du château de Mosset, par Don Johan Garau de CruyHes y de Santa. 
Pau , et s'engagea à porter à ce seigneur une paire d'autours (ston 6 etlos) 
pour la chasse, avec caution de si\ ducats d'or. 

8 



114 

silencieusement de nombreuses familles plébéiennes, 
tandis que le marteau des usines retentit encore au 
fond de la vallée. Tout autour se dressent de hautes 
montagnes couvertes de rochers aux formes bizarres, 
et de forets dont les massifs ombragent des monu- 
ments druidiques; et plus loin, au-delà des monts et 
des forêts, sont les fameux étangs de Nohèdes, aux 
apparitions funèbres et diaboliques, dernier refuge 
des antiques superstitions qui semblent avoir accom- 
pli dans ces lieux reculés leurs derniers sacrifices. 

Les souvenirs celtiques abondent dans cette vallée, 
et sont frappants, surtout dans les noms de lieux; de 
vagues traditions feraient même penser que les Phéni- 
ciens auraient les premiers exploité les fers de Mosset. 
Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à partir du xiv e siè- 
cle, les documents historiques constatent dans cette 
ville la présence de nombreux ouvriers étrangers, 
parmi lesquels les actes du xvi* siècle signalent des 
individus originaires de Gènes, du Toulousain, du 
Quercy, de l'Agenais et de la Gascogne. Ce mouve- 
ment de population ne dut pas être sans influence 
sur la moralité des habitants, et, à l'époque que nous 
avons ici spécialement en vue, vers l'an 1570, les 
actes notariés de Mosset signalent dans cette ville de 
nombreuses querelles et guerres de famille, le plus 
souvent terminées par des assassinats. Le voisinage 
de la frontière et les retraites faciles que les bandes 
de brigands trouvaient dans ce pays accidenté, ne 
contribuèrent pas peu à entretenir dans cette popu- 
lation ces mœurs sauvages, dont la contagion avait 
fini par atteindre même le clergé, puisque, dans une 
. seule année , on trouve deux actes de pardon en fa- 
veur de deux prêtres de Mosset, accusés de meurtre 



115 

oo de blessures graves *• Cependant la religion avait 
redoublé d'efforts pour vaincre cette nature rebelle, 
pour éclairer ces forêts de sa lumière, et adoucir les 
mœurs de ces hommes de fer. Elle avait multiplié 
ses établissements dans cette vallée; et, en 1575 , a 
l'époque où les Trinitaires s'établirent, à Corbiach, 
on comptait un monastère et six églises dans la seule 
paroisse de Mosset. Ces établissements étaient, en 
suivant le cours de la rivière de Castallar ' : 

* Le jugeaient que nous exprimons ici n'est rien moins que téméraire, 
et nous pourrions le justifier par des citations nombreuses j. il suffira de 
donner les deux pièces auxquelles nous faisons allusion ; • Ego Catherina, 
« uxor relicta Guillermi Romenguera loci de Mosseto, etc., sciens et atten- 
« dens vos , Michaeltem Maydat , un a cum et seu in companiam discret! 
« Andrée Maydat ffttbiiêri et Johannis Maydat fratrom vestrorum omnium 
« loci de Mosseto, circa X. menses sunt elapsi , hoccidisse mortemque et 
a scu nacem in personam dieti quondam viri mei perpétrasse in platea loci 
« de Mosseto , exortastone sire cassa rixe alirujus inter vos et dietnm vi- 
« rnm meum in dicta platea seente ; et sciens et attendens dictum quon- 
« dam Tirana meum causam fuisse sue rixe et fecisse principiom ex quo 

• secuta fuit ejus mors, etc. ideircho etc. parco, iudulgeo, etc. vobis, 

• predictam morteui, seu necem , etc. Actum in loco de Mosseto , die 24 
« octobris -1560, etc. » . Ici , da moins , la provocation ue venait pas de la 
part des meurtriers; mais le muletier qui accordait la grâce suivante ne 
fait pas entrer cette considération parmi les motifs qui 1* poussèrent à par- 
donner l'agression dont il avait été l'objet: « Moi , Pierre Lavila, tragitur 

• de Mosset, sachant et considérant qu'en ces jours dernièrement éeoulés, 
« le vénérable S r Jean Brunet, prétro dudit lieu , dans une rixe survenue 
« entre nous, a tiré sa dague contre moi et m'en a donné un coup sur la 
« léte, eu m'accablai! t d'injures et d'outrages; volontiers, etc., pour Pa- 
« mour de Notre-Seigncur Jésus-Christ qui, à l'heure de sa passion bénie, 
« et pour la rémission du nos péchés , accorda son pardon et son indul- 
« gence à ceux qui le crucifiaient, etc., je pardonne et remets audit sieur 
4 Jean Brunet lesdits coups et blessures que j'en ai reçus avec toutes les 
€ injures et offenses, etc. Mosset, le \ 9 octobre 4560 ». 

2 Cette rivière, que les documents officiels appellent Cas tell a ne , est ap- 
pelée rivière de Caste! la r dans les anciens actes , et c'est le nom que lui 
donnent encore aujourd'hui les habitants de Mosset (mi Castallar, sans 



116 

1 ° L'ancienne abbaye cistercienne de Sainte-Marie 
de Jati ou de Clariana, qui existait déjà en 1162; 

2° La Chapelle du Château de Mossel fia Cape lia dcl 
Cas tell) signalée dans un acte du 1 9 septembre 1 547 f ; 

3° La nouvelle église paroissiale de Saint-Julien, sur 
l'origine de laquelle nous n'avons pu recueillir aucun 
renseignement (vers la fin du xv e siècle?); 

4° La Chapelle de la Conception de la Vierge Marie, 
dite aussi Sainte Marie de la Chapelle ou Église tlels 
Vedrinyans, située dans les murs de Mossel, près de 
la porte de Coma-Gclada. Il en est fait mention, pour 
la première fois, en 1536; 

5° Saint-Etienne de Brcsas , sur la rive droite de la 
rivière, mentionnée dès le xiv e siècle; 

6° Au-dessous de Bresas cl du même côlé de la riviè- 
re, Saint- Julien-le- Vieux, l'ancienne église de Mossel*. 
Quoique privé de son titre paroissial, ce sanctuaire 
n'avait pas cessé d'être ouvert au culte, et nous trou- 
vons, dans un testament du 10 août 1546, un legs à 
V œuvre de Saint- Julicn-lc- Vieux* . 11 existe encore, en 
1 584, un domaine situé al ccllcr de Jau, près du cime- 
tière de r église vieille de Saint-Julien; 

mouiller le II ) . Cette dénomination provient sans doute dn village de 
Calllar, appelé CasUlU dans quelques chartes dn moyen-âge (Vcrca, n* 560). 

1 « Si ras sera que lo noble Senyor de Mosset ho sos hereters Tolran hoyr 
m les misses en lo présent Cas tell de Mosset, dits preveres agen de anar 
« celebrar dites misses en la Capdlo de dit Castell de Mosset ». Capilols pac- 
tats entre lo Senyor de Mosset y los preveres de Mosset, any 1547. 

2 I/anciciiiu» ville de Mosset était située entre celle vieille église et 
Gorbiach , sur la rive gauche de la rivière, en fare du pont appelé Ào l*o%- 
Urro. On trouvait encore sur ce point, en 4530 , quelques maisons et des 
ruines qui s'appelaient Mosset lo velL 

3 i\ Tobra de Sanl Jolia lo vell, sis dîners, etc. *. Testament de Bar- 
Uiolotneu Arnau de Mosset. 



117 

7* Enfin, de l'autre côté de la rivière, et en face 
de cette église primitive, s'élèvent encore les ruines 
de Corbiach, objet de cette notice. 

ANCIENNE ÉGLISE DE COItBlACH. 

L'ancienne église de Sainte Marie de Corbiach, était 
située sur le chemin qui conduit de Molig à Mosset, 
à une petite dislance de la rivière de Castallar. Qu'il 
ait existé primitivement un château dans ce site pit- 
toresque, c'est ce que la disposition des lieux rend 
assez probable; et c'est là qu'il faudrait chercher le 
berceau d'une illustre famille du Confient, celle des 
chevaliers de Corbiach, qui se montrent dans les der- 
nières années du xu e siècle * et s'éteignent en 137G. 
Nous ignorons d'ailleurs quels droits ils purent avoir 
sur l'ancien domaine de Corbiach, qui dut passer de 
bonne heure aux Maisons de Mosset, d'Oms, d'Hle, 
de Santa-Pau et de Cruylles, successivement posses- 
seurs de la baronnie de Mosset. Le manoir féodal, s'il 
en exista jamais sur ce point, disparut bientôt ; et, dès 
le xiv 6 siècle, on n y trouve plus qu'une simple cha- 
pelle, recommandée à la piété des fidèles du Confient*. 
Le dernier des Corbiach n'oublia pas le berceau de 
ses pères dans ses libéralités testamentaires, en date 
du 4 février 1376 5 , et une note-dc l'an 1407 y si- 

' Liber fcudnr. A, MIS. 

2 Nous en trouvons une première mention dam le testament de Sa urina 
Fayxina cHllc (G des ides de juillet 43.V* ) : « Lego Ecclesic Sa ne te Mario 
? de Corbiaclio média m lipram sere, etc. » 

3 • Jjefto, am >re Dei , ons'ri Ecclesie 11. Marie de Corbiach XX. soi i dos. * 
l'M, Vener. Bernard i de Corbiai-ho , domicelli. 



118 

gnale un bénéfice fondé par un certain P. Nègre 1 . 
Un autre testament, du 15 septembre 1555, parle 
d'une Confrérie de Corbiach, sur laquelle nous n'a- 
vons pas de renseignements*. Autour de l'église s'é- 
tendaient alors des cimetières destinés à la sépulture 
des habitants de Mosset, comme on le voit par tous 
les testaments de cette ville antérieurs à l'an 1570. 
Les testateurs laissent leurs corps a au cimetière de 
Corbiach, avec le droit de sépulture pour les dépenses 
de pain, du vin et des autres objets nécessaires aux 
funérailles, et l'huile des lampes qui brûlent nuit et 
jour dans la chapelle.» On le voit, le sanctuaire de 
Corbiach inspirait aux habitants dé Mosset une véné- 
ration, dont l'origine devait être fort ancienne, et dont 
on trouve une nouvelle preuve dans le magnifique 
mausolée que le Seigneur de Mosset y avait fait cons- 
truire en 1549\ 

1 « Item, a H. de desembre, partie Xf. libr. a Mosen P. Balle, Hector de 
• Mosset, procurador dels Capelas del dit ioc c de lur comu , per lo sens 
« e interes que la vila de Vinsn fa al dit coma per lo Rcnefici que Mosen 
« P. Nègre institut a Sancla Maria de Qorbiac. » Despesa feyla per En 
6. Riba qosol (de Vinça). Arch. de la mairie dû Vinça. — On trouve un 
antre bénéOce fonde in eapella tive Eceletia Béate Marie de Corbiaeho, par 
Pierre Vedrinyara de Mosset, occupé par Manald Segui, prêtre, en 4554 , 
et par J. Pierre Pal las , prêtre de P rades, en \ 570. 

2 « Item , leixi , per la mia anima a salvar , celebrar en la yglesia de la 
« Verge Maria de Corbiach un obit ho anavarsari, celebrador per los pre- 
« veres del loc de Mosset, quiscun any, lo enderaa de la Confraria de 
a Corbiach, ço es a prop lo canlar major dels Ccnfraret de dila Confraria 
« de Corbiach. » Testant. d'Esteve Cadell, rector de Saulo. — Celte confré- 
rie avait dil être reconstituée depuis peu d'années , car on trouve dans un 
acte du 9 octobre 4549 , une délie dont la somme doit être remise ad opus 
fiendum de la Confraria nova de Corbiaeho, 

3 te monument étant aujourd'hui complètement détruit, nous croyons 
utile do donner ici Pacte qui en fait connaître l'ordonnance : 

« Die VI 11° mensis angusli anno^ M D 8 XXXX VfIH p in castro de MosseUx, 



f 19 

Les revenus de Corbiach élaieni peu considérables, 
et consistaient en quelques rentes et propriétés terri- 
toriales, administrées par deux ou trois obrcrs, parmi 

Los noms de Nostre Senyor Deu Jesucrist y de fa gloriost Verge Maria, 
mare sua, hum il ment in vocale; entre le noble Senyor Bon Joban Ganu 
de Cruylles y de Sa n ta- t'a u , Senyor de Moeset , de uua part , y mettre 
Laurens Gallart peyrer habitant a Pradea de Liu terra de>Franaa de Saut» 
de la part a lira, ion estât» Jet* lot pacte* seguenui : 
« Et primo, es pacta te concordat entre dite» parts, que )o dit mettre 
Laareus OeJUrt peyrer, de grat promet e eonve al dit noble Senyor Don 
Johan Garau do Cruyllee, y al noble Senyor Don* Hugo de Grnyllea y 
Santa-Pau, son fi II, présents, de fer be cous trahir une capella, ab son- 
tumol eo sepoltora dintre dita capella, dintre la Sglesa de la Verge 
Maria de Corhiach, en la paret co loch hont esta la trôna de dita Sglesia, 
la quai ffara de pedra picada, y Parcada de pedra picada, la qualarcada 
Tara que ysqna de un para mes quo la- paret de dita sglesia-si menester 
sera. 

■ Item, es pacta t que dit meslrc Laurcns peyrer fara dintre dita capella 
un altar de pedra picada ab dues pedres picades livadisses ab dues anel- 
les de ferro ; après una allra pedrn cran picada de sobre, de la largaria 
coin aura menester corn de un altre altar; y Tara al ffondo de dit altar 
an raxat de ferro livadis que âge quatre pal m s de ffondo. 
• Item, espactatquc, dintre dita capella, dit mettre fara, coin de 
présent promet ffer, un tumul eo sépulcre de sobre dit altar, ab un angel 
de cada cap y un altre al mig, que sobreysquen de cada cap del mes 
alldel tiimnl, de la boca del cor en amont, conformes a la grandaria 
y ([rossa ria que convindra , que soslinguen dit tumul ab les mans. 
Y mes, fara dus houiens salratges que sostinguen dit tumul ab les spal- 
les : lot de bona pedra picada. E mes, y fara de sobre dit tumul un 
home armât , en blanch , de gcnollons, ab les mens junctes, de la gran- 
daria y grossaria de un home : ayxibe de pedra picada. 
« Item, es pacta t que y fara, en dita capella, de sobre dit altar, un 
crucifici , ab Nostra Dona de la part dreta , y Sant Joban do la part 
squerra , y Sancta Magdalena bais al peu de la creu , si y pora ester : 
ayxibe tôt de pedra picada ; ab spay ques pugua dir missa sobre dit altar* 
« Item , es paclat que lo di t mettre Laurcns peyrer se anira scapolar les 
pedres a la pedrera, y lo Senyor les y fara portar, ensemps ab tôt Taltrc 
pertret y aura menester, a Corbiach. E lo dit mestre Laurcns Gallart 
peyrer promet e coure al dit noble Senyor de fer dita capella, ab les obres 
e y mages des us ipasifficadcs de pedra picada , ben obrades be y dtguda- 



120 

lesquels figurent des consuls, de simples particuliers 
et des prêtres de Mosset, et quelquefois Yermite de la 
chapelle. Ce dernier était ordinairement un religieux 
de quelque ordre mendiant, qui résidait à Corbiach; 
mais ce lieu n'avait reçu aucune communauté reli- 
gieuse avant l'arrivée des Trinitaires 4 . 



L'ordre des religieux Trinitaires, institué vers la 
fin du xn e siècle pour le rachat des Chrétiens captifs 
chez les Musulmans, s'était promptement répandu 

• ment , a coueguda de mestres y homens sperts, y a coneguda de gent de 

• be y donara tpedicio; per les quais cosses a tenir y server, lo dit meslre 
« Laurens Gallart peyrer obligua al dit noble Senyor lots sos kens mobles e 

• inmobles présents y sdevenidors. 

« Item , es pactat entre dites part* que lo dit noble Senyor donara e 
« pagara al dit mestre Laurens Gallart lo peyrer, per les dites ohresc con- 
« struccio de dita capella, cent Hures de mooeda corrent , pagadores en 
« aquesta manera, que H donara les pagues del modo y manera que mos- 
« sen Johan Brunet prevere dira. 

« Que quidm capitula, etc. dicte partes laudarunt, etc. Et ipta tenere et str- 
c vare promiterunt tibi ipsis ad invicem et vice verssa ; pra quitus uuut atteri 
« obligarunl eorum bona pretencia et futur a , Benunciantes, etc. Jurarunt, etc. 
« Teêtee, fenerabil. doraini Uichael Mat heu, presbiler et vicarius de Mosseto, 
« et Manaldut Scgui, presbiler, dicti loci habit ator, et ego Laurencius Fabra , 
« notarius, etc. • 

Matinale contractuum baronie de Mosseto, annor. 4548—4549, f° 56. 

1 M. Iïeury a consacré deux lignes au « monastère de Corbiac qui , 
« fondé pour des religieux Servîtes , reçut ensuite des Trinitaires et fut donne 
« enfin aux Grands- A ugustins au commencement du svue siècle. » Guide 
en RoussUlon, page 205. Cette destination primitive du monastère ne 
s'accorde avec aucun des faits connus par les documents contemporains, 
qui ne montrent qu'un simple hermite à Corbiach jusqu'en 4575. On 
trouve, dès Tan 1564 • Guillemus Ernacb, monackus (et ailleurs donalusj 
« B e Marie de Corbiacho. » (Archives d'Ille); et le 6 décembre 4546, une 
vente d'un champ faite « nligioso fralri Galderico CarboneU,jordinis S. Fran* 
« cieci, heremite B. Marie de Corbiacho , et D. Miaeheli Mat heu , presbitero de 
t Mosselûj operariis operis dicte B. Marie de Corbiacho. » 



121 

dans les contrées méridionales de l'Europe, et comp- 
tait au xvi e siècle environ deux cent cinquante cou* 
vents, divisés en treize provinces, dont trois en Es- 
pagne, la Nouvelle-Castille, la Vieille -CastiHe et 
r Aragon. Cet ordre n'avait encore fondé aucun éta- 
blissement dans le /diocèse d'Elne, lorsque Pierre 
Oriola, religieux du monastère des Trinilaires de 
Barcelone, vint exposer à Don Garau de Cruylles y 
de Santa-Pau, baron de Mosset et de CastellrFullît, 
que le Sanctuaire ou Chapelle de Corbiach serait un 
lieu des plus convenables pour la fondation d'un mo- 
nastère '. 

On était en 1575. La guerre civile continuait tou- 
jours en France et avait rejeté sur les frontières du 
Gonflent des bandes de Huguenots , qui menaçaient 
de saccager Mosset et les villes voisines, et avaient 
inspiré aux habitants une profonde terreur et des 
préoccupations qui se laissent voir même dans les 
contrats de fermage passés à cetle époque *. Les 
craintes étaient bien plus vives chez le clergé , que 
les Protestants menaçaient de toute leur colère, et 
l'avenir devait se présenter sous un aspect peu ras- 

1 Ce que nous disons ici résulte de l'acte de donation de l'église de Cor- 
biach aux Trinilaires; niais le seigneur de Mosset était alors sous la tu- 
telle de sa mère qui déclare elle-même , dans son testament , que ces reli- 
gieux avaient été attirés à Mosset par ses pieuses libéralités : « Aliènent y 
« considérant, dit-elle, yohaver insliluit y fundat lo monastir de Nostra- 
« Senyora de Corbiach , y en aquell ha ver posât f rares del orde de la Sanc- 
« tissima Trinitat, etc. » 

2 Le 20 avril 4574, bail à ferme de la forge de la Bastida (dans la 
baron nie de Mosset) dont les conditions seront résiliées « en cas que Uga- 
« uaus o Francesos tinguessen presa ninguna fortalessa en Spanya o en 
« aquesta terra ». On trouve , dans celte même année, plusieurs actes dans 
lesquels la même clause est répétée. 



122 

surani pour le nouvel établissement. Mais ces crain- 
tes et ces dangers ne pouvaient arrêter de pauvres 
religieux que l'amour de l'humanité poussait jus- 
qu'aux plages inhospitalières de la Barbarie, partout 
où il y avait des Chrétiens à rendre k leur patrie 
et à la liberté. La cession de la chapelle fui 
donc décidée, et l'acte de donation se fit le 28 juin 
1575. 

Par cet acte, le jeune Seigneur de Mosset, agissant 
avec le consentement et l'approbation de sa mère, 
Dona Luisa de Gruylles y de Cabrera, déclare donner 
purement et simplement, et céder à l'Ordre de la 
Très-Sainte-Trinité de la province d'Aragon et au- 
flév. frère Jérôme Garcia, docteur en théologie, 
religieux et ministre du monastère des Trinitaires 
de Barcelone et Provincial d'Aragon, le Sanctuaire 
ou Chapelle de Corbiach, avec tous ses vêtements et 
ornements d'autel, maisons, cloîtres, couverts, pa- 
lus, bâtiments, champs, prés, vignes, bois, terres, 
jardins et autres possessions, droits, territoires et 
autres dépendances; avec les offrandes, voeux, au- 
mônes, legs et autres charités, ainsi que les censaux, 
pensions, intérêts et revenus quelconques apparte- 
nant à ladite église, que le donateur cède pour qu'il 
y soit construit et édifié un monastère, où habiteront 
des frères de l'ordre de la Sainte-Trinité. Le Seigneur 
de Mosset se réservait le droit de patronnage du futur 
monastère , avec la faculté d'en user toutes les fois 
qu'il en serait besoin ; et il était expressément déclaré 
que les religieux ne pourraient habiter ailleurs que 
dans le monastère. Le frère Jérôme Garcia accepta 
la donation avec toutes ses conditions, et promit de 
s'y conformer, en présence de Matthieu- Bernard 



123 

Vilamala, donzell de Saint Etienne d'Enbas, et de 
Michel Malle, de Mosset. 

Le même jour, le Seigneur de Mosset remit les 
clefs de l'église de Corbiach au Provincial d'Aragon, 
pour le mettre en possession du nouveau monastère. 
Le Provincial en ouvrit les portes, se dirigea vers 
l'autel de Sainte-Marie, lut dans le missel, et, après 
les autres formalités usitées en pareille circonstance, 
il nomma frère Pierre Oriola , Ministre du monastère 
de Sainte-Marie de Corbiach. Immédiatement après, 
le polaire Michel Fabre notifia cette prise de posses- 
sion a Dominique Carbonell, Barthélémy fies et Jean 
Figuères, consuls de la communauté de Mosset, aux 
obrers de Corbiach et aux autres habitants de la ville 
présents à la cérémonie. Tous s'écrièrent qu'ils te* 
naient pour agréable cette donation, « faite, dirent- 
« iJs, pour le bien, la sainteté et l'accroissement du 
«culte divin. » 

Le Provincial d'Aragon n'avait pris possession que 
de la chapelle de Corbiach, autour de laquelle il de- 
vait bien exister quelque corps de logis, suffisant 
peut-être pour un établissement provisoire; mais 
rien n'indique dans quel état se trouvaient les tra- 
vaux nécessaires à la nouvelle destination de cette 
église, et divers passages de l'acte de donation fe- 
raient croire que tout était encore h faire '. Les an- 
ciens bâtiments tombaient de vétusté et n'offraient 
plus que des ruines. Cependant le monastère était 
constitué, et, le 12 juillet suivant, frère Pierre Oriola, 
Ministre ou Prieur du monastère de Sainte-Marie de Cor- 

1 « Locam... aptum... ad constnundum , edificandun et inslituendum 
« monasterium •; et, plus loin : « ad opus et effectuai conslruendi et edifi- 
« candi in eadcm Eoclesia monasUriun. » 



124 

biach, prenait à ferme les revenus de l'église de Mos- 
set, au prix annuel de 180 livres, monnaie de Perpi- 
gnan, avec charge de desservir ou de faire desservir 
les offices divins dans ladite église, et d'y administrer 
les sacrements. 11 devait dès-lors avoir quelques relU 
gieux sous sa direction , comme l'indique un testa* 
ment du 18 mars suivant, où se trouve un legs pour 
les frères de Corbiach ?. 

Dona Luisa de Cabrera s'était portée garant pour le 
Ministre de Corbiach, dans l'acte de fermage énoncé* 
ci-dessus; mais le Seigneur de Mosset n'était guère 
en mesure de multiplier ses libéralités en faveur des 
religieux Trinitairës, et leur Maison louchait déjà à- 
la ruine et à la misère huit mois après sa fondation, 
lorsqu'un donzell, établi à Mosset, vint kleur secours. 
Les considérants de l'acte de donation qu'il leur fit, 
montrent parfaitement la situation désastreuse du 
monastère à cette époque : 

«Dominique Gil, donzell, domicilié à Mosset, eto; 
« Eu égard à la grande dévotion que j'ai pour le mo- 
rt nastère de la Bienheureuse Marie de Corbiach, pour 
« les messes et autres divins offices qui s'y célèbrent, 
«et pour qu'à l'avenir, sous la direction de Dieu, on 
« puisse y faire les travaux et les réparations néces- 
«saires; considérant la misère et l'extrême pauvreté 
«de ce monastère, qui est présentement détruit et 
« rasé jusqu'à terre *; considérant aussi qu'il a besoin 

1 « Leyii aïs f rares de Corbiach , losquals se trobaran en las mi as lion- 
« ra9, etc. (Test, de G u il le m Fabra de Mosset, 4$ mars 4576). » 

2 « Cura in presentiarum diclam roenasterium sit dirrutum et oinninô 
« solo equaturn , ac vergat maximam inopiam et paupertalem , cgcalque 
« ad presens pluribus edifficiis et reparacionibas et maxime... necesse sit... 
« munirc cundetn mûris et parielibus... propter grave et imminens péri-» 
« culum Uganaudorum qnod dicto mon a s ter io immioet, etc. • 



125 

«de plusieurs édifices et de grandes réparations, et 
«qu'il doit surtout être entouré et fortifié de bons 
«murs, de telle sorte que les religieux puissent y 
«vivre tranquillement et avec plus de sûreté, à 
«cause des terribles et imminents dangers dont les 
« Huguenots menacent ce monastère, peu éloigné du 
<c royaume de France; pour ces motifs, etc., pour le 
«salut de mon âme et de celle de mes parents, etc., 
«je donne audit monastère de Corbiach, et à son 
«ministre ou supérieur, le R. F. Pierre Oriola, et à 
«ses successeurs à perpétuité, etc., 204 ducats d'or, 
« valant 408 livres, monnaie de Roussillon, etc., etc. 
« Fait à Mosset, le 28 mars 1 576. » 

La dévotion particulière de Dominique Gil pour 
le monastère de Corbiach se rattachait à de doulou- 
reux souvenirs. Son père, Don Milano Gil, donzell 
d'Alagon, avait été assassiné, cinq ou six ans aupara- 
vant, sur le chemin qui conduit de cette chapelle à 
Mosset ; et, à la date du 26 juillet 1 575, en présence, 
et sans doute, d'après les conseils de Pierre Oriola, le 
fils de la victime accordait son pardon à un habitant 
de Mosset, accusé «d'avoir concouru à la mort dudit 
« Milano Gil, par ses actes, par ses conseils, sa faveur 
«,et son aide. » 

Les libéralités du gentilhomme venaient fort à 
propos; et, à partir de cette époque, les actes du 
monastère nous le montrent habité par un certain 
nombre de frères que nous trouvons réunis en cha- 
pitre, le 18 septembre 1576, pour la nomination 
d'un syndic du couvent. 

Le nombre des conventuels était encore de six, 
deux ans après, le 16 septembre 1578. A cette date, 
la communauté chargeait Narcisse Pebernat, orfèvre 



12* 

de Gérone , de recouvrer les frais de sépulture d'un 
préire de Montagut (diocèse de Gérone), décédé et 
enseveli à Corbiach. 

Les Trinilaires avaient déjà acquis plusieurs pro- 
priétés autour de leur monastère, et leur Maison 
prospérait, grâce à la protection et aux secours que 
leur accordait la veuve de Don Joban Garau de 
Cruylles y de San ta -Pau, mère du jeune baron de 
Mossei. Mais Dona Luisa mourut en cette année, et 
son testament, fait à Perpignan, le 30 mars 1578, est 
rempli de legs et de fondations pieuses en faveur du 
monastère de Corbiach. La testatrice léguait 600 li- 
vres barcelonaises, que scrvescan per obres y cdifficis de 
ditMonastir. Elle déclarait aussi «qu'en temps passé, 
«elle avait fait vœu et promis de donner audit 
«monastère 200 djucats d'or, une fois payés, et une 
« rente annuelle de 30 ducats d'or, si la mine qu'elle 
«faisait chercher k cette époque, était découverte se- 
« Ion ses désirs, et si le minerai en était assez bon pour 
«que les forges de la baronnie de Mosset pussent 
«remployer facilement. Aussi, ajoute Doua Luisa 
«voyant que ledit vœu s'est accompli selon mes dé- 
<csirs et mes volontés, par concession de Notre Sei- 
«gneur Dieu et de Notre Dame, sa mère, et comme 
« il est certain que, par l'intercession de Notre-Dame 
«de Corbiach, ce vœu a été pour Don Garau de 
«Cruylles, mon fils, une source de fortune et de 
«profit, je charge ce dernier d'accomplir ma pro- 
« messe. » Nous avons trouvé diverses quittances 
délivrées au Seigneur de Mosset par les frères de 
Corbiach, pour la célébration de messes dans ce mo- 
nastère pour rame de Dona Luisa de Cabrera; mais 
nous avons cherché vainement celle des 200 ducats 



127 

d'or, et la détresse dans laquelle nous verrons bientôt 
la communauté de Corbiach, ferait supposer que la 
rente annuelle de 30 dire au d'or ne lui fut pas régu- 
lièrement payée. 

Lie 26 juillet suivant , «c sur les exhortations de Bar- 
« thélemy Ferrandez, présenté en théologie, religieux 
«du monastère de Corbiach, Monserrat Viada, bras- 
osier, de Mosset, considérant qu'il est cou forme à la 
« doctrine de N. S. Jésus-Christ de pardonner les in- 
« jures, » remet et pardonne à Antoine de La Casa les 
blessures graves qu'il en avait reçues « et en raison 
a desquelles, celui-ci était exilé de sa demeure, banni 
« et obligé d'errer à l'aventure. » 

Le premier ministre de Corbiach, Pierre Oriola, ne 
figure pas long-temps sur les actes du monastère; son 
nom se trouve, pour la dernière fois, dans une réu- 
nion conventuelle du 12 octobre 1579. Il mourut 
sans doute peu de temps après, et fut remplacé par 
Barthélémy Ferrandez, dont nous avons eu l'occa- 
sion de citer le nom, et qui se trouvait au monastère 
depuis Tan 1578 seulement. 

L'établissement de Corbiach semblait, dès son ori- 
gine, condamné à une existence précaire, dont nous 
ne pouvons pas suivre toutes les péripéties; mais les 
frères étaient sérieusement menacés, sinon dans leur 
existence, au moins dans leurs intérêts, en 1 580. Pour 
aviser à leur salut, ils usèrent de la faculté que leur 
donnaient leurs privilèges et se choisirent des conser- 
vateurs. — Voici quelques extraits de l'acte de celte 
élection : 

«Le 18 mai 1580, les religieux conventuels de 
« Corbiach , réunis 4 par mandement de Barthélémy 
« Ferrandez , président du monastère , considérant 



128 

«que diverses personnes, tant ecclésiastiques que 
«séculières, contrevenant aux privilèges, grâces et 
a immunités que la Bulle Mare magnum accorde aux 
«Quatre Ordres Mendiants, et que les Souverains 
« Pontifes ont plus tard étendus à l'Ordre de la 
«Très-Sainte-Trinité, ne craignent pas de moles- 
«ter, inquiéter, préjudicier, troubler et vexer de 
« diverses manières le Président et les personnes qui 
«composent notre dit monastère; voulant aussi jouir 
« desdits privilèges, et en vertu de ladite Bulle, nous 
«élisons, nommons et déléguons, avec le titre de 
«conservateurs de notre dit monastère, de ses biens 
« et de ses droits, les Très Révérends Seigneurs, frère 
«Bernard de Palatios, Général de l'Ordre de Saint- 
«Antoine de Vienne et Précepteur de la Maison de 
«Saint* Antoine de la ville de Perpignan, et Jean 
« Asemar, Chanoine de 1 église de la Real, de ladite 
« ville, quoique absents, etc., les suppliant d'accom- 
« plir et exécuter tout le contenu de ladite Bulle 
«Marc magnum 9 potir proléger et conserver, selon 
«ses prescriptions, les personnes, les biens et les 
«droits de notre monastère, etc.» 

Nous ne savons si les conservateurs remplirent tous 
les devoirs que leur imposait leur mandat; toujours 
est-il que, trois ans après, les mêmes causes subsistant 
encore, et en vertu du privilège Mare magnum, les 
religieux de Corbiach, réunis en chapitre dans le 
chœur de leur église, nommèrent conservateur frère 
Thomas Ribes, Prieur du monastère de Sainte-Marie* 
du-Mont-Carmel de Perpignan (12 juillet 1583). 

Les Trinilaires avaient surtout à se plaindre de 
François Sinta, curé de Mosset, qu'ils accusaient 
d'avow pris quelques gerbes de blé sur la récolte des 



129 

propriétés du monastère. Le 5 décembre 1583, le 
Prieur du Mont-Carmel , s'inlitulant Juge et Conser- 
vateur apostolique du Monastère de Corbiach, écrivit à 
l'accusé une lettre apostolique d? avertissement et de cita- 
tion, et en même temps il chargea Antoine Peytavi, 
prêtre de Mosset , d'informer sur la plainte en ques- 
tion. Ces pièces devaient être notifiées k l'accusé, qui 
les arracha des mains de celui qui les lui présentait, 
et l'enquête ne put avoir lieu tout de suite. Enfin, 
après diverses lettres échangées entre les deux parties, 
à l'instance de frère Antoine Costafreda, conventuel et 
économe du monastère de Corbiach , le conservateur 
ordonna au prêtre Peytavi « d'annoncer et faire an- 
«noncer publiquement l'excommunication du Sei- 
«gneur François Sinta, dans l'église paroissiale de 
«c Mosset ou ailleurs, s'il le faut, tous les dimanches 
«et jours de fête, pendant la célébration de la messe 
« et lorsque le peuple serait assemblé pour entendre 
<c les offices divins. » Ces lettres furent lues aux fidè- 
les, le mercredi 28 décembre 1584, dans l'église de 
Mosset, par Antoine Peytavi, qui en fit, en outre, 
afficher une copie à la porte de l'église. Nous igno- 
rons la suite de ces débats. 

Le ministre Barthélémy Ferrandez était mort de- 
puis le commencement de ce procès, et le monas- 
tère, dont le personnel était déjà considérablement 
réduit, était dirigé par Antoine Costafreda, qui prend 
seulement le titre de Président, ou même à* Économe 
du monastère, dans les actes de cette époque, et celui 
de Ministre , dans un contrat du 8 janvier 1588. C'est 
Gabriel Planes ou Planas , qui est revêtu de ce der- 
nier titre dans les assemblées du chapitre de Cor- 
biach de Tan 1589, tandis que Costafreda y figure en 

9 



130 

qualité de Ficaire, ou même de simple Prêtre. Mais, 
dès l'année suivante, Costafreda reprend son titre de 
Ministre, qu'il conserva sans doute jusqu'à sa mort. 
Les actes du monastère n'offrent d'ailleurs aucun 
intérêt à cette époque, et ne renferment que des quit- 
tances decensives, des reçus de rentes, des nomina- 
tions de baciniers de Corbiach, etc., et nous* trouvons 
les religieux réunis pour la dernière fois dans la cha- 
pelle de Saint-Joseph, le 21 mars 1593, pour la no- 
mination d'un Procureur chargé de faire un emprunt' 
au nom du monastère. 

Le 24 juillet suivant, An tic Duls, de Rodés, faisait 
un legs de dix messes « au monastère de N.-D. de 
«Corbiach, de Tordre de la Très-Sainte-Trinité; » 
et, par acte fait à Mosset, le 9 août 1595, JMagde- 
laine Llobet, donnait «au monastère de la B. Vierge- 
«Marie de Corbiach, de Tordre de la Très-Sainte- 
« Trinité , et aux Révérends frères et conventuels 
« dudit monastère, quoique absents, et à leurs succes- 
seurs en ce même monastère» sa part de l'héritage 
de Don Pedro de Cruylles, Seigneur de Regadell 
(Viguerie de Manresa.) 

Les termes de ces documents semblent indiquer que 
le monastère était désert à celte époque. C'est un fait 
qu'il nous est impossible d'établir rigoureusement, 
mais qui acquiert un très haut degré de probabilité 
si Ton considère ce qui se passait alors à Mosset. Le 
Seigneur de cette ville, le fondateur du monastère 
de Corbiach, était accablé de dettes et n'avait pu, 
malgré les généreuses subventions de ses vassaux, 
satisfaire ses nombreux créanciers, qui avaient fait 
saisir et vendre tous les revenus de sa baronnie en 
1592. En même temps, les meurtres, les vols et cri- 



131 

mes de toute sorte, se multipliaient d'une manière 
effrayante sur toute cette frontière sans cesse occupée 
par des bandes de brigands et de Huguenots, et dans 
la nuit du 11 août 1592, huit moissonneurs furent 
égorgés dans un champ du territoire de Mosset, per 
algunsJUls deperdiiio, Francesos y Uganaus. Malheu- 
reusement, le séjour de la ville n'était pas plus sur 
que celui de la campagne, à cette époque, si nous en 
croyons le Seigneur de Molig, dont les vassaux n'o- 
saient pas même entrer à Mosset * parce que cette 
« ville est une caverne de voleurs et de bandoulière* , 
«comme cela est public et notoire dans la terre de 
« Confient (13 octobre 1 596).» Nous avons les pièces 
d'un procès intenté, vers la même époque, aux sol- 
dats de la garnison de Mosset , accusés de complicité 
avec les brigands qui rendaient cette montagne inha- 
bitable, et le capitaine de cette troupe, n'ayant pas 
reçu à temps le bois que les consuls de la ville de- 
vaient lui fournir, avait fait brûler les meubles et 
les toitures du château. La sécurité du monastère 
devait être bien compromise avec de pareils défen- 
seurs; et tous ces désordres, joints à la détresse dans 
laquelle se trouvaient déjà les religieux 1 , durent 

* « Per que dita fila et tpelunca de lladres y ba adulera , com es publie 
« y notori en la terra de Confient ». Ce langage appartient a un ennemi 
du seigneur de Mosset , mais le baron de Molig cite des faits à l'appui de 
son jugement confirmé d'ailleurs par une infinité de documents qui ne si- 
gnalent que des désordres et des calamités affreuses dans ce pays pendant 
les dernières années du xvi e siècle. 

2 Un acte de cette époque nous montre les religieux de Corbiach à bout 
de ressources pécjBni ai res , sans crédit ni secours , obligés de Tendre une 
pièce de terre au seul acheteur qui se fût présenté, pour le prix de dix«buit 
livres • afin de subvenir à la nourriture des religieux et des gens de service 
• qui étaient dans le monastère. » 



132 

leur foire abandonner ces parages désolés peur cher- 
cher ailleurs une hospitalité moins précaire. 

Ce départ s'expliquerait, d ailleurs, par un acte 
passé au territoire dllle, le 13 juillet 1595, et qui 
montre qu'à cette époque (d'ordre de la Très-Sainte- 
« Trinité pour la Rédemption des Captifs, voulant 
«fonder un monastère dans la ville de Perpignan, 
«et ayant choisi à cet effet le local d'une maison et 
«d'un jardin qui appartenaient à D. Juan de Lupia, 
«donzell, domicilié à Perpignan, et baron de Cas- 
«tellnou,» ce Seigneur donna celle propriété aux 
Triniiaires, a condition que le monastère serait élevé 
aux frais de l'Ordre, et consacré dans deux ans au 
plus lard *. 

Les religieux de Corbiach allèrent-ils habiter le 
nouveau monastère? C'est ce que ntms ignorons; 
mais nous avons compulsé plusieurs registres d'actes 
faits k Mosset ou aux environs, dans les dix dernières 
années du xvi c siècle : aucun ne fait mention des 
Triniiaires de Corbiach dans l'intervalle écoulé de 
l'an 1595 à Fan 1604; et leur monastère était sans 
doute inhabité en 1598, lorsque la trahison ouvrit 
les portes de Mosset a huit cents Français, que les 
habitants parvinrent cependant à chasser *. 

Un peu de calme naquit avec le xvn e siècle, et 

1 La maison concédée , située dans la paroisse de Saint-Matthieu , avait 
pour confronta : à l'Est la rue de Saint-Matthieu, au Midi le monastère de 
Saint-Martin, à TOuest la pupille Ortafa , au Nord la rue qui vi\al carrer 
de Sanl-Frances. 

2 • Lo any 1598, la empresa volgueren fer los Francesos de pendrer 

• Mosset en Confient a trahicio, mes de 800 ; y, ja guanyada la major part, 

• foren expelltts, y restaren los naturals ab Victoria. Lo mateix 9iicrchi a 
« Eus ». (Bosch, Titolt de nonor, etc., f° 02). 



133 

l'Ordre des Trinilaires en profita sans doute pour 
faire une dernière apparition au monastère de Cor- 
biach. C'est ce que nous apprend un acte du 25 sep* 
tembre 1604, où nous voyons une assemblée capitu- 
laire tenue au réfectoire par fray Jérôme Strada > 
Ministre, et quatre autres frères conventuels, réunis 
pour autoriser îa vente d'une maison que le monas- 
tère possédait à Mosset. C'est îe dernier signe de vie 
que nous ayons pu recueillir, et le couvent semble 
avoir été abandonné peu de temps après. Son fonda- 
teur, Don Garau de Cruylles y de Santa-Pau, comte 
de Montagut et baron de Castell-Fullit et de Mosset, 
fit son testament dans cette dernière ville, le 31 
août 1605. 11 choisit sa sépulture «au monastère de 
«Notre-Dame de Corbiach, de Tordre de la T.-S.- 
« Trinité, dans l'église, à l'endroit où son père et ses 
«ancêtres sont ensevelis.)) Il laissait aussi à cette 
Maison 500 livres de Barcelone, pour réparations 
(per obres de dit MoncstirJ; mais rien n'indique qu'il 
y eut encore des religieux, et un mtfine de Tordre 
de Saint-François figure comme témoin dans ce tes- 
tament. 

Enfin, à la date du 6 septembre 1608, Antoine 
Thomas, de Mosset, fondait dans la chapelle de 
Sainte-Marie de Mosset, on dels Vedrinyans , un an- 
niversaire «qui sera, disait-il, célébré par six prê- 
* tres ou frères du monastère de Corbiach, et provi- 
« soirement par des prêtres de la communauté ecclé- 
«siastique de Mosset, parce qu'en ce moment il tiy <* 
u pas un seul religieux dans ce monastère *. » 

1 « Dicto inonasU.no de CoiI>i;icho nunch de pres-mli Rclifiiosis caivnti.» 
(Monnaie Josephi Fabid, notarii, auno 1008, f° .*>()'.)). 



134 

Le 2 juillet 1610, le monastère de Corbiach était 
occupe pat* des religieux de Tordre de Saint-Augus- 
tin, ayant à leur tête le Prieur François Tallada*. 

La communauté des Trinitaires de Corbiach avait 
a sa tête un frère portant le titre de Ministre ou celui 
de Président, équivalant à ceux de Prieur ou de 5a- 
perieurj qu'ils prenaient aussi quelquefois. 

Voici les noms de ces ministres, avec les dates de 
leur succession, telles qu'elles résultent des docu- 
ments : 

Ministres des Trinitaires de Corbiach. 

Pierre Oriola du 28 juin 1575 au 13 octobre 1579. 

Barthélémy Ferrandez. . . du 1 er mars 1580 au 14 déc. 1583. 

Antoine Gostafreda 1587 1588. 

Gabriel Planas du 9 janv. 1589 au 21 avril 1589. 

Antoine Costafreda (2« fois) 1599 au 8 janvier 1594. 

Jérôme Strada 25 sept. 1604. 

En 1 589 et 1 591', on trouve aussi deux religieux qui 
prennent le titre de Prédicateurs du monastère. L'E- 
conome ou Procureur était élu par tous les frères. Le 
reste de la communauté se composait de frères prêtres 
et de frères prof es. Les faibles ressources du monas- 
tère de Corbiach ne permirent jamais d'y entretenir 
un grand nombre de religieux; en effet, la commu- 
nauté, composée de six membres lors de la fondation, 
en comptait neuf en 1 579, et se maintint au nombre 

1 On trouve encore , entre autres Prieurs augustins de Corbiach, auxvn* 
siècle : Nicolas Montaner, 50 janv. 4611. — Nicolas Bonabosch, M février 
H 627. — Jean Texidor, 9 octobre 4634 . — Victorien Marlain , 24 août 
1688. 



135 

de sept jusqu'en 1584 : on n'en trouve plus que cinq 
après cette époque jusqu'à l'abandon du monastère. 
D ailleurs, a l'exception des Ministres, les Trinitaires 
passaient rarement plus de deux ou trois ans à Cor- 
biach, et les actes que nous ayons pu recueillir ne 
nous en font connaître que trente, parmi lesquels se 
trouvent un présenté en théologie, deux prêtres prédi- 
cateurs, neuf préires et dix-huit profes* Mais, ces 
documents, joints à dix ou douze procès-verbaux de 
réunions eapitulaires, donnent peu de lumières sur 
la vie intérieure du monastère , et Ton voit seule- 
ment qu'ici, comme dans les autres couvents, les re- 
ligieux se réunissaient par ordre du Ministre, au son 
de la cloche, dans le chœur de leur chapelle jus- 
qu'en 1589, et au réfectoire dans les années suivan- 
tes. Il y eut aussi des réunions dans la chapelle de 
Saint-Joseph, le 5 mars 1580 et le 21 mars 1593, et 
une autre dans le cloître (mtus claustrum dicti monas- 
terh Divè WirginU Marie de CorbiachoJ , le 27 octo- 
bre 1 582. 

De tous les établissements religieux fondés dans 
le Confient, aucun, sans même en excepter celui 
d'Exalada, n'a eu une existence aussi courte que 
le monastère des Trinitaires de Gorbiach. Vingt ans, 
à peine, après sa fondation , on le voit disparaître, se 
relever ensuite pour un jour seulement, et s'éteindre 
immédiatement après. II ne put jamais acquérir une 
grande importance dans cette existence si courte et 
si précaire, et il n'est guère possiBle d'apprécier l'in- 
fluence qu'il put exercer sur la population de Mos- 
set. Au point de vue agricole et industriel, cette 
influence fut nulle, on peut l'affirmer; car les Tri- 
nitaires de Corbiach ne s'adonnaient ni à la culture 



136 

des arts ni à celle de la terre, et tous leurs domaines 
étaient affermés 1 . 

Au point de vue de la morale, l'influence des Tri- 
nitaires dut être aussi fort restreinte à Mosset, et ses 
effets échappent presque entièrement à nos investi- 
gations. Aux yeux de bien des gens, les moines des 
ordres mendiants ne semblent pas avoir d'autre plan 
de vie que de la passer dans l'ignorance et l'oisiveté, 
pour l'amour de Dieu ; bien différents de ces religieux 
du premier âge monastique, que nous voyons, pen- 
dant douze siècles, également appliqués à la culture 
de la terre et à celle de l'esprit, remplaçant des ar- 
bres stériles par des champs de blé, bâtissant des 
maisons qui plus tard deviennent des villes; ou bien 
occupés à recueillir des volumes, à les transcrire, à 
peindre des images, à tracer des plans de bâtiments 
et d'églises. Les Trinitaires n'ont apporté au monde 
ni les sciences, ni les arts; mais ils ont aussi leur 
place dans l'histoire de l'humanité. L'exemple de la 
souffrance et de l'humilité n'est jamais inutile h la 
moralisation des hommes; et, à ces vertus, les Tri- 

1 L'acte suivant fait connaître les conditions auxquelles les biens du 
monastère étaient affermes : 

« A 28 de juny 4587 , lo ReverentJPare , fra Àntoui Costafreda , Presi- 
« dent del Mon es tir de Corbiac, etc. , dona las terras del regatiu a nigat a 
« Ciimens Deviu , y las dels aspres al Un : so es , que bestrauran quis- 

• cun per sa cota part la sèment y lots los treballs, empero no de Uaurar, 
a siuo de sagar, garbajar y batre : s'en te n las (erras dels baxans y no lo 
« cortal. T mes, lo dit Pare, fra Antoni , li dona Uibertat que pnga fer 
« pasturar per les parts deentorn de casa tots los bous y vaques de Ho unir, 

* so es après de aver dallât lo rabagul. » Le cortal dont il est question ici 
était un domaine d'une contenance de cent journaux de terre, situe au 
territoire de Mosset, au lieu dit a Scalet. Le monastère Pavait acbeté de 
Jean Goilla de Mosset , le 51 mars 4581. 



137 / 

nitaires en joignirent une autre, la charité, qu'ils ont * 
pratiquée jusqu'à l'héroïsme. 

Mous avons déjà indiqué deux faits de réconcilia- 
tion, opérés parmi les habitants de Mossct, par les 
soins des religieux de Corbiach. Mais les actes de 
cette nature s'inscrivent rarement dans les registres 
des notaires, et la terre ignore bien souvent les noms 
de leurs auteurs. Ils sont écrits dans le ciel avec 
ceux de tant de Trinitaires, héros de la charité, qui, 
souvent au prix de leur vie, parcouraient les plages 
africaines et rachetaient les Chrétiens que la guerre 
ou la piraterie faisaient tomber aux mains des Mu- 
sulmans. 

Le captif, qui comptait les heures de ses afflictions 
sur la rive étrangère, voyait souvent tomber ses chaî- 
nes à la voix de quelques Trinitaires aux manteaux 
déchirés, n'ayant d'autres trésors que ceux de la cha- 
rité publique ; et, lorsque nos pères voyaient l'esclave 
infortuné rentrer libre dans sa patrie, ils ne deman- 
daient pas si , en contribuant à sa rançon , ils ne l'a- 
vaient pas fait aux dépens de l'aumône destinée aux 
aveugles, aux infirmes et aux vieillards. 



138 



DE LA POÉSIE ÉPIQUE; 

INFÉRIORITÉ DE LA FRANCE DANS L'ÉPOPÉE, 

Par M. AUMEL, Professeur de Seconde au Collège de Perpignan, 

membre résidant. 



La littérature française, si riche d'ihspiralion et de 
génie, n'a pas encore produit une de ces grandes créa- 
tions épiques qui font la gloire et l'orgueil d'une na- 
tion; cela tient à deux causes principales: S la nature 
de notre idiome, essentiellement analytique, et k 
l'absence des conditions sociales nécessaires h l'appa- 
rition du poète épique; peut-être aussi est-il vrai de 
dire qu'il a manqué à la France un homme de génie, 
capable de fournir la carrière de l'épopée. L'Italie 6e 
glorifie d'avoir vu naître Dante et le Tasse; le Portugal 
a produit le Camoëns, et l'aveugle d'Albion est quel- 
quefois comparable à Homère lui-même; mais c'est 
en vain que Voltaire entreprit de donner une épopée 
à la France, il devait rester au-dessous de tous ses ri- 
vaux. Voltaire fut,- par dessus tout, le poète du xvni° 
siècle , et il n'y avait rien d'épique dans ce siècle de la 
philosophie et du perfectionnement littéraire. 

La poésie épique, naïve et conteuse, d'un naturel* 
et d'une grâce admirables, telle enfin qu'on la trouve 
dans Homère, n'appartient pas h tous les âges ; elle ne 
se trouve qu'à des époques primitives, voisines de l'en- 
fance des peuples. C'est la simplicité des premiers 5ges > 



139 

c'est la beauté du monde naissant qui produisît cette 
merveille qu'on nomme Homère. Il emprunta tous ses 
tableaux à la nature encore vierge, et il lui doit cette 
simplicité sublime, cette aimable sérénité que le 
monde a perdues depuis. Les peuples gardaient le 
souvenir des grandes actions qui s'étaient accomplies 
dans les siècles passés, et l'imagination de chaque âge 
venait encore embellir ces récits merveilleux. Ho- 
mère eut la gloire de les recueillir et de les ramener 
à l'unité; par un privilège du génie, il s'appropria 
tout ce qu'avait inventé l'imagination des hommes. 
Après les pommes homériques, il ne fallait rien 
moins qu'une religion nouvelle, pour fournir une 
autre source de merveilleux ; et il fallait encore des 
imaginations bien jeunes, pour se plaire aux longs 
récits de l'épopée. Ce ne fut qu'au moyen-âge, quand 
le monde, sortant d'une enfance nouvelle, marchait 
vers la civilisation moderne , que Dante put retrouver 
cette haute inspiration qui fait le poète primitif, et 
s'élever jusqu'à cette œuvre première et originale 
qu'on nomme le poëme épique. Toute la science 
du moyen- âge, l'histoire de la chrétienté, les pas- 
sions qui agitaient ses contemporains, tout a été 
reproduit dans l'œuvre de Dante; et ce caractère 
encyclopédique, qui éclate aussi dans Homère, ne 
se retrouve plus dans aucun monument du génie 
poétique. Toutefois, malgré l'indomptable origina- 
lité du génie de Dante, les souvenirs de l'antiquité 
pèsent sur lui : il imite les anciens, celui que nul 
n'a imité depuis; mais, comme Homère, il a créé 
toute une littérature, et avec lui commence une 
époque nouvelle. 

L'imitation , telle est la loi des épopées secondaires. 



140 

h' Enéide est une savante imitation de l'art grec; et si 
la grandeur des destinées de Rome ne soutenait la 
poésie de Virgile; s'il n'avait pas montré un talent 
d'imitation vraiment incomparable, on sentirait da- 
vantage, combien, pour l'inspiration et le génie, il 
était au-dessous d'Homère. Cependant Y Enéide est le 
plus grand monument des muses latines: le sujet de 
ce poëme remonte aux plus hautes antiquités de l'I- 
talie et touche aux temps fabuleux de la Grèce. La 
société romaine portait dans son sein le sujet d'une 
épopée, plus grande et plus majestueuse que celles 
d'Homère, et deux siècles de travaux littéraires en 
avaient préparé l'enfantement. Comme Virgile était 
né d'Homère; le Tasse est né de Dante, et M il ton 
lui-même est né de Shakspeare, cet autre poète pri- 
mitif du moyen-âge. L'Italie eut moins à souffrir du 
régime féodal que les autres contrées de l'Europe; 
c'est là que se préparèrent ou s'accomplirent les plus 
grands événements; c'est là que commença la vie 
nouvelle; là aussi devait naître la haute poésie des 
temps modernes. Les Croisades offraient un sujet 
véritablement épique; mais le Tasse vint trop tard , 
et il ne put prendre au sérieux le merveilleux du 
Christianisme, si puissant et si terrible dans les chants 
de rilomèrc de Florence. Les mœurs avaient changé, 
et le poète qui connut les délices de la cour de Fer- 
rare, ne pouvait pas reproduire dans son imposante 
grandeur cette époque antérieure et à demi-barbare, 
où le plus noble enthousiasme avait jeté l'Europe sur 
l'Asie. Le Tasse imite les anciens, et, ce qui fut tou- 
jours Técueil du poète, il mêle ensemble deux civi- 
lisations diverses, en décrivant les temps passés d'a- 
près les mœurs et les idées de sou siècle. La belle 



141 

imagination du Tasse ne pouvait égaler l'indépen- 
dance et l'originalité de Dante; et cependant il a 
agrandi la carrière épique en menant en présence 
deux mondes opposés, le monde de l'Orient et celui 
de TOccident. 

Si maintenant nous portons nos regards vers la 
France, nous verrons qu'elle n'a jamais élé dans les 
conditions nécessaires pour produire une de ces 
épopées primitives que le monde a vues si rarement, 
et que, s'il y a eu chez nous un poète assez hardi 
pour tenter la carrière de l'épopée savante et éru- 
dite-, il était condamné d'avance par la nature de 
son talent et par l'état de la société où il a vécu, à 
une insurmontable infériorité. Le génie de Charle- 
magne apparaît comme un météore dans un siècle 
de fer; mais ses conquêtes ne laissèrent qu'un sou- 
venir informe et confus dans l'imagination des hom- 
mes. Plus tard, les exploits des Normands et leurs 
courses lointaines étonnèrent les peuples, et n curent 
pas un grand résultat pour la civilisation et la poésie; 
notre idiome n'était pas né encore, la nation entière 
n'avait pas pris part à tous ces événements, et la Fran- 
ce n'avait pas, comme elle l'a eue depuis, la première 
place dans les destinées du monde ; et pourtant, com- 
me les exploits des Normands et surtout les Croisades 
remuèrent profondément tous les esprits, il se fit un 
semblable mouvement dans la littérature, et on vit 
apparaître un nombre prodigieux de poèmes pleins 
de récits merveilleux et d'étonnantes aventures. Les 
fabliaux, où se révèle déjà l'esprit français, et les ro- 
mans de chevalerie, voilà toute notre littérature au 
moyen-âge; mais ce ne sont que des essais informes 
et sans art, écrits dans une langue grossière et à 



142 

demi-barbare, d'ailleurs en harmonie avec celte so- 
ciété multiple et complexe que nous appelons la 
féodalité. L'inspiration poétique ne peut jaillir du 
sein de la barbarie ; et pour que le génie littéraire 
se manifeste chez un peuple, il faut qu'il trouve 
une langue toute prête et que ce peuple ait déjà 
accompli de grandes choses. La Grèce jouissait du 
repos après là victoire qu'elle avait remportée sur 
l'Asie, lorsqu'elle produisit Homère; ses peuples di- 
vers, n'ayant plus rien à craindre des barbares, com- 
mençaient à se réunir en corps de nation, et désormais 
les arts et les lettres pouvaient se développer dans 
son sein , comme dans leur véritable patrie. Ajoutez 
que les Grecs parlaient la langue la plus poétique 
que les hommes aient jamais parlée, et que ce peuple 
était doué des plus merveilleuses dispositions pour 
tous les arts de l'esprit. Toutes ces causes ont con- 
couru à préparer Y Iliade , et il s'est trouvé un poète 
d'un esprit créateur qui a produit cette œuvre im- 
mortelle. La poésie épique n'avait pas manqué non 
plus aux premiers temps de Rome , dont le berceau 
est entouré de fables poétiques ; mais les occupations 
de la guerre et la rudesse de l'idiome national retar- 
dèrent jusqu'à Auguste l'apparition d'une véritable 
épopée. Ennius était né pour la grande poésie; mais 
la langue lui a fait défaut, et il n'a pas eu l'idée de 
cette unité puissante qui fait vivre V Iliade. Ce qui 
était arrivé aux Romains, qui eurent enfin X Enéide, 
s'est renouvelé pour la France. Durant tout le moyen- 
âge, non-seulement un grand poète n'est pas apparu 
en France, mais si par quelque heureux accident il se 
fût révélé, l'état toujours incertain et si laborieux de 
la société, l'imperfection de notre langue, et l'absence 



143 

d'un sujet vraiment épique l'auraient empêché de rien 
produire de comparable même à l'épopée du Tasse, si 
inférieure à celles d'Homère. Vous trouverez ça et là 
quelques veines de poésie épique dans nos longs romans 
dé chevalerie, et vous découvrirez à cette époque trois 
mythologies diverses : le merveilleux du christianis- 
me, avec toutes les vieilles légendes; les traditions de 
la chevalerie, venues des douze pairs de Charleniagne, 
et empruntées aux Maures d'Espagne ; et, enfin, une 
mythologie toute allégorique , née de l'humeur fan- 
tastique et rêveuse des peuples du Nord. Mats quelle 
œuvre littéraire, quelle création de poète eût pu mêler 
ensemble tant d'éléments divers, et offrir un tableau 
complet de la féodalité? Pour peindre le moyen-âge, 
avec tous ses accidents de civilisation et de barbarie, 
il fallait le drame 8e Shakspeare, drame sans unité 
et sans règles. 

La France n'a point produit d'épopée au moyen-âge, 
quoiqu'il y eût alors dans les esprits de merveilleuses 
dispositions pour la poésie épique : notre langue n'é- 
tait pas encore formée ; la nation française, composée 
d'éléments disparates, ne présentait pas un ensemble 
homogène, et notre monarchie était loin de s'être défi- 
nitivement constituée. Lorsqu'enfin une langue poé- 
tique, pleine d'élégance et de noblesse, capable de 
se prêter à toutes les inspirations du poète, fut née, 
comme par enchantement, du travail et de l'érudition 
qui marquent le xvi e siècle, tes esprits se trouvèrent 
trop cultivés pour goûter la poésie épique, et il fallut 
recourir à un autre genre de poésie d'un intérêt plus 
vif et mieux soutenu. La poésie dramatique, joignant 
à la beauté de la forme la vivacité de l'intérêt, et s'at- 
tachant surtout à des peintures d'une vérité générale, 



144 

convient, essentiellement à une société élégante et 
polie, qui va chercher au théâtre des émotions vives 
et profondes, a la fois douloureuses et agréables, telles 
qu'en produit la terreur tempérée par la pitié. Aucun 
sujet d'épopée nationale ne se présentait d'ailleurs 
aux poètes du xvn e siècle : Louis avait effacé de sa 
gloire tout ce qui Pavait précédé, et il était désigné, 
par l'admiration des contemporains, comme le héros 
nécessaire de toute création poétique. UÉnéide avait 
été faite pour chanter Auguste, et, outre qu'il n'est 
pas facile de refaire un tel poëme, nul événement 
de notre histoire ne pouvait se prêter à une sembla- 
ble fiction. Les esprits religieux du xvn c siècle se se- 
raient refusés à l'emploi du merveilleux chrétien; et 
la poésie dramatique avait eu un si grand succès qu'il 
n'y avait plus de place pour aucun autre genre. Ainsi 
celle grande époque littéraire n'a point produit d e- 
popée; et cependant chez une nation voisine venait 
de s'élever un monument vraiment épique, compa- 
rable aux plus sublimes créations de l'esprit humain. 
Mais c'est au feu d'une guerre civile et religieuse que 
M il ton conçut et enfanta le Paradis perdu. Le savoir 
et l'érudition ont toujours ralenti la marche du génie, 
et cependant Millôn, enthousiaste et sublime, s'ins- 
pire de l'érudition même : tant les événements con- 
temporains exercent de puissance sur les plus grands 
poètes. 

Des guerres de religion ont aussi désolé la France, 
et de là devait naître chez nous une épopée nationale, 
non pas telle que les épopées primitives, mais sem- 
blable à ces compositions épiques, qui, dans un siècle 
de culture littéraire, ne portent pi us l'empreinte d'une 
inspiration originale et sublime, et offrent cependant 



145 

de grandes beau lés. Le sujet de la Henriade présentait 
des beautés neuves et vraiment épiques: la peinture 
d'une société rude encore et en proie au fanatisme, 
et par dessus tout un principal personnage plein de 
vertus sublimes et admirable dans ses défauts mêmes. 
Ce n'est pas le sujet qui a manqué au poète, c'est le 
poète qui n'a pas compris toute la grandeur de son 
sujet. Voltaire fut le poète d'un siècle sceptique et 
rassasié de toutes les jouissances de l'esprit: il excella 
dans la poésie légère; mais il n'avait ni cette puis- 
sance d'imagination, ni celte vigueur de génie, qni 
auraient été si nécessaires pour retrouver tout ce qu'il 
y avait de vie et d'enthousiasme dans les mœurs gros- 
sières de la ligue; et rien, autour de lui, ne pouvait 
lui rappeler l'activité si forte et si énergique des siè- 
cles passés. Cependant cette épopée nationale nous 
intéresse par les souvenirs de son héros, et nous 
charme par l'éclat de la poésie; mais on n'y sent pas 
celte haute ihspiration et cet enthousiasme de l'âme 
qui font la poésie épique. Voltaire imite Virgile; 
mais il s'en faut bien que la Henriade ait la grandeur 
et la majesté de YÊncide. C'est la grandeur de Rome, 
c'est l'orgueil national qui soutient le génie de Vir- 
gile, et Voltaire n'avait d'autre appui que sqn bril- 
lant talent et un vif amour de la gloire. Il s'était 
interdit, ou a peu près, Télément religieux, et je 
ne sais, si le poète et son siècle étaient faits pour le 
comprendre. 

Il nous reste à examiner si noire langue pouvait 
se prêter à la poésie épique. D'habiles critiques ont 
répondu négativement, et nous devons convenir que 
notre versification est singulièrement pénible et mo- 
notone. Cependant notre poésie a revêtu tant de 

10 



146 

caractères divers, qu'on ne saurait affirmer avec 
certitude qu'elle n'eût pu s'élever à la poésie épique, 
s'il se fut rencontré un sujet digne de l'épopée et un 
homme capable de le traiter de génie : la perfection, 
de Racine égale celle de Virgile, et le style fort, 
énergique de Corneille vaut bien la diction mâle et 
fiére de Lucain. Sans doute les langues anciennes 
étaient plus poétiques que notre idiome : toutes les 
règles de leur prosodie n'égalent pas la difficulté de 
la rime, qui est la plus grande dans notre système 
de versification j presque toutes les syllabes du grec 
et du latin étaient sonores, et nous n'avons à peu près 
que des syllabes muettes; enfin les inversions étaient 
naturelles aux langues anciennes, et nous sommes 
forcés de suivre le mouvement analytique de la pen- 
sée, ou plutôt notre langue n'a d'autres inversions 
que celles qu'elle doit à quelque heureux accident du 
génie ou à l'imitation des langues anciennes. Con- 
cluons que notre idiome offre des difficultés presque 
insurmontables pour la poésie épique , qui a surtout 
besoin d'abandon, de facilité, de naturel : ce qui le 
prouverait, ce sont les nombreux poèmes en prose 
qu'a produits la France. Enfin, si nous voulons nous 
résumer, nous dirons qu'au temps où il y avait quelque 
chose d'épique dans les traditions populaires, notre 
langue n'était pas encore formée, et que, lorsque 
nous eûmes une langue poétique, telle quelle, la 
société, dans son ordonnance régulière et son impo- 
sant ensemble, ne présentait aucun de ces accidents 
heureux pour le poète, en ce qu'ils peuvent l'élever 
aux grandes proportions de l'épopée. Mais nous avons 
eu du moins des poëmes en prose, dont il ne sera pas 
hors de propos de parler ici. 



147 

La révolution d'Angleterre avait enfanté Milton, 
et le poète, dans ses chants sublimes, retraça une 
image des événements dont il avait été le témoin ou 
l'apologiste- Une révolution bien autrement puissante 
renouvela la France et ébranla le inonde. Pourquoi 
ne s'est-il pas élevé un poète pour célébrer un tel 
événement? 11 y avait là de quoi inspirer le génie: 
les catastrophes les plus tragiques et les plus grands 
dévoùmeats, le plus haut enthousiasme et la lutte 
la plus terrible. Mais ici le simple récit des Ans 
avait quelque chose de si extraordinaire, que l'his- 
toire seule pouvait décrire ces tragiques scènes et 
en faire la leçon de tous les âges. Elles n'ont pas été 
sans influence sur un jeune écrivain, qui a été le 
. plus grand poète de nos jours, quoiqu'il ait écrit en 
prose. Exilé de sa patrie, et contemplant de loin cet 
enfantement laborieux d'un ordre nouveau, qui ne 
devait se manifester que long-temps après; frappé 
surtout des attaques dirigées contre la religion de 
ses pères, il revit par la pensée la lutte suprême que 
cette même religion avait soutenue contre le monde 
romain , et entreprit de ramener ses contemporains 
à la foi et aux antiques vertus. L'empire romain en- 
vahi de toutes parts par la religion nouvelle, le Pa- 
ganisme essayant un dernier effort et succombant 
par la patience même de ses victimes, les vertus des 
Chrétiens éclatant en tous lieux et la foi florissante 
dans le désert et chez les barbares, lui ont fourni 
d'admirables, de sublimes tableaux. Mais les pein- 
tures touchantes lui sont plus familières. Un écri- 
vain plus grand et mieux inspiré avait embelli la 
sagesse antique de tout le charme.de la morale chré- 
tienne. L'imagination riante de la Grèce et la beauté 



148 

chrétienne s'allient et s'unissent ensemble dans le 
Télémaque. Vous diriez la fleur la plus pure des let- 
tres grecques, et vous trouvez a chaque pas l'em- 
preinte de la pensée moderne. Tout s'unit dans ce 
livre inimitable, pour en faire la lecture la plus atta- 
chante et la plus salutaire. Si vous n'y remarquez 
pas la puissance d'un esprit créateur, vous y trou- 
vez quelque chose de plus précieux, la plus haute 
sagesse et la morale la plus pure y un style enchan- 
teur et un abandon plein de grâce. C'est un monu- 
ment h part, un chef-d'œuvre de l'esprit humain, un 
livre unique dont s'honorera toujours notre patrie. 
Après le Télémaque, après les Martyrs, le génie bais- 
se, et on ne trouve rien qui approche de nos chef-- 
d'œuvre, si ce n'est peut-être les pathétiques récits 
de Jocclyn. 



H» 



DE LA VÉRITABLE GRANDEUR. 

(FRAGMENT.) 

Par H. AUMBli, Ptofoseur de Seconde an CoFtëge de Perpignan > 

membre-résidant. 



On a dit qu'il n'y a rien de grand que ce qui est 
fait avec. calme; et cette grandeur est à la portée de 
tous les hommes, parce qu'il n'y a personne qui n'ak 
h triompher de lui-même ou des obstacles qu'il ren- 
contre- La vie, en effet, a pour chacun de nous 
des difficultés de toutes sortes : difficultés qui nous 
viennent de la part des hommes, de l'enchaînement 
des choses et surtout de nous-mêmes ; mais ce qui 
exerce le plus l'àme de l'homme , fortifie en même 
temps et fait éclater sa vertu. Toutefois, dans ces luttes 
perpétuelles, la plupart sentent bientôt leur énergie 
faiblir et s'abattre; et, parce que la lutte serait lon- 
gue jusqu'à la victoire, ib tombent dans l'inaction 
et la torpeur. Quelques-uns seulement, au milieH 
des coups de la fortune et malgré tous les desseins 
contraires, s'élèvent et grandissent, déployant une 
force inconnue à eux-mêmes. Leurs espérances, leurs 
desseins, leur crédit même, peuvent être renversés, 
et l'intégrité de leur vie atteinte par des bruits sinis- 
tres; ils restent cependant inébranlables, et, soutenus 
par le témoignage de leur conscience, ib triomphent 
encore dans leur âme. La vertu et le véritable cou- 



150 

rage sont a ce prix ; mais leur récompense ne saurait 
leur manquer dans le sentiment du bien et du devoir. 
Celui qui porte en soi la véritable grandeur est affecté 
sans doute par tous les événements de la vie; mais 
par l'élévation de l'esprit il les domine et les juge, 
prenant constamment le parti le plus sûr, celui du 
devoir; tandis que par l'énergie de son âme il semble 
préparé contre tous les accidents et paraît soumettre 
la fortune à lui-même. Il est ému pourtant de tout 
ce qui affecte les autres hommes, et son émotion est 
d'autant plus profonde que la trempe de son âme est 
net Heure; mais la raison et le sentiment du devoir 
ramènent bientôt le calme, et ce qui semblait devoir 
l'emporter hors de lui-même ou l'abattre, le montre 
dans toute sa dignité. C'est dans les circonstances gra- 
ves et difficiles que se révèle l'homme de bien; il 
embrasse tout ensemble le» fait» et leurs causes, et 
se montre supérieur aux événements mêmes. Mais 
pour comprendre et exécuter en tons lieux ce qui 
est le plus honorable, il faut que la précipitation ne 
se mêle ni au dessein ni k Faction; il faut, en d'an* 
très termes, que celui qui résout ou agit soit maître 
de lui-même. 

Toute la puissance de l'homme est renfermée dans 
l'élévation de l'esprit et la grandeur de l'âme ; et quoi- 
que ces deux facultés ne se soient pas toujours trou- 
vées également dans les plus grands hommes, il faut 
bien les imaginer réunies ensemble et parfaitement 
développées, pour concevoir le plus haut état de 
dignité et de grandeur où l'homme puisse atteindre. 
L'élévation de l'esprit et la graudeur de l'âme ont 
chacune leur vertu propre et leur puissance parti- 
culière, et toutefois, à considérer ce qui s'est fait de 



151 

grand parmi les hommes, en voit aisément que si un 
esprit supérieur se révèle dans la conception du des- 
sein, la force de l'àme ne se manifeste pas moins dans 
Pexécution. Tel fut le privilège des hommes illus- 
tres, et tel est encore celui de ceux qui aujourd'hui 
même ont droit a noire respect. Ainsi, pour accom- 
plir quelque chose de grand, l'homme doit posséder 
les deux puissances qui lui sont propres et s'en servir 
avec calme, comme d'un instrument fait h son usage. 
— À cette condition seule nous donnons l'estime et 
^admiration. 

Mais quelle est cette supériorité de l'esprit ac- 
cordée seulement h quelques hommes, et que char 
cun admire en proportion de ce qu'il peut lui-même 
concevoir et comprendre? C'est une puissance créa- 
trice que j'appellerais volontiers le génie, une faculté 
de découvrir et de disposer à l'instant même ce qui 
est nécessaire aux grandes entreprises; une ffcculté si- 
haute, que celui qui en est doué, quelles que soient 
les circonstances présentes et la résolution h prendre, 
reconnaît à l'instant même et par Une vue soudaine, 
ce qui est convenable et utile, ce qui doit donner le 
succès, et dispose enfin tous ses moyens pour qu'il, 
n'arrive rien d'imprévu ou de contraire. Un tel 
homme aperçoit en chaque chose ce qui est possible, 
et le poursuit avec résolution; et lorsque, dans les 
grandes occasions, plusieurs partis s'offrent à la fois, 
à son esprit, il voit sans trouble, embrasse et exé- 
cute celu-i qui est tout ensemble utile et généreux. 
Nous pouvons, donc le reconnaître, cette étendue dé 
l'esprit et cette rectitude du jugement appartiennent 
uniquement aux grands hommes, et rien ne leur est 
plus coatrairé que la. témérité et l'ignorance, défauts. 



152 

d'un esprit incertain et inquiet; et si nous voulons 
nous, considérer nous-mêmes, nous verrons qu'il n'y 
aura de grandeur dans notre vie et dans nos actions, 
qu'autant que nous posséderons un esprit droit et un 
jugement sain, et que c'est descendre au-dessous de 
soi-même que de trop laisser à la témérité et à la 
fortune. La raison calme et maîtresse d'elle-même 
doit donc tenir l'empire ; car il n'y a rien de grand 
dans l'homme, aussitôt qu'il abandonne les rênes 
aux passions. 

L'élévation et l'étendue de l'esprit ont la première 
place dans ce que les hommes ont fait de grand , et 
rien ne peut suppléer à cette puissance; cependant 
ce qui nous touche davantage, c'est un grand cœur 
avec ses nobles instincts. De là viennent les pensées 
généreuses, les nobles inspirations et les dévoûments 
sublimes. Les actes de vertu remportent sans doute 
sur les plus hautes conceptions du génie; et si la 
vertu est ordinairement éclairée par une raison su- 
blime, elle est toujours l'accent d'une âme géné- 
reuse. Le génie créateur nous étonne et nous sub- 
jugue, la vertu seule nous émeut et nous touche. 
Les esprits sublimes nous accablent par leur élévation, 
et les grandes âmes réveillent ce qu'il y a de noble en 
nous et nous emportent avec elles sur les ailes de la 
charité. C'est la gloire de notre humanité, que ce 
qu'il y a de plus beau et de plus grand au monde, un 
dévoûment généreux, un sentiment sublime, puisse 
se révéler et se produire dans l'homme modeste, 
aussi hien que dans celui qui est en spectacle aux 
peuples. Il y a même ceci de remarquable, que Télé* 
vation de l'âme n'est pas la même chose que sa gran- 
deur : les uns s'élèvent et s'abaissent avec les évene- 



153 

ments, de telle sorte qu'ils paraissent être uniquement 
soutenus par les circonstances et le rôle qu'ils ont à 
remplir; les autres au contraire trouvent en eux- 
mêmes leur véritable grandeur, et ils s'élèvent natu- 
rellement aux inspirations magnanimes et aux actes 
généreux. Ce qu'ils ont de plus noble leur vient 
d'eux-mêmes, et tout leur est occasion pour se révéler 
et se produire. Mais que l'âme grandisse d'elle-même 
ou en présence des événements, elle ne grandit qu'a 
la condition d'être calme et maîtresse d'elle-même. 

Mais, si j'ai dû marquer les deux sources de la 
grandeur humaine, il faut bien reconnaître que la 
nature n'a pas mutilé l'homme comme on le ferait 
dans une étroite analyse; et que si on admire tantôt 
l'élévation de la pensée et tantôt la noblesse de l'âme, 
on les trouve réunies ensemble dans les nobles et 
dignes représentants de notre humanité. 

Montrons, maintenant, par des exemples ce que 
peut chacune de ces deux facultés, et ce qu'elles peu- 
vent unies ensemble. Qu'on se figure une assemblée 
délibérant sur une question qui doit décider du salut 
de l'État : l'anxiété est dans tous les esprits, l'avenir 
paraît incertain, et le présent, qui n'admet aucun re- 
tard, demeure inconnu ; alors un homme prudent et 
sage prend la parole, et, tandis qu'il parle, la lutte des 
partis tombe, les passions se calment, ce qui était 
incertain et obscur devient clair et frappant de vé- 
rité, et enfin la raison et la sagesse éclairent tous 
les esprits. C'est là véritablement le triomphe de la 
prudence; mais quelle autorité la raison n'acquerra- 
t-elle pas, si elle est soutenue par la probité et une 
résolution magnanime ! Et dans les événements de la 
guerre, que ne peut un esprit prévoyant, résolu, 



154 

également éloigné. de la témérité et de Phésitation! 
il est la condition essentielle dn succès. L'exemple 
d'Alexandre pourrait nous le montrer, et nous pour- 
rions admirer ici, avec le plus sage des publicistes,. 
la lenteur et la prudence du conquérant, au début 
de la guerre, et, après la victoire, sa marche rapide 
et sa témérité, qui est alors de la sagesse. Mais sans 
reproduire ce jugement célèbre, nous pouvons en 
conclure que les fameux capitaines n'ont rien fait 
de grand, qu'en agissant avec calme et prudence, en 
déployant la plus haute puissance du génie et l'ar- 
deur sublime de l'âme. Dans le gouvernement des 
Etats, combien la prudence est nécessaire! et que 
de maux la témérité et la passion n'ont-elles pas 
causés aux peuples! Dans cet art difficile, celui-là 
seul a excellé, qui a su attendre le moment de l'en- 
treprise, régler la conduite de l'action, augmenter 
les chances. du succès et écarter les obstacles. Ainsi, 
à la guerre et dans le gouvernement des États, ce 
qui a été entrepris avec sagesse et exécuté avec cou- 
rage, l'a été par des hommes d'un esprit é minent 
sans doute; mais quoique le conseil domine dans 
leurs actions, ils n'auraient rien accompli de grand, 
s'ils n'avaient porté en eux cette force de rame qui 
exécute les sages desseins. Il ne faut rien moins que 
toutes les facultés de l'homme pour produire quel- 
que chose de grand , et néanmoins c'est tantôt la 
vigueur de l'esprit et tantôt la force de l'âme qui 
domine davantage. Un bien petit nombre ont pt* 
réunir, comme Alexandre, les plus hautes concep- 
tions de l'esprit et les grandes, qualités de l'âme ^ 
ceux-là doivent davantage a leur siècle, et les autres, 
sont grands par eux-mêmes. 



1Ô5 

Nom admirons ce qu'il y a d'élevé dans la pensée 
humaine, et nous sommes louches par la grandeur 
de liane. Mais qu'est-ce donc que celte grandeur, 
sinon l'état d'one âme maîtresse d'elle-même et ré- 
vélant ce qu'elle a de noble et de sublime ? On loue 
la magnanimité d'Auguste , et le peintre le plus ad- 
mirable de l'humanité nous découvre ici ce qu'elle 
a de plus touchant. Tant qu'Auguste délibère en 
lui-même, nous avons le spectacle d'une lutte subli- 
me; mais sa grande àme ne se révèle tout entière > 
qu'au moment,* où triomphant de lui-même, il rend 
son amitié à Cinna. 11 est beau de se vaincre soi-même 
et de pardonner à ui> ennemi. C'est un noble état que 
celui où l'homme obéit à une intelligence supérieure 
et suit les mouvements d'un cœur magnanime. Les 
grands hommes sont faits pour y atteindre, et c'est 
le devoir de tous de s'exercer a cette lutte. Celui 
qui se propose toujours le bien et l'honnête , peut 
s'élever à la véritable grandeur; et ils ont droit à 
notre estime, le magistrat que sa conscience élève 
à la hauteur de ses devoirs, et le politique qui veille 
au salut de l'Etat. 

Si je voulais me faire une idée de* ce que peuvent 
l'élévation de la pensée et la noblesse de l'âme, quand 
elles dominent également dans le même homme, je 
choisirais un exemple parmi les orateurs; car ils ont 
aussi une puissance souveraine. On admire l'antique 
Démosthène, et ce grand cœur qui respire pour 
Athènes, cette haute intelligence uniquement oc- 
cupée de la patrie, nous étonnent et nous louchent 
encore; mais dans cette lutte généreuse d'un hom- 
me que rien ne peut abattre, l'incertitude de la vic- 
toire, l'inquiétude de la défaite et le doute même 



156 

ont-ils laissé au génie sa puissance calme et majes- 
tueuse? On sent tout l'effort de la lutte à cette vé- 
hémence qui* entraîne, et on peut concevoir encore 
une plus haute éloquence, celle qui ne douta jamais- 
du succès et de la justice de sa cause. Il était réservé 
à notre pays d'entendre une pareille éloquence, ins- 
pirée par le génie et soutenue par une foi sublime. 
Elle fut toute puissante sur nos pères; elle vit avec 
le génie de la patrie; elle est toujours ancienne et 
toujours nouvelle. C'est la plus haute expression de 
la pensée moderne, la défense admirable d'une cause 
qui ne saurait vieillir. La France se glorifie d'avoir 
eu un conquérant comparable à Alexandre lui-mê- 
me; mais les peuples n'ont rien produit qu'on puisse 
égaler au peintre de Polyeucte et à Bossu et. ils seront 
toujours les types les plus élevés de la véritable gran- 
deur, et l'éternelle couronne de la France. 



157 



QUEL PROFIT PEUT-ON TIRER DE SOS JOURS 

DES PRÉCEPTES DES ANCIENS SUR LA RHÉTORIQUE? 

Par M. AVMJRI» Professeur de Seconde an Collège de Perpignan , 

membre rendant. 



Deux qualités principales sont nécessaires à l'ora- 
teur pour produire l'œuvre de l'éloquence : l'audace 
et l'inspiration soudaine. S'il y joint une raison droite 
et ferme, un caractère hardi et résolu, une sensibilité 
vive et capable des grandes passions, enfin une péné- 
tration d'esprit qui le mène toujours droit au but, il 
pourra s'élever au premier rang parmi les plus grands 
orateurs. Mais toutes ces facultés éininentes, c'est la 
nature qui les donne aux hommes d'élite dans une 
haute proportion, et il faut des circonstances favora- 
bles pour qu'elles éclatent et se produisent au-dehors. 
Et cependant cette faculté de la parole qu'un tel 
homme en naissant apporte avec lui, ne devra-t-eile 
rien aux travaux de la première jeunesse, et pourra- 
telle se produire dignement, si celui qui la possède 
n'en a recherché les secrets et les ressources dans les 
modèles et les leçons des grands maîtres? Cicéron n'en 
finit pas, quand il énumère les connaissances néces- 
saires à l'orateur, et il faut bien convenir que cette 



156 

varié lé de connaissances est l'aliment même de la 
jiarole. Pour qu'un orateur s'élève et grandisse, il 
ne suffit pas que la nature lui ait été prodigue de ses 
dons, il faut aussi qu'il se soit fait une haute et su- 
blime idée de l'éloquence; et celte idée, il la prendra 
dans les précepLes des anciens, qui eux-mêmes en 
contemplaient la vivante image dans les chefs-d'œuvre 
du génie. Ce ne sont pas des préceptes stériles que 
ceux que nous ont laissés un A ris to te, l'esprit le plus 
vaste de l'antiquité, et un Cicéron, le plus grand ora- 
teur de Rome. Nous sommes transportés au-dessus de 
nous-mêmes, quand nous contemplons dans une œu- 
vre oratoire toutes les ressources qu'un homme a ti- 
rées de son propre génie, et notre admiration s'accroît 
encore, quand nous venons à entrevoir le travail de 
la conception première. C'est là précisément ce que 
les anciens, dans leurs traités de rhétorique, excellent 
à nous montrer, quoique des critiques modernes soient 
allés plus loin peut -être dans cet art si difficile. Ils 
conduisent leur disciple comme par la main dans le 
sanctuaire du génie, et lui en déoouvent toutes les 
richesses. Qu'on s'imagine Cicéron expliquant les dis- 
cours d'un Crassus, d'un Antoine; montrant comment 
ces grands orateurs concevaient et embrassaient un 
sujet, et disant ensuite quelle marche hardie et libre 
suit la véritable éloquence, et on reconnaîtra aussitôt 
que jamais plus haute leçon ne pouvait être donnée 
sur Part oratoire. Sans doute, en écoutant un ora- 
teur, en lisant une œuvre d'éloquence, nous sentons 
que le génie d'autrui enflamme notre esprit; mais, 
pour que nous puissions nous élever jusqu'à lui, le 
suivre dans sa marche, le comprendre enfin, il faut 
que nous ayons appris, dans les livres des rhéteurs, 



f£9 

quelle est la fin de l'éloquence et quels en sont les 
moyens. 

L'art , chez les Grecs et chez les Romains , imita- 
teurs de la Grèce, était l'objet de leurs constants 
efforts; il avait ses lois, sa religion, son culte. Us 
avaient conçu, pour chaque genre, un type idéal qu'ils 
s'efforçaient de reproduire dans toutes leurs œuvres; 
et ce type idéal a bien pu se modifier en partie avec 
le temps, mais les traits principaux n'en sont pas en- 
core altérés, et ils sont tout aussi vrais et aussi frap- 
pants de nos jours, qu'ils l'étaient pour les anciens^ 
Cette théorie du beau, appliquée aux arts, à la poé- 
sie, a l'éloquence, Platon l'a développée avec un 
merveilleux talent dans plusieurs de ses dialogues. 
Mais, sans nous arrêter aux brillantes spéculations 
du génie grec, nous rappellerons seulement que ce 
philosophe a le premier indiqué la véritable fin de 
l'éloquence, qui est de rendre les hommes plus heu- 
reux et meilleurs; et, tout en reconnaissant que les 
grands orateurs ne se proposent pas toujours un but 
aussi noble et que tel n'est pas essentiellement l'objet 
de l'éloquence délibérative , la plus grande de nos 
jours, nous établirons cependant comme un principe 
également vrai dans tous les temps, que, pour la 
perfection de l'art, pour la dignité de sa propre mis- 
sion, l'orateur doit tendre toujours vers ce but élevé 
et s'efforcer de justifier cette parole d'un ancien : 
«L/homme de bien seul peut être éloquent.» C'est 
surtout aux traités d'Aristote et de Cicéron , dont le 
génie était à la fois et si positif et si pratique , que 
nous demanderons des préceptes applicables encore 
aujourd'hui. Et, en effet, s'il est vrai que la con- 
naissance du cœur humain soit nécessaire k l'orateur; 



160 

si toute la puissance de la parole consiste dans Fart 
de raisonner, quel livre offrit jamais plus ample ma- 
tière à la méditation que celui dans lequel Aristote 
s'efforce de ramener l'éloquence des voies fatales où 
l'entraînaient les sophistes, aux seules règles de la 
raison et du bon sens, et où, tout en faisant une 
large part au langage de la passion , il montre qu'à 
la raison seule appartient toute supériorité? Il s'étend 
longuement sur les divers genres d'éloquence et sur 
tout ce qui a rapport à chaque genre; il dit quelle 
est la nature de chaque passion , et quelles sont les 
mœurs des différents âges et des diverses classes 
parmi les hommes; il explique quelles qualités 
constituent le, style oratoire, et enseigne à éviter les 
défauts contraires; enfin, il apprend à disposer les 
diverses parties d'un discours, de manière à former 
un tout, un ensemble harmonique. Une pensée uni- 
que et féconde a présidé a la composition du traité 
d'Aristole, celle de diriger tous les efforts et toutes 
les facultés de l'oraietir vers une méthode de rai- 
sonnement propre à l'éloquence, et vers l'art tout 
aussi difficile de traiter les passions; et ni cette 
étude des passions ni cette méthode de déduction 
n'ont jamais été surpassées. Enfin, dans celte rhéto- 
rique, qui tient de si près à la philosophie, on trouve 
sur toutes sortes de sujets une foule de pensées fé- 
condes, dictées par l'expérience, et que le bon sens 
des siècles a confirmées. Il semble d'ailleurs qu'Ans- 
tote n'a rien voulu laisser à désirer à ses disciples, 
et qu'il s'était proposé de leur apprendre à traiter 
toutes sortes de questions, et de les rendre capables 
de soutenir, dans chaque sujet, le pour et le contrer 
genre de défaut qu'on reprochait aux sophistes, et 



161 

dont il n'est pas tout à faii exempt lui-même. On 
peut dire, cependant, pour le justifier, qu'il faut bien 
qu'un orateur sache reconnaître les faux raisonne- 
ments de son adversaire, afin de pouvoir les réfuter. 
Quelque chose manquerait peut-être à ce traité déjà 
si complet, si Cicéron, s'emparam des mêmes idées et 
les développant à sa manière, ne fût venu animer de 
son éloquente parole la doctrine du maître. Nulle part 
ailleurs on ne prendra une idée plus haute et pins 
juste de l'éloquence que dans ces dialogues, où il 
s'applique avec un si vif enthousiasme^ retracer le 
portrait du parfait orateur; où il expose avec un noble 
orgueil tout ce qu'il a appris sur son art par une longue 
pratique des plus grandes affaires, tous les procédés 
que lui a suggérés son propre talent et tons ceux aussi 
qu'il a remarqués dans les autres orateurs, ses prédé- 
cesseurs ou ses contemporains. Otez des admirables 
traités de Cicéron, quelques parties moins importantes 
pour nous, ce qui tient plus particulièrement à la lan- 
gue, au pays, à l'époque, et tout le reste pourra con- 
venir à nos sociétés modernes, a tous les genres d'é- 
loquence , à celle de la chaire, comme à l'éloquence 
délibérative ; c'est que, dans tous les arts, il y a deux 
parties bien distinctes : l'une, qui tient essentiellement 
à la forme extérieure et qui change avec les mœurs et 
les circonstances; l'autre, qui est plus de l'essence de 
l'art et qui convient également à toutes les époques! 
Et qu'on ne pense pas que, dans les dialogues de Cicé- 
ron, cette dernière partie soit restreinte a quelques 
principes généraux toujours applicables, à quelques 
vues plus hautes et plus larges auxquelles le talent 
sait toujours s'élever; car, tout au contraire, elle s'é- 
tend a ce qui fait le fond même de l'éloquence, à la 

11 



162 

manière d'opérer la conviction par les preuves, et 
d'agir sur les autres hommes par l'expression des 
mœurs et des passions. Aristote avait analysé tous 
les procédés de l'éloquence, et était descendu jus- 
qu'aux plus simples détails; Cicéron en fait, pour 
ainsi dire, la synthèse, il arme le jeune orateur pour 
les luttes du forum, il met en sa main toutes les res- 
sources de la parole et lui apprend k les avoir tou- 
jours prêtes pour tous les hasards du combat. Il n'y 
a qu'une seule manière de démontrer la vérité aux 
hommes, quand on la possède : c'est de parler à leur 
raison; il n'y en a qu'une non plus de s'emparer de 
leur volonté et de les faire agir : c'est d'exciter leurs 
passions, en étant soi-même profondément ému et 
en s'adressant en même temps à la raison, qui est 
toujours si puissante et veut être satisfaite. Cicéron 
ne nous conduit pas à la découverte de la vérité , 
mais il nous enseigne à la démontrer aux autres; il 
ne prétend pas donner à notre âme une sensibilité 
qu'elle n'a pas , ni à notre esprit une justesse et 
une rectitude qui lui manquent; mais il nous dit 
quel est le langage des passions, et comment pro* 
cède la saine raison pour prouver invinciblement la 
vérité, lorsqu'elle l'a découverte. Aussi devons-nous 
encore aujourd'hui apprendre de Cicéron et d'Aris- 
tote, deux siences, pour lesquelles les anciens seront 
toujours nos maîtres : la science du cœur humain et 
l'art du raisonnement. L'investigation moderne, il est 
vrai, peut seule nous faire découvrir la vérité; mais 
il faut bien se garder de trop négliger la méthode de 
déduction, tant cultivée des anciens et si puissante 
dans l'éloquence. C'est la logique qui fait la supé- 
riorité de Démoslhène, et jamais il n'a été égalé 



168 

pour l'art de présenter et d'enchaîner ses preuves. 
Quant à la science de l'homme, à celte partie du 
moins de cette science qui se rapporte à l'expression 
des passions et des sentiments, les anciens nous l'ont 
transmise tout entière; et si , sous certains rapports, 
les modernes sont allés plus loin dans cette étude, 
pour tout ce qui. tient à la vie pratique, les anciens 
n'ont pas été surpassés. Entraîner les volontés, do* 
miner les esprits, voilà toute 1 éloquence, et c'est là 
ce que Cicéron nous enseigne, lui qui possédait cette 
science ou ce talent à un si haut degré , lui qui re- 
présentait chez un peuple d'orateurs la plus haute 
puissance de la parole. Enfin, si nous considérons 
l'éloquence sous le point de vue de l'art, nous irons 
en chercher chez les anciens la théorie la plus .haute 
et la plus belle, comme aussi les plus parfaits modèles. 
11 n'y a pas jusqu'à ces préceptes tant rebattus des qua- 
tre parties de la rhétorique et des divers genres d'élo- 
quence, qui n'aient leur utilité ; et quoique un hom- 
me de talent observe toutes ces règles sans y penser, 
il lui sera toujours utile de les connaître, et à ceux 
surtout qui veulent juger des ouvrages de l'esprit. 
Il n'y a pas un seul genre où il soit permis , même à 
un homme supérieur, de négliger une seule des 
règles dictées par l'expérience; et si quelques-uns 
semblent s'élever au-dessus des règles, ce n'est pas 
qu'ils les ignorent ou les dédaignent : ils les invente- 
raient plutôt, comme les ont trouvées les anciens. 

Les règles données par A ris to te et par Cicéron, sont 
les procédés mêmes qu'employèrent les grands ora- 
teurs de l'antiquité; et, assurément, si l'éloquence a 
pu s'exercer sur de nouveaux objets, elle n'a pu dé- 
couvrir d'autres moyens de persuader et de convain- 



164 

cre, ni l'expérience fournir des préceptes plus utiles. 
Le pathétique et le raisonnement, tels sont les deux 
moyens qu'emploie l'éloquence ; et la perfection de 
l'art consiste k les combiner de telle sorte qu'ils se 
soutiennent et se fortifient l'un l'autre, dans un en- 
chaînement rigoureux de preuves et de mouvements 
oratoires. Mais le raisonnement qui convieut à l'é- 
loquence, n'est pas une siiiie de démonstrations sa- 
vantes, intelligibles seulement pour ceux qui ont la 
clef de la science ou le secret de 1 énigme ; c'est bien 
plutôt une suite de vérités claires, évidentes, que la 
saine raison découvre et que le bon sens des hommes 
saisit à l'instant même. Et si le raisonnement ingé- 
nieux et subtil, si toute démonstration savamment 
artificielle est fatale à l'éloquence , il y a bien aussi 
telle sorte de pathétique que le véritable orateur 
doit s'interdire et que l'antiquité ne connut jamais. 
L'émotion d'une àme forte à la vue d'un grand objet, 
l'ardeur sublime avec laquelle elle poursuit un noble 
but, tel est le pathétique vraiment oratoire; loin de 
l'affaiblir et de l'abattre, il élève et agrandit l'homme. 
Cet art d'approprier les raisons les plus solides et les 
plus convaincantes à l'intelligence ordinaire des hom- 
mes ce soin de s'adresser uniquement aux seules 
passions qui sont pour chacun et pour tous les plus 
puissants mobiles, c'est là ce que les anciens prati- 
quaient au plus haut degré et ce qu'ils nous ensei- 
gnent dans leurs admirables écrits. Us avaient un 
sentiment élevé de toutes les convenances, et ce sen- 
timent s'alliait chez eux avec la simplicité et la gran- 
deur la dignité et le naturel. Ce qu'ils appelaient 
l'expression des mœurs avait bien souvent une toute 
autre puissance que le simple raisonnement ou le lan- 



16* 

gage de la passion; ei bien souvent aussi l'orateur em- 
portait par son autorité ce qu'il eût difficilement ob- 
tenu par la preuve ou 1 émotion. Il y a, en effet, des 
circonstances où la parole d'un homme de bien est 
une autorité toute puissante , et il n'est pas toujours 
nécessaire ou utile d'émouvoir et de convainore. Les 
grandes vérités même s'imposent plutôt qu'elles ne se 
démontrent, parce qu'elles sont les principes éternels 
de la vie humaine, et que vouloir les éclaircir, c'est 
en affaiblir le sentiment chez l'homme. Qui prouva 
jamais qu'on doit aimer sa patrie? Ce n'est pas là le 
défaut des anciens, chez qui le nom seul de patrie 
réveillait tant de souvenirs et un si vif enthousiasme. 
Mais quand, l'expression des mœurs Ralliant avec le 
raisonnement et le pathétique, l'orateur parle avec 
l'accent de l'autorité et de la conviction, alors le tab- 
lent de la parole éclate dans toute sa puissance. Plaire» 
toucher et convaincre* c'est là ce qu'enseigne Cicéron; 
et il nous apprend aussi quel est , sous, tous les rap- 
ports, le prix des convenances, dont ses dialogues sont 
d'ailleurs un si parfait modèle , par le ton de dignité 
et de noblesse qui y règne toujours. 

Pour montrer combien les préceptes des anciens 
sur la rhétorique peuvent encore aujourd'hui être 
utiles, il nous suffira de dire quel parti nos. grands 
orateurs ont su tirer des préceptes de Cicéron, et 
comment ses savantes théories se sont trouvées par 
là confirmées, même chez les modernes, et en des 
genres inconnus des anciens. Cicéron, s'occupani 
plus particulièrement de l'éloquence judiciaire, en- 
seigne l'art d'agrandir les petites choses et de dimi- 
nuer les grandes, de présenter une affaire sous le 
point de vue le plus favorable à sa cause, et il iridi* 



166 



que raille moyens qui certes ne font pas la haute 
éloquence, mais qui annoncent dans un avocat une 
prodigieuse habileté, et qui sont presque toujours 
employés avec succès : cet art , cette habileté éton- 
nante dans l'exposition des faits, cette discussion 
adroite et subtile que Cicéron explique avec com- 
plaisance, on retrouve tout cela dans nos orateurs du 
barreau, avec les différences pourtant qui existent 
entre les anciens et les modernes. Mais il est d'au- 
tres parties, dont nous avons déjà parlé, plus impor- 
tantes et qui méritent davantage notre attention : je 
veux dire le pathétique et les preuves. C'est dans 
l'éloquence même de la chaire, qu'on trouvera la 
confirmation des théories de l'orateur romain sur les 
grandes parties de l'art oratoire. Qu'on se rappelle 
tout ce que Cicéron a écrit sur le choix et l'arran- 
gement des preuves, et qu'on lise les sermons de 
Bourdaloue, et l'on verra que ce prédicateur dialec- 
ticien, par la nature de son talent et par la connais- 
sance de son art, a rigoureusement suivi et confirmé 
en même temps les règles de Cicéron. Si on lit dans 
le même esprit Massillon , on trouvera encore chez 
lui l'application libre, mais exacte, de tous les pré- 
ceptes relatifs au pathétique et au style. Il n'y a que 
Bossue t qui garde toujours l'allure libre et franche 
du génie, non que ses chefs-d'œuvre contredisent les 
règles des rhéteurs, mais parce qu'il semble, dans 
ses libres élans, s'affranchir de toutes les règles pour 
suivre sa propre inspiration. Et cependant les règles 
données par les rhéteurs sont-elles autre chose que les 
procédés naturels de l'éloquence, judicieusement ob- 
servés et présentés sous forme de doctrine? Et Bossuet 
lui-même, que ne doit-il pas à l'étude des anciens, à 



167 

cette étude on son talent, déjà parvenu a la maturité, 
vint se retremper, comme pour atteindre à la perfec- 
tion? N'a-t-il point perfectionné par leur commerce 
ce goût pur et sévère, qui le porte toujours vers ce 
qui est naturel et simple, vers les idées également 
accessibles aux plus hautes intelligences et aux esprits 
vulgaires? Admirable privilège d'an génie incompa- 
rable ! Les esprits les plus élevés ont peine a le suivre 
dans son libre essor, et cependant le plus simple* de 
ses auditeurs est éclairé de sa vive lumière. Croirait- 
on que toutes les convenances n'ont jamais été mieux 
observées que par un tel orateur? 11 en est le plus 
parfait modèle , parce qu'il avait la dignité et le car 
ractère d'un a pâtre de la vérité. 

Mais, dira-t-on, les anciens n'attaehaient-ifô pas 
trop d'importance h la perfection du style, à ce qui 
fait la parure et non le fond de l'éloquence, et tout ce 
qu'ils prescrivent 1^-dessus peut-il bien s'appliquer et 
convenir dans nos assemblées délibérantes? Non, sans 
doute; et, outre le génie de notre langue si différent, 
de celui des langues anciennes, outre les modifica- 
tions incalculables que la civilisation moderne a dû 
apporter à l'éloquence, la nécessité de parler sou- 
dainement, l'importance et la multiplicité des ques- 
tions qui s'agitent sur nos tribunes, tout cela empê- 
che l'orateur de s'appliquer long-temps h polir son 
style, et tout lui rappelle an contraire que sa mission 
est d'éclairer les esprits et non de charmer ses audi- 
teurs. L'œuvre de l'éloquence consiste pour nous à 
éclairer, à instruire, et celui-là seul a atteint ce 
but qui a fait briller la lumière à tous les yeux et 
porté la conviction dans les âmes. Cependant il fau- 
drait bien se garder de juger de la puissance de la. 



168 

parole chez les anciens, et des procédés ordinaires de 
î éloquence, uniquement d'après ces monuments ad* 
mirables qui nous en sont restés; d'après ces discours 
qu'une main habile retouchait et rendait plus par- 
faits, il est vrai, mais en faisant disparaître toutes 
les traces de la parole soudaine et inspirée. Cette 
éloquence qui nous apparaît aujourd'hui sous des 
formes si belles, si harmonieuses, si achevées, ne se 
produisait pas, il s'en faut de beaucoup, avec le même 
appareil, dans les luttes du forum; et là encore, 
comme chez les modernes, la grandeur du sujet et 
la chaleur du combat ne laissaient guère le loisir de 
parer et d'orner le discours; là aussi il fallait prouver 
qu'on avait pour soi la raison, le boi> droit, la jus- 
tice ; et ce n'était pas tout, car il fallait par les grands 
mouvements de la passion entraîner les volontés, sub- 
juguer une assemblée turbulente et indocile. On peut 
bien reprocher à la Grèce et à Rome d'avoir été trop 
éprises du charme de la parole; mais à en juger par 
les grands effets qu'elle produisait, on doit croire que 
cette parole ardente et rapide n'était bien souvent 
que le cri d'une âme forte et convaincue. Mous pou- 
vons le croire , l'éloquence s'est produite sous toutes 
les formes possibles chez les anciens; et s'ils ne peu- 
vent nous donner le génie, qui est un don de la aa~ 
ture, nous trouverons toujours dans les traités de 
Cicéron des conseils sages et utiles, une connaissance 
de l'art approfondie et solide, des vues élevées et 
fécondes sur toutes les parties dont se compose ce 
grand art de la parole; enfin il apprendra à nos ora- 
teurs, à quels travaux ils doivent se soumettre avant 
de prétendre à éclairer les autres hommes, et com- 
pient ils pourront mettre en œuvre toutes les re&- 



169 

sources qu'ils auront acquises, par de longues années 
d'un travail assidu et d'une pratique constanic. 

Maintenant qu'il y ait dans Quintilien un assez 
grand nombre de préceptes inutiles, et qu'à l'exem- 
ple des autres rhéteurs de la Grèce et de Rome, il ait 
donné trop d'importance à certaines parties d'un bien 
faible intérêt pour le véritable orateur; qu'un criti- 
que aussi habile fasse quelquefois consister l'élo- 
quence dans des procédés, à la vérité ingénieux, mais 
frivoles ; que tout ce qu'il dit, par exemple, sur l'ac- 
tion et la mémoire , quelque vrai qu'il soit d'ailleurs, 
ne puisse aboutir qu'à entraver même le véritable 
talent, si toutefois un homme né pour l'éloquence 
peut se soumettre à étudier, à pratiquer tant de pré- 
ceptes frivoles : voilà ce dont on est forcé de conve- 
nir. Mais Quintilien n'avait pas vu de véritables ora- 
teurs, et rien ne pouvait, sous Domitien, lui donner 
une idée de l'antique éloquence. 11 n'y avait alors 
que des déclamateurs , des esprits brillants et frivoles, 
et rien n'est plus mortel à l'éloquence que la décla- 
mation, que le désir et le besoin de briller. Sans 
doute, l'habile rhéteur avait le sentiment de l'élo- 
quence des anciens temps, et il travailla sa vie en- 
tière à en ramener le goût ; mais que pouvait-il contre 
le torrent qui entraînait tout? Et que peut un livre, 
quelque solide et bien pensé qu'il soit , pour rame- 
ner et faire fleurir l'éloquence, quand mille causes 
diverses se réunissent pour la détruire? La liberté 
est . nécessaire à l'éloquence; elles se soutiennent 
l'une l'autre, et disparaissent ensemble* Et cela seul 
fait comprendre pourquoi tous ceux qui ont écrit 
sur l'éloquence, à diverses époques, ont été impuis- 
sants à en retarder la corruption, à arrêter les pro- 



170 

grès du mauvais goût. Après A ris tôle, la Grèce n'a 
plus produit de grands orateurs , et l'éloquence ro- 
maine est morte avec Cicéron : on ne s'avise guère 
de tracer les règles d'un art an moment où cet art 
grandissant toujours, semble ne devoir jamais périr. 
Étudions néanmoins leurs traités pour y apprendre 
quelle fut l'éloquence chez les anciens, et quelle idée 
ils se faisaient du parfait orateur. 

