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Full text of "Bulletin"

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lU'LLETf.X DE 186-f. 



TOUE VIII 



BULLETIN 



SOCIETE LIÉGEOISE 



LITTÉRATURE WALLONNE 



• •! Ht». AIVlvfeK. 




» ■ é «t E 

J.-C. (A RM A NNE, I \l PRI M RU R 

1860 



S- 



*o« il il ■■■;<- w oisi 



L1TTÉRATIRE \YALL< 



CHAPITRE PRELIMINAIRE. 

Art. I er . Il esl constitué à Liège une Société dans'lë but 
d'encourager les productions en Wallon Liégeois; de propager 
les bons chants populaires; de conserver sa pureté à notre 
antique idiome, d'en fixer autant que possible l'orthographe el 
les règles, el d'en montrer les rapports avec les autres branches 
• le la langue Romane. 

CHAPITRE 11. 

Tili*e t't travaux <!«• :.-• ["»«>«'! <-i< - . 



\i;i. -2. La Société prend le litre de Société liégeoise 'le 
littérature wallonne. 

V.rt. 3. Elle institue un concours annuel de poésie wallonne 
entre les poètes du pays de Liège. 



— 6 — 

Un concours pourra également être établi sur les questions 
historiques ou philologiques relatives au wallon. 

Art. 4. Le sujet du concours, ses conditions, les récompenses 
à donner aux lauréats (*) sont déterminés chaque année par la 
Société dans le courant du mois de novembre. 

La distribution des prix pourra avoir lieu en séance pu- 
blique ( 2 ). 

Art. 5. La Société réunit les matériaux du dictionnaire et de 
la grammaire du wallon Liégeois. Elle détermine , autant que 
l'aire se peut, les règles de la versification. 

Art. 6. La Société s'assemble de droit au local ordinaire 
de ses séances, à six heures dû soir, les Iodes mois de 
janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, novembre et 
décembre. 

Dans le cas où ces dates tombent un jour férié, la réunion 
a lieu le lendemain. L'assemblée générale est celle du mois de 
janvier. 

Art. 7. La Société s'assemble aussi sur toute convocation du 
secrétaire ordonnée par le président. La convocation contient 
l'ordre du jour. 

A la demande de trois membres titulaires, le président doit 
faire convoquer la Société. 

Art. 8. L'assemblée délibère sur les objets à l'ordre du jour 
lorsque cinq membres titulaires sont présents. 

En cas d'urgence reconnue par l'assemblée, il peut être statué 
sur tout autre objet non prévu à l'ordre du jour. 

Ain. 9. Sur demande de trois membres , le vote a lieu au 
scrutin secret. 



(*) Toute mention honorable donne droit a une médaille en bronze. (Séance du 
15 mars 1858). 

Toute personne ayant obtenu une médaille dans un concours de la Société recevra 
le bulletin de l'année correspondante. (Séance du 15 février 1859). 

( 8 ) Cet article a été ainsi modifié le 15 février 1858 par une décision de la 
Société. 



— 7 — 

Toute élection a lieu au scrutin secret. 

Art. 10. Toute discussion politique ou religieuse est interdite. 

CHAPITRE III. 

I>«»* fonctionnaires ei «lu bureau. 

Art. 11. Los travaux de la Société son! dirigés par un bureau 
composé d'un président, d'un vice-président, d'un secrétaire, 
d'un bibliothécaire-archiviste el d'un trésorier ('). 

Art. 12. En cas d'absence du présidenl el du vice-président, 
le membre le plus âgé en remplit provisoirement les fonctions. 

Si le secrétaire est absent, le présidenl choisit un des membres 
pour le suppléer; 

Art. 13. Le président, le vice-président, le secrétaire, le 
bibliothécaire-archiviste et le trésorier sont nommés tous les 
an> dans la séance du lo décembre; ils entrent en fonctions 
dans la séance qui suit celle du 15 janvier. 

Art. li. Le président règle l'ordre du jour et dirige les dis- 
cussions ; il veille à L'exécution du règlement; il rend compte 
des travaux de l'année écoulée à l'assemblée générale du 15 
janvier. 

Art. lo. Le secrétaire tient le procès-verbal des séances et la 
correspondance; il exécute les décisions de la Société. 11 est 
dépositaire du sceau. 

Art. 16. Le bibliothécaire-archiviste conserve et classe la bi- 
bliothèque el les archives. — Le trésorier opère les recettes, fait 
les paiements, el en rend compte à la fin de l'année, le tout sous 
la surveillance du président. Chaque année il sera dressé un 
projet de Budget pour le nouvel exercice. 



. Les articles 1 1 . 13, 15 el 16 ont été ainsi modifiés par la Société le lo mars 
i J66. 



— 8 — 
CHAPITRE IV. 

I»t'*4 meinlîres «le la Snciclc 

Art. 17. La Société se compose de membres honoraires, de 
titulaires, d'adjoints el de correspondants. 

Art. 18. Les membres honoraires sont : A. le bourgmestre de 
la ville de Liège; B. le président du Conseil provincial; C. les 
personnes qui ont rendu des services éminents à la Société et à 
qui cet honneur est décerné par les votes des trois quarts des 
membres titulaires présents. 

Art. 19. Les membres titulaires de la Société sont au nombre 
de trente. 

Ils ont seuls voix délibérative et consultative. 

Art. 20. Les personnes présentées par trois membres titulaires 
sont inscrites comme membres adjoints Les présentants sont 
responsables du paiement delà cotisation de la première année 
due par le membre adjoint qu'ils ont présenté. 

Art. 21. Les membres correspondants sont nommés à la ma- 
jorité des membres titulaires présents ; ils se tiennent en relation 
avec la Société ('). 

Les membres honoraires, adjoints et correspondants onl le 
droit d'assister aux séances fixées par le règlement. 

Art. 22. Les membres titulaires sont choisis parmi les mem- 
bres adjoints à la majorité des votes des membres présents. 

Art. 23. Les membres titulaires signent les Statuts avant 
d'entrer en fonctions. 

Art. 24. La démission donnée par un membre titulaire ou 
adjoint ne le libère pas du paiement de la cotisation de l'année 
dans le courant de laquelle la démission est donnée. 



f 1 ) Les membres correspondants ne figureront au tableau que lorsqu'ils auront 
accepté ce titre. Ils sont invités à faire don à la Société de leurs publications. (Séance 
du io février 1861). 



— 9 — 

Le défaut de paiemenl de la cotisation pendant deux ans en- 
traîne la démission. Le démissionnaire n'en est pas moins tenu 
au paiemenl de ces deux années. 

CHAPITRE V. 

Des publications. 

Art. 25. La Société fail imprimer : 

\. Les pièces couronnées dans les concours el celles non 
couronnées qui méritent celle distinction (' . 

Ces pièces deviennent sa propriété. Les auteurs ne peuvent 
les réimprimer qu'avec l'autorisation de la Société. Tout ma- 
nuscrit envoyé au concours es! déposé aux Archives. 

I!. Lc-> pièces anciennes donl la rareté el le mérite nécessitent 
la conservation. 

C. Les pièces adressées à la Société lorsqu'elles en sont 
• dignes. 

Dans toutes ers pièees, les convenances devront être respec- 
tées tanl dans le tond que dans la forme. 

Art. 26. Le secrétaire est chargé de remplir les formalités 
voulues par la loi pour assurer à la Société la propriété de ses 
publications. 

Art. 27. Un exemplaire numérote de toute publication est de 
droit remis sans rétribution à chaque membre honoraire, titu- 
laire et adjoint. 

La Société peut décider l'envoi d'un exemplaire aux corres- 
pondants. 

lu exemplaire est adressé au\ Sociétés qui accordent la 
réciprocité, à la bibliothèque royale de Bruxelles el à celle de 
l'Université de Liège. 



L'inseï tu bulletin d'une œuvre quelconque est accompagnée du tirage à 
part de 50 exemplaires destinés à l'auteur. (Séance du \ï> février 1861). 



— 10 — 
CHAPITRE VI. 

lies recettes et «le* tlt>5»eii«et». 

Akt. 28. Les recettes consistent : en cotisations ordinaires 
payées par les membres titulaires, tixées à dix francs; en coti- 
sations payées par les membres adjoints, fixées à cinq francs ; 
en cotisations extraordinaires que la Société s'impose; en dons 
volontaires; en subsides éventuels de la Commune, de la Pro- 
vince, de l'État; et en produits de la vente des exemplaires des 
publications livrés au commerce. 

Art. 29. Les dépenses ordinaires sont celles pour Irais d'ins- 
tallation et de bureau; elles sont ordonnées par le bureau. 

Akt. 30. Les dépenses extraordinaires sont celles qui sont 
occasionnées par les publications de la Société et les prix à 
décerner aux lauréats des concours. Elles ne peuvent être 
votées qu'à la majorité des trois quarts des membres titulaires 
présents. 

CHAPITRE VII. 



lïc lu révision «lu règlement et de !n «li*t<.olu.tioii «le 

Société. 



Art. 31. Eu cas de nécessité reconnue par la majorité des 
membres titulaires présents et absents, les Statuts peuvent être 
modifiés. 

Aucune résolution ne peut être prise à ce sujet qu'après avoir 
été discutée dans deux des réunions de droit. 

Eu cas de dissolution, laquelle ne peut être décidée qu'à la 
majorité des (rois quarts des membres titulaires présents et 
absents, la bibliothèque, les archives et le sceau de la Société 
sont déposés à la bibliothèque de l'Université de Liège et de- 



— 11 — 

viennent la propriété de la ville; le solde restant en eais-se est 
acquis en tous cas au bureau de bienfaisance de la ville de 
Liège. 

Liéye, le 27 décembre 1856. 

l'uni- copie conforme : 

lx Secrétaire. 
F. BÀ1LLEUX. 



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TABLEAU 



MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



UtBÊTK LE I" 1 VIA! 1866. 



N ■*. *• \ ( 



BUREAU. 

GnANDGÀGNAGE"(Charles), Président. 
Fuss (Théophile), Vice-président. 
Bormans (Stanislas), Secrétaire. 
Capitaine (Ulysse . Bibliothécaire-itrehîviste.. 
DEFRECHEUX Nicolas). Trésorier. 

Membres titulaires. 

Borsuns .l.-ll.,. professeur à il niversité, membre de l'Académie royale. 

Bormans (Stanislas), conservateur-adjoinl des Archives de l'Etat. 

Bum luguste), avocat, membn de la commission des Hospices civils. 

Capitaine Ulysse . administrateur de la Banque Nationale. 

Chakdelojn .1. D.-P. . professeur àl'l Diversité, membre de l académie royal* 

Chaumoni (Félix), fabrieam (Larmes. 

Collette (Victor), fabricanl d'armes. 

Defrecheux Nicolas . expéditionnaire du conseil académique. 

Dehix Joseph), maître chaudronnier. 

Dejardin Joseph . notaire. 



— 14 — 

Delboeuf (Joseph), professeur à l'Université de Gand. 

Desoer (Auguste), avocat. 

De Tiiier (Charles), juge au tribunal civil. 

Dumont (B.-A.), notaire. 

Fuss (Théophile), conseillera la Cour d'appel. 

Galand (Walthère), avoué. 

Grandjean (Mathieu), sous-bibliothécaire à l'Université. 

GRANDGAGNAGE (Charles), ancien représenta ni. 

Henrotte (Nicolas), chanoine. 

Hock (Auguste), fabricant, bijoutier. 

Kirsch (Hyacinthe), avocat. 

Le Roy (Alphonse), professeur à l'Université et a l'Ecole normale. 

Lesoinne (Charles), représentant. 

Martial (Epiphane), avocat. 

Masset (Gustave), commis au parquet de la Cour d'appel. 

Minette (Adolphe), avocat. 

Picard (Adolphe), vice-président du Tribunal civil. 

Stecher (Jean), professeur à l'Université et à l'Ecole normale. 

Tiiiry (Michel), inspecteur du service, des transports au chemin de t'ev de l'Etat. 

Wasseige (Charles), docteur en médecine et conseiller provincial. 

Membres honoraires. 

Le Bourgmestre de Liège. 

Le Président du Conseil Provincial. 

Grandgàgnage (Joseph). premier président de la Cour d'appel. 

Littrê (Emile), membre de l'Institut de France. 

Polain (Mathieu), administrateur-inspecteur de l'Université. 

Membres correspondants ( ' ). 

Alexandre (A.-.I.), professeur à l'école moyenne de Gosselie.-. 

Bidaut (Eugène), secrétaire-général du ministère des travaux publics, à Bruxelles. 

Borc.net (Jules), conservateur des archives de l'Etat, à Namur. 



( l ) On croit devoir appeler L'attention de Messieurs les membres correspondants 
sur la note de l'article 21 du règlement. 



— 1i 



Bovie (Félix), peintre el homme de lettres, à Bruxelles. 

BREDEN, professeur au gymnase d'Arnsberg. 

Chalon (Renier), membre de l'Académie Royale de Belgique, a Bruxelles. 

Chavéi i il. i, homme de lettres, à Paris. 

CLESSE (Antoinej, homme de lettres, à Mons. 

Coune (Joseph), préfet îles études, a Anvers. 

De Backer (Louis), homme de lettres, à Noord-Peene (France). 

De Christé il..), imprimeur à Douai. 

De Coussemaker (E.), président du Comité flamand de France, à Dunkerque. 

Delgotalle, pharmacien, à Dalhem. 

l»t: Noue (A.), docteur en droit, à Malmedy. 

DESROUSSEAUX (A.), chef de bureau à la mairie, à Lille. 

GEUBEL J.-B.), juge d'instruction, à Marche. 

Hoffmann (F. L.), homme de lettres, à Hambourg. 

Hyjians (Louis), membre de la Chambre des représentants, à Bruxelles. 

Lagrange (Philippe), négociant, à Namur. 

Le Pas Auguste), professeur au Conservatoire royal de Liège, à .1 n | >i lie . 

Leray Eugène), teinturier, à Tournai. 

Letellier, curé, à Bernissarl (Hainaut). 

Loumyer (N.), chef de division au départemenl des affaires étrangères, à Bruxelles. 

