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Ca-:NEKAL LIBKARY ..^.-^U 






BULLETIN 



mM DlimUTIOK D'ABBETIllE 



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BULLETIN 



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SOCIETE D'EMULATION 

D'ABBEVILLE 



ANNÉES 1891-1892-1893 

TOME II 




ABBEVILLE 

IMPRIMERIE C. PAILLART 

24, rue de l'Hôtel-de-Ville, 24 

4893 



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'^«•^i BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 

D^ABBEVILLE 



SésLUce du 8 janvier 1891 

PRÉSIDENCE DE M. ËM. DELIGNIËHE8 

M. É. Delignières lit un compte rendu d'un nouvel 
ouvrage que vient de faire paraître M. Prarond, 
Abbeville avant la guerre de Cent ar^s, (V. p. 9) 

M. DE Oalàmetz communique une lettre écrite aux 
élus et contrôleurs des aides et tailles de Ponthieu le 
18 décembre 1562 par Antoine d'Estournel, général 
des finances des provinces de Picardie, Champagne 
et Brie. 

M. Alcius Ledieu présente les premières feuilles 
de son travail sur les reliures artistiques et armoriées 
de la^ibliothèque d' Abbeville, dont la Société a décidé 
Fimpression dans sa nouvelle série de Mémoires de 
format in-4^. 

M. Macqueron lit des notes sur la défense d'Abbe- 
ville pendant la guerre de Trente ans (V. p. 24) 

Sur la proposition de M. É. Deligniêres, M. E. 
Prarond est nommé président d'honneur de la Société 

1 



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- -2 - 

d'Émulation en considération des services rendus à 
notre compagnie par notre éminent collègue. 

Sont élus membres correspondants : ^M. Paul 
GossELiN, de Senlis, et Paul Willame, d'Hesdin. 



Séance du 5 février 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGN1ÈRE8 

M. WiGNiER étudie les billets de confiance émis 
pendant la Révolution par le conseil général de la 
commune d'Abbeville ; il expose dans quelles condi- 
tions ils furent créés, quelles ont été les règles de 
leurs différentes émissions, les délibérations prises à 
ce sujet et les divers incidents qui eurent lieu, les 
mesures prises pour leur échange, leur rembourse- 
ment et leur destruction quand le cours en fut sup- 
primé. 

Le même membre présente un très joli pot gallo- 
romain, de bonne conservation, récemment trouvé au 
Plouy-lès-Vismes. 

M. Algius Ledieu dépose sur le bureau : 1** une 
grande planche représentant S. JuHen et S. Galac- 
toire d'après les sculptures de la cathédrale de Lescar 
(Basbcs-Pyrénées) ; 2° un exemplaire d'une notice de 
M. Gorse sur Martin et Pierre Caron, auteurs de ces 
sculptures. Ces deux publications sont gracieusement 
offertes à la Société par M. A. de Rosny, membre cor- 
respondant, qui en a fait l'acquisition pendant un 
récent séjour à Pau. M. de Rosny envoie en outre de 



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- 3 — 

nouveaux documents recueillis par lui sur les deux 
Caron, qui étaient originaires d'Abbeville. Des remer- 
ciements sont votés à M. DE Rosny. 

M. DU Grosriez lit des notes généalogiques sur 
les Plantard, famille d'horlogers puis d'armateurs 
d'Abbeville. 

M. DE Galamktz a retrouvé des détails sur l'hiver 
de 1434, qui fut excessivement rigoureux ; il lit 
quelques notes faisant connaître que la ville d'Arras 
fut remplie d'immenses statues de neige représentant 
les sujets les plus divers. 

M. Delignières signale les noms de deux entail- 
leurs d'images du Vimeu qui se trouvent mentionnés 
dans un ouvrage de Mgr Dehaisnes sur Jehan Belle- 
gambe : Pierre Lefevre et Jean Lefevre ; ce dernier 
était de Bellefontaine. 

M. Magqueron lit la commission de Jean Macquet, 
nommé capitaine d'Abbeville en 1625, et d'autres 
documents relatifs à la fourniture réclamée aux 
maire et échevins d'Abbeville le-27 octobre 1627. 

M. le D' Bellettre est élu membre titulaire eîi 
remplacement de M. de Villers. 

M. E. Prarond remercie la Société du titre de pré- 
sident d'honneur qui lui a été décerné à la précédente 
séance. 



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- 4 - 

Séance du 5 mars 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

M. le baron Tillette de Clermont-Tonnerre lit 
le récit d'une mission qui eut lieu à Abbeville en 1776 
d'après le journal d'un témoin oculaire, M. Georges 
Mellier. Ce récit, écrit sans prétention et avec une cer- 
taine naïveté, donne la physionomie exacte de ce qu'é- 
taient ces grandes manifestations. — Renvoyé à la 
commission des mémoires. 

M. Alcius Ledieu donne lecture d'une biographie, 
qui vient de paraître dans le Vigneron narbonnais 
sur M. Alfred Juha, l'un de nos membres corres- 
pondants les plus distingués. 

M. É. Delignières lit un compte rendu publié par 
M. A. Julia dans le Vigneron narbonnais sur un Essai 
sur les paysans d'après les fabliaux que vient de faire 
paraître M. Alcius Ledieu. 

M. Magqueron donne lecture de la copie de trois 
arrêts relatifs au Crotoy que lui a envoyée M. Jules 
Hubert. 

M. de BoNNAULT communique diverses pièces 
imprimées relatives à la Révolution 

M. Alcius Ledieu lit une note nécrologique sur 
M. A. VAN RoBAis ; cette consciencieuse notice, qui 
retrace dans un jour exact ce que fut notre regretté 
collègue, est très favorablement accueillie. — Renvoyé 
à la commission des mémoires. 



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— 5 



Est élu membre correspondant, M. Gontier, à 
Abbeville. 



Séance du 2 avril 

PRÉSIDENCE DE M. LE D' BELLETTRE, DOYEN D'AGE 

M. Magqueron lit trois états des soldats du régiment 
de Piémont, soignés aux hôpitaux d'Abbeville, de 
Montreuil et de Boulogne en 1732, et fait remarquer 
que, sur ces documents officiels, les soldats sont tous 
désignés par leurs noms de guerre ou sobriquets. 

Le même membre lit un état des deniers avancés 
par les aubergistes d'Abbeville pour les logements 
pris chez eux par les gens de guerre, d'avril 1644 
à septembre 1645. 

Est élu membre correspondant, M. Lucien Boileau, 
d'Amiens. 



Séance du 6 mai 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÉRES 

M. DE BoNNAULT étudic le budget d'Abbeville en 
1790-1791 ; il fait connaître les principaux revenus de 
la ville, anciens et nouveaux, les dépenses auxquelles 
elle avait à faire face, notamment celles qui étaient 
occasionnées par le logement et l'entretien des troupes, 



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— 6 — 

et enfin les différents travaux publics exécutés à cette 
époque. — Renvoyé à la commission des mémoires. 

M. Macqueron lit une description du chœur de 
l'église de Feuquières et du magnifique retable en bois 
qui orne l'intérieur de cette église. — Renvoyé à la 
commission des mémoires. 

M. DE Galametz communique plusieurs lettres de 
Louis de Valois, comte d'Angoulême, relatives à 
Michel de Buigny, seigneur de Cornehotte. 

Dons d'ouvrages : 

1° Essai sur V origine des exposants casuels en sans- 
crit, par M. Alfred Dutëns ; 

2** Un Oiseau de passage, par M. Jules Tripier. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 



Séance du 4 juin 
PRÉSIDENCE de M. ÉM. DELIGNIÈRE8 

M. Ém. Delignières dépose sur le bureau un exem- 
plaire de l'ouvrage qu'il vient de faire paraître : Le 
graveur Beauvarlet et Vécole abbevilloise au XVIIP 
siècle, 

M. Delignières, qui s'est fait l'historien des graveurs 
abbevillois, a consacré à l'un de ceux qui eut « le plus 
de vogue et de succès à son heure, et autour duquel 
se groupèrent un gr^nd nombre d'élèves », une étude 
très consciencieusement fouillée dont les lecteurs du 



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Cabinet historique de l'Artois et de la Picardie ont eu 
la primeur. En même temps qu'il raconte par le menu 
la vie de l'artiste, sa biographie apprécie l'œuvre du 
graveur avec cette sûreté et cette justesse qui caracté- 
risent chacune de ses productions. Pour ces sortes de 
travaux, la qualité maîtresse consiste dans une saine 
critique ; cette qualité, M. Delignières la possède, et il 
a le talent de formuler son appréciation en quelques 
mots bien choisis, toujours justes. 

Des remerciements sont votés au donateur. 

M. WiGNiER présente deux monnaies de Louis XIV 
et de Louis XV, trouvées à Villers-sur-Authie, et un 
plat en faïence, de Vron, représentant le fabricant, 
M. Delahodde à cheval 

Le même membre lit une note relative à la comman- 
derie de Beauvoir à Abbeville et la copie de Tacte 
de mise en possession, en J768, d'Antoine-Denis 
d'Alsace d'Hénin-Liétard. 

M. DU Gros RIEZ donne l'énumération de divers 
tableaux du salon des . Champs-Elysées, qui sont 
relatifs à la Picardie. 

M. Algius Ledieu donne lecture d'un chapitre de la 
3' partie de sa Monographie d'an Bourg picard^ actu- 
ellement sous presse et qui aura pour titre le Folk-lore 
de Démuin ; ce chapitre est relatif aux noms, prénoms, 
surnoms et sobriquets. L'auteur signale les causes qui, 
à diverses époques, ont déterminé les parents à donner 
tels ou tels prénoms à leurs enfants ; il indique les 
usages suivis pour distinguer entre eux les personnes 
de la même famille qui portaient le même nom de 
baptême ; on avait alors recours aux surnoms et aux 



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— 8 — 

sobriquets ; enfin, notre collègue termine par quelques 
anecdotes et bons mots relatifs à son sujet, et, sa 
lecture terminée, il engage la société à ne point rester 
étrangère au mouvement traditionni^te qui s'opère sur 
tous les points de là France ; il y a là une mine féconde 
à exploiter car ce sujet n'a même pas été effleuré pour 
la Picardie; il y aurait profit et gloire pour notre 
compagnie si elle favorisait ce mouvement par tous 
les moyens en son pouvoir. 

Le même membre dépose sur le bureau le premier 
exemplaire de la nouvelle série in-4**, des Mémoires de 
la Société d'Émulation ; c'est le 1" fascicule du tome P'; 
il contient un travail de M. Alcius Ledieu sur les 
Reliures artistiques et armoriées de la Bibliothèque 
d'Abbeville, avec 18 planches hors texte et 72 figures. 
L'auteur prend occasion de ce dépôt pour adresser 
tous ses remerciements à la Société qui a bien voulu 
faire les frais de cette publication. M. le Président 
répond que la Société ne pouvait mieux inaugurer 
la nouvelle série de ses Mémoires. 

M. le comte van der Cruysse de Waziers, de 
Lignières-hors-Foueaucourt, est élu membre corres- 
pondant. 



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— 9 — 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



HISTOIRE D'ABBEVILLE 
ABBEVILLE AVANT LA GUERRE DE CENT ANS 

Par B. PRAROND 
Paris, A. Picard, 1891. — In-8«, xxxt-402 pp. 

Compte rendu par M. Ëm. Deliqnières lu à laeéance du 8 janvier lS9i. 

C'eôt une bonne fortune pour tous ceux qui savent 
s'intéresser à Phistoire de notre ville que de voir 
apparaître un nouvel ouvrage de M. Prarond venant 
s'ajouter à tant d'autres dus à ses recherches et à sa 
grande érudition. 

Le volume que j'ai Thonneur de remettre sur le 
bureau au nom du collègue à qui nous venons de 
décerner le titre si mérité de Président d'honneur, est 
intitulé: Histoire d'Abbeville.— Abbeville avant la 
guerre de cent ans. 

Permettez-moi, Messieurs, d'appeler spécialement 
votre attention sur cet ouvrage. M. Prarond y a re- 
levé les noms de nos maïeurs dès Tannée 1113 c'est- 
à-dire avant la charte de 1184, puis de ceux qui leur 
ont succédé jusqu'en 1337, avec les actes et les faits se 
rattachant^à chacun d'eux ou qui ont eu lieu pendant 
leur administration. 

Dans un coup d'œil général, l'auteur embrasse à 

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— iO — 

grands traits tout ce qui s'est passé dans notre vieille 
cité pendant cette période et toutes nos anciennes ins- 
titutions. M*. Prarond indique ensuite avec sa cons- 
cience d'écrivain, les sources nombreuses auxquelles 
il a puisé et qu'il a su, avec la patience de l'érudit, 
rectifier parfois les unes par les autres pour les dates, 
les noms et les faits ; il a fouillé dans les manus- 
crits tant de nos Archives municipales que de la 
Bibliothèque Nationale et de notre vaste dépôt com- 
munal, si bien conservé et catalogué par M. Àlcius 
Ledieu. 

Il a suivi également les recherches de nos premiers 
historiens. Rien ne lui a échappé ; tout a été par lui 
transcrit, souvent traduit, parfois commenté, et les 
origines de notre ville, de nos premières institutions 
et de nos plus anciens édifices ont trouvé en lui un 
historien fidèle et complet. Les industries premières, 
la justice, la navigation autrefois si florissante, les 
défrichements de bois autour de la ville, les corpora- 
tions religieuses naguère si nombreuses, celles des 
environs qui y avaient un refuge, l'institution des 
maïeurs de bannière, l'échevinage, les institutions de 
bienfaisance, le collège, les jeux, etc. etc. , tout a été 
passé en revue. 

Et, quand on parcourt cette suite d^annales si rem- 
plie de faits, de noms, d'indications multiples, on est 
confondu du travail considérable dû à notre savant 
collègue; la Ghyale ou première maison commune, 
depuis Hôtel de ville, font l'objet d'un chapitre des plus 
curieux ; notre charte de 1184 a été aussi traduite et 
commentée avec le soin que met l'auteur dans les 
études de cette nature. 

Je ne puis, Messieurs, que vous renvoyer au livre ; 



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c'est un nouveau monument élevé par M. Prarond à 
sa ville natale. « Ignorer, dit-il, l'histoire des lieux 
que l'on habite, où l'on a un toit, où l'on exerce ses 
droits, c'est ne jouir qu'imparfaitement de ce lieu. 
L'ignorance du passé n'ôte pas seulement iin prix à 
ce qui subsiste matériellement des siècles ; elle en 
détache la plus simple vénération, elle n'est pas seu- 
lement misérable, elle peut être funeste. » Je n'ajou- 
terai rien à ces paroles ; elles peignent l'homme, l'his- 
torien et le citoyen dévoué à sa ville natale. 



DON DE MANUSCRITS 

A la Bibliothèque oommunale d'AbbeviUe par M, E. GIRABD 

lecture faite par M. Algius Ledieu à la séance du 3 mai i888. 

Pièces originales concernant le Ponthieu, TAmiénois, TArtesiœ 
(«te), le Gambresis, le Vermandois, le Beauvaisis, le Santerre. 
xvi«-xix* siècles. Parchemin et papier. 6 vol. de 224, 273, 220, 
243, 234 et 294 feuillets. Formats divers. Rel. en parch. 

La Bibliothèque d'AbbeviUe vient de recevoir 6 volu- 
mes de pièces manuscrites qui lui ont été gracieuse- 
ment offerts par M. E. Girard, artiste à Taverny 
(Seine-et-Oise). Déjà, au mois d'août 1887, le même 
donateur avait adressé à cet établissement un Armo- 
riai de Waignart, au sujet duquel je compte vous 
entretenir prochainement. 

Dans sa jeunesse, M. Girard habita Abbeville, où il 
suivit les cours de M. Masquelier ; il a conservé un 
excellent souvenir de notre ville, et le lui a témoigné 



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• 12 — 

par ces deux libéralités, qui, au point de vue pécu- 
niaire, représentent une somme importante. 

Les six derniers volumes reçus se composent de 
pièces originales que M. Girard a mis quarante ans à 
recueillir ; elles forment un ensemble de près de 
1 ,500 feuillets ; elles ont été soigneusement montées 
sur onglets et reliées d'une façon solide et élégante. 

Ces pièces sont classées suivant Tordre alphabéti- 
que des noms de famille ou de personnes ; toutefois, 
on rencontre parfois certains dossiers contenant des 
pièces ayant rapport à des familles différentes, 
quoique portant le même nom. 

Après la réception de ces volumes», je les ai foliotés 
et estampillés, puis j'en ai dressé un inventaire très 
succinct qui facilitera néanmoins les recherches. 

Tous ces documents n'offrent point le même intérêt, 
mais il en est quelques-uns qui seront certainement 
consultés avec fruit. 

L'une de ces pièces fut assurément soustraite autre- 
fois aux Archives municipales d'Abbeville et fit peut- 
être plusieurs mains avant d'arriver dans celles du 
généreux bienfaiteur de notre dépôt ; cette pièce porte 
en marge une annotation écrite par M. Louandre 
père. 

Quoi qu'il en soit, les lettres autographes de person^ 
nages importants du xviii® et du xix* siècle forment la 
partie principale de cette collection ; la plupart d'entre 
elles sont relatives à des affaires d'intérêt privé; 
d'autres revêtent un caractère tout à fait intime. 

En 1788, un M. de Blottefière écrit à M. Grandpierre, 
procureur au Châtelet de Paris, pour lui demander de 
l'argent; le tableau qu'il trace de sa situation est 
affreux. Il doit 150 livres à son boulanger et craint de 



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— 13 — 

mourir de faim ; son peu de mobilier est engagé au 
Mont de... « Piété » ; il n'ose écrire le mot en entier ; 
il est désespéré : « Si j'étais seul, écrit-il, j'aimerais 
mieux en finir. » 

Dans une lettre non datée, écrite d'Évreux par 
M"® des Essars de Verdin à M. Boutems, secrétaire 
du duc de Bouillon, elle lui recommande son laquais, 
qu'elle se trouve obligée de congédier par suite d'une 
perte cruelle qu'elle vient de faire. « C'est un bon 
sujet, dit-elle, qui est fidèle, qui a la qualité^de faire 
un peu la cuisine, de mener ; il sçait raser, friser, 
écrire, calculer: je pense que vous en tirerez bien 
partie. » 

Les lettres du genre de celle-ci abondent; elles 
prouvent que si les serviteurs étaient attachés à leurs 
maîtres, ces derniers s'iatéress^aient toujours à leur 
sort quand ils se voyaient dans la dure nécessité de se 
priver de leurs services. 

Le 8 juin 1762, un Montmorency, duc de Boutte- 
ville, écrivait du château de Doullens : « C'est un 
mourant de la poitrine, Monsieur, et qui se trouve 
sans nul secours* pour diminuer ses souffrances con- 
tinuelles, qui a l'honneur de vous escrire pour vous 
faire souvenir de la grâce que j'ay eue celuy de vous 
demander au mois d'avril dernier. M. de BouUogne 
m'a mandé vous en avoir parlé ; il y a neuf ans que je 
la touche au mois de may ; il peut vous le certifier. Je 
péris sans ce secours ; ne me le refusez pas, je vous 
conjure... » 

L'appel adressé par le descendant de tant de guer- 
riers célèbres fut entendu; le lîjuin suivant, il lui 
étaitexpédié une somme de 2,400 livres. 

Le 3 mars 1725, une Montmorency, de la branche de 



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- It — 

Laval, sollicite une gratification. « Je vous proteste, 
Monsieur, dit-elle, que je n'ay pas de quoy vivre ; mes 
meubles sont saisis et vont estre vendus par mon bou- 
cher et mon boulanger ; je suis dans le dernier déses- 
poir... » Il est fait droit à tant d'infortune; une somme 
de 1,500 livres est accordée à cette dame. 

Plus loin, c'est encore un Montmorency, le duc 
d'OUonne, qui écrit en 1777 à M. Patenôtre, procureur 
au Parlement, pour lui faire part, « sous le plus grand 
secret »,du projet qu'il a formé de se « faire relever 
de son interdiction. » 

Le dossier de la famille de Montmorency est consi- 
dérable, et les pièces qu'il renferme sont, des plus 
variées. En 1771, le prince de Tingry apostille un 
mémoire présenté par Charles-François Bibaut de 
Misery, portemanteau du Roi, et Julie Louise de Che- 
mault, sa femme, première femme de chambre de la 
Dauphine, tendant à obtenir gratuitement « une quit- 
tance de finance de la somme de 6,000 livres pour la 
confirmation de leurs lettres de noblesse et les mettre 
en règle. » 

Passons à un autre dossier. La marquise du Chas- 
telet, née de Rochechouart-Faudoas, décapitée en 1794, 
écrivait le 21 décembre 1781 au graveur Née : « Ce ne 
peut être mon portrait qui vous est nécessaire pour 
former la collection de ceux qui sont destinés à retra- 
cer les personnes avec lesquelles feu M. de Voltaire 
avoit eu des relations plus ou mois intimes. Ce ne peut 
être que celui de M™* du Châtelet, ma belle-mère... » 
Et, le 19 février suivant, elle prévenait ce graveur 
que le portrait de sa belle-mère était à sa disposition. 
Mais Née ne parait pas avoir mis son projet à exér 
cution. 



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— 15 — 

En faisant le dépouillement de ces manusci*its, j'ai 
rencontré une lettre relativement récente, dont l'anno- 
tation m'a frappé. Un officier de marine, M. de Li- 
gnières, écrivait à son oncle le 25 avril 1855 du Camp 
des Marins, devant Sébastopol, et lui donnait des 
détails très précis sur Tattaque du bastion du Mât et du 
bastion central ; en terminant, il lui faisait connaître 
qu'on venait de le proposer pour le grade de capitaine 
de frégate. Trois jours après, il tombait au champ 
d'honneur, ainsi que le prouve cette mention écrite en 
tête de la lettre : « Il a été tué le 28 ! » 

Dans le dossier qui concerne la famille de Boubers 
se trouve la pièce de vers suivante écrite par le comte 
de Boubers-Abbeville en 1841, « Tun des admirateurs » 
de Michaud, l'auteur de VHistoire des Ci*oisades : 



*j 



Le moderne Phœnix de notre Académie, 

En mourant immortel, ne perdit que la vie. 

Michaud, l'illustre auteur du Printemps d'un Proscrit, 

Ne se contenta point de vivre en cet écrit ; 

Mais voulant buriner au temple de mémoire 

De nos preux chevaliers la grande et noble histoire, 

Au Parnasse, il remit la lyre d'Erato, 

Et reçut d'Apollon la plume de Clio. 

Puis, il prit son essor aux rives de l'Asie, 

Où, d'un nouvel éclat, brilla son beau génie. 

En célébrant les preux, qui, par de hauts exploits, 

Y firent triompher l'étendard de la croix, 

On le vit illustrer son nom et sa patrie. 

Honneur donc au Phœnix de notre Académie. 

A la suite, ce quatrain : 

Par son urbanité, par son esprit exquis, 
Après avoir su plaire, il déplut à Louis. 
Par sa fidélité, méritant sa disgrâce, 
Michaud, en le quittant, sut honorer sa place. 



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— 16 — 

D'autres pièces de vers et des chansons légères se 
rencontrent dans les dossiers de Dampierre et de Fon- 
taine, mais toutes ne méritent point d'être reproduites. 
J'extrairai seulement d'une épitre au Roi — et c'est 
par là que je finirai — les quatre vers suivants : 

Tu punis bien rAllemagne 
En arrêtant ses guerriers ; 
Ils regrettent la Champagne 
Encor plus c^ue leurs lauriers. 

TOME I" 

Fol. 1. Achery (d'), de Saint-Quentin. Certificat de 
médecin. 1703. 

Fol. 2-4. Aguesseau (d'). Lettres. 1787-1827. 

Fol. 5-37. Alavoyne Nicolas, licencié ès-lois, lieute- 
nant des maïeur, échevins et jurés de Saint-Quentin. 
Pièces de procédure. Fin du xvi® et commencement 
du XVII* siècle. 

Fol. 38-39. Ainval (Milon d'). Certificat et reçu. 
1786-1806. 

Fol. 40. Alizard, premier sergent à masse de Saint- 
Quentin. 1632. 

Fol. 41-42. Corttois Pectoret John. Lettres. 1635. 

Fol. 43-45. Audibert, contrôleur à Saint-Quentin. 
1675. 

Fol. 46-51. Aumale (d'). Lettres diverses de plusieurs 
membres de cette famille, xviii® et xix* siècle. 

Fol. 52-100. Barival (Pierre-François Botté de), 
avocat en Parlement, lieutenant des maïeur et échevins 
de Saint-Quentin. Pièces de procédure. 1713-1749. 

Fol. 101-102. Baudier, de Saint-Quentin. Pièce de 
procédure. 1668, 



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— 17 — 

Fol. 103-106. Beaubouche Sébastien. Extraits des 
registres aux causes de Saint-Quentin. 1589. 

Fol. 107-108. Beaufils, tuteur du duo Mathieu de 
Montmorency. Lettre du 10 fructidor an IX. 

Fol. 1 09 1 18. Belleval (de). Lettres et pièces diverses. 
1772-1864. 

Fol. 119-120. Berthod Biaise, chantre ordinaire de 
la chapelle du Roi. 1634. 

Fol. 121-132. Béthune (de). Lettres d'affaires et 
papiers divers, xviii* siècle. 

Fol. 133-137. Beudier Félix, procureur fiscal à Saint- 
Quentin. Pièôes de procédure, 1649-1676: 

Fol. 138-140. Blaisel (Le marquis du). 

Fol. 141-148. Blanc (Jehan le), bourgeois et marchand 
de Saint-Quentin. 1636. 

Fol. 149-150. Blimond (Le marquis de Saint-). 
Lettres. 1790. 

Fol. 151-158. Blondel Claude, marchand à Saint- 
Quentin. 1648-1649. 

Fol. 159-163. Blottefière (de). Lettres. 1788-1792. 

Fol. 164-167: Bocquillon Jacques, échevin et lieute- 
nant de la justice des halles de Saint-Quentin. Pièces 
de procédure. 1649. 

Fol. 168. Boissy d'Anglas, intendant militaire. Livret 
de solde. 1847. 

Fol. 169-171. Bonnart Jacques de Saint-Quentin. 
Interrogatoire. 1622. 

Fol. 172. Bonnier-Dumetz, trésorier de France à 
Lille. Quittance. 1765. 

Fol. 173-174. Boitel Nicolas, de Saint-Quentin. Dépo- 
sition. 1622. 

Fol. 175-197. Boubers (de). Reçus et lettres diverses 
de plusieurs membres de cette famille. 1686-1841. 



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— 18 — 

Fol. 198. Bouchelet Pierre- Joseph, président des 
traites à Valenciennes. Reçu. 1758. 

Fol. 199-212. Boucher. On a réuni sous cette cote 
une copie de lettres patentes du roi de 1788 concernant 
ïa famille le Boucher d'Ailly pour des substitutions de 
biens, et dififérentes lettres signées de Boucher de 
Courson, Boucher de la Richarderie, etc. 

Fol. 213-215. Boufïlers (Louis-François duc de), 
maréchal de France. Quittance. 1703. Tableau généa- 
logique. 

Fol. 216-217. Bourget Nicolas, marchand à Saint- 
Quentin. 1649. 

Fol. 218-221. Briet de Saint- Elier. Lettres concernant 
un différend avec les habitants de Pinchefalise. 1805. 

Fol. 222. Brincourt. Lettre adressée à ce person- 
nage. 1613. 

Fol. 223-224. Brun (le). Lettres apostillées par ce 
consul. An IX. 

TOME II 

Fol. 1-8. Bruneau Antoine-François- Auguste, che- 
valier, conseiller du roi, président à mortier au parle- 
ment de Flandre, demeurant à Lille. Contrat d'acqui- 
sition d'un vieux quartier servant de « paccus » ; 
incomplet. 1760. 

Fol. 9-10. Bucy (Jean de). Aveu. 1664. 

Fol. 11. Bugnot Michel, sergent à masse à Saint- 
Quentin. 1599. 

Fol. 12. Tassart Jehan, prêtre à Saint-Quentin. 
Supplique aux maïeur et échevins de cette ville. 

Fol. 13, Caignart Paul, échevin de Saint-Quentin. 
1649. 



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— 19 — 

Fol. 14-15. Cavelle, de Saint-Quentin. Pièces de 
procédure. 1537. 

Fol. 16. Caron, capitaine au régiment de Gastinois. 
Permission du roi d'aller aux eaux. 1730. 

Fol. 17-20. Carpentier Jehan, avocat au Parlement, 
lieutenant des maire, échevins et jurés de Saint- 
Quentin. Pièces de procédure. 1675-1680. 

Fol. 21-26. Carvoisin. Lettres diverses. 

Fol. 27. Cambrai ; certificat de Tévêque de cette 
ville. 1759. 

Fol. 28-37. Ghalnoix (de), procureur fiscal de Saint- 
Quentin. Pièces de procédure. 1724. 

Fol. 38-39. Charlet Antoine, curé de Saint-Jean, 
à Saint-Quentin. Information. 1700. 

Fol. 40-42. Chastel (du). Reçu et lettres. 1704-1823. 

.Fol. 43-78. Chastelet. Titres de propriétés, généa- 
logie de cette famille et lettres diverses. 1537-1806. 

Fol. 79-89. Chatelet (Leroux du). Lettres d'affaires. 
1828-1831. 

Fol. 90-94. Chatelet-Lomont. Lettres de plusieurs 
membres de cette famille. 

Fol. 95. Clerc (Sébastien le), commissaire général 
des poudres. 1629. 

Fol. 96-99. Cocquet Jacques, marchand à Saint- 
Quentin. Informations faites par Alavoyne. 1620. 

Fol. 100. Colbert. Arrêt du roi contresigné par ce 
ministre. 1683. 

Fol. 101-103. ColUns. Lettres. 1709-17)1. 

Fol. 104-108. Comte (le). Pièces diverses concernant 
cette famille. 1734-1788. 

Fol. 109. Corbie (Marie de), veuve de Julien d'Ale- 
mani, écuyer, seigneur de Léchelle-Saint-Aurin, 
gouvernante des filles de la reine Marguerite, de- 



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— 20 — 

meurant à Saint-Germain des Prés. Reçu. 1608. 

Fol. 110. Cornac (Le chevalier de). Certificat. 1779. 

Fol. 1 1 1-117. Cornu de Longastre. Pièces concernant 
un billet de 120 liv. souscrit par lui. 1780-1781. 

Fol. 118. Cousin. Pièce de procédure. 

Fol. 119-121. Delacroix Jehan, tisserand de toile à 
Saint-Quentin, est cité devant Téchevinage pour avoir 
proféré des paroles injurieuses contre le Roi. 1634. 

Fol. 122. Curtin. Pièce de procédure 1616. 

Fol. 123-127. Damerval Louis, chevalier, seigneur 
baron d'Haplincourt. Pièces concernant un règlement 
de succession. 1731. 

Fol. 128-160. Dampierre (de). Pièces et lettres 
diverses. 

Fol. 161-173. Dartois.JPièce de procédure incomplète 
et sans date contenant la déposition de plusieurs 
témoins domiciliés à Saint-Quentin. 

Fol. 174-193. Charlevoix de la Grange (Charles- 
Emard de), conseiller du roi au bailliage de Saint- 
Quentin. Suppliques et informations signées de ce 
magistrat. 1737. 

Fol 194-196. Degmencourt, de Saint-Quentin. 1637. 
- Fol. 197-202. DelaFons. Informations faites à Saint- 
Quentin. 1605-1606. 

Fol. 203-210. Delamarlier. Information faiteà Saint- 
Quentia. 1740. 

Foi. 211-216. De la Motte. Reçus et pièces diverses, 
entre autre un contrat de vente en 1603 de plusieurs 
pièces de terre à la Ferté-Macé. 1547-1791. 

Fol. 217-227. De la Motte. Reçus et lettres diverses. 
1672-1789. 

Fol. 228. De Lamote Léon. Lettre. 1808. 

Fol. 229. De Lamothe. Quittance. 1729. 



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Fol. 230-255. De Lamotte. Lettres d'affaires et reçus. 
1742-1817. 

Fol. 256-258. De la Mothe. Pièces diverses. 1638- 
1709. 

Fol. 259-265. De la Motte. Quittances. 1680-1700. 

Fol. 266-273. La Motte. Pièces diverses. 1710-1784. 

TOME III 

Fol. 1. Delaporte Antoine, de Saint-Quentin. 1589. 

Fol. 2-5. Deledde, de Saint-Quentin. Informations. 
1634-1638. 

Fol. 6.-7. Demazure, à Saint-Quentin. Information 
faite par M. de Charlevoix. 1737. 

Fol. 8-9. Departz, marquis d'Equiro. Quittance. 1777. 

Fol. 10-12. Desjardins Pierre, échevin de Saint- 
Quentin. 1727-1769. 

Fol. 13. Després. Certificat. 1715. 

Fol. 14-17. Destampes Julien, sellier à Saint-Quentin. 

Fol. 18-19. Destouche, sergent à masse à Saint- 
Quentin. 1649-1650. 

Fol. 20. Debry Jehan, pâtissier à Saint-Quentin; 
Déposition. 1649. 

Fol. 21. Dobusse, contrôleur à Saint-Quentin. 1678. 

Fol. 22. Doresmieulx de Foucquier, d'Arras, 1746. 

Fol. 23-55. Dorigny, président de TEllection de Saint- 
Quentin. Informations et procédures concernant plu- 
sieurs^personnes de Saint-Quentin. 1605-1742. 

Fol. 56-61. Ducloux Charles, marchand à Saint- 
Quentin. Interrogatoire et mémoires judiciaires. 1668. 

Fol. 62. Dunnard. Certificat. 1710. 

Fol. 63. Duhaste, commissaire d'artillerie. Quittance. 
1575. 



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— 22 — 

Fol. 64. Dulmont. Lettre. An X. 

Fol. 65-66. Deliles Duplessis, receveur général des 
bois et domaines de Flandre, Hainaut et Artois. Quit- 
tances. 1715-1717. 

Fol. 67-78. Espinoy (Louis, duc de Melun, prince d'). 
Procédure. 1707-1723. 

Fol. 79-94. Essars (des). Lettres et pièces diverses, 
entre autres un aveu d'OuvilIe-I'Abbaye, servi par 
Louis de Guilbert le 30 janvier 1719, une lettre du 
marquis des Essars, capitaine de cavalerie, datée du 
!•' janvier 1789, demandant à acheter une charge de 
colonel. 1610-1857. 

Fol. 95-96. Falgors. Cheptel. 1698. 

Fol. 97. Famechon Jacques, colonel. Quittance. 1684. 

Fol. 98. Flamanville (Le marq. de), capitaine. Cer- 
tificat. 1682. 

Fol. 99-112. Flécelles (Jehan de), conseiller du roi et 
secrétaire du conseil d'État, — (Guillaume de), con- 
seiller au Parlement, — (Nicolas de), conseiller du roi 
et contrôleur général des traites en Normandie, — 
(Sœur Marguerite-Isabelle de), supérieure de Long- 
champs. Quittances. 1609-1691. 

Fol. 113-121. Fontaine (de). Quittances et pièces 
diverses. 1655-1764. 

Fol. 122-132. Fontaines (de). Lettres diverses. 1765- 
1859. Reçu de François de Fontaines, écuyer, seigneur 
de Plainval. 1564. Pièces de poésie concernant M"' de 
Fontaines. 1747. 

Fol. 133-138. Forceville (Antoine-François de). 
Lettres d'affaires. 1785-1838. 

Fol. 139-141. Fouquier, procureur fiscal. Suppliques 
adressées aux maïeur et échevins de Saint-Quentin, 
1713-1740. 



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— 23 - 

Pol. 142. Framery Nicolas. Reçu. 1667. 

Fol. 143-159. Gabry. Pièces relatives à Thistoire de 
Saint-Quentin, signées Gabry, Alavoyne, etc. 1596- 
1616. 

Fol. 160. Gaillarl Guislain- Alexandre, écuyer, sei- 
gneur d'Etrehem, Leulinghem, etc. Reçu. 1748. 

Fol. 161. Gand (Marguerite de). Procuration donnée 
par son mari, François de Grandmaison, gouverneur 
de ta citadelle d'Amiens. 1617. 

Fol. 162-168. Gérault, sergent à masse de Saint- 
Quentin. Pièces de procédure. 1595. 

Fol. 169-170. Gobinet de Saint-Quentin. 1668. 

Fol. 171-172. Godard, de Saint-Quentin. 1590. 

Fol. 173. Gonnelieu (Nicolas de). Reçu. 1586. 

Fol. 174. Grandin, cnirurgien à Saint-Quentin. Cer- 
tificat. 1687. 

Fol. 175. Grossier, curé d'Héricy. Lettres d'affaires. 
1665. 

Fol. 176. Grouches de Chepy (Charles-Augustin de). 
Reçu. 1681. 

Fol. 177. Guillebert, chirurgien à Saint-Quentin. 
Certificat. 1668. 

Fol. 178. Hannecart de Brifïœil, président à mortier 
au Parlement de Flandre. Reçu 1737. 

Fol. 179-180. Hannicques (Pierre et Roger de), com- 
mandants de la grande écurie du Roi. Reçus, 1643- 
1646. 

Fol. 181. Hardy (Charles-Albert le), écuyer, sei- 
gneur de Famars, ancien prévôt de Valenciennes. 
Vente de bois. 1740. 

Fol. 182. Haucourt (Nicolas d'Aumale, chevalier, 
seigneur de). Vente d'une masure. 1616. 

(A suivre.) 



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— 24 - 

NOTES SUR LA DÉFENSE D'ABBEVILLE 

PENDANT LA GUERRE DE TRENTE ANS 
Lecture faite par M. H Magqueron à la séance du 8 janvier i89U 

En 1636, rennémi était à nos portes; Corbie était 
tombée au pouvoir des Espagnols' le 15 août ; ceux-ci 
occupaient toutes les places de TArtois qui leur appar- 
tenait encore et Abbeville, ville frontière, proche d'Hes- 
din et peu éloignée d'Arras avait tout à craindre des in- 
cursions des ennemis et du voisinage de leurs armées. 
Aussi le soin de sa garde était-il une des grandes préoc- 
cupations de ses magistrats comme du gouvernement 
royal qui prenaient toutes les mesures nécessaires 
pour la mettre en état de résister soit à une surprise 
soit à une attaque de vive force. Abbeville avait d'au- 
tant plus d'importance qu'elle était un des greniers 
du Nord de la France ; ainsi, dès le 27 décembre 1628, 
le Roi avait fait défenses très expresses à toutes per- 
sonnes de quelque qualité qu'elles soient de sortir de 
sa province « de Picardie pour transporter hors du 
« Royaume soit par terre, soit par mer aucuns Bletz, 
« avoynes ni aultres légumes » qui devaient, au con- 
traire, servira l'approvisionnement d'autres parties 
delà France, puisque le 11 novembre 1630, le Roi 
donnait à Jehan Boutelle, marchand de la ville d'Abbe- 
ville un passeport pour charger en Picardie et trans- 
porter en Guyenne la quantité de douze cents muids de 
blé, attendu la disette des grains et le prix excessif 
auxquels ils se vendaient dans le midi de la France. 
Nous savons déjà que cette même année 1636, on tirait 



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— 25 — - 

d'Abbeville tout le pain nécessaire pour Tapprovision- 
nement de l'armée qui assiégefiit Corbie. 

Depuis longtemps déjà, l'état des fortifications 
d'Abbeville avait été l'objet de la sollicitude des auto- 
rités municipales et du gouvernement du Roi. Dès 
1625, le maïeur et les échevins avaient signalé au 
monarque le mauvais état de leurs défenses et le 
besoin qu'il y avait d'y faire promptement travailler. 
Le duc^'Angoulême envoyé pour reconnaître l'état 
de la place avec un des ingénieurs du Roi y avait 
trouvé beaucoup de choses nécessaires à faire pour 
que la ville ne demeurât en péril non seulement en cas 
de siège, mais aussi de surprise. Mais déjà à cette épo- 
que le trésor était vide et le Roi ne pouvant pourvoir 
à de grandes dépenses à cause de celles qu'il avait à 
, supporter ailleurs, avait accepté l'offre des échevins 
de contribuer avec les fonds de la ville aux travaux les 
plus urgents. Aussi, par lettres du 16 mars 1625 dont 
l'original ainsi que presque toutes les pièces ique nous 
aurons à citer par la suite se trouve aux archi- 
ves municipales d'Abbeville, Louis XIII autorisait les 
maïeur et échevins « à prendre à constitution de 
« rente la somme de dix mille livres et au paiement 
« d'icelle et des interestz obliger tous et chacun les 
« deniers patrimoniaulx, d'octroy et aultres appar- 
« tenant à leur corps et communaultés, ou bien sy ilz 
« le jugent plus à propos et aduantageux pour eulx 
« allicher pour le payement de lad. somme la ferme de 
a l'obolle des bières à eulx appartenant et qui se leue 
« en nostred. ville et jusques à la valleur desdictz dix 

a milliures à la charge touteffois que lad. somme 

« de dix mil liures ainsy empruntée ou produit de lad. 
« allichation de l'obolle des bières sera emploiée aux 



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— 26 — 

« réparations et fortifications plus pressées de nostred 
c ville et non ailleurs à peine d'en respondre et que 
M les ouvraiges en seront baillez au rabais et moings 
a disant ainsy qu'il est accoustumé. » 

Ainsi déjà les travaux des villes étaient soumis à 
Padjudication au rabais ; Tédit ne nous dit pas si les 
soumissions devaient être sous pli cacheté. 

Les travaux ainsi ordonnés ne suffirent pas ; et 
quand en 1631, Richelieu se trouva en présence d'un 
conflit avec TAUtriche, on fit ordonner alors aux habi- 
tants d'Abbeville et aux villageois de toute condition, 
de Berna ville à Ault et de Rue à Ailly de venir tra- 
vailler du matin au soir et sans désemparer à la cons- 
truction des demies-lunes d^s portes du Bois et 
Marcadé ; de plus, le 2 novembre 1631, avait lieu une 
visite générale des fortifications pour décider des palis- 
sades qui devaient être faites de la porte d'Hocquet, à 
celle de Marcadé, à -la porte du Bois et à la porte 
S*-Gilies jusqu'au pont des Prés. Il a été dressé de cette 
visite procès-verbal détaillé indiquant d'une façon pré- 
cise le nombre de pieux, de fagots et d'objets de toute 
sorte nécessaires pour la défense de chaque point et 
ont signé Jacques Manessiér, maïeur en exercice, 
Phihppe Paschal, écuyer, sieur de Feuquières, con- 
seiller du Roi, président en la sénéchaussée et siège 
présidial de Ponthieu, Adrian de Heu, écuyer, sieur 
de Conty, lieutenant général au même siège, Philippe 
Bernard, substitut du procureur du Roi, Louis Varlet, 
greffier ordinaire et quelques autres. Enfin en 1632, 
une nouvelle lettre du R^i du 2 juin annonce Tenvoi 
du duc d'Angoulême qui revient à Abbeville pour faire 
travailler aux réparations des palissades et fortifica- 
tions de la ville et pour faire faire des parapets aux 



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- 27 — 

muraflles d*icelle qui sont trop basses pour empêcher 
qu'on n'y puisse rien entreprendre au préjudice du 
bien du royaume. 

Toutes ces mesures préventives suffisantes tant 
qu'on ne craignait pas de péril immédiat devinrent 
imparfaites à l'approche du danger quand en 1636, 
Abbeville devint directement menacée par le voisinage 
et les succès des Espagnols. Pendant cette terrible 
année, le Ponthieu fut continuellement ravagé par les 
ennemis, Abbeville même fut menacée et les mesures 
les plus importantes furent prises pour sa défense. Le 
29 octobre, Richelieu arrive en personne à Abbeville 
^pour se rendre compte dé l'état de la place et le même 
jour, Louis XIII envoie du camp de Demuin l'ordre 
suivant : 

« De par le Roy. Il est très expressément défendu à 
toutes personnes de quelque qualité et condition quelles 
soyent mesme aux propriétaires des bois estans dan3 
Abbeuille et aux faulxbourgs et enuiron et à tous les 
gens de guerre estans en garnison aud. Abbeuille de 
couper ni enleuer aucun bois estant en lenclos de lad. 
ville aux faulxbourgs d'icelle ou à une lieue à la ronde 
à peine de cinq cens liures damande à touttes per- 
sonnes qui auront moyen de la payer, icelle amande 
aplicable aux despenses des fortifications de lad. ville 
et payable sur le champ sans aucune formalité. 
Défend en outre Sa Ma** à tous habittans de lad. ville 
et faulxbourgs et ausd. gens de guerre de fagoter le 
bois quilz auront couppé qui se trouuera propre à faire 
fascines. Voulant Sa Ma'* quil soit employé aux fortiffî- 
câons quelle a ordonné estre faictes incessamment en 
ladite ville... (Arch. munie. d'Abbeville, EE. 101). 

Quels étaient ces travaux et quelle était leur impor- 



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- 28 - 

tance. Nous les trouvons complètement détaillés dans 
une autre pièce de nos archives municipales. (EE. 
101). Le Roi les a fait élaborer par le S' de Ville, Tin- 
génieùr qui dirige l'attaque de Corbie, et il envoie 
pour les faire exécuter deux autres de ses ingénieurs, 
les S" Guillaureaux et Rivet de Montdevis. Ils consis- 
tent en une mise en état complète des fortifications et 
nous pouvons en juger par l'énumération ci-après : 

a Pault commencer par le bastion de Retz et le faire 
de terre cest hiuer laissant lieu de le reuestir au prin- 
temps, Fespaule sera gasonnée comme l'autre. La terre 
se prendra dans Teslargissement du fossé, et dans une 
grande pièce de terre qui est deuant le flanc du bastion 
de Longueuille. Le S. d'Acsery prendra soin de cest 
ouurage auec le fils de M. le maïeur de lad. ville 
d'Abbeuille et le procureur du Roy de la Maistrise des 
eaux et forests. 

« Pour couurir la poincte dudit bastion de Retz 
et gaigner Téminence sera faict vn ouurage en corne, 
auec les fossé et contrescarpe le tout gasonné et fa.isiné 
suyuant le dessein et deuis du S'^ de Ville. M. du Me- 
nillet prendra soin de faire continuer le trauail auec 
tels de la ville d'Abbeuille qu'il choisira avec luy. 

« Sera faict une demy lune entre ledit bastion de 
Rets et la demy lune des Noyers auec sa contrescarpe 
à l'espreuue du canon, le tout gasonné et fassiné. Les 
S'* Damyeos et Hatys prendront seing du trauail de 
ceste pièce. 

« Pour gaigner l'ennemy qui commande au bastion 
de Rambures sera pareillement taict un grand ouurage 
en corne auec un rideau au milieu, des pans pour en 
acouvrer le flanc, ledict ouurage aura sa contrescarpe 
a Tepreuue du canon, gasonnée et fassinée. 



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- 29 - 

« Entre ladicte corne et la tour du haiilt degré sera 
construit de terre gason et fassiné une bonne demy 
lune auec son fossé et contrescarpe gasonnée et a 
lespreuue comme les autres. M' Manessier aura soing 
de cette pièce. 

« Touttes les contrescarpes depuis la porte sainct 
Gilles jusques à ladite demye lune du hault degré 
seront mises en leur perfection gasonnées et fassinées 
et à lespreuue suyuant le deuis du 8' de Ville. 

« Depuis ladite tour du hault degré jusques à la 
porte Marcadé le marais se défend de soy-même par 
les ruisseaux sources et escluses qui y retiennent 
les eaues. » 

C'étaient là les principaux travaux à faire et pour 
la surveillance et la direction desquels on avait com- 
mis des personnes choisies et probablement d'une 
capacité reconnue ; pour les autres travaux qui vont 
suivre, il était dit que les maïeur et échevins les 
surveilleraient avec le concours des habitants quMls 
désigneraient : 

« Fault adxever de former les ramparts et rempHr 
de terre les espaules des bastions de Rambures. et 
Marcadé ; et le corps du vieil chasteau qui est inutile 
en la façon qu'il est à présent. 

a Seront faictes des palissades a Tentrée de la 
riuière qui est proche dudit vieux chasteau pour 
empêcher les surprises. 

a La demye lune d'Alets sera remplie de terre et 
acheuée par la même voye qu'elle a été commencée. 

« Depuis ladicte demye lune d'Alets jusques à la 
porte sainct Gilles, il faut garantir tout ce côté là par 
le moyen des escluses qui seront construites à travers 
les trois bras de la riuière de Somm© qui entrent dans 



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- 30 — 

la ville pour faire refluer l'eau sur tout ce pays là, ce 
qui ne se fera qu'à la veue des ennemys 

« Les rampars de la ville depuis la porte sainct 
Gilles jusques à la porte Docquet seront rehaussés et 
eslargis jusqu'à six toises par le haut, garnis de 
parapets à Tespreuue auec gason et faksine en em- 
ployant soigneusement toutes les vuidanges de la 
ville et aultres terres qu'ils pourront le plus commo- 
dément transporter. 

« Depuis le pont des Prés jusques à la Portelette, 
faut curer les fossés de la ville et en porter la vuidange 
sur le rampart. 

« Seront faicts des parapets à Téprouue auec des 
embrasures pour faire jouer le canon sur tous les 
ramparts de la ville qui le pourront porter le tout 
gasonné et fassiné bien proprement. 

« Il faut faire des espaulemens à la porte du Bois et 
à celle de Marcadé pour empescher le mauùais effect 
des moulins et des lieux éminens qui les enfîllent. 

« Les maisons qui nuisent à^ la seurete des portes du 
Bois, Marcadé et de S*-Gilles seront rasées jusques à 
la portée du mousquet. 

a Seront faictes palissades et machines pour empes- 
cher l'entrée dans la ville par toutes les embouchures 
des riuières qui y entrent. 

« Le sieur Guillaureaux, ingénieur ordinaire du 
Roy aura la direction des dits travaux depuis le bas- 
tion de Retz jusques à la demye-lune du hault degré. 

a Le sieur Riuet de Montdeuis conduira le reste 
jusqu'à la porte S*-Gilles. 

« Sera aussy taict ung bastion de terre gasonné et 
fasciné entre le pont des près et cache-cornaille dont le 
S' d'Alencourt prendra s'il lui plaict le seing. 



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— 31 — _ 

« ;Tous les bastions, demy-lunes et ouurages en 
corne seront armez de fraises en bois de chesne quy 
sera pris dans le bois du Roy de la longueur et gros- 
seur qui sera portée par le deuis, et les pauages a 
lespreuve pour les pardessus. » 

Comme on le voit, tout était bien prévu et commandé 
avec soin et dans les plus grands détails ; mais ces 
importants travaux occasionnaient une dépense con- 
sidérable qui était mise à la charge de la ville ; aussi, 
Messieurs de Ville, Sanson, maïeur, de la Garde, de 
Ponthieu, Manessier, Duchesne, Bernard, Gaillard, 
Lebel, Tillette^ Pappin et Boullon se réunirent-ils deux 
fois les 2 et 4 novembre 1636 pour arriver à l'exécution 
des ordres du Roi et des plans du S' de Ville qui 
nécessitaient une dépense de quatre vingt mille livres. 
Ils décidèrent d'apporter toutes les diligences possibles 
et d'achever pour la fin d'avril tous les travaux de dé- 
fense exigés en employant le plus d'ouvriers qu'on en 
pourrait trouver ; ils résolurent de mettre les travaux 
à Tadjudication et de couvrir la dépense à faire par 
le doublement du sol pour pot de vin et par la mise 
d'un droit de dix-huit sols par tonneau entrant en 
la ville et banlieue ou passant par icelle tant par eau 
que par terre jusqu'à parfait remboursement de ce que 
coûteraient tous ces travaux qui seraient payés aux 
ouvriers et entrepreneurs par les mains de l'argentier 
de la ville. Le Roi approuva l'établissement de ces 
droits. Rien n'est nouveau ici-bas ; déjà à cette époque 
le gouvernement faisait payer par les villes ses dé- 
penses militaires et les impôts sur les boissons étaient 
là grande ressource des municipalités aux abois. 

Quelques jours après, Corbie était reprise par les 
troupes royales, avant que les travaux prescrits fussent 



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- 32 - 

même commencés ; mais la situation d'Abbeville n'en 
restait pas moins critique et Texécution des travaux 
de défense indispensable : la campagne devait être 
reprise en 1637 et les Espagnols, maîtres de TArtois, 
continuaient à exercer dans le Ponthieu des dépréda- 
tions dont le souvenir est maintenant encore resté dans 
toutes les mémoires. Hesdin surtout était un terrible 
voisinage : cette place forte qui ne devait être prise 
qu'en 1639 était avec Arras le refuge des ennemis et 
Abbeville et le Ponthieu restaient le véritable théâtre 
de la guerre. 

Richelieu et Louis XIII revinrent plusieurs fois à 
Abbeville qui, une fois mise en état de défense, se 
trouva soumise à un véritable réginie militaire. Le 
15 juin 1637, Louis XIII nomme un gouverneur mili- 
taire, M. de Launay, assurant les Abbevillois que, 
lorsque les occasions qui l'obligent à prendre un soin 
particulier de leur conservation seraient passés, il les 
remettrait de bon cœur dans l'ancien ordre de choses 
pour la garde et le commandement de leur ville. Cette 
nomination d'un gouverneur était à peu près la fin de 
la prérogative dont les maieurs étaient si fiers d'être 
les seuls commandants militaires de la cité ; néanmoins 
les Abbevillois restaient exempts de troupes royales et 
les seuls gardiens de leur ville ; mais par un règlement 
du 15 juillet 1637, Louis de Valois, duc d'Angoulême, 
comte de Ponthieu, les assujettissait à un service 
militaire des plus complets comme on peut le voir par 
la pièce suivante. 

(A suivre). 



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— 33 — 
Séance du 2 juillet Î891 

PRÉ8ÏDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRE8 

M. Ém. Delignières rappelle la perto que vient 
d'éprouver la Société en la personne de M. Ch. Mille- 
voye, membre titulaire, ancien premier président de 
la cour de Lyon. 

M. le Président dépose sur le bureau un nouveau 
fascicule de l'album Caranda offert par M. Fr. Moreau, 
Des remerciements sont votés au généreux donateur. 

M. Alfred Julia, membre correspondant, lit le 
compte rendu de l'excursion faite par la Société. 
(V. p; 55). 

M. Magqueron raconte les démêlés qui eurent lieu 
de 1693 à 1698 entre la ville d'Abbe ville et M. delà 
Rodde, gouverneur militaire de la ville. 

M. de Wailly donne .lecture d'un article de cri- 
tique d'art sur les œuvres exposées par nos compa- 
triotes au salon des Champs-Elysées. (V. p. 48). 

MM. Ch. Bignon, E. Coache et M. Pascal sont 
élus membres correspondants. 



Séance du 6 août 

présidence de m. ém. delignières 

M. Ém. Delignières, en ouvrant la séance, rap- 
pelle que la Société vient de perdre un autre de ses 
membres, M. le D'' Bellettre, récemment admis dans 
notre compagnie. 

3 



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— 3é - 

M. le Président rappelle la nouvelle et assez rare 
distinction dont vient d'être l'objet M. Alcius Ledieu. 
Directeur des publications ; il ajoute que le titre 
d'Officier de Tlnstruction publique, ainsi conféré à Tun 
de ses membres en raison de ses nombreux travaux 
d'histoire locale et d'érudition, rejaillit sur la Société 
toute entière et est également un honneur pour elle. 

MM. Màcqueron et Vayson donnent un compte 
rendu verbal du congrès de la Société française d'ar- 
chéologie, où ils ont été délégués ; M. Vayson com- 
munique à ce propos une série de dessins pris par lui. 

M. Macqueron fait passer sous les yeux de ses col- 
lègues une pièce en argent décernée comme prix de 
vertu en l'an VII, puis il lit un rapport sur un ouvrage 
de MM. A. des Tilleuls et J. Hubert sur le Domaine de 
la ville de Paris dans le passé et dans le présent. 

M. le baron de Monnegove est élu membre corres- 
pondant. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



DON DE MANUSCRITS 

A la Bibliotlièque communale d'Abbeville par M. E. GIRARD < 

Fol. 183-188. Hébert. Reçus divers. 1653-1706. 
Fol. 189-202. Hénault. Reçus divers et lettres. 1659- 
1821. 

« Voir p 11 à 23. 



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— 35 — 

Fol. 203-208. Hénin-Liétard (d'). Lettre originale de 
Mathieu MouUart, évêque d'Arras, à la comtesse 
d'Hénin-Liétard au sujet de la mort de son mari 
(20 janvier 1586). Reçus des princes de Chimay et 
d'Hénin et de la princesse de Chimay. 1774-1776. 
Lettres du prince d'Hénin. 1779-1786. Copie de lettres 
patentes de Charles X, permettant à Charles-Louis- 
Albert d'Alsace de Hénin-Liétard, marquis d'Alsace, 
de se dire et qualifier prince de Hénin. 2 mars 1828. 

Fol. 209. Hermand, de Saint-Quentin. Supplique. 
1626. 

Fol. 210-217. Houssaye (Pelletier, seigneur de la). 
Procuration de Catherine le Picard, veuve de Nicolas 
Pelletier. Lettres de M. de la Houssaye datée deBel- 
lancourt. 1789-1790. 

Jbl. 218. Jacops, écuyer, sieur d'Ascq. Ordonnance 
de d'Hozier pour l'enregistrement de ses armes et de 
celles de Marie-Albertine Diedeman de la Rianderie, 
sa femme. 1697. 

Fol. 219. Jessus Jean-Adrien, chanoine de Béthune. 
Reçu. 1754. 

Fol. 220. Josselin, chirurgien à Saint-Quentin. Cer- 
tificat. 1742. 

TOME IV 

Fol. 1-3. Lagrené (Pierre-Antoine de), écuyer, sei- 
gneur de Valancourt, trésorier de France à Amiens. 
Transport de 7.000 livres. 1738. Billet de Théodore de 
Lagrené. 1821. 

Fol. 4. Laistre (de). Arrêt du conseil d'État. 1695. 

Fol. 5. Lallier (François de), chevalier, mestre de 
camp. Reçu. 1665. 



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— 36 ^ 

Fol 6. Lancry, avocat et ancien échevin de Douai. 
Reçu. 1742. 

Fol. 7-8. La Tour d'Auvergne-Lauragais, évêque 
d'Arras. Certificats. 1815. 

Fol. 9-10. Laubanie. Reçu. 1664. Laissez-passer. 
1696. 

Fol. 11. Leblond. Pièce relative à la ville de Saint- 
Quentin. 1620, 

Fol. 12-14. Lefebvre. Pièces relatives à la même ville. 
1633. 

Fol. 15. Leleu. Pièce relative à la même ville. 1572. 

Fol. 16. Lenfant. Convocation. An IV. 

Fol. 17-19. Lepage, maçon à Saint-Quentin. Pièces 
de procédure. 1651. 

Fol. 20. Lepine. Quittance. 1634. 

Fol. 21-27. Lescot, bourgeois de Saint-Quentin, ca- 
pitaine des canonniers. Pièces (Je procédure. 1648- 
1649. 

Fol. 28-31 . Lesergent, sergent royal à Saint-Quentin. 
Pièces de procédure. 1649. 

Fol. 32-38. Lespine (de). Lettres et pièces diverses. 
1733-1816. 

Fol. 39. Lestoc (Guillaume de), docteur en théologie^ 
confesseur du Roi. Reçu. 1676. 

Fol. 40-44. Lignières(de); Pièces diverses. 1559-1855. 

Fol. 45. Liot Nicolas-Dominique, chanoine de Saint- 
Omer. Reçu. 1751. 

FqI. 46-48. Alizart, sergent à masse à Saint-Quentin. 
Informations. 1626-1649. 

Fol. 49-50. Loiseau, boulanger à Saint-Quentin. 
Déposition. 1649. 

Fol. 51. Lorret, couvreur à Saint-Quentin. Reçu. 
1614. 



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— 37 — 

Fol. 52. Louvel. Lettre. 1815. 

Fol. 53-60. Louvencourt (de). Reçus et lettres de 
plusieurs membres de cette famille. 1623-1816. 

Fol. 61. Louverval deGonnelieu. Lettre. 1751. 

Fol. 62-65. Lucas de Demuin Antoine-Jean. Reçus. 
1620-1700. 

Fol. 66. Mailly Jehan. Pièces de procédure. 

Fol. 66-74 et 88-98. Magny (Simon de), marchand à 
Saint-Quentin. Inventaire et pièces de procédure. 1589. 

Fol. 75-87. Montmorency (Le duc Mathieu de). 
Lettres diverses. 1825-1828. 

Fol. 99. Malafaict, bourgeois de Saint-Quentin. 
Plainte. 1668. 

Fol. 100. Mallet, secrétaire-greffier à Saint-Quentin. 
Convocation. 1765. 

Fol. 101. Mallot, de Saint-Quentin. 

Fol. 102-103. Martel Henri, comte de Fontaine. 
Reçus. 1697-1704. 

Fol. 104-109. Martin, de Saint-Quentin. Confronta- 
tion. 1633. 

Fol. 110-115. Demaubreul, de Saint- Quentin. Pièces 
de procédure. 1616. 

Fol. 116-119. Maucroix, de Saint-Quentin. Pièce de 
procédure. 1610. 

Fol. 120. Meslier Toussaint, secrétaire du Roi. Reçu. 
1592. 

Fol. 12M27. Metz (Sébastien du), meunier à Saint- 
Quentin. Déposition. 1622. 

Fol. 128-132. MoUain, sergent à masse à Saint-Quen- 
tin. Pièces de procédure. 1594. 

Fol. 133-206. Montmorency (de). Mélange de pièces 
et de lettres diverses. 1549-1854. 

Fol. 207-207. Montmorency-Matignon. Lettres de 



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— 38 - 
M"' la duchesse de Montmorency, née Guyon de Mati- 
gnon. 1806-1810. 

Fol. 210-2-21. Montmorency (Eugène - Alexandre 
marquis de). Lettres diverses. 1814-1834. 

Foi. 222-225. Montmorency (comte et comtesse de). 
Lettres. 1812-1821. 

Fol. 226-233. Montmorency (Le vicomte de). Lettres. 
1815-1822. 

Fol. 234-235. Montmorency (Le baron de). Lettre, 
176?. 

Fol. 236-239. Montmorency (Philippe-François, che- 
valier de), colonel du régiment de Condé. Certificat. 
1704. Certificat et lettre de son petit-fils, colonel du 
régiment de Flandre. 1726-1739. 

Fol. 240. Montmorency (L'abbé de). Lettre non 
datée. 

Fol. 241-243. Montmorency de Boutteville. Reçu et 
lettres. 1664-1762. 

TOME V 

Fol. 1. Montmorency d'Estaires Bricheville, colonel 
du régiment de Normandie. Certificat. 1708. 

Fol. 2-4. Montmorency (La duchesse de), née Cailly. 
Lettres. 1788-1796. 

Fol. 5. Montmorency (M"** de), née Carcado. Lettre. 
1759. 

Fol. 6. Montmorency-Laval (Marie-Anne de), du- 
chesse de Corswarem-Looz. Lettre, 1740. 

Fol. 7-9. Montmorency. Généalogie; extraits de 
Duchesne. 

Fol 9 bis. Montmorency (Louise-Henriette de), com- 
tesse de Helmstatt. Lettre, 1758. 



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— a9 - 

Fol. 10-87, Montnxprency-Laval. Lettres d'aflaires 
et documents divers relatifs à plusieurs membres de 
cette famille. 1884-1841. 

Fol. 88-92. Montmorency-Laval (Marie-Louise de), 
abbesse de Montmartre. Lettres d'affaires ou de 
recommandation. 1762-1784. 

Fol. 93-103. Montmorency-Luxembourg. Lettres 
diverses. 1745-1829, 

Fol. 104-105. Montmorency (La vicomtesse de), née 
Pauline-Hortense d'Albert de Luynes. .Lettres. 1818- 
1822. 

Fol. 106. Montmorency do Marcenay. Lettre. 1763. 

Fol. 107-108. Montmorency <Anne-Eléonore-Pul- 
chérie de), marquise de Mortemart. Pétition. 1855. 

Fol. 109-110. Montmorency (Charles-Anne-Sigis- 
mond de), duc d'Olonne. Lettre et certificat. 1745. 

Fol. 111. Montmorency (Anne-Lous- Alexandre de), 
marquis de Morbecque. Lettre. 1769. 

Fol. 1 12-130. Montmorency (Charles-Anne-Sigismond 
de), duc d'Olonne. Lettres d'affaires écrites la plupart 
à M. Patenotre, procureur au Parlement. 1746-1777. 

Fol. 131- 145. Montmorency, princes de Robecq. 
Lettres. 1725-1789. 

Fol. 146-581. Montmorency-Tingry. Lettres et docu- 
ments divers. 1759-1826. 

Fol. 182. Montmorency (M»*' de), née Vachon. Lettre. 
1746. 

Fol. 183-184. Mons de Savasse (Le chevalier de), 
commandeur de Laumusse. Lettre concernant la 
généalogie dé sa famille. 1758. 

Fol. Montbron (Le marquis de). Certificat. 1699. 

Fol. 186. Montchal (Pierre de), avocat en Parlement. 
.Reçu. 1613. 



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— 40 — 

Fol. 187-188. Montiilot Remy, de Saint-Quentin. 
Information. 1609. 

Fol. 189-192. Morant Thomas, conseiller du roi. 
Reçus. 1640-1651. 

Fol. 193. Morel, de Saint-Quentin. 1582. 

Fol. 194-203. Noir (Le). Reçus de plusieurs membres 
de cette famille. 1631-1779. 

Fol. 204-205. Page (Le). 1776-1817. 

Fol. 206-210. Parent, de Saint-Quentin. Pièces de 
procédure. 1668. 

Fol. 211. Parmentier, d'Arras. Reçu. 1748. 

FoL 212. Pellet (Antoine de). Reçu. 1586. 

Fol. 213-214. Picard Jacques, secrétaire de la 
chambre du Roi. Reçu. 1608. — Jehan Picart, cheva- 
lier, seigneur de Radeval, conseiller et maître d'hôtel 
du Roi. Reçu. 1519. 

Fol. 215-216. Perthes (M""« de Boutteville de). Lettre 
intime. 1745. 

Fol. 217-220. Picquet. Reçus. 1719-1742. 

Fol. 221-226. Pingre François, seigneur de Farinvil- 
1ers, conseiller du Roi. Reçus. 1661-1703. Lettre. 1713. 

Fol. 227. Poussii. Certificat. 1707. 

Fol. 228. PouUet. Reçu. 1729. 

Fol. 229-234. Prévost. Reçus et pièces diverses. 
1603-1715. 

Fol. 235-239. Pronleroy (Lancry de). Lettres com- 
merciales. 1818. 

TOME VI 

Fol. 1-80. Saint-Quentin (Ville de). Documents pour 
servir à l'histoire de cette ville. Pièces de procédure, 
interrogatoires, mémoires judiciaires, etc. 1596-1784. 



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- 41 - 

Fol. 81-82. Recourt du Sart (de). Reçu et procura- 
tion. 1731. 

Fol. 83. Rély (de). Lettre au vicomte de Montmo- 
rency, non datée. 

Fol. 84. Rembur (Jean de), capitaine. Reçu. 1677. 

Fol. 85. Riencourt (de). Reconnaissance. 1720. 

Fol. 86-89. Rigault, chirurgien à Saint-Quentin. Cer- 
tificats. 1839. 

Fol. 90-121. Rochefoucauld (de la). Lettres de plu- 
sieurs membres de cette famille, offrant la plupart un 
caractère administratif. 1778-1842. 

Fol. 122. Rouault (Le marquis de). Lettre. 1774. 

Fol. 123. Rousés (Hercules de), reçu. 1670. 

Fol. 124-125. Roussel de Charost. Reçu. 1691. — 
Roussel d'Hurbal. Lettre. 1815. 

Fol. 126. Rousy (de), nolaire'à Douai. 1727. 

Fol. 127. Routy (de). Reçu. 1673. 

Fol. 128-148. Rue (de la). Reçus et lettres de plu- 
sieurs membres de cette famille, entre autres de Jean- 
Baptiste de la Rue, chanoine et grand trésorier de la 
cathédrale de Rouen. 1660-1842. 

Fol. 149-152. Saisseval (Le marquis et la comtesse 
de). Lettres. 1814-1816. 

Fol. 153. Sénéchal (de). Reçu. 1765. 

Fol. 154. Sénicourt (de). Lettre. 1771. 

Fol. 155. Signier, maréchal de camp. Laissez-passer. 
J702. 

Fol. 156-160. Saint-Simon, évêque de Metz. Lettres. 
1630-1758. 

Fol. 161. Souternon. Certificat. 1695. 

Fol. 162-163. Taffin. Confirmation d'armoiries, 1697. 

Fol. 164-185. Thierry. Documents relatifs à plusieurs 
familles de ce nom et lettres diverses. 1776-1821. 



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— 42 — 

Fol. 186-188. Tricot, de Saint-Quentin. Requêtes. 
1668. 

Fol. 189. Trousset, lieutenant du maïeur de Saint- 
Quentin. Information. 1649. 

Fol. 191-195. Turmenyes de Nointel. Reçus. 1681- 
1758. 

Fol. 196-197. Turpin. Confirmation d'armoiries. 
1698-1699. 

Fol. 198-200. Trudaine. Lettres. 1771. 

Fol. 201-234. Val (du). Lettres diverses et document» 
relatifs à plusieurs familles de ce nom. 1666-1771. 

Fol. 235. Vandergracht Ignace, seigneur de Fretin. 
Vidimus. 1722. 

Fol. 236-237. Varnier, de Saint-Quentin. Certificat. 
1789. 

Fol. 238. Vasseur. Plainte adressée à 1 echevinage 
de Saint-Quentin. 1642. 

Fol. 239-241. Vendeuil. Lettres. 1741-18 15. 

Fol. 242-261. Ver (Le marquis le). Lettre. 1831. 
Généalogie imprimée. 

Fol. 262-265. Villepaux. Lettres. 1695. 

Fol. 266-272. Villers (Le baron de). Lettres. 1782- 
1815. 

Fol. 273-278. Villiers (de). Lettres et reçus. 1668- 
1822. 

Fol. 279-280, Violette, de Saint-Quentin. Interroga- 
toire incomplet. 

Fol. 2dl-29i. Watier, procureur fiscal à Saint- 
Quentin. Interrogatoires. 1724-1744. 



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- 43 — 

NOTES SUR LA DÉFENSE D'ABBEViLLE 

PENDANT LA GUERRE DE TRENTE ANS « 
RÈGLEMENT MILITAIRE POUR LA SURETE DE LA 

Ville {Arch, munie, EÈ. 40). 

« Les soings et la fidélité des habitans d'Abbeuille- 
ayant obligé le Roy à leur laisser la garde de leur ville 
et leur confier ceste clef de son estât, nous auons estimé 
debuoir promouoir la continuation de leurs soins ao- 
coustumés comme leur fidélité demeure d'elle mesme 
assès constante et asseurée à ceste fin et pour empes- 
chér les désordres quy pourroient suruenir en lad. 
garde mesme que nous en aurions remarqué aucuns 
ausquels il seroit important de pourueoir, principalle* 
en ceste saison et en Testât ou ilz n'ont aucun secours^ 
des gens de guerre, nous auons aduisé pour le bien du 
seruice de Sa Maj*^ et de leur propre de reigler leur 
garde en sorte que 

« L'un des quatre capp°«s de chacune compagnie 
consécutiuement Fun après l'autre sera tenu de mener 
leurs compagnies à la parade sur la place du marché 
prendre l'ordre à l'heure de la cloche du guet laquelle 
sonnera demye heure après celle de la fermeture de la 
porte et de là aller droit à la garde quy leur sera or- 
donnée pour y coucher auec un de ceux qui sont de 
jour tel (fu'il sera par eux choisi. 

« Comme aussi d'ordonner en chacun corps de garde 
un caporal et un anspessade '^ faisant poser les senti- 

» Voir p. 24 à 32. 

« Soldat d'élito armé de la pique. ' 



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- 44 - 

nelles qui leur seront ordonnées en tel nombre et lieu 
qu'il leur sera désigné, sans pouuoir désemparer leur 
rampart quilz ne soient reloués par les aiîés quy en- 
treront en garde à l'ouuerture de la porte. 

« Pareillement seront tenus ceux qui deuront aller 
à la garde de jour de se rendre à Touuerture de la 
porte et après la fermeture d'icelle de monter sur le 
rampart pour y demeurer tant quilz seront relouez par 
ceux quy entreront pour y coucher la nuit. 

« Seront encore tenus de faire porter à leurs soldatz 
les. mesmes armes quilz leur auront ordonnées par les 
reueues et visites quilz en auront faites à peined'amende. 

« Et là où il se rencontrera du defïault en Tobser- 
uaon de Tordre cy dessus et d'aller tous en personne à 
la garde soit de nuit ou de jour, les deffaillants seront 
déclarés escheuz, sauoir les chefs en soixante sols d'a- 
mende et vingt sols pour frais d'exécution aux sergens, 
et les particuliers qui deburont aller de jour en trente 
sols d'amende et douze sols de frais d'exécution. 

a Et ce en outre payeront chacun quatorze sols pour 
chacune contrauention, syce n^est en cas d'absence ou 
de maladie auquel cas ilz ne payeront que pour la 
première fois ; et quant aux autres soldats quy ne 
seront ordonnés que pour la nuit, ilz paieront chacun 
vingt sols d'amende et dix sols d'exécution, lesd. 
amendes pour la première fois qui seront doublées et 
triplées selon la négligence ou mespris des absens, au 
jugement des mayeur et escheuins qui mesme procé- 
deront par emprisonnement selon quilz le jugeront 
pour l'exemple et selon la faute des delinquans. 

« Fait à Abbeuille le quinziesme juillet mil six cens 
trente sept. 

* « Louis DE Valois. » 



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— 45 — 

La guerre durait toujours : la Picardie restait le 
théâtre des opérations militaires et Abbeville était de 
plus en plus exposée au péril des ennemis. En 1638, 
l'armée française se rassemble sous ses murs pour 
marcher sur Saint-Omer. Le Roi y arrive lui-même à 
la fin de juillet : on reconnut bientôt que la garde des 
Abbevillois ne suffisait plus à la sécurité de la place, 
et notre cité reçut une garnison de troupes françaises 
et suisses pour concourir à sa défense avec les compa« 
gnies bourgeoises. De nouvelles mesures plus sévères 
furent prises par le gouverneur et un ordre de service 
fut pubhé indiquant le rôle de chacun et les précau- 
tions indisp3nsables dans une ville qui pouvait être 
assiégée. Ce fut l'objet de Tordre de 1638. 

Des six compagnies de Suisses que le Roi a ordonné 
pour la garde de la ville d' Abbeville, lisons-nous dans 
ce règlement, il en sera logé une proche de la porte 
d'Hocquet, deux à la porte Saint-Gilles et trois à la 
porte Marcadé. Tous les jours deux hommes de chaque 
compagnie se trouveront à la place à l'heure où l'on 
commence à monter la garde pour indiquer les corps 
de garde qui devront être occupés. Il y aura toujours 
trois officiers à la porte Marcadé, deux à la porte Saint- 
Gilles et un à la porte d'Hocquet. 

A chacune des deux portes Marcadé et Saint-Gilles, 
il y aura trois corps de garde : le plus avancé sera de 
vingt-cinq Français, le second celui des compagnies- 
bourgeoises et le troisième, aux portes de la ville, celui 
des Suisses. Il y aura nuit et jour un officier à chacun 
de ces corps de garde 

Les cinquante hommes de troupes françaises corn- 
posant pendant le jour les corps de garde les plus 
avancés rentreront la nuit en garde dans les cornes en 



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— 46 — 

-dehors des remparts. A chaque barrière et à chaque 
poste, il y aura toujours une sentinelle et une sur 
chaque porte pour couper la herse, s'il en est besoin. 