L'enseignement historique ayant succédé , de nos 
jours, à l'enseignement dogmatique, celui où excel- 
lent surtout Aristote et Cicéron, on pourrait croire 
que nous devons étudier la rhétorique sous un nou- 
veau point de vue; il n'en est rien pourtant. Les 
préceptes de rhétorique, donnés par les anciens, 
doivent être toujours la base première de toute ins* 
traction solide. Il faut s'être fait une idée nette et 
précise d'un art quelconque; il faut en connaître les 
préceptes éternels et immuables; il faut savoir ce qui 
en constitue la plus haute beauté, avant de pouvoir 
étudier cet art dans les nombreuses applications qu'en 
ont faites les divers peuples. Et pour l'éloquence, il 
faut savoir ce qui en fait la beauté parfaite, avant 
d'en étudier les divers monuments, sous le point de 
vue de l'art et sous le point de vue historique. Sans 
cela on confondrait ce qui n'est qu'accidentel et pas- 
sager avec ce qui est toujours beau, toujours vrai. 
Enfin , pour comprendre la haute éloquence, il faut 
s'être formé de bonne heure au grand et au sublime. 
Sans doute, c'est par l'âme que nous sentons la grande 
beauté dans tous les genres, et nous ne pouvons pas 
ici suppléer à ce qui nous manque; cependant, nous 
sommes toujours les maîtres de développer en nous 
les nobles sentiments et de vaincre les basses -passions. 



171 

11 y a un art du sublime que Longin nous enseigne. 
Ce qui fait défaut dans Quintilien, ce qui seul ins- 
pire l'éloquence, l'élévation et la force de l'âme, nous 
le trouvons dans les pages véhémentes de Longin. Il 
nous rappelle les vues élevées de Platon, et nous ap- 
prend que la générosité, le dévoûment, le mépris des 
richesses, l'amour du juste et de l'honnête, peuvent 
seuls élever nos pensées et nous porter vers le subli- 
me. Salutaire leçon, donnée par le dernier des rhé- 
teurs de l'antiquité ! Sage précepte, que nous devons 
méditer sans cesse, et qui renferme toute la vraie 
littérature ! 



m 



LE GOUT, SES ÉLÉMENTS, SES PRINCIPES, 

Par AI. JT» Cobtik, Licencié es- lettres, Bégeui de Sixième 
au Collège de Perpignan, membre résidant. 



11 est dans le domaine de l'esprit une question , 
moitié philosophique, moitié littéraire, dont l'im- 
portance est grande et la solution difficile. C'est la 
question du goût. Invoqué à chaque instant dans les 
diverses circonstances de la vie humaine, le goût 
entre surtout comme élément indispensable dans les 
productions de l'art, dont il fixe le caractère, con- 
trôle les procédés et marque le but, exerçant par là 
l'influence la plus manifeste sur le développement 
des destinées sociales. Qu'est-ce donc que le goût? 
Quels en sont les éléments et les principes? Et, 
d'abord, y a-t-il ici des principes? Doit-on reconnaî- 
tre , en matière de goût , une loi souveraine qui sanc- 
tionne les jugements et les œuvres, ou bien l'anarchie 
artistique existe- t-elle en droit par l'absence de toute 
autorité légitime? Tels sont les principaux points a 
examiner dans la question dont je vous parle. Je n'ai 
pas la prétention de vous exposer, sur un sujet aussi 
délicat, une théorie proprement dite. J'oserai seu- 
lement, Messieurs, soumettre à votre bienveillante 
appréciation quelques idées consciencieuses, fruits, 
prématurés peut-être, d'un sincère amour de la vé- 
rité. J'ai pensé qu'un travail sur cette matière pour- 



173 

rail être favorablement accueilli dans une Assemblée 
qui s'honore d'entretenir et de propager dans notre 
pays le culte de Fart et l'habitude des récréations 
intellectuelles. 

Le goût, tel que nous l'entendons, consiste dans 
la faculté de percevoir le beau. Emprunté à l'un des 
cinq sens, ce nom est évidemment impropre, puis- 
que la prérogative qu'il désigne n'offre rien de ma- 
tériel, ni dans sa nature, ni dans son objet; mais 
l'emploi de cette métaphore est, jusqu'à un certain 
point, justifié par l'analogie. Le goût, en effet, s'at- 
tache au beau comme à l'aliment de notre âme; il 
en aspire la substance; il en distingue les nuances 
diverses; il en savoure, en un mot, l'inexprimable 
douceur. C'est dans l'exercice de cette faculté mer- 
veilleuse que l'homme trouve la source de ses jouis- 
sances les plus exquises, les plus variées et les plus 
pures. 

Mais quel est dans l'esprit humain le principe de 
ces émotions délicieuses que procure à l'homme de 
goût la contemplation du beau? À la vue d'une 
figure expressive, d'un site agréable, d'un objet ar- 
tistique présentant les caractères d'une conception 
heureuse et d'une exécution irréprochable, lame 
s'éveille; un charme tout particulier la séduit et la 
captive; nous sentons naître et se développer en nous 
une sorte de joie indéfinissable. Cependant, cette 
satisfaction n'est pas parfaite : il s'y mêle, malgré nous, 
une certaine hésitation qui en altère la plénitude; 
nous nous défions de nous mêmes, et nous semblons 
craindre que ce plaisir , auquel nous nous abandon- 
nous, ne soit le résultat illégitime d'une illusion qui 
nous égare. Effectivement, si, par notre propre atten- 



17* 

lion ou par les avis d'une expérience étrangère, nous 
arrivons à découvrir dans l'objet de notre contempla- 
tion certains défauts, que la raison seule peut saisir, 
le plaisir diminue, bien que l'impression reste la 
même; au contraire, si la réflexion vient justifier 
les mouvements de notre sensibilité, le plaisir aug- 
mente aussitôt, et nous nous y livrons alors avec un 
sentiment de sécurité, qui le fortifie et le complète. 

Les plaisirs du goût supposent donc dans leur 
plénitude la coopération de deux facultés essentiel- 
les : la sensibilité, qui reçoit les impressions; la rai* 
son, qui s'applique à ces premières données, les exa- 
mine et les sanctionne. 

L'intervention de la raison dans la perception du 
beau est nécessaire et souveraine : nécessaire , puis* 
que sans elle les sensations sont changeantes , fugiti- 
ves, impuissantes a satisfaire ce besoin de l'âme qui 
nous attire vers le beau ; souveraine, car aussitôt que 
le jugement a commencé d'exercer son contrôle, la 
sensibilité n'est plus en rapport avec les objets que 
par l'intermédiaire de la raison, dont les décisions 
déterminent d'une manière irrésistible notre plaisir 
ou notre peine. Ce sont là des faits universellement 
constatés par l'expérience. Nul ne saurait les révo- 
quer en doute. Us dominent, dans la pratique, ceux- 
là même qui, par théorie, seraient portés k les nier. 
De quelques idées qu'on le suppose imbu, on ne 
peut concevoir qu'un homme éprouve en présence 
d'un objet des jouissances complètes, s'il ne le trouve 
beau , et qu'il le trouve beau , je ne le dirai pas pour 
tout le monde, ce qui serait le comble de l'absurdité, 
mais même pour lui seul, si cet objet n'a fait 
qu'agréer à sa sensibilité sans obtenir le suffrage de 



175 

sa raison* Gardons-nous, du reste, de confondre le 
goût intellectuel, celai qui s'attache au beau, avec 
le goût physique, qui a le bon pour objet. S'agit-il 
du beau? la volonté la plus opiniâtre ne pourra nous 
faire aimer ce que notre raison désapprouvera. Dans 
le goût physique , c'est précisément tout le contraire 
qui arrive, et tous les efforts de la raison sont im- 
puissants à modifier les impressions reçues. Dans le 
premier cas, le sentiment résulte du jugement, qui 
est absolu; dans le second, les jugements, qui sont 
personnels, viennent toujours à la suite des sensa- 
tions. C'est une distinction qu'il est essentiel de ne 
pas perdre de vue; car elle est radicale et peut pré- 
venir beaucoup d'erreurs. 

Toutes ces considérations se rapportent directe- 
ment au but que nous voulons atteindre. Elles ne 
tendent à rien moins qu'à prouver l'existence des 
règles du goût. Admettre, en effet, la puissance et 
la nécessité du jugement dans les questions de goût, 
n'est-ce pas admettre qu'il existe, en dehors des modi- 
fications de la sensibilité, des principes régulateurs 
en vertu desquels nous exerçons ce jugement? Et si 
tout le monde est d'accord sur le premier point, 
n'avons-nous pas à l'appui du second l'argument si 
respecté du consentement unanime? 

Supposons un instant que ces principes n'existent 
pas : nous tombons aussitôt dans des conséquences 
absurdes. Si les principes du goût n'existent pas, le 
beau n'a d'autre mesure que notre satisfaction parti- 
culière. Mais si tout ce qui plaît est beau par cela 
seul qu'il plaît, il s'ensuit que tout est beau; car, 
dans l'infinie variété des tempéraments et des dispo- 
sitions particulières, il n'est pas un seul objet qui ne 



176 

puisse plaire au moins k un homme. Réciproque- 
ment, et par une raison semblable, tout serait laid, 
l'objet le plus généralement regardé comme beau 
devant infailliblement trouver dans l'innombrable 
quantité des individus quelque nature exception- 
nelle' qui le repousse. Il n'y aurait ni beau ni laid, 
ou plutôt tout serait à la fois beau et laid, ce qui 
implique contradiction; car la distinction du beau 
et du laid est aussi innée dans l'homme que la dis* 
tinction du bien et du mal, sur laquelle se fondent 
les principes rarement contestés de la loi morale. 

Voilà donc l'existence des règles du goût démon- 
trée par un raisonnement méthodique, basé sur une 
de ces vérités premières qui s'imposent à nous par la 
force de 1 évidence. Le goût n'est pas, comme on l'a 
quelquefois prétendu, une chose essentiellement re- 
lative. 11 ne se borne pas à recevoir des impressions. 
Il juge les objets et il motive ses jugements. Le goût 
a des principes : la raison le proclame et l'expérience 
le confirme. Quels sont ces principes? — Tâchons, 
Messieurs, de le déterminer. 

Si, tout en admettant dans le goût la nécessité des 
principes, chacun était libre de les choisir ou de se 
les faire, l'on comprend aisément que celte anarchie 
dont nous parlions tout-à-1'heure, bien que ne régnant 
pas en droit, existerait de fait par la multiplicité des 
théories. 11 faut donc, autant que possible, dans l'in- 
térêt de l'esprit humain et de l'art, ramènera l'unité 
tous les principes divergents, par la consécration d'un 
principe supérieur, inviolable, sous l'empire duquel 
pourront légalement se faire jour les divers systèmes. 

Si nous connaissions le beau en lui-même, ce prin- 
cipe se trouverait par. cela seul établi. 



177 

Or, la beauté absolue réside en Dieu. Nous ne pou* 
vous contempler ici-bas que des reflets plus ou moins 
affaiblis de cette beauté infinie. Parmi les êtres dont 
se compose l'ensemble de la création, celui qui re- 
produit le mieux la nature divine, et qui, par consé- 
quent, se rapproche le plus de ce type de beauté que 
nons concevons sans le comprendre, c'est l'homme, 
considéré. dans la triple combinaison de sa nature spi- 
rituelle. La réunion de ces trois caractères : sensibi- 
lité, intelligence, volonté, sera la mesure à laquelle 
nous nous en rapporterons sans cesse dans l'appré- 
ciation de la beauté. La sensibilité, c'est la vie, avec 
ses plaisirs et ses peines; l'intelligence, c'est le vrai; 
la volonté, convenablement dirigée, c'est le bien: 
trois attributs qui sont les éléments de trois diffé- 
rents genres de beauté, et dont la réunion constitue 
la beauté parfaite, dans les limites que Dieu a fixées 
à la connaissance qu'il nous en donne. Entre ces di- 
vers ordres de beauté, il existe une certaine hiérar- 
chie. A la beauté itoorale appartient, sans contredit, 
le premier rang; car c'est par l'emploi de sa liberté 
conformément à f idée du bien , que l'homme semble 
se rapprocher le plus de son créateur. Et remarquez, 
Messieurs, que le principe de cette beauté morale est 
à peu près le seul privilège que l'on n'ait pas disputé 
à l'humanité. La sensibilité, sauf les passions d'un cer- 
tain ordre, nous est commune avec les. animaux qui 
nous entourent. Certains physiologistes, des philoso- 
phes même, ont combattu, au nom de la brute, contre 
les prétentions ^.l'esprit humain, le monopole des 
facultés intellectuelles; mais la distinction du bien 
et du mal, le senliment du devoir, le mérite et le 
démérite, les jugements inévitables de la conscience 

12 



178 

morale, sont des notions et des faits dont on reconnaît 
a l'homme la possession exclusive, quelles que soient 
d'ailleurs l'origine et la portée qu'on leur attribue. 
Dans les arts, comme dans la vie réelle, ce sera donc 
faire preuve d'un goût excellent que de préférer les 
pures inspirations de la vertu aux pi us brillants éclairs 
de l'intelligence ; tandis que l'intelligence, qui reste à 
nos yeux l'apanage inaliénable de la nature humaine, 
sera préférable à la sensibilité pure et simple, pro- 
priété commune du règne animal tout entier. 

L'application de ces principes s'étend au monde 
physique; car ce n'est pas seulement dans les objets 
qui participent de notre personnalité que se distin- 
guent ces trois caractères, éléments du beau véri- 
table. Toute la nature en porte l'empreinte. Dieu, 
il est vrai, l'y a gravée moins profondément que dans 
Fâme humaine, ce chef-d'œuvre de la création; mais 
elle s'y montre presque toujours avec plus d'éclat que 
dans les productions du génie de l'homme. L'aspect 
d'une campagne délicieuse, fertile en productions 
salutaires, couverte d'arbres utiles, illuminée par les 
rayons d'un brillant soleil, ne fait-elle pas naître en 
nous l'idée d'une bonté, d'une intelligence et d'une 
puissance infinies? Pourquoi déclarons-nous moins 
belle la vue d'un désert aride et désolé , si ce n'est 
que nous y trouvons moins sensible cette triple éma- 
nation de la beauté spirituelle? 

Telles est cette loi souveraine dont nous avions 
reconnu la nécessité. L'application en est simple et 
infaillible. Dans le monde de l'art, par exemple, où 
la conformité d'opinion est une chose à la fois si dé- 
sirable et si rare, elle nous offre un mojen aussi sûr 
que facile de diriger nos jugements. L'on peut dire 



17* 

hardiment que, depuis là création la plus vaste Jus- 
qu'au moindre détail , une pensée sera d'autant plus 
digne de notre suffrage , qu'elle révélera chez celui 
qui Ta produite une sensibilité plus grande, une in- 
telligence plus heureuse, une volonté plus ferme 
de foire le bien. 

La beauté divine, reflétée dans l'âme humaine et 
perçue par la conscience , est, vous le voyez, Mes- 
sieurs, notre règle , notre mesure, notre terme de 
comparaison dans les opérations du goût. Ce prin- 
cipe, dont j'ai essayé de démontrer régulièrement la 
réalité, ne demande, pour être connu, ni des études 
spéciales, ni de laborieuses recherches. Au contraire, 
il existe originairement dans l'intelligence de tout 
homme, parce que tout homme trouve dans sa cons- 
cience le témoignage irrécusable de la supériorité de 
sa nature. Aussi, s'agit-il, dans le perfectionnement 
du goût, non pas d'acquérir la connaissance d'une vé- 
rité qui nous appartient déjà; mais d'empêcher fcette 
notion primordiale de s'obscurcir sous l'influence de 
l'éducation, des passions et des théories arbitraires. 
Quant à la sensibilité, bien que nous la subordonnions 
a la raison, en tant qu'élément appréciateur du beau, 
nous sommes loin toutefois d'en méconnaître l'impor- 
tance. Si c'est par la raison que nous connaissons le 
. beau, c'est parla sensibilité que nous l'aimons et que 
nous sommes portés k le rechercher. Otez l'amour 
du beau , vous enlevez les jouissances qu'il procure ; 
à quoi sert dès lors la connaissance des éléments qui 
le constituent? 

Or, Messieurs, cette passion pour le beau, indis- 
pensable au goût, et principe des caractères élevés, 
ne nous 'est pas donnée ou refusée par un caprice 



180 

de la Providence* La Providence ne nous fait ni bons 
ni mauvais : elle nous fait libres; mais elle met en 
nous, à coté des inclinations dépravées, le germe de 
toutes les belles passions. Heureux celui qui a pu 
protéger et féconder cette précieuse semence! En 
échange des soins qu'il aura mis à conserver ses dons, 
la Providence lui réserve d'inappréciables faveurs. A 
lui, dans les arts, cette faculté d'admiration qui est, 
selon la belle expression de Cousin, le signe d'une 
raison élevée servie par un noble cœur. À lui, dans le 
monde, les fécondes illusions de l'idéal, dont les dé- 
ceptions les plus amèresne tariront jamais la source. 
A lui les élans de la générosité , l'exaltation du dévou~ 
ment, les joies intimes et profondes que procure lac- 
complissement du devoir. A luicetle confiance inal- 
térable, qui cherche, reconnaît et bénit le doigt de 
Dieu jusque dans les misères de la vie. A lui seul, 
enfin, cet enthousiasme sublime qui nous unit au 
Créateur par les aspirations sincères et libres de la 
reconnaissance et de l'amour. 



181 



EXPOSITION UNIVERSELLE DE 185S. 



RAPPORT 

PHSKKIB AD JURY lËPAlTEIKSTU DES PYRÉNfES-OMIRULfô, 

Par M. AUCWMB ataOlllBES, membre du Conscil-Général , % 
ancien Maire de Perpignan , rapporteur. 



■eMieur», 

Je viens, à la fois, obéir aux instructions transmises 
par la Commission impériale, et remplir le mandat 
dont vous m'avez chargé , en faisant nn rapport suc- 
cinct sur les objets partant du département pour aller 
figurer au Palais de l'Industrie. 

Et d'abord, je crois indispensable de présenter 
quelques considérations destinées à expliquer la na- 
ture de Tenvoi. 

Le Jury, dont nous sommes tous membres, a non- 
seulement suivi les instructions que lui traçaient ses 
attributions; mais prenant conseil de son dévoûment 
aux intérêts du pays, il a usé de toute son influence 
et des moyens dont il pouvait disposer pour appeler 
à concourir le phis grand nombre de producteurs on 
d'industriels. Si les résultats n'ont pas rempli son 
attente, il faut s'en prendre un peu aux effets désas- 
treux de l'épidémie, qui a sévi pendant long-temps 
dans notre beau département, et beaucoup à l'apathie 
des habitants, toutes les fois qu'il s'agit de se produire 



189 

au dehors. Cette circonstance, en opposition directe 
avec la vivacité naturelle de leur caractère, est d'au- 
tant plus fâcheuse, qu'elle les prive des bénéfices qu'ils 
retireraient en s'attachant à être moins ignorés. Cela 
dit, je dois quelques justifications à la fabrication gros- 
sière des objets en laine présentés. 

Le jour où nous avons été assez heureux pour ap- 
partenir à la France, notre industrie manufacturière 
a cessé d'exister. Les métiers, dont les produits étaient 
recherchés depuis les côtes d'Italie jusqu'à celles du 
Bosphore et de la Barbarie , cessèrent de battre , en 
présence de la concurrence des autres métiers du 
reste de la France, dont nous devenions une pro- 
vince. Notre position de pays de transit entre la 
France, PEspagne et ses possessions en Belgique, fut 
profondément modifiée, et une barrière de douanes 
nous ferma l'accès dea pays au-delà des Pyrénées, dé- 
pendant de la couronne d'Aragon, dont le nôtre était 
un des plus beaux fleurons, comme une barrière por 
litique qous fermait l'accès des pays du Levant, amis 
du royaume dont nous venions d'être détachés. Tou- 
tes ces causes firent que l'industrie locale de tis- 
sage et de teinture, alors si florissante, n'eut plus de 
raison d'être, et disparut, ne léguant aux géné- 
rations nouvelles d'autres souvenirs que le nom de 
quelques grands fabricants inscrits sur les rues de 
notre ville. Toutefois, dans quelques rares villages 
de nos montagnes, à portée , par leur position fron- 
tière, de pouvoir écouler leurs produits en Espagne 
ou en France, suivant leur convenance, la fabrication 
4es tissus de laine ne cessa pas complètement. Mais, 
réduite à de minces proportions, et siationnaire dans 
ses procédés, elle tend à s'effacer devant les perfec- 



f83 

tionnements, en arrière desquels il n'est pi as permis 
aujourd'hui de se tenir : aussi, Messieurs, en statuant 
sur l'admission des produits fabriqués , n'avons-nous 
pas entendu les accepter pour qu'ils supportent le 
parallèle avec les produits des contrées où le progrès 
a été en croissant; mais bien pour qu'ils donnent une 
idée, soit par leur perfection relative, soit par leur 
prix de vente, des services que rendent encore aux 
besoins locaux les hommes industrieux qui ne s'ef- 
fraient pas d'une concurrence, contre laquelle il leur 
est impossible de lutter. 

J'indiquerai, h leur place, les objets exposés qui 
trouvent un débouché ailleurs que dans la consom- 
mation locale* 

Je pourrais bien faire le relevé des productions que 
nous étions en droit de voir figurer à l'exposition, et 
qu'il est très regrettable de ne voir briller que par 
leur absence ; mais je ne le ferai pas, parce que cela 
me conduirait peut-être à ne pas assez voiler les per- 
sonnes auxquelles le Jury pourrait adresser justement 
le reproche de s'être trop renfermées dans leur égoïs- 
me. Cela fera ressortir davantage la bonne volonté de 
celles dont je vais avoir b retracer ci-après les noms. 

MM. Benêt (Pierre) de Tantavel, Cases (Joseph) 
deCasteil, Àlazet, deLatour*de-Franee, Durand, de 
Saint-Nazaire, exposent du miel blanc. La qualité en 
est irréprochable, et ce produit se distingue par un par- 
fum particulier que peuvent seules donner les nom- 
breuses plantes aromatiques de nos montagnes que les 
abeilles vont butiner. Le raiel de notre département 
est généralement connu, dans le commerce, sous )e 
nom de miel de Narbonne: espérons que les résultats 
de l'exposition lui restitueront sa véritable origine-. 



184 

MM. Hortet, à La Preste, Mercader, à Vernet-les- 
Bains, Bouts (Dominique) aux Gratis d'Olette, ac- 
tuellement à Perpignan , tous propriétaires d'établis- 
sements thermaux, oui exposé des eaux minérales. 
Les vertus thérapeutiques des eaux dont notre dé- 
partement est si abondamment pourvu, sont trop 
connues, pour qu'il soit nécessaire de les faire res- 
sortir ici. Il est utile toutefois que quelques échan- 
tillons figurent à une exposition à laquelle tout l'u- 
nivers est convié. 

MM. Lloubes (Auguste) à Perpignan, Barthe, à 
Latour*de»France, exposent de l'huile d'olives à bou- 
che. En présence de la concurrence toujours crois- 
sante que l'huile sans saveur extraite de la graine de 
sésame fait à l'olivier, dont la culture est si précieuse 
pour le Midi de la France, et de la prévention que 
la Provence seule produit des huiles fines pour la 
table, il est heureux de pouvoir faire connaître que 
les Pyrénées-Orientales produisent aussi, et abon- 
damment, des huiles fines et d'un rendement très 
avantageux dans leur emploi culinaire, h cause de 
leur constitution généreuse. Notre département est 
celui de France où il se récolte le plus d'huile d'o- 
lives; il n'est donc pas sans importance de le faire 
apprécier h. ce point de vue. 

MM. Roussel (Calixte)à Rivesaltes, Bonnet Des- 
mazes ( Laurent ) à Saint- Laurent-de-la-Salanque, 
Caloni ( Auguste ) àCollioure, Coronat (Charles) à 
Latour-de-France , Rey (Louis) a idem, Bassal(Cé- 
lestin) à Rivesaltes, présentent de nombreux échan- 
tillons de vins fins et de commerce, ainsi que d'eau- 
de-vie de puiscat. Il me parait indispensable de placer 
ici quelques observations : Si la France est le pays du 



185 

monde qui produit le plus de vins et de meilleurs 
vins, le Roussi lion est, à son tour, le pays de France, 
qui, relativement à sa surface, produit le plus de 
vins et en qualités supérieures. 

Les crus généreux de la plaine, réservés pour l'ex- 
portation à l'intérieur et à l'extérieur, n'ont point 
d'égaux. Employés en France, ils servent à relever 
tous ces petits vins qui s'y récoltent en abondance, 
et qui, cependant, ne feraient point la fortune des 
contrées où on les produit, si les coupages avec 
les Roussillon surtout n'en facilitaient pas le dé pi a* 
cément, et n'en assuraient pas la conservation. — 
Exportés au-delà des mers, ils trouvent dans les 
deux Amériques un débouché toujours croissant, 
et ils possèdent seuls l'avantage précieux de se 
bonifier au lieu de se décomposer en traversant la 
Ligne. 

Conservés chez les producteurs, ils acquièrent, en 
vieillissant, une finesse et une saveur qui, loin de les 
priver de leur force, la concentrent davantage et en 
font les vins de dessert les plus exquis. L'introduction 
récente des vins d'Espagne a fait reconnaître combien 
nos vins de toutes sortes leur étaient supérieurs : cette 
circonstance est d'autant plus heureuse, que l'expo- 
sition va faire briller dans tout son éclat la branche 
la plus importante de notre indqstric agricole et 
commerciale. 

Tous les types principaux de nos vins, et ils sont 
nombreux, seront représentés. Les crus de Latour, 
produisant des vins de commerce et des vins de ta- 
ble ayant beaucoup d'analogie avec le Bourgogne ; les 
crus de Rivesaltes, Baixas, Espira, Tautavel, Maury, 
Salses, Perpignan, Banyuls et Collioure, figureront 



186 

dignement, et le Jury départemental doit, je crois, 
signaler d'une manière particulière les exposants ci- 
après : Bonnet-Desmazes , Laurent, i Saint-Laurent- 
de-la-Salanque, Roussel (Galixte) a Rivesaltes, Bassal, 
(Célestin) à Rivesaltes, comme ayant tous présenté de 
beaux et de nombreux échantillons. 

MM. Bonnet-Desmazes (Laurent) de Saint-Laurent- 
de-la-Sala nque , Vallarino (cadet) de Perpignan, Ditf- 
rand (Sauveur) de Saint-Nazaire, ont exposé du fro- 
ment, de la graine de luzerne, de l'orge et de l'avoine. 
Tous ces grains sont remarquables par leur poids à 
l'hectolitre, et nous devons désigner particulièrement 
à l'examen du Jury national, le froment qui est em- 
ployé spécialement à la régénération de la semence 
dans notre département et qui est si recherché par 
les cultivateurs du Languedoc, auxquels il procure 
de magnifiques récoltes; et la graine de luzerne qui 
n'a subi aucune préparation par l'huile pour la lus- 
trer et est pure de tout mélange de graines étran- 
gères. Ces deux produits des terres salanques ont un 
type particulier, et leur débouché k l'extérieur est 
considérable : la graine de luzerne se vend princi- 
palement, à Rouen, pour la teinture, et dans le reste 
de la France et de l'Allemagne pour l'ensemencement 
des prairies. 

MM. Bonnet et Durand, déjk nommés, présentent 
aussi des toisons de laine métis et de laine mérinos, 
en suint. La finesse, le nerf et le rendement de ce» 
laines seront certainement appréciés à l'exposition; 
ces produits donneront une idée des bons résultats 
que peut offrir dans ce département l'éducation de 
l'espèce ovine. 

MM. Vallarino (cadet) et Fossaty (Joseph) de Per- 



1*7 

pignan, présentent des chocolats de leur fabrication : 
ces exposants doivent être recommandés d'une ma* 
ttîère particulière. Dans notre département, le cho* 
colat, cet aliment, à la Ibis sain et substantiel, est un 
véritable produit alimentaire, et sa fabrication a lieu 
dans des conditions que ne surpassent certainement 
pas les perfectionnements usités dans le Nord, où Ton 
ne fth guère du chocolat qu'un bonbon. Travaillé, 
ici, à la pierre, il perd moins son arôme que dans 
les pays ou une machine est employée à sa fabrica- 
tion, ce dernier procédé exigeant, pour que la pâte 
n'adhère pas aux cylindres , un degré trop élevé de 
torréfaction du cacao. La consommation considérable 
de chocolat qui se fait dans le département, et l'ex* 
portatian qui en est très grande, rendent cette hran- 
ehe d'industrie fort importante. 

M. Yallarino (cadet), expose aussi des 5 / 6 de mare 
de raisin et des 7« de pomme. C'est exceptionnelle- 
ment qu'il a été tenté, cette année, de fabriquer du 
cidre, et le 7« de marc peut seul être considéré 
comme un produit du pays. U s'en distille annuel- 
lement des quantités considérables; et le Roussilkw 
est la contrée qui, par la générosité de ses vins, pro- 
cure l'emploi le plus avantageux de la rafle. Les 7e 
de marc, malgré leur goût particulier, sont très re- 
cherchés, et ont un débouché continuel dans les 
Etats d'Allemagne, où Ton aime leur saveur. Le dé- 
partement possède un nombre très grand de fabri- 
ques de 7e- 

MM. Rozès (frères), à Collioure, présentent des 
échantillons de bouchons de diverses qualités : ils 
devraient être encouragés, leur fabrication ne s'exer- 
cant que sur le liège de notre province. La culturedu 



188 

chêne-liége a pris de grands développements dans 
notre pays, où cel arbre précieux est indigène; lâf 
qualité du liège récolté vient après celle du liège de 
Catalogne, qui est le meilleur entre tous. 

M. Bougnol (cadet), de Saint-Paul-de-Fenouillet, 
présente des échantillons nombreux de bimbelote- 
rie de buis, sortant tous de ses ateliers: une men- 
tion particulière lui est due. Il a donné à sa fabri- 
cation une extension considérable ; il a inventé des 
outils, qu'il a substitués à l'emploi grossier de la 
hache; et, enfin, après avoir débuté par l'ébauche 
de tous les objets, qui étaient envoyés à Saint-Claude 
(Jura) pour être finis, il a réuni à ses ateliers la der- 
nière confection, et la main d'oeuvre profite tout 
entière à nos compatriotes. Son exemple a eu pour 
résultat d'amener dans le département beaucoup 
d'ouvriers de Saint-Claude , qui s'y sont fixés et ont 
même envahi les communes limitrophes de l'Aude, 
où ils se sont établis pour leur compte. Le fini et le 
bas prix de la bimbeloterie de M. Bougnol sont re- 
marquables. Cette industrie est d'autant plus impor- 
tante que les buis sont épuisés dans les forêts du 
Jura, tandis que celles de notre département et de 
l'Aude en sont abondamment pourvues. 

M. Respaud (Jacques), à Olette,. présente des gour- 
des en peau de bouc, dont le travail est très beau. 
C'est encore un homme intelligent à citer : il est par- 
venu à faire rechercher les produits de son travail 
sur tous les points de la France, et, en particulier, 
dans les ports d'embarquement. 

M. Busqué i, k Saint-Paul-de-Fenouillet, expose du 
sumac en poudre et des cristaux de tartre; le sumac 
vient spontanément dans nos forêts. 11 s'en exporte 



189 

des quantités considérables à Rouen, où on remploie 
à la teinture. 11 est heureux que M. Busquet ait tiré 
parti d'un produit naturel qui n'était pas utilisé jus- 
qu'à lui. 

Les cristaux de tartre de cet exposant sont tels 
qu'on les extrait des bassins de dépôt des distilleries 
de */s« Il y a peu d'années que ces résidus sont uti- 
lisés dans le Midi, où ils constituent maintenant le 
bénéfice le plus net de la distillation. L'emploi des 
tartres bruts ou purifiés est considérable dans l'in- 
dustrie. Ils servent, surtout, k la coloration des 
fromages de Hollande. Le département relire un 
profit notable du produit du tartre lorsque la vigne 
est dans des conditions normales. 

Le même M. Busquet et M. Barthe, à La tour- de- 
France, exposent du vinaigre de vin de très bonne 
qualité. Cette branche secondaire de l'industrie vini- 
cole n'est pas encore développée, comme elle pourrait 
l'être. La consommation et Remploi du vinaigre sont 
considérables; et quand on songe qu'ailleurs la fabri- 
cation du vinaigre de vin exige certains procédés par- 
ticuliers, tandis qu'ici il peut être obtenu, soit du vin, 
soit du marc de raisin, avec la plus grande facilité, et 
que beaucoup de contrées de la France n'emploient que 
du vinaigre de bois, on peut s'étonner à bon droit que 
nos vinaigres de vin, qui réunissent toutes les condi- 
tions de bonne qualité et de bas prix , ne soient pas 
plus demandés : espérons que l'exposition, qui les 
mettra en relief, les fera rechercher. 

M. Taillés (Jacques) à Saillagouse, présente des 
échantillons de bas blancs et noirs en laine. 

Cette industrie mérite des encouragements: elle 
occupe pendant l'hiver un grand nombre de femmes 



190 

et de jeunes filles dans les cantons élevés de notre 
département, dont la neige couvre le sol pendant 
plusieurs mois , et où les bras trouveraient difficile* 
ment un autre emploi. Des métiers ont été installés 
depuis quelque temps pour fabriquer des bas; mais 
ils n'ont point diminué la production à la main, et 
Ton n'emploie exclusivement que de la laine filée 
dans le pays. 

Le commerce des bas de laine est considérable : il 
s'en exporte en Espagne; la Provence , ainsi que la 
rivière de Gènes en procurent un grand débouché. 
M. Paillés, ainsi que Ton peut en juger, produit dans 
de très bonnes conditions. 

M. Roger (Michel), à Prats-de-Molltf , expose des 
draps de diverses qualités, de la flanelle et des cou. 
vertures en laine. C'est un de ces fabricants coura- 
geux dont nous avons parlé au début ds ce rapport. 
Ses produits communs s'adressent à un grand nombre 
de consommateurs, et par cela seul sont intéressants. 
Il peut les livrer k bas prix , et le Jury doit les re- 
commander à l'examen du Jury national. 

M. Pompidor ( Louis ), k Prats*de-Molld, présente 
des espardilles à brodequin et des espardilles simples. 
Cette industrie est très importante dans cette com- 
mune et dans le reste du département. La population 
pauvre ne fait presque usage que de cette chaussure 
économique et légère, non-seulement pendant Tété, 
mais aussi pendant une bonne partie de l'hiver ; cette 
chaussure ne contribue pas peu à rendre plus apparente 
l'agilité des habitants de nos campagnes. Cette fabri- 
cation utilise dans notre département beaucoup de 
bras ; elle est produite surtout avec des chanvres tirés 
de Bologne. Le pays et les environs de Grenoble four- 



191 

lussent à peu près un quart de la plante textile né- 
cessaire aux ateliers existants; le peignage n'a guère 
lieu qu'à Perpignan et est fait à la main. Cet expo- 
sant, dont les produits sont remarquables, devrait 
être vivement recommandé. 

MM. Bardou (Joseph) et Bardou (Pierre), k Perpi- 
gnan, présentent, chacun pour leur compte, dans 
seize boites, des échantillons variés de papier à ci- 
garrettes de leur fabrication. Je ne suivrai pas dans 
ses progrès extraordinaires l'emploi du papier à ci- 
garrettes. Circonscrit d'abord à l'Espagne, à notre 
département et k quelques points du littoral médi- 
terranéen français, il est passé aujourd'hui dans les 
habitudes de toute la France, et sa fabrication cons- 
titue à Perpignan une véritable industrie. Les expo* 
sauts ont fait comme le Gouvernement, en cherchant 
à flatter sans cesse le goût des consommateurs: leurs 
papiers sont composés avec divers parfums, et doi- 
vent procurer aux fumeurs des délices qu'eux seuls 
peuvent apprécier. 

La marque des exposants est très recherchée dans 
toute la France, celle du premier surtout, et le Jury 
leur doit une recommandation particulière auprès du 
Jury national. 

M. Caloni (Auguste), à Collioure, déjà nommé, 
envoie des bocaux d'anchois salés. L'industrie qu'il 
représente à l'exposition, est considérable dans les 
communes de Collioure, Port-Vendres et Banyuls, 
qui sont contiguës. De mai à octobre, elle em- 
ploie de nombreux bateaux qui se livrent à la pè- 
che de la sardine et de l'anchois dans notre mer , 
dont les fonds particuliers et les côtes rocheuses, 
ont le privilège d'attirer annuellement, en grande 



192 

abondance , ces deux précieux poissons. Un nombre 
infini de femmes et d'hommes hors d'état de tenir la 
mer sont employés à la salaison , à la réparation , à 
1 etendage des filets, et à la construction des barils. 

Les anchois des trois communes ci-dessus , remar- 
quables par leur grosseur et finement préparés dans 
la saumure au brun-rouge, sont expédiés dans toute 
la France en barils ou en bocaux , au gré des con- 
sommateurs. Préparés au sec, au sel blanc et pressés, 
ils trouvent un emploi considérable k Gênes, d'où on 
les répand dans tout le Piémont et l'Allemagne. 

Cette industrie importante produit, dans quelques 
mois, plusieurs centaines de mille francs. 

Les bocaux exposés par M. Caloni, attireront cer- 
tainement l'attention du Jury national. 

M. Fourcade, François, àSainl-Paul-de-Fenouillét, 
présente une charrue araire en fer à trois rechanges, 
de son invention. C'est encore un des habitants de 
cette commune si intelligente et si industrieuse, que 
nous avons déjà nommée; nous devons le recom- 
mander tout particulièrement. 

Frappé des inconvénients que présente dans cer- 
tains cas l'araire en bois, si usitée dans notre dépar- 
tement pour beaucoup de travaux, M. Fourcade a 
cherché à les éviter. 

L'araire en bois, indispensable quand il ne s'agit 
que de déchirer la terre dans les fonds arrosables 
ou dans ceux que l'on veut ameublir rapidement, 
entre avec difficulté dans le sol, exige un tirage 
assez fort et est très sujette à se démancher; elle rend 
toutefois, par la simplicité de sa forme toute pri- 
mitive, des services incontestables. L'araire de Mon- 
sieur Fourcade ? destinée à la remplacer, est simple 



193 

dans son mécanisme et d'une construction solide; son 
soc a la forme de celui de l'araire en bois ; deux ailes en 
fer, fixes ou mobiles h volonté , sont très ingénieuse- 
ment adaptées sur le soc, et sont destinées à écarter lé- 
gèrement à droite et à gauche la terre soulevée. Des ex- 
périences faites sur des terrains de nature différente 
et dans des vignes, pour lesquelles cet instrument sera 
d'un emploi fort utile, ont constaté que le tirage en 
était facile, qu'il produisait un on travail, et que 
c'était une bonne acquisition pour 1 agriculture. 

M. Fourcade ne s'est pas borné à l'obtention d'un 
brevet; il a monté en grand la fabrication de ses 
charrues, dont il a fait une industrie, et il com- 
mence déjà à en exporter des quantités considé- 
rables en Algérie. 

Le Jury a pensé que les pièces présentées expli- 
quaient suffisamment la charrue Fourcade, et n'a 
pas compris l'âge dans l'envoi fait à Paris. 

M. Barthe, à La tour-de-France, présente des co- 
cons de vers à soie et de la garance cultivée. 

Chargé de l'administration des domaines de M. le 
marquis de G i nés tous, dans le canton de Latour, il le 
fait avec une intelligence remarquable. De la graine 
de ver à soie est distribuée gratuitement, chaque 
année, aux habitants de la commune qui en font la 
demande; la feuille des mûriers de M. de Ginestous 
leur est aussi concédée , et le produit en cocons est 
partagé à la fin de la campagne. Cette espèce de colo- 
nage partiaire, si je puis m exprimer ainsi, donne 
de bons résultats, et procure de l'aisance à beaucoup 
de pauvres gens. M. Barthe se livre aussi à cette indus- 
trie^ nous estimons que son exemple, autant que l'ex- 
cellente qualité de ses produits, méritent une recom 

13 




194 

manda lion. Si nos grands éleveurs, dont les chambrées 
avortent généralement, adoptaient le système de M. de 
Ginestous , leurs petites éducations réussiraient tou- 
jours; et, avec moins de frais, l'industrie séricole du 
département atteindrait un grand développement. 

L'essai de culture de la garance par M. Barlhe, a 
constaté qu'elle était de très bonne qualité; il se 
propose d'opérer plus en grand. Notre département 
a occupé jusqu'au xvn* siècle un rang très élevé 
dans la production de cette plante tinctoriale. Cette 
industrie était si importante que son contrôle était 
un des privilèges des évéques d'Elne, qui consta- 
taient par l'apposition de leurs sceaux la loyauté de 
la garance réduite en poudre. Aussi les dépôts consi- 
dérables qu'on en fesait à Nîmes, pour la Provence et 
le Lyonnais; k Florence, pour l'Italie, attestaient-ils 
sa bonne qualité et la confiance qu'inspirait sa prove- 
nance. Cette culture, comme celle de la gaude, du 
safran et du pastel, disparut avec la fabrication des 
lainages, pour les causes déduites plus haut. 

Les bords de nos fossés où coulent des eaux vives, 
sont couverts de garances sauvages, et démontrent à 
la génération présente que lorsqu'elle voudra tirer 
plus de profit de ses fonds généreux et de ses arro- 
sages, elle n'a qu'à refaire le passé en cultivant de 
nouveau la garance. 

M. Cortès, Pierre, à Prades, présente des échan- 
tillons des minerais de fer d'Escaro. Il y aurait beau- 
coup à dire, si je vpulais décrire la richesse de nos 
mines de fer, leur puissance et leur bonne qualité. 
Mais, M. Cortès étant le seul des nombreux exploi- 
tants de mines qui ait fait preuve do bonne volonté, 
je ne m'occuperai que de lui. Son minerai n'est pas 



195 

brillant à l'œil : extrait d'un gîte moins puissant que 
celui du Canigou, il est cependant d'un rendement 
fort élevé et produit du fer de très bonne espèce; sa 
mine alimente plusieurs forges, et nous ne doutons 
pas que les résultats de Fessai du minerai dEscaro ne 
fixent particulièrement l'attention du Jury national. 

MM. Massot, Philippe , à Perpignan, et Bergue, 
Barthélemi , à Sorède , exposent des manches de 
fouets. M. Massot a joint à son envoi une branche 
de micocoulier, telle qu'elle est taillée de la souche, 
avant d'être refendue pour l'extraction des manches. 

Les Perpignan* sont trop connus en France pour 
qu'il soit nécessaire d'entrer dans des développe* 
ments à leur sujet. Je dirai seulement que leur fa* 
brieation occupe un nombre considérable d'ouvriers 
à Perpignan et à Sorède notamment; que ces ouvriers 
sont généralement fort habiles dans leur art, et qu'ils 
ne travaillent que des micocouliers cultivés dans le 
département et spécialement à Sorède. Cet arbre 
précieux a, dans notre pays, des propriétés que ne 
peuvent lui disputer les micocouliers d'Espagne ni 
ceux du Piémont. Seul il réunit les conditions de 
flexibilité qui permettent de le tresser en un nom- 
bre infini de brins ou de donner au manche une 
longueur extraordinaire. 

Les objets exposés par MM. Massot et Bergue mé- 
ritent une mention particulière. 

M. Vilasèque, père et ses fils , à Perpignan , expo- 
sent un fouloir-égrappoir de leur invention. 

Ils ont obtenu un brevet qui leur a valu une mé- 
daille à l'exposition de 4844; leur machine est d'un 
agencement ingénieux : un seul homme la fait mou- 
voir, et la modicité de son prix la rend accessible 



196 

aux petits propriétaires. Dans les pays où Ton a besoin 
d'égrapper la vendange, elle rendra certainement des 
services. Étant établie à double fin, elle peut être 
employée dans le Roussillon au foulage seulement : 
l'enlèvement du manchon qui égrappe, suffit pour 
l'affecter à ce dernier emploi. M. Vilasèque et ses 
fils ont apporté de grandes modifications à leur pre- 
mière invention, et nous estimons que leur procédé 
sera apprécié pour les pays du Nord surtout, où la 
présence de la grappe pendant la fermentation est un 
obstacle à la bonne qualité du vin. 

M. Rivière, Jean-Baptiste, a obtenu l'autorisation 
de faire transporter lui-même à Paris ses fleurs arti- 
ficielles en coquillages» Je dirai h son sujet que c'est 
un ouvrier fort habile, et que son travail fixera cer- 
tainement l'attention. 

Arrivé à la fin de ma tâche, j'exprimerai, Messieurs, 
l'espoir d'avoir obtenu votre approbation en entrant 
dans quelques développements , bien plus capables 
qu'une nomenclature aride , de faire apprécier loin 
de nous les conditions dans lesquelles se produit dans 
notre beau pays chacun des objets présentés. Leur 
qualité relative vaudra, il faut l'espérer, quelques 
récompenses à nos exposants, et leur imposera ainsi 
l'obligation de faire mieux. 

Nous aurions, sans doute, eu le droit de compter sur 
une exhibition plus importante de ce qui se fait chez 
nous; mais, toute faible qu'elle ^est, elle pourra reven- 
diquer sa modeste part de l'éclat que va jeter, dans les 
circonstances présentes, sur le règne déjà si grand de 
l'Empereur, cette fête gigantesque de l'industrie et 
du génie de toutes les nations. 

Perpignan , le 1 er avril 1 855. 



197 
ÉTAT NOMINATIF DES EXPOSANTS DES PYRÉNÉKS-ORIKNTALKS 

QUI ONT OBTENU DES RÉCOMPENSES : 

MM. Lloubes (Auguste), à Perpignan, médaille 
d argent de 1 re classe, pour son huile d'olive 
à bouche. 

Cuillé, Directeur de la Ferme-École, à Per- 
pignan, médaille d'argent, pour la bonne 
direction de l'École. 

Bonet-Desmazes (Laurent), a Saint-Laurcnt- 
de-la-Salanque , médaille d'argent, pour ses 
vins, et de bronze, pour ses grains. 

Roussel, a Rivesaltes, médaille de bronze, pour 
ses vins. 

Bonis (Dominique), à Perpignan, mention 
honorable, pour ses eaux thermales. 

Caloni, à Collioure, mention honorable, pour 
ses salaisons d'anchois. 

Mercader, à Verne t-l es-Bains, mention hono- 
rable, pour ses eaux thermales. 

ViLASÈQUE(Louis), père et fils, à Perpignan, men- 
tion honorable, pour leur fouloir-égrappoir. 

Vallarino, cadet, à Perpignan, mention ho- 
norable, pour ses eaux-de-vie. 

Bardou (Joseph), à Perpignan , mention hono- 
rable, pour son papier à cigarrette. 

MM. Jaubert de Passa, Président de la Commis- 
sion d'examen des produits envoyés à l'ex- 
position, médaille d'argent. 

Cuillé, Secrétaire,, médaille de bronze. 

Lloubes (Auguste), Rapporteur, médaille do 
bronze • 



198 

RAPPORT SUR L'INDUSTRIE MARAÎCHÈRE 

DES PYRÉNÉES-ORIENTALES, 

Par M. AKTOIME Si AU 9 trésorier de la Société. 



Messieurs 9 

Le département des Pyrénées-Orientales, qui s'est 
placé depuis long-temps à la tête de ceux du Midi , 
pour les productions maraîchères, manquait d'une sta- 
tistique. 11 appartenait à la Société Agricole, Scien- 
tifique et Littéraire d'en créer les premiers éléments. 

Une commission fut nommée dans la séance du 4 
juillet dernier. Elle fut composée de MM. Companyo, 
père, notre vice-président, Louis Robin, Sauveur 
Dadins , Louis Faure, et Antoine Siau. 

Cette commission m ayant fait l'honneur de me 
nommer son rapporteur, je viens vous soumettre 
son travail. 

C'est un aperçu de nos cultures maraîchères et de 
celles de nos arbres fruitiers, qui servira de point de 
départ et de moyen d'appréciation au moment où le 
chemin de fer va leur donner une impulsion plus 
grande, et lorsque des améliorations notables sont sur 
le point d'être réalisées. 

Notre département doit à la richesse du sol, à 
la douceur de son climat, où la température moyenne 
est de 1 5 degrés centigrades, où le thermomètre des- 
cend rarement eu -dessous de zéro; à l'intelligence 
de ses habitants, et surtout aux canaux d'arrosage, la 
bonté et la précocité naturelles de ses produits. 



199 

Un avenir brillant lui est réservé lorsque le che- 
min de fer exportera ses productions, en quelques 
heures, d'un bout de la France à Tau ire; parce 
qu'alors, en recevant nos légumes et surtout nos 
fruits dans leur état de maturité, on pourra appré- 
cier les qualités qui leur sont particulières. 

Jusqu'à présent nos jardiniers n'avaient pas senti 
le besoin de l'instruction, puisque sur trois cents 
environ, il n'y en a que trente ou quarante qui 
sachent lire et écrire. 

Ils apprendront bientôt, par expérience, que, pour 
diriger une bonne culture maraîchère , le travail et 
la routine, si intelligents qu'ils soient, ne suffiront 
plus; qu'il leur faudra emprunter h la science ses 
pratiques ingénieuses pour donner à leurs produits 
cette précocité, qui deviendra une condition désor- 
mais indispensable , pour résister à des concurrents 
habiles qui ne manqueront pas de venir dans un pays 
si bien favorisé de la nature. 

Le maraîcher du Roussillon ne doit pas se procurer 
à grands frais l'eau qui lui est nécessaire; elle lui arrive 
naturellement par les canaux d'arrosage, alimentés 
sans cesse par les eaux vives de nos montagnes. 

Une simple vanne , placée sur les canaux de déri- 
vation, suffit pour élever l'eau au niveau du sol, où 
de petits canaux la dirigent sur toute la superficie 
du jardin. 

Les frais d'arrosage sont minimes; car ils sont re- 
parus entre tous Içs tenanciers, proportionnellement 
k l'étendue des terres qu'ils possèdent pu exploitent • 
On peut les évaluer en moyenne à la somme de ôfr. 
25 c. par hectare. Les contributions sont en moyenne 
de 38 fr. par hectare. 



200 

Ces dépenses sont à la charge des propriétaires; et 
comme sur trois cents jardins on ne compte que vingt- 
six à vingt-huit jardiniers propriétaires du sol, nous 
n'avons pas compris ces frais dans les dépenses du 
fermier. 

La grande facilité d'arrosage présente assez souvent 
de graves inconvénients, par la mauvaise disposition 
des pentes dans les carrés. Le volume d'eau introduit 
sans ménagement est nuisible, non-seulement aux pro- 
duits, mais au sol lui-même. 

Apportons a notre culture de nouvelles améliora- 
tions; formons des vergers de nos arbres fruitiers: 
ces arbres auront plus de longévité, les racines n'étant 
plus tQurmentées par la charrue et ne recevant que 
Veau qui leur est nécessaire ; les fruits auront même 
plus de saveur. 

Les demandes multipliées qui nous seront bientôt 
adressées, rendront insuffisants les terrains consacrés 
au jardinage; de nouveaux canaux, et à leur défaut 
des puits a roue devront être créés. 

Une transformation s'opérera alors dans notre beau 
Roussillon, qui est destiné à devenir le jardin d'hiver 
de la France. 

De grandes améliorations ont été successivement 
introduites dans notre culture potagère. Les résultats 
sont immenses. 

Comparons ce qu'elle est de nos jours, à ce qu'elle 
était il y a un siècle : 

En 1750, Perpignan n'avait que 81 hectares de 
terre plantés en jardins potagers, d'après la statisti- 
que de M. l'intendant de Bertin; 

En 1826, d'après le cadastre, on comptait 168 
hectares; 



201 

Nous en trouvons, en 1855, 914 hectares, dont 536 
sur la rive gauche de Ja Tet , et 378 sur la rive droite. 

Bientôt tons les champs qui sont à l'arrosage seront 
livrés à l'horticulture. 

Pour rendre notre travail plus utile, nous y avons 
joint nos calendriers maraîchers et fruitiers. 

Le premier met en relief la variété, la précocité 
et le renouvellement de nos légumes. 

Le second est le catalogue fidèle de nos arbres 
fruitiers, dont la culture sur nos terrains a fait re- 
connaître la bonté des produits. 

Ce calendrier indique l'époque de la maturité des 
fruits et la durée de leur conservation, soit sur l'arbre, 
soit dans le fruitier. 

C'est une occasion pour nous de rendre un éclatant 
témoignage de gratitude aux frères Robin, pour les 
soins et les sacrifices qu'ils s'imposent dans le choix 
de leurs sujets. 

Leurs pépinières méritent d'être classées parmi les 
plus remarquables du Midi. 

Prodoit des Jardins Potagers de la banlieue de Perpigaap 

sur 914 hectares. 

400 hectares en artichauts, qui portent 5.150.000 pieds, dont le * 
revenu, au minimum de 20 centimes par pied, est de 1.030.000 
francs, soit 4.120.000 douzaines à 25 cen- 
times, ci 1.030.000 fr. 

46 hectares en asperges, dont le produit est de 
116.000 francs, environ 387,000 bottes de 
demi kilogramme , à 30 centimes , ci 116.000 

30 hectares en aubergines, produisant 250.000 
douzaines à 20 centimes 50.000 

A reporter '. 1.196.000 fr. 



202 

Report 1.196.000 fr. 

3 hectares en melons, produisant 40.000, à 

25 centimes 20.000 fr. 

40 hectares tomates 80.000 

50 idem choui 50.000 

40 idem laitues 20.000 

15 idem céleri 10.000 

40 idem chicorée 10.000 

25 idem cardons 15.000 

25 idem haricots tendres, peu cultivés dans les 

terrains à l'arrosage 30.000 

10 idem piments 5.000 

20 idem oignons 30.000 

6 idem ail 20.000 

600 idem haricots en grain 300.000 

500 idem pommes de terre 300.600 

30 idem petits-pois 25.000 

8 idem concombres 6.000 

5 idem courges 7.000 

50 idem navets 30.000 

10 idem épinards et oseille ? . . . 5.000 

45 idem radis 50.000 

15 idem poireaux 8.000 

15 idem carottes 12.000 

7 idem salsifis 3.500 

3 idem betteraves 1.500 

1 idem persil 3.000 

40 idem fraises, toutes les espèces 50.000 

40 idem fèves 24.000 



Total 2.286.000 fr. 



On n'ignore pas que la plupart des légumes sont 
renouvelés plusieurs fois dans le courant de Tannée, 
et qu'autour des artichauts on cultive des petits-pois 
et fèves , et plus tard des haricots. 



203 



Produt des arbres fruitiers dam les jardins. 

On compte 450 hectares plantes en arbres frui- 
tiers* 

100.000 pêchers produisent 310.000 fr. 

14.000 abricotiers 56.000 

35.000 poiriers 77.500 

30.000 pommiers 90.000 

6.000 pruniers 8.000 

15.000 figuiers 40.000 

5.000 grenadiers 15.000 

9.000 cerisiers 5.000 

Total 601.500 fr. 

BécapltalAtloii. 

Total des légumes 9.986.000 fr. 

des fruits 601.500 

Ensemble " 9.887.500 

Je dis : 9.887.500 fr. 

148.500 fr. à déduire, ayant été employés en engrais 
on à {entretien de deux porcs on de la 
volaille du jardinier. 

9.739.000 fr. 

Produit net, deux millions sept cent trente-neuf 
mille francs. 

Les arbres ou arbustes d'orangerie sont principa- 
lement cultivés dans les jardins des amateurs. 

Une partie est livrée à la pleine terre, l'autre est 
placée dans des pots. Leur nombre, dans les envi- 
rons de Perpignan, est de 2.500 à 2.800. 

On remarque plusieurs variétés de citronniers et 



204 

d'orangers, des poncires, des cédras, des bigarades, 
des chinois, etc. 

Quelques jardins potagers possèdent des orangers 
en pleine terre ; mais le nombre ne dépasse pas sept à 
huit cents. — On trouve dans ces divers jardins un 
certain nombre de néfliers du Japon et de pista- 
chiers. Nos terrains et notre climat sont très favo- 
rables à leur culture; ils sont d'un bon produit : on 
devrait les multiplier. 

Dépenses du jardinier ayant à ferme un jardin de 3 hectares (S aymisales). 

Fermage 1.000 fr. 

Salaire de 4 ouvriers à 600 francs 2.400 

Salaire de 2 femmes à 365 francs 730 ' 

Salaire du garçon et nourriture 530 

Valeur de deux chevaux (600 francs) durée 8 ans. . . 105 

Nourriture des 2 chevaux 450 

Ferrure et vétérinaire 24 \ 

Frais des harnais 30 > 84 

Intérêt des 2 chevaux 30 ) 

Charrues et entretien ' . . . 26 

Charrette, valeur 300 francs, durée 6 ans et entretien. 70 

L'âne 100 francs, durée 8 ans et entretien 113 

Fumier animal et paille 740 

Intérêt de la charrette, charrues, âne, harnais, che- 
vaux (550 francs) 28 

Entretien des outils 30 

Dépense, du jardinier et de sa famille 1.200 

Abonnement pour l'enlèvement des boues et immondi- 
ces de la ville 60 

Location des 3 mètres qu'occupe au marché la jardi- 
nière, à 9 francs 50 centimes par trimestre 38 

Total des dépenses 7604 fr. 

9 

Généralement les frais ne s'élèvent pas à cette 



205 

somme; mais ils sont indispensables à une bonne 
culture. 

Le jardinier n'emploie que trois ouvriers, et moins 
de fumier animal. 

Le total des fruits et légumes, 2.739.000 fr., divisé 
par 914 hectares, donne, par hectare, 3.000 francs 
environ. 

Le produit des trois hectares est donc de 9.000 fr. 
En déduisant les frais du jardinier, 7.604 fr., il reste 
de bénéfice, 1.396 fr., soit 465 fr. par hectare, ou 
279 fr. par ayminate. 

Détails sur l'Exportation. 
Il sort, année commune : 

Par la Porte Notre-Dame. 



3.400 charges d'homme ou femme de 50 kilo- 
grammes 170.000 kil. 

2.930 charges d'âne de 60 kilog. 175.300 
4.300 charrettes de 750 kilog. . . 332.500 

( Les charges d homme et de femme sont destinées aux 
chariots et tartanes qui stationnent au faubourg). 



3. 670.200 kil. 



Par la Porte Saint-Martin. 

2.960 charges d'âne de 60 kilog. 149.000 kil. 
1.825 charrettes de 750 kilog. . 1.230.000 

Par la Porte Cane t. 

1 .390 charges d'âne de 60 kilog. . 69.500 kil. 
720 charrettes de 750 kilog. . . 450.000 



}•• 



379.000 kil. 



| 519. 



500 ki). 



Total des trois portes 5.568.700kiï. 



206 

5.568.700 kilogrammes dont la -valeur, prix moyen de 25 centimes 

par kilogramme, est de 1.393.175 fr. 

Les diligences transportent : 

Année commune. . . . 850.000 kilog. 

Le roulage accéléré. . . 250.000 

Ensemble. . . . 1.100.000 kilog. 

Dont la valeur est au moins de 600.000 fr. 

( Comme ce sont des artichauts-primeurs , asperges, 
petits-pois, pèches, abricots, etc., qui donnent ce chif- 
fre, le pris du kilogramme est plus élevé). 

On compte encore par an : 

3.650 charrettes qui vont prendre leur chargement 

dans les jardins sans passer à l'octroi ; elles 

transportent 2.737.500 kilogrammes, dont le 

prix, à 25 centimes, élève la valeur à 684.375 

Les fruits et légumes consommés par la population 

de Perpignan peuvent être estimés à 380.000 

Ceux vendus dans les jardins par petites sommes 

doivent être portés pour les 914 hectares à. . . 75.000 



Total - 3.131.550 fr. 

Total de la sortie. . . 3.131 .550 fr. — — — — 

La différence de . . . 392.550 fr. (plus de 12 pour cent. ) 

avec le produit de . . 2.739.000 fr. des jardins, représente le bé- 
néfice des revendeuses et celui des jardiniers sur le marché. 

Les prix de nos fruits et légumes sont inférieurs à 
ceux des départements du Midi : ces évaluations 
augmenteront à mesure que la voie ferrée se rap- 
prochera de nous. 

L'exportation des primeurs en légumes et fruits se- 
rait plus considérable ; mais les transports par les dili- 
gences sont insuffisants. Elle pourrait être doublée. 

L'exportation ne tardera pas à s'emparer des pro- 
duits qui sortent par nos diverses portes, à charges 



207 

d'homme et d'âne, destinés jusqu'à ce jour à des 
localités des environs où se créent des jardins. 

Notes dei produits horticoles de la commue d'IIle. 

La commune d'IIle compte â l'arrosage 836 hectares. 
On y trouve plusieurs pépinières d'arbres fruitiers, et 
surtout de belles variétés de pêchers. Elle fournit au 
département une partie de ses plants de légumes. Son 
débouché s'étend dans l'Aude et l'Àriége. — Divers 
pépiniéristes s'y livrent à cette industrie. 

Voici l'état approximatif de ses produits, d'après 
les notes qui nous ont été fournies : 

900.000 plants de chou de Milan hâtif, dit femelle; 
prix du mille, 2 fr. 50 c. 

600.000 plants chou-blanc, à 2 fr. 50 c. 

300.000 plants chou-brocoli-blanc hâtif et jaune, 
de 3 â 4 fr. le mille. 

3.000.000 plants d'oignon, de 75 c. à 1 fr. le mille. 

180.000 plants de tomate, à 5 fr. le mille. 

180.000 plants d'aubergine, à 20 fr. le mille. 

150.000 plants de poivron, à 3 fr. le mille. 

120.000 plants de laitue, de 1 fr. 50 c. à 1 fr. 75 c. 
le mille. 

90.000 plants de céleri, de 2fr. à 2fr. 50 c. le mille. 

30.000 plants de betterave, de 3 à 4 fr. le mille. La 
betterave est destinée à l'alimentation de l'homme. 

Les plants de chou-primeur se vendent 5 fr. le mil. 

La vente de tous ces produits doit être évaluée 
a 13 ou 14.000 francs. 

On compte dans cette commune : 

240 hectares en haricots récoltés en grain, valeur 
de 100 à 120.000 francs; 



208 

60 hectares en pommes de terre, de 30 à 36.000 fr.; 

25.000 pêchers environ, produisent 75.000 fr.; 

5.000 abricotiers blancs, donnent 30.000 fr.; 

Le revenu des tomates est de 6.000 fr'.; 
< Celui des artichauts, de 6 h 8.000 fr.; 

Celui des melons, de 2 h 300 fr.; 

La vente annuelle des fruits d'oranger et de la fleur 
(ce sont des oranges, citrons, poncires et bigarades), 
est de 1.500 à 1.600fr.; 

Celle des arbres d orangerie, de 2.000 à 2.500 fr.; 

Celle des plantes d'agrément, — : principalement 
d œillets, — 2.500 k 3.000 fr. 

Nous voulions nous borner à ce qui se rattache à 
Thoriiculture; mais nous mentionnerons encore: 

La production du maïs, qui est de 100.000 francs 
environ ; 

La culture fourragère, qui est étendue; 

Le nombre des oliviers considérable. 



CALENDRIER HORTICOLE. 

LÉGUMES. 

. JANVIER. 

Artichaut. Blanc précoce. Cette espèce produit abon- 
danhnent dans ce mois : c'est l'un des meilleurs 
produits de nos jardins. Bien rarement les gelées 
viennent l'atteindre; et lorsqu'elles arrivent, on de- 
vrait couvrir les pieds de litières, ce qui est négligé. 
Autrefois on plantait en septembre ou octobre 
les'œilletonsqui sont adhérents au pied; on divise 
maintenant la plante en trois ou quatre éclats que 
Ton repique dans les qiois de juin et de juillet. 



209 

Carotte jaune longue. Préférable aux autres. — Rouge 
longue. — Courte hâtive de Hollande. 

Cardon d'Espagne , a côtes très pleines. On le sème 
en mars et avril et en août ou septembre. 

Céleri. Le plein violet de Tours et le blanc (ce der- 
nier doit être préféré). 

Cnr corée. La frisée de if eaux et celle à feuille ronde, 
sont les deux meilleures. On sème quelquefois en 
mars et principalement en avril , à partir de cette 
époque pendant neuf mois. 

Cnov pommé blanc. — Pommé de Milan ou Pommé frisé. 
— Vert-pommé (excellente qualité) On les sème en 
février, mars et mai. — Chou de Milan nain hâtif, 
dit chou-femelle. Semer tous les mois. — Chou-fleur. 
Semer en mars et avril. 

M 

Épinard. Semer depuis août jusqu'en décembre. 

Laitue. Diverses espèces. Celle de Naples et sur- 
tout celle de Russie, introduites depuis deux à trois 
ans, méritent d'être propagées. — Les semer en 
mars, avril et août. 

Navet petit demi-long. Semer en aoûtetseptembre. 

Oseille à larges feuilles . Semer en mars. 

Persil. Nous en avons en plein vent toute Tannée. 
On le sème en mai. 

Poireau gros court. Semer en février et mars. 

Radis rond hâtif — Rose. Ces deux excellentes espèces 
ne sont pas assez cultivées. On sème tous les mois. 

Salsifis blanc. — Noir ou Scorcenère. Cette dernière 
espèce est préférable et mérite d'être plus cultivée. 
Semer en février. 

février. 
Le potager produit, comme dans le mois précédent, 

des artichauts, des cardons, des carottes, des chico- 

14 



210 

rées, des choux-fleurs et autres, des laitues, divers 
navets et radis. 

Le pois-nain, qu'on sème en novembre et décem- 
bre (espèce très productive) commence à paraître 
dans la dernière quinzaine du mois. 

MARS. 

U artichaut blanc précoce, continue de produire. 
Les pieds qui avaient souffert des gelées en janvier, 
reprennent leurs produits pendant ce mois. 

Artichaut maurisque, connu sous ce nom dans le pays. 
Il se recommande par sa beauté et sa bonté. Néan- 
moins on ne doit pas le préférera Y artichaut blanc, 
qui est plus précoce, et qui produit presque toute 
Tannée. 

Asperge. Sa culture facile offre de grands avantages. 
Elle n'est pas assez étendue, et pourrait être d'un 
grand rapport, surtout si on y introduisait la Vio- 
lette de Hollande et l'asperge d'Allemagne. Nous 
ne saurions trop recommander ces variétés. 

Cardon d'Espagne. — Carotte de diverses espèces. 
— Céleri.— Chou-fleur. — Chou-brocoli (en abon- 
dance). — Chou-nain hâtif. — Chou-nain en pain de 
sucre. Semer en avril. 

Épinard. — Fève. Semer en novembre et décembre. 

LiAiTUE-pommee. — Romaine, Diverses espèces. 

Oignon blanc. — Ail tendre. — Poireau. — Radis. — 
Salsifis blanc et Salsifis noir. 

Pois-nain (abonde). 

avril. 

Artichaut blanc précoce ( produit abondamment). 
Asperge. — Carotte. — Chou. Toutes les espèces du 
mois précédent. 



211 

Épinard. — Oignon blanc. — Oseille. — Poireau.— 
Pois-nain. — Yois-Michaud. — Radis (espèces diver- 
ses). — Salsifis blanc et noir. — Haricot vert* 

Fève (grosse ordinaire). 

LkiTUE-pommée. — Romaine. 

mai. 

Artichaut blanc. 

Artichaut maurisque (porte en abondance)* 

Artichaut Je Mai ( commence son produit). Cette 
dernière espèce est très productive ; mais comme 
tardive, elle n'est pas avantageuse. ' 

Ail tendre. — Asperge (en abondance). 

Carotte nouvelle (les diverses espèces). 

Cnov-nain hâtif. — Chou vert. 

Courge. Ronde. — Naine. — Longue. On en a jusqu'en 
septembre* 

Fève grosse ordinaire. — LAiTUE-pommee et romaine, — 
Navet petit-demi-long, — Oignon blanc,— Oseille, 
— Pois-natn et Michaud(en abondance). 

Pomme de terre précoce naine. On plante toutes les 
variétés depuis janvier jusqu'en juin. La précoce 

1 naine, excellente qualité , est d'un grand produit. 

Radis. Les diverses variétés. 

juin. 

Aubergine. — Laitue (toutes les variétés). 
BETTERAVE-name. — Jaune. — Rouge. Fin fév. et mars. 
Carotte. — Chicorée frisée. — Chou-tuwVi hâtif — 

Chou vert. — Blanc-pommé. 
CoNCOMBRE-naih hâtif {({Vl on sème en février et mars). 
Courge ronde-naine. — Longue. — Grande. — Noire. — 

Blanche . — Verte . 
Fève (en abondance). 



212 

Haricot vert. — Blanc-quarantaine. — Jaune-nain. Tou- 
tes les espèces de haricots sont semées depuis le 
commencement de mars jusqu'en juillet. 

Oignon blanc. — Oseille . — Poireau jeune. 

Vois nain. — Pois-Michaud. 

Pomme de terre jaune-naine . — Jaune-commune. — Blan- 
che. 

Radis (les diverses variétés). 

Tomate. Se sème en janvier, février et mars. 

juillet. 
Aubergine violette. — Noire (très précoce). — Jaune 

(c'est une bonne variété; elle est aussi très précoce 

et devrait être plus répandue). 
BETTERAVE-naiine jaune. — Naine rouge. 
Carotte. — Chicorée frisée, dite escarolle. — Chou 

blanc-pomme. — Courge. — CoNCOMBRE-wam hâtif. 

— Blanc-long» 
Haricot jaune-nain . -^-Blanc-Jt Espagne . — Nankin . 
LiAiTUE-pommee verte. 

Navet recueilli dans les terrains sablonneux. 
Oignon blanc. — Rouge-pommé. 
Piment long-ordinaire.— Pomme de terre (abonde). 
Radis. — Tomate. 

AOUT. 

Aubergine violette. — Noire. — Jaune. 

Betterave. Les diverses variétés. 

Carotte. — Chicorée. — Concombre. — Courge (les 
diverses variétés). — Chou blanc-pommé. 

Haricot. Les diverses variétés. On les récolte jus- 
qu'à la fin d'octobre. 

LAITUE-/M>mm& . — Verte. 

Melon. Les diverses variétés cultivées dans le pays 



213 

sont : le Cantaloup , CavaiUon, Muscaieil, Faïence, 
Malte, Ananas. On les sème en mars, avril et mai. 
On néglige trop les primeurs , lorsque , à peu de 
frais, à bonne exposition , nous pourrions en avoir 
k la fin de juin. Quelques jardiniers s'y préparent. 

Navet. — OiGNON-powmrf blanc. — Bouge. 

Piments divers. — Poireau. — Pomme de terre (en 
abondance). C'est l'époque où Ton fait la provision 
de la pomme de terre précoce, pour la semer 
en décembre. 

Radis. — Tomate. 

septembre. 

Artichaut blanc. Paraît à la première quinzaine. 

Aubergine. Les diverses variétés. 

Betterave. Les diverses variétés. 

Carotte et Chicorée ( les diverses variétés). — Chou 
blanc-pommé. — Concombre (les diverses variétés). — 
Courge (qu'on sème en mai). 

Céleri blanc, commence à paraître. Le Céleri hâtif 
devrait être très cultivé; il est bien apprécié; le 
cœur est bien fourni; les côtes pleines, et il blan- 
chit promptement. 

LAiTUE-pomWe. — Verte. 

Navet. — Oignon. — Oseille à larges feuilles. 

Petit-Pois vert. — Piment. — Poireau. — Pomme 
de terre. — Potiron. 

Radis. — Tomate. 

octobre. 

Artichaut blanc. — Aubergine. — Betterave. — 
Cardon d'Espagne. — Carotte. — Céleri. — Chi- 
corée. — Chou blanc. — Pommé. — Vert-pommé. — 
Cornichon. — Courge. — Épinard.— Laitue.— 



214 

Melons : Blanc de Valence et Ananas. — Navet.— 
Oseille. — Piment à confire. — Pomme de terre 
( c'est l'époque de sa récolte). — Potiron. — 
Radis. — Salsifis. — Tomate. 

novembre. 

Artichaut blanc. — Betterave. — Cardon d'Espagne. 
— Carotte. — Céleri . — Chicorée. — Chou blanc. — 
Nain»hâtif. — Vert-pommé. — Corn ichon . — Courge . 
— Épinard. — Laitue. — Melon blanc de Valence. 
— Navet de diverses variétés. — Oseille. — Pois- 
Michaud. — Potiron. — Radis. — Salsifis. 

décembre. 

Artichaut blanc. — Betterave. — Cardon d'Espagne. 
— Carotte. — Céleri blanc, plein. — CERFEUiL(toute 
l'année). — CmcORÉEfrisée et à larges feuille s. — Chou- 
nain hâtif; blanc-pommé; vert-pommé et non pommé.— 
Chou-fleur (tendre). — Ciboule (toute l'année). — 
Cresson alenois et roquette pendant tout l'hiver. On 
recueille le cresson près des eaux vives, où il vient 
naturellement. — Epinard. — Echalotte. — Lai- 
tue. — Navet d'hiver. — Oseille. — Poireau à 
carte blanche. — Persil (toute l'année). — Radis.— 
Salsifis. 

Parmi les légumineuses dont nous devrions étendre 
la culture, sont : le chou-hâtif en pain de sucre , très 
tendre et excellent. Semer en août et septembre , et 
récolter en février et mars. — Chou-conique de Pomé- 
ranie, dont la pomme est très pleine et dure jusqu'au 
sommet ; elle est très bonne. En semant en mars, on 
pourrait le cueillir en août et septembre. — Chou- 
cabus d'Alsace ou Chowquintal(\à pomme en est énor- 



215 

me). En semant en juillet, on l'aurait bon à cueillir 
en décembre. — Laitue romaine Alphange. Cette va- 
riété est des plus grosses et des meilleures. 

Généralement, la moitié de nos jardins potagers 
est plantée en artichauts. Tout y vient en plein vent. 
Les cloches n'ont pas été jusqu'à présent employées. 
À 111e 9 on se sert de bâches pour faire les semis des 
légumes les plus hâtifs. A mesure que l'exportation 
s'étendra, on en créera un plus grand nombre, à 
Perpignan , où les bâches a semis sont bien limitées. 
De notables améliorations sont préparées par quel- 
ques-uns de nos bons jardiniers. 

ÉPOQUES DBS SEMIS. 

AU. Semer depuis février jusqu'en septembre. 

Asperge. On sème en janvier ou février; on repique 
à partir d'octobre jusqu'en février. 

Aubergine. Semer en janvier, repiquer en mars, 
transplanter fin avril ou mai. 

Betterave. Semer en février et mars. 

Cardon. Semer en mars et avril, et en août ou sep- 
tembre. 

Carotte, Chicorée, Êpinard, Laitue, Oseille, Radis, 
Salsifis et Scorcenère. On peut semer tous les mois. 

Céleri. Semer en février, mars et avril. 

Chicorée. On la sème pendant neuf mois, à partir de 
la première quinzaine de mars. 

Chou de Milan noir, hâtif, dit femelle, qui est apprécié 
comme la meilleure variété dans nos contrées. On 
sème principalement en juin, puis en août et sep- 
tembre; on le recueille en novembre, décembre 
et janvier. On pourrait semer tous les mois. 

Chou pain-de-sucre, dit nain. On sème toute l'année* 



216 

f 

Chou blanc, grosse espèce. Semer depuis mars jus- 
qu'en janvier. 

Chou-Brocoli blanc, hâtif et jaune. Semer en juillet. 

Chou-fleur. Semer en mars et avril. Il y en a trois es- 
pèces. 

Concombre. — Courge. — Potiron. Semer en mars et 
avril. 

Fève. Semer en septembre, octobre et novembre. 

Haricot tendre. Semer fin février et mars. 

Haricot en grain. Depuis le commencement de mars 
jusqu'en juillet. 

Melon. Semer en février, mars, avril et mai. C'est 
ce qui se pratique jusqu'à présent : nos jardiniers 
n'ayant pas encore fait usage des cloches, ne peu- 
vent semer plutôt. 

Navet. On le sème généralement en juillet , dans nos 
plaines; h la montagne, en août et septembre. Les 
terrains sablonneux lui sont favorables. 

Oignon. Semer depuis mars jusqu'en septembre. 

Persil. Semer en février et mars. 

Petit-pois. On sème depuis le 1 er septembre jusqu'en 
mai; l'on devrait semer encore en juin et juillet, 
aux terrains propices. 

Piment. Semer en janvier, février et mars. 

Poireau. Semer en mars. 

Pomme de terre jaune-naine. Est la plus précoce; vient 
ensuite la Jaune-grosse, puis la Blanche-commune. On 
sème depuis décembre jusqu'à la fin de mai. — Les 

. pommes de terre qu'on arrache en mai sont ré- 
servées en partie pour les semis. 

Tomate. Semer en janvier, février et mars. 



217 
CALENDRIER FRUITIER. 

JANVIER. 

Le fruitier fournit des 

Poires : Saint- Germain, — Besi Chaumontel, — Passe' 
Colmar, — Virgouleuse, — Royale d 'hiver, — Beurré 
éCAremberg, — Marise, — Bergamotte d^Esparen, — 
Belle Angevine,— Doyenné Goubault,—-Pater-Noster, 
— Sabine d 'hiver,— Saint-Jean-Baptiste,— Vauquelin, 
— Bon-Chrétien d'Auch, — Colmar des Invalides. 

Pommes : BeineUe d'Angleterre, — Grise franche dorée, 
— du Canada rouge et blanche, — FenouiUet rouge 
et jaune, — Camoisc longue de Catalogne , — Gelée 
ou Glace, la blanche et la rose. 

Raisins : Blanquette, — Grenache, — Pique-Poul, — St- 
Antoine, et plusieurs autres. 

février. 
Le fruitier fournit les mêmes raisins que dans le 

mois précédent. 

Poires : Arménie, — Panachée, — Perte, — Impériale à 
feuilles de chêne, — Râteau des Pyrénées, — Doyenné 
d'hiver, — Bergamoltes : de Pâques, de la Pentecôte, 
dEsparen et de Parthenay, — Saint Jean-Baptiste, — 
Vauquelin, — Bon-Chrétien d 'Auch, — Belle Angevine, 
— Colmar des Invalides. 

Pommes : Gros et petit Api, — Belle de Saumur, — Calville 
blanche, — Postophe d'hiver, — Belle du Havre, — 
Reinettes : d'Angleterre, du Canada, d'Espagne, dû 
Vigan, de Pâques, RoiCge, — Grosse de Douay, — 
Royale d'hiver, — - de Berdaguer. 

mars. 
Le fruitier fournit une partie des raisins du mois 
précédent. 



218 

Poires : Arménie, verte et panachée, — Râteau des Py- 
rénées, — Bergamotes : de la Pentecôte, d'Esparen, de 
Partenay, — Colmar des Invalides, — Vauquelin, — 
Beurrés : B retonneau, Bezi de Chaumontel, Caning. 

Pommes : Reinettes du Canada, £ Angleterre, Rouge, 
et autres. 

AVRIL. 

Cerises. Les cerises dites de Saint-Georges paraissent. 

Cette espèce, précieuse par sa précocité, est culti- 
vée sur plusieurs points de l'arrondissement de Céret. 

On y trouve trois variétés. La meilleure est a chair 
ferme. Si elles étaient cultivées dans des endroits abri- 
tés et à bonne exposition au soleil, on pourrait devan- 
, cer l'époque de la maturité. Ce serait d'un bon rapport. 

Vers la dernière quinzaine du mois, la pleine terre 
fournit des Fraises communes des Alpes et des Quatre- 
Saisons. — Si la culture de ces dernières était mieux 
entendue, elles fourniraient des fruits toute Tannée. 
Poires. Le fruitier se dégarnit. On y trouve encore 

des Bergamottes de la Pentecôte, de Pâques, etc., — 

Râteau des Pyrénées, — Colmar des Invalides, — 

Vauquelin. 
Pommes : La petite Reinette, — Calville blanche,— le gros 

et le petit Api. 

MAI. 

Le fruitier sera bientôt dégarni. On y trouve en- 
core les pommes, le gros et le petit Api. 

La pleine terre fournit les fraises des Quatre-Sai- 
sons. Les communes sont en plein rapport. 

Les Fraises Wilmot, — Keen, — Comte de Paris , — 
Prémices de Bagnolet,-— Comtesse de Marne, etc., etc., 
donnent aussi leurs fruits. 

Les Cerises iSamt-Georg&f continuent leurs produits» 



219 
JUIN. 

Plusieurs cerisiers, et toutes les espèces de fraisiers 
et de groseillers sont en plein rapport. 

Abricots précoces. 

Poires : Petit-Muscat,— Saint-Jean doré, — Gros Saint- 
Jean vert. 

JUILLET. 

Avant-Pêche rouge. 

Abricot-Pêche de Nancy. 

Cerises ; Guines et Bigarreaux. 

Figues : Noire longue, — Œil de Perdrix,— Blancal. 

— D'autres espèces bifères donnent leur premier 

fruit. 
Pêches : Magdeleine, — Grosse Rouge, — de Montreuil, 

— Grosse Jaune, — Pavie-Magdeleine. 
Poires: Bergamotte éCétè, dite Tendrai, — Muscateille, 

— V Épargne , — Cuisse-Dame , — Muscat-Robert , — 

Cramoisine, — Angélique (fêté, — Bellissime d'été. 
Prunes : Royale de Tours, rouge, très bonne et très 

grosse, qui doit être propagée. 
Raisin de la Magdeleine. 

AOUT. 

Figues : Négrette, — Blancal, — Ancouri, — de Porc. 

Pêches: Diverses varié tés. Les préférées sont: le Gros 
Pavie , — Magdeleine , —Pavie Pompone , — Pavie ve~ 
loutée, — Téton de Vénus, — Jaune de Catalogne, 
d'Espagne,— Merlicoton, — Pavie de Montauban. 

Poires : Beurré d'été, — Orange tulipe , — Rousselet le 
gros, — Épine d'été, — Angélique de Rome,— Bon- 
Chrétien d'été, — Rousselet de Rheims. 

Pommes : La Blanche d'Août, — Rambourg d'été. 



220 

Prunes : Englebert, très bonne et très grosse, bleuâtre, 

— Reine Claude dorée et la verte. 
Raisins: Muscat blanc , — delaMagdeleine f — Blanquette, 

et plusieurs autres espèces. 

SEPTEMBRE. 

FrGUES : Négrettey — Bourdissot noir et blanc, — Bardai 
de Valence, — Collde Senyora blanc et noir, — -Nacre, 
— Figues de Collioure, peau très fine et blanche.— 
Coll de Matchou, — Marseille , — OEil de Perdrix, 
— Blanc al, — Troumpe-Cassayre. 

Pêches : Une infinité d'espèces abondent sur nos 
marchés, parmi lesquelles nous remarquons : le 
Gros Pavie tardif, — le Pavie Téton de Vénus, — le 
Gros Jaune, — la Pêche Grosse Jaune. 

Poires : Beurré gris, — Belle de Bruxelles, — Doyenné 
blanc, — Sucré vert, — Duchesse iïAngouUme, — 
Doyenné musqué, — Louise bonne d'Avr anche, — Col* 
mar d'Aremberg , — Frédéric de Wurtemberg , — 
Doyenné Défais , — Grosse verte longue précoce , — 
Jalousie de Fontenay (Vendée), — Poire Seigneur, 
—Saint-Michel- Archange , — Beurrés : Piqueri, Au* 
rore, Amanlis, et de Nemrod. 

Pommes : Camoise, — Fenouillet rouge et gris. 

Prunes; Diverses variétés. Nous citerons parmi celles 
qui doivent être propagées, et qui se distinguent 
par leur bonté et leur grosseur : Coë ou Goutte 
d'or, — Coëtche violette, de la grosseur d'un œuf de 
poule, exposée par M. Eychenne, aîné, — l'Impé- 
ratrice ou Diadème violette; elle parait dans la der- 
nière quinzaine. 

Raisins de table : Alicante, — Blanquette de Iimoux, — 
le Capricieux, —Chasselas doré, hâtif, gourmet tar- 



221 

dif, — Lamoric&re, — la Grosse Perle, — Magdeleine 
blanc ,— Cornichon blanc et violet, — Muscat blanc, 
rouge, romain, katouva, tokai, — Malagarose,— 
Malvoisie doré,—Madbre blanc,— Saint Antoine, — 
Macabeu blanc. Quelques-unes de ces variétés ne 
sont pas assez cultivées. 

OCTOBRE. 

Figues: Nigrette, — Lacan, — Bagassal, — Bacon, — 
Blancal, —Bardai, — Coll de Matchou, — Marseille, 
—OEil de Perdrix* — Bourdissot blanc et noir,—' 
Coll de Senyora, — Troumpe-Cassayre, — Bourraous. 

Grenades. 

Pêche : Parie tardive. 

Poires : Bellissime d? automne, — Beurrés : Adam, Saint" 
Nicolas, Hardy, Chômeuse, Napoléon, Gris, Charles 
if Autriche, — Doyennés : panaché, blanc, bronzé, mus» 
que, — Bergamotte cadette, — Duc de Bordeaux , — 
Beurrés : duchesse d'ArtgouMme, Baronne de Mello, 
Navez, — Colmar musqué d'automne, — les Deux 
Sœurs,— Dillon, — Poire-Pomme, — Saint-Michel Ar* 
change, — Wellington . 

Pommes : Fenouillet rouge, jaune et gris, — Merveille, — 
Belle de Tours. 

Prune : Sainte- Catherine. 

Raisins. Toutes les variétés du mois précédent. 

novembre. 

Les poiriers se dégarnissent ; mais le fruitier n'en 
devient que plus riche. On y trouve les 

Figues: Coll de Senyora blanc et noir. Sang de Lièvre. 

Grenades. 

Pêche : Pavie tardive. 



222 

Poires: Beurrés d' A rentier g , d'Ardenpont 9 Ajroi, Bezi- 
- Lamote, Diel, Duval, Napoléon, F Urbaniste, des Trois 
Tours, Bonne de Matines, Louise Bonne, Passe Col- 
mar, le Triomphe de Jodoigne, d'Anjou, Duc de Bor- 
deaux, de Cleirgeau, — Arménie verte et panachée,*— 
Doyenné gris, — Bergamotte cadette,— Poire Pomme, 
— Van mon Léon Leclerc. 
Pommes : Fenouillet rouge et jaune, — Merveille, — Ca- 
moise,— Gelée ou Glace, — Reinette. 

DÉCEMBRE. 

Les arbres sont entièrement dépouillés. Le frui- 
tier renferme : 

Grenades. 

Poires : Colinar des Invalides, — Royale dChiver, — St- 
Germain, — Virgouhuse, — Beurrés : Incomparable, 
Saint-Nicolas, Marquise, Colmar, Angélique de Bor- 
deaux, de Flandres, Trésor-d * Amour, Belle- Angevine, 
d'Anjou, Morise, Cleirgeau, — Bon- Chrétien cFAuch, 
—Doyenné Goubault, — Bergamottes : de Pâques, de la 
Pentecôte, — S. Jean-Baptiste, — Esparen, — Arménie 
verte et panachée, — Fondante de Malines, — Pater 
Noster, — Sabine dhiver. 

Pommes : Fenouillet rouge, — Merveille, — Api le gros et 
le petit, — Calville rouge, — Camoise, — Reinettes: Blan- 
che, Dorée, d'Angleterre, d'Espagne, Grosse, Rouge, 
— Roi des Pépins, — Glace ou Gelée* 



223 



MÉMOIRE SUR LES INONDATIONS 

OCCASIONNÉES PAR LES GRUES DE LA TET ET DE LA BASSE 

AUX ENVIRONS DE PERPIGNAN , 

Par M. lt Baron CtvnjLVi»* de Maixt-IIamal» 

'" membre résidant. 



SITUATION DE PERPIGNAN. 

La ville de Perpignan, située au confluent des deux 
rivières de la Tet et de la Basse, a depuis long-temps 
ses environs, dans la partie la plus belle, la plus pro- 
ductive, ravagés par des crues rapides, des inondations 
sur de vastes surfaces. Le lit de la première se comble 
journellement. Les grands travaux opérés, surtout 
depuis la conquête du Roussillon, ont été sans succès 
pour la maintenir et l'empêcher de se déverser vers 
le nord , suivant la pente générale du sol. Tous les 
obstacles opposés à cette action destructive ont été 
renversés. On sent toute l'importance de préserver 
d'une complète dévastation le fertile territoire com- 
pris entre Perpignan, Casiell-Rossellô, Canet, Sainte- 
Marie , Bonpas et Saint-Esiève. Avant d'exposer ce 
qu'on a fait, et de rechercher ce qu'il conviendrait 
de faire, ainsi que pour discuter l'emploi des moyens 
de remédier au mal , il faut examiner les effets suc- 
cessifs des crues, en remontant aussi haut que le 
permettront les archives de la Direction du Génie 
militaire, des Ponts-et-C haussées et des communes. 



224 



COURS DE LA TET. 



La rivière de la Tet prend sa source à près de quatre 
lieues au-dessus de Mont-Louis. Elle coule avec rapi- 
dité dans une étroite vallée jusqu'à Villefranche. La 
pente diminue dans la plaine. Elle se conserve toute- 
fois assez fer te, puisque de Perpignan à la met on a 
encore 24 m 62 de hauteur, pour une longueur de 
14.169 m 23. Le développement du cours total de ce 
torrent peut être évalué à vingt -cinq lieues ou 
111.000 mètres. Or la place de Mont-Louis est éle- 
vée de 800 toises ou 1.560 mètres au-dessus du ni- 
veau de la mer» Il s'ensuit que, moyennement, la 
pente est de m 014 par mètre. 

Presque à sec tout Télé, à cause des nombreux 
canaux de dérivation pour l'arrosage des terres, son 
lit se remplit au bout de quelques heures d'une 
forte pluie. Il est rare qu'une année se passe sans 
débordement, par l'effet des orages ou lorsque la 
fonte des neiges a lieu; et, surtout, à la suite de ces 
chutes d'eau abondantes et de longue durée, incon- 
nues dans le Nord de la France, mais dont le Midi 
et les pays chauds éprouvent souvent le désastre. 
La Tet, grossie des innombrables torrents qui se 
précipitent du Canigou, des flancs dénudés au nord 
des montagnes de la frontière et des versants méri- 
dionaux peu cultivés de celles qui nous séparent du 
département de l'Aude, s'élève en quelques heures 
de plusieurs mètres, surtout lorsque les vents de mer 
en refoulent les eaux; elle surmonte ses rives et se 
jette dans les terres, qu'elle ravage, et dont il devient 
de jour en jour plus difficile de la repousser, pour 
lui faire reprendre son cours ordinaire. 



225 



COURS DE LA BASSE. 



La Basse est alimentée par de fortes sources qui 
naissent aux environs de Thuir. Son cours n'a pas 
deux lieues de développement. Comme elle reçoit 
les eaux d'uùe surface considérable de terrain, ses 
crues, occasionnées par des pluies locales, des aver- 
ses, sont promptes, mais de peu de durée. Lorsque, 
dans ces circonstances, le niveau de la Tet se trouve 
aussi très élevé, elle forme digue, et la Basse reflue 
vers le pont, inonde les Tanneries, où elle cause des 
dommages considérables, pénètre dans l'intérieur 
de la ville par les égouts, et se déverse dans la Tet 
par le faubourg et les glacis. 

PONTS. 

On ne connaît pas l'époque de la construction pri- 
mitive du pont en pierre sur la Tet. On sait qu'en 
1 196, le roi Alphonse II d'Aragon en fit don aux Hos- 
pitaliers, ainsi que des terrains voisins, k charge d'en- 
tretien. Détruit par une crue en 1264, on le rétablit 
de suite. En 1 421 , les trois arches du côté du faubourg 
furent emportées. On les reconstruisit Tannée sui- 
vante. Les quatre autres eurent le même sort en 
décembre 1553. Les premières furent encore empor- 
tées: deux en 1737, une en 1740, et reconstruites en 
4742, telles qu'on les voit aujourd'hui. On donna 8 
mètres au lieu de 5 m 30 entre les garde-fous. La fon- 
dation, assise profondément, fut exécutée en mortier 
de pouzzolane, et protégée par un massif de gros 
cailloux, avec pilotage, grillage et pal planches sur 
deux files. Dans letat actuel, le pont a 136 mètres 
de longueur; mais les piles très massives et les re- 

15 



226 

tombées des voûtes laissent à peine libres 72 mètres. 
Les bancs de gravier interceptent encore une grande 
partie des arches, et rendent tout-à-fait insuffisant le 
vide pour le passage des eaux. M. de Vauban, lors 
de son premier voyage, en 1679, ordonna rétablis- 
sement du pont des Eaux-Vives, qui, sur 200 mètres 
de longueur, a plus de la moitié occupée par les piles 
et des portions de digue à double revêtement exté- 
rieur. Cet illustre ingénieur crut avoir ainsi paré aux 
inondations, et ménagé aux crues tout le débouché 
nécessaire. Ses calculs eussent, en effet, été justes, 
si par la suite l'encombrement du lit ordinaire n'a- 
vait singulièrement réduit le passage au grand pont, 
dit de la Pierre, et jeté au-delà la plus forte masse des 
eaux. Il est bon de faire connaître qu'il y a maintenant 
deux arches sous le massif entre les ponts. 

La Basse a deux ponts dans l'intérieur de la ville, 
et un immédiatement au -dehors. Le pont Notre* 
Dame, sur la principale entrée au nord, formé d'une 
seule arche, n'offre au passage des eaux qu'une sur- 
face de 80 mètres carrés. Le pont de la Sal, par le- 
quel on communique à la Ville-Neuve, a quatre ar- 
ches, dont le vide peut fournir de 96 à 100 mètres 
carrés. Le beau pont à deux arches , nouvellement 
construit sur la route d'Espagne, qui contourne les 
glacis, laisse libre une largeur de 25 mètres sur 4 m 46 
d'élévation au-dessus du sol de la rivière. Le passage 
est d'à peu près 90 mètres carrés. 

HISTORIQUE DES INONDATIONS. 

Nous ne saurions remonter au-delà de 1 679 pour 
des indications précises et authentiques sur les inon- 
dations les plus considérables causées par la Tet. J'ai 



227 

fait mention des effets désastreux de crues anté- 
rieures sur le pont de la Pierre. J'en citerai encore 
trois, très remarquables: le 13 octobre 1566, le 18 
novembre 1628, le 16 octobre 1632. Il n'est pas sans 
intérêt de faire connaître, que sous le comte Miron, 
vers la fin du ix° siècle, une crue extraordinaire 
emporta le monastère de Saint-André d'Exalada, 
construit sur un point très élevé au-dessus du lit du 
fleuve. 

1679. — Le cours de la Tet était fort désordonné, 
son lit immense. Les eaux se portaient tantôt d'un 
côté, tantôt d'un autre. Les travaux, pour les empê- 
cher de s'étendre, consistaient en épis de piquets, 
clayonnages et cailloux, ainsi qu'en déblaiement des 
arches; mais les crues fournissant plus que les vides du 
pont n'en pouvaient recevoir, la rivière débordait par 
la gauche, et couvrait aisément de vastes étendues. 

La Basse, dont le lit longeait les glacis, depuis le 
Gastillet, y causait de grands dommages. 

1687. — Lors de l'exécution du pont des Eaux- Vi- 
ves, la rivière, qui avait éprouvé plusieurs crues 
depuis peu, se divisait en deux bras, à peu près vis- 
à-vis le saillant du bastion du Jardin Botanique(n* 75). 
L'un coulait le long du chemin de Prades et de l'en- 
clos du faubourg, protégé par l'argamas ou mur épais 
de deux mètres, solidement construit en ciment, et 
* dont on voit encore des vestiges ; l'autre, se dirigeait 
par la gauche, à 75 mètres de l'extrémité du grand 
pont. 

1700. — Forte crue, qui enleva tout le terrain jus- 
qu'à l'enclos des Capucins, occupant l'espace actuel, 
depuis la crête des chemins couverts jusqu'à la route 
de Prades. Les Ingénieurs proposèrent un mur cons- 



228 

iruit et fondé comme celui du faubourg : par éco- 
nomie, l'Intendant se contenta de forts piquets et 
clayonnages, qui ne tardèrent pas à être emportés. 

1703. — Il tomba à la fin de décembre des torrents 
de pluie , qui causèrent les plus grands dommages. 
Presque tous les ponts furent rompus, les chemins, 
les moindres ruisseaux devinrent des rivières; les 
communications restèrent interrompues pendant 12 
jours; le pilotage de 1700, pour détourner la Tet du 
chemin de Prades, disparut; le pont de la Sal, alors en 
construction, eut beaucoup h souffrir de cette crue. 

1710. — Débordement dont nos archives ne fixent 
point 1 époque. Roule de Prades toujours attaquée, 
malgré les soins des Ingénieurs pour la préserver. Il 
n'existait plus qu'un passage de trois pieds entre la 
rivière et la clôture des Capucins. Nouvelle forma- 
tion de tunages et clayonnages. 

1714. — Le 24 novembre, débordement considé- 
rable de la Basse. Le petit bàtardeau du fossé droit 
du bastion du Castillei, détruit. Le canal des égouts, 
entre la place et la contre -garde (n° 18) de la porte 
Notre-Dame, encombré; la voûte et les embrasures 
du flanc droit de cet ouvrage, emportées. On rétablit 
tout Tannée suivante, ainsi que l'arcade de la croix, 
ou la dernière du grand pont, qui menaçait ruine. 
La Tet s'étant aussi élevée très haut, on pava le pont 
des Eaux-Vives, dont les voûtes étaient seulement 
couvertes de terres, et dont on avait à tort formé le 
remplissage, des portions en chaussée. 

1716. — Le 20 novembre , une crue emporta une 
partie du mur de chaussée, au couchant du pont 
des Eaux-Vives, entre les deux passages. Les Ingé- 
nieurs voulaient substituer deux arches au plein de 



229 

la chaussée centrale. On ne le fil point. La Tet, divi- 
sée en deux branches, passait sous la dernière arche 
de chaque pont; on les ramena à celles du côté du 
faubourg. 

1719. — Au mois de novembre, terrible inondation 
qui ouvre encore la chaussée centrale du pont des 
Eaux -Vives, et endommage fort celle du côté du 
Languedoc. Tous les tunages et fàscinages, disposés 
en 1716 pour couvrir et, protéger le massif central , 
furent rasés; les terres entre les revêtements s'écrou- 
lèrent. Le Directeur du Génie Joblot insista, sans 
succès, pour qu'on remplit en maçonnerie, jusqu'au 
niveau des plus hautes eaux, le reste en terre jus- 
qu'au pavé, avec tunages, pilots et pal planches, pour 
prévenir les aflbuillements. 

Ce débordement causa l'abandon de l'entreprise sur 
Roses, que devait opérer le maréchal de Berwick. 11 
dut même recourir à des moyens extraordinaires pour 
ramener son armée en France. 

1721 . — La digue Orry fut exécutée afin de mettre 
un terme aux irruptions de la Tet, qui venait encore 
de déborder l'année précédente. Elle avait alors 500 
mètres vis-à-vis l'angle du marché aux bestiaux ac- 
tuel , et passait à 2.000 mètres de la métairie Ânglade, 
tendant h se jeter constamment vers Bonpas. On dut 
donner k cette digue 1.500 mètres, dont 1.100 dans 
k partie au-dessus du pont. 

1726. — Deux inondations eurent lieu dans le cou- 
rant de cette année. La première, du 8 juin, fit une 
trouée complète de 60 mètres dans la partie de la 
digue récemment exécutée, attenant à l'amont du 
pont. ; elle enleva la moitié de l'épaisseur de la par* 
lie à l'aval, sur 210 mètres de longueur, et attaqua. 



230 

fortement l'angle supérieur, au point de rattache- 
ment du terrain. 

La seconde, du 26 novembre , rasa 400 mètres de 
digue, dont 1 00 au-dessus, 300 au-dessous de l'angle 
qu'elle formait, et accrut jusqu'à 140 mètres la brè- 
che auprès du pont. La Tet se partagea en trois bran- 
ches, qui passèrent aux deux premières arches du 
grand pont et aux passages des Eaux-Vives. Tout le 
chemin, depuis ce point jusqu'au jardin Peyrottes 
( maintenant Saint-Hilaire ) fut abîmé et rendu im- 
praticable. On s'empressa de garnir en pal planches 
140 mètres du pied de la digue, à l'angle ou coude 
de la tête, contre lequel se portaient toutes les crues. 

1 732. — Du 1 4 au 1 7 novembre, pluies continuelles, 
d'où résulte une forte inondation. Digue écornée sur 
60 mètres de longueur et 2 mètres d'épaisseur : il 
parait qu'elle était plantée de mûriers. La rivière 
perça k 300 mètres au-dessus de l'extrémité supé- 
rieure de la digue, et jeta un bras qui aboutit aux 
dernières arches du pont des Eaux-Vives; l'autre 
passait contre le faubourg, et tirant droit sur la tour 
de Castell-Rosselld, communiquait au ruisseau de 
Canet, vis-à-vis le saillant de la demi-lune (n° 12), 
au-delà de l'Escourridou. 

1737. — Au commencement de novembre de cette 
année, la Tet s'éleva rapidement à une hauteur énor. 
me ; elle ouvrit une large brèche à la digue, et enleva 
une arche du pont des Eaux-Vives. Des trois du vieux 
pont, construites en 1 421 , la première et la troisième, 
du côté du faubourg, furent aussi emportées dans la 
nuit du 10 au 11 , tandis que, par une remarquable 
singularité, la deuxième resta sur pied. On les rem- 
plaça toutes d'abord en charpente, avec recouvrement 



2Ï1 

de gravier, et on répara la digue. Les culées du pont 
de la Sal furent très maltraitées; un barrage servant 
h. fournir de l'eau de la Basse à l'Hôpital militaire 
fut détruit. 

1740. — La deuxième arebe du grand pont, qui 
avait résisté en 1737, croula le 27 janvier, par l'ac- 
tion d'une forte crue, due à des pluies abondantes et 
à la fonte des neiges : elle dura trois jours, du 25 au 28. 
La Ville-Neuve eut trois pieds d'eau ; 60 aiètres de la 
digue Orry furent entamés, sur 4 mètres d'épaisseur. 
Tous les dommages des dernières crues ne furent ré- 
parés qu'en 1 742; la reconstruction des trois arches du 
pont ne se termina qu'en 1 748. 

Nota. De 1742 à 1745, les Ingénieurs des Ponts et 
Chaussées remplacèrent les Ingénieurs militaires pour 
les travaux civils dans le Roussîllon. Depuis cette épo- 
que, les archives de la Direction du Génie sont muet- 
tes sur les crues de la Tet et les travaux relatifs. 1\ 
a fallu puiser des renseignements dans les cartons 
des administrations civiles, et malheureusement leur 
tenue et la conservation des documents k consulter 
y sont bien inférieures. 

1763. — Du 16 au 17 octobre, crue considérable. 
Nouvelle crue, du 28 an 29, la plus forte qu'on eue 
encore vue : elle fut de 4 mètres, un mètre plus haut 
qu'en 1 732 ; là première arche du coté du faubourg 
était entièrement pleine; il restait aux autres deux à 
trois pieds de vide. Le radier des quatre anciennes 
étant couvert de 4 pieds de sable , on calcula qu'il 
passait par les vides 3.848 pieds carrés d'eau , sur 
4.835, dimension de la tranche que fournissait la 
rivière. 

La digue Orry fut rongée sur 180 mètres de long; 



232 

et 5 d'épaisseur, à peu de distance du pont. La parue 
au-dessous, encore informe, souffrit bien plus. La 
rive droite éprouva- aussi de très considérables dégra- 
dations, en face de l'ouvrage saillant de la Ville-Neijve 
(n° 73). Presque tous les épis, construits à grands frais, 
disparurent. Après l'écoulement des fortes eaux , la 
rivière qui avait forme un coude de 500 mètres, 
tombait perpendiculairement sur la route, vis-à-vis 
le moulin de la Porte ; elle se portait de la sur le pan- 
coupé de la digue, puis au saillant 73, puis à 200 
mètres du pont, contre la digue; passant ensuite k la 
quatrième arche, elle frappait à la poinle du faubourg, 
au Mas-Donat, en face, et venait fixer son cours le 
long de la rive méridionale. 

1766. — Les deux rivières, mais surtout la Basse, 
éprouvèrent une forte crue à la fin de novembre. 
Nous avons peu de détails sur la Tet, qui avait déjà 
grossi le 5 octobre : on sait seulement qu'elle s'éleva 
de fa* 50 au-dessus du radier des trois premières ar- 
ches du côté du faubourg; il y eut une brèche de 
460 mètres au-dessus du Champ-de-Mars. 

La Basse renversa le mur de soutènement du quai 
des glacis, entre cette rivière et la porte S l -Marlin; 
elle jeta dans le fossé partie de la contre-escarpe du 
bastion du Jardin Botanique. .Le resserrement du lit 
par la digue du moulin des Quàtre-Cazals fut cause 
de ces désastres, ainsi que du recreusement du fond 
de la rivière. 

1772. — Le 7 décembre, crue extraordinaire, sur 
laquelle nous avons conservé assez dp détails pour 
les effets de la Basse. Elle s'éleva de 4 m 40, et sur- 
monta de deux mètres les égouls les plus hauts. Les 
cotes de l'inondation étaient de 5 ro 35 au-dessus du bas 



233 

radier du grand pont; de 3 mètres au-dessus du seuil 
du pavillon, dans le bastion du Jardin des Plantes 
(n° 72); de 1™ 40 sur le tablier du pont- le vis de la 
Sal; de 1 m 35 sur le seuil du bureau des Fermes, 
dans la place d armes Noire-Dame, et de 2 pouces ou 
m 054, au-dessus de la clef de ce pont. Elle pénéira 
dans la ville, dont les rues basses furent couvertes 
d'eau, à laquelle se réunit celle de l'intérieur, qui 
ne put s'écouler; car l'évacuation de la pluie tom- 
bant sur près de la moitié de la ville, devait s'opérer 
par le canal de la gorge de la contre-garde, carrant 
12 pieds ou 4 m 27. 