Mtc.HK.t.AM (H.), vice-président de la Société impériale îles antiquaires de France, à 

Paris. 
Magnée (Gustave), vérificateur des douanes, à Francorchamps. 
MûREL (A.), homme de lettres, à Paris. 
Poi m i Nicolas), peintre, à Verviers. 
Régnier (.i. S.), peintre, ;< Verviers. 
Renard (M. C), vicaire, à Genval (Brabant). 
Renard Jules . rédacteur du Charivari, à Paris. 
Scheler (Aug.) bibliothécaire de s. M., à Bruxelles. 
Schuerhans H.), procureur du roi,- à Hassell. 
["arlier, professeur à l'Université libre, à Bruxelles. 
\ '.n Bemmel (Eugène . professeur ;i il niversité libre, à Bruxelles. 
Vermi t. kug. . doeti tir en médecine, à Bcauraing. 
Von Kku.i i; idalbei I - professt ur à l'I niversité de Tubinge. 
B \i;i omoni Charles), à Bruxelles. 

Warnkoenig, conseiller intime de S. M. le roi de Wurtemberg, à Stuttgard. 
W\ mu n Charli - . à Namur. 
Xnon ri; i. I. . rentiei - à Verviers. 



— 16 — 

Membres adjointe. 

Aerts (Auguste), candidat notaire. 
Alyin (A.), préfet des études à l'Athénée de Bruxelles. 
Ancion (Dieudonné), fabricant d'armes. 
Ansubx-Rbtten (Emile), ancien bourgmestre.. 
Ansiaux, professeur de musique, à Charleville. 
Attout-Franz, négociant. 

Baar-Lecharlier, négociant. 

Baatard (Frédéric), maître de carrières, à Beaufays. 

Balat (Alphonse), architecte du duc de Brabant, à Bruxelles, 

Banneux (Léon), à Huy, propriétaire. 

Bastin-Moraï, industriel, àNessonvaux. 

Bayet (Joseph), juge au tribunal do 1 re instance. 

Bayet (Emile), ingénieur. 

Beaujean (François), négociant. 

Reaijean (Eugène), négociant. 

Bellefontaine (François), négociant. 

Beelefroid (Victor), directeur de la banque liégeoise. 

Bellefroid (Richard), avocat. 

Beltjens (Gustave), substitut du procureur du Roi, a Verviers. 

Bérard-Leurquin, directeur-économe de l'Institut des sourds-muets. 

Bérard (Charles), directeur au département des finances, à Bruxelles. 

Bertrand, curé de l'église St-Lambert, a Herstal. 

Bernard (Félix), notaire, a Montégnée. 

Bethune (Armand), rentier. 

Bf.vret (Auguste), fabricant. 

Biar (Grégoire), ancien notaire. 

Biar (Nicolas), notaire. 

BiRCK-Con.ETTE, fabricant . 

Blonden, ingénieur-directeur des travaux publics de la ville de Liège. 

Bodson (Mathieu . vicaire de St-Bartbélemi, à Liège. 

Body (Albin), rentier, à Spa. 

Boioux (L.-J.), avocat, ancien échevin. 

Bon (Charles), avoué. 

Borguet (Louis . docteur en médecine. 

BORGUET (Louis), avocal. 

Bohgi et (Jos. . entrepreneur. 



— 17 - 

BoRMANS (Théophile), avocat. 

Boseret (Charles), avocat. 

Bottin i Alexandre), avocat. 

Bourdon Jules), échevin. 

Bourgeois Nestor . directeur d'usine, à Seilles. 

Boim Uexandre). Fabricant. 

Braconier (Frédéric), représentant. 

Braconier (Charles), conseiller communal. 

Br \:i\ . négociant. 

BRONNE (Louis), inspecteur des postes. 

Bronni Gustave), fabricant d'armes. 

Buckens (J.-G. . professeur à l'Académie. 

By.v (Joseph), industriel . 

Camrres\ (Thomas), pharmacien. 

Capitaine (Edouard . président de la Cour du Limbourg, à Maestrichl. 

Capitaine Félix), ancien président de la Chambre de Commerce. 

Capitaine Félix), fils, fabricant el conseiller communal. 

CARLTER (Florent), entrepreneur. 

Carmanne (J.-G.), imprimeur. 

Cakpav (François), instituteur. 

Carpentier (N.-J.), curé, à Soiron. 

Carrez-Ziegler, négociant. 

CAURIN (Martin), professeur de musique. 

Charles (Prosper), avocat. 

Charlier (Eugène), docteur en médecine. 

CHAUDOIR-VAN Mr.i.u:, fabricant. 

Chauvin (Auguste . directeur de l'Académie de peinture. 

Chèvremont (Henri), ingénieur civil, à Herstah 

Chokier (Charles), avocat. 

Claes-Wauters (Eugène), entrepreneur à Namur. 

Cloi séreux Henri), avocat et conseiller communal. 

Cloes(J.), conseiller à la Cour. 

Clossf.t (Mathieu), banquier, ancien bourgmestre de Lie'^'. 

Clossi i Evrard), administrateur de la Banque nationale. 

ji i i Henri , étudiant. 
Closon Joseph), avocat. 

Coui.i . major d'artillerie de la garde civique. 

i.ui.i etti [Léopold), fabricant d'armes. 



18 



Colsoul (Auguste), directeur du gazomètre, à Verviers. 

C.omhaire, avocat. 

Cornesse (Edouard), négociant, à Aywaille. 

Cornesse (Prosper), avocat et conseiller provincial. 

Couclet-Mouton (F.), graveur. 

Couclet, capitaine de lanciers. 

Cralle (Aristide), avocat. 

Dandoy (Céleslin), conseiller communal. 

D'Andrimont-Demet, industriel. 

D'Andrimont-de Mélotte, conseiller provincial et communal. 

D'Andrimont (L), administrateur de la Banque nationale. 

Dardenne (V.), fabricant bijoutier. 

Dardespine (F.-C), négociant. 

Dauw (E.), juge d'instruction. 

Dawans-Closset (Adrien), fabricant et conseiller provincial. 

Dawans-Orban (Jules), fabricant. 

Debefve (P. -A.) négociant. 

Debonnier (H. -F.), négociant. 

De Boubers (Adolphe). 

De Bronckart (Emile), ancien représentant, à Brâ. 

Dechamps, major pensionné, à Stembert. 

De Fabri-beckers, conseiller provincial, 

Defays-De Monceau, conseiller provincial. 

Defrecheux (Emile), employé. 

De Glymes (comte), substitut du procureur du roi. 

Dehasse (Auguste), fabricant. 

Dehasse (Félix), fabricant. 

Dehessele (Victor), fabricant, à Thimister. 

Dejardin (Adolphe), capitaine du génie, à Anvers. 

Dejardin (Henri), rentier. 

Dejasse (Désiré), à Statte (Huy). 

Delarce (J.-G), professeur, à Herstal. 

De la Bocheblin (Victor), propriétaire, à Barvaux. 

De la Bousseliére (Amédée baron), rentier. 

De la Bousseliére (Arthur baron), rentier. 

De Lavelleye (Emile), professeur à l'Université. 

Delbouille (Joseph), banquier et conseiller communal. 

Delbouille (Louis i notaire. 



— 19 

Delfosse (Eugène), ingénjeur civil. 

Delgotalle (Alfred), étudiant, à Dalhera. 

un h vsse l Félix . ii imme de lettres, à Bruxelles. 

Delheid il. unis), docteur en médecine. 

lu i ni .m (Jules), docteur en médecine. 

Deliége-Ri qi ii i. Jacques . fabricant. 

De Looz-Corswarem comleHyp.), sénateur. 

Del Marmol [baron Ch. i, avocat. 

De Lcesehans [Charles), gouverneur de la province. 

Delvai \ . agrégé à l'Université. 

(ni v m \ l'abbé . professeur au CollégeSt. Quirin (Huy). 

De Mm mi (Charles), colonel pensionné. 

De Mai m; Augustin), rentier. 

De Ma< m: (Charles), avocal el conseiller provincial. 

Dr Macar baron Fernand), représentant. 

De Macar Julien), directeur de houillère, à Beyne-Hcuzay. 

Demany (Laurent), architecte el conseiller communal. 

Demain Ferd. . immissairede police en chef. 

Demajh Ferd.), architecte. 

otte (Armand), rentier. 
Demecse (Dieudonné), docteur en médecine el bourgmestre, à Wandre. 
De Moffaerts baron Léonce . rentier. 
Denis [Alexandre . fabricant. 
Deprez-Delheid Lambert . rentier. 
d !.i;i kentel Eugène , juge de paix, à Nandriu. 

i % baron Edmond , propriétaire. 
De Rossius Ch. . fabricant. 
De Rossn s Fernand), avocat. 
De Sauvage VKiti.ni i; Félix . banquier. 
De Savoye (T. .!.). professeur à l'Université. 
De Sélys Longcbamps (baron), sénateur, à Waremme. 
De Sélys Fanson baron Ferdinand), rentier, à Beaufays. 
Di Sélys Fanson baron Roberl . rentier, à Xhoris. 
Desoer (Oscar . initier. 

Desoer Emma I), avocat. 

De Stû( khem (Léopold, baron), propriétaire à Amay. 
DeTheux (Xavier), rentier, u Bruxelles. 
Dr. Thieb Léon . homme de lettres. 
Uni / Vuguste . |Uge au tribunal civil. 



— 20 — 

Deval'x (Louis), avocat. 

de Vaux (Adolphe), ingénieur. 

De Vaux (Emile), ingénieur. 

Devroye, chanoine et grand chantre de la Cathédrale. 

Dewalque (G.), professeur à l'Université. 

Dewandre (FerdJ, avocat. 

Dewez-Chaudoir, négociant. 

De Zantis de Frymerson, rentier. 

Digneffe (Victor , agent de change. 

Distexhe (Hubert), professeur à l'Académie. 

Dochen (Hubert 1 , conseiller provincial, à Avernas-le-Bauduin. 

Dodémont (Jules), banquier, à Huy. 

Dogné (Alph.), notaire, à Sprimont. 

D'Omalius (Frédéric), juge au tribunal de l ie instance. 

Donckier-Jamme (Ch.), membre delà députation permanente. 

Doret (V.), conseiller provincial, àVerviers. 

Dossm (Henril, fabricant. 

D'Otreppe de bouvette (Albert), conseiller honoraire. 

Doutrepont (Louis), avoué. 

Doutrewe (P.), à Louvegné. 

Dresse Ancion (Olivier), fabricant d'armes. 

Drion (Aug.), greffier de justice de paix. 

Dubois (François), rentier. 

Dubois (Ernest), substitut. 

Duguet (Jules), maître de chapelle à la Cathédrale. 

Dumont, conseiller communal. 

Dupont (Albert), consul de Turquie, à Liège. 

Dupont (Alexandre). 

Dupont (Ernest;, chef de division au ministère des travaux publics. 

Dupont (Evrard), professeur à l'Université. 

Dupont (Edouard), candidat notaire. 

Dupont (François), ingénieur. 

Dupont (Emile), avocat et représentant. 

Depuis (Michel), professeur au Conservatoire. 

Du Vivier-Sterpin (L.), libraire. 

Elias (Floriberl), rentier. 

Elias (Nicolas), avocat et représentant. 

ELIAS Robert), rentier. 



— 21 - 

Elias, fabricant, à Sclessin. 

Eloin Félix , secrétaire de l'empereur de Mexique. 

Etienne, oégociant. 

Faisry [Ai'nold . conseiller provincial, à Dison. 

FALL1SE Louis , rentier. 

Faj i [SE Irmand , ingénieur civil. 

Fallise (Victor), professeur à l'Athénée. 

Falloise (Alphonse Juge au tribunal de l rP instance. 

Fayn Joseph , ingénieur, au Rocheux, prèsTheux. 

FESTRAERTS Auguste), docteur en médecine. 

Feto-Defize J.-F.-A.), fabricant et échevin. 

Fick-Simon François . négociant el conseiller communal. 

FLÉ( BET François', notaire et conseiller provincial, à Verviers. 

FtÉCHEl Guillaume . entrepreneur. 

FLÉBON Joaehim , bourgmestre, a Bellaire. 

FLORENVILLE A -I> , major (le la garde-civique. 

Folville, rentier, à Hermalle-sous-Argenteau. 

I ONSNY, bourgmestre de Saint-Gilles, lez Bruxelles. 

Forgei'r ..los.), avocat el sénateur. 

Forgeur [Georges , secrétaire de légation. 

FossiON N.-G.), docteur en médecin''. 

Fouquet Guill. , sous-directeur à l'école agricole de Gémbloux. 

FODRY, général-major. 

FrAIGNEUX (Louis), négociant. 

Franck Mathieu), entrepreneur. 

FrancottE Victor , fabricant. 

Frankignoulle, greffier de la justice de paix, à Seraing. 

FréDÉRIX (Alph.), ingénieur civil. 

Fri dértx Gustave), homme de lettre-. 

Frère-Orban Walthère , ministre des finances. 

FRÈRE Walthère , tils, fabricant, a Verviers. 

Frère Georges . avocat. 

Gaedl h. , docteur en médecine. 

Galand Georges . négociant. 

Galand Lamb.), notaire et conseiller provincial, a Glons. 

GALOPID .1. , rentier, a Aix-la-Chapelle. 

GADTHY, professeur a l'Athénée de Bruxelles. 



22 

Gérard (Frédéric), avocat. 
Gérard (Michel), entrepreneur, à Ans. 
Gérard, professeur à l'Athénée. 
Germeau (F ), membre de ladépulation permanente. 
Gernaert (Arthur), vice-consul des Etats-Unis. 
Gilkinet J.-P.), notaire et conseiller provincial^ 
Gillet, juge, à Huy. 

Gillion ^François), sous-directeur de la manufacture d'armes de l'Étal 
Gillon (A.), échevin et professeur à l'Université. 
Gilon, notaire à Seraing. 
Gilman (Alph. , juge a Verviers. 
Goffart (Eugène), conseiller provincial. 
Gonne, ingénieur, a Cologne. 
Goossens (Gustave), agent de change. 
Goret (Léopold), ingénieur. 
Gothier, libraire. 
Goût Isidore', rentier 
Govaert-Malherbe, fabricant. 
Grandjean, bourgmestre, à Housse. 
Grandjean (Edouard), directeur de houillère. 
Grégoire (Henri), industriel, à Tihange. 

Grégoire (Hyacinthe), président du tribunal de l re instance de Huy. 
Grégoire (Alphonse), notaire, à Dalhem. 
Grenson ^Camille), avocat. 
Grumsel. 

Guillaume, commis greffier, a la Gour d'appel. 
■Guillaume (François), ancien commissaire de police en chef. 

