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STACKS 



MAY3Qi97gî 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE ARCHÉOLOGIQUE 

DE SENS 



TOME XXII 



ANNEE 1906 




SENS 
DL'CHEMIN, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 
1906 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTIî; ARCHÉOLOGIQUE 

DE SENS 









k 



BULLETIN 



DE LA 



y r 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 

DE SENS 



TOxME XXII 



ANNEE 1906 




SENS 
DUCHEMIN, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 
1906 



'-^ ^_ oou 2501 



75 53 S 

QUAUTV eONTROt. MAHK 



PROCÈS VERBAUX DES SÉANCES 



TENUES 



Séance du 9 janvier 1905 

Prjésidence de m. Maurice Prou 

Quarante-quatre membres sont présents. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Maarice Prou prononce Tallocution suivante : 
c Messieurs, 

c On s'étonnerait qu'ayant à désigner un président, votre 
choix se soit arrêté sur celui d'entre vous qui est le moins 
assidu à vos séances, si l'on ne considérait que, par là, vous 
avez voulu rendre hommage à la mémoire d'un de nos fon- 
dateurs et, vous donnant l'illusion d'un retour vers le passé, 
inscrire une fois de plus à la présidence le même nom qui 
y figura dès la troisième année de l'existence de notre So- 
ciété. 

fl La part que mon grand-père et mon père ont prise à 
vos travaux, pendant de longues années, a été la cause pre- 
mière, sinon la seule, de l'honneur que vous m'avez conféré, 
vous souvenant que le premier, ayant, de 1844 à 1879, con- 
sacré tous ses loisirs à l'œuvre de notre Société, en a été à 
plusieurs reprises président, et que toute son activité scien- 
tifique s'est portée vers l'étude des antiquités sénonaises, 



EXTRAITS i 

DES ] 



PENDANT L'ANNEE 1905 ^ 

i 



n'ayant jamais désiré ni reçu d'autre récompense de t| 

d'etrarls que Test i nie et la reconiinîssancc de ses confrèfl 
ce qui suffisait :\ son dé^mtércssementi que le second, I 
n'a rien écrit pour vos BnHeiim, n, du moins, assisté ré| 
litTement à vos séances de 1854 à 1897, sauf pendant 1 
quelques années qullsc tint éloigné de Sens^ et qu'il a ma 
joué un rùle actif, soit qu'il prît part aux discussions, id 
signalât des monuriients à rntlention de votre Société, 
vouH prétjt te secours de soji crayon^ ou enfin qu'il sied 
au bureau comme vice-archiviste ou pro-secrétaire. 1 

< Si je n hésite pas, avant même de vous adresser mes| 
merciements, ù remplir un devoir de piété filiale, c'est à 
je me sais entouré d'amis aux sentiments intimes de qui 
suis sûr de répondre en saluant les morts avant lesvivail 
c'est aussi qu il me convient d'abriter ma faiblesse derrij 
la mémoire vénérée et l'autorité de mes parents; et enl 
que vous montrer que je ne suis pas un tlls ingrat, maisJ 
contraire, soucieux de suivre les exemptes de dévoueme^ 
la Société que je prends dans ma famille, c'est pour voiu^ 
meilleure garantie «les efforts que je tenterai, afin de ne | 
resicr inférieur à la tûche que j'assume par votre voloQ 

ff Cesl un grand honneur que vous m avez fait de me cl 
fler la garde des intérêts de notre Compagnie. Et parce (| 
transptanlé à Paris je suis cepentfant reste Sénonais, il ml 
agréable de voir que mes sentiments ont été si bien marc^ 
dans ma conduite que mes compatriotes aient pu les rcoi 
naître. Si de cette antique ville tout m est clierje ne suis 
tache ici à rien plus qu'à cette Société archéologique, { 
en est, a mes yeux, le cœur et le centre. J'ai été nourri^ 
milieu de vous, et c'est de plusieurs d'entre vous, hél 
<lisparus, que j'ai pris mes premières leçons de critique I 
torique et archéologique. Quand j'ai commencé d'étud 
f histoire, mon seul dessein était de cherclicr à pénétre| 
h faire revivre le passé de notre pays sénonais. Je n*oii^ 
pas que la Société archéologique de Sens a bien vouluj 
cueillir dans son ihtilviin mon premier essai. K'esl-ccJ 



sl-ccj 



— m — 

vous dire quelle reconnaissance je vous ai, mes chers con- 
frères, de m'avoir appelé à un poste pour lequel mon âge 
ne paraissait pas me désigner. Mes remerciements, si sincè- 
res soient-ils, ne vont pas sans un sentiment très vif d'in- 
quiétude. 

I Certes, si le rôle du président se bornait, je ne dirais 
pas à diriger, mais à écouter vos discussions où les règles 
de la plus exquise courtoisie sont toujours observées, il se- 
rait facile à remplir. Ici la sonnette n'a aucune raison de pa- 
raître sur le bureau : le silence que vous gardez pendant la 
lecture des mémoires rend ce meuble inutile, au contraire 
de ce qui arrive dans certaine société savante de Paris aux 
séances de laquelle plusieurs d'entre vous assistent quel- 
quefois. Mais le président a d'autres obligations à remplir. 
Vous comptez sur lui pour vous représenter au dehors, pour 
négocier les affaires où vous vous trouvez mêlés, pour dé- 
fendre les intérêts de l'archéologie et de l'histoire qui sont 
les vôtres. Et c'est de ce côté que je crains de ne pas être 
toujours à même d'agir à votre satisfaction. 

I Mes craintes sont toutefois diminuées, puisque je suis 
sûr d'ctrc secondé par vous tous, et, à défaut de la direction 
qu'aurait pu nie donner le regretté président en qui s'est in- 
carnée pendant tant d'années rarchéologie sénonaise, j'ai 
nommé Gustave Julliot, de pouvoir user et abuser de l'expé- 
rience de vos derniers présidents, MM. Joseph Perrin et 
Maurice Roy qui, ayant singulièrement contribué h mon 
élévation, ont contracté bien aimablement l'obligation de 
parer à mes défaillances. Vous avez eu soin aussi de mettre 
à coté de moi un ami de qui la science éprouvée, l'activité 
inlassable et le dévouement entier à notre Société, renfor- 
cés par son afTection à mon endroit, suppléeront à mon in- 
suflisance. Les autres membres du bureau, gardiens des tra- 
ditions, et qui voudront bien me les rai)pcler, notre secré- 
taire, notre trésorier, notre archiviste, le pro-secrétaire et 
le vice-archiviste, m'ont promis leur concours, que je savais 
mètre acquis; je les en remercie et il me semble que, grâce 



— IV — 



à eux et tout compte fait, me voici moins effrayé des res- 
ponsabilités qui m'incomberont et plus rassuré sur Tavenii 
de notre Société. II ne sera pas difflcile, avec leur aide, de 
la maintenir au rang qu'elle a pris dans le milieu scicntifi 
que français. Car noire Société est Tune des plus ancienne: 
et des plus vivantes parmi ces associations qui couvren 
comme d'un réseau scicntiflque le sol de la France, de façor 
à ne rien laisser échapper des vestiges du passé. 

« Quand, à la suite de ces mémorables luttes politique! 
qui marquèrent la fln du xviiic siècle, et de ces glorieuse! 
conquêtes militaires qui, pendant les premières années di 
siècle suivant, portèrent dans toute l'Europe le renom d( 
rhéroisme français, la France, après un si prodigieux eflbrt 
éprouva le besoin de se replier sur elle-même et de resser 
rer les liens de la tradition un moment relâchés, elle s< 
trouva désemparée, et comme un ouvrier sans instrunien 
ou avec des instruments qu'il ne sait plus manier. San! 
doute quelques esprits calmes avaient, au milieu des agita 
lions, gardé la sérénité scientiflque et poursuivi obscure 
ment et isolément leur œuvre d'historien : à Sens, Tarb| 
en est un exemple. Ces érudits étaient disséminés ; ils tnï 
vaillaient chacun en son particulier. Les congrégatioa 
avaient disparu, comme les corporations ; plus de bénéd 
tins pour coordonner les efforts des historiens et des i 
chéologues. Et comme il n'y a pas de principe, si excelle 
soit-il, qui, poussé à son extrême et exclusivement app 
que, ne devienne mauvais, l'on s'aperçut bientôt que l'ind 
vidualisme à outrance ne pouvait suffire à assurer la 
d'une société et qu'il fallait en toute chose des groupemcij 
intermédiaires entre l'individu et l'Etat. Pour ce qui 
garde nos études, l'enquête même qui doit précéder la 
fection de l'histoire locale est si vaste, elle porte sur ( 
points si différents et exige des aptitudes si variées, qu1| 
seul, s'il a l'audace de l'entreprendre, ne saurait la mené 
bien; sans compter que son esprit fût-il assez puissant p( 
regarder le passé de divers points de vue, il resterait h 



— V — 

joars que ses ressources matérielles ne suffiraient pas à as- 
surer la publication des matériaux qu'il aurait amassés et 
commentés. Nos prédécesseurs Font compris, et sous le 
Tvgne de Louis-Philippe la mutualité s'affirma, pour ce qui 
nous concerne, par la création de ces sociétés qui ont pro- 
voqué la renaissance des études historiques et archéologi- 
ques et n ont cessé depuis ce temps-là de se multiplier, de 
saccroîlrc, encouragées et favorisées par le gouvernement 
qui. dès la première heure, avait constitué à Paris un Co- 
niité des travaux historiques pour leur servir de centre. 

« Il ne se pouvait pas que la ville de Sens ne fût à la tête 
du mouvement. L.e flambeau de l'histoire y avait passé de 
miiin en main, toujours brillant, depuis que les annalistes 
anonymes de Sainte-Colombe, qui l'avaient allumé, l'avaient 
:n:nsmis à ceux de Saint-Pierre-le-Vif, Odoran, Clarius, 
t CHlTroy de Gourion; puis étaient venus Taveau, Reversey, 
fLrcleau, Fcnel et Tarbé, et tant d'autres qui forment une 
chaiae ininterrompue depuis le haut moyen âge, jusqu'au 
j')jrque seize hommes, dont la culture littéraire ne le cédait 
ea rien à leur vif amour du pays natal, se réunirent pour 
rechercher et sauvegarder les antiquités, classer et dépouil- 
1( r les archives, en publier les documents, les commenter 
ti en tirer les éléments d'une histoire sénonaise. 

i Si telle a été la mission que notre Société s'était donnée, 

u \ziii reconnaitre qu'elle l'a continuellement et compléte- 

i.nt accomplie depuis sa fondation. Il n'y a pas lieu de 

raindre qu'elle y manque dans l'avenir. 

I II est impossible, cependant, que nous fermions l'oreille 

^Iccho d*une opinion qui se répand depuis quelques an- 

:i?s et qui est venue jusqu'à nous. On entend dire que les 

x^i'jtês archéologiques n'ont plus la même ardeur qu'il y 

< xolement vingt ans, que le recrutement se fait plus diffi- 

It, les travaux plus i-ares, soit que les exercices du corps 

' ument la jeunesse des plaisirs intellectuels, soit que 

: /.blissement des études classiques, spécialement l'aban- 

!iO <ies études latines, préparc moins les esprits à des re- 



1 



cherches historiques, soi! encore que les inleUigenecs, 
cnlrninces à regarder en avant qy en arrière et se préoc^j 
pant lies [irobléiues socîaus^, se porlenl vers tes scient 
économiques et politiques, chacun rêvaul, nouveau Plai 
de construire une nouvelle republique, 

f Mais en premier lieu^ les sports sont le privilège dé 
Jeunesse^ et il arrive un ^ge ou la nature invite chacuaJ 
mms h les abandonner, iVesl alors qu'on cherche à occtii 
ses loisirs par des spéculations in tel lec tu elles ^ des spécii 
lions de cnbiuet ; et tout natmcUcinent on se tourne vi 
1 archéologie etriiistoirc, parce que ^\ l'htsloire exige, a^ 
des connaissances préalables, l'observation d'une méthoi 
elle présente sur les autres sciences cet avantage que | 
objets stîut accessibles à tous, répandus partout autour 
nous, dans le sol, dans les archives publiques et prîvj 
dans les bibliothèques, qu'elle s-exprime dans la langue. 
tous, n'ayant de terminologie spéciale que limitée, qn'l 
nous est familière dès lenrance, que sa méthode a un carf 
tère général dont les règles ressoi-tissent h la logique la p| 
élémentaire, je dirais presque au simple bon sens. 

I Nous ne nierons pas que sous les attaques auxquelles i 
est en hutte depuis quelques années, Tétude de la langu&j 
line, si indispeusable à quiconque veut étudier rbistoirei 
l'antiquité et du moyen ûge, n'ait suhi un recul. Mais on 
que ce recul est plus apparent que réel» cl que ceux dVal 
nous qui, après leur sortie du collège, ont continué ù liroj 
auteurs anciens, ne tenant pas compte des progrès qi|| 
ont accomplis, imaginant volontiers qu'ils avaient, au û 
ment qu'ils passèrent leur baccalauréat, les connaissant 
qu'ils ont acquises depuis, montrent trop peu d'indulgej 
aux jeunes latinistes, il reste qu'on peut, sans une cultl 
classitpic bien profonde, étudier les seizième, dix-septièt 
et dix-huitiènie siècles, voire le siècle dernier dont v<J 
savez, par les belles études de notre ancien présida 
M. Joseph Pcrrin, que les premières années, par la gm 
deurdes événements, féconds en résultats de toutes sor( 




^- vu — 



qai lesool tiiiin|uées, ofîreDUuit recherches el à îa critique 
on chûmn iïirgcment ouvert; il reste qu'on peut éludicr les 
Yfiîliges «ics âges prrhisloriqut's el tous les monumenlii du 
mtiyeu âge, d uu mol J archéologie. El l'étude de l'areliéo- 
lûfif n'est-ce pas robjet originel et essentiel de votre foa- 
II? 
H^bsi rarehéoîogie n offre plus d'attraits7 Ici noire in- 
gujéliiile II aurait pas de fondement. Ce ne sont pas seule- 
meut lr% urchéolDgties prupremcnL dits qui s intéressent aux 
liem tiioniinients. car, pour en assurer la conservation, les 
mdéié% comme la nôtre trouvent un secours puissant et 
cJîlriice auprès du publie, du grand public, comme on dit, 
qui D in^rrilt un peu lard, à Tordre de ses préoccupations 
h sauvegarde des inonujnents La constitution de sociétés 
jUftttr ta protection des monuments et même des siles pillo* 
tffques, la nnis^ance des syndicats dlnitiatlve régionaux et 
demandes qui* chaque jriur, arilucnt à la Direction des 
lûx-Arts pour le classemcnl des édifices de rantiquité et 
mayeti 5ge, cl ces promenades archéologiques se niîjlli- 
^anh telles que vous en avez vous-mêmes organisées, et 
are celte aRluence de visiteurs accourus, de tous les 
^inis du pays et même de l'étranger, pour admirer quel- 
cscetiliiines de tableaux réunis i\ lexposition des Primi 
fnmçais, répondent pour nous et témoignent de latla- 
tanrnt que les Français ont encore à leur passé, du souci 
i»nl d'en conserver les glorieux vestiges et tout enseni- 
les me tire eu lumière, comprenant bien que la puis- 
d une nalion est fat te de toutes les forces accumulées 
c^ars clc^ siècles. 

f On potirmlt donner d'autres preuves que ni larehéologie 
rhîstojre n ont fiiit railiite. Bt il y q beaucoup de irisons 
Cl nicune génération ne les abandonnera comme 

fj! . utile pour continuer sa route, plus légt^re : til 

toyjifi^ur qui croirait s'assurer une marche pkis rapide 
ittant %LtQ vin tique. 
I Si dfinç niius nous prenons parfois à gémir sur l état 



u 



V 
I 



xm 



acluel des sociétés ardiéolo^qtics. in raison en est qii*oii 
juge mal le mUieo dans leqttel on se trouve. Si nous croyons 
av^oîr dégénéré de nos devanciers, c est qu'à dire le vrai, 
nous ne voyons leur ceuvre que dans te lointain, sans t'étu- 
dîer par le menu, et surtout sans prendre^ pour établir un 
rapport avec notre œuvre propre, des ternies de co m pa rai- 
son précis. La perspective du passé est de même sorte que 
celle d'un paysage. I^eis derniers plans se pressent les uns 
contre les autres ; les objets éloignés fortneut des masses et 
semblent se toucher alor^ qnen réalité de larges espaces les 
séparent. Pareillement les faits nous paraissent doutant 
plus étroitement groupes qulls se soûl passés à des épo- 
ques plus anciennes; lisse présentent à nous comme en un 
tas que nous croyons avoir été fait d'un seul coup, alors 
que plusieurs générations ont contribué à sa fonnâtioti^ 
comme ces tombeaux des premiers âges sur lesquels chaque 
passant jetait une pierre. 

i Voyons si un examen plus attentif de la question ne 
nous obligera pas à abandonner notre sentiment, résuUit 
d'une impression vaguement ressentie, pour y substituer 
une opinion fondée sur la connaissance plus exacte des 
choses. Comparons Fétat de notre Société pendant la se- 
conde période décennale de son existence, de 1851 à 1^>3, 
et pendant la dernière période décennale, de 1894 à liX>3, 
d'autre part. Et d'abord le nombre des membres. En 1863, 
la Société comprenaîl trente-six membres titulaires, trente 
membres honoraires et cent vingt-neuf correspondants, a^H 
total cent quatre-vingt-quinze membres; en 1903, cinquante^ 
deux membres titulaires, un membre honoraire, cinquîinte- 
un membres libres et vingt-neuf corrcspon<iants, au total 
cent trente- trois membres 11 y aurait donc en diminution 
numérique. Mais ici nous saisissunsloiU de suite limperfcc- 
lion de ta statistique, et à quelles conclusions inexactes elle 
nous mènerait si nous ne corrigions la brutalité des chiffres 
par Icxamen des éléments que nous avons fa ri entrer en 
compte. Car ce qui importe^ c'est le nombre des membres 



— IX — 



actifs. Or, notre Compagnie, en 1S63, m dépit du nombre 
considérable de ses membres honoraires et de ses corres- 
piindanls, dont la plupart n'avaient aucune part à ses tra- 
\aux, disposait de moins de forces vives qu'en 1903 avec ses 
cinquante-deux membres titulaires et aussi ses cinquante et 
un membres libres qui tous, dune façon ou d'une autre, 
coopèrent à sa vie sociale. La liste des membres titulaires 
na cessé de s'accroître. Elle comprenait cinquante-deux 
membres l'an dernier : soixante-deux y sont inscrits au- 
jourd'hui. 

Venons aux travaux. Ce serait abuser de votre patience 
qu'énumérer devant vous toutes les questions que notre 
Société a examinées et discutées, ou toutes les fouilles 
qu elle a pratiquées pendant les deux périodes que nous 
nous sommes proposé de comparer. Il suffit de mettre en 
balance les publications faites par vos soins; car c'est par 
la surtout que se manifeste le plus utilement notre activité, 
et ce sont les résultats les plus tangibles que nous puissions 
obtenir; sans compter que, sur ce terrain, les chiffres ont 
toute leur valeur, puisqi\e les objets additionnés sont de 
même qualité. Or, de 1854 à 1863, la Société archéologique 
de Sens a publié cinq volumes de Bulletins formant un total 
de 1497 pages; tandis que de 1894 à 1902, elle a publié un 
même nombre de Bulletins comprenant 1 762 pages, auxquels 
il faut ajouter vingt-trois planches du musée gallo-romain, 
cl le magistral livre de Gustave Julliot sur les inscriptions 
et monuments du même musée, comme aussi les mémoires 
du même auteur consacrés à l'ancien rétable d'or et au 
c- ffrel d'ivoire de la cathédrale, et la Flore du Sénonais, de 
M Constant Houlbert, à laquelle ont collaboré plusieurs au- 
tres de nos confrères. En outre, trois ouvrages ont paru 
v)us vos auspices, savoir : les deux livres de M. Joseph 
[•errin, le Cardinal de Loménie de Brienne et les Sièges de 
v/Lt. et l'Histoire du Chesnoy, par M. Maurice Roy. 

' Vous le voyez. Messieurs, le parallèle que nous avons 
ciibli ne tournera pas à notre confusion. La Société n'a 



\i 



f« 




i 



— X — 

cessé de marcher résolument dans la voie que lui ont mon- 
trée et ouverte ses fondateurs. Elle s'y est avancée d'un pas 
de plus en plus ferme, appuyée sur les premiers exemples 
des pionniers, conservant la même ardeur au travail et le 
même culte éclairé du passé. C'est pourquoi notre Compa- 
gnie, aussi forte que jamais, peut poursuivre en toute tran- 
quillité le cours de ses travaux, confiante dans un avenir 
qu'il ne dépend que de nous de faire aussi brillant que le 
passé. 1 

Après cette allocution, fréquemment interrompue |>ar les 
applaudissements de l'assemblée, M. le président dépose 
sur le bureau les publications reçues pendant le mois 
écoulé. 

Il signale la liste des baillis de Sens, de Thierry de Cor- 
beil, en 1202, à Jean le Métayer, en 1327, dressée par M. Léo- 
pold Delisle, dans le tome XXIV du Recueil des historiens 
des Gaules et de la France. 

Il signale, en outre, dans le Traité des Monnaies gauloises, 
de M. Adrien Blanchet, qui vient de paraître, le chapitre 
(t. H, p. 358 à 363) consacré à la numismatique des Senoncs. 
M. Blanchet rejette l'interprétation, duc à Longérier, de la 
légende atha par Agedincum, qui se lit sur une pièce de 
bronze dont le type consiste en deux animaux affrontés. 
Aged est plutôt le commencement d'un nom d homme, tel 
que AgedilloSy Agedomopalis, Agedoviros ouAgedinos. Il n'y 
a aucune raison d'attribuer cette pièce aux Scnons; aucun 
exemplaire n'a jamais été rencontré dans l'ancien territoire 
de ce peuple. Au contraire, elle est analogue, pour le typc> 
à des monnaies de bronze trouvées d'ordinaire dans la ré- 
gion parisienne. Mais les trouvailles permettent d'attribuer 
aux Sénonais : l*" une série de bronzes coulés dont le type 
est, au droit, une tête échevelée, et, au revers, un cheval ; 
2« des bronzes frappés qui présentent, au droit, une tête 
avec cheveux à larges mèches, et, au revers, un oiseau 
accompagné de cercles, de pentagones et de croix; 3» des 



— XI — 

bronzes du même type, mais avec les légendes Sena et 
Giamilos. 

Ces attributions de M. Blanchet se trouvent confirmées 
par une trouvaille de monnaies faite, en 1897, sur rempla- 
cement de la maison sise à Tangle de Tavenue Vauban et de 
la place de la Gare. La portion de ce petit trésor que nous 
avmis eue entre les mains, comprenait, en effet, douze piè- 
ces du premier type (cf. H. de la Tour, Catalogue des Mon- 
naics gauloises de la Bibliothèque nationale, no» 7412 à 7421, 
atlas, pi. XXX, n® 7417); quatorze pièces du second type 
n w535 à 7545); cinq pièces, d*un type analogue, sur les- 
quelles loiseau parait boire dans un vase ; treize monnaies 
de bronze aux légendes GIAMILOS, au droit, et SIINV 
> = SenuJ, au revers (n»» 7554 et suiv.); dix bronzes Irappés, 
au même type de Foiseau avec la légende VLLVCCI (nt»7493 
et suiv); auxquels il faut ajouter quelques pièces de types 
différents représentées par un exemplaire unique : un 
bronze à la légende PIXTILOS (no* 7063 et suiv.) ; deux bron- 
zes, à la légende AEOViCli (n®» 7732 et 7737); deux mon- 
naies de potin, dont Tune au type du sanglier (n^^ 9167 et 
suiv ), et Tautre, au type du taureau cornupète. 

Il est intéressant, pour la détermination de Tépoque à la- 
quelle les monnaies gauloises avaient cours, de remarquer 
qu elles étaient mêlées à des monnaies romaines de la colo- 
nie de Nîmes, à des monnaies d'Auguste, frappées à Lyon 
et à Vienne, de Germanicus, de Tibère, de Caligula, de 
Claude, de Néron et de Domitien. 

Ces monnaies sont conservées dans une vitrine de la 
salle Synodale. (V. l'Etude de M. A. Blanchet, dans le t. XXI 
(Ju Bulletin, deuxième fascicule.) 

Avant de donner la parole à M. F. Chandenier, M. Prou, 
se faisant Tinterprète de l'assemblée, adresse ses plus sin- 
cères félicitations à M. Ramain, professeur de rhétorique 
au lycée, qui vient d'être reçu docteur es lettres, avec la 
mention très honorable. 
M. F. Chandenier donne lecture d'une note sur les Ecoles 





— XII — 

cpiscopalcs et monastùities de rancienne province ecclésiasti- 
que de Sens, du Vil*' an A7/«' siècle. 

Le '^1 juillet 19(W, M. William-H. AspînwaI, actuellemenl 
directeur à rKcole irnpplicntion au Collège national de 
l'Etat de New -York, a soutenu, devant la faculté de théolo- 
gie prolestante de Paris, une thèse traitant ce sujet. 

Informé de sa publication, M. F. Chandenier s*est procuré 
ce document, dans lequel il espéniit rencontrer 1 équité 
qu*il croyait devoir animer, en Amérique, l'esprit des ad- 
versaires de rKglise catholique. 

M. Aspinwal n*a pas fait pi*euve de ce beau sentiment. 
Forcé de reconnaître qu":^ Tôpoque de l'invasion des b.ir- 
bares et pendant lo moyen Age. l Eglise catholique a lutté 
contre la tKirl)ano des envahisseurs, qu'après les avoir 
domptés pour ainsi dire, elle les a civilisés et leur a donné 
les premières notifus des Icllivs et des arts dont elle fut la 
seule ganlienne il le fait a\eo mauvaise gnice Au lieu de 
terminer par lu mot de rt*con naissance pour les services 
rendus, il no trvuixe qu utîc concliiNion injurieuse, préten- 
dant que ' l KiiliNC n a otVrt qu i:n en>ol.;rîement insuflisimt 
qui ne menjit pas .i la literie vU- Li loi et i!e la pensée, mais 
qui te:T«î.i:t j v'%v»Nor\cr iî»dv'thK::'o:Tt lîcs idtcs fausses et 
super>i:*'-<''.-^<'^ • 

Siin> N *,U':T.f:\* p*.-.:n Îv'::» vi,"c \ T^Î-no v-K-e ^îc la proxincc 
de Vf:-^. ».i'-'v: ! ,rv-ho\vv;:w- o».'-.vv '.':'. !c\,\;,*.c v!o Paris 
par^:: '^c^ %.■.•'■ ;^:» s ^l F v' ^ r * :c"c". ^j*. j.::t i.îu reste 
pas J î.Ms -o J.vx**.k" ■••v:*Vv sU" * *■'-,' s w* j — .:-'v:j:*v:. j n.ipjH?lé 
les :?•■■'"» ".%'.-CN .!,,• •• •% ^J^ .>".s ,■^0■.:■«^■s .:c:;l::s saint 
Loi:'/ ."-^-r ' ■" ^" '"v -i.' ».' "'.•< * ••• * ^'-x -v* -'.f-e. en {-a^- 
san:. ■*■.■■• — .!-;; « vi: ••. ^!..;.'" ^■l ■».;■.■.•.■■• .!.--^ ni rr-j^ip^. à 

pn."T *.' ■' ■•-'».■ "■-•'^ ,■■ v. '.■ '• ' ■ : .' ,'v'*::?*e ticc- 



— XJll — 



M Prou, remcrclarit M. Chaiidenicr de son întércssimtc 
lecture, couftlate qu'il ne s'est pas contenté d analyser la 
tl]è>e de M. Aspinw»ti maïs qull a fail œnvre personneUc 
fû rnrmylant sur cette Ihèsc des appréciations e! des juge- 
inents qui sont le truii de ses connaissances historiques. 

M. le président dit qu'il scrali intéressant pour la ville de 
Seas dassurer la conscrvalion de ce qui reste actuelle - 
luial de 1 enceinte romaine, tout au moins de la imtcnie et 
de U portion de muraille comprise entre lé numéro 14 du 
tKMikvnnl du Quatorze -Juillet et la rue Amiral -RosseU 
pcul-ètre nitme de la tour qui se trouve sur le même bou- 
levard, enlre la porte Sainl-Hilairc et la Grande-Huc. Il 
pcn^c que In Commission des monuments historiques ûc* 
cucilleruit favorablctnenl une demande de classement, et îi 
cunsiulte l'a&semblée à ce sujet, 
La pmposttian est adoptée h lunanimité. 
M. J. Pcrrin communique à la Société la reproduction ^ en 
pholotypie, d'un liaut-relief eu bronze qui commémore, sur 
b i»lace du chilteau de Stultgard, la prise de Sens par Tar- 
mtt wurtcmbergeoisç, le 11 février 1814. Ce document, 
coaipléLint très utilement riUustration de son ouvrage sur 
kêSirffrs tir .SViï,irn ^^/4, M. Perdu en donne la description 
en faisant les réserves qu il comporte. (V. Bulletin^ t. XXI, 

,En termi fiant, XL Perrin remercie chaleureusement 

^Heurtefco, professeur au lycée» qui a eu reMrcme obli- 
feaace de lui procurer la reproduction du monument jubi- 
laire de Siuttgard 

La Société est davls qu1l y a lieu d'en imprimer une ré- 
plique nu iiiiUrfifïr 

M Kiey fait une communication sur une médaille ou pla- 
quette circulaire de cuivre rouge trouvée dans le faubourg 

fonnt et qu'il considère eoiïinie un emblème maçon- 

SUlv 



t 



— XIV 



Séance du 6 février 1905 
Présidence de M. Maurice Prou 

Trente-six membres sont présents. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopte. 

M. le président dépose sur le bureau les publications re- 
çues pendant le mois écoulé. 

M. Tabbé Corberon, présent à la séance, demande à échan- 
ger le titre de membre libre contre celui de membre titu- 
laire. Accordé à Tunanimité. 

M. le président met aux voix la proposition suivante : 

c La Société archéologique, désireuse de reconnaître les 
services rendus par M. Gustave Julliot, décide d'offrir à sa 
famille cinquante exemplaires des trente premières plan- 
ches du Musée gallo-romain, pour compléter les exemplaires 
précédemment attribués à M. Gustave Julliot. » 

Cette proposition est adoptée à l'unanimité des membres 
présents. 

M. Sépot, trésorier, présente son compte de recettes et 
dépenses de Tannée 1904, établit un projet de budget pour 
19fô et expose la situation flnancière de la Société. 

Ces comptes et budget sont approuvés et des remercie- 
ments sont votés à M. Sépot pour le zèle qu'il apporte dans 
la gestion des flnances de la Société. 

M. le président donne lecture d'un mémoire de M. Jules 
Guifirey, membre de l'Institut, consacré à l'étude de quel- 
ques documents inédits relatifs à Jean Cousin, dont 1 un 
est conservé dans l'étude de M^ Marquiand, notaire, secré- 
taire de la Société, et dont les autres sont tirés des archives 
nationales. 

Ce mémoire est renvoyé au comité, qui examinera s'il doit 
être publié. iXoïr le Bulletin, tome XXI, pp. 150 à 160J 

M. l'abbé Chartraire donne lecture des premiers chapitres 
d'une monographie de la sépulture du Dauphin, à Sens. A 
l'aide des documents recueillis aux archives nationales ou 
départementales et dans les mémoires contemporains, il ra- 



— XV — 

conte la mort du Prince à Fontainebleau, les préparatifs de 
la cérémonie à Sens, où, spontanément, le Dauphin avait 
choisi sa sépulture, et la pompe funèbre dans la Métro- 
pok. (V. le Bulletin.) 

M. le président donne lecture de la notice que M. Adrien 
lihochel, membre de la Société des Antiquaires de France, 
n rédigée sur la trouvaille des monnaies gauloises faite à 
Sens, en 1897, et dont il a été question dans la précédente 
séance. M. Blanchet, après avoir établi la classiûcatlon et 
donné h description de ces monnaies, a présenté un cer- 
tain nombre d'observations d'un intérêt général qui se dé- 
(luisent de Tétude de cette trouvaille. (V. Bulletin, tome XXI, 
pp 235 à 249.) 

Séance du 6 mars 1905 
Présidence de M. l'abbé Chartraire 



Trente -quatre membres sont présents. 
Le secrétaire donne lecture du procès-verbal de la der- 
nière séance, qui est adopté. 

M. le vice-président a le regret de faire part à l'assemblée 
liu décès de M. le vicomte de Montjoie, membre de la So- 
c'iL'le. 

Il lit une lettre du Comité du LXXV» anniversaire de Fustel 
(!c Coulanges. 

Il communique encore une lettre émanant du comité 
formé, à Dijon, pour la création d'un syndicat d'initia- 
tive de la Bourgogne: Un projet de statuts de ce syndicat, 
joint à la lettre du comité est déposé sur le bureau. 

Après ces diverses communications, M. l'abbé Chartraire 
î rt^sente les publications reçues pendant le mois écoulé. 

M J. Perrin communique à la Société une lampe chré- 
Irime antique trouvée à Sens, boulevard de Maupeou, dans 
le jardin de M. Edmond Feineux, qui la conserve dans sa 
collection. M. Perrin donne lecture d'une note qu'il a rédi- 




L 






i 



— XVI — 

géc pour expliquer le symbolisuic de cet objet cl en deaion- 
trer 1 itilcrêt (V. Biillvlm, tome XXI, pp. 253 à 262.) 

M. Tabbé Charlruire donne la su île de sa notice sur ta 
SvpitHure du Dauphin. H relrace les rcla Lions de la Dau- 
pbine avec Sens, pendant son vcumfcSeT d'après la corrcs* 
pondance de cette princesse, puis les essais d'cpitapbes, 
panni lesîquels le texte du cardinal de Luynes est choisi, 
enfin, les difTérenIs projets proposés pour le monument fu- 
nèbre. La correspondance de Diderot fournit à ce sujet de 
curieux dc-talls. CoclilUf chargé offîcîeUement d'étudier un 
projet de mausolée, a demandé des idées au philosophe 
qui se piquait de goût artistique Diderot imagina cinq coni- 
po^itinns difTérenles, d'un goût assurément cou lesta ble, et 
qui, du reste, n'eurent aucun succès. M. Cha rirai re pense 
que Coehin s inspira, pour resquisse définitive que Coustou 
reçut mission d'exécuter, du délicat rrontispiee dessiné 
par lui-même pour T oraison funèbre du Dauphin, pronon- 
cée par Etienne de Loménic de Brienne, alors archevêque 
de Toulouse. iy.BuUena, t KXl.) 

Puis la parole est donnée à Me Kley, pour une causene 
sur la préhistoire. 

Après avoir esquissé à grands traits ce qu'est et ce que 
doit être la préhistoire, M. Kley, indique un point qui 
lui paraît acquis : une ancienne invasion arienne révélée 
par la présence des armes de jadeite disséminées sur notre 
sol et surtout aux environs de Carnac. 

11 conclut en disant que les préhistoriques ont plus fait 
avec leurs armes de ^ilex que nous avec nos armes moder- 
nes, puisqu'ils ont presque anéanti lajaune quaternaire qui 
mensi\'alt Tessor de rhumanité naissante. 



Séance du .'f avril 1905 
PiiiiSiDENCE DE M. Maihicj; Pnor 
Quarante-lrois membres sont présents. 
Le procès- verbal de ia dernière séance est lu et adopté. 
M. le président communique ; 



— XVII — 

1 Une circulaire de M. le ministre de l'Instruction pu- 
blique el des Beaux-Arts, relative au quarante-troisième 
c uigrès des sociétés savantes devant s'ouvrir à Alger, le 
m avril 1905. 

M Prou représentera la Société à ce congrès, auquel as- 
si^lcra également M. Vignot, membre libre; 

2' Le programme du congrès archéologique de France, 
qui se tiendra à Beauvais; 

3' Une notice de la Société archéologique d'Eure-et Loir 
c(»ncernant la solennité que cette société se propose d'or- 
iiiniscr pour célébrer son cinquantenaire en 1906. 

Puis il dépose les publications reçues pendant le mois 
tcoulé. 

M. J. Perrin offre à la Société un ouvrage de M. H. Ché- 
rol, intitulé : les Seize Carmélites de Compiègne^ martyres 
mis la Révolution^ d'après les documents originaux. Il se 
propose d'en rendre compte à la prochaine séance. 

M Duchemin fait don à la Société d'un aérolithe trouvé 
a Cayeux-sur-Mer. 

M. Lapôtre, fermier à Pierre-Couverte, offre à la Société 
un aérolithe trouvé dans la forêt de Lancy. 

M Prou informe l'assemblée que M.E.Feineux donne à la 
Société, pour son médaillier, vingt-trois monnaies gauloises, 
provenant de la trouvaille faite, en 1897, à Sens, sur l'em- 
placement d'une maison sise à l'angle de l'avenue Vauban 
it de la place de la Gare; trouvaille signalée à la séance 
au 9 janvier dernier. 

Enfin, M. l'abbé Chartraire offre, pour le Musée, une tête 
rritique d'enfant, en marbre, trouvée, en 1904, dans là démo- 
liîion d un mur d'une maison de la Grande-Rue, près du 
Stminaire. 
Des remerciements sont votés à tous les donateurs.. 
M le président fait connaître que M. Alfred Tonnellier, 
en raison de son état de santé, demande un congé de trois 
m is A runanimité des membres présents, ce congé est 
accordé. 

b 





XVÎT1 



1 



Kn mison des vacances de Piiqiies, rassemblée d 
que la prochaine réunion se licndra le lundi 8 mai 

M. le çhnnoiiic Memnin fkinnc Içcliirc d'une t^iidc doi 
Chi railleur sur M^ TahleUva de brotize de Lupiriiuia, etnij 
vees au musée d'Agen. 

Il rnppelic lu décciuvcrle raile, eu 1880, au Touron, 
trois tabloUes oirerles pur les eik's de Sens, Auxerrc Qi\ 
léanSi à Lupicinus, consulaire de la gninde Sénonie. 1 

Les inseri plions gravées sur ces tablettes lui paraisa 
des plus imporliintes, parce que, depuis les inscri|)ti 
anciennes du musée sénonais, dont la dernière en dati 
peut èlre poslérïeure h 1 an 210, on ne trouve plus d'art 
inscriptions scnonaises pendant les cinq ou six siècles ^ 
vants, I 

Les épigraphisles qui ont publié et commenté ces insc| 
lions s'accordent à recnnnailre : 1^ qu'elles sont autbûj 
ques» et 2^ qu elles remontent à la seconde moitié du 
triéme siècle. 

Mais leur explication ou biterprélalion soulève des qi 
lions auxquelles d n'est pas facile de répondre avec ci 
lude. 

H est évident que te titre de consulaire donné h Luà 
nus ne signlile, ici, nullement un ancien consul, mais I 
lemcnl un gouverneur d une province de première cl a| 
parmi celles (|ui coniposaienl alors la préfecture de l,y| 

Quant â ridentiliealîon de Lnpicinus avec le consul Lfl 
cintis de l'an 3G7 iliypollicse proposée par plusieurs épig 
pbi^tesi, M. Juïliot reconnaît qu'elle donnerait le moj 
d ex|di(iucr et de résoudre plusieurs diftieultès, et il rép< 
lui-même a la principale otjjeclion tirée de In dilTérencc| 
prénoms Flavius et CJaudius de Lui)icinus. 

La différence «tes |irénonis n existerait pas pour le Lj 
çinus nommé jjènéraL par Julien, en Tan 359. 1 

Celle hypothèse offre une suite historique de faits i 
M, Méntaiiï résume en observant que, suivant son opinl 
Lu p ici nus aurai! dû élre j^ouverneur rie la Sénonie ai 



— XIX — 



% sa nnmîtiûtton de itinître de k ca\nlerie 
e césar Julie», en l'an 359. Il ûiirnil tte ainsi 
giiincrïîciîr de Sens entre les annces X^i cl 35*J. 

Tdî^csl Ihypothèsc à laquelle se rallie M. Ménmin, en al- 
kodmiï tjii on en lrou\e une meilleure. 

M Prot] remercie M. le chanoine Mémain de son intércs- 
.«nle lecture el pré sente quelques ob^ervationis sur les ta- 
blctlcii de Lupirinus. Il ùiil ressorti r^ notamment, le difll- 
rallé qu il yn à ïdenliftcr le personnage avec Tiin des Lupi- 
dnas menUocinés par Âramien Marcellin. 

M ioseph l'errin coniniunique tin ducument surlncalhé- 
tfnle lie Sens, trouvé par M, H, Chérot aun Archives nalio- 
nafe» G 9, IGOk C'est une lellre au roi i>our sollîciter un 
ffcours en vue de la réparation de la Façade de la calhé- 
4ra!e : * .une des plus anciennes et des plus célèbres du 
rojuame de Votre Majesté ; elle est aussi une des moins ri- 

Suit rcsliniation de Soufllot, rarcîiitccte du Panthéon. Le 
drvU, trcs détaille, s'élève h 4tV7ïH)0 livres. 

M llbérol y a relevé ce paragraphe, qui ne manque pas 
é'actyahté : 

» Visilf faite de la lanterne couronnanl la tourelle de 
îliorlogi*. iotlîquéc a rélcvation par la lettre A, nousTavons 
trotrvèt dana le plus mauvais état el en péril é minent (sicf, 
II nm vient supprimer ladite lanterne jusqu'à ta hauteur de 
b g^llcric supérieure. ainsi que le nouveau dessin 1 ludique; 
ce que nou% estimons pour la démolition et reconstruction, 
y com|)riîi la balustrade, la somme de quatre mille huit cens 
îitrc%, 4 8001. * 

Cette romtnuniciition taite^ M. Joseph Fcrrln donne lec^ 
ture irtrn rapport sur la Décoiwcrtc de Stjmlturf^ antuines 
à>nfm\h, à la l*i erre-Cou verte, commune de Courgenay 
^Toir Buiklin, toitie XXI, 2*^ fascicule L 






— XX — 

Séance du 8 mai 1905 

Présidence de M. l'abbé Charthaire 

Trenle-ncuf mcmLres sont présents. 

M. Heure, membre libre, assiste à la séance. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. l'abbé Chartraire présente les excuses de M. Maurice 
Prou qui, après être allé à Alger prendre part au quarante- 
troisième congrès des Sociétés savantes, voyage en Tunisie. 

Il entretient la Société du décès de M. Alfred Tonncllier, 
à qui il adresse en ces termes un dernier adi<;u : 
< Messieurs, 

« Dans sa dernière séance, notre Société s'était empres- 
sée, sur la proposition de son précident, de déférer au vœu 
exprimé par notre collègue M. Alfred Tonnellier. 

« En lui accordant un congé de trois mois, nous pensions 
que le mal dont il souffrait n'était qu'une indisposition pas- 
sagère et nous comptions bien le revoir, après cette courte 
absence, reprendre sa place parmi nous. 

« Quelques jours plus tard, nous avions le profond regret 
d'apprendre sa mort prématurée et de raccompagner au 
champ du repos. MM. Sépot et Perrin ont bien voulu re- 
présenter officiellement la Société à ses obsèques et porter 
les cordons du poêle. J'ai le devoir de lui adresser ici un 
dernier adieu. Je le ferai d'autant plus volontiers [que je 
n'ai jamais oublié le bienveillant accueil que M. Tonnellier 
m'avait fait lors de mon retour à Sens, ni les encourage- 
ments qu'il donnait ù mes recherches sur l'histoire locale. 

« C'est que M. Alfred Tonnellier était un fervent des glo- 
rieux souvenirs et de> traditions de notre cité. 

« Entré en 1867 dans notre Société, dont son père avait 
été l'un des fondateurs, il était devenu notre doyen. Il est 
regrettable que, dans sa longue carrière d'archéologue, 
M. Tonnellier n'ait pas songé à écrire, pour notre BuUeiin, 
quelqu'un de ces épisodes de notre histoire qu'il contait si 
bien. Sa plume facile aurait sans peine tiré d'intéressantes 



— \x\ — 



Hmfes des doctimenls recueillis par son père et qu'il coiî- 
»rr?aitnvce un soin pieux. 

Muis s il ne prit jamais f^iiig parmi le* Iceleurs de la So- 
mHt\ du moins 11 fut Tiin des ânfliteiirH les plus a sidns. Il 
Hait aushi 1 un de ses mi'nVbres les plus fidèles el les pins 
devxme%, 

I Ile \m fréquentai ion de nos aîné:4, il avait ganlé le bel 
flto, ie ciiUc du passé, le respect des tradititjns, le souci 
des ifltéréis de notre Assoeinîron Nul n'èlail plus ardenl à 
flirt observer les prescripHons du règlement, comme à dé- 
fendre les prérogatives de noire Compagnie. 

I A iléfaul de mémuires, que nous aurions In cerlaine- 
«rni avec îtitérêi, i] nous laisse le souvenir de son profond 
icbeinent h l'œuvre entreprise el poursuivie par la So- 
Cifle ardiéo logique, C*est unexcmfïledont nous profiterons 
ri potir Irqne! nous garderons à sa mémoire, avec nos re- 
Is, ime vive reconnaissance. * 

L'assemblée s'associe par ses applaudissements aux paro- 
le* qircllc vient d enlcndre. 
Nis M. l'alibé Cliurlraire dépose sur le bureau les pubU- 
itons re^ue^ depuis la dernière réunion. Tl signale celtes 
doiveol plus particnlièrenient allircr ratlentinn de la 
bdélé, |Mirmt Icsqu elles une élude île noire cîjUègue 
Oi Porer* nrchivisle de l'Yonne, inlUuléc : Docninrtth sur 
oitiiktrf ' '. ÙvpnHrnu*n! de lYoïiru'. Prtfcês-uer- 

dr Vadisr an iiènark'nicuktle de nUÙ ù ISŒ)^ pu- 

klir* ïoas les auspices du conseil généraK Tome VI, conte- 
laut le résumé des séanecs du directoire du départcmcnlj 
Q II joUlel 17D3au G floréal an II, Cel ouvrage contient no- 
iiimt-nt rhistorjque tic In formation du déparlemcnt de 
Le seerêlaire donne lecture des principaux passa- 
nts h celle l'urtîialion. 
A()rés qucii, M le vîce-président soumet à rassemblée un 
jet irexcorsfoii nrebéidnjfique h Muiet H ù Ftintaînc- 
>l«iu. dojil la tiale sera ultoiieu renient fixée, 
n annonce rnrure un pri»jet de visite à la calhédralc de 



l 



Hfl, 




s 




— KXin — 

e président dépose sur le bureau les publicatiojig rc- 
pendnnl le mois écoule. H si^jnale celles qui méritent 
T^t Tottenlion de In Société. 

^cione lacture d'une lettre de M. le ehauoine Blondcl, 
ift du (Ihapdre, qui, h sou j^rand regret, se voit obligé 
oïiiier sa démission de mend>rc titulaire, Tuge et les in- 
îtés ne lui permettant plus de se rcn<lre aux séances 
sucUcî», M. Prou expose que, deiniis 1877, M. le eliânotnc 
«îcl fait pallie de lu Société, que pendant celte périoilc 
pris une part des plus actives h ses travaux par la pu- 
alian de nombreux et savants mémoires sur des qucs- 
historiques- C'est pourquoi H propose à rassemblée 

Kérerî^ M. le clianoïne Blondel le titre de membre 
re. La proiïosition, mise aux voix, est adoptée à 
ftaimilé des membres présents. 
' h président comnmnique encore. 
Une lettre du ministère de l Instruction pulilique et des 
H-Ârtsjuî accusant réception : Pdes cent trois paquets 
eiiant les exemplaires du IkilHfn de ht Soctcté an-héolo- 
^ rfe SenSf tome XXI, premier rascicule de 1904, ainsi 
le Cariitlalre du Chapitre de Sens ; 2" et des cinq e%cm- 
ICI des mêmes publications destinés â In bibliothèque 
Sociétés savantes et aux commissions de i)u[>îication 
omite des travaux historiques et scienliiiques. 
Deux lettres, l'une de M. le préfet de l'Yonne, et l'autre 
r. Folliot, président du conseil général de l'Yonne, 
isant réception du tome XXI du Biillelin de la Société 
^otogiqne de Sens et du Cartulaire du Chapitre de Sens. 
fin M. le président, au nom de la Société, adresse tous 
emerciements à M. l'abbé Chartraire et à M. Rousseau, 
>iit bien voulu guider un certain nombre de membres 
Société dans une visite très intéressante faite à la ca- 
bale de Sens. 

-xprinie le vœu que M. le docteur Moreau, directeur 
tiusées de Sens, veuille bien, lui aussi, se mettre à la 
»5ilion de la Société pour des visites soit au musée gallo- 




XX II 



Sens pour le djmanclie 21 mai, à 1 heure de raprcs-midi, 
visite pour bqtieHe il se mcl à b dlsposîlîon de la Société, 

M. Heure pose In ((ncsUoii de savoir s'il ne serait pas op- 
porLun de proUlcr des Iravoux qui sont exeeulcs en ce mo- 
ment nu campanile de in enthêdndc de Sens, pour demnndeiH 
le rélablissemeiit de ce canipnnile dans sa forme primilive. 

Vn échange d'observations a lieu à ce sujet cuire M. Heure, 
M, Tabbé Charlraïrc et M. Rousseau, areliitecte diocésain. 
M, Rousseau rappelle quelle est la règle a cl u elle nient suivie 
enmaliêre tle conservation des monuments historiques cl il 
explique eu quoi consisteront les réparations qui seront 
faites au campanile. Il ajoute que» d'ailleurs, il ne faudrait 
pas compter obtenir les crédits nécessaires à la restitution 
souhaitée par M. Heure. 

M. Char traire continue la lecture de sa monographie de 1 
Sèpu 1 1 utr du Du i iph in . < V o i r le Bulle t in . / 

M. Joseph Perrin fait part à la Société de la découverte 
qui vient d'être faite, à Saintet'.olomlic, de cinq sarcopha* 
ges en pierre oolithique hlanehCf paraissant dater de l'épo- 
que mérovingienne; un seul portait des traces de sculpture«J 
11 a été déposé au musée de la ville. 

M. Perrin eu donne la description. (V. BnlHin, t XXI L) 

La séance se termine à 9 heures el demie par la distribu- 
tion de la table du Musée gatlo -romain, composée par, 
M. Maurice Prou. 



Séance du 5 Juin ÎOort 

PRÉSIIJKNCE DE M. MaLIUCE PEOU 

Trente-huit membres sont présents. 

Assiste lï la séance M. Raymond Cox, directeur du 
Musée historique des tissus de ta Clininbre de commerce de 
Lyon, a qui M. Prou adresse quelques paroles de bienve- 
aue. îl lui exprime tous ses regrets de n'avoir pu assister à 
la hrllhinte conférence cpi il a faite, le dimanche 4 juin, dans 
la Salle synodale, sur les *Imus amivns 



-" XXIJI — 



îî le prfsidcnt dépose sur le bureau les publicalîoii^ rc- 
çacs peml^iU Je mois écoulé. JJ signale ccHcs qui niérilcjil 
daltirer riiUenUon de ta Soriélé. 

11 donne Iccinre cf une letlre fïc M. le chanoine Blonde»], 
dmrii ily (Vhapilre, qui, à sun grand regret, se voit oblige 
de donner sa détius&ioa de membre tilulutre, Vûgt et les in- 
né tiiî permellanl plus de se rendre aux séances 
.\cs. M. Pnm expose que, depuis \H11, M. le chanoine 
iUifiidel fait partie de la Société, que pendant cette période 
lli pris une part des plus actives à î»es travaux jiar lu pu- 
Mcaliijn «ft" iiondireux et savanLs niénioires sur des ques- 
tions historiques. C'est pourquoi il propose k rasscnibléc 
de conférer a M le chanoine Blonde! le titre de membre 
honoraire . l^ proposition, mise aux voix, esl adoptée à 
luQânimiié des membres présents, 
M. le (srésiiiient communique encore, 
h Une kltre du niinisiére de l'inslruction publique et des 
BuiaiL*ÂrtsJui accusant récepliou : l^des centirois paquets 
ttitilfnant lest exemplaîreîs du Jinlk'iin tic h Sovîétv archèotO' 
^iquf dr Srtis, lonic XXI^ premier lascicute tle 1i>04^ ainsi 
que le Ca tintai té dn Clmpiirt de Sens , 2» et des eint] cxem- 
|ibires des mêmes publications destinés h la bibliothèque 
fïcs Sociétés sn vaut es el aux commissions de |}ubiicatian 
mile des Ira vaux hisUit iques et scientifiques. 
I)eu3^ lettres, l'une de M. le préfet de l'Yonne, et 1 autre 
M Fotliot» présîdenl du conseil général de V Yonne, 
ace usant réception du tome XXÏ du Btiilefin de la Soviéié 
ixheohffi^ue ik Se m et du (Airttdmre dn ChnpHre de Sens, 
Enliii M. le président, au nom de la Société, adresse tous 
nierciemcnls h M. l'abbé Cliarlraire et à \L Rousseau, 
ont bien voulu jiuhlcr un certain nombre de membres 
ik b Sciciélé dans une vigile très intéiessante faite h la ca- 
lliéflfolc de Sens. 
Il exprime te vœu que M le doc leur Mureau^ directeur 
lÉ&tuusiér» de Scns^ veuille bien, lui ausst^ se mettre ù la 
ftUposîtioci de lu Société pour des visiter sott au musée gallo- 



ïfi 



m 




— XXIV — 



romain, soit au musée de peinture, qui mériteraient d'ctre 
mieux connus. 

M. l'abbé Chartraire fait une communication relative à 
l'excursion archéologique projetée pour le 13 juin. 

M. Maurice Prou intéresse vivement la Société par le 
compte rendu du congrès des Sociétés savantes, à Alger, 
auquel il assistait en qualité de secrétaire-adjoint du Comité 
des travaux archéologiques, et par le récit du voynge qu'il 
fil, à cette occasion, en Algérie et en Tunisie. Il fait circuler 
dans la salle de nombreuses reproductions photographiques 
des régions qu'il a parcourues. 

M. le docteur Moreau a examiné les ossements contenus 
dans les deux urnes funéraires trouvées à Pierre-Couverte 
et qui ont fait l'objet d'une intéressante communication de 
M. Joseph Perrin. L'une de ces urnes renfermait différents 
os non incinérés provenant d'un enfant à terme ou presque 
à terme. La Icte de celui ci n'a certainement pas pu passer 
par l'orifice du vase qui n'avait que 0«"085 de diamètre. On 
ne peut guère supposer qu'il s'agit d'une sépulture à deux 
degrés pour laquelle un vase beaucoup moins grand aurait 
suffi, et l'on doit plutôt admettre que l'on a pratiqué dans la 
panse de cette jarre une ouverture permettant rintroduction 
du corps de l'enfant. 

Les ossements contenus dans l'autre urne sont beaucoup 
plus petits et proviennent d'un fœtus de six mois environ, 
qui a pu être introduit par l'orifice du vase; il y a à noter, 
en outre, la présence de quelques fleurs et celle d'un petit 
objet métallique de forme triangulaire, paraissant être soit 
un fragment d'instrument ou de jouet, soit un ornement ou 
une amulette. 

Ces sépultures d'enfant et de fœtus montrent une particu- 
larité intéressante des mœurs gallo-romaines, et l'on trouve 
dans le musée de Sens un autre exemple analogue. C'est 
l'urne funéraire d'un tout petit enfant, oflerte par M. Ha- 
bert, conservateur du Musée céramique et archéologique de 
Reims. On n'a malheureusement pas de renseignements sur 



— xvx — 



tti os.<emeiiLs qu'elle pouvait i*eiifermert ni sur les trois pe- 
Utrscu[»iiles en lerrc bliîiiche tjwi y sunl ncluellenienh mais 

Isïï'ùn cortsi<lcre ses dimensions, on reconnaîl quelle n'n 
pu mitentr que le corps iVufi fcrtus de six à sept moî?$ au 

[ fins. 
il propos de la lecture de M* le docteur Moreau^ M. l'abbé 

Italioisc fail observer qu'il existe, sur le lerriloire de Vin- 

[leCune du pelle dédit^e à Notre Danie de Champrnnd au* 
ir tic bqucUe èlait im eî me II ère consacré à la sépulture 

lllef enfante morts sans bn|)lénie. 



Siancf dtt S juiUeî um 

VlitSWESCU DE M L AUBI^ ClIAtITJlAlllË 



II 



Trrate-cinq membres sont présents. 

Le |irorc<i- verbal de la drrnîére séance est lu et adopté, 

Jt Tabbé Cîiartraire présente les excuses de M. Maurice 

oa, pfésidetit, retenu ù PbHs par les examens de 1 Ecole 
Uf s churles. 

Il lit Qce lettre île M. Il* ch;in«iinc BlundeK qui remercie la 

cklé de lui a%*otr conféré le litre tic membre houuraîrc, 

Htl (impose sur k* bureau une brochure ofFcrlc par M. Blc^n- 

tl, Inlilulée : (origines itpo^ioliqnai tHin ctrtain nombre dcn 

fliin tte France. Etude hisiorhine el crittqtWj par M, le cha- 
K>mr Rkioilcl, doyen ilu t'Jia pitre de Sens. 

Des remercie me 11 Isï houI votés à l'auteur. 

Vu\\)i. le président Mi part du décès de M*îf Léon*Aubin 
|fifi(ftï, camérier secret de Sa SainUdé IMe X^ docteur en 
bpobgtc, ancien ;ïuniônier îie l'IbMel-Dîeu de Sens, sincien 

lire géuéniî de CTlianiliéry; ancien curé de SaiotLouis 
ic< lie Mnscïiii, chanoine honoraire lîe (Ihambéry 
h V, itj(»rl i\ Jérusulcni le l!l juin 11)05. 
I flnnn>eUe que >U"^ Vivien a Tait parliê de la Société et a 



y u 



I 



li'i 



— XXVIII — 

Il communique : 

1" Le programme du congrès des sociétés savantes qai se 
tiendra ù la Sorbonne en 1906 ; 

2^ Une circulaire relative à la mise au concours d'un ma- 
nuel d'histoire de la Bourgogne; 

3' Une circulaire sollicitant la Société de prendre part à 
la souscription ouverte pour placer, sur le tombeau de 
M. le comte de Marsy, un médaillon de bronze reprodui- 
sant les traits sympathiques de l'ancien directeur de la So- 
ciété française d'archéologie. Le bureau examinera celle 
demande ; 

4^ Une circulaire du comité formé pour l'érection d'un 
monument à Charles Daubigny, invitant la Société à contri- 
buer par une souscription à la réalisation de ce projet ; 

5-^ Une lettre de M. Paul Julliot, en date du 30 juin 1905, 
qui, en son nom et au nom de sa famille, remercie la So- 
ciété de la remise qui lui a été faite des exemplaires et des 
planches du Musée lapidaire qui lui manquaient, exemplai- 
res que la Société a bien voulu faire éditer pour compléter 
l'ouvrage de M. Gustave Julliot ; 

G*' Une lettre de faire part du décès de M. Octave-Lor.is- 
Marie Sachot, ancien élève du lycée de Sens, chevalier de la 
Légion d'honneur, officier de l'Instruction publique, qui a 
été membre correspondant de la Société. 

M. le vice-président a encore le regret de faire part du 
décès de M. Albert dn Feu, qui faisait partie de la Sociélé 
en qualité de membre libre depuis l'année 1893. Au nom de 
la Société, il adresse ses condoléances à la famille du dé- 
funt. 

Après avoir déposé sur le bureau les ouvrages reçus pen- 
dant le mois écoulé, M. le vice-président annonce à la So- 
ciété que le monument du chanoine Philippe Hodoard a élc 
réinstallé à la cathédrale. 11 indique quel était son ancien 
emplacement et fait ressortir qu'en dehors de son intérêt 
historique le monument a une réelle valeur artistique. Des 
remerciements sont dus, pour cette restitution, à MM. Bé- 



— X3C1X — 



mtrti cl Rousseau, architectes, en particulier à ce dernier, 
M Joseph Perrin iicpase sur le bure^a un ouvrage ofîcrt 
à la Socit'lé par M ïï. CluroU hUîtulc : Ihk'oiwerie tfn Ca- 
nmr de Hmirtiahur à Saint-Su Ipice, en IKfH. (Exlrail du 
Bat(f(m (irs anciens èlévns de Sainl-SnfpiceJ M. Perrin en 
c une courte âixaly&c et fail ressortir liniportarice de 
couverte* 
H es! prie iJe vouloir bien tratisnieUrc à M, Chérolles re- 
»Bercirni€fits de la Socîél^!^. 

M Tabbé Chartrnire coulinue 1^ lecture de sa mouogra- 
|>Jtic de la StpuHnrt' du Dauphin ùSi'n.%. Il relaie les événe- 
ots de b période révohitionnairc se rappnrtanl à son 
fjel* «Voir le liuUeîin. ' 

M. Louis Kley fail une lecture intitulée : Menhirs el dot- 
rm Après être entre" dans des eonsldéniUons géuënilcs 
fimeerfiaul ces monuments préliiiilori([ues. M. Kley en vient 
[larler d'une pierre qui se irouvnii en dernier lieu an bas 
le lj colline de Saint-Marlin du Tertre, el qui, suivant lui, 
kolt être considérée comiue un menhir, 
lli^ erses observations sont prcseniées par plusieurs menu 
yth de rassemblée sur les conchisions du rapport de 
Kley- 



Séance du 9 octobre tdOîî 
PnÉsmu^QE DE M. Mauhiçe Prou 

Qaantnie membres sont prêsenU. 

¥ja 1 aliisc n c c il u sec ré la ire e l d u p ro- se c r ê ta î r e e uî p é c h é s , 

. TlioriA, vice-archiviste, remplit les ionclious de secrê- 



M le pré %i4 lent dépose sur le bureau les pu blica lions re~ 
les pendant Ir mois écoulé el signnlc celles qui mérite ni 
attirer pUix par lieu hérement 1 al lent ion de la Sotielé. 
Aprr^ la lecture du iiroeés-verbal de la dernière séance, 
. Joseph Pcrria, Buviguier et Morcau, font observer 



-- XXX 



qu'ils ont fait des réserves au sujet du rapport lu, le 7 août, 
par M. Kley, et qu'ils ne croient pas reconnaître un menhir 
dans la pierre dont il a parlé. 11 est décidé que cette obser- 
vation sera consignée au procès-verbal. 

M. le président communique : 

1« Une lettre de dom Besse, bénédictin de Tabbaye de Li- 
gugé, actuellement à Chevetogne, par Leignon, province de 
Namur, demandant l'échange du Bulletin de la Société ar- 
chéologique de Sens avec la Revue Mabillon, consacrée à la 
publication des archives monastiques et paraissant chaque 
trimestre. 

La Société, consultée, décide d'accueillir cette demande 
d'échange ; 

2? Une lettre de la Société dunkerquoise sollicitant la par- 
ticipation de la Société à la Fédération amicale des Sociétés 
savantes de province, moyennant une souscription de 
10 francs. La Société ne croit pas devoir accueillir cette pro- 
position ; 

3 Une lettre de M. le chanoine Mémain, demandant un 
congé de quelques mois, motivé par l'afTaiblissemcnt de sa 
santé. M. le président exprime le regret de la Société d'être 
privée de la présence, aux réunions, de M. le chanoine Mé- 
main. Il espère que sa santé s'améliorera promptement et 
il propose d'accorder à M. le chanoine Mémain un congé de 
six mois. Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à 
l'unanimité des membres présents. 

M. le président fait connaître que le conseil municipal de 
Sens a décidé de donner le nom de Gustave-JuUiot à la 
salle où sont exposées les sculptures romaines, et, à ce sujet, 
il s'exprime en ces termes : 

a Sur la proposition de la commission du Musée et spé- 
cialement de notre collègue, M. le docteur Moreau, le con- 
seil municipal, dans sa dernière séance, a décidé de don- 
der le nom de Gustave-JuUiot à la salle du musée où sont 
exposées les sculptures romaines, afln de perpétuer la méi 
moire d'un savant sénonais dans le lieu même qui était de^ 



— XXXI — 

venu comme son cabinet de travail, et oti il a élnborê une 
irovn; qui, seule, s^tininilt à aïvstircrson nom contre l'oubli, 
tbtitîimage que la \ilte rend ù notre regrette- eollî-guc re- 
jaillit sur nuire Sodélé, donl il a été pendant de longues 
aiiinées le reprèscnlîint le plus «nutorise, ci il nous est per- 
mis de eon^i«iérer la decUîon du corps municipal eomme 
oîie rvetia naissance deî* eliorts de noire Société pour le dé- 
Trluppcmeni du Musée gallo romain, créé par nos Tonda- 
leurh raéraes. 

• ie crois être rinterprète de vos sentiments en exprî- 
uuint ici notre gratitude h la commission du Musée et ii la 
nmnidpjiliitv » 
rtieîkalve d'applaudissements accueille ces paroles, 
l'arbiit ensuite des origines de la Uibliotticque munici- 
pale, M le président analyse un dosfiier de documents re- 
Uiiî% aux urigincs de la BibtioUièque de Sens^ acluellenient 
eanservé ou dépnrlementdcs manuscrUs de la Bibliothèque 
nationale, et que lui a signalé M, Henri Omont, membre de 
Ibiîitilut, conservateur de ce déparlement. 

Le plus ancien de ces documents est un questionnaire 
noacié à une circulaire adressée par le ministre de 11 nié - 
'îeuTt le 15 pluviôse an Vfl t'i février ITlftl), aux administra- 
Hita* dépflrtementnles. Le questionnaire fut rempli, pour 
tYonne, par le citoyen Laîre, bibliottiécaire de FEcolecen- 
Irtift et relcjurné i\ Pans, le t*»" germinal an Vil t2l nuirs 
%79&}, ljc% nf-ponses deLair«, outre qu elles contiennent une 
ibiograpfiic de ce célèbre bibliophile, nous renseignent 
'^lat tic% anciennes tilblioUiéques du dépnrlcmenl et, 
iatement, sur les anciennes bibliothéfîues publiques du 
pilre cl du collège de Sons, sur le dépôt de livres appelé 
put IJllcfuire, fiirtné h Sens, cl où l'on avait réuni les livres 
\t\ r^tnblisficniciits religieux supprimés et des coiulamnés, 
Tcirel de rép:irtir ces livres cuire tes J>ibUolhèques aux- 
[elles on pensait qu'ils devaient être utiles; enfin, sur 
elqucs œuvres dort dont plusieurs sont aujourd'hui au 



\^' 



— XXXII 



i 



Le même dossier renferme encore une lettre de Tadminis- 
tration municipale de Sens, du 5 germinal an VIII (26 mars 
1800), au ministre de Tintérieur, indiquant les sacrifices que 
la ville a déjà consentis pour préparer l'établissement d'une 
bibliothèque, et requérant l'aide du ministre pour la ren- 
dre publique. 

Une série d'autres lettres dû préfet et du ministre, des 
années 180 J, 1817 et 1820, sont relatives à la même question 
et permettent de constater qu'en cette dernière année la 
bibliothèque de Sens, installée au collège, n'avait pas en- 
core de conservateur et n'était pas encore ouverte au pu- 
blic. 

Après cette intéressante communication, M. le président 
porte à la connaissance de la Société que le Syndicat d'ini- 
tive pour attirer les étrangers dans le Sénonais sollicite une 
nouvelle subvention qui lui permettrait de mener à bien la 
lourde tâche qu'il a entreprise. 

M. le président propose d'accorder au Syndicat une 
somme de vingt francs, en exprimant le regret que les res- 
sources de la Société ne lui permettent pas un concours 
plus généreux. 

Cette proposition est adoptée par la majorité des mem- 
bres présents. 

Au nom de la Société, M. le président adresse des remer- 
ciements à M. Joseph Perrin, qui a fait don à la Société 
d'un volume des Affiches de Sens, année 1784, et d'un volume 
des œuvres du conventionnel Châtelain. 

M. l'abbé Chartraire continue sa très intéressante lecture 
sur la Sépulture du Dauphin. Il raconte les péripéties de la 
restauration du mausolée, en 1814, de l'exhumation des 
restes du Dauphin et de la Dauphine et de leur retour du ; 
cimetière à leur sépulture dans la cathédrale et retrace les 
petits conflits survenus, à cette occasion, entre rautorité 
civile et l'autorité ecclésiastique. ^Voir le Bulletin. J 

M. Rousseau fait connaître qu'avec le concours deM.Lou- , 
zier, architecte des Monuments historiques, il a fait procé- ' 



— xxsm — 

,„ila restauration du bas-reUef représentant h. Mn.lc- 

;I Ïulée. p.r .,ud4..--. à Jean C..s.n, et c,u. 

♦rmivP dans rédise Saint-Maurice. 
TseprPerrin fnit remarquer c.ue cosl la Sociét. ar- 
JolSe qai a pris l initiative .ic d.mnndor la pr..crva- 
r ;cemol..cnt menacé .m.e rninc proch.m. 



■rie veLsséc. appelée a«..i poterie s-"-""^'; ''^' ^^^_ 

aïo-romaine, représentant de. hommes de. o"^; "^ - 

,e.Bi elc , trouvé dans les terrassements pratiquas prcs 

fa p-me.adr du Qnator.e-Jui.iet et déposé sur le bu 

resu par notre collègue, M. Morel, qui la rccuedh. 



reau par 



Séance du S novembre 1905 

Pbésidenxe de m. Maurice Phol- 

Ouarante membres sont présents. 

M l'abbé Bonneau, curé-doyen de ChabUs, membre libre, 

^ïe proclterbal de la deraiére séance est lu cl ndopjé 

i Criée Proo, M- iabbé Chartraire et ^- ^^^^- 
neau présentent, en qualité de membre hbrc, M. t-lurUs 
CoDstantinChanviu, propriétaire, à Chalil.s 

M Maurice Prou, M. l'abbé Chartra.re et M. Joseph 
Perrin présentent, en qualité de membre correspondant, 
le R P dom Besse, bénédictin de 1 abl^aye de Ugm; d.- 
recteur de la Hevue Mahilloa, à Chevelogne, par Lci-non 

province de Naniur. t„iii„t -, iilon 

M le président fait connaître que lafamdlc Jull, >t a bien 

ccJocaLnts pourront et™ utiles !. 1» bocc... 



1! 



llHh 



-I, 



1. :^ 



— XXXIV -r- 



Un examen en sera fait aussitôt que possible. Des remer- 
ciements sont votés s\ la famille Julliot. 

M. le président dépose sur le bureau quatre documents 
intéressants, offerts par M. Pagnier. 

Ce sont : 

1« Des lettres royaux, en forme de charte, encore munies 
de leur sceau, en date du 12 février 1665, portant maintenue 
de noblesse en faveur d*Edme-Hector des Ardans; 

2» Un brevet d'armoiries pour Edme-Hector des Ardans, 
chevalier, seigneur de Gumery, mousquetaire du roi en la 
première compagnie. 

3" Des lettres royaux, autrefois scellées, sur double 
queue, en date du i avril 1704, portant nomination de M« An- 
toine Fauvelet comme conseiller honoraire au bailliage et 
siège présidial de Sens ; 

4*» Un brevet de cornette de la quatrième compagnie du 
régiment de dragons de la Suze, pour le sieur Poréhero, en 
date du 22 septembre 1742. 

Des remerciements sont adressés à M. Pagnier. 

M. le président communique une lettre de la Société d'étu- 
des d'Avallon, qui demande une subvention pour Taider à 
acquérir, afln d'en assurer la couservation, les restes du 
prieuré de Saint-Jean-les- Bons-Hommes, situé à trois kilo- 
mètres d'Avallon, près de Sauvigny-le-Bois. 

En raison de l'intérêt qui s'attache à la sauvegarde de ce 
monument, l'assemblée, consultée, vote, à l'unanimité des 
membres présents, une subvention de 50 francs. 

Enfin M. le président dépose sur le bureau les publica- 
tions reçues pendant le mois écoulé. 

M. le commandant Buvignier communique à la Société un 
programme imprimé de thèses qui ont été soutenues sur la 
LogiquCy la Métaphysique et la Pneumatologie (science des 
esprits^ dans la grande cour du collège des Jésuites de Sens 
(le lycée actuel), le 13 août 1755, à 2 heures de l'après-midi 
par quatre élèves de ce collège : Claude-Edmond Lancome, 
de Brienon, Edmond Richard, de Montereau, Etienne Ro- 



— XXXV — 



tL I ïk Vinîi*Novii*BelUcosa, d et Antoine Roi, ilc Sens. 
{a libraire tie Paris propose Tachnl de ce dociîmenl nu 
pm de 5 fmnes, mais malgré rintérêt qu'il présente, k So- 
çirlé déeide de ne pas dt^passcr le prix de 2 francs, 

M J- Perrin fait un rapporl sur les ion il les de J'oppiduni 
fltïu cimelière gaulois de Chaumont Haule-Marne^ Il ana- 
lyîte b noiice pai-ue dans les Aimâtes de la Sovivk- d'hisknre 
ft énrrhrtâkujie de Ciuiumonî, année 190"», rascicule 20*s et 
dans laquelle M, Ca^antol, président de celte Société, dans 
une étude fort intéresï»antc sur les nécropoles de la uionla- 
gnc de Saint Roeti, près Chaumont, démontre que 1 agglo- 
mération cha union ta î*^c est plus ancienne qu'où ne pense et 
qu'elle occupait le plateau deSainlHoeh» connu sous le nom 
êv TirtW-Olt\ tiîen avant de venir se grouper au tour du ciuV 
teau-fort qui, durant le moyen jige, lui servit de défense. 

M, J. PeiTJii conclut en faisant ressortir d'al>ord quel in* 
Irrêl il paorrait y a%*oir pour notre Société à suivre l exem- 
fiie de rcîle de Chaurnont en faisant des recherches qui 
pourraient conduire à des découvertes ajiaiogues; el en se- 
cond tleu« quel profit il y aurait pour les membres de la 
Société à lire et consulter les ouvrages composant sa bi- 
MloUiéque. 

11. Frou sîguîite, à la Bibliothèque royale de Belgique* un 
maDiisrnl H origine sénonalse C'est un pontifical écrit pour 
1111 arche vétiue de Sens, au xv*' siècle. 11 porte aujourd hui, 
Il Bibljothcque de Bruxelles, le numéro 9215. Les nom* 
limses et belles miniatures dont il est orné l'ont rendu de- 
ptn% longtenips célèbre. Les peintures, dont la plupart re- 
préicfltent Tévèque dans rcxercice de ses diverses fonctions, 
répftrtiîîsefil en deux groupes : dont le premier est rceuvre 
•rtjstc orriéré, et dont le second est l'teuvrc d'un nr- 
Dovatetir, 
II. l*rou met sous les yeux de la Société la photographtc 
f la plu& belle des peintures de ce manuscrit^ une eruei- 
, que Jklieliiels a attribuée sans hésitation, mais aussi 
suHisantes, à Roger van der Weyden. 



— XXXVI — 

M. Tabbc Charlraire fait une lecture intitulée : Sens en 18U 
et 18i6. L'exhumation des restes du Dauphin j les visites du 
comte d'Artois et de la duchesse d'Angoulême. (Voir le Bul- 
letins 



Séance du 4 décembre 1905 
Présidence de M. l'abbé Chartraire, vice-président 

Quarante membres sont présents. 

Le procés-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Tabbé Chartraire présente les excuses de M. Maurice 
Prou qui, très fatigué et retenu à Paris par ses nombreuses 
occupations, n*a pu venir présider la séance et donne lec- 
ture de son compte rendu sur les travaux de la Société pen- 
dant l'année 1905 : 

< Messieurs, 

« Le compte rendu de nos travaux que, suivant la tradi- 
tion, le président doit vous faire chaque année, lui serait 
une tâche agréable, puisqu'il y trouverait l'occasion de con- 
stater la vitalité de notre Compagnie, sll ne fallait en même 
temps, et tout d'abord, rappeler le souvenir de ceux que la 
mort nous a enlevés, devoir toujours pénible, mais que la 
mauvaise fortune a voulu me rendre plus pénible encore 
en m'imposant d'inscrire pieusement dans notre nécrologc 
le nom d'un collègue à qui j'étais lié d'une affection pro- 
fonde et respectueuse depuis ma première enfance, qui, 
dans les derniers jours de sa vie, me donnait encore des 
témoignages de bienveillance, vers qui, enfin, ma pensée ne 
peut se reporter sans évoquer du même coup tant d'êtres 
chers et disparus. 

c Alfred Tonnellier était entré dans la Société en 1867. Bien 
qu'il fût le plus ancien parmi nous, ni son âge ni sa santé 
ne faisaient prévoir qu'il dût nous quitter si promptement. 
Notre vice-président a rendu à sa mémoire un hommage 
qu'on ne saurait qualifier de dernier, puisqu'il est impossi- 



— XXXV7I — 



hlc que^ en raison rie k place qu'il a tenue ici, son nom n'y 
lotf encore souvent évoque ei toujours honoré, Qirsi Al- 
fred Ton nel lier n'a Hen éerit pour nos buttelins, nlor^ que 
h connaissance qn il avait de notre pays et de ses tradi- 
Lioais Jointe a une grande racîlité de style, lui eût permis de 
le faire, il n'en a pas moins tenu parmi nous un rôle inipor- 
taot et par rassiduité aux séances et par une intervention 
linèquente dans les discussions. Une intelligence vive, au- 
tant de rîartc dans la |)ensée que dans la parole, une 
gnrnde expérience de juriste, et, sous une apparence prl- 
ttiesâuliére, une pensée réfléchie et un attachement opiniâ- 
tre à ses coiivietions faisaient de noire collègue un de vos 
r0nsetllers les meilleurs et les plus écoutés. D'un caractère 
âJtnatile^ qm lui avait acquis tant de sympathies, il appor- 
lail dans nos réunions un [)eu de cet esprit et de celte verve 
qu il dépensait largement d;ins les salons ; il nous en réser- 
vait ce qui convient à une Société d'archéologues. Mais 
nouft ne sommes pas ici seulement pour tUsserler; nous 
y sntntDes aossi pour maintenir les tradilions locales. Kl 
nul plus, ni mieux que TonncUier, ne pouvait prétendre à 
le* riinnaitre. Avec lui disparaît un Sénonais de vieille sou- 
cbe et qui, plus tard, fera figure dans les annales de notre 
clîi au xi3t' siècle. 

t Ncxu* avons eu aussi le regret de perdre deux membres 
lûurrx : M Alliert de Feu et le vicomte René de Mimtjoie. 

• ît nous faut aussi accorder un souvenir h Tun de nos 
aiicienx ctirriîïipondants. Octave Sachot, non parce quMl fut 
Il Itérât eu r distingué et qu1l est honorable pour nous 
son no ni ait figuré sur nos listes, mais plutôt parce 
qotl garda Jusqu'à la tin un attachement profond à ses com- 
pn triât es. 

1 Le* pertes d'une société ne sauraient se compenser. Car, 
(m$ofi9('tà le c6té sentimental ; il reste quechnque homme 
* Sien carnet r*rc propre cpii fait qu'un autre peut prendre sa 
place sans jnmais I occuper complékmcnt. Mais la force 
tilalc tirs s0ci<fté& réside dans t'enchevclreraenl des gêné- 



— XXXVIII — 



rations, qui résulte des nouvelles recrues. Nous devons 
avouer que, cette année, le nombre des membres n*a pas 
augmenté. Si nous avons eu le plaisir d'accueillir parmi les 
membres litulaires M. Tabbé Corberon et M. Heure, biblio- 
thécaire de la ville, ils ne sont pas de nouveaux venus ; 
comme membres libres, ils prenaient part à nos travaux. 
Le goût qu'ils ont pour nos études et les preuves qu'ils en 
ont données par leurs écrits nous autorisent à attendre 
d'eux une collaboration plus active. 

« La santé de M. le chanoine Blondel lui a fait craindre 
de ne pouvoir plus remplir les obligations d'un membre 
titulaire. Ce sont là craintes chimériques. L'ardeur qu'il a 
toujours apportée aux recherches historiques ne saurait 
s'éteindre. Un esprit aussi actif ne peut se détacher d'étu- 
des auxquelles il a consacré tous les loisirs que lui laissait 
l'exercice de son ministère. Les liens qui nous unissent à 
lui ne se relâcheront pas. En lui conférant le titre de mem- 
bre honoraire, vous avez voulu non pas tant témoigner de 
votre reconnaissance à son endroit et de l'estime que vous 
avez pour ses Irnvaux et sa personne, que marquer le désir 
qu'il continue à vous communiquer le résultat de ses inves- 
tigations, à poser, discuter et résoudre devant vous les pro- 
blèmes les plus difflciles et les plus controversés de l'his- 
toire de l'Eglise sénonaise. L'honorariat ne sera pas pour 
lui synonyme de retraite. 

« Car, il importe, Messieurs, que chacun de nous, dans la 
mesure de ses forces, contribue au travail qui est l'objet de 
notre Société : rechercher, conserver, expliquer les monu- 
ments d'un passé glorieux 

«r En dépit des destructions que le temps et les hommes, 
plus que le temps, ont faites, la ville de Sens conser>x en- 
core des vestiges de l'antiquité et du moyen âge qui pro- 
clament le rang considérable qu'elle a tenu en ces temps-là 
parmi les villes de la Gaule et de la France, et des vestiges 
qui ne sont pas seulement des reliques, mais qui ont une 
valeur artistique, indépendante et de l'antiquité et des sou- 



— XXXIX — 

vriïïrs qui s*y nitlnclient. lelle que les étrangers sentent, à 
JfîCOJîletnpkr, une émotion dans laquelle i;'enlrent pAs les 
feotimcnts d'une piélé fUfale, 

I L inlérét que nous autres prenons h la ealliédrole, aux 
églises Saint Suvinien et Saint- Je£in, aux hns^reliefs romnins 
retirés des nturaïH^îS, à Ja vieille poterne et même aux ar- 
diiresquî nous livrent la pensée et les actes de nos ancé- 
tresi pourrait nvoir sa source uniquement ttans ce senti- 
ment qui nous attache aux choses vues dans la jeunesse ou 
au milieu desquelles nous vivons, et qui nous rend curieux 
de* gestes de cqu\ qui ont foulé le même sol. 

• U n'en eU rien Le témoignage des étranj^ers prouve que 
notre admiration ne s'égare point. Quelques-uns d*enlre 
vomuni |>eut être lu un vuluuie tlun amùricain^ M, W, Mor* 
Ion FuUerlnn, paru en 1DÛ5, et intitulé : Terrvu françfihvsi. 
^n% 1rs premières pages^ Tâuteur a consigné les impres- 
jticms que la visite de Srn** lui a foiles el laissées Sans doute 
quelques-uns de ses Jugements sont contestables. Mais il a 
senti tout le charme du paysage calme qu'on découvre du 
htaldu ï viey*\ pont à dos d iine; ^ il a été saisi de la gran- 
deur de la cathédrale qui f domine triomphalement la 
ifific; > jJ a été ra%i des « merveilles i» du trésor; il s est 
rrporlé vers les souvenirs qu'évoquent dans tout esprit cul- 
tiré et ces monuments et d'autres encore. Et enfin, il a con* 
dit; i LliJstoîre d^une ville comme Sens ennoblit toute une 
• nitfofi. « 

t (*est la conscience que vnus avex de cette grandeur qui 
vt>Qs soutient dans les recherches que vous poursuivez. 

I Aucune période de l'histoire ne reste en dehors du ca* 
dredenos études, En remontant Jusqu*à l'invasion arylenne 
et eu vous entretenant des menhirs et des dolmens, 
M Kiev a renouvelé un sujet que nos prédécesseurs avaient 
ikjù Imite, car le premier volume de nos Bnt!rifns contient 
pae étude sur les monuments qu alors on appelait celtiques 
u'oji attribue nujounihui ù la race d'homme établie 
nos régions aotérieurement à ta conque Le gauloise, tl 




( 



— XL — 



^ -, 



k^ 



est probable que le silence de ces blocs de pierre éveillera 
longtemps encore Tiinagination des esprits curieux de ré- 
soudre les problèmes difïiciles. 

•^c M. Joseph Perrin vous a fait connaître l'usage antique 
d'enterrer les morts dans des vases de terre. Il avait visité, 
avec M. Sépot, les fouilles que M. Lapôtre pratique avec 
habileté et succès sur le territoire de Courgenay, et assiste 
h la découverte de vases contenant des ossements humains, 
que le docteur Moreau, chez qui Tanatomiste se double 
d'un archéologue, a reconnus pour ceux d'enfants nou- 
veaux-nés. Cette détermination a fourni à M. l'abbé Laboise 
l'occasion de signaler l'existence, à Vlnneuf, d'un ancien 
cimetière réservé à la sépulUire des enfants morts sans 
baptême. 

« C*est encore M. Joseph Perrin qui a appelé devant vous 
le plus ancien témoin du christianisme à Sens, un ustensile 
bien vulgaire, d'une facture grossière, une simple lampe de 
terre, mais inflniment précieuse puisqu'elle est ornée du 
monogramme du Christ, type de lampe dont la Gaule n'a 
fourni que très peu d'exemplaires. M. Perrin, de qui vous 
entendez toujours avec plaisir la parole claire et élégante, 
en a dégagé la valeur. Cette communication a incité M. le 
chanoine Mémain à rédiger un mémoire sur un autre mo- 
nument de la même époque, et portant le même mono- 
gramme, que les épigraphistes ont commenté à plusieurs 
reprises, mais dont personne n'avait donné une explication 
aussi complète ni aussi approfondie que c(^lle que nous a 
proposée notre collègue : nous voulons parler des tablettes 
de bronze offertes au consulaire Lupicinus par les cités de 
Sens, d'Auxerre et d'Orléans. 

« M. Félix Chandenier, vous rendant compte d'un livre 
de M. William Aspinwal, sur les écoles épiscopales et mo- 
nastiques de l'ancienne province ecclésiastique de Sens, ne 
s'est pas borné î^i en faire l'analyse, ni même à le critiquer; 
aux recherches de l'auteur, il a ajouté des observations que 
lui permettaient de faire des études personnelles. 



— xu — 

f M. Buvignier nous a fait sortir du moyen âge, avec une 
communication sur les œuvres poétiques du cardinal du 
Perron. Aux remerciements que nous adressons à notre 
collègue pour nous avoir fait connaître une littérature qui 
ne nous est pas familière, nous devons en ajouter d'autres 
p<>ur le dévouement avec lequel il a entrepris une œuvre, 
qui, une fois achevée, sera très utile et doublera la valeur 
de nos publications, nous voulons dire la table alphabéti- 
que et analytique de nos Bulletins. Car s'il est actuellement 
facile de retrouver dans nos Bulletins les mémoires qui y 
sont imprimés, il Test beaucoup moins de rechercher les 
renseignements si nombreux disséminés dans les procès- 
verbaux. 

c Enfîn, M. le chanoine Chartraire nous a lu un mémoire 
très documenté, rempli de détails nouveaux et précis pré- 
sentés de la façon la plus élégante, sur le tombeau du Dau- 
phin. Dans une série de tableaux, il nous a montré le peu- 
ple accompagnant, avec les marques d'nn deuil sincère, 
Ihéritier du trône jusqu'au lieu de sa sépulture, les littéra- 
teurs et les artistes rivalisant d'imagination pour élever un 
monument digne de la mémoire d'un prince royal, ce mo- 
nument à peine achevé et déjà menacé, préservé cepen- 
dant de la destruction, mais soustrait aux regards, puis la 
génération suivante le restaurant en même temps qu'elle 
reprenait les traditions nationales un moment abandon- 
nées : image en raccourci de l'histoire de la France pendant 
un demi-siècle. 

c Deux savants étrangers à notre Compagnie l'ont honorée 
de leur collaboration; l'un, membre de l'Institut; l'autre 
membre de la Société des antiquaires de France. M. Jules 
Guiffrey nous a envoyé des documents sur Jean Cousin, aux- 
quels il a joint un commentaire. M. Adrien Blanchet, met- 
tant à notre service une compétence numismatique hors de 
|)nir, a écrit la notice d'une trouvaille de monnaies gauloises 
fiiile à Sens en 1897. Nous leur adressons l'expression d'une 
très vive gratitude. 




— XLII — 



c Ainsi, des temps préhistoriques au xix« siècle, nous avons 
soivi le développement de notre histoire dans les monu- 
ments figurés et dans les documents écrits. 

« Toute la dépense d*érudition qui s'est faite ici n*a pas pro- 
fité exclusivement aux membres de la Société. Noos avons 
voulu en assurer le bépéfice à quelques antres. Vous avez 
invité les personnes de votre parenté à assister à la confé- 
rence qu*a faite tout exprès pour la Société archéologique 
M. Raymond Cox, directeur du Musée historique des tissus 
delà Chambre de commerce de Lyon, et aussi à la visite de 
la cathédrale, que MM. Chartraire et Rousseau ont dirigée 
avec Tautorité que leur donne une connaissance complète 
du plus beau des monuments sénonais; et encore à une 
promenade archéologique et artistique à Moret et à Fontai- 
nebleau, rendue si attrayante et intéressante par les expli- 
cations que vous ont données M. Lioret, conseiller général de 
Seine-et-Marne, et M. Deroy, membre de la Société archéo- 
logique du Gâtinais. Ces excursions, que mes prédécesseurs 
ont organisées il y a quelques années, ont été accueillies 
nvec la plus grande faveur. Elles ont, croyons-nous, beau- 
coup d'utilité. Elles nous mettent en contact direct avec les 
monuments, et nous instruisent en quelques instants plus 
que ne le feraient des livres et des photographies. Elles sont 
de nature à développer le goût artistique chez ceux qui l'ont 
et à réveiller chez dautres où il est latent. Elles répondent 
à la méthode de pédagogie contemporaine qui, pour la cul- 
ture de Tesprit, fait appel aux leçons de choses. Seuls ceux 
de nos collègues qui assument la charge d'organiser ces ex- 
cursions pourraient trouver que le charme n'en est pas sans 
mélange; ils n'y songent pas; le dévouement aux intérêts 
communs, dont ils donnent des preuves continuelles, le 
plaisir qu'ils ont à vous être agréables, la conscience de 
faire œuvre utile sont le contrepoids des ennuis que peu- 
vent leur causer les démarches nécessaires au succès de ces 
petits voyages. Et si à tout cela nous ajoutons de notre pari 
de sincères sentiments de reconnaissance, nous ne doutons 



— xuu — 



tsque noir^ vice président et notre tresarier ne nous cn- 

aeut encore, l'été prochain, vers quelque ville où nos 

oâlsurcUénlogiqaes et artistiques trouvent satisfacUon. 

t Nous n'âvoiii> pas perdu tl^ vue l'un des objets de noire 

ijtuUon, qui est d'assurer ta conservation des anciens 

Doitunients, Nous avons sollicité de M. le sous-secrétaire 

aux beauik-arts le ctassemenl de quelques restes re- 

aaMcs de Tenceinte romaine. Nous pouvons espérer 

b poterne des Qiia Ire-Mares, là muraille où elle est 

cét% el la belle salle du xit« sltelc qui s'y appuie seront 

tisesou nombre des monuments hbtoHques. Noussouhai- 

rions aussi qu'on assurai contre In destruction la seule 

rqui présente encore sur Tune des faces un appareil ro- 

bien conservé el dont le rez-de-chaussée est voùlé, à 

JÏRtérieur, il une coupole du moyen iige, nous voulons dire 

i tour sise sur le boulevard du Quatorze Juillet» entre les 

[»tis w** 49 t5l 5L Et, puisque lu Commission des Monu* 

nts iiinlonques a émis un vœu lavorable à la réalisation 

tce projet, nous espérons que vous vous euiploiere^ tous 

kfatre dispnmître les oppositions qui pourraient se produire. 

• M Joseph Perrin vous a signalé la découverte, à Sainte- 
Eïlptnbe, de einq sarcophages cie Tépoque barbare, l^'un 

reuK. qui présente une ornementation rudimeulnire, a été 
Reposé au musée. 

• 1^ Scjciete a le droit de revendiquer une part dans l'œu- 
trcdc restanmtiun du monument coramémoratirdu chanoine 
Pliilippe irodoard, (misque c'est par les soins de notre col- 
êîjye, M. Léon Hausseau, archilectedcla cathédrale, et avec 
laftprobnlion de M. Bérnrd, architecte des édinces diocé- 

liûs. qu'il a été replacé dans la cathédrale. 

• Nos coilectiuns se sont enrichies. M. Edmond Feineux 
Htm» 3» otTerl trois monnaies gauloïses provenant de la trou- 

:i étudiée M. Adrien HlancheL M. Lapùtre et notre 
M i>u chemin nous ont donné des aérolithes. A 

ttiiibé iUinrtrnlre :iuu!« devons une tête romaine de mar- 

|ttm* d un nmr. 



— XLIV — 



i Et imîtujiteje |>ar]ê de nos collections, n'est ce pas le 
CAS d*fippeter voire attention sur In nécessilè ifcn acliever 
le eisfttement, et tout d'atiori] de munir d étlqueUes les oti* 
JeU de no% vitrines qui en sont encore dépourvus. La pro 
venuncc de ctiacun d'eux, qui est te renseignement le plus 
utile pour des viMteurs archéologues, scm facilement dé- 
terminée quand notre arcliiviste-adjoint aura fini de relever 
donw now registres les mentions d acquisitions ou de dons, 
trivaii un peu fusUdrcux, mais que M. Thorin a bien voulu 
de la nieilleuro gr<lee nous promettre d'entreprendre. 

i La hlt>lliiih(>quc ne ^'cst pas seulement augmentée des 
publicnllonH qui viennent par voie d'écliange. La famille dé^ 
(fUntave JuUiot u*e&ï dessaisie en faveur de ta Société nr- 
chéi>logirjue de** notes réunies par notre regretté président 
en vue tl(^ t m vaux deuil it nvait formé le projet. Aux notes 
ioni joints fies fragments <îe mémoires, dont il semble que 
In rédncllon soH assez poussée pour qu'on les puisse publier 
^i litre d'u'uvres poî*t humes. Qunnt nux copies des doeii- 
metitsp elles dispenseront du travail ingrat de Iranst ription 
ceux d'entre nou*i qui se proposeraient d'étudier les sujets 
iiux quels Vêtait arrélé Gustave Julliol. Ainsi il n'aura pas 
travaillé en pure perle; il continuera en quelque sorte à 
rtjïhdïort'r h nos travaux, et nous conlracterons envers sa 
tu émoi rc île nduvcilcs ohligalions. 

fl M. Perrin nous a offert <\cnx volumes rares : iesAfftchrt 
de Scm, de 1781. et les œuvres de Clullelain, député à 
(lonventiou nnliouale. 

t Tous ces accroisse m en ts de la bibliothèque deviei 
dnvient Inutiles si notre bibliolliécaire devait cuntinuerl 
ctita!iser les livres dans un |*etit cabinet qui est depuis Inw 
tempK trop plein Les quai liés d ordre de notre i-élv InbliO' 
Ihécaire, M. Iloy» restent sans emploi; maif le supplice quHI 
soulTre h être désordonné malgré qu1l en ait, louche h son 
lernic. M le miurc, comprenant le dommage qui résulte 
pour nos études d une pareille situation^ a bien voulu nous 
donner une preuve de 1 intérêt qu il porte à noire Compa- 



— XLV — 



r'^j ;=: 



gnic en mettant à notre disposition la salle où étaient na- 
guère rangées les archives municipales. Nous Ten avons re- 
mercié, mais nous tenons à lui renouveler devant vous l'ex- 
pression de notre gratitude. 

i L'impression des Bulletins a été poursuivie. Le second 
fascicule du tome XXI est achevé; il vous sera remis à la 
prochaine séance. Du grand nombre de belles planches que 
vous y remarquerez, vous conclurez non pas que nos res- 
sources se sont augmentées, mais que Tauteur du Mémoire 
$ur les premiers Imprimeurs sénonais, dont ces fac-similé for- 
meot rillustration, vous a fait sentir les effets de son habi- 
tuelle libéralité. C'est une preuve nouvelle de son attache- 
ment que nous donne là notre cher collègue M. Félix Chan- 
denier. Tous ici rivalisent de zèle et de dévouement. Car je 
D en ai pas fini avec les actes de générosité. 

« M. Maurice Boy veut bien offrir à chacun de ses collè- 
gues le second fascicule de son Histoire du Chesnoy. Vous en 
connaissez l'objet, puisque notre ancien président en a lu 
quelques pages en séance. Il n'y a pas de fief français dont 
les vicissitudes aient été retracées avec plus de soin et 
(1 ampleur que celui du Chesnoy. Une monograpie ainsi 
comprise contribue beaucoup à la connaissance de la société 
française. Elle répond à la conception que notre temps se 
fait de Thistoire qui ne se limite plus à la reconstitution des 
grands événements politiques, aux guerres et à la biogra 
phie des hommes célèbres, mais qui prétend retracer la vie 
journahère de tout le peuple et donner les divers aspects de 
la vie sociale et économique. Suivre un domaine du type 
ordinaire à travers les siècles, montrer comment il s'est con- 
stitué, d'abord, puis modifié au fur et à mesure que se mo- 
difiaient les conditions de l'existence et le milieu, c'est faire 
1 histoire de la propriété. Ainsi, le fascicule que M. Roy pu- 
blie aujourd'hui nous fait assister au grand mouvement de 
restauration foncière qui a suivi les désastres de la guerre 
de Cent-Ans. C'est un chapitre nouveau de l'histoire écono- 
mique que personne n'avait écrit. Si quelques érudits. avaient 



:\ 



M* 



' i 



'T^g^ 



— Kh\l — 

été frappés du nombre de bûUK de îa f!n cïu xv^ siècle et du 
commencement du xvii' siècle, accumulés dans les archives, 
aucun d eux u avait donné les raisans de cette abondance, 
ni su en tirer des conclusions. Les pages que M. Iloy a con- 
sacrées aux nouveaux acenscjncnls consentis par le sei* 
gneur du Chesnoy, ;iux défrichements et ù la mise en valeur 
des terres încultcs, à la construction de masures, dont le 
groupement a formé les liameaux, à rétablissement des^ co^ 
lonies de cultivateurs, sont des pages pleines d intérêt et de 
nouveauté et qui portent plus loin que ne Tindique le litre 
du livre. 11 faudrait encore louer la méthode qui a présidé 
à la recherche des documents qu'une extrême dispersion 
rendait difficile, et à leur mise en œuvre; mais la oiodestie 
de noire savant collègue serait blessée de plus d'insistance. 
< 11 resterait a votre président à faire son examen de con- 
science. Il aurait pour lui-même plus de sévérité, peut-être* 
que vous n'en aurez, 11 sent, en efTct, qu1l n'a pas rempli 
entièrement sa tache. Trop souvent il a manqué au rendcje- 
VOUS. Il en a scîili une véritable peine; aussi bien, vous le 
devinez, si vous saveii le plaisir qu'il éprouve à se trouver 
au milieu de vous. Cependant ce qui allège ses remords, 
c'est que les intérêts de la Société n*ont pas soufTert de son 
absence. Mais, si votre Compagnie a continué de prospérer, 
elle le doit aux membres du bureau sur qui, faute de prési- 
dent, est retombé tout le poids de nos affaires. Le vice-pré- 
sident, le secrétaire, le trésorier, 1 archiviste-bibliothécaire, 
savent assez quelle est ma reconnaissance à leur endroit 
pour qu1l ne soit pas nécessaire d'en développer longue* 
ment rexprcssion; et, puisqu'à la sincérité des sentiments 
convient la simplicité des paroles, qu'ils me permettent de 
leur dire seulement merci, comme je le dis ît vous tous, mes 
chers collègues, aux uns pour Faide qu'ils m'ont prêtée, aux 
aulres pour rindulgencequ*ils m'ont accordée, » 



La lecture de ce rapport est accueillie par de chaleureui 
applaudissements. 



— X( VII — 

t présentés, en qualité de membres libres : 
^M l-^*oti Libcrt, proprié taire au ch^Ucnu de Paron, par 
^lalkbé Cbarlraire et par MM. Joseph Perrin» Sépol, PoUn 

Ernest Lastiien receveur des ftrinnccs en retraite, 
lie la Soei^lé historique de Ci»rbeil, deuieurant A 
par M, l abbé Qiarlraire, MM. J. Perrin, Sépot et 



du joura|)pelle les votes sur les présentations de 
^t!lïanxL» et dti R P. doui Desse^qiiî tous deux sont admis 
iifUalitede membres libres, 

es lecture^ donnée par M* Tabbê Chartraire, des arlî- 

des ilatuts et du règlement intérieur qui régissent les 

lif>u% des membres du bureau et des membres du comité 

^psbiicâtion, il est procédé à ces élections. 

[C« premier scrutin est ouvert pour la uomi nation du vice- 

ïidcnt. du secrétaire» de rarcliivisle, du trésorier, du 

i-Kcrélaire et du vice-archiviste. 

élus pour une nouvelle période de deux ans : 
f^prrxidfnt : M. Tabbé CImr traire, membre sortant 
\ Secte faire M. Marquîand, — 

:i? : M. Paul Roy, — 

, :. r : M. Sépot» — 

\pT%h*ecrétmre : M Dapoigny, — 

Vice-archiviste M, Thorin, ^ 

l*n second scrutin eiït ouvert pour Télcction des membres 
i comité de publication* 

MM Joseph Fcrrin, Gérard et M. Tabbé Guillet sont 
iialcnys dans leurs fonctions pour une nouvelle période 
r ÛeQ% aus. 

I Les éIectton& terminées, la parole est donnée à M. PoUn 

'la lecture d'un rapport sur les sites de la région séno- 

aîsrqui lui pantment dignes d'être signalés àrattenlion du 

lub, afin que cette société prentie des mesures 

i.^urerla préservation. 

t>l intéressa ni rapport est vivement applautlî. 



im 






■ > 



SOCliré ARCHéOLOCIQiJB DB SENS. 



T. XXM, PL. I, p. 



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LE DAUPHIN 

Peinture par Frbdou 

(Tréior de Sent,) 



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LA SÉPULTURE DU DAUPHIN 
ET DE LA DAUPHINE 

DANS LA CATHI^DRALE DE SENS 



CIIAPITIIE PREMIER 

COMMENT SKNS I IT CHOISI POirR LA Sh^lH'LTl'Bi; 
J>Lf DAl^rtîrN 

l.c s;^ MIL cil 21 décemliie 1703, au soir, les huit 
loches de la tour de plnnil» de la cathédrale de 
ietis. Taisant vcho aux volées des liuutdonK, soii- 
itaîeiit le «îas de 1res haut, très piiiissiuil el excel- 
enl prince Lonîs île Bouilmn, l>aii])hin tle Frauce. 
Eti même temps que lonuonce de 1 événement, 
lepiiî^ quelques semaines prévu, niett^iit en deuil 
I dié lîtiêle et la France entière, une nouvelle cil- 
lait^ la plus siirprenanlt% la plus inespérée, la 




pins capable d'exalter Tamour-propre locall L'an- 
tique Métropole retrouvait enfin quelque chose des 
gloires d'un passé qu'on pouvait croire à tout jamais 
perdu : la Cathédrale allait posséder la sépulture 
du Dauphin I 

Qui donc, en eflfet, aui*ait pu rêver un tel hon- 
neur? Depuis des siècles, la royale abbaye de Saint- 
Denis n'avait-elle pas le privilège exclusif de gar- 
der les cendres royales? Depuis la progressive di- 
minution de son bailliage, jadis si puissant, aujour- 
d hùi si étroitement resserré; depuis surtout 
l'érection de rarchevêché de Paris qui avait arraché 
à la vieille Métropole la moitié des fleurons de sa 
couronne, la ville des Primats des Gaules et de 
Germanie n'assistail-elle pas, impuissante et déso- 
lée, à une décadence que rien, semblait-il, ne de- 
vait arrêter? 

Dans ces dernières années pourtant, grâce aux 
brillantes qualités, non moins qu'à l'illustre nais- 
su nce, de son archevêque, Mar Paul d'Albert de 
Luynes, premier Aumônier de Madame la Dau- 
phine, la pourpre romaine, autrefois presque héré- 
ditaire chez les pontifes sénonais (1), était revenue, 
après une trop longue absence, renouer les tradi- 
lUins séculaires. Mais les plus fervents eux-mêmes 
du culte de ce glorieux passé n'auraient osé 
espérer en voir le retour. 

Et cependant, la nouvelle était exacte. Ainsi que 



(I) De 1523 n 1618, %ix cnrtlinaux, Antoine Duprnt, lA>uis de Bourbon. 
Jpnn Bertrand, Louis de Lorraine, Nicolas de Pellevé et Jacques Duper- 
ron< s'étaient Huccédé sur le siège de Sens. 






le proclamait, quelques jours plus tard, un docu- 
ment officiel : « La Métropole de Sens, depuis 
louglemps privée du droit qu'avaient ses archevê- 
ques, dans les premiers siècles de la Monarchie, de 
sacrer les Rois et Reines de France (l)et de faire la 
célébration de leur mariage (2); dépouillée, pour 
ainsi dire de sa grandeur par Térection du Siège suf- 
fragant de Paris en Archevêché ; cette Ville comme 
perdue dans son antiquité, Sens, possède aujour- 
d'hui les précieux restes d'un Prince auguste, dont 
la vie exemplaire et la mort héroïque et chré- 
tienne seront éternellement le sujet de notre ad- 



<1) A rorigine de la monarchie, le MélropollUiin de la province sacrait 
le Souverain. Philippe I* fut, le premier, sacre â Heims. A>^nt lui et après 
lui plusieurs rois firent appel au ministère des archevêques de Sens, mé- 
tropolitains de rne de France. 

Les fils de Louis le Bègue, I^uis et Carlomnn sont sacres en 879 par 
l'Archevêque Anségisc, en l'abbaye de Ferriéres. 

Eudes, comte de Paris, est couronné en 887, par Wauthier, archevêque 
de Sens. 

Le mcoie couronne Robert, en 922, en l'église Saint-Rémi de Reims ; 
pais, en 923. Raoul de Bourgogne et sa femme Emma, à Soissons. 
Guillaume. archevêque de Sens, couronne Louis IVà Laon, le 19 juin 936. 
Anastase couronne Robert le Pieux, à Orléans, en 988. 
Uaimbert, sacre Louis VI le Gros, à Orléans, en 1108. 
Guy de Noyers, couronne le 29 mai 1180, â Saint-Denis, Philippc^Auguste 
et la reine Isabelle de Hainaut. 

(2) Hu^es de Toucy, sacre et couronne, en 1154, â Orléans, la reine Con- 
stance de Castille, deuxième femme de Louis VII. En IIGO, le mcmearclie- 
\<^qne, couronne à Paris, en présence de huit cardinaux, Alix de Cham- 
pagne, troisième femme du même roi. 

Ijc 28 mai 1231, l'archevêque Gauthier Cornut, couronne, dans sa mé- 
tropole, Maiguerite de Pro%'ence dont il vient de bénir le mariage avec le 
roi saial Louis. 

Guilbumc de Melun, couronne Marie de Luxembourg, femme de Charles 
lcBel.enl323, àl\iris. . 



miration, de nos regrets et de nos larmes (1). » 

Depuis six semaines, la population scnonaisc con- 
naissait Tétat alarmant du fils du Roi. Le 31 octo- 
bre, le cardinal de Luynes avait ordonné d'ajouter 
aux oraisons de la messe une prière spéciale pour 
la guérison du Dauphin. 

Le 14 novembre, en apprenant que le prince ve- 
nait de recevoir les derniers sacrements, le Chapi- 
tre avait commencé les prières des Quaranle- 
Heures. Le diocèse entier faisait de même, se con- 
formant aux désirs de son archevêque (2), qui ne 
quittait plus Fontainebleau. 

Le 9 décembre, le cardinal avait ordonné une 
neuvaine de messes, qui se célébrèrent à Tautel 
Saint-Louis (3). 

Le 21 décembre, convoqués à la hâte au Chapitre, 
MM. les chanoines de Ma rsangy, trésorier, de Mon- 
bourg, archidiacre de Provins, Tissot, Thévard, 
Garsement de Fontaine, de la Haize, Herthelin, 
Dauvergne, Lhermitte de Champbertrand, le Houis- 
tel, Lebeau, le Pellerin, Gigot de Boisbernier, Hé- 



(1) « Ilclation de ce (fiii s'est passé à Sens, nu sujet de rinhumation i\c 
M»' le Dauphin, p plnquette de 8 pages in-4'. Sens. 17ii6. — Celle relation eut 
une seconde (dilion annoncée dans ÏAlnmnach de Sens, pour 17G7 (p. 161), 
et que l'éditeur déclare plus exacte que la première. 

(2) M. le Pellerin, chanoine, secrétaire de rarchevêché, avait adressé au 
clergé, le 14 novembre, In circulaire suivante : • M..., Son Eminence, jus- 
tement alarnu-e du danger dont paroit menacée la santé précieuse de 
Monseigneur le Dauphin, a jugé i\ propos d'ordonner des prières de Qua- 
rante-Heures dans toutes les paroisses de son diocèse : vous voudrez bien 
les commencer aussitôt la réception du présent avertissement. » ((^llect. 
des Mamiements et CircttUiirea du card. de Luynea.) 

(3) Registre cnpitulaire. (Archives de l'Yonne, (i, (-81 ) 



— 5 — 

diard, Roy, Roussel et Leblanc, ont entendu avec 
la plus vive émotion le doyen, M/ dllesselin de 
Hauleville, leur adresser ces paroles : 

Messieurs, 

Le ciel, dont les desseins sont impénétrables, a été sourd 
à nos vœux et â nos prières pour la conservation des jours 
de Mp" le Dauphin. 

Ce religieux Prince, digne h jamais des regrets de la 
France dont il aurait un jour fait le bonheur, digne des lar- 
mes de la Religion qu'il aimait et quïl aurait protégée de 
tout son pouvoir, après avoir soulTert avec la patience la 
plus héroïque, avec la résignation la plus édiffîante, les 
douleurs d'une longue maladie, ce grand Prince, héritier 
présomptif du trône, comme le plus humble des sujets, est 
devenu la victime de la mort. 

Quelles serolent, dans ce moment, Messieurs, nos tristes 
pensées, si toutes les vertus de Monseigneur le Dauphin ne 
nous éloient un gage, pour aînsy dire assuré, de son bon- 
heur éternel. 

Après ce motif principal de consolation que la Religion 
nous présente, ses dernières volontés nous en fournissent 
un autre, déjà vous le scavez, Messieurs, aussy glorieux 
pour votre Eglise que pour Son Eminence. 

 quelle autre cause, en effet, pourrions- nous attribuer le 
choix qu'a lait, par son testament, Mb'r le Dauphin, de 
1 Hglisc métropolitaine de Sens, pour être le Heu de sa sé- 
pulture, sinon à ses sentiments de la plus haute estime pour 
son illustre pontife. 

Tel est. Messieurs, Tévénement que M. l'abbé de Bul- 
lioudtl) m'a fait l'honneur de me marquer de la part de 



ili Jcao-CIautle de Bullioud, originaire de Sens, était clinnoine depuis 
173:>. Alors ofTiciul et archidiacre d'Etampes, il accompagnait le cardinal 
dnnl il était vicaire général. Il devint doyen en 1771 à la mort de M. d'Hes- 
wiin, et mourut en 1777. 



— G — 

Ml!' le cardinnl, par la IcUrc dont vous allez entendre la lec- 
ture : 

« Tonlainebleau, ce 20 décembre 17il5, à mid}'. 

« Son Eminencc me charge, Monsieur, de vous marquer 
que Monseigneur le Dauphin, qui est mort ce matin, i\ huit 
heures, ayant demandé d'être enterré danc l'Eglise métro- 
politaine de Sens, son corps, après avoir été exposé ici 
neuf jours, sera transporté ù Sens, pour y être inhumé. 

fi Vous voudrez bien faire part h Messieurs du Chapitre 
de cette triste et lugubre cérémonie et les prier de laisser ù 
M. le marquis de Dreux, grand maître des cérémonies, ou à 
ceux qui seront envoyés de sa part, le chœur et la nef li- 
bres, alln qu ils puissent y faire tout ce qu'il jugera néces- 
saire en celte occasion ; il vous fera instruire de ce que le 
Chapitre doit faire de son costé. 

n Monseigneur le cardinal part dans le moment, pour se 
trouver h Versailles à l'arrivée de Madame la Dauphine ; il 
vous écrira de Versailles ses intentions ultérieures. 

a Comme je finissais ma lettre, M. de Moransel est venu 
dire i\ Monseigneur le cardinal qu'il était chargé d'aller h 
Sens faire travailler au caveau ; il conte partir aujourd'huy. 

« Je suis, avec le plus sincère et respectueux dévoue- 
ment, Monsieur, votre très humble et très obéissant servi- 
teur. 

« De Blllioui). » 

Après avoir prié le doyen d'exprimer au cardinal 
de Lii} nés leurs condoléances et désigné six d'en- 
tre eux pour se mettre en rapport avec les envoyés 
du Roi, les chanoines s'étaient séparés. 

Quelques heures plus tard, le chant des complies 
terminé, ils se réimissaienl de nouveau à la salle 
capilulaire. 

M. le préchantre (1) a dit que M. de Moranzel est arrivé. 



(\) \a' chanoine Yves Moriee. 



_ 7 — 

que Messieurs de la commission ont conféré avec luy; 
qu ensuite il a été mis dans le chœur des ouvriers qui font 
la fouille nécessaire pour bâtir un caveau destiné à y mettre 
le corps de deffunt Monseigneur le Dauphin ; que le nombre 
des ouvriers qui doivent travailler sans interruption aug- 
mentera indubitablement pour achever les ouvrages. 

Messieurs ont arresté que, pour ne rien tarder de ce qui 
reste à faire de la part du Hoi, ils feront leurs offices dans 
la chapelle de Sainte -Colombe, à commencer demain à ma- 
tines; que la coupe sera descendue; que le T. S. Sacrement 
qui y est y renfermé sera mis dans celte chapelle ; que le 
pavillon sera descendu et mis avec la lampe dans le trésor. 
Kt comme il pourra arriver que par la fouille qui se fait, 
il s y trouvera soit des caveaux, soit des tombeaux, corps 
ou ossements qu il faudra ôter, Messieurs ont prié M. Gar- 
semcnt d'être attentif à ce que les cendres des defTunls ne 
soient pas confondues avec la terre qui se tirera, de faire 
mettre séparément tout ce qui se trouvera, pour ensuite être 
transporté, avec les cérémonies ordinaires, dans le caveau 
où repose le corps de M. Languet, archevêque de Sens, et 
pour faire les cérémonies requises. Messieurs ont député 
M. le Houistel. 

Le lendemain dimanche, le Chapitre arrête de 
nouvelles dispositions. Chaque jour, jusqu'aux ob- 
sèques, une messe sera célébrée à Taulel de la 
Sainte-Vierge par M. le chanoine le Pellerin, secré- 
taire de rarchevéché. Cette chapelle est tendue de 
draperies de deuil. Chaque jour aussi, le matin, à 
midi et le soir, le glas sera sonné par les cloches 
des deux tours. 

On a souvent cherché à expliquer pourquoi la sé- 
pulture du fils de Louis XV est à Sens, alors qu'une 
tradition séciriaire avait réuni jusqu'à ce jour dans 



— 8 — 

la nécropole royale de Saint-Denis les cendres de 
tous les Bombons. 

L'abbé Proyart, prèle à Louis XV celte parole : 
<i Si mon fils fût mort à Versailles, disait un jour le 
Roi à TArchevéque de Paris, il se serait fait porter 
cliez vous : je lui ai entendu dire qu'il désirait être 
enterré dans Téf^lise-mère du diocèse (1). t> Quelle 
que soit Taulbenticité de ce propos, il semble que 
le motif indiqué par le doyen du Chapitre de Sens 
est bien plus vrai. C est celui, du moins, qui fut 
alors généralement accrédité. 

Honoré de la particulière estime de la reine 
Marie Leczinska et admis dans son intimité (2), 
Paul d'Albert de Luynes, alors évèque de Bayeux, 
avait été attaché à la maison de la Dauphine, comme 
Premier Aumônier, dès le mariage de la prin- 
cesse, en 1747. Bientôt séduits par le noble carac- 
tère, Tesprit supérieur et la haute piété du prélat, la 
Dauphine et le Dauphin hii témoignaient une véri- 
table amitié. Ces deux princes, dont les vertus 
chrétiennes et la délicatesse de conscience contras- 
taient si heureusement avec Tesprit et les mœurs de 
la cour, entretenaient une correspondance suivie 
avec leur Premier Aumônier, devenu, en 1753, ar- 
chevêque de Sens par Tintervention de la Dau- 
phine. Les mêmes bienveillantes sollicitations, trois 
ans après, obtinrent à l'Archevêque de Sens la 
pourpre cardinalice, comme en lêmoigne une lettre 



(1) Vie (In Dauphin, idilioii de IMlî). p. 2U1. 

(2) Mcmoire.'i de Mit.'ame (Minpan, p. 71, l.lll. 



— 9 — 

de Benoît XIV annonçant à Marie-Josèphe de Saxe 
cetle promotion. 

Aussi n'est-il pas étonnant qu*à la nouvelle de la 
maladie du Dauphin, le Cardinal se soit fait un de- 
voir d'accourir au chevet de l'auguste malade et 
d apporter à la Princesse l'appui et le réconfort de 
son ministère et aussi de son affection. 

Le Prince s'était vite rendu compte de la gravité 
de son état. Eminemment chrétien, il ne craignait 
pas d'envisager la mort et il s'y préparait. Rien n'est 
touchant et édifiant comme le journal où la Dau- 
phine, malgré son extrême douleur, a noté avec un 
soin pieux, jour par jour, heure par heure, toutes 
les phases et les moindres détails de la longue ago- 
nie de son époux. Très souvent le Dauphin s'entre- 
tenait avec le cardinal de Luynes, l'un de ses plus 
intimes confidents. Le Cardinal aurait-il, au cours 
d'une de ces graves conversations, suggéré au mou- 
rant la pensée de désigner la Métropole de Sens 
pour sa sépulture? Le trait suivant, raconté par 
Marie-Josèphe, indique plutôt que ce projet n'avait 
été nullement concerté. 

C'était dans la nuit qui devait être la dernière. 
Le Dauphin avait pressé le cardinal de Luynes de 
lui donner la dernière hénédiction et l'indulgence 
plénière in ariiculo mortis, « En certains moments 
la fièvre lui causait des absences, mais comme la 
peine qu'il avait alors à parler Tobligcait de le faire 
en peu de mots et à voix basse, il est probable que 
ce qu*on cro\'ail dénué de raison ne Tétait pas tou- 
jours. C'est ainsi que le cardinal de Luynes attri- 



ii?3 



;l 



— 10 — 

buait au délire ce qu'il lui dit pendant la nuit : 
<K Y a-t-il des caves de sépulture dans le chœur de 
c l'Eglise de Sens ? — Monseigneur, répondit le pré- 
<t lat, il n'y en a qu'une sous l'autel pour les arclie- 
€ véques. — Il faudrait donc en faire une, dit le 
Dauphin, car je dois faire un voyage à Sens (1). » 
Ces paroles ne furent comprises qu'à l'ouverture du 
testament. 

Les dernières dispositions du Prince avaient été 
écrites par lui-même, à Fontainebleau, le 14 no- 
vembre précédent, sous forme d'une lettre au Roi : 

« Voici, mon cher père, mes derniers désirs et 
volontés que, si Pieu me relire de ce monde, je vous 
prie d'ordonner qu'ils soyent fidèlement exécutés. 

a Premièrement, je désire et demande expres- 
sément que mon corps et mes entrailles soient in- 
humés dans TEglise Métropolitaine de Saint - 
Etienne de Sens, au milieu du chœur, à quelques 
pas de l'aigle, l'usage contraire, n'étant pas une règle 
invariable, et que mon cœur soit porté en l'église 
de l'abbaye de Saint-Denis pour reposer parmi tout 
ce que j'y ai de cher (2). i> 

Les sept autres articles sont relatifs à des pensions 
et faveurs demandées pour la Dauphine^ pour sa 



(1) Henri dk Lêimnois, Vie tin Dauphin. Paris, in-12, p. Xm. 

(2) D'après plusioiirs liistorirns, le Dauphin aiiniit exprimé It* «lésir que 
son iiihiiniation se Ht sans [mis rt mus cèrcnionie. (Voir de rKpInois, 
p.3r»7; C. Slryieiîski, la Mère lies trois derniers Honriums, p. XA.) \jc lexle du 
teslauient. on le voil, n'indique nullement cette intention, et les détails di>s 
cérémonies que nous décrivons plus loin prouvent que, si elle a été Torniu- 
lée. il n'y a pas été donné suite. 



— H — 

belle-sœur Christine de Saxe et les personnes atta- 
chées à sa maison. 

Le Dauphin termine ainsi : a Daignez donc, mon 
cher père, je vous en supplie vivement, faire exécu- 
ter tout ce qui est cy-dessus et croyez que vous 
n'avés jamais eu de sujet plus attaché que votre 
rds(l). D 

C est donc tout spontanément que le Dauphin 
avait choisi Sens pour sa dernière demeure. Il avait 
sans doute voulu, par cette délicate attention, 
donner au prélat qu'il aimait ce gage suprême de 
son afTeclion, désireux de confier à une amitié dont 
il appréciait la fidélité le soin de garder sa dépouille 
mortelle et de prier pour le repos de son âme. 



(1 • Archives naUon., G 1, 1044. liasse 7. Dans une lettre à Tabbé Soldini 
< Archives de l'évc ché de Versailles*, la Dauphine écrit, au sujet de ce testa- 
ment : m ...11 récrivit en trois quarts d'iieurc et non en trois heures. » 





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CHAPITRE II 

LA MOUT DU DArPHIN ET LES OBSÈQUES 
A FONTAINEBLEAU 

Le vendredi 20 décembre, à 6 heures du matin, 
le Prince avait perdu complètement l'usage de la 
parole. Le cardinal de Luynes récita les prières des 
agonisants. Il eut beaucoup de peine à les achever : 
les assistants ne lui répondaient que par des sanglots. 

Le Dauphin mourut, après vingt-deux heures 
d'agonie, à 8 heures et quart du matin. La Dauphinc 
avait été tenue éloignée du chevet du mourant. 
L'Archevêque de Sens, en sa qualité de premier Au- 
mônier de la Princesse, fut chargé de lui annoncer 
l'alTreuse nouvelle. Elle était alors chez Madame 
Adélaïde, avec ses enfants, a Madame, lui dit le Car- 
dinal, bénissons le Seigneur, nous avons un saint 
de plus à honorer dans le ciel! Non, il n'y a pas de 
religieux de la Trappe qui naimàt la mort que vient 



— 113 — 

de faire M. le Dauphin. La foi peut bien nous con- 

éôÀer et sa résignation héroïque doit être le modèle 

.'lie la nôtre (1). » 

vJLb Mémoire des Deuils portés par la Cour décrit 

ain&i le cérémonial observé à Fontainebleau (2) : 

\ Le vendredi vingt décembre 1765, à huit heures et un 

^foartdu matin, mourut ù Fontainebleau Mi«'> Louis, dauphin 

■:fc France, âge de 30 ans 3 mois et 16 jours ^3). 

i'^T-Co prince fut déshabiUé, mis dans son lil, rechangé de 

cbemise cl bonnet, par les officiers de sa Chambre et Garde - 

robe, h visage découvert, fut vu par le public pendant le 

reste de la journée. 

Les Mathurins, desservants de la chapelle du Hoy, vin- 
rent en clergé y dire les vigilles et offices des morts. Le 
soir, Tordre fut donné par M. le duc de Fronsac, premier 
gentilhomme de la Chambre pour le lendemain à huit heures 
du malin. 

Le samedi 21, M^r le Dauphin fut enlevé de dessus son lit 
dans l'ordre qui suit : 

M. le premier Gentilhomme de la Chambre soutcnoit la 
tête, les officiers de la Chambre le portèrent dans la pièce 
des nobles, (hins Tordre dû à sa naissance. Déposé dans cette 
pièce, M. Andouilié, i)rcmier chirur<^icn (hi Hoy, en lit Tou- 
verture conjointement avec les chirurgiens oidinaircs( I) cl 

• 1. Di: I. I"i'r\(iis, «;/>. cit.. p. X>1. 

<2 Anhivfv nat , K K II :>:'». 

(;>; Voir :iu\ Anm \rs. n 1. l;i note sur riippiirtcMiicnl du I);uij>liin nu 
« ImIc.mii (\r r:>iil.iin<-I)li'.'Ui. 

(I. PHOCEA \i:iUi.\L de Vinivvrt'.nc du (:i>rj>:: de Monyriunn:r le Dauphin 
(Arihi\cs nat.. Ol, ICM. lias>o 7). 

AujciunI hui ^iugl cl un (Irocnibrc ITt'ô. Nous soussi^ru's avons, par onlro 
(lu n«»i. proccflt- à louviTluro du cr)i[>s de M- le Dauphin et avons Irouvô 
Cl* qui suit : 

1 .\ 1 ()u\ rrtinc «lu bns \ cnli'c. nous avons t\Mnnr(|U(' v\\\ peu de s(''ir)sit('' 
san';iiinolt'nlf. f/rpii)Ioon dans Ic-tal d aniai^rissiMncnl ordinaire dans les 
longues nialatlics. L'<'slf)niac, \vs inl<'slins j^rclcs cl les i^ios intestins dans 
.'tl;it naturel : le nïéscntère sain. 



- 14 — 

toute la faculté, qui ensuite en firent le procès- verbal, le 
mirent dans un linceul de tafTetas ciré et parfumé, la tète 
enveloppée d'une coefTe de nuit. Le Prince fut rais ensuite 
dans un cercueil de plomb et fut rapporté dans le même cé- 
rémonial sous le dais de son lit avec le poêle et la couronne ; 
le clergé continua ses prières. 



2* A rexamen du foie, la couleur et le volume nous ont paru cinns rêtat 
naturel. I^s difTcrentes sections profondes et en tous sens qu'on n fait dans 
ce viscère ne nous ont fait appercevoir aucune trace de maladie. La vi'sl- 
cule du fiel était dans l'état naturel. Le pancréas, la ratte, les reins et In 
vessie, dans l'état naturel. 

3* A l'ouverture de In poitrine, il y avait primitivement, du côté droit, 
environ un demi-selier de sérosité sanguinolente épandue. La partie su- 
périeure du lobe droit du poumon étoit adhérente au médiastin dans un 
point. I^ tiers de l'épaisseur de ce lobe étoit skirreux, et on a trouvé dans 
l'intérieur plusieurs points de suppuration; le reste du même poumon 
droit étoit, à l'extérieur, dans l'état naturel ; il avoit ce|)cndant, dans l'in- 
térieur, plusieurs points skirreux épars ça et là et en suppuration. 

Secondement, dans le côté gauche de la poitrine, nous avons trouvé une 
chopine de sérosité purulente mêlée de quelques flocons; cette liqueur 
épanchée enfonçoit le diaphragme du côté du bas ventre, ce que nous 
avions déjà remarqué en ouvrant cette caimcité. Tout le poumon de ce 
côté étoit adhérent tant à la plèvre qu'au médiastin et n'aiant de libre que 
ses bords tninchants. I^ couleur blanche et semée de taches purulentes, 
le volume ordinaire, la consistance skirreuse dans toute son épaisseur. Hn 
ouvrant le corps du poumon, nous avons trouvé un creux considérable 
rempli d'environ un poisson (mesure équivalant à peu près au huitième 
d'un litre) de matières sanieuscs. Cette poche avoit différentes issues qui 
pénétroient dans la substance du poumon; In plus considérable s'étendoit 
jusqu'aux premières ramifications de In trachée artère. Le reste de ce pou- 
mon étoit totalement en suppurntion. 

1^ cœur étoit dans l'état naturel, mais vuide de sang. 

A l'ouverture de la tôle, on n trouvé tout dnns l'état naturel. 

En foi de quoi nous avons signés ce présent proce/.-verbal, à Fontaine- 
bleau, ce même jour et an que dessus. 
Signé : 
S^.NAC Anooi'ill£ 

Lassone lioiscoiLijkrn 

Labreuillr IUvin 

Du VAL 
LOUSTAI'NAL'X 

Le duc DE FaoNSAC. 



— 15 — 

Le dimanche 22, les chapelles ardentes furent établies 
dans la chambre du prince pour y dire les messes. Les en- 
trailles et le cœur du prince furent déposés pour être portés 
ou il sera dit cy-après. 

Sur le cercueil ainsi que sur les boctes des entrailles et 
cœur, fut mis à chacune une inscription du lieu, de Tâgc et 
du quantième. 

La chambre du Prince disposée en chambre ardente, le 
corps fut mis sous un dais et une estrade. Il est observé 
que, pendant qu'on disposoit la chambre du Prince, il fut 
déposé dans la Chambre des Nobles, jusqu'au lundi 23 que 
les ouvriers eurent fini. 

Cedit jour, le premier Aumônier, accompagné du clergé, 
premier Gentil!iomme de la Chambre, Maître de la Garde- 
Robe, firent le transport du corps; le cœur porté par le 
premier Aumônier, la couronne par le premier Gentil- 
homme de la Chambre, les Ordres par le Maître de la 
Garde-Robe. 

Le Prince exposé et toute la cérémonie faite, on com- 
mença les messes et, le reste du jour, furent dites les priè- 
res et offices des Morts. L'ordre fut donné le soir pour le 
mardi 24. Les séances furent établies aussitôt quç le Prince 
fut mis dans la Chapelle ardente par le Maître des Cérémo- 
nies. 

Le premier Aumônier à droite sur un pliant; TAumônier 
de quartier à côté de lui ; les chapelains et clercs des cha- 
pelles ensuite. La première banquette occupée par les 
Ecnyers, la seconde par les Ofilciers de la Chambre, Garde- 
Robe et autres officiers de la Chambre et de la Maison. 

A gauche, le premier Gentilhomme de la Chambre, sur un 
pliant; le Maître de la Garde-Robe, Chefs des brigades et 
exempts, sur des tabourets, occupoient la place de la pre- 
mière forme. Sur la banquette derrière étoient le premier 
Valet de chambre et Valets de chambre; la seconde ban- 
quette (était occupée] par le premier valet de Garde-Robe 
et valets de Garde- Hobe. 



10 — 



A 



Le service a été fait jour et nuit par les dits officiers de 
la Chambre et Garde-Robe, également par le clergé. 

Le jeudi 26, après la séance de l'office du matin, le pre- 
mier Aumônier et le clergé, chacun un cierge ù la main, le 
premier Gentilhomme de la Chambre, Maître de la Garde- 
Robe, Maître des cérémonies et les autres officiers présents, 
le Cœur enlevé par le Grand Maître des Cérémonies de des- 
sus la crédence, le remit ensuite entre les mains du pre- 
mier Aumônier Le clergé,, les officiers de la Chambre et 
Garde-Robe, le Roy d'armes et héraults d'armes, le premier 
Gentilhomme de la Chambre, Maître de la Garde-Robe, Chef 
des brigades et Exempts, le !*'•• Aumônier tenant le cœur, suivi 
des aumôniers et clergé, le cortège le conduisit jusqu'au Ca- 
rosse de Mcrr le Dauphin, où M. l'évêque de Sentis, premier 
Aumônier du Roy, et M. le duc de Fleury, l^'' Gentilhomme 
de la Chambre, montèrent dans un des carosses cy-dessus 
dits, chargé du cœur du Prince, accompagné d'un détache- 
ment des gardes du Roy, officiers du Corps, écuyers, pages 
et plusieurs gens de livrée; se mirent en marche pour se 
rendre à Villejuif, où M. le Prince de Condé se trouva, 
chargé de l'ordre du Roy, pour rendre le cœur du Prince à 
S. Denis et en faire la cérémonie. 

Le samcAJi 28, il y eut séance à 9 heures 112 du matin. 
Mk' le duc d'Orléans se rendit dans la chapelle ardente ; tout 
le clergé pareillement. Après que le Grand Aumônier (1) eut 
dit quelques prières, le clergé, par ordre du Grand Maître 
des Cérémonies, marcha en avant; ensuite la Chambre et 
Garde-Robe; après, les hérauts d'armes. Le corps, porté 
par les valets de Chambre, suivoit le Grand Aumônier, le 
premier Gentilhomme de la Chambre, le Maître de la Garde 
Robe et M»?»- le duc d'Orléans. 

Le corps porté par les dits officiers de la Chambre jusqu'à 
la salle des Gardes et remis entre leurs mains, lesquels le 
portèrent dans le char. 

L'on se mit en marche. Huit Carosses de deuil précédoient 

(1) M. (le la Roclip-Aymon, nrchcvôque de ncims. 



>CaeTI ARCHEOLOCIQPI Dfi SIN5. 



T. XXII, PL. Il, p. l6. 




LE DAUPHIN ET SES CINQ FILS 

Médaillon bronze doré 



(Cabinet du Midaittet,) 



rê 



— 17 — 

le char (1). Dans le !«" étoit le Grand Aumônier, Taumônier 
de quartier, le confesseur et le curé de Fontainebleau. 
Dans le second, Min- le duc d'Orléans, le duc de Trènies, 



■ 1; Voici rOiiDiiE D£ Marche pour lu transport a Sens, arrêté par le 
(■raiid Maître des cérémonies : 
IX ux gardes du corps portant des flambeaux pour ouvrir la marche. 

— Soixante pauvres avec des flambeaux (entrent dans le cortège & la 
porte de Sens). 

— L*n carrosse de M. le duc de Tresnies. 

— Un carrosse de M. le duc de Fronsac. 

— Vn carrosse du Grand Aumônier. 

— Le carrosse des écuyers de M. le duc d'Orléans. 

— Cne brigade de la 2* compagnie des Mousquetaires. 

— Une brigade de la 1" compagnie des Mousquetaires. 

— Ije guet des Chevaux-Légers. 

— Deux carrosses du Roi a six places, dans lesquels les nicnins. 

— Un troisième carrosse à six places, dans le fond duquel M. le duc 
d 4 irlêans à droite, M. le duc de Fronsac à côté, M. le duc de Tresmes vis- 
a-vi% de M. le duc d'Orléans sur le devant, M. le comle de Chauvclin a 
ci'uè de lui. M. le comte de Pons, premier gentilhomme de la Chambre de 
M. le doc d'Orléans, à la portière du côté de M. le duc d'Orléans, et M. le 
ricrimte de Noé, son gentilhomme, à l'autre portière. 

— Un quatrième carrosse du Roi à quatre places, dans lequel le Grand 
Aumônier» l'Aumônier de quartier chez M. le Dauphin, le Confesseur (abbé 
iloUel) et le Curé de la paroisse de Fontainebleau. 

— Huit pages de Madame la Dauphine. 

— Huit pages de la Reine. 

— Vingt-quatre pages du Roi. Ceux de la grande écurie à droite; ceux 
de la petite à gauche. 

— Les trompettes des Ecuries. 

— Les Héraults et Roi d'Armes. 
~~ Les officiers des cérémonies. 

— Quatre Chevaux-Légers. 

— Le Chariot du Corps. 

— L'ccuyer de main du Roi servant auprès de M. le Dauphin, h côté du 
rharioL 

— Les officiers des Compagnies d'ordonnance, près la petite roue du car- 
rosse- 
Sur les ailes : 

— Vingt-quatre valets de la grande écurie à droite, et un d'eux à gauche. 

— Des Cent- Suisses commandes par un exempt et un fourrier. 

Derrière le chariot : 



— 18 — 

le premier Gentilhomme de la Chambre et le Maître de la 
Garde-Robe. 

Dans les autres étoient MM^^ les Menins. 

Le cortège étoit compose de 60 gardes du Roy, un déta- 
chement de 50 maîtres de chaque compagnie des Rouges, 
plusieurs écuyers, pages et gens de livrée. 



\'^ 




— \jt lieutenant et rcxempt des gardes du Corps et gardes, au nombre 
de douze et un brigadier. 

— Le Guet des Gendarmes. 

— Le carrosse de M. le duc d'Orléans. 

— Deux carrosses du Roi attelés de chevaux sans caparaçons. 

— \jc carrosse du Grand Aumônier. 

— 1^ carrosse de M. le duc de Fronsac. 

— 1>» carrosse de M. le marquis de Chauvelin. 

— l>:s carrosses ou autres voitures apportenant aux Menins. 

Des flambeaux sont distribués à toutes les troupes, Cent-Suisses, Pages, 
valets de pied et palefreniers qui éclairent les carrosses du Roi. 

\ji% autres carrosses sont éclairés par ceux à qui Ils appartienncsnt, à qui 
on distribue aussi des flambeaux. 

On n'arrête i>olnt sur la route en imssant devant les églises. 

(Archives nat., G 1, 1044.) 





CHAPITRE III 

LA POMPE FUNÈBRE A SENS 

Pendant que se déroulent, à Fontainebleau, ces 
tristes cérémonies. Sens, malgré les fêles de Noël, 
est tout aux préparatifs. 

Le cardinal a communiqué au Chapitre deux let- 
tres. L'une est du comte de Saint-Florentin, et datée 
de Fontainebleau, le 21 décembre : 

Monseigneur, 

Le Roy m'ordonne d'informer Vc Eminence que feu Mon- 
seigneur le Dauphin, a3'ant désiré d'cstre inhumé dans vo- 
ire église métropolitaine, Sa Majesté a donné les ordres 
pour que le corps de ce Prince y soit transporté samedi 
28 de ce mois. M. le marquis de Dreux, grand Maître des 
cérémonies, informera Votre Eminence de l'heure à laquelle 
le convoi pourra arriver et des préparatifs que Votre 
Eminence pourra avoir à ordonner dans son église. Sa Ma- 
jesté est bien persuadée que Votre Eminence ne négligera 
rien de tout ce qui est convenable pour que le corps de ce 
Prince soit reçu avec tout l'honneur qui luy est dû. 

J'ayllionneur d'estre... (1). 

il Arch. nal., Ol, 1044, cl archives de rVonne. rcg. cnpitulnire. G 681, 
Nrancf du 24 décembre 17C5. 



— 20 — 

La seconde est du Roi, demandant des prières 
pour Tânie de son fils : 

A mon cousin le cardinal de Lnynes, archevêque de Sens, pre- 
mier aumônier de ma fille la Dauphine, commandeur de 
Vordre du Saint-Esprit : 

Mon cousin, 

Ln mort de mon fils le Dauphin me cause une douleur 
d'autant plus juste qu'il joignait à une solide piété toutes les 
qualités, toutes les vertus dignes de sa naissance ; elles 
avaient paru en lui pendant tout le cours de sa vie, et elles 
lui avaient acquis toute ma tendresse et toute mon estime. 
Elles ont encore été plus particulièrement reconnues dans 
la longue maladie à laquelle il a succombé ; ce prince a 
montré, jusqu'à ses derniers moments, sa soumission aux 
décrets de la Providence et sa conflance en sa bonté. Celte 
perle, qui pénètre mon cœur de la plus vive affliction et que 
tout mon peuple partage, ne me permet pas de difTérer 
d'unir mes prières aux siennes pour demander à Dieu le 
repos de l'âme de ce cher fils, et la consolation dont j'ay 
besoin dans une circonstance aussi douloureuse. Aussy je 
vous écris celte lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous 
l'aurez reçue, vous fassiez faire des prières publiques dans 
l'étendue de votre diocèse, et que vous ayez à inviter à 
celles qui seront faites dans votre église les Corps qui ont 
coutume d'assister à ces tristes cérémonies; et m'assurnnt 
que vous me donnerez en cette occasion des marques de 
voire piété ordinaire, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cou- 
sin, en sa sainte garde. 