Il y aura dans Abbeville cinquante cavaliers ; tous 
les soirs, à la fermeture des portes, il en sortira huit 
divisés eri trois détachemepts : trois hommes sortiront 
par la porte M arcade pour battre vers le Titre et Forêt- 
TAbbaye ; trois autres par la porte Saint-Gilles iront 
vers Lheure, Saint-Riquier et Neuville ; deux enfin 
sortis par la porte d'Hocquet iront battre le long de la 
rivière jusque vers Blanquetaque : tous les matins 
au soleil levant, ils viendront dire à chaque porte à tra- 
vers du fossé ce qu'ils auront reconnu pendant la nuit. 

L'ouverture des portes sera faite ainsi qu'il s'en suit : 
M. de Launay se trouvera à celle des portes qu'il vou- 
dra choisir : le major des portes sera aux avances du 
<îôté des ennemis et le maïeur ou un échevin avec les 
officiers de Suisses de garde sera k la porte d'Hocquet. 
Les soldats qui seront de garde dans les cornes feront 
une première découverte et avant que les portes soient 
ouvertes, trois ou quatre d'entre eux viendront dire à 
travers le fossé ce qu'ils auront reconnu. Puis on 
ouvrira la poterne pour faire sortir le premier corps de 
garde et celui qui le commandera enverra quatre sol- 
dats pour voir ce qu'auront dit les autres. 

On ne laissera pas entrer dans la ville plus de six 
<5harriots ensemble et on les sondera auparavant avec 
des fers semblables à ceux dont se servent les archers 
du sel. 

Tous les « hostellans », cabaretiers et autres qui 
logent en chambre apporteront tous les soirs au com- 
mandant de la ville et au maïeur un rôle de ceux qui 
seront logés chez eux et contenant leur nom, leur âge 



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— 47 — 
•et leur patrie : aucun des habitants ne devra loger per- 
sonne chez lui sans en demander auparavant la per- 
mission au commandant de la ville. 

Un corps de garde d'habitants sera mis de jour et 
de nuit au canal de la Portelette : il n'ouvrira la seconde 
<5haine qui sera mise en deçà de l'arche et ne laissera 
entrer les vaisseaux sans auparavant les visiter. 

En cas d'alarme, chacun se trouvera en son quartier 
selon Tordre établi à cet effet et la nuit chaque bour- 
geois mettra incontinent une chandelle à 1^ fenêtre de 
son logis. 

Nul habitant ne pourra s'absenter de la garde sans 
^tre pour la première fois condamné à une grosse 
amende et à tenir prison ; à la seconde fois, il sera 
chassé de la ville. *Le sergent-major aura un soin par- 
ticulier de rapporter au S' de Launay les noms de ceux 
qui auront manqué, afin de faire exécuter' l'article ci- 
dessus dont la connaissance pour ce qui regarde les 
amendes appartient au maïeur. 

Tout le canon qui est dans la ville sera mis sur le 
rempart aux lieux où ce sera plus nécessaire pour s'en 
servir à coup prêt en cas d'alarme et de surprise, et 
particulièrement aux endroits qui commandent dans 
les cornes. 

Il est défendu à tous les habitants tant de la ville que 
des fauxbourgs de semer aucun chanvre plus prés de 
cent pas au delà des dehors les plus avancés de la ville 
sous peine de grosses amendes. 

Deux siècles plus tard, Tennemi était encore à nos 
portes : comme en 1G36, Abbeville était sans fortifica- 
tions solides, à peu près sans garnison et les coureurs 
allemands battaient les villages environnants. Sous la 



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- 48 — 
conduite d'un magistrat municipal qui remplissait 
encore à peu de chose près les fonctions des maïeurs 
d'autrefois, elle sut courir au plus pressé, improviser 
ses défenses à la hâte et montrer au-dessus de ses 
remparts à moitié démolis les baïonnettes de ses com- 
pagnies bourgeoises. La défense de 1870 n'était pas 
sans rapports avec celle de 1636-1638 : pourquoi n'eut- 
elle pas la même récompense ? 



LES ARTISTES PICARDS 

AU SALON DES GH AMPI^-ÉLYSÉES 
Lecture faite par M. P. DE Wailly à la séance du 2 juiUet Î89i, 

Par une certaine communauté d'idées ; par le choix 
de leurs sujets pris autour d'eux, auprès de nous, en 
pays picard ; par leur façon de comprendre la nature 
et de l'interpréter, la moitié des artistes nos compa- 
triotes exposant cette année au salon des Champs- 
Elysées forme un groupe dont nous parlerons tout 
d'abord. Nous vous les présenterons pêle-mêle, négli- 
geant les transitions. Elles nous auraient entraîné à 
des développements souvent peu en rapport avec l'im- 
portance (les œuvres dont nous avons à vous entre- 
tenir. 

M. Boquet, dans un Intérieur picard, nous repré- 
sente une jeune mère entourée de trois de ses enfants. 
Elle interroge anxieusement les traits du dernier venu 
qu'elle tient sur ses genoux. C'est V Enfant malade. Le 



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— 49 - 

groupe est bien composé, mais il manque crémotion. 

Sortons avec M. de Pranqueville clans la rue du 
village. Nous y trouvons, assises en plein air, Les 
Couseu!<PS de sacs. Une vieille femme et ses trois petites 
filles travaillent, tandis qu'avec insouciance, un gamin 
aux cheveux d'un blond lavé, les mains dans les 
poches, les regarde. Les figures, d'un dessin serré, 
sont scrupuleusement étudiées et les types sont indu- 
bitablement des types de notre pays. L'œuvre aurait 
plus de charme si elle ne donnait, malgré la différence 
des milieux, la même impression que celle de M. Bo- 
quet. Les figures ne baignent pas dans la lumière ; 
Tair ne circule pas dans ce village. 

Le Petit Jean de M. Gambart n'est qu'un petit men- 
diant, pittoresque et solidement peint. La figure est 
bien jolie ; — trop, peut-être. 

M. Decamps, un laborieux, a envoyé deux toiles. 
D'abord, Le Lamier, une étude très poussée de vieux 
paysan dans un intérieur. Puis un groupe en plein air 
aussi consciencieusement étudié : Paysans au rouet. 
Ce jeune artiste cherche encore sa voie. Il a une rare 
qualité : la sincérité. Il regarde autour de lui et, ce qu'il 
voit, il s'efforce de le traduire fidèlement sur la toile. 
Sans parti pris d'école, il se garde également de la 
sauce bolonaise si fort à la mode jadis et de la peinture 
plâtreuse qui tend à la supplanter dans le goût du 
jour. Ses bonshommes sont bien éclairés d'une joHe 
lumière gaie et ses têtes de vieux Picards sont d'un 
modelé savoureux. La pensée est absente, hélas! et le 
style manque encore. 

Un paysage maintenant. La Retenue au Tréport de 
M. Georges Lefebvre. Le vert robuste de la prairie 
s'atténue en escaladant le coteau ; il s'éteint dans le 

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— 50 — 

bleu du ciel. Simple avec beaucoup de poésie, ce début 
est plein de promesses. 

Alors que les brumes de la nuit s'évanouissent à 
peine et que les derniers lambeaux de l'orage passé 
s'accrochent au bord de Thorizon, déjà les flaques 
d'eau éparses sur le sable reflètent les nuages em- 
pourprés par les rayons du soleil encore invisible. 
L'ombre en est éclairée. De vagues silhouettes errent 
sur l'immense plage, chacune accompagnée d'un feu 
follet : Ce sont les Verrotières au petit jour de M. Tat- 
tegrain. 

Plus loin, la mer assoupie se réveille sous le pinceau 
fougueux de M. Maillard. Les lames de fond ramènent 
le sable à la surface ; les vagues énormes en sont jau- 
nies. Un vapeur, suivant sa route impitoyable, à 
éventré un bateau de pêche. L'équipage a disparu. 
Seul, un marin surnage encore. Quelle scène ! et 
pourtant le drame est absent de l'immense tableau de 
M. Maillard. 

M. de Moncourt nous servira de transition pour 
passer des Picards picardisant (permettez-vous?) à 
ceux de nos compatriotes qui vont au delà de nos 
étroites frontières chercher le sujet de leurs inspira- 
tions. M. de Moncourt expose deux toiles. La première, 
par son sujet pris à nos portes comme par sa facture, 
le rattache au groupe dont nous venons d'apprécier 
les tendances. C'est une étude très curieuse des abords 
d'une Sucrerie. Au crépuscule, dans un reste de jour, 
nous voyons s'allumer auprès des chariots lourds de 
betteraves, la lumière électrique, tandis que, plus loin, 
dans l'usine, le feu jaune du gaz perce les ténèbres 
naissantes. Ces trois éclairages distincts et juxtaposés 
ofïraient à l'artiste un intéressant problème. Nous ne 



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— 5i — 

savons s'il Vs^ complètement résolu ; certainement la 
:t«ntati ve était di^ne de lui. 

^ Son second tableau représente la Tamise, une 
Tamise à la fois réelle et allégorique, moderne en tous 
cas. Sous l'arche sombre d*un pont, est une barque 
montée par deux femmes.^ L'une, assise à la proue, 
drapée dans les plis du pavillon britannique, symbolisé 
TAngloterre; l'autre debout, la rame à la mairi, dirige 
l'esquif: c'est la Tamise. Le soleil couchant allume 
une ^emme à la crête de chaque vague et ses obliques 
rayons transforment en une vapeur rosée la fumée 
des steamers endormis au fond du port. 

Le cloître de M. Sautai est peint dans une déli- 
cieuse tonalité d'un gris jaunâtre très fin. A peine 
apercevons-nous dans un coin un lambeau de ciel. 
Une figure de religieuse adossée à l'un des piliers 
n'ajoute rien à la note d'art. Elle existait entière sans 
elle. 

Voici un mendiant affublé d'une robe d'enfant de 
chœur et d'une laineuse barbe postiche que M. Debras 
intitule : Un Membre du conseil des Dix, Si ce tifre 
évoque le souvenir de Paris Bordone, cette noble tête 
de vieillard nous rappelle plutôt l'aveugle du pont de 
la Concorde. 

Désirt-z-vous que je vous parle du Manteau de la 
Vierge de Michel ? Non, n'est-ce pas ? Vous avez 
raison. 

Malgré le charme incontestable qui se dégage du 
Scherzo di ragayzine de M*"** Deconinck, nous ne pou- 
vons nous intéresser à cette peinture rétrospective. 
Un pastiche n'est jamais qu'une œuvre d'ordre infé- 
rieur. Chaque époque, chaque école a une conception 
particulière du Beau et du Vrai. Or, cette conception 



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~ 52 — 

une fois reproduite aussi parfaitement qu'elle peut 
Têtre, l'art ayant épuisé ce type doit éri chercher un 
nouveau. L'art vit, et, puisque la vie c'est le renou- 
vellement, il ne doit pas, sous peine de décadence, 
t'^urner indéfiniment dans le même cercle. 

De ce peintre, nous signalerons encore un portrait 
de femme brune, vêtue d'une robe bleue, dont la 
silhouette se découpe un peu sèchement sur un fond 
rouge. 

Voici une autre femme jeune et gracieuse, en fracîche 
toilette rose. Elle tient sur son poing fermé une tour- 
terelle. Est-ce un symbole?.... De son autre main, elle 
jette une pièce blanche aux Artistes de la rue. Tel est 
l'envoi de M®"® Deconinck. 

M. Jules Lefebvre est toujours le maître à chaque 
fois égal à lui-même. Son Portrait d'Homme est une 
des rares œuvres qui s'imposent dans cette exposition. 
La tête, d'un dessin très ferme, d'une coloration très 
délicate, est mise en valeur par un collet de fourrure. 
A côté, une Nymphe chasseresse élégante et hardie. Le 
sujet n'est pas neuf; mais en art le sujet n'est rien. 

Deux éléments composent l'œuvre d'art : l'Idée et la 
Forme. Pour réaliser l'idée, le créateur, quel qu'il soif, 
peintre ou poète, doit la revêtir d'une forme, d'une en- 
veloppe qui la rende accessible aux sens ; mais, à 
travers cette forme sensible, matérielle, notre esprit 
retrouve l'idée, l'essence. L'Image représente l'idée, le 
dessin la détermine, il en marque les contours en la 
limitant et, ainsi limitée, elle exprime la forme nette 
et précise qu'elle doit manifester à l'esprit. 

L'âme de l'artiste dans son aspiration incessante 
vers le beau idéal, le perçoit sous divers aspects qui 
l'afTectent plus ou moins vivement suivant son degré 



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^ 53 — 
d'impressionnabilité. Mais ce mot même — Beau Idéal 
— indique qu'il ne saurait avoir d'expression sensible, 
<c le Beau infini, disent les philosophes, excluant, par 
son immuable essence, toute manifestation sensible. » 
L'artiste ne peut donc s'identifier avec le type, il ne 
peut que s'en rapprocher et, par suite, son individua- 
lité toujours transparaît. Les peintres pourront indéfi- 
niment faire des chefs-d'œuvre en peignant une Diane 
chasseresse ; aucune de leurs œuvres géniales ne sera 
semblable, car aucune n'aura reproduit le type. 

Si nous avons insisté sur cette question, c'est que 
nous lui croyons une importance primordiale. Elle 
explique, entre autres choses, pourquoi Thomme de 
génie, en apportant simplement une nouvelle expres- 
sion d'art, se dresse aux yeux de beaucoup comme un 
révolutionnaire. 

Avant de terminer, disons un mot de nos sculpteurs. 
M. Fontaine a, dans le hall des Champs-Elysées, un 
groupe en plâtre : La Baignade du chien. Plus encore 
qu'à un peintre, il est difficile à un sculpteur de dé- 
couvrir un sujet nouveau. M. Fontaine a eu cette rare 
fortune. Le mouvement du jeune homme qui excite 
un chien à se jeter à l'eau est plein d'entrain. Quand 
l'auteur aura vérifié l'attache de l'épaule et corrigé ce 
qu'a de déplaisant la contraction de la bouche vue de 
droite, cette œuvre pourra faire l'ornement d'un de 
nos jardins publics. 

Le groupe de M. Roze, Saint. Gervais et saint Protais, 
est conçu dans un tout autre sentiment. Les deux 
frères, sûrs d'eux mêmes, unis dans la vie comme ils 
vont Têtre dans la mort, s'avancent d'un pas égal 
« vers la patrie des âmes, vers le bonheur gagné par 
répreuve. » Une haute et chrétienne pensée a guidé le 



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~ ^ ^ 
eiseaa du jeune «rtiste^ et la tnmqaîlle assurance aYec 
laquelle 3 a taillé fe marbre est en harmonie aYec la 
calme et sereine attitude des martyrs. Ce groupe Ta 
prendre place auprès de reeuTre du regretté Dda- 
planche dans Féglîse d'Albert. Applaudissons au goût 
éclairé du prêtre qui, après aYoir demandé à un Picard 
le plan de la basilique quH Tient de bâtir^ n'a pas ou- 
blié, pour Tomer. de faire ajqpel au talent de ses com- 
patriotes. 

Signalons encore à TOtre attention une agréable 
Ariane de M. de Moncourt. Sans doute, nous la retrou- 
Terons en marbre Tan prochain. Sous sa forme défi- 
nitiTe, nous pourrons mieux Tapprécier. Alors la ri- 
chesse de la matière ne fera que mieux Taloir Félégance 
de ses contours. 

Nous aTons r^narqué la tendance peut-être in«>ns- 
dente mais réelle qui unit plusieurs de nos compa- 
triotes. Les qualités robustes, réflédiies et sincères de 
notre race sauraient imprimer à une école picarde un 
caractère bien accusé. Ya-t-elle naitre, cette école? 
Étant donné la médiocre étendue de notre proTince et 
sa proximité de Paris, Tabsorbante capitale, c'est plus 
crue douteux. Quoi qu'il adTienne, indiTiduellement ou 
groupés, nos artistes, soyez-en sûrs« sauront se main- 
tenir au premier rang. 

2 juillet tS9l. 



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— 55 — 
TROISIÈME EXCnSSION ÂSGHÉ0L06IQUE ANNUELLE 

DE LA SOCIÉTÉ D^ÉMULATION 
e «luin 1991 

Compté rendu lu par M. Alfbed Julta à la séance du 2 juillet t^9U 

Messieurs, 

La Société d'Émulation a effectué, le 6 de ce mois, 
sa troisième excursion archéologique annuelle. Elle 
s'était proposé de visiter l'abbaye de Valloires, l'an- 
cienne abbaye de Dommartin et le château de Dom- 
pierre. 

Quatorze excursionnistes ont répondu à l'invitation 
du bureau. Ce sont : M. Emile Delignières, Président, 
M. Henri Macqueron, Secrétaire; viennent ensuite, 
par ordre alphabétique: MM. Boucher de Crèvecœur, 
Lefebvre du Grosriez, Vayson, membres titulaires, 
Anty, Blain, de Caïeu, Coache, Julia, Lottin, Macque- 
ron (Oswald), Macqueron (René) et Tillette de Cler- 
mont-Tonnerre, membres correspondants. 

Partis d'Abbeville en chemin de fer à 6 h. 55 m. du 
matin, nous arrivions à Rue à 7 h. 25. Là, deux breaks 
nous attendaient, grâce à l'exactitude de M. Gaffet, 
hôtelier et loueur de voitures. Chacun se place à son 
gré, et les cochers rendent la main à leurs chevaux. 
Une température douoe, un ciel rassurant nous pro- 
mettent une belle journée. 

Nous traversons d'abord le hameau de Canteraine, 
ainsi dénommé parce que d'innombrables grenouilles 
y prodiguent leurs concerts. Elles trouvent des re- 



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— 56 — 
fuges plantureux dans les marécages qui s'étendent, à 
gauche de la route, sur l'emplacement de l'ancien 
étang du Oard. On y voit encore des vestiges de la 
maison de plaisance que les comtes de Ponthieu y 
avaient bâtie et qu'ils auraient transformée peu à peu 
en forteresse si les bourgeois de Rue ne s'y étaient 
opposés, dans la crainte qu'elle ne devînt une menace 
pour les franchises et libertés de leur commune. C'est, 
dit-on, dans ce château du Gard que descendit Jeanne 
de Ponthieu, reine de Castille et de Léon, à son retour 
d'Espagne, lorsque, devenue veuve de Ferdinand III, 
elle réintégra par mer lé comté paternel et débarqua 
dans le port de Rue, suivie d'une cour brillante. 

Le riant village de Vercourt, qui vient après, où l'on 
a trouvé dos antiquités gallo-romaines, a été aux xviV 
et XVII® siècles le siège d'une seigneurie appartenant à 
la famille de Belloy, qu'il ne faut pas confondre avec 
la famille du même nom, originaire de Saint-Flour-en- 
Auvergne, dont l'un des membres se rattache à la 
Picardie par sa tragédie de Gabrielle de Vergy. Vous 
savez qu'il y retrace l'aventure lamentable de la dame 
de Fayel, condamnée par un mari jaloux à manger 
le cœur du châtelain de Coucy, son amant. 

Si le chemin eût incliné un peu plus à droite, nous 
aurions longé, pour nous rendre à Vron, le bois du 
Périot, aussi célèbre par ses histoires de brigands que 
que par les découvertes archéologiques qu'on y a 
faites. Ce bois se développe au bord de la route de 
Paris à Calais. Lorsque, en 1765, on établit le tronçon 
entre Abbeville et Montreuil, les ouvriers qui creu- 
saient la tranchée à cet endroit mirent à découvert 
deux vases qui méritèrent l'approbation des «urieux. 
Plus tard, on y pratiqua des fouilles et l'on y trouva 



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— 57 — 

des ossements, des armes, des bijoux, tout rattiraiï 
d'une IroUpe vaincue, resté sur le <ihamp de bataille. 
Or, il arriva qu'en 1816 des voleurs en embuscade 
dans le bois du Périot arrêtèrent et dépouillèrent là 
chaise de poste du consul de Russie se rendant à 
Paris. Le parquet d'Abbeville dut informer. Le pro- 
cureur du roi se transporta sur le théâtre du crime. 
C'était alors M. TrauUé, membre de la Société d'Ému- 
lation. Dans ses intéressantes notices sur nos collègues- 
résidants, M. Boucher de Crèvecœur nous a dit com- 
bien était vive la passion de ce magistrat pour Tar- 
chéologie. Quelle situation délicate, pour un enthou- 
siaste, de fouler le même sol sur lequel le vol avait été 
commis et dans lequel se trouvaient peut-être encore 
de précieuses antiquités ! Le devoir stimulait le pro- 
cureur du roi, Tamour de l'art tentait l'archéologue. 
M. TrauUé n'était pas assez fort pour résister à une 
pareille épreuve. Il cwnmence d'abord par creuser là 
terre avec sa canne, il met à jour des fragments d'os 
et de poteries. Ce premier succès lui tourne la tête et, 
oubliant bientôt complètement d'interroger les témoina 
de l'affaire, il emploie tout son temps à interroger les 
témoins du passé, ces témoins bien différents des idoles 
des nations que bafoue le psalmiste, car, sans avoir 
de bouche, ils nous parlent de choses parfois éloquentes^ 
et toujours instructives. Il paraît que M. Traullé reçut 
à ce sujet une semonce de son procureur général. Le 
chef de la cour obéissait ainsi aux injonctions de sa 
fonction. Pour nous. Messieurs, je ne sais si l'archéo- 
logie nous a jamais fait négliger quelques-uns de nos 
devoirs, mais je suis certain qu'aucun de nous, avec 
ou sans péché, ne jettera la première pierre à l'auteur 
de cette infidélité judiciaire. 



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— o8 — 

Hâtons-nous de traverser Vron au grand trot de nos 
chevaux, tout en accordant un coup d'œil aux bâti- 
ments de l'ancienne manufacture de faïence, occupés 
aujourd'hui par une étude de notaire. Nous passons 
bientôt devant une sucrerie et nous gravissons le 
•coteau qui nous sépare de la vallée de TAuthie. 

Ainsi que Tobserve avec tant de justesse not^e émi- 
nent collègue M. Prarond, à qui j'emprunte la plupart 
<le ces rense^ements : à chaque village, chaque 
maison, chaque chemin, chaque haie, chaque arbre a 
droit au souvenir des hommes. » Mais comment, sans 
abuser de votre bienveillante attention, pourrais-je 
m'arrêter à tous les objets qui, sur notre route, ont 
sollicité nos regards ? Empressons-nous donc de des- 
cendre la côte d'Argoules. Sa pente est si rapide que 
nous sautons au bas de nos voitures ; l'une d'elles est 
trop chargée et peut-être dévaleràit-ellè plus vite que 
les chevaux. Nos appréhensions se trouvent bientôt 
justifiées à la vue d'une maison éventrée, la semaine 
précédente, par le timon d'une voiture dont les che- 
vaux s'étaient emportés. 

Nous voici donc sains et saufs sur la place d'Ar- 
goules, qu'ombrage un tilleul gigantesque-plusieurs 
fois centenaire et qu'agrémente le beau château, assez 
ancien et très bien conservé, appartenant actuellement 
à M. de l'Étoille. Nous remontons alors en voiture et, 
filant dans un joli chemin bordé de maisonnettes qui 
piquent de notes multicolores la fraîche verdure des 
haies et des arbres, nous atteignons enfin notre pre- 
mière étape, l'abbaye de Valloires. 

Reçus au seuil du vestibule par M. l'abbé Beaumert, 
qui nous accueille avec une cordialité charmante, nous 
pénétrons dans le cloître et de là <lans l'égfise par une 



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— 59 - 
porte latérale. L'orgue fait entendre aussitôt des 
accords puissants et doux pour nous souhaiter la bien- 
venue. Puis, M. Tabbé Beaumert nous guide dans 
notre examen de Téglise. 

Vous n'attendez pas de moi, Messieurs, que je vous 
décrive par le menu ce monument religieux ; il fau- 
drait y consacrer trop de temps ; d'ailleurs, MM. René 
^t Henri Macqueron beaucoup plus compétents que 
moi, devant traiter dans le Bulletin la partie archéo- 
logique de notre excursion, entreront dans des détails 
qui dépasseraient les limites de ce compte rendu. 

La première impression qu'on reçoit tient presque 
d'une respectueuse admiration. Un ordre parfait, une 
propreté méticuleuse témoignent des soins que les 
4iôtes de Valloires apportent à l'entretien du temple 
de Dieu. Tout y reluit à la lumière blanche, diffusée 
par des vitraux incolores, comme si les ouvriers ve- 
naient d'y mettre à l'instant même la dernière main. 
Et cependant, il s'est écoulé près d'un siècle et demi 
depuis le jour de la consécration en 1756 ! 

Sa disposition rappelle celle des églises pmmitives. 
Une nef séparée du sanctuaire par une grille ; le 
sanctuaire composé d'un transept au milieu duquel 
s'élève le maître-autel; derrière, le chœur meublé des 
stalles de l'abbé, du prieur et des religieux et, en 
prolongement du chœur, une chapelle qui éclaire et 
agrandit la perspective. 

Cette chapelle et le chœur sont revêtus de boiseries 
ornées de remarquables ciselures taillées en plein 
bois et non rapportées. Elles correspondent symétri- 
quement aux sculptures de l'orgue, d'un travail tout 
aussi remarquable. Chaque morceau est une œuvre 
d'art d'une finesse extrême qui s'harmonise admira- 



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— 60 - 

blement avec Tensemble. Il est surprenant que le 
ciseau de l'artiste ait pu produire des effets aussi 
réjouissants à l'œil avec une matière douée d'aussi 
peu d'éclat que le bois. L*artiste, vous en connaissez 
le nom; il s'appelait Simon Phaffenhofen, en abrévia- 
tion, Simon Phaff. C'était un gentilhomme autrichien, 
expatrié à la suite de je ne sais quelle mésaventure. 
Abbeville devint sa patrie d'adoption. Il dut y prati- 
tiquer pour vivre la profession de sculpteur à une 
époque de la vie où il semble qu'on ne puisse plus 
rien apjjrendre. Mais y a-t-il un âge pour les volontés 
persévérantes et les cœurs haut placés? 

Phaff a aussi sculpté ou dessiné toutes les statues 
de Valloires. Aux angles sortants du transept sont 
placées, du côté de la nef, celles de Moïse et du grand- 
prêtre Aaron annonçant que la mission de la parole 
écrite est finie, et, du côté du chœur, celles de apôtres 
saint Pierre et saint Paul indiquant que la mission du 
Verbe commence. 

Au-dessous des extrémités de la galerie ajourée de 
l'orgue, l'Humanité tombée, d'après M. l'abbé Beau- 
mert, fait lace à l'Humanité relevée. Quatre cariatides, 
dont deux à l'expression farouche et deux à l'expres- 
sion soumise, supportent le buffet, tandis qu'au-dessus 
des dais qui coiffent les tuyaux deux anges accom- 
pagnent de leurs instruments le roi David qui, debout 
au milieu et les psaumes à la main, semble chanter 
d'un air inspiré : Cœli enarrant gloriam Dei, 

Dans les angles du côté droit du transept reposent 
sur des mausolées les images en marbre de Simon de 
Dammartin, comte de Ponthieu au xiii* siècle et de 
Marie, sa femme, bienfaiteurs du monastère. Leur 
dépouille mortelle est inhumée sous le maître-autel 



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— 6i — 

avec celles de tous les autres comtes de Ponthieu dont 
VallcMres était le Saint-Denis. 

A la droite de la nef, en face d'un confessional riche- 
ment sculpté, s'ouvre une chapelle assez profonde dans 
laquelle on voyait, il n'y a pas encore bien longtemps, 
un groupe en bois représentant la décollation de saint 
Jean-Baptiste. Ce groupe était peint en couleurs natu- 
relles. Le sang ruisselait du cou du saint, le bourreau 
élevait dans ses mains la tête sanglante, trois soldats 
s'agitaient dans les attitudes de la fureur, tandis qu'au 
fond Hérodiade et la danseuse Salomé ajoutaient par 
le contraste à l'horreur de la scène en témoignant du 
plaisir que procurait à leurs cœurs de femmes le sen- 
timent de la vengeance satisfaite. L'effet produit était 
si saisissant que les religieux, voulant ménager la sen- 
sibilité des visiteurs, ont relégué le groupe dans une 
salle haute, où nous le retrouverons tout à l'heure. 

Peu de tableaux. Au-dessus de la baie qui donne 
accès à la chapelle du fond, une toile placée trop haut 
pour qu'on puisse en apprécier le mérite est due à 
l'inépuisable pinceau du plus fécond de nos peintres, 
Lebrun. Sur l'autel de cette chapelle, un tableau repré- 
sente Mgr de la Motte d'Orléans, évêque du diocèse 
et abbé commendataire de Valloires, priant, entouré 
de ses moines. C'est l'œuvre d'un artiste picard con- 
temporain, Letellier, d'Amiens. Deux ou trois autres 
productions estimables du même peintre, un Parroçel, 
et c'est à peu près tout. 

Quand j'aurai signalé le magnifique palmier en fer 
doré qui s'élance vers la voûte, au-dessus du maître- 
autel, se contourne en crosse pastorale et s'enroule en 
corne d'abondance, la grille séparative du chœur et de 
la nçf forgés par Le Vivarais, serrurier de Corbie, ce 



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— 62 — 

dernier ouvrage de ferronnerie si sobre d'ornement et 
d'un goût si pur que, malgré ses nombreux barreaux, 
on voit au travers aussi bien que si elle n'existait pas; 
et la plaque commémorati ve en cuivre qui relate la cé- 
rémonie de la consécration de l'église, j'aurai, je crois, 
suffisamment rappelé à vos souvenirs les impressions 
que vous aurez reçues de notre visite à l'un des mo- 
numents les plus complets de l'arrondissement. 

Par une transition logique, nous passons à la 
sacristie, où nous admirons quatre toiles de Joseph 
Parrocel d'une fraîcheur exquise, et un Boucher re- 
présentant saint Jérôme au désert, d'autant plus digne 
d'attention que cet artiste gracieux ne consacra géné- 
ralement pas son pinceau frivole et léger jusqu'à la 
licence à peindre des sujets de piété. 

Nous montons ensuite à la salle haute dont je viens 
de parler. Nous y retrouvons le groupe de saint Jean- 
Baptiste. M. l'abbé Beaumert s'occupe à le dépouiller 
de sa couleur pour lui restituer son caractère artis- 
tique. On n'admet pas aujourd'hui la coloration des 
statues. Il est cependant hors de doute que les sculp- 
teurs grées eux-mêmes faisaient peindre les leurs. On 
demandait un jour à Praxitèle quelles étaient celles de 
ses statues qu'il préférait. « Celles auxquelles Nicia» 
a mis la main », répondit- il. Nicias était peintre à 
l'encaustique, et grand peintre. Je ne m'engagerai pas 
dans une discussion intempestive sur la polychromie , 
mais il est incontestable qu'en principe la coloration 
des statues, entre autres avantages, ajoute à la puis- 
sance de Tefïet. J'ai encore devant les yeux l'expres- 
sion troublante de la figure de saint Ignace de Loyola, 
dont je vis le buste coloré, il y a tantôt une dou-^ 
zaine d'années, dans l'église de l'abbaye de Thiany^ 



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— 63 — 

en Hongrie, sur un promontoire du lac Balaton. 

Veuillez me pardonner, Messieurs, ce souvenir tout 
personnel. Les voyageurs sont bavards. N'élions-nous 
pas des voyageurs le 6 juin, et, à ce titre, me refu- 
serez-vous votre indulgence? 

Pour ne pas vous retarder davantage, je n'essaierai 
pas même d'énumérer les objets curieux que M. l'abbé 
jg^aumert a réunis dans cette salle. Tous ont appar- 
tenu à Tabbaye et ont été retrouvés sous des dé- 
combres ou dans les greniers. Dessins naïfs, antiques 
gravures, vieux psautiers, serrures étranges, clefs 
étonnantes, font la joie des amateurs; enfin, des boia 
d'impression d'étoffes apprennent que les anciens 
moines de Valloires n'ont pas été seulement agricul- 
teurs, qu'ils ont encore pratiqué le métier de teintu- 
riers, après avoir été serruriers, tourneurs et facteurs 
d'orgues. Ce sont eux qui ont fabriqué les belles 
orgues de leur église. Quant aux religieux actuels, ils 
continuent à cultiver le domaine et dirigent, en outre,^ 
un orphelinat où ils montrent à de pauvres enfants 
abandonnés les professions manuelles dont l'exercice 
les mettra plus tard à l'abri du besoin. 

Je vous fais grâce de notre visite à la salle capitu- 
laire ornée de portraits de dom Comeau, le fondateur 
de Valloires et de Mgr de la Motte. Je ne parle que 
pour mémoire de notre passage à l'entrée d'un sou- 
terrain, aux cimetière, cours, jardins et dépendances 
de l'abbaye. 

Après une collation offerte dans le grand salon 
d'honneur, notre honoré Président a consigné sur un 
registre l'expression du plaisir que nous venions 
d'éprouver et du bon souvenir que nous garderons de 
la réception si attentionnée qui nous a été faite. Nous^ 



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— 64 - 
remercions alors M. l'abbé Beaumert de son empres- 
sement hospitalier et nous manifestons le désir de le 
voir publier bientôt l'histoire de Tabbaye, qu'il prépare 
à l'aide de documents authentiques dont lui seul dis- 
pose, histoire qui répandra certainement de nouvelles 
lumières sur le passé du Ponthieu soumis si longtemps 
à la domination étrangère, mais dont les vicissitudes 
n'ont jamais altéré son inébranlable attachement à la 
France. 

Nous partons en conservant au fond du cœur un 
profond sentiment de respect pour cette communauté 
d'hommes pieux et sages, sachant vivre heureux de 
leur travail dans la retraite et dont toute l'existence 
est résumée dans ces vers inscrits sur la pierre tom- 
bale de Ghilàin Leleu, le restaurateur de l'abbaye' : 

Obéissance, ardente charité, 
Juste profit né d'un travail utile, 
Voilà sa règle, elle est dans l'Evangile. 

Une pluie fine et chaude nous accompagne jusqu'à 
Douriez. Sans en être incommodés, nous regrettons 
qu'un rayon de soleil ne vienne détacher par la dégra- 
dation des couleurs les plans du gai paysage de la 
vallée de l'Authie. Il convient toutefois de confesser 
les faiblesses de notre nature humaine : nous sommes 
surtout absorbés par des réclamations intestines qui 
nous disent que, si l'archéologie nourrit les esprits, 
elle creuse les estomacs. C'est donc avec une vive 

* L'abbaye de Valloires a élé fondée en tt38, à Bonnance, par 
Oui, comte de Ponthieu, transférée trois ou quatre ans après à 
Balances et à Valloires, au xiii* siècle. Les religieux, de Tordre 
de Cîteaux, furent dispersés par la Révolution. Ghilain Leleux 
6'y établit, en 1817, avec une communauté de Basiliens. qu'il avait 
fondée à Mons, en 1800. 



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— 65 — 

satisfaction que nous descendons à Tauberg-e du 
Gheval-Blanc, dont Thôtesse nous attend, la fourchette 
en main, prête à battre les œufs d'une plantureuse 
omelette au lard. 

Ah! ce déjeuner, comme nous lui avons fait hon- 
neur ! Très proprement servi par M. et M"* Grevet- 
Hermant, assaisonné par un grand appétit, des saillies 
spirituelles (je parle de vous, Messieurs,) et une gaîté 
toute française, il restera dans nos mémoires comme 
un des souvenirs les plus agréables de notre excursion. 

Le café pris, les cochers déjà sur leurs sièges, nous 
remontons en voiture et nous nous dirigeons vers 
l'ancienne abbaye de Dommartin, où nous sommes 
accueillis aimablement par le fermier. 

Une cour d'honneur immense entourée de murs, un 
portail monumental quoique d'une architecture dou- 
teuse, une ferme et des ruines, voilà tout ce qui reste 
d'un monastère jadis riche et savant, où les moines, 
des Prémontrés, avaient réuni des éditions rares, des 
manuscrits ignorés, des médailles introuvables, enfin 
tous les nobles instruments de travail d'une existence 
vouée à la culture intellectuelle fécondée par la prière, 
car leur règle était tout entière contenue dans cette 
devise monosyllabique : « Priez ! » 

A part une écurie, dont la voûte est soutenue par des 

colonnes d'une antiquité plus ancienne qu'elle, un 

pigeonnier et un corps de logis portant sur son pignon 

les emblèmes d'une brasserie, dont notre collègue 

M. Vayson a relevé un joli croquis, tout a été détruit, 

hélas ! par la main des hommes. Sur remplacement 

de l'église, nous n'avons pu voir que deux tours en 

ruine, des débris de chapiteaux et les fondations des 

piliers, avec quelques pans de murs. 

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— 66 — 

Heureusement pour nous, MM. Henri et René Mac- 
queron nous ont restitué le monument par leurs sa- 
vantes explications. Leurs raisons ont paru probantes 
et leurs conjectures justifiées à notre Président et à 
ceux d'entre nous qui s'occupent spécialement d'ar- 
chéologie. L'architecture n'a pas de secrets pour eux; 
un modillon leur découvre une époque, une moulure 
leur indique une date. Ils nous ont promis de compléter 
leurs éclaircissements dans le Bulletin.^ En attendant 
ce travail, nous restons sous rimpression pénible faite 
sur nos esprits par le spectacle douloureux de si attris- 
tantes dévastations. Saccagée au xvi* siècle par le ter- 
rible chef des protestants Çocqueville, ruinée de nou- 
veau au XVII* siècle, par le maréchal de Brézé, qui dut 
en chasser une troupe espagnole, Tabbaye de Dom- 
martin s'était relevée de toutes ses chutes lorsque les. 
révolutionnaires de 1789 la démolirent définitivement 
" de fond en comble *. 

L'aspect d'un si déplorable écroulement arracherait 
des larmes de pitié si la providence qui veut les 
hommes heureux n'avait jeté sur ces destructions un 
magnifique manteau de verdure et de fleurs. Entre les 
pierres tombées de l'église et du cloître s'est développée 
une véritable forêt vierge d'arbres et de plantes. Ce 
contraste harmonique de la vie avec la mort poétise ici 
les effets de nos fureurs et nous donne Tespérance d'un 
consolant avenir en nous montrant par l'exemple de la 
bienveillante nature que le travail et la bonté cicatrisent 
toutes les plaies et délivrent de toutes les misères. 

* Il nous a été dit que le propriétaire actuel de Doramartin, 
M. Damas-Froissart, capitaine d'artillerie, se proposait de fairp 
déblayer l'église et le cloître, afin que les visiteurs pussent wn- 
brasser du regard l'ensemble des anciens bâtiments de l'abbaye. 



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— 67 — 

Ce ne sont pas des ruines que nous avons vues à 
Dompierre, mais des restes assez bien conservés de 
son ancien château. Dompierre était, sous Fancien 
régime, un bourg populeux. Des em})loyés de la 
gabelle, un receveur des aides et des tailles, une bri- 
gade de gendarmerie chargée de surveiller les frau- 
deurs y avaient leur résidence. De belles routes 
sillonnaient la forêt domaniale. 

Au XV' et au xvi" siècles, la Somme constituait la 
ligne de défense du pays parce qu'elle était couverte 
par TAuthie, facile à tenir à cause de ses bords maré- 
cageux. Le château de Dompierre, dont TAuthie 
baigne le pied, entrait dans le système avec Doullens 
et Albert. C'est assez dire son importance. Il apparte- 
nait à la puissante famille de Rambures. 

Vous savez avec quelle habile persistance Louis XI 
disputa le Ponthieu et, avec le Ponthieu, la Picardie, 
aux ducs de Bourgogne et aux Anglais, leurs alliés. - 
En 1464, le roi d'Angleterre lui ayant envoyé en 
ambassade le sire Jean Wenloch et le sire Thomas 
Vengtham, Louis XI, qui se trouvait alors à Hesdin, 
les invita à le suivre au château de Dompierre, où se 
trouvait déjà la reine son épouse. Sa suite se compo- 
sait du duc de Berry, du comte d'Eu, du chancelier 
de France, de plusieurs barons et chevaliers. Si on 
ajoute à la liste de ces personnages Tescorte des 
ambassadeurs anglais et la foule des sotis-ordres et 
domestiques, on aura une idée des nombreux loge- 
ments dont il fallut disposer dans un château où la 
reine était déjà installée avec sa cour. 

Il est par conséquent certain que cette forteresse 
devait être considérable. On a de la peine à le 
concevoir aujourd'hui à la vue d'une seule grosse 



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- w - 
tour flanquée de- deux tourelles et augmentée de 
constructions assez restreintes portant la date de 162T. 
Lô mewnier qui les habite nous a gracieusement 
guidés dans notre visite. Il prétend avoir découvert 
dans son jardin, situé de l'autre côté de TAuthie, des 
fondations de tours et de murailles. Doit-on en tirer 
cette conclusion que le château de Dompierre aurait 
été en partie édifié au-dessus de la rivière, comme le 
fut plus tard le château de Chenonceaux au-dessus du 
Cher ?. Ce problème d'architecture militaire ne manque 
pas d'intérêt; il semble qu'il soit digne d'exciter la 
sagacité d'un membre de la Société d'Émulation. 

MM. Macqueron nous décriront les cheminées, les 
oratoires, les armes, les devises, les lettres entrela- 
cées et les emblèmes que nous avons remarquées. 
Contentons-nous d'admirer la fîère tournure de la 
grosse tour. Elle est encore pourvue de ses meur- 
trières, .de quelques mâchicoulis, qui commençaient à 
être en usage lors de sa construction, et d'un couron* 
nement de créneaux. Le service de ces créneaux était 
assuré par un chemin de ronde couvert. Us devaient 
être fermés par des volets à rouleaux, sortes de sa- 
bords manœuvrant sur un axe de bois, que suppor- 
taient deux crochets en fer et qui permettaient de 
surveiller le pied des murailles sans se trop découvrir. 

Défendu par une garnison suffisante, le château de 
Dompiejcre était imprenable. Il supporta victorieu- 
sement plusieurs sièges. L'un des plus mémorables 
est celui que trois cents paysans commandés par 
trente soldats soutinrent, en septembre 1635, contre 
un grosi parti d'Espagnols ayant à leur tête le terrible 
comte de Fressin, le fléau du Ponthieu. De nombreux 
coups de canon n'ébranlèrent ni les murs ni lea cou- 



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— 69 — 

pages. Obligés de se retirer devant le feu meurtrier 
des assiégés, les Espagnols lurent poursuivis par 
ceux-ci. Deux cent quatre-vingts de leurs csptavrea, 
roulés par les eaux de l'Authie, allèrent raconter leur 
défaite aux riverains de Rapechy, de Dominois et 
d'ArgouIes. 

L'église de Dompierre porte les traces de tous ces 
combats. Ses murs sont criblés de trous creusés pap 
les projectiles. Elle a été réédifîée au xv* siècle par 
André de Rambures et Jeanne Halluin, sa femme, qui 
firent aussi bâtir à Abbeville le couvent des Minimes. 
Dans le cimetière qui l'entoure, non loin de la porte 
principale aujourd'hui murée, on voit encore le tom- 
beau orné de colonnettes élégamment sculptées de 
Françoise de Rambures, leur fille, * 

Après cette dernière visite, notre programme se 
trouvait complètement rempli. Le temps qui devait 
être consacré à chacune d'elles avait été si justement 
calculé, toutes les mesures avaient été si bien prises 
que, disposant de quelque avance, il fut décidé que 
nous nous arrêterions un instant au château de 
Regnière-Ecluse. On nous a permis d'examiner Tex-r 
térieur seulement. Cette aristocratique demeure 
appartient à M. le comte d'Hinnisdal, descendant de 
l'illustre famille des marquis de Soyecourt, comtes 
de Belleforière. Elle a été reconstruite de notre temps 
dans le style de transition du gothique à la Renais- 
sance, sur remplacement de lancien château fort 
de Wacogne. C'est un vaste bâtiment composé d'un 
corps de logis principal, accosté de deux ailes qui, 
avec la grille monumentale s'ouvrant sur la cour 

I Nous devons ces renseignements à Tobligeance de M. Tabbé 
Boursin, curé de Dompierre. 



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~ 70 — 

d'honneur, forme un vaste quadrilatère. Rien n'est 
plus élégant que ses tourelles à toits aigus, ses pi-- 
nacles fleuris, ses fenêtres à tympans armoriés, ses 
tuyaux de cheminées en briques s'élevant tournés en 
spirale, ses portes en arcs surbaissés, surmontés 
d'une ogive très aiguë. Situé au niilieu d'un parc 
immense, dont les pelouses étendues sont coupées 
de futaies splendides et sur la Hmite de la forêt de 
Crécy, le château de Regnière-Écluse offrait une posi- 
tion unique aux amateurs de plaisirs cynégétiques. Il 
n'est donc pas surprenant que les marquis de Soye- 
court aient été de forts chasseurs devant l'Éternel. 
L'un d'eux, gouverneur de la ville et de la citadelle 
de Rue vers 1670, fut nommé par Louis XIV grand 
veneur de France. Il avait fait bâtir, à proximité de 
la forêt, la ferme de Belleforière dont nous avions 
remarqué la solidité en traversant le village de 
Machy. Il se complaisait dans le récit de ses exploits 
de nouveau Nemrod, sans faire grâce d'aucun détail 
à ses auditeurs. Aussi, lorsqu'on 1661, Molière fît 
représenter sa comédie-ballet des Fâcheux^ qui fut, 
comme on dit aujourd'hui, le clou de la fête fameuse 
donnée au Roi par le surintendant Fouquet, dans son 
féerique palais de Vaux-le- Vicomte, Louis XIV^ à la 
sortie du théâtre, dit à l'auteur-comédien en voyant 
passer M. dé Soyecourt : « Voilà un grand original 
que vous n'avez pas encore copié. » Dès le lendemain, 
Molière se mit à l'œuvre; il alla trouver M. de Soye- 
court, n'eut pas grande habileté à déployer pour lui 
faire conter ses histoires de chasse, se rendit ensuite 
familiers les termes techniques da la. vénerie et com-^ 
pléta sa comédie par la scène si comique d'Éraste et 
de Dorante. Vous vous rappelez le mouvement de cette 



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- 7i — 

scène : Pamoureux Éraste, exact au rendez-vous 
assigné par sa maîtresse Orphise, est empêché de la 
rejoindre par plusieurs fâcheux qui s'emparent de lui 
l'un après l'autre. Orphise croit qu'Éraste les lui pré- 
fère et se retire furieuse. Éraste veut courir après 
elle pour la détromper, mais voilà que Dorante (M. de 
SoyecourtJ le retient encore : 

Ah ! marquis, que Ton voit de fâcheux tous les jours 
Venir de nos plaisirs interrompre le cours ! 
Tu me vois enragé d'une assez belle chasse 
Qu'un fat... C'est un récit qu'il faut que je te fasse. 

Et il entreprend l'interminable narration d'une chasse 
a courre, traversée par l'intervention inattendue d'un 
gentilhomme campagnard ignorant en vénerie, qui 
force et tue le cerf contrairement à toutes les règles de 
Part. D'après Mohère, Louis XIV lui-même lui aurait 
« ouvert les idées de ce caractère. » Étrange bizar- 
rerie des destinées ; son innocente manie a valu à 
M. de Soyecourt l'immortalité de son nom. 

Mais ne suis-je pas aussi un fâcheux en vous fai- 
sant si longuement le récit de notre excursion ? Seu- 
lement, prenez garde, si vous me condamnez, j'ai mon 
excuse toute prête. Est-ce ma faute, après tout, si 
vous habitez un pays où la nature, l'art, rhistpire, vos 
ancêtres et vos travaux suscitent à chaque instant les 
réflexions, rappellent les anecdotes, remémorent les 
souvenirs de faits intimement liés à la vie si intéres- 
sante de notre ancienne France ? 

J'y pensais au moment où nous descendions à 
Rue par le gentil petit village d'Arry. Le beau temps 
était revenu depuis deux heures de l'après-midi. De 
grandes ombres qu'étendaient sur la terre les adieux 



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- 72 — 

du soleil couchant annonçaient l'heure recueillie du 
erépuscule. Elles annonçaient également l'heure plus 
prosaïque du dîner. 

Aussitôt notre retour à Rue, il nous fut servi ponc- 
tuellement dans la salle à manger de l'hôtel Gaffet. 
Dîner excellent, dirigé par M. Gaffet en personne et 
qui n'a pas peu contribué à clôturer agréablement 
une journée si bien employée. 

Au dessert, M. le président Delignières s'est fait 
l'écho de nous tous en adressant des remerciements à 
l'organisateur de l'excursion, M. Henri Maoqueron, 
et en comprenant M. René Macqueron dans la gra- 
titude que nous devons aux deux frères pour les 
interprétations qu'ils nous avaient exposées au cours 
de nos visites. 

Ayant repris le train à 9 heures 28 minutes, nous 
sommes rentrés chacun chez nous, sans fatigué, 
emportant un souvenir inoubliable d'une excursion 
qui comptera dans notre existence. La confraternité 
la plus cordiale n'a cessé de régner entre collègues 
heureux de poursuivre ensemble leurs études, de se 
communiquer leur idées, de s'éclairer mutuellement 
par leurs remarques et se promettant bien de se 
retrouver encore plus nombreux l'année prochaine 
pour se livrer tout aussi joyeusement à une nouvelle 
exploration archéologique. 

Alfred Julià. 
Le Orotoy, le 19 juin 1891. 



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'-.,. 



-- 73 — 

Séance du 5 novembre 1891 
PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRE8 

M. le Président dépose sur le bureau les ouvrages 
suivants : 

1** Inventaire sommaire des archives communales 
d'Amiens antérieures à 1790, t i" (Don de M. le Maire 
d'Amiens). 

2** Documents pour servir à Vhistoire de la Révolu- 
tion française dans le département de la Somme, t. i 
et II (Don de M. le Préfet de la Somme). 

3** Essai de géométrie rationnelle, par M. Bonnel, 
membre correspondant à Lyon (Don de Tauteur). 

4* Cours de dessin à Vusage des écoles primaires et 
des cours d* adultes ^ par MM. E. Fontaine et E. Col- 
mont (Don des auteurs). M. le Président lit sur cet 
ouvrage un compte rendu dont l'insertion au procès- 
verbal est décidée par la Société. 

5** Les Romée et les de Perthes, famille maternelle 
de Jeanne d*ArCj par M. A. Boucher de Crèvecœur, 
membre titulaire (Don de Fauteur). L'auteur de cette 
notice, — qui a d'abord paru dans le Cabinet histo- 
rique de l'Artois et de la Picardie, — était mieux 
placé que tout autre pour traiter cette question, puis- 
qu'il appartient à la famille de la grande héroïne. Son 
étude, qui n'a rien de la sécheresse inhérente aux 
généalogies, *a le double mérite de la clarté et de l'au- 
thenticité. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 

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- 74 - 

M. Magqueron signale différents travaux relatifs à 
la Picardie, publiés dans diverses revues : 1** Un ar- 
ticle sur les fouilles faites par M. Eck dans le cime- 
tière mérovingiens de Templeux-la-Fosse [Bulletin 
archéologique du Comité des Travaux historiques) ; 
2° un jeton frappé à Tociiasion du mariage de Fran- 
çois III de Soyécourt avec Charlotte de Mailly {Bul- 
letin de numismsitique) ; 3° une étude sur les ateliers 
préhistoriques de Liercourt et d'Érondelle, par M. 
Vauvillé {Bulletin de la Société d^anthropologiej fé- 
vrier-avril 1891). 

M. A. de Carde VAQUE, d'Arras, est élu membre 
correspondant. 



Séance du 3 décembre 

PRÉSIDENCE DE M, ÉM. DELIGNIÈRE3 

M. le Président signale dans le t. xxxvii des Mé- 
moires de l'Académie d'Amiens un compte rendu très 
complet, fort étudié et d'un tour littéraire peu com- 
mun de M. Tabbé Franque ville sur les poésies de 
M. Gustave le Vavasseur, un de nos membres cor- 
respondants les plus distingués. 

M. Delignières signale également des découvertes 
d'objets gallo-romains par MM. Th. Eck et J. Pilloy, 
de Saint-Quentin. 

M. Macquéron signale à son tour une étude de 
M. Vauvillé sur la fonderie de cloches des Cavillier de 
Carrépuits, — étude parue en 1890 dans les Annales 
de la Société historiques de Château-Thierry. 



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- 7S- 

M. Alcius Ledieu communique le n** 96 des manus- 
crits de la bibliothèque communale d'Abbeville, inscrit 
sous le titre : Mémorial d'un Bourgeois de Domart- 
en-Ponthieu. Notre collègue rappelle d'abord à la 
suite de quelles circonstances ce manuscrit, dont on 
avait perdu la trace durant plus d'un demi-siècle, est 
entré dans le dépôt dont il a la conservation. 
» Ce curieux mémorial, rédigé jour par jour par un 
habitant de Domart de 1634 à 1654, contient des faits 
complètement inédits sur la lutte engagée entre la 
France et TEspagne pendant les dernières années du 
règne de Louis XIII et les premières années du règne 
de Louis XIV. Les sièges, les batailles, les mouve- 
ments de troupes, les dégâts occasionnés tant par les 
soldats français que par les Hispano-Impériaux, jus- 
qu'aux simples escarmouches, tout est soigneuse- 
ment noté. L'auteur de ce Mémorial ne s'est point 
borné à relever ce qui se passait sous ses yeux ; il in- 
terrogeait les officiers de passage à Domart, il lisait la 
Gazette et transcrivait ce qu'il avait appris ou ce qu'il 
avait lu. Les quelques milliers de notes que renferme 
ce manuscrit ne sont point seulement relatives à 
Domart, à Abbeville et au Ponthieu, mais aussi à toute 
la région du Nord, et même aux différents pays où 
nos soldats défendaient le drapeau de la France, en 
Allemagne, en Italie, en Espagne. 

Ce mémorial, écrit dans le français qui se parlait à 
cette époque dans nos campagnes, a été mis en ordre, 
contrôlé et annoté par M. Alcius Ledieu, qui, sous 
cette nouvelle forme, en propose l'impression à la 
Société après la lecture de quelques passages qu'il en 
a donnée. — Renvoyé à la commission des mémoires. 

M. Magqueron a retrouvé un inventaire de 1667 



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— 76 — 

donnant la description des reliquaires de Longpré- 
les-Corps- Saints. Cette pièce, dressée en présence des 
seigneur, chanoines et habitants de Longpré,- cons- 
tate l'existence de cinquante-et-un reliquaires anciens 
datant du xiii* au xvii* siècle ; ces reliquaires sont dé- 
crits d'une façon sommaire mais suffisante pour don- 
ner une idée de leur richesse. On y trouve aussi des 
renseignements propres à établir une comparaison, 
entre les reliques qui existaient à cette époque et celles 
qui ont été rapportées par Aléaume de Fontaine. 

M. le Président lit un rapport sur les travaux de 
la Société irÉmulation pendant les trois dernières 
années. Dans ce rapport, rédigé avec un tact parfait, 
M. Delignières fait surtout ressortir que notre com- 
pagnie, fidèle à Tarticle 2 de ses statuts, reste cons- 
tamment en dehors des questions politiques et reli- 
gieuses, qui « divisent trop souvent de nos jours les 
meilleurs esprits. » La Société partage complètement 
les vues de son Président et renvoie avec avis favo- 
rable à la Commission des Mémoires le rapport dont 
elle vient d'entendre la lecture ; elle émet le vœu qu'il 
soit inséré dans le prochain bulletin. 

Au nom de l'auteur, il est déposé sur le bureau un 
ouvrage portant pour titre : La carfe de Vétat-major 
/rançais, par Emile Coache. En annonçant ce don, 
M. Delignières fait un compte rendu verbal de ce 
livre, qui dénote chez l'auteur des connaissances très 
sérieuses en topographie et en cartographie; « la 
Société, ajoute-t-il, n'aurait su faire un meilleur choix 
pour combler l'un des vides existant au sein de notre 
compagnie. » 

Il est ensuite procédé au dépouillement du scrutin 



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— 77 — 

pour deux membres titulaires en remplacement de 
MM. le président Millevoye et le docteur Bellettre. 
Sont élus: MM. Emile Coache, membre de la Société 
de topographie de France, et E. Gontier, vice-prési- 
dent de la Conférence scientifique d'Abbeville et du 
Ponthieu. 

Sont élus membres correspondants : MM. Gaëtan 
DE Fromessent, à Boulogne-sur- Mer, A. de Bernes 
DE LoNGviLLiERS,à Montreuil-sur-Mcr, E. Maressal, 
à Épagne, et R. Crusel, à Abbeville. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



RAPPORT A LA SOCIETE D'EMULATIOX 

Par M. Ém. Delignières, Président, à la séance du 3 décembre i891 

Messieurs et chers Collègues, 

Nous sommes arrivés à la fin de la période de trois 
ans pour laquelle, en vertu de l'article 14 de nos 
statuts nouveaux, les Membres du Bureau ont été 
nommés. 

Avant de résigner les fonctions de Président que 
vous m'avez fait Thonneur de me conférer, et au 
moment de quitter ce fauteuil que, par vos deux 
votes successifs, j'occupe depuis quatre ans déjà, per- 



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— 78 — 

nfBttez-moi de revenir sur ces dernières années en 
vous parlant des actes et des travaux de notre Com- 
pagnie. 

Je ne le ferai toutefois qu'en payant, tout d'abord, 
un juste tribut de regrets à ceux de nos Membres 
titulaires que nous avons perdus dans ce laps de 
temps si tôt écoulé. En 1888, c'était M. le docteur 
François, qui s'était tait un nom spécialement dans la 
chirurgie et dont la longue et brillante carrière est 
encore présente au souvenir de nos concitoyens ; nous 
sommes heureux de voir son fils, maire et député de 
notre ville, figurer parmi nos correspondants. Un an 
après, mourait M. Jules Lefebvre, numismate dis- 
tingué, qui était un des vétérans de notre Société où 
il avait rempli pendant de longues années les fonctions 
d'archiviste et que nous avions ensuite nommé 
Membre honoraire. Dans le cours de Tannnée 1890, 
nous perdions l'un de nos collègues les plus actifs 
et les plus dévoués, M. Armand Van Robais, cette 
figure si sympathique que M. Alcius Ledieu a su 
faire revivre dans une notice bien complète, et où il a 
su se rendre l'écho des sentiments de nous tous sur 
son caractère et sur ses écrits. A la fin de la même 
année décédait M. Ch. Lefebvre de Villers, notre 
ancien et vénéré Président, dont nous avions pu appré- 
cier l'esprit droit et les qualités d'administrateur; 
ses mérites ont été bien rappelés sur sa tombe par 
notre digne Vice-Président, M. de Bonnault. Enfin, 
l'année qui va se terminer a encore été attristée par 
deux décès, celui de M. Millevoyo, un nom illustre, 
non seulement par son père, le poète abbevillois qui 
a marqué dans notre littérature, mais aussi par les 
hautes fonctions judiciaires que notre collègue avait 



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— 79 -r- 

reinplies avec éclat. Rappelons, en dernier lieu, la 
mort, trop tôt survenue, de M. le docteur Bellettre, de 
relations si agréables et dont la carrière avait été si 
bien remplie au service de ses nombreux malades. 
Vous vous associerez, j'en suis certain, Messieurs et 
chers Collègues, à Texpression de ces regrets. 

Mais la. Société d'Émulation, quelque sensible que 
soit pour qlle la perte de ces Membres, a su combler 
d'une manière-Utile les vides qui se sont produits dans 
son sein ; nous en avons pour preuve, notamment, la 
nomination, il y a plusieurs mois, de M. Tabbé Dely, 
archiprêtre d'Abbeville, curé-doyen de Saint- Vulfran, 
et celle dont viennent d'être l'objet MM. Coache et 
Gontier comme Membres titulaires ; ils prendront à 
cœur, j'en suis persuadé, de contribuer à leur tour à 
nos travaux. 

Et, puisque je parle des Membres de la Société, 
laissez-moi vous rappeler ici que deux de nos titu- 
laires ont reçu la décoration de la Légion d'honneur ; 
j'ai nommé M. Alexandre Monchaux et M. Ernest 
Prarond. Nous avons nous-mêmes rendu à M. Prarond 
un hommage particulier en l'acclamant Président 
d'honneur, titre auquel lui donnaient droit les fonc- 
tions actives qu'il a longtemps remplies parmi nous 
et ses très nombreux et remarquables travaux dans la 
littérature et l'histoire locale. Je mentionnerai aussi 
que M. Alcius Ledieu a reçu cette année la rosette 
d'Officier de Tlnstructioii publique; les titres de 
M, Ledieu à cette distinction, peu commune, vous 
sont assez connus pour que je n'aie pas à les rap- 
peler «. 

* Pour nous conformer au désir exprimé par la Société, nous 
rappellerons que M. É. Delignières a été lui-même Tobjet d'une 



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— 80 — 

J'arrive, Messieurs, au fonctionnement de la Société 
d'Émulation, à ses actes et à ses travaux. 

Nos statuts ont été revisés et refondus il y a trois 
ans ; je n'y reviendrai pas : Texpérience en est faite 
aujourd'hui, et elle nous permet d'affirmer qu'ils 
répondent aux besoins et à une bonne organisation 
de notre institution. 

Nos publications ont pris une extension de plus en 
plus grande. En dehors du volume des Mémoires qui 
paraît maintenant chaque année régulièrement, nous 
donnons des Bulletins trimestriels ; ceux-ci renferment 
d'abord le résumé de nos séances mensuelles, d'après 
le registre des délibérations tenu par notre zélé et 
actif Secrétaire M. Henri Macqueron. Ces Bulletins 
comprennent, en outre, à l'exemple d'autres Sociétés 
savantes, les communications et lectures d'actualité ou 
des travaux d'étendue moindre que ceux qui sont 
réservés pour le volume ; c'est en quelque sorte la vie 
journalière de notre Société qui s'affirme ainsi à des 
intervalles périodiques et témoigne de son activité. 
M. Alcius Ledieu a su, à la fin des trois premières 
années, en 1890, faire ressortir dans une table des 
matières ingénieusement disposée, la part prise par 
chacun des Membres à nos actes et à nos travaux. 

Ajoutons enfin que le compte rendu abrégé de nos 
séances les plus remplies est adressé aux journaux 
de notre ville et permet ainsi au public d'apprécier le 
degré d'intérêt qu'elles présentent. Je dois rappeler 

distinction de la part du Ministre de Tlnstruction publique, qui 
lui a accordé les palmes académiques. Ses nombreux travaux et 
ses consciencieuses études sur les graveurs abbevillois le dési- 
gnaient depuis longtemps à une distinction qui, pour s'êlre fait 
attendre, n'en était que mieux méritée, et chacun des collègues 
de M. Delignières a applaudi au choix heureux du Ministre. 



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que c'jBst sur hv proposition de M. de Bonnault cjue 
cette mesure utile a été remise en vigueur ; il y a lieu, 
à mon sens, de la continuer et peut-être même de 
rétendre, de concert entre le Président et le Secré- 
taire. 

La Société a inauguré cette année un nouveau mode 
de publication, format in-4°, dont Tinitiative, ainsi que 
celle des Bulletins trimestriels, appartient à M. Alcius 
Ledieu, directeur des publications ; il est destiné aux 
travaux particulièrement importants ou devant être 
illustrés et pouvant être Fobjet d'une subvention du 
Ministère de l'Instruction publique, eu égard à leur 
valeur. L'ouvrage de M. Ledieu sur les Reliures artis- 
liques et armoriées de la Bibliothèque communale 
d'Abbevilley a été justement remarqué et il a 'donné à 
nos Mémoires un nouveau relief. Les nombreuses et 
belles planches qui ornent ce volume n'ont pas grevé 
notre budget, grâce à la subvention de 600 francs que 
nous a valu du Ministère la présentation du manuscrit 
de notre collègue. 

Et, à ce sujet, je suis heureux de constater, Mes- 
sieurs, que notre situation financière, pour être tou- 
jours modeste, n'en est pas moins dans un état rela- 
tivement satisfaisant. Nous le devons au nombre 
toujours croissant de nos c »rrespondants, qui viennent 
d'ailleurs, pour quelques-uns, aj)porter un contingent 
utile et fécond à nos recherches ; nous le devons aussi 
à notre Trésorier, M. Wignier, par le soin qu'il 
apporte à la rentrée des cotisations et par son utile 
gestion ; vous vous associerez. Messieurs, auxremer- 
cîments que je lui adresse ici au nom de la Société. 
Permettez-moi de vous donner lecture de la lettre 
suivante, que m'a adressée notre dévoué Trésorier: 

7 



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- 8à- 

« Monsieur le Président, j*ai l'honneur de vous transmettre 
les renseignements que vous m'avez demandés sur lés frais 
occasionnés pour l'impression du premier fascicule de n^s 
Mémoires in -40. 

J'ai réglé le 8 décembre 1890 les frais des planches imprimées 
à Paris, soit . o20fr. IQ 

Le 31 mars 1891, à M. Winckler, pour planches. 721 » 

Il me reste à régler ces jours-ci à M. Fourdrinier, 
pour impression de 410 exemplaires .... 4S7 50 

Brochage de 220 exemplaires 165 Q5 

Total l,863fr.65 

Il restera à régler en 1892 le brochage de 190 
exemplaires à 0,75, soit . 142 50 

Total général de l'ouvrage 2,006 fr. 15 

Le volume des Reliures artistiques et armoriées de la 
Bibliothèque d*Abbeville remplace cette année le volume 
annuel des Mémoires in-8®, dont le coût est ordinairement de 
1,200 francs. La Société a reçu du Ministère et spécialement 
pour la publication de ce travail une somme de 600 francs, 
s'ajoutant aux 1 ,200 francs du volum^ annuel, nous avons le 
chiffre de 1 ,800 francs ; le volume des Reliures coûte 2,006 fr. 15 ; 
cette belle publication coûte donc à la Société 206 fr. 15. 

Cet ouvrage important a mis notre Société en relief, toutes 
les Sociétés savantes en ont fait le plus grand éloge, dont 
l'honneur revient à M. Alcius Ledieu, notre honorable confrère. 
La situation financière de la Société permet. Monsieur le Pré- 
sident, de supporter un léger sacrifice de 206 fr. 15. 

Veuillez agréer, etc. 

Gh. Wignier. 

Le volume ordinaire de nos mémoires pour 1889- 
1890 renferme des travaux d'un intérêt soutenu ; il me 
suffira de rappeler la Notice et les Documents inédits 
sur le mariage de Louis XII et une Étude sur cinq 
dénombrements de seigneuries au xv® siècle par 
M. Alcius Ledieu, la Réception d^un ouvrier cordon- 



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— 83 - 
nier à AbbeviUe en 16bl par M. de lionnault, les Va- 
riations des limites du Ponthieu et de VArtois par 
M. de Galametz, les Notes d'archéologie, d'histoire et 
de numismatique par notre regretté Vice-Président 
M. Van Robais, Longuemort et ses seigneurs par 
M. Tabbé Hoin.. Je ne puis tout citer sous peine de 
reproduire une table des matières. Toutefois, il est 
une étude que je ne saurais passer sous silence, eu 
égard à son importance et à Tintérêt exceptionnel 
qu'elle présente pour nous, c'est celle que nous a 
donnée M. Armand Boucher de Crèvecœur; notre 
collègue s'est fait, dans un style élégant et facile, 
Thistorien autorisé de notre Compagnie presque cen- 
tenaire, qui a compté parmi ses dignitaires et ses 
membres les plus distingués plusieurs de ses parents; 
il Ta prise à sa création en 1797 et l'a suivie dans ses 
diverses phases. Il nous a donné ensuite, par ordre 
chronologique, des notices fort complètes, très étudiées 
et qui lui ont nécessité de patientes recherches, sur la 
vie et les œuvres des membres résidants depuis la 
fondation jusqu'à nos jours. C'est, peut-on dire, un 
long chapitre de la biographie abbevilloise contempo- 
raine. La seconde partie de cet ouvrage va paraître 
dans le volume actuellement sous presse. 

Ce volume, préparé par la Commission des mé- 
moires, ne le cédera en rien, croyons-nous, aux pré- 
cédents, comme importance et comme valeur des 
travaux qui y paraîtront. Il me suffira de vous citer 
une notice du savant abbé Gosselin, doyen de Nou- 
vion, un de nos membres titulaii'es, sur Marquioil- 
tiers j Grivilliers et Armancourty près Montdidier, 
qui a été couronnée par la Société des Antiquaires de 
Picardie, la Prévôté de Montreuil par l'un de nos 



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-- 84 ~ 

membres correspondants, M. Tierny, archiviste du 
Gers, et d'autres ouvrages. 

Les études parues, depuis quatre ans bientôt, dans 
nos bulletins, pour être de moindre importance 
comme étendue, n'ei ont pas moins été, pour la plu- 
part, dignes de remarque ; je ne puis pas les rap- 
peler ici en détail, mais vous avez présents au sou- 
venir les travaux historiques et autres de MM. de * 
Bonnault, de Clermont-Tonnerre, de Galametz, du 
Groriez, Alcius Ledieu, Henri Macqueron, Prarond, 
Van Robais, Vayson, de Wailly et Wignier, et parmi 
les membres correspondants, les envois de MM. Tabbé 
Danicourt, Dubois, Tabbé Th. Lefevre, J. Hubert, de 
Marsy, Macqueron et autres. 

Les manuscrits présentés ne nous manquent pas; 
tous nos membres, comme à Penvi, titulaires et cor- 
respondants, paraissent tenir à honneur de présenter 
les sujets de leurs recherches. La commission spéciale 
instituée pour composer les volumes et bulletins n'a 
eu souvent, on peut le dire, que l'embarras du choix. 
L'avenir est donc assuré et nouç pouvons compter sur 
la continuation de nos divers modes de publications. 

Il me reste à parler, avant d'arriver au terme de ce 
trop long rapport, d'une innovation dont je crois pou- 
voir revendiquer, dans une certaine mesure, l'initia- 
tive, et qui a réussi, j'ose le dire, au delà de nos pré- 
visions. Je veux parler de nos excursions archéolo- 
giques ; elles donnent à notre institution un nouvel et 
précieux aliment. Vous vous rappelez, Messieurs, 
notre voyage à Naours, où la visite de souterrains 
remarquables avait été si bien préparée par M. l'abbé 
Danicourt, curé de ce pays, membre correspondant ; 
il nous a fait une réception à la fois solennelle et cor* 



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— .&5 — 

diale, dont nous avons été profondément touchés; 
Texcursion non moins intéressante, quoique d'un tout 
,autre genre, au château de Moreuil, dont les belles 
salle§ remplesde tableaux cle valeur et les collections 
historiques et archéologiques nous ont été présentées 
par Mgr H. de Ragnau, également correspondant ; 
son savoir et son exquise courtoisie ont donné à notre 
visite un charme que nous n'oublierons pas. 

Cette année, nous avons fait une véritable tournée. 
On peut employer ce mot, eu égard à la longueur et 
aux étapes multiples du parcours ; elle a pu avoir lieu 
en un seul jour, grâce à la bonne organisation due à 
MM. Maçqueron. i»es honneurs de Tancienne abbaye 
de Valloireis et de sa merveilleuse chapelle nous ont été 
.faits, avec empressement, par M. Tabbé Beaumert, un 
prêtre dévoué et un véritable amateur, pour lequel les 
richesses artistiques qu'il sait si bien garder n'ont plus 
de secrets. Cette dernière excursion a été heureuse- 
ment complétée par la visite des ruines de Tabbaye de 
Dommartin, si imposantes et si curieuses, et du châ- 
teau de Dompierre, dont les créneaux et les machi- 
couHs ont bravé les siècles ; mais je n'ai qu'à vous 
prier de vous reporter au dernier bulletin où vous trou- 
verez la relation fort complète faite d'un style élégant 
par notre sympathique correspondant M. Alfred Julia. 

La Société aura, à mon avis, à coiltinuer ces excur- 
sions; elle y trouvera grand profit en provoquant 
ainsi l'émulation entre ses membres, sous une forme 
agréable et toujours intéressante. 

Nos relations avec les sociétés correspondantes sont 
toujours suivies et les échanges se multiplient, au 
grand profit réciproque, par des propositions qui nous 
viennent de divers points de la France,. 



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~ 86 — 

N^oublions pas de mentionner que la Société d'Ému- 
lation d'Abbeville, fidèle à son titre, se fait un devoir et 
un honneur d'encourager chaque année les élèves des 
écoles de dessin artistique, de dessin linéaire «et de 
musique, par des médailles qui sont décernées en son 
nom aux élèves qui se sont fait le plus remarquer par 
leurs aptitudes et leurs progrès. Elle a tenu aussi à 
voter une palme de vermeil comme prix* au concours 
de musique qui a eu lieu, en 1890, lors des fêtes de 
l'inauguration du monument élevé à la mémoire de 
notre glorieux concitoyen, Pamiral Courbet. Dernière- 
ment encore, elle faisait remettre au Président de la 
Société d'horticulture de Picardie, M. Decaix-Matifas, 
des médailles comme récompenses lors du brillant 
concours horticole si bien organisé dans notre ville. 
Peut-être pourra-t-èlle faire plus dans l'avenir, selon 
ses ressources ; mais il pouvait être bon de signaler 
que notre Compagnie ne manque pas les occasions de 
témoigner que tout ce qui rentre dans le domaine des 
sciences et des arts dans notre ville ne la laisse pas 
indifférente. Elle ne fait d'ailleurs que suivre ses tra- 
ditions. 

Vous savez que le Musée d'Abbeville et du Pon- 
thieu lui doit son origine ; aussi prend-elle intérêt à 
tout ce qui peut en enrichir les collections, et elle tient 
à honneur de toujours user du droit qu'elle s'est au- 
trefois réservé de présenter au choix du maire deux 
candidats désignés parmi ses membres titulaires 
pour pourvoir aux vacances qui se produisent dans 
le Conseil d'administration de nos musées. Ajoutons 
encore que notre ancien et illustre président Boucher 
de Perthes, a eu l'heureuse pensée de nous associer 
à son œuvre pliilanthropique et humanitaire pour la 



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-s'y - 

distribution des récompenses décernées aux ouvrières 
de la ville et des faubourgs, et deux de nos membres 
titulaires sont désignés chaque année pour prendre 
part aux décisions de la Commission instituée par lui 
à cet effet. 

En ce qui concerne le recrutement des membres 
titulaires et correspondants, il est bon de dire que 
notre Compagnie n'est pas et n'a jamais été une 
société de cours et de conférences comme il en existe 
une dans notre ville. Cette institution, je le reconnais 
hautement, a une portée et une utilité pratique incon- 
testable; elle s'adresse à tout le public et elle est 
administrée par des hommes de valeur et de savoir 
dont nous comptons plusieurs parmi nous ; mais la 
nôtre, pour n'avoir pas la même organisation, n'en 
poursuit pas moins, de son côté, et sans aucune ri* 
valité, vous le savez tous, un but et une portée qui, 
pour être différents, n'en ont pas moins leur utilité 
et leur raison d'être justifiés par la nature de nos tra- 
vaux, par nos écrits, par notre origine et par notre 
ancienneté. 

Notre Compagnie n'admet dès lors et ne peut 
admettre dans son sein, de par son mode d'organisa- 
tion et de fonctionnement et en vertu de ses statuts 
approuvés, que les personnes ayant, soit par leur 
profession, soit par des essais sérieux, fait leurs 
preuves de savoir. Aussi, pour éviter de se laisser 
entraîner à des choix qui ne seraient pas, à ce titre, 
suffisamment justifiés, ses statuts exigent que les can- 
didats soient présentés par deux membres titulaires ; 
ceux-ci se portent en quelque sorte garants tant de 
f honorabité que des connaissances suffisantes de ceux 
qu'ils patronnent. 