Haiiets Alfred . répétiteur a l'école des mines. 

Halkin Aimé , lieutenant d'artillerie, à Termonde. 

Halkin (Emile , lieutenant aux pontonniers, a Anvers, 

Halkin-Kémont .C.-J.), architecte. 

Halkin (Jules', sculpteur. 

Hamal (P.-J.)j avocat et conseiller provincial. 

Hanssens (L.), avocat. 

Hayemal Henri;, banquier, a Spa. 

Helbig (Henri), homme de lettres. 

Helmg (Jules), peintre. 

Hekrard Joseph , oégociant. 



Henroz, membre de la députation permanente, à » I iplon 

Hermans L.-J.),juge de paix. 

lin si n. j. . docteur en médecine. 

Heuse I.aiiayk G ), fabricant, à Olne. 

Hock Félix , capitaine pensionné. 

Houbotte, ingénieur en chef des ponts el chaussi 

Houget [Adrien), industriel, à Verviers. 

HOUTAIN Louis , ingénieur. 

Eubert Alexis , fabricant, à Esneux. 

Hubert de Pondrome R. , à Chênée. 

Hubertï Léon , à Malmédy. 

Ilias Henri , professeur à l'Athénée. 



Jamar (Léonard . notaire. 

JAUAR Emile), conseiller provincial. 

Jamais Gustave), fabricant. 

Jamar Armand . ingénieur, à Ans, 

.1 \mai; (Paul , rentier. 

Jamme Emile), commissaire d'arrondissement . 

Jarsmont, major pensionné, à Martinrive (Sprimont). 

JEANNE (Nicolas , professeur, à l'Athénée. 

Jenicoi Philippe) , [)harmacien , à Jemeppe. 

JONGEN (Jean), fabricant. 

Jokissen (Jules), négociant. 



Kt.i'i'i une (F. . président du tribunal de l rr instance. 

KEPPENNE (Ch.), notaire. 

Kersten-Magis [P.), fabricant. 

KiRSCB (Hyacinthe), directeur de charbonnage. 

Khans, fils, docteur en médecine. 

Kupper (Gh.-Théod. , directeur de fabrique, à Dalhem. 

Ki pi i ers< ai m. m i; (Fr. . recteur de l'Université. 

Kupfferschlaeger Isidon '. professeur à l'Université. 

Lacroix (Alfred 1 ), négociant. 

Lafnet (T.), chef de bureau à l'Hôtel de-Ville. 

I. vgasse (Laurent), fabricant. 



— 24 — 

Laloux (Henri), propriétaire. 

Laloitx (Nicolas), greffier provincial. 

Lamarche-de Rossius (0.)j administrateur de la Banque nationale. 

Lambert, notaire, à St-Georges. 

Lambert (J.), brasseur. 

Lambert (Antoine), brasseur, à Coronmeuse. 

Lambert y, docteur en médecine, à Verviers. 

Lamberty (Alphonse), employé des postes , à Stavelot. 

lambinos J.-L. ■, notaire. 

Lambinon (Gustave), ingénieur. 

Lambotte (Jean-Baptiste!, à Cologne. 

Laoureux, sénateur, à Verviers. 

Laport (Guill.), fabricant. 

Lassence (Victor 1 , photographe. 

Lecoq (Edouard), rentier, àHerstal 

Lecoq (A.) 

Leenaerts (J.-M.), fabricant. 

Lelotte, négociant, à Verviers. 

Lemaire, avocat, à Namur. 

Lemille (Joseph), fabricant d'armes. 

Lemmens (Ferdinand 1 . 

Lequarré, professeur, à Tournai. 

Lesoinne (Léon), fabricant. 

Leurquin .Camille), notaire, à Xhoris. 

Lhoest Aug.;, lieutenant-colonel d'artillerie. 

Lhoest-Lonhienne (J.-G.), vice-président du tribunal civil. 

Lhoest-Massange, vétérinaire du gouvernement, à Stavelot. 

Lhoneux (Alexandre 1 , entrepreneur. 

Liben (Charles), contrôleur de contributions, à Binant. 

Libert (Louis;, membre de la députation permanente. 

Lion (Léopold), ingénieur et conseiller communal. 

LONAï (G), curé-doyen de Si. -Barthélémy. 

Lonhienne (L.-G.), sénateur. 

Lonhienne (Godefroid), rentier. 

Louvat (Edmond), avocat, à Namur. 

MACORS (Félix , professeur, à l'Université. 
Macors (Jos.), professeur, à l'Université. 
Magis (Max.), fabricant. 



MALÉC01 Léon . ingénieur des pont* et chaussées. 

Malherbe Edouard), fabricant d'armes. 

MAI i Henri . consul de Belgique, àNew-York. 

Mansion Émiie , professeur, à Huy. 

MAQ1 INA1 Victor , fabricant. 

MarcELus [François , fabricant. 

M mi h,i i ii . négociant. 

ry, substitut du procureur général. 
Maréchal-Raiwet, a Huy. 
Martin, docteur en médecine, à 
Mai mnv Martin . fabricant, à Herstal 
Masset-Ham.il, négociant. 

I. . bourgmestre de Herstal et conseiller provincial 
Masset (Os ir), fabricant. 
MASS0N Henri , fabricant, a Verviers. 
Massox [Lucien , avocat, id. 

• Armand , fabricant, id. 
Matelot Prosper . 
MAfHLi.OT-DEBRt&E, fabricant. 
Mathieu Jules , instituteur, a Olne. 
Mkan Charles . fabricant. 
Mercier Laurent . négociant. 
Micha Léonard), ingénieur à Maries (Pas-de-Calais . 
Micha [Alfred . étudiant. 
Michi exs Laurent), colonel d'artillerie. 
MlNKTTK .lui".-', rentier. 
Minette-Orban Victor . rentier. 
Modavk l.wnv'N i. \. -Y.}, conseil communal. 
Monami, conducteur des pontset chaussées, à Stavelot. 
Monnoyer, directeur de houillère, à Cheratte. 
Monseur (Eugène . docteur en médecine. 
More au, ingénieur, à Louvain. 
Morred Edouard), professeur à 1 1 niversité. 
Mon un \< ■ trieur civil. 

Mottari Gustave , avocat el échevin. 
Moi i.\i;i (Jules . négociant. 
Mottari (Philippe . brasseur. 

Mol ion (Louis . avocat. 

Mouton Dieudonné . avocat el représentant. 



16 



Moxhon .Casimir], avocat. 

MtiLLER (Clément), avocat et représentant. 

Muller (Edmond), banquier, àVerviers. 

NAGELMAÇKERS (Jules), agent de la Banque nationale. 

Nagelmackers (Armand), consul d'Espagne. 

iNagelmackeks ^Albert , banquier. 

Nagelmackers .Edmond , banquier. 

Nagelmackers Ernest , banquier 

Nagelmackers Carlos), ingénieur civil. 

Neef (Jules , bourgmestre de Tilff et conseiller provincial. 

Neuville (Joseph), ancien bourgmestre de Liège. 

Nève (Auguste;, bourgmestre-, à Beaufays. 

Nicolal (Denis), fabricant d'armes. 

NlHON (L.-A.), avocat. 

Noé (Amand), avoué. 

NoÉ (Adolphe), fabricant. 

Noirfalise (Jules), fabricant. 

Nypels (J.-S.-C), professeur à l'Université. 

Olivier (Henri), négociant en laines, a Verviers. 
Orban (Eugène , fabricant. 
Orban (Ernest!, fabricant. 
Orban Marcel), avocat. 
Orban Julesl, fabricant. 
Orban (Léon), représenla'it. 
Ortmans-Hauzeur, bourgmestre de Verviers. 
ORTMANS, industriel. 

PAQUE (Eugène , artiste vétérinaire, a Verviers. 

Paûue (Erasme', pharmacien. 

Paqie, conducteur des ponts el ehaussées, à Aywaille. 

Paquot, directeur-gérant de la Société du Bleyberg. 

Pascal-Lambinon, négociant . 

Pasquet (Emmanuel), professeur a l'Athénée royal de Gand. 

Pecuer (François), avocat, à Mous. 

Peck (Léonard), ingénieur. 

Pèrarb (Edouard), industriel. 



<*7 



Pérard Louis . ingénieur des mines. 

Pétï-de Rosen Jules}, rentier, à firune. 

I'kiv [Léon), avocat. 

Phillips [Justin), négociant. 

Phillips- Orb an, rentier. 

Picard (Lazare), rentier 

Piedboeuf Théodore), fabricant, à Jupillc. 

I'h dboei i i béo lore . avocat. 

Piercot Ferdinand . bourgmestre. 

Pilei ir Désiré . avocat, a Paris. 

Piksari (H. J. . ingénieur. 

Pirlot-Terwangne Ferdinand . fabricant. 

Pirlot (Léon . fabricant. 

Pirloi [Edouard . fabricant. 

l'u.i .1 Gustave . fabricant 

Pir] "i i gène), fabricant. 

Pir] ot (Eugène . fils, rentier. 

Pirotte, receveur de l'État, à Stavelot. 

PiRSON-HOGGi . négociant. 

Plumier Félix), photographe. 

Prosi [Victor . capitaine d'artillerie. 

Prost Henri . 

Quoilis .î.-ll. . secrétaire-général du ministère des finances, u Bruxelles 

liAiKt.M Joseph , industriel. 

Raikem ( \. -.i.i. commis-greffier au tribunal. 

Ramoux-de Roghelée Joseph . conseiller provincial, à Amay. 

Raskin Jos. , fabricant. 

Ri gnier, major pensionné. 

Red m i i Jacqui s), fabricant, à Sauheid. 

l'ii mokt, juge de paix, à Esneux. 

Ri MON! (J.-E.}, architecte consultant de la ville de Liège. 

Rj boni Joseph), architecte. 

Renard ^Fernand), négociant. 

Renier (A. . architecte. 

Ri nier M . greffier du tribunal de commi i i 

lii nson (Antoine . avocat. 

Richard Lamarche H. , rentii i . 



- - 28 — 

Rigo (H.;, chef de division au gouvernement provincial. 

Robert-Brabant L.), avocat. 

Robert-Grisard, rentier. 

Roland (Jules ;, négociant. 

Romedenne-Fraipont J.-F.), négociant. 

Rose (John. 1 , fondeur. 

Roselier (Hyacinthe 1 , conseiller provincial, à Liraont. 

Rossini (Charles^, négociant. 

Sacré (Henri, négociant, à Chènée. 

Salmon (l'abbé), vicaire, à Stavelot. 

Schaffers (Adolphe , négociant. 

Schoonbroodt, conservateur des Archives de l'État. 

Simonis-Orban (Eugène), statuaire, à Bruxelles. 

Sopers Théodore), négociant. 

Soubre (Etienne), directeur du Conservatoire royal du musique. 

Spiertz .Henri), rentier. 

Spring (A.), professeur à l'Université. 

Systermans (J.-B.), commissaire-voyer d'arrondissement. 

Tart (0.-J.\ banquier. 

Thonnard André, major d'artillerie 

Thonnard .Henri), armurier. 

Thonon, notaire, à Harzé. 

Tilman (Gustave., rentier. 

Tilman, négociant, à Herstal. 

Tombeur, notaire et conseiller provincial, a Verlaine. 

Tombeur, négociant. 

Trasenster (Louis:, professeur a l'Université. 

Trasenstek ^Charles;, fabricant. 

Troisfontaine (Arnold , professeur a l'Université. 

Trokay J.-P. , conseiller provincial, à Saint-Georges. 

Truillet (Félix,, négociant. 

Truillet (F. , docteur en chirurgie. 

Umé Godefroid , architecte. 

Van Grootven, rentier. 

Van der Maesen ;Servais), avoué et échevin. a Vervicrs. 



- 29 — 

\ inderstrai ikn Closskt (Victor), fabricanl et conseiller communal. 

Vadsi , rhdodore , docteur en médecine et professeur à l'Université. 

Vercken (J.-L.-E.), procureur du roi. 

Vercken Théophile . professeur au Conservatoire. 

Viersei Godin, architecte, àHuy. 

\ loi Théodore , rentier. 

Vjoi Léon), rentier. 

tlvAKIÔ-PtOMDfettR Nicolas;, fabricant d'armes. 

B m v François , substitut du procureur du roi. 

w inkenne Pierre), négociant, à Verviers. 

W isseige [Henri , ingénieur civil. 

w isseige Adolphe . docteur en chirurgie. 

Wauters (Edouard), père, rentier. 

Wadters Edouard), fils, initier. 

WADTERS Gloe* (Hyacinthe , rentier. 

w u i ekens Emile . négociant. 

Wellens-Biar (E. F. . ingénieur. 

Wera (Louis), industriel, à Herstal. 

Werixhas (Dieudonné), contrôleur à la garantie. 

Wigny, négociant. 

Wii.mottk, propriétaire, à Anvers. 

Wu.i.r.M .1. ■', à Grîvégnéë. 

W il m \r:i Julien , a Verlaine. 

WiTTKKt (Adrien baron), entier. 

Wodo.n (Emile), avoué. 

Woos, notaire, a Rocour. 

\hokfhai Jule rentier. 



— 30 



SOCIÉTAIRES DÉCÉDÉS. 



Membre effectif. 



Baillf.ux (François*, avocat, conseiller provincial et juge suppléant près le tribunal 
de i' e instance, secrétaire de la Société depuis l'origine, né à Liège en 
i847 , décédé en cette ville le 14 janvier 1866. 



Membres correspondants. 

Vermesse (Louis , négociant, né en 1837, décédé à Lille le 18 février 1865. 
Stappers (Adolphe), secrétaire du Conservatoire royal de Bruxelles, né en 4853, 
décédé à Ixelles le 27 avril -1866. 



Membres adjoints. 

Demonceau (Auguste; , notaire et conseiller provincial, né en 1811 , décédé à Hervé 
le 14 janvier 1866. 

De Macar (M. C. F. B. baron\ ancien gouverneur des provinces de Liège et de 
Hainaut , ancien membre du Conseil d'État des Pays-Bas et du Sénat de 
Belgique, né en 1785, décédé à Liège le 24 mars 1866. 



SOCIETE LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE 



CONCOURS DE I8G4. 



RAPPORT DU JURY SUR LES CONCOURS N os 9, 10, 11 ET 12. 