Ecrit à Versailles, le 24 décembre 176*), 

(Signé :,, Louis. 
Et plus bas : Pheijppeaux (1). 

Sous la surveillance des délégués du Chapitre, les 
ouvriers, dirigés par M. de Moranzel, inspecteur 



(1) Arcli. de rVoniic, G G81. 



— 21 — 

des bâtiments du Roi, travaillent à la construction, 
au milieu même du chœur, d'un caveau voûte en 
pierres de taille (1). En enlevant les terres qui se 
Irouvent à l'endroit désigné, on a rencontré les sé- 
pultures de deux archevêques, Gauthier Cornut, 
mort en 1241, qui avait béni, dans la cathédrale, le 
mariage de saint Louis, et Gilles II Cornut, son ne- 
veu, mort en 1292. Les restes des deux prélats sont 
exhumés et transportés dans la crypte creusée en 
avant du maître-autel pour la sépulture des arche- 
vêques (2). 

D autres ouvriers décorent la cathédrale. Des 
lenlures noires la revêtent jusqu'à la hauteur des 
voûtes. Une litre de velours, semée d'écussons, en- 
toure le chœur, fermé par une immense draperie. 
Sur la corniche des stalles règne un cordon de 
fleurs de lis alternant avec des cierges (3). 



•Il Ijcs pierres cmploj'ées à In construction du cavcnu avaient été four- 
nies par les religieux de Sninl-Picrrc-le-Vif. 

Le contrôleur de Fontainebleau ayant refusé le mémoire présenté par 
:^^ reli^eux pour cet objet, et s'élevanl à 200 livres, le cardinal de Luynes 
(lut intervenir. Un avis daté de Versailles, le 23 juin 17G6, informe le prieur 
que le trésorier des Bâtiments a reçu des ordres pour le paiement. (Arch. 
njl , 01. 19te.) 

i2) Voir Tahbk. Antiquités de la ville de Sens, p 462. 

i3 Etat DES choses ordoxn^.es par M. le PitEMiim gentilhomme de la 

• IUMBRE POl'R LE TRANSPORT DU CORPS A SenS : 

— Tendre la grande porte de l'église de trois lés de drap avec deux lés 
(il- satin chargés de petits écussons des armes de M. le Dauphin ; 

— Mettre un grand écu&son des mêmes armes au milieu ; 

~ Tendre la nef de trois lés de drap, sans salin ni armoiries ; 

— Mettre deux tréteaux et une table à rentrée de l'église; 

— Tendre du haut en bas la face de la grande porte du chœur du côté 
iW la nef, avec deux lés de satin chargés d'armoiries de grands écussons 
(if\ mêmes armes entre les deux lés; 



oo 



De leur côté, les fourriers de la cour désignent les 
logements retenus pour les personnes du deuil. 

Sur Tordre du marquis de Dreux, grand maître 
des cérémonies, lescrieurs-jurés de la ville tendent 
une salle de rArchevéché pour recevoir le duc 



i 




— Tendre le pourtour du chœur de deux les de velours chargés tl'ar- 
inoirlcs; 

» Couvrir les stalles, les bancs, etc. ; 

' Couvrir le parterre depuis l'autel jusqu'à la porte d'entrée du choeur; 

— Parer le grand autel d'ornements aux armes de M. le Dauphin ; 

— Trente-six cierges sur le grand autel. S'il y a dans le chœur d'autres 
uiitels, les garnir de cierges la quantité sufTisunte de cierges pour éclairer 
h' chœur. 

— Dresser au milieu du chœur une estrade de cinq degrés peu élevés 
ïiir les degrés de laquelle : 

— Soixante chandeliers garnis de cierges avec des écussons aux armes 
di- M. le Dauphin; 

— Couvrir l'estrade de drap ; 

— Klevcr au-dessus de l'estrade un dais de velours noir croisé de moire 
d'argent avec les armes du Prince dans les coins de la croix ; 

— Deux petits carreaux de velours noir A crépines d'argent |K)ur poM*r 
h s pièces d'honneur ; 

— Mettre dans le chœur : un carreau de velours noir ; 

— Quelques carreaux de drap noir; 
^— Quelques plians et tabourets couverts de drap noir; 

— Un nombre sulTlsant de bancs couverts de drap pour les officiers de 
In maison et autres. 

— Douze pièces de tafetas pour les omciers de la chambre qui porteront 
le corps ; 

— Douze pièces idem, pour les gardes qui porteront le corps; 

— Douze bretelles couvertes de velours noir garnies de crochets jMJur 
]H)rter le corps ; 

— Douze paires de gans pour les gardes; 

— Faire faire soixante robes de drap gris pour les pauvres du convoi; 

— Soixante paires de souliers pour les mêmes pauvres; 

— Ijo nombre de (Innibenux nrci'ssnlro pour co qui marchera au con- 
voi. Savoir, pour les pnuvn*s. 1rs garclrs, les suisses, le guet des genclar- 
nifs, le guet des ehevaux-lOgers, une brign<Ie de la 1" compagnie (1rs 
mousquetaires, une brigade de la 2r compagnie, les pages du Itoi, de In 
Heine, de Madame la Dauphine; ks valets de pied du Roi, de la Reine, de 
Madame la Dauphine; les palerreniei s éclairant les carosses, les garçons 



— 2i — 

d Orléans et déroulent un tapis, du palais jusqu'à 
lïjiHse (1). 

Les pourvoyeurs el les officiers des menus font 
disposer des logements et préparer des cuisines 
pour les tables des différents détachements de la 
maison du Roi, dressées dans le vaste réfectoire du 
couvent des Cordeliers (2). 

Le convoi, parti de Fontainebleau à 11 heures 
du malin, a traversé Moret, Montereau, Villeneuve- 
la-Guyard et Pont-sur- Yonne. 11 fait halle sur la 
route, à 6 heures du soir, après le village de Saint- 
Denis, vis-à-vis l'abbaye de Sainte-Colombe. Il fait 
nuit sombre. MM. de Siougeat et de Gabriac, vi- 
caires généraux, venus à la rencontre avec un gen- 
tilhomme du cardinal, se présentent à la portière 
du carrosse du duc d'Orléans et le saluent. Rangés 
sur les bords de la roule, les religieux de l'abbaye, 
en habits de cérémonie, rendent les derniers de- 



il'atlelage; la livrée de M. le duc d'Orléans, du duc de Fronsac, premier 
gcntillioiiune de la chambre, du duc de Tresmes, du grand Aumônier, 
des menins de M. le Dauphin, du maître de la garde-ro)>e. 

Pour tet officiers des cérémonies : 

Un manteau à la royale borde de huit pouces d'hermine, avec des fleurs 
de hs brodées en or ; la couronne ; le poêle de la couronne. (Arch. nal., 
01. 1044.) 

Vn autre Etat des fournitires a fairb. donne les détails suivants : 

l'ne couronne fermée de Dauphin, de vermeil doré, pour mettre sur le 
cercueil; 

Demander le poêle de la couronne au garde-meuble ; 

Quatre grands écussons des armes de M. le Dauphin, en broderie d'or 
(I d'argent, et les attacher sur les quatre coins du i>ocle de la couronne; 

Un poêle velours noir croisé de moire d'argent. (Arch. nat., ibid.) 

^) Archives nat., 01, 1(M4. 

(2) Relation imprimée à Sens, en 17G6. 



— 24 — 

voirs au prince (1). Les soixante pauvres venus de 
la ville et revêlus de leurs robes de drap gris, pren- 
nent place dans le cortège. Toute Tescorte, pau- 
vres, soldats, pages et valets de pied, portent des 
flambeaux. On se remet en marche, au pas, cette 
fois. Arrivé près de la porte Saint-Didier, le cor- 
tège contourne les murs de ville jusqu'à la porte 
dTonne. 

La porte est drapée de tentures noires. Deux com- 
pagnies de grenadiers des gardes françaises et des 
gardes suisses forment la haie le long de la Grande- 
Rue, rendue plus étroite encore par la foule qui se 
presse derrière les soldats. 

Le char parvient enfin sur le parvis de l'église 
métropolitaine. 

Ce char, écrit le prieur de Saint-Maximin, est 
« d'une hauteur et d'une largeur immense, se ter- 
minant par le haut en forme de représentation et 
couvert d'un drap de velours noir, les armoiries du 
Prince relevées en bosse d'or et d'argent aux qua- 
tre coins, et d'une croix d'étofTe d'argent au mi- 
lieu. » 

Les troupes se rangent en ordre de bataille sur la 
place Saint-Etienne. Devant les grandes portes se 
présente le cardinal de Luynes, accompagné de Ni- 
colas de Livry, évéque de Callinique et abbé de 
Sainte-Colombe-lez-Sens, de l'évcque d'Auxcrre 



(1) Dctnils empruntas n In Lrllre d'un curé de la uille de Sens (Mr Four- 
neaux, prieur de Suinl-Mnximin) d un de aes amis au sujet du contHii et in- 
huutation de M*' le Dauphin, ilocuinent imprimé faisant partie de la lii- 
bliothèque d'un Séuonais, tome I. (Bibliotlii^que d'Auxcrre.) 



y-CIllT AICHEOLOCia;E DE SENS. 



T. XXII, PL. III. p. 34. 



— 1 — n 




MORT DU DAUPHIN 
Gravure de Littrbt d'après le dessin de Schenau 



— 25 — 

Jean-Baplisle Champion de Cicé et du nouvel évê- 
que de Coulances, Ange-François de Talaru de 
Chalmazet (1). Autour des prélats, le Chapitre et 
le clergé en chapes, portant des cierges. 

Rien ne saurait donner une idée plus exacte de 
la pompe funèbre qui se déroule alors dans la Mé- 
Iropole que le procès-verbal officiel inscrit au re- 
gistre des sépultures du Chapitre de Sens (2). 

Le 28 décembre 1765, six heures du soir, Nous Paul d'Al- 
bert de Luyaes, par la miséricorde divine Cardinal prestre 
de la Sainte Eglise Romaine, du titre de S. Thomas in Pa- 
rione, archevesque vicomte de Sens, Primat des Gaules et 
de Germanie, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, pre- 
mier aumônier de Madame la Dauphine, ayant été informé 
par la lettre de >f . le Comte de Saint-Florentin, ministre et 
secrétaire d'Etat, écrite de Fontainebleau, en datte du 21 de 
ce mois, que feu Monseigneur le Dauphin ayant désiré 
dèlre inhumé dans notre Eglise Métropolitaine, Sa Majesté 
avoit donné ses ordres pour que le corps de ce prince y 
fût transporté cejourd'hui et ayant été averty par M. le Mar- 
quis de Dreux, grand maître des cérémonies, que le Convoi 
ètoit prest d'arriver à la porte de notre Eglise, Nous nous 
sommes transporté, revêtu de nos habits Pontificaux, ayant 
poar assistants les archidiacres de Provins et d'Etampes, le 
Prèchantrc portant le bâton, accompagné de deux choris- 
tes, et étant précédé de notre Chapitre Métropolitain et de 
tout le clergé de notre Eglise, tous revêtus de chappes noi- 
res- 

Peu de temps après le convoy étant arrivé, le coffre où 
doit renlermé le corps de Très Haut, Très Puissant et Excel- 



îf Ancien vicaire général du cardinal de Luynes, chanoine de Sens en 
)TA <^ archidiacre de Provins en 1757, il avait clé sacré évoque de Cou- 
Jnccs. le 10 oiars 17G5, 

2) Archives du grcfie du tribunal civil de Sens. 



-sc- 
ient prince Louis, Dauphin de France, décédé au château 
de Fontainebleau le vingt de ce mois, à huit heures du ma- 
tin, âgé de trente six ans, trois mois, vingt six jours, ayant 
été tiré, avec la boéte de plomb dans laquelle étoit renfer- 
mées ses entrailles, du char funèbre qui lavoit apporté, le 
tout a été mis sur une table couverte d'un drapt noir, sur 
laquelle étoit une nappe blanche, ensuite le poêle a été 
tendu dessus, le tout en présence de Son Altesse Sérénissimc 
Min* le Duc d'Orléans, premier prince du sang, de M. le Duc 
de Tresrac, pair de France, nommé par le Roy pour accom- 
pagner, de M. le Duc de Fronsac, pair de France, premier 
gentilhomme de la chambre du Roy en sur^ivance, portant 
la Couronne, de M. le marquis de Chauvelin, maître de la 
garde robbe du R03', poriant le manteau à la Royallc, de 
Messieurs les menins, de M. le marquis de Dreux et autres 
officiers. Alors, M. Tarchevêque de Reims, commandeur de 
Tordre du Saint-Esprit, grand aumônier de France, étant en 
chappe et mittre, en avant de la table sur laquelle le corps 
du feu Prince étoit posé, assisté de M. de Talaran, aumô- 
nier de quartier du Roy, a fait une harangue à laquelle nous 
avons répondu ; ensuite il nous a fait la remise du corps de 
feu Mk'r le Dauphin et s'est retiré. A Tinstant, on a commencé 
les prières en tel casaccoulumécs, pendant lesquelles nous 
avons jette de l'eau bénitlc sur le corps que nous avons en- 
censé et, pendant que le chœur chantait les psaumes et ré- 
pons marqués dans le rituel, le corps du feu Prince a été 
porté dans le chœur de notre Eglise par les garrles du corps 
de Sa Majesté, les quatre coins du poêle étant tenus par 
quatre des principaux dignitaires députés pour ce par notre 
(Chapitre (1), et il a été placé sur une estrade dessous un 
daix (2). Alors on a mis sur le poésie dont le coffre étoit 



(1) MM. de Morsangy, trésorier; d'HcssHin, doyen; Huernc, cellerirr. cl 
de Gabrinc, nrchidiucrc de GAtinais. 

(2) A l'arrivée, M. le duc d'Orléans se plaça dan» la première stalle A 
droite: ensuite le duc de Tresmcs et les Menins. Ia*s gentilshommes du 
duc d'Orléans dans les stalles au dessous de la sienne; le duc de Fronsac, 
derrière l'cslrude à droite ; et M. de Saint-Sauveur, chef de brigade, à 



i 



— 27 — 

couvert, le iranleau à la Royalle, la Couronne et le Cordon 
et Collier des ordres du Roy et de la Toison d*Or et, après 
avoir fini les prières accoutumées, on a récité des pseaumes 
et nous nous sommes retiré, et nous avons laissé deux cha- 
noines, deux semiprébendés et deux clercs pour psalmodier 
continuellement auprès du corps qui, pendant ce temps, a 
toujours clé gardé par les gardes du corps de Sa Majesté. 
Peu de temps après, on a chanté les Vigilles (1). 

Et le vingt neuf du même mois de décembre 1765, à neuf 
heures du malin (2), Nous Paul d'Albert de Luynes, par la 
miséricorde de Dieu Cardinal prestre de la Sainte Eglise Ro* 
maine, du litre de Saint-Thomas in Parione, Archevêque vi- 



gaache. M. de Dreux, Grand Maître des ccrêmonics. le Maître des cérémo- 
nies et TEienipt des Cérémonies à la tête de l'estrade; les héraults d'ar- 
mes dans les angles; les ofQciers de la Chambre et de la Garde Robe de feu 
M. le Dauphin sur des banquettes, à droite et à gauche de l'estrade. Après 
If's prières. M. le duc d'Orléans et tout le monde se retira. Il a été fourni 
•soixantc-dis-hult manteaux à Sens, tant aux officiers pour le service de 
M. le Dauphin, qu'à la maison de M. le duc d'Orléans, aux gens de M. le 
duc de Fronsac, à ceux de M. le Grand Aumônier, h ceux de M. le Cardi- 
nal de Luynes et à ceux de M. le duc de Tresmcs. (Archives nat.. 01, 1044.) 
(1> « Les personnes qui avaient accompagné le convoi, après celte céré- 
monie, passèrent à rArchevéché où M. le Cardinal avait fait préparer des 
appartemens pour recevoir M. le duc d'Orléans, devant lequel il fit servir 
une table de soixante couverts, à laquelle étaient le Grand Aumônier de 
France, le duc de Tresme, le duc de Fronsac, le marquis de Chauvelin, les 
Menlns de M" le Dauphin, les commandans de diiférens détachemens de 
la Maison du Roi et autres personnes distinguées. » (Relation, imprimée à 
Sens.) 

(2) < Le lendemain 29, M. le duc d'Orléans ayant donné l'ordre de l'office 
pour 8 HEURES du matin, tout étant disposé, M. le marquis de Dreux alla 
ravertir à rArchevéché. Il vint se placer conjme la veille. M. le Cardinal 
de Luynes officia. » (Relation, Archives nat., 01,1044.) 

f Les quatre hérauts d'armes étaient assis aux quatre coins du catafalque ; 
If roi d'armes aux pieds. Ces hérauts portaient, sur une robe de crêpe, une 
cofle d'armes de velours violet, en forme de dalmatique, semée de fleurs 
ét^d^oT. Sur la poitrine se lisait, brodé en lettres d'or, le nom de la pro- 
Tinre qu'ils représentaient. I^ cotte du roi d'armes était à In devise : Mont- 
ioit Saint-Denis. Tous tenaient en main un bâton revêtu de velours violet 
$vec /leurs de H» d'or. 



— 28 — 

comte de Sens, primat des Gaules H de Germîmie. comman- 
deur de Tordre du Saint-Esprit, premier aumùriicr de Ma* 
dûmc la Daupliine. ayant pour assîslanb les trésorier et 
doyen de notre Métropole^ pour diacres rarcliitlîacrc du 
Gâtiriais et dcu5i autres prêtres de notre Eglise, pour sous-^ 
diacres un des ptns anciens chanoines et deux autres prei 
très de notre HgHse» le prccliantre portant !e bâton, accom*~ 
pagnt^ de deux choristes chanoines, avons dit et cétébre 
pontificaUemcnt la mçssc, dans le chœur de notre Eglise, 
en présence, comme dans Taclc du jour d'hycr, de Son Al- 
tesse Sérénissime M*^'" le duc d t>rléans, de M. le duc 
de Trcsmcs, pair de France, nommé par le tloy pour ac" 
compagner, de M. le Duc de Fronsac, pair de France, }tre- 
mîer gentil homme de la Chamhre du Roy en sur%ivancc, 
portant la couronne, de M. le marquis de Chauvelin, maître 
de la garde- robhc du lloy» parlant le manteau a la royal le, 
de messieurs Ich Menins, de M. le marquis de Dreux* j^rand 
maitre des cérémonies, et d'autres oriiders; les chanoines 
de notre Chapitre étants dans leurs stalles cl ceux qui t!u 
clergé de notre Eglise y ont droit. Ensuite nous nous sum* 
mes avancé vers lestrnde sur laquelle cloit posé le corps 
de Teu Mt^r le Dauphin, et après que nous avons eu fin y toutes 
les prières et les cérémonies solennelles acccuilumces en 
pareil cas, le corps de le n Très lîaut, Très Puissant et Ex- 
cellent Prince, Louis, Dauphin de France, a été levé de 
dessus 1 estrade par les gardes du corps de Sa Majesté qui, 
après d'autres cérémonies solennelles {1} aussy uccoutu* 



(t) Apri'^ r|tic H cetctx^ïi eial vlè di\mhé ttiin^ le cjihj'uu, ■ li^ rtïi tl*nritt«9i 
dtl am lu'rniilstk' st'npprtHcr h remplir lcJ*ri:itïCll<jiiN dçl<*Mr*ch»rgi-s, l.'wn 
tVntx desremUt ilfirft k' t<tivpfiii; tin ûulw^ w^tn Mir h* ilrgn* ; l«* roi &nr* 
nirn. fiçiulnnl ce lïMupsi, dU i t M. It- marc|iiiï de tîlitiuvrlln. mnilrc dr Ui 
Gartlc-fU>bb<Mlu lioi. cU' In t^nrltlu itoî. ni^wrloï le iiiiMiIffiti n lu Itnyiilr 
h >lijnsflgniMir \v n(iii|thiii. • <te iiirintcitiii lui fui r^iiiît< «ur mu* érliiirp^' d*^ 
lutTHiiï iititr. H 11 le tu |>iiM*r pur lrs|iV'nHi4K*iur le ccrcaHL tl «Ut t^iiMiUr t 
• ^1. 1er iluo tic Kicinsai% |>rcriilrrtk-rinilitiiiiHic t\v \n (Ihitmhrc. cir lit |>fir1 ilti 
Bot. jjpihjrlc-iC II Moiii^i'EjïntHir ïe ]hiM.pliui Iji OniLuiinr lloynle, • qui lui fui 
imr^ilï^inriU iviiU^e ri ilt'M.iiulue diiftâ» U* i^awaM^ doul IcaLr^e fui û Hit* 



— 29 — 

mêcs en pareil cas, Tont descendu, avec la boètc de plomb 
dans laquelle éloicnl les entrailles, dans un caveau préparé 
ù tel effet au milieu du chœur de notre Eglise près de Taigle, 
et ledit caveau a été ensuite fermé et scellé. 

En foi de quo}' nous avons fait rédiger le présent acte et 
lavons signé avec les dignités et chanoines de Notre Eglise 
Métropolitaine. 

Paul, Cardinal - Archevêque Thévard. 

de Sens. Mahiet. 

De Marsangy, trésorier. Le Houistel. 

D'Hesseux, doyen, Mallet. 

HcERSE, célerier. Mauclerc. 

Caqi'ia de Monbourg, arch. D. de la Haize. 

de Provins. Dauvergne. 
De Buluoud, archid. d^Etam- Lestoré. 

pes. Le Beau. 

MONTALET DE ViLLEBREUIL. GiGOT DE BOISBERNIER. 

Morice, préchantre. Le Pellerin. 

Maillet de i^ Trémoye. Hédiard. 

Gratien Dugaudin. Roy. 

Berthelin. L. le Blanc. 

Garsebi^nt de Fontaine. Rousset. 

LHKRMiTTEdeCHAMPBERTRAND Le Gris, Secrétaire du Cha- 

TissoT, pitre. 

Dès le lendemain de cette grandiose cérémonie, 
le Chapitre prenait des mesures pour organiser la 



sLint fermée d'une tombe. Et le roi d'armes cria à deux difTércntes fois : 
• Très Haut, très Puissant et Exceilenl Prince. Monseigneur Louis de Bour- 
bon, Dauphin de France, est mort !» A la dernière fois, ii ajouta : « Priez 
Dieu pour ie repos de son àme. t 

Ct'tte funèbre cérémonie aclicvéc, M. ie duc s'approclia et rendit à ces 
prccieus restes les derniers devoirs en saluant profondément ie lomlicau 
qui les renferme. Ce prince lut ensuite conduit par les Seigneurs et les 
Mcnins dans son appartement, où il re^ut les compliments de tous les 
corps ecclésiastiques et laïcs de la ville de Sens. * (Helatiou, imprimée à 
Sens en 17C6. » 



— 30 — 

continuation des prières. Les registres des délibéra- 
tions (1) fournissent à ce sujet d'intéressants dé- 
tails. 

Lundi 30 décembre 1765. — M. rarchidiacre de Provins a 
dit que M. Sirouette, inspecteur des Menus-Plaisirs du Roy, 
lui avait remis hier la couronne et le manteau à la Hoyalc 
de Msr le Dauphin, qu'il a sur le champ déposés au tré- 
sor (2). » 

Messieurs ont arrêté qu'il sera dressé dans le chœur, sur 
sur le tombeau de Min- le Dauphin, un dais tendu de noir, 
sous lequel il y aura une représentation (3); que pendant 
six semaines il se dira à la chapelle de Saint-Louis une 
messe de Requiem pour le repos de Tâme de ce prince, et 
un De profundis ensuite; que cette chapelle sera tendue de 
noir; que l'encens se donnera à celte représentation ainsy 
que reaUibénite avant la messe des dimanches; que la ré- 
tribution de celte messe sera de quinze sols, payables par la 
petite Trésorerie ; et que, pour que le peuple puisse être 
averti, la cloche destinée pour annoncer les sermons sera 
sonnée à 10 heures et demie. 

Mardi 31 décembre. — Messieurs ont arrêté que le drap de 
velours noir qui se met sur Taigle lors des obits solennels 
servira, autant qu'il sera possible, à former le daix qu'ils 
ont arrêté être fait, par délibération du 30, pour être mis au- 
dessus de la représentation qui se fera sur le tombeau de 



(1) Archives de T Yonne, G 681. 

(2) Se souvenant que les insignes royaux dé|>osés sur les cercueils des 
princes êlaient. après les ol>sèques à Saint-Denis, recueillis ]>nr le trésor de 
l'abbaye, le Chapitre avait chargé l'archidiacre de Provins de réclamer 
pour le trésor le manteau et la couronne. Il devait également veiller à ce 
que les restes du luminaire ne fussent pas enlevés, el revendiquer |>our le 
trésor la chape dont était revêtu le grand aumônier à la levée du corps 
Les inventaires du trésor ne mentionnent pas cette chape. Ce prélat ne 
voulut pas sans doute se dessaisir d'un ornement qui vraisemblablement 
lui appartenait personnellement. 

^3) Ainsi le voulait le cérémonial obser\é à Tabbaye de Saint-Denis. 



— 31 — 

M»' le Dauphin, cl ont prié M. le fabricier de faire faire tout 
ce qull croira convenable, tant pour le daiz que pour la 
dittc représentation, et d'une manière aussi décente qu'ho- 
Dornble, et le tout très proniptement. 

I^ doyen du Chapitre, M. d*Hesselin, reçut de 
larchevêque de Reims, grand aumônier de France, 
qu'il était allé complimenter au nom du Chapi- 
tre (1), la lettre suivante, datée de Versailles : 

Mon premier soin en arrivant icy, Monsieur, est de rem- 
plir un devoir dont les tristes circonstances où nous nous 
sommes trouvés tous ne m'ont pas permis de m'acquitter à 
Sens. Je devais, et je voulais, aller chez vous vous prier de 
m'aidera remercier votre Chapitre de l'honneur qu'il a bien 
voulu me faire : je le sens comme je le dois, et je m'esti- 
merais trop heureux de pouvoir lui marquer par des ser- 
vices tout le cas que je fais de ce qui me vient de la part 
d'un corps aussi illustre. C'est de quoy je vous prie de vou- 
loir bien l'assurer. Soyés également persuadé, Monsieur, 
des sentiments pleins d'estime et de considération avec les- 
quels vous honore votre très humble et très obéissant ser- 
viteur. 

U Archevêque de Reims (QJ. 

Le 14 janvier, le doyen fait part à ses collègues 
du désir exprimé par le cardinal, au nom du Roi, 
qu'un service solennel soit célébré prochainement. 

Messieurs ont arrêté que ce service se fera solennelle- 
ment mardi prochain, vers les 10 heures du matin, avec les 
Vigiles la veille ; que le bâton précentorial sera porté ; que 
les cloches des deux tours seront .sonnées ; et on a député 

il) L4*s diverses harangues adressées par le doyen au cardinal de Luy- 
nes nu duc d'Orléans e( à M. de la Roche d'Aymon, grand aumônier, à 
l'oceasion des obsèques du Dauphin, sont transcrites au registre des déU- 
bérations capitulaircs et dans le manuscrit 119 de la bibliothèque de Sens. 

(2) Biblioth. de Sens, ms 119. f- 50. 



— 32 — 

M. le doyen pour officier, et MM. Gigot et le Pellerin pour 
convoquer les corps laïcs. Ont de plus arrête qu'il y aura 
un diacre et soudiacre et quatre induts. 

L*exemple du Chapilre est suivi, non seulement 
par les paroisses, mais par les corps constitués. La 
ville fait céléber un service, le 28 janvier, dans 
Téglise des Célestins. Invité par le maire, le Chapi- 
tre s'y fait représenter par quatre de ses membres. 
Nouvelle députation, le 30 janvier, dans Téglise des 
Cordeliers, à la demande des juges-consuls. 

Mardi 11 féurier. — M. le doyen a dit que S. E. Mf TAr- 
chevcque lui a écrit de faire part à Messieurs que le jour 
pour Toraison funèbre de M^ le Dauphin était fixé au sa- 
medi 22 de ce mois. 

Mercredi 12 féurier, — Sur le rapport fait par M. Tarchi- 
diacre de Provins au sujet des tentures pour Toraison funè- 
bre de M?' le Dauphin, Messieurs, en approuvant ce qui a 
été par lui fait, ont arrêté qu'il prendra chés les marchands 
tout ce qu*il conviendra en draps noirs pour tendre le san- 
ctuaire et le chœur de l'église, s'en rapportant à lui pour le 
prix. 

Le 17, le Chapitre approuve le marché conclu 
par son délégué avec les jurés-crieurs de la ville 
qui s'engagent, moyennant six cents livres, à déco- 
rer l'église pour le service. Celle ornementation 
doit rappeler celle des obsèques : tentures montant 
jusqu'au triforium du chœur; tapis recouvrant le 
chœur entier ; voiles armoriés derrière l'autel et à 
l'entrée du chœur, de la naissance de la voûte jus- 
qu'au jubé. 

Le 18, le Chapitre décide d'inviter le cardinal à 
officier, chargeant le doyen de le suppléer pour ce 



I 



SOClÉTi ARCHBOLOCIQPB DB SENS. 



T. XXII, Pt. IV, p. 33. 




POMPE FUNÈBRE 
DE LA PREMIÈRE DAUPHINE 

en i']46, à JV.-D. de Parit 
Gravure de C. N. Cochin fils. 



I 



— 33 — 

qu'il ne pourra faire. On sonnera les cloches des 
deux tours. Les corps laïcs sont convoqués. 

Une note en marge de la transcription des délibé- 
rations capitulaires(l) nous apprend que a M. Bour- 
let, chanoine, a fait cette oraison funèbre^ ([ue son 
peu de voix et le tumulte ont empêché d'enten- 
dre (2). 1 

Le 26 février, le Chapitre décida de continuer 
jusqu'au bout de Tan la messe de Requiem à la cha- 
pelle de Saint-Louis, et de laisser en permanence la 
représentation sur le tombeau. Le 25 mars, il était 
informé que le Roi lui avait alloué une somme de 
quatre mille livres pour l'indemniser des dépenses 
occasionnées par toutes ces cérémonies. 

Comme à Sens» dans le royaume tout entier se 
multipliaient, avec une touchante unanimité, les 
démoilstrations d'une admiration sincère et les 
témoignages d'universels regrets. 

Sans doute, on peut suspecter la sincérité clos 
éloges officiels prononcés dans les académies et 
dans toutes les grandes églises de France. Plus 
éloquentes que ces discours étudiés el ces louanges 
de commande, les larmes spontanées de loul un 



<1 Bihliolh. fie Sens, ms. HO. 

'2) Siinon-«Ji'*rn:no lîniirlol de Vaiixct lies riait lils (ruti oHU-ur de la mai- 
sf»n «lu lUii. doriiiine si'noiiais(r. Ni' à Vorsaillfs, en \~'.V.\. «lotie nr (l^'^(>l•- 
li'mne, il (li.'vjnt chnnoiiu* de Sons le 2î octohrr ITCil « t n icairr minr.il du 
larilinal ilo ï^uyiics. 11 ri'"sij;Ma son cauoiiicat «mi juin 17(ir>. 11 dcvinl, m 
!•*<». iiblu- (!«• Sainl-Ainbroix. nu diocôs*' de lloiiif^fs. l'.n 17.VJ. il »lail l»i- 
t»'ur du comte crArtois cl vicaire grinr.d dAutun. L'ai)!»- de \au\rrllfs 
mourut à Paris. le IS mars 1802, après s'être oecupi- t\r jouiiiaUsnic p» ii- 
dant '.a Ke\olution. 



— 34 — 

peuple vengeaient une mémoire trop longtemps 
méconnue. Tous sans distinction, sans réserve, 
rendaient hommage au savoir, au caraclère, à la 
vertu, à Tesprit clirélien du Dauphin. Les plus scep- 
tiques ne pouvaient taire leur admiration devant 
la piété vive et éclairée du prince qui, à sa der- 
nière heure, remerciait Dieu d'être encore, malgré 
ses souffrances, en pleine connaissance et de pou- 
voir ainsi mettre à profit, pour son éternité, jusqu'au 
dernier instant de son agonie. Les esprits les plus 
prévenus eux-mêmes ne pouvaient que s'incliner 
avec respect devant celte noble figure de prince 
chrétien. Citons seulement Diderot, annonçant la 
mort du Dauphin a après une longue et cruelle 
maladie dont il a supporté les douleurs avec une 
patience vraiment héroïque, 1> et écrivant : « C'est 
une chose bien certaine que M. le Dauphin avait 
beaucoup lu, beaucoup réfléchi, et qu'il y avait 
peu de matières importantes sur lesquelles il ne fût 
pas très instruit. » 
Et Voltaire, lui décernant ce distique : 

Connu par ses vertus plus que par ses travaux, 
n sut penser en sage, et mourut en héros. 

Témoin, assurément désintéressé, des manifesta- 
tions du deuil national, l'Anglais Walpole traduit 
ainsi l'impression générale : a C'est, je croîs, la 
plus grande perte que la France ait faite depuis 
Henri IV. ï> 





CHAPITRE IV 



LE VEUVAGE DE MARIE- JOSEPHE 



PROJET DE MONUMENT FUNEBRE 



La Dauphine, qu'une étiquelte impitoyable avait 
éloignée du chevet de son époux agonisant, avait 
dû quitter Fontainebleau, le jour même de la mort, 
pour regagner Versailles. 

Malgré les délicates attentions du Roi, malgré les 
soins afTectueux dont Tentouraient les sœurs du 
Dauphin et sa propre sœur, la princesse Christine, 



— 36 — 

elle âtmettnil iiMensible à tout ce qui la détournait 
de Mm onique pensée. 

Moo snae ^àarz la onin qui Ta frappée, écrit-elle à son 
ff ére^ Xanrier de Saxe ' 1 , elle est plongée dans la plus amère 
dooleor, toot la décbirt; elle ne pent s'occnper que de ce 
qu'elle a aimé, qu elle aime et qu>lle aimera, tant qu^clJc 
animera mon corps, qn'eUe espère aimer encore plus par- 
faitement après, dans le sein de Dien ; elle ne trouve d'adou- 
cissement qoe de parler d*nn objet si cher, de se rappeler 
ses Tertos^ sa tendresse, et le bonheur dont elle a joui tant 
qu'elle lui a été unie; elle se transporte sans cesse dans le 
lieu qui renferme la dépouille de Tobjet de son amour. Tous 
ses désirs se portent à lui être réunie ; ce caveau parait plus 
beau que Ions les palais de ITnivers; mais elle est soumise 
à la irolonté de Dieu, elle ne demande que la mort (2). 

Et dans une de ses lettres à son confesseur, Tabbé 
Soldini (3) : 

Je vous remercie, écrit-elle, des cadres que vous m'avez 

cnvo3'és Je sçais bien qu'on ne peut invoquer que les 

sainU que TEglise a canonisés, mais je ne crois pas faire 

(1) Xaxier de Smxe acheta, en 1772, le Château de Chaumot, près de 
Villeneave^^or-Yonne. l\ y faisait sa résidence ainsi qu'à Pont-«ur-Seinc. 

(2; STBYIE3ISKI. la Mère de» troi% dernier* Bourbons, p. 339. 

(3) Jacques- Antoine Soldini, flls d'un secrétaire du cardinal prince 
de Rohan, originaire de Florence, naquit à Paris en 1718. Confesseur et 
prédicateur de la maison du Roi. à Versailles, c'est-à-dire aumônier du 
nombreux personnel (deux mille personnes environ) du palais, c'est lui 
qui fut appelé, lors de l'attentat de Damiens, en 1757, pour assister le Roi. 
11 devint plus tard confesseur delà Dauphine et de ses enfants, et continua 
cc% fonctions nuprés du flls de Marie-Joséphe, Louis XVI. Les archives 
de lévéché de Versaillc» conservent un volumineux dossier des corres- 
pondances reçues par l'abbé Soldini. On y compte quatre-vingt-deux let- 
tre» de la Dauphine. et plusieurs du cardinal de Luynes. L'abbé Soldini 
mourut le 30 mars 1775. (Voir la Sotice, de M. le chanoine Gallet, sur Vabhé 
SoUHnt et m correnpondance. Mémoires de la Soc. des sciences de Seine-et-Olse, 
t. XXI, pp. 100 à 133.) 



— 37 — 

an mal quand, passant devant son portrait, je le prie de se 
souvenir de nioy devant Dieu; je luy parle à ce portrait 
comme je luy parlois de son vivant. 

11 faut lire les lettres nombreuses dans lesquelles 
Marie-Josèphe exprime si vivement les douloureu- 
ses impressions et la résignation chrétienne de son 
âme, pour juger quelle était celte femme admira- 
ble. On y trouve une élévation de sentiments, une 
force de caractère, une délicatesse de conscience, 
un esprit de foi qui ne se rencontrent que dans les 
saints et qui prouvent combien elle était digne du 
prince son époux (1). 

Mais nous devons ici nous restrei ndrc aux rapports 
de la Dauphinc avec Sens. 

A la nouvelle que le Dauphin, par son testa- 
ment, avait choisi la métropole de Sens pour lieu 
de sa sépulture, le premier soin de Marie-Josèphe 
avait été de se rcndre auprès du Roi et de solliciter 
par avance la faveur d'y reposer, elle aussi, un 
jour. 

On avait trouvé cinquante louis d'or dans la cas- 
setle du Dauphin. La princesse les remet aussitôt au 
cardinal de Luynes pour être distribués aux pau- 
vres de la ville de Sens. 

Le souvenir de notre cité la hante désormais 
comme la pensée de celui qu'elle a perdu. Elle a 
fa t dessiner un plan du chœur de la Métropole avec 
remplacement du tombeau. Elle garde dans son 



• 1. Voir surtout ta Dauphine, par le P. Emile Regnault. 



f ^ 







— 38 — 

oiiiloire, sous ses yeux, cette image qui lui rappelle 
saus cesse ses douleurs (1). 

Au cardinal de Luynes, qui désormais vit retiré 
dr la cour, elle écrit, le 19 février 1766 : 

Que je vous envie, mon Cardinal ! Vous êtes à présent 
dans le lieu qui possède tout ce que j'aime. Hélas! que ne 
|)uis-je y aller aussi ! Mon unique consolation seroit de pleu- 
rer sur ce tombeau, jusqu'à ce que j'y sois renfermée. Mais 
ce ifcst pas pourtant là le plus grand de mes désirs : c'est 
que mon Ame soit avec la sienne. Jai encore beaucoup à 
tnïvailler pour cela; j'espère que ses prières m'aideront : il 
êtoil mon guide de son vivant, il sera mon protecteur dans 
le cîcl. Mesdames m'ont menée promener; j'ai demande à 
aller sur le chemin de Choisi, et j'étois bien aise par là de 
m npprocher, au moins de quelques pas, du lieu de mon 
repos et de ces cendres chéries qui m'y attendent. N'oubliez 
pns, mon Cardinal, en priant pour le repos de cette belle 



il lAiUrc de Fontcnny, du 20 août 17ù3. Cfr Stuyienski, la Mère des trois 
iifntirrs Bourbons, p. 377. 

Kti 1837. le cabinet du bibliophilo sénonnis. M. Félix Chnndenicr, 
^*vsi rnrichi d'un recueil de Pièces diverses, toutes consacrées au Dauphin. 
qui nvait appartenu auparavant A la bibliothèque du baron Jérôme 
Plclioii. En léte de ce recueil est un superbe plan mesurant 0" 71 de hnu- 
tetir sur 0*52 do largeur. On y lit cette légende : Platt général de VËiglixe 
Métiopolitaine de Sen!(, levé exactement imr Gayet, architecte de Son Emi- 
tinue M. le Cardinal de Liiynes. 

t> document est très précieux pour l'histoire de notre cathédrale dont il 
rt'tnicc la disposition intérieure en 17G6. Car bien qu'il ne porte aucune 
diilo, un détail suriit à nous lixer sur les circonstai.ces dans lesquelles ce 
phi II Tut dressé. Au milieu du chœur, des traits pointillés indiquent l'em- 
|ihiremcnt du cavenu du Dauphin, cl on y a même liRuré la silhouette du 
irnueil unique ({ui reposait alors dans ce caveau. 

N^ius sommes donc en présence d'un exemplaire du plan que Muric-Jo- 
sé|tlic avait fait placerdans son oratoire de Versailles. 11 est même i>erniis 
de penser quç le plan du Hecueil Chandenler peut être l'original ayant 
Qppurtenu A la Dauphlne, si ce Hecueil est bien celui que rorina l'abbé 
SohUni, ainsi que nous le dirons plus loin. {P. 44 note.) 



— 39 — 

âme, de prier aussi pour la sanctification de la mienne, afin 
que, n'ayant été qu'une sur la terre, elles soient à jamais 
réunies dans le sein de Dieu (1). 

Quelques semaines après, le 29 mars, c'est encore 
la même pensée : 

Je viens de recevoir votre lettre, mon Cardinal, et ne puis 
assez vous remercier de vous être si bien acquitté de mes 
commissions sur le tombeau qui renferme tout mon bon- 
heur. Quand viendra donc Theureux jour où je pourrois 
moi-même y exprimer mes douleurs et mes désirs! Hélas, je 
n'ose Tespérer, je crains cette pitié cruelle qui, pour nous 
épargner, nous empêche de goûter la seule consolation qui 
nous reste : c'est qu'on ne comprend pas que la vue d'un 
tombeau qui renferme Tobjel le plus cher, et qui doit vous 
renfermer vous-même, puisse consoler; cependant je sens 
bien que je n'en trouverois que là (2). 

Chacune des lettres au prélat exprime le même 
ardent désir de venir à Sens, pleurer et prier sur 
le tombeau du Dauphin : 

9 juillet. — Je me porte fort bien, mais mon cœur est bien 
serré ; res lieux-cy me rappellent bien des choses qui ne 
sont pas faites pour le dilater. Je trouverois plus de conso- 
lation à Sens. Il y est, et je penserois que j*y serois un jour 
auprès de luy ; cela me feroit plaisir... (3). 

25 août'. — Je viens de recevoir, mon Cardinal, votre lettre 
du 23 : je vous remercie d'avoir prié pour moi au lieu où je 
serois un jour. M. le Dauphin est venu me le dire, car la 
même nuit j'ai rêvée que je le voyois et qu'il m'nssuroit qu'il 
prioil bien pour moy (4). 

{{) Attlographe du ehâtean (V Dampierre, P. Regnai'LT, p. 268. 
(2) P. Regkault, p. 264. 
(7) P. Regkaclt, p. 266. 
t4 Ibid., p. 267. 




— 40 — 

5 septembre, — ...J'ai élé bien touchée de ce que vous me 
mandez que le saint évéquc d'Amiens (1) a dit, après avoir 
fait sa prière sur le tombeau. Oui, je vois bien qu'il n'a pas 
besoin de nos prières... (2). 

6 octobre. — Hélas, mon Cardinal! il y a un an, nous 
étions à Fontainebleau, dans Tespérance. La pauvre M^c la 
comtesse de Toulouze a passé par ici hier au soir (3); cela 
m*a fait penser au 28 décembre de Tannée passée, et en re- 
gardant ce convoy, je me transportois toujours sur le che- 
min de Sens (4). 

Un détail à noter aussi, parce qu'il intéi*esse la 
liturgie et la bibliographie sénonaises. L*abbé 
Proyart a écrit, dans sa Vie du Dauphin : c Peu sa- 
tisfait de payer lui-même à Dieu le tribut de prières 
que lui offrent ses ministres, il (le Dauphin) em- 
ploya les niomens de son loisir à procurer aux per- 
sonnes les plus occupées, le moyen de s*unir aux 
prières communes de TEglise. 11 distribua lui-même 
en leur laveur, un office qui, sans être aussi long 
que celui de TEglise, en a cependant Tesprit et la 
forme. Cet ouvrage fut imprimé à Sens, en 1763, 
par les soins du Cardinal de Luynes (5). « Monsieur 



(1) M*' de la MoUc. cvéquc crAmiens. En se rendant à la Trappe de Sept- 
Fonts où il allait faire sa retraite, le prélat avait voulu s'arrêter à Sens 
et y offrir le S. Sacriflce sur le tombeau du Dauphin. 

(2) P. Rbgnault. p. 278. 

(3) Morte à Paris le 90 septembre, son corps avait été transporté et inhumé 
à Rambouillet. 

(4) P. Regnault, p. 2K0. 

(5> Officb divin abrégé, pour tous les teins de Vannée, d Vutage des per- 
sonnes pieuses quidésirent s'unir aux prières généralesqui se font dans l'Eglise 
aux différentes heures du jour. Imprimé par ordre de S. E. M*' le Cardinal de 
Luynes, arehevéque-vicomte de Senr, etc., d Sens, chez P. Hardouin Tarbé, 
imprimeur-libraire de Son Eminence. M DCC LXIU. 



«OOtTÏ AlCH^LOCiqpS DB SEKS. 



T. XXll, PL. V, p. 40. 




LA OAUPHINE 
Pastel par La Tour 

{Muté* du Louvre.) 



t,. 



k 



— 41 — 

t le Dauphin, m'écrit ce prélat, exigea de moi que 
« je le fisse imprimer sous mes yeux, et paroftre 

< en mon nom. J'eus beaucoup de peine à m'y 

< prêter; mais Tordre fut absolu. Il n'y a de moi 
c que le mandement qui se trouve à la tête de Tou- 
€ vrage (1). > 

Cette affirmation se trouve nettement confirmée 
dans la lettre suivante adressée, le 11 mai 1763, par 
la Dauphine à l'évéque d'Amiens, M9r de la Motte : 
c ...J'ai remis à l'abbé Soldini un livre des Offices 
que M. le Dauphin a faits; je ne doute pas qu'il ne 
vous lait déjà envoyé... (2), > 

En retournant à l'abbé Soldini (3) ses rectifica- 
tions au projet de biographie du Dauphin qu'il 
lui avait soumis, la princesse lui déclare : c Le Roy 
n a sçu que l'Office divin étoit de luy que depuis sa 
mort. La traduction des pscaumcs n'est pas de luy, 
elle est de Ms»" Languet, archevêque de Sens (4). » 

A peine la tombe du Dauphin s'était-elle refer- 
mée qu'on se préoccupa des mesures à prendre 
pour y rappeler la mémoire du défunt. Il convenait 
tout au moins d'y placer une inscription. En sa 
triple qualité d ami, d'académicien (5) et de gardien 
du tombeau, l'archevêque de Sens avait le premier 



(1)Editiondel826.p. 177. 

•2; P. Regxaclt. p. 2CG. 

(3) Archives de l'évcché de Versailles. (Dossier Soldini.) 

(t) Jean-Joseph LAnguet de Gcrgy, prédécesseur du cardinal de Luynes, 
mort en 1733. 

(3) HeçQ à l'Académie françAisc en 1743^ il cn(ra h rAçadcmie des scien- 
ces en 1755, 



- 42 - 

exprimé le désir d'en rédiger le texte. De son côté, 
Tabbé Soldinî, confesseur de la Dauphine, avait 
soumis à la princesse une épitaphe de sa composi- 
tion. Elle lui répond : 

Je trouve répitiiphe à men'cille et vous m*avez fait grand 
plaisir de me renvoyer. Si le cardinal de Luynes n'avait pas 
demandé dès les premiers jours d*en être charge, j'aurois 
prié qu'on mit la vôtre sur le tombeau (1). 

La Dauphine, qui écrivait avec aisance en la- 
tin (2), donna pleine approbation à l'œuvre du bon 

(1) Archives de l'évéché ds Versailles. (Dossier SoldinI, A lix.) La mort 
du Dauphin, comme du reste tous les événements notables, fut pour tout 
ce qui se piquait de littérature, un sujet à amplifications oratoires ou poé- 
tiques. Le Recueil de M. F. Chandcnier conUent une cinquantaine de piè- 
ces, manuscrites ou imprimées, décrivant le deuil de la France. Recteurs 
de collèges, prédicateurs en renom et élèves de rhétorique s*y évertuent, 
dans des stances, des odes, des élégies, des épitaphes ou de simples dis- 
cours en prose, à célébrer, en un style quelquefois heureux, les louanges 
du prince défunt. 

A ces morceaux littéraires, où l'histoire ne trouve rien à gUmer, sont 
Joints heureusement plusieurs dessins. Outre le plan de la Métropole de 
Sens, déjà signalé, on y trouve un Joli dessin h la mine, fait également 
l>ar l'arciiiiecte Gnyet. et représentant le maltre-autel de Servandoni. en- 
core surmonté du rétoblff qui avait encadré la fameuse table d'or disparue 
en 1760. D'autres dessins et gravures représentent la pompe funèbre des 
ser\'iccs célébrés pour le Dauph'.n h la cathédrale d'Avignon, à Noire- 
Dame de Paris, ou collège de Cahors. 

(2) On cite à ce propos une Jolie anecdote. Lors de la promotion de 
M. de Luynes au cardinalat, en 1756, le Pape avait eu la délicate attention 
d'informer la Dauphine, pnr une lettre rédigCe en latin, de la dignité con- 
férée ù son premier aumônier. < Le bon cvêquese mit en peine un Jour de 
lui en expliquer le sens avec un lak>orieux mot à mot, sons que rien trahit 
en elle in parfaite connaissance qu'elle avait de cette langue. Le Dauphin, 
témoin de la piquante aventure, eut le l>on goût de respecter cette réser- 
ve de sn noble compagne et de laisser à l'obligeant prélat le mérite racilc 
du service qu'il croyait rendre. » (P. Regnailt. p. 100.) — M. G. StryienskI 
a publié dan» : La Mère (/es trois derniers Botirbor.». (p. 337). une lettre en 
lalin, fort élégant, tcrile n son frère Xavier par Mrric-îosèphc, âgée de 
neuf ans, 




— 43 — 

Cardinal. En voici le texte avec la traduction 
publiée à Sens, en 1768 : 

D. 0. M. 

HIC JACET OpUmus Princeps LUDOVICUS DELPHINUS, 

iEtatc florenle cl Solio jam luaturû 

Intcr vota preccsque populorum 

Pro salutc prctiosissimi capitis, heu ! frustra supplicantium, 

Morte ÎDvidâ raptus. 

LUGEAT GALLIA Virura Principcm 

Omnibus naturse donis ornatum, 

In onini regise sortis scicntiâ vcrsatuni 

Patrise amantissimum, 

Filium Patris sui Augusli observantissimum, 

Conjugem fidelem, 

Patrcm libcros suos praeccplis & cxcmplis assidue 

informantcm. 

LUGEAT RELIGIO Viruni Principcm 

Nominc éc opcribus Christianum, 

Illibato morum splcndorc a tcncris conspicuum, 

Somma crga Deum pietate commendabilem, 

Lcgis divinse studiosissimum. 

Fidc sccurus, Spc (Irmus, Charitatc ardcns, 

Magno spiritu vidit ultima, 

El Icrrcna dcspiciens, ad œlerna toto animo sur.pirans, 

Cœlcsti con *olalionc exuberans, 

Incrcdibile sui dcsiderîum relinquens, 

Obiit Die XX^ Decembris, An^ />« MDCCLXV. 

jEtatis XXX VI , 

a-glt très excellent Prince Louis Dauphin 

Ayanl acquis, dans ki fleur de son âge, toute In mnlurilé nécessaire 

pour régner. 

Malgré Us vœux ardents que toute in France rnisoit à Dieu, 

pendant sn maladie, 

Pour la consepation d'une tête si chère, 

La mort jalouse c!e uotrc bonheur nous l'a enlevé. 

Que la France pleure un Prince, 




— 44 — 

Orné de tous les dons de la nature. 

Versé dnn^ toutes les sciences qui sont du ressort des Rots. 

Aimant avec passion ia Patrie et le peuple qu'il dcvoit un Jour gouverner, 

Le nia le plus respectueux envers son auguste père. 

Un Epoux fidèle, 

U n père qui se faisoit un devoir de former lui-même set augustes enfants 

& la vertu |Mir ses préceptes et par ses exemples ! 

Que la Religion pleure un Prince, 

Qui, non content déporter le nom de chrétien, le rcndolt encore vénérable 

par la sainteté de ses œuvres, 

Qui depuis sa plus tendre Jeunesse avoit toujours eu les mœurs 

les plus pures. 

Recommandable par sa profonde religion envers Dieu 

Et par robsrr\-atlon la plus exacte et la plus fldelle de sa sainte 1^1 ! 

Rempli de la fol la plus vive, de l'espérance la plus ferme, de la charité 

la plus ardente, 

11 a vu approcher sa fln avec un héroïsme vraiment chrétien. 

Et méprisant souverainement toutes les choses de la terre, soupirant 

de toute son âme après les biens étemels. 

Rempli des consolations célestes, 

11 est mort laissant des regrets Inexprimables, 

Le 20 Décembre, Tan de N. S. 1765, figé de 96 ans 3 mois et demi. 

Celle Iradiiclion esl probablcmenl Tœuvre du car- 
dinal. L*abbé Soldini lui a demandé le lexle de son 
ûpilaphe. Le cardinal lui répond, de Sens, le 
:îO aoûl 1766 : 

Je joins icy, mon cher abbé, la relation que vous me 
demandés; pour TEpitaphe je vous Tenverray par le pre- 
mier ordinaire, il est bien jusle de compléter votre re- 
cueil (1). Celte toux de Madame la Dauphine qui continue 

{ I) Nous avons parlé plus haut (pp. 38 et 42^ du Recueil de M. F. Chan- 
dt-nier. L'épitaphe composée par le cardinal de Luynes y est reproduite 
Ml milieu de plusieurs autres. Celle de Tabbé Soldini est peut-être du 
nombre. Hien toutefois ne la désigne, pas plus que le propriétaire du Re- 
fttfil. 11 est cependant permis de penser que la personne qui Ta formé 
avilit un culte spcVial pour le Prince, et que, de plus, elle était bien p\a- 
t^vv pour réunir tous ces documents et surtout se procurer les plans do 
Sens. L'nbbc Soldini réunissant parfaitement ces condIUons, nous pensons 
que le Recueil dont parle le cardinal pourrait bien être celui de M. Chan- 
dcnior, 



— 45 — 

toajoars me loarmente à un point que je ne puis exprimer. 
mon cher abbé, que cette Princesse est précieuse à con- 
server! Prions sans cesse Dieu de toute notre âme pour 
qull daigne nous accorder cette grâce ; que cette Princesse 
serait à plaindre sans les sentiments de Religion que Dieu a 
gravés profondément dans son ame. Dieu lui a fait boire le 
calice jusqu'à la lie. Quand je pense à i'énormité de son 
malheur, je m*enveloppe dans la noirceur de la doulenr 
avec elle et je ne puis vous dire ' combien cela nuit à ma 
santé. Donnez moy de tems en tems de vos nouvelles, mon 
cher abbé, et comptés sur toute mon estime et mon amitié 
pour vous (1). 

Et quelques semaines plus tard, il réclame le 
texte qu'il a commtiniqué : 

A Paris, ce mercredy. 

Je vous prie, mon cher abbé, de me renvoyer la copie au 
net de Tépitaphe de feu M^ le Dauphin, que je vous ay re- 
mise, j*en ay besoin pour faire faire le modèle en grand par 
le sculpteur. Je proQte avec plaisir de cette occasion pour 
TOUS assurer, mon cher abbé, de mon estime et de mon ami- 
tié pour vous (2). 

De nombreuses années devaient s'écouler avant 
que Tépitaphe figurât sur la sépulture du Prince. 
Son exécution, du reste, paraissait moins urgente, 
le Roi ayant décidé Téreclion d'un monument di- 
gne de son fils. Profondément impressionné de la 
perte du Dauphin, il jugeait bon, pour l'honorer , 
de rompre avec la tradition qui, depuis Henri IV, 
n élevait plus de mausolées aux princes du sang, ni 
mêmes aux souverains. Simples monuments d'ap- 
plique, ornés seulement de modestes médaillons et 

H) Archires de Tévéché de VersaiUes. 
(3) iUdem, 



— 46 — 

d'inscriptions, les cénotaphes des Bourbons qui se 
voient encore dans les cryptes de Saint-Denis con- 
trastent éti^ngement avec les somptueux tombeaux 
des Valois. 

La résolution de Louis XV fut prompte. Sur ses 
ordres, le marquis de Marigny, surintendant des 
Beaux-Arts, avait demandé des projets à Cochin, 
secrétaire de l'Académie des Beaux-Arts. Ce com- 
positeur, pourtant d'une étonnante fécondité, jugea 
bon de chercher des inspirations auprès de Dide- 
rot, « le puits d'idées le plus achalandé de ce 
pays-ci, » disaient ses admirateurs (1). 

Dans une lettre à M»c Volland, du 3 février 1766, 
Diderot exprime la joie mêlée de surprise que lui 
cause cette marque de confiance (2) : 

Je vous donne à deviner en cent ce qui m'occupe main- 
tenant. Les artistes m'ont chargé du projet du tombeau que 
le Roi a ordonné pour le Dauphin. Moi! Moi' Silence là- 
dessus. Il ne faut point gâter un service par une indiscré- 
tion. J'en suis à ma troisième tentative. Vous me direz celle 
qui vous plait le plus ; il faut savoir d'abord que le monu- 
ment doit être placé au milieu de la cathédrale de Sens, et 
qu'il doit avoir un rapport visible à la réunion des deux 
époux (3). 

A ces trois projets, il en ajoutait, quinze jours 
après, deux autres. Les voici tels que lui-même les 
a décrits (4). 

(1) Correspondance de Grlmm, 13 avril 1766. 

(2) Œuvres de Diderot, ediUon Assézat et Tourncux, t. XIX, p. 210. 

(3) c Le Roi, voulant entrer dans les vues de Madame la Dauphlne, on 
demande que la composition et l'idée du monument annoncent la réu- 
nion des futurs é|)oux. » Ibid., t. Xlll, p. 72. 

(4) Ibid., t. Xlll, p. 72-75. 



— 47 — 

PREMIER PROJET 

Jélèvc une couche funèbre. Au chevet de cette couche, 
je place deux oreillers. L*un reste vide ; sur Tautrc repose la 
tête du Prince. Il dort, mais de ce sommeil doux et tran- 
quille que la Religion a promis à Thomme juste. Le reste de 
la figure est enveloppé d*un linceul. Un de ses bras est mol- 
lement étendu ; Tautre, ramené par- dessus le corps, viendra 
se placer sur une de ses cuisses, et la presser un peu, de 
manière que toute la figure montre un époux qui s'est retiré 
le premier, et qui ménage une place à son épouse. Les an- 
ciens se seraient contentés de cette seule ligure, sur la- 
quelle ils se seraient épuisés ; mais nous voulons être ri- 
ches, parce que nous avons encore plus d'or que de goût, et 
que nous Ignorons que la richesse est Tennemie mortelle du 
sublime. 

 la tête de ce lit funéraire, j'assieds donc la Religion. Elle 
montre le ciel du doigt, et dit à l'épouse qui est à côté 
d'elle, debout, un genou posé sur le bord de la couche, et 
dans Taction d'une femme qui veut aller prendre place à 
côté de son époux : c Vous irez quand il plaira à Celui qui 
est là-haut. » 

Je place au pied du lit la Tendresse conjugale. Elle a le 
visage collé sur le linceul ; ses deux bras étendus au delà 
de sa tête sont posés sur les deux jambes du Prince. La 
cooronne de fleurs qui lui ceint le front est brisée par der- 
rière, et l'on voit à ses pieds les deux flambeaux de l'hymen, 
dont l'un brûle encore, et l'autre est éteint. 

SECOND PROJET 

Âa pied de la couche funèbre, je place un ange qui an- 
nonce la venue du grand jour. 

Les deux époux se sont réveillés. L'époux, un de ses bras 
jeté autour des épaules de l'épouse, la regarde avec sur- 
prise et tendresse ; il la retrouve, et c'est pour ne la quitter 
jamais. Au chevet de la couche, du côté de l'épouse, on 
voit la Tendresse conjugale qui rallume ses flambeaux en 
secouant l'un sur l'autre. Du côté de l'époux, c'est la Reli- 



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n, w.. VI, p. 48- 




LE MAUSOLÉE 



— 49 — 

tableau du plus grand palhétique, et non le leur, parce 
qu'ils n'ont pas le goût qu'il faut pour le préférer. 

Au haut du mausolée, je suppose un tombeau creux ou 
cénotaphe, d où Ton n'aperçoit guère d'en bas que le som- 
met de la tête d'une grande figure couverte d'un linceul, 
avec un grand bras tout nu, qui s'échappe de dessous le 
linceul, et qui pend en dehors du cénotaphe. L'épouse a 
déjà franchi les premiers degrés qui conduisent au haut du 
cénotaphe, et elle est prête à saisir ce bras. La Religion l'ar- 
rête, en lui montrant le ciel du doigt. Un dlWses enfants 
s'est saisi d'ua des pans de sa robe et pousse des cris. 

L'épouse, la tête tournée vers le ciel, éplorée, ne sait si 
elle ira à son époux qui lui tend les bras, ou si elle obéira à 
la Religion qui lui parle, et cédera aux cris de son fils qui 
la retient (1). 

Fort heureusement, le goût de Diderot ne fut pas 
apprécié. Sa correspondante elle-même, celle à la- 
quelle il faisait la première confidence de ces allé- 
gories païennes et compliquées, ne partage pas son 
enthousiasme. Dans une lettre, du 20 février, il 
tente de la gagner. (Œuvres, t. XIX, p. 223 et suiv ] 

On ne se représente pas bien ce lit, si funèbre 
soit-il, avec ses deux oreillers, au milieu du chœur 
de la cathédrale. C'est cependant la conception 
préférée du philosophe : 

Les anciens, qui savaient que la richesse est l'ennemie 
dn sublime, s'en seraient tenu aux deux oreillers et à la 
seule figure de Tépoux qui se range ; car cette figure est 
vraiment sublime. 



fl< Cochin s'est inspiré du premier et du cinquième de ces projets pour 
ta composition reproduite page 53. On y voit la Dauphine venant rejoin- 
dre, malgré ses enfants et La Tendresse conjugale, le Dauphin et le jeune 
duc de Bourgogne, sur leur couche funèbre. 

4 



— 50 — 

Son troisième projet est évidemment inspiré par 
le fameux tombeau du maréchal de Saxe par Pi- 
galle. M"* Volland lui en a fait l'observation. Il ré- 
plique : 

Le rapport du troisième avec celui de Pigalle est bien 
léger; d'ailleurs, cette Maladie, qui pousse la pierre de son 
épaule, est terrible. Cet époux, qui ne la voit ni ne Técoufc, 
marque un bien parfait mépris de la vie; et ces enfants, 
présentés à réponse par la Sagesse, sont tout à fait tou- 
chants. 

Cochin, de son côté, se dérobe : 

Au reste, continue Diderot, Cochin m'écrit de ces trois 
projets, que je lui ai envoyé trois enfants bien forts, bien 
beaux, bien vigoureux, mais bien difficiles à emmaillottcr. 
Il ajoute que ce ne sera pas lui qui choisira, mais la cour, 
où il y a beaucoup de flatteurs et peu de gens de goût. Il 
craint que le mauvais goût, aidé de la flatterie, ne demande 
que ces flgures soient ressemblantes; ce qui rendrait le mo- 
nument plat et maussade. Je réponds que des ressemblan- 
ces 'égères, dont la poésie disposerait à son gré, en don- 
nant à la scène un caractère naturel et vrai, ne la rendrait 
que plus belle et plus pathétique ; que les physionomies 
changent bien en dix ans, et que, quand elles resteraient ce 
qu'elles sont à présent, plus les flgures seront grandes, no- 
bles et belles, plus la flatterie les retrouvera ressemblantes. 

Pour éviter cet écueil des ressemblances, Cochin a de- 
mandé qu'en conservant toujours la condition donnée de 
la réunion future des deux époux, je lui en imaginasse un 
quatrième où il n'y eût que des flgures symboliques. 

C'est pour se conformer à ces nouvelles instruc- 
tions que Diderot écliafauda les deux derniers pro- 
jets décrits plus haut. Ils eurent le même sort que 
leurs aines. 



— 51 — 

Cochin, au lieu d'emprunter à aulrui, finit par 
puiser dans son propre fond. Il avait dessiné pour 
réditlon derOraiso/i funèbre du Dauphin, pronon- 
cée dans l église de Paris, le P^ mars 1766, par mes- 
sire Charles de Loménie de Brienne, archevêque de 
Toulouse, le futur archevêque de Sens, un frontis- 
pice gravé par C. Baquoy (1). On y voit le Dauphin, 
sur son lit de mort. Il est consolé par la Religion 
qui d'une main lui présente la croix et de Tautre 
montre le ciel entr'ouvert où elle prend, pour la 
lui offrir, une couronne d'étoiles. A son chevet, 
rimmortalité inscrit sur son livre les vertus du mou- 
rant et lui dépose sur la tête son diadème, pendant 
que la Mort le recouvre violemment d'un linceul. 

Ce dessin renferme évidemment Tidée maîtresse, 
les éléments essentiels du monument que nous 
avons aujourd'hui sous les yeux. La Religion, rim- 
mortalité et la Mort représentée par la figure du 
Temps, — moins repoussante, quoique de signifi- 
cation identique, — seront complétées par un qua- 
trième personnage dont le rôle du reste est assez 
imprécis, puis par les deux génies, dont la pré- 
sence n'a guère d'autre raison que de meubler les 
vides et de rompre la monotonie des quatre grandes 
figures. 

Cest donc uniquement sur les données de Co- 
chin que Guillaume Coustou, l'un des plus grands 
sculpteurs du xvui* siècle, fut appelé à composer le 
monument du Dauphin. Le plan en était assuré- 

(1) Reproduit p. 12 en léte du Chapitre U de notre étude. 



— 52 — 

ment arrêté (1), au moins dans ses lignes essentiel- 
les, à la fin de Tannée, puisque, le 24 novembre 
1766, le marquis de Marigny écrivait à rarlistej 

J*ay trouve, monsieur, que la soumission que vous avez 
faille pour Iclombeau de Monseigneur le Dauphin remplit 
ce qui est proposé par le mémoire estimatif qui m'avoit 
déjà été remis et sur lequel le Roy s'est déterminé à approu- 
ver le monument. Je vous autorise à son exécution. La 
somme de 150 000 livres à laquelle se monte votre devis 
vous sera ordonnée au fur et à mesure qu'il me sera rendu 
compte de l'avancement de cet ouvrage, et je ne doute 
pas que votre respect pour le Prince, à la mémoire duquel 
il est consacré, ne vous engage à apporter tous vos soins à 
sa perfection. (Archives nat.^ O^ 1905.) 

(1) Dans un mémoire lu nu Congrès archéologique de France, tenu à 
Auxerre. en 1850, M. Quantin écril : « J*ai vu récemment à Paris le projet 
primitif /(/u mausolée), en la possession d'un amateur anglais, M. Moorc. » 
(Congrès, XVII Session, p. 23G.) 

Nos recherches pour retrouver ce précieux document sont restée» 
Infructueuses. I^ collection de M. Francis Moorc fut vendue à Ix>ndres, le 
28 avril 185G. Le catalogue de cette vente ne mentionne pas le dessin 
signalé par M. Quantin. Il n'existe ni au British Muséum ni au musée de 
South Kensington. 




SOCliTé ARCHéOLOOlQPE DB SENS. 



T. xxn, PL. VH, p. 53. 




LA. DAUPHINE 

Peinture par Freoou 
D'après le portrait de la préfecture d'Agen attribué à Nattier. 

(Tréior de Sent.) 




CHAPITRE V 



MORT ET FUNERAILLES DE LA DAUPHINE 



Déjà, personne n'en pouvait douter, le symbo- 
lisme d'une réunion future, réclamé par la Dau- 
phine pour le mausolée de son époux, allait à bref 
délai devenir une réalité. 

La toux, dont s'alarmait justement le Cardinal, 
persistait. L'intervention d'un des plus fameux mé- 
decins de Paris, Tronchin, accréditait les mauvaises 
nouvelles venues de Versailles. 

La cour, à l'automne de 1766, n'avait pas fait son 
séjour habituel à Fontainebleau. Le Roi voulait 
épargner à la sensibilité de Marie-Josèphe les cruels 
souvcnii-s qu'auraient fatalement évoqués ces lieux. 
L hiver, particulièrement rigoureux cette année-là, 
aggrava très rapidement la situation de la princesse. 
Comme à la mort si inopinée du Dauphin, la ru- 



— 04 — 

nieiir publique prêta à cette maladie, que rien ne 
pouvait faire prévoir, des causes mystérieuses. On 
parlait d'empoisonnement. L*autopsie la révélé : la 
Daupliine succomba au même mal qui avait em- 
porté son époux. Elle fut, très probablement, la 
victime de son dévouement, c: On ne soupçonnait 
pas, au xvni* siècle, dit un de ses biographes, les 
dangers de la contagion ; par piété on conservait 
les draps imbibés des sueurs de Tagonie et on en 
distribuait des fragments en guise de reliques (1). » 

Le cardinal de Luynes, aussitôt informé du dan- 
ger, était revenu à Versailles pour assister Tauguste 
malade. Le 4 mars, elle reçoit les cendres de ses 
mains et fait la communion. Le 8 mars, premier 
dimanche de Carême, sur sa demande, on lui donne 
les derniers sacrements. Le Roi et les princes ac- 
compagnent, de la chapelle à la chambre de la Dau- 
phine, le saint Sacrement porté, sous un dais, par 
le cardinal de Luynes. 

Le prélat a noté, dans un récit conservé aux ar- 
chives de Dresde, le récit des derniers jours de 
Marie-Josèphe (2). Elle fit ses adieux à ses enfanls, 
aux membres de la famille royale et se prépara à la 
mort dans les sentiments d'une vive piété. La der- 
nière nuit avait été des plus douloureuses. Elle de- 
manda, le matin, qu'on lui dît la messe. L'après- 
midi, pendant une visite du Roi et des sœurs du 
Dauphin, elle se sentit défaillir. Dans la soirée, 
l'abbé Soldini, s'apercevant qu'elle entrait en ago- 

(IjSTIIYIBNSKI. op. cit., p. 361. 

(2) Voir Sthyienski. p. 390. 



; 



— 55 — 

nie, lui dit : c Réjouissez-vous, Madame, vous allez, 
en échangé d'une vie passée dans la tristesse et les 
larmes, commencer un règne éternellement heu- 
reux. > La malade réclama aussitôt elle-même les 
prières des agonisants; et, quand les oraisons furent 
terminées, on l'entendit demander au cardinal 
de Luyncs qu'il voulût bien lui suggérer encore des 
affections pieuses et des actes de conformité au bon 
plaisir de Dieu. Elle tenait un crucifix et le baisait 
avec ferveur. C'est dans ces sentiments, et en con- 
servant toute sa lucidité jusqu'au dernier instant, 
qu'elle rendit son âme à Dieu, vers 8 heures du 
soir, le vendredi 13 mars. 

On suivit, en cette circonstance, le même cérémo- 
nial qu'à la mort du Dauphin : 

Le 13 ^1), vers les 8 heures du soir, cette princesse mou- 
rut, en exprimant le désir que son corps fût inhumé à Sens, 
que son cœur fût porté à Saint-Denis et que Ton observât 
pour elle le même cérémonial que pour M. le Dauphin : 

1^ nuit du 13 au 14, le corps fut transporté de l'apparte- 
ment dans lequel elle était morte dans celui qu'il devait oc- 
cuper et, le 14 au matin, il a été exposé sur un lit, à visage 
découvert, et vu par le peuple. 

— Le 15, le corps a été embaumé et déposé dans un cer- 
cueil ainsi que les entrailles. Le cœur fut mis dans une 
boîte. 

— Le 18, à 6 heures du soir, M^e la comtesse de la Mar- 
che (2), que le Roi avait nommée pour accompagner le cœur à 
Saint-Denis, se rendit à l'appartement de Madame la Dau- 



lî) Arcbixn nationales. Cl 1044. 

(?/Forlunéc Mnrie d'Esle, avait *pous^ en 1759, Ix)uis-François- Joseph 
de Bourbon, comte de la Marche, fils du prince de Conti. 



— 56 — 

phine poi\( le départ. Le cœur fut porté par le cardinal 
de Luynes. 

— Le 21) départ du coq)s pour Sens, lieu de l'inhuma- 
lion. 

^ Dépôt à Fontainebleau, la nuit du 21 au 22. 

L'autopsie fui faite le 15, à 10 heures du matin (1). 
Auparavant, pour se couvrir contre les bruits mal- 
veillants mis en circulation, les médecins qui avaient 
assisté la Princesse avaient rédigé cette déclaration : 

15 mars. — Avant de procéder à Touverlure du corps, 
nous soussignez déclarons : 

1» Que sans pouvoir déterminer précisément le genre 
d'affection, la poitrine de Madame la Dauphine nous a toujours 
parue affectée ; 

2» Que la toux. Jusqu'aux quatre derniers jours, quoique 
grasse, s'étant maintenue sans expectoration, Tcxamen des 



(1) On y note: c L'dpiploon retir(^« épaissi; une ndhèrence contre nnlurr, 
faisant bride..., la surface de tous les intestins grêles parsemée d'un grand 
nombre de points blancs et d'une sorte de gelée lymphatique... 

c ...Les glandes du mésentère de plus de moitié de grosseur que dans 
Tétat ordinaire, d'une couleur jaunAtre qui n'est pas ordinaire. 

« Le poumon droit flétri, très rapetissé, fort inégal à sa surfiice, ces iné- 
gaUtés dures et paraissant formées de concrétions tuberculeuses; le pou- 
mon gauche gorgé et adhérent à la surface interne de la plèvre. A l'inté- 
rieur du poumon, lobes supérieurs gorgés d'une matière purulente; le lobo 
supérieur du poumon gauche dur, comme skirreux, plein de pus. t 

Le procès-verbal porte, après la sigimture de la duchesse de Brancas, 
dame d'honneur de la Dauphine, celles des médecins et chirurgiens : 
L\ssoNE Senac 

BouiLiiAC A. Petit 

PinnAC BOISCOILLAUD 

LABnEriLLB IX>L'STAUNAU 

BOURDEUN TnONCHIN 

AuDmAC Lassaigne 

Anoouill6 Hévin 

PORTAL 

(Archives nat., Ol 1044.) 



— 57 — 

crachats n*a pu nous servir à caractériser le genre d^afTec- 
lion; 

> Que depuis, ces quatre derniers jours, les crachats qui 
ont été expectorés n'ont eu de commun avec les crachats 
ordinaires purulents que leur gravité spéciflque; 

4" Que le jour même de la mort, Madame la Dauphine a 
rendu pour la première fois, par la bouche, une humeur sa- 
nieuse assez abondante, distincte des crachats, mais qui 
était pas purulente ; 

> Qu'il n'y a jamais eu ni douleur de poitrine, ni diffi- 
culté de respirer, ni oppression, ni rougeur aux joues, ni 
haleine forte, ni diflîculté de se coucher à droite ou à gau- 
che, ni sueur nocturne, ni enflure aux extrémités infé- 
rieures ; 

6« Que depuis plus d'un mois, tous les viscères du bas- 
ventre ont paru être en bon état. L'estomach ayant bien fait 
les fonctions, les selles ayant toujours été naturelles. 
Labreuille. Tronchin (1). 

Les registres des délibérations du Chapitre (2) 
retracent, jour par jour, Timpression produite par 
lannonce de la mort de la Dauphine et les prépa- 
tifs des funérailles. 

Sam-di? mars 1761.— M. le doyen a dit que S.Em. M^Me 
Cardinal de Luynes lui a fait part de l'état dangereux de 
Madame la Dauphine. Messieurs ont arrêté qu'il sera dit 
aux messes la collecte Pro infîrmis. 

Jeudi 12 mars — M. le doyen a dit que Son Em. 
Mf'' larchevêque de Sens lui a écrit de Versailles le 9 de ce 
mois, qu'il avait administré Madame la Dauphine ; qu'il le 
prioit de prévenir Messieurs pour qu'ils fassent dans leur 
Eglise les prières des Quarantc-Heures. Messieurs ont ar- 
rêté qu'à commencer aujourd'hui il y aura des prières de 

(1 Archives Xal. O1.-1044. 

(2 Archives de rVonne, G C81. 



— 58 — 

Quarantc-Heures pendant trois jours dans leur Eglise ; que 
la messe du chœur se dira snb ritu solenmi, précédée du 
Veni Creator ; qu*à Tissue de la messe, il y aura Exposition 
du St Sacrement ; que le Salut se fera après Complies ; que 
les deux jours suivans, le S( Sacrement sera exposé avant 
Matines, et le Salut, après Complies. Et pour officier aujour- 
d'hui à la Messe et donner ]a bénédiction aux Saints, Mes- 
sieurs ont député M. le doyen. 

Mardi il mars. — M. le doyen a dit que Madame Marie- 
Josèphe, princesse de Saxe, est décédée à Versailles, ven- 
dredi dernier, munie de tous les Sacrements et avec une 
résignation aussi édifiante qu'exemplaire aux Décrets di- 
vins. Qu'elle a désiré être inhumée dans l'Eglise de Sens, 
où son corps doit être incessamment transporté pour être 
mis dans le caveau où repose le corps de Mrr le Dauphin, 
son auguste époux. 

Messieurs, pénétrés de douleur de la perte de Madame la 
Dauphine, aussi vertueuse dans toutes ses actions que bien- 
faisante envers les pauvres, ont arrêté : 

— Que la chapelle de la Vierge sera tendue de noir ; 

— Qu'il y sera dit une messe basse de Requiem par M. le 
Pellerin, pour le repos de son âme, à commencer demain, 
à onze heures et demie ; 

— Que cette messe se dira tous les jours, à pareille heure, 
jusqu'à ce que le corps soit inhumé; 

— Que les cloches des deux tours seront sonnées, à com- 
mencer aujourd'hui, à midi, et tous les jours, à six heures 
du matin, à midi et à sept heures du soir, jusqu'à l'arrivée 
du corps ; 

— Que pour laisser toute liberté dans le chœur de leur 
Eglise aux ouvriers qui seront envoyés et employés de la 
part du Hoy, ils feront, à commencer aujourd hui, à Com- 
plies, leurs offices dans In chapelle de Sainte-Colombe; ce 
qui se continuera jusqu'à ce qu'ils en ayent autrement ar- 
rêté ; 

— Que la Coupe sera descendue et mise dans ladite cha- 



— 59 — 

pcUe; que le pavillon sera aussi descendu et mis au trésor. 
Mercredi IS mars. — M. le doyen dit que S. Em. MfTAr- 
chcvêque lui a écrit le décès de Madame la Dauphine ; qu'il 
n'a reçu la lettre qu'aujourd*huy. Lecture faite de ladite let- 
tre, écrite de Versailles le 15 de ce mois, Messieurs ont ar- 
rêté qu'on observera tout ce qui a été fait pour feu Mfr le 
Dauphin et que ladite lettre sera transcrite sur le registre. 

« A Versailles, le 15 mars 1767. 

I Nous avons eu le malheur de perdre Madame la Dau- 
phine, mon cher abbé, le 13 de ce mois, à sept heures trois 
qoarts du soir. Je n*ay point quitté cette Princesse pendant 
tonte son agonie, et je luy fermai les yeux comme je l'avais 
fait à son auguste époux. Vous pouvez vous imaginer quelle 
a été ma douleur. Mercredy, je porte le cœur de cette Prin- 
cesse à Saint-Denis. Samedy, le convoy partira pour Sens; 
il arrivera le mesme jour à Fontainebleau, où il sera déposé 
pendant la nuit; le lendemain dimanche, il arrivera à Sens, 
et le landi nous dirons la grande messe et ferons les oflices 
comme nous avons fait pour feu M^i* le Dauphin. Cette 
Princesse la demandé au Roy par son testament et désiré 
mcrae qu'il y eût pour son enterrement moins de cérémo- 
nies que pour Mirle Dauphin; mais le Roi a décidé qu'on 
suivera la même étiquette. Faites part, je vous prie, de tout 
cecy à Messieurs de mon Chapitre et à la ville. Vous con- 
naissez, mon cher abbé, tous mes sentiments pour vous, 
c Le Cardinal de Luynes. » 

I C'est Madame la comtesse de la Marche qui accompa- 
gnera le corps ; elle logera chez moy. » 

Vendredi 20 mars. — Messieurs ont arrêté qu'au moyen 
des préparatifs, qui se font dans leur église de la part du 
Roy, pour la réception, qui doit se faire dimanche soir, du 
corps de feue Madame Marie Josèphe, Princesse de Saxe et 
Dauphine, et pour l'inhumation qui s'en fera le lendemain 
dans leur église, les Vêpres se diront dimanche, à deux heu- 
res, et les Matines de suite. 

Us ont prié M. le fabricier de donner dçs ordres précis 



— GO — 

au sonneur pour que, dimanche, il soit sonné une des clo- 
ches de la tour de plomb, lorsque, de cette tour ou d'ail- 
leurs, le convoi sera apperçu entrant à Saint-Denis ; que 
cette cloche sera sonnée pendant toute la marche jusqu'à 
l'arrivée à Sainte-Colombe-la-Grande, pour servir d'avertis- 
sement et que Messieurs puissent s'assembler à propos; 
qu'ensuite, et sans interruption, les cloches des deux tours 
soyent bien sonnées en volée, et, à cet eflct, d'employer 
nombre suRlsant de personnes pour sonner longtemps lors 
du convoi et de l'inhumation. 

Messieurs ont sursis à députer ceux qui porteront le 
poésie, attendu que Messieurs les chanoines plus anciens 
prétendent avoir le droit exclusif de le porter, comme ils 
ont toujours fait aux convois de MM. les cardinaux et ar- 
chevêques de Sens, de MM. les dignitaires, personnats et 
chanoines de leur Eglise. 

Messieurs ont député, à cause de l'indisposition de M. le 
préchantre, M. Thévard pour porter le bâton de préchantre ; 
ont aussi député M. Maucler et M. Maillet de la Trémoye 
pour choristes, tant pour le tems et les cérémonies au mo- 
ment et depuis la réception du corps de Madame la Dau- 
phine, que pour le lendemain, à la messe et à l'inhuma- 
tion. 

Ont aussi arrêté que, au moment que la seule cloche son- 
nera comme il est dit ci-dessus, tous Messieurs et les semi- 
prébendes et le bas chœur s'assembleront dans le trésor 
pour y prendre une chape noire, et ensemble se rendre, 
précédés des deux croix, à l'Archevêché, d'où l'on sortira 
processionnellement, suivis de S. Eminence Mp* l'Archevê- 
que; qu'on entrera de même parla porte de M. le Préchan- 
tre dans le chœur, d'où l'on sortira pareillement pour aller 
dans la nef, jusqu'à la table qui y sera mise, pour recevoir 
le corps de Madame la Dauphine. Qu'on suivra et chantera 
ce qui est prescrit par le rituel et le mortuaire. Que, lors- 
que le corps sera déposé dans le chœur, on dira les prières 
ordinaires; qu'ensuite, il y aura un intervalle, pendant le- 



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— 61 — 

quel les semiprébendés et les chantres psalmodieront, pour 
donner le tems à Messieurs d'aller présenter leurs respects 
à Madame la comtesse de la Marche, qui doit accompagner 
le convoi et assister à Tinhumation, pour aller aussi saluer 
M. lévêque de Verdun ; qu'après ces deux visites, on ren- 
trera dans le chœur pour y chanter les Vigiles ; que pen- 
dant tout le tems que le corps restera déposé, il y aura, 
excepté pendant les offices, deux chanoines, deux semipré- 
bendés, deux cépets ou chantres, suivant Tordre de la table 
qui sera faite par le controUeur du chœur, lesquels reste- 
ront et psalmodieront pendant une heure. 

Que, lundi, jour de Tinhumation, la messe coupetée se 
dira dans la chapelle de la Vierge; que toutes les messes se 
diront dans le chœur, afin qu'il n'y ait aucun intervalle jus- 
qu'à la grand messe; que Prime se dira à six heures, et la 
messe du chœur de suite, dans la chapelle de Sainte-Co- 
lombe, et qu'un chacun se rendra dans le Trésor pour, tous 
ensemble, entrer dans le chœur, à l'heure qui sera indi- 
quée pour la messe et l'inhumation. 

Samedi 21 mars, — Messieurs, pas déférence pour S. E. 
Mr le Cardinal Archevêque, qui leur a témoigné qu'elle dé- 
siroit qu'il y eût quelques dignités pour porter le poésie aux 
obsèques de Madame la Dauphine, ont, sans se départir du 
droit réclamé par MM. les anciens chanoines le jour d'hier, 
et sans tirer à conséquence par la suite, député, pour porter 
ledit poésie, M. le doyen, M. l'archidiacre d'Etampes, 
MM. Tissol et Maucler. 

Dimanche 22 mars. — M. le doyen a dit que plusieurs 
de MM. de la Compagnie et des chanoines honoraires sont 
officiers de feue Madame la Dauphine (1), qu'ils désirent 

il) Le Chapitre de Sens, ne comptait pas moins de cinq de ses membres 
parmi les officiers de la maison de la Dauphine : 

— Joseph-François-FéUx de Loiiser de Brion de Siougeat. vicaire géné- 
ral de Sens, abbé de Manlieu et d'Honnecourt, aumônier de quartier. M. de 
Siougeat avait été chanoine de Sens de 1759 à 1761. Le Cliapitrc en rece- 
vant sa démission l'avait nommé chanoine honoraire. 

— Paul de Murât de Baings. vicaire général de Sens, abbé de Mauriac, 



— 62 — 

lors des obsèques assister en qualité d'officiers, ce qu'ils 
ne peuvent faire sans Tagréement, qu'ils Tont prié de 
demander pour eux à la Compagnie qui le leur a accorde 
par respect pour la mémoire de cette auguste Princesse, 
sans pouvoir par mesdits sieurs Officiers et tous autres 
s*en prévaloir par la suite. 

M. le doyen a rapporté qu'il a vu avec MM. de la commis- 
sion (M. Lestoré joint) M. de la Ferté, des Menus, au sujet 
du manteau à la royale de feu M(rr le Dauphin; qull n'est 
pas possible, pour plusieurs raisons, de le refuser à titre de 
prêt; qu'en ce qui est de la couronne, il en sera fourni une 
par la cour. 

Messieurs ont arrêté que le manteau sera tiré du Trésor 
pour être mis es mains de MM. les Officiers des Menus de 
chez le Roy; qu'après l'inhumation de Madame la Dauphinc, 
il sera retiré pour être remis dans le Trésor avec la nou- 
velle couronne. 

M. le doyen a encore dit que S. Em. Mirr l'Archevêque lui 



autttônier de quartier^ chanoine de Sens depuis 1754, attache h la personne 
du cardinal. 

— Antoinc-Marie-Mallet, chapelain de quartier, secrétaire ordinaire du 
cardinal de Luynes, chanoine de Sens depuis 1763, devint abbé de Cha- 
livoy. 

— Claude- Alexis Jorre de Saint-Jorre, clerc de chapelle ordinaire, cha- 
noine de Sens depuis 1758. L'ablié de Saint-Jorre ambiUonnait une pince 
plus élevée dans la maison de la Dauphine, nuiis la mort de la Princesse 
ne lui permit pas de l'obtenir. Voici h ce sHjet la lettre adressée par Ma- 
rifrJoséphe A Tabbé Soldini : 

« Vous pouvez assurer l'abbé de S' Jorre que je ne suis point du tout 
fâchée contre luy. I^ seule chose que j*ni h redire, c'est que dans la de- 
mande qu'il a fait au cardinal de Luynes d'une place de chapelain de 
quartier, il ne luy ait pas expose le motif qui la luy fnisoit désirer et que 
le cardinal auroit approuvé, au lieu que celui qu'il a donné l'a fâché. 

< J*ai reçu depuis une lettre du cardinal qui est si content de la dernière 
que Tabbé de S. Jorre luy a t'crit, qu'il me propose de luy donner la pre- 
mière place de chapelain de quarUer qui viendra à vaquer après ccUe- 
cy... » (Archives de révêché de Versailles, dossier Soldini, n* 37.) 

— Marc-Antoine Sallot du Peyroux, clerc de chapelle de quarUer, chanoine 
de Sens de 176S à 1775 et secrétaire du cardinal de Lnsmes. 



- 63 — 

a remis une lettre qui lui a été écrite par M. le comte de 
Saint-Florentin sur le décès de Madame la Dauphine. 

Le convoi avait quitté Versailles le 21, au matin, 
pour arriver à Fontainebleau le soir. Le cercueil de 
la Dauphine fut déposé au palais pour la nuit. Le 
lendemain dimanche, vers midi, le cortège funèbre 
se mettait en route pour Sens. 

Sa composition était identique à celle des obsè- 
ques du Dauphin. En tête, deux gardes du corps 
précédés de plusieurs brigades de la maréchaussée; 
puis, après les nombreuses voitures composant le 
deuil, escortées par les mousquetaires et chevaux- 
légers, les carrosses du Roi. 

Dans le premier, le marquis de Bérenger, cheva- 
lier de la Dauphine, et le marquis de Nesle, pre- 
mier écuyer ; 

Dans le second, la duchesse de Lauraguais, dame 
d'atours, la duchesse de Caumont, la comtesse 
du Roure et la marquise de Pons, dames de la Dau- 
phine ; 

Dans le troisième, la marquise de Talaru, les 
comtesse du Châtelet-Laumont et de Beaumont et 
la princesse de Guistel, é/^alement dames de la Dau- 
phine ; 

Dans le quatrième, la comtesse de la Marche, 
princesse du sang, avec la duchesse de Brancas, 
dame d'honneur de la Dauphine, la comtesse 
de Tessé, la duchesse de Sully, dames de la Dau- 
phine, et la comtesse de Sabran ; 

Dans le cinquième, enfin, Mgr Aimery de Nico- 
lay, évéque de Verdun, Tabbé de Siougeat, vicaire 



— 64 — 

général de Sens, aumônier de la Dauphine, Tabbé 
Soldini, son confesseur, et M, Allard, prêtre de la 
Mission, curé de Notre-Dame de Versailles. 

Suivaient : les pages de la Dauphine, de la Reine 
et du Roi, le roi d'armes et ses quatre hérauts sous 
les ordres du marquis de Dreux et de M. de Nan- 
touillet, maîtres des cérémonies, précédant immé- 
diatement le char funèbre, entouré de valets de 
pieds et de Cent-Suisses (1). 

Lorsque, à la nuit, cet imposant convoi se pré- 
senta devant la porte d'Yonne, drapée de tentures 
de deuil, soixante pauvres femmes (2), vêtues de 
serge grise, portant des flambeaux, s'y joignirent 



(1) La lettre suivante adressée A MM. les officiers mnnicipauz de Sens, 
indique la composition des troupes envoyées à Sens pour la cérémonie : 

« A Paris, le 16 mars 1767. 

« Je crois devoir vous donner avis, Messieurs, que le convoy de Madame 
la Dauphinc arrivera à Sens le 22 de ce mois, et qu*il doit loger en cette 
ville un détachement des gardes du corps qui arrivera le 21 ; un autre dé- 
tachement desdits gardes avec le convoy, le Jour du convoy; un détache- 
ment de quorante cent-sulsscs commandés par deux officiers, le 21 ; un 
détachement de chacune des compagnies des gendarmes et chevaux-lcgcrs, 
de cinquante maîtres chacun, deux offlciers et deux trompettes, qui arri- 
vera le 22; une compagnie des gardes-françaises, composée d*un capitaine, 
un lieutenant, deux sous-lieutenans, deux enseignes, six sergens, quatre 
tambours, cent fusilliers, ainsy qu'une compagnie des gardes suisses, 
composée d'un capitoine, deux sous-lleutenans, trois sergens et quotre- 
vingts hommes, tant tambours, caporouxque soldats et un porte-drapeau, 
lesquelles compagnies doivent arriver à Sens le 21. Vous voudK's bien 
pourvoir à leur logement. 

c Je suis, avec beaucoup de considération, Messieurs, votre très humble 

et très obéissant serviteur. 

« De Mauhepas. » 
(Archives communales de Sens, AA 1.) 

(2) Une somme de 1 200 livres fut distribuée h cette occasion par ordre du 
Roi aux pauvres de la ville et fouxbourgs de Sens. Cette somme fut ré- 
partie entre les paroisses et les prisonniers. (Archives de TY., dépôt de 
Sens. G 135, n* 98.) 



SOCIÉTÉ AlCHÉOLOCiaUB DE SEMS. 



T. XXII, PL. ne, p. 65. 




MORT DE LA DAUPHINE 
Dessin et gravure de Littrbt 



— 65 — 

guidant sa marche à travers les rues étroites de la 
cité. 

La cérémonie des funérailles reproduisit exacte- 
ment celles du Dauphin. En voici le procès-verhal 
consigné dans le Registre des sépultures du Chapi- 
tre (1) : 

Cejoard'huy 22 mars 1767, à 7 heures du soir, Nous, Paul 
d'Albert de Luynes, par la miséricorde de Dieu, cardinal 
prêtre de la Sainte Eglise Romaine du titre de Saint-Thomas 
in PaNone, Archevêque Vicomte de Sens, Primat des Gaules 
et de Germanie, Commandeur de TOrdre du Saint-Esprit, pre- 
mier Aumônier de feue Madame la Dauphine, ayant été in- 
formé par la lettre de M. le Comte de S. Florentin, écrite de 
Marly, en datte du 18 de ce mois, que feue Madame la Dau- 
phine, ayant désiré d'être inhumée à Sens, dans le mesme 
tombeau qui a été fait, dans le chœur de notre Eglise, pour 
feu Merle Dauphin, Sa Majesté avoit donné ses ordres pour 
que le corps de cette princesse y fût transporté cejourd'huy ; 
et ayant été averty par M. le marquis de Dreux, grand Maî- 
tre deç cérémonies, que le convoy étoit prêt d'arriver à la 
porte de notre église, nous nous y sommes transporté, re- 
vêtu de nos habits pontificaux, ayant pour assistants Mes- 
sieurs de Marsangy, trésorier, et Caquia de Maubourg, cha- 
noine archidiacre de Provins, M. Thévard, chanoine, député 
par notre Chapitre, portant le bâton, attendu Tindisposition 
de M. Morice, préchantre, MM. Mauclerc et Maillet de la Tré- 
moye, chanoines, faisant choristes, aussi députés, et étant 
précédé de notre Chapitre Métropolitain et de tout le clergé 
de notre Eglise, tous revêtus de chapes noires. Peu de temps 
après, le convoi étant arrivé, la boeste et le coffre où étoient 
renfermés les entrailles et le corps de Très Haute, Très 

(]) Archives du Tribunal civil de Sens. — Une relation fut imprimée 
à Sens, sons Je titre : Pompe funèbre de Vinhumation de madame la Dau' 
phinty faite à Sens, BibUoth. Nat L. 38 b. 1000. 

5 



— 66 — 

Puissante et Excellente princesse Madame Maric-Josèphe 
de Saxe, veuve de Très Haut, Très Puissant et Excellent 
Prince Monseigneur Louis, Dauphin de France, décédée à 
Versailles, le 13 de ce mois, à 7 heures 3/4 du soir, âgée de 
35 ans, 4 mois, 9 jours, ont été tirés du char funèbre qui les 
avoit apportés, ont été portés par les gardes du corps de 
Sa Majesté, deux chapelains et deux clercs de la chapelle de 
cette Princesse tenant les cordons du poésie, au défaut d'au- 
môniers de quartier en nombre suffisant, dans la nef de 
notre Eglise, sur une table garnie d'un drap noir, couvert 
d'une toille blanche. Ensuite le poésie a été étendu dessus, le 
tout en présence de Son Altesse Sérénissime Madame la com- 
tesse de la Marche, princesse du Sang, nommée par le Roy 
pour conduire le corps ; de M. le comte de Déranger, son 
chevalier d'honneur, portant la couronne; de M. le comte 
de Mailly, marquis de Nesle, son premier écuyer, portant 
le manteau à la royalle; de M. le marquis de Muy, son pre- 
mier maître d'hôtel, portant le bâton; de Mn« la duchess^c 
de Brancas, sa dame d'honneur; de M»® la duchesse de Lau- 
raguais, sa dame d'atours; de ses dames de compagnie, des 
officiers et autres personnes composans la maison j^e feue 
Madame la Dauphine, de MM. les Menins de feu Min- le Dau- 
phin, de M. le marquis de Dreux et d'autres officiers. Alors 
M. de Nicolay, évcque de Verdun, premier aumosnier en 
survivance de Madame la Dauphine, étant en chappe noire 
et mittre, en avant de la table sur laquelle la boeste et le coffre 
renfermant les entrailles et le corps de cette Princesse 
étoient posés, a fait une harangue à laquelle nous avons ré- 
pondu; ensuite il nous a fait la remise de l'une et l'autre, et 
ayant donné après nous l'eau bénite et l'encens, il s'est re- 
tiré. A l'instant, on a commencé les prières accoutumées en 
pareil cas, pendant lesquelles nous avons jette de l'eau bé • 
nite sur le corps que nous avons encensé. Et, pendant que 
le chœur chantoit les psaumes et répons marqués dans le 
Rituel, le corps de Madame la Dauphine et la boeste où es- 
toicnt les entrailles ont été portés dans la chœur par les 



— 07 — 

gardes du corps de Sa Majesté, les quatre coins du poésie 
étant tenus par M. Tabbé d'Hcsselin d'Hauteville, chanoine 
doyen, M. de BuUioud, chanoine archidiacre d'Etampes, 
MM. Tissot et Mauclerc, chanoines, tous quatre à ce députés 
par notre Chapitre. Et le corps et les entrailles ont été pla- 
cés sur une estrade sous une représentation ; alors on a mis 
sur le poésie le manteau à la royalle et la couronne. Les 
prières étant finies, et pendant qu*on récitoit les psaumes, 
nous nous sommes retiré et avons laissé deux chanoines, 
deax semiprébendés et deux clercs pour psalmodier conti- 
naellement auprès du corps qui, pendant ce temps, a tou- 
jours été gardé par les Gardes du corps de Sa Majesté ; peu 
de temps après^ on a chanté les Vigiles. 

Et le 23 mars 1767, à 10 heures du matin, Nous Cardinal 
Archevêque susnommé, ayant pour assistans MM. le tréso- 
rier et le doyen de notre Métropole, pour diacres Tarchidia- 
cre d'Estampes et deux autres prêtres de notre Eglise, pour 
sous-diacres M. Lhermitte de Champbertrand, chanoine, et 
deux autres prêtres aussy de notre Eglise, M. Thévard por- 
tant le bâton de préchantre, MM. Mauclerc et Maillet de la 
Trémoye, chanoines choristes, tous trois à ce députés par 
notre Chapitre, avons dit et célébré pontificalement la 
messe dans le chœur de notre Eglise, en présence de Son 
Altesse Sérénissime Madame la comtesse de la Marche et 
autres dénommés en l'acte du jour d'hyer; les chanoines et 
les bénéficiers de notre Eglise dans les stalles. 

Ensuite, nous nous sommes avancé vers Testrade sur la- 
quelle étoient posés le corps et les entrailles de feue Très 
Haute, Très Puissante et Excellente Princesse Madame 
Mt rie-Josèphe de Saxe, veuve de Très Haut, Très Puissant et 
Excellent Prince Monseigneur Louis, Dauphin de France, 
et qui avoient toujours été gardés par les Gardes du corps 
de Sa Majesté, pendant lequel temps on n'a cessé de psal- 
modier. 

Après que nous avons eu récité toutes les prières et fait 
les cérémonies accoutumées, le coffre qui renfermoit le 



— 68 — 

corps de cette princesse et la boeste dans laquelle estoient 
ses entrailles ont été levés de dessus Testrade et descendus 
par les Gardes du corps de Sa Majesté dans le caveau qui 
eit au milieu du chœur de notre église et où repose le corps 
de feu Monseigneur Louis, Dauphin de France, son époux. 

Ensuite, ayant jeté de Teau bénite sur le corps, donné 
i'encens et récité les prières marquées dans le Rituel, et les 
cérémonies dues à son rang et concernant sa maison ayant 
été remplies, le caveau a été fermé et scellé. 

En foy de quoy avons tait et rédigé le présent acte que 
nous avons signé avec notre Chapitre. 

Paul, Cardinal Archevêque de Sens. 
d'Hesselin, doyen de la Haize 

HuERNE, célerier Dauvekgne 

de Monbourg, a. de Provins Gigot de Boisbernier 
DE BuLUOUD, a. d'Eiampes le Pellerin 
Mauclerc Hédiard 

TissoT le Houistel, syndic 

Maillet de la Trémoye Thévard 

Champbertrand L. Goret 

Menu de la Fontaine de Condé 

Pelée des Tanneries Roy 

RoussET L. LE Blanc 

Guichard Berthelin 

LE Beau le Gris, secrétaire. 

ViLLEROY 

Six semaines plus tard eut lieu un service solen- 
nel. Les registres capitulaires nous en donnent le 
programme (1) : 

Mardi 5 may i7€7. — M. le Doyen a dit que, conformément 
aux intentions de Messieurs, S. E"> M?' TArchevêque dési- 
roit qu'il fût fait dans leur église un service solennel pour 
le repos de feue M» la Dauphine et qu'il convenoit fixer le 
jour. 

(DArchivesdeTY. GC81. 



f — 69 — 

Messieurs ont arrêté qu'ils feront ce service solennel lé 
mercredi 13 de ce mois, à 10 heures du matin; que les vigi- 

[ les se diront la veille, que le bâton précentorial sera porté; 
que les cloches des deux tours seront sonnées. Et pour faire 
préparer et poser dans leur église tout ce qu'il convient 

/ dans cette circonstance, MM. Gigot et de Condé ont été dé- 

^ pûtes. 

Vendredi 8 may. — Messieurs ont arrêté que le chœur de 
leur église et le sanctuaire seront, en leur nom et à leurs 
frais, tendus de noir pour les Vigiles qui se diront mardi 
prochain, et pour le service solennel qu'il feront le lende- 
main pour le repos de l'âme de feu M» la Dauphinc, au désir 

^ de la délibération du 5 de ce mois, et ont député MM. Gigot 

^ et de Condé pour inviter les corps. 

Mardi 12 may. — Messieurs ont arrêté, à cause du service 
solennel qu'ils feront demain, dans leur église, de dire au- 
jourd'hui vêpres à 3 heures et Matines de suite. Les Vigiles 
à six heures, et demain la messe canoniale à sept heures. 
MM. de la Haize et Mallet députés pour choristes, et M. Man- 
der pour porter le bâton à la messe; M. Thévard, pour sup- 
pléer à ce que Son Eminence ne pourra faire (1). 

Vendredi 15 may. — M. Gigot a dit que les jurés crieurs (2) 
sont venus dans le chœur, assistés de deux notaires, qui lui 
ont demandé pourquoy et de quel ordre on tendoit en noir 
dans le chœur; qu'il leur a répondu que c'ctoit pour le ser- 
vice solennel que Messieurs avoient arrêté de faire, le 13 de 



(1) c Le cardinal de Luynes y offîcfa pontiflcalcinent et tous les corps 
sêcuUers et réguliers y assistèrent; Toraison funèbre fut prononcée par 
M. Caquia de Monbourg, vicaire général, arcliidiacre de Provins, théolo- 
gal et chanoine de Sens. > fAlmanach de Sens de il68.) 

« Le 16 du même mois, les officiers municipaux flreut célébrer un service 
solennel pour le même objet, dans Tégllse des Célestins. le cardinal de Luy- 
nes y officia pontificalcment, et tous les corps séculiers et réguliers y fu- 
reul invités. • i Ibidem-} 

(l\ Les jurés crieurs, ayant obtenu un privilège roynl, avaient la prcten- 
h'on de s'attribuer le mono|x>lc des décorations funèbres. Celte nflairo n'eut 
pas de suites. (Archives de l'Y., Dépôt de Sens, G 128.) 



— 70 — 

ce mois, pour le repos de Fâme de M^ la Dauphine, que les 
ouvriers ne travailloient que sous ses ordres et ceux de 
M. de Condé, députés par le Chapitre, aux frais et aux dé- 
pens duquel le tout se faisoit ; quUls avoient signé l'acte qui 
en fait mention. Sur quoy Messieurs ont approuvé la con- 
duite de MM. Gigot et de Condé, et la signature qulls ont dit 
avoir donné sur leurs réponses. 

L'épitaphe soumise par le cardinal de Luynes à 
Tapprobation du Roi et de la Dauphine, n*avait pas 
encore, malgré Tempressement de l'auteur, été 
livrée au graveur. 

Le bon prélat, aussitôt après les obsèques de la 
Princesse, avait ajouté au texte primitif, cet éloge : 

ORBATA CONJUX 

MARIA JOSEPHA, e regiâ Saxonum stirpc, DËLPHINA 

Cujus immedicabilis dolor 

Voluit se vitâ defunctam eodem condi tumulo, 

Ut cinis cineri junctus 

Mutui amoris posteritati perenne monumentum sit. 

Sicut amore ita virtutibus par, 

• Mœroris accrbitatc consumpta 

Omnibus flebilis, 

ObiUDieMensis Mardi XIII An. D. MDCCLXY II, Glatis XXXV 

Et flde conjugali ctiam post mortem scrvatâ 

Cum planctu magno deposita est, Die ejusdem Mensis XXII L 

REQUIESCANT IN PAGE 

Offerebat Jnbente et anniiente Rege Addictissinms Servus 

PAVLUS D'ALBERT DE LUYNES 

S. R. E. CardinaliSy archiepiscopus Senonensis. 

Maric-Joséphc de Saxe, Douphinc de France, 

Dont In douleur est sans remède depuis la mort de son <^poux 

A voulu Hre enterrée après sa mort dans le môme tombeau; 

Afln que la réunion de leurs cendres restât à la postérité 

comme un monument éternel de leur amour mutuel. 

Egale A son époux en vertu comme en tendresse, 



— 71 — 

Succombant enfin à l'amertume de sa douleur. 

Elle est morte, digne de tous nos regrets, 

Le 13 mars. Tan de Notre-Seigneur 1767, Agée de 33 ans. 

Et, ayant voulu garder la foi conjugale même après sa mort, 

Die a été déposée, le 23 dudit mois de la même année, dans ce tombeau 

que nous avons arrosé de nos larmes. 

Requiescant in pace. 

Paul d'Albert de Luynes, Cardinal, Archevêque de Sens, 

S er%'iteur très attaché h Monseigneur le Dauphin et à Madame la Dauphlnc, 

A offert cet hommage de son respect à leur mémoire. 

Par les ordres et sous le bon plaisir de Sa Miy^^^ (!)• 



(I) Traduction publiée à Sens, avec le texte latin, en 17C8. — L'Année Ut- 
lérairt a reproduit les épitaphes du Dauphin et de la Dauphine et en a 
donné une traduction en vers, par l'abbé de Ponçol, t. VII, pp. 212-216. 




CHAPITRE VI 



LE MArSOLÉE 



M 



Plus d'un an se pa^c avant que la Direction' 
des lldtiments du Roi semble se préoccuper de la^ 
sépulture des Princes, H 

Le Oiapiln*, désesj>éraïit des lenteui^ ad ni î ni s- 
tratîvcs, prend alors 1 tnilialix-e. Le 10 juin 1768, il 
décide de < Taire niettre une tombe et une inscrip- 
tion de marluT smle caveau du Dauphin, en atten- 
dant le MausokH? (l). 1 De son coté* rArchevcquc 
réclame a la Direction des Bâtiments une table de 
marbre noir pour cette des! i notion. Celte fois, le 
suriulendanl, nian|uis de Marignv, répond au pré- 
lat que satisraction va lui élix^ donnée (2). Le 



m AtthHn ii«t. Ot ism, |k. m - l^ttn- da t JiiEII«i tTËR» eitôe 



— 73 — 

26 septembre, il fait écrire à M. Lestoré, chanoine 
de Sens (1). 

Taurois déjà cempii les désirs de M. le Cardinal de Luy- 
nés si les magasins du Roy pouvoient fournir, dans les pro- 
portions indiquées, le marbre noir pour porter Tépitaphc 
provisionnelle de Mfr le Dauphin ; et c'est ce dont j*ai lieu 
de douter puisque, suivant le compte qui m'a été rendu, il 
n'existe dans les magasins qu'une seule tranche de ce mar- 
bre, et dont on croit l'épaisseur insuffisante (2). 

Enfin, sur le rapport qui lui est présenté ainsi 
libellé : 

M. le Cardinal de Luynes, touché du désir d'ériger à la 
mémoire de Monseigneur le Dauphin dans l'église de Sens 
une sorte de monument que la décence exige, en attendant 
que celui que V. M. a ordonné soit en état, supplie très 
hamblement V. M. d'accorder une tranche de marbre blanc 
sur laquelle on puisse graver l'épitaphe qu'il a composée 
et qu'on encadrera de marbre noir. 

Le Roi signe de sa main un permis de délivrer, 
le 6 novembre 1768. Le 12 décembre, on faisait 
transporter à Sens vingt-trois pieds quatre pouces 
trois lignes quatre points de marbre (3). 

VAlmanach de Sens pour 1770, publié par consé- 
quent vers la fin de 1769, pouvait annoncer cette 
nouvelle : « Comme le magnifique Mausolée qui 
doit être placé dans le chœur de l'Eglise Métropo- 
litaine de cette ville, sur le tombeau de feu M^*" le 

4l) Eustachc Lestoré, aumônier du duc d'OrIcans, résidait à Paris, où 
il était charge des affaires du Cliapitre ; il était également, à cette époque, 
secrétaire de i'Archevcclié et vicaire général. 

«D Arclii%-es mit., ibid, p. 131. Cité, ibid. 

[2} Archives nat., ibid. pp. 131 et 150. 



— 74 — 

Dauphin et de Maclame la Daiiphine, nVst pas en- 
core prùi (sicj dtlrc fini, S. E. M"*' le cardinal de 
Luynes, notre archevêque, dés ira ni que Fend roi t 
où reposent les dépouilles mortelles de ces augus- 
tes Epoux fût distingué, par quelque marque exlë- 
rieure, des antres sépultures cjui se trouvent dans 
ce respectable sanctuaire, y a fait poser une tombe 
de marbre blanc, soutenue par six consoles d'un 
pied de hauteur. 

a L*écusson des armes de feu MîK le Dauphin et 
de Madame la Dauphine est gravé sur cette tombe 
au-dessus des épi ta p h es qui nous rappellent, avec 
autant de vérité que de précision, des vertus qui 
seront longtemps Tobjet de notre admiration et de 
nos regrets, û 

Si lointaine encore qu apparût rérection du 
« magnifique mausolée, ^ on en pouvait déjà parler, 
en 17G9, avec assurance et admiration* 

Le monument commandé par le Roi, inspiré par 
Marie-Joséphe, esquissé par Coehin, heureusement 
affranchi des absurdes rêveries de Diderot, avait 
enfin pris sa forme définitive, grâce au talent sou- 
ple et déhcat du grand artiste Guillaume Coustou. 

Le modèle en phUre était achevé pour le Salon 
de 17(39. Le catalogue annonce qu'on peut le visi- 
ter, chaque après-midi, dans Talelier dn sculpteur, 
place Nouvelle-du-Louvrc, 

Il en fait la description suivante : 



Ct? loiTibcnii, dcsUnc ù réunir deux époux qu'une égale 
tendresse avait unis pendant leur vie, présente un piédes- 
tal enrré, sur lequel sont pincées deux urnes liées ensemble 



d 



dane guirlande de la fleur qu'on nomme immortelle. 

Du côté qui fait face à l'autel, Tlmmortalité, debout, est 
occupée à former un faisceau ou trophée des attributs sym-» 
boliques des vertus morales de feu Mer le Dauphin : la ba- 
lance de la Justice ; le sceptre, surmonté de l'œil de la Vi* 
gilancc; le miroir, entouré d'un serpent, de la Prudence ; le 
lys de la Pureté, etc. Â ses pieds est le génie des sciences 
et des arts, dont le Prince faisait ses amusements. A côté, 
la Religion, aassi debout, et caractérisée par la croix qu'elle 
tient, pose sur les urnes une couronne d'étoiles, symbole 
des récompenses célestes destinées aux vertus chrétiennes, 
dont ces augustes époux ont été le plus parfait modèle. 

Du côté qui fait face à la nef, le Temps, caractérisé par 
ses attributs, étend le voile funéraire déjà posé sur l'urne 
de Mr le Dauphin, mort le premier, jusque sur celle qui 
est supposée renfermer les cendres de Madame la Dau- 
phine. A côté, l'Amour conjugal, son flambeau éteint, re- 
garde avec douleur un enfant qui brise les chaînons d'une 
cbaioe entourée de fleurs, symbole de l'Hymen. 

Les faces latérales, ornées des cartels des armes du Prince 
et de la Princesse, sont consacrées aux inscriptions qui 
doivent conserver à la postérité la mémoire de leurs ver- 
tas. > 

Avant même rexposition du modèle, des mesu- 
res étaient prises pour hâter rexécution en marbre 
de cet important monument. 

I^ 24 février 1769, Cochin avait écrit au mar- 
quis de Marigny : 

Monsieur, 
L ouvrage du tombeau de feu Mcrr le Dauphin, par 
M'Ccnstou, dont vous avés vu et approuvé le modèle, est 
au point d'en commencer l'exécution en marbre. Après 
m'étre informé des marbres qui peuvent servir à cet objet, 
i'ay vu qu'il n'y a que deux blocs qui soyent susceptibles 
d'y être employés. 



— 76 — 

L'un est un bloc depuis très longtemps délivré à M. Pi- 
galle pour exécuter un grouppe de TEducation de TAmour, 
dont il a fait anciennement un petit modèle. Les divers 
travauxdont il aété chargé depuis, ont suspendu Fexécution 
de ce morceau, qui d'ailleurs n'a point d'utilité particulière 
pour le service du Roy, et auquel M. Pigalle renonce. En 
supposant même qu'après avoir achevé le tombeau du Ma- 
réchal de Saxe, il se sentit encore assér de force pour entre- 
prendre un morceau de longue haleine (ce qu'il ne présume 
pas), le grand modèle n'étant pas encore commencé et ne 
pouvant l'être de longtemps, on auroit tout le temps néces- 
saire pour lui faire revenir un autre bloc. 

Une fera donc aucune difficulté de remettre ce bloc en- 
tre les mains de M. Coustou, au premier ordre qu'il en re- 
cevra. Ce bloc est beau et peut servir à l'exécution de deux 
des principales ligures du tombeau et de deux enfans. 

Le second bloc nécessaire est celui qui est déposé sur le 
quay du Louvre, bloc défectueux par un fll qui le traverse, 
ce qui met dans l'impossibilité de l'employer dans les me- 
sures qu'il comporte. M. Coustou y trouvera de quoy faire 
les deux figures du Temps et de l'Himen, et remettra au 
magasin ce qui en restera et qui sera au delà du tiers de ce 
bloc. 

S'il vous plait, monsieur, donner les ordres nécessaires 
pour que ces deux blocs lui soyent délivrés, et particuliè- 
rement celui qui est dans l'atelier de M^ Pigalle au Louvre, 
parce que les modèles des deux flgures qui peuvent y être 
taillées sont prêts, M. Coustou ne perdra point de temps à 
mettre en œuvre cet ouvrage important (1). 

Le 13 mars, le Directeur des Bâtiments informe 

(1) Archives nat., 01 1905. A cette lettre est annexée la note suivante : 
« Il y a environ 18 à 20 ans que le s' Frércl, volturier par eau, a livré sur le 
port S. Nicolas, à Paris, un bloc de marbre blanc statuer, du poids d'environ 
90 milliers pezant. Ce bloc étolt destiné pour faire (par le s' Slod sculp- 
teur) une figure et trophée pour la Pa.r de l'année 1747. Mais le dit bloc 
s'est trouvé remplit de flUes et ord d*état de servir à sa destination. » 



— 77 — 

Coustou que les deux blocs désignés par Cochin, lui 
sont attribués pour son monument (1). Le même 
jour, il notifie cette décision à Pigalle (2). 

Toutefois le travail du sculpteur s'accomplit avec 
lenteur. 

A la fin de 1776 seulement, on peut en annoncer 
au roi Louis XVI Taché vement très prochain. Aus- 
sitôt le Roi ordonne à M. d'Angiviller, successeur 
du marquis de Marigny, de prendre des mesures 
pour l'érection du monument à Sens. 

C'est alors qu'une grosse difficulté, jusque-là im- 
prévue, se présente. Le caveau, construit à la hâte 
pour l'inhumation du Dauphin, offrait-il une base 
suffisamment solide pour supporter un mausolée 
(l'un poids considérable? Faute de renseignemeuts 
précis, il était difficile de répondre à cette question. 
M. d'Angiviller envoie à Sens Germain Souffiot, 
le célèbre architecte (3), contrôleur des Bâtiments 
du Roi, et le sculpteur Coustou, avec mission d'exa- 
miner la construction du caveau et de lui indiquer 
les travaux nécessaires. 

Les documents qui suivent nous permettent 
de les suivre dans cette visite : 

Souffiot au comte (TAngiviller 

Monsieur, 
Je suis convenu avec M. Coustou de partir pour Fontai- 
nebleau dans huit jours. Nous nous arrêterons pour pren- 

a* ArdiiTet nat, Ol 2006, r. 193. — Lettre pubUée par MM. Quesvers et 
SMn,op. cf/., t. I, p. 423. 

(2i Archives nat., Ol 1905. 

(3) Originaire de Coulanges-la-Vineuse, c'est lui qui a élevé, à Paris, l'é- 
glise de Sainte-Geneviève, appelée depuis le Panthéon. 



dre vos orilres à ré|fard de rexamen que nous nvons h 
faire tlu cnvcûii au dessus duquel doit poser, I année pro- 
chai ne, le tombeau de M^ le Dauphin et de Madame la 
Dnuphme. Je pense. Monsieur^ que s'il est nccessaire que 
nous y descemlious. il y a des précautions à prendre pour la 
permission d'en faire rouverlure. J ai l'honneur de vous en 
prévenir, ntnsi que de la nécessité d'avoir avec nous Ten- 
trepreneur qui a fait le caveau, aJïn qu1l s'arrange pour se 
rvndre à Sens en même temps que nous (M. 



I 



Le s novembre» le Chapitre de Sens recevait com 
inutiicaliott de la lellre suivante, remise par Soufflot 
au nom du Directeur des Râtintents ; ^ 

Fontainebleau, 7 novembre 1776, 
J'ai rhonneur de vous informer. Messieurs, qu en exécu- 
tîoû des volontés du feu Roy et de Taveu de Sa Majesté ré- 
gnante, je députe à Sens M. St-JutHot, conlroUeur général des 
BAtjnienls de Sa Majesté, et M. Coustou* sculpleur de TAcn- 
dénije, pour préparer dans voire Eglise les travaux relalifs 
à la îKisc du monument consacré h la mémoire de M. le Dau- 
phin, et quia été exécuté par M. Coustou. Cet ouvrage^ pres- 
que entièrement terminé, pourra être mis en place au prin- 
lems tïroehain; mais, comme la masse est d un poids consi- 
dérable, il s'agit de reconnoître si le caveau peut la supi>ortcr 
et d'y i^outer, si besoin est, toute la solidité convenable. 
Tel est robjet de la commission de M" Soufllot et Coustou, 
et je me promets, Messieurs, des sentimenls que Tobjet in- 
-spire sans doute à voire eoniiuignie^ que vous procureres 
au% deux artistes dont il s'agit tout l'accès et facilités qui 
pourront dépendre de vous. 
J'ai rhonneur d être» etc. 

D'AK6iviu.£ft (2) 




i^) Afvlilvc4 de rv. Ovpét àe Sf ni, G 13^ n* lOlK 



— 79 — 

Le lendemain, SoufHot fait à son directeur ce 
récil de ses démarches : 

Soiifflol au comte d'Angiviller 

Sens, 9 novembre 1776. 

Nous arrivâmes ici, hier à midi environ; nous eûmes 
Ihonneur de voir, après un premier examen de Féglise, 
M. le Cardinal et de lui présenter votre lettre. Il avait reçu 
celle de M. Âmelot, et Son Eminence venoit de lui répondre 
qu elle croyoit une lettre de cachet nécessaire pour l'ouver- 
tare du caveau. Elle me parut disposée à attendre sa ré- 
ponse, sans cependant trop insister sur la nécessité abso- 
lue, parce que votre lettre me paroissoit décider la ques- 
tion d'après une conversation avec M. Âmelot, postérieure 
à Totre lettre. Je remis ensuite celle que vous m'aviez don- 
née pour le Chapitre et les choses se passèrent à peu près 
comme chez Son Eminence. Cependant il fut décidé que je 
pouvois mettre aujourd'hui des ouvriers dans le chœur pour 
fouiller contre les murs du caveau, en reconnaître la con- 
struction et la nature du sol que l'on m'assure être de terres 
rapportées. 

On travaille à cette fouille; mais, comme il faut cesser 
pendant les ofQces et que c'est demain dimanche, cela me 
reUendroit ici deux jours à rien faire; je vais, Monsieur, 
proGter de cette circonstance pour aller voir ma famille 
que je n'ai pas vue depuis grand nombre d'années et qui 
D est distante que d'environ cinq heures de chemin. J'en re- 
viendrai après demain qui est jour de fête ici, et j'espère 
que les choses seront au point de pouvoir arriver à Fontai- 
nebleau mardi pour vous rendre compte de tout (1). 

Peut-être Soufllot ne flt-il qu'un rapport verbal. 
Aucun document ne relate les conclusions de sa vi- 
site à Sens. Mais évidemment les deux envoyés con- 

(I) Archives nat. Ol 1339. — (Communiquée par M. FëlU Chanclcnicr.) 



— 80 — 

statèrent rinsuffisance du caveau funéraire. De là 
la nécessité de le reconstruire ou bien d'élever le 
mausolée sur un emplacement autre que celui de 
la sépulture. Ce second parti fut envisagé. Il offrait 
le double avantage d'épargner une construction 
nouvelle et surtout d'éviter une exhumation. La 
lettre suivante nous l'apprend. Des démarches fu- 
rent faites, même après que fut décidée la recon- 
struction du caveau, pour obtenir que le mausolée 
ne fût point placé sur la sépulture, c'est-à-dire au 
point central du chœur, mais en avant et près de 
l'entrée. 

Lettre attribuée à M. Vahhé le Beau, chanoine^ 
parent de M. Moreau de Vortnes [ÎJ 

Voicy, Monsieur et cher confrère, un nouveau plan de 
notre chœur, tout y est bien désigné, et certainement M. le 
comte d'Angiviller et M. SoufQot auront égard à nos répré- 
sentations. Lorsque vous leur aurés démontré que le mau- 
solée sera mieux aperçu étant à la place où nous désirons 
qu'il soit, que dans la partie supérieure de notre chœur, où 
il nous gênera beaucoup pour nos cérémonies, pour le 
chant, et pour le catafalque de Mr^le Dauphin — (on le met à 
S. Denys dans le sanctuaire, parce que le caveau est sous le 
sanctuaire : il faut que le catafalque soit sur les corps mêmes, 
cela est indispensable). —M. Coustou ne doit point craindre 
que l'aigle masque le monument, nous n*en avons point de- 
puis longtemps, et ne pensons point à en faire Tacquisitlon ; 
si le mausolée est posé où nous le désirons, ce sera une 

(1) Cette suscription est d'une écriture moderne. Bien que cette lettre, 
conservée aux archives de la Fabrique, ne soit ni datée ni signée, il n*cst 
pas téméraire de la dater du milieu de l'année 1777. De plus, récriture est 
certainement du chanoine Jean-François Lebeau (1754-1785), chambrier du 
Chapitre. Le destinataire était vraisemblablement le chanoine de Lestoré, 
agent du Chapitre à Paris. 



soaàji ARCHéoLOcicui di sens. 



T. xxu, rt. X, p. 8i. 




LE MAUSOLÉE 

L'Immortalité, la J{iligion it te Oénii des Arts 



— 81 — 

raison de plus pour n'en jamais avoir. Nos chantres ne 
chantent point à Taigle, mais à leurs places, et c'est pour 
cela qu'il est important de descendre le mausolée jusqu'à 
1 endroit désigné, ou à peu prés, afïln que nos chantres se 
Yoyent et s'entendent. Il est vray qu'à la messe seulement on 
met un petit pulpitrc portatif au haut du chœur; un de nos 
enfants le place au moment où la messe commence, et l'en- 
lève aussy tôt après la communion. C'est encore une de nos 
raisons pour désirer que le mausolée soit un peu plus éloi- 
{^né du sanctuaire. Il y a quelque fois quinze personnes et 
plus qui se rassemblent à ce petit pulpitre pour chanter la 
messe, et il arriveroit souvent qu'il n'y auroit pas asscs d'es- 
pace pour les placer entre le mausolée et le pupitre. Il est 
vray aussy qu'on pourrait le mettre tout à fait au pied des 
marches du sanctuaire; mais il n'y auroit plus de passage au 
bas des marches, et ce passage est absolument nécessaire 
pour les cérémonies de l'autel et du chœur. Nous avions 
omise cette observation qui cependant est très essentielle. 
Au reste, comme j'ay eu l'honneur de vous le marquer, le 
Chapitre n'a plus là dessus de volonté; il a pris la liberté de 
mettre sous les yeux du ministre en cette partie ses obser- 
vations et ses réflexions, tant sur l'angustie du caveau, à 
cause de la difïiculté d'y placer les corps de nos princes, 
que sur la place du mausolée, à cause de nos cérémonies et 
de nos chantres. Si vous voulés encore faire quelques dé- 
marches, vous nous obligerés inflniment; mais assurés- 
vous bien auparavant que vos démarches ne blesseront ny 
M d'Angivîller ni M. Soufflot. 11 est question d'un monu- 
ment éternel ; nous nous serions reproché de n'avoir pas ex- 
posé des inconvénients qui peut estre saulteront aux yeux 
de tout le monde lorsqu'il sera placé, et que nous aperce- 
vons d'avance mieux que personne. Nous n'avons certaine- 
ment aucunes vues particulières, c'est le bien même de la 
chose qui nous a fait parler; s'il n'y a plus de retour, nous 
nous taisons, et c'est au Roy que nous nous soumettons, en 
respectant les ordres de son ministre. 



— 82 — 

Le relard du caveau a aussy relardé le sieur Yilleroy (1) 
pour la maçonnerie sur laquelle M. Taboureux doil poser 
sa charpente; il n'y a encore rien de fait, cependant il 
compte s'en occuper aussy tôt après la construction du ca- 
veau. M. Taboureux (2) pourra toujours disposer sa char- 
pente, et je luy marqueray dans le millieu du mois d'aoust 
où nous en serons. 

Nos carreaux sont arrivés et placés en sûreté, je n'ay 
point encore payé la lettre de voiture et les autres frais; je 
vous en envoyeray Tétat vendredy ou dimanche au plus 
tard. 

J'ay reçu une lettre de M. Corbel (3) dont je suis très con- 
tent, il me devoit depuis longtemps cette réponse, je vais 
en conséquence faire préparer notre chapelle pour recevoir 
son autel 

Après de longues hésitations, le Ministre de la 
Maison du Roi, Anielot, désireux d'éviter tout retard 
et d'exécuter les ordres formels du Roi, décide Tcx- 
humation et la reconstruction de la sépulture du 
Dauphin. 

Le 19 mai 1777, il écrit au cardinal de Luynes : 

Monseigneur, 
L'intention du Roy étant de faire ériger un Mausolée à la 
mémoire de M. le Dauphin et de feu Madame la Dauphine, 
dont les cendres reposent dans Téglise de Sens, Sa Majesté 
a chargé M. le comte d'Angiviller de l'exécution de ses or- 
dres. Kn conséquence, il a envoyé deux artistes sur les lieux 
pour examiner le local. 11 résulte de leur examen que le ca- 
veau qui a été construit pour y enfermer les tombes est trop 

(1) Pierre Hay, dil Vlllcroy, enirepreneur de bAtimcnts à Sens. 

(2) ï^ Clmpilre avail fait marché, le 23 janvier 1777, avec le sieur Tabou- 
I rux, mojtre charpenller  Paris, pour les réparations du comble et du clo- 
I her. (Archives de TY., G 712.) 

(3) (x)rbel. qui s'intitulait « sculpteur marbrier à Paris, ta tra%'aillé à In 
réfection générale du dallage de la cathédrale. 



— 83 — 

faible, qu'il ne peut supporter le Mausolée et qu'on se trouve 
forcé de le faire démolir; au moyen de quoy il est d'une né- 
cessité indispensable d'en retirer les tombes et de les placer 
en dépôt jusqu'à la construction du caveau. 

Jaurois fort désiré pouvoir me concerter avec Votre Emi- 
nence sur cette affaire importante, mais mes occupations ne 
me l'ayant pas permis, je la suplie de me marquer son avis 
sar le local qu'elle croira le plus convenable pour le dépôt 
qui cependant, ne peut se faire que dans une chapelle par- 
ticulière ou dans le caveau destiné à la sépulture des Ar- 
chevêques du diocèse. Votre Eminence est plus à portée 
que personne de décider le parti le plus convenable à pren- 
dre et je ne mettray cette affaire sous les yeux du Roy qu'après 
avoir reçu son avis, non seulement sur cet objet, mais sur 
les cérémonies qu'il conviendra d'observer pour l'ouverture 
du caveau, l'extraction des tombes et leur replacement, qui 
doivent être constatés d'une manière juridique. 

J'ay l'honneur d'être avec respect, etc. (1). 

Dès lors s'établit une correspondance grâce à la- 
quelle nous pouvons suivre le détail des événe- 
ments. 

Ameloiy secrétaire d'Etal, au Cardinal de Luynes 

Versailles, le 29 mai 1877. 
Monseigneur, 

J'ai rendu compte au Roy des observations contenues 
dans votre lettre. J'ai en conséquence l'honneur d'adresser 
à Votre Eminence celle que Sa Majesté luy écrit ainsy que 
celle du Chapitre, tant pour l'ouverture du caveau que pour 
l'exstraction des cercueils et leur dépôt dans une chapelle à 
votre choix. L'intention de Sa Majesté (n'étant) point qu'il y 
ait chapelle ardente, mais seulement un luminaire bonnette 
et décent, je supplie Votre Eminence de vouloir bien le ré- 
gler et m'en faire part afin que je puisse le faire fournir par 

(!) Archives de T Yonne. Dépôt de Sens, G 135, n' 106. 




— 81 — 

les l/r/ifu que cette dépense regarde. J ignore quel peut être 
le cérémonial à observer pour l'onverture du caveau et tout 
ce qui doit suivre cette cérémonie. J*ay écrit à M, le mar- 
quis de Dreux ' 1 ;. Je doute cependant qu*il puisse me don- 
ner des renseignements, les exemples de cette nature étant 
fort rares. J'auray soin de faire part de son avis à Votre 
Eminence, mais j'ay cru devoir toujours luy faire passer les 
lettres du Roy afin de ne point retarder son voyage et de la 
mettre à même de donner tous les ordres préliminaires. 
J'ai llionneur, etc. Amelot (2). 

Le 3 juin, le cardinal de Luynes vient lui-même 
solennellement, revêtu du rochet et de la mosette, 
précédé de sa croix, donner communication au 
Chapitre de la lettre du Roi : 

Mon Cousin, 
J'ai ordonné, au mois d'octobre dernier, au sieur comte 
d'Angiviller, directeur et ordonnateur de mes bâtiments, 
de faire élever à la mémoire de feu M. le Dauphin et de feue 
M<^ la Dauphine, mes très honorés père et mère, dont les 
cendres reposent dans l'Eglise de Sens, un mausolée digne 

(1) I^ note suivante résume les différents renseignements Tournis au Mi- 
nistre de la Maison du Hoi |>our cette circonstance : 

€ M. le duc de Dreux a été consulté sur le cérémonial à obscr\'er pour 
l'exhumation des corps du Duc et de la Duchesse. 

« — Il répond qu'il n'y a point d exemples de cette cérémonie, mais qu'il 
pense qu'on ne peut procéder à cette cérémonie qu'avec un ordre du Roi 
au Chapitre : l'ordre a été envoyé. 

« — Il doit y avoir un ecclésiastique jour et nuit en prières dans la cha- 
pfîllc ; imint d'ordres donnés. 

• — Item, une sentinelle des gardes du corps à la porte de la chapelle : 
IHtint d'ordres donnés. 

« — Il faut lairc un service pour l'extraction des corps : cela a été fait. 
ï — U faudra en faire un second lorsqu'on replacera le corps sous le 
nuHttt^^l^f* : cela se fera. 

• *- Il doit y avoir un luminaire réglé pour tout le temps du dépôt : 1/ y 
pn it un* » (Archives nat., Ol 1044. > 

va AreldvcK de TV. Sens, G 135. n» 107. 




— go- 
de princes si chers à mon cœur, qui puisse transmettre à la 
postérité et mes regrets et le profond respect que j'ay pour 
leur mémoire et leurs vertus. Je vois par le compte qu'il 
vient de me rendre que le caveau dans lequel leur cercueil 
est renfermé n'a point été construit avec assez de solidité 
pour supporter ce monument que ma piété leur destine; 
c est pourquoi il est indispensable de le démolir pour le re- 
construire. Et je vous fais cette lettre pour vous dire 
qu'avant qu'on commence ces travaux, mon intention 
est que les cercueils qui renferment ces dépôts précieux en 
soient retirés et placés dans Tune des chapelles de ladite 
Eglise de Sens dont je vous laisse le choix et dont l'entrée 
ne sera permise qu'aux ecclésiastiques, pour y estre gardés 
avec tout le respect et la décence qui leur est due jusqu'à ce 
que le monument soit achevé. Mon intention est aussi que 
ladite chapelle soit éclairée d'un nombre de cierges suffi- 
sant, pendant tout le temps du dépôt. Je m'en rapporte sur 
cet objet important, ainsy que pour le cérémonial et la 
pompe a observer pour l'extraction des cercueils, à votre 
prudence et au respect que je vous connais pour le dépôt 
confié à votre Eglise. J'écris au Chapitre de Sens pour luy 
donner mes ordres en conséquence et j'attends leur exécu- 
tion de votre zélé pour moy. Et la présente n'étant à autre 
Gn, sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon Cousin, en sa 
sainte et digne garde. 

Ecrit à Versailles, le vingt-huit raay mil sept cent soixante- 
dix-sept. 

LOUIS. 
(Signé :) âmelot (1). 

Le Chapitre avait reçu une lettre identique. 
Aussitôt, d'un commun accord, on décide de pro- 
céder à rouverlure du caveau le samedi suivant. 
Voici le procès-verbal détaillé de cette cérémonie 
l Registre copitiilaire, archives de TYonne, G 681) : 

(b .ViThives de TY. Sens, 0. 135 ir 103. 



Samedi 7 Jabi 1777, — Ce jourd'huy, sept juin mil se 
!toixante-dÎK-sepL Nous Fiiuld Alberl de Luynes, cî 
|irctrc de la sainte Eglise romaine^ archevêque vicoiulc de 
Sens, commandeur de 1 ordre du SâinUEsprit, etc. 

En vcrlu des ordres du Moy ù Nous adressés par la lettre 
de Sa Majesté dattée de VersaOIes, levingt-huit mai dernier, 
signée Louis, et plus bas, Ânieloi, par laquelle Sa Majestû 
nous a fait connaître que voulant faire élever un mausDlce 
à ta mémoire de feu Monseigneur le Dauphin et de feue 
Madame la Dauidiine, ses augustes père et mère, et pour 
cet elTct faire reconstruire avec plus de solidité le caveau où 
reposent leurs corps, son intention est que les cercueils qiA|J 
renferment ces restes précieux en soient retirés et placés^ 
dans lune des chapelles de notre cglise, dont elle nous 
laisse le choix. 

Plein de respect pour les ordres de Sa Majesté » et de vè 
nération pour la mémoire de ses augustes père et mère, 
empressés de remplir les intentions du lloy. 

Nous nous sommes transporté^ h 7 heures du matin, dam 
notre Eglise Mélroi)olilaine, accompagné de messire Louis- 
Bernard de Marsangy, abbé commenda taire de Ste-Margucritc 
et trésorier de notre HgliscMetropolitaine.de Messire Jean- 
Claude de BuUkmd, doyen de notre Chapitre et notre vi- 
caire liènénd, de Messire Pierre Jacques Deconîlè, préchait^| 
Ire^ et Messire Louis-CIauile Lhcrmitte de Champbertrandp^ 
célérïer de notre Eglise et noire vicaire général, de Messire 
Francois-Bobert Gradot, archidiacre de Mehm en notre 
Eglise, de Messire Mathieu-François Caqnia de Monhourg, 
archidiacre de Provins en notre Eglise, ahbé de Saint- 
Crespinen-Chnye et noire vicaire général, de Messieurs 
Christophe l)elahai^e et Jenn-Jacqucs Danvergne, commis- 
saires par Nous nommés et choisis pour être présents à 
l'ouvcrlurc du caveau construit &mi% le nyîlien du chtvur de 
notre église, dans lequel reposent les corps tic Très Haut, 
Très Puissant el Très Excellent Prince Louis, Dautdiin, el 
de Très Haute, Très Puissante et Excellente Princesse Ma- 
dame ManeJtiséphe de Saxe, Duypliiiie de France. 



s 

i 




— 87 — 

Arrivés dans le chœur, nous avons trouvé notre Chapi- 
tre assemblé en habit de chœur pour nous recevoir et assis- 
ter à la cérémonie de Touverture dudit caveau. 

Sur-le-champ, nous avons fait lever la tombe qui ferme 
l'entrée dudit caveau dans lequel nous sommes des- 
cendus avec les susdits commissaires par nous choisis, 
où nous avons trouvé deux cercueils placés Tun à droite, 
Tautre à gauche de l'entrée dudit caveau, tous deux cou- 
verts d*uu velours noir sur lequel était appliqué une croix 
de moére d'argent et portés sur des chenets de fer, et sous 
chacun desdits cercueils avons trouvé une boéte carrée, pa- 
reillement couverte de velours noir. 

Sur le cercueil qui est à gauche en entrant, avons 
trouvé une plaque de cuivre sur laquelle nous avons lu et 
fait lire par les commissaires susdits Tinscription suivante : 

ICY EST LE CORPS DE TRÈS HAUT, TRÈS PUISSANT ET EXCELLENT 
PRINCE LOUIS, DAUPHIN, DÉCÉDÉ AU CHATEAU DE FONTAINE- 
BLEAU, LE 20 DÉCEMBRE 1765, ÂGÉ DE 36 ANS 3 MOIS ET 
6 JOURS. 

Et sur la boéte quarrée placée sous ledit cercueil, avons 
lu et fait lire Tinscription suivante : entrailles de très 

HAUT, très PUISSANT ET EXCELLENT PRINCE LOUIS, DAUPHIN, 
DÉCÉDÉ AU CHATEAU DE FONTAINEBLEAU LE 20 DÉCEMBRE 1765, 
AGE DE 36 ANS 3 MOIS ET 6 JOURS. 