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Un dernier mot, mes chers collègues, pour rappeler 
(et je tiens particulièrement à le faire), que notre 
Institution a inscrit en tête de ses statuts U interdiction 
de toute discussion politique et religieuse. Nous avons 
scrupuleusement observé cette règle et je crois* 
pouvoir assurer que notre société restera, j'en ai la 
confiance, étrangère aux questions qui passionnent et 
divisent trop souvent de nos jours les meilleurs 
esprits. Aussi tous peuvent, sans distinction d*opinion, 
être appelés à se réunir à nous ; ils seront certains de 
se rencontrer sur un terrain commun, celui de la 
recherche du passé, des travaux littéraires, scientifi- 
ques, historiques et artistiques. Le champ est assez 
vaste pour ôter toute idée de discussions qui ne ren- 
treraient pas dans ces limites. Nous tiendrons ainsi 
à honneur de suivre, sur ce point encore, l'exemple 
de nos devanciers. 

Et maintenant. Messieurs, il me reste à me faire 
pardonner ce trop long exposé. Mon excuse est dans 
Tintérêt que je porto à cette Société à laquelle j'ai 
rhonneur d'appartenir depuis bientôt trente ans et à 
laquelle aussi j'ai consacré bien des instants dans ma 
vie ; j'avais surtout A cœur de revenir sur ces dernières 
années et de rappeler l'activité dont vous avez fait 
preuve; mon sujet m*a entraîné bien loin. 

Je ne terminerai pas, toutefois, sans remercier bien 
sincèrement mes collègues du Bureau pour leur 
collaboration et pour leur dévouement auquel j'ai eu 
trop souvent recours, dans l'impossibiUté où j'étais 
parfois de remplir assez complètement diverses parties 
de mes fonctions ; sans vous remercier aussi, vous 
tous, mes chers collègues, de la confiance que vous 
avez bien voulu me témoigner en maintes circons- 



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' — 89 — 

tances, et des marques de sympathie que j'ai reçues 
de vous. Vous m'avez ainsi rendu la tâche plus facile, 
et j'emporterai, en me retirant, un bon et durable 
souvenir de ces quatre années que j'ai passées à votre 
tête. 

Ém. Delignières 



LES PROCESSIONS BLANCHES A ABBEVILLE 

Lecture faite par M. le comte de Brandt de Galametz â la séance 
du 7 novembre 1889, 



Au mois de mars 1583 Henri III ayant établi les pro- 
cessions des pénitents de l'Annonciation, ces manifes- 
tations de la piété de nos pères sanctionnées par l'au- 
torité royale se répandirent partout. 

A Abbeville elles eurent un grand écho que le livre 
de famille d'Antoine Rohault nous a transmis; il relate 
les processions faites par les bourgeois de la ville et 
celles du dehors venues à Saint-Vulfran, à Saint-Gilles 
et à d'autres églises. Commencées en mai 1584 elles 
durèrent partout deux «lois. 

Avant de commencer ce récit je rapporterai le dire 
de Formentin que « le commencement du gouver- 
« nement de Diane de Poitiers se signala par l'éta- 
« blissement que Geoffroy de la Martonie, évêque 
« d'Amiens, fit à Abbeville des processions de péni- 
<i tents blancs à l'imitation de celles que le roi Henri III 
(c faisait. Ces pratiques, bonnes en elles-mêmes, dégé- 



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— 90 — ' 

« nérèrent en superstitions : ce qui obligea les magis- 
« trats à les abolir*», en ajoutant que rien dans lés 
registres de la ville, dit T Auteur de la Ligue à Abbe- 
ville *, ne nous met sur la voie de cette instigation ou 
initiative, vraie ou supposée à distance, de Tévêque 
d'Amiens, ni de l'abolition qui serait venue plus tard. 

La première procession est du lundi de la Pente- 
côte ( mai). Avant Touverture de la porte Saint- 
Gilles ne nombreuses députations de Hallencourt, 
Long, Pontremy et lieux circonvoisins attendaient en 
chantant le moment d'entrer en ville. « La chaleur et 
une longue sécheresse régnaient dans ces campagnes, 
mais il pluist en ladite nuict que lesdites processions 
étaient par les champs. On estoit joyeux de veoir telles 
dévotions et donnoit on après quilz eurent esté aux 
églises pain, vin, bière, chair en plusieurs endroictz et 
rues de ceste ville où ils passoient. 

« En mai et juin grande affluence qui remplit les 
églises ; Saint-Valeri vint au couvent des Minimes et 
Saint-Riquier à Saint-Vulfran. 

« Les habitants de ceste ville considérans telles 
dévotions furent meus et eschauffez de dévocion et à 
l'exemple des autres se mirent en debvoir aller en 
procession tellement que de chacune paroisse on alloit 
revestuz en blanc de linge , portant les bannières 
blanches de toille, de taffetas et d'autres estoffes. » 

Puis Antoine Rohaut, paroissien de Saint-Gilles, 
détaille les quatre prosessions du dimanche fête du 

1 La Ligue à Abbeville, 1576-1594, par Ernest Prarond, 1. 1881. 
Extrait des Mémoires de la Société d'Emulation, 1861-1866, 2* partie, 
p. 414, 



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— 94 — 

Saint Nom de Jésus, du suivant troisième du mois 
de mai, du mercredi de cette semaine et du qua- 
trième dimanche fête de la Nativité de Saint Jean- 
Baptiste. 

a Les paroissiens de Téglise Saint Gilles assistez 
des religieux Minimes qui estoient vestus d'aubes 
allèrent en procession en la ville de saint Riquier en 
ung jour de dimence feste du nom de Jésus où fut 
porté le Saint Sacrement. Les filles marchoient de- 
vant, après les femmes, puys les joeunes filz et au 
dernier les hommes mariés, chaeun portant chan- 
delle, cierge ou torse en main et chantoit on au long 
du chemin, sans intermission, dévotement. La com- 
pagnie étoit ample. On sortit par la porte Saint Gilles. 
On alla arriver en Téglise Notre Dame en Saint 
Riquier où fut faicte la prédication par ung religieux 
Minime. Après la messe fut chantée. La procession 
alla à Tabbaye tout chantant et après l'espace d'une 
demie-heure on print la réfection, puys oh retourna 
en bon ordre et la procession rentra par la porte du 
Boys et vint passer par le marché et estant retournée 
en l'église Saint Gilles furent chantées vespres ; puys 
chacun retourna en sa maison. 

a Le dimence enssuyvant troiziesme dimence dudit 
mois après la messe du Saint Sacrement chantée, la 
procession alla en Tordre que dessus, portant le saint 
Sacrement en Téglise Saint Jacques. 

a Le mercredy enssuyvant en meismes ordre 
elle alla en Tabbaye d'Espaigne où fut chantée la 
messe. 

« Et le dimence iiij* du mois de juin, feste de la 
nativité Monsieur Saint Jean Baptiste, la procession 
alla à Téglise Saint Jean de Rouvroy. » 



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— 92 — 

Enfin il termine par les détails circonstanciés sur 
la paroisse de Miannay-Lambercourt : 

«t En Tan mil cinq cent quatre vingts, et quatre et 
au mois de janvier arriva en ceste ville une proces- 
sion par la porte d'Ocquet qui estoit des villages de 
Lambercourt, Myannay et aultres villages circon- 
voisins. Us estoient environ xviij* ou deux mille per- 
sonnes tant grandz que petits, hommes que femmes, 
tout habillés de linge. 

« En premier ordre marchoient les filles, après les 
femmes, après les filz à marier et au dernier les 
hommes ; chacun portoit en la main une croix de bois 
blan avecq un cierge et chandelle et chacun chaïitoit 
en son ordre. 

Les filles chantoient. 

Ave Maria. 

Domini mei mater aima, 

Celica plena gratia. 

Les femmes chantoient : . 

notre bon Dieu, 

Quy es en tous lieux, 

Faictes nous mercie 

Quand nous partirons de ce monde cy. 

Les aultres : 

Nous cheminerons en dévotion, 
Sy porterons la croix Jesuchrist. 
La porté pour nous racheter. 

Les aultres chantoient : 

Humilions nous I Humilions nous ! 
Portons nos suaires avec nous, 
Pensons qu'il nous faut tous 
Morir pour aller avec Jesuchrist 



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- «3- 

Les hommes chantoient : 

O Jesu ! Jesu Redemptor muridi ! 
Ad te clamamus 
Atque nos flemus 
Peccata nostra. 
Parce creator. 

Les aultres respondoient : 

Kirie eleison ! 

Qui pretioso sanguine mundum eripuisti de maledicti 
famé draconis, 

a La procession povoit contenir depuis le Pont à 
lance jusques à la porte d'Ocquet, qui estoit dévote en 
bon arroy *. Chacun estoit esmeu à pleur et compunc- 
tion la voyant. Elle alla à Téglise sainct Wlfrans où il 
n'entra aultres que ceulx de ladite procession ^ ; la 
prédication y fut faicte par ung religieux Minime et 
après, la messe fut chantée à l'autel Notre Dame de 
Laurette. Le sacrement de l'autel estoit porté à ladite 
processfon en fin de laquelle marchoient les prêtres 
des dits villages et suyvoiejat Monsieur de Ligny ', 
Monsieur de Hornoy *, son gendre, et autres gentils- 
hommes jusques au nombre de huict ou neuf vestus 
de linge comme les aultres, portanz chacun la croix. 

« La procession s'en retourna par la rue Notre- 
Dame du Castel. Ledict seigneur de Ligny feit donner 
pain et vin à tous ceulx de ladite procession par gens 

* Arroy, ordre ; Glossaire français de Ducange. 

* Nous rappellerons qu'à cette époque la collégiale de Saint- 
Vulfran consistait dans la grande nef actuelle et les nefs latérales. 

* Claude de Bourbon-Vendôme, seigneur de Ligny-sur-Canche, 
Fortel, etc., marié à Antoinette de Bours, dame de Lambercourt. 

K Jean, seigneur de Rambures et d'Homoy, marié h Claude de 
Bourbon- Vendôme, leur fille aînée. 



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-^ ô4 ^ 

qui estoient en sa maison ; puis après s'en allé ^nt 
tous en meisme ordre qu'ilz estoient venus. 
a II estoit jour de dimence. » 



COMMUNICATION DU MÊME 

A Messieurs les esleuz et contrerolleur sur le fstict 
des aydes et tailles en l'ellection de Ponthieu, à 
Abbeville. 

Messieurs les esleuz et * contrerolleur sur le faict 
des aydes et tailles en l'ellection de Ponthieu. 

J'ai receu par ce porteur les affrànchissemens de 
votre ellection pour le regard de la taille deue de iij* 
pour livre et augmentation de la soulde de la gendar- 
merie qui sont venuz assez a propos pour dresser mes 
estatz, Ausquelz je ne prétendz coucher aulcune 
exemption pour le regard du fournissement de quel- 
ques chevaulx, charrettes et autres fraiz nécessaires 
qui ont esté levez en votre ellection, dont les fraiz 
ainsi que me le mandez montent environ douze cens 
livres, ensi est une grande charge au peuple avec 
plusseurs autres qu'il a porté. Toutefois ny vous ny 
moy n'avons moyen de Rien distraire ny rabastre des 
sommes contenues es commissions que je vous ay 
envoyées, pour remboursement de laquelle somme 
les habitans de votredite ellection se pouront pour- 

' Ces mots manquent parce que le commencement de la lettre 
a été coupé. 



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veoir vers le Roy ou messieurs de son conseil. Qui est 
tout l'avoir que Je vous puis donner pour ce regard. 
Priant Dieu, Messieurs, vous donner sa 'grâce après 
m'eâtre de bien bon cueur recommandé à la votre. 
A Amyens ce xviij' décembre 1562. 

Votre bien bon amy et frère 

A. d'Estourmkl *. 
En marge : 

Ces présentes Reçues le xx* jour du moys de dé- 
cembre v*lxij. 



ACTB CONCERNANT LES SfliSDRS GRISES DE MONTREDIL 

Communication de M. ROGER RoDiÈRE. 

Pardevant nous et Claude Benault notaires 

royaulx à Monstreul, a été faict ce quy senssuict : 
Sœur Marguerite Mareschal, maistresse, Sœur Noëlle 
Becquet, mère Marthe, Sœurs Jehanne de Monchy, 
Perrine Graindo, Marie Œudin, Jossine de Mannay, 
Jehanne Fay, Charlotte de Mailfeu, Marie de Bon- 
court, Jacquelaine de La Forge, Gabrielle.d'Ococh, 
Marguerite Fournier, Jehanne CadoUe, Jacqueline 
MoUinary, Jacquelline Waloix, Isabeau le Clercq, 
Marguerite Gaiant, Marie Caron, Loïse Caron, Barbe 

* Antoine d*Estourmel, baron de Massy, seigneur du Plessis- 
Gacheleu, second fils de Jean, seigneur d'Kstourmel, connu par 
la belle défense qu'il fit de la ville de Péronne contre le comte 
de Nassau, succéda à son père c en Testât de seul général de 
toutes les finances es provinces de Picardie, Champagne et Brie. 
(Antiquités d'Amiens par le chanoine de La Morlière, art. Batourmel), 



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— «6 — 

Lourdel, et Anthoinette Robari, toutes religieuses et 
profez de ce monastère et reliigion de S* François en 
ceste ville de Monstreul, lesq"®* capitulairement et 
conventuellement congrégées et assamblées, por les 
affaires de lad. maison et monastère, ont dict et 
déclaré à Jehanne de Lespine, novice d'icelluy mo 
nastère, qu'il leur est impossible la recepvoir à f® (faire) 
profession de lad. reliigion, obstant la débilité de son 
esprict et peu d'adresse por manyer les affaires ès- 
quelles on la porra emplier, et partant ont protesté 
et protestent de la pouvoir renvoyer chez son père et 
sa mère, lors et quand ilz (sic) adviseront bon estre, 
et quand il leur plaira, ores que le temps de faire la 
profession soit venu. — A quoy par lad. de Lespine a 
esté dict et supplié ausd. maistresses et relligieuses de 
demeurer avecq elles ainsy qu'elles adviseront, leur 
voullant rendre et prester toute obéissance et service 
conime les aultrez sœurs et religieuseâf, lors qu'il 
leur plaira la recepvoir par profex ; touteffois proteste 
aussi, soubz leur bonne volonté, de soy retirer sy 
elle voit et trouve par conseil qu'elle doibve ce faire ; 
les supliant de croire qu'elle n'a vollonté que de 
leur obéir ; dont et de quoy lesd*®» parties ont requis 
acte ausd. notaires por leur servir en temps et lieu ce 
que de raison. Ce quy leur a esté octroie par lesd. 
notaires, par eulx en servir, s'ilz trouvent que bon 
soit. Faîct, passé et recongnut à MonstS ce mardy 
vingtcincq"*® jor de juillet mil cincq cens quatre vingtz 
et ung, aud. monastère, sur les trois heures de rel- 
'evée, et a lad*^ maistresse signé por tout le couvent, 
et quand à lad. de Lespine, a dict ne pouvoir signer. 
— Signé : Margritte Maréchal ; Bellin et Benault. 
(notaires.). 



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— 97 — 



Séance du ik janvier 1892 

PRÉSIDENCES DE MM. DE GALAMETZ, DOYEN D'AGE 
ET DE CRÈVECŒUR, VICE-PRÉSIDEN T 

La séance est ouverte sous la présidence de M. de 
Galametz, doyen d'âge ; M. Coache, le plus jeune des 
membres présents, est désigné pour remplir les fonc- 
tions de secrétaire. 

Il est procédé à la nomination du bureau, qui se 
trouve ainsi composé pour les années 1892, 1893 et 
1894: 

Président : M. Emile Delionières. 
Vice-Président : M. A. Boucher de Crèvegoeur. 
Secrétaire : M. H. Magqueron. 
Directeur des Publications : M. Alcius Ledieu. 
Trésorier: M. Ch. Wignier de Warre. 
Archiviste: M. le comte de Brandtde Galametz. 

Après avoir pris place au fauteuil de la présidence, 
M. DE Crèvegceur invite ses collègues à élire les 
membres qui devront composer la commission des 
mémoires, ceux qui devront faire partie de la com- 
mission de la prime Boucher de Perthes, et ceux qui 
seront envoyés à Paris pour représenter la Société au 
congrès des Sociétés savantes et des beaux-arts. 

En annonçant la mort de MM. de Rambures et 
Gand, correspondants, M. de Crèvegoeur exprime 
en quelques mots les regrets de la Société. 

Il est déposé sur le bureau un exemplaire d'un 

compte rendu de M. Alfred Julia, correspondant, 

8 



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sur les Reliures artistiques et armoriées de la, Biblio- 
thèque d}Abbeville, par M. Alcius Ledieu, et sept 
numéros du journal le Vigneron narbonnais qui con- 
tiennent différents articles dus à la plume féconde et à 
l'esprit élevé de M. Julia. 

L'archiviste donne lecture d'un rapport sur Fétat de 
la bibliothèque et le trésorier présente son rapport sur 
les comptes de 1891. 

M. DU Grosriez lit le testament de François de 
Soyécourt. (V. p. 115.) 

M. H. Dabot, avocat à Paris, est élu membre cor- 
respondant. 



Séance du 4 février 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

M. le Président, en annonçant le décès de deux 
membres correspondants, MM. François, député et 
maire d'Abbeville, et Leglercq, curé du Saint-Sé- 
pulcre, se fait l'interprète des regrets que cause à la 
Société la mort de ces deux collègues. 

M. DE BoNNAULT commuuique une lettre de l'inten- 
dant de Picardie du 19 septembre 1767 relative aux 
logements et aux fournitures à préparer pour le ré- 
giment de Royal-dragons qui devait arriver à Abbe- 
ville incessamment. 

M. DE Galametz lit un marché passé te 2 janvier 
1560 entre Claude de Vendôme, sièur de Ligny, et 
Fremin Decaufour, tailleur d'images à Abbeville, pour 



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— 99 — 
la confection d'une pierre tombale avec inscription et 
effigie, que M. de Galametz croit être celle qui existe 
encore dans Péglise de Miannay. 

M. Macqueron communique le récit de scènes qui 
eurent lieu pour une question de préséance aux 
obsèques de M. de la Vercantière, commandant pour 
le roi à Abbeville, le 26 janvier 1693. 

M. Ém. Delignières lit un compte rendu qu'il a fait 
de l'ouvrage de M. H. Dabot, Registres, lettres et 
notes d'une famille péronnaise ; il donne ensuite lec- 
ture de quelques passages d'un travail de M. l'abbé 
J. GossELiN sur la vie et les miracles de saint Vul- 
fran. 

M. Bridoux, le dernier en date des graveurs d'Ab- 
beville, membre correspondant de la Société depuis 
cinquante ans, est nommé par acclamation membre 
HONORAIRE de la Société d'Émulation. 



Séance du 3 mars 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

Après la lecture par M. Wignier d'un rapport sur 
la situation des finances de la Société, il est procédé 
par un vote unanime à la radiation de MM. Pépin, 
à Cahors, Mollet, à Roye, et Bonnel, à Lyon, 
membres correspondants, pour refus de paiement de 
leur cotisation. 

M. Alcius Ledieu donne lecture au nom de M. l'abbé 
Lefevre, membre correspondant à DouUens, de la 



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— 100 — 

copie de lettres du 12 juillet 1495 pour la fondation, 
par Lancelot de Bacouel, receveur du Ponthieu, de 
prières en l'église ^S'-Martin de DouUens. 

M. DE Galametz donne lecture de la copie d'une 
pièce relative à une jeune fille qui sauva la vie à un 
condamné au moment où il allait être pendu à Abbe- 
villele 11 août 1567. 

En déposant sur le bureau un ouvrage de poésies de 
M. E. Prarond, Le Monde aimé, M. Ém. Delionières 
en lit le compte rendu suivant : « Ce nouveau recueil 
renferme des pièces d'une grande fraîcheur d'idées et 
de sentiments qui montrent que notre vénéré Prési- 
dent d'honneur a conservé Tesprit jeune, l'intelligence 
vive et le sens droit qui caractérisent toutes ses pro- 
ductions. Il nous fait passer sous les yeux toute une 
suite d'observations fines et vivement senties, de des- 
criptions imagées prises un peu partout, en France, 
Le Monde aimé, et surtout en Picardie et à Abbeville, 
sa ville natale, qui lui doit déjà tant de travaux d'his- 
toire et d'érudition. La Société ne peut qu*applaudir 
au succès qui attend ce nouvel ouvrage dans le monde 
littéraire. » 

M. Delignièrks donne ensuite lecture de plusieurs 
pièces de ce charmant recueil et termine par l'une 
d'elles intitulée Lapsa cadunt, qui amène un rappro- 
chement entre deux poètes abbevillois, dont l'un a 
ouvert chez nous ce siècle, et dont Tautre aura, nous 
l'espérons bien, le temps de le fermer. 

M. WiGNiER lit différentes pièces officielles relatives 
à la création de la Société, qu'il a découvertes dans les 
registres aux délibérations du C/Onseil municipal d' Ab- 
beville en 1797 et en 1798. Le même membre ajoute 



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— 101 — 

qu'il va poursuivre ses recherches aux Archives mu- 
nicipales sur un sujet qui touche de si près à notre 
compagnie, et qu'il se fera un véritable plaisir de com- 
muniquer le résultat de ses recherches à M. de Crève- 
cœur, qui s'est fait l'historien de la Société. 

M. le baron DE Brécourt est élu membre corres- 
pondant. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



L'ANCIEN TBËSOB DE LONGPSé-LÉS-GORPS-SAINTS 

Lecture faite p&r M. MâGQUERON à la séance du 3 décembre 169i, 

Les 20 et 24 juin 1667, Michel Framery notaire royal 
en la sénéchaussée de Ponthieu résidant à Abbeville 
assisté de son collègue Charles Pappin, procéda à 
deux inventaires des reliques déposées dans la tréso- 
rerie de l'éghse de Longpré-lès-Corps-Saints. 

Ces inventaires eurent lieu en la présence de haut 
et puissant seigneur Messire Philippe de Montigny, 
chevalier, seigneur de Montigny, Soues, Ponessant, 
Brétigny, Leverger, Long, Longpré, le Castelet, Han- 
gest et autres lieux, conseiller et maître d'hôtel ordi- 
naire du Roi, gouverneur des ville, château et citadelle 
de Dieppe et forts en dépendant, et de dame Anne 
d'AngeuUes, son épouse, patrons, présentateurs et 



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— 102 — 

collateurs des doyenné, chanoinies et chapelles de 
l'église collégiale de Longpré ; de vénérables et dis- 
crètes personnes Messire Nicolas de Bonaventure, 
doyen et chanoine, Messire Jean de Bernaville, cha- 
noine chantre, Messires Jean Legrand, Antoine Patry, 
Pierre Gallant et Louis Girard, tous prêtres et cha- 
noines de la collégiale ; celui du 20 juin fut en outre 
signé d'un certain nombre d'habitants de Longpré, 
parmi lesquels on remarque les noms de Louis 
Rançon, Jean Dailly, Jacques Jourdain, Jacques Re- 
nouard, Jean Bilhaut, Jean Fourdrinoy, François 
Hénocque, etc. 

Deux ans avant, à la fin de 1665 \ l'ancienne église 
avait été presqu'entièrement détruite; seuls le portail 
et la tour encore existants et la trésorerie malheureu- 
sement démolie il y a une trentaine d'années échap- 
pèrent aux flammes. La reconstruction de l'Église 
avait été immédiatement commencée et en 1667, le 
nouvel édifice tel que nous le voyons encore aujour- 
d'hui était en état de servir aux exercices du culte. 

Lors de l'incendie, les reliques se trouvaient, bien 
entendu, dans la trésorerie préservée des flammes. 
Elles y restèrent pendant la duré^ des travaux ou 
peut être furent-elles provisoirement transférées en 
un autre endroit. C'est quand la nouvelle église fut 
terminée et au moment de remettre les reliques soit 

* Un accord fut signé le 31 août 1665 entre Abraham de Boulain- 
vllliers, seigneur de Longpré et Jean Herouart le jeune charpen- 
tier à Abbeville pour étayer entièrement les combles du chœur de 
réglise de Longpré. Les travaux devaient commencer le !•' octo- 
bre, n est probable que c'est au cours de ces travaux que le feu 
prit dans les charpentes qu'on était en train de poser ; à défaut 
d'une date exacte pour Tincendie de l'Eglise, on peut donc 
supposer que le sinistre eut lieu vers novembre 1665. 



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- 103 — 

dans la trésorerie, soit dans Téglise pour les exposer 
à la vénération des fidèles qu'ont du être faits les deux 
inventaires dont nous avons à nous occuper. 

Ils contiennent la description des reliques tjui exis- 
taient à cette époque ainsi que des reliquaires qui les 
contenaient. C'est à ce dernier point de vue surtout 
que ces documents offrent un sérieux intérêt puis- 
qu'ils nous donnent la description succinte, il est vrai, 
mais suffisante pour s'en rendre compte, de tous ces 
reliquaires dont plusieurs étaient fort précieux et dont 
bien peu sont parvenus jusqu'à nous. 

Le premier inventaire du 20 juin est le moins im- 
portant : il contient un moins grand nombre d'articles 
que celui du 24 et dans chacun des deux sont parfois 
relatés les mêmes reliquaires. Le premier cependant 
comprend plusieurs objets qui ne sont pas mentionnés 
dans le second et qui notamment servaient à l'exer- 
cice du culte. Les descriptions sont généralement 
plus complètes dans le second, et sans pouvoir s'expli- 
quer la cause de ces deux inventaires faits à quelques 
jours d'intervalle et où l'on n'a pas désigné le lieu 
dans lequel on procédait, c'est en fondant les rensei- 
gnements contenus dans l'un et dans l'autre que nous 
parviendrons à reconstituer le trésor de la collégiale 
de Longpré. 

Nous arriverons ainsi à Un chiffre de cinquante et 
un reliquaires dont voici la nomenclature et la des- 
cription telle que la fournissent nos actes notariés : 

1** Une croix de bois, couverte de cuivre doré à la- 
quelle est attachée un Christ : au dessus de la tête de 
cette croix est un écriteau enchâssé de verre où est 
écrit : De ligno crucis Domini Nostri Jesu Christi : au 
dessus de celui-ci est un écriteau avec ces mots : Spina 



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— 404 — 
coronœ Domini Nostri Jesu Christi, le milieu de cet 
écriteau est traversé par une petite épine. Au côté droit 
du Christ est une relique de S* Thomas, avec Técriteau : 
Sancti Thomi apostoli : au côté gauche une autre re- 
lique dont l'inscription n'a pu se lire ; au pied, un mor- 
ceau de la colonne de Notre-Seigneur dont l'inscription 
porte : De columiia Domini Nostri Jesu Christi, Au 
dos de la croix sont encore des reliques de S* Laurent, 
S* Calixte et S* Georges ; au côté gauche de S' Cali- 
mer, évêque, et de S* Florian ; plus bas de S* Honoré, 
évêque, de S*« Ursule et de S** Suzanne. Des écriteaux 
indiquent toutes ,ces reliques. 

2° Une autre croix de bois couverte d'argent doré 
au milieu de laquelle est enchâssé sous un gros cris- 
tal un morceau du bois de la vraie croix : et sur cette 
croix sont attachées cinq différentes pierres, quatre 
cristaux aux quatre bouts et deux autres sont sus- 
pendus aux deux côtés. 

Ce reliquaire existe encore au trésor de Longpré : 
il a été publié et décrit dans V Album archéologique 
de la Société des Antiquaires de Picardie. 

3^ Une image de S* Nicaise, en bois recouvert d'ar- 
gent avec un pied de cuivre au-dessous duquel est 
une relique du saint enchâssée sous un verre avec 
une inscription ; au bas de cette image est une place 
vide d'une pierre. 

4° Une représentation d'argent dans laquelle est le 
chef de S' Gilles tout entier. 

5** Une grande image d'argent doré sur un pied de 

cuivre, représentant la Vierge tenant l'Enfant-Jésus ; 

sur le bras gauche est enchâssé un petit reliquaire 

dans lequel sont des cheveux de la S*® Vierge. 

6** Une image d'argent doré qui est la figure de 



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— i05 - 
S* Fiacre sur un pied de bois, tenant à la main gauche 
un reliquaire en forme de livre. 

7** Une autre image aussi d'argent doré sur un 
pied de cuivre, représentant S* Christophe tenant un 
Jésus sur ses épaules : sur le genou de la cuisse 
gauche est un reliquaire contenant un gros ossement 
de ce saint. 

Cette belle statuette existe encore et est là princi- 
pale pièce du trésor actuel de Longpré : elle a été 
aussi décrite et publiée dans V Album archéologique de 
la Société des Antiquaires de Picardie. 

8** Un bras de bois couvert d'argent avec une bor- 
dure de vermeil et renfermant le bras de S* Barthé- 
lémy. 

9** Un bras couvert d'argent et à bordure de ver- 
meil : à la main qui est d'argent doré manque le doigt 
de dextre et la première jointure de l'annulaire; il 
contient un long ossement de S* Sylvestre, martyr. 

10^ Un autre bras de bois couvert d'argent dont la 
bordure est dorée, ainsi que la main enrichie de pier- 
reries et dont le premier doigt est rompu : il contient 
un ossement de S* Cyrique de la longueur d'un doigt. 

11^ Une image de S* Mathieu en argent doré sur 
un pied de cuivre, enrichie de quatre petits tableaux 
de vernis et à laquelle est attaché un reliquaire d'ar- 
gent doré contenant un ossement de S* Vulmer avec 
son écriteau. 

IS'' Une image d'argent représentant S*® Barbe sans 
mains sur un pied de bois, ayant sa tour à côté et au 
pied de laquelle est une relique de la sainte. 

13° Une côte de S* Vulfran dans un croissant de 
bois recouvert d'argent sur un pied de cuivre. 

14° Un tableau de bois où sont enchâssés des mor- 

9 



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— 106 — 
ceaux de la pierre où N.-S. dit et composa le Pater 
noster, du sépulcre de N.-S., de la pierre où Jésus 
apparut à ses apôtres après la résurrection, de la 
chambre de N.-D., du lieu ou N.-D. trépassa et de la 
pierre où les apôtres mirent le corps de N.-D. Ce reli- 
quaire contenait aussi autrefois des fragments de la 
pierre du sépulcre de la vierge Marie et de la pierre 
où N.-S. J.-C. reposa au mont des Oliviers et qui ont 
été perdus. 

15^ Un autre reliquaire de cuivre à jour où sont 
enveloppées des reliques du bras d'un des Saints Inno- 
cents, d'une côte de S* Julien, des ossements de la 
Madeleine, et un petit morceau de bois avec l'inscrip- 
tion Sancta Maria. 

16^ Une couronne d'épines du bois du buisson de 
Moïse, * 

17** Une petite boite de bois couverte d'ivoire ren- 
fermant des ossements de S*® Marguerite, une partie 
de la tête de S* Clément, plusieurs ossements de 
S* Jacques et divers ossements et pierres dont on n'a 
pu dire les noms. 

18^ Une longue boîte en bois couvert d'ivoire où 
sont un ossement de S*® Ursule, maîtresse des onze 
mille vierges et plusieurs ossements gros et assez 
grands dont un est un morceau de mâchoire avec 
deux dents y attachées. 

19^ De l'huile du tombeau de S* Nicolas dans une 
petite fiole de verre. 

20*» Un reliquaire de cuivre doré à trois jours devant 
et autant derrière dans lequel sont des reliques de 
la croix de S* André, apôtre, de S* Christophe, de S* 
Laurent, de S* Mathieu, de S* Nicaise et de S' Eu- 
trope. 



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PL. I 







Reliquaires de l'Église de Longpré 



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— 107 — 

2Io Un reliquaire de cristal rond sur un pied de 
cuivre renfermant un ossement de S* Jacques. 

22** Un tableau de bois bordé d'argent doré enrichi 
à/ l'entour de huit pierres et qui se ferme avec deux 
vanteaux de bois couverts d'argent et parsemés au 
dedans et au dehors de fleurs de lys d'argent ; il con- 
tient une double croix du bois de la vraie croix, des 
reliques de S* Etienne, une côte de S* Luc, évangé- 
liste, un morceau de la pierre sur laquelle N.-S. fit sa 
prière au Mont des OUviers, des reliques de S' Clé- 
ment, martyr, de S* Pierre et de plusieurs autres 
saints dont on n'a pu dire les noms. 

23** Un reliquaire de forme ronde en argent avec 
deux piliers aux côtés sur un pied d'argent dans 
lequel sont un morceau du vêtement de la vierge 
Marie, des reliques de S' Etienne et de plusieurs 
saints dont on n'a pu dire les noms. 

24° Un reliquaire de bo!s couvert d'argent à pied 
de cuivre renfermant iin ossement de S* Eloi : il est 
en forme de chapelle, vitré devant et derrière et de 
chaque côté est une image de S» Eloi. 

Ce reliquaire du xv® ou xvi® siècle existe encore en 
assez bon état (Voir pi. I, n° 1.) : il manque seulement 
une des statues du saint; il mesure sans pied 105 
millimètres de long, 100 mm. de haut et 62 mm. de 
large. 

25» Une image de S* Louis en argent doré sur un 

pied aussi d'argent doré ; un bras en est rompu ; Tautre 

tient de la main droite trois clous d'argent poséss sur 

un long reliquaire dans lequel est enchâssé un fort 

gros ossement du saint qui remplit entièrement le 

reliquaire. 
La statue de S* Louis n'existe plus : on n'a conservé 



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— 108 — 

que le petit reliquaire en argent fort simple (pi. I, 
n** 2) et qui parait être du xvi* siècle. 

26* Un reliquaire rompu représentant le chef de 
S* Jean-Baptiste dans lequel est un morceau de la 
tempe de ce saint. 

27* Un reliquaire de bois couvert d'argent par le 
devant et de cuivre sur le derrière et les côtés dans 
lequel est un doigt en chair et tout entier de S* Eleu- 
thère. 

28** Un autre reliquaire en argent et en forme de 
croix où est enchâssé un doigt de S' Thomas. 

29^ Une petite chasse d'argent dans laquelle sont 
des ossements de S* Sulpice, S* Savin, S* Sébastien, 
8* Apollinaire, des morceaux de la pierre où N.-S. 
s'assit quand il pardonna les péchés à la Madeleine et 
de la pierre où Dieu était assis quand il donna la loi 
à Moïse, des parcelles du vêtement d'Elie, de celui 
d'Aaron et de l'instrument du martyre de S' Jacques 
apôtre, des ossements de S' Crépin martyr et de 
S** Appoline, des reliques de S' Pierre de Luxem- 
bourg, de S* Procope et de plusieurs autres saints 
dont on ne sait les noms. 

30° Un autre reliquaire en forme de clocher à 
quatre piHers le tout d'argent, le dessous ouvert et 
sans pieds, deux côtés vitrés et un côté cassé auquel 
paraît une inscription indiquant les reliques d'une 
dent et du vêtement de S* Jean-Baptiste. 

31° Un autre reliquaire de bois couvert d'argent 
en forme de croissant et sans pied, dans lequel est 
une côte de S* Biaise. 

32° Un autre reliquaire couvert d'argent doré re- 
présentant un crucifix avec deux figures au côté et 
deux anges au-dessus, auquel est attaché un par- 



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PL, Il 




Reliquaire de St-Vincent et St-Théodore 

DANS l'église de LONGPRÉ 



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— i09 — 

chemin avec cette inscription : Des quatre docteurs de 
l'église. 

Il existe encore et se trouve placé dans une chasse 
sous le maître autel où il est très difficile de le voir. 
(PI. I, n° 3). 

33" Un autre petit reliquaire d'argent détaché de 
son pied où sont des reliques de S* Vincent et de 
Théodore. 

Ce reliquaire du xvi® siècle existe encore : il est 
long de 9 centimètres sur 3 centimètres de diamètre 
et se compose d'un tube en cristal aplati sur deux 
côtés fermé à chaque bout par deux dés en argent : 
au-dessus est une frise ornée (PI. IL). 

34° Un autre petit reliquaire d'argent autour du- 
quel sont gravés d'un côté : De nativitate Domini, de 
lapide calvarii^ de clavo Domini, et de l'autre côté De 
sepulcro Domini, de sepulcro Marisa. 

Ce reliquaire récemment rendu à Téglise de Long- 
pré parait dater du xlii® ou xiv* siècle : il est à six lobes 
inégaux et mesure 76 millimètres de hauteur, soixante- 
deux millimètres de largeur et dix millimètres seule- 
ment d'épaisseur : il est fermé par deux plaques d'ar- 
gent sur lesquelles sont gravées d'un côté Dieu créant 
l'homme et la femme et de l'autre côté la tentation du 
Christ par le démon ; tout autour est la légende qui 
vient d'être rapportée (P. 110.). 

3iV Un autre reliquaire sur un pied le tout d'argent 
dans lequel sont un gros ossement de S* Gilles, un 
morceau d'une côte de S* Alexandre, |un ossement de 
S** Agnès martyre, une dent de 8* Remy, de la poudre 
d'os de S* André, des reliques de S** Luce, S* Nicolas, 
S* Laurent et S* Jérôme. 

36** Un petit coffre couvert de nacre de Perse où 



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PL. m 



RELIQUAIRE DE l'ÉGLISE DE LONGPRE. 



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— m — 

l'on a trouvé une ceinture de S*® Madeleine, ouvrage 
de soie rouge, un morceau de soie de même couleur 
tissée de la main de la Vierge et deux ossements de 
saints dont on ne sait les noms. 

37** Un autre reliquaire d'argent où s'est trouvé un 
gros ossement d'un saint dont on ne sait le nom, 

38** Un reliquaire de filigrane d'or en forme d'œuf 
dans lequel sont des reliques de S* Adrien, de S*® Claire, 
de S** Barbe, de S*® Marguerite, de S* Lambert et de 
S* Benoit confesseur. - 

39** Un autre petit reliquaire d'argent en forme de 
boîte sur lequel est une figure et renfermant des 
ossements de S* Serge et de S* Bacche. 

40** Un autre petit reliquaire d'or dans lequel est 
un ossement de saint dont on ne sait le nom. 

41** Un autre petit reliquaire en filigrane d'or dans 
lequel sont quelques reliques de saints dont on ne 
sait les noms. 

42** Un autre reliquaire d'argent en forme de boîte 
ronde dans lequel est un gros ossement de S* Etienne ; 
la figure de ce saint est sur le couvercle. 

43** Un autre reliquaire de cuivre sur un pied, 
presque entièrement à jour et contenant des reliques 
de S* Fursy. 

44** Un autre reliquaire de cuivre dans lequel est 
un ossement de S* André. 

45** Une petite boîte dans laquelle sont des osse- 
ments de S* Gilles ermite et de S* Christophe. 

46** Un reliquaire d'argent représentant d'un côté 
un évêque en chaire et de l'autre côté divers saints, 
ne pouvant savoir quelles reliques y sont à défaut 
d'inscription. 

47** Un autre petit reliquaire d'argent où est un 



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— 112 - 

ossement qui le remplit et auquel en est suspendu un 
autre avec une chaîne d'argent rempli de reliques 
sans aucune inscription. 

48° Un autre reliquaire d'argent en longueur dans 
lequel sont des reliques de S* Firmiri. 

49** Une chasse ou fierté en laquelle sont dix figures 
de saints et où sont déposées un grand nombre de 
reliques fort précieuses. 

50° Un autre reliquaire d'argent représentant d'un 
côté rimage de S* François et de l'autre côté S*^ Barbe. 

51° Et un autre reliquaire sans inscription en forme 
de boîte autour duquel sont quatre figures et une 
au-dessus et qu'on a dit contenir les chaînes de 
S*° Marine. 

Nous voyons que des cinquante et un reliquaires 
décrits aux deux inventaires et que nous avons 
indiqués en conservant autant que possible le texte' 
des actes notariés, il n'en subsiste plus que sept. 
Cependant, dans la visite que nous avons faite du 
trésor de Longpré, sous la conduite de M. l'abbé 
Thierry, curé de la paroisse, nous avons remarqué 
deux autres reliquaires anciens qui ne figurent pas 
aux actes de 1667; ce sont d'abord un petit tryptique 
malheureusement fort abîmé, couvert de peintures, 
représentant au fond de chaque , côté d'une croix 
creusée dans le bois la Vierge et S* Jean, sur l'exté- 
rieur des volets S* Pierre et S* Paul, et sur Tintérieur 
deux saintes ; puis un autre reliquaire de forme 
quatrilobée, bordé de filigranes d'or et de pierres de 
couleur et ayant au milieu et dans les quatre lobes 
diverses reliques; le dos en est en cuivre doré et 
représente un Christ en rehef ayant aux deui côtés 
les figures, gravées dans le litiétâl, de la Vierge et de 



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- il3 — 

S* Jean. Ce reliquaire, nous a-t-on dit, proviendrait 
de la fondation de l'église et remonterait, par consé- 
quent, au XIII* siècle ; le style du Christ est en effet 
complètement archaïque (PL I, n** 4.). 

Enfin, en dehors des reliquaires sus-mentionnés, 
Pacte du 20 juin signale un certain nombre d'objets 
servant à Texercice du culte, tels qu'un ciboire doré 
et argenté dans lequel est une pHite croix de cuivre 
et qui a été donné par Lamberde de Brimeu, une 
boîte de cuivre dont le couvercle est en forme de 
pyramide pour porter le viatique aux malades, un 
cahce d'argent doré avec la patène de même, un autre 
d'argent avec sa patène, deux chapes, deux tuniques, 
une étole le tout de drap d'or et de pareille façon et 
une chape à fond façon d'or. 

Si nous faisons maintenant attention aux reliques 
décrites dans ces documents, nous trouvons que la 
liste des reliques de Longpré donnée en 1646 par le 
P. Ignace dans l'Histoire ecclésiastique d'Abbeville 
et reproduite par M. l'abbé Thierry dans sa Notice 
publiée en 1885 n'était plus exacte en 1667 et la pré- 
sence à l'inventaire du doyen et des chanoines de 
Longpré doit cependant donner toutes garanties pour 
l'attribution vraie des reliques constatées. 

Ainsi nous ne. trouvons plus à l'inventaire les 
reliques suivantes mentionnées par le P. Ignace : Du 
sang de N. S., de la table de la Cène, du lait de la 
Vierge, de la verge d'Aaron, du bras de S* Jean- 
Baptiste, des saints Paul, Philippe, Simon, Marc, 
Barnabe, Eustache, Chrysogon, Cosme, Damien, 
Demierre. Pantaléon, Denis, Militan, Martin, Bernard, 
Dominique, Antoine, Aubin, Domice et Robert, des 
saintes Anastasie, Gertrude, Agathe, Christine et 

10 



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— n4 - 

Elisabeth de Hongrie. Elles existaient probaBlement 
encore, mais anonymes et parmi celles portées à 
l'inventaire comme de saints dont on ne sait les noms. 

Par contre, nous en rencontrons d'autres omises au 
catalogue et qui probablement étaient survenues 
postérieurement à la collégiale, telles que celles de la 
pierre où Jésus apparut à ses disciples après sa 
résurrection, de la pierre du mont des Oliviers, de 
la soie tissée par la Vierge, des saints Calixte, Calimer, 
Florian, Honoré, Vulmer, Julien, Pierre, Louis, 
AppoUinaire, Pierre de Luxembourg, Rémi, Lambert 
et Serge et des saintes Suzanne et Marguerite. 

Il est regrettable que les deux inventaires que nous 
venons d'étudier ne nous donnent pas une description 
plus complète des reliquaires et ne nous fournissent 
aucun renseignement sur leur style ; d'après ceux 
qui existent encore à Longpré, nous devons supposer 
qu'il en restait bien peu de ceux dans lesquels on mit 
d'abord les reliques envoyées par Aleaume de Fon- 
taine et que la plupart devait dater des xv* et xvi* 
siècles ; mais, il y a deux cents ans, l'archéologie n'exis- 
tait pour ainsi dire pas et l'inventaire de 1667 n'était 
pas destiné à une société savante. Quoiqu'il en soit, il 
n'est pas à dédaigner puisqu'il nous fait connaître, en 
partie du moins, un grand nombre. d'objets d'art dont 
le souvenir même était absolument perdu et qu'il 
nous donne sur le trésor de Longpré des renseigne- 
ments antérieurs de plus de cinquante ans aux docu- 
ments les plus anciens que l'on possédait jusqu'ici. 



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^ H5 - 

TESTAMENT D'UN GRAND SEIGNEUR 

A LA FIN DU SEIZIÈME SIÈCLB 
Lecture faite par M. F. DU Grosriez à la séance du ik janvier 1892. 

Messieurs, 

Je viens vous- donner lecture d'un testament d'un 
grand seigneur de la fin du xvi® siècle, c'est celui de 
François de Soyecourt, l'époux de Charlotte de Mailly 
et le dernier de son nom, il mourut le 19 juillet 1596 
ne laissant que des filles ; Taînée Françoise épousa 
Pontus de Belleforière dont les descendants se sont 
qualifiés depuis marquis de Soyecourt. 

Dans ce testament, François de Soyecourt manifeste 
sa volonté d'être inhumé au couvent des Jacobins de 
Compiégne, et ordonne la construction d'un tombeau 
qui devra y être élevé. Il institue ensuite un grand 
nombre de legs, qui dénotent le soin tout particulier 
qu'il apporte dans la distribution future de son immense 
fortune. 

Ce testament avait été précédé en 1591 d'une décla- 
ration de tous les biens du testateur avec l'indication 
de leurs provenances et la désignation motivée de l'hé- 
ritier auquel ils devraient revenir, au cas ou ses en- 
fants décéderaient sans postérité. Cet état des biens 
de ce riche seigneur, est susceptible d'offrir quelque 
intérêt pour le pays, car ils sont presque tous situés 
dans notre région ; et toutes les familles qui les ont 
possédés, appartiennent à notre contrée et comptent 
parmi les. plus illustres maisons de Picardie. 



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— H6 — 

Ces deux pièces, sont comprises dans un recueil 
manuscrit d'extraits d'actes de notaires du Ponthieu. 



ÉTAT DES BIENS 

François de Soyecourt, chevalier de Tordre de Saint- 
Michel, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, 
salut et dilection. 

Comme le vouloir de Dieu a été de m'afïliger en la 
perte de trois lils qu'il m'avait donnés, engendrés au 
mariage de moi sus-dit François de Soyecourt et de 
Charlotte de Mailly, héritière de la maison d'Auchy et 
de la maison d'Eaucourt, par avant veuve de Jean de 
Taix, du pays de Touraine, chevalier du dit ordre de 
Saint-Michel, colonel des gens de pieds français tant 
en France devant les monts qu'en Piémont, depuis 
maître et capitaine général de l'artillerie, et afin- que 
l'on sache de quelle souche et tige sont procédées les 
terres étant présentement en ma maison, scavoir en 
cet an 1591 , m'a semblé raisonnable en faire la présente 
déclaration, par devant notaires royaux et en envoyer 
copie coUationnée, à mes bons parents, seigneurs et 
amis, des quels les dites terres sont procédées. 

Premièrement, ma terre de Soyecourt et de Fran- 
villers, advenant extinction du lignage du nom et 
armes de Soyecourt, retournerait à la maison de 
Genly, du nom de Hangest, à cause de Clémence de 
Soyecourt, qui épousa un seigneur de Genly, dont la 
race est éteinte et n'en reste que Madame de Hangest *, 

* Cette dame de Hangest, était Jeanne de Hangest, dame de 
Moyencourt qui, étant veuve de Philippe de Maillé, épousa Claude 



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— H7 - 

dame de Moyencourt, veuve du sieur baron d'Es- 
querres, dont n'est venue qu'une fille qui a épousé en 
premières noces, le fils aîné du seigneur de Saint-Jan- 
vrin, neveu et héritier du Révérendissime Cardinal de 
Créquy, et en secondes noces, le seigneur comte de 
Saux en Provence, laquelle comtesse de Sailx repré- 
sente la maison de Genly de par sa mère. 

Ma terre de René-l'Écluse, qui vient de Marguerite 
héritière de Poix % qui épousa Thibault de Soissons, 
seigneur de Moreuil, tenue de la Ferté de Saint-Riquier. 

Ensemble, ma terre d'Ofïîn située au comté de Saint- 
Pol, tenue du dit comté. 

Ma terre de Goussencourt, située au village de 
Morchain tenue des religieuses et abbesse de Notre- 
Dame de Soissons, et 54 journaux de terre en deux 
fiefs tenus de la baronnie de Briocq, et une autre 
quantité de terres tenues de la seigneurie de Chilli, 
près Lihons, plus un fief nommé le Lucquet, tenu 
du comté de Ponthieu, à cause du bailliage de Rue 

d'Aguerre (voir P. Anselme, Hangest. p. 749). Elle n'eut qu'une 
fille unique Claude d'Aguerre, qui fut mariée deux fois ; d'abord 
par contrat du 15 novembre 1572 à Antoine de Blanchefort, seigneur 
de Saint-Janvrin, fils de Gilbert et de Marie de Créquy, seconde- 
ment à François-Louis d'AgouU, comte de Sault (voir P. Anselme» 
tome lY, p. 291). 

Cette Marie de Créquy était, elle fille de Jean VIII de Créquy et 
de Marie d'Acigné et sœur d'Antoine de Créquy, évêque de Nantes, 
puis d'Amiens et cardinal. 

Celui-ci obtint du roi la permission de faire porter à son neveu» 
Antoine de Blanchefort, fils de sa sœur Marie, le nom, les armes 
et le cri de Créquy (voir P. Anselme, tome vi, p. 785). 

Ce neveu eut un fils, Charles de Blanchefort, qui fut sire de 
Créquy, pair et Maréchal do France, et devint duc de Lesdiguières 
par suite de son mariage avec Madeleine de Bonne, fille de Fran«> 
çois duc de Lesdiguières et maréchal de France (voir P. Anselme, 
tome IV, p. 291). 

^ Marguerite de Poix était fille de Jean Tyrel, seigneur de Poix 
et de Madeleine de Chatillon'Dampierre. 



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— 418 — 

me sont venus de Péronne de Soissons et de la dite 
Marguerite de Poix ; donc retourneront à la maison 
de Créquy héritière de la dite maison et principauté 
de Poix. 

Mes terres de Gouy et de Baunicourt et fief Lar- 
quette, tenus du comte d'Artois, à cause de son 
château d'Aubigny, et autres parties tenues de la 
seigneurie de Saulty, appartenant au prince d'Epinoy, 
me sont venues par Isabeau du Bos, sœur de Messire 
Maussart du Bos, ayeul de M. d'Esquerdes », au pays 
d'Artois, seigneur de ... . Fruges .... Lambres 
.... partant à la maison d'icelui retourneraient les 
dites terres, par extinction de mon lignage et des 
descendants. 

Ma terre de Verton, près Mon treuil, et Nœufvilette, 
près Beaurains, qui sont tenues en un seul fief de la 
chatellenie de Beaurains, sont venues en ma maison 
par une fille du nom de Mauchevalier ^, seigneur de 
Wailly, Goyencourt près Roye, terres aujourd'hui 
possédées par le seigneur d'Estuberq, de la maison 
d'Halluin, puisné de la maison de Pieugnes et était 
encore le dit Mauchevalier, seigneur de Wargnies, 
possédé aujourd'hui par le seigneur d*Aguicourt ; 
Pourquoi en cas d'extinction retourneraient au dit 
seigneur d'Eclebecq ou d'Aguicourt. 

Ma terre du grand manoir, située au bourg de 
Lihons, pays de Santerre tenue en partie du prieur de 
Lihons, vient de Jean de Brimeu, seigneur d'Hum- 

I Les seigneurs d'Esquerdes étaient une branche de la maison 
de Fiennes. 

* Les seigneurs d'Esclebecq étaient de la maison d'Halluin; Tun 
d'eux était l'époux de Jeanne' Mauchevalier, veuve de Josse de 
Gourlay, seigneur d'Aguicourt et fille de Jacques seigneur de 
Wailly (P. Anselme, tome m, p. 914). 



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— 119 — 

bercourt, près Doullens, qui épousa en secondes 
noces Hue de Soyecourt, donc retournerait la dite 
terre en la maison de Mailly, en cas d'extinction, 
comme dessus. 

Mes terres du Tilloloy et Saucourt tenues par un 
seul fief, nommé le fief du Fay, du marquisat de 
Nesles ; 

Ma terre de Norempuis et fief de Chempi, tenus du 
sieur du Plaisiel de Roye, à cause de son fief ; 

Ma terre de Conchy-aux-Pots, tenue du dit Plessiel 
de Roye, et un fief nommé le fief de Bâillon, tenu du 
sieur de Cani, de la maison de Barbenson ; 

Le village de Bourg de Burenies tenu par divers 
fiefs des religieux et couvent Saint- Eloy de Noyon ; 
^ Les étangs de Feulvent et Wattevivier, tenus du 
seigneur de Roye ; un fief situé à Crapaumesnil, 
tenu du dit Crapaumesnil ; 

Un fief situé au village de Gimillère, tenu de la 
seigneurie de Garbigny ; 

Un fief situé à Rouvroy, tenu de Monseigneur 
révêque d'Amiens ; 

Un fief situé à Verpilliéres, tenu de . • . . Toutes 
les dites terres situées en la prévosté de Roye me 
viennent de Madame Antoinette de Rasse, ma mère, 
fille unique et héritière de M. François de Rasse che- 
valier, seigneur de Largerie, Bellincamp, le Blocu 
Courcelles et Linchelles, situés en Flandre et chatel- 
lenie de Lille, Douai et Orchies, du sus dit Tilloloy, 
Saucourt Burernies et Corempuis et Daingnies en sé- 
néchaussée de BovGs, près Corbie, en cas d'extinc- 
tion, comme dessus retourneraient en la maison de 
Chaulnes à cause que Ici dite dame Antoinette de 
Rasse veuve de Jehan de Soyecourt, mon père, épousa 



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— 120 — 

en secondes noces M. Louis d'Ongnies, comte de 
Chaulnes. 

Les terres de la Motte, Wrelingthun, Maginghem, 
Claves, situées en Boullonnais tenues du comté de 
BouUongne, Tinguery et autres seigneuries me sont 
venues de la dite dame Antoinette de Rasse, à la 
quelle elles étaient échues par Madame Anne de 
FoucquesoUes sa mère et en cas d'extinction des deux 
maisons de Soyecourt et de Chaulnes retourneraient 
icelles terres à la maison de BernieuUes à cause 
qu'elles sont venues de Raoul de BernieuUes, puisné 
de la dite maison et est à présent le dit seigneur de 
BernieuUes, chef des armes de la maison de Créqui. 

Quant à toutes les autres terres que je possède à 
présent, cy après déclarées, elles me sont, grâce à 
Dieu, venues d'ac uet, comme la terre de René-écluse 
en Ponthieu, tenue de la seigneurie de BouJRflers que 
j'ai acquise de Gabrielle de Sarcus. 

La terre de Maphy tenue du dit comté de Ponthieu, 
à cause du dit bailliage de Crécy, acquise par décret. 

La terre d'Arry, en partie acquise des sieur et dame 
d'Inxent ',' tenue du dit comté de Ponthieu à cause 
du bailliage de Rue, les bois Cathon et Cathonent y 
compris, plus le fief que Messieurs les Religieux, Abbé 
et couvent de Saint-Sauve en Montreuil avoient au 
dit Arry, dont les dits bois Cathon et Cathonent sont 
tenus. 

Item le bois à Manchues que je tiens du fief de 
Souteauville, situé au dit lieu d'Arry. 

La terre et le bois de Campigneulles qui étaient 
tenus de ma terre de Machy que j'ai réunis. 

* Louis de Monchy, chevalier, seigneur d'Inxent, gouverneur de 
Laon et sa femme Aimée de Vaudricourt, dame de Rampont. 



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— 421 — 

La terre de Saint-Aubin-en-rivière que j'ai acquise 
par décret, tenue de la seigneurie de Long. 

La terre de Saint- Jean-lez- Brécourt que j'ai acquise 
de Messieurs les Religieux, Abbé et couvent de Saint- 
Pierre-lez-Selincourt. 

Les bois Saint-Pierre, assis au bout des bois de 
Liomer que j'ai pareillement acquis des dits Religieux. 

Un fief situé à Verlon que m'a vendu le sieur de 
Fresnes, Blondel et qu'il avait acquis des dits Reli- 
gieux de Saint-Pierre de Selincourt. 

Toutes les terres labourables du domaine de Retié- 
Écluse par moi acquises et réunies. 

Le Lienon et le jardin de Brécourt qui donne 
jusqu'au vieux moulin par moi acquis, dont partie 
est tenue de la Commanderie de Saint Mauvis, et 
depuis la porte du dit Brécourt était toutes maisons. 

La terre de Liomer par moi acquise de M. de 
Bacqueville, tenue du château d'Arguel, sénéchaussée 
de Ponthieu. 

La vicomte de Tuppigny et abre de Guiry tenus en 
franc alleu, acquis par moi sur Robert Guillard, 
huissier en la cour de Parlement, à Paris, auquel 
le tout était adjugé par décret. 

Les terres d'Iron, la VacquefessCj Saint-Martin-en- 
rivière, le Tarchon, Wallec, Mulattre, tenues du duché 
de Guise, par moi acquises sur le dit Robert Guillard, 
huissier au dit Parlement auquel elles étaient adjugées 
par décret. 

Es environs de Tilloloy, j'ai acquis les ableds qui 
étaient diis au chapitre de Noyon plus les terres ou 
sont assises plusieurs remises que j'ai fait planter 
en bois, comme les terres acquises de l'eslu Carton 
de Roye, tenus de Messieurs les religieux, abbé et 



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— 122 — 

couvent de Corbie, à cause de leur terre et seigneurie 
du Bus. 

Plus les bois de Messieurs du chapitre d'Amiens 
situés joignant les bois du Bus, tenus des dits chapitres. 

Item le bois Le Febvre acquis du dit eslu Carton, 
tenu de Messieurs les religieux, abbé et couvent de 
Corbie. 

Plus une quantité de bois de Flourens Gaiaud et 
de Flourens Dieu, tenus de Messieurs les religieux, 
abbé et couvent de Corbie. 

. Plus la partie que j'ai au bois des Avesnes-lez- 
Laucourt que j'ai acquis de Bon de Lestocq, tenus de 
Messîieurs les doyens, chanoines et chapitre de Saint- 
Flourent de Roye. 

Plus le bois que j'ai acquis de Messieurs les reli- 
gieux, abbé et couvent de Forestmontiers, situé à la 
Bucaille. 

Item les bois de Tilloloy que j'ai acquis de Messieurs 
les religieux de Valloires. 

Item les bois AUiame que j'ai acquis des sieur et 
dame de Mongeron, tenus du comté de Saint-Pol en 
Artois. 

Plus le camp Saint-Eloy, que j'ai acquis de Mes- 
sieurs les religieux, abbé et couvent de Saint Eloy de 
Noyon, situés joignant les dits bois AUiame et com- 
mençant d'un bout à une pièce de bois de la seigneurie 
de Veron nommé le Bois planté, d'autre bout, aux 
terres du dit Véron. 

Plus j'ai acquis aux Hallots-le^- Véron plusieurs 
surcens sur plusieurs maisons, tenus de la dite sei- 
gneurie de Véron, foncièrement. 

Item ai acquis de diverses personnes le nombre de 
57 journaux de terres et quinze verges commençant 



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— 123 — 

au trou Bellevarre et finissant près des communes de 
Villers, la plupart enfermées de fossés et tenus des 
religieux de Saint-Pierre d'Abbeville. 

Plus ai acquis près Mazinghem en Boulonnais un 
fief tenu de l'abbaye de Samer-au-bois. 

Plus ai acquis de MM. les religieux, abbé et couvent 
de Valloires le lieu ou soûlait être la censé du Tilloy 
avec 39 journaux de terres appendants et joignants ; 
la dite censé toute en une seule pièce. 

Plus ai réuni à ma table et domaine de René-Écluse 
la seigneurie de Wacogne vendue par Jean Carpentier 
sieur de Collines. 

Le contenu es articles sus dits au nombre de 36, 
le dit seigneur de Soyecourt comparant en personne 
a reconnu et avoué véritable par devant nous, Antoine 
Legrand et Guillaume Mareschal, notaires royaux en 
Ponthieu, demeurants en la ville de Rue, soussignés, 
au quel seigneur requérant avons accordé les pré- 
sentes pour lui servir et à tous autres qu'il appartien- 
dra, ce que de raison qui furent faites et expédiées 
et reconnues au dit Rue en la chambre du dit seigneur 
en rhôtel des Tourelles ou le dit seigneur fait de 
présent sa résidence, le 16 janvier 1591 avant midi, 
avec lesquels notaires le dit seigneur a aussi signé les 
présentes. 

Ainsi signé au bas de la minute originale. 

F. DE SOYECOURT. 
A. LEGRAND et MARESCHAL, 

Notaires, 



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— «24 ~ 



TESTAMENT t 



Au nom de la simple et indivisible Trinité, je 
François de Soyecourt, chevalier de Tordre de Saint- 
Michel, seigneur du dit Soyecourt, Grand- Manoir et 
Goussencourt, situés en la prévosté de Péronne, 
Gouy et Bavincourt-en- Artois, Offîn au comté de 
Saint-Pol, Verton-sur-la-Mer, René-TEcluse, Tilloloy, 
Saucourt, Burerny, Conchy-aux-Pots et Corempuis 
situés en la prévôté de Roye, La Chotte-Wrelincthun, 
Mazinghem et autres situés en Boulonnois, Saint- 
Aubin-en-Rivière, Machy, Arry, on partie situés au 
comté de Ponthieu, Verines aussi situé en Ponthieu 
par moi acquis de M. de Bacqueville, la vicomte de 
Tuppigny tenu en franc alleu, item la Vacqueresse 
Saint-Martin-en-Rivière, par moi acquis de Robert 
Guillard, huissier au Parlement et autres terres ac- 
quises aux environs et circonvoisines de celles sus- 
dites, à tous présents et à venir salut et dilection en 
Jésus-Christ, savoir fait que comme dès le 29* jour 
de janvier 1583, j'ai partagé mes dites terres, biens et 
seigneuries, et en ai disposé au profit des enfants 
issus et engendrés au mariage de moi susdit François 
de Soyecourt et de Madame Charlotte de Mailly, mon 
épouse, par avant veuve de M. Jean de Thaye, che- 
valier du dit ordre de Saint-Michel, colonel des gens 
de pied français, tant en France comme en Piémont, 
capitaine de 50 hommes d'armes, depuis grand maitre 

* (Mss. du Grosriez. Vol. des actes. T. ii, n» 927.) 



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— 425 — 

et capitaine général d'artillerie de France, icelle dame 
héritière de la maison d*Auchy et d'Eaucourt et sur 
icelui testament fait aucun annexe et codicille le 
21* jour de février 1585, le tout par-devant notaires 
royaux au dit Ponthieu, résidents en la ville d'Abbe- 
ville et il serait advenu que depuis le dit partage et 
disposition testamentaire, le vouloir de Dieu ait été 
de révoquer à soi trois des dits enfants, savoir : Maxi- 
milien de Soyecourt, mon fils aîné, à son trépas, gen- 
tilhomme ordinaire de la chambre du roi, Charles de 
Soyecourt, mon second fils, aussi gentilhomme de la 
dite chambre, et Abdias de Soyecourt, mon troisième 
fils, capitaine de trois enseignes de gens de pied, de 
façon que pour le présent en notre dit mariage ne 
serait resté aucun enfant mâle, ainsi seulement * rois 
filles, savoir : Françoise de Soyecourt, mon aînée, 
veuve de M. Ponthus de Belleforière, seigneur d'Itre, 
. Çaigny et Olisy, gouverneur de Corbie, gentilhomme 
servant du roi ; Charlotte de Soyecourt, ma seconde 
fille, à marier, et Suzanne de Soyecourt, ma troisième 
fille, dame de Saint- Sam son *. 

A raison de quoi, considérant être raisonnable, 
changer, muer et corriger icelles dispositions ci- 
devant faites, j'ai le tout révoqué, cassé, annulé et 
par ces présentes en tant que métier est ou serait, les 
révoque, casse et annulle ensemble tous autres que 
pourrais avoir fait par avant le passement des pré- 
sentes, en quoi faisant, ne voulant mourir intestat, 
considérant la mort être naturelle et l'heure inconnue, 
étant, grâce à Dieu, sain et entier de corps, esprit, 
mémoire et entendement, fait et ordonne mon testa- 

» Mariée avant sa sœur à Guy d*Auxy, seigneur de Saint-Samson, 
fils de François et de Marie Raguier de Pousse. 



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— 126 — 

ment pour ma dernière volonté, comme il en suit que 
je veux et entends son plein et entier effet. 

Premièrement, je crois, confesse et déclare que je 
veux vivre et mourir en la foi et religion de l'Église 
catholique, apostolique. 

Secondement, je désire, après qu'il aura plu à Dieu 
séparer mon âme de ce corps, que mon dit corps soit 
inhumé, si tel est le vouloir de Dieu, aux Jacobins de 
Compiègne, où plusieurs de mes prédécesseurs et mes 
dits trois fils sont enterrés ; priant MM. les Rév. Pères 
religieux, prieur et couvent de M. Saint- Dominique 
des Jacobins de Compiègne ^ permettre que dans le 
chœur ou la nef de l'église de leur monastère, pour 
la mémoire de mes dits trois enfants Maximilien, 
Charles et Abdias de Soyecourt, soit faite pour eux 
trois une sépulture élevée de la plus exquise pierre 
qui se pourra trouver selon qu'il s'en recouvre es 
environs de Tabbaye de MaroUes-enrHainaut ', et 
encore une autre pareille sépulture pour moi et d'i- 
celle dame Charlotte de Mailly, notre épouse, derrière 
celle de mes dits trois fils ; et que en ce sculpture soit 
représenté comme à chevalier appartient et la dite 
dame suivant son état et rang: et où il se trouverait les 
représentations en cuivre relevé être plus honorables, 
je prie mes exécuteurs cy après nommés, qu'elles 
soient faites de la dite étoffe de cuivre ainsi que les 
armes et alliances de notre maison soient à l'entour 

i Le couvent des Jacobins de Compiègne a été démoli à la 
Révolution et fait place à un hôtel privé, propriété actuelle de la 
famille de Bicquilley, dans le jardin une partie des cloîtres existe 
encore et les statues en marbre blanc de François de Soyecourt et 
de Charlotte de Mailly s'y voient encore, dit Joanne, dans son 
guide du Nord de la France. 

* Marolles est situé près de Landrecies (Nord). 



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— i27 — 

des dites sépultures avec deux enseigaes de gens de 
pied; pour mon regard, de taffetas blanc et violet et 
un guidon de gendarmes ; pour Abdias de Soyecourt, 
trois enseignes de gens de pied des couleurs qu'il les 
soûlait porter; plus, que nos cottes d'armes, sallades 
gantellets et épées d'armes soient aussi posés comme 
est la coutume, voulant que pour le satisfaire et four- 
nir soit employée jusqu'à la somme de mille écus et 
plus s'il convient, à prendre sur mon héritier prin- 
cipal. 

II ordonne ensuite la construction d'une chapelle 
dans le cimetière de l'église deTilloloy, à main gauche 
en entrant dont il désigne la longueur, largeur et 
hauteur et la manière doit doivent être faits leurs 
mausolées et épitaphes ainsi que celles de ses trois en- 
fants, d!t ensuite que ses plus anciens prédécesseurs 
sont inhumés dans la chapelle de N.-D. en l'abbaye 
de Corbie, veut qu'il soit posé dans la dite chapelle 
une épitaphe où il sera indiqué que son corps, celui 
de son épouse et de ses trois enfants sont inhumés au 
dit Compiègne ; que tous les quartiers de ses armes 
soient faits de pierres dures et grandes tables d'at- 
tente au-dessous, dénotant les alliances et les titres 
qu'une chacune femme y aura apportés. Comme An- 
toinette de Rasse, notre dame et mère, héritière de 
M. François de Rasse, chevalier, seigneur de la Han- 
gerie, conseiller et maitre d'hôtel ordinaire des rois 
Louis XII, François I" et Henri II, dame de son 
propre, des terres de la Gaigerie, Bellincamp, le 
Blocul,^ Courselles et Linchelles situées en Flandre, 
de Tilloloy, Saucourt, Bunerines, Conchy-aux-Pots 
et Corempuis situées en la prévôté de Roye, de De- 
muin en sénéchaussée de Boves, de la Motte- Wreling- 



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— 128 — 
thun, Mazinghem et autres situées en Boulonnais ; 

dame de Soyecourt, comtesse de Chaulnes ; Péronne 
de Soissons, fille de M. Thibault de Moreuil, prince de 
Chinay et de Marguerite de Poix, héritière de la mai- 
son et principauté de Poix, icelle Péronne, dame de 
son propre, de René-rEcluse, Oifin au comté de Saint- 
Pol, de Goussencourt près Nesles ; 

dame de Soyecourt, Isabeau du Bos, fille de M. 
Manssart du Bos, seigneur des Guerdes, dame des 
terres de Gouy et Bavincourt-en-Artois ; 

dame de Soyecourt, Marguerite de Mailly, veuve de 
M. Jean de Brimeu, seigneur d'Humbercourt, comte 
de Melhes, dame du grand manoir situé à Lihon. 

Dame de Soyecourt, Agnès de Caieux, fille d'En- 
guerrand de Cayeux, Bouillencourt-en-Sery, dame de 
Bonnay, Bécourt et Méneslies près Gamaches. 

Dame de Soyecourt, de Wargnies ou Mauchevalier, 
dame de Verton-sur-la-Mer. 

Dame de Soyecourt, Barbe de Mouy, fille de M. Colart 
de Mouy, seigneur du dit Mouy et de Than. 

Dame de Soyecourt, dame de Varennes, 

fille de Flourens de Varennes, maréchal de France '. 

Charlotte de Mailly, dame de Soyecourt, notre 
épouse, paravant veuve de Thais, comme dessus est 
écrit. Pour la construction et édification de laquelle 
chapelle sera employé jusqu'à la somme de 2000 livres 
et plus, payable par son héritier. 

Quant à ses biens immeubles, le dit seigneur testa- 
teur veut que, dans le cas ou la dite Françoise de Soye- 
court, sa fille aînée et héritière apparente viendrait à 

* Le P. Anselme dit que Flourens de Varennes était amiral en 
1270. Dans la généalogie de Soyecourt, il ne relate pas l'allance 
de sa fille avec un Soyecourt. 



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— 429 - 
lui succéder dans le cas où il ne laisserait hoir mâles, 
elle soit tenue de délivrer à Charlotte de Soyecourt, fille 
puisnée du dit seigneur testateur, les terres de Gouy 
et Bavincourt-en-Artois, tenus scavoir : partie du roi 
d'Espagne à cause de son château d'Aubigny-le-Comte 
et Tautre partie du prince d'Espinoy à cause de la 
seigneurie de Saulty. Ensemble tous les autres fiefs 
situés aux dites terres et aux environs d'icelles de 
quelques seigneurs qu'elles soient tenues, plus sa 
terre du grand Offîn, comme elle se comporte et étend, 
tenue du comte de Saint-Pol, plus ses terres de Ver- 
ton près Montreuil et de Neuvillette près Beaurain, 
tenues en un seul fiel de la chatellenie de Beaurain, 
plus le fief et seigneurie par lui acquis du sieur Blon- 
del de Fresnes, situé à Verton, tenu des religieux, 
abbé et couvent de Saint-Pierre-les-Selincourt, plus 
toutes les terres qu'il a au pays de BouUenois et enfin 
les deux cents livres de rente perpétuelle et sans rem- 
boursement qu'il a sur la maison de FoucquesoUes, 
et ce pour la remplir de tous les droits qu'elle pourrait 
avoir sur toutes ses terres et seigneuries. 

Et à Suzanne de Soyecourt, sa troisième fille, dame 
de Saint-Samson, le dit testateur veut qu'il lui soit 
donné sa terre de Saint- Aubin-en-Riviére tenue du 
comte de Rœux ', à cause de sa seigneurie de Long, 
plus la terre de Liomer acquise de Messieurs^ de Bac- 

1 Le comte de Rœux devait être alors Eustache comte de 
Rœux après la mort de son frère Jean. 

Jean de Croy, comte de Rœux, chambellan du roi d'Espagne et 
•capitaine de 50 hommes d'armes, mourut en 1581 sans héritiers. 

Marie de Croy, épouse d'Adrien de Boulainvilliers qui hérita de 
la seigneurie de Long, était, dit le P. Anselme, fille de Ferry et 
de Lamberte de Brimeu, conséquemment n'était pas sœur des 
frères Jean et Eustache. 



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— i30 — 

queville tenue du roi à cause de son château d'Argueil, 
plus les bois Saint-Pierre tenant à ceux de Liomer, 
plus la terre de Saint-Jean-lez-Brocourt tenue des re- 
ligieux (le Saint-Pierre de Selincourt, plus enfin une 
rente de 500 livres à lui due par le duc d'Aumale \ 
hypothéquées spécialement sur le bois du Waudier. 

Au moyen des deux- legs par lui faits à ses deux 
filles, rintention du testateur était que sa fille aînée 
ait tous ses autres biens, qu'il charge spécialement 
de payer toutes ses dettes, substitue toutes ses filles 
les unes aux autres, institue les dites demoiselles ses 
filles ses légataires universelles à condition qu'elles se- 
ront chargées d'acquitter le douaire et jouissance que 
la dite dame Charlotte de Mailly son épouse et leur 
mère a sur iceux au désir de son contrat de mariage. 

Dans le cas ou ses trois filles décéderaient et que 
leurs enfants après elles décéderaient sans enfants, 
le dit seigneur testateur veut que toutes les acquisi- 
tions qu'il a faites retournent en la maison de Chaulnes, 
descendants directement de Louis d'Ongnies, chevalier 
de l'ordre du roi ', capitaine de 50 hommes d'armes, 
conseiller au conseil privé et superintendant des 
finances de France, lequel épousa la dite dame Antoi- 
nette de Rasse, mère du testateur, avant veuve de 
Jean de Soyecourt, père du dit seigneur testateur. 

Le testateur déclare ensuite que les bailfis, procu- 
reurs d'office et greffiers lui ayant rendu de grands 
services dans leurs places et afin que chacun d'eux 

» Charles de Lorraine, duc d'Aumale, grand veneur de France, 
fils de Claude, grand veneur de France et de Louise de Brézé, il 
fut condamné à être écartelé et mourut à Bruxelles en 1631. 

* Louis d'Ongnies, premier comte de Chaulnes, était fils de 
Philippe et de Suzanne L'Huillier ; il bâtit avec sa femme Antoi- 
nette de Rasse le château de Chaulnes. 



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— 431 — 

ait mémoire de lui, il veut qu'il soit distribué à chacun 
des dits officiers qui seront en charge lors de son 
décès une robe longue, collet et chausse d'estamette 
à 4 livres Taune, pourpoint de camelot noir d'Amiens, 
le tout garni ; pour se garnir et vestir jusqu'au 
chapeau ; et à leurs femmes, un marc d'argent cha- 
cune, réduit en vaisselle comme ils verront bon être. 

A tous ses gardes de bois, dits sergents, une man- 
dille et chausse de drap noir, à un écu Taune, avec le 
pourpoint de toille noire à 14 sols tournois Taulne, il 
lègue ensuite à ses domestiques sçavoir : 

A Pierre Martin, son plus ancien serviteur, 50 livres 
de rente viagère tous les ans. 

A Romain Flamecq, parfermier, 24 livres et un 
muid de bled, mesure de Roye, aussi de rente par an. 