MESSIEURS , 

Vous avez prié cinq d'entre nous, MM. Bailleux , 
Bury , Desoer, Fuss et Martial, d'apprécier les réponses 
aux quatre derniers articles du programme pour le con- 
cours de 1804, c'est-à-dire les résultats des concours 

N° 9. Un tableau de mœurs liégeoises. 

X° 10. La foire à Liège. 

N° 11. Un petit poème ou un conte sur la vie rustique. 

N° 12. Un cramignon , une chanson , ou en général une 
pièce quelconque propre à être chantée sur un air connu ou 
à faire. 



V- 32 — 

Je suis chargé par mes collègues du jury de traduire au- 
près de vous les impressions que nous a laissées l'examen 
attentif des pièces soumises à notre appréciation. Et pour- 
quoi tenter de la dissimuler? Notre besogne a été courte, 
car la grande majorité des productions qui nous sont par- 
venues est au-dessous de la discussion. A d'autres de peser 
les causes ou les conséquences de ce fait , qui heureuse- 
ment n'est qu'une exception ; bornons-nous à le constater. 

Les concours de poésie, surtout ceux qui ne demandent 
que des travaux de peu d'étendue, ont parfois le malheur 
d'allécher les concurrents naïfs et inexpérimentés qui se 
figurent qu'en alignant quelques rimes , en faisant beau- 
coup de fautes d'orthographe et en parlant très-mal le 
français, ils ont écrit du wallon. Grande erreur, hélas, 
mais trop répandue ! La connaissance de notre vieil idiome 
n'est pas départie à tous. Elle appartient à deux sortes 
d'écrivains : à ceux d'abord qui , par une longue habi- 
tude de le parler et sans posséder beaucoup d'instruc- 
tion littéraire, ont assez de tact et de goût pour conserver 
pure cette langue dont ils sentent et font comprendre la 
grâce et l'originalité ; à ceux encore qui , étudiant ses 
origines et méditant les écrits de ses auteurs, s'assimilent 
ainsi l'expérience des autres, retrouvent les lois gram- 
maticales et savent discerner les tournures propres et les 
expressions pures. Ceux-là connaissent notre bon et ancien 
wallon. Mais si ce bon et ancien wallon a des ennemis , 
des ennemis dangereux , ce sont les écrivains qui le cor- 
rompent. 

Quel remède à ce mal? Aucun autre que celui-ci : 



— 33 — 

encourager les travaux sérieux, les poésies vraiment wal- 
lonnes ; mais se montrer sévère pour les autres. A vrai 
dire, nous n'avons pas eu à être sévères, et la plus 
grande indulgence aurait été impuissante si vous proposer 
des récompenses. D'ailleurs il ne faut pas perdre ceci de 
vue : les concours dans le genre de ceux qui nous ont 
été soumis , ont été souvent ouverts. A diverses reprises 
déjà ils ont provoqué des travaux remarquables et souvent 
la Société a été heureuse de couronner de petits chefs- 
d'œuvre, qui ont vu consacrer par l'opinion publique la 
récompense que nous leur avions donnée. Dans ce genre 
donc, il n'est plus permis d'être médiocre, et ce serait 
faire injure aux couronnes des Thiry , des Hock , des 
Defrecheux, des Magnée , des Delarge, des Poulet, des 
Masset et des Bormans,que de décerner des palmes égales 
à des poésies véritablement inférieures. 

Cette introduction vous fait assez prévoir que nous ne 
vous proposerons celte année de décerner aucun prix ni 
accessit. L'an dernier nous avions été plus heureux. Nous 
le serons plus aussi l'an prochain. En attendant, jetons 
un coup d'œil sur les pièces soumises à notre examen. 

Pour le 9 e concours, un tableau de mœurs liégeoises, 
nous n'avons pas reçu de réponse. 

Pour le 10 e concours, la foire à Liège , il nous en est 
parvenu une qui porte pour épigraphe : 

Li fore mi tourmette; 
Por lcic ji m'kimagne. 
Wiss fâl-i qu'on l'inetle? 
As plds d'Charlemagne ! 



— 34 — 

Il est malheureux que l'épigraphe n'ait pas pu entrer 
seule au concours, car certes elle est assez bien tournée 
et nous sommes d'avis que quatre vers bien tournés 
valent mieux qu'une longue et fastidieuse énumération. 

Or, la foire à Liéçe n'est précisément qu'une longue 
énumération, un catalogue détaillé de la foire. Rien n'est 
omis, rien n'est oublié; ni un saltimbanque, ni une 
baraque, ni un restaurant en plein air Quelques numéros 
du catalogue sont assez vertement décrits , tels que celui 
de la femme à la barbe ou celui de la plus grosse femme 
du monde : 

Elle peûse co pu il'meie lîve, et j'wage 
Qui si on l'mettéve cont' inn' vache , 
f.i balance dimeurreût d'ièvai. 

Mais cette énumération se traîne sans aucun lien. On 
pourrait indifféremment commencer à la fin ou au milieu. 
De plus, l'auteur a eu parfois recours à de telles péri- 
phrases, à de tels excès de concision, qu'on se demande 
s'il a voulu, au lieu d'écrire une poésie, composer des 
charades ou des » advinats «, pour parler wallon. Ainsi, 
nous lisons ces vers : 

On chet del grand' espèce, on grand caniche tondou , 
On rat gros comme on leûp, qu'a l'cowe èrî de cou , 
On ptit chvâ qu'a des coin', in' gross' âgne qu'est tigrée , 
Qu'a-t-avu di s' jônesse les patf di drî cassées , etc. 

Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent , je 
vous le donne en raille. Jetez-vous votre langue aux 



— 35 — 

chiens? Certes oui, car vous n'avez pu deviner qu'il s'a- 
gissait là d'un tigre, d'un lion, d'un ours, d'un cerf et 
d'une girafe. 

Il nous était donc impossible de rien accorder à l'au- 
teur de li fore à Lige. 

Pour le 11 e concours, un petit poème ou un conte sur la 
rie rustique, nous avons reçu une réponse dont l'épi- 
graphe est celle-ci : » L'amant de la nature et l'ami des 
a beaux vers n'est jamais seul avec lui-même. » 

L'auteur part du principe que tout est plein d'arti- 
fices trompeurs à la ville et plein d'honnêteté et de can- 
deur à la campagne. C'est un écho lointain de Y Emile : 
h Tout est bien sortant des mains de l'auteur des choses : 
« tout dégénère entre les mains de l'homme. » Loin de 
nous l'idée de combattre cette thèse. La question n'est 
pas pour nous de décider si elle est vraie ou fausse, mais 
si l'auteur l'a présentée avec talent , avec poésie et dans 
un bon idiome. Or, elle manque absolument d'invention, 
de charme poétique, et elle est revêtue d'un langage qui 
laisse beaucoup à désirer. C'est à cette pièce-ci surtout 
que s'appliquent les considérations que nous faisions va- 
loir au début de ce rapport. Elle fourmille de mots et de 
tournure qui ne sont pas wallons : 



Et màgré vus plaisirs, vus pass' limps, vos soirées, 
.li préfère «i i m'vièg 1 li nateure disseûlaie. 



Et plus loin, parlant des femmes de la campagne, l'au- 
teur emploie ces vers évidemment fort peu champêtres : 



— 36 — 

KIT ont l'molet bin fait, et l'tournure agrèâbe , 
Ine bock qui reie todis, des bais ouïes, l'air aftabe, 
Et çou qui vàt bin mi, çou qu'apoite l'union , 
EU' ont l'caractére doux et l'sintumint foirt bon. 

Serait-on injuste en disant que cela n'est pas du 
wallon, mais n'est pas même du français? Cependant, 
hâtons-nous de le reconnaître, l'auteur a parfois fait 
preuve de talent, d'harmonie : il a le sentiment du 
rythme et de la coupe des vers : si c'est un débutant, on 
peut lui prédire des succès, à la condition qu'il se montre 
sévère envers lui-même. Ainsi nous voulons citer la 
strophe suivante imitée de Sitnonon et qui mérite évi- 
demment votre approbation et vos encouragements : 

Qwand les noûf heûr et dmeie 
A l'chapelle sont sonneies , 
I fat aller doirmi. 
Li famille tôt' étire 
A gno fait in' priîrc 
As pids de vî cruc'fi. 

Avant de quitter cet auteur, nous aurons un petit 
service à lui demander. Il indique dans ses vers une 
chanson champêtre : kimint on ûm Vavdne , qui , dit-il 
en note, est un ancien chant populaire wallon : il faut se 
garder de laisser perdre ces anciennes poésies. Si l'auteur 
voulait bien la transcrire et nous l'adresser , nous lui en 
devrions, au nom des lettres wallonnes, beaucoup de 
remercîments. 

Le douzième concours demandait un crâmignon , une 
chanson , ou en général une pièce quelconque propre à vire 
chantée. 



— 37 — 

Nous avons reçu sept réponses. 

Les avaiteûrs da Hervai, messegî cVBierset , avec l'épi- 
graphe -. Vdt mî de rire qui déplorer, sont un récit assez 
gai , sinon très-moral et très-relevé , des aventures et des 
mésaventures amoureuses d'un malheureux messager. 
Elles sont même racontées avec entrain , mais cela ne 
peut faire fermer les yeux sur l'insuffisance du fond et les 
défauts de la forme. Nous en citerons cependant quelques 
vers , pour faire apprécier ce que peut l'auteur dans ses 
bons moments : 

1 n'y a qou messègî, dis-t-on, si bon qu' lu-mème ! 
C'est on vi spot qu'est bon qwand ou liant' et qu'on aime 
On deut ess fwer prudent d'vin les affaires d'amour 
Et n'janiaie rait' ses cont's qu in aut ni v'jow li tour. 

Avou mi i ni a reign a eiaite, 
Dinez m'vos lelt et vus paquets, 
Oh ! ja si bin l'tour di îni praite : 
•li m'mel di tôt, j'sé bin poqwet I 
Divais tott affair di i'eum'reie, 
Seiz tranquil, ji n'sus ni sot; 
Seuie à vièg ou bi el veie, 
Ji fret bin vôsst' ovreg por vos! 
Jo ! n'allons ni pu long ! 
r - inn fwer mal manîre, 
On m'paie mes cornichons 
C'n'est aeign po l'aller dire! 

Li cour à l'patreie avec l'épigraphe bon cour ni pout 
minti, est un chœur de trois couplets dont il est impos- 
sible de faire mention, si ce n'est pour signaler les 
excellentes intentions de l'auteur, hélas! peu suivies 
d'effet. 



— 38 — 

Un auteur qui n'a pas mis d'épigraphe en tête de son 
envoi, mais qui signe : qui ririsqueie rin ri a rin, nous a 
fait parvenir quatre romances : On père, On fils, Marne, 
ji ri danse nin et A Vpinseie. Elles sont en général très-mo- 
rales, mais il nous était impossible de nous arrêter à cette 
seule considération ; l'invention fait à peu près défaut, la 
grâce est absente et la versification laisse à désirer. Là 
encore, nous pourrions citer beaucoup d'expressions peu 
wallonnes : c'est inutile. Passons aux quatre crâmignons 
par lesquels nous terminerons cet examen. 

Les trois premiers sont intitulés : 

1° Chant ans mate avec épigraphe : li meû des jleûrs . 

2° Sans titre, avec épigraphe : Tout temps vient et tout 
temps passe 

3° Sans titre, avec épigraphe : On récolte ce quon a 
semé. 

Ils sont très-faibles : peu d'idées, un agencement très- 
imparfait. Surtout nous ne pouvons leur pardonner de 
n'être pas toujours écrit en wallon , avec la pureté et le 
charme qui font le mérite de ces petites productions. 

Reste celui que nous avons laissé pour le dernier, afin 
de ne pas terminer ce rapport par des conclusions déses- 
pérément négatives. Il est intitulé : dizo l'tïou , et porte 
pour épigraphe : Des songes tant de fois trompent les 
cœurs épris ! 

L'idée n'en est ni gaie ni neuve. Nous n'en faisons pas 
un grief capital à l'auteur : cependant il nous paraît que 
l'élégie n'est pas tout-à-fait ce qui convient au crâmignon : 
celui-ci aime tant à être gai. 



— 39 — 

L'auteur de dizo l'tïou a de la grâce dans les idées et 
dans l'expression, qu'un peu de recherche gâte parfois. 

Cette pièce méritait une distinction. Si dizo Vt'iou nous 
étail arrivé au début de notre Société, il eût mérité un 
accessit, mais venant après plusieurs autres dont il se 
rapproche trop par l'idée générale, Fauteur était tenu à 
faire [mieux ; il devait nous trouver un peu plus sévères. 
C'esl pourquoi nous avons été unanimes à vous proposer 
de lui accorder une mention honorable avec l'impression. 

Fait en séance le 5 mai 1865. 



Les membres du jury , 

F. Bailleux, 
A. Bury, 

T. Fuss, 
E. Martial, 
il (u. Are. Desoer, rapporteur 



Ces conclusions ont été ratifiées par la Société dans sa 
séance du 15 mai. 

L'ouverture du billet joint à la pièce mentionnée ho- 
norablement a fait savoir que M. L. Vanderveldek est 
l'auteur de dizo l'tïou. 



D1ZO LTIOU 



CRAMIGNON 



es lant 'le iuis trompent tes cours épfis! 
Virgile, Églogue VIII. 



« Dimain, qwand l'joù toumret, trovez-v' dizo l'iïou. » 
— Trônant', vos m'chal vinowe, et ji n'ia nin veïou. 

refrain : Ah! ha! ha! ciss nutêie, j'accour dizo Yîwu ! 

Trônant', vos m'chal vinowe, et ji n'ia nin veïou. 
De rog' feu de solo li cîr s'at distindou. 
Ah! ha! ha! etc. 

De rog' l'eu de solo li cîr s'at distindou. 
L'àbion so l'tér dihind; l'aronche a recorrou. 
Ah! ha! ha! etc. 

L'àbion so l'tér dihind; l'aronche a recorrou. 
L'ovri des champs rintcùr; li labitt' s'at taîhpu. 
Ah! ha! ha! etc. 

L'ovri des champs rinteûr; li tahitt' s'at tailmu. 
Li chaw-sdii crinaie; on 6l joupef l'coucou. 
Mi! ha! ha! etc. 



— 42 — 

Li chaw-sori crinaie; on ôt jouper l'coucou. 
Del pesant' poitt del sinsse on a r'serré l'verrou. 
Ah! ha! ha! etc. 