Sur le cercueil à droite, avons trouvé une plaque d'ar- 
gent, sur laquelle avons lu et de même tait lire par les sus- 
dits commissaires l'inscription suivante : icy est le corps 

DE TRÈS HAUTE, TRÈS PUISSANTE ET EXCELLENTE PRINCESSE 
MADAME MARIE'JOSÈPHE, PRINCESSE DE SAXE, DAUPHINE DE 
FRANCE, DÉCÉDÉE AU CHATEAU DE VERSAILLES LE 13 MARS 1767, 
ÂGÉE DE 35 ANS 4 MOIS ET 9 JOURS. 

Et sur la boéte quarrée placée sous ledit cercueil avons 
pareillement trouvé une plaque de cuivre sur laquelle avons 
lu et fait lire Tinscription suivante : icy sont les entrail- 
les DE très haute, très PUISSANTE ET EXCELLENTE PRIN- 
CESSE MADAME MARIE-JO<«ÈPHE, PRINCESSE DE SAXE, DAUPHINE 



— 88 — 

U£ FRANCE, DÉCÉDÉE AU CHATEAU DE VERSAILLES LE 13 MARS 
1767, ÂGÉE DE 35 ANS 4 MOIS ET 9 JOURS. 

Ensuite nous avons fait procéder à l'extraction desdits 
cercueils et boètes, lesquels ayant été tirés du caveau, nous 
les avons fait placer sur une estrade et sous un dais élevé 
à cet effet dans le chœur de notre église et nous avons célé- 
bré pontincalement une grande messe de Requiem sous le 
rit le plus solennel. 

La messe finie, nous avons fait transporter lesdits cer- 
cueils et lesdites boétes à la chapelle de Sainte-Colombe de 
notre dite Eglise, située derrière le chœur, laquelle avait été 
par nous choisie comme la plus convenable pour servir de 
dépost. 

Nous avons eu soin de faire tendre celte chapelle de noir 
dans tout son pourtour, depuis la naissance de la voûte jus- 
qu'au bas et de faire appliquer sur la tenture deux litres de 
velours noir parsemés des armoiries de feu Monseigneur le 
Dauphin et de feue Madame la Dauphine. 

Au milieu de ladite chapelle, nous avons fait élever une 
estrade et un dais sous lequel nous avons fait placer les 
deux cercueils et les deux boétes, que nous avons fait re- 
couvrir d'un poêle de velours noir aux armoiries de feu 
Monseigneur le Dauphin et de feue Madame la Dauphine. 

Sur le haut dudit poêle, on a placé les honneurs; les gra- 
dins de ladite estrade ont été garnis de chandeliers portant 
chacun un cierge proportionné, et avons ordonné que les- 
dits cierges seraient entretenus et renouvelés pour brûler 
tout le temps que durera ledit dépost, et ce conformément 
aux intentions de Sa Majesté. 

Nous avons fixé le nombre des cierges à douze, parce que 
pareil nombre est prescrit pour les anniversaires fondés 
dans notre Eglise par lettres- patentes du feu Hoy pour le 
repos des Ames de feu Monseigneur le Dauphin et de feue 
Madame la Dauphine. 

Les transports et dépôts ont été faits avec les cérémonies 
et prières accoutumées dans notre Eglise; le clergé sécu- 



— 89 — 

lier et régulier y a assisté ainsi que les corps laïcs que 
nous avons eu soin d'inviter. 

L'escadron du régiment de la Reine-î)ragons, qui est en 
quartier dans cette ville, était sous les armes, les officiers à 
leur tétc, pour maintenir le bon ordre et rendre les hon- 
neurs dus à la mémoire de ces augustes Princes. 

Des dragons choisis ont porté les deux cercueils et les 
deux boètes ; les huit premiers dignitaires ou chanoines de 
notre église portaient les cordons des deux poêles. 

Après avoir rempli tout ce que le devoir, le respect, la 
piété et la religion exigeaient de nous dans cette circon- 
stance, nous nous sommes retirés en ordonnant que ren- 
trée de ladite chapelle ne sera permise qu'aux ecclésiasti- 
ques, selon rintention du Roy; avons ordonné de plus qu'on 
y célébrera tous les jours des messes de Requiem, et notre 
Cliapitre a arrêté d'y aller tous les jours, processîonnelle- 
ment, après Complies, pour y réciter le De profundis et les 
autres prières pour le repos des âmes de ces augustes 
Princes. 

Et de tout ce que dessus avons fait dresser procês-ver- 
bal, etc.. 

Le Cardinal avait informé aussitôt le Roi. 

Le 12 juin, Amelot lui écrit que le Roi a exprimé 
sa satisfaction du procès-verbal dont il lui a rendu 
compte. Les frais seront remboursés dès que Tétat 
en aura été fourni (1). Pour le luminaire, il prie 
de faire connaître ce qui a été réglé ; le Premier 



<t) UneleUrc adressée par Amelot, de Versailles, le 25 juin, au cardinal 
alors à Rourl>onne-Ies-Bains, donne avis qu'une ordonnance de 2400*t lui 
ni expédiée pour remboursement des frais de la cérémonie du 7 juin, et 
que M. de Fronsac, premier gentilhomme de la chambre, a donné des or- 
dres pour le luminaire. (Archives de l'Yonne, Sens, G 135, n* 109.) 

Une nouvelle IcUrc du 12 juillet donne avis que cette ordonnance a été 
remise au contrôleur général des finances, pour recevoir la signature du 
Roi, Son Emincnce devra la faire demander à M. Necker. {Ibid. n' 110.) 



— 90 — 

Gentilhomme de la Chambre continuera à le faire 
fournir sur le même pied, l Archives de i Yonne, 
Sens, G 132, n" 1 J8.) 

Le même jour, Soufllol écrit de Paris au Car- 
dinal : 

Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Eminence m'a 
fait Fhonneur de m'écrire, par laquelle elle a la bonté de 
m'apprendre que Ton peut à présent travailler au nouveau 
caveau qui doit supporter le tombeau de Monseigneur le 
Dauphin. Je connaissois la construction de Tancien, et par 
mon examen et par Tentreprcneur même qui Tavoit con- 
struit très à la hâte. J'étois très sûr, Monseigneur, qu'il n'au- 
roit pas pu supporter le poids du tombeau. En informant 
M. le comte d'Angiviller de l'état des choses, je vais le 
prier de donner ses ordres pour que Ton commence à tra- 
vailler; mais si Votre Eminence désiroit absolument des 
changements, je la supplierois de vouloir bien les lui 
demander, car, malgré mon empressement pour tout ce 
qui peut lui être agréable, je ne pourois pas les faire sans 
ordre. 

Je suis, avec un profond respect, 

De Votre Eminence, 
Le très humble et très obéissant serviteur, 
SOUFFLOT (1). 

Pendant tout le temps que les cercueils des 
Princes restèrent exposés sur le catafalque de la 
chapelle de Sainte -Colomhe, deux factionnaires 
firent une garde dlionncur pendant la journée, à 
la porte de cette chapelle, n'y laissant pénétrer que 
les personnes désignées par la lettre du Hoi (2). 

(1) L'original de celle lellre fail parlie des colleclions de .M. Félix Chau- 
de nier. 

(2) Affiches de Sens, année 1777, p. 62. 



— 91 — 

Tous les jours, après complies, le clergé allait 
processionnellement à ladite chapelle en chantant 
le Libéra ; avant de dire les versets et la collecte, 
le chanoine en semaine faisait l'aspersion et l'en- 
censément devant la porte (1). 

C'est là que, le 17 juillet, le comte de Provence, 
frère de Louis XVI, le futur restaurateur de la mo- 
narchie en France, vint faire un pieux pèlerinage 
auprès des cercueils de son père et de sa mère. 

Monsieur achevait alors un long voyage politi- 
que qui avait eu un certain retentissement. Parti 
de Versailles, le 10 juin, avec une suite nombreuse, 
il avait visité Bordeaux, Toulouse, Marseille, Tou- 
lon et rentrait par les vallées du Rhône et de 
ITonne. Il avait été salué, le 16, à son passage à 
Auxerre, et avait couché au château des évêques 
d'Auxerre, à Régennes, près d'Appoigny. Il quitta 
le château le 17 au matin et rencontra entre Auxerre 
et Joîgny le régiment des dragons de la Reine, qui 
avait fait le service de garde la nuit précédente. 

« Ce prince voulut bien s'arrêter. Le régiment, 
par ses ordres, exécuta devant lui différentes ma- 
nœuvres. A son arrivée à Sens, il trouva un déta- 
chement du même régiment, commandé par le 
comte de Seuil, qui fit le service auprès du Prince 
et eut l'honneur d'être admis à sa table (2). » 

A l'entrée de la ville, le Prince est complimenté 
par MM. de Champhertrand et Gigot de Boisbernier, 

(t Notes anonymes d'un contemporain publiées dans V Annuaire de 
r Yonne, ISS», p.SS. 
(2, Gazette de France du 25 Juillet. 1777. 



— 92 — 

au nom du Chapitre. I^ municipalité entourée de 
la milice bourgeoise, avec drapeaux et musique, 
lui présente les clefs de la ville, à la porte Com- 
mune. Le cortège traverse la ville au milieu d'une 
foule considérable. 

Le Prince descend de carrosse au son des cloches, 
devant le parvis de la Métropole. Il y est salué, en 
labsence du cardinal, alors aux eaux de Bour- 
bonne, par le duc de Luyues, son neveu, et reçu 
par Messieurs du Chapitre, en robes rouges et en 
chappes. L'archidiacre de Sens lui présente à vé- 
nérer la relique de la vraie Croix ; le trésorier offre 
leau bénite ; le doyen, M. de Hullioud, fait le com- 
pliment. 

Après une courte prière dans le chœur, Monsieur 
se rend à la chapelle de Sainte-Colombe, auprès des 
restes de ses parents. Ensuite, il assiste à la messe 
basse célélirée par M. de Biencour, occupant le 
fauteuil et le prie-Dieu, recouverts de velours cra- 
moisi à galons d'or, préparés au milieu du chœur. 
A la fin de la messe, le célébrant vient lui présenter 
le corporal à baiser. 

Puis, escorté de six chanoines, le Prince retourne 
faire ses prières dans la chapelle de Sainte-Colombe. 
Enfin, il est reçu dans la salle capitulaire où les 
chanoines le prient de vouloir bien donner à leur 
Eglise, en souvenir de sa visite, « sou portrait et 
celui de sa très digne épouse (1). » De lu, Monsieur se 

(1) I^s portraits du C^nilo cl do la Comtcf^so de Provence, donnés pnr 
le Prince au Chapttro do Sens, soni conservés au Trésor de la Métropole, 
(N*' 300 cl 301 du calaloguo.) 



- 93 — 

rend à T Archevêché, y reçoit les corps civils et, 
après avoir dîné, il sort de la ville par la porte de 
Saint-Antoine, traverse l'Esplanade, au bruit de 
1 artillerie, au milieu d'une double haie de bour- 
geois sous les armes, et prend la route de Fontaine- 
bleau (1). 

Pendant ce temps des complications survenues à 
la dernière heure avaient failli empêcher Texposi- 
lion au Salon de l'œuvre de Couslou et ajourner 
son érection à Sens. Seules l'active vigilance du 
Directeur général des Bâtiments et sa volonté bien 
arrêtée d'en finir purent les conjurer. 

L'artiste avait dû confier à un spécialiste Texécu- 
lion des cartouches et des guirlandes en bronze 
destinés au mausolée. Quelques semaines avant 
louverture du Salon, fixée au 25 août, le bronzier 
déclare ne pouvoir achever son travail avant deux 
mois. Il faut renoncer à exposer le monument in- 
complet. C'est ce que nous apprend la lettre sui- 
vante (2) : 

Monsieur Coustou s'étoit flaUé jusqu'à ce moment que les 
bronzes du Mauzolée de feu Monseigneur le Dauphin se- 
roienl montés et dorés pour l'ouverture du Salon, et que 
ce monumeot pourroit à cette époque être vu tel qu'il sera 
dans la cathédrale de Sens. Mais le cizeleur, qui n'aura fini 



1) Tous ces détails sout empruntés aux Affiches de Sens de l'époque, et 
au registre des délibérations capitulaircs. 

'2) Arch. nat. Ol 1905. — Cette lettre, sans date ni signature, est prolia- 
blement deCochin. Elle est adressée au peintre Pierre (Jean-Baptistc-Marie) 
alors recteur de rAcadémie royale, et, à ce titre, chargé de l'organisation 
dtt Salon. En marge, on lit la date, 12 août 1777, qui est celle de la ré- 
ponse, la lettre étant évidemment antérieure à la mort de Coustou. 



— 9i — 

de monter les bronzes qac dans one qainzainc de jours, 
demande deux mois entiers poar les dorer. En conséquence, 
Mr Coastoa, qoi désire que cet ouvrage ne soit exposé au 
public que lorsqu^I sera entièrement fini, prie M** Pierre 
de faire retrancher du livret du Salon la note qui annonçoit 
que Ton pourroit, pendant le temps qu'il durera, voir le 
Mauzolée à lattellier. 
Il le prie d'en prévenir Monsieur le Directeur général. 

Bien plus, depuis quelque temps, Tétat de santé 
de Guillaume Coustou inspirait les plus vives alar- 
mes. Craignant de le voir mourir avant Touverturc 
du Salon, le roi Louis XVI, désireux d'honorer, en 
mémoire de son père et de sa mère, Tartiste qui ve- 
nait de sculpter leur tombeau, résolut de ne pas 
attendre l'Exposition du Louvre, â la séance de 
l'Académie, du 26 avril, Pierre, en qualité de di- 
recteur, annonçait à ses collègues que le Roi se 
proposait de nommer Coustou, chevalier de l'or- 
dre de Saint-Michel (1). 

L'intendant général des Beaux-Arts d'Angivîllcr 
profita de la visite de l'empereur Joseph II, frère 
de la Reine, à Soufflot, en présence de Coustou, 
pour conférer à l'éminent statuaii^, au nom du 
Roi, cette haute distinction (2). L'artiste fut en môme 

(1) Les Coustou, pnr lady Dilkb. {Gazette des Beaux-Arts, mars 1901, 
p. 213.) 

(2) Dans son compte rendu détaillé du séjour de l'empereur à Paris. 
Mcrcy note, le 3 mai. une visite à la manufacture des Gobclins, et. plus 
loin, le 22 mai, dans l'énumération des présents distribués pcr le Prince, 
il cite « une liaguc de diamant entourée • donnée «à l'inspecteur des deux 
manufactures (des (iobelins et de la Savonnerie), nommé Soufflot. » C'est 
donc probablement le 3 mai que d'AngIviller remit à Coustou le brevet du 
Roi. {Marie' Antoinette, correspondance de Marie-Thérèse et Mercy^d Argen- 
teau, par d'AnNETii et Gepproy, t. III, pp. 60 et 71.) 



— 95 — 

temps autorisé à porter les insignes de Tordre « avant 
sa réception. » Il ne devait pas jouir longtemps de 
celte faveur. A la séance de TAcadémie de peinture du 
26 juillet, le secrétaire notifiait « la mort de M. Guil- 
laume Coustou, chevalier de TOrdre du Roy, scul- 
pteur, recteur et trésorier de cette Académie, garde 
de la salle des Antiques, décédé en cette ville, le 
13 de ce mois, i» 

En annonçant la mort du grand artiste, le Jour- 
nal de Paris (1) lui consacre cet éloge, signé de 
« Renou, peintre du Roi et secrétaire de son Aca- 
démie de peinture et de sculpture : d 

L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture vient de 
perdre, dans M. Coustou, Ton de ses plus grands scul- 
pteurs. 

...Il fut chargé du tombeau de Monseigneur le Dauphin et 
de Madame la Dauphine. C'est dans ce morceau, le dernier, 
le plus beau et le plus considérable qui soit sorti de sa main, 
et qui sera dans peu monté et exposé au Public, tel qu'il 
sera placé dans la cathédrale de Sens, que M. Coustou s'est 
montré le digne fils et l'émule de son père. J'ose annoncer 
que la Nation jettera quelques fleurs sur le tombeau de l'Ar- 
tiste, en admirant celui qu'il vient de finir pour le père et 
la mère de notre Auguste Monarque. 

A peine M. Coustou a-t-il eu mis la dernière main à ce su- 
perbe monument (2), à peine en a-t-il reçu la récompense 



(1) Abrégé da Journal de Paris, t. II, p. 1065-6. 

(2) Ainsi que le remarque lady Dilke fop. cit.. Gazette des B.-ÀrtaJ, ces af~ 
fiimaUons très nettes des contemporains annulent entièrement la suppo- 
sition faite par M. Tarbé {Vie et Œuvres dePigalle, p. 152), d'après laquelle 
Pif;alle aurait achevé le mausolée de Sens, comme il avait fait quand Bou- 
chardon mourut laissant ébauchée sa statue équestre de I^ouis XV. 

Que Coustou ait eu recours à l'aide d'un ou plusieurs de ses élèves pour 
]>xécalion d'une œuvre aussi compliquée, la chose est vraisemblable. Mais 



— 90 — 

honorable par le cordon de Saint-Michel, qui lui a été donné, 
au nom du Roi, par M. d'Ângiviller, en présence de M. le 
comte de Falkenstcin (1), qu'il a terminé sa carrière, dans 
la soixante-unième année de son âge. » 

Malgré toutes ces traverses, le mausolée figura au 
Salon (2). Une lettre de d'Angiviller, du 12 août, 
nous apprend qu'il y fut exposé, bien que les tro- 
phées de bronze n'eussent pas encore reçu leur do- 
rure. Dans cette lettre, le Directeur général exprime 
à nouveau sa volonté de voir le tombeau en place 
avant la fin de Tannée : a II n'y a qu'à se hâter pour 
les ouvriers, écrit-il, et y en mettre plusieurs (3). » 

Voici le Mémoire officiel soumis au Directeur gé- 
néral des Bâtiments à l'achèvement du monument : 

Mémoire du Mausolée de feu Monseigneur le Dauphin et 
de Madame la Dauphine, exécuté pour le service du Roy 
sous les ordres de Monsieur le marquis de Marigny et ceux 
de Monsieur le comte d*Angiviller, directeur et ordonnateur 
général des BuUments de S. M.; ledit ouvrage commencé en 



nous n'avons pu trouver aucune preuve de rnflirmation de quelques his- 
toriens dont M. de Monlaiglon s'est fait l'éclio : c L'œuvre n'est pas toute 
entière de la main de (Houston ; on a dit que l'une des deux flgures d'hom- 
mes, au moins celle du Temps, est entièrement exécutée par l'habllo scul- 
pteur Pierre Julien, élève de Coustou et le collaborateur de ses travaux, 
avant comme après son voyage de ]\ome, où il a été de 1768 à 1772. » /Anti- 
qnttés et Curiosités de la ville lit Sens, p. 74, dans la Gazette des lieaux^Art*, 
1880.) 

(1) L'empereur Joseph IL 

(2) En annonçant cette exposition, le Journal de Paris informait ses lec- 
teurs qu'elle occupait, cette année, outre le salon du Louvre, la cour et le 
jardin de l'Infante et se répandait même plus loin. « On voit dans l'atelier 
de feu M. Coustou, nouvelle place du Louvre, le mausolée de feu M»' le Dau- 
phin et M* Itt Dauphine... » 

(3) GvippnRY, ExiHKitions du XVUt siècle, cité par lady DUke, op, cit., 
p. 214. 



iOdiji AftCMéOLOCiqpB DB SINS. 



T. XXn, PL. XI, p. 96. 




LE MAUSOLÉE 
Le Tempi, l'Amour conjugal et te Génie de t'Jiymen 



— 97 — 

1766 et fini en 1777 et devant être posé dans le chœur de la 
cathédrale de Sens, par Guillaume Coustou. Sçavoir un so- 
cle de marbre blanc veiné, entouré d une bande de marbre 
verd de mer, d*un pied de largeur, ledit socle portant vingt 
et un pouces de haut. Sur ce socle s'élève un piédestal 
qiiarré de cinq pieds de haut sur deux pieds neuf pouces de 
large, revêtu de marbre verd, avec deux tables d'inscrip- 
tions de marbre blanc gravées en lettres dorées,* ledit pié- 
destal orné sur toutes ses moulures de bronzes dorés et de 
guirlandes aussi de bronze doré autour des inscriptions; 
au-dessous desquelles sont les cartels des armes du Prince 
et de la Princesse, aussi de bronze doré, accompagnés de 
branches de cyprès. Sur ce piédestal sont posées deux urnes 
de granit verd, ornées aussi de bronzes dorés, et liées en- 
semble par une guirlande de la fleur nommée immortelle. 
Sur le socle du côté qui fait face à l'autel, s'élève un groupe 
composé de deux figures de marbre blanc, et d'un enfant qui 
est à leurs pieds. Ces deux figures représentent V Immortalité 
occupée à faire un faisceau des attributs symboliques des ver- 
tus de Monseigneur le Dauphin, et la Religion posant une cou- 
ronne d'étoiles sur les urnes. Aux pieds de ces deux figures 
est le Génie des sciences et des arts, appuyé sur un globe 
teirestre qu'il mesure (1). Sur le côté du socle qui fait face 
à la nef, est un autre groupe aussi de deux figures de mar- 
bre blanc et d'un enfant. Ces deux figures représentent. 
Tune le Tems armé de sa faulx, foulant aux pieds des monu- 
ments qu*il a détruits et tenant un voile funéraire qu'il pose 
sur les urnes, l'autre V Amour conjugal tenant un flambeau 
éteint, et regardant avec douleur un enfant qui vient de 
briser une chaîne entourée de fleurs, symbole de l'hymen. 



(1) Théodore Tarbé, dans une note manuscrite que nous possédons, re- 
marque que sur le globe terrestre c on n tracé les routes qu'ont suivies les 
savants vo^'ageurs du xviir siècle, afin de perpétuer l'époque de leurs dé- 
couvertes. Cest dans la même vue, ajoute-t-il. qu'on indique une partie 
du plan de Téglise Saiote-Geneviéve (le Panthéon) comme le monument le 
plus remarquable de cette époque, t 

7 



— 98 — 

Tous lesquels ouvrages, suivant le marché proposé à M. le 
marquis de Marigiiy et par lui approuvé et accepte suivant 
sa lettre du 23 novembre 1766, montent, non compris la 
fourniture des marbres, la façon des caisses et le transport 
à Sens, expressément réservés par le marché pour être à la 
charge de S. M., à la somme de 150000 livres. Plus il a été 
fourny par le sieur Coustou, pour les urnes,'un bloc de gra- 
nit verd par lui payé au nommé Argou, marbrier à Greno- 
ble, la somme de 900 livres. Plus deux tables d*inscriptions 
de marbre blanc, fournies par M. Bocciardi, de deux pieds 
huit pouces cubes à 40 livres. Total : 151006 livres 13 sous 
4 deniers. 

Je soussigné, premier peintre du Roy, certifie à Monsieur 
le Comte d'Angiviller, directeur et ordonnateur général des 
Bâtiments, que les ouvrages mentionnés au présent Mémoire 
ont été faits, approuvés et livrés. A Paris, le 10 août 1778. 
(Signé :) Pierre. (Archives nation., 01 1931.) 

Dès les premiers jours de septembre, la recon- 
struction du caveau, à Sens, était achevée. Le 9 eut 
lieu Tinhumation avec un cérémonial identique à 
celui de Texhumation. L'Archevêque, après un ser- 
vice célébré par le Chapitre, en présence de tous 
les corps ecclésiastiques et laïcs, se rendit, revêtu 
des habits pontiflcaux, à la chapelle de Sainte-Co- 
lombe. Après les prières de la levée du corps, les 
cercueils furent transportés au chœur par un dé- 
tachement des Dragons de la Reine et descendus 
dans le nouveau caveau. La cérémonie achevée, le 
Cardinal de Luynes prononça un discours sur la 
fragilité des grandeurs humaines et les vertus émi- 
nentes des princes défunts (1). 

(1.1 Affiche» de Sent. 



— 99 — 

Le 21 septembre, d'Aiigiviller écrivait de Versail- 
les au Cardinal : 

Monseigneur, 
J'ai reçu la lettre dont Votre Eminence ni*a honoré pour 
mlnformer de h\ remise qu'elle a pris la peine de faire opé- 
rer, le 9 de ce mois, des corps de M. le Dauphin et de Madame 
la Dauphine dans le caveau destiné pour les recevoir. Il ne 
me reste désormais qu'à m'occuper des moyens les plus 
prompts de rétablir Messieurs du Chapitre dans l'usage libre 
de leur chœur. Je fais surveiller chaque jour les ouvriers 
qui préparent le carelage accordé par le Roi. Le Mausolée 
exposé depuis prés d'un mois à la curiosilc publique, va être 
désassemblé pour être transporté et rendu le plus tôt possi- 
ble à Sens : en un mot, Votre Eminence et Messieurs du 
Chapitre peuvent compter que je ne laisserai négliger aucun 
des soins qui peuvent émaner de mon département pour 
hâter la conclusion de tous les arrangements relatifs au mo- 
nument qu'il s'agit d'ériger. 

Je suis avec respect... 

D'Angiviller (1). 

Cette lettre nous l'apprend, on profita de la pose 
du monument au milieu du chœur pour en renou- 
veler tout le dallage aux frais du Roi. Un docu- 

(1) Archives de rVonne, dépôt de Sens, G 135, n* 112. Une lettre d*AmeIot 
au Cardinal {ibid., n* 113) expose que le Cardinal a réclame 6000 livres 
restant dues pour les dépenses relatives au dépôt des corps, se rcpar- 
tissant en 4-101 livres pour les objets devant être acquittés par les Menus et 
1399 li%'res pour les autres frais. Le Ministre prie l'Archevêque de lui faire 
connaître si les 2400 livres ordonnées le 24 juin précédent (pour l'extraction 
des corps) doivent être imputées comme acompte sur ces 6000 livres ou si 
elles concernent des dépenses diflerenles. 

Une nouvelle lettre du Ministre, du 8 octobre (ibid., n* 114), informe le 
prélat qu'il va remettre à M. Nec^er une ordonnance de 1 590 livres pour le 
rrstant des dépenses. Son Eminence voudra bien la faire retirer comme 
elle a fiiit pour les 2400 livres déjà acquittées. Quant aux 4401 n, elles sont 
ordonnancées au nom du trésorier des Menus, qui en fera le recouvre- 
ment 



— 100 - 

ment des Archives nationales (1), intitulé : « Mémoire 
des ouvrages faits à la cathédrale de Sens, suivant 
les ordres de M. le comte d'Angiviller, sous la con- 
duite de M. Soufflot, architecte du Roi, et de M. de 
Bourge, inspecteur du château de Fontainebleau, 
par Dropsy, sculpteur marbrier du Roi, note que 
les inscriptions gravées sur ce dallage de marbre 
furent exécutées en 1777. Chaque lettre, d'un pouce 
et demi de proportion, était payée à raison de 4 sols 
Tune et la dépense totale s*éleva à 8946 livres 3 sous 
8 deniers (2). i> 

< On ne commença à poser le mausolée que le 15 
novembre; cet ouvrage ne fut entièrement fini que le 25 
décembre 1777. Ensuite on carrela le sanctuaire (3), le 
chœur, les marches du sanctuaire et celles du chœur, en 
marbre, aux frais du Roy. Le clergé de TEglise de Sens 
chanta Tofllce dans la nef, depuis le 10 septembre 1777 
jusqu'au 22 novembre de ladite année et, à cause du froid, 
on alla chanter l'office dans le bas-côté du chœur, qui est 
du côté de la salle du Chapitre, jusqu'au samedi inclusive- 
ment de la Passion. Ln chapelle de Sainte -Colombe tenait 
lieu de sanctuaire et aucun des membres du clergé n'y 
allait prendre séance; le sous-diacre venoit chanter TEpitre 
au bas des degrés de ladite chapelle, et le diacre, l'Evangile. 
On mit des tapis vis-à-vis des grilles du sanctuaire du côté 
du tombeau de MM. du Perron (4). » 

(1) 01, 1903. 

(2) QuEsvEHS ET Stein. ïtiscripUons de l'ancien diocèse, 1. 1., p. 331. 

(3) C'csl une erreur, le dnllage du sanctuaire ftit fait en 1744, après l'érec- 
lion du maltre-autcl de Servandonl et lors de la construction de la crypte 
des nrchevdque.3. (Voir Quantin. Notice hist. sur la construction de la cathé- 
drale de Sens, p. 47.) 

(4) Fragments d'un monuscrit anonyme, mais certainement l'œuvre d'un 
ecclésiastique de Sons de la lin du xvin* siècle, publiés par M. le chanoine 
Gttlly, Annuaire de l'Yonne, 1888, p. 55. 



— 101 — 

Comme toute œuvre de valeur, le monument de 
Coustou fut Tobjet d'éloges enthousiastes et de cri- 
tiques passionnées. Pour l'apprécier sainement, il 
importe avant tout de faire abstraction du symbo- 
lisme païen qui choque nos idées actuelles, mais 
qui était une loi absolue du goût du xvni^ siè- 
cle. Sur ce point, du reste, si l'on se souvient des 
conceptions de Diderot, on conviendra que l'artiste 
a apporté dans sa composition autant de réserve 
que le permettaient les exigences de ses contempo- 
rains. 

Parmi les critiques qui lui furent adressées, l'une 
des plus retentissantes fut celle de Bernardin 
de Saint-Pierre. « La première chose que je cher- 
chai à y reconnaître fut la ressemblance du Dauphin 
et de la Dauphine..., il n'y en avait pas seulement 
les médaillons. On y voit le Temps avec sa faux, 
THymen avec des urnes et toutes les idées rebattues 
de rallégoriequi est souvent, pour le dire en passant, 
le génie de ceux qui n'en ont pas. » 

De ce jugement sévère, il suffit de rapprocher ce 
qu'écrivait Cochin à Diderot : « Il craint que le 
mauvais goût, aidé de la flatterie, ne demande que 
ces figures soient ressemblantes, ce qui rendrait le 
monument plat et maussade (1), "» pour sentir com- 
bien, pour Coustou lui-même, il était difficile de 
«r contenter tout le monde, i) 

Citons seulement quelques-uns des jugements, 
parmi les plus autorisés, portés sur celte œuvre. 

(1) Œiwres de Diderot, t. XIX. p. 223. 



— 102 - 

Cest d*abord celui d'un contemporain et d*un 
émule de Coustou. Dans une pièce manuscrite, inti- 
tulée : Réflexions sur le monument de feu Monseigneur 
le Dauphin, exécuté par M, Coustou (1), le sculpteur 
Etienne Gois, professeur de TÂcadémie de peinture 
et sculpture, déclare, en parlant des œuvres de son 
collègue : 

« On y trouve toujours la correction et souvent la 
fermeté et la grâce, heureusement liées ensemble; 
mais c'est surtout dans sa belle composition du Mau- 
solée de Monseigneur le Dauphin qu'il a déployé 
toutes les ressources de son génie et de son talent. 
Ce monument, fait pour honorer le siècle qui l'a 
produit, offre les beautés de Tantique (2) et semble 
de plus respirer un sentiment que l'on ne trouve 
peut-être pas toujours, même dans les chefs-d'œuvre 
des anciens. ^ 

Un siècle plus tard, un de nos critiques d'art les 
plus écoutés, M. de Montaiglon, traduisait ainsi son 
impression : a Le tout est de l'exécution la plus dé- 
licate et d'une fraîcheur de conservation très remar- 
quable; mais l'effet est un peu confus et d'un as- 
pect mollasse et afTadi, surtout dans les plis des vê- 
tements. Etant donné le goût qui, sans rien de 
mâle ni de funéraire, est plutôt féminisé, rien de 
plus doux, de plus blond, de plus jeune, déplus en 

(!) Ribliothéquc nationale. Cabinet des Estampes, tome 40 de la collec- 
tion Dcloynos. 

(2) « Coustou, i;ardc de lu « Salle des Antiques du Hoi, » semble avoir été 
inspiré ici (dans sa statue de Vlfifitien) por quelque réminiscence de rAnti> 
nous, purifiée par un très délicat instinct dans l'expression d'une tristesse 
qui est empreinte ici d'une exquise sérénité. » {ÏMtly Dilki:, op.cit., p. 2U.) 



— 103 — 

fleur, de plus caressé, que Texécution brillante et 
polie de toutes ces chairs parfumées, et les têtes 
des deux femmes sont en particulier tout à fait fines 
et charmantes (1). i> 

En résumé, quelles que soient les critiques de 
détail, le tombeau du Dauphin est bien le chef- 
d'œuvre d'un des meilleurs statuaires français, et 
non sans fierté, nous transcrivons ici cette affirma- 
tion du biographe de Coustou : « La cathédrale de 
Sens lui doit de posséder l'un des plus beaux mo- 
numents funéraires qui soient (2). -ù 

1.1) Antiquités et Curiosités de Sens, p. 74. 
(2) Lady Dilke. op. cit., p. 207. 








CHAPITRE Vil 



LES ANNIVERSAIRES 



Ce n'était pas assez pour Louis XV, très impres- 
sionné par le mort de son fils, de lui ériger un mo- 
nument; il avait à cœur de lui assurer à perpé- 
tuité les prières de l'Eglise. Son intention était de 
faire, à Sens, pour le DaupUin, les mêmes fonda- 
tions qu'il avait établies à Saint-Denis pour ses filles 
Anne -Henriette et la duchesse de Parme Louise- 
Elisabeth (1). Ainsi le déclarent ses lettres-patentes 



(1) Os princesses jumelles étnienl les ninées <les cnfnnts de I^uis XV. 
Nées le 2C noûl 1727, elles moururent, la première, en 1752; la deuxième, 
qui avait épousé, en 1730, Philippe de Bourbon, duc de Parme, le 6 dé- 
cembre 175t?. 



— 105 — 

du 25 juillet 1766 à l'évêque d'Orléans, Louis Sex- 
tius de Jarente, et à Jean-Nicolas de Boullongne, 
intendant des finances, ses fondés de pouvoirs. 

En conséquence, le 12 juin 1767, Tévéque d'Or- 
léans, chargé de la feuille des bénéfices et de la di- 
rection génémle des Economats, et Jean-Nicolas 
de Boullongne, chevalier, baron de Marigny-le- 
Cbâtel, seigneur de Montereau-fault-Yonne et au- 
tres lieux, conseiller d'Etat et intendant des finan- 
ces, au nom du Roi, et MM. François -Eustache 
Lesloré, prêtre -chanoine de TEglise primatiale et 
métropolitaine de Sens, aumônier ordinaire de 
S. A. R. le duc d'Orléans, demeurant à Paris, rue 
Saint-Dominique, et Marc-Antoine Sallot Dupey- 
roux, prêtre-chanoine de la même Eglise, demeu- 
rant également à Paris, même rue, en l'hôtel du 
cardinal de Luynes, au nom du Chapitre de Sens 
et de fassentiment du Cardinal-Archevêque, pas- 
saient, devant M" le Pot d'Auteuil et Goullet, no- 
taires au Châtelet, un contrat aux termes duquel un 
service solennel, à l'intention et pour le repos de 
Vàme de Mu»" Louis, Dauphin de France, était 
fondé dans l'Eglise de Sens, pour le 19 décembre 
de chaque année, à perpétuité (1). 

Ce contrat stipule que, la veille, le Chapitre 
chantera solennellement vêpres et matines des 
Morts ; que la messe sera célébrée par l'archevêque 
ou, en son absence, par le doyen ou le délégué du 
Chapitre, avec trois diacres et Irois sous-diacres, le 
préchantre, assisté de deux choristes, deux acoly- 

1) Archives de l'Yonne, dépôt de Sens, G 135, n* 88. 



— 106 — 

tes et âeux thuriféraires; que, après la messe, l'ab- 
soute aura lieu à la représentation dressée au mi- 
lieu du chœur. I^ luminaire comportera douze 
cierges à l'autel, autant à la représentation, un à la 
lampe, deux pour les acolytes et quatre pour les 
flambeaux de l'élévation. Toutes les cloches seront 
sonnées la veille, à midi et le soir; le jour du ser- 
vice à 6 heures du matin, indépendamment des vo- 
lées pour Tannoncc de chacun des offices, ainsi 
que pendant la Prose et le Libéra (1). Pour subve- 
nir aux frais de ces offices, le Roi fait don au Cha- 
pitre d'une rente perpétuelle de mille livres. 
Moyennant quoi, le Chapitre sera tenu de fournir 
tout ce qui sera nécessaire, comme d'entretenir et 
renouveler au besoin de ses deniers les ornements 
fournis par la Couronne pour la première fois, no- 
tamment le poêle noir, avec le dais aux armes de 
M9r le Dauphin (2). 

(1) Le Cérémonial de l'Eglise de Sens, publié en 1789 pur le cardinal 
DE Li'TNBS. consacre un chnpiire spi^cin) (p. 603-696) aux cërêmoilles obser- 
vées aux anniversoires du Dauphin et delà Dnuphine. 

(2) Un inventaire fait en 1776 décrit ainsi les ornements qui servaient 
aux anniversaires du Douphin et de la Dauphine : 

Item quatre pentes de velours noir liordées d*un galon d'argent et do 
franges aussi d'argent de la hauteur de 3 |)ouces, enrichies des écussons 
brodés en or oux armes de feu M. le Dauphin, servant au dais que l'on met 
à la représentation le jour de son obit; 

Item quatre autres pentes aussi de velours noir, bordées d'un Xnrgc ga- 
lon d'argent et d'une frange haute de cinq pouces aussi d'nrgenl. enri- 
chies des écussons brodés en or aux armes de feue Madame la Dauphine, 
servontA sonoliit; 

Item un ciel de dais de velours noir tout uni, monté sur châssis; 

Item un devant d'autel de velours noir, croix et montonts de moire d'ar- 
gent, garni d'un galon d'argent avec les écussons aux armes de Monsei- 
gneur le Pnuphin, semblables à ceux du dais; 

l'n réiuble d'autel de velours noir dont les montants et In croix sont de 



— 107 - 

Après la mort de la Dauphine, le Roi, par lellres- 
patentes du 25 janvier 1768, ordonna la fondation 
d'un service semblable à celui du Dauphin, qui se- 
rait célébré, chaque année, le 13 mars. Le contrat 
en fut passé, dans des conditions identiques et par 
les mêmes délégués du Roi et du Chapitre, le 
5 mai 1768, devant M~ le Pot d'Auteuil et Goulet, 
notaires à Paris (1). 

Le Chapitre n'avait pas attendu le contrat de fon- 
dation pour célébrer les anniversaires. Le 19 dé- 
cembre 1766, il avait fait un service pour le Dau- 



moire d'argent ; ledit retable enrichi de quatre écussons magnifiquement 
brodés en or aux armes de feu M*' le Daupliin ; 

llem neuf chapes de velours noir, orfroy et chaperon de moire d'ar- 
gent; à chacune un petit écusson brodé en or aux armes comme dessus, 
dont une doublée de taffetas. Galon d'argent. 

Item une chasuble aussi de velours noir, avec ses elole, manipule, voile 
et bourse, pareille aux chapes cy-dessus. enrichie de deux petits écussons 
brodés comme dessus. 

Item six tuniques pareilles aux ornemens cy-dessus, avec leurs collets, 
dont deux seulement ont leurs étolc et manipule. 

(1) Archives de l'Yonne, dépôt de 2'ens. G 135, n* 93. La Jouissance de la 
rente, pour la fondation du Dauphin, devait partir du 1" Juillet 1766. Une 
erreur aj-ant été commise par Tadministralion des finances, qui avait payé 
l'année 1766 entière, le chambrier du Chapitre dut rendre 500 livres aux 
intendants des finances. 

1^ même erreur se reproduisit pour la fondation de l'anniversaire de la 
Dauphlne. 1^ chanoine chambrier. Jean-François Lebeau. a écrit, à ce 
sujet, en mai^e de son Journal de Receptes : « M. Lestoré devoit rendre pa- 
reille M>mme sur celuy de M"* la Dauphine. Le Roy a consenti que ces 
:i« livres fussent employées à faire peindre le prince et la princesse pour 
les placer dans notre Chapitre. » 

Xai retrouvé, en effet, une quittance de la somme de 493 livres 4 sols 6 de- 
niers, donnée, le lô avril 1768. à M. Lestoré, fondé de procuration du Cha- 
pitre, par M. Savaicte de Magnanville, garde du trésor, pour restitution de 
leieédent des fonds faits pour la fondation. 

tn billet, joint à cette quittance, est ainsi libellé : « Je reconnois avoir 
reçu de Monsieur Tabbé I^estoré la somme de cinq cents livres pour les 



— 108 — 

phin. Dès lors, chaque année, les cén'monies funè- 
bres seront accomplies fidèlement. 

Notons-en seulement, d*après les registres capi- 
tulaires, la date et les particularités : 

1767. — 20 décembre, anniversaire du Dauphin. 
Le cardinal officie. Oraison funèbre par le Père Eli- 
zée, carme (1). 

1768. — Samedi 12 mars, premier anniversaire 
de la Dauphine. Les corps laies sont invités. 

Lundi 19 décembre, service pour le Dauphin. I^ 
doyen officie en Tabsence du Cardinal. 

1769. — Lundi 13 mars, service de la Dau- 
phine (2). 

Mardi 19 décembre, semce du Dauphin. 

1770. — Lundi 12 mars, service de la Dauphine. 
Le doyen officie. — Mercredi 19 décembre, service 
du Dauphin; officiant, le Cardinal. 

portraits que J'ay fait <le Monseigneur le Dauphin et de M" la Dauphine 
pour le Chapitre de Sens. A f^ris, le 29JuiUet 1774. Fbbdou. » 

Os deux portraits sont conservés au trésor de la Métropole (n** 2SS, 299 du 
catalogue). Sur le cartouclie surmontant le cadre ovale, on lit : Donné par 
le roi Lotii» XV au Chapitre de Senn, en 1775. Et derrière la toile, une inscrip- 
tion terminée par ces mots : Fkikt paii Fredou. 

(les deux portraits ne sont vraisemblablement que des copies exécutées 
par Fredou. Nous n'avons pu retrouver l'original du portrait du Dauphin. 
Pour celui dn la Dauphine. il reproduit exactement un portrait conservé 
A la préfecture d'Agcn, provenant du chAteau d'Aiguillon et attribue à 
Nattier. (Voir Marie.-Josèphe de Saxe et seg peintres, par G. Stryienski. (Ga- 
zette dei Beaux'Artn, septembre 1902, p. 230.) 

(1) Alnmnach de Sens pour 1768, p. 87. 

(2) Domini stntuerunl adofncium divinum solemnisanniversarii D. Del- 
phlnac quod die luna' proximo* celebrabunt, stalim post Laudes, Primnni 
dicprc, Tertinm liorA 8 1/2, postea Sextnm, Nonam et Missam chori. Deci- 
m A horA ca m panas ad capitulum vocare ad exordiendas commendat in- 
nés deciniA horA cum mcdiA; dein Missi'i decantatA et Libero. Vesperas 
dicerc; in futuruni idem licri. (Heg. capilulaire. Arch. de l'Yonne. G 681.) 



- 109 — 

1771. — Mardi 12 mars. Orficiant, le doyen. 
Jeudi 19 décembre. Officiant, le Cardinal. 

1772. — Vendredi 13 mars et samedi 19 décem- 
bre. Officiant, le Cardinal. 

1773. — Vendredi 12 mars. Officiant, le doyen. 

Lundi 20 décembre. Officiant, le Cardinal; assis- 
tants : comte du Muy, marquis de Rochechouart, 
comtes de Tavannes, de Talleyrand et du Roure, 
menins du Dauphin, et marquise de Rochechouart. 
^Affiches de Sens, 1773, p. 110.) 

1774. — 12 mars. Officiant, M. de Bullioud, 
doyen. 

20 décembre. (Cette date a été autorisée spécia- 
lement par le Roi sur le désir du comte du Muy, 
devenu ministre de la guerre.) Ofliciant, M. de Bul- 
lioud, doyen, le Cardinal étant à Rome. 

Assistants : le prince Xavier, comte de Lusace, 
frère de la Dauphine; comte du Muy, ministre de 
la guerre; vicomte de Choiseul, comte du Chate- 
lel, marquis de Tavannes, comtes de Talleyrand, 
du Roure et de Choiseul, ex-menins du Dauphin. 

Le duc de Luynes, colonel du régiment de dra- 
gons, en garnison à Joigny et Villeneuve-le-Roi, 
lequel régiment est venu à Sens pour la circon- 
stance et fut passé en revue par le ministre de la 
guerre, comte du Muy, avant le service. (Affiches de 
Sens du 25 décembre 1774.) 

1775. — 13 mars. Officiant, M. de Bullioud, doyen. 

19 décembre. Officiant, le Cardinal. Assistants : 
comte du Chatelet, marquis de Rochechouart, 
duc de Montmorency; comte de Choiseul, vicomte 



— 110 — 

de Choiseul, et les comtes du Roure et de Talley- 
rand, menins du Dauphin. Un détachement du ré- 
giment Mestre de camp Royal-Dragons, fait la haie. 

1776. — 12 mars. Service de la Dauphine. 

19 décembre. Officiant, le Cardinal. Assistants : 
comte du Chatelet, duc de Montmorency et comte 
de Talleyrand, menins. L'escadron du régiment de 
la Reine-Dragons fait la haie. 

1777. — 12 mars. Assiste un détachement du ré- 
giment de la Reine-Dragons. 

19 décembre. Officiant, le Cardinal. Assistants : 
duc du Chatelet, duc de Montmorency et comte de 
Talleyrand, menins. 

1778. — 12 mars. Service de la Dauphine. 

19 décembre. Officiant, M. de Champbertrand, 
doyen. Assistants : duc du Chatelet et comte de 
Talleyrand, menins. 

1779. — 12 mars. Officiant, M. de Champber- 
trand, doyen. 

20 décembre. Officiant, M. de Champbertrand, 
doyen. Assistants : dut: de Chatelet et comte de 
Talleyrand. 

1780. — 19 décembre, service du Dauphin. Offi- 
ciant, le Cardinal. Assistants : duc du Chatelet, duc 
de Montmorency et comte de Talleyrand. 

1781. — 12 mars, officiant : M. de Champbertrand, 
doyen. 

17 décembre, assistants : duc du Chatelet, comte 
de Talleyrand. 

1782. — 12 mars, officiant : M. de Vaudricourt, 
chanoine, en Tabsence du doyen. 



— 111 — 

19 décembre, officiant : M. de Champberlrand, 
doyen. — Assistant l'duc du Chatelet. 

1783. — 13 mars, officiant : M. de Champber- 
trand, doyen. 

19 mars, officiant : M. de Champbertrand. — As- 
sistants : duc du Chatelet et comte de Talleyrand. 

1784. — 12 mars, service de la Dauphine. 

20 décembre, assistants : duc du Chatelet et comte 
de Talleyrand. 

1785. 12 mars, service de la Dauphine. 

19 décembre, assistants : duc du Chatelet et comte 
de Talleyrand. 

1786. — Lundi 13 mars, officiant : M. de Champ- 
bertrand, doyen. 

19 décembre, assistants : duc du Chatelet et comte 
de Talleyrand. 

1787. - - 12 mars, officiant : M. de Champber- 
trand, doyen. 

19 décembre, assistant : le comte de Talleyrand, 
seul. 

1788. — 12 mars, officiant : M. de Chambertrand, 
doyen. 

Au milieu des troubles et des préoccupations si 
graves du pays, la célébration des anniversaires, 
en 1789, passa inaperçue. Bientôt les iniques décrets 
sur la Constitution civile vinrent jeter Talarme, en 
attendant la ruine, dans le pays. En en faisant part 
à ses collègues du Chapitre, le 23 novembre 1790, 
le doyen, M. de Champbertrand, les invitait à si- 
gner une déclaration dans laquelle ils affirmeraient 
leurs sentiments. A cette heure douloureuse, les 



— 112 — 

chanoines curent à cœur de faire cette protesta- 
tion : 

« Nous n'oublierons jamais que la dépouille 
mortelle de Louis, Dauphin de F'rance, et celle de 
sa vertueuse Epouse reposent dans le sanctuaire de 
celle église; que la garde honorable de ce dépôt pré- 
cieux à la Nation nous fut confiée par Louis XV; 
qu'il nous chargea d'acquitter, les 19 décembre et 
12 mars de chaque année, un service solennel pour 
le repos de leurs âmes. Si nous sommes réduits à 
Timpossibililé de remplir un devoir qui fut toujours 
^cré pour nous, désirant donner au meilleur des 
Rois un témoignage de fidélité, de respect, d'amour 
et de reconnaissance, nous prenons rengagement 
de célébrer, ces mêmes jours, le saint sacrifice de 
la messe pour ses augustes Auteurs, et d'assister à 
leurs services, si les circonstances le permettent. « 

Le lendemain, les agents de la Révolution ve- 
naient brutalement signifier la suppi*ession du Cha- 
pitre. 

Un mois après, le 20 décembre 1790, le service du 
Dauphin fut encore célébré. Le coadjuteur, Pierre- 
Martial de Loménie y officia, entouré des curés de la 
ville et du séminaire. Les chanoines, fidèles à leur 
engagement, se réunirent et assistèrent à la cérémo- 
nie, groupés dans la chapelle de Notre-Danie-dc- 
Lorette (actuellement dédiée au Sacré-Cœur), où 
reposaient les cendres du cardinal de Luynes. 



VX.IfeTK ARCHKOLOGiqpB DE SEMS. 



T, xxn, PL. XII, p. 113. 




LE DAUPHIN & LA DAUPHINE 

Camée par Jacques Guay 



(Cabinet de% Médaittet.) 



LES JOURS MAUVAIS 



CHAPITRE VIII 



VANDALISME ET PROFANATIONS RÉVOLUTIONNAIRES 

Depuis deux ans, les solennités des anniversaires 
avaient cessé. Devant la persécution, de jour en 
jour plus menaçante et sanglante, les survivants du 
clergé sénonais s*étaient dispersés. L'ex-cardinal de 
l^ménie de Brienne, un moment bercé de Tillu- 
sion de trouver dans sa popularité un abri sûr, 
avait déserté son palais et sa cathédrale et, sus- 
pect, il cherchait à se faire oublier dans sa retraite 
de Saînt-Pierre-le-Vif. 

On était déjà aux jours les plus sombres de la 
Terreur, et le mausolée du père de Louis XVI était 
toujours debout, au milieu du sanctuaire mainte- 
nant désert et silencieux. 

Les mutilations et le pillage officiels, accomplis 
au mois de juin 1792, pour Tenlèvement des in- 
scriptions et ëpitaphes de métal envoyées à la Mon- 
naie, étaient un dangereux exemple. 

Le 3 septembre 1792, pendant une réunion pu- 

8 






— 114 — 

blique tenue dans la basilique profanée, pour Télec- 
tion des députés à la Convention, un groupe de 
forcenés avait failli briser et anéantir ce c monu- 
ment du despotisme. » 11 avait fallu rintervention 
énergique du maire, Ménestrier, pour calmer leur 
fureur (1). 



(1) Grégoire a\*ait, dans son discours, fnit allusion a ce qui s'était |>assé 
à Sens : 

c 11 y a dix-huit mois qu'à Sens on avoit pris un arrêté qui détruisoit les 
chartes. Déjà l'on en avoit envoyé des tonnes. Le citoyen Laire, zélé pour 
la gloire des arts, fit défoncer les tonnes; il y trouva des fragments de la 
célèbre chronique de Vézelay, dont à Sens on possède le seul manuscrit 
peut-être qui a ser\'i à l)acher>' et qui est imparfait. 

< L'armée révolutionnaire et quelques êtres dignes d'y figurer, ont en- 
core détruit à Sens le beau monument du chancelier Duprat; des statues 
colossales et une foule d'autres statues, avec des bas-reliefs au portail de 
la cathédrale, qui retraçoient une histoire suivie du grand œuvre des al- 
chimistes, tel qu'on le concevoit dans les xiir et xiv* siècles. » 

I^ Père Laire, bibliothécaire du district de Sens, dans une lettre du 29 fri- 
maire an III (19 décembre 1794), rectifie quelques-unes des affirmations 
du conventionnel : 

< J'ai lu avec satisfaction votre troisième rapport sur le vandalisme ot 
j'ai été touché sensiblement de la perte des monumensdont vous donnez 
des détails affiigeants... Mais je ne peux vous déguiser que j'ai été exlrt>- 
mcmcnt touché d'y voir altérer un fait dont je vous avois donné un détail 
abrégé cl dont la vérité et les circonstances ont été altérées par les copis- 
tes dans les bureaux. J'y lis ces mots : < Il y a dix-huit mois qu'd Sens (il 
falloit lire : à Auxerre) on avoit pris un arrêté (ce n'étoit pasle district mais 
le déparloment, par son arrêté du 8 janvier 1793 v. s.) qui détruisoit les 
chartes (qui aurolt pu les délruirc). Déjà l'on en avoit envoyé des tonnes (à 
Auxerre, et ces tonnes venoient du district d'Avollon, bien éloigné de Sens). 
Le citoyen I^irc y trouva des fragmens do la célèbre chronique de Véxc- 
lay, dont à Sens on possède le seul manuscrit peut-être qui a servi à l>a- 
cher>' et qui est imparfait. » (Mais cette imperfection est ancienne, puiscfue 
du temps même de Dachcry, elle se trouvoit déjà dans le manuscrit. 
(■f^iiiîiir i] <sl prouvé par l'imprimé de ce bénédictin.) 

« .ïr i\uii> ma LrtitE)ignagc tt la vérité et à la justice, tant à l'égard du district 
de S*m^ quL- tU' In municipalité. Ces deux administrations ont employé de 
concert loits irs moyens qui, dans ces temps malheureux, leur rcstoicnt 
|Mtir s*o|ïposc^r nux incursions des barbares et des vandalistes. Plusieurs 



i. 



— 115 — 

Lorsque, vers la fin de 1792, émue par le vigou- 
reux réquisitoire prononcé, contre le vandalisme, par 
l'abbé Grégoire, la Convention chargea la Commis- 
sion des Monuments de veiller à la « conservation 
des objets qui peuvent intéresser essentiellement les 
arts, » d'irréparables désastres étaient consommés. 

Cette mesure toutefois sauva le monument du 
Dauphin. Elle permit d'oublier son origine et son 
caractère si compromettants, et de n y plus voir 
qu'une pièce précieuse de musée : le chef-d'œuvre 
deCoustou. 

Le 21 avril 1793, la municipalité sénonaise déci- 
dait : 

Le citoyen Perrio, oflicier municipal, visitera, avec Per- 
son, artiste, tous les lieux où Ton peut présumer qu'il existe 
des (races de féodalité et donnera des ordres nécessaires 
pour qu'elles soient enlevées ; mais le décret de la Conven- 
tion relatif à la conservation des monuments des arts sera 
affiché partout où besoin sera. {Arrêtés municipaux, t. IV, 
f" 239.) 

Le 4 mai 1793, les représentants Turreau et Gar- 
nier, en mission à Sens, réunissaient, dans la salle 
des séances du district, les corps administratifs et 
judiciaires et, avant toute autre affaire, se préoccu- 
paient de faire disparaître le mausolée. 



même, en imposant leurs corps d ces scélérats, sont parvenus à sauver les bas- 
niitfs da mausolée de Duprat et le mausolée du ci-devant Dauphin, 

« Faites disparaîlre, je vous prie, les traces de cet odieux soupçon. Dans 
«es circonstances désastreuses, ne pas coopérer au mal éloit une vertu, et 
i \ opposer un héroïsme. 

< Salut et fraternité. » (Signé : ) Laire. 

(Affiches de SenM, an III, n' 12, 30 nivôse,) 



— 116 — 

Sur In représentation de plusieurs citoyens qu'il existe 
dans le chœur de Téglise Saint-Etienne de Sens le mausolée 
d'un ci-devant Dauphin de France et qu'il est urgent de 
faire disparaître ce monument de la vanité des tyrans; 

Les Commissaires de la Convention Nationale, représen- 
tans du peuple, arrêtent que, dans le plus bref délai, et 
sous la surveillance immédiate de l'Administration du Dis- 
trict, le mausolée dont il s'agit sera enlevé, à la diligence 
de la municipalité de laditte ville, qui demeure authoriséc 
à faire la dépense que nécessitera ledit enlèvement, et même 
à demander à la Convention Nationale, soit une avance de 
deniers, soit un acompte sur le seizième qui lui revient 
dans la vente des domaines nationaux à elle aliénés, s'en- 
gageant h cet égard lesdits représentants du peuple d'ap- 
puyer cette demande auprès de la Convention Nationale, 
sauf à laditte municipalité à rendre aux administrateurs de 
département et de district un compte de l'emploi des dittes 
avances pécuniaires. [Archives de VYonne, L. II, 95.) 

Malgré cette décision formelle, et sans doute 
parce que personne n'osait assumer la charge péril- 
leuse d enlever un tel monument au risque de le 
détériorer, plusieurs mois se passèrent sans que fût 
tentée Topéralion. 

Mais, le 4 août 1793, le conseil général de la com- 
mune, appelé à statuer sur le sort du mausolée, 
prenait une délibération dont nous transcrivons 
religieusement Torlhographe quelque peu révolu- 
tionnaire : 

Le citoyen maire a dit qu aux termes du décret de la Con 
vention nationale qui proscrit tous les monuments roj'a- 
listes et fédéraliste, et qui ordonne qu'ils seront enlevés, 
tant dans les temples que lieux publics où ils pourroient 
être placés, il croyoit nécessaire que le conseil général 
prît une délibération par laquelle il statueroit sur l'enlève- 



— 117 — 

ment du mausolé placé sur la sépulture des cy devant 
Dauphin et Dauphine de France, inhumés dans le cœur de 
la paroisse cathédralle, et sur la manière dont se feroit cet 
enlèvement. 

La matière mise en délibération : le conseil a applaudi au 
zèle du citoyen maire pour l'exécution des loix et décrets 
de la Convention, et a arrêté 1» que le citoyen Pierson (1), ar- 
tiste, seroit à l'instant invité à se rendre à l'assemblée...; et 
le citoyen Person s'étant rendu à l'invitation du conseil, il 
fut consulté sur cette entreprise, et aîant promis de sur- 

.1) Pierre Person, originaire de Grandpré (Ardennes), élève du sculpteur 
firidan, était venu se fixer à Sens au début de la Révolution et y avait un 
cabinet d'architecte. 

Ko 1794. il donne des * leçons de perspective, de la coupe des pierres et 
des cinq ordres d'architecture, t dans Tccole gratuite de dessin fondée par 
]«• marquis de Chainbonas et dirigée par le peintre Langlois. 

11 est, dès cette époque, chargé des travaux d'entretien de la cathédrale. 
Il reçoit la mission d'enlever divers objets d'art dans les abbayes de Vau- 
luivint et de Sainte-Colombe et dans les églises vouées À la destruction par 
la barbarie jacobine. Il s'efforça sans succès de sauver les précieuses ver- 
rières de l'église Saint-Romain de Sens, exécutées par Jean Cousin. Il en 
av.iit numéroté les panneaux qu'il fit déposer avec soin dans une chambre 
du Chapitre. Il projetait de les replacer dans les fenêtres de la chai)elle de 
:>ainte-<U>lonibe, h la cathédrale. 

I^ 11 janvier 1792, la municipalité lui délivre « un mandat de 843 livres, 
â compte sur 1143 livres qui lui sont ducs pour restant du prix du buste 
de M. de Chambonas. voté par le conseil. > (Registre des arrêtés munici- 
paux, t. III. f* 70.) 

Le 20 mai 1792t 11 dépose un projet i>our la restauration de la pyramide 
élevée sur l'autel de la patrie, moyennant 120 livres. Son projet est ap- 
prouvé. (Ibidem, P 190.) 

A la fin de cette même année il avait pu sauver le tombeau des Condé, 
à Vallerj*. 

En janvier 1794. invité par la municipalité à exécuter l'ordre du conven- 
tionnel Maure, prescrivant la destruction des cloches des églises, il dépose 
un rapport exposant que renlèvenient de l'un des deux bourdons, en com- 
promettant l'équilibre du beffroi,' occasionnerait des accidents considéra- 
bles, et il par\'ient ainsi à sauver les fameuses cloches sénonalses. 

Le 2 août 1794, la commune adopte son plan pour un nouvel autel de la 
patrie. 

nés la réouverture des églises, le Bureau d'administration du culte ca- 



— 118 — 

veiller Texécution de cet enlèvement, il a prié le conseil 
qu*il lui permît de choisir et faire venir de Paris des ou- 
vriers marbriers qui puissent entreprendre de faire cet en- 
lèvement ; 

Le conseil a autorisé le citoyen Person à choisir tels ou- 
vriers qui lui conviendroient, et à faire, dans le délais le 
plus court, un plan nécessaire pour Texécution de Fenlèvc- 
ment du susdit mauzolé, lequel plan il scroit prié de sou- 
mettre au conseil qui lui-même le feroit passer à la Con- 
vention en la priant d*autorizer le conseil à faire la dépence 
nécessaire pour le déplacement. 

Le conseil a invité aussi sur le champs le citoyen Person 
à commencer sur le champs à ôter de dessus le mauzolc 
tous les objets qui pourroicnt s'enlever, en attendant les ou- 
vriers qu'il attend, et déposer tous les débris du mauzolé 
dans le lieu cy-devant chapitre, ou dans tel autre qu'il con- 
viendra, d'en recueillir avec soin tous les objets sans ex- 
ception et de les placer avec les scrupuleuses attention et 
précaution qu'il scroit possible, le conseil général s'en rap- 
portant sur la prudence et la vigilance du citoyen Person. 
{Archives communales de Sens, arrêtés municipaux, t. IV, 
fo 361.) 

Person se mit aussitôt à l'œuvre. Le 19 août, Cos- 
sard et Mulot, délégués du Ministre de rintéricur 

tholiquc do In cathf^drnlc. dans sa sôancc du 20 août 1795, autorise son tn«- 
soricr ii se concerter avec Person, aroliitecte de la commune, « qui s*ctoit 
pn'scnté à l*nssoml»lée g<^nérnle pour lui Taire les offres ics plus géné- 
reux. » El le proctVvorbnl, h cet occasion, rend hommage en ces ternirs, 
au dévouement de Person : « Ot nrcliitrcte, connu par les services qu'il 
avoit rendus dans les premiers moments de la spoliation des églises, en en 
préservant celle de Saint -Etienne, en ménageant et mettant, autant qu'il 
pouvoit, a l'ahri beaucoup d'objets inléressjints. » 

I^ .30 avril 1807, IVrson restitue à la Tabrique de la cathédrale <leux bas- 
reliefs d'argent de Thomas (icrmain. prov«'nant do la chiVsse de S, I^iup 
et deux autres ayant orné le socle de reliquaires (n** 170, 171 et 172 du tré- 
sor), avec dix-huit fragments de bron/e doré provenant du mausolée. 

Person mourut à Paris, xlgé de quatre-vingts ans, le 13 février 1830. (Affi- 
cher, de Sens, du 28 février 1830.) 



— 110 — 

pour la conservation des objets d art, passent à 
Sens, et, dans leur rapport, signalent ainsi le mau- 
solée : 

Dans le chœur de la cathédrale, nous avons remarqué 
que l'on s occupoit à démonter le tombeau de marbre du ci- 
devant Dauphin, ouvrage de Coustou fils. L'intention de la 
manicipalitéy pour le soustraire aux malveillants, est de le 
faire transporter provisoirement, avec soin et par un ar- 
tiste, dans Tancien chapitre des ci devants chanoines. Le 
vœu commun paraît être de le conserver à Sens (1). 

Ce premier travail toutefois se bornait à Ten- 
lèvement des accessoires. Pour les statues, Person 
n osait opérer sans le concours des ouvriers spécia- 
listes réclamés par lui. La municipalité, de son 
côlé, malgré les promesses des commissaires de la 
Convention, hésitait à engager une dépense dont 
le remboursement ne lui paraissait pas suffisam- 
ment garanti. De là sans doute l'idée préconisée 
dans les délibérations suivantes : 

Le 5« jour du 2*) mois de la l^e décade, l'an II (26 octobre 
1793). 

Sur la proposition d'un membre de présenter à la Con- 
TeoUon les Mausolé de Louis, père de Louis Capet, et 
du cardinal Duprat; sur quoi délibérant, ouy le citoyen Du- 
four, officier municipal, faisant les fonctions de procureur 
de la commune (2), le conseil général arrête que le citoyen 
Dufour, oflicier municipal, sera député auprès de la Conven- 
tion à reflet d'y faire bornage desdits Mauzollés au nom de 
la commune de Sens, et de solliciter des secours à l'efTel de 
par\'enir à payer les dépenses de laditte commune, et que 

>1) Butl. de la Soc. des sciencex de V Yonne, t. XX, p. 4S. 
2) Sur ce personnage, voir dans J. PEimiN, le Cardinal de Brienne, page 
172 et suivantes. 



— 120 — 

le citoyen Maqui demeure chargé de rédiger cette adresse 
au nom de la commune de Sens dont sera porteur ledit cit. 
Dufour. (Archives communales de Sens, arrêtés municipaux, 
t. V, ^ 23.) 

Le lie jour du 2e mois de la 2e décade de l'an II d**»' no- 
vembre 1793). 

Un membre a annoncé au conseil général que le Mauzo- 
léc déposé dans l'église cathédrale de Sens étoit entière- 
ment démoli ; que les différentes partie de ce monument 
avoicnt été détachées avec le plus grand soin et qu'elles 
pouvoient offrir aux jeunes artistes de précieux modèles, 
sans porter avec elles les emblèmes que Ton a voulu dé- 
truire; il a demandé que Ton en fit l'offrande à la Nation et 
que la Convention fût priée de faire rassembler dans le ma- 
gazin national toutes les parties détachées de ce monu- 
ment. 

La matière mise en délibération et le substitut du procu- 
reur de la commune entendu, le conseil arrête, à Tunanimité 
et aux applaudissements des citoyens présents, que le mau- 
zolée élevé dans la cathédrale de Sens seroit offert à la Na- 
tion et que la Convention nationale seroit priée d'en faire 
transporter les différentes parties au Magazin National. 

Arrête en outre qu'il sera à cet effet adressé une pétition 
à la Convention Nationale, et que le cytoyen Dufour, offi - 
cicr municipal, sera chargé de la présenter. 

Un membre a ensuitte soumis au conseil le projet de cette 
pétition conçue en ces termes : 

« Citoyens représentans du peuple, 
< Un monument élevé par la plus basse adulation à Tor- 
gueil de nos tyrans reposoit dans l'église cathédrale de Sens. 
Ce reste impur de leur honteuse magnificence conlrastoit 
avec les principes sacrés de notre Constitution et sembloit 
accuser de faiblesse les véritables républicains : tout ce 
qui peut retracer à leurs yeux les prodigalités d'une coiir 
abreuvée du plus pur sang du peuple doit rentrer dans le 
néant et, si la Nation ouvre les portes de l'Immortalité aux 



— 121 — 

grands hommes qui ont servi notre Révolution, elle doit ré- 
duire dans la plus vile abjection tout ce qui peut lui i*ap- 
peller le souvenir de ses anciens tyrans. Elle recueille ac- 
tuellement, avec un respect mêlé de reconnaissance, les 
cendres des vertueux philosophes dont la vie fut entière- 
ment consacré aux soins pénibles et dangereux d'éclairer le 
peuple sur ses droits; elle doit également disperser avec 
le dédain du mépris ces vils dépôts que les crimes ont as- 
suré et que la vertu n'a cessé de désavouer. 

c Représentans du peuple, la commune de Sens n'a put 
souffrir davantage la présence d'un mausolée injurieux au 
peuple et à l'égalité. Elle en a fait décomposer toutes les 
parties avec soin, et les figures détachées ne peuvent plus 
offrir les odieux emblèmes qui ont trop longtemps souillé 
ses yeux. Elle en fait l'offrande à la Nation ; elle demande, 
en outre, que les différentes parties de ce monument, chef- 
d'œuvre de Coustou fils, soient rassemblés dans le Muséum 
national. C'est là, qu'après avoir été témoins ostensibles de 
lavilissement de la Nation et de l'orgueil de ses oppres- 
seurs, elles attesteront à la postérité la haine des Sénonais 
pour les Rois et leur amour pour la République (1). » 

Lecture faite de cette pétition, le conseil déclare l'ap- 
prouver en son entier. 

lit Os déclamations ne traduisaient guère, comme bien on pense, les 
seutiroenis plutôt pacifiques et débonnaires de la population et de la mu- 
nidpalité. Pour connaître l'état d'âme des Sénoiiais sous un régime qui 
auiit envoyé trente-deux de leurs concitoyens à Téchafaud. il faut lire les 
<lt libérations du conseil de la commune lorsqu'après thermidor, délivré 
de la t>'ninnie du comité révolutionnaire devant lequel il avait trop long- 
temps tremblé, il peut enfin s'exprimer librement. 

11 faut l'enlendre s'élever contre « les cannibales qui composaient l'infAme 
tribunal révolutionnaire. » (Heg. V/, fol. 53.) 

Il l^ut relire 5on adresse à la Convention pour In mise en lilierté de la 
'\\> de Louis XVl : « lx)rsqu'une faction impie étoit iwirvenne à asservir la 
'rprrst'ntsilion nationale, la terreur et la mort plaiioient sur la surface de la 
France efiliêre; lliommc de bien devenu suspect étoit appelé contre-révo- 
{.«joanairc. aussitôt incarcéré, puis subitement conspirateur : telle étoit 
Il marche rapide qui conduisoit à 1 echafaud. » (Heg. VI, fol. 74, 8 mcssi- 
•Hr an m.) 



— 122 — 

Sur Tobservation faite immédiatement par un autre mem- 
bre que les frais de construction du Mauzollée ctoient con- 
sidérables, en raison de ce que l'on avoit été obligé d'appe- 
ler des artistes de Paris pour décomposer les parties de 
manière à ne point les endommager; qu*il étoit impossible 
d'acquitter cette dépense des deniers de la commune qui 
éprouve dans ce moment les plus pressans besoins. 

Le conseil général arrête que le citoyen Dufonr demeure 
également chargé de réclamer auprès de la Convention Na- 
tionale des secours pour subvenir aux dépenses de décoo- 
stnictions du Manzolée, aux autres besoins pressans de la 
commune, etc. t Ibidem, (•79,) 

Malgré toute la diligence du citoyen Dufour et le 
lyrisme de son éloquence sans -culotte, Toffre, 
— nous devons nous en féliciter, - ne fut heureu- 
sement pas acceptée. Quant au paiement des frais, 
la commune, le district et le département s'en dé- 
sintéressent à Tenri. 

I^ 8 mars 1794, le district : 

Renvoie au Ministre de llniérienr. pour être examiné par 
des gens de Tari, le mémoire de Person, artiste, qui a dé- 
monté le monument des Dauphins, s'êlevant à 4072 livres, 
et celui de 1 jûO 13 sols pour avoir enlevé les épitaphes. 
armoiries. tomt>es et tombeaux dans la cathédrale. 

Le Directoire du district estime qc il j a lieu par le Minis- 
tre de 1 latêrieur à ordoncaaacer ledit mémoire sur leTré- 
v?r pzîblic j^înrs lavi-ir prt-jl:ible3ieal (ait Térifier par les 
jtens de Fart qui se.-^nt à cet effet commis, n'en ajant aucun 
s^ les ::e=i A':r •'ï /< TV, r<. L II. S<. f 98 ) 



F^iire iS; a:\iirv le m-^n-nT^nî, cv n'était pasassex. 
Lt> ni-.rrjrsj^vv L Ir.-^. ci ^r.t I âuJ^-ci: croîvsail à me- 
>j-\: % --r >\:T-.m:! 1 w-t.ritr. fjiNàitrnl la loi dans la 



— 123 — 

cité terrorisée : ils exigeaient une satisfaction plus 
complète. 

L'exemple d'en haut ne les y encourageait-il pas? 
A Saint-Denis, le vandalisme révolutionnaire avait 
brisé cinquante et un monuments, a En trois jours, 
a écrit le religieux témoin de ce désastre, on a 
anéanti l'ouvrage de douze siècles (1) I » Et, après 
avoir déblayé le sol de la nécropole royale, on en 
avait ouvert les caveaux, brisé les cercueils, profané 
les cadavres et traîné les ossements à la fosse com- 
mune (2). Pendant trois mois, cette horrible besogne 
s'était poursuivie méthodiquement, sous une direc- 
tion oflicielle. Preuve nouvelle et tristement élo- 
quente que tout sentiment humain disparaît fatale- 
ment lorsque s'oblitère le sentiment religieux! 

Les émules sénonais des terroristes parisiens pou- 
vaient-ils tolérer plus longtemps le droit des morts 
à la paix du tombeau? Puisque la municipalité, 
pourtant bien asservie, n'osait assumer l'odieux de 
violer des tombeaux et d'outrager des cadavres, la 



>It Chateaubriand a publié, dans les notes et éclaircissements du Génie 
«/u Christianisme, la relation d'un religieux de Tabbayede Saint-Denis, té- 
moin oculaire de ces profanations. 

2) Extrait du récit du religieux de Saint-Denis : « Mardi 15 octobre 1793. 
on a aussi reUré du caveau des Bourbons les cœurs de Louis, dauphin, 
tiUdeliOuis XV..., et de Maric-Josêphe de Saxe, son épouse. Leurs corps 
jxaicnt été enterrés dans l'église cathédrale de Sens, ainsi qu'ils l'avaient 
drnmndé. Le plomb, en figure de cœur, a été mis de côté, et ce qu'il con- 
vmiit a été porté au cimetière et Jeté dans la fosse commune avec tous les 
f3<lavres des Bourbons. I^s cœurs des Bourbons étaient recouverts d'au- 
tfTsde vermeil ou argent doré et surmontés chacun d'une couronne aussi 
d'argent doré. L.<?s cœurs d'argent et leurs couronnes ont été déposés à la 
municipalité, cl le plomb a été remis aux commissaires aux plombs, v 



— 124 — 

Société révolutionnaire, affranchie de tout scrupule, 
en prit rinitiative. 

Voici, en effet, Tunique mention de l'événement 
insérée au registre des délibérations de la Com- 
mune : 

Séance du 5 germinal an II {25 mars ÎIH) 

Plusieurs commissaires nommés par la Société révolution- 
naire à l'efTet d'exhumer les corps des cy devant Dauphin, 
Dauphine, de Luynes et de Muids, ont dépozé sur le bureau, 
présence du conseil général assemblé, plusieurs plaques, 
dont une d'argent, et trois chatons, dont deux rouge et une 
verte, lesquels ont été remis es mains du citoyen greffier, à 
titre de dépôt, pour être représenté lorsqu'il a sera requis. 
Le conseil arrêtant que le tout sera envoyé à la Convention 
par une adresse, ainsi que les croix cy devants ditte S^ Louis, 
dépozées pareillement au greffe de cette commune (1). 

C'est le 22 et le 23 mars 1791 que les jacobins sé- 
nonais purent enfin assouvir leur haine sur les cada- 
vres du Dauphin et de la Dauphine auxquels ils as- 
socièrent leurs deux amis fidèles, le cardinal de 
Luynes et le maréchal du Muy. 

Aucun récit de ces scènes lamentables ne nous est 
parvenu. Seules les allusions du Journal politique et 
littéraire du département de V Yonne nous en font de- 
viner rhorreur. 

Dans un article intitulé Mon Songe, une ombre 
conduit lautcur devant la cathédrale, et là elle lui 
dit: 

Un couple vertueux, rare modèle de l'union conjugale; 
un sage vénéré dans les camps et au milieu des cours ; des 
pontifes, hommes d'Etat, vénérables par leurs lumières, 

(t) Sens, Archives commun. (Ilogi si rodes arrét<^s delà nuiirle, t. V. f- IM>. 



— 125 — 

leur éloquence et leur humanité, y rcposoicnt dans la nuit 
du tombeau. 

Mais qu'importent aux hommes féroces, les vertus, les lu- 
mières et les services rendus à la patrie? Leurs monuments 
ont été brisés, leurs tombeaux ont été profanés, et leurs restes, 
froids et inanimés (ô honte de F humanité et des mœurs!) ont 
elè exposés nuds à la brutale curiosité d'une multitude enyvrée 
de fureur et de licence (1). (N» du 20 mars 1797.) 

Et ailleurs, à propos du passage de Tambassadeur 
turc et de sa visite au mausolée du Dauphin : 

On dit qu'elle (la municipalité; ne s*est pas empressée 
d instruire Tambassadeur que les corps de ce Prince et de 
son Epouse, avaient été extraits de leurs tombeaux et indi- 
gnement traînés à travers les rues de Sens par les patriotes, 
frères et amis. (N« du 13 juillet 1797.) 

Enfin, la déposition de rarchitecte Person, en 
1814, nous révèle ces détails : 

Les 22 et 23 mars 1794, Mif le Dauphin et Madame la Dau- 
phine ont été exhumés de la cathédrale de Sens et transférés 
dans le cimetière de l'Hôtel-Dieu...; ils ont été mis dans la 
même fosse après avoir été extraits des cercueils de plomb 
dans lesquels ils reposaient; Ms^ le Dauphin a été descendu 
le premier dans la fosse, et Madame la Dauphine la dernière, 
dans un sens inverse, les têtes au nord..., le bras gauche de 
Mi-rle Dauphin replié sur le corps de Madame la Dauphine... 

1) Ces procédés inquaUfiables étaient alors d'un usage courant. Dans 
vni récit des prolîinations de Saint-Denis, le religieux donne ces horribles 
(IrLiils : « On n*a ouvert le cercueil de Louis XV que dans le cimetière, sur 
'.V bord de la fosse. Le corps, retiré du cercueil de plomb, bien enveloppé 
•le linges et de bandelettes, paraissait tout entier et bien conservé ; mais. 
^fgagé de tout ce qui Venveloppait^ il n*oflrait pas la figure d'un cadavre ; tout 
If corps tombail en putréfaction. » Les documents ofllciels l'attestent du 
reslp : pendant toute la Terreur, les corps des victimes de la guillotine 
••taient, avant d'être jetés dans la fosse, dépouillés de leurs derniers vête- 
menLs. 



— 126 — 

La Convention elle-même entendit les échos de 
cette journée. Le Moniteur a inséré cette mention 
de la séance du 15 prairial an II (3 juin 1794) : 

Une députation de la commune de Sens félicite la Conven- 
tion nationale sur le décret par lequel elle a reconnu TEtre 
Suprême et Timmortallté de Tâme, l'engage à rester à son 
poste jusqu'à ce que la paix intérieure et extérieure soit ré- 
tablie. 

Elle témoigne aussi de sa sollicitude sur les attentats com- 
mis contre Collot d'Herbois et Robespierre, et jure de ne 
jamais séparer son sort de celui des représentants du peuple. 

Enfin, elle annonce que les corps des père et mère de 
Capet ont été exhumés du temple où ils étaient déposés, et 
rappelés, après leur mort, à une égalité qu'ils n'avaient pu 
connaître pendant leur vie ; elle présente les plaques qui 
étaient sur les cercueils qui, converties en balles, serviront 
a détruire nos ennemis; elle remet seize croix de différents 
ordres et 2 mars 4 onces de galons d'or (1). [Moniteur, tome 
XX, p. 640.) 

fij Extrait du Registre des offrandes faites à la Convention 
nationale 

Du 15 prairial de l'an second (3 Juin 1701) de la république française, une 
et indivisible. 

Le citoyen Meure, de la commune de Sens, district de Sens, dépnrtcmrnl 
de l'Yonne, a déposé sur le bureau de la Convention nationole. pour les 
frais de la guerre, sept pkiqucs en cuivre et une plaque en argent, prove- 
nant des cercueils des père et mère de Capet; plus une patène argent doré; 
deux marcs quatre onces de galons et glands dorés; trois chatons, dont 
deux rouges et un verd, montés en argent doré, provenant du tombeau de 
feu de Luynes, archevêque de Sens; enfin, seize décorations militaires, 
dont une grande de ci-devant Saint-Louis et une grande aussi de l'ordre 

du Saint-Esprit. 

Certifié conforme, 

DVCHOISI, 

receveur des dons patriotiques près la Conoentlon nationale. 
(Sens, Archives communales. P. 29.) 

Etat détaillé des objets (ibidem) 
Nous, Jean-Baptiste Hunot et Jean-Cluude Josscy, officiers municipaux 



— 127 - 

Cest tout ce que nous avons pu recueillir sur 
cette sinistre page d'histoire qu'on voudrait pouvoir 
effacer de nos annales. 

de la commune de Sens , nommés pour dresser l'état des croix déposées 

à la municipalité de Sens, conformément au décret du 28 juillet dernier, 
pour être, lesdltes croix ainsi que plusieurs autres effets, envoyés aux ci- 
toyens Hérard. représentant du peuple, et Meure, olBcier municipal, qid 
les remettront sur le bureau de la Convention nationale pour et au nom de 
la commune de Sens. 

1* Une croix de commandeur, déposée par Charles-Etienne Loménie, 
cy-devant évéque de Sens. 

2* Une croix de cy devant cordon rouge, déposée par la citoyenne Anne- 
.Uexandrine Bernard, épouse du citoyen Testu Balincourt. 
Croix de Saint-Louis déposées par : 
3- Simon -Nicolas Gabriel, ancien capitaine de la garde parisienne, de- 
meurant à Sens. 

4* Renand Daleu. demeurant à Sens. 
S- Citoyen Bullioud, — 

C* — Treignac, — 

?• — Biencourt, — 
8* — Jussy, — 

!h — Martineau, — 
10- — Potrincourt, — 

W — André-François Fortin, demeurant à Sens. 
12* — Charles-Marie Nouette-Goudy. demeurant à Sens. 
13" — Laurent-Innocent Maugé-Pramont. ^ 
14* — Hyacinte-Emangard Beau val, — 

15« — Philippe-Christophe Garsement, dit Vauboulon. demeurant 

à Sens. 
16* » Biaise Pascal, demeurant à Sens. 
Toutes lesquelles croix sont en or et émail. 
17« Une plaque d'argent avec inscription, trouvée sur le cercueil de la 
mère de Capet. 

19* Deux grandes plaques de cuivre avec inscriptions, trouvées sur le 
cercueil du père de Capet. 

19" Une plaque de cuivre avec inscription, trouvée sur la boéte renfer- 
mant les entrailles du père dudit Capet. 

TÙ" Deux petites plaques en cuivre avec inscriptions, trouvées Tune sur 
sur le cereueil et l'autre sur la boéte renfermant les entrailles de la mère 
dadilt Capet. 

21* Une plaque de cuivre trouvée sur le cercueil de Louis-Nicolas- Victor 
Félix. 



} 



II 






— las — 

Quelques mois après ces événements, le sort du 
mausolée était de nouveau mis en question. 

Person avait renoncé à déposer les statues dans 
le Chapitre. Cette salle communiquant directement 
avec la cathédrale, ne lui paraissait pas assez sûre. 
Il avait préféré la salle hassc de la maison de 
l'Œuvre, voisine de la cathédrale mais isolée. Cet 
asile cependant n'offrait pas une protection aussi 
complète qu'il avait espéré. Le 17 novembre 1794, 
le conseil du district .s'en émeut et donne au Père 
Laire, bibliothécaire du district, mandat spécial 
pour veiller à la conservation du précieux monu- 
ment. 

Sur la déclaration faite par un membre que lemausolc du 
cy-devant Dauphin, qui existait autrefois dans le temple de 
la raison de la commune de Sens, et qui aurait été transporté 
dans un bâtiment voisin, était exposé à des dégradations 
Journalières; que la main d*un des génies dudit monument 
avait été même cassée, pourquoi il invite Tadministration à 
prendre des mesures pour sa conservation qui intéresse les 
beaux arts. 

L'agent national entendu, le conseil général du district 

22* Une plaque do cuivre avec inscription, trouvée sur le cercueil de 
Paul d'Albert de LuyncH. 

23' Une patène de calice, d'argent, vermeillée en dedans, déposcp en la 
municipalité de Sens par la fabrique de Soucy h laquelle celle de Sens 
l'uvoit prêté et qui n'a pas été insérée dans le dernier envoi de l'argenterie 
fait ù la Monnoye. 

24* Ht enfln 2 marcs 4 onces 4 gros de galons et glands d'argent doré <lt*- 
posés en la municipalité de Sens par la citoyenne Bérulle, pour en fnire 
hommage i\ la Nation. 

25* Trois diamants enchâssés dans de l'argent vermeille et trouvés cinns 
le cercueil de Paul d'Albert de Luyn(*s. 

I-^* tout enfermé dans une boète ficelée et cachetée fut emporté par in di- 
ligence le 8 ))rairial an II /28 mai 171)4 . 



— 129 — 

de Sens, nrrêlc qu'il nomme le citoyen Laire, bibliothécaire 
de ce district, commissaire à Tefiet de se transporter dans 
le local où est placé ledit monument, et faire pour sa con* 
senalion tout ce qu'il croira convenable ; tous pouvoirs lui 
sont donnés pour cet objet; il est autorisé même à faire 
vuider les lieux par les personnes qui les occupent, et à 
s'emparer des clefs du local où est le monument (1). 

Toutes ces décisions restaient lettre morte devant 
les menées du comité révolutionnaire, furieux de 
n'avoir pu anéantir ces œuvres d'art. 

Il fallait que son audace allât bien loin pour que 
le maire Gaulthier eût le courage de proposer au 
conseil communal la délibération suivante : 

Ce jourd'hul 4 messidor an III*^ (22 juin 1795), 5 heures du 
soir, le Conseil général de la commune de Sens en perma- 
nence et assemblé au lieu ordinaire 

Le citoyen-maire a dit que, sur la représentation à lui 
faite qu'il se faisait continuellement des dégâts au superbe 
mausolé qui avoit été enlevé de la cy devant cathédrale pour 
être mis dans la maison ditte autrefois VŒuvre^ il étoit in- 
stant de choisir un lieu plus convenable et le mettre à Tabri 
de tout dégât; qu'en conséquence il proposoit la pétition 
suivante : 

c Les maire, officiers municipaux de la commune de Sens, 
aux citoyens administrateurs du district de Sens. 

ff La Terreur avoit forcé la Municipalité de faire disparaître 
de la cy devant cathédrale le superbe mozolé que les cir- 
constances des tems avoient élevé. Les malveillans qui ne 
trouvoient de plaisir que dans la destruction des objets les 
plus intéressans donnèrent à peine le tems à la municipalité 
de se procurer un local commode et qui mît à Tabri ce chef 
d'œuvre. La maison ditte autrefois « l'Œuvre » parut par sa 

a)/Wrf. L. U 96. f-MS. 



— 130 — 

proximité, plus propre à recevoir ce précieux dépôt, où il 
fut pour ainsi dire entassé. Malgré Tordre que la municipa- 
lité avoit donné aux personnes qui demeurent dans ce lieu, 
de surveiller ce dépôt, il s'est introduit à plusieurs fois des 
gens qui se sont permis de mutiler plusieurs flgures. Hier 
encore on a tenté de le détruire tout à fait. 

< Le décret sur les arts met ce monument sur la surveil- 
lance des autorités constituées; la municipalité sera la pre- 
mière à le défendre. 

a Pourquoi elle vous invite, citoyens administrateurs, de 
vouloir bien prendre Tavis qu*elle vous donne en grande 
considération et ordonner, attendu que le lieu où est déposé 
tout ce qui compose le mozolé n'appartient plus à la Nation, 
et que de jours à autres, il faudra le transporter ailleurs, 
vous vouliez bien arrêter qu'il sera transféré dans une .des 
chapelles de la cy devant cathédrale, que le citoyen Person 
choisira pour placer ce dépôt. » f Arrêtés municipaux i. VI 

/•« 72.; 

Troisjours après, le conseil du district, saisi de la 
pétition de la commune, décide à son tour : 

La matière disculée et le Procureur syndic entendu, le 
directoire du district de Sens : considérant que le mausolc 
dit du Dauphin est un monument public qui intéresse les 
arts; que le local où il est déposé est devenu une propriété 
particulière; que les dégra|daJlions qu'il a souffertes et cel- 
les auxquelles il est journellement exposé rendent indispen- 
sables sa translation ailleurs; qu'aucun local ne convient 
mieux à cet effet que la chapelle dite de S. Jcan^ dans la ci- 
devant cathédrale ou tout autre que choisira le citoyen Per- 
son, architecte cl sculpteur. 

Considérant en outre que la translation susdite nécessi- 
tera des dépenses qui devront être acquittées par le trésor 
public et qu'aux termes de la loi du 8 germinal dernier, le 
directoire du district ne peut délivrer de semblables ordon- 
nances sans l'homologation du département : 



— 131 — 

Est d*avis qu'il y a lieu par le département d'arrêter ce qui 
soit: 

1» La municipalité de Sens est autorisée à faire transférer 
le mausolée dit du Dauphin de la maison où il est actuelle- 
ment dans une des chapelles de la ci-devant cathédrale, en 
prenant à cet effet toutes les mesures de sûreté et d'écono- 
mie qui conviennent; 

2^ Les dépenses qui en résulteront seront acquittées sur 
les mémoires des ouvriers, vérifiés par l'architecte qui diri- 
gera les travaux, visés par la municipaUté et approuvés par 
l'administration du district; 

3» Il sera en conséquence délivré des ordonnances du 
montant desdits mémoires à prendre chez le receveur du 
district de Sens sur les fonds de l'Instruction publique. {Ar- 
chives de r Yonne, L. I, 7 messidor III.) 

Enfin, le 27 messidor (15 juillet) le district, en 
présence d'une lettre du directeur de la commis- 
sion des arts, l'invitant à veiller à la conservation 
des monuments; d'une pétition nouvelle de Person 
le priant « de protéger contre les ravages de la mal- 
veillance et de l'ignorance les morceaux rares de 
sculpture qu'il possède; ï» pressé par les instances 
du citoyen Guyot, acquéreur de la maison de l'Œu- 
vre, qui en réclame la libre et entière jouissance, 
charge Person de procéder sans délai au transfère- 
nient du monument dans une chapelle (ibid.). 

L'opération fut menée promptement. Person 
n'avait plus, cette fois, le concours de marbriers 
parisiens. Mais sa sollicitude suppléait à l'inexpé- 
rience de ses ouvriers. Il fit déposer les statues, 
non pas dans la chapelle de Saint-Jean, — elles 
eussent été trop en évidence dans cette partie de 
l'édifice devenue le parc d'artillerie de la garde na- 




- 1*32 — 

tionalc (1), — mais dans la chapelle de Sainte-Co- 
lombe. Il se garda bien de les rapprocher el de 
recomposer le tombeau dont l'aspect n'aurait pas 
manqué de réveiller lés fureurs inonoclastes des 
jacobins du cru ; mais il les dressa isolées autour de 
la chapelle. 

Telle en était la disposition deux ans plus tard. 

Racontant le passage à Sens de l'ambassadeur 
turc Esseid-Ali-ElTendi et plaisantant l'embarras de 
la municipalité jacobine, obligée d'accueillir hono- 
rablement le représentant d'un tyran oriental, le 
Journal politique et littéraire du département de 
l'Yonne, du 13 juillet 1797, écrivait : 

On dil que rambassadeur s'ctant rendu à la cathédrale, a 
désiré voir le mausolée du Dauphin, père de Louis XVI. 

On dit que la municipalité n'a pas été médiocrement em- 
barrassée quand il a fallu se résoudre à lever les lambeaux 
dune vieille tapisserie et à montrer les débris épars de ce 
monument. 

Ce retour à la cathédrale était le salut. 

Toutefois labri choisi par Person avait un gra- 
ve inconvénient. Le procés-verbal de visite de la 
cathédrale faite, le 18 juillet 1797, par rarchitecte 
Lepére et l'ingénieur Recoing, après avoir signalé la 
voûte d'une chapelle de la nef prête à s'elTondrer, 



(1) Dans le procès- vt'rl)ai de la première réunion des administrateurs 
élus par les citoyens catholiques, réunion tenue le 19 août 1795 (la réou- 
verture de l'église au culte avait eu lieu le 2Juillc(), on lit : « 11 a été ob- 
servé qu'il étoil convenable de demander que les canons Aisscnt retirés <lc 
la cha|)clln de S. Jean qui va redevenir nécessaire i>our les catéchismes 
et où cet attirail figuroit mal. » 



1 



— 133 — 

dépeint ainsi l'état de la chapelle de Sainte-Co- 
lombe : 

Nous en disons autant, à plus forte raison, de la chapelle 
de Sainte-Colombe, qui est encore plus mauvaise et présente 
de très grandes lézardes. On en remarque aussi à l*extérieur 
dans les murs de cette chapelle, qui seraient déjà écroulés 
depuis longtemps s'ils n'étaient assujettis à la charpente par 
de forts liens de fer. On a déposé dans cette chapelle un mo- 
nument précieux pour les arts. Lorsqu'il sera question de l'y 
fixer définitivement, il sera peut-être prudent de faire une 
nouvelle visite de l'état des murailles et de la voûte. Les pré- 
cautions dont nous avons parlé garantissent cependant cette 
chapelle d'une ruine subite et imprévue. 

Il semble qu'à la faveur de la renaissance reli- 
gieuse qui prépara le Concordat, le monument fut 
à peu près reconstitué par la juxtaposition des sta- 
tues. Cest du moins ce que paraissent indiquer les 
mentions des divers inventaires dressés par les soins , 
de la fabrique : 

Année 1801. Article dQ. Chapelle Sainte-Colombe.,., « une ar- 
moire en chêne contenant les débris du mausolée. Le mau- 
solée au milieu de la chapelle, b 

Année 1802. La chapelle sert alors de sacristie. Elle est 
fermée par c deux pièces de tapisserie. » 

Année 1807. Chapelle Sainte-Colombe : c Le mausolée de 
M?*^ le Dauphin et de Madame la Dauphine avec la grille qui 
l'entourait et une caisse dans laquelle sont renfermés divers 
ornements en dépendant. — Le modèle des bas-reliefs desti- 
nés à la porte Dauphine. » 

Année 1812. Texte identique. 





chapitrp: IX 



1814 



§ P^ RESTAURATION DU MAUSOLÉE 

Vingt années marquées de tant d'événements tra- 
giques, n'avaient pas effacé le pénible et humiliant 
souvenir des excès révolutionnaires. Plus d'une fois 
la vue des débris du monument, jadis objet de la 
fierté des Sénonais, avait éveillé la pensée de le 
reconstituer. Et puis, les odieuses profanations de 
1794 ne réclamaient-elles pas une réparation? 

Mais les circonstances rendaient irréalisable ce 
désir. Le gouvernement impérial n'eût pas manqué 
de considérer comme une manifestation royaliste et 
hostile ce qui pourtant n'eût été que Taccomplisse- 
ment d'un devoir de piété, de justice et d'humanité. 

Ce vœu n'en était pas moins au cœur des nom- 
breux Sénonais restés fidèles aux traditions de leur 
cité, car nous le voyons se manifester spontané- 
ment dès le premier instant où il est possible de le 
formuler librement. 



L*^. 



— 135 — 

i Nous oserons même réclamer un jour votre présence 
chérie pour notre ville fidèle, di^ aient, le 29 avril 1814, dans 
leur adresse à M. le comte d'Artois, les délégués de la ville 
de Sens (1). Elle aura à lui représenter les cendres de ses 
augustes parents dont nous étions dépositaires, et que nous 
avons su préserver de la tempête. Votre Altesse Royale 
recevra ce monument consacré à leur mémoire, et elle fera 
renaître cette touchante solennité, dans laquelle notre pro- 
vince unissait, chaque année, ses regrets à ceux de la 
famille royale, sur la perte de Monseigneur le Dauphin et 
de Madame la Dauphine. 

I Ombres sacrées, c'est vous dont les vœux pour la France, 
unis à ceux de votre digne fils, ont opéré les merveilles 
dont nous sommes témoins en ce jour et qui assurent le 
Iwnheur de l'Europe. » {Affiches de Sens, 10 mai 1814.) 

Voilà nettement précisé le projet caressé depuis 
longtemps déjà et dont l'un des représentants de 
Sens, M. Benoisl de la Mothe (2), paraît avoir été, 
avecrarchitecte Person, le principal instigateur. 

Bientôt, la ville apprenait avec joie les paroles 
flatteuses adressées par Louis XVIIl aux envoyés de 
Sens, venus le saluer à Paris, le 7 mai. Aussitôt, le 
conseil municipal prend l'initiative d'une souscrip- 
tion c proposée aux habitans du département de 



1) MM. Comisset et Benoist de la Mothe désignés, le 21 avril, par le 
Conseil municiixil pour se rendre à Paris. 

2) Ce personnage, si fervent royaliste en 1814, avait joué un rôle assez 
bruyant et nianifcnté des opinions tout autres à répoque de la Terreur. 
On peut lire dans les Affiches de Sens de l'an 1794 nombre de poésies révo- 
lutionnaires et d'hymnes à l'Etre suprême qui i>ortent la signature : Be- 
noist Lamothe (sans particule). 

il mourut en septembre 1817, laissant à la ville de Sens une somme de 
] 200 livres, pour fonder et décerner tous les deux ans un prix de piété 
liliale. (Délibérations du Conseil municipal, 23 sept. 1817, f* 141.) 



' 



— 136 — 

l'Yonne et de l'ancien diocèse de Sens. » Voici le 

texte de cette délibération qui fut imprimée et 

répandue : 

RESTAURATION 

DANS LA CATHÉDRALE DE SENS 

DU MAUSOLÉE 

DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN ET DE MADAME LA DAUPHINE 
AUTEURS DU ROI 

Souscriplion proposée aux habitons du départemenl de V Yonne 
et de l'ancien diocèse de Sens 

Cejourd'huî 14 mai 1814, le Conseil municipal assemblé, 
sur la proposition d'un Membre, qui a rappelé la réponse 
faite spontanément par le Roi aux Députés de la ville de 
Sens, réponse conçue en ces termes : 

€ Je me souviendrai toujours que les cendres des auteurs 
de mes jours ont été conservées dans la ville de Sens. » 

Le Conseil, considérant que ce précieux souvenir du Roi 
impose h la ville le devoir de rendre sans délai h cet au- 
guste dépôt sa splendeur première ; 

Considérant que le moyen le plus sûr pour y parvenir est 
de relever ce superbe Mausolée consacré à leur mémoire, 
et qui tout imparfait qu'il est en ce moment, attire encore 
l'admiration de tous ceux qui le voyent; que ce monument 
va acquérir utï intérêt bien plus touchant, par les témoi- 
gnages d'amour dont tous les Français veulent entourer 
leur Roi ; 

Considérant que la conservation de ce monument est duc 
au zèle et aux talens de M. Person, architecte-sculpteur à 
Sens, et qu'il est de toute justice de lui en confier la res- 
tauration ; 

Considérant que cette dépense, dont la ville aimerait à 
faire seule les frais par une souscription volontaire, devien- 
drait un fardeau trop lourd, même pour rarrondissemcnt, 
dont la ruine causée par les maux delà guerre est connue 
de toute la France ; 

Considérant qu'indépendamment des frais de restaura- 



— 137 — 

tion, il en est d autres indispensables pour préparer le re- 
tour de cette pompe funèbre qui étoit célébrée annuelle- 
ment dans la cathédrale de Sens, et qu'il est du devoir de la 
ville que cette solennité ait lieu, selon Tusage, le 19 décem- 
bre de cette année ; 

Considérant, enfîn, que c*cst seconder le zèle et flatter 
lamour pour le Roi de tous les habitans du département de 
lYonne, et même de Tancien diocèse de Sens, que de les 
inviter à concourir aux hommages que les habitans de la 
ville de Sens désirent rendre aux auteurs de notre auguste 
Monarque ; 

Le Conseil arrête : 

lo A compter du l«r juin prochain, il sera ouvert une 
souscription dans les cinq chef-lieux d'arrondissement du 
département de l'Yonne ; 

2" MM. les Sous-Préfets et les Maires des chefs-lieux se- 
ront invités d'en donner connaissance à lous leurs admi- 
nistrés et de vouloir bien recevoir tout ce qui leur sera 
remis ou adressé, depuis la somme de un franc, pour que 
le manœuvre même ait la consolation de présenter son 
offrande ; 

3o La souscription s'étendra aux villes les plus impor- 
tantes de l'ancien diocèse, telles que Melun, Provins, Fon- 
tainebleau, Nemours, Montargis, Etampes, etc. 

4o La liste des souscripteurs sera rendue publique à la fîn 
de novembre et adressée aux chefs-lieux de chaque arron- 
dissement ; 

a*' A partir du lor juin, M. Person prendra ses mesures 
pour commencer le travail de la restauration du Mausolée, 
et contractera rengagement formel de le rétablir dans le 
chœur, sur son ancien emplacement, pour le 30 septembre ; 

&' MM. Lornc, Benoist de la Mothe, Pelée de Saint-Mau- 
rice, Bardin etTarbé, sont nommés membres de la commis- 
sion chargée de surveiller cette opération, et d'en informer 
le conseil à la fln de chaque mois; 

7'* Le conseil a choisi pour agent principal et comptable 



— 138 — 

• 

de la commission M. I^noist de la Mothe. Il se chargera 
gratuitement de la recette de tous les arrondissements, de 
toutes les villes et paroisses de l'ancien diocèse, et même 
de^> offrandes qui pourraient être faites par toutes les au- 
tres personnes ; il suivra aussi tous les détails de corres- 
pondance et d'exécution ; 

8» Copie de la présente délibération sera adressée à Son 
Excellence le Ministre de Tintérieur et à M. le Préfet du dé- 
partement. 

Fait au Conseil général les dits jour et an. 

Nota. — Les membres de la commission se sont adjoints, 
pour s'aider de leurs conseils et de leur zèle, MM. de Vau- 
dricourt et de Formanoir, le premier, grand archidiacre du 
diocèse de Sens, et le second, curé-doyen de la ville. 

La commission, dans son désir de faire vite, 
comptait sans les lenteurs administratives, les sus- 
ceptibilités oml)rageuses, les difncultés financières 
auxquelles elle devait se heurter. 

Le préfet du département avait, il est vrai, ac- 
cueilli le projet avec grand empressement. Dès le 
8 juin, il le soumet à Tapprobation ministérielle. 
Mais, tout au travail de l'organisation du régime 
nouveau, le Ministre avait d'autres soucis. Un mois 
seulement après, il se décide à répondre : 

Paris, 8 juillet 1814. 
Monsieur le Préfet, 

J'ai sous les yeux votre lettre du 8 juin dernier et les piè- 
ces relatives i\ la restauration des monuments élevés autre- 
fois, dans la calliédrale de Sens, à la mémoire de Monsei- 
gneur le Dauphin et de Madame la Dauphine. 

Cet ol>jct est du plus haut intéréi et je vois avec satisfaction 
l'attention (jue vous y avez apportée. Mais les observations 
que vous faites à cette occasion sont fondées et, avant de 
rien statuer, il est indispensable de connaître, au moins ap- 



_ 139 _ 

proximativement, la dépense. Insistez donc pour avoir des 
détails à ce sujet, soit du conseil municipal, soit de Tartiste 
zélé à qui seront confiés les travaux. Aussitôt que vous au- 
rez ces détails, vous me les adresserez avec votre opinion 
sar ce que vous jugerez que pourrait produire la souscrip- 
tion. Si ce produit, d'après ce que vous aurez été à même 
de voir, ne devait pas s'élever à la somme présumée néces- 
saire, vous indiqueriez les moyens d'y suppléer. 

Quand j'aurai ce travail, et j'espère l'avoir bientôt, je 
prendrai les ordres du Roi que je vous transmettrai en- 
suite. Je suis... 

Par ordre de Son Excellence, • 

Le Directeur de la correspondance , 
chef de la 3^ division. 

De Neuville. 
, Archives de V Yonne, V 20.) 

Heureusement M. de la Mothe, dont Tardeur ne 
connaissait pas d*obstacles, multipliait les démar- 
ches, stimulait toutes les volontés hésitantes, met- 
lait en mouvement toutes les influences. 

I^ 4 août, il communique à M. de Formanoir, 
curé de la cathédrale de Sens, une lettre qu'il vient 
de recevoir. L'auteur n'en est pas désigné, mais les 
renseignements qu'il fournit indiquent assez qu'il 
occupe une haute situation : 

Monsieur. J'ai cru ne pas devoir gagner de vitesse M. le 
Grand Aumônier, et j'ai voulu vous ménager la surprise de 
sa lettre qui doit être autographe. 11 m'est fort agréable d'a- 
voir négocié une solution qui parait vous flatter sous tous 
les rapports. 

Voilà une première question résolue. Le mausolée doit 
lire replacé dans le chœur de la cathédrale, c'est la volonté 
bien prononcée du Roi dont vous avez un témoignage offi- 
ciel. 



— 140 — 

Quant à la Iranslation des cendres, c*est un cérémonial 
absolument étranger^ l'autorité du Roi et qui est exclusive- 
ment dans les attributions du pouvoir épiscopal. Cette opi- 
nion ne peut être controversée. Si M. l'évéque de Troycs 
ne juge point à propos d'y assister en personne, il a seul le 
droit de déléguer un commissaire ad hoc. 

Il est donc convenable que vous vous empressiez d'infor- 
mer M. révoque de l'ordre du Roi qui vous a été transmis 
par M. le Grand Aumônier, et comme l'exécution de cet or- 
dre est subordonnée à la translation des restes des augustes 
morts, vous aurez nécessairement à prier M. l'évéque de 
vouloir bien prononcer le plus tôt possible sur le cérémo- 
nial de cette translation (1). 

A défaut de la Icllrc du grand Aumônier, la pièce 
précédente en résume suffisamment la teneur. La 
décision royale tranchait la question de principe : 
restaient les détails bien autrement difficiles à 
régler. 

Les promoteurs du projet, on Ta vu, s'étaient 
assuré le concours du pouvoir civil. Ils avaient né- 
gligé l'autorité religieuse. Or l'évéque de Troyes, 
Ma*" de Boulogne, estimait qu'on ne pouvait, sans son 
assentiment et même sa coopération, ériger un 
monument dans le chœur de la cathédrale de Sens, 
ni exhumer, pour les y replacer, les restes des 
princes. Il regardait le rôle accessoire attribué à 
deux ecclésiastiques par la commission comme in- 
suffisant, sinon dérisoire. 

C.onvaincu que la commission sénonaise avait 



(I) r.rllo IiMlro, ainsi que louli's ]vs pircrs du (foxnier de l'ormatioir tloxM 
M. HéniKiic Tonnellier, niuicn niljricicn de In Mitropole, uous a laissé 
df» copies, est en la possission de la rainille de Sêheville, lierilière de 
.M. l'abbé de Fornanoir, 



— 141 — 

empiété sur ses droits, le prélat ripostait, le 21 juil- 
let, par une ordonnance, nommant M. de Forma- 
noir, curé-doyen de Sens, commissaire pour sur- 
veiller la restauration du mausolée; Tautorisant 
pendant tout le temps que durera cette restauration 
à faire le service divin dans telle partie de l'église 
qu'il jugera convenable et le chargeant « de lui 
rendre compte de l'exécution de ladite restaura- 
tion, • déclarant qu'il donne « d'autant plus volon- 
tiereles mains à cette opération qu'elle est parfaite- 
ment conforme à ses principes ainsi qu'à son cœur. ^ 
(Dossier de Formanoir.) 

Le conseil municipal, qui avait constitué la com- 
mission, comprit la leçon. Il eut le bon esprit, tout 
en faisant ses réserves, d'adjoindre à cette com- 
mission, par une nomination en règle, les deux ec- 
clésiastiques délégués par l'évêque. 

Du reste un événement heureux, la visite de 
Madame la duchesse d'Angoulême, vint à point 
aplanir toutes les difficultés et stimuler le zèle de 
tous. 

La fille de Louis XVI, revenant de Bourgogne, 
Ira versai t le départemen t . Arrivée à Avallon le 10 août 
au' soir, elle en était partie le 11 de grand matin 
pour déjeuner à Auxerre. Après deux heures de 
séjour au chef-lieu du département, la princesse 
s'était dirigée sur Sens. Dans son rapport au Minis- 
tre de rintérieur, la préfet raconte ainsi cette vi- 
site (1) : 

(1) Dalletin de la Préfecture de VYonne, n- 1" (20 août 1814). 



— 142 — 

Son Altesse Royale est entrée à Sens vers 5 heures du 
soir. 

Des daines en parure étaient allées à sa rencontre. Arrivée 
à la porte Dauphine, des mariniers ont dételé les chevaux 
de sa voiture, et l'ont conduite jusqu'à la cathédrale; elle y 
a trouvé le curé et son clergé, est entrée dans le sanctuaire 
et s'est mise à genoux sur la tombe du Dauphin et de la 
Dauphine, ses augustes aïeux; et, après s'y être recueillie 
quelque tems, elle est entrée dans la chapelle où est déposé 
le monument du célèbre Coustou, érigé en leur honneur. Sa 
voiture, reprise par les mariniers, a été conduite à riiôtel 
qui lui avait été destiné. Les autorités lui ont été présentées 
et ont eu l'honneur de la haranguer. 

Le lendemain 12, à 6 heures du matin. Madame s'est mise 
en roule pour Orléans. Elle a été reçue à Pont-sur- Yonne 
et à Villeneuve-la-Guyard, avec les mêmes acclamations et 
les mêmes transports de joie et d'admiration. 

En voyant la princesse prosternée sur un tombeau 
vide, et douloureusement émue devant les débris 
du mausolée, tous les assistants avaient éprouvé le 
regret de n'avoir pas agi plus vite et formé la résolu- 
tion de réaliser au plus tôt leur projet. 

Le 31 août, le conseil municipal, statuant sur le 
rapport de la commission, prie le préfet « d'em- 
ployer ses bons offices pour obtenir le concours des 
quatre cent soixanle-dix-neut communes du.dépar- 
tement et de lui soumettre le devis dressé par 
Person (1). ï) 

Ce devis est d'un grand intérêt. Grâce à lui, nous 
connaissons exactement les dégradations subies par 
le monument de Coustou et les parties refaites en 
1814. 

(1) Archives commun, de Sens (Reg. des dêlilKTations n' 3). 



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— 143 — 

DE^'IS POUR LA RESTAURATION DU MAUSOLÉE 

Je, soussigné, Pierre Pcrson, architecte statuaire, demeu- 
rant à Sens, nommé par la délibération du Conseil muni- 
cipal de la ville, en date du 14 mai dernier, pour exécuter 
la restauration et le replacement dans le chœur de la cathé- 
drale du mausolée de Ms' le Dauphin et de Madame la Dau- 
phine, auteurs des jours du Roi, déclare prendre envers la 
commission chargée de la surveillance desdits travaux, les 
engagements cy après, savoir : 

1*" De fournir toutes les parties manquantes en bronze, 
doré d*or moulu, telles que les écussons accolés des armes 
du Dauphiné et de Saxe et quelques parties de Técusson du 
Dauphiné; 

2o Les deux couronnes isolées terminées par quatre dau- 
phins dont un seul existe ; 

> Bouts de cyprès couleur bronze et deux bouts du ruban 
doré qui entrelacent les cyprès ; 

4» Les étoiles qui manquent à la couronne tenue par la 
figure représentant la Religion ; 

5" Redorer les cartouches et généralement remettre à neuf 
toutes les parties dans leur état primitif; 

&* Fournir toutes les vis qui attachent les bronzes sur le 
marbre, tous les crampons, crochets, goujons et toutes les 
cales de plomb nécessaires pour la pose des fîgurcs ; 

7»> Refaire à neuf la première assise de pierre qui forme 
le no3'au du socle ; 

8o Remettre à neuf les épitaphes et en redorer les carac- 
tères ; 

9'> Réparer les fractures du socle en marbre blanc veiné, 
refaire les joints en entier et les repasser au poli ainsi que 
Jes marbres du piédestal ; 

KX* Démonter la grille, à hauteur d'appui, qui entoure le 
monument, la reposer et substituer au grillage en laiton de 
petits barreaux de fer rond distans de trois pouces avec 
des embases en cuivre ; 

11'* Fournir les cercueils en plomb et en chêne pour ren- 



— i;i — 

feroier les augustes cendres: en Caire rextracUon du cime- 
tière, préparer le caveau pour les recevoir et les déposer sur 
des chenets de fer: refermer le caveau, placer dessus le 
inausoiée entouré de sa grille et (aire toat le carrelage 
qa'aura nécessité le mouvement du sol : 

\2* Recarreler également l'emplacement occupé pnr le 
tiKinument dans la chapelle de Sainte-Colombe et générale- 
ment réparer le carreau et les marches qui auraient été alté- 
rés par le déplacement ; 

1> De remettre pour le premier novembre prochain sans 
délai, le mausolée dans sa splendeur primitive sur Tancien 
cmpbcement qu'il occupait dans le chœur (1>. 

Je m'oblige encor : 

V- A rétablir sur le baldaquin du maitre-autel les attributs 
fioriés par des anges, ainsi que le serpent qui entoure la 
boule au pied de la croix ; 

2- A refaire les bas-reliefs des auteb des deux chapelles ii 
I entrée du chœur, l'un représentant le mariage de S. Louis, 
1 autre S. Martin qui partage son manteau avec cm pauvre ; 
rétablir dans leur état primitif les trophées de la Religion 
qui omoient les entre pilastres de ces chapelles ; 

3' Redorer la croix rayonnante, les rosaces et anneaux des 
autels des chapelles; 

I*' Raccorder la main de la figure représentant la Justice 
placée au-dessus de la corniche. 

Pour tous lesquels travaux, dépenses, avances et frais de 
direction des ouvrages, il me sera payé la somme de six 
mille quatre cents francs, savoir : trois mille quatre cents 
fnincs, de ce jour au premier novembre prochain, époque 
Jîxée pour le perfectionnement des travaux, et trois mille 
francs payables dans trois années avec les intérêts à cinq 
|iour cent. 

Ht moi, Louis-Claude Benoist de la Mothe, nommé agent 
de la commission, désirant que le travail confié à M. Person 

4 II On /!/ en marge /Nota : Ces conditions font seules In matière «lu 
ikvU nrrélé iwr le Ministre iwur 7000 francs. 



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y>:îETt ARCHEOLOCHa-B DE SESS. 



T. XXII, PL. Xlll. p. 144. 




LE CHŒUR DE LA CATHEDRALE DE SENS 

en 1 840 



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— 145 — 

soit à Tabri du retard qui peut résulter tant de Tincertitude 
do produit de la souscription que de l'approbation du de- 
vis (li demandé par le ministre à mondit s. Person, devis 
qui s élève à la somme de sept mille trente-quatre francs 
quatre-vingts centimes, plein de confiance aussi dans la jus- 
lice du Ministre, dans la délicatesse des membres du Conseil 
municipal et dans la probité de M. Person, je m'engage per- 
sonnellement vis à vis dudit sieur Person, à lui payer de 
mes deniers, d'ici au l^r novembre prochain, la somme de 
deux mille huit cents francs, faisant, avec les six cents 
francs qui lui ont été délivrés le 25 juillet dernier, les 
3400 francs dont il se tient satisfait en ce moment, se ré- 
servant pour le surplus l'exercice de ses droits envers qui 
il appartiendra. 

Fait double, entre nous soussignés, à Sens, ce premier 
septembre mil huit cent quatorze. 

(Signé :) Benoist de la Mothe et Person (2). 

L'harmonie parait régner dés lors dans la com- 
mission. Elle déploie une heureuse activité. 

Le 15 septembre, elle lance un nouvel appel, an- 
nonce que la première liste de souscripteurs sera 
publiée au commencement d'octobre et promet 
Térection du mausolée pour le 1er novembre (3). 

L'administration était moins empressée. Le 12 no- 
vembre seulement, le Préfet informe le Sous-Préfet 
de Sens que la restauration du mausolée est officiel- 
lement approuvée : 

Monsieur, je m'empresse devons informer que S. G. leMi- 
aistre de l'Intérieur a définitivement autorisé la restauration 

il En marge : Nota : Ijë devis n*a été nrrclc par le Ministre que le 
V> novembre 1814. 

(2) Archives communales de Sens, L 27. Cette pièce est une copie faite, le 
24 mars 1816, par Benoist de la Mothe. 

{3) Affiches de Sens, 20 septembre 1814. 

10 



— 146 — 

du mausolée de Mifi* le Dauphin et de Mme la Dauphine, ainsi 
que le replacement de ce monument dans l'église de 
S. Etienne de Sens. 

S. Exe. a approuvé la dépense, en l'arrêtant à 7000 francs; 
il n'y a plus, conséquemment, d'obstacle à la continuation 
des travaux de restauration et je vous invite à donner des 
ordres pour qu'ils soient promptenient terminés. 

Il me parait nécessaire que, de concert avec la commis- 
sion, vous fixiez un terme pour la souscription. Lorsqu'elle 
sera close, vous m'en ferez connaître le produit, afin que 
je sollicite l'allocation de la somme nécessaire pour solder 
la dépense. Cette somme sera comprise au budget départe- 
mental et payable dans le cours de l'année prochaine. 

S. G. n'a pas encore fait connaître ses intentions relative- 
ment à l'exhumation des cendres de M?r le Dauphin et de 
Mnio la Dauphine. Vous devez donc, jusqu'à ce que la déci- 
sion que j'ai sollicitée vous soit connue, vous conformer 
aux instructions que je vous ai adressées. 

Mais il serait possible que, sans attendre que ces cendres 
soient rétablies dans le lieu qui leur est destiné, on voulût 
célébrer la cérémonie religieuse qui avait été annoncée pour 
le 20 décembre prochain. Je désire savoir très promptement 
ce qui aura été arrêté à cet égard par TÂutorité locale, pour 
que je puisse en rendre compte ù LL. AÂ. RR. le duc d'Ân- 
goulême et le duc de Berry, et les prier d'honorer cette cé- 
rémonie de leur présence. 

Veuillez donc, aussitôt la réception de cette lettre, appeler 
près de vous M. le Maire, le curé de S. Etienne et les mem • 
bres de la commission, à l'eflet de prendre une détermina- 
tion cl, de concert, les moyens d'exécution. 

Vous me ferez connaître, Monsieur, les résultats de cette 
conférence pour que je fasse les démarches que je jugerai 
utiles et convenables. 

J'attends votre réponse par retour du courrier sans faute. 

Le Préfet de V Yonne ^ 
Chevalier de la Légion d*honneur, 

Gamot. [Arch. de l'Yonne, V. 20.) 




' — 147 — 

Les membres de la commission sénonaîse, réunis 
le 16 novembre, répondent au Préfet : 

1*> Qu'ils regardent en ce moment leur mission comme 
terminée puisque le mausolée est entièrement replacé dans 
le chœur (1) et que le sieur Person a justifié, par la perfec- 
tion de son travail, la confiance du conseil municipal et les 
desseins de la commission ; 

2« Qu'ils ont vu avec reconnaissance Tapprobation du 
devis du sieur Person et la mesure prise par M. le Préfet 
pour eflcctuer le paiement en suppléant, autant qu'il sera 
oéccssaire, ù rinsuffisance du produit de la souscription (2); 

3» Quïls estiment convenable de proroger la souscription 
jusqu'au 31 décembre, tant pour profiter du zèle de toutes 
les personnes qui désirent y concourir que pour diminuer 
le fardeau des charges départementales ; 



(1) En transnietUint cette délibération, le sous-préfet déclare que « cette 
opération importante est terminée, sauf quelques accessoires qui exigent 
pou de travail. » 

i2) Au 1" novembre, la souscription avait produit 3400 francs. Le 9 dé- 
cembre, elle s'élevait à 3885 fr. 50. (Lettre de M. de la Mothe au Préfet. 
Archives de l'Yonne. V 20.) 

Sur cette somme, on avait déjA dépensé 3000 francs payés à Person, 
IjO francs pour les frais d'impression de M. Tarbé. et 8 francs pour menus 
frais. 

Comme il fallait le prévoir, le zèle des souscripteurs se refroidit bientôt 
avec celui des promoteur^ de la souscription, une fois le monument ter- 
miné. Lc5 juin 1815, deux ouvriers adressent à Person une mise en demeure 
de les payer. Les signataires déclarent qu'à défaut du Préfet et du Ministre 
qui ne les payent pas, ils ne peuvent s'en prendre qu'à celui qui les a mis 
en ouvrage. (Ibid.) 

Dans une lettre du même dossier, sans indication du destinataire, pro- 
bablement adressée à Jean-Charles Sauvalle, originaire de Sens, et alors 
v>crctaire général de la préfecture, le malheureux Person expose son cruel 
embarras. « Sens, le 19 juin 1815. Lorsque j'eus l'honneur de me présenter 
à vous et de vous peindre ma position, vous eûtes la bonté de vous i inté- 
resser et déjà vous m'en donâtes des marques, et je ne pouvais perdre de 
vue l'époque marquée pour le versement qui doit nous être fait le 20 du 
présent. L'accueil favorable que m'a fait aussi M. le Préfet et ces obligente 





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— 148 — 

4" Qu'ils considèrent la reprise de l'anniversaire en usage, 
le 19 décembre en mémoire de Mir< le Dauphin, comme étant 
absolument dans les attributions de M^r Tévcque de Troyes, 
a%'ec lequel M. le curé-doyen correspond en ce moment à ce 
^ujet; 

5» Qu'ils partagent le vœu du conseil municipal et de tous 
les habitants pour que cette cérémonie du 19 décembre, 
fondée par lettres patentes du Roy du 12 juin 1767, ait lieu 
cette année même, et rien ne sera plus flatteur ni plus ho- 
norable pour la ville de Sens que la présence d'un de ses 
augustes princes; 

6" Enfln, qu'ils expriment le même vœu pour la prompte 
translation des cendres qu'il est si important de rendre au 
lieu dont elles n'auraient jamais dû sortir et que toute la 
ville est jalouse d'entourer de ses hommages. 

Signé : Pelée de Saint-Maurice, Formanoir, curéj 

D. DE Vaudricourt, Bardin, t. Tarbé, Bfnoit 
DE Lamothe, agent de la commission (1). 

^ II. TRANSLATION DES CENDRES DU DAUPHIN 
ET DE LA DAUPHINE 

L'une des premières pensées de Louis XVIII, à 
son retour à Paris, avait été celle des réparations 
dues à la mémoire des royales victimes de la Ré- 

[iromesse qu'il a réitéré, à son dernier passage, A des personnes qu*il aflTec- 
Moiine et qui s'intéresse i\ moi auquel il a répondu qu'il alail s'en occuper 
lUissitôt, me font espérer que Je ne feré pas un voyage en vain ; veuillez donc 
Mrmsieur. considéré ma siUiation malheureuse et l'objet qui en e«t la 
muse. Comme artiste quel étail mon bonheur alors de trouver rheureusc 
fK-iasion de rétablir un monument aussi considérable dû A ma conserva- 
Lion! Quel est ma position maintenant de me voir assailli par des ouvriers 
qui m'ont conHé leur temps et leurs marchandises, et de n'avoir pas le 
ko] chez moi. Enfin, Monsieur, vous êtes de Sens; vous connaissez ma con- 
duite pour pouvoir me rendre service : je me jette dans vos bras. 

t Pbrson. » 
(1) Archives de l'Y.. V 20. 



— 149 — 

volulion. Dès le mois de mai 1814, une enquête 
était ouverte pour rechercher les restes de Louis 
XYI et de Marie-Antoinette. 

Plusieurs Sénonais, des plus dignes de foi, affir- 
maient avoir été spectateurs de Thorrible drame du 
23 mars 1794. lis déclaraient pouvoir reconnaître, 
sans hésitation, Tendroit où les corps du Dauphin 
et de la Dauphine avaient été enfouis. 11 était donc 
naturel qu'on se préoccupât de les retrouver et de 
répondre ainsi à Tun des plus chers désirs du Sou- 
verain. 

Sur ce point, tout le monde était d'accord. Mais 
l'entente cessait dès qu'il s'agissait de décider à qui 
appartenait l'initiative. 

Fort de l'opinion du grand Aumônier de France, 
dont la parole pouvait être considérée comme l'écho 
des volontés du Roi, l'Evêque de Troyes entendait 
bien ne céder à personne le soin de diriger les re- 
cherches. Le 5 octobre, il avait notifié à M. l'abbé 
de Vaudricourt qull déléguait l'un de ses vicaires 
généraux, M. l'abbé de la Tour, pour le remplacer 
dans la cérémonie religieuse. 

Vous pourrez vous entendre avec lui, écrivait-il, et lui 
indiquer le jour où tout sera disposé pour exécuter la trans- 
lation des précieux restes... Vous prendrez ensemble tous 
les renseignements qui ont été conservés, sur le lieu où ils 
reposent en ce moment, et M. de la Tour sera chargé de 
dresser un procès-verbal pour constater légalement l'iden- 
lilc des corps. (Dossier de Formanoir.J 

Mais, de son côté, le Préfet revendiquait pour lui 
seul le soin de tout régler en celte affaire. Monsei- 



#•* 




— 150 — 

gneur de Boulogne nous rapprend par cette lettre 
à rarchiprétre de Sens : 

Monseigneur de Boulogne à M. de Formanoir 

25 octobre 1814. 

J'ai reçu hier, monsieur, une leUre de M. le Préfet 
d'Âuxerre, relativement à la cérémonie pour laquelle j'ai 
député M. de la Tour, par laquelle il me mande, en termes 
très polis, qu'il a cru devoir la faire suspendre, par la rai- 
son que la commission ne peut pas faire, sans Tinteri^en- 
tion de Tautorité civile, la reconnaissance de Tidentité des 
cendres préalable, nécessaire à leur translation. 

II me fait part, en même temps, de la lettre qu'il envoyé 
à S. E. le Ministre de l'Intérieur pour lui exposer les motifs 
qui l'ont déterminé à provoquer cette suspension. 

Sans trop entrer dans la justice de ces motifs qui peuvent 
bien n'être pas sans quelque fondement, il est nécessaire de 
suspendre la translation que vous aviez fixée au 26 et 27, et 
d'attendre pour cela la réponse du Ministre de l'Intérieur, 
que j'ai vu hier soir à ce sujet. 

Il est convenu avec moi que, quand même le Préfet au- 
roit droit d'intervenir à la reconnaissance de l'identité des 
cendres royales, leur translation dans l'église, leur colloca- 
tion dans le monument qui leur est destiné, et toute la 
pompe religieuse qui doit s'en suivre, sont uniquement de 
la compétence ecclésiastique. Ce sera donc à mon repré.sen- 
tant, M. de la Tour, à présider cette opération et à en faire 
le procès-verbal. 

On ne peut se dissimuler que la commission n'ait agi 
dans tout ceci fort légèrement, ne fût-ce que de s'emparer, 
de prime abord, de votre église, sans mon autorisation. En 
général, c'est un reproche que j'ai à vous faire, mon cher 
doyen, c'est que vous n'êtes pas assez maître chez vous, 
et que vous êtes un peu trop obséquieux envers vos auto- 
rités qui, comme vous voyez, ont abusé de la permission. 
Je crains bien encore que, dans cette cérémonie, on ne 



— 151 — 

fasse tout sans vous et que vous ne soyez là qu'en dernière 
ligne, de même que vous avez souffert d'être mis à la 
queue de la commission, en simple qualité d'adjoint. 

J'ai bien recommandé à M. de la Tour de veiller au main- 
tien des règles et de s'opposer, autant qu'il le pourra, à la 
violation des droits ecclésiastiques, si toutefois il se trouve 
dans ce cas-là. 

Je regrette bien que ma santé ne me permette pas d'aller 
moi-même faire cette cérémonie : c'aurait été pour moi une 
véritable satisfaction. Mais je suis véritablement indisposé 
depuis quelque temps, ce qui me contrarie beaucoup. 

Je vous prie de faire mes compliments à M. de la Motte, 
toute rancune cessante, et de recevoir, etc.. 

t Et.-Ant., évêque de Troyes. 

; Dossier de Formanoir.J 

Quelques jours plus tard, le vicaire général M. de 

la Tour confirme à M. de Formanoir les intentions 

de TEvéque : 

Troyes, le 7 novembre 1814. 

J ai reçu, hier, une lettre de Monseigneur qui me marque 

que le Ministre de l'Intérieur lui a dit que la translation des 

cendres de Monseigneur le Dauphin le regardoit lui seul 

Evèque, et que tout au plus le Préfet pouvoit assister 

comme commissaire à la reconnaissance de l'identité des 

cendres, laquelle opération n'est point la translation dans 

1 église qui n'appartient qu'à l'Evêque ou son représentant... 

En conséquence, sachant ce que je dois faire, je suis prêt 

à partir dès que vous aurez fixé le jour avec M. le Préfet. 

[Dossier de Formanoir.J 

On Ta vu plus haut, le Préfet, lui aussi, a solli- 
cité des instructions à Paris, bien persuadé qu'elles 
appuieront ses prétentions. Il écrit, le 16 novem- 
bre, à M. Tabbé de Formanoir qui lui avait de- 
mandé de prendre jour : 



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— 152 — 

J'ai soumis à M. le Ministre de l'Intérieur des observa- 
tions relativement à la translation des cendres de Monsei- 
gneur le Dauphin et de Madame la Dauphine, et aux for- 
malités à observer pour constater l'identité de ces restes 
précieux. Son Excellence ne m'a pas encore fait connaître 
ses intentions, et je crois devoir attendre qu'elles m'aient 
été notifiées avant de prescrire ou autoriser aucune mesure 
relative. 

La reconnaissance de ces cendres ne peut être trop au- 
thentique. Les formes que Son Excellence doit prescrire 
d'employer peuvent seules être suivies. 

Aussitôt, monsieur, que les instructions que j'ai sollici- 
tées me seront parvenues, je m'empresserai de vous en faire 
part et j'aurai soin, en flxant l'époque où la cérémonie de- 
vra avoir lieu, de vous donner le temps convenable pour 
faire les dispositions et convocations nécessaires. 

Je serai charmé de cette occasion de faire votre connais- 
sance, etc.. 

Gamot. 

Sensible aux reproches de son évêqiîe, le bon 
curé avait sans doute tenté de se montrer « le maî- 
tre chez lui. D Dans son devis, accepté par la com- 
mission, Person s'engageait à compléter la restaura- 
tion du mausolée par le remplacement des divers 
attributs que le vandalisme révolutionnaire avait 
arrachés comme a vestiges du despotisme d au 
maître-autel et aux autels du jubé. Mais MM. les 
fabriciens, froissés de n'avoir pas été consultés, font 
opposition à rexéculion de ce travail. Le 23 novem- 
bre, M. de Formanoir reçoit, de M. de la Molhe, 
ravis suivant, d*un ton peut-être un peu vif : 

J'étois convenu ce matin avec M. Person, qui avoit aussi 
votre assentiment, que le baldaquin du maître-autel scroit 
nettoyé dans la journée, afin de s'occuper de suite des ré- 



— 153 — 

parations à faire. Elles font parlie, comme vous savez, de 
mon traité* particulier avec M. Person et j'avois donc le 
droit d'en presser Texécution. Cependant j'ai appris que 
ces travaux étoient suspendus jusqu'à ce qu'on ait référé à 
Messieurs de la Fabrique. On doit autant s'étonner de cette 
ingérence du bureau que de votre extrême indulgence. Le 
bureau n a rien h voir à ce travail puisqu'il ne s'agit que 
d'une simple opération pour laquelle il ne lui est pas de- 
mandé un sol ; et c'est bien le moins alors que vous ordon- 
niez dans votre église les dépenses qui ne portent pas sur 
la Fabrique. 

La conduite du bureau avec vous relativement à la cire, 
et ces jours derniers encor pour quelques misérables mor- 
ceaux de fer, traces du vandalisme auxquelles vous allez 
substituer des croix rayonnantes, tout cela vous dispense 
bien de tant de déférence. 

Pressez donc, je vous prie, M. le Curé doyen, sans con- 
sulter personne, l'exécution de mes conventions avec 
.M. Person. Elles ont eu toutes pour objet le bien et l'orne- 
ment de l'église dont quelques-uns de MM. les Fabriciens 
D ont guères paru s'inquiéter dans ces circonstances. 

Benoist de ijl Mothe. 
iDossier Formanoir.J 

Il est permis de ne pas partager ropiyiion de 
M. de la Mothe sur les droits et Vingérence de 
MM. de la fabrique. Tout, de ce côté, finit cepen- 
dant par s'arranger. 

Mais le conflit entre TEvéque et le Préfet avait eu 
pour résultat de suspendre toute décision. Le 18 no- 
vembre, le Préfet avait envoyé une adresse au comte 
(l.Vrtois, Monsieur; il y rappelle la tradition qui 
amenait à Sens, chaque année, jusqu'à la révolu- 
lion, pour l'anniversaire du 20 décembre, les repré- 
sentants de la famille royale; il expose ce que la 





/ 




— I >i — 

ville de Sem ùtH prmr référer lemaasolée; ce quelle 
« prop^* de Caire p^>ur retrouver les cehdres des 
parent-* da Koi. et conclut en suppliant le Prince de 
venir présider le .er^ice anniversaire et linaugura- 
tion da tomlie^a rentâuré. 

f> devoir rempli, le Préfet < attendait les Insfruc- 
tion5 de M. le Ministre. » lorsque la lettre suivante 
v^nt tout à coup wouer. un peu durement, sa 
quiétude. Le Ministre avait assurément reçu les 
doléances de quelque personnage. - lequel? nous 
lignoron*, - sur les lenteurs et les querelles admi- 
nistratives. 

Japprtndv Moasitur, écrit d« Paris, le 29 novembre, le 
Ministre d* llnteriecr, qae la IraasIaUoo des cendres de 
M. le fWDphin et de celles de Ma.lame la Daophine que je 
croyoLs faite depuu longtemps, ne lest pas encore. Je ne 
conçois pas qa une cérémonie si auguste ait pu éprouver 
des retards J écris en conséquence à M. le Sous-Préfet de 
•Sens de la faire le plus lot possible et d y procéder avec 
toute la pompe qu elle mérite : je vous prie de donner en 
même temps tous les ordres nécessaires, la lamillc rovalc 
étant fort élonnt-e que le zèle des habitanUait pu rencontrer 
une telle indifférence 

L'abbé de MoxTESQiiof. 

.Archives de Donne. V 3r> ' 

Désolé, le Préfet répond : 

...Je SUIS loin. Monseigneur, de mériter un reproche de 
celte n.iture puisque, depuis que je suis entré dans ce dé- 
partement, je n ai cessé ,1e m occuper de la rcstauraUon du 
tombeau de ces auguNics personnes et que, depuis près de 
deux mois, Je sollicite les ordres de Votre Excellence pour 
cette translation. Elle p..urra en juger par la copie des let- 
tres que ) ai 1 honneur de lui remettre et qui, probablement. 



— 155 — 

ne lui ont pas été représentées, puisqu'elles sont restées 
sans réponse. J'en ai écrit plusieurs à M. FEvêque de Troyes, 
qui lua assuré qu'il avait eu avec Votre Excellence plusieurs 
conférences à cet égard et que vous alliez incessa tii ment 
donner vos ordres. Je serais au désespoir, Monseigneur^ que 
la famille ro^^ale me crût coupable d'une telle négligence et 
j'ose espérer de votre justice que vous voudrez bien la dé* 
tromper à cet égard... * [Archives de r Yonne, V ÎOJ 

Et aussitôt, voulant faire montre de zèle, M. Ga- 
mol élabore Tarrêté suivant, qu'il fait porter immt>- 
dialement à Sens par son secrétaire général. 11 le 
communique en même temps à TEvéque de Troyes. 
Le malheureux voulait encore un délai de quinze 
jours! 

PRÉFECTURE DE l'YONNE 

Du 2 décembre 18U 

Le Préfet du département de l'Yonne, chevalier de la Lé- 
gion d honneur, 

Vu la lettre de S. E. le Ministre de l'Intérieur, en date du 
27 du mois dernier, qui ordonne de constater sur le cluuiip 
lidentité des cendres de Monseigneur le Dauphin cl de 
Madame la Dauphine, et de les transférer dans le tombeau 
qu elles occupaient auparavant, au milieu du chœur de la 
cathédrale de Sens; 

Arrête ce qui suit : 

Article 1er.- — m. le Sous-Préfet de Sens indiquera, pour h 
wndredi 16 de ce mois, les fouilles nécessaires à retrouver 
CCS restes augustes. 

Art. 2. — Préalablement, M. le Président du Tribu uni de 
Sens et MM. les gens du Roi seront invités à faire toutes lus 
enquêtes nécessaires, à entendre tous témoins pour biuu 
fixer le lieu où les fouilles peuvent être faites avec succès. 

Art. 3. — L'audition des témoins aura lieu en présence de 
M le Sous-Préfet, de M. le Maire et de MM. les membres de 






— iso- 
la Commission qui s*est occupée de la restauration du mau- 
solée. 

Art. 4. — D'après les indications données, des jalons se- 
ront placés pour circonscrire le lieu où devront se faire les 
fouilles. 

Art. 5. — Le 16, à deux heures de Taprés-midi, la terre 
sera ouverte et, en présence de Nous, Préfet, et des autori- 
tés convoquées, Tidentité sera constatée ; les cendres dépo- 
sées dans un cercueil de plomb préparé à cet effet, et re- 
mises à Monseigneur l'Evêque de Troyes, chargé de la céré- 
monie religieuse qui doit accompagner cette translation. 

Art. 6. — Il sera dressé du tout un procès-verbal signé 
par toutes les personnes présentes. 

Art. 7. — Les dépenses nécessaires pour cette translation 
seront acquittées provisoirement sur les fonds du départe- 
ment réservés pour les dépenses imprévues. 

Auxerrc, 2 décembre 1814. 

Le Préfet : Gamot. 
Par M. le Préfet, 
Le Secrétaire Général : Sauvalle {Archives de VYonne, V 20.1 

f Veillez, écrivait le Préfet au Sous-Préfet de Sens, à ce 
que les dispositions préalables que j'ai prévues soient ponc- 
tuellement exécutées. Suivez vous-même cette exécution 
pied à pied, et mettez-vous en état de me faire un rapport 
exact et circonstancié qui puisse me mettre en état de ter- 
miner, comme nous le désirons, le 16 de ce mois. (Ibidem). » 

La préoccupation du Préfet perce dans tout ceci. 
II n'a qu'une crainte : celle que le Sous- Préfet 
agisse comme délégué direct du Ministre et non 
comme son propre subordonné. Le Sous-Préfet de 
Sens, M. du Busquet, avait eu Tintelligenee plus 
nette de la situation. En même temps que le Préfet, 
il avait reçu celle dépêche du Ministre : 




— 157 — 
Le UinUtrc de Vîntétkur au Sous-Préfcl dv Sens 

Paris, 29 novembre 1814. 
ivois cm. Monsieur, que Taugustc transbtioEi des der* 
►tes de Monseigneur le Dauphin et do Madame la 
ic ctfîit ,'ichcvée lîejHiis longtemps^ mais j'apprencls 
i|ije le zèle des habitants de Sens a été lonjours arrclé par 
s difUcuttus qu'il ne semliloit pas devoir rencontrer. 
le vous prie donc, Monsieur, de l'aire procéder à celte 
^[tdal]o^ le plus tôt possible. Constatez bien Le dépôt, 
ites cnsiiîlc îe procès- verlial du transport et celui de la 
iiîsc tlaos Tancienne sépuilure, et donner à la cérémonie 
:imi de ponipc et de majesté que le lieu en est suscep- 
M, 

Vous deveï vous enlcntlrc avec rautorité ecclésiastique 
e je sais très disposée à vous seconder, mais faites qu'on 
anse des retards qui seroicnt bientôt un scandale. 
J m I honneur d'élre, etc. 
^LL'abbé PB MoNTËSQumu. (Dossier dç FormanoirJ 

n Devant des injonctions aussi foiniellcs, le Sons- 
Préfet n*avait qu*à obéii% Dispcnisc de suivre la 
'ic hiérarchique, il avait imniédialenieiit pris ses 
sures, fixé rexliuination au 7 décembre, la ce- 
îiîonie religietise au 8, et avail lancé toutes les 
convocations , 

Toutes les dispositions étaient donc arrêtées 
'■»rst(ue parvint à Sens Tarrété préfectoral, Aussitôt, 
- Soiis-Frélet répond à sou supérieur : 

Sens, le 3 décembre 181 4« 

Monsieur le Préfet, 

reçois votre lettre rlu 2, relative a la translation des 

s de Monseigneur le Dauphin et de Madnnie la llau- 

liae. Je regrette que ma lettre du p' sur le même sujet se 

it croisée avec la vôtre, mais les ordres de Son Excellence 



^- 158 — 

dont j*ai déjà eu Thonneur de vous informer sont trop posi- 
tifs et trop pressants pour qu'il me soit possible de revenir 
sur ma détermination, car Son Excellence ajoute qu'un plus 
long retard serait un scandale et qu'il a appris que le zèle des 
habitants de Sens, dans cette circonstance, a été toujours ar- 
rêté par des difficultés qu'il ne semblait pas devoir rencontrer. 
Cette manière de s'exprimer de la part de Son Excellence, 
({ui me charge de faire procéder à la translation, ne me lais- 
sait pas, Monsieur, la latitude ni le loisir d'attendre vos 
ordres. 