A Pierre Lavoisier, 50 livres de rente tous les ans 
sa vie durante. 

A JuUien André, autre et pareille somme de 50 livres 
de rente viagère, tous les ans. 

A Louis Cailleux, l'un de ses cuisiniers, 20 livres et 
un muid de bled (mesure de Roye), tous les ans, 
durant sa vie. 

A Luc, cocher, 12 livres et un muid de bled, mesure 
que dessus, sa vie durante, tous les ans. 

A .... Rosier, son vieux jardinier, 12 livres et un 
muid de bled, mesure que dessus, tous les ans sa 
vie durante. 

A Augustin Cailleux, son portier de Tilloloy, 12 
livres de rente sa vie durante. 

A Sébastien Wallart, l'un de ses cuisiniers, 12 livres 
de rente viagère. 

A Oilles Wytart, son valet de chiens, 10 livres de 
rente sa vie durante. 



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— 132 — 

A Claude, son frère, 10 livres de rente tous les ans 
viagerement. 

Et à tous ses autres serviteurs et servantes qui 
seront chez lui au jour de son décès, deux années 
de leurs gages, excepté ceux qui seraient à son service 
depuis un mois seulement, 

Veut enfin qu'il soit fourni à tous ses domestiques 
à chacun un manteau et une chaussette de drap noir, 
à un écu l'aulne, collet et pourpoint de camelot 
d'Amiens à 14 sols l'aulne, et aux servantes une robe 
de drap noir au pareil prix, et les habillements de 
ceux auxquels il donne 50 livres de rente seront 
d'estametle à 4 livres Taulne. 

Nomme pour son exécuteur testamentaire Messire 
Charles d'Ongnies, chevalier des ordres du roi, capi- 
taine de 50 hommes d'armes, comte de Chaulnes, «on 
frère utérin *, et lui donne pour accesseurs en la dite 
place Messire Louis de Véronnes, écuyer, et Jehan de 
Fer, écuyer, seigneur de Selincourt, lesquels entendent 
bien ses affaires, pourquoi il veut qu'ils soient appelles 
à la conduite de ses affaires ; que, dans le cas ou ils 
seraient obligés de faire des voyages, pour les suivre, 
ils soient payés 3 hvres par jour ; enfin il lègue à 
chacun d'eux une pension viagère de 100 livres par 
an, payable par quartier. 

Lègue à M. Jean Vacquette, procureur au siège 
présidial d'Amiens », qui lui a rendu de signalés 

* Charles d'Ongnies, époux de Anne des Ursins, veuve de 
Guillaume de Lannoy, eut pour fils Louis qui nfi laissa pas d*en- 
fants mâles de sa femme Anne d'Humières et n'eut qu'une fille 
Louise, qui devint seule héritière et qui, en épousant Philibert- 
Emmanuel d'Ailly, vidame d'Amiens, baron de Picquigny, porta 
la terre de Chaulnes dans cette famille. 

■ Jean Vacquette, seigneur du Cardonnoy, époux de Marthe 



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— i33 — 

services depuis de longues années, 50 livres de rente 
viagère sa vie durante, et qu'il soit employé à ses 
affaires. 

Donne à M® Antoine Legrand, substitut du procu- 
reur du roi en la ville et bailliage de Rue, qui l'a servi 
fidèlement en l'une de ses principales terres qui se 
nomme René-l'Écluse, la somme de 25 livres de rente 
viagère, tous les ans et veut qu'il soit employé tant 
qu'il vivra à la conduite de la dite terre. 

Veut que la rente de 100 livres tous les ans qu'il 
a donnée à Marie Lavoisier, mariée à Senlis, lui soit 
exactement payée. 

Veut également que la donation qu'il a faite à Claude 
Morant, demeurant à Rue, de 53 livres de rente qu'il 
a hypothéquée sur les bois Cathon et Cathonnent lui 
soit payé. 

Charge Françoise de Soyecourt, sa fille aînée, dame 
de Bellefouriére, du paiement de toutes les pensions 
et rentes viagères ci-devant exprimées, ne voulant 
pas que Suzanne et Charlotte de Soyecourt, ses deux 
filles puisnées, en puissent être tenues. 

Fait au dit Rue, en l'hôtel de Tourelles où icelui 
seigneur fait sa résidence, le mercre:li dixième jour 
d'avril 1591, devant midi. 

Par-devant nous, Antoine Legrand, Guillaume 
Mareschal et André Descamps, notaires royaux en 
Ponthieu, résidant en la ville de Rue. 

Au bas du testament se trouve un codicille fait par 



Pournier fut, comme son frère aîné Jacques, procureur à Amiens, 
il était fils de Jacques, seigneur de Méricourt et de Marie Bauduyn. 
M. A. Ledieu, dit, dans la Vallée du Liger^ page 51, que ce Jean 
Vacquette acquit la seigneurie de Saint-Jean le 14 mai 1587 et U 
revendit plus tard à François de Soyecourt. 



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- 134 - 

le dit seigneur de Soyecourt, le 20 juillet 1591, parce 
qu'il révoque le legs qu'il avait fait à Claude, frère de 
Gilles Vytart, attendu qu'il est sorti de la ville d'Abbe- 
ville où il l'avait mis en métier et fait don de la dite 
rente viagère à Jean Lavoisier, frère germain du dit 
Pierre Lavoisier, ci-devant nommé. 

En marge de la première feuille de ce testament, il 
se trouve une note faisant mention que le dit seigneur 
de Soyecourt a fait un autre codicille par-devant 
M~ Jean Delcourt et Nicolas Doresmieulx, notaires à 
Abbeville, le 31 juillet 1595. 

Plus bas se trouve, également écrit en marge, en la 
première page du dit testament, que le dit seigneur 
de Soyecourt est décédé en sa maison dé Tilloloy, le 
vendredi 19 juillet 1596. 



NOTE SUR QUELQUES SCULPTEURS EN BOIS DANS LE VIHEU 

Au XV* Siècle 
Par M. Emile Deliqnières, Président. 

'Dans un ouvrage remarquable de Mgr Dehaisnes, 
président de la Commission historique du Nord, sur 
la Vie et les œuvres de Jean Belgambe (Lille, 1890), 
obligeamment communiqué par notre excellent col- 
lègue, M. le comte de Galametz, le savant auteur cite 
un Jean Lefebvre Ventailleur, né à Bellefontaine (sic) 
en Vimeu. Ce Lefebvre fut reçu bourgeois de Douai 
le 23 avril 1428; il fit sous le nom de Jean Ventailleur 
divers travaux de sculpture et de peinture à Saint- 



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— 135 — 

Amé f de Douai en 1442 et en 1443 ; il légua le 9 avril 
1450 une image de la Vierge dorée, d'or fin, à la collé- 
giale de Saint- Pierre, dans la même ville. 

Il avait été précédé en cette ville par Pierre Le- 
febvre, aussi entailleur, également originaire du Vi- 
meu, en Picardie, qui avait juré la bourgeoisie le 14 
mai 1412. Nous relevons ici les documents imliqués à 
ce sujet par Mgr Dehaisnes parce qu'on pourra y 
puiser, pour un travail plus approfondi sur ces ar- 
tistes, des renseignements précieux ; Archives com- 
munales de Douai : — registre aux bourgeois de 1412 
à 1470 fol. 22 et 48, série FF. — Registre aux testa- 
ments de 1438 à 1451 fol. 226. Et dans les Archives 
départementales du Nord : Comptes de la Fabrique de 
la Collégiale Saint- Ame, années 1442, 1443. 

Plus loin, réminent auteur de la vie de Jean Bel- 
gambe cite un nom qui se rattache tout particulière- 
ment à notre ville, et qui, par là, nous intéresse d'au- 
tant plus, c'est celui de Pierre Lheureux, imagier de 
Saint'Vulfran d'Abbeville (Mémoires de l'Académie 
d'Arras. 1876). 

Enfin, dans le même ouvrage, sont relevés, d'après 
des comptes d'Hénin-Liétard, les noms d'un certain 
nombre de peintres et tailleurs d'images parmi les- 
quels nous trouvons notamment un Simon Lheureux 
et son fils Jean, auteurs d'importants travaux pour 
l'église ; l'auteur ajoute que ces derniers étaient peut- 
être parents de Pierre Lheureux, toujours qualifié 
d'imagier de Saint- Vulfran d'Abbeville. « Ces artistes, 
dit-il d'après les mentions des comptes, ont surtout été 

1 La collégiale de Saint-Amé était la plus ancienne église de 
Douai ; ses nefs et ses cloîtres étaient peuplés de statues dues au 
ciseau des Jean Lentailleur et des Martin Toulet. 



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— 136 — 

employés pour de simples travaux (rornementation, 
et c'est au peintre douaisien, Jean Bellegambe, que 
s'adressa l'abbé de Saint-Vaast (d'Arras) , Martin Asset, 
lorsqu'il voulut exécuter de grandes œuvres artis- 
tiques. » 

Quoi qu'il en soit, et nous bornant aujourd'hui à ces 
simples relevés, il était tout particulièrement intéres- 
sant pour nous, Abbevillois, dé trouver dans le savant 
ouvrage de Mgr Dehaisnes, des noms se rattachant à 
notre ville et à la Picardie, surtout pour cette époque 
du quinzième siècle. Nous connaissions en effet des 
sculpteurs d'Abbeville ou des environs au seizième e 
au dix-septième siècle, tels que les Caron, Claude 
David, Thibaut Poissant, Crurin, Pierre Salle, Jean 
Poultier, et, au dix-huitième, Nicolas Bellet, Louis 
Lecomte dit Lecomte Picard, Moulin «t autres, et 
nous nous proposons de les étudier quelque jour à 
l'aide de notes et documents recueillis ; mais noué 
n'avions connu jusqu'à présent, comme remontant 
au quinzième siècle qu'un seul nom d'artiste de notre 
ville, Ernoul Delf, entailleur, dont une œuvre des plus 
intéressantes et parfaitement conservée, Notre-Dame 
de Pitié, se trouve encore actuellement au-dessus de 
la cheminée de la salle des archives à la mairie, où 
elle est restée depuis 1469. Nous reviendrons à quelque 
jour sur cette belle et curieuse pièce que nous avons 
étudiée dans son ensemble et dans ses détails. 



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— 137 — 
Séance du 7 avril 1892 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIONIÈRES 

M. DE Galametz signale aux recherches des 
membres de la Société l'existence à la ville d'Eu de 
deux hôpitaux, l'hôpital picard et l'hôpital normand, 
dont il est question dans le testament de Jacqueline 
de Montmorency, veuve du seigneur de Marest-Oust 
en 1510. 

M. Alcius Ledieu ayant découvert aux archives 
municipales d'Abbeville le registre de M® Legrand, 
notaire à Rue, contenant la copie du temps de Pétat 
des biens, du testament et d'un codicille de François 
de Soyecourt, a copié ces trois pièces, qu'il a fait pré- 
céder d'une notice sur les Soyecourt et d'un-e analyse 
de ces documents ; les noms de lieux et les noms de 
personnes sont scrupuleusement identifiés et font 
l'objet de notes historiques et biographiques. — Ren- 
voyé à la commission des mémoires. 

Dons d'ouvrages : 

1^ M. A. Janvier, Le Livre de la propriété des 
choses par Barthélémy de Glanville. 

2" M. Paul Tierny, La Prévôté de Montreuil et le 
Traité de Brétigny ; en déposant cet ouvrage sur le 
bureau, M. Ém. Delignières en lit un compte rendu 
que l'on trouvera plus loin (V. p. 152). 

Est nommé membre correspondant, M. le baron 
P. DE Brécourt. 

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— 138 — 

Séance du 5 mai 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

Après le dépouillement de la correspondance , 
M. Ém. Delignières donne lecture d'une lettre de 
M. Lefebvre du Grosriez a dans laquelle ce membre 
dit qu'en raison de circonstances indépendantes de sa 
volonté, il a laissé subsister plusieurs erreurs de 
noms de lieux » dans la communication qu'ii a faite 
de deux documents concernant François III de Soye- 
court, communication insérée au dernier Bulletin. 
Deux de ses collègues, MM. de Galametz et Alcius 
Ledieu lui avaient signalé précédemment, du reste, 
que la copfe de ces deux pièces était fautive et incom- 
plète. 

M. de Grèvegoeur fait connaître que notre collègue, 
M. GoNTiER, vient de faire au Théâtre une très inté- 
ressante conférence sur les nids d'oiseaux. 

La Société décide, sur la proposition de M. Alcius 
Ledieu, que Texcursion annuelle archéologique aura 
lieu à Ham et à Péronne. 

M. Ém. Delignières annonce la mort de M. AuG. 
Bridoux, dernier graveur en date d'Abbeville, décédé 
à Orsay le 9 avr!l dernier ; il en prend occasion pour 
donner lecture d'une notice biographique très com- 
plète de cet artiste, qui avait obtenu, à vingt ans, le 
premier grand prix de Rome. L'auteur a traité ce 
sujet avec beaucoup de délicatesse; il a vivement 
intéressé ses auditeurs, auxquels il a fait connaître les 



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— 139 — 

déboires nombreux et immérités de l'artiste abbe- 
villois. — Renvoyé à la commission des mémoires. 

M. ^LGius Ledieu donne lecture d'une notice sur 
le prince de Savoie, frère de l'infortunée princesse de 
Lamballe, décédé en 1785, seigneur de Domart-sur- 
la-Luce ; son corps, déposé dans le chœur de Téglise 
de ce village, a été exhumé en 1889 par ordre du roi 
d'Italie et transporté dans les caveaux de la cathé- 
drale de Turin. — Renvoyé à la commission des 
mémoires. 

MM. Tabbé Vitasse, curé-doyen d'Auxi-le-Château, 
et É. Dieppe, négociant à Abbeville, sont nommés 
membres correspondants. 



Séance du 2 juin 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGN1ÈRE8 

M. J. Vayson, qui avait signalé à la précédente 
séance la démolition dans la chaussé d'Hocquet d'une 
maison de construction fort curieuse, présente une vue 
prise par lui de cette habitation ainsi que le dessin de 
Tinscription suivante relevée sur une pierre trouvée 
dans les fondations : 

PIERRE 

MVS 
1661 

M. DE Crèvecoeur rend compte en ces termes de 
Finauguration du chœur de l'église de Naours, où il 
s'est rendu dimanche dernier avec l'un de ses col- 



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— i40 — 

lègues pour représenter la Société sur rinvitation qui 
en avait été faite par M. l'abbé Danicourt: 

« Dimanche dernier, 29 mai, avait lieu à Naours 
une importante cérémonie: c'était l'inauguration du 
chœur de l'église* A cette occasion, notre actif col- 
lègue, M. l'abbé Danicourt, avait invité M. le Prési- 
dent et l'un de nos collègues du bureau à se rendre à 
Naours pour représenter la Société. M. Delignières, 
retenu ici, m'a prié de vouloir bien le remplacer. 

« Vous ne serez point surpris d'apprendre que Tac- 
cueil que nous a fait M. Danicourt a été des plus cha- 
leureux. 

« L'œuvre de restauration qu'il a entreprise et 
menée à bonne fin sans aucune direction étrangère, 
est vraiment remarquable. La partie la plus ancienne 
de cet édifice, qui est le chœur, date de l'extrême fin 
du XIII* siècle. Jusqu'ici; la voûte, qui avait été recou- 
verte de badigeons successifs, ne laissait point sup- 
poser que, sous cet enduit, se trouvaient cachées 
d'admirables sculptures du plus pur style ogival pri- 
mitif. Avec le flair qui le caractérise, M. l'abbé Dani- 
court devina les beautés qu'un zèle mal éclairé avait 
cachées depuis si longtemps aux yeux des archéo- 
logues, 

« Au mois d'août 1891, M. le curé de Naours faisait 
commencer les premiers travaux de grattage de la 
voûte du chœur ; des lambris et des tableaux de nulle 
valeur furent enlevés et, au fur et à mesure que les 
travaux avançaient, notre collègue éprouvait chaque 
jour une surprise nouvelle. Là, de gracieuses ner- 
vures sillonnant la voûte laissent voir aux retombées 
de petites figures délicatement sculptées : un moine, 
un joueur de vielle, un chanteur ; ici, c'est une des 



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- 141 - 
rares crédences qui nous restent du xiii® siècle ; on 
sait que c'est à cette époque que l'on fait remonter les 
plus anciennes crédences. Derrière le maître-autel 
apparaît maintenant une croisée qui se compose de 
deux ouvertures en lancette encadrées dans une plus 
grande ogive ; les chapiteaux des piliers sont du plus 
pur style du xiii® siècle; les feuillages et les animaux 
qui les décorent ont été exécutés par un artiste habile. 
Dans la partie gauche du transept, la rosace qui 
réclaire vient d'être remise dans son état primitif. 

« Par cette restauration, le chœur de l'église de 
Naours a subi une transformation qui en fait aujt)ur- 
d'hui Tun des morceaux ks plus intéressants de la 
région. M. Tabbé Danicourt, qui a dirigé et surveillé 
les travaux, nous donnera sans doute prochainement 
une étude complète qui vous permettra de mieux juger 
la transformation dont vient d'être l'objet le chœur de 
l'église de Naours. 

« En terminant, nous vous dirons, que nous avons 
été vivement touché du cordial hommage que, dans 
un toast, M. l'abbé Danicourt a rendu à la Société 
d'Émulation; nous vous faisons part, bien agréable- 
ment, de ses sentiments de reconnaissance et de 
franche sympathie pour une compagnie qui, a-t-il dit, 
n'a jamais cessé de le soutenir et de Tencourager dans 
les œuvres de reconstitution qu'il poursuit depuis 
plusieurs années. La Société d'Émulation, lui avons- 
nous répondu, ne faillira jamais à sa tâche; elle 
secondera toujours dans la mesure de ses moyens 
et sans esprit de parti les travailleurs et les cher- 
cheurs qui, comme notre correspondant de Naours, 
s'adonnent avec ténacité à des études qui nous sont 
communes, o 



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— 142 — 

M. WiGNiER DE Warre, en faisant passer sous les 
yeux de ses collègues un certain nombre de méreaux, 
en fait connaître l'usage ; il entre à ce sujet dans des 
détails fort curieux et pour ainsi dire inconnus, car il 
a pu découvrir à ce sujet dans Tun des manuscrits de 
la Bibliothèque d'Abbeville des documents qui lui ont 
été d'un grand secours pour Tétude des méreaux de 
Saint-Vulfran. — Renvoyé à la commission des mé- 
moires. 



Séance du 7 juillet 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

M. J. Vayson, l'un des délégués de la Société au 
congrès de la Société française d'archéologie tenu à 
Orléans, rend compte des séances auxquelles il a 
assisté, des excursions faites en cette circonstance et 
il fait passer sous les yeux de ses collègues plusieurs 
dessins dus à son crayon représentant les monuments 
qui l'ont le plus frappé. Il fait ensuite connaître que 
le congrès de la Société française d'archéologie se 
tiendra à Abbeville en 1893, et pense qu'il serait oppor- 
tun de s'occuper dès aujourd'hui des dispositions à 
prendre pour donner à ce congrès tout l'éclat qu'il 
doit comporter. A cet effet, une commission est 
nommée pour se mettre en rapport avec M. le comte 
de Marsy. 

M. Ém, Delignières entretient la Société de l'ex- 
cursion faite le 20 juin à Ham et à Péronne, à laquelle 
vingt membres titulaires ou correspondants ont pris 



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— f43 — 

part ; il se fait de nouveau Tinterprète de la Société 
envers M. Tabbé Danicourt, curé de Naours, précé- 
demment pendant quinze ans vicaire à Ham où il a 
laissé les meilleurs souvenirs. Grâce à la parfaite con- 
naissance de cette ville par leur obligeant cicérone, les 
excursionnistes ont pu, pendant un laps de temps re- 
lativement court, visiter en détail le vieux château, si 
plein de souvenirs historiques, l'église, dont la crypte 
est surtout remarquable, et enfin Tabbaye. Mêmes 
remerciements sont adressés à nos aimables guides à 
Péronne, MM. H. Dabot et O. Gaudechon, lesquels 
ont conduit successivement les excursionnistes au 
musée, à l'église Saint-Jean-Bàptiste, aux fortifica- 
tions et aux vieilles maisons de la Grande place, dont 
l'une est la propriété de M. Dabot et Tautre celle de 
M. Gaudechon. 

M. DE Wailly, dont la compétence dans les ques- 
tions artistiques est depuis longtemps connue, lit son 
rapport annuel sur les œuvres des artistes picards au 
Salon des Champs-Elysées de 1892. (V. p. 163.) 

Dons d'ouvrages : 

1° Album Caranda ; don de M. F. Moreau, qui con- 
tinue avec tant de succès la publication d'un ouvrage 
admiré par tous les archéologues. 

2** Météorologie du département de la Somme, par 
M. H. Duchaussoy. A propos de ce don, M. Alcius 
Ledieu renouvelle une proposition qu'il a déjà faite, 
c'est qu'à l'avenir il soit rendu compte des ouvrages 
offerts par les membres titulaires ou correspondants 
et par les auteurs appartenant à notre département. 
- Adopté. 

3® Lettres d'un lycéen et d'un étudiant, par 



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— 144 -• 
M. H. Dabot; M. Ém. Delignières donne lecture 
d'une analyse de cette brochure et de celle à laquelle 
elle fait suite (Voir p. 150). 



Séance du 4 août 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES 

M. le comte de Marsy, président de la Société fran- 
çaise d'archéologie, s'est rendu, d'accord avec M. le 
Président, à la séance de ce jour, à l'effet de prendre 
toutes les mesures pour l'organisation du congrès qui 
doit se tenir à à Abbeville en 1893. 

M. DE Marsy remercie ses collègues du bon accueil 
qu'ils ont fait à leur dernière séance à la décision 
prise par la Société française d'archéologie, de tenir à 
Abbeville sa grande réunion annuelle; il fait ensuite 
connaître le fonctionnement du congrès et les diverses 
questions qui pourront y être traitées. La date de 
celte réunion est fixée à la fin du mois de juin 1893. 
Une commission d'organisation, nommée à la der- 
nière séance, se mettra en rapport avec M. le comte 
DE Marsy pour lui faciliter sa tâche ; cette commis- 
sion se compose de MM. Ém. Delignières, prési- 
dent, GoNTiER, Alcius Ledieu, Macqueron et 
J. Vayson. 

M. Prarond, président d'honneur, lit quelques 
extraits de l'ouvrage posthume de Victor Hugo, 
France et Belgique^ où il est question de ses voyages 
en Picardie: à Abbeville, à Saint-Riquier, au Crotoy, 



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- 145 — 

à Saint- Valéry, etc ; la lecture de ces extraits, accom- 
pagnée de commentaires sur notre plus grand poète 
contemporain, est écoutée avec un vif intérêt. 

M. Ém. Delignières donne lecture d'un compte 
rendu qu'il vient de faire sur les œuvres des artistes 
abbevillois qui figurent à l'exposition de la Société 
des Amis des Arts d'Amiens ; Tauteur, qui s'est fait 
le biographe des célébrités artistiques de notre ville, 
accorde un juste tribut d'éloges à ses compatriotes : 
M"' Fontaine, M°*' Holzappfel, son élève et M. H. Caron. 
(V.p. 157). ' '\ ' 

M. Magqueron lit un travail sur les logements mili- 
taires à Abbeville aux xvii® et xviii^ siècles d'après 
des documents déposés aux archives municipales. Il 
passe successivement en revue les diverses garnisons 
qui étaient imposées aux Abbevillois, les contestations 
continuelles entre l'administration civile au sujet de 
ces logements, les charges de toutes sortes qui étaient 
imposées à la ville pour loger les officiers de Tétat- 
major, les soldats et les chevaux. 

M. Algius Lédieu dépose sur le bureau au nom de 
l'auteur, M. l'abbé Dubourguier, curé de Miraumont, 
membre correspondant, un exemplaire d'une bro- 
chure offerte en hommage à la Sociét4 d'Émulation. 

Sont élus membres correspondants : MM. O. Gau- 
DEGHON, de Péronne, Maurice le Dieu^ d'Amiens, 
Paul Lesaghé, de Bussus, Tabbé Meunier, curé de 
Marconne (Pas-de-Calais) et Reighert, sous-inten- 
dant militaire à Alençon (Orne). 

M. le Président annonce que conformément aux 
présentations faites par la Société d'Émulation à 

12 



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Tune de ses dernières séances, M. le Maire d'Abbe- 
ville a nommé membres de la commission des 
Musées: MM. le D' Caudron et Ch. Wignier de 
Warre en remplacement de MM. Marcotte et Dimpre, 
dont les démissions ont été acceptées. 



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— 147 — 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



BIBLIOGRAPHIE 

Lecture faite par M. Ém. Deliqnières, à Isi êéance du 4 février i892. 

M. Ém. Delignières donne lecture de quelques pas- 
sages tirés d'un article de M. Tabbé Gosselin, doyen 
de Nouvion, membre titulaire, qui a paru dans la 
revue Le Messager de Notre-Dame de JBrebières, 
numéro du 5 décembre 1891, et qui est relatif aux 
saints picards. 

Avant de parler de la vie et des miracles de saint 
Vulfran, dont les reliques ont été transportées à 
Abbeville au xi® siècle, M. Tabbé Gosselin rappelle, 
avec son autorité de chercheur et d'érudit, les origines 
de notre ville d'après les plus anciens documents ; 
c'était, doit-on penser, un lieu d'habitation, un oppi- 
dum pendant la période romaine; puis, vers 831, et 
dans un dénombrement dressé alors des biens de 
Tabbaye de Centule par le moine Heric, le nom d'Ab- 
beville est pour la première fois mentionné ; on ne 
sait pas réellement si c'était une simple métairie ou 
une bourgade plus ou moins populeuse. Il est au 
moins certain, , d'après la chronique d'Hariulfe, que 
Hugues Capet enleva aux moines de Saint-Riquier le 
domaine d' Abbeville et que, pour opposer une digue 



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— 148 — 

aux irruptions des Normands, il en confia le comman- 
dement à son gendre Hugues P', comte de Montreuil. 

La ville,' en s*agrandissant rapidement, devint la 
résidence des comtes de Ponthieu, et c'est à l'un d'eux 
qu'Abbeville, en 1058, est redevable des reliques de 
saint Vulfran, quarante-neuf ans après leur invention 
dans une abbaye de Normandie. 

Elles furent déposées momentanément dans une 
petite église, dédiée d'abord à saint Nicolas et à saint 
Firmin, et plus tard dans la collégiale actuelle, fondée 
en 1488. 

Puis viennent des détails fort intéressants sur la vie 
du saint. Ils sont rapportés par M. l'abbé Gosselin 
avec tout l'élan de sa foi. 

Notre collègue enfin, rattachant à .l'influence de 
saint Vulfran les sentiments religieux et orthodoxes 
des Abbevillois, cite le dominicain Nicolas d'Abbeville 
dans son rôl^ ardent lors de l'hérésie des Albigeois ; 
le comte de Ponthieu Guillaume, qui reconnaît et con- 
firme l'authenticité des reliques du patron de la ville ; 
Jean Alegrin, chanoine de Saint- Vulfran, nommé 
archevêque de Besançon, puis cardinal de Sainte- 
Sabine, dont le rôle politique et religieux appartient 
à l'histoire ; plus tard enfin, le rôle pris dans la que- 
relle du grand schisme d'Occident par l'Abbevillois 
Jean Rousse au nom dé l'Université de Paris. 

L'étude de notre savant collègue est, comme on le 
voit, remplie de faits, et elle présente un grand intérêt 
local et historique. 



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— 149 — 



REGISTRES, LETTRES ET NOTES DTNE FAMILLE PÊRONNAISE 

Par MM. François, Fursy et Henri DABOT 
Péronne et Paris, 1 volume in-12 

Lecture faite par le Même à la même séance. 

Ce charmant volume, dû aux soins pieux de M. Henri 
Dabot, captive et attache le lecteur. C'est qu'en efïet il 
y a quelque chose.de touchant dans ces ressouvenirs 
du passé conservés religieusement dans une famille. 
Ces notes remontent, pour la première partie, de 1805 
à 1824, et, pour la seconde, de 1824 à 1846 ; les der- 
nières, enfin, sont des rappels de la première jeunesse 
de Tauteur. Beaucoup de faits, de noms, d'anecdotes 
sont évoqués et, surtout dans le registre le plus an- 
cien, la naïveté, mais aussi la sincérité avec laquelle 
les faits sont présentés, captivent l'attention et nous 
conduisent insensiblement jusqu'au bout du livre; 
c*est de l'histoire vraie, prise, en quelque sorte, sur 
le vif et dans les détails grands et menus. L'auteur a 
ajouté à certains passages du livre de famille des 
réflexions piquantes, des observations fines et spiri- 
tuelles qui en rehaussent l'attrait. 

Dans ce courant de la vie d'une honnête famille de 
province; on découvre des curiosités réelles, des 
rappels de points d'histoire tirés ainsi de l'oubli et 
de l'indifférence. L'auteur a relevé également des 
lettres fort curieuses de Talma et de sa femme qui 
ont été alliés à la famille Dabot. 

Enfin, et comme si, dans ce petit volume, tout 
devait concourir à satisfaire l'esprit et le goût, une 



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— 150 — 

délicieuse vignette signée d'un nom illustre dans l'art 
contemporain, de Neuvillef nous montre la maison 
des ancêtres, du xvi* siècle, avec pignon sur rue et 
ses avancées d'étages et du toit, le tout se détachant 
sur un fond de brume où Ton distingue la silhouette 
vaporeuse du clocher de l'église gothique. 

Nous avons décrit notre impression et nous croyons 
qu'elle sera partagée par tous ceux qui ont lu ou qui 
voudront lire ces pages écrites avec cœur et esprit. 



LETTRES D'UN LYCEEN ET D'UN ETUDIANT 

De 1847 à 1854 
Par M. Henri DABOT 

Lecture faite par le Même à la séance du 7 juillet 1892. 

Cette nouvelle publication de notre sympathique 
collègue et confrère forme la suite de la précédente, 
mais elle présente un caractère sinon plus intime, au 
moins plus personnel. Nous retrouvons, en tous cas, 
dans les lettres du lycéen de 1846 à 1849, puis dans 
celles de l'étudiant de 1850 à 1854, la même sincérité 
et la même allure dans les observations que nous 
avions déjà signalées dans une note précédente. 

En dehors des menus incidents de la vie au lycée, 
où on partage les émotions du jeune « citoyen lycéen » 
au récit des événements de 1848, dont les échos fran- 
chissaient les murs de sa pension, et notamment quand 
il entendait pendant le jour les cris de deux ou trois 
mille voix dans le quartier, et pendant la nuit le 



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tocsin tintant avec rage, quand il apprenait la chute 
de Louis-Philippe, la prise des Tuileries et la procla- 
mation de la République; nous nous figurons Panxiété 
des parents en recevant les lettres de leur fils, lettres 
qui ont conservé toute la vivacité dé ses impressions 
de l'époque. 

Puis viennent les souvenirs de Tétudiant, qui nous 
raconte d'une manière saisissante les journées de 
décembre 1851, ces luttes dans les rues pendant les- 
quelles l'auteur a couru un danger sérieux, Tavéne- 
ment de l'Empire, etc., etc. 

Enfin, et jusqu'à la thèse de doctorat passée en 1854, 
les souvenirs se succèdent et captivent Tattention. Il 
n'est pas jusqu'aux notes supplémentaires qui n'aient 
leur charme sous la plume de l'écrivain, mais qui 
auraient gagné peut-être à être intercalées, comme 
dans le premier volume, après les lettres ; c'est que les 
préfaces et les additions finales ne sont pas toujours 
lues. 

Notre collègue a conservé profondément le culte de 
la famille et de tout ce qui s'y rattache ; nous n'en 
voulons pour preuve que le soin pieux avec lequel il 
a su faire restaurer avec goût l'ancienne maison de 
ses ancêtres, si curieuse avec ses sculptures en bois 
formant saillie sur la façade et dont il nous faisait 
si gracieusement la description lors de notre récente 
excursion à Péronne. 



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— 152 — 



LA PRÉVÔTÉ DE HONTBEDIL ET LE TRAITÉ DE BBÉTI6NT 

Par M. Paul TIERNY 
Archiviste du Gers, Membre correspondant. 

Lecture faite par le Même à la séance du 7 at)ril 1892, 

L*étude des institutions anciennes présente un inté- 
rêt et même, disons-le, un attrait véritable pour ceux 
qui savent s'y livrer avec fruit. L'ouvrage que M. Paul 
Tierny vient de faire paraître par parties dans le 
Cabinet historique que notre collègue du bureau, 
M. Alcius Ledieu, dirige avec un succès toujours 
croissant, montre avec quel soin minutieux et éclairé 
notre savant correspondant a fait ses recherches 
approfondies, pour traiter, comme il Ta fait, le sujet 
qu'il s'est imposé. Comme il le dit très bien dans sa 
préface, les monographies sont « le moyen le plus sûr 
de faire faire à l'histoire de véritables progrès », et 
Montreuil-sur-Mer, qu'il a choisie pour cadre général 
de son étude, était de nature, par les institutions 
qu'elle possédait au moyen âge, (siège d'une prévoté 
royale, d'une municipalité et de plusieurs vicomtes), 
à rappeler d'une manière complète les institutions de 
la France au moyen âge ; elle lui a permis d'envisager 
sous toutes ses faces Tadministration particulière au 
xiii^ et au XIV® siècle. 

L'ouvrage de M. Paul Tierny présente pour nous, 
Abbevillois, cet intérêt particulier que l'histoire de 
Montreuil se rattache par certains points à celle de 
notre ville et du comté de Ponthieu. Toutefois, Mon- 
treuil avait dans la ghilde une association commer- 
ciale plus puissante que celle d'Abbeville. 



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— 153 — 

Dans une introduction historique, l'auteur donne 
sur les origines de Montreuil-sur-Mer, d'après les 
historiens qu'il cite avec la plus grande conscience, 
des renseignements généraux fort intéressants. Nous 
ne pouvons mieux comparer ces parties de son ou- 
vrage qu'à celui tout récent de M. Prarond : Abbeville 
avant la guerre de Cent ans qui est, comme nous 
avons eu l'occasion alors de le dire, rempli de faits et 
de détails historiques puisés à des sources très nom- 
breuses. Montreuil a été fondée, à proprement parler, 
par Helgaut, comte de Ponthieu ; la première enceinte 
date de 850. Grâce à sa situation et à ses fortifications, 
la ville put résister aux Normands, et la période des 
invasions, loin de lui être funeste, ne fit qu'augmenter 
son importance. 

Le château ou forteresse, construit par Helgaut, était 
tenu en fief du comté de Ponthieu ; il ne faut pas con- 
fondre cette forteresse avec le château royal construit 
sur l'emplacement actuel de la citadelle et qui fut le 
chef-lieu et l'origine de la prévôté de Montreuil. C'est 
là que fut emprisonnée la reine Berthe ; les rois de 
France y avaient un atelier monétaire.- 

La possession de Montreuil permettait aux rois de 
France d'intervenir utilement dans les affaires de la ré- 
gion. En 1188, Philippe-Auguste dota Montreuil d'une 
charte de commune; c'est sans doute ainsi, nous dit 
M. Tierny, que Montreuil devint le siège d'une prévôté 
royale qui dépendait du bailliage d'Amiens. En 1214, 
Philippe-Auguste confisquait le comté de Ponthieu 
sur Guillaume III. Bien que ne faisant pas partie du 
comté proprement dit de Ponthieu, Montreuil, nous dit 
l'auteur, était situé au « pays » de Ponthieu ; ces mots 
n'avaient pas la même signification. 



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— 154 — 

Le traité de Brétigny abandonna aux Anglais le 
Ponthieu en toute souverainté, mais, avant la guerre 
qui devait suivre, il y eut des contestations et des 
recherches historiques. Les réponses du roi de France 
par son procureur furent contenues dans un volu- 
mineux parchemin sous le titre : « Raisons pour le 
procureur du Roy de France notre sire contre le pro- 
cureur du Roy d'Angleterre. » L'auteur revient dans 
le cours de son ouvrage, d'une complète érudition, sur 
ce document historique de la plus haute importance. 

Nous nous sommes arrêté sur les prolégomènes qui 
donnent une idée de l'importance historique de Tôu- 
vrage de notre savant correspondant. Nous ne pou- 
vons qu'engager le lecteur à se reporter à cette longue 
étude, qui se termine par l'examen du document cité 
ci -dessus : « Les raisons » relatif au traité de Brétigny. 
Suit la transcription de ce long document, et l'auteur 
termine d'une manière très utile son ouvrage par la 
table des noms contenues dans cet important mémoire. 



ERRATA 

Lecture faite par M. Ém. Delignières au nom de M. DU Orosriez, 
à la séance du 5 mai iS92, 



Le Bulletin n° 1 de 1892, pages -115 et suivantes, 
publiait le Testament d'un grand seigneur à la fin du 
XVI^ siècle; j'avais fait cette simple communication à 
la Société, d'après un recueil manuscrit d'extraits 
d'actes de notaires du Ponthieu faisant partie de ma 
bibliothèque. 



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— 155 — 

Ce document, dans lequel plusieurs mots avaient été 
omis contenait quelques inexactitudes et aussi un cer- 
certain nombre d'incorrections dans les noms de lieux 
qui se sont trouvées reproduites dans la publication. 

Nous devons à l'obligeance de M. le comte de Gala- 
metz de pouvoir rétablir, ainsi qu'il suit, l'orthographe 
de ces noms, après avoir vérifié avec lui le texte sur le 
registre de M. Legrand, notaire à Rue, qui se trouve 
aux archives municipales d'AbbevUle. 

Page 116, ligae 6, au lieu de a été lisez ait été. 

— ligne 10, après veuve de, ajoutez messire, 

— ligne 13, au lieu de devant, lisez deçà. 

— ligne 20, après amis, ajoutez des maisons. 
Page 117, ligne 1, au lieu de sieur, lisez seigneur. 

— ligne 10, après Moreuil, ajoutez et autres lieux; 

— au lieu de la Ferlé de Saint-Riquier, 

lisez la Ferté-lez-Saint-Riquier, 

— ligne 18, au lieu de Lucquet, lisez Locquet. 
Page il8, ligne 1, après Soissons, ajoutez fille du dit Thi^ 

bault de Soissons. 

— ligne 5, au lieu de Baunicourt^ lisez BavincoUrt. 

— au lieu de Larquette, lisez Lacquette, 

— ligne 7, lisez Aubigny-le-Comte, 

— ligne 10, au lieu de Maussart, lisez Manssart. 

— ligne H, au lieu de Lombres, lisez Lumbres, 

— ligne 12, au lieu de à la maison d'icelui. lisez en 

la maison dHcelui seigneur d'Es- 
querdes. 

— ligne 17, au lieu de de, lisez du dit. 

— ligne 20, au lieu de d'Estuberq, lisez d'Esclebecq. 

— ligne 21 , au lieu de Pieugnes, lisez Piengnes (qui 

qui est Piennes). 

— ligne 23, au lieu de Aguicourt, lisez Agincourt 

(qui est Azincourt). 

— ligne 25, lizez comme aux lignes 20 et 23. 

— ligne 28, au lieu de vient^ lisez venue. 



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— 156 — 

Page 119, ligne 8, au lieu de Norempuis et Chempiy lisez 
Corempuis et Chempy (qui sont Carré- 
puis et Chempien). 

— ligne 9, au lieu de Plaisiel, lisez Plessiel. 

— ligne 13, au lieu de Bourg de Burenies^ lisez . . . 

de Buvercies. 

— ligne 14, après couvent, ajoutez monsieur. 

— ligne 20, au lieu de Monseignenr, lisez monsieur, 

— ligne 26, au lieu de Largerie, lisez Hargerie, 

— au lieu de Blocu, lisez BlocuL 

— ligne 29, au lieu de Burernies, lisez Buvercies 

(qui est Buverchy). 

— au lieu de Daingnies, lisez Demuin, 
Page 120, ligne 3, au lieu de Maginghem, lisez M azinghem. 
Page 121, ligne 9, lizez Fresnes-Blondel. 

— ligne 13, au lieu de le Lienon et, lisez le lieu où est, 

— ligne 20, au lieu de arbre de Guiry, lisez Arbre de 

Guise, 

— ligne 27, après Parlement, ajoutez à Paris, 
Page 122, ligne 8, après 6ois, ajoutez acquis, 

au lieu de Gaiaud, lisez Gaiand, 

— lignes 27, 28 et 31, au lieu de Véron^ lisez Veron. 

Page 123, ligne 1, au lieu de Bellevarre^ lisez Bellevasse, 

— ligne 2, au lieu de tenus, lisez tenues. 

— ligne 10, au lieu de ma table et domaine, lisez la 

table et domaine de ma terre. 
Page 126, ligne 26, au lieu de ainsi, lisez aussi. 
Page 127, ligne 4, au lieu de des, lisez de telles, 

— ligne 6, après armes, ajoutez y, 

— ligne 7, au lieu de pour Ze, lisez à ce. 

— ligne 26, au lieu de Hangerie, lisez Hargerie, 

— ligne 29, au lieu de la Gaigerie, lisez la Hargerie, 

— ligne 31, au lieu de Bunerines^ lisez Buvercies, 

Page 128. ligne 3, après Thibault, ajoutez de Soissons^ sei- 
gneur de, 

— ligne 4, au lieu de Chinay, lisez Chimay, 

— ligne 9, au lieu de Guerdes^ lisez Querdes. 

— ligne 12, au lieu de Melhes, lisez Meghe, 



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— 157 — 
Page 128, ligne 18, après dame, ajoutez de son propre. 
Page 132. ligae 8, au lieu de et une chaussette, lisez col, 
chausse. 



LES ARTISTES ET AMATEURS ABBEVILLOIS 

A L'EXPOSITION DES AMIS DES ARTS DU DÉPARTEMENT DE LA SOXVE 
(1892) 

Lecture faite par M. Ém. DeligniÈRES à la séance du 4 août ifiOQ, 

Plusieurs salles et galeries du Musée d'Amiens 
avaient été disposées d'une manière fort heureuse en 
vue de l'exposition ; elles ne contenaient pas moins 
d'un millier d'œuvres d'art de toute nature qui ne pou- 
vaient être placées bien régulièrement soit par ordre 
numérique, soit par ordre alphabétique ; toutefois, les 
aquarelles, les paistels et les dessins étaient dans des 
salles distinctes, mais les envois de nos concitoyens, 
en trop petit nombre malheureusement, disséminés et 
comme noyés au miheu dotant d'autres, n'en étaient 
pas moins difficiles à trouver. 

Nous avouerons, d'ailleurs, que notre attention se 
trouvait parfois détournée par certains sujets tels que 
dos vues de Picardie, assez nombreuses, par des por- 
traits et surtout par plusieurs toiles de maîtres, telles 
que les Pêcheurs à /a focne, les Vérotières au petit 
jour de M. Tattegrain, que nous étions heureux de 
retrouver à Amiens. Mais enfin, et avec l'aide de 
M. Feragu, le conservateur si compétent du Musée 



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— 158 — 

d'Amiens et le membre actif de la Commission, qui a 
bien voulu nous guider complaisamment, nous avons 
pu découvrir les envois qui nous intéressaient plus 
particulièremQnt. 

M"« Fontaine, professeur de dessin à Abbeville, où 
elle a fondé un cours depuis deux ans, — la sœur de 
notre sculpteur à qui nous devons le monument fort 
remarquable de Tamiral Courbet au cimetière, — a 
exposé doux pastels et un tableau à Thuile. Sous ce 
titre, le Pain bénit, elle a représenté, au pastel, un 
enfant de chœur, debout, revêtu du surplis blanc et 
portant un gâteau ; la physionomie est naïve et bien 
enfantine, avec ses yeux un peu fixes et comme 
étonnés. La teinte générale est un peu pâle, mais, 
uous Tavons dit, c'est un pastel et ce genre ne se 
prête pas à la vigueur et aux effets de la couleur à 
Thuile ; toutefois, certains détails et notamment le gâ- 
teau sont très exactement rendus. Le petit tableau 
à rhuile, Fleurs, envoyé par la même artiste, a été 
également bien étudié; le bouquet est posé négli- 
gemment dans un pot vert-sombre qui fait valoir les 
chrysanthèmes multicolores. Mentionnons enfin le 
portrait, au pastel, de notre conservateur des musées, 
M. Moynier-de Villepoix, sous son costume, fort 
élégamment rendu, de professeur de chimie à TÉcole 
de médecine et de pharmacie d'Amiens. M"® Fontaine 
mérite Pestime et les sympathies qu'elle a trouvées 
dans sa ville natale à son retour de Paris. 

Une de ses élèves. M™® Holtzapffel, née Andrée Bar- 
bieux, a envoyé trois de ses productions qui pré- 
sentent également de sérieuses qualités. Sous le titre : 
Nature morte, tableau à l'huile, elle a représenté un 
faisan qui vient d'être retiré d'une bourriche ; il est là. 



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— 159 - 

Fceil à peine éteint, étendu sur la paille, sur les fleurs 
printanières et les feuilles de houe qui ont servi à 
remballer; les couleurs du brillant gibier sont bien 
rendues et s'harmonisent heureusement avec les 
accessoires. Les Chrysanthèmes ^ placées un peu haut 
et à contre jour d'une fenêtre, auraient gagné à se 
trouver plus en lumière. Les fleurs débordent d'un 
vase de couleur brune, quelques-unes sont tombées 
sur la table; les couleurs, sans trop d'éclat, se dé- 
tachent d'un fond de draperie blanche, d'une teinte 
peut-être un peu uniforme ; mais le tout forme un 
ensemble d'un effet gracieux. Enfin, parmi les aqua- , 
relies, nous retrouvons des Roses fort bien présen- 
tées et bien dessinées par M™* Holt?;apflel. Cette pièce 
n'est pas sans mérite et dénote du goût et de la 
facilité. 

Nous devons mentionner aussi l'envoi fait par 
M. Maissin de deux portraits, l'un en plâtre, c'est 
celui de l'auteur, sous forme de médaillon ; la tête est 
bien modelée, les plans sont justes et bien indiqués ; 
l'autre est celui de Victor Hugo, en dessin à la plume ; 
il était placé malheureusement trop haut pour pouvoir 
apprécier un travail de cette nature, qui demande à 
être vu de près; nous dirons seulement que la tête 
nous a paru un peu grosse, peut-être, pour l'encadre* 
ment. 

Nous avons hâte de parler de M. Garon dont nous 
avions déjà remarqué les tableaux chez son père, ' 
l'ancien Directeur, si connu et resté si sympathique 
de notre principale école communale. M. Henri Caron 
tient de sa mère, qui manie facilement le crayon et le 
pinceau, ce sentiment artistique si nécessaire pour 
réussir dans les arts et sans lequel l'étude et même le 



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— 160 — 
savoir-faire ne sauraient donner de résultats complets. 
Élève de MM. Caudron, père et fils, notre compatriote 
a eu la bonne fortune de pouvoir se perfectionner dans 
des écoles et des ateliers à Paris où la carrière admi- 
nistrative qu'il y remplit lui laisse quelques loisirs ; 
il sait les utiliser au profit de ses aptitudes et son 
talent suit une progression marquée. 

M. Caron a exposé cette année au Salon, à Paris, une 
marine, Marée d'équinoxe, qui a été assez appréciée 
pour obtenir les honneurs de la reproduction dans le 
catalogue illustré. Son envoi à l'exposition d'Amiens 
se compose d'un pastel et de deux tableaux à l'huile ; 
Tun de ceux-ci. Au bout du village (Cayeux-sur-Mer), 
lui a valu une médaille de bronze qui nous a paru 
bien méritée. Sur la route poudreuse qui s'étend au 
loin dans les bas-champs, en plein soleil, entre un 
mur de galets et une barrière de verger sur laquelle 
des draps sont étendus à sécher, une jeune fille 
cherche à atteindre avec une gaule les branches d'un 
arbre qui surplombent le chemin et tamisent la 
lumière ; la perspective est bien observée, les effets 
sont bien rendus, Tair circule librement dans ce petit 
paysage qui ne sent ni Teffort ni la recherche. 

C'est généralement à Cayeux, devenu, depuis quel- 
ques années surtout, une station balnéaire très fré- 
quentée, que l'artiste amateur, à Texemple de M. Cau- 
dron, puise ses sujets d'études. La Sortie du Bois de 
sapins est également d'une bonne tonalité, harmo- 
nieuse de couleur ; les fonds sont bien à leur place et 
les premiers plans bien traités. Enfin le pastel Celles 
qui restent présentait une certaine difficulté d'exé- 
cution: le soir est arrivé, les vérotières, après leur 
dur labeur sur la vaste plaine de sable qui s'étend à 



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— i6t — 

perte de vue, à marée basse, au delà du chenal, ont 
regagné les canots qui vont les ramener au village. 
Quelques-unes sont restées, attendant leur tour d'em- 
barquement; leurs silhouettes s'estompent légèrement 
sur ce sable terne et sous ce ciel gris dont les teintes 
se confondent presque. Il se dégage de ce petit ta- 
bleau qui n'est pas ordinaire et qui pourrait mériter 
un plus grand cadre, une impression pénétrante et 
mélancolique que Tartiste a parfaitement rendue. 

Et maintenant, qu'il nous soit permis en terminant 
d'exprimer un regret. Nous connaissons à Abbeville 
un certain nombre d'amateurs qui pourraient affronter 
avec succès, croyons-nous, l'épreuve de ces exposi- 
tions annuelles d'Amiens. M.' JulesTrancart a exposé 
à Paris, il y a bien des années déjà, de charmants 
paysages à l'huile et à l'aquarelle, peints avec facilité 
et un réel sentiment de la couleur et des effets ; il est 
fâcheux que sa vue affaiblie ne lui permette plus de se 
livrer à un si agréable passe-temps, mais il retrou- 
verait certainement encore dans ses cartons des sujets 
qui mériteraient d'être exposés en pubhc. M. Charles 
Bellart, lui, se livre toujours à la peinture et il a 
envoyé, il y a quelques années, à Amiens, plusieurs 
toiles qui lui ont valu une médaille d'argent. Nous 
connaissons de lui des marines, des vues do falaises 
reproduites avec une grande exactitude et d'un bon 
effet ; elles seraient certainement bien accueillies par 
la Commission. Un sculpteur sur bois, M. Griboval, 
compose et exécute de jolis sujets d'ornementation 
très déUcatement fouillés dont quelques-uns seraient 
également dignes d'être exposés. Nous remarquions 
dernièrement chez M. Crépin, modeste industriel, des 
études à Thuile, d'après nature, exécutées avec facilité, 



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— 162 — 

d'un premier jet, et qui dénotent le sentiment artis- 
tique. Ses arbres se profilant dans l'eau, ses horizons 
ensoleillés et d'une bonne perspeclive,rair qui circule 
librement dans ses petits paysages, donnent de l'intérêt 
à ces rapides esquisses. Il suffirait à M. Crépin de les 
développer et de les finir davantage pour lui permettre 
de les produire en public. Nous connaissons aussi des 
aquarellistes, tels que MM. Félix Levêque père et son 
fils, dont les charmantes compositions mériteraient 
aussi d'être plus connues. M. Amédée Sangnier, au 
château de Flibeaucourt a, nous assure-t-on, un réel 
talent. Il a exposé, il y a plusieurs années, au Salon à 
Paris, et ses aquarelles ont été appréciées. Et enfin, 
parmi nos collègues de la Société d'Émulation, qui ne 
connaît ou n'a entendu parler des nombreux dessins 
et aquarelles de M. 0. Macqueron, dont la collection 
de vues est si considérable; de plus, des bahuts et 
d'autres meubles sont sculptés par lui avec facilité et 
une rare patience. Les fines esquisses de M. J. Vayson, 
ses petits sujets modelés à la cire ou à la glaise sont 
œuvres d'un amateur de goût ; n'oublions pas non 
plus M. Charles Wignier, avec ses plats et ses faïences 
de sa composition, ainsi que ses dessins de toute 
nature; nous en passons assurément.... Abbeville a 
eu, à diverses époques, et en dehors même de ses 
graveurs, assez d'artistes et d'amateurs pour qu'il 
soit à désirer que ceux qui continuent les anciennes 
traditions de notre cité ne les laissent pas tomber 
dans l'oubli. 



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— 163 — 

LES ARTISTES PICARDS 

AU SALON DES CHAMPS-ELYSÉES 
Lecture faite par M. P. de Wailly à la séance du 7 juillet 1892, 



Au moment de commencer notre promenade an- 
nuelle à la recherche des œuvres des artistes picards 
exposées au salon des Champs-Elysées, nous nous 
sentons anxieux, pressentant un commencement dïn- 
différence dans votre attention. Chaque année, les 
mêmes noms frappent vos oreilles. La plupart de nos 
artistes, — célèbres ou non, — ont adopté certains 
sujets qu'ils comprennent toujours de même, qu'ils 
reproduisent sous une même forme adéquate à leur 
nature, à leur sensibilité ; leur siège est fait. Ils ne se 
renouvellent guère et, malgré les inévitables nuances 
qui peuvent, d'une année à l'autre, apporter quelque 
variété dans leur œuvre, les mêmes épithètes me- 
nacent de s'accoler indéfiniment aux mêmes noms. 

Voici M. Jules Lefebvre, par exemple. Il expose un 
portrait et une figure nue. C'est une règle qu'il s'est 
imposée. Il en était ainsi l'an dernier. L'an prochain, 
nous reverrons la figure habillée d'un de nos contem- 
porains et, à côté, une nudité plus ou moins mytholo- 
gique. Et notez que, cette année comme les précé- 
dentes, ces deux envois ne méritent que des éloges. 
Ce qui peut paraître un mouvement d'humeur n'est 
que rancune de critique d'art fatigué d'avoir toujours 



>. 



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— 164 — 

à louer, ayant épuisé les qualificatifs élogieux et com- 
prenant enfin le vers du poëte au grand roi : 

. . . . « Cesse de vaincre ou je cesse d'écrire. » 

Le portrait de M. L. Guy mérite toutes les louanges 
que nous adressions Tan dernier au portrait de M. 
Balzan. Quant à VÈve croquant la pomme d'or, c'est 
toujours le même dessin élégant et impeccable, la 
même coloration sobre et distinguée qui donnent aux 
ouvrages de ce peintre un charme dont on ne se lasse 
pas. Oserons-nous trouver les ombres verdâtres trop 
accusées ? Ou ne serait-ce pas plutôt les chairs dont 
les roses nacrés ont un éclat peu justifié par la dispo- 
sition des lieux? Le corps, en effet, se trouve à Tabri 
de la lumière directe sous le surplomb d'un rocher. 

VEntrée de Louis XI à Paris par M. Francis Tatte- 
grain est une des pages capitales du salon. Cette^ 
œuvre n'a pas eu tout le succc's que nous espérions. 
Cela ne tiendrait-il pas à un certain éparpillement de 
l'intérêt, à un manque de parti pris de sacrifier l'ac- 
cessoire au profit des figures principales ? En arrivant 
devant cette immense toile, le regard n'est pas immé- 
diatement attiré sur un groupe ou sur un personnage. 
Les mêmes valeurs se trouvent également réparties 
sur toute la surface du tableau.* Toutes les figures 
sont scrupuleusement étudiées, — ce qui est un bien, 
— mais toutes sont rendues avec un soin également 
scrupuleux qui leur donne à toutes une égale impor- 
tance. Le roi Louis XI se trouvant au second plan 
est, de par les lois de la perspective, plus petit que ses 
vafesaux des premiers plans; de plus, l'ombre pro- 
jetée sur lui par le dais royal éteint encore l'éclat 
de ses vêtements, assourdit la vivacité de son teint ; 



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— 165 — 

et le voilà dans un état d'infériorité évidente au 
milieu du nombreux et brillant cortège qui raccom- 
pagne. 

L'artiste, et surtout le peintre, ne doit pas, à notre 
humble avis, rendre tout ce qu'il voit. Quel que soit le 
sujet qu'il traite, il doit s'attacher aux points essen- 
tiels. C'est même là ce qui creuse un fossé infran- 
chissable entre la photographie et Part de peindre. La 
photographie reproduit sans intelligence, brutale- 
ment, bêtement, tout ce qui se rencontre dans le 
champ de l'objectif, tout ce qui affecte la plaque sen- 
sibilisée. La fleur, dans les cheveux d'une femme, 
aura autant d'importance que la iigure même de la 
femme. Et, pourquoi pas, dira-t-on, s'il en est ainsi 
dans la nature? — Non, ce n'est, selon nous, qu'une 
apparence. Il n'en est pas vraiment ainsi dans la na- 
ture. Chez le modèle, la vie intérieure et aussi la vie 
physique donnent forcément plus de valeur à la phy- 
sionomie reflétant l'âme qu'aux natures mortes qui 
l'entourent. En nous rencontrant ici, nous nous 
sommes reconnus, nos regards se sont mutuellement 
fixés sur nos visages et nous ignorons à peu près quels 
vêtements nous portons. Nous avons souci de la vie 
intellectuelle qui transparait sur nos figures, nous 
ignorons presque l'enveloppe qui revêt nos corps et 
les accompagne. 

Il doit en être de même dans l'œuvre d'art. Si c'est 
un portrait, le visage devient l'essentiel, les vête-, 
ments et les meubles l'accessoire. Et si cela paraît 
plus évident dans l'exemple que nous avons choisi, 
cela n'est pas moins vrai dans une scène historique, 
voire dans un paysage, ou même dans une nature 
morte. Il est de toute importance que le regard soit 



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— 166 — 

attiré par un point choisi par le peintre et qu'il s'est 
efforcé de mettre en évidence. Si Tceuvre peinte ne 
répond pas à cette loi, (c'en est peut-être bien une), 
elle ne cesse pas pour cela d'être une œuvre d'art, 
car d'autres qualités peuvent la maintenir à ce haut 
rang parmi les productions de l'esprit humain, mais 
elle descend pourtant d'un échelon el prend sa place 
au rang des œuvres décoratives, des œuvres qui, des- 
tinées à orner des surfaces plus ou moins vastes, 
doivent se lier à l'architecture qui les entoure et 
qu'elles contribuent à embeUir, des œuvres chez les- 
quelles l'expression et la couleur seront également 
réparties, puisque toute la surface à décorer mérite 
un égal intérêt. 

L'entrée de Louis XI est une œuvre décorative de 
haute valeur. Elle vaut par l'imagination de l'artiste ; 
par le soin minutieux avec lequel sont traités les inci- 
dents qui concourrent à maintenir l'intérêt dans toutes 
les parties ; par le souci de la reconstitution archéo- 
logique ; en un mot, par un travail consciencieux mis 
au service d'une brillante imagination. Si l'œuvre 
n'empoigne pas dés l'abord, au moins elle retient 
longtemps. 

De M. Deconinck, nous avons un beau portrait 
équestre. Le cavalier doit être ressemblant. La pose 
est juste et le paysage accompagne agréablement la 
iigure sans nuire à son importance. Plus loin, le 
portrait d'un magistrat en robe. Costume d'apparat : 
aussi le modèle pose un peu pour la galerie. M"® De- 
coninck a envoyé une fillette laissant tomber un panier 
plein de roses. Elle porte encore une pleine brassée 
de lis. Les couleurs sont éclatantes. 

Temps gris, mer grise; le grain approche, les 



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— 167 — 

bateaux de pêche ont hâte de regagner le port ; tel est 
le sujet choisi par M. Caron. 

M. Boquet a envoyé un tableau plein de talent. Il 
ne peut faire moins. Trois petits paysans s'en vont 
par la plaine recueillant les quelques épis échappés 
au râteau des moissonneurs. Les figures sont tristes, 
mais Tallure générale est heureuse. Les vêtements 
sont dans un ton calme qui se marie bie:i avec le gris 
bleuté de l'atmosphère. 

Nous sommes probablement injuste pour M. Debras. 
Avouons donc tout d'abord notre peu de goût pour les 
sujets de genre. Chasse réservée, tel est le titre de son 
envoi. Sur la lisière d'un bois, assises sur un banc, 
une jeune fille et sa mère. Celle-ci s'est endormie et 
la première écoute avec une satisfaction évidente les 
galanteries d'un jeune chasseur un peu fat. La pein- 
ture est en harmonie avec le sujet. 

M. Michel a envoyé un grand Christ en croix, dont 
le corps est bien modelé. La tête exprime moins la 
souffrance que la compassion. 

Le portrait d'une grande jeune femme par M. de 
Moncourt est intéressant par le rendu d'un jeu de 
lumière assez peu étudié jusqu'ici. La jeune femme 
rentre du jardin, elle est sur le seuil de la porte ; nous 
la voyons de l'intérieur et le fond du tableau est plus 
éclairé que les premiers plans. 

Nous finirons cette courte revue en vous signalant 
les marines de M. Maillard. La première, Après la 
tempête, est un beau tableau qui nous rappelle une 
, œuvre du maître Tattegrain. Les barques sont venues 
s'échouer en désordre sur la plage ; de lourdes nuées 
s'enfuient à l'horizon et la foule des pêcheurs et des 
pêcheuses vient anxieuse constater les avaries. La 



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— 468 — 

seconde, Pêcheurs de harengs, est habilement obser- 
vée. Sous un ciel sombre, les bateaux sans voile 
flottent comme des bouchons sur une mer boueuse, 
au gré du flot capricieux. 

. A la sculpture, nous avons remarqué le beau buste 
du poëte-paysan Crinon, par M. Georges Tattegrain. 
Sa longue barbe descend jusque sur sa blouse de 
pauvre haricotier ; le haut de la figure révèle le pen- 
seur non uniquement occupé de remuer la terre nour- 
ricière. L'œuvre a quelque attache avec l'école floren- 
tine et elle est pleine de saveur. MM. Fossé et Fontaine 
ont envoyé des bustes et des médaillons habilement 
traités, et M. du Passage, continuant ses études sur les 
animaux, expose La Mort du Brocard. Le mouvement 
de l'animal expirant sous la cruelle morsure des 
beagles est très justement observé et rendu avec 
beaucoup d'adresse. 

Tous nos artistes n'ont pas exposé cette année ; je 
veux ignorer les causes de ces absences. Quelques 
œuvres de premier ordre sont là pour nous dédom- 
mager. Elbs suffisent amplement à soutenir l'hon- 
neur de la Picardie artiste. 



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^ m — 

Séance du 3 novembre 1892 
PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRE8, PRÉSIDENT. 

M, LE Président fait connaître que, pendeint plu- 
sieurs absences de M. de Gai^ametz, M. Gontieh 
l'ayant suppléé comme archiviste, a préparé le cata- 
logue de la bibliothèque de la Société, dont il pré- 
sente, du reste, la première partie. Des remerciements 
sont adressés à M. Gontier pour l'utile travail qu'il a 
entrepris. 

M. Alfred Julia, membre correspondant, ayant 
demandé à assister à la séance, donne lecture du rap- 
port qu'il a fait sur l'excursion de la Société d'Émula- 
tion à Ham et à Péronne au mois de juin de cette 
année (V. p. 178). 

M. Macqueron ayant assisté au mois d'août dernier 
au congrès archéologique de Belgique tenu à Anvers, 
lit un compte rendu qu'il a fait à ce sujet ; il donne 
surtout des détails sur le superbe cortège qui a clos le 
congrès. 

M. Ém. Delignières lit au nom de M. l'abbé Blan- 
DiN, membre correspondant, une pièce de vers sur la 
tête de cire qui est une des pièces les plus artistiques 
du musée Wicar de Lille. 

Dons d'ouvrages : 

Études pour servir à Vhistoire et à V interprétation 
des noms de lieux, par L* Ricouart, membre corres- 
pondant ; 

Inventaire des archives du département de la 

13 



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SommCj t. III, par G. Durand, membre correspon- 
dant (offert par M. le Préfet) ; 

Les anciens monuments des KiaLms en Annam et au 
Tonkin, par Ch. Lemire, membre correspondant ; 

Jeanne d'Arc et le sentiment national^ par le même; 

Notice^ biographique sur M. Henri Hàrdouin,' par 
Aug. Janvier, membre correspondant ; 

Une visité aux mines de Lens, par 0. Hall. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 



Séance du 1*' décembre 

PRÉSIDENCE DE M. ÉRI. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 

. M. LE Président rappelle la perte éprouvée par la 
Société d'Émulation en la personne de M. le vicomte 
L. DE BoNNAULT d'HouËt, décédé en son château de 
.Mérélessart le 3 novembre dernier. Membre titulaire 
depuis 1875 et ancien vice-président, M. de Bonnault 
a toujours pris une grande part à nos travaux ; en 
lui adressant un dernier adieu, M. Ém. Delignières 
a fait justement ressortir l'active collaboration du 
défunt. La Société décide que l'expression de ses 
regrets sera transcrite au procès-vèrbal, et prie M. le 
Président de rédiger, pour le volume sous prefsse, 
une notice nécrologique ôur M. de Bonnault. 

* M. LE Président adresse en son nom et au nom de 
la Société des félicitations à M. É. Coaghé pour là 
récompense si bien méritée obtenue par lui à la Société 



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de topographie de France, qui lui a décerné une mé- 
daille de 1'* classe pour son ouvrage la Carte de /'ÉiaN 
major françsiis^ 

Le même membre dépose sur le bureau deux numé- 
ros de la Revue de la Poésie contenant deux articles 
fort élégamment é^îrits de M. G. le Vavasseur sur 
Toeuvre poétique de notre Président . d'honneur, 
M. Er. Prarond. 

M. Algius Ledieu fait une lecture sur un manuscrit 
récemment offert à la bibliothèque communale d'Ab- 
beville ; c'est un livre de raison tenu par Antoine 
Rohault, maïeur de liotre ville en 1598 et 1611. Dans 
une introduction très étendue, notre collègue recons- 
titue de toutes pièces la biographie de Rohault d'après 
des documents nombreux et inédits qu'il a découverts 
de différents côtés. A la suite vient une notice sous 
forme de table des matières du registre de Rohault. 
Cette notice est suivie de la copie — abondamment 
annotée — de ce qui constitue le livre de raison de 
l'ancien maïeur d'Abbeville ; on y trouve des détails 
pleins d'i^térêt sur la vie municipale et bourgeoise à 
cette époque, sur les travaux accomplis par Rohault 
sous ses deux mairies, sur la Ligue, sur l'état civil et 
sur les propriétés de l'auteur, etc., etc. — Renvoyé à 
la commission des mémoires. 

M. Degrept, membre correspondant, offre une bro- 
chure dont il est l'auteur : L'Arbre vert en Picardie ; 
Poix et ses coteaux. Des remerciements sont votés au 
donateur. 

M. Emile CniiRPENTiER, de Montreuil-sur-Mer, est 
élu membre correspondant. 



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- m- 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



LES IAUS0LÉE8 DE L'ÉGLISE Dïl TILLOLOT-LÈS-ROTE 

Extrait d'une lecture faite par M. Algius Lbdieu dans la séance du 
1 avnt 1892, 



L'église de Tillolôy, classée parmi les monuments 
historiques, est la seule du département de la Somme 
qui ait été construite en entier à Tépoque de la Renais- 
sance ; c'est l'édifice le plus élégant et lé plus gracieux 
de Tarrondissenient de Montdidier^ aussi a-t-il été 
l'objet de nombreuses et savantes descriptions et de 
maintes reproductions ; on est encore menacé à brève 
échéance, paraît-il, d'une nouvelle description de ce 
monument. 

L'église de ce village a été construite par Antoinette 
de Rasse vers 1534 ; cette dame a fait également bâtir 
les châteaux de Tilloloy et de Chaulnes et les églises 
de Laucourt et de Beuvraignes. Elle avait épousé en 
premières noces Jean Illde Soyecourt, dont elle eut 
un fils, François III, qui devint l'un des plus bril- 
lants hommes de guerre de son temps. Marié le 30 
mars 1555 à Charlotte de Mailly, il en eut six en- 
fants, trois fils et trois filles. Il perdit successivement 
ses trois fils, Maximilien, Charles et Abdias, qui mou- 
rurent jeunes et sans enfants et furent inhumés dans 
le couvent des Jacobins de Compiègna 

Par son testament, daté du 10 avril 1591, François 



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- i7à ^ 

de Soyecourt ordonna qu'une chapelle en pierre de 
Môrtemer devra être élevée « à main gauche » dans 
le cimetière de Tilloloy à la mémoire du testateur, de 
celle de sa femme et de ses trois fils ; cette chapelle 
sera voûtée et aura trente-six pieds de long sur dix- 
sèpt de large, et la « voulsure » commencera à sept 
pieds de terre ; quant aux deux mausolées qu'elle 
devra Renfermer, M. de Soyecourt fait connaître de 
quelle manière ils devront être exécutés. En outre, 
comme un certain nombre de membres delà famille 
de Soyecourt étaient inhumés dans la chapelle de 
l'abbaye de Corbie, le testateur demande qu'une ins- 
cription sur cuivre y soit placée pour rappeler que 
ses trois fils, sa femme et lui-même ont leur sépulture 
à Compiègne. Une somme de deux mille francs et plus, 
s'il était nécessaire, devait être consacrée à l'érection 
de la chapelle funéraire de Tilloloy. 

Les frais d'entretien de cette chapelle et des monu- 
ments de l'église des Jacobins de Compiègne devaient 
être supportés à perpétuité par les possesseurs des 
terres dô Tilloloy, Laucourt, Beuvraîgnes, Conchy et 
Carrépuits. 

Par suite de circonstances qu'il nous est impossible 
de déterminer, la chapelle de Tilloloy ne fut jamais 
construite ; il est permis de supposer que les guerres 
dont parle le testateur dans son codicille ne per- 
mirent point à son héritière principale, Françoise de 
Soyecourt, sa fille aînée, d'exécuter ses dernières 
volontés. Aux guerres civiles succéda la guerre 
étrangère, et, pendant Vannée de Corbie, le Santerre 
fut dévasté et incendié par les Espagnols, qui brû- 
lèrent presque toutes lés églises. 

Le petit-fils de François de Soyecourt, Maximilien 



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— 174 — 
de Belleforière, sieur de Soyecourt, — fils de Ponlus 
de Belleforière et de Françoise de Soyecourt — semble 
avoir mis peu d'empressement à remplir les dernières 
volontés de son aïeul, dont il n*eut point la bravoure 
militaire, puisqu'il fut condamné en 1636 pour avoir 
rendu lâchement la ville de Corbie aux Espagnols ; 
s'étant réfugié en Angleterre avant sa condamnation, 
son exécution eut lieu en effigie, mais les arbres du 
bois de Tilloloy furent coupés à hauteur d'homme et 
le château de ce village démoli presque en entier. 
Toutefois, il fut réhabilité sous le règne de Louis XIV, 
et ce roi lui dpnna même de l'argent pour faire re- 
construire son château de Tilloloy. Il mourut en 1649. 

C'est Marie-Renée de Longueil, marquise d'Amy, 
femme de Charles-Maximilien -Antoine de Belleforière, 
marquis de Soyecourt, grand veneur de France, fils 
de l'ancien gouverneur de Corbie, et arrière-petit-fils 
de François de Soyecourt, qui exécuta tout au moins 
en partie les dernières volontés de celui-ci. 

Dans la chapelle de la sainte Vierge, située dans 
le transept gauche de l'église de Tilloloy, se voit le 
mausolée des trois frères Maximilien, Charles et 
Abdias de Soyecourt; il est adossé au mur du fond et 
« consiste en un soubassement dont la longueur est 
partagée en trois parties égales par des fûts de colon- 
nes en marbre noir. Dans les entrecolonnements, on 
remarque les trois chevaliers à genoux, les mains 
jointes, ayant chacun un casque à leurs côtés. Les 
statues sont en pierre et fort bien exécutées. » On y lit 
l'inscription suivante : 

Maximilien, Charles et Abdias de Soyecourt 
Fils de François de Soyecourt, seigneur du dit lieu, 



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— i75 ~ 

de Tilloloy, Lauçourt, Beuvraignes, Conchy, GarrêpuiSy 
• chemlier de Vordre du Roy 
guidon de la compagnie d'hommes d*armes 

du seigneur d'Humières ' 

capitaine de deux enseignes de gens de pijid, 

et de Charlotte de M ailly, vicomtesse de Tuppigny, 

barohne d'Iron et de la Neuville-Roye 

veuve de Thais, chevalier de Vordre du Roy 

colonel général d'infanterie française "\ 

et grand maître de Vartillerie de France^ 

tous les trois décèdes sans enfants, 

et ont laissé pour leur héritière. Françoise de Sdyecourt, 

Ce monument élevé par lapiiété et les soins 

de Marie-Renée de Longueil 

marquise de Soyecourt, 
Priez Dieu pour son âme. 

Dans la même chapelle, et vis-à-vis de Tautel, contre 
le mur, se trouve le mausolée de Pontus de Belle- 
forière et de Françoise de Soyecourt, sa femnfe ; 
leurs statues, fort bien travaillées, sont en pierre 
avec la tête et les mains en marbre blanc ; ces deux 
personnages sont à genoux et les mains jointes, 
sur le devant de leur tombeau, que supportent deux 
colonnes d'ordre toscan ; ils sont tous les deux tête 
iiue et ont au cou Ténorme collerette godronnée du 
temps ; le mari porte sur le côté gauche un poignard 
nommé miséricorde ; derrière la femme se trouve 
un chien. Une épitaphe en lettres gothiques est ainsi 
conçue : 

Cy gist messire Ponthus de Belleforière 

cKêr de Vordre du Roy, gentilhomme de sa chambre 

et son chambellan, gouverneur de la ville 

de Corbie^ 



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— !76 — 

cSphe de einquante homes d*armes ' 

et de deux cens hôfnes de pied du ' règne d'Henri III 

S' de Belleforière, lire, 

le grant elle petit Cagny, Allery et Godonne 

qui trépassa le xr^ jour de décembre Van mil cinq 

cens iii;« x 

Priez Dieu pour son âme. 

Près du mausolée se trouve cette autre inscription : 

Sous ce marbre sacré par la dévotion, 
Reposée en attendant la résurrection, 
Quand de nouveau l& corps sera rejoint à l'âme 
Françoise de Soyeçpurt, haute et puissante dame, 
De qui le souvenir pour sa grâce et vertu 
Par l'oublieux oubly ne peut être abbattu : 
Que la mort pense avoir pour seur butin ravie 
Toujours a prétendu conduisant ceste vie 
. '■ A l'immortalité, son âme en doux repos. 
Eternel est son nom ; triste en est Atropos, 
O Parques { ô destin ! plus ne lui faites guerre, 
§fOn âme est sur le ciel, son renom sur la terre; 
L'entendement divin la hausse jusqu'aux deux; 
Son corps noble et gisant en ces funestes lieux. 
Dame de son vivant fut de Belleforière, 
Et du chef de Mailly; plus première héritière 
De son père et seigneur de Soyecourt, Goussencourt, 
Tillôloy, son séjour, Buvraignes et Laucourt, 
Carrépuis, Grandmanoir, Franviller et Conchy, 
Renellecluse, encore Campigneul et Machy, 
De la Neuville-le-Roy, dame pour son acqueste. 
Ce sépulcre lui fut sa dernière conqueste ; 
Ce temple est son séjour sacré, sainct et secret. 
Où de ses doux vassaux elle attend le regret ; 
Vive doncq à jamais sa ressante mémoyre 
En la postérité; puisse encore en sa gloire 



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PL. IV 




Portail de l'Église de Tilloloy 

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PL. V 




Chapelle de la Sainte Vierge 

(ÉGLISB DE TILLOLOY) 

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PL. VI 




Mausolée de Ponthus de Belleforière 
ET DE Françoise de Soyécourt, sa femme 

(ÉGLISK Di: TILLOLOY) Digitized by ^<JOOgie 






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a, 







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- in - 

De Dieu le créateur son àme reposer, 

Et son corps au tombeau qu'elle s'est fait poser 

Laquelle décéda le mars 1620. 