Del pesant' poitt del sinsse on a r'serré l'verrou. 
Vola li rtrait' qui sonn... j'àrè bin rattindou!... 
Ah! ha! ha! etc. 

Vola li rtrait' qui sonn... j'àrè bin rattindou!... 
C'est l'eûr qu'on rpwèz', li pây' so l'vièg' s'al stindou. 
Ah! ha! ha! etc. 

C'est l'eûr qu'on rpwèz, li pây' so l'vièg' s'at stindou. 
M'a-t-i roûvî, doux Diew! il est d'ja si tâdrou! 
Ah! ha! ha! etc. 

M'a-t-i roûvî, doux Diew! il est d'ja si tâdrou! 
Ji pleure et ji lanwihe... ess' lu qu'ja-st-ètindouï... 
Ah! ha! ha! etc. 

Ji pleure et ji lanwihe... ess' lu qu'ja-st-ètindouï... 
Qwand i m'at dit: « Ji t'ainï !...» — C'est mi qu'ai, respondou ! 
Ah! ha! ha! etc. 

Qwand i m'at dit : « Ji t'aim' !... » — C'est mi qu'at respi >ndou ! 

— Pilit' rôz' qui m'at d'né, c'est lu qui t'at codou ! 

Ah! ha! ha! etc. 

— Pitit' rôz' qui m'at dné, c'est lu qui t'at codou ! 
Di m'koûr seûy li trèzôr, seûy mi bon ange avou ! 

Ah! ha! ha! etc. 

Di m'koûr seûy li trèzôr, seûy mi bon ange avou ! 

— Mais v'ià l'baîté qui lût. . . Vierg' ! . . . s'on mat mày veyou ! . . . 

Ah! ha! ha! etc. 



— 43 — 

— Mais v'ià l'baité qui lui... Vierg'... s'on m'at may veyou!.,. 
QuétoûrminI po m'veie mér!... Diew! j'àreûs bin pierdou! 

Ali! ha! ha! etc. 

Que tourminl po m'veie mér!... Diew! j'àreus bin pierdou! 

— Comme inn dintel les àb' à cîr bleu sonl pondous. 

Ah! ha! lia! etc. 

— Gommé inn dintel les àb' à rn' bleu sonl pondous. 
A.toû d'mi qui fait iriss'... li a-j-judisplaîhou?... 

Ah! ha! ha! etc. 

AioTi d'un ijiii lait iriss'... li a-j-ju displaîllOU?. .. 
Des làin bagnel mes oûy qui n'âret nin veïou ! 
Ah ! ha! ha! etc. 

Des l.'iin bagnel mes oûy qui n'ârel nin veïou! 
I rèfùz di m'aimer... inn aut' l'âret ritnou ! 
Ah ! ha! ha! etc. 

I rèfûz di m'aimer... inn aut' l'âret ritnou! 
.M sins m'koûr difalli. — Ji veus qu'j'a loi pierdou! 
Ah ! ha! ha! etc. 

Ji sins m'koûr difalli! — .li veus qu'ja toi pierdou! 
- • Dimain, qwand l'joû toumret, trovez-v' dizo l'tïou! » 

Ah! ha! ha! eiss tiuleie. j'a ploréd'zo l'tïou! 

Léop. Vandervelden. 



CONCOURS DE 1864. 



RAPPORT DU JURY SUR LE CONCOURS .V 2. 



Le glossaire des termes de menuisier, etc., soumis à 
notre examen ('), ne manque pas de mérite, mais iJ ne 
manque pas non plus de défauts. Le plus grave est qu'il 
se borne beaucoup trop exclusivement au dialecte du ban 
de Roanne (comme il l'appelle), pour la partie originale, 
c'est-à-dire celle qui n'est pas puisée dans d'autres dic- 
tionnaires. Ainsi , pour séveronde , il donne la seule forme 
sovronte. Il aurait dû dire que le mot liégeois est sofrante, 
et le mot ancien liégeois souverande ; si l'auteur avait su 
qu'à Malmédy on dit sogronde, cela n'en valait que mieux, 
car cette forme répond exactement au latin subc/runda ou 
xuggrunda ; de même, il parle de hirseû et de hîrsî sans 

1 Avec lu devise : Multa renascentnr quae jam cecidéfe, etc. 



— 46 — 

paraître savoir qu'en liégeois ces mots ont les formes 
hiercheûs, hierchi. 

La partie étymologique — qui est , à la vérité , de sur- 
croît — doit être soigneusement revue ou, sinon, suppri- 
mée. Paire venir bâbeû (planchette que l'on met aux cornes 
des bœufs pour les empêcher de frapper), de bas-veût (doit 
bas) est bien faible fbdbeû signifie proprement: visière; 
voyez mon dictionnaire au mot Bambeû), staminée , du 
latin stramen, est impossible d'abord, le r étant assez sou- 
vent intercalé , mais jamais supprimé dans cette combi- 
naison, et en outre invraisemblable, car il n'y a pas de 
rapport entre le poteau auquel on attache le bétail et la 
litière sur laquelle il se couche. 

Je reproche en troisième lieu à l'auteur une rédaction 
trop négligée. Exemples : Balisson : poutrelle qui sert à 
voûter une cave non voûtée en maçonnerie , etc. (outre 
la répétition du mot voûter , je ne pense pas que la pou- 
trelle serve à voûter la cave, mais simplement à la couvrir 
au moyen d'un plancher superposé); au motBenai on lit : 
» Le benai offre une particularité en ce que les côtés de la 
caisse peuvent s'ôter à volonté », etc. ; au mot Pas d'gré, 
l'auteur donne une définition de la chose, mais il omet de 
dire que le mot français est palier. 

Ma conclusion est que le mémoire précité mérite un 
accessit et ne peut être publié dans le Bulletin de la So- 
ciété qu'après révision. 

J'engage l'auteur , si ces conclusions sont adoptées et 
s'il consent à revoir son travail, à le compléter par l'ad- 
jonction de quelques figures au simple trait pour mieux 



— 47 — 

faire comprendre la nature et l'emploi de certains objets : 
des dessins de charrette, de charrue, par exemple, avec 
des renvois au moyen de lettres ou de chiffres, serviraient 
plus à l'intelligence des noms wallons que les meilleures 
descriptions. Par la môme occasion , il pourrait étudier 
plus profondément la signification des mots wallons ; il 
ne suffit pas de dire, par exemple, que ramoûrener signi- 
fie cuber : ceci n'est qu'une acception particulière du mot, 
dont le sens véritable est réduire une mesure ou une 
valeur en une autre, ainsi le pied courant en pied carré, 
le pied carré en pied cube , la monnaie d'un pays en celle 
d'un autre pays, etc. L'auteur ferait bien aussi, si cela lui 
est possible, d'ajouter les termes de tonnelier, qui rentrent 
mieux dans le métier de menuisier que dans celui de vi- 
gneron. 



Les membres du jury, 

J. Stecher. 
A. Le Roy. 
F. Bailleux. 
et Ch. Grandgagxage, rapporteur. 

Liège, le 29 mars 1865. 

Le jury institué par la Société liégeoise de littérature 
wallonne, pour apprécier les mémoires présentés au con- 
cours n° 2 (année 1864), 



Après avoir examiné d'une manière approfondie , dans 
l'ensemble et les détails, le travail portant pour épi- 
graphe : 



Mult.t tenasetntwr quatjam ceeidere cadentque 
Once nunc .<u/it i.i Iwntre, vucubttln .. 



Ouï le compte-rendu rédigé par M. Grandgagnage, et 
la série d'observations formulées par M. Mathelot , ainsi 
que les remarques des autres membres de la Commis- 
sion, 

Décide : 



Art. 1. Le mémoire précité mérite un accessit. 

Art. 2. Toutefois, il ne sera publié dans le Bulletin de 
la Société qu'à la condition expresse que l'auteur se con- 
certera avec M. Mathelot, lequel consent à mettre à sa 
disposition tous les articles qu'il a rédigés lui-même et 
communiqués au jury, articles formant le complément 
naturel du mémoire couronné ; que ces articles seront insé- 
rés dans ledit mémoire avec indication spéciale de leur 
provenance; que le mémoire sera publié sous le nom de 
l'auteur, mais avec mention des additions et du nom de 
M. Mathelot comme les ayant fournies ; enfin, que le tout 
sera revu par M. Grandgagnage, président du jury, de 
telle manière que l'ensemble présentera un ouvrage exé- 
cuté d'après un plan uniforme. 



I!» 



\it. .'J. Le jury propose, comme récompense à l'auteur 
une médaille en vermeil. 

Unsi t'ait à Liège, en séance du 29 mars 1S(>;>. 



Le Secrétaire, Le Président, 

\unoNSE Lf Roy. Ch. Grandgagnage 



Ces conclusions <»ni ét< ratifiées par la Société dans sa 
séance du 15 avril. 

L'ouverture du billet accompagnant le mémoire cou- 
ronné a fait connaître que M. A. Body , de Spa , est 
l'auteur du glossaire des menuisiers. 



vocabulaire: 



DKn 



CHARRONS, CHARPENTIERS ET MENUISIERS, 



par Albin BODY 
de SPA. 






Il était assez difficile de tracer les limites dans lesquelles 
nous devions écrire et; vocabulaire. Nous eussions voulu 
embrasser tout ee qui concerne le bois comme matière pre- 
mière et tout ce qu'on en peut tirer, c'est-à-dire les métiers 
qui occupent ce que Lobet appelle ovri cTèois; mais alors 
toutes les professions y touchaient par quelque cote, ^.ussi 
avons-nous borné noire travail aux trois métiers qui ont 
une parente marquée : 

Le Charroi), l'ancien métier des charliers. 

Le Charpentier et le Scieur de long . 

Le Menuisier. 

Tout naturellement il nous a été impossible de ne pas 
taire parfois une excursion sur le domaine des métiers qui 
ont des rapports inévitables avec ceux que nous avons 
traités. 

Ainsi en pari an 1 du charron , nous avons du citer des 
termes qui appartenaient plutôt au forgeron, au maréchal 



ferrant, au carrossier, surtout à l'agriculteur, qui demande 
presque tous ses instruments au charron. 

De même pour le métier des charpentiers et des scieurs 
de lonç ï\ow& avons dû mentionner des termes communs à 
ces professions et à celles du bûcheron, du maçon, du 
couvreur, du constructeur en un mot. 

Enfin , en ce qui touche les menuisiers, nous donnons 
des mots lésant partie des métiers d'ébéniste, de tourneur, 
de bimbelotier. 

Remarquons qu'il y a des professions chez lesquelles le 
bois est employé comme matière spéciale, par exemple 
le tonnelier (cuveliers et sdaideurs) et le constructeur de 
barques, navires etc., et que pourtant nous avons écartées. 
Il nous a paru que le premier se rattachait plutôt aux 
vignerons, brasseurs, le second au métier des bateliers. 

L'adjonction que nous avons faite des termes de l'ancien 
wallon tiré du Recueil des Chartes et privilèges ou de nos 
anciens chroniqueurs, ainsi que les analogies ou compa- 
raisons avec les autres patois, ne sera pas, croyons-nous, 
sans intérêt. Nous renvoyons donc pour 
le patois picard, au glossaire de Corblet ; 

» normand, au glossaire de MM. Dubois et 

Travers ; 
" rouchi, au dictionnaire d'Mécart. 

« du Berry, au glossaire du centre de la France 

par M. Jaubert. 
Nous avons appelé dialecte ardennais celui qui est parlé 
spécialement à Spa et dans cette partie de la province 



qu'on nomme encore Ban de Roanne, sorte de triangle 
situé entre Spa, Stavelot et l'Amblève. 

Nous conformant an bienveillant conseil de M. Grand- 
gagnage, rapporteur du jury, nous avons joint des figures 
au simple trait qui feront mieux comprendre la nature et 
l'emploi de quelques instruments et serviront mieux à l'in- 
telligence des noms que les meilleures descriptions. 



ABIU-I^IATION». 



Ane. wall. 

Borms. Gloss. des houill. 

Cari, de Bouv. 

Chamb. des fin. 

Charp. 

Charr. 

Chart. et pe-i vil. 

Bial. ard. 

Diez. 

Ex. 

f. 
Gggg- 

Hemr. 

J. de Stavelot. 

J. d'Outremeuse. 

J. le Bel. 

Littéral. 

(M) 



m. 

men 

normd. 

Bmcle. 

Rqfrt. 

s. 

t. 

voy. 



wall. 



— Ancien wallon. 

— Stanislas Borman*. Glossaire des bouilleurs. 

— Carlulaire de Bouvigne. 

— Chambre des finances. 

— Charpentier. 

— Charron. 

— Chartes et privilèges des '6"2 métiers de la cite de Liège. 

— Dialecte ardennais. 

— Diez : Etymologisches Worterbuch der romanischen 

sprachen . 

— Exemple. 

— féminin. 

— Grandgagnage. Dictionn. étymologique de la langue 

wallonne. 

— Hemricourt. 

— Jean de Stavelot. 

— Jean d'Outremeuse. 

— Jean le Bel. 

— Littéralement. 

— Les passages entre guillemets et accompagnés de ce 

signe sont ceux que nous devons à l'obligeance de 
M. Mathelot, qui, à la prière du jury, a bien voulu 
nous communiquer quelques notes. 

— masculin. 

— menuisier. 

— Patois normand. 

— Bemacle. Dictionnaire wallon-français. 

— Boquefort. Glossaire roman. 

— substantif. 

— terme. 

— voyez. 

— verbo (au mot). 

— wallon. 



VOCABULAIRE 



A 



Abio : s. 'h. (t. de charp. el men. anc. wall. ablocq, dans le 
Cart. 'I«' Bouv. = Tusseau, morceau de i»< us de forme cubique 
eu ;i peu près, qui serl à soutenir, maintenir une pièce de bois, 
un fiai, eie. — Rmcle : (tbl<> , ablon = étai. — Vieux français : 
abloc; normand : ablot — Du thiois : blok. 

Abioker; v. a., soutenir au moyen d'une cale. — Roman : 
ablochier. 

A 

Abon; s. m. il. de charp.) aue. wall. aulbon, ou blan bois. 
dans les Chart. el Privil. = Aubier, aubours. — Voy. Gggg. el 
Rmcle. Synonyme du wall. blan bois ou fâ bois = littérale- 
ment faux bois, la partie qui se trouve entre la pelotte =Yécorce 
el li cour (à Liège, n»v/\ V. Borms. , Gloss. des houill. = le 
cœur; on désigne ainsi la meilleure partie de l'arbre. Ex. : c'est 
de cour di chêne). — Remarquons que le chêne, le meilleur bois 
de notre pays, a le plus mauvais aubier. — Rqfrl : albe; supplé- 
menl : aubour; normand : aubet, berry : aubours. 