La crue, barrée par le massif du pont Notre-Dame, 
monta rapidement, franchit les bâtard eaux de la Ville- 
Neuve, et se dirigeant vers le passage de la place d'ar- 
mes, enleva la barrière, déracina les bornes, renversa 
le mur de gorge. La sortie du conduit de l'Escour- 
ridou, étant d'une plus faible dimension que les baies 
de l'entrée et des égouls, il en résulta une élévation 
contre le flanc, qui fit refluer les eaux dans Tinté- 
rieur, et obligea les Ingénieurs à faire usage du canon 
placé sur le pont-levis, pour détruire le masque des 
embrasures. On s'empressa , lorsque l'inondation eut 
cessé, d'accroître l'ouverture du canal, de manière 
que le carré du passage eût 42 pieds, celui de? baies 
d'entrée n'en ayant que 33. 

La Tet s'éleva de 5 m 50 au-dessus du radier du 
pont. Elle arrêta et refoula les eaux de la Basse. 
Cette cote, qui répond h près de 47 pieds, est de 
m 054 supérieure à la clef du pont Notre-Dame, et 
c'est la plus grande hauteur à laquelle les inonda- 
tions se soient encore élevées. 

1777. — Deux inondations en juin el octobre; une 



234 

troisième le 15 novembre, qui dégrada la digue, vis- 
à-vis le Séminaire du faubourg, et jeta la rivière 
contre l'enclos des Capucins, après avoir emporté le 
chemin de Prades. Les bancs de sable, au-dessus et 
au-dessous, étaient de 2 m 50 plus élevés que le radier 
du pont. Les eaux passaient alors aux deux premières 
arches du côté du faubourg. Il y eut une portion de 
route détruite auprès du jardin Saint-Hilaire. Plu- 
sieurs arches du pont des Eaux-Vives ayant été em- 
portées, on établit pour les communications des tra- 
vées en bois qui, bientôt dégradées elles-mêmes, 
rendirent indispensable la formation d'une chaussée 
inférieure submersible, avec deux ponceaux pour 
l'assèchement. La Basse grossit aussi et monta au- 
dessus du seuil de l'octroi à la cote de 1772. La 
brèche du quai près des Quatre-Cazals s'agrandit. 

1 779. — Deux fortes crues, en octobre et novembre, 
reportèrent le lit de la Tet de droite à gauche. 

1783. — Il y eut de moindres crues, mais fréquen- 
tes, qui comblèrent le lit de la Tet, surtout sous les 
quatre vieilles arches du grand pont. 

1784. — Grue de la Basse, dont on ne cite pas l'é- 
poque. Elle dut être assez considérable, puisque le 
quai, qu'on venait de reconstruire, fut enlevé. Un 
hanc de gravier solide obstruait la rivière ; il fallut 
la déblayer, et redresser son cours, du bastion Saint- 
François (n° 26) au pont Notre-Dame, pour obtenir 
le libre écoulement des eaux. 

1787. — Débordement, le 15 janvier, qui ravage 
les jardins Saint-Jacques et toute la partie inférieure 
au pont jusqu'à la tour de Caslell-Rosselld. 

1791. — Autre débordement, qui jette la Tet vers 
la Ville-Neuve. 



235 

1793. — Autre inondation, qui agit dans le même 
sens, mais bien plus dangereuse. Elle enleva la route 
de Prades et partie des glacis de la Ville-Neuve. La 
Basse grossit aussi, et détruisit le barrage portant 
l'eau à l'Hôpital militaire. 

1795. — Le rétablissement de cette chaussée était 
fort avancé , quand une crue considérable, occasion- 
née par des pluies abondantes, qui durèrent trois 
jours, les 9, 10 et 1 1 décembre, rasèrent l'ouvrage. 
À cette époque, une faible levée, parallèle à la digue 
Orry, avait été formée de la première maison du fau- 
bourg au moulin de la Pou (aujourd'hui Caget) sur la 
route de Prades: elle fut détruite. Un bras de la Tet 
touchait au saillant de la Ville-Neuve. 

1801. —À la fin de 1801, cette rivière, par suite 
d'inondations récentes, se partageait en deux bras, à 
la hauteur du bastion Botanique. Le premier se je- 
tait contre la digue Orry , dont il avait rasé 200 mètres 
à l'angle-coude d'amont; il la côtoyait ensuite jusqu'à 
300 mètres du pont ; et de là à 250 mètres au-dessous, 
il coulait sur le tiers de son épaisseur moyenne, qu'il 
avait corrodée, et passait à la dernière arche du coté 
du Champ-de-Mars. Le second, formait un coude, 
dont le bord extérieur occupait au midi le terrain 
de la route de Prades. Après avoir écorné le saillant 
73, il filait le long de la muraille dite argamas pour 
s'écouler par les trois premières arches du pont. 

1806. — Les Ingénieurs des Ponts et Chaussées 
avaient fait de grandes dépenses à la digue, ajouté 
de nombreux épis, quand arriva la crue du 30 avril, 
qui détruisit tout. La rivière, frappant contre la digue 
en amont, se jeta vers la droite, endommagea forte- 
ment la digue méridionale de'la Basse; après avoir 



236 

passé aux deux premières arches du pont, elle fît 
irruption sur les glacis de la porte Notre-Dame à 
Saint-Jacques; traversa la Promenade, et ravagea les 
jardins et les propriétés particulières , jusqu'auprès 
de Castell-Rossello. 

Vives réclamations du Syndicat, au nom des tenan- 
ciers, qui désiraient qu'on rendît plus solide la pointe 
ou môle, formé à la réunion des deux rivières. 

1814. — Très forte inondation du 1 er au 2 novem- 
bre. La Promenade, plantée depuis peu en platanes, 
fut envahie par les eaux qui dégradèrent les glacis. 
La digue de la Basse en terre, revêtue de cailloux 
avec chaînes de pierre de taille, céda à l'effort de la 
crue des deux rivières. Rompue vis-à-vis le saillant 
de la demi-lune du front Saint-Jean (n°15), elle 
donna passage à un courant rapide qui se dirigea vers 
la Pépinière, que la ville entretenait alors au bout 
de la Promenade, arracha des arbres, couvrit les 
allées de bancs de sable, 1 ravina le terrain et vint se 
jeter dans le canal maçonné de l'Escourridou , par 
lequel les eaux s'écoulèrent vers la Tet. La digue Orry 
fut rompue et rasée au-dessus du pan-coupé d'amont 
sur 200 mètres de longueur. Les habitants du fau- 
bourg, craignant d'être submergés, furent, dit-on, dans 
la nuit entamer cette digue et faciliter ainsi l'action 
de la rivière, qui probablement ne l'aurait pas ren- 
versée. Le torrent se précipita par cette brèche, cou- 
vrit de gravier une étendue considérable et emporta 
la route de Narbonne, près du jardin Saint-Hilaire. 
Les communications interrompues pendant quelques 
jours sur ce point pour le roulage, eurent lieu au 
moyen de bateaux ; les eaux des deux rivières se re- 
joignirent au bas des glacis Notre-Dame. 



237 

1820. — Inondation au mois d'octobre. La digue 
fat faiblement endommagée; le Champ-de-Mars en 
reçut les débris. 

1 828. — Le 28 octobre, orage terrible qui occasionne 
une forte crue. Les digues souffrirent beaucoup; la 
campagne fut ravagée. La Basse s'éleva rapidement, 
et à une telle hauteur pendant la nuit, qu'au point 
du jour la grille du flanc de la contre-garde, embar- 
rassée de racines et branchages, ne put être levée. 
On parvint, non sans peine, à la dégager afin de di- 
minuer la hauteur des eau* qui avaient pénétré dans 
la ville par les égouts. 

1832. — Au commencement de novembre, toutes 
les rivières du Roussillon débordèrent. La Basse s'é- 
leva peu, les pluies ayant eu principalement lieu 
dans la montagne; mais la Tet devint très considé- 
rable. La digue Orry fut détruite jusqu'à l'extrémité 
du Champ-de-Mars, sur lequel passa le grand cou- 
rant des eaux, après avoir emporté le chemin de 
Saint-Ëstève et ravagé presque toute la propriété 
Fabre-Galay. Le lit changea des dernières arches aux 
premières vers le faubourg, contre lequel un bras 
s'établit, après avoir détruit le massif énorme des 
éperons et atterrissements formés au nord de la 
chaussée de Prades; celle de Narbonne fut coupée 
auprès du jardin Saint-Hilaire. Le débordement en* 
vahit les jardins Saint-Jacques par l'ouverture que 
les eaux pratiquèrent au travers de la propriété 
Âmanrich (jadis Saint-Laurent), dégarnie impru- 
demment de plantations au franc-bord. Le chemin 
au-dessous du pont des Eaux-Vives disparut. 

1833. — Dans la nuit du 9 octobre les pluies de 
déluge, qui tombaient par torrents depuis 24 heures 



238 

sur la plus grande partie du département, firent dé- 
border les trois principales rivières qui ruinèrent les 
propriétés et causèrent des dommages incalculables. 

La digue Orry fut rasée jusqu'à 200 mètres de la 
têie du pont. La chaussée des Eaux-Vives entre les 
deux passages de trois arches eut sa muraille ouest 
détruite. Une profonde excavation se forma auprès 
du jardin Saint-Hilaire. L'inondation, recouvrit jus- 
qu'au tiers de la distance au Vernet. La Tet, par- 
tagée en deux bras à l'extrémité de la Pépinière dé- 
partementale, se porta sur les deux premières arches 
du grand pont et le passage nord de celui des Eaux- 
Vives. Le principal cours des eaux traversa le Champ- 
de-Mars et se dirigea sur Bon pas. Le champ Capot, 
immédiatement au-dessus de la Pépinière, disparut; 
les jardins Saint-Jacques, déjà fort maltraités en 
1832, furent de nouveau ravagés, couverts de sable 
et de cailloux, ainsi que le terrain de la rive droite 
jusqu'à Castell-Rosselld. 

La fiasse s'éleva précisément à la même hauteur 
qu'en 1772 : 2 m 90 dans le bastion du Jardin des 
Plantes (n° 72), 1 m 37 sur le tablier du pont-levis 
de la Sal, 1 m 30 sur le seuil de l'octroi de la place 
d'armes Notre* Dame; elle surmonta le bâtardeau, 
renversa son petit mur parapet du côté de la rivière, 
une partie de celui de la gorge de cette place d'ar- 
mes; et, se précipitant vers la sortie , le torrent brisa 
la barrière, renversa la guérite, le mur de profil 
gauche, déracina d'énormes bornes qui furent en- 
traînées, et forma une profonde excavation. Les eaux 
coulèrent rapidement pendant trente-six heures en* 
tre le faubourg et le pied du glacis. Le faubourg, 
ainsi que la Ville-Neuve submergés souffrirent beau» 



239 • 

coup. Plusieurs murs de clôture furent renversés. La 
langue de terre k l'embouchure des deux rivières 
emportée ; il se forma un courant au travers de la 
Promenade, qui déboucha à 30 mètres du pont de 
TEscourridou où se fit un entonnoir considérable. La 
vanne du Castillet qu'on n'avait pu lever, ainsi que 
la grille du flanc droit de la contre-garde , dut céder 
au poids de l'eau; elle se rompit, et toutes les ordu- 
res et branchages ayant bouché la grille, les eaux 
s'ouvrirent un débouché jusqu'à 2 m 50 de profondeur 
en sous-œuvre. Le flanc resta en l'air, arc-bouté par 
ses deux extrémités. Les fondations du vieux mur 
d'enceinte étant dépassées, les terres de l'intérieur 
coulèrent, et il se forma sur le rempart un énorme 
entonnoir qui compromit beaucoup les maisons voi- 
sines. La place ouverte à cette époque pour la cons- 
truction d'une courtine entre les bastions Saint-Fran- 
çois, Saint-Martin, donna accès à la Basse qui péné- 
tra dans toute la partie inférieure des quartiers 
Saint-Martin et Notre-Dame. 

Il convient d'indiquer ici la limite des plus fortes 
inondations dans l'intérieur de la ville : les rues 
Notre-Dame, Mailly, Saint-Martin, des Augustins, 
de l'Ange, sont les principales qu'atteignent les eaux 
en tout ou en partie. 

De 1833 à 1842 il n'y a pas eu de crue remar- 
quable. 

1842. — Le 24 août un orage terrible suivit le lit- 
toral de la Méditerranée, de Toulon à Barcelone, et 
causa de grands désastres. A Perpignan, la fête de 
saint Barthélemi, patron de la Ville-Neuve, fut 
troublée par une crue de la Basse si subite , qu'on 
eut à peine le temps de monter du rez-de-chaussée 



240 

aux étages. Vingt-six chevaux périrent au râtelier. 
En un clin-d'œil , le faubourg , la partie basse de la 
ville, de la porte Notre-Dame à celle de Saint-Martin, 
furent couverts d'eau. Le torrent frappait d'aplomb 
et avec impétuosité sur tous les ouvrages de la place, 
entre l'entrée et la sortie de la Basse. Le déverse- 
ment des eaux s'opérait vers la Tet par le marché 
aux bestiaux dont la clôture fut renversée. La roule 
de Mont-Louis éprouva de fortes dégradations. Au 
pont Notre-Dame, la hauteur de la crue dépassait 
4 mètres. Le garde-fou du passage à la Ville-Neuve, 
le mur droit de soutènement de la sortie de la place 
d'armes subirent l'effet ordinaire des crues de cette 
force. On dut les reconstruire. Toutefois, l'inon- 
da lion ayant eu peu de durée, et l'écoulement s'étant 
opéré rapidement, les dommages ne furent pas très 
considérables. 

Une circonstance singulière mérite d'être rappor- 
tée : après la baisse des eaux , la fermentation fit 
prendre feu aux fourrages mouillés de deux greniers 
de la Ville-Neuve, dont les bâtisses, dans ce court 
espace de temps, furent victimes de deux fléaux 
d'une nature bien opposée. 

Nous a^ons décrit avec détail les effets de ces der- 
nières crues. Il serait à désirer que nos devanciers 
eussent consacré quelques moments à l'utile, l'im- 
portant historique de chaque événement semblable. 

De 1842 à 1853. — Là Salanque, de Perpignan à 
la nier, a depuis cette crue de 1 842 éprouvé trois 
inondations de bien moindre action, quoique ayant 
occasionné d'assez grands dommages, surtout aux ri- 
ves de la Tet, en décembre 1845, juillet 1852 et 
mai 1853. 



241 

Telle est l'analyse succincte des mémoires et des 
documents que j'ai pu consulter et de ce dont j'ai 
moi-même été témoin , concernant les effets et les 
époques des plus grandes inondations causées par les 
deux rivières qui passent à Perpignan. Je n'ai pas 
craint de citer la reproduction ht peu près constante 
des mêmes faits , la considérant au contraire comme 
le vrai moyen de fixer les idées sur la direction des 
crues, et de nous faire porter des conclusions fon- 
dées sur leur action. 

Afin de ne pas donner trop d'extension à ce mé- 
moire, et nous bornant à répondre au titre, nous 
n'avons point parlé des résultats désastreux des inon- 
dations les plus fortes qui ont eu lieu dans le Rous- 
sillon k diverses époques : il nous eût fallu d'ailleurs 
des renseignements que nous aurions sans doute été 
dans l'impossibilité de nous procurer. Je ne puis, ce- 
pendant, passer sous silence, pour bien faire apprécier 
ce que c'est qu'une pluie d'orage dans le Roussillon, 
l'effet de la crue du Tech à Prats-de-Molld le 16 oc- 
tobre 1763. Après douze heures seulement de chute 
d'eau , le torrent presqu'a sa source s'éleva de 30 à 
35 pieds. H fit dans la vallée d'épouvantables rava- 
ges, qu'une commission évalua à plus d'un million et 
demi. Il périt beaucoup de monde. On remarqua sur 
les flancs du Canigou d'énormes jets d'eau s'élançant 
de terre. Il fut constaté par les ingénieurs que la ra- 
pidité du cours sous le pont de Prats-de-MoIlo, était 
de 50 a 60 toises par seconde. 



EFFETS DES INONDATIONS. 



L'examen attentif des circonstances qui ont causé 
les inondations et de leurs effets autour de la place 

16 



242 

de Perpignan , aux époques les plus reculées , sur 
lesquelles nous possédons des documents, démontre : 

1 ° Que généralement les pluies d'automne , tom- 
bant avec abondance pendant deux à trois jours , oc- 
casionnent les débordements. ,Ou trouve en effet que 
sur trente-cinq inondations, dont la date est parfai- 
tement connue, douze appartiennent au mots de 
novembre, dix au mois d'octobre , cinq à décembre; 
en tout vingt-sept et les plus terribles : celles de 
1703, 1737, 1763, 1772, au xvm« siècle; 1814, 
1833 et 1842 au xix* siècle; 

2° Que le maximum des crues a été jusqu'ici de 
5 m 50(16 pieds 11 pouces) au-dessus du bas radier 
du grand pont, c'est-à dire celui des trois premières 
arches du côté du faubourg, coie qui répond à m 054 
( 2 pouces ) au-dessus de Tare du pont Notre-Dame ; 

3° Que la Tet a une forte tendance vers le nord, 
la pente naturelle du terrain existant du pont à la 
plaine de la Salanqu e , et les eaux s'y portant constam- 
ment lorsqu'un obstacle artificiel ne s'y oppose pas; 

4° Que les ouvertures du pont de la Pierre , fus- 
sent-elles dégagées des sables, ne suffiraient point au 
passage des grandes eaux, à plus forte raison, dans 
l'état actuel, les radiers en étant recouverts d'un 
mètre et demi; 

5° Que le pont des Eaux-Vives est d'une construc- 
tion défectueuse, ayant trop de surface pleine , et 
n'offrant pas k l'action des eaux la résistance conve- 
nable ; 

6° Que les déversements de la rivière fournissaient, 
lorsque la digue était rompue à son extrémité amont, 
deux branches à gauche du cours ordinaire : l'une 
sous le pont des Eaux-Vives, l'autre h 150 mètres 



243 

au-delà sur la route de Narbonne, dont elle submer- 
geait une grande partie; 

7° Que les bancs de sable du milieu de la rivière, 
supérieurs au niveau de presque tous les terrains 
extérieurs vers le nord, se rapprochent annuelle* 
ment de l'ancien relief de la digue; 

8° Que le courant principal de la Tel est très va* 
riable, se portant à droite , à gauche, jamais au cen- 
tre du grand pont. Dans ses débordements, elle je 
jette vers l'un des débouchés du pont des Eaux- Vite* 
contre la route de Prades et la Pépinière ou contre 
la propriété Fabre et le Champ*de-JMars 7 suivant que 
des causes variables elles-mêmes décident la direc- 
tion nouvelle. 

Quant à la Basse, les effets de ses erues sont tou- 
jours les mêmes. Le pont Notre-Dame offre 760 pieds 
carrés ou 80 mètres de débouché, auquel on peut 
joindre les 2° 50 du conduit sous le Castillet. Lors- 
que la crue dépasse 4 mètres de hauteur, et par con. 
séquent donne plus de £0 mètres au passage entre 
les deux bâtarde aux d'entrée sons le bastion Saint- 
François, le pont d'aval ne saurait recevoir ce vo- 
lume accru d'ailleurs du produit des dix k douze 
égouts de la ville. Les eaux surmontent alors le 
garde-corps du bàtardeau d'aval, près de l'octroi, et 
s'écoulent avec violence par la barrière vers le fau- 
bourg; de sorte qu'on a la certitude , d'après les an* 
técédents, qu'arrivée à une certaine- hauteur qui 
parait être le niveau de 3 mètres au-dessus du Jardin 
des Plantes, et 1 m 30 sur le tablier de la porte de la 
Sal, la Basse trouve une voie par laquelle l'inonda- 
tion se déverse, ce qui sauve la population de la 
Ville-Neuve. 



244 



TRAVAUX ET PROJETS. 



Qu'a-t-on fait depuis des siècles, et particulière- 
ment depuis 1679, pour combattre l'action destruc- 
tive des deux rivières? 

LA TET. 

Traitons d'abord de la Tet , dont il est infiniment 
plus important de s'occuper. Les règlements les plus 
anciens, et on remonte à celui de 1338 des Rois de 
Mayorque, ont pour but le redressement en ligne 
droite du cours de cette rivière. Les hauteurs étant 
situées au midi, il est clair que les ouvrages d'art 
doivent former obstacle au nord ; et c'est ce qu'on 
ne saurait obtenir qu'à grands frais et avec des en- 
tretiens coûteux et non interrompus par la suite. 
Aussi, les dispositions de ces règlements ne furent 
point réalisées. L'état de la rivière, tel qu'on le re- 
présente en 1338, et tel qu'il était en 1642, lors de 
la prise de Perpignan et de ^'occupation française, se 
retrouve en 1716 et 1721, lors du projet de la digue 
Orry. Il n'existait aucun barrage, aucune levée de 
terre où ses débordements fussent arrêtés, aucun 
autre débouché pour les eaux que le pont dit de la 
Pierre, lorsque le maréchal de Vauban fit sa pre- 
mière inspection dans le Roussillon (1679). Aussi, ce 
pont fut souvent emporté, et on se bornait toujours 
à son rétablissement, sans songer aux moyens de di- 
minuer ou de dévier l'action des eaux, auxquelles 
on livrait un immense et fertile territoire sans pro- 
tection. 

Vauban sentit la nécessité de pratiquer un second 
débouché pour servir lors des crues. 11 comptait que 



345 

les eaux se répandraient tranquillement, sans raviner 
le sol, sans entraîner au loin les terres; il comptait 
aussi maintenir le vrai, l'ancien cours, ne ménageant 
à l'écoulement qu'un supplément accidentel. Il apprit 
plus tard à connaître cette rivière, si difficile h con- 
tenir. Le nouveau pont eut deux passages de trots 
arches chaqu'un, en tout 73 m mètres de vide. Les 
trois autres portions en chaussée furent trop faible- 
ment établies, entre deux murs de soutènement peu 
épais, mal construits, sans talus, rencaissement, plein 
de terre et de gravier, mode économique, mais peu so- 
lide, comme on ne tarda pas à l'éprouver. Commencé 
en 1688, il ne fut terminé qu'en 1698. La dépense 
ne s'éleva guère qu'à 35.000 livres (de notre mon- 
naie actuelle 97.000 francs). Le devis du marché 
porte un pilotage de 9 pieds, grillage au-dessus, paré 
de deux cours de pal planches. La plus forte partie 
de la dépense fut au compte de l'extraordinaire des 
guerres, ce qui dans ce cas, comme k des époques 
postérieures, n'a pas permis de faire des relevés bien 
exacts. 

1714.— -A la fin du xvn e sièole et au commencement 
du xvni c , on appliqua des sommes considérables, 
sans aucun succès, pour sauver le chemin de Prades» 
assailli de plus en plus par la rivière a chaque déborde* 
ment. On rétablit des arches de l'ancien pont , dont 
plusieurs, et surtout la première, dite de la Croix, 
menaçaient ruine. On dépensait beaucoup en entre- 
tien des chaussées, à combler les excavations au pied 
du pont des Eaux-Vives, à guérir après chaque crue 
le mal qu'elle avait fait aux terres, aux constructions, 
aux plantations, aux déblais du lit des rivières, etc* 
On pouvait prévoir que leur niveau s'élevant sans 



246 

cesse, et la masse des eaux que fournissaient le* 
montagpes dénudées progressivement d'arbres et de 
terres , augmentant sensiblement, on éprouverait de 
grands désastres. Les inondations de 171 4 et 1716 
décidèrent les ingénieurs à abandonner le système 
des palliatifs et l'emploi de demi-moyens. 

1 71 6; — Le Directeur des fortifications Joblot en* 
voya au Ministère un projet de redressement du lit 
de la Tet conforme au règlement de 1338. Il le di- 
rigea suivant des lignes droites partant du pied des 
hauteurs, à 900 mètres au-dessus de la tour du Soler, 
village situé à une lieue de Perpignan ; de ce point 
an tuf dit de M. d'Oms, sous la chapelle S te -Eu génie; 
côtoyant d'abord l'escarpement, changeant ensuite de 
direction vis-à-vis le Mas-Générés, ou de Don Angel, 
)i 1.853 toises du grand pont, et venant aboutir à la 
première arche; de là il menait une ligne au pied 
des hauteurs de Castell-Rosselld, conformément à un 
autre édit des Rois d'Aragon de 1378; et de ce point 
une direction unique, jusque vis-à-vis Canet, à 400 
toises du village, et se raccordant avec une portion 
coudée au débouché de la rivière dans la mer. Son 
cours, très sinueux, à cette époque, occupait un 
espace immense. La branche principale s'éloignait de 
400 toises du Soler ; puis touchant presqu'au canal 
de la Poudrière ou du Vernet, elle se rapprochait à 
150 toises de Baho, frappait la rive droite près des 
Capucins, à Perpignan, allait passer sous la dernière 
arche du grand pont, et se jetait du côté de Bonpas, 
causant d'incalculables dommages aux propriétés. On 
avait de la peine à la maintenir éloignée à 550 toises 
' de ce village, au moyen de travaux continus en 
clayonnages et terrassements. Cet Ingénieur voulait 



247 

porter à 80 toises le lit que les anciens règlements 
filaient k 60« 11 proposa de creuser une grande eu nette 
centrale, formant , avec ses déblais, une digue au 
nord, pour s'opposer & la tendance naturelle des 
eaux dans cette direction. 

On avait commencé en 1717 la reconstruction de 
la partie écroulée du pont des Eaux- Vives, qu'on 
voulait accroître de trois nouvelles arches, et on avait 
déjà dépensé de 8 k 9.000 fr., quand la crue de 1719 
vint tout détruire ibàtardeao, tunages, terrassements, 
tout fut rasé* Joblot était d'avis qu'on ne fit rencais- 
sement en terre qu'au-dessus de la portée des plus 
hautes inondations, remplissant le dessons en bonne 
maçonnerie. On ne s'y conforma pas dans la reprise 
des travaux en 1720, qui coûtèrent au Ministère à peu 
près 40.000 francs, y compris la réparation des ponts 
de la Pierre et de Notre-Dame. Le pont des Eaux- 
Vives fut alors pavé, et des files de palplanches gar- 
nirent le pied des maçonneries, pour prévenir les 
affbuillements. • 

1721. — Commencement d'exécution de la digue 
Orry, sous l'inspection de l'auteur du projet, le Di- 
recteur des fortifications Joblot. 11 était temps de 
resserrer le lit ordinaire, dans des limites qui ne 
pussent être franchies que par les crues. On se pro- 
posa de lui donner 950 mètres en ligne droite et 150 
d'évasement au-dessus du pont ; la portion au-dessous 
ne dut avoir que 400 mètres. On fit d'abord la digue 
supérieure i à laquelle on donna, comme on la déjà 
dit, 20 mètres d'épaisseur. La hauteur fut de 2** 66, 
avec un talus du double du côté des terres. Tunage 
presque droit, avec clayons et remplissage en cailloux 
vers la rivière. Deux canaux, l'un de 40 mèlres, l'autre 



248 

de 20, reçurent au centre les eaux ordinaires* On 
admit que les crues les élargiraient, et qu'on par- 
viendrait ainsi k former un cours central. Pour 
creuser les canaux de 1 .400 mètres de longueur, il 
fallut couper des bancs de sable , dont le relief va- 
riait de 1 m 30 ii 3 m 30 au-dessus du fond de lacunet- 

te, dont la pente fut réglée à '/»»<>- ^ n v °i*> 6ur P' u " 
sieurs dessins de cette année, la digue défendue par 
des épis, formant des angles aigus avec le cours de 
la rivière, pour obtenir des atterrissements. 

Les comptes du 30 avril 1723 portent à 104.000 fr. 
la dépense déjà faite; et d'après un rapport du 30 juin 
suivant, il aurait fallu ajouter encore pour 1 36.000 fr* 
d'ouvrages, en tout 240. 000 francs. On ajourna leur 
exécution, de sorte que la digue resta imparfaite, et 
Ton eut bientôt à se repentir de ne l'avoir pas ter- 
minée. L'Intendant Orry, de concert avec les Ingé- 
nieurs, pensait que les propriétaires des terres, dans 
un certain rayon, devaient contribuer aux dépenses. 

1726. — Les crues de cette année en détruisirent 
presque la moitié. On s'occupa de tout rétablir, et 
plus solidement qu'auparavant : on garnit de pilote 
et pal planches plus de 140 mètres, du pied de la 
digue à Tangle saillant de la tête, contre lequel avait 
agi violemment l'effort des eaux; le pont des Eaux- 
Vives et une grande étendue de chemin, fortement 
endommagés, exigèrent l'application d'une bonne 
partie de la dépense, qui dans les comptes du 5 jan- 
vier 1729 est portée à 186.000 francs, indépendam- 
ment de 3.000 francs pour menus travaux d'urgence 
en 1 727. Cette somme énorme ne fut pas entièrement 
consacrée aux reconstructions. Les détails du règle- 
ment difinilif de la dépense, attribuent 86.000 francs 



249 

aux déblais pour former des canaux au centre de la 
rivière. Ils furent employés du reste au massif de la 
digue. 

1732 — On trouve plus loin, en 1731 , 14.000 liv. 
de dépenses, et 4.000 liv. aux états du 20 janvier 1 732, 
ce qui n'empêcha pas que la digue ne reçût encore 
de fortes atteintes de l'inonda lion de celte année, 
qui en rongea une partie, et la perça même sur une 
étendue considérable. Les comptes du 20 octobre 1 733 
et 6 mars 1734, indiquent l'application d'une somme 
de 26.000 livres aux réparations des deux rives; car 
Tune des branches se portait sur le cours Jallais (route 
de P rades), et menaçait de le couper sur ce point, 
malgré un grand nombre d'épis, établis pour jeter 
les eaux vers le centre. 

1738. — On venait de terminer les travaux pro- 
tecteurs des digues et des bords de la rivière, aux- 
quels on avait dépensé 1 2.000 livres, quand la crue de 
novembre 1737, qui emporta deux arches du grand 
pont et une de celui des Eaux-Vives, ouvrit aussi 
une large brèche à la digue Orry. On jeta de suite 
des ponts en charpente, qui coûtèrent 26.000 livres. 
On répara le cours Jallais. Les comptes du 27 dé- 
cembre 1738 et 3 juillet 1739 portent à 44.000 liv. 
les frais du rétablissement de la digue, au moyen 
des sables du lit de la rivière, où l'on creusa une 
large cunette. 

La route récemment construite (depuis 1 735) entre 
la Tet et le hameau du Vernet, fut bouleversée. On 
y appliqua 1 8.000 liv. en travaux ; elle en avait coûté 
110.000 pour son établissement. 

En 1740 et 1741 on dut encore employer 78.000 1. 
pour un troisième pont provisoire en charpente, sur 



250 

la deuxième arche du grand pont, qui croula le 27 
janvier, et la fermeture de 190 mètres de digue , 
qu'on revêtit en saucissons et fascines, le pied dé- 
fendu par des pilotages et des coffrages en cailloux. 
On ouvrit des canaux portant sur le cours J allais, 
afin de détourner de la gauche le courant existant k 
cette époque. Les Ingénieurs des Ponts et Chaussées, 
installés depuis 1 747 dans le Roussillon, furent char- 
gés de la reconstruction des trois premières arches du 
grand pont. Nous indiquerons assez imparfaitement 
les travaux exécutés ou projetés par eux depuis cette 
époque, faute de documents, qui manquent même 
dans les archives de cette administration, et qui pré- 
sentent des lacunes considérables. 

1763. — On se hâta de réparer tous les dommages 
des inondations de cette année. Les comptes portent 
la dépense a 30000 liv., principalement employées 
h la digue et pour sauver la rive droite, très compro- 
mise au saillant de la demi-lune de la Ville-Neuve. 

1767. — Nouveaux frais s'élevant a 24.000 livres 
entièrement consacrées a la digue dans la partie voi- 
sine du pont et au coude supérieur. La partie infé- 
rieure n'avait jamais été finie et ne se maintenait que 
par les décombres qu'on y jetait. 

1772. — On dut exécuter à la fin de cette année, 
et pendant les deux suivantes, des travaux très con- 
sidérables pour rétablir les digues, épis, tu nages, 
dégradés. Il ne reste aucun document pour appré- 
cier leur valeur. Des états spéciaux indiquent seule- 
ment que les masses de déblais de la rivière servant 
à remblayer la digue s'opéraient par corvées, ce qui 
exigea, suivant le toisé, 1 .275 toises cubes à trans- 
porter moyennement à trois relais. Les divers corps 



251 

de métiers fournissaient leur quote-part proportion- 
nellement à leqr fortune et au nombre d'individus 
dont ils étaient composés. 

1778. — On est plus fixé sur les dépenses qui sui- 
virent Tannée 1777. Quoique les ravages de la rivière 
eussent été bien moindres qu'en 1772, un compie 
du 15 juin 1778 s'élève à 48000 livres, dont 4 à 5 
mille appliquées à la brècbe et à l'entonnoir formé 
sur la chaussée du Vernet près du jardin Saint* 
Hilaire. Il paraît que dans la crainte d'une nouvelle 
crue on fit une levée provisoire pendant le rétablis- 
sement de la digue Orry. 

Des crues si fréquentes, si dévastatrices, la certi- 
tude que l'élévation progressive du lit de la Tet don- 
nerait lieu par la suite a des effets plus désastreux 
encore, firent songer à s'occuper sérieusement des 
moyens de contenir les eaux. L'Ingénieur des ponts 
et chaussées Kolly de Montgazon remit le 19 juillet 
4777 un mémoire sur les ouvrages qu'il jugeait né- 
cessaires pour l'organisation des rives et du lit de la 
rivière , depuis le moulin de la Porte (actuellement 
Méric) jusqu'à l'embouchure de la Basse. Son sys- 
tème consistait à établir deux digues parallèles lais- 
sant entr'elles un passage de 75 à 80 toises , ayant la 
longueur de 1 .050 toises à l'amont avec des retours 
de 699 toises à gauche et seulement 54 toises sur la 
rive droite, afin de rattacher les têtes à des points 
solides élevés. La partie des digues, inférieure au 
pont ne devait s'étendre qu'à 160 toises du môle à 
l'embouchure de la Basse qui aurait aussi sa rive 
droite protégée par une digue. 

Quant à l'épaisseur et au mode d'organisation, 
toutes les digues ont, suivant le projet, une enve- 



252 

loppe, un recouvrement en perréde gros caillons 
coupé de 4 en 4 mètres par des chaînes de libages. 
Au bas, pour garantir le pied des aftbuiUemenut, un 
bon- enrochement avec un cours de pilots et pal- 
planches. 

L'état estimatif de ce projet s'éleva très haut, h 
475.000 francs monnaie actuelle. L'adjudication des 
travaux eut lieu le 7 novembre 1780; on commença 
à les mettre à exécution dans le courant des années 
suivantes; et, à la fin de 1785, on avait déjà dépensé 
290.000 francs pour fermer une brèche de 250 mè- 
tres formée au coude supérieur et pour rétablir sur 
300 mètres la digue inférieure au pont. On devait 
la pousser plus loin; mais les propriétaires de la rive 
méridionale firent de vives réclamations, et on ajourna 
le prolongement. 

Il faut remarquer qu'avant les premiei*s travaux, 
suivant ce système, on avait, dans les deux campa* 
gnes de 1 779 et 1 780 , dépensé en terrassements et 
fascinages , ainsi que pour combler les ravinements 
du Ch ara p-de -Mars, une somme de 26.000 francs la 
première année, et 8.000 la seconde. Cette dernière 
était spécialement le résultat des labours des graviers 
et des plantations de la digue et des franc-bords jus- 
qu'au moulin de la Pou (Caget). 

Des lettres patentes , en date du 14 août 1779, 
avaient attribué 250.000 livres sur un fonds général 
de 500 pour les" travaux des rivières. 

Une décision ministérielle du 15 juin 1783 avait 
fixé dans le Domaine , et à la charge des Ponts et 
Chaussées, les rives des deux rivières depuis le mou* 
lin de la Porte jusqu'à 420 toises (819 mètres) à 
l'aval du pont. 



253 

4786. — M. Gaillon , ingénieur des Ponts et Chaus- 
sées, refondit le travail de son prédécesseur, qu'il 
modifia et étendit à des constructions dont on ne 
s'élait pas occupé. 11 réduisit à 2.000 mètres la lon- 
gueur des digues à former sur les rives. Celle d'Orry 
devait être reculée de manière qu'en reconstruisant 
les quatre vieilles arches du grand pont, on leur 
donnât 74 mètres au lieu de 49, qu'elles ont main* 
tenant. Il proposa le remplacement do pont des Eaux- 
Vives, par un système plus solide, établi sur pilotis, 
substituant trois arches aux six actuelles, qui malgré 
leurs 73 mètres de passage sont loin d'être suffisantes 
lors des grandes inondations. 11 adoptait, au reste, le 
môle -à l'embouchure de la Basse, la disposition des 
digues Mont gazon, leur recouvrement en perré, et 
leur rattachement en amont, presque vis-à-vis le Mas- 
Bon (maintenant Romeu). 

On ne pense pas que les débouchés résultant de 
ce projet répondissent encore aux besoins, surtout en 
ce qui concerne le pont des Eaux-Vives, vers lequel se 
portent les eaux des déversements supérieurs, et prin- 
cipalement celles du torrent de la Boule, qui aboutit à 
la Tet au-dessous deSaint-Estève, et ne manque point, 
au défaut d'un lit assez spacieux, de franchir ses bords 
et de causer les dommages qu'éprouve ordinairement 
la portion de route comprise entre les ponts et les jar- 
dins Saint* Hilaire, Desprès, etc. 

L'évaluation de tous ces ouvrages montait à 556.860 
livres, qui feraient aujourd'hui plus de 600.000 francs. 

1 802. — Une dépense aussi forte, avec la probabilité 
de ne pas complètement remplir l'objet important 
d'encaisser les eaux des plus fortes crues, de leur in* 
terdire les débordements vers la gauche du cours de 



254 

la Tet, et Faction trop violente contre la rive méri- 
dionale de la Basse, dut effrayer. Aussi ne fit-on, pour 
ainsi dire, qu'amorcer le projet, sur les points qui 
réclamaient les plus urgentes réparations. On vouhit 
des réductions, que présenta l'Ingénieur Saussine en 
1802. Il proposa : 1° Un canal de 1.700 mètres en 
amont, et 1.300 à lavai, creusé dans les sables du lit 
de la rivière; 2° Le perré conforme au mode adopté 
par ses prédécesseurs : ligne de charpente en chêne 
au bas, sur 1 .800 mètres de développement; 3° Bar- 
rages, tunages et clayons, à deux rangs de pieux 
de 10 pieds, enfoncés de sept, et formant des rectan- 
gles de deux mètres sur un; 4° Plantation de neuf 
hectares de saules, peupliers, osiers. 

Ces travaux, estimés 265.452 francs, furent trouvés 
encore trop chers. Le Ministère les réduisit à 87.705 f. 
On avait déjà dépensé 45.026 fr. en amont, indépen- 
damment des remblais opérés sur les glacis delà Ville- 
Neuve et la route de Prades, auxquels, de son côté, le 
Génie militaire avait appliqué 8.200 fr., quand arriva 
la crue du 30 avril 1 806 , qui détruisit tout, et retodit 
indispensables des mesures urgentes, pour sauver le 
terrain de la droite jusques à Castell-Rossellrf. 
* 1 806. — L'Ingénieur des Ponts et Chaussées Billoin, 
remit sous les yeux des Autorités et du Ministère les 
trois grands projets antérieurs. Adaptant le sien à la 
situation présente des choses, et négligeant, à tort 
peut-être, la rive droite de la Tet, il réclama: 

Pour la restauration de la digue Orry 30.712 fr. 

—la rire gauche de la Basse 12.091 

— celle en forme de mole arrondi ...... 41.434 

—la prolongation de sa rive droite 16.799 

Total 101.936 fr. 



255 

Il regardait surtout comme urgente l'exécution des 
deux derniers articles, précisément ceux que com- 
battait le Génie militaire, ainsi que nous le verrons 
plus bas. On fera attention que les déblais du Ht de 
la Tet ne figurent pas dans ce projet, tandis qu'ils 
entraient pour 48.000 francs dans celui Saussine. Ou 
pensait sans doute que leur emploi se ferait en entier 
pour le remblais et la digue. 

Depuis cette époque, et surtout après les inonda- 
tions de 1814 et 1820, on a fait l'application d'assez 
fortes sommes, toutes en planiations, piquetages et 
elayopnages chargés de cailloux, épis et recreuse- 
ment de cunettes centrales. 

9 

1 816. — L'Ingénieur en chef l'Eveillé, reconnaissant 
la nécessité, de la conservation de la digue Orry, pré* 
senta, çn 1816, un état de réparations qui,- unique- 
ment pour cet objet, s'élevait à 36.000 francs. Des 
discussions très vives sur la répartition de la dépense, 
dont il voulait faire supporter la plus grande partie 
aux particuliers, firent ajourner ces travaux, qu'il 
était urgent d'effectuer. On éprouva plus tard les ré- 
sultats de cette lutte. Intéressés à ne pas laisser éta- 
blir, en principe, qu'ils devaient concourir aux tra- 
vaux de la digue, les tenanciers des terres exposèrent 
alors, comme à l'époque de sa construction, que: 
créée et constamment entretenue par l'État, pour la 
protection des ponts et la conservation des commu- 
nications, on était d'autant moins fondé à les imposer, 
qu'elle était plutôt nuisible qu'utile aux territoires 
inférieurs que les débris des parties rompues cou- 
vraient de graviers; et setayant de quelques circons- 
tances, où les Intendants de la Province avaient jugé 
à propos de réclamer des secours pour réparer les 



256 

dommages soufferts par des propriétaires peu fortu- 
nés, ils furent même jusqu'à prétendre qu'on leur 
devait des indemnités, au lieu de leur demander 
des fonds pour les désastres qu'occasionnait la rup- 
ture de cette digue. Le Conseil de Préfecture ap- 
puya, le 15 juillet 1816, les conclusions des tenan- 
ciers; mais M. Mole, Directeur-Général des Ponts et 
Chaussées, décida qu'ils entreraient dans les dépenses 
pour les trois-quarts, ce qui était beaucoup trop. Sur 
de nouvelles représentations à cet égard, une décision 
de M. Becquey, en date du 27 novembre 1817, près* 
crivit de regarder le projet de réparation comme non 
avenu, attendu que, d'une part, les tenanciers décla- 
raient que la digue leur était inutile, et que, d'autre 
part , suivant les Ingénieurs des Ponts et Chaussées , 
les ponts et la route n° 9 pouvaient s'en passer. 

Nous nous plaisons à rappeler ici que l'Ingénieur 
l'Éveillé a puissamment contribué aux atterrisse- 
mcnts de la rive droite de la Tel. Il était parvenu 
à pousser le bord méridional jusqu'à l'alignement de 
la première arche du grand pont. Le terrain étendu, 
qu'on désigne sous le nom de Pépinière départemen- 
tale, protégé par des épis, et organisé dans le double 
but de la solidité et de l'agrément, lui doit son exis- 
tence, ou du moins de notables accroissements. 
Malheureusement, les terribles inondations de 1832 
et 1833 ont rongé la ligne protectrice, rasé les épis, 
enlevé presque en entier la propriété Capot, supé- 
rieure à l'extrémité ouest de la Pépinière. On doit 
s'attendre à de plus graves accidents, quand de pa- 
reilles crues se renouvelleront. Des barrages insigni- 
fiants, le recouvrement du talus des rives entamées 
par des fascinages, des labours peu profonds, des 



257 

cunettes, des fossés, au travers d'énormes masses de 
gravier, sont des remèdes sans efficacité. On doit 
recourir à des moyens plus énergiques, et ne pas 
tout compromettre par des économies mal entendues. 
Nous verrons à quel système se sont arrêtés MM. les 
Ingénieurs des Ponts et Chaussées. 

LA BASSE. 

Venons- en à la Basse, dont les crues sont loin 
d'avoir autant d'importance; mais elles intéressent 
spécialement la ville de Perpignan. 

Lors de la conquête, cette petite rivière coulait le 
long de l'enceinte, depuis la porte Saint-Martin jus- 
qu'au saillant de l'église Saint-Jean; de là, se jetant 
à gauche, elle donnait le mouvement à deux moulins 
sur l'emplacement de la Promenade actuelle, et allait 
se réunir à la Tet à une distance de la place, sur la- 
quelle les plans ne s'accordent pas. M. de Va u ban, 
dans ses instructions sur les lieux, et dans un mé- 
moire concernant les fortifications de cette place, 
prescrivit de lui creuser un canal en-dessous du pont 
Notre-Dame, suivant la direction du lit compris entre 
la porte de la Sal et le Castillet. Il eut pour but, 
non-seulement de se procurer l'espace indispensable 
au développement des fortifications, depuis le pont 
jusqu'aux hauteurs Saint-Jacques, mais encore de 
faciliter aux crues un rapide écoulement. D'après 
les effets actuels, malgré ce débouché direct, dont 
l'exécution fut terminée en 1685, on peut se figurer 
les dommages qu'elle devait occasionner quand son lit 
était tortueux. La prise d'eau du canal des Jardiniers, 

qui se prolonge jusqu'à Canet, fut établie en même 

17 



258 

temps, afin de maintenir les droits acquis par les 
propriétaires des jardins Saint-Jacques et des moulins 
inférieurs. Le projet de Vauban comprenait aussi 
des quais et des ponts bâtard eaux de réunion avec les 
branches extrêmes de l'ouvrage k corne de la Ville- 
Neuve. Il est probable que cette disposition, si im- 
portante sous le triple rapport des communications, 
de la conservation des ouvrages et bâtiments, ainsi 
que pour la défense, recevra plus tard son exécu- 
tion. , 

Le détail historique des crues de 1 71 4, 1 737, 4 766, 
1772, 1777, 1784, 1796, 1833, les plus considérables 
dont la connaissance nous soit parvenue, fait apprécier 
le mal que peut causer cette rivière. Il se borne à 
inonder le rez-de-chaussée des maisons de la Ville- 
Neuve et du faubourg , même quelquefois les quar- 
tiers inférieurs de la ville. Elle renversera des clô- 
tures, emportera des portions de terrain au-dessous 
du pont Notre-Dame. On la vue, en 1714, 1772, 
1766, 4833 et 1842, endommager fortement le canal 
qui coule entre le vieux mur d'enceinte et la contre- 
garde 18, ainsi que le flanc droit de cet ouvrage; 
détruire le revêtement de la demi-lune S'-François, 
renverser les murs dégorge, ceux du bâtardeau et 
du profil de sortie de la place-d'armes Notre-Dame. 
C'est beaucoup, sans doute, puisqu'il en résulte des 
pertes considérables pour les propriétaires des mai- 
sons inondées; mais je crois pouvoir conclure des 
effets des crues de 1772, 1833 et 1842, qu'il n'y a 
point de danger pour la Ville-Neuve. Aussitôt que 
les eaux recouvrent de quelques pouces la clef de 
Tare du pont Notre-Dame, elles renversent le petit 
mur de passage du bâtardeau, et ce qui ne peut s'é- 



259 

couler par l'ouverture de l'arche et l'égout du Cas- 
tillet, se déverse au travers de 'la place-d'armes. 

Les réparations et constructions spécialement re- 
latives à l'action seule des crues de la Basse , furent 
exécutées aux époques suivantes : 

En 1687. Dallage du canal égout du Castillet, bou- 
leversé par les eaux, 8.850 fr. 

En 171 7. Réparation des dégâts de 1714, 6.400 fr. 

En 1768. Redress* du canal du Castillet, 4.000 fr. 

Eu 1776. Son élargissement, à cause des dommages 
de la crue de 1772, 3.000 fr. 

En 1823. Reconstruction du batardeau du flanc, 
détruit par les crues, 2.000 fr. 

En 1825 et 1826. Déblai des graviers qui encom- 
braient le lit de l'entrée jusqu'au Castillet, 3.600 fr. 
Ou ne tient pas compte des entretiens courants. 

En 1833. Les désordres dus à la crue de cette an- 
née, furent réparés de suite. On y dépensa, 3.097 fr. 

En 1888, l'Ingénieur en chef Rabourdin, mit à exé. 
eut ion rétablissement d'un môle indiqué, en 1820, 
par l'Ingénieur l'Eveillé, pour prolonger et renforcer 
la langue de terre qui séparait, jusqu'à leur jonction, 
les deux rivières. Formée en pierres perdues, sur 
580 mètres de longueur, depuis l'angle méridional 
du pont, il avait assez bien résisté jusqu'en 1853, 
au moyen de légers entretiens annuels. Les fortes 
dégradations occasionnées sur ce point par la crue 
de cette année, ont exigé des travaux d'un autre 
genre, qu'il est douteux de voir réussir, le courant 
de la Basse portant sur les dernières maisons du fau- 
bourg, auxquelles se rattache le môle. 



260 

RÉSULTATS DES TRAVAUX ET PROJETS FUTURS. 

LA TET. 

L'analyse des travaux et des projets relatifs au cours 
de la Tet démontre que, malgré tout ce qu'oïl a fait 
pour maintenir libre le centre du lit, afin qu'il passât 
par les débouchés le plus d'eau possible; malgré la digue 
Orry, et les nombreux épis, tunages, clayonnages des 
rives, les crues n'ont pas cessé d'encombrer la rivière, 
et de renverser les masses formant l'encaissement. 
On a vu qu'elles se sont précipitées, à chaque inon- 
dation, vers la Salanque, soit par l'insuffisance du 
passage qu'offre le pont des Eaux-Vives, soit qu ayant 
pénétré plus haut que la télé de la digue, leur direc- 
tion les portât sur le jardin Saint-Hilaire (autrefois 
Peyroltes). Les dépenses pour remédier a ces effets 
désastreux se sont élevées très haut. Le relevé des 
sommes dont j'ai pu recueillir les comptes réguliers 
donne un total de plus d'un million dans l'espace 
de quatre-vingts ans (de 1720 à 1800), et c'est en- 
core, sans aucun doute, bien inférieur à la réalité; 
car an n'a pas fait entrer en ligne la valeur des cor- 
vées, ainsi qu'une foule de menues dépenses d'entre- 
tien, ou acquittées sur des fonds extraordinaires, ou 
dont la trace s'est perdue dans les archives incom- 
plètes des Ponts et Chaussées. On ne devrait point 
regretter, si on eût réussi, une application annuelle 
de 12 à 13.000 francs au maintien des deux rives, 
au creusement du lit et à la réparation des ponts; 
mais on ne saurait disconvenir qu'on n'a trouvé aucun 
remède au mal, après plus d'un siècle de travaux et 
de projets produits par des hommes éclairés, obser- 



261 

valeurs , ayanl l'expérience d'un long séjour sur les 
lieux et la connaissance des effets antérieurs. A l'ex- 
ception de la partie du bord méridional répondant à 
la Pépinière départementale , reporté par un large 
atterrissement vers la ligne centrale du cours de .la 
rivière, la digue presque effacée, Je Champ-de-Mars 
raviné, couvert de gravier, le faubourg, dont un bras 
de la Tet corrode le pied des maisons, les jardins 
Saint-Jacques souvent dévastés et sans protection, 
ainsi que les terrains du bord'opposé, le lit plus en- 
combré de sables qu'il ne le fut peut-être à aucune 
époque, le pont des Eaux-Vives sapé jusqu'aux fon- 
dements et croulant de tous côtés, attestent cette 
fâcheuse vérité. En conclura-ton qu'il est inutile de 
combattre une action que tant de dépenses, tant d'ou- 
vrages, péniblement élevés, n'ont pu détruire ou 
même affaiblir? Ce serait pousser trop loin le décou- 
ragement. Profitons des fautes de nos devanciers ou 
plutôt de leurs essais, quoique infructueux, et tâchons 
d'arriver à de meilleurs résultats dans les travaux con- 
cernant le cours des eaux : on aurait grand tort, d'ail* 
leurs y d'attribuer, uniquement au vice des moyens 
employés, les effets d'une foule de circonstances acci- 
dentelles et de causes naturelles, souvent invincibles. 

Quel fut, quel doit être le but? Contenir dans un 
canal convenablement étendu et encaisse , les eaux 
ordinaires et même les crues peu considérables du 
torrent; organiser l'encaissement de manière à ce 
que les grandes eaux en surmontent le sommet aisé- 
ment et sans l'endommager, leur procurer un libre- 
écoulement en dehors du lit principal. 

La question de la digue Orry se présente ici la pre- 
mière. Faut-il l'abandonner ou la rétablir telle qu'on la 



262 

construisit et sur le même emplacement? Faut-il 
adopter une autre disposition? 

L'inclinaison générale du terrain allant du sud au 
nord, nul doute qu'au défaut d'une barrière qui les 
contienne, les eaux ordinaires, à plus forte raison les 
crues, tendant à gagner sans cesse vers la gauche, 
changeraient par la suite les plus belles cultures en 
gravier; la roule serait emportée, les communications 
souvent interrompues* L'état de 1 721 , reproduit mo- 
mentanément par l'inondation de 1833, se consoli- 
derait et ne tarderait pas à empirer. En quelque lieu 
qu'on la place, il nous parait donc indispensable d'a- 
voir une levée, une digue , dans la direction de Test 
à l'ouest. Une largeur de lit de 140 m , à peu près égale 
à la longueur du grand pont, suffirait aux crues mo- 
dérées. Elle serait même superflue pour le cours na- 
turel de la saison d'hiver; et pendant les autres, l'irri- 
gation met à sec les rivières du Roussillon. Aussi l'or- 
donnance royale du 20 mai 1 81 8 l'a fixée à 80 mètres 
seulement. Dans la situation actuelle, cette digue, 
qui aurait son sommet au niveau de la clef des arches, 
dirigerait vers le débouché principal, toutes les eaux 
qu'il pourrait évacuer. Le surplus, dans des cas heu- 
reusement très rares, surmonterait cet obstacle. 

Mais c'est surtout par des considérations militaires 
qu'il importe de maintenir la rivière aussi près que 
possible. 11 est aisé de comprendre lenorme diffé- 
rence qui résulterait dans l'intérêt de la défense de 
l'éloignement du lit, qui, suivant actuellement le 
pied des glacis de la Ville-Neuve, ne laisse guère à 
l'assiégeant l'espace pour développer ses tranchées. 
Une telle situation sera toujours un épouvantai! par 
le danger des crues qui causeraient certainement la 



263 

perte de l'ennemi, comme faillit réprouver en 1 542 
le Dauphin, depuis Henri II. On doit s'étonner même 
que, sous ce rapport, on ait permis de former Fart* 
terrissement de la Pépinière. 

Ainsi, nous admettons en principe que le rétablis- 
sement de la digue Orry serait une utile, une im- 
portante opération ; et quoique persuadé que la dé- 
pense sera toujours un obstacle à la réalisation du 
projet, nous exposerons nos vues à ce sujet. Pour 
qu'elle fût solide au point le pins en prise k Faction 
du torrent, il faudrait la rattacher k une ancienne 
partie du bord septentrional , assez élevée et formée 
de terres fermes, compactes, défendue par des plan- 
tations à 1.100 mètres en amont du pont. On la mè- 
nerait presque en ligne droite divergente à partir de 
la dernière arche. Cette dimension est bien infê* 
rieure aux proportions du projet Montgazon qui em- 
brassait près de 1 .800 toises , tout compris, sur la 
rive gauche. Son but était d'interdire aut crues 
l'épanchement en arrière de la digue Orry, qui avait 
précisément la longueur que nous proposons. Il fau- 
dra ne la prolonger que de 200 mètres à l'aval; car 
la rentrée du superflu des crues qui s'écoulera par 
te pont des Eaux-Vives, doit avoir lieu k peu de dis- 
tance, afin d'épargner autant que possible les terre* 
en culture. Le point de rattachement eu amont le 
plus naturel est celui de la digue primitive. Il a 
constamment résisté h la violence des plus fortes 
crues et se trouve encore ferme et prédominant 
quand tout le terrain des environs a éprouvé des 
bouleversements. 

On ne conçoit pas que, suivant te projet de 1721, 
on ait construit en tunages élevés d'aplomb le côté 



264 

méridional de la digue Orry . Quelle durée pouvaient 
avoir des brins de bois employés verts et successive* 
ment exposés à l'eau, au soleil, à toute? les varia- 
tions de l'atmosphère? Un échafaudage de cet ie na- 
ture fut bientôt avarié, détruit. Qn v,enait à peine 
d'y mettre Ja dernière main, et déjà près de la moi- 
tié de la digue disparut par l'action des crues de 1 726. 
On a vu plus haut qu'à chaque inondation elle fut 
plus ou moins fortement endommagée, malgré les 
épis et les files de palplanches dont on protégea les 
points contre lesquels se portait ordinairement l'ef- 
fort des eaux. Nous croyons cependant qu'avec un 
entretien annuel, des soins, de la persévérance, le 
mal eût été bien moindre; mais, jadis, comme à pré- 
sent, les travaux au lieu d'être préventifs furent tou- 
jours forcés. On employa des sommes énormes h la 
fois au lieu de consacrer au maintien d'une barrière 
aussi précieuse des attributions peu considérables 
qui, appliquées tous les ans avec discernement, au- 
raient sauvé peut-être le fertile territoire, entre Bon- 
pas et les ponts, des ravages auxquels il fut si souvent 
exposé- Nous avons vu de nos jours reproduire cette 
disposition de tunages élevés auxquels des rattache- 
ments à la rive plus solides qu'en 1 721 , des soins 
continus et un entretien intelligent, ont donné une 
existence plus prolongée et de meilleurs résultats. 

Le système de M. de Montgazon (en 1778) qu'on 
mit en pratique sur quelques portions de la digue 
Orry et de celle de la Basse, n'a pas eu de succès. Les 
pavés du perré, formant une couche mince sur sable 
sans liaison, se détachaient facilement. La chute 
d'un seul , donnant accès à l'eau, causait, si on ne se 
hâtait de le remplacer, celle des cailloux conugu*, 



265 

et bientôt les surfaces dénudées , détendant -jusqu'aux 
chaînes en pierre de taille qui croulaient, la digne, 
à la première crue, restait sans défense, d'autant que 
son inclinaison n'avait pas le talus naturel. De tous 
lés ouvrages de ce genre construits à grands frais, il 
reste à peine quelques vestiges, et même de petites 
portions entièrement en dalles de pierre auprès des 
ponts n'ont pu résister à la violence des eaux. 

Appelé dans le temps à donner mon opinion sur 
le mode qu'il convenait d'adopter pour le rétablisse- 
ment de la digne , je ne trouvai rien de mieux, après 
mûre réflexion sur les antécédents et sur le peu de 
résistance qu'offraient toutes les dispositions dont les 
sables et les tunages étaient la base , que de proposer 
la construction d'un revêtement en maçonnerie, au 
*/ 10 de talus du côté de la rivière, terrassé de 12 mè- 
tres d'épaisseur rejoignant le terrain naturel par une 
pente très douce : il régnerait sur les 1 .100 mètres en 
amont et les 200 à l'aval déterminés ci-dessus. Le 
rattachement aux points solides, s'effectuerait par des 
levées de terre à double talus prolongé. Ce massif, 
couvert de plantations, amortirait Faction des eaux 
qui s'élèveraient assez pour le surmonter. Point 
d'obstacle d'aplomb, point de chute au versant opposé, 
et, s'il était possible, l'éloignement de la route dé- 
partementale de la ligne intérieure On pourrait , je 
pense , compter sur la conservation , la résistance 
d'une digue ainsi organisée. Le revêtement en ma- 
çonnerie bien fondé, préservé d'affbuillement par 
une ligne de pal planches, ainsi que d'un encaisse* 
ment en pilots et clayonnages, serait tenu plus bas. 
que la. moins élevée des sept arches du grand pont. 
Je n'entrerai point dans le détail d'évaluation de ce 



266 

système adressé au ministère en 1834. Il dotait! sui- 
vant le bordereau des prix à cette époque, exiger 
une dépense de 200 francs par mètre courant, d'où, 
pour la totalité des 1.400 mètres d'amont et 20O 
d'aval du pont, l'exécution s'élèverait h 260,000 fr. 

11 resterait à évaluer les digues du raccordement, 
les épis pour préserver surtout la rive droite , les ira- 
verses de rattachement au terrain naturel , la dispo- 
sition inférieure au pont pour faire rentrer les eaux 
superflues dans la Tet lors des grandes crues. 11 se- 
rait difficile d'apprécier les dépenses auxquellea les 
travaux donneraient lieu dans l'étendue du domaine 
des Ponts et Chaussées, depuis le moulin de la 
Porte (Méric) jusque 819 mètres au-dessous du grand 
pont. 

Celui des Eaux- Vives tombe en ruine. Les répara- 
tions y seraient pour ainsi dire k pure perte, puis* 
qu'il manque par les fondations et la faiblesse des 
murs de revêtement des parties en chaussée. On ne 
saurait mieux faire que d'établir sur cet important 
débouché un pont suspendu , laissant -libre un pas- 
sage de 1 00 mètres ; la rampe qu'exigerait \é relief 
de la culée nord, formerait digue sur la route de 
Narbonne, et contribuerait à préserver le territoire 
inférieur des débordements» 

LA BASSE. 

On n'a presque rien fait encore pour contenir la 
Basse et combattre l'atlerrissement dn canal à son 
embouchure. La digue ébauchée de la rive droite 
au-dessous de la prise d'eau du ruisseau de Canet on 
dcls Ortolans y reçut en 1785 une application du 
pcrré avec chaînes en pierre de taille, sur une por- 



267 

tiqn de sa longueur : il en existe à peine de» indica- 
tions. 

Pour diminuer l'effet des crues de cette petite ri- 
vière , on doit d'abord s'opposer à ce qu'au faubourg 
les clôtures, les atterriseements, soutenus par des pi* 
quels et des clayonnages, avancent dans son lit de 
manière à rendre le passage moindre qu'au pont. Il 
faut prohiber la plantation de grands arbres sur ses 
bords , leur chute formant des brèches et barrant le 
cours des eaux qui se rejettent avec violence contre 
la rive opposée. On doit prendre garde que la digue 
dels Ortolans ne soit pas trop relevée, ce qui con- 
tribuerait au rehaussement du fond du lit de la 
Basse. L'embouchure tenue libre, débarrassée de 
sables , doit trouver à droite la résistance solide que 
nous voulons à gauche pour la Tet; et c'est ici le 
lieu d'exposer le dissentiment des Ingénieurs des 
Ponts et Chaussées et du Génie militaire sur le projet 
d'organisation nécessaire pour cette embouchure si 
voisine des glacis. 

Après les inondations de 1772 et 1 777 , on s'occupa 
sérieusement des moyens de «lettre un terme aux 
désastres occasionnés par les crues des deux rivières. 
L'administration des Ponts et Chaussées résolut de 
conserver la digue Orry , qu'on répara complètement 
en 1778, et de former sur la rive droite, ainsi qu'à 
l'embouchure de la Basse, une disposition analogue 
propre à encaisser le lit et rompre l'action destruc- 
tive des courants lors des crues. L'établissement 
d'une digue, parallèle à celle d'Orry sur la rive droite 
de la Tet en amont , ne donna lieu à aucune objec- 
tion de la part des ingénieurs militaires. Il en fut 
autrement de la disposition projetée pour la Basse. 



268 

Quoique la discussion ait maintenant un moindre 
intérêt qu'alors, il ne m'a point paru hors de propos 
d'en donner ici une courte analyse. 

Le projet adopté par le Conseil des Ponts et Chaus- 
sées le 9 juin 1778, consistait k dévier le cours de 
la rivière vers la droite comblant, sur la gauche, par- 
tie de l'ancien lit, afin d'opérer beaucoup plus bas 
son raccordement avec la Te t. Ils proposaient , en 
conséquence, la formation d'un môle entre les deux 
rivières et la construction d'une digue a la rive droite, 
suivant la nouvelle direction adoptée. Admettant 
les crues simultanées et isolées , ils pensaient que le 
môle , établissant une barrière à leur confluant , an- 
nulerait ou au moins affaiblirait beaucoup leur 
action réciproque. Leur but, en descendant le point 
de réunion et obliquant le cours de la Basse, était 
d'obtenir une résultante des efforts des deux courants 
qui passeraient au centre du lit commun. Quant à la 
nature de la construction, c'était un massif en terre 
destiné d'abord à avoir des talus à 45 degrés revêtus 
en cailloux. 

Il ne fut pas difficile au génie militaire de prouver 
clairement qu'on produirait un effet contraire à ce 
qu'on se proposait d'obtenir. Rétrécir, embarrasser 
l'embouchure de la Basse par un môle , en dévier la 
direction vers la droite, c'était annuler l'action- de 
cette rivière contre la Tet, dont la violence reste- 
rait tout entière; en faire agir les crues comme 
cône entre le môle et sa rive droite; enfin sacrifier 
certainement la rive méridionale des deux rivières, 
pour prévenir la destruction imaginaire de la rive 
gauche de la Tet par les crues de la Basse. 

Quant aux considérations militaires que nousn'ex- 



269 

poserons pas, que pouvait-on inventer de phis nuisi- 
ble h la défense, qu'un môle de 320 mètres de lon- 
gueur et une digue en prolongement de 165 mètres 
ayant 4 mètres de relief au-dessus du sol d'un canal 
complètement défilé de tous les ouvrages de la place? 
Les ingénieurs militaires auxquels il n'était pas per- 
mis d'adopter un système pareil, proposèrent une 
disposition qui maintenait la forme, la longueur et 
la direction de l'embouchure alors existante. 

M. de Mailly, gouverneur de la province, soutint 
le projet des Ponts et Chaussées, qu'il appuya de 
l'adhésion des tenanciers de la rive droite. Une par- 
tie de la digue ainsi que le môle eurent un commen- 
cement d'exécution en 1783, avec le pavé et ces 
chaînes de pierre qui devaient les rendre indestruc- 
tibles. Tout disparut en peu d'années ; et lorsqu'en 
1807 la discussion recommença, les ingénieurs mi- 
litaires purent corroborer leur opinion par les résul- 
tats de l'expérience. Les effets de l'inondation de 
1833 donnèrent un nouveau poids au sentiment de 
ces officiers. La Basse renversa, heureusement pour 
la population du faubourg , partie du môle en terre 
qui s'oppose à son cours direct. La crue de 1853 a 
rompu aussi cet obstacle qu'on avait renforcé en 
1 838 par un chargement considérable en cailloux. 

Hors de Perpignan , la Basse , profondément en- 
caissée, fait peu de mal dans son court trajet; mais 
les dégâts des moindres débordements de la Tel sont 
immenses. Aussi ne faut-il pas borner aux environs 
de Perpignan les ouvrages propres à s'en garantir. Le 
recreusement de son lit, le redressement en ligne 
droite autant que possible du cours principal, réta- 
blissement, la conservation des barrages, digues, épis, 



270 

doivent être l'objet des sollicitudes des autorités et 
des commissions syndicales. La négligence autant que 
le manque de fonds ont causé la ruine de la digue 
Orry, et on peut ajouter que les changements de sys- 
tème y ont contribué : l'un voulait trop resserrer le 
cours des eaux, l'autre leur laisser un trop libre 
épanchement. On se flatta jadis d'élever des barriè- 
res insurmontables. L'expérience a prouvé qu'on ne 
réussirait point ainsi. Les crues doivent surmonter 
les rives sans effort , en glissant sur le contour arrondi 
de leur surface, pourvue d'ailleurs de plantations 
d'arbustes pliants on d'arbres à coupes régulières, 
conformément à l'ordonnance du 20 mai 1818. Au 
surplus, les règlements, les dispositions administra- 
tives ne manquent pas. il faut les faire observer. 

DÉPENSES. 

Nous avons vu que , dans le xvm e siècle et le 
commencement du xix*, les ingénieurs civils ainsi 
que les officiers du génie militaire, ont constamment 
maintenu dans leurs projets le rétablissement de la 
digue Orry avec l'étendue et l'élévation qu'on lui 
donna lors de sa création. Nous avons fait connaître 
qu'ils tenaient aussi à l'application de travaux solides 
pour l'embouchure de la Basse. Il n'y avait entr'eux 
quelque dissentiment que sur la forme des ouvrages. 
Il résultait de ces dispositions, des devis en quelque 
sorte effrayants, puisque celui du projet Gaillon en 
1786 s'élèverait en monnaie actuelle à 600.000 fr. 
Ce que je proposais en 1834, en supposant qu'on 
eût persisté dans les mêmes vues, aurait presque 
atteint 500.000 francs, savoir : 



271 

Pour la digne Orry 960.000 {K 

Embouchure de la Basse suivant nn projet de 1 807. 80.000 

Pont suspendu, pour 100 mètres . 100.000 

Épis, plantations, déblais, remblais et creusement 
du lit 50.000 

490.000 fr. 

Dépense qui pouvait, au reste, être répartie entre 
Je Ministère de la Guerre, intéressé à maintenir la 
rivière aussi près que possible des fortifications ; le 
Ministère de l'Intérieur, pour les communications 
du 1 er ordre; le Département dans l'intérêt du com- 
merce et des communications du 2 e ordre; la Ville, 
pour les avantages qui lui en reviendraient : la con- 
servation du faubourg, des promenades et la garantie 
des usages auxquels on emploie la Basse; enfin, les 
tenanciers confrontants sur une certaine étendue de 
territoire en aval des ponts. 

L'insuecès de l'application de sommes très consi- 
dérables à la digue Orry, et plus que de l'incertitude 
sur les effets d'un système d'obstacles insurmontables 
à opposer b l'action des terribles crues de la Tet, ont 
décidé les Ingénieurs des Ponts et Chaussées à aban- 
donner la voie des projets grandioses, et à se borner 
au maintien de ee qui nous reste de cette digue et 
des rives du fleuve par de simples entretiens, qui 
ne dépassent pas annuellement 5.000 fr. A la vérité, 
le Syndicat de la Tet fait, de son coté, des travaux 
importants et coûteux, tels que ceux d'une disposi- 
tion bien entendue, opérés eontre les maisons du 
faubourg, immédiatement sous le pont de Pierre, 
et, en outre, le rétablissement de l'espèce de môle 
formé par l'Ingénieur Rabourdin, Ce massif, que les 
tenanciers des jardins S*-Jacques considèrent comme 



272 

un moyen des plus efficaces de préserver leur pré- 
cieux territoire, est regardé par l'Administration des 
Ponts et Chaussées, comme tout à fait étranger au 
but principal de ses travaux : la conservation des 
ponts et la sûreté des communications. Des enroche- 
ments en forts quartiers de pierre, d'au moins 2 pieds 
cubiques ou Vis de mètre cube, disposés au pied des 
rives^ partout où elles sont menacées, ont pour effet 
d'arrêter leur corrosion. On les rattache au terrain 
solide par des barrages de même nature, et quelque- 
fois seulement en forts clayon nages. Employés depuis 
1848, dans les travaux exécutés par l'État en amont 
du pont de la Tet, sur la route n° 9, et en 1853 sur 
la rive gauche du Tech, les résultats en paraissent 
satisfaisants, et la dépense moins considérable qu'on 
pourrait le croire, parce qu'on n'établit les enroche- 
ments qu'aux sommets des bricoles formées par le 
courant. On comprend qu'avec ce système , on ne 
prétend plus faire obstacle au déversement des eaux 
par les moindres crues. 

Peut-être regretterai on un jour cette digue Orry, 
à laquelle nos devanciers, pendant plus d'un siècle, 
attachèrent tant de prix, et pour laquelle on a fait 
de si grands sacrifices, non sans résultat. Il n'y a qu'à 
jeter les yeux sur le cours de la Tet en 1720, exis- 
tant aux archives du Génie militaire. Où en serait- 
on, si on n'avait mis obstacle à ses progrès vers le 
nord! Déjà une branche arrivait au village de Bon- 
pas : elle n'avait pas un grand trajet à faire pour se 
jeter dans TAgly. Ses irruptions ravinant le sol dans 
toutes les directions, déplaçant sans cesse le lit prin- 
cipal, et enlevant la terre végétale, n'auraient plus 
laissé qu'une vaste plaine impropre à la culture. 



273 

C'est à la digue qu'on a dû l'avantage du déversement 
calme et uniforme de la portion des eaux, à laquelle 
les arches des deux ponts ne pouvaient donner pas- 
sage. Sans elle, chaque pluie d'orage, la moindre 
élévation de la rivière, aurait, dans certaines, années, 
recouvert plusieurs fois les terres de la rive gauche, 
dévasté les récoltes, interrompu les travaux agricoles, 
et, on peut ajouter, vicié l'air par de trop fréquentes 
stagnations dans les bas fonds. Ainsi, faisant même 
abstraction des intérêts généraux: : de la sûreté des 
communications en tout temps et de la défense de 
la place, on ne pourra s'empêcher de reconnaître 
que la digue Orry a rendu d'immenses services, et 
il est permis d'émettre la crainte que, pour se sous- 
traire à de fortes dépenses, on ne compromette main* 
tenant un vaste et magnifique territoire, en tenant 
trop bas l'encaissement de la rivière, et donnant 
ainsi aux eaux un trop facile accès dans les terres. 



18 



274 



LA VIE DES VÉGÉTAUX, 

Par M. le Baron «««AU» M ftAlffV-lf AMAft, 

membre rendant. 



La vre r c'est naître, croître, se reproduire et mourir. 
Cesconditionaextstentdanslerègne végétal ; mais une 
question se présente d'abord à l'esprit du naturaliste, 
qui veut faire de la physiologie végétale une étude 
particulière : tous les actes de l'existence d'une plante 
sont-ils uniquement l'effet d'un mécanisme? Le clas- 
sement des êtres en trois règnes, laisse à leurs limites 
quelque incertitude. La division n'est pas si tranchée, 
qu'on ne découvre des analogies entre ceux de ces 
êtres dont l'organisation est la plus simple. Suivons 
le cours de la vie végétale; à chaque pas nous recon- 
naîtrons ces analogies, et nous les verrons se multi- 
plier en la comparant à celle des êtres animés. 

La graine, la semence éprouve même à l'air libre, 
l'effet d'une action vivifiante, que favorisent la cha- 
leur et l'humidité. Elle devient infiniment plus 
énergique, lorsque mise en contact avec la terre, 
environnée d'éléments qui excitent la fermentation, 
la faculté productive de cette semence est vivement 
provoquée. C'est dans ce but que l'homme, guidé 
par l'expérience, prépare pour les végétaux dont la 
culture a pour lui un grand intérêt, le sol favorable 
à leur développement. En rassemblant autour d'eux, 
en leur fournissant les substances les plus propres k 



275 

les alimenter, il seconde puissamment la nature. Les 
résultats vont en quelque sorte jusqu'au merveilleux; 
car, par des essais récents en Algérie, on a obtenu d'un 
seul grain de blé 130 épis, et d'un grain d'orge 312. 
La faculté de germination des plantes est étonnante, 
et on se ferait difficilement une idée de sa force et de 
sa durée, si des faits bien connus n'en fournissaient 
des preuves incontestables. Elles sont telles que les 
graines de l'berbier de Tonrnefort ont parfaitement 
levé après cent ans d'existence, et qu'on a fait germer 
des grains de blé enfouis dans les tombeaux depuis 
plus de vingt siècles» Un fait unique, incroyable, mais 
qui paraît constaté, prouverait que la force végétative 
peut, comme celle de germination, avoir, dans cer- 
taines conditions, une durée illimitée. Sur le sol de 
la ville exhumée d'Herculanum, une plante dessé- 
chée se ranima quand la lumière et l'air pénétrèrent 
sous l'épaisse voûte délave qui l'avait recouverte dans 
la terrible éruption du Vésuve en 79. Elle verdit, des 
feuilles poussèrent, elle se couronna de fleurs. La vie 
reparut après un sommeil de dix-sept siècles. C'est peut- 
être à ses premiers pas dans la carrière de la vie que, 
si j'ose prématurément m'exprrmer ainsi, l'instinct de 
la plante se manifeste de la manière la plus frappante. 
L'embryon, souvent à peine perceptible au micros- 
cope, se }Oue de la ténacité du sol, et surmonte tous 
les obstacle^ pour gagner la surface, pour sortir du 
néant. Peu importe la position du grain, du tuber- 
cule, le germe pousse; il ne se méprend point sur la 
direction qu'il doit suivre pour se montrer au jour. 
Trouve-t-i) un caillou? il le tourne. La place est-elle 
sillonnée par les racines d'un autre végétal ? il s'insinue 
à travers. Il parait, enfin, tantôt sous forme d'un cône 



276 

à pointe aiguë, tantôt entre deux lobes ou cotylédons, 
et comme couché dans son berceau. Bientôt il prend 
son essor. Chaque jour, chaque heure, le voit déployer 
ses forces. Autour de la tige commencent à se grouper 
des bourgeons, des feuilles, qui lui fournissent de nou- 
veaux moyens d'extension. La jeune plante puise dans 
l'air les substances qui conviennent a ses besoins, et 
surtout cet azote qui joue un si grand rôle dans le 
règne animal. Sous le sol, ses racines naissantes pom- 
pent les sucs qui lui sont nécessaires ; et c'est encore 
avec une admirable sagacité qu'elle en fait le choix, 
et repousse ceux qui pourraient lui nuire. L agricul- 
teur n'ignore pas qu'un végétal, un arbre, réussit ra- 
rement s'il succède k un végétal , à un arbre de même 
espèce. Les sucs favorables àsa nature étant épuisés, la 
plante, avide de nourriture, obligée de s'accommoder 
d'aliments qui lui sont impropres, souffre, dépérit ou 
meurt. Tel l'enfant qui suce un- lait dépourvu des 
qualités convenables à son âge, à sa constitution, ne 
prospère point et rend indispensable un changement 
de nourrice. 

Débarrassée de ses langes, la plante a grandi; ses 
facultés se développent rapidement : elle semble sou- 
rire à la nature, qui lui prodigue ses faveurs ; à l'hom- 
me, qui veille avec sollicitude à sa prospérité. Chaque 
mouvement, chaque progrès de ses organes, tend au 
but de sa création. On ne saurait déjà méconnaître 
en les observant, que leur jeu n'a rien de la régula- 
rité, de la précision d'une machine. Il faut bien pour- 
tant admettre une action, qui n'est sans doute ni la 
pensée, ni la volonté , mais qui décèle l'être vivant, 
l'être animé, susceptible, sinon de sensibilité, du 
moins d'irritabilité. Tout ce qui; existe dans l'ani- 



277 

mal: une organisation propre 4 la conservation, au 
mouvement; la moelle , le tissu cellulaire, la sève 
au lieu de sang, des canaux nourriciers, un épi- 
derme, et jusqu'au duvet ou poil plus ou moins 
rude dont il est revêtu; tous les éléments, toutes 
les parties constitutives de l'existence des animaux, 
entrent aussi dans la structure et la formation du 
végétal. 11 jouit pleinement des facultés de la respi- 
ration et de la transpiration. Au printemps, la sève 
fermente; même effet, sur le sang des animaux. On 
voit souvent l'excrétion végétale se manifester à l'ex- 
térieur. Ainsi les résines, la manne, la gomme, sont 
des excrétions matérielles. D'autres, à l'état de va- 
peur, ne sont point apparentes. La fraxinelle exhale 
une huile essentielle, aisément inflammable. On peut 
dès lors établir en quoi la vie des végétaux diffère 
de celle des animaux. Chez les premiers, la fibre ri- 
gide, l'absence de nerfs, dont, toutefois, des observa- 
tions récentes semblent indiquer l'existence, rendent 
la nature des sensations très imparfaite. La volonté, 
le pouvoir de translation leur manquent ; mais quand 
de leur position fixe toutes les plantes recherchent le 
soleil , se penchent, se dirigent vers la lumière, pé- 
nétrant s'il le faut au travers des fissures du rocher; 
quand l'arbre, s'élevant au milieu des masses de haute 
végétation, s'efforce de les dominer, pour savourer 
avec délices les chaudes émanations de ce grand mo- 
bile de la force vitale , il est permis de croire qu'ils 
comprennent, qu'ils ont l'instinct de leurs besoins. 
Hâtons-nous de passer à des faits plus positifs. Qui ne 
connaît les mouvements de la sensitive? Le moindre 
contact la flétrit; en le réitérant on la ferait mourir. 
Déplacés, la tige d'une plante, seulement un rameau-, 



278 

les feuilles se meuvent d'elles-mêmes et se tournent 
vers la lumière. Si la tige est coudée, elle reprend 
bientôt la verticale. La dionée a des feuilles ouvertes 
en deux valves, entre lesquelles suinte une liqueur 
mielleuse qui attire les insectes : elles se referment 
aussitôt qu'ils s'en rapprochent, et les prennent dans 
le piège. De même , les poils épineux de la fleur du 
rossolis se redressent au moindre contact d'un mou- 
cheron et le percent de mille dards. Ces mouvements 
sont tout-i-fait pareils à ceux des actinées et des- po- 
lypes du corail. On voit dans nos montagnes le souci- 
hygromètre se fermer à l'approche de la pluie. D'au- 
très plantes, le réséda, l'héliotrope, se tournent vers 
le soleil. Une espèce de sainfoin, rapporté des bords 
du Gange, élève et abaisse successivement ses folioles 
qui s'agitent vivement lorsqu'il fait chaud. La cuscute, 
ce fléau des céréales, dirige ses filets de préférence, et 
comme par instinct, vers les plantes dont elle doit 
se nourrir. Le lierre, la vigne, le vanillier, doués 
d'un instinct semblable , ont fourni d'heureuses ins- 
pirations aux poètes. En réalité, leurs embrassements 
étouffent l'objet de leur perfide tendresse. A ces faits, 
qui fortifient le soupçon qu'il y a plus qu'une action 
mécanique dans les mouvements des végétaux, ajou- 
tons que le sommeil , indispensable aux animaux> se 
manifeste d'une manière non équivoque chez une 
foule de plantes, et particulièrement sous les climats 
équinoxiaux. Au coucher du soleil, les fleurs du 
lizeron, du pissenlit, se ferment et ne s'ouvrent qu'à 
l'aurore; le nénuphar s enfonce sous l'eau ; la balsa- 
mine, les mimosas, les tamarins, resserrent leur feuil- 
lage. Au contraire, la belle-de-nuit, le jasmin d'Arabie, 
dorment le jour, et comme la chouette, la chauve-sou- 



8TO 

ris, «on ides sentinelles nocturne». Nous ferons retnar^ 
quer, enfin, que l'eau, dont l'animal ne peut se passer 
dans son alimentation, est au moins aussi nécessaire 
au végétal. Elle ranime les plantes flétries; elle rend 
la vie à celles que la chaleur a presque desséchées. 

Ainsi que l'homme et les animaux, la plante expa- 
triée n'est plus ce qu'elle était dans le pays natak Ces 
arbres, ces végétaux, exilés dans àp& jardins, dans-no»* 
serres, ce n'est pas seulement le froid ou la chaleuc 
qu'il faut leur procurer; ce n'est pas la terre, l'en- 
grais, qu'on approprierait b leur nature, et une cul- 
ture spéciale qu'on saurait imiter, mais en général il 
leur faut le ciel , le sol , le climat de la partie du globe 
que leur assigna le créateur : loin d'eux ils languissent 
et la plupart ne sont plus bientôt que des êtres dété- 
riores. Eh ! que n'éprouve pas comme eux, l'Africain,, 
l'habitant des zones glaciales, transportés dans nos 
opulentes cités, dans les plus fertiles contrées? Ren- 
dez à l'un ses forêts, son pâle soleil; h l'antre, ses* 
tristes, ses brûlants déserts; leur souvenir les pour- 
suit sur la terre étrangère; l'éclat de nos villes les 
éblouit sans les charmer. Que leur importent les 
merveilleux produits de notre civilisation? Aliments,, 
habitudes, moeurs, tout a changé pour eux; aussi 
les voit-on dépérir, perdre l'énergie, la santé, et sou- 
vent la mort n'est que le terme de leurs regrets. 

En continuant de suivre l'accroissement de la plan» 
te, surtout dans la phase la plus importante de sa vie, 
nous mettrons an jour de nouveaux faits, qui caracté- 
riseront de plus en plus la nature ûes sensations qu'elle 
paraît éprouver. Entrons dans la période brillante de 
la floraison. La plante a développé- ses feuilles, ses 
rameaux, ses branches, tout le Luxe de la végétation». 



280 

D'abord enveloppé d'un fourreau et protégé par un 
étui couvert d'écaillés, le bouton force ces obstacles, 
et déployé son élégante corolle. C'est à l'époque de 
la fécondation que les fleurs étalent leur plus riche 
parure, el que la nature de la vie sensitive des plantes 
se décèle ostensiblement. Presque toujours la fleur 
porte les deux sexes. On les voit quelquefois séparés 
sur des fleurs différentes, du même végétal; enfin, 
mais très rarement , ils sont isolés sur des individus 
de même espèce. Lorsque la même fleur réunit le 
pistil et les étamines, les naturalistes ont constaté 
par une foule d'observations, des mouvements qui ne 
sauraient être un effet mécanique. Les étamines in* 
clinées, quelquefois couchées horizontalement, se 
détachent des pétales et parcourent jusqu'à un quart 
de cercle pour se rapprocher du pistil. Les liliacées, 
les géraniums, les kalmias, les rues, les scrophulaires, 
offrent des dispositions d'étamines très variées; leur 
action sera toujours sans doute un mystère, mais elle 
ne peut, avoir d'autre mobile que l'irritabilité très 
prononcée des organes des plantes à celte période de 
Ja végétation. Le but de la nature se décèle alors par 
leur appropriation à la structure de la fleur. Citons, 
pour exemple, les familles desamarillis, des fuchsias, 
des sauges. Généralement plus court que les étamines, 
le pistil les dépasse au contraire dans leurs fleurs peu* 
c hé es. vers la terre ou recouvertes d'un pavillon. 

Lorsque le même individu porte des fleurs de sexe 
différent, rien n'est plus aisé que la communication 
de la poussière fécondante. Cette disposition existe 
pour le maïs, le ricin, le melon, l'arachide, etc., etc. 
Au sujet de cette dernière plaute oléifère, nous n'o- 
mettrons pas' de signaler un étrange phénomène 



281 

physiologique. Les longs pédoncules portant la fleur 
femelle , se courbent vers le sol aussitôt après la fé- 
condation ; ils plongent et pénètrent dans la terre , 
où le fruit se forme et mûrit. Peut- on n'admettre 
qu'un effet mécanique dans le mouvement excep- 
tionnel de ces pédoncules, tout-à-fait contraire à 
l'action solaire, qui relève et ramène à la verticale 
toutes les parties des végétaux r quelle que soit la 
cause de leur déviation? Si les fleurs du même sexe 
appartiennent à des individus différents, la fécon- 
dation éprouve des difficultés proportionnées aux dis- 
tances : l'abeille, le papillon , les vents sont alors char- 
gés de la transmission. Le chanvre, le houblon, le pis- 
tachier, le palmier, sont rangés dans cette catégorie. 
Nous ferons une mention spéciale du dernier. Père 
nourricier du désert , les Arabes ont grand soin d'as- 
surer ses produits; caria perte d'une récolte serait 
une horrible calamité. L'Egypte l'éprouva, dit-on, 
en 1800, l'occupation française ayant empêché d'al- 
ler, suivant la coutume, chercher dans les forêts les 
branches de palmier mâle, dont on secoue la poussière 
autour du palmier femelle, le seul qu'on cultive. 

Qu'il me soit permis, ici, de jeter une fiction dans 
un sujet qui prête k l'imagination tant d'idées poé- 
tiques. Ce palmier négligé, relégué dans les bois, et 
ne devant rien qu'à la nature, c'est en vain qu'agi- 
tant ses rameaux fleuris avec un doux murmure, il 
les dirige vers une amante éloignée ; ses efforts pour 
s'arracher au sol où l'enchaîna le destin sont impuis- 
sants; il ne peut, dans sa cruelle anxiété, que confier 
au vent l'expression de ses désirs. Le fidèle messager 
est accueilli avec un vif empressement; et bientôt, 
sur cette terre stérile, s'élèvent de nombreux reje- 



282 

tons, qui formeront un jour une oasis, où le ferrent 
pèlerin, où l'Arabe de la caravane, viendront chercher 
un abri contre les feux du tropique et l'épais tourbillon 
des sables du désert. Pour ne rien négliger de ce qui 
peut établir des rapports prononcés entre les êtres- 
des deux règnes , nous ferons remarquer que ce mode 
de fécondation du palmier, pratiqué en Egypte, est 
parfaitement analogue au merveilleux moyen, récem- 
ment découvert, de reproduire des poissons k de 
grandes distances. 

La nature s'est montrée bien autrement prévoyante 
et ingénieuse pour la fécondation des plantes aquati- 
ques, qui ne saurait s'effectuer sous l'eau. Les fleurs de 
l'utriculaire et du nymphéa s'élèvent et s'ouvrent à sa 
surface. Il en est de même de toutes celles de ce genre. 
Mais le plus étrange, le plus merveilleux phénomène 
s'opère pour la valisnère , plante très commune dans 
le canal du Midi. La fleur femelle est portée sur une 
hampe en spirale, qui lui permet de suivre la hausse 
et la baisse deti eaux. La fleur mâle, fixée & la racine, 
brise le lien qui la retient captive, et monte, impa- 
tiente, à la surface, au moment, où s'épanouit la 
fleur femelle, qui bientôt après descend au fond des 
eaux, où sa graine doit mûrir. Écartons ici toute fic- 
tion, toute poésie. Peut-on s'empêcher de reconnaître 
en quelque sorte un acte réfléchi , et n'y a-t-il pas dans 
cette fleur, qui s'élance h point nommé, possession 
d'une faculté sensitive comparable à celle de l'animal 
auquel on accorde l'instinct et le jugement? 

Nous ne pousserons pas plus loin les citations à 
l'appui d'une opinion qui aurait cependant infini- 
ment gagné à un exposé moins concis et surtout 
moins réservé. 



283 

Après la fécondation, la fleur ne tarde pas à se faner. 
Pour quelques plantes, la tigride par exemple, le court 
espace d'une demi ~ journée voit la fleur naiire , briller 
des plus riches couleurs et mourir. L'éphémère, dan» 
le règne animal, a le même sort. Né du sein des eaux, 
au coucher du soleil, il ne fait usage de ses ailes de gaze 
que pour chercher une compagne. En quelques heu- 
res, enfant, adolescent, vieillard : avant l'aurore il a 
disparu. Mous ne ferons que mentionner la formation 
du fruit, de la graine et de sa croissance jusqu'à ma- 
turité. Les plantes ont divers moyens ingénieux de 
répandre et de fixer la semence, soit en lançant leurs 
graines par un effet de compression ou d'élasticité , 
soit en faisant usage des ailes, aigrettes, hameçons, 
dont la nature les a pourvues. Les plantes annuelles 
ayant atteint le but auquel tendent tous les êtres ani- 
més, se dessèchent et meurent. Lès végétaux vivaces 
ont une existence moins circonscrite. La durée des 
arbres n'a pas de limites précises comme la vie des 
animaux. Tous les ans se renouvellent pour eux les 
mêmes phénomènes. Chaque printemps leur végé- 
tation se ranime. Les feuilles, les fleurs, les fruits, 
renaissent pour transmettre l'existence et disparaître. 
Tous les ans, de nouveaux bourgeons produisent des 
rameaux, qui deviennent des branches. Enfin, chaque 
année ajoute à leur tige une nouvelle couche ligneuse 
enveloppant les précédentes; et c'est de leur nombre 
qu'on déduit l'âge de ces géants de la création. 11 en 
est qui acquièrent en effet des dimensions colossales 
et atteignent une vétusté qui compte par siècles. Issus 
d'un faible embryon, leur tête audacieuse touche à la 
voûte céleste. Us ceignent de leurs bras de vastes sur- 
faces. Sur leur tronc, leurs rameaux, vivent de nom- 



284 

breuses populations d'insectes; à leur pied s'établit 
la béte fauve; au sommet, le nid de l'aigle. Ils ont 
vu les générations s'écouler comme un fleuve rapide. 
Au Sénégal, aux îles du Cap-Vert, on trouve des bao- 
babs de 30 à 35 pieds do diamètre, qu'on estime par 
des calculs de proportion exister depuis plus de six 
mille ans. Nous citerons encore le dragonnier de Té- 
nériffe, un arbre récemment découvert en Californie, 
le wasingtonia des États-Unis, l'eucalyptus de la 
terre de Diémen, les énormes chênes de Westpha- 
lie, mentionnés dans l'histoire des plantes de Ray 
(ayant tous au moins 30 pieds de diamètre , et de 2 
à 400 de hauteur); mais, par-dessus tout, le fameux 
châtaignier de l'Etna, dont la circonférence atteint 
50 mètres. Oserai-je énoncer l'opinion que plusieurs 
de ces immenses monuments végétaux remontent 
au-delà du dernier cataclysme de notre globe? Restés 
debout tandis que tous les êtres organisés étaient en- 
gloutis, ce sont des témoins vivants de cette grande 
période des révolutions de la terre, qui vit ses forêts 
de hautes fougères, peuplées de mammonts et de 
mastodontes, et dont toutes les productions de la na- 
ture avaient des proportions gigantesques. Oh ! que ne 
sont-ils doués de la parole, comme les chênes antiques 
de la forêtsacréede Dodone ! Nousleur demanderions, 
au lieu d'oracles, de nous instruire du passé ; ils por- 
teraient la lumière dans les profondes ténèbres de 
l'histoire mystérieuse des premiers âges. 

Le semis n'est pas l'unique moyen de reproduction 
des végétaux. La marcotte, la bouture, la greffe, sont 
souvent employées pour les plantes vivaces. Par les 
deux premières, on obtient la continuation du même 
individu ; par la greffe, on transporte un sujet sur un 



. 



285 

individu de même espèce : c'est un étranger introduit 
dans la famille, qui n'a qu'à s'en féliciter, car Topé- 
ration tend toujours à une amélioration. Du mode 
de reproduction par bouture, découle un fait dont 
on tire une nouvelle preuve des analogies qui existent 
entre les deux rognes. La bouture n'est autre chose 
qu'une portion débranche d'arbre ou de plante plon- 
gée en terre, dont les bourgeons poussent sous le sol 
des racines, et au-dessus des rameaux. Or, comment 
s'opère la multiplication des polypes et même des lom- 
brics ou vers de terre? Ne se reproduisent-ils pas en 
les divisant, en faisant des boutures? Cette analogie, 
ce mode de reproduction des plantes, comparé au 
mode semblable pour quelques êtres appartenant 
au règne animal, avait tellement frappé, au com- 
mencement du siècle, un naturaliste distingué, qu'il 
voulait que l'on considérât comme polypiers , les 
conferves et les ulves, et autres végétaux aquatiques 
de même nature, dont la reproduction s'opère en 
effet par tronçons ou boutures. On voit que par leurs 
bases ou leurs extrémités les plus imparfaites, les deux 
règnes organisés ont des rapports si intimes, qu'on ne 
saurait poser la limite qui les sépare* 

Nous avons suivi pas à pas le cours de la vie de la 
plante. Nous l'avons vue naître, se reproduire et 
mourir. Nous avons reconnu que, pour une parfaite 
analogie avec l'animal , il lui manque une organisa- 
tion nerveuse, la volonté, le pouvoir de translation. 
Si donc on ne peut donner à l'exercice de ses fonc- 
tions le nom de sensibilité, attribuons-lui un instinct 
bien inférieur sans doute à celui des animaux, mais 
aussi bien éloigné d'un simple mécanisme. Les végé- 
taux exercent réellement les mêmes fonctions qu'eux. 



286 

Us souffrent s'il y a dérangement dans ces fonctions; 
ils meurent quand elles cessent. Ils ont, comme les 
animaux, la veille et le sommeil ; or le sommeil c'est 
la suspension de la vie sensitive, car la vie végétale 
n'est jamais suspendue. 

D'après leurs remarquables analogies avec les êtres 
animés, et le faisceau d'observations formé par les 
naturalistes avec autant de sagacité que de persévé- 
rance, n'est-on pas en droit de prétendre que Us 
plantes ont des sensations? On objectera qu'on ne 
saurait admettre une solution aussi positive d'un 
problème, dont les données sont en général des im- 
pressions, plutôt que des faits incontestables. C'est 
juste aux yeux de la froide raison, et nous nous ber- 
çons peut-être d'une illusion; mais qu'on nous en 
laisse le charme, qu'on laisse à l'imagination le privi- 
lège d'enfanter si l'on veut des rêves, de mettre au 
jour des systèmes plus séduisants que fondés. Eh! 
qui pourrait ne pas aimer les croyances si populaires 
des anciens, cette ingénieuse mythologie qui animait 
toute la nature? Ainsi, dans le règne végétal, chaque 
arbre avait son hamadryade; sous l'écorce du pin et 
du laurier étaient captives deux victimes de l'amour : 
Pitys et Daphné. Le peuplier argenté renfermait les 
sœurs inconsolables de Phaëton. L'anémone rappelait 
Adonis; les pleurs de Myrrha, sa coupable mère, 
découlaient du balsamier. Narcisse, Hyacinthe, vi- 
vaient encore sous les traits de ces belles fleurs. 
Changée en tournesol, la jalouse Clythie suivait tous 
les mouvements du soleil. L'arbre k l'encens naquit 
sur la tombe de Leucothoé, baignée des larmes d'A- 
pollon. Le sang de Pyrame et Thisbé avait rougi le 
fruit du mûrier. Agités par le vent, les roseaux 



387 

rendaient les gémissements de la nymphe Syrinx, se 
précipitant dans les eaux pour échapper aux pour- 
suites d'un Dieu. Je ne saurais croire que ces êtres 
pourvus (Tune admirable puissance végétative, et 
dont la substance s'identifie avec celle de tout ce qui 
eut la vie et la pensée, ne soient eux-mêmes que de 
simples machines. Non, ils ont le sentiment physi- 
que du bien-être et de la souffrance. 

Un instinct plus développé serait-il pour eux une 
faveur, même à l'époque si intéressante de la floraison, 
où se manifestent avec tant d'énergie les caractères de 
la vie sensitive? Cette orgueilleuse tige qui frappe nos 
yeux par l'éclat de ses vives couleurs, ces fleurs dont 
les parfums enivrent nos sens , ces roses qu'envie la 
jeune fille pour parer son chaste sein ou arrêter les 
boucles de ses blonds cheveux, dans quelques heures, 
hélas ! se flétriront leurs brillantes corolles. Ce triom- 
phe bien court serait plein d'amertume, si un rayon 
d'intelligence leur faisait pressentir qu'il touche h leur 
tombeau. 

Bornons-nous donc à réclamer qu'on reconnaisse 
aux végétaux, aux fleurs, une existence telle que 
l'établissent tant de faits observés , et les nombreux 
rapports dont on ne saurait nier la réalité entre tous 
les actes de la vie des individus des deux règnes. En 
définitive, si les plantes n'ont pas des sensations, si 
elles ne possèdent pas un instinct, il est incontes- 
table qu'elles agissent comme si elles jouissaient de 
ces facultés. 

Concluons, dans le doute, comme aurait conclu 
notre naïf et spirituel Montaigne : 

Que savons-nous ! ! ! 



288 



Séance publique du 30 Juillet 4854. 



Présidence de M. Aug. Lloubes. 



PROGRAMME. 

Première partie. 

1° Ouverture ; 

â° Discours du Président ; 

3° Discours de M. le Préfet ; 

4° Musique ; 

5° Influence de la religion sur les beaux-arts, par 
M. l'abbé Fines, chanoine titulaire; 

6° Rapport sur l'exploitation de M. Jouy-d'Arnaud , par 
M. Companyo , fils ; 

7° Musique ; 

8° Rapport sur les plantations de M. Morat, par M. Corn* 
panyo, père; 

9° L'humble Israélite. — Le moyen de vivre long-temps, 
pièce de vers , par M. l'abbé Fines ; 

10° Musique, morceau entier. 

Deuxième partie. 

11° Des devoirs du médecin , par M. Faure ; 
12° Rapport sur les cultures de M. Marquy, par M. Siau ; 
13° Musique; 

14° Chronique perpignanaise , par M. Sirven ; 
15° Rapport sur la race porcine, par M. Faure; 
16° Le nid d'aigle, anecdote historique en vers, par 
M. Fabre ; 
17° Lecture du programme du prochain concours ; 
18° Remise des médailles et des primes ; 
19° Musique, morceau final. 



389 

A l'ouverture de la séance M. le Président pro- 
nonce le discours suivant : 

Messieurs, 

«S'il* a été donné à une génération d'apprécier 
tonte la valeur des fruits de la terre et tout le prix 
du travail de l'homme pour les multiplier, c'est 
assurément à la noire, et pendant Tannée que nous 
venons de traverser. 

« En effet, par une coïncidence bien fatale, toutes 
les substances alimentaires ont été à un prix excessif, 
et le blé, la plus importante de toutes, n'a pu se ven- 
dre qu'à un taux qui a dû amener de la gène sous 
beaucoup de toits , et qui en d'autres temps aurait 
donné des appréhensions pour la tranquillité publi- 
que. L'influence des idées religieuses, là civilisation 
avancée de la France et son bon sens, lui ont fait 
supporter avec résignation une crise que l'on ne 
pouvait imputer à personne, et dont le Gouverne- 
ment de l'Empereur avait, avec une rare prévoyance, 
adouci les effets autant qu'il était en lui de le faire. 

« Le retour périodique de cette cherté de céréales, 
d'autant plus sensible en France, que les habitudes 
d'alimentation des habitants y font consommer beau- 
coup de pain , porte avec lui un enseignement. Le blé 
doit être cultivé avec le plu* grand soin, et sa produc- 
tion augmentée. Dans un pays où il y a tant d'hommes 
et tant de capitaux, il ne faut pas qu'un pouce de ter- 
rain propre au blé soit abandonné aux ajoncs et aux 
eaux croupissantes et malsaines des marais: la charrue 
doit extirper les uns, un canal doit fèîre écouler les 
autres ; et de riches moissons s'élèveront la où naguère 

ne se formaient que des miasmes délétères. 

19 




290 

« La Société va décerner, tout k l'heure, unp mé- 
daille d'or, dont je dois faire une mention particu- 
lière. M.'Azéma, notre collègue, aussi modeste qu'a- 
gronome distingué, vient de dessécher un étang de 
deux cents hectares. Des difficultés de tout genre, des 
dépenses énormes ne l'ont pas arrêté : il a mené son 
œuvre à bonne fin, et conquis à l'agriculture, pour 
augmenter la production générale,, des surfaces im- 
menses couvertes par les eaux. C'est un bel exemple 
et une bonne chose ; mais, outre les nouveaux ter- 
rains ii consacrer au blé , il en est qu'il ne faut pas 
lui enlever, et nous devons désapprouver jce renver- 
sement d'idées qui fait affecter à la vigne des terres 
de première qualité pour la production du blé. Ce 
département a été sobre, je dois le dire, d'innovations 
de ce genre; il a compris que la quantité ne s'obtient 
qu'au détriment de la qualité, et que les vins du 
fioussillon seront toujours indispensables et recher- 
chés, si on leur conserve leur type particulier. Ce 
n'est pas dans un fonds généreux qu'ils le puiseront. 
Le Languedoc a dû sa fortune, j'en conviens, aux faits 
contre lesquels je m'élève; mais ce qui est fait avec 
excès ne peut exister long-temps. L'oïdium sévit avec 
plus d'intensité sur les vignes plantées dans un bon 
sol, et il vient de surgir pour elles un ennemi plus 
durable. 

«Le blocus continental donna naissance, il y a 
cinquante ans, à l'industrie du sucre de betterave; 
les résidus, mis à profit, fournirent quelques alcools, 
dont l'introduction dans le commerce passa d'abord 
inaperçue. C'est seulement depuis quelques années, 
que les eaux-de-vie de vin devaient compter dans le 
Nord avec les eaux-de-vie de betterave : elles vont 



291 

être exclues k peu près de ce marché. L'oïdium, en 
faisant hausser outre mesure les premières, a poussé 
à la production des */« de betterave, et les fabricants 
du Nord sont parvenus, à force d'essais, à obtenir 
directement du sirop, ce qu'ils ne pouvaient retirer 
que des résidus* Ils n'ont pas fait de sucre cette an» 
née, mais seulement de l'eau-de-vie ; et IVm en est 
venu à ce point, que, sur les marchés du Midi, on 
n'estime plus, pour établir le cours des */ej m le vin 
manque ou non, mais bien si la betterave est ou non 
malade. Singulière anomalie, qui ne peut aller qu'en 
augmentant, et qui aura pour résultat, dans le Midi, 
de faire restituer k la culture du blé les terrains trop 
généreux qu'on lui avait enlevés. 

«Ceci m'amène naturellement à vous entretenir 
quelques instants du terrible fléau qui sévit sur nos 
vignobles, et qui menace de les frapper de stérilité. 

« On a beaucoup cherché depuis quelque-temps à 
expliquer la présence de l'oïdium. Des systèmes plus 
ou moins ingénieux ont été mis en avant ; mais aucun 
d'eux ne supporte une discussion sérieuse, et les faits 
les contredisent tous. Dans notre opinion , il peut y 
avoir eu une cause occasionnelle de l'invasion ; mais 
elle n'existe plus. 

« En i 845 , on reconnut pour la première fois à 
Margate, sur des treilles cultivées dans des serres 
chaudes, la présence de l'oïdium. Ce cryptogame 
végétait peut-être avant cela sur les vignes sauvages, 
dans quelque coin ignoré du monde, et la flore de 
l'Europe en a été malheureusement enrichie, peut* 
être avec l'introduction de quelque cépage nouveau, 
peut-être avec l'importation de quelque plante nou- 
velle sur laquelle il vivait inaperçu. Des treilles de 



292 

Margate il passa aux treilles de Paris, à celles du 
reste de la France, de l'Italie, c'est-à-dire sur la 
vigne grimpante, se rapprochant le plus de l'état 
sauvage, et enfin il envahit les vignobles du monde 
entier. Partout, l'intensité du mal qu'il cause, aug- 
mente en raison de l'ancienneté de son apparition. 

((Comment admettre que la cause qui peut- avoir 
fait paraître l'oïdium en 1 845 existe encore et simul- 
tanément au cap de Bonne-Espérance, à Madère, aux 
tles Canaries, en Espagne, en France, en Hongrie, en 
Grèce, etc., c'est-à-dire sous les latitudes et les climats 
les plus opposés? Tout le monde reconnaît que c'est 
une végétation parasite, qui attaque la vigne; lés 
savants ont constaté qu'elle était produite par un 
champignon se multipliant par ses graines en huit 
heures. 