Priez Dieu pour son àme. 

Une pierre tombale, ne portant aucune inscription, 
a été replacée dans la chapelle de la Vierge ; elle avait 
été précédemment retournée et servait de seuil à une 
porte. Sur cette pierre, on voit un chevalier et sa 
dame^ tous deux couchés, les mains jointes, ayant à 
leurs pieds l'un un lion, l'autre un chien et un heaume ; 
les mains sont en marbre blanc, et les têtes, qui ont 
disparu, devaient être de la même matière. On remar- 
que sur les épaules du surcot qui recouvre le mari un 
fretté qui permet d'affirmer à bon droit que ce cheva- 
lier était un Soyecourt. 

En 1863, rapporte M. É. Coët, des ouvriers, en tra- 
vaillant dans Téglise de Tilloloy, soulevèrent une 
dalle à droite du maître-autel et découvrirent une 
cavité. « En descendant dans ce caveau, ajoute le 
même auteur,' nous avons trouvé reposant sur le sol 
deux cercueils en plomb, puis un troisième aussi en 
plomb, "supportés par des traverses de bois posées sur 
les deux premiers ; la tête du corps était tournée vers 
l'entrée de l'église. Quatre pots en terre cuite ren- 
fermant des cendres se trouvaient dans le caveau. 

fc Sur le cercueil supérieur, vers le milieu, était un 
cœur en plomb qui portait cette inscription : « C'est 
a yci le cœur de Maximilien de Belleforière, *qui est 
€ décédé le 22 mars » (1649) ; sur les autres cercueils, 
il n'y avait rien qui pût faire reconnaître quels étaient 
les corps qu'ils renfermaient. Nous supposons que 
ce sont ceux de MaximiUen, Charles et Abdias de 
Soyecourt, dont on voit le mausolée dans l'église. » 

14 



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- lie- 
Ces trois cereueils na rMufermftiant eertainement 
point les restes de oes trote jeunes gens puisque, 
d'après le testament de leur père, fis avaient été 
inhumés dans l'église du couvent des Jacobins de 
Compiègna. 






GOMPTS RSNDU 

DB LA 

aUATBISlIS BXCQRSION ARCSÉabOaiQQS ANNDSILK 

DE LA SOCIÉTÉ D'EMULATION 
Lecture faite par M. Alfred Julta à la ^é^nce 4u 9 novembre U92. 

Messieurs et chers Collègues, en terminant, Timnée 
dernière, le compte rendu de notre excursion archéo- 
logique, je consignais Tecpoir exprimé par vqui^ de* 
voir un plus grand nombre de nos collègue» prendye 
part cette année à notrçi quatrième exploration. Vqa 
désirs se sont réalisés ; notre caravane s'est élevée dô 
quatorze à vingt^dçux pèlerins de la sciencç, de l'his- 
toire et de Tan. Elle se composait de MM. Emile 
Delignières, notre Président, Armand Boucher do 
Grèvecœur, Vice-Président, Henri Maoqueron, seojé- 
taire, de Galametz, archiviste, Coaçhe et Yayson^ 
membres titulaires, et des membres correspondant? 
dont les noms suivent : MM. Anty, l'abbé Armand, 
Blain, de Caïeu (Paulj, Crusel, Dabot, l'abbé Dan^ 
court, Julia, Lottin, Macqueron (Oswald), Macqueron 
(René), Tillette de Clçrmont-TQnnerre, Van Robais^ 
de Valois et WillamQ» auxquelip avaient biw voulu 



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— 179 ^ 

se joitidre M. l'ab^bé ^Midia, caré de Umàê-e^- 
Chaussée ei M. Gaudeohon, bimquier à Pércmae, 
reçu depuis membre correspondant. 

En exécution de la propoiwtion de M, Alcius Ledîeu, 
nous devions visitcsr Ham et Péronne* Ces deux villes 
ont eu à peu de chose près les mêmes destinées. Leur 
origine remonte plus haut que la civilisation gallo- 
romaine. Situées sur le territoire choisi par tes 
Francs Saliens pour étewidre leur conquête, elles sont 
du petit nombre de celles qui formèrent le berceau de 
notre chère France. Sous le régime féodal, elle» ap- 
partiennent à des seigneurs, dont l^autorité passe 
bientôt paiiiellement aux bourgeois de la comnnEûe. 
Ce système politique leur donne une intensité de vie 
personnelle qui se développe avec le sentiment do la 
responsabilité. Plus tard, le pouvoir royal le» absorbe. 
L'originalité de Tindépendance locale s'affaiblit dès 
lors peu à peu, pour disparaî^e enfin sous le niveau 
égalitaire, dont Feffet à été de ne laisser subsister 
dans notre pays centralisateur à Texcès d'autre cœur 
et d'autre tête qa# Parti». 

Qu'est-ce qui valut à Ham et à Péronne leur im*- 
poftance passée? Leur situation sur la rivière de 
Somme et leur position de places frontières. Ham, 
toutefois, moins forte que sâ voisine, ne jouait plus 
au XVII* siècle qu-un rôle effacé, alors que Péronne 
était encore classée parmi les villes fortes de pre- 
mière ligne. De nos j^urs, bien que sou« le premier 
Empire, la Somme ait été coiisidérée par Napoléon 
comme un obstacle négligeaMe, Péronne a soutenu 
un siège contre les troupçjs «(Uemandes, et il est pt o- 
bable.^que sa virginité légendaire n'aurait pas été 
déflorée si, après la bataille de Bapaume, une armée 



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— 180 - 
de secours vainement attendue était venue seconder 
le courage de sa petite garnison et le dévouement de 
ses habitants. 

Un passé si profondément original a nécessaire- 
ment laissé son empreinte sur les monuments ; c'était 
l'objet de nos études : lire les antiquités, en chercher 
le sens sous la pierre, nous rendre un compte exact 
de la vie de nos devanciers, pour établir la nôtre et 
assurer l'avenir à nos successeurs, telle est, je crois, 
la mission que nous assignons à l'archéologie. Sans 
doute, il se mêle à notre curiosité un peu de dilettan- 
tisme artistique et littéraire qui Texcite par Tespoir 
attrayant de la découverte, mais nos poursuites se- 
raient frivoles et nos recherches vaines, si elles n'a- 
vaient d'autres résultats que de procurer à l'esprit 
une distraction stérile et au cœur une émotion égoïste 
sans portée utilitaire. 

La forteresse de Ham reçut notre première visite. 
En sortant de la gare, nous arrivons au canal de la 
Somme et, tournant à droite, nous voyons se dresser 
devant nous ses tours et ses formidables ouvrages de 
défense. 

La bonne fortune nous était réservée d'avoir pour 
guide M. l'abbé Danicourt, actuellement curé de 
Naours et précédemment vicaire de Ham, dont il a 
écrit l'histoire en collaboration avec M. Élie Fieury *. 
Ancien aumônier militaire, cet ecclésiastique de taille 
haute, à visage franc et ouvert, a contracté au régi- 
ment les manières décidées du soldat qui prête chez 
lui une saveur particulière à la dignité, au tact et à 
la prudence du prêtre. Ayant vécu pendant plusieurs 

* Histoire populaire de la ville et du château de Ham, dhez Car« 
pentier, libraire à Ham, 9, rue de Ghauny, 1881. 



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- m - 

années dans Tenceinte même du fort qu'il a décrit, il 
en connaît si bien les détours que ses explications ont . 
été une leçon complète d'histoire locale et d'architec- 
ture féodale. 

La construction définitive du château est due à 
Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol et conné- 
table de France, qui fît édifier en 1461 la grosse tour, 
dont l'énormité défie, paraît-il, toute concurrence. Sa 
forme générale serait restée telle qu'elle était il y a 
plus de quatre cents ans, si les tranformations de 
l'armement n'avaient nécessité des modifications qui 
ont enlevé au couronnement de l'édifice leur aspect 
pittoresque. C'est ainsi que, presque partout, des em- 
brasures de canon ont été substituées aux créneaux 
et aux mâchicoulis. 

Nous entrons dans la place par la porte de l'espla- 
nade. Il semble inutile de dire que cette entrée est 
fortifiée d'une demi-lune et défendue par un pont-levis. 
Elle est pratiquée dans une tour carrée. Au-delà de la 
voûte, on se trouve dans une cour spacieuse entourée 
de divers corps de logis servant la plupart de ca- 
sernes, les uns isolés, les autres appuyés sur les 
courtines. L'enceinte forme un rectangle aux angles 
duquel s'inscrivent quatre tours rondes. 

L'autorité militaire ne permet de visiter que la 
grosse tour ou tour du Connétable. C'est la plus 
remarquable par sa construction et par ses dimen- 
sions. Elle a 33 mètres de hauteur, un diamètre hors 
d'œuvre de 32 mètres 50 centimètres sur la plate-forme 
et une épaisseur de murs de 1 1 mètres ! 

Avant de l'ériger, Louis de Luxembourg avait déjà 
fait construire ou réparer les châteaux de Bohain, de 
Beaurevoir, de La Fère, de Guise et de Vendeuil. 

15 



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II résolut de se surpasser à Ham et, comme le disent 
très bien MM. Fleury et Danicourt, « son œuvre 
porte, en effet, un grand cachet de force et de puis- 
sance. » Il dut en être satisfait, car il fît graver sur les 
deuK faces du donjon l'inscription : Mon Mieulx, pour 
exprimer son orgueil de constructeur. Une rangée de 
houppes suspendues à des ccwdons entrelacés sur- 
monte la devise. Cette décoration parlante est repro- 
duite plusieurs fois sur les murs du château et forme 
des pendentifs à certaines clefs de voûte, mais nul, 
croyons-nous, n'a compris encore son langage, et les 
houppes du château de Ham ouvrent à la sagacité 
patiente des archéologues un champ d'inductions 
analytiques qui promet des jouissances ineffables à 
celui qui déchiffrera cette énigme ou plutôt ce rébus. 

La herse et le pont-levis traditionnels gardaient 
l'entrée de la grosse tour. Trois salles superposées 
composent avec leurs dépendances le logement dis- 
posé principalement pour opposer une défense achar- 
née à l'ennemi. Dans le cas où le château aurait été 
pris, la garnison pouvait s'y réfugier et amener là, 
par la vigueur de sa résistance, un de ces retours que 
îa fortune des armes accorde parfois aux cœurs assez 
vaillants pour ne jamais désespérer d'elle. 

Un escalier en spirale donne accès aux différents 
étages. Du rez-de-chaussée à la plate-forme, il est 
composé de cent marches, auxquelles il convient 
d'ajouter vingt-neuf autres marches pour descendre 
au sous-sol. Qu'on se figure une vaste rotonde de dix 
mètres de diamètre, dont le dallage est au niveau de 
l'eau des fossés, tandis que la voûte mesure cinq 
mètres de hauteur à la clef, ne recevant d'autre air et 
d'autre lumière que ce qui peut en passer par un 



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— 183 — 

soupirail oblique de plus de trente-trois pieds d^épiis- 
seur et Ton aura une idée d'une salle qui nous paraî- 
trait un séjour mortel, où, d'après la tradition, vécu- 
rent pourtant pendant nombre d'années plusieurs 
créatures humaines, condamnées à une étroite réclu- 
sion. L'une d'elles, un gentilhomme nommé Lautrec, 
y aurait passé quarante ans de sa vie. Six cellules, 
disons mieux, six cavernes, creusées après coup dans 
le mur à coups de pic et non maçonnées, servaient de 
cachots ou tout au moins de refuge pendant la nuit 
aux prisonniers. Quelques auteurs prétendent, sans 
preuves convaincantes, qu'il faut voir simplement 
dans ces réduits des fourneaux de mine et non des 
cachots. Pourquoi montrerait-on dans l'un d'eux une 
pierre qui aurait servi d'oreiller à un personnage 
mystérieux qu'on appelait Ze Capucin, enfermé en 1658 
dans la tour du Connétable, sous l'accusation d'es- 
pionnage ? a Cette pierre, disent les historiens ci- 
dessus dénommés, possédait la merveilleuse propriété 
de faire trouver un mari dans l'année, aux jeunes 
filles qui en emportaient un morceau. Inutile de dire, 
ajoutent-ils malicieusement, qu'elle fut plusieurs fois 
renouvelée. » L'anecdote mise en circulation par des 
annalistes sérieux, semble démontrer que les réduits 
en question auraient réellement servi à renfermer des 
prisonniers. 

Au rez-de-chaussée et à l'étage supérieur se trou- 
vent deux salles hexagonales dites, la première, salle 
des Gardes, l'autre salle du Conseil. Elles étaient, dans 
leur état primitif, d'une architecture très élégante. 
Les voûtes en pierre, soutenues par des arcatures 
prismatiques, avaient à la clef les houppes énigma- 
tiques. Elles se sont écroulées en 1840, et on les a 



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reconstruites en briques ; les belles cheminées a 
chambranles, les écussons armoriés ont disparu ainsi 
que tous les autres ornements. 

La salle des Gardes, exclusivement destinée à la 
défense, communiquait avec les ouvrages avancés de 
la forteresse au moyen d'un pont- volant qui, relevé, 
fermait une porte de secours. La baie très élevée au. 
dessus du fossé était sous la protection de pièces d'ar- 
tillerie et d*une herse, dont le fonctionnement s'opé- 
rait dans des postes situés de chaque côté de la porte. 

Quant à la salle du Conseil, habitation des anciens 
châtelains, elle est dépouillée de sa luxueuse ornemen- 
tation architecturale. La seule particularité qui la dis- 
tingue consiste en foyers acoustiques dans les angles, 
assez concentrés pour renvoyer à Tangle opposé, par 
l'effet de la réflexion des sons, une phrase prononcée 
à voix basse, sans que les auditeurs intermédiaires 
puissent en rien saisir. 

Après en avoir fait Texpérience, nous montons sur 
la plate-forme, d'où la vue découvre une campagne 
verte et riante, qui ne paraît pas avoir souffert de 
la sécheresse persistant depuis de longs mois. Huit 
embrasures pouvant être armées de canons permet- 
taient de battre les approches du château et le cHâ- 
teau lui-même, dans le cas où l'ennemi s'en serait 
emparé. Par sa surface de 490 mètres carrés, la plate- 
forme offrait toute facilité au service de rartillerie. 

Descendus dans la cour, nous visitons le bâtiment 
des prisonniers d'État. La forteresse de Ham avait 
été disposée pour en recevoir un certain nombre de- 
puis son déclassement comme place de guerre. Plu- 
sieurs personnages y avaient été incarcérés sous Tan- 
cien régime. Bien plus considérable fut le nombre 



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— 185 - 

des détenus que le régime de la liberté individuelle y 
fit écrouer arbitrairement. 

Je n'ai pas besoin de vous rappeler le nom de ThÔte 
illustre que reçut le château de Ham, sous le règne de 
Louis-Philippe I". Sa naissance, son adolescence en- 
thousiaste, ses études sociales, ses révoltes, sa capti- 
vité, son évasion, son élévation au trône impérial, sa 
défaite, sa chute et sa mort forment une histoire à 
la fois romanesque et tragique, dont on chercherait 
vainement le similaire dans les temps modernes. Pas 
un de nous sans doute n'a examiné les deux petites 
chambres qui composaient sa prison, sans faire ins- 
tantanément dans sa pensée un rapprochement entre 
les phases si diverses de cette existence extraordinaire. 
Avec quel intérêt palpitant n'avons-nous pas écouté 
le récit fait sur place par M. Tabbé Danicourt, d'une 
évasion dont les chances émouvantes n'allèrent pas 
sans présenter certains épisodes comiques et dont les 
suites, qui semblèrent devoir vouer tout d'abord son 
héros à une obscurité définitive le firent resplendir 
au contraire dans une gloire d'apothéose pour le pré- 
cipiter ensuite dans le plus lamentable des dénoue- 
ments ! 

Mais notre mission ne nous permettait pas de nous 
attarder aux réflexions suggérées par les événements 
que le théologien Orose appelait les « misères hu- 
maines. » Après un déjeuner substantiel à l'hôtel de 
France et un tribut d'hommage à la statue du général 
Foy, natif de Ham, nous nous sommes rendus, tou- 
jours sous la sûre direction de M. Danicourt, à l'é- 
glise de Notre-Dame. 

Ce monument religieux, aujourd'hui église pa- 
roissiale, est l'ancienne collégiale d'une abbaye de 



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— i86 — 
chanoines réguliers, plus tard sécularisés. Elle date 
du XII* siècle. Le portail ainsi que les trois fenêtres 
feintes du premier étage appartiennent à l'art roman. 
Toutefois, Tare surhaussé des voussures accuse la 
tendance, réalisée franchement sur les façades laté- 
rales et au chevet, d'unir l'ogive au plein cintre. 

Cette union règne souverainement dans l'abside et 
les collatéraux. Malheureusement, une si précieuse 
harmonie est rompue dans la grande nef*, où le goût 
gémît de voir des nervures de voûtes ogivales retom- 
ber sur des chapiteaux ioniques ou corinthiens, des 
pilastres substitués aux piliers et des enjolivements 
de la Renaissance injurier la noble sévérité du style 
français et chrétien, si improprement dénommé go- 
thique. 

Malgré ces disparates, suite d'un incendie allumé en 
1411 parles Bourguignons et les Flamands, entrés en 
vainqueurs dans la ville, sous la conduite de Jean 
sans Peur, la nef offre un coup d'œil imposant. Au 
milieu du sanctuaire, le maître-autel, le palier et les 
marches sont en marbre rouge des Flandres, tandis 
que les six colonnes monolithes qui supportent un 
élégant baldaquin sortent des carrières de Sainte- 
Anne. Des plaques de marbre de toutes nuance? appli- 
quées sur les murs et dans les entre-colonnements 
complètent la riche ornementation du chœur. En face, 
dix colonnes en marbre rouge portent un buffet d'or- 
gue en bois sculpté d'un travail remarquable. L'église 
Notre-Dame est donc digne dans son ensemble de 
fixer l'attention ; elle forcera même l'admiration du 
connaisseur qui descendra dans la crypte, classée à 
juste titre au nombre des monuments historiques. 

Sa nef, terminée en hémicycle, est accompagnée de 



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— i87 — 
deux bas-wtés unis avec elle par des arcs formerets 
de forme ogivale surbaissée. Trois colonnes rondes 
en pierre d'un seul jet supportent la voûte au centre. 
Colonnes et piliers sont disposés de telle sorte que, 
de n'importe qutl point, l'œil découvre la crypte toute 
entière et tous ses supports à la fois. Elle paraît ainsi 
plus vaste qu'elle ne Test réellement. Les chapiteaux 
sont parés d'un sobre ornement de feuillages. Sept 
fenêtres en grisaille décorées d'écussons historiques 
répandent un jour mystérieux de nécropole dans ce 
monument, dont la destination actuelle se réduit à 
conserver deux belles tombes en pierre sculptée. L'une 
renferme la dépouille mortelle d'Odon IV, seigneur de 
Ham, mort en 1234, l'autre les restes de son épouse, 
Isabelle de Béthencourt. Les images des deux défunts 
sont couchées sur le dos, suivant l'usage du temps. 
Elles portent les vêtements de l'époque et sont en- 
tourées d'accessoires emblématiques visant à traduire 
le rang et le caractère des personnages. 

Tous ces vestiges du passé révèlent la richesse et la 
grandeur de l'ancienne abbaye de Notre-Dame. Des 
bâtiments, depuis longtemps détruits, la reliaient à 
l'église. L'abbatiale seule fut reconstruite sous Louis 
XIV. Elle déroule sur la rue une longue façade, dont 
la belle ordonnance correspond à la dignité du grand 
siècle. Les divers abbés, quelques-uns hommes émi- 
nents par leur intelligence et leurs vertus, avaient 
rassemblé des archives précieuses pour l'historien et 
composé une bibliothèque de près de 9,000 volumes 
imprimés, de nombreux manuscrits, d'évangéliaires 
et d'un antiphonaire remarquable. Les archives furent 
consumées par l'incendie de 1411. Quant aux Hvres, 
ils ont été dispersés et gaspillés en 1793 ; de ceux qui 



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— iS8 — 
oiiraient le plus d'intérêt historique, il fut fait un jeu 
de joie sûr la ïdaoe publique de Ham. 

Dans la même rue et sur l'alignement de Pabbatiale 
s^élève le clocher de rancienne église Saint-Pierre dé- 
molie en 1 799. On doit la conservation de cet édifice 
à cette circonstance qu'il avait toujours servi de bef- 
froi i C'est une lourde construction carrée, flanquée de 
contreforts à ses angles* Elle n'offre de remarquable 
que l'inscription profondément gravée dans la pierre 
de la fameuse devise des Ligueurs : 

Ung Dieu 
Ung Roy 
Une Foy 
Une Loy. 

Une heure après, nous passions devant le château 
d'Applaincourt où ceux qui adoptèrent cette devise 
comme expression de leurs sentiments, arrêtèrent la 
première formule de la Ligue picarde, signée le len- 
demain, 13 février 1577, à l'hôtel-de-ville de Péronne. 

Le chemin de fer longeant un côté du château, on 
peut, même en passant à la vitesse ordinaire, se rendre 
un compte à peu près exact de Tarchiteclure de cette 
demeure historique. Elle est entourée d'un large fossé 
plein d'eau. On y entre par une porte romane, flan- 
quée de deux tourelles en encorbellement. De l'autre 
côté, que nous avons pu examiner plus longuement, 
l'entrée en ogive est pratiquée dans une tour carrée, 
entre deux tours rondes, à la suite desquelles se déve- 
loppent deux larges ailes. Les nombreuses fenêtres à 
croisées percées dans ces ailes au rez-de-chaussée et 
au premier étage, les mansardes qui éclairent les 
combles nous font penser que si le corps de logis 



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— 189 — 

principal paraît dater du xiv® siècle, la partie ajoutée 
est beaucoup plus moderne et ne remonte guère au- 
delà du commencement du xvi® siècle. Quoique dé- 
pourvu de physionomie grandiose, le château d'Ap- 
plaincourt présente néanmoins un caractère seigneu- 
rial fortement accusé. 

L'impression que nous en recevons est bientôt 
effacée par le panorama de & ville de Péronne, qui 
s'offre tout à coup à nos yeux. Nous n'avons pas le 
temps de satisfaire notre curiosité, car le train entre 
presque instantanément on gare. Nous sommes reçus, 
au saut du wagon, par M. Henri Dabot, venu tout 
exprès de Paris pour se constituer notre guide dans 
sa ville natale. 

Nous connaissions tous M. Dabot de réputation. 
Docteur en droit, avocat à la Cour d'appel de Paris, 
notre collègue est resté chaleureusement Picard et 
Péronnais. Nous avions lu, l'année dernière, avec le 
plus vif intérêt, la brochure qu'il nous avait envoyée ; 
lu, avec peut-être plus d'intérêt encore, celle qu'il nous 
a fait parvenir cette année *. La première nous racon- 
tait la vie de sa famille pendant la première moitié 
de ce siècle. Elle s'écoulait tranquillement, charmée 
par l'affection qui unissait ses membres et relevée en 
toute occasion par l'austère accomplissement de tous 
les devoirs. Cette existence intérieure, bien plus 
intime que la vie de nos jours, un peu en dehors, 



* !• Registres, Notes et Lettres d'une famille Pèronnaise, par Fran- 
çois, Fursy et Henri Dabot. 

2» Lettres d'un Lycéen et d'un Étudiant, de iSkl à ÎS5(t, par Henri 
Dabot. 

A Péronne, chez Quentin, Grande Place, 33 

A Paris, chez Biériot, quai des Grevods-Augustins, 55. 



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-^ 190 — 

même en province, n'était pas exclusive d'une hon- 
nête gaieté, d'un ardent patriotisme et, à l'occasion, 
d'un véritable courage civique. Nous constatons les 
conséquences de ces mœurs sages dans la seconde 
publication, où le jeune Dabat a noté jour à jour 
remploi de son temps de lycéen, d'abord, derrière les 
murs de Louis-le-Grand, et puis d'étudiant en droit, 
en pleine liberté de la iwe et en pleine efïervescence 
de la place publique. 

Aucun de nous n'a dû, dès lors, s étonner de trouver 
en M. Dabot un homme tout rond de caractère, intel-* 
ligent et spirituel, de manières affables et se mettant 
à notre disposition avec une bonhomie et un dévoue- 
ment qui lui ont acquis à l'instant même l'affectueuse 
reconnaissance de nous tous. 

Il nous a conduit en premier lieu au musée Dani- 
court, de création toute récente, parfaitement installé, 
ainsi que la bibliothèque publique, dans les saljes de 
THôtel-de-Ville et de l'ancien Bailliage. 

Le premier de ces bâtiments, plusieurs fois recons- 
truit, a reçu sa dernière forme sous Louis XVI. Il' 
porte, en conséquence, le cachet du style si pur de 
l'époque. Quatre colonnes d'ordre ionique surmontées 
d'un balcon forment l'avant-corps. Au-dessus des 
trois fenêtres médianes de l'étage supérieur, ornées 
de balustrades et couronnées de guirlandes en relief, 
les armes de la ville sont sculptées dans le tympan 
d'un fronton triangulaire. 

Adjacent à l'Hôlel-de- Ville, l'ancien Bailliage a sa 
façade sur la place du marché. Son rez-de-chaussée 
consiste en une galerie percée de quatre grandes biaies 
arrondies en arcades et couverte par le premier étage. 
L'ancienne façade s'étfmt écroulée, Louis XIV fît les 



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- \9i — ^ 

frais de la nouvelle. Pour perpétuer le souvenir de 
cette générosité royale, la municipalité péronnaise a 
fait dresser au sommet du fronton un acrotère coiffe 
d'un soleil doré, emblème du prince, avec son orgueil- 
leuse devise: Necpluribusimpar. En 1866, un cam- 
panile très élancé, placé à la cime de Tédifice, lui 
donna plus de grâce et de légèreté. 

Comme l'indique la. salamandre, dont on voit 
s'étaler de nombreux exemplaires sur les murs exté- 
rieurs et la devise Nutrisco et eocstinguOf le gros du 
bâtiment est du règne de François P'. 

On entre au musée par le péristyle de THôtel-de- 
Ville. Une heureuse inspiration a fait réunir dans le 
cabimst du maire, situé au rez-de-chaussée, tous les 
portraits des maires et des anciens mayeurs de Pé- 
ronne qu'on a pu se procurer. Donateurs et artistes 
peintres se sont empressés à l'envi de contribuer à 
cette intéressante collection. Elle sert d'introduction 
au musée. La très artistique décoration de la salle est 
due au pinceau de M. Debras, de Péronne. A la place 
d'honneur se détache le portrait de M. Alfred Dani- 
cQurt et voici pourquoi : ce magistrat municipal, qui a 
exercé les fonctions de maire de 1874 à 1878, écrivait 
et faisait de la peinture à ses heures de loisir, était un 
amateur éclairé d'antiquités. Il avait rapporté de ses 
voyages de nombreux objets d'art et de curiosité, 
notamment des pièces égyptiennes de choix, soigneu- 
sement acquises par lui dans leur pays d'origine. A sa 
mort, il a légué ses livres et ses collections à la ville 
de Pérônne, pour servir à la fondation d'une biblo- 
thèque publique et d'un musée. 

Un autre amateur de la ville, M. Tournière- 
Blondeau, qui avait été très lié avec M, Alfred Dani* 



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— 192 — 

court, s'offrit à participer à la réalisation du vœu 
de son ami par son influence, sa bourse et son expé- 
rience. Lui aussi aime les arts, il a beaucoup voyagé, 
connaît presque tous les musées de l'Europe, a étudié 
leur organisation. En relation avec la plupart des 
hommes qui ont leurs petites entrées à l'administration 
des Beaux-Arts, il ^ beaucoup obtenu par leur entre- 
mise en faveur du musée de Péronne, dont il a été 
nommé conservateur honoraire. Il assume en cette 
qualité la responsabilité du développement, de l'orga- 
nisation et de l'ordonnancement, tandis que les soins 
de la surveillance, de la garde et de la conservation 
des collections et des livres incombent au conserva- 
teur résidant, M. Fourtet, qui en est responsable. 

M. Toumière-Blondeau, absent, a beaucoup .re- 
gretté d'avoir été privé du plaisir de nous faire en 
personne les honneurs du musée. Il a été remplacé 
dans ce rôle par M. Dabot et par M. O. Gaudechon, 
membres de la commission extra-municipale. M. 
Fourtet s'est joint à eux, et nous n'avons eu qu'à 
nous louer de l'empressement et de la bonne grâce 
que ces messieurs ont mise à satisfaire aux exigences 
de notre curiosité. 

En sortant de la salle des maires, nous sommes 
entrés dans la salle dite préhistorique. On y remarque 
des échantillons d'objets usités en ces époques reculées, 
des instruments et des armes en pierre remarquables 
par leurs dimensions et par le fini du travail. Il im- 
porte de mentionner à part un atelier de bracelets 
en schiste qui permet d'étudier le mode de travail de 
la pierre dans les premiers âges. 

Tout à côté, une salle égyptienne nous cause une 
surprise extrême, Un pas a suffi pour nous transpor- 



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ter du bailliage de Péronne dans une chambre funé- 
raire d'un Pharaon. M. Alfred Danieourt, avons-nous 
dit, avait rapporté d'Egypte toute une collection d'an- 
tiquités, parmi lesquelles des exemplaires uniques. 
De son côté, M. Tournière a obtenu plusieurs pièces 
du musée du Louvre et des reproductions de spé- 
cimens dispersés soit dans les musées français, soit 
dans les musées étrangers, que l'habile artiste indus- 
triel Caussinus a rendu absolument semblables aux 
originaux, tant il a poussé loin l'art de l'imitation. 
D'autres présents de M. Georges Legrain et de quel- 
ques généreux donateurs ont contribué à former une 
réunion unique des objets les plus rares de l'Egypte 
ancienne. Cette riche collection, si précieuse par elle- 
même, reçoit un prix inestimable du cadre dans lequel 
elle est placée, cadre qui lui donne une couleur con- 
temporaine d'un passé bien antérieur aux civilisa- 
tions grecque et romaine. 

Et néanmoins, il semble aujourd'hui démontré par 
les sciences historiques que l'ancienne civilisation 
égyptienne n'est elle-même qu'un échos affaibli, d'au- 
cuns vont jusqu'à dire une décadence d'une civilisa- 
tion plus avancée et beaucoup plus ancienne encore, 
qui aurait eu pour siège le centre même de cette 
Afrique dans laquelle nos vaillants explorateurs ne ' 
découvrent actuellement que des populations ou pri- 
mitives ou dégénérées, quelquefois féroces et toujours 
sauvages, dont la misérable existence et l'état de 
guerre permanent infligent un flagrant démenti aux 
théoriciens de l'évolution humaine dans un progrès 
indéfini et continu. 

Do ces populations africaines, celles qui habitaient 
los régions du Nil ont seules laissé des traces de leurs 



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— i94 — 

mœurs publiques et privées. Pendant longtemps, on 
put croire qu'elles n'avaient exprimé leurs idées que 
par des signes figurés qui restaient comme autant de 
sphynx posant à l'historien d'insolubles énigmes. La 
découverte de la pierre de Rosette, en 1799, fournit la 
preuve qu'elles disposaient de trois genres d'écriture : 
l'écriture hiéroglyphique ou sacrée, récriture hiérati- 
que ou sacerdotale et l'écriture démotîque ou popu- 
laire. Ces trois modes d'expression exercèrent tout 
aussitôt la sagacité des chercheurs. M. Sylvestre de 
Sacy fut le premier à les épeler, M. ChampoUion par- 
vint à les lire couramment. L'égyptologie était dès 
lors fondée. Elle permit de constater le caractère pro- 
fondément religieux des anciens Égyptiens. Comme 
tous les peuples de l'antiquité, ils croyaient à l'immOT- 
t alité de l'âme. Cette foi avait couvert le sol de gigan- 
tesques pyramides, de tombes royales, et de simples 
hypogées où reposaient les morts vulgaires. C'étaient 
des chambres décorées intérieurement de peintures 
à fresque représentant des dieux, des rois, des faits 
historiques, des actes de la vie civile et privée, divers 
métiers, les travaux des champs, des rivières ou ^e 
la mer. 

JM. Tournière-Blondeau a pensé que le musée 
égyptien de Péronne gagnerait à être installé au 
milieu d'une décoration de ce genre et il en a pris 
généreusement l'initiative. Précisément, il connaissait 
un jeune peintre d'avenir, alors, inconnu, M. George 
Legrain, qui est aujourd'hui ce qu'on appelle un 
peintre arrivé. Il se trouvait que cet habile artiste, 
élève diplômé de l'école des Beaux-Arts, avait étudié 
Tégyptologie. M. Tournière n'hésita pas à lui confier 
l'exécution des travaux. Ceux d'entre nous qui ont fait 



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parfîe de Texcursion ont vu et apprécié ces belles 
peintures murales. Elles reçoivent tous les jours les 
éloges des connaisseurs. Un maître très difficile à 
satisfaire, M. Carolus-Duran, leur avait accordé, 
quelques jours avant notre visite, la plus flatteuse 
approbation. 

La première paroi représente l'art du briquetier, 
celui du maçon et les travaux du bois ; la deuxième la 
sculpture et la musique ; la troisième lés funérailles ; 
la quatrième les divinités. 

Ce compte rendu prendrait des proportions exces- 
sives si je donnais des explications détaillées sur 
chacun de ces panneaux-. La plupart d'entre nous ont 
d'ailleurs reçu de la main de M. Fourtet un catalogue 
descriptif écrit par M. George Legrain lui-même * ; il 
leur est loisible d'en prendre connaissance. 

Je me bornerai, pour le même motif, à mentionner 
sommairement les antiquités et les moulages ; ils com- 
prennent des documents relatifs à la vie politique et 
civile des anciens Égyptiens, à la religion, aux dieux, 
aux animaux symboliques, à la vie d'outre-tombe, 
aux objets usuels. 

En sortant de cette salle pour conter au premier 
étage, nous nous trouvons en présence d'une magni- 
fique reproduction de la Vénus de Milo, de bas-reliefs 
niriivites et d'une collection de cylindres babylonniens, 
qu'on suppose être des cachets ou des armoiries. Une 
belle tapisserie flamande du xiv* siècle, tendue sur un 
mur de l'escalier, offre cette particularité locale que 
les blasons des principaux pei^sonnages connus du 

' Description des Peintures et Antiquités Egyptiennes du musée 
de Péronne, par George Ëegrain. Impiiinerie RécDupé, Grande 
IMaco, n. 1890. 



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- 196 - 

pays sont reproduits dans la bordure. Sur le palier, 
d'un côté de la porte, on voit exposées les œuvres du 
peintre Dehaussy, l'initiateur des arts du dessin à 
Péronne ; de l'autre côté, sont accrochés des ta- 
bleaux d'artistes de la ville ou des environs destinés 
à la vente. 

La porte franchise, on se trouve dans la salle de 
peinture, au milieu de laquelle trône une belle réduc; 
tion en marbre blanc de la Vénus de Médicis. Sur une 
paroi, les peintres du pays sont représentés soit par 
leurs portraits soit par leurs œuvres. Nous y lisons 
entre autres les noms de : De Neuville, Francis et 
Georges Tattegrain, Debras, Michel, Sinet, Cabuzel, 
Dufour, Mage, de Foucaucourt, de Bresle, Gambard, 
divers men^bres de la famille Dehaussy. Au milieu» 
nous contemplons un beau médaillon de M. Alfred 
Danicourt par M. Doublemard. 

Nous passons ensuite dans la salle d'archéologie. 
Aux instruments de guerre et aux objets de parure 
des Gaulois, fait pendant une série de curiosités 
gallo-romaines, ce qui permet de se livrer à d'instruc- 
tives comparaisons. La vitrine du centre contient des 
objets d'une valeur incontestable, tels que pierres 
gravées en intailles, camées, bijoux, vases, verreries, 
statuettes en bronze ou en terre des époques gauloise 
et gallo-romaine. Plus loin, des armoires vitrées lais- 
sant voir des poteries romaines, des vases grecs et 
étrusques. Enfin, trois vitrines de médailles complè- 
tent les collections. Les unes ont été données par 
M. Tournière-Blondeau, les autres par M. Alfred 
Danicourt. On estime à cinquante mille francs la 
valeur de soixante pièces de chçix ; elles sont à la fois 
et très rares et très belles. Le cabinet des médailles de 



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— 197 — 

là Bibliothèque Nationale n'en posséderait pas de 
semblables. 

Au-dessus des vitrines sont rangés divers bustes de 
célébrités locales, dus au ciseau du sculpteur Double- 
mard. Enfin, sur les murs, des faïences font face aux 
panoplies, des bannières sont appliquées à côté de 
chartes de communes, le tout présentant de l'intérêt 
au point de vue de fhistoire péronnaise. 

Sur une cimaise, une très intéressante réduction du 
beffroi de Péronne fait regretter que le projet de 
reconstruction de ce beau monument militaire du 
XIV® siècle n'ait pas reçu d'exécution ; on nous montre, 
en sortant du musée l'emplacetnent sur lequel il 
s'élevait en pleine place du marché. Démoli en 1360 
par ordre du roi Jean le Bon, en punition de ce que, 
par suite d'une méprise, les Péronnais avaient refusé 
l'entrée de leur ville au comte d'Eu, seigneur du 
château, il fut rebâti huit ans plus tard au même 
endroit avec l'autorisation de Charles le Sage. C'était 
une tour quadrangulaire à quatre étages, de 37 mètres 
de hauteur, sur 8 mètres 50 cent, de largeur, dont, 
vers 1402, on entoura le rez-Je-chaussée d'étaux et 
de boutiques loués à des marchands ; couronnée de 
quatre tourelles en poivrière, elle était surmontée d'un 
pavillon central taillé en pyramide. Ce beffroi fut 
abattu en 1844 sous le prétexte qu'il n'offrait plus de 
garanties suffisantes de solidité. On numérota les 
pierres dans le but de la réédifier, mais, nous le répé- 
tons, ce fut une de ces bonnes intentions dont l'enfer 
en pavé et qui attendra toujours sa réalisation. 

Entouré de vieilles maisons d'architecture familière, 
ce monument formait avec elle un ensemble tout à fait 
pittoresque. De ces témoins si précieux du passé, il 



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— 198 — 

ne reste gtatète que la maison de M. GMéechofi et 
celle de M. Dabot. M. Gaudechon est un banquier qui 
a su aUiér, chose rare, rintellîgehcè de la ^ofessèon 
fînanoière avec le culte des arts et des let^b *. An 
lieu de s'htstaHer dans utie maison moderne à façade 
luxeuse, il a conservé une maison de bois, comme on 
en construisaijr encore au commencement du xyii'' 
siècle. Ses étages en saillio^ diviëés en compartiments 
réguliers hachés de mefmbrures» sont dominés par un 
pignon aigu, dans lequd est inscrit un arbalétrier en 
ogive du pluâ charmant effet. Quelques sculptures 
assez délicatement fouiUées ornent certaines pièces de 
chairpente. 

La maison de M. Dabot parait dater du xv* siècle. 
EHe est située àFangle du Marché*aux-Herbes et de la 
rue S*-Fursy. Les deux premiers étages reposent sur 
des consoles de bois sculpté ; celles du premier repré- 
sentent dans kur partie concave des images de salitits 
d'une grande naïveté de pose et d'expression. Du côté 
de la place, on remarque S' Dominique, qui était en 
grande vénération près de Péronne, en Artois, posses- 
sion espagnole ; S* Nicolas, patron des petits garçons et 
des petites filles, que « les gamins, nous dit M. Dabot, 
viennent souvent contempler avec amour » ; S* Quen- 
tin portant la broche avec laquelle il fut martyrisé ; 
S** Marguerite accompagnée de son dragon ; S' Pierre, 
montrant par le poisson tenu dans sa main qu'il est le 
patron des poissonniers. Cette procession se continue, 
du côté de la rue S*-Fursy, avec S' Eloi, patron de 

1 M. Gaudechon a publfé une intéressante Noti^ sur VAbfmye 
du Mont'Saint'Queutin et la Description d'un manuscrit exécuté par 
un des moines, Pierre, en l'an t229, Péfônne, ÊUg. Qtfôntln, ImjDrî- 
meur. 1965. 



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t^anoien dîocéi^e do Noyon, deirit PéFonne faifi$aii partie 
avant le concordat de tSdl ; av^c S* FuFsy, patron do 
la ville; avec S* Jean^Baptiste, patron de la seule 
église qui exkte aujourd'hui à Péponne; enfin avec 
& Âiitoine et son fidèle compagncm, 

En 179%, des gendarmeg de Paris allant rejoindre 
dans les P^ys-jBas l'armée ée la république trouvèrent 
^ès spirituel de eoupei? ji coup» de hache les mains et 
les tét(asj de ces saints personnages. Le dragon de 
8*' Marguerite, les deux bœufo de S* Pursy, le mouton 
de S* Jean-Baptiste nlnspirèrent môme aucune pitié à 
eea nouveaux iconoclastes. « Je me suis fait un devoir, 
a écrit M. Dabot, de rendre, après la mort de mon 
père, à ces pauvres saints et à leurs compagnons les 
tMas, mains et pattes qui leur manquaient ; la restau- 
ration a été fort bien faîte p^r M. Dufour, Tun des 
sculpteurs restaurateurs de la cathédrale d'Amiens. » 
Deux statues seules, qui décorent Tangle delà maison, 
n'ont pas été restaurées. Au premier étage, celle de 
S* Michel avait échappé à la hache des gendarmes 
parisiens, sans doute parce qu'il leur manqua une 
échelle pour l'atteindre. En compensation, ils s'achar- 
nèrent si bêtement sup celle du rez-de-chaussée qu'il 
n'est resté qu'un genou recouvert d'étoffe, ce qui a 
suggéré à notre Président l'ingénieuse pensée que la 
sculpture représentait un de ces groupes où Ton voit 
le christ mort sur les genoux de la sainte Vierge et 
que les italiens appellent une Picta,. 

D'autres maisons anciennes situées sur la place ont 
été complètement détruites en 1870 par les obus de 
l'armée allemande. Un bombardement implacable ne 
cessa de sévir sur la ville depuis le 28 décembre jus- 
qu'au 9 janvier 1871. Assurée dés lers que Tarmée de 



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— 2100 — 
secours attendue ne se présenterait pas, Péronné la 
puoelle dut capituler pour la première fois de sa vie. 
Défendue par une garnison brave mais insuffisante, 
devait-elle affronter plus longtemps sans espoir de 
salut des batteries qui respectaient les remparts 
mais écrasaient et incendiaient les habitations, à une 
distance telle qu'on ne pouvait môme les apercevoir ? 
C'est qu'ils étaient loin les temps arriérés où l'énergie 
des soldats soutenue par l'héroïsme des bourgeois et 
même des femmes avaient toujours ;n[iaiTitenu l'indé- 
pendance de la ville par des résistances victorieuses. 
Nous venions d'admirer au musée la très curieuse 
bannière représentant le siège de Péronne en 1536 par 
les Impériaux. L'armée du duc de Nassau entourait la 
ville; ses canons stationnaient sur la contrescarpe. 
Assiégeants et assiégés pouvaient se parler. Les armes 
étaient faibles mais les cœurs étaient forts. Pendant 
le jour, l'ennemi abattait les remparts, que les défen-» 
seurs rétablissaient pendant la nuit. On combattait à 
corps découvert. L'audace des uns se heurtait au cou- 
rage des autres. Un porte-enseigne espagnol parvient 
à planter son drapeau sur un bastion ; une femme, 
Marie Fourré, dont la réputation devrait égaler celle 
de Jeanne Hachette, accourt bravement, lui arrache 
son étendart des mains, lui casse la tête avec la hampe 
et le fait rouler dans le fossé. Après un mois d'efforts 
et d'assauts répétés, le duc de Nassau, bien qu'il fût à 
la tête de 60,000 hommes, se vit contraint de lever le 
siège d'une ville défendue par une petite garnison de 
3,000 soldats, admirablement secondée, il est vrai, par 
les habitants. François P' en éprouva tant de satisfac- 
tion qu'il accorda aux Péronnais des privilèges consi- 
dérables et l'autorisation à la ville de Péronne de faire 



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— 201 — 

figurer dans son blason, orné déjà de la glorieuse de- 
vise Urbs nesciavincU un P couronné de fleur de lis. 

Si de tels souvenirs sont de nature à nous inspirer 
une noble fierté, ceu{3t de 1870 ne nous causent que 
d'amères tristesses, ravivées par le témoignage des 
destructions exercées même contre les monuments 
religieux. L'église Saint-Jean-Baptiste a cruellement 
souffert du bombardement; l'incendie, la ruine n'ont 
épargné ni ses voûtes, ni sa tour, ni ses cloches^ ni ses 
vitraux, a Mais elle fut aussitôt restaurée^ dit un jeure 
historien de Péronne, M. Jules Doumel S et sauf 
quelques détails, elle est aujourd'hui ce qu'elle était 
avant. Des verrières identiquement semblables aux 
premières furent offertes par la famille Dournel do 
Bonnival à la chapelle Saint-Fursy et M«® Larcher, à 
sa mort, donna également en 1876 celles du fond de 
l'abside. » 

Cette belle église de'style flamboyant méritait notre 
visite. Il est fâcheux que sa situation dans l'étroite rue 
Saint-Jean ne permette de voir que t^ès imparfaitement 
^on ensemble. On y pénètre par trois porches de forme 
ogivale à arcades trilobées, dont les voussures sont 
ornées d'archivoltes finement moulées. Au-dessus des 
deux porches de côté et des fenêtres qui les surmontent 
se développe une galerie découpée à jour ; elle prête au 
bâtiment le charme de sa légèreté et de son élégance. 
A l'intérieur, trois belles nefs correspondant aux trois 
portes. Deux rangées de piliers cylindriques, dépourvus 
de chapiteaux, s'élancent en palmiers, croisent leurs 

* Histoire de Péronne, par Jules Dournel, membre de la Société 
des Antiquaires de Picardie. — Quentin, imprimeur à Péronne, 
1879. Ce précis historique rédigé suivant Tordre chronologique et 
comprenant un très intéressant appendice ni'B, été d'un grapd 
secours dans mes recherches. 



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- 202 - 

délicates nervures aux voûtes, pour former à leurâ 
points de jonction des pendentifs sculptés, plaqués 
la plupart d'armoiries coloriées d'un effet chatoyant. 

Vue de l'entrée principale, la grande nef offre un 
aspect somptueux. Une grille en fer forgé d'un superbe 
travail la sépare du chœur. C'est un don de M. Huet 
d'Hébécourt, lieutenant criminel au bailliage. Le 
maître-autel monumental, en marbre noir, blanc et 
jaspé, est adossé à une haute galerie à colonnes de 
marbre, dont les saillants sont dorés. 

Nous remarquons une ' très belle chaire en bois 
sculpté. L'histoire a eu le tort de ne pas enregistrer le 
nom de son auteur, car c'était un artiste de talent. 
Un abat- voix en forme de coupole et très orné porte la 
statue de saint Jean-Baptiste dans l'attitude de la 
prédication, tandis que les cinq panneaux du coffre 
représentant des traits de la vie du Précurseur. 

La plupart des verrières, . avons-nous dit, ont été 
restituées dans leur état primitif. Malheureusement, la 
plus remarquable ne peut être rétablie; elle représen- 
tait, parait-il, un très curieux arbre de Jessè d'un 
coloris merveilleux. 

Par contre, la superbe fresque peinte sur un mur de 
la chapelle du Sacré-Cœur est restée intacte. Décou- 
verte en 1850, sous un épais badigeon, elle mesure 
cinq mètres de l'argeur sur six de hauteur. Habile- 
ment restaurée par feu Jules Dufour, peintre péron- 
nais, elle porte la date de 1601. En dehors du tableau, 
on voit les donateurs agenouillés et de grandeur nr.tu- 
relle, ce sont : à gauche, Jean Roussel, conseiller, 
lieutenant particulier civil et criminel au gouverne- 
ment et prévôté de Péronne; à droite, sa femme, 
Jacqueline Aube* 



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-r- 203 — 

Le sujet du tableau démontre la puissance de Marie, 
secours des malheureux dans les tribulations et dis- 
pensatrice des grâces célestes. Dans la partie infé- 
rieure, un moribond se prépare à rendre son âme à 
Dieu. Sa tête repose sur les vertus théologales, ses 
pieds sur les vertus cardinales. Sous la forme d'un dé- 
mon, le remords lui fait craindre de ne pas obtenir le 
pardon de ses péchés; à son chevet, son ange gardien 
invoque en sa faveur les légions de l'armée spirituelle ; 
son saint patron est devant lui qui le protège. Lui- 
même supplie la Sainte Vierge de le secourir à cette 
heure suprême. Marie, porte du ciel, occupe le milieu 
du tableau, des groupes d'anges et de saints réclament 
son intercession. Ce chœur de supplic^itions monte 
vers la Sainte Trinité planant dans les nuages. Jésus- 
Christ montre à son père ses plaies encore saignantes 
pour le rachat du genre humain. Dieu se laisse enfin 
fléchir et prononce que le moment de la miséricorde 
est venu. Jésus et le SaintrEsprit transmettent cette 
décision à la Sainte Vierge, qui établit le mourant 
dans la sérénité d'une pleine confiance. Les incidents 
de cette scène dramatique sont exprimés par des 
légendes en latin inscrites dans des phylactères se 
déroulant d'une figure à l'autre. 

Après avoir accordé à cette peinture murale l'atten- 
tion dont elle est digne et jeté un coup d'œil sur un 
très curieux tableau représentant le roi Saint-Louis 
assistant à la translation des reliques de Saint-Fursy, 
nous nous rendons à la maison de M. de Gagny, 
ancien avoué à Péronne, pour y voir une salle de 
refuge que possédaient les Templiers de la Comman- 
derie d'Eterpigny, la plus considérable de Tordre. Des 
restes d'une certaine importance de cette comman- 



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— 204 - 

derie se voient encore à une lieue de la viïle. La salle 
est au rez-de-chaussée ; elle forme un rectangle éclairé 
d'un bout seulement par deux fenêtres étroites et 
carrées. Les nervures ogivales de ses voûtes reposent 
sur des culs-de-lampe armoriés et se détachent sur un 
champ d'azur constellé d'étoile d'or. De belles mou* 
lures dix xiii* siècle ornent l'arc surbaissé qui supporte 
le manteau d'une très vaste cheminée. Une semis de 
fleurs de lis décore les cloisons en chêne massif. Le 
cachet artistique de cette pièce qui, d'après notre 
savant confrère M. l'àbbé Oosselin \ servait peut-être 
de salle capitulaire aux Templiers, est close par des 
vitrf^ux enchâssés dans une des portes et dans les 
deux fenêtres. Sauf une belle grisaille consacrée à 
Saint-Nicolas, les autres vitraux datent de 1410. Ils 
sont aussi remarquables par la pureté du dessin que 
par la richesse du coloris. Des images de saints figu- 
rent sur trois d'entre eux et le Juif-errant sur le qua- • 
trième. Parmi les objets d'ameublement rassemblés 
par M. de Gagny dans cette retraite silencieuse, nous 
avons surtout admiré une pierre sculptée d'une orne- 
mentation très riche, sur la quelle le ciseau d'un 
artiste de grand mérite a raconté le mariage d'un La 
Trémoïlle avec une de Créquy. 

Bien que le château de Péronne n'offre plus aujour- 
d'hui qu'un intérêt médiocre, nous ne pouvions néan- 
moins quitter la ville sans aller voir sommairement sa 
porte et sa façade. Il est certain que notre curiosité 
aurait reçu une entière satisfaction s'il nous avait été 
donné de visiter l'appartement où le comte Herbert, 
révolté contre son Suzerain, i)ut retenir impunément 

« Histoire dti Chapitre royal de Saint'Furay, Péronne, librairie 
Trépant, 1874, 



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durant de longues années son roi Charles le Simple, ' 
ainsi que la sombre géole où pendant trois mortelles 
journées Louis XI séjourna captif à la merci du duc 
de Bourgogne. Il n'en pouvait être ainsi; l'ancienne 
forteresse, deux foi» détruite et deux fois réédifiée 
avait dû faire place au château actuel, dont les cons- 
tructionsr, du règne de Henri IV, avec le fossé, le pont- 
levis et les fortifications extérieures, ne laisseraient 
pas de faire bonne tournure féodale, si elles n'étaient 
défigurées par des fenêtres modernes percées dans ses 
tours et par des tuyaux de poêle qui déshonorent ses 
toitures. A-t-il été éleyé sur remplacement du prér 
cèdent ou n'est-il qu'une faible partie restaurée de 
celui-ci dont on aurait abattu le reste? Nous ne pou- 
vions examiner sur place cette question, pressés que 
nous étions par l'heure du départ. A peine avions-nous 
le temps, en efîet, d'aller prendre le bon diner qui 
nous attendait à l'hôtel Saint-Ulaude. 

Au dessert, notre cher et respectable Président pro- 
nonça une de ces allocutions émues, qui vont au cœur 
de tous parce qu'elles partent de son noble cœur. 
M. Dabot y répondit par quelques mots débités avec 
cette facilité d'avocat parisien qu'il sait admirablement 
allier à la bonhomie picarde. Il nous assura que notre 
visite avait fait sensation à Péronne et qu'elle aurait 
pour résultat de porter les habitants à estimer les anti- 
quités de leur ville, devant lesquelles beaucoup passent 
avec indifïérence, l'habitude de les voir les ayant 
détournés, comme il arrive partout, d'en reconnaître 
Tintérêt. 

Quant à nous, les inoubliables souvenirs que nous 
avons rapportés de Ham et de Péronne charmeront 
souvent notre pensée, non seulement parce qu'ils 



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ajoutent de précieuses acquisitions à notre bagage de 
connaissances archéologiques, mais aussi parce que 
ces excursions faites en commun nous procurent 
l'avantage d'entrer en relations avec d'aimables col- 
lègues érudits, qui nous seraient restés étrangers si 
nous n'avions par bougé de chez nous. 

Veuillez, Messieurs, me permettre en terminant 
d'exprimer ici ma reconnaissance à MM. l'abbé Dani- 
court, Dabot, Gaudechon, Tournière-Biondeau, Dour- 
nel et Fourtet pour lès renseignements verbaux ou 
écrits qu'ils ont bien voulu me fournir et sans lesquels 
jl m'eut été impossible de préparer un compte rendu 
dont votre indulgence habituelle excusera je l'espère, 
la longueur. 



Lettres de MICHEL de BDI6NT, seigneur de Bellefontaine, 
et do CLAUDE de BUIGNT, seigneur de Comehotte, son frère 

Lecture faite par M. le comte de Brandt de Oalàmetz. 



Louis de Valois, comte d'Angoulême, seigneur de 
Buire et de Maintenai en Ponthieu, gouverneur de 
Provence, avait sous ses ordres un gentilhomme des 
environs d'Abbeville, Michel de Buigny, seigneur de 
Bellefontaine, ancien page de Charlotte de Montmo- 
rency, sa mère. 

Il était, d'après la généalogie de sa famille dressée par 
Monsieur du Grosriez, capitaine de cent hommes de 
pied entretenus pour le service du Roi dans Mourguet, 
aujourd'hui Monaco, et devint aide de camp de Louis 
de Valois alors connu sous le nom du comte d'AUet. 



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^ 207 — 

' Oti çompreindTa maintenant l'utilité de «a présence 
à Mourgues ^t les dtémarches du comte d'Allet pour lui 
éviter une absence d'une certaine longueur que de- 
mandait cependant un procès avec Paschal, le prési- 
dent au présidial.d'Abbeville, seigneur d'Épagne, et 
un nommé Balui. Aussi écrit-il de son gouvernement 
de Provence, de Marseille, le 17 novembre 1643 au 
président d'Abbeville le priant de mettre l'affaire en 
question en accommodement ; puis une seconde fois 
d'Aix le 20 décembre 1644, car il craint encore le dé- 
part de Bellefontaine de Mourgues « où il faut qu'il 
serve actuellement. » Il devient plus pressant dans ses 
démarches et voudrait voir le différend remis entre les 
mains de Monsieur dé Launay et terminé par les voies 
douces. La troisième lettre du 17 mai 1645 également 
d'Aix nous apprend la réussite de ses désirs, nous fait 
connaître sa satisfaction et les remerciements au pré- 
sident pour ses soins dans la conservation de Bu ire et 
de Maintenai. Louis de Valois assure en terminant de 
la reconnaissance du seigneur de Bellefontaine. 

Mais' Paschal et Bellefontaine restent voisins à 
Epagne ^ un rapprochement ne sera pas de longue 
durée. Le désaccord a recommencé et il fait Tobjet des 
deux lettres du seigneur de Cornehotte, frère de ce 
dernier datées des 27 avril et 2 novembre 1654 peu 
intéressantes au fond et dans leurs détails. 

I 

Monsieur le Président. Aiant une affection particu- 
lière pour le s' de Bellefontaine Cornehotte qui a servy 
de page feu Madame ma Mère et lequel je tiens pr^é- 
sentement dans les troupes que je commande, j'ay 



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- 508 - 

bien voulu vous faire cette lettre pour vous conjurer 
(le faire cesser les poursuittes qu'il m'a fait entendre 
que vous faictes contre luy tant en vostre nom que 
(Vun nommé de Baluj et de mettre Paffaire en estât 
d'accommodement. Ce sera un effect de l'ancienne 
déférence que vous avez pour les choses que j'affec- 
tionne dont je vous sçaurai beaucoup de gré et vous 
feray paroistre ma satisfaction aux occasions, estant 
Monsieur le Président, 

Vostre plus affectionné a vous faire 
service 

Louis de VALOIS '. 

A Marseille le 17 novembre 1643. 

A Monsieur Monsieur Paschal cens*' du Roy, Pré- 
sident au siège présidial d'Âbbeville. 

II 

Monsieur le Président. Aiant retiré le s' de Bellefon- 
taine pour l'emploier en cette Province je suis obligé 
de prendre seing de ses intérés et d'empescher que ses 
affaires ne TobUgent pas a désemparer la garnison de 
Mourgues où il faut qu'il serve actuellement. J'ay bien 
voulu vous prier de remettre entre les mains de M' de 
Launay les différens que vous avez avec luy et d'en 
sortir par les voies douces. Vous me fairrés très grand 
plaisir d'en user ainsi et de me croire autant que je le 
suis, Monsieur le Président, etc. 

d'Aix, ce 20 de décembre 1644. 

(A suivre.) 

* Nota. Les mots en italiques sont de récriture de Louis de 
Valois et les deux lettres de 1644 et 1645 entièrement de sa main. 



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- 209 - ^ 

Séance du 5 janvier 1893 
PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 

Au nom de M. Sauvage, membre correspondant, 
M. LE Président lit une étude sur Gayéux-sur-Mer 
dan» laquelle l'auteur rapporte un certain nonibre de 
souvenirs personnels et inédits d'un réel intérêt pour 
cette localité. — Renvoyé à la commission des mé- 
moires (V. p. 248). 

M. Ém. Delignières donne siussi lecture au nom 
de M. Tabbé Blandin, membre correspondant, de la 
pièce de vers suivante sur la Tête de cire du musée 
Wicar, à Lille : 

Xoi, dont on ne «ait ni Tâge ni le nom, 
Rêve d'art ou portrait; tête mystérieuse, 
Idéale figure et pensive et lîeuse 
Et dont la survivance augmente le renom ! 

Au pieux édicule où, comme à la Madone, 
On te fit sur la pourpre un voile dô cristal, 
Tu rayonnes, honneur ë'un toit monumental, 
yJ3age Buave, 6 chère œuvre mignonne. 

Hier j*ai de nouveau contemplé ta beauté 
Faite de pure grâce et de candeur charmante, 
Au l^oint qu'on veut savoir, rérudit s'en toprmenjlc, 
Qui donc te fit si belle en ta simplicité ? 

Mais à quoi bon toujours agiter ce problème ? 
Un chef-d'œuvre qui vaut la Vénus de Milo, 
L'auteur soit Raphaël, Vinci, Donatello, 
Tel autre florentin, qu'importe ! dès qu'on laime. 

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ôf qui ne Taimerait le doux maître inconnu 
Qui, tel Dieu soufflant l'âme en un limon fragile, 
Pour des siècles entiers mit la vie en Targile, 
Linimortelle jeunesse en ce buste chenu ? 

M. GoNTiER donne lecture d'un compte rendu d'un 
ouvrage récemment offert à la Société par M. Du- 
chaussoy (V. ç. 228). 

M. Aloius Ledieu lit un extrait de Tintroduction 
consacrée par lui au livre de raison d'Antoine Rohault. 
Dans cet extrait,, l'auteur essaie de démontrer que 
les maïeurs d'Abb^yille n'ont point été anoblis par 
Charles V ; tout en laissant ouverte la solution défini- 
tive, il conclut que c'est par une fausse interprétation 
des lettres d'exemption du droit de franc-fief qu'on 
a voulu trouver dans cette pièce Panoblissement des 
maïeurs de notre ville. 

M. Ém. Delignières fait la description et retrace 
riiistoire d'une statuette on argent de la Vierge qui se 
trouve à la ville d'Eu et qui a été exécutée par un or- 
fèvre eudois, Jacques Avril, lors de la peste de 1637. 

M. l'abbé Gosselin fait une description orale d'un 
très intéressant calice en vermeil du xiv* siècle, qui se 
trouve dans l'église de Vergies. 

M. PoTEz, professeur au lybée dé Douai, est élu 
membre correspondant. 

M. LE'PB*S!DfeNT se fait l'iiiterprète des regrets que 
caujie â {à Société la mort' de M. l'abbé Théodose 
Lefbvre, membre correspondant. 



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- 211 - 

Séance du 2 février 
PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 
M. LE Président Ut une notice nécrologique, sur 

M. DE BONNAULT. 

Le même membre donne ensuite lecture : 1*» d'Une 
notice sur le retable en bois sculpté de l'église de 
Monchy, près Eu;, cet objet d'art, qui porte l|tdate 
de 1652, serait l'œuvre de Honoré Anguier, père des 
deux célèbres sculpteurs eudoisdu xvii" siècle; 2* d'une 
description minutieusement faite du cabinet de M. de 
Crept, membre correspondant à Poix (V. 241) ; 3*» d'Uh^ 
étude sur deux dessins encore inconnus de C.-L. Màs- 
quelier, récemment découverts par lui à Fontaine-sur- 
Somme. — Renvoyé à la commission des mémoires. 

M. O. Hall est élu membre titulaire en remplace- 
ment de M. DE BoNNAULT, décédé. 

M. François Havet, de Montreuil-sur-Mer, est élu 
membre correspondant. . 



. Séance du 2 mars 

PRÉSIDENCE DE M. DE CRÈVÈCŒUR, VICE-PRÉSIDENT. 

M. DE Galambtz lit une note sur les biens que 
l'abbaye de Saint- Valéry sur, Somme possédait en 
Angleterre. Ces biens, qui lui avaient été donnés par 
Guillaume le Conquérant, furejat vendus par elle 



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vers 1382 au collège de Winchester. ^ Renvoyé à la 
commission des mémoires. 

M. A. Braquehay, de Montreuil-sur-Mer, est élu 
correspondant. 

Dons d'ouvrages : 

Album hiaiorique du Boulonnais^ par M. de Rosny ; 

Supplément à VAlbum de Caranda, par M. Fr. 
Moreau ; 

Joannis de Capella. Chronica ablreviata, par M. E. 
Prarond ; 

Les poésies de M. Et. Prarond, par M. A. Blanchard. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 



Séance du iS avril 
PRÉSIDENCE DE M. DE CRÈVEOŒUR, VICE-PRÉSIDENT. 

M. DE Galametz communique la copie d'une charte 
relative aux biens possédés par Tabbaye de Saint- 
Valéry en Angleterre. 

M. Macqueron signale une étude sur les Flavy pen- 
dant la guerre de Cent ans, publiée par M. Algius 
Le DIEU dans la Revue des Études historiques. 

Le même membre signale encore un travail de 
M. Vaussois sur les droits d'auteur contenant un ren- 
seignement utile pour l'histoire d'un Abbevillois, N. de 
Poilly, que ses collègues de l'Académie accusèrent le 
27 juillet 1719 de contrefaire leurs œuvres. 

Le même membre communique divers documents 



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sur J.-F.-J. Lecointe, architecte, né à Âbbeviite en 
1783, mort en 1858 «. 

M. LE Présidenï rappelle la mort du D' Farcy, 
membre titulaire ; il retrace en termes excellents la 
vie toute de science et de dévouement de ce collègue 
aussi modeste que méritant. Il fait part ensuite du 
décès de M. de Roquemont et du décès do M. Tabbé 
Hémery, membres correspondants. La Société décide 
que l'expression de ses regrets sera transcrite au 
procès-verbal. 

Don d'ouvrage : 

Le Livre d'or de la, municipalité amienoise, par 
M. A. Janvier. 

Des remerciements sont votés au donateur. 



Séance du 4 mai 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 

M. Magqueron lit une note sur la corporation des 
bouchers d'Abbeville ; il analyse les statuts de 1562, 
re visés en 1704, et termine par un exposé de la situa- 
tion financière en 1762. 

M. Deligniêres lit au nom de M. Alcius Ledieu, 
les comptes rendus d'ouvrages publiés par MM. Ta- 

1 On trouve des détails abondants sur ce personnage dans les 
ouvrages de Lance, de Bellier, de Qabet et de Gourlier sur les 
artistes français et dans le Nouveau dictionnaire dee Architectes 
français de Bauchal (Paris, ld87). 



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T- 214 - 

mizey de Larroque et O. Gaudechon, membres corres- 
pondants (V. p. 246). 



Séance du i^ juin 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 

M. Magqueron entretient la Société de pierres avec 
inscriptions et armoiries qui se trouvent dans Tune 
des caves de l'ancien couvent des Carmes. Un seul 
écusson est entièrement lisible ; c'est celui de Claude 
Tillette d'Ofïînicourt. Sans se prononcer d'une ma- 
nière absolue sur ces inscriptions, M. Macqueron croit 
qu'il s'agit d'ex-voto, toute idée d'inscription funéraire 
devant être écartée. 

M. P. DE Caïeu est élu membre titulaire en rempla- 
cement de M. le D' Farcy, décédé. 

M. le D' Cagny est élu correspondant. 



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-?1S - 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



Lettres de MICHEL de BDIGRT. seigneur de BeUéf(tti«oe, 
et de CLAUDE de BDI6NT, seignenr de Cmmehotte, son frère * 

Lecture faite par M. le comte de Branpt: DJB (iài4AMETZ. 



.1" 

Monsieur.. J'ay veu avec ioie par vostre lettre et ce 
que vous déférés à ma prière sur vos interés contre 
les s'»''de Cornéhote et Bèllefontaine et les soings que 
vous avés donné pour la conservation de Buyre et de 
Maintenay. J'approuve le choix que vous avés fait 
pour la charge de lieutenant, ie lui donneray des pou- 
voirs quant vous le iugerés a propos et ie, fairai co- 
gnoistre au s' de Bèllefontaine ce qui doit et à mes 
commandements et à vostre personne que iayme et 
estime. C'est, Monsieur, etc. 
d'Aix, le 17 de May 1645. 

A Monsieur Monsieur le Président d'Abbeville. 

IV 

^ De Breilly ij novembre 1654. 

Monsieur, 

Je ne crois pas que vous eusiez encore douté que 
mon frère eust droit de pasturer dans le marest d'Es- 

. * Voit:annéeJ892,. n*: 4, p> 2.06 à 203. . 



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- 2ie - 

paingne a cause de son fief qui y est scitué. Vostre 
advocat et le sien estant tonbé d'acorz qu'il y pouvoit 
pasturer et vdus dirc^ que pour moy présentement je 
ne puis songer à cela estant obligé retourner à Tor- 
mée à la fin de cette semaine. Alors que je seray de 
retour nous verrons ensenble ce qui y a affaire pour 
ce subiect vous assurant que mon trère ny moy ne 
prétende entreprendre contraire chose sans y avoir 
droit et en passeray touiours par les advis de nos amis 
et conseil ne voulant aulcun procès particulièrement 
avec vous et désirant rester, Monsieur, 
Vostre très humble serviteur, 

CORNEHOTTE. 

A Monsieur, Monsieur de Fransier à Espaingne. 

V 

Le 27- avril 1654. 
Monsieur, 

Je nestois pas au logis lors que vous me fiste l'hon- 
neur de m'escrire et vous diray sur ce subiect que 
mon frère ny moy n'avons nul dessin de vous dis- 
puter la seigneurie d'Espaingne et vous n'ignorerez 
pas ausy s'il vous plaist que mon frère aiant ung fief 
dont il porte le nom et ou autrefois il y a eu une mai- 
son bastie et que feu mon père en avoit faict recom- 
mencer ung autre qui est demeuré imparfaite par sa 
mort et depuis comme les enplois que mon frère a eu 
éloigné de ce pais l'ont enpeché jusque au jourd'huy 
de l'achever ce na pas esté que monsieur vostre père 
y ait mis jamais aulcun empeschement estant ung fiof 
quy ne relève que du Roy et quoy qu'il y aist de la 



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^m1 - 

différence entre des bourgois et nous s'il y voient le 
mesme advantage dy avoir ung fief ils y pourroient 
bastir sans permission de personne et jouir des drois 
de la comune comme estant ici sur le terroy et au 
surplus Monsieur l'homme que mon frère y mest est 
ung vallet à quy Ion donne dix septier de blé pour sa 
famille et luy pour y travailler à ladicte maison et prés 
le long de Tanné. Jusques au jourdhuy mon frère ny 
moi n'avons pas paie la taille. Je vous suis infiniment 
obligé de lofre que vous me faict de faire retirer nos 
poulins dans vostre ferme nous avons droit de les 
mestre dans le marez dlaucourt ausy bien qu'à Belle- 
fontaine, mais c'est pour la comodité du passage mon 
frère ny moy ne voudrions inover aulcune chose pour 
porter préjudice a personne sans y avoir droit et pour 
ce subiect mon frère diffère son voiage jusque à mer- 
credy prochain que nous nous trouverons à Abbeville 
pour prendre ad vis des plus abile gens du conseil. C'est 
ce que je vous puis dire sur ce subiect et que je suis, 
Monsieur, 

Vostre très humble serviteur, 

CORNEHOTTE. 

Monsieur, ma femme fait ses baise mains à madame 
de Fransier: elle est la très humble servante. Je l'as- 
sure ausy de mes obeîsance. Mon frère ma prié de 
vous assurer de son très humble service. 

A Monsieur Monsieur de Fransier à Espaingne. 



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— 2<8 — 
THIBAUT POISSANT 

Sculpteur picard (1605-1668) 

Lecture faite par M. H. Macqueron à la séance du & décembre iS90. 

Les recherches biographiques ont fait depuis quel- 
ques années de rapides progrès et des publications 
récentes ont révélé les noms de plusieurs personnages 
qui ont droit au souvenir de leurs compatriotes : de ce 
nombre est Thibaut Poissant. 

Nous ne connaissions sur lui qu'un fort court article 
inséré dans la biographie de M. Louandre et un docu- 
ment fourni il y a peu de temps à notre Société par un 
de nos plus savants correspondants M. de Marsy, 
quand nous avons trouvé une notice de quelque éten- 
due sur Tartiste qui nous occupe dans les Mémoires 
inédits sur la vie et les ouvrages des Membres de l'Aca- 
démie royale de peinture et de sculpture publiés par 
MM. de Chennevières et de Montaiglon. Cette notice 
est due à Guillet de Saint- (ieorges, historiographe de 
l'Académie nommé en 1682 et qui recueillit tous les 
faits relatifs à l'histoire des membres de cette com- 
pagnie et dont le plus grand nombre était resté ignoré. 

Nous avons cru qu'il serait intéressant pour l'histoire 
locale de rappeler, à l'aide tant des documents puisés 
dans Guillet de Saint-Georges et dans divers autres 
ouvrages que des renseignements qu'ont bien voulu 
nous fournir plusieurs de nos amis, que Thibaut Pois- 
sant ami de Poussin et collaborateur des Anguier était 
un artiste d'une véritable valeur et trop peu connu 
dans son pays natal. 



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— 249 — 

Thibaut Poissant naquit en 1605 à Estrées les Crécy 
en Ponthieu, nous dit Thistoriographe de l'Académie ; 
Mariette qui lui consacre quelques lignes le fait naître 
à Crécy même et le rédacteur de la Liste chrono- 
logique des Membres de l'Académie de peinture et 
de sculpture publiée par MM. Duvivier et Dussieux 
lui donne Eu comme lieu de naissance. Cette dernière 
attribution doit être tout d'abord écartée et provient 
probablement d'une confusion avec François Anguier 
dont Poissant fut Tami ; nous préférons aussi admettre 
Estrées plutôt que Crécy comme lieu de naissance 
de notre artiste et Mariette en désignant ce dernier 
endroit a dû être trompé par la presque similitude du 
nom et par l'importance de la localité. M. Louandre 
lui-même, pourtant toujours si exact, ne donne-t-il pas 
Abbeville comme Heu de naissance de Poissant, trompé 
aussi sans doute parce qu'on disait vulgairement que 
Poissant était un artiste abbevillois ; or, on ne retrouve 
pas son acte de baptême aux registres de l'état-civil 
d'Abbeville qui existent encore pour presque toutes les 
paroisses à cette époque. L'attribution de Guillet de 
Saint-Georges qui a dû avoir en sa possession vingt 
ans seulement après la mort de l'artiste des pjèces 
authentiques qu'il est maintenant impossible de se 
procurer, les registres de baptême de Crécy et Estrées 
n'existant plus pour 1605, doit être à notre avis, abso- 
lument irrécusable. 

Comme tous les hommes doués d'un véritable esprit 
artistique, Thibaut Poissant montra dès l'enfance de 
grandes dispositions pour le dessin et à l'âge de seize 
ans, son père Claude Poissant, marchand de vins, 
l'envoya à Abbeville travailler chez le maître-menui- 
sier et sculpteur en bois Martin Caron, le père du 



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— 220 — 
sculpteur que les travaux de M. Gorse ont fait con- 
naître comme ayant travaillé en Béarn, à la cathédrale 
de Lescar et chez lequel se trouvaient déjà, en appren- 
tissage, pourrait-on presque dire, les deux Anguier. 

Thibaut Poissant resta quelques années à Abbeville 
et alla ensuite passer deux ans à Amiens chez Nicolas 
Blasset le grand sculpteur picard où il étudia non 
seulement la sculpture, mais l'architecture. Il sculpta 
dans cet atelier sous la direction de son maître un 
Saint-Jean TEvangéliste en marbre de cinq pieds 
de haut destiné à la chapelle du Palais Cardinal, et 
Blasset voyant grandir son talent l'envoya alors à 
Paris chez le sculpteur du Louvre, Jacques Sarrasin. 

Il resta un an dans ce nouvel atelier où il fut remar- 
qué par Nicolas Poussin qui le prit sous sa protection. 
Il fît ou plutôt il donna pour le Palais du Louvre le 
modèle des chapiteaux, des colonnes et des autres 
ornements en bronze doré des bains d'Anne d'Autriche 
et Poussin l'employa aux travaux de la grande galerie. 
« J'ai ordonné, dit-il, dans une lettre du 30 mai 1641, 
le compartiment de la galerie et j'en ai donné W pro- 
fils et modénatures : nous ne trouvons comme sculpteur 
que M. Perlan * pour modeler ce qui sera nécessaire, 
mais on le guidera le mieux que l'on pourra afin qu'il 
puisse seconder nos intentions ». Et dans une autre 
lettre du 29 juin 1641, Poussin ajoute: « J'ai fait des 
modèles de cire que j'ai baillés à M. Perlan afin de 
faire modeler les piédestaux des ornements de la 
galerie ». 