Acajou; s. m. = acajou. -- Dial. ard. : Arkageou Rmcle : 
akageou. — Lobel : akajou. 

Ageowtumain; s. m (t. de charp.) = chevètre, étrésillon. 

Lobel : agjontrumain et agjawtrumain. >< Se compose del 

pesé (Tageowtumam el des cowai (Voy. \" cowai) : li pess d'ageow- 

tumain esl la pièce de bois qui s'appuye sur les deux poutres 



— o8 — 

du plancher; les deux cowai sont entaillés dans celles-ci et par 
l'autre boul portent dans le mur de refend. (M) » 

Aguesse; s. !'. (t. de charp.) littéralement : pie; ici : corbeau, 
console ou saillie qui porte le bout d'une poutre. Le wall. se 
sert aussi du mot coirbâ = corbeau. (Voy. c&irba). Rmcle : 
koirba. — Lobet : boiitan et patinet. — « Taquet de bois qui se 
cloue aussi contre le bras d'une chîvre pour servir de ranehet 
(M) ». Le vieux; français agace. 

Agrappe; s. f il. de se. de long) littéralement : agraffe. 
Crampon de 1er à angles droits qui sert à retenir la pièce de 
bois sur l'échafaudage. (Voy. v° hour). Elles sont de deux es- 
pèces. (V. pi. IV, tig. 10). Rmcle : agrap. - Du cymrique : 
crap. 

Ahal; s. f. (t. de dieu. ; = tablette, rayon d'une armoire, 
planche horizontale. Voy. Gggg : Ahelète. Même signifie. - 
Lobet : ahlett et taublett. — Cmpr. le simple haie. 

Aiadbau ; s. ni. (t. de charp.) = entrait, pièce de traverse qui 
lie les deux parties de la couverture dans une ferme. (Voy. 
pi. XV, fig. 1 , A). Signif. encore la pièce de bois qui est sous 
la corniche, lui est parallèle et porte les cartoucK = cartouches. 
— Lobet : aidbau. 

Airkette; s f. (t. de charp. > Diuiinutil de air = cintre. 
Arcade de bois pour la construction d'une voûte, d'une baie de 
porte ou de fenêtre , etc — V Gggg. v° air. — Du français : 
arc, latin : arcus. 

Aleinn ; s. f. (t. de charr. et inen.i auc. wall. aleine cl 
aulne, dans les Ghart. et Privil. = alêne, poinçon qui sert à 
percer des trous. — Rmcle le donne comme outil de cordonnier 
exclusivement. — Étym. V. Die/, v° Lésina. 

Alouraîr; s. f. (t. de ebarr. etmen.)= la lumière d'un rabot . 
cavité dans le fût. On dit aussi dans le même sens loumîr et 



— o9 — 

lârmîr. — Rmcle : Loumîr = Lumière. — Ane. wall. Lumire. 
dans J. d'Outrem. el .1 deStaveloI : — lârmîr = soupirail. Voy. 
Lobe! : airchi; à Spa : kalmîr. 

Andan; voy. \" Balanss' 

Auseus; s. ni. plur. (t. de charr.j = Les limons de la 
herse, traverses qui portenl les cabillots, les dénis de la herse. 
Dial. ard. Le namurois ansenoir, ansetoir, même significat. 
(pi, XIII, fig. 1. a . Le wall. désigne sons le nom de raies (b) 
les traverses réunissanl les anseus. 

Apouti ; v. a. (t. de charp. el meu.); auc. wall. apontier 
daus J. de Stavelot; appointer dans les Chart. el Privil. ; litté- 
ralement :apprêter. — Aponti al courress' =débrutir une planche. 
» La planche dans cel étal esl trusquinée sur champ pour en dé- 
terminer l'épaisseur , ensuite retournée sur l'établi., mise d'é- 
paisseur, dressée sur champ el planée sur la lace à la varlope. 

Ce qu'on dil apouti al jondress. Ainsi apprêtées, elles s 

mises les unes sur les autres et séparées par de petites tringles 
de bois; on dil alorsque les planches sont callaie(M..)» — Gachet, 
apointiei ; cmp. rouchi : aponter. 

Arasmin ; s. ni. (t. de men.< = Arasement, action de mettre 
de niveau el à la même hauteur les diverses pièces d'un ouvrage. 
— « Extrémité d'une traverse à la naissance du tenon, laquelle 
vient joindre lemontanl à l'endroit de l'assemblage. Trait d 'aras- 
min = le tracé fail sur les pièces qui détermine la place el la 
grandeur des assemblages. (M). » On dil aussi aresege. — Rmcle 
el Huberl : Arezeg. Lobel : arasmain et aretzeg. — Cmpr. nor- 
mand : araser = couper à rase. 

Arête : s. f. (t. de charp.) = Arête, angle saillant que forment 
deux faces d'une pièce de bois. Le dial. ardenn. employé indif- 
féremment aress ou arête. — Tailler à viv'arête, lorsque tous les 
angles sont bien marqués. Synonyme 'le :• Côper à blarike teie 



• — .il» 

Du simplement : doper à bhan, Littératetttent : couper à blanche 
taille, c. à d. équarrir à arête vive, de manière à ce qu'il ne reste 
ni aubier, ni écorçe. On dit encore à viv' riess] \oy. Lobei. 

Arma; s. m. (t. de men.i anc. wall. arma, armoire el 
armoer, dans les Ghart. et Privil. = Armoire. Rmcle : arma. 
Lobet : aurmau. — Arma è tneur; littéralement : Armoire dans 
le mur = Placard. — -Lobel : aurmau. RqfrJ : armoire. — Rouchi: 
armoile el aumère. — Du latin : armarium. 

Arminette ; s. f. (t. de meii.) = Emmielle, petite hache 
recourbée dont se servent les menuisiers. — Cmpr. Rqf'rt : 
alermin. — Luxembourg : haivelet . 

Armon ; — Gggg. et Lobet : aurmon. M. Gggg. lui attribue 
p. 328, d'après une C. M. le sens : Pièce de bois sous un chariot 
dans le sens de sa longueur (PL XVI, flg. 1, a.) C'est un espèce 
de cadre qui posé sur l'avant-train du char tourne sur pivot 
tandis que le hamai (b) reste fixe. 

Aruler ; v. a. (t. de charp.) = Poser les solives d'un plancher 
en affleurement avec deux autres dont on a d'abord fixé le niveau. 
Ex. : arûler les terâss. 

Asijaliée ; s. f. (t. de charr.i = La partie <lu rais qui l'ail 
coude à son extrémité près de Yaiveie (Yoy. v" aweie) et qui entre 
dans la jante (,pl. ILiig.o a). — (t. de charp. )=Joue,ëpaulement, 
les deux points d'appui du tenon. — Yoy. Lobet : aspalé, dimi- 
nuer la largeur d'un tenon. 

Asseinbier ; v. a. (t. de charp.) — Assembler. Rmcle, d'où : 

Asseinbieg ; s. m. = Assemblage. — Lobel : Asainbleg. Les 
différentes espèces d'assemblages se désignent sous les noms 
de : asseinbieg par moitaie bois = assemblage à mi-bois 
(pi. XV, fig. 4) ; asseimbleg a coin' d'arondc = assemblage 
à queue d'aronde (ibid. , fig. 5), cmpr. pigeon (t. de bim- 



— 6d — 

belotier) = espèce d*assembiagë dans le genre de celui à 
qtoeue d'aronde ; asseinblëg a boit' et a aweîe = à tenon et mor- 
taise (ibid.. fig. (i ; asseinbleg à e/fo i rt;ftttmflm=àenfOiirchemenl 
(tbfch i fig. 7) ; asseinblëg à irai <£Jupiter = h t rail (Je Jupîtéî 
(fig. 8) ; à gueule du niim\ littéralement à gueule de raine = à 
repose! à paume fig. 9) : il \ a encore ^asseinblëg à guéwie dît lêît 
=àgueulede loup; à languette et à reneure= à languette el à rai- 
nure; asseinblëg à clé (ibid. . fig. 3) = à ciels ; asseinblëg du bois 
d'boutou so bout = aboutemenl ou abouement. On «lit aussi abou- 
tèmin. — Asseinblëg é' n'anglé= à onglet.— A Liège, se dil aussi 
à onglet, c'est-à-dire à 45° connue les côtes d'un cadre (pi. W . 
Bg. I ty.Assémèleg quarte = assei»blage earré(fig. 10). —Expres- 
sion proverbiale: assembler à côps d'bonnet, littéralement : assem- 
blera coups de Inmnei = taire un tenon maigre, c'est-à-dire que 

l'on pourrait l'aire entrer le len lans la mortaise en se servant 

d'un bonnel au lieu du maillet.— Efforchî= v. Afifourcher 
deux pièces de bois. — Voy. Rmcle: efonseur = enfonçure , el 
eintrutoiss = entretoise. — Dfcassdwôte?';v.==Désassembler. — 
Rmcle : Dizasseinblé. 

Asseinblumain ; s. m. = Assendtlemenf . — v.Lobet et Rmcle. 

Assi ; s. m. I. de eliarr.i, anc. wall. assi dans les Ghart. el 
Privil. = Essieu. — Dial. ard. : essi. — Rmcle donne l'une et 
l'autre forme. — Rqfrt: essoul. — rouchi : assi. — Luxembourg 

dibi. — Du liilois : OS= essieu. 

Atenihniain ; s. m. (t. de eliarp. ci nieii.i = Amaigrissement 
du bots. — V. Gggg. ci Rmcle. : ateni = amincir. 

Attique ; s. f. i. de incii.i = Châssis d'imposte. La partie 
immobile d'une fenêtre qui se trouve an dessus de- deux 
battants = vantaux. • Rmcle donne atik avec la signification 
attique du français, pi. XI. fig. I. ". Voy. imposte. 

Aurmon ; ^. m. i. de charr. I un l ard. \<>\ \" armon. 



— 62 — 

Aweïe ; s. f. (t. de charr.) Littéralement : aiguille. Extré- 
mité du rais qui entre dans la jante, (pi. II, fig. 5, />.) (t. de 
charp.); anc. wall. awilhe dans Hemricourt. Tenon, extrémité 
d'une traverse qui entre dans la mortaise. Remcle : aweie = 
aiguille. On trouve dans l'anc. wall. enwilheir = attacher au 
moven d'un tenon. — Du lai in aciitus. 



Babecine ; s. !'. (t. de charp.) ; anc. wall. babescine dans les 
Chart. ci Privil. = Lucarne, fenêtre dans un toit. Le (liai. ard. 
est babicène. Rmcle : bab-et-sinn. Cmpr : barbaeane. V. 
I>iez. 

Babeu ; s. m. (t. de charr.) = Planchette que l'on attache 
aux cornes des vaches, bœufs et taureaux, pour les empêcher de 
donner des coups de cornes. Cmpr. Gggg : bambeû =■ Visière et 
Rmcle : babeu = Visière. -- Notons que la langue wallonne a 
trois expressions pour traduire le français : Donner des coups 
île cornes : bouter, doguer el souki. 

Bâche; s. m. M. de charron.); anc. wal\. bâche dans les Chart. 
et Privil. == Bac, ange. — Rqfrl : bock. — Rouchi, Limousin, 
Picard : bac — Berry : huche. — Du thiois : bak. 

Bâche; s. f . = Toute pièce de bois servant à former une 
paroi. Anc. wall. baiche dans le métier des tanneurs, S. Bor- 
mans, p. 284. — Gggg : bâche. — Rqfrt : bauch. Voy. Lobet 
\" lanbri. 

Bâchemin ; s. m. (t. de charp.) = Cloison. V. Gggg. 

Bâchî; v. a. = Lambrisser. Gggg el Rmcle. — Lobet, v" 
Baugy. Ex. : bâchi di planche in' ouhireie, in' fîniess =* fermer 



— 63 — 

une baie de porte , une baie de fenêtre par un palis en 
planches. 

B&chiheg; s. m. = Lambrissage. Voy. Rmcle. 

Bâchire ; s. f. (t. <li i men. ci charp.). Ane. wall. bachier, dans 
les ('.liait, et Prix il . Lambris ou cloison eu planches. Baehi 
d'planche. Le «liai. ard. esl bâchi. 

Bâdet; s. m. u. de charr.) , littéralemenl : baudet. = Banc 
sur lequel le charron se met à cheval (Voyez pi. III , flg. 2), à 
l'endroit (p) pour tailler 1rs rais et échelons serrés entre le 
coussinel (v) et le marteau basculanl (o) qu'il fait manœuvrer au 
moyen du pied posé sur l'étrier [q). Gmpr. le français âne = 
l»anc tic menuisier. La fig. .'{ présente une autre forme «le bâdet. 
L'ouvrier travaille debout placé devanl l'instrumenl à l'en- 
droil (ï). 

Baïe ; s. f. (t. de meii. et charp.; aue. wall. bailhe dans J. 
le Bel. == Garde-fou, balustrade, appui, barre, main coulante, la 
pallie qui recouvre les lialustresd'mi escalier et qui sert d'appui. 
— Rampe d'un escalier. — Rqfrt : baille. — Rouçhi : baille. - 
Cmpr. : bâr et bârai. Lobel : baurei baiirai. 

Balance; s. f. u. de charr.) = Pièce de beis à l'extrémité 
du tiiiHMi d'un chariot, à laquelle sont tixés les deux palonniers 
de devant. Voy. Gggg andaii . même signification. Voy. v° 
trepsin 'pi. IL fig. 7. b.) 

Baiivâ; s. iu. u. de se. de long et de charp.) = Baliveau. — 
Rmcle, Lobet, balivaw, Gggg baiardai et bilordia, même signifi- 
cation. 

Bniis.son ; s. m. < i . de charp. i ane. wall. balisson dans lesGhart. 
••i Privil. = poutrelle qui sert à couvrir une cave non voûtée 
•.•u maçonnerie, au moyen d'un plancher superposé. Cmpr. 



— «4 

In signifie, de coukmin. — Étym. du français balise, lui-même du 
latin palitius = pieu. 