«Ainsi, pendant les vingt -quatre heures que la 
terre met a tourner sur elle-même, trois générations 
d'oïdium se sont succédées. Là est toute l'explication 
de la maladie et de son extension: pourvu d'organes, 
comme tous ses congénères, l'oïdium se reproduit de 
lui-même. et sans cause extérieure; il obéit à la loi 
de son existence, et sévit d'autant plus dans un pays 
qu'il s'y reproduit depuis plus long-temps. Ce sont là 
les laits dans toute leur simplicité; et en les acceptant 
on pourra, noua le croyons, atteindre un résultat. En 
effet, il est constaté que tous les traitements faits en 
vue d'une maladie de la vigne n'ont donné que des 
résultats négatifs, tandis que ceux qui ont attaqué 
seulement et directement la plante parasite en ont 
donné de satisfaisants. De ce nombre sont : le sou- 
frage comme à Thomery , l'emploi de brosses com- 
me à Saint-Rémy , celui de la terre bien sèche et 



99* 

tamisée au lieu de soufre comme h Estagel , et celui 
de la chaux du gazomètre comme h Perpignan» Cette 
année, où tout le monde expérimente, sera concluante 
pour l'efficacité des divers moyens curatife proposés; 
et nous estimons que si, Tannée suivante, on se con- 
certe, ou si l'on est contraint, comme cela a lien pouf 
l'échenillage , k se concerter pour attaquer partout, 
en temps opportun et convenablement, l'oïdium pao 
les moyens reconnus les meilleurs, on le contrariera 
dans sa végétation, on réduira ses ravages, et Ion 
arrivera successivement k le rendre inofiensif et à le 
faire disparaître. Ce ne sera pas l'œuvre d'un jour; 
mais Dieu n'a pas voulu que nous obtinssions quel- 
que chose sans labeur, et c'est pour en faire bon em- 
ploi qu'il nous a doués de notre activité. 

« Nous aurions failli à notre tâche si nous n'avions, 
pas livré les observations qui précèdent à la critique 
des hommes compétents : et comment ne la rempli- 
rions-nous pas, quand nous voyons un Prince de l'E- 
glise, dans sa gracieuse bienveillance et au lendemain 
d'un voyage fatigant, faire le sacrifice de quelques-uns 
de ses moments précieux pour encourager par son 
auguste présence nos modestes travaux; quand nous 
voyons les autorités les plus haut placées dans la 
hiérarchie faire trêve à leurs graves préoccupa lion s, 
pour rehausser l'éclat de celte solennité, et quand 
nous vous voyons, vous tous qui avez la bonté de 
m'écouter, nous apporter le concours de vos sym- 
pathies ! 

<t Une exposition de fruits et de fleurs sera faite en 
septembre par la Société: nous comptons, comme 
chaque année, sur l'empressement des exposants. 
Mais il se prépare à Paris, pour 1855, une exposition 



universelle , pour laquelle nous faisons appel au pa- 
triotisme de nos concitoyens. Le monde entier y sera 
représenté; la France doit y briller au premier rang. 
Préparons-nous, nous qui sommes si richement dotés 
par Dieu de produits naturels, k y figurer dignement. 
Ouvriers de cette immense ruche que forme la nation 
française, nous avons notre cellule à remplir; et pen- 
dant que nos fils ou nos frères suivent à travers le 
Bosphore et le Sund le chemin de la gloire et de 
l'honneur, et vont châtier dans l'ambition d'un chef 
de barbares, l'apôtre d'une hérésie, prouvons, si nous 
ne sommes pas assez heureux pour les suivre, que 
nous coopérons aussi dans notre sphère à tout ce qui 
peut augmenter la grandeur de notre patrie. » 



NtGOMPINSKS ACCORDÉES. 

Primes sur les 1.000 francs alloués par l'État. 

300 francs à H. Jouy-d'Arnaud pour son exploitation bien 
dirigée , ayant comparativement à sa surface la plus forte 
proportion de cultures fourragères. 

f 00 francs à M. Jouy-d'Arnaud , pour le bel ensemble de 
bétail entretenu sur son exploitation. 

150 francs à If. Azéma pour son dessèchement et mise en 
valeur de l'étang de Villeneuve. 

100 francs à M. J. Morat pour défrichement et plantation 
de terres précédemment incultes. 

100 francs à M. Jacques Marquy pour perfectionnement 
dans la ouKure maraîchère. 



295 

60 francs à Séraphine Randé pour quarante-huit «m de 
service comme serrante de ferme. 

40 francs i Dixonne, de Terrais , pour trente ans de 
service comme valet de ferme. 

50 francs à M. F. Fourcade, de Saint-Paul, pour sa charrue 
perfectionnée. 

100 francs & H. G. Cuillé, prime pour la multiplication et 
l'amélioration des animaux de l'espèce porcine. 



Médaille d'or & fti. Azénia pour son dessèchement de l'étang 
de Villeneuve. 

' ' 9 * 

Distribution entre cinquante-neuf concurrents de la somme 
de 2.965 francs pour primes du département pour l'amé- 
lioration de la race bovine. 



296 



Séance publique h 29 Juillet 1885. 



Présidence de M. Aug. Lloobes. 

Celle solennité, que M. le baron de Lassus-Saint- 
Géniès, M. le baron DufFourc d'Antist, général com- 
mandant la division , et M. Jouy-d'Antaud, maire de 
la ville de Perpignan, ont honorée de leur présence, 
avait attiré un public d'élite , heureux de témoigner 
aux agriculteurs l'intérêt qu'inspirent leur dévou- 
aient et leurs travaux. 

À deux heures précises, après une symphonie 
exécutée par les élèves des Frères de l'École chré- 
tienne, la séance a été ouverte par un remarquable 
discours, prononcé par M, le Président, sur les con- 
ditions actuelles et futures de l'industrie agricole 
dans le département des Pyrénées-Orientales. Cette 
allocution a été religieusement écoulée et vivement 
applaudie. 

Messieurs, a dit M. le Président : 

* • * 

«Nous avions émis, il y a un an, l'opinion que 
X oïdium n'était pas une maladie spéciale de la vigne. 
Cela a pu paraître paradoxal ; mais les faits sont ve- 
nus confirmer notre manière de voir. De nombreuses 
plantes de nos jardins, même de nos haies, ont été 
atteintes, dès le printemps, par ce cryptogame dé- 
vastateur, et, chose remarquable, elles sont toutes 
vivaces et à feuilles persistantes. Sur elles, comme 
sur la vigne , c'est moins la végétation que la frucii- 



297 

fication qui a souffert. Ceci semblç indiquer que les 
rudiments des fleurs, et plus tard les fruits, renfer- 
ment des sucs particuliers qui favorisent la repro- 
duction de ce redoutable parasite. Si Ton songe à son 
extrême petitesse , dont les secrets rie sont dévoilés 
que sous un microscope grossissant six mille fois ; et 
si Ton se rapporte aux dommages que font dans les 
champs tous ces insectes, dont la présence n'est re- 
connue que par la destruction qui en est la consé- 
quence , on est obligé de s'incliner devant la puissance 
des infiniments petits. Ceci ne doit pas cependant ef- 
frayer; et si la lutte semble être la condition insépa- 
rable de la vie, il faut lutter. 

« Le découragement a pris quelques personnes, et 
elles ne donnent plus h la vigne les mêmes soins. Elles 
commettent une déplorable erreur. Les sacrifices 
momentanés qui leur seraient imposés, seraient lar- 
gement compensés le jour où la vigne reprendrait sa 
luxuriante végétation; car elle ne paraît pas con- 
damnée à mourir : l'oïdium a disparu des. vignobles 
des environs de Paris, qu'il avait envahi les premiers; 
le tour des nôtres ne peut manquer d'arriver. En at- 
tendant, nous devons suivre avec intérêt toutes les 
tentatives qui se font pour détruire cette mucédinée, 
et elles ne sont pas concluantes, il faut le dire. 11 
n'existe point de moyen curatif proprement dit. Les 
traitements préventifs seuls donnent quelques ré- 
sultats; et parmi ceux-ci, l'emploi du soufre occupe 
le premier rang. Nous saurons sous peu s'il aura tenu 
tout ce que l'apparence promet dans ce. moment. 

aSi l'une des mamelles de notre agriculture est 
accidentellement tarie , il en est d'autres heureuse- 
ment qui coulent abondamment, sans pouvoir toute* 



298 

fois la suppléer. Cest le cas d'apprécier combien la 
parfaite entente de la cnltnre peut augmenter la ri* 
chesse d'une contrée ; et pour la nôtre, en particulier, 
nous devons dire que si ses procédés sont perfection- 
nés, elle a un peu négligé l'industrie agricole. Que de 
plantes textiles, tinctoriales, oléagineuses ou médici- 
nales, que de racines qu'elle pourrait s'approprier? 
Que de bétail elle pourrait élever, et que d'engrais 
elle pourrait se procurer avec les foins qu'elle laisse 
exporter sans aucune compensation pour elle ! Nos 
agriculteurs ne manqueront pas de s'engager dans la 
voie du progrès, maintenant qu'il s'agit de combler 
le déficit de la vigne, et que les distances s'effacent 
devant la rapidité des communications, qui permet 
d'aller étudier ce qui se fait ailleurs que chez soi. 

«Nos cultures maraîchères ont distancé les cul- 
tures purement agricoles. Soumises à des conditions 
différentes, et stimulées par l'appât du bénéfice, elles 
progressent constamment, et nos maraîchers arrivent 
sans chaleur artificielle , en forçant les semis sous 
châssis, en repiquant à l'air libre et seulement au 
moyen d'abris , à obtenir des produits précoces dont 
la beauté le dispute à la saveur. 

« Encore quelques mois , et les locomotives qui 
siffleront h nos portes achèveront la conversion en 
jardins de presque tous nos terrains irrigués. Alors 
se répandront forcément dans le Midi tous ces* prati- 
ciens du jardinage du Nord, qui ne pourront plus 
lutter, et qui viendront vulgariser cette taille rai- 
sonnée des arbres, qui, pour ne pas être indispen- 
sable chez nous, n'en est pas moins le moyen presque 
assuré d'empêcher le fruit de tomber en été, et de le 
rendre plus gros. 



299 

« La culture générale doit obligatoirement se per- 
fectionner. La valeur du sol va s accroissant conti- 
nuellement : l'accroissement du produit doit suivre. 
L'émoi qu'a causé il y a quelques années la décou- 
verte de nouveaux pays aurifères , a dû avoir beau* 
coup d'analogie avec celui qui suivit, il y a trois 
siècles, l'exploitation des mines du Mexique et de 
l'Amérique du Sud. Cependant aucune perturbation 
n'en résulta : la fortune publique se créa, la propriété 
acquit une valeur, l'aisance se répandit.' A notre épo- 
que, dans des proportions beaucoup plus vastes, et sur 
une population beaucoup plus considérable, les mê- 
mes effets se produiront. Comment appréhender que 
l'or devienne trop commun, quand l'industrie et les 
arts créent chaque jour de nouvelles valeurs; quand 
le commerce amène de nouveaux produits; quand l'in- 
cessante activité de l'homme le pousse a accroître la 
somme de son bien-être ! Quelle preuve n'avons-noua 
pas de tout ceci dans la merveilleuse création des che- 
mins de fer 1 De quelle quantité la valeur primitive 
do sol sur lequel ils sont établis n'a~t«elle pas été ac- 
crue ! Et de quelle somme leur valeur d'achèvement 
n'a-t-elle pas été augmentée! Sur ceux qui sont ex- 
ploités, elle a plus que doublé. Pour représenter le 
capital énorme que vaudront les chemins de fer seuls, 
il fellah indtspensablement un accroissement du métal 
circulant : c'est le phénomène qui s'accomplit sous nos 
yeux. Il marquera un des grands progrès de la société 
humaine. Nous y voyons la civilisation pénétrant d'un 
bond dans de vastes contrées qui lui avaient été re- 
belles; la navigation prenant un essor indéfini, la 
valeur mobilière se développant sans limite, et sur- 
tout le prix de la terre, dont chacun ambitionne d» 



300 

posséder une parcelle comme représentation palpable 
de sa fortune, s'élevant d'autant plus que des bornes 
sont posées à son étendue. 

« Il est douteux qu'au retour de la paix, et avec une 
production normale, certaines denrées redescendent 
à leurs anciens prix : l'abondance de l'argent tendra à 
les rendre plus rémunérateurs pour le producteur. 
Ce sera en somme la main d'oeuvre qui y gagnera ; car 
elle est subordonnée à la valeur des substances les plus 
indispensables à la vie. 

« Dans ce mouvement ascensionnel de la richesse 
des nations, la France est appelée à recueillir la plus 
large part et à atteindre, sous un gouvernement fort, 
une prospérité inouïe : à quel spectacle n'assistons-nous 
pas dans ce moment ! 

« Au lendemain d'une révolution qui a imposé bien 
des sacrifices , de grandes entreprises sont créées , les 
capitaux affluent. Pour continuer des combats de 
géans, trois appels sont faits à la nation dans un court 
intervalle, et trois fois elle veut donner tant d'or qu'on 
ne peut l'accepter. Si pour oser tenter la guerre juste 
qui couvre de gloire notre drapeau, il a fallu être 
l'Empereur; pour pouvoir la soutenir, il a fallu être 
la France. 11 semble qu'il soit dans sa destinée d'être 
la partie militante de l'humanité , et de devoir tenir 
constamment l'épée à la main. S'unissant dans un 
sentiment commun de patriotisme et de haut intérêt 
européen avec le souverain qu'elle a élu, elle lui a 
offert ce qu'elle a de plus précieux, ses enfants; ce 
qu'elle peut montrer avec orgueil, comme le fruit 
de son génie et de ses sueurs, ses trésors; et pleine 
de confiance, lui a dit: prenez-les. Aussi sa grandeur 
éclate aux yeux du monde entier, et nulle autre ne 



301 

pourrait lui être comparée. Pour la défendre, elle 
peut appeler aux armes chaque année cent quarante 
mille de ses fils, sans dépeupler les champs ni l'ate- 
lier; elle peut faire sillonner toutes les mers par sa 
marine, ce luxe de la puissance; elle peut, enfin, 
s'appuyer sur une vaillante armée, et compter sur 
l'union des Français se resserrant chaque jour plus 
étroitement : soyons heureux et fiers d'une pareille 
situation ! » 

M. Fauvelle lit ensuite un travail ingénieux et 
profond sur les causçs de la dérivation des cours 
d'eau. 

Dissertation sur la véritable grandeur, par M. Aus- 
sel, professeur de seconde au collège de Perpignan. 

M. Antoine Siau présente un intéressant rapport 
sur la production et l'exportation de nos fruits et 
•légumes. 

. Vient ensuite une notice de M. l'abbé Fines sur 
le célèbre évéque Gui de Terréna, enfant de Perpi- 
gnan, qui a mérité d'être appelé par plusieurs histo- 
riens le plus savant homme de son siècle. 

M. l'abbé Fines donne aussi lecture d'une pièce 
de vers en l'honneur de Notre-Dame de Font-Romeu. 

Après un court intermède musical, M. Guiraud 
de Saint-Marsal lit, avec sa verve accoutumée, une 
relation historique sur les inondations de la Basse et 
de la Tet. 

M. Faure exprime quelques idées lumineuses sur 
les progrès de notre civilisation, et sur la part que 
lui apportent les sociétés littéraires, scientifiques et 
agricoles. 

Éloge de la science par M. Danjan. Ce travail re- 



302 

marquable se recommande par quelques idées neuves 
et heureusement exprimées. 

Après cela M . Ribes , sous-secrétaire , communique 
un article très curieux de M. Durand , de Saint - 
Nazaire, sur le chien de berger. 

En l'absence de M. Fabre, retenu chez lui par 
une indisposition, M. Faure lit une nouvelle corn* 
position poétique de M. le Secrétaire de Ta Société. 
Elle est intitulée la Dinde, et se trouve parmi les 
pièces de vers que renferme ce bulletin. 

La séance a été terminée par la distribution des 
encouragements agricoles qui faisait l'objet principal 
de la réunion. Toutes les primes pour l'amélioration 
de la race bovine ont été adjugées sur les fonds dé- 
partementaux ; leur montant s'est élevé à 2.220 fr. La 
Société a décerné en outre une médaille de bronze 
à M. Magnères, de Saint-André, pour sa taille in- 
telligente de l'olivier. 

Cette séance a prouvé, encore une fois, que la 
Société s'occupe avec une activité de plus en plus 
grande des intérêts moraux et matériels du pays, et 
qu'elle sera à la hauteur de sa mission le jour où les 
nouvelles destinées qu'on nous prépare rendront plus 
nécessaires que jamais son initiative et son concours. 



303 



DU CATALOGUE DES INSECTES COLÉOPTÈRES 

OBSERVÉS DANS LE DÉPARTEMENT DES FTRÉI1ÉES -ORIENTALES, 
AVEC INDICATION DES LOCALITÉS, 

Par M. CamPJLVYa, Doct. -Médecin, Directeur-Conservateur du Muséum 
d'histoire naturelle de Perpignan, Vice-Président de la Société. 



FAMILLE DES BYDROCANTH ARES*. 

Premier Genre. — ■ Dytiscus. — Lin . 

1 . Dy t. dimidiatus, Illiger. Gallia. (Pyr. -Orient.) 

Noos trouvons cette espèce dans les fossés dont l'eau est stagnante 
des parties basses de Château -Roussillon; mares d'eau près Canet, 
dans le CagarelL- Rare. 

2. Dyt. marginal ts, Lin. Paris. (Pyrén -Orientales.) 
Commun dans les mares d'eau de tontes les parties basses du littoral. 

* Ce travail fait suite au Catalogue des Insectes coléoptères observés dans 
le département des Pyrénées-Orientales, avec indication des localités, publié 
par M. Companyo, docteur-médecin. 

L'abondance des travaut que devait publier la Société dans son dernier 
BulUlim, fut cause qu'on renvoya au Bulletin de cette année la suite des 
familles qui appartiennent aux pentamères; les carabiquet seulement furent 
publiés, et aujourd'hui nous donnons les hydrocantkaret et j usqu'aux lamelli- 
cor%$$ inclusivement. Nous renvoyons au Bulletin qui sera publié l'année 
prochaine le complément du catalogue j cette partie se composera des hété- 
romères, telranUres, trimères et dmèrt$. Ainsi, dans trois ans, nous aurons 
donné le catalogue complet des insectes coléoptères du département des 
Pyrénées-Orientales. Ce travail sera d'un grand secours aux entomologistes 
qui viendront explorer nos riches vallées. 



30* 

3. Dyt. circumcinctus, Ahr. Galliabore. (Pyr.-Or.) 
Fossés vaseux des prairies de Thoir et de Canohès. Il ressemble 

beaucoup au marginalis; mais sa ferme an peu plus allongée et pins 
rétrécie sur le devant, le font bientôt distinguer. Rare. 

4. Dyt. circumflexus, Fab. Pam; (Pyrén.-Orientales.) 

Tontes ces espèces se ressemblent beaucoup et habitent tontes les 
mêmes lieux. On lès trouve généralement dans les parages où les 
eaux sont stagnantes. Il faut faire une grande attention pour les dis- 
tinguer entr'elles. Celle-ci se rapproche beaucoup des deux dernières. 
Ce qui la fait reconnaître, c'est que la couleur générale est d'un vert 
plus clair, et l'écosson en est jaune. Commun. 

5. Dyt. punctulalus, Fabri. Paris. (Pyr. -Orientales.) 

6* Dyt. perplexus, Dej. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

Ces deux espèces sont assez communes dans' les fossés et mares 
d'eau près du Cagartll, à Can'et, et dans toutes les eaux bourbeuses 
qui sont dans les parties basses, de la Salanque. 

Deuxième Genre.— -Trochalus. -^Eschscholtz. 

1. Tro. Roselii, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Trouvé dans les fossés des eaux vives de toute la plaine du Rous- 
sillon, et dans les fossés des parties basses de la Salanque. Commun. 

* « 

2. Tro. patruelis, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 
Fossés des fortifications, derrière la citadelle, dans les eaux qui y 

séjournent, et dans les eaux stagnantes de la lunette du chemin de 
Villeneuve-de-la-Raho. Rare. 

Troisième Genre. — dcîlius. — Leach. 
\. Aci. sulealus, Fab, Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Aci. dispar, Ziegl. G allia bore. (Pyr.-Orientales.) 
Ces deux espèces sont communes dans toutes les eaux qui séjournent 

dans les fossés des prairies de Thuir, Canohès et dans la Salanque. 

3. Aci. canaliculatas, Illigeb. Hispania. (Pyr.-Or.) 
Nous avons pris cette espèce dans les gouffres dis ravins des Al- 
tères, aux environs de Sorède, et dans la vanee de Banyuls. Rare. 



305 
Quatrième Genre. — Graphoderus .— Schscholtz. 

1 . Gra. hilineatus, Pàykull. G allia bore. (Pyr.-Or.) 

2. Gra. ci ne re us, F abri. Paris. (Pyrén.-Orien taies.) 
Noos avons constamment trouvé ces deux espèces dans les mêmes 

lieux , les fossés des parties basses de tout le littoral où les eaux sé- 
journent ; nous les avons encore prises dans les fossés couverts d'eau, 
dans le Cagarell, près Canet. Commun. 

Cinquième Genre. — Hydaticus. — Leâch. 

1 . Hyd. transversalis, Fabri. Paris. (Pyr. -Orientales.) 
Cette jolie espèce se trouve fréquemment dans les ruisseaux des eaux 

vives de Thuir et de Millas, dans les parties basses. 

2. Hyd. hybneri, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
Dans les eaux qui coulent sous le fortin de Bellegarde, du coté de 

l'Espagne. Rare. 

3. Hyd. distinct us, Dej. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 
Aux environs de Céret. Gouffres sous la fontaine d'en Dauder, 

et dans les gouffres des ravins de ses environs. Rare. 

Sixième Genre. — Scutopterus. — E schscholtz. 

I . Scu. coriaceus, Hoffman. GaUia merid. (Pyr.-Or.) 
Cette jolie espèce habite les mares d'eau des ravins des montagnes 
secondaires , toutes les Albères et les ravins qui en dépendent , les 
environs du fort Bellegarde, la montagne de Céret, la y allée de Ba- 
nynls, tous les ravins de la montagne de Force-Real. 

Septième Genre. — Cymatopterus. — Eschscholtz. 

1 . Cym. fuse us, Fàb. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cym. striatos, Fàb. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cym. dolabratus, Payktjll. Suecia. (Pyr.-Orient.) 
Ces trois espèces se trouvent généralement dans toutes les mares 

d'eau , dans tous les fossés de la Salanque , et dans tous les cours 

20 



306 

d'eaux vives qui sont un peu dormantes. Peu de différence distin- 
gue les deux premières espèces ; il est facile de les confondre. Le 
s tria tus, cependant, diffère dufuscus par le corselet jaunâtre, avec 
une tache noire. Commun. 

Huitième Genre. — Liopterus. — Eschscboltz. 

1 . Lio. oblongus, Illiger Paris. (Pyrén .-Orientales.) 

Comme le genre précédent , dans toutes les mares d'eau et fossés 
stagnants. On le trouve parmi la vase , en retirant le filet lorsqu'on 
chasse pour se procurer les insectes de cette famille. Rare. 

Neuvième Genre. — Rantus. — Eschscholtz. 

i . Ran. suturalis, Dej. Germania. (Pyr.-Orientales.) 

2. Ran. notatus, F abri. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 
Ces deux espèces sont communes dans les eaux qui stagnent dans 

les fossés , derrière la citadelle , et aux fossés de la lunette du ruis- 
seau de las Canals. 

3. Ran, agilis, F abri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Ran. adspersus, F abri. Suecia. (Pyr.-Orientales.) 
Nous avons constamment trouvé ces deux espèces dans les eaux 

des parties basses de Saint-Cyprien , et dans la grande agouille de 
la mer qui traverse la plaine de Bages à Avoir ich, pour aller se 
jeter à la mer sons YAspurou. 

Dixième Genre. — Cotymbètes. — Clairville. 

1. Col. bipustulatus, Fab. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

2. Col. ater, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Nous trouvons ces deux espèces dans les mares et les fossés des 
parties basses. La première se distingue des autres espèces de cette 
famille par deux points très rouges sur la partie postérieure de la 
Mie. 

3. Col. fenestratus, F abri. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

4. Col. fuliginosus, F abri. Paru. (Pyr.-Orientales.) 



307 

5. Col. gut talus, iPitkuLL. G allia. (Pyr .-Orient aies.) 

6. Col. convertis, Dej. Gallia. (Pyrén. -Orientales.) 

C'est dans la vase des fossés ou des mares dont 1 ean est stagnante 
qu'on doit aussi chercher les individus qui appartiennent a ce genre. 
Ainsi toutes les parties basses du littoral nous les fournissent : les 
eaux Vives de Canohès, de Thuir, de Millas et de Saint-Félin sont 
les endroits ou il faut les chercher. II y a cependant quelques exeep- 
lions; on trouve quelques-unes de ces espèces dans les mares des 
régions moyennes des montagnes secondaires. Assez commun. 

7. Col. biguttatus, Olivier. Gallia merid. (Pyr. -Or.) 

8. Col. brunneus, F abri. Gallia merid. (Pyr.-Orient.\ 

Col. castaneus, Schouherr. Hispania. (Pyr -Or.) 
Dans les eaux des fossés des fortifications, derrière la citadelle, et 
à la lunette du ruisseau de las Canals. Cette dernière s'y trouve fort 
rarement. 

9. Col. bipunctatus, F abri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

J'ai trouvé cette jolie espèce dans les eaux des fossés du Mas de 
Zeule. Le corselet est jaune, avec deux points noirs, qui contrastent 
singulièrement avec le corps, qui est très noir; les élytres sont mé- 
langés de jaune et d'un bran obscur. Rare. 

10. Col. chalconatus, Panzer. Paris. (Pyr. -Orient.) 

1 1 . Col. didymus , Olivier. Gallia merid. (Pyr. -Or.) 

12. Col. maculatus, F abri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

13. Col. sturmii, Schonherr. Paris. (Pyrén .-Orient;) 

Ces quatre espèces sont assez communes dans les eaux vives et dor- 
mantes de la plaine. Le chalconatus se fait aussitôt remarquer 'par 
la couleur générale d'un bronzé obscur, avec deux points ferrugi- 
neux sur la tête ; tandis que le maculatus a son corselet traversé pa r 
une large bande ferrugineuse, et les élytres marqués de petites tache ft 
longitudinales pâles. Le sturmii est beaucoup plus rare que les autres 

14. Col. nigrîcollis, Dahl. Sicilia. (Pyr.-Orientales.) 

1 5. Col. arclicus, Payrull. Laponia. (Pyrén.-Orient.) 
Ces deux espèces se trouvent plus particulièrement dans les eaux 



308 

des fossés des fortifications de la citadelle; dans les eaux des fossés 
des parties basses de Gauet moins fréquemment. 

16. Col. paludosub, Fabri. G allia. (Pyrén. -Orient.) 

Col. uliginosus, Fabri. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

Col. aquilus, Dej. G allia merid. (Pyrén. -Orient.) 
Ces trois espèces habitent les eaux vives de la contrée de Tboir; 
nous les avons trouvées très rarement dans nos marais. Le col. palu- 
dosus est pins bombé que les antres, d'un noir brillant ; les bords do 
corselet et les parties de la bouche sont rongeâtres, les élytres brans, 
avec des points enfoncés, forment, vers l'extrémité, des stries irré- 
gulières. 

17. Col. femoralis, Paykull. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

18. Col. abbreviatus, Fabri. G allia. (Pyrén. -Orient.) 

19. Col. basai i s, Dej. G allia merid. (Pyrén.-Orient.) 

20. Col. meridionalis, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

21. Col. quadriguttatus , Dej. Paris. (Pyrén.-Orien.) 

22. Col. congener, Gyllbnsal. Suecia. (Pyr. -Orient.) 

Ces six espèces se trouvent dans les eanx des parties basses de la 
Salanque ; les agouti Us on l'eau stagne, dans les environs du Caga- 
rtll, à Vagouille de la mar; dans les parties basses. C'est toujours 
en traînant le filet sur la vase et parmi les plantes aquatiques qu'on 
est sûr de se les procurer. - 

Onzième Genre. — Laccophilus. — Leach. 
« 

1. Lac. rai nu lus, Fabri. Suecia. (Pyrén. -Orientales.) 

2. Lac. obscurus, Pauzer. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

Déjean le regarde comme une variété du minutus; nous pensons 
que celte observation est juste. On ne peut lui trouver de différence 
bien marquée, si ce n'est la couleur générale plus sombre et les taches 
moins distinctes. 

3. Lac. variegatus, Knoch. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 
On trouve ces trois espèces dans les mares du littoral et dans les 

eaux vives de la contrée, notamment à la lunette do ruisseau de las 
Canal*. Le variegatus est plus rare que les autres espèces. 



309 
Douzième Genre.— Noter us . — Latheiixe. 

1 . Not. laevis, Dejt. G allia merid. (Pyrén.-Orientales.) 

2. Nol< crassicornis , Fabrî. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

Comme les précédents , dans les mares et les fossés dont l'eau esl 
stagnante, derrière la citadelle, et dans les parties basses de Canet et 
de Châieau-Roussillon. 

Treizième Genre. — Hygrobia. — Latheiixe . 
1. Hyg. hermanni, F abri. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

Trouvé dans les mares d'eau sur la roule de Port-Vendres, au-delà 
du pont sur le Tech, dans les eaox vives et stagnantes. Cette espèce 
est très rare. 

Quatorzième Genre. — Hatiplus. — Latheiixe. 

1. Hal. aequalus, Dej. Lombardia. (Pyr. -Orientales.) 

2. HaL elevatus, Panzer. Gallia. (Pyr.-Orien taies.) 

3. Hal. ferrugineux, Linné. Suecia. (Pyr.-Orien t.) 

4. Hal. badius, Uexrich. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

5. Hal. variegatus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Hal. marginepiinctatus,STURN.Germama.(Pyr.-0.) 

Variété de Yimpressus, Dejean. 

7. Hal. bistriolatus, DvriscnmD. Paris. (Pyr.-Orient.) 

8. Hal. obliquus, F abri, Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

9. Hal. rotundatus, Dahl. Gallia mer. (Pyr.-Orient.) 

Comme les insectes de toute cette famille, ce genre se trouve aussi 
dans les eaux vaseuses. Leur petite taille les fait échapper à nos re- 
cherches ; cependant lorsqu'on retire le filet des eaux , après l'avoir 
promené quelque temps sur la vase , il n'est pas rare d'y en trouver 
quelques-uns ; ils se tiennent aussi sous les pierres, au fond des fossés 
on des mares. Les hatiplus obliquus, ferrugineux et variegatus*. 
sont plus rares que les autres. 



310 
Quinzième Genre. — Hydroporus.— Latbeille. 
4. Hyd. picipes, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Hyd. sex. punctatus, Fab. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

3. Hyd* erythrocephalus, Fab. Paris. (Pyr.-Orient.) 

4. Hyd. planus, Fabri. Germania. (Pyr. -Orientales.) 

5. Hyd. tristis, Payrull. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

Il bot encore chercher les espèces de ce genre dans les eaux stag- 
nantes. Elles se tiennent dans la vase et au pied des plantes aqua- 
tiques qui croissent au milieu des eaux, sous les pierres du fond des 
mares; c'est avec le filet qu'on peut les saisir, en le promenant et en 
l'agitant sur la vase. On' trouve assez communément ces cinq espèces. 

6. Hyd. duodecim pustulatus, Fab. Gallia. (Pyr.-Or.) 

Cette très jolie espèce est assez rare; on la trouve plus particulière- 
ment dans les petits gouffres des torrents qui descendent des Albères, 
à Sorède et dans la vallée de Banyuls. Elle est d'un jaune roageâtre, 
avec le bord antérieur du corselet noir ; les ély très sont noirs , sur- 
montés de six larges taches chacun , qui ont les bords reugeitres. 

7. Hyd. distinct us, De/. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

8. Hyd. opatrinus, Illiger. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

9. Hyd. lineatus, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Ces trois espèces sont communes dans toutes les eaux des parties 
basses de la Salanque. V opatrinus est pubescent , ponctué et d'un 
noir assez brillant. Le lineatus a les élytres noirâtres , avec le bord 
extérieur et quatre lignes longitudinales jaunâtres. 

10. Hyd. pictus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

11. Hyd. insqualis, Fab. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

12. Hyd. fluviatilis, Leach. Anglia. (Pyr. -Orientales.) 

13. Hyd. cris ta tus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Ces quatre espèces sont très minimes et on les saisit avec difficulté ; 
elles se trouvent aussi au fond des eaux vaseuses. Le pictus est noir 
et ponctué; les élytres offrent une tache jaune irrégulière à la base, 
et une autre crochue à l'extrémité, réunies ensemble par une ligne de 



311 

la mime couleur. Noos trouvons quelquefois une variété fort remar- 
quable de cette espèce, dont la ligne qui réunit les deux taches des 
élytres manque tout-à-fait. 

14. Hyd. reticulatus, Fab. ) Lapponia. 

quinque lineatus Zettjrstedt.J (Pyr.-Or.) 

On trouve cette espèce quelquefois sur les plantes, dans le voisinage 
des eaux. Elle est d'un jaune ferrugineux; les élytres noirs et sioués* 
Rare. 

15. Hyd. griseostriatus, Gylleuhal. £ueaa.(Pyr.-Or.) 

16. Hyd. lepidus, Schonher. Gallia merid. {fyr .•Or.) 

17. Hyd. neglectus, Dej. Gallia. merid. (Pyr. -Orient.) 

18. Hyd. nigrita, Fabrici. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

Ces qoatre espèces sont iVéqaentes dans les eaux vives do bassin 
de Canohès. Noos les trouvons aussi sous ChAteau-Rousstllon et dans 
les eaux de cette contrée, ton jours dans la vase et parmi les plantes 
aquatiques. 

19. Hyd. geminus, F abri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

20. Hyd. flavipes, Oliv. Paris. (Pyrén ••Orientales.) 

21. Hyd. pumilus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

22. Hyd. lineolatus, Dahl. Italia. (Pyrén .-Orient.) 

-Ces quatre. espèces, excessivement petites, sont communes dans 
toutes les eaux des deux bassins de la Tet et dn Tech, dans les par- 
ties basses, près des étangs et des eaux stagnantes des fossés; 
leur très petit volume fait qu'on les saisit avec difficulté. M. Déjea* 
regarde le lineolatus comme une variété du flavipes (Olivi). 

23. Hyd. dorsalts, F abri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

On la trouve dans les eaux boorbeoses. C'est une très petite espèce 
et fort jolie ; elle offre deux variétés. Dans la première, les taches 
de la base des élytres sont nulles; dans la seconde, les taches de la 
base des élytres, réunies au bord externe, forment une espèce de faciès 
assez bizarre. 

24. Hyd. cuspidatus, Gerhar. Germania. (Pyr.-Or.) 

25. Hyd. lincellus, Gyixenhal Germania. (Pyr.-Or.) 



31* 

26. Hyd. velutinus, Dej. Nord. (Pyrén. «Orientales.) 

27. Hyd. minutissimus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 
Gomme toutes les espèces de ce genre, elles sont très petites, et se 

trouvent aussi dans la vase et sur les plantes qui vivent dans l'eau , 
sous les pierres qui sont au fond , et on ne peut se les procurer qu'à 
l'aide du filet, qu'on promène dans la vase. Les eaux vives et dor- 
mantes sont celles où on les trouve de préférence. 

28. Hyd. fasciatus, Dahl. halia. (Pyrén. -Orientales.) 

29. Hyd. varias, Dej. Gallia merid. (Pyrén. -Orient.) 

30. Hyd. canaliculatus, Illiger. Hispania. (Pyr.-Or.) 

31. Hyd. nigrolineatns, Stev. Russia mer. (Pyr.-Or.) 
Noos avons constamment trouvé ces espèces dans les eaux stag- 
nantes des fossés 'aux environs de Salses, vers les parties basses, et 
c'est aussi à l'aide du trouble-eau qu'on peut se les procurer. Leur 
petite taille est la cause qu'elles échappent souvent à nos recherches. 

Seizième Genre . —Hyphidrus . — L atre i lle . 

1 . Hyp. variegatus, Illiger. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Hyp. ovatus, Lin. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Hyp. ovalis(var. de Yovatus\ Fab. Paris. (Pyr.-Or.) 
Ce genre se trouve aussi dans les eaux de toute la Salanque , les' 

fossés où l'eau séjourne, et les flaques d'eau que la rivière forme par 
ses débordements. Ils ressemblent assez au genre précédent ; mais 
leur corps court , épais , ovale , presque globuleux , les fait bientôt 
distinguer. 

Dix-septième Genre. — Gyrinus. — Linné. 

4. Gyr. lineatus, Hoffmansbgg. Gallia. (Pyr.-Or.) 

2. Gyr. natator, Fabri. Paris. ( Pyrénées-Orientales.) 

3. Gyr. marinus, Gyllenhal. Gallia. (Pyr. -Orient.) 

4. Gyr. min u tus, Fabri. Suecia. (Pyrén .-Orientales.) 

5. Gyr. angustatus, Dahl* Dalmatia. (Pyr. -Orient.) 



313 

6. Gyr. elongatos, Dahl. À us tria. (Pyr. -Orientales.) 

7. Gyr. bicolor, Paykoll. Suecia. (Pyr.-Orientalcs.) 

8. Gyr. dorsalis, Gyllenhal. Suecia. (Pyr.-Orient.) 

Ce genre diffère par ses habitudes, des autres genres de cette fa- 
mille. Ils se tiennent ordinairement sur les eaux, et ils y nagent avec 
une extrême agilité ; ils se meuvent dans toutes les directions. On les 
▼oh presque toujours en grand nombre. Leurs élytres sont métalli- 
ques et reflètent à ta surface des eaux la lumière du soleil. Dès qu'un 
danger les menace, ils plongent avec une célérité remarquable, et se 
cachent dans la we. Le bicolor et le dorsalis sont beaucoup plus 
rares que les autres. 

i 

Dix-h U i tième Genre «— Orectochilus . — Eschscholts. 
1. Ore. villolus, Fabricius. G allia. (Pyr. -Orientales) 

On a séparé cette espèce du genre gyrinus pour en former le type 
du genre orectochilus. Il est olivâtre et couvert en-dessus d'un léger 
duvet gris; il vit dans les eaux courantes. Rare. 

TROISIÈME FAMILLE. — BflACHELYTRBS. — ClJVIER* 

Premier Genre. —Vetteùis. — Leach. 

i. Vel. dilatatus, Fabrî. G allia. (Pyrén.-Orientales.) 

On le trouve près des monceaux de fumier et dans les champs où 
il en a été répandu , sous les mottes et parmi les broussailles ; il est 
toujours isolé et probablement attiré en ces lieux par les larves des 
divers insectes qui s'y tiennent. Rare. 

Deuxième Genre. — Emus. — Leach. 

1. Em. maxillosuSy Fabr. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 
Il est commun près des tas de fumier des écuries et de la campa- 
gne; il n'est pas rare de le voir voltiger dans les rues où se trouve- 
une écurie avec du fumier. Commun. 

2. Em. hirtus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
Cette espèce se trouve constamment près des corps morts, les rep- 



314 

tiles en putréfaction, les taupes, et tonte sorte d'animaux qui se dé- 
composent. En fouillant dans ces. cadavres, on est sûr d'y trouver ce 
joli insecte. Commun. 

3. Em. erylhroplerus, Fàbri. \ Austria. 

dinudiaticornis, Ziegler. ) (Pyr.-Orient.) 
Cette espèce se trouve particulièrement parmi les broussailles ame- 
nées par les eaux dans les parties basses de tout le littoral. Commun. 

4. Em. olens, F abri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Em. fbssor, Fàbri. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 
On trouve ces deux espèces dans les terres , sons les pierres et les 

broussailles, souvent aussi près des corps morts. Lorsqu'on place 
quelque cadavre comme arrêt pour y prendre des insectes , il n'est 
pas étonnant d'y trouver ces deux insectes tontes les fois qu'en Ta le 
visiter. Commun. 

6. Em. nebulosus, F abri. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

7. Em. cyaneus, Fàbri. ) Styria. 

cyanescens, Ziegl. ) (Pyrénées-Orientales.) 

8. Em. similis, F abri. (var. alpestris, Dàhl.) Austria. 

(Pyrénées-Orientales.) 

9. Em. fuscatus, Grayenborst. Austria. (Pyr.-Or.) 

10. Em. morio, Gyllenhalt. Suecia. (Pyr.-Orient.) 
Ces cinq espèces se trouvent répandues dans les terres , sous les 

mottes , dans les broussailles et sous les pierres où il y a de l'humi- 
dité. Les Em. fuscatus et morio sont regardés comme deui variétés ; 
réellement les caractères qui peuvent les distinguer sont peu sensibles. 
Ils sont plus rares que les autres. 

11. Em. pubescens, Fabri. Paru. (Pyr.-Orientales.) 

12. Em œneocephalus, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

Sous les broussailles qui ont été accumulées dans les fossés par les 
eaux , dans toutes les parties basses et près des étangs de toute la 
Salanque, on trouve ces déni espèces ; elles n'y sont pas cependant 
très communes. 

13. Em. rufipes, Latr. Dej. Dahl Dalmatia. (P.-O.) 
Noos avons constamment trotrvé cette espèce dans nos voyages aux 



315 

régions élevées de nos montagnes secondaire*, dans les champs, sous 
les mottes de terre et parmi les broussailles des fossés. Rare. 

14. Em. lutarius, Gràtenhorst. G allia. (Pyr.-Or.) 

15. Ein. murinus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orienta les.) 

16. Em. rufipalpis, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

17. Em. jucundus, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

Dans les champs, les vignes, les olivettes, au pied des arbres où se 
sont accumulées des broussailles putrescibles. Près des tas de fumier for- 
més depuis quelque temps ; en en remuant les bords, on est sur d'y 
trouver quelqu'un de ces insectes. Le murinus et le jucundus sont 
plus rares. 

Troisième Genre. — ^rfropeiu;.— Gravsrh* 

1. Ast. ulmineus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

Dans les bois des. régions inoyennes, sons- les écorces et parmi les 
broussailles du pied des arbres, près des charognes et des matières 
végétales en putréfaction» Très rare* 

Quatrième Genre. — Microsaurus. — Dejean. 

1. Mie. fuliginosus, Grayenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

2. Mie. imp'ressus, Grayenh. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

3. Mie. floral is, Dahl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Mie. boops, Gravent. Suecia. (Pyrén. -Orientales.) 

5. Mie. leevigatus, Gyllenh. G allia. (Pyr.-Orient.) 

6. Mie. vicinus, Dej. Paris. (Pyréqées-Orien taies.) 

Les espèces de ce genre se trouvent répandues dans les terres, en 
général sous les mottes, les bouses et les broussailles, et partout où il 
y a des excréments, tant dans la plaine que dans les régions moyennes 
de la montagne. Vimpressus et le lœvigatus sont assez rares. 

Cinquième Genre. — Staphylmus. — Linné. 

1. Sta. cyanipennis, Grayenh. G allia. (Pyr.-Orient.) 

2. Sta» cserulescensj Dej. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 



316 

3. Sta. coiuimUis, Drj. /ta/ta. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Sta. rufimanus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

5. Sta. trislis, Ziegl. (var. du lamùialus, Gravenh.) 

Austria. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Sta. aeneus, Grav. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

7. Sta. cœnosus, Grav. G allia. (Pyrén. -Orientales.) 

8. Sta. poli tus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

9. Sta. intermedius, Dej. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

10. Sla. sanguinolentus, Grav. Paris. (Pyr.-Orient.) 

11. Sta. punctus, Grav. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

12. Sta* bimaculatus , Grav. A us tria. (Pyr.-Orient.) 

13. Sta. quisquiliarius, Gyll. Paris. (Pyr.-Orient;) 

14. Sta. varians, Gyll. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

15. Sta. ebeninus, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orientales.) 
16* Sta. nigrans, Dahl. (variété du variansj. Austria. 

(Pyrénées-Orientales.) 

17. Sta. bipustulatus, Fabri. Paris. (Pyrén .-Orient.) 

18. Sta. dinûdiatus, Dej. Austria. (Pyrén. -Orient.) 

19. Sta. dimidiatipennis, Dej. G allia merid. (P.-Or.) 

20. Sta. distinguendus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

21. Sta. virgo, Gravenh. Suecia. (Pyrén. -Orientales.) 

22. Sta. splendens, Fabri. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

23. Sta. vernalis, Gravenh. Austria. (Pyr.-Orientales.) 

Ce genre très nombreux est répandu dans toute la contrée. On 
trouve ces insectes dans des endroits si différents, qu'on ne peut leur 
assigner de localité fixe ; mais toutes les matières putrescibles , les 
charognes , les fumiers , les excréments de toute espèce , les amas de 
végétaux , les pieds des arbres garnis de débris et de mousses , sont 
le repaire de ces insectes ; ils s'y trouvent bien , en ce qu'il se retire 
en ces endroits beaucoup de larves, doit ils font leur nourriture. 
Ainsi , il n'est pas étonnant de les trouver dans des localités toutes 



317 

différentes en apparence, tandis que dans le fond elles sont toutes 
naturelles , et c'est le même motif qui les y conduit. 

Toutes ces espèces ne soot pas aussi communes les unes que les 
autres : nous citerons, comme les plus rares, le dimidiatus, le splen- 
dens, le rufimanus et le distinguendus. 

Sixième Genre. — Cafius. — Leach. 
i . Caf. xantholoma, Gravenh. G allia. (Pyr.-Orient.) 

2. Caf. liltoralis, Dej. G allia merid. (Pyrén.-Orient.) 
Ces deux espèces, quoique rares, se trouvent' dans les bouses, sur 
les prairies montueuses qui sont fréquentées par les bestiaux. 

Septième Genre. — Xantholinus. — Dahl. 

1. Xan. pyropterus, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

2. Xan. meridionalts, Dbj. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

3. Xan. fulgidus, Grayebh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

4. Xan. elongatus, Gravenh. (var. du punctulatus, 

Gyll.) Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Xan. elegans, Gravewh. Ger mania. (Pyr.-Or.) 

6. Xan. ochraceus, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

7. Xan. longiceps, Gyll. (variété de VochraceusJ. 

Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Xan. minutas, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

9. Xan. hispanicus, Dej. Hispania. (Pyr.-Orient.) 
10. Xan. lentus, Gravewh. Suecia. (Pyrén.-Orient.) 

Les endroits rocailleux et humides, près des matières putrescibles, 
les amas de végétaux. Répandus dans toute la contrée, ces insectes 
n'ont pas de localité fixe j nous les avons pris dans des endroits bien 
différents, mais de préférence sous les pierres humides où il y a des 
matières en décomposition. Le pyropterus, le minutus et Y hispanicus 
sont rares. 

Huitième Genre. — Sauriodes. — De je au. 
1. Sau. fulminansj Gravenh. Paris. (Pyrén.-Orient.) 



318 

2. San. panclatissimus, Dej. Galiia merid. (Pyr.-Or.) 

Mêmes habitudes que le genre précédent ; on les trouve dans les 

mêmes localités. Répandus dans tonte la contrée, ils sont assez rares. 

Neuvième Genre— Achenium. — Leach. 

1. Ach. corda tom, Dahl. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Ach. depressura, Gravenh. Austria. (Pyr.-Or.) 

» 

3. Ach. testaceum; Dej. Hispania. (Pyr. -Orientales.) 

Pour se procurer les insectes de ce genre, il faut fouiller les écorces 
des arbres ; quelquefois on les trouve au pied des arbres garnis de 
mousse, dans les endroits humides, et aussi sous les pierres. 

Dixième Genre. — Lathrobium. — Gravenh. 

4 . Lat. pilosum, Gravenh. Austria. (Pyr. -Orientales.) 

2. Lat. elongalum, Fabri. Paru. (Pyrén.-Orientales.) 

3. Lat. fuliginosum, Dej. Galiia merid. (Pyr.-Or.) 

4. Lat. biguttulum, Megel. Galiia merid. (Pyr.-Or.) 

5. Lat. méridionale, Dej. Galiia merid. (Pyr. -Orient.) 

6. Lat. angusticolle , Dahl. Paris. (Pyr. -Orientales.) 

7. Lat. mu hip une ta tu m, Gravenh. Paris. (Pyr.-Or.) 

8. Lat. rufipenne, Gyllenh. Suecia. (Pyr. -Orient.) 

Ce genre se trouve généralement sous les pierres humides, le long 
des cours d'eau, notamment à l'embouchure des canaux qui charrient 
les immondices de la ville, et dans les ruisseaux où se trouvent des 
matières putréfiées. Le biguttulum et Y angusticolle sont très rares. 

Onzième Genre. — Pœderus. — Fabricius. 

1 . P*d. littoralis, Gravenh. Paris. (Pyr .-Orientales.) 

2. Paed. riparius, Fabri. Galiia. (Pyrén.-Orientàles.) 

3. Paed. melanurus, Gen. Italia. (Pyrén. -Orientales.) 

4. Paed. ruficollis, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 
Il faut, pour se procurer les insectes de ce genre, parcourir les bords 

des rivières de la Tet et du Tech, et les bords des torrents qui vien- 



319 

nent se jeter dans ces rivières ; les pierres humides et les broussailles 
renferment la plupart des espèces de ce genre. Le ruficollis est rare. 

Douzième Genre .. — Lithocaris. — De jean : 

1. Lit. testacea, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Lit, ferruginea, Dej. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

3. Lit. bicolor, Grayenh. Austria. (Pyrénées-Orient.) 

4. Lit. misella, Dej. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

5. Lit. exigua, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Lit. minuta, Dej. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

Non seulement ce genre habite sous les pierres humides le long 
des cours d'eau, mais on le rencontre encore dans tous les endroits 
humides où se trouvent des broussailles amassées. Ces insectes sont 
petits, très agiles et difficiles à saisir. 

Treizième Genre.^Rugilus.— Leach. 

1. Rug. orbiculatus, Fab. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Rug. megacephalus, Dahl. Austria. (Pyr. -Orient.) 
Ce dernier n'est qu'une variété de X orbiculatus. Les rugilus 

sont des insectes qu'il faut aussi chercher sous les pierres humides , 
et parmi la mousse du pied des arbres. 

Quatorzième Genre.— As tenus. — Dejeak* 

1. Ast. procerus, Knoch. Paris. (Pyrénées-Oriental.) 

2. Ast. anguinus, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

3. Ast. quadricollis, Dej. Hispania. (Pyr .-Orientales.) 

4. Ast. bimaculatus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

lieux humides et pierreux , mais toujours près des matières en 
décomposition. Nous les avons trouvés dans toutes les régions. 

Quinzième Genre. — Dianous. — Leach. 

1. Dia. rugulosus, Leach. Anglia. (Pyr. -Orientales.) 

2. Dia. cordât us, Gkàvenh. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 
Mêmes habitudes et mêmes lieux que le genre précédent , dont ils 

diffèrent si peu. 



320 
Seizième Genre. — S tenus. — Fàbricius. 

\ . Sle. biguttatus, F abri. Paris. (Pyr.-Orientales ) 

2. Ste. oculatus, Grayenh. Paris. (Pyr. -Orientales.) 

3. Ste. ater, Dahl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Ste. cicindeloïdes, Gravenh. Paris. (Pyr.-Or.) 

5. Sle. brunipes, Dej. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Ste. speculator, Dahl. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

7. Ste. geniculatus, Dej. G allia mer id. (Pyr.-Orient.) 

8. Sle. rusticus, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

9. Ste. binotalus, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 
10. Ste. carbonarius, Dej. Suecia. (Pyr.-Orientales.) 

Les insectes qui appartiennent à ce groupe, se trouvent dans des 
localités si différentes qu'on ne peut en indiquer de bien précises. 
Cependant, c'est toujours les endroits humides qu'il faut fouiller 
pour les avoir, sous les écorces , sous les pierres , dans la mousse au 
pied des arbres, sous les débris des végétaux. On en trouve de ré- 
pandus dans toutes les régions. 

Dix-septième Genre. — Oxiporus. — Fàbricius. 

i. Oxi. rufus, Fabric. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
2. Oxi. maxillosus, Fabri. Ger mania. (Pyr.-Orient.) 

C'est encore sous les pierres humides des bords des cours d'eau 
qu'on trouve ce genre d'insectes. 

Dix-huitième Genre. — Prognatus. — Latreille* 

1. Pro. quadricornis, Kirby. Gallia occid. (Pyr.-Or.) 

Nous avons trouvé toujours cet insecte, qui du reste est fort rare, 
dans les fourmilières. 

Dix-neuvième Genre. — Blcdius. — Leach. 
1 . Ble. armatus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orientales.) 



331 

2. Bie. tricornis, Gràvenh. G allia. (Pyr.-Orientales.) 

3. Ble. taurus, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orientales.) 

4. Ble. litigiosns, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Ble. vitulus, Dej. Gallia merid» (Pyr.-Orientales.) 

6. Ble. procerus, Dahl. 4 us tria. (Pyrén.-Orientales.) 

7. Ble. maxillosus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Lieux humides , parmi les broussailles , le pied des arbres garnis 
de mousse, dans les bouses et les fourmilières. En fouillant ces lieux 
on est sûr d'y trouver les insectes de ce genre. 

Vingtième Genre. — Pfat/jfetAuj.— Maukerhein. 

1 . Pla. Cornatus, Gràvenh. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

2. Pla. striolatus, Ziegler. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

Mêmes lieux que le genre précédent, dont il a toutes les habitudes. 
Ces deux insectes sont fort rares. 

Vingt-unième Genre. — Oxitelus. — Gràvenh. 

1. Oxi. fuscatus, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Oxi. piceus, Gràvenh. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

3. Oxi. flavipes, Dàhl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Oxi. depressus, Gràv. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

5. Oxi. fusculus, Sturm. Germania. (Pyr.-Orient.) 

Comme les genres précédents ils habitent les mêmes lieux , sous 
les débris des végétaux amassés dans des lieux humides , sous les 
pierres et les mousses; répandus dans toutes les contrées où se 
trouvent des matières putrescibles. Les trois derniers sont très rares. 

Vingt-deuxième Genre. — Anthophagus. — Gràv. 

1. Ant. obscurus, Gràvenh. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

2. Ant. amblgnus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

3. Ant. flavipennis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

21 



332 

4. Aftt. dichrous, Gravenh. A us tria. (P/r. -Orient.) 

5. Ant. rufipennis, Dej. Galtia orient. (Pyr.-Orient.) 

6. Ant. bimaculatus, Dahl. A tes tria. (Pyr.-Orient.) 

Habitent les bouses, sons les écorces, les fourmilières et les lieux 
humides où se trouvent des broussailles amassées. Le dichrous et le 
fluvipennis sont fort rares. 

Vingt-troisième Genre.— Anîhobium. 

1 . Ant. oblongum, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Ant. rivulare, Gravenh. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Ant. fuliginosum, G allia. Dej. (Pyrénées-Orient.) 

4. Ant. italien m, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Ant. florale, Gravenh. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Ant. oxiacantbae ( var. du sulcatumj Dahl. Austria. 

(Pyrénées-Orientales.) 

Gomme le genre précédent, dont ils ont tontes les habitudes, ils se 
trouvent aussi dans les mêmes lieux. 

Vingt-quatrième Genre. — Acidota. — Kirby. 

1 • Aci. crenata, Fabricius. Paris. ) Pyrénées-Orten- 

var. rufa, Dahl. Austria. ) taies. 

2. Aci. ferruginea, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

On trouve ces insectes dans les bouses et les fourmilières, et sous 
les pierres des lieux humides. 

Vingt-cinquième Genre. — Omalium. — Grav. 

i. Orna, testaceum, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

2. Orna, productum, Dej. Pyrén.-Orient. 

3. Ottia. luridum, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

4. Orna, ophtalmicum, Gïllënh. Gallia. (Pyr .-Or.) 

5. Orna, abdominale, Sturm. Gcrmania. (Pyr. -Or.) 



323 

6. Orna, pygmeum, Gravenh. Sue c ta. (Pyr. -Orient.) 
Ce genre se compose^Tespèces assez petites, et qui ont les mêmes 
habitudes que les genres précédents. On se les procure dans les 
mêmes lient et avec les mêmes circonstances. 

Vingt-sixième Genre. — Proteinus. — LÂtreiltjs. 

1. Pro. hrachypterùa , Fabri;. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

Nous avons toujours trouvé ce petit insecte sons les écorces des 
arbres qui se. dessèchent, et quelquefois dans les fourmilières. Rare. 

Vingt-septième Genre. — Phlœobium. — Dejean. 

1. Phi. depres6um, Gyllenh. Suecia. (Pyr. -Orient.) 

2. Phi. nitiduloïdes, Dej. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Phi. corticale, Dej. G allia occid. (Pyrén.-Orient.) 

4. Phi. marginicolle , Dej. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Sous lesv écorces des arbres abattus dans des lieux humides , les 
amas de végétaux rejetés par les inondations et quelquefois dans les 
bouses. 

Vingt-huitième Genre. — Bryocharis. — Lacordaire. 

1. Bry. dahlii, Dej. (var. du bicolor, Dabl.) Austria. 

(Pyrénées-Orientales.) 
Cet insecte, qui est excessivement rare, a été toujours trouvé dans 
les fourmilières et très profondément. 

Vingt-neuvième Genre. — BolUobius. — Leàch. 

1 • Bol. atricapillus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

2. Bol. distinçtus, Dej. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Bol. trimaculatus, Fabri. Suecia. (Pyrén.-Orient.) 

4. Bol. pygmseus, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

5< Bol. merdarius, Fabri. uéustria. (Pyrén.-Orient.) 
Insectes très petits, qui habitent les mêmes lieux que les genres 



324 

voisin*, et qu'on trouve disséminés dans toutes les localités que nous 
venons d'énumérer ; quelques-uns sont fort rares. 

Trentième Genre. — Mycetoporus. — Mannerheim . 
\. Myc. r ufescens, Dej . Paris . (Pyrénées-Orien{ales.) 

Insecte fort joli et très rare , malgré sa petite taille. On le trouve 
constamment sur le bord des eaux , sous les pierres humides. 

Trente-unième Genre. — Tachinus. -*Gra venh. 

\. Tac. humera lis, Gramenh. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

2. Tac. rufipennis, Gyixenh. Suecia. (Pyr.-Orient.) 

3. Tac. marginellus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 
h. Tac. subterraneus, Fabri. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

Ce genre se compose d'insectes de très petite taille. Ils habitent 
les bouses, les champignons et sous les écorces. On les trouve cons- 
tamment dans ces lieux. 

Trente-deuxième Genre.^ — Tachiporus. — Gravenh. 

4. Tac. marginatus, Gravenh. Paris. (Pyr.-Orient.) 

2. Tac. chrysomelinus, Fabri. Suecia. (Pyr.-Orient.) 

3. Tac. pubescens, Gravenh. A us tria. (Pyr.-Orient.) 

4. Tac. saginatus, Gravenh. Austria. (Pyr.-Orient.) 

5. Tac. analis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Tac. lividus, Dej. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

Les insectes qui composent ce genre ont des couleurs très variées 
et sont excessivement agiles. Quand on découvre leur retraite, ils 
fuient en relevant leur abdomen ; ils sont difficiles à saisir. Ils habi- 
tent les champignons et les bords des tas de fumier, lorsqu'il est 
déposé dans les champs. 

Trente-troisième Genre. — Hjrpocyphtus . — Schuppel. 
1. Hyp. globulus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 



335 

2. Hyp. longicornis, Gyllekh. Suecia. (Pyr. -Orient.) 

Habitent les fourmilières et les champignons ; ils sont très petits et 
très agiles. On les prend avec diificuhé. 

Trente-quatrième Genre. — Lomechusa. — Grayekh. 

1. Lom. paradoxa, Gravenh. G allia. (Pyr. -Orient.) 

2. Lom. emarginata, Fabri. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

3* Lom. intermedia, Dej. Styria. (Pyrénées-Orient.) 
Gomme les genres précédents, ils sont de petite taille; leurs cou- 
leurs sont agréablement disposées. Ils habitent les mêmes localités. 

Trente-cinquième Genre. — Akochara. — Gravenb. 

1 . Aie. fuscipes (var. du brevicornis, Dahl.) Austria. 

(Pyrénées-Orientales.) 

2. Aie. lanuginosa, Gravehh. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

3. Aie. bilineata, Gyllenh, Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

4. Aie. bipunctata, Graves h. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

5. Aie. angustata, Chevrier. N. Esp. Suecia. (P.-O.) 

6. Aie. melancholica, Dej. Austria. (Pyrén.-Orient.) 
Mêmes lieux et mêmes circonstances que le genre précédent, dont 

ils .ne sont qu'une section, que peu de chose distingue. Les trois 
derniers sont fort rares. 

Trente-sixième Genre. — Gyrophœna. — Mannerheim. 

1. Gyr. amabilis, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Gyr. nilidula, Gyllenh. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

3. Gyr. nana, Grav. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Gyr. genei, Dejean. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

Les espèces de ce genre sont très minimes. Ces insectes courent 
avec une yitesse extraordinaire lorsqu'on les découvee dans leurs, 
retraites, qui sont toujours sous les végétaux en décomposition et» 
dans les bouses. On les saisit avec une grande difficulté. 



3*6 

Trente-septième Genre. — Oxipoda. — Mànnbrheim. 

1. Oxi. trimaculata, Dej. Gallia orient. (Pyr.-Orient.) 

2. Oxi. pallidipennis, Dej. Austria. (Pyrén. -Orient.) 

3. OxL alternans, Gravenh. Paris. (Pyrén.-OHent.) 

4. Oxi. flavicornis, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

Gomme le genre précédent, et dans les mêmes localités. Ces insectes 
sont très difficiles à saisir ; ils sont très agiles et fort petits. 

Trente-huitième Genre. — fioûtocAora.— Mànnerh. 

\. Bol. misellaj Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orientales.) 

2. Bol. consentanea, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

3. Bol. nigriceps, Dej. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 
A. Bol. angustula, Gyllenh? Suecia. (Pyrén .-Orient.) 

5. Bol. boleti, Gratenh. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

6. Bol. mélanocephala, Dej. Gallia merid. (P. -Or.) 

7. Bol. confasa, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

Les bolàhocar* , nombreux en espèces, sont' assez répandus dans 
tontes les parties basses du littoral ; ils courent avec vitesse lorsqu'on 
les découvre ; ib habitent les bonses , les fientes et les fourmilières , 
dans les hautes régions. On les trouve aussi dans les bolets en dé- 
composition. 

Trente-neuvième Genre. — Drusilla. — Leaçh. 

1. Dru. canalicutata, Fabri. Parir. (Pyr. -Orientales.) 

Àpeine diffère- 1- il du genre précédent , dont il a les habitudes. 
On le trouve plus particulièrement dans les champignons. 

Quarantième Genre. — Homalota . — Mxvv erheim. 

1 . Hom. plana, Gyllenh. Suecia. (Pyr. -Orientales.) 

Cet insecte habite les fourmilières dans les bois des régions moyen- 
nes. Nous ne l'avons jamais trouve dans la plaine. Rare. 



337 

Quarante-unième Genre- — Falagria, — Leacw. 

i, Fal, obscura, Gbavenhorst* Paris. (Pyr.-Qrient.) 

2. Fal. lineolata, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Fal. armiger, Cheyrier. Suecia. (Pyr.-Orient.) 

4. Fal. bi maculât a, Cheyrier. Suecia. (Pyr.-Orient.) 

5. Fal. picea, Gravenhorst. Austria. (Pyr. -Orient.) 

Ce genre se compose d'insectes de petite taille, qu'on trouve dans 
les prairies humides , sous les bouses et sous les écorces des arbres y 
ils sont très agiles, et on les prend avec beaucoup de difficulté. 

Quarante-deuxième Genre. — AutaUa. — Leach. 

1 , Aut. rivularis, Gravenhorst. Suecia. (Pyr.-Or.) 

2. Aut. i m pressa, Gravenhorst. Paris. (Pyr.-Or.) 

Les autalia sont aussi très petits et ont les mêmes habitudes que le 
genre précédent. On se procure cet insectes dans les mêmes lieux et 
avec les mêmes circonstances. 

Quatrième Famille. — St*r*ox*s. — Latreille. 
Premier Genre. — Acmasodera. — Eschs. 

1. A cm. taeniata, F abri. G allia mer id. (Pyr.-Oricn.) 

2. Acin. vestita, Dej. G allia merid. (Pyrén. -Orient.) 

3. Acm. variegata, Dej. G allia, merid. (Pyr. -Orient.) 

4. Acm. sex pustulata, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

Ces insectes se tiennent sur les branches des arbustes dans une 
immobilité complète; et, aussitôt qu'on ya les prendre, si on touche 
la branche, ils se laissent tomber à terré. Comme ils sont ordinai- 
rement sur les aubépines et sur les arbustes qui forment les haies de* 
propriétés, tant de la montagne que de la plaine, on les perd faci- 
lement dans les broussailles ; il faut donc prendre la précaution de 
placer dessons le parapluie ou le filet avant de battre l'arbuste afin 
de pouvoir les saisir lorsqu'ils tombent. Le teniata et Te vestita sont 
fort rares. 



328 
Deuxième Genre. — Capnodis.— Eschscholtz. 

v. Cap. lenebricosa , F abri. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Cap. cariosa, Fabri. Italla. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cap. tenebrionis, Fabri. G allia merid. (Pyr.-Or.) 
Comme le genre précédent, ces insectes se tiennent aussi sur les 

branches des arbustes, dans les haies ; ils se laissent aussi tomber à 
terre au moindre mouvement qu'on fasse faire à l'arbuste ; il faut 
donc prendre les mêmes précautions pour les avoir. Le cariosa est 
très rare , tandis que les deux autres sont fort communs. 

Troisième Genre. — Dicera. — Eschs. 

1. Die. aenea, Lin. G allia merid. (Pyrén. -Orientales.) 

2. Die. berolinensis, Fabri. G allia. (Pyr.-Orientales.) 

3. Die. acuminata, Fabri. Suecia. (Pyr.-Orientales.) 

4. Die. aurulenta, Chetrier. Paris. (Pyr.-Orint.) 

5. Die. cruciala, N. S. com. (Pyrénées-Orientales.) 

Nous trouvons les espèces de ce genre dans les forêts de chêne et 
de chêne-vert qui couvrent les pentes des montagnes secondaires ; ils 
se tiennent sur les rameaux des arbustes , et de préférence sur les 
jeunes pousses : en passant le filet dessus, on en prend beaucoup. 
On les voit quelquefois aussi sur les plantes des environs , et on les 
saisit sans difficulté. Ils ont aussi l'habitude de se laisser tomber 
dès qu'on touche la branche sur laquelle ils sont ; il faut donc pren- 
dre les mêmes précautions. 

Quatrième Gen re . — Chalcophora. — Ser v ille . 

\. Chai, mariana, Fabri. Germania. (Pyrén.-Orient.) 
Comme la précédente , elle se trouve sur les jeunes pousses. En 
fauchant avec le filet sur les fourrés, on en saisit quelqu'une; elle 
est rare. 

Cinquième Genre. — Peroiis. — Megerle. 
1. Pero. lugubris, Fabri. Jus tria. (Pyr.-Orientales.) 



329 

Dans les prairies, sur les plantes , et surtout sur la bardane où il 
est commun; on le prend abondamment en promenant le filet sur 
les fourrés herbeux. Commun. 

Sixième Genre. — Ancylocheira.^— Eschscholtz. 

1. Ane. rustica, Fabri. G allia, (Pyrén.-Orientales.) 

2. Ane. flavomaculata, Fabri. G allia. (Pyr.-Orient.) 

3. Ane. oetoguttata, Fabri. G allia. (Pyrén. -Orient.) 

4. Ane. punctata, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

5. Ane. strigala, Gebl. (variété de la flavomaculata.) 

6. Ane. S. N. con. (Pyrénées-Orientales.) 

On peut se procurer les espèces de ce genre en les cherchant sur 
les jeunes pousses des bois taillis qui couvrent les coteaux de nos 
montagnes , régions moyennes , les buissons , dans les haies des ra- 
vins des bois de ces régions. Il faut aussi prendre certaines précau- 
tions pour les avoir ; car si on les laisse tomber à terre , on ne les 
retrouve que très difficilement i . 

Septième Genre. — Eurythyrea. — Serville. 

1. Eur. micans, Fabri. hedia. (Pyrénées-Orientales.) 

La larve de cet insecte vit probablement dans le peuplier ; car 
nous n'avons jamais trouvé cette espèce que sur les troncs altérés de 
cet arbre, près des cours d'eau. Rare. 

Huitième Genre. — Lampra. — Megerle. 

1 . Lam. compressa, Gyll. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

2. Lam. plebeja (variété Herb.) G er mania. (Pyr.-Or.) 

3. Lam. rutilans, Fabri. GaUia. (Pyrénées-Orient.) 

4. Lam. fesliva, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Orient») 
Les lampra se tiennent sur les arbres et quelquefois sur les plan.- 

* La lam de l'aac. fawmêaUttta, vit sur le chêne. 



330 

tes, mais plus particulièrement sur les arbres; très 'souvent sur leurs 
troncs et sur les tiges. Ce sont des insectes qu'il faut saisir vite ; car 
ils sautent aussitôt qu'ils voient approcher la main : il est bon d'avoir 
toujours le filet prêt à les saisir. Les lam. rutilons et festiva sont rares. 

Huitième Genre. — Ptosima. — Servil. 
1. Pto. novem macula ta, Fâb. Gallia merid. (P.-Or.) 

Cet insecte est très rare ; il se tient sur les plantes dans les fourrés 
des prairies et près des taillis, le long de la rivière de la Tel, entre 
Perpignan et Châleau-Roussillon. C'est toujours par hasard que nous 
l'avons trouve dans le filet après avoir fauché dans ces parages. C'est 
aussi de cette manière qu'on se procure une infinité d'insectes très 
intéressants. 

Neuvième Genre. — Chrysobothris. — E&chscholtz. 

1. Chr. chrysostigma, Fabrici. Suecia. (Pyr. -Orient.) 

2. Chr. afinis, F abri, (variété de la précédente.) 

Ces deux espèces ont constamment été trouvées en fauchant avec 
le filet sur les chaumes fourrés où croît en abondance la camomille \ 
elles n'y sont pas rares. Leur larve se nourrit sur l'amandier. 

3. Chr. sex gutlula, Chev. Genève. (Pyrén.-Orient.) 

4. Chr. N. Es p., Comp, (Pyrénées-Orientales.) 

Nous avons trouvé ces deux espèces sur les buissons qui entourent 
les propriétés de la plaine , et dans les mêmes lieux aux haies qui 
entourent les vignes du Vernet et de Mailloles. La larve vit, d'après 
M. Pelet, naturaliste distingué, dans le bois du cerisier. 

Dixième Genre. — AntJiaxia. — Eschscholts. 

1. Ant. candens, Fabri. Illyria. (Pyrénées-Oriental.) 

2. Ant. manca, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Ant. chicorii, Olivi. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

4. Ant. nitidula, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
Ou trouve habituellement ces quatre espèces , qui sont très inte- 



3&1 

rcssantes, dans les baies des figues et des torrents de Casas de Pena. 
Ces insectes se tiennent ordinairement dans les fleurs des campanu- 
lacées, des liserons surtout, qui sont très abondants dans cette contrée. 
Leurs larves, d'après M. Pelet, vivraient dans l'amandier et princi- 
palement sur l'orme. 

5. Ànt. umbellatarum, F abri. GaUia merid. (Pyr -0.) 

6. Ant. quadripunçlala, Fabri. G er mania. (Pyr.-Or.) 

Ces deux espèces sont souvent trouvées sur le diplotaxis, qui 
abonde sur le bord des routes, àe$ fossés des champs et des prairies 
de toute la plaine, ainsi que dans les fossés des fortifications de la- 
ville et de la citadelle. 

7. Ant. maculicollis , Dej., regardée comme une va- 

riété de Vont, hypomehena, Illiger (Pyr.-Or.) 

8. Ant.saliciis, Fabri. Germania. (Pyréôées-Grient.) 

9. Ant. viminalis, Ziegl. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 

Noos avons constamment trouvé ces trois espèces sur les plantes 
basses , dans les taillis et les prairies de toute la contrée : c'est en 
fauchant que nous les avons toujours retirées du filet. Rarement en 
aperçoit-on un individu isolé sur une plante. 

Onzième Genre. — Sphenoptera. — Dejeaï* . 

1. Sph. geminata, Illiger. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Sph. lineata, Fabri. (variété de la précédente.) 

Constamment trouvés sur les ombelliferes et sur les campa nul acées, 
dans les fourrés des bois taillis, près des cours d'eau. 

Douzième Genre. — Àgrilus. — Megêrle. 

\. Agr. bignttatus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

Constamment trouvé sur les chardons et surtout sur Yonopordon 
illiricum, 

2. Agr. rubi, Fabri. G allia merid. (Pyr. -Orientales.) 

3. Agr. viridts, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 



332 

4. Agr. linearis, F abri. Austria. (Pyrénées-Orient.) 

5. Agr. sinuatus, Ollvi. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

6. Agr. angustulus, Illig. Austria. (Pyrén. -Orient.) 

7. Agr. elatus, F abri. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 

8. Agr. tauricus, Dej. Russia merid. (Pyrénées-Or.) 

9. Agr. laticornis, Illig. Gallia merid. (Pyrén. -Or.) 

10. Agr. filum,ScHO. /ftmgrarc. (Pyrénées-Orientales.) 

11. Agr. undatus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

12. Agr. bifascialus, Olivi. Gallia meriâ. (Pyr.-Or.) 

13. Agr. amethystinus, Olivi. Gallia mer. (Pyr.-Or.) 

Noos trouvons généralement les espèces de ce genre sur toute sorte 
déplantes, surtout sur les ombelliferes et les campanulacées, sur 
beaucoup d'arbustes fleuris aussi ; mais la plus grande partie sont 
retirés du filet après avoir fauché sur les fourrés des champs et des 
prairies, tant de la montagne que de la plaine. Quelques-unes de ces 
espèces sont assez rares. 

Treizième Genre. — Trachys — Fabricius. 

1 . Tra. minuta, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Tra. pygmea, Fabri. Gallia. (Pyrén.-Orientales.) 

3. Tra. œnea, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orientales.) 

C'est après avoir fauché sur les plantes qui bordent les haies des 
champs et des routes dans toute la contrée , surtout près des forêts , 
qu'on trouve dans le filet ces trois espèces : la pygmea est beaucoup 
plus rare que les autres. Quand on examine avec attention le diplo- 
taxis latifolia, on est sûr d'y trouver quelqu'une de ces espèces : mais 
il faut prendre la précaution d'y mettre le filet dessous; autrement, 
au moindre mouvement, ils se laissent tomber à terre, et il est très 
difficile de les retrouver. 

Quatorzième Genre.— Aphanis lie us. — Latreille. 
1. Aph. pus il lus, Olivi; Gallia. (Pyrén.-Orientales.) 



333 

2. Aph. emarginatus, F abri. Gallia. (Pyr.-Orient.) 

C'est encore dans le filet, après avoir fauché, que nous trouvons 
ces deux petites espèces. Elles se plaisent sur les bords herbeux des 
propriétés dans la plaine , et surtout près des fossés qui contiennent 
de l'eau. 

Quinzième Genre. — Melasis. — Fabricius. 

1. Mel. flavellicornis, F abri. Gallia. (Pyr. -Oriental.) 

Noos ayons constamment trouvé cette espèce, qui est excessivement 
rare, sur les arbres résineux et sur les pins qui abondent dans les forêts 
des environs de Mont-Louis, et les bois de la font de Comps, qui sont 
sous la Tar tarasse. 

Seizième Genre. — Cerophùum. — Latreille: 

1. Cer. elateroïdes, Latr. Paris. (Pyrén.-Orientales.) 

On le rencontre parfois sur les champignons qui sont en putréfaction; 
il est très rare. La larve de cet insecte vivrait- elle sur cette plante? 

ÇElaurs proprements dits. ) 
D ix-septième Genre . — Synaptus . — Eschscholtz . 

1. Syn. filiformis, F abri. Gallia. (Pyrén.-Orientales.) 

Celte espèce est très commune sur toute sorte de plantes. On la trouve 
aussi dans le filet, après avoir fauché sur les bords herbeux des prai- 
ries, dans toute la plaine et sur les montagnes. On la rencontre aussi 
dans les broussailles, an bord de la mer, après les inondations. 

Dix-huitième Genre. — Cratonychus. — Dejeak. 
(Melonatus , Eschsholtz.) 

1. Cra. obscurus, F abri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Cra. cinerascens, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

3. Cra. niger, F abri. Austria, (Pyrénées-Orientales.) 

4. Cra. fulvipes, Herb. (var. de Yobscurus, Fabri.) 



334 

» 

5. Cra. sprelusi, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

On rencontre les insectes de ce genre sur tottte sorte de plantes et 
d'arbustes. Les chardons et les ombelliferes doivent être visité». Sou* 
vent, après avoir fauché et promené le filet snr les taillis da bord des 
rivières, tant de la plaine que de la montagne, on en trouve quelques- 
uns. Le sprctus est plus rare. 

Dix-neuvième Geure. — Agrypnus. — Eschscholts. 

1. Agr. atomarius, F abri, G allia merid. (Pyrén.-Or.) 

2. Agr. carbonarius, Olivi. (Variété du précédent.) 

Si Ton ne considérait que la différence de la taille de ces deux in- 
sectes , on serait porté à en faire deux espèces différentes ; mais ils 
ont tant de rapports qu'on doit nécessairement les réunir pour n'en 
former qu'une seule espèce. Nous les avons constamment trouvés sur 
les oliviers des environs de Mailloles, près Perpignan, el les olivettes 
des environs de Cérct. Ils sont fort rares. 

3. Agr. fasciatus, F abri. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

4. Agr. murinus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orientales.) 

Ces deux espèces sont assez communes sur toute sorte de plantes, 
dans les prairies et dans les champs, tant 4e la plaine que des régions 
moyennes des montagnes secondaires. 

5. Agr. ferrugineus, Chev. Genève. (Pyr.-Orientales.) 

6. Agr. idem, (variété de ce dernier.) 

Cette espèce est très rare. Nous l'avons constamment trouvée sur le 
saule et quelquefois sur l'olivier, toujours dans les parties voisines de 
nos prairies basses, notamment sur les coteaux de Château-Roussillon, 
où les oliviers sont peu répandus, coteaux qui dominent les prairies 
de celte dernière localité. 

7. Agr. rubro tc&tacea, Milci. (nouvelle espèce.) 

Vingtième Genre.— Âthous. — Eschscholtz. 

1. Ath. dejeanii, Iva,n. G allia mer. (Pyr.-Orientales.) 
Toujours aux régions élevées, sur toute sorte de plantes, nous 



335 

trouvons cette espèce. En Crachant avec le filet sur les prairies et les 
bords herbeux des ravins de ces contrées , on est sûr de trouver cet 
insecte, qui est pourtant rare. 

2. Ath. hirlus, Herb. Austria. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Ath. niger, Olivi. (variété du précédent.) 

4. Ath. suLfuscus, Gtll. Gallia. (Pyrénées-Orient.) 

5. Ath. longicollis, F abri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Ath. hsemorrhoïdalis, Fabr. Germania. (Pyr.-Or.) 

7. Ath. leucophaeus, Dej. Gallia. (Pyrénées-Orient.) 

8. Ath. marginalis, Dahl. (Var. du parallelus , Dej.) 

Il est bien difficile de préciser les plantes sur lesquelles on trouve 
les insectes de ce genre; car on les rencontre sur les arbres, les arbus- 
tes , les graminées , les orties et les ombelliferes ; ils sont partout, 
le hazard y est pour beaucoup. Ainsi, le naturaliste n'a qu'à bien exa- 
miner tout , s'il veut se procurer des espèces variées. Le filet , pour 
faucher surtout, est l'instrument par excellence pour se procurer les 
petites espèces ; on ne doit jamais négliger d'en faire on constant 
usage. Les broussailles amenées par les eaux, les monceaux de fumier, 
les pailles qui sont sur nos prairies maritimes et sur les bords des 
fossés des champs, doivent aussi être examinés : on y rencontre 
souvent de forts intéressants insectes de ce genre. La larve de ïath. 
nigtr vit sur l'orme. 

Vingt-unième Genre. — Compilas. 

\. Cara.linearis, Fab. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cam. variabilis, Eschsch. (Var. du mutabilis, Dej.) 

On trouve cette espèce, qui a une très belle couleur cannelle, dans 
toutes les prairies maritimes sur le tamarix, et à terre parmi les 
broussailles. 

Vingt- deuxième Genre.— -Limonius. 

1. Lim. cylindricus, Payk. Suecia. (Pyr.-Orientales.) 

2. Lim. serraticornis, Payk. Suecia. (Pyr.-Orient.) 



336 

3. Lim. nigricornis, Ziegl. (Var. du lim. mus, Iixig.) 

4. Lim. nigripes, Gyll. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Lim. 8eruginosus,Onv.(Var.du cylindricus,J?kYK.) 

6. Lim. bipustulatus. Fabri. Parô.(Pyr .-Orientales) 

C'est surtout sur les chardons de différentes espèces , qui se trou- 
vent communément parsemés sur les bords des champs et des routes, 
dans toute la contrée, qu'il faut chercher les espèces de ce genre, 
dont plusieurs sont très intéressantes et estimées. 

Vingt-troisième Genre. — Cardiophorus. — Eschs. 

i. Car. thoracicus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Car. equiseti, Herb. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Car. testaceus, Fabri. Stiria. (Pyrénées-Oriental.) 

4. Car. rufipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Car. albipes, Meger. Austria. (Pyrénées-Orient.) 

6. Car. luridipes, Dej. G allia. (Pyrénées-Orientales.) 

7. Car. submaculatus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

8. Car. bisignatus, Dej. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

Toutes les parties basses et qui sont souvent inondées, nous four- 
nissent les espèces de ce genre. Les plantes marécageuses, les gra- 
minées, les liserons, tous les arbustes qui bordent les fossés des 
prairies maritimes , les amoncellements de végétaux que les inonda- 
tions amènent sur tout le littoral, sont des endroits qu'il faut visiter 
pour se procurer les insectes de cette famille. 

Vingt-quatrième Genre. — Ampedus.— Megerle. 

\. Amp. sanguineus, Fabri. Pmris. (Pyrén. -Orient ) 
2. Amp. (Variété du précédent.) 

Coteaux de Château -Roussi Uon, dans le bois des vieux saules, vers 
le Mas-Anglada, on trouve ce bel insecte et sa belle variété. La larve 
vit sur le bois du saule, ou dans cette terre qui garnit le creux de ces 
arbres, et qui n'est autre chose que la décomposition de ce bois. Rare. 



337 

3. Amp. crocalus, Ziegl. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Amp. morîo, Ziegl. Gallia mer. (Pyr.-Orientales.) 

5. Amp. ephipium, Fabri. -^artria. (Pyr.-Orientales.) 

Noos trouvons ces trois espèces sur les jeunes pouces des taillis des 
bois, le long des cours d'eau et sur les ombellifères, dans* les fourrés 
herbeux des mêmes localités. 

6. Amp. aulhracinus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

7. Amp. praeustus, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux espèces, qui sont assez rares, se trouvent habituellement 
sous les écorces des vieux bois de toutes les forêts des régions se* 
condaires; quelquefois sur les plantes, dans les fossés voisins de ces 
localités. 

8. Amp. elongatulus, Fabri. Paris. (Pyr. -Orient.) 

9. Amp. nigerrimus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

10. Amp. libialis, Meger. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces trois espèces habitent les taillis des bois qui bordent nos cours 
d'eau dans les trois bassins ; elles se tiennent sur les jeunes branches 
des saules et des peupliers, quelquefois sur les larges feuilles de la 
consoude officinale. 

Vingt-cinquième Genre. — Cryptohypnus. — Escns. 

1. Cry. pulchellus, Fabri. Gallia. (Pyrén. -Oriental.) 

2. Cry. exiguus, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 

3. Cry. quadripustulatus, Fabri. Suecia. (Pyr.-Or.) 

4. Cry. minimus, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 

5. Cry. troglodites, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

6. Cry. riparius, Bonelli. Pedemont. (Pyrén.-Orient.) 

La plupart des espèces de ce genre se trouvent sur les graminées 
et sur les fleurs dans les prairies maritimes. Quelques-unes sont à 
terre, parmi les broussailles, Y exiguus et le minimus surtout, tandis 
que le troglodytes et le riparius sont constamment sur les jeunes 
arbres. 

22 



33$ 

Vingt-sixième Genre. — Oophorus. — Eschscholtz. 

i. Oop. trilineatus, Dej. Nord (Pyrénées-Orientales.) 
2. Oop. distinguendus, Dej. iVbrrf.(Pyrénées-Orient.) 

Ces deux espèces, qui sont très rares, se trouvent sur les troncs 
des vieux arbres , dans les bois des régions élevées des montagnes 
secondaires : on les rencontre quelquefois aux Albères, dans les bois 
exposés au nord, à la montagne de Céret, et dans le bois de la 
Fou au-dessus de Rîgarda. 

Vingt-seplième Genre. — Drasterius. — Eschscholtz. 

1. Dra. bimaculatus, F abri. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

Nous avons trouvé cette espèce , qui est fort rare , dans une seule 
localité , sur les jeunes pousses de chêne-vert des environs de Cala- 
droy, près le château de M. de Ginestous; quelques sujets sur 
les plantes de ces mêmes bois. Toujours très rare. 

Vingt-huitième Genre — Ludius. — Latreille. 

1. Lud. aulius, Panz. G allia merid. (Pyrén. -Orient.) 

2. Lud. signatus, Panz. A us tria. (Pyrénées-Orient.) 

3. Lud. apiculis, Dej. Pyrœneus. (Pyrénées-Orient.) 

Sur les plantes et les fleurs des parties arides. En fauchant on 
trouve ces trois espèces dans les champs voisins des vignes de Cases- 
de-Pène. On est sûr de se les procurer dans les fourrés et les 
chaumes. 

4. Lud. hœmatodes, Fabri. G allia. (Pyrén. -Orient.) 

5. Lud. cupreus, Fabri. Gcrmania. (Pyrén. -Orient,) 

6. Lud. la tus, Fabri. A us tria. (Pyrénées-Orientales.) 

En promenant le filet sur les graminées et sur les fleurs des champs 
voisins des bois , à la base de nos montagnes , on est sûr de se pro- 
curer ces trois espèces en abondance. 

7. Lud. pyrenaeus, Dej. (Pyrénées-Orientales.) 

Pour se procurer cette espèce , qui n'est pas très commune , il faut 
s'élever jusqu'à la rencontre des régions alpines : on en trouve sur 
les plantes des prairies et le long des ruisseaux. 



339 

8. Lad. seneus, Fabri. Gallia. (Pyrénées-Orienté) 

9. Lud. holosericéns, F abri- Paris. (Pyr.(Orient.) 
10. Lud, cruciatus, Fabri. Germania» (Pyr .-Orient.) 
H. Lud. rugosus, Meger. Styria. (Pyrénées-Orient.) 

On trouve ces espèces dans les bois des régions moyennes, sur 
les arbrisseaux et sur les plantes des haies ; dans les amas de végé- 
taux, dans les fossés de ces mêmes régions. Les deux dernières sont 
assez rares. 

42. Lud. rnetallicus, Payk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
13. Lud. pectinicornis, Fabri. Germania. (Pyr. -Or.) 

44. Lud. tessellatus, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

C'est dans les régions alpines que nous trouvons ces trois espèces, 
tantôt sur les arbustes et les plantes, tantôt sur les graminées: on est 
sûr alors , en fauchant sur les fourrés herbeux , de se les procurer. 
Le pectinicornis est tfès beau et se fait remarquer par les jolis pa- 
naches des antennes du mâle. 

Vingt-neuvième Genre. — Agriotes. 
Eschscholtz. 

1. Agri. pilosus, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Agri: obscurus, Olivi. (Variété du précédent.) 

3. Agri. segetis, Gyl. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 
A. AgflL gilvellus, Ziêgl. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

5. Agri. sputator, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Agri. fu^eicollis, Parrey. Suecia. (Pyrén.-Orient.) 

7. Agri. rusticus, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orien.) 
On trouve généralement les espèces de ce genre sur les graminées 

et sur les plantes basses des prairies et des champs tant de la plaine 
que des régions moyennes de nos montagnes secondaires ; les ora- 
belk&res et les liserons sont aussi leur repaire. C'est donc en fau- 
chant qu'on est sûr de s'en procurer le plus grand nombre. 



340 
Trentième Genre. — Sericosomus . — Serville. 

i. Ser. brunneus, Fabri. G er mania. (Pyrén.-Orient.) 

C'est dans les bois de chênes qu'on trouve cette belle espèce ; 
c'est aux environs des Àlbères que nous rayons rencontrée le pks 
souvent. 

Trente-unième Genre. — Dolopius. — Megerle. 

1. Dol. marginatus, Fabri. G er mania. (Pyr. -Orient.) 

2. Dol. rufipennis, Dw. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

Noos rencontrons ces deux rares espèces sur les arbustes des bois 
des régions moyennes des montagnes secondaires. Calâdroy, ie$ 
montagnes d'Oms et de Llaurô nous les fournissent. 

Trente-deuxième Genre. ' — Ectinus. 

ESCHSCHOLTZ. 

1. Ect. at,errimus, Lin. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

Les chênes parsemés sur la lisière des champs dans toute la plaine, 
nous donnent cette intéressante espèce, qui est fort rare. 

Trente-troisième Genre. — Adrastus. — Megerle. 

1. Adr. lîmbatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Adr. hume rai is (var. Ziegler.) A us tria. (Pyr.-Or.) 

3. Adr. pusillus(var. Ziegler.) //wj£ria.(Pyf .-Orient.) 

4. Adr. quadrimaculalus, Fabricius. G allia merid. 

(Pyrénées-Orientales.) 

5. Adr. styriacus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

C'est encore au filet qu'il faut. avoir recours pour se procurer ces 
petites espèces : elles se plaisent sur les graminées , les ombelliferes 
et les plantes basses des lieux fourrés. On en trouve aussi dans 
les tas de végétaux que les inondations déposent sur toute la partie 
basse du littoral. 



341 

Cinquième Famille. — Malacodbumbs. 

Premier Genre. — Ce brio. — Fabricius. 

i . Cebr. xanlhomerus, Hoff. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

C'est la seule espèce do genre que nous trouvons dans cette con- 
trée : il est toujours difficile de se la procurer ; car il faut aller la 
chercher pendant les fortes pluies dorage qui arrivent dans les 
mois d'août et de septembre. Cet insecte ne sort qu'après la pre- 
mière forte averse, lorsque la terre a été humectée; alors, s'il con- 
tinue de pleuvoir , on voit les mâles en grand nombre voltigeant çà 
et là, cherchant la femelle, qui sort rarement de terre. Si l'on veut se 
procurer la femelle , on doit suivre les mâles qui voltigent , et cher- 
cher avec attention là où ils se laissent tomber, la femelle n'est pas 
loin. On voit souvent sur le même point plusieurs mâles qui se lais- 
sent aller à terre : il faut attendre que l'an d'eux ait trouvé la femelle ; 
car elle ne met que l'oviducte hors de terre , et les mâles sont si 
lestes à s'accoupler que bientôt ou en voit plusieurs sur le même 
point. On n'a qu'à introduire la pointe du couteau dans la terre; ht 
soulever, et bientôt on a la femelle qui se trouve ainsi prise avec son 
mâle : de cette manière seulement on s'en procure quelques-unes ; 
il est rare de la trouver autrement. Quelquefois, lorsque la pluie 
tombe par torrents , on trouve des femelles noyées dans les mares ; 
mais c'est très rare. 

On a prétendu que c'était le bruit du tonnerre qui faisait sortir 
les cebrions de terre. Ce qui avait accrédité cette erreur, c'est que 
dans tout le Midi généralement nous n'avons de pluie en cette saison 
que par des orages qui sont toujours accompagnés du touuerre ; et 
comme on ne voit cet insecte qu'avec les fortes averses, on avait 
pensé que c'était le bruit du tonnerre qui l'obligeait à sortir. Nous 
pouvons affirmer que, dans certaines années, des orages n'ayant 
pas eu lieu pendant l'été, et les pluies d'automne étant arrivées tard 
et sans le moindre bruit de tonnerre, les cebrions , que la sécheresse 
seule avait empêché de sortir, n'ont pas manqué, dès que la terre 
a été humectée par de fortes averses , de se présenter et de s'ac- 
coupler. Une année surtout, nous n'eûmes des pluies qu'en novem- 
bre, et, quoique tard, les cebrions n'en sortirent pas moins de leur 
retraite pour accomplir l'acte de leur reproduction. Ce n'est donc 
pas le bruit da tonnerre qui les force à quitter leur demeure. 



342 

Deuxième Genre. — A top a, — Fabbicius. 
(DasciUus, Latreille.) 

1. Àto. cinerea, F abri. G allia, (Pyrénées-Orientales.) 

2. Ato. cervina, F abri. G allia. (Pyrénées-Orientales.) 

On trouve ces insectes sur les fleurs , sur les tiges des plantes 
basses, le long des routes et des fossés. Vaio. cervina est plus rare. 

Troisième Genre. — Cyphon. — Fabricius. 
(Elodes y Latreille.) 

1. Cyp. pallidus, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cyp. pnbescens, F abri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Cyp. flavicollis, Dej. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Cyp, limbatus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Les insectes de ce genre sont très diffices à saisir : ils sont excès* 
srrement agiles , malgré qu'ils fassent très rarement usage de leurs 
ailes ; ils se tiennent ordinairement sur les plantes dans les prairies 
et les champs humides, dans les bois à clairières fourrées et humides. 
C'est avec le filet qu'il faut les chasser; alors, en fauchant sur les 
lieux que nous ayons indiqués, on est sûr de s'en procurer plusieurs 
espèces. Leurs couleurs sont ordinairement sombres. 

Quatrième Genre. — Eubria.— Ziegler. 

i 

1. Eub. palustris, Ziegler. Gallia. (Pyrén. -Orient.) 

Cinquième Genre. — Scyrtes.— Latreille. 

\. Scy. hemisphœricus, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

En promenant le filet sur les plantes aquatiques des mares et des 
fossés de toutes les parties basses du littoral , on est sûr d'en retirer 
des insectes de ces deux genres. Us sont très petits, et on peut facile- 
ment les confondre; car ils se ressemblent beaucoup au premier aspect. 
Cependant, examinés à la loupe, on toit bientôt que l'un est pubescent, 



343 

tandis qne l'antre ne l'est point , et c'est ce caractère seul qui les 
fait distinguer. 

Sixième Genre. — Nycteus. — Latreille. 

i. Nyc. haemorrhous, Ziegl. Austria. (Pyr. -Orient.) 

Très petit insecte qu'on Toit dans les fleurs an bord des fossés des 
champs, et qu'on ne peut se procurer qu'en fauchant avec le filet. 
Non-seulement il est très agile, mais encore, pour s'échapper, il fait 
usage de ses ailes. Rare. 

Septième Genre. — Lygistopterus. — Dejeàn. 

1. Lyg. sanguineus, Fabri. Paris. (Pyr.-Orienlales.) 
On trouve cette jolie espèce, qui se laisse prendre avec la plus grande 
facilité , sur les ombelliferes , dans les prairies élevées des montagnes 
secondaires. Elle n'y est ps très commune. 

Huitième Genre. Drctyopterus.— Latreille. 

1. Dyc. aurora, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Dyc. rubens, Meger. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

3. Dyc.'minutus, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

Ce genre , dont les espèces sont jolies et recherchées , habite nos 
forêts des régions hautes des montagnes , les prairies et les bords 
des champs; elles se tiennent sur les fleurs et surtout sur les ombelli- 
feres. On les voit facilement, à cause de leurs belles couleurs, et on 
peut les prendre à la main. En faisant usage du filet, on est sûr d'eu 
saisir boa nombre. Les deux dernières espèces sont plus rares. 

Neuvième Genre. — Omalùus. — Geoffroy. 

1 . Orna, suturalis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.)*, 

Ce joli et rare insecte se tient aussi sur les fleurs des régions 
hautes, sur les ombelliferes de préférence. On le prend avec facilité; 
mais , comme il est très petit , l'usage du filet est aussi bon pour st- 
fe procurer abondamment. 



344 
Dixième Genre. — Pyractomena. — Dejean. 
\ . Pyr. xanlholoma, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

Noos n'avons trouvé qu'âne sente fois cet insecte sor les fleurs, dans 
les prairies du Capcir, sur la route qui conduit au Llaurenti. Rare. 

Onzième Genre. — Lampyris. — Linn. 

1. Lam. noctiluca, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Lam. splendidula, Fabri. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

Il est bien difficile de trouver les espèces de ce genre dans le jour. 
Cependant, si Ton cherche sous les pierres, dans les bois, on en ren- 
contre quelques sujets : mais il y a un moyen infaillible pour en faire 
ample provision , il consiste à saisir une femelle, qu'on tient le soir 
à la main : les mâles viennent bientôt voltiger autour, et alors on les 
prend sans la moindre difficulté. 

Douzième Genre. — Geopyris. — Dejean. 

1. Geo. liemiptera, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Nous avons trouvé cette espèce toujours dans les bois des régions 
moyennes de nos montagnes. Nous ne l'avons jamais remarquée dans 
la plaine. Rare. 

Treizième Genre. — Colophotia. — Dejean. 
1 . Col. italica, Fabri. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

Ce genre se trouve au contraire dans les bois de la plaine , les 
fourrés des bords de la Tet et de l'Agly. Pendant les belles nuits 
d'été, il n'est point rare de voir comme des étincelles lumineuses 
traverser les airs ; ce sont ces insectes qui volent cherchant leurs 
femelles : leur abdomen phosphorescent , comme celui de la femelle 
du lampiris noctiluca ou ver luisant , produit cet effet et trahit 
leur présence. 

Quatorzième Genre. — Drilus. — Olivier. 

1. Dri. flayescens, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Dri. flavicollis, Dej. Dalmatia. (Pyrénées-Orient) 



345 

3. Dri. ater, Dej. Ger mania. (Pyrénées-Orientales.) 

Les driles sont des insectes très petits , les mâles surtout , qui sont 
de deux tiers plus petits que les femelles. Leurs couleurs, quoique 
sombres en général , sont assez jolies , par la disposition des élytres 
sur l'abdomen. Ils se tiennent sur les fleurs et sur les plantes dans 
les prairies et les fourrés aux bords des champs et des taillis prb 
des cours d'eau. En faisant usage du filet, on en saisit beaucoup. 

Quinzième Genre.— Co/icftow. — Lin*. 

( 'Telephorus , Schoffer.) 

1. Can. dis par, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Can. nigricans, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

3. Can. obscura, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Can. rufa, Lin. Germania. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Can. melanura, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Can. testacea, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

7. Can. pal u dosa, Grtx. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

8. Can. pallidipennis , Dej. G allia mérid. (Pyr.-Or.) 

9. Can. livida, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

10. Can. clypeata, Iixig. Germania. (Pyrén. -Orient.) 

11. Can. pallipes, Fabri. Germania. (Pyrén.-Orient.) 

12. Can. italica, Dej. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

13. Can. thoracica, Gyll. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

14. Can. fuscipennis, Dej. Dalniatia. (Pyr. -Orient.) 

15. Can. lateralis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

16. Can. tristis, Bonelli. Pedemont. (Pyrén.-Orient.) 

17. Can. varipes, Dej. Austria. (Pyrénées-Orientales.) 

18. Can. abdominalis, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

19. Can. flavicolliSj Dej. (Variété de X italica.) 

20. Can. etruscus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 
Il serait assez difficile de désigner exactement le gîte de pré- 



346 

dilection de chaque espèce de ce genre. Nous les trouvons par- 
tout : sur les arbres, dans les bois, sur les fleurs de toute espèce, les 
ombelliferes surtout ; elles s'y arrêtent de préférence. On les prend 
avec facilité à la main ; mais dans les endroits fourrés et dans les 
prairies l'usage du filet est d'un grand secours : de cette manière on 
en prend davantage, et surtout les petites espèces, qui se tiennent 
généralement sur les fleurs et qu'on peut à peine apercevoir. 

Quelques espèces sont beaucoup plus rares, telles que la paludosa, 
la pallidipennis , Ja fuscipennis , la lateralis. La melanura paraît 
▼ivre sur la carotte ; Yitalica sur les lis, où elle est abondante aux 
parties basses de Château-Roussillon ; Yetruscus sur la guimauve , 
au bord des étangs et des mares saumâtres , aux parties basses du 
littoral. 

Seizième Genre. — SMs. — Megerle. 

1. Sil. spinicollis, Meger. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Le bord des chemins, sur les plantes et sur les fleurs, le long des 
fossés herbeux près la Pépinière , dans les fossés des fortifications et 
au bas de Château-Roussillon. 

Dix-septième Genre* — Malthinus. — Latreille. 

1. Mal. flavus, Latreil. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Mal. angusticollis, Dej. Pyrénées -Orientales. 

3.. Mal. biguttatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Mal. marginatus, Latr. Paris. (Pyrénées-Orient,) 

5. Mal. rubricollis, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

6. Mal. discicollis, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient ) 

7. Mal. atratus, Dej. Pyrénées- Orientales. 

8. Mal. brevicollis, Payk. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Le genre malthinus est comme le genre cantharis, il faut le 
chercher partout. On ne peut non plus assigner un gîte certain 
à ces espèces : on les trouve partout ; et si l'on veut faire une 
bonne récolte, on doit mettre le filet en état de pouvoir faucher, avec 



347 

la certitude de se procurer de fort jolies espèces. Les mal.flavus et 
biguttatus se trouvent régulièrement sur l'aubépine. Leurs larves se 
nourrissent-elles sur cet arbuste? 

Dix-huitième Genre. — Malachius.— -Fàbricitjs. 

1. Mal. œneus, Fàbri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Mal. bipustulatus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Mal. spinipennis, Ziegl. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

4. Mal. pulicarius, Fàbri. -Parô. (Pyrénées-Orient.) 

5. Mal. equestris, Fàbri. Hispania. (Pyrén. -Orient.) 

6. Mal. thoracicus, Fàbri. Paris. (Pyrén<-Orient.) 

7. Mal. margînatus, Dej. Gallia mer. (Pyr, «Orient.) 
8* Mal. rufus, Fàbri. Gallia merid. (Pyrén. -Orient.) 
9. Mal. fasçiatus, Fàbri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

10. Mal. marginellus, Fàbri. Paris. (Pyrén.- Orient.) 

11. Mal. rufitarsis, Dej. Gallia merid. (Pyr .-Orient.) 

12. Mal. lepidus, Dej- Gallia merid. (Pyrén. -Orient.) 

13. Mal. suturalis, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

14. Mal. venustulus, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Or.) 

15. Mal. hemipterus, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

16. Mal. immaculatus, Dej. Pyrénées- Orientales. 

17. Mal. unicolor, Dej. Pyrénées- Orientales. 

Insectes de très petite taille en général, recouverts de couleurs très 
jolies et tranchantes, se tenant ordinairement sur les plantes et sur 
les fleurs de toute espèce ; leur corps est mou et leurs élytres flexibles. 
Ils sont munis de quatre vésicules rétractiles, qu'ils font sortir et rentrer 
à volonté. Ces vésicules sont rouges ou jaunes; elles contrastent singu- 
lièrement avec les couleurs du reste de leur corps. C'est encore le filet 
qu'il faut faire agir pour s'en procurer beaucoup d'espèces, dans les 
fourrés des champs, les lisières des bois tt des cours d'eau. On est 
sûr d'en rencontrer et de faire ample provision là où se trouvent réu- 
nies beaucoup de fleurs. Parmi les plus rares, nous comptons les 
mal. suturalis, bipustulatus, venustulus et hemipterus. 



348 
Dix-neuvième Genre. — Dasytes. — Fabricitjs. 

1. Das. ater, F abri. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

2. Das. nobilis, Illig. Gallia merid. (Pyrén. -Orient.) 

3. Das. pilosus, Ramb. Hispania merid. (Pyr.-Orient.) 

4. Das. bipuslulatus, Fabri. Italia. (Pyrén.-Orient.) 

5. Das. niger, Fabri. Germania. (Pyrénées-Orient.) 

6. Das. subaeneus, Schon. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

7. Das. flavipes, Fabri. Para. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Das. plumbeus, Olivi. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

9. Das. pallipes, Illig. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

10. Das. obscurus, Gyll. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

11. Das. maurus, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 

12. Das. cylindrius, Dej. Italia. (Pyrénées-Orient.) 

Ce genre n'est pas paré d'aussi belles couleurs que le genre pré- 
cédent. Ces insectes se tiennent ordinairement sur les plantes et dans 
les fleurs de diverses espèces. Dès qu'on veut les saisir, ils se laissent 
tomber à terre et ne bougent plus : de sorte qu'il est difficile de les 
prendre; car ils se trouvent toujours dans les endroits fourrés. Il faut 
encore faire usage du filet si l'on veut en faire provision, et se pro- 
curer les différentes espèces de cette famille. Le das. ater se trouve 
constamment sur le genêt d'Espagne. 

Vingtième Genre. — Zigia. — Fabricitjs. 
1. Zig. oblonga, Fabri. Egypte. (Pyrénées-Orientales.) 

Les zig tes avaient été considérées comme des insectes appartenant 
à l'Egypte. Nous avons été le premier à les découvrir dans cette con- 
trée : c'est sur les toits des vieilles maisons qu'on les trouve ; elles 
vivent dans les vieux bois des toitures ; [a larve est d'un rose très joli. 
M. Henri Mouchous, faisant voir sa collection à M. Marcel de Serres, 
la zigia attira l'attention de ce naturaliste, qui lui dit : vous avez là un 
insecte nouveau, qu'il examina attentivement, et le nomma corinetes 
buccata. Quelques jours avant j'avais fait un envoi à M. le comte 
Déjean, et j'y avais mis quelques zigics; mais ce dernier connaissait 



349 

déjà cet insecte, qu'il avait reçu d'Egypte, et me donna son véritable 
nom , en me priant de lui communiquer tous les renseignements que 
je pouvais avoir, ce que je ne manquai pas de faire. J'avais une vieille 
porte à l'issue du toit de ma maison, d'où sortaient tous les 
ans une infinité de zigies. C'est aussi de cette même porte que j'ai 
vu sortir la larve. Celles qui sortent en avril ou mai ne tardent pas 
à se convertir en nymphes , et à la fin de juin , en insecte parfait. 
En examinant les vieux bois des maisons, on est sûr, dans le com- 
mencement de juillet , d'y trouver des zigies , et toujours sous les 
combles ou sur les toits. Un jour où le soleil est caché par un temps 
brumeux, en restant sur le toit, on voit les zigies se promener. Les 
deux sexes se recherchent pour satisfaire leurs désirs ; si on les con- 
trarie dans leur marche, ils relèvent leurs élytres verts, et laissent 
voir, en les étendant, leurs ailes membraneuses, qui sont d'un rose ten- 
dre. Nous ne les avons jamais vu prendre le vol. C'est de nous que 
la plus grande partie des collections de France en ont été pourvues. 

Vingt-unième Genre. — Mefyris. — Fabricius. 