Comme on le voit. Poussin doutait encore du talent 

i L*éditeur des Lettres de Poussin ajoute en note en parlant de 
Poissant: c Son nom, mal lu ou mal écrit par le copiste des lettres 
originales, a été à tort changé en Perlan ». 



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— 22i — 

de notre artiste, mais il faut croire qu'il fut satisfait de 
ses travaux car en 1642 il le fît envoyer à Rome, peu 
de temps avant d'y retourner lui-même, avec une 
pension de 500 livres donnée par le Roi pour y conti- 
nuer ses études d'après Tantique. Il y resta cinq années 
pendant lesquelles il perfectionna son talent et il y fit 
entre autres choses, la pièce qu'il devait présenter pour 
sa réception à TAcadémie et dont nous parlerons plus 
tard. Il revint à Paris le jour de la Chandeleur 1647. 

Poissant avait alors 42 ans et se trouvait en pleine 
possession de son talent. Il obtint un logement aux 
Tuileries et de nombreux travaux lui furent alors 
confiés ; il sculpta le retable du grand autel canonical 
de Saint-Honoré à Paris, deux grandes figures de bois 
pour la grande salle de la Chambre des Comptes, 
les bas-reliefs de l'hôtel de M. Goret de Saint Martin, 
maître des comptes, dans la rue des Rats, aujourd'hui 
rue de l'Hôtel Colbert, plusieurs parties du célèbre 
tombeau du duc de Montmorency dans la chapelle de 
la Visitation de Moulins et divers bas reliefs à l'Hôtel 
Carnavalet pour compléter ceux de Jean Goujon. Nous 
nous arrêterons un instant sur ces deux dernières 
œuvres. 

Anguier venait d'être chargé de la sculpture du 
tombeau du duc de Montmorency qu'il exécuta à Paris 
et qui fut ensuite expédié à Moulins* Il appela en 
collaboration Regnaudin et Poissant. Anguier en exé- 
cuta la plus grande partie et Poissant, nous dit Guillet 
de Saint-Georges, y sculpta au-dessus du mausolée 
deux anges chacun de six pieds de hauteur qui tiennent 
le manteau ducal dont le milieu est chargé de l'écu d^ 
Montmorency. La collaboration de Poissant n'en resta 
peut-être pas là. Nous trouvons en effet dans la vie de 



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— 222 — 
la duchesse de Montmorency par le P. Garreau cet 
acte que nous communique M. Bernard, secrétaire de 
la Société d'Émulation de TAUier: « Cet illustre artiste 
(Anguier) qui donnait du sentiment au marbre, était 




du Comté d'Eu : il était le chef de Tentreprise du Mau- 
solée; c'est lui qui a fait l'Hercule, un des plus beaux 
morceaux de TEurope, la Libéralité, les figures du 
duc et de la duchesse, les deux génies, l'urne, le 
cordon et les armoiries. Regnaudin a fait la noblesse. 
Poissant a fait le reste. » Or le reste consiste dans les 
anges et le manteau ducal dont nous avons déjà parlé, 
mais aussi dans la statue de Mars qui fait pendant 



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— 223 — 

à celle de la Noblesse. Dans sa notice sur le Tombeau 
de la chapelle de la Visitation, M. Francis Pérot, après 
avoir nommé Anguier comme auteur des parties déjà 
citées et Regnaudin comme auteur de la Noblesse, ne 
donne pas le nom du sculpteur inconnu de la statue de 
Mars. Il est donc probable que c'est à Poissant qu'il 
faut restituer l'honneur d'avoir sculpté cette belle statue 
du Dieu de la guerre, qui, la lance dans la main droite 
et la main gauche appuyée sur un bouclier, tient une 
place importante dans l'ensemble de cette œuvre capi- 
tale. Poissant du reste ne borna pas là sa part dans la 
décoration de la chapelle de la Visitation, car sur les 
deux côtés de la grille qui fermait l'entrée du chœur, il 
sculpta deux grandes figures Tune représentant la 
Foi, l'autre FEspérance et au-dessus de la grille un 
bas-relief figurant la Charité accompagnée de plusieurs 
enfants. Nous avons fait reproduire d'après les planches 
de l'important ouvrage « L'Ancien Bourbonnais » le 
couronnement du tombeau du duc de Montmorency et 
la figure de la Charité. 

Les travaux de Poissant à l'hôtel Carnavalet furent, 
comme on va le voir, plus considérables. Nous trou- 
vons en effet, dans un article de M. Jules Cousin 
récemment paru dans la France artistique et monu- 
mentale, que Claude Boislève, l'un des intendants de 
Fouquet ayant, par acte du 28 décembre 1654, acheté 
rhôtel Carnavalet et ne le trouvant ni assez vaste 
ni assez somptueux le fit presque entièrement recons- 
truire par François Mansart, de 1655 à 1661, et 
M. Cousin ajoute : 

« Pour la sculpture des nouveaux bâtiments, Man- 
sard fit appel à deux artistes d'un talent fort inégal et 
dont un seul nous est connu, Gérard van Obstal, 



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— 225 — 

membre de l'Académie royale. Pour faire suite aux 
sciences de Jean Goujon, l'un sculpta sur Taile gauche 
dans les mêmes proportions, les quatre Eléments et 
l'autre sur l'aile droite, quatre déesses, Junon, Hébé, 
Diane et Flore, symbolisant, parait-il, la Chasse, le 
Plaisir, la Richesse et la Libéralité. Les quatre 
premières figures sont bonnes : les quatre autres plus 
que médiocres et malheureusement ce sont celles-là 
que l'historiographe officiel de l'Académie, Guillet de 
Saint-Georges, attribue à Van Obstal.... 

C'est sans doute au plus habile des deux 

artistes, à l'auteur anonyme des quatre Eléments, que 
l'on doit aussi les deux statues Minerve et Flore qui 
couronnaient les façades sur la rue et sur la cour. Ces 
statues se sont récemment écroulées : on va les rem- 
placer par des reproductions identiques ». Or, quel 
autre que Poissant dont nous savons la collaboration 
aux sculptures de l'hôtel Carnavalet et dont le séjour à 
Paris est établi à cette époque, a pu être l'auteur 
encore anonyme de ces figures appelées au périlleux 
honneur de compléter l'ornementation commencée par 
l'illustre chef de l'École Française ? 

Nous voyons encore notre artiste travaillant à Paris 
pour le Couvent des Minimes de Chaillot avec son frère 
Louis-Antoine Poissant, maître sculpteur et ancien 
maître de la Communauté de peinture et sculpture 
qui, s'il faut en juger par ce titre, aurait aussi acquis 
une certaine réputation; puis pour M. Le Tellier, 
Conseiller à la Cour des Aides, au compte duquel 
il exécute les ornements de sa maison de la rue Michel- 
le-Comte. Il travaille encore en province, à Reims, ou 
il fait pour les Dames refigieuses de Saint-Pierre un 
tabernacle et à l'église de Saint-Nicaize un mausolée 

18 



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— 226 — 

de marbre représentant le martyre de ce saint, travaux 
complètement perdus maintenant après raneantisse- 
ment de ce couvent et de cette église; à la chapelle de 
Saint'Fargeau en Gâtine et au château du Bouôhet 
près d'Etampes où il sculpte une figure de Melpomène, 
présidant à la Tragédie, enfin aux Andelys pour orner 
une chapelle dédiée à Sainte Clotilde et dont, au dire 
de Guillet de Saint-Georges, il aurait aussi été Tar- 
chitecte. 

Nous avons dit que Poissant avait étudié Tarchitec- 
ture avec Blassét, il ne l'abandonna pas, mais, s'il 
faut en croire Mariette, il y réussit moins que dans la 
sculpture : cependant le maréchal de la Ferté Seneterre 
le prit pour son architecte pendant plus de dix ans ; il 
contribua à la construction de l'église de Saint-Sulpice 
tant pour Tarchitecture que pour la sculpture et fut 
chargé en 1653 de construire dans Téglise des Capucins 
de la rue Saint-Honoré une chapelle dédiée à Notre- 
Dame de la Paix ; il y eut comme collaborateurs pour 
la peinture M. Corneille le père, recteur de TAcadémie 
et pour la sculpture je célèbre Girardon qui y fit son 
premier ouvrage. 

Tant de travaux attirèrent Tattention sur Poissant 
qui le 17 mars 1663 fut nommé membre de l'Académie, 
de peinture et de sculpture où il prit immédiatement 
séance parmi les conseillers honoraires en attendant 
d'y être nommé professeur adjoint. Il présenta pour sa 
réception le modèle en terre cuite d'une femme couchée 
qu'il avait fait a Rome et qui, dit Mariette, appartint 
plus tard à Girardon lequel en faisait assez de cas 
pour la faire servir de pendant à un joli modèle de 
riiermaphrodite de François Flament et qu'il fit graver 
av^q.le^ autres pièces de son cabjinet. 



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— 2ât >- 

Il était logé aux Tuileries depuis 1648 dans un 
logement qui fut abattu 7 ans plus tard. Le 10 fé- 
vrier 1655, le Roi lui avait permis de se faire un loge- 
ment et un atelier dans l'allée en dedans des Tuileries 
le long du mur du côté de l'eau, s'engageant à lui faire 
rembourser 1500 livres si on était obligé de le déloger 
pour le service du Roi. On démolit atelier et maison 
pour construire le mur de la terrasse et agrandir 
le jardin. Poissant alla loger alors sur le quai des 
Tuileries, mais on ne lui paya pas ses 1500 livres. Les 
travaux des Tuileries qui le chassaient de sa maison 
lui donnaient d'un autre côté, l'occasion d'exercer son 
talent. Après que Fouquet l'eut employé aux sculptures 
de son célèbre château de Vaux, Poissant travailla au 
gros pavillon du palais central des Tuileries où il 
sculpta sur le fronton Minerve et la Prudence, et à 
côté du fronton quatre statues en pied, la Magnani- 
mité, la Force, le Conseil et les Arts. Au pavillon 
de Flore, il fit les trophées -et les ornements de la 
façade ; au salon du Louvre plusieurs figures d'enfants 
tenant des guirlandes et un grand nombre de trophées; 
au dehors de ce salon tous les masques qui sont au- 
dessus des croisées pour lesquels il reçut le 23 sep- 
tembre 1664 trois cents livres et l'année suivante des 
vases de pierre pour les pavillons du même Palais 
et pour lesquels il reçut encore le 17 mars 1665 trois 
cents livres; enfin dans le parc de Versailles, huit 
termes de douze pieds de hauteur, Jupiter, Neptune, 
Pluton, Junon, Vénus, Apollon, Mercure et Pan. 

On lui proposait plusieurs autres travaux pour Ver- 
sailles quand la maladie vint le surprendre et il mourut 
dans sa maison du quai des Tuileries le 16 sep- 
tembre 1668, âgé de 53 ans ; il fut inhumé le lendemain 



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- â2é - 

au cimetière de Saint-Germain TAuxerrois. Il était, 
dit Mariette, d'un caractère taciturne qui le tenait trop 
renfermé sur lui-même et Tempêchait de se produire, 
et rien n'est si contraire pour le développement des 
talents. Guillet de Saint-Georges constate le même 
caractère, mais conclut autrement. Il n'a, dit-il, jamais 
été marié, et a vécu très sagement ; il était sobre, très 
obligeant et un peu mélancolique, ce qui le rendait 
très attaché à sa profession et le succès répondit à cette 
assiduité. 

Tel fut Thibaut Poissant ; sans pouvoir être comparé 
aux grands génies qui illustrèrent le sièclede Louis XIV, 
il tint une pfece fort honorable dans les arts ; ami des 
Poussin, des Anguier et d'autres hommes célèbres, il 
dut peut-être à son extrême modestie son peu de noto 
riété ; il travailla à tous les grands monuments élevés 
à cette époque de gigantesques constructions et nous 
avons cru utile de lui consacrer cette courte notice 
pour rappeler un artiste de grand talent trop peu connu 
de ses compatriotes et qui a droit de figurer avec 
honneur dans le Panthéon abbevillois où il est le seul 
de cette époque à représenter un art qu'il cultiva avec 
tant de succès. 



COMPTE RENDU D^HN OUVRAGE OFFERT A LA SOCIÉTÉ 

Lecture faite par M. E. GONTIER à la séance du 5 janvier i893. 

Vous avez bien voulu, Messieurs, me confier le soin 
de vous dire quelques mots de l'ouvrage intitulé 
Météorologie du département de la Somme, offert en 



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— 229 — 
hommage à la Société d'Émulation par son auteur, 
M. Duchaussoy, professeur de physique au lycée 
d'Amiens. J'ai Thonneur de vous exposer ici quelques- 
unes des réflexions que m'a suggérées la lecture de cet 
excellent et utile travail. 

La météorologie est, vous le savez, Messieurs, une 
branche de la physique du globe, des plus attrayante 
en même temps que des plus utile tant par la variété 
des sujets qu'elle embrasse que par l'importance de 
ses applications. En dehors de l'intérêt spécial et 
purement scientifique, que n'attendent pas de ses 
découvertes le médecin, le naturaliste, le marin, l'agri- 
culture et même l'homme du monde ? Pour le médecin, 
il n'est pas douteux que toute constitution médicale 
est liée à une constitution atmosphérique déterminée 
et l'étude de ce rapport est l'un des problèmes les plus 
utiles qui s'offrent à l'examen et aux spéculations intel- 
ligentes de notre temps. Ce problème, qui consiste 
à rechercher quel rôle jouent les influences cosmiques 
et climatologiques sur la production des maladies, sera 
résolu par une série d'observations simultanées et 
comparées de nosologie et de météorologie. Les méde- 
cins de l'antiquité, depuis Hippocrate, en ont vainement 
poursuivi la solution; deux éléments essentiels leur 
ont fait défaut: d'un côté, la rigueur scientifique des 
observations climatériques, de l'autre, leur manque de 
connexité avec les observations nosologiques. Pour ce 
qui concerne la Picardie, le docteur Trannoy, d'Amiens, 
a, dans cet ordre d'idées, publié en 1819 un Traité 
élémentaire* des msiladies épidémiques et une Étude 
sur la concordance de Vétat atmosphérique avec les 
maladies régnantes à Amiens, de 1819 a 1825, qui 
renferme d'intéressants aperçus sur la climatologie 



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— 230 — 
de notre région. Dans cette voie également, nous 
trouvons plus tard la Topographie physique et mé- 
dicale d'Abbeville de notre compatriote et collègue 
à la Société d'Émulation, le docteur A. Hecquet. 

Il serait certainement superflu et inopportun de vous 
énumérer ici toutes les utilités de ce genre d'études 
pour le marin comme aussi pour le naturaliste et 
Tagriculteur. Je vous rappellerai seulement la relation 
intime qui existe entre les phénomènes périodiques dé 
la végétation et les phénomènes météorologiques. Les 
observations botanico-météorologiques de ces derniers 
temps ont fourni des résultats, non seulement d'un 
réel intérêt scientifique, mais encore d'une sérieuse et 
remarquable utilité pratique. Duhamel de Monceau 
avait été, au xvrii* siècle, un initiateur dans cette voie 
qu'ont brillamment parcourue depuis les Gay-Lussac, 
Boussingault, de Gasparin, Houzeau, Hervé-Mangon, 
Marié-Davy, Angot, etc. Ces savants ont étudié les 
phénomènes périodiques de la végétation au point de 
vue spécial des données météorologiques, dont ils ont 
cherché la relation avec les époques de feuillaison, de 
floraison, de fructification, de maturité des fruits et de 
défeuillaison. 

Les perfectionnements apportés dans la confection 
des instruments et les progrès de la statistique sont 
certainement, en ces matières, des éléments indispen- 
sables de progrès, mais je vous ferai remarquer qu'une 
chose non moins essentielle, c'est l'apparition d'ou- 
vrages, qui, comme celui de M. Duchaussoy, viennent 
périodiquement grouper d'une façon rationnelle et 
coordonner méthodiquement les données antérieures 
de l'observation. 

Si l'on peut dire dès à présent que la météorologie 



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— 231 - 

est une science, il faut reconnaître que c'est une science 
dont la genèse est incomplète, une science à ses débuts 
en un mot, malgré la base très sérieuse sur laquelle 
Font établie les travaux des Quételet, des Maurjr, des 
Fitz-Roy, des Leverrier et d'autres dont je viens de 
vous rappeler les noms. Longtemps, dh effet, elle a 
consisté dans Tart prétendu de prédire le temps à 
longue ou à courte échéance. Cette sorte de divination 
plaisait à Tesprit populaire et c'est encore bien souvent 
sous cette forme qu'elle lui apparaît, témoins les alma- 
nachs qui en sont une des manifestations. Si le monde 
savant accueille avec quelque ironie l'œuvre de ces 
prophètes du temps, ce n'est pas qu'on leur reproche 
de poursuivre un but chimérique, comme s'il s'agissait 
de la pierre philosophale, de la quadrature du cercle 
ou du mouvement perpétuel ! Non, ce qu'on peut juste- 
ment leur reprocher, c'est le manque de logique dans 
l'enchaînement des causes et des effets ; c'est d'attribuer 
le plus souvent des phénomènes essentiellement com- 
plexes à des causes sim^es et complètement insuffi- 
santes. En un mot,' les procédés généralement proposés 
jusqu'ici manquent de rigueur scientifique et témoi- 
gnent d'une manie d'empirisme et d'une hâte trop 
grande, je dirais volontiers, d'une manie de générali- 
sation. 

Mais si l'art de prédire le temps, tel qu'on l'entend 
vulgairement au moins, a un caractère purement hypo- 
thétique, il n'en est pas moins vrai que cette branche 
des études météorologiques est dès maintenant consti- 
tuée et se perfectionne constamment, puisque, d'après 
Hervé-Mangon, la moyenne générale des réussites 
des prévisions du Bureau central était déjà de 83 pour 
100 en 1882 ; qu'elle fut de 87 pour 100 en 1883 et que 



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— 232 — 

sur 233 dépêches envoyées dans les ports pendant 
cett^ année 1883, 112 ont été complètement vérifiées 
par Texpérience. 

La météorologie peut, dés maintenant, se prêter 
aux mêmes procédés d'exposition synthétique que les 
sciences physiques proprement dites. Cette science se 
compose de deux parties bien distinctes : Tune d'expo- 
sition, l'autre de déduction; la première consistant 
dans l'apport et Tanalyse des matériaux, la seconde 
dans leur groupement synthétique en vue de la 
recherche et de renonciation des lois. C'est à la pre- 
mière de ces deux parties que se rapporte le travail de 
M. Duchaussoy, dont l'analyse m'a conduit à cette 
digression sur la science météorologique, digression 
dont je vous prie d'excuser la longueur. 

L'auteur fait remarquer dans sa préface que les 
historiens picards ont souvent signalé les événements 
'météorologiques de leur temps, et, dans le premier 
chapitre, consacré à la période ancienne, nous montre 
que, même au point de vue de la science contemporaine, 
il y a encore profit à secouer parfois la poussière de 
nos vieilles chroniques et à feuilleter les liasses de nos 
archives. Nous trouvons là des citations des Machart, 
des Pages, du Père Daire et d'autres encore, dont les 
noms vous sont familiers, à vous, Messieurs, qui avez 
l'honneur de travailler à l'histoire de notre vieille 
Picardie. Ce premier chapitre constitue une série 
d'éphémérides où la ville d'Abbeville et ses environs 
ont une certaine part. Je ne puis qu'y renvoyer ceux 
de nos collègues à qui ces faits météorologiques pour- 
raient présenter quelque intérêt au point de vue même 
de l'histoire locale. Plusieurs de ces éphémérides, 
nous dit l'auteur, ont été recueillies par lui dans le 



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— 233 — 

travail sur le froid et les inondations de Van VII, par 
Boucher de Crèvecœur, en collaboration avec Mes- 
sieurs Traullé, Denoyelles et Dumont de Courset, lu à 
la séance publique du 1 16 thermidor an VII, de la 
Société d'Émulation d'Abbeville, 

Il nous est toujours agréable et nous en éprouvons 
une certaine fierté, comme membre de notre Société, 
de rencontrer l'évocation de ces noms qui nous sont 
chers, Messieurs, parce qu'ils sont les noms de nos 
prédécesseurs ici même, d'hommes qui ont honoré 
notre Société par leur labeur intelligent et en léguant 
à ses mémoires des travaux dont l'utilité incontestée 
s'affirme de nouveau et une fois de plus, après un si 
long temps, par les extraits qu'en fait le savant auteur 
de la Météorologie du département de la Somme. 

M. Duchaussoy signale encore un travail intéres- 
sant paru dans la Décade du département de la 
Somme et intitulé : Rapport sur le froid de l'an VIII, 
sur les oiseaux de psLSsage dans les marais^ sur les 
effets du froid relativement à la végétation des plantes 
céréales et sur le prix des grains. Ce travail est signé 
d'un de ces noms que je viens de vous rappeler, d'un 
nom inséparable de celui de notre Société d'Émulation 
d'Abbeville, parce qu'il s'y est perpétué jusqu'à nos 
jours et parce qu'y sont attachés, comme une tradi- 
tion que nous garderons et que nous léguerons, et 
notre respect ei nos sympathies. C'est vous dire que 
ce mémoire est signé du citoyen Boucher. 

Dans cette partie du livre consacrée à la période 
ancienne, nous voyons rappelées toutes les dates où la 
Somme a été gelée à Abbeville pendant le xviii* siècle, 
ce qui s'est présenté huit fois ; puis l'énumération des 
diverses dates où des prières publiques furent faites 



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— 234 — 

à Abbeville pour conjurer l'excès des pluies. Nous 
remarquons qu'en 1773, le 15 novembre, le reflux de 
la mer occasionna à Abbeville des dégâts considé- 
rables, par suite de la rupture de digues existant alors, 
contre Tenvahissement de la mer, à Menchecourt et à 
Rouvroy. M. Duchaussoy aurait pu, comme se ratta- 
chant à la période ancienne, nous rappeler une obser- 
vation faite par M. Brion, archiviste de notre Société 
en 1842, et intéressante au point de vue de l'étude des 
variations du climat en Picardie. M. Brion, en effet, 
rapporte, s'appuyant sur une pièce extraite de nos 
archives municipales, qu'autrefois, il y a plusieurs 
siècles, la vigne était cultivée assez en grand dans 
les environs d'Abbeville. et qu'alors le faubourg Men- 
checourt était presque exclusivement habité par des 
vignerons. Au siècle dernier, on sonnait au couvent 
de Saint-Honoré de Menchecourt une cloche qu'on 
nommait la cloche des vignerons, A Saint-Riquier, 
également, on cultivait la vigne au ix* siècle ; 
M. Brion en a trouvé la preuve dans une page des 
Études historiques de Chateaubriand. M. le docteur 
Hecquet, dans un ouvrage plus récent de 1857 *, 
nous dit encore qu'il existe à Thuison des coteaux 
encore dénommés coteaux des vignes. 

Nous atteignons maintenant, avec notre auteur, la 
période moderne, pendant laquelle la météorologie, 
tirant profit des progrès réalisés dans la physique par 
les travaux de Galilée, Torricelli, Pascal, etc., est 
enfin réellement entrée dans la voie scientifique. Ici 
encore, M. Duchaussoy constate la large contribution 
fournie par les météorologistes abbevillois, et signale 

* Mémoires de la Société d'Émulation d'Abbeville^ tom. v. (1841-43). 



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— 235 - 

tout particulièrement deux belles et importantes séries 
d'observations qui, nous ne saurions davantage y être 
indifférents, sont encore l'œuvre de nos laborieux pré- 
décesseurs à la Société d'Émulation. Il s'agit des tra- 
vaux de MM. Brion • et Decharme * d'abord, puis des 
remarquables observations du docteur A. Hecquet^ 
résumées dans son Histoire météorologique d'Abbé- 
ville '. La longue p^Tiode qu'embrassent ces deux 
séries d'observations météorologiques, de 1833 à 1860, 
suffît pour en montrer le réel intérêt. 

Dans sa Topographie physique et médicale de la 
ville d'Abbeville *, le docteur A. Hecquet avait déjà, 
dés 1859, fourni et résumé d'utiles observations sur 
le climat d'Abbeville et de la contrée environnante. 

Nous trouvons, rappelés succinctement dans le 
travail de M. Duchaussoy, tous les documents inté- 
ressant l'histoire de la météorologie dans le départe- 
ment de la Somme. En 1856, à la suite de l'impulsion 
donnée par les remarquables travaux de Leverrier 
pendant l'année 1855, et de son projet d'installation 
d'un réseau météorologique, nous voyons l'Académie 
d'Amiens organiser un service régulier d'observations. 
En 1869, commencent les observations à l'École nor- 
male des instituteurs, observations dont les résultats 
sont, depuis 1882, consignées mensuellement dans le 
Bulletin de la Société linnéenne du Nord de la France. 
C'est ensuite la station agronomique de la Somme 
qui apporte so i tribut d'observations à la science 



* Mémoires de la Société d'Émulation d'Abbeville, tom. V. (1841-43). 
2 /d./tom. VII. (1849-52). 

» /d., tom. X. (1861-65). 

* Topographie physique et Médicale de la Ville d'Abbeville. Amiens, 
Imprimerie Lenoel, 1857. 



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— 236 — 
météorologique. Puis viendra TEcole pratique d'Agri- 
culture du Paraclet, qui procède également aux obser- 
vations météorologiques, et l'organisation de postes 
d'observation dans quelques écoles des divers arron- 
dissements. 11 ( xiste, vous le voyez, dans notre dépar- 
tement, un ensemble déjà satisfaisant d'institutions 
destinées à effectuer les observations météorologiques, 
et à recueillir les données d'où il sera un jour possible 
de tirer des déductions synthétiques qui permettront 
de définir de plus en plus rigoureusement les condi- 
tions climatériques de notre contrée et qui formeront 
dans l'avenir d'utiles matériaux aux recherches scien- 
tifiques. 

Ces observations faites au même temps local sont 
ensuite centralisées par le Bureau central de météoro- 
logie et rattachées aux observations générales et simul- 
tanées faites chez les diverses nations, après avoir été, 
sur la proposition du gouvernement des États-Unis 
d'Amérique, ramenées au même instant physique. On 
conçoit que les tableaux comparatifs ainsi établis et 
les remarquables graphiques qui les résument si clai- 
rement offrent le plus puissant intérêt pour l'étude 
des grands mouvements de l'atmosphère. 

Je vous demande pardon, Messieurs, de retenir aussi 
longtemps votre attention, mais j'ai pensé que ce coup 
d'œil jeté sur les conséquences des études météorolo- 
giques était de nature à faire ressortir à vos yeux la 
sérieuse utilité du travail de M. le professeur Ducliaus- 
soy. Ce travail a le grand mérite d'avoir, dès à pré- 
sent, recueilli et résumé les observations puisées à 
diverses sources dans une série de tableaux dont 
l'ensemble forme un tout assez complet. Observa- 
tions barométriques, température, vents, nébulosités, 



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— 237 — 

brouillards, nuages, pluies, rosée, neige, grêle, 
moyennes de toutes sortes, maxima, minima, rien n'y 
a été omis de ce qui touche aux parties essentielles de 
la science météorologique telle qu'elle est constituée à 
notre époque. 

Plusieurs de ces tableaux sont extraits de nos mé- 
moires, je vous l'ai dit, et Tun d'eux, relatif à la hau- 
teur de pluie à Abbeville, a été fourni par l'un de nos 
honorables compatriotes, M. Tabbé Bridoux. 

La partie relative aux observations barométriques 
est précédée d'intéressantes remarques sur le choix 
des instruments pour les observations précises, sur le 
baromètre enregistreur des frères Richard, et d'utiles 
notions sur les corrections relatives à l'altitude au- 
dessus du niveau de la mer. Puis vient une nouvelle 
série de tableaux parmi lesquels l'un d'eux présente 
la comparaison intéressante des hauteurs moyennes 
et des pressions extrêmes pendant les douze mois de 
l'année à Abbeville, à Amiens et à Albert. 

Vous savez, Messieurs, l'importance des minima 
barométriques et l'intérêt scientifique et pratique 
qui s'y attache, puisqu'ils correspondent aux grandes 
perturbations atmosphériques et qu'ils coïncident ordi- 
nairement avec les ouragans et les tempêtes. L'au- 
teur de la Météorologie de la Somme nous rappelle 
à ce sujet les observations enregistrées aux environs 
de l'ouragan du 12 mars 1876, ouragan qui a causé 
dans toute la région du Nord et notamment dans la 
vallée de la Somme, d'inoubliables désastres. Le mini- 
mum barométrique du 12 mars a été de 726 milli- 
mètres.; la baisse barométrique était déjà très accen- 
tuée pendant les jours qui ont précédé cet ouragan 
qui, on se le rappelle, renversa des moulins à vent à 



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— 238 — 

Crécy-en-Ponthieu, à Fontaine-sur-Maye, à Fontaine- 
sur-Somme, à Agenvillers et à Bailleul, pour ne citer 
que ceux de notre arrondissement on les pertes ont 
été évaluées à 66,389 fr., inférieures ^ celles des 
autres arrondissements, plus éprouvés encore. 

Dans le chapitre consacré aux observations thermo- 
métriques, Fauteur, après d'utiles indications sur les 
conditions d'installation des instruments et les causes 
d'erreurs, signale l'emploi actuel du thermomètre- 
pinceau pour l'exacte détermination de la tempéra- 
ture des eaux de source, de puits ou de rivière. Nous 
remarquons en passant un tableau donnant les tem- 
pératures moyennes mensuelles d'Abbeville de 1840 à 
1860 ; puis des tableaux comparatifs des moyennes, ma- 
xima et minima, à Abbeville, à Amiens, à Saint- Valéry 
et à Doullens. On comprend toute Futilité que présen- 
tent ces tableaux où se trouvent, en regard les uns des 
autres, les résultats obtenus dans diverses localités. 
C'est ainsi qu'un autre tableau comparatif des 
moyennes mensuelles de Paris et d'Abbeville nous 
permet de constater que, pour une période de dix-neuf 
ans, la moyenne est un peu plus élevée à Abbeville, 
pour les mois de novembre, de décembre et de janvier. 
Le contraire a lieu pour les autres mois, et la différence 
en faveur, de Paris est supérieure à deux degrés. Le 
voisinage de la mer donne Fexplication de ces diffé- 
rences. 

A propos des températures extrêmes observées en 
Picardie, nous constatons que, pendant une période de 
27 ans, les maxima annuels ont varié à Abbeville de 
+ 34« le 24 juillet 1839 à + 27^^ 3 le 5 août 1848. Selon 
M. Duchaussoy, la température la plus haute, qui a 
été normalement observée en Picardie, est de 37" 5. — 



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- 239 — 

Dans rénumération des plus basses températures 
observées également clans notre province, n'ous 
voyons citer pour Abbeville, une cote de — 19° le 19 
janvier 1838; la même température était enregistrée 
le lendemain à l'Observatoire de Paris. Puis encore à 
Abbeville, — 19° 2 le 20 décembre 1859. 

L'énumération serait longue de tous les faits inté- 
ressant notre localité que nous trouvons disséminés 
dans cette substantielle et complète statistique météo- 
rologique du département de la Somme. Nous avons 
noté au passage les plus saillants de ces faits pour 
vous les signaler. Nous notons encore, par exemple, 
que, pendant Thiver de 1840-1841, il y eut à Abbeville 
une série de jours qui dut sembler bien longue aux 
Abbevillois d'alors, une série de 25 jours consécutifs 
de gelées, du 6 au 31 décembre. La température mini- 
mum fut de — 12° le jour de Noël. 

Il résulte des observations de M. Brion, reproduites 
dans le travail de M. Duchaussoy, qu'au point de vue 
du nombre de gelées (observation d'Abbeville) , les 
mois se classent dans Tordre suivant pour la période 
1833-1842 : janvier, décembre, février, mars, novem- 
bre, avril, octobre, septembre et mai. La statistique 
impitoyable, et en dépit de toutes les convenances, fait 
figurer le joli mois de mai au dernier rang, il est vrai, 
dans cette série des mois où se produisent des gelées. 
L'auteur, éprouvant comme le besoin de justifier une 
insinuation qui vient ternir une réputation jusqu'ici 
immaculée, nous fait remarquer que ce mois est moins 
beau qu'il y a cinquante ans, mais ce n'est là qu'une 
atténuation de la grave atteinte qu'il a portée à la bonne 
opinio 1 que nous professions tous pour le mois de mai, 
auquel nous avions toujours accolé l'épithète de joli. 



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— 240 — 

Nous serions donc encore en face d'une illusion qui 
s'envole, et cet excellent mois de mai vivrait ainsi de 
nos jours sur la bonne réputation que lui ont faite nos 
aïeux ! En revanche, le mois de septembre aurait une 
tendance à s'améliorer. Pour ce qui est du mois de 
novembre, nous avons recueilli avec une certaine mé- 
lancolie l'assertion de l'auteur, qui dit que Tété de la 
Saint-Martin n'existe plus de nos jours, et que les 
saints de glace (11, 12 et 13 mai), sont plus prononcés 
de notre temps qu'autrefois ; mais, Messieurs, je 
m'empresse de vous le dire, si, au sens météorologique 
du mot, l'été de la Saint-Martin, au dire de la sèche 
statistique, n'est plus qu'une fiction, on s'en consolera 
encore longtemps en songeant que, pour ce qui con- 
cerne la vie humaine, le sens figuré a conservé sa 
valeur et que chacun de nous, on dépit de tous les 
thermomètres, et grâce à Dieu, garde toujours au 
cœur l'espoir de voir lui sourire encore quelques beaux 
jours de l'été de la Saint-Martin. 

Nous sommes forcé de nous arrêter, Messieurs, 
dans cette énumération de toutes les choses capables 
de vous intéresser dans l'ouvrage de M. Duchaussoy. 

En résumé, le travail de l'honorable professeur est 
une œuvre des plus utiles et qwi constitue un chapitre 
important de la statistique scientifique de notre dépar- 
tement. C'est un recueil, une analyse et un commen- 
taire des documents les plus divers, intéressant la 
climatologie locale et, par suite, la météorologie géné- 
rale. Comme nous vous le disions au début de notre 
compte rendu, les travaux de cette nature, en dehors 
de l'intérêt local et historique qu'ils présentent, sont 
encore les éléments indispensables pour l'édification 
d'une vraie science météorologique, et constitueront 



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— 241 — 
pour nos successeurs une source précieuse où se trou-, 
veront en réserve les matériaux d'intéressants et utiles 
travaux scientifiques. 



LE CABINET D'UN AMATEUR PICARD 

CoUection de M. de Crept à Poix 
Lecture faite par M. E. DeligniÈRES à la séance du 2 février 1S93. 

M. de Crept est un agronome dont les études théo- 
riques et pratiques relatives à la plantation des arbres 
verts sur les coteaux crayeux de la Picardie sont bien 
connues ; elles lui ont fait, par suite des résultats re- 
marquables auxquels il est arrivé, un renom de bon 
aloi et justement mérité. On est émerveillé, quand on 
se rend à Poix, en voyant ces superbes plantations 
faites sur les friches les plus stériles ; elles ont trans- 
formé une grande partie de la ville et de ses abords ; 
elles sont dues à l'initiative de M. de Crept et sont 
le résultat de travaux patients et prolongés remon- 
tant à plus de quarante ans ! 

M. de Crept est de plus un amateur distingué et de 
relations les plus agréables. Il a su réunir une fort 
belle collection, composée de plus de cinq cents objets, 
disposés avez goût dans la plupart des pièces de son 
habitation à Poix. Et d'abord, on remarque en entrant 
un moulin romain bien complet avec sa meule ronde, 
convexe par-dessus, en pudding siliceux, s'emboîtant 
exactement dans la cavité ronde du moulin propre-- 
ment dit, en grès, où se mettait le grain qui sortait 



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— 242 — 

moulu par rorifice ménagé à cet effet ; le fond du 
moulin, chose assez curieuse, est taillé absolument à 
la façon des meules anglaises de nos jours ; il est assez 
rare de rencontrer une pièce de cette nature aussi in- 
tacte dans ses deux parties. 

Dans le vestibule et dans le salon se trouvent un 
certain nombre de vues dessinées d'après nature par 
M. de Crept, et représentant plusieurs églises de la 
Bourgogne, celle de Saint-Germain-l'Auxerrois de 
Paris, divers monuments et paysages pris à Poix et 
aux environs ; nous citerons particulièrement une 
reproduction (nous employons ce terme avec inten- 
tion) du portail si élégant de Téglise de Poix, repré- 
senté avec une remarquable fidélité dans tous ses dé- 
tails, sans exclure le bien rendu de Pensemble; ce 
dessin a servi à Tarchitecte pour la restauration du 
portail, et il a même été fait dans ce but. Les dessins 
de M. de Crept sont d'autant plus intéressants que 
leur exactitude est absolument complète ; nous ne 
saurions mieux les comparer qu'à ceux de M. Osvirald 
Macqueron, de notre ville, si connus d'ailleurs, et si 
nombreux. 

Quand on est amateur, et qu'on a, comme Ton dit, 
le flair du connaisseur, on arrive à découvrir des cho- 
ses intéressantes là où, pour bien d'autres, elles passe- 
raient presque inaperçues. C'est ainsi que M. de Crept 
a su trouver dans des fermes, où parfois ils étaient 
relégués dans des fournils, dans des greniers et même 
jusque dans des granges, des bahuts sculptés, dont 
quelques-uns sont très ouvragés; nous signalerons, 
notamment, une ancienne corbeille de mariage qui 
porte, comme c'était l'usage, les figures de l'ange et 
de la Vierge pour représenter l'Annonciation; un 



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— 243 — 

autre, simple coffre à bois, sur le devant duquel, 
chose des plus curieuses et des plus rares, sont re* 
présentées, par des traits en creux, les différentes 
sortes d'ogives, depuis celle qui vient immédiatement 
après le plein cintre roman, jusqu'à Fogive allongée 
ou de style flamboyant. Les trois ogives sont pro- 
duites par rintersection de quatre courbes, avec la 
même ouverture de compas et les quatre déplacements 
de la pointe ; ce genre de dessin existe, paraît-il, 
dans une tour à Séville et dans un clocher de Nor- 
mandie. 

C'est dans le cabinet, proprement dit, que se trou- 
vent les objets les plus rares ; deux tableaux de Lou- 
therbourg ou Lutherburg, 1740-1812, peints sur soie 
verte, faciles à reconnaître par les sujets : des bergers 
et des moutons avec fond de paysage, et, bien que ces 
peintures soient très en lumière et ne permettent pas de 
distinguer de signature, ces tableaux présentent tous 
les caractères de l'authenticité ; ils peuvent être attri- 
bués à ce peintre de valeur, émule de Berghem. Rien 
ne nous étonnerait que ce fût, l'un, le pâtre, l'autre, 
Vânier indiqués dans la Biographie universelle comme 
ses œuvres principales, et la plupart des visiteurs de 
la collection les ont considérées comme des originaux. 
Nous relevons encore de belles gravures d'après Du- 
plessis-Bertaux ; une immense gravure espagnole, 
vue complète de Rome, et de tous ses monuments et 
ses collines, de t^'"20 sur 2™10, avec une légende de 
380 numéros ; un portrait de Mozart avec son livre de 
sonates ; il est coiffé d'un bonnet et est vêtu d'une 
veste garnie de fourrures à cause du mariage de 
Louis XV avec une Polonaise. L'heureux possesseur de 
ce tableau nous a dit que Champfleury le lui avait de- 



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— 244 — 

mandé, il y a environ quinze ans, pour une exposition 
au boulevard des Italiens, et lui avait assuré qu'il ne 
connaissait pas de portrait en peinture de Mozart. 
Nous ne voyons effectivement mentionné, en dehors 
de ses bustes en marbre et en bronzé et de tableaux 
ou gravures le représentant avec d'autres personnes, 
qu'un seul portrait isolé, de J. Laure, le représentant, 
mais à Tâge de quinze ans, remettant à Clément XIV 
la copie du Miserere d'Allégri. 

Signalons encore un manuscrit de 1658^ dans lequel 
se trouvent intercalés quarante vues et trente-deux 
portraits en gravures, presque tous signées Mont- 
cornet. Ce manuscrit, et cela est bien singulier, cons- 
tate l'existence du fusil à canon rayé dans la Laponie 
suédoise ; on y lit : a Pour me désennuyer, l'on me 
menoit bien souvent à la chasse du chien de mer 
dont il y a grande quantité dans le lac ; l'on se met 
dans une chaloupe avec chacun un bon riflet, qui est 
une sorte de fusil qui a le canon rayé par dedans et 
chargé d'une seule balle de calibre que Von fait en- 
trer de force et qui se raye en entrant dans le ca.- 
non, » Tant il est vrai que les inventions les plus 
modernes, en apparence, ont souvent leurs précédents 
à une époque reculée! Ce manuscrit, de 242 pages, 
porte ce titre : Mémoire d'un voyage dans les pays 
Septentrionaux par L, M. P., année MDCLXIII ; 
l'auteur explique qu'ayant quitté l'école, à Tâge de 
treize ans à la suite d'une maladie, se trouvant sans 
fortune et ayant le goût des voyages, il a appris à faire 
le poil (sic) pour être valet d'un grand seigneur. Un 
Suédois se trouvant à Paris, l'embaucha pour l'avoir 
dans son pays comme compagnon et pour apprendre 
avec lui le français, mais il l'envoie avant lui à six 



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— 248 — 

cents lieues de Paris, au château de Borringue, prés 
de Stockholm (Sfofoîm, d'après le manuscrit), chez 
son frère, gouverneur de la province, et c'est dans les 
environs et sur un lac qu'on le fit chasser avec le fusil 
rayé dont il est parlé ci-dessus. L'auteur a fait ainsi 
la relation de ses voyages dans la Suède, et le manus- 
crit contient la description très intéressante des villes, 
vues, monuments, etc., qu'il a visités et dont il a voulu 
conserver le souvenir par les gravures nombreuses 
qu'il y a ajoutées. 

Mais revenons à la collection pour signaler l'ou- 
vrage de La Colombière, portant la date de 1660, avec 
ses magnifiques gravures des hommes illustres de 
France, entourées de légendes et d'illustrations. 

C'est surtout dans les poteries anciennes que M. de 
Crept a fait d'heureuses trouvailles à une époque où 
on pouvait encore en faire, et d'assez nombreuses ; 
nous signalerons un porte- parfum en faïence, objet 
des plus rares, de la même forme absolument que 
ceux en cuivre comme en possède également notre 
collectionneur, mais qui se trouvent moins difficile- 
ment; de beaux plats de faïence de Rouen, sans une 
crevasse, sans une tache, absolument intacts avec 
leur belle couleur et leurs dessins si purs et si fins. 
M. de Crept a enfin réuni dans une chambre un grand 
nombre de poteries bleues, vases du Japon, de Rouen, 
de Hollande, d'autres enfin et jusqu'aux humbles 
faïences de Vron, fort curieuses, qui sont dispersées 
dans toutes les pièces de son habitation. 

La nomenclature de tous ces objets formerait un 
véritable catalogue ; ce travail s'impose à notre vé- 
néré collègue ; il y trouverait des souvenirs certaine- 
ment agréables qui doivent, pour lui, se rattacher 



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.— 246 — 

à la découverte de quelques-unes de ces raretés. 

Il nous aura suffi d'appeler Tattention des amateurs 
sur cette belle collection particulière qui n'est peut- 
être pas suffisamment connue et qui mérite de Têtre. 
Elle présente d'autant plus d'intérêt que les pièces qui 
la composent sont d'une parfaite authenticité ; ce sont, 
pour la presque totalité, des trouvailles faites par 
M. de Crept personnellement, et non, comme sou- 
vent, par intermédiaires ou marchands parfois tru- 
queurs. 

Le cabinet de M. de Crept, non moins que les char- 
mantes promenades dues aux plantations d'arbres 
verts, mérite, à coup sûr, le voyage de Poix, cette 
jolie petite ville dont l'église, à elle seule, serait un 
attrait sufïisant pour le touriste et Tamateur. 



BIBLIOGRAPHIE 

Par M. ALCIX7S LEDIEU 

Lecture faite à la séance du 4 mai 1893, 



I 



L'un de nos collègues, M. Ph. Tamizey de Larroque, 
correspondant de l'Institut, vient de faire paraître un 
important ouvrage qui a pour titre : Deux livres de 
raison de lAgenais (Auch et Paris, 1893, grand in-8*, 
xiii-206 pages). Quoique cette publication ne soit point 
relative à notre région, la Société d'Emulation ne 
saurait demeurer indifférente à cette œuvre, qui émane 



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— 247 — 

de l'un de ses correspondants les plus distingués. 
L'érudition de M. Tamizey de Larroque vous est assez 
connue pour que nous n'ayons point à vous la rappe- 
ler ; nous dirons seulement qu'elle n'a d'égale que son 
affabilité. En vous signalant cet ouvrage, nous faisons, 
par réciprocité, œuvre de bonne confraternité, car 
notre collègue de Gontaud s'intéresse toujours vive- 
ment aux travaux de chacun de nous. 

Le livre de raison de la famille Boisvert (1650-1816) 
et celui du sieur de Savignac (1650-1664) fournissent de 
très utiles renseignements « sur les hommes et les 
choses du pays de Marmande ». Des notes aussi 
copieuses que variées donnent à ces documents une 
saveur toute particulière; pour nous, Picards, presque 
tout l'intérêt de cette publication gît dans les notes. 
L'éditeur y fait de nouveau preuve d'une connaissance 
immense de l'histoire du passé de son pays ; ses anno- 
tations, de forme élégante et irréprochable, en rendent 
la lecture aussi instructive qu'agréable. 

A la suite d'une précédente publication de même 
nature (Livre de raison de la famille de Fontaine- 
marie, Agen, 1889), M. Tamizey de Larroque avait 
donné une liste annotée d'environ 200 livres de raison 
publiés jusqu'alors. Ce répertoire se trouve plus que 
doublé dans le volume que nous venons de recevoir. 
Mais notre province n'y compte que bien peu d'articles, 
soit que les livres de raison y fassent défaut soit que 
nos compatriotes négligent de les éditer. 

Notre laborieux collègue prépare déjà une troisième 
liste de livres de raison ; comme par le passé, nous ne 
manquerons point de lui signaler l'apparition des 
documents de cette nature dans notre région dès qu'ils 
seront livrés à la publicité. 



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246 — 



II 



Un autre de nos collègues, M. O. Gaudechon, numis- 
matiste à Péronne, vient d'adresser en hommage à la 
Société une très élégante plaquette ayant pour titre: 
Description de quatre bulles du musée de Péronne. 
L'auteur fait une description savante de quatre petits 
monuments de plomb ayant servi à sceller des actes de 
la chancellerie pontificale sous les papes Alexandre III, 
Innocent IV, Urbain IV et Martin IV. Ces objets des 
XII* et XIII* siècles sont souvent plus rares que des 
médailles, dit M. Gaudechon. L'auteur a eu le bon 
goût de faire reproduire d'une façon parfaite l'avers et 
le revers d'une bulle de Martin IV. 

La Société, nous l'espérons, félicitera M. Gaudechon 
d'avoir mis en lumière ces joyaux catholiques et 
l'exhortera à continuer des publications du genre de 
celle qu'il vient de nous offrir, car, à son talent de 
description, il joint des connaissances très étendues. 



NOTICE SUR CAYEUX-SUR-MER 

Par M. SAUVAGE » 

Lecture faite par M. Ëm. Deliqnières à la séance du 5 janvier 1893, 

La commune de Cayeux-sur-Mer s'étend sur 2,629 
hectares ; elle comprend : Cayeux, le Hourdel, la Mol- 

t L^auteur a puisé pour cette monographie plusieurs indications 
dans l'important ouvrage de « notre maître à tous, » M. Ernest 



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— 2*9 — 
lière, Hurt, le Marais, Leuviette et Chante Reine. Ces 
lieux réunis donnent 800 maisons et 3,365 habitants. 

Le bourg de Cayeux-sur-Mer est nommé Caldis au 
VIII® siècle, et plus tard Caiotum. 

L'étymologie de son nom vient de la quantité de 
cailloux qui bordent sa plage: Cailleux, Cayeux, 
Caillou. — Cayeux existait au vu* siècle, ce qui est 
constaté dans l'histoire de saint Valéry, où il est rap- 
porté que ce saint venait d'un lieu appelé Cayeux, etc. 

En 1191, Guillaume de Cayeux abolissait le droit 
de lagan ou d'épaves. 

Il est fait mention de Cayeux sur d'anciens titres à 
partir de I?05. Vers cette époque, Richard, duc de 
Normandie, voulant se rendre maître de Saint- Valéry, 
descendit sur la côte de Cayeux d'où il se dirigea vers 
Pende, pour attaquer par les hauteurs. 

Au xviii® siède, l'on écrivait encore pays et roc de 
Cayeux. — Une partie de falaise aurait-elle existé 
entre le cap Cornu et Ault ? — Cette hypothèse n'est 
pas prouvée ; ce qui est certain, c'est que le territoire 
de Cayeux est entièrement composé de terres d'allu- 
vions, formées par la mer et la Somme. 

Le galet ne s'est pas toujours avancé sur les côtes 
de Picardie ; c'est au xi* siècle qu'il a franchi la Bresle 
pour se répandre sur notre littoral ; en refoulant la 
Somme devant lui vers le n<)rd, il a conservé l'un des 
témoins inécusables du passage du fleuve vers le sud, 
le Hable (VAult. 

En 1780, les sables qui envahirent plus tard le pays 

Prarond : Histoire de cinq villes et de trois cents villages, tome III ^ 
canton de Saint-Valery, 1863; il y a ajouté un certain nombre de 
souvenirs et de traditions locales et do famille qui n'avaient 
jamais été publiés et qui étaient peu ou point connus. 



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— 2oO — 

étaient encore à environ quatre kilomètres au sud; il 
en reste une preuve en face Tanoienne batterie d'Hau- 
tebut ; c'est une butte d'environ vingt-cinq mètres de 
haut, couverte d'oyas {arrondo) appelée la grosse 
Dune. 

En arrivant à Cayeux par la route de Saint- Valéry, 
vous remarquez une tour sur une motte de terre assez 
élevée ; c'est l'emplacement du château-fort des seir 
gneurs de Cayeux. Il fut démantelé en 1475 comme 
Saint- Valéry, cependant il en resta une partie debout ; 
en 1831, nous avons encore vu le pied du donjon carré 
et portant une t<mreUe eo poivrière à chaque cqin. 
Ce reste du donjon démantelé jusqu'à la voûte ser- 
vait d'habitation au meunier d'un moulin élevé sur la 
motte avec des débris du château. 

Une légende, que nous raconta notre aïeul disait que 
le seigneur de Cayeux, pressé de fuir au moment de 
rémigration, aurait donné les restes de ce château 
pour une voiture attelée d'un cheval. On prétend qu'il 
règne des souterrains sous cette motte^ mais, ils n'ont 
jamais été explorés. 

Vient ensuite l'église dédiée à saint Pierre ; elle date 
du XII* siècle, et se compose d'un clocher couvert en 
ardoises, d'une nef et de trois corps de bâtiment. 
L'appareil des murs est disposé en damier, un carré 
de pierres taillées alterne avec un carré de silex très 
bien taillés eux-mêmes. 

Les fenêtres, de style ogival, ont été rétrécies à cause 
des vents de mer et n'ont plus de caractère. La tour 
du clocher, quoique réparée en briques, est encore 
belle. Intérieurement, trois nefs précèdent le: chœur; 
elles sont séparées par des piliers et de grandes ar- 
cades ogivales. 



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— 2ol — 

A l'entrée, à gauche, est un ancien baptistère de 
l'époque romane, qui sert de bénitier. — Il existe 
encore quatre fenêtres de style ogival flamboyant, 
mais les meneaux et les flammes en pierre qui étaient 
très beaux ont été enlevés il y a quelques années pour 
y placer des verrières modernes. 

Derrière le grand autel existe un tableau du cruci- 
fiement d'après Van Dyck ; à Tautel saint Biaise, un 
autre, le martyre du saint d'après Grayer, à T.autel de 
la Vierge, une troisième copie, la Vierge tenant l'en- 
fant Jésus, d'après Paul Véronèse ; cette dernière, vue 
à distance, offre assez de relief.; Ces copies qui ne sont 
pas sans mérite, sont de M. l'abbé Dergny ', né à 
Cayeux. Les boiseries du chœur, sont bien exécutées ; 
elles datent du xviii® siècle (style Louis XV). 

Il y avait autrefois à Cayeux un prieuré de Tordre 
de saint Benoit, composé d'un prieur et d'un sous? 
prieur ; on ne sait à quelle époque il fut détruit. 

Il existe sur le banc de galets qui domine la belle 
plage de Cayeux une chapelle dédiée à Notre-Dame 
de la Mer ; elle se trouve vers la partie du pays qu'on 
appelle le bout d'Amont, le long de la route du Phare. 
Cette chapelle a été bâtier il y a environ 25 ans au 
moyen de cotisations des marins, et le concours de 
MM; Danoy et l'abbé Ternisien, qui organisèrent des 
quêtes dans ce but. 

Cette chapelle a été ornée à l'extérieur d'une sculp- 
ture en bois exécutée par l'un des membres de la 
Société d'Émulation d'Abbeville, M. l'abbé Boursin, 
prêtre habitué à l'église Saint-Gilles. 

La sculpture représente dans son ensemble l'ar- 

* Voy. Notice sur la vie et les œuvres de M. l'abbé Dergny, vicaire de 
Saint-Gilles, par Ém. Oelignières. Âbbevilie, 1883. 



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— 252 — 

rivée miraculeuse au port de Boulogne-sur-Mer, sui- 
vant la légende du vu* siècle, de la statue de la 
Sainte Vierge. Ce travail, rempli de verve et de goût, 
fait honneur à M. l'abbé Boursin. Pour plus de détails 
sur cette chapelle, voir une petite brochure de M. De-» 
LiGNi£R£;s sur ce sujet imprimée en 1890 à Saint- 
Valery. 

La ville de Cayeux possède un magnifique groupe 
scolaire, contenant huit classes et deux préaux cou- 
verts, une école mixte à la MoUière, une halle au 
poisson et un Casino, le tout bâti sous Tadministration 
de M. Sauvage Jean-Baptiste-Ântoine. 

Noies historiques. 

La justice appartint longtemps aux soigneurs de 
Gamaches, dont les seigneurs de Cayeux étaient feu- 
dataires. 

En 1220 environ, Anselme ou Anseau était seigneur 
de Cayeux; il assista à la bataille de Bouvines ; à la 
même époque, Eustache de Cayeux se croisa avec 
lui pour la cinquième croisade ; Anselme se trouva à 
la prise de Constantinople, et ce fut lui qu'on nomma 
régent de l'empire jusqu'au retour de Baudoin. 

Après le retour et le couronnement de Baudoin en 
1 239, il eut encore différents commandements sur terre 
et sur mer, et se distingua contre les Bulgares, les 
Grecs et les Lombards. Anselme de Cayeux avait 
épousé EuDOxiE, fille de l'empereur grec Lasgaris. 

Au XIII* siècle, une famille du nom de Cayeux donna 
des chevaliers aux croisades. 

En 1475, le 14 juillet, Cayeux fut brûlé par ordre de 
Louis XI pour ne pas le remettre aux Anglais. 



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En 1547, Henri II confirme par lettre patente les 
libertés et franchises de la ville de Cayeux. En 1584, 
les habitants de Cayeux souffrirent de la peste puis- 
qu'ils firent pour la conjurer un pèlerinage à l'église 
d'Eu, vêtus de blanc, marchant pieds nus, la tête 
couverte d'un voile, une croix de bois à la main et 
chantant des cantiques, faisant pénitence le long de 
la route. 

Eh 1692, il y avait un régiment de cavalerie légère 
qui portait le nom de Cayeux, et était commandé par 
le comte de ce nom. 

Nous ne trouvons pour le xvii* siècle que ce seul 
fait : qu'il y avait en 1698, huit bateaux de pêche à 
Cayeux, et 200 marins en 1629. 

Cayeux fut encore brûlé en 1698 par ordre de Joa- 
chim Rouhault sur le faux avis que le roi d'Angleterre 
devait s'en emparer. 

Le 26 septembre 1727, le feu qui prit à une brasserie, 
détruisit une fabrique royale de glaces qui existait à 
Cayeux, et plus de cent maisons du pays. 

La serrurerie fut importée à Cayeux en 1740 par les 
frères Pleury. 

Le 17 juillet 1779, vingt-cinq corsaires étant des^ 
cendus près de Cayeux, y ont enlevé des moutons ; on 
envoya des houzards d'Abbeville qui, après une course 
de sept quarts d'heure, arrivèrent à Cayeux, mais les 
corsaires étaient rembarques. 

Au XVIII* siècle, nous trouvons l'établissement d'une 
capitainerie ; les côtes de Picardie ayant été divisées 
en quatre capitaineries de gardes-côtes, par un règle- 
ment du roi du 26 août 1721 : Calais, Verton, le Crotoy, 
et Cayeux ; celle de Cayeux comprenait, Mers, Oust, 
Lamo te, Bouvincourt, La-Croix-au-Bailly, Méneslies, 



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Yzengremer, Béthencourt^ Woincourt^ Friville, Bel- 
loy, Boupseville, Nibas, Wailly, Saucourt, Onival, 
Autebut, Brutelles, Saint-Blimont, Élincourt, Offeu, 
Bruteletles, Laleu, Lanchères, Poutrincourt, Cayeuxj 
Franleu, Ochancourt, le Mesnil, Boubert et Mons, 
Arrest, Neuville, Catigny, Pende, Boismont, Piiiche- 
falise, Estrébœuf, Vaudricourt, Routhiauville et Ri- 
beauville. 

En 1786, Louis XVl donna au comte d'Artois la 
nouvance sur les terres de Cayeux. 

Nous ne trouvons plus le nom de. Cayeux. qu'au 
XIX* siècle, sous la plume du consul Bonaparte don- 
nant Tordre d'établir une batterie à Cayeux. 

En 1810, une baleine échouait à Cayeux. 

Le 21 décembre 1821, une épouvantable tempête a 
sévi sur nos côtes ; les pertes en barques et personnel 
ont été : !• Un bateau de pêche du Tréport, patron 
Fromentin, dix hommes d'équipage, perdu corps et 
biens. 2* Un autre bateau du même port, patron Du- 
mets, dix hommes d'équipage également perdus ;. ces 
deux bateaux ont spmbré entre Ault et Cayeux. 3** Le 
patron Léa enlevé par un coup de mer avec un homme 
de son équipage, à l'entrée des bancs. 

En 1832, une autre baleine échoua à Cayeux. 

Par son testament du l**" mars 1866, M. Léon Par- 
MENTiER, né à Cayeux, lègue à la commune une somme 
de 70,000 francs, moitié pour les pauvres, moitié pour 
l'entretien des écoles. 

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1842, un ouragan 
épouvantable causa les désastres suivants: Un chasse- 
marée dé Fécamp périt corps et biens à quatre kilo- 
mètres du Hourdel. — Un bateau de Boulogne disparut 
avec ses douze hommes d'équipage, et six bateaux.de 



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Cayeux périrent avec quarante-six hommes et lais- 
sèrent soixante-six orphelins. 

Le 22 mai 1885, vers trois heures du soir, un brusque 
coup de vent étant survenu, les bateaux de Cayeux 
ont dû regagner le port au plus vite; l'un d*euXj pa^ 
tt^on Maclàrt Aurèle, monté par douze hommes d'équi- 
page, ayant été pris dans un-tourbillônj a chaviré et 
s'est perdu corps et biens, sans que l'équipage des 
autres ait vu surnager un seul homme. 

Noms des seigneurs de Cayeux. 

1. En 1191, Guillaume DE Cayeux. 

2. En J220, Anselme de Cayeux (voir plus haut). 

3. En 1340, Mathieu de Trie. 

4. En 1382, Desbordes, porte-oriflamme de France. 

5. En 1390, Jean deMonchy. 

6. En 1550, Guillaume Obri, vicomte de Cayeux, 
dont la fille Catherine épousa Lattaignant, seigneur 
de Blingues. 

7. Le duc de Nevers, pendant la Ligue. 

8. En 1691, Nicolas Rouhault. 

' 9. En 1692, Joachim Rouhault. 
• Les marquis de Gamaches furent. longtemps sei- 
gneurs de Cayeux. 

Biographie des hommes remarquables. 

En 1214j Anselme de Cayeux (voir plus haut). 

Dubrun, procureur fiscal, décédé en 1770, et Marie 
Roussel, sa femme, décédée en 1748, sont inhumés 
dans Féglise. 

BouRGois, chanoine, docteur de Sorbonne. 



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Boyard François-Simon naquit à Cayeux en 1778; 
il appartenait à cette race d'intrépides pêcheurs, et il 
y eut en lui un brave marin et un hkon officier. La 
marine militaire le prit en 1797, et, peu de temps après, 
la campagne d'Egypte lui ouvrait une glorieuse car- 
rière ; il y prit la part du matelot et du soldat. Il fut 
d'un grand nombre d'expéditions et se distingua en 
différentes rencontres sur le Nil 

De 1797 jusqu'en 1814, Boyard ne quitta pas le ser- 
vice. En 1813, il était sous-lieutenant dans la garde- 
marine; on le chargea, en cette qualité, de conduire 
de Golgo à Dresde un convoi de vivres et de muni- 
tions de guerre. Ce convoi, composé de douze bateaux, 
devait suivre sur une étendue de trente lieues l'Elbe, 
dont les rives étaient occupées d'un côté par les Fran- 
çais, et de l'autre par les alliés ; cette entreprise avait 
été tentée par son lieutenant, qui y avait perdu la 
vie. Boyard partit, il mit un pilote à bord de chaque 
barque ; la flottille suivait les passes du fleuve du côté 
des Français pendant le jour, et attendait la nuit 
chaque fois que le i*.ourant la forçait à approcher des 
ennemis. Boyard parvint à travers tous ces périls, et 
sous le feu de plusieurs batteries, à conduire l'expé- 
dition jusque dans Dresde où l'Empereur était alors. 
Napoléon nomma Boyard lieutenant et chevalier de 
la Légion d'honneur. 

Boyard, après avoir combattu dix-sept ans les enne- 
mis de son pays, vint reprendre à Cayeux son métier 
de pêcheur, et mourut dans la mer en 1B21. 

(A suivre, ^ 



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— 257 — 

Séance du 6 juillet 1893 
PRÉSIDENCE DE M. É\f. DELIGNIÈRES, PRÉSIDENT. 

M. le Président rappelle Thonneur fait à notre 
ville parla Société française d'archéologie, qui a tenu 
cette année ses assises à Abbeville. Les membres 
titulaires ou correspondants auxquels ont été dé- 
cerné des récompenses sont MM. : E. Prarond et 
d'Ault-Dumesnil, qui ont reçu chacun une grande 
médaille de vermeil ; MM. 0. Magqueron, Ém. Deli- 
GNiÈRES, Alcius Ledieu, Pinsard et G. Durand, des 
médailles de vermeil; MM. Wignier de Warre et 
l'abbé Danigourt, des médailles d'argent ; MM. Du- 
pont et CoTTEL, des médailles dé bronze ; M. H. Mag- 
queron, une médaille d'argent grand module. 

M. Ém. Delignières donne lecture d'une notice sur 
le monument funéraire de M. et M"*' Masse, au cime- 
tière de la Chapelle, œuvre de notre compatriote, 
M. Emmanuel Fontaine ; ce monument, qui ne pou- 
vait pas laisser libre carrière à l'imagination artis- 
tique de Tauteur, n'en est pas moins une œuvre très 
réussie. 

Dons d'ouvrages : 

Mélanges historiques sur la Lorraine, par M. Léon 
Germain; un numéro de la Revue du Nord contenant 
un article de M. de Wailly sur les cabotins et les 
marionnettes amiénoises. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 

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— 258 — 

Mgr Renou, évêquecV Amiens, est élu membre cor- 
respondant. 



Séance du 3 août 
PRÉSIDENCE DE M. DE CRÈVECŒUR, VICE-PRÉSIDENT. 

M. de Galametz fait connaître : l'aune charte de 
décembre 1271 cpntenant accord entre le chapitre de 
Saint-Vulfran et le chapitre de Saint-Mathieu de 
Fouilloy ; 2° une charte de février 1432 insérée au car- 
tulaire de Saint-Bertin de Saint-Omer relative à une 
vente faite par Baudoin, abbé de Saint- Valéry. 

M. E. Prarond rappelle les fouilles faites par M. 
TrauUé aux tombelles de Noyelles et de Port ; il croit 
qu'eu égard à Tépoque où elles ont été pratiquées elles 
n'ont fourni que des résultats peu satisfaisants et que 
de nouvelles recherches seraient certainement fruc- 
tueuses. Il propose à la Société de prendre la direc- 
tion de ces fouilles, dont il offre de faire tous les frais ; 
il demande le concours des membres compétents et 
désigne M. d'Ault ; M. Algius Ledieu pense qu'on 
pourrait lui adjoindre M. J. de Valois, membre <5or- 
respondant, qui vient d'entreprendre des recherches 
semblables sur le territoire de Waben. 

La Société s'associe à la proposition de M. Prarond, 
lui adresse tous ses remerciements pour son offre 
généreuse, et charge M. Macqueron des premières 
démarches à faire pour arriver à l'exécution des 
travaux. 



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— 359 — 

M. DE Wailly lit un rapport sur les œuvres des 
artistes picards au salon de 1893 ; ce rapport sera 
inséré dans le prochain bulletin. 

Dons d'ouvrages : 

Album Caranda ; les fouilles de 1892 à ;Vanfeuit- 
Notre-Dame et Fère en Tardenois, par M. F. Moreau ; 

La vie et la mort de Guillaume Longue-Epée^ par 
' M. Jules Lair ; 

La prise de Jeanne d'^Arc devant Compiègne, par M. 
le président Sorel ; le château de Chantilly pendant la 
Révolution, par le même, qui fait en outre don de trois 
autres brochures. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 

Sont élus membres correspondants : M"® Margue- 
rite Sol, à Narbonne, et M. Cottel, à Saint-Amand- 
TArbret. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



LE CONGRÈS ARGHÉOLOGIûnE D'ABBBVILLE 

27 Juin — 4 Juillet 1893 
Par M. Henri MACQVBRON 

En juin dernier, la Société d'Émulation d'Abbeville 
a été à grande tête et à grand honneur. Le Congrès 
archéologique de France, quoiqu*organisé par la So- 

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— 260 — 

ciété française d'Archéologie n'en intéressait pas 
moins directement notre compagnie, puisque c'est à 
, elle que ses organisateurs se sont d'abord adressés 
pour sa bonne réussite et qu'un grand nombre de ses 
membres ont pris part à ses séances et à ses excur- 
sions. 

Nous avons pensé que nos publications ne pouvaient 
rester muettes sur un événement de si haute impor- 
tance pour une Société comme la nôtre et nous venons 
présenter ici le compte-rendu des huit jours qui ont si 
profondément occupé TAbbeville intellectuel. Ce n'est 
pas un rapport savant, encore moins une étude réflé- 
chie sur les lectures faites aux séances et sur les mo- 
numents visités, mais un simple récit de l'emploi de la 
semaine passée avec nos hôtes, destiné à nous laisser 
le souvenir des jours qui nous ont été si agréables et 
si utiles et d'un événement qui ne se renouvellera plus 
qu'après nous. . 

Mardi 27 juin. Quelques congressistes sont arrivés 
dès la veille, mais ce n'est que le mardi matin que la 
ville commence à prendre l'aspect inaccoutumé qu'elle 
conservera pendant huit jours. En allant installer 
notre bureau à FHôtel-de- Ville que M. le Maire a gra- 
cieusement mis à la disposition du Congrès, nous ren- 
controns plusieurs de nos collègues qui emploient les 
premières heures de la journée à prendre ce qu'on 
appelle un air de la ville; le président fait ses visites 
officielles et à peine installés dans l'ancienne salle des 
mariages, nous voyons arriver les plus exacts d'entre 
nous qui s'empressent de venir avant l'encombrement 
retirer leurs cartes d'excursions. Les express de dix et 
onze heures déposent à Abbeville une cinquantaine de 



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- 261 — 

congressistes ; Içs omnibus des hôtels sont bondés de 
voyageurs et de bagages, les tables des salles à man- 
ger sont plus que doublées, et le déjeûner à peine fini, 
Ton se dirige vers rHôtel-derVîUe où va avoir lieu la 
séance d'ouverture. 

Ce sont alors les reconnaissances, les poignées de 
main, les compliments échangés avec les aniis qu'on 
n'a pas vu depuis un an et qu'on est toujours sûr de 
rencontrer à chaque réunion, qu'elle ait lieu au Nord 
ou au Midi, et aussi les préf^entations des nouveaux 
membres qui arrivent chaque année de plus en plus 
nombreux : le bureau est envahi par ceux qui viennent 
payer leurs cotisations ou retirer leurs cartes et à 
une heure précise, M. de Marsy toujours exact annonce 
l'ouverture de la séance. A ses côtés prennent place au 
bureau M. de Lasteyrie, délégué de Monsieur le Mi- 
nistre de l'Instruction publique, M. de Poilly, maire 
d'Abbeville, M. Delignières, président de la Société 
d'Émulation, les notabilités françaises et étrangères, 
les membres de la commission d'organisation. La 
grande salle est remplie d'un nombreux auditoire 
parmi lequel on remarque beaucoup de dames et M. 
le Président déclare ouverte la soixantième session du 
Congrès archéologique de France. 

M. Delignières prend le premier la parole ; au nom 
de la Société d'Émulation, il souhaite la bienvenue au 
Congrès et appelle l'attention sur l'honneur qui est 
fait à la Société et à la ville d'Abbeville d'avoir été 
choisie pour siège de ces assises scientifiques qui réu- 
nissent les archéologues les plus éminents de la 
France et de l'étranger. M. de Poilly, dans une impro- 
visation pleine de rondeur et de patriotisme abbe- 
villois, assure ensuite de ses meilleures sympathies 



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— 262 — 

ceux qui vont être pendant huit jours les hôtes de la 
cité toujours fidèle et leur promet la plus cordiale 
hospitalité. 

Puis M. le comte de Marsy se lève pour prononcer 
le discours d'ouverture dans lequel il rend compte des 
travaux accomplis depuis la dernière réunion par les 
membres de la Société française d'Archéologie, où il 
félicite ceux qui ont été, pendant l'année écoulée, 
Tobjet de distinctions particulières et où, hélas ! il 
adresse un dernier adieu aux vétérans des Congrès et 
du Bulletin monumental que la mort a ravis à leurs 
études. Mais il est une partie du discours de M. de 
Marsy que nous devons mentionner tout particulière- 
ment, c'est celle qui est motivée par la réunion du 
Congrès à Abbeville, cette ville dans laquelle notre 
président a passé les années de son enfance et où reve^- 
nant directeur de la Société française d'Archéologie, il 
nous fait, dans un langage aussi spirituel que plein de 
cœur et souvent même d'émotion, le tableau de TAb- 
beville savant en 1850, il y a près d'un demi-siècle, où 
il aime à confondre le nom de Boucher de Perthes, le 
grand savant alors encore contesté avec ceux de nos 
plus éminents prédécesseurs, les Louandre, les Bâil- 
lon, les Duchesne de la Motte, les Tillettede Mautort 
et bien d'autres dont le nom nous échappe. C'est une 
revue rétrospectived'AbbevilIequi soulève d'unanimes 
applaudissements et rappelle à nombre d'entre nous 
de bien chers souvenirs. 

M. de Lasteyrie, dans une improvisation aussi élé- 
gante que chaleureuse, se félicite de venir dans la 
vieille capitale du Ponthieu, représenter officiellement 
au Congrès archéologique de France Monsieur le Mi- 
nistre de l'Instruction publique qui, dans son dernier 



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— 263 — 

discours à la réunion de la Sorbonne, a si bien su 
apprécier les services que rendent les Sociétés 
savantes et les réunions qui comme celle d'aujour- 
d'hui resserrent entre leurs membres les liens con- 
fraternels. M. Costa de Bastelisca, ancien médecin 
principal des armées, fait un pressant appel en faveur 
d'une réunion du Congrès, pour une des prochaines 
années, dans l'île de Corse dont il énumère les 
richesses archéologiques ; puis entrant dans la période 
des travaux, M. de Marsy donne la parole à M. Henri 
Macqueron, secrétaire général du Congrès, pour la 
réponse à la première question du programme. 

Cette question est ainsi conçue : « Etat des études 
« archéologiques dans le département de la Somme de- 
« puis cinquante ans. Donner une vue d'ensemble des 
« principaux travaux accomplis soit par les Sociétés 
« savantes, soit par les particuliers. » M. Macqueron 
s- attache à prouver que c'est depuis 1830, que l'étude 
de l'histoire et de l'archéologie locales ont pris un 
essor qui ne fait que s'accroître de jour en jour ; il 
rappelle la part brillante qu'y ont prise dans le dépar- 
tement de la Somme, la Société d'Émulation d'Abbe- 
ville et la Société des Antiquaires de Picardie, rappe- 
lant sommairement les travaux dés fondateurs de ces 
Sociétés, MM. Boucher de Perthes et Louandre à 
Abbeville, MM. RigoUot, Duthoit et Dusevel à Amiens 
et ceux de leurs successeurs actuels, MM. Prarond, 
Delignières, Alcius Ledieu, de Calonne, Janvier, Pin- 
sard. Roux, etc. 

La séance est finie ; on s'ajourne au soir pour une 
autre réunion et les congressistes, sachant que le temps 
est de l'argent et qu'ils sont venus pour voir et toujours 
voir, commencent immédiatement la visite de la ville- 

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— 264 — 

Tout d'abord, on se dirige vers l'église Saint- Vulfran ; 
M. Delignières, qui a décrit cette église pour Finven- 
taire des Richesses d'art de la France, est tout natu- 
rellement désigné pour faire à nos hôtes l'explication 
de notre principal monument. Il appelle l'attention 
sur la richesse d'ornementation du portail, sur les sin- 
gularités que présentent la nef des fous et le lion por- 
tant les armes de France, sur les statues des saints 
ayant à leurs pieds les écussons des corporations qui 
les ont données, sur les jolies vierges du portail de 
droite et tout particulièrement sur les superbes van- 
taux de la grande porte, un des plus curieux spéci- 
mens de la sculpture sur bois au xvi* siècle dans le 
Nord de la France. On remarque à l'intérieur, l'ante- 
pendium de l'autel de rétro au sujet duquel s'élève 
une discussion pour savoir si on doit l'attribuer à un 
peintre italien ou à un artiste des bords du Rhin, 
(c'est cette dernière opinion qui prévaut), les statues 
de Phaffenhofen, le joli retable de la chapelle des 
Fonts Baptismaux et le bas-relief de la Femme adul- 
tère, malheureusement caché en partie par un confes- 
sionnal dont M. le curé Dely nous promet le prochain 
déplacement. Dans la sacristie enfin, on nous montre 
la statue en argent de la Vierge, don de deux maîtres 
du Puy, un évangéliaire du xvi* siècle et le précieux 
manuscrit de Jonas, du ix® siècle, sur la vie de Saint- 
Vulfran. 