Croyez, Monsieur, que ce sera avec bien du plaisir que 
je m'acquitterai, sous vos yeux et sous votre direction, de 
la mission flatteuse dont m'honore Son Excellence, et je de- 
meure convaincu que les habitants de la ville de Sens ver- 
ront avec beaucoup de satisfaction le premier magistrat du 
département augmenter par sa présence l'éclat d'une céré- 
monie digne, sous tous les rapports, de stimuler notre zèle 
et notre amour pour l'auguste famille des Bourbons. 

Au surplus. Monsieur le Préfet, ainsi que vous l'annonce 
ma lettre du 1er de ce mois, et comme cela m'est ordonné, 
je me suis concerté avec l'autorité ecclésiastique et je viens 
de m'assurer que M. l'Evêque est prévenu et que toutes Icî; 
convocations sont faites, ce qui met un obstacle nouveau au 
retard que votre arrêté du 2 amènerait et m'oblige à persis- 
ter dans la détermination dont j'ai eu l'honneur de vous 
prévenir. Agir diflëremment serait, de ma part, contrarier 
les vues de Son Excellence, et vous sentez que cela n'est 
pas en mon pouvoir. 

J'ai lu attentivement votre programme qui sera suivi 
exactement, sauf quelques modifications que la saison com- 
mande; par exemple, nous avons cru devoir décider que la 
fouille au cimetière se ferait la veille, parce que le temps 
qu'il faudra employer à cette opération serait trop long pour 
permettre de tout finir en un jour, et que, l'autorité ecclé- 
siastique voulant faire une cérémonie majestueuse, c'est in- 
dispensable, pour répondre à ses louables intentions, de la 



— 159 — 

commencer dans la matinée, afln de lui donner la latitude 
convenable (1). 

Je ne puis vous exprimer, Monsieur le Préfet, combien il 
m'est pénible de me trouver en contradiction avec vous, 
n'ayant rien de plus à cœur que de suivre en tout vos inten- 
tions. Mais Son Excellence, que j'ai instruite du jour fixé 
pour la cérémonie m'ayant marqué qu'elle la croyait depuis 
longtemps terminée, il ne me reste que le devoir d'accélérer 
le moment de réaliser ses intentions. (Arch. de VYonne,VW.J 

M. Gamot dut accepter sa déconvenue. Il se 
rendit à Sens pour la cérémonie religieuse du 8 dé- 
cembre, mais ne parut ni à Tenquéte ni à Texhuma- 
lion. Le Sous-Préfet présida à cette opération dont 
il a dressé Tintéressant compte rendu qui suit : 



(1) La inunici|>alité avait, de son côté, pris les dispositions suivantes : 

POMPE FUNÈBRE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN 

Ojounrhui, sept décembre mil huit cent quatorze, le maire de la ville 
de Sens, * 

Considérant qu'il convient donner à la pompe funèbre de Monseigneur 
le Dauphin et de Madame la Dauphine toute la décence convenable en pa- 
rpille circonstance. 
Arrête ce qui suit : 

Il ost mjoint aux habitants de la ville de balayer le devant de leurs mai- 
sons jeudi matin. 8 décembre, avant 9 heures. 

Le cortège entrera dans la ville par la porte d'Yonne, suivra la Grande- 
Rue jusqu'à la rue Dauphine et traversera In place jusqu'à l'église Saint- 
ttienne. 

Les boutiques seront exactement fermécs.sur toute la route que parcour- 
rera ledit cortège jusqu'après son passage. 

Il est expressément défendu le même jour d'ouvrir aucunes salles <ie bals 
ou autres divertissements. 

Ceux qui contreviendraient à la présente ordonnance seront traduits à 
b police. 

Fait et arrêté les dits jour et an que dessus. 

C. DE Lauhencin. 

(Archives communales de Sens, Reg, des arrêtés, tome XL) 



i 




— im — 

pROCèS-YERBAL DE LA TRANSLATION DES CENDRES DE MON- 
SEIGNEUR LE Dauphin et de Madame la Dauphine dans 

LE CHŒUR DE LA C\THÉDRALE DE SeNS <\). 

Cejoard'hai, 7 décembre 1814, heare de oeuf du matin, 
noas, Michel-Georges de Busqaet, chevalier et ancien lieu- 
Icnant-colonel an régiment de Monsieur-Dragons, chevalier 
de Tordre royal et militaire de Saint -Louis, Sous- Préfet de 
Tarrondissement de Sens, 

En vertu des ordres de Son Excellence M. Tabbé de Mon- 
tesquiou. Ministre Secrétaire d'Etat au département de Mn- 
térieur, exprimés en sa lettre autographe du 29 novembre 
dernier, et d'après Tarrété de M. le Préfet du département 
de l'Yonne, du 2 de ce mois, avons réuni en notre hôtel, sis 
rue Saint-Benoit, à Sens : MM. Billebault, président du tri- 
bunal civil; Cornisset, président du tribunal de commerce: 
Demay, procureur du Roi, et de Laurencin, maire de la 
ville, à TefTet de se transporter avec nous au cimetière dit 
de rHôtel-D*eu, sis près TEsplanade dudit Sens, pour être 
présens avec nous à la reconnaissance du lieu où sont dé- 
posés maintenant les restes de Monseigneur le Dauphin et 
de Madame la Dauphine, auteurs de notre auguste Monar- 
que, et ensuite assister à la fouille qui est nécessaire, pour 
reconnaître ces précieux restes qui, d'après les ordres sus- 
relatés, doivent être exhumés, mis dans des cercueils à ce 
préparés et réintégrés dans le chœur de Téglise cathé- 
drale de cette ville, d'où ils en ont été retirés, pendant les 
troubles de la France. 

Partis de notre hôtel, accompagnés comme dessus, nous 
îïommes arrivés au cimetière susdit, où nous avons trouvé 
MM. Benoist de la Mothe, de Formanoir, curé-doyen, l'abbé 
de Vaudricourt, ancien grand-archidiacre de Sens, Pelée 
de Saint-Maurice, avocat, Lorne, négociant, Tarbé, impri- 
meur, et Bardin, juge de paix, tous membres de la commis- 
BÎon chargée par le conseil municipal de ladite ville de Sens. 

(1) Archives de l'Archcvôchc. 



b resdaunilioii du tntusolée de MoDseigncur te Daui^hin 
dr Matleime lu Daupliiiief cottinie aussi des délnils et Im- 
prép«i rai Dires h la relnlégration Û€ leurs precieuit 
lis dans le chœur de K église cathédmlev lesquels nous 
ni dil que, jaloux de répondre à ta couflance de leurs cog* 
i^ovesis^ ils avaient pris tes mesures couvenables pour facUi* 
r ooire opération cl qu a cet elîet, ils a voient fait appeler le 
eur Persôn. artiste chargé des travaux, pour être par nous 
rotenda sur les lieux, aîusi que la dauie >Vouslourn, veuve 
Hiiresti, Thomas f aocien orfèvre, Ficon père, perruquier» 
»iidrot« docteur en chirurgie, et Vèrot, ancien religieux 
: itninîcaîu, comme témoins du lieu du dépôt dans le cime* 
urre, lesquels, présents et InterpeUésséparèmeiTt, nous ont 
les déclarations suivantes, savoir : 
î' La dâuie Wouiitonm, veuve Bureau, a déclaré que, 
r revente au cimelière, lors de llnhumation, elle a vu dépo* 
^^^ les corps sans cercueils, dans la direction du nord au 
^Wd]. à ta distance du mur, à droite en entrant dans ledit 
|Càizietière| de 13 a 14 pieds, et que Icsdils corps éloient reu- 
^b danK la même fosse, et a signé avec nous, Signé . Veuve 
^BmcAU et tJE BusQtrr. 

^■î- Le sieur Michel-Savinien Boudrot a déclaré que, pré- 
ni aa cimetière lors de rinhumation, il a vu jeter dans une 
, i droite du cimetière, les deux corps de M»?" le Dim- 
;n cl de M«>^la Dauphine. lesquels éloientnuds, etont été 
ensemble itans ladite fosse, et a signé avec nous. Signé : 

0ROT, DE BCSQUET, 

Le sieur Edmc*Huberl Vèrol, ancien religieux domini- 

(î)* a déclaré que, présent an cimelicre tors de linhu- 

on, et s*a percevant de 1 embarras des personnes char- 

is de procéder, à cause du peu de largeur de la fosse, il 



ffVtérr coiiver* tïu t'isu%'enl «ïest JiH'oJ>ins ih* Suis, lu^ en lïjfl, avait fait 
ii<»n rn IÎH2* Kit 17W*, U «viili ïuit dcTlîtnilUm que son désir vlnU ilo 
nnii wm cot]% fnt, mîuii qtie, t\an% Iv in s nù ta MinisOM de Sens tie 
n% cimMTvre, U oeerplerfill la t^eiision |Hx*post*e el le reUremlt. 
à0€9 rf# r hmnr, sérî vQ.) 

Il 



î 



* I 




— 162 — 

s'est empressé de les nider, et qu'il a déposé lui-même dans 
la fosse, le corps de Madame la Dauphine sur celui de Mon- 
seigneur le Dauphin, qu'il a entouré d'un des bras de son 
auguste époux, et a signé avec nous. Signé : Vérot, de Bts- 

QUET. 

40 Le sieur Picon père, perruquier, lequel a déclaré que, 
présent à l'inhumation, il se rappelle très bien que les 
corps de Monseigneur le Dauphin et de Madame la Dau- 
phine ont été déposés nuds, dans la même fosse située en 
entrant à droite, dans le cimetière, h une distance d'à peu 
près treize à quatorze pieds du mur, et a signé avec nous. 
(Signé :) Picon et de Busquet. 

50 Le sieur Thomas, ancien orfèvre, demeurant à Sens, 
lequel nous a déclaré qu'étant venu au cimetière avec dé- 
funt le sieur Macé, il a, de concert avec ledit Macé, qui 
avoit été présent à l'inhumation en sa qualité d'officier mu- 
nicipal, reconnu l'endroit où avoient été déposés les corps, 
et qu'il s'est assuré que la fosse, en entrant, à droite, étoit 
à la distance d'environ douze à treize pieds du mur, suivant 
le repaire qui avoit été posé, pour signe de reconnaissance, 
dans le mur; et a ledit sieur Thomas signé avec nous, 
(Signé :) Thomas et de Busquet. 

C« Le sieur Person, artiste, nous 1 déclaré que, les 22 et 
23 mars 1794, Monseigneur le Dauphin et Mme la Dauphine 
ont été exhumés de la cathédrale de Sens et transférés dans 
le cimetière de THôtel-Dieu, sur l'Esplanade, à droite, à 
l'entrée de la porte; qu'ils ont été mis dans la même fosse, 
après avoir été extraits des cercueils de plomb dans les- 
quels ils reposoient;que Monseigneur le Dauphin a été des- 
cendu le premier dans la fosse et Madame la Dauphine la 
dernière, dans un sens inverse, les têtes au nord, et les 
pieds au midi, le bras gauche de Monseigneur le Dauphin 
replié sur le corps de Madame la Dauphine; que la disposi- 
tion est à treize pieds de distance du mur dans lequel il a 
enfoncé une broche en fer jusqu'à la tête, qui y est restée 
jusqu'aujourd'hui, et qu'alors il existait un arbre essence de 



— 163 — 

noyer qui se trouvoit à deux pieds de la fosse, et a signé 
avec nous. 

(Signé :) Person et de Busquet. 

Ce fait, est intervenu M. Antoine-François Thomas de la 
Tour, archiprctre et grand vicaire du diocèse de Troyes, 
chargé par Monseigneur Tévêque de la cérémonie reli- 
gieuse relative à la translation des restes de Monseigneur le 
Dauphin et de Madame la Dauphine, lequel nous a demandé 
à assister à notre opération pour s'assurer, conformément 
à ses instructions, de Tidentité des précieux restes que nous 
nous proposions de reconnaître; ce à quoi nous avons con- 
senti avec le plus grand plaisir. 

De suite, examen fait des lieux, et lecture donnée aux 
magistrats assemblés des dépositions des témoins, nous 
avons fait appeler des ouvriers pionniers, lesquels, sous la 
direction dudit sieur Person, ont de suite travaillé à la 
fouille nécessaire, dans Tendroit reconnu pour être le lieu 
du dépôt, et, après avoir travaillé Tespace d'environ deux 
heures, au premier signe indiquant que Ton approchoit des 
restes précieux, objets de nos recherches, nous avons, tou- 
jours en présence de MM. les magistrats, ci-devant dénom- 
més, fait appeler MM. Crou, docteur en médecine. Soûlas, 
chirurgien, Rétif, chirurgien, et Boudrot, aussi chirurgien, 
tous quatre attachés aux établissements de cette ville, à 
reflet de reconnaître, d'après les indices résultant des dépo- 
sitions des témoins, les restes des corps. Et de suite, MM. les 
docteurs susdésignés ont découvert le bassin de la prin- 
cesse, les deux fémurs et la suite des extrémités inférieu- 
res; la partie supérieure du tronc et la tête ont également 
été reconnus par eux dans leur situation respective ; les 
restes de Monseigneur le Dauphin étoient placés latérale, 
ment et un peu inférieurement à ceux de Madame la Dau- 
phine; la tête de Monseigneur le Dauphin s'est trouvée 
entière ; et celle de Madame la Dauphine désarticulée. De 
suite, et sur notre invitation, MM. les docteurs se sont oc- 
cupés de déposer les restes de ces précieux corps dans des 



i 

M 




— 106 — 

En reproduisant ce document dans VAlmanach 
du déparlement de i Yonne et de la ville de Sens pour 
18l6f Tarbé Ta fait suivre d'un récit détaillé de la 
cérémonie funèbre. 

Marche du cortège lors de la cérémonie de Vexhumation des 
cendres de Monseigneur le Dauphin et de Madame la Dau- 
phine, et de leur réinhumation dans le chœur de la cathé- 
drale de Sens^ le 8 décembre Î8H. 

La cérémonie fut annoncée la veille, à 5 heures du 
soir et pendant une demi-heure, par la sonnerie en volée 
des deux bourdons de la cathédrale; et, le 8 décembre, à 
7 heures du matin, pendant le même espace de temps. A 

9 heures et demie, roffîcc fut annoncé de même et, depuis 

10 heures et demie jusqu'ù l'entrée du cortège dans l'église, 
toutes les cloches furent également sonnées en volée. 

Les autorités constituées de la ville s'étant réunies le 8, à 
9 heures et demie du matin, à Thôtel de la mairie, elles se 
rendirent rue de TEpée, pour se joindre à M. le préfet du 
déparlement, et, avec lui, prirent leur direction sur la place 
Saint-Etienne, devant l'église cathédrale, où le clergé, pré- 
cédé du corbillard destiné à recevoir les corps de Monsei- 
gneur le Dauphin et de Madame la Dauphine, se réunit au 
cortège. 

De là, le cortège se rendit surTEsplanadc, en face du ci- 
metière d'où les corps des augustes Princes avoient été 
exhumés la veille et placés sous une chapelle ardente. 

Huit membres de la garde nationale, savoir : deux grena- 
diers, deux chasseurs, deux sapeurs-pompiers et deux ca- 
valiers, désignés pour remplir les fonctions de gardes du 
corps, enlevèrent les cercueils et les placèrent dans le cor- 
billard. Quatre chevaliers de Tordre royal cl militaire de 
Saint-Louis et quatre chevaliers de la Légion d'honneur, 
s'étant placés de chaque côté pour porter le poèlf*, y restè- 
rent constamment pendant la marche, pendant la célébra- 



— 167 — 

tioD de Tofflce, et jusqu'au moment de la réinhumation dans 
le caveau. 

Pour se rendre à la cathédrale, le cortège, marchant dans 
le plus grand recueillement, a observé l'ordre suivant : 

Cent pauvres de la villç, revêtus de capotes et précciiés 
d'une croix ; ils portoient chacun un cierge et marchoient 
sur deux haies. Les orphelines tenant aussi des cierges ; 

Les dames Carmélites et leurs élèves ; les dames de VHù- 
tel-Dieu; les dames de la congrégation de Nevers, leiiis 
pensionnaires et leurs élèves ; les élèves du collège de Sens 
et ceux des autres pensionnats de la ville ; 

Le clergé, tant de la cathédrale que des autres églises de 
la ville et de l'arrondissement, ayant à leur tête M. de la 
Tour, vicaire général de M. l'Evêque de Troyesj 

Le corbillard drapé en noir, décoré de branches de cy- 
près et des armoiries de Monseigneur le Dauphin et de Ma- 
dame la Dauphine, et attelé de huit chevaux caparaçonnés 
en noir; 

Le char étoit conduit par un cocher et trois valets de pied 
en habit de deuil ; 

M. le Préfet et M. le Maréchal de camp, commandant Je 
département ; 

Ensuite tous les fonctionnaires de la ville et de l'arron- 
dissement dans Tordre des préséances. 

Toutes les autorités constituées ayant été placées dans le 
chœur, on a commencé l'office par les prières de Tab- 
soule (1); la messe solennelle a été chantée ensuite par 
M. le vicaire général de Troyes, ayant pour l'accompagner 
tous les anciens ecclésiastiques de l'arrondissement. Fen- 
dant la prose, les bourdons ont été sonnés en volée. 

Après l'Evangile, M. l'officiant a prononcé un discours 
analogue à la circonstance. 

L'offrande a eu lieu, suivant le rite solennel de cette église, 
et de la manière suivante : d'abord les quatre prêtres les 



'^1 



.1) Le narrateur, évidemment peu renseigné sur la liturgie, a pri^ lu 
chant des Matines ou des laudes pour celui de Tabsoute. 



î 




.-, _ 168 _ 

plus anciens, portant chacun un cierge à la main, ont ofTert 
chacun le pain et le vin dans le calice (1) ; ensuite M. le curé- 
doyen, au nom de la Fabrique, tenant aussi un cierge, a 
ofTerl le pain et le vin. Enfin quatre gardes-maires, portant 
aussi des cierges, ont offert le pain et le vin au nom de la 
ville. 

Uofflce a fini par le Libéra chanté à grand chœur, pen- 
dant lequel les cloches ont été sonnées en volée. 

Après le Libéra, les huit chevaliers ont descendu les 
corps dans le caveau, et les ont placés sur des chenets de 
fer. 

Le clergé a salué et honoré les restes précieux des au- 
gustes Princes en jetant de l'eau bénite, ce qui a été observe 
ensuite par M. le Préfet, M. le Général commandant le dé- 
partement, M. le Sous-Préret, et tous les autres fonction- 
naires. 

Après la cérémonie, le cortège a reconduit M. le Préfet 
chez lui. 

Le soir même, le Préfet rendait compte au Mi- 
nistre de rinlérieur de ces événements. Le début 
de sa dépêche n'est pas d'une exactitude rigou- 
reuse; elle n'en est pas moins intéressante : 

Je me suis transporté hier à Sens pour être présent à la 
recherche des cendres de Monseigneur le Dauphin et de 
Madame la Dauphine. Cette opération a eu lieu comme je 
lavais prescrite et elle a été couronnée du plus grand suc- 
cès. 

L'identité a été reconnue sans aucun doute. Les précieux 
restes placés dans des cercueils de plomb préparés pour 
les recevoir et remis ensuite aux ministres de la Religion. 



(1) (le cérémonial qui rappelle si bien le vérllablc sens de roffrando vi 
les traditions IHurgiqiies de l'ICglIse primitive a été, avec rnison, conservr 
après Tadoption du rite romain. On l'a observé, en 1891, aux fUncniilles 
de s. K. le cardinal Bernadou. 



— 169 — 

Ui cérémonie de !a translation vienl d'nvoir lien avec 
lotîte kl pompe canvenable. Votre Excellence peut compler 
sur le procès- verbal qui lui serii envoyé. Le loin beau est 
dans le niême étal où il se trouvait avant qu'il eut été pro* 
tioé par des mains impies 

le pars à rîastnnt pour Auxerre. (Archwes de rVotme^ V 30./ 

Au lexle de celle dépêche est joint le projet d iiiie 
lellre au Ministre. II n'est pas certain cjuc le Préfet 
ail ost' exhaler la mauvaise humeur qui s y traduit; 
eu tout cas, elle nous édifie sur ses sentimenls au 
soir des cérémonies de Sens : 



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La lettre naiograptte que Voire Excellence a écrite au 

Sous-rrêrct concernant la translation tics cendres de Mon- 
icigneur le Dauphin et de Madame la Dauphine n'a pas pro- 
ditïl un elTet favorable à radminislralion. Je la supplie de 
m CD donner rexplication. 

Voire ExecUence ne connaissait paj; ma correspondance 
à et sujet Elle a été tronipée. Il y a des personnes d*un ex- 
ceilcnt esprit, mais il y a aussi quelques brouillons qui en- 
tra veal auUint qu'ils peuvent, J aï été déjù obligé de les ra- 
mener à Tordre plus d une fois et il est d autant plus néces- 
saire rie ne pas relslcber les ressorts des pouvoirs de Taulo- 
filé supérieure à qui l'adniinistraliuu est confiée : il y a des 
nains pures mais que 1 ïige a fort affaiblies et qu*U est bien 
nUel de diriger. 
prends lu liberté, Moiisei|^neur, de souraeltre ces ob- 
alions û Voire Excellence» en l'assurant qu'on peut sér- 
ie Roi aussi bien que moi, mais pas avec ]ïIus d'amour 
le zèle pour ses devoirs el pour Texéculion de vos or- 
s* (Ibidem, J 




C&IPITRE X 



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A M» nUmr à Aitxerrr^ le Préfet trouirail une 

Mptdm àm Miiiglii de rfadérieiin Pei^tiadé, 

d*dprés tes ra|»port» anlériean, qop la cérumoaie 

était relardée jusqu'à la On du moisi, M. de Moiilev», 

quiou éeriYaif : 

Parti, ce 9 déecmbre. 

Mo?f$f£t'R, Frère àm Roi, désirerait se tmavrr à Stos pom 
MtJstfT à la céréfnonîe ftinêlirc qui s'y prépare. Ce projeC 
nVîit pÊ% encore arrête; mais j'ai cm devoir voua en prèveJ 
nir, je vais également le faire dire à M, 1 évéquc de TroyesJ 
Je Vûus ferai paJi^cr les derniers ordres dès que je les aurai 
reçu*, mab je croi?* que vou% pouvez dt-jî^i f;iire quelque! 
filfipriittian» préltminairex La \ûu% essentielle est de biei 
constnier TideaLité rie ces vétiérnbles dépouilIeH, de lesfali 
erd'eiitii-r rlniiH un crrfueil et de k's déposer dans un liei 
viThiu où elif!^ Hoiejd hnnurnljlcnictit. 

Il ne nie pniinl pus décent que Monsieur assiste à louves 
hiiT de cellt^ hi^pulturc, où elles ont éïù si hidêcenimei 
plecfeu^ mai!» il pou n ait ne trouver au lieu ou vous auricd 



— 172 — 

pour parfaire les décorations de la cathédrale, (aire prépa- 
rer la place qui doil être destinée à Monsieur dans le milieu 
du chœur, en avant du tombeau, précisément là où se trou- 
vait un groupe de dames à la dernière cérémonie. 

Comme les dames de la ville ne pourront point être pla- 
cées dans le chœur, on pourra marquer cl circonscrire une 
place dans la partie antérieure et extérieure du chœur d'où 
elles pourront voir facilement le Prince. 

3» M'indiquer le logement que vous croirés le plus conve- 
nable, sans rien arrêter définitivement que je ne Taie ap- 
prouvé. 

Je désire que M. de Laurencin dirige par lui-même ces ar- 
rangemcns et qu*il choisisse les personnes nécessaires pour 
Taider. 

Quant à la police intérieure de l'église, qui a été extrême- 
ment mal faite la dernière fois, j'espère que M. TEvêquc 
voudra bien me permettre d*y mettre ordre. 

Le séjour du Prince nécessitera quelques dépenses^; la 
ville de Sens n'est pas riche; aussi je suis porté à pourvoir 
à tout. Dites-moi votre façon de penser là-dessus. 

En quel état sont les arcs-dc-triomphe sur la route? En 
existe-t-il encore quelques-uns ? 

La saison n*cst pas favorable pour ces sortes de décora- 
tion. On ne pourra guère non plus sabler les rues parce 
que la pluie enlèverait tout sur le champ. 

Je serai rendu à Sens deux ou trois jours avant l'arrivée 
du Prince; et je verrai tout et examinerai tout par moi- 
même. 

Probablement je vous enverrai M. Sauvalle demain pour 
vous faire part verbalement de mes intentions ultérieures. 

J'ai oublié de vous dire, avant de vous quitter, que je dé- 
sirais qu'aucune relation de ce qui s'est passé ne fut im- 
primée dans le département sans qu'auparavant j'y aie ap- 
posé mon visa. Je vous prie de tenir la main exactement à 
cette disposition. 

Gamot. [Archives de VYonne^ V 20.) 



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— !73 — 

: tSsculcmenl le Ministre pouvait informer offi- 
îlemenl le Préfet de la visite du Comte d'Artois : 

i.e Roi vient de me dire. Monsieur, que MoxsiEim» comte 

'.rtois, seroit ix Sens niordi prochain pour tjinner et qu il 

isîeroit Iciendcmaln au service qui doit être célébré tous 

ms pour feu M. le DauphiiK Je vous prie de donner des 

!rrs en consêqence. Moksîëoh ne couchera qu'une nuit à 

. us. 

1^1 nouvelle ne surprît personne à Sens. Depuis 
plusieurs jours, grâce à M. de la Mothe, parti aux 
nouvelles à Paris, on connaissait par le menu les 
projets du prince. 

Le maire de Sens, M. de Laurencin, avait en 

et, reçu la lettre suivante : 

Paris, lundi, Il heures du soin 
Monsieur, 
ivaisvu M. BourleM premier valet dcMoKSiEUR)(î) avant 
lîncr el voici ce que j'ai recueilti. 
l* Il n'a point écrit dimanche ù Madame d'Yau ville (sa 
in parce que rien n élail encore déterminé; la lecture du 
^..ocès-verbal qui aura préparé l'article inséré dans le Motii- 
tatrât ce jour hâtera sa décision ; 

2> Rien de plus certain que le Uoi seul, par égard pour la 

^nié de MoxsiEL"a. s'est opposé à ce qu'il assistât à ta cérc- 

ciie de l'exhumation et deréinhumation^ et ouest content 

glie soit faite ; 

MoNsiELH ne sera à Sens que le 19 et peut-être le 20; il 

aorche point le dimanche et, le 19 lundi étant jour de 



irbns If Ctiîeihtrisr th* fa Ctttir pour 17W9, M. fHoiirlt't di* VniiJicc«;ï]Ë& 

* eomiiii^ |irt't)tîç-r valrt çlr la (!,hLïfii)>ri- (tu nuiiite «l^ArtoK ; Mm tUs c^t 

triiitnt |>rfmii-r vîilcl liiï la Cliambre pnr ijuarlicn l**iilibr' Slnidîi- 

.ifio Hiiiirl^l iJr Vuojicrilcs, chiiiialnc i-l vituiiri* geiirml de Sens, l-IaII 

- 'Il cuire H Icctctir du Prince* (V&tr p, 53, nntc H.} 




— 174 — 

Conseil, auquel il se fait un devoir d'assister, peut-être 
craindrait-il d'arriver trop tard. Alors la cérémonie n'aurait 
lieu que le 21 ; il n'y aurait pas grand mal à cela, nous au- 
rions plus de temps pour les préparatifs ; 

4» La suite de Monsieur, en admettant la présence de ses 
deux fils, n'excéderait pas dix-huit personnes. Monsieur 
couchera chez Madame d'Yauville(l),avec son capitaine des 
gardes, son premier gentilhomme, et quatre à cinq person- 
nes de suite au plus, mais un homme seulement pour sur- 
veiller le service. 

5» On prendra toutes les mesures possibles pour qu'en 
sortant du service, et avant le repas destiné à Monsieur i\ 
la mairie, il veuille bien passer en revue la garde nationale; 

6" Si les deux princes viennent, ils seront placés chez Ma- 
dame Larcher(2) et chez M. de Fontaine (3); le premier au- 
mônier de Monsieur, M. l'abbé de Lallit, chez M. l'abbé de 
Vaudricourt (4) (tout cela dans la même rue). Il paraît, au 
surplus que Monsieur se fait une loi d'abandonner à MM. les 
Préfets, dans toutes ses tournées, le soin de marquer son 
logement. 

Voilù, Monsieur le Maire, le résumé de mon long entre- 
tien avec M. Bourlet, qui désire ardemment accompagner le 
Prince dont les bontés pour lui sont extrêmes, et nous pour- 
rions nous en ressentir. 

De la Mothe. 

(Archives de V Yonne, V 20.) 

De son côté, le curé de Sens, M. de Formanoir, 
était avisé par Mg»* de Boulogne : 

16 décembre 1814. 
Plusieurs incidents et divers malentendus relatifs à la cé- 
rémonie de Sens m'ont empêché de répondre aux deux lel- 

(1) Rue du Snint-Ksprit, n* 6. 

(2) Rue du Saint-Esprit, n* 10. 

(3) Rue du Saint-Esprit, n* 9. 

(4) Rue du Saint-Esprit, n- 4. 



— 175 — 

très que vous m*avez écrites. Je vous apprends par celle-ci 
que Monsieur allant à Sens, mardi prochain, pour assister 
au ser\'ice solennel qui aura lieu pour M. le Dauphin, je 
partirai lundi pour arriver sur les huit heures du soir à 
Sens et descendre chez vous, très fâché de vous donner 
rembarras de ma personne, mais très charmé du plaisir que 
j'aurai de vous voir. Nous aurons par là le temps de tout 
préparer pour le service du surlendemain que je célébrerai 
pontificalement. 

11 faudra tâcher de convoquer le plus que vous pourrés, 
les prêtres des environs, tant pour servir à l'autel que pour 
augmenter la pompe de la cérémonie. 

J'ai donné avis aussi dans ce sens là à Fabbé de la Tour, 
qui, peut-être, n'aura plus la force de revenir à Sens, tant il 
a été fatigué. Je crains de Têtre aussi, vu ma mauvaise santé 
et ce mauvais temps, mais il faut savoir se résigner quand 
il le faut. 

Je suis fâché de n'avoir pas eu le temps de faire une pe- 
tite oraison funèbre et d'avoir été pris au dépourvu à cet 
égard. D'ailleurs je n'aurais pas pu prêcher et officier; mais 
j ai évoqué quelques lignes pour dire à Monsieur. 

J'espère que tout se passera dans l'ordre et la décence 
convenable. Je vous renouvelle, en attendant. Monsieur, 
tous les sentimens d'estime et d'affection que vous me con- 
naissez et auxquels je me flatte que vous rendez justice. 
Et.-Ant., Evèque de Troyes. [Dossier de Formanoir.J 

Le Bulletin de la Préfecture de V Yonne (no XIII) 
a publié le compte rendu officiel de la réception 
faite à Sens au fils du Dauphin. Nous avons extrait 
de la phraséologie préfectorale les détails qu'on va 
lire : 

S. A. R. arriva, le mardi 20, à 4 heures du soir, à Ville- 
neuve -la-Guyard. Le Préfet et le Général commandant le 
département Vy attendaient avec un détachement de gen- 



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— 176 — 

darmeric. Après avoir reçu les salutations du Préfet, qui lui 
présenta l'arrêté réglant le cérémonial de la soirée et du 
lendemain, le Prince continua sa route. A Pont-sur- Yonne, 
le Sous-Préfet de Sens se joignit à la suite. Les lanciers de 
Berry et la gendarmerie formaient l'escorte. Aux limites du 
territoire de la ville attendaient le Maire entouré du corps 
municipal, la garde nationale à pied et à cheval, et une 
multitude considérable. 

Dans son discours, le Maire eut soin de faire ressortir le 
soin pieux avec lequel les Sénonais avaient relevé le tom- 
beau du Dauphin, c L'empressement qu'a mis la ville de 
c Sens à la restauration du Mausolée des auteurs de vos 
« jours prouvera à Sa Majesté , ainsi qu'à Votre Altesse 
c Royale, tout le prix que nous attachons à la conservation 
c de ce précieux dépôt dans notre cité. » 

Monsieur, dans sa réponse, fit l'éloge du zèle et de In 
piété des habitants de Sens et leur en témoigna sa grati- 
tude. 

Pendant ce temps, un groupe de mariniers dételaient les 
chevaux, s'emparaient du carrosse du Prince, et le traînaient 
en triomphe jusqu'à l'hôtel de Mm« d'Yauville, où il devait 
résider. 

Après un instant de repos, le Prince, entouré d'un cortège 
d'honneur, se rendit à l'hôtel de ville. La mairie était alors 
installée dans le vieux palais des archevêques, à moitié 
ruiné. C'est là qu'eut lieu le banquet offert par la ville. Pen- 
dant le repas, la foule circulait dans la salle où le frère du 
Roi avait convié les autorités du département et dans celle 
où une table de cent couverts réunissait la suite du Prince, 
les gardes du corps et les principaux fonctionnaires. 

Après le dîner. Monsieur s'est rendu dans la plus grande 
salle de l'hôtel de ville (1), destinée pour la présentation des 
autorités. Une double rangée de dames, élégamment velues, 
étaient placées sur un des côtés de la salle ; l'autre côlé, 
était occupé par les autorités, dans Tordre des préséances. 

(1) Sans doute la saUc synodale de rofncialit<^. 



— 177 — 



: f Préfet fil les présentations, 4 On a remarqué dans ces 
prmntnHons» dit le procès-verbnU celle de trois fin mes de 
> IIS» Mesdames Duroulîn, Bernard cl Follet qui, i^i une 

,)oqiie encore rècenle où cette ville élnil nicnncéc. pour la 
sccDodc fois, du pitiage et de Hncendic par les armées ol- 
lÎLTs, se sont exposées h tous les dangers, et ont obtenu des 
uhefN b suspension des Lostdilés. Le Prince a entendu ces 
(LiiBes avec intérêt el a donné à leur dévouement l'éloge le 
plus llatteur {l}. 

< La couiniîssion nommée^, pour suivre ta restauration 
il riionumcnt consacré h la mémoire de Monseigneur le 

' upliin el de Mudame b Daupliine,-. ^>ant été également 

résenlée au Prince, S. A. Royale n daij^né 1 accueillir avec 

►nté. Elle a fait connaître à M. Person, artiste distingué, 

uelk* n'ignora il pas tout ce que cette restauration devait 

son ïéle et u son tolent. » 

Après celte soirée, te Prince fut reconduit i\ riiôtel de 
M'»' il Yau ville, acclnnié par la population. La ville cnliére 

'lit illuminée. » Le mot d'ordre donné parle Prince lui- 
iiiâne a été : Sainl Louis, Sens. » 

* Le lendemain, mercredi 21 décembre, une salve dartiL 
Ktic el les cloches de la catliédrale ont annoncé, dés 7 heu- 
\s du matin, la pieuse cérémonie i\ laquelle ce jour devail 

l'Q consacré. Elle avait été fixée à 10 heures précises du 

udin. Ué^ 9 tieures et demie, les Autorités se sont réunies 

1 iîtitel de Ville et se sont rendues au palais de SA. Royale. 

« Avant dé sortir, le Prince a reçu cheval iers de Suint- 
Lnuis, M, Iloudîn^ maréchal de camp, commandant le De- 
p^Értement, et M. le comte de Laurencin. chevalier de Molle, 
Micîen lïeutenanl*coloncl de cavalerie et maire de la ville 

t Jîens, auxquels S. A. Royale venait d'accorder cette dé- 

-ration. 

f A 10 heures, MoxsiLCK, escorté comme le jour précédent, 
pû allé à Végtise cathédrale; les rues que S, A. Royale a 
traversées étalent remplies dliabitans, et les cris de : Vîm 



Tinr J< PiuinfH, Sîhjet tir Smt, t)|>^ ^« Ui qï 2B, 




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— 178 — 

!e Roi^ Vive Monsieur! se faisaient entendre de toutes 
parts. 

t* Arrivé à Téglise, M. Tévêque de Troycs, à la tête du clergé, 
a reçu le Prince sous le dais, à l'entrée de la cathédrale (1), 
et lui a adressé un discours aussi touchant qu'éloquent. On 
a retenu, dans la réponse de S. A. Royale, ces mots dignes 
du nis de saint Louis : c Je ne doute pas que la France ne 
doive aux prières de nos illustres parens, dont les cendres 
reposent dans cette enceinte, le bonheur que Dieu lui a 
rendu i 

« Monsieur, se rendant ensuite à la place qui avait été dis- 
posée dans le sanctuaire pour le recevoir, est entré dans le 
chœur; arrivée devant le Mausolée, S. A. Royale s'est pros- 
ternée sur la tombe de ses pères et y a fait sa prière. Le 
service, malgré l'affluence du monde qui se pressait de 
toulos parts, a été célébré avec une pompe et une majesté 
dignes de son objet. Les cérémonies (2) observées dans cette 
méui omble circonstance rappelaient les plus beaux jours 
de la iloligion; et rien n'était plus touchant que cette réu- 
nion, au pied des autels, d'un Prince justement chéri et 
d'un IVélat que ses vertus et ses talents distinguent si émi- 
ueuiuient. 

0\ M Quatre curés portaient le dnis. M" TEvêquc présenta h S. A. Ro>*alc 
L't-Ai) iM-nite» lui Ot Imïscr la Vraie Croix, lui donna l'encens... » (Relalion 
th lAUntmach Tarbé, 1810, p. 179.) 

i'I) m ï/(ifTrandc a été faite suivant l'usage par quatre curés les plus nn- 
ckns <lp l'arrondissement, après lesquels le Prince s'est aussi présenté 
]ioi)r lulro la sienne; et ensuite M. le Curé, au nom de la Fabrique et suivi 
i\v quîiln^ bedeaux portant cierge, a offert le pain et le vin. Un membre 
du rtiiisril municipal, suivi de quatre gardes-maires, a fait semblnblc 
DlTnindc, au nom de la ville. 

N i^v rninfalquc, A trois rangs de gradins, couvert de cierges, était sur- 
nioiUi' ft'un ditis de velours noir, aux armes du Dauphin. Sur le cutafal- 
qiu' iHnU étendu un riche manteau royal, parsemé de fleurs de l}'s. Sur 
un coussin cramoisi, brodé en or et garni de ses glands, était posée la cou- 
ronne' il IL Dauphin, et, au-dessous, était suspendu le grand-cordon de l'or- 
dre du Saint-Esprit, le tout couvert d'un crêpe. 

s I^i quête a été faite, tant pour l'église que pour les pauvres, par Mes- 
dsimos Bt' nord et Desgranges.» (Alnmnach T€irbé, Ibidem), 




— 179 — 

« Après la cérémonie, cl en repassant devant le Mausolée, 
le Prince a réitéré sa prière et a été ensuite reconduit sous 
le dais par Mp" TEvêque, à la tête de son clergé, jusqu'à la 
porte de l'église. 

« De là, S. A. Royale est relournée, avec son cortège, à son 
palais ; elle y a passé en revue la garde nationale de la ville 
de Sens, et le Prince, sur la demande de M. le Préfet, a au- 
torisé tous ceux qui la composent, à porter le liseré noir 
qui rappellera la circonstance qui a donné lieu au voyage 
de S. A. Royale. 

< Le Prince a fait remettre à M. le Préfet la somme de 
5000 francs, pour distribuer des secours aux cinq arrondis- 
sements du Département; et de plus, 2000 francs à M. le 
curé-doyen de Sens, pour les pauvres de cette ville. 

< Dans la distribution des croix de chevaliers de la Légion 
d Honneur, faite à celte occasion, nous relevons les noms de 
M. de Busquet, Sous-Préfet de Sens, ancien lieutenant-colo- 
nel des Dragons de Monsieur, aujourd'hui Louis XVIII, et 
gentilhomme de sa chambre ; Miron, président de la dépu- 
tation de Sens envoyée au Roi ; le chevalier de Busquet, 
chevau-léger de la Garde du Roi, fils du Sous-Préfet de 
Sens. 

c S. A. Royale a été conduite avec les mêmes escortes et le 

même cortège jusqu'aux limites du territoire de la ville 

M. le Préfet, le maréchal de camp Boudin, M. le marquis 
de Tanlay, les lanciers et la gendarmerie l'ont accompagnée 
jusques aux limites du Département. » 

La cérémonie du 21 décembre 1814, en faisant 
revivre les traditions de l'Eglise sénonaise, marquait 
louverture d'une ère nouvelle. Désormais, les ser- 
vices du Dauphin et de la Dauphine seront célébrés, 
chaque année avec la solennité d'autrefois. A défaut 
des princes de la famille royale dont les visites ne 
coïncideront guère avec les dates des anniversaires, 



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— 180 — 

le premier gentilhomme de la Chambre du Roi, un 
capilaine des Gardes et l'Intendant des Menus, 
viendront (uièlement, du moins les premières an- 
nées, y représenter le Roi. 

En mars 1815, à la veille des événements qui vont 
obliger Louis XVIII à reprendre le chemin de Texil, 
le service pour la Dauphine a eu lieu (1). 

Dés les premiers jours de décembre suivant, le 
Préfet, M. de Goyon, songe aux moyens de célébrer 
ranniversnirc du Dauphin, car aucune subvention 
de l'Elat n*a été prévue pour cet objet. Un devis 
s'élevant a 156 francs lui paraît trop élevé. Préoccupé 
« des rédticlionsque commande la situation finan- 
cière de la caisse communale, ^ le Préfet est d'avis 
de ne dépenser que 253 francs. 

Je conçois, écrit-il au Sous-Préfet de Sens, que si M. le 
Pi ince vie ni, cet échafaudage d*économie croulera néces- 
sairement. Mais alors nous aurons d'autres moyens; tandis 
que si S. A. H. ne vient pas, nous n'en aurons aucun et 
j'ignore quelle est la caisse qui en supportera définitivement 
la dépense... C'est pourquoi je vous invile à soumettre le 
calcul d'autre part à M. le doyen, curé de Sens, pour en dé- 
fltïiUf, en passer par ce qu'il jugera convenable. {Archives 
de t Yonne, y. 20.) 

Aucun pritice n'assista à la cérémonie, qui eut lieu 
le mardi 19 décembre. M. de Goyon était venu 
d*Auxerju pour y prendre part. 

Le service pour la Dauphine devait avoir un 



(Il Compter tk fa fabrique de Saint- Etienne de Sent : « 11 mors (1815). 
po«* rt di^pfinr fir In rcprcscnlnllon. pour le service de M** la Dauphine. » 



— 181 — 

grand éclal, grâce à la présence de Marie-Thérèse 

(Je France, sa petite-fille. 

Dès le 2 mars, Mgr de Boulogne l'annonçait à 

l'abbé de Formanoîr : 

Ce dimanche 2 mars 1816. 

Je vous préviens que Madame la duchesse d'Ângoulême 
se rendra à Sens, le 12 de ce mois, pour l'anniversaire de 
Madame la Dauphine qui aura lieu le lendemain. Vous aurés 
soin, en ce qui vous concerne, que tout soit prêt dans 
léglise pour la recevoir dignement. J'ai eu l'honneur de lui 
faire ma cour ce matin. Elle m'a dit qu'elle désiroit que 
loffice se fît à neuf du matin. J'officierai pontificalement, 
suivant ses intentions: Je vous recommande la chaire épis- 
copale, pour quelle soit décemment ornée. Il y a toute appa- 
rence que nous n'aurons pas ce fou de capitaine des Gardes 
qui. Tannée dernière, eut l'imprudence de tout bouleverser 
de son chef et à mon insçu ; mais quand nous l'aurions, je 
vous promets bien que je ne lui passerons aucune insolence. 

Il est nécessaire que vous convoquiés tous les desservans 
de votre arrondissement, comme l'année dernière, pour que 
la cérémonie funèbre se fasse avec dignité. 

Je vous donnerai encore l'embarras de ma personne, mais 
ce ne sera pas pour longtemps; ce sera pour moi un vrai 
plaisir de vous revoir et de vous renouveler, mon cher 
doyen, l'assurance de tous les sentiments d'estime et d'affec- 
tion que je vous ai voués. 

Et.-Ant., Evêque de Troyes, 

« Je partirai le onze pour arriver à Sens entre 7 à 8 heu- 
res du soir. » (Dossier de Formanoir.) 

La Ville de Sens, lisons -nous dans le compte rendu 
officiel (l), a eu le bonheur de posséder dans ses murs 
Madame, Duchessse d'Angouléme, à l'occasion du Service 
yjlcnnel anniversaire qui y a été célébré, le 13 courant, en 
mémoire de Madame la Dauphine, son aïeule. Déjà toutes 

<I Acte^ adminittratifx du Drimrtenient de l'Yonne, n* 9. 



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— 182 — 

les Gardes Nationales des diverses villes du Département... 
étaient rèiiiiie^ï au nombre de plus de six cents. 

L'ivrrivcc de S. A. R. étant annoncée pour le 12 courant, 
six lieurcs du soir, le Préfet, le général, le marquis de Vil- 
lefranchc, le Sous-Préfet et le Maire de Sens à la tête de 
son conseil mtinicipal, se rendirent, dès 4 heures, à l'entrée 
de la ville- Maiume y arriva à 5 heures et demie, accompa- 
gnée de la CuLiitesse de Choisi, sa dame d'atour, la Comtesse 
de liiron une de ses dames, le vicomte d Âgout, son premier 
écuycr, el M. Marguerye, officier des Gardes du Corps, et 
escortée pni un détachement des lanciers de la Garde 
Hoyalc... 

S, A. H. étant arrivée à l'entrée de. la ville de Sens, les 
mariniers saisirent le moment où les autorités déposaient 
aux pieds de Madame Thommage de leur respect, pour 
dételer les chevaux de sa voiture, malgré ses plus vives 
iiislnnees tie bonté pour se soustraire à ce témoignage 
d'amour et de dévouement. 

Madame ûi alors son entrée, accompagnée des Autorités, 
d ini défaeltcnient de la Garde Nationale avec la Garde à 
clievul en té te, et précédée de la musique de la Garde 
Nationale d'Auxcrre, qui jouait l'air : Oiipeul-on être mieux 
if n'ait srùî 4iv sff famille ? 

Toutes les fenêtres étaient garnies de drapeaux blancs 
ornés de ileurs de lis et de légendes qui toutes consacraient 
les scnliuieiils des Français pour leur Roi légitime, pour 
lauguslc Utie *ie leur Roi. Toutes les rues étaient bordées 
de deux haies de Gardes Nationales 

Maiïami:, arrivée à l'hôtel qui lui était destiné (1), y a été 

C(:ue pnr M la comtesse de Goyon, l'une de ses dames, 

fciiime du Fréfcl, et par les principales dames de la ville, 
qui s'étaient rangées sur son passage 

(1} l^s Affffhc% ife Senx précisent : « ("est In maison de M. <le Fonlaino, 
itoiil le û\%t giinle (lu corps, a suivi le roi n Gand. i Cet hôtel, aujourd'hui 
hfibité piir M. Ii' mni-quis de Trayncl, porte le n* 9 de la rue du Saint- 
HspHt, aclucUenienl rue Abnilard. 



— 183 — 

Le dîner étant servi, Madame a bien voulu y admettre 
M™*' la comtesse de Goyon, M. TEvêque, le Préfet, le maré- 
chal de camp Boudin, commandant le département, le mar- 
quis de Villefranche, maréchal de camp, inspecteur général 
des Gardes Nationales de l'Yonne, et M. de Beurnonville, 
commandant des Gardes Nationales de Sens. Après le re- 
pas, toutes les Autorités ont été admises à paraître devant 
Madame qui les a reçues avec une bienveillance égale. Après 
les Autorités, les dames ont été présentées et nommées à 
Madame qui les a vues avec cette afTabilité et celte amabilié 
si remarquables qui inspirent le dévouement en même temps 
que le respect 

Le lendemain, Madame reçut, de grand matin, les Dames 
Carmélites, les Dames de Nevers, qui se dévouent et se con- 
sacrent à Finstruction de la jeunesse, les Dames Orphelines 
et enfin celles de l'Hôtel-Dieu. Pendant ce temps, les Gardes 
Nationales de Sens, Joigny, Auxerre, Avallon, Tonnerre, 
Villeneuve-le-Roi et Brienon, occupaient le jardin et s'y 
étaient rangées en bataille, présentant les trois côtés d'un 
beau carré. Madame parut alors sur son perron, accompa- 
gnée de sa suite. M. le maréchal de camp, marquis de Ville- 
franche, vint prendre ses ordres, et les Gardes Nationales 
défilèrent devant elle dans un ordre admirable, aux mêmes 
cris de Vive le Roi! Viiw Madame! Après cette espèce de 
parade, les commandans des Gardes Nationales à pied de 
Tonnerre et de celle à cheval de Sens obtinrent de S. A. R. 
la faveur de lui présenter leurs drapeau et guidon, dont 
Madame daigna attacher les cravates. 

S. A. R. se rendit ensuite à la cathédrale et fut reçue et 
complimentée, sous le dais, par M. TEvêque, à la tête de 
son clergé. Ce prélat, dont on connaît la pieuse éloquence, 
adressa à Madame un discours dans lequel, retraçant toutes 
les vertus de ses augustes parens, il se plut à les retrouver 
toutes réunies dans Madame, comme elles sont toutes con- 
sacrées et transmises dans ces deux tcslamens, monumens 
de piété que l'histoire réservera pour l'instruction des peu- 
ples... 





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J 


] 


^^ 



— 18t — 
Les Afpches de Sens (1) complètent ces détails : 

M. )c comte de la Fcrté cloil venu s'assurer de l'exécution 
des onircs qu îÏ avait transmis d'avance pour la décoration 
lie i'é^lise; le i^rand portail extérieur et tout l'intérieur de 
celle liclle bnsilique éloient tendus en entier de la manière 
la |>1lis noble et la plus convenable à la circonstance; de 
nombreux èc lissons onioient cette lugubre tenture (2l 

MAtiAMii, placée au milieu du sanctuaire, avoit autour 
d'elle M"""^ Ic^ comtesses de Choisy, de Biron, de Goyon, 
M. le vieomle d'Agout, son premier écuyer, M. le marquis 
de Marjtîuerjc, bflioier des gardes de Monsieur. Tout le 
clcrf^é de Tnirondissement, les quatre chanoines, seuls 
restes du Chapitre de Sens, et toutes les communautés reli- 
gieuses garnîssoicnt le sanctuaire. Les principales autorités, 
les membres des tribunaux, les officiers et la musique rem- 
plissoienl le chceur; les jubés et plusieurs gradins placés 
dans le pourtour du chœur, réunissoient un concours im- 
mense, sans eaiîscr de lumullc. 

Le recueilïciuent de Madame pendant tout l'office com- 
numdoil le silence et l'admiration. Après la messe, elle s'est 
rendue nvec le clergé auprès du catafalque pour s'unir plus 
parlictdiéieinenl aux prières qui terminent la cérémonie. 
On la vue lixer les yeux, avec un vif intérêt, sur ce beau 
mausolée qui couvre les restes de Mj?"" le Dauphin et de 
M la DaujdniïC; elle y a répandu l'eau bénite que lui a pré- 

(1^ Aiiiiri^ t«lG. n*K. 

(2l l'ii iTiinioîrp^ fuinont pnrile de la coUccllon FôUx Chnndcnicr. |>orlc 

Kurcles roiii'iillurt'^t Taitcs à Paris : 

A (liceH. pdiiliirtî 2r>4 fr. » 

A l^lmUf. U'tiUirt's mortuaires 2718 55 

{les iJt'iH'iisi'S soiïl réglôcs A 2C90fr. ni 

A Hi'hiiïrtLT, clrsslnatciir <lc la Chambrr (l'molumcns pour 

roiiiitiilr dp trin siiix ii Paris et n'^glemens. à raison de fr. 04 

fmr riïMU'j. . , » 107 W» 

A lïedorf, InsjK-eteur (frais de voynj»c à Sens et éniolu- 

iii«<t»s> l.'i() _ 

~yiM7rr.~G4 
A Pli ri», ce 4 nuij 1810. 




Wf ». ntirès avoir ainsi sutisrait 

S. . Rvêquc ^c Troycs P^f ^^"^^„,,.,, Ma porte 

, jevoirsde la piélc^ "'"''•^- ''*^ "^^ hc^ro. .1 demie à son 
rcgii.. M...VMH, -;-- ^ ;:,,e. .e son extrême 

,„,,. y « donné -"«='^••7^"; ^Ï;, élément qu -1 ne Vac- 
,,,,„, Elle a e«.jnu or o-fon^ 

,,„ ,es salles de ^^^^;^^_ ,:^,^. et ses 
venus à la cérémonie fuaêbrc 

■Siut Lom. a évoque nalu ^"- ,^,^^ 1„ „,,velle 
r s^.jou.s du saint ro.. Aussi, en « P"^ ^^^ .^, „,veu du 

t)fUX.SK-iles, le ^'""''.'^; ^metlevœu.iciuen 

r.'.iini le 1"' avrd loi") ^'"*-' , , via 
réuni it » ._ ^^^.^ ^ ^j^„5 la Me- 



juvcnir 



du mariage de saint 



Pour lluiH.' «»«>""'»" *"■"'"""" ,...■■• —5— 
.Ictnull» . . ■ • • KJW. 



— 186 — 

tropolc (le Sens, le cortège amenant à Paris la fu- 
ture duclicsse de Berry devant passer à Sens, le 
maringe ou tout au moins les fiançailles des jeunes 
princes soient célébrés à Sens (1). 

Ce dcsir ne fut pas accueilli et, le 7 avril, le Mi- 
nisliT i\v rintérieur informait la municipalité séno- 
naîse que le Roi a: a reçu ce vœu avec bonté, qu'il 
y a élé sensible et s'est exprimé en termes très hono- 
rables pour sa fidelle ville de Sens, mais n'a pu ac- 
corder la demande qui lui est faite (2). i^ 

La ville de Sens fut plus heureuse dans la négo- 
ciation du rétablissement du siège archiépiscopal 
dont 1 avait frustré le Concordat de 1801. Dès 1816, 
le roi Louis XVIII avait sollicité et obtenu du Sou- 
verain Pontife la restauration de tous les évéchés 
de Tancienne France. Une bulle du Pape avait san- 
ctionné cet accord, et l'ancien évêque de Nancy, 
M. de la Fare, l'un des fidèles du Roi pendant les 
années d'exil, devenu le premier aumônier de la 
Daiiphiue, avait été nommé archevêque. Mais des 
diflicultés, surtout financières, avaient retardé l'exé- 
lion du nouveau Concordat. Trois années s'étaient 
écoulées et l'archevêque de Sens n'avait pas encore 
pu prendre possession de son siège. Le Conseil mu- 
nicipal de Sens, interprète des vœux de la popula- 
tion, tnil l'heureuse pensée de formuler l'adresse 
snîvanle : 
Adf€S!;e ou Roi pour lui demander Varrhyêe de V Archevêque 

Cejourtl liiiy, 30 janvier 1821, le conseil municipal... in- 

(\ï DéUbétûUoH^ du Comeil miiniciiml de Srin, reg. ni.fol. 100, verso. 
(2> fhfrf., mi. 102. 




— 187 — 

siruil par la voix publique que le gouvernement de Sa Ma- 
Lstê s'occupe, dans sa soUicîlude, du rctahUsscmcnt ûg 
- plasteurs des sièges éptscopaux compris dans le Concordat 
hjt 1K17. 

^■f énélré de la nécessité pour la YJlle de Sens et pour non 
^arrondissement de voirrArchevêque de Sens prendre enfin 

ïiïïssession du Sie^e auquel il est depuis longtemps appelle, 
^■Kécessiié commandée par la Heligion qui, dans cet ar- 
rondissement surtout, voit ses ministres tous les jours ravis 
I par la mort sans être remplacés ; 

I CertaiD que, pour lixer la bienveillance de Sa Majesté en 
I faveur de la ville de Sens* il ne sera nécessaire que de lui ex- 
■ poser les titres qui parlent hautement pour elle : les va^ux 

iola Religiont rancîcnuelé du sié^^e, la mémoire des ancê- 

1res de Sa Majesté : 
I Arrête que 1 adresse suivante sera déposée aux pieds de 
I Sa Maje4ité : 

^B 4 Sire, 

^r t yualre années se sont écoulées depuis que Votre Ma- 
jeslé, pleine de sollicitude pour la prospérité de noire au- 
Jdste tieligion et pour les besoins de ses peuples, conclut 
avec Noire Saint-Père un Concordat qui relevait en France 
kx sièges nombreux d évéques el ti archevêques qui firent 
trefois la gloire de FH^lise gallicane et parmi lesquels 
liait celui de Sens, tant par son ancienneté que par les 
ijerlMs éminentes des prélats qui ravalent occupé, 

• l.es mallicurs des temps, causés surtout par une der- 
érc révolle impie, en épuisant nos ressources, pour satis- 

Jjifc nu\ clîarges imposées par rélranj*er, arrêta Votre Ma- 
ic-Mé dans leitéculion de ce traité auguste, 

* Cepcudanl. Sire, Votre Majesté, depuis ce lenqïs, s'est 
cu|ïée conslamment des moyens qui poujTOïcnl amener 
a eitêcutîtin entière ou partielle : elle a consulté, dans 
s vues, ^'i dillérentes fois^ les villes auxquelles ces sièges 

ieot promis. 
t La ville de Sens surtout fui distinguée; Votre cœur con 




— 188 — 

naissoit ses titres; aussi cette ville s'emprcssa-t-elle de 
montrer par les demandes et par les offres qu'elle fit, avec 
quelle ardeur elle désire roit voir son Eglise, éplorée de- 
puis longtemps, consolée enfin par la présence du Prélat 
respectable qui lui était promis. 

t La tranquillité dont nous jouissons sous votre règne 
chcrî répare nos malheurs; la fortune publique qui s'aiïer- 
mit permet Téxécution, éloignée jusqu'à ce jour, de ce Con- 
çu rdnt; quelques mots sans doute se sont échappes de la 
bouche de Votre Majesté, et on lésa saisis avidement puis- 
que partout s'éveille Tespérance du rétablissement de plu- 
sieurs des sièges assurés par le Concordat de 1817. 

a Dans une telle circonstance, le conseil municipal de la i 
ville de Sens, Sire, ne restera pas muet ; des motifs trop 
puissants et trop sacrés l'animent pour ne pas rompre un 
silence que le respect lui avoit imposé. 

« Il vient supplier Votre Majesté de jetter un regard favo- 
rable sur l'Eglise de Sens, autrefois si florissante et maîntc- 
nîinl si délaissée ; il vient la supplier d'accorder à ses vœux 
le |)rélat vénérable nommé son archevêque et honore de ce 
titre par Votre Majesté. 

« Votre cœur paternel et chrétien, Sire, gémiroit en voyant 
Fétat déplorable dans lequel se trouve réduit, dans ce dé- 
jîiiriement, notre religion ; il n'y reste plus pour la soutenir 
qiip quelques-uns de ses anciens ministres, vieux athlètes, 
échoppés aux malheurs, et chaque année voit la mort les 
niciissonner, sans que de nouveaux viennent les remplacer. 

« Il gémiroit en voyant privée de son rang et de ses hon- 
neurs celte ville illustrée par un siège épiscopal, l'un des 
i\vn premiers en France; cette ville chérie de vos ancêtres 
qui Ui dislingttèrent entre toutes les autres villes de la France 
pour être dépositaire de leurs cendres. 

rf Hllc n'a point trompe un choix aussi glorieux, Sire, cl 
son îimour a clé assez heureux pour conserver ces restes 
aui^ustcs, et sauver des fureurs, des tourmentes qui nous 
oui iigitès, un monument qui atteste et le génie de celui qui 
l'élrva et la douleur de la France. 



— 189 — 

« Que Votre Majesté, Sire, daigne entendre les vœux et 
les prières du conseil municipal delà ville de Sens; qu'elle 
écoute la voiiL des cendres de ses ancêtres ; qu'elle cède aux 
supplications de notre auguste Religion. 

c Et alors, le siège archiépiscopal de la ville de Sens sera 
rétabli; les cendres de vos ancêtres s* en réjouiront ; la Reli- 
gion sera consolée et tous les malheurs de cette ville seront 
oubliés. 

• Par cet acte, Sire, de votre bonté toute Royale, vous 
comblerez les vœux des fîdèles habitants de la ville de Sens 
et vous acquérerez, s'il étoit possible, de nouveaux titres à 
Tamour qu'ont pour votre auguste personne. Sire, de Votre 
Majesté, les très humbles et très obéissants serviteurs et su- 
jets, les membres du conseil municipal de la ville de Sens. 

c Fait et délibéré en l'hôtel de la mairie de la ville de 
Sens, lesdits jours et an que dessus. > 

[Registre des délibérations du conseil municipal, 
t. III, p. 177.) 

Cet appel à la piété filiale du Roi devait être 
bientôt exaucé. Si le Souverain avait pu hésiter un 
instant, le souvenir du Dauphin et de la Dauphine, 
ce n'est pas douteux, aurait exercé une heureuse 
influence sur sa décision. 

Le 31 octobre 1821, Monseigneur Anne-Louis- 
Henri de la Fare avait pris possession du siège mé- 
tropolitain par les soins de M. l'abbé de Vaudri- 
court, son fondé de pouvoirs. Le 1'''' novembre, par 
une ordonnance datée de Paris, il reconstituait le 
Chapitre, et, le 21 novembre suivant, il faisait, à 
Sens, son entrée solennelle, accueilli par Tallégresse 
de la cité et de tout le diocèse. 

L'un des premiers soucis du nouvel Archevêque 
de Sens fut d'assurer à son Eglise les ressources in- 





— 190 — 

dispensables pour célébrer dignement les anniver- 
siiiies des Princes. 

Les visites de la famille royale devenaient 
rares (1) et les frais nécessités par les voyages des 
représentants envoyés par le Roi, à chaque cérémo- 
nie, laissaient prévoir la suppression de cet usage. 

Dans un rapport au Roi (2), daté du 17 décem- 
bre 1821, le grand Aumônier de France rappelle 
que, par lettres- patentes du 12 juin 1767 et du 
5 mai 1768, S. M. Louis XV fonda à Sens, pour 
le prix de 2000**, deux services anniversaires. 

...Le premier besoin du cœur de Votre Majesté, écrit-il, 
fut d'ûccepter, à son retour, ce pieux héritage; ...elle arrêta 
qu'un premier gentilhomme de sa chambre, un capitaine 
iies i^nrdes et Tlntendant des Menus se transporteraient le 
13 mars et le 21 décembre de chaque année, à Sens, pour y 
liiirc célébrer ces anniversaires. Les frais payés jusqu'à 
préîïent sur le trésor de Sa Majesté s^élevaient à 2800** (frais 
de route, travaux préparatoires, offrandes et part des pau- 
vres) (5600'» par an) (3). 



(1) Depuis In venue de la duchesse d'Angouléme, en 1816, seul le duc 
d'Aiigoiilémc nvalt fait une courte opparition h Sens, le 27 avril 1X20, à 
l'occnstim de son voyagea Dijon : 

« MtHHeigneur le duc d'Angouléme est orrivé à Sens jeudi dernier, à 
4 hriirot> du soir. S. A. Royale a couché, et en est repartie 1a lendemain 
mutin, n 8 heures, après avoir entendu la messe à la cathédrale. Le Prince 
éUiJl cucompagné de M. le duc de Guiche, de M. le comte Bourdcsoult et 
lie M. Nompcre de Champigily, son aldc-de-camp; il a laissé, d son jkis- 
^QÇ!,o 11 Pont-sur- Yonne et h Sens, aux pauvres et h l'église cathédrale, des 
pr^tivrs de sa muniflccnce. » (Affiches de Sens, 1820, n'12.) 

(lu Archives nat., 03 20. 

{Z) L'ii mémoire des t frais de poste et menues dépenses A l'occasion du 
Rervice funèbre célébré à Sens le 20 décembre » payé ou baron de la 
Ferlé, Intendant génénU des Menus-plaisirs, s'élève à 622fr. 33 et com- 
prend li;s détails suivonts : 



- m — 

^Aujourd htii, conclul-îJ, que la viUc de Sens a repris son 
siège nietropnUlîiin, rArchevêquc et le CJiapilrc sollicitent 
le rétahltssemenl de la fondntîun, telle qu elle a'été Qxéc 
imrLonîs XV. 

Ort propose de payer leii2000* sur In liste civile, et que le 
iloi ne s y fasse plus représenter, 
.•lu htti fie ce tappoti^ ie Boî a écrit : « Approuvé : Louis. » 

Ottc mesure fut ap])liquée dès Tannée siii vante. 
I-e 9 février 1822, l Intendaut du matériel des fêtes 
et cérémonies, baron de la Ferté, avise rArclievéque 
de Sens qu'une somme de 2(KX) francs esl à la dispo- 
sition du Chapitre pour la eélébralion des deux an- 
niversaires. Le 13 mars 1822, eut lieu, pour la der- 
tiière fois le service pour Marie-Joséphe de Saxe. 
■ l-e 11 décembre de la même année, le Hoi, ac- 
cédant aux désirs manifestés par Xh^ de la Fare, 
prend une nouvelle décision. Il consent ;i la sup- 
pression du service du 13 mais el à la célébration 
d un anniversaire unique pour te Dauphin et la Dan- 
[ïhine, qui aura lieu en décembre. De plus, à Tal lo- 
cation annuelle de 2(KX* francs faite au Chapitre pour 
h célébration de cet anniversaire, il en ajoute une 
lUlre de 1000 francs pour fonder une messe quoti- 
licmie pour ses parents. 
Le l*' mais 1823, rArclievéque i égle par une or- 
ïnuance rexécuUon de cette fondation et décide 



|f«ll* il* poslr <îe rtriïcniljmi ,,.,.,. lllfr. 75 

ft «tu gùrtlonijignsin génL^nit ttî inspcscieur gé- 

I rt Intriftport di»* i-ffels t>rt^ck*ii* . * 38>î m 

prase à Foit(itini>blciiii H ^ Sotis pour ftUer *.*t relour vi 

2m » 

(Afthltm naht 03 203, t 



— 192 — 

que la messe sera célébrée chaque jour, par les 
soins du Chapitre, à Tautel de Saint-Savînien. En 
vain, dans leur réunion du 16 décembre 1821, les 
chanoines protestent-ils respectueusement contre la 
suppression du service du 13 mars. Le cardinal 
de ta 1 are, habituellement retenu à Paris par ses 
fonctions à la Cour et les séances de la Chambre des 
Pairs, éprouvait sans doute quelque difficulté à re- 
venir a Sens, chaque année, au mois de mars. De là 
probablement son refus de se rendre aux vœux de 
son ( Jiapitre. Les dispositions de Tordonnance ar- 
chiépiscopale devinrent la règle fidèlement obser- 
vée jusqu'en 1830. Le gouvernement de Juillet 
n ayant pas maintenu les allocations destinées à en- 
Iretenîr ces fondations, le Chapitre se vit alors dans 
la nécessité de cesser la célébration du service an- 
nuel et de la messe quotidienne. 

Aucun de ces anniversaires ne fut marqué par 
di\s manifestations comparables à celles du 21 dé- 
cembre 1814 et du 13 mars 1816. Plusieurs fois en- 
core, cependalit. Sens eut Thonneur de recevoir les 
penis^enfants du Dauphin el de la Dauphine. 

Lt' 1 1 juillet 1826, c'est une fois encore la fille de 
Louis XVI et de Marie-Antoinette. La duchesse d'An- 
^oulénie, après avoir traversé Avallon, Vermenton, 
Saint-Bris et passé la nuit à Auxerre, arrive à Sens 
dans la matinée. 

s. A. Royale était attendue au Palais archiépiscopal par 
S. Km. le Cardinal de la Fare... Après quelques instants de 
repos au Palais, la Princesse, accompagnée de Son Erainence, 
son premier Aumônier, et du Préfet du département, se 




— 193 - 

rendit à la Cathédrale (1), au tombeau de Monseigneur 
le Dauphin et de Madame la Dauphine, ses augustes aïeuls; 
après sa prière, S. A. Royale rentra au Palais et re^*ut les 
autorités; ensuite elle admit à sa table Son Huiinence le 
Cardinal, M. le Préfet, Mp" FEvêque de Sainosale (2), le 
Maire de la Ville, le Président et le Procureur du Roi du 
tribunal civil. S. A. Royale ne tarda pas à remonter en voi- 
lure... Une foule immense couvrait les rues ou devait 
passer S. A. Royale et elle quitta Sens... aux acclamations 
de toute la population et emportant avec elle les vœux et 
les regrets de tous ceux qui avaient été assez heureux pour 
la voir et pour rapprocher. 

Toute la route que S. A. Royale avait parcourue, depuis 
son entrée dans le département jusqu'à sa sortie, était cou- 
verte d'arcs de verdure et, autour de ces modestes monu- 
ments, parmi lesquels se faisaient particulièrement remar- 
quer ceux de Sens et d'Auxerre, s'était rassemblée toute la 
population des environs. (Bulletin administrai if de ta Pré- 
fecture de l'Yonne, n« 158.) 

Le 12 octobre 1829, la veuve du duc de Ikny, se 
rendant incognito au devant du Roi et de la Reine 
deNaples, ses parents, fit séjour à Sens. Lu relation 



(1) Oatre la lampe de vermeil, donnée, en 1821, à sort niimùnlt-r. Monst^L- 
gneur de la Fare pour son église, la métropole de Sfïii<i cousit vr un pré- 
cieux souvenir des visites de la princesse, l^s chnnoinc-s ïIc St^ns ont eon- 
ûgné dans leur registre capltulaire le souvenir de ce présent. < l4!Clha[iltre 
métropoUtain de Sens ayant été, aii^ourd'hui 14JuJii IS3B, cïtrïiai'dîmUre- 
ment assemblé. M. le Président a dit que S. Em. le (jiidirnil Arclu'vf'iiuo 
avait apporté de Paris et fait déposer à la sacrisOe tic lu cftLlu-dnile un 
don de la munificence de S. A. R. Madame la Dauphim^ qtic- ee don ckI im 
ornement composé d'une chasuble et de deuxdalntEiiiqucn; qu'il nnt d nu- 
tant plus précieux qu'il est l'ouvrage des mains de ct^Uv pieuse H ad mira - 
blc princesse, qui a bien voulu l'accordera la dcmntide de S, E, U- Ciinli* 
nal Archevêque pour la décoration de son Eglise... » 

(2) M" Célestin du Pont, auxiliaire du Cardinal Archcvi>ciac dp Sens, plun 
tard Cardinal Archevêque de Bourges. 

13 



H 



à 




— 194 — 

officielle de son voyage nous apprend seulement que 
la Princesse arriva « le lundi 12 sur les 4 heures de 
raprès-niidi ; après quelques moments de repos, 
elle se rendil à TEglisc métropolitaine, où elle fil 
sa prière et visila ensuite le superbe mausolée érigé, 
dans celle église, à la mémoire des Aïeux de ses au- 
gustes enfans, ainsi que les autres monumens qu'elle 
renferme. » 

La Princesse passn la nuit à Sens, vraisemblable- 
ment au palais arcluL-piscopal. Partie de grand ma- 
tin, le 13, elle déjeuna à Auxerre, à la préfecture, 
et, après avoir visité la cathédrale, prit la route 
d\\vanon oii elle arriva seulement à 10 heures et 
demie du soir, après avoir diné au château d'Arcy, 
dont elle avait voulu explorer les grottes. Après une 
luiit à Avallon, à l'hulel de la Poste, la duchesse de 
Berry se rendit à Chastellux, où elle passa la jour- 
née (1). 

I^ dernière visite lut celle du duc d'Angouléme, 
qui porlait alors le litre de Dauphin. I^ prince, re- 
venant de Toulon, où il avait passé la revue des 
troupes destinées a Texpédition d'Alger, était arrivé 
à Auxcirc le 1 1 mai 18:10. Le lendemain il passait à 
Sens. Nous n'avons jm trouver aucune relation de 
son séjour (2). 



(Vy Bulletin admiiiiMtratif de Ut préfecture de l'Yonne, n* 216. 



CHAFITRb; XI 



DERNIER TRANSFERT Dl* MAISOLÉE 



Lé tombeau du Daupliin, le c lie f-d^œ livre de 
CouKtoii, n*est plus aujourd'hui sur la sépulture 
qu*il devait abriter. 

Ce ne sont plus, cette fois, les fureurs iconoclastes 

et la démence sectaire d'une Hévolnlion qui Font 

bîl disparaître et rclégLié dans une chapelle ahan- 

titinnée, sorte de dépôt des marbres. 

^K Nous reproduirons ici, sans comnienlaires, ce dcr- 

^^îer chapitre de Thistoire du Mausolée, tel qu'il a 

Lté écrit au registre des délibérations de la Fabri- 

, que la Métropole : 

^^ippartfaii par M. Cartier, chanoine et trésorier de la Fabrique 
^H à ttt séance du Conseil de Fabrique, le ÎSjuittel 1S52 

« Depuis de longues années, les fidèles de la paroisse Mé- 
iropoîitaine se plaîgnaienl de ne pouvoir assister commo- 
dèuteat aux offices, parce que le Mausolée du Dauphin in- 
lerceptail coniplettemeut la vue de l'autel aux personnes 

lâcccs dans la nef. 

i En effet, Je Mausolée, exécutésur les plans du philosophe 

itterot, et composé de personnages eni|)runlés au paga- 

^me, n offrait aux regards, du côte de la nef, que des sta- 

*s à peQ prés oues de Saturne^ de riiy menée et de 

fAmour, de lelle sorle que le prélrc h Taulcl, que le Saiul- 

rcrement exposé sur l'aulel, que les cérémonies de lEgUse 




— 196 — 

étaient dérobées aux regards <lcs Hrlèles par des statues di- 
gnes d'un temple pnïen, mais que lo Heligion a toujours re- 
poussé de son sancluairc. 

a II y n plus, lorsque le prêtre pen<lant les offices de TEglisc 
venait jeler de Teau iiéuile ou Urùler de Tencens sur les 
resles vénérés du Dauphiu et de la Dauphine, le prêtre de 
Jésus-Christ semblait, aux yeux des assistants mal instruits, 
rendre hommage aux divinités paye unes qu*un philosophe 
aussi impie que Diderot a seul pu placer sur la tombe de 
Princes éminemment chrétiens. 

et En lin ce Mausoléc.par ses proportions gigantesques, en- 
combrait tcîtemenl le chœur de la Métropole que les céré- 
monies de l'Eglise y licvenaicnt souvent impossibles et que, 
puur les premières commun ions, les confirmations, les con- 
ciles (1) et, en général, pour toutes cérémonies tant soit peu 
solennelles, il fallait sortir du chœur 

a Ce Mausolée avait été primitivement placé dans la cha- 
pelle Sainle-Colombe, derrière le chœur (2); plus tard, on 
lit la faute de le transporter sur le caveau même qui renfer- 
mait les restes du Dauphin et de la Dauphine. Il fut une se- 
conde fois, pendant la Révohitiou, transporté dans la cha- 
pelle Sainte-Colombe et encore rapporté dans le chœur 
pendant la Hestauration, par suite de souscription. Aujour- 
d'hui, les rée la ma lions des fidèles étaient tellement vives et 
rïombreuses qu1l était nécessaire d y faire droit. 

Le trésorier a donc cru que 1 Iteurc était venue de faire 
disparaître du chfcur de la Métroiiole un monument qui 
rappelle bien muins les vertus et la foi vive du Dauphin et 

(Il Lv conclliMk' In provînct'c'ccit'siHsikjueilc Sens avait tenu ses réunions 
ilfiriii lu MùU'npl>ll^ au inoli» ilc st-pU'nibrâ IS-'iO. Il faut remonter à plu- 
Kli^iir» sit'cio!! flQiiii riihloire de IliigliNc si^nomiise pour retrouver d'autres 
conrlli'^ tenus f* Sens. 

(2) (^t'itc nssfrlUïn, iiinsii que cdic ûc r Intervention de Diderot dans le 
|}iiiti liu uinnuiUL-nt. hoitL nlisolunienl iiieK:ii:Les, nous l'avons suflisam- 
mc'Ml i^muvt*. N t%i regrtUnbïe qur U-* ilcUJt arguments historiques qui 
|}firiiiK!»'n1 nvoir surUtiil luniieiicé lu rléelslon adoptée ne soient pas plus 



~ 197 — 

de la Dauphine que la triste époque d'aveuglement général 
où dominait en France cette philosophie délétère qui ïlc- 
Iniisit le goût du beau et du bon, corrompit les cœurs el tes 
esprits, et finit enfin par faire crouler dans des fleuves de 
saog toutes nos institutions sociales, politiques et reli- 
gieuses ! 

< Le trésorier s*est donc adressé à TAdministration des 
Cultes, il a fait valoir les besoins du culte, les vœux des fit té- 
lés, Tinconvenance d'un pareil monument qui, d'un côté, ne 
montrait aux jeunes filles placées dans la nef que des sta- 
tues d'hommes d'une nudité à peu près complète, et de 
lautre, montrait aux jeunes séminaristes une statue de 
femme dont les formes les plus sensuelles sont suffisamment 
accusées on complètement nues. 

c La question, quoique posée d'une manière aussi nette, 
cependant conservait un caractère de gravité, car il s'agls- 
sait de toucher à un tombeau, et surtout au tombeau d un 
Prince et d'une Princc«^sc vénérés, que leurs vertus cmi- 
nentes ont rendus chers à la France et à l'Eglise. M. le Di- 
recteur général des Cultes voulut juger les choses par lui- 
même; il se transporta donc à Sens, accompagné de phi- 
sieurs membres du conseil attaché nu ministère, et, après 
un mur examen, il s'est convaincu, par ses propres yeux, 
qu un semblable monument était plutôt une insulte qu'un 
hommage à la mémoire d'un Prince chrétien, et qu'il clnii 
extrêmement gênant pour le culte; en conséquence, il or- 
donna, qu'aux frais de l'Etat, il serait réintégré pour la trui- 
sième fois dans la chapelle de Sainte-Colombe. 

t Cet ordre vient d'être exécuté, à la grande satisfaction de 
tous les fidèles. 

« Du reste, ce monument, qui est un chef-d'œuvre de sta- 
tuaire, a été transporté avec tout le soin dû à un objet d nrt 
aussi parfait d'exécution : ce sont MM. les ouvriers du Lou- 
vre qui ont été chargés de l'opération, et elle s'est faite sans 
qu'on ait a regretter la plus légère égratignure. » 

Après avoir entendu cet exposé, le Conseil de Fabrique, 
considérant que le Mausolée dont il s'agit était aussi gên^int 



( 





— 198 — 



\ • 




pour le culte qu*il était blessant pour des yeux chrétiens et 
qu'en conséquence les motifs qui ont déterminé la conduite 
de son trésorier sont d'une complette exactitude, approuve 
son opération à l'unanimité (1), le remercie de l'initiative 
qu'il a prise dans cette affaire et ordonne qu'il sera iait 
mention du tout au procès -verbal de la séance de ce jour. 
Le Conseil de Fabrique ordonne en outre qu'une table de 
marbre blanc, sur laquelle seront gravés, en caractères do- 
rés, les épitaphes et les armoiries du Dauphin et de la Dau- 
phine, soit placée sur le caveau où reposent leurs cendres, 
et que cette table soit toujours recouverte d'un tapis de ve- 
lours violet. 

L'afTaire eut un épilogue. Le registre des délibé- 
rations fabrîciennes en a gardé un écho très atténué. 
Ce n'était pas assez d'avoir transformé un tombeau 
en simple pièce de musée, on avait songé à le déro- 
ber complètement aux regards. Au procès -verbal 
de la réunion suivante, tenue le 13 janvier 1853, on 
lit: 

Monseigneur l'Archevêque donne lecture d'une lettre de 
M. Gaultry, membre du Conseil, par laquelle il s'excuse de 
ne pouvoir assister «^ la séance et appelle l'attention du 
Conseil de Fabrique sur plusieurs points. 

M. Gaultry demande d'abord que les lettres de convoca 
tion soient adressées aux membres du Conseil huit jours 
d'avance... 

M. Gaultry demande enfin que le rideau qui masque la cha- 
pelle Sainte-Colombe disparaisse, et fait valoir dans sa lettre 

(1) Cinq sljçnnturps sculomonl figuroni au bns de cette ttélibérntion. O 
sont celles de rArcliev^que, de son vicaire général M. nrigond.de M. Pr- 
titpas. neveu de M. Corlicr. de M. I^roux, et celle de M. Carlier lui-nicne. 
Les autres membres du conseil. MM. Colllnot. orcbiprétre. Grapinet. ch.*!- 
noine, Larcher de Lavernode, Gaultry et Cliauveau, semblent être rcslis 
étrangers i\ cette afTaire. Il ne parait ))as, du reste, que la fabrique nit été 
appelée à formuler son avis aiHint Topération. 



— 199 — 

des motifs dont chacun des membres a été à même de re- 
connaître la justesse, Le Conseil revient dont sur la per- 
mission qu'il avait donnée précédemment ^1) de poser ce 
rideau et ordonne qu*il sera enlevé. 



(1) Les registres de délibérations ne gardent aucune trace de cette auto- 
risation. 



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i^v r 







CHAPITRE XII 



LA SÉPULTURE DU MARECHAL DU MUY 



HUC USQUE LUCTUS MEUS! 

Cqllc devise d'une fidélité que môme la mort n'a 
pu vaincre se lit sur une tombe de marbre blanc, 
devant rentrée principale du chœur de la Métro- 
pole. 

Depuis 1765, chaque année, à l'anniversaire du 
11) décembre, le comte du Muy, menin du Dauphin, 
élaîl venu à Sens s'agenouiller sur le tombeau du 
prince qu'il pleurait. 

C*était pour le noble soldat plus qu'un devoir de 
sa charge; c'était surtout un besoin de son cœur, 
Umi restait vivant son culte pour le prince dont il 
avilit été plus encore que le serviteur, le confident 
et Tami. 

Afin de perpétuer cette tradition d'une piété re- 
connaissante et de continuer, môme au tombeau, sa 
garde d'honneur, le menin du Dauphin réclama, 
pour sa propre sépulture, une place aux pieds de 
sort maître regretté. 

L'histoire du mausolée de Louis de France serait 



— 201 — 

incomplète si Ton n'y ajoutait celle de la modeste 
tombe qui en est comme le satellite. 

On lit au registre des délibérations du Chapitre de 
Sens (séance du mardi 28 avril 1767) : 

M. le DoycD a dit que M. le comte du Muy, lieutenant gé- 
néral des armées du Roy, commandeur des Ordres, et menin 
de feu Monseigneur le Dauphin, dont le corps est inhumé 
dans le chœur de TEglise de Sens, Tavoit chargé de deman- 
der de sa part au Chapitre d'être luy mesme enterré dans 
leur église, le plus prés qu'il seroit possible et convenable 
de cet auguste prince qui Ta honoré de ses bontés particu- 
lières et pour lequel il conservera jusqu'au dernier soupir 
rattachement le plus respectueux, le plus vif et le plus 
Gdéle; que Mirr le Cardinal de Luynes, archevêque de Sens, 
ayant rendu compte au Roy de ce désir de M. le comte 
du Muy, Sa Majesté l'avoit approuvé, sous la condition néan- 
moins que la sépulture demandée par M. du Muy seroit 
placée non dans Tintérieur du chœur, entre les deux portes 
du jubé, mais en deçà la porte du chœur, entre les deux 
auteh. qui sont à son entrée. 

Que Mrle Cardinal de Luynes, prévenu de cette demande, 
avoit témoigné être disposé à y donner son consentement, 
et avoit marqué avec les députés du Chapitre la place du lieu 
susdit, où pourra être construit un caveau et être placée 
une tombe de marbre avec cpitaphe. 

Qu'enfin M. le comte du Muy s'obligeoit, non seulement 
à faire construire le caveau, à placer la tombe sculptée et 
gravée, à réparer le dommage que pourroil occasionner cet 
ouvrage, le tout à ses dépens, mais d'y ajouter une somme 
de trois mille livres, sans aucune charge, laquelle sera 
payée incessamment au Chafiltre, et une autre somme de 
mille livres, payable par ses héritiers après son déceds, 
pour les frais funéraires qui seront à faire par le Chapitre 
lors de son inhumation et dans leur église seulement. 

Messieurs, après en avoir délibéré çt sur l'assurance qui 




— 202 — 

leur a été donnée tant de Tagrémcnt du Roy, que du con- 
sentement de Son Eminence Mtn- le Cardinal de Luynes, ont 
unanimement consenti que M. le comte du Muy puisse être 
inhumé dans leur église, au lieu désigné, aux offres et con- 
ditions cy dessus énoncées et par eux acceptées. 

Ont de plus arrêté que leur présente délibération sera 
présentée à Mirr le Cardinal de Lynes, archevêque de Sens, 
pour être parluy consentie, approuvée, ratifiée et confirmée 
de la manière et en la forme qu'il plaira à Son Eminence. 

Enfin qu'il sera fait deux expéditions de la présente déli- 
bération, dont l'une demeurera entre les mains de M. le 
comte du Muy, et l'autre sera parluy signée et renvoyée nu 
Chapitre (1). {Archives de l'Yonne, G. 681.) 

Pendant huit années, depuis Toclroi de cette 
concession, le loyal serviteur accomplit son pèleri- 
nage annuel. Lorsqu'une dernière fois il revint, en 
1774, il occupait dans le gouvernement de la France 
Tune des plus hautes dignités. 

L'un des premiers soins de Louis XVI, en mon- 
tant, à vingt ans, sur le trône, fut d'entourer son 
inexpérience et sa faiblesse de conseillers sûrs cl 
consciencieux. 

Au premier rang des hommes que l'opinion et 
aussi les instructions paternelles désignaient à son 
choix, était le comte du Muy. Un jour le Dauphin 
ayant trouvé le livre d'heures de M. du Muy, y avait 



(1) I/nrticle nécrologique publié par les Affichée de Scna, à la mort do 
M. du Muy, déclare qu'il avail fail construire son cnveau ««i Ï766, pou de 
jours après l'inhumation du Dauphin. Ce caveau était fermé d'une toml>c 
de marbre blanc, sur laquelle et au-dessous de l'écusson des armes i\c 
M. le comte du Muy, on lisait ses noms et qualités... ■ Quoique la date di* 
17GG soit assurément inexacte, il est probable que M. du Muy rcnltsu son 
désir aussitôt qu'il eut obtenu l'autorisation. 



— 203 — 

écrH celte prière : « Mon Dieu, protégez votre fidèle 
serviteur du Muy, afin que si vous m'obligez à 
porter le pesant fardeau de la couronne, il puisse 
nie soutenir par ses vertus, ses conseils et ses exem- 
ples. » 

Le jeune Roi connaissait ce vœu de son père. Il 
avait hâte d'exécuter ce testament sacré. Deux se- 
maines après la mort de Louis XV, il écrivait à 
M. du Muy, alors gouverneur de Flandre : 

Monsieur, bien des raisons m'obligent d'ôter Tadministra- 
tion des affuircs à M. d'Aiguillon ; la réputation que vous 
avez acquise généralement de la plus grande probité et la 
confiance qu'avait mon père en vous, m'engagent à vous 
offrir le Secrétariat de la Guerre. Je sais bien que vous l'avez 
refusé de la main du Roi ; mais les mêmes raisons ne sub- 
sistant plus, et même votre conscience vous l'ayant repro- 
ché souvent, j'espère que vous l'accepterez de la mienne. 
Vous ferez en cela le bonheur du public et le mien en par- 
ticulier... 

Le vieiix soldat ne pouvait répondre par un refus 
à cet appel, — le premier probablement qu'ait for- 
mulé le fils de son maître. « Je voudrais, écrivit-il, 
avoir plus de talent que je n'en ai pour remplir la 
place à laquelle vous me destinez; j'y porterai du 
moins un zèle incoiTuptible et Tamour le plus tendre 
pour votre personne sacrée. » 

Les historiens rendent unanimement hommage à 
l'administration ferme et éclairée du premier Minis- 
tre de la Guerre de Louis XVL Plusieurs des sages 
réformes opérées par M. du Muy et des règlements 
édictés par lui ont résisté à Tépreuve du temps et, 
après plus d'un siècle, sont encore en vigueur. 



i 



— 204 — 

Parvenu à cette haute fortune, M. du Muy, bien 
que sexagénaire, épousa à Tautomne de 1774, une 
noble demoiselle allemande, M"* de Blanckart, cha- 
noinesse de Neusse (1), dont des circonstances for- 
tuites l'avaient rapproché pendant la guerre de 
Sept-Ans, et qu'il avait toujours rêvé, si des circon- 
stances particulières n'y eussent fait jusque-là obsta- 
cle, d'associer à sa vie. 

Malgré tant de préoccupations, M. du Muy n'ou- 
bliait pas le prochain anniversaire du Dauphin. Des 
raisons particulières lui faisaient désirer que le ser- 
vice tût célébré le 20 décembre comme l'année pré- 
cédente. Le doyen du Chapitre lui avait écrit l'em- 
barras de ses confrères désireux de respecter les in- 
tentions du Roy dont les ordonnances fixaient au 
19 cette cérémonie. 

Le 15 décembre, le doyen communiquait au Cha- 
pitre cette lettre, datée de Versailles le 13 dé- 
cembre : 

J"ay reçu, Monsieur, la réponse que vous avez bien voulu 
me faire, Iç 11 de ce mois. Je ne suis point étonné de votre 
exactitude et de celle de Messieurs du Chapitre à maintenir 
Tordre de la fondation établie pour feu Mfe'i* le Dauphin, et 
Ton ne peut qu'approuver les scrupules que vous marques 
pour en changer le jour sans y être autorisés par le Roy luy 
mesme ; je viens d'en rendre compte h Sa Majesté qui, sur 
les motifs que je luy ai exposés, a bien voulu consentir, pour 
cette année seulement, que la cérémonie soit remise au 20 
de ce mois, quoique la fondation porte que ce sera le 19; elle 

(1) Sur la recomnmndntion de rimpêratricc sa mère, la reine Marie-An- 
toinette flt un accueil des plus bienveillants à la femme du Ministre de la 
(juerre. 



i 



— 205 — 

m'a chargé en même temps d'avoir Thonneur de vous en 
informer ainsy que Messieurs du Chapitre auxquels vous 
voudrez bien en faire part. Je préviens de ce changeincnl 
Messieurs les menins et Monsieur le duc de Luytics. 

J'ai l'honneur d'être, avec un très sincère attachement, 
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 

Du Ml Y. 

Cesl au mois de mars suivant que le comte 
du Mny fut élevé à la dignité de maréchal de 
France. L'affaire fil quelque bruit et, parce qu'elle 
met en relief son caractère ferme, équitable et dé- 
sintéressé, il est bon d'en rappeler les détails : 

« Le duc de Filz-James, grand seigneur, très bien 
en cour, secondé par sa femme et par Mni<? de Clvi- 
niay, dame d'honneur de la Reine, avait fini par 
obtenir de Marie-Antpinette qu'elle sollicitât pour 
lui le bâton de maréchal. La Reine en parla à son 
mari. M. de Maurepas, qui ne cherchait qu'à se 
faire des amis, appuya fortement la demande. 
L austérité et la rigueur bien connue des principes 
de M. du Muy le firent tenir en dehors de toute cette 
intrigue, si bien que ce fut M. de Fitz-James lui- 
même qui lui apprit la décision que le Roi venait de 
prendre en sa faveur. Vivement blessé du procédé, 
M. du Muy s'opposa fermement à cette nomination 
que ni l'ancienneté ni les services ne pouvaient jus- 
tifier. 

4 Le Roi, confus de sa précipitation et sentant 
bien qu'il avait eu tort d'agir sans prendre conseil 
de son ministre, retira d'abord sa promesse ; puis, 
poussé sans doute par la coterie de M. de Fitz- 



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ns d iJfupw m M. da Mb; «r Eure 

de «pi narechasi^ dMnpmanl M. de Fitz-Jainfs 

ellLdalfQylaKMéMe rnir lii^pirMir fiç Tiii 

mgs^kiciKM!» wfttt puptaidasdMdeM 
Moy que te oomiitatiQa eiliautdbuire i laqaetl 
il venait de s'oppoier. Ce D'élnl pw poar se fai 
donner le Uloii à lui^fliétiie qaH s*élait refnsé 
le laisser doimer i tto antre, hmsi sispposthl 
de toutes ses forces an projet do Roi ; niais, cettf 
Ibfaïf tes efforts rureot inutiles. Il eut t»eau rep\ 
^nler qtse le public ne manquerait pas de l'accu- 
ser d avoir eu utijquetnenl en vue sa propre élcv-a- 
Ijon ; rien n'y fit. I>e roi, heureux à la fois de tenir 
une promesse imprudemment accordée et de don- 
ner à M. lie Muy une marque éclatante de son cs^ 
lime, tint bon, et M. du Muy fut nommé maréchal 
de France, malgré lui, au mois de mars 1775. Ou 
peut juger du bruit que fit cette aventure. Pendant 
quelque» jour;»^ elle fut l'unique sujet des conver- 
sations à Verîiuillçs et à Paris (1). 

M. du Muy jouit peu de temps des honneurs dont 
i) était comblé. Après avoir figuré au sacre du Roi, 
à Heînis, en juin 1785, il voulut profiter du %^oyage 
de la cour à Fonlainebleau pour prendre quelques 
joursi de repos et chercher dans une opération le 
remède a lu cruelle maladie dont il souffrait depuis 
quelque temps. Avait-il un pressentiment? I^ veillei 
du jour où il s*était décidé à subir Topération rie la 



U tmrérhftt àtt Mtty. (Uon» le C^rrexpontiant, n- tlu 10 juin imi i%. «27 i 



— 207 — 

pierre, il avait remis au Roi son portefeuille, ajou- 
tant qu'il avait un peu forcé le travail pour que tout 
fût en règle et que, s'il ne devait pas survivre, son 
successeur trouverait les choses en ordre. L'opéra- 
tion fut faite, sous les yeux du médecin Richard, par 
le fameux moine opérateur, le frère Côme. 

Le bon frère, accompagné du médecin, arriva, dit 
Métra, à sept heures et demie, lorsque le maréchal allait à 
la messe, c Je ne vous attendais pas si tôt, messieurs, mais 
entrez dans mon cabinet. Je vous rejoindrai à Theure dite. » 

Au retour de la messe, M. du Muy, entra chez madame 
la maréchale, qui n'était prévenue de rien ; il la trouva au lit, 
la badina sur sa petite paresse, et la quitta, en la priant 
d empêcher que quelqu'un ne vînt le troubler dans son ca- 
binet, où une aUaire de la plus haute importance Tobligeait 
à s'enfermer. 

Depuis trente minutes, M. du Muy gémissait sous le fer 
de l'opérateur et souffrait de cruelles douleurs sans jeter 
an cri, lorsqu'une femme de chambre, imprudente autant 
qu'attendrie, court chez la maréchale d'un air effaré, et lui 
crie : « Ah, madame, que cette opération est longue et 
terrible! » I^ maréchale, doutant d'abord de ce dont il 
s agit, s'élance du lit et court en chemise au cabinet de son 
mari. On croit que ses cris et ses sanglots troublèrent l'opé- 
rateur et lui firent trembler la main 

Le maréchal ainsi mal opéré, la blessure s'enflamma et 
il mourut peu de temps après, au milieu d'atroces souffran- 
ces. > (Cité par E. de Broglie, op, citatiim.) 

Une mort si imprévue ne fut pour le soldat chré- 
tien ni une surprise ni un effroi, a Voici quarante ans, 
disait-il peu auparavant, que je ne me suis jamais 
couché sans penser être prêt à paraître devant Dieu 
pendant la nuit, d 



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— 208 — 

Mais révéncment souleva à la cour une profonde 
émotion. On en retrouve Técho dans ce passage 
d'une lettre de Marie-Antoinette à sa mère. 

ft La mort du maréchal du Muy est affreuse, mais 
c'est surtout pour sa femme, qui est aimée de tout 
le monde par sa douceur et son honnêteté. Ma chère 
maman serait touchée de l'état affreux où elle est. 
Elle n'apprit qu'on taillait son mari qu'en enten- 
dant ses cris ; en entrant dans la chambre elle a 
tombé sur le seuil de la porte, où elle a resté pen- 
dant toute l'opération, qui a duré trente-cinq mi- 
nutes. Il a souffert des douleurs inouïes et est mort 
dans les deux fois vingt-quatre heures. On craint 
que la maréchale ne lui survive pas longtemps; c'est 
tout ce qu'elle désire. Le Roi lui avait donné 
10 000 francs de pension à son mariage; il vient de 
lui en donner 30000; c'est un traitement sans 
exemple pour la veuve d'un ministre qui Ta été 
aussi peu de temps ; elle est bien faite pour cette 
exception, et on ne lui fera jamais autant de bien 
que je lui en souhaite (1). » 

Le maréchal mourut le 10 octobre. 

Messieurs du Chapitre, instruits le surlendemain, ordon- 
nèrent à l'instant la sonnerie de toutes les cloches. Le 13, 
le convoi arriva à Sens, à 1 heure après-midi ; quelques 
courriers avaient prévenu Messieurs du Chapitre. 

Le cortège, parvenu au faubourg Saint-Didier, se mit en 
rang et fit son entrée parla porte d'Yonne dans l'ordre sui- 
vant : 



(1) Correspondance secrète entre Mnrie-Thérèse ©t Mcrcy, pubHéc par 
d'AnNBTH et Gefproy, tome II, p. 384. 



— 209 — 

— Char fuDèbre traîné par six chevaux caparaçonnés de 
drap noir chargé de bandes de moire d'argent ; à côté du 
cercueil, deux de ses valets de chambre ; 

— Douze pauvres, vêtus de noir, tenant des flambeaux, 
enlouroient le cercueil ; 

— Suivoient deux carrosses drapés; dans le premier, deux 
vicaires de Saint-Sulpice de Paris, MM. Claude-Louis Bar- 
ber de TEspada, chevalier, licencié de rUniversité de Paris, 
en surplis et étole, et Guillaume-Robert-Marguerin de Queu- 
deville, docteur en Sorbonne, aussi en surplis; 

— Le second carrosse étoit occupé par MM. Viquesnel et 
Barrier, exempts des gardes de la Connestablie-Gendarme- 
rie-Maréchaussée de France des camps et armées du Roi, 
qui portoient le bâton de maréchal de France, la couronne, 
le collier des ordres et les autres attributs de dignités de 
M. du Muy. 

— Un détachement des gardes de la même compagnie 
escortoit le convoi; 

— Messire Jean-B.-Louis-Philippe de Félix d'Oliéres, ba- 
ron de Saint-Maime, colonel du régiment de Soissonnais- 
Infanterie, neveu du maréchal, étoit, avec le premier secré- 
taire de ce ministre, en grand deuil dans un quatrième car- 
rosse; 

— La livrée en deuil fermoit la marche. 

Le corps fut présenté par l'abbé de TEspada au Chapitre 
assemblé à la porte de l'église et présidé par le doyen, M. de 
Bullioud, par qui l'inhumation fut faite. 

Il y eut le lendemain service solennel auquel assistèrent 
les corps ecclésiastiques et laïques. Les gardes de la Conné- 
tablie sous les armes entouroient le catafalque. Un détache- 
ment de la milice bourgeoise formoit double haie dans la 
nef. (Affiches de Sens, 1775.) 

Voici le texte du procès-verbal de cette cérémo- 
nie, inscrit au registre des sépultures du Chapitre 
(aciuellement aux archives du tribunal civil de 
Sens) : 

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— 210 — 

CejourcThuy, 13 octobre 1775, le corps de Très-haut et 
Très-puissant Seigneur Louis-Nicolas-Victor de FÉLIX, 
comte du MUY, maréchal de France, chevalier des ordres 
du Roy, menin de feu Monseigneur le Dauphin fils de Teu 
Louis XV, gouverneur de Villefranche en Roussillon, Mi- 
nistre et Secrétaire d'Etat ayant le Département de la 
Guerre, âgé de soixante-quatre ans, décédé en son hôtel, 
rue Saint-Dominique, paroisse de Saint-Sulpice, le 10 octo- 
bre de la présente année, nous a été présenté par Messire 
Claude-Louis de Barber de TEspade, chevalier, prcstre et 
licencié de TUniversité de Paris, vicaire en la paroisse 
Saint-Sulpice, et par Messire Guillaume-Robert-Maguerin 
de Queudeville, docteur de Sorbonhe et vicaire de Saint- 
Sulpice; l'inhumation s'est faite par Messire Jean-Claude de 
Bullioud, doyen et chanoine de cette Eglise, grand vicaire 
de S. Em. Miri* le cardinal de Luynes, Archevêque de Sens, 
et Officiai du Diocèse, député à cet effet par MM. les véné- 
rables (foyen, chanoines et Chapitre, en présence de Très- 
haut et Très-puissant seigneur Jean-Baptiste-Louis-Philippe 
de Félix d'Obiéres, baron de Saint-Maisme et de Dauphin, 
colonel du régiment d'infanterie de Soissonnais, neveu de 
feu Monsieur le Maréchal, et d'un détachement de la com- 
pagnie (\fis gardes de la Connétablie, Gendarmerie, Maré- 
chaussée de France, des camps et armées du Roy, com- 
mandés par M. Viquesncl et par M. Barrier, tous deux 
exemps des gardes de laditte compagnie, et en celle de 
Messire Isaac-Edme Gauthier, faisant les fonctions de secré- 
taire, en labsence de M. Legris, leur secrétaire ordinaire. 
(Signé: ) de Félix de Saint-Maisme; Viquesnel; 
Bahrier; Lucenay; de Barbeu, vicaire 
de Saint-Sulpice; de Queudeville, vi- 
caire de Saint-Sulpice; de Bullioud. 
doyen de Sens. 

La correspondance de Métra raconte que « le 
quinzième jour avant sa mort, le feu maréchal avail 



— 211 — 

fait graver une pierre pour être mise sur sa tombe, 
où étaient inscrits son nom et sa dignité ; il n'y res- 
tait plus à ajouter que le jour de son décès : elle 
était même posée avant sa mort. » Peut-être pour y 
faire figurer les nouvelles dignités que le Roi venait 
délai conférer, avait-il fait graver une nouvelle épi- 
taphe destinée à remplacer la première devenue 
incomplète. Cette tombe brisée par les révolution- 
naires a été reproduite par la tombe actuelle, placée 
en 1864(1). Au sommet figurent les armoiries du ma- 
réchal : écartelé aux 1 et 4 de gueules à la bande 
d'argent chargée de trois F de sable (Felices fue- 
runt fidèles) ; aux 2 et 3 de gueules au lion d'or, à 
la bande d'azur brochante sur le lion. L'écu ac- 
compagné de deux hercules pour supports est 
posé sur deux bâtons de maréchal en sautoir, en- 
touré du cordon du Saint-Esprit et sommé d'une 
couronne de marquis. 

(1) La tombe de marbre blanc qui recouvre actuellement le caveau du 
maréchal du Muy, devant les degrés de l'entrée du chœur, a été posée 
en18&4. aux frais des descendants du maréchal. 

C'est sans doute à la suite d'une visite à Sens que le petit-neveu du maré- 
chal, M. le chevalier de Félix, comte du Muy, ému de Tétat de dégradation 
de la pierre tombale, avait sollicité de l'archevêque de Sens Tautorisation 
de la remplacer par une tombe de marbre reproduisant fidèlement l'in- 
scription et rornementation de la première. M*' JoUy s'empressa d'accor- 
der cette autorisation, le 14 avril 1857. Semblable autorisation fut donnée, 
le as mai, par l'Administration des cultes. Le comte du Muy chargea de ce 
travail, dont il s'engagea à faire tous les frais, un marbrier parisien, F. Da- 
mien. demeurant rue de la Roquette. 

Malheureusement, il mourut en voyage, avant que le travail fût terminé, 
et la pierre tombale, une fois achevée, resta en détresse dans le chantier 
du marbrier, qui attendait des ordres pour son transport à Sens. 

Après quelques atermoiements, l'afTaire finit par s'arranger, et, dans une 
lettre du 21 novembre 1864, la fabrique de la Métropole en exprime sa grati- 
tude à M** la comtesse du Muy. 





— 212 — 
Au-clessous, Tinscription : 
D. O. M. 

LoUIS-NlCOLAS-VlCTOR DE FÉLIX 

Comte du MUY, maréchal de France, 
chevalier des ordres du roi, 

MINISTRE ET SECRÉTAIRE D'ÉTAT 
AU DÉPARTEMENT DE LA GUERRE, 

MENiN DE Louis, dauphin, fils de Louis XV, 

DÉCÉDÉ LE X OCTOBRE MDCCLXXV 



HUC USQUE LUCTUS MEUS 

Quelques mois après les obsèques, le Chapitre 
recevait, de la veuve du maréchal, la lettre sui- 
vante : 

Messieurs les doyen et chanoines du Chapitre de Sens 
tn'ayant accordé, par un acte du 26 février 1776, la per- 
mission que je leur ai demandée de choisir ma sépulture 
dans leur église et dans le même caveau où est inhumé M. le 
maréchal du Muy, mon inary, en reconnaissance je m'oblige 
envers ledit Chapitre de l'Eglise métropolitaine de Sens . 

1» De lui donner ou faire donner par mes héritiers une 
somme de 4 000 livres pour les frais de mes funérailles, 
dont le Chapitre voudra bien se charger; 

2« Que, dans le cas où le caveau se trouveroil trop étroit 
et où il seroit nécessaire de l'élargir, la dépense en sera 
faite au frais de mes héritiers; 

3*^ Que, si il est nécessaire de mettre un jour une plus 
grande tombe de marbre sur ledit caveau et d'y faire graver 
une nouvelle inscription avec des nouvelles armoiries, la- 
dite tombe sera fournie et gravée à mes dépens ; 

4" Et, attendu que je ne donne rien de mon vivant pour 
le droit de sépulture que j'acquerre dans ladite église de 
Sens, parce qu'il pourroit arriver que je mourrus dans un 
pays fort éloigné, auquel cas mon inhumation ne pourroit 



i 



— 213 — 

se faire à Sens, je m'oblige néanmoins et mes héritiers à 
faire payer après mon décès, audit Chapitre de Sens, ladite 
somme de 4000 livres, comme si j'eusse été inhumée en 
I église de Sens, sous la condition cependant que le Chapi- 
tre eraployera lesdites 4000 livres à la fondation d'un obit 
pour le repos démon âme, savoir, 3 000 livres pour ledit 
obit, et 1 000 livres pour les frais de fondation. 

Fait à Paris, le 12 mars 1776. 

Aprouvé récriture cg-dessus, 

Blanckart, Maréchale du Muy (1). 

[Archives de VYonne, dépôt de Sens, G 135, n» 99.) 

Ce projet ne devait jamais se réaliser. Après 
avoir refusé Toffre du Roi qui voulait lui conserver 
la jouissance de Thôtel de Cambrai à l'Arsenal, la 
maréchale s'était d'abord retirée à Paris, dans un 
couvent. A l'approche de la Révolution, elle quitta 
la France. Après des séjours à Dusseldorf, à Pader- 
born, elle se fixa enfin à Alsdorf, près d'Aix-la- 
Chapelle, dans le château de sa famille. C'est là 
qu'elle mourut, le 22 mars 1802. 

Le tombeau où elle avait pensé rejoindre son 
époux était vide. Dans leurs odieuses profanations, 
les jacobins sénonais avait été les exécuteurs incon- 
scients de la volonté suprême du loyal serviteur. 
Ils lui avaient permis de suivre ses maîtres jus- 
qu'au cimetière commun. C'est le 25 mars 1795, 
dit Tarbé, que fut violée la sépulture du maréchal 
en même temps que celle du cardinal de Luynes. 

Il est bien regrettable que, lorsqu'en 1814, on rap- 



(ll Cette lettre porte un cachet de cire noire offrant, accoles sous une cou- 
ronne de marquis, deux écus ovales, l'un aux armes du maréchal du Muy, 
rnttlre. da/.ur à un pic de... pose en hande. 



I 





1* 



A 



— 214 — 

porta, à la cathédrale, les cendres du Dauphin et 
de la Dauphine, on n'ait pas songé à rechercher 
celles du maréchal du Muy. L'un de ses neveux, 
M. du Muy, pair de France, ayant visité la cathé- 
drale de Sens, en 1820, fut sollicité, raconte Tarbé, 
d'accomplir ce pieux devoir. Ce désir ne fut pas en- 
tendu ; la tombe du maréchal recouvre maintenant 
un caveau vide (2) : le nienin du Dauphin n'est plus 
à son poste d'honneur, mais du moins, selon la ré- 
flexion de Tarbé, « si leurs dépouilles mortelles se 
trouvent aujourd'hui séparées, leurs âmes géné- 
reuses sont réunies dans le séjour éternel (1). » 




(1) Recherches sur la ville de Sens^ p. 361. 



5^^*?*; 




J 



LA SEPULTURE DU DAUPHIN ET DE LA DAUPHINE 
DANS LA CATHÉDRALE DE SENS 



APPENDICES 



L APPARTEMENT DU DAUPHIN A FONTAINEBLEAU 

L appartement où mourut le Dauphin occupe 
Textrémité de l'aile séparant la Cour Ovale de la cour 
des Princes, le pavillon qui termine cette aile, à 
gauche du Baptistère, et les premières pièces de 
Taile faisant retour, vis-à-vis la Cour des Cuisines. 

On y accède par le vestibule de TEscalier de la 
Reine, ouvrant sur la Cour Ovale et communiquant 
avec les appartements de la Reine et avec les gale- 
ries des Cerfs et de Diane. 

Le Dauphin habitait le premier étage; la Dau- 
phine, le rez-de-chaussée. 

Ces appartements offrent, aujourd'hui encore, le 
même aspect que du temps du Dauphin. Boiseries, 
cheminées, plafonds, de pur style Louis XV, ont 
sans doute été exécutés pour le Daupliin et Marie- 
Josèphe et rappellent la décoration de leurs appar- 
tements, à Versailles. 

Lii première pièce était la Salle des Gardes. Elle 




\ 



% 




— 216 — 

est éclairée par deux fenêtres ouvrant sur la Cour 
Ovale, vis-à-vis la chapelle de la Sainte-Trinité. Les 
panneaux ne portent aucune décoration. 

La seconde pièce, de proportions identiques, 
également éclairée par deux fenêtres sur la même 
cour est la Salle des Nobles ou Vantichambre du 
Dauphin. 

Les murs sont revêtus d'une série de peintures de 
chasses, entre lesquelles subsistent quelques pan- 
neaux de boiserie. La superbe cheminée en brèche 
est contemporaine du Dauphin. Autour du plafond, 
divisé en trois travées, court une frise finement 
ciselée où se jouent des amours et des dauphins. 

De la Salle des Nobles, on passe dans une pièce 
plus étroite : la seconde antichambre. Vis-à-vis la 
fenêtre prenant jour sur la Cour Ovale, une porte 
ouvre sur le couloir qui longe les pièces précéden- 
tes. Cette pièce est entièrement recouverte de pan- 
neaux peints (sujets de chasse). 

De cette antichambre on pénètre dans la Chambre 
du Dauphin, C'est dans cette pièce qu'est mort 
Louis de France. Des tentures modernes ont fait 
disparaître en grande partie les boiseries sculptées 
d'époque Louis XV. Quelques panneaux cependant 
subsistent, grâce auxquels on peut facilement re- 
constituer la physionomie primitive de cette belle 
salle, qui a gardé sa somptueuse cheminée de 
marbre et son plafond orné, où les mappemondes et 
les cartouches meublés de carquois en sautoir se 
détachent sur les fleurs de lis et les coquilles. 

Les petits cabinets de service qui complétaient 



— 217 — 

rappartement du côté de la Cour des Princes en 
sont aujourd'hui séparés. Us ont été annexés à 
TEcole d'artillerie. 

Mais un cabinet minuscule, occupant l'angle du 
pavillon du côté du Baptistère et éclairé par une 
fenêtre sur la Cour des Cuisines a été respecté, et 
garde encore, avec ses boiseries ciselées et sa che- 
minée de marbre, l'aspect charmant qu'il offrait au 
temps du Dauphin. 

Un petit escalier ouvrant sur ce cabinet, établis- 
sait une communication entre l'appartement du 
Dauphin et celui de la Dauphine. 

Ce dernier, qui occupait l'étage inférieur, offre 
une disposition absolument identique. Cependant 
les boiseries y ont été mieux respectées. 

IL 

LES INSIGNES ROYAUX CONSERVÉS AU TRÉSOR 
DE SENS 

Le récit officiel des obsèques du Dauphin semble 
indiquer que le manteau et la couronne restèrent 
dans le caveau, sur le cercueil. Il n'en fut rien ce- 
pendant, puisque le procès-verbal de la réunion 
capitulaire qui eut lieu le lendemain 30 décembre, 
relate que « la couronne et le manteau ont été dé- 
posés au trésor. » (Archives de V Yonne, G 681.) 

Les différents inventaires de la fm du xviii* siècle 
constatent, en effet, la présence de ces insignes au 
trésor. 





— 218 — 

Dans une armoire de bois blanc à deux battants brisés, au 
trésor d*cn haut : 

€ Un manteau dit à la Royale, de velours violet, semé sur 
les bords de Qeurs d'or et garni tout autour de fourrure 
blanche en façon d'hermine, doublé de taffetas violet. Ce 
manteau a servi à l'inhumation de feu Mfr^ le Dauphin et a 
été laissé à cette Eglise. Il sert tous les ans à son obit et à 
celui de M*"» la Dauphine. 

P. 11. Item, la bordure en hermine du manteau à la Royale 
de Mer Je Dauphin. (Inventaire de 1776 J 

N" 29. Item, s'est trouvé (au trésor), une couronne de ver- 
meil fermée par dessus avec des dauphins qui est la cou- 
ronne qui a servi à l'inhumation de feu Monseigneur Louis 
de Bourbon, Dauphin de France, mort à Fontainebleau le 
20 décembre 1765 et enterré dans Téglise métropole de Sens, 
au milieu du chœur, samedy 28 décembre 1766, laquelle est 
restée audit trésor. Elle a de hauteur, la fleur de lis qui la 
ferme comprise, huit poulces sept lignes. {Inventaire de 1768.) 

N» 33. Item, s'est trouvé une autre couronne de vermeil, 
fermée par dessus par des dauphins, qui est la couronne 
qui a servi à l'inhumation de feu Madame Marie-Josèphe 
de Saxe, Dauphine..., morte à Versailles le 13 mars 1767 et 
enterrée... dans le même caveau de Mtrr ic Dauphin, le lundy 
23 mars dit an; laquelle dite couronne a de haulteur, la 
Qeur de lys comprise, sept poulces six lignes, et pèse deux 
marcs quatre onces cinq gros; à 56" le marc, faitl43"7 *6\ 
(Ibidem.) 

« Emblèmes du despotisme i> et objets d'orfèvrerie, 
les couronnes ne pouvaient échapper aux pillages 
révolutionnaires. 

Nous les trouvons, en efTet, signalées dans d 17/]- 
ventaire des effets dor et dargent de la paroisse 
cathédrale de Sens, fait par nous, Etienne Macé et 
Jean-Claude Jossey, officiers municipaux de la ville 



— 219 — 

de Sens, et dont la pesée a été faite par les ciloyens 
Thomas et Jolly, orphèvres, désignés par ledit Con- 
seil général, 20 octobre 1792 (1). ï> (Archives de 
i Yonne, série Q). 

(1; Une année s'écoula avant que la commune de Sens fit par\'enir à In 
Monnaie ces « effets d*or et d'argent » qui, en plus de la valeur du mélal« 
la seule prisée par le gouvernement Jacobin, représentaient des trésors ines- 
timables d'art religieux. 

L'extrait suivant des Registreê des délibérations de la maison commune de 
Sens, donne sur ce sujet d'intéressants détails. (Archives comm. de Sens, 
P29.) 

c Ce jourd*huy, septième frimaire de l'an II (27 novembre 1793) de la 
R. F. Une et Indivisible, 

< Le Conseil général de la commune en permanence, présence du citoyen 
substitut procureur de la commune, assisté du citoyen Adenis, secrétaire 
greffier. 

f I.es membres tant du Conseil général que du Comité de surveillance^ 
chargés de dresser l'état de toute l'argenterie, argent monoyé, ornemeus 
d'étoffes d*or, d'argent et galons de semblable matière, qui jusqu'à présent 
ont servi au culte des différentes paroisses de cette commune et que It^^ 
citoyens habitans se sont empressés d'offrir à la patrie, comme anciens 
signes d'une superstition qui ne peut s'allier avec l'esprit de philosophie* 
et de patriotisme qui vient de nous régénérer, ont dit qu'il résulte du pro 
cès-vertml par eux rédigé les 20, 21, 23 et 25 brumaire, 5* et 7' jour de fri- 
maire. qu'il a été déposé au trésor de la paroisse principale, savoir : 

« En or, 3 marcs 4 onces 1 gros 1/2; 

« En argenterie, 1 534 marcs 6 onces 6 gros ; 

t En argent monoié, 555 livres ; 

« En cuivre doré, argenté et uni, 9056 livres; 

f En étain et en plomb, 139 livres. 

< Que ces effets ont été embalés dans des tonneaux et conduits au coche- 
de Sens, pour être rendus à Paris et offerts à la Convention nationale. 

• Sur quoi le Conseil général et le Comité de surveillance réunis, le sub- 
stitut du procureur de la commune entendu, a nommé les citoyens Meiircv 
officier municipal, et Beraudon, membre du Comité, pour se rendre i\v- 
main à Paris, surveiller ledit envoi, l'offrir à In Convention nationale et \r 
déposer au lieu qui leur sera indique. » 

\je directeur général de la Monnaie, dans un reçu, daté de Paris le 15 fri- 
maire an II (5 décembre 1793), reconnaît par nillours avoir pris livrni!u»ii 
d'un envoi contenant : 

— Plusieurs morceaux d'or, partie éniaillés et partie garnis de pierrib 
de peu de valeur, 13 mnrcs 8 onces 9 gros; 





— 220 — 

Item, les deux couronnes de Monseigneur et Madame, 
Dauphins de France, d'argent vermeille, pesant cinq marcs 
cinq onces six gros. 

Quant au manteau a à la royalle, ^ il avait été 
lacéré en même temps que les ornements servant 
aux anniversaires. A ceux-ci on avait arraché les 
écussons armoriés, « vestiges de la féodalité; » les 
broderies fleurdelisées du manteau eurent le même 
sort. 

L'inventaire fait le 10 prairial an II (1) (20 mai 
1793), mentionne : « L'hermine d'un manteau galéc 
par la mitte. ï> 

Un billet joint à l'inventaire porte : 

Les administrateurs du district de Sens sont invités à 
donner aux citoyens Langlois et Pierson, des anciens orne- 

— Vermeil (soleils, calices, ciboires), 313 marcs 6 onces; 

— Argent, 582 marcs 1 once ; 

— Pierreries et perles : 

— Un gros saphir pesant 24 karats, ledit saphir est faible en couleur ; 

— Deux mauvais vermeil, une tête do chaque ronde avec sept roses, y 
compris celle du milieu qui est un peu plus forte; 

— Deux mauvais am<^thistes percées; 

— Deux morceaux de pierres de rubis ; 

— Deux autres d't^mernudcs ; 

— Sept chatons d'or, quarrés. avec petit morceau de pierres d*ëmemudrs 
et rubis, entourés en totalité de 44 perles baroques et moyennes, plus 
15 autres perles baroques petites avec morceau d'or et d'argent; 

— Grande quantité d'étoffes brochées et tissus d*or et d'ai^gcnt, pcsnnt 
1 396 marcs 2 onces ; 

— Cuivre doré, 1 907 marcs ; 

— argenté, 1268 marcs; 

— rouge, 230 marcs ; 

— jaune, 12657 marcs; 

— Etnin et plomb, 962 marcs. 

(Registre des arrêtés de. la commune de Sens, tome V, 1* 50, séance du 4 ni- 
vôse an II.) 
(1) Architfes de l'Yonne, série Q. 



— 221 — 

ments d*église dont ils pourraient disposer pour la festc de 
la Raison qui doit avoir lieu le décadi prochain. 

En la maison commune à Sens, le six ventôse, en la 
deuxième année de la Républiqne Une et Indivisible. 

HÉDiARD, officier municipal 

Cet ordre fut exécuté, car Tlnventaire continue : 

Le citoyen Drouet (1) nous a déclaré que le citoyen Glial- 
tas avait en sa possession un manteau violet en velours ser- 
vant aux fêtes civiques. 

Les débris du manteau ne furent cependant pas 
perdus. Une note, en marge de la mention précé- 
dente, déclare : 

Le manteau m'a été remis le 7 fructidor an lU^ (24 août 

1795). 

Signé : Jacquier, archiviste. 

Désormais les inventaires constatent la présence, 
dans les armoires du trésor, « d'un grand manteau 
de velours violet (2). ^ 

 Tépoque de la Restauration, ces lambeaux du 
manteau du Dauphin furent employés à confection- 
ner des ornements liturgiques. On peut encore re- 
connaître sur le velours de plusieurs chasubles de 
la cathédrale, l'empreinte des fleurs de lis brodées 
qui Font jadis décoré. 

Lorsque, en 1814, fut reprise la célébration des 
anniversaires, la Direction du Mobilier des Bâti- 
ments du Roi fournit tous les objets nécessaires. Ces 
objets, transportés à Sens pour chaque service, eu 
étaient emportés après la cérémonie. 

(1) Sacristain de la cathédrale. 

(2) Invent, du 19 brumaire VI (9 novembre 1797). 



4 





— 22i — 

à leur Jvglisc les liccora lions Cuuèbrcs eiivoym, 
chaque annce, pour les services, par le Cràrde- 
Meuble. Celle dcmarche icsie sans succès. . J'ai 
eu soin,*criiriijteiitlanl. le ;3() mars, dv faire cou- 
iiiulre à celui de vos collègues qui m'a d'abord en 
lieleiiu de votre désir qu'il sérail i ni possible dV 
acquiescer, par la raison que les tentures qui ser* 
valent «ians les céiénionics de Sens ilaicnl égale 
inenl nécessaires et pareillement employées daas 
toutes les cérémonies luuèbrcs et notamment dan.-», 
celles de l'église royale de Saint Denis, i. 

Dés son arrivée à Sens, M<J' de la Fare avait sol 
licite, en même temps que des allocations pécu- 
niaires, le matériel nécessaire pour les fondation* 

J'ai reçu, lui dcril. le 10 mars 1.-22, le Minislrc de la M>i 
son «lu Roi, la IctUc que vous mnvcz fait Ihonneur tli 
m'écrire au nom du Chnpiire lie la calliéflralc ilc Sens, L 
IcHot Joblcnîr.iles bontés du Roi, les tcnluies noires fatlM 
s|>écialenicnl pour les deux services anniversaires ilc Mon- 
seigneur le Dauphin cl de Madame la Daupliiue, ainsi que 
le drap mortuaire, les insignes et les autres objets deMînèc 
pour le catariilque. 

Vous ne devez pas douter. Monseigneur, de tout mon era- 
prcssemcnl à saisir l'oteasion de vous être agréable, el j'au- 
rais voulu pouvoir accueillir votre demande dans toute son 
étendue; mais une partie des objets quelle comprend ser- 
vent pour les autres anniversaires qui se font à SalnlDcnb 
et ailleurs par ordre du Roi. Je ne pourrais en disposer 
sans les faire remplacer, et les charges de ta Liste civile ne 
me laissent pas la possibilité de subvenir it une semblable 
dépense Cependant, voulanl, aulanl qu'il dépend de raoi, 
vous prouver tout le prix que j'attache à remplir vos dé- 
sirs, je vais prier .Sa Majesté d'autoriser M. le baron de la 




— 225 — 



iéA meltre h Icntîérc disposition du Chnpilre niélropo- 
^cns, Jes ornemcns et le drap niortiinire qui exi^« 
lî déjù dans la cotliédralc, et à lui faire remettre égale- 

h Le carreau en velours %ioleL el glantis d'or; 
2-^ l^ couronne de Daupltiii» dorée; 
3" Les armoiries sur ctiassis, de (î pieds de haut; 
^ i" Les douze armoiries sur cnrlon, de 2 pieds ^ 
BEI 5' les trois armoiries aux armes de France, peintes 
T toile, qui avaient été faites spL-cialtmient pour cette ce- 
. .nionie, et que Ion transporlail h Sens^ lors de chaque an- 
niversaire- 
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mes senti- 

fns respect u e u X . 
Le Ministre secrétaire d*Efttl de la Mai son dit Roi, 
Marquis dk Lauhiston, 

Ce premier succès ne pouvait qu*cn cou rager le 
>rclînai de la Fare à renouveler sa dcmanUe. 

Je vous aï entrelenu, a Paris, écrit-il, le 8 août 1826, au 
[directeur du Mobilier de la Couronne, de rélnl incomplet 
le roriïement noir dont on se sert, dans tnon église métro- 
politaine, pour le service anniversaire solennel de feux 
Mânsei|*neur le Dauphin et de Madame la Dauphine. Ce que 
jà la munificence du feu Hoi a bien voulu consacrera 
: u^age si privilégié est, connue j'ai eu Tlionneur de 
us raHlrnier, trop insuffisant pour faire, avec la décence 
ta pompe convenables, un service aussi auguste. IVaprès 
nutre convention, je vous transmets ci-jointe la note dos 
objets importans qui manquent encore. Je comtïte, Mon- 
ur le Viconjle, sur vos bons ofllces auprès de S, E. le Mi- 
are de la Maison du Roi, afin de complelter le premier 
fi et 1 intention du feu Roi, Le Chapiirc de Sens et son 
chevéque vous auront une sensible obligation de tout ce 
I que vous aurez bien voulu faire pour un objet qui intéresse 
lé h t lois la dignité du cuUe et la piété lUialc de Sa Majesté 

15 




— 2;^G — 

Note des objets indispensables pour completter Vornemcnl 
noir employé au service anniversaire de feus Monseigneur 
le Dauphin et de Madame la Dauphine dans l* Eglise mclro- 
politaine de Sens, où LL. AA. Royales sont inhumés : 

1° Quatre chappcs de velours noir, orfrois en drap d'ar- 
gent moiré et galons d'argent ; 

2? Un parement d'autel, de velours noir, galon d'argent, 
avec une croix à huit pointes au milieu, en moire d'argent, 
et de la dimension de 10 pieds 4 pouces de large, sur 4 pieds 
6 pouces de hauteur; 

3» Un autre parement pour le trône avec une croix sem- 
blable, à huit pointes, ledit parement de 7 pieds 6 pouces 
de hauteur, sur 3 pieds de largeur; 

4*" Deux parements de 9 pieds de longueur sur 22 pouces 
de largeur, de velours noir galonnés en argent, pour couvrir 
les deux pupitres de l'Epitre et de l'Evangile. (Ces pare- 
ments se nomment épistoliers.) 

5» 150 aunes de drap noir pour couvrir les degrés du ca- 
tafalque, ceux du sanctuaire et du trône; 

6° Supplier le Roi de faire remplacer, dans la décoration 
du catafalque, le collier des Ordres que Louis XV avait ac- 
cordé pour cet usage, mais qui a été enlevé avec toutes les 
richesses du Trésor de l'Eglise de Sens (1); 

7" Un carreau de velours noir, galonné d'argent, avec 
ses quatre glands, destiné à porter le collier des Ordres; 

8'» Un manteau royal de velours violet parsemé de fleurs 
de lys en or et bordé d'hermine ; 

(1) Voici In curieuse desciiplion de ce collier et de quelques accessoires 
servniU à la décoration funèl*re des anniversaires donnée par Tinventaire 
de 1770 : 

Au Trésor d'en haut. — « Item, une couronne de carton et un cordon de 
l'ordre de Saint-Michel, aussi de carton et doré, avec un cordon bleu ; le 
tout servant à Yohit de M" le Dauphin. 

« Deux petits coussins couverts de velours noir de coton, garnis d'un g;\- 
lon d'argent et de quatre glands, ces deux coussins servant à mettre sur In 
représentation aux ohits de M» le Dauphin et de Madame la Dauphine. 

a Huit écussonsaux armes de Madame la Dauphine. » 



— 227 — 

9<> Quatre grands panaches blancs pour le dais du cata- 
lalque; 

10^» Quatre bandes de 20 pouces de hauteur, dont deux de 
6 pieds 9 pouces de longueur, et deux de 5 pieds 9 pouces en 
largeur, le tout en velours noir galonné en argent, pour 
faire les pentes du dais. 

A la réceplion de ce document, la Direction du 
Mobilier de la Couronne fait établir des devis (1) 
pour la fourniture des objets demandés par le Car- 
dinal. 

Celui de Desmarais, chasublier des Menus-Plai- 
sirs, demeurant rue de la Lanterne, au bas du pont 
Notre-Dame, évalue : les quatre chappes à 1 456 fr. ; 
le devant d'autel à 643 fr. 55; le parement du trône 
à 173fr. 35; les deux épistoliers à 358 francs; les 
pentes du dais à 952 francs ; les tapis à 1 650 fr. ; 
le carreau de velours à 178 fr. 65. 

Perrot, plumassier, offre de fournir les panaches 
du dais en plumes d'autruche, y compris les ai- 
grettes, pour 270 francs. 

Dallemagne, Guibout et C^e, brodeurs passemen- 
tiers du Roi et de la Cour, rue des Deux-Portes- 
Saint-Sauveur, n** 12, proposent de confectionner 
le manteau royal pour 5 200 francs (2). 



1) Archives nat., 03 1924. 
(%i 12 août 1826. — Devis d'un manteau royal : 

Un manteau royal en velour violet fin, avec bordure en broderie or my 
tin placée au-dessus de l'hermine, parsemé de fleurs de lys en arbachure, 
doublé d*hermine fausse. 
Esliraé : cinq mille deux cents francs. 

Dallemagne, Guibou et G". 
(Archives nat., 03 1924.) 
Le même brodeur avait également fourni, à l'église Notre - Dame de 




— 228 — 

Enfin, le devis de Cahier, orfèvre du Roi, poar I 
fabriciilioii d un faux collier desi Ordrtîs, en coh 
doré et imitation d emaux« niofile à GGO ffancs. 

En tratismrll^iitt ces propoiiitîons au vicomte de 
la Roche fou cauld. AidcHle-cainp dti Rtii et Surin- 
tendaril des Bcaux-vlrit, le Directeur du Mabilier 
cxplifjtiaH qu'une pen!iée déconomie lui a^-ait fait 
élablir un devi% pour un faux collier, un collier d'or 
représentant une dépeuî^e considérable. Mais il sug- 
géniil, en nicmc leuip^, Tidéede demander au Roi 
daccordcr à lEgU^ie de Sens lun des grands collic 
préparés à 1 occasion du sacre et restés sans emplc 

Le 3 septembre» le roi Charles X mettait sa signa- ' 
ture uu bas du rapport suivant : 



luppoaT AC aôi 



îiirt', 



S. Elu. le Ciirdinnl de la Fare, Archevêque de Sens, d^* 
raat doniter au service atuuicl qui se célèbre, dans sa calhé- 
drille, en cainméaioriilioa des oiigusles fiatetirs de Votre 
Majesté, Maaseigaeur le Dauphin et Madame la DauplitnOt 
toute 11) pompe dési rallie, demande que Von complète t or^ 
nemenl qui SL*rl lors de cetlc eérémonie, 

r&i cru que ceUe demande était trop jusle pour ne pas la 

mettre sous tes yeux de Votre Majesté. Ù'ûl fait dresser le 

devis dt* ta dépense à Incjuetle elle pourruit diïnner licu^ 

^ 11511 fr.75. 

Amwoiwé : Chah LES. 

^ Archiva tiaL^ Oa ld22.) 



PurU, poni' ht iitnii|H' FiiitiVlirM tljef^tiuivXVI, ijii tmtik'Ou ftiyfili|iiJ fu! |tA 
i^iiUunrtil 2\m fr. Ml. f îbuL, 0:i 2£0,) 

i\t^ ittunte^m fui livré, le 'M iïdVf'mhre 182<i. Il flgun^ ii^Uielt^menl au ' 
iwr tfi« lu MiHrtïpi»liî*ir irt9 , Alntilpbl ili^mcnlii* ht légcniîp dnîirt^» laquo 
ce miinkniti iiurnJl Hi^ pôfU \mv 1r td) Oiiirtcii X, 1c Jour de hjiî mcf^ 
lleinii, im iiiiil Ih2.ï. 



— 229 — 

Aussitôt, M. de la Rochefoucauld informe le 
cardinal de la Fare, lui exprimant le regret qu'on 
ne se soit pas adressé directement à lui, ce qui au- 
rait permis une solution plus prompte. 

« Je croyais, répond le prélat en le remerciant, 
à la date du 7 septembre, que Tordre de Tadminis- 
Iralion exigeait que ma proposition vous fût défé- 
rée et soumise par M. le Directeur du Matériel des 
Fêtes et Cérémonies et du Mobilier de la Couronne. 
L'aimable reproche que vous avez la bonté de me 
faire à cet égard est un motif de plus à la confiance 
que vous m'avez toujours inspirée. » 

Le 24 novembre, le Mobilier de la Couronne ex- 
pédiait, à Sens, tous les objets, sauf le collier. Ces 
différents objets, suivant l'estimation officielle, re- 
présentaient une valeur de 10 824 fr. 75. 

Quant au collier, le Roi avait approuvé le 24 sep- 
tembre, la proposition de remplacer le collier de 
cuivre auquel on avait d'abord songé par un des 
colliers précieux n'ayant pas eu de destination à 
l'époque du sacre. (Archives nat,, 0^ 551.) 

En annonçant l'octroi de cette faveur au cardinal 
de la Fare, le comte de Sèze, grand Trésorier des 
Ordres du Roi et premier Président de la Cour de 
Cassation, informe le prélat qu'il remet le collier de 
l'Ordre du Saint-Esprit au vicomte de la Rochefou- 
cauld, Directeur général des Beaux-Arts. 

« Le magnifique présent que le Roi daigne faire à mon 
Kglise métropolitaine d'un collier du Saint-Esprit, répond, 
le 10 novembre, le Cardinal, est pour moi du plus haut prix. 
En remplissant une pieuse et royale destination, il contri- 





— 230 — 

bue ni II la gloire de ma superbe basilique et sera, chaque 
année, un Icnnoignage éclatant des bontés du Hoi envers 
mon Eglise nrchiépiscopale et mon clergé, et un gngcdum- 
ble de sa piété filiale... t 

L'abbé de Bellaud, vicaire général de Sens et au- 
mônier de la Dauphine, alla prendre possession, 
au nom du cardinal de la Fare, du précieux joyau 
rclîgitHistnnent conservé depuis au Trésor de la 
Mclmpole (1). 

Quelques mois plus tard, le 26 avril 1827, le 
comte de Sèze informait le Cardinal de Tenvoi, pour 
coniplt^ter le don royal, « d'un cordon bleu avec 
la croix et la plaque qui raccompagnent tou- 
jours (2j. p 

<1> s- 347 de Vlnvenlaire publié en 1897. 

N"*248ct âlOde V Inventaire. Le cnrilinnl de In Fare avall égalcincnl 
«oUic)l<^. iM) 1K2II. pour décorer les autels des Jubés de la cathédmle, deux 
itiiLuc\*(. l'unr tje saint Louis, l'autre de saint Martin. Le Directeur des 
Ikfiux-Arls exprime nu prélat, dans une lettre du 14 novembre, son regret 
dr ne pouvoir lui donner satisfaction, h cause de In dépense très élevée 
qu'ncmitioiiniM ait, même en pierre, lexccution de ces ouvrnges. Lnnnêe 
|tri*t!tklfnitt". Ir ^ k^omte de In Rochefoucauld avait fait attribuer, à la Métro- 
poks il* lîrniul Inbleau représentant l'entrée, dans la catliédrale de Sens, 
de saUïi Louis iiortant la couronne d'épines, par Caillot. Ce tableau fîgurc 
actuellviueiil dans la salle Synodale. 




m 



LA PORTE DAUPHINE 



Pendant un siècle, la rue principale de Sens 
porta le nom de rue Dauphine, en souvenir des 
princes qui étaient venus chercher un dernier asile 
dans la cathédrale. Cest en 1770, au dire de 
Tarbé (1), que ce nom fut donné à la vieille rue 
Couverte, 

Par la porte Commune cette rue ouvrait sur la 
route de Lyon. Le 19 juillet 1768, une « ordon- 
nance des Président, Trésoriers Généraux et 
Grands- Voyers de France (2) » avait prescrit la dé- 
molition, dans les trois jours, vu sa caducité, de 
la porte, construite vers 1283, qui avait longtemps 
été le siège de l'administration municipale. 

Cet ordre fut sans doute immédiatement exécuté. 

d» Les registres des délibérations du corps de ville ù celle époque ont 
disparu. 
2) Archioes communales de Sens, DD 9. 







_ 232 — 

Néanmoins une partie de Tédifice restait encore 
debout, quelques années plus tard, car, à la suite 
du terrible incendie qui, en juillet 1776, détruisit 
une partie de la rue Dauphine, on adjuge, le 15 sep- 
tembre, la démolition de ce qui subsiste de la porte 
Commune (1); cette démolition doit être achevée 
pour le l^r octobre. 

II était alors décidé que, sur remplacement de 
Tancienne porte, serait érigée une entrée triomphale 
qui rappellerait la mémoire du Dauphin et porte- 
rait son nom. 