Baiouwia; s. m. (t. de charp.) = Calibre de charpentier. — 
V. Gggg. 

Ban; s. m. (t. de charp. et men.) anc. wall. bancke dans 
J. de Stavelot = Banc , établi. — Rmcle, ban. — Ban di scrini 
— banc de menuisier. — D'so de ban = sous-établi. — Rqfrt : 
tuméfie; allemand et tlhois : bank; Diez : v° banca. — d'où : 

Banacof; s. m. (t. de men.); anc. wall. ban a coffre, ban à 
couff, bances a coffre, ban cl; à coffre pour eus dormir, dans les Re- 
gistres aux greffes. — Gggg. et Rmcle. — Du thiois, bankoffer = 
Caisse ou coffre en forme de banc. 

Basse ; s. f. (t de charp.) dial. ard. = Cheville en fer qu'an 
pose provisoirement dans les assemblages d'une charpente à la 
place des chevilles de bois. — Cmpr. Gggg : basenère = cheville 
en 1er (planche IV, tlg. 11.) 

« Bastâde Rame ; s. f. (t. de men.) littéralement : châssis 
bâtard = Châssis dormant d'une porte ou d'une croisée auquel 
sont attachées les ferrures du châssis ouvrant ; la traverse infé- 
rieure du châssis dormant s'appelle Vsou = le seuil. (M) » 

Bâta ; (voy. v° floïai.) — En terme d'agriculture signifie aussi 
un morceau de bois assez lourd que l'on suspend au cou des bes- 
tiaux, pour les empêcher de courir. Cmpr. v°lamai — Débattre. 

Bâtant ; s. m. (t. de men.) = Vantai] d'une fenêtre, d'une 
porte. — Cmpr. Rmcle : pâmai = même signification. 

Bateu ; s. m. (t. de jardin.) = batte , planche assez épaisse 
qui porte au centre un manche et dont se servent les jardiniers 
poupfouler la terre. Voy. Gggg : balèteei Lobet .fonk, même 
signification (pi. l\, fig. 6.) 

Batte ; s. i. i. tir men.) = feuillure, entaillure au bord des 



— 65 — 

portes et des fenêtres. Elle se fait au moyen d'un rabot appelé 
['(bïeress (voy. v° rabo\. — Rqfrt : batte et battement. Cmpr. 
Bonus. Gloss. dos lionill. batte, d'où : 

Battier ; v. a. Faire une batte = faire une feuillure. La langue 
wall. a aussi l'expression : pousser me batte. 

Batti; s. m. (t. de cliarp.) = Bâti, assemblage de montants et 
de traverses; se dit aussi costé, littéralement : rôle. 

Battire ; s. f. (t. de cliarp. ),dial. ard. = Aire faite de planches 
pour battre le bled. Si l'aire est en terre ou en argile, on la spé- 
cifie sous le nom de battire du degne. 

Bau ; s. m. a. de eharr.) = Anneau de 1er adapté aux ex- 
trémités du cadre de la charrette à ridelles et aux deux bouts 
du hamai (voy. v° hamai); (pi. I, fig. 1 et 3. x). 

Bedenne ; s. f. (t. de cliarp. et men.) == Bec d'âne, outil. — 
Voy. Gggg et Lobet. Il y en a de différentes dimensions; quant 
au taillant, son minimum ordinaire de largeur est de 3 lignes 
et son maximum d'un pouce et demi. Li bedenne à flige n'a 
pourtant qu'une ligue de largeur. 

Benai; s. m. t. de charr.i = Giand tombereau sur deux roues, 
auquel on attelle deux, trois cl jusqu'à quatre chevaux (PI. XIV). 
— Voy. Gggg. et Lobet — Les côtés de la caisse du benai 
peuvent s'ôter à volonté ainsi que les jiassons (voyez ce mot); il 
devient ainsi une charrette plate qui porte le nom de benai 
à clnnin (dial. ard.) — Rqfrt : benel — tombereau; vieux 
franc. : benneau dérivé de banne ou benne. — Rouehi : baneau 
ou béniau. — Lillois : begneau. -- Picard. : begneu et benieu. — 
Normand : banneau. 

Banne ; s. f. (t. de charr.), dial. ard. = banne, charrette 
i\r> charbonniers de bois, grande manne tressée, posée sur 
un cadre de charrette. — Du celtique benna que l'on trouve, 



— 66 — 

avec le sens que nous donnons, dans une charte de Hesdin de 
l'an 1000 (Hécart). 

Berwette ; s. f. (t. de chair.) ; anc. wall. berwette , dans les 
Ghart. et Privil. et clans la Chambre des finances. = brouette. 
Voy. Gggg et Rmcle. — Berwette a planch' = celle dont le 
fond et les côtés sont garnis de planches. — RqfVt : browette. — 
Normd. et Berry : berouette. — Voy. Diez : biroccio. 

Beuze ; s. f. (t. de charr.). = pièce de fer en forme de man- 
chon ou de cylindre, qui est insérée dans l'orifice du moyeu 
(pi. II, fig. 3 a); d'où : 

Beuzon ; s. m. = fer qui traverse le moyeu de la roue d'une 
brouette et qui fait l'office d'essieu et de beuze (voyez v° char) ; le 
dial. ard. est bonsson. — La forme beuzon se rapproche plus de 
beuze. — Cmpr. Lobet : bouson = pivot et moyeu. 

Biler (s') ; v. pronominal = se fendre, en parlant du bois. — 
V. Gggg. et Rmcle. — d'où : 

Biieur ; s. f. = Gerçure, cadran , fente dans le bois. — Voy. 
Gggg. — Lobet : bilard. — On dit aussi biheur et d'biheur, fém. 
— D'bilé ou dubilé (dial. ard.) = bois gélif, cadrané, qui a 
des fentes. — On dit aussi feint , fente, et findou, masc. et fém., 
(dial. ard.). Le féminin est à Liège et a Verviers : findowe. — 
Cmpr. Gggg. : Gadibiè = pièce de bois pleine de fentes ou qui 
a de l'aubier aux arêtes. — Cmpr. aussi Lobet : dkrevlé. 

Birâ ; s. m. (t. de charr.); anc. wall. birat, biera, byre, dans 
les Chart. et Privil. et bire dans J. de Stavelot. = Brancard, ci- 
vière. —V. Gggg. et Rmcle. — Rouchi : béard. — Normd : biard, 
peut-être par métathèse de birad. — Diez v" bara. 

Bizawe ; s. f. (t. de charp.) ; anc. wall. bissauwe, dans les Chart . 
et Privil. =besaigûe, outil de fer taillant par les deux bouts, 
dont l'un est en bec d'àne (pi. VII, tig. 13, a), l'autre en ciseau (b) 



— 67 — 

et portant au milieu une poignée (c). Rmcle v° bizaw' donne la 
signification sabot. — Rqt'rt : bisaigùe. — Dans Rabelais : bezagùe. 
— Rouehi : bisaique. — Du latin bis acutus — doublement aigu. 

Bodenne ; s. f. (t. de charr.). = la partie du bras de la char- 
rette qui est renflée sous la caisse (pi. 1, fig. 1 ai — Par analo- 
gie de bodenne = mollet, le gras de la jambe. — Voy. Rmcle : 
bodeinn, et cmpr : bodè = trapu, gros et court. 

Boge ; s. m. (t. de se. de long et bûcheron), anc. wall. boiye, 
dansJ. d'Outrem.= tronc, souche. Voy. Gggget Rmcle. — Rqfrt. 

bogue. 

Boiîotte ; s. l. (t. de se. de long et bûcheron), dial. ard. 
= Arbre étêté à la hauteur d'un ou deux mètres el dont le tronc 
est couronné de nouvelles pousses. On dit dans le même sens 
rabosse. — Voy. Hubert : ranboss. — Cmpr. normd : rabotte = 
masse d'un bâton. — Brohon, s. m. (dial. de Stavelot), anc. wall. 
brouhon, dans la Chambre des finances, a la même signification 
que les précédents. 

Boihier ; v. a it. demen.).= faire de la mauvaise menuiserie. 

Bois; s. m. (t. de charp., charr. et men.).= bois. Voy. 
Rmcle. — Bois d'bout ou ron bois— bois de grume, en tronçon ou 
en bille, ni équarri, ni débité avec la scie, coupé de certaine 
longueur et convenant aux ouvrages do charronnagè. — Bois 
d'eherpinte = bois de charpente, de construction ; se dit aussi 
bois d'eheptireie. — Blan bois.— arbres dont le bois est blanc 
et le tissu tendre. On comprend sous cette dénomination gé- 
nérale : le sapin, mélèze, peuplier, etc. Le meilleur de tous 
s'appelle : franc-picard; le plus mauvais : commun blan bois. 
(Voyez v°plop el sapin). — On désigne sous le nom de tinrbois 
= bois tendre : le platane, saule, tilleul, marronier, bouleau, 
aulne, bourdaine, etc. Voy. Lobe! : tair boi).— Cmpr. Rerry : 
bois-blanc, arbre à tissu tendre: saule, peuplier, etc. — Du 
thiois : bosch = bois. 



68 



Bondiet ; s. m. (t. de se. de long.) = Bondieu, coin de bois 
qui placé entre les planches du tronc à scier sert à donner plus 
de facilité pour manœuvrer la scie de long (pi. V, partie a). 

Bossai ; s. m. (t. de charp.) = La marche palière d'un esca- 
lier, celle qui n'ayant que deux pouces de largeur termine un 
escalier et s'ajoute au palier (pi. XI, flg. 2, &.). 

Bouhette ; s. f. (t. de charp.).— Repoussoir ou pousse-fiche, 
broche pour faire sortir les chevilles. — De bouhi = frapper. 

Boutan; s. m. (t. de se. de long). Voy. houlmain (t. de 
charp.) et aguesse. 

Boutisse ; s. f. (t. de charp.) = Contre-boutant, contrefiche, 
pièce de bois posée obliquement pour soutenir ou contrebuter 
un arbalétrier. 

Bovet; s. m. (t. de men.). = Bouvet, sorte de rabot pour faire 
les rainures (pi. VI, fig. 9). Il y en a de différentes espèces : 
bovet du deux pesses = bouvet composé d'un rabot et d'un régu- 
lateur (pi. VI, fig. 7.); bovet à filet— tire-filet; bovet à panai 
= à panneaux; bovet àembrever = hemboviïïeteY{\oy.renbrevéj. 

ssraquet ; s. m. (t. de charr.). = Scie à manche, semblable 
à un passe-partout de grande dimension (pi. XII, fig. 9). Cmpr. 
Lobet : braket = braquemart, glaive, coutelas. 

Bride ; voy. v° toheler. 

Buzai ; = s. m. (t. de charr.), voy. v° mûzài. 



C^ 



Cabriolet ; s. m. (t. de men.) = Scie à débiter; sa longueur est 
d'ordinaire d'un mètre trente centimètres ; pour la manœuvrer, 
il faut généralement deux ouvriers (pi. VII, fig. 5). 

Cagète ; s. f. (I. de charp. ) = Chasse-clou, Gggg : cacheté. Du 



— 69 — 

thiois : keg, kegge = coin. Voyez la lettre de M. J. Bormans a 
M. Gggg., p. 52, sur Les éléments thiois de la langue wal- 
lonne. 

Ca.geter ou Cag'ter ; v. a. = Enfoncer un clou. — Dicageter, 
l'aire sauter les clous hors du plancher. 

Caïebottes ; f. pi., dial. ard. = branches de chêne écorcésur 
pied, moins fortes que le pelwai voyez ce mot), et dont on fait 
des fagots plus petits que le fagol ordinaire. 

Gaïefc ; s. m. (t. demen.). = Bûchette et petite cheville qui 
maintient la mèche d'un vilbrequin (pi. IV, fig. 16, a). On nomme 
spécialement : caiet âïwindai la partie du vilbrequin qui porte la 
mèche ci qui, dans les vilbrequins en bois, s'emmanche au bout 
(pi. IV, fig. 17). Gggg. : caiet. — Rmcle el Lobel : keyet = talon 
en bois. — Voy. pour l'étym. la Lettre de M. .1. Bormans à M . 

(lero n i\ 47 
u i)DO'' Y' *'" 

Cale ; s. f. (t. de men.). =Cale, ce qu'on pose sous une pièce 
de bois pour la mettre de niveau. — Voy. Rmcle : rihosse — cale; 
du grec : • *xuu = abaisser. 

Gaibote ; s. f. t. de se. de long.) = Creux dans le tronc d'un 
arbre, l'ait par la main de l'homme. On dit aussi dans quelques 
localités : halbote. — Voy. Gggg. : calebote, petite armoire. — 
Rmcle : kalbott, petite boite. — Huberl : halbott et Loin! : 
çharbott. — Chabote, s. 1'. = Creux dans le tronc d'un arbre l'ait 
par la nature. Tous deux du dial. ard. — Voy. aussi Gggg. et 
Rmcle : chabotte. Cuipr. Berry : cabotte, même signification. 
— D'où chaboter. Gggg.Rqfrl : chapoter, hacher, couper. 

camelot; s. m. (t. de cli.irp. el men.). =la maille ou Heur du 
bois qu'on dil aussi en wallon : l'fleûr de bois. — Voy. Gggg. v" 
mespati\r[ pour ce m*'! empr. mesplas—pièce de bois sciée d'un 
côté, note 2, p. 283 du métier des tanneurs, S. Bormans. — 



— 70 — 

L'pôr de bois = Cernes , c'est-à-dire les cercles concentriques 
qu'on voit sur la tranche d'un arbre coupé sur bout. 

Canif; s. m. (t. de men. et bimbelotier). = outil assez sem- 
blable à Yécreneu (v. ce mot), ou au coûtai a /' sipalle (v. ce mot), 
et qui n'a pas de rapport avec le canif. — Voy. Rmcle. 

Cartouche ; s. ('. (t. de charp.). = Chanlatte, coyau. 

Cawuron ; voy. v" errer. 

Chabotte ; voy. v° calbotte. 

Chaîne; s. m. (t. de charp. et men.);anc. wall. chaisne 
dans la Chanib. des finances ; chesne dans Mélart. = chêne, 
arbre. 

chaînette ; s. t. (t. de charp.) = pièces de bois que l'on place 
entre les solives pour les affermir quand celles-ci ont trop de 
portée; elles sont ou clouées ou assemblées. 