Une fois sortis de Téglise, nous commençons la 
promenade dans les rues de la ville, au grand étonne- 
ment des habitants qui se précipitent sur le pas de 
leur porte pour voir cette foule inaccoutumée. Nous 
conduisons successivement nos hôtes dans la rue de 
THôtel-Dieu, devant la maison du xiv* siècle, ancien 



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- 263 — 

refuge de Tabbaye de Saint-Valery, à la grande porte 
sculptée de l'hôtel de M. de Monnecove, grande rue 
Notre-Dame, dans les vastes caves à deux nefs et 
voûtées en ogive du refuge de l'abbaye du Gard, plus 
connu sous le nom de Barbafusi : nous nous arrêtons 
devant les maisons sculptées du Pont-aux-Brouettes 
et de la rue de la Haranguerie, dans Tancien hôtel du 
Bar ou aux maisons de la rue Saint-Gilles, que les 
propriétaires veulent bien, avec une bonne grâce 
extrême, livrer à une véritable invasion. L'admiration 
est provoquée par le charmant escalier de la maison 
dite de François I", une des plus jolies choses que 
nous ayons à montrer en ce genre et nous visitons^ 
dans l'hôtel de M. de Galametz, deux belles tapisse- 
ries de Flandre dont une notamment exécutée d'après 
les cartons de V.-H. Jansens et représentant Don 
Quichotte dans sa cage est particulièrement remar- 
quable par sa grandeur, la perfection de sa compo- 
sition et son excellente conservation. 

De là à Téglise Saint-Gilles, il n'y a qu'un pas; 
mais si le portail de style flamboyant très prononcé 
offre un réel intérêt, la décoration intérieure est de 
celles qui laissent froids les archéologues qui pré- 
fèrent s'arrêter devant l'intéressant tableau de Quan- 
tin Varin et adresser un compliment mérité à la 
grande composition de l'ancien vicaire de Saint-Gilles, 
le vénérable abbé Dergny. 

Il est presque six heures ; l'après-midi a été bien 
remplie et chacun se hâte de regagner son hôtel pour 
prendre de nouvelles forces pour la séance du soir ; 
car pour être archéologue, on n'en est pas moins 
homme. 

La séance du soir fut entièrement consacré aux 



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— 266 — 

beaux-arts. Le premier, Mgr Dehaisnes, vice-recteur 
de rUniversité catholique de Lille, entreprit de ré- 
pondre à la dixième question du programme et 
étudia, avec son autorité incontestable, l'influence 
exercée en Picardie par les peintres flamands ainsi 
que les artistes venus du Nord de la France pour tra- 
vailler dans notre région ou ceux qui, comme Tamié- 
nois Simon Marmion, quittèrent leur pays pour aller 
exercer leur art dans ce pays de Flandre qui était 
alors le centre artistique de TEurope. 

M. Deligniéres, abordant ensuite une question con- 
nexe, mais plus locale, traita des œuvres d'art de la 
confrérie du Puy d'Abbeville, bien moins connue que 
celle d'Amiens et sur laquelle il a présenté, en réponse 
à la neuvième question, plusieurs parties d'un travail 
tout à fait original et complètement nouveau, s'arrê- 
tant plus particulièrement sur Tétude des portes de 
Saînt-Vulfran et sur les portraits peints de leurs do- 
nateurs retrouvés par M. Boucher de Perthes dans la 
pacotille d'un brocanteur juif. Il était plus de dix 
heures quand on se sépara pour se retrouver le len- 
demain matin. 

Mercredi 28 juin. Mercredi, avant sept heures, les 
voyageurs commencent à se réunir sur la place de 
l'Amiral- Courbet. Quatorze véhicules de toutes sortes, 
landaus, breacks, omnibus, voitures couvertes ou 
découvertes arrivent par toutes les rues ; chacun se 
place suivant sa convenance: celui-ci, aimant l'air 
avant tout, se précipite sur une impériale tandis que 
celui-là préfère un intérieur où il aura moins de 
poussière et un siège un peu moins dur. Tout le 
monde est installé ; un coup de sifflet retentit et la 



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— 267 — 

caravafie se met en route par la rue Saint- Vulfran, 
non sans causer quelque émoi dans les quartiers 
qu'elle traverse. 

Nous arrivons rapidement à Huppy où est la pre- 
mière halte. Une courte visite à l'église nous permet 
d'en remarquer Télégant clocher et les meneaux très 
variés qui ornent ses fenêtres; à l'intérieur l'attention 
se porte sur les voussures sculptées des chapelles 
latérales et sur les vitraux bien conservés malheu- 
reusement trop rares dans notre arrondissement : 
l'un d'entre eux particulièrement remarqué, contient 
une grande quantité d'armoiries que M. de Galametz, 
malgré sa grande compétence en art héraldique, ne 
peut attribuer aux familles à qui elles appartiennent. 
Avant de remonter en voiture, on jette un coup 
d'œil sur le château, élégante construction en pierres 
et briques de l'époque de Louis XIII avec tourelles et 
pavillons. 

Une heure encore et le château de Rambures se 
présente instantanément devant nous comme un 
décor de théâtre derrière le rideau qu'on vient de 
lever. L'imposant manoir féodal du xiv* siècle, pro- 
duit une vive impression, avec ses quatre grosses 
tours construites en| briques et dans un parfait état 
de conservation. On pénétre à l'intérieur, mais là, il 
faut l'avouer, il y a un peu de désenchantement ; nous 
y remarquons pourtant d'intéressantes tapisseries aux 
armes des Rambures, de nombreux escaliers prati- 
qués dans l'épaisseur des murs et de vastes souter- 
rains dont le mode de construction intéresse les 
architectes. Le photographe attitré de nos réunions, 
notre excellent confrère, M. Mareuse, nous réunit 
avant de partir sur le pont-levis qui fait face au jar- 



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— 268 — 

din et tire le groupe des membres du Congrès dont 
il promet une épreuve à chacun de nous. 

Nous remontons en voiture et ce n'est pas encore 
pour la dernière fois, mais pour quelques kilomètres 
seulement. La faim presse hommes et chevaux, et 
une agréable surprise nous est réservée à Gisement 
où nous trouvons la table coquettement installée dans 
le préau de TEcole des Filles, que Madame la Supé- 
rieure a bien voulu mettre à notre disposition. Cette 
fois on ne perd pas de temps ; le cidre est dans les 
carafes, on bat des omelettes monstres et chacun fait 
honneur au jnenu simple mais abondant et bien 
compris qu'a commandé M. Jules de Valois, qui a 
bien voulu se charger de la difficile organisation d'un 
repas de quatre-vingt-dix personnes dans une localité 
qui offre peu de ressources. 

Il faut encore faire quatorze kilomètres pour gagner 
Airaines, dernière étape de la journée. Nous nous 
arrêtons à Allery dont Téglise du xv* siècle, composée 
d'une seule nef, mérite une courte visite ; on examine 
quelques bons restes de vitraux, et surtout de jolis 
fonts baptismaux de la même époque que TÉglise, 
représentant le baptême du Christ, ainsi que les 
écussons des seigneurs du pays : mais la pluie sur- 
vient; ce n'est qu'une ondée passagère, il est vrai, 
mais qui ne nous force pas moins à fermer les voi- 
tures découvertes ou à rentrer à Tintérieur des 
omnibus ; quelques intrépides seuls restent sur les 
impériales. Nous n'avons, du reste, que quelques 
kilomètres pour nous rendre à Airaines ; nous trou- 
vons sur la place M. André, maire de la ville et notre 
excellent collègue, M. l'abbé Marchand, archéologu ® 
passionné qui va nous faire les honneurs de sa pa 



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— 269 — 

roisse. Après une courte halte devant une motte de 
terre entourée de fossés qui serait soit un ancien 
refuge romain, soit plutôt l'emplacement d'un château 
féodal, nous arrivons devant la vieille église de Notre- 
Dame qui, malgré Tintérêt qu'avait offert le château 
de Rambures, devait être pour beaucoup d'entre nous 
le clou de la journée. 

Après avoir examiné le portail très simple percé 
seulement d'une porte à plein cintre, ornée de colon- 
nettes et surmontée d'une étroite fenêtre fort élé- 
gante malgré la sobriété de son ornementation, nous 
descendons les quatorze marches qui nous font péné- 
trer dans Tintérieur de l'église, édifice à trois nefs 
du plus pur style roman et qui donne lieu à de nom- 
breuses discussions. L'intérêt est principalement vif 
devant les curieux fonts baptismaux, composés d'une 
cuve oblongue ornée sur chacune de ses faces de per- 
sonnages vus à mi-corps et ayant les bras entrela- 
cés. De nombreuses hypothèses sont émises au sujet 
de cette pièce capitale et de la signification des per- 
sonnages qui y sont figurés. M. Marchand nous fait 
voir ensuite un autel du xii* siècle et deux pierres 
tombales fort belles qui, quoique bien mutilées, 
offrent encore assez d'intérêt pour que M. de Marsy 
engage vivement à les faire relever et accorde, au 
nom de la Société, une subvention de cinquante francs 
pour les travaux que nécessitera ce relèvement. 

Nous sommes demeurés longtemps dans cette cu- 
rieuse église et l'heure s'avance ; nous avons encore 
cependant plusieurs choses à voir : il faut se hâter 
pour jeter un coup d'œil sur les anciens bâtiments 
du prieuré (xv® siècle), sur les ruines du château 
d'Airaines qui consistent surtout dans un pont fortifié 



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— 270 — 

flanqué de tours et dans un réduit voisin desquelles 
nous remarquons une pièce qui servait autrefois de 
pigeonnier : notre dernière visite enfin est pour l'église 
Saint-Denis qui nous présente un beau chœur orné de 
grandes fenêtres dont deux conservent encore de nom- 
breux fragments de vitraux anciens et un bon sépulcre 
du XVI* siècle. 

Nous nous dirigeons ensuite vers la gare ; les voi- 
tures retournent à vide à Abbeville où plus rapide- 
ment et avec moins de fatigue, le chemin de fer nous 
dépose après une journée bien remplie. 

Jeudi 29 juin. La journée est partagée entre une 
séance et une excursion. La séance est naturellement 
peu chargée puisqu'il faut prendre le train à 1 1 heures. 
Deux lectures seulement sont faites devant un audi- 
toire toujours très nombreux. M. l'abbé Danicourt a 
le premier la parole : il fait l'historique de la décou- 
verte des souterrains de Naours que nous devons visi- 
ter lundi prochain et rappelle aux applaudissements 
des auditeurs la part importante qu'ont prise dans le 
déblaiement les habitants de la commune. Relative- 
ment à leur ancienneté et à leur importance historique, 
il entre dans des développements dans lesquels nous 
ne le suivrons pas, mais nous serons d'accord avec 
lui pour voir dans les carrières de Naours les plus 
importants et les plus vastes souterrains-refuges qui 
existent dans notre département et qui ont dû servir 
trop fréquemment dans un pays qui, par sa situation 
entre Amiens et TArtois, était constamment sujet aux 
iiuursions des ennemis pendant les guerres de la 
Ligue et de Trente ans. La communication de M. Da- 
nitourt est complétée par un échange d'observations 



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— 271 — 

faites par MM. Dumuys et de Hauteclocque au sujet 
des souterrains refuges de la Beauce et du département 
du Pas-de-Calais. Puis M. Wigiiier de Warre répon- 
dant à la huitième question du programme donne 
lecture des principaux passages d'un travail considé- 
rable sur la vie et les œuvres du baron de Phaffenho- 
fen, ce gentilhomme autrichien dont la destinée fut si 
bizarre et qui, chassé de son pays à la suite d'un duel 
et pour sauver sa tête, vint en Picardie exercer, non 
sans talent, la profession de sculpteur. M. Wignier qui 
a retrouvé un très grand nombre des œuvres encore 
existantes ou maintenant disparues de Phaffenhofen, 
insiste particulièrement sur les belles sculptures sur 
bois de l'abbaye de Valloires que son éloignement ne 
permet pas au Congrès de visiter et dont il fait passer 
dans la salle de nombreuses photogravures. 

Nous nous retrouvons au chemin de fer bien aug- 
mentés depuis hier : beaucoup de nos confrères sont 
arrivés par les derniers trains, particulièrement M. le 
sénateur Tocilesco, très entouré, dont on se rappelle 
encore les intéressantes communications au Congrès 
d'Orléans et qui trouve courte la distance de Bucharest 
à Abbeville quand il s'agit de retrouver ses amis de 
France. Bref, quand nous faisons, Raymond Cheva- 
lier et moi, le fameux compte à l'entrée de la gare, 
nous constatons la présence de 96 congressistes. 
Depuis longtemps, la ligne du Tréport n'avait vu un 
si grand nombre de voyageurs. 

La journée d'Eu et du Tréport était une des plus 
intéressantes du Congrès au point de vue de l'impor- 
tance des monuments à visiter. En arrivant à Eu, 
nous trouvons plusieurs de nos collègues qui nous 
attendent, M. Anthyme Saint- Paul, Téminent archéo- 

22 



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— 272 — 
logue, M. le docteur Coutan sous la direction duquel 
nous visiterons l'église Saint- Laurent, M. Bellou et 
quelques autres. 

Notre première visite est pour la chapelle du collège, 
édifice en pierres et briques construit au commence- 
ment du XVII* siècle, dans un style bâtard, il est vrai, 
mais dont il est un des meilleurs spécimens et pour 
lequel nous avons toujours eu, il faut Tavouer, une 
affection particulière. L'attention se porte tout natu- 
rellement sur les deux célèbres mausolées d'Henri de 
Guise et de Catherine de Clèves sa femme, deux bons 
ouvrages de sculpture du xvii* siècle et dont la con- 
servation est parfaite. Quelques parties des bâtiments 
du Collège nous intéressent aussi, notamment la porte 
d'entrée du même style que la chapelle. 

Nous nous dirigeons ensuite vers Téglise Saint-Lau- 
rent dont le magnifique abside soutenu par des arcs 
boutants découpés à jour, s'ofïre tout d'abord à nos 
regards. La visite extérieure nous mène successive- 
ment devant le portail avec la porte centrale ornée de 
colonnettes en claire-voie et surmontée d'une im- 
mense fenêtre, à la nef dont nous remarquons les 
beaux contre-forts restaurés par Viollet le Duc et nous 
pénétrons à Tintérieur de l'édifice dont M. le docteur 
Coutan nous fait une description approfondie. Les dis- 
cussions sont particulièrement nombreuses au sujet 
des collatéraux qui s'élèvent jusqu'à la hauteur du 
clérestory avec un triforium simulé au-dessus des 
archivoltes de la nef, disposition peu commune que 
pour notre part nous n'avons rencontré jusqu'ici qu'à 
la cathédrale de Rouen ; nous faisons le tour du déam- 
bulatoire, remarquons quelques bas-reliefs intéressants 
et particulièrement un ensevelissement du Christ, 



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— 273 — 

œuvre remarquable du xvi' siècle. Un regard enfin 
est jeté sur la Vierge attribuée à l'un des Anguier, 
malheureusement mal placée entre deux fenêtres à 
carreaux jaunes et dans une chapelle aussi disgra- 
cieuse au dedans qu'au dehors. 

Nous descendons dans les caveaux qui renferment 
dix statues des xiv® et xv® siècles des comtes et com- 
tesses d'Eu. Quoique la plupart de^ têtes et des mains 
aient été refaites, beaucoup d'entre elles sont des 
œuvres remarquables et nous nous rappelons sur- 
tout la statue d'un prince enfant et celle d'un che- 
valier dont la cotte est couverte de fleurs de lys en 
bronze. 

A l'Hôtel-de-Ville, M. le Maire a fait transporter la 
jolie vierge d'argent connue sous le nom de Notre- 
Dame du Vœu dont M. Delignières a récemment pu- 
blié une description complète à laquelle nous renvoyons 
puis nous pénétrons dans le château qqe Monseigneur 
le comte de Paris a bien voulu nous autoriser à visiter. 
Ce n'est pas sans une profonde émotion que nous tra- 
versons cette vaste cour aujourd'hui déserte et que 
nous parcourons ces somptueux appartements où rien 
n'est changé et qui sont encore meublés comme s'ils 
attendaient leurs hôtes. Nous y voyons de nombreux 
tableaux et objets d'art rappelant les scènes de la vie du 
roi Louis-Philippe et des princes d'Orléans, la grande 
galerie des Guises avec de nombreux portraits histo- 
riques et la Jeanne d'Arc de la princesse Marie, de 
belles tapisseries flamandes, les chambres du roi 
Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie, ornées 
d'une profusion de faïences hiapano-moresques dont 
un grand nombre sont de remarquables spécimens de 
cette curieuse céramique, et nous terminons par la 



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— 274 — 

chapelle garnie de vitraux de Sèvres exécutés d'après 
les dessins de Paul Delaroche. 

Une promenade à travers le parc dont les ombrages 
sont d'autant plus agréables que le soleil est devenu 
brûlant nous conduit sur la route du Tréport où, après 
avoir remercié M. Gilliot, intendant du domaine, qui a 
dirigé la visite avec la plus grande complaisance, 
nous nous acheminons vers la jolie plage déjà très 
fréquentée. Les uns monteiit en voiture pour parcou- 
rir les deux kilomètres que nous avons à faire, 
d'autres préfèrent le trajet à pied et se divisent en 
petits groupes qui se réunissent au bas de l'église 
du Tréport dont on remarque la position pittoresque 
et l'intéressant mode de construction en damier de 
pierres et de silex, disposition qui se retrouve du reste 
fréquemment dans- les églises du littoral. M. le curé 
qui nous guide dans la visite nous fait remarquer 
rélégante décoration du portail avec son tympan orné 
de motifs empruntés au règne végétal, les grands 
pendentifs de la nef, la frise sculptée qui court autour 
de la plus grande partie de l'église et quelques petits 
groupes, un tombeau notamment, sculptés en pierre. 
Nous nous arrêtons, en sortant de Téglise, devant la 
jolie maison servant de presbytère dont on remarque 
les fines sculptures, à la croix de pierre placée au car- 
refour de la grande rue et nous avons bientôt regagné 
la plage fort animée où, la visite des monuments étant 
terminée, chacun est Hbre de son temps jusqu'à 
l'heure du repas. Quelques intrépides gravissent les 
cinq cents marches qui mènent au haut de la falaise : 
le plus grand nombre se forme en petits groupes, 
jouissant soit sur la plage, soit sur la jetée, de cet 
attrait irrésistible de la marée montante et contem- . 



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— 275 — 

plant le merveilleux panorama de Mers, petite ville 
de bains située de l'autre côté de la Bresle et mainte- 
nant rivale du Tréport. 

La cloche de Thôtel de la Plage nous appelle à la 
salle à manger où une immense table est élégamment 
dressée : on ne se fait pas prier et nous faisons hon- 
neur aux mets qui nous sont servis ; mais le temps 
presse encore, il faut se hâter de prendre le café sur 
la terrasse ; nous jetons un dernier regard sur la 
plage et sur les belles falaises semblables à de gigan- 
tesques fortifications, puis nous nous dirigeons vers 
la gare où le train est prêt pour nous ramener à dix 
heures à Abbe ville. 

Vendredi 30 juin, La journée du vendredi était 
entièrement réservée pour la visite d'Abbeville; car 
si un voyageur peut se rendre compte en quelques 
heures de Taspect et des principales curiosités d'une 
ville comme la nôtre, il ne peut en être de même pour 
les membres d'un Congrès qui veulent tout voir, tout 
examiner et aussi devant lesquels s'ouvrent bien des 
portes ordinairement closes. 

Le rendez- vous était au Musée Boucher de Perthes, 
dans la salle des collections préhistoriques formées 
par l'illustre savant qui a laissé à la ville son hôtel 
avec toutes les richesses qu'il contenait. C'était pour 
nous une bonne fortune d'avoir pour guide M. d'Ault 
du Mesnil, un des maîtres de la science préhistorique 
qui, tout en faisant passer sous nos yeux les plus 
belles pierres de la collection, bâches, pointes de 
flèches, outils, etc., les accompagnait d'explications 
aussi intéressantes que substantielles. Ce ne fut pas 
une petite surprise pour nos invités que de trouver 



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— 276 — 

réunis dans les autres salles du Musée les spécimens 
de toutes les branches de Tart ancien. Meubles picards, 
hollandais et italiens, faïences de Rouen, de Saxe ou 
de Palissy, porcelaines de Sèvres, verres de Venise, 
tableaux, bois sculptés, cuirs de Cordoue, souvenirs 
ethnographiques, tout se trouve réuni dans l'hôtel de 
l'ancien président de la Société d'Émulation, et s'il 
faut citer ce qui attira particulièrement l'attention, 
rappelons le grand escalier entièrement orné de bois 
sculptés, souvent d'un grand prix, la collection de 
bahuts picards mal à Taise dans un des pavillons et 
nombre de petits tableaux d'un réel intérêt malheu- 
reusement perdus au milieu d'autres sans valeur. On 
se retire en exprimant le vœu qu'à un jour prochain, 
les pièces du premier étage aménagées en Musée 
comme le rez-de-chaussée, contiennent rangées avec 
ordre et méthode les belles choses reléguées dans des 
cabinets ou dans des galeries trop éloignées. 

En sortant de l'hôtel Boucher de Perthes, nous nous 
rendons à l'École Saint-Stanislas pour y voir la cha- 
pelle et la grande cour, ancien cloître du couvent des 
Ursulines, bâties au commencement du xvii* siècle, 
puis à Téglise Saint-Sépulcre qui contient de beaux 
vitraux modernes et où l'on nous montre dans la 
sacristie -un ornement ancien richement brodé en 
soie. Nous passons en revenant devant la maison de 
M. Oswald Dimpre, où la plupart des membres du 
Congrès a été ou ira, en petits groupes, vu l'exiguïté 
des appartements, visiter les belles collections méro- 
vingiennes trouvées par M. Cottel dans les cimetières 
du Pas-de-Calais et de la Somme et rendez-vous est 
donné à une heure dans le jardin d'Emonville. 
> On se retrouve, après déjeûner, dans le magnifique 



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— 277 - 

parc dont, on peut le dire sans être taxé de chauvi- 
nisme abbevillois, la bonne tenue et le bon goût qui 
règne dans sa décoration font Tadmiration de tous les 
étrangers. L'ordre du jour indique la visite de la 
Bibliothèque communale et du Musée de Ponthieu ; 
mais pour éviter Fencombrenient. les deux visites ont 
lieu simultanément et les membres du Congrès se 
divisent en deux groupes qui se succèdent à leur 
tour. M, Alcius Ledieu fait les honneurs de la Biblio- 
thèque avec sa bonne grâce habituelle ; il présente 
successivement TEvangéliaire de Charlemagne, un 
des plus beaux et des plus rares spécimens de la 
calligraphie au viii® siècle, la charte de commune 
d'Abbeville, les manuscrits à miniature, les incu- 
nables imprimés à Abbeville et la belle collection de 
reliures historiques et armoriées sur lesquelles il pro- 
digue les renseignem<ants. De son côté, M. Delignières 
dirige les visiteurs dans le Musée de Ponthieu : les 
collections, quoique remarquables, d'oiseaux et d'in- 
sectes laissent froids, il faut bien le dire, la plupart 
d'entre nous ; mais on regarde avec intérêt les objets 
relatifs à Thistoire locale, le sceau de Gontier Cla- 
bault, les tasses des maïeurs, le portrait de Levasseur, 
les souvenirs de l'Amiral Courbet et surtout la splen- 
dide collection des œuvres des graveurs d'Abbeville. 
On s'arrête longtemps dans la salle du deuxième 
étage où M. Delignières présente aux visiteurs les 
pièces les plus remarquables de nos artistes en les 
accompagnant d'explications qui peuvent être consi- 
dérées comme une véritable conférence sur les 
m aîtres abbevillois . 

Après la visite de la Bibliothèque et du Musée, une 
surprise était réservée, même à beaucoup de no;5 com- 



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— 278 — 

patriotes, au couvent des Ursulines où Ton nous 
montre neuf panneaux attribués à tort ou à raison 
à Memling, mais en tout cas œuvres fort intéres- 
santes de la peinture flamande primitive et représen- 
tant la Gène, T Ascension, la Pentecôte, quatre saints 
et des portraits de donateurs. Puis il reste encore 
quelques quartiers à parcourir ; les uns vont visiter 
les caves de lancien couvent des Carmes, d'autres les 
maisons de l'entrée de la chaussée Marcadé et on se 
réunit de nouveau dans la belle maison de la rue des 
Teinturiers dont on admire les poutres et la curieuse 
frise sculptée. M. Emile Macqueron nous en fait les 
honneurs avec la plus grande affabilité et tient à nous 
faire goûter les produits de sa brasserie, attention 
d'autant plus appréciée qu'il est quatre heures et que 
le soleil darde ses rayons les plus chauds. 

La séance, une des plus intéressante du Congrès 
s'ouvre bientôt après. M. Albéric de Calonne, de la 
Société des Antiquaires de Picardie, répond à la troi- 
sième question du programme et donne lecture d'un 
travail important sur l'Amiens romain : il réfute les 
opinions émises autrefois par MM. Dusevel et Goze, 
en s'appuyant sur les nombreuses découvertes de 
substructions gallo-romaines faites depuis cinquante 
ans et en présentant à l'appui les dessins et relevés , 
de ces documents faits par M. Pinsard. Une intéres- 
sante discussion sur les conclusions de M. de Calonne 
s'ouvre entre MM. Dumuys, Bélisaire Ledain, Juliot 
et de l'Estourbeillon qui exposent les différents carac- 
tères que présentent dans les régions qu'ils habitent, 
les monuments gallo-romains découverts jusqu'à ce 
jour. Puis, M. Pinsard présente et fait passer de main 
en main de superbes restaurations qu'il a faites sur le 



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V 



— 279 — 

papier de diverses anciennes maisons d-Amiens, dans 
lesquelles on ne sait ce qu'il faut le plus admirer du 
talent du dessinateur ou de la sagacité de rarchéo- 
logue. M. Pinsard est vivement félicité pour ces ma- 
gnifiques travaux. 

M. de Guy encourt succède à M. de Galonné et 
présente les premières livraisons du grand ouvrage 
que la Société des Antiquaires de Picardie va, grâce 
aux libéralités de M. Soyez, publier sous le titre de 
la Picardie historique et monumentale ; puis M. Mac- 
queron lit un court article sur les poutres en bois 
sculpté qui ornent l'intérieur des églises de cam- 
pagne, comme à Moyenneville principalement et qui 
composent une décoration à peu près spéciale à notre 
région, ou tout au plus aux départements de la Somme 
et du Pas-de-Calais. M. Sergent, enfin, présente une 
suite nombreuse de petits silex taillés dans lesquels 
4 a cru découvrir, au moyen d'une certaine disposi-/ 
tion, les éléments d'une mosaïque de l'âge de pierre. 

Le soir, la Société d'Émulation était en fête : pour 
la première fois dans sa longue existence et pour la 
dernière fois pçut-être, elle recevait chez elle, pour- 
rions-nous dire, puisque M. Vayson avait bien voulu 
mettre à sa disposition ses appartements princiers 
pour le punch qu'elle offrait au Congrès. A neuf 
heures, les vastes salons des Rames étaient remplis 
d'une assistance qu'on peut évaluer à cent cinquante 
personnes, y compris les dames, au nombre d'une 
quinzaine environ, auxquelles M™® de Perthuis faisait 
les honneurs et qui n'avaient pas craint la fatigue 
après des journées si remplies. M. le Sous-Préfet, M. le 
Colonel et M. le Lieutenant-Colonel du 3* Chasseurs, 
ainsi que de nombreux membres de la Société d'Ému- 



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y 



— 280 — 
lation et le Bureau de la Conférence scientifique de 
Ponthieu avaient aussi répondu à notre invitation. 
Par une délicate attention, M. Vayson avait invité les 
membres de TOrphéon d'Abbeville dont il est le Pré- 
sident, à venir chanter deux chœurs qui furent exé- 
cutés avec autant de goût que de perfection. La soirée 
passa vite au milieu des objets d'art de toute sorte 
réunis par M. Vayson dans son hôtel, mais il fallut 
songer à se retirer à onze heures, car le départ était 
fixé au lendemain sept heures. Ce serait peut-être 
rentrer dans un cliché trop connu que de dire que la 
plus franche cordialité n'a cessé de régner dans cette 
réunion, mais on ne saurait trop s'applaudir de ces 
circonstances qui permettent aux hommes qui s'oc- 
cupent des mêmes études, de se réunir, d'échanger 
courtoisement leurs opinions sur les sujets qui les 
intéressent et de resserrer les liens de confraternité 
entre les membres des Sociétés savantes de la France 
et de l'étranger réunis tous les ans au Congrès archéo- 
logique. 

Samedi l*"^ juillet. Le programme comporte la vi- 
site de trois anciennes villes fortifiées. 

Saint- Valéry, Rue et Crotoy 
Sont trois belles villes qu'a le Roy 
Sans en excepter Saint-Riquier 
Qui est la fleur du panier. 

Nous arrivons tout d'abord à Rue ; première visite 
à la chapelle de l'Hôpital pour y voir les poutres en 
bois sculpté avec inscriptions et scènes de chasse et 
quelques tableaux intéressants ; deuxième visite au 
Beffroi avec ascension à la tour qui n'a d'autre intérêt 



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- 281 — 
que de nous fournir une vue assez étendue sur la 
vaste plaine du Marquenterre autrefois entièrement 
couverte par la mer. Nous nous dirigeons ensuite vers 
la chapelle du Saint-Esprit, le principal monument 
que nous ayons à visiter dans la journée. Ce bijou de 
l'architecture ogivale arrivée à sa dernière période est 
vivement admiré; Tornementation en est certes un 
peu trop .chargée et le même reprochent à faire à 
toutes les parties du monument ; mais il n'en offre pas 
moins un coup d'œil des plus séduisants : on remarque 
surtout les ravissants détails de la façade, les contre- 
forts ornés de faisceaux de statues historiques, la rose 
qui est au-dessus de la porte d'entrée, la frise supé- 
rieure qui rappelle d'une façon si frappante les motifs 
préférés par les sculpteurs sur bois et ces dais, ces 
supports, ces colonnettes si bien ornés et dans lesquels 
on rencontre les premières manifestations du style 
Renaissance. 

L'intérieur de la chapelle n'est pas moins élégant: 
les lorgnettes sont braquées sur les arcs de la voûte 
d'où tombent de riches pendentifs, sur l'ornementa- 
tion de la voûte elle-même dans laquelle ceux d'entre 
nous qui ont visité le Portugal retrouvent un souve- 
nir de Belem ; nous montons dans la salle haute élé- 
gamment ornée de sculptures sur tous ses côtés ainsi 
que la petite chapelle placée au-dessous : nous voyons 
pour la première fois les peintures de M. Siffait de 
Moncourt représentant Thistoire du crucifix miracu- 
leux et nous jetons un coup d'œil sur les anciennes 
stalles plus bizarres qu'artistiques qui sont dans 
l'église de Rue. 

Sur la place, dix-huit voitures plus ou moins confor- 
tables, ce qui ajoute au pittoresque, et que M. Gaffé 



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a su nous découvrir à Rue nous attendent pour nous 
transporter au Crotoy. Il n'y a que huit kilomètres à 
faire, mais la sécheresse a tellement défoncé les routes 
que nous sommes obligés de faire le trajet presqu'en- 
tier au pas. Nous arrivons au Crotoy et mettons pied 
à terre devant la statue de Jeanne d'Arc ; le matelot 
qui doit diriger notre traversée de la baie de Somme 
nous attend à la descente des voitures et la première 
chose qu'il y ait à faire est de lui demander quelle sera 
rheure du départ, car il faut compter avec la marée et 
les vents. Ces derniers sont aujourd'hui fort incons- 
tants : ils nous sont jusqu'ici contraires et nous force* 
ront à précipiter le départ. Ah ! si les vents du Nor- 
Oua pouvaient arriver. Hâtons-nous donc ! nous pres- 
sons la préparation du déjeûner, pendant que nos col- 
lègues vont dans l'église visiter le joli retable en bois 
à trois compartiments représentant l'histoire de Saint- 
Honoré ou bien contemplent sur la terrasse de l'Hôtel 
des Bains le spectacle nouveau pour beaucoup d'entre 
eux de l'arrivée du flot sur la vaste plaine de sable 
qui constitue en ce moment la baie de Somme. 

Bientôt nous nous mettons à table dans la grande 
salle de l'Hôtel des Bains. Oh ! ce déjeûner, on s'en 
souviendra longtemps, car il fut un des plus mouve- 
mentés que nous ayons jamais eus. Le patron de 
l'hôtel est déconcerté par ce nombre inaccoutumé de 
96 convives ; les serveurs pour la plupart inexpéri- 
mentés ont perdu la tête ; la chaleur est accablante. 
Aux uns, on sert deux fois le même plat; mais en 
revanche certains ne voient rien venir : une extrême 
gaieté règne à certaines tables, le mécontentement à 
((uelques autres. Et malgré tout il faut se presser, car 
If s vents de Nor-Ousi s'entêtent à ne pas arriver. Bref, 



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— 283 — 

avec un peu de patience, on finit par en avoir à peu 
près pour tout le monde: les convives qui n'ont pas 
eu de pâté se rattrapent sur le rosbeef ; on hâte le café 
et le déjeûner est terminé à Theure indiquée, quand 
notre amiral vient annoncer l'arrivée des fameux 
vents, ce qui nous donne une demi-heure de répit. On 
en profite pour se rasséréner un peu, contempler 
l'aspect de la baie à pleine mer, et se diriger lente- 
ment, car la chaleur augmente toujours, au quai 
d'embarquement. 

Quatorze bateaux de pêche nous attendent, les 
voiles au vent ; chacun d'eux prend 5 à 8 passagers : 
les premiers évoluent pendant que les autres effec- 
tuent leur embarquement, puis tous se rassemblent et 
notre collègue M. Gabriel Fleury resté le dernier sur 
la rive, prend la photographie de la flottille. Le signal 
du départ est donné, nous nous dirigeons vers Saint- 
Valery, en louvoyant le plus possible pour augmen- 
ter la durée de cette promenade d'un genre tout nou- 
veau ; mais la. marée commence à baisser ; il faut se 
mettre en mesure de pouvoir aborder et l'heure écouT 
lée depuis le départ du Orotoy est trop vite passée. 
Nous débarquons à Saint- Valéry devant la tour 
Harold où nous attendent M. Tabbé Caron, curé-doyen, 
qui sera notre cicérone, le général et M"® Wilson, et 
plusieurs membres valéricains de la Société d'Émula- 
tion auxquels il faut ajouter, bien entendu, un grand 
nombre de curieux. Un léger accident, signale malheu- 
reusement notre sortie de bateau : M. Vayson glisse 
le pied sur une pierre humide et se fait une entorse 
qui l'empêchera de prendre part aux dernières jour- 
nées du Congrès. 

Nous commençons la visite de l'ancienne enceinte 



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— 284 — 

encore bien conservée de la ville de Saint- Valéry ; au 
pied de la tour Harold, M. l'abbé Caron nous donne 
une idée générale de Thistoire de Saint- Valéry et de 
ses fortifications ; mais ce nom d' Harold et le souvenir 
de Guillaume le Conquérant font vibrer le patriotisme 
normand de notre confrère Travers qui, avec cette 
chaleur de parole jointe à une science profonde qui le 
caractérise, nous raconte, les reproductions de la 
tapisserie de Bayeux en main, les premiers épisodes 
de la conquête de TAngleterre par les Normands partis 
de Saint- Valéry. De la porte Guillaume aux deux 
tours machicoulées et d'où l'on a une belle vue sur le 
Crotoy, maintenant en face de nous, nous gagnons 
l'abbaye ; il subsiste encore des anciens bâtiments une 
partie du mur de la nef avec faisceaux de colonnettes 
et de longues fenêtres dans lesquelles on reconnaît le 
style ogival primitif, l'ancienne sacristie et une cha- 
pelle du déambulatoire; d'autres bâtiments plus mo- 
dernes ont été occupés par Fénelon et servent d'habi- 
tation à M. Demay qui y a réuni d'intéressants objets 
d'art. La traversée du château, dont l'enceinte con- 
fondue ayec les fortifications est encore bien com- 
plété, nous mène à l'Eglise bâtie sur la terrasse for- 
mée par là tour Gonzague et sa courtine ; à part 
quelques colonnes de la fin du xii^ siècle, elle offre peu 
d'intérêt, mais la sacristie contient plusieurs pièces 
d'orfèvrerie ancienne tels qu'un chef de Saint- Valéry, 
un bras reliquaire et une croix processionnelle. 
M. Dupont, juge de paix, nous montre chez lui le 
résultat de ses fouilles au cimetière mérovingien 
de Nibas ; nous passons encore devant quelques 
tours, sous la vieille porte de Nevers ; quelques-uns 
vont dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu, jeter un coup 



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— 285 — 

d'œil sur un bas-reliet de la Renaissance et on se met 
en devoir de regagner la gare. C'est une promenade 
de trois kilomètres que Ton fait lentement, mais qui 
nous permet de traverser dans toute sa longueur la 
jolie petite ville de Saint- Valéry. 

Dimanche 2 juillet. Le dimanche du Congrès est 
généralement un jour de repos relatif. Cependant une 
excursion peu éloignée, il est vrai, était inscrite au 
programme; il était impossible qu'un Congrès se 
réunit à Abbeville sans qu'il y fut question d'une 
façon toute spéciale de la science préhistorique : aussi 
M. d'Ault du Mesnil avait-il organisé une excursion 
aux célèbres terrains du Moulin-Quignon où M. Bou- 
cher de Perthes avait fait, en 1864, sa retentissante 
découverte. A neuf heures, un groupe nialheureuse- 
ment trop restreint de congressistes, prenait la di- 
rection du lieu où fut jadis le célèbre mouhn, pour 
se livrer à l'étude et à Texamen des terrains dilu* 
viens. 

Nous n'étonnerons personne en disant que cette 
visite fut particulièrement intéressante sous la direc- 
tion d'un guide comme M. d'Ault, qui répondit d'une 
façon spécialement compétente aux questions qui lui 
furent posées et fit à ses auditeurs une conférence sur 
la formation géologique de la baie de Somme. 

En même temps, un autre groupe s'était rendu chez 
M. Vayson, qui, répondant d'une façon toute parti- 
culière à la seizième question du programme, avait 
eu Texcellente idée d'organiser, dans un vaste hall, 
une exposition des dessins industriels de la fabrique 
des Moquettes, depuis le commencement du siècle, 
montrant les changements qui ont eu lieu depuis 



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— 286 — 

cent ans dans le goût et clans la mode et qui ont fait 
successivement préférer les ornements aux fleurs, 
les tons sombres aux couleurs claires. M. Vayson 
avait eu en outre l'attention de faire imprimer un fort 
intéressant historique de la manufacture des Mo- 
quettes dont, à titre de souvenir, il offrait un exem- 
plaire à chaque visiteur. En revenant on s'arrêtait 
dans réglise Saint-Paul pour voir le retable de la vie 
de la Vierge, faisant pendant à celui vu la veille au 
Crotoy et sur le quai de la Somme pour visiter le 
Chevreuil, le joli yacht tout pavoisé de nptre collègue 
M. de Longcamp, que les capitaines Hettier et d'Osse- 
ville avaient conduit dans le port d'Abbeville. 

La séance qui occupe l'après-midi du dimanche est 
ordinairement la plus importante du Congrès ; celle- 
ci n'a pas manqué à la tradition ; les lectures se sont 
succédées depuis une heure et demie jusqu'à cinq 
heures et demie devant un nombreux auditoire que la 
chaleur n'avait pas éloigné de la salle des séances. 
M. Georges Durand, archiviste de la Somme, bien 
connu par ses travaux archéologiques, a d'abord lu 
un travail aussi complet au point de vtie historique 
que sous le rapport archéologique sur l'église Saint- 
Germain, un des plus intéressants monuments 
d'Amiens et qui est destiné à la Picardie historique et 
monumentale. Ce fut ensuite le tour de M. Gontier, 
qui donna lecture d'un mémoire de M. Cottel, con- 
densant les principales découvertes faites par celui-ci 
dans le cimetière mérovingien d'Irles, près Albert ; 
puis, au nom de M. Alcius Ledieu, empêché de venir 
en personne, M. Delignières communiqua une étude 
sur le mobilier des paysans picards aux siècles der- 
niers, résultat de nombreuses recherches que l'auteur 



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— 287 — 

a faîtes depuis quelques années sur tout ce qni concerne 
la vie, les mœurs, les coutumes des cultivateurs du 
Santorre ; M. Jadart, de Reims, que nous avons trop 
rarement l'occasion d'applaudir, fit la description de 
la tribune de l'église d'Aire, dans les Ardennes et 
M. le Président donna la parole à M. Jules Lair. 

M. Jules Lair, l'historien bieii connu de Fouquet et 
de M"* de Lavallière, nous a raconté l'histoire de 
Guillaume-Longue-EpéCf deuxième duc de Nor- 
mandie et son assassinat à Picquigny par Arnoul de 
Flandre. Il est' impossible de traiter avec plus de 
science, de charme et d'esprit un sujet en apparence 
aussi aride et pendant une heure qui a paru trop 
courte, l'auditoire a été suspendu aux lèvres du cau- 
seur érudit auquel les applaudissements n'ont pas été 
ménagés. La tache était dure pour celui qui devait 
succéder à M. Lair, mais elle était échue à son com- 
patriote, notre ami, M. Emile Travers, qui a continué 
le charme en traitant de l'armement des navires au 
XV' siècle et de la vie à bord des caravelles. 

Il nous restait peu de temps pour nous préparer au 
banquet. Cependant à six heures et demie, tout le 
monde était rendu dans la salle de spectacle que 
M. Gontier avait fait transformer en salle de fête, élé- 
gamment décorée par les soins de M. Govin, l'habile 
jardinier de la ville et qu'une immense table de 
quatre-vingt-neuf couverts occupait d'un bout à 
l'autre. A chaque place on remarquait un élégant 
menu dessiné par M. Paul Willame et qui représen- 
tait les principaux monuments visités par le Congrès. 
Nous ne dirons rien du banquet par lui-même très 
bien servi par M. Grosjean, car nous avons hâte 
d*arriver aux toasts qui présentaient un intérêt tout 



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— 288 — 

particulier par suite de la présence de notre président 
honoraire, M. Léon Palustre, arrivé seulement d'au- 
jourd'hui, par suite d'une indisposition qui Pavait 
retenu loin de nous et qui a reçu, au dernier Congrès 
de la Sorbonne, la croix de la Légion d'honneur, pour 
prix de ses importants travaux archéologiques. Le 
premier, M. de Marsy, porte un toast à la ville d'Ab- 
beville, à la Société d'Émulation et à M. Palustre qu'il 
félicite tout particulièrement de la distinction si mé- 
ritée dont il vient d'être l'objet. Il rappelle la sous- 
cription ouverte entre les nvembres de la Société 
française pour . offrir un souvenir à leur président 
honoraire et dans l'impossibilité de lui remettre, à 
cause de son volume, le bronze de la Renaissance 
française acquis avec le produit de la souscription, il 
lui en fait, si nous pouvons nous exprimer ainsi, la 
remise morale. Puis, M. de Crèvecœur, vice-président 
de la Société d'Émulation, remplaçant M. Delignières, 
empêché par un deuil de famille, boit à la Société 
française d'archéologie et particulièrement à M. de 
Marsy, son président, que nous réclamons comme un 
des nôtres, puisqu'il est picard et presqu'abbevillois. 
M. Palustre remercie la Société des sympathies qu'elle 
lui a témoignées; MM. Francart, Godfray et Tocilesco, 
au nom des membres étrangers, portent un toast à la 
ville d'Abbeville, à la France et à l'union de toutes les 
nations dans l'archéologie. Enfin M. Paul Lesourd, 
au nom des Tourangeaux, porte la santé de M. Pa- 
lustre, l'honneur de leur ville. 

11 se faisait tard ; on serait encore resté bien long- 
temps s'il n'avait fallu penser au lendemain. Sans 
vouloir pousser trop loin la comparaison, le congres- 
siste est un peu comme le Juif-Errant; le programme 



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— 289 — 

lui dit : Marche, marche toujours, et Ton savait qu'il 
fallait être le lendemain matin à la gare à l'heure 
ordinaire des départs, c'est-à-dire à six heures et 
demie. 

Lundi 3 juillet. Le programme indique la visite des 
églises de Fontaine-sur-Somme et de Berteaucourt- 
les-Dames, ainsi que des souterrains de Naours. 
Nous ne sommes aujourd'hui que soixante et onze, 
chiffre encore respectable, du reste ; quelques-uns de 
nos amis ont éprouvé le besoin de prendre un jour de 
repos, car si nous avons à peu près fini le Congrès 
abbevillois, il faut bien penser qu'il nous reste encore 
à passer une semaine en Angleterre. 

Nous avons une heure à demeurer à Fontaine : c'est 
le temps justement nécessaire pour en visiter la jolie 
église ; nous passons successivement en revue son 
portail décoré de la statue de saint Riquier et de deux 
médaillons avec le porc-épic et la salamandre, les 
riches pendentifs du chœur et du bas-côté dont les 
fines sculptures représentent l'histoire de la Vierge, 
les vitraux, bien incomplets, mais dont les fragments 
représentant la légende du juif profanateur offrent un 
intérêt particulier, les fonts baptismaux enfin sur- 
montés d'un élégant édicule de la Renaissance. 

Nous remontons en chemin de fer, passons à Long- 
pré, et un peu plus loin longeons les ruines de l'abbaye 
de Moreaucourt que les arbres en feuilles nous em- 
pêchent de voir ; la voie traverse les villages indus- 
triels de Flixecourt et Saint-Ouen, centre des établis- 
sements de MM. Saint et nous descendons à Saint- 
Léger-les-Domart pour nous rendre à Berteaucourt 
distant seulement d'un kilomètre. Le village est 



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— 290 — 

animé : les ouvriers sont en grève et flânent sur la 
route, ennuyés et ne sachant comment passer le 
temps ; à la porte d*un cabaret, un groupe d'hommes 
et de femmes avec un drapeau, se dispose à aller à la 
gare au-devant d*un agitateur dont on leur a annoncé 
Tarrivée. Nous passons et arrivons à Berteaucourt ; 
la route est encombrée par une longue suite de voi- 
tures précédée d'un peloton de cavaliers richement 
montés. Ce sont les habitants de Naours qui viennent 
au-devant de nous : leur infatigable curé est à leur 
tête, ordonnant, organisant tout. En attendant que 
nous puissions pénétrer dans l'église, les cavaliers se 
massent devant Tobjectif de M. de FayoUe, qui a 
beaucoup de peine à faire tenir les chevaux tran- 
quilles, pour exécuter son groupe. 

Après avoir examiné le portail, nous pénétrons dans 
l'église, un des principaux monuments de style 
roman du département de la Somme, si déshérité en 
spécimens de l'archilecture du xii* siècle. Mais le 
principal attrait de la visite est pour le superbe monu- 
ment de la renaissance élevé à la mémoire de l'abbesse 
Charlotte de Halluin, et qui attire tout particulière- 
ment Tattenlion de M. Palustre qui en ignorait l'exis- 
tence. L'on se masse pour entendre les explications de 
notre président honoraire et les observations que sug- 
gère l'examen attentif de cette œuvre d'art. Tous les 
appareils de photographie sont braqués et on peut 
affirmer que maintenant le monument de Berteau- 
court ne restera plus ignoré. 

Puis a lieu l'embarquement : il y a bien une ving- 
taine de voitures de toutes sortes, prêtées parles gens 
de Naours qui, comme me dit mon conducteur en 
parlant du curé « ne peuvent rien refuser à un homme 



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— 291 — 

comme celui-là : » je prends place dans une des der- 
nières : la colonne s'ébranle, encadrée dans les cava- 
liers qui nous font escorte : nous traversons plusieurs 
villages ; à un certain tournant, les chevaux prennent 
le grand trot ; de la place où nous nous trouvons, on 
dirait une batterie d'artillerie allant prendre position ; 
on gravit une dernière côte, nous sommes à Naours. 

Nous mettons pied à terre et là commence une des 
scènes les plus pittoresques du Congrès ; à l'appel de 
son curé, toute la commune s'est mise en fête pour 
nous recevoir : toujours précédés par le groupe de 
cavaliers et au bruit des décharges d'artillerie, nous 
descendons la grande rue du village dans laquelle sont 
trois arcs de triomphe ; le premier est orné d'inscrip- 
tion en l'honneur de M. Boucher de Perthes, les 
jeunes filles du village y offrent des fleurs aux dames 
du Congrès ; au second, qui évoque le souvenir de M. 
de Caumont, nous trouvons le maire de la commune 
entouré de son Conseil municipal qui, en termes pleins 
de cœur, souhaite la bienvenue à M. de Marsy et au 
Congrès dont la visite vient consacrer les efforts et 
les travaux faits ^our la découverte des souterrains ; 
le troisième arc de triomphe est à l'entrée de l'église. 

M. Danicourt qui est un organisateur hors ligne, a 
fait préparer le déjeûner dans un grand hangar fermé, 
décoré d'une façon charmante. Aux murs sont accro- 
chés des cartouches avec inscriptions, des faïences 
anciennes, des panoplies de haches celtiques, trouvées 
dans la commune ; le curé a dépouillé sa maison et, je 
crois bien, celles de ses paroissiens, pour orner les 
murs. Chacun se place ; le repas, très bien ordonné, 
est rapidement servi par des domestiques plus expéri- 
mentés que ceux du Crotoy ; un cidre picard sucré et 



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— 292 — 

pétillant fait le bonheur des convives et surtout des 
Normands. Le dessert arrivé, M. Danicourt se lève et 
remercie le Congrès d'avoir bien voulu se rendre à 
Naours ; il rappelle combien il a été secondé dans sa 
tâche par tous ses paroissiens. M. de Marsy lui répond 
que c'est une grande joie pour la Société française de 
pouvoir, pour la première fois peut-être, témoigner la 
haute approbation pour la part qu'une population 
toute entière a prise à un travail archéologique et 
annonce, aux applaudissements de tous, que la Société 
française d'Archéologie, décerne une médaille d'argent 
à M. Tabbé Danicourt et une autre médaille d'argent 
à la commune de Naours, pour le concours utile et 
désintéressé qu'elle a prêté à son curé ; M. le marquis 
de FayoUe, boit aux dames qui, en plus grand nombre 
que jamais, ont assidûment suivi les réunions du Con- 
grès et M. Julia, dans un toast plein de finesse, répond 
au nom des dames, en s'auiorisant d'un jeu de mots 
qu'il fait sur son nom. 

Avant de nous rendre aux souterrains, nous visitons 
l'Eglise dont le chœur de la fin du xii* siècle a été tout 
récemment restauré avec beaucoup de goût sous la 
direction de M. Danicourt qui l'a débarrassé des boi- 
series qui en gâtaient l'architecture et nous pénétrons 
dans les carrières. Le temps est très chaud et un froid 
des plus vifs nous saisit à l'entrée ; il faut mettre ses 
pardessus et l'on se répand dans les souterrains fort 
bien éclairés et où nous pouvons circuler sans guide. 
Les gardes habituels sont du reste habilement placés 
dans les carrefours pour remettre dans le chemin ceux 
qui s'égareraient. Un groupe plus nombreux que les 
autres accompagne M. l'abbé Danicourt qui s'attache 
surtout à faire remarquer les diverses preuves de 



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— 293 — 

l'habitation des carrières à différentes époques, notam- 
ment les nombreux frottements* qu'on constate à 
l'entrée de chaque chambre, les puits d'aération et les 
trois chambres disposées en chapelle, se communiquant 
entre elles. 

Une heure et demie est bien vite passée dans cette 
intéressante visite où nous nous trouvons tantôt dans 
de vastes salles, tantôt dans des rues de cent mètres 
de longueur ou dans des couloirs tortueux et quand 
nous reparaissons au jour c'est pour préparer le 
départ. Les cavaliers qui nous ont escorté à l'arrivée 
tiennent à nous reconduire à Canaples, les mêmes 
voitures reçoivent les mêmes voyageurs et nous quit- 
tons l'hospitalière commune de Naours où nous avons ^ 
reçu un accueil dont les membres du Congrès conser^ 
veront toujours le souvenir. A Canaples, on fait hon^ 
neur à un léger lunch apporté d'Abbeville et qui nous 
fera attendre l'heure tardive du dîner ; le train siffle 
enfin et ce n'est qu'à neuf heures que nous arrivons en 
gare d'Abbeville après une journée exceptionnelle-- 
ment bien remplie. 

Mardi 4 juiHet. Nous voici arrivés à la dernière jour- 
née du Congrès : depuis une semaine nos hôtes foulent 
le pavé d'Abbeville et les routes de l'arrondissement 
et nous ne les avons pas encore conduits à Téglise de 
Saint-Riquier, le plus intéressant de nos monuments. 
Le matin nous avons une séance bien courte, il est 
vrai, mais pour laquelle M. l'abbé Requin nous a en- 
voyé d'Avignon, un mémoire fort intéressant pour nous 
autres abbevillois, puisqu'il nous signale un graveur 
du nom de Philippe Mellan qui, d'après le savant abbé, 
serait un frère du célèbre Claude Mellan et nous four- 



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— 294 — 

nirait un nom de plus à ajouter à la liste des graveurs 
d'Abbeville. Puis, -M. de Marsy lit, au nom de Mgr 
Dehaisnes, un mémoire de haute érudition sur la ques- 
tion délicate de savoir si la langue flamande a été parlée 
en Picardie au moyen-âge et notamment dans les 
abbayes de" Corbie et Saint-Riquier, les deux centres 
intellectuels de la province. Cette question résolue 
par l'auteur d'une manière négative amène la discus- 
sion sur les invasions des Normands au sujet des- 
quelles M. Prarond fait quelques observations et parle 
du petit camp normand de Laviers, signalé pour la 
première fois par M. Peigné-Delacourt. 

A une heure, dernière réunion sur la place de TAmi- 
ral Courbet : les mêmes voitures qui, il y a huit jours, 
nous ont mené à Rambures reviennent encore pour 
nous conduire à Saint-Riquier ; de nouveaux membres 
qui doivent prendre part à l'excursion d'Angleterre 
sont arrivés ce matin et portent encore une fois notre 
contingent à près de cent personnes. Le temps es* 
beau, les voitures sont découvertes et les omnibus, 
vides à Tintérieur, ont leurs banquettes largement 
occupées. Nous traversons Lheure, Caux, Neufmou- 
lin, et débarquons devant le beau portail de Saint- 
Riquier qui excite Fadmiration générale.. Après avoir 
détaillé les différentes parties de la façade, nous péné- 
trons dans l'intérieur de l'Eglise dont le vénérable 
abbé Fricourt veut bien nous faire les honneurs. Les 
belles proportions de la grande nef, rares dans une 
église du xv® siècle frappent particulièrement les visi- 
teurs : nous remarquons tour à tour les belles voûtes 
sculptées du bas-côté droit, les murs ornés de statues 
qui ferment en partie les transsepts, les grilles de Tabbé 
d'Aligre, les stalles du choeur, le superbe Christ de 



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— 2»5 — 

Girardon, etc. : puis M. Cpurajod, professeur à l'école 
du Louvre et archéologue distingué, fait le procès du 
monument ; il essaie de démontrer et non sans raison 
que malgré son uiîité. apparente, Téglise de Saint- 
Riquier appartient à de nombreuses époques, puis 
échauffé par Tardeur de la démonstration, il en arrive 
à une critique générale dont la conclusion est que le 
monument serait un très mauvais modèle pour un ar- 
chitecte qui voudrait s'en inspirer et finalement que 
c*est une < salade » ce à quoi l'abbé Fricourt répond 
spirituellement : « Avouez au moins qu'elle est bien 
assaisonnée. » 

. La visite se continue par les chapelles .du tour du 
chœur ornées de boiseries, de nombreuses statues et 
de quelques tableaux de maître, les fonts baptismaux 
sculptés en pierre, l'élégante chapelle de la vierge 
ornée de statues avec piédestaux sculptés fort curieux, 
puis enfin la chapelle de la Trésorerie dans laquelle 
on fait une longue pause devant les trois morts et les 
trois vifs, les peintures à fresque représentant l'his- 
toire des reliques de Saint-Riquier et enfin les beaux 
reliquaires du Trésor qui occupent longtemps les 
photographes. 

Au petit séminaire, nous faisons le tour extérieur de 
l'Eglise et jetons un coup d'œil sur la lourde chapelle 
de style bizantin construite vers 1860 dans laquelle 
est un ciborium, beau travail d'orfèvrerie moderne: 
quelques intrépides vont voir les tours de l'ancienne 
enceinte ou montent à la chapelle de l'hôpital qui 
contient des sculptures de Phaffenhofen : enfin, après 
de nombreux appels pour réunir les voyageurs un 
peu dispersés, nous remontons dans les voitures qui 
nous ramènent à Abbeville. 



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— 2W ~ 

Le soir a eu lieu la séance de clôture ; M. de Marsy 
remercie les habitants d'Abbeville de l'aimable hospi- 
talité qu'ils ont donnée au Congrès et tous ceux qui, 
à des titres divers, ont contribué à m réussite. M. de 
Poilly prend à son tour la parole ; après avoir exprimé 
tout le plaisir que la ville a eu à recevoir la Société 
française d'Archéologie, il appelle l'attention sur les 
importants travaux nécessaires pour la consolidation 
de la tour Nord de Téglise Saint-Vulfran, et le Congrès 
émet un vœu pour la prompte restauration de l'édifice. 
Puis, M. le marquis de Fayolle, secrétaire du conseil 
de la Société donne sur l'invitation de M. de Marsy, la 
liste des récompenses décernées par le Cotigrès. 

Des médailles de vermeil grand module sont décer- 
nées à M. Ernest Prarond, pour l'ensemble de ses 
travaux sur l'histoire d'Abbe ville, à M. d'Ault du 
Mesnil, pour ses études géologiques et ses fouilles 
dans toutes les parties de la France; à M. Soyez 
d'Amiens, pour la publication de la Picardie historique 
et monumentale, à M. Singer, du Mans, pour la res- 
tauration et le don qu'il a fait à la ville du Mans de la 
maison de la reine Bérengère. 

La Société a aussi décerné des médailles de vermeil 
à M. Oswald Macqueron pour sa collection de vues du 
Département de la Somme ; à M. Delignières pour ses 
travaux sur les Beaux- Arts et sur les graveurs abbe- 
villois ; à M. Alcius Ledieu pour ses nombreuses pu- 
blications sur l'histoire et l'archéologie locales et spé- 
cialement pour sa description des reliures de la Biblio- 
thèque d'Abbeville ; à M. Pinsard pour ses descrip- 
tions de fouilles, ses plans et ses restitutions de monu- 
ments et enfin à M. Georges Durand d'Amiens pour 
ses travaux archéologiques. 



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-- 297 -- 

M. Wignier de Warre, pour ses travaux sur Phaf- 
fcnhofen et sur la céramique picarde ; M. Fabbé Dani- 
court et la commune de Naours pour la découverte 
des souterrains reçoivent des médailles d'argent ; et 
des médailles de bronze sont attribuées à M. Dupont, 
juge de paix à Saint- Valéry pour ses fouilles de Nibas 
et à M. Cottel, institqteur à Saint-Amand TArbret 
pour ses découvertes dans les cimetières mérovin- 
giens d'Irles et d'autres localités. Enfin, et nous le 
mentionnons moins pour parler de nous que pour en 
remercier la Société française d'Archéologie, le Con- 
seil permanent de la Société a bien voulu nous accor- 
der une médaille d'argent grand module pour la part 
que nous avions prise à l'organisation du Congrès. 
Entre la proclamation du nom de chaque lauréat salué 
par des applaudissements, M. de Marsy explique en 
quelques mots le motif de la distinction accordée, puis 
il prononce la clôture de la lx* session du Congrès 
archéologique de France et donne la parole à M. le 
sénateur Tocilesco, directeur du Musée de Bucharest. 

M. Tocilesco complète les découvertes faites par lui 
dans la Dobrutscha sur le monument d'Adam-Klissi 
et dont il nous avait déjà entretenu Tannée dernière 
au Congrès d'Orléans. Malheureusement, les modèles 
en plâtre du monument qu'il n'avait pas craint d'en- 
voyer de Roumanie n'ont pu traverser quatre douanes 
sans encombre et sont restés à Belfort fort endomma- 
gés : c'est donc au moyen de photographies, qu'il nous 
fait connaître les sculptures de ce curieux édifice 
élevé par Trajan à l'extrême limite des conquêtes 
romaines et dont les nombreux sujets qui y sont figu- 
rés traités dans un style barbare, ont une ressem- 
blance marquée avec ceux qui ornent la colonne Tra- 



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— 298 — 

jEne. M. Beurrier, trésorier de la Conférence scienti- 
fique du Ponthieu a bien voulu au moyen de projec- 
tions à la lumière oxyhidrique des photographies ap- 
portées par M. Tocilesco, augmenter Tattràit de cette 
conférence si intéressante qui ne se termina qu'à 
minuit au milieu des félicitations prodiguées au 
savant archéologue. 

Le lendemain mercredi, nous nous réunissons une 
dernière fois à la gare pour faire nos adieux aux 
membres du Congrès. Peu d'Abbevillois ont fait 
l'excursion en Angleterre, mais tous ont tenu à aller 
serrer une dernière fois la main à ceux qu'ils ne con- 
naissaient pas il y a huit jours et dont beaucoup sont 
devenus leurs amis. L'heure du départ est arrivée, on 
échange les dernières poignées de main en se donnant 
rendez-vous à une prochaine réunion. Le Congrès 
d'Abbeville était terminé. 



BIBLIOGRAPHIE 



Livre-Joarnal de Pierre de Bessot, 1609-1652, 
publié et annoté par Tamizey de Larroqae» 
Paul Huet et le comte de Saint-Saud. — Paris» 
A. Picard, et Bordeaux, Ferret, 1893, gr. in-S*» de 152 pag. 

Notre érudit collègue, M. Ph. Tamizey de Larroque, 
a,^run des premiers en France, attiré l'attention sur 
l'importance que présentent à divers points de vue les 
livres de famille tenus par nos pères. C'est ainsi qu'il 
y a vingt-sept ans, il signalait « l'intérêt que présente 



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— 299 — 

le manuscrit de Pierre de Bessot, surtout en ce 
qui regarde la seconde révolte des Croquants et les 
troubles de la Fronde. » 

Malgré ses multiples et absorbants travaux, M. Tà- 
mizey de Larroque a trouvé le temps de faire paraître 
le livre de raison dont il appelait la publication 
en 1866. 

Dans une magistrale préface, écrite avec la pureté 
de style et Télégance qui distinguent tous ses écrits, 
Vhôte laborieux du Pavillon Peiresc donne une ana- 
lyse fidèle du document qu'il met au jour, considéré 
« dans ses rapports avec l'histoire du Périgord et avec 
Thistoire de France » Les récits de Pierre de Bessot, 
dit-il, a tiennent à la fois de l'autobiographie et de la 
chronique. Tantôt c'est un journal intime, un mémo- 
rial du foyer ; tantôt c'est une relation des événements 
du Périgord et des provinces voisines, parfois des 
événements parisiens et même des événements étran^ 
gers. » 

Avec une franchise que l'on peut qualifier de picarde 
et une modestie qui font le plus grand honneur à son 
caractère, notre éminent collègue s'empresse de faire 
connaître à ses lecteurs que son « rôle d'éditeur » n'a 
été « qu'une sinécure », ses « lieutenants » ayant « été 
aussi vaillants » qu'il fut « inactif. » C'est du reste ce 
qu'il nous disait dernièrement dans l'une de ces lettres 
si pleines de naturel et d'affabilité dont il a le secret. 
« Heureux qui trouve des collaborateurs de ce genre ! » 
ajoutait-il. Mais la part qui revient à M. Tamizey de 
Larroque dans la publication de ce Livre-journal n'en 
est pas moins très importante puisqu'il a su tirer de 
l'oubli ces intéressants mémoires, et qu'il a su décou- 
vrir deux hommes de valeur qui les ont enrichis de 



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— 300 — 

près de 400 notes, dont le plus « grand nombre ont 
été tirées de documents qui n'avaient pas encore été 
mis à contribution. » 

La place dont nous disposons ici ne nous permet 
point, à notre très grand regret, de donner un compte 
rendu détaillé de la publication de notre sympathique 
collègue, mais nous avons tenu à la signaler dès son 
apparition et à adresser toutes nos félicitations à 
M. Tamizey de Larroque, ainsi qu'à ses deux a lieu- 
tenants », qui ont su si bien éclairer l'œuvre « du bon 
chrétien, du bon citoyen, du serviteur constant du de- 
voir » qui avait nom Pierre de Bessot. Dans l'œuvre 
de ce a parfait honnête homme, la beauté littéraire est 
remplacée par la beauté morale. Une saine impression 
se dégage de cette simplicité, de cette sincérité, de 
cette probité : tout cela fait du bien à Famé. On peut 
comparer la lecture de ce brave père de famille à une 
promenade d'été dans les bois, au milieu des apai- 
santes fraîcheurs du matin et des fortifiantes senteurs 
de la menthe et du serpolet. » 

Nous n'aurions garde d'oublier de dire que les trois 
éditeurs ont dédié leur livre à un homme dont le nom 
est vénéré à la Société d'Émulation d'Abbeville, « a 
M. Léopold Delisle, membre de l'Institut, le 
modèle des travailleurs. » 

Alcius Ledieu. 



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- 301 — 



Séance du 2 novembre 1893 

PRÉSIDENCE DE M. DE CBÈVECŒUR. VICE-PBÉ8ÏDENT. 

M. Magqueron rend compte des visites qu'il a faites 
ave)5 M. d'Ault aux tombelles de Noyelles et de Port. 
D'accord avec M. Prarond, l'examen de la question 
des fouilles est renvoyé à une autre séance. 

M. DE Crèvegoeur fait un compte rendu verbal 
d'une brochure offerte* en hommage à la Société 
d'Émulation par M. Jadart. 

M. Algius Ledieu communique au nom de M. 
Mallet, correspondant, la monographie manuscrite 
de Bray-lès-MareuiL — Renvoyé à la commission des 
mémoires. 

M. E. Prarond donne lecture d'une lettre de M. V. 
Advielle qui demande des renseignements au sujet 
d'un panneau peint de sa collection. 

M. DE Marsy adresse une note sur P.-L. Maleuvré, 
sculpteur abbevillois. — Renvoyé à la commission 
des mémoires. 

Don d'ouvrage: 

La maison natale de Boucher de Perthes à Rethel, 
son musée et sa tombe à Abbevillcj par H. Jadart. 

Des remerciements sont votés au donateur. 



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— 302 — 
Séance du 7 décembre 1893 

PRÉSIDENCE DE M. ÉM. DELIONIÈRES, PRÉSIDENT. 

Au début de la séance, M. le Président fait con- 
naître que, le 18 février prochain, il y aura cinquante 
ans que M. E. Prarond fait partie do la Société d'Ému- 
lation; il propose, sur l'initiative de M. de Crève- 
GœuR, de décerner à cette occasion un souvenir à notre 
éminent président d'honneur pour les services qu'il a 
rendus depuis un demi-siècle à notre compagnie. A 
Funanimité, il est décidé qu'une médaille d'or sera 
offerte à M. Prarond le 18 février 1894. 

M. É. Delignières donne lecture : 1** d'une notice 
sur différents objets récemment entrés au musée; 
2° d'un rapport sur des découvertes d'antiquités mé- 
rovingiennes ; 3^ d'un travail complet sur Auguste 
Bouquet. 

M. le comte de Galametz présente une tapisserie 
au point de plume portant les armoiries d'un couvent 
de Carmélites et donne lecture d'une notice qu'il a 
rédigée à ce sujet. (V. p. 318) 

Dons d'ouvrages : 

Histoire de Vabbaye de Saint-Acheul^ par Joseph 
Roux. — M. Alcius Ledieu se charge d'en faire un 
compte rendu. (V. p. 339) 

Framery, littérateur-musicien, par Jules Cariez. 
E.-E. Lefebvre, peintre rouennais, par Jules Hédou. 
Le peintre rouennais Jules Michel, par le même. 



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— 303 — 

— M. É. Delignières lit une analyse qu'il a faite de 
ces ouvrages. (V. p. 327) 

Etude sur la vie et l'œuvre de Bridoux, par É. Deli- 
gnières. 

Deux prévôts des maréchaux de France^ par G. de 
Witasse. 

Le maréchal de camp Acary de la Rivière, par A. 
Braquehay. (V. p. 329) 

Jean Bodel et le jeu de Saint-Nicolas^ par H. Potez. 
(V. p. 330) 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS 



NOTICE SUR CAYEUX-SUR-MER 

Par M. SAUVAQE t 

Lecture faite par M. Ém. Delignières à la séance du 5 janvier iS93, 

' MoNORY Jacques-Magloire, né à Cayeux le 7 juillet 
1790, décédé à Cherbourg le 26 juin 1848, embarqué 
en qualité de volontaire le 14 septembre 1810 sur 
le corsaire le Braconnier, capturé par les Anglais le 
2 février 1811, n'est rentré en France qu'en 1814; a 
fait la guerre en Hollande, sur les côtes de Boulogne, 
en Belgique et la campagne de Morée. Novice le 30 

» Voir année 1893, n«» l et 2, p. 248 à 256. 



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— 304 - 

janvier 1807, soldat le 15 mars 1809, sergent le 4 avril 
1811, sous-lieutenant le 26 juiij 1815, lieutenant le 25 
juillet 1822, capitaine le 27 octobre 1830, retraité en 
1843. Titulaire d*unc médaille de sauvetage pour avoir, 
le 31 octobre 1825, sauvé plusieurs personnes près de 
périr dans une tempête. Nommé chevalier de la Légion 
d'honneur le 27 avril 1834. 

Tellier Jean-Baptiste naquit à Cayeux en 1729 ; la 
courte et modeste histoire de ses campagnes se lie 
aux plus mauvais jours de notre histoire militaire. 
Chasseur de la garde impériale, il combattit dans les 
guerres d'Allemagne et de France de 1812 à 1814 ; il 
fut blessé dans ces guerres et eut trois chevaux tués 
sous lui ; il se distingua particulièrement à Laon ; son 
cheval, le poitrail emporté par un boulet, était tombé 
sur le dos ; Tellier dégagé, bien qu'à petite distance des 
ennemis, ne voulut pas battre en retraite sans armes ; 
pendant qu'il retourne son cheval pour tirer ses pis- 
tolets des fontes, un lancier autrichien vient sur lui 
au galop ; Tellier tire son sabre et blesse le cheval de 
son ennemi aux naseaux ; l'animal effrayé s'écarte. 
Tellier se remet à la besogne ; un autre lancier se 
détache et fond sur lui la lance en arrêt, mais Tellier 
l'a vu, il pare le coup dirigé sur sa poitrine, et, d'un 
revers, fait rouler la tète de l'Autrichien. Voyant un 
homme seul en arrière des siens, tout un escadron 
s'ébranle pour le prendre; Tellier, le pied saignant 
d'une large blessure que la lance de son dernier 
ennemi lui avait faite en tombant, allait être pris si 
son colonel qui Tavait vu et apprécié sa valeur, n'avait 
envoyé dix hommes à sa rencontre. Son courage dans 
cette circonstance lui lit donner un cheval sur le 
champ de bataille. Tellier fît partie jusqu'au 10 avril 



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-- 305 — 

de cette poignée crhommes qui depuis deux mois 
n'avait cessé de suppléer au nombre par l'héroïsme. 
Licencié dans les premiers jours de la Restauration, 
il revint à Cayeux, où il remplaça honorablement son 
vieux père dans la profession de messager de cette 
ville à Abbeville. 

Plaghot Nicolas-Auguste, né à Cayeux en 1832, 
était matelot de l'État à bord du vaisseau le Vaimy, 
où il fut blessé à Tattaquede Sébastopol. Le 17 octobre, 
décoré de la croix d'honneur pour sa belle conduite en 
cette affaire, il revint à Toulon où il mourut de ses 
blessures. 

Léon Parmentier, né à Cayeux, bienfaiteur de la 
commune. 

L'ubbé Dergny, né à Cayeux, décédé à Abbeville, 
peintre d'un certain mérite. 

Le dévouement des marins de Cayeux ne le cède en 
rien à tous autres. L'empereur de Russie récompensa 
leur dévouement en 1835 en accordant une médaille 
d'or au syndic des gens de mer, Malingre, et des 
médailles d'argent à plusieurs patrons de bateaux 
pour avoir sauvé la vie aux marins du navire russe, 
YAlkimfi'Demidoff, et depuis, bien d'autres récom- 
penses ont été accordées à ces braves matelots à di- 
verses époques. 

Annexes. 

Le HourdeL 

Le Hourdel {Hornerisis des Romains), Tancien 
Hourdel n'est certainement pas le petit port qui existe 
aujourd'hui ; il était bien plus à l'ouest. M. Traullé 
dans les Annales du commerce d'Abbeville, pense que 
ce havre du Hourdel n'était autre que le hable d'Ault. 

•24 



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— 306 — 

Quoi qu'il en soit, il est très ancien ; nous trouvons 
dans une note que le 27 juillet 1386 il fut payé un salaire 
aux marins qui conduisirent un navire hollandais du 
Hourdel au Crotoy. En 1622, ordre fut donné à tout 
paysan des environs de se rendre en armes au Hour- 
del par crainte d'une descente des protestants, levés 
en Angleterre par le prince de Soubise. 

Un feu de marée avec service de ballons existe au 
Hourdel pour indiquer le port pendant le jour au 
moyen de pavillons, et la nuit par un fanal. 

Entre le Hourdel et le phare existe un sémaphore 
pour faire des signaux aux navires en mer. "^ 

A environ trois cents mètres du Hourdel se trouve 
une ancienne crique nommée Panse aux morts; ce 
nom lui vient d'un épouvantable événement dont on 
ne peut préciser l'époque : soixante- quatre femmes 
venant de la pêche du ver marin dans une chaloupe 
voulurent débarquer à cet endroit, et, dans leur em- 
pressement, s'étant toutes portées du même côté, elles 
firent chavirer la barque ; il n'y en eut qu'une seule de 
sauvée ; soixante- trois victimes étaient retrouvées à la 
mer basse. 

La Mollière. 

Au XVIII* siècle, la famille Delattre tenait le fief de 
la MoUière. 

HurL 

En 1613, Adrien Leroy de Bardes était seigneur 
de Hurt; en 1693, c'était Louis Dubos d'Amiens. 

Le Phare. 

Il est possible, comme le dit M. Lefils, que Ton ait 
commencé par mettre une lumière sur une tour de 



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~ 307 — 

réglise pour servir de phare, mais avant d'en arriver 
au fanal suspendu à un balancier, il y eut une potence, 
au haut de laquelle on hissait un chaudron contenant* 
un feu de charbon de terre. La place où se trouvait 
cette potence porte encore le nom d'ancien phare, et 
Ton y remarque quantité de mâchefer et de détritus 
de charbon. 

Ensuite on éleva un balancier au bout duquel on 
hissait un fort fanal. A cinq cents mèlres plus à Test, 
on établit plus tard une maison à terrasse, surmontée 
de deux montants sur lesquels on hissait un fanal à 
réflecteur catoptrique. 

Le phare actuel fut allumé pour la première fois en 
octobre 1836; le feu n'est pas à éclipses comme le dit 
M. Lelils, mais à éclats qui se produisent toutes les 
trois minutes, quand une cage composée de lentilles et 
de glaces passe vis-à-vis du côté de la mer. Dans les 
intervalles des éclats, lé feu ne disparaît pas, Ynais il 
est moins brillant. — Une station télégrapho-séma- 
phorique existe tout contre l'enceinte du phare. 

Le Hable d'AulL 

Nommé d'abord fosse de Cayeux, après Hable d'Au- 
tebut, et ensuite Hable d'Ault, ce lac, au sud-ouest de 
Cayeux, est plus long que large ; tout porte à croire 
que le Hable n'est autre chose que l'ancien Hourdel 
ou Hornensis des Romains, et une des bouches de la 
Somme à la mer ; c'est probablement par cette bouche 
qu'a dû passer la flotte de Guillaume le Conquérant 
quant elle partit de Saint- Valéry en 1066 pour la con- 
quête de TAngleterre. 