La seule mention insérée dans les registres de la 
intinicipalité se trouve dans un mémoire rédigé, 
le 30 janvier 1786, pour revendiquer la propriété 
de la Grosse-Tour dont Tlntendant prétendait dis- 
poser en faveur du collège. Nous y lisons ces détails 
parmi les preuves alléguées par la ville pour éta- 
blir son droit : 

ff C'est à cet effet (à titre de propriétaire) que 
riniiiée 1766, le corps municipal sentit Timportantc 
nécessité de bâtir la porte Dauphine, et que, n'ayant 
aucune ressource pour faire cette dépense, il fut 
autliorisé, par assemblée de la commune du 21 mars 
de lad ite année, à démolir celte tour et à en employer 
ks matériaux à cet effet; mais le plan ultérieur de 
cette porte, qu'on décida devoir être sculptée, ne 
pcrmcltant pas de faire usage de la pierre dure 
employée dans cette tour, les officiers municipaux 
suspendirent cette démolition; ils allaient s'en occu- 



iNflvm. Arrôlrs de la moiric, reg. 1, f* 4, 



— 233 — 

per pour la consh*uction de la porte Royale, qu'ils 
vont se trouver forcés de bâtir incessamment, at- 
tendu que l'ouverture de la route doit avoir lieu au 
printemps prochain (1). » 

La construction de la porte Dauphine eut lieu en 
1777. Dans une délibération en date du 24 août, la 
municipalité décide de faire démolir « la vieille 
tour restant du côté droit en sortant de la porte 
Commune, » et d'inscrire au cahier des charges la 
condition pour l'adjudicataire « de ne pas endom- 
mager les pilastres actuellement commencés de la 
porte neuve (2). » 

Il nous a été impossible de retrouver les devis et 
projets relatifs à cette construction. Nous savons 
seulement qu'elle fut exécutée sur les dessins de 
Charles Guillaumot (3), architecte de l'Intendance. 
« Elle est composée, écrit Th. Tarbé, d'une ouver- 
ture en arcade avec deux massifs, ornés chacun de 
trois médaillons sur chaque face. Du côté du fau- 
bourg, les deux médaillons du haut devaient conte- 
nir les bustes du prince et de la princesse. Les 
deux du milieu devaient représenter, d'un côté, le 
moment de la bataille de Fontenoy où le fils de 
Louis XV voulut se mettre à la tête de la maison du 
Roi; de l'autre, le mariage du Dauphin (4). » 



(1 Arrêtés de la mairie, reg. I« T 68. (Note coinmiiiilquée par M. le doc- 
teur Moreaa.) 

<2) Archioes communales de Sens, BB 4. 

•T, Charles-Axel Guillaumot, né en 1730. à Stockolm, de parents fran- 
çais, était membre de TAcadémie d'architecture. Il a constmit la caserne 
de Joignr. Il moorol à Paris en 1807. 

(* Histoire de Sens, p. m\. 





u 




_ 234 — 

Les iiiodèles en plâtre de ces médaillons furent 
exécutés ])ar le sculpteur Dupaquet (1). 

Les matériaux employés étaient de bien mauvaise 
qualilé. Six ans après rachôvement de la porte 
Dûiiphine, on reconnaissait la nécessité d'y faire 
d'iniportantes réparations. 

Le 20 mars 1784, de Montfeu, inspecteur des 
Ponts et Chaussées de la Généralité de Paris, dé- 
pose un <i devis pour la réfection totale de Tenla- 
blemeiit de la porte Dauphine, dont la pierre est 
ciiticMt nient dégradée et ruinée par les gelées de 
rhivcr, et pour la couverture en plomb dudit en- 
tablement, ainsi que du socle de couronnement de 
ladite porte afin de prévenir, pour la suite, de nou- 
velles dégradations. ï» 

Ce projet spécifie que l'entrepreneur sera tenu de 
supprimer les bossages ménagés pour recevoir la 
sculpture des médaillons, afin de les araser avec le 
parement de la pierre. La dépense devait s'élever 
à 3 2(1(1 livres, mais le l"août suivant, Tarchitecte, 
« vu la difficulté de se procurer de la pierre de Ton- 
nerre et la modicité de ses premières estimations, ^ 
déclare qu'il y a lieu de prévoir une augmentation 
de 500 a 600 livres (2). 

L'année suivante, seulement, ce travail fut 
exécuté. Le registre des délibérations du corps de 
ville y fait Tallusion suivante, à la date du 16 août 



(lï Osl II' tiipni donnô par les chroniqueurs contemporains, notnnnnenl 
Mjiucïi^rr ' i/s. de la mbliulh. dr Sens, (omc II, p. SG), qui donne une éléva- 
tion rk* hi I i'jrle Daupliine. 

Cl. Archit*ti cvnumin<iles de Senx, DDD. 




— 235 — 



1785 : c Les réparations de la porte Dauphine dont 
on s'occupe obstruant le passage ordinaire, on se 
trouve dans la nécessité d'ouvrir la porte Saint- 
Reniy et d'y établir un bureau de perception des 
droits d'aydes (1). » 

Les sculptures, toutefois, restaient à faire. L'Etal 
sans doute devait y pourvoir. Mais la pierre de 
Bailly dont était construite la porte étant d'un grain 
peu favorable au modelé des bas-reliefs, l'Inten- 
dant avait invité la Ville à faire incruster dans les 
médaillons destinés aux sculptures de la pierre de 
Tonnerre. 

La ville de Sens recule devant ces frais. « Le 
maire, lisons-nous au procès-verbal de l'assemblée 
du 4 août 1787, a dit que Ms»" l'Intendant a donné 
des ordres pour faire reconduire à Paris les médail* 
lions en plâtre qu'il avait envoyé (sic) pour guider 
l'artiste dans l'opération de sculpture à faire sur la 
porte Dauphine, sur les motifs que le corps muni- 
cipal avoit paru répugner à la dépense qu'engendre- 
roit la pierre de Tonnerre à réincruster au lieu de 
celle du Bailly qui forme aujourd'hui les médail* 
lions; qu'il pensoit que Msr ITntendant, qui connoit 
le peu de facultés de la ville, en demandant qu*ellc 
supportât cette dépense, se feroit un plaisir de venir 
à son secours, tant pour cette dépense que pour 
toutes autres; que par ces considérations il croyoil 
qu'il falloit marquer à Mgr l'Intendant que le corps 
municipal espéroit dans ses bontés des ressources 

(2 Ibidem, BB 4, t f9, veno. 



f 

il 



i 




— 236 — 

pour toulc la dépense qu'occasionneroit la porte...; 
,.,.ont ai resté de prier M^"" Tlntendaut de vouloir 
bien envisager (jue le peu de ressources qui prove- 
noît des revenus de la ville les faisoit ésiter à entre- 
prendre toutes dépenses extraordinaires; que celle 
de la sculpture et autres réparations à faire présen- 
toit un tableau d une dépense effrayante pour une 
communauté sans ressources, que néanmoins le 
corps municipal s'en rapportoil à sa prudence et à 
sa sagesse pour 1 ensemble de cette dépense, bien 
persuadé qu il ne lui fera rien entreprendre au delà 
de ses forces et faculté (1). v 

Ces démêlés attendaient encore une solution 
lorsqu'échila la Uévolution. Les sculptures ne fu- 
rent JLiniais exécutées. Les maquettes, déposées 
quelque temps dans une chapelle de la cathé- 
drale (2), trouvèrent asile au musée de la mairie, 
où elles figurent aujourd'hui. 

Quant à la pnrte Dauphine, après avoir vu passer 
les cortèges grotesques des saturnales révolution- 
naires, après avoir, pendant tout un siècle de monar- 
ehicH, de répuhli(|ues et d'empires, gardé son nom 
histori(|ue et déeoré l'entrée principale de la cité, 
elle fut rasée par une municipalité jalouse surtout de 
continuer les traditions de celles qui avaient jeté 
bas les portes de Notre-Dame, de Saint-Antoine et 
de Saint-Didier et dont le conseil général du dé- 
partement, en liSll, Montalembert et Victor Hugo 

tt> AnltiL'rs çtimmumtU^. »B 4, f* 79. 

(2) Vn ItivtfnUUnt cte tH(i^7 note leur présence duns la chapelle de Sainte- 
€olatnKi?, pri<& tli!« !i(^l^e^ du niausok^clu Dauphin, 



— 237 — 

au Parlement, en 1844, avaient stigmatisé le vanda- 
lisme (1). 

Nous devons résumer ici, si peu honorable qu'elle 
soit, cette page d'histoire sénonaise. 

Le 15 novembre 1881, un conseiller municipal, 
nommé Huchard, déposait la proposition suivante : 
« Le conseil... 

c Considérant qu'il est de toute nécessité que 
l'accès d'une ville soit très facile, au moins pour 
les voies principales, décide que les pilastres, co- 
lonnes et portes qui obstruent plusieurs des entrées 
de la ville seront démolis et, dans le xîas où quel- 
ques-unes de ces constructions auraient une certaine 
valeur artistique, de les réédifier sur des emplace- 
ments à choisir, où ils pourraient servir d'orne-» 
mentation. » 

Celte proposition, renvoyée à une commission, 
revenait devant l'assemblée communale à la séance 
du 8 février 1882. 

Les conclusions du rapporteur étaient ainsi for- 
mulées : 

c La commission..., nommée... pour examiner 
s'il y avait lieu de démolir ce qu'on appelle les 
portes Saint-Hilaire, Formeau, Notre-Dame, Saint- 
Didier, d'Alsace (porte Dauphine)..., à l'unani- 
railé a décidé que, pour rendre plus facile la circula- 
tion des voitures à l'entrée de la ville, dans ces di- 
vers endroits, il y avait lieu de supprimer toutes 
ces portes... » 

(l Voir Vaudin, Fastes de la Sênonle, pp. 191 et 193. 





— 238 — 

Dix-huil conseillers seulement étaient présents: 
dix volèrent pour Tadoption de ces conclusions. 

DiïîonsH Hionnenr des Sénonais que cette mesure 
borbarc, ([ue ces considérations charretières soule- 
vcrent rélonncment et Tindignation. La presse lo- 
cale en a gardé les échos. 

Une adresse au maire, M. Lalande, lui expose 
ces représcnlalious : 

a Démolir pour améliorer et embellir, passe en- 
core; mais détiuire pour détruire, sans nécessité, 
sans utilité, sans même le moindre intérêt d'ar- 
gent, c'est insensé! 

a Songez-y, ni on sieur le maire, votre nom restera 
implacablement attaché à cette œuvre de destruc- 
tion (1)! 

Un long mémoire, reproduit par le même journal 
(numéro du "2 juin), s efTorce de sauver le monument 
dont ioiil le inonde reconnaît la grâce et l'harmo- 
nie des proportions dans la sobriété des détails : 
« Notre ville a perdu prasque tous les fleurons de sa 
couronne murale. La porte Dauphine lui reste en- 
core. Simple darehitecture, elle se ressent, il est 
vrai, de lYpoque où elle fut bâtie; ...cependant elle 
a grande mine, à l'extrémité de la rue principale 
qu'elle encadre noblement dans ses pilastres de 
pierre; du eùlé du faubourg, elle relève l'aspect de 
la place et détourne les regards des constructions 
mesquines qui 1 entourent. 

« On aime à saluer en elle le souvenir de nos 
gloires passées, qu'elle nous rappelle dignement. 

(I) Vnfon iit VYoniie, n- du 2 juin 1883, 



r 1 



— 239 — 

« Elle a une tradition : elle a remplacé le beffroi 
de nos libertés communales, l'antique porle Com- 
mune où, durant de longs siècles, se concenira lac- 
livilé municipale de nos aïeux. 

« Par son nom, elle a conservé longtemps la 
mémoire d'un grand et vertueux prince, inbumc 
dans nos murs. 

« Tout récemment, hélas ! elle a vu gratter son 
vieux nom par la municipalité républicaine qui Ta 
appelée : porte d'Alsace, quoiqu'elle regarde le 
Midi » 

Toutes les protestations furent inutiles. Le 2 juin 
1883, le maire de Sens, M. Lalande, adjugeait la dé- 
molition des portes de la ville. La porte Dauphiiie, 
dite d'Alsace, fut attribuée à M. Emile Gaujard pour 
la somme de 180 francs. 

Lacquéreur s'empressa de faire connaître qu'il 
avait agi au nom d'un comité formé pour la con- 
servation du monument (1). 

En vain ce comité, fort de Tadhésion de cinq cent 
cinq habitants, sollicita une prolongation du délai 
imposé pour la démolition. 

Le journal YUnion, dans son numéro du 15 sep- 
tembre 18S3, annonçait que la destruction de la 
Porte Dauphine était opérée depuis quelques jours. 



' i 



*['l| 



(1) Ce comité était composé de MM. A. Chocat, Ch. Duimml, E. Gaujard. 
A. Grelot et Horace Lefort. U a\*ait provoqué une souscription duii^ le but 
de faire reconstruire la porte Dauphine et de la faire décorer dr- s^ulptu- 
rn reblives à l'histoire de Sens. La destruction prématurée du monu* 
ment ne permit pas de réaliser ce projet. 






i 




TABLE ALPHABÉTIQUE GÉNÉRALE 



ÂdretttAe la ville de Seni au comte 
Agout ( ^ irumle d'). l£4. 

Aiiujiioii utucd't, aos. 

AU KiTifndi. son p<i«»i|i<?4 Sens, 132. 
AlLnrd, curc de Verwllk^t, W. 
ALïtioiti' frti/itrnii d' , p*^ d'AJx- 
la-Chïipellr, 213. 

Amdot, tninlsdr, 83, 89. 
And oui Ut'» rhfrurgled, 13, 56. 
il AnglvÉîler, 77< 7», m. «^ 99. 100. 
Afigoulêroe (duc d'i. Ilfi, 190, 194. 
AnciOuli'iTiP (dtichr^Kr d*}^ 141, 142, 

1«l d 1S5, 192, 193. 
AtuUtftrsaire». IW à 112, 153, 179. 

1"JU. 192. 
At*partemrfUt du Ihtttphiti., 215, 217. 
Arfhfi>éthé. 22. lUfi. 191, adresse 

munUiimle pour son rèlnblisse- 

meni, IHC-II». 
Ancï-siR-Ci'iiF* ItM* 
jlr/ïi«jfr/fi flu tjtiuphitt. 2lTi. 
Artois rcomle d'avoir: Charles X. 
AudLmc (doeteiir^ 3G. 
dtttel tie ta pQtrir. 117. 
il Uf 4-1)1 dajtilé$. 230. 
Atiiop9ie dr ia Dauphin f, 34-36. 
Aulopiiie du Vkntphiu, 13, 14. 
Aun^nE, 2:i. m , 141, 182, 183. 192,194. 
AvAixoM, HU 1K3, 1^. t1>1, 
A%*io?ftj}« (cathédrali^ d'i^ 12. 

de Batliicourl, 127. 



Baqucf, gni%'eiir, 51. 

Barber de 1 Espada (l'abbé), 209. 

210. 
Bardin, Juge de paix, 137, 148, IGi* 
Beaumont (comtesse de). 63. 
Bcauval, 127. 
Bémud (M~), libératrice de la vilk 

de Sens en 1814, 164. 177, 178. 
Beooist de la Molhe, 135, 137 à 139 

144, 145, 148. 152, 153, ICO. 173. 
Bérenger (comte de). 63, C6. 
Bemadou (cardinal), archevêque 

de Sens, 168. 
Bernardin de Saint-Pierre. 101. 
Berr>' (duc de), 146. 185. 
Berry (duchesse de). 185. 193 
Berthelin. chanoine, 4. 29, G8. 
de Bérulle. 128. 
de Beurnouville, 183. 
de Biencourt, 127. 
Billebaut. président du tribunal, 

136. 
Biron (comtesse de), 184. 
de Blanckart, maréchale du Muy. 

204, 207. 212, 213. 
Boiscoillaud (docteur), 14, 56. 
Boudin (général), 177, 179. 
Boudrot (docteur), 161, 163. 
Bouilhac (docteur), 56. 
de Boullongne, 1(6. 
de Boulogne, évéquc de Troyei», 

140, 149, 150, 174, 178, 181, 183. 
Bourdelin (docteur), 56. 



— 241 - 



Bourdesoult (comte), 100. 

de Bourge, 100. 

Bourlel de Vauxcelles, chanoine, 

33. 173. 
liourlet de Vauxcelles, premier 

valet de chambre de Charles X, 

173. 
Brancas (duchesse de), C3, 66. 
de Hrieiine (Voir : Lomcnie). 

BlUENON. 183. 

Broglie (Emmanuel de), auteur 

ciié, ayj. 

de BuUioud, 127. 

de Bullioud, chanoine, 5, 29, 67. 

8i>, 109. 209. 210. 
du Busquet, sous -préfet de Sens. 

i:* à 1G5. 179. 

Cahier, orfèvre du roi, 228. 

Cahors (collège de), 42. 

Cambrai (hôtel de) à Paris, 213. 

Canons remisés dans la cathé- 
drale, 132. 

Cardinaux ténonais, 2. 

Carlier, chanoine, 196. 

Carmélites {religieuses/ , 167, 183. 

Cjumont (duchesse de), 63. 

C^lestins de Sens, 32. 

de Chalmazet, év. de Coutances, 25. 

Chambonas (buste de), 117. 

de Champbertrand, doyen, 4, 29, 
G7. 86. 91, 110, 111. 

Champigny (Nompère de), 190. 

Champion de Cicé, év. d*Auxerre, 
25. 

Chandenier (collection), 38, 42, 44. 

Uuipflle ardente j 13-16 

Chapitre de Sens, délibérations, 5, 
19, 30, 37, 68; suppression, 112, 
IMireconstituUon, 189. 

iharli-s X, I3â, i:i3, 170. 2*S. 

CIiaMoiîui; m. 

Chiisubh tirodèc par la duchesse 
d AngDitléitie, 19S. 

Chatclrl (comte dy), 100 A lll. 



Chatelet Laumont (eomtossc du), 

63. 
Chauvelin (marquiiï iki, 17, t S, 2G. 
Chimay (princesse ilv, 20». 
Choiseul (vicomte di j, 109. 
Choisy (comtesse do, XM. 
de Cicé (voir : Chan\|jion). 
Cimetière de IHôtel-ltuu, im, im, 
Cochin, (Ch.-Nicolas) iû, 4B h 51, 

75,93,101. 
Cochin (gravures de) 12, 33, 35, 53^ 

72. 
Collet, confesseur de la Dûuphîiie, 

17. 
Co//i>r des ordres, 22Ci, 229, 230. 
Côme (frère), chlrurgii-n, 2 -7. 
Commission pour ta n^atatittjlion 

du Mausolée, 137, U:t, Ul, 177. 
Concile de Sens. 19G. 
de Condé, chanoine. €8, m, m. 
Convention, 126. 
Corbel, marbrier, 82. 
Cordeliers (couvent dt-s)^ 23. 
Cornisset, président du Inbunat 

de commerce, 15G. 
Cornut (Gauthier et G i le}, archevê- 
ques de Sens, 21. 
Cossard, 118. 

Couronnes, 23. 30, 217 à 219. 
Cousin (Jean), peintre : vitraux* 

117. 
Coustou (Guillaume), *>!♦ 71, 77, 33 

à 95. 
Coutances (évéque d«r), 25, 
Croix de Saint' Louis ^ 127. 
Crou (docteur), 163. 

Dallemagne. brodeur, 227. 
Dauvergne, chanoine. 4, 29, G8, Sil. 
Décoration funèbre, 2î. 
Demay. procureur du r#>i. I^, 
Desgranges (M**) 178* 
Desmarais, brodeur, 2Z7. 
Destruction de la porte Itouphine* 
237 à 239. 

10' 





— 212 — 



îlettîMpnurlartsImtraimn du A/ciii- 

DitUxot, 41Î à :i2. 105, ItïG. 

lïir.i'. ;iukur tikMir», UQ, 10.1. 

Ilrrtu fm!ir(|uis lU'i, il. 2*1, 04. Go. 

l>j(Hm\ m n ri* lier, lUO* 

Drmu t, sjKTÎsliiint 221. 

JlnAnir, oïtkiiT rmjiiîi'i|ml^ 122. 

l)U|]ar|tli'l. stulpU'îiJ-, ZU. 

Diiponl. iM*i auxUlulrr' <lii cardi- 
nal de Li Fiij-L', ICCÎ. 

Dii|>ruL, (itKiiiuitifrit du l'urdinul), 
lij. 

Du roui in [yi-), 177. 

lUival fdock'uru 14. 

KlUfrai, Va, l'urnu. lOK. 

t''liiiuphr%. 41 !i J,"î 51, 70, 71. 
îl^ihuittutùtn l'ti 1777. Mi, 
L^ihamutûtn eu ISll, 118. 

lùihriqttf (coniietl dt'ï iit- hi Mélro- 

}HyU\ ira 

cl<* In Fan? (cardiiui!} iirchevêque 
de Sens, mi \m. Vêt VJI, 222 à 

iËl>, 2:ïï* Si :i:kK 

de IVliï d iHiiTi'is, 2U9. 210. 
Fl^iU' dianm df Un. (i2. 184. 190. 
1-1 U - J il m es i d u i" \U* ISCi , 'iWi. 
riruiy (duc df lt»K 
de FouLdne (Voir : Cnir-si-mcnl). 
Fuxi \ixem.t-M', là, 17, 3-'ï, O, 100, 

llCi. 191, 2i:. A 217. 
de rornuMinlr^ çun* de lu t'athc- 

ilrale, lltS ïi Hl, 14S, i:d. LV2, 1(X>. 

m» WL 

Forliii, 127* 

lVMlf>u, |>cintri\ im. 

Fronsuc (ducdc», i:i, 14, IT. 26, 89. 

Fantrtùtlt% tle ia thm^^bint tJ, G8. 

de Gabridt* vîe«lr«^ grucraL 23, 20. 



Gabriel. 127. 

Gnillot, pcintro, 230. 

Gamot, préfet de l'Yonne. 116, Uj, 

152 a 159, 164. 108, 1G9 à 172 
GarnuT, conventionnel. 155. 
Garscmentdc Fontaine, chtiiioine. 

4, 7. 29. 
Garsenient de Fontaine, 174. 1^ 
Garsement de Vauboulon, 127. 
Gaultliier. maire de Sons. 12H, 121*. 
Gaultry, 198. 
Gauthier, secrétaire du chapilri. 

210. 
Gayet, architecte, 38, 42. 
Gigot de Boisbernier, chanoine, l 

29,G8, C9. 91. 
Gois, sculpteur, 102. 
Goret, chanoine, 68. 
Goyon (comte de), préfet de 

l'Yonne, 180. 
Goyon (comtesse de) 182. 
Gradot, chanoine, 86. 
Gratien Dugaudin, chanoine, 29. 
Grégoire, 114. 
Guiche (duc de), 190. 
Gulllauniot, architecte, 233. 
Quistel (princesse de), 63. 
Guyot. propriétaire de la maison 

de l'Œuvre, 131. 

de la Haize, chanoine, 4, 29. C8. 0. 

86. 
Ilédiard. chanoine, 4. 29, 68. 
Ilédiard, officier municipal, 221 
Hérauts d'armes, 16, 27. 
d'Hesselin de Hauteville, doyen 

5,26,29,31,57, 67. 
Ilévin (docteur), 14, 56. 
Ilôlel'de-oilU 176. 
le Houistel, chanoine, 4, 7, 29. ii8 
Huerne, chanoine, 26, 29, (H. 
Bureau (voir Woustourn). 

Jacquier, archiviste de la ville, 221 
de Jarente, évêque d'Orléans, llB, 



243 — 



JOIGNT. 183. 

J^Hy (M-O. archevêque de Sens, 

1»S. 211. 
Jolly. orfèvre, 219. 
Jorre de Saint-Jorre, chanoine, 62. 
Josoph II, empereur clAllemagne. 

94. 

Jô5ie\\ omcltr rnunlcîiirti, 21X, 
Julien, se o 1 p Ipu r, 96. 
cîê Jussy, 127, 



Labreuillp (docl«tirï, IJ, SSl 
l-î>'re ^P. , m, os, 129 
Liîaiide, maire de Sen*, 23 
l^llil (ablké dr\ 171 
£^u3tfw. «|(ui de la diwliei» 

itioricsr». 14. st 
i 
de Lam 

leo. 171.177. 




I. 2B 
iTAa. 

M^ IL 




iai«.a- 



Loustaunaux (docteur), 14, .W. 

Louvols (marquis de), 185. 

Luynes Cardinal de), 2, 8. A It 2(», 
24 à 29. 31, 38 à 44, M. .'i?, 3. **., 
69, 71, 82 à 84. 98. 112, 124, Wt 
128. 201,202. 

Luynes (duc de; 92, 109. 

Macé, officier municipal» 2M, 

Mahiet. chanoine, 29, 

Maillet de la Trémoye, 29, «>. r^' 

Maladif de la Dauphine, ii. il, :.,'}, 

MaJlft. chanoine, 29. CZ t'J, 

Ma ni eau Rogal, 23, Uf. C2, 217. 2lJl, 

220. 221. 23f. a 228. 
Harche 0>mt4!-vwe de L»'. û:;. 3§,<3^ 

Marco-^rj*- Xau-qi-it d^ IM. 
JLr=r-.'>7^ /r-yct-x 2. 1»:; 
îliri^-Ai.W:î>»^i#' r"es:^ 4»^ lrMM^« 
lO JM. 2U; jîJ». 

C «. 
Xair-» vxnr 'nilirriri.»: :"*' 

r7iV»^<^^-|f fit "^ i '^g. 









J 





— 244 




îliroii, im 

de Morilmurgt chanoine, 4, 29, 65, 

m, GO, m. 

Mimmiir (nlij<'ls envoyé» à la) 113, 

21Î>. 220. 
de Mi>jitnî|;ton. auteur cité, 102. 
MoTilnlet ilr Vniebreuil, chauoine, 

2D. 
Monlf'sijulau (nbbé de), ministre 

dc5 1 tnkVik-nr. 154, 157, 170. 
Mtinlnioreiii^y (duc de) 109, 110. 
Moorc (collecllon), 52. 
df MorntiKi'l. inspecteur des bûtl- 

Mdrfjui ilf Vormes. 80. 

Mode*", cîmnoine. G, 25, 29, 65. 

.l/eirf ilfhltatiphine,54, 55. 

Mt^N ffii nauphin, 50. 

tlv Ia MuUif, Voir : Denoist. 

de tn MuUc, évêquc d'Amiens, 40, 

Mu loi, L18. 

MtutkipttUté de Sên$, ordonne l'en- 
lévi'inrnt du mausolée 116 à 122; 
cnvc>le une adresse à la Conven- 
lion, VMi : fait tronsporter le mo- 
nunicnl à la cathédrale, 128 A 
131 ; fltVlfle sa restauration. 136 à 
13K: riVLime le rétablissement 
rir 1 iuvhtvi'ché. 18G A 189. 

dr Munit, % iraire^néral,61. 

Muy itxtmW du), 66, 109. 124, 127, 
2iy à 2tl : son tombeau, 201, 211, 
2i:j, 211 

Muy tmureclialc du), Voir : Blanc- 
knri* 

de NnnïouîUct, maître des céré- 
nionies, ti. 

Ne^k' (marquis de), 03, 66. 

Ne ver?» <n JÎKH'uses de), 107, 189. 

dcNk'fïliiy, évoque de Verdun, 61, 

fa, m, 

Noé (vicomte- de), 17, 



Nouette-Goudy, 127. 

Œuvre (maison de 1'), 128, 129. 131. 

Office divin j composé par le Dau- 
phin, 40, 41. 

Officiante, 176. 

Offrande liturgique, 167, 178. 

Orlêaks. 142. 

Orléans (duc d), 17, 23, 26, 31. 

Ornements liturgiques, 106, 222 à 
226. 

Paris (Notre-Dame de), 42, 227. 
Paris (Saint-Sulpice de), 209. 
Pascal, 127. 
Pauvres conviés aux obsèques, 24, 

37, 64, 167. 
Pelée de Saint-Maurice, 137, 118. 

ICO. 
Pelée des Tanneries, chanoine, G8. 
le Pellerin, chanoine. 4, 7, 29, 6K. 
Perrin, ofllcier municipal, 115. 
Perrot, plumassier h Paris, 227. 
Person, sculpteur, 115, 117, 118. 128, 

130, 131, 135 à 137, 142 à 145, 147, 

152. 153, 161 à 163. 177. 220. 
Petit (docteur), 56. 
Perroux (Sallot du), chanoine. 02. 

105. 
Pibroc (docteur). 5G. 
Picon, ICI, 102. 
Pierre, peintre, 95. 
Pigalle, sculpteur. 56, 76, 95. 
Poêle, 23. 
Pollet (M-). 177. 
Pons (comtesse de), 17. 
Pons (marquise de), C3. 
PoNT-sun-YoNNB, 142, 176. 
Portai (docteur), 56. 
Porte-Dauphine, 133, 231 à 239. 
Portraits du Dauphin et de la Dau- 

phlne, 1 (grav.), 36. 53 (grav). 107 
Portraits du comte et de la comtesse 

de Provence, 93. 
de Potrincourt, 127. 



- 245 



Provence (comte de), 91 à 93. 
Proyart. auteur clic. 40. 

Recoir.g, ingénieur, 132. 
RfcEXNEs (château de), 91. 
Bègiments : Reine- Dragons, 89, 91, 
98, 109, 110. 
~ Mestre de camp Royal- 
Dragons, 110. 

— Monsieur- Dragons, 1(30, 

170. 

- Lanciers de Berry, 176. 
Rpgnaull (R. P.), auteur cité, 37. 39, 

40, 41. 
Reims (nrchevéque de). 16, 26, 31. 
Beîiefs (bas), destinés à la porte 

Dauphine, 60 (grav.\ 133. 
Renou, peintre, 95. 
Rrprésenlation sur la sépulture, 30, 

33. 
Rétif (docteur), 163. 
de la Roche-Aymon, archevêque 

de Reims, 16, 26, 31. 
Rochechouart (marquis de), 109. 
lîochefoucauld (vie. de la), 228 à 

230. 
Boid Armes, 16. 
Roure ^coTite du), 109. 
Roure (comtesse du), 63. 
Rousset, chanoine. 5, 23, 68. 
Roy. chanoine. 5, 29, C8. 
Rue Couverte, à Sens, 231. 
Hue Dauphine, à Sens, 231, 232. 
Hue du Saint-Erprit, 174, 182. 

Snbran 'comtesse de), €3. 
Sarre des rois, 3. 
Saint-Bris, 192. 
Saijpt-Dexis-les-Sens, 23 
Saikt-Dexis, rabbaye de) 123. 
Sainl-Florenlin, (Comte de) 19, 65" 
Saint Ijiuis, portant Ut sainte cou- 
ronne, tableau, 230. 
Saint-Loup (Châsse de) 118. 



Saint-Maime (baron de), Voir : de 

Félix. 
Saint-Maximin-de-Sens (prieur de) 

24. 
Saint-Pierre-le-Vif, abbaye, à Sens, 

21. 113. 
Saint-Romain de Sens, église, 117. 
de Saint-Sauveur, Chef de brigade, 

26. 
Saintb-Colombe-les-Sens. (abbaye 

de) 23, 117. 
Samosate (évéque de), voir : Du- 
pont. 
Sauvalle, secrétaire général de la 

préfecture, 147, 156. 172. 
Saxe (Christine de), 11, 35. 
Saxe (Xavier de). 36. 109. 
de Sébeville. 140. 
Sénac (docteur), 14, 56. 
Senlis (évéque de), 16. 
Sens (cathédrale de Sens) 
Autels des jubés, 144, 152. 
Bourdons, 117. 
Caveau du Dauphin, 6, 7, 21, 

77 à 79, 88. 98, 124, 1C8. 
Chapelle de N.-D. de Lorette, 

112. 
Chapelle de Saint-Jean, 131. 
Chapelle de Saint-Louis, 4, 30, 33 
Chapelle de Sainte-Colombe, 7. 
58, 88. 92, 100, 117, 132. 133, 
144. 1%, 198. 
Chapelle de la Sainte -Vierge, 

58. 
Dallage, 100. 
Décoration funèbre, 21. 
Maître-autel, 42. 144, 152. 
Parc d'artillerie, 132. 
Plan, 37. 38, 42. 
Salle capitulaire, 128. 
Sépulture (motifs du choix du 

Dauphin), 5, 8 à 11. 
Visite en 1797, 132. 
Ser>'andoni, architecte, 42. 
Sèze (comte de), 229, 





— iîiS — 



mm 



De Sina^ê»!. vlcnlrr grn«^l. 23, M, 

^iroaetlr, imtM^ri^ur de* Menus- 

Slodx. tculptcur» 70. 

Srinilni ^ahWi 3^. 38, 41. 12 44, 35, 

SorcT, pàfol*««, arrondiM^nient 

de %tn*. 19. 
SottirinC rrrrnijttfi, architecte, 77, 

B, g», îi». 

Sotil^m* iâactenr ICI, 
Sftmeripthm pour la rrttattration 

a» MauMtl^^. ir« a 13», 145. 
Slr*ieni»îii, atilrtir cité, 36, 'A. 
Siïlly itluclif^wfr df^>, r3. 

TanÎJiy i Marr|Mt* de 170. 1K3. 
Talwiirr^ui, m' cliarpenficr, K2, 
Taliifïm. («Il lie d^ » 2R. 
Tabni, tV'tïir : r.hnlmazel;. 
Tïilnry. tAffinjui^f' de* f>3. 
Talkjmndp rOiirile de» 100, 110, 

lit 
Tftphtfrif* ife In Calhrtralr, 132, 

133. 
1 îîrlw^. aiiîi-ur ^^ilt-, ÎJ5, 1)7, 137, 148, 

Tiivai>nr% i4L(Mnl«' de IfO. 
T*''***' fr^Kritt-vw «le» ij^. 
TeAtamrtti tftt Ihiuphin. .'». 10 à 12. 
Thoma-*, orfrvrf, l'd, 102, 210, 
Ti»!^l. clixinmne, 4 2.), Cl, 67. 
Ttjmbt prttuiÈidrf. 72, 74. 




Tonnellier htnk^nt) 140. 

TOîntEBRE, IfG. 

Totilotrv iCjomt*^%f de» V). 

TfMr fia qru'xef "ESI. 

To'.r «abbé de LS'. ticairc f«rn rn 

de Trore*, irj â l'»l. ICi. If^ IC 

175. 
de Treignac, 177. 
Trcumeik <ï>uc de» 17. 2B. 
Tmnchin docteur .^2, .V». 
Turreao, Oinventionnel. 113. 

de Vaadricoart. chanoine, 1KM>. 

14«. IfiO, 174, W9. 
VAiLiisAvr. abbaye. 117. 
Vauxcelleii. (Voir : Eourl^-ti 

VEfl5fF-3n05J. 192. 

Vérol. 161. 

VEit»AiLi.Es, «N. D. de r,».> 

\VA\SK\\A,WJ>>, <palai'^ de; '.il. Sô, <i?> 

VtfzELAT, 114. 

Villefranche (Marquis de> g< n. rjl 
MO. 

VlLLEJVIF, 161 

VlLLE.>F.l VF.-iJi-rftTAR ', 142, ITT.. 

ViLl.EXF.vvE-LE-Roi <ou sur-Yonji' 

1K3. 
Villeroy, chanoine. Oi. 
Villeroy, entreprcnenr, K2. 
VinUition drr. .'rimJturer, 123, 127. 
Volland M'"> 4'..%. 
Yamille tM- «1*, 173, 174, 170. 177. 
Woustourn, vtuve Hureau, Itîl 



Chapitre 
CHAprrnB 
Chapitre 



II... 
ni.. 



Chapitre rv. 





V.... 


ClLVPITRE 


VI... 


Chapitre 


VII.. 


Chapitre 


VIU. 


Chapitre 


IX... 


Chapitre 


X.... 


Chai*itre 


XI... 


Chapitre 


XII.. 



TABLE DES MATIÈRES 



Comment Sens fut choisi pour la sépulture du Dauphin 1 

La mort du Dauphin et les obsèques à Fontainebleau VA 

La pompe Tunèbre à Sens 19 

Les services funèbres 3Ù 

Jugement sur le Dauphin 33 

Le Veuvage de Marie- Josèphe 3j 

Lepitaphe du Dauphin ^12 

Projets de monument funèbre 46 

Mort et funérailles de la Dauphine 53 

Le Mausolée : le modèle 72 

Reconstruction du caveau et exhumation. ... 77 

Érection du monument et mort de Coustou . . . ÎIB 

Les anniversaires 14>I 

Les jours mauvais : leVandalisme révolutionnaire. . l i:î 

Violation des sépultures 123 

1814. Restauration du Mausolée 134 

Retour des Cendres U& 

Anniversaires et visites des princes 170 

Dernier transfert du Mausolée t£6 

. La sépulture du maréchal du Muy 200 



APPENDICES 

I L'appartement du Dauphin à Fontainebleau . . . . 213 

Il Les insignes royaux conservés au trésor de Sens . .317 

III La porte Dauphine 2.')0 

Table alphabétique générale » 24Û 



TABLE DES GRAVURES 



Pa^rt 



Frontispice. — Portrait dc Dauphin, peinture par Frédou. Don du 
roi Louis XV au cliypilrc de Sens, en 1773 

TonTHArr oe Lqi^is he Frakce, Dauphin* graAoïre de Ijempereur, 
en léle- du ■ Fortran de fta Monseigneur le Dauphin, d Paris 1766 9, 
3S p. in-S*, Paris, chez Lottln l'ainé 




i 





V 




-. 248 — 

Crl^ryr'fafJrJJf^ ; ARMOIRIES db la ville de Sens. Bols appartenant à 
M. Puul Duchemin, imprimeur à Sens Il 

t^ MotiT i}v n.iUPiiiN, Allégorie. Dessin de Chnrles-Nicolas Cochin. 
gravure tli- C Bnquoy. 17G6, pour le frontispice de l'Oraison funèbre 
prfïiioiicri'' iians l'église de Paris, le 1*'mars 17G6, par messire Charles 
clr Lonii' ni u de Brlenne, archevêque de Toulouse ... . U 

ÏM ï>AVPEi)x i.T KEs ciNg FiLs, médaillou du (labinet des Médailles. . 11^ 

Vifjttfiîcs 1*1 t'itls-de-tampendu XVIIt* tiède.— Roisappartcuontà M. Paul 
Duchi min, imprimeur A Sens ... 18, 19, 52. 71, 103, 134, 171 

I^ MoriT iii' Dauphin. Dessin de Schenou et gravure de Littret. 24 

PoMi'ii Fi ^tiiiin de Morie-Thérèse d'Espagne, Dauphlne de France, en 
l'éf^ilKe f1f^ Notre-Dame de Paris, le 24 novembre 1746. Composition 
de SlotU/, dessin et gravure de Ch. N. Cochin le flls ... 33 

G£ni£s t'LKi iui4T ET GLORIFIANT LA Dauphinb, dessin de C. N. Cochin, 
gnivuri' 11, L. Prévost pour la Dexcription du Mausolée de Marie- 
ifûsï'phr th' Saxe, fait A Paris dans l'église de Notre-Dame, le 3 
sepli^inhiT 1767 2j 

PoiiTitJViT UE LA Dauphins, pastel de 1^ Tour, au Musée du I»uvre . 40 

Le MAtîsnii k^ ensemble 4* 

PoEiTiiAiT tiK LA Dauphine, pcinturc par Fredou, reproduisant le por- 
tniil CfuiMTvé A la préfecture d'Agcn attribué h Nottier. Don du 
roi Louis XV au Chopitre de Sens, en 1773 .'J 

|j^ Motn iiE LA Daupiiink. Allégorie. Dessin de C. N. Cochin, gravure 
(ie IÎh L, Prévost, pour la Description du Mausolée. La Dauphine 
éploréir^ iiKilgré les appels de ses enfants, se Jette sur le lit funèbre 
au iiifd lUtquel est assise la France et où reposent le Dauphin et 
]e tint.- tU* lïourgogne 53 

1^ MoitT m ]>AUPHiN KT DE LA Dauphine, modèlcs par Dupaquet. de 
deux lU's niédnillons destinés à la porte Dauphine. ... GO 

I,A MonT DE LA Dauphine. Allégorie. Dessin et gravure de Littret. . Cô 

AKïiiiS pi.ci riËLUS. Dessin de C. N. Cochin gravure de B. L, Prévost, 
pour rOrnlson funèbre du Dauphin, par Loménie de Brienne . 72 
Inin^ortiiîitét la Hcligion, le Génie des Arts, détails du Mausolée Hl 

|je Tr'iups. I Amour Conjugal, l'Hymen, détails du Mausolée . . ^> 

AuMomifcs m Dauphin, grovécs pour l'Oraison funèbre du Dauphin, 
pnclifi' (c 22 jonvier 1766, dans l'église des Capucines de Paris, par 
U* H. P. Tidèle, de Pau, A Paris, chez Vente, libraire. Montagne 
Sairtti'-ru-neviève, 1766 

Le lÎAt iMiis ET LA Dauphine, camée par Jacques Guay. au Cabinet des 

Méildiïic* 113 

Le CTiŒtni nv. i.a Catuédrale i>k Srns, ovcc le Mausolée, dessin d'uprès 
nature ol iïthogniphic par Ikiclielicr 144 

La Poiiis Dai PHLNE, en 1880 231 



LE DOCTEUR GASTELLIER 

PLUSIEURS DE SES MÉMOIRES 
ÉCRITS DANS LA PRISON DE SENS EN l'aN II 

(1793-1794) 



AVANT-PROPOS 



Comme Sénonais et comme médecin, je désire 
donner à mes compatriotes et à mes confrères, les 
moyens de faire connaissance avec le doctenr 
René-Georges Gastellier, dont on trouve plusieurs 
ouvrages aux bibliothèques de Sens, d'Auxerre et 
de Montargis, et dont je possède trois intéressantes 
brochures. 

Je n'ai ni l'intention ni les moyens décrire la 
biographie complète de Gastellier, qui avait près 
de cinquante-deux ans lorsqu'il quitta Montargis, 
et qui n'est resté que quelques années à Sens ; cette 
élude sera particulièrement consacrée à son séjour 
dans notre ville; il m'a paru toutefois nécessaire 
d'indiquer sommairement, ce qu'il fit avant son 
arrivée, et je n*ai pas voulu le perdre complètement 
de vue après son départ. 

10> 




I 





gastelijhh a montargis 

GaHttlIier René-Georges, fils de Georges Gastd* 
lier vi de Mmguerile Gîislellier, «ion épouse, csl né 
à FcrricrcsHn4tàlinaîs* le l**"^ octobre 174L 

De bïïiiiie Iiuiiie, il iiionlra mu- vive in tel licence 
et un ardent amour du travaiL Ayant étudié le 
droit, il fut reçu avocat au Parlement de Vnm\ 
sVMiuit tait, en nulre/înscrire, le 23 novembre 1762, 
sur les registres de la Faculté de médecine de 
Paris, il obtint au houL de quelques années le titre 
de docteur, II s*altacha surtout à Fart de guérir et 
s installa eomuie médecin a Montargis. 

Les occupations de la clieidéle ne suffisaient pas 
à son uclivilé; voulant faire proliter de sou expé- 
rience ses concitoyens et ses confrères, peut-être 
aussi poussé par le besoin d'écrire et par le désir 
de se faire cotmaître» il publia, de 1770 à 181î>(c*est 
à-dire de Tage de vingt-neuf aus a celui de soixante- 
dix-buH), de uondjieitx ouvrages, donl plusieurs 
furent couronnés par la Société royale de méde- 
cine. Ses écrits, dont on trouvera une longue liste à 
la suite de celle étude, se rapportent les uns à h 
pnliti(jue et les autres, en plus grand nombre, à la 
médecine et aux sciences et plus parlîcnliéremenl 
aux maladies épîdémitiucs, ù la Oévre miliaîre et 
aux afîecliuns des femmes en coucbes* 

Nous nous nrrèterons seulenieul quelques instunU 
sur son curieux Traité des Hprd/ifjnes en mé(^ecin€^ 
1783, dédié a Franklin, alors ministre pléuipoten 



— 251 — 

tiaire des Etats-Unis à la cour de France. Cet ou- 
vrage (1), auquel TAcadémie de Dijon refusa de 
décerner un prix, parce qu'il émettait des îdt^es 
contraires à celles généralement admises^ fut ac- 
cueilli avec empressement par la Société royale de 
médecine, qui, sur le rapport présenté le 9 aoiïE 
1782, le reconnut digne de son approbation et d'être 
imprimé sous son privilège (2). Gastellier, s ap- 
puyant sur les observations et les réflexions qu'a vn il 
pu lui fournir son expérience, concluait que pai* 
suite de a la diversité des constitutions individuel- 
« les, ï « il n'y a point en médecine de vrais spé- 
« cifiques, » car «: la vraie méthode de guérir, di- 
«t sait-il, est de n'en avoir aucune, tout l'art con- 
I siste dans la vraie application des moyens cura- 
d tifs, dans la manière de les appliquer aux circon- 
i stances. ^ Ce n'est pas sans une certaine surprise 
que Ion voit comment il énonçait, près d'un siècle 
avant le docteur Gavarret, la théorie de la chaleur 
et du mouvement : a Le feu élémentaire, écrivall-il, 
€ semble être dans la nature le principe de Tactivi te ; 
il est pour ainsi dire un levain fécond qui met en 
i fermentation la masse et lui donne la vie. ï» 
iTraité des spécifiques, page 33.) 
Nous ne voulons pas nous attarder davantage 



if^-i 



(1 1 Se trouve aux bU)Uothèques de Sons et de Montnrgis. 

(2) Le docteur FrankUn, ayant entendu ce rapport, Thonora de son suf- 
frage el de la manière la plus flatteuse; peu de jours après, il adrcssii à 
lautcur (le ce traité un diplôme d'associé étranger de la Société pliilnsii- 
phique de Philadelphie et une lettre de félicitations, aussi (îastcllit^r lui 
dédia-t-il son ouvrage pnr reconnaissance. (Voir Sotice chronique tir mes 
otwrage», Î8i6.j 



I 





— 252 — 

sur les œuvres de Gastellier, dont la lecture fait 
reconnaître des idées larges et un esprit judicieux. 
Nous jellernns un coup d*œil rapide sur son séjour 
à Mf)nlnr|Tis, où il se créa une importante situation, 
lanl [Kir sou l;ilent et son activité, que par sa bonté 
et 8011 dévouement au bien public, et nous dirons 
quelques mots liu médecin, du savant et de 
riioiiunu pi)Iilîcjiic. 

(iaskllitr, qui fut depuis 1770 employé pour les 
tnahidies épidémiques et épîzootiques et qui était 
médecin du duc d'Orléans, fut nommé, en 1775, à 
riiôlel-Dieu el a lliospice général pour les orphe- 
lines, et, malgré ses occupations comme maire, à 
parlii- de 1782, il donna ses soins aux malades de 
ces établissenienls et à ceux des prisons jusqu'à sa 
nominal ion coin me député du Loiret à TAsseîTiblée 
législalivu, vu se|>lembre 1791; médecin du bureau 
de eharilé depuis le 7 mai 1776, il soigna également 
les pauvi es avec la j)lus grande assiduité, et lors de 
la disette de l'hiver de 1781-1785, il parvint, avec 
le secours de ses enllégues et celui des âmes chari- 
tables, a iinurrii' el à chauffer pendant six semaines 
plus de douze cents personnes. 

(le travail leur infatigable trouvait encore le 
temps de s'occuper des diverses questions scientifi- 
ques cjui îiitéressaîenl son pays, il fut associé regni- 
cole, puis munilire de la Société royale de médecine 
de Paris, ass<Kié non résident, puis membre de la 
Société royale d'agriculture d'Orléans et associé 
corresi>uiuiaul de F Académie des sciences, arts et 
belles-lelties de Dijon; il avait été, en 1776, chargé 



Société Archéologique de Sens. T. xxii. 



PI. 




Le Docteur REnÉ-QEOROES Gf^STELLIER 

Mûïfe de Montariîis 

Députa à t'n^ïcmbiét" léfllslutivc 

M^d^dn àci Hoïpirc» de 5cîi!i 

174]'lS2l 



_ 253 — 

par Turgot de faire un rapport sur Tétat agricole 
et commercial du Gâtinais, rapport qui lui valut 
une lettre de félicitatîon du ministre. 

Maire de Montargis, du 29 mars 1782 au 20 sep- 
tembre 1791, il s'opposa, peu de temps après son 
entrée en fonctions, à ce qu'un nouveau rôle des 
vingtièmes, fait sur l'ordre de Tintendant sous le 
prétexte spécieux de mutations, fût rendu exécu- 
loire, et évita à la commune de Montargis la charge 
de cet impôt arbitraire; plus tard, en 1785, il alla 
à Paris pour se plaindre des rigueurs du receveur 
des tailles et obtint un ordre qui y mit fin, et en 1787, 
nommé, malgré l'intendant, membre de l'Assemblée 
provinciale d'Orléans, il défendit les intérêts du 
peuple et combattit encore les abus des impôts et 
particulièrement ceux des vingtièmes (1). En 1788, 
il organisa une maison philanthropique, grâce à 
laquelle il parvint à éteindre la mendicité. En 1789, 
il s'occupa activement d'approvisionner Montargis 
et les communes voisines menacées de disette; il 
rédigea alors un projet de police générale sur les 
grains, projet qui fut adressé à l'Assemblée consti- 
tuante, et qui fut plus tard adopté parla Convention 
presque sans modifications. En outre, malgré ses 
nombreuses et diverses occupations, il présida 
pendant deux ans (1769 à 1791) le bureau de con- 
ciliation, où il put prévenir de nombreux procès. 

Les services qu'il rendit ainsi le firent nommer 



i 



(It Ces diflerents renseignements sonl exlraits de la lettre de Gastellier 
nui fiioycns composnn!^ là Sciciêté révolutionnaire de la commune de 



L 



À 




— 254 — 

électeur à trois reprises difTérentes, président des 
AssembliTS générales de la municipalité, du canton 
et du dîsUict, et enfin député du département du 
Loiret à TAssemblée législative, le premier sur 
neuf membres composant la députation. 

Dans cette Assemblée, où il trouva vingt-six 
confrères, Gastellier siégea à droite et se fit remar- 
quer par sa loyauté; il fit partie, ainsi que son 
compatriote Tenon (1), du Comité de secours pu- 
blics qui comprenait dix médecins sur vingt-quatre 
membres. 

Dans la séance du 20 avril 1792, Louis XVI étant 
venu proposer à l'Assemblée nationale la guerre 
contre le roi de Hongrie et de Bohême, Gastellier 
donne j)nur les frais de cette guerre cinq médailles 
d'or (ju il avait reçues en récompense de ses tra- 
vaux et quatre-vingts jetons d'argent (Moniteur 1792, 
page il IV 11 proteste le 11 juillet contre les pétition- 
naires piuisiens proposant de mettre Lafayette en 
accusation, et de réintégrer Pétion et Manuel dans 
leurs fonctions municipales : a Quatre -vingt deux 
départements, dit-il, ne nous ont pas envoyés pour 
que le quatre-vingt-troisième usurpe tout notre 
temps, r> (Chronique médicale du 30 mars 1902.) 11 
est enfin un des premiers à prêter, dès le matin, le 
serment prescrit par le décret du 10 août et conçu 



n ï TiMum riicqucs-Honé, nt^ n Sépeaux, près Joigny, le 21 février 1724. 
*ii?fi'fli' Il l'sii ih^ rue (lu Jardinet, n* 3, le 13 jiinvier 181G, fui chinirgicn ii In 
Ssil|ïiHrîrre% professeur nu Collège de Frnnce et membre de rinstitut; il 
iiidiqtm, **%i ITîtB. l'emplacement de riiApllal qui porte aujourd'hui Mtn 
nfîUi, iiprès s élre appelé Ménilmontant. 



— 255 — 

en ces ternies : « Au nom de la Nation, je jure de 
« maintenir de tout mon pouvoir la liberté et 
<i Tégalité, ou de mourir à mon poste. i> 

Cependant, Gastellier avait des ennemis; le plus 
acharné était Manuel (1), qui, dès 1791, à la veille 
de Touverture de l'assemblée électorale, lisait, au 
club des jacobins d'Orléans, un libellé diiTamatoire 
contre Gastellier, ce qui n'empêcha pas ce dernier 
(i'élre nommé président de l'assemblée électorale, 
el le premier de la députation du Loiret. A la fin de 
la législature, Manuel poursuivant de plus en plus 
Gastellier de sa haine, l'accusa d'être un représen- 
tant infidèle, d'avoir signé des protestations contre 
les décrets de l'Assemblée législative, d'avoir écrit 
une lettre au roi et à la reine, et enfin d'être sur la 
liste civile ; il fit imprimer une fausse liste civile où 
le nom du député était inscrit en toutes lettres, et 
la répandit dans tous les départements et tout 
spécialement à Montargis. Aussi Gastellier, informé 
de ces manœuvres et de l'irritation de ses conci- 
toyens (2), crut-il qu'il était plus sage de s'éloigner 
d'une ville où il serait devenu un sujet de discorde, 
et se délermina-1-il a fixer son domicile à Sens où 
il était connu, et où déjà il avait été appelé à voir 
des malades. 

'1) Manuel, né à Montargis, en 1751, Ht ses études nu grand séminaire de 
Sens, sous la direction du pèreMontault; vers la fin de Tannée scolaire de 
1779 ou de 1780, étant régent du collège de Noyers, il alla voir Buflbn n 
Monlbard, mais ayant crevé son cheval de louage, dans son embarras pour 
le payer, il disparut subitement de Noyers, il revint ensuite à Montargis. 

{2, 4 Ma tête, écrivait Gastellier, a été mise à prix dans un libellé im- 
t primé et répandu à profusion à l'Assemblée législative et dans mon dé- 
t paKemciit- mon iioiii i» élv affiché avec l'épithète de Traître à la Patrie, 






— 25(i — 

Il veut toutefois répondre aux accusations diri- 
gées contre lui, et, le 3 octobre 1792, il écrit sa 
Troisième et dernière Adresse à mes concitoyens, 
dont voici le résumé : 

(liislellier vient d'apprendre que le 30 septembre, 
lors de lîi prestation solennelle du serment, un 
citoyen IMvait déclaré traître à la patrie et que ses 
concitoyens ont gardé le silence, sans songer que 
le nieiiu^ sort les attendait peut-être. En présence 
d'une telle accusation, il réclame d'être jugé avec la 
pins {grande sévérité si Ton peut découvrir dans sa 
conduite comme homme public ou comme homme 
prive, le moindre indice de trahison, ou même 
dlncivisnie. Il se demande à lui-même s'il est sur la 
liste civile, s'il a eu quelques correspondances 
secrètes avec le roi, la reine, les- ministres, ou avec 
les puissances étrangères, les émigrés ou quelques 
aiisloemles, sMl a voté contre les intérêts de la 
eliuse publique, contre le salut public ou la souve- 
ainelè du peuple, s'il a promulgué des opinions 
eontriiires aux décrets de rAssemblée, s'il a cherché 
a soulever les esprits contre la révolution, enfin s'il 
a trahi la confiance de ses commettants : à toutes 
ces questions, il répond non. 

• au piliïH tir la place de Montorgis dont j'nvnis été pendant onze ans 

m Cinq cm si\ mauvais sujets que ron enivroit visitaient toutes les voilu- 

• rcs publiqui*?; pour m'y prendre et me couper la tête, ce qui me seniil 
f Jnriiill!hh''ini'iiL arrivé, sans le tendre intérêt d*un généreux ciloyon 
t (M* iVlît, ;uiqitel je voue une éternelle reconnaissance), qui vint ou- 
ïe ilc!v;ii)l dr Tiiri} sur la route pour m'avertir du sort qui m'attendait. • 
fErposi^ tii tjia conduite active comme homme public, 1816, Bibliothèque de 

MnnUirgts.) 



— 257 — 

On a fait courir le bruit qu'il était débiteur envers 
la ville de plus de 30000 livres, comme si un maire 
maniait les deniers de la ville et quoiqu'il ait 
rendu ses comptes et que ceux-ci aient été impri- 
més et examinés par les directoires du département 
et du district, et par le conseil général de la com- 
mune. 

On avait aussi prétendu qu'il était émigré, qu'il 
avait emporté à l'étranger pour des millions d'assi- 
gnats et qu'il avait été pris et conduit dans les pri- 
sons d'Orléans, mais sa présence à Montargis à 
cette époque (mai 1792), montra la fausseté de 
tous ces bruits mis en circulation par la perfidie des 
méchants. Du reste, le ministre Servan, qui avait 
dû prendre des informations, lui donna un brevet 
de médecin militaire à l'armée du Rhin ; s'il était 
coupable, il n'aurait pas refusé cette nomination 
qui lui eût permis d'émigrer facilement, il n'aurait 
pas préféré revenir dans ses foyers, il n'insisterait 
pas enfin pour rentrer au milieu de ses concitoyens, 
où il est sûr de reconquérir l'estime et la confiance 
qu'il n'a jamais déméritées. 

Malgré l'envoi de cette adresse Gastellier ne crut 
pas devoir, pour le moment du moins, retourner à 
Montargis. 

GASTELLIER A SENS 

PREMIÈRE ANNÉE DE SON SÉJOUR A SENS 



Gastellier ne vint pas se fixer à Sens aussitôt après 
la bnisque séparation de l'Assemblée législative 
(21 septembre 1792); c'est de Sens, il est vrai, et 

17 



I 



M 





à la dale du 3 octobre 1792, que, pour proltsti 
coulre les nccUHJilions de seii ennemis, i] écTÎvtl 1., 
Troisième et demirrr mhesne à mes eomiUtfiens, 
niîiiïi c'est île Xeniourn qui! envuie, le 11 octobr! 
à MM. les convinksajrcs de la Coiivention mitiomil 
dans le département de l'Yonne, sêans à Sens, un 
lettre, dont on lira avec intérêt les pasïtage^ mi- 
vauts (I) : 

€ (jtovens. 

< Quoitpie souvent partagé d'opinion avec vous 
je m'adresse avec confiance aux représentante de la 
nation, pour les prier d'éclairer quelque^uns de 
mes compatriotes égarés «iur mon compte ; j'ai 
ihonneur, en consécjuence, de vous envoyer ci- 
inclus, une tioUiérne et derruére adresse que jeteur 
ai faite et d'après la lecture de laquelle, je vom 
prie de me faire une répouî^e cathé^tnicpie à toutes 
les questions que je me suis faites à moi-même.., 

€ Je me dispenserai de toute espèce de réflexions. 
De nouveaux détails deviendraient des ix*dites 
inutiles; ils send)leraieiit faits pour toucher votre 
sen&iliilité en faveur d'un père de famille, dont ou 
veut à la fois attaquer F honneur, la vie et les pro- 
priétés; de tels moyens ne doivent être mis i 
usaye que par ceux ([ui sollicitent leur grâce el Hl .. 
par celui qui ne demande que justice. 

<c Recevez, citcïyens....* B 

Lesconiniîssaires de la Convention s'empresscnl 
de répondre par la lettre suivante, qui renseigna 



— 259 — 
sur la conduite et les opinions de Tancien député (1). 

« A Sens, le 14 octobre Tan le 
de la République. 
d Citoyen et ancien collègue, la diversité d'opi- 
nions n'a jamais pu altérer les sentiments d'estime 
que nous ont inspiré la pureté de vos intentions et 
la sincérité de votre civisme. Comme collègues, 
nous pouvons dire avec toute vérité que vous avez 
été exact à votre poste, et nous ne doutons pas que 
vos opinions n'ayent été le résultat de votre con- 
science, et non celui d'une influence étrangère. 
Comme membres du comité fait pour veiller à la 
sùrelé générale de la République, nous assurons que 
dans toutes les recherches et les découvertes faites, 
que dans tous les faits ou renseignements qui sont 
parvenus à notre connaissance, nous n'avons point 
trouvé la trace, le moindre indice du plus léger 
soupçon contre vous, en conséquence, nous répon- 
dons à toutes vos questions affirmativement, comme 
vous-même. 

« Ne perdez point courage, cher collègue, la vé- 
rité percera les nuages épais que vos ennemis parti- 
culiers, ou de trop ardents zélateurs, s'efforcent 
de grossir tous les jours. Vos concitoyens seront 
forcés de rendre justice à vos talents et à votre 
patriotisme. Venez voir, si le temps vous le per- 
met, d'anciens collègues qui vous estiment et vous 
chérissent. 



(1) Affiches de Sens, n* du 23 octobre 1792. 





— 260 — 

fL Les ctnnniissaircs de la Convention nationale 
dans le département de l'Yonne, 

« J„-S. RovÈRE. CL Claude Fauchet. 

On ne soupçonnerait guère à la lecture ce celle 
lettre, que l'homme à qui elle était adressée devait, 
un an après, être arrêté comme suspect et maintenu 
plus de huit mois en prison. Toutefois, Gastellicr, 
rassuré par un certificat de civisme aussi positif, se 
décida it s intaller à Sens, où l'appelait du reste la 
note suivante du rédacteur des Affiches du 2") oc- 
tobre : <i Le citoyen Gastellier, docteur en médecine 
et membre de plusieurs académies et sociétés hllé- 
raircs, de présent à Sens, est, dit-on, encore dans 
rincerlitude d'y fixer son séjour. Un grand nombre 
de citoyens à qui ses talents sont précieux, ont fait 
auprès de lui plusieurs démarches, pour l'engager à 
s'y étal)lir. Nous espérons qu'elles ne seront pas 
vaines, et si le dessein de ce citoyen estimable n'est 
pas de rolourner à Montargis, nous avons lieu de 
croire que notre ville aura la préférence. » 

Dès lors (iastellier n'hésite plus, et quelques jours 
après, il répond par cette lettre qui montre com- 
bien il est toujours préoccupé des attaques de 
Maimel, et combien il tient à se justifier des accu- 
sations portées contre lui (1). 

a: Le 9 novembre, l'an I^r de la 

République française. 
• Citoven, 

a Sensible aux choses infiniment honnêtes que 

vous me dites dans votre feuille du 25 octobre, je ne 

{1) Affiche', tfrSens, 10 novembre 1792. 



— 261 — 

crois mieux pouvoir y répondre qu'en vous priant 
d'annoncer, dans celle de demain, la location de 
ma maison à Montargis, ce qui sera annoncer en 
même temps à vos concitoyens, que je m'empresse 
de répondre à leur aimable invitation et à la vôtre. 
Je m'empresserai aussi de leur témoigner toute ma 
gratitude et mon dévouement, non par de vains 
discours, mais par des actions; et c'est également 
par mes actions que je viendrai à bout d'effacer; 
avec le temps, jusqu'aux cicatrices de la calom- 
nie que l'on s'efforce de répandre dans toutes les 
parties de la République contre la pureté de mon 
civisme, qui n'a jamais été équivoque. Pas un seul 
mot de vrai, dans toutes les inculpations dirigées 
contre moi aux jacobins, aussi, a-t-on passé à Tordre 
du jour. Au surplus, je ne cherche pas à me dé- 
fendre contre ces traits empoisonnés qui ne m'at- 
teindront jamais ; la calomnie est un titre de plus à 
l'estime des homme de bien. La seule réponse, et 
la dernière que je veuille faire à mes détracteurs, 
est une longue lettre que je viens de recevoir d'un 
membre de la Convention qui a été à portée, à 
l'Assemblée nationale législative, de me connaître 
et de méjuger. 

« Paris, le 4 novembre, l'an 1er 
de la République. 
e Mon cher confrère et ancien collègue, j'avais 
reçu hier la lettre par laquelle vous m'informiez 
des nouvelles persécutions dont vous êtes l'objet, 
avant de recevoir celle par laquelle vous m'annon- 
ciez l'heureux effet de votre troisième adresse à 





— 262 — 

vos concitovcns, et de la lettre de Rovère et de 
Faiiclicl. Je m'empressai de chercher ces deux 
ciloyens cl ilc les engager à vous rendre à nouveau 
Va justice ((lie vous méritez, en vous procurant de 
la part du ( limité de sûreté générale un certificat 
qui atteste la fausseté de la liste que vos ennemis 
ont eu la perfidie de taire réimprimer pour y ajou- 
ter votre nom, qui ne devait s*y trouver sous aucun 
rapport. F:iuchet a mis le plus grand zèle à vous 
fournir le moyen de répondre à cette nouvelle 
calomnie, il a obtenu du Comité de sûreté générale 
le certificat que vous êtes en droit de réclamer et 
il Ta adressé aujourd'hui au Directoire du déparle- 
ment du Loiret, conformément à la demande que 
vous hii en avez faite (1). Je pense que vos conci- 
toyens, convaincus par le certificat irrécusable de 
votre inncîeence et de l'acharnement de vos enne- 
mis à vous persécuter, sauront désormais les appré- 
cier e! (|ue la calomnie, contre vous, ne fera plus 
d'impression sur leur esprit. La vertu triomphe tôt 
ou lard de la perversité ; ce moment est arrivé pour 
vous, il n'est pas possible que les citoyens de Mon- 
targis, reconnaissant la fausseté et la perfidie de la 
dernière inculpation que vous a faite, n'en concluent 

(1) Ckiitifktat du Comité de sûreté générale : 

1^1- r,fïmiU' ïif srtrclé gi^nérnle nUesle que clans lous les papiers de la lislp 
eivile c|Ul nnl iHi- aoumis à son examen, le citoyen Oastellier, ancien mcm- 
bff Uc rAsseiiil>lée législative, n*es! nullement compromis. 

Au rouillé di- si'ireté génénile «le la Convention nationale, le A novrni- 
bn* 17192, l'nn 1^ de la Hriiubllqiie Trançaise. 
Signe : IIÉnAi Lt, préaident: Claude Kaichet, Kngrand, J.-M. Missft. 

Ltcoi^TitE, PïiVRAVAi'x, RovÉRK, RiAMP, DupRAT, Daurére, vicc préit- 

dfnt; Jarcosï, setrétaire. 



— 263 — • 

avec raison, que toutes les autres avaient été dictées 
par le même esprit de méchanceté la plus noire? 
Cet espoir me flatte et répond aux vœux sincères 
que je fais pour votre bonheur. 

a Jard Panvuxer (1). » 

En quittant Montargis, Gastellier abandonnait 
une vaste maison, située rue du Bon-Guillaume, et 
consistant en vestibule, salon, salle à manger, cui- 
sine, quatre chambres à feu, trois chambres sans 
cheminée, écurie, remise, etc., et près de la maison» 
superbe jardin de trois quartiers, entouré de murs. 
Il ne fut certainement pas aussi grandement logé à 
Sens; en tous cas, il habita d'abord rue des Trois- 
Croissants, puis rue des Ïrois-Rois (rue qui, avec 
la rue du Cerf-Couronné, prit, en 1793, le nom de 
rue de la Loi, et qui s'appelle maintenant rue Allix), 
enfin, en 1796, rue de la Charonnerie (rue de Laii- 
rencin), et place Drappès, c'est-à-dire probable- 
ment au coin de cette rue et de cette place. 

L'ancien maire de Montargis s'était trop occupé 
de politique pour se tenir complètement à l'écart; 
du reste, il voulait par ses actions effacer les traces 
de la calomnie et s'il n'avait pas donné des preuves 
de son civisme, il eût offert trop facilement prise 
aux calomnies de ses ennemis. 

Peu de Jours après son arrivée à Sens, il est invité 



(Il I^ docteur Jard-PanvUler Louls-Alcxandre, né à Niort, en H.V.ï, fiJs 
d'un chiruiigicn, maire de Niort en 1790, député des Deux-Sévres n lAs- 
Minhiée nationale, membre de la Convention, où il a voté contre la ninrl 
(IcI^uis XVI, fut plus tard run des présidents de In Cour des conjptrs; 
il mourut à Paris, en avril 1822. 





_ 264 — 

à deux banquets offerts aux deux représentants du 
pLii|)le, commissaires du département, Rovère cl 
Fauchel, qui avaient été ses collègues à rAssemblée 
k'gislativc. Dans une séance publique de la Société 
fraternelle, qui suivit un de ces banquets, il est, sur 
une liste de seize candidats, admis à Tunaniniité 
membre de cette Société (1). Il se fit « un devoir 
d'assister avec exactitude aux séances (de la So- 
ciété), auxquelles un cruel accident le força de 
reiioneer pour un temps, une chute de cheval sur 
la glace, au mois de janvier, qui lui fractura les 
deux os de la jambe droite ; cette fracture le retint 
deux mois entiers, et il fut encore plus longtemps 
à ne niaichcr qu'en tremblant, à Taide de deux 
béquilles, ce qui lui occasionna une absence d en- 
viron cinq mois. A celte époque, la Société procéda 
a un scinilin épuratoire et il fut du nombre des 
rurorjviés, parce que, disail-on, on avait imaginé 
qu il y avait eu de sa part indifférence et même 
insouciance, tandis que c'était uniquement impos- 
sil)itilé physique, et on Tavait jugé ainsi parce qu'on 
Tavait aperçu traîner dans les rues; en effet, com- 
mandé par le besoin d'être utile à ses concitoyens, 
il visitait quelques malades dont le nombre s'ac- 
croissait chaque jour, au point que ses forces ne 
ptnu aient plus y suffire. En outre, il fut obligé de 
donner ses soins à une épidémie affreuse qui déso- 




{!) Li?s lïoms iïc Socic>té fralernoUe. Société patriotique. Société popu- 
lain-, Socii'U" ivvolutiomiuire, que l'on rencontre successivemenl, doivenl 
&*apjj|iqutT II Ui même Société; le musée de Sens possède le scenu de la 
&(>citaéptttriiHlqi<e de hi vlUe de Sens. 



— 265 — 

lait plusieurs communes circonvoisines; telle est 
l'unique raison qui Tempêcha, pour Tinstanl, de 
faire des démarches pour rentrer dans la Société, 
aux séances de laquelle il lui était physiquement 
impossible d'assister; il attendait un temps plus 
opportun, où, plus libre, il puisse fraterniser avec 
autant d'assiduité que de plaisir. » (Extrait de son 
adresse aux citoyens composant la Société révolu- 
tionnaire de la commune de Sens.) 

Si Gastellier exerçait sa profession de médecin 
pour être utile aux Sénonais qui avaient sollicité sa 
venue dans leur ville, c'était aussi pour subvenir 
aux besoins de sa famille; car, outre sa femme et 
deux enfants (1), il avait deux sœurs. Tune infirme 
demeurant avec lui, qui mourut le 17 décem- 
bre 1797, et une autre, restée veuve avec deux 
enfants et dans la plus grande indigence, lui-même 
ayant, suivant sa propre expression, plus de dettes 
que de bien. Il faisait de fréquentes visites à la cam- 
pagne, et de plus, il alla plusieurs fois à Mon- 
targis et aux environs pour y voir des malades ; les 
instances les plus pressantes lui furent même faites 
pour y retourner, et il fut accueilli avec la plus 
tendre sollicitude par ses anciens concitoyens, tan- 
dis que Manuel faillit succomber sous leurs coups. 

Il s'intéressait surtout aux cultivateurs. Il publie 
dans les Affiches de Sens du 10 juillet 1793, une 
note sur la santé, pour prémunir ses concitoyens 



il) Il avait épousé Mnrie-Annc Gasant de la Bénardière; Tune de leurs 
enfants. Félicité-Antoinette-Louise, fut baptisée, à Montargis, le 5 avril 1779. 





#^ 



îëïïx banquets offerb aux deuK ! 
peuple, commissnircs du depar 
Fimchet ijui av;iienl eleHevcullèfl 
le«islaUve. Dans une séanee pablj 
rnUemellc, qui suivil un de ces hn 
une lÎHte de seize caiididab, adm^ 
nienibre de celte Société (Ik II «êJ 
d'iissiskT avec exactitude aui sw^ai 
ciélë)* auxquelles^ un rruel acn 
renoncer pour nii lemp«, une chab 
la glace, au nioiv de janvier, qui 
lieux os de la jambe droite; celte fi 
deux mois en tiens, el il fut encnre 
à ne marcher qu en tremblanl, h ' 
béquilles, ce qui lui oceasifiinia um 
viron cinq mois, A celle époque, la S 
a un scruiin épura taire et H fui i 
réfoniîés, parce que, diMiiKon, 04 
qu il y avait vu de m part îfidîl! 
insoucîancei tandis que r était un 
sibilité jdiVîiique. et i«» ' - * 
I avait aperçu Irainci 
mandé par te besoîfi 
il vissilnil (|(ielqti' 
croissait chaifuc * 



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— 267 — 

débute par une étude de la topographie de Cerisiers, 
bourg assez considérable contenant environ 1 600 in- 
dividus, dont la moitié dans dix-huit écarts ou 
hameaux. Il rappelle Taffreuse inondation du 5 sep- 
tembre 1736, où, à la suite d'un orage, les eaux 
s'étaient élevées à trente pieds de hauteur, ce qui 
causa de terribles désastres racontés dans une rela- 
tion, certifiée par le citoyen Lhermitte de Chamber- 
Irand, alors lieutenant général à Sens. Puis il 
s'occupe de la source apparue le 27 février 1793, 
que Ton accusa d'être la cause de Tépidémie surve- 
nue peu après, car a on calomnie parfois la bienfai- 
sance en tout genre, i^ mais qu'il considère comme 
devant être une cause de prospérité pour le pays. 

Cette maladie, qu'il attribue aux chaleurs torrides 
de l'été de 1793, succédant à une année humide et 
pluvieuse, ainsi qu'à la malpropreté, à la mauvaise 
manière de vivre et à la position du bourg qui a été 
particulièrement atteint, était une fièvre intermit- 
tente; cette affection, généralement bénigne par 
elle-même, dégénérait en fièvres putrides, en fiè- 
vres malignes et en hydropisies lorsqu'elle était 
mal soignée, surtout lorsqu'on s'était adressé aux 
charlatans, dont le plus célèbre était Brissot, an- 
cien berger d'Egriselles. Toutefois elle n'était pas 
contagieuse, elle n'atteignit que les habitants du 
pays et épargna les étrangers, notamment deux 
ministres du culte venus de Sens pour suppléer le 
curé, trois médecins habituellement au milieu des 
malades, des gardes et des parents qui leur don- 
naient des soins nuit et jour. 




m 



II 



— 208 — 

Lors de ses premî<!^res visites, avec les ciloyei 
Agaust père et fi h, ofllciei-s de santé, Gnstcllicr ! 
trouva eu présence du spectacle le plus affreux J 
plus déchirant, le plus digne de corn pnss ion qu 
eût jamais vu depuis plus de trente ans de pnil 
que : il trouva jusqu'à neuf malades dans U mên 
maison, il yen avait trois cent trente-trois dansi 
bourgel soîxïuitt-qtialorzc dans lesluuiieaux, vinp 
cinq dijà avaient succombe depuis le U aoùl ; 
nonilne des décès, pour celle épidémie, s est cle^ 
à quatre-vingts pour le hourg de Cerisiers et à viu 
pour les hameaux. 

A Vaumorl, sur trois cents hahîtanls, le chitli 
des nudadcs, qui était de ecul vingt, le 11 seplcii 
bre, lors de la première visite générale de Gastellie 
est monté à cent quarante-six, c'est-à-dire moitié c 
la population, et il y a en douze morts, 

I /épidémie fut encore moins viole ji te à Theîl c 
il n*y eut qu*un tiers des habitants atteints : cei 
oiixe sur trois cent trente et cinq décès; du rest 
grâce H ta terreur que la municipalité et le cui 
avaient drt inspirer aux charlatans, ceux-ci n*: 
valent guère pu exercer leur intluence dans i 
village. 

Gastellîer, qui dénonça le mal causé par ces fei 
esc u lapes, se loue au contraire de Taide que lui o 
donnée les eu les des trois paroisses; ceux-cî o 
fait preuve du plus grand zèle et du plus grai 
dévouement ; avant même que 1 administrnlic 
départemenkile cul envoyé des secours, ils avuie 
fourni du vin et du bouillon aux malades, et * 



— 269 — 

comme les deux autres, le curé de Cerisiers n'ac- 
compagnait pas le médecin dans ses visites, c'est 
qu'il a été lui-même gravement atteint et qu'il a 
failli succomber à plusieurs rechutes; et au moment 
où Gastellier terminait son mémoire, il était encore 
appelé auprès du curé de Cerisiers, pour lui donner 
des secours, qu'il eut le regret de ne pouvoir lui 
porter par suite de sa réclusion. 

C'est, en effet, dans la maison de détention que 
le médecin, à la longue expérience et au dévoue- 
ment éprouvés de qui l'administration départemen- 
tale avait fait appel, écrivit cette histoire d'une épi- 
démie contre laquelle il avait lutté pendant plus de 
deux mois et qu'il avait eu la joie de voir cesser. 
Les premières lignes de son rapport contiennent 
une allusion aussi certaine que discrète à cette 
situation ; elles méritent d'être reproduites, d'au- 
tant plus qu'elles montrent l'élévation et la fermeté 
des sentiments de leur auteur : 

« Servir la Patrie quand elle nous honore de sa 
confiance, immoler son repos à ses concitoyens 
quand ils rendent justice à votre zèle n'est pas d'une 
vertu bien difficile. L'honnête homme, le bon 
citoyen doit faire plus encore : il doit vouloir être 
utile, lors même que les agents subalternes du gou- 
vernement, soit par erreur soit par méchanceté, le 
privent du plus sacré de ses droits : de sa liberté. > 

Comme pour accentuer encore le contraste, le 
président de l'administration départementale, le 
citoyen Housset, adressait au prisonnier une lettre 
de félicitations, et, rendant la plus entière justice à 




n 



— 270 — 

ses talents, il Tinvitait à donnera son mémoire la 
plus grande publicité pour confondre le charlata- 
nisme, et rendre à Fart de guérir sa véritable di- 
gnité. (6 pluviôse an II, 25 janvier 179iJ 

DÉTENTION DE GASTELLIER 

Ici se pose la question de savoir à quel moment 
Gastellier fut arrêté : il est difficile d'y répondre 
avec précision, d'autant plus que les registres 
d'écrou, conservés à la prison de Sens, ne commen- 
cent qu'au 1'*" vendémiaire an III, et ne concernent 
que la prison ordinaire ; il est, néanmoins, possible 
d'indiquer cette date d'une façon approximative à 
l'aide de certains rapprochements, et un coup d'œil 
jeté, à cet effet, sur les événements qui se passaient 
à Sens permettra d'expliquer l'incarcération de 
l'ancien député du Loiret. 

Malgré la modération relative des Sénonais, mal- 
gré même les courageux essais de résistance du 
Conseil de la Commune, l'influence des Jacobins 
devint toute puissante. Les représentants Turreau 
et Garnier, commissaires de la Convention dans 
les départements de l'Aube et de l'Yonne, prenaient, 
le 9 avril 1793, un arrêté ordonnant la mise en état 
de réclusion des prêtres non fonctionnaires et la 
saisie des correspondances venant de l'étranger, et 
le 14 avril quarante-huit prêtres furent mis en état 
d'arrestation chez eux, sans qu'il fût dit pour quelle 
durée. Cependant, grâce aux vœux répétés de la 
municipalité, • grâce à la demande des citoyens 
réunis en assemblée générale, le 26 mai, pour la 



— 271 — 

célébration d'une fête civique, et la prestation de 
serment de la nouvelle municipalité, ils étaient le 
22 juin, remis en liberté, à Texception toutefois de 
trois chanoines : M. Lhermitte de Chambertrand, 
doyen, M. Seguier, archidiacre de Melun, et M. Ro- 
ger, archidiacre de Provins (1). 

 la suite de la mutinerie de la garnison de 
Mayence, de passage à Sens (13 août), le Comité de 
salut public de Sens, encouragé par le citoyen 
Maure, représentant du peuple, prétendit que cette 
garnison avait été travaillée par Taristocratie, et 
décida l'arrestation des contre-révolutionnaires et 
des suspects; le 5 septembre, il convertit en maison 
d'arrêt le grand séminaire, connu sous le nom de 
couvent des Célestins (le lycée actuel), et, dès les 
premiers jours d'octobre, les détenus y étaient en- 
tassés. Peu de temps après, le 9 novembre, les 
commissaires civils du pouvoir exécutif écrouaient 
à la maison de réclusion Tex-cardinal de Loménie 
de Brienne, qui, vu son grand âge et ses infirmités, 
fut autorisé, le 6 nivôse (26 décembre), à rentrer 
dans sa demeure de Saint-Pierre-le-Vif, où il fut 
gardé à vue jusqu'à sa mort (1*** ventôse, 19 fé- 
vrier 1794.) 

Enfin Maure et Garnîer, qui étaient revenus à 
Sens le 25 frimaire (15 décembre), procédaient, le 
6 nivôse, au renouvellement et à Tépurement du 
conseil général. C'est vers cette époque que Gastel- 

(1) Voir le Ceurdinal de Loménie de Brienne, archevêque de Sens, ses der- 
nières années, épisodes de la Révolution, par Joseph Perrin, Sens, impri- 
merie de Paul Duchemin, 1896. 




I 





— 272 — 

lier fut incarcéré, ainsi que l'indique le passage 
suivant de son adresse aux citoyens composant la 
société révolutionnaire : a La levée des scellés, dit- 
il, a dû découvrir dans mon cabinet une lettre que 
je vous écrivais dans le commencement de décem- 
bre (vieux style), pour vous prier de recevoir une 
médaille d'or de deux cents livres (la seule qui me 
reste de mes travaux littéraires), en faveur des or- 
phelins et des veuves des défenseurs de la Patrie. 
Comme j'allais vous la faire parvenir, on annonça 
l'arrivée prochaine des représentants du peuple, 
Maure et Garnier, alors je crus devoir suspendre 
l'envoi de mon offrande, afin qu'on ne vint point 
en altérer la pureté des motifs. Quelle fut ma sur- 
prise 1 lorsqu'on vint m'annoncer à Nailly, où je 
voyais des malades, sur la réquisition des admi- 
nistrateurs du District, que Ton avait été chez moi 
pour me mettre en arrestation. Eh bien, répondis- 
je, je ne sais qu'une chose : c'est d'obéir. En effet, 
je me suis rendu seul et sans gardes à la maison 
d'arrêt. A coup sûr je n'aurais pas tenu cette con- 
duite si j'eusse pu me soupçonner coupable. i> 

Il lui eût été facile, en effet, soit de se cacher chez 
quelqu'un de ses clients, soit de se réfugier au châ- 
teau du Chesnoy, où l'abbé Salgues, le marquis de 
Pange et d'autres, trouvèrent un asile, d'autant 
plus que le docteur Chauvot-Beauchêne était pro- 
priétaire de ce domaine depuis le 15 octobre 1791. 

Quelle était la cause ou plutôt le prétexte de son 
arrestation? C'est, raconte-t-il, que traitant depuis 
un mois le citoyen Berthelin pour une jaunisse, 



— 273 — 

lorsque celui-ci fut conduit à la maison d'arrêt, et, 
traitant aussi son épouse qui était atteinte d'une 
fièvre putride et qui était en danger, il délivra, sur 
une demande faite au nom des membres du Comité, 
un certificat attestant la vérité de ces faits. Des dé- 
marches et des explications avec le citoyen Maure 
n'empêchèrent pas le mandat d'arrêt, qui lui fut 
signifié pendant son absence et auquel il obéit. 

Il est intéressant de connaître le régime auquel 
étaient soumis les nombreux prisonniers détenus 
dans l'ancien couvent des Célestins, d'autant plus 
que, malgré les recherches de M. Perrin, les ren- 
seignements à cet égard sont encore rares; ce ré- 
gime différait certainement de celui de la prison 
ordinaire, affectée aux criminels de droit commun, 
ainsi qu'aux déserteurs, et ne rappelle nullement 
l'affreux tableau offert par cette prison (1). Ainsi 
qu'on Ta déjà vu, Gastellier put profiter de ses 
premiers loisirs pour rendre compte au départe- 
ment de Fépidémie de Cerisiers ; il reçut la lettre de 



(1) Extrait du registre municipal tome U, folio 104. 8 janvier 1731. « MM. 

Storre, Saignes, députés pour la visite des prisons et des prisonniers 

ont dit que s'étant présentés ce matin aux prisons ils ont trouvé seize 

hommes qui ne leur ont représenté que le spectacle de In plus profonde 
misère, que leurs corps étaient à peine vêtus de quelques misérables 
lambeaux qui ne sçauruient subsister encore que très peu de temps, que 
plusieurs d'entre eux sont absolument sans chemise ; qu'ayant ensuite voulu 
prendre des renseignements sur leurs nourritures, ils se sont fait représen- 
ter ce qui devait entrer dans la composition de leurs soupes, qu'on n'a pu 
leur produire qu'environ une once ou deux de beurre absolument insufllsant 
pour faire la soupe de seize personnes ; ils se sont assurés que les prison- 
niers n'avaient que très rarement quelques légumes de mauvaise qualité, 
qu'enfin tout avait imprimé dans leur Ame i.n sentiment pénible et 
douloureux. » (Note due d l'obligeance de M. l'abbé Chartraire.) 

18 




I 




M 




félicitations du président de radministration du dé- 
partement de l'Yonne, en date du G pluviôse an II, 
et probablement une lettre que le docteur Antoine 
Petit lui écrivait de Fontenay-aux-Roses, le 1 
avril 1794, pour le féliciter <i sur une de ses opinions 
imprimées; » il put aussi se procurer un certificat 
du maire et des officiers municipaux de Montargis, 
en date du 19 ventôse an H (10 mars 1794), décla- 
rant qu'il n était nullement inculpé dans les papiers 
concernant la liste civile; il prenait enfin connais- 
sance du Moniteur du 15 thermidor an II. 

Opendant les communications avec Textérieur 
étaient interdites aux suspects détenus dans l'an- 
cienne maison des Célestins; diaprés le règlement 
du 3 novembre 1793 {Affiches de Sens, n» du 21) 
brumaire an II), ils ne pouvaient a recevoir ni en- 
voyer au dehors aucuns papiers et lettres qui 
n'aient été communiqués au Comité de surveillan- 
ce; id à partir de la même date, ils ne pouvaient 
plus faire venir leurs aliments du dehors; ils man- 
geaient en commun et à frais communs, de manière 
néanmoins que le riche vint au secours du pauvre. 
Ils avaient en outre à pourvoir aux dépenses tant 
du corps de garde que de la garde composée de 
seize hommes y compris l'officier, chaque citoyen 
de garde ayant trois livres par jour; toutefois, sur 
leurs réclamations réitérées la garde fut, à partir du 
14 janvier 1794, réduite à onze hommes, savoir un 
sergent, un caporal, huit hommes et Un tambour (1). 

(1) Voir le Cardinal Loménie de Drienne, par J. Perrin, (pièces justifica- 
Uvcs). 



— 275 — 

Le règlement du 16 octobre 1793 fournit des indi- 
cations sur l'installation des reclus; il dit, en effet, 
qu'il y aura deux infirmeries, une pour les hommes 
et l'autre pour les femmes, une cuisine placée dans 
la pièce servant autrefois de cuisine aux Célestins, 
un réfectoire commun dans l'ancienne chapelle et 
une chapelle dans la salle appelée les Etuves; 
il ajoute qu'il sera établi dans toutes les chambres 
des vasistas à quatre carreaux, sauf aux détenus, 
voulant avoir plus de jour et d'air, à faire à leurs 
frais baisser le mur des croisées, en remplaçant le 
vide par des barreaux de fer et grillage. Toutefois, 
après un passage de Guénot à Sens, l'arrêté du 
5 prairial an II décida que les chambres donnant 
sur le Mail ne seraient plus occupées par les détenus 
et que ceux-ci seraient transférés dans les chambres 
basses. 

Nous avons cherché à connaître quelques-uns des 
compagnons de captivité du docteur Gastellier. Il 
dut rencontrer l'ex-cardinal de Loménie de Brienne 
qui séjourna dans la maison de réclusion, du 9 oc- 
tobre au 26 décembre; d'un aulre côté, l'arrêté du 
Comité de sûreté générale du 14 germinal (3 avril 
1794) donne les noms d'un certain nombre de 
prévenus sénonais qui devaient être transférés à la 
Conciergerie, ce sont : Megret de Sérilly, sa femme 
et leur domestique Lhoste, Mégrel d'Eligny et sa 
femme, Alexandre de Loménie, ex-colonel, et son 
frère Charles de Loménie, arrêtés le 13 février 1794 
par Guénot, Dufour, officier municipal, arrêté le 
17 février, Tex-coadjuteur Martial de Loménie, le 




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M 




— 276 — 

comle de Loménie, ancien maire de Brienne, cl 
M"** de Canisy, arrêtés le 19 février, Tabbé Lher- 
mille de Chamberlrand, arrêté depuis le 11 avril 
1793, Mnic Rossel de (.hanibertrand, M^c Rossel de 
Cercy, M"'« de Monlmorin et son fils, et les nommés 
Hall père et fils, manuracturiers (1). 

Maure dit aussi, dans une lettre adressée le 
25 avril 1794 au Comité de salut public, qu*il en- 
voie à Sens deux prêtres qui étaient détenus dans 
la maison de réclusion d'Auxerre, et dont Tun était 
sorti la nuit, grâce à la complaisance du second. 
(Recueil des actes du Comité de salut public, t. XIII, 
page 60.) 

Nous croyons devoir citer plus particulièrement 
le docteur Chauvot-Beauchène, qui peut à plus 
d'un titre être rapproché du docteur Gastellier. 
Chauvot-Beauchène (2), qui exerça d'abord la mé- 
decine à Paris, fut nommé médecin consultant de 
Monsieur (26 avril 1789), puis médecin de l'hôpital 
militaire du Gros-Caillou (hôpital de la garde na- 
tionale 1790), il fut élu membre de la commune de 
Paris, en 1789 et 1790 ; il se retira ensuite à Sens et 

(1) Snur Ilnll père qui mourut à la Conciergerie, Dufour qui fut acquitté 
et M"* (le Scrilly que son mari avait déclaré enceinte, tous ces détenus fu- 
rent condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, et exécutés ic 
21 florc>nl an II (10 mai 1794j, sur la place de la Révolution, en même temps 
que Madame Elisabeth; ils furent inhumés au cimetière Monceau. (Voir : 
le Cardinal Loménie de Brienne, par J. l'errin. et Madame de Sérilly. par 
Félix Chandenier, dans les Bnlletins de la Société archéologique de Sons, 
tome XVI.) 

(2) Edme-Pierre Chauvot-Ueauchéne, né à Tabbaye des Escharlis, paroisse 
de Villefranche, prés Joigny, le 3 mars 1749, époux de Catherine Bcaude- 
laire. décédé ù Paris, le 21 décend)re 1821. (Voir la Biographie générale, par 
Eirmin DinoT.) 



— 277 — 

acheta du futur conventionnel Claude Chastelain le 
domaine du Chesnoy (15 octobre 1791). De même 
que son confrère, et probablement avant lui, il fut 
membre de la Société populaire de Sens, aux séan- 
ces de laquelle il assista régulièrement, sans tou- 
tefois prendre part à aucune délibération. Cepen- 
dant, lorsqu'il fut question d'envoyer une adresse 
à la Convention, pour la féliciter à Toccasion de la 
mort de Louis XVI, il s'y opposa de tout son pou- 
voir; cet acte de courage était plus que suffisant 
pour le désigner à la haine des jacobins, il fut donc 
considéré comme suspect et enfermé dans la maison 
de détention. Sa captivité nest pas douteuse, elle 
est relatée notamment par l'abbé Saignes, mais nous 
n'avons pu retrouver ni la date de son arrestation, 
ni celle de sa libération. 

11 y avait certainement dans la maison des Céles- 
tins un grand nombre d'autres détenus. Deux docu- 
ments fournissent des indications à cet égard : l'un 
deux est une lettre adressée au citoyen Maure et 
reproduite par les Affiches de Sens du 30 germinal 
an III (20 avril 1795), qui contient cette phrase : 
« Sur cent vingts détenus à peu près, tu n'en as 
remis en liberté que huit à dix, et pas un seul de 
Sens, » il est vrai qu'il n'est pas suffisamment spé- 
cifié s'il s'agit des prisons de Sens ou de celles de 
Paris, et^ le doute semble d'autant plus permis que 
la même lettre parle des trente-deux citoyens de la 
ville de Sens qui furent envoyés à Téchafaud. Or 
M. Perrin dit (ouvrage cité) que si la guillotine fut 
dressée aux premiers jours de messidor, après l'af- 



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A 



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— 278 — 

faire des Loges, et si elle resta debout en perma- 
nence pendant six semaines, elle disparut aprx*s la 
chute de RolKfspierre sans avoir eu l'occasion de 
fonctionner une seule fois. (Nous signalerons ce- 
pendant qu'un nommé Guillion, condamné à mort. 
fut amené à la prison de Sens, par un gendarme de 
Joigny, le 7 messidor an III (27 juin 1795; et exé- 
cuté le lendemain, ainsi que le constate le registre 
d'écrou.) 

Il ne saurait, au contraire, être question que de 
l'ancien couvent des Célestins dans le second docu- 
ment, c'esl-à-dire dans l'arrêté municipal du 28 fruc- 
tidor an II (Xi août), décidant de remplacer les 
hommes de garde par deux guichetiers; or le consi- 
déi'ant de cet arrêté dit t que sur 80 détenus dans 
la maison de réclusion, il y a 5U ci-devant prêtres 
qui n'ont aucune ressource, que dans les 37 parti- 
culiers restants il s'en trouve qui n'ont pas plus de 
ressources; » sans doute ces chiilres ne sont pas 
très exacts, ils montrent toutefois que, sept semai- 
nes après la mort de Rohespierre, le nombre des 
détenus était encore élevé. Malgré cet arrêté, mal- 
gré même la liberté donnée aux prisonniers, à qui 
l'on permit dès lors de se rendre chez eux pour sur- 
veiller leurs vendanges ou rétablir leur santé, la 
garde continua à fonctionner; c'est seulement le 
21) octobre 179 1 qu'elle fut, sur une nouvelle pétition 
des détenus, réduite à quatre hommes et un capo- 
ral; elle fut ensuite supprimée, le 8 novembre, et 
remplacée par la garde du concierge, attendu, dit 
le conseil, « qu'il n'y a plus qu'un petit nombre de 



— 379 — 

reclus, la plupart sans ressources. » La maison de 
réclusion se vidait donc de plus en plus, mais on n'a 
pas retrouvé la date précise de sa fermeture (1). 

La captivité de Gastellier durait déjà depuis huit 
mois entiers, lorsqu'il adressa, le 16 thermidor an II 
(4 août 1794), son mémoire « aux citoyens compo- 
sant la Société révolutionnaire de la commune de 
Sens. » 




Ignorant les chefs d'accusation dirigés contre lui (2) 
il y répond tout d'abord par Texposé de sa con- 
duite à Montargis, à TAssemblée législative et enfin 
à Sens; il proleste ensuite contre les diverses incul- 
pations dont il est Tobjet et particulièrement contre 
celles que devaient contenir des lettres envoyées de 
Montargis parles successeurs de Manuel (3); il leur 
oppose le certificat du Comité de sûreté générale 
de la Convention, remis à la municipalité de 
Montargis et déclarant qu'il n'est nullement com- 



(1) Voir : le Cardinal de Loménie. par J. Pehrin (pièces justificatives). 
2 {.e n>st que le 4 fructidor an II que les motifs de son incarcération lui 
funnt communiqués. 

Si Manuel avait été arrêté à Montargis 1*^ 20 août et guillotiné à Paris au 
mois de novembre 1?J3. 





— 280 — 

promis par les papiers de la liste civile, et montre, 
par cet exemple, le cas que Ton doit faire des autres 
dénonciations et de toutes les calomnies de Manuel, 
qui, dès 1790, s'était promis de le perdre et qui 
n'avait cessé de le persécuter avant, pendant et 
après la législature. Par sa conduite, dès 1790, vis-à- 
vis le ci-devant d'Orléans, il a fait voir qu'il l'avait 
bien jugé en le soupçonnant de c ne vouloir ren- 
verser le trône que pour s'asseoir sur ses débris, » 
et il a donné une preuve non douteuse de son ex- 
trême délicatesse en refusant, à deux reprises, une 
somme annuelle de 600 livres, qui était moins un 
bienfait qu'un salaire pour soins donnés aux em- 
ployés du prince d'Orléans. 

Quoiqu'il n'ait pas encore reçu communication 
des motifs de son arrestation, il sait que son plus 
grand grief, aux yeux des représentants du peuple 
Maure et Garnier, est d'avoir volé pour la Fayette. 
car le premier le lui a dit, et l'autre a publié qu'il * 
fallait incarcérer tous les fayetlistes. Si, en elTel, 
avec la majorité de l'Assemblée, il a voté en fa- 
veur de la Fayette, qu'il considérait comme un 
honnête homme, c'est qu'il croyait qu'on voulait 
désorganiser rarmée <( en décrétant d'accusation le 
général. » Il a pu commettre une erreur, du moins 
il n'a été influencé par aucun esprit de parti, lui qui 
n'a jamais mis les pieds aux Feuillants; il était de 
bonne foi et il a agi selon sa conscience, ce dont on 
ne saurait rincriniiner, <i surtout à présent que la 
liberté d'opinion vient d'être consacrée de nouveau 
par les représentants du peuple. » 



— 281 — 

II met, enfin, ses ennemis au défi de déposer 
contre lui un seul fait décelant Tombre d*une intri- 
gue contre la Révolution; il affirme, au contraire, 
s'clre toujours conduit en vrai républicain et en 
vrai patriote, et avoir fait tout le bien dont il était 
capable en secourant ses semblables, en partageant 
leurs peines et en adoucissant leurs maux. 

Après ces huit mois de réclusion, qui ont été 
huit mois de larmes pour sa famille, Gastellier ne 
sollicite pas la grâce qui n est faite que pour les 
coupables, il demande la justice, car il préférerait 
mille fois la mort à Tignominie. Il adresse ce mé- 
moire pour dissiper les nuages qui auraient pu al- 
térer Festime de ses concitoyens, à laquelle il atta- 
che le plus grand prix, et pour recouvrer une liberté 
qui n'aurait jamais dû lui être ravie et que ses juges 
vont lui restituer. 

Ce mémoire, daté du 16 thermidor, a été écrit ou 
du moins envoyé quelques jours après la mort de 
Robespierre, il a, suivant toute probabiHté, été pro- 
voqué par l'espoir que cet important événement fit 
renaître de toutes parts chez les prisonniers. Quanta 
la brochure elle-même, quoiqu'elle soit sans lieu ni 
date, en la comparant avec celle de l'épidémie de 
Cerisiers, on reconnait qu'elle sort de la même im- 
primerie, de chez V^e Tarbé et fils, à Sens; toute- 
fois la vignette ci-dessus qui orne la première page 
pourrait faire naître un doute à cet égard, car Mon- 
ceaux (La Révolution dans le département de 
l'Yonne) la considère comme la marque de Four- 
nier et Baillif, d'Auxerre, ou d'Œrtel et Alexandre, 




— 284 — 

déralistes? Si Manuel, qui avait voté lappel au 
peuple, en était plus honnête homme et meilleur 
patriote ? 

Il compte enfin que Ton avisera aux moyens les 
plus prompts de manifester son innocence et de le 
soustraire à la vengeance de ces haines personnelles 
dictées et par Tintérêl et par la basse jalousie dont 
il est depuis longtemps victime. 

La liberté ne dut cependant pas lui être restiliiét 
aussitôt, car, ainsi qu'il le rappelle lui-même, il 
resta incarcéré dix mois, c'est-à-dire depuis le mois 
de décembre jusqu'à celui de septembre, et il esl 
possible qu'il fut au nombre des trente-sept parti- 
culiers encore détenus dont parle Tarrélédu 28 fruc- 
tidor. En tout cas, il ne devait pas encore être li- 
béré le 4 fructidor (23 août), date à laquelle il apprit 
enfin les chefs d'accusation dirigés contre lui, et où 
il écrivit le postscriptum suivant que Ton trouve sur 
certains exemplaires (1) de son adresse aux citoyens 
composans la Société révolutionnaire de Sens : 

« 4 fructidor. 

a Les prétendus griefs de mon arrestation m'ont 
été communiqués hier, 3 fructidor. 

<r Ses relations et liaisons douteuses et suspectes: 
soupçonné d'avoir voté contre le peuple et pour 
la Fayette, quand il était député à l'Assemblée légis- 
lative. 

c( Les relations et liaisons d'un médecin douleu- 



(1) Il se liouvo sur r<*xcinplnlrc' de M. Nnvnrro; vv\\i\ du docteur Mor< ai 
donne un aulrt- postscriptum parlant du Moniteur du 15 Ihermidor. 



i 



— 285 — 

ses et suspectes ! Le procès-verbal de la levée des 
scellés et ma correspondance depuis huit mois de 
détention ont-ils présenté quelque chose de sus- 
pect ? 

* Avoir voté contre le peuple et pour la Fayette. . . » 

Gaslellier répond en quelques mots à cette accu- 
sation dont il s'est déjà justifié, comme on Ta vu 
précédemment. 

Si, malgré ces indications, on ne retrouve pas la 
date exacte de son élargissement, on constate du 
moins que son nom, qui ne figurait plus sur VAl- 
manach Tarbé de 179i, reparaît sur celui de 1795, 
imprimé à la fin de Tannée précédente ; on remar- 
que, en outre que, quoique docteur en médecine, il 
est désigné comme officier de santé, car ce titre était 
aloi-s donné uniformément à tous les médecins et 
chirurgiens. 

Même en prison, Gaslellier ne pouvait pas rester 
iiiactif : en outre des écrits dont il a déjà été ques- 
tion, il composa une dissertation, dont l'impression 
fut retardée et qui fut publiée, en Tan IV, sous ce 
titre : Que penser enfin du supplice de la guillotine (1)9 
C'était bien là une question d'actualité qui devait 
d'autant plus intéresser les esprits, que deux opi- 
nions contraires s'étaient élevées ; pour les uns, tels 
que Sœnimering et le docteur Sue (le père d'Eugène 
Sue), la guillotine était a: l'instrument de la plus ex- 
trême douleur ; » pour les autres, tels que Wéde- 



(1> In-8* de 20 pages. Collection Navarre. — Bibliothèque nationale, T b 
11, 7. — D' Moreau. 




à 




— 288 — 

saltendreà Dioiiler sur 1 échafaud. Ses méditatioiiv 
devaient lui îns|>irer un nouveau courage poui 
conlempler la mort sans frayeur, car, en pensan! 
au dernier supplice, il n'avait à redouter ni le dès- 
honneur du coupable, ni les souffrances des der 
niers moments. Son travail Taida aussi à supportei 
avec plus de j-esîgnation ses longs mois de captivité 
sans doute il regrette la liberté qu'il aime profon- 
dément, il e*^t privé de ne pas donner ses soiiiî 
aux malades, il songe avec peine aux larmes el i 
la détresse de sa famille, il se préoccupe même de 
conserver rcslîme de ses concitoyens, mais il ne 
fait entendre aucune plainte sur ses souffrances oi 
sur ses privations personnelles. 

FIN DL: SKJOIR mi (lASTELLIER A SENS 

Après avoir enfin recouvré sa liberté, Gastellici 
reprît ses occupations médicales; sa nomination 
comme médecin des hospices de Sens dut lui causeï 
un réel phtisir; son besoin d'activité, son dévoue- 
nictii pour les malades, son désir même de TestinK 
publique se trouviiienl é|>alement satisfaits. 

(Iclle nomination est consignée dans le procès 
verbal suivant de la di libération du 16 ventôst 
an 111 (*i mars 1795), réor<^anisant le service médita 
de 1 liùpilaK à la suite des décès de deux de se; 
métiecins, Pierre Villcrs (20 août 1794) et Jacques 
Louis Ducasso (12 janvier 1795) : « Le bureau 
après avoir mûrement léflécbi sur cette pétitior 
(adressée par le eiloyeri commissaire des guerres 



— 289 — 

du déparlement), est d avis que le comité de santé est 
de toute utilité, que deux médecins, qui aUerneront, 
cl deux chirurgiens, qui seront toujours en activité 
de service, suffisent pour faire le service des mala- 
des ; en conséquence, le bureau désigne à Tadminis- 
tration pour médecins les citoyens Gastellier et 
Chauvos, avec un traitement pour les deux, et pour 
chirurgien le citoyen Soûlas (1), en chef, et le ci- 
toyen Âublet (2) pour adjoint, au traitement des- 
quels l'administration est invitée de pourvoir, à la- 
quelle le présent arrêté sera envoyé. 
d Richard, Chapelain, Cave, Sullerot, Perrin. i> 
Ainsi les docteurs Gastellier et Chauvot-Beau- 
chéne, qui tous deux étaient. Tancée précédente, 
dans la maison de détention, étaient nommés à 
rhôpilal, quoique n'habitant Sens que depuis peu 
de temps ; leurs connaissances médicales justifiaient 




v1) Soûlas Alexandre, reçu chirurgien le 25 février 1765, logeait faubourg 
Saint-Antoine et à l'hôpital dont il fut chirurgien, depuis 1765 jusqu'en 
1812; il est décédé à Sens, le 3 mars 1819, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. 

(2) Aublet Edme-René, né à St>peaux, reçu chirurgien à Sens, le 5 décembre 
1769, premier chirurgien du Roy, en la communauté des maîtres chirur- 
giens de Sens, le 10 janvier 1784, en remplacement de Dalmières, décédé à 
Sens, le 3 prairial an IX (22 mai 1801), à Vage de soixante-deux ans. 

Un de ses fils, Louis-Alexandre-Auguste, né le 4 juin 1776, lui succéda 
comme second officier de santé des hospices de Sens. Un autre fils, Con- 
stantin-François, né le 12 mai 1772, fut chef de bureau de la sous-préfecture 
de Joigny. C'est probablement encore d'un de ses fils qu'il est question dans 
la note suivante, publiée par les Affiches de Sens du 19 janvier 1794 : 

« La société républicaine et révolutionnaire, après avoir entendu un 
éloge du citoyen Aublet, mort pour la défense de la République, arrête 
qu'une députation portera une couronne civique à son père. » Aublet 
s était, en eflTel, de son propre mouvement, offert de remplacer un jeune 
manouvrier de Soucy, qui seul pourvoyait à la subsistimce de sa famille, 
et dont les deux frères étaient déjà aux frontières. 

19 




i ^ , l: 



tl 





— 200 — 

bien ce choix, car le premier, ancien associé de la 
Société royale de médecine, devait, par la suite, 
faire partie de cette Société comme membre rési- 
dent, et que le second fut l'un des premiers mem- 
bres de l'Académie de médecine, fondée en 1820. 

Quant à Soûlas, qui, depuis trente ans, était chi- 
rurgien de l'hôpital, il fil, en outre, partie de Tadmi- 
nistration municipale : élu le troisième comme no- 
table le 20 février 1790, il fut nommé membre du 
bureau de charité, le 19 janvier 1794 ; officier muni- 
cipal dans le conseil général de la commune, le 
9 juin de la même année; membre du bureau des 
ateliers et secours, le 30 messidor an II; notable 
delà municipalité, le 30 nivôse an III; membre de 
l'administration municipale du canton de Sens, le 
20 brumaire an IV (11 novembre 1795), etc. 

En continuant à compulser les procès-verbaux de 
l'hôpital, on constate que, le 12 germinal an IV 
(1er août 1796), le bureau des hospices décide qu'il 
n'y aura désormais qu'un seul médecin et nomme 
le citoyen Gastellier, demeurant en cette commune. 
Le docteur Chauvot-Beauchéne n'avait donc fait 
qu'un court séjour à l'hôpital de Sens, et, quoiqu'il 
fût encore indiqué sur YAlmanach de 1797 comme 
habitant la Grande-Rue, il retourna bientôt à Paris, 
où il fut médecin de l'Ecole normale, médecin du 
Corps législatif (1810) avec logement au Palais- 
Bourbon, et enfin médecin consultant de Louis XVIII 
(février 1815). 

Le nom de Gastellier figure une dernière fois sur 
le registre du bureau des hospices, le procès-ver- 



i,» 



— 291 — 

bal de la séance du 11 brumaire an V (1^^ novem- 
1796) mentionnant que son traitement est fixé à 
300 francs. On peut, d'un autre côté, se faire une 
idée du nombre des malades traités à Thôpital, en 
voyant que l'an IV le nombre des décès y a été de 
quatre-vingt-treize, tandis qu'il était de trois cent 
soixante-cinq pour la ville. 

Entre temps, Gastellier avait fait imprimer chez 
V»e Tarbé et fils, VHistoire de Vépidémie de Cerisiers, 
dont la publication fut annoncée par les Affiches 
de Sens, du 20 vendémiare an IV (12 octobre 1795). 
Quelqùesjours auparavant, le 8 vendémiaire (30 sep- 
tembre), le président de Tadministration, Béranger- 
Svidy, lui écrivait pour le remercier des exemplai- 
res qu'il lui avait adressés (1). 

Si Gastellier reçoit des félicitations, de son côté 
il rend justice à qui de droit; il n'oublie donc pas 
le concours dévoué et intelligent que lui a prêté, 
lors de l'épidémie de Cerisiers, le docteur Louis- 
François-Jean-Baptiste Tonnelier, de Saint-Floren- 
tin ; il rappelle cette collabaration dans une lettre 
publiée par les Affiches de Sens du 1er novembre 



(1) Lettre du 8 vendémiaire an IV: 

« Citoyen, en écrivant l'histoire de l'épidémie qui a régné h Cerisiers, 
Theil. Vaumort, etc., vous avez ajouté un bienfait à celui que vous devait 
lliumanitc. Par là, vous avez acquis un double droit à l'estime et à la recon- 
naissance publiques. 

c Nous vous exprimons, avec notre satisfaction, les sentiments que nous 
partageons avec tous nos concitoyens, et nous vous remercions particuliè- 
rement des exemplaires de cet ouvrage que vous nous avez adressées. 

• Le Président de l'administration, 
« Bérangcr Svidy. » 
(Sotice chronologique de mes ouvrage?.) 



*f(i 



— 2Î>2 — 

l7\Cï (10 hitiinaire an III), et fait lï'logc de mn 
jeune confrère dont o les premiers pas dans lîi car- 
rière si (épineuse el si délicalc de Tari de guérir 
fk^cèk'iit la prohilé, t'honiuHelé, les Iimiierei^» un 
esprit d'oliîiervatioJi ci Ijeauronp ile niadestic. * 

Il lail aussi, suivant sa propre expression, loul le 
bien dont il est capable en secuuranl ses sembla- 
bies et il nliésile pas à engager des discussions 
scientilkjues pour dcTendre des imineeiits injuste- 
ment accuses; de même qu'en 1777, il avait rédigé 
trois consultations niédieo-léyalcs en laveur de la 
veuve Blancbard, sage-femme de rHôlel-DitHi de 
Rouen, qu'il painint à faire accpntler, de niC*me il 
ictlige un mémoire en faveur d'un nommé Grégoire 
et de ses enfants (des environs de Sens) qui élaienl 
accusés d boniicide et qui furent acquittés par le 
jury d Auxerre, le 20 prairial an IV (8 juin 1796) (1). 

Le 27 frimaire an V (17 décembre 171Mî), il a la 
douleur de perdre sa sœur, IClisidjetli (iastellier, 
qifil avait recueillie chez lui à cause de ses inlir- 
mités. Cesl sans doute pour régler sess affaires de 
famille qu'il fait annoncer, par \vs Affiches de Sem 
du 10 venlosc an V (28 février 1797), (jne sa niîiîsoa 
de Monlargis est à louer ou à vendre, à perpétuité 



{!) Eiitrall dp k i^Uri* du trUoycn Uatïn à GiinU'IUrr t 

« Vi>lr<i LtHisullrttloii sur ït*^fUuiit prot'4>î-vit?rljjiii\ d*oinTrlnrcd(ïa*clrtvr«. 
n-digi'^ tï'unv iiuihiiTe !il coiUradielûire pni Ir chirurgiinx ik Sons.ii pro- 
duit U* plus grniul l'tïvi ; die a été iiuiir Lrt lU'euM'i iv innycrii iv ptu^ imUMinl 
fiull» iijfnt intipltiyr pimicliihUr kiir U^mint^in^r, ou uu iiiulns [Kiur prou- 
ver iiUK riiojtilvidr ii*iivtiU \ni& élé \ii\m\iuuv dv li>Uf |jarL f.VxeifUrtii't* de 
la répntiilinti donl i]% jmtïnmAvni tivnni crotte ncrmtalitin ifoil vi^uv ïnirt 
jUK^r lUi Jicrvicr ïî«r vou» uvrt, reinlu à eux «l à lil société.*. • 



im 



— 293 — 

ou à vie (s^adresser au citoyen Delon, notaire à 
Ferrières). 

Vers la même époque, 25 pluviôse an V (15 fé- 
vrier 1797), son nom figure parmi ceux des trente- 
huit candidats pour la députation qui s'étaient fait 
inscrire au greffe de leur commune. Le déparlc- 
ment de l'Yonne, qui comptait 316716 habitants, 
avait, en effet, à nommer deux députés au conseil 
des Cinq-Cents, et les Affiches de Sens du 10 floréal 
(29 avril) mentionnent l'élection de Leclerc Malhe- 
ras, président du tribunal criminel du déparlement, 
et de Charles Tarbé, de Sens, ex-législateur. 

A partir de ce moment, on ne trouve plus trace 
du séjour de Gastellier à Sens, et quoique le regis- 
tre des procès- verbaux des hospices ne relate pas la 
nomination de son successeur, on est porté a 
croire que c'est vers cette époque qu'il quitta la 
ville pour retourner à Montargis. 

GASTELLIER A MONTARGIS ET A PARIS 

Dans sa troisième et dernière adresse à ses conci- 
toyens, écrite à Sens, le 3 octobre 1792, Gastellier 
disait : a Si j'étais coupable enfin, je n'insisterais 
pas pour rentrer au milieu de vous, où je suis sur 
de reconquérir votre estime et votre confiance que 
je n'ai jamais déméritées un instant. Quelque chose 
que mes ennemis disent et fassent, je suis décidé à 
revenir à Montargis, où je ne rentrerai que lors- 
que la vérité vous aura frappés tous et que vous 
serez convaincus que je n'ai point dévié de la ligne 






— 294 — 

de l'honneur et du vrai patriotisme. J'attendrai 
avec'patience, parce que je nie persuade que tous 
mes amis et tous les citoyens vertueux viendront à 
mon secours, pour éclairer ceux que l'on a pris à 
lâche d'égarer parmi vous. Rien au monde ne me 
tiéloumera de l'exécution de ce projet, mes enne- 
mis dussent-ils me sacrifier à leur haine, i 

Knfm, après cinq ans d'absence, il put revenir à 
Montargis sans craindre ses ennemis; il ne retourne 
pas dans son ancienne habitation de la rue du Bon- 
(hiillaume, et il loge dans un modeste appartement 
de la rue du Loing, tout à côté de la maison où 
st'journa le Pape Pie VII, lorsqu'il se rendit à Fon- 
Laincbleau, en 1801. 

]1 exerce encore la médecine et continue à s oc- 
cuper particulièrement des épidémies et des épizoo- 
lies; c'est ainsi que, le 18 prairial et les 16 et 
18 messidor an IX (1801), il remet au sous-préfel 
ses rapports sur deux épizooties, dont l'une béni- 
gne et l'autre maligne et des plus meurtrières, sé- 
vissant dans plusieurs communes de l'arrondissc- 
iiunt de Montargis. 

En 1809, il est membre correspondant de la 
Société académique, à Montargis; en 1811, il est 
€ membre résidant de la Société de la Faculté de 
l'aris, » ainsi que le dit le journal de Corvisart en 
annonçant son traité : des Maladies des femmes en 
vdtiches (l)\ en parlant du même ouvrage, M. Sal- 
ines écrivait : a C'est à M. Gastellier, l'un de ces 

1 1) Voir In Chronique métUcalc. du 30 mars 1902, 



» 



— 295 — 

habiles observateurs, Tun des praticiens les plus 
distingués de la capitale que la médecine est rede- 
vable de l'excellent ouvrage que nous annonçons.^ 

Gastellîer met à profit les dernières années de sa 
longue existence, en publiant de nouveaux ou- 
vrages, notamment sur la rage (1814), sur des con- 
troverses médicales (1817 et 1818), sur la variole et 
la vaccine (1819). La maladie vint cependant Tinter- 
rompre, mais non pas l'arrêter dans ses travaux; 
au mois d'août 1816, il fut atteint d'une fluxion 
calarrhale foudroyante qui le frappa de cécité pen- 
dant cinq semaines, et à la suite de laquelle il per- 
dit Toeil droit. 

Ce savant et vieux praticien qui avait été décoré 
de Tordre de Saint-Michel, en 1817, meurt octogé- 
naire le 20 novembre 1821 (1). 

D^ René MOREAU, 
Médecin en chef des Hospices de Sens. 



i\ D'après le docteur Dechambrc, il hnbitait rue de Coudé, mais plu- 
sieurs de ses ouvrages donueut sou adresse rue du Four-Sainl-Cieruiaiu. 
nl7. 




Il 



â/' 





ŒUVRES DU DOCTEUR GASTELLIKK 



OUVRAGES DE MÉDECINE OU DE SCIENCES 

LlîUtoire d'une épidémie calarrhale qui allaqoa les en- 
fants da plus bas âge dans la commane de Saint- Maurice- 
sur-Fessar, à la fln de 1770. (Cette maladie était ce qu on 
appelle aujourdliui le croap.) 1771. 

PrincipcM de médecine, traduits de Home, médecin anglais. 
Montargis, 1772, in-8«. 

IJHintoire d'un enfant monstrueux, par laquelle il est 
démontré que Tenfant peut se mouvoir dans le sein de sa 
mère sans le secours du cordon ombilical. — Journal de 
Médecine, 1773, lome XXXIX. 

Avis â men concitoyens, ou Essai sur ta fièvre mitiaire, suivi 
de plusieurs observations intéressantes sur la même mala- 
die, par M. Gastellier, médecin à Montargis. Paris, 1773. 
Se trouve à Paris, chez Didot le jeûne, quai des Augustins, 
in-8<> de 40 4- 360 pages. (Collection Navarre, Bibliothèque 
nationale, Td 56-15.) 

Traité sur la fièvre miliaire épidémique, par M. Gastellier, 
docteur en médecine, associé et correspondant de plusieurs 
académies et sociétés littéraires, conseiller du Roi et de 
S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans, Maire perpétuel de 
la ville de Montargis, médecin ordinaire de Monseigneur le 
Duc d'Orléans, des hôpitaux et des prisons de cette ville, 
nommé par le gouvernement pour les maladies épidémi- 
qucs. — Nouvelle édition, augmentée d'obser\'ations et de 
reflexions sur la maladie du Haut- Languedoc (ouvrage 
dédié à M. Lemoinc). A Paris, chez P. Fr. Didot le jeune, 
libraire de la Faculté de médecine, quai des Augustiiis. — 
1784. 



— 297 — 

Avec approbation et privilège du Roi. In-S» de 40 + 401 
pages. (Bibliothèque de Sens.) 

Plusieurs observations en faveur de l* inoculation, et quel- 
ques-unes contre la section de la symphise du pubis, insérées 
dans la Gazette sanitaire, 1775. 

Mémoire sur la fièvre exanthématiqae. 1776. 

Observation sur la végétation d'une espèce de corne de 
bélier qui avait pris naissance à la partie inférieure du tem- 
poral gauche d'une femme octogénaire. Dans les mémoires 
de la Société royale de médecine, année 1776. 

Trois Consultations médico-légales, en faveur de la sage- 
femme de THôtel-Dieu de Rouen (Vc Blanchard). 1777. 

Traité de la fièvre miliaire des femmes en couches, par 
M. Gastellier, docteur en médecine, avocat au Parlement, 
médecin de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans, employé 
des maladies épidémiques et épizootiques, médecin de 
THôtel-Dieu, de l'Hôpital général et des prisons de la ville 
de Monlargis, membre de la Société royale de médecine de 
Paris et de celle d'agriculture d'Orléans. A Montargis, chez 
Xoél Gilles, Ubraire, Porle-aux-Moines. 1779. 

Dédié à M. Séguier, premier avocat-général au Parlement 
de Paris, l'un des Quarante de l'Académie Française. Ou- 
vrage couronné par la Faculté de Médecine de Paris, dans 
la séance publique tenue le 5 novembre 1778. In-4o de 
36+39+177 pages. (Bibliothèque de Sens, Bibliothèque de 
Montargis, Collection Navarre, Bibliothèque nationale^ Td 
56-17.) 

Réponse à la critique d'un anonyme, Montargis. 1779. 

Mémoire sur la topographie médicale et sur l'histoire na- 
turelle du Gàtinais, couronné par la Société royale de mé- 
decine, et inséré dans le recueil de celte Société. 1779. 

(En 1776, Gastellier avait été chargé par Turgot de faire 
un rapport sur l'état agricole et commercial du GAtinais ; 
et avait reçu de Turgot une lettre de félicitation pour ce 
rapport.) 

Mémoire sur les maladies chroniques auxquelles les bestiaux 



i 



— 208 — 




de îmttfs esprte* ioni Muieh dam te Gétinniê, couronné |i»r I 
Sriri^'tf n» ville de mêticcîiit% et iniiéré dan» le rrrueil i 
celle Soclél6, année 1780 

Hémmte âut Vntmi^se des eaux minéraleM de Ferném, t 
Chùttuii-Landmi et des ErhnrlU i{mr Vnicfrmitrhe, j>r 
Jolgti> I, couronna par ïu SociDlé royale de médecine, lî^ij 

Méniùire tonte nant une série d'abseriHithnâ mêtéréfihgiquei 
et un précis des épidèndeit qui oui régné pendant douze aH 
dans te Gâtinais^ couronné pnr la H<ïciété royal*? de mêtle 
citie, et inséré dans ses mémoires de Tiinnée I7H:î. 

Amtus pttijskns. Annus médteus, deux mémoires conraa 
né» pur ÏR Snriété royale de raédeeîiic^ et inîtéréa dan* i 
recueil de 17«:î 

Des spéeifîques en médecine, par M. Ga&teUier, docteufl 
niédei!iiie. avacat au P;irlenïe«t* iwéderin ordinaire 
S. A. li, Motisci^fneur la Duc d Orléans, Claire de la ville i 
MonlurgU, médecin den hûpïtaux et prmans de cette vill 
employi^' pour le» maladie?^ éptdéndqiies et épizooliqiîcs i 
de la pro%Jncc, a§!>ocié réf^nicolc de la Société royale 
médecine, ans^ocié correspondant de TAcadémie deii %cU 
ces» arts et bellc?^ leltres de Dijon, associé non résidant ( 
la Société royale d agricidlurc d Orléans, elc. A Paris, cbd 
Didot, imprimeur de Momdeur et libraire, quai de»* Angu 
lins, tlKl Avec ajîprïdialion et privilège, A Montargis, 
ri m prime rie CL Lequatre, 

Dédié à M Franklin, ministre plénipotentiaire des Klali 
Unis h la cour de France. 

Ouvrage reconuu digne de Tapprotintinn de la Soelè 
royale de médecine, et d t tre imprimi^ avec son priviléi^ 
In-8' de 7 et Ifil pages, i Bibliothèque de Sens, BildiothétiQ 
lie MontargÎH, CoUecliou Navarre, Blldiothéque nalionall 
Te 7405 ) 

ItinttHre d'une épidèmir du tjvnvedvH tnthonhrmstspittntk 
ftes fdu$ tjrnvvs et des pinn amtatfiensi's^ mémoire ctnjronfl 
par la Sociélé royale de médecine, 1785. Oiicans, 178". ln-4 

yîèmoite ^://r t'épidétnie qui n régné en J7H't, dana ht nul 



— 299 — 

légation de Monlargis. Ouvrage qui a remporté un des pre- 
miers prix de la Société royale de médecine de Paris, le 
29 août 1786, par M. Gastellier. A Orléans, 1789. In-8o de 
68 pages et 1 tableau. (Collection Navarre, Bibliothèque 
nationale, Td 52-18.) 

Sur la Santé, note conseillant remploi du verjus pour 
combattre les effets de la grande chaleur, insérée dans les 
Affiches de Sens, 10 juillet 1794. Demi-colonne. 

Histoire de Vépidémie qui a régné à CerizierSy Theil et Vau- 
mort, précédée d'observations sur la topographie de cha- 
cune de ces communes, et sur une source nouvelle qui a 
jailli à Cerisiers, le 3 mars 1793, par René-Georges Gastel- 
lier, médecin de l'hospice civil et militaire de Sens, membre 
de la Société philosophique de Philadelphie, et par Louis- 
François-Jean-Baptiste Tonnelier, médecin à Saint-Floren- 
tin. Sens, V® Tarbé et fils, imprimeurs du district, Tan III. 
In-8o de 8 et 91 pages. (Collection Navarre, D>' Moreau. 
Bibliothèque nationale, Td 52-70.) 

Qae penser enfin du supplice de la guilloltine f Nouvel exa- 
men de cette question, par René-Georges Gastellier, médecin 
de rhospice de Sens, membre de la Société philosophique 
de Philadelphie. A Sens, 3 frimaire an IV«. A Paris, chez 
les marchands de nouveautés. Tan IVc de la République. 
In-8» de 20 pages. (Collection Navarre, Bibliothèque natio- 
nale, Tb 11-7, D«- Moreau.) 

Histoires de deux épizooties dont Vune bénigne et Vautre 
maligne et des plus meurtrières, dans plusieurs communes de 
l'arrondissement de Monlargis, an IX. Insérées dans le cin- 
quième volume des n émoires de la Société médicale, an XI, 
page 359. 

Dissertation prouvant • qu'il n* existe pas de fièvre puerpé- 
rale sui generis, » accueillie par la Société de l'école de 
médecine, en 1803. 

Traité sur les maladies des femmes en couches, par M. Gas- 
tellier, membre résidant de la Société de la Faculté de 
Paris. Paris, 1811. In-8". Ouvrage annoncé par le journal de 



-j 



4 




— »X) — 

Conrisarl, août 1812. ^Bibliothèque nationale. Te 126 Ti 

ObMenmtion» iur la rage, par R.-G. GastelHer, extraites do 
Journat de médecine, chirurgie, pharmacie, etc., août 18U 
Imprîmene de M«« V'^'^ Migneret, nie da Dragon. In-8' de 
tapages, t Bibliothèque de Montargis.) 

Lettre de R.-G. GastelHer à M. le docteur Fournier, In-8' de 
23 pages (Bibliothèque de Montargis.) 

Précin historique d'une fluxion catarrhale foudroyante. 7/11 
m'a frappé de la cécité la plus cruelle pendant cinq semaines. 
et à la su Ile de laquelle j*ai perdu Toeil droit. Ce précis est 
Intérè dans le Bulletin de la Société de médecine. 1816 

Notice chronologique de mes ouvrages. Paris, 1816. In-4» de 
32 pagCH De rimprimcric Renaudière, rue des Prouvai 
rcft, ïi" IG. (On trouvera dans cette notice quelques ouvra 
gen ne (]}4urant pas dans cette liste.; (Bibliothèque dcMon- 
largjïi. HJhtiothèque nationale, Ln 27-8314.) 

Controiwrses médicales, par R.-G. GastelHer, 30 juin 1817 
In -8" dt' 1(12 page^. Imprimerie de Migneret, rue du Dra- 
gon^ n« 20. (Bibliothèque de Montargis, Bibliothèque natio- 
nale, Te 126-33. 

SiUtr (h's conlroverses médicales, par R.-G Gaslcllier 
J*iins, 1'^ avril 1818. In^**. A Paris, chez Croullebois, libraire 
rue des Muthurins, «*» 17 et chez l'Auteur, rue du Four, f. SC 
n' 17. fHilïliothèque de Montargis > 

(Hmiiuitions et réflexions relatives à Vorganisation actiiclk 
de ht médecine. Paris, sans date. In-8" de 32 pages. 

ICxposr fîdéle de petites véroles survenues après les vacci- 
nât ionn, suivi d'observations pratiques sur la petite vérole 
nntiitTHo, sur la petite vérole artificielle et sur la vaccine, 
aiijsi (jiK' quelques propositions tendantes au perfeclion- 
ncïitent i L h ramélioration de la vaccine. 1819. Imprimerie 
de la Henaudière. In-8" de 119 pages. A Paris, chez Croule- 
btfis, lihiîiirc, et chez l'auteur, rue da Four-Saint-Germain, 
IV* 17. 'Ilibliothèque (le Montargis, Bibliothèque nati nnle 




— 301 



l« 



ECRITS POLITIQUES ET DIVERS 

Mon premier mot à MM. les Députés du tiers-état du bail- 
liage deMontargis, par Gastellier (sans lieu). ïiî-8« de 7 pa- 
ges. (Bibliothèque d'Auxerre.) 

Adresse à mes concitoyens. Paris, 1792. In-8o. (Bibliothè- 
que nationale, Ln 27-8312.) 

Observations et réflexions relatives aux circonstances ac- 
tuelles... le 15 mars 1792, l'an IV de la Liberté. Paris, impri- 
merie nationale, in-8o. (Bibliothèque nationale. Le 33-3 U. 

Opinion sur l'envoi aux quatre-vingt-trois départements, 

delà lettre de M. Rolland au roi. (16 juin 1792.) Paris, im- 
primerie de Dupont, in -8». (Bibliothèque nationale. Le 
34-204.) 

Opinion de /?. G. Gastellier, ex-maire de la ville de Mon- 
largiSj député du département du Loiret, sur la suspension 
de M. le Maire de Paris, 13 juillet. Fan IV de la liberté (1792) 
(sans lieu). In-8' de 8 pages. (Bibliothèque d'Auxerre, re- 
cueil Tarbé, Bibliothèque nationale, Le 34-109.) 

Troisième et dernière adresse à mes concitoyens, par Gas- 
tellier. Sens, 3 octobre 1792 (l'an I^rde la République). Veuve 
Tarbé et fils, imprimeurs du district, 1792. In-8'» de 8 pages. 
Bibliothèque d'Auxerre, recueil Tarbé.) 

Lettre du citoyen Gasiellier, médecin, ancien maire de 
Montargis, ex-député de l'Assemblée législative, à MM. les 
Commissaires de la Convention nationale dans le déparlement 
de l'Yonne, séans à Sens, datée de Nemours, le U octobre, 
lan hr de la République, et suivie de la réponse des com- 
missaires de la Convention nationale J. S. Rovère et Claude 
Fauchet. Affiches de Sens, n« du 25 octobre 1792. (Bibliothè- 
que de Sens, Bibliothèque d'Auxerre.) 

Lettre du citoyen Gastellier au rédacteur des Affiches de 
Sens, datée du 9 novembre l'an V'^ de la République fran- 
çaise, et reproduisant une Lettre de Jard-Pauviller, an- 
cien député à l'Assemblée législative et membre de la 



sd k^ 




— 302 — 

Convenlion nationale. Affiches de Sens^ n° du 10 novembre 
1702- (Bibliolhc^quede Sens, Bibliothèque d'Auxerre.) 

Bené-Gcûrjjes Gastellier, officier de santé, à Sens. Aax 
Citotfem composans la Société révolutionnaire de ladite com- 
mune. Sens, 16 thermidor, Tan II de la Republique une et 
indivisible^ avec pièces justificatives. Vignette de Timpri- 
nierie Tarbé In-8^ de 31 pages. (Collection Navarre, doc- 
teur Moreau, Bibliothèque d'Auxerre.) 

Aux président et membres composant la Société révolulion- 
naire de Sens, par Gastellier. 24 thermidor, an II, Sens, 
Tarbé. In-4'> de 3 pages. (Bibliothèque d'Auxerre.) 

A mes concitoyens. Exposé de ma conduite active commt 
homme politique. Paris, 1817. Imprimerie de Migneret, ru( 
du Dnigon, Ta nbourg Saint Germain, n® 20. Iii-4o de 20 pa 
gcs. (Hibllothèque de Montargis, Bibliothèque nationale 
Ln 27-8313.) 



UN PONTIFICAL SENONAIS 



DE LA 



BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE 



Le manuscrit 9215 de la Bibliothèque royale de 
Belgique est un pontifical, c'est-à-dire un livre li- 
turgique contenant les formules et textes relatifs 
aux sacrements et bénédictions conférés par Tévê- 
que. II est qualifié sénonais dans le catalogue des 
manuscrits de cette bibliothèque par le R. Père 
van den Gheyn (1). Le savant conservateur des 
manuscrits de Bruxelles fonde cette attribution sur 
deux passages du texte, l'un, au fol. 88 : « Vis pro- 
jmonem consuetam a tuis predecessoribus et ce- 
kris ecclesie Senonensis suffraganeis? t> Tautre, au 
fol. 94 : « Vie Senonensi ecclesie et mihi meisque 
mccessoribus subjectionem ? d Ce sont là les ques- 
tions que posait à Tévéque élu Tarchevêque consé- 
cralcur, et auxquelles le sufTragant répondait par 
un serment de fidélité à l'Eglise de Sens, serment 
appelé profession (2). 



\ 



tll 



<1 Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, t. 1" 

.' Voir ahbé CiiAnTRAinE, Carlulaire du Chapitre de Sens, p. xi et suiv., 
ft p 175 et suiv. 




fil 




^*.-".^ 

XV" siùclt\ et même lett 
lont encadrées de tiget 
>is poiiiLes, feuilles dei 






— 304 — 1 

Le manuscril dont il s'agit |>rnvient de rnitcî 
bihlioHieqiie des ducs de BoiirgDniio. La heaui 
son oniiMiRiilation Ta rendu ct^lèbre. L'écrit 
qui semble avoir été tracéi* d une même maio 
lïout à Taulie, accuse le xr siùcle, et même le 
de ce siècle. Les pages son 
nies de ces feuilles à Iroi 
ou de vigne stylisées, qu on voit apparaître dai 
marges des manuscrits au xiv*' siècle, mêlées 
des Heurs à pétales; les couleurs sonl le rou| 
bleu et Tor, Les lettres majuscules, au eoniiUi 
ment des ch;i pitres et des i>u ni graphes, sonl 
Uines d\>r encadrées de viokl ut de bleu. Qui 
unes sonl ornées, en leur milieu, de |)ej n turcs rî 
sentant lévéque dans rexeicice de ses div( 
fonctions. Outre ces petites scènes, il y a deu 
bleaux plus grands. L'unoccu|)ela moitié supérî 
du premier fiuillet et reprèseule Tévéque bénis 
le peuple du haut de ramlioji Le préhil, in 
crosse, bénissant, tourné veis un livre que luij 
se nie un clerc, est sur une soriede fribuneitnM||; 
par trois colonnes; derriéiu lui, deux clena» 
chape; sous la tribune, un roi ut (|ualie autres | 
sonnages agunouillés reprèsunk^nt fe peuple, 
fond du lableau est formé [>ar des losanges al 
nativenienlbleu et or. Au-dessous du tableau c» 
în en cent les formules de hiiiéilictifuis ponlific; 
pour tout le cours de Tanuée, 

Au folio 12!) se trouve Tau tic grande ])einlure, 
présenlanl la crucifixion et précédant le canon d^ 
messe. Cette peinture est tiés remarquable. Je: 



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— 305 — 

est prêt à rendre le dernier soupir. Au pied de la 
croix, le disciple bien-aimé, Jean, se rejette en ar- 
rière dans un mouvement de terreur et de désola- 
tion. La Vierge, agenouillée, lève les mains au-dessus 
delà tète. Madeleine, également agenouillée, vue de 
dos, écarte les mains en signe de douleur et tourne 
la tête vers la Vierge. A Tarrière-plan, Marie Sa- 
lomé, également à genoux. Comme pendant et 
même en contraste à ce groupe désolé et émou- 
vant, un groupe de trois hommes debout, dans une 
pose calme : Tun, à l'air décidé, portant une massue 
et dans lequel on pourrait voirie centurion, puis un 
soldat et, derrière, un personnage indéterminé figu- 
rant peut-être les pharisiens. 

Cette peinture a été reproduite au trait en tête du 
tome III du Catalogue de la bibliothèque royale des 
ducs de Bourgogne, paru en 1842. C'est sûrement 
l'œuvre d'un maître flamand. Alfred Michiels Ta 
longuement décrite dans la seconde édition de 
{Histoire de la peinture flamande (1). Il Ta attribuée 
ï Roger van der Weyden ou Roger de la Pâture, 
longtemps connu sous le nom de Roger de Bruges, 
'lève de Jean van Eyck, né à Tournai vers 1 100 et 
Tîort en 1464. a Le talent de Roger van der Weyden 
ic trahit, dit Michiels, par des signes manifestes... 
3n y reconnaît, à la première vue, la manière du 
3eintre fameux, ses Immenses draperies, ses gestes 
nolents, ses expressions et ses poses dramatiques, 
;on habile façon de reproduire la campagne, d Et 



«1. 2- édil (1866), l. Uî, p. 81 et suiv. 



20 




— 306 — 

le môme auteur ajoute : a: Si Ton n'attribuait pas 
hanlimeiit cette miniature à Van der Weyden, il 
faudrait renoncer pour toujours au travail d'induc- 
tion qui baptise les tableaux d'après le style des 
maîtres. Non seulement le C.hrist a la longueur cl 
la maigreur que lui donnait habituellement Roger 
van der Weyden, mais sa laide figure, osseuse cl 
trapue, ses cheveux incultes, tombant éparpillés sur 
la droilCj sa bouche tordue par la douleur, se re- 
trouvent exactement aussi bien que les propor- 
tions insolites du corps, dans le rétable des seplsa- 
cremenls. y> 

Mais les caractères que Michiels signale comme 
propres à Roger van der Weyden ne se relrouvenl- 
î!s pas dans Tœuvre d'autres peintres flamands dn 
même temps? Pour ce qui regarde le rapproche- 
ment avec le triptyque des sept sacrements, esl-il 
même nussi justifié et probant que l'affirme notre 
auteur? Le centre de ce triptyque est occupé par 
une triicifixion, où la disposition et le costume 
même îles personnages diff^èrent complètement de 
la disposition et du costume de ces mêmes person- 
nages dans la crucifixion de notre manuscrit. Sui 
h* triptyque, les seuls assistants sont la Vierge 
Jean, Marie-Salomé çt Marie-Madeleine. Au liei 
d'être groupés à droite, ils font cercle autour de 1î 
croix. Jean soutient la Vierge qui s'affaisse. Le 
gestes sont calmes au lieu d'être violents. 

Assurément, les historiens de Tart, nos contem 
poiains, affirmeraient, avec moins d'énergie, l'ai 
Irilïution de notre peinture à Roger van derWey 



'_ 307 — 

den, si même ils ne refusaient pas d'y reconiiaifre 
la même main qui a peint le triptyque des sept sa- 
crements. Sans doute ils s'absliendraictit de tneltre 
aucun nom sous noire miniature. 

Quoi qu'il en soit, le tableau du folio 1 et celui 
du folio 129 du Pontifical de Bruxelles sont certai- 
nement de deux peintres différents. 

On reconnaît pareillement deux mains dans les 
petites scènes tracées à Tintérieur des lettrines. 
Elles représentent : Tévêque procédant à la dédi- 
cace d'une église (fol. 29 v«), la consécration d'un 
autel (fol. 53 v^), la réconciliation <i'une église 
(fol. 67, vo), la tonsuration d'un clerc (fol. 74, v»), 
l'ordination d'un acolyte (fol. 75, v«), la consécra- 
tion d'un évêque (fol. 87), la bénédiction d'un abbé 
de moines (fol. 94), la bénédiction d'un Lil)bé de 
chanoines (fol. 97 v^), la bénédiction d'une* abbesse 
(fol. 99), la vêture de religieuses (fol. 1(KI, v*'), le cou- 
ronnement d'un roi (fol. 109), et celui d'une reine 
(fol. 115 yo), Timposition des cendres bénites 
(fol. 121), la prédication (fol. 125), la consécration 
du saint-chrême (fol. 127), la célébration de la 
messe (fol. 128,) l'administration du baptême 
(fol. 139, yo), la bénédiction des rameaux (fol, 137), 
l'administration d'un infirme (fol. 151) (1). 