1. Mel. granulata, Fabri. G allia merld. (Pyr.-Orient.) 

C'est sur la terre , près des charognes , et quelquefois même sur 
tes os décharnés , près des cartilages des articulations , qu'on trouve 
cet insecte. C'est toujours lorsque le cadavre d'un bœuf, d'un cheval 
ou d'un autre animal a été dévoré par les chiens et par une infinité 
d'autres larves , qui n'ont laissé que les os , qu'on voit apparaître les 
mefyris. C'est donc sur toute espèce de charogne décharnée qu'il faut 
chercher cet insecte. Il est rare. 

Sixième Famille. — Tèrmdilbs. 
Premier Genre. — Tillus. — Fabricius. 

1. Til. elongatus, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Til. tricolor, Dej. Gallia bor. (Pyrénées-Orient.) 

3. Til. ambulans, Fab. G er mania. (Pyrénées-Orient.) 

Dans les prairies, sur le bord du bois des Fanges, sur les fleurs et 
spécialement sur les ombellifères. 



350 

Deuxième Genre.*— Notoxus. — Fàbricius. 

(Capibo, Latreille.) 

1. Mot. subfasciatus , Ziegl. GalUa merid. (Pyr.-Or.) 

2. Not. mollis, F abri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Not. univittatus, Rossi. Italia. (Pyrénées-Orient.) 

C'est encore sur les fleurs qu'il faut les chercher, dans les parties 
moyennes de nos montagnes. 

Troisième Genre. — Trichodes. — Fàbricius. 
(Clerus, Latreille.) 

i. Tri. octopunctatus, Fabr. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

On trouve cet insecte répandu dans toute la plaine sur les fleurs, 
dans les prairies et dans les jardins. 

2. Tri. alvearius, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Cette espèce n'est pas aussi commune. On la trouve sur les fleurs, 
mais aux parties élevées de nos montagnes ; elle s'arrête surtout de 
prédilection sur les ombelliferes. 

3. Tri. apiarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Le tri. apiarius est très commun. Son habitude est aussi de se 
poser sur les fleurs , dans les prairies , les moissons , les fossés her- 
beux, dans toute la contrée. 

4. Tri. favarius, Illig. Styria. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Tri. leucopsideus, Olivi. GaUia merid* (Pyr.-Or.) 

6. Tri. ammios, Fabri. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

Ces trois espèces fréquentent aussi les fleurs dans nos prairies, et 
se posent de prédilection sur les ombelliferes, aux parties moyennes 
de nos montagnes. 

Quatrième Genre. — C le rus. — Fàbricius. 
1. Cle. mutillarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Nous trouvons cette jolie espèce dans les prairies des montagnes se- 
condaires, aux parties élevées, sur les fleurs de toute sorte de plantes. 
Elle y est rare. 



351 

2. Cle. formicurius, F abri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Cette espèce qui est assez commune, se trouve sur les bois, les vieux 
troncs qui tombent de vétusté ; on 'la trouve quelquefois à terre et 
même sur quelques plantes, mais toujours dans le voisinage d'un 
vieux arbre. 

3. Cle. quadrimaculatus, Fabri. 

Cette jolie espèce se rencontre toujours sur les écorces des bois, dans 
les forêts des régions moyennes. Elle n'est pas très commune. 

Cinquième Genre. — Corynetes. — Fabricius. 

1. Cor. chalibeus, Knoch. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Cor. violaceus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Cor. rufipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Cor. ruficollis, Fabri. G allia merid. (Pyr.-Or.) 1 

Ce genre d'insectes paraît vivre constamment aux dépens des corps 
en putréfaction. C'est à cause de cela qu'on le trouve toujours sur 
les cadavres dont la décomposition est parfaite ; c'est surtout lorsqu'il 

1 Une anecdote fort curieuse, ignorée de beaucoup de monde , au sujet 
de ce petit insecte, trouve sa place ici , et prouve évidemment que ce genre 
d'insectes est toujours dans les lieux les plus infects : 

« An moment de la terreur, M. La treille fut arrêté à Brives et dirigé 
sur les prisons de Bordeaux , et là condamné , lui soixante-treizième , à la 
déportation. Accablé sous le poids des mêmes infortunes que l'illustre 
HaQy, avec lequel il s'était rencontré à Paris et lié d'amitié, la science et 
Meê consolations devinrent pareillement ses voies de salut. 

« Le médecin des prisons de Bordeaux s'étonne un jour de voir un pri- 
sonnier absorbé dans la contemplation d'un insecte, quand sa tète est me- 
nacée. C'est toi insecte très rare , répond M. La treille aux questions qu'il 
lui adresse. L'insecte est demandé et obtenu pour un naturaliste de Bor- 
deaux , alors jeune homme d'une très grande espérance, aujourd'hui notre 
confrère, M. Bory de Saint- Vincent. Celui-ci flatté de tenir ce don d'un 
entomologiste, dont le nom était déjà connu par d'honorables travaux, 
s'impose le devoir de soustraire M. Latreille au danger qui le menace ; et 
bientôt il a le bonheur de voir ses démarches et celles de leur ami com- 
mun Dargelas , couronnées du plus heureux succès. Latreille est rendu à 



352 

ne reste plus rien, que les corynttts sont encore là : ils sont les der- 
niers, à quitter la partie ; car on en trouve toujours de cochés auprès 
des cartilages des articulations. Le rufipes et le ruficollis fréquentent 
les caves des épiciers : on est sûr d'en faire ample provision dans les 
vieux fromages. 

Sixième Genre. — Enoplium. — Latreille. 

1. Enop. serraticorne, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Enop. sanguinicolle, Fabri. Gallia. (Pyr. -Orient.) 

Ces insectes qui sont fort jolis se trouvent quelquefois sur les fleurs; 
le plus souvent sur le bois, dans les forêts des régions basses de nos 
montagnes : on ne les trouve jamais en grand nombre. Rares. 

Septième Genre. — Lymexylon. — Fabricius. 
1. Lym. navale, Fabri., Paris. (Pyrén. -Orientales). 

la liberté et à la science ! On frémit en pensant qu'un mois plus tard, il 
pouvait périr avec ses compagnons d'infortune ensevelis dans les flots de la 
Gironde. Miraculeuse délivrance, si on la rapporte à sa cause, la rencon- 
tre fortuite d'un insecte ! 

« La nécrobie à collier roux (cor y net es ruficollis, Fab.), très petit cotiop- 
tère que Linneus rangea d'abord, à cause de ses habitudes , parmi les dtr- 
mistes. Mais Quilliger, adoptant les vues de détermination de Paykul et 
de Fabricius , proposa de la maintenir dans le genre corynete. Cependant 
Latreille avait jugé à propos d'en détacher trois espèces, dont il fît son 
genre nècrobit , exprimant par ce nom que ces petits coléoptères vivent de la 
mort , ou voulant du moins consacrer par cette étyraologic qu'on les trouve 
ordinairement sur des cadavres. 

« La plupart des entomologistes de France conservent, dans une place 
privilégiée de leurs collections, en souvenir de son bienfait, l'insecte de la 
prison de Bordeaux , la tucrobie Latreille; et, comme si cela n'était point 
assez pour l'élan de leurs cœurs , une inscription apprend qu'ils ont de- 
mandé et qu'il leur a été accordé de tenir, des mains mêmes de leur ho- 
noré maître, l'individu consacré à la commémoration d'un aussi miracu- 
leux événement. » (Extrait du discours prononcé snr la tombe de M. La- 
treille, 8 février 1855, par M. le chevalier Geoffroy-Saint-Hilaire, Annales 
de la Société Enlomologiquc de France, \" trimestre 4855.) 



353 
Huitième Genre. — Hjrlecoetus. — Latreille. 

1. Hyl. dermes toïdes, Fabrici. Ger mania. (Pyr. -Or.) 

On trouve les insectes de ces deux genres sur les bois dans les 
chantiers ; dans les maisons où on a du vieux bois. Leurs larves s'y 
nourrissent, y subissent leurs métamorphoses, et en sortent après : 
ces insectes restent alors sur le bois. On peut les prendre avec facilité. 

Neuvième Genre* — Rhysodes* — Latreille. 

1. Rhys. europeus, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

C'est encore sur le vieux bois qu'on trouve cette espèce. On la 
prend aussi souvent en soulevant Técorce d'un arbre , lorsque cette 
écorce a subi quelque altération par suite d'une plaie faite au tronc. 

Dixième Genre. — Ptilinus>~*-GEO¥fRoi. 

1. Ptfl. pectinicornis, Fabri. Paris; (Pyrén. -Orient.) 

2. Ptil. flabellicornis, Mbger. Paris. (Pyr.-Orient.) 

Insectes de petite taille, vivant sur le bois et s'y métamorphosant. 
On les trouve souvent dans les maisons, ainsi que sous les écorces de* 
vieux arbres dans les forêts. On rencontre quelquefois le pectinicornis 
sur les noisetiers. 

Onzième Genre. — Xyletinus. — Latreille. 

1. Xyl. pectinatus, Fabri. Germania. (Pyr.-Orient.) 

2. Xyl. subrotundus, Ziegl. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

3. Xyl. cardui, Dej. G allia merid. (Pyrénées-Orient.) 

4. Xyl. murinus, Dej. G allia merid. (Pyrén. -Orient.) 

Les insectes de , ce genre ressemblent assez à ceux du genre pré- 
cédent; ils paraissent avoir les mêmes mœurs. C'est aussi sur les 
vieux bois qu'on les trouve. 

Douzième Genre. — Dorcatoma. — Fabricius. 

1. Dore, rnbens, Koch. Germania. (Pyrén. -Orient.) 

23 



354 

2. Dote, dnesdense, Fabiu. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Dore, bovislae, Roch. Germania. (Pyréa .«Orient.) 

Ce sont encore de très petits insectes , qui vivent aussi sur le bois 
et sur les agarics. On les trouve seus les écorces et dans les bolets, 
aux régions moyennes des montagnes secondaires. 

Treizième Genre. — Ochina. — Ziegler. 

4. Ocfai. hederse, Germar. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
2. Ochi. sanguinicollis, Ziegl. A usina. (Pyr.-Orient.) 

Les ochines vivent aussi dans les bois, et c'est toujours sur les vieux 
arbres qu'on doit les chercher, sous les écorces. Les forêts des régions 
«in peu élevées sont celles où on les trouve de préférence. 

Quatorzième Genre. — Jnobium. — Ziegler. 

1. Anob. veslitum, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

2. Anob. stria tu m, F abri. Germania. (Pyr.-Orient.) 

3. Anob. tessellaium, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 
k. Anob. pertinax, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

5. Anob. oblongum, Ziegl. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

6. Anob. abietrs, Fabri, Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

7. Anob. villosum, Bonel. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

8. Anob. puàillum, Gyll. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Les insectes de ce genre , qui est assez nombreux , vivent généra* 
lement dans les bois ; ils sont de petite taille, avec des couleurs som- 
bres. On les trouve partout, dans les maisons, dans les caves, sur les 
fleurs, dans les bois sous les écorces. Les petits trous que Ton aperçoit 
sur les bois, même après qu'ils sont travaillés , sont produits par ces 
insectes. Lorsqu'ils sont en nombre dans quelque meuble, et qu'ils 
cherchent à s'accoupler, ils font entendre un bruit, qui a donné lieu 
à des idées souvent bien bicarrés. 

Quinzième Genre. — Hedobia. —Ziegler. 
1. H éd. pubescens, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 



355 

Gomme ces derniers insectes, les hedobia vivent aussi dans le bois, 
et on les trouve dans les maisons, ainsi que sous les écorces des vieux 
arbres. 

Seizième Genre. — Ptinus. — Linn. 

1. Ptin. rufipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Ptin. imperialis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Ptin sexpunclatus, Màn. Germania. (Pyr.-Or.) 

4. Ptin. fur, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Ptin. quadrigutlatus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

Les ptines sont aussi des infectes de petite taille, avec des couleurs 
sombres en général ; ils vivent également dans le bois, et c'est dans les 
maisons qu'on les trouve , ainsi que sur les troncs des vieux arbres. 
Lorsqu'on les touche, ils restent immobiles, à tel point qu'on 
pourrait croire qu'ils sont morts ; mais nn instant après, ils repren- 
nent leur mouvement, qui est très rapide. 

Dix-septième Genre. — Gibbium. — Scopoli . 

i. Gib. scotias, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
2. Gib. sulcicolle, Strum. (Variété de la/iné, Ul.) 

Très petits insectes transparents, et qu'on prend souvent pour une 
araignée . tant leur forme se rapproche de celle de ces insectes. On 
ks trouve aussi dans les maisons, dans les lieux peu fréquentés. Il 
n'est pas rare d'en trouver dans les collections d'histoire naturelle, 
les herbiers, les débris de végétaux, les vieux papiers. A la campa- 
gne, on en trouve quelquefois dans les fourmilières. - 

Dix-hoitième Genre. — Scydmœnus.— Latreille . 

1. Scyd. olivieri, Dej. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

2. Scyd. latreilli, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Scyd. panzeri, Dej. Germania. (Pyrénées-Orient.) 

4. Scyd. belwigii, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

5. Scyd. pelleralii, Genis. Dresde. (Pyrénées-Orient.) 



356 
6. Scyd. reaumurii, Dej. Gallia merid. (Pyr. Orient.) 

Tjt&scydmhnes sont de très petite taille : on les trouve dans les lieux 
où il y a des végétaux amoncelés et en décomposition ; dans les four- 
milières , quelquefois au pied des arbres qui sont garnis de mousse, 
ou de plantes amenées par les eaux. Leurs couleurs sont sombres en 
général. 

Septième Famîtxe. — Clavicorhbs. 
Premier Genre — Necrophorus. — Fabricius. 

1. Necro. germanicus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

2. Necro. humator, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Recro. vespillo, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Necro. sepultor, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Necro. investigator, Illig. Paris. (Pyrén.-Orient.) 
Il est considéré comme une variété du précédent. 

6. Necro. xnortuorum, Fabri. Paris. (Pyr. -Orient.) 

7. NecrQ. interruptus, Dej. Hispania. (Pyr.-Orient.) 

Tons les insectes de ce genre vivent dans les cadavres: la plupart 
ont des couleurs tranchantes et jolies par leur disposition. Ds sont 
remarquables par l'instinct qu'ils ont de transporter les cadavres des 
petits animaux d'un lieu à un autre, en se mettant plusieurs ensemble 
pour faire cette opération ; ils répandent une forte odeur de musc. 
Ainsi , le naturaliste qui voudra les posséder, ne devra pas négliger 
de visiter les cadavres de tous les animaux qu'il rencontrera dans la 
campagne j ceux des taupes, des rats, des lézarda, des serpents, qui 
commencent à entrer en putréfaction ; il sera sûr, en les secouant, 
d'y trouver quelques-uns de ces jolis insectes. Lorsqu'on place quel- 
que part le cadavre d'un animal , ou de la chair pour se procurer 
des iusectes, on est toujours certain d'y prendre quelque nécro- 
phore, et c'est de cette manière que nous sommes parvenu à recueil- 
lir les espèces que nous possédons. Le germanicus, Y interruptus et 
Yhurruitor sont fort rares. 



357 

Deuxième Genre. — Necrodes* — Wilmn. 

1 . Necro. siiuplicipes, Dkj. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Necro. littoralis, F abri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux insectes ont les mêmes mœurs que le genre précédent, et 
c'est aussi sur les cadavres qu'il faut aller fouiller pour se les procurer. 

Troisième Genre. — Silpha. — Linn. 

1 . Sil. hispanica, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

2. Sil. granulata, Oliv. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

3. Sil. nigrita, Creutz. G alita merid. (Pyr.-Orient.) 

4. Sil. obscura, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Sil. reticulata, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
6* Sil. quadripunctata, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

7. Sil. lœvigata, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Sil. atrata, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orieutales.) 

9. Sil. sinuata, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

10. Sil. rugosa, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

11. Sil. thoracica, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

12. Sil. alpina, Bonel. Helvetia. (Pyrénées-Orient.) 

13. Sil. carinala, Illig. Hehctia. (Pyrénées-Orient.) 

14. Sil. tristis, Illig. G allia. (Pyrénées-Orientales.) 

Quoiqu'on trouve les insectes de ce genre très répandus dans 
les champs, les fossés des fortifications de la ville et de la cita- 
delle, et dans tous les parages du département, il n'est pas moins 
vrai que ces insectes se trouvent aussi toujours sur les cadavres ou 
dans les environs des lieux où gît un corps mort : c'est là surtout 
qu'on peut en faire ample provision , et on les y trouve en plus 
grand nombre à mesure «que la décomposition est plus complète , ce 

qui faisait dire au comte de Genisson : « Les c de silpha sont 

toujours les derniers à quitter la partie. » Les silpha hispanica, al- 
pina et quadripunctata se trouvent aux régions élevées : les deux 
premiers aux environs de Mont* Louis, la troisième dans les bois de 



358 

ces hautes régions ; toutes les autres espèces se trouvent dans nos 
environs, et sont répandues dans toutes les localités du département. 

Troisième Genre. — Sphœrites. — Duf9C. 

fSarapus jisclar.J 

\. Sph. glabratus^ Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Quatrième Genre. — Àgyrtes. — Frjehlich. 

1. Agyr. castaneus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

On trouve les insectes de ces deux genres sous les amas de végétaux 
que les eaux ont rejelés, et où gisent beaucoup d'autres insectes. Ils 
y sont attirés probablement par ces derniers, qu'ils dévorent. Toute 
la plage et les prairies basses, sont les lieux où nous les avons toujours 
trouvés. L 'agyr tes castaneus est très rare. 

Cinquième Genre. —Scaphidium. — Fabricius. 

1 . Scap. agaricinum, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Scap. quad ri maculât um , Fabri. Paris. (Pyr.-Or.) 

3. Scap. immaculatum , Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

4. Scap. fascicatum, Dufsc. Pato. (Pyrénées-Orient.) 

Nous avons constamment trouvé ces insectes sur les champignons; 
quelquefois dans les bois, mais c'est accidentellement. Le quadrima- 
culatum et le fascicatum sont fort rares. 

Sixième Genre. — Catops. — Fabricius. 
{Choleva, Latreille.) 

1. Cat. niorio, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cat. luridus, Dej. Hispania. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cat. ohlongus, Latr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Cat. chrysomeloïdes, Latr. Paris. (Pyr.-Orient.) 

5. Cat. rufescens, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 



959 

Les insectes de ce genre vivent généralement sur le* champignons ;. 
mais ce n'est pas là qu'on les trouve toujours ; ils sont répandu» 
dans diverses localités, tant de la plaine que de la montagne, sons les- 
écorees ,* dans les bois , soos les débris des végétaux , quelquefois 
oième dans les maisons. Vobiongus et le chrysomefâdtt sont beau- 
coup plus rares qne les antres. 

Septième Genre. — Peltis. — Fabricixts. 

1. Pelt. oblonga, Fabri. Germania. (Pyrén. -Orient.) 

2. Pelt. ferruginea, Fabri. Germania. (PyrvOrient.) 

3. Pelt. grossa, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Pelt. dentata, Fabri. Suecia* (Pyrénées-Orient.) 

C'est sous les écorees des vieux arbres, dans les forêts, qa'il faut 
chercher les peltis. Les régions moyennes en fournissent le pins grand 
nombre ; cependant, c'est aux régions les plus élevées que nous avos» 
constamment trouvé le dentata, qui est le plus rare. 

Huitième Genre. — Thymatus. — Latreilae. 
1 . Thy. limbatus, Fabri. Alpes g allia. (Pyr.-Orient.) 

Neuvième Genre. — Thyreosoma. — Dej. 

4. Tyr. cassideum, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

C'est encore les champignons qui recèlent les insectes de ces deux* 
genres ; et c'est toujours aux parties moyennes des montagnes qu'il 
faut aller les chercher. On les trouve aussi quelquefois sous las écorees* 
des arbres. Ils ne sont pas très communs.. 

Dixième Genre. — Colobicus. — Latkeiiae. 

1. Colo. marginalus, Latr. Paris. (Pyr.-Orientales.) 

Cet insecte t qu'on croirait devoir vivre dans lès champignons, se 
trouve généralement sous les écorees des arbres. Les forêts de la basa» 
des Albères nous le fournissent; mais il n'y est pas comrouu. 



360 

Onzième Genre. — Ips. — Fabricitjs. 

4 • Ips. abreviala, Pauz. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Ips. qaadripustulata, Fabri. Germania. (Pyr.-Or.) 

3. Ips. quadriguttata , Fab. Germania. (Pyr .-Orient.) 

4. Ips. quadripunctata, Payk. Suecia. (Pyr .-Orient.) 

5. Ips. ferruginea, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Ips. quadrinotata, Fabri. Austria. (Pyr. -Orient.) 

7. Ips. bimaculata, Gyll. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 
Ordinairement la plus grande partie des insectes de ce genre 

se trouvent snr les troncs, sons les écorces des arbres; souvent 
les fruitiers de nos vergers en sont infestés ; à l'état de larve ils 
font un mal immense. Les forêts des régions moyennes sont celles qui 
en fournissent le plus grand nombre : quelques-uns cependant parais- 
sent aimer les régions froides; car ce n'est que dans les forêts des par- 
ties les pins élevées que nous les trouvons. Le quadrinotata et le 
quadripunctata sont de ce nombre, et ce sont les plus rares. 

Douzième Genre. — Strongilus. — Herbst. 

1. Stron. luteus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Stron. ferrugineus, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

3. Stron. floraris, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

4. Stron. quadripunclatus, Ilug. Suecia. (Pyr.-Or.) 

5. Slron. strigalus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Stron. sericeus, Sturm. Germania. (Pyr.-Orient.) 
Les trois premières espèces se trouvent généralement sur les fruits 

et sur les arbres ; elles sont répandues dans nos jardins, surtout dans 
les environs d'Arles , auprès du Tech , où se trouvent des prairies 
plantées d'un grand nombre de pommiers. 

lies trois dernières espèces de ce genre ont été constamment trou- 
vées sur les champignons, surtout sur les lycoperdons (ou vesses de 
chien). Cette espèce de bolet est assez répandue dans nos prairies, 
tant de la plaine que des montagnes , dans les bois de toutes les ré- 
gions. Si Ton examine attentivement les champignons , on est sûr 
d'y trouver ces rares espèces. 



361 

Treizième Genre. — Niddula. — Fabricitjs. 

1. Ni tu punctatissima , Illig. G allia. (Pyr. -Orient.) 

2. Niti. varia, Fabri. Sueeia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Niti. colon, Fabri. Paris. (Pyrénées Orientales.) 

4. Niti. haemorroïdalis, Payk. Sueeia. (Pyr. -Orient.) 
Elle paraît ëtre.une variété de la précédente. 

Ces trois premières espèces ont été trouvées généralement sons les 
écorces des vieux arbres , aux régions moyennes des montagnes se- 
condaires, et à la base des montagnes des régions froides. 

5. Niti. rufipes, Gylh. Sueeia. (Pyrénées-Orientales.) 
La rufipes a constamment été trouvée sous les écorces des arbres, 

dans toute la plaine. 

6. Niti. bipustulata, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

7. Niti. sestiva, Fabri. Sueeia. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Niti, ôhsoleta, Fabri» Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

9. Niti. pedicularia, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
On trouve ces quatre espèces très souvent dans les maisons, où elles 

ont été probablement apportées avec le bois. On les prend aussi sur 
les fleurs, dans les bois et sous les écorces des vieux arbres. La pedi- 
cularia est assez rare. 

10. Niti. œnea, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

11. Niti. viri descens, Fab. (Var. de la précédente.) 

12. Niti. obscara, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

13. Niti. discoïdes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces quatre espèces se trouvent sur les fleurs de toute sorte, répan- 
dues dans les bois, les prairies et les jardins de toute la plaine et des 
montagnes moyennes. 

14. Niti. flexuosa, Fabri. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

15. Niti. sinuatocollis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

16. Niti. decemguttata, Fabri. Sueeia. (Pyr.-Orient.) 
Ces trois dernières espèces sont toujours sous les écorces, surtout 

dans les bois humides des régions moyennes des montagnes. La dc- 
ccmguttata est plus rare que Us autres. 



36* 

Quatorzième Genre.— Cencur. — Litreiixx. 
(Cathercus, Herbst.) 

\. Cer. atratus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales ) 

2. Cer. urtirae, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cer. pedicularis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Cer, ferrugineus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

5. Cer. rabicundus, Dej. Gallia merid* (Pyr .-Orient.) 
G- Cer. pnlicarins, La te. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Les insectes de ce genre sont très petits et dirent généralement sor 
les fleurs, où on les troore pendant b belle saison ; ils sont répandus 
dans toote la plaine et au régions moyennes. Les cer. urtica et puii- 
carius sont constamment snr les orties; ils sont eicruÎTement agiles, 
et c'est avec le 61et qu'on doit agir pour se les procurer. 

Quinzième Genre. — Micropeplus. — Latrxiixe. 

1. Mtcr. sulcatns, Herbst. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Micr. caelatus, Schii. Germania bor. (Pyr.-Orient.) 

C'est sor les fleors de toute espèce qu'on trouve les insectes de oe 
genre ; ils sont répandus dans les champs, les lisières des bob taillis 
et les prairies, dans toote la contrée. 

Seizième Genre. — Byturus.— -Dejiak. 

f . Bit. tomentosus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
2. Bit. fumalns, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Les byturus sont encore des insectes qnî habitent snr les fleurs, et 
qu'on se procure dans tonte la plaine en faisant usage do filet, qu'on 
promène sur les fleurs. Nous y trouvons parfois le bit. fuma tus, que 
nous regardons comme une variété da bit. tomentosus, fort jolie et 
rare espèce. 

Dix-septième Genre. — Engis. — Fabricius. 

(Dame Latr. ) 

1. Eng. huraeralis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient-) 



363 

2. Eng. caerulea, Latr. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Eng. sanguinicollis, Fabri. Germania. (Pyr.-Or.) 

4. Eng. robifrons, Fàbrw Gallia. (Pyrénées-Orient.) 

Ce genre vit sur les bolets, et cependant on le trouve quelquefois 
sons les pierres, sous les écorces des vieui chênes et des chênes- verts, 
dans les régions moyennes. C'est sousl'écorce du chêne liège que nous 
ayons constamment trouvé le sanguinicollis et le rubi/rons, espèces 
très jolies et fort rares. 

Dix-huitième Genre. — Antherophagus . — Knoch. 

1. Ant. nigricornis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Ant. pallens, Fabri. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

C'est encore sur les fleurs qu'il faut chercher ces insectes j ils sont 
répandus dans toute la plaine. Le nigricornis nous fournit une variété 
à antennes roogeâtres, qui est fort jolie. 

Dix-neuvième Genre. — Cryptophagus . — Herbst. 

1 . Cry. typhe, Gyl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cry. cellaris, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cry. quadricollis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

4. Cry. nigricollis, Mark. (Var. du rufipennis, Dej.) 

5. Cry. mesomelus, Payk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Cry. nigripennis, Payk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

7. Cry. birtus, Gyl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Cry. pusïllus, Payk. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

9. Cry. globulus, Payk. Suce ici. (Pyrénées-Orient.) 
40. Cry. testaceus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
11. Cry. rotundicollis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

Les insectes de ce genre sont de très petite taille, vivent dans le 
bois , et il n'est pas rare d'en trouver beaucoup d'espèces dans nos 
habitations. On peut s'en procurer plusieurs espèces sous les écorces 
très raboteuses des yicui chênes et des chênes -liege ; cette disposition 



364 

leur donne nn abri sûr. Le pied des arbres garnis de broussailles en 
contient un grand nombre. Nous n'en avons jamais trouvé dans 
te filet, ce qui ferait croire avec raison qu'ils ne se tiennent ni sur 
les fleurs, ni sur les plantes. Le nigripennis et le pusillus sont fort 
rares. 

Vingtième Genre. — Ptilium. — Schiipel. 

1. Pli. fasciculare, Herbs. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

2. Pti. pusillnm, Gyl. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

Coléoptères de très petite taille, qu'on trouve sur le tronc des vieux 
arbres et sous leurs écorces ; on les prend aussi dans les fourmilières ; 
ils vivent dans le bois, qu'ils percent de petits trous et y font un grand 
mal ; on les trouve aussi dans les maisons. 

Vingt-unième Genre. — Dermestes. — Lin. 

1. Der. lardarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Der. vulpinus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Der. murinus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Der. tessellatus, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

5. Der. ater, Olivi. G allia merid. (Pyrénées-Orient.) 

6. Der. thoracicus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

7. Der. roseiventris, Pey. (Var. du der. cuit a, Pauz.) 

8. Der. spinipennis, Gen. Nord. (Pyrénées-Orient.) 

9. Der. bicolor, Fabri. ïtalia. (Pyrénées-Orientales.) 

Généralement ces insectes vivent sur les cadavres, et c'est particuliè- 
rement là qu'il faut les chercher; on ne manque pas de les y trouver en 
abondance. Si Ton place quelque part le cadavre d'un animal pour se 
procurer des insectes, les dermes très ne tardent pas à s'y porter en nom- 
bre. Cependant ce n'est pas exclusivement sur les cadavres qu'on les 
trouve toujours : le pied des arbres garnis de mousse, les amas de végétaux 
dans des lieux humides, sont souvent le repaire de la plupart, attirés dans 
ces endroits par la masse de larves d'autres animaux qui s'y trouvent, 
et dont ils font leur pâture. Près des dunes, si l'on voit le cadavre de 
quelque poisson, on est sûr d'y trouver des der mes 1res. Aiusi, le na- 



365 

turaliste ne doit pas se rebuter par la mauvaise odeur que répandent 
les corps morts qui commencent à se décomposer ; car c'est dans ces 
lieux infects qu'il est sûr de trouver de fort belles espèces. 

Ces insectes sont à redouter dans les collections d'histoire naturelle, 
par les dégâts qu'ils y font : cependant ils sont utiles, et nous rendent 
de grands services en contribuant à la destruction surtout des parties 
tendineuses et nerveuses des cadavres. Lorsqu'on les touche, ils res- 
tent immobiles et on les croirait morts ; mais bientôt après ils repren- 
nent leur fuite pour échapper au danger : ils sont très agiles. 

Vingt-deuxième Genre. — Attagenus. — Latr. 

1. Atta. trifasciatus, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Atta. undatns, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Alla, pellio, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Atta. vigintiguttatus, Fabri. Germania. (Pyr.-Or.) 

5. Atta. megatoma, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Or,) 

6. Atta. schsefferi, Illig. Germania. (Pyrén.-Orieni.) 

7. Atta. flavicornis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Insectes de petite taille , se nourrissant aussi de cadavres : ils sont 
funestes aux collections, par le dégât qu'ils font aux mammifères qu'on 
conserve ; leurs larves surtout font le plus grand mal. Quelques-unes 
des larves de cette tribu se tiennent sous les écorces, au pied des vieox 
arbres, où probablenfent elles se nourrissent de cadavres d'autres in- 
sectes. On trouve l'insecte parfait, en tout temps, près des corps morts, 
et parfois sous l'écorce des vieux arbres. Le trifasciatus et \t flavi- 
cornis sont fort rares. 

Vingt-troisième Genre.— -Megatoma. — Dejean. 
1. Meg. serra, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Cet insecte, qui est de très petite taille, et qui probablement se 
nourrit aussi de cadavres, ne se trouve cependant que sons les écorces 
des vieux arbres, aux endroits surtout où il y a un suintement occa- 
sionné par une plaie qui laisse échapper la sève ; il parait se plaire 
sur cette partie humide. 



366 
Vingt-quatrième iMtme.—Trogoderma- — Latr. 

1. Trog. elongalulum, Fabri. Gtrmania. (Pyr.-Or.) 

2. Trog ruficornis, Latr. (Variété do précédent.) 
Les trogodcrma sont aussi des insectes de très petite taille, qui 

doivent avoir les mêmes mœurs des autres insectes de cette famille ; 
cependant on les trouve toujours sur les fleurs , et le filet est le plus 
sur moyen qu'on puisse employer pour se les procurer. 

Vingt-cinquième Genre. — Anthrenus. — Fabri . 

i . Ànt. museoram, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Ànt. scrophulariae, Fabri. Germania. (Pyr.-Or.) 

3. Ant. pimpinella, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Ant. albidus, Dej. G allia merid. (Pyrénées-Orient.) 

5. Ant. glabratus, Fabri. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 

6. Ant. verbasci, Gylb. (Belle var. du frtcofcr, Herb.) 
Cette tribu fait le desespoir des collecteurs et des ménagères. Quand 

ces insectes pénètrent dans une collection, ils la dévorent ; comme aussi 
lorsqu'ils s'introduisent dans one armoire où Ton conserve des objets 
en laine, ils font un mal immense. Le naturaliste ne saurait prendre 
assez de précautions, ni assez de moyens, pour s'en défendre; leurs 
larves sont si petites qu'elles passent par la moindre fente, et la fe- 
melle a l'instinct de déposer ses œofs, qui sont imperceptibles, sur le 
rebord de la jonction des armoires. Dans le Midi, surtout, il faut un 
soin tout particulier pour conserver les collections : ces insectes atta- 
quent tous les objets d'histoire naturelle, et y font le plus grand mat. 
On les trouve dans les maisons et sur toute espèce de plantes en fleurs : 
les campanulacées et les ombellifcres surtout en sont couvertes au 
premier printemps. Ualbidus et le pimpinella sont assez rares. 

Vingt-sixième Genre. — Aspidiphorus. — Ziegl. 

1. As pi orbicnlatus, Gyiji. Suecia. (Pyrén, -Orient.) 
Insecte de petite taille, qu'on trouve aussi sur les cadavres en dé- 
composition et sous les écorces des vieux arbres. On s'en empare 
très difficilement, à ratuc de sa petite taille et de son agilité. On le 



367 

trouve aussi sur les plantes en fleurs; et quand on a fauché quelque 
temps avec le filet , on est sûr d'y trouver quelques-uns de ces in- 
sectes, mais en petit nombre, car ils sont rares. 

Vingt-septième Genre. — Hister. — Linné. 

(Première Division.) 

1 . Hist. major, Fabri. G allia mcrid. (Pyrén. -Orient.) 

Dans les bouses des vaches qui ont séjourné quelque temps sur les 
prairies. Rare. 

2. Hist. cadaverinus, Payk. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

Cadavres et fientes. Très commun. 

3. Hist. unicolor, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
Détritus des végétaux, cadavres et fientes. Très commun. 

4. Hist. lunatus, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
Bouses et cadavres. Commun. 

5. Hist. insequalis, Fab. Galliamerid. (Pyr. -Orient.) 
Bouses un peu sèches. 

6. Hist. merdarius, Payk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
Dans les excrément» humains. Commun. 

(Deuxième Division.) 

7. Hist. sinuatus, Payk. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Hist. quadrinotatus, Payk. A us tria. (Pyr.-Orient.) 

(Troisième Division.) 

9. Hist. corvinus, Ger. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Généralement dans les champignons et les cadavres. 

10. Hist. biinaculatus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 
Dans les bouses et les détritus. Assez rare. 

11. Hist. duodecim s triât us, Payk. Paris. (Pyr. -Or.) 

Dans les bouses et sous le fumier amoncelé dans les champs. 
Commun . 



368 
(Quatrième Division.) 

12. Hist. purpurascens , Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

Bouses et détritus. 

13. Hist. carbonarius, Paye. Paris. (Pyrén.-Orient.) 
Sous les amas de plantes en décomposition et les fumiers. 

14. .Hist. fimeiarius, Paye.. Austria. (Pyrén.-Orient.) 
Fumiers et bouses. 

15. Hist. stercorarius, Paye. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

16. Hist. sinualus. (Variété dxxfinielarius.) 
Se trouvent aussi dans les bouses et les fumiers. 

(Cinquième Division. ) 

17. Hist. cruciatus, Payk. G allia mcrid. (Pyr.-Or.) 
Cadavres et détritus de végétaux. Il est assez rare. 

18. Hist. semipunctatus, Fabri. Gallia merid. (P. -Q.) 

Cadavres. 

19. Hist. nitidulus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

20. Hist. intricatus, Latr. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

21. Hist. massiliensis , Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

22. Hist. algericus, Payk. Hispania. (Pyrén.-Orient.) 

Ces quatre espèces se trouvent dans les cadavres et dans les bouses. 
Les deux derniers sont fort rares. 

(Sixième Division.) 

23. Hist. aeneus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Cadavres et fourmilières. 

24. Hist. afïïnis, Payk. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 
Détritus des végétaux. 

25. Hist. dimidiatus, PAyK.' Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

Mêmes lieux que le précédent. 



369 

26. Hist. metallicus, Fabri. Germania.(Pyt. -Orient.) 

27. Hist. metallescens , Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 
Ces dcyx espèces se trouvent dans le» cadavres et dans les bouses. 

28. Hist. rofipes, Pàyk. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 
Dans les cadavres avancés. Très rare. 

29. Hist. aereus, Dej. Hispania (Pyrénées Orient.) 

Détritus et cadavres. Très rare. 

30. Hist. speculifer, Pàyk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

31. Hist. virescens, Pàyk. Gallia. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux derniers se trouvent dans les bouses et sur les cadavres. 
Ils sont assez rares. 

Gomme on vient de le voir, on rencontre les insectes de cette fa- 
mille dans les cadavres, les ordures, les fumiers, les bolets en disso- 
lution, les fourmilières et sous les amas de végétaux en décomposition. 
Voilà des gîtes bien différents : ils y sont attirés par la réunion de 
larves et d'insectes de divers genres, qui s'y trouvent amassés, et 
dont ils font leur pâture. Ces insectes sont généralement de moyenne 
taille , de forme o va la ire et un peu bombée. Leurs couleurs sont 
sombres ou métalliques; quelques-uns (en petit nombre) ont des 
taches ; d'autres ont des lignes en forme de croix sur les élytres. 
Leur faciès est si ressemblant , que leur étude est excessivement dif- 
ficile. Paykull Ta facilitée en les divisant eu sections, et attribuant 
à chacune des caractères plus on moins distincts : sa monographie 
du genre hister est bonne à consulter. 

On rencontre les hister en tonte saison ; mais c'est particulièrement 
pendant Tété qu'on les trouve en plus grand nombre. Après une forte 
inondation , on les voit en masse sous les débris des végétaux rejetés 
sur la grève par la mer ; et alors on rencontre réunis tous ceux 
qu'on trouve ordinairement isolés dans d'autres circonstances. 

Les hister sont si voraces qu'ils détruisent une grande quantité 
d'autres insectes; et si, par malheur, on en renferme quelqu'un dans 
la boîte de chasse , quand on rentre le soir, on a le regret de re- 
connaître qu'il a dévoré la plus grande paitie des iu sectes qu'elle 
contenait: il est donc essentiel d'avoir un compartiment exprès pour 
le genre hister. 

24 



370 

Vingt-huitième Genre. — Dcndrop/ulas. — Leach. 

1 • Den, rotundatns, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Den. minimns, Dej. G allia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Den. troglodytes, Pat*. GaUîa merid. (Pyr.-Or.) 

4. Den. pygmsus, Patk. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

5. Den. punctatns, Payk. Gtrmania. (Pyrénées^Or.) 

Ces insectes, petits et plos bombés que le genre précédent, se 
trouvent généralement sous les écorces et sons les pierres homidet ; 
quelques- uns soos les fourmilières : ils paraissent vivre aussi aux 
dépens des larves d'autres insectes. 

Ving-neuvième Genre. — Abrœus. — Leach. 

1. Abr. globulus, Patk. A us tria. (Pyrénées-Orient.) 

2. Abr. globosus, Payk. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Abr. volneratos, Panz. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

(Test aussi sous les écorces , les fourmilières , les détritus des vé- 
gétaux et sur les bolets , qu'il faut chercher ces très petits insectes , 
qui sont difficiles à saisir. Le vulneratiis est très rare. 

Trentième Genre. — Hœterius. — Godet. 

1. Haet. quadralus, Payk. Gtrmania. (Pyrénées-Or.) 

Ce genre , qui est excessivement rare , a toojoors été trouvé sous 
les écorces des vieux arbres. 

Trente-unième Genre. — Ontliophilus. — Leach. 

4 . Ont. sulcatus, Fabri. Gallia merid. (Pyrénées-Or.) 

2. Ont. costalus, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Ont. striatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Insectes de très petite taille, qu'on trouve habituellement sous les 
détritus des végétaux, sous les écorces et sous les pierres, au prin- 
temps. Leur agilité les rend difficiles à saisir; ils se laissent tomber 
dès qu'on les approche, et restent dans une complète immobilité. 
Le sulcatus est fort rare. 



371 
Trente-deuxième Genre. — Platysoma. — Leach. 

1. Pla. depressum, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Pla. pini, Sol. (Variété de Yangustatum, Payk%) 

3. Pla. oblongum, Fabri.) Germania. 

4. Pla. frontale, Payr. ; (Pyrénées-Orientales.) 

5. Pla. complanatum, Payk. Germania* (Pyr.-Or,) 

6. Pla. angustatum, Paye. Suecia* (Pyrénées-Orient.) 

7. Pla. picipes, Fàbîu. Suecia. (Pyrénées-Oriantafos.) 

Ce genre est comme les précédents de celte oihttte : il vit aras tes 
ecorces, sous les pierres, sous les détritus et dans les bolets. Cest 
dans ces lieux qu'il faut le chercher , et qu'on le trouve , au prin- 
temps, a l'état d'insecte parfait. 

Trente-troisième Genre.— Hjrporhagus.-~Dz*Bktt. 

fMonomma, Klug.) 
1. Hyp. gibbosus, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

Nous avons toujours trouvé cet insecte , qui est Tort rare , sous les 
écorces du chêne-liège , lorsque surtout quelque partie de l'arbre a 
été altérée par une plaie récemment faite , et qui laisse couler ont 
liqueur visqueuse. 

Trente-quatrième Genre. — Throscus. — Latr. 

1. Thr. adstrictor, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 
En mitant, lortqa'eftta commencent a se 44t#!tpostt t Ici fleurs 
qui tombent à terre, en été, on est sûr d'y trouver ce petit insecte. 
Il doit probablement aussi se rencontrer sous les pierres ; nous ne 
1 avons jamais trouvé dans notre filet en fauchant, ce «toi nous fait 
penser qu'il ne se plaît pas sur les fleurs. Il est rare. 

Trente-cinquième Genre. — Nosodendron. — Latr . 

1. Nos. fasciculare, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Le ttofàdendtùn paraît vivre purticufièremfflt dans les pfaie* faites 



372 

i 
aux arbres ; car ou y trouve en même temps les larves e t les insectes * 

parfaits. Il fréquente aussi les fleurs, et le filet sert à se le procurer. 
Nous l'avons trouvé sur diverses espèces d'arbres , même sur les ar- 
bres fruitiers, dans nos jardins. 11 est rare. 

Trente-sixième Genre. — Byrrhus — Fabricius. 

I.Byr, gigas, Fabri. Carniolia. (Pyrénées-Orient.) 

2. Byr. pilula, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Byr. varius, Fabrl. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Byr. orna tus, Panz. A us tria. (Pyrénées-Orient.) 

5. Byr. pyrenaeus, Des . Pjrœnci. (Pyrénées-Orient.) 

6. Byr. dorsal is, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

7. Byr. murinus, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

8. Byr. arenarius, Ddfts. Austria. (Pyrén.-Orient.) 

9. Byr. nitens, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

40. Byr. striatopunctatus , Dej. Hispania. (Pyr.-Or.) 

11. Byr. vestitus, Dej. Germania. (Pyréjnées-Orient.) 

Les byrrhes ont diverses stations. Nous les trouvons dans les bou- 
ses , sous les pierres , sur les plantes et sur les fleurs ; ils habitent 
les endroits sablonneux , dans les prairies , les bois et les champs. 
Ce sont des insectes de petite taille ; ils volent avec facilité ; leur 
démarche est lente , et au moindre danger, ils restent immobile*. 
Le pjrenaus, Yornalus et le striatopunctatus sont rares. 

Trente-septième Genre.— ~Limnilhus<— Ziegler. 

1. Lim. riparius, Dej. Gallia merid. (Pyrénées-Or.) 

Nous trouvons dans, les mêmes localités cet insecte, qui se rappro- 
che beaucoup des byrrlies par sa forme. Il en a les mœurs et les ha- 
bitudes. Rare. 

Trente-huitième Genre. — Gcorisus. — La treille. 
1. Geo. pygmaeus, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 



373 

2. Geo. canalicnlatus , Dfj. Hispania. (Pyr.-Orient.) 

3. Geo. striatus, Dbj. G allia merid» (Pyrén. -Orient.) 

4. Geo. salcalus, Dej. Hispania. (Pyrénées- Orient.) 

Les gtorisus sont de très petits insectes, qui virent tous les amas 
de végétaux qui commencent à se décomposer dans les lieux humides. 
On les trouve aussi au bord des mares d'eau , parmi les mousses et 
les plantes aquatiques. 

Trente-neuvième Genre. — Elmis. — Latbeille. 

fLimnius, Illiger.) 

1. Elm. volckniari, Mull. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Elm. aeneus, Mull. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Elm. obscurus, Mull. G er mania. (Pyrén. -Orient.) 

4. Elm. subviolaceus, Neust. G allia. (Pyr.-Orient.) 

5. Elm t . parallelipipedus, Mull. Paris. (Pyr.-Or.) 

6. Elm. maugetii, Latr. G allia. (Pyrénées»Orient.) 

Les elmis sont de très petits insectes, qu'il faut aller chercher dans 
les eaux. Us se trouvent fixés dans les cavités des pierres qui' sont an 
fond des eaux ; on les trouve aussi pris aux racines des plantes aqua- 
tiques et aux bois qui sont fixés dans la vase. On les trouve encore 
en abondance dans les endroits pierreux de la Tet et du Tech, 
vers les bords. V obscurus et le subviolaceus sont très rares. 

Quarantième Genre. — Macronichus . — Mcller. 
1 . Mac. quadrituberculatus, Mull Germania.(P.-0.) 

Quarante-unième Genre. —PotamophUus. — Germ. 

1. Pot. acuminatus, F abri. Germania. (Pyr.-Oricnt.)f 

Ces deux genres habitent les mêmes lieux que les clmis. Us pa- 
raissent en avoir les habitudes. 



374 

Quaranie-deurième Genre. — Pornos. — Fabricics. 

(Dricps, Olivier.) 

i. Par. striatopunctatus , Dej. Gallia merid. (P.-Or.) 

2. Par. prolifericornis, F abri. Germania. (Pyr.-Or.) 

3. Par. dumerilii , Latr. Gatlia merid. (Pyr .-Orient.) 

4. Par. auricuratns, Illig. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Les insectes de ce genre paraissent ne pas avoir les mêmes habi- 
tudes qoe les précédents. Qaoiqne se tenant dans les eaox» on ne les 
trouve jamais pris ani pierres ; mais bien aux plantes aquatiques qui 
croissent aa bord des eaux dormantes , et dans les mares , sortent 
celles qui sont submergées en hiver. Le slriatopunctatus et le du- 
merilii sont rates. 

Quarante-troisième Genre. — Heterocerus. — Fabr. 

1. Het. marginatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Het* minutus, Dej. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

Les hétérochres paraissent éminemment (bailleurs. C'est dans la 
vase, dans le sable humide, au bord des mares ou des rivières qu'Us 
se tiennent. On les fait sortir de ces lieux en remuant la Tase : ils 
marchent, avec agilité et sont difficiles à saisir. 

Huitième Famille. — P ami corn es. 
Premier Genre. — ElopJiorus. — Fabricius. 

i. Elo. grandis, Illig. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Elo. nnbtlus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Elo. oûnutus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Elo. griseus, Gyl. (Variété du précédent.) 

5. Elo. ragofus, Olivi. Gallia merid. (Pyr -Orient.) 

6. Elo. întermedius, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

7. Elo. tubereulatus, Gyl, Suecia. (Pyrénées-Orient) 

Les insectes de cette tribu vivent dans l'eau. Leurs larves se tien- 



375 

lient dans la vase ; cl lorsqu'elles deviennent insecte» parfaits , elles 
grimpent sur les plantes aquatiques. Hs sont de petite taille , peu 
agiles , marchent mal ; on les trouve sur la vase , an bord dts 
étangs ou des mares ; ils nagent mal , et on prétend qu'ils ne voient, 
pas du tout. Le rugosus et Vintermcdius sont rares» 

. Deuxième Genre. — Hydroclxus. — Germas. 

1. Hyd, nilidicollis, Dej. Gallia orient. (Pyr.-Orient.) 

2. Hyd. crenatus, F abri. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

• 

3. Hyd. costa tus, Dej. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Hyd. brevis, Paîk. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

Les hjrdrochus sont aussi 1res petits; ils vivent dans les eaux,, 
comme le genre précédent, dont ils ont les mœurs. 

Troisième Genre. — Ochthebius. — Leach. 

1. Och. merid iona lis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

2. Och. riparius r Ïixig. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Och. impressifrons, Dej* Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

4. Och.impressicollis, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Or.) 

5. Och. obscur us, Dej. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Comme les deux genres précédents, les ochthebius ont les mêmes 
habitudes. Ce sont des insectes de très petite taille , qu'on trouve 
dans les mêmes localités. 

Quatrième Genre. — Hydrœna. — Ktjgil. 

1. Hyd. longipalpis, Scho. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

2. Hyd. gracilis, Mpli.. Gtrmcmi*. (Pyrénées-Orient.) 

3. Hyd. xninutissima, Gyl. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

Insecte» de très petite taille, ne différant pas par leurs habitudes des* 
genres précédents, et qu'on doit chercher dans les mêmes lieux, sous-, 
les pierres , dans l'eau , dans la vase et sur les plantes aquatiques. 



376 
Cinquième Genre. — Sperchœus. — Fabricius. 

1. Sper. emarginatus, Fabri. G allia bor. (Pyr.-Or.) 

Insecte qu'on trouve très rarement, soit que ses habitudes dif- 
férent de celles des autres espèces de cette tribu, soit qu'il ne 
quitte guère l'endroit où il se fixe. Nous l'avons toujours trouvé 
cramponné au collet des racines des plantes aquatiques, dans les mares 
d'eau de la Salauque et du littoral. 

Sixième Genre. — Berosus. — Leach. 

1. Ber. signa ticollis, Meg. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Ber. luridus, Fabr. Suecia. (Pyrénées -Orientales.) 

3. Ber. punctattssimus, Dej. Paris, (Pyrén.-Orient.) 

Comme tous les insectes de cette famille, les berosus sont difficiles 
à se procurer : ils vivent comme eux dans le fond des eaux des étangs 
et des ruisseaux. C'est par hasard , qu'après avoir promené le filet 
sur la rase, on en retire quelques-uns. Le luridus est fort rare. 

Septième Genre. — Hydrophilus. — Fabricius. 

1. Hyd. piceus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Hyd. scrobiculatus, Panz. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

3. Hyd. caraboïdes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Les hydrophiles sont des insectes de grande taille : ils sont abon- 
dants dans toutes les eaux du département, dans le* mares , comme 
dans les eaux vives , lorsqu'il y a de la vase ; ils paraissent ne se 
plaire que dans les lieux vaseux , et ils nagent avec facilité. C'est 
avec le filet qu'on peut se les procurer ; quelquefois même , sur le 
bord des mares, on peut les saisir avec la main. Ils abondent dans 
les agouilles du Cagarell, près Canet , et dans toutes les mares de 
la Salanque. 

Huitième Genre. — Hydrobius. — Leach. 

1. Hyd. picipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
2 Hyd. convexus, Illig. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 
3. Hyd. scarabeoïdes, Fabbic. Suecia. (Pyr.-Orient.) 



377 

4. Hyd. grisescens, Dej. Austria (Pyrénées-Orient.) 

5. Hyd. griseus, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

6. Hyd. globulus, Payk. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

7. Hyd, bipunctatus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

8. Hyd. truncalellus, Fabri. Paris. (Pyr. -Orient.) 

9. Hyd. orbicularis, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 
40. Hyd. hemisphserîcus, Dej. G allia. (Pyr. -Orient.) 

Ces insectes sont moins grands que ceux du genre précédent ; ils 
vivent comme eux dans les mares , les étangs et toutes les eanx va- 
seuses. On peut aussi les saisir en promenant le filet sur la vase ; ils 
sont attachés quelquefois aux plantes aquatiques. Toutes les mares 
des parties basses du littoral en fournissent abondamment. Le glo- 
bulus, Yhemispharicus et le bipunctatus sont rares. 

Neuvième Genre. — Sphœridium. — Fabricius. 

1. Sph. scarabeoïdes , Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

2 Sph. bipustulatum, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

Les insectes qui appartiennent à ce genre sout de petite taille , et 
vivent dans les excréments des animaux herbivores plus particuliè- 
rement. Dès qu'on les trouble dans leurs demeures , ils fuient avee 
une extrême agilité. On les trouve dans toutes les localités fréquen- 
tées par les bœufs et les juments. 

Dixième Genre. — Cercyon. — Leach. 

1. Ger. littorale, Gyl. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Cer. hœmorroïdale, Fabri. Paris* (Pyr.-Orient.) 

3. Cer. atomarium, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Cer. unipunctatum, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 

5. Cer. centrimaculatum, Strum. G allia. (Pyr. -Or.) 

Mêmes mœurs et habitudes que les insectes du genre précédent : 
cependant quelques espèces se trouvent dans le fumier, au bord des- 
eaux et dans les détritus des végétaux. Les parties basses du dépar- 
ment sont les lieux qu'ils habitent de préférence. 



378 

Neuvième Famille. — Lamellicornes. 
Premier Genre. — Ateuchus. — Fàbricitjs. 

1 . Aie. sacer, Fabri. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

2. Âte. semipunctalus, Fabri. Italia. (Pyr. -Orient.) 

Ces deux espèces se trouvent très communément sur tout le lit- 
toral de la Méditerranée de notre département. On les- veil sur les 
dunes voler et souvent traîner sur le sable une grosse boule qu'elles 
conduisent à un trou qu'elles ont pratiqué exprès dans le sable, près 
d'une plante, sur une mote élevée et un peu éloignée de la mer. Cette 
boule, formée par des excréments, renferme les œufs que la femelle 
y a pondus : les larves en naissant commencent à y trouver leur 
première nourriture. Très communes. 

3. Ate. variolosus, Fabri. Dalmatia. (Pyr. -Orient.) 

4. Ate. pius, Illig. Hungaria. (Pyrénées-Orientales.) 
Ces deux espèces sont assez communes au pied des Àlbères, dans 

tonte cette plaine qui longe leur base; elles fouillent les fientes des 
cochons plus particulièrement : leurs boules, qu'elles traînent comme 
les deux espèces précédentes , sont faites avec celte même fiente ; 
elles les cachent aussi dans les terres légères , au bord des fossés 
des champs et des routes. Le plus est plus rare. 

5. Aie. punclicollis, Dej. Hispania. (Pyrén. -Orient.) 

6. Ate. laticollis, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

On trouve ces deux espères dans In plaine , sur les terres éloignées 
de la mer, le long du riverai de nos trots cours d'eau surtout : elles 
ne se trouvent pas aussi fréquemment que les autres espèces , dont 
elles ont les habitudes. 

Deuxième Genre. — Gjrmnopleurus. — Illig. 

1. Gym. pilularius, Fabri. Gallia. (Pyrén. -Orient.) 
Cette espèce est très commune dans toute la contrée. On la trouve 
par masses considérables sur les bonses , le long des routes , et dans 
les champs : aussitôt qu'ils sont inquiétés , ces insectes prennent le 
vol ; cependant on a toujours le temps d'en ramasser on grand 
nombre. C'est probablement l'habitude de former les boules da»& 
les fientes qui leur a fait donner le nom de pilularius. 



379 

2. Gym. flagellalus, Fabri. G allia. (Pyréa.-Orient.) 

Le Jlagellatus est moins commun ; il reste d'habitude dans les 
terrés arides : les vignes , les olivettes des parties élevées du centre 
du département. Gomme le dernier, on le rencontre toujours dans 
les hanses et souvent dans les excrément» humains. Rare. 

Troisième Genre. — Sisyphus. — Latreille. 

t. Sis. schsefferi, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Très commun dans les bouses, sur les chemins et les champs de 
toute la plaine. 

Quatrième Genre. — Pygurus. — Dejean. 
1 . Pjrg. productus, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

Mêmes habitudes et genre de vie que le précèdes*. Rare. 

Cinquième Genre. — Copris. — Fabricius. 

1. Cûp. hispana, Fabri. Gallia vierid. (Pyr. -Orient.) 

Nous avons constamment trusté cette espèce dan» les bouses de 
vaches» dans les prairies qui bordent k plage d'Àrgclès et dans 
celles de la plaine de Palan. Plus rare dans la vallée de Banyuls. 

2. Cop. lunaris, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cop. emarginata, Fabr. Paris. (Pyrénées -Orient.) 

Ces deux espèces sont communes dans les bouses des vaches de 
toote la plaine, dans les prairies des bords de Ja mer, et dans toute 
la Salanque. 

4. Cop. paniscus, Fabri. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

Cette espèce , beaucoup plus petite que les autres , se trouve dans 
les bouses aussi , mais dans les bois arides des parties montueuses , 
les environs de Saint-Laurent-de-Cerdans et de Goustouges : elle y 
est rare. 

5. Cop. granulata, Dej. Nord. (Pyrénées-Orientales.) 

k&tz commune dans les bouses des vaches , mu les prairies éle- 
vées, Mont-Louis et ses environs ; aons l'avons aussi trouvée dans les 
bouses, sur les prairies, à une élévation moyenne du Canigou. Rare. 



380 
Sixième Genre. — Onthophagus. — Latreille. 

1. Ont. vacca, Fabrï. G allia merid. (Pyrén.-Orient.) 

2. Ont. hybueri, Fabri. Austria. (Pyrénées-Orient.) 

3. Ont. tau rus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Ont. fracticornis, Fabri. G allia. (Pyrén.-Orient.) 

5. Ont. sckreberi, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

6. Ont. furcatus, Fabri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

7. Ont. ovatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

8. Ont. einarginatus, Dej. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

9. Ont. hirtus, Iixio. Lusitania. (Pyrénées-Orient.) 

10. Ont. nutans, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

11. Ont. cœnobila, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

12. Ont. nuchicornis, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

13. Ont. camelus, Fabri. Germania. (Pyr. -Orient.) 

Il faut encore chercher les espèces de ce nombreux genre dans les 
bouses des bestiaux, dans les excréments humains même; on les trouve 
en masse dans les prairies de la plaine et de la montagne. Le natu- 
raliste ne doit pas craindre de visiter les lieux infects : il se trouve 
dédommagé de ses peines par les fort jolies et rares espèces qu'il y 
rencontre. 

Septième Genre. — Babas. — Megerle. 

1. Bub. bison , Fabri. G allia merid. (Pyrén.-Orient.) 

Nous trouvons cette espèce dans les bouses des bestiaux , dans les 
terrains arides, les olivettes de Mailloles, et dans la contrée de Tbuir, 
mêmes lieux. Assez rare. 

2. Bub. bu bal us, Latr. GalUa merid. (Pyr. -Orient.) 

Le bubalus est assez commun : on le trouve de bonne heure , fia 
de février déjà , dans les bouses des bestiaux de toute la plaine , 
dans toute la Salanque et dans les prairies maritimes sur tout le 
littoral. 



381 

Huitième Genre.— Onùis* — Fabricius. 

1 . Oni. olivieri , Illig. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

Les habitudes de cet insecte sont les mêmes que celles des genres 
précédents : il faut aussi le chercher dans les bouses des vaches , 
sur les prairies et champs du bord de la mer , sur tout le littoral. 
Il s'enfonce dans la terre et il faut souvent aller le chercher assez 
profondément : en remuant une bouse, on s'aperçoit bientôt du 
trou qu'il a fait, et alors il est très facile de se le procurer en en- 
fonçant à coté une lame de couteau, et soulevant ainsi la terre. Il 
est commun. 

2. Oni. furcifer, Ros. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Oni. vandelli, Fabri. Lusitania. (Pyrén. -Orient.) 

Ces deux espèces ont les même» habitudes, et c'est dans les bou- 
ses aussi qu'il faut les chercher : mais dans les champs et prairies de 
l'intérieur des terres , dans la plaine assez éloignée de la mer ; car 
jamais nous ne les avons rencontrées dans les mêmes lieui que 
Yolivitri. Elles sont très rares. 

Neuvième Genre. — Oniticellus. — Ziegl. 

1. Oni. festivus, Stev. Russia merid. (Pyr.-Orient.) 

2. Oni. flavipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Ces deux insectes sont comme tous ceux de cette tribu : on les 
trouve dans les fientes des bestiaux , dans toutes les prairies de la 
plaine, comme dans celles de la montagne jusqu'aux élévations 
moyennes. 

Dixième Genre. — Àpliodius. — Fabricius. 

1. Aph. faetens, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales. 

2. Aph. seybalarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient. 

3. Aph. rufescens, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient. 

4. Aph. porcus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales. 

5. Àph. pubescens, Zieg. Paris. (Pyrénées-Orient. 



382 

6. Aph. con lamina lus, Fabri. Paru. (Pyr.-Orient.) 

7. Aph. inqninatus, Fabri. Paris. (Pyrén.-Orient.) 

8. Aph. luridus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
9* Aph. nigripes, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orient.) 

10. Aph. pécari, Fabri. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 

11. Aph* rufipes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

12. Aph. erraticus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

13. Aph. scratator, Fabri. Àustria. (Pyrén.-Orient.) 

14. Aph. subterraneus, Fabri. Paris. (Pyr.-Oriem.) 

15. Aph. haemorroïdalis , Fabr. Germant*. (Pyr. -Or.) 

16. Aph. consians, Duist. Dalmalia. (Pyr.-Orient.) 

17. Aph. carbonarias, Strum. Paris. (Pyr.-Orient.) 

18. Aph. iristis, Panz. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

19. Aph. sus, Fabri. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

20. Aph. testudinarius, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 
2! . Aph. fimeiarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

22. Aph. fossor, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

23. Aph. immundus, Strum. Paris. (Pyrén -Orient.) 

24. Aph. nitidulus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient») 

25. Aph. prodromus, Fabri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

26. Aph. bipunctalus, Fabr. Russia merid. (Pyr. -Or.) 

27. Aph. bimaculatus, Fabr. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

28. Aph. quadrimaculatus, Fabri. Paris. (Pyr. -Or,) 

29. Aph. merdarius, Fabr. Paris 4 . (Pyrénées-Orient.) 

30. Aph. mon licol a ? Dej. G allia merid. (Pyr.-Orient.) 

Les insectes de cette nombrense famille habitent toutes les latitu- 
des du département. Les bouses , les fientes des bestiaux de toute 
sorte, les excréments humains, les fumiers; enfin, toutes les subs- 
tances putrescibles les attirent en grand nombre : en fouillant les 
lieux infects on est sûr d'en faire ample provision. Ils vivent 
en nombreuse famille dans la même localité; et, lorsqu'on dé- 



383 

couvre une bouse , il n'est pas étonnant de les voir fuir ou s'enfon- 
cer dans la terre par centaines) tant lenr nombre est prodigieux. On 
les trouve partout, dans les champs, les prairies, les grandes routes. 
Il en est bon nombre qui sont plus rares. 

Onzième Genre.— Oxyoma j.—Eschscboi*T9. 

1. Oxy. porcatus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

2. Oxy. sabulosus, Dej. G allia nurid. (Pyr.-Orient.) 

Douzième Genre. — Psammodius. — Gyll. 

1 . Psa. porsicollis, Illig. \ G allia meridionalis . 

2. Psa. vu l ne rat us, Strtjm. j (Pyrénées-Orientales.) 

Treizième Genre. — Mgialia. — Latreille. 

1 . iEgi. globosa, Illig. G allia bor. (Pyrénées-Orient.) 

Ces trois genres sont des coupes qu'on a faites du genre aphodius. 
Il en faudrait beaucoup d'autres pour mettre de la clarté, et faciliter 
l'étude de cette nombreuse famille. Ils ont les mêmes habitudes et 
fréquentent les mêmes lieux que les aphodius ; c'est donc dans les 
mêmes parages et avec les mêmes circonstances qu'on se les procu- 
rera. Ils sont excessivement agiles ; et, dès qu'on découvre leur re- 
traite, ils cherchent à s'évader : la ploprt restent dans une immo- 
bilité complète pendant très long-temps, au point de faire croire qu'ils 
sont morts. 

Quatorzième Genre. — Trox. — Fàbricius. 

1. Trox granulatus, Fabri. Hispania. (Pyr.-Orient.) 

Cette espèce se trouve sur les routes sablonneuses de la plaine 
des Aspres , sur les lieux arides. Rare. 

2. Trox perlatus, Strum. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Trox hispidus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux espèces sont communes dans les lieux sablonneux des 
prairies maritimes de tout le littoral. 



384 

4. Trox sabulosus, Fabri. Suecia. (Py rénées-Or ienl.) 

5. Trox arenarius, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Sur les dunes de tout le littoral ou trouve en abondance ces deux 
espèces, surtout près des cadavres de quelque poisson rejeté par la 
mer ; on les rencontre aussi dans les terres sablonneuses de la plaine 
près des fientes. 

6. Trox cadaverinus, Ilmg. Germania bor. (Pyr.-Or.) 
Le cadaverinus est beaucoup plus rare : on le trouve près des 

cadavres, surtout lorsqu'ils sont presque desséchés, dans l'intérieur 
des terres , dans les fossés des fortifications de la ville et de la cita- 
delle. 

Quinzième Genre. — Lethrus. — Fabricius. 
1. Let. cephaloies, Fabri. Hun g aria. (Pyr.-Orient.) 

Seizième Genre. — Geotrupes. — Latreuxe. 

C'est encore les fientes des bestiaux qu'il faut remuer pour y trou- 
ver les espèces de ce genre. Sur les grandes routes, dans les champs 
et les prairies qui sont fréquentés par les bestiaux , on est sûr d'en 
rencontrer à la tombée de la nuit : on les voit alors courir sur les 
chemins, et pendant le jour on les voit voler. 

1 . Geo. dispar, Fav. (Var. du genre ammon, Pall.) 

Cette rare espèce se trouve dans les prairies et les champs qui 
sont dans la plaine de Saint-Genis sons les A Ibères. 

2. Geo. typhaeus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

3. Geo. sylvalicus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux espèces sont fréquentes dans les bouses , aux prairies de 
Saint- Cyprien et d'Elne. 

4. Geo. vernalis, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Avec cette espèce , qui est commune dans les régions élevées vers 
la Preste et Moût -Louis, on trouve les deux belles variétés' aut uni- 
fiai is et splcndcns de Ziegler. 

5. Geo. stercorarius, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orient.) 



385 

6. Geo. laevigatus, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Les fientes des bestiaux , dans toute la plaine, renferment ces 
deux espèces. On les voit partout, sur les routes, les champs et les 
prairies. 

7. Geo. hypocrita, Scho. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Cette jolie espèce n'est pas très répandue. Noos l'avons trouvée 
dans les régions élevées. Gomme les autres espèces du genre , elle vit 
dans les fientes des bestiaux. 

8. Geo. hoffmanseggii , Dkj. Hispania. (Pyr.-Orient.) 
Cette espèce est excessivement rare ; elle a les mêmes habitudes 

que les autres : c'est dans les bouses, dans les vignes et 'sur les 
garrigues , à la vallée de Banyuls-sur-Mer , seulement , que nous 
l'avons trouvée. 

Dix-seplième Genre. — Hybosorus. — Màc-Leày. 

1. Hyb. arator, F abri. Gallia merid. (Pyrén. -Orient.) 

C'est encore dans les fientes et dans les champignons qu'on trouve 
cette espèce, qui est fort rare. 

Dix-huitième Genre. — Ochodœus. — Megerle. 

4. Och. chrysomclinus, Fab. Austria. (Pyr.-Orient.) 

Je ne pois donner de grands renseignements sur cette espèce, ne 
l'ayant prise qu'une seule fois en 1829. Nous allions à la prome- 
nade avec le comte de Genisson. Mon fils, fort jeune alors, prit 
nn ochodus chrysomelinus, et fit de suite la remarque que c'était une 
espèce que nous n'avions pas encore trouvée. 11 avait l'habitude de 
me suivre dans mes courses entomologiques , et il était content 
quand il trouvait quelque chose de rare : nous étions sur les glacis des 
fortifications de la ville, au-dessus de l'allée des platanes. Nous avons 
beaucoup cherché depuis, mais nous n'avons plus trouvé cette espèce : 
cependant ses habitudes doivent bien être comme celles de toutes les 
espèces de ceRe tribu , et les fientes et les broussailles abondent dans 
cet endroit. Nous l'avons cherchée en vain depuis dans tous les ins- 
tants de la journée. M. Aleron, qui est un chercheur infatigable, 
n'a pas été plus heureux que nous. Cet insecte est très rare. 

25 



386 

Dix-neuvième Genre. — Hybalus. — Dej. 

1. Hyb. cornifrons, Dej. Italia merid. (Pyr.-Orient.) 

Trouvé sur la route de Gastell à Saint-Martin de Canigou, une 
seule fois, ce qui me fait croire que cet insecte est fort rare. 

Vingtième Genre. — Bolboceras. — Kirbi . 
(Odonlœus, Meger.) 

1. Bol. mobilicornis , Fabri. Paris. (Pyrén. -Orient.) 

2. Bol. lusitanicus, Dej. Lusitania. (Pyrén. -Orient.) 

C'est dans la vallée de l'Agly que se trouvent ces deui espèces. 
Je ne puis préciser le lieu où elles vivent ; mais après la forte inon- 
dation du mois de mai 1842, elles furent assez abondantes dans ces 
parages, parmi la grande quantité de broussailles rejetées par la mer 
€ur la grève. L'inondation , avec débordement des deui rivières , la 
Tel et l'Agly , avait couvert toutes les terres de la Salanque et balayé 
toutes les broussailles des luzernes qui avaient été conduites sur. la 
grève. Jamais je n'ai vu tant d'insectes réunis : les dunes de tout le 
.littoral en étaient couvertes, aussi en avons-nous fait ample pro- 
vision. 

Ce genre doit avoir les mêmes habitudes que les autres espèces de 
cette tribu ; et si on le trouve quelquefois dans les luzernes de ces 
parages , c'est qu'il y a des bouses déposées par les bestiaux , et que 
probablement il .a l'habitude de fouiller ces lieux infects pour y 
manger des larves ou bien pour y déposer ses œufs. 

Vingt-unième Genre.— Oryctes. — Illiger. 

1. Ory. grypus, Illig. G allia merid. (Pyrén. -Orient.) 

2. Ory. nasicornis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux espèces vivent dans les terres arides, les olivettes des 
environs de Perpignan , de Mailloles surtout ; tout le long de la base 
des Albères, Tbuir, Ille et autres lieux. On les voit, après le cou- 
cher du soleil , sortant de leur trou pour se porter vers les fientes des 
bestiaux; dans la journée elles rentrent dans la terre. Lorsqu'on 
laboure les champs, on en soulève quelquefois avec la charrue. En 



3*7 

fouillant auprès des vieux troncs des oliviers, la où il y a des broal- 
saillcs surtout , on en trouve de blottis ; quand on découvre un dés 
trous qui conduit à leur retraite, on n'a qu'à jeter de Peau dedans, 
et l'insecte ne tarde pas à sortir : c'est de cette manière qu'on peut 
se les procurer. Le premier est moins rare que le second. 

3. Ory. silenus, Fabri. G allia merid. (Pyr. -Orient.) 

Cette espèce est très commune aux environs de la ville , sur les 
glacis des fortifications près la promenade des platanes , au tour des 
remparts de la ville dans l'enceinte près de la caserne de cavalerie , 
sur le long de la route qui borde la pépinière départementale. On la 
voit, après le coucher du soleil, sortir des fourrés, et venir snr la 
grande route visiter les fientes que les bestiaux y ont déposé. Elle 
est très commune en juin et juillet. 

Vingt-deuxième Genre. — Scarabœus. — Latr. 

1. Sca. puncticollis, Dej. G allia merid. (Pyr. «Orient,) 

2. Sca. ruonodon, Fabri. Hungaria. (Pyrén. -Orient») 

On rencontrait très rarement ces deux insectes dans les terres et 
près dès dunes ; mais en 1842 ils furent très abondants sous les 
broussailles qui couvraient toute la plage après l'inondation. Gomme 
ces insectes ne sortent de leur retraite qne pendant la nuit, il n'est 
pas étonnant qu'on les trouve rarement. Le monodon est plus rare. 

Vingt-troisième Genre. — Pachypus. — Dej. 

i. Pac. truncatifrons, Dej. Galua merid. (Pyr.-Qr.) 

On trouve cet insecte, qui est rare, dans les amas de broussailles 
rejetées par les eaux, et au pied des arbres garnis de ces mêmes 
broussailles. 

Vingt-quatrième Genre. — >Anomala.~— Meger. 

1. Àno. vilis, Fabri. GaUia merid. (Pyr en. -Orient.) 

2. Ano. julii, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Communes en juin et juillet sur les jeunes pousses des saules dans 
les taillis qui bordent nos cours d'eau , la pépinière* départementale 



388 

et tous les taillis des bords de la Tel et de l'Agly ; la couleur varie 
du beau vert jusqu'au bien parfait dans Vano. vitis. 

3. Ano. junii, Duft. Gallia merid (Pyrénées-Orient.) 

On trouve celte espèce ordinairement sur les plantes et sur les 
jeunes pousses des arbres qui bordent les fossés des parties basses de 
Ganet et dans tout le littoral, près des mares d'eau salée qui se rap- 
prochent le plus des bords de la mer. Elle est moins commune que 
les deux autres. 

4. Ano. frischii, F abri. (Variété de \*julii.J 

Vingt-cinquième Genre.— Anisoplia. — Meger. 

4. Ani. arvicola, F abri. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Commune sur les jeunes pousses des peupliers, le long de la Tet 
et de tous les cours d'eau. 

2. Ani. campes tris, Latr. Gallia merid (Pyr.-Or.) 

Bord des champs sur les graminées , bord des fossés des routes 
dans toute la contrée. 

3. Ani. hortitola, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

4. Ani. austriaca, Herbst. Austria. (Pyrén. -Orient.) 

Ces deux espèces se trouvent habituellement sur toutes les plantes 
de toutes les parties aspres des champs au bord des fossés. 

5. Ani. fructïcola, Fabr. Austria. (Pyrénées-Orient.) 

6. Ani. floricola, Fabr. Hispania. (Pyrénées-Orient.) 

La rasa canina , qui borde une grande partie des fossés et des 
haies des champs dans toute la contrée , est dévorée par ces deux 
insectes qui s'y tiennent par masses. La fructïcola est plus rare. 

7. Ani. agricola, Fabri. Gallia merid. (Pyr.-Orient.) 

Les prairies et les luzernes de toutes les parties basses de la Sa- 
lanque; celles qui sont près des bords des rivières sont couvertes de 
celte espèce tant elle est commune. 



3S9 

Vingt-Dixième Genre. — Melolontha. — Fabricius. 

4. Mel. fullo, F abri. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

Cette très jolie espèce n'est pas très commane , ou du moins il est 
très difficile de se la procurer parce qu'elle a l'habitude de s'élever 
très haut et de voltiger autour des sommités de nos plus grands 
arbres : les sujets qu'on peut avoir sont ceux que quelque accident 
fait tomber à terre. 

2. Mel. vulgaris, Fabk. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

A la tombée du jour on voit voleY cette espèce autour des arbres 
dans toute la plaine ; elle sort de terre et il est facile de se la pro- 
curer. 

3. Mel. hippocastant. 

Cette espèce n'est pas très commune dans cette contrée. Jeta l'ai 
trouvée qu'aux parties un peu élevées du département, dans le 
vallon de Saint-Laurent-de-Cerdans seulement. 

Vingt-septième Genre. — Catalasis* — Dej. 

1. Cat. atistralis, Schoe. Gallia merid. (Pyr .-Orient.) 

Elle est excessivement commune au bord de la mer sur les dunes; 
on la trouve attachée aux plantes qui vivent sur ces parages. Dès 
que le soleil quitte l'horizon , cette espèce vole en si grand nombre 
que les personnes qui se trouvent au bord de la mer en sont excès* 
sivement incommodées ; elle vient bourdonner par centaines autour 
de la tête. Elle ne quitte jamais les environs des dunes. 

2. Cat. pilosa, F abri. Austria. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Cat. var. villosa, Fa bri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

Ces deux variétés sont aussi très communes sur tont le littoral. 
Elles se répandent dans les terres et vont «voltiger autour des arbres : 
je les ai vues sur tont les points du littoral, et dans toute la plaine. 

4. Cat. lanuginosa, S. N. Compakyo. (Pyr. -Orient.) 

Cette espèce est fort rare par l'habitude qu'elle a de ne sortir de 
terre que vers les onze heures du soir ; elle habite aussi les dunes et 
se tient dans le sable : jamais dans le jour je ne l'ai trouvée 



390 

sur les piaules. Elle est d'un noir 1res foncé; la suture et le 
bord des élytres est d'un blanc sale; les segments de l'abdomen sont 
jaunâtres et un davet lanugineux couvre toutes les parties inférieures; 
elle est de la grosseur du pilosa. M. le comte de Genisson lui 
donna le nom de lanuginosa. Je Tenais d'en faire la. découverte par 
le plus grand des hasards. On faisait tant de tapage sur la plage, 
que , ne pouvant dormir , j'allumai -ma lanterne pour chasser aux 
scarites, lorsque je vis sortir cet insecte de terre. Son aspect me 
frappa ; j'en fis provision , et depuis lors, lorsque j'ai voulu le pren- 
dre, j'ai dû aller coucher sur la plage de Canct, car c'est l'endroit 
où je l'ai découvert : je me suis parfaitement convaincu qu'il ne 
sort de terre qu'au milieu de la nuit. Envoyé à M. le comte Dé jean, 
il reconnut que c'était une espèce nouvelle, et il adopta le nom que 
nous lui avions donné. 

Vingt-huitième Genre. — jRhisotrogus.—hkTii. 

1. Rhi. solsticialis, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

On trouve assez communément le solsticialis dans les prairies ma- 
ritimes qui 6ont près de nos étangs salés : il vole à la chute du 
jour on de grand matin avant le lever du soleil , et se pose sur le$ 
plantes, ce qui permet de le saisir facilement. 

2. Rhi. pini,. Fabri. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

Cette jolie espèce n'est pas très commune. On la rencontre fort 
rarement , et toujours en petit nombre dans diverses localités. Je 
Fai prise dans les terrés voisines de la mer, à la lunette du ruisseau 
de las Canals; on la trouve en plus grand nombre, dans la vallée 
de Saint-Laurent-de-Cerdans et à Prats -de- Molle. 

* è • 

3. Rhi. pagahus, Oliv. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Les habitudes de cette intéressante espèce, sont de roler très ras 
de terre aussitôt après que le soleil est levé. Elle se tient dans tentes: 
les prairies maritimes qui bordent les dunes de Ganet et do Bordi- 
guol^ elle est difficile. à prendre. Petite et volant très vite, on la 
distingue à peine à cause de sa couleur sombre sur les plantes où elle 
se pose. 

4. Rhi. rufescens, LATR.Porô. (Pyrénées-Orientales.) 



391 

5. Rhi. ater, F abri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

On trouve assez communément ces deux espèces dans les 'Cor- 
bières. Elles viennent le soir butiner autour des arbres : je les ai 
prises aussi aux parties moyennes des régions montagneuses des 
Altères et de la montagne de Céret. 

6. Rhi. aestivus, Olivi. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

J'ai pris cette espèce dans les environs de Géret , sur la roule 
d'Amélie- les -Bain* , butinant, le matin, autour des buissons fleuris 
quelquefois aussi dans la plaine volant autour des saules. 

7. Rhi. tropicus, Schoen. G allia merid. (Pyr.-Or.) 

Cette espèce est assez rare : on la trouve quelquefois avec le pa- 
ganus volant comme lui dans les prairies maritimes et toujours ras 
de terre. En faisant usage du filet , on parvient à s'en procurer quel- 
ques sujets. 

8. Rhi. perplexus, Dej. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

Sur les dunes , dans quelques parties près du mas de l'Esparrou, 
entre l'étang et la butte, où est située la métairie : on peut se le pro- 
curer à la chute du jour, volant sur les joncs ; il sort des mottes de 
sable qui s'accumule autour de ces plantes. Rare. 

Vingt-neuvième Genre. — Omaloplia. — Meger. 

1. Oma. aquila, Dej. Gallia merid. (Pyrénées-Orient.) 

Cette intéressante espèce a été fort commune dans le temps ; elle 
est devenue très rare depuis quelques années. Elle vivait dans les 
taillis clair-semés du bord de la rivière , près la pépinière 1 départe- 
mentale ; vers la chute du jour on était sûr de la prendre par cen- 
taines amoncelées sur les plantes basses, quelquefois sur les arbres: 
elle sortait des Us de sable que la rivière amoncelait en cet endroit. 
Depuis que cette partie est devenue un bois fourré, Vette espèce a* 
disparu et nous ne la voyons plus. Elle paraissait de très bonne 
heure £n avril et commencement de mai. Rare. 

2. Oma. ruricola, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

3. Oma. brunea, Fab. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 
On trouve ces deux espèces sur les jeunes saules qui bordent noss 



t'. 



392 

cours d'eau. Elles sont communes dans les parties basses de la 
Salanque, tout près des dunes. 

Trentième Genre. — Hymenontia. — Schsc. 

1. Hym. strigosa, Illig. Gallia merid. (Pyr. -Orient.) 

Cette très petite et intéressante espèce se trouve communément sur 
les graminées , tout autour de la Tille , surtout au bas de la prome- 
nade des platanes , et les taillis qui bordent la rivière vers YEscour- 
ridou; elle y abonde, et on trouve plusieurs sujets sur la même plante. 

Trente-unième Genre . — Chasmatopterus . — De j . 

1. Cha. villosulus, Illig. Hispania. (Pyrén. -Orient.) 

Les bords de la mer, entre Banyuls et le cap de Greus , nous four* 
nissent cette rare espèce : on la voit voltiger sur les plantes ; on la 
prend aussi sur les tiges des arbustes où elle se pose. 

Trente-deuxième Genre.— Hoplia. — Illig. 

1. Hop. farinosa, Fab. Gallia. (Pyrénées-Orientales.) 

Toutes les prairies , les moissons , les haies. Dans toute la contrée 
on voit cette jolie espèce qui émaille les plantes sur lesquelles elle 
se pose. Elle est très abondante par tout. 

2. Hop. argentea,OLivi. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

\1 argent ta se trouve sur les jeunes pousses des saules qui vivent 
sur les cours d eau , dans la partie basse de notre Salanque, toujours 
très près de la mer. 

3. Hop. squammosa, Fabri. Gallia. (Pyrén. -Orient.) 

Sur les jeunes pousses des peupliers des taillis qui bordent la ri- 
vière de la Tet au-dessous du pont et vers Château-Roussillon. Rare. 

4. Hop. lepidota, Illig. Italia. (Pyrénées-Orientales.) 

5. Hop. ru picola, Bon. (Variété de la précédente.) 

Nous avons pris cette espèce et sa variété sur les plantes qui crois- 
sent au bord des fossés des champs aux parties moyennes de nos 



393 

montagnes , à l'avenue des acacias de la forge de M. Delcros à 
Saint-Laurent-de-Cerdans ; sur la montagne à droite du fort de 
Bellegarde. 

Trente-troisième Genre. — Amphicoma. 

1 . Amp. bombyliformis, Fab. Rus s la merid. (Pyr.-Or.) 

Insecte excessivement rare. Je ne l'ai trouvé qu'une seule fois sur 
une jenne pousse d'acacia snr le bord de la Tet vers Château-Rous- 
sillon. * 

Trente-quatrième Genre. — O s mode r ma. — Encly. 

1. Osm. eremita, F abri. G allia. (Pyrénées-Orient.) 

Au bas de la chaîne des Albères , sur les plantes , au bord des 
chemins et sur les troncs des vieux arbres , entre Saint-Génis et 
La roque. Au milieu du jour il vole ; on peut facilement le saisir avec 
le filet. Il n'est pas très commun. 

Trente-cinquième Genre. — Gnorimus. — Eneyel. 
1. Gno. nobilis, F abri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Trouvé généralement sur les ombelliferes, sur la partie méridio- 
nale des Albères et sur la base de la montagne de Céret. Cet insecte 
y est assez répandu. 

Trente-sixième Genre. — Trichius. — F abri. 

1. Tri. fasciatus, F abri. Succia. (Pyrénées-Orient.) 

2. Tri. gai lie us, Dej Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Ces insectes sont assez communs sur les fleurs : les roses et l'au- 
bépine en sont couvertes , dans toutes les parties méridionales de nos 
montagnes secondaires , Céret, les Albères , les Corbières. 

• Trente-septième Genre. — Falgus. — Scrib. 

fjicaruhurus, Kirbi.) 
1. Val. hemipterus, F abri. Paris, (Pyrénées-Orient.) 



394 

Commun sur les fleurs. On le trouve dans toutes les parties basse» 
des montagnes de Saint- Paul, Cases-de-Pène et dans les environs de 
Céret. 

Trente-huitième Genre. — Cetonia. — Fàbri . 

\. Cet. affinis, Duft. G allia merid. (Pyrénées-Orient,/ 

Assez rare sur les fleurs , les fruits et sur les troncs des vieux chê- 
nes. Je l'ai prise dans toutes les parties méridionales du bas de no» 
montagnes, ainsi que dans les jardins de toute notre plaine. 

2. Cet. metallica, Fàbri. G allia merid. (Pyr .-Orient.) 

Sur les fleurs du sureau yeble {s. ebulus , lin. ) on trouve cette 
espèce en quantité ; on la prend aussi sur les roses qui bordent en 
grande partie les baies des vignes et des ebamps. 

3. Cet. aurala, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

4. Cet. obscura, Duft. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

Comme la précédente , ces deux espèces abondent sur les mêmes 
fleurs, ainsi que sur le genêt d'Espagne, les troncs des vieux chênes, 
sur les plaies qui laissent échapper une certaine liqueur visqueuse. 
Elles sont communes dans toute la contrée. 

5. Cet. morio, Fabri. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 

6. Cet. oblonga, Dej. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 
Ces deux espèces sont encore assez répandues dans toute la contrée 

tant dans la plaine que sur la montagne. On les trouve surtout sur 
les fleurs des chardons , principalement sur Yonoporde ( O. illfri- 
cum). Communes dans beaucoup d'endroits du département. 

7. Cet. angnstata, Ger. Dalmatia. (Pyrénéen-Orient.) 

8. Cet. marmorala, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

9. Cet. lucidula, Zieg. Gallia merid. (Pyrén.-Orient.) 

On trouve ces trois espèces sur les fleurs des rosiers sauvages, sur 
l'aubépine et le genêt ; mais les deux premières se trouvent généra- 
lement sur les pentes dés montagnes secondaires , les haies des vignes 
et les terrains incultes, la butte du phare de Port- Vendras, dans la 
vallée de Banyuls et sur tout le penchant des Àlbères. La lucidula, 
au contraire, sur les mêmes fleurs, mais dans la plaine. Elles sont 
peu abondantes toutes les trois. 



395 

10. Cet. aenea, Gyl. Suecia. (Pyrénées-Orientales.) 

11. Cet. cardui, Dej. G allia merid. (Pyrénées-Orient.) 

On trouve assez abondamment ces deux espèces sur les fleurs des 
chardons et des artichauts de nos jardins. On les prend aussi quel- 
quefois sur les fleurs du sureau. 

12. Cet. hirla, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

13. Cet. sticlica, Fabr. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

14. Cet. idem (variété de la précédente). 

Constamment sur les fleurs de l'aubépine, des roses et du genêt, 
dans nos vignes et baies des champs des parties arides ; elles y sont 
abondantes. La stictica offre une variété fort remarquable et très 
jolie. 

Trente-neuvième Genre. — Lucanus. — Linn. 

1. Luc. cervus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orientales.) 

2. Luc. capreolus, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 

On les prend dans les bois de nos montagnes. Ils sont assez com- 
muns sur les troncs des vieux arbres : nos paysans dans la montagne 
les appellent ascagne pollets , étrangle poulets. 

Un fait fort singulier eut lieu il y a déjà quelques années. Nous 
eûmes une sécheresse extrême ; une nuée de lucanus cervus, à obs- 
curcir le soleil , traversa toute la plaine qui sépare les Corbières des 
Albëres du nord au sud. Dans certains endroits les paysans en furent 
effrayés. Au Boulou, village rapproché des Albères, on en vit 
tomber quelques-uns à terre (on ne connaissait point cet insecte). On 
nous en apporta deux attachés avec un fil, et nous reconnûmes bientôt 
que c'étaient des lucanus: à quoi tenait une pareille émigration? 
XTest ce que nous nous garderons bien de dire. Les Corbières 
sont excessivement arides et les Albères sont toujours couvertes de 
verdure. Ces insectes, ont-ils été attirés là par leur instinct, croyant 
y trouver une station meilleure ? Nous avons communiqué ce fait à 
M. le comte Déjean, et il nous a dit qu'il ne pouvait comprendre la 
cause d'un pareil déplacement. 

Quarantième Genre. — Dorcus. — Meger. 
1. Dor. parallelipipedus, Fabri. Paris. (Pyr.-Orient.) 



396 

On voit grimper fort lentementTcet insecte, dans tonte la contrée, 
sur les troncs des vieux saules et autres arbres : il se laisse pren- 
dre sans difficulté. Très commun. 

Quarante-unième Genre. — Tarandus. — Megerl. 

i. Tar. tenebrioïdes, Fabri. Suecia. (Pyrén. -Orient.) 

Cette espèce est fort rare. On la voit quelquefois sur le tronc des 
arbres qui tombent de vétusté , dans les bois des régions moyennes 
de nos montagnes. Nous l'avons prise an bois communal de Céret et 
aux Gorbières. Rare. 

Quarante-deuxième Genre. — Platycerus. — Latr. 

i . Pla. caraboïdes, Fabri. Paris. (Pyrénées-Orient.) 
2. Pla. rufipes, Fabri. G er mania, (Pyrénées-Orient.) 

Dans les bois de cbêne et de chêne-vert qui sont sur toutes not 
montagnes secondaires, à une élévation moyenne. On trouve ces 
deux insectes toujours sur les troncs vermoulus. Le rufipes est plus 
rare. 

Quarante-troisième Genre. — JEsalus. — Fabri. 

1. jEsa. searabaeoïdes, Fab. G er mania. (Pyr.-Orient.) 

Comme les deux derniers insectes , les larves des œsalus vivent 
dans les bois des vieux chênes. On trouve toujours cet insecte 
sur les vieux troncs de cet arbre , dans nos forêts , à une élévation 
moyenne. Rare. 

Quarante quatrième Genre, — Sinodendron. — Fab. 

1. Sin. cylindricum, Fabri. G allia. (Pyrén. -Orient.) 

Cette espèce est excessivement rare. Comme les autres insectes de 
cette famille , sa larve vit dans le vieux bois. Nous l'avons trouvée 
la première fois, en 182$, dans le bois communal de la montagne 
de Céret. Depuis, nous lavons prise denx fois aux Albères et an 
bois de la Font-de-Corhps , toujours isolée, ce qui nous porte à 
croire qu'elle est excessivement rare. 



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397 



SUR LES TRAVAUX D'ÉLARGISSEMENT 

EXÉCUTÉS AU PONT DE B1VZSALTE8, 

SUR LA RIYIÈ1E DE L'AOUT , CHEMIN T1CINAL DE «BANDE COMMUNICATION n* 1 1 , 
DE R1TESALTE8 A T1NÛEA0 ET A TOCBAN (AUDE) , 

Par M. A» Haubicb, Agent-Voyer chef, membre résidant. 



Le pont de Rivesaltes, sur la rivière de l'A g] y, 
construction très ancienne et d'une irrégularité frap- 
pante, n'avait, moyennement, qu'une largeur de voie 
de 3*30. 

Les abords présentaient des rampes de m 076 par 
mètre, et la circulation était difficile et pénible pour 
les nombreux attelages appelés journellement sur ce 
point, par l'importance des communications entre 
Rivesaltes et le département de l'Aude, et par l'ex- 
ploitation des riches vignobles situés sur la rive gau- 
che de l'Agly. ■ 

Les améliorations réclamées depuis long- temps 
pour le passage de ce pont, ne semblaient pas pou- 
voir être réalisées, parce que les travaux qu'il fallait 
entreprendre paraissaient tellement considérables, 
qu'on voyait l'impossibilité de les exécuter avec les 
ressources dont on pouvait disposer. 



398 

Cependant, le Maire de Rivesaltes, M. Louis 
Amouroux, convaincu de l'indispensable nécessité 
de l'élargissement du pont, s'attacha avec sollicitude 
à la réalisation de ce projet; et, insistant auprès de 
l'administration pour faire étudier les travaux, de- 
mandant à sa commune des impositions extraordi- 
naires, il réussit a présenter des moyens suffisants 
pour faire face à la dépense. 

Je me rendis à Rivesaltes, et voici les renseigne- 
ments que je puisai dans 1 étude attentive de cette 
construction. 

Le pont est composé de neuf arches, d'ouvertures 
inégales, et établies suivant un axe brisé. L'ouver- 
ture d'une même arche, considérée a l'amont et à 
l'aval, ne se correspond presque jamais: ainsi, à la 
deuxième arche, à partir de la rive droite, l'écarté- 
ment des pieds-droits est de 1 1 ra 50 à l'amont et de 
12 mètres ïà l'aval; à la troisième, il y a 8 m 40 a l'a- 
mont et 9 m 50 à l'aval ; à la sixième, on a, à l'amont, 
11™ 30; et 10 m 25 seulement à l'aval, etc. 

Vers la rive droite, quelques arches ont des voûtes 
en briques, avec des têtes en pierre de taille; et, vers 
la rive gauche, ces têtes sont en briques, tandis que 
l'intérieur des voûtes est en esquerdes. 

Les deux premières arches de cette même rive, 
de construction récente, ont des voûtes entièrement 
en briques; mais, partout, les maçonneries sont très 
mal faites, et on trouve des crevasses et des cavités, 
qui laissent apercevoir, ici des portions de voûte en 
cailloux roulés, la des remplissages en mauvais béton, 
et, sur tous les points, des inégalités de tassement, 
des crépis recouverts de fragments de tuileaux et de 



399 

briques, qui attestent, ou des vices de construction 
ou des malfaçons, donnant à cet ouvrage un cachet 
tout spécial de décrépitude. 

Les nombreuses attaques de la rivière n'ont pour- 
tant jamais entamé ces maçonneries informes, qui 
n'ont été dégradées que par le temps. 

La cause de cette irrégularité peut-elle être attri- 
buée à la chute d'un premier pont, et à une recons- 
truction faite sur les massifs de fondation, déplacés 
par la violence des eaux et par l'ébranlement des ma- 
çonneries? C'est là l'hypothèse qu'on doit admettre, 
en présence de cette défectuosité d'exécution , pour 
un ouvrage si important, quand on manque de tout 
renseignement précis sur la date de sa construction 
et sur l'époque de sa restauration. 

„ Quoi qu'il en soit, je conclus de mes observations 
qu'on pouvait, sans de trop fortes dépenses, élargir 
ce pont, de manière à obtenir six mètres entre les 
têtes; et je m'arrêtai à un projet, qui, après plusieurs 
éludes, me parut présenter la solution la plus conve- 
nable et la plus simple, et dont l'approbation par le 
Préfet, M. Paul deSoubeyran, permit d'entreprendre 
les travaux d'élargissement, dont voici le détail : 

L'élargissement à six mètres a été obtenu au moyen 
de voûtes en maçonnerie de briques, accolées contre 
les faces du pont et contre les têtes des vieilles voûtes, 
et reposant, à l'amont, sur les avant-becs, et, à l'aval, 
sur les arrière-becs des piles. 

L'axe longitudinal a été rectifié par deux aligne- 
ments droits, commençant, de chaque côté , sur le 
milieu des culées, et se rencontrant sur la deuxième 
pile de la rive droite, sous un angle de 172° 30'. 



400 

Ces deux alignements donnent ensemble une lon- 
gueur totale, sur le pont, de 135 mètres. 

Les nouvelles voûtes, en maçonnerie de briques, 
formées par des arcs de circonférence, ont été jetées, 
de chaque côté, à trois mètres de distance parallèle 
de Taxe ainsi rectifié. 

Ces voûtes latérales n'ont pas été liées en œuvre 
avec la maçonnerie du pont; mais, afin de les main- 
tenir dans leur plan vertical, et pour prévenir toute 
disjonction, on a placé, à chaque milieu de voûte, 
un tirant en fer, porté sur l'extrados des vieilles voû- 
tes, et garni, a chaque extrémité, d'une ancre s'ap- 
pnyant, de chaque côté, contre les têtes des voûtes 
neuves, qui sont ainsi reliées ensemble et serrées 
contre les têtes du pont. 

Les naissances sont à deux mètres en contre-haut 
de la retraite des fondations du pont; fintrados a été 
établi a m 10 au-dessus de l'intrados des premières 
arches, et l'épaisseur des voûtes a été de m 88 uni- 
formément. 

Afin de diminuer la rampe des levées de la rive 
gauche, on a démoli la dernière arche du pont; on 
l'a remplacée par une autre de même ouverture, 
mais ayant une flèche double de la première; et, au 
lieu de commencer le remblai contre celte voûte 
ainsi reconstruite, on a établi une arche auxiliaire 
de,9 m 70 d ouverture, s'appuyant, vers la voûte ad- 
jacente, sur l'ancienne culée devenue pile, et, vers 
les terres, sur un massif de maçonnerie, ayant dû 
supporter autrefois une travée en charpente, depuis 
long-temps rendue inutile par les atterrissements. 

Ces dispositions ont augmenté le débouché du pont, 



401 

et les abords de cette rive n'ont eu qu'une rampe de 
G^OSô par mètre. 

A l'aplomb des têtes des voûtes d'accolement, on a 
élevé, contre chaque face du pont, un placage en 
maçonnerie ordinaire, ayant pour épaisseur la lar- 
geur des voûtes ; les reins des vieilles voûtes, dégarnis 
de leur recouvrement, ont été nivelés suivant des 
plans inclinés régnant sur toute la nouvelle largeur 
du pont, et, enfin, une chape, des cordons et des 
parapets ont complété cet ouvrage. 

Les arches d'accolement sont au nombre de dix- 
huit, neuf de chaque côté: leur largeur varie entre 
ra 44 et 3 m 00, et les angles au centre qui compren- 
nent les arcs de circonférence des voûtes, varient pour 
chaque arche, de manière qu'un même rayon n'est 
propre qu'à une seule arche. 

La plus grande ouverture est de 13 m 60 pour une 
flèche de 2 m 50, et la moindre a 11 mètres pour une 
flèche de 2 mètres. 

Les deux nouvelles arches de la rive gauche ont 
chacune 9 m 70 d'ouverture pour une flèche de 3 m 50, 
et l'épaisseur de la voûte est de m 66. 

Les travaux ont été commencés, à l'aval, par l'exé- 
cution simultanée de toutes les voûtes, jusqu'à l'ar- 
che à démolir, où s'est trouvée une pile assez épaisse 
pour résister à la poussée et pour faire culée. 

Après le décintrement des voûtes d'aval, qui a eu 
lieu huit jours après leur achèvement, on s'est porté . 
à l'amont, où les voûtes ont, aussi, été jetées à la fois 
sur le premier cintrage, convenablement approprié , 
et on a remarqué en décintrant, des tassements va- 
riant, lant à l'amont qu'à l'aval, entre m 02 et m 05. 

26 



402 

En construisant ces voûtes on avait ménagé clans 
leur largeur, et au niveau de l'extrados des vieilles 
•voûtes, l'espace nécessaire pour faire passer les tirants 
en fer, qui, à cause du tassement, n'ont pu être pla- 
cés et serrés qu'après le décintremcni. 

On a employé un cintrage très simple (voir le plan) 
^et néanmoins très solide, à cause du rapprochement 
des fermes, qui n'étaient espacées que de m 25, et ce 
système, aussi économique qu'avantageux pour éviter 
les appuis intermédiaires, n'a fléchi nulle part sous le 
poids des arches, qui ont conservé, après le décintre- 
ment, une remarquable régularité de voussure. 

Ce système d'élargissement, comparé à toute autre 
combinaison, résume la moindre dépense et la plus 
grande solidité. 

Il est d'une application facile lorsque les arceaux 
d'accolement ont des largeurs uniformes, et que les 
avant et arrière becs des piles sont réguliers et offrent 
des appuis suffisants. 

Mais ici les difficultés étaient nombreuses; et ce 
n'est qu'à force de combinaisons, d'études et de soins 
dans l'exécution, qu'on est parvenu à obtenir un ré- 
sultat satisfaisant, sous tous les rapports. 

Indépendamment des difficultés qu on devait né- 
cessairement rencontrer pour équilibrer les poussées, 
,en jetant de chaque côté du pont neuf arches de 
largeurs inégales, assez surbaissées et reposant sur 
des appuis irréguliers ou insuffisants, il se présenta, 
en cours d'exécution, divers cas imprévus. 

Ainsi, le massif de maçonnerie formant culée vers 
la rive gauche, et appartenant d'abord à une travée 
en charpente, n'avait que quatre mètres de plus 



403 

grande largeur par rapport à l'axe transversal du 
pont, qui devait avoir six mètres. 

Pour obtenir ce complément de deux mètres, on 
fouilla le terrain contre les parements latéraux du 
massif, jusqu'à trois mètres en contre-bas du sol de 
la rivière, afin d'établir des fondations. 

A cette profondeur, aussi bien qu'à une profon- 
deur beaucoup plus considérable, donnée par le 
sondage, il fut impossible de trouver autre chose 
que du sable mélangé de gravier, et on fut obligé de 
jeter un massif de béton favec chaux hydraulique J, 
entouré d'un enrochement en gros moellons, formant 
empalement, et arrivant jusqu'à m 50 en contre-bas 
du sol de la rivière, où Ton commença la maçonnerie 
en moellons et mortier. 

Cette même disposition dut être appliquée à un 
avant-bec, vers la rive gauche, qui n'avait pas assez 
d'épaisseur pour supporter la retombée des voûtes. 

De plus, en arrasant les avant et arrière becs des 
piles à la hauteur déterminée pour la retombée des 
nouvelles arches, on s'aperçut que ces maçonneries 
ne se composaient, presque partout, que d'un pare- 
ment de m 40 d'épaisseur, et qu'elles étaient rem- 
plies, à l'intérieur, par un massif de terre pilonée, 
prenant la forme du prisme triangulaire affectée aux 
avant et arrière becs. 

Les points d'appui sur lesquels on avait compté 
n'existaient donc pas, et on était dans la nécessité de 
prendre d'autres dispositions; mais, en réfléchissant 
sur une circonstance aussi inattendue, on fut amené 
à supposer que ce simple revêtement étant trop faible 
pour défendre les avant et arrière becs contre les af- 



404 

fouillements, il fallait qu'il existât un massif en ma- 
çonnerie, depuis le sol de la rivière jusqu'au niveau 
inférieur des fondations. Cette vérification fut faite 
au moyen d'un sondage, et la supposition fut vraie. 

On en fut quitte pour remplacer ces prismes en 
terre par de la bonne maçonnerie de briques, reliée 
en arrachements avec la vieille maçonnerie , afin 

a 7 

d'obtenir un tassement aussi uniforme que possible. 

Les travaux de ce pont, confiés à un jeune entre- 
preneur, intelligent et habile, M. Jacques Escarra, 
fils, ont été commencés le 1 er juin 1853, et ont été 
achevés le 31 septembre suivant. 

La dépense totale s'est élevée à 21 .250 francs ; et 
la ville de Rivesaltes, ainsi que le chemin vicinal de 
Vingrau, possèdent aujourd'hui un pont très curieux 
et très remarquable sous le rapport de Fart, mais 
surtout très commode, d'un accès très facile, et sur 
lequel les charrettes peuvent se croiser avec toute 
sécurité. 



Perpignan, le 3 février 1854. 



405 



NOTICE SUR UNE NOUVELLE MIRE, 

DITE MIRE A RAPPORTEUR K 

Par M. A. HAfBlCIy Agent- Voyer chef, membre rendant. 



Quand on applique la théorie des plans de niveau 
à la détermination des différences de hauteur entre 
plusieurs points du terrain, situés à de grandes dis- 
tances, on établit plusieurs stations du niveau pour 
obtenir un nivellement en long» 

Toutes ces stations sont rattachées entr'elles par 
des repères ou coups de niveau arrière qui établissent 
la relation de position entre deux stations consécu- 
tives; et si on prend, pour la première station du 
nivellement, un plan de niveau suffisamment élevé 
au-dessus de Thorizon pour que les plans de niveau 
des autres stations lui soient inférieurs, on pourra le 
considérer comme un plan de niveau commun à 
toutes les stations, et il suffira, pour attacher à une 
station finie, la station suivante, de soustraire de la 
dernière côte , rapportée au-dessous du plan général, 
la côte dix coup arrière, et d'ajouter la différence à 
toutes les cotes de la station qui se rapporte à ce 
coup arrière. 

On substitue ainsi le plan de niveau général au 
plan de niveau de chaque station , ce qui revient ht 
substituer une côte connue à une côte qu'on détei-- 

1 Brevet (Tintcnlion sans garantie du gouvernement. 



406 

mine en opérant, et il est facile de comprendre qu'on 
puisse obtenir, toutes rapportées au-dessous d'un 
plan commun à toutes les stations, les hauteurs ver- 
ticales ou côtes déterminées par le niveau sur la 
mire, en remplaçant la graduation limitée de la mire 
par une graduation illimitée, au moyen d'un ruban 
métrique, par exemple, parce que ce ruban permet 
de substituer, à volonté, une côte quelconque rap- 
portée à une côte prise sur la mire, ce qui opère de 
suite la soustraction entre la côte rapportée et le 
coup arrière, et que l'augmentation relative des 
côtes suivantes s'obtient alors directement sur la mire. 
La combinaison de ce ruban métrique avec la 
mire, constitue un nouvel instrument appelé mire à 
rapporteur, qui donne toutes rapportées au-dessous 
d'un même plan de niveau, les côtes d'un nivelle- 
ment quelconque, à mesure qu'on prend les côtes 
avec le niveau*. 

DESCRIPTION. 

Une règle de m 036 sur m 036 de section, et de 2 
à 3 mètres de longueur, graduée métriquement de 
bas en haut, forme la mire. (Toir la planche. J 

Elle reçoit sur l'une de ses faces un ruban métrique 
inextensible qui, prenant toute la longueur de la 
règle, se ploie, à chaque extrémité, sur une petite 
poulie transversale, et vient s'attacher et s'enrouler 
derrière, sur deux axes tournant dans des colliers 
fixés à la mire. 