Dans un accord de 1383 entre l'abbaye de Saint- 
Valery et le seigneur de Cayeux, il est question de 



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- 308 - 
navires qui arrivaient au port du Hable d'Autebut. Ce 
port exista jusqu'en 1752, où la généralité de Picardie 
, en fit clore l'entrée par une digue, dite du grand 
barrement, r<^^^ garantir les terres des moUières 
d'aval et de TEnclos Bourgeois. 

Jusqu'en 1773, la mer entrait encore dans une partie 
de ce port nommée l'aqueduc, qui servait de refuge 
aux bateaux de Cayeux : un dimanche de l'année 1770 
un petit sloop français, chassé par un brick anglais, 
se réfugia en ce lieu, et le brick s' étant approché de 
terre, le canonna longtemps, mais les bancs de galets 
qui existaient déjà en cet endroit l'abritaient de telle 
sorte que les boulets passaient par dessus, et allaient 
jusqu'à la digue de l'Enclos-Mouchette. 

En 1780, l'entrée de cette crique fut bouchée par une 
digue qui porte le nom de chaussée blanche ; l'Ingénieur 
chargé de diriger ce travail se nommait Coquillard. 

Cette digue garantit quelques journaux de mauvaise 
terre, et priva la marine de Cayeux d'un refuge qui 
lui avait servi pendant plus de huit cents ans. 

En 1856, il a été établi un feu de marée entre le Hable 
et Cayeux, en face de l'entrée des bancs de Somme ; 
ce feu, tout en marquant l'heure de la marée, indique 
et signale les bancs de Somme, la nuit au moyen d'un 
fanal et le jour par des pavillons. 



Liste des Maires de Gayeux-sur-Mer depuis 1793. 



DuPAYs François- 
Joseph. 

DuFRESNK Fran- 
çois-Mathieu. 



Maire. 
Greffier faisant fonc- 
tions d'officier pu- 
blic, par délibéra- 
tion du Conseil Mu- 
nicipal. 



Du 15 août 1793 au 29 

avril 1794. 
Du 30 avril 1794 au 30 

décembre 1794. 



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- :m — 




GoRRÉ Nicolas. 


Agent municipal, 


Du 5 janvier 1794 au 




contrôleur de TE- 


18 janvier 1795. 




tat civil. 




MopiN Flour-Ni- 




Du 15 février 1795 au 


colas. 


Agent municipal. 


21 août 1797. 


GoRRÉ Nicolas. 


Id. 


Du 5 janvier au 18. 
mars 1798. 


Id. 


Maire provisoire. 


Du 18 mars au 17 juin 
1798. 


MopiN Fleur. 


Maire. 


Du 18 juin 1798 au 11 
septembre 1815. 


Parmentier Clau- 




Du 26 septembre 1815 


de. 


Id. 


au 6 août 1837. 


Parmentibr Clau- 




Du 7 août 1837 au 22 


de- François - 




mai 1818. 


Philippe. 


Id. 




Forget Charles. 


Intérimaire. 


Du 22 mai 1849 au 5 
septembre 1850. 


Id. 


Maire. 


Du 5 septembre 1850 
au 13 juin 1857. 


Galliaut-Dumont. 


Id. 


Du 23 juin au 28 oc- 
tobre 1857. 


Lecat Pierre. 


Intérimaire. 


Du 29 octobre 1857 au 
6 février 1858. 


FoDRNiER Joseph. 


Maire. 


Du 16 février 1858 au 
10 avril 1871. 


BufGNET Augustin 


Conseiller. — Intéri- 


Du 22 avril au 6 mai 




maire. 


1871. 


Forget Jean-Bap- 




Du G mai 1871 au 8 oc- 


tisle-Charles. 


Maire. 


tobre 1876. 


Sauvage Jean- 




Du 8 octobre 1876 au 


Baptiste - An - 




18 mai 1884. 


toine. 


Id. 




Roux Adolphe. 


Id. 


Du 18 mai 1884 au 23 
janvier 1887. 


Gambier Armand. 


Id. 


Du 23 janvier 1887 au 
15 mai 1892. 


RoDRiGUEs Gaston 


Id. 


Du 15 mai 1892. 



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— 310 — 

LES ARTISTES PICARDS 

AU SALON DES CHAMPS-ELYSÉES 

(isaa) 

Lecture faite par M. P. DE Wailly à la séance du 3 août i893. 

Les Salons ont depuis longtemps leurs portes fer- 
mées et il est tard pour communiquer à la Société 
d'Émulation les quelques notes prises à son intention 
en face des œuvres de nos compatriotes picards. Ces 
quelques mots seront un simple jalon destiné à relier 
la série de ces petits comptes rendus annuels. 

Nous serons donc bref et un peu forcément, car 
hier, en relisant nos notes, nous nous aperçûmes que 
le plus souvent elles ne réveillaient guère le souvenir 
des œuvres auxquelles elles s'appliquent. Nous de- 
vons nous en rapporter aveuglément à ces courtes 
impressions et renoncer à les commenter. 

Commençons, s'il vous plaît, cette revue par M. Bo- 
quet. Les Hortillonnes sont un des meilleurs paysages 
avec figures du Salon. Une observation pourtant : la 
perspective est-elle bien exactement observée ? Le 
rapport des différents plans est-il suffisamment in- 
diqué par la valeur des tons ? Quant aux deux femmes 
qui font l'objet principal du tableau, elles sont bien 
construites et leurs mouvements se combinent de la 
façon la plus heureuse. La plus âgée, portant sur le 
dos sa charge d'herbe, se penche en avant comme flé- 
chissant sous son poids, tandis que la plus jeune tient 
son fardeau sur l'épaule et marche d'une allure plus 
dégagée. 



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- 3n — 

Si nous voulons grouper les peintres qui s'attachent 
à reproduire les mœurs et les types de notre province, 
nous devons nous arrêter devant VIncendie au village 
de M. Francis Tattegrain. Il fait grand jour encore. 
La flamme dévore les maisons aux toits de chaume. 
Le crépi bleuté de Tune d'elles vaut un acte de nais- 
jsance. Nous sommes en Artois.* D'un côté de la toile, 
des groupes d'hommes combattent courageusement le 
fléau : leurs eflorts sont adroitement traduits. De 
Tautre côté sont, les femmes et les enfants affolés. 
Près des maisons incendiées règne un certain ordre ; 
les secours sont organisés. Ici, les débris de mobilier 
s'entassent en désordre ; pêle-m^e, ye heurtent les 
objets les plus divers. Plus loin, on sort les bestiaux, 
les lapins et les chèvres. Impuissantes, oubliées, de 
vieilles femmes sont à T'écart, affaissées. 

Ce tableau a été étudié avec conscience et c'est Fhon- 
neur de l'artiste. L'éclat de l'incendie noyé dans la 
claire lumière du jour donne lieu à un éclairage inté- 
ressant. Les figures, d'une expression juste, sont, 
peut-être, un peu mollement dessinées. 

Le tableau de M. Sautai est un des meilleurs que 
nous ayons à vous signaler. Il est dans la manière 
accoutumée de l'auteur, avec une finesse de tons qu'il 
n'avait pas encore atteinte. Les figures sont d'une 
jolie exécution, surtout celle de la jeune femme. Au- 
cune mièvrerie; ejle est robuste, les traits sont fermes. 
C'est la femme de la campagne sous sa cape noire. 

M. Decamps réapparaît avec le Bon poids. C'est 
bien peint, mais franchement, c'est fort peu intéres- 
sant. Une vieille bonne femme, au type des plus com- 
muns et sans ce grain d'originalité qui pourrait en 
relever la saveur (\*.ar il est des laideurs savoureuses), 



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— 312 — 

a devant elle, sur une table, de nombreux quartiers 
de lard. Elle en pèse un. De tels sujets ne valent que 
par la maîtrise de l'exécution! Nous n'en sommes 
pas là. 

Il y a des figures bien traitées dans le Jury d'exa- 
men chez les Chartreux de M. Debras. Le groupement 
est ingénieux. Il avait exposé, il y a deux ans, un doge 
de Venise, Cette année nous avons un Trappiste qui 
lui ressemble étrangement. Nous ne nous rappelons 
pas s'il est de lui ou de la main de'M. Michel. En tout 
cas celui-ci a envoyé un Portrait d'Enfant très bien 
dessiné. 

Encore un portrait: celui-ci par M. Deconinck. Le 
modèle et la peinture sont également corrects. Du 
même, une jeune et fine paysanne relevant un lièvre 
pris au lacet. Dans le fond du paysage les ruines de 
Boves. 

La Sainte Elisabeth de M"* Regina Deconinck porte 
dans le pan de sa robe de jolies roses. Et, puisque 
nous sommes dans le royaume des fleurs, n'oublions 
pas les Roses Trémières de M. Matifas. Elles sont 
accompagnées de pivoines et d'œillets du poète. 

Passons à Toffice. Nous y voyons reluire et lutter 
d'éclat les cuivres rouges et les cuivres jaunes, bonne 
nature morte de M. Gascard. Il y a joint une botte 
d'échalottes. Quant aux huîtres, aux moules, aux cre- 
vettes, sel, poivre et citron que vous voyez non loin de 
là, ils ont été apportés pour nous séduire par M. Corot. 

Voici deux remarquables portraits : celui d'une 
veuve et celui d'un général par M. Jules Lefebvre, 
l'artiste impeccable. Il n'a pas une défaillance. Nous 
avons longuement regardé ses deux envois. Nous vou- 
lions savoir lequel avait nos préférences. Nous n'avons 



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— 313 — 

pas su choisir. Nous les aimons chacun autant. Qutre 
la qualité de la pointure, également belle, remarquez 
cette rare souplesse du pinceau qui sait, par la facture 
même, souligner l'individualité des personnages re- 
présentés. 

M. Lefebvre Georges est un paysagiste dont nous 
avons eu plaisir à vous signaler les précédents envois. 
Nous vous recommandons son beau paysage de la val- 
lée de la Canche pris de la rive qui fait face à Etaples. 

M. du Bellay a aussi envoyé un paysage. Nous sou- 
haitons que cette toile soit aussi haut placée dans l'es- 
time des connaisseurs, qu'elle Test sur les murs du 
Salon. La scène se passe au mois de juin et de loin, 
— on ne peut la voir que de loin, — cela parait bien. 

Le genre marine est représenté par M. Maillart avec 
un incontestable talent. Il a pris pour sujet un Vapeur 
échoué hors des jetées. Beau tableau, impressionnant. 
Ses feux allumés, les torches portées par les pilotes, 
donnent Theure du drame. A dire vrai, il y a un tel 
clair do lune qu'on y voit comme en plein jour. Le 
mouvement de la mer est superbe ; particulièrement 
celui des lames qui se brisent et s'émiettent sur les 
pilotis de la jetée. 

Parmi les œuvres de sculpture, arrêtons-nous de- 
vant les Cerfs de M. Ch. du Passage, groupe impor- 
tant, digne de la réputation de son auteur. Voici un 
peu plus loin, un beau marbre de M. Fontaine, La 
Baignade du chien. J'en ai fait l'éloge mérité il y a 
deux ans, lorsqu'il parut pour la première fois en 
plâtre. Depuis, l'auteur a corrigé quelques légères im- 
perfections et c'est sans étonnement que nous avons 
appris la distinction dont l'honorait le jury. Ayant 
déjà dit tout le bien que nous en pensions, nous 

25 



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- 314 — 

n*avons pas à insister sur le plaisir que nous a fait 
l'œuvre définitive. Ce marbre trouverait très heureu- 
sement place dans le jardin d'Émonville. L*État, qui 
s'en est rendu acquéreur, ne pourrait-il pas, à la de- 
mande de la Commission des Musées, en faire profiter 
la ville d'Abbeville ? C'est le vœu que nous exprimons. 

Pour la première fois, nous avons découvert un 
nom picard sur le livret de la Société Nationale des 
Beaux-Arts. M. de Moncourt n'a pas craint d'aban- 
donner les Champs-Elysées témoins de ses premiers 
succès et cet acte d'indépendance n'est pas pour nous 
déplaire. Profitant de la large hospitalité de la maison, 
il a envoyé plusieurs toiles, toutes très agréables. Dis- 
tinguons Le départ pour la pêche et une autre, où la 
ligure n'est pas très solidement peinte, mais dont le 
paysage avec des lumières s'allumant de l'autre côté 
de la baie auprès des collines boisées est d'un joli sen- 
timent. Encore deux vues prises dans les dunes, où 
se fait sentir l'influence du maître Cazin. On pouvait 
plus mal choisir son modèle et de fait ils ont du 
charme. 

N'y a-t-il pas un enseignement à tirer des impres- 
sions si fugitives que nous ont laissées la plupart des 
œuvres dont nous venons de parler, si fugitives que, 
sans les notes que nous avions prises, il nous eût été 
impossible à deux mois de distance de vous en entre- 
tenir? Il faut bien le dire en finissant : la faute en est, 
plus qu'à notre mémoire, aux artistes qui, malgré 
leur talent, n'ont produit cette année aucune œuvre 
forte dont l'originalité s'impose ; aucune de ces œuvres 
qui, sagement mûries, pieusement exécutées, sur- 
gissent assez robustes pour braver le temps, le temps 
qui sème l'oubli. 



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- 31S — 

LA SEILLE EN BOIS DE MIANNAY 

Lecture faite par M. Ém. Delignières à la séance du 7 décembre i893. 

Permettez-moi de vous signaler, après M. Robert 
Guerlin qui en a fait une communication à la Société 
des Antiquaires de Picardie (séance du 12 juil- 
let 1892), le passage consacré, dans le recueil des 
Inscriptions de la Gaule, à la seille en bois, recouverte 
de cuivre repoussé, trouvée à Miannay, et sur 
laquelle notre bien regretté collègue, après s'en être 
rendu acquéreur, avait appelé avec raison l'attention 
des Antiquaires de France. D'après le passage ci- 
dessus signalé, l'objet en question aurait une grande 
importance comme étant le troisième monument de 
Tart chrétien venant révéler, dans la représentation 
de la scène de Daniel exposé aux lions, et auquel le 
prophète Habacuc apportait des vivres sous forme 
d'un poisson, une signification symbolique de l'Eucha- 
ristie dont on n'a retrouvé, paraît-il, aucune mention 
dans les écrits des Pères de l'Eglise. Déjà et ainsi 
qu'il résulte d'une première étude publiée dès 1872 
par M. Van Robais (suivie d'une àutre"en 1887 parue 
dans la colonne historique), M. l'abbé Haigneré, de 
regrettable mémoire, avait trouvé dans cet objet un 
monument des plus rares et des plus précieux et son 
jugement, comme on le sait, a été confirmé par les 
sommités de la science archéologique. 



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- 316 — 
DÉGOUTEETE DE NOUVEAUX VASES MÉROVINGIENS 

A MENCHECOURT 
Lecture faite par M. Ëm. Delignièbbs â la séance du 7 décembre ié93. 

M. Delignières fait connaître à la Société que, dans 
les premiers mois de cette année, M. Mennesson, 
Directeur de la Sucrerie d'Abbeville, en faisant faire 
une tranchée dans le terrain qui se trouve au delà des 
bâtiments de la sucrerie proprement dite, y a trouvé, 
à peu de profondeur, divers vases en terre et en verre 
paraissant remonter à l'époque mérovingienne ; c'est 
à l'endroit qui se trouve vers l'angle formé par le che- 
min de haut à Menchecourt et par la route nationale, 
au bas de la côte de la Justice. 

Ces objets, pour la plupart bien intacts et qui ont 
été soigneusement conservés par M. Mennesson fils, 
sont notamment : une fiole en verre de forme carrée ; 
une autre fiole, plus petite, également en verre, dite 
iacrymatoire, bien irisée ; un débris de petit vase, en 
terre, à déterminer, (sans doute, à en juger par ce 
qui en reste, le bas d'une coupe ou d'un récipient 
destiné à mettre des fleurs) ; deux vases, également 
en terre jaune, à panse arrondie avec des ornements 
symétriques tout autour, indiquent bien, ceux-là, 
répoque mérovingienne. 

M. Mennesson avait donné, il y a quelques années, 
plusieurs vases en verre à notre regretté collègue 
M. le docteur Farcy qui les avait alors communiqués 
à la Société ; ils n'ont pu malheureusement être re- 
trouvés. De son côté, notre excellent collègue, M, 



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— 317 — 
Armand Van Robais, nous en avait parlé, ainsi que 
d'autres, dans les séances des 7 février et 7 mars 1883, 
en Jeur attribuant également une origine mérovin- 
gienne. 

Ajoutons que, dans le courant de cet été, en faisant 
plus loin, vers le cimetière, un petit chemin de fer le 
long de la fosse à défécations du côté de la râperie, 
on a trouvé, à Fangle du chemin de Thuison et du 
boulevard conduisant au cimetière de la Chapelle, un 
squelette d'homme, bien conservé, et à côté, un autre 
vase, plus grand que ceux indiqués plus haut, en 
terre jaune, de forme plus élancée. Le vase rappelle, 
par sa forme, celui trouvé à Famechon près d'Ailly-le- 
Haut-Clocher, dans le sarcophage en pierre massive 
et grossière qui a pu être acquis alors pour le musée 
et où il a été placé, à droite, sur le perron qui précède 
le grand vestibule de l'hôtel d'Emonville. 

M. Mennesson se propose de faire faire, au prin- 
temps prochain, de nouvelles tranchées aux abords 
de la sucrerie et il espère y découvrir d'autres spéci- 
mens ; son fils, qui a le goût des recherches archéolo- 
giques, compte surveiller ces fouilles avec soin et nous 
en l'aire connaître le résultat. 

Il y a lieu do faire remarquer que les points où ont 
été trouvés les objets ci-dessus se trouvent situés en 
pente douce vers la vallée de la Somme et dans la 
situation où se rencontrent généralement les sépul- 
tures de cette époque. 

D'autre part, et non loin dé là, mais dans un empla- 
cement et dans des conditions bien différents, on avait 
trouvé lors du creusement d'un des premiers gazo- 
mètres de l'usine à gaz, et à une profondeur de 6 à 
8 mètres, un vase en terre noire, grossière, de forme 



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— ai8 — 

presque ronde, sans ornements, qui est en notre pos- 
session. A cette époque, et sur les indications de M. 
Boucher de Perthes, on avait cru pouvoir attribuer 
à ce vase, eu égard à sa profondeur et à sa forme, 
une origine carthaginoise ou phocéenne elle laissait 
supposer Texistence d'une petite station au bord de 
la Somme d'où l'on allait chercher de Tétaiu aux îles 
Cassitérides. 

Quoi qu'il en soit, les objets ci-dessus indiqués, fioles 
en verre et vases en terre, paraissent par leur forme, 
par leur enfouissement à une profondeur bien moindre, 
se rattacher à une époque postérieure. 

Il sera intéressant de voir, par des fouilles ulté- 
rieures, si Ton ne rencontre pas d'autres, spéfâmetÈS 
qui viendraieirt oonfim^r, d'«nie maaière certaine, 
l'existence sur ces points d'un établissement ou tout 
au moins d'un lieu de sépulture, non loin du cime- 
tière relativement moderne. Nous avons à remercier 
MM. Mennesson des communications qu'ils ont bien 
voulu nous faire et de leur intention de nous tenir 
au courant des fouilles nouvelles. 



NOTE SUR LES ARMOIRIES DES CARMELITES 

Lecture faite par M. le comte DE Brandt de GalamëtZ à la séance 
. du 7 décembre U93^ 



Tapisserie en point de plume représentant les ar- 
moiries d'un couvent de Carmélites, de sinople man- 
telé d'argent la pointe terminée en croix paltée de 
gueules, à trois étoiles à huit raies deux en chef et 



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— 319 — 

une en pointe, les deux en chef de gueules et celle en 
pointe d'argent, surmontées d'une couronne à cinq 
fleurons et quatre perles et pour cimier d'un bras 
habillé de bleu avec main de carnation tenant une 
épée flamboyante d'azur à la poignée d'or acostée 
d'une banderoUe de gueules, avec dix étoiles à huit 
raies d'argent et enroulée d'une autre banderoUe d'ar- 
gent avec la légende en lettres d'or. 

Zelo zelatus sum pro Domino deo exercituum. 

Ces armoiries présentent avec celles du couvent des 
Carmélites d'Abbeyille enregistrées à l'Armoriai de la 
généralité d'Amiens, Abbeville n^ 115, les différences 
suivantes : 




1** Le fond de sinople est remplacé par un fond de 
sable ; 
2° Les deux étoiles en chef de gueules sont de sable. 

Celui de Saint-Jean de la Croix a le fond de 
gueules : passons outre. 

En nous reportant maintenant àJ'écusson très fine- 
ment sculpté au fronton de la chapelle des Carmélites 
d' Abbeville, nous remarquerons que le sculpteur Ta 
défiguré. Il a donné au mantelé trop de saillie : ce qui 



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- 320 - • 

fait croire à deux écussons ; il a ensuite fait disparaî- 
tre le champ de Técusson dans le cartouche sur lequel 
il est posé. Mais les hachures de gauche à droite figu- 
rent en blason la couleur verte ou de sinople. 

Cette couleur étant celle de la tapisserie, nous con- 
cluerons que cette tapisserie représente les armoiries 
des Carmélites d'Abbeville. 



ÉPREUVES D'ESSAI D'UNE GRAVURE DE BRIDOUX 

M. Malot, avocat à Paris, a bien voulu faire don au 
musée de deux épreuves d'essai de la gravure de 
Bridoux, la Joconde. 

Dans l'une, à l'exception des cheveux qui sont ter- 
minés, le voile, la figure et le corps de la femme sont 
simplement indiqués par un trait léger tracé à Teau 
forte; le paysage du fond est aussi terminé au burin, 
de même que le dos et les bras du fauteuil où la femme 
est assise. 

Dans l'autre épreuve, les travaux au burin sont 
plus avancés ; ils comprennent le voile, une partie 
du corsage et une partie également de la figure. 

Ces épreuves tirées par Tartiste pour se rendre 
compte du degré d'avancement de son œuvre sont des 
plus intéressantes et des plus recherchées par les 
amateurs. 

Aussi la Société d'Émulation est heureuse de remer- 
cier M. Malot d'avoir bien voulu se dessaisir en faveur 
de la ville natale de Bridoux de ces pièces ravissantes 



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— 321 — 

qu'il tenait de sa famille. L'artiste les y avait laissées 
en reconnaissance des services rendus par l'un de ses 
membres, M. Morel de Campennelle, qui Tavait par- 
ticulièrement aidé et encouragé dans sa carrière artis- 
tique ^ 

É. Delignières. 



Note sur Nicolas-Etienne FRAMERY 

M. Delignières dépose sur le bureau de la part de 
M. Jules Carley de Caen, qui en fait gracieusement 
hommage à la Société, une notice sur Nicolas-Etienne 
Framery, littérateur-musicien, né à Rouen le 25 
mars 1745. 

Ce travail est très complet, l'étude biographique et 
artistique faite par M. Carley sur cet homme qui a 
eu, surtout comme musicien, une réelle valeur, pré- 
sente pour nous cet intérêt particulier que Framery a 
été membre correspondant de la Société d'Émulation. 

Dans la notice de M. Carley, on voit figurer le nom 
d'un artiste abbevillois, le musicien Lesueur, Tauteur 
des BardeSy à côté duquel siégea Framery dans la 
commission nommée en l'an IX pour procéder au 
choix d'un traité d'harmonie. 

Le président propose de voter des remerciements à 
M. Carley pour l'envoi de sa notice. 

É. Delignières. 

< Depuis la présentation de cette note, M. Malot, le donateur 
de ces estampes d'essai, est mort, laissant de profonds regrets à 
tous ceux qui connaissaient oet homme de cœur, et ayant à un 
haut degré le sentiment de la famille. 

26 



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- 322 — 



DON D'UN TABLEAU AD MUSÉE PAR M. WILLAME 

M. Delignières fait connaître à la Société le don fait 
récemment au musée par M. Paul Willame, membre 
correspondant, à Hesdin, peintre amateur. 

C'est un tableau qui a figuré cette année au Salon à 
Paris et aussi à l'exposition de Lille ; il a pour titre : 
la Maison du Cordonnier. C'est Tintérieur d'un mo- 
deste logement picard, et il a été composé avec un 
grand soin de la couleur locale. Le bon savetier est là, 
en costume traditionnel : tablier de cuir, casquette, 
etc. ; il est au travail, assis, bien en lumière en face la 
fenêtre, devant un petit établi garni d'outils et d'acces- 
soires, occupé gravement à ajuster une semelle ; le 
bonhomme est pris sur le vif et nous voyons ce type 
encore tous les jours. Tous les détails d'intérieur sont 
bien rendus : le pot classique de giroflée placé à côté 
de l'artisan ; plus haut, au plafond, la cage de l'alouette 
ou du merle ; au fond la grande horloge dans son 
meuble de bois, etc. L'air et le jour entrent en plein 
par l'ouverture supérieure de la porte à deux battants, 
comme on en voit encore dans d'anciennes maisons, 
venant en pleine lumière éclairer une petite fille qui 
tient sa poupée. 

Nous avons à remercier M. Paul Willame d'avoir 
bien voulu laisser au musée une de ses œuvres ; elle 
présente un double mérite, comme émanant d'un 
artiste amateur qui est presque un compatriote, et 
comme représentant un sujet bien local, rendu avec 
soin. 

É. Delignières. 



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323 — 



NOTE SDR NEUF DESSINS DE HASQDELIER 

Achetés pour le Musée 

Neuf dessins et gouaches de Masquelier envoyés 
en communication par M. Tec^iener, libraire à Paris, 
à M. Paul de Maulort, et, sur l'indication de M. Alcius 
Ledieu, renvoyés au Conseil d'administration des mu- 
sées qui en a voté l'acquisition : 

1** Portrait qui, au dire de plusieurs membres, serait 
celui de M"*" Barbieux la mère. Très belle pièce à la 
gouache, faisant tableau, portant la date de 1833 de la 
main de Tartiste. Assise sur un canapé, vue avec les 
mains et jusque vers les genoux ; 

2° Portrait de M. l'abbé Cauët, ancien curé de Saint- 
Sépulcre, au crayon et à Testompe, en ovale; sans 
date ni signature, mais bien de la main de Masquelier 
d'après. son genre, hachures sur estompe, 

3° Figure de petite matelote, signée C.-L, Masque- 
lieTy à la gouache, au crayon et à Festompe rehaussés 
de touches teintées charmante ; 

4° Figure d'un personnage d'Abbeville tristement 
célèbre, Petit, voleur, au crayon noir relevé d'es- 
tompé, signé C.'L. Masquelier; 

5** Tête de vieille femme grotesque, non signé ; 

6° Tête d'un frère de l'Abbaye de Valloires, à la 
gouache, non signé ; 

7^ Portrait d'un homme de la campagne, au crayon 
et à l'estompe, très fin, signé à droite C.-L. Mas- 
quelier^ 1841 ; 

8° Jeune fille en tenue de bal, tête nue, le corps 



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— 324 — 

tourné à gauche, signé à droite C.-L. MasquelieVy 
1844; 

9** Jeune matelote portant sur ses épaules un filet et 
une pelle à vers ; au crayon très relevé de couleur, 
non signé. 

É. Delignières. 



Joannis de Gapella Cronica abbreviata dominorum et 
sanctorum abbatum Sancti Richarii. — Nova edltio quam 
sommariis annotationibusque illustravit E. Prarond. Paris, 
Picard, 1893. 



Dans son Histoire de cinq villes et de trois cents 
villages S ouvrage important et qu'on ne saurait trop 
souvent consulter, M. Ernest Prarond, au chapitre 
sur Oneux, canton de Nouvion, dit que Jean de la 
Chapelle y est né au xv' siècle et qu'il y a même été 
curé en 1492. M. Prarond rappelait alors qu'il avait 
publié la Chronique de Jean de la Chapelle dans les 
Mémoires de la Société, 1852 et 1857; il promettait 
enfin de revenir sur cet historien de Tabbaye et de la 
ville de Saint - Riquier dans Y Histoire littéraire 
d^Abbeville. 

Notre Président d'honneur a tenu largement sa pro- 
messe. Depuis plusieurs années, l'histoire littéraire 
d'Abbeville se développe, et le savant et infatigable 
auteur abbevillois a fait revivre par des réimpres- 
sions, toutes revues et annotées avec grand soin, 
nos anciens écrivains parmi lesquels Valerand de la 

* Paris, AbbeviUe, 1868, 6 vol. in-12. 



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— 325 — 

Varenne, Buquet et autres. Parfois même il va jus- 
qu'à attribuer au simple auteur de deux lettres, à 
Jehan Barbafust, maire du xvni® siècle, des poésies 
(fictives) tirées de rimagination, ajoutons aussi de 
rérudition de son collègue à six siècles de distance ! 
M. Prarond a voulu montrer, et il y a réussi, qu'à 
force de lire et de commenter les œuvres des plus 
anciens écrivains picards, il avait su s'assimiler la 
langue du moyen âge. Il manie non moins heureuse- 
ment, quand il iui convient, la langue de Virgile et 
d'Horace, témoin son charmant ouvrage : Ludus secu- 
laris^ qui date déjà de 1885. 

Toutes ces publications, à la fois littéraires et histo- 
riques, ne formeront pas une des parties les moins 
dignes de remarque de Fœuvre si important de notre 
vénéré collègue. 

Aujourd'hui, M. Prarond a repris la Chronique de 
Jean de la Chapelle et, sous une forme originale et 
pleine de familiarité spirituelle qui lui permet d*ap- 
pliquer le tutoiement usité en latin, il la dédie à l'au- 
teur même de la fin du xv® siècle, « longtemps pres- 
que un oublié, dit-il, et qui demeure, non un grand 
méconnu, mais un modeste dédaigné à qui recon- 
naissance est due cependant. » 

Les deux préfaces de 1856 et de 1893 se complètent, 
pourrions-nous dire. Tune par l'autre ; c'est que, dans 
l'intervalle, l'auteur, toujours en quête, a acquis un 
manuscrit à la vente, en 1873, de MM. Delignières 
de Bommy et de Saint-Amand ; ce manuscrit lui a 
permis d'ajouter « des élucidations, des corrections et 
des variantes qu'il y a empruntées. » Il a rapproché 
cette copie de celle de la collection de Dom Grenier et 
aussi de celle de la collection Baluze et enfin d'une 



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— 326 — 

autre dans le fonds Golbert pour arriver à cette nou- 
velle édition assurément des plus châtiées. 

Cette première partie du volume contient une 
analyse complète de l'ouvrage du vieux chroniqueur 
qui a puisé aux sources, abondant alors dans Tabbaye, 
et dont « beaucoup ont été taries à jamais pour les 
liistoriens futurs par le feu allumé pendant la Révo- 
lution sur la place de Saint-Riquier. » 

M. Prarond sait gré à l'humble curé d'Oneux 
d'avoir certifié, parmi les faits nombreux relevés par 
lui, celui relatif à la station qui retint Jeanne d'Arc 
dans le château de Drugy avant la prison du Crotoy. 
« Aucun doute, dit-il, en s'adressant à l'auteur de 
la chronique, tu as nommé les témoins qui ont eu 
l'honneur d'approcher de Jeanne ; tu as pu même 
en connaître quelques-uns... » 

La préface de 1856 nous rappelle brièvement, parmi 
les faits qui résument toute l'histoire de la riche et 
puissante abbaye, les événements importants do 
l'histoire locale et des faits généraux : « la bataille 
de Crécy, dans laquelle, suivant le compte du chro- 
niqueur, ne périrent que 3,800 hommes de l'armée 
française dont 1,200 chevaliers, la bataille d'Azin- 
court, la trahison qui livra Paris au bailli d'Auxois, 
la guerre qui expulse les Anglais, etc. » 

L'auteur de cette réimpression, expliquée et anno- 
tée avec ce soin et ce scrupule qu'on retrouve dans 
tous ses ouvrages, a fait précéder chacun des nom- 
breux chapitres de cette chronique latine d'un ré- 
sumé en français qui permet de parcourir rapidement 
cette histoire rendue ainsi abrégée; enfin, partout se 
trouvent des notes qui complètent utilement le travail 
consciencieux de l'éditeur. 



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— 327 — 

Comme Ta très bien dît M. Tamizey de Larroque, 
correspondant de l'Institut à Gontaud, M. Prarond a 
fait là et une fois de plus, œuvre de bon critique et de 
bon Abbevillois. 

É* DSLrIGNiÈBES. 



NOTE SUR LES ÉTUDES ARTISTIQUES 

De M. «Iules HÉDOU, Membre correspondant à Rouen. 
Lecture faite par M. E. DeligniÈRES à {a séance du 7 déoembte iS93, 

Dans le Précis analytique des travaux de VAca- 
demie de Rouen pendant l'année 1891-1892 à la classe 
des Belles- Lettres, se trouve une notice sur le peintre 
Jules Michel par l'un des membres distingués de la 
Société d'Émulation, M. Jules Hédou. 

M. Hédou a bien voulu dernièrement faire hom- 
mage à la Société de cette notice ainsi que d'une 
autre sur E.-E. Lefebvre artiste peintre, né au Havre, 
mais qui vécut surtout à Rouen comme Jules Michel. 

Notre correspondant dans une série, déjà longue, 
de monographies, a pris à tâche de faire connaître les 
divers artistes l'ouennais d'origine ou d'adoption ; il 
a fait également des études artistiques telles que la 
Lithographie k Rouen. Ces ouvrages ont été offerts an- 
térieurement par M. Hédou à notre Société. Il a publié 
notamment en 1875, un ouvrage très important et 
d'une haute valeur sur la vie et sur l'œuvre considé- 
rable gravé de Noël le Mire, un contemporain et un 
émule de notre Abbevillois Jacques Aliamet, l'un de 



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— 328 — 

nos meilleurs graveurs, tant pour l'estampe que pour 
la vignette. 

La notice de M. Hédou sur Jules Michel ne le cède 
en rien à ses travaux précédents pour la sûreté des 
appréciations, pour Pélégance du style et pour Tin- 
térêt des renseignements biographiques puisés à 
toutes les sources sur ce peintre de valeur et d'une 
nature richement douée : Tauteur nous fait connaître, 
à ce sujet, les diverses phases du mouvement artis- 
tique qui se produisit à Rouen de 1856 à 1864 et dans 
lequel, (nous l'avons su indirectement, car il ne parle 
de lui que d'une façon modeste et tout incidente, il 
joua lui-même un rôle comme artiste de talent, en 
dehors de ses occupations professionnelles. Abbeville 
a eu aussi à une époque déjà éloignée, vers 1830 à 
1840, un mouvement de cette nature sous l'impulsion 
féconde de Masquelier. 

Pour en revenir à Fétude sur Jules Michel, M. Hédou, 
son biographe, nous dit qu'il fit partie de cette pléiade 
d'artistes rouennais, et il nous fait passer sous les yeux 
en les accompagnant de descriptions bien étudiées et 
de sûres appréciations, les nombreuses toiles dues au 
talent de cet excellent artiste. Il fut enlevé trop tôt par 
la mort, en 1879, à la suite de fatigues vaillamment 
supportées pendant la guerre de 1870-71, pendant la- 
quelle il avait quitté ses pinceaux pour le fusil du vo- 
lontaire; il emportait dans la tombe les regrets de 
tous ceux qui l'avaient connu et qui avaient apprécié 
son mérite artistique et la bonté de son cœur. 

La notice consacrée par M. Hédou à E.-E. Lefebvre, 
peintre de nature morte, 1850-1889, est non moins 
heureusement traitée ; il l'a rehaussée par la repro- 
duction de plusieurs tableaux de l'artiste qui ajoutent 



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— 329 — 
encore de l'intérêt à la monographie : Lefebvre était, 
lui aussi, un véritable artiste, de grand goût, de grand 
cœur en même temps. Il semble que ces deux qualités 
devraient toujours se trouver réunies chez un artiste 
réellement digne de ce nom. Celui-ci est mort de cha- 
grin quelques semaines après la perte de sa femme ; 
leur union n'avait duré que sept années, et elle avait 
été si heureuse que la séparation devint mortelle pour 
le survivant ! 

Nous devons remercier notre correspondant de nous 
avoir initié ainsi, par l'envoi de ses ouvrages, à la vie 
artistique d'une ville relativement voisine de la nôtre 
et qui sait, elle aussi, si bien honorer les artistes 
qu'elle a .vu naître ou qui se sont plu à venir y déve- 
lopper leur talent. 



Le Maréchal de camp Acary de la Rivière ( 1745- 
1827), par M. A. Braquehay, extrait du Cabinet histo- 
rique de V Artois et de la Picardie» 

M. Braquehay est un des correspondants actifs et 
travailleurs de la Société ; il a pris à tâche de rappe- 
ler le souvenir des hommes de valeur de sa ville 
natale et sa précédente notice sur le baron Merle, non 
moins que celle-ci, témoigne chez M. Braquehay une 
grande conscience dans les recherches et un profond 
amour de sa ville natale. • 

É. Delignières. 



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330 — 



Jean Bodel et le Jeu de Saint-Nicolas. 

M. Delignières présente à la société une notice dont 
lui fait hommage M. Henri Potez, professeur au lycée 
de Douai, membre correspondant; elle est intitulée : 
Joan Bodel et le jeu de Saint-Nicolas. C'est le relevé 
d'une conférence faite à Arras par Fauteur. En lisant 
les pages fort bien écrites, consacrées à ce poète ori- 
ginaire d'Arras de la fin du xii* siècle, trouvère si 
naïf, si touchant et parfois éloquent et aussi spirituel, 
on doit reconnaître que M. Potez a fait une bonne 
œuvre de restitution, bien présentée, intéressante et 
agréable à lire. On revient avec raison, par ce temps 
de décadence littéraire, sur ces admirables poètes du 
XII® et du XIII® siècle qui n'avaient pas, eux, de pré- 
cédents et qui tiraient tout, pour ainsi dire, de leur 
propre fonds. Il est temps que justice leur soit rendue, 
et le mieux est de faire connaître leurs œuvres... 

Nos correspondants de Montreuil tels que : M. 
Potez, M. Braquehay, M. Roger Rodière, et M. Tierny 
sont des travailleurs, des érudits ; leurs travaux dont 
ils veulent bien enrichir notre bibliothèque sont tou- 
jours accueillis par la Société avec empressement 
en raison de leur valeur et de l'intérêt qu'ils repré- 
sentent. 

É. Delignières. 



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— 331 — 



Compte renda de divers oavrages offerts par M. Alexandre SOREL 

M. Alexandre Sorel, Membre de la Société française 
d*Archéologie, Président de la Société des Sciences 
historiques de Compiègne, chevalier de la Légion 
d'honneur, a bien voulu, en souvenir du Congrès tenu 
dernièrement à Abbeville et dont il a fait partie, faire 
hommage à notre Société de plusieurs de ses ouvrages, 
les autres étant épuisés. J'ai Thonneur de les déposer 
en son nom sur le bureau, en les énumérant : 

Stanislas Maillard, Vhomme du 2 septembre 1192 ; 
notice historique sur sa vie, où il est démontré entre 
autres choses qu'il n'a jamais été huissier au Châtelet ; 
publiée d'après des documents authentiques entière- 
ment inédits, avec fac-similé de son écriture. (Paris, 
Aubwy, 1862, in-12): Cet ouvrage, dont certaines parties 
sont d'un intérêt saisissant, est le fruit de recherches 
faites aux meilleures sources et sa lecture est tout à 
fait captivante. 

Le Château de Chantilly pendant la Révolution ; 
arrestations dans le département de l'Oise en 1793; 
emprisonnement à Chantilly ; liste complète des déte- 
nus ; documents inédits ; vue de l'ancien château. 
(Paris^ Hachette, 1872). Nous ne saurions, sous peine 
de dépasser les bornes d'un simple exposé, analyser 
cet important ouvrage de 315 pages qui abonde en 
faits historiques locaux et aussi généraux, présentés 
d'une façon claire et intéressante. Nous y remarquons 
notamment un chapitre, le cinquième, entièrement 



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- 332 - 
consacré à un Abbevillois, André Dumont, dont les 
actes ont été bien discutés. 

La notice historique intitulée : Envoi d'une pierre 
de la Bastille à la ville de Compiègne en 1792, (Com- 
piégne, Lefebvre, 1882), nous présente, dans le patriote 
Palloy, un type fort curieux, ainsi qu'il s'en présente 
parfois dans les périodes révolutionnaires. Ce person- 
nage, qui faisait servir son prétendu patriotisme au 
profit de l'industriel s'était imposé comme entrepre- 
neur de la démolition de la Bastille ; il eut le talent, 
comme le dit l'auteur, « de se faire une propre réclame 
de sa démolition » en utilisant des pierres en prove- 
nant à faire des représentations de la Bastille, d'abord 
pour TAssemblée Nationale, puis, sous prétexte de 
propagande révolutionnaire, pour diverses villes de 
France * ; il n'oubliait pas les inscriptions à sensation. 
C'est ainsi qu'il en envoya à la ville de Compiègne et 
M. Sorel nous rapporte les détails relatifs à la récep- 
tion de cette pierre dont on n'a plus aujourd'hui 
retrouvé trace. Ce Palloy mourut, complètement 
oublié, à Sceaux, à 80 ans, en 1835, après avoir 
applaudi successivement à la chute de chacun des 
régimes politiques qu'il avait tour à tour encensés. 

M. Sorel, dans ces dernières années, s'est attaché 
avec et après tant d'autres, à Tétude de notre grande 
héroïne nationale ; et d'abord dans une brochure inti- 
tulée : Séjour de Jeanne d'Arc à Compiègne, (Paris et 
Orléans 1888) ; maisons où elle a logé en 1429 et 1430, 
avec vues et plans. Cette brochure, très substantielle, 
est précédée de la reproduction de la statue de la 

1 Nous croyojttH en avoir vu une à Laon. 



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— 333 — 

Pucelle, de fière allure, élevée sur la place de THôtel- 
de- Ville de Compiégne, le 10 octobre 1880. 

J'arrive en dernier lieu à un ouvrage de grande 
importance et d'une valeur historique incontestable : 
La prise de Jeanne d'Arc devant Compiégne et l'his- 
toire des sièges de la même ville sous Charles VI et 
Charles VII, d'après des documents inédits, avec vues 
et plans, (gr. in-8 de 382 pages, Paris et Orléans 1889). 
Dans une suite de quatorze chapitres, sans compter 
les pièces justificatives en appendice, Fauteur qui est, 
lui aussi, dit-il, « un fervent dévot de Jeanne la 
Lorraine », nous fait connaître à son sujet bien des 
faits d'un haut intérêt historique. 

a La prise de Jeanne d'Arc, — lisons-nous dans 
Favant-propos, — est un des plus douloureux épisodes 
de la guerre de Cent ans, et les circonstances dans 
lesquelles elle s'est produite restent encore enve- 
loppées d'une ombre quelque peu mystérieuse. » 
M. Sorel, dans sa longue relation du siège de Com- 
piégne qui se rattache à cette « catastrophe na- 
tionale » a éclairé certainement à l'aide de pièces 
jusque-là inconnues, en tous cas inédites, plus d'un 
point obscur. 

L'ouvrage du savant président de la Société histo- 
rique de Compiégne présente pour nous particulière- 
ment d'autant plus d'intérêt que le culte de la grande 
Française du xv® siècle est resté vivace dans notre 
ville ; c'est dans ses environs, au château de Drugy 
d'abord, puis au Crotoy, qu'elle est restée captive. 
Rappelons ici qu'un poète abbevillois, Vallerand de la 
Varanne, a, Fun des premiers, mis en lumère les actes 
de la libératrice du sol français dans une œuvre poé- 



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— 334 — 

tique en quatre livres, en vers latins, remontant à 1 516 ; 
oe poème de longue haleine a été réimprimé, analysé 
et annoté de nos jours par un autre poète, bien Abbe- 
villois aussi celui-là de naissance et de cœur, M. Ernest 
Prarond, non moins grand admirateur de Jeanne. 

Disons enfin que la statue de Jeanne d'Arc, œuvre 
remarquable de Fossé, si belle d'attitude et d'expres- 
sion dans sa touchante simplicité et qui rend admira- 
blement le sentiment de résignj^tion de la grande 
martyre de sa foi religieuse et patriotique, a été érigée 
il y a quelques années au Crotoy où elle se dresse au 
bord de la mer ; c'est dans cette localité que les dames 
d'Abbeville allaient la voir et la consoler dans sa 
prison. 

Pour en revenir aux œuvres de M. Alexandre Sorel, 
on voit qu'il a su prendre pour sujets d'études des 
personnages ou des faits d'une importance réelle. Nous 
ajouterons que ces ouvrages sont tous écrits d'un style 
clair et facile et avec la plus grande conscience dans 
les recherchfS. M. Sorel n'avance rien qui ne soit 
rigoureusement exact et en s'appuyant toujours sur 
des pièces authentiques ; il a ainsi été fidèle à sa 
devise qui devrait être celle de tous les historiens : 
Semper et ubique veritas. 

La Société d'Emulation voudra, Messieurs, remer- 
cier, par une délibération spéciale, Tun de nos con- 
frères du Congrès qui a bien voulu se rappeler les 
quelques journées passées à Abbeville et dans les 
environs ; son gracieux envoi ne sera pas un des 
moindres souvenirs de cette brillante réunion archéo- 
logique tenue dans notre beau pays du Ponthieu. 

É. Delignières. 



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— 335 — 

LE DOMAINE DE LA VILLE DE PARIS 

DANS LE PASSÉ ET LE PRÉSENT 

Par Alfred des CILLEULS.et Jules HUBEBT 

2« fascicule (Hôtel-de-Ville) 

Lecture faite par M. H. Magqueron â la séance du 6 août iS9L 

Notre compatriote et collègue, M. Jules Hubert, 
commis principal à la Préfecture de la Seine, vient en 
collaboration avec M. Alfred des Cilleuls, son chef de 
division, de publier un important ouvrage sur THôtel 
de Ville de Paris, qui n'a pas demandé moins de cinq 
années de longues et patientes recherches. 

Cette publication a pour objet de retracer les 
origines de propriété des immeubles entrés dans le 
périmètre actuel de l'Hôtel de Ville de Paris, depuis la 
première maison commune acquise en 1357, désignée 
d'abord sous les noms de maison aux piliers et 
d'hostel aux Dauphins jusqu'aux agrandissements 
successifs qui, en cinq périodes correspondant à 
autant de périmètres différents, ont définitivement 
constitué l'Hôtel de Ville de Paris ou Palais de Grève. 

Les relations des historiens sur cet édifice laissaient 
beaucoup à désirer sous le rapport de Texactitude. 
Les auteurs de ce nouvel ouvrage ont rectifié ces 
récits en substituant à des assertions sans base et 
répétées de siècle en siècle par les historiens succes- 
sifs, des preuves incontestables puisées aux documents 
originaux conservés dans les dépôts pubhcs de la 
Capitale. 

Les agrandissements successifs de l'Hôtel de Ville 



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— 336 — 

sont expliqués par les besoins survenus par l'augmen- 
tation des services publics. Les auteurs ont montré 
comment l'église Saint-Jean, l'Hôpital du Saint- 
Esprit, le grand bureau des pauvres, Tancien couvent 
des Haudriettes ou religieuses de l'Assomption ainsi 
que de nombreuses maisons particulières avaient été 
réunis au premier noyau de l'édifice et ils ont appuyé 
leurs dires par l'analyse ou la reproduction des 
titres authentiques qu'ils ont retrouvés en très grand 
nombre. 

Quelques-unes de ces pièces sont très importantes 
pour rhistoire du droit et des mœurs. Elles démon- 
trent notamment l'existence et l'application dès le 
XVI® siècle de plusieurs principes confirmés et déve- 
loppés par la législation moderne, tels que la dé- 
possession judiciaire pour cause d'utilité publique, 
l'indemnité préalable, la consignation des deniers 
en cas d'obstacle au paiement, etc. 

A un autre point de vue, l'intérêt de ce travail 
s'étend bien en dehors de Paris. En ce qui concerne 
plus spécialement la Picardie, nous y voyons qu'au 
xvii® siècle les cochers d'Amiens descendaient à Paris, 
rue de la Tixeranderiè à riiôtellérie qui portait l'en- 
seigne de la Macque. Parmi les nombreux noms cités 
dans les actes rapportés, nous trouvons ceux des 
Bellay, seigneurs d'Ancy qui en 1502, possédaient 
rhôtel d'Ancy, rue des Deux-Portes- Saint- Jean et rue 
des Vieilles-Garnisons, les du Gard de Longpré, les 
de Zalleux, Renaud de Corbie, bourgeois à Paris et 
dans une époque plus rapprochée celui de M. Vieillard, 
maître de la poste aux chevaux. 

Cet important ouvrage qui forme un gros volume 
in-4*' de plus de 11 00 pages est terminé par des tables 



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— 337 — 

alphabétiques très complètes qui facilitent les recher- 
ches. Il fait le plus grand honneur à notre collègue 
qui, l'ayant commencé comme un simple travail de 
bureau, a puisé dans Tétude des parchemins et des 
anciens titres le goût des recherches historiques et 
archéologiques et qui Ta terminé et publié en véri- 
table savant. 



Pe. Tamizey de Larroque. — Un notaire d'autrefois. 
Agen, veuve Lamy, 1893. In-S», vi-24 pp. 

Sous ce titre suggestif, notre infatigable et érudit 
collègue; qui a déjà exhumé tant de documents jetant 
un jour tout nouveau sur les hommes comme sur 
rhistoire du passé, vient de livrer à la publicité la 
correspondance d'un modeste notaire de TAgenais 
avec un puissant seigneur de cette région, que la 
Révolution chassa de son pays, mais qui, cependant, 
ne quitta point la France. 

Les lettres de M** Baboulène — c'est le nom de ce 
modèle des notaires — sont au nombre de dix-sept, du 
29 mars 1792 au 23 juillet 1797. Elles sont précédées 
d'une préface substantielle dans laquelle l'éditeur s'at- 
tache à faire ressortir les brillantes qualités de son 
obscur héros, qui « courait de ferme en ferme et de 
ville en ville pour disputer à d'avides spéculateurs les 
débris de la fortune » de son client, auquel « il ne de- 
mandait pour toute récompense que sa confiance » ; 
et, « loin de toucher une seule parcelle de l'or qu'à 
force de soins habiles et persévérants il faisait rentrer 
dans les mains » du noble proscrit, « il lui prêtait 



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— 338 — 

des sommes considérables pour Tarrangement de ses 
affaires. » Et ces avances lui furent-elles jamais rem- 
boursées ? 

Non, M. Taçiizey de Larroque, personne, comme 
vous semblez le^craindre, ne sera tenté de sourire en 
lisant cette correspondance, qui reflète une belle âme 
et respire d'un bout à l'autre comme un parfum de 
probité, de désintéressement absolu. Il est consolant 
de voir que, pendant cette triste époque, où toutes les 
mauvaises passions se donnaient libre carrière, il se 
rencontra, comme vous le dites si bien, « un homme 
dont le zèle monta jusqu'à l'immolation et qui, jeune 
encore, paya de sa vie le tort d'avoir eu la surhu- 
maine charité d'un saint. » Il ne s'élèvera aucune 
a voix moqueuse » après la lecture de la lettre « d'une 
éloquence particulièrement pénétrante » qu'adressa la 
veuve de M® Baboulène au client pour lequel son mari 
était mort à la peine à l'âge de quarante-quatre ans. 

Nous devons nous estimer heureux que ces lettres 
soient tombées entre les mains de M. Tamizey de 
Larroque, car nul autre que lui n'en auuait su tirer le 
même parti. Les nombreuses notes qui les enrichissent 
sont rédigées avec la finesse de touche, le tact, l'élé- 
gance, la pureté de style et l'érudition sûre qui carac- 
térisent ses publications ; ses images, toujours justes 
et frappées au meilleur coin, transportent le lecteur 
dans le beau pays du soleil qu'habite notre collègue. 
Outre ces qualités, que les admirateurs de M. Tamizey 
de Larroque sont unanimes à lui reconnaître, — et 
que nous n'avons jamais manqué de faire ressortir, 
— il faut également signaler sa modestie sincère — 
indice d'un mérite réel, — et son attention délicate à 
mettre en valeur les travaux de ses devanciers comme 



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~ 339 — 

les plus minces renseignements qu'on a pu lui fournir. 
Cette probité et ce soin scrupuleux sont choses assez 
rares dans le monde des écrivains pour qu'elle» mé- 
ritent d'être mentionnées. On ne segraodtt point en 
abaissant ses confrères. 

.Ax»citJS Ledieu. 



Histoire de l'abbaye de Saint-AcheuMez-AmIens, 

élude de son temporel au point de vue économique^ 
par M. JosEi'H Roux. — Amiens, Y vert et Tellier, 1890. 
In-4% 616 pp., 7 pi. et flg. 

Parmi les livres récemment offerts en hommage à 
la Société d'Émulatioii d'Abbeville par ses membres 
correspondants se trouve le volumineux ouvrage dont 
on vient de lire le titre. L'auteur a été choisi par ses 
collègues de la Société des Antiquaires de Picardie 
pour présider cette compagnie pendant Tannée 1894. 
Ce choix est pleinement justifié; c*est la juste récom- 
pense du labeur. 

Ce beau volume est divisé en dix-neuf chapitres. 
L'auteur passe rapidement sur les temps préhisto- 
riques et sur les nombreux instruments en silex qui 
ont fait de Saint- Acheul une station célèbre. 

Après l'occupation de ces peuplades primitives qui 
ont laissé tant de marques de leur séjour en cet en- 
droit, « un personnage d'Amiens, investi du titre de 
sénateur, Faustinien », y établit un cœmeterium en 
faveur de sa famille. C'est là, dans l'antique Abla- 
dène, que fut enterré saint Firmin le Martyr dont le 
tombeau a été découvert par saint Salve dans les pre- 
mières années du vu® siècle. Depuis, d'autres saints y 



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— 340 ~ 

ont reçu leur sépulture, entre autre saint Acheul, 
dont le nom remplace celui d^Abladène au commence- 
ment du XIII'' siècle. En 1085, Tévêque Roricon y fon- 
da un monastère, qui fut érigé en abbaye en 1145. 

Les chapitres III à XI sont consacrés à l'histoire 
des abbés et de Tabbayé depuis le xii* siècle jusqu'en 
1789. On y trouve des notices fort étendues et des 
faits historiques du plus haut intérêt, tels que les 
deux sièges d'Amiens par Charles le Téméraire et par 
Henri IV. 

Dans ces chapitres, traités avec « un respect scru- 
puleux de la vérité », l'auteur loue ce qui est à louer 
et flétrit comme ils le méritent les abbés commenda- 
taires dont le gouvernement néfaste déshonora l'ab- 
baye par les plus graves désordres. Mais ces torts 
passagers sont effacé» par les vertus et la vie édifiante 
du plus grand nombre. 

Le chapitre XIII est consacré à une longue et minu- 
tieuse description de Téglise. 

Dans le chapitre XV, qui est une nouveauté pour 
ces sortes de monographies, M. Roux établit avec une 
lucidité remarquable le mouvement économique de- 
puis le moyen âge jusqu'à la Révolution dans 56 loca- 
lités du département de la Somme où l'abbaye de 
Saint-Acheul possédait des biens ; il expose d'une fa- 
çon aussi claire que précise « la situation de l'agricul- 
ture, la valeur de la terre, la condition des classes ru- 
rales. » 

Pour cette étude, qui offre un côté si utile, l'auteur 
nous dit qu'il s'est imposé des travaux dont le résultat 
peu volumineux ne laisserait pas soupçonner la lon- 
gueur », et qu'il n'a « reculé devant aucune peine. » 
Nous le croyons aisément. Mais, aussi, lorsque, 



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— 341 — 

comme il en émet le vœu, on se sera livré sur toute la 
surface de la France à des études similaires, on pour- 
ra en établir la synthèse. Bien des opinions formulées 
jusqu'ici à la légère, se trouveront modifiées et la 
condition des classes rurales pourra être présentée 
sous son véritable jour. 

Le chapitre XVI est intitulé : « Description et histo- 
rique de chacun des biens qui composent le temporel 
de Tabbaye de Saint-Acheul. » Ce chapitre, qui est le 
plus important de Touvrage, contient, d'après un 
cueilloir du xv® siècle, une notice sur les biens que 
possédait l'abbaye dans 60 locr.lités ; M. Roux a com- 
plété chacune de ces notices par un historique des 
biens ; c'est une analyse fort bien faite des pièces qui 
les concernent. Les historiens locaux trouveront dans 
ce chapitre d'utiles documents. 

Le chapitre XVII est relatif à la justice de Pabbaye. 
Le suivant contient le plus ancien inventaire de l'ab- 
baye et la liste des obits. Le dernier a pour titre : 
« Sources de Thistoire de Saint-Acheul. » Puis vien- 
nent les appendices, les pièces justificatives, au nom- 
bre de 41 (1085 à 1710) et une table analytique fort 
bien dressée qui facilite les recherches du travailleur. 

Telles sont les matières traitées par notre érudit 
collègue dans son consciencieux travail. Dans les 
quelques lignes que nous venons de lui consacrer, 
nous n'avons voulu faire ni un compte rendu ni une 
analyse dont les développements qu'ils mériteraient 
nous entraîneraient plus loin que le cadre qui nous est 
imposé. Mais nous avons tenu à signaler un ouvrage 
qui fait le plus grand honneur à son auteur et à la so- 
ciété qui en a décidé l'impression. 

Algius Ledieu. 



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TABLE DES LECTURES 

ET COMMUNICATIONS 



Acte concernant les Sctfars grises de Montreuil-sur-Mcr, par 

M. Roger Rodière, ^8. 
Ancien (F) trésor de Longpré-les-Corps-Saints, par M. H. Mac- 

queron, 101. 
Artistes (les) et amateurs abbevillois à Texposition des Amis 

des arts du département de la Somme, par M. É. Delignières, 

157. 
Artistes (les) picards au salon des Champs-Elysées, par M. P. de 

Waillj,48, 163, 310. 
Bibliographie par MM. É. Delignières, E. Gontier, Alcius 

Ledieu et H. Macqueron, 147, 149, 150, 152,228, 246, 298, 

324, 327, 329, 330, 331, 335, 337, 339. 
Cabinet (le) d'un amateur picard, par M. É. Delignières, 241. 
Congrès (le) archéologique d*Abbeville, par M. H. Macqueron, 

259i 
Découverte de nouveaux vases mérovingiens à Menchecourt, 

par M. É. Delignières, 316. 
Don de manuscrits à la Bibliothèque communale d'Abbeville 

par M. E. Girard, par M. Alcius Ledieu, 11, 34. 
Don d'un tableau au musée, par M. É. Delignières, 232. 
Epreuves d'essai d'une gravure de Bridoux, par M. É. Deli- 
gnières, 320. 
Excursion archéologique annuelle de la Société d'Émulation, 

par M. Alfred Julia, 55, 178. 
Lettres de Michel de Buigny, par M. le comte de Brandt de 

Galametz, 206, 215. 



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— 344 — 

Mausolées (les) de Téglise de Tilloloy-lès-Roye, par M. Aldus 

Ledieu, 472. 
Note sur les armoiries des Carmélites, par M. le comte de 

Brandt de Galametz, 318. 
Noie sur neuf dessins de Masquelier, par M. É. Delignières, 

323. 
Note sur quelques sculpteurs en bois du Vimeu, par M. É. De- 

lignières, 134. 
Notes sur la défense d'Abbeville, par M. H. Macqueron, 23, 43. 
Notice sur Cayeux-sur-Mer, par M. Sauvage, 248, 303. 
Processions (les) blanches à Abbeville, par M. le comte de 

Brandt de Galametz, 89. 
Rapport à la Société d'Émulation, par M. É. Delignières, 77. 
Seiile (la) en bois de Miannay, par M. É. Delignières, 315. 
Testament d*un grand seigneur picard à la fin du xvi*' siècle, 

par M. du Grosriez, 115 ; errata, 154. 
Thibaut Poissant, sculpteur picard, par M. H. Macqueron, 218. 



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TABLE DES PLANCHES 



Planche, 



I, 


107. 


II, 


109. 


III, 


110. 


IV, 


177. 


V, 


177. 


VI, 


177. 


VII, 


177. 



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TABLE DES MATIÈRES 



Abbeville (les Processions blanches à), 89. 
Artistes (les) et amateurs abbevillois, io7. 
Artistes (les) picards au salon des Champs-Elysées, 48, 163, 310. 
Ault-Dumesuil (M d'), lauréat de la Société française d'archéo- 
logie, 257. 



Bellettre (M. le D""), élu titulaire, 3. 
— son décès, 33. 

Bernes de Longvilllers (M. A. de), élu correspondant, 77. 
Oignon (M. Ch.), élu correspondant, 33. 
Blandin (M. Tabbé) envoie une pièce de vers, 169, 209. 
Bonnauit (M. de) lit diverses pièces sur la Révolution, 4. 

— étudie le budget d'Abbeville en 1790-91, 5. 

— lit une lettre de l'intendant de Picardie, 98. 

— son décès, 170. 
Bonnel (M.), rayé, 99. 

Braquehay (M. Aug.), élu correspondant, 212. 

— don d'un ouvrage, 303. 

— analyse de son ouvrage, 330 
Bray-lès-Mareuil ; Notice par M. Mallet, 301. 
Brécourt (M. le baron P. de), élu correspondant, 137. 



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— 347 — 

Bridoux (M.)> élu membre honoraire, 99. 

— sa mort, 138. 

— note sur une de ses gravures, 320. 
Bui^ny (Lettres de Michel et de Claude de), ;206, 2i5. 



Cagny (M. le D^), élu correspondant, 214. 

Caïeu (M. P. de), élu titulaire, 214. 

Carde vacque (A. de), élu correspondant, 74. 

Carmélites ; Note sur leurs armoiries, par M. de Galametz, 318. 

Caudron (M. le D**), nommé membre dé la Commission des 

musées, 146. 
Cayeux-sur-Mer; Notice par M. P. Sauvage, 248, 303. 
Charpentier (M. E.), élu correspondant, 171. 
Coache (M. É.), élu correspondant, 33. 

— fait don d'un ouvrage, 76. 

— élu titulaire, 77. 

— lauréat de la Société de topographie de France, 

171. 
Cottel (M.), lauréat de la Société française d'archéologie, 257. 

— élu correspondant, 259. 
Crèvecœur (A. de), don d'un ouvrage, 73. 

— élu vice-président, 97. 

— rend compte de Tinauguralion du chœur de 

réglise de Naours, 139. 
Crusel (M. R.), élu correspondant, 77. 



Dabot (H.), élu correspondant, 98. 

— assiste à l'excursion annuelle, 143. 

— fait don d'un ouvrage, 144, 150. 

— analyse de ses ouvrages, 149, 150. 

Danicourt (iM. l'abbé), invite la Société à se faire représenter à 
l'inauguration du chœur de l'église de 
Naours, 140. 



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— 348 — 

Danicourt (M. Fabbé), assiste à* J'excursion annuelle, 143. 

— lauréat de la Société française d'archéo- 

logie, 257. 
Decrept (M.) fait don d'un ouvrage, 171. 

— description de son cabinet, 211, 241. 
Delignières (M. Ém.), lit divers comptes rendus d'ouvrages, 1, 

9, 99, 100, 147, 149, 150, 152, 324, 327, 

329 et suiv. 

— signale les noms de deux entailleurs 

d'images, 3. 

— fait don de ses ouvrages, 6, 303. 

— signale différents travaux sur la Picar- 

die, 74. 

— lit un rapport sur les travaux de la So- 

ciété, 76, 77. 

— élu président, 97. 

— note sur quelques sculpteurs en bois dans 

le Vimeu au xv^ siècle, 134. 

— rend compte de l'excursion annuelle, 142. 

— nommé membre de la commission du 

congrès de la Société française d'ar- 
chéologie, 144. 

— lit un compte rendu sur les œuvres d'ar- 

tistes abbevillois, 145, 157. 

— les artistes et amateurs abbevillois à l'ex- 

position des amis des arts du dépar- 
tement de la Somme, 157. 

— annonce le décès de M. de fionnault, 170. 

— adresse ses félicitations à M. Goache pour 

la récompense qu'il vient d'obtenir, 
170. 

— donne la description d'une statuette à la 

ville d'Eu, 210. 

— lit une notice nécrologique sur M. de 

fionnault, 211. 

— lit une notice sur le retable de Monchy, 

211. 

— fait une description du cabinet de M. De- 

crept, 211, 241. 



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— 349 — 

Delignières (M. Ém.), lit une étude sur deux dessins de Mas- 
quelier,2H. 

— lauréat de la Société française d'archéo- 

logie, 257. 

— lit une notice sur le monument de M. et 

M°»« Masse, 257. 

— donne lecture d'une notice sur divers 

objets du musée, sur des découvertes 
d'objets et sur Bouquet, 302. 

— note sur la seille en bois de Miannay, 3t5. 

— découverte de vases mérovingiens, 31 tf. 

— épreuve d'une gravure de Bridoux, 320. 

— note sur Framery, 321. 

-— don d'un tableau de M. Willame, 322. 

— note sur neuf dessins de Masquelier, 323. 
Dieppe (M. E.), élu correspondant, 139. 

Dupont (M.), lauréat de la Société française d'archéologie, 257. 
Durand (M. G.), lauréat de la Société française d'archéologie, 
257. 

E 

Estourmel (A. d'), lettres aux élus du Ponthieu, 94. 

F 
Fromessent (M. G. de), élu correspondant, 77. 



Galametz (M le comte de) communique une lettre d'Antoine 
d'Estourmel, 1, 94. 

— lit des détails sur l'hiver de 4434, 3. 

— communique des lettres du comte d'Angoulème, 6. 

— les Processions blanches à Abbeville, 89. 

— élu archiviste, 97. 

— lit un rapport sur l'état de la bibliothèque, 98. 



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— 350 — 

Galametz (M. le comte de) lit un marché passé pour une pierre 
tombale > 99. 

— lit la copie d'une pièce relative à une jeune fille qui 

sauva la vie à un condamné, 100. 

— signale Texistence de deux hôpitaux à Eu, 137. 

— lettres de Michel et de Claude de Buigny, 206. 

— lit une note sur les biens de Tabbaye de Saint- Valéry 

en Angleterre, 2H, 212, 258. 

— présente une tapisserie au point de plume, 302, 318. 
Gaudechon (M. 0.) assiste à Texcursion, 143. 

— élu correspondant, 445. 

— analyse d'un de ses ouvrages, 248. 
Girard [M, E.), don de manuscrits à la bibliothèque d'Abbe- 

ville ; catalogue par M. Alcius Ledieu, 1 1 , 34. 
Gontier (M. E.), élu correspondant, 5. 

— élu titulaire, 77. 

— nommé membre de la commission du Congrès 

de la Société française d'archéologie, 144. 

— a préparé le catalogue de la bibliothèque de 

la Société, 169. 

— donne un compte rendu d'un ouvrage, 210, 

228. 
Gosselin (M. l'abbé) fait une description d'un calice du xxv® 

siècle, 210. 
Gosselin (M. Paul), élu correspondant, 2. 
Grosriez (M. F. du) lit des notes généalogiques sur les Plan- 
tard, 3. 

— donne l'énumération de tableaux exposés 

au Salon, 7. 

— lit le testament de François de Soyecourt, 

98, 115, 138, 1E4. 

— errata de la communication précédente, 

154. 



Hall (M. 0.) fait don d'un ouvrage, 170. 
élu titulaire, 211. 



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— 35i - 

Havel (M. F.), élu correspondant, 211. 
Hédou (M. J.), don d'ouvrages, 302. 

— analyse de ses ouvrages, 327. 

Hubert (M. J.) envoie trois arrêts relatifs au Crotoy, 4. 



Janvier (M. A.)^ dons d'ouvrages, 437, HO, 243. 
Julia (M. Alfred), sa biographie, 4. 

— lit le compte rendu de Texcursion annuelle, 

33, ^, 169, 178. 

— don d'ouvrage, 98. 



Ledieu (M. Alcius) présente les premières feuilles des Reliures 
artistiques..., 1. 

— dépose des dons de M. de Rosny, 2. 

— lit une notice nécrologique sur M. A. van 

Robais, 4, 

— donne lecture d'un chapitre de la 3« partie de 

sa Monographie d'un bourg picard, 7. 

— don de manuscrits par M. Girard, H, 34. 

— nommé officier de l'Instruction publique, 34. 

— communique l'étude qu'il a préparée du Më- 

morial d'un bourgeois de Domart, 75. 

— élu directeur des publications, 97. 

— donne lecture d'un état des biens, du testa- 

ment et d'un codicile de François de Soye- 
court, 139. 

— lit une notice sur le prince de Savoie-Cari- 

gnan, 139. 

— demande qu'il soit rendu compte des ou- 

vrage» offerts à la Société, 143. 
nommé membre de la commission du Congrès 
de la Société française d'archéologie, 144. 

— donne lecture du livre de raison d'Antoine 

Rohault, 171,210. 



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— 352 — 

Ledîeu (M. Aldus} les mausolées de Téglise de Tilloloy-lès-Roye, 
172. 

— analyse les ouvrages de MM. Tamizey de 

Larroque et 0. Gaudechon, 213, 246. 

— lauréat de la Société française d'archéologie, 

257. 

— compte rendu d'un ouvrage de M. Tamizey 

de Larroque, 298. 

— compte rendu d'un ouvrage de M. Roux, 

302, 339. 

— compte rendu d'un ouvrage de M. Tamizey 

de Larroque, 337. 
Ledieu (M. Maurice), élu correspondant, 145. 
Lefevre (M. l'abbé) envoie la copie de lettres émanant de Lan- 
celot de Bacouel, 99. 

— sa mort, 210. 

Lemire (M. Ch.) fait donxi'un ouvrage, 170. 
Lesaché (M. P.), élu correspondant, 145. 
Longpré-les-Corps-Saints (l'ancien trésor de), 101. 



Macqueron (M. H.) lit des notes sur la défense d'Âbbeville, i, 
24, 43. 

— lit la commission de Jean Macquet, 3 

— lit trois états sur le régiment de Pié- 

mont, 5. 

— lit une description du chœur de l'église de 

Feuquières, 6. 

— raconte les démêlés d'un gouverneur d'Ab- 

ville avec la ville, 33. 

— donne un compte rendu verbal des congrès 

de la Société française d'archéologie, 34. 

— signale différents travaux sur la Picardie, 

74. 

— donne lecture d'un inventaire des reli- 

quaires de Longpré, 76, 101. 

— élu secrétaire, 97. 



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~ 353 — 

Macqueron (M. H.) fait le récit de scèaes pour des questions 
de préséance, 99. 

— nommé membre de la commission du Con- 

grès de la Société française d'archéo- 
logie, 144. 

— lit un travail sur les logements militaires, 

145. 

— lit un compte rendu du congrès d'Anyers, 

169. 

— signale une étude sur les Flavy par 

M. Alcius'Ledieu, 212. 

— signale un travail de M. Vaussois, 212. 

— communique des documents sur Lecointe, 

213. 

— lit une note sur la corporation des bou- 

chers, 213. 

— signale les inscriptions de Tancien couvent 

des Carmes, 214. 

— notice sur Thibaut Poissant, 218. 

— lauréat de la Société française d'archéo- 

logie, 257. 

— compte rendu sur le congrès de 1893, 259. 

— compte rendu d'un ouvrage, 335. 
Macqueron (M. 0), lauréat de la Société française d'archéo- 
logie, 257. 

Mallet (M. F.) envoie une notice sur Bray-lès-Mareuil, 301. 

Maressal (M. E.), élu correspondant, 77. 

Marsy (M. le comte de) assiste à la séance pour s'occuper de 

l'organisation du congrès de 1893, 

144. 
— adresse une note sur Maleuvre, 301. 

Miannay (note sur la seille en bois de), 315. 
Millevoye (M. Ch.), son décès, 33. 
Mollet (M.), rayé, 99. 

Monnecove (M. le baron de), élu correspondant, 34. 
Montreuil (les Sœurs grises de), 95. 
Moreau (M. F.) dons d'ouvrages, 212, 259. 



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— 354 — 



N 



Naours, compte rendu de Tinauguratiôa du chœur de Tégiise, 
140. 



Pascal (M.), élu correspondaDl,,33. 

Pépin (M.), rayé, 99. 

Piûsard (M. Gh.), lauréat de la Société française d'archéologie, 

257. 
Poissant (Thibaut), sculpteur, 218. 
Potez (M. H.), élu correspondant, 210. 

— don d'un ouvrage, 303. 

— analyse de son ouvrage, 330. 
Prarond (M. E.) nommé président d'honneur, 1. 

— Histoire d'Abbeville avant la guerre de 

Cent ans, compte rendu par M. Deli- 
gnières, 9. 

— . lit des extraits d'un ouvrage posthume de 

Victor Hugo, 144. 

— dons d'ouvrages, 213. 

— lauréat de la Société française d'archéologie, 

257. 

— propose de faire faire des fouilles à Noyelles, 

258. 

— un souvenir lui sera ofifert à l'occasion de son 

cinquantenaire dans la Société d'Emulation, 
302. 

— analyse d'un de ses ouvrages, 324. 



Reichert (M.), élu correspondant, 145. 
Renou (Mgr), élu correspondant, 258. 
Ricouart (M. L.) fait don d'un ouvrage, 169. 



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>/ 



— 355 — 

Rodière (Roger), acte conceraant les Sœurs grises de Mon- 

treuil, 95. 
Rosny (M. A< de), dons d'ouvrages, 2, 212. 
Roux (M. J.), don d*un ouvrage, 302. 

— compte rendu de son ouvrage, 339. 



S 



Sauvage (M. P.) envoie une étude sur Cayeux-sur-Mer, 209, 

248, 303. 
Sculpteurs en bois dans le Vimeu au xv« siècle, 131. 
Sol (M'*« Marguerite), élue membre correspondant, 259. 
Sorel (M. A.) fait don de ses ouvrages, 250. 
— analyse de ses ouvrages, 331 . 

Soyecourt (François de), l'état de ses biens, son testament, 
son codicile, 98, H 5, 137, 138, 154. 



Tâmizey de Larroque (M. Ph.), analyse de ses ouvrages par 

M. Alcius Ledieu, 246, 298, 
337. 
Tierny (M. P.), don d'un ouvrage, 137. 

— analyse de son ouvrage, \ 52. 

Tillette de Clermont-Tonnerre (M, le baron de) lit le récit d'une 

mission, 4. 
Tilloloy-lès-Roye (les mausolées de), 172. 



Vayson (M. J.) donne un compte rendu verbal du congrès de la 
Société française d'archéologie, 32, 142. 

— présente un dessin, 139. 

— nommé membre de la commission du congrès de 

de la Société française d'archéologie, 144. 
Vitasse (M l'abbé), élu correspondant, 139. 



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— 356 — 



W 



Wailly (M. P. de) lit un compte rendu des œuvres des artistes 
picards au Salon, 33, 48, 143, 163, 258, 310. 
Waziers (M. van der Cruysse de), élu correspondant, 8. 
Wignier de Warre (M. Ch.) étudie les billets de coniance et 

présente un pot galloromain, 2. 

— présente des monnaies trouvées à 

Villers-sur Authie, 7. 

— élu trésorier, 97. 

— lit un rapport sur les comptes de 

1891, 98. 

— lit différentes pièces relatives à la 

fondation de la Société d'Émula- 
tion, 100. 
-- présente divers méreaux, 142. 

— nommé membre de la commission 

des musées, 146. 

— lauréat de la Société française 

d*arcbéologie, 257. 
Willame (M. Paul), élu correspondant, 2. 
Wilasse {M. G. de), don d'un ouvrage, 303. 



Abbevilie. — Imprimerie C Paillart. 



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