Ces petites miniatures sont l'œuvre tl au moins 
deux artistes : le premier a tracé celles des feuillets 
29 et à 100 yo; le second, celles des feuillets 109 à 





(1) Celle lisle de miniatures a élé donnée par le R. P. \nn dcn dicyn 
op. cit., et nous la lui avons empruntée à partir du fol. 121. 




'y\ 




— 3Û8 — 

151. En outre, celles du premier groupe sont de 
même style, et probablement de la même main 
que la grande peinture initiale. Les miniatures du 
second groupe commençant au folio 109 avec le 
couronnement royal ont été exécutées, sinon par 
Farliste à qui Ion doit la crucifixion du folio 121), 
au moins par un artiste de la même école. 

Le premier groupe de peintures est Toeuvre d'un 
artiste d'un talent médiocre et travaillant dans le 
style du xiv' siècle ; le second groupe est d'un style 
plus nouveau, ayant les caractères propres à Tart 
du milieu du xv*' siècle, peut-être même de la se- 
conde moitié de ce siècle, et si nous pouvons 
croire que deux enlumineurs ont travaillé à décorer 
la dernière moitié du manuscrit, c'est que les pein- 
tures y sont de valeur inégale. 

Michiels avait été frappé, — et il ne pouvait pas 
ne pas l'être, — de la différence de style entre les 
miniatures de la première et celles de la seconde 
partie du volume. 11 en avait conclu que le volume 
avait été fait en deux fois, que la première partie 
en avait été et écrite et enluminée » pendant le 
xivc siècle, et la seconde au siècle suivant; sans 
prendre garde que l'écriture était la même du com- 
mencement à la lîn, et qu'à supposer qu'elle ne fût 
pas d'une seule main, elle avait, dès les premières 
pages, les caractères propres à l'écriture du x\^ siè- 
cle. Il faut en conclure que ce manuscrit n'a été 
écrit qu'au xv^ siècle, et que la décoration a été 
confiée à deux ou trois peintres, le premier appar- 
tenant à une école attachée aux anciennes traditions 



— 309 — 

ou copiant un modifie ancien dont il conservait le 
caractère ; le second ou les deux autres, plus indé- 
pendanls dan;* leur conception, et appartenant à la 
nouvelle école. 

Il nous a paru que ce I^oîitifical qui, directement 
ou indirectement, se ratlacheà TEglise de Sens de- 
vait être signalé à Tattention de nos confrères de la 
Socîélé archéologique. 

Maiiugk Prou. 







CIMETIÈRE CAROLINGIEN 



A L'ABBAYE 



DE SAINTE-COLOMBE-LEZ-SENS 



Kii creusant un vaste puisard, à Tabbaye de 
Sainle-(.<)Iombe, au milieu de la cour de la ferme, 
les ouvriers ont mis à jour cinq sarcophages en 
pierre oolithique blanche, originaire des coteaux 
de la baille vallée de l'Yonne et telle qu'on en ex- 
ploite il Oavant, à Coulanges ou à Mailly-la-Ville 
Aussitôt qu'ils ont été prévenus par l'architecte, 
M. Ricliardot, MM. l'abbé Chartraire, Moreau, 
Sépol et Perrin se sont transportés à Sainte-(.o- 
lomhL\ Mais déjà les couvercles, formés d'une dalle 
plate, avaient été brisés, et les terrassiers rejetaient 
sur le sol les ossements noircis par les infiltrations 
prolontjoes des eaux de la ferme, qui s'étaient ac- 
cumulées dans les cercueils, présentant une saisis- 
sanle image de « ce je ne sais quoi qui n'a de nom 
en aucune langue, d Aucun objet ou débris ne fui 
trouvé, ce qui n'est pas surprenant en de telles 
conditions. 



— 3H — 



Les cercueils étaient tous de même forme, plus 
larges à la tête qu'aux pieds; ils étaient oriculés à 
Test avec une légère déviation vers le nord et avaient 
été disposés, sans alignement précis, à une profon- 
deur de 2ni80 au-dessous du sol actuel de la cour, 
soit 2 mètres environ au-dessous du sol normal, la 
cour ayant été exhaussée pour parer aux inonda- 
lions. 

Un sixième squelette était inhumé dans le sol 
même, à côté du cercueil B et à la même proTon- 
deur; avec la terre qui occupait le fond de la lusse, 
Ton ramena deux petits fragments d'une poterie 
rouge, vernie et fine, assez semblable, mais posté- 
rieure, aux poteries gallo-romaines. 

Quatre des sarcophages ne présentant aucune 
sculpture, on prit le parti de les abandonner au 
fermier. Mais le cinquième fut remonté avec soin 
et porté au musée avec la permission du proprié- 
taire de la ferme, M. le docteur Perronne. 

Ce cercueil, marqué de la lettre A, au plnn qu'a 
bien voulu dresser, pour nous, M. Bauban, entre- 
preneur, renfermait un squelette de haute taille, 
parfaitement conservé et qui le remplissait exacte- 
ment, l^s ossements, fortement teintés par les in- 
nitrations des fumiers, étaient en place, saut le crâne 
qui avait été déplacé et retourné par le mouvement 
des eaux pendant les crues séculaires de TYonne. 
Les bras était étendus le long du corps. 

Le cercueil avait les dimensions suivantes : 

Longueur extérieure . . . 2'n()5. 

Largeur extérieure, à la tête . ()'»'62. 



^ I ' 



4' 



J 






— 312 — 

Largeur extérieure, aux pieds ()"»37. 

Hauteur extérieure, à la tête. 0'"4G. 

Hauteur extérieure, aux pieds 0'n40 seulement. 

Epaisseur des parois 0"»06. 

Epaisseur de la dalle supérieure. . 0"»07. 

Par suite de la négligence des ouvriers, nous 
navons que le fragment postérieur de celte dalle; 
il offre, en relief, une arête médiane qui parait être 
le bas d'une croix. 

La tête du cercueil n'a aucun ornement; le bout 
opposé porte, au contraire, une large croix pattée, 
gravée à la pointe du pic, et cernée d'un trait en 
bordure. Les deux faces latérales sont couvertes de 
petits sillons ornementaux en arêtes de poisson, 
rormant un rectangle qui se trouve limité par un 
trait d'encadrement et une bordure de hachures diri- 
gées en sens inverse. Aux deux bouts du rectangle, 
la bordure a été doublée au moyen de contreha- 
chures. Le tout a été exécuté sommairement, à 
main levée; certains traits, gravés de travers, ont 
clé redressés au moyen d'une seconde entaille. 

Tous ces détails nous autorisent à penser que ces 
sépultures datent de l'époque carolingienne, du 
vin*' au xi*" siècle (1). On sait que l'abbaye de Sainte- 
Colombe fut fondée, en 620, parle roi Clotaîre IL 
augmentée par Dagoberl, administrée par saint Eloi, 
mais que le premier abbé régulier ne fut élu que 
vers la fin du vn*' siècle (2). 

La cour de la ferme de Sainte-Colombe est située 

(1) Cf. liuUetin de la S<tc. des antiquaires, 1870, p. Kl. 

\2) Voir //i5/. i\e l'ahhaye de Sainte-Colombe, par l'ablM* Brullée. 






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Bergeries 




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— 313 — 

en dehors de Tenceinte de Tancienne église abba- 
tiale et de son cloître; elle était, dès le moyen âge, 
consacrée aux services ruraux deTabbaye. On peut 
conclure de là que le cimetière que nous venons 
de découvrir remonte à une époque plus reculée et 
qu'il était consacré, non aux moines ordinairement 
inhumés dans le cloître, mais aux serviteurs, aux 
bienfaiteurs des moines, ou aux chrétiens désireux 
de reposer aux pieds de la vierge martyre. Le pape 
Adrien IV, en confirmant par une bulle les privilèges 
de l'abbaye, avait eu grand soin de rappeler celui- 
là : a Nous accordons aussi, disait-il, liberté de sé- 
pulture en ce même lieu, et voulons que personne 
ne s oppose à la dévotion et à la dernière volonté 
de ceux qui auront résolu de s'y faire inhumer. » 
IJ convient de rapprocher de celle découverte 
celle quiaété faite en 1869. (Bullelin de la Soc. arch,, 
t. X, p. 358elsuiv.) 

J. Perrin. 



— :îi*î — 

des Vaûlessurbabî^eeH et par le t'ône U'clioulenie 
ceitlral. Anne clc torrhcs de papier, puis dimc bo 
gîe, je me Iralnttt à plal veiiîre le Urn^ de la par 
el massLuai que. nulle part, n'a |)punvissait îiihui 
trace du Innail de rhninine, rareeau de la voù 
des culs-de-sac s'élant foniie naturel leiiienl par 
dêlachcnienl régulier de morceaux de niarue, hh 
clivés el porlaiil la Irace mû de radicelles de véj 
taux, soil triniilhations ari^ileUHeîi. 

Dans ces conditions, la eonctusiou slnipose, 
n'y a pas de sou 1er rai u, mais une simple dîada 
de la craie» ayant produit des érusicms inUrnes, 
la manière des hctoires ou aliimes* si frêquer 
dons la vallée de la Vanne. 

Les eaux pluviales, rapidement absorbées p 
les lerres arables de ! étroit (ilnteau de la CJiapcll 
Saint-Ciermaîn, se sord infiltrées datis la [joche ; 
gileuse fonnantdtVme au-dessus de ma tête, (^onir 
elles étaient chargées de Tacide carbonique de la 
elles ont attaqué constamntenl, au cours des s 
des, la eraie marneuse et leiulre du snns-suL Eli 
en ont [jeu à peu dissous les parois, et les emprui 
suceessirs de earbonales de ebaux qu'elles y c 
faits ont Inn par praliciuer, dans les zones dé^ayi 
gées, les gi^otles (|ue nous voyons el qui se pruj 
genl sans dotde en s'aluiissant au delà des eulsn 
four que nous apercevons. Sui' lui point, la voi 
de craie a cédé, pioduisant Tentonnoir d'etTond 
înent par où nous scmimes descendu ; et où de no 
breux trous, analogues à des teiTÎers, attestent le t 
vail persévérant el corrosif des eaux supérieures 



— 317 — 

Ainsi s'explique rexislence de la fontaine Saint- 
(ierniain, qui sort, sur le flanc du coteau, à 30 ou 
40 mètres plus bas, et à 300 mètres environ du 
point de notre diaclase. Elle parait à une profon- 
deur de 7 à 8 mètres et ne tarit presque jamais. De 
nos jours, elle rafraîchit les moissonneurs altérés; 
autrefois, elle guérissait les fiévreux par l'invocation 
du saint évêque d'Auxerre, qui, bénissant ses 
eaux, lors de son passage dans nos contrées, dut 
y détruire les supersititions païennes dont les vieux 
Celtes entouraient les fontaines et les sources. 
Celle-ci ne s'écoule pas; avant d'avoir été recouverte 
d'une voûte de maçonnerie, à laquelle on accède 
par un escalier de grès, elle devait occuper le fond 
d'un entonnoir d'efi^ondrement, analogue au nôtre, 
maison passait le niveau piézométrique de la nappe 
d'eau que retenaient les cavitcis supérieures de la 
craie marneuse et que supportait la couche de craie 
blanche compacte et peu perméable qui succède à 
la marne. Le niveau de la fontaine Saint-Germain, 
en vertu de la théorie des vases communiquants, 
monte ou descend suivant que la petite nappe sou- 
terraine qui Talimente est plus ou moins abon- 
dante. 

La Société archéologique n'a aucune fouille à 
opérer sur ce point, mais la découverte qui lui a été 
signalée lui aura permis de faire une constatation 
très intéressante sur l'origine d'une fontaine que sa 
situation très élevée a toujours rendue mystérieuse 
aux anciens habitants de la contrée. 

Quant à la tradition relative au passage de 





^ 



— 318 — 

saint Germain d'Auxerre dans cette contrée, elle 
est très vraisemblable, encore qu'elle ne soit pas 
rapportée dans sa vie écrite par Constance. Saint 
(lermain a fait deux voyages en Anglelerre : le pre- 
mier, en 429, le second, en 446; mais le biographe 
nv donne aucune indication sur son itinéraire. On 
peut supposer que le saint a suivi la voie romaine 
qui va de Sens à Condate (Montereau) et de là à 
SIelun et Paris. C'est dans le premier de ses voyages 
qu'il a consacré sainte Geneviève alors enfant. 

La chapelle Saint- Germain, située sur la mon- 
tagne, non loin de la fontaine de ce nom, existait 
à Tétat d'église dès Tannée 1197 : Ecclesia sancli 
Gennani, cum capellà super Orosam quœ est desancto 
Laurentio. (Quantin, Cart. de i Yonne, t. II, p. 484.) 
Elle devint peu à peu déserte, par suite de l'aban- 
don du village par les habitants, qui descendirent 
dans la vallée et se groupèrent autour de la cha 
pelle Saint-Laurent. (Voy. Quesvers, Pouillé du dio- 
cèse de Sens, t. I*% p. 300. Tarbé, Almanach de Sens, 
17H9, pp. 47 et 48. BulL de la Soc. archéoL de Sens, 

t. Il, p. 22.) 

Joseph Perrin. 

Février 1906. 




LISTE DES MEMBRES 

l>E LA. SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SENS 
AU 31 DÉGElklBRE i906 



MEMBRES D'HONNEUR 

Mo>{SEiGNEUR l'Archevêque de Sens. 
Monseigneur Dizien, évêque d'Amiens. 
MM. LE Préfet de l'Yonne. 

LE Maire de Sens. 

Héron de Villefosse, membre de l'Institut. 

LE COMTE DE Lasteyrie, membre de l'Institut. 

LE DUC DE Clermont-Tonnerre, à Ancy-le-Franc. 

MEMBRES HONORAIRES 

MM. Prudhomme, docteur en droit, juge à Lille. 
Paulin Blondel (l'abbé , doyen du Chapitre. 
Raymond Lorne >{t, docteur en médecine. 
Théophile Mémain (l'abbé), chanoine de la Métropole. 

MEMBRES DU BUREAU 

MM. Joseph Perrin, président. 

Chartraire (l'abbé), vice-président. 
Barreau, secrétaire. 
Dappoigny, pro-secrétaire. 
Paul Roy, archiviste. 
Thorin, vice-archiviste. 
Marquiand, trésorier. 



iëm 



mn 

IM02 



1894 



1KÎÏ5 



1890 



1«97 



— 320 — 

MM ^^"^^^»*«ES TmiLAfHi 

DLciioiiN l»iiul, imprimeur 
l>iiiuux Joseph, (> *î, S (i., a vocal 
Ki,Kv Louis, setîlpteur. 
BEAtrKiL JN licornes, îivocat. 

crtlafrc(k- lArclievt^ché. 
PAtiKiiji, iitdu&trtcL 
Pguk Hiïcnnc, greffier en chef du M 
Bauillon (1 ablKi, vicaire gênérul, 

de rArcliûvêchi*. 

ToLi>\% Il A., professeur de musiqw 

HoY Pnul, |*ropriélaîre, 

OtiM.KT (lublKM, doycu ile Saîul-Ma 

Hbnahu Henri phanuacien. 

Blvigsikh Pnnl, *fr {> . .j,^ chef de ha 

Houssi-Luî Léon, a A, architeele 

NixoT, phnrmacien 

Deciiamtmik Louis, iiotnire, 

LAiita^NA Lucien, docleur en médccî 

Mahqi^jaku Jules, natairc. 

CotoviUKT Henri, eemimi^saire priî^c 

Chosikh Paul, industrieL 

riF:jiAnn Paul, n vocal, doeieur en dr 

Abuat ïllppolyte, proprielairc, 

I>Ji;.STOMHJ£s Paul, avocaL 

Baiu;v, pharmacien, 

Solumasx Paul, professeur ao 

nu Thayni^l Oclave, proprii'taîre 

Chandksieh Fi^iix, propHéJaire. 

Fa un fi:, dorlcur en métiecine, 

Rov Maurice, O I , con^iCiilcr référcn 

eî>mptès. 
(kioLLOT (ralibéi, prèlre sacristain 
Doi îïLOT Lucien, notaire. 
CÔTE (lalihtn, chanoine honoraire, a 



— 321 — 
M>f. 

1901 Lehmann, graveur imprimeur. 

— Caillet Casimir, *R* O., médecin principal de Tarmée, 

en retraite 

— Caron Benjamin, pharmacien. 

1903 Thorix (médaillé militaire), ancien commis greffier 

près le tribunal civil. 

— Venot Henri, agent d'assurances. 

— Dappoigny, architecte. 

— Lac AILLE Alfred, propriétaire. 

— MoREAU René, docteur en médecine. 

— Bailly-Salin, docteur en médecine. 

— Belot, industriel. 

1904 Heurtefeu Théodore, professeur au lycée. 

— SiMONNET, notaire à Egriselles-le-Bocage. 

— de Cussac, inspecteur des eaux et forêts. 

— Gexty, directeur de la Banque de France. 

— Barraux, conducteur des ponts et chaussées. 

— Baudry, industriel. 

— Morel Auguste, industriel. 

— Virally, pharmacien. 

— Laboise Louis (l'abbé), curé de Saint-Savinien. 

— Prou Maurice, ^. professeur à TEcole des chartes. 

1905 Corberon Paul (l'abbé), aumônier de la Providence. 

— Heure Paul, 1., bibliothécaire de la ville. 

1906 PoiGET, professeur de philosophie au Lycée. 

— SÉPOT René, agent principal d'assurances. 

MEMBRES LIBRES 
MM. 

1871 Hatton Eugène, * O., 21, rue Monsieur, à Paris. 
1878 DE Flamare, archiviste du département de la Nièvre. 

1891 PopoT Henri, dessinateur à Paris. 

1892 LouziER Sainte-Anne, ^, architecte du gouvernement, 

à Paris. 

— Martin Léon, conimissaire-priseur à Grenoble. 

1893 Chéreau Louis, Q A., conseiller général, à Serbonnes, 

21 



_ 322 

MM. 

1993 Petit le docteur), it, 
PoDt-sar-Toaiie. 

— DoNDENNE chanoine, doyen de Toncj iToww). 

— Mabtin Charles, aToné à Paris- 

1894 RocuN, docteur en médecme, à Parisw 

— Deugand Georges, avocat à la Coor d*appely à Pvn. 

— Malrot Louis. 4ft »& O., a À., chef de batailk» en 

retraite, 25, rue des Ecoles, Pteis. 

— ViLLETARD (Fabbé), à Sligny, près Tonnerre (Yœoe). 

— Bocvyer Edgard, à Tours (Indre-et-Loire). 

~ BoNNEAC dabt^é», curé doyen de Chablis (Yonne). 

— Chandenier Louis, entrepreneur à Joigny. 

1805 LioRET Georges, conseiller général, à Moret (Scioe-et- 
Marne). 

— HoRSON (chanoine), doyen de ViIleneuye4ur-Yoiuie. 

1896 Deunotte (chanoine), supérieur du Séoiinaire de Joi- 

gny- 

— Baillet, agrégé des lettres, à Orléans. 

1897 Gaultry Ferdinand, à Paris. 

— LocvRiER Maurice, propriétaire à Saint-Sérolin. 

1898 Bertrand de Broussillon, propriétaire, au Mans* 
1808 Feus Georges, sous-directeur des contributions ^^ 

rcctes, à Montdidier (Somme). 
lîKM) Vignot Charles, propriétaire, à Paris. 
- Pkknot Paul t l'abbé), à Paris. 

HoLiJN Kdouard, capitaine d'ariillerie, au Mans. 

— Lacihanck Joseph, chef d'escadron d'artillerie, àD^**^*' 

1001 PoHKi:, O A., îirchivisle de l'Yonne. 

Tahhk dkVacxclaihs (M"«' Jenny), au château deNa»^^^' 
près Sens. 

1002 CiiAHTON Jules, ^ O., ingénieur en chef honoraire d^ 

chendnsde fer du Midi, rue de Sfax, 1, à Paris. 
HaciOt d'abbé», curé de Champigny-sur- Yonne. 
lOO^J Fliciii-: Louis, avocat -h la (-our d'appel, 1, rue de l'W 
versité, Paris. 
- Tknaillk d'Kstais, avocat à Paris. 



— 323 — 
MM. 

3 MuLON Henri, notaire honoraire. 

DiJOLS Charles, propriétaire à Chanipigny-sur-Yonnc. 
EspÉRANDiEU, capitaine, correspondant de l'Institut, 
route de Claniart, 59, à Vanves (Seine). 

4 JoBiN (Fabbé), chanoine titulaire, à Gigny (Yonne). 
6 Chanvix Constantin, propriétaire, à Chablis. 

16 LiBERT Léon, au château de Paron (Yonne). 

- Lasnier ^, ancien receveur des finances, à Corbeil. 

- DU Mesnil (baron), au château du Champ-du-Guet, 

près Villeneuve-sur-Yonne. 

- Fliche Augustin, à Paris. 

- Ramain Georges, docteur es lettres, professeur agrégé 

à l'Université de Lyon. 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

M. DE Beaitv'illé, à Montdidier (Somme). 

de Belleval (le marquis), ancien sous-préfet. 

Besse (dom), directeur de la Revue Mabillon, à Chevc- 

togne (Belgique). 
Cramail Alfred, rue d'Alger, 5, à Paris. 
Defer (l'abbé), à Traynel (Aube). 

Desciiamps F!mile (l'abbé), chanoine honoraire, ù Paris, 
DiDiOT (l'abbé 1, bibliothécaire à Verdun (Meuse). 
DicAS, conservateur du musée de Besançon (Doul)s^. 
DupRÉ, notaire à Montcreau. 
Drot, ancien attaché aux archives de l'Yonne. 
Gandelet, à Verdun. 

Genevoix François, docteur en médecine, à Paris. 
GiHAUD (l'abbé), chanoine honoraire de la Métropole, 

curé d'Etaules (Yonne). 
GouRKAiGNE, aucicu professeur. 
HouLHEKT Constant, docteur es sciences, professeur 

au lycée de Rennes illle-et-Vilaino. 
Lefort Lucien ^, architecte du département de la 

Seine-Inférieure, à Rouen. 



— 324 — 
MM. Maurice, àBcllières, près Pau (Basses-Pyrénées). 

MiRON DE l'EsPINAY. 

MoNTANDONAmédéc, à Paris. 

Matignon Camille, agrégé et docteur es sciences, pro- 
fesseur adjoint à la Faculté des sciences de Paris. 

MoREAU Albert, directeur de la succursale de la Ban- 
que de France, à Verdun (Meuse). 

Pelicier, archiviste à Châlons-sur-Marne. 

PÉROT, rue Sainte-Catherine, 42, à Moulins (Allier). 

Pinçon (chanoine), archiprétre d*Auxerre. 

PissiER (l'abbé), curé de St-Père-sous-Vézelay (Yonne). 

PouLUN, O ï» préfet honoraire des études à l'Ecole 
normale des instituteurs de la Seine, à Paris. 

RÉGNIER Edmond (l'abbé), curé de Villefranche-Saint- 
Phal. 

DE Septenville, BU châtcau de Lignères (Somme). 

SoREL, président du tribunal civil à Compiègne (Oise). 

Tavoillot, instituteur. 

TiROT (Fabbé), aumônier de Thospice de Ton nerre. 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 



I. SOCIÉTÉS FRANÇAISES 

Abbeville. — Société d'émulation. 

Alger. — Société historique algérienne. 

Amiens. — Société des antiquaires de la Picardie. 

— Société linnéenne du nord de la France. 
Angers. — Société d'agriculture, sciences et arts. 
Angoulême. — Société archéologique et historique de la 

Charente. 
Arras. — Académie. 
AuTUN. — Société éduenne. 
AuxERUE. — Société des sciences historiques et naturelles 

de l'Yonne. 
AvALLON. — Société d'études. 

Bar-le-Duc. — Société des lettres, sciences et arts de la Meuse. 
Bayeux. — Société d*agriculture,sciences,arts et belles-lettres. 
Beaune. — Société d'histoire et d'archéologie. 
Beauvais. — Société académique d'archéologie, sciences et 

arts du département de l'Oise. 
Belfort. — Société belfortaise d'émulation. 
Béziers. — Société archéologique, scientiGque et littéraire. 
Blois. — Société des sciences et lettres du département de 

Loir-et-Cher. 
Bordeaux. — Société archéologique de la Gironde. 
Boulogne-sur-Mer. — Société académique. 
Bourges. — Société des antiquaires du Centre. 

— Société historique, littéraire et artistique du 

Cher. 
Brest. — Société académique. 
Caen. — Société française d'archéologie. 



— 326 — 

Cannes. — Société des sciences naturelles, historiques, des 
lettres, des beaux-arts de Cannes et de Tarrondis- 
sement de Grasse. 

Chalons-sur-Marne. — Société d'agriculture, commerce, 
sciences et arts du département de la Marne. 

Chalon-sur-Saône. • - Société d histoire et d'archéologie. 

Chartres. — Société archéologique d'Eure-et-Loir. 

Château-Thierry. — Société historique et archéologique. 

Chateaudun. -- Société dunoise. 

Chaumont. — Société archéologique. 

Cherbourg. — Société académique. 

CoMPiÈGNE. — Société historique. 

CoRBEiL. — Société historique et archéologique. 

CoNSTANTiNE. — Société archéologiquc de la province de 
Constantine. 

Dijon. — Société bourguignonne d'histoire et de géographie 
de la Côte-d'Or. 
— Commission des antiquités de la Côte-d'Or. 

Douai. — Société d'agriculture, sciences et arts du dépar- 
tement du Nord. 

DuNKERQUE. — Société dunkerquoise pour l'encouragement 
des sciences, des lettres et des arts. 

Epinal. — Société d'émulation des Vosges. 

Fontainebleau. — Société historique et archéologique du 
Gâtinais. 

Gap. — Société d'études des Hautes-Alpes. 

Grenoble. — Société dauphinoise d'ethnologie et d'anlliro- 
pologie. 

GuÉRET. — Société des sciences naturelles et archéologiques. 

Le Havre. — Société havraise d'études. 

Langres. — Société archéologique et historique. 

Lille. — Commission historique du département du Nord. 

Limoges.— Société archéologique et historique du Limousin. 

Lyon. — Société littéraire. 

Le Mans.— Société d'agriculture,sciences et arts de la Sarlhe. 

Le Mans. — Société historique et archéologique du Maine. 



— 327 — 

Marseille. — Société de statistique. 

Meaux. — Société littéraire et historique de la Brie. 

Mblun. — Société d'archéologie, sciences et arts du dépar- 
tement de Seine-et-Marne. 

Montpellier. — Société archéologique. 

MouuNS. — Société d'émulation de l'Allier. 

Nancy. — Société d'archéologie lorraine et du musée histo- 
rique. 

Nevers. — Société nivernaise des lettres, sciences et arts. 

Nice. — Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Mari- 
times. 

Nîmes. — Académie du Gard. 

Niort. — Société de statistique, sciences, lettres et arts du 
département des Deux-Sévres. 

NoYON. — Société archéologique. 

Orléans. — Société archéologique de l'Orléanais. 

Paris. — Société des antiquaires de France. 

— Société des études historiques. 

— Société française de numismatique. 
Perpignan. — Société agricole, scientifique et littéraire des 

Pyrénées-Orientales. 
Poitiers. — Société des antiquaires de l'Ouest. 
Provins. — Société d'histoire et d'archéologie. 
Rambouillet. — Société archéologique. 
Reims. — Académie de Reims. 
Rennes.. — Société archéologique d'Illc-et- Vilaine. 
Rouen. — Académie des sciences et belles-lettres de la 

Seine-Inférieure. 

— Commission des antiquités de la Seine-Inférieure. 
Rochechouart. — Sociétés des amis des sciences et arts. 
La Rochelle. — Académie des belles -lettres, sciences et 

arts. 
Saint-Dizier. — Société des sciences, lettres et arts. 
SaiNT-EnENNE. — Société d'agriculture, industrie, sciences, 

arts et belles-lettres du département de la Loire. 
Saint-Omer. — Société des antiquaires de la Morinie. 



— 328 — 

Saint-Qûentin. — Société académique. 
Senlis. — Comité archéologique. 

SoissoNS.— Société archéologique, historique et scientifique. 
Toulon. — Académie du Var. 

Toulouse. — Académie des sciences, inscriptions et belles- 
lettres. 

— Société archéologique du midi de la France. 
Tours. — Société archéologique de la Touraine, 

— Société (J'agriculture, arts et belles lettres du dé- 

partement d*Indrc-et-Loire. 
Troyes. — Société académique de l'Aube. 
Valence. — Société d'archéologie et de statistique de la 

Drôme. 

— Société d'histoire ecclésiastique et religieuse. 
Verdun. — Société philoniatique. 

Versailles. — Société des sciences morales, des lettres cl 

des arts de Seinc-et-Oisc. 
Vitry-lk-F'rançois. — Société des sciences et arts. 

II. SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES 

Râle. — Société archéologique. 

Rruxelles. — Société de numismatique belge. 

Chevetogne( Belgique). — Revue Mabillon, 

Chicago. — Académie des sciences. 

Christiania. — Académie royale frédéricienne de Nor- 
wège. 

Gand. — Comité central de publication des inscriptions 
funéraires et monumentales de la Flandre orientale. 

Genève. — Société d'histoire et d'archéologie. 

Kninu. — Société archéologique de Kninu (Dalmatie). 

Neufchatel. — Société neufchAlcloise de géographie. 

Saint-Pétersbourg. — Commission impériale archéolo- 
gique. 

Stockolm. — Académie royale des belles-lettres et des an- 
tiquités. 

Trêves. — Commission des musées de Trêves. 

Washington. — Smithsonia Institution. 



TABLE DES MATIÈRES 

DU TOME XXII 



Procés-vcrbaux des séances tenues en 1905 i à xlvii 

La sépulture du Dauphin et de la Dauphine dans la Cathédrale 

de Sens, par M. Tabbé Chartraire 1 

Le Docteur Gastellier, par M. le docteur René Moreau. . 249 

Uu Pontifical sénonais de la bibliothèque royale de Belgique, 

par M. Maurice Prou 303 

Un Cimetière carolingien à l'abbaye de Sainte-Colombe-lez- 

Sens, par M. Joseph Pcrrin 310 

Une Caverne à la Chapelle Saint-Germain, près de la Chapelle^ 

sur-Oreuse, par M. Joseph Perrin 314 



PLANCHES 

Pi. Pages 

I. Le Dauphin, portrait par Fredou 1 

II. Médaillon du Dauphin et de ses (ils 16 

III. Allégorie sur la mort d a Dauphin 24 

IV. Pompe funèbre de Marie-Thérèse d'Espagne A Notre- 

Dame de Paris 33 

V. La Dauphine, pastel de La Tour 40 

VI. Le Mausolée (ensemble) 48 

VII. La Dauphine, portrait par^Fredou 53 

VIII. Mort du Dauphin et de la Dauphine, médaillons desti- 

nés à la porte Dauphine 60 

IX. Allégorie sur la mort de la Dauphine G5 

X. Le Mausolée, (détails) 81 

XI. Le Mausolée, (détails) . * 96 

XII. Le Dauphin et la Dauphine, camée de Jacques Guay. 113 

XIII. Le Chœur de la Métropole de Sens 144 

XIV. Portrait du docteur Gastellier 249 

XV. Le Calvaire. Miniature du pontifical sénonais de Bruxelles 303 




h 

b 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

DE SENS 



BULLETIN 



DE LA 



r l_ 



SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 
DE SENS 



TOME XXIII 



ANNEE 1908 




SENS 

DUCHRMIN, IMPRIMEUH-ÉDITEUR 

1908 



INSCRIPTIONS ROMAINES 

TROUVÉES A SENS EN 1735 ET 1736 

correspondance entre 

l'abbé jean-basile-pasghal fenel, chanoine de sens 

ET l'abbé JEAN LEBEUF, CHANOINE d'aUXERRE 



On connait déjà quelques détails de la corres- 
pondance échangée, à la fin de Tannée 1735 et dans 
les premiers mois de 1736, entre le chanoine Pas- 
chal Fenel et le célèbre archéologue auxerrois Le- 
beuf, à Toccasion de la découverte de plusieurs 
inscriptions antiques trouvées dans les murailles 
romaines de Sens. 

Déjà au congrès archéologique de France, tenu 
à Sens, en 1847, M« Lallier, président de la Société 
archéologique, avait cité quelques passages de ces 
lettres dans son rapport intitulé : Détails sur les 
inscriptions gallo-romaines de Sens. 

Plus tard, les éditeurs des « Lettres de l'abbé 
Lebeuf », MM. Quantin et Chérest, publièrent des 
extraits des lettres de Fenel formant la réplique à 
celles du chanoine d'Auxerre. Mais, comme on en 
peut juger en comparant leur texte avec celui que 

1 




— 2 — 

nous reproduisons, ces extraits sont d*une brièvelc 
icgrcltable et un grand nombre de détails, précieux 
pour rhistoire sénonaise, ont été omis. 

C'est donc avec raison que M. Gustave Julliol 
avait projeté de publier en appendice de son grand 
ouviîige : Inscriptions et Monuments du musée gallo- 
romain de Sens (1), le texte intégral de cette corres- 
pondance, copié par lui sur les lettres originales 
faisant partie de la collection de M. Louis de Fon- 
taine, conseiller général de TYonne. 

On le sait, la mort prématurée de M. Gustave 
Jiilliot ne lui a pas permis de mettre la dernière 
main à son étude sur le musée gallo-romain. Le 
manuscrit qu'il avait préparé pour l'appendice n'a 
été retrouvé qu'après Tachèvement de cette publi- 
cation, au nombre des papiers offerts à la Société 
archéologique par la famille de M. Julliot. 

La Société archéologique n'a pas cru pouvoir 
mieux faire que de publier dans son Bulletin cette 
étude de son ancien président. 

(Il Voir, pages 9 et 112, des renvois a cette publicaUon projetée. 



fcL 



— 3 — 

L'ABBÉ FENEL A L'ABBÉ LE BEUF 

A Sens, ce vendredi 21 octobre 1735. 
c Monsieur, 
< Je répons un peu tard à la lettre que vous m'avés fait 
l'honneur de m'écrire le 7 du courant, ce sont les embarras 
de la vendange qui sont cause de ce retardement. Je com- 
mence par vous annoncer la découverte de deux inscrip- 
tions véritablement antiques et romaines dans cette ville, 
après quoy je répondray à la vôtre et à celle qui y etoit 
incluse et sur laquelle vous daignés me consulter quoy que 
vous soyés plus en état que moy d'y satisfaire pleinement. 
Cette découverte fut faite le 29 septembre dernier, mais 
comme elle a été accompagnée et suivie de quelques cir- 
constances singulières, je ne me contenteray pas de vous 
envoyer ces inscriptions toutes nues avec l'explicatiop que 
j'y donne, je vous feray l'histoire de cette découverte et de 
ce qui y a donné lieu, et je feray sur le tout quelques 
réflexions, si vous le trouvé bon. 

Il y avait depuis plus d'un siècle, vis à vis la porte 
Commune de Sens (anciennement dite de St-Pregts parce 
qu'elle mène au faubourg de ce nom) (1) une grosse masse 
de terre, dont on avoit, selon toutes les apparences, voulu 
faire une demi-lune pour couvrir et défendre cette porte ; 
mais elle etoit demeurée imparfaite et n'etoit revêtue que 
d un côté ; il y avoit au dessous un large et profond fossé 
dans lequel un petit bras de la rivière de Vanne (2) prenoit 
son cours, et le grand chemin (3) tournoit autour de ce fossé 

(t) CeUe porte fut démolie en 1772 et remplacée en 1777 par un arc triom- 
phal qui reçut, en souvenir du Dauphin, flls de Louis XV, le nom de 
Porte Dauphine. En 1871 on donna à cet arc le nom de Porte d'Alsace et 
on le jeta par terre en 1883. 

(2) Une dérivation du ru de Mondereau, faite au-dessous de Tabbaye 
de Saint-Jean, ai^ourd'hui THâtel-Dieu. 

(3) La route de Paris à Lyon qui suivait, dans la traversée de Sens, le 
faubourg Saint-Didier, la rue de l'Ecrivain, le bord du fossé, et le faubourg 
Saint-Pregts. L'ancienne poste aux lettres se trouvait dans la rue de l'E- 



_ 4 — 

pour aller gagner la grande rue du fauxbourg. Cela rendoit 
ce chemin non seulement très tortueux, et par conséquent 
désagréable, mais encore dangereux, car on avoit Texemplc 
de plusieurs voyageurs qui, dans des temps de brouillard 
ou d'obscurité, et croyants que le chemin alloit tout droit. 
étoient tombés dans le fossé, qui n'étoit revêtu d'aucun 
parapet. Tous ces inconvénients, joints a la parfaite inuti- 
lité de cette masse de terre informe, ont déterminé le corps 
municipal à faire détruire cet ouvrage, après avoir eu les 
permissions nécessaires, et à combler le fossé en cet endroit 
pour faire une grande esplanade dont on pourra faire 
cnsuitte une Ires grande et belle place ou marché (li. 
ou du moins un lieu de promenade en y plantant des arbres 
A l'égard de l'écoulement de l'eau, on a pratiqué un aqueduc 
ou canal le long des murs de la ville, sous terre ; et ainsi 
l'eau aura son cours sans incommoder le public. 

En démolissant cette demi-lune, on a trouvé plusieurs 
vestiges de la précipitation avec laquelle cet ouvrage 
avoit été construit; cet endroit avoit été autrefois la 
place où étoit situé en partie un Hôtel -Dieu, fondé par 
un seigneur nommé Garnier du Pré (2). Cet hôpital ou 
Hôtel Dieu, qui touchoit au mur de la ville, avoit été 
démoli quand on lit les fossés de la ville, dans le temps de 
de la prison du roi Jean (3), et il n'en étoit resté qu une 

crlvnin ù Tangle de la rue de TEpéc. maison encore habitée il y a quelqun 
années par Mlle Lequcux, descendante de l'un des anciens directeurs df 
la poste à Sens. 

(1) Depuis peu de temps, on y a installé le marché au fourrage. 

(2; Cette maison-Dieu, fondée au commencement du xiii* siècle, fut dé- 
molie en 1358, lors de la réfection des fossés de la ville. La poterne qu'on 
voit encore dans le mur de ville à Test de la porte Dauphine, porUit )r 
nom de Poterne de Garnier-des-Prés Garnerius a Pratis que l'abbé Fenel 
appelle du Pré. Je ne connais pas les raisons qui ont conduit M. Albert 
Hédiard {Bulletin de la SocitHé archéologique de Sens, t. VI). à placer coKe 
maison-Dieu en face de la poterne. Peut-être les dépendances s'éten- 
dalcnt-elles de la Poterne à la porte de Saint-Pregts. 

(3) Taveau, dans son Cartulaire sénonais, chap. 23, dit que les fosses do 
la ville de Sens furent commencés en 1308, et cependant chap. 4 il analyse 



— 5 — 

chapelle et quelques autres édifices qui étoient situés sur 
le bord du fossé. Mais cette chapelle fut aussy détruite 
lorsqu'on fit la demi-lune en question, en 1590, comme il 
parut parTlnscriptionqueje vais rapporter, qui fut trouvée 
peinte en caractères noirs dans le fond d'un reste d'arcade 
de cette chapelle, le 7 septembre dernier ; il n'est pas néces- 
saire de vous avertir que ce n'est pas là une de ces inscrip- 
tions romaines dont je vous ay parlé cy dessus, mais je n'ay 
pas cru devoir omettre cette particularité que l'arcade de 
la porte de cette chapelle, ou de quelque édifice prochain, 
éloit encore toute entière sous terre dans Tinterieur de la 
demi-lune, ainsy que quelques restes de bâtiment, ce qui 
montre que cet ouvrage avoit été fait avec bien de la promp- 
titude et qu'on n'avoit démoli que ce qui se pouvoit ôter 
facilement. Voicy l'inscription qui etoit peinte figurée exac- 
tement : 

H. PRO l'an mil V C IIII XX. X 

CUREUR CE LIEU A ÉTÉ DÉMOLY 

PENDANT LES GUERRES CIVILES 

MEUES ENTRE MESSIEURS LES PRINCES 

CATOLIQUES ET LES ÉRÉTIQUES. 

Cela nous apprend que cette demi-lune avoit été faite 
dans le fort de la ligue, pour laquelle tenoit alors la ville de 
Sens, et peu après la mort funeste de l'infortuné Henri III. 

Vous m'allés demander où sontces inscriptions romaines, 
et vous m'allés reprocher que je m'écarte bien de mon sujet, 
mais ne vous impatientés pas, sil vous plait, cecy nous y 
mené insensiblement. Cette première trouvaille (que je fus 
voir, ainsy que tout le reste des habitants de cette ville), 
me fit naître la pensée que peut-estre, dans le reste de cette 
démolition ou des ouvrages qu'on devoit faire pour l'aque- 
duc, on pourroit trouver quelque antiquité. Cela fit que je 

une charte de Charles V, fils aîné du roi et régent en France, datée du 3 
septembre 1358 accordant des concessions aux habitants de Sens en con- 
ùdération de ce qu'ils avoyent faict faire de nouvel, d leurs despens, les 
foassez de ladicte aille. 



— 6 — 

recommanday à quelques uns de mes amis, qui alloient tous 
les jours voir ces travaux, de veiller si on ne trouveroil 
rien ; mon attente ne fut pas trompée, on vint me dire le 
29 septembre qu'en ôtant la terre, qui estoit le long du mur 
de la ville, à vingt pas à gauche de la porte Commune, pour 
y bâtir des latrines publiques, on avoit trouvé deux inscrip* 
tions antiques en lettres capitales romaines. J'y courus, 
comme vous pouvez bien penser, et je trouvay les deux 
inscriptions suivantes sur deux pierres, un peu audessous 
du niveau du chemin public, encastrées et faisant partie du 
mur de la ville, elles a voient étés couvertes jusqu'à ce mo- 
ment par la terre qui venoit en talus depuis le fond du fossé 
le long du mur jusqu'à 3 ou 4 pieds en dessus des assises 
de pierre où etoient ces inscriptions; voilà pourquoy elles 
ont étés si longtems ignorées et en même temps si bien con- 
servées. Voicy la première : 

s. VESTAB M 

Il s'agit d'abord de constater la véritable lecture de ces 
lettres : la pénultième est constamment mal formée par le 
bas, la pierre ayant été mangée ou usée en cet endroit, et 
je crus d'abord que c'étoit une F; mais le sentiment le plus 
général fut que c'étoit une E. Les lettres ont 4 pouces de 
long, rv 4 pouces aussy de large. Il y a constamment un 
point triangulaire très bien formé entre l'S et l'V. On a dis- 
puté s'il y en avoit un aussy entre les autres lettres, et Ton 
y voit à la vérité quelques inégalités; mais elles ne sont pas 
à la place où elles dcvroient estre pour faire des points, et 
s'il y en a eu quelqu'un, ce ne peut estre qu'entre l'E et TM 
de la fln ; mais il n'en paroit plus rien aujourd'huy, s'il y en 
a jamais eu, la pierre étant plus maltraitée en cet endroit 
qu'ailleurs. Les jambes extérieures de l'M sont inclinées en 
dehors par en bas. L'inscription est de même longueur que 
la pierre et a 3* pieds 4 pouces ou environ. On voit très bien j 
que la pierre a été polie exprès pour mettre cette ligne, 
car au dessus il y a une saillie qui est en quelques endroits 
de 5 à 6 lignes d'épaisseur, laquelle saillie est de la même 



pierre et est brute et à peu près comme on fait les bossages 
dans certains bâtiments a qui on veut donner un air cham- 
pêtre (1). Toutes ces remarques trouveront leur place dans 
la suite. 

Quand à Tinterprétation et au cas que nos citoyens fai- 
soient de cette antique, je trouvoi qu'on la méprisoit fort. 
Grand nombre de personnes, qui regardoient les travaux 
de la demi-lune, ne savoient seulement pas qu'on avoit 
trouvé une inscription à 20 pas de là. Il fallut que je les en 
avertis. On se transporta sur la place et j'entendis qu'on y 
donnait l'explication suivante, en prenant toutes les lettres 
pour initiales : 

Super Vrbem Erit Spes Tua, Attamen Erit Mors. 

J'eus beau faire et beau dire, on répéta avec emphase 
cette belle explication et à peine vouloit-on m'écouter quand 
je vis qu'il falloit trouver tout autre chose. Je vous ay déjà 
dit que je crus que la pénultième lettre étoit une F, en sorte 
que j*expliquay d'abord l'inscription en la façon suivante : 

Solutum Votum EST A Filio Mœrente. 

Cette explication ne valoit rien, et je n'en etois pas bien 
content moy-même, mais je ne pouvois pas mieux trouver 
dans la prévention où j'étois que la pénultième lettre étoit 
une F. De plus le point triangulaire entre S et V n'étoit pas 
encore décrassé. Ce qui me faisoit peine est que cette expli- 
cation supposoit une fin d'épitaphe, et qu'il n'y avoit néant- 
moins rien d'écrit dans la partie supérieure de la pierre. 
D'ailleurs je voyois que tout le monde lisoit une E. Enfin 
je ne trouvois pas beaucoup d'exemples que le mot EST 
fût écrit tout au long dans ces sortes d'inscriptions, et sur- 
tout dans celle-cy qui est si courte. 

Je me retiray donc chez moy pour écrire ce que je venois 

(Ij Cette sailiie n*est autre chose que les restes mutilés d'une corniche 
que nous avons trouvée intacte sur deux pierres appartenant à la grande 
inscription dont fait partie la pierre qui occupe l'abbé Fenel. 



— 8 — 

de voir; et en chemin, je trouvay tout d'un conp la vraye 
explication qne Toicy : 

Sacrum VEST.E Matri (1) 

Je vis bien qu'il fallait lire E à la pénultième. C'étoit 1 in- 
scription d*un temple dédié à la déesse Yesta. Je n*ay pas 
besoin de vous dire qu*il y avoit deux Vesta, et qull y en a 
une qui est appelée Mater dans plusieurs inscriptions anti- 
ques. Je vous prie de me dispenser d entrer dans la généa- 
logie et rhistoire de madame Vesta; cela ne feroît que yods 
ennuyer et moy aussy (2). On pourrait expliquer TM par 
Magnm, 

J'écrivis sur le champ ma nouvelle explication, et je l'en- 
voyai à celuy qui m'avoit donné avis de cette découverte 
afin qu'il en donnât le vray sens à tous ceulx qui luy en 
parleroient ; on fit diverses objections contre mon explica- 
tion, on dit que toutes les lettres étoient initiales, et que si 
elles ne Tétoient pas, il falloit lire : 

Sacra VESTAE Mœnia. 

Je laisay dire les fantasques, et pour me diveriir, je fis 
encore courir une autre explication que je savois bien n'es- 
tre pas bonne ; mais je voulois voir l'effet qu'elle feroil et 
je supposois toutes les lettres initiales : 

Senonum Vrbs Est Sub Tutela Âpollinis Et Mercurii. 

En vérité, elle auroit fait fortune sans le point triangulaire 

Mais il faut continuer l'histoire de ma découverte. Je fis 

savoir à Mgr l'Archevêque (3) qu'on avoit trouvé des inscrip- 

(i) Par celte Intcrprétntion le futur ncadi^micien Fenel s'npprochaitdf la 
vérité : tnnis il n'était pas encore dans le vrai, comme il en était comnincQ. 
Il a eu tort de lier les lettres A et E qui sont distinctes. En acceptant rettr 
lecture, M. Leblanc, dans ses Rechercha historiques sur Auxerre, 1. 1, p. 83. 
fait de la pierre le piédestal d'une statue de Vesta. 

(2) Certains auteurs admettent l'existence de deux Vesta : l'une femmr 
de Cœlus, père de Saturne: l'autre fl lie du même Coelus et deTrllusr/ 
femme de Saturne. Cette dernière serait conlondue avcc Cybéle. 

(3) Monseigneur Languet de Gergy, ancien cvéque de Soissons, promu 
archevêque de Sens en 1730. 



ions antiques. Il fut les voir le lendemain après diner, et il 
roulut que j'eus l'honneur de raccompagner. On commen- 
;oit à couvrir de mortier celle que je viens de vous mar- 
quer. Une heure plus tard, notre pauvre inscription rentroit 
ians le néant, dont elle venoit de sortir. A la prière de notre 
prélat, on ola le mortier, on lava la pierre et Ton constata 
sa lecture ; tout le monde lut une E à la fin, et il demeure 
pour certain que le S(acrum) VESTÀEM (atrl) étoit la seule 
vraye et légitime explication. (1) L'on conjectura même que la 
partie brute de la pierre étoit un bossage afTecté à l'ordre 
rustique ou toscan qui décorait ce temple de Vesta. 

Mais ce ne fut pas tout ; notre prélat demanda aux ouvriers 
si Ton ne pourroit pas tellement arranger le nouvel édifîce 
qu'on alloit faire, que l'inscription pût toujours paroitre. 
Les ouvriers déclarèrent que cela étoit impossible. Sur quoy 
le maire de la ville proposa de faire oter cette pierre des 
murailles et d'en remettre d'autres à la place. Cela fut jugé, 
non seulement possible, mais très facile. On ota donc la 
pierre. Nouvelle découverte ! Il se trouva qu'elle étoit taillée 
en corniche saillante de 8 pouces au moins dans la partie 
intérieure du mur (2) et l'on apperçut dans cette extraction 
que toutes les pierres voisines étoient chargées de quelques 
ornements d'architecture, pareillement dans l'intérieur du 
mur. Et comme une chose en amené une autre, nous apprî- 
mes par le témoignage de plusieurs personnes dignes de 
foy que tous ceux qui avoient eu occasion, à cause des ré- 
parations de leurs maisons, de faire visiter l'intérieur de ces 
murailles de la ville, avoient trouvé dans toute l'enceinte 
que les grosses pierres qui font partie de leur masse (sur- 
tout dans les fondations et aux cotés des anciennes portes) 
étaient toutes generallement chargées de moulures, de corni- 
ches, de fragments de pilastres ou de colonnes, ou d'autres 



(1) Rappelons ici le vrai sens de cette inscription aujourd hui com- 
plétée : In honorem... deab SANTisfs. Vestab MjAncus Magimus etc. 

(2> Nous avons parlé de cette corniche dans une noie précédente, elle 
faisait le tour du monument. 




— 10 — 

ornements d^architecture, en sorte qu'il est clair comme le 
jour que toutes ces grosses pierres sont des débris d'on an- 
cien ediflce très superbe, dont toutes les parties ont été 
retournées ou renversées de dehors en dedans (1), parce 
que sans doute que les constructeurs de ces murailles vou- 
loient épargner la dépense de faire tailler ces pierres de 
nouveau, et que ces corniches et autres ornements occu- 
poient toujours quelque place dans le massif du mur, et 
que c'étoit autant de matériaux mis en place (2). 

On avoit outre cela une autre raison de retourner toutes 
ces pierres, on vouloit éteindre et abolir entièrement le 
souvenir de ces anciens ediflces, tous consacrés à Tidolatrie 
payenne, et c'est pour cela que les inscriptions, les bas-re- 
liefs et les statues etoient toujours mis dans Tinterieur des 
murailles, afin qu'on ne pût plus les voir. Et si celle d'au- 
jourd'hui a été mise en dehors, vous voyés que c'etoit dans 
un endroit où elle étoit couverte de terre, et parce qu'il fal- 
loit mettre nécessairement la corniche en dedans du mur (3 

De discours en discours, on en vint à apprendre que Tod 
avoit trouvé, depuis quelques années, un bas-relief repré- 
sentant une déesse payenne dans un vieux mur que 
M. Lhermite de Champbertrand, lieutenant général de Sens, 



(1) Cette opinion de Fencl se serait modifiée s'il eût vécu jusqu'à notir 
temps. Les pierres taillées, provenant des soubossements des murnilU^ 
romaines de Sens, oppartiennent A des édifices bien distincts les uns di-s 
autres, et à des tombeaux. Il suffît, pour s'en convaincre, de parcourir k 
musée lapidaire. Dans ces murs on n'a rencontré que fort peu et peut-être 
pas de pierres employées comme matériaux neufs. 

(2) Un certain nombre de corniches sont restées intactes; mais beau- 
coup d'autres ont été sapées pour établir le niveau des ossises dans h 
construction ou pour d'autres raisons. 

(3; Nous ne partageons pas l'opinion de Fenel qui attribue aux rbrr- 
tiens la construction des murailles romaines. Nous pensons avec M. II. 
Schuermans que ces murs de la fin du iir siècle ont été bâtis par les Ro- 
mains encore payons. Dans les fondations de ces murailles qui. poureui, 
i^tjltnl ffs Mtnctœ, ils cachaient, pour en empêcher la profanation, les lU- 
brh tl<ï leur» temples res aacrœ et des tombeaux de leurs ancêtres res rxli- 



k 



— H — 

avait fait démolir, pour faire une serre d'orangers. (1) L'on 
Gt chercher cette pierre, qu'on eut beaucoup de peine à 
tirer de dessous des décombres, où elle etoit comme ense- 
velie. On la tira enfin après un travail opiniatre.Cest un bas- 
relief qui représente une femme depuis la ceinture en haut ; 
elle élève le bras droit (qui est nû) vers sa teste, en sorte 
que la partie supérieure du bras est parallèle à Tborison. 
L extrémité du bras avec la main manquent totalement, et 
Ton ne peut dire si elle y tenoit quelque chose. La teste est 
tournée du coté droit et paroist regarder un peu en bas ; le 
corps paroit aussy tourné un peu du côté droit ; mais la 
figure est si maltraitée qu'on n'en peut rien dire de plus. Ce 
qu'il y a de sûr, e^t qu'il y a dans V Antiquité du P. de Mont- 
faucon plusieurs figures qui ont rapport à l'attitude de 
celle-cy, surtout une Cybèle ; que le goust de dessein n'en 
paroit pas méprisable, autant qu'on en peut juger par ce 
qui en reste de plus entier, qui est Tepaule et le haut du 
bras droit ; que la iigure est incontestablement antique et 
payenne, comme les circonstances du lieu où elle a été 
trouvée et de toute son attitude le font voir évidemment ; et 
qu'enfm il y a, dans l'A/i/içuiVé expliquée et encore plus dans 
la Relligion des Gaulois du P. Martiii, plusieurs figures qui 
méritoient moins que celle-cy d*estre données au public. 
Si les auteurs de ces livres eussent eu connaissance de tout 
ce que je vous mande aujourd'huy, je ne doute pas qu'ils 
en eussent fait un article plus curieux que je ne le puis 
faire (2). 

Toutes ces découvertes, faites coup sur coup, me donnè- 
rent l'idée d*examiner les murs de la ville plus attentive- 



il) M. de Champbertrand prit* pour en faire une orangerie, la grande 
ove voûtée qu'avait fait construire Gamier des Prés, et pour la mettre en 
communication avec la partie de ses jardins qui étaient dans le fossé de 
la ville, il perça le mur de ville et y lit une porte qui existe encore sous 
la maison de M. Ovide Roy. 

<2i Voir (5e que nous avons ÛH concernant le fragment de bas-relief si- 
gnale par lesavaut abbé à propos du groupe de Diane et Endymion. 



iM 




elles o'enMn 
a* j |ii6iiit jpniB:. 

C'est priiKipai]eiisBtfai< 
(|B'a fint (iliwi PU 
rm doatj/t 
eopent le btm da mar dv 
iHfinfgnt beaneiHip pins faB 
tAotaox (foss eotèa 
res p«)rtefit desi 
ft été aofrelhu «émm F 
ne Miit ^es polies, 
tontes de ees gr oas ta 
noire sor les pierres 
le mortier, alln ipi'II j 
on ▼ient à co/aaidÊttr ecs 
parer a^ec la Caee unie et pefi 
portes de la ▼ille, oo j %6d mmt 
qoeUfoes endrotto do mur où Fob b'i 
pierres. v>it qa'on n'en ait pas en 
Ufut. VMt que I ftn n en ait voulu mettre qa'aax eodroîts^ 
\ft miir;ïillrr f.u/ii pius en danger d'être attaquée: mv^f 
fTft'i^ fine. tou% les fondements en sont faits. 

Atf-df<;<vijs fU'. ces pierres, on trouve un mur construit^ 
\9Httf'% pîerrcH quarrées rangées par assises égales «Tti^l 
m;irii^'rr; trrs régulière, cl ces petites pierres sont înleiroi»' 
piff's en troJH endroits par trois rangs de briqae dont oo 
voit les vestiges dans tout le pourtour des murs, surtout^ 
I endroit des tours. Quand je dis que cette construction de* 
iiiiirs est iiniriirme, il faut entendre cela avec plusleoi^ 
lestrirtions et niiidifirnlions ; on en voit assex pour jugei 



<li f.«*«i ifili'4 MU'** pur liiMii' Fcncl sur l<* p;in'mrnt extôrieur drsMV 
>|ii II «•liiflInH M'iiiblnil rire (lii«-s ti un nivnU-nioiit fait npr(>s la coostnM 

thill fin IIHII. 



— 13 — 

que les mars ont étés faits d'abord de cette sorte, mais la 
nécessité de les reparer, le changement arrivé depuis l'ar- 
tillerie à la manière de fortifier les places et la nécessité de 
terrasser les murs, tout cela a dû nécessairement apporter 
bien des changements à la première construction. En effet, 
il y a des endroits où l'on voit que le mur a été recrepi 
par dessus son ancienne masse dont on voit encore les 
cordons de brique au travers des fentes du crépis ; dans 
d'autres on voit un mur raccommodé à la hâte et dans le- 
quel on n*apperçoit plus ces assises égales des petites pier- 
res quarrees ; en d'autres on voit que le mur a été crevé et 
refait très irrégulièrement ; mais enfin il en reste toujours 
assés pour voir que le premier édifice de ces murailles étoit 
composé lo de ces grosses pierres retournées dont je vous 
ay tant parlé, 2" de petites pierres quarrees posées par as- 
sises égales et de trois cordons de brique posées entre les 
pierre quarrees et qui regnoient tout autour de la ville. Il 
faut encore observer que les fossés de la ville n'ont étés faits 
que du temps de la prison du roi Jean et qu'avant cela les 
murs etoicnt absolument sans fossés (1); cela se peut prou- 
ver par une infinité de documents, et Ton conserve ici le 
livre des dépenses journalières qu'occasionna l'exécution 
de ces fossés. A l'égard des portes, leurs massifs sont de 
pierres qui ont été certainement taillées exprès pour leur 
construction. Cela est très certain (2). 

Il faut maintenant raisonner sur tout cela et resserrer 
nos remarques, pour faire un corps précis qui puisse nous 



:1) Fenel est ici dans Terreur : les fossés ont été creusés de nouvel, et 
non pour la première fois en 1358. Voir Notice sur l'Aqueduc romain de 
Sens, par MM. Julliot et Belgrand. Paris Dunod, 1875. 

(2) Ijcs portes dont parle Fenel étaient bien moins anciennes que les 
murs, et leur âge explique la différence dans la taille des pierres signalée 
par Fenel. De son temps on pouvait encore voir trois arcs romains faits 
de claveaux alternativement en pierre et en brique. Nous avons vu dis- 
pîiraitrc le dernier au sud de la porte Formau. II est regrettable que le 
savant abbé n'ait pas consigné dans sa correspondance les remarques 
qu'il n'a pas manqué de faire à leur sujet. 



— 14 — 

apprendre quelquechose. Les murs de la ville de Sens sont 
partout pleins de pierres qui sont des débris d'anciens édi- 
fices : donc ces murs sont postérieurs au tenis des RomaiDs 
et bâtis depuis la chute de Tldolatrie (1). Ces murs, dans 
leur construction, etoient faits uniformément : donc l'en- 
ceinte présente de la ville de Sens, que bornent ces mars. 
est encore postérieure au tems des Romains. On ne peut 
m'objecter que l'on n'a fait que réparer les anciens murs et 
l'ancienne enceinte, car si cela étoit, on ne verroit pas toute 
cette uniformité que j*ay fait remarquer plus haut. De plus 
il n'y a aucune apparence qu'une ville qui étoit assez forte 
du temps de Julien pour que cet empereur s'y enfermât et 
y soutint un siège de la part des Allemands, qui ravageoient 
alors toutes les Gaules, fût destituée de fossés, comme Ven- 
ceinte moderne de Sens en a été privée jusqu'au roy Jean. 
Il faut donc bien que l'enceinte de l'ancien Sens, û'Agendi- 
cum du temps des Romains, ait été totalement différente de 
l'enceinte de Sens moderne. Savoir présentement où étoit 
donc anciennement Agendicum^ et si l'on n'a fait que restrain- 
dre l'étendue de ses murs trop vastes, ou si sa position 
étoit entièrement diverse de la ville d'aprésent, c'est ce 
qu'il n'est pas facile de décider (2) ; pour raoy, je croirois 



(1) Les inscriptions les plus modernes qu'on ail trouvé dans les mur^ 
ne dépassent pas les premières années du troisième siècle : En 3S6, le césar 
Julien trouvait, dans les murs de Sens construits et ayant déjà besoin de 
réparations, une place forte qui lui permit de soutenir pendant un moi^ 
le siège des barbares. On doit donc considérer les murs que décrit Ffn«l 
cl dont 11 no restera bientôt plus que le souvenir, comme remontant ù b 
fin du troisième siècle. 

(2) Nous croyons que la ville, bÂtie par les romains, avoit englobé r.t- 
gendicum de César, et que, défendue par des constructions militaires éle- 
vées au confluent de la Vanne et de l'Yonne, aujourd'hui connues sous î« 
nom de Motte du Ciar, elle était restée et resta ville ouverte Jusqu'à U 
catastrophe de la fin du m* siècle qui obligea les Romains Sénonais a v 
construire avec les débris de leurs anciens monuments une enceinte for- 
tifiée. Autour de ces murs, ils creusèrent des fossés et les remplirent 9Sft 
l'eau fournie par leur aqueduc (conduit de Saint-Philbcrt). et plus tard 
par une dérivation de la Vanne prise à MAlay (le ru de Mondereau.) 



— lo- 
que Agendicum s'éteodoit le long de Teau depuis la Motte 
du Siarre /l) jusqu'à l'endroit où sont aujourd'hui les Ca- 
pucins (2), en sorte que sa figure etoit celle d'un cercle 
coupé par la moitié, le quay depuis la Motte jusques aux 
Capucins en faisoit le diamètre, et la figure circulaire des 
anciens murs alloit jusqu'à l'endroit où est aujourd'hui la 
cathédrale (3). Dans la décadence de l'empire romain, on 
trouva apparemment que cette situation de la ville la ren- 
doit d'une difficille garde et facile à surprendre, à cause de 
trop grande étendue de ses murs, et de l'extrême lon- 
gueur de son quay que les débordements de la rivière 
d'Yonne pouvoient d'ailleurs facilement endommager. On 

I^ ville nouvelle reçut alors le nom de Senones que nous trouvons pour 
la première fois comme nom de ville dans Ammien Marcellin et le nom 
d'Agendicum se conserva dans un quartier de la ville dont les habitants 
s'appelaient uikani agiedicenaes. Apres avoir été capitale, Agendicum 
n'ctattplus qu'un uicat, un quartier de la nouvelle ville: vicus agiedieensia, 
révélé par rinscription romaine concernant C. Amatius Paferninus 
trouvée en 1829 à Sens, non loin de l'emplacement de Tancienne église 
de Saint-Léon, à l'entrée du foubourg qui traversait plus loin le oiem 
vipus. (Voir iige/id^cumparM.G. Julliot, Bulletin de la Société archéologique 
dt Sentit XV.) 

(1) L.n motte du Siarre ou du Ciar est située au sud-ouest de la ville ac- 
tuelle, près du confluent, et à Tépoque romaine au confluent même de la 
Vanne et de l'Yonne, à plus d'un kilomètre de l'enceinte romaine de Sens, 
dans une plaine appelée de Champbertrand. On y a trouvé les substruc- 
lions d'un édiflce important entouré d'une enceinte de murs construits 
comme ceux de la ville, avec cette dlflerence que les fondations, au lieu 
d être en grosses pierres de taille provenant d'anciens édifices, étaient en 
moellons noyés dans un mortier fait de chaux blanche et de briques pi- 
lécs ; les revêtements de ces murs étaient en petit appareil. 

(2) Le couvent des Capucins était situé au nord-ouest de la ville au delà 
du Clos-le-Rog et à peu de distance de la rivière d'Yonne. 

(3) En admettant ce périmètre semi- circulaire. Fenel exclut l'amphi- 
théâtre (les arènes) et la naumachie (le clos de Bellenave) de V Agendicum, 
qui a précédé la ville forUfiée appelée Senones par Ammien Marcellin et 
défendue, en 3S5, par le césar Julien. 11 admet Texistence d'une enceinte 
de murs, dont on n'a retrouvé aucunes traces. En cela, il se conforme au 
texte de la légende : In diebus pritcls.., intitulée : Natalia ou. Passio sancto- 
rum uiartyram Saviniani et Potentiani. On Ut, en efl'et, dans cette légende 
les deux passages suivants : 



» 



— 16 — 

prit donc le parti de séparer cette ville totalement de la ri- 
vière, et de renfermer son enceinte entre les deux bras de 
la rivière de Vanne qui luy dévoient tenir lieu de fossés 
naturels, et par cette raison, il fallut allonger la ville à Test, 
la rendre très étroite du sud au nord ; et luy donner une 
forme à peu près ovale, qui est précisément Tetat où elle 

1* Cujus urbis per menia, maximis in ÈlHcibua exarando tcutpsU (Sapinia- 
nu») aacra erucU aignaeula que uaque in hodiernum apparent dlem, per mo- 
rorum ejusdem civitati» edificia : 

< Sur les plus grandes pierres des murailles de la ville, Savinien gra\-a m 
creux des signes sacres de la croix qui se voient encore oi^ourdliui $ar 
l*édiflce des murs de ceUe ville. » (Traduction littérale.) 

2* Infra muros eju»dem eiuitatis duo» ecctesias conaeerauii : unam in ho- 
nore Dei genitrici» Marie et perpétue Virginia, altérant in honore prothomer- 
tiris Stephani .. apposuit et in veneratione aaneti Johannia Baptiate tertiam. 

Ce second passage qui concerne la fondation de trois église» contiguè^ 
dédiées A la sainte Vierge, Â saint Etienne et à saint Jean-Baptiste, contient 
la préposition infra employée tantôt dans le sens intra, dana Vintérieurdt. 
tantôt dans le sens de au'deaaoua. Les traducteurs modernes, excepir 
M. Tabbé A.-C. Hénault, ont admis le premier sens qui s'accorde avecla 
position de la cothédrale au milieu de Tcnceinte du m* siècle; mois il e«t 
probable que Fenel a admis le second sens : au pied dea /iiurai/ies. A pro- 
pos de l'église fondée dans la cité des Camutes, la légende emploie W 
mêmes termes, et M. l'abbé Hénault conserve encore ici le même sens a 
infra. M. le chanoine Mémain a varié dans la traduction de ces deux pav 
sages. (L'Apoatolai de aaint Savinien» p. 97 et p. 101.) 

Si l'existence d'une forte enceinte de murailles antérieure A celle quon 
voyait encore debout, nu commencement du xix* siècle, était démonlref. 
les objections soulevées par la présence des croix gravées sur les murs dr 
cette encninte par saint Savinien tomberaient d'elles-mêmes; mais com- 
ment admettre qu'il ne reste absolument rien de cette grande muraille 
senti- circulaire dont Fenel suppose l'existence. 

La légende seule en parle, mais dans des termes qui nous font pen- 
ser qu'il est question des murs dans lesquels Julien soutint un siège d'un 
mois contre les Allemands. Elle nous dit que le bienheureux Savinien, in- 
defessun urbis Senonum firma peragrat menia, et ejua aptritalibua machiim. 
aggreditnr prosternere propugnacula. Amniien Marcellin (Liv. XVI, S cl lU 
emploie l'expression apud Senonaa pour dire à Sens qu'il qualifie de oppi- 
dum opportunum, pince favorable pour la défense, en parlant des prépa- 
ratifs du siège que va soutenir Julien. Il ajoute (Uv. XIV. 4) : Clausaurh* 
murorumque intuta parte fïrmata, ipae (Julianua) eum armatia die nocta- 
que inier propugnacula viaebatur et pinnaa. 



— 17 — 

est depuis plusieurs siècles (1). Vous savés d'ailleurs qu'il 
n'y a pas bien longtemps il y avoit un gros bras de la Vanne 
qui cntouroit la ville du coté du nord (2); cela posé il aura 
fallu faire de nouveaux murs; on les aura tous fails en 
même tems à peu près sur le même dessein, on y aura em- 
ployé tous les débris des anciens temples des payens qu'on 
aura pu recouvrer et on en aura retourné les pierres et ca- 
ché les inscriptions, enfin on aura fait la ville de Sens telle 
qu'elle étoit avant Tartillerie et le roy Jean, petite, ovale, 
deffendue par les bras de la Vanne et non par des fossés, 
et entièrement séparée par un chemin de la rivière 
d'Yonne. 

Voilà mes conjectures que je pourrois appuyer de plu- 
sieurs remarques et entre autres de cclle-cy : que la Motte 
du Siarrc a dû eslre la citadelle de quelque ville à cause de 
la triple enceinte de murailles qu'on peut prouver y avoir 
été autrefois (3) ; je pourrois encore vous dire que Ton a 
trouvé des pavés de mosaïques vers les tanneries en dehors 
delà ville au sud (4) et plusieurs autres choses semblables, 
mais cette lettre est déjà si longue et j'ay encore tant de 
choses à vous dire, qu'il me faut absolument restraindrc et 
vous parler à présent de la seconde inscription trouvée 
dans le voisinage de la première. 

(1) Cette transformation de la ville eut lieu sous Constance Chlore. 

f 2) Voir : le Ru de Mondereau et notes explicatives (Bulletins de la Société 
archéol. de Sens, 1877, t. XI, p. 184 à 204, et 1885, t. XIII, p. 2. — Notice sut 
Faqueduc romain de Sens, par MM. G. Julliot et Belgrakd. Paris, Dunod, 
1873.) 

(3) Cette triple muraille n'existait que du côté oriental; on a trouvé 
pour le rc^ste les fondations d'un second mur en quelques endroits seule* 
ment. (Congrès archéologique de France, séances tenues à Sens en 1847.) 

(i: Outre les mosaïques trouvées rue des Tanneries, rue Général- 
Dubois, rue de la Blanchisserie et dans la Putemussc, au sud et en dehors 
(le la ville, il en a été trouvé d'autres dans Tenceinte de la ville, non loin 
de la porte Formau, au pied du mur d'enceinte près de la prison, et au 
nord-ouest et eu dehors de la ville, prés du Clos-le-Roy (Bulletin de la Soc. 
arch. de Sens, t. X, p. 226 et suivantes), et récemment au nord, dans le 
faubourg Suint-Didier. 

2 



k 



i 



r 



— 18 — 

Elle ne consisle qu'en trois lettres qui sont plus longues 
que celles de l'autre inscription et ont cinq pouces, ni:iLs 
inoins profondement gravées ; elles sont vers le haut d une 
très grosse pierre et ne consistent qu'en cecy SRI(1}. Il y 
a ensuite une certaine trace sur la droite qui ne paroit pas 
avoir jamais été le vestige d'aucune lettre; d'ailleurs cette 
trace est assez éloignée des trois lettres susdiltes ; je le» 
explique Sacrum Reginae lunoni. D'autres ont voulu que ce 
fut Senalus Romani lussu ou Imperio; mais ce n'est pas la 
le style des inscriptions anciennes. 

Voilà en quoy consiste notre découverte, je vous en fais, 
monsieur, un détail le plus circonstancié que je puis, per- 
suadé qu'on ne peut donner trop d'éclaircissements à la 
postérité sur ces sortes de choses, et qu'il vaut inieu!; 
pécher par trop de prolixité que par une trop grande briè- 
veté. Vous pouvés faire tel usage de celle lettre que vous 
jugerés à propos. Je ne crois pas qu'elle mérite d'eltre mise 
dans le Mercure (2) étant trop longue et écrite trop encou- 
rant, mais je vous prie et vous exhorte à faire mettre dan^ 
le Mercure la substance de cette lettre pour instruire nos 
neveux des antiquités de leur ville, et ne pas laisser périr 
la mémoire de cette découverte, quelque peu considérable 
qu'elle soit d'ailleurs ; mais elle le sera toujours pour la ville 
de Sens, dans laquelle il n'y a aucune antiquité romaine, 
soit que l'on n'y en ait jamais trouvé (ce que j'ai bien de la 
peine à croire), soit que l'ignorance et la négligence de 
ceux qui les auront trouvées en ait fait absolument perdre 
la mémoire. Ce qui me fait incliner à la dernière partie de 
cette alternative est l'exemple même de ce qui vient de se 
passer sur ce sujet. Sans Monseigneur l'Archevesque, in- 
scription en question alloit estre à jamais ensevelie dans le 
nuvriïL'r, el ce prélat n'en auroit jamais eu de connoissancc. 
si je ne l'en eus fait avertir. La circonstance d'un prélat 

(tj t>ltc Inscription est perdue aujourd'hui. 

i2} \Jnh\iv !iî Beuf, que Fenel avait laissé libre d'user de sa lellrr corninf 

iï 1 riilfinlniit, n'en a publié qu'une partie dans le Mercure, de 1733. p. 2J?1 



— 19 — 

sç«avant et de bon 'goût ne se rencontre pas toujours^ et 
quand elle se rencontre roit, il ne se trouve pas toujours des 
gcnts avides d'antiquité et qui en fassent recherche. 

Je ne prétens pas me faire un mérite de cela, mais je veux 
vous faire sentir que l'on a dû perdre des millions d'anti- 
quités par des voyes semblables à celles qui nous ont pensé 
faire perdre celle-cy. Elle est maintenant en sûreté; MM. du 
corps municipal en ont fait présent à Monseigneur TÂrche- 
vesque et lui ont donné par là une marque de leur recon- 
noissancc pour la libéralité qu'il a faite en faveur des tra- 
vaux publics de la porte Commune (1). (Le prélat Ta depuis 
laissé mettre en œuvre.) 

Je fînis cet article en vous priant (au cas que vous jugiez 
à propos de faire parler de cecy dans le Mercure), de faire 
les changements que vous jugerés convenables, au stile et 
à l'ordre de cette lettre, en un mot d'en disposer comme 
de votre bien (2). Cela ne peut estre en meilleures mains. 
Pour mon nom, je croy qu'il ne faut pas le supprimer; je ne 
dis pas cecy par vanité, mais c'est que ces sortes de décou- 
vertes tirent leur authenticité en partie des circonstances, 
du temps et du nom de ceux qui les ont faites. Vous savez 
qu on a fait des suppositions en cette matière aussi bien 
qu'en beaucoup d'autres. Le sieur Millet, curé d'Autrive qui 
a supposé deux inscriptions dans le journal de Verdun (3), 



(1) M* Languct fit placer cette inscription dans le mur de In ssicristie de 
In catliédrale qui donne dans le jardin de son palais. Elle s'y trouve en- 
core cachée par une treille. Fenel ayant ajoute à sa lettre la note sui- 
vante : « Ce prëlat l'a depuis laissé mettre en œuvre, » on la croyait perdue 
depuis longtemps, lorsqu'elle fut retrouvée, en mars 1879, par M. l'abbé 
Dizien (ai^ourd'hui évéque d'Amiens), dans le mur de la sacristie de la ca- 
tliédnile. — Depuis la rédaction decette note, l'Inscription retrouvée à Varche- 
vhhé a été transportée au musée, et, par les soins de M. Julliot, a repris sa 
place dans la reconstitution de la grande inscription qui couronnait le /iionii- 
nient de Magilius. (Note de l'Ed.) 

(2. C'est ce que ùt l'abbé le Beuf. Voir le Mercure de décembre 1735, 
p. 2572. 

'3 L'inscripUon romaine d Hauterive, h laquelle M. Tnrbé a consacré, 
clans VAlmanach de Sens, pour l'année ISl.'), un article qu il a reproduit 




— 20 — 

en est une bonne preuve. Il faut dohc faire connailrc 
au public en quel temps, par qui et h quelle occasion ces 
sortes de découvertes ont étés faites, et c*est pour cela que 
je croy que mon nom ne doit pas estre supprimé, et j} ay 
d'ailleurs joint toutes les circonstances dont je me suis sou- 
venu... 

A regard des inscriptions, je vous prie que par voire 
moyen le public en ait quelque connoissance ; retranciiés, 
changés, ajoutés au canevas informe que je vous envoya 
et soyez persuadé du respect avec lequel j'ay llionneur 
d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant ser 

viteur. 

Fenel. 

RÉPONSE DE L ABBÉ LE BEUF A L'ABBÉ FENEL 1 

A Paris, ce 31 octobre 1735. 
Je ne scaurais vous exprimer assez la joye que j'ayeucD 
recevant des nouvelles que vous m'avez apprises de la 
découverte de voê inscriptions. Je me suis mis aussitôt à 
faire un précis de votre lettre, et je l'ai porté le lendemain 
à M. de la Roque, auteur du Mercure, croyant que cela 
pouroit entrer dans le Mercure d'octobre, et paroître cliez 
vous à la Saint-Martin, mais il m'a assuré qu'il éloit trop lard 
et que ce seroit pour le mois d'après (2). Ces sortes de nou 
velles d'antiquitez luy font un très grand plaisir. J'ay parlé 
au P. de Montfaucon de votre explication ; de lui même il ne 
m'en avoit pas donné d'autres. Ainsi c'est Sacrum Xeslx 

dans un volume intitulé : Recherches sur le déparlement de V Yonne, Sens, 
Th. Jculain, 1848, p. 471 à 483., est une des deux inscriptions auxquell» 
l'abbé Fenel fait allusion. Les faussaires n'étaient pas rares à cette épo- 
que, et respécc, bien que devenue moins commune, n'en est ixialheureu 
sèment pas perdue. 

(1) CoUationnée à l'original dans la collection de Fontaine. 

(2) Ijï précis annoncé par l'abbé le Beuf à l'abbé Fenel fut effectivement 
Irtsrrr nu W^rciire de décembre 1735. Le Beuf approuve les appréciations 
tlc5 Ftjnrl : miUs 11 supprime les détails si intéressants pour l'histoire de 
Se m. 



— 21 — 

MalrL Gruter rapporte une grande inscription où Vesta est 
aussi dite mère. Le mot matri y est en entier... 

Je ne me suis attaché qu'à parler de cette inscription et 
des découvertes qu'on fait chez vous de restes d'architec- 
ture. Je remets à une autre fois, à parler de la seconde où 
il y a S. R. I. Vous ne m'expliques pas assez, en effet, ce 
que c'est que cette pierre, ny s'il y a un point après chaque 
lettre, et si ces trois lettres tiennent tout le travers ou le 
milieu d'une pierre, et si cette pierre est ouvragée. Vous 
avez aussi oublié, monsieur, de marquer de quelle carrière 
on croit que sont les pierres de vos restes d'édifices ro- 
mains (1). Cela n'est pas inutile à savoir. Le P. de Montfau- 
con, ayant regardé dans son répertoire, a cru que S. R. L 
vouloit dire Sacrum Reginae lunoni. Il n'y a rien dans Gru- 
ter de semblable. Des quinze inscriptions qu'il apporte, où 
Junon est qualifiée reine, il n'y en a qu'une ou regina soit 
devant ; c'est toujours après Junon que le titre de reine se 
trouve. Je verrai Sertorius, etc. On est ici à la source. 

J'espère qu'à la fin vous découvrirez où estoit l'ancien 
Sens payen, et même aussi A gendicum. Il faudroit persuader 
à Monseigneur votre Evêque, d'acheter les dissertations du 
P. Chamillard, jésuite, de 1711. Il y en a une où vous verriez 
comme il raisonne sur le quartier des chrétiens de Fréjus 
et d'Autun... Ces dissertations in-4°, fort minces, coûtent 
cent sols... 

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE L'ABBÉ LE BEUF 
A L'ABBÉ FENEL(2) 

Paris, 14 décembre 1735. 
Monsieur, 

J'ay pensé ces jours-cy que vous seriez sans doute bien 

surpris de ne pas voir votre inscription publiée dans le Mer- 

(1) La question posée par le Beuf à Fenel n*est pas facile à résoudre II 
n«> s'agit pas d'une carrière unique, comme il semble le supposer. Presque 
toutes les pierres tirées des fondations des murs de Sens sont des pierres 
calcaires; mais le grain et la dureté varient beaucoup. 
(2) Collationné sur l'original de la collection de Fontaine. 



99 

cure ; ce n*cst pas ma faute, mais celle de M. le chcvnlier 

de la Roque qui a oublié de la mettre dans le portefeuille du 

mois de novembre. Etant inforriié de cela, j'ay été chez luy 

et Tay fait mettre en ma présence dans celuy de décembre 

f Ainsi comptez que vous la verrez imprimée pour vos étré- 

I nés (1). M. de la Roque Tainé, qui a cbangé quelques pcliU 

I mots à votre style et au mien, a jugé à propos d'ajouter aa 

I haut de mon mémoire, venu de vous, une observation sur 

des inscriptions de la ville d'Arles, etc. 

EXTRAIT D UNE LETTRE DE L'ABBÉ FENEL 
, A L'ABBÉ LE BEUF (2) 

I 15 et 25 décembre 1735. 

I Monsieur, 

î Je suis bien aise que le P. de Montfaucon ait explique ces 

inscriptions de la même manière que j'avois trouvée préfé- 
rable entre plusieurs autres ; je savois bien que d'onlinaire 
quand on donnolt le titre de Reine à madame Junon, on le 
mettoit après ; mais il me suffît qu'il y ait un seul exemple 

^ du contraire, surtout dans un pays où l'on n*estoit pas sur 

le pied d cstre fort puriste en latin, témoin le posierunt de 
l'inscription de Paris du temps de Tibère; ainsy nos ancê- 
tres sénonnis ont bien pu ne pas garder exactement le ccrt- 
monial ù l'égnrd des titres et qualité de la dame Junon. Us 
trouvoicnt sans doute qu'il luy importait fort peu que le nom 
de reine fût devant ou derrière, comme le pcnsoit Dora Pas- 
cal Zapata, dans la comédie. Sur la question qu'on luy faisoit 
s'il falloit mettre Dom Zapata Pascal ou Dom Pascal ZapaLi 
il répondit nettement : 

Il ne m'importe guère 
Que Pascal soit devant ou Poscal soit derrière. 

Du surplus, dès que le P. Montfaucon (qui a certaincmcot 
lu une infinité d'inscriptions) a expliqué celle - cy comme 

(1) Voir dans le Mercnrr de décembre 1735, p. 2572, la conimunîmlion 
faite par l'obi>é le Beuf. 

(2) Collationné sur l'original dans la collection de Fontaine. 



— 23 — 

loy, il y a apparence qu'il seroit difiicillc d'en donner une 
litre solution qui fût probable. Je dis solution, parce que 
; regarde ces sortes de choses comme des espèces d'énig- 
les savantes. 

Je me suis transporté encore une fois sur le lieu, je 
'y ai point remarqué de points après chaque lettre, Fin- 
cription est au milieu et dans la partie supérieure de la 
ierre qui est un gros bloc de pierre d'Arcueil (1), comme 
a déclaré un habile maçon qui a vu les pierres des deux 
iscriptions, les a examiné de près et a tenu dans ses mains 
es fragments que j'en ai arraché et que je conserve ; 
cantmoins les deux pierres ne sont pas tout à fait de même 
ouleur, Tune est un peu plus jaune que l'autre, c'est celle 
ù est SRI, mais l'on attribue cela à la différence des bancs 
;e celte carrière. Sur quoy voyés le Dictionnaire de corn- 
wercc, qui en contient un article curieux, et ce que vous y 
erres de remarquable est que, dans cette carrière, il y a 
oujours une portion de la carrière qui est presque toute 
composée de petites coqgilles rondes, qui font corps avec la 
)ierre. 

On appelle cela le banc Coquillart^ ou le Coquillarl tout 
amplement. On dit même qu'en général on trouve de ces 
coquilles dans toutes les autres parties de cette même car- 
ière, quoy qu'en bien moindre quantité. Il ne faut pas vous 
lissiniuler que le même maçon m*a dit avoir vu des pierres 
venues d'une carrière qui est maintenant presque abandon- 
lée, proche Pont-sur-Yonne, dans un lieu nommé Saint- 



il) \jc maçon qui indique, pour origine de la pierre portant IMnscription 
S. VKSTAE M, la carrière d'Arcucil, «t qui la compare à certaines pierres 
extraites d'une carrière située non loin de Saint-Gilles, proche Pont-sur- 
Vonnc. ne méritait i>as grande créance ; la pierre d'Arcneil est du calcaire 
UTtiairc, dite Télagc Parisien, » tandis qu'à Saint-Gilles, près de Pont-sur- 
Yonne, on ne trouve que la craie de l'étage Sénonien ou peut-être un cal- 
rnirc tertiaire lacustre, comme on en exploite aujourd'hui près de Cham* 
pigny. 

\a pierre encore appelée de Saint-Gilles, par les ouvriers sénonais, se 
trouve dans TOise. non loin de Saint-Leu 



— 24 — 

Gilles, lesquelles, étant prises dans la meilleure veine. 
avoient bien du rapport avec la pierre d'Arcueil, et ne luy 
cédoient pas ou peu. J'ajoute encore que cette carrière de 
pierre d'Arcueil est fort étendue, puisqu'on comprend sous 
ce nom toutes les pierres presque qui se tirent de terre aux 
environs de Paris, excepté la pierre à plûtre. J'examinerai 
encore la pierre qui est à Tarchevesché pour voir si elle a 
des coquillages renfermés. Au surplus cela pouvoit venir 
d'autant plus aisément de Saint -Gilles qu*on dit que les 
pierres de la cathédrale en viennent en grande partie. Tout 
cela mériteroit d'être examiné avec des gens fort connois 
seurs, mais les ouvriers ordinaires n'en savent pas assez 
pour tout cela. 

Avant que de quitter cet article, je dis en deux mots que 
l'inscription S R I est à deux pouces de distance du haut de 
la pierre et à sept à 8 pouces du bas ; que l'S est mal formée 
dans le haut ; ce maçon, dont je vous ai parlé, a voulu par- 
faire cette S que les injures du temps et l'ancienneté onl 
maltraité, mais ce qu'il y a fait est aussi différent du ciseau 
de la lettre antique que le jour l'est de la nuit. Cette pierre 
a été jugée trop peu importante pour être transportée, et elle 
restera dans le mur et sera cachée par des latrines qu on 
va faire à cet endroit. L'autre pierre est toujours dans la 
deuxième cour de l'archevesché. Monseigneur l'Archeves- 
quc n'a pas déterminé ce qu'il en vouloit faire (1). 

L'ABBÉ LE BEUF AUX RÉDACTEURS DU MERCURE 

Décembre 1735, p. 2572 

Je viens, MM. , de recevoir une lettre de Sens dans laquelle 
on m'annonce la découverte qu'on y a faite sur la fin du 
mois de septembre dernier de deux inscriptions véritable- 
ment antiques, en démolissant une demi-lune qui avait été 
construite proche la porte du faubourgS'-Pregts, durant les 
guerres civiles, après la mort d'Henri III. Ce travail ayant 

(1) Il est Ici question du bloc portant rinscription S VESTAE M. 



— 25 — 

exigé qu*on enlcvAt beaucoup de terre qui couvrait le bas 
clcsmursde la ville, il parut d^abord sur une pierre qui fai- 
sait partie de ces murs une inscription fort simple, mais 
néanmoins considérable dans sa brièveté, puisque les lettres 
romaines qui la composent sont de quatre pouces de hau- 
^ leur. On y a lu : S. VESTAE M. 

Il y a un gros point triangulaire après la 1«*« lettre et il n'y 
en a point après aucune des autres. 

Malgré cette circonstance nécessaire à remarquer, quel- 
ques curieux du pays se sont imaginé, sur les principes du 
père Hardoin, de mistérieuses sentences, composées d'au- 
tant de mots qu'il y a de lettres dans cette inscription, sup- 
posant que la lettre S signifîe la ville de Sens. Le savant de 
cette ville, qui me fait part de cette découverte, en donne 
une explication qui me parait mieux fondée et plus dans le 
style des inscriptions romaines ; il croit avec raison que 
c'est la faute du graveur ou un effet de la vétusté du monu- 
ment s'il ne parait pas de point après VESTAE, immédiate- 
ment avant la lettre M, de même qu'il y en a un avant ce 
premier mot, Tusage de certains siècles ayant été de mettre 
après chaque mot un point formé en petit triangle, ainsi 
que j'en ai vu en différentes villes. Ce savant a cru pouvoir 
supposer ce point et qu'il était peut-être marqué moins pro- 
fondément que le premier. Le nom de la déesse Vesta se 
Irouve par ce moyen entre deux lettres initiales, ce qui l'a 
déterminé à expliquer la lettre S par le mot sacrum et la 
leUreM par le mot ma/n. C'est donc selon lui un monument 
consacré à la déesse Vesta mère : SACRUM. VESTAE MATRI. 
Le même curieux me marque que Tinscription est de même 
longueur que la pierre qui a 3 pieds 4 pouces en ce sens. Il 
I ajoute qu'on voit clairement que celte pierre a été polie 
f exprès pour mettre une seule ligne car, dit-il, il y a une 
saillie qui est en quelques endroits de 5 ù lignes d'épais- 
seur, laquelle saillie est toute brute. 

On commençait déjà à recouvrir celle pierre pour conti- 
nuer l'ouvrage, lorsque M'" rarchevêquc, averti de cette de- 



— 26 — 

couverte dans une ville où les inscriptions sont rares, se 
transporta sur le lieu. Le prélat aurait souhaité que l'in- 
scription fût restée en état d'être vue par les connaisseurs, 
mais comme cela ne pouvait pas s'accommoder avec la con- 
tinuation de Touvrage, M. le maire de la ville proposa 
de faire ôter cette pierre du corps des murailles et d'en re- 
mettre d'autres en place. Ce qui fut résolu ; mais après avoir 
détachée la pierre de cet endroit, il se trouva qu*elle était 
taillée en corniche saillante de 8 pouces au moins dans U 
partie intérieure du mur et on aperçut même dans cette 
opération que toutes les pierres voisines étaient chargées de 
quelques ornements d'architecture. 

Plusieurs citoyens, anciens et dignes de foi, déclarèrent 
à cette occasion que ceux qui avaient fait visiter Tintérieur 
des murailles de Sens, auprès desquelles leurs maisons 
étaient assises, avaient trouvé dans toute l'enceinte que les 
grosses pierres qui font partie de la masse (surtout dans les 
fondations et aux côtés des anciennes portes) étaient toutes 
généralement chargées de moulures, de corniches, de frag- 
ments de colonnes, de pilastres et d'autres pièces et orne- 
ments d'architecture. Ils ajoutèrent que, dans un vieux mur 
que M. le lieutenant-général avait fait démolir pour faire 
une serre d'orangers, il s'était trouvé sous les décombres 
un basrclief qui représente une femme depuis la ceinture 
en haut, à peu près dans l'attitude d'une Cybèle qui est gra- 
vée dans le grand recueil du P de Monfaucon. 

Je ne saurais vous entretenir de la seconde inscription 
que jen'aye eu sur ce sujet une plus ample explication avec 
M. l'abbé Fcncl, chanoine de l'Eglise métropolitaine, le 
même qui m'a écrit de Sens ; c'est à lui que celte ville a 
l'obligation de ce que le monument dont je viens de parler 
est tiré de l'obscurité et de ce qu'il sera mis en place d'être 
vu tandis qu'il y en a peut-être un grand nombre qui sont 
restes cachés dans Tintérieur des murs de la ville et qui y 
resteront toujours. Il m'apprend que messieurs du corps 
municipal ont fait présent de cette pierre à M. rarchevcque 



— 27 — 

^l qu'ils lui ont donné par là une marque de leur recon- 
laissance pour la libéralité que ce prélat a faite en faveur 
les travaux publics. Ces sortes d'inscriptions, au reste, qui 
narquent Tantiquité des villes ne devraient jamais sortir de 
relies où elles ont été découvertes ; et lorsque des particu- 
liers chez qui on les trouve veulent les vendre ou les don- 
ner à des étrangers, comme cela arrive souvent, il est du 
devoir des officiers municipaux d'empêcher ces aliénations 
?t de faire placer ces monuments dans les hôtels de villes 
3U en quelqu'autre endroit aussi sûr. 

M. Fenel m*a fait part des réflexions qu'il a faites depuis 
ces découvertes sur l'antiquité des murs de Sens. Je suis 
persuadé, comme lui, qu'ils n'ont point été construits du 
temps du paganisme, mais seulement depuis que le chris- 
tianisme fut bien établi et qu'on eut détruit les temples des 
idoles. Ce fut alors, dit-il, qu'à Sens comme ailleurs on em- 
ploya à la construction des murs de la cité chrétienne les 
débris de ces temples, ce qui fait que quand on peut fouil- 
ler dans ces murs, on y trouve toutes ces pièces confondues 
et mises indiflëremment dans les fondations. J'ai vu les 
preuves de cela en beaucoup d'autres villes du royaume... 

// parle ensuite d'une inscription trouvée à Arles. 

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE L'ABBÉ P. FENEL 
A L'ABBÉ LE BEUF (1) 

Sens, 14 janvier 1736. 
Monsieur, 

... Mais voicy bien autre chose, monsieur, cecy nous tou- 
che de près : on a donné des combats de gladiateurs à Sens 
autrefois, et nous n'en savions rien; il y a eu des prêtres 
d'Auguste à Sens et nous l'ignorions ; il y avoit encore 
(selon toutes les apparences), bien d'autres choses plus 
belles que celles-là, que nous ne savons pas, ny ne saurons 

•1) CoUationné sur rorigimil dans la collection de Fontaine Or. I PP» 212 
à'iU), le Beuf a analysé celte lettre dans le Mercure de France de février 
1736, p. 2M. 



f 



— 28 — 

jamais, mais nos petits -neveux en sauront peut-être quel- 
que chose, pourvu qu*on renverse la ville de fond en comble 
pour en retourner toutes les pierres, c'est le seul moyen 
que je sache pour faire Thistoire ancienne de cette ville, 
mais ce moyen est an peu tragique. Nos ancêtres, gens ma 
gnanimes, qui songeoient plus à bien faire qu*a bien écrire 
ou à bien parler, n*ont pas voulu confler leurs hauts faits à 
des chifons de parchemin, de linge (il y avoitdes !ibrilintei\ 
ou tels autres brimborions caduques et périssables ; ils écri- 
voient leurs hauts faits sur la pierre la plus dure. Malheu- 
reusement pour eux, il est venu un déluge de Gots et de 
Vandales qui a eu la malice, ne pouvant détruire ces beaux 
monuments, de les renverser sens dessus dessous ou de les 
couvrir de terre pour en cacher et ensevelir à jamais les 
moindres traces. Mais ne badinons point, il ne s'agit de rien 
moins que de cinq inscriptions antiques trouvées nouvelle- 
ment dans nos murs, dont une seule est entière sur deux 
blocs de pierre séparés, dont Tun a le commencement et 
l'autre la fln de ladite inscription. Les quatre autres sont 
frustes ou tronquées, et il n'en reste que des extrémités 
Tout cela a été trouvé à très peu de distance des premières 
et dans le même pan de muraille. Jugés de ce que doit rece- 
ler le reste de nos murs 

Vous trouverez cy -joint un papier (1) où est la figure de 
ces inscriptions la plus exacte que j'aye pu faire, avec Tex- 
plication des deux premières selon ma petite capacité ; pour 
les trois dernières, je n'oserois y toucher, il ne faut pas 
moins que des Montfancons pour les expliquer, je leur laisse 
ce soin. Je compte, monsieur, que vous ferés mettre ces 
inscriptions dans le premier Mercure, avec celle qui porte 
SRI, sur laquelle je vous ai fait tenir toutes les explica 
tions que je suis capable de donner. 

Dans le moment, je reçois le Mercure I de décembre 1735. 
Je l'ai ouvert avec précipitation pour y voir votre lettre. 

(1) Nous donnons (A In suite de cette lettre) la feuille volante indiquée p-ir 
Paschal F'enel. 



- 29 — 



mais quelle est ma surprise ! Permettes - moi de vous dire 
qu'il ne falloit pas mettre une si grande distance entre PS et 
rv. Il n*y en a pas plus qu^entre les autres lettres et je crois 
vous ravoir marqué positivement. Vous dites encore que le 
point est gros;}e n'ay jamais dit cela, il n'est pas trop gros, 
mais il est triangulaire, c'est à dire à trois pointes de la sorte 
-< , voilà tout ; de plus vous me donnez la qualité de 
scwanl avec emphase, je ne vousay jamais donné lieu de me 
dire une pareille injure; cela est capable, dans certaines 
circonstances, de jetter un ridicule outré sur un homme, 
et de luy donner une qualiflcation quelquefois toute con- 
traire. Si vous m'aviés consulté, je vous aurois prié d'ôter 
ce titre, Permettez-moy de vous faire mes plaintes avec 
liberté ; on croira que c'est moy qui me suis donné cette 
qualité ou que vous l'avez fait à ma prière. Il falloit donc 
du moins mettre votre nom ; en ce cas, la charge de savant y 
que vous érigés en ma faveur si liberallement, eut été à vos 
risques, périls et fortunes. Que ce que je vous dis là ne 
vous fâche pas, monsieur, excusés le premier mouvement 
que m'a causé votre trop bonne volonté pour moy. Je finis cet 
article en vous disant qu'un nouvel ouvrier à qui j'ay montré 
les fragmens, que je conserve, des pierres sur lesquelles sont 
les premières inscriptions, m'a dit qu'il ne croyait pas que 
ce fût de l'Ârcueil, mais de la pierre de tiais ou de lierre. On 
convient que les dernières trouvées sont de même pierre 
que les autres, quelle que soit cette pierre. 

Feuille voiante accompagnant la lettiœ 
Inscriptions trouvées à Sens dans le mur de la ville, à 
côté gauche de la porte Commune, en entrant par le fau- 
bour Saint-Pregts, les mardy et mercredy 4 et 5 janvier 1736 
sur une pierre />rem/ére, sur une autre pierre que je nomme 
seconde. 



tfONORATO 
VG MVNERA 
VS HONORIB 



M AE 

PLA 

RAR 



MILIO NOBILI 
MINI AVG MVNE 
OMNIB HONORIB 




— 30 — 

La première pierre est séparée de la seconde par une autre 
qui est entre deux. C'est parla pensée que je les ay réunies 
La première pierre porte la tin d'une Inscription et le com- 
mencement (le l'autre. 11 y a une bordure en haut et à coté, 
comme vous le voyés, avec une espèce d'ornement c'est-à- 
dire à la seconde, la bordure n'est pas dans le bas, ce qui 
me fait croire que la pierre a été coupée par en bas. 

Sur une autre pierre très mal traitée, que je nomme troi- 
sième : 

I s.. EVNCIO.... MAIADSV | 

Knlre S et E, place de deux lettres où il ne paroit pas y 
avoir jamais rien eu d'écrit. 

Entre et M, place de trois ou quatre lettres où 1 ne 
paroit pas y avoir jamais rien eu d'écrit. 

Quatrième y sur le côté gauclic d'une pierre : 

NIVCI 

Ces lettres sont plus grandes et mieux formées que celles 
de toutes les inscriptions précédentes. La première lettre 
est à moitié coupée par l'extrémité de la pierre ; mais ce ne 
peut être qu'une N. 

Cinquième. Sur le côté gauche d'une autre pierre : 

II III 
Ces cinq I sont tous égaux et il n'y a pas de barre dessus 
ny de point entre deux (1). 

(Ij Pnschal P^cnel avuit bien lu les inscriptions qu'il oppelle première 
et seconde ; sur la troisième il aurait dû lire S.FVNCTO et plus loin 
APVD SV; sur la quatrième XIVGI. Il avait bien lu d'abord, comme le 
constate un brouillon laissé par lui. Nous ne savons pas pourquoi il n'a pa^ 
donné tout ce qu'il ovait lu sur cette dernière pierre. 

Ce brouillon porte: 





RMION 


IVLIA 

MAG 

III 11 


Il tiuniiUlûlirc: 








MIO 

RMIA 

AK 


IVLIA 

MAG 

TIETI 



-- 31 — 
Voicy comme je lis la seconde inscription : 

Marco, AEMILIO, NOBILI, 
FLAMINI, AVGusti ; MVNE (I) 
RARio; OMNIBus HONORIBus 

{\> Je sépare TE de TN qui sont joints dans l'inscription. 

Je supplée à la fîn et sous-entends perfuncto ou quelque 
autre mot semblable. 

Nota que ces trois lettres RAR de la troisième ligne m'ont 
Fort exercé, elles sont très mal traitées, surtout TA mais on 
voit encore assez bien les deux RR ; quant à l'A, on en voit 
très bien la jambe droite, et ayant suivi toutes les sinuosi- 
tés de la pierre avec du crayon noir, il a été convenu par 
tous les spectateurs que ce ne pouvoit être qu'un A. 

Explication : A l'honneur de Mardis Mmiliiis Nobilis^pres- 
Ire d'Auguste qui a donné à ses dépens au peuple le spectacle 
des gladiateurs et qui a passé par toutes les magistratures de 
la ville. 

Preuves de l'explication : Il n'y a pas de difficultés sur 
les cinq premiers mots^ on voit par là seulement qu'il y 
avoit h Sens un temple d'Auguste desservi par les premiers 
magistrats de la ville et les plus riches citoyens. 

Manerario, Munerarius veut dire proprement celuy qui 
donne au public à ses dépens le spectacle des gladiateurs. 
Suétone in Domitiano s'en sert en ce sens, et Quintilien dit 
que ce terme fut de l'invention de l'empereur Auguste 
comme reatus fut de l'invention de Messala. Quintil. viii, 3. 

Omnibus honoribus. Honores au pluriel s'entend propre- 
ment des magistratures et offices publics que la république 
ou le souverain conféroit. Je supplée à la fin perfuncto, 
Pe t-être étoit-il dans le bas de la pierre. 

L'autre inscription est la fin d'une toute semblable à 
celle-cy, à la différence que le munerarius, s'appeloit Hono- 
ratus^ ces inscriptions avoient des formules invariables. 



^ 



— :ii — 

LABBÉ FENEL A L'ABBÉ LE BEUF 
A SenSj ce mercredg au soir 25 Janvier Î136. 

Je me donne Thonneur de vous écrire une 3® lettre quoy- 
que vous n'aycs pas encore fait de réponse aux deux précé 
dentés, Tune de la fin de décembre et Tautre vers la roy 
janvier. 

Je commence par vous envoyer quelques nouvelles ^^ 
marques sur Tinscription trouvée icy dernièrement et don 
je vous ay envoyé coppie et explication dans ma dernière 
et ensuitte je vous communiqueray quelques reflexions sur 
votre dissertation soissonnaise. 

J'ai expliqué ces mots de Tinscription FLAMINI. AVG. par 
ceux ' cy flamini Augusti; il falloit dire au^us/a/i. C'est la 
même chose pour le sens absolument parlant, mais la pQ 
reté de la langue latine exigeoit que Ton mit un adjectif 
après flamen : flamen dialis, martialis, etc., en sorte quil 
ne faut pas lire flamini Augusti f mais augustali. Il y a des 
inscriptions où ce mot augustali est tout au long après fla- 
mini. 

Il y eut depuis des flamines flavii, hadrianales, «liani, ai^ 
tonini, etc., établis pour honorer les familles qui régnèrent 
successivement après l'extinction de celle d'Auguste, qai 
flnit dans les branches adoptives dans la personne de Né- 
ron, et c'est ce qui me fait faire une réflexion pour me con- 
duire au tems à peu près auquel notre inscription a été 
faite. 

Pour cela il sufflt de considérer que la flatterie des Ro- 
mains et des peuples qui leur étoient soumis les portoil à 
déifier les princes de la maison régnante, et que cela faisoit 
nécessairement déchoir le culte de la maison qui étoit 
éteinte ; ainsy les prestres augustaux (s'il m'est permis de me 
servir de ce terme) cédèrent bientôt la place aux flaviem 
(c'est-à-dire à ceux qui honoroient la famille de Vespasien;, 
ceux cy aux prestres des maisons d'Adrien, etc , en sorte 
qu'il faut croire que notre inscription a été faite entre le 



— 33 — 

temps qui s'est écoulé depuis rinstitution des augustaux 
sous Tibère, jusqu'à celui où les flaviens prirent le premier 
degré d'honneur. Et ainsi voilà notre inscription placée en- 
tre la première année de libère et la fm du règne de Ves- 
pasicn, dans Tespace de 64 ou 65 ans. 

Au reste, quand je dis que les nouveaux prestres que la flat- 
terie romaine instituoit pour la maison dominante faisoient 
déchoir les prestres de la maison éteinte, je ne dis pas 
que cela les fît abolir tout à fait. Cela diminuoit seulement 
leur éclat. Il seroit curieux d'examiner jusqu'à quel point 
celte diminution alloit, mais je ne crois pas que l'on ait ja- 
mais aboli tout à fait les augustaux tant que le paganisme 
subsista, parce qu'Auguste étoit regardé proprement comme 
le premier empereur, et celuy qui avoit donné la forme à 
cet état, forme qu'il garda a peu près jusques à Constantin. 
Jules César n'avoit gouverné que sur le même pied que 
Silla avoit fait. 

Au reste, il ne faut pas confondre avec les prestres augus- 
taux les cultores Augusti quiper omnes domos in modum col- 
lc(jiorum habebantur, Tacite, Ann. Il, 73. Ce qu'il y a de cer- 
tain, c'est qu'ils étoient très réellement distingués et que 
les sodales augustales institués à Rome, la première année 
(le Tibère, furent sorte ducti è primoribus civitalis unus et 
vifjcnti, à quoy on joignit les quatre princes de la maison 
d'Auguste qui vivoient alors. Tacite nous apprend encore, 
III Ann. 64, la propre fonction des augustaux : Ideo augus- 
tales adjecti quia proprium ejus domûs esset sacerdotium pro 
quà vota persolverentur. Et c'est là une des plus fortes rai- 
sons que j'aye pour croire que la maison de cet empereur 
étoit éteinte, les prestres de cette maison déchurent beau- 
coup de dignité, puisqu'ils étoient le propre sacerdoce de cette 
maison. 

De tout cela il résulte que les augustaux de Rome étoient 
les premiers de la ville, et comme on imita ce sacerdoce 
dans les principalles villes de l'empire, on prit sans doute 
de même les premiers de chaque ville pour remplir ces pos- 



— Si- 
tes. Et ainsi il falloit que M. Mmilius Nobilis fût un homme 
considérable de la ville û'Agendic ou d'Agedinck. 11 falloit 
aussy qu'il fût riche, car outre la richesse nécessaire pour 
soutenir la dépense d'un spectacle de gladiateurs, on a des 
preuves que ce sacerdoce d'Auguste étoit fort honorable. 
mais en même temps fort onéreux. Voicy un passage d Epi- 
tecte dans Arrien de Sermonibus Epicleti, L. XIX : t Quelqu'un 
« m'a dit aujourd'huy qu'on luy vouloit donner la prêtrise 
» d*Auguste; je luy ay dit : Laissez cela ! Car vous serés obligé 
a de faire bien de la dépense en vain. — Oh mais, m'a-t-il dit 
c les grefliers ou secrétaires publics inscriront mon noir. 

< (nous allons voir qu'il ne s'agit h\ que d'une inscription 
f — Et quoy donc, luy ay-je dit, est-ce que vous irés dire a 
c tous ceux qui liront ce nom que c'est vous dont il est |)arle 
« là? Et quand vous le diriez à tous ceux qui le viendront 
« lire de votre vivant, que ferés-vous quand vousseré^ 
« mort? — Mais mon nom demeurera au moins, a-t-il dit- 
« Eh mettez le vous-même sur une pierre, et il demeurera pa- 
ff reniement. Et quand cela seroit bon à quelque chose, qai 
c vous connoitra hors de Nicopolis ou de la ville de vo 
€ tre résidence? — Oh! mais je porterai une couronne d or 

< dans les sacrifices ou cérémonies. — Si vous en êtes en- 

< vieux, prenés en une de roses et vous promenés avec, du 
« moins elle est plus agréable à voir, etc. » 

Vous voyez là quelles étoicnt les prérogatives de M'» les! 
prestres augustaux, mais elles leur coutoient bonne, et c eiit 
ce que fait encore voir la plainte des Bretons contre le sa- 
cerdoce de Glande établi dans la ville de Camalodumm 
Dclecliqiic sacerdotes specie relligionis omnes forlunas effun] 
dehant;ce n'étoient donc pas des postes lucratifs, mais blet 
au contraire. Je vous dirai à cette occasion que je crov cs« 
tre en état de bien prouver que chez les Romains le sacer j 
doce, quelque considérable qu'il fût, n'avoit aucun revenu 
attaché, et que les temples avoient seulement (encore pd 
tous les temples) quelques revenus pour subvenir aux fni^ 
des sacrifices et à Tachât des victimes etc. ; il y avoit aus^} 



— 35 — 

les frais des feslins sacrés ; et c*etoit là à quoy alloient les 
revenus sacrés, mais ils n étoient aucunement destinés à de 
certains particuliers pour en disposer pour leur subsis- 
tance ; en un mot, les places des pontifes, des augures, des 
]nindccimvirs, des septemuirs, etc., n^étoient pas des béné- 
kes (pour me ser>ir d'un terme qui soit intelligible quoy- 
qu'impropre). Jay beaucoup de raisons pour prouver cela 
îi les croy sans réplique, mais cela serait trop long, il me 
suffît de répondre seulement icy à quelques passages par 
)ù l'on prouve que les pontifes avoient du bon uin, de splen- 
iides repas et des chères admirables; ouy c'étaient des fran- 
rhes lippées seulement ou des repas publics et sacrés qui 
ai soient partie de la relligion payenne, qui se dévoient faire 
ivec cérémonie et avec magniticence, mais il y avoit des 
bnds destines pour cela seul et qui dévoient même se tirer, 
m certaines occasions qui regardoient le public, du Ibré- 
ior de rÉtat pour suivre les règles, sans quoy le repas sa- 
rré, les sacriGces, tout eut été perdu et il eut fallu recom- 
nencer sur nouveaux frais. J*aurois aussy beaucoup d'au- 
res observations à faire sur ce même sujet, sur les cbamps 
consacrés aux dieux qui dévoient nécessairement rester in- 
;i>Ites (ce n'étoit pas le mo^^en de les rendre d*un bon 
produit ), sur les forêts sacrées où il était deffendu de faire 
ntrer du fer sous de grandes peines, c'étoit pour empêcher 
[u on ne les coupât etc. ; j'en ferois aussy sur la garde et 
entretien de certains temples qui étoient à la charge de 
ertaines familles et pour raison de quoi Verres ruina un 
.'une mineur, etc. Enfin ce sentiment vous paraîtra nou- 
eau et très singulier, mais je crois qu'il n'en est pas moins 
rny et qu'en général on ne connoît pas trop bien quelle 
toit la relligion romaine. 

Vous m'allés dire, monsieur, sans doute, que je me con- 
redis en ce que j'ay dit que certains temples avoient du re- 
enu et que cependant certains sacrifices et repas sacrés 
e dévoient faire aux frais de TÉtat; cela se concilie en dis- 
inguant les temples de VEtal ou de la république d'avec les 



— 3G — 

temples des particuliers. Il y avoit bien de la difTérenceen 
trc eux, mais cela suffît pour le présent. Mod sentiment en 
cela est nouveau et je crois en estre l'auteur, mais quelque 
jour je le prouveray bien. Revenons à notre inscription 

Je veux maintenant fixer encore plus précisément le temps 
où elle a été faite ; je vois que le nom d'jEmilius est le nom 
d'une des plus illustres familles de Home, croirons nous 
que notre magistrat d'/le/Mé/mc/r ait été de cette noble fa- 
mille? Non certes, c'étoit un Gaulois romanisé qui avoit pris 
un nom, mais il falloit que ce fut un citoyen romain, câr 
Claude, selon Suétone : Peregrinœ conditionis homines i^liiil 
usurpare /-oma/ia /lo/n/na, dunUaxat genlilitia. [In Claudio J 
Et ainsy Marcus iEmilius Nobilis a dû vivre dans un temps 
où les principaux des villes gauloises avoicnt le titre de ci 
toyens romains, ce qui semble estre arrivé sous rerapiit de 
Claude, quoy que la chose ne laisse pas de souffrir quelque 
difficulté. Mais de quelque manière qu'on explique Icspav 
sages de Tacite sur le droit de cité accordé aux Gaulok 
toujours peut- on assurer que notre inscription ne pfut 
guéres estre avant l'empire de Claude, ny après celuy de 
Vespasien, ce qui fixe le tems de cette inscription à 25 ou 
30 ans près. C'est beaucoup faire dans une matière aussy 
obscure que celle-là. 

Je finis ce fatras de remarques informes en vous faisant 
remarquer que selon une inscription rapportée dansJ.Lipsf 
il y avoit de la différence entre les flamines angustales et les 
sodales angustales. Il scroit à présent assez difOcille de dire 
quelle est celte différence 

PASCHAL FENEL A LE BEUF 

A Sens, ce lo* février 1736 

Monsieur, 

Il faut que vous soyésextraordinairement occupé, puisque 
vous ne m'honores pas d'aucune réponse aux trois lettres 
quD j'ay vu l'honneur de vous écrire depuis la fin dclan- 




— 37 — 

ée dernière et dans lesquelles (c'est la seconde) est une 
^ouvaille d'inscriptions romaines. Vous avez dû voir dans 
I première les éclaircissements sur l'inscription SRI que 
ous paroissiés désirer ; dans la troisième enfin étoient des 
éllcxions nouvelles sur les inscriptions contenues dans ma 
Bconde lettre. Voicy de quoy exciter de nouveau votre 
uriosité, monsieur, mais je désespère presque de pouvoir 
lus trouver aucune chose qui puisse faire cet effet, ou du 
loins obtenir une réponse de vous ; mais quelque peu de 
as que vous en déviés peut estre faire, voicy de quoi il s'agit. 

Ce sont deux inscriptions en lettres onciales toutes sem- 
labiés à Tinscription de VESTÂ, et au-dessus desquelles 
ont des bossages ou portions de pierres Agurées tout ex- 
rès en façon rustique et champestre et débordant considé- 
ablement au dessus du plan uni où sont les inscriptions. 

La première à gauche a cinq lettres ainsi : ViSQV (1). La 
econde à droite et à coté immédiatement de Tautre, mais 
in demi pouce plus élevée qu'elle, a six lettres qui sont 
3ulcs égalles : OTOPOS (2) et de même grandeur que les 
lus petites lettres de Tinscription gauche. J'ay cru avoir 
einarqué un point placé exprès entre les lettres S et Q de 
inscription de gauche; mais d'autres ont jugé que c'é- 
3it un pur deffaut de la pierre. Je ne savoîs d'abord ce que 
3ut cela vouloit dire; enfin après avoir bien roulé cela 
ans mon esprit, j'ay vu (ou j'ay cru voir) qu'il falloit mèt- 
re à gauche l'inscription qui est à droite et lire tout de 
uitc en distinguant les mots par des points : OTO . FOSVL 
K QY Remarqués ce grand I qui termine po5«i. 

Tout cela a été trouvé dans le même pan de muraille que 
es autres inscriptions trouvées cy-devant, mais plus bas. 



l'I Nous avons placé cet le pierre à la fin de la premuTC rangée. Depuis 
a découverte eUe a été mutilée. 

(2) Cette pierre est la dixième de la première rangée. L'ablié Fenel avait 
'U encore uo autre frïigment de la grande inscription comme l'alteste le 
itouillon que j'ai sous les yeux:c*est la pierre qui occupe le M'ptiemc rang 
t ciui porte MAGIUV. Il avait lu MAGIIV. 



— SS- 
II y avoit même encore de la terre qui couvroil le bas de 
ces dernières inscriptions. J'achevay de la faire ôler, ce qui 
me fit voir que ce que j*avais pris pour un O étoit venta- 
tablement un A. Pour venir présentement à rexplication, je 
crois que ces deux inscriptions (qui se réduisent à unesont 
la suite de Tinscription de VESTA. Ce qui nie le persuade 
est la similitude de la forme et grandeur des lettres et du 
bossage qui est au dessus. Selon cette idée, il nous manque 
une pierre après celle ou est le nom de VESTA et avant 
celle où est le nom OTO ; et il nous manque encore une 
pierre et peut-être deux ou trois où est la fin du nom des 
consuls qui ne sont que commencés dans celles que nous 
avons. Ainsi je lirois tout de suite : Sacrum VESTAE Malri 
OTO POSVl Sexto QVinto... Moi Oton fai posé ce temple 
qui est consacré à la déesse Vesta la mère, sous le consulat 
de Sextus Quinct, On n*en peul pas dire davantage, car je 
trouve que dans les consulats qui sont entre César et Julien 
l'Apostat il n'y a que trois consuls qui soient nommés de 
noms qui commencent parQVet qui soient en mêmetemp^^ 
les premiers des deux consuls, savoir un Quinclins Mgtr, 
sous Trajan, un autre d'un nom à peu près pareil sous.Xn- 
tonin le Débonnaire, et un Quinctus longtems après. \ou^ 
pouvés vérifier cela sur les fastes dont on a des éditions n 
Paris meilleures que celles que j'ay, et dans lesquelles peut 
estre les prénoms seront marqués exactement. Ce sera celuy 
de ces Mrs là qui aura eu le prénom Sextus à qui ce con- 
sulat appartiendra, et par conséquent le tems de notre in- 
scription et du temple de Vesta bAti à Sens. Je dis un tem- 
ple, car si ces inscriptions étoient de suite, comme je le 
crois, en y joignant les autres qu'on n'a pas, il faut que {in- 
scription en tout ait plus de 20 à 25 pieds, et partant, cela n a 
pu appartenir qu'à un temple, et encore à sa façade exté- 
rieure, les temples des anciens étoient souvent assez petits 
Je ne vous envoyé pas aujourd'hui de remarques siir 
votre dissertation. Il faut remettre cela à une autre fois, je 
suis trop occupé aujourd'huy ; mais il ne faut pas omettre 



— 39 — 

deux petites remarques : Tune sur rinscriplion où on lit 
niuci qui est sûrement la fin d'un mot. Je soupçonne que 
c'est la fin du génitif du mot entier Agenniucum et que ce 
nom est le vray nom du Sens payen, et non pas Agendicum 
et encore moins Agetincum. Gela vous paroitra étrange, 
Yoicy mes raisons : 

Il n'est pas nouveau de trouver des noms qui soient cor- 
rompus dans tous les manuscripts et qu'on rétablit dans 
leur usage, écriture et prononciation, par le moyen des 
inscriptions et des médailles. Sans aller bien loin, on en a 
un exemple tout récent dans le nom d'un roy du Bosphore, 
Cimmericay qui se nommoit Pœrisades, en grec Pairisades ; 
ce nom est vicié dans tous les exemplaires des auteurs qui 
en ont parlé et M. de Boze l'a reconnu par le moyen 
d'une médaille unique de ce prince sur laquelle il a fait une 
dissertation très belle dans les Mémoires de l'académie des 
Belles lettres, tome 6«. 

Il n'est donc pas impossible que le nom de Sens payen ait 
été corrompu de la même manière ; mais l'a-t-il été ? Ouy, 
si Tinscription en question ne peut convenir qu'à la fin d'un 
mot qui soit le génitif de cet ancien nom ; mais, me dirés- 
vous, c'est peter te principe ; mais je vous diray moy qu'il 
n'y a pas beaucoup de différence entre Agenniucum et 
Âgendiucumy car le d se peut aisément manyer en n après 
une autre n et vice versa. Mais, me dirés-vous, que faites 
vous de cet u avant cum qui ne paroit pas dans la lecture 
des manuscripts ? Je dis que cet u a été omis pour l'eupho- 
nie, ou bien, si vous voulés, brevitatis causa, et que les copis- 
tes qui voyoient que cette prononciation avoit changé, au- 
ront écrit ce nom suivant la prononciation nouvelle dans 
les copies qu'ils auront fait des anciens manuscripts. Après 
tout ce n'est qu'une conjecture, il scroit bon de voir les 
mss. de Caesar, de Ptolémée, etc.. Vous le pouvés aisément. 

L'autre remarque est sur l'inscription SRI. 

Peut-être cela veut-il dire : Senones Ratuni lusseruni ; ce 
n'est qu'une conjecture. 






— 40 — 

En passant remarqués, s'il vous plait, que Senonenses, mot 
usité aujourd'huy, n'est pas latin. 

Les Romains disaient au singulier Senotij cela est certain; 
et quand ils voulaient en former un adjectif, ils disaient 
Senoniciis comme A. Gçlle : Bellum Senonicum, et notre pro- 
vince est appelée Sé/]on(gue quelque part. Conclues que c'est 
avec une grande ignorance que ceux qui veulent parler 
latin et bon latin nomment un homme natif de Sens Scno- 
nicuSf et un homme qui n'est pas de Sens, mais du diocèse; 
Senonensis. Cest avec pareille élégance qu'on appelle un 
Parisien : Parisiiws, ce qu'on devrait dire Lutetianus, et un 
homme du diocèse de Paris : Parisiensis, qu'on devroit dire 
Parisius, car les peuples de ce pays étoient nommes des 
latins : Par/5// au pluriel. Quelque autrefois je vous commu- 
niqueray mes conjectures sur Tétymologie celtique du mot 
Senones et Semnones et du grec Semnos qui en vient peut- 
être, c'est à dire que tous ces noms seroient dérivés d'une 
même racine de la langue primitive, dont les branches sont 
répandues dans toutes les langues qui se formèrent à la dis- 
persion de Babel ; mais cela seroit trop long à déduire, 
outre qu'il faut que je fasse encore quelques recherches sur 
cela. 

Je suis à mon ordinaire, monsieur, ave<: un très profond 
respect, monsieur, votre très humble et très obéissant ser- 
viteur. 

Fenel. 

Ne vous étonnés pas, s'il vous plait, de ce que VOio de no- 
tre inscription n'ait pas d*/i dans son nom. Peut-estre n'etoit 
il pas de la famille de l'empereur trimestre de ce nom ^ 
Peut-estre écrivoit-il son nom autrement ? Pcut-estrc est-ce 
aussy la faute du sculpteur? De plus il y a des médailles de 
l'empereur Oton sans h (1). 

(1) Cortains numismates, par exemple Laurent Pu tn roi (Venise 17>1S. 
ont écrit le nom de cet empereur OTTO; mais les mcHlnillcs portent tou- 
jours OTIIO. On ne trouve, dans Cohen, aucune médaille* où le nom •' 
rempereur Olhon ait un H pour première lettre. 



— 41 — 

L ABBÉ LE BEUF A L'ABBÉ PASCHAL FENEL * 

A Paris, ce 6 février 1736. 

[Il vient de parlerde Monseigneur Languet, archevêque de 

Sens.) 

Nous parlâmes d'inscriptions. Je lui montrai celles que 
vous avez trouvées au mois de janvier. Il n'en avoit pas oui 
parler. Je lui dis que je ferois placer, dans le Mercure, la 
plus considérable avec quelques unes de nos observations. 
La dessus il me dit qu'il avoit été bien surpris de ce qu'étant 
dernièrement à la cour, c'étoit le Roy lui-même qui lui avoit 
appris que le Mercure de décembre faisoit mention de lug à 
Foccasion de Vinscription de Vesta. Nous n'entrâmes pas dans 
d'autres détails. 

... Tout ce que vous m'avez mandé sur les différentes car- 
rières est très curieux, sur le banc coquillart, etc. ; mais je 
vous prie de faire une réflexion et de penser s'il étoit fort 
commode de faire venir de Paris des pierres à Sens ? Ne 
seroit-ce pas plutôt des pays hauts que seroient venues les 
pierres par le canal de la rivière. Vx>us direz que par la 
même raison on auroit pu faire venir aussi par bateau des 
démolitions : il n'y a rien d'impossible la dedans, il est plus 
commode aux voitures chargées de descendre que de re- 
monter. 

Je pense toujours que votre ville de Sens romaine payenne 
a été vers l'embouchure naturelle de la Vanne dans l'Yonne 
et que c'est de ce costé là qu'étoient les monuments en 
plus grand nombre. Peut-être est-ce aussi pour la même 
raison qu'on en trouve d'avantage dans vos murs méridio- 
naux de Sens chrétien. Ils étoient à portée^ on démolit, on 
désincrusta votre tour de Ciar etc., comme on a fait ailleurs. 
On voit encore à Auxerre de ces anciennes tours qui n'ont 
que les os. 

... Je dois porter aujourd'hui à M. de la Roque le précis 
que j'ai fait de vos remarques sur M. jEmilius. 11 y en a qui 
ne sont pas également fondées, je les passe sous silence. 



— 42 — 

D. de Montfaucon a un peu varié sur cette inscription que 
je lui ai montré deux fois II m*a dit la deuxième Tois qoe 
l'R d'après Muncra pouvoit signifier recepil ou recepla. Il 
me parut surpris du mot munerarius. Je ne le trouve pas 
dans les tables de Gruter. Il est dans du Gange qui ne cite 
pas Suétone. 

... Gomme j'allois finir ma lettre, je viens de recevoir 
votre troisiesme du premier de ce mois, je n'ay pu que la 
lire : une autre fois je vous ferai part de mes réflexions. En 
attendant, j*ai l'honneur d'être, avec un profond respeci, 
monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, 

Le Bel-f. 

LETTRE DE L'ABBÉ LE BEUF A M. DE LA ROQUE 

Mercure de France^ février 1736. p. 264 

Parmi le grand nombre d'inscriptions recueillies par Gru- 
ter et les autres antiquaires, il n'en paraissait aucune qui 
eut été trouvée dans la ville de Sens ou auprès de cette 
ville. Si Gruter indique quelquefois une province ou une 
ville sénonaise comme lieu où on a découvert certaines in 
scriptions qu'il rapporte, il est visible, par le garant qu il 
cite, qu'il ne s'agit point de la ville de Sens de nos Gaules, 
mais d'une colonie sénonaise établie en Italie. Enfin, le 
hasard a permis que ce qui était enfoui à Sens et caché au 
bas des murs de la ville se manisfeste de nos jours. Outre 
l'inscription de la déesse Vesta, qui a été trouvée au mois 
d'octobre dernier, et dont il est parlé dans le I<^»" volume 
du Mercure de décembre, je puis vous en citer plusieurs au- 
tres qu'on vient de découvrir dans ce présent mois de jan- 
vier. Gomme les pierres qui sont chargées de ces inscrip- 
tions sont mises en confusion dans le< fondements de ces 
murs, il est difficile de rencontrer dessus une véritable suilc 
de langage cl on est réduit à regretter que la plupart n ont 
pas été bien conservées pour nous apprendre à quel u««iif;e 
elles avaient été employées d'abord. Soit restes de lempb 
PU d'autels, soit débris d'autres monuments payens, soii 



— 43 — 

simples épitaphes, tout a été employé indifréremment pour 
élever les murs de Sens tels qu'on les voit aujourd hui. Je 
dirais que c'est la rareté des carrières dans le pays qui en 
est la cause, si je ne savais que dans plusieurs autres villes, 
où la pierre est fort commune, les ruines des monuments 
du paganisme sont employées de même dans les fondations 
des murs de ces villes, qui paraissent du iv^ ou du v« siècle. 
Le savant chanoine de Sens (M. Fencl), dont je vous ai 
parlé dans ma lettre précédente, continue ses soins pour 
ne pas perdre un seul fragment de ces précieux restes. Et 
il joint à cette attention des recherches fort exactes sur le 
temps auquel ces inscriptions pourraient avoir été gravées. 
Les deux plus considérables des quatre qu'il vient de m'en- 
voyer consistent en deux blocs de pierres sur les quels on 
lit: 



HONORATO M AE 

VG MVNERA FLA 

VS HONORIB HAR 



MILIO NOBILI 
MINI AVG MVNE 
OMNIB HONORIB. 



La ligne perpendiculaire que j ai tracée ici marque en 
quel endroit elles sont séparées Tune de l'autre. Il est diffi- 
cile de dire quelque chose qui soit sûr touchant la première 
inscription, dont le commencement ne paraît pas. La se- 
conde qualifie Marcus iEmilius de flamine ou prêtre augus- 
tal, c'est ce qu'elle a de plus remarquable. Il ne resterait 
qu'à juger sur la qualité du caractère s'il faut attribuer celte 
inscription au siècle d'Auguste, car on peut faire divers rai- 
sonnements sur les prêtres des Romains appelés Âugus- 
laux ; mais cela n'offrirait point l'époque de cette inscrip- 
tion. Notre curieux Sénonais, s'élant assuré qu'il y a 
MVNEUAR dans celte inscription, conjecture que M. Emile 
aurait été ainsi qualifié de numerarius en reconnaissance 
de ce qu'il avait donné au peuple à ses dépens le spectacle 
de gladiateurs. Suétone, dans Domitien, s'en sert en ce sens, 
et Quintilien (viii, 3) dit que ce terme fut l'invention de l'em^ 
pereur Auguste, comme reatus fut l'invention de Messala, 



) 

I 



_ 44 — 

M. Fcnel n'a pas oublié non plus de me faire remorquer 
que dans Arrien De Sermone Epicieli, L. XIX, il y a un té- 
moignage formel que les prêtres augustaux, en considéra- 
tion des dépenses auxquelles ils étaient engagés, avaient 
l'honneur de voir graver leurs noms sur les pierres. Voilà 
M., le précis de ce que m'écrit ce savant et dont je vous 
prie de faire part au public, en attendant quelque chose de 
plus important. 

Je suis etc.. 

A Paris, 31 janvier, 1736. 

L'ABBÉ PASGHAL FENEL A L'ABBÉ LE BEUF 

A Sens, ce samedy 17 mars 1736. 
( Il demande à l'abbé le Beuf de corriger les nombreuses 
fautes que contient l'article du Mercure de février louchant 
les inscriptions de Sens et de mettre un errata dans le pro- 
chain article sur les autres inscriptions sénonaiscs.] 

Si vous ne la faites pas réformer, on croira que je n ay 
pas su lire l'inscription, quelle honte pour un homme que 
vous traités de savant si libéralement ! Cela rejailliroit sur 
vous qui m'avés décoré de ce beau titre, dont au reste, si] 
vous plait, monsieur, vous répondrés en votre propre et 
privé nom devant Dieu et les hommes (1). 

A l'égard de mes remarques sur les inscriptions quejay 
eu l'honneur de vous envoyer l'avant dernière fois, mon 
sieur, vous me dites bien que vous passés sous silence celles 
que vous ne trouvés pas également fondées, mais vous 
m'iiuric/. fait grand plaisir de me marquer les raisons que 
vous avez de les juger telles, cela m'auroit mis en élal de 
leîi coiilirmer par de nouvelles preuves, ou bien de recon 
noitrc de bonne foy que je me suis trompé. C'est ce que 

(l) Voir* dnns la leltre tic Fenel du t4 janvier 1736, le passage où il «^ 
pLilnl li 11 voir reçu de le Reiif la qualllô de stwant qu'il eonsidèrc cnnmK 
ime injnrf. Aujourd'hui ce même lilre peut encore être mal accuHlIi |ar 
ccrioins ciiercheurs qui n'ont aucune prétention à ce titre. 



ht 



— 45 — 

je lie manque jamais de faire dès qu'on m'éclaire sufBsam- 
mcnl. 

Je suis surpris des variations d'un aussy liabilc homme 
que le P. de Monlfaucon dans ces matières. S'il y avoit 
mimera recepit ou receplOy il n'y auroil pas seulement de 
construcUon. Faisons l'honneur à nos ancêtres de croire 
qu ils ne parloient pas si ridiculement. Le mot Munerarius 
n est pas seulement dans Quintilien et Suétone, il est encore 
dans Pline pour signifîer un homme qui donne un specta- 
cle de bestes féroces. Je n'ay pas vérilié cette citation, mais 
clic est de bon lieu. Je ne sais si c'est le naturaliste ou son 
neveu. J'ay vérifié qu'il est encore dans les lois romaines 
compilées par l'ordre de Juslinien, en plusieurs passages, et 
si«^nir]e là celuy qui donne des spectacles en général à ses 
dépens, soit de bestes ou de gladiateurs. Je suis surpris 
moy de la surprise du P. de Montfaucon qui ne connoit pas 
un tel mot, tandis qu'un écolier comme moy l'ay trouvé à 
la première lecture de l'inscription, sans le secours d'aucun 
livre parle seul souvenir de mon Suétone que j ai autrefois 
beaucoup lu h la vérité. Je suis à mon tour surpris que ce 
mot soit dans du Cange, où, selon son litre, il ne devroit y 
avoir que des mots de la basse ou de la mo^^enne latinité; 
à moins qu'on ne veuille faire commencer la moyenne 
latinité à Auguste, ce qui n'auroit pas sans doute l'approba- 
tion publique. Quoy qu'il en soit, si ce mot n'est pas dans 
Gruter, notre inscription devient unique à cet égard et par 
conséquent considérable. 

J'ai songé depuis qu'il ne faut peut-estre pas suppléer 
aucun verbe ù la fin de cette inscription et que munerario 
omnibus honoribus ne veut dire autre chose si non que cet 
homme a donné des spectacles dans toutes les magistra • 
tures ou honneurs par lesquels il a passé. En sorte que cela 
voudroit dire qu'il en a donné plusieurs fois. Qu'en pensés- 
vous? Cela est plus simple. 

Vous me faites espérer réponse à ma lettre du 1er février, 
où est l'inscription otoposvIsq; je Tattends encore. J'ai 



— 40 — 

trouve* (Jatis le Moréry d'icy qu'il y a eu en 151 de J. C. un 
consul qui ;rvoit pour prénom Sextus et le nom Qu. 

Voicy une tlornière trouvaille, mais elle est bien peu con- 
sidérable; il ne faut pas cependant la perdre, elle servira 
peut-eslre quelque jour à finir et à suppléer ce qui mnn- 
q Liera n quelque autre qu'on trouvera dans la suite : cesl 
une pierre renversée en cette forme : 



(lAdV IV 



La lettre que je prends pour L est assez mal formée 1). 

11 y a une espèce de quadre au-dessus, comme vous voycs. 
ce qui nuirqde la lin de Tinscription dont le commencement 
nninque. Li-s points que j'ai marqués sont à la place des Ici 
1res lolaleiueat effacées que je n'ay pu lire, et je remar(|ue 
que le caiaetcre n'a de proportion avec aucun des aulrcs 
Inscripliotjs déjà trouvées, c'est à dire pour la hauteur, cn- 
fonccuîcnt de la [gravure, etc., car ce sont toutes Icllres 
roiiiaincH. H faut encore vous dire qu'il y a longtemps que 
celle pierre est découverte, mais comme elle éloit pleine de 
terre crasse et onctueuse, on n'a pu lire ce peu de leltres 
que quand la pluye et le soleil ensuite ont contribué à la 
netlfîyer 

j'ai Ihonneur, Monsieur, d'estre avec un profond respect. 

en nUeiidiiiU l'honneur de votre réponse à celle-cy et à celle 

du I" lévrtej-, Monsieur, votre très humble et très obéissant 

servi leur. 

Fenel. 

Je x'ouH recommande très fort l'errata pour le Mercure 



(Ij L'nhbû l'Viiel nurnit dû lire lAE APVDSVO (anllpénulUrmc pient 
du ih'TiJÏvf rniig}. 

Sur U's t|iiiininlc-cinq pierres dont se compose ni^ourd'hui renstmMr 
ilu irioiiuinriil, le* savant abbé en connni»sail neuf. I^ fragment portini 
S U {, pi^rilu nmUUenant. parait avoir appartenu A un outre nionumrn! 




- 47 — 

L ABBÉ LE BEUF A L'ABBÉ PASCHAL FENEL 

19 mars 1736 
Monsieur, 

Quoique je ne manque pas icy d'occupations, je ne diffe- 
reray pas cependant à répondre à l'honneur de vos deux 
dernières lettres. Je commence par celle du jour d'avant 
hier d autant plus que j'ai la teste actuellement un peu farcie 
d'antiquailles. 11 seroit aisé de redresser dans l'errata la 
citation de Serm. Epicteti 1. 1, c, xix. J'ai consulté votre 
lettre du l^r janvier. 11 y a L.xix bien marqué. Les autres 
fnutes d'impression sont peu de chose et l'on ne prend pas 
garde de si près que vous le pensés à tout ce qui s'imprime 
en fait d'inscriptions. Je ne vois pas non plus que je puisse 
(iiire grand usage des fragments que vous m'avez commu- 
niqués. Dom de Montfaucon méprise tout ce qui n'est pas 
considérable. M. de la Roque y perd son latin. Pour moy 
j'approuve fort vos conjectures, mais je doute que le mot 
d'OTO soit complet. Ne seroil-ce point la fin d'un mot, je ne 
vois gueres de mots finissant par OTO au nominatif. 11 peut 
cependant y en avoir. Ce peut être aussi la fin d'un ablatif, 
et cela u'empécheroit pas que ces deux fragments n'eussent 
du rapport avec le Sacrum Vestœ Matri. 

Il y avait à Auxerre beaucoup d'inscriptions ainsi muti- 
lées, mais on les a négligé. Ce que vous me dites à l'occasion 
du bout de mot MVCI a quelque probabilité; mais on n'o- 
seroit produire en public un mot si sec et si obscur. Atten- 
dons toujours la rencontre de quelque chose qui nous dé- 
couvre ce qui est caché. Je ne trouverois pas mauvais qu'on 
eut dit Ageniucum. 

Revenons à votre dernière lettre 

Je regarde votre trouvaille de munerarius comme 

singulière. J'ai parcouru le Thésaurus antiq. rom. de Sallen- 
gre, au moins les tables, sans y trouver ce nom. 11 resteroit 
à voir les additions faites à Gruter, Spon et Fabretti 

Depuis cecy écrit, j'ay consulté l'édition de Gruter 

de 1707. Elle est plus ample que la première. J'y ai trouvé 



UN DRAME A LA HOUSSAYE 

EN 1736 



Après avoir traversé le village de Mâlay-le- 
^'icomle (aujourd'hui Mâlay-le-Grand) et franchi 
epont dite de la porte deNoé, » on aperçoit, sur la 
Iroite, une colline aride et dénudée, aux pentes 
bruptes, sur le sommet de laquelle croissent seu- 
?nient de rares et chétifs genévriers. 