Un voyant ordinaire en tôle, glisse le long de la 

1 Voir pour plus de détail l'instruction théorique et pratique que nous 
avons publiée pour l'usage de la mire à rapporteur, et qui contient tons 
les développements nécessaires pour faire comprendre le principe sur le- 
quel repose cette nouvelle méthode de nivellement. 



407 

mire entre le ruban et le bois; le ruban est gradué 
de bas en haut; il a une longueur déterminée, et on 
peut le dérouler de haut en bas et de bas en haut , 
suivant le besoin, au moyen des axes qui, à cet effet, 
sont coudés en manivelle. 

Deux petites vis de pression, placées au-dessus et 
au-dessous de chaque axe, servent à fixer invaria* 
blement le ruban et à lui donner une tension con- 
venable; et quand il est amené à la position voulue, 
les côtes de nivellement rapportées sont lues sur ce 
ruban, aux points de rencontre de ses divisions avec 
le milieu du voyant. 

MANIÈRE D'OPÉRER. 

Première station du niveau. Après avoir pris, comme 
pour un nivellement ordinaire, le premier coup de 
niveau qu'on doit considérer comme coup arrière , on 
fixe le voyant et on amène, sur son milieu, la division 
milieu du ruban; c'est-à-dire que si le ruban a une 
longueur graduée de 10 mètres, la division à faire 
correspondre au milieu du voyant sera 5 mètres; si 
la longueur graduée du ruban est 15 mètres, la di- 
vision milieu sera 7 n 5Q, etc. 

Cette division du ruban, qu on fait correspondre 
au milieu du voyant après que le coup arrière a été 
pris, est la première côte rapportée du nivellement. 

On enroule tout le reste du ruban sur les axes, et 
on le fixe au moyen des vis de pression dont il a été 
parlé, afin de le tendre invariablement^sur le devant 
de la mire. 

On prend ensuite autant de côtes qu'on veut dans 
cette station, en faisant courir le voyant le long de 
la mire; et la première côte de la station correspond 



408 

danl au coup arrière étant 5 mètres par exemple, on 
lit toutes les autres sur le ruban, aux points de di- 
vision rencontrés par le milieu du voyant dans ses 
diverses positions au-dessus ou au-dessous de 5 mètres. 

Ces côtes se trouvent ainsi rapportées au-dessous 
d'un plan général de comparaison , passant, au-dessus 
du premier point, à une hauteur déterminée par la 
première côte lue sur le ruban. 

Deuxième station du niveau. Sans toucher au ruban, 
on vise le voyant pour prendre un nouveau coup 
arrière, et on fixe le voyant; on lâche ensuite les 
vis de pression, et au moyen de Tune des manivelles, 
on déroule le ruban de manière à amener la côte 
rapportée, qu'il indiquait au dernier point, sur le mi- 
lieu du voyant arrêté au coup arrière. 

On serre alors les vis sur le ruban , pour le fixer 
dans cette nouvelle position; on lâche le voyant, et 
on prend la côte suivante et toutes celles de la même 
station en lisant sur le ruban les divisions détermi- 
nées par le voyant. 

Ces divisions donnent des côtes rapportées au-des- 
sous du plan horizontal de la première station, qui est 
le plan général de comparaison. 

On opère de la même manière pour les stations 
suivantes, en prenant un coup arrière, en faisant 
correspondre au milieu du voyant, dans cette posi- 
tion, la division du ruban exprimant la dernière côte 
rapportée de la station précédente, et en lisant, sur 
le ruban, les côtes successivement prises après le 
coup arrière. 

Avec un ruban d'une longueur déterminée, on 
obtient des différences de niveau maxima, égales à la 
longueur graduée du ruban; mais on peut, avec ce 



409 

même ruban, et au moyen de combinaisons 1res sim- 
ples, obtenir des différences de niveau quelconques, 
parce qu'il n'y a qu'à substituer, lorsque la gradua- 
tion du ruban est insuffisante, une division quelcon- 
que à la division qui empêche de continuer, en ajou- 
tant, selon le cas, la différence aux cotes déjà prises 
ou aux côtes h prendre. 

Nous allons compléter les indications précédentes 
par une application. 

Nous supposerons dans ce qui va suivre que la 
mire a une hauteur de 2 m 50; que le ruban métri- 
que gradué sur 15 m 00 seulement, a un allongement 
à chacun de ses bouts de 1 m 35 , ce qui lui donne 
une longueur totale de f7 m 70, et que les axes fixes, 
placés a m 10 l'un de l'autre, vers le milieu de la 
mire, sont situés à l ra 20 de distance de chaque ex- 
trémité : c'est la disposition qui convient le mieux 
pour la facilité des opérations. 

NIVELLEMENTS EN LONG. 

Les côtes d'un nivellement en long, fait avec la 
mire ordinaire, seraient inscrites de la manière sui- 
vante, pendant l'opération sur le terrain : 

1. 2. 3. 4. 5. 




Pour faire ce nivellement avec une mire à rappor- 
teur de 2 m 50 de hauteur, et en supposant un ru- 
ban de 15 mètres de longueur graduée, on amène 



410 

Ja division 7 m 50 ( division milieu ) au milieu du 
voyant arrêté à 1 mètre sur la mire, au coup arrière 
du n° 1 , et le ruban présente sur retendue de la 
mire la graduation indiquée par \& fig. 1 ci-dessous. 
Quand le ruban est ainsi fixé, on lit : 

Pour la côte n° 1 7 m 50. 

Pour la côte n° 2 8 m 50. 

Pour la côte n° 3 8 m 00. 

Le coup arrière pris sur le n°3 donne m 50 à la 
mire; on fixe le voyant à cette hauteur, et comme 
la côte rapportée de ce point est , dans la station pré- 
cédente, 8 mètres, on amène celte division 8 mètres 
du ruban, sur le milieu du voyant arrêté au coup 
arrière m 50 de la mire; alors le ruban étant fixé, se 
présente sur la mire avec une étendue graduée don- 
née par la^%. 2. 

La côte suivante m 60 prise par la mire , indique 
que ce point est plus bas de m 10 que le coup ar- 
rière; le voyant est donc monté de m 10 tant au- 
dessus du coup arrière de la mire, que de la division 
8 mètres du ruban qui lui correspond, et on lit sur 
le ruban, la côte 8 m 10 pour le n° 4. 

Un nouveau coup arrière est pris, il donne 1 m 80; 
on amène la côte 8 ra 10 du ruban (dernière côte rap- 
portée) sur le milieu du voyant arrêté à la côte \ m 80 
de la mire, et le ruban présente alors la graduation 
indiquée par \zfig. 3. 

La côte suivante 1 m 60 sur le point n° 5, lorsque 
le coup arrière est 1 m 80, indique que le voyant est 
descendu de m 20; il s'est donc arrêté à m 20 au- 
dessous de 8 m 10, et c'est en effet 7 m 90 qu'on lit sur 
le ruban à m 20 au-dessous de 8 m 1 et au milieu du 
voyant arrêté à 1 m 60 sur la mire. 



411 



L'opération faite avec le ruban donne donc, pour 

résultat, les côtes suivantes : 

N°l 7*50. 

N°2 8 m 50. 

N° 3 8 œ 00. 

N°4 8*10. 

N°5 T^O. 

Si, pour vérification, on rapporte le nivellement fait 
avec la mire ordinaire en employant une côte d'em- 
prunt de 6 m 50, il est facile de voir qu'on trouve les 
mêmes côtes ci-dessus, pour les poins n 08 1 , 2, 3, 4 et 5. 





ag. 


1. 




11g. 


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11g. 


3. 




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60 




10 




40 




o. 




50 




O. 




SO 




O. 




30 



412 

Cet exemple démontre l'exactitude de l'opération 
faite avec la mire à rapporteur, et constate la supé- 
riorité de cette nouvelle méthode de nivellement 
sur toutes les méthodes enseignées jusqu'à présent. 

Il nous reste à en faire ressortir les avantages dans 
l'application aux profils en travers. 

* 

PROFILS EN TRAVERS. 

On appelle ainsi des nivellements partiels relevés 
perpendiculairement à Taxe du nivellement en long, 
avec lequel ils sont rattachés par la côte d axe, et qui 
donnent lieu à diverses opérations assez longues, avant 
d'être définitivement rapportés, parce que, quelle 
que soit la côte obtenue sur le point du profil en tra- 
vers correspondant au nivellement en long, on suppose 
que cette côte est zéro, et on la prend pour côte direc- 
trice, c'est-à-dire qu'on fait passer un plan horizontal 
par le point du terrain où Taxe du profil en travers- 
rencontre Taxe du nivellement en long, et qu'on rap- 
porte à ce plan horizontal toutes les côtes du profil 
en travers. 

Ces calculs et ces transformations, dont les fasti- 
dieuses longueurs prennent un temps précieux à 
tous ceux qui s'occupent des calculs de terrasse pour 
la rédaction d'un projet de route ou de chemin, dis- 
paraissent complètement si on emploie la mire à rap- 
porteur, en se servant ici d'une graduation spéciale, 
portée sur le revers du ruban et disposée de telle 
manière que, le zéro étant sur le milieu de la lon- 
gueur, il y a une graduation de bas en haut, au- 
dessus de zéro, jusqu'à 7 m 50, et une graduation de 
haut en bas, au-dessous de zéro, aussi, jusqu'à 7 m 5(h 



413 

On comprend de suite combien il est facile d'ob- 
tenir immédiatement les côtes d'un profil en travers, 
rapportées, comme on dit, à zéro, pendant qu'on opère 
sur le terrain, puisque, après avoir pris la côte d'axe 
du profil en travers, sur un point du nivellement en 
long, il suffit d'amener la division zéro du ruban sur 
le milieu du voyant arrêté à la côte d axe; de fixer le 
ruban dans celte position, et de prendre les autres 
côtes à droite et à gauche de Taxe du nivellement en 
long, en lisant sur le ruban, les divisions au-dessus 
ou au-dessous de zéro, correspondant au milieu du 
voyant dans ses diverses positions. 

11 est bien entendu que si, pour un même côte de 
profil, on doit déplacer le niveau, il faut aussi dé- 
placer le ruban, et substituer à la côte prise sur le 
coup arrière, la division du ruban indiquant la der- 
nière côte rapportée. 

Ce déplacement du ruban, pour une nouvelle sta- 
tion du niveau, s'opère de la même manière que pour 
le nivellement en long; on n'a donc qu a se conformer 
aux prescriptions qui ont déjà été exposées. 

PROFILS EN TRAVERS A LA RÈGLE. 

Enfin , voyons comment on peut encore abréger la 
méthode expéditive des profils en travers faits avec 
la règle, pour des terrains accidentés, en employant 
la mire à rapporteur. 

Pour la partie aval ou descendante, on appuie un 
bout de la règle horizontale sur le terrain, au point 
préalablement désigné pour la côte d'axe du profil en 
travers; on porte la mire sur le point qu'on doit re- 
lever, et après avoir placé le zéro du ruban (gradua- 



414 

lion ordinaire) sur le zéro repère de la mire, corres- 
pondant a la hauteur verticale comprise entre Taxe 
du voyant et le sol, on fait monter le voyant jusqu'à 
ce que son sommet arrive à la partie inférieure de la 
règle, lorsque celle-ci est mise bien de niveau ; on fixe 
alors le voyant, et la distance verticale du terrain au 
plan horizontal de la règle est indiquée par la division 
du ruban qui correspond au milieu du voyant : c'est 
la première côie. 

Pour la station suivante de la règle, on amène sur 
le zéro repère de la mire, la division qui indique la 
première côte; on serre le ruban, et après avoir 
encore placé la mire et la règle aux points voulus, 
on lit la deuxième côte, sur le ruban, à la rencontre 
du milieu du voyant; on obtient ainsi l'addition de 
deux hauteurs verticales, et en opérant de la même 
manière pour le côté amont du profil, on connaît de 
suite, à mesure qu'on prend une côte, de combien 
le terrain s'abaisse ou s'élève sur chaque point, au- 
dessous ou au-dessus du point de départ. 

L'avantage de la mire à rapporteur sur toutes les 
mires qui sont en usage aujourd'hui, est incontes- 
table : elle permet à tout le monde de rapporter un 
nivellement en long; elle facilite et abrège le travail, 
et nous pensons que cette nouvelle méthode de ni- 
vellement est appelée à rendre de grands services 
dans la pratique. 

Perpignan, le 15 janvier 1856. 



415 



MÉMOIRE SUR LES PILES, 

Par M. AlVDlré CKOVA, Professeur de Sciences Physiques 
et Naturelles au Collège de Perpignan, 
Membre résidant. 



A une époque où l'électricité dynamique joue un 
rôle si remarquable et si important; oùsesapplications, 
se multipliant tous les jours, paraissent devoir chan- 
ger la face du monde industriel, il. est difficile de ne 
pas être frappé, d'un côté, de l'activité prodigieuse 
avec laquelle s'étend le domaine de ses applications, 
et des perfectionnements que Ton apporte tous les 
jours aux appareils qui doivent fonctionner sous l'ac- 
tion du courant électrique, d'un autre côté, par 
Tétat stationnaire des piles qui produisent le courant. 

Il est cependant bien clair que les perfectionne- 
ments apportés aux piles, soit pour augmenter l'éner- 
gie du courant qu'elles produisent, soit pour dimi- 
nuer la dépense et les difficultés de leur entretien , 
sont d'une importance bien considérable. Que Ton 
réussisse à produire un courant énergique à peu de 
frais, et avec des appareils tellement simples qu'ils 
puissent être mis en action par tout le monde , et Ton 
verra l'électricité envahir les ateliers, porter partout 
le mouvement, la lumière et la chaleur; et, esclave 
docile et infatigable, obéir aux moindres désirs et 
aux moindres exigences de l'homme. 

Frappé de cette vérité, et en même temps de Fin- 



416 

suffisance évidente des piles actuelles, j'ai entrepris 
depuis peu de temps de les perfectionner, et, s'il 
m'est possible, d'imaginer de nouvelles dispositions 
qui puissent remédier aux inconvénients que pré- 
sentent leur emploi et leur entretien. 

Avant d'aborder cette question , il est nécessaire 
d'observer que généralement une pile donnée ne 
peut pas s'adapter à toutes les applications des cou- 
rants électriques, et que les piles, actuellement ea 
usage, peuvent se partager en deux classes : 1° Piles 
destinées à fournir un courant qui puisse se mainte- 
nir énergique et constant pendant une durée de. 
douze heures; 2° Piles destinées à fournir un cou 
rant faible, mais pouvant vaincre une résistance con- 
sidérable, et dont l'action constante puisse se pro- 
longer pendant un mois. La pile de Bunsen est un 
exemple des piles de la première classe; celle de 
Daniell se rattache évidemment a la seconde. 

Ces deux piles sont insuffisantes, incommodes, 
coûteuse»: on peut les considérer comme des appa- 
reils tout-à-fait transitoires, et dont on ne se sert que 
parce qu'on n'en connaît pas de meilleurs. 

Je vais indiquer les observations que j'ai eu l'oc- 
casion de faire pendant un usage assez fréquent de 
ces deux appareils. 

La pile de Bunsen est composée d'un cylindre 
creux en zinc amalgamé, placé dans un vase en verre 
rempli (Teau acidulée. Au milieu de ce cylindre se 
trouve un vase en porcelaine poreuse, rempli d'acide 
azotique, dans lequel plonge un cylindre en charbon 
de cornue, muni d'un anneau et d'une lame de cui- 
vre formant le pôle positif de la pile, tandis qu'une 
lame, fixée au zinc, en forme le pôle négatif. 



417 

Le principal inconvénient de celte pile consiste 
dans l'emploi de l'acide azotique : il n'est pas diffi- 
cile de voir que ses vapeurs corrosives vont attaquer 
la monture et les lames de cuivre. De l'altération du 
cuivre résulte l'imperfection des communications 
métalliques, et l'obligation où Ton se trouve de net- 
toyer très souvent toutes les parties des divers élé- 
ments. Dans les premiers essais que l'on a faits pour pro- 
duire la lumière électrique avec les piles de Bunsen, 
on établissait les communications des divers éléments 
en serrant les deux lames de cuivre avec des pinces 
avis; mais l'imperfection des communications pro- 
duisait des variations énormes dans l'intensité de la 
lumière produite. On a dû finir par souder invaria- 
blement entr'elles les lames servant à obtenir les 
communications , et alors seulement on a obtenu une 
lumière constante. 

La pièce qui établit la communication du conduc- 
teur avec le charbon , est tantôt un anneau dont on 
l'entoure , tantôt une tige de cuivre que l'on y fixe. 
Or, il est important que cette communication soit 
parfaite. Pour s'en convaincre , il suffit de monter 
un élément de Bunsen , en faisant communiquer le 
conducteur avec le charbon, simplement à l'aide 
d'un fil de cuivre dont on l'entoure une ou deux 
fois. Lorsque le courant est établi, le fil de cuivre 
s'échauffe fortement aux points de contact avec le 
charbon; et, si l'on fait passer le courant sur une 
boussole , on voit que son intensité est plus faible que 
lorsque la communication est établie avec un anneau 
de cuivre solidement fixé sur le charbon; mais dans 
ce cas elle n'est pas encore parfaite, et il arrive que 
lorsque la pile fonctionne depuis quatre on cinq 

27 



418 

heures, le cuivre est attaqué par l'acide azotique 
qui a imbibé le charbon, et la communication n'est 
plus bien établie. J'exposerai plus loin les moyens 
que j'ai employés pour assurer la perfection des com- 
munications. 

Il est fâcheux que, dans celte pile, un métal aussi 
facilement attaquable que le zinc soit mis en présence 
-d'un acide aussi énergique que l'acide azotique, et 
n'en soit séparé que par une cloison perméable : 
l'acide azotique va nécessairement attaquer le zinc, 
«et nuit ainsi à la constance du courant et à la con- 
servation du zinc. 11 arrive aussi que lorsque la pile 
a fonctionné et que l'on a lavé le charbon à grande 
eau , celui-ci n'en retient pas moins de l'acide azoti- 
que que le lavage ne peut lui enlever, et qui, se 
dégageant lentement du charbon,/ attaque sa mon- 
ture en cuivre si l'on ne prend soin de l'enlever et 
de la décaper toules les fois que l'on a fait fonction- 
ner la pile. Enfin , et ce point est le plus important, 
la constance du courant que produit cette pile ne se 
maintient que durant cinq heures tout au plus, ce 
qui est fort insuffisant , particulièrement quand on 
l'emploie k la production de la lumière électrique. 

Pour le vérifier, j'ai monté un élément de Bun- 
sen; j'ai fait passer le courant sur une boussole dont 
la construction est fort analogue ht celle de la bous- 
sole des Tangentes : le zinc était fortement amal- 
gamé et plongeait dans 425 centimètres cubes d'eau 
acidulée par un dixième en volume d'acide sulfuri- 
que ; le charbon plongeait dans un vase poreux con- 
tenant 80 centimètres cubes d'acide azotique, dont 
la densité était 1,37. 

Au bout d'une demi-heure, la déviation de l'ai- 



419 

gui Ile était montée à 61°. Cette déviation fut à peu 
près constante pendant trois heures; au bout de 
quatre heures et demie, elle était de 57°; au bout 
de six heures , 52°; enfin, au bout de sept heures, 
elle était tombée à 38°. 

Tout ce qui précède fait voir d'une manière évi- 
dente qu'il serait urgent d'améliorer la construction 
de cette pile , ou bien d'en trouver une autre qui, 
aussi énergique que celle de Bunsen, n'en eût pas 
les inconvénients. 

J'ai fait quelques essais a ee sujet, en voici les 
principaux résultats : 

1° En substituant à l'acide azotique, dans les piles 
de Bunsen, une solution saturée de bichromate de 
potasse , mêlée avec l / l0 de son poids d'acide sulfuri- 
que concentré, on obtient un courant dont l'inten- 
sité est un peu moindre que celui de la même pile, 
chargée avec de l'acide azotique ; maïs la constance 
du courant qu'elle donne peut être maintenue bien 
plus long-temps qu'avec l'élément Bunsen. L'ancienne 
disposition de ces derniers éléments, avec un char- 
bon en dehors du vase poreux, est dans ce cas pré* 
férable, parce que Ton emploie un plus grand volume 
de bichromate : Ton donne ainsi au courant une 
constance que l'on peut rendre plus ou moins grande, 
selon que l'on emploie une quantité plus ou moins 
considérable du liquide excitateur. 

2° Une pile formée d'un ou plusieurs éléments, 
charbon et zinc amalgamé, sans vase poreux, le 
charbon étant dans l'axe du cylindre en zinc , k une 
dislance de 5 millimètres de celui-ci, donne un cou* 
rant très énergique lorsqu'on la plonge dans le mé- 
lange de bichromate et d'acide sulfurique dont j'ai 



420 

doimé la composition. Il me resie à régulariser, si je 
le puis, le courant de celte dernière pile {dont l'éner- 
gie est très remarquable. 

Ces deux piles offrent les particularités suivantes : 

1° Elles ne dégagent pas la moindre trace de gaz 
ou de vapeurs, car tout l'hydrogène est absorbé par 
le bichromate, si le zinc est bien amalgamé; 

2° L'amalgame du zinc se conserve bien mieux 
qu'avec les piles à acide azotique ; 

3° Enfin, le liquide qui sert k charger ces piles est 
très peu coûteux , puisque avec 1 kilogramme de 
bichromate, coûtant 3 fr. 50 c, et 1 litre d'acide 
sulfurique, coûtant 60 c. , on obtient 11 litres de ce 
liquide. 

Mais une particularité qui distingue cette pile de 
toutes les autres, c'est que le même liquide peut 
servir à peu près indéfiniment. 

En effet, le Lichrômate, après avoir absorbé l'hy- 
drogène, s'est changé en alun vert de chrome : 

K0.2Cr0 5 +4SO^+3H=KO.SO^+Cr»0'.3SO s +3HO 

11. suffit donc, lorsque le liquide a servi une fois, 
de l'évaporer, de calciner le résidu qui contient alors 
de 1 oxyde de chrome, et de fondre ce résidu avec 
de l'azotate de potasse. Le résultat de la fusion, dis- 
sous dans une quantité d'eau , précisément égale à 
celle que l'on a évaporée , et à laquelle on a ajouté 
une quantité convenable d'acide sulfurique, donne 
uu nouveau liquide, tout aussi propre que le pre- 
mier à charger la pile, et cette opération peut se ré- 
péter indéfiniment. La théorie en est très simple : 
le sulfate de chrome est décomposé par la chaleur et 
laisse de l'oxyde de chrome , qui se change en acide 



421 

chrômique cl s'unit à la potasse pour donner du 
chrômate de potasse , lorsqu'on le fond avec de l'azo- 
tate de potasse; Faction de l'acide sulfurique change 
ensuite le chrômate neutre en bichromate. 

Cette considération serait très importante si Ton 
employait ces piles en grand. Dans mes recherches 
sur ces piles, j'ai eu l'occasion de faire quelques 
observations intéressantes, et de remarquer plusieurs 
sels qui me paraissent nouveaux, mais que je n'ai 
pas eu le temps d'examiner suffisamment. J'espère 
les faire connaître dans un autre travail, lorsque 
j'aurai pu arriver à quelque nouveau résultat, et 
compléter mes observations. Je me bornerai, pour 
le moment, à signaler la transformation assez rapide 
de l'alun vert de chrome, incristallisable, en alun 
violet, cristallisé en octaèdres: j'ai observé très sou- 
vent cette transformation dans les vases qui conte- 
naient le liquide ayant servi à faire fonctionner la 
pile, surtout lorsque j'y laissais aussi le charbon. 

Je passe maintenant à la seconde classe de piles : 
celles qui donnent un courant faible, pouvant vain- 
cre de grandes résistances, et se maintenir constantes 
pendant plusieurs mois. J'ai déjà dit que la pile de 
Daniell peut être citée comme type de cette classe 
de piles : comme c'est celle qui est la plus employée 
pour les actions lentes et faibles, je vais aussi indi- 
quer le résultat des observations que .j'ai eu l'occa- 
sion de faire sur cette pile. 

Je ferai sur cette pile une remarque analogue à 
celle que j'ai faite sur la pile de Bunsen : c'est l'in- 
convénient qui résulte de la présence du sulfate de 
cuivre devant un métal comme le zinc, qui a la pro- 
priété de décomposer rapidement ce sel, en provo- 



«♦riitii - <* ir>*« i** 'art** oas i xe?i*r: 
U :• *; v *r -•£ t.* "?j\rv\* , ir. ^* «ti. z jLét i* 



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d*.v* ï*: **--£* v- fie tr.l-ïre. *e £i : Te» *:~T*r. j-.l'ls Te 

vate \ustafixs*.* et f.^'r zm e*m l'er de* -.ttc *:«-t* 
*» Y*t'a \zskr*ïkzit. \-+zjzî-z+ di ccxrxz.: esc aL:rs 
ahérée â mu tel tclct. c -e. *1 Tcn te recjiice pas 
le ta*e p>reax, la nr^rrhe *îe la p.!e est Ke^:i< ar- 
rêtée* Ce déf/H te proda.! presse iCTx-:ars L:îs du 
er,a'aet de la lame de cuivre, et. en cela, ce p^*~ 
wttukut me parait te rattacher â celui de» piles mul- 
tiplet oUerv é par M. PouUlet. J'ai observé plusieurs 
€>it un pareil dépôt, soit sur les vases poreux, soit 
sur let vetties des piles de Daniel 1 dont je me ser- 
vait pour la galvanoplastie. Lonqoe je me serrais de 
vettiet, j'ai remarqué que le dépôt de cuivre était 
généralement provoqué par la chute, sor celte mem- 
brane, d'une parcelle de zinc on de métaux étran- 
ger», détaché* du zinc par l'action de l'acide solfu- 
rique, fxtrtqu'on charge la pile de Daniel 1 avec du 
sulfate de cuivre et de l'eau pure, il arrive que 
l'acide sulfurique du sulfate de cuivre reste souvent 
dans le vate poreux, et que 1 oxygène seul va se por- 
ter *ur le zinc; ce mclal finit par se recouvrir d'une 
crofife d'oxyde de zinc qui arrête le courant, si 



423 

Ton ne prend pas soin de la détacher ou de la dissou- 
dre avec un acide. 

C'est pour remédier à ces inconvénients, qui sont 
très graves, que j'ai imaginé une nouvelle disposi- 
tion dans laquelle je n'emploie qu'un liquide, et par 
conséquent pas de vase poreux. Les éléments dont 
je me sers sont composés d'un cylindre creux eu 
zinc amalgamé , dans Taxe duquel est placé un cylin- 
dre en charbon de cornue ou en charbon fabriqué 
artificiellement : le cylindre en charbon est à une 
distance de 5 millimètres du zinc, dont il est séparé 
par de minces bandes de liège, de caoutchouc ou de 
gutta-percha. Pour armer cette pile, il suffit de la 
plonger dans un vase contenant de l'eau acidulée par 
7 f0 d acide sulfurique (en volume). Le mode de 
construction de cette pile permet de réunir plusieurs 
cléments en batterie comme on le fait dans les piles 
de Wollaston, de manière que l'on peut provoquer 
l'action d'un nombre quelconque d'éléments en les 
plongeant à la fois dans des vases contenant le li- 
quide excitateur. Cette disposition est applicable 
a mes éléments, parce que la nature des couimuni- 
.cations du charbon avec le zinc est telle qu'il est 
inutile d'y toucher quand on les a établies une fois 
pour toutes. 

Cette communication intime du charbon avec le 
zinc est un point très important. Voici comment je 
m'y prends pour en assurer la perfection : 

Le charbon est d'abord entouré d'une lame do 
cuivre formant anneau, dont le prolongement sert 
de réophore : cette extrémité ainsi disposée est pla- 
cée dans un moule dans lequel on coule du plomb; 
ce métal se moule ainsi dans les moindres cavités di* 



424 

charbon que l'on a eu soin d'entailler h la lime sur 
plusieurs points afin de rendre le contact plus intime : 
la communication de l'anneau avec le charbon , est 
ainsi assurée d'une manière permanente. 

On peut encore s'y prendre de la manière suivante : 
le charbon étant entouré de son anneau dont la lame 
est prolongée en réophore, on plonge son extrémité 
supérieure dans un bain de sulfate de cuivre, qui 
recouvre l'anneau et toute la partie du charbon en 
contact avec lui; on fixe la lame de cuivre au pôle 
négatif d'une pile dont le pôle positif se termine par 
une plaque de cuivre circulaire plongeant dans le 
bain : le cuivre galvanoplastique se dépose alors sur 
l'anneau , s'étend sur le charbon et se moule sur ses 
aspérités , de manière à rendre intime sa communi- 
cation avec le réophore. 

Ce second procédé établit une communication plus 
intime; cependant j'emploie de préférence le pre- 
mier. En effet, au contact du charbon imbibé d'eau 
acidulée , le cuivre s'oxyde avec le temps, tandis que 
le plomb est à peu près inaltérable. Dans les essais 
que j'ai faits au poste, télégraphique de Perpignan 
pour essayer l'application des nouveaux éléments, 
an service des télégraphes électriques , j'ai employé 
des éléments basés sur le même principe que ceux 
que je viens d'indiquer, mais construits avec des 
modifications assez importantes: les essais ont corn* 
plètement réussi. Il a fallu pour faire fonctionner 
d'une manière continue une pile composée de trente 
de mes' éléments , une dépense quatre à cinq fois 
moindre que celle qui était nécessaire pour une pile 
de Daniell de même force, fonctionnant pendant le 
même temps. L'on ne devait presque pas s'occuper 



425 

de la pile, puisque trente éléments ont fonctionné 
deux mois sans qu'il ait été nécessaire de les retirer 
de leur vase pour les nettoyer, tandis que Ton doit 
nettoyer une fois tous les jours chaque élément de 
la pile de Daniel). 

Cette pile a servi plusieurs mois à la transmission 
des dépêches, et sa marche a été parfaitement régu- 
lière; elle doit cette régularité, la facilité de son en- 
tretien et le peu de dépense qu'elle nécessite , aux 
circonstances suivantes : 

Le charbon est inaltérable ; la nature de sa com- 
munication avec le conducteur est telle, qu'une fois 
établie il n'est plus nécessaire de s'en occuper; le 
zinc, étant amalgamé, n'est attaqué que lorsque le 
circuit est fermé. 

La théorie est la même que celle des piles de Smée 
et de Sturgeon : seulement, l'hydrogène produit se 
dégage bien plus facilement sur les aspérités du char- 
bon que sur celles de l'argent platiné ou de la fonte. 
Quelques essais que j'ai faits sur la pile fonte et zinc 
de M. Sturgeon, m'ont convaincu que son courant 
n'est pas très constant, et que le vase en fonte est 
toujours attaqué lorsque le circuit n'est pas fermé. 

Pour démontrer la constance du courant de mes 
éléments, j'ai monté une pile de dix éléments dont 
j'ai fait, passer le courant sur une boussole, après 
avoir interposé dans le circuit une résistance assez 
considérable, composée de plusieurs bobines de fil 
de fer très fin entouré de soie ; j'avais préalablement 
mesuré la résistance de chaque bobine à l'aide d'un 
rhéostat ; la résistance de ces bobines était telle que 
le courant avait l'intensité de ceux que Ton emploie 
habituellement pour la transmission des dépêches: 



426 

il donnait 21° de déviation sur la boussole des sinus 
employée dans les postes télégraphiques, la résistance 
totale qu'il avait à vaincre étant représentée par une 
colonne de sulfate de cuivre de 1 m 0l 64 de longueur et 
de m 02l 4 de diamètre. Le courant passant d'une ma- 
nière continue, on a observé Ir déviation de la bous- 
sole plusieurs fois par jour, pendant une durée de 
quinze jours; au bout de ce temps-là, l'intensité du 
courant était exactement la même que le premier 
jour, et, dans cet intervalle, la déviation n'avait pas 
varié d'un demi degré. La pile fonctionnait déjà 
depuis quinze jours lorsque je commençai l'expé- 
rience : au bout d'un mois, le zinc était aussi bril- 
lant et le liquide de la pile aussi propre que le 
premier jour. J'ai aussi comparé les éléments Da- 
niell aux miens; et dix éléments de celte pile, fonc- 
tionnant aussi depuis quinze jours, donnaient un 
courant qui , conduit sur la même boussole avec la 
même résistance, a donné une déviation de 20°. 

11 résulte de ce qui précède que le courant d'un 
clément charbon et zinc amalgamé, aune intensité a 
peu près égale à celle d'un élément de Daniell de 
même dimension; que son courant est très cons- 
tata; que la dépense qu'il exige pour son entretien 
est quatre à cinq fois moindre, et qu'il peut fonc- 
tionner très long-temps sans qu'il soit nécessaire de 
démonter les éléments ou de changer le liquide qui 
les baigne. 

Je ferai, enfin, quelques remarques sur l'amalga- 
mation du zinc. Quand le zinc est neuf et sa surface 
brillante, cette opération ne présente pas de diffi- 
cultés : on plonge le zinc dans l'eau acidulée, et l'on 
étend ensuite sur sa surface, avec une brosse 7 quel- 



427 

ques gouttes de mercure, qu'il absorbe rapidement; 
quand la surface du métal a acquis le brillant du 
mercure, l'opération est terminée. Mais cet ainalga* 
me ne peut persister indéfiniment, surtout lorsque 
le zinc est abandonné à lui-même sans servir. On 
voit au bout d'un certain temps sa surface se ternir, 
des gouttelettes sphériques de mercure apparaître 
sur sa surface et tomber au moindre choc. En effet, 
dans l'amalgamation, une couche très mince de mer* 
cure reste à la surface du zinc sans se combiner avec 
ce métal : peu à peu celui-ci s'en imbibe ; il §p fait un 
amalgame cristallin de zinc suivant des proportions 
définies, et le mercure en excès se sépare sous la 
forme de gouttelettes. Le zinc a perdu alors la pro- 
priété de se conserver dans l'eau acidulée sans déga- 
ger de l'hydrogène : il la conserve, au contraire, 
lorsqu'il fonctionne dans la pile; ainsi, des zincs qui 
fonctionnaient depuis deux mois, sans interruption, 
dans mes piles, avaient, au bout de ce temps, con- 
servé leur amalgame : le zinc était devenu un peu 
terne, mais le simple frottement du doigt lui rendait 
son brillant primitif. 

La propriété que possède le zinc amalgamé de ne 
pas dégager de l'hydrogène dans l'eau acidulée, est 
un cas particulier d'un principe plus général, qui 
consiste en ce que toute surface métallique très po- 
lie devient incapable de laisser dégager l'hydrogène. 
Ainsi, du zinc très pur dont on a poli soigneusement 
la surface, se comporte dans l'eau acidulée comme 
le zinc amalgamé : ce même zinc, lorsqu'il a été un 
peu corrodé par un acide, dégage de l'hydrogène 
comme le zinc non amalgamé. L'inconvénient des 
anciennes piles à lames de zinc, cl de cuivre , prove- 



42* 

naît îa-ni 4e la ci.riculté avec bqaeile l'hydroçè» 
te déssrçealt *ar la surface poîle in enivre. Enfin, 
nue expérience très simple confirme ce principe : 
lorsqu'on tooche avec an fil de enivre un morceau 
de zîoe amalgamé priante dans lean acidulée y îhy- 
droeène se dégrade aLoodamment snr le fil dernière- 
Mais, si l'on amalgame préalablement la surface dn 
fil de enivre, celui-ci perd la propriété de dégager 
de l'hydrogène lorsqu'on le met en contact avec le 
aine; si l'on n 7 amalgame que quelques points dn fil 
de euivee , toutes les parties non amalgamées déga- 
gent de l'hydrogène, et celles qni sont amalgamées 
n'en dégagent pas. 

Lorsque le zinc a servi long-temps; qne son amal- 
game a été détruit, et qne le métal a été attaqué assez 
profondément, l'amalgamation est pins malaisée: 
cependant^ en employant de Tean fortement acidu- 
lée et en frottant le métal avec persistance, on peut 
y arriver. Dans ce cas, j'emploie nn moyen pins sim- 
ple : je mets le zinc dans nn vase avec de l'eau aci- 
dulée, après avoir étendn snr sa surface quelques 
'gouttes de mercure; l'eau acidulée attaque le zinc 
et l'effervescence a lieu ; j'ajoute alors du sulfate de 
mercure et j'agite bien le liquide; peu à peu , l'ef- 
fervescence se ralentit, et les parties les plus rebelles 
à l'amalgamation finissent par se recouvrir de mer- 
cure ; j'ajoute alors quelques gouttes de mercure qui 
s'étendent rapidement sur le métal , et je laisse égoot- 
ter< L'amalgamation du zinc sert à détruire toutes les 
actions locales qui se produisent en nombre très con- 
sidérable à sa surface, surtout lorsqu'il est très im- 
pur et mâle de charbon. Dans ce cas, s'il présente 
<lr,s fissure*, des cavités et des aspérités trop nom- 



429 

breuses , il est très difficile de le faire servir avanta- 
geusement dans une pile quelconque : on ne peut y 
réussir qu'en l'amalgamant très fortement et très sou- 
vent : alors il arrive que le moindre choc brise le 
métal; de là résulte une perte de mercure et de 
zinc. Il est donc nécessaire d'employer dans la cons- 
truction des piles du zinc aussi pur que possible. 

J'exposerai plus tard d'autres observations que j'ai 
faites y et j'espère les compléter par des détermina- 
tions exactes de l'intensité et de la résistance des 
nouveaux éléments. , 



SUR LES MOTEURS ÉLECTRO-MAGNÉTIQUES , 

Par M. ARBBB CMVâ 9 membre résidant. 



L'étude des moteurs électro-magnétiques est ac- 
tuellement d'une très-grande importance , non que 
ces appareils soient, à cette époque-ci, définitive- 
ment adoptés par l'industrie, mais parce qu'ils le 
seront à une époque peu éloignée. Les travaux in- 
dustriels, en effet, n'exigent pas toujours une ma- 
chine puissante , mais ont souvent besoin d'une force 
agissant très- régulièrement, et dont la marche soit 
parfaitement précise. Les électro-moteurs . seraient , 
sous ce rapport, très applicables, si la dépense né- 
cessaire pour leur entretien n'était pas trop élevée. 



430 

Dans lemploi d'un électro-moteur , il y a deux 
objets à considérer : 1° la machine motrice; 2° la 
pile qui la fait fonctionner. Ce dernier objet est, 
comme je l'ai déjà dit, le plus important. 

La question des appareils moteurs a été spéciale- 
ment étudiée par MM. Lenz et Jacobi, par M Page, 
M. Froment, et tout récemment par M. Marié-Davy, 
à qui l'on doit un des travaux les plus sérieux et les 
plus remarquables qui aient été faits jusqu'ici. Je vais 
exposer le résultat de quelques recherches théori- 
ques que j'ai faites sur ce sujet : 

L'intensité de l'attraction qu'un électro-aimant 
exerce sur une lame de fer doux, varie en raison in- 
verse du carré de la distance des pôles de l'électro- 
aimant, aux pôles du fer doux. Or, dans une machine 
électro-motrice, à un électro-aimant dont le fil est 
traversé par un courant constant, correspond une 
force attractive f, à l'unité de distance, et une dis- 
tance S des pôles de l'électro-aimant aux pôles du 
fer doux lorsque le contact a lieu. Pour déterminer 
f et 5, je fais passer dans les fils de l'électro-aimant un 
courant constant dont je désigne l'intensité par I; 
j'établis le contact avec Je fer doux et j'ajoute des 
poids jusqu'à ce que le fer se détache ; soit P ce poids. 

f 
Jai : P = 



Je place alors le fer doux à une distance D de 
l'électro-aimant, D étant très petit; soit P' le poids 

que supporte l'électro - aimant à cette distance. 

f 
J'ai • P'= 



431 

f f 

Des deux équations P^-jt* ^ ,= r*~rïY\ï 

je lire les valeurs de f et de S : <$=D — _ . — 

Je néglige l'autre racine*, qui est négative , parce 

que P> P' et que P' — j/PP' est négatif. 

Connaissant (S, on a la valeur de f, puisque : f=P£*. 

Portons l'un des pôles de Télectro-aimant à l'ori- 
gine, et le pôle correspondant du fer doux sur Taxe 
des X à une distance x de l'origine, 

On a en général : d.mv*= 2(Xdx-f-Ydy-f-Zdz). 

mf 

— — Y=o Z=o. Il vient alors: 
x* 

Et en intégrant : 



Dans ce cas X == 


~ *dx 
d.v«=— 2 f , 

X* 



V»= — 2 f 



T-i3 + c=^ + c. 



Pour déterminer la constante C, soit K la vitesse du 

2f 
fer doux, lorsque x = a : K*= |-C 

2f 
V sa vitesse lorsque x = b : V* =— -|- C 

a b \ a b / 

Or, d'après le principe des forces vives, l'accrois- 
sement de la force vive du mobile, quand il passe 
d'une position à une autre, est égale au double du 
travail produit' dans cet intervalle : donc, pendant 
que le mobile se meut de b en a, il produit un tra- 
vail représenté par : 

a b ab 



432 

Soit F 1 attraction moyenne que lelectro-aimant 
exerce sur la lame de fer de b en a : nous obtiendrons 
cet effort moyen en divisant le travail produit par le 

chemin parcouru. F = — p et le travail de celte 

fore, «. = S F = 'Jtfï) 

a b 

On pourrait ainsi avoir la valeur de l'électro-aimant 

en chevaux. 

Soit n le nombre de va et vient du fer doux par 

seconde. 

nf(b— a) ' 

Le travail effectué en î r est : r .Et en ap- 

a b r 

nf(b— a) 
pelant C le nombre de chevaux : C=s — ~^ — r— 

Il suit de ce qui précède, que, si Ton connaissait 
/exactement, pour un électro-aimant fonctionnant 
dans un moteur, la relation qui existe entre l'inten- 
sité du courant et la force attractive, et le nombre 
de va et vient du fer doux par seconde, on aurait 
immédiatement la limite de la force que pourrait 
atteindre le moteur avec un courant d'intensité I. 



«33 



ÉPIGRAPHE ROUSSELLONNAISE, 

OU RECUEIL 

DES HfTMS DU DÉPARTEMENT DES PTBÉ^É ES-0R18NTALKS, 

Par M. liOfM DB BOMcnoY» membre résidant. 



Ce recueil devant être suivi d'un Résumé général 
destiné k relier ses membres épars, mes observations 
préliminaires se réduiront à quelques mots. 

Mes recherches ont été faites, et leurs résultats 
ont été consignés dans Tordre géographique; je les 
publie dans le même ordre. J'épuiserai d'abord le 
premier arrondissement, puis le second, puis enfin 
le troisième. 

J'avais groupé autour de chaque inscription, lors- 
qu'il y avait lieu , des notes relatives au personnage, 
au monument, a l'institution qu'elle rappelait, ou 
simplement paléographiques; je conserve ces notes, 
en les abrégeant , ou je les supprime lorsqu'elles me 
paraissent dépourvues d'intérêt. 

Le mérite souverain, j'allais dire unique, d'un tra- 
vail de cette nature est la correction dès textes. On 
ne saurait croire avec quelle facilité l'erreur s'y glisse 
et se joue du plus sérieux examen. J'ai donc, mis tous 
mes soins à les revoir sévèrement; j'ai respecté la 

28 



434 

syntaxe, la prosodie, l'orthographe el la ponctuation 
qui leur sont propres. J'aurais même conservé les 
signes abrévialifs, si les caractères ordinaires de l'im- 
primerie avaient pu se prêter à celte combinaison 
d'une manière générale. Les dates seules, autant que 
possible, seront calquées sur l'original. 

Mes transcriptions s'arrêtent avec le xvi e siècle, 
sauf de rares emprunts faits aux deux siècles suivants. 
Dans cette limite, aucun subjectile n'est exclu : j'ai 
interrogé les produits de la céramique, les métaux, 
le bois, les étoffes, aussi bien que le marbre ou la 
pierre. Je ne mç flatte pas d avoir tout vu, et je re- 
cevrai avec reconnaissance les renseignements qui 
m'aideraient à compléter ma collection. Toute re- 
marque faite en vue de rectifier ce qui aurait été 
déjà publié , ou d'améliorer la suite du travail , serait 
accueillie avec la même faveur. 

* 

PREMIER ARRONDISSEMENT. 

11 se compose du Roussillon proprement dit, et de 
la haute vallée de l'Agly ou pays de Fenouillèdes , 
qui faisait partie du Languedoc avant la division de 
la France en départements. 

PERPIGNAN. 

i. — Saint-Jean. 1324. 

Bosch, Titols de honor, pag. 386. — Marca hùpan., 
col. 21. — Carrère, Voyage pitt., p. 28. — B P0 Taylor, 
Les Pyrénées , p. 150, et Voy.pitL — de Casteijlahe, 
Mêm. de la Soc. ArcheoL du Midi de la Fran.> tom. 111, 
p. 242 et planches. — Notice eccles. sur le Roussillon, 
p. 28. — P. Puiggari, Évêq. d'Elne, p. 53. 



435 
: LAPIS • PRIMVS 
QVEM • 1LLVSTRISSIMVS 
D0MINVS NOSTER • SANCIVS • REX • MAIO 
RICHARUM • POSV1T • IN ■ FVNDAMEN 



o 



TO • ISTIVS • ECCLESIE • V • Kt ■ M A 
DU • ANNO • DOMINI • M • CCC • XXUII 



2. — Saint-Jean. 1324. 

t LAPIS ■ SECVNDVS • QVEM • RE 
VERENDVS • DOMINVS • BERENGARIVS • BA 
IVLl • GRATIA ■ DEI • ELNEN 
SIS • EPISCOPVS • POSVIT • IN • 
FVNDÀMENTO • ISTIVS • ECCLESIE 
V - KL • MADII • ANNO • 
DOMINI M- COC-XXIÎII •:• 

Ces deux marbres constatent la fondation de 1 église 
paroissiale de Saint-Jean, cathédrale depuis 1 601 . Sur 
le premier, M. de Castellanef/oc.cir.^J a lu princeps 
au lieu de noster, et la copie figurée qu'il en donne 
dans ses planches porte en effet pr pour Hr : il pou- 
vait aussi bien, et plus régulièrement même, y lire 
pater. Sur le second, Fauteur du Voyage pédestre dans 
les Pyrénées , a substitué un Edouard, prince d'An- 
gleterre, à l'évêque Bérenger Batlle (V. le Publica- 
teur, an. 1834, n c 33). Enfin, malgré la date deux fois 
exprimée, M. Léonard ( 'Résumé de VHist. de Rouss., 
p. 252) a écrit que notre cathédrale avait été bâtie 
sur les dessins de M. de Vauban. 

La nouvelle église venait suppléer à une autre 
plus ancienne, qui avait été consacrée en 1025. Le 
vieux St. -Jean, comme nous l'appelons aujourd'hui, 



436 

première paroisse de Perpignan, avait été propor- 
tionné aux besoins d'une population naissante; mais 
vers la fin du xm e siècle, malgré l'érection de deux 
autres paroisses, Saint- Jacques et Saint -Matthieu, 
auxquelles on allait bientôt en ajouter une troisiè- 
me, la Real (1300), l'espace manquait aux fidèles. 
Fallait-il agrandir l'église- mère, ou construire paral- 
lèlement un nouvel édifice sur des proportions plus 
vastes? Après de longues hésitations, le projet de 
Yopus novum fut adopté. Les travaux, commencés eu 
'1324, languirent, faute de ressources, et se prolon- 
gèrent jusqu'à la fin du xv e siècle. La consécration 
solennelle n'eut lieu que le 16 mai 1509, mais elle 
avait été précédée d'une consécration au moins par- 
tielle, puisque l'église était déjà livrée au culte à la 
date du 10 avril 1504. ( MS.du chan.Coma, p. 141.) 
Je saisis celte occasion pour rectifier les dimen- 
sions du nouveau St.- Jean , telles que les a données 
le docteur Carrère, et telles qu'on les a, depuis 1787, 
invariablement copiées dans son voyage pittoresque 
(p. 28). Longueur totale dans œuvre, 70 mètres; lar- 
geur de la nef, 18 m 30, profondeur des chapelles du 
midi, 5 m 25; un peu moins pour celles du nord; 
croisée, 48 ra ; plus grande hauteur sous clef, 26 ■». 

5. — Saint- Jean. 1429. 

SE PV LTV RA HONORABIUS DOMINI BERNARDI ARRES PRESBI- 
TERI ET BACALLARII IN DECRETIS MONACHl SED1S || ELNENSIS 
ET CANONIGI ECGLESIE BEATI || IOIIANNIS VILLE PERP1NIANI 
COLLEGIATE Q01 OBIIT XVI DIE DECEMBRIS ANNO A NATIVITATE 
DOMINI || M CCCC XX Vf III. 

Cette inscription court sur la bordure d'une grande 



437 

dalle, où Ton voit, gravé au trait, un prêtre, revêtu 
de ses ornements, sous un dais à clochetons, que sou- 
tiennent deux groupes de colonnettes. La dalle est 
placée vers le milieu de la nef, et perpendiculaire- 
ment à son axe, contre l'usage; mais on peut croire 
qu'elle était autrefois orientée, et que sa position fut 
changée lorsque la clôture de l'ancien chœur fut 
détruite et le pavé de l'église remanié. 

Monachi sedis ELNENSisse traduit bien par : Moine 
du diocèse d'Elne; mais peut-être faut-il entendre ici 
par monachus le membre du chapitre de la collégiale 
appelé Monjo de las hosties, dont le chanoine Coma 
parle en ces ternies : « Molts eran los carrechs que 
«lo monjo debia complir en Sant-Johan; y tambe 
ce molts los émoluments que rebia dels senyors Bîs- 
«bes, juntament de totas las iglesias de Perpinya, 
«accepto de la de Predicadors fNoticics, p. 127).» 
Sur la multiplicité de ces charges, et sur l'impor- 
tance de ces émoluments, on peut consulter dans 
nos livres municipaux le document intitulé : «Quid 
« facere debeat monachus ecclesie Sancti-Johannis.» 
("Livre vert min., fol. 90.) A. l'origine, le Moine était 
de droit le dernier admis au chapitre : « Lo mes antic 
« canonge se npmenava sacrista, y lo mes jove monjo.)* 
11 fut plus tard à la nomination du chapelain majeur: 
l'office fut même dédoublé en 1428, propter mnltitu^ 
dincm operum (Noticies, p. 27> 47, 285). 

4. — Saint-Jean. 1442. 

ASSI fAV LO SEMER EX 

IOHA (?) QVI PASSA DAQVESTA 

'VID\ M v DE !0M0LL(?) LANY M 

XX.VXJI. 



438 

La pierre est 1res usée : les centaines de la date sont 
complètement adirées ; j'ai pourtant écrit 1 442, parce 
que les caractères de l'inscription se rapportent cer- 
tainement au XV e siècle. 

8. — Saint-Jean. 1486. 

SEPVLTVRA 
DEL HONORABLE 
ANDRET BONET 

E X>mfsic). SEVS 

MORI A • 20 • DEL 
MES - DE MAIG 

Dalle couchée au pied du sanctuaire. Dans le haut, 
le monogramme d'ANDRÉ bonet, au milieu d'un carré 
posé en pointe et cantonné des quatre chiffres de la 
date 1 .4.8.6. Le monogramme a 37 centimètres de 
hauteur; les lettres de l'inscription en ont 12, et 
presque toutes affectent des formes antérieures au 
XV e siècle. La période d'imitation commence; nous 
touchons à la renaissance, qui dédaignera d'avoir un 
alphabet propre, et vivra d'emprunts faits à toutes les 
époques. La formule e dels seus annonce un tom- 
beau de famille; elle devint très commune aux xvn c 
et xviu c siècles. 

6. — Saint* Jean. 1695. 

Gallia christ., tom. VI, col. 1075. — Notice eccles., 
p. 112. — B^Taylor, Voy.pitt., planch. — P. Puig- 
gari, Êvêq. <£Elne, p. 117. 

HIC IACET LVDOVICVS ECCLESIjE PRINCEPS 

ELNENSIVM EP1SCOPVS HENRICI LVDOVICÏ DE MONTMOR 

FILIVS, PARISINVS • MORTVVS EST ANNOS NATUS LI • DIE XXIII 
IANVÀRII, ANNO SALVTIS M ■ DCXCV- 



439 

Louis -Habert de Montmor fut sacré évêque d'Elne, 
à Paris, le 12 août 1682, et mourut à Montpellier le 
23 janvier 1695. «Son cœur fut porté à Perpignan 
«dans le mois de février suivant, et inhumé dans 
«l'église majeure, près de l'autel des saintes Eulalie 
«et Julie, du côté de l'évangile. Cinq ans après, le 
«corps de ce prélat, transféré a la chapelle desdites 
« saintes, fut déposé le 27 octobre 1700, dans l'élégant 
« mausolée qu'on y voit encore. (P. Puiggari )»> . . 

Les lacunes de l'inscription doivent être remplies, 
la première par : habert de montmor, et la seconde 
par ; habert» Ces quatre mots ont disparu, avec deux 
angles du cadre en marbre noir qui entoure la dalle 
en marbre blanc, où est sculpté l'évêque, avec la 
signature de : ioannes cara vaque . p. 

7. — Saint-Jean. 1783. 

1785. 
DE GO VI. 

Une croix, une crosse et une mitre gravées en creux. 
C'est-là toute l'épitaphe d'un saint prélat, qui occupa 
le siège d'Elne pendant trente- neuf ans, et mourut 
honoré de tous ei regretté des pauvres, dont il était 
le père. 

8. — Saint-Jean. 4784. 

LA MARGUILLERIE DE St-JEAN || A CONSACRÉ CE MONUMENT 
|| DE SA RECONNAISSANCE A || MONSEIGNEUR LE MARÉCIIAL|| 
COMTE DE MAILLY, CIIEVALIER [[DES ORDRES DU ROI, GRAND- 
CROIX DE MALTHE, COMMANDANT EN CHEF || DE ROUSSILLON, 
QUI DE CONCERT AVEC || MADAME LA MARÉCHALE DE MAILLY |[ 
NÉE NARBONNE-PELET, SON ÉPOUSE, LUI A FAIT (| PRÉSENT 



440 

D'UN DAIS, D'UNE CHAPE, ET D'UN [| OSTENSOIR, DONT LA RI- 
CHESSE ET LA BEAUTÉ || ATTESTERONT A JAMAIS LEUR PIÉTÉ, 
ET || LEUR BIENFAISANCE POUR CETTE ÉGLISE. || C'EST A CET 
ILLUSTRE BIENFAITEUR QUE || LA PROVINCE DOIT LE BETA* 
BL1SSEMENT||DE L'UNIVERSITÉ ET DU PORT-VENDRES, L'ÉCOLE 
MILITAIRE, || LA FONDATION DES PRIX D'ÉMULATION || CELLE DE 
DOUZE PLACES POUR || L'ENTRETIEN DES PAUVRES, || ET PLU- 
SIEURS AUTRES ÉTABLISSEMENTS || AUSSI UTILES QUE GLORIEUX 
|| L'AN DE GRACE || 4784. 

C'est encore un marbre bien moderne ; mais il rap- 
pelle un homme dont le souvenir n'est pas tout h fait 
éteint, et que le pays, au temps de nos pères, a salué 
du nom de bienfaiteur. 

9. — Saint-Jean. 1581. 

SENT REGIDOS 
LLVIS • TROIART 
CANONIA • I • LLVIS 
RAMVS BENEFISIAT 
A 22D , AG0STAY«8I- 

J'avais d'abord rattaché cette pierre à la construc- 
tion de la sacristie de la chapelle de la Conception, 
où elle se trouve. Plus tard, j'ai lu dans un registre 
de la communauté de S*-Jean : a Nota. Com a xxi de 
«noembre 1573, die dels quinze graohs (La Prësen- 
« tation de N. D.J fonch posada la primera pedra de 
«la sacristia de la capella de la Concepcio. Fonch 
« pedri mosen Perot Llobet, esent consol terç aquell 
«any (Memorias. reg. de 1555 à 1577, fol. 275 v°). » 
Ceci est formel, et je ne puis croire qu'un travail de 
si faible importance ait duré jusqu'en 1581* D'autre 
part, comment la sacristie fut-elle entreprise avant 



441 

la chapelle au service de laquelle on la destinait? 
Cela ressort pourtant de la délibération suivante ex- 
traite du même registre, même page: «Conseil es- 
te pecial sobre la cape lia de la Consepcio, so es si là 
« farian quadrada ho redona, y fonch déterminât per 
« la major part que la fesen redona. » Or, on délibère 
sur le plan d'une construction avant de l'entre- 
prendre. Mais la chapelle est carrée, tandis qu'on la 
voulait ronde : nouveau problème ! A moins qu'on 
n'applique à la forme de la voûte, qui est en berceau , 
le mot redona. 

10.— Saint-Jean, 1245. 

ANNO-DOMINI-MCCXLVIIH NOMS IVMIOBIIT- 
BERNARDVSBOTINIANVSQVflNSTITVlTSVVMANMVERSARlCM- 
VI VIT • C VM • CHRIST0 • T VM VL0 • QVI • CL AVDIT VR • ISTO • 
NAM • FRAGILI • VITA • FVIT • VT • SIMPLEX • HEREMITA 
MITIS ET HVMANVSVNOMINE BOTINIANVSAMEN 

Ce recueil offrira plusieurs inscriptions métriques, 
soit en totalité, soit en partie seulement, comme l'épi* 
taphe de botinia. Dans ces dernières, la prose donne 
la date du décès et le nom du défunt; les vers sont 
réservés à l'éloge ou à la sentence pieuse. 11 est à 
peine nécessaire d'ajouter que les vers sont toujours 
léonins, et bravent souvent Despautère. 

Une observation particulière se présente ici. Le 
sigle v de la cinquième ligne ne peut guère sous- 
entendre que vir ou vixit. Les deux interprétations 
s'accordent avec le sens, et la première a l'avantage de 
ne pas rompre la mesure du vers; mais est-il prouvé 
qu'on méconnut l'intention de l'auteur en adoptant 
la seconde? Je ne le pense pas : vixit serait la conû- 



442 

nuation du jeu d'esprit vivit, vità, des deux lignes 
qui précèdent, et c'est déjà de la couleur locale. La 
syllabe excédante offrirait une difficulté réelle, si 
Ion n'avait pas de nombreux exemples de cette li- 
cence (voir entr'autres n° 68). Dissimulée k l'œil du 
lecteur par l'emploi du sigle, elle était censée ne 
pas exister. 

il. — Saint-Jean. xi e siècle. 

B OB Taylor, Foy. pin. — Henry, Guide, p. 19. 

i VNDA ZACRI F0NTIS f NEC AT ANGVIS SIBILA SONTIS 

La cuve baptismale de Saint-Jean vient de Saint- 
Jean-le- Vieux ; mais suivant une tradition, dont 
j'ignore la source, elle aurait été transportée dans 
cette dernière église de celle de Malloles ( ancien 
villa gothorumj. La translation aurait eu lieu à une 
époque indéterminée, d'après les uns, au xv e siècle, 
d'après les autres, lorsque la cure de Malloles fut 
réunie à la mense capitulaire de Saint-Jean (1467). 
Même divergence d'opinions sur la question beau- 
coup plus sérieuse de l'âge du monument. Le baron 
Taylor et M. Henry le déclarent visigotbique; d'au- 
tres juges, qui n'ont pas publié leurs motifs, l'appellent 
romano-byzantin de la période secondaire. Je par- 
tage l'avis de ces derniers. En faveur de la date la 
plus reculée, j'ai entendu citer les cannelures qui 
décorent l'extérieur de la cuve, et les caractères de 
l'inscription. Or, les cannelures sont loin d'être ex- 
clusives de l'époque romano-byzantine, puisqu'elles 
sont considérées comme une des particularités dis- 
tinciives du style roman-bourguignon. L'âge du vieux 
Saint-Jean est-il contesté, parce que des cannelures 



443 

sont creusées dans son grès rouge? L'inscription est 
originale par la manière dont elle est gravée, autant 
que par la physionomie des caractères; mais, à part 
l'u oncial du mot angvis, aucune forme n'est carac- 
téristique des temps antérieurs à Tan 1000. Le trait 
de la gravure est étroit, peu profond et partout égal ; 
les pleins sont indiqués par un double trait, comme 
si on n'avait voulu qu'en tracer l'épaisseur. 

12.— Saint-Jean. 1506. 

INTER . NATOS . MV-LIERVM . NON SV-REX1T . MAIOR 10- 
HANNES. (tic) BAPTISTA . MDVI- 
Cuve circulaire en marbre blanc, portée sur un 
pied couvert d'ornements et feuillages de la renais- 
sance; joli meuble, formant contraste avec les fonts 
baptismaux qui l'avoisinent. L'inscription gravée au- 
tour de la cuve est interrompue quatre fois par des 
écnssons représentant le baptême de Jésus-Christ, le 
Précurseur, une main qui semble sortir des eaux, 
et un chiffre ou monogramme. 

15. — Saint- Jean. Reliquaire de 5. Jean-Baptiste. 

Fr. Llot de Ribera. — Marca, opusc. — Notice eccL, 
p. 55. — Henry, p. 32. 

L'an 1323, un jeune étranger se présente au cou- 
vent des Dominicains de Perpignan, et dépose entre 
les mains du frère Alénya , prieur, une boîte conte- 
nant, dit-il, un objet précieux. Il se rend en pèleri- 
nage à Saiut-Jacques-de-CompostelIe et reprendra la 
boîte au retour; si Dieu dispose de lui pendant le 
voyage, le monastère héritera du dépôt. Le pèlerin 
ne revint pas. Plusieurs années après, frère Alénya, 



444 

près de mourir, raconta l'aventure à la communauté 
et lui remit la boite. Elle renfermait une main gau- 
che, avec partie de l'avant- bras; mais la légende 
explicative était en grec, lettre morte pour les bons 
religieux. Us la transcrivirent sur parchemin, et le 
Fr. Alberti, un des leurs, fut chargé d'apporter celte 
copte à Tévêque d'Athènes, pour avoir l'explication 
du mystère. L'archevêque de Thèbes, alors présent 
a Athènes, en fit une traduction latine, qui nous est 
parvenue. Elle apprit aux FF. Prêcheurs qu'ils pos- 
sédaient une relique de saint Jean-Baptiste. Ils l'ont 
conservée jusqu'à la sécularisation de leur ordre en 
France, dans le trésor de leur couvent, d où elle est 
passée à celui de la cathédrale. 

Deux traités ont été écrits sur cette relique. L'un, 
ouvrage du P. Llot, dominicain et professeur de théo- 
logie, fut imprimé à Perpignan, en 1 591 , sous ce titre: 
Dcls miracles que loSenyorha obratsper medi de la santa 
reliquia del bras y ma esquerra del glorios san Joan-Ba- 
tista; l'autre a été composé en latin par M. de Marca, 
pendant son séjour dans notre ville, en 1666, et fait 
partie de ses Opuscules ( Paris, 1681). Je connais la 
Relation du P Llot seulement par son titre, et la dis- 
sertation de M. de Marca, par la traduction française 
qu'en à publiée M. le chanoine Fortaner f Notice ec- 
clcsiastiquej. Celte dernière me suffirait, si l'auteur 
avait jugé à propos de rapporter le texte grec de la 
leçon donnée par le savant archevêque. Je regrette 
l'absence de cet utile auxiliaire. 

La boîte qui renferme la main gauche de S. Jean- 
Baptiste a 370 millim, de longueur, 120 de largeur, 
et 95 de hauteur. Sur le couvercle, qui se ferme ù 
coulisse, est peint le Précurseur, ailé, pieds nus > 



445 

portant de la main gauche une tête dans un bassin, 
et de la droite un livre ouvert. Au-dessus de la tête 
du saint on lit : 

O Ari02 1ÛANNH2 O IIPOAPOMOE 

Sanctus Joannes Prœcursor. 

Avant d'aller plus loin, je fais observer que la tra- 
duction latine, mise en regard du texte grec, sera 
toujours celle que le Fr. Alberti rapporta d'Athènes. 

Sur le livre : *ONA (sic) nPOAPOMOS YIIH- 
PH9H2 TOY AOrOY METANOQN AEIKNYII 
4>Y2lN BPOTIAN. Clama 3 prœcursor, minister 
verbiy pœnitens os tende naturam mortalium. 

Sous les pieds : TI SE KALE2ÛMEN IIPO*HTA 

rELON AIIOSTOAON H MAPTYPA. Quid te 

vocabimus prophetam > angelum , apostolum aut mar- 
tyrem ? 

Sur les côtés de la boîte, dix-huit vers iàmbiques 
trimètres mêlés, à la louange du saint, dix d'un côté 
et huit de Vautre, peints en noir, sur fond blanc , et 
par deux vers à chaque ligne. Les parties de l'ins- 
cription assez bien conservées pour rendre le doute 
impossible, seront transcrites en majuscules; quel- 
ques mots légèrement adirés, mais pouvant être sû- 
rement reconnus au moyen de la traduction latine, 
et par la collation du mot grec correspondant avec 
les restes de l'original, le seront en minuscules; 
l'adiration complète ou le doute légitime se confon- 
dront sous un même pointillé. 

ceç Spores 

iXOt XY)j>v£ 



446 
«irxrcx tA SOI SAYMarOX IIAHPH EffiAEI-r 

AÉrEI TABPÏHA THN rKvrjHN ZOY SÉNÛç 

irorpàç THN XlIÉieUIAN 1TMÛPÎÎN 6ËAK! •:• 

AÎKHN AÈ THN" KÛfcEYXÏN ÈI2*ÉPEI TAX02 : 

YIIEPeEN Û*0HS ÀPETQN TPÏS OaBIÛN : 
KPÉlTTliN nPO*HTÛN ÏIEOS ÏÛN ÀnOriOAONi 

ii*eH2 x 

ayvJGTQç TQQyris iravrotaw 

irpoçrteEi nANTûN û2 Eeos-:- 

AIAOY2 A Totç irpoç9efxcvo<ç 

TH TÏMÏA 20Y OHKH THTJÎN AEWa'NÛN •'.• 
nPAOIATÛN EAÏ22EI2 TE KÀI 2TPO<I»Al BlOu. 
PflllN ZJÎMATOZ 2YN 0YnMHAÎA(«c)IUÉnN s- 
FYaOHSN a'XyTÔZ KYBEPNiîN OI ZÔI 6EMIÎ 

*épei2 irrÉpyrAX ai imeÈi aïteaan •;• 
én'yaox Un ayaoi qz zothp é*h : 

TRADUCTION LATINE. 

Deus descendit in omnium salvationem. 
Veni tu, prœcOf declarare verbuin. 
Omnia tua mirât u plena ex tant. 
Dixit Gabriel nativitatem tuam cxtraneè. 
Patris retinentiam punire vult. 



447 

Pœnam autem mutitiam infert cito. 

Supra apparuistl virlules ter beatas. 

Melior prophetis, œqualis apostolis. 

Martyrum apparuisti ornamenlum plénum quid, beaic. 

Non gustans cibum qualiumcumque quœ (n naturâ s un t. 

Genuflectens adjuva omnes, ut mos est, 

Prœbens succursum adjacentibus voto 

Honorabili tui position i reliquîarum. 

Negotiorum volutiones, et rcvolutioncs vitœ, 

Sanitatem corporis cum lœtitiâ ligans ; 

Benedicens autem ipsc, et gubcrnans, ut tibifas est. 

Fers alaSy adœquatus ange lis. 

Mater ialis existens immaterialiter , ut Sahator dixit. 

Je ne finirai pas sa us dire ce que je dois à l'aimable 
complaisance de M. le chanoine Fines. Par ses soins, 
j'ai eu lo u les les facilités désirables pour examiner la 
boîte et copier l'inscription jusque dans ses moindres 
détails. La parfaite connaissance qu'il a de la langue 
grecque m'a été d'un grand secours dans la restitution 
de$ mots imprimés en, minuscule. Si je n'ai pu me ren- 
dre entièrement à se&avis, il voudra bien n'en accuser 
que l'inexorable clarté de l'original. J'ai marqué du 
signe consacré {sic) les deux mots qui n'ont pas trouvé 
grâce à ses yeux. Les hellénistes comprendront ses 
scrupules. 

14. — Saint-Jean. Cage de l'horloge. 1743. 

EXMANDÀTO.ILLVSTRISSIMIDOMINI DE PONTE : COMITIS D'AL- 
BARET, PRIMARIIPROESIDISET VICE PRiEFECTIRVSCINONENSIS 
AGRI (DOMINO ■ DE • LAVRENS • REGIO • MACHINARIO • DVCENTE) 
ILLVSTRISSIMORVMQVE DOMINORVMDEREARTGABADYJAVME- 
CROVZAT • ET • LAUGET • FIDEUSSIftLE • VRBIS • PERPIG CONSVLVM • 



448 
1STVD0PVS A PHILIPPO BARTHELEMY FERRARIO- IN HVJVSCE* 
VRBIS MONETiE OFFICINASCALPTOREEXCOGITATVM ACFACTVM- 
EST • COLLOC AT VM • VERO • Dl E • V • M ARTII • ANNO A 745 • REGNANTE - 
LVflOVICOXV- 

Cette hardie et légère charpente a le mérite de 
relever un peu la triste nudité de la façade de notre 
cathédrale , A moitié hauteur, environ, est suspendu 
le timbre des heures, dont je parlerai plus bas(n° 56). 
M. de Ponte d'Albaret fut intendant du Roussillon de 
1 740 à 1 752 : son grand-père l'avait été de 1 698 à 1 71 0. 
(Henry, Guide, p. x*.) 

lo. — Saint- Jean. Parvis. 1344. 

ANNODOMINI s Si S CGC i XL : 1111 t TERCIO \ DIE \ MEN 

SIS 5 SEPTEMBRIS | OBHT î PETRVS » RAYMVNDI j 

SACU : PARATOR j QVI i INSTITVIT \ SWM ', ANNI 

VERSARIVM i CVIVS i ANIMA I REQVIESC AT j IN PACE '{ AMEN ! 

Notus mihi nomine tantum, puis-je dire de Raymond 
Sach ! mais la profession qu'il exerçait est une de celles 
qui concourent à la fabrication dès draps, branche im- 
portante du commerce roussillonnais au moyen-àge, 
et je rappelle en passant cette industrie perdue. On 
aura, par les données suivantes, une idée du déve- 
loppement qu'elle avait acquis. Bosch ÇTitols, p. 387) 
et Fossa (Mèm.p* les avj ont vu dans les registres de 
G. Bosquet, notaire, un acte du vi des calendes de 
mai 1 332, où étaient énumérés 349 maîtres tisserands 
en laine, chefs de maison, dans ]a seule ville de Per- 
pignan. M. de Saint-Malo fRech. sur le comm. rouss.J 
a pu constater dans une seule année (1392) l'expor- 
tation ouire-mcr de 3.199 pièces de drap. 



449 
16.— Saint-Jean. Parvis. 1630 et 1631. 

Fossa, Mérn.p. les avoc, p. 49. — Notice ceci., p. 10. 
— Henry, Guide, p. 38. 

GVBERNATA PER 
ARAG0NVM REGES 
AB ANNO MCLXXIÏ 
VSQ- MC 

C'est tout ce que j'ai pu retrouver des inscriptions 
qui accompagnaient deux statues, un vieillard et un 
guerrier, placées jadis à l'entrée du parvis, là même 
où Ton voit aujourd'hui deux boules de marbre per- 
chées sur un piédouche. Les voici entières, d'après 
une ancienne copie. 

1 re statue, érigée le 15 mai 1630. 

Sur la poitrine: innata fidelitàs in corde perpi- 

NIANENSIVM. 

Sur un bouclier, qui couvrait les genoux, étaient 
sculptés un chien, un chat et un enfant à demi dé- 
voré, avec ces mots qu'elle montrait du doigt : en 

CIBVS ET ESCA PERPINIANENSIVM PRO SERVITIO REGIS 

et patrie. Allusion aux horreurs de la famine pen- 
dant le siège de 1475. 

Sur le piédestal : non mihi, sed soli deo honor et 

GLORIA. F1DEIJSSIMA VRBS PERPINIANENSIS FVNDÀTÀ 
ANTE ADVENTVM CHRISTI DCCCLXXX ANNOS. PER DECEM 
COMITES GVBERNATA AB ANNO DOMINI DCCC VSQVE AD 
MCLXXII. ECCLESIA VETVS SANCTI IOANNIS CONSECRATA 
ANNO MXXV. 

La leçon donnée par M. le chanoine Fortanerf/iot. 
eccl.J porte fvnpata circa annum 880. L'omission , 
volontaire pent-êire, des mots ante christï adventum 



450 

rapproche de sa véritable date celte fabuleuse anti- 
quité de Perpignan. Mais toutes les autres leçons 
maintiennent cet anachronisme. Ainsi que l'a fait ob- 
server Fossa, l'inscription avait été tirée de l'ouvrage 
de Bosch, récemment publié. On y lit (p; 383): « La 
«posan al inateix temps dcl gran iocendi dels Pi- 
«rineus, que fohch 16 any 880 abans dé Christo. » 

2°* 6tatue, érigée le 18 juin 1631. 

Sur la poitrine : fidem a sakcto pavlo, fi délit atem 

A BATTRA, CON91LIVM A ME1S , ARMA A VICTORIIS, TI- 
TVLVM •TIDELISSIM* A SERVITIIS, CLAVEM ET MTRVM 
HISPÀNI.E AB OBEDIEUTiA £VSTENTO. 

1 Sur le piédestal : uon gesïis sed soloservitio dei 

GLORIOR. GVBERNATA PER ARAGONVM REGES AB A5WO 
MCLXXII YSQVE AD MCCLXII . PER REGES BtAlORICARVSf AD 

MCCCXLIUI. ÎTERUM PER REGES ARAGONYM AD MCCCCLXII 
QVO FVIT PER REGES GAt.LORVM TYRANNICE OPPRESSA, 
YSQVE AD MCCCCXCIII QVO FVIT REGI ARAGONUM RES- 
TITVTA. 

Les mots tirannice oppressa avaient été biffés 
après la conquête. On aurait pu s'en tenir là. 

17.— Saint-Jean. 1291. 

ANNO .; CHRISTI \ M i OC I LXXXXI i lîl f KL ! IANVARH \ OMIT \ 
ËRfBmtgariwJt DE ; PALMA ; 
SACRISTA \ PEEPISIANI ; QVI S INSTItVIT i SVVM : ANNIVERSA- 

R1VM \ EIVS i ANIMA ! REQVIESCAT ; IN i PAGE S 

i ... 

On trouvé ce marbre, à gauche, en sortant de Fé- 
glisepar la porte latérale du midi, appelée petite porte, 
et plus anciennement porte de Bethléem. Il repré- 
sente en bas-relief une scène empruntée aux cérémo- 
nies qui accompagnent la sépulture chrétienne. Le 



451 

défunt est couché sur un drap mortuaire, la tête nue 
et les mains jointes; derrière lui, sept personnages, 
debout, dans Tordre suivant : au milieu, un prêtre, 
revêtu de la chape, la main droite levée pour bénir; 
à sa droite, un acolyte, le chandelier au bras, un autre 
prêtre, un porte croix ; à sa gauche, un second acolyte, 
un clerc portant le bénitier et le goupillon, un thuri- 
féraire, avec l'encensoir et la navette. Aux quatre 
angles du cadre, des écussons chargés d'un palmier, 
armes parlantes de pâlma. Nous trouverons le même 
sujet souvent reproduit, avec de légères différences, 
qui seront indiquées en leur lieu. 

Palrna fut procureur de l'évêqued'Elne Bernard (II) 
de Sala, au concile provincial de Béziers, en 1281 (P. 
Puiggari, p. 47). 

La dignité de sacristain était la première après celle 
de chapelain majeur, chef du chapitre de la collé- 
giale. Cette charge appartenait au plus ancien cha- 
noine : lo mes antic se nomenava sacrista. (Voirn°3). 

18.— Saint* Jean. 1302. 

..NO DOMINI M CGC U:TEflGlO 0B.. 

. . .G : YORDÀNI : EPDOMADARIVS (sic): ECCLESIE : . . . I: IOHÀNNIS 

. . .PERP_ JNiAN 

ITV1T : SV VM : ANN1VERS ARI VM : ET ISTE : FV 

. . . NCEPTOR : OPER1S : CLAVSTRI : ORATE : PRO EO : 

Ce marbre fait pendant à celui de palma, à droite 
de la porte de Bethléem. Le défunt y est représenté 
revêtu de la chasuble à cloche, la tête nue et les mains 
jointes. Au-dessus, main bénissante sortant d'un nuage. 

Le claustrum , dont Guillaume Jorda jeta les fonde- 
ments, n'est autre que Vancien cimetière de la parois- 



\j'2 

se, grand quadrilatère de cinquante-six mètres de côte 
environ, autour duquel régnait une série continue et 
régulière de tombeaux arqués. Trois galeries existent 
encore : celle de I ouest a été démolie quand on cons- 
truisit le séminaire, il y a trente ans. On trouve dans 
. le cloître quelques pierres tombales qui vont être dé- 
crites, et grand nombre d ecussons chargés, en général, 
d'armes parlantes ou de monogrammes, mais devenus 
muets, pour la plupart, depuis que le nom des titu- 
laires a disparu avec leur épitaphe. 

19. — Cloître Saint-Jean. 131 5. 

:ANNOiDOMINI|M-CCC;X°V}IIIIiKLSiAVGV$TIiOBIIT;DOMINAf 
BOINETA ; || : UXOR ; PETRVS } (tic) RIPARIE : MERCATORIS i CYIVS ; 
ANIMA , REQVIESCAT : IN FACE \ 

vxor petrus! La prose a ses licences au moyen-âge 
comme la poésie; j'en fais la remarque une fois pour 
toutes. Les irrégularités de cette espèce ne seront dé- 
sormais accompagnées que du signe usité (sic). N'ou- 
blions pas aussi dans la somme des erreurs la juste part 
du ciseau, qui ne corrige pas ses écarts aussi facile- 
ment que la plume- 
Le bas-relief décrit au n° 17 est reproduit sur le 
marbre de boneta : le cortège clérical y est réduit 
a six personnages; mais il y a de plus deux femmes 
qui déposent la défunte dans son tombeau. Aux qua- 
tre angles, et sur le devant du sarcophage, les armes 
parlantes des Ribera, un écu chargé de deux fasces 
ondées. 

20. — Cloître Saint-Jean. 1316. 

; ANNO ! DOMINI : M : CCC : VI : DECIMO : ID9 : IAN VARIl : 

: ORJÎT ; BERNARDVS : GVARRIC : FVSTERIVS : PERPINIAN! : 



453 

L'inversion sexto decimo y pour decimo sexto, est 
contraire à Vusage et sans exemple dans notre épigra- 
phie; cependant, si Ton vent lire 1306 et non 1316, 
il faut supposer une erreur de gravure sur l'un des 
deux mots idvs ou decimo. 

Au-dessus de cette inscription, la sainte Vierge, 
portant l'enfant Jésus, sous une arcade tribolée, dont 
le lobe central est chargé d'un soleil, et accostée de 
deux anges, qui tiennent des chandeliers. 

91. — Cloître Saint-Jean. 1335. 

: AQEST : ES LO MONIMENT : DEL SEYOR : EN : PERE : ARNAV : 
ESPESIAYRE : DE PERPEYA : QVI A STaB : [| : LITS : A LAGLESA r 
DE SENT : IOHAN : DOS : ANIVERSARIS : LAHV ; PER ANIMA : DE 
SON : PARE : EN : || : PERE : ARNAV : ESPESIAYRE : AVTRE : PER SI : 
METEYTS : E PER : TOTS : LOS : SEVS : LOS QALS : ANIVERS : ||' 
: SARIS : FOREN : ESTABLITS : LO PRIMER : DÏA : DE M ARTS : LANY: 
DE NOSTRE : SEYOR : MIL : CGC : XXXV : 

EVOTAMENT : COPENGI : PER TV : PER VIDA : DEL : 

SON : CRVSIFICAT : 

Cette dernière ligne partage horizontalement le mar- 
bre en deux tableauxde haut-relief, d'égale dimension. 
Si je l'avais transcrite à son rang, elle aurait inter- 
rompu le sens de l'épitaphe distribuée par moitiés 
égales sur le haut et sur le bas du cadre. 

Le sujet du tableau supérieur est une descente de 
croix. La sainte Vierge, suivie de trois saintes fem- 
mes, lient la main droite de son fils, déjà détachée; 
Joseph d , Arimathie(?) entoure de ses bras le corps 
qui penche en avant, et déchire la main gauche, 
clouée encore au bois; une femme, qui n'a que les 
proportions d'un enfant par rapport aux autres pec- 



454 

sonnages , travaille à délivrer les pieds, avec un ins- 
trument que je n'ose déterminer; saint Jean(?), les 
mains jointes, attache ses regards sur la croix; un 
septième témoin du drame, presse de la main gauche 
la poignée d'une large épée, enveloppée de son four- 
reau, et présente un lambel de la droite. 

Au-dessous, la scène de l'ensevelissement. Deux 
personnages déposent dans le tombeau le corps du 
crucifié ; au second plan , la sainte Vierge , debout , 
accompagnée de quatre saintes femmes. Deux de ces 
dernières portent la boîte ou l'urne aux parfums. 

Je ne connais ce marbre que depuis quelques jours : 
il me fut indiqué par M. l'architecte diocésain, qui 
Va sauvé dans la démolition d'un pan de mur du sé- 
minaire. Il appartenait sans doute à la galerie détruite 
de l'ouest (V. n°18). Malgré l'épreuve qu'il a subie, 
sa conservation est excellente. J'avais regardé jusqu'à 
présent l'épitaphe de i vnyent (1 361 . V . n° 44) comme 
le premier exemple de la langue romane dans nos ins- 
criptions; il faut reculer cette date jusqu'en 1335. 
Un autre marbre, malheureusement perdu, la 
reculerait encore; voir au n° 72 la leçon que j'en 
donne, d'après une ancienne copie. 

M.— Cloître Saint-Jean. 1370. 

: HIC | IACET J RAYM VNDVS \ H VALGE 

RI » MERCATER \(m) VILLE \ PERPINIANI ! QVI : 

1 0BIIT 1 PRIMA S DIE iNOVEMBRIS | 

* ANN0 * D0M1NI ; M | CGC ! LXX f CVIVS ? ANIMA f 

i REQUIESCAT j IN PASSE \ (tic) AMEN \ 

Beau modèle de caractères du xiv e siècle. » 



455 

23.— Cloître Saint Jean. 1382. 

: HIC : IACET :: FERRAR1VS : SEPTEMBER : 
: FVSTERIVS : QVI : OBIIT : XX1ÏÏI : DIE : IVLII : 
ANNO : A NAT1VITATÉ : DOM1NI : M : CGC : XXVIII : ANIMA :CVIVS: RE 
QVIESCAT : IN PACE : AMEN : f ASSI : IAV : 
LO CEYOR : EN : P : SATEMBRE : FYS 
TER : MORI A IIII DE ABR1L : LAN Y : M : GCG LXXXU 
♦ 

84. — Cloître Saint- Jean. xiv e siècle. 

: BERNAT : MIÂFRE 2 CANONG 
' E : DE SANT ; IOHAN { 

Le défunt s'élance du tombeau, entièrement nu , 
repoussant de ses deux mains le couvercle sur lequel 
est gravée l'épitaphe. Au-dessus, Dieu le Fils, assis, 
les mains levées à la hauteur des épaules et la paume 
tournée en dehors; a ses côtés, deux anges debout: 
celui de droite, portant la croix avec la couronne 
d'épines passée dans la branche supérieure ; celui de 
gauche, tenant la laneç. L'iconographe chrétien a re- 
connu la résurrection finale et le jugement dernier. 

28. — Cloître Saint-Jean. xiv e siècle. 



LO SETO 
Ri GELML 
P BOSCII 



D BRVYEL 
ESiPARA.Y 
DE : PERPEY 
A 

Est-ce une tombe commune, ou une liste de dona- 
teurs qui ont contribué a la construction d'une partie 
du cloître? L'inscription est divisée en deux par le 
pied d'une croix, en la forme ci-dessus, Les carac- 
tères appartiennent au xiv* siècle. 



W. — Cloître Saint Jean. 140S. 

AY\0 DoMJM M:<X>X:A!II-ikLX OCTuBRIS-ÛBUI-YDŒ*- 
D0MI5VS PETRVS. , GARIGELLA • PRESBrTEK-CASOXICYS ELXE- 

nsis-qvi i*smm rs ecclesia s A*cn johanms.lv altari. 

SAXCTI MICA ;j ELIS VMM - MB KM j»r . QYAUBET DIE CELE- 
BRANDAM PEBPETVO ET XX IHI.AWTRSABIA: 

Cette inscription est accostée de deux écus éear- 
telés, portant aux 1 et 4 les armes parlantes de Gar- 
rigell, c'est-à-dire, one garrigue y 6gurée par deux 
arbres rabougris, snr nn terrain montnenx ; aux 2 et 
3, deux fasces ondées. L'ancienne chapelle de Saint- 
Michel, à la cathédrale, est aujourd'hui celle du St.- 
Sacrement, au fond du transept méridional. 

27. — Cloître Saint-Jean. 4558. 

SEPVLTVRA DE MOS 
SENIÛÀ3 MERCER 
NOTARI \ DELS.SE\S. 
1658. 

88. — Cloître Saint Jean. 

AD0NAC0N 

ESSADE CLA 

RDEL DITEN 

MAREDEL MOLT 

DERRER REY 

ORCA. 

Ce fragment vient d'être découvert au séminaire, 
en élevant la porte d'entrée; il était noyé dans la 
maçonnerie comme toutes les autres pierres tombales 



457 

qui peuplaient la galerie de l'Ouest (V. n. 18). Je ne 
voudrais pas lui donner plus d'importance qu'il ne 
mérite; cependant, je crois devoir observer que la 
première femme de Jacques II, roi de Mayorque, s'ap- 
pelait Constance, et fut mère de Jacques 111. Ce mal- 
heureux prince, dernier de sa race, vécut de la vie 
agitée d'un prétendant, et fit de vains efforts pour re- 
couvrer l'héritage de sou père. S'il y avait lieu d'ap- 
pliquer ces souvenirs historiques, le fragment qui 
nous occupe appartiendrait à une pierre commémo- 
rative d'une autre plus ancienne, car les caractères 
ne remontent pas au-delà du xvn e siècle. 

29.— Vieux Saint-Jean. 1270. 

; f : ANNO i DOMINI . 

Si : CC : LXX : QVINTO 

1D9:MABCII:0BHT: 

B : BONETI : DE PERPENIANO 
QVÏ TVMVLVM CERNIS 
CVR NON MORTALÏA SPERMS 
D1C PATER NOSTERi PRO ANIMA EIVS î 

Il faut remarquer dans celte inscription la forme 
particulière de quelques T, dont la barre se replie, 
aux deux extrémités, qui descendent parallèlement 
aussi bas que la hasle. 

30. — Vieux Saint-Jean. 1294. 

ANNO]D0MINIjMiCC5LXXXXHIII:lXiKLiMADHïOBIITil)0MINVSj 
PETRVS ; HOM1NIS \ DEI i SACRISTA \ PERPINIANI 
QVI J INSTITDIT • SVVM ; PRESBITERVM i ET \ ANNI VERSARIYM \ 
CVIVS \ ANIMA \ REQVIESCAT ! IN PACE 

Pierre Homdcdeu avait succédé probablement à 



458 

Bércnger de PalmaÇV. n° 17) dans la charge de sacris- 
tain. Même bas-relief sur sa pierre tombale que sur 
celle de son prédécesseur. Les fastes consulaires de 
Perpignan portent plusieurs fois le nom d'un Guil- 
laume Homdedeu dans les dernières années du xtu* 
siècle. 

31. — Hospice de la Miséricorde. 1116. 1424. 
Carrère, p- 27. — Fossa, p. 76. 

ÀNNO DOMINI : M : C : XVI : I : APRIUS : GL0RI0SE : 
MEMORIErARNALDVS IAVFREDI COMES ROSSILIONIS 
PRESENS HOSPITALE FONDAVIT (tic) ET HEDinCAVIT 
SVBSEQVENTER ANNO DOMINI : M : CCGC : XXIIH : XII 

MADII A NOVO FVIT REHEDIFI 

CATVM ET LVIES 

'. IOR 

ET OMNIBCS BENE 

L'hospice de la Miséricorde a été jusqu'en 1809 
l'hôpital St. -Jean, fondé pour les malades, Tan 1116, 
par Gausfred, comte de Roussillon. Le marbre qui 
rappelle cette fondation était placé à l'extérieur, et 
menacé d'une destruction prochaine par les enfants, 
qui rayaient pris comme point de mire dans un de 
leurs jeux. M. le baron Guiraud deSaiht-Marsal le fit 
alors transporter dans l'intérieur de la cour. A pro- 
prement parler, il n'y pas eu déplacement: le marbre 
est encore incrusté dans les murs dont il constate l'o- 
rigine et le rétablissement ; il y a de plus espoir de 
conservation. Au-dessus de l'inscription sont les tracés 
d'un christ, sous une niche ogivale. On lit assez faci- 
lement les quatre premières lignes, moins bien la cin- 
quième, et par lambeaux seulement les trois demie- 



459 

res. J'ai remplacé par des points tous les passages dont 
je n'aurais pu donner qu'une leçon conjecturale. — 
Carrère et Fossa n'ont pas transcrit au-delà du mot 

HED1FICÀVIT. 

32. — Hospice de la Miséricorde, 1236. 

+ S ANN0 î DOMINI» M ? CC i XXX l VI i SEX 
TO | KLA OCTOBRIS J OBIIT DEVSLA 
FE SOROR 8 HOSPITALIS PAVPERVM 

» 

PERPINIANI § 

Les caractères de celte inscription sont inégaux, 
anguleux, et gravés par une main peu exercée; bien 
conservés d'ailleurs. 

33. — Hospice de la Miséricorde. 1431 . 

FONT DEL SPITAL DE SANT 
IOHA FETA A XXXI DE OCTOBRE 
LANY M CCCC XXXI 

Au-dessus, en creux, une croix pattée au pied fiché, 
circonscrite dans un carré posé en pointe. La croix au 
pied fiché était la marque distinctive des hospitaliers 
chargés du soin des malades. Ils la portaient sur une 
tunique blanche, au côté gauche de la poitrine; la 
branche transversale en était rouge, et la branche 
verticale, bleue. 

« La fontaine de l'hôpital est nourrie par une source 
« particulière, qui est dans la ville même, près la porte 
« de Canet, k l'endroit appelé le puits de las Colominas. 
« L'eau de cette source, insuffisante pour les besoins 
« de l'hôpital, coule dans un canal particulier, jusques 
«au bas de la Fontaint-Nmve, où elle se mêle à celle 



460 

« qui descend du réservoir de cette fontaine, destinée 
« pour celle de Dfa Pincanla. «(Fossa, Mèm. pour Us 
avocats, p. 74.) Voir plus bas, n°40. 

54. — Saint-Jacques. 1285. 

i : IX \ KL | DECEMBRIS : ANN0 \ DOMINI i M j CC i LXXX \ V j PE 
TRVSiDE VLMISîOLIMiRECTORtECCLESIEjSANCTI IACO 
BI | INSTITVIT 1 PRESBITERVM { SVVM • IN ! DICTA \ 
ECCLESI A i QVI « CELEBRARET \ MISSAS ! PRO 
ANIMA SVA : ET ? BENEFACTORVM \ SVORVM i IN | ALTARE j 
BEATE î MARIE i MAGDALENE \ AD QVEM { PRESB1TE 
BVM j TENENDVM \ DIMISITj OMNES DOMOS \ QVAS 
HABEBAT \ IN PODIO \ ET j MANVMÏSSORES J SVOS [ 
ASSIGN AVERAT \ C j LIBRAS j PRO REDDITIB ?S [ EMENDIS \ 

Pierre d'Oms fut sans doute le premier curé de 
Saint-Jacques; car on le trouve avec ce titre dans un 
acte de procuration donnée à deux frères quêteurs, 
chargés de recueillir des aumônes pour Yamvre de 
l'église, le vu des calendes d avril 1274. 11 y est ap- 
pelé Petrus Deude de Ulmis sacerdos, capellanus sive 
rector ecclesie beau Jacobù 

55. — Saint-Jacques. 1489. 

P. Puiggari et Alph, Caffe, 3Iéni. de la Soc. des 
Pyrénées- Orientales, tom. VI, p. 324 et planches. 

EN LAN Y MCCCCLXXXVIIIl FOV FET LO PRESENT RETAVLE 
ESTANTS CONSULS DE MAR LOS HONORABLES M0SEN FRANCES 
PINVA BVRGES HE MOSEN IOIIAN GARAV AIERCADER DE LA 
PRESENT VILLA DE PERPINYA. 

Cette inscription se lit sur un tableau fait pour la 
chapelle de la loge de mer, et transporté à St. -Jacques 



461 

lorsque la loge fut convertie en sal le despeciacle(1 752). 
Elle le divise horizontalement en deux sujets d'iné- 
gale hauteur, l'un sacré, l'autre profane, vivifié ce- 
pendant par Tidée religieuse. En haut, le groupe de 
la S te Trinité, dans une auréole entourée de saints 
de l'ancienne et de la nouvelle loi; en bas, une ville, 
une bourse de commerce ou loge, et la mer couverte 
de vaisseaux, que bénit, du sein des nuages, le bien- 
heureux évêque Olaguer, patron de la marine cata- 
lane, contre la piraterie barbaresque. Ce tableau a 
été décrit par M. Puiggari, dans le recueil cité plus 
haut; M. Caffe a. joint au texte le dessin du sujet 
inférieur. 11 est inutile de transcrire les noms des 
seize personnages qui se pressent autour de l'auréole 
divine, et pareil nombre de sentences relatives à 
l'administration de la justice, tirées des livres saints. 
Une page y suffirait à peine. Les caractères sont en 
gothique carré et parfaitement conservés; par un 
bçau jour ils sont très faciles à lire. 

Ce tableau, peint sur bois, et d'une grande dimen- 
sion, est justement estimé (haut. 3 m 40, larg.l œ 92, non 
compris le cadre). La dorure a gardé son éclat, et les 
couleurs sont encore vives. 11 échappa par bonheur, il 
y a quelques années, au pinceau restaurateur, qui ne 
respecta pas un saint Barthélémy, de Guerra, et une 
sainte Magdeleine, attribuée à Rigaud. 

56. — Saint-Jacques. Ancien cimetière. 1483. 

REQVIESCAT IN PACK 
AQVESTA : CREV : E : 
TOVLBES : A FETES : 
FRR:L0 SENÏOR : EN: 



♦62 
RAMON : ROSCOLL : TIXEDOR 
E SOBREPOSAT : DEL OFICÏ A XX 
VII DE FEBRER-.AY MS3 PER 
ELL : ELS SEVS 

Je n'aurais pas deviné cette inscription sous les deux 
pieds de terre qui la recouvrent, et j'en dois la connais- 
sance à M. l'abbé Xambeu. D'après ses indications, je 
fis fouiller le sol à vingt mètres environ du clocher, le 
long du mur de clôture bâti à Test. J'attendais mieux, 
je l'avoue, parce qu'on se fait toujours une idée fa* 
vorable de l'inconnu; mais je ne fus pas fâché de la 
découverte. Ce marbre ferme l'entrée du caveau, 
destiné par Raymond Roscoll, h lui «même et aux 
siens; il est armé de deux anneaux en fer, qui ser- 
vent à le soulever; ses angles sont ornés d'écussons, 
deux charges d'un aigle, et deux autres d'une croix 
portée sur deux bâtons passés en sautoir. Par sobre- 
posat del ofici il faut entendre la charge élective et 
annuelle de commissaires que la corporation prenait 
dans son sein, et qui étaient alternativement juges 
experts, surveillants, amiables compositeurs. J'ai déjà 
dit (n° 1 5) que cette corporation était puissante : «Elle 
«recevait des legs, s'imposait, payait chèrement ses 
a privilèges au fisc, déléguait auprès du roi ses fondés 
« de pouvoirs, s'assemblait en son hôtel, dit du con- 
« seil, au champ des rames, où elle possédait une halle 
«aux draps ou magasin, appelé casa de la guarda. » 
(M. de Saint-Malo, Bcch. sur le comm. rouss.J Je n'ai 
rencontré nulle autre part le mot tovlbes, équiva- 
lent ici du mot générique sepultura, mais dont la si- 
gnification particulière serait caveau. La croix qui 
surmontait le toulbcs a disparu. 



463 

57. — Porte de la citadelle. 4577. 
M. Henry, Guide, p. 68. 

PHILIPP VS . II • HISPANIAR • VTR . Q9. 1677 . SICILIAE . REX . DEFEN- 
SORECCLESlî 

Les caractères de cette inscription étaient en bronze; 
il n'en reste que la gravure sur le marbre où ils étaient 
incrustés. La description que M.Henry (loc. cit.J* 
donnée de tout le monument, peut être consultée avec 
fruit. J'ajoute à -sa leçon le mot vtrarvmque, encore 
très visible en la forme ci-dessus. 

38 — RuedeCalce. 1469. 

M. Henry, Guide en Roussillon, p. 103. 

LESPITAL • DELS • T1XEDORS 
rFET.LANT-MCCCCLXVIIH: 

Cette inscription est accostée de deux écus posés 
en pointe et chargés d'un aigle couronné. Au-dessus, 
la sainte Vierge, debout^ et couronnée par deux anges, 
ouvre des deux mains son manteau, comme pour abri- 
ter cinq personnages, trois hommes, une femme et un 
enfant, agenouillés k ses pieds. M. Henry, qui a lu 
leprosos au lieu de tixedors, prend ces personnages 
pour des lépreux. Je ne sais y voir que des voyageurs 
fatigués, souffrants peut-être (car la femme a l'air de 
porter sa main gauche en écharpe), et* demandant un 
asile k la porte de l'hospice, ils portent des besaces; 
à la ceinture de l'un d'eux est suspendue la calebasse 
à deux ventres, où nos paysans mettent encore leur 
provision journalière de vin ; aux pieds d'un autre est 
le tonnelet, appelé barrai, destiné au même usage. 
Nulle trace de la funèbre cliquette, en supposant, 



464 

toutefois, qu elle fût exigée par nos règlements, beau- 
coup moins sévères a l'égard des lépreux que partout 
ailleurs. M. A Monteil aurait difficilement trouvé 
dans nos archives les touchants détails de la vi e épî- 
tre du frerc Jehan. Au reste, une léproserie a existé 
très anciennement au Puy Saint-Jacques, long-temps 
appelé Puy des Lépreux. Mais la question n est pas là : 
les lépreux avaient leur hospice, et la corporation des 
tisserands était assez riche pour avoir le sien(V.n°36). 

50 — Fontaine-Neuve. 1406. 

EN LANY : M S CCCC j VI ; LO MES ; DE IV 
LIOL i FO j ATROBADA j AQVESTA \ AIGV 
A i E MESA | PER ) CAVES \ ALA s FONT i NOVA ! ES 
TANS : CONSOLS : DE : LA : VILA : DE PERPEN YA 
LOS : ONRATS : EN : I0IIAN : BORRO : EN : P : GVER 
ART : EN : G : BVG VARREL : EN : ÎOHAN : TRÏN Y 
AC : P : FELIV : G : BVRGVERA : DRAPER : IIOBRER 

« La plus ancienne fontaine de la paroisse Saint- 
« Jacques est celle que Ton appelle la Fontaine-Neuve* 
a Les lettres patentes accordées aux consuls de Perpi- 
ognan par Martin, roi d'Aragon, le 6 octobre 1406, 
« expriment son origine. On y lit: qu'il y avait, près 
a du monastère de Si-Sauveur, une fontaine appelée 
«Font-Nova, dont la source avait tari depuis peu de 
« temps.... qu'on venait de découvrir hors de l'en* 
aceinte de la ville, une source dont l'eau pourrait 
«être amenée à ladite fontaine. Le roi en fit une 
« concession particulière aux consuls de Perpignan; 
(( leur permit de l'amener dans la ville, et de l'y dis- 
« tribuer, comme ils jugeraient à propos, pour Futi- 
«lité des habitants.» (Fossa, 3fem.p. les av., p. 73.) 



465 
40. — Fontaine de Na Pincarda. 1431 . 

Même inscription que ci-dessus (n° 33). Il n'y a de 
différence que dans la disposition : ici, la croix au pied 
fiché se trouve au centre. 

Au-dessus : fon¥ del spitai- de sànt ioha fêta; 

Au-dessous: a xxxi de octobre lahy m. cccc. xxxt. 

41. — Fontaine de Na Pincarda. 1456. 

LA VILA DE PERPANYA 

MA FETA LAN Y M-CCCC-LVI. 

Est-ce la date véritable de rétablissement de la fon. 
taine? Dans ce cas, le marbre ci-dessus (n°40) aurait 
été destiné seulement à constater les droits antérieurs 
de rhôpital St. -Jean, auquel on retenait, au passage, 
une certaine quantité d'eau. 

42.-HalleauBlé. 4577. 

REGNANT 
GLORIOSAMENT 
ENESPANYAEL POTEN 
TICIMREYPHEL1PY 
ESSENTCONSVLSDE- 

PERPINYA. LVS • MAGNIFICHS .SEN YORS . ANT0NI 
TRrN AC • Y • M0SSEN ■ HÏER0NIM 
BALD0 • Y ■ MOSSEN • 10HAN « PORT 
Y • MOSSEN . MFCHEL . MASSAT • SE 
FEV.LA PRESEN.0BRA.1577. 

L'ancienne balle a été démolie et reprise au pied 
en 1847. L'inscription, provisoirement déposée au 
Musée pendant les travaux, a reconquis à peu près 
sa première place dans le nouvel édifice. 

30 



466 

45. — Loge de Mer. 1 540. 

P. Puiggari, Bull, de la Soc. des Pfr.-Ot., VI, 324. 

REGNANT • GLORIOS AMENT • EN 
SPANYACÀRLESQVINT- 
EMPERADOR.DE ROMAY ESEM 
CONSOLIDÉ MAR- LOS HONORABLES 
HONORAT- FORNER • BVRGES • Y • FRANGES 
MATES • MERCADER • FONC FErA 
AQ VESTA . ALTR A • PART • LAN Y 
DE LA SALVTXPIANA(Christiana) 1540. 

La construction de la bourse ou tribunal de com- 
merce) sous le nom de loge de mer, fut autorisée par 
Martin, roi d'Aragon, le 20 septembre 1 397. C'est notre 
plus beau monument d architecture civile; en rappro- 
chant les dates de l'ordonnance de Martin et du lapis 
ultimus, on voit qu'il fallut cent quarante-trois ans pour 
le mener à bonne fin. 

44. — Hôpital Saint- Jean. 1361. 

ACt • I AV : L0NRAT : EN : BERENGVER. 
DE: IVNYENT: MERCADER- E- Cl VTADA 
DE : BARCHELONA : QVÏ : PASSA : DAQVESTA 
VIDA : EN : LO : MES : DE : ï VN Y 
LANY : M : CCCLX! • 

Cette inscription est gravée sur la face antérieure 
d'un sarcophage porté de l'église des Cordeliers à la 
chapelle de l'hôpital civil. Le fond en est doré, les 
caractères, découpés carrément et à vive arête, 
étaient remplis d'un mastic, dont on aperçoit en- 
core quelques restes. Elle est flanquée , à droite et 
à gauche de l'écusson des Junyent, qui portaient de 



467 

gueules au lion d'or, couronné du même fadarga 
catalana, II, 89). C'est dans notre épigraphie le pre- 
mier exemple de l'emploi de la minuscule gothique, 
ou caractère gothique carré. 

Le sarcophage est porté par deux lions dorés et 
posés en forme de gargouille, c'est-it-dire, les jambes 
de devant horizontalement repliées le long du corps, 
et s'appuyant contre le mur, ce qui prouve qu'il 
était autrefois incrusté comme il l'est aujourd'hui. 
Le nom de Jùnyent est historique en Catalogne; on 
le trouve communément dans Capmany et Feliu de 
la Pena. 

45. — Hôpital militaire. 1312. 

ANNO DOMIttl M CGC XII VÎl IDV8 IVNII OBIIT FRATER ER- 
MENGAVDVS 0LIBE CVIVS 0SSA SVNT POSFTA IN HOC SEPVLCRO 
QVOD. 

AD HOC ORDINAVIÏ FIERI DOMINA BON ET A MATER SVA VXOR 
QVONDAM DOMINI RICOLFI OLIBE IN SVO VLTIMO TESTAMENTO 
ANIMA VTRIVSQVE REQVIESCAT IN PACE. 

Ce marbre reproduisait le sujet déjà vu plusieurs 
fois(n°* 17, 19, 30). Un ancien recueil manuscrit, 
appartenant à M. Puiggari, en parle en ces termes: 
«H y a en pierre une figure, en habits de cordelier, 
((couchée et entourée de la communauté, avec la 
«c croix, les chandeliers, etc.» Mais on en a fait un 
évier, et le bas-relief a disparu; l'inscription seule, 
qui occupait le cadre, est restée. En 1847 on pouvait 
la lire en entier; deux ans plus tard la première partie 
de la ligne inférieure, jusqu'au mot suo, avait disparu 
sous le frottement des couteaux, qu on avait l'habitude 
dy aiguiser. 



468 
46. — Maison Méric, rue ries Trois-Rois. xv c siècle. 



R # IHSXPS p 
^RESPLAN^JL 



Gravé en relief sur une auge, à coté du puits. Il 
serait oiseux d'en citer plusieurs autres, où Ton ne 
voit que les mots iiïs xps, ou simplement ifis. 

47. — Musée. Cippe romain. 

J'ouvre les Mémoires sur l'histoire du Languedoc, 
par Catel, et j'y trouve : «Après les bains de Balaruc 
«viennent les bains de Règnes (Rennes J, au diocèse 
«d'Alet,... l'on voit encore dans l'église du dict lieu 
« cette ancienne inscription romaine, qui a esté autre- 
ce fois tirée des anciens bastiments qui étaient autour 
«de ladite fontaine : 

C POMPEIVS 

QVARTVS 

I-À-M- 

svo- 

C'est précisément l'inscription que Ton voit au 
musée de la ville, et dont M. Puiggari nous a donné 
l'histoire dans le Publicateur (1832, n° 40). M. de 
Montagnas, qui en a fait présent au musée, la tenait 
de M.lîarrot, notaire, à Sournia, lequel l'avait tirée du 
château du Vivier, dont le seigneur l'avait achetée, à 
Rennes-les-Bains, vers 1 760. Sur la face du cippe oppo- 
sée à l'inscription est gravée une branche de laurier. 

48.— Musée. 1293. 