Celte colline, dans le flanc de laquelle monte en 
erpentant un chemin crayeux, s'appelle « la côte de 
e Chaumont t> (calvus mous, calidus mons), ainsi 
ommée à cause de son aridité ; ce chemin conduit 
des bois d'une étendue considérable qui, prenant 
aissance à moins de deux kilomètres du village de 
[àlay, s'étendent sans interruption jusqu'aux en- 
irons de Cerisiers, formant ainsi une vaste forêt 
une étendue de plus de 3000 hectares ; cette fo- 
\i est coupée de petites vallées transversales entiè- 
îment boisées qui en rendent l'aspect des plus 
ittoresques. 

C'est au milieu de cette vaste étendue de bois que 
élève l'ancien castel ou manoir de la Houssaye, 

4 






it #:# 



qui foimîiit aiilrefois un lierivlcv 
i\\w de Sens. 

t'.e liera son Iiisloire, que j'es]>^ 
un jour, lorsque j'auiTii pu reeucî 
m eut s qui y sont re la lits. 

Aujouidluti, je viens vcjus fï 
<;»|)isode iliannitique de eetîe lus 
lails ni'onl été révélé** par la co 
j*ai pu avoir des archives de lai 
de Sens, arehives (|nî doivent n 
la dilit^eiiee de noire distingué cofl 
Iioy> l'un iic nos anciens présiden 

Vous vous rappelez sans nul i\ 
uoUce si înléressantc insérC^e au 
HttUeiin cl relative aux évèneîne 
roulés ù Sens et ilaus les enviro; 
l épotjue de la Fronde, M. Roy na 
manoir de la Houssayc avait, da 
H janvier 1632, doniié Thospila 
voyés du Parlement fiiyasit de va 
niaréclial d'ilocquincourl qui cou 
cardinal Maxarin, un corps de t( 
portes de Sens, 

Environ {|natrc-vin|îU ans apr 
d'une au Ire nature se passait A la 

Lo vendredi *Z\ novend)re 173G, 
res du soir, les liabitanls des ha 
la Houssaye, oeetqïés à leurs Ira 
voyaient sortir des bois et senfn 
un honnne véUi d un paletot blan 
Irois chiens blancs; cel homme 



— 51 — 

fusil et se dirigeait du côté de la petite vallée du 
Val-Saint-Etienne. 

Le bruit se répandait aussitôt dans ces hameaux 
que le seigneur de la Houssaye venait d'être tué 
dans les bois du Crot-à-Logre par une main crimi- 
nelle. Quel était le meurtrier? Ce ne pouvait être 
que l'homme que plusieurs habitants avaient vu 
s'enfuir aussi précipitamment. 

A cette époque, la seigneurie de la Houssaye ap- 
partenait à M. François Gaillot-Duval d'Epizy ou de 
Pisy, écuyer-mousquetaire de la première compa- 
gnie de la garde du Roy et lieutenant des chasses 
(le S. A. Mademoiselle de Charolais. 

A proximité de la Houssaye se trouvait une ferme 
appelée la ferme du Crot-à-Logre, qui appartenait 
à M. Louis Dalençon, tanneur à Sens (1). 

L'ne inimitié profonde existait depuis longtemps 
déjà entre les membres de la famille Gaillot-Duval 
i'Epîsy et ceux de la famille Dalençon. Des alter- 
cations s'étaient plusieurs fois produites entre Da- 
ençon père ou Dalençon fils et M. Gaillot-Duval 
i'Epizy et divers membres de sa famille, des pa- 
•oles injurieuses avaient été prononcées et des me- 
laces avaient même été faites de part et d'autre. 
C'est ainsi que, dès le mois d'avril 1735, Dalen- 
on père étant à la chasse dans les bois du Crot-à- 
-ogrc avec cinq ou six autres personnes, avait ren- 
ontré M. Tabbé d'Epizy, frère du seigneur de la 

fl) Celte ferme n'existe plus aujourd'hui ; il ne reste plus que quelques 
ibstructions des anciens bâlinicnts; toutes les terres ont été boisées et 
nt partie du domaine de la Folie. 



— 52 — 

Honssaye, qui, interpellant Dalcnçon, lui lança 
cette apostrophe : a Pourquoi chassez- vous avec 
cinq ou six canailles comme ceux qui sont avec 
vous? I» A quoi Dalençon père répondit : « Ce sonl 
d honnêtes gens; et vous, monsieur, vous êtes un 
genlilhonime de fromage mou, et je ne reconnais 
pas d'autre seitîiicnr que le Roy (1).)) 

Au mois daortl 1736, Dalençon fils étant à la 
chasse dans les bois de la dame d'Epizy, avec deux 
autres personnes, M. Aublet fils, de Sens, et Claude 
Ruinard, de ^ Fleuris, qu'il avait emmenés avec lui. 
M. iie la Huussaye lui demanda, en le tutoyant, 
pourquoi il avait cliassé dans ce bois et le menaça 
de lui donner vin^t-cinq coups de bâton. M. de la 
Houssaye aurait poursuivi Dalençon qui s'en allait 
â sa ferniu, ce dernier Taurail alors mis en joue 
en lui disant ; <i Monsieur, n avancez pas ou je 
vous tire. ï> 

Dalençon aurait ensuite dit à ses compagnons que 
Si on lui élu reliait querelle à nouveau il se défen- 
drait (2), 

De son côté, Dalençon père avait, dans diverses 
circonstances, manifesté ses sentiments d'animositc 
ou plus exacUinent de haine, non seulement con 
Ire le seigneur de la Houssaye, mais encore contre 
les membres de la famille de ce dernier qu'il Irai- 
lail tous de gueux, même en public (3). 

0) néiHiiiiliini (!*' M, Niruliis Robcr!, ancien gartle de M. d'Kpizy (12 î' 
vHcr mii. 

iti ni^posUion lie Çlimdc Ruinnrd (19 mars 1737). 

r:ii Di'jïiisîtioH iW SWfAiiH BouUé, garde de Son Altesse Révérendl^«>rBf 
MatlnTJolM'Ilx' de Si'iisU' mars 1737). 



— 53 — 

De plus, Dalençon fils avait, le jour même du 
meurtre, montré un pistolet et avait dit que c'était 
pour tuer MM. d'Epizy s'ils l'attaquaient et voulaient 
l'insulter et lui prendre son fusil. I£n outre, il avait 
dit, le jour de la Saint-Martin 1736, c'est-à-dire 
douze jours avant l'événement, qu'il tirerait 
MM. d'Epizy s'ils venaient l'attaquer (1). 

On peut juger par tous ces faits de la nature des 
rapports existant entre les familles d'Epizy et Da- 
lençon et de la disposition d'esprit dans laquelle 
se trouvaient, vis-à-vis les uns des autres, les mem- 
bres de ces deux familles. 

Ces rapports devaient se terminer de façon tra- 
gique. 

Le vendredi donc, 23 novembre 1736, Louis Da- 
lençon fils partait de Sens pour se rendre à la ferme 
du Crot-à-Logre, où il arrivait vers 3 heures du 
soir; il y trouvait Edme Nodet, domestique de son 
père, qui y était depuis plusieurs jours. 

Après s'être rafraîchi à la ferme, Dalençon fils 
prit un fusil et sortit dans le bois qui y était con- 
iigu et qui en dépendait; il y tira un lapin qu'il 
tua et rentra à la ferme ; quelques instants après, il 
proposa à son domestique Nodet de prendre un 
fusil, de se rendre avec lui dans les bois et de s'y 
mettre à l'aff'ût. Nodet ayant accédé au désir de son 
maître, les deux hommes se rendirent dans le bois. 
Eiant arrivés, ils montèrent chacun sur un arbre. 
Ils y étaient à peine installés que Dalençon fils 

il» Déposition de Hélène Fille (11 décembre 173r»). 



Jifi 



— 54 ~ 

cleniaïula a NiKÎet sil iravait rie] 
poiLse négative, Da le 11^011 eii|*ageâ 
dre de son arbre et à venir se poi 
plus nqyproehé de lui, ce qu'il fil ( 

A ce moment a|iparul GailUîUl) 
gneur de la lltmsiiaye, yccoinpagi 
M. Lonis d'Epi/. y (2), occupés à 
de ces deux lionvmes, montés chaci 
MM. d'Kpky sapproclicriiit, et in 
t]ni était le plus rap[H'uclié d'eux 
Tordre de tlesccndrc de son arlire 
son fusiL Dalcnçon lui cria de n'e 
alors que MM. d'Epizy se dirigèrei 
lequel élail monté Dnleiieon qui 
nouveau à Xodel, lui dit : a Ne m 
MM* d'Kpixy sonimètent égalemei 
descendiT cl de reniellre son fusil 

Dalen^'on répondît qu'il n'en fci 
cria de ne poi ut avancer sinon 
Ces al Icrea lions diverses qui, cert 
éclumgées a haute voix, avaienl él 
nue Jeune fille qui se Imuvail da 
proche le t^rot-n-Logre (3). Mnlg] 
M. d'K|)isy de la Houssayc contini 



{i\ DriKïîiUkin île Nmî<^t ijii27rtovéml*ro Ï7."W. H 
lïtiriT lit' M. Ijmi-s l>uM>t irKpI/y, du ly iiiiir» 17^7, 

ritnli'rlr; il rhiil Agr fh' « îngl vt un in\%. tl chl iiinrf 

ii^liiii'iiL lit' Phtfifire, <M «"ittrrrt-h^ SitJitli'-lloltiiiilnp, li 
tir Sfm, fruiUi' iltiJi^titU Tt jivrU t7H2 } 



— 55 — 

vers l'arbre où Dalençon était monté, bien que son 
frère lui conseillât de ne point le faire. Il répondit 
à la menace de Dalençon que lui, Dalençon, n'a- 
vait qu'un coup de fusil à tirer tandis qu'eux en 
avaient deux; qu'il fallait qu'ils eussent sa vie ou 
qu'il eût Tune des leurs. C'est à ce moment que 
Dalençon mettant en joue le seigneur de la Hous- 
saye lui tira presque à bout portant un coup de fu- 
sil qui l'atteignit à la gorge et le renversa mort sur 
la place. 

Dalençon prit immédiatement la fuite et son com- 
pagnon, Nodet, qui venait de descendre de son 
irbre, en fit autant. M. Louis d'Episy qui était à 
]uelques pas en arrière se porta immédiatement au 
iecours de son frère, ce qui permit à Dalençon et à 
S'odct de s'enfuir sans être poursuivis. 

Cependant M. Louis d'Episy, voyant qu'il n'y 
ivait malheureusement aucun secours à porter à 
;on frère, sortit du bois et se rendit en toute hâte 
{ la ferme du Crot-à-Logre où Nodet ne tarda pas 
i arriver lui-même ; à sa vue M. d'Episy, le cou- 
hant en joue, lui dit qu'il fallait qu'il lui cassât 
a cervelle (sici ; il se jeta sur lui, lui enleva son 
iisil et le maltraita durement. 

Le bruit de l'événement se répandit immédiatc- 
lîcnt aux alentours et les habitants des Fleuris, 
|ui se trouvaient dans les champs, occupés à leurs 
ravaux, accoururent à la demande de M. Louis 
'Episy, et après avoir sorti le corps de M. d'Episy 
e la Houssaye du bois, le chargèrent sur une char- 
ctlc et l'emmenèrent au château de la Iloussavc. 



— 56 — 

Nodet, i*cntié i\ Sens le soir même, apprit la mort 
du seigneur de la Houssaye ; il Tignorail, dil-il 
dans sa dupoKiliuii, n'ayant pu voir exactement ce 
qui sYlaiE pat^sé a cause de la hauteur des arbres 
qui, à ctlte Opaque, ont encore leurs feuilles (1). 

Le lendemain de ce drame le lieutenant crimi- 
nel au liailHage et siège présidial de Sens, M. Clau- 
de- François- Cliarles-Benoist de Trémont, êlail 
requis dès 4 heures du matin, par M. le Pro- 
cureur du Roy, de se rendre à la Houssaye à IcfTet 
de dresser procès-verbal des faits qui lui seraient ré- 
vélés et de nommer préalablement le médecin el 
Iv chirurgien jurés en exercice pour faire la visite 
du coips de M, d'Episy de la Houssaye et en 
faire rautojiste. 

iiv inagislral, assisté du procureur du roy, de 
niessiiv André-Aluin Guyard et de Louis-Claude 
Pelle, médecin et chirurgien jurés en exercice. j 
désignés a cet eiïet, se rendirent sur le champ à la 
Houssaye ; ces messieurs, partis de Sens à 5 heui\'> 
du malin, arrivèrent au château sur les 8 heures. 
ils Irotivcrcnl le corps de M. d'Episy de la Hous- 
saye, que Ion avait étendu sur un lit, dans unt 
chambre basse du château. L'autopsie en fut faite 
pat' MM. Alain Guyard et Pelle, qui en dressèrent 
|)rïïcès-vci"bal. 

Une insti iicUon fort longue fut faite par les ma- 
^nslrals ; cninniencée le vendredi 24 novembre \TMi 
elle lie prit lin ciue le dimanche 24 mars 17:i7: 
cinquanlc-huil témoignages furent entendus. 

{\\ néposiiitm dv XodH {21 novembre 1736). 




Nous avons laissé Dalençon fils, s'enfuyant à tou- 
tes jambes dans la direction du Val-Saint-Etienne; 
riustruction nous apprend ce qu'il est devenu. 

A sa sortie du bois du Crot-à-Logre, Dalençon 
s'empressa de gagner un bois qui était proche. Y 
étant arrivé, il changea brusquement de route pour 
prendre le chemin de Véron ; arrivé dans la vallée 
qui, du Val, conduit à cette commune, il aperçut 
dans la plaine un cavalier qu'il appela de toutes ses 
forces en courant à lui : « Monsieur Henriot ! i> criait- 
il. Le cavalier lui répondit qu'il n'avait que faire de 
courir si fort, qu'il allait à lui ; ce cavalier, dans 
lequel Dalençon avait cru reconnaître un nommé 
Henriot, boucher à Sens, était M. Sébille, mar- 
chand, à Sens, son parent. 11 lui apprit d'abord 
qu il venait de lui arriver un grave malheur, qu'il 
avait tiré sur une personne qui avait voulu lui pren- 
dre son fusil ; il lui demanda ensuite s'il voulait 
le prendre en croupe. Le cavalier s'y refusa, com- 
me aussi à prendre son fusil dont, lui dit-il, il 
n'avait que faire. Dalençon pria Sébille de ne point 
parler de ce qu'il venait de lui dire. 

Par suite de ce refus, Dalençon, obligé de poursui- 
vre sa route à pied, demanda à un paysan, qui 
travaillait près de là, de vouloir bien lui indiquer le 
chemin de Véron, ce que fit ce dernier (1). Mais 
nous avons lieu de penser que Dalençon avait 
demandé ce renseignement justement pour éviter 



(1) OépoMtions de Gabriel Mérot, du Vul-Siiiiil-Kliennc (24 novembre 
173»)), de Sébille (27 novembre), de Claude Collas (28 novembre) et de Ni- 
colas 0)llin (10 décembre). 





F f 


^^^^^^^^^^^^^V 






^^^^^H de Lriiveiser lu linurg de Vivron^ 




^ M 


^^^^^H arriver vers heureïi du soir à 






^^^^^H Servaiii, vigneron, chez lequel 






^^^^^H longtemps et nuqitel il raeoiila 






i ^^^^^H lioTiHiHs niais sans le nom nier : 






1 ^^^^^H ta nvii^re(i). 






^^^^^H dépendant, te sienr Servais, 






^^^^^H jour que Col lin et Coppîn, n'a r 






^^^^^^Ê ('<-*^ i^i^^ M^^^' '^'^^i^ venons de rap 






I^^^^^^H au ron traire ne rien eonnnili^^ ( 






i^^^^^l dan^ la plainte formée par le 






.^^^^^H A partir de ce niomenl, nous 




^^H ^^1 


^^^^^H Dtdençon, Nous n'nvons pu s^ivi 


^^^Bi' 




^^^^^H a Sens, mais il résulte des dé| 


^^^^^^■^ 


^^^T fui 


'^^^^^H iémoins que DaleiH ou père avait 






^^^^^B personnes que son Ois h était réi 






^^^^^B Ot liomnie ne caehait pas 






^^^^^H luiine (]ui ranimaient eontre I 




■"- 


^^^^^H e est ainsi tpi au mois de déceml 
^^^^^H ron après révénement), se trou¥ 




i 


^^^^^H du sieur He^nni'd, au fauliouf 
^^^^^H Sens, il déclaiait en présence d^ 


^^K^ 




^^^^^H nés ((ne quand ce serait hou lili 
^^^^^H seigneur de lu Hnussaye, c'étaj 
^^^^^H de perdu, ({ue, d ailleurs, il a 
^^^^^H avant celte aetion, et que depnj 




Ih* ^BKé 


^^^^^^H davantïi^e (2). 
b^^^^^^B Dans une autre eii^constnn( 


^^^^^^H 







— 59 — 

leniandait comment allait raffairc de son fils, il 
cpondait que tout allait bien et qu'il aurait la 
[race de son fils (1). 

Vn autre jour il disait que son fils avait bien fait 
le tuer le sieur d'Episy et qu'il avait mal fait de ne 
L*s pas avoir tués tous les deux, surtout le second 
rère du sieur d'Episy, ce dernier étant venu pour 
Lier son fils dans sa ferme du Crot-à-Logre (2). 

Toutes ces déclarations ont été faites en présence 
le nombreuses personnes et dans un lieu public. 

A d'autres personnes il disait que M. d*Episy, 
ui était si méchant, avait enfin trouvé son mai- 
re (3) ; que son fils aurait bien fait de tuer l'autre 
[. d'Episy, et que si son fils avait été un poltron il 
elaurait jarhais voulu voir (4); que pour centécus 

aurait la grâce de son fils et qu'il voudrait pour 
?nt autres écus avoir tué Tautre d'Episy (5). 

Comme on le voit, Dalençon père ne cachait pas 
s sentiments qu'il avait voués au seigneur de la 
loussaj'e et à sa famille et approuvait hautement 
action commise par son fils. 

Cependant s'étant trouvé sur le coche d'eau 
sec le révérend père Charles-Augustin Poitevin, 
rieur des Célestins de Sens, Dalençon père 
Mnble regretter l'acte commis par son fils que, 
ans sa conversation avec le révérend père, il 

( 1 > 1)('* position de Jean Senange du même jour. 

2i Dépositions de Marie Trêbuchct, de Nicolas Marion et de Edme Mé- 

I (même jour). 

i3) Déposition de Jean Labbé(5 février 1737». 

il) Déposition de Anne Maillard, femme IVtlt (15 févrirn. 

'it Dé|)osilion de Marie Ciennetîer (19 mars 1737i. 



— fiO — 

(|iuitili;i diMîUillieur(l). Le cai 
perHoniuijîc iimait-il en quel 
Iaii|(a^c lie Diilenvon ' 

A celle époque, il fiillait ho 
tuer par le coche crcau le voy 
la longueur tlu voyage amenai 
les voyageurs; le iinii nio 
C[uel(pie peu seriiiomie sou c 

Malgré les prnpon tcnuH en d 
de personnes el le langage rap 
sitions (k\s témoins tpii les avj 
n'avons pasconslalé que le s 
qui aurait pu être considéré, 
coïiiplîce de son lils loul au 
ligaleur du meurtre, ait été inqi 
dure n*a été suivie contre l 
séiunuiise du wui'' siècle a fl 
constance d'une bien grande 
de Daleiivou père. 

PendaiU que se poursuivait 
domiciliaires avaient eu lieu, 
tant ii Sens au domicile de 
lequel demeuiait son fils, qu*ï 
[.ogre, pour s'assurer de la p< 
fils, ('es visites et |ierquisitioi 
!*ésultal. 

Le 8 mm s 1737, le sergent 
de ville de Sens se Iraiispor 
Turdonuance, ^« im devant d 
nucile de Louis Dalençon pi 



— 61 — 

omicile que celui de Dalençon fils, où étant et 
près avoir sonné par trois différentes fois de sa 
t)inpette, a assigné à cri public Dalençon fils à 
)mparaitre à huitaine par devant M. le lieutenant 
iniinel pour subir interrogatoire et se mettre en 
at es prisons royales de Sens, avec indication qu'à 
?faut de quoi son procès serait parachevé par 
mtumace. i> 

Pareille formalité fut accomplie, par ce même 
ïîcier de police, sur la place publique de Saint- 
tienne, et au devant de la principale porte du pa- 
is et auditoire royal. 

Dalençon fils n'ayant pas répondu à celte assi- 
lalion; une sentence du bailliage et siège présidial 
jScns, en date du lundi !••' juillet 1737, après avoir 
claré le sieur Dalençon fils contumace, Ta déclaré 
également dûment atteint et convaincu de l'homi- 
ie commis en la personne du sieur Gaillot Duval 

la Houssaye, le 23 novembre 1736, pour répara- 
)n de quoi le sieur Dalençon a été condamné à 
re pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'en 
ive à une potence qui serait à cet effet dressée en 

place de Saint-Etienne ; 

« A déclaré les biens de Dalençon acquis et con- 
ques au roy ou à qui il appartiendra ; 
tt A ordonné en outre que la présente sentence 
rait exécutée par effigie en un tableau qui serait 
cet effet attaché à la dite potence par l'exécuteur 

la haute justice, y 

Celte sentence fut mise à exécution le mardi 
iuillel 1737. 



tll 



Le roi Loui^ XV ayant au 
accorde des leUrcîidc ffmee eu 
ce tieriîier, qui HÏHail eonsUlué 
t73U, Hiihit le inil'iiie jour li: 
il eUiit tenu d'api en les oicloii 

(ici iiilerrof|aloiix\ qui para: 
jHHir la tonne et pour obéir a 
rordoiinaiice aloi*s en vigueur 
nouveau. II Iuh corrnhara pliï 
Daleu^on préteiidil n'avoir p; 
de la Iluussaye, mai^ qiril tel 
bras, et le lira, sans ajunler, 
seul dessein d'écarter MM ilfi 
leur fureur^ et que ce n'élait 
après c[u1I avait apprin avec d 
de la HouHHaye était mort de 

Le sîeur Dalençon déclara 
pas porteur d'un pistolet. 

La lecture de cet inierroi^j 
bien dcH réilexionH. (*ouinie 
avoir ap|)ris une lieure apr 
M, d'Episy de la lloussaye éti 
de fusil, puisqu'à celte heu 
RoHoy oii personne ne coniia. 

Lnlhi les lettres de ^ï'^i^'*-' e 
par Dalençon furent entérin 
au coiisentcnient de Mme ve 
lencedu bailliage de Sens du 

Ainsi se termina cette atïair 
dant deux ans, pasHtonna tau 



— 63 - 
LISTE DES TÉMOINS 

ENTENDUS DANS l'aFFAIRE d'ÉPISY - DALENÇON 



.ouis DuvAL, écuyer lieutenant dans le Régiment d Auxer- 
rois infanterie, demeurant à Sens. 21 ans. 

faurice Gasseau, laboureur, aux Fleuris. 49 ans. 

'aule Blrté, sa femme. 40 ans. 

ean Lhyocr£au, manouvrier, aux Fleuris. 47 ans. 

ean Brust^é, 31 ans. id. id. 

larie Perdriette, femme de Jean Lhyoureau. 30 ans. 

[nrie Pouguatte, femme de Michel !^Iaillet, laboureur, 
dans la ferme du Crol-à-Logre. 40 ans. 

labnel Gaillx)t-Mereau, fils de Gabriel Mereau, labou- 
reur aux Fleuris. 13 ans. 

une Pereite, femme de Gabriel Mereau, laboureur, au Val- 
Saint-Etienne, paroisse de Véron. 46 ans. 

icqueline Gasseac, fille de Marie Gasseau, manouvrière 
aux Fleuris. 16 ans. 

abriel Mereau, laboureur, au Val-Saint-Etienne. 36 ans. 

dme NoDET, natif de Fontaine-la -Gaillarde, domestique 
nu service de Dalençon père. 28 ans. 

Jinr SÉBiLXf, marchand, demeurant au faubourg Saint- 
Pregts lez Sens. 43 ans. 

laudc Collas, fils d'Edme Collas, laboureur, au Pipotin 
, sic \ paroisse de Véron. 25 ans. 

icolas CoLXJN, vigneron, à Rosoy. 62 ans. 

tienne Colun, 56 ans. id. 

nloine C0LI.1N. buraliste, â Rosoy. 46 ans. 

dîne Mercier, vigneron, aux Fleuris. 47 ans, 

ïanne Agcexin, femme de Jean Buisson, à la Martre, 
paroisse de Véron. 60 ans. 




— Gt — 

Jenn Koussirr, hôlelier de la Maia 

:ïû nus. 
Ednic Skkvais, vigneron, à Bosoy 
Madekntïc QuiMi^im, tjtimestiîfue, au 
Hélcyne FitLÉ, doitieslitjuc de la 

du me de la Hoiissayc, /m'-re de l* 
Il Huussnye, VA ans, 
Jean LAimê, laboureur, i\ Ln Bautui 

lo-Vicomtc. 3(> ans 
Edmec Giyot, frmine tte Jean Urulé, 

ris. 30 ans- 
Sinianne (îtiiXEp.vix, femme de Clj 

vrii*rc, aux lieu ris. 2^ au^, 
Il liberté Collkt, veuve de Nicolus 

Fleuris. 3Ii ans. 
Française Bliiu^té, HUe de Jean Bu 

Ire, parome de Màtau-U'-Viromte, 
Jacques LociUAU, fils de Jean Lou 

Fleuris. Il ans. 
Marie Maillkt, fdlc rie Michel Maillet 

du Grot*à-Logi e, purohse liv Malmj 
(tabrieile (ïCYut, femme de Jean 

Baume. 19 ans. 
Jean Bis»sun, labaureuri â la MarU 

66 ans. 
Kdme Pillu, beri^erde Jean Bissan, 

12 ans, 
Edme Lahcher, taillandier, dcnrcun 
Edme SENANtîE, laboureur^ à Bois- 

Bordes de Dixmnnt, f>(» ans, 
Jean Se:nange, laboureur^ à Maurepft 

50 ans. 
Marlin TMKBLT.B^r, biboureun de 

paroisse de Oîxnionls. 30 ans. 
LauisHEG.vAHD» eahareUer, au iaubud 
Le Hévércud père Charles- A wgustîn 

maison des Célestins de Sens. 65 




— 65 — 

icques Vaudoux, boucher, demeurant à Sens. 52 ans. 

alentin Legris, bourgeois et ancien commissaire de la 
Ville de Sens, y demeurant. 48 ans. 

imon- Joseph de Saint-Pierre, receveur du grenier à sel de 
Sens. 43 ans. 

>aQ Labbé, manouvrier, à Dixmont. 57 ans. 

nne Maillard, femme de Louis Petit, vigneron, à Dix- 
mont. 27 ans. 

arie-Louise Botte, serv^ante du sieur Violette, Regrnt- 
lier, à Dixmont. 20 ans. 

dme Mérot, laboureur, à Dixmont. 52 ans. 

icolas Makion, laboureur^ à Vaumorin, paroisse de Vau- 
mort. 46 ans. 

arie Guillepain, fille de Jean Guillepain, laboureur, 
à Maurepas, paroisse des Bordes de Dixmont. 18 ans. 

irie DuBECQ, femme de Jean Guillepain^ paroisse des Bor- 
des de Dixmont. 48 ans. 

colas Robert, laboureur, à la Grange-au-Doyen paroisse 
de Véron. 50 ans. 

\N Guillepain, laboureur, à Maurepas. 40 ans. 

an Guillepain, (fils de ce dernier), demeurant à Màlay, 
chez Sébastien Sivanne. 25 ans. 

colas BouLLÉ, garde de son Altesse Sércnissime Made- 
moiselle de Sens, demeurant à la Bernagone (Saint- Valé- 
rien). 73 ans. 

me Brechemier, marchand de bois, demeurant à Monta- 
cher. 57 ans. 

lude RuiNARD, laboureur, aux Fleuris. 31 ans. 

cin Gennetier, 23 ans. id. 

rques Grandin, marchand, demeurant à Sens. 54 ans. 

m Gallicier, laboureur, à Maurepas. 28 ans. 






I 



â 



j 



MODE ÉLECTIF Dl 



ET 

ECHEVINS DE 

AU 
XVIIl^ S!ÈCL] 



Quelques procès- verbaux d'é 
cl trécheviiis, retrouves paraii 
cien baitiioge, nous apprennent 
comment on procédai t, au 
xviif siècle, à hi nomination cl 
paux de la ville de Sens, 

Depuis la fin du xV' siècle (L 
de juin It/l), les maires, éclu 
receveurs ètaieul nommés poi 
roi sur une liste de personne 
habitants réunis en assemblée 
tènie fut suivi pendant les xvi* < 
fut interrompu que pendant qy 
tenter Tessai d*un expédient fii 
donner d heureux résultais ; ni 
de la création des otrices de nu 
vertu de FEdit du mois d*aoùt ] 

Dès 171 j (l'Zdit du 29 janvier) 
remboursés et le svsténic éle< 



— 67 — 

nière élection du xviii* siècle eut lieu le 17 septem- 
)re 1717 et les fonctions de maire revinrent à Au- 
oine Benoist d'Âutun, conseiller au présidiRl, qui 
es exerça jusqu'en décembre 1721. Il fut alors 
«mplacé par Jean-Louis Royer, bourgeois, mais S 

m Ëdit d août 1722 rétablit les offices municipau^t, ^ 

louvel essai encore plus précaire que le premier \^ 

luisque, moins de deux ans après, l'Edit de juillet $^ 

724 rendait aux villes la liberté d'élire leurs admi- ^ 

lislrateurs. Durant cette courte période de transi- ;*^1 

ion, Jean-Louis Royer parait être resté en foncliaiis^ ^ 

uis à partir d'avril 1724, Biaise Baudry, échevinj r 

trintérim jusqu'au 28 novembre delà même année; - ; 

n avança d'un mois l'élection qui, habituelle- ;► * 

lent, n'avait lieu que le 28 décembre. Nous avons • • 

t procès-verbal de cette élection qui aboutit à la |^* 

omination de Charles-Jacques Benoist de Ville- l 

lay, président en l'élection, dont les pouvoirs furent £ ^ 

nouvelés en décembre 1726 et qui resta maire pen- 
mt quatre années consécutives. Biaise Raudry, H 

archand et ancien échevin, lui succéda en 1729 et i 

i fut également remplacé qa*aa bout de quatre 
inées par Jean Fauvelet de Châteaumajet, dont 
ms possédons aussi le procès-verbal d'élection à 
date du 29 décembre 1732. 

En rapprochant les diverses indications données 
r ces documents, nous pouvons reconstituerasse^ 
:ilementla physionomie d*une élection municï- 
le au xviir siècle ; les formalités obser\'ées à cette 
oque étaient d*ailleurs identiques à celles en usâge 
siècle précédent, car il existe à la Bibliothèque 



— 68 — 

nationale, dans la collection de G 
un cerlificat de Biaise l*ekk\ 1 
datédeSeuHle 10 avril 1717. paï 
à la demande de linleiidaut à 
Paris, ec niagislrat rappelle* d'i 
personnels rem on ta ni à cinquati 
d'éleelion des maires el eeliev 
création den oflleeîi. Siiivanl les 
lies, Tancienne tradition lut co 
tement que possible. 

Stn* Tordre de rîntcndant d 
Paris, les lialïitnnls et hoiirgeoi 
faidjourgs de Sens se rénuîss; 
cloclie «appelée la eonmmne » 
[salais royal ou bailliage en vue 
senlants. (Télait t^éiiéralement l 
de la commémora lion desi mu 
consacré à Tacct) m plissement di 

Le président, lientenant-géi 
suivi de son grellier, ucconipagn 
cat du roi, du maire, des éehd 
de ville el autres uirieiers, api 
tés à la messe du Saint-I^2sprit, ( 
Téglise Sainl-Hilaire, tantôt dai 
Nicolas du liailliage, se présen 
devant rassendïlée des liabitani 
requérait, suivatd l'usage, le ii 
procédera Félection, puis Tanij 
prontHivail uniliscours <t lleury 
lequel il eNliorlaît les citoyens 
personnes ^ li délies el alleciior 



— 69 — ^ 

roy et bien intentionnées pour la patrie d et termi- 
nait son allocution en requérant la réception du 
serment général des habitants qui devaient jurer de 
désigner parmi les plus notables d'entre eux des 
délégués pour chaque quartier de la ville que Ton ^ 

nommait alors a cantons. » J 

Après avoir reçu le serment général et solennel, 
le lieutenant-général se retirait en la chambre du c 

conseil pendant que l'assemblée désignait pour > 

chacun des cinq quartiers de la ville un président- 
canton et cinq cantons, c'est-à-dire en tout trente U 
représentants. La ville se divisait alors en quartier *- 
Rond, quartier d'Yonne, quartier Saint-Hilaire, 
quartier Donjon et quartier Saint-Benoît. Les trente 
représentants ainsi désignés et auxquels s'adjoignait 
de droit le corps de ville, cest-à-dire les maire, éche- , 
vins, etc., formaient un petit collège de trente-six à 
trente-sept électeurs qui devaient, à leur tour, voter 
pour des listes de candidats aux fonctions de maire, J^ 
échevins ou procureur : c'était, on le voit, le suf- ^ 
frage à deux degrés. . 

Dès que le greffier du bailliage avait terminé le [ 

dépouillement des bulletins pour l'élection des 
cantons, le lieutenant-général rentrait en séance, \ 

présidait à Tinstallation des délégués qui allaient 
se placer sur les deux côtés des bancs des avocats, 
le maire et les échevins tenant la droite, recevait 
leur serment particulier, et, en présence de tous les 
habitants réunis, faisait proclamer les noms des re- 
présentants des quartiers de la ville. 

Après l'accomplissement de ces formalités, le 



- 70 — 

maire el les éclievina (léelaraic] 
cil ni X, puis, diaciin dans leur 
caiitoiiH et délégués des canloii^ 
voten qui é taie ni aussitôt inscr 
pointage désignée sous le nom 
listes de trois noms pour )c mai 
les deux éclicvins el de trois a 
le procureur de ville, étaient 
Tordre du nombre de voix oh 
verbal de l élection adressé 
chargé de le présenter au Coni 
appelé â lixer son choix pan 
phi s favorisés. 

I.tur nomination Taisait ens 
délai généralement assez cou 
d*une lettre de eue h et envoyé 
qui en dtuinaît lecture a Tau 

Les nouveaux offieiers muni 
le serment devant le lieutenan 
les faisait reconnaître pai^ les Iii 
même les installer a Phnlel de 
changement de maire, il proc 
et inventaire des archives. 

Le Chesnoy^ 
Mau 



I. 






1-% 



ï 



K 



10 Avril 1717. — Nous Biaise t*elée, conseiller du Roy, J 

Lige magistrat, lieutenant criminel au bailliage et siège pré- ^ 

idial de Sens soussigné, certifions à tous qu'il appartiendra ^ 

[u'il est de notre connaissance, que depuis plus de cinquante [^ 

ins que nous avons fréquenté les audiances dud. bailliage f^ 

tt présidial de Sens et que nous y exerceons lad. charge ^ 

le lieutenant criminel, qu'avant Féditde création des char- ^ 

;es de maire et eschevins en liltre et qu'ils étoient électifs • 

eur nomination se faisoit au Palais Royal, par devant M. le 
ieutenant-gai aud. bailliage et, pour son absence, par 
levant notre prédécesseur et par devant nous en qualité de 
ieutenant criminel, séant dans le siège où se tiennent les 
ludiances des causes dud. bailliage, où le corps de ville i 

e trouve en nombre de six seulement faisant le premier s 

:anton, que la ville est partagée en cinq quartiers de cha- ^ 

:un desquels il y a six habitanz députez, ce qui fait, avec |^ 

les six du corps de ville, trente-six élisans qui donnent leurs ;^ 

^'oix par devant led. Si* lieutenant-g"', lequel en dresse son ^ 

procès-verbal des trois plus haut en voix pour chacune 
espèce à remplir, que ce procès-verbal étoit aussy signé du ^ 

procureur du Roy qui assistoit à lad. assemblée et étoit 
envoyé à M. le secrétaire d'Etat au département duquel est 
(e bailliage de Sens, et sur ce raport le Roy choisissoit de ^ j 

chaque espèce et envoyoit sa lettre de cachet au bailly de 
Sens ou son lieutenant-g"i, de laquelle lettre de cachet la 
lecture se faisoit à l'audiance. Les nouveaux élus et nom- 
mez par le Roy y venoient prester le serment par devant T 
led. Sr lieutenant-g«i tenant l'audiance et ensuitte alloit les 
instaler à l'hôtel de ville où il faisoit l'inventaire ou recolle- , h 



> 





Wf9V% Ci pflVlKJ^ 

^çlpoGâqiws sm fini et place da 
est iscio lA0l ^«e te m^m tn tutri 

^ Yéffilafale. A Sett, It X« srnl 1717, S^ 
(BM. K«l. O- de f^incrr Vol 43, ) 



P r weéê-»trb0 i itékrikm ée mtdrt cl ^ 

m décembre 1736,^ Cejottrdliui ringt-hott*^ joia 
tire 1720f îe&te de la Go miuéino ration des saJat 
jotir ord«^^ el dccoastumé pour lélectton des \ 
vlti* de lîi ville de Seni, hearcde dix heures do i 
va ni nous Jacques^EdmcVezou, écpyer, si^ de la i 
de Mojunit, con^^ du Bo>% président et lieutenant 
liage et siège présidial de Sens, assisté de M« Ji 
noslre grefier ord^»; estant au Palais, lieu jur 
après avnir assisté à la messe du Sainl-Esprit^ 
maire, esclievin^ï, procureur de ville et autres ol{ 
nicîpiiux <lc celte ville, célébrée dans l Ej|lise et à 
Si-llillaJre, auquel lieu jurîdielîonnal les habit^j 
gcoîs e«>tnnt â>isemblez au son de la cloche îtppeti 
mime à VcITet de réleclion d'un maire de coud 
doux édicvlns de longue robe et d'un procureur 
lieu cl pbu*<* de Messieurs lîcnrHsl de Villcmaf 
longue rnhe, Fauvelet de Chaskou-Majel, éehe^ 
gue mbUe, Fiiuvelet du Toc, ecbevîn de cour 



Xlaucler, procureur de ville, qui ont exercé lesd. charges 
peudant deux années qui est le temps ordre; led. sr Benoist, 
suaire, portant la parolle, a fait sa réquisition suivant Tu- 
sage, à laquelle Tancien avocat du Roy s'estant joint, par un 
<liscours fleury et patétique par lequel il auroit exhorté 
lesd. habitans et bourgeois de donner leur sufrage pour la 
oontinuation desd. sieur Benoist pour maire cl desdits s>''* 
Kauvelet de Chasteau-Majet et Fauvelet du Toc pour éche- 
vins, en considération des services qu'ils ont rendus avec 
beaucoup de zélé pendant leur exercice, sans tirer ù consé- 
quence, ou de faire choix de personnes fidellcs et alTection- 
nécs au service dii Roy et bien Intentionnées pour la Pa- 
trie, et nous auroit requis de prendre le serment général 
desd. habitans et bourgeois assemblez pour faire choix de 
présidents-cantons et cantons, chacun dans leur quartier, 
suivant Tusage qui s'est toujours observé. 

De laquelle réquisition nous avons fait acte et pris et reçu 

le serment général et solennel desd. habitans assemblez qui 

ont juré et afOrmé unaniment faire choix entr'eux des 

plus notables pour présidents-cantons et cantons, chacun 

dans leur quartier, pour par eux faire nomination de per- 

; sonnes capables et de probité, pour remplir les charges de 

i maire, de deux échevins et d'un procureur de ville ; après 

i Ittoy, s'estans retiré pour y procéder à la manière accou- 

r tamée, pendant lequel temps nous nous serions retiré en la 

Chambre du Conseil, et ayant esté averly qu'ils y avoient 

I satisfait et avoir nommé un président-canton et cinq can- 

lons, chacun dans les cinq quartiers de la ville, pour faire 

lad. élection avec le corps de ville, suivant l'usage, faisant 

trente-six élizans, lesquels ayant pris leur séance dans les 

deux costez des bancs des avocats, lesd. s»"" maire, échevins, 

estant à la droitte, nous avons, sur le mesmc requis dud. 

ancien avocat du Roy, pris et reçu le serment particullier 

desd. élizans qui ont aussi jure et affirme procéder en leur 

honneur et conscience a lad. nominalion et faire choix de 

subjets capables pour remplir lesd charges, ù lefTelde quoy 






— 74 — 



nous avons fait faire lecture par noti 
d(r tous les habitant, des noms des é1 
QUAUTÏEH RO 
M« Modeste Aublet, ancien éleu, pou 

CANTONS 

M*= Sulpice Legrîs, notaire. 
Le s'^ Jean -Claude Rayer de Chi 
quartier, 
Jac(|ucs Grandiiî, lieutenant dud 
Mstjcnne Nagent, niarcliand apoticai 
Kstîenne Minoit, marchand. 

QUAIlTIiîR D YOÎ 
M" Jacqueii Lasscré, pour présïdei^ 

CANTONS 

M^ Edme Hardy, procureur. 

M'J Valeatin Le gris, eommissaire 

M^' Eslîenne Ttiierriat* 

M'* Boutet, nottaire. 

Lq s^ Lecompte, bourgeois. 

quartii:r s* hiu 

Monsieur Cottet, chanoine et cun^r, 

CANTONS 

M^ Claude Toussaint Marcelat. 
Le S' Biaise Uaudry. 
Le sieur Reau^ médecin. 
M** Savîniên Mallxé, bourgeois 
Ij* sieur Beiudrot^ bonrge*îis, lietil 
QUAIITIER DON. 
T.e s> Heciiir Tliomason, bourgs 
quartier, pour presidenl-ranton. 

CANTONS 

Pierre I^eour, niarchnnd. 
Alexis (iarceau, ntarcha nd 
tiaspard Duperai» marchand 
Jean Huard, uiarehaud. 
Louis Thomas, marchand. 



-75- 

QUARTIER S'- BENOIT ! 

Monsieur Couste, sir»* de Villiers-Louis, pour président- î 

canton. I 

CANTONS ^ 

Me de Guyenne, conseiller. m 

M« Lemot, avocat. ; 

Le sr Larivière, marchand. . *^ 

Le S"" Guichard, marchand, officier du quartier. *' 

Le sr Laisné, marchand. ^ 

Après laquelle lecture desd. présidens et cantons lesd. s'^ ^ 

maire et échevins auroient fait ouverture de leur nomina- î 

tien à haute voix, chacun d'eux en particulier, les prési- '^ 

dents-cantons et cantons desd. cinq quartiers, chacun dans ji 
leur rang, ont pareillement donné leur voix, le tout faisant 
trente-cinq élizans à cause de Fabsence dud. Maucler, pro- 
cureur de ville, et lad. nomination achevée et les soufrages 
ayant esté calculez, il s'est trouvé trente-deux voix pour la 

continuation dud. s"* Benoîst pour maire de longue robbe j' 

et desd. s»* Fauvelel de Chasteau-Majet pour échevin de Ion- Ç 

gûc robbe et Fauvelet du Toc pour échevin de courte r 

robbe, en considération des services qu'ils ont rendus pen- | 

dant leur exercice, pour deux autres années, sans néan- ^ 

moins tirer à conséquence à l'avenir, et, où la continuation f 

ne seroit pas agréable au Roy, lesd. élizans ont aussi fait ^, 

nomination, suivant l'usage, de trois subjets pour maire de ^ 

courte robbe, et de six pour choisir deux échevins de Ion- ^ 

gue robbe, et de trois subjets pour procureur de ville, et ; 

s'est trouvé que les plus hault en voix sont : r 

Pour maire de courte robbe : • 

Les S" : Robert Blenon, marchand-bourgeois. * 

Biaise Baudry, aussi marchand-bourgeois, antien juge- t, 

consul et Fun des gouverneurs de THostel-Dieu. V 

Et Hector Thomason, bourgeois, capitaine du quartier ;■ 

Donjon, ayant chacun trente-quatre voix. r 
Pour échevins de longue robbe : 
M^ Gratien de la Gouardière, cone^ 



i 



¥: 





^^H — — 




^^^H W GûTsemcnt, con^^ 




^^^H Le S' Jodrillfit esteu. 




^^^^1 M' Allnin UuyanK iiiédecin. 




^^^H M' Jean-Jacques Souliiran» a%'oeiit. 




^^^^H M* JatHjues Le riche, procureur, ayi 




^^^H cinq 




^^^H Pour procureur de ville : ^ 




^^^^B Mnsiinulien PlcrreL ^H 




^^^H Ednie B^>ur^Diri. ^^Ê 




^^^^Ê Et Louis le Cumte. ^1 




^^^H Led. PIcrret ayant vini^t^neuf voii 




^^^H et knl. (c Comte dix-huit. 


^^^H^^^^R **f M 


^^^V Desquelles nominations, nous, prés 


^^^^^^f - 


rai susd., nous avons fait acte et rè 


^Bàii 


verbal pour csirc incessa ment ei 


Sa Majesté, pour estrc fait choix le 




maire de courte robbe dans le nom 


^^^^^r* 


échevins de longue robhe dans les s| 


^^^^H 1 


nualion dcsd. s^^ Benoïst, maire, 






Majet, el Fauvclet du Toc, échevins, 




h Sa Majes(t\ et d'un procureur île vî 


^^^^^H 


ont été uonniiciî nu lieu ci pkue dmi. 




exercé lad. charge pendant les deux i 




Dnnnû et Trul aud. Sens au iiûkis i^ 


^^^^H" 


de celte villcj les an el jour susd. 




t Signé :) Vesûu {!», Fabiï 






/Bibl. de Sens. Archmcs du hanUa0 






m 






Le tires tfv mmvnuiiim d'tm tntdn 






vl d'un provurvar d\ 




De par le Boy, 




Sa Majesté s'élant Tait représenter 




d» Jiiciiiîri-liflnjr' Vpïoii» liciilPtimit-g**» ini 




i2> t'rtniicle rarinnilc. prtnuli'rnvuçnt lUi Ilot 




tri) Jeun AuhU^t profiler ïlu bMintii|;(e> 



— 77 — 

►niciers municipaux de la ville de Sens convoquée en la 
iianière accoutumée, le 29 décembre dernier, dans laquelle 
Is auroicnt élu trois sujets pour être présentés à Sa Majesté 
t être par Elle nommés, un d'eux à la charge de maire, six 
ujcts pour y choisir deux échevins, Tun de robe longue et 
autre de robe courte, avec trois autres sujets pour en être 
>areillement choisi un pour remplir la charge de procureur 
le lad. ville, à la place de ceux dont le temps est expiré, 
>a Majesté a nommé le s«" Fauvelet de Chateaumajet pour 
naire de lad. ville, le s»* Cormier, notaire, pour échevin de 
•obbe longue, le s»" Maucler, marchand, pour échevin de 
•obbe courte, et pour procureur d*icelle le s' Blesnon le 
eune, marchand. Veut et ordonne que, pendant le temps de 
ieux années, i)s en fassent les fonctions et jouissent èsd. 
:]ualités des honneurs, autorités, rangs, séances, préroga- 
tives et droits attribués à pareilles charges. Fait à Marly, le 
>9 janvier 1733. (Signé : ) LOUIS. 

Phelypeaux. 

[Bibl. de Sens. Archives du bailliage. J 



j 




_ 80 — 

résidait souvenl à la Casshie cl avi 
lion par son inaringc avec Marie 
de Claude Poissnnnel, seigneur d 
luî apporta le peliUlur voisin de 
oiilre, ptiidanl ses loisirs, pouraa 
uïodesle revenu, il s'oecniiail d 
lîère et passa avec le Heignenrdii ( 
iTiarchés de coupes de bois, nolai 
lenoy en Um , \m2 et KîU 1 (2). 

D'ailleurs, les relations du 
sine avec le seî^jneurdu Cliesnoy 
seulement de leur voisinage et 
rtciprnijues, ils s étaienl rtncoiï 
temps sur les champs de ha la 
gloire militaire de Louis XIV; lui 
court, s'était engagé dans un co] 
cheval levé en 1657 par Frauç 
marquis de Chazeron, et donné 
de Lyonne, comte de Servnn; d 
avait pris pari à la fameuse gui 
aux sanglants combats de Senef, l{ 
livrée par Coudé (11 août Iti/l) 
Alsace sous les ordres de Tureiii 



nvéc Mïirîo Lngtu% vçiive de Jotm Ptiicli ci tuo 

Htc dts ctitisifîaprdu roî, grcnetlifr iiugrt*nier ù 
1721L (Mîii. dAntuîïic Uiaeiiiunt.) 

il, Lu ïWf dt' Ui rt!rren!*t lHuU silur à ijtu'IiiUf» 
CaSMn^t^iir lu purtii^si'^ du Sniiil-MsirtSiïHhi-Torlf 

(i) At'Cûrd du 2 d tic: l- m tire 17lOeuLru NJuohia tl 
Moiictjurl, nu fii^L^t d'tm tiiuioIil' de bius h Qm 
et riialntevéc du 'M iiovundii e 17 Ki conccruiltll 
Ctidiilctioy, fiilleii un ll^i ul UUÎ, Min. d'Anlolj 
— (Ch. du* Sot) 



— 81 — 

victoire de Turkheim (5 janvier 1675), aux sièges 
de Dinanl, Huy, Limbourg, pendant les années 1676 
et 1677 à la campagne du roi en Flandre, aux prises 
glorieuses de Condé, Bouchain, Valenciennes, 
Cambrai, etc. Nous le trouvons encore en 1678, en 
qualité d'aide major, au siège de Gand (1) com- 
mandé par Louis XIV en personne. Son régiment 
ayant été réformé un an après la paix de Nimègue 
(10 août et 17 septembre 1678), qui termina la 
guerre de Hollande, Guillaume Moncourt était 
entré dans la compagnie des chevaux-légers de la 
garde du roi. 

Quant à son voisin, le seigneur du Chesnoy, qui 
était à cette époque Nicolas de Machat de Pompa- 
dour, baron de la Coste, il avait servi dans le régi- 
ment d'infanterie de Piémont, s'était trouvé au pas- 
sage du Rhin (7 juin 1672), à la prise d'Utrecht, dans 
l'expédition de Zélande, sous les ordres du maré- 
chal de Luxembourg, puis Tannée suivante aux 
opérations du siège de Maëstricht couvertes par 
Condé. Son régiment après avoir été, de novembre 
1673 à mai 1675, chargé de la garde de Maëstricht, 
s'était rendu aux sièges d'Huy et de Limbourg où 
se trouvait également le corps de troupes de Guil- 
laume Moncourt, puis avait reçu Tordre de retour- 
ner à Maëstricht que le prince d'Orange se prépa- 



(1) Acte de ratiflcation du 21 avril 1678, passé devant un notaire de Gand 
par(iuillaumc Moncourt, écuyer, s' de Villeroy, aide-major au régiment de 
Scrvon, et annexéà l'acte de vente du 29 juin 1677 au Séminaire d'une mai- 
son à Sens, au coin do la Grande-Rue et de la rue du Tambour-d'Argrnt. 
(Min. de Maximilien Bollognc, not. à Sens. Ch. des Not.) 

6 



— 82 *« 

rail a investir. A In dérense de 
ciiuiLuiiitc jours kous riiabîlc ci 
(-alvo (] K le régiment de Piémi 
rieLifie;MMcJiat du l^ompadour, 
tingiui |Kirticiiliêrunient le9ao 
lieeoura^iiuscqul eut lieu sous 
el réussit à ruiner les ouvragi 
inenaçaictil le^ remparts (2). Ji 
iiiegue, le même régînienl coin 
du roi, la garde de la cilé qu î| 
due. Après de longs et brilian 
capitaine Maehat de Ponipad 
nel de Tun des deux régi ni ei 
généralité de Paris eréés pa 
2^> novembre 108H. La croix de 
SaînULouis devait également r 
rense conduite* 

Tel était le liasse de ces deu 
à Tépoque où se place le peli 
allons rapporter, c'est-ii-dire < 
chat de Pompadour, parven 
certain âge (3) (né en août 1039, 
sa (iO année), commençait à pr 
niéritéjson régiment de milice 

ir» Jt?îin-Fr{mcnlN fl«? i^nlvc», n& à Ikirtch 
iiinnt('rt' \\\ plit^ hrlUnnto flims Îû% gui'rrf>ih di 
([Il il au ^li^i^f* fie Maé^liicltt k grntk do Ifeiil 
^iiruit'c cil* rinnilrp. 

{*!) (ktzetle ïff France, w JS2 tlu tO iicptctnhr 

CA) ai M, Nul. Omvi, tlo (rUojtIcr. vol 307. 

(1^ ( Utile un lUï cr* K'gfmtiil* conif*ri?nrtit 1S 
l.rK itiilit'rN fureiU sii|i[irïtiiiVr,^ nu nm\% U'ih 
Mi m. ih' hi Gi'nfraliit t*f PhH*, \t. VA H 155, ï 



— 83 — 

Moncourl, plus jeune, à peine âgé de 50 ans, con- 
servait encore son service actif dans la garde royale, 
mais venait souvent passer ses congés à Sens et à 
la Cassine, ils avaient ainsi de fréquentes occa.sions 
de se retrouver, tantôt pour s'entretenir de leurs 
intérêts et de leurs glorieuses campagnes, tanlôt 
pour se livrer au plaisir attrayant de la chasse. Guil- 
laume Moncourt allait apprendre à ses dépens qu'il 
faut savoir quelquefois modérer son ardeur belli- 
queuse. 

Le 4 novembre 1698 (1), lendemain de la Saint- 
Hubert, que nos amis voulaient continuer à fêter 
dignement, ils sortaient à peine du Chesnoy, avec 
rintention de se rendre à Paron en chassant, lors- 
qu'un lièvre se levait devant eux et était immédiate- 
ment poursuivi par les chiens du baron de la Cosle. 
Quelques instants après, on entendait un coup de 
fusil dans la direction prise parTanimal fugitif. 

Surpris et furieux d'une telle audace et voulant 
savoir qui s'était permis de tirer ainsi devant leurs 
chiens, ils convinrent de se séparer et de courir, 
chacun de son côté, pour s'en rendre compte. 
Guillaume Moncourt se dirigea vers le village de 
Villeroy et parvint bientôt au coin du bois de Chas- 
tenoy, près du grand chemin de Sens; là, aperce- 
vant un nommé Jean Hory qui labourait paisible- 
ment son champ, s'avança de son cùté et lui de- 
manda s'il n'avait pas vu tirer un lièvre poursuivi 
par des chiens; celui répondit qu'en efTct un lièvie 



(t) Ribl.de Sens. —Archives du Bailliage. — Dossiciî^ ih s iiflniri'f. crjiiii' 
ncUes. ' 




— 8V ^ 

i 
venait dïirc lire tt lue et denijina eoninic Til 

de cet expliiit un homme que ïmi apeicevaii en 

dans le loin ly in sur hi roule, prés de Vilteroy 

Ce niénie jour, M** Jean Tliody (I), xénît 
cluinoîue de rEylise (jilludralede Sens, était | 
l^aillardemenl à pietl (sour allerjusqua Fuuclu 
terre du (Uiaintreniélropolitaîn^ mais ne seseii 
pas très rassuré sur la fiécurité des cheminai, ;i 
en soin de se munir d'un pelil fusil ; api'esavoirs 
le grnnd chetniu tle la Hne-Cliévre, conduisa 
Villei'oy, il venail de dépasser te bois de VMmk 
et entrait sur la terre de Villcroy* appartt*iiani 
Cliapitre, lorsque tau! à ecnip se présentait à \ 
pas de lui nu snptrbe lièvre qni aecourail | 
ti'a verser la roule, la tentation était trop Totie [ 
le bon cliauoine! raeltiT en joue lanimaL le i 
1er propreuient et le ramasser fut rafîaîre t 
instant ; il poursuivit ensuite son chemin à une 
allure jusqu'à Yilleroy, y déposa son jiîbier r 
une maison et se dirigeait sur Fouehéres, lors 
Guillannie Muncourt paivint a le joîndœ. Qu^ 
passa4<^il alors enti*e nos deux personnages?! 
celle eanq^agnegéuératemetit déserte, aucun tén 
ne fut la pour le rapporter, 

(hiillaunie Moncourt prélendit avoir abordé i 
veiiablement M'- Jean Thodv eu lui demandant 



cliitiiolu»' il Min nni'lf iiitUrruH, (^ItiUiii- TliilifutU, Ir 2i'p sr{>1rttifirt 
tiVtjlpuK um' crmauilcî {^iii<fii|>liiiri> M %nUll filunif^tirH rt'ijHrtiiinji 
Ht7^ |4( U\7*Jt^ rnlln, H|>ri^si ttvnlr pt'niMiH dv Hniiii''iirl(*r H rlVnln'r Uki 
jii^niliiiiïrt\ a fui ol>lif*r tîv véfkg^tit'T tm ITtiU, dunt ta criuiiti* d'< h. 
iulvl 9 jtour Ui iimnii*. » tM* Fend vi Arcliives i|p | Vomi**, l*'^ .' 



1 



r 



— 85 — 

avait pas tiré un lièvre devant ses chiens, près 
iw bois de Chastenoy, qu'à cette question ce der- 
lier, rouge de colère, s'écria : t Oui, mort Dieu! 
:'est moi qui l'ai tué, et c'est à moi le lièvre, reti- 
ez-vous, ^ et en même temps lui présenta le bout 
le son fusil. A une telle arrogance, le sieur de 
a Cassine ayant répliqué que tirer un lièvre devant 
les chiens et s'enfuir en l'emportant était considéré 
comme une action malhonnête, le chanoine, de 
plus en plus irrité, aurait osé le mettre enjoué avec 
menace de le tuer, ce qui l'avait obligé, pour éviter 
le danger, de relever promplement le bout du ca- 
non du fusil, dont le coup partit en l'air, et de lui 
arracher son arme pour Tempêcher de la rechar- 
ger, puis, après cette scène violente, sans répon- 
dre aux injures qui lui étaient adressées, il se 
sevail retiré pour aller retrouver le baron de la 
Coste. 

Le chanoine Jean Thody soutint, au contraire, 
qu'en poursuivant son chemin, il avait aperçu Guil- 
laume Moncourt qui courait après lui armé d'un 
fusil et suivi de deux chiens ; « le croyant de ses 
amys, » il Tavail salué en l'approchant, mais fut bien 
surpris lorsqu'il le vil se jeter tout à coup sur lui, 
saisir et déchirer son collet, renverser son cha- 
peau et sa perruque, enfin Télendre à terre et lui 
arracher violemment son fusil avec toutes sortes de 
jurons et de paroles malhonnêtes, son agresseur 
avait ensuite déchargé en l'air l'arme dont il s'était 
emparée. Le pauvre chanoine, tout penaud, le sui- 
vit jusqu'à Villeroy dans le clos du logis du sieur 



•'b-|i^i* 







* 




— 86 — 

Grassîn (1) de la Pacaudière où il Taui^ït sn 
de lui rendre son fusil, prolestanl que la 
pomait desarmer, sur les terres de rE^lt^t 
îTicmbre du Chapitre qui y avail droit de eh 
mais voyant que Guillaume Muneourt conlii 
à s'emporter, à Taccahler d*injures, et, crai^ 
de le voir passer une seconde fois des pa 
aux actes, il se résigna prudemment à le la 
aller rejoindre le sieur de la Coste qui Ta t tel 
du côté de Paron, 

Humilié dans sa dignité rie chanoine, le c 
plein de rage, i ésolu à prendre une levanelie i 
tante des oulrages qu'il avait, prétendait-iL si 
Jean Thody, après ayoîr fiut constater par e 
habitants de Vîlleroy que son ralial était ilécl 
rentra à Sens, et, le jour même, déposa une |il; 
tMilre les mains du lien tenant-criminel itu bail 
qui^ depuis lordonnance de 1670, était seul 
des cas royaux et prévôtaux. 

Une information fut ouverte et les déposil 
recueillies le 18 décembre suivant. 

En même temps, {iuillaume Moneourt persi 
que son adversaire s'était livré à une aetioi 
chasse illicite, peut-être aussi se rendant cor 
que sa vivacité ayant dépassé les limites perm 
le rôle de plaignant lui procurerait un avaulagt^ 
préciable, sétait, de son côté, adiTssé au Maître 

élu à Sctini, s*' dv lu i*uvnmUvrv ëU IG4I « iJ fui tivoriit cii T'nrliriiH'iit 
çûrisdller du lloi nu hii i Litige ili' Sens t4 irpmiaa, jmr ctiiilnit eu 1 
tt^7Ut AiiIuîikHU* Jiuussrt.<leU ^Biblr imLi iii('*cus oiig.. llûh) 




— 87 — 

iculier des eaux et forêts qui lautorisait à assigner 
e sieur Thody et prononçait, le 12 février 1699. une 
irdonnance revendiquant la connaissance de la 
a use et faisant défense aux parties de procéder 
iilleurs que par devant lui. Le chanoine introduisit 
ilors une requête d'incompétence au Parlement 
le Paris, et, un arrêt de cette cour du 26 mars sui- 
vant (1) recevait son appel et interdisait au Maitre 
les eaux et forêts de continuer à s'occuper de cette 
iffaire. 

Nonobstant la diversion de juridiction tentée par 
[juillaume Moncourt, l'information avait suivi son 
:ours devant le bailliage, où un autre incident al- 
lait encore se produire. A la veille de procéder à 
l'interrogatoire de l'accusé, le lieutenant-criminel. 
Biaise Pelée, dut avouer, le l^r février, qu'il était 
parent de Guillaume Moncourt au degré prés^u par 
1 ordonnance et ne pouvait, par conséquent, con- 
naître du différend des parties, de même le procu- 
reur du roi, Olivier Jamard, se récusait comme éga- 
lement parent du chanoine Thody. La suite de 
l'affaire fut alors confiée au lieutenant-civil, André 
Cousle, et au substitut Thomas Larcher, qui parvin- 
rent à la conduire sans nouvel obstacle et assez rapi- 
dement jusqu'à sa solution. Guillaume Moncourt 
était immédiatement assigné et interrogé un mois 
après (6 mars 1699) ; enfin, les magistrats du bail- 
liage, réunis le l^r avril suivant en la chambre du 
conseil, adoptant les conclusions prises la veille 

H) Archives nat..X2* 499. 




— BS ~ 

parle parquet, condamtièrenl Moncourl ; 
du procùs qui, direnUils, devaient leii^ 
deinandeur de réparation civile, avei 
formelle « aud, Moncourt de récidiver 
peines de droit, n Les dépens furent liq 
somme de ITH** 18'. 

Cependant Tirascilile Guîllaunie Mo 
s'avoua pas encore vaincu ; il voulut épui 
les juridictions, bien inutilement d aille^ 
le Parlement déclara son appel red 
28 avril lfi99, après une seconde enquéte| 
velles ])roductions Tarrèt du 4 mars ITIj 
fîrnia la sentence du bailliage et conl 
outre Moncourt à l'amende ordinaire 
dépens de l'appel et au paiement des 
luées à 12 écus. 

Il était bien définitivement battu, à 
cette fois! On ne peut molester impui 
cbanoîne de Sens. 

Le Chemoy, P'^ juilld i 
Mairice Roi 

m ArcHtveftmil.»X2*5a5. 



^ 



UNE 

JSTE DE PÈLERINS SÉNONAIS 

EN TERRE- SAINTE 

AUX XVIie ET XVIIie SIÈCLES 



Depuis le célèbre itinéraire de Sylvie, pèlerine 
le Bordeaux, au iv^ siècle, jusqu'à celui de Cha- 
teaubriand, qui se disait ingénument le dernier des 
croisés, que de Français ont affronté les dangers 
terribles d'un voyage en Terre-Sainte, dangers de 
la terre et des flots, des corsaires ou des Turcs, de 
la fièvre enfin et de la mort. 

Il fallait que l'attrait de ce lointain voyage fut bien 
puissant pour entraîner tant d'hommes de toute 
condition, pauvres ou fortunés, à courir de si 
grands risques. 

Quand le grand mouvement des croisades, qui 
jeta sur les plages de la Palestine des armées en- 
tières, eut pris fin, à la suite de désastres inouis, 
l'ardeur des pèlerins, pour être individuelle, n'en 
fut pas moins persévérante. (Vcst ainsi que l'in- 
fluence du nom français fut maintenue au cours 
des siècles, dans cette région inhospitalière et per- 




flri 




— 90 — 

mit à nos soldats d'y relever notre prestige enl' 
et 18G0. 

Les relations de ces périlleux et glorieux voya 
ont donné naissance à toute une littérature pal 
tinieniie et ont pcrniis aux érudits de notre len 
de dresser des catalogues complets des voyage 
de nos diverses provinces. Cest qu'à Jérusalem 
livre, a notre époque, une lutte sourde et tenace 
trc les peuples tiu inonde. Les JAllemands y 
envoyé leur empereur en personne, pour le pc 
en héritier des droits trop négligés par la Fran 
la Russie y envoie gratuitement d'innombi^al 
paysans qu'elle lof^e dans des hôtelleries roy; 
ment envahissantes ; les Anglais y sèment des éc( 
et des asiles protestants; les Américains y envoi 
des missions scientifiques. Cest à qui saisira, 
luw pénétration plus rapide, la prédominance 
ro rient, hut de tons les efforts. 

Mil' Vivien, camurier secret de Sa Sainteté Pii 
membre Iionoraire de notre Société, dont il a 
été autrefois le secrétaire zélé, s'étant retiré à J( 
salem, suivait avec un patriotisme attristé le 
nionlmit de ces influences étrangères. Comin 
causait voloiïtiers avec les représentants de n 
diplomatie, M. Hoppe, consul général de Fra 
voulut bien extraire, pour lui, des registres d 
CusttHli(% une courte liste de pèlerins sénonais 
ont lait la visite de ia Terre-Sainte entre 1607 et 1 
Je suis heureux, messieurs, de vous communie 
ces quelques noms de compatriotes courageu 
d'avoir ainsi 1 occasion de v.ous rappeler le so 



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— 91 — 

nir d'un collègue au grand cœur, qui ne vous ou- 
blia jamais sous le ciel d'Orient, et eût réuni pour 
vous des listes plus étendues si la mort ne l'avait 
enlevé à notre affection l'année dernière (1). 

Voici les noms relevés : 

1607. Henri de Biral, de Sens. 

1612. Savinien Bondus ou Bondoux, de Sens, 
maitre affineur d'or et d'argent. 

1635. Bénigne Legrand, de Sens. 

1682. R. P. Billiar, de Sens. (Voir, sur ce pèlerin, 
les Mémoires du chevalier dArvieux, t. VI, p. 284.) 

1690. R. P. Jean-Baptiste, de Sens, capucin, su- 
périeur de la mission de Damas. 

1732. Robert-René Lamar, de Sens. 

Mon regretté correspondant me faisait remarquer 
jue la Société archéologique ne devait pas conclure 
iu relevé de M. le consul général, que la série des 
aèlerins sénonaisde Terre-Sainte fût fermée depuis 
e xvHi* siècle, car, en la transcrivant pour vous, il 
3renait plaisir à s'entretenir avec M. Paul Jozon et 
ivec M. l'architecte Binet, qui, moyennant l'appui 
le notre diplomatie, avait obtenu de prendre, à la 
nosquée d'Omar, des aquarelles délicieuses. 

11 y aurait peut-être intérêt à identifier les person- 
lages inscrits à la custodie. 

Les pèlerins de Terre-Sainte étaient, en efiFet, en- 
ourés d'une considération singulière et de privi- 



(1) M»* Vivien est décédé à Jérusalem, le 10 juin 1905, dans sa soixante- 
nzièine année. Il était chanoine honoraire de Chambéry et de Mohilew. 
ncicn vicaire général de Chambéry et ancien curé de Saint-Louis dr 
loscou. 




— 92 — 




rimportanU concédée, tant parlesSouvc 
PoatifM ifttc par les rois de France. lU se 
paient, à lear retour, en cuiifrérte^, dont la plJitl 
cienne avait pour fondateur, vers K££>^ ImuuJ 
de Bourbon^ comte de Clemiont et de la Man 
petit'iik du iaint rai Louis IX. Quand le peh 
venait à ihdpitaL tenu pari a^cjciaUuu, {loursepr^ 
parer au départ, on le voyait s'imicrirc parmi 
confrères, se munir d'un sauf-conduit du roi, d 
certificat de son évêque, 3i^î*iterà la nii»ssc dilt 
Jérusalem, le dimanche matîn^ recevoir les em 
ragemenU des anciens, qui raverttssaieni de se 
lîr modestement, de prendre pour insigne la gra^ 
croix ronge des premiens croisés et quatre pcli 
croix de même couleur lU lut recommai * 
c se gouverner avec toute ta discrétion, j • l 
dé%'otion qui se peut imaginer, car le diable 
cliopper à un fêiu le pèlerin de Terre-Sain le. » lit 
le mettaient en garde contre le Turc» pour av 
dVjmlirege: le Grec, pour ^a malice; le iuift p- 
sa tniliison: TEspagnol, pour son anihilion, et II 
lien pour sa finesse. 

Vous voycE^ mcitsîeurs, que ce n'est fias d*aii* 
jourdliu! <jue nous avons <les rivtiux en P;V! * 

L'une de ce** confréries, qui avait sa chape. 
C^ordeliers, fut ressuscîlée par Louis XIV et m 
jusqu'à la Hévotution. Ivlle cnniptait sur ses rr 
très les |tl us beaux noms de France et nota m tu 
celui de Marie-Josèphede Saxe* devenue Si-nou' 
[larle tonilieau niugnilique que M l'alibedliartni 
vous décrivait iiaguére. 




— 93 — 

L'ordre du Saint-Sépulcre n'a pas d*autre origine 
[ue celle de ces pieuses associations, et les listes 
les chevaliers se confondent presque avec celles 
les confrères jusqu'au jour où le pape Alexan- 
Irc VI conféra, par une bulle célèbre (1496), le droit 
le créer des chevaliers sur le tombeau du Christ au 
ranciscain, gardien du saint Sépulcre et du Mont- 
iion, custode de Terre-Sainte. 

C'était donc une chose sérieuse et glorieuse à la 
bis qu'un voyage en Terre-Sainte, tant au point de 
rue des traditions nationales qu'à celui des œuvres 
eligieuses. Aussi nos Sénonais durent-ils en rap- 
porter un témoignage authentique. Au commence- 
ment du xixc siècle, la custodie délivrait encore, 
uix voyageurs, des certificats conçus ainsi : 

<( Au nom du Seigneur, ainsi soit-il, 

û Nous, soussignés, certifions à tous ceux qui 
verront et liront ces lettres et attestons que M. X... 
a demeuré à Jérusalem, qu'il a visité, avec la dévo- 
tion et le respect qui leur sont dus, tous les lieux 
saints consacrés par la présence et les discours très 
saints de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il a en- 
tendu la messe et pratiqué plusieurs actes de 
piété. 

^ En foi de quoi, etc. 

(i Donné au couvent de Saint-Sauveur, à Jérusa- 
lem, le... ï> (Signatures.) 



J'espère que cette modeste notice, tout en nous 
rappelant le touchant souvenir d'un membre vé- 
néré de cette Société, inspirera, par surcroît, à Tun 



— 04 — 



des fîircclcurs de nos modernes pèlerinages, H 
de compléter Jusqu'à nos jours, la lîsle des pilt 
séitonaJH de Terre-Sain le. 

Joseph PKRBrs. 



notp: 

Nous nous conlenteroDs de reproduire ici, iani m 
coiiimetit£tire, le passage suivanl de Vitméi-aire dt Par, 
JérumlenL II fail sunisamnicnt ressortir le rang très hoi 
riilile que lienncnl les Séiiouais parmi les très rares Lai 
qui eurent le courage d'exéeuler, aux isvîi* et xvîii» sied 
« la grande entreprise » d'un pèlerinage au totube&ii 
Christ : 

f Dans l'espace du dernier iîècle, écrit Chatenubriai 
en 1806, les Pêrcs de Sainl-Sauveur n'ont pcut-êlrc i 
deux cents voyage urs c a li t a l jgueîfc, y c oin pris les rcîi 
de leurs ordres et les missionnaires du Levant. Que les | 
lerins lalins n'ont jamais été nombreux, on peut le preui 
par mille exemples. Thévcnot raconte qu en 1650, il 
trouva lui, vingt deuxième au Saint-Sépulcre. TressooTc 
les pèlerins ne mon latent pas au nombre de douze, pu 
que on était obligé de prcntlre des religieux pourctimplè 
ce nombre, dans la cérémonie du kvement des pietJ», 
Mercredi-Saint (skj. En elTel, en 1589, soixante-dix-neuf i 
avant Tliévenol, Villa mont ne rencontra que six pékf 
francs h Jérusalem. Si, en Î589, au moment où b r< 
était si llarissanle, on ne vit que set^l pèlerins latins tu i 
lesline, qu'on juge combien il devait y en avoir en 1^ 
Mon arrivée au couvent du Saint-Sauveur fut un vérital 
événement. M. Seet/en, qui s'y trouvait à l'âques île 
ïîicmc année, e'est-à-dire sept mois avant moi, dit q\ 
était le seul catholique, i^ 



DECOUVERTE 

DE 



SEPULTURES FRANQUES 

A COURGENAY 



L'attention de la Société archéologique a été 
iltirée, depuis quelques années, sur Tintérêt des 
liverses fouilles pratiquées dans la région de la 
orét de Lancy. C'est ainsi que nous avons eu 
honneur de signaler la valeur stratégique du lieu, 
lit la Tour de Villechat et de lever, avec l'aide de 
^I. Loriferne, lieutenant du génie et de quelques 
:ollègues dévoués, les plans de ces mj'stérieuses 
fortifications du moyen âge (1). Un peu plus tard, 
excursionnant à la Pierre-Couverte, sur la lisière 
Dpposée de la vieille forêt, nous en avons signalé, 
avec soin, les souvenirs celtiques et gallo-romains 
découverts sur ce point. Grâce aux indications du 
régisseur du domaine, M. Lapôtre, bientôt élu 
membre correspondant de notre compagnie, en 
reconnaissance de ses services, nous avons eu la 
surprise d'extraire du sol, en ce lieu écarté, plu- 
sieurs urnes funéraires d'enfants (2). 

(1) La Tour de Villechat. Bull T. xivp. 190. 

(2) Voy. Joseph Perrin. Une Excursion d la Pierre- Couverte ; découverte 
de sépultures antiques d'enfants. Bull. T. xxi, 2* fasc, 1905, p. 277. 





* 



— m — 

Ccsl encore M, ! -apôtre, notre fitlêlr et 
gnlile nnxiliaire» qui nous convoque celli 
pour examiner des sépullnren antiqnc!^, réccii 
mises a jour sur le lerrîtoire tle Coiir^enny. I 
raîn II explui'ernp(iarlenanl a son ;imi M. Fou 
Hcïl>in, celui-ci a bien voulu suspendre ses tn 
nlin de nv rien déranger avant notre visite. Il 
n accueillis el guidés lui-même avec une p: 
linmie grAce eï Taide de son aimable Ta mille 
nous coitserveruns le meilleur souvenir. No 
adressons, ainsi qu*à M, Lapôtre, tous noi« r 
cîemcnlH. 

La commission, chargée de rex|)ii)ralii 
compnsîiîl de M,M. Pnlin, l'aul Duchemiii. Ni 
Joseph t*errin. 

M. Polîn asHuraît le servicL* du transport 
HOU aulnniobile rapide^ guidée d'une main 
M Ducliemiu représentait la presse, M, Xinol 
tographinnl choses el gens, se chaigeait des 1 
arts, et M. Pcrrin tenait le rôle de rapporteu 

Je négligerai» dans le compte rendu, lesdét^ 
ritiuéraire, pour arriver |)lus vite au but pri 
de rexpéiiilîon : les sépultures de (^ourgenn 

Le village de {>)urgeuay s'appuie au n^ird 
à uu léger renllemeut, qui soulieut un petit [i 
hori/.ontal, dont le sous-sul est crayeux. l>e 
regard se promène a la fois sur le gioupe tlt 
sous, le vallon de lAlain et la colline du F; 
nais. 1/eiulroit est solitaire, toujours cures 
la brise ; il esl saluhre, clair et, — eîreonsl 
noter, — exposé au midi. Il prête à la médi 



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— 97 — 

Son nom est le Cercueil et, plus loin, le Sépulcre^ 
termes significatifs. Souvent sur le plateau, où le 
retour des choses humaines vient récemment de 
ramener l'établissement du moderne cimetière 
communal, le soc de la charrue heurte une roche. 
C'est un signe certain. Au-dessous, il y a une tombe ; 
souvent on a fouillé les sépultures ainsi découvertes, 
mais sans méthode, dispersant à la fois les cendres, 
les ossements des morts et les débris de leur indus- 
trie. Triste et fâcheux procédé ! Toutefois un curieux 
mobilier funéraire avait été recueilli par M. Edmond 
Feineux. Il nous Fa communiqué. Il Favait tiré d'une 
sépulture gauloise qui contenait un torque, un 
bracelet de bronze, des anneaux de métal et un 
bracelet de pien^e (1). 

M. Foucault possède sur ce climat une pièce de 
terre étendue. Dernièrement il voulut y planter une 
vigne, et s'était mis à défoncer Je sol quand il fut 
arrêté soudain par la roche caractéristique dont 
nous venons de parler. A m. 30 du sol, son hoyau 
heurta contre une suite de pierres posées à plat et 
régulièrement alignées, dans le sens perpendicu- 
laire à son sillon. C'étaient trois cercueils en pierre 
fruste blanche et tendre, originaire de la vallée de 
l'Yonne. Ils étaient orientés du levant au couchant, 
les pieds au levant. Le premier, que nous cote- 
rons C, fut aussitôt brisé par lui. Les morceaux en 
jonchaient encore le sol ; il ne contenait parait-il 
que quelques ossements et une boucle de bronze, 
sans ardillon qu'on me remit. 

(1) Voy. une Excursion d la Pierre- Cou verte, supr. cit. 



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iHi M'^yi'hilr, prcivciiîiiil <tcla siirrace,etassezl 
pdiii iir point s4* diviser à la main, circo 



- 99 — 

kheuse pour la découverte des menus objets, 
lous enlevâmes toutefois cette terre avec précau- 
ion, en nous aidant de couteaux. Les ossements 
talent totalement confondus; les débris du cniiie 
eposalent sur les os des bras, pêle-mêle, ainsi ([u il 
lent d'être dit, avec les fragments défoncés du coii- 
crcle ; des dents et un fragment du maxillairr infé- 
icur se trouvaient rejetés vers les pieds, avec une 
petite lame de couteau, et un fragment d'une seule 
ame de ciseau fortement oxydées. Les dénis forl 
)elles, petites et non usées accusaient un sujet jeune 
le vingt à vingt-cinq ans. 

Bientôtnousrencontrâmes,parsemées dans range, 
:in(j perles rondes d'ambre et trois autres en forme 
I amande, percées pour le passage d'un fil de sus- 
)ension, à usage de collier ou de bracelet. 

Dans le tiers supérieur du cercueil, nous rencoii- 
ràmes enfin quelques objets caractéristiques : 

l^ La gorge en laiton d'une petite bouterollc de 
ourreau pour couteau ou ciseaux ; 

2' Deux petites plaques rondes d'un métal blanc, 
n forme de boutons. L'une portait, au centre, une 
erroterie couleur grenat, en losange, cloisoiinée 
n relief, avec entourage de filigranes enroules à 
>lat; Tautre gardait la marque de la cloison d'éjtiail 
raîchement dessoudée et perdue; 

.> Une bâte ronde de métal, contenant encore 
m morceau de verre blanc enchâssé avec trace 
le soudure en dessous; 

4'^ Une boucle d'oreille en fil tordu et une pende- 
oque mince en argent. 






— 100 — 

I.e cercudl B avait des clîmensions un peu diP 

les : 

Ixingueur exléricurc . . » . . l'»ÎMI 

Laigcur extérieure à la lé te, . i)^*€%ï 

Largeur inlérieurc a la iéle. . Ô'«56 

aux pieds. *Jfn21 

Profondeur à la tttc 0«29 

— aux pieds* » * . . 0^24 

Hauteur extérieure à la tête, C"i36 

Comme pour le cercueil précédent, la len 
gétale rempli ssail comj)létement l'auge, et les 
mentH avaient été bouleversés; des dents se 
vaient égarée*! verî% les pieds, ainsi que dus i 
ou menues pelles de verre nu d nnihre. Vu 
mencement d'usure des dents, dont quelque! 
étaient cariées, annonçaient un sujet moins 
que l'autre (i"! à îiO ans). Le cnine égale me 
paré et bouleversé pai" les fragnienls du cou 
put être reconHtitué : il était du type frantin 
dolicbocépliale. A la bailleur du cou, mais d 
sées dans la terre, nous relevâmes : 

1" Une petite fi bu le de bronze, haute de 
revêtue d'une patine verte el bleuâtre. Sa 
est identique a celle que l*aljbé Cochet repi 
sous le n" 2 de son tableau des libules de la 
de rKauhie, en Normandie (1) : un carré can 
aux angles d'une double saillie arrondie^ avec 
ornemtnits, vni double trait inlérienr gra' 
creux ei dv pet ils cercles centrés^ disposés V 
milieu et les autres dans les saillies* Les \ 

{1} A 1*1 M* floinit.!'. /.!■ Ttimtmiii tk Chiitknê. p- 230. 



— 101 — 

fortement oxydés de Tépingle en fer sont encore 
adhérents aux attaches de bronze. Cet objet parait 
se rattacher, par son style, aux traditions gallo- 
romaines. Mais il ne faut pas oublier que des types 
semblables ont été trouvés en abondance dans les 
lombes des contemporains de Childéric (1). 

2^ Une boucle d'oreille, en fil d'argent tordu, et 
les morceaux d'argent de la seconde boucle ; deux 
pendeloques losangées, en argent, avec des petits 
points d'ornement. 

3» Une boucle minuscule en bronze destinée à 
rattacher un bijou ou la lanière d'un étui (2) et une 
lamelle de bronze destinée sans doute à orner une 
frange ou une courroie (3). 

4» Un patin de soudure pour ornement d*émail ou 
pierre. 

5o Vingt-deux perles rondes d'ambre rouge per- 
cées et sept autres en forme d'amande, des perles 
de verre foncé, deux autres en forme de baguettes, 
de couleur bleue ; deux minuscules perles vertes. 
Des fragments de mâchefer et quelques traces de 
charbon se rencontraient également dans les deux 
cercueils. 

Jusqu'au fond des auges, que nous vidâmes en- 
tièrement, nous rencontrâmes la terre jaune et 
grasse provenant du sol extérieur, mais nous n'y 
vîmes pas la couche noirâtre, formée de matières 
organiques, signe certain des tombes inviolées. 

Il) Abbé Cochet. Le Tombeau de Childéric, p. 229. 

<2) Abbc Cochet, ihid., p. 252. 

(3) Abbé Cochet, ibid., franges lamellées, p. 290. 





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— loi — 

tradition s'en! perpétuée de nosjoursi par lu 
tnelire au cou des petits enfnrits des coliiei^ 
cin au ambre jaune 

Ijè fii tua lion du rinielkTe de Courgenay. i 
t>ente expotiée au midi, répond bien à Fusa] 
s ta ni des Francîi- 

Le» quelr|ut!S verroteries et ohjebîd*orfé%Tei 
nouH avons rapjîorté»», appartiennent égale; 
l'indufitne barliare mérovingienne on Tranqu 
encore la période franque sétendtinl du v 
au IX* siècle, à quelle portion de cette [ 
]jouvon!*-nou^ les attribuer? 1/émail cloisoni 
une lin te, tiabilement soudée en relief ?iur orr 
talion liligninée, noiJ<« paraît répandre de lui 
à cette question (1). 

D'abord, il n'a pu être fait pendant la f 
d*invaî%îon oii Tart cnt nmîns perfectionné et n 
portait paî4 de reliefs de ce genre, cpie nous 
apparaître au contraire, d tine manière coi 
dauH Torfévrerie très riche du vu* sîèck% car 
Kée tïar la croix d*autel de suint Eloi, cbargéc 
boclion*! et de gracieux filigranes (2), Avec 
les réserves que néces**ile une découverte 
treinte» nous serions donc portés à attrilu] 
deux sépultures plutôt au vu^ siècle qu'au ^ 
sait que saint Eloi, dont nous venons de c 



frmtfii ttaiu le Vritutroinix, p. 27fts — ("/f, lu Gnuk mémvingirum, \a 
I^HOt;, eluip. 1% i VArL 

i2i l*iml LAfinms. Lt* Àri* ttti tnoyett âijt^ p. 141. Crois qIIHW 

Loi, 



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— 105 — 

procédé, vivait de 588 à 659, sous les rois Clo- 
taire II et Dagobert I*^ 

Les objets décrits plus haut, ciseaux, couteaux, 
boucles d'oreilles, et colliers paraissent avoir appar- 
tenu à des parures de femmes. Ces femmes étaient- 
elles chrétiennes? L'orientation des corps vers le 
levant étant un rite funéraire mérovingien, ne suf- 
firait pas à rétablir, mais, à défaut de signe certain, 
Tâge des bijoux nous porte à croire que le paganisme 
avait disparu dans la contrée à cette époque. Tout 
au moins sommes-nous assurés que le luxe de la 
parure, les émaux, Tambre, l'orfèvrerie, quoique 
plus simples que dans les riches nécropoles du nord, 
de la Marne et de TAube, étaient connus et utilisés 
par les habitants du pays de Courgenay. Du reste 
Tachât et le transport des cercueilsde pierre à cette 
distance du lieu de provenance représentaient à 
eux seuls une grosse dépense qui est également 
faite pour nous surprendre. 

Notre fouille était terminée. Il eût fallu passer la 
terre au crible, mais elle était trop compacte et 
trop humide pour cette opération. Du reste les 
curieux,attirés parla présence de notre petitgroupe, 
n'avaient pas tardé à nous rejoindre et, en nous 
serrant de près, à entraver nos mouvements. Lais- 
sant donc à nos hôtes, si complaisants, le soin de 
repasser le sol, nous prîmes congé d'eux, pour 
employer à la Pierre-Couverte les derniers moments 
de la journée. 

Là, M. Lapôtre nous fit voir une urne funéraire 
d'enfant, nouvellement découverte et semblable à 




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à 



— 108 — 

bre des bas de soie dont usait le grand capilame*] 
Il y ratidraît le taltMil bien connu de M. Fiêdtr 
Masson, Mais, ii y eut, en 1811, d'au 1res îiolc 
à payer, et, de ce nombre, celle*^ que MM, les fabri 
clcns de Saint- Etienne durent dresiîer, au tend 
main derinvaslondesallîésetdela courageusertVil 
lance de la gaj iiîson séiionaisc. Nous avons, cuir 
les mains, ces curieux et mélancoliques niénmir 
Eu remerciant M. l'abbé Char traire de nous k 
avoir signalés, nous avons contracté robligaliondc ' 
nous en servir pour préciser notre récit 

La gloire a riiabitude de casser beaucoup 
carreaux, de défoncer parfois les toits ti de g;ilc 
les meubles. Ses fumées ne se contentent |Misloa^ 
jours de faire figure de rbétoritjue; souvent elle 
vont ternir prosaïquement les plafonds, et loulceb 
se paie fort cher. Les narrateurs enlhousiasl*? 
n'ont cure de telles vétilles, tout occupés qulft 
sont de leurs héros; ils se gardent bien de s'aj? 
réter pour voir, comme dit la chanson populnir 
le vilrier passer. 

J'aurais peut-être fait de même si M. le présîden 
ne m'eût averti cliaritablement que Tordre du jmir 
de la séance n'était pas chargé. Nous alhm^ donc» % il 
vous plaît, nous pencher sur Tépaule du vénérable 
M. BlanclieL ancien gai de-marteau des eaux et U> 
rets du bailliage de Sens, président du conî*eil de 
fabrique de Saiut-Ktienne, tandis qu'il opère, en 
compagnie de M. de Formauoir, la révision des dé- 
gâts causés par les eimcniis a la cathédrale, cl disctilc 
les différents articles du mémoire i-eparateur de 




— i09 — 

. Horsîn père, vitrier-peintre. Aussi bien sommes- 

en 1res sympathique compagnie. 

M. Blanchct est ce courageux citoyen qui, de ses 
cnîers et non sans péril, sauva d'une destruction 
^rtaîne la basilique de Saint-Savinien, pendant la 
erreur (1). Nous avons tous connu sa vénérable 
ièce. Madame la douairière de Canchy, qui, au 
Durs d'une très longue vie, a continué, à Sens, la 
'adition d'une inépuisable charité. 

De son côté, M. de Formanoir, curé de Saint- 
Etienne, a subi les dures épreuves de la persécu- 
ion; il a confessé la foi dans les prisons de la Ter- 
eur; il n'a pas défailli aux heures sombres; il a 
éorganisé le culte sous le Directoire; aujourd'hui 
1 veille, avec la même intégrité, à la conservation 
le sa cathédrale, en attendant le jour providentiel 
>ù il lui sera donné de la remettre aux mains de 
y E. le cardinal de la Fare, grand aumônier de 
France, après la restauration du siège archiépis- 
copal. 

Le bureau de la fabrique comprenait, avec MM. 
Blanchet, son président, et M. le curé de Forma- 
noir, MM. G. de Fontaine, son trésorier, et Miron, 
secrétaire. Le conseil tout entier était composé de 
MM. Billebault père, président; le maire de la ville, 
M. de Laurencin; le curé de la paroisse; Ibled, se- 
crétaire ; Blanchet, Garsement de Fontaine, Mirou, 
Billebault du Hay, Roze des Ordons, Lorne, l'un 




t> 



1^ Voy. la Paroisse de Saint-Savinien pendant la Révolution, par J. Perrin. 
BuUeUn de la Société archéologique, t. XIV, p. 145 et suiv. 



j 



~ 1 Uï — 

des principaux acteurs du siège» Epoîgny 
leur des conlrihutionH. Quant à M. Horsiu 
peintre, il cstl le chef d'une longue lignée 
sénonais, 

Iji situulioii esl anse/, grave pour tiuV 
un Imd^el extraordinaire : 

Hucl}4e£ dcîi réparntions h faire à réglisc de Sali 
pGf ?^uiti* tics tlr^^Ats iiccnsiaimès p;ir le bûmkMir 
la vilk, lequel a eu lieu dans le caurntit des m 
vner, mars et avril 1814 (1), 

neinarquons, en passant, que cet intit 
pan abf^nlunient exact. Si la ville ftit, îï l 
accupée par T eu ne ni i, il e^st bien certain c: 

(H Ij»i lUii'iltiiiMtUjJiiiilyMH Uîin*i erU** «ituçlr Miiit t*%tnitl3k il 
M. hilibrriinrlniliii, «[iii )i Ui**n Vtujki nie U*\ L-iiiiifiiunii|ai*r. J 
mi t|Uîilrt' lilcrt-iîHiliflcn'ril*!»» ; 

ttétjtUn *ifcu»iimtu'n fntr h tHuithantemctti *it ht mtir, ir*i»rt u r. 
amnint itti nmin de fi'Vrii^r. ri*rir< ri avrii ifr l'nttttrr fXll* m %i 
Jiiitfftf'l est ^uUI <riiii Etnt dftt rfpaniiinni ti fnirf ti VéQhntdf l 
ih kl mltf dp .Viiji« fMtr Êttite de% évéttfmati» mtntiotut^» #i} Tai 
j^mrt, ÎM l'vL'npUuUitioii eouvimino jl cc^s tlfui arUcIo r^r iiiniti 

• Ouvriigf'fc (Ir HcntiHiT, rliuf-nritlk'r, cou Vf oui . iiiiiv\*ni, mei 
tï**ur -**.,♦.. 

p 114' |i{int! Ion tTf* vf Initia . , . . 

• Tolnl gc'ViiVitl 

ît- lttiji\iet de lit fitbriqiifde Saint- f CI iennt dp Sens pour ISJâ. - 
néiwtmeM exttmirdinuU'eft. — JVn iiJ «toiiiii- Ws aHhîv\ 2 A 5^ i|i 

3*« S" 10, Mc^motre pmi r ligl if;^' jinromp Salnt-LlR-uiie iW In 
par Uornln i>orf% vltrhir-pduîr©, • — O tii^iiioirc? v^rltlrel ar 
du ï7 cliver m bre IKH, |>iir M. de Purnifiiiotr, vuré. n Hé m^uil 
Jour |iMr M. Itluticlifl, primiknit «te lo Iiibrlqui?. Il comnieiicr 
mu, H n rHi* iicrtuitK^ pour In Komnir de Hl ff. JK), 

4' f N* 2n» SVfrinoiru |>our l^gU^r iHiroU&ljiUe ilc HoffiUEUcni 
df î^i^Mi», iwir Htir!*iii péie, ^llfii-r. ■— î)r*Kiîrnf'iit*e iiti no Jnii^ 
arrèUV le 20 id.iI IH15, par M. de Fonnaituir, pmir }a hintiuit' i] 
cl mtliidjiiiL\ k' 2^ nuhmit* |M)r M. nUiricbi'L 



— m — 

ut bombardée que deux fois, en février et en avril 
1814. Le 5 mars, Tavant-garde wurtembergeoise y 
•entra « sans brûler une amorce (1). y* 

Si sérieux, néanmoins, ont été les dégâts que les 
ravaux seront examinés en six arlicles distincts, 
iont quatre consacrés aux combles seulement. 

Art. l^r. — La réparation du croisillon de réglise, cou- 
i'erl en ardoise, est évaluée à six toises à refaire ù neuf, à 
io francs la toise, faire et fournir. 

Le transept avait donc été touché. Le grand com- 
ble n'avait pas été ménagé davantage par les poin- 
teurs ennemis. Nous lisons : 

Art. 2. — Partie du grand comble et du cul-de-lampe. 
Quinze toises à refaire à neuf en tuillc, à 18 francs la toise, 
faire et fournir. 

Mais ce sont les chapelles qui ont eu le plus à 
souffrir des projectiles ennemis, comme se trouvant 
sur la parabole normale décrite par les obus. Il 
faut réparer le toit des trois chapelles du chevet de 
l'église et des bas-côtés, soit cinquante toises à 
refaire à neuf, d à 13 francs la toise, faire et four- 
^ nir. i> 

La grosse tour, ou tour de plomb, pouvait braver, 
par sa hauteur, Touragande fer. Toutefois, elle fut 
touchée légèrement : 

Pour réparation du toit de la grosse tour, couverte en 
tuille biîtarde, pour main-d'œuvre et fourniture, 30 liv. 

Larticle 3 est consacré à la charpente. Il faut rem- 
placer quatre-vingts toises de chevrons à 1 fr. 50; 



a) Sièges de Sens, p. US. 




— 112 — 

c? poser par le charpentier: qui 
r ^ ieds. à 9 fiancs pièce, faire et 
m à 3 francs, poar assujettir le 
r^ . e^ trois Caiilages de chacun doi 

<^ v" DBaiNlen peut-être à quel moi 

r âeroBs rapporter cet écraseï 

I raHièdrale et le défoncement 

t'i àe ledifioe, que de la pari 

^ vffnéres des transepts. Ils 

l^iak^esà la batterie de camp 

It fflifer:: .,. Wartmbeig posta, le 10 févi 

émiN^ Smmz-ni!Tit4eAlI, i Test de la 

::v«i> heanes, cracha boulets 

ri}:scr llialHUnt et intimider 1 

Ijt^^^ ^main 11. le bombardement 

^tfl^ 4it^ uVk*7K*:f pendant deux heur 

VL<£l)er des attaques partiel 

; ^ ^r.T^.-Tn! avait élé pré< 

, . .- , . N..vai4 installés les 

\ ■• < r'.is tard, le 3 avr 

» -. ;.;::.r.:i: 5<^s Russes 

. .^/^.. ^::r l;î hauteur d< 

r/.A-r:^;: sur la ville ( 






v.n feu terrible q 
■'.v'ix-sjvirlesAlh 
: I.Î rose de I 

rr-.iivs septentr 
: :\i: <:o la batl< 

: irablio. le 10 
/,->;;Iincs. Ijo pi 



— 113 — 

V^uitemberg fit arrêter tout mouvement du côté de 
\ porte Saint-Antoine, seulement dans la matinée 
u 11, mais presque aussitôt une fusillade terrible 
vail éclaté sur tout le front nord de la place, no- 
amment sur la promenade du Mail, lors de la 
>rise du collège par le prince de Hohenlohe (1). 

Après le couvreur et le charpentier, nos fabriciens 
ont appel au serrurier (art. 4) pour soutenir, à Taide 
rélriers, écrous, boulons et liens de fer, dix entraits 
;t jambelles endommagées. 

Nous avions consigné dans une note de notre 
ivre la tradition qui montre encore, sur les dalles 
les nefs, la trace des feux des bivouacs des vain- 
queurs (2). La pièce authentique que nous analy- 
ions apporte, sur ce point intéressant, une confir- 
mation précieuse : 

Art. 5. — Careau en marbre noir et pierre de liés à répa- 
rer en quinze endroits, où il a été dégradé par les ienx de 
bi vaques 300 livres 

Nous apprenons même de quel bois se chauf- 
faient messieurs les Allemands : 

Art. 6. — Deux cents chaises à faire à 1 fr. 50, en rempla- 
cement de celles qui ont été brûlées par l'armée étran- 
gère . 300 livres 

Au total. . .2027 livres 

On dit que plaie d'argent n'est pas mortelle, c'est 
pourquoi, sans doute, MM. les fabriciens ont eu 
soin de séparer le compte purement matériel d'un 
autre devis, où les pertes artistiques sont indiquées 

1) Sièges de Sens, pp. 67, TO. 72» 75 et 143. 
Ci) Ibid., p. 86. note 2. 








i. 

I ' 



^ 114 — 

sans qu'ils espérassent en jamais pouvoir tcmief 1 
les hicssurcs. 

("est 1%^ étal (les réparations a faire en l'église j 
de Sahil-Elienne de la ville de Sens, par îiiiîte dci| 
événements menlionnés en Tarticle de Fautro pari » 
Les vieux vilraux ont gravement souffert. Tau5sj 
hélas ! ont reçu tic rennemi rîrréparable outrage: 

Quinze croist'cs son! ù retenir i dans le chœur j sca voir] 
Oïi^e en verre t!e couleur et quatre en verre Ijlîinc à bordttfr, 
esUmées à 20 francs par croisée* . 300fnfti] 

Cinq dans la chapelle de Sainl-Savinien , donl Irob j 
en verre de couleur, et nous savons que, parla, 
nous devons entendre les admirables médïiilloa^l 
polychrutnes du xin« siècle ; les deux autres en verre 
blanc à bordure, eslîmées à 'JA) francs par croîséf* 
A «f la chapelle de rAssomptîon, » aujourdTitti du] 
Sacré-Cœut% on compte *i quatre croisées en vtntj 
blanc à relatte en entier, à neuf (1). * Chose sin- 
gulière! rexpert na pas an été son attention sarlc| 
coup funeste qui, enlevant la tôle de la sibylle libur- 
tine, venait de mutiler une œuvre du xvi- siècle ni- \ 
tri huée à Jean Cousin (2). 11 aurait bien pu y aoïct, 
selon son habitude, « du veire de couleur, p ptii*^ | 
qu'il a remarqué Tappariliou de la Vieige-M«ïn:a 
Auguste, au point de la confondre avec TAssomp- 
lion. Sans doute, le dégiU est si grand quHI ity voil 
plus place que pour son vetre blanc* Ce jfesl V^^ 

(1> < Sçûvnlr \e^ tleux ip-niuleft à TiS tr, |Mtr crul«éii?, lo» ilrui motfi^f^ * ; 
mit, tmMimtr. » 




— Mo- 
de nos jours, que ce beau vitrail de la Renaissance 
a été restauré. Pourquoi faut-il que récemment la 
main d'un serrurier insouciant soit venue rempla- 
cer la traverse de fer, que le boulet ennemi avait 
brisé, dans la grille de cette chapelle, avant de 
s'abattre sur le pavé ? Pourquoi un maçon trop at- 
tentif au cordeau, a-t-il remis une pierre sur le fût 
élevé de la colonnette du chœur, où le projectile, 
dans un dernier soubresaut, avait, par une cassure 
violente, posé sa brutale signature'? 

J'aimais à voir ces glorieux stigmates, à chacune 
de mes visites à notre cathédrale, comme je tiens à 
saluer dans la cour des Invalides, sur la joue d'un 
brave, la balafre superbe d'un coup de sabre ennemi : 
Sunt cerlœ denique fines I Serait -il indiscret de 
tracer, comme limite à toute restauration, celle 
même où elle porterait atteinte à la physionomie his- 
torique d'un monument. Ces pierres ont vécu des 
gloires et souffert des deuils de la patrie. Efface-t-on 
les rides d'une aïeule ? et la meilleure leçon d'his- 
toire ne sera-t-elle pas toujours celle que le temps 
a imprimée sur la pierre de nos églises ou celle que 
les yeux rappellent au cœur des jeunes gens? C'est 
atteindre l'amour du pays dans sa fibre que d'effa- 
cer toute trace du passé. Ainsi les Allemands entre- 
tiennent-ils, avec un soin jaloux, les ruines d'Hei- 
delberg pour rappeler éternellement la cruauté de 
l'incendie du Palatinat, pour que jamais ne s'étei- 
gne, dans l'âme populaire, une patriotique ardeur. 

Le côté gauche de la cathédrale n'a pas moins 
souffert. Que les cinq vitraux en verre blanc, à bor- 



— JIG — 

dure de la chapelle de Saînle-Cnlombe (aitjm 
du Mnusnk^e), soient « à retenir (1), » nou 
en consolons volontiers. Mais on est inqti 
constater que u les quatre croisées en ve 
couleur du bas-côté gauche du chœur (sont) à i 
en entier; estimé i\ iii ïi\ » Quand on peu 
ces venières sont la merveille de l'art du vu 
Tépoque ogivale; on serait heureux de sav 
quia péri, pour mieux discerner, sous la r 
moderne, les morceau x précieux qui tmt sx 
à la mutilation de ces admîrnbks payes d 
graphie qu'on appelle les paraboles du bon 
rilain et de FEnfanl prodigue ; les légendes di 
Placide et de saint Thomas de (lantorbéry. 

Il faul<< retenir p de même les cinq verrié 
bas-cùlé droit (2), puis la grande baie de h 
pelle Saint-Jean, les deux roses du transeptév 
à 80 fr. la baie* Sur les dix-huit croisées lai 
du transept, trois sont a refaire en grande 
(évaluées à 300 h\)\ cinq à retenir seuleni> 
50 fr. la croisée). 

Il faut encore réparer les seize fenêtres a en 
blanc » de la grande nef, à 15 fr. Tune ; trois t 



tt) • A ta Tr pnr crobéi?. • 

i2t • Uhriticllui éii% (^trniLHiU^H, t'hfi|ti lli^ SjHfit-ÉIrïy, rhapcar tic h 
en tout cl rH| griititicK croUcfi H rclcnlr, doïil trois, en jwirJlr ço 
couleur, c<itimL'P9 l'k 2U fr pur eroisc^e: 100 Tir. 

« lUuiputle Siilnl-Jeîmî untî gi^ande croiîMÎLC çn verre du coul<?uri ti 
en svnc Ulunt: û liorfkirf, eî»linirt'^< Ia grande û II» Ir., la pi-tlte iiO 

«Croi&lUon de l'ÊgUiieî le;^ deux, grumli'ï i^rotsceM,^n rtu(\ a tctt^ 
iiiÉi» À Sfl fr* liii croinee : l<Xï fr î )ei^ IN errïiséesi du crtdhlllon, 1 h r< 
grnnde imrlie, cslitiiOes^ A ÏUU fr. ; les «iitr*'*, eijMj h * rU^iiir, r»ilmi 
par troisi^c : 531) Tr, » 



— 117 — 

re de couleur, dans les chapelles latérales de la nef 
à 20 fr. la croisée ; le vitrage de la chapelle Saint- 
Romain (1) et huit autres fenêtres de chapelle en 
verre blanc à bordure (2). Mentionnons aussi les 
fenêtres de-la sacristie (3). 

Le tout est évalué à 2075 francs. 

Certes on n'est pas moins épouvanté de retendue 
des dégâts que de la modicité des prix réclamés 
pour les réparations. On pressent que la barbarie 
des uns n'a d'égale que la dérisoire insuffisance des 
autres. De fait nous nous souvenons de ces aflreux 
rapiècements de verre blanc ou de morceaux dis- 
parates, qui rendaient inintelligibles les meilleures 
scènes de nos splendides vitraux. * 

Le bon vitrier faisait de son mieux et en toute 
honnêteté. On admire comment il a pu se contenter 
de 5 francs, pour, « courant de février (1814) : 

Avoir calfeutré et collé en papier, que l'on ma fourny, sa- 
voir neuf vitraux, cinq dans la chapelle Saint -Savinien 
et quatre dans la chapelle claire, pour ce, cy, 5 francs. 

Mais on demeure rêveur quand, « dans le courant 
de décembre suivant, y> le père Horsin déclare avoir 
mis la main à l'admirable verrière qu'avait raccous- 
irée}adh maistre Jehan Cousin dans celle de Saint- 
Eulrope : 

Chapelle Saint - Utrope fsicj^ avoir levé sept panneaux, 
verre de couleur, les avoir remis en plomb neuf, avoir 

(1; « EsUmée 60 fr. > 

Ci)' \ retenir, estimées à 15 fr. par croisée. 

(3) «Sacristie: trois croisées en verre blanc, sans bordure, dont deux à 
faire à neuf et une à retenir, estimées les deux premières à 50 fr., la troi- 
sit-meà 12 fr.: font 62 fr. 

« Plus un panneau à refaire «^ neuf, dans le passage de la sacristie: 4 fr. » 



■ 


f 

1 


^^^^H 


1 ^ 


1 


; 1 



^^ li 



— 118 — 

fourtij verre de euuleur et racordè les pk^ccâi cassées, fnit 
ûu prîît de 6 fruncs ijart punnaux, fait pour ce* 42 fratic* 

Le brave vitrier, insiste, dans sa probilé ciécun- 
certanlc, ut il vous dit : 

l'kis, ou niêiiie \ itrcau, avoir levé trois patinaiix^ racom 
mode et remis rie messtire, Iburny 24 pièces verres de cun- 
leur, soudée les attaches neuve, fait pour cccy, 9 fr. 

Plus avoir posé sur pince dix pièces aux autres ii«niic»ui 
dudit vilrcau, verre rie couleur, fait cy\ 3 francs il; 

Da ns to us ces a verres de couleur * on se d u ma atie 
helas ! ce qull peul bîent*ester deréblouissaiitc pa- 
lette du maître de la reiiaîssaucc française. 

L'honnête ouvrier ne s'en tint pas là, il coutinita 
fi mdtre de nicKtire, par eî par là, les vieux vitraux 
du grand art. 

En 1815, il avoue qu'il a mis la main à la l\<nt 
(la rosede Paradis, sans doute !). — a Avoir fait à la 
rose six panneaux à neuf, en verre de en n leur el 
avoir peint en verre bleu les oreilles, fait cy, 8 fr 



(1) « IlUi un vftFi'au tW la it^cdridc tii;ipvlk< pn^ In chnpHlf* S»hit' 
rirtipiH*, nvoir If v&^ un |ïimiiiiuK, riicotiiiiTfKlé e1 remis ûi* riif%^ufv, *emU 
k's îiUnchi's nruve «il avoir posé (laujcc pièce» nu aulrr« pniifimui dii- 
<IÉI vJtreHii, fiill ey » , . . , . . î fr ^fi 

* Vtun h (li'tiji vilrciiUA, m^tiitr crtttt\ ilu catié de lu cour de fArdiCYncUr. 
poB^é sur plarv ï|ubiKiî plêccK, ndl poyrt^<v cy . ^ 1 ff.âu, 

« l'Itis nu jWflH vÉlreau aunli^ikituM ildii port** de» Ims-entl^, avoir poMr m 
verre dt? cmdmir ri \'i*m^ peint, neuf pi^^r**. fuit pnur ce. cy I (r*Si 

En février 1M15, le bon vitrier remet encori , en plonib nent un crattd 
piinnenu t au grand vUretiu iiU'clet'tii!» du pn^i^ngL' du croKlUor} nu mi*! 
ilu ri>iU* ilu t^outliflnt; **.*. frturny huit pléct^* de Vi?rre de i'oul**iir 
cy . . î t- 

Unn» If ctmnnit de innrs>f<n1viinl, Il po^e luill ptt-ces nti^ ptiiturnui du 
Irfdi xtu>difHPiUH dtî îtl cluipelli' du Srpuh'n' ; piiH rururr i|u:ilri«<% itiginl»* 
piècf^K i aiu i;rnnd vUreau de lu eliiipcUe dei^ rouibi, *• H r|u;imnlT-drct 
l»ièce& à d aulrii& putiueaus» de, 



ri^^H^ 



— H9 — 

Sur ce trait, je vous propose de fertnernos pro- 
pres oreilles au récit de si noirs procédés et de 
retourner auprès de MM. les fabriciens. Us ne sont 
pas gais. Cet immense édifice, devenu simple église 
paroissiale, est, d'ordinaire, d'un entretien ruineux 
qui a déjà vidé leur maigre caisse. 

Cette fois, ils ajoutent à leur budget de 1815 un 
chapitre de dépenses extraordinaires, qui sera, pour 
nous, un chapitre d'histoire. 

ART. 2. — Achat de meubles d*église, partie des chaises à 
renouveler, cassées et brûlées par les armées qui ont sé- 
journé dans la ville 2CX) livres 

Art. 3. — Réparations de l'église, nettoyage des voûtes, 
pleines de toiles d'araignées et enfumées par les feux des 
corps de garde établis dans Téglise 300 livres 

Art. 5. — Item (réparations) des vitraux de Téglise, cri- 
blés et en partie démontés par les bombardements de la 
ville 2075 livres 

Art. 6. — Item aux charpentes et aux couvertures fra- 
cassées par les obus, bombes et boulets, pour les serru- 
rier, charpentier, couvreur, maçon, menuisier, etc. 2027 liv. 

Les fabriciens s'arrêtent. Ils ont eu beau réduire 
les travaux au strict nécessaire, ils ne peuvent plus 
supporter ce dernier effort, et, constatant que leur 
budget se solde en un déficit de 1270i fr., ils 
adressent à la ville de Sens un confiant appel 
pour obtenir un secours, qui leur permette de ré- 
tablir le monument mutilé. 

Et maintenant, si portant nos regards par delà 
ces feuilles froides et jaunies, nous recueillons nos 
impressions, elles nous sembleront très suggestives. 

Au soir de la bataille du 11 février 1814, quand 



>' 



— \'4Q — 

la mitraille, qui a fait rage une parUe île la jonroà;, 
s'est apaisée; (piaiu! les AlIeiTiaiick vainqueurs 
ont fini de relever les ncMnhiX'UHes vietimes, îibal- 
lues clans leurs ran^s par racliarnemenl des 
défenseurs; lu fraca^î de;; armes, la grande rumeur 
du pillage et des colères d'un ennemi furieux 
s'aniorlissent peu à peu dans la brume tora* 
haute, où s'enveloppe, comme dans un rniceiil 
funèbre, notre calhédrale (lent alors que le pa^ 
lourd et cadencé des grcnadierîi wurleiiîbergeoîs 
ébranle les voûtes de la vieille basilique ; des voi^ 
rudes se font entendre, répondant aux chants d 'i* 
vresse du dehors; un luvouac s organise* des feux 
s'allunieni, dont les lueurs rougeoyantes courent 
sur les nervures ogivales qn elles semblent se- 
couer dun Ircnihlemenl sinistre. L'immense vais- 
seau résonne et s'emplit de fumée, comme s il 
allait s'alïlnier dans cjnehiu^un de ces incendie^i 
tbrmîiiables qui plusieurs fois.au cours des Age*, 
nnt consume ses murailles. Voila le spectacle» à la 
fois grandiose et lamentable, cjue nos docuiiieuts 
font passer sous nos yeux, Ln maison de la jvriéïv 
est devenue un corps de gnrde, et les ennemis y 
reviendront, le 10 avril, ralhnner leurn feux mal 
éteints, sur lesquels souffleront, par les verrièrcii 
béantes, qu'ont évenlrées leurs boulets, la bise Jes 
nuits d'hiver Telle une ruine, hantée à Theure 
des ténèbres, [mv des es|)rits mauvais. 

Pauvre grande calliédrale ! Que de voix du passé 
sous ses arceaux séculaires! HIleaconnn dcsjour^ 
de gloire : les conciles, les cortèges royaux» les as- 




— 121 — 

semblées immenses et la pompe des sacres. Nous- 
mêmes, il y a peu d'années, nous y avons conduit 
l'imposant congrès du cinquantenaire de notre 
Société, et, devant les représentants de nos acadé- 
mies, saisis d'une admiration respectueuse, elle a 
fait raisonner de nouveau les mélodies tendres et 
profondes que Tarchevêque Pierre de Corbeil avait 
composées pour elle, il y a plus de six cents ans. 
Cadre unique d'une œuvre incomparable ! 

Elle a eu aussi des heures critiques : elle a subi 
la conquête, le feu, la foudre, le schisme, et les 
cohues avinées, grotesques, de la déesse Raison. 
Vous venez de voir ce qu'ont été pour elle les ou- 
trages du bombardement de 1814. Mais la main 
pieuse de nos archevêques et la science de nos ar- 
chitectes ont, après tant d'épreuves, renouvelé sa 
jeunesse, affermi sa base et refait sa couronne. Que 
lui réserve l'avenir?... Quoi qu'il advienne, toujours 
elle reflétera l'âme glorieuse ou souffrante de la 
patrie, et, après les mauvais jours, comme ceux 
que nous venons de rappeler, ses échos n'auront 
pas oublié, ils retrouveront, pour se les renvoyer 
en ondes sonores et triomphales, les strophes ma- 
jestueuses que saint Ambroise improvisa, dans un 
moment d'inspiration sublime, sur le rythme des 

Panathénées. 

Joseph Perrin. 

5 novembre 1906. 





à 



UNE NOUVELI.E IJSTE 

l)H PROFESSIONS ÉPISCOPALEî 

ET ABIJA'IIALES 

FAITES A l'ÉÛLISE MÉTUOPOUTAtNE DE S^S 



Uncgi*'^""!^* pnrtir du Cartiilnirc du Chapiltei 
l'Efîllsi* uu4iu}inlilaincde Srii^, publié un 11HJI| 
In SocîiMô incliéologinuc de Sens, est etuisacrve iiû 
dticutueiits relaUrs à la professitui d obédience due 
par kï* évéque» sulTra|»iMib et par les nbbés et ab- 
besHcsilu Dîncé^^e. 

Nous avouH tniiftiu tneiit exposé, dans la préfea 
de celle pubtieulioii, eu cpiui çonsislait cet 
d'obédience, les nombreux eanflits soulevés à sou 
occasion, le i^élç dit Clbapilre Séuouais à uiainlciiir 
cette obli|ia!inn sanelii>nnée du reste par les bulk* 
punlifieales, et nous avons reproduit, a la suilcilu 
Cartulniiw les séries que nous avions pu retrotinff 
des serments de prtifession. 

Deux sou très seule meut nous èlnietil coi 
le IVuititlcîil séiionats provenant dn Trésor 
Mélixipole» ventlu avec le cabinet Tarbé à M. 4k_ 
Sjilis cl légué |Kir lui à la Bibbollu que de MeU ; 



— 123 — 

utre Pontifical sénonais appartenant a la Bibliolhè- 
ue Nationale et que Tabbé le Beuf avait Aùjik 
Lgnalé dans le Cabinet du Roi. 

La plus ancienne Profession inscrite au Pontifi- 
ai de Metz est celle de l'évoque de Nevers, Re- 
aud ; elle date vraisemblablement de 1222. Celles 
ui figurent au Pontifical de la Bibliothèque Natio- 
lale sont plus anciennes, mais la première n'est 
^s antérieure à 1214. Malgré Tabscncc de do- 
uments, on pouvait supposer que Tusage de la 
Vofession remontait à une époque encore plus re- 
îulée. La découverte faite récemment par le savant 
ix>nservateur du département des manuscrits de la 
^bliothèque Nationale, M. Omont, de Tlnstitut, 
si dont il a bien voulu réserver la primeur à la So- 
ciété archéologique de Sens, vient heureusement 
confirmer cette hypothèse. Elle apporte aux listes 
publiées dans le Cartulaire du Chapitre un précieux 
complément. 

C'est en étudiant un manuscrit de la bibliothè- 
que de rUniversité de Leyde, portant la cote : Is. 
VOSSIIfl), codex latinus, 4% 12, ([ue M. Oniont y 
^ remarqué une suite de cinquante serments de 
Profession prêtés à Sens. 

I. Description du manuscrit 

Le manuscrit de TUniversilé de Leyde renferme, 
sous une même reliure de parchemin blanc, des 
fragments de difi^érenls auteurs. Ces cahiers, de 

il) Isnac Vossius (1018-1689). historiograplic des Etats de Ilollaiidc et bi- 
bliothécaire de la reine Christine de Suède, se fixa en 1G70 ù Windsor. 



- 1:^4 — 

formnts îni'gîiux, pciivenl n'avoir pus une nit-i 
provcnaiici^. 

Le premier, comprenant les folios 1 à 38» m 
«lire 24 eentîmelres de liauteur sur 19 1/2 île U 
fjeiir, 11 contient clcs lettres de l*^ilhert de Cluirlr 
quehjueH extraits divers, et, à la lin, une Viia 
pantaUtmis. Le tout csl d*nue écriture du si' siée 

Au folio 58 v^, ua Ut, en écriture du xv« siée 
cette lîole : Liber suneii Martini Sagiensis (î). 

Le Hecoïul IVugment comprend les folios 59 à 
ScH diinensious sont de 27 cenlimètreK de liante 
sur 19 centimètres tie larf|eur. 

Du folio 5y au folio 6f>, l'éciiture est di**])osées 
deux colonnes, hllle iiaraît de ta !ln <ln xu* siée 
mais, comme elle est certainement antérieure a 
serment» de Profession, il faut la taire remoni 
à la période de 1150 à llHO. 

Les ru hricpies sont i"» Tencre rouge, l-es initi^jl 
sont tnnlôl inniges avec ornements bleus, tant 
bleues avec ornements rouges. 

Au folio 59, on lit, en tête de la première colo 
île, le titre ; ue sacramento ohdicationis jvonisca 
NOTKNSis i:!>isccïPi { Scmion d*Yves de (lhartres, 
IV, dans Migne, Patrologie latine, voL 102, coloiij 
527,) Ce sermon finit au folio l>2 v^. Il est suivi ii 
iiiédiatemeul de ; de sacuamentis NEOFnrroiiuM cm 
{siv) supiu IN svNooo. Qtfoiiiam populm tul /i 

PocaitLK (Yves de CJiarlres sermo primm. Mi 

ibid. col. 505) juscpi'au folio (i(i, première colo. 



n) AIiIni>i5 iiMi^rtktliu* tli« Snait*MiirHri rli* ' 



r iflrn*'* 



— 125 — 

Il se termine par ces mots : ..,sed cum gaudio ra^ 
iionem reddant. 

Le texte d'Yves de Chartres s'arrête à la 18^ ligne 
de la colonne de gauche du folio 66. La fin de la 
page était restée en blanc. Elle a été, par la suite, 
remplie par l'inscription des serments de Profes- 
sion. 

Les Professions occupent les folios 66 (recto et 
verso), 67 (recto et verso) et 68 recto. De plus, la 
marge au bas du folio 65 verso, a reçu aussi, après 
coup, deux textes de professions. 

Nous reviendrons sur la disposition de ces tex- 
tes. Nous voulons, auparavant, achever la descrip- 
tion du manuscrit. 

Le folio 68 verso, qui termine ce fragment, est 
resté blanc. 

Un troisième fragment complète le recueil. Il 
est formé d'un cahier de parchemin, de même 
format et sans doute de même origine que le pré- 
cédent. Il comprend les folios 69 à 72 et 78 à 81. 
On y a intercalé un autre cahier mesurant 24 cen- 
timètres de hauteur sur 19 de largeur et portant la 
pagination 73 à 77. 

Le recto du foho. 69 est blanc. Au verso com- 
mence, en écriture minuscule Caroline du x^ siècle 
un extrait de Claudien : ex libris claudiani viennen- 

SIS PBRI DE STATU ANIME. — IN LIBHO PRIMO — EST 

ERGO IN ANIMA QUALiTAS (Miguc, Patrol. latine, 

vol. 53, colonne 699 et suiv.) 

Les folios 71 à 72 verso offrent un catalogue des 
papes, avec la durée de leur pontificat, depuis 








— i;a — 







mous dTves et Clarti^ Q>latt gueri! dé 
recevoir ces <loeuiiieiits historiqyes el li 
Oliéissftiit à ce scrupule, on peut da moi 
poser, il an pas voulu^ au début, ccrii 
Olfiles de serments sur la page du ma ni 
chrré. Il a tourné deuîi folios et, au ven 
67 seulement, il a tracé le premier acte < 
sïoo. 

Cette page remplie, ou a rétrogradé. 

On a écrit au recto, puis ce fut le toar 
du folio 66. Toutefois Tordre ne fut pas 
sèment observé. Ainsi, le serment de Vi 
Troycs, Gamier de Trainel, qui aurait d 
place, au folio 67 recto, parmi les loul 
res professions reçues par l'archevéqi 
cette profession étant au plus tôt d*avnl 
de réleclioti de Gamier, et au plus tard < 
bre 1193, date de la mort du niélropol 
été inscrit en tête du folio 66 verso, pn 
lonne. Il y a là peut-être une inadvertance 
peut-être aussi la préoccupation de mell 
comme cela fut pratiqué plus tard, les p 
épiscopales. 

Sauf cette exception toutefois, le vers 
en n'a élc utilisé qu'après racliévenient di 
Dans la '> colonne du verso 66, à cùlé d 
de Tévêquc Ganiier, a été inscrit quclqii 
plus tard, le serment d'un abbé de Sain 
Sens, A la suite de cette lorniuk% un 
s'est livré à un exercice de calligraphie, 
cicux assurément sur ce registre oflîcîul, 



Société Ârchêûhgiqae de 



liLâ sa Iiu4 Ofm Ut« I 



t^m Audmnr wi; indu îw tç- 



-t^^ 



r*j(% to SU e. «4. 



•iA. 



^ céi f«i!rcfiiwit'%«€^. Liât 












^«tlvl 



M»mmV'''t ^ 









Jfcif^dtt*!^U*^J 



•r^ 



suSi^vT^^s^ï: 




Serments de profa&s^ion 
prêté h par les Evèque^ de lit provlitee 
ei l«a abbés du diocèse 
fManuMcrit d§ Uydê) 



r II -MB 



itfli 




. ■; i 



.. V 

»> 
\ 



- L 



'V , 




— 129 — 

le début du serment de Garnier de .Traînel : Ego 
Garnerius Trecensis eps Deo.., (Voir planche IV), 

Le verso du folio 66 terminé, on s'est reporté au 
folio 68 recto, qui formait sans doute la feuille de 
garde du registre ; puis, avant de recourir à un autre 
registre, on a utilisé tous les vides de notre manus- 
crit, d'abord la fm du recto 66, puis les marges in- 
férieures du verso 65 ou des feuillets déjà remplis; 
on a même intercalé des professions nouvelles dans 
les intervalles des serments antérieurs. 

S'il devient impossible de retrouver exactement 
l'ordre suivi pour l'inscription de ces derniers ser- 
ments, il est cependant facile de les distinguer, soit 
par la différence des écritures, soit par leur disposi- 
tion moins régulière. Il semble qu'on ait surtout 
cherché, dans ces inlercalalions, a faire des rappro- 
chements. C'est ainsi que, au bas de la 1'^ colonne 
du folio 66 recto, on a inséré le serment de Robert, 
abbé de Saint-Pierre-le-Vif, à la suite de celui de 
son prédécesseur Hélie. C'est avec la même pensée 
qu'on a placé, au bas de la deuxième colonne, le 
serment de Gautier de Vauluisant après celui de 
Thomas, abbé du même couvent; que la profession 
d'Hervé, évêque de Troyes, est écrite quelques 
lignes après celle de Garnier de Traînel (folio 67, 
verso). 

Pour dresser la liste des professions qui va suivre 
on a adopté, dans la mesure du possible, l'ordre 
chronologique dans lequel furent prêtés les ser- 
ments de profession. Si cet ordre est à peu près 
certain pour la succession des folios et les textes 

9 




^^4 



l 



r 

V 






— 130 — 

qui y fuient hiscrits régulièrement, on compr 
qu'il resic assez hypothétique pour les form 
inlcrcalées ou surajoutées à des pages déjà r 
plies. 

Voici un tableau présentant Tordre dans Ie( 
se préscnlcnl les textes dans le manuscrit (1) 
Folio 65, n^*» 15 et 46 (sur deux colonnes). 
Folio 66, recto. 

Col. 1, u^^ 47, 31, 32, 33,49. 

CoL II, n^^ 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 35. 
Folio 66, verso. 

Col. 1, n-^ 13, 19. 

Col. Il, n^-n, 18. 

A pleine page, no» 36, 20, 21, 22, 23, 34 
Folio 67, recto, n^s 8, 9, 10, 11, 14, 15, 16, 50. 
Folio 67, verso, n^ 1, 2, 3, 51, 4, 5, 6, 7, 12. 
Folio 68, reclo, n^ 37, 38, 39, 40, 41 , 42, 43, 41 

Le pr(!1at appelé à faire profession, n'écrivait 
lui-niêiîie, saul de très rares exceptions, le texte 
seroieiït. ('elle formule avait été transcrite, a^ 
la cérémonie, par un greffier du chapitre. Le pr 
se conlenlail de tracer, à la suite, une croix qui 
vait de siguaUire. Le manuscrit de Leyde fou 
une nouvelle ]}i'euve de cet usage, car s'il offre 
glande variété d'écritures, on y peut constater 
plusieurs foiniules de suite sont de la même m 
et ue peuvent, |>ar suite, être considérées coni 
des aulograplies des prélats qu'elles concern( 

{%) Nous 11 vous rcprtMltiit le recto du folio GG (planche 3) cl le vcn 
mt^ritr feuilkt ([)lnnelic i}. 




- 131 — 
IV. Importance de ces documents 

Le manuscrit de Leyde, n'offre pas seulement 
l'avantage d'ajouter une grande série à la liste <lcs 
professions déjà publiées dans le cartulaire du Cha- 
pitre de Sens. Il nous révèle les noms de plusieurs 
abbés et abbesses inconnus des éditeurs de la Gallia 
Christiana. 

La liste des abbés de Saint-Pierre de Melun s'en* 
richit de trois noms nouveaux, ceux des abbés 
Gautier, Laurent et Jean. Ces trois abbés ont prêtés 
serment à l'archevêque Guy de Noyers. Ils se sont 
donc succédé très rapidement dans l'espace comprii^ 
entre 1190 et 1193, et doivent s'intercaler entre 
Milon II cité parla Gallia, en 1188, et Pierre qui ap- 
parait en 1198. 

Les diptyques de l'abbaye cistercienne de Cercan- 
ceaux peuvent aussi inscrire deux noms d'abbés 
jusqu'ici ignorés. Après Hugues, le deuxième abbé 
cité par la Gallia Christiana, se place Hervée. Sa 
bénédiction eut lieu certainement en 1207, puisqu'il 
fit profession immédiatement après Guillaume de 
Seignelay, évêque d'Auxerre, élu en février et sacré 
en avril 1207, et avant Manassès de Seignelay, 
évêque d'Orléans, élu la même année. Il eut pour 
successeur Barthélémy. 

Les autres noms révélés par le manuscrit de Leyde 
sont ceux de Jean, abbé de Saint-Paul, vers 1215, 
d'Hersen, abbesse de Rozoy, entre 1190 et 1193, 
d'HéloIse, abbesse de Champbenoit, vers 1209. 

Il serait superflu d'insister sur l'intérêt que pré- 






— 132 — 

sentenl aussi pour la science paléographifji 
séries de dociiiiiciils (|iii pe nue tient de 
piTsque d^annéo en a un ce rcvolulîon de I*éc 

Alïhc K. CHAiiTHAïrit 



SERMENTS DE IMIOFI-SSIOX 

DES ÉVÉQI:ES St FFRAGANT8 ET DES ABBÉS ET AB 
DU DIOCÈSE 

EPISCOPAT DE L ARCHEVÊQUE GUV DE NOYl 

1. — Ciatthnme, ahhe iîv Vmthumnl (Vitéfie fîB^ a î 
Ego Willcrmiis, abbas VaUiîiluceixlis, Deo el Ecclesi 

Slcphnni Senoiicnsis et lîbt [iiilcr Guklo tuistjiie Mieci 
bus dchitani obctîtenUam et revcrcutiani orc proin 
111 Q nu conïinua. -f 

2. — Barthélémy de Pinncy, émiiuede Trogen^ sacrée 
Ego Barlolomciis. Treceiisb episcopus, Deo et En 

Bcnti Stephani Scnoncnsis et Libi patcr Cîtiido ttii^O' 
ccssoribus débita ni obcdietitifim et rcveretitlaiti on 
mjtto et manu connnno. -h 

3. — Miton, abbé eie Dilo {cité de îîm à tîmj (l^ 
EgoMilo, abbas Deilocensis, Deo cl Ecdesie.., (etc i 

{If D'Apr^Et Ui (ialiia CA., Milan ne nrrnil tkvcnu nUbv dv Dila «ju 
QU plu» \ài, skjn prt'riii^ceîiSfur T*«'tîcr éUmï vn^atc du* et\ **vt\v mi 
n^ç. Il y n U titir **rrrur irvhlinile. Miluji, uj'iiiu pnir MfriiitMkt p 
inaUii de i'ufHiGViM|ue Gu>% i[ul niounii ii h* Un ilc runiirr 11901» 
inottoTi i*n% ù\'Uli*t%nw^n\ HTiIrHr'uri* i\ crtUi thilt*^ vh l'urdrc rrirt^c*H|i 
ka prurc»»lnn lmik|Ui« ifudîti ç^ut lltu Koll n Ui Ihi di* tIM) «qIUu <I 

]igi. 



rf^ 



— 133 — 

ci- dessus] et tibi pater Guido... {etc. comme ci-dessus^ il). *î* 

l. — Herse il j abbesse de Rosog-le-Vieil (2). 

Ego Hersen, abbatissa de Roseto, Deo... et tibi pater 
Guido... ^ 

5. — Pierre j abbé de Morigng [cité par /a G. G. dès ÎÎ92J. 
Ego Petrus, Morigniacensis abbas, Deo... et tibi pater 

Guido... 4- 

6. — Barthélémy, abbé de Barbeaux (3). 

Ego Bartholoraeus, abbas Sacri Portus, Deo... et tibt 
pater Guido... + 

7. — Gautier, abbé de Saint-Pierre de Melun (W 

Ego Walterus, abbas Milidunensis, Deo... et titiî pater 
Guido... + 

8. — Laurent^ abbé de Saint-Pierre de Melun, lyers îîll'^ (5), 
Ego Laurentius, abbas Meludunensis, Deo etEcclesie... et 

tibi pater Guido... + 

9. — Guillaume, abbé de Barbeaux, vers 1192 (6). 

Ego Willermus, abbas Sacri Portus, Deo et Ecclesic... et 
tibi pater Guido... + 

10. — Emelina, abbesse de la Pommeraye (7). 

Ego Emeliua, abbatissa Poraerie, Deo et Ecclesie.,. et tibi 
pater Guido... + 





lÉi# 



(\) Iji texte du serment étant toujours formulé dans les mêmes 1 
nous avons cm inutile de le reproduire entièrement. 

(2, Inconnue de la G. C. Se place entre Ada 1144-1184 et Agnès L 

3) I^ G. C. cite un abbé Barthélémy en 1186 et 1189. Son successi iir Guil- 
laume n'apparait qu'en 1197. H parait probable que le Barthélémy qui fsiit 
profession vers 1192 est un autre personnage que celui de la GalHa C. 

<4) Inconnu de la G. C. 

(■')) Ne figure pas dans la liste de la G. C. 

(G) Mentionné parla G. C. à dater de 1197 seulement. II faut donc pincer 
le commencement de son pnstarat quatre ou cinq ans plus tôt. 

(7) Lsx G. C. cite une abbesse de ce nom qui aurait obtenu une bulle 
d'Alexandre 111 en 1171. Si ce renseignement est exact, il y aurait dmn: **u 
deux abliesses de ce nom cl celle-ci devrait être ajoutée à la liste (k's abbcs- 
ses (le kl Pommcrave. 





4k P-ï^nffi?. n» 



iiu 3att»r iCeiiae*. — 
r' — 'iatilaumti. wnr w Saini-Eemi dt: Sem. 



:2 ^tr* iipir» lus tnwn u isii» t»* a r .' 

; t-<i^ «~-ii' mr xrt*» 3KUCX 

• 1. r. -n lî*: L £* 



U rt^ 




— 135 — 

^^. — Agnès, abbesse de Rozoy (1). 

£go Agnes, abbatLssa Roseti, Deo et Ecclesie... et tibi pa- 
^«•Michael... + 

W. — Eudes, abbé de Smnt-Jacques de Provins, 1196, 
£go Odo, abbas Sancii Jacobi Pruvinensis, Dco et Eccle- 
*■*•-. et tibi pater Michael... + 

20. ^ Pierre, abbé de Saint-Pierre de Melun. 

Ego Petros, abbas Meledunensis, Deo et Ecclesie... et tibi 
P*ter Michael. 

21. — Laurent, abbé de Saint-Remi de Sens (2). 

Ego Laurentius, abbas Sancti Remigii Scnonensis, Deo et 
^ ecclesie... et tibi pater Michael... + 

22. — Renaud y abbé de Saint Laumer-le-Moulier de Blois (3). 
EgoEraaadus, abbas Sancti Lauromari, Deo et Ecclesie... 

•* tibi pater Michael... + 

23. — AnseaUy éuéque de Meanx, vers 1196. 

Ego Ansellus, Meldensis episcopus, Deo et Ecclesie... et 
*>bi pater Michael . . . + 

24. — Eudes de Sully, évêque de Paris, 1197. 

Ego Odo, Parisiensis episcopus, Deo et Ecclesie... et tibi 
Pater Michael... + 



U) Cette abbesse serait restée en fonctions jusqu'en 1230, d'après la G. C. 

^1 La ce. donne le nom seul de I^aurent et le place avant Guillaume, 
auquel nous avons donné le n* 17. Le serment de I^urent a précédé im- 
^êdUitement ceux d'Anseau, évéque de Mcaux, cl d'Kudcs de Sully. Il fut 
^onc prêté a la fin de 1196 ou nu comincncemonl de 1197. Quant à l'ordre 
*** succession de ces deux abbés, bien qu'il nous seniblo probable que 
tinrent succéda à Guillaume, nous n'en pouvons avoir la ccrliludc, car 
**napa remplir le Ikis du folio GO, verso, de professions écrites à pleine page, 
3vanl de songer à remplir le vide ('2' colonne) resté à droite de la profes- 
^ondeGarnier de Traincl. ,Voir planclie 4.) 

•3» Il est diflicile d'expliquer pourcjuoi cet abbé, d'un diocèse étranger, a 
prêté serment à Sens, au métroi>olilain. au lieu de se présentera révéijue 
de Chartres, au dioct-^e duquel appartenait son abbaye. ï^ siège de (Ibar- 
•res n'était pas alors vacant et était occupé par Henaud de Biir (1182-1217). 
I^ croix tracée après la formule du serment indiifue cpie cette profession 
eut réellement lieu. Mais il semble que. plus tard, on ait tenté den effacer 
Je texte. (Voir planche 4.) 



et m 



— \m - 

2.J, — Gvotfioy, ptefnh-r abbé du Jant \ l \ 

Egu Gaulrhlus, abbns Paciaei, Deo et E^scleiiic 

patcrMîchacL*, + 
20. — Btward, tibbè df ^^aintlîvnu de Sem r2» 
Mgtî Bvranlus, nbbas StuR'ti liciiiigii Seno«cii§i5, Diîfi t 

Eccbsie.-, et tibi palerMichael + 

27. — Hntfttes de Gartande, éuéqtie d'Ortaw$, tt9H, 

Ego Hugo, Aurcliïmcnsis epîscapus, Dco cl Ecdesie .. fl 
tibi patcr Michoel .. + 

28. — Jam, abbé de PrcuiHtf. 1!îm. 

EgQ Johatincs, abbas PruUaccnsis, Dco et Ecelesie... d 
Ubï palcr MichacL.. K 

29. — Gintrd, abbé de Barbeaux. 

Ego Gîrardus, ahbas Sac ri Portas, Deo et Ecclesic... e 
lîbî pu 1er Michac!!, + 

30. — Thonma, abbé de Vtttilnimfd. 

Ego Thomasi, abbas Val lis Luccnlis^ Dca cl Ecclc»i«.^ d 
lihî patcr Michael .. + 

EPISCOPAT DE LAHCHEVÊOUE PIEHHE l>E COimEU 
1200 '1222 



3!. — Foahiite^, abbé de Saint- Hemi de Sens 

Ego Fulco» abbas Sancli lirmigii SenonensiH, Deo cl Kc 
cleiîîe bcati Slephani Senonensis et tîbl pnler I^clrc lui^qtAt 
nuccessoribus (tebilnm obcclîentinni cl revercnliam orc pr» 
lîiiltû et ïiianu cojiïîrmo. + 

32. — liabert, abbé de Chmimei, Î2QI (Z\, 

Ego Bobcrtus, abbas CHlmenMs, Deo et Bcclesjc . eV Uhi 
pater Petrc , + 



li-f'-Mninc tjc Pacy, pfb% de VltU'béan, H lui donnei podr pri^mlrr r. 
tkiîJfmy, Quf^lquM niinéfi^ plu» tnid, lu n-lnr» Adèle, qui tmuvaît in 
bru cc\ iHjihlibftL^inunl. ttfTHl pour Ty IntimrHrLT &n cmlipuittin dtt Jard, , 

i2} l^i^Si ri" 211, 2>, ^. Hiiiit de 1:1 m/inr mftln, 

(S) P.n niixtiii ilr In itinbitlrrsM* tivt'i' tmiurfli^ ^i>nï trarr» îr> mreii'f^-ttJfc. 
911 prul Mtppo!H^-r que çiiUe rurinulu v^i iiultipuplu. 



— i37 — 

33. — Hélie.abbé de Saint-Pierre-le-Vif, 1202. 

Ego Helias, abbas Sancti Petri Vivi Senonensis, Deo et 
Ecclesie... et tibi pater Petre... 4- 

34. — Eremburgcy abbessede Champbenoit, vers 1203^^.. 
Ego Eremburgis, abbatissa béate Marie de Campo Bene- 

dicto, Deo et Ecclesie... et tibi pater Petre... + 
(Ajouté au bas du folio 66, verso.) 

35. — Gautier^ abbé de Vauluisant, vers 1205, 

Ego Galterus, abbas Vallis Lucentis, Deo et Ecclesie... et 
tibi pater Petre... + 

(Ajouté au bas de la deuxième colonne du folio 66, recto. 

36. — HervéCy évêque de Troyes, 21 février 1201, 

Ego Herveus Trecensis episcopus, Deo et Eccle^e beatî 
Stephani Senonensis et tibi pater Petre... + 

37. — Guillaume de Seignelay, évêque d*Auxerre (premiers 
mois de 1207J. 