# i ANNO ; DOMINI j M J CC | XC j UI j 
\ X°II | KLS l OCTOBRIS i OBIIT i EYMERl 



469 
CVS : DE i PVLCR0 j VICINO | MILES j QVI 
| INSTITVIT \ SVVM : SACERDOTEM j IN 
• MONASTERIO j SANCTI \ SALVATORIS : 
PERPÏNIANI j DIC I PATER | NOSTER { PRO i EO 

Ce marbre a été tiré du* couvent de St. -Sauveur. 
L'inscription est encadrée dans une bordure de be- 
sants et de croix alternés. 

40. — Musée. xm e siècle. 

VLTVS NATA SIBI DVP. . . 

! QVARVM FV1T VNA BONETA 

VILLALMA | RAIMVNDO CASTILÏONIS 

ilACET HIC CVI IVNCTA MARIA 

RNALIS \ SAPIENS ET PROVIDA 

i BERINGARIOQVE C0LVMBI 

CERNIS j ET MVNDI GAVDIA SPERNIS 

5 FVIT HEC SPES EXITVS. . . . 

Beaux caractères du xni c siècle. Ce marbre vient 
du couvent de Saint-Dominique. Toujours des armes 
parlantes : un écu chargé d'un pigeon, pour colvmbi 
fColomerJ; un autre, d'un château, pour castilionis 
(CastdloJ. 

«0.— Musée. 1385. 

ÀNNO DOMINI M CGC LXJCX V || OBIIT : NOBILIS : VIR : D0M1NVS : 
BERNARDVS : DE SONO : MILES : ET VICECOMES : DE EVVLO : \\ 
CVIVS : ANIMA : REQVIESC AT : IN PACE : LECTOR : ORA : PRO : ME: 

Grande dalle de marbre blanc. Sous un dais tri- 
lobé, soutenu par deux colonnettes, un chevalier 
armé de toutes pièces; le tout gravé au trait. M. de 
Saint-Malo a publié dans le bulletin de la Société des 



470 

Pyrénées-Orieniales (tome VII) une notice étendue 
sur cette inscription, et sur la famille des vicomtes 
d'Evol, à laquelle appartenait le défunt. 

ttl. — Musée. xiv c siècle. 

i ILLVSTIRS (tic) j DOMINA | ALAiMAjSDÀ SA S DE 

CASTRO NOVO. 

Sur le socle d'une statue en marbre blanc, tirée 

du couvent de St.-Francbis. Voir sur cette alamanda 

* 

la notice de M. Puiggari, tome VII des mémoires de 
la Société des Pyrénées-Orientales. 

Les quatre inscriptions suivantes ont quitté Perpi- 
gnan. Les deux premières sont au château de Corbera; 
la troisième est à la métairie Vésian, située sur la route 
de Thuir, à huit kilomètres de la ville ; la quatrième, 
enfin, au château de Villemartin, près Limoux, dans 
le département de l'Aude. 

#2.— Château de Corbera. 

Bosch, Titols de honor, p. 1 7. — Marca, hisp., col. 20. 
— Xaupi , Rech. hisu, t. II, p. 149.— Dom Vaissete, 
Hist.du Languedoc, nouv. édit., 1. 1, p. 73, et additions 
de Du Mège, p. 137. — Acad. des Inscr et Belles-Lett., 
tom. XXV. — Fossa, Ménï. pour Us avocats, p. 49. — 
Carrère, Foy. pût., p. 25. — Henry, Hist. du Rouss., 
t. I, introd., et Guide, p. 112.— Publ., 1832, n*3l. 

Cette inscription a conquis dans le pays une cer- 
taine célébrité par les discussions auxquelles elle a 
donné lieu. Sur son témoignage, M. de Marca fit de 
Perpignan un municipe romain du nom de flavivs 
eb vs vs . Les historiens de Languedoc et l'Académie des 



471 , 

V 

Inscriptions et Belles-Lettres adoptèrent relie erreur, 
que l'abbé Xaupi fut heureux de propager dans l'inté- 
rêt de son système historique. M . de Marca se félicitait 
d'avoir été le premier à signaler l'antiquité de Perpi- 
gnan : uEjus vetustas à nemine hactenùs prodita est.» 
(lo$, ciij Mais l'honneur de la découverte revient à 
Bosch, qui avait écrit dans ses Titols de honor, impri- 
més en 1628 : « Asenyaladament en la fidelissima vila 
« de Perpiuya en moites parts, en particular en les pa- 
(i rets de la plaça antiga del OH, ahont estan encara 
« continuais Jos fets de corhemo corkeliako romans, 
« en dita llengua latina, etc. » Notre savant Fossa vint 
renverser le fragile échafaudage, en observant : que 
les anciens historiens ou géographes n'avaient jamais 
compté flavivs ebvsvs au nombre des villes du pays 
qui forma plus tarcl le Roussillon; qu'ils avaient au 
contraire donné ce nom à la ville principale de Tune 
des Baléares, ivice; que Jean Devi, mort à Perpignan 
en 1561 (nous verrons plus loin son épitaphe) avait été 
gouverneur d'iYiCE; que le mur, enfin, où se trouvait 
la pierre en question avait fait anciennement partie 
de la maison Devi ; d où ia conclusion facile ï tirer 
que le marbre de corneuus avait été apporté d'Ivice 
à Perpignan par ledit Jean Devi. 

M- Léon de Vilar, à qui appartenait cette inscrip- 
tion , Ta transportée de Perpignan à son château de 
Corbera : sa place était au Musée. 

Ma leçon diffère en deux points de celle de M- de 
Marca : 1° je retranche le point dont il a fait précéder 
et suivre le F placé à la seconde ligne, après le mot 
avitvs; 2° je substitue aux quatre premières lettres 
de la septième ligne eime les lettres etmf. L'inscrip- 
tion a été gravée d'abord sans ces quatre lettres et sans-. 



472 

les trois dernières exx de la ligne précédenle. Le la* 
picide avait évidemment fait un oubli, qu'il a réparé 
aux dépens du cadre, en pratiquant une double en- 
taille dans la moulure. Mais la seconde entaille est 
insuffisante et les lettres complémentaires etmf y 
sont trop serrées l'une contre l'autre. Il en est résulté 
que la barre du T n'a pas eu l'espace nécessaire pour 
se développer, et que le bas de la haste du F s'épate 
en s'unissant au montant de l'A. 

A la seconde ligne, le point qui devait séparer les 
deux mots avitvs et, s'est fondu dans la haste du F 
intercalé après coup. 



L • CORNELIVS • LOJVGV8 • ET 
H • CORNELIVS • AVITV8FET 
L • CORNELIV8 • LONÇVS • ET 
C-CORNELIVS-SERVINV8ET 
H • GORNELIVS • AVITVS ET 
P-CORNELIVS«CORNELIANVS-NEPEXL 
JETMFAQ,yAM-IW>MVNICIPIV]«FLAVIVM 
EBVSVM • 8 • P • P 



55. — Château de Corbère. 

Bosch, p. 52. — Xaupi, H, 137. — Fossa, p. 108. — 
Carrëre, p. 29. — Notice eccL, p. 50. — Henry, Guide, 
p. 112.— Publicateur, 1832, n™ 31 et 32. 

HVIVS DOMVS DOMINVS 



473 

FIDEL1TATE CVNCTOS 
SVPERAVtT ROMANOS. 

D'après une tradition mise à néant par Fossa (loc. 
cit.) cette pierre conserverait le souvenir d'un acie 
de vertu civique, digne des beaux temps de la Grèce 
ou de Rome. Pendant le, siège de 1475, le fils du pre- 
mier consul ayant été fait prisonnier dans une sortie, 
son père aurait mieux aimé le voir égorger sous ses 
yeux, que trahir son pays en ouvrant les portes de 
la ville. Cette inscription, long-temps voisine de la 
précédente à Perpignan, Ta suivie au château de Cor- 
bère. Elle avait eu, en 1832, les honneurs d'une se- 
conde édition. 

84. — Mas Vésian. xv e siècle. 

VITALIS BVRGENSIS FVNDATOR 

PETRVS FV1T MEI 

BELERO NOTARIVS SVCCESSO. 

Lés mots petrvs et fuit mei sont communs a la 
première et à la troisième ligne. Cette ordonnance 
originale rappelle l'exemple de vers brisés connu des 
humanistes : 

pit rem ' lem pil rem 

Qui ca uxo li ca atque dolo 

ret re te ret re. 

Ce marbre est sorti de St. -Dominique en même temps 
que le portail de la chapelle de St. -Georges et partie 
de la colonnade du cloître, vendus par le Génie mi- 
litaire en 1837. M. de Poeydavant se rendit adjudi- 
cataire de ces précieux débris, qu'il destinait à la 
construction d'une chapelle; mais la mort prévint 



* 474 

ses projets. Le portail seul a été relevé plus lard, et 
sert d'entrée à la cour de 1 exploitation rurale du 
mas Vésian. Les pierres d'appareil sont devenues la 
proie du maçon ; l'inscription fait parement, à la hau- 
teur de trois mètres, vers l'angle sud-ouest; le reste, 
arcades, colonnes et chapiteaux, gît entassé jpêle-mêle. 

55. — Château de Villemartin (Aude). 

Baron Guiraud, Cloître de Villemartin. — De Cas- 
teixàne, Mém. de la Soc. arch. du Midi, t. IV, p. 309» 

ANNO DOMIM j M ( CGC î XXXIII 

FVIT 1XCEPTVM CLAVSTR 

TM î (tic) PER FRATREM \ Amaldum ! DE PAR1ETIBVS 

TORTIS ET FVIT COMPLET* 

VM \ AN1N0 DOMINI : M CGC • XLH 

Cette inscription a suivi le cloître de nos grands Car- 
mes, démoli par l'artillerie en 1830, acheté comme 
moellons au mètre cube, par M. le baron Guiraud 
(de l'Académie française), et relevé par lui dans son 
parc de Villemartin, près Limoux. On doit savoir 
gré a M. le baron Guiraud d'avoir refait un monu- 
ment avec ces marbres condamnés à la destruction; 
mais dans le cœur du Roussillonnais qui visite le 
cloître de Villemartin, le sentiment du regret se mêle 
à celui de la reconnaissance. 

Je m'écarte, à la troisième ligne , des leçons de 
MM. Guiraud et de Casiellane, qui ont écrit, l'un : 

PER B. DE PETRIBVS, et l'autre , PER E. D. PIERIBVS. U 

y a sur la pierre : pfrèad PIERIBV? ; les deux P sont 
armés de la traverse abréviative de er ou ar. Le signe 
final 9 aurait suffi sans l'V qui le précède. Une guir- 
lande de feuillages encadre cette inscription. 



47fr 

86. — Cloche des heures de Saint Jean. 1418. 

f XPS REX VEiMT IN PACE DEVS HOMO FACTVS EST f MEN- 
TEM SANTAM ($ie) SPONTANE AM f HOlNOREM DEO ET PATRIE 
LIBERACIONEM f BARBARA NOS SERVA XPI MITISSIM (sic) SERVA 
AMEN. 

f LANY MILCCCCXYIII- i STANTS CONSVLS DE LA VILA DE 
PERPENYA LOS HONORABLES EN LORENS REDON IOHAN CANTA 
GVILLEM CAMPREDON BARNAT GARRIYS PERE AMYL FO FET 

« 

AQVEST SAYN f IÏÎS 

XPS VINCIT XPS REGNAT XPS IMPERAT XPS AB OMNÏ MALO 
NOS DEFENDAT AMEN. 

Le diamètre de cette cloche est de 2 m 02 ; aucune 
autre, dans le département, n'approche de celte di- 
mension, et peu de villes de France en ont de plus 
grandes. D'après M. Criballer, fondeur, elle aurait 
m 16 dépaisseur à la frappe; elle serait donc en 
treize bords; cette épaisseur proportionnelle du métal 
est rare. Je n'ai pu vérifier moi-même ces mesures, 
parce que la cloche est suspendue a sept mètres en- 
viron au-dessus de la plate-forme. Malgré la hauteur 
et le raccourci, on peut facilement, avec le secours 
d'un binocle, déchiffrer l'inscription, dont les carac- 
tères sont assez grands et très purs. Un ruban éiroit, 
qui ceint les faussures, est chargé de petits caractères : 
je n'ai pu distinguer clairement que les trois mots te 
deum lavdamvs, répétés sans doute, selon l'usage. 

87. — Cloche du couvent de Sai nie-Claire. 1475. 

t SANCTE t DEVS f SANCTE f FORTIS •*• SANCTK 
ET f INMORTALIS (sic) f MISERERE NOBIS f M f CCCC t TAXV. 
IÏÎS IÏÏS 1ÏÏS IÏÎS 



476 
448. — Cloche à Saint-Matthieu. 1480. 

f lfIS i MARIA : SITi NOMEN i DOMINI ; BENEDITVM (ne) j LANY I 
MIL CCCC LXXX 

Plus bas : TE : DEVM : LAVDAMVS : plusieurs fois répété. 

Entre ces deux lignes, des médaillons représentant 
le Christ en croix, entre saint Jean et sa mère; la 
sainle Vierge, portant l'Enfant Jésus, et saint Michel 
terrassant le démon. 

À côté du médaillon de la Vierge est le sceau du 
fondeur chargé d'une cloche dans le champ, avec 
ces mots en légende -.-j-nichola colin. Sur un ruban, 
vers le bas de la cloche : ave maria gracia. 



S9. — Cloche capitulaire à Saint-Jean. 1483. 



«* 



f IHS XPS ME FECiX IOHAN GIL LANY MIL 
CCCC LXXXIII 

Veux médaillons: un Ecce komo, et une Vierge 
tenant l'Enfant Jésus. D'après MM. Renouvier et 
Ricard , iohan gît, serait un fondeur de Montpellier 
(Mcm. de la Soc. arch. de Montpellier, t. H, p. 229). 

Nous reverrons Johan Gil et Nichola Colin. 

60. — Cloches de la citadelle. 1601. 

I rc cloche: f XPS VINCIT XPS REGNAT XPS IMPÉRAT XPS AB 
OMNI MALO NOS DEFENDAT 
+ PIIILIPPVS III DEI GRATIA ISPANIARUM REX FETA LANY MDCI. 

Au-dessous tle l'ccu d'Aragon, posé eo pointe et couronné : AVE MARIA: 

2 e cloche : f AVE MARIA GRATIA PLENA DOMINVS TECVM 
BENEDICTA TV IN MVLIERIBVS. 

Le reste comme a la précédente. 



477 



INSCRIPTIONS PERDUES. 



Quelques-unes des inscriptions suivantes ont été 
publiées; les autres, en plus grand nombre, sont 
inédites. J'ai tiré ces dernières de divers recueils ma- 
nuscrits, sans nom d'auteur, faits au siècle dernier. 

61. — Couvent de Saint-Sauveur. 1246. 

ANNO • DOMINI • M • CC XL • VI • ISTIC • ESSE • SCIAS • CORPVS • 
DOMINE • BONASIAS • SPIRITVS • IN CELIS • GAVDET • PRESENTE • 
FIDELIS • NEMPE • PRIORISSA- PRIOR • EXCITAVIT- ORDINEM • IV 
SANCTOSALVATORE- 

Le monastère de Saint-Sauveur n'a laissé d'autre 
souvenir de sa fondation que l'épitaphe de bonasias. 
11 est moins facile encore de préciser l'époque où 
vint sy fondre la communauté de religieuses augus- 
tines, annexée depuis le xn e siècle au monastère des 
chanoines réguliers d'Espira-de-1'Agly. Toujours est-il 
que le couvent de Saint-Sauveur s'est maintenu jus- 
qu'à la révolution de 89. Sous la dernière prieure , 
Françoise Del pas, militaient encore quinze professes. 

62. — Sous le porche de l'église de Malloles. 1275. 

f ANNO • DOMINI ■ M • CC ■ LXXVIV NONAS • IANVARI10BHTÂ*- 
XATMARIl QVI • INST1TV1T-SVVM- ANNIVERSARIVM • SCILICET- III- 
SOLIDOSPRO CLERICIS DEM YLLEOLISCVIVS ANIMAREQVIESCAT- 
INPACEAMEV 

La cure de Mal loi es fut réunie à la mensc capiiu- 
lairc de Saint-Jean en 1367. 



478 

63. — Sous le porche de 1 église de Malloles. 1278. 

| ANNODOMINI Si CC LXXVÏlIXVIHKLS IANVARII OBUTM ARIA- 
VXORDOMINI ÂXATMARIIQVE - INSTITVIT- PROSVO- ANNIVER- 
SARIO • III • SOL1DOS • ANIMA - El VS • REQVIESCAT IN • PACE • AMEN • 

64. — Sous le porche de l'église de Malloles. 1280 

ANNO • D0M1NI • M CC LXXX- VUI KLS • MARCII • OBIIT • BERNARDVS 
X ATMARII • HEBDOMADARI VS • ISTI VS • ECCLES1E • QVI • INSTITVIT • III 
S0LID0S • PRO • SVO;ANNIVERSARIOQVl TVMVLVMCERNIS CVR 
NONMORTAIJASPERNIS TALI NAMQVE DOMO CLAVDITVROMNIS 
HOMO. 

65. — Cloître du convent de St. -François. 1282. 



9 O 



i ANNO • D0MINI MCC • LXXX XII • KLS 0CT0BRIS • OBIIT • DOMINA- 
A VSBERG A • VXOR • QVONDAM DOMINI • ARN ALDi • DE COSTA • I VRIS- 
PERITI DE PERPINIANO + ET POSTHAC ANNO • DOMINI • M • OC - 
LXXXHXÎl KLS- OCTOBRIS- OBIIT- DICTVS • DOMINVS. ARNALDVS- 
DE COSTA • QVORVM • CONIVGVM • OSSAIACENT- IHC TVMVLATA- 
FIL! OS- HABVERVNT- VENERABILEM • IN • CHRISTO * PATREM - DO- 
MINVM • RAÏMVNDVM • DEI GRACIA- ELNENSEM- EPISCOPVM ET- 

DOMINVM • PETRVMDE COSTA • IVRIS • PERITVM- PRESBITERVM- 
PREDICTOR VM • ANIME • IN PACE • REQV1ESCANT • 

L'épi taphe d'Arnaud et d'Ausberge n'a été gravée 
que plusieurs années après leur mort, puisque leur 
fils Kayroond.ne pouvait être désigné sous le titre 
d'évêque d'Elne avant 1289. 

66— : Couvent de Saint-Sauveur. 1287. 

OBIIT-DOMINA BRVNISSENDISMONIALISMONASTERIISANCTi- 
SALVATORIS • PERPINIANI • FILIA • CONDAM • DOMINI • PONCII • DE- 
VERNETO ANNO • DOMINI • MILLESIMO DVCENTESIMO • OCTOGE- 



S 



479 

SIMO* SEPTIMO OCTAVO • IDTS • SEPTEMBRIS • ORA • DEVM • PRO- 
ANIMA* EIVS- 

Une autre leçon porte : obitvs domine, etc. 
67 — Courent de Saint-Dominique. 1288. 

HIC IACET TERRENOVALLISPIRIl QVI • OBI1T • ANNO • DOMINI- 
M CC- LXXII- IN- DIE • SANCTI- VINCENCIl- ITEM- DOMINA- MARIA- 
VXOR • DOMINICI • LEBREVI • QVE • 0BIIT- ANNO • DOMINI • M • CC 
LXXXV • IN • DIE • 8ANCTE- MARGARITE • ITEM • TERRENO • FILIVS- 
AMBORVMQOIOBUTANNO DOMINI • M CCLXXX VIII -SEPTIMO- 
KLS • OCTOBRIS • QVORVM • ANIME • REQDIESCANT • IN • PACE • 

68.— Façade de l'église des Cordeliers. 1292. 

QVEMLAPISHICCLAVDIT-R-DEPONTONIBVSIIAVSIT- 
MILES • CVRRÏC VLVM • VITE • POST • VIRGINIS • ALM VM • 
PARTVM ■ TRANSACTIS • ANNIS I AM ■ MILLE • DVCENTIS • 
ANNOS • DECEM ■ NOVIES • VNVM • BIS • SVPER • ADDES 
IDVS • OCTAVO • M ADII • PRO • QVO • PI A • VIRGO • 
EXORET • CHRISTVM • Q VOD • CELO • COLLOCET • IPS VM • 
• LECTOR . CAR1SSIME • DOMIN VM • ORA • PRO • ME • 

Sur le R du premier vers de cette épitaphe, voir 
l'observation déjà faite ci-dessus, n. 10. 

69. — Couvent de Saint-Dominique. 1300. 

((Dans la grande cour de St. -Dominique , du côté 
« du rempart , sur une pierre où était représenté en 
« bas-relief un chevalier coiffé d'un casque et bran- 
ci dissant une épée, sur un cheval caparaçonné, lancé 
«au galop. 

« Bordure supérieure : anno . domiki . m . ecc . nns . 

« AVGVSTI . OBILT • DOMIN US . VILLA MUS . MILES. CONPAM. 
« ILI/VSTRIS. 



I 



480 
« Bordure inférieure : domini . régis . maioricarvm. 

« CVI VS . ANIMA . PER . MISERICORDIAM . DEI . REQVIESCAT. 
« IN.PACE.AMEN.» 

Celte note est extraite d'un ancien recueil appar- 
tenant à M. Puiggari. 

70. — Façade de l'église des Cordelicrs. 1302. 

ANNO-DOMINI-â-CGG- SECVNDO- XVI- KLS- NOVEMBRIS- OBIIT- 
P • CADAYN • RECTOR • PERPINIANI • QVONDAM • DE • MALLEOLIS • 
QVI • TVMVLVM • CERNIS • CVR • NON • MORTALIA • SPERNIS • TALI- 
NAMQCE • DOMO • CLAVDITVR • OMNIS • HOMO • 

7|. — Façade de l'église des Cordeliers. 1303. 

XÎXKLSFEBRVARIIANN0D0MIN1MCCC IHOBIIT- DOMINA- 
BIKRAILDA • VXOR • DOMINI • PETRI • GARRIGA- CVIVS ANIMA RE- 
QVIESCAT • IN • PACE • 

Une autre leçon donne brvnikitda au lieu de 

BIKRAILDA. 

72. — Façade de l'église des Cordeliers. 1312. 

AISIIAV-DONASIBILIATAIZAMUIIER- DEL ■ HONRAT- PERE- 

TAIZ MORl LANY DELAINCARNACIO • M • CCC • XH • 

AL MES DE OCTOBRE ■ 

D'après cette inscription, il faudrait modifier la 
date assignée ci-dessus (n° 21 ) à l'introduction du 
catalan dans notre épigraphie. Mais la pierre étant 
perdue, et la fidélité de la leçon ne pouvant être 
vérifiée , j ai cru qu'il convenait de maintenir la date 
certaine de 1335 jusqu'à preuve également certaine 
du contraire. 



4SI 
75. — Sous le porche de l'église de Malloles. 1315. 

t ANNODOMÏNIMCCC • *V • IIII • IDVS • NOVEMBRE • OBIIT • 
FRANCISCA • FIU A CONDAM • IAGOBI -XATMARIIQVE • INSTITVITIN- 
1STAECCLESIA • SACERDOTEM * CVIV,S- ANIMA • REQVIESCAT • IN • 
PAGE* AMEN* 

74.— Couvent de Saint-François. 1333. 

i ANNODOMINI MC(!c XXXIUSEXTOIDVS MARCIIFVERVNT. 
IN • HOC • LOGO • TRANSLATA • OSSA • DOMINE • SIBIL1E- VXORI3 - Q VON- 
DAM • ARNALDI • DE • LVPIANO • MIL1T1S • 

75. — Façade du couvent de la Merci. 1368. 

HIC • IACET VENERABILIS • FRANCISCVS • POMINI * BARBELLI 
MAG1STERGENERALISORDINIS SANCTE- MARIE • DE MERCEDE 
C A PTIVORVM • ET • FVIT • TRANSLATAS • QVINTA • DIE • MARCI I • ANNO • 
DOMIÏNl • M • CGC LXVIÎ I - ANIMA • E1VS - REQVIESCAT • IN • PACE * 

I] est fait mention dans l'histoire de Tordre de la 
Merci, par Ribera, page 244, d'un « Reverendissimo 
«Padre Maestro Fr. Ponce de Bareh's, de nacion 
«Francés, » maître général ecclésiastique en 1358. Je 
soupçonne notre pomihi barbelli, dont le nom aura 
été mal lu , de n'être pas autre que ponce de bare^is. 

76. — La Real. Sur l'ancienne porte du chapitre. 
1401. 

ANNOCHRISTI MCCCCÎ •• NNS * FEBRVARII • OBIIT • DOMINVS- 
ARNALDVS RAYNALTLEGVM DOCTOR • CANONICVS • ETSVCCEN- 
TORELNE- 

77. — Vieux St. -Jean, devant le maître-autel. 1425. 

GaUia christiana, tome VI, col. 1062. — Notice 

31 



488 

ecclésiastique y p. 94.— P. PuiGGARi, Eviques tTElne, 
p. 72. 

SEPVLTVRA- REVERENDI-IN'CHRISTO- PATRIS D D HIERON YMI* 
DIVINA • MISERATIONE - ELNENSIS • EPISCOPI ■ QVI * OBUT • DIE 
VENERISXVICALDECEMBKISANNO DOMlNlMCCicxiv- 

C'est Jérôme d'Ochon. Il occupa le siège d'Elne 
de 1410 à 1425. 

78. — Saint- Jean. 1433. 

ANNO DOMINI M'CGCC- XXXIII- VIDVS MARCII REVERENDVS 
DOMINVS GALCERANDVS EPISCOPVS ELNENSIS CVM CLERO IPSIVS 
ECCLESIE ET BONORABILIBVS CONSVLIBVS HV1VS VILLE ECCLE- 
SIAM HANC SVB INVOCACIONE SANCTI IOHANNIS BAPTISTE 
EDIFICAVERVNT- 

On voit encore à F angle nord-ouest de l'église la 
pierre où était gravée cette inscription. Les dévelop- 
pements qu'entraînerait la discussion de la date, ne 
peuvent trouver leur place que dans une monogra- 
phie de la cathédrale* 

79. — Vieux Saint- Jean. 1436. 

Publicateur, 1836, n« 52. 

LA VIGILIA DE CORPVS CHRISTI LANT M CCCG XXXVI LO 
HONORABLE EN GVILLEM AMARELL BVRGES HE EMBAIXADOR 
DAQVESTA VILA FO MORT CRVELMENT PER DEPENSIO DE LA 
CAVSA PVBL1GA : GVIVS ANIMA REQVIESCAT IN PACE- 

corpus christi, la Fête-Dieu , qui tombait cette 
année au 7 avril (V. Art. de ver. les dates). 

L'assassinat de Guillaume Amarell fut un deuil 
public; on en jugera par les lignes suivantes, extrai- 



4*3 

tes d'un vieux registre de la communauté de Saint- 
Jacques: 

« À sis de juny del any miil quatre cents e trenta e 
a sis, entre vu o vin hores de nit, mataren mossen 
«Guilera Amarell, mercader, al cami qui va de 
«Perpinya a Toluges, lo quai roori per defensio del 
« pople de Perpinya; lo quai mata un fi loi seu, corn 
u venia del seu mas, y aso ère la vespre del Corpus, 
« y lodia del Corpus lo tingueren en longe en memoria 
« era mort per defensio de la vila ; per so la vila fa 
«fer en memoria del quai un aniversari tots anys 
«la vespre del Corpus. Anima ejus requiescal inpace. 
« Amen. » 

L'assassin, ou les assassins, s'étaient soustraits à la 
vindicte publique; peut-être même leur évasion 
avait-elle été favorisée par les officiers royaux. On 
est autorisé du moins a le conclure des termes de la 
requête adressée au roi Alphonse par les consuls de 
Perpignan, transcrite au Livre vert mineur, fol. 452. 
Ces magistrats y nomment le coupable, François Gi- 
ginta, et réclament contre lui ou ses complices toute 
la sévérité des lois. Ils demandent qu'il soit fait dé- 
fenses à tous officiers de leur donner asile ou protec- 
tion , et même que le roi s'interdise à leur égard le 
droit de grâce. 

80. — Ermitage de Saint- Assiscle. Sous le porche, 
a la gauche de la porte, en entrant. 

AQVEST ES LO PERDO ATORGAT E D0NAT A TOTS AQVELLS 
QV1 VINDRAN V1SÏTAR AQVEST L0C EN LES FESTES DAVALL 
ESCRITAS EN LAS OCTAVAS DAQVELLAS, SO ES ASSABER : 
CCCCXL-DIES PER CASCVNA FESTA E PER LAS OCTAVAS DE 
QVASCVNA AYTANT MARCA LES QVALS' FESTAS SON SO ES 



484 
ASSABER DE NADAL E DE RÊSVRECCIO E DE ASSENCIO • E DE 
PENTACOSTEE LAS IIU PESTAS DE NOSTRA DON A- E DE SAN! 
MIQVEL • E DE SANT IOHAN BAPTISTA • E DE SANT IOHAN 
EVANGELISTA E DE QVASCVN APOSTOL • E DE SANT LAVRENS- 
E DE SANT ASSISCLA • E DE SANTA VICTORIA • E DE SANTA 
MARIA MAGDALENA • E DE SANT MARTI • DE SANTA CATARINA 
DE SANT NICOLAV- SANTA MARGARITAE PER MARTROV EN LO 
DIE DE LA DEDICACIO DE LA DITA IGLESIA. 

martroy, La Toussaint, anciennement la Fête des 
Martyrs. (Glossaire des dates. J 

M. Puiggari avait vu cette inscription, et croyait 
se souvenir qu'elle était en gothique carré , à bases 
lancéolées. 

81.— Chapelle du Christ. 1569. 
FosSA, Mém. pour les avocats, p. 51 • 

IOANDEVI GVRERNATOR ET CAPITANEVS GENER ALIS EBVSI 
4569. 

' C'est l'inscription annoncée au n° 52. 

On trouve un Bernard Davi ou Devi, bailli de 
Perpignan en 1311 et années suivantes; un Pierre 
Davi, également bailli en 1452; un consul de mêmes 
nom et prénom, en i486, etc. 

88.— Saint -Jean. 1620. 

Gallia christ., tom. VI, col. 1072. — Notice ecclés., 
p. 108.— P. Puiggari, Êvêq. cTElne, p. 106. 

HIC QVIESCIT REVERENDVS DDF- RAPHAËL DE RIPHOSDEf 
GRATIA EPISCOPVS ELNENSIS ORDINIS PREDICATORVM • ORIIT 
XV-ffAL* JANVARI1 ANNÔ DOMWI MD€XX- 



485 

11 occupa le siège deux ans et un mois: son ëpite» 
phe est signalée devant le maître-autel. 

85. — Couvent de Si. -François , porte de la sacristie. 
1623. 

Gallia christ., tom. VI, col. 1061. — Notice eccl., 
p. 93.— P. Puiggari, Évèq. d'Elne, p. 69. 

DDFRANCISCVS- XIMENIVS • 0RD1NIS • MINORVM • EPISCOPVS- 
ELNENSIS • PATRIARCHA • HIEROSOLYftUTANVS* OBIIT- DIE- XXIII 
IAN VARII • ANNO • DOMINI ■ M CCCC • A • ET • HIC • EST • TRANSLATVS - 
DIEXVIISEPTEMBRIS MDC XXIII- 
François Xi menés n'occupa le siège d'Elne que 
pendant quelques mois, il était de la création de 
l'anti-pape Benoît XIU. Ainsi que Ta fait observer 
M. Puiggari, on le retrouve dans les documents 
après le 23 janvier. Il y a donc erreur, provenant, 
soit de la lecture, soit de la pierre elle-même, copie 
d'une épitaphe antérieure. 

84. — Vieux Saint Jean . 1 637. 

Gallia christ . , Tom. VI, col. 1073. — Notice eccl., 
p. 109. — P. Puiggari, Évéq. d'Elne, p. 110. 

HIC JACET ILLCSTRISSIMCS D D GASPARQUS DE PRIETO , 
RELIGIOSOS BEATiE MARLE DE MERCEDE , EPISCOP0S ELNENSIS- 
OBIIT DIE 30 OCTOBRIS MDCXXXVII. 

Il avait été appelé au siège d'Elne le 18 février de 
Tannée précédente. 

88. — Saint- Jean. Transept du nord. 1700. 

Notice eccl., p. 112. — Puiggari, Éy. d*EL, p. 117^. 
— G allia christ., tom. VI, col. 107&. 



486 

D. 0. M. jETERK£ MEMORIiE ILLUSTRISS1MI ECCLESI£ PRIN- 
CIPIS LUDOVIC! HABERT DE MONTMOR, ELNENSIUM EP1SC0PI, 
REGI A SANCTIORIRUS CONSILHS ET SANCUE FIDEI APCD RDS- 
CINONENSES INQUISITORIS GENERALIS, QUI M0RTUUS MONTE- 
PESSULANO, IN SUA MAJORI EGCLESIA PERP1NIANENSI INHUMARI 
VOLDIT, UT PRjESUL ET CLERUS QUOMODO IN Y1TA DILEXERQNT 
SE, ITA ET IN MORTE NON SINT SEPARATI. MONUMENTUM HOC 
ET EPITAPHIUM POSUIT GARISSIMUS ET AMANTISSIMUS FRATER 
JOHANNES LUDOVIGUS HABERT, EQDES, DOMINUS DE MONT- 
MOR, COMES DE MENIL-HARERT, REGI A SECRETIORIBUS CONSI- 
LIIS, REI JUDICIARLE, CIVILIS ET £RARI£, REGIS TRI RE MI BUS 
BELLICIS URBIUM ARCIUMQUE MUNIMENTIS IN GALLO-PROVINCI A 
PROSPECTUS GENERALIS ET IN AQUENSI SUPREMA CURIA REGIS 
SENATOR, LIBELLORUMQUE SUPPLICUM IN REGIA MAGISTER. 

Sur une dalle de marbre blanc, jadis incrustée 
dans le mur, auprès du tombeau de l'évéque de 
Montmor, qu'elle concerne. Je suis étonné que cette 
inscription n'ait pas été sauvée, puisque celle de 
M. de Mailly, que j'ai rapportée ci-dessus, n° 8, n'a 
pas souffert. Elles étaient voisines, et le même sort 
paraissait leur être réservé. 

J'ai appelé perdues les vint-cinq inscriptions qui 
précèdent, parée que mes recherches pour les dé- 
couvrir ont été jusqu'à ce jour infructueuses. D'au- 
tres, avant moi, n'avaient pas été plus heureux : et 
cependant je ne renonce pas à l'espoir d'en retrouver 
quelques-unes, seulement déplacées ou cachées der- 
rière un vieux meuble. Il est fâcheux que l'idée d'une 
enquête n'ait pas germé dans la tête d'un curieux, 
il y a quarante ans. Les membres de l'ancien clergé 
vivants à cette époque avaient connu le pays avant 
ses bouleversements, et leurs souvenirs de jeunesse 



487 

auraient été consultés avec fruit. Vagues et même 
contradictoires, les indications que Ton peut re- 
cueillir aujourd'hui conduisent k des résultats néga- 
tifs. Le vieux Saint-Jean, par exemple, conservait-il 
encore, en 1789, les épîtaphes d'Amarell et des évê- 
ques Jérôme d'Ochon et Gaspard de Prieto? L'un 
répond oui et l'autre non ; encore ce non et ce oui 
sont-ils également indécis : on voit que la mémoire 
de ces détails est devenue confuse, et Ton ne pousse 
pas plus loin son examen sur la foi de semblables 
données. 

Puisque j'ai nommé St.-Jean-le-Vieux, il n'est pas 
inutile de rappeler que Don Sanche, roi de May orque, 
et Tlnfant Don Philippe y avaient aussi leur tombe. 
D. Sanche, mort i Formigueras, le 4 septembre i 324, 
avait choisi sa sépulture dans la vieille église, en at- 
tendant qu'un mausolée pût être élevé à ses restes 
dans l'église nouvelle, dont il avait posé la première 
pierre le 27 avril de la même année (Y. n° 1). Mais 
la dynastie mayorquine succombait vingt ans plus 
tard, et les rois d'Aragon furent peu soucieux de 
raviver la mémoire d'un prince dont ils avaient dé- 
possédé les successeurs. On ne songea donc plus à 
Don Sanche : il n'est même pas sûr qu'une épitaphe 
eût été gravée sur sa tombe provisoire en 1324, car 
il n'en est fait mention nulle part. 

L'église des Cordeliers était riche en pierres tom- 
bales, l'église des Grands-Carmes avait aussi les sien- 
nes; mais celle des Dominicains remportait sur les» 
deux autres par le nombre et par l'importance. Ainsi 
que l'a fait observer M. de Saint-Malo «elle possédait 
«les restes mortels des vicomtes d'Ille et de Canet, 
« de l'Infant Don Fernand de Mayorque, et de quel- 



488 

a ques autres défunts d'origine royale. »• (Mèm. de la 
Soc. des Pyr.-Orient., tom. VII, p. 261.) 

Le sol de l'église des Dominicains a été relevé jus- 
qu'au niveau du sol extérieur, et Ton assure que de 
nombreuses dalles ont été recouvertes par le remblai. 
Puissent* elles n'être pas enfouies à tout jamais! 



Ces dernières pages étaient déjà sous presse, lorsque 
j'ai pu enfin me procurer une copie du texte grec de 
l'inscription ci-dessus, n° 13, tel que l'a publié M. de 
Marca f Opuscules, p. 403 à 413). 11 y a quelques diffé- 
rences entre nos. deux leçons. Sur le livre qui est dans 
la main droite de saint Jean Baptiste, M. de Marca lit: 
de&vec mv cpifcrv tojv époroiv , au lieu de Sthnvot cpîacv 
SpoTtav ; au 3 e vers : ovo au lieu de ao(> v.at au lieu de 
itûzt\ au 4° vers : ytwrptv au lieu de y&ypcv; au 6 e vers : 
xoxpe&tv au lieu de xoScpeuc'cv ; au 1 5 e vers : rufuèia &a» 
au lieu de Tvir|XY)£ca irXftov; au 17° vers : lataBth 
ayyAocç au lieu de laorcit ayyùwv. M. de Marca n'a 
d'ailleurs transcrit que douze vers : « Ex decem et 
«octo versibus, ex quibus intégra inscriptio constat, 
usupersunt tantùm duodecim, sex aliis unà eu in 
« incrustatione thecœ deperditis.» Les six vers qu'il 
omet sont les mêmes dont je n'ai pu lire que des mots 
isolés, c'est à-dire les 1 ep , 2 e , 9 e , 10 e , 1 1 e et 12 e . Ainsi 
les détériorations que l'on remarque sur la peinture 
dateraient d'avant 166G. 



s. 






G. 



-njHPisir'-aïïëBe 



aeBe» î, DDSB]R-B& 



iULi-6BHDeieioe 



filWflPOfflllHO- 




"a-ïff- ûhdiiho d o 



DM* Û-OOCXXIIIP. 



IM, &*f»- 



11. 




Ityjuum otuu?up 






L Mi. C/tapc*. 






I »T. 




V 



'^'/S+V^^ 



t;Knno:Pm;(T> ; .ccixxx;vV:sex 

TOIKUOCTObRISlOblK) beVSP 

pe so^oRifiospiTmupAV^cfiVto 



p€B/>mmflj 



3, 



j-^ • • • m mmg * 



flnnopni-(i)iXLV(nn-nongpn-OBH?r 



M »5 ■ ' 



amc-co-xpo^vttw-Qi-cuKiDiGaK-iyciF 



DMfRII6IU-fllZllfinniCSWL8X-h(M*IZR 



TOwmmosYnowïieBoninwiiv^flien 



4*. 



!+:HnnoiOO(Dini: 

:m:0"o:LXX:QyinTO 



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X 



489 



ÉTUDE HISTORIQUE 

Par M. MOBlE 9 membre résidant. 



A ce nom de président Sagarre , il semble qu'on 
ressent encore vibrer dans l'air une espèce de fré- 
missement de terreur : pour le peuple roussillonnais, 
le mot Sagarre porte avec lui l'épouvante et l'effroi. 
Pourquoi! c'est qu'on n'a jamais considéré la situa- 
tion critique au milieu de laquelle vivait cet homme, 
ni les fonctions pénibles qu'il avait & remplir. La 
masse ne voyait en lui que le magistrat rigide dans 
ses devoirs, et qui contrariait ses penchants politiques : 
on prenait son énergie pour de la dureté; on le di- 
sait toujours altéré de sang et abusant du pouvoir 
qui lui était donné pour satisfaire un instinct féroce. 

Telle est l'idée, nous le savons, qu'on se fait du 
président Sagarre : cette idée est-elle vraie? Et si ce 
n'était là qu'un préjugé populaire, pourquoi ne 
contribuerions- nous pas à le détruire, en faisant 
connaître ce personnage, qui a joué un grand rôle 
dans notre province, tel qu'il était, c'est-à dire tel 
que nous le montrent nos documents historiques? 

Mais pour bien comprendre les faits, il faut es- 
quisser, en peu de mots, le tableau de la situation 
du Roussillon à celte époque qui se rattache à une 
de* phases les plus importantes de notre histoire. 



490 

Vers le milieu du xvn« siècle , la Catalogne, à la- 
quelle était lié le Roussillon, se révolta. Le comte 
Olivarès, ministre tout puissant du roi Philippe IV, 
avait supprimé une partie des franchises et des pri- 
vilèges dont jouissait cette province, et dont elle se 
montrait si jalouse. Les Catalans indignés, plutôt 
que d'y renoncer, préférèrent se donner a un gou- 
vernement étranger, et le roi de France, aidé et 
appelé par eux, put joindre à tous ses autres titres 
celui de comte de Barcelone; mais bientôt, par un 
de ces changements politiques qu'expliquent très bien 
la différence de mœurs et de caractère des deux na- 
tions, et surtout l'oubli d'un premier moment d'ir- 
ritation, ces mêmes Français, dont on avait imploré 
le secours et qu'on avait regardé comme des frères, 
ne furent plus que des ennemis. La guerre éclata 
entre les deux puissances. La Catalogne se réconcilia 
avec son roi et fut perdue pour nous; mais le Rous- 
sillon restait à la France à titre de conquête. Le gou- 
vernement ne pouvait plus commettre la faute re- 
prochée avec raison au fils de Louis XI , qui avait 
déjà tenu en son pouvoir cette province et s'en était 
volontairement dessaisi. La France voulut reprendre 
ses limites naturelles, et, comme la Gaule d'autre- 
fois , loucher les Pyrénées : il fut donc irrévocable- 
ment résolu qu'on garderait le Roussillon où se trou- 
vaient concentrées des forces considérables : ce pays 
était devenu le but principal de celte guerre, et il 
ne devait pas cesser désormais d'appartenir au sol 
français. 

Cependant , à cette époque , le cœur des Roussil- 
lonnais était tout entier à l'Espagne : c'est là, de 
l'autre côté des monts, qu'étaient pour eux la patrie 



491 

et la nationalité. Pendant plusieurs années ils cher- 
chèrent , par tous les moyens , k briser leur nouveau 
joug pour rentrer sous l'ancienne domination. Il y 
eut des révoltes et des conspirations toujours renais- 
santes qu'il fallut punir avec rigueur; mais telle est 
la marche de l'esprit de parti : dans les coupables , 
le peuple ne voyait que des victimes , des martyrs 
mourant pour leur foi politique, et le juge qui frap- 
pait, la loi à la main, était abhorré. 

Or, quel était cet homme, ce juge qui intimidait 
la rébellion et condamnait les coupables? — C'était 
Sagarre. — Exposé à la vue de tous, parce qu'il était 
le plus haut placé , il eut toujours à lutter contre 
l'opinion publique et il lutta énergiquement. 11 fal- 
lait , en effet , pour résister, une grande fermeté de 
caractère; savoir gouverner et faire respecter le 
pouvoir au milieu d'un pays en combustion , a été, 
dans tous les temps, une tâche bien difficile. Sagarre 
s'y voua complètement, et c'est de ce dévoûment à 
la cause française que sont nées tant de haines. 

Gomment cet homme s'était-il élevé au poste é mi- 
nent qu'il remplissait? Comment avait-il gagné la 
confiance du gouvernement français? Nous pouvons 
le savoir en examinant sa longue carrière politique. 

François de Sagarra, désigné par les Français sous 
le nom de Sagarre , est né d'une famille distinguée; 
mais il peut être placé au nombre de ces hommes 
qui se sont élevés par leur propre mérite. Jeune en- 
core, il embrassa avec ardeur le parti de la France , 
lorsque le ftoussillon venait à peine de tomber en 
son pouvoir. C'est en 1652, que nous le voyons pour 
la première fois mêlé au gouvernement de cette pro- 
vince. — Voici à quelle occasion : 



*«' 



492 

Par suite de la conquête, le roi de France possé- 
dait dans ce pays un domaine considérable ; mais les 
dons ou pensions qui avaient été accordés sur ce do- 
maine, dès les premiers temps, en absorbaient com- 
plètement les revenus. Il fallait cependant trouver 
l'argent nécessaire pour soutenir le siège de Barce- 
lone. Ce fut alors que le maréchal Lamotte-Houdon- 
court qui était gouverneur-général de ces comtés, 
et investi de pleins pouvoirs, supprima toutes les 
donations faites antérieurement, et il envoya dans 
cette province,, pour concentrer entre ses mains tous 
les produits, le docteur François de Saga ira. 

Il sut bientôt mériter la confiance du gouverne- 
ment. En 1653, nous le voyons revêtu des fonctions 
de vice-gouverneur, et le roi le gratifia d'une pen- 
sion de trois mille livres. Un an après, il est nommé 
gouverneur des comtés de Cerdagne et de Roussillon, 
en remplacement de Thomas de Banyuls, qui, mal- 
gré le serment de fidélité prêté à la France, avait 
trahi tous ses devoirs en se mettant a la tête d'une 
conspiration pour favoriser le parti espagnol. Ce (ait 
seul sert à faire connaître au milieu de quelles gra- 
ves circonstances Sagarre prenait en main le pouvoir. 
Nous avons encore retrouvé les lettres-patentes qui 
l'instituent dans cet emploi de gouverneur. 

u Voulant, dit le préambule, confier celte charge 
«à une personne sûre et digne, nous avons fixé notre 
« choix sur notre cher conseiller François de Sagarre, 
«dont la prudence, l'habileté, la probité nous sont 
«bien connues, et qui a rendu des services jourria- 
« liers à nous et à la patrie. » 

C'est ainsi que s'exprime le monarque , et ces mots 
sont un cloge complet pour l'homme & qui ilss'adres- 



493 

sent. Ces lettres-patentes sont du mois d'avril 1654; 
et, au mois de juin de la même année, le roi lui 
écrit personnellement une lettre qui existe encore 
dans nos archives pour le remercier de nouveau de 
ses services, et il le nomme juge de toutes les contes- 
tations au sujet des personnes qui seront déclarées avoir 
embrassé le parti des ennemis. 

C'était là une mission bien délicate, et qui était 
loin de le recommander à la faveur des Roussillon- 
nais. Le parti des ennemis était le parti espagnol, et 
ce parti était populaire et nombreux. Il ne faudrait 
pas croire que ce fussent les masses seulement qui 
s'opposaient de tout leur pouvoir à leur réunion avec 
la France;, mais clergé, noblesse, bourgeoisie, tous 
suivaient les mêmes idées. Nous en avons vu un 
exemple dans la conspiration à la tête de laquelle se 
trouvait Thomas de Banyuls, qui était lui-même 
gouverneur : cet exemple ne fut pas le seul. Sagarre 
résista toujours au torrent, et il en fut noblement 
récompensé par des titres et par des honneurs. 

En 1662, il était conseiller-d'état, président du 
conseil souverain , et il fut encore nommé commis- 
saire-général des domaines du roi en Roussillon. 
L'ordonnance qui l'institue en cette dernière qualité 
s'exprime ainsi : « Estant nécessaire de commettre 
«une personne d'intégrité et affectionnée au bien 
«de nos affaires, scachant ne pouvoir faire un meil- 
leur choix, ni plus digne, nommons François de 
«Sagarre » 

Un homme tel que lui devait avoir pour adversaires 
non-seulement des hommes politiques, mais aussi ces 
âmes remplies de fiel qui sont de tous les temps et de tous 
Us partis, toujours envieuses des succès d'un autre. 



194 

Aussi , de basses et jalouses dénonciations étaient 
constamment dirigées contre sa personne. Nous avons 
été assez heureux pour découvrir plusieurs docu- 
ments portant un caractère officiel, et qui nous font 
voir la haine et l'acharnement qu'on mettait k le 
poursuivre. 

Citons d'abord une lettre du ministre Louvois k 
M. Trobat, avocat-général au Conseil-Souverain du 
Roussillon : 

«Versailles, 12 avril 1666. — Monsieur. 

ce Yostre lettre du 27 du mois passé m'apprend 
« que vous vous conformerez h ce que je vous ai 
«mandé au sujet de M. le président Sagarre; j'ad- 
« jouterai de plus qu'il est à propos que vous entre- 
ce teniez avec lui l'amitié que vous aviez autrefois 
«ensemble, et que vous vous absteniez d'entrer 
« dans les intérêts de ceux qui lui sont contraires 
« pour éviter que le party opposé, devenant trop fort, 
« il ne s'en suive son oppression, et mesme. un dom- 
« mage considérable pour le publicq qui souffre ordi- 
« nairement de la division des principaux officiers » . 

Nous voyons par cette lettre que le Ministre craint 

que Sagarre ne soit opprimé. Sagarre opprimé! 

Mais, en vérité, avec l'opinion qu'on s'était faite de 
cet homme, c'est lui qui toujours opprimait les au- 
tres. — Continuons . 

Voici une autre lettre du même Ministre à M. de 
Maqueron, intendant du Roussillon. Elle est datée 
de Paris, le 17 novembre 1667; on y lit le paragra- 
phe suivant : 

« Vous trouverez ici une lettre non signée contre 
« le président Sagarre : il est bon de vous informer 
« si ce qu'elle contient est véritable, et h toutes fins 



495 , 

«d'essayer de découvrir , par récriture de celte let- 
« tre qui est semblable à toutes celles que nous avons 
« reçues contre luy , qui sont ces sortes de donneurs 
« d'avis. » 

Le 27 octobre 1670, le même ministre écrivait i 
M. Carlier, autre intendant du Roussillon : «L'on 
a m'a adressé la lettre cy-jointe non signée et le mé- 
a moire qui l'accompagne contenant plusieurs advis 
«contre M. le président Sagarre; quoyque je n'y 
«ad joute pas grande créance, néanmoins je ne laisse 
« pas de vous les envoyer afin de vous informer de 
« toutes choses » . 

Il est fâcheux que la lettre et le mémoire men- 
tionnés par le Ministre, et dont l'auteur se cachait 
sous le voile de l'anonyme, n'existent plus; nous 
aurions ainsi appris quelles étaient ces sourdes 
accusations qu'on n'osait pas signer, et qui étaient 
dirigées contre le président Sagarre ; mais on voit 
par d'autres lettres , que de longues recherches dans 
nos archives ont placées sous ma main , qu'on l'accu- 
sait d'être un faux monnayeur ; peut-être même était- 
il soupçonné de sorcellerie, car deux de ces pièces 
nous montrent le président Sagarre sous un jour tout 
nouveau. 

Cet homme que le préjugé populaire dépeint 
comme un tigre à instincts féroces , aimait et cul- 
tivait les sciences. Ses moments de loisir, il les 
consacrait à l'étude de la chimie. A cette époque , 
la chimie à peine sortie de ses langes était confon- 
due avec l'alchimie qui l'avait précédée, et je suis 
convaincu que les travaux de ce genre du président 
Sagarre ont pour beaucoup contribué à inspirer la 
terreur de son nom. 



496 

Le 12 mars 1666, Louvois écrit à M. de Maque- 
ron, qu'il connaît tous les égards que Ton doit au 
caractère de M le président Sagarre; que quelque 
chose qu'on ait pu dire contre lui à Sa Majesté, elle 
est bien persuadée de son intégrité, et si mémorative 
de ses services qu'elle n'a jamais voulu y ajouter la 
moindre créance; mais afin de satisfaire le public et 
désabuser tout le monde, elle engage le président à 
s'abstenir de travailler à la chimie et à renvoyer de 
chez lui un nommé Joseph, italien d'origine, dont la 
réputation perdrait le plus innocent de tous les hom- 
mes; ajoutant que s'il ne changeait de conduite, il 
passerait infailliblement pour un faux monnayeur. 

11 paraît cependant que malgré les vives recom- 
mandations du Ministre et la haine de ses ennemis 
qui cherchaient a le perdre, en employant tous les 
prétextes, Sagarre n'avait pas toui-à-fait renoncé à 
ses études sur la chimie; car nous avons encore 
trouvé une autre lettre de Louvois, adressée à 
M. Carlier, et qui porte la date du 7 février 1672. 
11 y a dans cette pièce le passage suivant: «Vostre 
«lettre du 12 décembre m'a esté rendue à mon re- 
«tour; elle m'a informé de ce qui a donné lieu 
«d'écrire contre M. le président Sagarre, et je seray 
«bien ayse de sçavoir, simplement par curiosité, si 
« la machine du sieur de Saint-Jean , qui a été dres- 
asée de concert avec ledit sieur Sagarre chez don 
«Alexis de Sanmanat, pour faire l'eau mercurialle 
« (sic) et l'huile de talque aura réussy ». 

A quoi devaient donc servir celte eau mercurialle 
et cette huile de talque : était-ce à la recherche d'un 
agent propre à la transmutation des métaux? Je ne 
sais; mais nous voyons que le Ministre lui-même 



497 

semble prendre intérêt à ces travaux, et qu'il s'en 
informe par un sentiment de curiosité. 

J'ai dit que ces lettres nous faisaient connaître le 
président Sagarre sous un jour tout nouveau. Aurait- 
on imaginé, en effet, que ce haut personnage, investi 
de grands pouvoirs, magistrat, gouverneur, occupé, 
tantôt à réprimer des séditions armées, tantôt k sui- 
vre les traces de conspirations, toujours renaissantes 
comme la tête de l'hydre et qui pouvaient com- 
promettre l'avenir de la conquête, trouvait chez lui 
un délassement tranquille, en se livrant à des expé- 
riences de chimie ? Nous ne pouvons en douter, car 
je cite des documents authentiques; mais, aussi, j'ai 
dit que je voulais dépeindre Sagarre tel qu'il était, 
et non pas tel que nous Ta montré un préjugé popu- 
laire, animé par des ressentiments politiques. 

Il y avait trente ans que la France s'était emparée 
du Roussillon, et sa puissance n'était pas encore bien 
affermie. L'opinion publique était toujours tournée 
vers l'Espagne. Comme, dès les premiers temps, ce 
n'était point seulement dans les classes inférieures 
que se trouvaient les conspirateurs; ils appartenaient 
au contraire aux rangs élevés. L'année 1674 peut en 
fournir une preuve nouvelle. 

A cette époque devait aussi éclater une conspira- 
tion qui faillit réussir. Elle fut découverte à Ville- 
franche, en Confient, par suite de l'amour d'une 
jeune fille pour un officier français. Sans entrer 
dans le détail de cette affaire, palpitante d'intérêt, 
et qui avait dans toute la province de vastes ramifi- 
cations, nous devons citer un document officiel qui 
fait connaître, au nombre des coupables, un Consul 

même de Perpignan. 

32 



4*8 

Ce Consul était Antoine Rivet. Il fut accusé du 
crime de lèse-majesté, au premier chef, parce que, 
étant sujet du roi et consul de la ville, il se trouvait 
au nombre des conspirateurs, qui devaient faire en* 
trer secrètement les Espagnols dans Perpignan et 
dans les autres places du Roussillon. 

Arrêté et traduit en justice, voici les conclusions 
qui furent prises contre lui par le Procureur-Général 
près le Conseil-Souverain. Je reproduis textuellement 
ce document, parce qu'il offre un vif intérêt et qu'il 
caractérise bien l'époque. 

« Le Procureur-Général requiert pour le Roy, 

« qu'il plaise à la Cour, desclarer ledit Antoine Rivet, 
«sufficement 1 atteint et convincu du crime de leze- 
« majesté en premier chef; qu'en conséquance tous 
« et chascuns ses biens seront confisqués et appliqués 
« à perpétuité aux coffres de Sa Majesté, et pour ré- 
<( paration dudit crime comdamner ledit Antoine Ri- 
te vet à estre livré ez mains de l'exécuteur de l'haute 
«justice, lequel luy fera faire le tour ordinaire et 
«l'amende honorable, tenant ledit Rivet un sierge 
« de sire alunié entre ses mains , et demandant à 
« Dieu, au Roy et à la justice pardon de son crime, 
« tant vis- a-vis l'esglise de Saint-Jean de Perpignan, 
6 que devant la porte du .palais et à la place de la 
«Loge, et après, trénant ledit Rivet par terre, ses 
« pieds attachés à la grupe de une mule, le conduira 
« à la Loge de Perpignan où à leschafau qui est dressé, 
«estranglera en trestre ledit Rivet jusques à ce que 
« mort naturelle sen suive, et après tranchera sa teste 
« pour estre misse dans une cage de fer, laquelle fixera 

1 C'est a dessein que Bons conservons la même orthographe qui montre 
combien on était encore peu familiarisé ayee la langue française. 



499 

« après à tine part de la maison de la Loge de laditte 
« ville, et le restant du corps dudit Rivet portera aux 
« potences dittes de Puig-Juan, pour y rester. — Bien 
« entendu que préalablement l'exécution de laditte 
« condempnation , ledit Antoine Rivet sera appliqué 
« à la question ordinaire et extraordinaire pour des- 
« clarer ses complices ; requiert en outre que des 
<( livres de la maison consulaire, le nom dudit Rivet 
«soit esfacé, et toute sa postérité privée de tenir 
((charges ni offices dans laditte maison consulaire, 
« ni aultres de la présente ville. — Fait au parquet, le 
((19 juillet 1764. Signé : Trobat, advocat général. » 

Le 30*]uillet, les conclusions que je viens de rap- 
porter furent confirmées par le Conseil-Souverain du 
Roussillon, dont Sagarre était président. 

Cette condamnation et d'autres qui furent pronon- 
cées pour la même affaire contre les conspirateurs, 
durent laisser après elles un long retentissement. — 
Nous ne pouvons justifier la barbarie du supplice; il 
suffit de dire que telle était alors la législation 
pénale, législation heureusement adoucie par nos 
mœurs ; mais, en examinant les faits en eux-mêmes, 
nous sommes obligés de convenir qu'ils devaient 
nécessairement entraîner sur la tête des coupables 
la plus terrible responsabilité. 11 ne fallait pas que 
par de sourdes menées, le droit de conquête et de 
réunion à la France pût être mis en question, et 
vînt d'un moment à l'autre bouleverser tous les es- 
prits. Ceux qui tentaient témérairement de livrer 
le Roussillon aux Espagnols , commettaient donc un 
crime de haute trahison ; ils savaient la peine qu'ils 
encouraient. Mais nous l'avons déjà reconnu : la sym- 
pathie était pour les coupables, et la haine augmen- 



500 

lait contre les Français et contre la justice qui sou- 
levait le glaive de la loi. 

Ne pensez pas cependant que les accuses fussent 
livres à la merci d'un homme seul. Quelle que fiât 
la puissance du président Sagarre, il ne pouvait con- 
damner qu'avec l'assistance de la Cour. C'est ainsi 
que la sentence rendue contre le consul Rivet est 
signée par de Sagarra, de Fontanella, de Copons, de 
Marti, de Menait, de Prat et de Quéralt. On se sou- 
vient h peine des autres juges; tous les ressentiments 
semblaient se concentrer sur Sagarre, qui par sa 
haute position était le plus en évidence. 

Que de temps, de patience et d'habileté ne fallut- 
il pas pour ramener cet esprit ardent et indépen. 
dant des Roussillonnais, les forcer k aimer ce joug 
qu'ils détestaient! Quelle puissance de caractère de- 
vait avoir Thommo qui combattait contre l'esprit 
général de son pays , restait ferme dans ses principes 
et invinciblement attaché à ses devoirs ! 

Je sais qu'en montrant comme je le fais aujour- 
d'hui le président Sagarre, je heurte bien des idées. 
La haine, l'esprit départi avaient entassé tout leur poi- 
son sur cet homme , qui fut revêtu de fonctions pé- 
rilleuses dans des jours critiques; mais en fouillant 
nos documents historiques, c'est-à-dire en remontant 
à la source réelle, la vérité apparaît : ce tabtean fan- 
tastique au milieu duquel on avait bercé notre en- 
fance s'est évanoui, et nous avons pu reconnaître 
combien étaient éminents les services que cet hom- 
me remarquable rendit au Roussillon et k la cause 
française. 

La carrière du président Sagarre fut longue et lar- 
gement remplie. En 1688 il jetait encore Conseiller- 



501 

d 7 £tai et Président du Conseil-Souverain. Le 20 oc- 
tobre de la même année, le Roi Pavait autorisé, par 
une lettre spéciale , à se faire remplacer, en son ab- 
sence, dans ses fonctions de Commissaire foyal par 
un autre officier de la Cour du Domaine; mais il dut 
cesser d'exister bientôt après, car le 23 novembre de 
cette même année (1688), nous avons trouvé dans 
nos vieilles archives du Domaine la nomination pro- 
visoire d'un autre Commissaire en remplacement du 
président Sagarre, décédé. C'est ainsi, qu'après trente- 
six ans de sa vie publique, il s'éteignit peu à peu, re- 
vêtu encore de toutes ses fonctions, comblé d'honneurs 
de la part du roi Louis XIV, qui, de près comme de 
loin, savait apprécier les hommes de mérite et leur 
tendait sa main puissante* 



502 



lHW&i%% tNMWlb'llW&tAi 



GUI DE TERRENA. 



iteur», 

Hier, la curiosité me conduisit dans cette salle. 
Deux bustes frappèrent ma vue : ceux de Dom Brial 
et de François Arago; et la veille encore, j'avais la 
dans les notices historiques sur llle de Maillorque, 
par Joachim-Marie Bover de Rossello, un de ces éloges 
qui se trouvent rarement dans l'histoire. Il concerne 
un enfant de Perpignan, qui en fut aussi le premier 
Pasteur, et qui a, pour le génie, de la ressemblance 
avec celui que nous sommes heureux de posséder. 
Plusieurs d'entre vous, Messieurs, ont déjà nommé 
Gui de Terrena. Les savantes recherches d'un Mem- 
bre dont nous regrettons la perte, nous Pont fait 
connaître et apprécier. Permettez-moi de reproduire 
d'après lui les traits principaux de cette gloire de 
notre ville. 

Général de l'Ordre du Mont-Carmel, Evéqùe 
d'Elne, après l'avoir été de Maillorque, Conseiller 
intime du Roi, Membre du Conseil privé du savant 
et pieux Benoît XII, qui le transféra au siège de Vai- 
son, sans doute pour le rapprocher de lui, auteur 
d'écrits gardés & la bibliothèque du Vatican, et dont 



503 

un l'a fait appeler le marteau des hérétiques, auteur 
de constitutions synodales , jugées dignes de figurer 
dans la collection des conciles , voilà des titres qui 
doivent rendre Perpignan fier de lui avoir donné le 
jour. Pour les couronner, ajoutons 1 éloge glorieux 
dont il a été l'objet. 

Nous lisons dans Fauteur cité au début de cette 
notice : Zurita, Tritemo y Bocio lo califiean por d 
varon mas docte de su siglo. Trois historiens qui le 
reconnaissent le plus savant homme de son siècle! 
Cependant Gui de Terrena n'a ni portrait ni buste. 
Il mériterait bien sa place dans notre Musée parmi 
les grands hommes du pays. Son portrait est dans 
l'épiscopologie de M. Puiggari. Qu'un artiste du 
Roussillon s'en inspire, se mette à l'œuvre, et dote 
Perpignan d'une toile ou d'un marbre qui repro- 
duise dignement cette grande figure ! 

L'Abbé Fines, 

i Membre résidant. 



50i 



CARRÈRE*. 



Joseph-Barthélemi-Françols Carrère , né à Perpi- 
gnan, le 24 août 1740, se livra, dès l'âge de douze 
ans, à l'élude de l'anatomîe. La facilité de se pro- 
curer des cadavres dans l'hôpital militaire de Perpi- 
gnan, dont son père était le médecin, lui donna les 
xnoyeus de s'adonner à la dissection et d'y acquérir 
de grandes connaissances. A quinze ans, il suivit 
successivement les cours de médecine des écoles de 
Perpignan et de Montpellier, et reçut dans celle der- 
nière ville les honneurs du doctorat en médecine, 
le 26 novembre 1759, n'étant alors âgé que de dix- 
neuf ans. De retour à Perpignan, il obtint son agré- 
gation à la Faculté de Médecine, le 8 février 1760. 
S'étant ensuite présenté au concours de la chaire 
d'anatomie et de chirurgie, il fut élu professeur à 
l'unanimité des suffrages, le 20 décembre 1762. 
L'Université de Perpignan ayant résolu, le 8 octobre 
1770, de former un cabinet d'histoire naturelle, 
composé des seules productions de la province du 
Roussillon , elle le chargea d'organiser cet établisse* 
ment, et il en devint le premier directeur; enfin, 
par brevet du 18 avril 1773, le Roi le nomma ins- 
pecteur général des eaux minérales de la province 
du Roussillon et du comté de Fois. 

* Nous devons cette notice au fils de notre illustre compatriote, M. de 
Carrère, qui habite Saumur. 

C'est par l'entremise de MM. les frères Xatart, ses parents, dont l'un est 
pharmacien dans cette Tille, qu'elle nous est parvenue. 



505 

Au mois de mai de la même année , des affaires 
particulières ayant appelé Carrère à Paris, il résolut 
de s'y fixer. En conséquence, au mots d'octobre 1774, 
il donna sa démission des places qu'il occupait à Perpi- 
gnan. L'Université, sensible à la perle qu'elle faisait, 
rendit, de son propre mouvement, le 2 mars 1775, un 
décret, par lequel, après avoir rappelé son zèle, ses 
talents et ses services, elle lui accorda les honneurs 
et les droits de la vétérance, quoiqu'il neût pas at- 
teint le terme fixé par les règlements. 

À la même époque, le corps de ville s'empressa de 
lui consacrer un monument encore plus honorable, 
en déposant dans ses registres un témoignage authen- 
tique de son estime et de l'affection générale, ci en 
déclarant que la résolution prise par Carrère de se 
fixer à Paris excitait les regrets de ses concitoyens. 

Établi dans la capitale, Carrère s'y fit bientôt con- 
naître par sa science et son habileté; il fut nommé 
censeur royal le 26 juin 1775, promu au premier 
grade de la Faculté de Médecine le 3 mars 1776, 
nommé médecin du garde-meuble de la couronne au 
mois d'avril suivant; puis, nommé, en mai 1779, as- 
socié ordinaire de la Société royale de Médecine de 
Paris; il fut successivement associé de la Société des 
Sciences et de l'Académie royale des Sciences de 
Toulouse, de l'Académie impériale des Curieux de 
la nature, de l'Académie de Médecine de Montpel- 
lier, de l'Académie de Médecine pratique de Barce- 
lone, etc., etc. 

II devint plus tard conseiller-médecin ordinaire 
du Roi Louis XVI, et ensuite premier-médecin du 
roi Louis XVIII, pendant l'exil de ce Monarque. 



506 

tavijgcs foliés ftr Ctrrèrc 

Les Maladies ras Aimées, ouvrage traduit de l'anglais de 
M. Pringle, 1755; 3 volumes in- 12. 

Traité des Eaux mihéiuiss du Roossilloh, 1756 ; 1 vol. i»-8*. 
De Vitalis eorparis et anima fctdert, Perpiniani, Hernier, 1758 ; 
1 Tolmne in-S*. 

De Sanguinis eireulaiione, Perptoiani, Le Comte, 1764, in-8°. 

De Alimentorum digestienis mechanismo, Perpiniani, Le Comte, 
1765; 1 Tolome in- 8°. 

De Rcvulsione, Perpiniani, Le Comte, 1770; 1 Tourne in-8». 

EXPÉRIENCES SUE L'iEBITABILrrÉ ET LA SENSIBILITÉ DU CORPS RUMAJS, 

Perpignan, Le Comte, 1774; 1 volume in-8°. 

De Retrogrado sanguinis motu, Perpiniani, 1773 ; 1 vol. in-8°. 

TBAITEMEirr THÉOEIQUE ET PRATIQUE DES M AI. A PIES IlfFLAMMATOmES, 

Paris, Viocelet, 1774 ; 1 volame ûi-12. 

Le Médecin, Ministre de la nature, on recherches et obsenritiops 
sur la coction pathologique, Paris, Roaolt, 1776. (Amsterdam.) 

Bibliothèque littéraire, historique et critique de la Médecuce 
ancienne et de la Médecqib moderne, Paris, Roanlt, 1776; 3 toI. 
in-4°. 

Lettbes a M. Bacbeb, Paris, 1777; 1 vol. in-8°. 

DISSERTATION MÉDICO-PRATIQUE SUR L'USAGE DES BAFRA îr.HISSAHTS 
ET DES ÉCHAUFFANTS DANS LES FIEVRES EXANTHÉMATIQUES (Amsterdam.) 

Paris, Cavelier, 1778; 1 vol. in-8°. 

Usage et effets de la Douce-Amehe ou Solanum scandais dans 
le traitement de plusieubs maladies, Paris, Cailleao, 1780; in-8°. 

Traité des propriétés, usage et effets de la Douce -Amêre dans 
le traitement de plusieurs maladies, et surtout des maladies dar- 
treuses; 1 vol. in-8°, Paris, 1781 et 1789, chez Cailleau. Traduit 
en italien par Guarini, Venise, 1785; en allemand, par Molini, 
avec des additions et des notes par Starck, Gênes, 1786. 

Catalogue raisonné des ouvrages qui ont été publiés sur les 
Eaux minérales en général, et en particulier sur celles de France ; 
1 vol. in -4°, Paris , Cailleau , 1785 et 1798. Traduit en allemand 
par Camerarins, Leipwck, 1787. 



307 

Instruction sur LE Tjbtanos; 1 volume in-8°, Paris, Imprimerie 
royale, 1786. Traduit en italien par Bongioranni , Vérone, 1787. 
Ouvrage rédigé par Carrère et publié par la Société royale de Méde- 
cine, à qui le Gouvernement l'avait demandé. 

Précis de matière médicale , par Venel , avec des additions et 
observations qui font plus de la moitié de l'ouvrage, par Carrère; 
2 vol. in-8°, Paris, Cailleau, 1787. 

Manuel foub le service des malades, ou précis des connaissances 
nécessaires aux personnes chargées du soin des malades; 1 v. in- 12, 
Paris, Lamy, 1786, 1787 et 1788. Traduit en allemand par Zfcr- 
mann, Leipsick, 1787; en italien par Asti, Mantone, Pazioni, 
1788; encore en italien par Ftneroni , Naples, 1789; en anglais 
par Smith, Londres, 1788; en Espagnol par Salva, Barcelone, 
Piferrer, 1791. 

RECHEBCHE8 sur les maladies vénériennes chroniques sans signes 
évidents; 1 vol. in- 19, Paris, Cachet, 1788. Traduit en italien 
par Pagliani, Rome, 1790, et en allemand par Emmer, Gcet- 
tengen, 1791. 

En outre, Carrère a publié les ouvrages de littérature suivants t 
dont la plupart ne portent pas son nom : 

t)eux volumes de poésies françaises ; 

Un volume de pièces de théâtre ; 

Des abrégés historiques de la province du RoussiHon , du comté 
de Foix, du duché de Valais, du comté de Senlis et du Daupbiné; 

Deux Romans , 

Et une histoire des révolutions de la Monarchie française. 

Quand la mort l'a surpris à Barcelone, le 13 février 1803, il ter- 
minait et allait publier un ouvrage considérable sur l'Espagne. Cet 
ouvrage, qui devait former 6 volumes in- 8° , renferme des notions 
intéressantes sur l'agriculture , l'industrie, le commerce, l'état des 
sciences , de la littérature et des arts de ce royaume , avec des re- 
cherches sur l'histoire naturelle, et beaucoup d'observations sur la 
topographie, la physique et la météorologie, etc. 



DUCHALIEAU. 



Duchalmeau, Jean- Baptiste, né a Cannes (Aude), 
eo 1770, mort à Perpignan le 19 frimaire an XIII , 
(18**4), négociant, maire de celle ville avant, pen- 
dant et après le Consulat. 

Le général Augerean ', commandant la 1 e Division 
militaire, et le lieutenant-général Despinoy, comman- 
dant la place de Perpignan, avaient voulu plusieurs 
fois empiéter sur les droit» de l'autorité municipale. 
Le Maire, dont la fermeté égalait l'outrecuidance dos 
Généraux de la République, avait toujours su se faire 
respecter par eux, en les menant a leur place. 

Dans une occasion, Àugereau ayant à se plaindre 
d'un, habitant de la ville, se présenta cavalièrement, 
le chapeau sur la tête, à la mairie, devant Duchal- 
meau, qui, après lavoir entendu, lui dit : «Général, 
« tu oublies que tu parles au premier Magistrat de la 
«cité, auquel tu dois le respect. Je ne recevrai ta 
« réclamation que lorsque tu te présenteras convena- 
it blemeut devant moi. » Puis Duchalmeau quitta 
brusquement le Général, qui resta tout étourdi de 

cette leçon de convenance. 

• 

Excellent administrateur, Duchalmeau était juste, 

1 Le Général de division Augereau, devenu plue tard Maréchal de l'Em- 
pire, commandait la 40* Division militaire, dont le aiége était à Perpignan, 
pendant l'an VI et Tan Vil de la République (1798 et 1799). 



509 

mais sévère envers tous, riches ou pauvres; la faveur 
ni l'intrigue n'avaient aucun accès auprès de lui; il 
se faisait aimer et craindre. Sa seule présence dissi- 
pait un attroupement séditieux; il n'employait jamais 
la force en pareil cas. Son nom était un épouvantail 
pour les agitateurs et une sauvegarde pour les gens 
paisibles. 

Le 6 frimaire an XI (1802), il prit un arrêté qui 
défendait la mendicité dans la ville de Perpignan. Il 
comptait sur les dons volontaires pour fonder un 
hospice, où les pauvres et les vieillards infirmes au- 
raient été reçus; mais les dons lui ayant fait défaut, 
il mourut avec le regret de n'avoir pu accomplir une 
œuvre si utile, el dont la nécessité se fait encore 
sentir de nos jours. 

Sa mort fut un deuil public : la population entière 
de la ville accompagna ses restes, à la dernière de* 
meure. C'est le plus éclatant témoignage d'affection 
que l'on puisse donner au citoyen et au magistrat. 

Une rue de Perpignan porte son nom. 

Joseph Siryef, 

Membre rendant. 



510 



VALANT. 



Valant , Joseph-Honoré , homme de lettres, né à 
Perpignan, le 20 janvier 1763, mort à Paris, le 1 5 
juillet 1829. 

Il fit ses premières éludes au collège de sa ville 
natale, où il eut pour maître et ami le savant abbé 
Verdier, dont le souvenir sera toujours cher aux 
Roussillonnais. 

Son application et son amour pour l'étude le firent 
bientôt remarquer; ses nombreux succès donnèrent 
dès lors les plus grandes espérances à ses parents. 
Jeune encore, il obtint une place chez les Doctri- 
naires, à Aiz, en Provence; il demeura quelque 
temps parmi eux, et, en 1785, il se rendit à la ca- 
pitale, qu'il n'a plus quittée. Là, il fut nommé pro- 
fesseur dans une des principales maisons d'éducation; 
mais la Révolution, qui ne tarda pas à éclater, chan- 
gea tout-à-fait sa position dans le monde. Il adopta 
franchement les principes de réforme sociale pro- 
clamés en 1789, et pendant le règne de la Terreur 
il faillit être victime de son dévoûment à la cause 
de la liberté. En 1794, après le 9 thermidor, il fut 
chargé par une commission sortie du sein de la Con- 
vention nationale, et à la tête de laquelle était Cour- 
tois, de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre 
et ses complices. 11 devint secrétaire de Merlin de 
Douai, Ministre de la Justice. — En Fan V, il fut 
nommé Directeur du Lycée de la Jeunesse; il créa plus 



511 



tard Y Athénée de la Langue française, dont Camhacérès 
était le Président honoraire , et qui comptait pour 
correspondants plus de 1.800 savants de l'Europe. 

Valant a laissé plusieurs écrits qui font honneur à 
sa plume (voyez la France littérairej. Ses poésies sont 
pleines de sentiment; son érudition, nourrie de la 
lecture des anciens, était vaste et sa mémoire prodi- 
gieuse. Son principal ouvrage, ou du moins celui 
qu'il affectionnait le plus, est intitulé : De la Ga- 
rantie sociale, dans son application avec la peine de 
mort, qu'il mit au jour, en 1795, par ordre de la 
Commission des Onze. Les journaux du temps ap- 
plaudirent aui sentiments philanthropiques qui l'a- 
vaient dicté. Il donna, en 1827, une troisième édi- 
tion de cet ouvrage, sous le titre de : Nouveaux essais 
sur la peine de mort, dans lequel se trouve le discours 
en vers sur le meurtre public, composition poétique où 
l'on remarque des pensées fortes, élevées et des vers 
dus à une chaleureuse inspiration 

Ses Lettres académiques firent beaucoup de bruit 
lors de leur publication. 

Valant fut lié d'amitié avec Dupuy, Sauvages, le O 
Lanjuinais, la princesse Constance de Salm, Delille 
Mercier, et plusieurs autres célébrités de l'époque! 

Il eut de nombreux amis, qui tous lui restèrent fidè- 
les, même dans son infortune. Bon citoyen, littérateur 
modeste, il ne courut jamais après les places ni les dis- 
tinctions. Aussi, mourut-il pauvre; mais sa mémoire 
sera toujours chère à l'homme de bien. 

JOSEPH SlRVEN, Membre résidant 

Cette notice t para, en partie, tant nom d'auteur, dans F Annuaire du 
Dévurtmtnt, publié par M. J.-B. Alsine, en 4854» 



512 



CÀRBONELL 



Carhonell, Antoine-Jacques, ne à Perpignan, le 27 
juillet* 1778 , mort dans la même ville, le 20 janvier 
1834. 

Jeune encore, il embrassa par inclination la car* 
rière de renseignement. Le collège de Perpignan Ta 
compté an nombre des régents les plus instruits ; il 
aurait même pu figurer avec avantage sur un plus 
grand tbéâtre: mais doué d'une extrême modestie, 
il n'aima point II se faire valoir ni à se placer au ni* 
veau de sa réputation; il voulait passer inaperçu sur 
celle terre où tant d ambitions, tant de vanités s'agi- 
tent et où le vrai mérite est si souvent méconnu. 

11 avait publié, en 18Ô8, un roman pastoral inti- 
tulé : Daphné , imité de Gesner. Cet ouvrage eut le 
tort de voir le jour lorsque ce genre de littérature 
n'était plus goûté, et il tomba bientôt dans l'oubli. 

Carbonell, en 1817, publia un recueil de poésies: 
Essais , opuscules divers; mais ses meilleurs ouvrages 
sont restés inédits. 11 a notamment laissé un poème 
divi&é en trois chants sur les Pyrénée*- Orientales qui 
aurait placé son nom à côté de ceux des poètes lyri- 
ques du xix e siècle : cette composition grande, belle 
et riche en tableaux poétiques rendrait le souvenir 
de Caibonell toujours cher à la muse roussillonnaise, 
si elle était livrée h l'impression ; mais le fils de l'au- 
teur ne lui a pas encore procuré une gloire qui, 
indubitablement, rejaillirait sur lui. 



513 

Quelques-unes de ses poésies ont paru dans YAl- 
manach des Muses, le Publicaitur et dans les Étren- 
nés RoussUlonnaists , recueil qui fut publié à Perpi- 
gnan, en 1815. 

Plusieurs sociétés académiques l'appelèrent dans 
leur sein, et il fut en commerce de lettres avec les 
littérateurs distingués de l'époque , qui rendirent 
publiquement justice à ses lumières, h son goût et 
à l'amabilité de son caractère. 

JOSEPH SlRVEN, Membre résidant. 



ARTUS. 



Artus, Pierre, né au Boulou, en 17GJ, mort à 
Perpignan, en 1846. Violoniste distingué, jouissant 
d'une popularité justement acquise, boute-en-train 
de nos réunions dansantes, il a fait les délices de nos 
pères par la joyeuselé de ses saillies, 1 originalité de 
son esprit et l'aménité de son caractère. Il joignait 
comme exécutant , a un talent musical que les Rho- 
des, les Kreutzer, les Lafon applaudirent, une bien- 
veillance toute cordiale pour ses confrères. Ces qua- 
lités réunies l'avaient fait surnommer le Jullien des 
Pyrénées *. 

Attaché a l'orchestre de Perpignan, depuis plus 

1 Tout Paris a connu le célèbre Jullien , qui n'a pas été remplacé dans 
les sociétés dansantes de la capitale. 

33 



514 

de cinquante ans, comme premier violon, il se fai- 
sait remarquer par la pureté de son jeu, la vigueur 
de son coup d'archet et sa grande facilité à eiétuter 
une partition k première vue. 

Ami d'une gaîté franche, expansive, épicurien 
par conviction et non par système, il aimait la table 
et se livrait facilement aux douces jouissances qu'elle 
procure. On cite de lui divers traits qui , en gastro- 
nomie, peuvent passer pour de véritables tours de 
force. Jusqu'ici il n'a pas été égalé; car il est mal- 
heureusement reconnu que la politique et l'alcool , 
en envahissant , en détraquant les esprits , ont 
*émoussé et paralysé les estomacs : on mange, mais 
aion avec l'appétit toujours aiguisé, qui était Tapa- 
nage de nos grands-pères. 

Né de parents pauvres, mais honnêtes, Artus sut, 
par son travail et son intelligence, s'élever au-dessus 
de sa condition première , et acquérir une modeste 
aisance, bien que chargé d'une nombreuse famille. 
Il a dignement rempli sa carrière, entre une épouse, 
. modèle des mères, des enfants qu'il chérissait et de 
nombreux amis que ses vertus civiles et privées lui 
avaient procurés. 

Nos dissensions politiques ont brisé le moule où 
*e formaient les hommes de sa trempe. 

Joseph Sirvew, 

V 

Membre résidant. 



sis 



VIAUH. 



Vialar , François, né à Perpignan , le 20 septembre 
1754, mort dans cette ville, le 22 janvier 1850. 

Curé de l'église de La Real , il aurait pu prétendre 
k un poste plus élevé. Il avait été principal du col- 
lège de Perpignan et professeur d'humanités au célè- 
bre collège de Lesquille, i Toulouse , où il eut pour 
élève M. de Villèle qui , devenu ministre des finan- 
ces sous les Bourbons de la branche aînée f lui offrit 
le siège vacant d'un évéché. M. Vialar, dans sa mo- 
destie, refusa cette dignité, et demanda, comme une 
grâce à son élève, qu'il voulût bien faire élever la 
cure de La Real k la première classe ; ce qui lut fut 
accordé sans difficulté. 

La longue carrière de ce digne et bon curé n'a été 
signalée que par des bienfaits : son souvenir sera 
toujours cher à l'infortune, et aux hommes qui ont 
été à même d'apprécier son noble caractère et ses 
éminentes vertus. 

Orateur chrétien en renom et poète distingué , il 
a été couronné par les académies des Jeux Floraux 
et de Montauban. Ses ouvrages sont restés inédits > 
moins plusieurs pièces de poésie qui ont été publiées 
dans les Êtrennes Jtoussillonnaises . 

Après sa mort, son buste a été déposé au Musée de 
Perpignan. 

Joseph Sixvxh , Afemto 



516 



aPDEBOS 



Capdebos, Pierre-François, peintre, né a Perpi- 
gnan, le 27 février 1797, morte Paris, le 31 juillet 
1836, était membre de la Société libre des Beaux- 
Arts, de la Société de Statistique universelle et de 
celle des Pyrénées-Orientales. 

Perpignan lui doit la création de son Musée de ta- 
bleaux, qui fut ouvert le 1 er mai 1833, et pour le- 
quel il avait fait de nombreux sacrifices. Le 31 mai 
de la même année, l'autorité municipale, voulant 
récompenser son zèle et son talent , le nomma di- 
recteur et conservateur du Musée et professeur de 
dessin a l'école gratuite, en remplacement de feu 
Cayrol* 

Il a peint plusieurs tableaux de dévotion ou re- 
présentant des sujets divers ; mais son genre de pré- 
dilection élait le portrait. 

La ville de Perpignan, en 1824, le chargea de 
faire ceux de Charles X et de Henri IV : le premier 
et celui de Louis XVIII, peint par Maurin, père, 
furent brûlés par le peuple, en 1830, sur la place 
de la Loge; le second fut déposé au Musée. 

Excellent physionomiste, ses portraits sont en gé- 
néral d'une vériié, d'une ressemblance frappantes ; 
son coloris, son faire décellent un élèvo des grands 
maîtres, et principalement de notre Rigaud qu'il avait 
constamment étudié. 



517 

* 

11 dirigeait, en 1830, à l'Ecole de Médecine de 
Paris, un travail analomique intéressant pour l'art 
auquel il s'était voué; la révolution de juillet le fit 
interrompre. 

En 1 833 , il conçut l'idée de former à Perpignan 
une Société litre des Beaux-Arts , Sciences et Belles- 
Lettres. Bien que ce projet n'ait pas pu se réaliser, il 
est juste de dire que c'est aux réunions préparatoi- 
res de plusieurs personnes qu'il avait convoquées, 
qu'est due, en partie, l'existence de la Société Phi- 
lomathiqne. L'impulsion qu'il donna alors produisit 
plus tard d'heureux résultats. Toutefois , nous de* 
vons ajouter que le nom de notre compatriote n'a 
jamais figuré sur la liste des fondateurs de cette so- 
ciété , parce que les premières réunions eurent lieu 
en son absence, et qu'il ne prit aucune part aux 
travaux qui contribuèrent à lui donner la dénomi- 
nation qu'elle a perdue le 6 février 1839. 

Capdebos réunissait aux qualités du cœur, qui 
sont l'apanage de l'honnête homme, un caractère ai- 
mable et conciliant. Aimé de sa famille qu'il adorait, 
il s'était fait des amis sûrs qui l'ont constamment re- 
gretté. 

Joseph Sirven, 

Membre résidant. 



$18 



BOUSQUET. 



Bousquet, Ange, connu comme artiste-musicien 9 
sous le prénom de Georges, naquit à Perpignan, le 
18 mars 1818, et mourut à Saint-Cloud, le 15 mai 
1854, membre correspondant de la Société des Py- 
rénées-Orientales. 

Il remporta, en 1838, le grand prix de composi- 
tion musicale au concours de l'Institut. 

Ses principaux ouvrages sont : VH&tcisc de Lyon, 
ks Mousquetaires et Tabarin, opéras* 

Il écrivait dans f Illustration y journal de la capi- 
tale ; chargé de la revue musicale , il a fait souvent 
preuve de goût <et de discernement. 

Sa mort prématurée a brisé dans sa fleur un ta- 
lent qui promettait mtt illustration roussi lbnnaise. 

Joseph Sirvek , 

Membre rcsidaul. 



LAFORGE. 



Laforge, Pierre, artiste-musicien, né à Perpignan, 
en 1785, mort à Rio Janeiro (Brésil), le 13 juillet 
1853. 



519 

11 remporta, en 1810, le premier prix de hautbois 
au Conservatoire Impérial de musique de Paris; 
deux ans après, il fut incorporé dans la musique du 
1 er régiment de grenadiers de la garde. Après les évé- 
nements de 1814 , il se plaça k l'orchestre du théâtre 
Faydeau, et, en 1816 , il rentra à Perpignan, dans 
le sein de sa famille. 

Parti de cette ville, en 1817, pour le Brésil, dès 
son arrivée à Rio- Janeiro, grâce k son talent et à la 
bienveillante protection de notre compatriote, M. Ma- 
1er, consul-général de France, il fut admis à la cha- 
pelle du roi, Don Juan VI; il y resta jusqu'en 1831 r 
époque où Don Pedro I er , empereur du Brésil, ab- 
diqua la couronne en faveur de son fils, Don Pe- 
dro II. 

Le régence qui suivit cette abdication ne fut pas 
favorable aux artistes; des troubles éclatèrent; la 
chapelle et les théâtres furent fermés. Laforge se dé* 
cida alors à donner des leçons de hautbois, et plus 
tard il monta un établissement d'imprimerie de mu* 
sique qu'il géra jusqu'au 25 janvier 1853. 

Il se disposait à revenir en France, car il désirait 
ardemment revoir le Roussillon, sa famille, ses amis 
d'enfance, et saluer le drapeau d'Austerlitz et d'Àr- 
cole pour lequel il s'était expatrié , lorsque la mon 
lui a ravi cette dernière consolation. 

Joseph Sirven , 

Mtmbrt rtiidant 



520 



PIERRE PUIGGARI *. 



MeMlenr», 

Depuis notre dernière réunion , la mort a frappe 
l'un de nos Membres qui était aussi une de nos 
illustrations roussillonnaises. Je viens aujourd'hui 
retracer, en quelques mots, la longue carrière de cet 
homme, qui a honoré son pays, sur lequel la tombe 
se ferme, mais dont la mémoire doit survivre. 

Doué d'une intelligence d'élite, M. Pierre Puiggari 
â voué presque toute son existence a la culture des 
lettres. Jeune, et après avoir fait d'excellentes études, 
il entra comme novice au monastère des Bénédictins 
d'Arles : il désirait faire partie de cet ordre célèbre, 
qui a fourni tant de noms chers à la science, et il 
était, en effet, bien digne d'y prendre place; mais 
il fut contrarié dans ses penchants par la Révolution 
de 1789. 

Il passa en Espagne, se rendit à Madrid, où il se 
livra avec ardeur à l'étude si riche de la langue cas- 
tillane. Rentré dans sa patrie, il embrassa la carrière 
de renseignement : pour un homme tel que lui, c'é- 
tait presque suivre sa première vocation. Il fut suc- 
cessivement professeur d'humanités et de rhétorique, 
et il devint plus tard principal de collège. 

Ce fut à celte époque qu'il publia ses Leçons de 
Langue espagnole, le meilleur livre qui ait encore 

* Il naquit à Perpignan, le 27 janvier 1768, et il est décédé lo 4 septem- 
bre 4354. 



521 

paru en ce genre. 11 donna ensuite une nouvelle 
édition de la Grammaire espagnole-française de Chan- 
treau, ouvrage destiné aux Espagnols, et qui a obtenu 
à juste titre le plus grand succès. 

Profondément versé dans la littérature ancienne et 
moderne, c'est de préférence vers les études histo- 
riques et archéologiques qu'il avait dirigé les grandes 
facultés de son esprit. II avait acquis la connaissance 
la plus complète de notre histoire nationale, en fouil- 
lant avec sagacité au milieu de nos vieilles archives, 
parmi nos chartes et nos parchemins, et il possédait 
une vaste érudition, qui s'alliait à une remarquable 
netteté de jugement. C'était presque un jeu pour lui 
que d'aborder les questions les plus difficiles ou les 
plus controversées; toujours armé d'une critique 
sûre, la lucidité de son opinion apportait partout la 
clarté. Son style correct, élégant et facile, était em- 
preint de cette logique qui entraîne avec elle la 
conviction. 

Infatigable au travail, il n'avait pas cessé jusqu'à 
ces derniers temps d'être un de ces Bénédictins vo- 
lontaires pour qui l'étude était devenue une néces- 
sité. Il a inséré dans le Publicaicur, et disséminé dans 
d'autres recueils un grand nombre d articles estimés 
sur divers sujets scientifiques, et qui intéressent sur- 
tout notre Roussillou. Nous voudrions, au lieu de 
trouver ces documents historiques dispersés et par 
cela même d'une recherche difficile, qu'ils fussent 
réunis en un seul volume. Cette réunion grandirait 
encore la réputation de l'auteur, et la science y 
gagnerait. 

En 1842, il a publié le Catalogue biographique des 



523 

Êvéques d'Elite, depuis l'année 571 jusqu'à nos jour*. 
On ne saurait assez apprécier, en lisant cet ouvrage, 
combien il a fallu de teitips et de savoir pour décou- 
vrir dans nos vieilles annales un nom ou une date 
inconnus, et leur fixer la place qu'ils doivent avoir v 
aussi, ce petit volume est pour le monde savant un 
travail considérable et de baute portée; il a servi à 
corriger une foule d'erreurs, qui avaient été intro- 
duites dans la G allia christiana. 

L'intelligence de M. Puiggari,qui n'avait rien perdu 
de sa vigueur, lui a permis à l'âge de quatre-vingts ans, 
de publier une grammaire catalane. Le bon vieillard 
jette un cri de regret en remarquant tous les néolo- 
gismes qui ont été introduits dans cette langue ro- 
mane, autrefois si belle, presque déjà formée lorsque 
la langue française bégayait h peine, et dont personne, 
mieux que lui, ne connaissait le charme et la flexi- 
bilité; mais, hélas! que peuvent les regrets d'un 
homme contre le flot envahissant de la civilisation 
moderne! 11 est vrai qu'elle nous amène le progrès, 
mais elle vicie aussi bien des choses. Le travail de 
notre collègue sera, du moins, un nouveau monu- 
ment à ajouter à ceux que nous possédons déjk, et 
qui montreront un jour à nos arrière-petits-neveux 
ce qu'était notre vieux langage. 11 laisse aussi, en 
manuscrit, un dictionnaire calai an -français, qui est 
le complément de sa grammaire. Cet ouvrage est pré* 
cieux, et l'on ne saurait contester son utilité : nous 
espérons qu'il sera livré h l'impression, et qu'il vien- 
dra jeter ainsi un dernier éclat sur cette vie labo- 
rieuse et si bien remplie. 

Morbr, 

' Mrmbre résidant. 



.W3 



EMMANUEL BONAFOS. 



Le docteur Emmanuel Bonafos, médecin en chef 
des hospices civils de Perpignan , professeur d'his- 
toire naturelle, d'accouchements, etc., etc., etc., né 
à Perpignan le 14 janvier 1774, mort le 9 novembre 
4854, était issu de cette ancienne famille de Bona* 
fos, longue et honorable lignée de médecins distin- 
gués, qui rappellent dans nos contrées les illustres 
Alcepliades de Rome. Praticiens de mérite, ches 
lesquels le caractère et les qualités qui ennoblissent 
notre belle profession sont héréditaires. 

Son père, Joseph Bonafos, médecin estimé, marié 
ea secondes noces avec M lle Siau, Marie-Catherine, 
était conseiller du roi, médecin des camps et armées 
royales, médecin de l'hôpital civil et militaire de 
Perpignan, proto-médic de la province du Rous- 
si Hon. 

Le jeune Emmanuel , né avec de la facilité et de 
rares dispositions, après avoir fait de brillantes et 
sérieuses éludes, quitta à quinze ans le collège pour 
se rendre à Montpellier, afin d'étudier la médecine 
et de la pratiquer à son tour. 

Arrivé dans cette ville en 4790, pendant que ses 
condisciples, entraînés par les tendances néfastes et 
les instincts malheureusement aveugles et pervers 
du temps, travaillent sans goût et sans fruit, Em- 
manuel, fidèle aux principes et aux traditions de 



524 

famille , peu ému par une liberté qui détail con- 
duire aux horreurs de la licence la plus barbare, et 
noyer sa patrie dans le sang , calme , se recueille , et 
redoublant de zèle et d'efforts, se divise entre l'hô- 
pital et le Jardin des Plantes; il passe de l'étude de 
Thomme à celle des végétaux, et cherche à devenir 
ainsi aussi savant médecin que botaniste profond. 

Le jeune adepte savait que la science n'agrandit 
Pâme si elle n'est forte et sévère, et qu'il vaut mieux 
appliquer à la recherche de l'utile et à l'amour dir 
beau et du bon les premières émotions, l'ardeur 
vive et féconde de la jeunesse, que de se livrer k la 
fougue désordonnée des penchanis et dès passions. 

Paris était loin alors d'être comme aujourd'hui le 
foyer de lumières autour duquel viennent se grou- 
per à l'envi les hautes renommées du savoir. La fa- 
culté de médecine de Montpellier marchait sans ri- 
vale et la première des facultés européennes. 

Il était glorieux, en effet, de sortir d'une faculté 
que rehaussaient les Barthez, les Fouquet, les 
Broussonet, les Peyrille, etc. , et où renseignement 
était sur un pied transcendant. Le 14 janvier 1793, 
Emmanuel Bonafos y recevait avec distinction son 
grade de docteur-médecin. 

Après avoir passé quelque temps à Paris, où il de- 
vait se fixer, et où l'avait attiré auprès de lui son 
oncle maternel Siau, qui l'y retint jusqu'à son décès, 
il rentra à Perpignan. — Marchant sur les traces de- 
son père, il eut bientôt acquis sa réputation ; bientôt 
il devint le pair de remarquables et habiles émules , 
auxquels il céda en toute liberté le champ de la chi- 
rurgie pour se maintenir le premier parmi les mé- 
decins. Une clientèle nombreuse et choisie vint 



525 

couronner ses efforts; et les succès nombreux obte- 
nus par une observation réfléchie, une prudence 
bien calculée , un tact particulier, surtout à recon- 
naître les efforts de la nature et à les seconder con- 
venablement, justifièrent la confiance qu'il avait 
inspirée. Passionné pour l'étude en général, et persé- 
vérant toujours dans son goût pour les sciences na- 
turelles en particulier, il ne cessait d y livrer ses 
cours instants de loisir. 

Son heureuse faculté à saisir les problêmes les plus 
difficiles de la science, son aptitude à en élucider 
les points les plus ardus, une parole vive et érudite, 
une mémoire prodigieuse le servant sans cesse mer- 
veilleusement à propos , en lui donnant toutes les 
conditions essentielles pour le professorat, ne pou- 
vaient manquer de le signaler à l'attention publique 
et de lui attirer la bienveillance de l'administration. 

Sous, notre ancienne monarchie , qui ne connais- 
sait ni monopole universitaire, ni centralisation ad- 
ministrative, Perpignan, avec des franchises, des 
privilèges de toute sorte, possédait une Université 
où la jeunesse studieuse venait sans frais perfection- 
ner une instruction large et libérale qu'elle recevait 
de toute part gratuitement. 

A cette antique institution que nos derniers rois de 
France avaient dolée généreusement, et qui avait 
un certain renom , la tempête révolutionnaire avait 
fait succéder une école dite Centrale. C'est dans la 
nouvelle école que la place du docteur Emmanuel 
Bonafos était naturellement marquée d'avance. 

En juin 1794, il fut donc nommé, en même 
temps et tout à la fois, professeur d'histoire naturelle 
à ladite école, et appelé à la direction du Jardin des 



526 

Plantes de la ville, où il devait encore professer tous 
les ans un cours public de botanique. Mais, tandis 
que ses nombreux auditeurs, attirés par la grâce et 
la pureté de sa diction , se pressaient pour l'enten- 
dre sur les marches de l'amphithéâtre, les malades , 
qu'il savait aussi charmer par ses récits et sa piquante 
originalité, retrouvaient près de lui les consolations 
dont ils avaient besoin, et devaient lui ouvrir la 
porte des hospices. 

En 1795, il entra en qualité de médecin-adjoint à 
l'hôpital civil dont il devint le médecin en chef en 
1818. — La même année, il fut chargé en la même 
qualité du service de l'hôpital militaire, tâche péni- 
ble qu'il continua tant que la commission adminis- 
trative des hospices civils en fut elle-même chargée. 
Dans ces fonctions, tel fut son zèle à remplir ses de- 
voirs, tel fut son amour do l'humanité que, pendant 
soixante ans consécutifs , il ne manqua pas un seul 
jour de visiter les malheureux qui lut furent con- 
fiés; car il connaissait la moralité attachée à ces déli- 
cates fonctions, et sa scrupuleuse philanthropie, 
disons mieux, sa véritable charité chrétienne aurait 
reculé devant elles, si sa conscience ne lui avait pas 
répété qu'il était digne de les remplir. 

En devenant le médecin des malades de l'Hôpital, 
il en était aussi l'ami constant et empressé: avec 
quel dévoûment il cherchait à alléger leurs maux, 
à tempérer leur mifère! 

Le soldat souffrant était encore l'objet de toute sa 
sollicitude. Maître & la fois de la vie et du cnenr de 
ceux qu'il visitait, il en devenait bientôt le confident 
et l'appui assuré. 

Souvent , pour entrer plus intimement dans la 



527 

confiance du vieux brave, il lui laissait raconter tout 
& son aise et à plaisir, tantôt les [oies passées de la 
famille absenté, tantôt les rudes assauts de celte 
époque gigantesque, et les bonnes chances de l'a- 
vant-garde, ou même les scènes divertissantes de là 
folâtre chambrée; de la sorte, il saisissait tout le 
côté moral de l'homme, dont il faut savoir tenir 
compte lorsqu'on étudie et lorsqu'on veut guérir sa 
maladie. 

Ici, nous sommes nécessairement entraîné h expo- 
ser les principes d'après lesquels agissait le docteur 
Emmanuel Bonafos. En effet, ce serait peu dire 
qu'il était profond naturaliste, qu'il traitait ses ma- 
lades avec toute la perspicacité , toute l'habileté du 
praticien ; pour mieux apprécier le savant et le mé- 
decin, il ne faut pas craindre de discuter, de con- 
trôler ses doctrines. 

Comme naturaliste, en se préservant de la manie 
des systèmes, il n'avait pas seulement étudié la na- 
ture dans les livres de son cabinet ; mais placé au 
sein de nos riches montagnes, dont il connaissait k 
fond la constitution géognostique , son œil investiga- 
teur avait cherché à la saisir sur le fait. Son imagi- 
nation, ou quelques écarts isolés ne l'engagèrent ja- 
mais & la plier à ses calculs ou à soumettre à une loi 
unique sa marche féconde et ses opérations si variées 
à l'infini. 

En botanique, l'analyse rigoureuse des parties de 
la fructification fut toujours son guide; et, quoique 
au courant de toutes les méthodes, il resta constam- 
ment attaché au système de Linnée, qui, malgré ses 
imperfections, est celui qui offre le moins de diffi- 
cultés dans la pratique. S'il n'avait pas constitué quel- 



528 

ques nouveaux genres , il avait enrichi plusieurs de 
ceux déjà établis de notes et de caractères que des 
observations soignées lui avaient fournis. Chargé de 
la direction du Jardin des Plantes de la ville, la cul- 
ture, celte pierre de touche des espèces, lui avait 
offert de grands secours qu'il avait su mettre à profit, 
pour placer avec certitude , dans des espèces bien 
connues, des variétés en grand nombre que les mo- 
dernes avaient établies sans preuves suffisantes. 

En zoologie , des éludes opiniâtres et assidues, des 
hasards heureux lui avaient présenté quelques races 
mal connuesqu'il avait décrites de bonne heure. Plu- 
sieurs espèces inédites ne lui avaient pas échappe; 
il avait apporté de Tordre dans la nomenclature et 
l'histoire de plusieurs, et, ce qui n'est pas moins 
important dans le règne organique, il avait réduit 
plusieurs espèces en une seule. 

Gomme médecin , nous allons le voir à l'œuvre. 

Ennemi du charlatanisme, plus ennemi encore de 
ces longues formules, qui ne dénotent. que l'igno- 
rance, s'il avait foi en les ressources de la nature, on 
ne le vil cependant jamais mettre en doute la vertu 
des agents véritablement héroïques et curatifs que 
la matière médicale possède. Notre confrère, pour 
le juger sainement, pour mieux caractériser sa ma- 
nière de faire, était sobre de médications. Ses éludes 
sur la physiologie et sur l'hygiène lui avaient donné 
bientôt cette conviction profonde et réelle, que c'est 
surtout dans la juste application de leurs règles que 
consiste la santé de l'homme; que les erreurs com- 
mises si souvent a cet égard la dérangent toujours, et 
que pour rétablir l'harmonie dans l'exercice de nos 
fonctions, c'est à elles surtout qu'il faut avoir re- 



529 

cours, laissant aux remèdes violents le soin de sau- 
ver le malade dans les circonstances seulement où 
la vie est gravement en danger. 

Fort de la conscience de . son savoir et de son ex- 
périence, il vit rapidement augmenter sa considéra- 
tion en même temps que sa pratique , qui se fussent 
plus étendues encore sans son excessive réserve et 
son peu d'incuriosité. 

Suivons rapidement un instant M. Bonafos dans 
les phases de son existence. 

Dès le mois de juin de 1794, nous le voyons pro- 
fesseur d'histoire "naturelle à l'Ecole Centrale, et 
professeur de botanique au Jardin des Plantes de 
Perpignan dont il était directeur. 

En 1795, il fut nommé médecin adjoint de l'hô- 
pital civil, et fut chargé aussi du service de l'hôpital 
militaire de la même ville. 

En 1799, ses relations avec la Société royale d'A- 
griculture de Paris le firent nommer membre cor- 
respondant de cette société, devenue aujourd'hui 
Société Centrale et Impériale d'Agriculture , avec 
laquelle il n'avait pas discontinué de correspondre 
un seul instant, et à laquelle il avait adressé de 
remarquables travaux. 

En 1800, un des premiers, il pratiqua de nom- 
breuses vaccinations à Perpignan, et s'évertua à pro- 
pager la vaccine dans le département. Depuis 1816, 
il fit presque toujours ou à-peu-près seul le travail 
long et pénible de la répartition annuelle des som- 
mes allouées par le Conseil-Général pour la propaga- 
tion du bienfait de l'immortelle découverte de Jen- 
ner. Cette répartition toujours intègre et juste fut 
constamment approuvée par MM. les Préfets. 

.14 



530 

En 481 7 , il fut appelé à la conservation de la pé- 
pinièpe départementale, qui, sous son intelligente 
administration est aujourd'hui devenue cet établisse- 
ment grandiose et prospère , et cette promenade dé- 
licieuse qu'admirent et que viennent nous convoiter 
les étrangers. 

En 1818, il devînt médecin des prisons civiles, 
en même temps qu'il passait médecin en chef de 
l'hôpital civil. 

En 1823, il fit partie de l'intendance sanitaire des 
Pyrénées-Orientales , supprimée, après l'épidémie de 
la fièvre jaune de Barcelone qui l'avait provoquée. 

En 1825, il fut désigné pour le jury médical, dont 
il resta continuellement membre, à tous les renou- 
vellements quinquennaux jusqu'en 1854, où son 
fils, médecin plein d'avenir, l'a remplacé, ainsi que 
«dans les fonctions de médecin en chef de l'hôpital. 