Ego Willermus, Âutissiodorensis episcopus, Deo et Eccle- 
sie... et tibi Petre... 0+ 

38. — Hervée, abbé de Cercanceaux (1). 

Ego Herveus, abbas Sacre Celle, Deo et Ecclesie..- et tibi 
pater Petre... + 

39. — Manassès de Seignelay, évêque d'Orléans, 1207 (2). 
Ego Manassès, Âurelianensis episcopus, Deo et Ecclesie. . 

et tibi pater Petre... + 

40. — Pierre de Nemours, évêque de Paris, fin de IW^ {^), 
Ego Petrus, Parisiensis episcopus, Deo et Ecclesie.,. et 

tibi pater Petre... + 

41. — Amand, abbé de Preuilly, 1210. 

Ego Amaneus, abbas Pruliacensis, Deo et Ecclesie, et 
tibi pater Petre... + 

<1) Inconnu de la G, C. 

i2) I^ formule de ce serment offre une particularité curieuse. Au-di>&stis 
des premiers mots : Ego Manassex, un scribe a ajouté une noLilion 
musicale (la. la, si, do-la-si-do-la, do). Est-ce pure fantaisie? Esl-!iu con- 
traire l'indication que le prélat ne lisait pas simplement la formuk' du ser- 
ment, mais la chantait? 

(3) Son prédécesseur. Eudes de Sully, est mort le 13 juillet 1208, 



f 




i 





LE CŒUH 

DE LDUIS-IIENIU DE GON 

ARCHEVÊQUE DE SENS 



Unnn une lu^lifc [larue en lîMlf), sur I^oii 
de Paninillfln de Gtyiidriii (1020-107»), M 
noine Itlniuli'l nous tioniie les détails les p 
resîianls sin^ la vie el les œuvres du eent-t|i 
archevêque de Scn&(l). Celle élude de nolf 
eollt'gue avail pour hul de veuger la mini 
prelal de cerlains reproelics injusUnésou n 
Kl ngu lie reine ut exagères. 

Henri de (iondrin n'est plus a: janHéni 
ducUhle ({ue Tcm nous avait dépeint. 5! 
Ulouiiel nous Ta fail ailniirer eoninie une i 
te ligure, et il Ta r ndti a notre respeclucus 
de calhy|ii|ue,s. 

Ce qui nous rente de lut ne nous en sera ( 
cher- La cathédrale de Sens garde son coi 
repose en [laix. Labliayc de Chaumes a 
coeur. Mais cette abbaye est détruite, et 
d'Henri de Condnu a (piilté le lieu de sa si 

flï Le IV Cloriidt ttll 1*1 tH'Utit';HH\ ift^que^ Srv*;ftJu» fChrtmtA 
en.., Lyon, 1631!»^ iiouimt^ tïtliivct lît; Ik^lU'i^firth*, jin tJrrr^^itu 



m 



— 141 — 

Ce cœur a t-il disparu? Et s'il n'a pas disparu, 
[u'est-il devenu ? C'est à élucider cette question 
l'histoire locale que l'on m'a demandé de consa- 
rer quelques lignes. 

Louis-Henri de Gondrin mourut à Fabbaye de 
Chaumes, le mercredi 19 septembre 1674, dans la 
inquante - quatrième année de son âge et après 
rente ans d'épiscopat. 

Son corps fut exposé tout le jour, dans la chani- 
)re mortuaire, et, le lendemain, 20 septembre, il 
'ut déposé dansTéglise de rabbaye, où tut lieu un 
service solennel pour le repos de son à nie. Ce mê- 
me jour, conformément au désir qu'il en avait 
sans doute exprimé, son cœur et ses entrailles fu- 
rent inhumés au pied du maître autel de Téglise 
abbatiale. Un tombeau de marbre blanc fui érigé 
dans la suite en cet endroit, et Boileau, doyen du 
Chapitre de Sens, composa à cet efïel, rinscriplion 

suivante : 

D, O. M, 

Hoc cippo includitur ardens cariiaie Cbrisii cor 
magni archiepiscopi Senonensis Ludovic . Henric. de 
(iondriiiy hujus monaslerii abbatis. Vhcera ejus, mi- 
sericordia in pauperes loties commota, hic qiioque 
reqinescunl. Ossa jacent in ecclesia meiropolitana 
Senonensi expectenlia Resurrectionem , donec sol 
coiwertalur in tenebras, et luna in sanguiiiem €tnU'- 
(luam oeniat dies Domini magnus et mirabilis 

Obiii XII Calendas oclobris MDCLXXIW 

t A Dieu très bon et très grand, 
« Dans ce monument est enfermé le cœur hrù* 



î 






m 



m !«V 



— IW — 

liirit de la charité du Christ, du grand îircheri 
de Sens, Louis-Henri de Gondrin, alibé de ce 
nastère. Ses entrailles, qui s€ sont émues lan 
fois de pitié pour les pauvres, reposent aussi e 
lieu- Son eorjîs est inhumé daus régltse métro| 
ta lue de Sens, où il attend lu résurrection, le 
où le soleil deviendra ténèbres, et où ta lui 
ehangera en sang, avant qu'arrive le jour du 
gneur, jour grand et terrible, 
^ Il mourut le 12 des calendes d'octobre lÛ] 

L'éloge était parfait et digne d'un grand évé' 

Je n ai rien à dire des funérailles grandi 
d'Henri de Gondrin, dcK étapes successives du 
lége funèbre aux églises de Mo nier eau, de V 
sur- Yonne, de Sainte Colombe et enfin à la Mi 
pôle où furent célébrés, en présence du corps, 
services solennels. 

Ce corps est inhumé dans le caveau d'Oc 
de Bellegarde, son prédécesseur et ])arent, de 
les degrés du maître autel, côté de Té pitre, où 
ne rappelle plus son souvenir. 

En 1705, une pierre fui posée sur son tomb 
Elle relatait ses noms et ses titres. Aujourd' 
rinscriplion consacrée à Henri de Savoîsy, H<î 
chevéque de Sens, mort en 1423, indique seul 
place où repose le corps d Henri de Gondrin. 

Mais, si son nom a disparu des dalles de la 
tropole, avec Tinscription qui le rappelait, 
corps, du moins, jouit du repos, A Chaumes oi 
posait son cœur, le tombeau de marbre qui le 



— 143 — 

ermait, rinscription qui le recouvrait, la maison 
ibbaliale, l'église inême,toul a été détruit. 

Dans le tome XVI du Bulletin^ on lit cctlo sini- 
)le note : <k Le coffret de plomb dans lequel élaienl 
enfermés le cœur et les entrailles, demeura au 
ieu de Tinhumation jusqu'en 1846. Il fut alors rc- 
rouvé sous les ruines de Tabbatiale et déposé au 
Qusée de Melun, puis réintégré dans l'église de 
Chaumes en 1865. » 

Il est bien évident, pour Tauteur de celte note, 
|ue le cœur et les entrailles de Tarchevêque étaient 
-enfermés dans un seul et même coffret de plomb. 
11 n'en est rien cependant. Le texte de l'inscriplion 
jue j'ai donné ci-dessus, prouve que le cœur avait 
M inhumé séparément. 

Hoc cippo includitur cor archiepiscopi 

Viscera ejus Aie quoque requiescunt » 

En effet, le cœur de Gondrin avait été placé dans 
un petit coffret en plomb, clos hermétiquement, et 
c'est ce coffret seul qui fut déposé au musée de 
Melun, puis retiré de là, avec l'intention de le réin- 
humer en l'église paroissiale de Chaumes. 

Le dernier mot serait dit sur le cœur de Gondrin 
si la note précédente était exacte. Jusqu'à présent, 
rien n'empêchait de le croire. Aoijourdliui, le 
doute même n'est plus possible. Le cœur de Tar- 
chevéque Sénonais ne jouit pas encore du repos on 
on le croyait entré depuis 40 ans. Je vous étonnerai 
sans doute en vous disant que ce cœur était déposé 
il y a un mois à peine, à quelques pas de son corps, 
dans une des salles de l'Archevêché. 





— lU — 

Commurit donc cxplkjucr ces étrange» v 
(lu cœur dv Goiidriri, à travers son ancien <Ii 
Comment prouver surtout que nous somme 
ment en possession de ce précieux reste?... 

La répouse à celte question est des plus si i 
Que l'on ail eu le dessein de a réintégrer . oi 
m de réinhumer le cœur de Mgr de Gond ri n 
l'église p«roissi«lc de Chaumes, rien de plus 
rel. C'était obéir à un sentiment de haute c 
nancequc de retirer d'un musée, lecfuurd'ii 
clievéque. L'n cœur humain, quoi cju'il soil, 
pas à sa place au milieu d'objet» de cunosilè î 
hélas I entre le dessein et l'exécution, il devj 
passer de longues années. Dieu seul a le secr 
disposer toujours aussilôt qu'il propose! 

U coirrct de plomb retrouvé sous les ruin 
l'abbatiale, en 1846. n'ciilra jamais dans lé^.!!, 
<:hnumes, ou bien il en sortit un jour. Toutefo 
me bâU'dc dire qu'il n'erra pas loindel'église c 
voulait le déposer. Ce lut le presbytère de C 
mes quile reçut, en 1865. Le curé, M. l'abbé C 
Bc chargea de lui donner un asile... en attenda 
moment de réaliser son pieux dessein. Plusi 
amiéos se passèrent dans ce l)ou propo.s, Sm 
entretaitcs, l'abbé Colas fut nommé curé-doye 
Montereau et, — faut-il le dire'? — au nombre 
objets mnbilieis que les déménageurs transpr 
relit à son nouveau poste, se trouva, religicu.sen 
enfermé dans le tiroir d'un vieux meuble, le 
fret de plomb contenant le cœur d'Henri de C 
drin. A son arrivée, le vieux meuble fut rem 



— lio — 

%'ec ses tiroirs el leur contenu, dans le grenier du 
resbytère de Monlereau, où il serait encore si 
«ibbé Colas ne fût décédé en 1905. 

L'aménagement du presbytère, pour recevoir son 
uccesseur, à la On de cette même année, obligea 
es vicaires de Montereau à visiter le mobilier de 
eur curé. 

Vous savez maintenant quelle fut la conséquence 
le cet inventaire. Sous un amas de papiers, que 
\n\ allait jeter au feu, M. l'abbé Morisseau, vicaire 
le Montereau, aperçoit, par hasard, un petit coffret 
le plomb en forme de cœur, sur lequel il lit avec 
intérêt cette inscription manuscrite : « Ce cœur a 
été trouvé dans Tancienne abbaye de Chaumes. 
Dans ce plomb est enfermé un cœur humain bien 
conser>'é, donné par M. de Barbe, docteur-médecin 
à Chaumes. » Avant la mention du don, une autre 
main avait écrit : «i Celui de Henri de Gondren/sic;, 
archevêque de Sens. » 

Heureusement pour M. Tabbé Colas que notre 
savant et regretté collègue, M. Quesvers, ne soup- 
çonna jamais Toubli dont son curé s'était rendu 
coupable. Son âme d'archéologue s'en fût émue 
une fois de plus, et l histoire des vitraux artistiques 
de Montereau, remisés, eux aussi, dans les combles 
de l'église, eût trouvé un digne pendant. 

En décembre 1905, je recevais de M. le docteur 
Ballacey, de Montereau, une lettre mannonçant 
qu'il avait eu entre les mains une sorte de petit cof- 
fret en plomb hermétiquement clos et contenant 
un cœur humain conservé dans un liquide que l'on 

10 




i 



(. 





sent dnpotcr thins la riiiiin. LedoGleur njouLi 
cet objel avait été runuiHsé pur uiult*!i vicîiires 
des débris et iiiinioiidiccs que Ton chargeail 
une brouelte, eu nettoyant le presbytère. Ce de 
détail ne niaiu|uait pas de Haveiir» et un philo? 
eût ici trouvé nialiére à profondes médilatior 
eœur d'un archevêque de Sens venant échouer 
une brouette !!! Le souci de la vérité m'obitge 3 
que IHmagination de quelques narrateurs suce 
avait déjii fait dévier T histoire dans les sei 
de la légende, et, en remoutanl aux sources, 
pris que hi brouette était de trop dans le réc 

A part cela, c'était bien le cœur de I archei 
Henri de tioudrin (|ui avait été oublié dans le 
nier** du presbytère de Montereim 

Au reçu de cette lettre, que je me hàl; 
coiunuiniquer a notre vice -président, M I 
Chnrlraire, il fut convenu que je tenterais un 
marche auprès de M* le doyen de Montereau 
entrer en possession du cœur de M. de (ion 
Nous espérions d'autant plus pouvoir le reii 
Sens, que Montereau n'avait aucun droit à i 
veudiquer. La seule chose que je pus obleni 
d*emporter avec moi le petit coffret de plomb 
])er mettre de le photographier, ('.et te [iboiogr; 
aiderait à l'identifier au cas ou rinscription vi 
à disparaître, le cœur serait perdu de nouvcai 

M. le doyen de Montereau estimait que I 
(londrin ayant désigné Chaumes cunmic ïu 
repos pour sou cœur, le mieux serait de le 1 
porter à réglîse de Chaumes* 




— 147 — 

La volonté dernière de Tarchevêque de Sens 
era-t-elle enfin exécutée? De nouveaux événemenls 
îc viendront-ils pas encore entraver ce projet, ou 
mposer au cœur de notre archevêque une nou- 
relle odyssée? 

Peut-être, pour l'éviter, serait-il préférable de ne 
i)as séparer ce que Dieu avait uni, et de descendre 
:e cœur dans le caveau des archevêques de Sens. 

Pauvres cœurs d*hommes, même de grands hom- 
mes ! Plusieurs avaient pensé que leur souvenir 
demeurerait immortel, là où reposerait leur cœur. 
Et voilà que ce cœur lui-même est devenu une triste 
épave errante ! N'a-t-on pas dit que le cœur de Vau- 
ban fut un jour perdu et retrouvé, je ne sais com- 
ment, dans une mangeoire, en quelque ferme du 
Morvan? Le cœur du cardinal de Pellevé, lui aussi^ 
archevêque de Sens, puis de Reims, est resté sans 
sépulture pendant nombre d'années, par suite (i'iine 
discussion assez longue entre la famille et le Cha- 
pitre de Sens, au sujet des frais d'inhumation que les 
héritiers du cardinal ne voulaient pas supporter! 
Henri de Gondrin fournit une nouvelle page à celte 
histoire de cœurs restés en détresse, sans avoir pu 
trouver ou garder le repos du tombeau. 

En attendant qu'on lui fasse Taumône d'une der- 
nière demeure, c'est moi qui ai, aujourd'hui, Ihon- 
ueur d'être constitué gardien du cœur de feu Louis- 
Henri de Pardaillan de Gondrin, archevê(|iie de 
Sens, primat des Gaules et de Germanie. 

L.-F. Laboise, 
Curé de Saint-Savinien. 



M^ 



à 



LISTE DES MEMBRES 

DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SENS 
AU 31 DÉCEMBRE 1907 



MEMBRES D'HONNEUR 

Monseigneur l'Archevêque de Sens. 
Monseigneur Dizien, évoque d'Amiens. 
MM. le Préfet de l'Yonne. 

le Maire de Sens. 

Héron de Villefosse, membre de Tlnstitut. 

le comte de Lasteyrie, membre de Tlnstitut. 

LE duc de Clermont-Tonnerre, à Ancy-le-Fraiïc, 

MEMBRES HONORAIRES 

MM. Prudhomme, docteur en droit, juge à Lille. 
Paulin Blondel (FabbéS doyen du Chapitre. 
Raymond Lorne >Jt, docteur en médecine. 
Théophile Mémain (l'abbé), chanoine de la MétropaJe. 
Henri Mulon, notaire honoraire, à Sens. 

MEMBRES DU BUREAU 

MM. Joseph Perrin, président. 

Chartraire (l'abbé), vice-président. 
Barraux, secrétaire. 
Dapoigny, pro-sccrélaire. 
Paul RoY, archiviste. 
TnoRiN, vice-archiviste. 
Marquiand, trésorier. 



( 



— 150 - 



MEMBRES TITULAIRES 



MM. 



ÎHm DiJaiofiN Paul, imprimeur. 

— Pkhïun Joseph, O *î« S (;., ovocaL 
1880 Klky LnuH, sctîlptoiir. 

^tSH7 Bkauuolîik Georges {^^ S. Q.u a vocal- 

1890 Chahthaîhë Eugène (l'abbé), chaDoInc boiittruire. ^^ 

crétaîrcdc rArclievéché 
l«iJl PAOXiBHjrtdustrieL 

Î892 PoLïN Etienne, grelTIcr en chef du trîbuimj civil 
18i>3 Bauillox (rabbé), vicaire général, secrétaire génénl 

de rArehevèché 

— TôUDY, A,, professeur de musique 

— Hov Paul, propriétaire. 

— G intLErn 11 bbc'i, chanoine honomîre, doyen de Sdtii- 

Maurice, 

— Uesahd Henri, pharmacien 
RoLssKAU Uon, O A, archileclc 
NiNOT, pharmacien 
DECifAMBHE LouiH, notairc- 
Lahces'a Lucien, docteur eu médecine. 
MAuguiAND Jules, notnire. 
CoLOMiiKT Hendi commissairc-priseur 
Chonieh Paul {^ S. G), industriel. 
Gi-:iiAan l^aul, avocat, docltHu- en droil 
Abhat Hippotyle, propnélaire. 
Dkstomhes PauL avocat 
BaillV-Salix, pharmacien. 
ScHAL'>iAN'N P^uil, prafesseur au lycée. 
DE Traynïvl Octave, prtjprîétaire. 
CiiANi>ii.\ïi:ii Pélïx, propriétaire 
FaurEj docteur en métlecine. 
Bov Maurice, (1 1 , conseiller référendaire à la Cour de 

comptes. 
GuioLLor liabbc), prêtre sacristain de b niétrapok 
DûLBLOT Lucien, iiutnirc 



18114 

I8d0 

1897 
1898 

1899 



IdOQ 



— 151 — 



MM. 



1901 CÔTE (l'abbé), chanoine honoraire, aumônier du lycée. 

— Lehmann, graveur imprimeur. 

— Caillet Casimir, * O., médecin principal de l'armée, 

en retraite. 

— Caron Benjamin, pharmacien. 

1903 Thorin (médaillé militaire), ancien commis greffîer 

près le tribunal civil. 

— Dapoigny, architecte. 

— Lacaille Alfred, propriétaire. 

— MoREAu René, docteur en médecine. 

— Bailly-Salin Paul, docteur en médecine. 

— Belot, industriel. 

1904 Heurtefeu Théodore, professeur au lycée. 

— SiMONNET, notaire à Egriselles-le- Bocage. 

— de Cussac, inspecteur des eaux et forêts. 

— Barraux, conducteur des ponts et chaussées. 

— Baudry, industriel. 

— Morel Auguste, industriel. 

— ViRALLY, pharmacien. 

— Laboise Louis (l'abbé), curé de Saint-Savinien. 

— Prou Maurice, #. professeur à l'Ecole des chartes. 

1905 CoRBERON Paul (l'abbé), aumônier de la Providence. 

— Heure Paul, Q 1 , bibliothécaire de la ville. 

1906 PoiGET, professeur de philosophie au Lycée. 

— SÉPOT René, agent principal d'assurances. 

1907 DES VossEAUX (îR O.) (colonel) Georges. 

— Gois Henri, banquier. 

— Leclerc chanoine honoraire, directeur de l'Ecole 

Saint-Edme. 

— GuÉCHOT Marie, professeur au lycée. 

— Prévost Paul, ancien négociant. 

— Druinot, ancien directeur de l'usine électrique, pro- 

priétaire. 

— Maoxoux (docteur), médecin-major au 89*^ d'Infanterie, 

1908 Delor, avocat-avoué. 




L. ,^, 



— im — 



MEMBIiËS LIIfHKS 



MM 



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W 




n 



l«r7l Hatfos Eugime, it O., 21, rue Monî^irur, à I' 
1»78 iiii FLÀiAARt^ archîviîile du dcparleiiicnl de I 
Ië92 Lor^tiiii Sainti-Akxk, i^. architecte du nou\( 
h Paris, 

— Martin Léon, aïieicn commi&saîre'prtHeur, à 
V\mn\ya\ah iSukse 

1810 CiiîiKEAi' Lcnûs, O A . conseiller geiiéraKd S< 
I8y3 i^fc-rrr Je docleiir^ ft, eonseider génénil, i 
Pa«t-siii*-yçmnc- 

— DostiEXNE chanoine, doveii de Touey (Yonm 

— Mahtix Chiirles, a\oué à VuvH 

lë94 HotuN» d*ïctcur en mèfiecîne, ^ Paris 

— DbLiriWn fieorges iBr ». avoeaL à la Cour d 3ji|iei 

— Mai'KOY Louis, if, »î* l)., A , chef de \mï 

retraite* 25, rue des Broies . P«n* 

— Viu.CTAHiH l'abbé I, à Serrigny, près Tonnerre 
^ Bo V V V EH Kdgii r d t h To u r s (l ti d r e- e l Lu i r c i . 

— BosKE^vr II chanoine u curé doyen de Chablis r1 

— CiiAMJEMien Louis, entrepreneur ti Joj^iiy. 

1895 LioitivT Georges, conscîUer gêuénd. à Moref ^ 

Marne K 

— HoKîiox fchanoineL doyen de Villeneu%'e'>ui 

1896 Deusotte chanoine), Miptrieur du Sê^iinaii 

gny 

— BAîtLKT, nnrèt»è des lettres, à Orléans. 
18*J7 Galliiiv Ferdinand, a Paris. 

— LotviiiEH Maurice, propriclnircà Sîiînt*Sêrikh 
18*18 lÎEHTUASu i>K Unot'î%siu,ox. propriétaire* nu } 
1898 Fels (^eoryes, sous-direcleur deî* eontrihutj. 

rcetcî*, en retraite à Halan tArdennes). 
lOTKl VKiNor Charles, praprîélaire, î\ Paris. 

— lioïXiN Fdiîuard* eapitaine d'artillerie, au Ma 

— Laoiunok Jo!ie|di, elief d'e^adron il nrlillerie 
1901 PoRÉE, O A . archiviste de lYonne. 



— 153 — 



MM. 



)01 Tarbé de Vauxclairs (M»e Jenny), au château de Nailly. 

près Sens. 
K)2 Charton Jules, ^ O., ingénieur en chef honoraire des 

chemins de fer du Midi, rue de Sfax, 1, à Paris. 

— Ragot (Tabbé), curé de Champigny-sur- Yonne. 

)03 FucHE Louis, avocat à la Cour d*appel, 1, rue de rUni- 
versité, Paris. 

— Tenaille d'Estais Pierre, avocat à Paris. 

)05 Chanvin Constantin, propriétaire, à Chablis. 
W6 LiBERT Léon, au château de Paron (Yonne). 

— Lasnier, ancien receveur des finances, à Corbeil. 

— DC Mesnil (baron), au château du Champ-du-Guel. 

près Villeneuve-sur- Yonne. 

— Fliche Augustin, licencié es lettres, 1, rue de TUniver- 

silé, Paris. 

— Ramain Georges, docteur es lettres, maître de confé- 
rences à la Faculté des lettres de l'Université de Lyon 

907 DE Raincourt (vicomte Henri), à Saint- Valérien. 

— Deschamps Paul, élève à l'Ecole des Chartes, 3, rue 

de Grenelle, à Paris. 

— PissiER (abbé), curé de Saint-Père -sous-Vézelay. 

— Stryiensky, professeur au Lycée Saint-Louis, à Paris 

— Javal (docteur Adolphe), #, 14, rue Francklin, à Paris. 

908 Genouille Albert, agrégé des mathématiques, profes- 

seur honoraire au Lycée Louis-le-Grand, à Paris. 

— deBauncourt (comte), 29, rue des Lombards, à Nîmes 

(Gard). 

— Poisson Henri, médecin-vétérinaire, préparateur cii 

médecine, 38»>" boulevard Saint-Michel, à Paris. 
de Maissin (le marquis), à Brannay. 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

MM. DE Beauvillé, à Montdidier (Somme). 

de Belleval (le marquis), ancien sous-préfet. 
Besse (dom), directeur de la Revue Mahillon, à Cheve- 
togne (Belgique). 



— 15* — 




Ddeii ra&bé>.ÉTnii»rl Aabe^ 

DiDiorr *rabbés WMoHiéeairv à Vcntuii ^IteiseV 
DrcAS^ eamserwwÊgur ém mmsimét Bc sa o ço n «Doute 

Dwrr, aacieii mÊSmdbè mas, ardirres de IToime 
GàUTTffTgT. à Vev^ti 

G£3ç£Toct Frmoçoi^ doctror en nsédecinc^ i T^ris 
, Cttit d'ElMtesiToBMi. 



BocxBEKT CiwitmpL dodntr es i mncc »> 

an ifcée dt Rctioes ^lUe-rt-TîUiac ^ 
LEffunr Laeieii ^, arciiitecie iltt départettieal ée 

Setuc-lcifêrieQre, à Rouen. 
Machicë* à BrlUèrti. pfH Fto <6fti&rs-PyréQées 

MATifîxoK CaaUI«^ ^grégf ci doctcar es scieoccs^pi 

r«s^yr ftdjôial à là FâcaUé des scietiêcs de Fm 
MoREAU Albert, directeur de ta saeeurssle de litti 

que de France, à VerdtiD ^ Meuse* 
PcLiciER, archiviste à Oiâloos-sisr-Martic. 
PÈROT, rae Saiote-Càtlieriiie, 42, à Moulifis <Al1k]>. 
l^iMÇOK tebaDotne», arcbîpretre d'Atixerrr 
Pou LAI. s% ^ L, préret hanorsiire des éltides k Iho 

normale des instituteurs de Ifi Seine, à Paris. 
Aéokiër Edmond (l'atilié^ ctirè de Ville fraiiclie^ti 

Phal, 
0B SEFr£NviLL£, au châlestu de Ligoéres ^SoennifV 
SoREL, président du tribunal ci vit à Compîè^e (Oil 
Ta vo I LLOT» in stitute u r 

TiROT (l\^bhé>, aumtmier de Ihospicc deTooni'rre 
Lapôtre, propriétaire de la Pi erre -Couverte, ccninrt 

de Courgenay. 
fiEXTwdi recteur de la suecu rsale delà banque dclmi 



— 155 — 

IM. BuGNOT Paul, expert-archiviste, à Paris. 

Chambon Eugène, secrétaire de la Société d'études, a 

A vallon. 
DV Basty, conservateur des hypothèques, en retraite ii 

Saint-Léonard (Haute-Vienne). 
EspÉRANDiEu (capitaine), correspondant de Tlnstitul. 

59, me de Clamart, Vanves. 




m 



Jbiill 



- 157 — 



lXnes. — Société des sciences naturel leîi« hii^lorjqties, des 
lettres, des beaux-arts de Cannes et de I arrondis- 
sement de Grasse. 

îalons-sur-Marne. — Société d'agnculUirc, commerce, 
sciences et arts du départemenl de la Marne, 

ialon-sur-Saône. - Société d'histoire et d archéologie. 

îîARTREs. — Société archéologique d Hure et- Loir. 

hateau-Thierry. — Société historique cl archéologique. 

HATEAUDUN. — Société duRoisc. 

HAUMONT. — Société archéologique. 

HERBOURG. — Socîélé académiquc. 

OMPiÈGNE. — Société historique. 

oRBEiL. — Société historique et archt^ologique. 

ONSTANTiNE. — Socîélé archéologiquc tle la province de 
Constantine. 

\uos. — Société bourguignonne d'histoire et de géographie 

de la Côle-d'Or. 
— Commission des antiquités de la Cote-dOn 

)ouAi. — Société d'agriculture, sciences el arts du dépar- 
tement du Nord. 

)UNKERQUE. — Société dunkcrquoise pour rcucouragement 
des sciences, des lettres el des arts. 

•>iNAL. — Société d'émulation des Vosj^es 

'oNTAiNEBLEAU. — Sociélé historiquc cl arehco logique du 
Gàtinais. 

jap. — Société d'études des Hautes-Alpes. 

JKENOBLE. — Société dauphiuoise d'ethnologie et d anthro- 
pologie. 

jUéret. — Société des sciences naturelles el archèokigit|ues. 

Le Havre. — Société havraise d'études. 

Laxgres. — Société archéologique et historique. 

Lille. — Commission historique du département du Nonl 

Limoges. — Société archéologique et h islorif ( ue d u I. i nuj u s i n 

Lyon. — Société littéraire. 

Le Mans. — Société d'agricullure,scienees et arts de In Sarihu 

Le Mans. — Société historique el archéologique du Maine. 



EXTRAITS 



DES 



PROCÈS VERBAUX DES SÉANCES 



TENUES 



PENDANT LES ANNEES 1906 ET 1907 



Séance du 8 janvier 1906 
Présidence de M. Maurice Prou 

Quarante et un membres sont présents. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

En ouvrant la séance, M. Prou présente ses vœux à la 
Société et à chacun de ses membres personnellement. 

Il dépouille la correspondance et communique : 

l" Une circulaire du Ministère de Tlnstruction publique 
et des Beaux- Arts, en date du 23 décembre 1905, relative au 
44c Congrès des Sociétés Savantes, qui s'ouvrira à la Sor- 
bonne le 17 avril 1906, et à la délivrance des billets de che- 
min de fer à prix réduit aux délégués des Sociétés. 

2"* Une liste de souscripteurs pour Tacquisition du Prieuré 
de Saint-Jean-les-Bonshommes. La Société archéologique de 
Sens y figure pour une somme de 50 francs. 

3" Le programme de la célébration du cinquantenaire de 
la Société archéologique d'Eure-et-Loire, concernant l'ex- 
position rétrospective, la visite des monuments et la réunion 
des Sociétés savantes de la région, que cette Société a dé- 
cide d'organiser. 

4'> Une invitation pour la Société à prendre part à la trei- 

a 




— tv — 




reinijvff a un vœu crois pârrAeadémir des Iust 
Belles^LrltfTs et par d autres Sociétés Sa^^ates 
de k Coo^ervatloti tirs moQiiBieiils nellgiem et 4 
nirs histoirîi|iiCE9 ou aHhtii|aes quIU wcmS&ïïWmoL 

Sur la profiositioa de M. le vice - firésideni, la 
1 aojiciîjiiité des membres firésents, adapte le Ycri 

• La Société srefaeolrigiqiie de Sens t^niet le va 
les édifiées religieiLi de tu Franee cl lears ricli« 
statues, monumefits fanéraires^ vîtraoïc, boiserî 
réLiblcs, !n^ri|ilicHis, eloclies, objets d'arfévn 
lias-reUeEs. les crois et tes calvaires soient 
maintenus aux eniplaeeitteots qulls occapeot 
ment. • 

2« Une lettre de M, Edoaard Demoliiis, Direc 
Revae mensuelte . /a Scieitct Soeiait^ et Vice-Préai 
!kiciété mlertwtiotiale de Science Sociale» qui rec 
h latlentîon de la Socîclêone Enqtiétr Sorm^r dor 
a pmlJQÎtaativeet portant sur la circfinscn|itton 
élétnentaire : !e Pagâ A celte lettre est jointe i 
contenant le programme de celle enquête avec ur 
naire. 

Après qnoif M. le vtee- président dépose, sur le b 
pnblications reçues pendant le maiséconlé. Il sigi 
qui doivent plus particulièrement attirer l'atlen 
Société. 

I/ordre du jour appelle le voie sur la préseï^ 
qualité de membre tilulaire, de M. Poiget, prof 
pbilosophie au Lycée de Sens, qui est admis à li 
des quarante- trois volants. 

Un second tour de scrutin est ouvert sur la prt 
de M. le baron du Mesnil en qualité de membre 

M. du Mesnil est élu membre libre de la Sociél 
logique. 

M* Sépot, trésorier, présente son compte de r 
dépenses de l'année 1905, établit un projet de bu< 
raunée 11K)0 et expose ta situation liruinciére de 1 

Ces comptes et budgetB sont npprouvési et des : 



— V — 

ments sont votés à M. Sépot, pour le zèle qu'il apporte dans 
la gestion des finances de la Société. 

M. J. Perrin expose que M. Eugène Rondeau, carrier a la 
ChaVelle-sur-Oreuse, est venu lui signaler, ainsi qu'à M. le 
docteur Moreau, un alfouillement intéressant qui se serait 
produit dans un champ voisin de la chapelle de Sniiit Ger- 
main. M. Rondeau et ses amis auraient retiré beaucoup de 
terres meubles d*une sorte de puits pratiqué dans la craie. 
Ils auraient trouvé, au fond, Torigine d'un souterrnin el de* 
manderaient l'avis de la Société et son concours éventuel 
pour la continuation des fouilles. 

M. Perrin saisit cette occasion pour retracer 1 liisloire de 
la vieille chapelle Saint-Germain, de sa fontaine el de l'nlibaye 
voisine de la Pommeraye. 

La Société charge M. Perrin de se rendre sur pin ce, d'exa- 
miner les lieux, et lui donne tout pouvoir pour suivre les 
fouilles, s'il y a lieu. 

En raison de l'heure avancée, M. l'abbé Charlrairc annon- 
ce qu'il remet à la prochaine séance la communicnlion tUi 
manuscrit inédit de M. Gustave Julliot sur les portes el les 
murs de Sens. 

Il se borne à signaler une récente publication de R. Lan- 
ciani, Tun des continuateurs du célèbre archéolugue 
romain de Rossi, intitulée la Destruction de Ronif (inîîque. 
L'auteur nous apprend que le procédé de consiruclion, 
consistant à emprunter les matériaux des monuments pu- 
blics à des monuments antérieurs était d'un usage courant 
à Home au iiK siècle. Il n'est donc pas surprenant que cet 
exemple ait été universellement suivi dans toute 1 étendue 
(le l'Empire et qu'on le constate dans toutes les vieilles cités 
romaines. 



Séance du 5 mars 1906 

Présidence de M. Maurice Prou 
Trente-huit membres sont présents. 
Après la lecture du procès-verbal de la séance ïravrii, 
M. le docteur Moreau rappelle qu'à cette séance il n été 



n 



Il 1 



— VI — 

question des s^|iiiUureïi ancien nés découvertes à V\ 
commune de Montillot, canton de Véxelny. M. A 
rndc, j*g*?îit-voyer»qiii a tïécouvcrt ce cinictièrc el 
pcndanlkii hivers 190M905, et 19034iMK>, n fîiil d( 
sêe de Sens, d'un cercueil en pierre avec fr.igmei 
vercle, en provenant. 

A ce propos, M. Prou regrette, au point de vue 
que, k dispersion des objets IrouvC's, le principal 
ces sortes de découvertes rêsidniitdnns la coiiiprii 
sépultures entre elles et du mobilier lunêraire y 
en passant des plus anciennes aux plus récentes > 

M. Prou souhaite la bjcuvenue à M Poigcl, proï 
philosophie au lycée de Sens, admis comme m^i 
lairc à la séance du mois de février, et il se félici 
nion qui exisle ù Sens entre les membres de PUoi 
la Société archéologique. 

Il dépouille la correspondance et communique 

!*> Une lettre de M, Pobert Triger, Inspecteur g' 
la Société Française d'archéologie, qui remercie 1 
archéologique de Sens fie l'adhésion donnée pj 
vœu émis parla Société Française d'archéologie âi 
la conservation des édiïlecs et objets d'art rcligiet 

2" Une circulaire relative an Congrès internatio 
Ihropologîe et d'archéologie préhistorique, qui t 
treizième session à Monaco, du 16 au 22 avril lOCX 

t) dépose sur le bureau les publications reçues f 
mois écoulé, notamment le tome IV" des Inseriptioi 
cien Diocèse de Sens, publiées^ d'après les es 
d'KdmondMichelj par Paul Quesvers et Henri Ste 
lu me concerne les inscriptions des doyennés de K 
Gâtlnais. 

Il propose de demander rechange de notre bull 
celui de la Société archéologique de Noyon tOi 
prO|iosition est adoptée. 

Il relate sommairement le contenu des papiers d 
tave JuUiot» donnés par la ramille de notre ancien 



— VII — 

à la Société, et il estime que ces documents pourront être 
utilisés pour des études archéologiques. 

Enfin il offre à la Société une brochure de M Alfred Morel- 
Fatio, Directeur adjoint à TEcole des Hautes Etudes, sur 
la vie et les œuvres de D. Bernardin de Mendoza, nmhnsHa- 
dcur d'Espagne en France de 15W à 1590 (extruit du Bulletin 
hispanique de janvier- mars et d'avril-juin 1006) dans la- 
quelle il a relevé le récit fait par B. de Mendoza de Tassassi- 
oat de Henri UI par Jacques Clément. M. Morel-Fatîo ayant 
comparé ce récit à plusieurs imprimés du temps, que pos* 
sède la Bibliothèque Nationale, il n'a pas constaté qu il ait 
été traduit de l'un ou de l'autre. Mendoza a du I et- rire sous 
le coup de l'événement et en s'inspirant à la fois ûc^ gns^cl- 
tes et des renseignements particuliers. Cette rein lion, qui ciit 
très courte et représente la version de Tassa ssin*il, tran- 
smise à Philippe II et accréditée par son ambassadeur, con- 
corde avec celle qui a été publiée par M. Maurice Hoy dans 
le tome XX du Bulletin de la Société. 

M. l'abbé Chartraire donne lecture de fragments d'une 
élude malheureusement inachevée de M. Gustave Jnlliol et 
destinée par son auteur à compléter le texte descriplir qui 
précède la publication du Musée gallo-romain 

Après un chapitre consacré aux méthodes employées par 
les Romains pour la construction des murailles, a la physio- 
nomie générale de l'enceinte et au nombre des tours qui 
flanquaient les courtines, M. JuUiot donne les descriptions 
curieuses des portes de la ville écrites par Jacques Rous- 
seau au xvir- siècle, et raconte leurs transfonnntions suc- 
cessives jusqu'à leur démolition systématique et peu justi- 
fiée au xix*' siècle. 

M. Joseph Perrin rend compte de l'excursion qu il n faile 
avec MM. Sépot et Paul Roy à la chapelle de Sainl-(tennaiji, 
sur le territoire de la Chapelle-sur-Oreuse, à prosimilé de 
laquelle a été découvert le souterrain, dont il a été [ïarlè a 
la dernière séance. Ces messieurs ayant explc^ré ce soûler- 
rain reconnurent qu'ils se trouvaient en présence d'une cu- 
riosité naturelle, d'une simple diaclase de la craie, iidrfraïïl. 



i 



V» 






-sr -Kie jaiiifitin a traitjc ou v 



1 



I ~ 













'-" ■ ■• ! * ^T-^'ie a -rince. 
siirrr^*«!5nr*7i. x Trrmi-riO^a i .-.-nan^ âc pub 



— IX 



lins des Hospitaliers, où il est question de la Commaii- 
rie de Coulours; l'autre parM. Augustin Fliche sur la cliro- 
que d*Odoran et rtiistoriographie de Sens au xi« siècle, 
^tle dernière thèse contient une discussion sur l'apostoli- 
té de rKglise de Sens et saint Savinien. 
M. Tabbé Chartraire^ tout en rendant hommage au mérite 
3 ce travail, croit devoir formuler des réserves sur les con- 
usions adoptées par Tauteur, notamment dans la partie où 

étudie la légende de saint Savinien et l'apostolicité de 
Bglisc de Sens. 

Ces réservées foîtes, M. Tabbé Chartraire est heureux de 
c^ioser sor 1c Bureau la présentation, en qualité de mem- 
bre libre, de M. Aagqstln Fliche, licencié es lettres, demcu- 
itit à Faris, 1, rue de lUniversité. Cette présentation est 
Ignée par MM Maurice Prou, Maurice Roy et Sépot. 

La parole est donnée à M. Sépot pour la lecture d*une 
mtice dotil il est lauteur, intitulée : an Drame à la Hoas- 
Hîgr» rn il 36. 

Après» une descripUon pittoresque de la contrée, où s ele- 
nlL autrerots au milieu d'une vaste étendue de bois, le ma- 
ûoir de la Houssaye, M- Sépot (ait ressortir linimitié qui 
mstxLit ctilre le seigneur de la Houssaye, M. François (jail- 
lot- Dorai d'Eptsy, ccuyer. mousquetaire de la première 
com^iagnie de la Garde da Roy, lieutenant des chasses de 
San Altesse MadeniotM-lk de Charolais. et M. Louis Dalençon, 
Umieur â Sei^ profuiéfaire d une ferme située à proximité 
de la tfoussiye, appelée la ferme du Crot à Lc/gre. Puis il 
ncoale commeal et tiiiïs quelles circonstances, le 23 no- 
Temttre 1136^ M. LooU Dalençon tua d un cojp de fusil 
M. tiatIlot4>isval d Eptsy. Al aide des documents trouves aux 
de Sens, M Sépot reconstitue tous les 
la fuile da meurtrier, sa con i^n^aa- 
*oa exéc-lion en effigie, le 9 j-LIeî 

Cd épiUMlÊ mîèresse rivemeat i ass^^ruMee. eî M It ^::e- 
prèiMciit, «r £ûiâsrt Iratierprete de tous, és^et le \^i:- q-e 
U Sfpol toit lilci^éf ca mesure de nous 'i,z.z,cr Il.:^::.re 




1 



I 



complété de l'nitcic^n fief tic la Houssfiyc qui relcvail 
cbevèquc lic Sens. 

M. Kïty fait une lecture sur i'Ari dam la Prthi 
cl il que cet art e^l aussi caitricieux qu iimttcnilu \ 
cl après DucIeuzJon, un exposé de S011 éclosion. M: 
remarquer que cet art primitif n'est qu'un art c 
lion sur des objets donnant dêjù de 51 formes ; ce qu 
que le travail qui suit est bien de la miin de Mionij 
que les clivages d enlèvement sont toujours ^ la | 
ib doivent être pour aider h la repréjicnlation d un i 
main ou d'une tète d'animal. Puis il mcotite la U 
étonnante d une Icte de loutre en silex dans l ¥■ 
parfaite ment imitée qu'elle faisait illusion, A lappii 
intéressante démonstration. M. Kley fait passer 
yeux de rassemblée un certain nombre de ?*îlcx t 
fàiiiant t^artie de î^a belle collection. lï termine eti ; 
qu'il y a encore beaucoup à trouver, h cauï»e de 1 
sèment, et qu un jour, les préhistoriques auront u 
place au soIeiL 



Séance du 7 mm 1906 




Phésiiîence dh m. Mathicë Pnor 

Quarante membres s^ont présents. 
M l'abbé Villetard, membre libre» assiste a lu séi 
Le |>roces* verbal de ta dernière réunion est lu e1 
Kn ouvrant la séance, M le p résilient prononce 
funèbre de M, Paul Muleur, le doyen de natrc Soeîï 
il était Diembrc tiUdaire depuis IH6H, décédé à 
11 avril l^Oti. U reti*ace, en quelques motsi, 1» 
imtustrielle si bien remplie de ni>trc confrère cl n* 
sa famille l'expression des bien sincères coudolêaûi 
Société, ou il ne comptait que des amis. 

Puis M k* ]>résitJeut dépose sur le bureau k*s puli 
rc^-ues pcniïnnl le mois écoulé, parmi Ic^quciles ( 
ouvrage oirerl par l auteur, M 11. liouvler, aticien 



XI — 



libre de la Société, intitulé : Histoire de VEglise et de Vancien 
Archidiocése de Sens^ par Tabbé H. Bouvier, officier d'Aca- 
démie. Tome I. Des origines à Tan 1122. 

M. l'abbé Villetard offre à la Société un ouvrage intitulé : 
Acta generalis cantus gregoriani studiosorum conventns. 
Argenlinensis, 16-19 Aug-lDOô. Ck)mpte rendu du Congrès 
international de plain-chant grégorien. Strasbourg, 16-19 
août 1905. 

M. Tabbé Chartraire présente le programme d'une excur- 
sion archéologique à faire à Orléans, le 31 mai 1906. 

L'ordre du jour appelle le vote sur la présentation, en 
qualité de membre libre, de M. Augustin Fliche, licencié 
es lettres. 

M. Fliche est admis, en qualité de membre libre, à l'una- 
nimité. 

M. l'abbé Laboise lit une notice, dont il est Fauteur, sur 
le Cœur de Henri de Pardaillan de Gondrin^ archevêque de 
Sens. 

Tandis que le corps de l'archevêque était inhumé dans la 
cathédrale de Sens, où il repose encore, son cœur, suivant 
les désirs du défunt, avait été placé dans un coffret de plomb 
et inhumé au pied du maître-autel de Téglise abbatiale de 
Chaumes, où le prélat était mort le 19 septembre 1674. 

Ce coffret demeura au lieu de l'inhumation jusqu'en 1846. 

Il fut alors retrouvé sous les ruines de l'abbatiale et déposé 

Jiu musée de Melun. 11 revint au presbytère de Chaumes en 

ri865, où le curé, M. l'abbé Colas, lui donna asile, en atlen- 

Ldant le moment de lui procurer, dans l'église de Chaumes, 

f une sépulture convenable. M. l'abbé Colas ayant été nommé 

curé-doyen de Montereau, le coffret de plomb, contenant le 

cœur de Mgr de Gondrin, qui se trouvait enfermé dans le 

1^ \\ro\r d'un vieux meuble, vint échouer dans le grenier du 
presbylère de celle ville, où il fut retrouvé après la mort 
ik M. Vabbé Colas, arrivée en 1905. C'est alors que, après 
des démarches faites auprès du nouveau curé-doyen de 
Monlercau, le cœur de Mgr de Gondrin fut confié provisoi- 
rement à M l'abbé Laboise, qui en a été constitué le gar- 









.' \i 



i 




— xu — 

dieu, en atlcndanl qu'il trouve enïïn sa dcniîérc tien 
M^ le docteur Moreau lit la prcntière parlre il une , 
consacrée par lui au docteur GaslclUer cl à ses t 
(V. Bulletin, l. XXll |j. 249.) 

M. Prou signale à tn Société plusieurs aeles iiolarjéj 
ressanl des Séiionais du xvt" siècle et spéciatenienl 
Cousin, iiualysés dans le reetteil iVactcs notariés rch 
Chiëtoire de ParU et de sen etwirons au X VA s^iéclt^ pubi 
M. Ernest Goyecqiic i Histoire générale de Paris. — 
hupnmene Naliomde, 19(>5, in-4' K — !l &'cxpriiTic < 
termes: i Notre conlrt^re, M, Paul Heure, nous a co 
nique en 19CM, une vente faite pur Jean Cousin^ k 1 
venibre 1543^ tirée d'un regislre de minutes d un iv 
parisien, Catherin Furdeau, dont il avait eu connais 
par les épreuves du livre dé M, Coyeeque. (Voyez Bi 
dv la Société arckéotoffitfne de Sens, tu me XXI, paj^es 
suivantes). Ce livre a paru récemnîent H coniienl Ion 
d'un autre acte relatif au peintre Jean Couîiin m" 
page 319), h ta quelle est joint le fac*siniîié de ta pa 
registre de Cnlhcrin Fardeau, où il est ttanscrit Ce 
marché daté du 6 janvier 1541, t entre ledit Jean C< 
d'une part, et Jean Boucher, notaire en la conservalio 
privillèges apostoliques de I Universiléde Paris, Jneqn 
Cl tr m ont, marchant tanneur, Nicolas Coulon et S 
Petit, tous mai^tres el gouverneurs de la côtifrarie Ma 
saine te Geneviefvc du Mont» de Paris. > d'autre lîart, 
la fourniture de patrons de tapisseries. 

Le peintre y est qualifie ^ tionorabte homme Jehan 
sîn, maistre painctrc et bourgeois fie ï*Aïris, dénie 
vielle rue du Temple, ■ Il est diffictie de se refuser à r 
naître dans ce personnage, notre célèbiH! peintre i^èm 
encore que son domicile soit indiqué * vielle ru 
Tenqdc, • tantlis que lesi autres docnnientsjusqu icipu 
indiquent sa maison au coin 4 le la rue des Ma rais « d: 
ceasive de Sninl-Cîcrmain des-Prés, c eî<l-ii-dirç dan%l 
Vîïconti îiehielle Mais, il n'y a |>a& eoutradictioii € 
]>lus ancien document qui non^i le montre liabîtaut ru 



— XUI — 

Marais est Pacte signalé par M. Heure, leqael est du 11 oo- 
vcmbrc 1543. Cest donc entre le 6 janvier 1511 et le 
11 novembre 1543 que Jean Cousin est venu habiter rue des 
Marais. 

Par Tacte du 6 janvier 1541, Jean Cousin s'engage vis-à* 
vis des maîtres de la Confrérie de sainte Geneviève à t faire 
troys patrons de tappisserie, painctz en toille, de la gran- 
deur, largeur et haulteur que ung autre patron, jà par led. 
Cousin faict pour lad. confrarie, où feu révérend père en 
Dieu, frère Guillaume le Duc, abbé ded. saincte Geneviève, 
est portraict et priant, et paindre lesd. troys patrons, de 
painctures et personnages au vif, selon les histoires de la 
vie de saincte Geneviefve qui luy seront baillez, à chascun 
dcsquelz patrons y aura deux histoires de saincte Gene- 
viefve, aussi bien ou mieulx que led. patron que led. Cou- 
sin a jà faict. » Ce marché était conclu pour le prix de 
120 livres tournois, dont quarante livres payées comptant. 
Le peintre avait six mois pour livrer ses patrons. 

En outre, il devait reprendre ses patrons et payer auK 
maîtres de la Confrérie, quand il les lui rendraient, une 
somme de 15 livres tournois pour chacun d'eux, en tout GO 
livres tournois à déduire sur le prix de quatre autres pa- 
trons que lesdits maîtres t entendent encore fère fèrc 
d'autres histoires de la vie saincte Geneviefve > et aux 
mêmes conditions. 

Ce n'est pas le seul document intéressant pour nous que 
contienne le Recueil de M. Coyecque. Nous y trouvons encore 
des actes qui nous révèlent les noms de libraires sénonais 
C'est d'abord, sous le n° 509 (p. 100), un marché conclu le 
25 mai 1524 entre Nicolas Hicquement (Hygman), imprimeur 
de livres à Paris, et Mathurin de Fresnes, libraire à Sens, 
pour l'impression en lettre bâtarde, identique à une paire 
f\ Heures soumise par l'imprimeur au libraire, des Slatnls 
Synodaux à V usage de Sens, tirés à sept cent cinquante 
exemplaires, à livrer pour le 13 juin, et moyennant le prix 
de trente sols tournois c par journée de trois formes, » le 
papier étant fourni par le libraire. 




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— XV — 



documents pour Thistoirc de Sens, que ne doit-oQ pas 
attendre du dépouillement des minutiers sénonais ? 



Séance du 11 Juin 1906 
Présidence de M. Maurice Prou 

Quarante et un membres sont présents. 

M. Lasnier, membre libre, assiste à la séance. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. Tabbé Laboise, annonce que le cœur de Mit de Gon- 
drin lui a été remis pour être définitivement inhumé dans 
la cathédrale de Sens. 

M. le président dépose sur le bureau les publications 
reçues pendant le mois écoulé Puis il informe lu Société que 
M Tliorin, vice-archiviste, vient de terminer lu liste de tous 
les dons faits à la Société depuis son origine. Cette liste 
permettra de reconnaître et étiqueter les objets qui sont la 
propriété de la Société. De chaleureux remerciements sont 
adressés à M. Thorin. 

M. Kley fait une lecture sur quelques usages guerriers 
dans la haute antiquité et, particulièrement surlu^ge de 
se peindre le visage et le corps avec des ocres rouges^ 
jaunes ou brunes pour se donner un aspect effrayant. Les 
primitifs croyaient que la pierre de sang les rendait invul- 
nérables, M. Kley, en présente un échantillon, sous b for- 
me d'une tête d'onrs en peroxyde de fer dont il fait sortir 
à raided*un frottement au grès, un liquide ayant une appa- 
rence de sang. 

M. le docteur Moreau achève la lecture de san étude sur 
le docteur Gastellier. Il raconte son arrestation on tlécem- 
bre 1793, son empri.sonnement, et analyse les ouvrages 
quil composa pendant sa captivité. Rendu i\ la liberté, 
Gastellier reprend ses occupations médicales ; il est nommé 
médecin des hospices de Sens, le 6 mars 1705 ; puis il 
retourne à Montargis en 1797 et va passer le^ dernières 
années de son existence à Paris, où il meurt le 20 novem- 
bre 1821, à lage de quatre-vingts ans. 



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i 



— XVI — 

M. Josej>h Perrîn donne lecture iVtin 
du H) août 1586, concenianl rmi des vieux ht 
noblesse sênonaîsc. Par cet acte, dont les forint 
lîin^fjige nnït mcrilcnl âc retenir rallenlinn dc^ 
dame Mtirie Coellnrt, veuve de M" Michel Oauchc 
vivaiil cunseiller nuigislmt au hailliagc et siège pr 
Sens, et Seigneur de Palys cl la Brosse, lègue aux 
de cette ville 5 livres de rente, à prendre Mirhi m 
rue du Saint-Esprit, paroisse Saint-Iïilaire, afin 
sa sépuUure en réglisc du couvenL 

M. Prou est d'avis qu'il y aurait lieu de puhlîi 
Iktîlelm ce document intéressant et il en donne le 

M, Joseph Pcrrin communique une lettre de 
deau, de la Chapelle-sur-Oreusc, qui» à propos i 
couverte signalée à la séance du 5 mars dernier 
h croire que Ton se trouve, non pas en présc 
phénomène naturel mais bien d'un souterrain c 
la main de rhomme. M. Perrîn n'adopte [>as eelt< 



Séance du S Jtiilki 1D0S 

PnÉStDENCE DE M. LARBÉ CHARtnAlRE, V|CE-Pb 

Trente- huit membres sont présents. 

En Tabsencc de M, Maurice Prou, retenu ik Pai 
examens de l'école des Chartes, M* l'abbé ( 
préside la séance* 

Le procès* verbal de la dernière séance est lu < 

M. le chanoine Mèmaiiî, en raison de son étal 
donne hu démission de membre lit al a ire de la Soc 

En se reliranl, M. le chanoine Métnain fall Imm 
Société de deux mémoires inauuscnts itiUtul' 
RécUunalion adresêêe au Pape Urbain Vili $ut te t 
mt'fîi dt t'arthe^rché de Sens en îfiW (pièce pro' 
M>ï^ de Bellegarde* mort en IC4G h et J autre 
adrcêsêe an Hoi de France sar k démembrement c 
t^cM de Sens en 1623 ^ par B. de ProvenchèreSt cl 



— XVII — 

^soricr de l'église de Sens. M. Tabbé Chartraire en fait 
ic courte analyse. 

Des remerciements sont votés à M. le chanoine Mémain 
li, sur la proposition du bureau, est nommé par accla- 
ation membre honoraire de la Société. 
M. le vice-président fait part à la Société du décès de 
. labbé Çhérot, membre correspondant, Il s'exprime en 
ïs termes : c J'ai le profond regret de vous faire part de la 
lort de M. l'abbé Henri- Louis-Charles Chérot, décédé le 25 
lin, à Tage de cinquante ans, en Suisse, où il était allé cher- 
tier un pea de repos. 

« Elevé à Sens, M. l'abbé Chérot avait gardé pour son 
ays, pour la vieille cathédrale à Tombre de laquelle il 
vait fait ses premières études, un attachement très vif. 
« Il s'était consacré aux recherches historiques. Vous 
onnaissez les nombreuses et savantes publications, où il 
imait à faire revivre le xvii» siècle, qu'il avait étudié avec 
rcdilection. Sa plume alerte, son style imagé, nous ont 
racé du grand Condé, du P. Lemoyne, de Bourdalouc, des 
»ortraits d'un art consommé. Rédacteur de la Revue les 
éludes, l'un des fondateurs et des principaux collaborateurs 
le la Revue Bourdaloue, il s'était voué à un travail malhcu- 
eusement au-dessus de ses forces. 

« Membre correspondant de notre Société, il n'oubliait 
)as les devoirs attachés à ce titre ; il était heureux et fier, 
orsqu'au cours de ses recherches, il pouvait glaner quelque 
ragment d'histoire sénonaise et nous en faire bénéficier, 
^'inspirant surtout du mémoire manuscrit laissé au Carmcl 
ie Sens, par la sœur Marie de l'Incarnation, la survivante 
du Carmel de Corapiègne, il écrivait, il y a quelques mois 
à peine, un touchant récit de la pieuse vie et de l'héroïque 
mort des religieuses montées en 1794 sui l'échafaud, et qui 
viennent d'être déclarées Bienheureuses. 

« Je suis assuré d'être l'interprète de vos sentiments en 
exprimant ici les très vifs regrets que nous cause la perte 
de ce collègue ^évoué et en offrant à tous les siens l'hom- 
mage de nos respectueuses condoléances. » 

b 




I . 






^ XVllI 



4 




^'as&euililée tout entière «k'jis&oeie aux iiaroîos 
sutî vice-président, 

Cului-ci a en c tire ïc regrel dutmancer la 
M, Picltc, nncien ma^iîïlral, pri*sitJenl d honn 
Sociélt* préhistnnqnc tic France^ mcntbrc û\m grii 
de stJcicU's saviiiilcî» ; il dépose sur le bureou ï 
maires âynnt tmU à ]n prchîsloire, hommnge de 
(lu défunt 1^ l:i Sûcièté- 

M Tharin fait ensaile la conimunication «uiv 
fontïiine et les vestiges d habitations antiques d 
de VïHeperrot. « J ni l'honneur de cii]umunk|U 
ci^^lé iïrchenlogique les renseignements î,uivanl5 
paru avoir un cerliiin intérêt âu point de vut s 
et hislorlque. 

« Le 23 mai dernier, me promenant avec un cuit 
un chemin appelé, dans la conlr^e» Voiv romûl 
sur la hnuteur qui duuilne le elieniinde Villeper 
sur-Yannc, j'eus loccasion de demander*^ ce bn 
s'il avait déjà découvert, dans les champs bordî 
romaine, des armes anciennes, des méiîailles o 
plurcs, Il me répondit n'en avoir jamais Irtmvé, 
peu plus loin, en suivant la voie rnmntnef il cxi 
droit a])[îelé Dci nu Deuil l%% ou Ion rcnconlrail 
raat le sul, des lilucs de maçonnerie et, qu un pci 
sur la hauteur, il existait encore une l'onlnine. T 
locaîe anirme qu autrefois une ville sï'levail à c< 

« Voici ce que Tarhé disait, il y a cinquanti 
se5i recherches historiques r 

u Sur In roule de Pont ;\ ViI!cperrol, existait u\ 
n un lieu aiïpelé Uei, et, dans les litiTs, Douy. Pi 
trouvent tes ruines de vieux btUinicnts; suiva 
« tion, il y a eu lu un m^naUére ou une chaf 
y aussi découvert, au nuine endroit, tes débris 
« îHiueduc qui aurait amené les eaux irune fo 
u sine, On y ajoute qu'on a aussi trouvé dans 
« ites médailles romaines. » 

M II y a lieu de renuirquer que les renseignci 



— XIX — 

nis par le cultivateur et le récit de Tarbé ont, à part quel- 
ques détails, une certaine ressemblance. 

« Je dois ajouter, qu'il y a quelques années, on voyait, à 
Villepcrrol, rentrée d'un souterrain se dirigeant vers Dei. 
Plusieurs tentatives pour l'explorer n'ont pu réussir, parce 
que les lumières s éteignaient lorsqu'on avait parcouru trois 
cents mètres. Malheureusement, le propriétaire de ce sou- 
terrain en a fait murer l'entrée. 

€ De ce qui précède, se dégagent des faits certains, c'est : 
1» qu'à l'endroit indiqué, il y avait autrefois des bâtiments 
alimentés par la fontaine et un aqueduc, dont on a retrouvé 
les restes ; 

c 2" Que les médailles romaines trouvées dans le sol font 
présumer que cet endroit était habité à Tépoque gallo- 
romaine ; 

c 3^ Que le voisinage de la voie romaine permet de sup- 
poser que les vestiges de constructions existant encore 
dans le sol proviennent, non d'une chapelle ou d'un monas- 
tère, mais bien d'une cité ou d'une station gallo romaine. 

« Enfîn, j'estime que, dans l'intérêt même de la science 
archéologique et de l'histoire locale, il serait à désirer que 
des fouilles ou sondages fussent pratiqués après l'enlève- 
ment des récoltes, afin de pouvoir rechercher l'origine des 
vestiges de maçonnerie existant dans les champs qui abou 
tissent sur la voie romaine. > 

M. Rousseau rend compte de la façon suivante de la dé- 
couverte qu'il a faite récemment d'une sépulture antique à 
Pont-sur- Yonne, dans la propriété de M. le docteur Challe. 

c Les fouilles que je fais exécuter en ce moment, dit-il, 
dans la propriété de M. le docteur Challe, à Pont-sur-Yonne, 
pour la construction d'un pavillon d'habitation, ont amené 
la découverte d'une sépulture ancienne, contenant un 
squelette humain auprès duquel se trouvaient une urne fu- 
néraire et une patère en terre noire. 

« La propriété de M. le docteur Challe est située à Pont- 
sur-Yonne, en bordure de la route nationale, entre cette 
route et le chemin de fer, près de la partie nord des prome- 





Vi-i 




— XX — 

Il «des enlouninl la ville, promcnfirtcs clablics sui 
fasse fies roHtflcaltoos, 

A0"'80 lie prorondeur eiiviront fii cuiUrebaH i 
tue! du jardin, sol c|ai a dd èïre abaîiîHê de jthisteu 
pctd-i^lre dejutis dix4itiil siècles, la pînche des U 
n inh h jtuîr un squelette d'hamiue eiilerre assis 
allonges sur les cuisses, lei^ jnmbcH étendues^ le 
courbé, la tt-te penchée rorlemcnt eu avant, sappu) 
que sur le bassiti. 

« De Tavis de M. le docteur Challe, cel homni 
haute stature* rexaiiieu des osscnicnls dérnonlrnu 
pa Hennît (i un de nos ancêtres plus grand que la 
aciuclle de notre génération. 

f Auprès de lui, entre ses jambes allongèeit, S' 
une nrue en terre euitc^ poterie tournée, de couli 
foncé prescpic brune» de 0"'18,ï de hauteur, au Ci 
de 0"MïrîC)de tl iauiélre à l'ouverture, à la panse nr 
Qm \{)Q tic diaiutHre, ornée» à sa pnrMc supénei 
douide tllet, celui de dci^sus strié de petites hadui 
cales 

d La pause porte, counne décornlion» six déprc 
forme ovoïde, coninie celles que pourrait, «v 
dans la pjte encore ninlle, le ponee du potier, 

# Au-dersous de ce^» dépressions, se trouve un t 
strié de hachures; enfin le vase se termine par ii 
nllouî^éei cylindrique nu bas, de 0'"0IÏ3 de diam^li 
ton plus rosé que In jiartie supérieure de l'urne. 

« C ' vase est en |mrtie brisé, la pioche du terras: 
iiinlhcureuseinent frapiîé dessus , mais les morceni 
pres<[ue tous retrouvés et recollés d une manière pr 
cependant sa fragilité est encfjro trop (grande pour 
voulu nie charger de le déplacer, les ph"tographi 
vous lais passer snus les yeux vous donncrnnf 
une impression sulllsnntc de sa forme. 

* Prés de ccMe urne, également entre les jambc^^ 
telle, se trouvait la pntére en lerrc noire de 0'"lJ 
métrc extérieur, aplatie, en forme de snueotifiei I 



— XXI — 

légèrement recourbés à l'intérieur, reposant sur trois pieds 
très bas ; la hauteur totale étant de 'u 050 seulement. 

« Celle patèrc est toute en terre nuire; elle n'est pas pa- 
tinée comme celles qui se trouvent au Musée de Sens. 

€ J'ai fait, dans notre Musée, des recherches^ bien som- 
maires il est vrai, en raison du défaut de temps, pour re- 
trouver des vases analogues, et, j'ai rencontré, dans Tun 
d'eux, le n» 55 de la série F, un type absohiment semblable 
à celui découvert chez M. le docteur Challc. 

a La différence consiste simplement en ce que sa hauteur 
n'est que de 0«"14, au lieu de 0'nl85, cl la couleur plus 
brune qne celui de Pont-sur- Yonne. 

a Mais, même nombre de dépressions, de filets, mêmes 
hachures entre ces filets. Pourquoi six dépressions à ces 
vases? Y a-t-il là un symbole? Est-ce un elfcl du hasard ou 
une habitude des potiers? Etait-ce le type consacre par 
l'usage pour urnes funéraires à cette époque? 

« Cette urne ne porte aucune indication, aucun signe ou 
remarque de potier. 

a II en est de même pour la patère, dont il ncsislc pas de 
type semblable au Musée de Sens; celles qu'il possède sont 
en terre brune ou rouge patinées de noir, ou en terre rouge 
ou samienne; aucune n'a de pieds au-dessous. 

« A quelle époque y a-t-il lieu de faire remonter celte sé- 
pulture et ces vases funéraires? 

« Je laisse à de plus autorisés que moi darîs notre Com- 
pagnie le soin de se prononcer sur ce point intéressant. 

« Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Turne du Mu- 
sée (no 34), que M. le docteur Moreau, notre conservateur, 
a bien voulu apporter pour vous pernicltre de mieux vous 
rendre compte de l'aspect de celle de Ponl-sur-Vonnc, a 
été trouvée à Sens dans l'ancien cimclière (terrain Gaillard) 
avec une pièce de Vespasien, qui rè^na de 1 an C9 à 79; 
qu'une autre urne (m» 32) assez semblable, égaleiiicnl au 
Musée (deO'"ll de hauteur), a été trouvée au nïémc lieu 
avec une pièce de Gordien par conséquonl de 238 à 24 1. 

' Est-il permis de supposer que cette sé)mllure date du 




• I 



S 



— XXII — 

premier ou du tleuxtènie siède? Pcul-aii même Ûxqi 
siècle jirés celle lîalc ? 
ft A vous» messieurs, de conclure* 

M- de Trnyncl coinnuiniquc cinq letfrcs inédites de 
le Bcuf. 

EnJln M. labbûChartrairc inlcrcssc vivement lasse 
par In lecture dune noLice intitulée : un Conflit dt Jnn* 
an XIV*' niée te : le pend ii de Morel. Otle étui le esl lire 
doeumenl foisûnl juirlie du Cnrlulaire de TA relie vêc 
Sens, dont il prùpure Iti publication. 



Séance du 6 août PMI 



I 




PkIIsIDENQK de m, llkimÛ Cj!AltTHAmE> VicK-rwÉsiii 

Treille membres sont tirésents. 

M. le chanoine Blondel, membre honoraire, assisli 
séance. 

Le procès- verbal de la dernière séance esl lu cl éido 

M, le vice-président présenle les excuses de M. Mi 
Prou, retenu i'i Paris» et celles de M. Se pot, Irésorici 
gravement indisposé; el il f^it des va'usE pour son rèl 
sèment 

M. Thorin remplit» pour la séance, les roncUons il 
soricr, 

M. le vice-président rappelle ensuile que» depuis m 
nière assemblée, la Socle lé arcbéologit|ue a perdu i 
SCS membres titulaires les plus assidus aux réui 
M. Ch. Warrick- Il se fait l'interprète de lous en adrcv 
la ramille du détunl Tex pression de ses regrets el \\ 
vives condoléances. 

M. le chanoine Blondel, M, labbê Charl faire et M 
qulnnd présentent» en qualilé de membre eorresiuîn 
M l'abbé Hégiiicr, curé de Ville frajiche Sain! *Plial, c; 
tic Cha m y \ Yo n n c ) . 

M* le vice -président dépose sur le bureau les pul 



— XXIII — 

lions reçues pendant le mois écoulé et dépouille La corres- 
pondance. 

Il communique une denaande d'échange de publications 
adressée par la Société des lettres, des sciences, des arts, 
de l'agriculture et de l'industrie de Saint-Dizier. 

Cette demande est adoptée. 

M. l'abbé Chartraire offre pour les collections de la So- 
ciété l'empreinte d'un sceau du xiv^ siècle, appartenant au 
musée d'Âvallon. Ce sceau, en forme d'amande, représente 
Saint-Michel terrassant le dragon et porte la légende sui- 
vante : 

Sygillnm magislri Michaélis de Biirgo Sancli-Pclri' Viui 
Senonensis. 

Au nom de M. l'abbé Bourgeois, curé de Coulours, il 
offre enc >re à la Société, un boulet trouvé dans une mare, 
au hameau des Loges, commune de Coulours. Selon toute 
probabilité ce projectile est l'un de ceux qui ont servi à 
lattaque de la maison des frères Chapperon pendant la 
Révolution. Cet épisode a été raconté par M. l'abbé Char- 
traire à la séance du 7 mars 1904. (Voir le Dnllelin de laSo- 
ciétéy tome xxi«, 2® fascicule.) 

M. Félix Chandenier fait passer sous les yeux des mem- 
bres de la Société deux lettres autographes de Monseigneur 
Languet de Gergy, archevêque de Sens et membre de l'Aca- 
démie Française, et la minute, aussi autographe, d'une ré- 
ponse d'Alexis Piron. 

Il rappelle que si Piron, presque enfant, a commis une 
faute en composant « l'Ode à Priapc • qu'on lui a fait expier 
pendant toute son existence, il n'en était pas moins a hon- 
nête homme » et que l'archevêque de Sens, né comme lui 
à Dijon, pouvait entretenir avec son compatriote de cour- 
toises relations. 

H s'agit dans cette correspondance de l'épitaphe compo- 
sée par Piron à la mémoire de Jcan-Baptiste-Joseph Lan- 
guet de Gergy, frère aîné de l'archevêque, célèbre comme 
curé et constructeur de Saint - Sulpice de Paris, mort en 
1750. 



■'1 



— XXIV — 

Nous la re^iroduJsoDii, pnrce qu'elle sernlilc inci 

■ Il tl4''|trnii,tïU «'Il prtricc t<l vivo 11 ni ii|Ml|rç è 

IvW pour mn irnupesiu^ xéli* pfjur leS4<l((ni*tir. 

Df* l'itiT El fin ïr bon pnsleur 

Et Jul le Sdlottiori ric Ttiutrc. 

Lfnt' noie de In nmin de Tiron nous apprend qt 
seigneur Inrchevôtiue de Sens au lieu de dèficnH 
rvimmloit et voii kit bien. » 

Dans sa seconde lettre, datée de Sens 17 novcin 
scignuur Langucl a par recunnahsancc des beaux 
Pimn avait faits sur son frère, lui envoyé leur i 
latiue pour lu suumeltrc h sa censure et correcUi] 

E^n u» tt partuê Uht 
Œijutiîtii in dant Hrqe* 
Plehtfi stiiv trUt ri Skti 
If a fuit pastor totui^ 
iittie Stt/omori/j trntutu^. 

En terminant. M* Gliandenier a rappelé qu Aie 
fui élu pour succéder à Moiuicigneur Langue 
demie française , nialH (jue ses L'ïineuiis suKci 
Louis XV un rare accès de vertu qui lenipccl 
fier rêlection. 

Au uom de M Omont^ de 1 Institut, M, liilibc ( 
fait une communication très întèressanle our un 
Professions épisco/nilrn et tthlmitutex ù l'tirvhinnhim 
d après tin nmntiscnt de /« tnhiioîhèque oh I.Kvnii 

Avant de clore la séance, il fait çonnnîlre les rêi 
travail auquel s'est livré M. le docteur Moreau» qt 
une chm/kation des [rttgNit-nts de coionttes et pi 
nwxée gollo- romain. Des renierciCTncnts sont ai 
M. le docteur Morenu. 




Séance du 8 octobre iS06 

l'iiÈSIiniKCIi OE M. L'AHHÉ ClIAIlTJUltiK 

Trente sept membres sont présents. 

M le clianot ne Blonde I, membre honoraire, as; 



— XXV — 

•éunion. M. Tabbé Chartraire présente les excuses de 
A. Maurice Prou, empêché de venir présider la séance. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Au nom de M. Prou, M. le vice-président donne lecture 
les éloges funèbres de trois membres de la société décédés 
Icpuis la dernière réunion : 

M. Charles Sépot, notaire honoraire, membre titulaire 
îl trésorier de la société; M. Gustave Ducoudray, historien, 
iicmbrc libre ; et M. le vicomte de Raincourt, conseiller 
général de TYonne, membre libre. 

11 s'exprime en ces termes : 

tf C'est avec une profonde et douloureuse émotion 
]u'ouvrant aujourd'hui la séance, votre président a trouvé. 
m face de lui, une place vide, qu'occupait encore, il y a 
leux mois, un de nos confrères les plus justement estimés 
;t dont la vigueur paraissait égale à celle des plus jeunes 
rentre nous. Par la dignité de sa vie, la conscience et Iç 
zèle avec lesquels il a rempli toutes les fonctions dont il a 
èlê investi, par Taménité et la droiture de son caractère, 
par sa sagesse dans le conseil, comme aussi par son érudi- 
tion, Charles Sépot s'était acquis l'estime de tous ses conci- 
toyens, plus spécialement celle de ses confrères de la 
Société archéologique, l'amitié de ses contemporains, le 
respect des plus jeunes. Qu'il me soit permis de joindre à 
vos regrets, l'expression du chagrin particulier que j'ai 
éprouvé à la disparition d'un des représentants d'un groupe 
iénonais au milieu duquel j'ai été élevé et aux exemples 
ie qui j'ai essayé de me former. 

^ Charles Sépot, né à Sens, le 7 août 1837, prêta serment, 
comme notaire de Theil, le 26 octobre 1866. Pendant vingt 
ms qu'il occupa cette charge, il en remplit les fonctions 
avec honneur, ayant une pleine conscience delà discrétion, 
de la délicatesse, des scrupules même, auxquels est tenu 
celui que sa mission appelle à pénétrer le secret des inlé- 
rèls privés et Fintimité des familles. Une voix plus autorisée 
que la mienne a rappelé les témoignages publics d'estime 



-f 



— XXVI — 



■* 







que lui donnèrent ses cotlègups ■ Il hîegea h In C 
4liscii>lmeet en devint i>résitteiTl. Kiifln, sîicurriên 
le gouvcrncmcnl reconnut le Uilenl et la dignité! 
quck il avak ciccompli sa lâche en lui décerna 
rarîpt. 

i Charles SC*pot nï*taîl pas seulement vers 
connaissance du droit tt avait une culture plu; 
D*un esprit rétléchi, observateur cl curieux, Il s 
aux recherches scicnli tiques, La tiotanique la 
d abord. Ou n'en sera fias clonné. L'élude d( 
leur dctermitialion, leur classement, cîsîgent ûvs 
Noin minutieux et cet esprit d'ordre que uotr 
ap|torlait à tout ce qu'il faisait. En 1858, il fonda, 
des nôtres» Julliot et Loriferne, la Soci6lé Lin 
Sens, sociclé éphémère sans doute, mais qui \ 
pour organiser des herborisations et créer un 
permit de faire des expériences d acclimatation 

t Je ne «aurais vous renseigner sur les dcslinc 
fondation, tl n'en reste pas moins qu'elle éveilta 
sieurs le goût de la botanït|ue, et que, la Société 
ceux qui la composaient continuèrent à reclic 
étudier les piaules de notre pays. 

» Hù[uit expl(»ni la vallée de la Vanne cl |ïartic 
rétang de Galetas, ù Dnma (s M v fil diinpurïnr 
valions. 

a 11 forma un herbier qni a beaucoup servi h U 
du livre de M. Constant Houlbcrl : La Flore th 
publié sous les auspices de noire Société, et qui, 
gêné rosi lé de MM. ïïené et Louis Sépol, est entï 
possession* 

iï Les sciences naturelles et les sciences hisl 
elles différent par leur objet, sont inlimenienl 
ri d en 11 té de la mélbode. 

f U est rare, aujourd'hui, qu^une même person 
réludc des unes cl îles au 1res, parce ipic le liéve 
de chaciue Inaiichc des connaissances liuniaim 
spéciaUsation, Mais, ici-méme, nous avons conni 



— XXVII — 



înos confrères également versés dans les sciences iia tu- 
lles et dans l'histoire et Tarchéologie. Sépot vUxii de 
ux-là. Sa place était toute marquée dans notre Société, Il 
I fui d'abord membre libre. Quand il vint chercher le 
pos dans sa ville natale, il fut élu membre titulaire, le 
novembre 1887. 

i II prit une part active à nos travaux. Comme il était un 
lepte du Tourisme, avant que le mot n'eût été in veniez et 
ril le pratiquait à pied, c'est-à-dire de la façon qu il Tout 
)ur bien voir les choses qu'on rencontre sur le chemin, 
s'attacha à vous signaler les découvertes archéologiques; 

se plut à visiter les fouilles de la région el à vous en 
ndre compte. Ainsi, le 6 octobre 1890, il entretint la 
)ciété delà découverte d'une sépulture à ThoH^ny. Plus 
cemment, en 1904, il fut de ceux qui observaient les fon- 
itions de la muraille romaine mises au jour tliuis une 
anchée ouverte pour rétablissement de l'égout de l îiotcl 
î ville. Notre ancien président, M. Perrin, l'eul souvent 
)ur compagnon, dans ses excursions archéologiques. L'îhi 
îrnicr, il me faisait part de son intention de pralicfuer dc?s 
uilles dans un terrain où il avait reconnu des sul>sl ru étions 
•maines. 

« Familier avec les actes des anciens notaires, il sut en 
•er les éléments de plusieurs mémoires. Le clnsscnienl 
ril avait fait des précieuses archives de la Chaniln e des 
)lalres lui avait révélé la variété et l'importa nec de ees 
rtes de documents. Le 7 novembre 1892, il coniumniqna 
la Société un marché passé le 21 mai 1512 entre h\ ville 
' Sens et des fondeurs de canons. C'est encore h 1 iiiiie 
actes notariés qu'il rédigea un mémoire imprimé nu 
me XX de notre bulletin et consacré à la corpomtifm des 
énétriers de France, à Sens, au xvii« siècle. Enlhi, celle 
inée même, nous avons écoulé, avec le plus vif intérêt, 

récit d'un procès criminel à l'occasion d'un menrlrc 
)mmis à la Houssaye, au xviif siècle, et dont il iivnit 
cuve le dossier dans les anciennes archives du tnùltiiige 

nous avait semblé que l'accueil fait à la lecture de M. Se 




— XXViU — 




._' J J 



i 



ptil vainc mît les scrupules truiic eîteessjvc tnt> 
ren»|Hkhîiil de nous apporter le fruit de toutes & 
ches. 

« La crainte qull avîiîl^ bien h tort, que ses Lravi 
i^enl pas assez purfî^ils pour mérîter I attention de 
gués n'était [ms le sent obslacle qui s'opposait à 
rcs i>lus nombreuses de sa pari. Vous lui a vie» i 
charge qui abstirbail une bonne partie de sur 
avait ici un rnle ntlrninistralif important. 

4 Quand son ami, notre regrcUê confrère LoHli 
pour des raisons de santé, résilier ses fonctions 
fier, Charles Sépot fut appelé h lui succéder, 
jtr déccnibre 189Û, il était notre trésorier, Sun c 
des alfa ires et son aeUvilé le dé.vignaient à voire c 
la gestion de vos intérêts Notre fortune est dai 
dilïlcïle à udminislrcr qu'elle est plus restrcinlr 
ressources aussi exfguéii que les nôtres, il faut 
d'ordre et d'écononde tout particulier pour faire 
dépenses qu'exige le rouclionnement de nuln 
M* Sépot sut faire en sorte que, naalgré rndre 
nous n'avons pas senti la génc 11 sut aussi appt 
ses relations^ avec ses conlribuatiles volontairifà 
exquise courtoisie. 

g Mais, si la disfuirition de Charles Hep l>i prov 
naniinilé de regrets prot<ïnds, ce n'e^vl |ms seu 
nous sentions le donnnage qu'en éprouve la S 
n'est [nis seulenieiiî qu il fut un collnbondeur t 
Irésorlcr vigilant, cesl aussi, c'est surl^mt qur n 
rons un ami uùr et dévoué. 

a Les écluis du glas funèbre de Charles SLqH>t re 
encore» qu'un autre deuil nous étail annoncé. I. 
Gustave Ducoudray, qui nous appartenait eo 
membre libre depuis t8!)2, nururaita Paris le 12 s< 
llii-n qu U vCd accomjdi sa carrière a Paris, Ducoi 
vait jamais rtHupn les liens qui 1 ultaeliateiit a S€Hi 
tnl II ne se passait pas flannéc quHI n y revînt, 
mi moment, il y lîxa sa résidence. 




— ^"^^ 



— XXIX — 

I L'afTcction qu'il avait pour Sens avait vraiment un carac- 
e filinl. Ce sol sénonais exerce un charme si puissant 
r tous ceux qui en sont sortis, qu'ils* ne s'en peuvent ja- 
lis déraciner. Pour Ducoudray ce qui symbolisait Sens^ 
tait le lycée. L'amitié qu'il avait gardée à quelques-uns 
SCS condisciples, la camaraderie qu'il pratiquait ii regard 
tous, de ses contemporains comme des jeunes, le dévoue- 
nt qu'il mettait d'un cœur chaud à les servir, lui avaient 
lu, de la part des anciens élèves, une affection et une 
ime dont la présidence de l'association fut, pour ainsi 
e, l'expression. En lui conférant l'honneui* de les prési* 
r, les anciens élèves du collège et du lycée de Sens ne 
niaient pas seulement reconnaître l'attachement de Du- 
jdray à ses compatriotes, ils entendaient aussi par là 
idrc hommage au talent d'un des leurs dont ils étaient 
itimement fiers. 

L'œuvre pédagogique de Ducoudray a eu, en cfFcl, et n 
:ore une influence considérable sur l'éducation de la 
nessc. Notre confrère a été avant tout un professeur par 
parole et par la plume. Nous ne saurions passer ici en 
rue les nombreux manuels qu'on lui doit et qui forment 
cours complet d'histoire universelle, ni en dégager les 
ils essentiels; nous en laissons le soin à notre confrère, 
l'un de ses plus chers amis, M. Félix Chandenier, qui se 
)pose de lui consacrer une notice biographique. 
Qu'il suffise de rappeler que ces manuels, par le ^oin 
;c lequel ils sont rédigés, par la largeur delà conception, 
• la clarté de la rédaction, marquaient un pro^n*s sur 
ouvrages analogues qui étaient entre les mains <îes en- 
ts et des jeunes gens. 

Ils n'ont pas vieilli, car l'auteur ne cessa de les reiiiii- 
r, de les tenir au courant, de telle sorte que les édî lions 
îcessives sont, non de simples réimprcssion.s, mais vrai- 
nt de nouvelles éditions. Et même devant les modinea- 
lis profondes récemment apportées au plan de l'cnsei* 
umcnt historique dans les lycées. Ducoudray ne se décou- 
jea pas : il procéda aune refonte complète de son œuvre, 



/ 



— XXX — 

4 H était îioutenu par le tcnliment qu'il avait t 
portnncc de lu connaissance du passé pour la foj 
des esprits, coniinc ntisst par un nrdcnt pi^triotis 
s'exprime, tion pas en des phrases grandiloqucatcî 
simpiemenli et aussi fortement^ d'un bout à 1 ai 
ceux de SCS livres qifil a consacres h Ihistaire de 1 
11 comprenait ta solidanlé inéluctable des ijéneratior 
pensait pas qu1ly cùtdcust France, Tune d'avant le 
lu tion, l'autre d'après. L'admirable cl rare uuilè il 
développement instoricpic ne lui échoppait pus. Et |i 
avait atteint le but qu îl se proposait de donner à si 
patriotes une notion exacte du passé, il semblerait q 
être satisrait de la t;\chc acconq>he, qui élait bien 
noble qu'on put concevoir. Cependant ses amis savc 
avait une souffrance intellectuelle C'est qu'en eîTet lesî 
de manuels suiit oblii^és de se ctmlenlcr de mettre cr 
les rcsuUats que d'aiilres ont obtenues par t étude din 
documents; or, pour un esprit curieux du \msU', il ti' 
de joie plus intense que de rechercher les documents, 
lyser, les critiquer et, enfin, de découvrir des aperça 
veaux sur les causes et renehaînemcnt des Taits, lu ps 
t»ie de nos aïeux, le mécanisme des anciennes iiislil 

ff Or les travaux professionnels de Dueoudniy, pai 
quels on doit nïettrc tout d'abord la rédaction de 
d'histoire, ne lui pernicUaicnt que rn renient de t 
les documents, 11 avait très anciennement forme le 
d'écrire Ihistoire du Parlement de Paris : il en aeeu 
lentement les matériaux, et, parfois, il désespérait cl 
voir jamais trouver les loisirs nécessaires ptiur n 
terme cette œuvre originale, lien poursuivît liiec* 
sèment avec ténacité, et il eut enfin celte grande jo 
devait cire la dernière, de donner au public un 11 vn 
nuit dont le sujet lui fournissait Toccasion de %€X\ 
sur tous les points importants de T histoire de I 
puisqu'il y relravail l'histuirc d'un corps qui eut, n 
monarchie, ilcpuis le xïv^' aicclc jusqu en HiiïK un^ 
action judiciaire, politique et admînîslrative. 



i. 



— XXXI 



« C'est grand dommage qu*un historien, d'origine aéno* 
nnise et si ardemment sénonais, n'ait pu mettre son talent 
nu service de notre histoire locale ; il en avait cependant te 
désir, car il rêvait d'écrire une histoire de Sens. Avec aa 
parfaite connaissance de l'histoire générale, il eût pu y rat- 
tacher notre histoire particulière. 

« On n'a de lui que deux mémoires d'histoire sénonaisc : 
une esquisse sur les c Cardinaux et Archevêques de Sens, « 
une notice sur le n Journal historique de Jacques Chaumo- 
ret, chanoine de l'église de Sens », rédigée à l'occasion du 
cinquantenaire de notre Société et lue à la séance du 20 
luin 1S94. 

« On peut cependant dire de lui ce qu'il a dit du chanulne 
[^haumoret, qu'il avait « le vif sentiment des grandeurs de la 
rille de Brennus et de Drappès. » 

i Nous avons eu encore la douleur de perdre, le 17 aoùl 
Jcrnicr, un autre membre libre, le vicomte de Raincourt^ 
|ui faisiiit partie de notre Société depuis 1893. Pour nvlre 
)as Sénonais d'origine, le vicomte de Raincourt, ne â 
Froissy (Marne), le 19 juin 1839, n'en était pas moins dévoue 
t notre pays. Après la mort du comte de Chanibord, dont il 
îtait secrétaire, il était venu habiter en son château de 
>aint-Valérien. Homme tout à la fois de tradition et de pro- 
|rcs, versé dans la connaissance des choses deragricullurc, 
1 s'était acquis la confiance et la sympathie des habitants 
lu canton de Chéroy qu'il représentait au conseil général 
lepuis 18:)2. Par la droiture de son caractère, la délicatesse 
le ses sentiments, le sens pratique des affaires, une claire 
lotion des besoins du pays, il gagna tout de suite IcsHnic 
it le respect de ses collègues, et même de ses adversaires 
mlitiques. 

« Reportez-vous, messieurs, au discours que M. le prcsi- 
lent du conseil général de l'Yonne a prononcé à l'oiivcr- 
ure de la dernière session, et vous verrez avec quelle i'ino- 
ion M. Folliot a rendu hommage, en des termes élèves » à 
a mémoire de ce bon citoyen, qui. tout en gardant « dans 

son CGpur la foi politique et religieuse de ses ancêtres, « 




— XKxn — 



û su tenir une phi ce fiTiporbtnle v 
l'assemblée déparlcmcntule fit dêrenilu I 
clcctcnrs.el, mieux que cela, eenx du dép 
]yç\s pris inirt ù nos Iravîiux, il a fnil lu un 
l'iiiitariié dont il joui^saH nupr^s de seH 
seîl gûnt" al. Il a conUibuL\ avce un niin 
do ni lo nom vient i\ resprit de lous, à 
tnaintentr nu budgel dèpartemcnliilf en 
Société, une subvention gnice à lticfii|| 
remplir plus largenteut notre uiisslo^ 
au vicomte deHaincourt une pariîculièîl 
Le souvenir que nous gardons de lui 
gnage. «^ 



fwr 



L'assemblée tout entière s*nsijodc 
nienls h rhumuiai^e ému et éloquent roiic 
ces lroi% di«ittnguéset regrettés eollégulfl 

M. le président dé(>nse sur le bureau m 
çucs |*cndaut if mois écoulé et dé(>oyi] 
(lance. fl 

M. labbé Chartraîre, MM Josepli Iw 
Marcel Ninol préscnlcntp eii qualilé de 
M* René Sépot, agent général de la campa 
Ifénvrales, h Sens, fds du regretté IrésoHe 

Co n To r nï é m e n t a u r é gl e n i o n t , i ï se vn %\^ 
scntation h In prochair je séance fl 

A ce sujet, M Tabbé Charlraire rappffl 
MM Hené et Louis Sépol, h la Société, du 
bienle leur père. f 

n fait connaître encore que M Mauri^P 
ofTrir h la Société un corps de bibliothèj 
des arcbives, 

De chaleureux remerciements sont 
donateurs. 

M. Tabbé Cbartrairc rond compte de Tne 
reau, moyennant le prix de 225 Trancî^, tV 
brc «lui se trouvait dans le pare de lu pro[ 



I 




— XXXIU — 



S»iat'Paoi, à Sens, ûpparleiiaïil à la Société civile 
tsiminculilcs de Joigny. Ce busle, du xvi|t^^ siècle, repose 
ïT un inédéstal pyranirdal en terre cuite^ décoré tk guir- 
xiûcf^, dans le goùl de lépoque Louis XVL Le personnage 
iprcsenlé jinrnil être André de Cou sic, seigneur de Grand- 
ir, (|ui fut maire de Sens en 1651, Gel acliat, fait d'ur- 
ïncc ]ïar le bureau, en raison <lcs pourparlers très avan- 
fsdéjù eng^igés avec d'aulrc*; amaleurs parla Société civile 
ï Joii^ny, est ralifië par rasscujblée. Le trésorier est auto- 
lé â en payer le prix. 

L'ordre du jour appelle ensuite le vole sur la prcsenla- 
m, en quotité de membre correspondant, de M. Tabbè 
Igiiier, curé de Villerranche-Saint-Phal M l'abbé Régnier 
;t admis membre de la Société archéologique. 
Puis il est procédé h rélection d'un trésorier, en remplacc- 
enl de M. Charles Sépot, 

Membres titulaires inscrits, 56 Majorité absolue, 2:î. Vo- 
nls. 'S7. 

H Marquiand obtient 30 voix ; en conséquence, M. Mar- 
liand est élu trésorier de la Société pour la pérto<le h 
mrir jusqu au l-r décembre 1907, date du rcïionvcUement 
rs membres du bureau autres que le président. 
M- Augustin Fliche, membre libre, fait une conféreuce 
ir VlliMioriographie ù Sens au -Y/« «iécie.ses sources cl son 
ffutnct'. Après avoir indiqué les principales œuvres de 
Ile époque : la CJirunitiiie liOdotan et ïîlislomi Fmncù- 
mi Senonenâîs, M. Fliche aborde la question des sources 
\ leurs de uît auteurs. 

il s'ûttache à réfuter d'une part la théorie de Waitz (M. G., 
^ p. 337 et suivantes) qui fait dériver les dcu^ chroniques 
liqucnicnl des Annales tic Sainle-Cohinhe^ et, d'autre part, 
théorie de M. Monod {Rrmte hht,, XXVIII, l8S5j. et de 
Lot, les Dernien Cariomngiens, appendice Vj, qui y 
lient un extrait d^annales sénonaises ou de gestes des ar- 
icvéques de Sens aujourd'hui perdus, 
La question lui parait plus comples^e; les sources &ont 
US «ombreuses, 11 énumêre dabord celles d'Odoran : 

C 



m 




I 



— XXXIV — 

1'* pour les l'ails génitaux, les Annales . 
VHistoria Francomm Sfnnnenxis; 2» It 
Pît-rrc-ic-Vir, des notes nécrologiques, 
calions dcn conciles et récits de trans 
saints. 

Passant ensuite i"^ Vlfislona Francnrm 
montre que son auteur anonyme s'est se( 
loctt! qu^il rapporte avant 950, d'une 
pour \ç^ faits |(énéraux^ des Annales 
(l'un certain nombre de chroniques, les i 
les autres perdues, d'ohiluaires. La tradilh 
jçnintl rôle, même pour \i2s fa ils du x« sîéc- 

Udorun et fauteur de \ tlhiorh Fram 
font appel, pour le début du xf siècl€H 
personneÎH; pour la tin du v\ Ih rapportl 
ration qui tes a précédée leur a transmis* 

M. Flichc conclut que la Chromt^ite d'Oà 
Frtincortim Senonenm ont eu des sources 
varices , leurs auteurs ne ae sont sans don 
grand travail de recherches, mais ils 
documents littéraires et di[domatique$' 
portée. 

L'asseniblée accueille cette conférence | 
aplauilissements, et M le viccqrrt'sîdent re 
en cxi>rimant l'espoir qu'il voudra hico_ 
flter la Société de ses savants travaux. 

M. Morel présente ii la Société des 
ancienne trouvés dans ujio fouille (iiite en 
ta rue iles Tanneries, h Sens. Ces fragments 
remarquable. L'un tl eux porte une niarqui 
le même quartier, on avait déjà trouvé j 
uiosahpie 



non 

I 

cei 

itrc 

icy 

m| 



— XXXV — 



Séance du 5 novembre 1906 
Présidence de M. Maurice Prou 

Trente-neuf membres étaient présents. 

II est donné lecture du procès -verbal de la dernicro 
séance qui est adopté sans observation. 

M. le président dépose sur le bureau les pubiî cation s re- 
çues pendant le mois et signale un compte rcmlu publié 
dans la revue : le Moyen Age (tome X, juillet-uoiit ), par 
M. Georges Espinas, sur V Histoire du Chcsnoy^ (uuvre de 
notre ancien président, M. Maurice Roy. M.Espinas fuit une 
analyse détaillée et un éloge très mérité de ce travnil de 
noire énidit collègue. 

M. le président dépouille ensuite la correspondance et 
donne, entre autres, connaissance d'une lettre de remercie- 
ments de M. Régnier, curé de Villefranche-Saint-P liai, admis 
en qualité de membre correspondant de la Sociéîé. 

MM. René et Louis Sépot ont présenté au Bureau de la 
Société les comptes de leur père, trésorier, décédé le 
20 août 1906. Le bureau a examiné ces comptes et pris, à 
la date du 7 octobre dernier, la délibération suivante, (]ont 
voici la conclusion : 

« Le bureau, après avoir examiné les comptes présentés 
par MM. René et Louis Sépot, les pièces produilcs h Tappui 
et les registres du trésorier, et après en avoir délibéré. 

« Approuve les comptes présentés, confirme le reçu pro- 
visoire délivré par M. Marquiand, des sommes et valeurs 
à lui remises par MM. René et Louis Sépot et aocorde à 
ceux-ci pleine et entière décharge de la gestion el de IVnï- 
ministration que leur père a eues en qualité de Irt'snricr de 
la Société, le tout sous réserve de la ratificalion par la 
Société de la présente délibération. 

< Et, après lecture, MM. Prou, Chartraire, Marquiand, 
Roy etThorin ont signé le procès-verbal ci-dessus. ^ 

La Société ratifie à Tunanimité la délibération prise par 





t3! Ttfhi 
tïtnlwr. 

M. Mar^niwl. élu 
M. Barrxss obtint 21 ^ois, e 
isit étm igcfféfaOïy iSe b Socièlé poor N 
courir J8»|0*cii 1"^ dècrfiibrr 19(17. dair iln t 

des mrinbre& ifu Biartaii sittrrs <|ae le pf^^ 
M cfe TmTnel présenle à b Sociélé ni 

admirablcBieiil cofisenrée et prêtée pcir M. Bl 

lier, qui Ta trmtvée dMis iin jardin île b me 

série. 
M. le Pré^tidetit eKpUque l'iïHgJiie el 

pîèc^ de Coiiitaiil 1"^. ÛU de Constanliti 

Sur la face an ïiî I iuscriplioii 

FL IVL CONSTANS P, F 
Ati revers 

Oit VICTORIA^ TRIVMFALE» 

A l'exergne 

TR 

Bl, dans un bouclier |ioHè par deux 

VUT 
XV 



M. Perrin lait une lecture sur dcus 
dils qui lui permeltcnl de complète^ siir 
fjrnvçs doiTimat^es cnusés eu 181 1 par les 
ouvraf^c des. Sivtjrx dt S^m L un cslle v U\ 
ml ions i\ faire A l église de Sniiît-F.Ucnue, paj 



— XXXVIl — 

gUs occasionnés par le bombardement de la ville, lequel 
a eu lieu dans le courant des mois de février, mars et avril 
de Tannée 1814. » L'autre un « état des réparations i\ faire 
en leglise Saint-Etienne de la ville de Sens, par suite 
des événements mentionnés en Tarticle de Tautre part. » 

Les réparations aux charpentes, toitures, dalles de la 
cathédrale sont évaluées à 2 027 francs ; celles des verrières 
à 2075 francs. Mais l'intérêt de ces pièces n'est pas dans les 
dépenses assez réduites et la restauration très sommaire 
qu elles indiquent, mais dans la précision qu'elles permet- 
tent d'apporter dans le récit du bombardement ou des 
mutilations diverses subies à ce moment par le plus beau 
monument de la ville. M. Perrin entre à ce sujet dans d'in- 
téressants détails et essaie de reconstituer à la fin de son 
travail, la scène de l'invasion de la cathédrale par les 
grenadiers wurtembergeois. 

M. Tabbé Chartraire lit une notice au sujet de deux des- 
sins conservés au musée de Sens. Ces dessins qui portent 
la signature de l'architecte Soufflot le Romain, représen* 
lent des vues en élévation de projets de reconstruction du 
grand portail de la cathédrale de. Sens. Après avoir rappelé 
les tendances fâcheuses de l'architecture aux xviic et xviii* 
siècles, son engouement exclusif pour Tantique, correspon* 
dant au mépris alors général pour l'art français du moyen âge, 
M. l'abbé Chartraire rappelle les déplorables mutilations 
déjà infligées au cours du xviiic siècle à la cathédrale de 
Sens, sous prétexte d'embellissement. 

Profitant du mauvais état constaté des parties hautes du 
portail et de l'urgence reconnue de travaux importants de 
consolidation, l'architecte Soufflot, parent de l'architecte 
du Panthéon, avait rêvé une reconstruction complète 
de cette façade, dans le style alors en faveur. Fort heu- 
reusement ses projets ne furent pas appréciés par l'arche- 
vêque, et le Chapitre donna la préférence aux plans pré- 
sentés par Lemoine de Couzon qui entendait restaurer 
en gothique le monument. On sait que le roi Louis XVI 
avait accordé pour ce travail une forte subvention sur les 




— xxxvin — 

fonds provenant ïlcs lalerîes. La première 
ùlre scnie en 1792 et sans doute îiussî les c 
vaicnt ac itieUre à TcEUvrc h La nicme époque 
meaU siispeiidjient Tenlrc prise qui, ne le 
ne fui jamais mise à exécuLion. 

M. le docteur Moreau, qui *^cst intéressé 
nicnts exécult*s, eu octobre dernier^ sur te 
deTaneicnne maison Jacquin, boulevard du Tl 
pour les fondations de la maison Lanne, annoii 
trouvé : une meute a blé en nicuiièrc rouge, im 
bnséj des frutjmeots de poteries, une tlute 
doux poinçons en os. 



s" 



Séance du S dikembie 19(H} 

l'HÉSlDHNCE DE M. MAURICE Vw 



I 
] 



Quaranle-qualre membres sont présents- 

Le proees-verbal de la dernière séance ci 

M. le président donne connaissance des pul 

çucs depuis le 5 novembre llïiXi, et présente 

nient -à l'article 8 tics statuts, le rapport suivaa 

vaux deTnnnée i fl 

< llicn ciuc dans des séances précédentèP 

reuiîu liomnin^c k la niénioirc de ceux qu^ 

perdus au cours de cette année, il convie nt^M 

nous devons récapituler les principaux traffi 

sociale en HKHi, de rappeler encore leur nom p< 

une fois de plus, la douleur que nous a causé 

tion : Charles Sépot, membre titulaire et tré 

Muleur cl Cliarlcs Warrick, mead^rcs titulair 

Ducoudray et le vicomte de Baineourt, niemtir 

« M. le chanoine MémalUt |ïour des rais 
exprimé le désir de ne plus être compté 
membres titulaires Vous n'avez pas voulu 
lui, el, pour reeonnnîlrc les longs, multlpl 
services qu'il a rendus h notre Compagnie 



— XXXIX — 

dans l'espérance qu'il viendra encore s'asseoir parnu notis 
et collaborer à nos travaux, avec l'autorité que ttontie une 
parfaite connaissance de notre histoire, vous lui avez dé- 
cerné le titre de membre honoraire. Nous avons accueilli 
avec satisfaction un membre titulaire, M. Poiget, profes- 
seur de philosophie au lycée; plusieurs membres litulaires 
et un membre correspondant. Nous ne manqueronï^ pas de 
souhaiter aussi la bienvenue à notre nouveau membre ULu- 
laire, M. René Sépot, qui prend séance aujourd'hui pour la 
première fois, et dont son nom, en même temps qu il lui est 
un sûr garant de la sympathie qu'il rencontrera ici, lui 
crée une obligation de nous réserver une part de son acti- 
vité. 

€ Les mémoires qui ont été lus depuis le mois de jan- 
vier sont trop présents à notre esprit pour que j'en rappelle 
les sujets. Vous avez applaudi aux communications de : 
MM. Tabbé Chartraire, Fliche, Kley, l'abbé Laboise, le doc- 
teur Moreau, Joseph Perrin, Rousseau, Charles Sepot, Tho- 
rin, de Traynel, et aussi à la lecture d'un travail posthume 
de Gustave Julliot. 

« Je n'insisterai pas sur les nouveaux éléments que ces 
travaux ont apporté à notre histoire. Je préfère jeter un 
regard en avant et rechercher avec vous si une explora- 
tion des archives ne fournirait pas de quoi pousser davan- 
tage le tableau du passé sénonais, et comment les recher- 
ches peuvent être effectuées dans ses archives. 

« Les événements du passé ne nous sont connus que par 
des empreintes. Ces empreintes qui sont à l'hisloire ce que 
les fossiles sont à la géologie, nous les appelons moiiutucnis 
et documents. 

« Ainsi, les témoins du passé se répartissent en deux 
grandes classes : les monuments figurés et les documents 
écrits. 

« Parmi les documents écrits, une division s'impose : ks 
uns ont été rédigés dans le dessein même de conserver le 
souvenir des hommes et de leurs actions : ce sont ïes chro- 
niques, les annales; les autres ont été rédigés pour servir a 




qui 

tcml 

ircl 
>t I 

I 



— XL — 

ïîï rmUsMon immédiate des volontèa» h 
lii6me« ils ont ru nussi pour objet d'en n 
et le reîiijecl flans Invenir; jamais ceiiK 
ou au nom de qui Us oui élé rédigés ne 
de eontritîuer h écrire l'iiisloire de leur tei 

a (k*s documents conserves dann les are] 
appelle îictes^ aeies publics ou prives, sont | 
même des lùmoignnges de premier ordre, ci*i 
nous y cherchons tfuil autre chose que ce 
consigner. 

V Nous y prenons une notion exacte de 
de nos ancêtres, tic leur vie juriiiiquc et éi 
nous permettent de rçeonstituer !cs i^i^néa 
pas jusqu'aux notiuus sur rancien état de 
nous n'y allions prendre, Or. quand un nota 
de écrivait un eoidnit de vente, il était loîl 
que, |>lus larilt on elierelieruit dans cet acte 
vers renseifiuemculs rom pi élément élri^ngf 
eupations Kl, c'est de ce caraclèrc dlneoni 
ncles prennent, pour la reconslruclion de 
valeur loulc partic!uliért% et, par eertoiiiscûi 
que celle il es cliro niques. Le chroniqueur, 
oculaire, et peut-être surtout quand il a clé l 
et qu'il a pris part aux événements quHl w 
!îe défaire de ses passions pcrsonuclle5» ; il é 
prolmndum. Sans doute, il y a des documeni 
actes authentifjucs qui mentent ; nia!s, outi 
petit nomlïre, niêuie les actes dres^îés pour i 
qui n'ont pas eu lieu ou pour les rapporte^ 
ne se sont passés, «r^nt encore par cfuelqfl 
nuiii^na^es exacts, si, au lieu de les invoqiii 
les laits qu'ih ont prétendu constater, noua If 
des renseignements étrangers à Tobjel de îei 

1 On peut doue dire que, d'une façon gêné 
mcnls d'archives sont, par leur nature et pi 
l'emploi que nous en faisons, des téinDigaag 
de premier ordre. 



— XLI — 

< Laissons de côté les chroniques et voyons ce que sont 
devenues les archives sénonaises. 

a El d'abord, les archives de la ville. Les villes sont, avec 
quelques rares corporations et quelques hôpitaux, les seu- 
les communautés qui n'aient pas disparu à la Révolution, 
dont la vie se soit continuée à travers le bouleversement 
social qui a marqué la fin du xviiu' siècle. 

« Les archives municipales ont donc subsisté et sont res- 
tées entre les mains des communes, héritières directes des 
municipalités de Tancien régime. Même elles se sont ac- 
crues, car la loi du 20 septembre 1792, qui sécularisa Tétat 
civIL ordonna le versement dans ces dépôts des registres 
paroissiaux jadis conservés dans les églises (1). 

« Les archives anciennes de la ville de Sens sont actuelle- 
ment déposées à la bibliothèque de la ville. L'inventaire, 
dressé par Quantin, en a été imprimé en 1870. Malheureu- 
sement elles contiennent peu de documents très anciens. Il 
est probable, il est certain qu'elles ont eu à sou fTrir de nom- 
breuses déprédations, car Julliot a publié sous, le titre de : 
Carliilaire scnon >is, l'inventaire qu'en avait dressé Balthazar 
Taveau, en 1572, et on relève dans cet inventaire nombre 
de pièces qui ne se trouvent plus dans le charlrier de la 
ville. 

a Notre Hôtel-Dieu a gardé lui aussi ses très riches archi- 
ves. Elles consistent surtout en titres de propriété, et on 
y trouvera des matériaux pour l'histoire économique. 

« Le président Lallier en a tiré un important mémoire 
5ur le revenu de la propriété foncière aux environs de Sens 
iepuis le xvi» siècle, imprimé dans le tome VI de notre 
Uullelin, et qui pourra servir de modèle à ceux d'entre 
^•ous que ce genre de recherches attirerait. 

tf L'histoire économique est aujourd'hui à la mode ; mais 
m temps que le président Lallier s'en est occupé, et d'une 
açon si précise, c'était une nouveauté. 

« C'est encore pour le même objet : tracer l'évolution de 



ï 



(\) Langloisct Stein. Les Archives de Vhhtoirede France, p. 273. 



i 



j 



— XLÎI — 



la Valeur des bien!», que vous compulsif 
nota ires ; et aussi pour dresser le tablei 
lière dcsancétres. Vousuvcx vôus-iik 
ici des commuiiicathjiiïi duul le lu ml êtft 
tiotariés qull est itiutlle d'y insister. ^Ê 
rrippcllcraî qu*outré k*s cartons de niinuR 
conservés dans les étiidcsp il existe i\ la ch 
rcs, une collection considérable de titri 
éludes supprïrnécïi. Notre rej^relïe confrèr 
bue à leur classenîenl. M. Hoy en a lire w 
portant : le Ban €i rAirifre-Ban du baii 
xvr siêvte. Enfin, et c*esl peut t^tre là ^lU^ 
rak dû ilonner tout d îditird, Mulard en a | 
taire sommaire dans le Buîhtln tk la Sfméi 
rVotim', au lonic XL!, 1887. Quelques ml 
sçn ouais ont été Iransporlées aux archivi 
leSf série E, mais un très petit nombre, et 
rubrique Sens ne Hgure pas à la table nip! 
cueil des documents tirés des iincicnncs r 
tes déposées aux archives départements 
formé par M, Eugène Drol. 

a Mais ce qui est resté à Sens d'anciens p 
piers, quelle qu en soit rimpoitimcc, est 
regard de ce qui est umîntenanl déposé au3 
le mentales. C'est là que vous trouver 
des adniinisti-alions civiles de l'ancien ré|j 
mu liantes religieuses supprimées, conui^ 
des émigrés, f 

« De 1781) â Tan II, tous ees documents I 
au clier-iieu du district. Par la loi du 7 n 
furent placés sous la suive II la née du ci 
sous rinspcclton du comité des archive 
d opérer un triage. Ikurcuseinent le tria 
en |u ovince. Kl « la loi du 5 brumaire an 
administrations centrales du tlépartement 
titres et papiers dispersés dans les dépôt] 
scription dans un édifice public, »u i^b^ 



— XLV — 

^^rcz, messieurs, les décisions ministérielles de 1862 et 
■e 1903. 

« Nous souhaiterions que quelque jour tous nos docu- 
K&enls sénonais revinssent reprendre leur place naturelle 
Acinsleur lieu d*origine. On peut concevoir qu'on installe 
^ Sens une succursale des archives départementales. On 
S^^Qt d*autant plus le concevoir qu'il y a un précédent. 
'^'^nsi on a ramené de Châlons à Reims la partie des archi- 
'^^s départementales de la Marne relative à Reims, et on en 
^ 0)nflé la garde à l'archiviste municipal de Reims. 

« J'imagine, que pour obtenir la même faveur, il .suffirait 
^ÏUc la ville de Sens fournît un local qui présentru toutes les 
Bnranties de sécurité pour la conservation de ces précieux 
**trcs, et aussi qu'elle trouvât les ressources nécessaires à 
*«t rétribution dun archiviste. 

« Vous avez donc, pour l'instant, à votre disposition une 
Porlie des anciennes archives de l'archevêché et du chapi- 
^■"e cathédral (175 liasses) et de celles des abbayes de Sainte- 
Colombe, de Saint-Jean, de Saint-Remy, des Célestins, des 
Cordeliers, des Ursulines, des abbayes de la Pommeraie et 
^e Preuilly (81 liasses). 

« C'est peu de chose en comparaison des liasses actuellement 
conservées à Auxerre. C'est là que vous trouverez la partie 
^e beaucoup la plus considérable de nos archives ecclésias- 
tiques. 
' « U existe, pour se retrouver dans les archives dcpartc- 
ïncnlales, un fil conducteur : rinventaire sommaire de lou- 
? *cs les archives antérieures ù 1790, rédigé par M. Quanlin 
\ et complété parMolard. Non seulement le contenu de cha- 
que liasse ou de chaque registre y est indiqué; mais pour 
chaque liasse ou chaque registre, les documents les plus 
importants y sont analysés. De telle sorte qu'on peut pren- 
dre une idée très exacte des ressources que ces archives 
offrent ù l'historien. On pourrait même, avec les seules 
analyses de l'inventaire sommaire, tracer l'esquisse de 
l'histoire. Et la simple lecture derinventaire suffît à suggé- 
rer l'idée d'un travail historique. 



— îfUV — 



M^ém 




iàr 



ï wmtmz bien qor ce dc se 
I teito t r c ccçlraâatai 
j' tfmiftrti- Les éffÊÊtB nia i w 
. Vmàmànhirwûaa 4e cei pi 
i d'un oûtiilirr ctHmé 
r*à rrspéftilîoii ûm 
de regk»tre&, à dci eoqnêies, et€.< et« coo 
le» arditires de» p-aods propciéimires Idi 
comcnrées^oii ne Vomî été qee rmmxieiilf i 
des ép oqu es «nez récentes, c est dans lej 
qui! im cbcrcber des rettieip 
oe, ïttr f état des perMUSoes et d 
t« «V k ctfffîssiMm du ïdo^t 
€ 11» MCid t es det égjbes séâoasises 
émèffé à Aaserre, Le Pèrr Lajre sTaît 
iTMge de litRS émiks, 1rs depuis des srcliiv 
avaU délOQfiiéf sTsnl j ^%pèdiUon du re^ 
irertaia ooinlire de piecc.% qu'il itTaH muti 
liiéquc de b vflle de Sens. Qœmd on se pi 
lie de Tordre dans les 3^rchlTe% déporU 
dresser I inventaire, larcbjvbte de I Yi 
vonlul^ coEnine c était um deiroir, pour s 
loJ« réiDlégrer ces docamenU dans le 
Notre société Intervint. EUe fit ressoi 
avait pour Sens à ne pas «e voir |irtii 
épaves de son passé, el elle obtînt do r 
rieur un arréié, en date du 22 janvier ] 
naît ces liasses en dépôt à ta liililiiilfaéquet 
tottlerois partie des archircs dé| 
dans rinventaire sommaire. 

I Ce§.t de la même la^^on que nagi 
che$»de notre oncien prcsidcnl. M. Mal 
collègue M. Foltn, les arthives du 
restées au tribunal, ont été déposées d' 
lieu d'ctre tntnsportées à Auxcrre* 
f Par te zèle que vous niettrea è en tirei 



«H 9 

I 

nvé 




— XLV — 



icrez, messieurs, les décisions minislérielles de 1«62 et 
le 1003. 

• Nous souhaiterions que quelque jour lous nos docu- 
iients sénonais revinssent reprendre leur place naturelle 
ans leur lieu d^origine. On peut concevoir qu'on installe 
Sens une succursale des archives déi>arlemen taies. On 

eut d'autant plus le concevoir quil y a un précédent. 
insi on a ramené de Chllons à Reims la partie des archi- 
cs départementales de la Maroe relative à Reims, et on en 
confié la garde à Tarchiviste municipal de Reims. 
- J'imagine, que pour obtenir la même faveur, il scîTiraît 
uc la ville de Sens fournit un local qui présentikt touîes les 
aranties de sécurité pour la conservation de ces précieux 
trcs. et aussi qu'elle trouvât les ^ess^nrces nécessaires à 
I rétribution d an archiviste. 

• Vous avez donc, pour linstant, à votre disposition une 
nrlie des anciennes archives de 1 archevêché et da chapi- 
e cathédral 175 liasses i et de celles des abbayes de Sainîe- 
olombe, de Saint-Jean, de Saint-Remy. des Célesîias. des 
ordeliers, des Ursulines. des abbayes de la Pomnieraie et 
e iVeuilIy 81 liasse^*. 

' C est pea de chose en comparai von des liasses actneKement 
Linservées à Auxerre C'est là q^e v^as trouverez la p::rî;e 
e beaucoup la plus considérable de n^s archives ecc les' as- 
ques. 

» II existe, pour se relrxiver dans les archives dep-arte- 
aenlales, un fil eond:2c!ear I inventaire vininiaire de t>a- 
îs les archives antérieures a l?i«>. re-i:^*- par M Q-an::n 
t complété par Molard N:-3 se^lerneaî îe contées de cha- 
uc liasse onde ehaqce rexisire y e^ ini;:î-é : rr^Is p.:ur 
hnque liasse oa c!iaq::e re^^îre. les d--c-=ie=ls les p'-:s 
mporlanlsy sont anaîy<« De tel:c s'-r^ q:: cz p-t-t ; rta- 
Ire une idée tr« exj»cle des re5î-î>::rre5 q-e ces arihi-es 
►fTrcnl à rhisîcrierj. Oa pn-zrraLlî =:r=e. avec !c-s st-Ies 
nalyses de f inve-alaire «:-3:=i2ire. îrsrtr IesT-l*se ie 
histoire. Et la sire;: îe lecture de: .^^tnt^ire s- 
er lidée d'un travail hiiir.^-;qi.e 









XL VIII 



gruildcs série;; lîe moiiuscrUi^ cotisl 

fondai rrciiiçak; hcaiicoup de volumes i 

reliées, sur onglets. Il existe de.-* cai 

CCS deux tond s j avec des tiibles al plu 

gués hnpnuii^s sunt complétée par di 

crits mis h la disposition du pubîi 

question d'énuiuércr ici les manu sert 

h In Bildioth^quc nntîonale, Nous ne ] 

scr de mentionner les cartulaires du ( 

vdché. Le premier de ces cartulair^i 

l'abbe Chartralre. dans la collection t 

liïïl avnil ouverte par la ctirourque de 

L'accueil que le monde des érudits i 

Cliapîlre. les cotnptcs rentius qu'en i 

speeinles^ la Uibliollièque de 1 école i 

Âffv, la iicmie fie Chamimgne, doivei 

poursuivre ces sortes de publica lions 

pas que vous ne décidiez prochaîne 

Carlulaîrc de l'archevêché» compldui 

Carlulaire du Chapitre. 

« La bibliothèque nationale posséi 
lions formées au xviir siècle sur Vh 
et qui contiennent^ outre des docurai 
cieuses copies de documents dont les 
La collection de Champagne et cell 
intéressent partrcu lié renient. La prea 
notice de >L Delislc, dsms la Bib^ï 
Charteg, tome XXXII ; la second^ 
M, Ernest Petit. 

a L'accès du département des ma 
théque nationale est radie. Il sulfd d 
de travail au secrétariat de la bîblio 
personnes de passage à Paris obliei 
celte carte pour un ou plusieurs jour 
« Mais les bibliothèques publiques 
nous peuvent renfermer, par suite 
dons, des documents sénonais. Ainsi 



bUoj 

4 




— XLIX — 

a signalé le Pontifical sénonais de la collection Salis, à la 
bibliothèque de Metz. Et prochainement j'espère vous 
donner le catalogue des chartes sénonaises de la collection 
Tarbé à la bibliothèque de Reims. Le catalogue général des 
manuscrits des bibliothèques publiques renseigne sur les 
richesses de nos bibliothèques. Les tables alphabétiques 
annexées à chaque volume y rendent les recherches faciles 
et rapides. 

• Mais il est un volume, dont on ne saurait trop conseil- 
ler la consultation, et en partie la lecture, à tous ceux qui 
veulent entreprendre d'écrire l'histoire, c'est l'ouvrage de 
MM. Ch.-V. Langlois et Henri Stein, intitulé les Archives de 
Ihisloire de France. 

c C'est là le guide le plus sûr et l'introducteur indispen- 
sable à toute recherche de documents sur l'histoire de 
France, nous ne disonspas l'histoire générale, mais l'histoire 
provinciale, locale même, toute l'histoire de France. 

« Nous avons fait ensemble à travers nos archives une 
course un peu rapide, un voyage de reconnaissance. Mais 
en raison de l'aridité du domaine, on ne saurait y séjourner, 
trop longtemps. Et votre guide craint de vous avoir fatigués. 
Sans compter que la plupart d'entre vous nous ont suivi à 
travers un pays qu'ils connaissaient déjà très bien. Mais je 
serais satisfait si, en montrant à quelques-uns à qui les dé- 
pots d'archives paraissaient des forteresses inexpugnables, 
combien au contraire l'accès en est facile, je leur avais 
inspiré le désir d'y pénétrer et d'en tirer le sujet de mé- 
moires dont la lecture intéresserait leurs confrères et pro- 
fiterait à notre histoire scnonaise. 

«[ Il me reste. Messieurs, à vous remercier du grand 
honneur que vous m'avez fait en m'appelant il y a deux ans 
à la présidence de notre Société, et de la bienveillance 
extrême dont vous avez fait preuve à mon égard. Le man- 
dat que vous m'aviez confié va prendre fin ; et, bien que le 
règlement en tolère le renouvellement, je me permets de 
demander à ceux d'entre vous qui songeraient à me confier 
encore la gestion de vos intérêts, de vouloir bien porter 

d 




MJ 



— 1, — 




ctiai d'i 






Ic9 plot igrésblcs «te 

fsUre pécher par orgwâ, |i i 

Je lire tme grmoite ÛÊfté dt rntJme qui 

f Et contoeel doutetaJ»-J€ de iros 
dnrfl, qiMiid %tm% me t» avez sj 
Jemcnt rt à tdfil de rrprt%e% numlfi 
mng avec l'inlefllicNi de c^illutioreri 
eonwBrvercz voire synpeUiJe eonttiie Je 
entier dévoitemeaL S 

€ Et croyez, Messieuri^ c[ue ce ter» S 
venir, te plus ioavenl possible, goûter i 
Oquc de réitiile les charmes cl une 



erAH 



— u — 

les agitations de la vie contemporaine et les contingences 
du moment, regarde vers Tidéal impérissable de la science. > 

Celle péroraison est saluée par de vifs et unanimes ap* 
plaudissemements. 

L'ordre du jour appelle ensuite le vote pour Télection 
d'un président, conformément à l'article 5 des statuts. 

Membres titulaires inscrits, 56 ; majorité absolue, 29; vo- 
tants, 44. 

M. Perrin obtient 39 voix ; en conséquence, M. Perrin est 
élu président de la Société pour une période de deux ans. 

De chaleureux applaudissements accueillent la proclama- 
lion du scrutin. 

M. Perrin remercie en quelques mots de l'honneur qui 
vient de lui être fait et donne ensuite lecture de son mé- 
moire sur : les Pèlerins sénonais en Terre-Sainte aux XV 11^ et 
XVIII*^ siècles. Les renseignements qu'il a recueillis auprès 
de Monseigneur Vivien, camérier secret de Sa Sainteté, 
membre honoraire de notre Société, qui s'était retiré à Jé- 
rusalem, ont été extraits des registres de la Custodie. Ils in- 
diquent, entre 1607 et 1732, la venue en Orient de six pèle- 
rins sénonais : Henri de Biral, Savinien Bondus ou Bondoux, 
Bénigne Legrand, les R. P. Billian et Jean-Baptiste, de Sens, 
capucins, et Robert-René Lamar. M. Perrin explique en ter- 
minant la considération et les privilèges importants concé- 
dés aux pèlerins en Terre-Sainte par les Souverains Ponli* 
fes et par les rois de France. 

La parole est donnée ensuite à M. l'abbé Chartraire qui 
présente la photographie d'un croquis donnant la façade de 
la cathédrale de Sens au xviii^ siècle. Ce dessin, inachevé 
et certainement peu exact pour les détails, offre cependan 
un intérêt. Le campanile de l'horloge, dans son état ancien 
avec la statue du Sauveur, le cadran placé dans le grand 
pignon, ont été particulièrement soignés et donnent à ce 
document une valeur qui n'est pas à négliger. Ce croquis 
est conservé à la bibliothèque d'Auxerre. 



— UJ — 



ANNEE mu 

Scanct dn 7 janmer IS 

PaésiOKNCE Dk M Joseph 

Trcnle^cinq membres sont présents. 
Le procès* verbaJ de la dernière séaiied 
M. Pcrrin prononce L'nl locution su i va ni 



Messieurs, 

i En precifinl possession, ce soir, de ce I 
m'avez appelé d'nn vote aussi }|nicîei]x qi 
ne vous caeiierai pas que ce qui m é Ions 
m*y voir, n'ayant eu d'à u Ire ambition qc 
plus conipélent d'entre vous, d y inslaUerl 
tif ou plus entreprenant que moi 

« Quatre années d'in%'oIontaire inlidélitl 
préférées, me désignaient mai h votre clic 
saîcnt à poursuivre dans cctlc deini-retralU 
tretiennent, dans les coins les plus cliauil 
séance, maints audîleurs bienveillants, 
diteurs ei bienveillants à perpétuité 

* Voici précisément en face de ce bur 
des Flandres, suspendu î^ point par mdrt' 
valeur du musée pour réjouir nos regards 
notre esprit. Le savant M* GuifFrey le signal 
artistes pour les inscriptions rares qui s' 
phylactères classiques. Les archéologues 
ditatifs y goûtaient par surcroît une impc 
classique qui, sans qu'ils y prissent gnr*X 
dément dans leur iVnie ouverte aux suggesl 
nêic flânerie. Nous y observions donc ave 
sympathie, assis sur la trnmc savante, un b 
an repos; el quel repos ombreux ! Dans un c 
souhait î À tout re{^ardantf il redisait sur soi 
pétre le charme de son loisir Ikas nobi» 
Dois-je vous avouer que le latin du bon_ 



IX qi 
no^ 

I 

clic 

tmiU 

l 



e ^ 

M 

rdi: 



— LUI — 



presque autant plaisir qu'à M. GuifTrcy lui-même, et que je 
voyais sans le moindre remords, ce pauvre grand Mclibée 
se redresser dans sa mélancolie, pour emporter, comme un 
surcroit d'amertume, le trait empoisonné de Tégoîsme an- 
tique. 

« Grande était mon erreur d'incliner ainsi mon esprit vers 
le héros de Téglogue première, qui me procura jadis tant 
de meilleures leçons à apprendre. Cette devise du doux Vir- 
gile, vous ne Tavez point faite vôtre : vous avez dit qu'ici 
était Tasile de Tétude, non du repos ; que nul, une fois con- 
vié, n'avait le droit de se soustraire à Fappel de ses collè- 
gues, à la peine ou à Thonneur, — ce qui est souvent syno- 
nyme, — et, secouant € Tombre oisive, i j'ai résolu de ré- 
pondre à vos suffrages par la simple et brève formule du 
légionnaire de Pannonie dont tant de villages du Sénonais 
portent le nom : Non recuso lahorem ! 

« Il est du reste un premier devoir de ma charge que je 
ne saurais récuser, celui de la gratitude. Je vous remercie, 
messieurs, de cette marque si honorable de votre confiance 
sans qu'il soit besoin d'ajouter que je m'efforcerai, comme 
par le passé, de la mériter. Aimer en celte société l'œuvre 
de nos pères ; maintenir fermement leurs larges traditions 
littéraires ou scientifiques; marcher au but commun, loya- 
lement, la main dans la main, sans vaine contention, ce n'est 
pas, que je sache, entre nous, chose inconnue ou nouvelle. 

a Mais, cette satisfaction même de vous adresser, ce soir, 
la parole, je la sens traversée d'un regret et, — pourquoi ne 
pas l'avouer franchement, puisque ce sera l'excuse de la rê- 
verie paresseuse dont je vous faisais à l'instant confi- 
dence, — elle est troublée d'une surprise bien imprévue. 

« Qui nous eût dit, au plus profond de notre sécurité, de 
nos longs espoirs, que les exigences rigoureuses de fonc- 
tions plus hautes, nous reprendraient, à peine prêtés, deux 
présidents en quatre années : M. Maurice Roj' d'abord, dont 
les travaux patients, l'érudition sûre, les immenses recher- 
ches dans les archives parisiennes ou locales, marquaient la 
place à votre tête pour une durée plus longue ; puis M. Mau- 



I 



yi^yi 



>^.l 



— LIV — 






rice l'rou, «|ui retrouNiinl, ici les Untigc 
Gi d'un alcitl» semlilnU les Tain 
nouvelle» dç sorte que nous a vie 
vieîtlt L'aïeul avaiL tonde lu (A>m]iagiijc ; I 
M, LîUlier et quelques homines émînent 
chancelante de rerudîtion sénonake, et 1 
ans [ilus tard, le [letit-fils mius appurtait, 
thode do!» hantes Bcolts, !a science eritj 
iloniiel de Vérndltîon, un nom consacré < 
iioniniéc. Du paluis Farnèse, ou il déchifl 
gt9t0 du grand Pape HoDoriiis ÎV pour le 
vernemcnl Trançais, jusqu*aux Académï 
d*AUemagne^ les travaux diductitjues Ue 
ont franchi tiotre frontière, comme se 
sur répoque mérovingien ne et le raoj 
tous les suffrages. Numismate, historien 
lettré ; tel était donc hier voire chef, f 

4 Messieurs, je sens qu à esquisser ffl 
main trop rapide, je no lais qu'auj^menti 
qu'accroître lourdement le fardeau que v 
Ire itur iiïCî* épaules. Aussi bien, n'uvnis-j 
de vous dire, pour ma déehargc, à quoi 
coins retirés de notre salle de séance, to 
magistrales Iççun de notre ancien présii 
qu'il avait cnfhi assuré notre avenir, qui 
le prestige de nos premières années, cti 
droit de ressentir celle lier té l<ïu!e parti 
pelle l'esprit de corps, devant cette repu 
lent et de Inbeur» devant ce labeur lui-w 
qu'à un certain point, notre |îroprc t^^itrit 

i Nous avions compté, liélas ! sans lt\ 
sentes d'une carrière i'ntignnte. M, Mnu 
donné de tels motifs de rclniite que vous 
incliner. Les de voiras de sa eharge de pi 
ûcs Oiarles et ses obligations envers ses 
seuls de nous, Mais c'est aussi pnr lu q 
rons le meilleur de luî-méme U u, du proi 



— LV — 



ment et Tintérêt affectueux pour tous ceux qui désirent 
apprendre ou travailler; de loin, il nous appuiera, il nous 
encouragera de ses conseils et nous gardera dans sa clien- 
tèle, chaque jour grandissante, quelque bonne place au- 
près des vieux élèves, de ceux qu'à Técole on appelle, tout 
court, les vieux amis. 

c Sans ce concours promis et assuré, sans l'aide d'un vi- 
ce-président dont vous appréciez tous la haute compétence 
et le zèle assidn, le rôle d'un successeur eût été vraiment 
trop difficile; j'ai largement escompté cette suppléance 
dévouée que vous auriez déjà récompensée par un titre 
plus élevé, si M. l'abbé Chartraire ne s'était absolument 
dérobé à cet honneur. 

€ Â ses côtés du reste, je retrouve et salue ces vétérans 
du bureau, ces collègues vigilants, avec lesquels nous fîmes 
jadis, à cheval sur le règlement, quelques communes cam- 
pagnes. S'U en est un dont l'absence excitera toujours mes 
regrets afTectueux, il m'est doux de voir sa fonction reprise 
par le confrère qu'il eût lui-même désigné, et sa place 
pieusement réclamée, occupée par son fils, M. Sépot. 

• La succession trop rapide que je viens de déplorer me 
dispensera du moins de vous tracer un programme. Vous 
êtes encore sous l'impression de ceux qui vous ont été don- 
nés en des termes très élevés. 

f M. Prou vous a présenté surtout un tableau très rassu- 
rant pour tout autre que pour moi, de l'état prospère de la 
société : nombre des membres, état des publications, bonne 
volonté mutuelle, il a tout noté et a constaté que, loin de 
déchoir, la compagnie avait progressé. Cette conférence, sur 
les raisons d'espérer, nous permettra de nous occuper avec 
plus de liberté d'esprit, des améliorations intérieures que 
le temps provoque et rend nécessaires à tout organisme vi- 
vant. Le principal agent des déclins est la négligence, fille 
du temps ; c'est donc contre elle qu'il faut désormais nous 
armer, en donnant au petit patrimoine de notre société une 
assiette certaine et pratique. Puisque chacun ne s'attache 
qu à ce qu'il connaît bien, mon ambition serait que tout 



— LVt — 



°1 



membre tk \n cotnpfignte €iït entre le 
meiits indispensahles : rintentaîre ûl le 
cûliecUanït et ck nos livres fl 

4 A les pnrcaurir, %otis sturcz au mal 
jours snvoureuji de faire le tour du [irop 
semble que Viîveii tics idées, la (entaUfïn i 
tfc bîea, en 1 utilisant, suivroit prorupten 
naiie autour de nos armoires. H 

fl LliHFêTitiiire ne saurait plus attendre, 
nos traités et réclamé par tous les inté 
Imvailler dans rincertitude où notis soii 
retrouver rapidement dans nos vitrines 
pierres que nous avons radie très de o 
jels que nous y avons dé posés 'f Tout d 
je eherchais k comparer, avec d'à ut 
chrclienne sénonaisc que je voulais voni 
été fort embarrassé^ suns le concours de ' 
reâu, qui» plus <iiligent que nous, avait foi 
logtte des collections municipales, t^ pr 
de la ville d'un collègue si bienveillant el 
une eirconstance précieuse qui fLicililei^a 
votre nom, messieurs^ je fuis appel au cor 
M. le conservateur pour mener a bien une 
sable, que les notes <lu regretté M Julliot i 
rieusement éUiblies par M, Tliorin nous* 
miner désormais. 

ï Après les pierres, les objets d^arl 
nous c:t posons volontiers à la curiosité du 
vrons nous occuper de notre bîblioLhèqu« 
talogue ne saurait plus attendre, sans poi 
un archiviste qui étoutîe dans un local tro 
lieu iic monceaux de volumes lellenicnt i 
faudrait, pour s*y retrouver, le fil d Ariaol 
pourtant, un dépôt très riche qui J»e pcul 
l'étal actuel ; pièces d nrchî^es titMmêiH 
nuscrits, utiles va nées de nos prédéce^lR 
lûmes parfois mai^niflques envoyés parties 



i 



— LVII — 

pondantes et attendant, depuis de longues années, une mise 
en ordre définitive. 

( Fort Kieurcusement, l'administration municipale a bien 
voulu disposer d*ores et déjà, en notre faveur, d'une an- 
nexe qui comblera nos vœux, dès que M. Tarcbiviste du dé- 
partement aura eu le loisir de la dégager complètement. Le 
moment est venu d'utiliser cet agrandissement que votre 
bureau a obtenu au moyen de démarches courtoises, ac- 
cueillies avec une parfaite bienveillance. Il équivaudra pour 
notre bibliothèque au bienfait d'une existence nouvelle. 
L'administration sait, du reste, que le concert, dès long- 
temps établi entre elle et notre Compagnie, au sujet des lo- 
caux qui nous sont nécessaires, est à tous profitable et que 
notre bibliothèque technique, libéralement administrée, 
sera toujours ouverte aux émdits dont le voisinage de la 
bibliothèque publique facilitera les recherches. 

« Vous voyez, messieurs, que je vous ai entretenu de 
choses sérieuses et de vos seuls intérêts. Suivant le conseil 
de notre vieux d'Aguesseau, t j'ai fuy le chant des sirènes » 
de la littérature pour vous mettre en présence de vos li- 
vres et de vos vitrines, déroulant d'une main trop indi- 
gente la chaîne aux anneaux d'or des travaux de mes pré- 
décesseurs. Voilà donc le moment d y porter à notre tour 
quelque modeste contribution. Le grand chancelier ne rou- 
gissait pas d*avoucr à son fils s être toujours repenti de 
n'avoir pas étudié Thistoire avec autant de suite et d exacti- 
tude qu'il aurait dû faire. Aurions nous encore la témérité 
d arguer de nos occupations quand il nous dit dans une in- 
génuité si majestueuse : t Qu il ne sçauroit même trouver 
< une excuse suffisante dans les emplois pénibles et la- 
î borieux dont il avoit été chargé de bonne heure.-. Ils 
• m'auroient, ajootait-fl, kissé encore assez de temps si 
i j'avois sçeu le mettre à profit pour acquérir une science 
« dont on sent toujours de plus en plus 1 utilité, à me- 
« sure qu'on avance en j;*e et en conDois«-ânce '1 • » 




i 



<I; Deuziénie inslmrtioa a von &1* 



— LVIII — 

Cfac votts ferez ^ 



coalldeiiee. du |i!u» oectipè de» hcutimeic; 
plîr« <l4*ft liage lie vingt *iJeiix ins, el ave 
clMUfge â'ftTocil général mu Parlemeat N 
letid iros Imvîiux^ Sur ce, c;t (»oar lemtlnêi 
une inrpression rniitchement «énonais^ 
rappeler ce que dit quelque part notre iH 
tel de Bourrienne de l'itti[iortanee des Btdl 

t C'étail sous Saint- Jean-d Acre , la mqgj 
bannis dti faroache Djez^ar abat la il \JM 
préciî^iofi déieapêrante. Pour la preititère 
Bonaparte senibluH pàïir D'un élan maj 
courait à la tratichce meurtrière, san*> s 
d'obtenir I honneur §uprémc d'uni? eîtntiai 
vibra ni us que s'îirnicliait bienlùt I Kur<] 
n aimait pa^i qu'on s'ei posât sans motifif 
l accès de la traiieliùe Son «iecrétaire M~ 
cnrjosité Tanbronne de son entourage. 
el sa colère i'exhala en deux mots : t 
€ SI voui aviez été tué, votre potn n'aura 
• kiift. è Mais Bourrienne n*;îVîiit pas é\^ 
vous éviterez cet excès en ménageant 
cilique Bulkltn îtera infiniment moins | 
cère . Moins périlleux ^lussi, le baptémej 
logie. Vous maatere^ à notre bililiott 
sens nul danger de Hur ménage, lémulâ 
vous écrirez dix ligues dix page^ ou dix cl 
qu'il advienne, foi de prcsidetil, votre non 
tableau de% au leurs séuoa:ii&, pour votre h 
tagc de la studieuse postériié. 

• Peut-être atlendicz-vouâ me^i souhaiti 
Hoc eral in voth... Messieurs, veuilleje a|! 
Mncère <]ue je forme [mur la Compagnie et 
d'une année laborieui 



1 

ne 
uralF 

'ï 

s Jil 

ne ili 

ûmk 



De vifs applauilis&emenU ont Inlerr 
atloculion, 



— LIX — 



Présentations. — MM. Paul Roy, Beaudouin, Venot, Perrin 
et Chartraire, présentent, en qualité de membre libre, M. le 
vicomte de Raincourt, demeurant à Saint -Valérien, et en 
qualité de membre titulaire, M. le colonel des Vosseaux. 

M. Ramain, professeur du lycée de Sens, nommé maître 
de conférences de philologie grecque et latine à la faculté 
des lettres de Lyon, demande à rester membre libre; à 
Tunanimité, cette demande est acceptée. 

M. le président dépose sur le bureau les publications re- 
çues depuis la séance de décembre. 

Il signale, notamment, dans les Annales de la Société his- 
torique et archéologique du GâtinaiSf une note relative au 
deuxième fascicule de V Histoire d'un fitf et de ses seigneurs 
(le Chcsnoy-lez-Sens), par M Maurice Roy, notre érudit col- 
lègue. Il y est dit que tous ceux que préoccupe l'histoire de 
la bourgeoisie provinciale et de Texploitation des terres 
sous Tancien régime, ne doivent pas négliger la lecture de 
cette instructive publication. 

M. Perrin signale également la publication récente des 
sixième et neuvième fascicules des Registres d'Urbain IV 
et du quatrième fascicule des Registres de Grégoire X, par 
M. Jean Guiraud, ancien membre de l'Ecole française de 
Rome et ancien membre titulaire de la Société. Dans l'ap- 
pendice II du fascicule consacré à Grégoire X, M. Guiraud 
a publié, sous les numéros 1035 et 1036, deux bulles retrou- 
vées par lui à la bibliothèque de Sens et dépendant du fonds 
de Tabbaye de Sainte-Colombe. L'une et l'autre sont datées 
de Lyon, 18 mai 1271. Dans la première, le pape ordonne la 
restitution, à l'abbaye de Sainte-Colombe, de certains biens, 
aliénés contrairement au droit. Dans la seconde, il concède 
à la même abbaye le droit de percevoir certaines dîmes. 

Le Bulletin bimestriel de la Sojciété archéologique d'Eure- 
et-Loir (juillet 1906) fait mention d'un travail de M. Mayeux, 
sur les grands Portails romans de r ancien archidiocèse de 
Sens; Tauteur conclut à l'existence d'une école d'art remar- 
quable dans cet archidiocèse de 113Q à 1180. 




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