En 1827, il fut chargé de professer la partie mé- 
dicale et physiologique du cours départemental 
d'accouchements. Cours utile qui, grâce k sa patience 
et à l'habile coopération de son éminent collègue, 
l'honorable docteur Jacques Massot, professeur delà 
partie pratique et opératoire, a pourvu notre pays 
de sages-femmes fort expertes et précieuses. 

En 1828, devenu médecin des épidémies du pre- 
mier arrondissement, il lui fut donné de traiter et 
d'étudier les deux épidémies cholériques de 1835 et 
1837. Nous dirons plus tard pourquoi cette faculté 
né lui fut plus permise en 1854. 

Celte même année 1828, il fut nommé k une très 
grande majorité président du comité médical de 
Perpignan. 

L'année 1843, M. le préfet Vaisse le mettait le 



531 

premier au nombre des archéologues qu'il voulait 
réunir en société. 

Le mois de juin 1851 , la faculté de médecine de 
Montpellier et M. le Ministre de l'Instruction publi- 
que le désignèrent comme juge du concours ouvert 
devant cette faculté pour la place de professeur de 
botanique, qu'il avait refusée , et que venait de lais- 
ser vacante le décès de M. Rafanault-Delille. 

Depuis sa création , la caisse d'épargne du dépar- 
tement avait voulu pour son administrateur l'homme 
dont l'activité était connue, la probité proverbiale. 
Dès son origine, k son tour, la Société agricole, lit- 
téraire et scientifique de Perpignan, dont il fut long* 
temps le président, l'appela dans son sein. On sait qu'à 
l'instar de son président actuel, l'honorable M. Au* 
guste Lloubes, il apportait dans toutes les séances 
avec l'aménité et la sagesse de sa direction, la pré- 
pondérance de son autorité et de ses lumières. 

Dans le courant dç 1854, il avait été reçu membre 
de Ja Société de Botanique de France. De la sorte il 
devenait le collègue, avant sa mort, de tous les na- 
turalistes illustres avec lesquels il avait été en rap- 
port durant sa vie. 

Enfin, en dernier lieu , nous avons été témoin de 
ces acclamations enthousiastes et unanimes de l'asso- 
ciation médicale du département, qui le portèrent 
d'abord comme président provisoire de l'association, 
et plus tard comme son président honoraire. 

11 n'est pas indifférent de noter ici que la plupart 
des places occupées par M. Emmanuel Bonafos sont 
purement honorifiques, ne donnent absolument au- 
cun droit a une retraite. D'ordinaire , elles n'offrent 
k l'homme désintéressé qui les occupe d'autre avan- 



532 

lage qu'un redoublement de labeurs el d'efforts , et 
souvent , avec des envieux nombreux , force tracas 
de toute espèce. 

Assurément, si M. Bonafos n'avait eu des goûts 
simples et modestes, un caractère réservé, ses im- 
menses services, Je nombre de positions qu'il avait 
honorablement occupées, auraient dû appeler sur 
lui, de la part du Gouvernement , une distinction 
honorifique qui fût venue couronner toutes celles 
qui le recommandaient à tant de titres. 

Mais, soit oubli involontaire ou préoccupation, ou 
soit, qu'au milieu d'une foule se r vile et honteuse- 
ment courbée, on n'ait jamais distingué l'homme 
qui debout, attendait fièrement sans la demander 
l'étoile de l'honneur qui eût été si dignement placée 
sur sa poitrine, le ruban rouge n'a pas brillé à la 
boutonnière du vieillard méritant. 

Cette existence honorable et si bien remplie de- 
vait cependant près de son terme rencontrer quel- 
ques épreuves. 

Celui dont les services non interrompus de son 
grand père et de son oncle paternel en qualité de 
médecin en chef des hospices de Perpignan , réunis 
aux siens, présentaient une durée continue de plus 
d'un siècle, et les siens propres cinquante-trois ans 
dans les mêmes hôpitaux; celui qui pouvait se dire 
le Nestor des botanistes , le doyen des médecins de 
son département et probablement de la France en- 
tière, devait être frappé en 1848. 

En effet, le 4 mars de cette année, M. Bonafos 
fut suspendu : 

1* Du service de santé de la prison Sainte-Claire: 
— il avait été nommé chef de ce service en 1817 ; 



533 

2° De la conservation de la pépinière départemen- 
tale : — il administrait ce bel établissement depuis sa 
création y en 1819; 

3° des fonctions de médecin des épidémies: — il 
avait été nommé en 1828. 

Depuis lors il ne fut plus réintégré dans aucune 
de ces fonctions. 

Cette destitution ne provoqua chez le vieillard ré* 
signé ni surprise ni douleur. 

Si à cet égard il a jamais laissé échapper quel- 
que plainte, ce n'a élé que dans le cercle étroit de 
quelques amis et dans l'abandon des conversations 
familières; et encore était-elle tempérée par tout ce 
que la charité avait mis dans son cœur d'indulgence 
et de pardon. 

Quoique ses nombreuses occupations et ses de- 
voirs ne lui laissassent que de rares loisirs, M. Bona- 
fos trouvait cependant assez de temps pour se livrer 
à l'étude de la science et des lettres. La méditation 
était devenue pour lui un besoin nécessaire. Dans sa 
vie tranquille et de cabinet, il se nourrissait de la 
lecture des grands auteurs hippocratiques et arabes, 
pour mieux s'en pénétrer et pouvoir les comparer à 
nos auteurs modernes, dans les travaux desquels il 
était merveilleusement initié. 

C'est dans Hanemann qu'il avait étudié l'homéopa- 
thie destinée à ne faire que des dupes, et qui n'inspire 
que des roués charlatans. Ces cures miraculeuses 
qu'on nous apporte h grands frais de Marseille, nous 
les obtenons tous les jours sans bruit a Perpignan par 
une hygiène appropriée et opportune, et quelques 
fois aussi par l'adjonction de capsules les moins of- 
fensives du monde, l'amidon et la mie de pain' 



534 

La médecine du bon sens est à jamais inamovible, 
et il n'est au pouvoir d'aucun novateur d'en chan- 
ger les principes immuables. 

Gomme nous l'avons dit, M. Bonafos aimait aussi 
à étudier cette grande littérature de Rome et du siè- 
cle de Louis XIV, qui , riche de tant de chefs-d'œu- 
vre , doit rester pour tous les âges un objet de sur- 
prise et d'émulation, car tout y resplandit, tout y 
éclate en merveilles. Entre les classiques qu'il ché- 
rissait et relisait sans cesse avec plaisir, il faut men- 
tionner Virgile, Horace, Cicéron, Tive-Live, Pascal, 
Corneille, notre grand Bossue t. C'était comme le 
résumé des hautes branches du savoir humain : la 
poésie, l'histoire, l'éloquence. Il savait reconnaître 
dans les uns de suaves accents, dans les autres de 
pénétrants récits; dans ceux-ci des sentiments vcais, 
élevés pas l'impassibilité de l'âme jusqu'à la plus su- 
blime philosophie , et par le charme de l'expression 
au plus haut degré de puissance de la parole. 

C'est que ces immortels génies étaient accommodés 
aux allures tempérées et discrètes de sa pensée. 

Sans cesse occupé des travaux de l'esprit , souvent 
retiré dans son silencieux intérieur , on conçoit aisé- 
ment que M. Bonafos ait beaucoup écrit. Aussi, 
laisse-t-il de nombreux travaux inédits, qui deman- 
deraient à être coordonnés pour être livrés au public. 

Parmi d'excellents mémoires sur différents sujets 
d'histoire naturelle , nous avons rencontré une rela- 
tion intéressante d'un voyage de Perpignan à Paris, 
entrepris en 1 793. Ce récit plein de péripéties bi- 
zarres, burlesques et sérieuses tout à la fois, laisse 
percer à chaque page l'entrain du jeune homme, 
la touche et l'art d'un coloriste délicat, d'un maître 



535 

exercé , et la prudence commandée par les circons- 
tances de l'époque. 

Nous avons encore lu de lui quelques jolis vers où 
pétillent la verve et l'harmonie , et portant l'em- 
preinte de la bonne école et d'une morale de bon 
aloi. 

Tous ses écrits enfin sont sages et purs: le style en 
est sévère , convenable et poli , d'une correction mo- 
dèle. 

Sa conversation enjouée était agréable, parsemée 
sans cesse de traits d'esprit, d'anecdotes attrayantes, 
narrées avec sel et toujours à propos ; ses manières 
naturelles et de bon ton laissaient bientôt percer 
l'homme bien né, et appartenant à cette ancienne so- 
ciété française que nous avons le regret de voir tous 
les jours s'en aller. 

Après avoir considéré le savant et l'homme de let- 
tres, étudions un peu l'homme privé. 

Mous ne craignons pas d'avancer que le caractère 
du docteur Bonafos était un heureux mélange de 
douceur et de droiture. Son regard bienveillant, son 
front uni, son visage toujours souriant, faisaient de 
lui comme l'apparition visible, la personnification de 
] amitié, et s'il est permis de s'exprimer ainsi, une 
sorte d'incarnation de mansuétude et de bonté. 

Rien n égalait surtout sa modestie. Et , ici , je ne 
veux pas parler de cette fausse humilité qui n'est 
que la quintessence de l'orgueil; mais cette rare 
vertu qui veut qu'on n'exagère pas tout ce qu'on dit 
et tout ce qu'on fait, mais qui nous engage à recon- 
naître et à avouer le mérite d'aulrqi, quelquefois 
même à lui servir d'organe. 

Dans notre profession, il est des instants où Ton a 



536 

besoin de s'oublier el de ne pas offenser : c'est quand 
une santé chère, menacée, appelle le secours de la 
science réunie. Soit alors que la gravité du mal as- 
sombrisse la parole , soit que la diversité des doctri- 
nes et des jugements, ajoutons l'ardeur des rivalités 
et des vanités jalouses, puisse donner à l'expression 
de notre opinion une teinte d'acrimonie ou un ca- 
chet de personnalité , M. Bonafos montrait toujours 
l'urbanité de l'homme à travers le savoir et l'expé- 
rience du médecin ; préférant la persuasion au 
combat , souffrant quelquefois de Terreur des au- 
tres , quand personne n'avait à souffrir de la 
sienne. Aussi, le dénigrement, cette ombre qui 
suit le mérite, la critique elle-même qui souvent 
blesse si douloureusement , s'arrêtèrent devant lui : 
il les avait vaincus par son abnégation et sa placi- 
dité. 

Un autre trait distinciif dominait encore dans cette 
nature privilégiée : c'était la charité. Avec quelle 
régularité il l'exerçait à l'égard des pauvres; avec 
quel bonheur aussi il la déployait dans la pratique 
de son art, qui semble incomplet s'il ne prépare et 
n'accoutume à la commisération ! Et lorsqu'il l'avait 
exercée sans bruit, sa physionomie s'illuminait de 
joie, et le sentiment du bien qu'il avait fait rafraî- 
chissait son âme. 

Sa maxime était de chercher le bonheur en faisant 
le plus de bien possible. 

Dès sa plus tendre enfance , naturellement acces- 
sible aux idées et aux impressions religieuses, il avait 
senti, sous la tendre et pieuse direction de sa mère, 
se développer en lui une foi de plus en plus vive. 
Cette foi ne l'abandonna jamais, ni pendant les an- 



537 

nées ardentes et tout ensemble insoucieuses de la 
première jeunesse, ni au sein du discrédit presque 
universel qui, à la fin du dernier siècle et au com- 
mencement de celui-ci, s'attachait à toute pensée, 
à toute croyance, h tout acte ayant la religion pour 
objet ou pour principe. Cette foi n'avait cessé de 
s'affermir continuellement en lui, et par la lecture 
assidue des livres saints et par les enseignements con- 
tinuels de la vie. 

Les sentiments du bon chrétien, il ne dut donc 
jamais les ranimer, et il n'eut pas besoin de les appli- 
quer à la période de décadence de ses forces. Lors- 
qu'il sentit que le terme de ses jours approchait 
(mieux qu'un autre il pouvait les mesurer et les 
compter), il ne s'occupa plus que de pensées graves 
et il attendit. A voir cette physionomie tranquille où 
ne s'étendait aucun voile de tristesse et d'appréhen- 
sion, où parlait la bienveillance et l'affection pour 
ses enfants et tous ceux qui l'entouraient; à voir 
cette empreinte de béatitude anticipée du juste qui 
va de la terre à Dieu , on reconnaissait que c'était 
Dieu lui-même qui allait se charger d'acquitter, par 
une belle mort, la dette de reconnaissance du pau- 
vre, la dette de reconnaissance de la cité. 

Quand approcha le moment suprême, M. Bonafos, 
qui déjà avait mis ordre à ses affaires domestiques, 
se sentit grandir. Le Miserere et le Christ sur les lè- 
vres, il arriva par degrés à cet état de résignation et 
de sainte volupté où lame n'a plus d'autres désirs 
que l'ordre de la Providence, d'autre résignation que 
la prière, se séparant par elle des bruits expirants 
du monde qui fuit. Placé dans cette sphère inacces- 
sible aux angoisses comme aux affections de l'huma- 



538 

ni té, conservant toute la sérénité de l'espérance, il 
s'éteignit le sourire sur les lèvres, confiant en ua 
bon père et peu soucieux du réveil *. 

Le jour de ses obsèques, j'ai vu , non pas de sim- 
ples signes de douleur sympathique ; mais j'ai vi» 
courir, parmi la foule attendrie, cette douleur pro- 
fonde et saintement contagieuse, qui l'avertiss*i% 
qu'un homme de bien lui était ravi; j'ai vu surtout, 
rangés en longues files respectueuses, les pauvre» 
qui venaient saluer encore une fois celui qui, cou* 
ronné en ce moment d'estime et de vertus, avait été 
pour eux une sorte de représentation divine, car lui 
aussi avait su consoler et guérir. L'homme de loisir 
y coudoyait l'homme de peine; le riche, l'indigent , 
le noble, le plébéien, tous les visages étaient abattus 
et mouillés de larmes. C'est que cette mort était une 
calamité publique, comme elle sera à jamais un su- 
jet de deuil pour les nombreux amis du défunt. 

Quelques adoucissements peuvent cependant être 
apportés à ces regrets unanimes. En effet , rien n'a 
manqué k celui que la mort elle-même avait craint 

1 Non-seulement nous n'avons jamais compris l'athéisme cbe* le véri- 
table savant, mais nous soutenons que le vrai savant ne peut être irréligieux. 

Toutes les vérités sont solidaires, parce qu'elles dérivent toutes du même 
principe qui est Dieu. Toute science dont le dogme ne remonte pas jusqu'à 
ce principe est, par cela même, sans moyen de synthèse et ne peut se cons- 
tituer; lorsqu'elle a poussé son travail analytique jusqu'à son dernier ter- 
me, elle se trouve réduite à néant. 

La foi grandit la science , comme la science fortifie la foi : j'en appelle 
aux saint Thomas, aux saint Paul, aux saint Augustin, à nos Pascal , à 
nos grands Bossuet, etc. 

C'est au siècle où les grands hommes se faisaient petits par leur ingé- 
nuité religieuse, qu'ont eu lieu les plus immortelles découvertes, celles 
qui ont bouleversé la face du monde entier, la poudre à canon, la boussole 
et l'imprimerie. 



539 

de marquer de son redoutable sceau. Oui, rien 
ne lui a manqué , ni le mérite des services publics, 
ni l'attrait des exercices littéraires , ni la conti- 
nuité des bienfaits , ni l'auréole des vertus domes- 
tiques, ni le bonheur du foyer, ni la consécra- 
tion de la foi : aussi , nous en avons la ferme con- 
fiance , dans l'appréciation de la vie et de la mort de 
leur père, ses enfants, dignes héritiers de ses bril- 
lantes qualités et de ses vertus , conserveront la mé- 
moire de ses travaux, de ses services et s'efforceront 
de les imiter. 

Ah ! puisse l'exemple paternel être k la fois leur 
règle et leur force ! Qu'il les confirme dans leurs de- 
voirs et les soutienne dans leurs épreuves que, jeunes 
encore , ils sont appelés à subir ! Qu'il leur inspire en 
même temps la sévérité et la justice, la patience et 
l'amour du prochain ! Qu'il les anime aussi dans la 
culture des lettres qui ennoblissent nos loisirs, élè- 
vent notre intelligence, tempèrent nos amertumes, 
peuplent et consolent les mornes solitudes du 
cœur ! ! ! 

Louis FauHe, 

Docteur-Médecin, Membre résidant. 



540 



LE DONJON DE LA. CITADELLE DE PERPIGNAN, 

Par M. JOSEPH BurVElt, Membre rendant. 



Ce donjon, bâti eu 1277, sous Jacques 1 er , et 
fermé dans l'enceinte de la citadelle dont il forme 
la partie culminante , est vulgairement appelé le 
château des rois de Majorque. C'est là que ces rois lo- 
geaient lorsqu'ils venaient dans la capitale du vieux 
fioussillon. Primitivement il était entouré de jardins, 
de vergers et de prairies *. Plus tard , sous la domi- 
nation aragonaise , il était appelé le château Royal. 

C'est un ouvrage carré, composé de huit tours 
aussi carrées: on remarque à Tune d'elles un dextro- 
chère ■ , et , au centre de la cour , une belle et 
grande citerne. 11 a été successivement entouré de 
fortifications par Jean I er , roi d'Aragon, Louis XI, 
Charles-Quint, Philippe II et Vauban. Il renferme 
de vastes magasins, des casernes que les siècles avaient 
dégradées et qui, de nos jours, ont été réparées et 
ont reçu d'importantes améliorations. On y remarque 
une salle d'armes magnifique, un puits de 40 mè- 
tres de profondeur 3 , et une chapelle qui présente 

1 Ces propriétés étaient arrosées par les eaux du ruisseau de Thuir, qui 
y étaient amenées au moyen d'une machine hydraulique appelée Nerim. 

2 La msjn en pierre était armée d'une épée, qui fut enlevée en 4795. 

3 Ce puits a 8 mètres 6 centimètres de circonférence et 40 mètres de pro- 
fondeur, depuis son ouverture jusqu'au fond des eaux : il est alimenté par 
une source très abondante. 



541 

extérieurement , dans ce qui a échappé aux coups du 
vandalisme révolutionnaire et aux ravages du temps, 
les caractères de l'architecture dfe l'époque de sa 
construction 1 . 

Cette chapelle est double , c'est-à-dire qu'il sen 
trouve une au rez-de-chaussée , située précisément 
au-dessous de celle qui nous occupe. La supérieure 
fut d'abord sous l'invocation de la Sainte-Croix , et, 
après la conquête des Français, en 1642 , sous celle 
de Sainte-Florentine ; la souterraine semble n'avoir 
jamais servi à célébrer les saints mystères , car elle 
est dépourvue de tout ornement tant extérieure- 
ment qu'intérieurement y et a plutôt l'aspect d'une 
prison. 

La chapelle principale , qu'éclaire du côté du nord 
un œil-de-boeuf orné d'un trèfle percé à jour , n'est 
pas de niveau avec le plan des appartements du pre- 
mier étage; la porte d'entrée est sous une galerie 
couverte , ayant pour soutien , en partie des piliers % 
en partie des portiques en ogive, et k laquelle on 
parvient du pavé de la cour par deux larges escaliers 
latéraux , en pierre , de 33 marches chacun et gar- 
nis de rampes en fer : l'un, à droite, conduisait 
aux appartements du roi, l'autre, à gauche, à ceux 
de la reine. Arrivé sous la galerie, l'on doit encore 

1 Voyex dam le Voyagé pittoresque et romantique demi ta France ancienne et 
modem* , la description de la porte de cette chapelle. 

En -1856, les reliques de sainte Florentine, native de Cartfaagène, en 
Espagne , ont été transportées , en procession , a l'église Saint-Jean , de 
Perpignan. 

3 Ces piliers ont été construits en 4747, et ont succédé aux pirtiques en 
ogive, détroits sans doute par le temps, qui faisaient suite à ceux qui 
xistent encore, et qui sont asseï bien consertés. 



542 

franchit \ 7 marches pour atteindre la chapelle. Le 
clocher, de forme carrée, tout bâti en pierre de 
taille, s'élève assez haut au-dessus des édifices qui 
l'environnent. Il est surmonté d'un belvédère de cons- 
truciion moderne d'où la vue s'étend au loin : on y 
jouit d'un très beau coup-d'oeil. 

C'est dans ce château que mourut Philippe-le- 
Hardi ' , que naquit Don Ferran de Majorque * , que 
Faîne des enfants de Jacques d'Armagnac, duc de 
Nemours, décapité à Paris le 4 août 1477', trouva 
une prison et la mort , et que se réfugia Tanti-pape 
Pierre de Luna , connu sous le nom de Benoit XIII, 
alors qu'il était poursuivi parla colère de Sigismond, 

1 On tait comment la Sicile fut inondée du sang des Français en 4282 
(vêpres sicilien/net). « Pierre III, roi d'Aragon, voulant dépouiller Charles 
« d'Anjou, avait eu beaucoup de part au complot qui produisit le massacre. 
« Le pape Martin IV, Français et ami de la France, excommunia le prince 
« Aragonais , lui ôta sa couronne par une bulle , et la donna à Charles de 
« Valois. Une croisade fut publiée pour l'exécution de cette sentence. » 
(Millot, Histoire des Troubadours, tome III.) 

Jacques I er , roi de Majorque et du Roussillon, se rangea du côté de 
Philippe-Ie-Hardi. En 4285, le prince Français entra en Roussillon. L'his- 
toire a dit les malheure qu'il éprouva dans cette croisade : en 4286, il 
mourut à Perpignan. 

* Voyez la vie de ce prince , 9 mt Bulletin des travaux de la Société des 
Pyrénées-Orientales , page 576 et suivautes, par M. Renard de Saint-Malo. 

3 a Jamais exécution ne se fit avec tant d'appareil. Nemours fut conduit 

• au supplice sur un cheval couvert d'une housse noire $ on tendit de noir 
« la chambre où il se confessa; on fit un échafaud neuf, quoiqu'il y en eût 
« toujours un subsistant, et l'on mit dessous les enfants du coupable, afin 

• que le sang de leur père coulAt sur eux... » (Bis t. de Louis XI, par DoclosJ 

m Boffil-le Juge obtint de Louis XI que l'aîné des enfants du duc de Ne- 
« raours (Jacques d'Armagnac) fût enfermé dans le donjon de la citadelle 
« de Perpignan, où il mourut quelque temps après d'une contagion , sans 
« qu'on songeât a le tirer de sa prison ni à prendre soin de lui. » ( Jftttotre 
det Ducs de Bourgogne, par M. de Baratte.) 



543 

et déclaré schismatique aux conciles de Pise et de 
Constance 4 . 

L'empereur Sigismond, suivi de sa cour et entouré 
d'une bonne escorte , fit son entrée k Perpignan le 1 9 
septembre 4415; il établit son logement dans le cou- 
vent des Grands-Carmes. 11 eut une entrevue au 
château avec Pierre de Luna, en présence de Ferdi- 
nand I er , roi d'Aragon et de sa famille, du fils du 
roi de Navarre , des comtes de Foiz et d'Armagnac , 
d'un grand nombre de prélats et de gentilshommes. 
Il l'invita à se désister de la papauté et'à faire cesser 
le schisme qui désolait l'Église. Ne pouvant vaincre 
son obstination , il le menaça de toute sa colère. L'an- 
ti-pape, effrayé, s'échappa pendant la nuit, s'em- 
barqua à Coll ioure, et fut se réfugiera Péniscola, non 
loin de Valence, en Espagne, où il mourut en 1424, 
à Fàge de 90 ans. 

Le donjon des rois de Majorque est pour les Rous- 
sillonnais un monument qui leur rappelle des souve- 
nirs glorieux se rattachant k leur histoire, et il est à. 
regretter que la teinte que les siècles avaient déposée 
sur ses murs extérieurs, et qui décelait son origine , 
ait disparu sans retour, en 1854, sous une vulgaire 
crépissure. 

1 Pierre de Luna célébra lin concile à Perpignan. L'ouverture se fit dans 
la chapelle du château , et les autres sessions eurent lieu è l'église du cou- 
vent de Saint-François. 

V Anti-Pape qui, en quatorze jours, avait été ordonné Prêtre, nommé 
Evéque et couronné Pontife, fuyant le maréchal de Boucicaut, qui le pour- 
suivait en Provence, aborde à Collkrare, prend terre sous la tour du Porf- 
rf'Atrei, et se loge avec sa nombreuse suite au château , d'où il part le 26 
juillet 1408 pour Perpignan ( Cariulaire de CoUûmê). 11 arrive dans cette 
ville, et sur l'invitation de Martin , roi d'Aragon , il établit sa résidence 
au donjon. 



54+ 



NOTICE SUR LÀ FONDATION 

DE L'HÔPITAL SAINT-JEAN, DE L'HOSPICE DE LA MISÉRICORDE 
ET DU DÉPÔT DE CHARITÉ DE PERPIGNAN, 

Par M. JMEPH SlBVEM, membre résidant. 



• Pour fonder les hôpitaux et pour les desservir, 
« il fallait une vertu que le paganisme , dans ses 
«créations les plus ingénieuses, n'a pas même 
«entrevue, la Charité. C'est a cette vertu tonte 
« chrétienne qu'on doit ces fondations. » 

(De Wattevillb, inspecteur-général des éta- 
blissements de bienfaisance. — Rapport au MinUtrc 
de l'Intérieur ^^7.) 



HÔPITAL SAINT-JEAN. 



Arnaud Gausfret, régent du comté du RousstUon, 
s'intitulant Comte par la grâce de Dieu, fonda cet 
hôpital, pendant la minorité de son neveu, pour 
la rémission de ses péchés. 

1116. — Dans l'acte rédigé par Duran , prêtre , en 
l'absence d'un notaire, le 2 des ides d'avril 1116, il 
en offre l'hommage à Jésus-Christ et à la Vierge 
Marie , et déclare que quiconque s'aviserait de con- 
trefaire ou de détruire la donation des lieux et ter- 
res qu'il fait pour l'accomplissement de cette œuvre 



545 

uniquement consacrée aux pauvres, encourrait la 
colère de Dieu et serait excommunié '• 

1148. — Gausfret 111, comte titulaire, devenu 
majeur , ratifia les largesses de son oncle; fit de nou- 
veaux dons avec Girart,*onfils, en 1148, et accorda 
de grands privilèges à cet établissement charitable. 

1266-1431. — Le 4 des ides de mai 1266 , Don 
Jacques, surnommé le Conquérant , céda aux consuls 
et aux habitants notables de la ville de Perpignan, 
le patronnage et les revenus de l'hôpital Saint-Jean, 
appelé primitivement Saint-Biaise, ainsi qu'il est 
énoncé dans une charte déposée aux archives (1 re 
liasse, n° 14 *.) {Livre vert mineur, folio 32, et 
Livre vert majeur, folio 52. ) — Ils en conservé- 

1 L'hôpital était desservi alors par un commandeur et six moines hospi- 
taliers; quatre sœurs de charité étaient chargées de soigner les malades, 
ainsi qu'il conste du règlement qui, en exécution du décret de Don Sanche, 
roi de Majorque, du 5 des ides de mai 4343, fut confirmé par les Consuls 
de Perpignan aux calendes de juin de la même année. Les hospitaliers 
étaient extraits au sort à la maison consulaire. L'administration de l'hô- 
pital , qui était entre les mains des Consuls, s'y est conservée jusqu'en 
Tannée 1746, où Ion établit un bureau composé de vingt-quatre directeurs, 
à la tête desquels étaient l'Evéque d'Elne et les Consuls. 

Le 26 juillet 4779 , il fut fait une convention entre le bureau de la Maison 
de la Providence, à Mécon , et la commission administrative de l'hôpital, 
far suite de laquelle six sœurs de la Congrégation du Saint-Sacrement 
furent envoyées a cet hôpital pour le service des malades; et par un, traité 
du 45 avril 4840, approuvé par M. le Ministre de l'Intérieur le 25 juin 
de la même année, les sœurs hospitalières de la Maison du Saint-Sacrement, 
dont le siège est à Perpignan , . ont été chargées du service intérieur de 
l'hôpital Saiut-Jean et de l'hospice de la Miséricorde. 

2 Dans les archives de l'hôpital Saint-Jean (liasse 55) existe nn document 
«Tune grande importance historique. Cest an legs fait par an particulier 
nommé Raraon Guiraudi , pour l'œuvre du pont de pierre sur la Tel, « 
Perpignan (4495). C'est le plus ancien monument écrit où il soit question 
de ce pont. 

On y trouve encore deux titres , en langue catalane, constatant que let 

35 



546 

vent l'administration» , eu agrandirent l'enceinte, 
et firent construire, le 3t octobre 1431 , la fontaine 
qui jaillit au milieu de la coor *. 

1696. — Par édit de Lonis XIV, donné à Fontai- 
nebleau, en 1696, enregistré au Conseil-Souverain, le 
26 novembre même année, les revenus des léprose- 
ries ou hôpitaux de Saint-Lazare de Jérusalem, exis- 
tant dans le Roussillon y furent unis à ceux de l'hô- 
pital Saint- Jean. 

À la suite de cette union , dix-sept communes ont 
aequis le droit d'envoyer leurs malades indigents à 
•cet hôpital, 

Savoir : Àrgetès-sur-Mer, Banyuts-dels-Aspres, 
Baixas, Claira, La Perche, Mil las, Palau-del-Vidre, 
Pia, Saint-Cyprien , Saint-Féliu-d'Avall , Saint-Hip- 
polyte, Saint-Jean-Pla-de-Corts, Saint-Laurent-de-la- 
Salanque, Sainte- Marie-la-Mer, Torreilles, Truillas, 
Villelongue-de-la-Salanque. 

Ces hôpitaux furent réunis à l'hôpital Saint- 

rerenus de la fille de Perpignan , ont été affermés toi enchères publiques, 
]e 50 septembre -1587, pour l'espace de dix ans et vingt-cinq jours, nos 
ajeors Guillaume Fabre , marchand, et Guillaume Colora, changeur» an 
prix de 4 .694 livres catalanes 8 sols 2 deniers et I maille. 

» La source de rette fontaine est an fond d'un ancien puits, appelé ataft 
gffm, confirait a Tune dea extrémités de la Tille. L'eau en est conduite 
d'abord par on canal particulier, avec sonpiram de distance en distança* 
Après un asses long trajet, elle vient aa mêler a celle que la Tille de Perpi- 
gnan amène de l'extérieur a sea frais an réseivoir d'une fontaine publique 
aommée Font-ffova, et là, ces eaux confondues , sédiment, savoir : une 
partie s'échappe et sert pour les habitants, une antre Ta ans locaux de l'an- 
cien monastère de SainUSauveur, et Je reste, destiné au besoins de la ville 
ai de l'hospice, continue de couler par nn tuyau ayant aussi dea soopiraus, 
jusqu'à la fontaine Km ftaearrfs , où elle ae partage nna dernière faia entra 
les habitants qui viennent puiser & cette fontaine et l'hospice de la Miaért* 
eorde» nu In reçoit dene sea locaux an moyen d'un annal 



547 

Jean, k la charge par ce dernier de recevoir les ma- 
lades pauvres desdits lieux et de satisfaire aux prières 
et services de fondation dont étaient tenus les biens 
des maladreries. 

Déjà, le même monarque, par lettres-patentes du 
21 janvier 1681 , avait fait don à l'hôpital des droits 
de main-morte jusqu'à concurrence de f 0.000 pisto- 
les (100.000 fr ) sur les fonds de fondation, legs, etc. 

De nombreux bénéfices furent fondés en sa faveur 
par bulles des papes Innocent IV, Benoît XIII (anti- 
pape, Pierre de Luna), Alexandre VI, Léon X, 
Paul III, Sixte V, Clément X, Innocent XI, Inno- 
cent XII. 

Des indulgences et des privilèges lui furent aussi 
accordés par les abbés de nos principaux monastères, 
les gouverneurs de la province et les évéques d'Elne, 
qui l'avaient mis sous leur protection spéciale. 

Gérart II, dernier comte du Roussillon, les rois 
d'Aragon 1 , de Majorque, d'Espagne et de France, 
imitèrent leurs prédécesseurs : aux munificence* 

i Par lettres patentes da 45 janvier -1450, données à Perpignan, la 
reine Dona Maria d'Aragon , accorda à l'hôpital le droit d'avoir des quê- 
teurs dans toutes les églises de cette fille et de la province. Ces quêteurs 
jouissaient de grands privilèges. Déjà, par sa bulle de Tan 1428, Jean ll y 
évêque d'Elue, avait permis aux hospitaliers de quêter dans toutes les 
églises de son diocèse, et accordait des indulgences aux personnes chari- 
tables qui feraient des dons et des aumônes a l'hôpital Saint- Jean. 

Entr'autres privilèges accordés a l'hôpital Saint-Jean , il en est un qui 
mérite d'être connu. 

Philippe II, roi d'Espagne, sceordo, le 49 aout'4587, un privilège par 
lequel il est ordonné qu'il ne pourra être représenté aucune comédie à 
Perpignan, sans qu'au préalable elle n'ait été soumise à la censure du Com- 
missaire de l'Inquisition ; il y est ordonné, en outre, qu'une portion de la 
recette de la représentation des comédies ainsi approuvées , devra être réser- 
vée pour les pauvres de l'hôpital (liasse 5, n° 21}. 



548 

royales se joignirent et se sont joints encore dans ce 
siècle des legs faits. par des personnes pieuses et cha- 
ritables qui , en donnant à cet hôpital la faculté de 
recevoir un plus grand nombre de malades, ont aug- 
menté ainsi le patrimoine des pauvres. 

L'hôpital Saint-Jean était situé au local où est éta- 
bli l'hospice de la Miséricorde. Le 1 er janvier 1809, 
les malades furent transférés à l'établissement qu'ils 
occupent de nos jours. Cette translation fut approu- 
vée par un décret de S. JJ4. l'empereur et roi , donné 
à Compiègne, le 8 avril 1810. 

L'hôpital, grâce.à la commission éclairée qui l'admi- 
nistre, a reçu d'importantes améliorations, tant sous 
le rapport du bien-être du personnel, que sous celui 
de l'agrandissement et de l'assainissement des lo- 
caux. 

CHARTE DE FONDATION DE l'bÔPITAL SAINT-JEAN 

DE PEBPICNMf. 

In t)ei nomine, ego Àrnaldus , gratiâ Dei Cornes Russiliooi , el 
Petrus, Vicanus Perpeniaoi , propria nostra bona et spontané* vo- 
Innlaie , nt Deus dimitat nobis omnia noslra delicta , sumus don*- 
tores Deo Omnipotent! et sanctae Mari» Dei Genitricis , et omnibus 
Sanclis Dei , terrain et locum , ad facere mansiones , ad honorent et 
Jaodem DeietDomini nostri Jesu-Chrisli, et hospitalem ad procurare, 
et reereare, et consolare, et visitare pauperes Chris ti. Est anlem 
prasdictus locus et terra in oomilatu Rossilioni, infrà fines et terminos 
de villa quae vocant Perpeniano, prope Ecclesiam Sancti-Joannis. 
Affrontât namqne praedicta terra et locus , de parte altano , in moro 
cellariae, obi est sita Ecclesia Sancti-Joaunis. De parte circio affron- 
tât in manso Remundî Seniofredi qui fuit condam. À merîdie, 
afrontat in via quae pergit ad Ecclesiam Sancti-Joannis. Ab aquilone, 
afirontat in flmnen quae vocatur Tet. Quantum includont jam dictas 
afrontaciones de jam dicta terra ut locum 9 sic donamus Omnipo- 
tent! Deo et pauperes cjus, cùm (exiis et regressiis), et cnm 



549 

sois terminas, et cum omnia in se habencia , sine engan, et sine ulla 
resenratione. Non propter alium locram, sed propter amorem Dei. 
Rogamos et postulâmes nobiles homines jam dictas villa; Perpétuant» 
paaperes et médiocres, magnoset minimos, et omnes Christinnos e* 
omnibus partibus , ut omnes adjuvent , et propter hoc habeant par* 
tem et haereditatem in regno Christi et Dei. Quod si ulla persona 
masculini ut feminini generis surrexerit contra hanc scripturam do- 
nationis, frangere ant dirrumpere Tolaerit, in ira Omnipotentis 
Dei incarrat, et à limînibus sanetc Dei Ecdesiae eicommonicatus 
permaneat , et cum Juda traditore partîcipatio fiât , et in hoc saxulo 
benè nunquàm babeat. Facta est scriptura donationis , î idus aprilis, 
anno millesimo centesimo 16 Incarnationis FiliiJDei, régnante Led- 
vico Rege in Francia. 

Sig*f*m àbnaldus Gaufbeoi , gratiâ Dei Cornes , qui hanc cartam 
donationis fieri fecit, et testes firmare rogavit. — Sig-fm Pethgs 
Abnaldi, Vicarius.— Sig-f-m Jacobi. — Sigf m Giles-Bebnabd Gasal. 
Sigf m Joahwes Peregbmus. 

Dubandus, Sacerdos rogatus , scripsit hanc scriptoram cum supra 
scriplis litteris in iinea 13, die et anno praefiio. 



HOSPICE DE NOTRE-DAME-DE- MISÉRICORDE. 

On lit dans un manuscrit en langue catalane, dé- 
posé h la bibliothèque publique de Perpignan (ma- 
nuscrit de Cros) : 

1637. — «Dans le mois de mars 1637, il s'agissait de 
« mettre à exécution l'établissement d'une maison de 
« Miséricorde. Le Conseil-Géuéral fut assemblé. 11 fut 
« donné pouvoir aux consuls et à la douzaine d'ache- 
ater une maison et de régler tout ce qui serait né* 
«cessaire: en effet, la maison fut achetée, éton 
«en prit possession après y avoir placé la croix. 

« Le 3 avril suivant, les consuls et plusieurs prê- 
te très, particulièrement le sacristain Joseph Joallar 
« et le docteur Sola, qui étaient les élus du bras ee- 



550 

« clésiaslique pour l'exécution de cette œuvre, et 
ce plusieurs autres personnes de toute condition , 
«commencèrent à faire, h cet effet, une quête qui 
«fut très abondante en argent, en objets d'habille- 
«ment, en denrées et en mobilier pour garnir la 
«maison.» (Traduction littérale ) 

1686. — Cet établissement qui, quarante ans après 
son ouverture, n avait qu'une existence nominale , 
fut réorganisé et fondé définitivement, par édit de 
Louis XIV, du mois d'avril 1686, sur des bases plus 
larges, plus en harmonie avec les exigences du siè- 
cle. 11 fut destiné à recevoir les mendiants, les or* 
phelins et les enfants abandonnés du Roussi lion, de 
la Cerdagne et du Capcir, trois divisions qui , avec 
une partie du Languedoc, forment, depuis 1790, le 
département des Pyrénées-Orientales. 

Le rèi chargea, de l'exécution de son œuvre, mes- 
sire Raymond de Trobat, conseiller en ses conseils , 
président au Conseil-Souverain du Roussillon, inten- 
dant de justice, police, finances et fortifications des 
places dudit pays, et des armées de Sa Majesté en 
Catalogne. 

Dans son édit, Louis déclare formellement qu'à 
entend être le protecteur de cet hospice qui ne sera pas 
dépendant de son grand-aumônier ni d'aucun de ses of- 
ficiers. Il en confie la régie et l'administration aux 
consuls de Perpignan et aux deux premiers adminis- 
trateurs qui se trouveront en exercice au moment de 
son ouverture; et pour soutenir cette réorganisation, 
il accorde des droits sur les boucheries de toute la 
province, et unit à l'hospice les deux tiers des re- 
venus de tous les hôpitaux du diocèse de Perpignan 
et des lieux de Capcir et de Cerdagne française, à 



Yexce pi im de celui de SainbJean 9 qui stri et servi 
toujours pour recevoir et traiter les malades de maladie 
formée, mime ceux de la Miséricorde '• Il permet qu'on 
lui fasse clos dons et des legs, el lui accorde une foule 
de privilèges. Mais ansst il défend la mendicité, car 9 
dit-il, elle est souvent fille de la paresse et engendre tous 
les vices. 

L'ouverture de Notre-Dame-de-Miséricorde fut 
précédée d'une procession où figurèrent 360 pauvres 
habilles proprement de drap bleu, et où se trouvé* 
rent l'illustrissime et révérendissitne Louis de Mont* 
raaur, évéque d'Elne, tout son clergé, ainsi que 
les magistrats, h la tête desquels étaient d'abord haut 
et puissant seigneur François de Alonète , comte de 
Cbaseron, gouverneur de Brest, lieutenant»général 
des armées do roi et de la province du Roussi II on; 
messire Raymond de Trobal; l'illustre Bonaventure 
Cabaner, doyen des chanoines d'Elne; et ensuite le 
sieur Soler-et-Maymir, premier consul de la ville de 
Perpignan; Don Alexis de Senisterre et de Sainte- 
Eugénie, ancien intendant ; et les administrateurs de 
l'hospice, qui étaient alors Don Joseph de Trobat, 
conseiller du roi en ses conseils, abbé de l'église de 
La Real, Don T. d'Ouïs, les sieurs Florence Castillet, 
Biaise Miffre, orfèvre, Joseph Trilles et Jacques 
Boutes, marchands. 

Le concours du peuple fut très grand; tout le 
monde louait Dieu , et des cris de : Vive le roi 1 se 
firent entendre tant que dura la procession. 

«38-1739. — Pendant l'hiver de 1738 à 1739, et 

1 Cette union ne produisit qu'au bien minime résultat : l'hôpital dllle, 
le seul qui avait store un revenu annuel de 5.066 francs, refusa d'en verses: 
la tiers s la caisse de la Miséricorde. 



552 

par suite des mauvaises récoltes, le nombre des men- 
diants augmenta dans la province. Ils se rendirent en- 
fouie a Perpignan où des secours de toute nature leur 
paraissaient plus assurés. A cette calamité se joignant 
des perles considérables éprouvées déjà, en 1723, par 
la maison de Notre-Dame-de-Miséricorde *; cet établis- 
sement, privé aussi du secours annuel que lui faisait 
le roi , à cause des guerres que le monarque eut à 
soutenir, se vit obligé de ne pas recevoir les pauvres 
qui affluaient à sa porte ; il dut même renvoyer ceux 
qu'il entretenait dans son sein, ne pouvant les nour- 
rir ni les vêtir : ils couchaient jusqu'à sept dans lé 

même lit. Il n'y resta que 200 enfants des deux sexes, 
et encore, pour les faire subsister convenablement , 

fallut-il avoir recours à la charité publique. 

Dans cette circonstance, MM. de Jallais, inten- 
dant, et d'Àguillar , l'un des administrateurs, firent 
de nombreux sacrifices pour soutenir l'œuvre chari- 
table de Louis XiV. 

Monseigneur de Gouy, évéque d'Elne, et M. le 
maréchal de Mailly, ont aussi laissé à la maison de 
Notre-Dame-de-Miséricorde des souvenirs impérissa- 
bles de bienfaisance. 

1778. — Le 16 avril 1778, par contrat retenu par 
M e Rivière, notaire à Paris, M. le maréchal de Mailly 
fonda à Notre-Dame-de-Miséricorde douze places affec- 
tées à perpétuité à douze pauvres garçons de la ville 
de Perpignan, à prendre trois dans chacune des qua- 
tre paroisses et à choisir par les curés respectifs. 11 
dota cette fondation de la somme de 18.000 fr. Il n'en 

1 La Miséricorde fit alors une perte de 57.880 francs (somme énorme à 
cette époque) sur des billets de la banque de Law. La banqueroute de cet 

tatrig.int fut fatale à notre hospice. 



553 

versa que 12.000, les autres 6.000 devaient être payés 
après son décès 1 . 

1783. — Le 27 février 1783, Monseigneur de Gouy 
d'Avrincourt fit son testament (M« Jaume, notaire,) 
il est ainsi conçu : 

«Je nomme et institue pour mes héritiers les pau- 
Kvres de mon diocèse à désigner par mes exécuteurs 
«testamentaires, que je prie d'avoir soin de faire 
«prier pour le salut et repos de mon âme, et qui 

1 Ce dernier paiement ne pat avoir lieu, M. de Mailly étant mort sur 
l'échafaud révolutionnaire. 

Les enfants de Nolre-Dame-de-Miséricorde, en 4778 , étaient habillés de 
gros drap gris, avec les parements de drap bleu ; les douze pauvres de M. de 
Mailly portaient sur leur habit un petit médaillon représentant les armes 
du bienfaiteur, et leurs parements étaient de drap rouge. Leur nourriture 
consistait en féverolles, haricots et pain bis; ils ne mangeaient de la viande 
que lors des grandes fêtes; ceui occupés à un travail de fatigue, ou qui 
apprenaient an état, recevaient seuls une portion de vin par repas. 

« A Metsienre te$ Administrateurs de l'Hapice de Notre-Dame-de-Miséricorde, 

à Perpignan. 

«Paris, le -I « r mai 4786. 

« Les sentiments, Messieurs, d'intérêt et d'attachement que vous m'avez 
« inspirés envers un hospice , dont vos soins respectables font le soutien et 
« le bonhenr, ont été le principe des secours que j'ai cru devoir vous offrir; 
« et je n'ai pu qu'être inGniment sensible aux témoignages que vous m'en 
« avez donnés. Mais je pourrais vous dire, Messieurs, que rien n'était ca- 
« pable autant d'y ajouter que la délibération que vous avez prise sur un 
« objet où je ne réclamais que l'assistance de douze malheureux enfants , 
« que j'ai rois sous votre protection , et à laquelle vous voulez bien vous- 
« mêmes vous joindre. 

« Un sentiment anssi précieux ne pouvait que l'être à mon cœur, et j'ai 
« cru ne pouvoir vous en présenter nn gage plus constant qu'en me rendant 
« aux désirs que vous avez bien voulu me marquer, en vous envoyant mon 
« buete pour être placé dans la salle de vos délibérations, et pour y être à 

* jamais le monument de mon attachement et de mon union au zèle et 
« aux soins si respectables dont vous êtes animés. 

«Je sais, Messieurs, avec une parfaite considération, votre très humble 

• et très obéissant serviteur, ' Le Maréchal Comte de Mah.lt. » 



554 

« auront la direction de la distribution à faire anxdrts 
«pauvres du diocèse, sans entendre par cette distri- 
« billion générale donner le tout à rho>pice de la Mi* 
«séricorde de Perpignan. 

« Les exécuteurs testamentaires sont MM. les cha- 
«noines Laboissière et Rovira.» 

Parmi les autres fondations importantes qui ont été 
faites à cet hospice, je dois en signaler une qui subsiste 
encore. Voici le résumé de l'acte qui l'établit : 

1779. — Par acte passé pardevant M'Jaume, no- 
taire à Perpignan, le 12 septembre 1779, M. Brunis, 
prêtre, en exécution du testament de M. Matthieu 
Garrigua, prieur d'Espira , en Confient, fonda au 
nom de celui-ci, a perpétuité, une pieuse aumône 
en faveur des filles de la Miséricorde, lesquelles, 
tous les ans, seront extraites au sort pour jouir, deux 
des gagnantes, et en cas de mariage seulement, de la 
dotation de 50 fr. chacune, el ce néanmoins aux 
charges et conditions suivantes : 

1° Que les deux pauvres filles qui devront recueil- 
lir cette aumône, lors de leur mariage, seront ex- 
traites au sort parmi celles qui auront déjà fait leur 
première communion, dans une assemblée du bu- 
reau d'administration de l'hospice, qui se tiendra 
dans le mois de septembre de chaque année, quel- 
ques jours avant la fête de Saint-Matthieu, paroisse 
de Perpignan, sans que d'autres filles que celles qui 
se trouveront alors retirées à la Miséricorde puissent 
y concourir. 

2° Que les deux filles qui auront été extraites au * 
sort pour recueillir la dotation de 50 fr., assisteront, 
après avoir confessé et communié, aux offices ela la 
procession qui se feront chaque année , le 21 septent- 



555 

bre, jour et fête de saint Matthieu, à l'église parois- 
siale de Saint-Matthieu, de celte ville, et y prieront 
particulièrement pour le repos de Tàme de feu M. Mat- 
thieu Uarrigtta, ci-devant curé de cette église, et le 
jour de sa mort, prieur d'Espira, en Confient. 

1793-1794. — En 1793, Fiers, général républicain, 
renvoya les enfants de la Miséricorde; lesfilles furent 
d'abord établies à l'hôtel de M m « de Blanes, ensuite 
dans le couvent de Sainte-Catherine ; et I oh plaça les 
garçons dans le local de l'ancienne maison des Jésui- 
tes : rhospiccfut converti en hôpital '. En 1794, les 
filles et les garçons furent dispersés chez les habi- 
tants de la ville. 

1796. — La Miséricorde fut rouverte en 1796; les 
enfants y rentrèrent, et, depuis lors, cet établisse* 
ment, soumis à la surveillance de l'autorité supé- 
rieure et d'une commission administrative composée 
de cinq membres et du maire, qui en est le prési* 
dent-pé, a été uniquement destiné à recevoir les or- 
phelins pauvres et les enfants trouvés et abandonnés 
du déparlement des Pyrénées-Orientales. 

* « Le Gênerai en chef, considérant l'aflluence toujours croissante des 
« malades de l'armée , qui remplissent déjà toute la partie de la maison de 
« la Miséricorde qui lenr avait été cédée ; vn la difficulté des évacuations 
« suffisantes, et le temps que demandent les établissements projetés à Pia et 
« an Vernet, il lui parait absolument indispensable de consacrer en entier 
« tonte la maison de la Miséricorde an soulagement de ceux qui s'étaient 
« consacrés eux-mêmes à la défense de la patrie. 

« Les administrateurs de ladite maison sent autorisés a prendre, avec les 
« citoyens Blondeau et Corbeau, adjoints, et que nous nommons à cet effet, 
« toutes les mesures qu'ils jugeront les plus convenables ponr transporter 
« provisoirement leur établissement de charité dans telle maison nationale 
¥ qu'ils jugeront la plus propre pour les recevoir. 

« Lé Giuérûl en cU( d$ famte dts Pyrénett-Oritnfale*, Flei*. 

« A Perpignan , le 2* juillet 4 795 . » 



556 

Les recettes tant ordinaires qu'extraordinaires de 
l'hôpital Saint-Jean et de l'hospice de la Miséricorde 
se confondent pour, la formation du budget annuel. 
Les dépenses seules étant distinctes, aux termes des 
instructions ministérielles, il existe pour chacun de 
ces deux établissements une comptabilité régulière- 
ment tenue. Le personnel des employés se compose 
d'un économe, agent principal, secrétaire de la com- 
mission administrative, d'un économe-adjoint, chargé 
du bureau des entrées et des enfants trouvés, et d'un 
receveur dont la comptabilité est soumise à la Cour 
des Comptes. 

En prenant pour base les recettes ordinaires de ces 
deux maisons, elles ne peuvent entretenir, la première 
que cent malades et la seconde que cent enfants des 
deux sexes. Lorsque ce nombre est dépassé , il y a 
déficit, qui devrait être comblé par le Conseil-Muni- 
cipal de Perpignan et par le Conseil-Général, attendu 
que l'hôpital reçoit les malades qui lui sont envoyés 
par la ville , et que la Miséricorde se peuple des en- 
fants envoyés par le département f . 

DÉPÔT DE CHARITÉ. 

xiv siècle. — L'hôpital des Repenties de Perpignan 
a été destiné, dès son origine, a enfermer et à corriger 
les femmes et les filles prostituées. Il a été fondé par 
la ville, bien qu'on en ignore l'époque, un incendie 

1 II résulte des chartes et d'antres documents historiques , déposés aui 
archives de l'hôpital Saint-Jean, que cet établissement, ainsi que celai de 
l'hospice de la Miséricorde , appartiennent a la ville de Perpignan , moins 
les bâtiments, jardin et dépendances de l'ancien Evécbé, qui out été acquis 
avec les deniers des hospices, en vertu de la loi du 14 frimaire an X. 



557 

ayant dévoré ses titres. Il est au moins certain qu'il 
existait déjà au commencement du xiv e siècle, sous 
la domination des rois de Majorque. Ses ressources 
d'entre lien étaient très modiques , parce que la pu- 
reté des mœurs, à cette époque, était en propor- 
tion des revenus que cet établissement possédait. Ses 
principaux bienfaiteurs étaient : MM. le marquis 
d'Oms, le comte de Ros, Joseph Canta, le chanoine 
Sabaly , Louis Sounier, archidiacre d'Elne, etc. 

Il fut abandonné en 1789, rétabli en 1796 sous le 
nom de Dépôt de mendicité, et régi à l'entreprise 
jusqu'au 1 er août 1818 *. A cette époque, le maire de 
Perpignan, de l'avis du Conseil-Municipal, décida 
qu'il serait régi par économie et soumis à la surveil- 
lance de cinq administrateurs; qu'il recevrait les tei- 
gneux, les galeux et les individus des deux sexes 
atteints de maladies honteuses , et qu'il serait consi- 
déré comme une succursale de l'hôpital Saint-Jean 
qui, en vertu de sa fondation, ne doit point traiter 
ces sortes de maladies. Plus tard , l'autorité décida que 
cet établissement recevrait les femmes en couche. 

Par arrêté de M. le ministre de l'intérieur, en 
date du 22 décembre 1 820 , il fut organisé à l'instar 
des autres établissements charitables ; et enfin , sur 
la demande du même ministre, et par arrêté du 
préfet du département du 28 juin 1826, approuvé 
le 7 septembre suivant , le Dépôt de Charité ( nom 
qu'on lui donna alors) fut administré, à compter du 
1<r janvier 1827, par la commission des hospices et 
hôpitaux civils. 

* Set rerenos ayant été confisqués en 4793 an profit de la Nation , il a 
dû forcement, poor subsister, être »ub?en lionne par le département et par 
la Tille. 



Le Dépôt de Charité, outre qu'il est mal situé, a« 
centre de la tille , dans nn quartier populeux, 
n'offre pas les garanties de salubrité désirables. Le 
local est trop exigu , et les diverses catégories de ma- 
lades qni y sont admis, confondus en quelque sorte, 
pêle-mêle, les jeunes garçons avec les adultes, les 
filles de mauvaise vie avec les femmes honnêtes, etc., 
présentent nn spectacle bien triste aux yeux de l'ob- 
servateur. 

Cet état de choses, qui existe depuis trop long- 
temps, contraire à la morale et au bien-être matériel 
des malades, a fixé sérieusement l'attention de l'au- 
torité qui nous régit. Dans sa sollicitude , elle a dé- 
cidé que le Dépôt de Charité serait placé dans un la* 
cal pins convenable, plus approprié aux besoins, aux 
exigences que commandent les maladies qni y sont 
traitées. Tout donne à croire qne ce projet, déjà à 
Tétode, ne tardera pas à être mis à exécution. 

Il existait autrefois, au fanboorg des Blanqueries, 
unétablissement connu sous le nom de Y Hospitaltt: on 
y recevait les vieillards et les infirmes des deux sexes. 
Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1772, cet hospice 
fut emporté par une inondation. Deux femmes forent 
noyées, et les autres malheureux qu'il renfermait, 
grâce au dévouaient des soldats de la garnison et de 
quelques habitants de la ville, purent être sauvés. 
L'époque de sa fondation est inconnue. 



INFLUENCE DE LA RELIGION 

HJR LES BEAIT-ARTS, 



fer M. VMM VWMKB. Membre rétîdf nt. 



Il m'a semblé que tous trouveriez opportunes, 
dans celle solennité , quelques considérations sur 
l'alliance des arts avec la religion. Descendue du 
ciel, cette fille aînée de la sagesse divine prend part 
k tout bien sur la terre. Les arts lui sont chers. Elle 
leur a tendu les bras, quand ils fuyaient, tout meur- 
tris, le glaive destructeur des barbares. Elle les a 
reçus dans son sein , ranimés au contact de sa cha- 
leur vivifiante, et rendus pleins d'une nonvel le force 
au monde pacifié. Aussi , continuet-elle à les chérir 
comme de vieux amis, malgré quelques instants 
d'une rupture affligeante. Mais écartons de pénibles 
souvenirs. : notre époque tend à la réconciliation du 
beau avec le saint; favorisons, selon nos forces, cette 
œuvre éminemment sociale. La religion aime les 
arts, les soutient, les élève, les fait monter avec elle 
aux plus sublimes hauteurs, où ils puisent, à la 
source même de l'inspiration, le sentiment, l'amour, 
l'enthousiasme du beau, la passion ardente de la 
perfection. A leur tour, les arts saintement inspirés 
ornent ses temples , chantent ses gloires , prient avec 
elle, et perpétuent le souvenir des bienfaits divins. 



560 

La présence de notre éminent prélat, comme un 
de ses illustres prédécesseurs, Raymond de Salg, di- 
gne de Téloge pontifical que le respect relient sur 
mes lèvres; celle de nos magistrats éclairés, zélés 
protecteurs de la religion; l'élite des intelligences de 
la cité, m'encouragent, parce que les esprits supé- 
rieurs sont indulgents, et j'aborde mon sujet que 
j'esquisserai à grands traits, et que je résume eu ces 
mots : 11 est possible de rencontrer du beau en de- 
hors de la religion ; mais rien, comme elle, ne peut 
garantir le beau dans toute sa plénitude. 

Dès qu'on approfondit l'idée des beaux -arts, on 
reconnaît que la foi et le sentiment religieux sont la 
lumière qui les éclaire, la chaleur qui les féconde. 
En effet, qu'appelons-nous beaux-arts? La représen- 
tation ou l'imitation fidèle et intéressante de la na- 
ture. C'est dans la nature qu'ils ont leur modèle, l'i- 
déal même doit s'y conformer. Dieu seul n'a pas 
besoin d'un type extérieur; il crée k son image. Le 
génie humain a besoin d'un original , son modèle est 
dans les œuvres de Dieu ; il crée k l'image de la na- 
ture. 

La lyre du poète ne dit que les scènes dont il a été 
le témoin, ou des fictions qui leur ressemblent, et 
les émotions qu'il a éprouvées. Le pinceau de Rigaud 
et de Raphaël, le ciseau de Puget et de Boher, qu'ont- 
ils retracé sur la toile et sur le marbre? des contours 
gracieux , des formes admirables sans doute , des 
groupes ravissants; mais dont ils avaient puisé l'idée 
dans la nature. A son école, le maître de la mélodie 
apprend les modulations suaves, les accords puissants, 
l'harmonie au magique pouvoir. C'est à elle que Vi- 
truve même empruntera les proportions et les décors 



561 

de ses majestueux édifices. Connaître la nature est 
donc le premier besoin des arts. Je n'en veux pas da- 
vantage pour établir que l'artiste suprême a couronné 
la religion Reine de ces enfants enchanteurs du génie, 
qu'il a mis sur son front le diadème du beau. 

Placés en face de la nature, dont ils méditent le 
tableau magnifique , les arts doivent l'envisager sous 
trois aspects : dans les objets , dans les rapports et 
dans la fin. Leur tâche est de la reproduire fidèle- 
ment sous ces trois points de vue. Ils n'atteindront la 
perfection qu'en étant vrais dans l'objet , vrais dans 
l'ensemble, vrais dans le but, complètement vrais; 
idée qui renferme les trois conditions que l'école ap- 
pelle de trois noms différents : vraisemblance, unité, 
moralité. Ainsi la vérité est le fond des ans , et par 
la force même des choses, nous arrivons h cette défi- 
nition de Platon , aussi chrétienne que belle et 
grande d'expression et de pensée : Le beau est la 
splendeur du vrai. Qu'on m'indique un homme épris 
d'amour pour la vérité que son intelligence a con- 
templée dans la nature, l'enthousiasme est dans son 
cœur ; voila un artiste. Dans quels rangs le trouver? 

Je conviens que, religieux ou indifférents, tous 
nous portons dans l'àme un amour de la vérité ; mais 
le degré n'est pas le même pour chacun de nous. 
L'homme, qui s'inquiète peu de la religion, s'in- 
quiète peu de la vérité dans le point le plus sérieux, 
et s'il l'aime, ce n'est guère que lorsqu'elle ne gène 
pas ses affections. Il pourra donc la saisir dans les 
objets sensibles qui donnent de l'agrément matériel; 
être habile à retracer une fleur, un arbre, un corps 
humain, avec toute la régularité de ses formes, la 
grâce de ses contours, avec l'expression et la couleur ; 

3« 



56:2 

il sera Grée. L'artiste religieux hii sefa-t-il inférieur? 
En le supposant égale nient doué pour le mécanisme 
4e l'art, attaché qu'il est à la vérité suprême, ché- 
rissant toute vérité dans son principe éternel, il est 
épris d -admiration et d'amour pour les objets de la 
nature, les contemple avec le même intérêt que l'en- 
font se plaît k considérer l'image de son père, et doit 
les saisir et les exprimer avec autant de vérité au 
moins que l'artiste insouciant de la foi. L'égalité, si- 
non l'avantage, dans la représentation des objets, 
dans le beau des sens, lui est confirmée. Venons k la 
seconde espèce de beauté, l'expression des rapports. 

Quelle jouissance délicieuse dans cette vaste et ra- 
tissante harmonie de l'univers, dans la sublime or- 
donnance de toutes les parties, dans leur concours à 
fermer ce bel ensemble que nous pouvons appeler le 
beau de l'intelligence i Lier entr'eux les objets comme 
les lie la nature, être vrai dans les rapports, et, 
«ans nuire à la variété, ramener, comme la nature, 
toute* les parties k l'unité, joindre au plaisir de 
l'oreille ou des yeux la délectation de l'esprit. 
Quelle glorieuse tâche pour le génie! Comparons, 
sôus ce point de vue, les deux artistes que nous 
tvebs déjà mis en parallèle. Quel est celui qui 
pénétrera plus avant dans les charmes de la nature, 
qui la rendra dans nn sens plus parfait ? 

Pour comprendre l'ordre, il fout f ai mer, le prati- 
quer. L'observateur le plus fidèle en sera le plus in- 
telligent appréciateur. En général, lorsqu'un homme 
est rfcvèfeu k la pratique de la religion dont il avait 
oublié les lois , ftous avons bien oui dire : Voyez quel 
changement, quelle règle, quelle mesure! Cet éloge 
a-t-H accotapftgfté le transfuge de fa foi ? Ah ! souvent 



*6S 

k désertion a été suivie d'un langage contraire. Le 
même esprit est donc plus réglé à proportion qu'il 
est pfas religieux. Sans autre deuil, des deux génies 
que nous comparons, et d'ailleurs égaux dans leurs 
facultés , je vois déjà le plus propre à saisir l'harmo- 
nie de la nature. Dans l'un, je recpnnats sans doute 
une intelligence vaste, capable d'embrasser d'un 
coup-d'œil l'ensemble et l'arrangement; dans l'antre, 
une intelligence également puissante, mais avec un 
élément de plus, l'élément qui allume l'activité : l'a- 
mour. Chaque être lui parle de son Dieu, l%armonie 
générale lui en dit la sagesse. Ému , pénétré , il suie 
la main invisible qui dispose toutes les créatures, se* 
Ion l'antique expression, avec nombre, mesure e* 
poids. Plein de cet ordre qu'il admire et qu'il aime, 
il le reproduira dans sa grandeur et sa magnificence, 
il exprimera mieux le second genre de beauté : 4a 
vérité de rapport et d'ensemble. 

Ce n'est pas tout d'imiter la nature dans ses ouvra- 
ges et dans leur relation. Voici quelque-chose de plus 
important, que j'allais appeler son mystère. C'est le 
but, le dessein de la nature, perfectionner l'homme, 
le beau du cœur. Écoutons une autorité qui n'est pas 
suspecte , VlSncydopédk du x vin c siècle : « 11 n'y a 
«que de petits génies qui n'aient pas aperçu que 
« dans l'univers entier tout a une tendance bien mar- 
« quée et bien décidée vers l'activité et la perfection* 
«Il est évident que ce n'est que pour servir tPappàt 
«et d'mdioe à ce qui est bon que la nature emploie 
«la beauté. » iPer mettez-moi un court développe- 
ment. 

(im y -la nature a une tendance k la «perfection. {*e 
sang répandu ne me fait pas horreur uniquement 



564 

pour soulever mon âme; et la main qui panse la plaie 
eu relevant la tête mourante n'a pas un attrait uni- 
quement pour me procurer du plaisir. Le plaisir et 
la peine tendent au bien. Vous avez voulu, sagesse 
éternelle, que le monde devînt un livre moral, que 
le sang de mon frère fût repoussant pour me détour- 
ner du crime, et que la main charitable eût des at- 
traits pour m'engager à l'humanité. Oh ! que de 
charmes, que de chastes plaisirs, que de voluptés 
pures et innocentes, dans cet évangile vivant de la 
nature, pour l'âme qui a pénétré son dessein ulté- 
rieur! Tous nous pouvons l'entrevoir. 11 est réservé 
à l'esprit religieux de le contempler, d'y savourer 
quelque chose de divin que seul il saisit parfaitement, 
que seul il peut faire passer dans ses œuvres. Vrai 
dans la fin , comme dans les rapports et l'objet, il est 
l'artiste physique, intelligent, vertueux, il rend la 
splendeur du vrai. 

La religion est donc l'amie des ans, une sœur af- 
fectionnée qui les embrasse, les fort ie, leur inspire 
l'amour de la vérité, leur en dévoile les charmes, 
leur donne un sentiment exquis des ouvrages de la 
nature, l'intelligence parfaite de son ensemble, le 
secret de sa fin morale. Elle les reçoit dans ses tem- 
ples, les admet aux solennités sacrées, où ils con- 
courent avec elle à élever le cœur de ses enfants, à 
y faire naître les sentiments purs, tendres et célestes. 
Qu'il est ravissant le spectacle de cette union frater- 
nelle des arts et de la religion , se prêtant un appui 
mutuel, marchant avec un même esprit à un même 
but, h la vérité*, couronnés en même temps des 
rayons de sa gloire! Oh! puisse une si admirable 
union n'être jamais altérée ! 



565 



SUR L'EXPOSITION D'HORTI-FLORICULTIJRE 

DO MOIS DK SEPTEMBRE DE L'ANNÉE 1855 1 

Par M. Mm Favm 9 Docteor-Médecio , Membre résidant. 



leurs, 

Si j f ai accepté, tout incompétent que je suis, la 
tâche de rapporteur du Jury de l'exposition dliorti- 
floriculture de 1855, c'est que, à part cette bien- 
veillance qui me flatte et dont m'honorent mes 
collègues, tous sans exception dans cette circons- 
tance , m'ont apporté le concours de leurs lumières; 

Je n'aurai donc qu'à coordonner et à mettre en 
relief des matériaux communs, et plus particu- 
lièrement les notes précieuses fournies par un de 
nos plus recommandables horticulteurs, notre ami 
M. Antoine Siau. 

L'exposition de 1855 a été ce qu'elle sera toujours 
dans notre RoussHlon, c'est-à-dire qu'elle a- dépassé 
nos espérances. 

Comment n'en serait-il pas ainsi, lorsque des hom- 
mes de haute intelligence et d'élite ont donné eux- 
mêmes l'exempte, et sont venus nous stimuler par 
leur initiative et leur salutaire impulsion? 

À notre sol privilégié, à notre climat, le plus fa- 
vorisé de France, il faut l'activité, l'émulation pour 
faire jaillir comme par enchantement de la terre ; 
les hortolages les plus hâtifs et les plus estimés; les 



566 . 

fleurs les plus suaves et les plus variées en brillantes 
couleurs. 

Avec une température régulièrement douce et 
exceptionnelle pendant tout le courant de l'année ; 
un soleil ardent, un ciel limpide et sans nuages; de 
nombreux canaux d'arrosage, dont les eaux abondan- 
tes sont quelques-unes saturées de principes azotés; 
avec un terrain d'ail uvion fertile par excellence, il 
n'est pas étonnant que les Pyrénées-Orientales puis- 
sent étaler avec orgueil les merveilles de leurs in- 
nombrables produits. 

Les légumes, les fruits aussi ne nous ont pas fait 
défaut. Chez nous la nature en pleine liberté se suf- 
fit à elle-même, et la culture n'a nul besoin d'invo- 
quer la science,, ni de recourir aux prestiges de Fart. 

Ici, pas de serres-chaudes, de cloches; pas de fu- 
miers apprêtés, pas d'engrais spéciaux. Tout nous 
vient en plein air, tout se développe luxuriant avec 
notre chaleur atmosphérique : — sur notre sol tout 
mûrit spontanément et avec rapidité ! 

Grâce à nos horticulteurs-maraîchers et fleuristes, 
l'exposition de cette année a offert un ensemble ad- 
mirable, autant par les plantes sans nombre qai y 
figuraient , que par le goût exquis qui avait présidé 
à leur arrangement. 

A tous égards elle a été riche, variée, et faite pour 
exciter l'envie des cités plus grandes que la nôtre. 

C'est que, nous aimons h le répéter, une louable 
émulation avait animé nos praticiens habiles, et que 
la plupart s'étaient lancés avec ardeur dans cette 
lutte pacifique. En répondant ï l'appel et par leurs 
efforts, ils se sont montrés tous dignes d'éloges sinon 
de récompenses. 



567 

Nous désirerions que ceux qui n'ont pas expcgé» se 
pénétrassent des avantages qui résultent pour tous de 
semblables concours. Aux débutants, ils facilitent les 
moyens de se faire connaître , et leur fournissent 
l'occasion de cimenter leur naissante réputation; k 
ceux qui se sont déjà produits , ils donnent la 
faculté de la conserver intacte ou de la grandir; et 
etofin ils offrent à chacun un catalogue parlant > qui 
permet de pouvoir se 6xer sur les meilleures et le» 
plus belles espèces. 

Soyons reconnaissants envers le publie qui, par 
sa présence sympathique a prouvé combien il s'asso- 
ciait à notre solennité d'horticulture, rehaussée par 
la joie dont pénétrait tous les cœurs français cette 
autre fête nationale , qui venait prouver une fois de 
plus à l'univers entier, que la France, en fait de 
civilisation et de gloire, a marché d# tout temps sans 
rivale! 

Nous avons été témoins de l'admiration avec la-* 
quelle les visiteurs s'arrêtaient devant ces supporta 
pliant sous le poids des produits maraîchers de toute 
espèce, accusant la culture la mieux entendue et qui 
est assurément la plus importante et la plus digne 
d'encouragement. 

L'bortolagc est d'autant plus utile que c'est par lui 
que le moindre espace de terrain peut donner le 
plus de résultats et de lucre. Les, légumes sont en 
outre partout la nourritute principale- des euVriega 
et des cultivateurs. 

Ne dois-je pas vous parler de ces fruits savoureux 
qui, délices de nos tables, flattent à la fois la vue e* 
le palais du, gourmet > et émeuvent en meute temp* 
la CQnveijkiqc et l'appétit des plus sobres? 



568 

Comment pourrais- je vous dépeindre cet te exhibi- 
tion florale qui fait honneur aux exposants? 

Les fleurs ont ce séduisant avantage : leur agréable 
culture apporte à la me les jouissances les plus douces 
et les plus pures, et contribue encore à donner an 
corps la plus ferme santé. 

Cultivées avec art, toutes ne tardent guère k ac- 
quérir un arôme plus suave , et une plus grande 
variété de formes et de couleurs. 

La floriculture, objet d'un commerce fort étendu, 
est devenue aujourd'hui une véritable science, dans 
laquelle apparaissent toutes les ressources de l'intel- 
ligence et de la puissance du génie humain. 

Me sommes-nous pas parvenus à hybrider, et à va- 
rier à l'infini plusieurs espèces et à en créer de nou- 
velles? 

Je passe, quoique à regret sous silence, une foule 
de plantes et de jolis arbustes étrangers introduits 
depuis peu en Europe, et tous parfaitement accli- 
matés dans notre département. 

Notre Roussi lion a cela de particulier et qui lui 
appartient exclusivement en propre, c'est que, sui- 
vant ses différentes zones, les végétaux des lati- 
tudes les plus opposées peuvent y croître et y pros- 
pérer. 

J'ai oublié k dessein cette forêt de reines-margue- 
rites, de verveines, et ces gracieuses corbeilles dans 
lesquelles la main délicate et exercée de M. Guardia- 
Garrette avait diapré merveilleusement ses dalhias 
ravissants, etc. : vous rappeler dans ce moment tous 
ces objets serait peut-être affaiblir la réalité de l'im- 
pression qu'ils ont laissée dans votre mémoire. 

Mais aussi bien me laisserais-je trop entraîner ; j'ai 



569 

hâte d'arriver aux appréciations du Jury, et je viens 
à l'instant vous en rendre compte. 

Le Jury de l'exposition s'est réuni le 26 septem- 
bre, au nombre de dix-sept membres, dans le local 
ordinaire des séances de la Société Agricole et Scien- 
tifique; après examen et discussion, il a été arrêté 
les dispositions suivantes : 

LÉGUMES. 

«Une médaille d'argent devait être accordée au 
«jardinier qui présenterait le plus bel ensemble de 
ci plantes potagères ; » 

« Une médaille en bronze, à celui qui présenterait 
«les plus belles variétés nouvelles de fruits et de 
« plantes potagères. » 

Les personnes qui ont pris part à ce concours 
étaient nombreuses et de diverses localités. 

Nous avons vu avec plaisir que toutes, sans excep- 
tion, avaient envoyé de superbes échantillons; et que 
celles qui n'ont pas obtenu de primed'encouragcinent, 
approchaient du mérite de celui plus heureux que 
le Jury a dû couronner. 

Nous ne pouvons nous empêcher de remercier 
MM. Joseph Massot, Louis Barate, Bonzoms, Fran- 
çois Taillade, Raymond Margail, Eugène Barthe, 
la Ferme-Ecole, et, enfin, M. Eychenne, qui a in* 
troduit chez nous plusieurs plantes potagères étran- 
gères qu'il cultive avec succès; nous ne pou vous, 
dis-je, nous empêcher de les remercier, pour leurs 
excellents melons, tomates d'Andalousie, betteraves, 
choux dTItrech, petits-pois, haricots de Chine et de 
Soissons, artichauts (l'espèce qui toute Tannée appro- 
visionne nos marchés). 



570 

Tout le monde a remarqué, parmi de prodigieuses 
aubergines de la localité > de superbes aubergine* 
panachées, dont quelques-unes (aunes et blanches, 
fort curieuses comme type de nouvelle variété, créée 
tout récemment par Jacques Marqui v d'ille. 

Le Jury, en décerpant à ce concurrent une race* 
daille en bronze, n'a pas eu en vue de proclamer la 
supériorité des légumes du jardinier étranger ^ maisil 
a voulu plutôt encourager l'aptitude et le zèle ardent 
d\»n tout intéressant jeune boramequi, plein d'avenir, 
ne recule devant aucun sacrifiée pour marcher dans la 
voie du progrès. 

Naos saurons gré k MM. Tressetrre, jardinier de 
M. Guiraud de Saint-Marsal , Galy, de Saint- Es tève , 
Pull, d'Elne, Louis Ribes, Cargolès, etc., de leurs 
Légumes; nous n'oublierons pas non plus dans cette 
liste le docteur Farrand, de Thuir, qui nous a adressé 
des pommes de terre très hâtives. — A ces noms qu'il 
nous soit permis d'ajouter ceux de MM. Jouy-dAr- 
neud, Guiraud de Saint-Marsal et de Jean-Jacques 
Lleubes; -m- leurs envois sont un bon, exemple qua 
nous désirerions voir suivre par tous nos grands pro- 
priétaires, qui devraient apporter leur contingent 
aux nouvelles expositions. — • L'exemple venu do 
haut eat toujours profitable, et il est beau que, par 
une direction éclairée de la culture de la terte, Je» 
premier* et les plus riches citoyens cherchent à des- 
cendre au niveau des maraichecs et des. cultivateurs 
intelligents. 

FRUITS. 

Les fruits exposés étaient remarquâmes pa* leur 
volume , et représentaient toutes lais qualités si*- 



571 

périenres. connues. — Plusieurs étaient venus de 
semis. 

Malgré l'époque avaneée de l'année > nous avons, 
pu voir et savourer de belles pèches au duvet ve- 
louté, et des fraises délicates, dites des quaue^saU 
sons, provenant les unes de chez MM. Margail, B^ 
rate, Siau, Durand > de Saint-Nazaire ; et les autres 
sorties de chez MM. Bresson et Fonds-Julia. 

Pourquoi nos amateurs et nos maraîchers, aéglw 
gentils cette espèce de fraise qui , dan* nos parages 
produisant toute Tannée, les dédommagerait suffi* 
sammeat de leurs déboursés et de leur peine? 

Dans toutes les contrées où les fruits se récoltept, 
on en cueille peu qui puissent rivaliser avec ceux, 
du Roussilloa. Il serait difficile de trouver des poires 
Duchesse-d'Àngouléme égales à celles de M. Baretga. 
Nulle part on ne montrerait des Bons-Chrétiens d'Es- 
pagne comparables à ceux de MM. Michel Fabre, 
frères, qui, comme on le sait, marient dans leurs 
jardins la culture des arbres fruitiers du premier 
choix, avec celle des plus belles variétés de chry- 
santèmes. 

On était ravi de trouver parmi des tas de poires, 
de pommes, ces magnifiques prunes de Coëtche, ces 
noisettes, ces noix, ces amandes plus magnifiques, 
encore, tous nos divers et appétissants raisins, et nos 
espèces si nombreuses de belles figues. 

Notre souvenir serait par trop ingrat, si nous ou- 
bliions cette pyramide de. beaux fruits , couronnée 
par une Duchesse-d'Angoulême énorme, qui trahis* 
sait Thabitude qu'a M. Jeaxt-Bapli&le Blanic de tout 
parfaitement exécuter. 

La Commission, en proclamant la beauté etl'excel- 



572 

lcnce de tous les fruits en général, a remarqué cepen- 
dant la qualité supérieure et la variété des espèces en 
particulier des fruits de MM. les frères Rabin. 

C est i ces deux Messieurs que le département doit 
le perfect onnement de l'arboriculture et l'importa- 
tion de beaucoup d arbres fruitiers étrangers. Chez 
ces Messieurs tout dénote le savoir et l'intelligente 
pratique; d'autre part, nous les trouvons dans près» 
que tous nos concours, et toujours au premier rang, 
à ce point que, lorsque le prix est .décerné à d'autres, 
cela ne diminue en rien leur mérite personnel. Ces 
considérations ont en conséquence décide le Jury 
à accorder à l'unanimité, une médaille d'argent 
& ces arboriculteurs, et une mention honorable 
à MM. Eychenne, Marc Robert et Laurent Ba- 
retge. 

Lcsfruitsconfitsquenous exportons au loin, étaient 
représentés à notre exposition par les admirables pon- 
cires, les poires, les prunes, les cerises et les figues, 
etc., qui laissaient percer avec leur cachet de beauté 
et de saveur locales, le talent délicat de M. Pratx. 

FLEURS. 

Presque tous nos floriculteurs, et ils sont nombreux 
chez nous, sont entrés en lice. Si la culture des fleurs 
n'est pas la plus utile, elle est du moins de toutes la 
plus attrayante. 

La multiplicité et l'aspect printanier des fleurs 
exposées avaient lieu de surprendre. Nous avons 
compté les collections les plus complètes de reines» 
marguerites r de pensées, de géraniums, de verveines 
et de plantes grasses. Plusieurs lantanas, obtenus de 
semis par M. Astors, se faisaient remarquer. Mais 



573 

les regards se reportaient toujours émerveillés sur 
ces brillantes corbeilles, où pins de cent vingt es- 
pèces de dalhias se groupaient artisiement dispo- 
sées en véritable tapis mosaïque. Parmi les phlox, 
les pé lu ai es, les fuscbias et uu millier de fleurs va- 
riées et rares, quatre nélumbinms en fleur, appar- 
tenant à M 1 "* Clarisse Jaunie, étalaient leurs pétales 
gracieuses au milieu d'au 1res plantes aquatiques. De 
nombreux orangers chargés de fleurs et de fruits; 
des rosiers sans nombre couverts de plus de quatre- 
vingt-dix variétés de roses, portaient au loin leurs 
parfums. 

A côté d'arbustes exotiques les moins répandus et 
formant plusieurs groupes, figurait un jeune kiclita 
ou arbre à crème d'Egypte, apporté en France par 
M. Antonin Arago; et afin de prouver aux plus in- 
crédules le bienfait de notre climat, quatre bana- 
niers fleuris et vigoureux avaient été extraits de la 
pépinière départementale. On admirait, enfin, la 
collection belle et variée des vases du Jardin des 
plantes, que gère M. Michel avec un soin et une 
aptitude particuliers. 

Le Jury avait k décerner dans ce dernier concours 
une médaille en bronze, «au plus bel échantillon 
«d'une espèce de fleur.» Il a jugé que M. Olerou 
devait obtenir cette médaille pour sa belle collection 
de verveines. En outre, il se plaît à mentionner 
très honorablement MM. Garrette, banquier, et 
Bresson, pour leurs dalhias coupés , comme offrant 
le choix le plus rare d'échantillons connus et nou- 
veaux. 

Ma tfahe est actuellement finie. Je serais heureux, 



574 

messieurs, de l'avoir remplie à motre satisfaction ; 
mais plus heureux encore si les exposants, après 
avoir agréé nos remercîments el nos plus vives» féli- 
citations, se persuadaient qu'après avoir tous bien fait 
cette année , ils peuvent mieux faire encore Tannée 
prochaine. 

Avant de clore mon rapport, qu'il me soit permis 
de rendre à l'honorable Président de notre société 
le légitime hommage que nous lui devons. 

Les expositions de 1 853 et 1 855 sont ses œuvres : 
c'est grâce à son intelligente activité, et à son amour 
pour le pays, que le progrès en flori- horticulture a 
acquis l'importance que nous venons de proclamer* 

Perpignan, le 10 octobre 1855. 



«•» 



575 



POÉSIE. 



DE L'HISTOIRE DE FRANCE, 



Par H. l'Abbé Foum, Monta rwidant. 



AVERTISSEMENT. 

Les vers ont toujours été considérés comme un 
poissant auxiliaire de la mémoire. Le savant Àmpèrfe 
était guidé par cette considération, quanti il mit en 
beaux vers latins, adressés à son fils, le tableam des 
connaissances humaines. C'est dans la même pensée 
que j'avais entrepris de versifier, pour un de mes ne- 
veux , un précis de l'histoire de France, aussi court 
et aussi plein qu'il me serait possible. Il devait être 
accompagné d'un développement écrit ou oral. Je 
regrette de n'avoir pas été en mesure de donner le 
résumé complet; j'ai dû me borner aux deux pre- 
mières races. 

La chronologie est marquée, siècle par siècle, afin 
que Télève en ait une idée générale, et puisse classer, 



576 

ne serait-ce qu'approximati vement , les dates inter- 
médiaires. 

Les partages, ordinairement peu retenus, et qu'il 
est indispensable de connaître pour ne pas se perdre 
souvent, comme dans un labyrinthe, sont entrés 
dans le résumé. 

Certaines expressions demanderaient une note 
explicative. Ainsi illustre, pour Clodion; brillante 
enfant, pour Brunehaut; hommes forts ■, pour Francs; 
enfant blanc, pour Witikind. Mais le texte suppose 
l'explication du maître. 11 en est de même pour 
clan, ring, famille, cercle; c'est-à-dire tribu. 

J'ai donné tous mes soins- à éviter le défaut si facile 
et si commun, dans cette espèce d'ouvrages : le style 
monotone, plat et décoloré. Aussi, ai-je suivi le 
conseil d'un bon juge, dont nous aimons tous la 
pure, élégante et douce poésie. L'abrégé avait été 
rédigé primitivement en vers de douze syllabes. 
Pour rompre l'uniformité d'une longue suite d'a- 
lexandrins, les grands vers ont été, dans des faits en 
quelque sorte épisodiques, remplacés par des vers 
de diverses mesures, sans intercallation pourtant de 
vers libres, qui aideraient moins la mémoire. 

J'en ai déjà trop dit au sujet de ce faible travail. 
Puisse-t-il être digne de l'honorable Société, qui 
encourage avec tant de bienveillance tous les efforts. 



577 



TEMPS ANCIENS. 

àt. J.-C. Les Gais, empreints des traits d'une origine antique, 
Se présentent enfin sur la scène historique, 
Des Druides gardant les dogmes vénérés. 
De leurs clans, avec gêne, au Midi resserrés, 
Quelques-uns vers lister ont suivi Sigovèse; 
587. D'autres ont vers le Pô marché sous Bellovèse, * 
Le sauveur de Marseille. Alors, les tristes Juifs 
Pleuraient Jérusalem, et gémissaient captifs. 
Le Pô voit accourir des tribus plus nombreuses; 
390. Et des hardis Sénons les bandes belliqueuses, 
Quatre siècles avant le salut des humains, 
Font trembler Clusium, écrasent les Romains. 
581 . Un siècle après, Forage a grondé sur la Grèce. 
La Gaule au chef Punique a prêté sa jeunesse, 
Lorsque ses rudes mœurs commençaient à changer, 
An propice contact des mœurs de l'étranger. 
154. Trente lustres encor restent, qoand Massalie, 
Appelle à son secours les héros d'Italie, 
Qui rencontrent le Gimbre et de sanglants combats. 
Le dernier siècle arrive, et les nombreot soldats 
6î. Qo'Arioviste guide, envahissant nos plaines, 
Préparent à Gésar des victoires prochaines. 
Ses aigles prennent leur vol. 
Les Tigurins, les Helvètes, 
Les Belges et les Venètes 
De leurs morts jonchent le sol. 
L'invasion germanique 
Refoulée, et les Bretons, 
Dans le sein des bois profonds 
De leur île druidique, 
Atteints par les légions, 
Tout cède. La politique 
Semant les divisions, 
Les Éburons, les Garantes, 
Après de terribles luttes, 

37 



578 

Victimes d'un cruel sort, 

Allument un vif transport 

Dans ce pays qu'on désole. 

Rapidement un cri vole ; 

Et du Midi jusqu'au Nord 

Ébranle toute la Gaulé, 

Qui tente un suprême effort. 

formidable elle se dresse ; 

Mais sous le bras qui la presse, 

Expirante, elle s'affaisse. 

Tombé, le peuple Gaulois 

Souvent encor se ranime, 

Et sous le joug qui l'opprime 

Il retombe chaque fois. 
■César maintient ses moeurs, ses coutumes, ses lois, 
L'associe à sa gloire et lui promet des droits ; 
Mais Octave, empereur, pour resserrer sa chaîne,' 
Fonde, change, abolit, rend la Gaule romaine. 
De J.-C. Voici l'ère du Christ : les pervers empereurs, 
37-68. Caius, Claude, Néron épuisent les rigueurs. 
Un Voconce indigné contre Néron se lève. 
Plus tard , c'est Classions, dont la défaite achève 
D'asservir les Gaulois et de river leurs fers, 
Quand Sion disparaît dans son dernier revers. 
Domitien les plie à son pouvoir terrible. 
Le premier siècle fuit, et la Gaule est paisible. 
197. Champ fameux, au second, de Septîme et d'Albin; 

977. Au troisième, elle doit repousser le Germain , 

Voit les Francs s'établir voisins de 9e$ frontières, 
Et détruit d'Amandus les bandes meurtrières. 

Le quatrième encore, introduisant les Francs, 
Les mêle aux légions, les élève à des rangs. 
407. Lé cinquième paraît chargé d'affreux nuages 

De Suèves, d'Alains, de Vandales sauvages ; 
Fixe les Bourguignons, et des Francs valeureux 
Fonde sur notre sol l'empire glorieux. 

Des forts chasseurs retraçons la peinture. 
Un large corps, une haute stature, 



57Ô 

Le teint d'albâtre, et l'azur dans les yeux, 

Lèvre à moustache, et longs et blonds cheveux, 

Tressés au front, mais coupés en arrière ; 

Un accent rude ; un ferme caractère : 

Tel est le Franc. À l'intrépidité 

Il joint l'adresse et la légèreté. 

Hospitalier et néanmoins sauvage, 

Dévastateur, il égorge, il ravage ; 

Et maniant la francisque, ou l'angon , 

Ou la framée, il se bat en lion , 

Presque toujours sans cotte ni cuirasse. 

Son front est nu : le casque l'embarrasse. 

Chez lui jamais, en des rites cruels, 

Le sang humain ne baigna les autels. 

ÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CHRÉTIENNE. 

Mais portons nos regards sur les saintes annales. 
De Trophime et Crescent les vertus pastorales 

62? Illustrent Arles, Vienne, au grand siècle de Paul. 
Le suivant de Lyon a consacré le sol 

177-202 Par le sang généreux de Pothin, d'Irénée, 

Sons Aurèle et Sévère, et deux cents fois l'année 
A revu le Cancer. L'idolâtre courroux 

212. Égorge, à Besançon, Ferréol et Ferjoux. 

Ces martyrs ont légué leur sacré patrimoine 
A Saturnin, Denis, Gatien, Austremoine, 
Julien, Martial et Paul, de Fabien 

250. Illustres envoyés qu'immole Aurélien. 

Après trois cents soleils, Hercules, et Gjlère, 

302. Et le Dalmate obscur renouvellent la guerre. 
Chrétiens, reposez-vous de ces nobles combats, 
Constantin couronné vous reçoit dans ses bras. 
Mais craignez Julien, sa fourbe hypocrisie 
Voudrait vous entraîner dans son apostasie. 

ÉTABLISSEMENT DES FRANCS DANS LA GAULE. 

420. Quatre siècles se sont augmentés de vingt ans, 

Et du Rhin jusqu'à Trêve, un chef mène les Francs, 



t 

* 



580 

Dont U Taillant Aèce affranchit la Belçiqne. 

Le temps est arrivé : le code politique 

Des Saliens vainqueurs régira les Gaulois. 
M8. L'illustre chevelu, porté sur le pavois, 

Vient de ses compagnons réparer la disgrâce. 

Défait, il se relève, il ranime l'audace 

An cœur des hommes forts, s'empare de Bavai , 

Et de Cambrai réduit s'élance dans Tournai. 

Près de la Somme, enfin, l'envahisseur s'arrête, 

Et partage aux tribus sa rapide conquête. 
448. Mérovée apparaît. Qu'il est beau le laurier 

Dont l'échec d'Attila pare son front guerrier! 

Son empire s'étend aux rives de la Seine. 
458. Childéric lui succède. Exilé par la haine 

-Qu'inspirent ses excès, par Viomade instruit, 

Il recouvre le trône, et Basine le soit. 

Zenon l'avait orné du pouvoir militaire, 

Et Tournai conserva sa couche funéraire. 

PREMIÈRE RACE.— MÉROVINGIENS. 

PMËMÈM, PÉRIODE. 
PROSPÉRITÉ. 

La Gaule offrait alors, au centre, les Romains, 
Qu'en un cercle enfermaient les durs Armoricains, 
Les Francs, les Allemands aux âpres habitudes, 
Les Bourguignons, les Goths, aux mœurs déjà moins rades. 

Sur la France au berceau le Ciel jette un regard. 
Ses Princes^ de la Foi porteront l'étendard. 
481. A leur tête est Clovis, sa vaillante framée, 

Du guerrier, à Soissons, ouvre la renommée. 
Voyez-vous s'élancer le héros de vingt ans? 
Des Romains étonnés il enfonce les rangs. 
Syagrius a fui. L'heureux fils de Bazine, 
Dans ses états conquis, en souverain domine, 
Et d'un soldat brutal châtiant la hauteur, 
A tous ses compagnons imprime la terreur. 



581 

Ah ! viens, pieux ange, 
Ange de douceur ! 
Clotilde, change 
Le sauvage cœur ! 
Que l'eau salutaire 
'.' ! Du saint caractère 

Marque tes enfants; 
Et qu'au Roi leur père 
Sa vertu confère 
Ses dons bienfaisants ! 
Oui, Clovis recevra l'eau sainte du baptême. 
Réjouis-toi, Clotilde, il invoque lui-même 
Le Dieu de son épouse, au moment du danger, 
Et Tolbiac l'a vu sous la croix se ranger. 
Pour toi bientôt son bras s'est armé de vengeance, 
Et do sixième siècle il marque la naissance. 
Contre les Visigotbs conduisant ses soldats, 
Clovis défait leur chef et conquiert ses états. 
Consul, Patrice, Auguste, environné de gloire, 
Pourquoi faut- il qu'il lègue en honte à sa mémoire 
La mort de Sigebert, de son fils Cloderic, 
Le sang de Rinomer, celui de Cararic, 
Et Ri caire égorgé sur le corps de son frère? 
Ah ! priez pour la fin de ce Roi sanguinaire, 
Au temple d'Orléans, Pontifes réunis ! 
L'Éternel va peser les œuvres de Clovis. 
Des États on fait le partage. 
Thierry prend Metz pour héritage, 
De Clodomir, second des fils, 
Orléans devient l'apanage, 
511. A Chitdebert échoit Paris, 

Soissons à CIo taire est remis. 
Clotilde entr'eux d'abord maintient l'intelligence ; 
Aussi les Bourguignons éprouvent leur puissance. 
Mais pourquoi te baigner au sang de ton captif, 
Clodomir ! A venger le Ciel est attentif : 
Clodomir a péri. Ses fils, jeunes victimes, 
Sont le sanglant début d'une chaîne de crimes. 



582 

Des lauriers de Glovis voile l'auguste éclat, 
Tolbiac! sur les mars quel perfide attentat! 
La Thuringe est le prix de ce forfait infâme. 
Mais où va Childebert, et quel courroux l'enflamme? 
Sur le fils d'Alaric il court venger sa sœur. 
Triomphant, à Glotaire il unit sa valeur : 
Gondemar est défait, la Bourgogne est conquise. 
Les deux frères envain tentent une entreprise 
Sur le fils de Thierry, jeune roi belliqueux, 
Des Romains et des Goths vainqueur astucieux. 
Théodebald langnit successeur de son père : 
Dès qu'il meurt son domaine est ravi par Glotaire. 
Childebert, d'un autre Absalon 
Ose aider la rébellion ; 
Mais bientôt la mort vengeresse, 
Le frappe, et sa punition 
Ne dompte pas la hardiesse 
Du méchant Ghramne. Ses fureurs 
D'un père impitoyable attirent 
La plus atroce des rigueurs, 
Source de poignantes douleurs, 
Qui jusqu'au tombeau le déchirent. 
La main propre au fuseau pour un sceptre de Roi 
N'est point faite. Des Francs ainsi Je veut la loi. 
Aux filles de leur chef, le principe salique 
558. Interdit le pouvoir. Glotaire est maître unique, 
561. Mais Glotaire n'est plus. L'empire est partagé. 
D'attribuer les lots le sort sera chargé. 
L'arrêt de l'urne fatale 
Favorise Garibert ; 
Paris est sa capitale, 
Metz celle de Sigebert. 
A Ghilpéric le sort donne 
Soissons pour lot afférent ; 
II réserve la couronne 
De la Bourgogne à Gontrand. 
, L'Aquitaine mal soumise AU 

Encore reste indivise. 

... ) 



Grave, sentencieux ; mais sans formais sans momrs, 
Caribert est taché d'infimes impudeurs. 
Sa mort n'apaise point Ici sanglantes querelles 
Que Ton cherche à calmer, et qu'on rend immortelles. 

Atbanagilde, assis an trône Visigoth, 
Accorde à Sigebert la main de Bronchant» 
De la brillante enfant la sceor infortunée 
Au roi des Neustriens # unit sa destinée. 

567. Gbilpéric, fasciné par un monstre infernal, 

Frédégonde, à Galsointhe apprête un nœud fatal. 
Quelle source d'horreurs ! La guerre est allumée. 
Sur Tournai. Sigebert a conduit son armée. 
L'époux de Brunahaut tombe sous le poignard', 
Elle-même est captive, et n'inspire d'égard 
Qu'au fils de Ghilpéric que son sort intéresse: 
Le perd en l'épousant, échappe à sa détresse ; 
Par le sage Gontrand voit son fils protégé, 
De la main de Landry Chilpéric égorgé, 

584. Et régnant après loi le deuxième Gwtaire. 
De cet autre orphelin Gontrand sera 1 le père. 
En retour Frédégonde appuie un prétendant. 
Mais bientôt Childebert hérite de Gontrand, 
De son jeune cousin envahit les domaines, 
Est vaincu, fuit et meurt. Les soldats des deux Reines 
Se heurtent à Liflbl. Deux fils de Childebert, 
A peine adolescents ; Thierry, Théodebert, 
Régnaient l'un en Bourgogne et l'autre dans l'Ostrie, 
Quand le second Glotaire était Roi de Neustrie 1 . 
Frédégonde expira. La furie au tombeau 
De la dissension n'éteint pas le flambeau, 
Et le septième siècle offre un champ de carnage 1 . 
Les fils de Childebert s'attaquent avec rage'. 
A son frère vaincu, que lui livre le sort, 
Thierry donne des fers, la tonsure et la mort. 
Mais au compte effrayant l'éternité l'appelle. 
Clotaire est dévoré d'une soif criminelle 
De joindre à son pouvoir les droits de ses ncveus~ 
Au sang de Bronchant il en éteint les feux. 



584 

II règne seul : assemble à Paris un concile, 
Des Maires affermit la puissance mobile, 
Élève Dagobert au pouvoir souverain , 
Bat les Satons, et meurt clément et sage enfin. 
698. Dagobert prétend seul posséder tout l'Empire. 

A se donner un Roi l'Aquitaine conspire, 
Et garde Caribert, appuyé d'Amandus. 
Dagobert devenu l'ami d'Héraclius, 
Du trône avec Pépin écarte la justice. 
L'exil du sage Amand, ferme censeur du vice, 
Une guerre fatale avec les Esclavons, 
Et le tribut remis aux perfides Saxons, 
Caribert par son fils trop lot joint dans la tombe, 
L'Aquitaine envahie, une horrible hécatombe 
De Bulgares trompés déshonorent ce Roi. 
Ni saint Denis doté, ni l'amitié d'Éloi, 
Ni le commerce accru , ni les saintes offrandes 
N'effaceront ces traits des antiques légendes. 
Son fils est vainement ceint du royal bandeau ; 
Le sceptre de Clovis se brise à son tombeau. 

DEUXIÈME PÉRIODE. 
DÉCADENCE DES MÉROVINGIENS. 

Désormais des enfants , ornés du diadème , 
Et des Maires, armés de leur pouvoir suprême , 
De la première race annoncent le décliu. 

La Neustrie au pavois porte un fantôme vain : 
638. C'est le second Clovis, sous la main de Nanthilde 
Comptant quatre ans à peine. On l'unit à Balhilde. 
Il végète, Ega règne; ensuite Archinoald. 
Sigèbert de Pépin , de son fils Grimoald, 
Chez les Austrasiens, doit subir la tutelle. 
Son dernier jour a lui. Le ministre infidèle 
Bannit le sang des Rois et couronne son fils. 
Mais les deux criminels sont livrés à Clovis , 
Qui punit leur audace et finit sa carrière. 



585 

656. Sur Paris ligne alors le troisième Clôture, 
Le second Childéric sur les Àtistrasiens , 
Quand on laisse à Thierry des langes pour tons biens. 

Qu'il serait doux de voir la sagesse et le lustre 
Do règne de Glotaire et de sa mère illustre , 
Réformant les abus , rachetant les Gaulois, 
Sans l'orgueil d'Ebroïn , oppresseur de ses Rois!. 
Batbilde est dans le cloîtie et son fils dans la tombe. 
Ebroïn pour Thierry se déclare et succombe. 
Sous la bure du moine ils s'éclipsent tous deui. 
670. Le second Childéric, en prince vertueux, 

Régna , tant qu'à Léger il se montra docile. 
Mais auprès d'Ebroïn, dans le cloître il l'exile, 
Ne connaît plus de frein , outrage Bodillon , 
De la haine, en son cœur, enfonce l'aiguillon ; 
Et dans son propre sang cette injure est lavée. 
673. L'étoile de Thierry s* est à peine levée , 

Le cloître laisse fuir Ebroïn et Léger. 
Ebroïn à Thierry, qu'il devait protéger, 
Devient traître, et va se ranger 
Auprès de Dagobert dont il défend la cause. 

Vainqueur, il tourmente, il dépose, 
Immole son rival, le fidèle Prélat. 

Le faux Clovis , qu'avec éclat , 
Il traînait après lui , comme roi légitime , 

Devient encore la victime 
De son ambition qui s'impose à Thierry. 

Ses adversaires ont péri ; 
Mais on Franc outragé comme vengeur se lève , 
Le Maire tombe sous son glaive. 
La race d'Héristal fonde son avenir. 
L'Oslrie a vu Thierry prêt à l'assujettir. 
Pépin vole, du roi ruine la puissance, 
Et le prince vaincu meurt sous sa dépendance. 
691-695. Sans force, Clovis trois, le juste Ghildebert 
711. Ont de Roi le. nom seul. Le second Dagobert, 
Quand sept cent onze fois a répara l'année 
Règne , et du grand tuteur finit la destinée. 



58* 

II vainc Théodebald ; seconde par Rainfroi, 
Sur les Australiens veut dominer en roi. 

715. Il meurt. Chilpéric deux est placé sur le trône. 

Contre Charles, en brave , il défend sa couronné r 

La perd et soit Odon Le vainqueur sons sa mata 

Ensoiie le garda , docile souverain, 

Substitué dès-lors au prétendu Clotaire, 

Ombre qui disparaît, an gré de» paissant Maire. 

Chilpéric dévora l'humiliant honneur 

D'un sceptre sans pouvoir, et périt de langueur. 

720. Thierry deux lui succède. Alors,. dans l'Aquitaine r 
Aux enfants d'Istnaël résistait avec peine 
Eudes, noble vainqueur. dn valeureux Zama. 
De la Gironde an Rhin la Gante s'alarma. 
Charles accourt. Son bras tombe sur l'infidèle 
Comme un marteau pesant que son nom nous rappelle: 
L'islamisme est vaincu , les Frisons sont réduits , 
Et Hunald et Hatton à l'hommage soumis. 
Charles, quand Thierry meurt, garde un pouvoir suprême * 
Sans orner aucun front dn royal diadème. 
El malgré les saints lieux dépouillés de leurs biens r 
Son bras est imploré par le chef des Chrétiens. 

Le Pontife et le Duc rentrent dans la poussière» 
Pépin -le- Bief commence à fournir sa carrière : 
Pour dépouiller Griffon s'unit à Carloman, 

742. Nomme Cli ildéric trois; par un habile pha, 
Le décore du titre et gardé la puissance. 
Les deux frères unis brisent la résistance 
Qu'à leur force indomptée opposent à la fois 
Aquitains, Allemands, Saxons et Bavarois. 
Carloman va cacher sa grandeur dans le cloître. 
Pépin sent dans son cœur l'ambition s'accroître: 
Sur l'avis du Pontife, avec art consulté, 

752. Dépose Childéric, monte à la royauté. 

Mais d'abord esquissons les primkifs usages. 
Le domaine royal., comme les héritages » 
Par le père aux enfants est toujours dévéfo : 
Le sexe néanmoins du partage est exclu» 



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L'histoire offre à nos yeux les tribus assemblées, 
En solennel conseil par l'usage appelées , 
Pour balancer de tous les avis imposants, 
Pour proclamer les chefs, leur offrir des présents, 
Partager le butin, les captifs ou la terre, 
Et décider ensemble ou la paix ou la gnerre. 
Dans la province, en chef domine on doc allier, 
Un comte dans la ville , au bourg un centenier, 
Prononçant ou l'exil, ou l'amende légale, 
Le jugement de Dieu , la peine capitale. 
Ici tout est réglé par la loi des Germains ; 
Là tout est résolu par celle des Romains. 
L'histoire sait descendre. Elle prend la tunique , 
La braie anx larges plis, le pantalon gai tique 
En vêt les Francs, ajoute une veste, une peau , 
Ou bien sur leur poitrine agrafe le manteau , 
Quelquefois remplacé par la longue simarre. 
De perles, de colliers souvent elle les pare» 
La semelle de cuir, qu'elle met à leurs pies, 
Par-devant, sur la jambe a les cordons liés. 
Nos aïeux parlent-ils? L'eipression latine 
Sur le rude Tudesque et le Gallois domine. 
Autant que belliqueux ils furent ignorants. 
Et la Gaule polie à ces fiers conquérants 
Dut la chute des arts, la perte des lumières. 
L'histoire reconstruit les demeures princier es, 
Faites de simple bois ; la modeste maison , 
La cabane du serf, de chaume ou de gazon ; 
Fait connaître les lois et la part d'influence 
De la religion sur l'état de la France. 

DEUXIÈME RACE.— FRANCS AUSTRASIENS OU CARL0V1NGKNS» 

PMM1ÈR& PÉRIODE. 

GLOIRE DES CARLOVINGIENS. 

La couronne, tombant du front des Neustrieos, 
Brillera sur celui des Rois Âustrasiens, 



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Douze lustres et plus ; mais sa mourante gloire, 
Près de trois fois autant pâlira dans l'histoire. 
Des Carlovingiens l'habile fondateur 

75J. A présenté la tête an rit consécratenr. 
De l'autel il s'élance à la Sept ima nie. 
Les Musulmans vaincus, et de sa félonie 
Vaïfre châtié, Griffon qui tombe errant, 
L'échec du Bavarois, du Saxon remuant, 
Dans les rangs des héros loi donnent une place. 
Le Pontife romain tremble sous la menace 
Du Lombard insolent. Pépin est imploré. 
Le politique adroit, par Etienne sacré, 
A fondu sur Astolphe. Il obtient sa parole, 
Mais Astolphe est parjure : aussitôt Pépin vole. 
Par son glaive, à la Foi le perfide est soumis. 
En don à l'opprimé deux. États sont remis. 
Des Alpes, le vainqueur bondit aux Pyrénées. 
Narbonne à ses soldats résista sept années. 
Elle s'était rendue ; et Vaïfre toujours, 
Pour sa lutte, au Midi demandait du secours. 
Par neuf ans de combats, de sièges, de ravages, 
Pépin brise le Duc, épuise les courages. 
L'Aquitaine a cédé. Vaïfre, dans les bois, 
Périt d'un trait perfide. Il s'écoule trois mois, 
Et Pépin lentement à Saint-Denis expire. 

On condamne ses torts, et pourtant on admire 
La prudence qu'il sait unir à la valeur. 

768; Charles, digne de lui, succède à sa grandeur. 

Moins fameux, Carloman a sa part dés domaines. 
Dans son cœur, il nourrit de soupçonneuses haines, 
Et rompt soudainement, lorsque leur union 
Devait du vieux Hunald punir l'agression* 
Son frère saura seul châtier le rebelle. 
Bientôt meurt Carloman, et l'Austrasie appelle 
Au timon de l'État le prince valeureux. 
Que sont pour lui les droits de ses faibles neveux? 
Les nobles orphelins vont chercher un asile 
Près du lombard Didier, qui s'est montré facile 



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A recevoir Hunald de $** fers échappé. 
Oppresseur d'Adrien , tu va» être frappé