Chame ; s. f. (t. de charr.); auc. wall. chame, dans les Chart. 
et Privil. = jante d'une roue. — V. Gggg, Rmcle et Lobet. — 
Les roues sont faites de quatre, cinq, six ou septjantes. — Chame 
d'on spldion, littéralement : la jante «l'un traîneau, la partie 
courbe du bas d'un traineau sur laquelle se cloue la bande de 
fer. — Chaîne (fine îpre, voy. ipre. — « Chame d'on pusse, litté- 
ralement : jante d'un puits, le rouet, assemblage de madriers 
à joints recouverts débillardé en forme d'anneau sur lequel 
est assise la maçonnerie du cuvelage d'un puits (M.)» — Lpatron 
(Fine chame = jeumérante , petite planche de bois qui sert de 
modèle pour tracer les jantes d'une roue. — Rqfrt. gante. — 
Berry : chante. — De canthus ou xaveô?. — D'où : Chamlou, adj. 
Propr. = en forme de jante; se dit d'un individu qui est bancal 
(dial. ard.) 

Char; s. m. (t. de charr.); anc. wall. chare, chair, dans les 
Chart. et Privil. ; chare, dans les Pawillarts ; Àar,dans Jean leBel.— 



— 71 — 

Char h quatre roues (pi. XIX). — Voy. Gggg et Rmcle. L'avant- 
train porte sur le premier essieu Varmon, (a) (voyez ce mot), el 
est uni à l'arrière-train ou second essieu par la longe (c) (voyez 
ce mot). — Li custell (d) les deux bras qui sonl indépendants 
du corps du char, sont attachésà Varmon (a) el retenus par un 
bonsson e) qui passe dans des œillets en fer (f). — Rqfrt. : car el 
kar. — Rouchi : car. — J>u latin : carrus. D'où le diminutif: 

Chârai; s. m. (t. de charron). Littéralemenl : petil char. Bâti 
en bois monté sur deux roues el qui, dans Y errer a rôlett (voy. 
ce mot), serl à porter la flèche de la charrue (pi. VIII, lig. 2). 
Composé : 1" de Ppresse, la sellette a), qui se hausse à volonté 
en jouant dans les glissières [d)ei sur laquelle repose l'extré- 
mité de la flèche de la charrue; 2° de l'foche de charai, litt. 
fourche du charai, le timon (fig. -2. c). Au bâti sont suspendus 
2 anneaux [h par lesquels passenl les lignoules, brides ou cordes 
qui servenl à diriger le cheval ou les bœufs (voy. v° errer). - 
Le dial. ard. l'appelle aussi essihai = petit essieu, diminutif 
d'essi, qui dans plusieurs endroits se dil par contraction echhai. 
— A Verriers . le charai porte le nom de chairoulhaie. Voy. 
Lobet . 

Chîirai; il. de se. de long et de bûcheron), désigne encore : 
deux petites roues unies par un essieu qui sert à reposer l'ex- 
trémité des arbres ou grosses pièces de bois, que l'on trans- 
porte sous 1rs charrettes à ridelles. 

Chàrli; s. m. = charron ; anc. vvall. charlier, dans les Cbarl. 
et Privil. Le métier des Charliers avail pour patron St-Eloi, en 
wallon : Elauieov Elwet el Notre-Dame des Patteniers. 

Cherette ; s. f. t. decharr.); anc. wall. cherrette, dans les 
Ghart. el Privil. el dans J. d'Outremeuse. = Charrette. — Che- 
rette a liutt\ littéralemenl : charrette à échelles = charrette a 
ridelles. Voy. \ haie). — Berry : charte = charrette à ridelles, 

(pi. 1, fig. 1 d'nll : 



- 72 — 

Cheriot ; s. m. (t. de charr.). = Chariot. Rmcle. — Désigne 
encore en dial. ard., une espèce de chaise dans laquelle on ap- 
prend aux enfants à marcher, et un rouet à filer. 

Cherî ; s. m. = Chartil, hangar pour remiser les charrettes 
et les charrues. 

Chepter ; v. a. (t. de charp.). = faire de la charpenterie, char- 
penter, équarrir des pièces de bois. — Rqfrt : chapuiser — d'où : 

ciieptî ; s. m. = Charpentier. — Gggg. Rmcle. Le métier 
avait saint Joseph pour patron. — Rqfrt : chapuis. 

cheptîreie ou cheptreie ; s. f. = Charpenterie, Rmcle. — 
Rqfrt : chapusie, chaipusie. 

Chergeu ; voy. v° houlmain. 

Cherowe ; voy. errère. 

cherpeinte; s. f. (t. de charp.). = Charpente, ferme, cloison. 
— Lobet : cherpaid. — L'inte-deux d'ine cherpeinte --= l'espace 
vide entre les cadres d'une charpente où l'on maçonne. En dial. 
ard. : païou; anc. wall. pailhouh dans Hemricourt et palhou 
dans J. de Stavelot. — A Liège, cherpeinte, signifiant cloison, se 
dit : chesse al pareu. — Rqfrt : carpentement et (supplément) câr- 
pentaige. — Normand: cherpente. — Rouchi: carpente, — d'où : 

Gherpeinter ; v. a. = Charpenter. Rmcle. 

Cherpeintreie ; s. f. = Charpenterie. Rmcle. 

Chesse; s.f. (t. de se. de long).=Espèce de palette semblable 
au battoir des blanchisseuses dont se servent les scieurs de long 
pour faire entrer le bondiet (voy. ce mol) entre les planches. 
(PI. V, fig. 2). — Voy. Lobet, chess. — De chessi = chasser, 
forcer de sortir ou d'entrer. 

Gheyre ; s. f. (t. de men.); pour l'auc. wall. ou trouve les 
formes : chaière, chayère, eaière, châtier, cimier, dans J. de Sta- 
velot. — Chaière, châtier, chair, chaire, chayer, chayr, cheier dans 



73 - 

J. d'Outremeuse. - Chair, chaire et choyer, dans les Chart. et 
Privil. = Chaise. — Voy. Gggg. et Rmcle. — Rqfrt : cheyere. — 
Rouchi : cahière. — Normd. et Berry: chaire. — Du latin cathedra. 

Chezi ; s. m. (t. de meii.). = châssis. — Rmcle et Lobet. — 
Chezi battant= châssis battant, qui intercepte le veut. — Chezi 
dàrnunt ou simplement donnante meneau (V. Rmcle v° dor- 
mant). — Contre-chezi = contre-chassis. Rmcle. — Doh-cliezi , 
s. in., ancien wall. : châssis d'oulerie (voy. Ch. et Privil., p. 50), 
= double châssis, châssis sur un autre. — A Vielsalm chezi 
signifie un appui de fenêtre. 

Chiveïe ; s. f. (t. de charp.).= Cheville. — Dial.de l'Ardenue : 
chuveïe ou ch'veie. — Proverbe : ottan d'tros , ottan di ch'veïes, 

littéralement : autant de trous, autant de chevilles, ce qui peut 
s'interpréter de différentes manières. 

Chivii ou Chvii ; dial. ard. chuvii ; auc. wall. achewillié, 
S. Bormans, Métier des tanneurs, p. 284. = Cheviller. — 
Dichvii ou £ chvii = décheviller. — Dial. ard. duchvii. 

Civir ; s. f. ( t. de men. et charron); ancien wall. civier, dans 
les Ch. et Privil. = Civière, brancard avec ou sans pied. — 
Rmcle. Voy. Lobet : sivi. — Civir d'ine cherette ou d'cm henai , 
espèce de baquet en bois abords peu élevés, suspendu par quatre 
bouts de chaînes sous le henai et dans lequel le voiturier met des 
objets de première nécessité (pi. XIV a).— Le henai porte encore 
sous sa caisse l'coff", le coffre, mis à demeure et fermé à l'aide 
d'une serrure (b). A l'arrière, il porte une toile forte, suspendue 
par les quatre coins en forme de hamac, dans laquelle ou met du 
foin, de la paille, etc., et qui porte le nom de forendret (c). 

cizai ; s. m. i. decharp. <i men.); anc. wallon : siseaix, dans 
les Chart. el Privil. = Ciseau. — Lobet et Rmcle: sizai. — 
Cizai à coinne , lin. ciseau à coin, = empenoir. — Fourmoi = 
fermoir, nez rond, ciseau dont le tranchant or eu biais. 
Rqfrt. chisel , cisel, — Diez \" cincel. 



_ 74 — 

Cizeu ; s. m. (t. de men.) = tringle de bois horizontale et 
rendue mobile (planche IX, fig. 4 a), au moyen de 2 pivots (o) 
scellés à la muraille (b). Au bout de cette tringle est suspendue 
une crémaillère, = crama (c), à laquelle s'attache le crasset (d), 
lampe à crochel qui peut se baisser ou se hausser et sert h 
éclairer l'ouvrier travaillant le soir. De cize, soirée. 

cia ; s. ni. (t. de charp. et men.), anc. wall. clans à pont — 
clous à pointe, dans J. de Stavelot. — Clans à claweir dans J. 
d'Outremèuse. = Clou. Gggg. etRmcle. 

Les charpentiers et menuisiers employent différentes espèces 
de clous, qui sont : les cla (Vont: ;sous-enteudu pôce), c'est-à- 
dire qui ont un pouce de long. — « Cla d'onc, di 2, 3, o, 10, 13, 
20, 30, 40, 50, 60, etc., c'est-à-dire qu'une livre de compte 
contient autant de pièces que le n° indique (M.) » — Cla d'iattes 
à tiesse= clous de lattes à tête, qui ont deux pouces de long. — 
Cla à liesse platte = à tête plate, employés pour la charpente. — 
Cla d'pavéà tiesse perdowe, clou de plancher à tête perdue, c'est- 
à-dire à tête rabattue ( s'appelle aussi cla d'planchî) = clou de 
plancher d'un pouce et demi de long et d'une demi-ligne carrée. 
— Cla d'ouhe — de porte. — Cla d'pindmain= de pentures. — 
Cla d'serre = de serrure. — Cla du 4 côps — de 4 coups, dont 
la tète porte la marque de 4 coups de marteau (dial. de Sta- 
velot). — Cla du dosseau , un peu plus grand que les clous de 
lattes. — Cla d'aidan = grand clou qui coûtait un aidan la 
pièce. — Cla d'tapis = de tapisserie. — Les clous portant des 
noms spéciaux sont : les braques = broches, servant à clouer 
les chevrons Gggg. Rmcle ; Rqfrt. broc, broche, broque; 
Normd. broque. Du thiois, brok. — Hanicroche = clou re- 
courbé à 2 pointes; Lobet hanikrochet ; en dial. arden., cla 
d'coistrai; de hanicroche, nom d'une arme. Du latin : hamus 
== hameçon, haim crochu. — Uplat-stoque = grand clou à 
tête plate, pour attacher les plinthes. Plat-stoque à 2 liesses, v. 
Lobet. — Les pontes di Paris, ou simplement pontes, = pointes. 



— 75 — 

— Les sclutes = clous à tête rabattue, d'un quart et demi-pouce 
de long, employés dans la menuiserie. - Voy. Gggg., miète = 
petit clou. D'où : 

ciawer ; v. a.; auc. vvall. claweir, dans J. de Stavelot et dans 
J. d'Outremeuse ; clawer, dans les Chart. et Privil. = Clouer. — 
Rmcle klawer — Diclawer = déclouer ; dial. arden. duclawer. 

— Riclawer — reclouer ; dial. ard. : ruklnwer. 

ciawter ; fréquentatif. 
Clapette ; Voy. v" froion. 

Glappe ; s. f. d. de se. de long); auc. wall. clappe dans les 
registres de la Chambre des finances ; claps dans les Chart. et 
Privil. = bourdillon, bois refendu propre à faire des tonneaux. 

— Voy. Cambresier. — Cmpr. rouchi : clape, merrain. 

Clé ; s. f. (t. de charr.) = Clef. — Rmcle : clé inglesse, s. f. 
= clef anglaise, clef d'écrou en forme d'S. ; clé d 'on cruskin , 
clef de trusquin, voy. v" cruskin (pi. VII, fig. 46) ; clé d'on ser- 
geant, clef d'un sergent, voy. v" sergean; clef d'on guide, clef 
d'un guide, voy. v° guide. 

cachet ; s. m. t. de charr. i; anc. wall. clichet, dans les Chart. 
et Privil. = Tombereau. Voy. Rmcle. Le dial. arden. désigne 
sous ce nom la charrette qui ne bascule pas, dont les bras ne 
sont pas indépendants de la caisse de la charrette, et ce, à la 
différence e\u tape-cou : voy. ce mot ; toutes deux ont la même 
forme (pi. X i. On appelle Vtiess de clichet (littéralement : la tête 
du clichet), la partie qui l'en ne la caisse derrière les liras. (1M.X, i). 

ciippe ; s. f. (t. de bûcheron); dial. arden. = gros bois d'un 
fagot, sans branches ni rameaux. —C'est un pelwai (voyez ce 
mot), coupé à grandeur du fagot. 

/.'[«hernie ou faguenne = fagot, se compose : 1° des clippes. 

— Rql'ri : clipon, même signification ; 2° des rains, m. pi. — 
branches séchées avec rameaux dont on se serl aussi pour sou- 



76 



tenir des plantes grimpantes. — Dict. des spots : avu on rainfou 
di sfaguenn= littéralement avoir une branche hors de son 
fagot, être fou; 3° des ramaies == traines, ramilles, menues 
branches et feuilles mortes dont on emplit le milieu du fagot 
pour lui donner de l'apparence. Le bûcheron qui employé ce 
subterfuge et trompe ainsi sur la qualité de la marchandise en 
mettant par trop de ramaies, appelle cet amas de ramilles = on 
vai, litt. un veau ; 4° //' hàr, = la hart, toujours en double, lie 
le tout. Voy. v" tnasloque et waroquai. 

Coin ; s. m. (t. de chair., charp. et inen.) == morceau de 
couenne de lard pour graisser la scie. —De coiène, couenne. 

Coinne ; s. f. = coin, angle et corne. — Rmcle. Par analogie, 
de corne. — (T. de chair.), dial. arden. = aideau, perches 
passées dans les barres ou les ridelles dans une charrette à Mie 
pour soutenir les charges élevées (pi. I, tig. 1 b). — Fiers du 
coinne=\\[[. : fers d'aideau, espèce d'étriers enfers, adaptés au 
sîge, et dans lesquels s'engagent les aideaux. (PI. I, tig. 1 c). 

coivdai ; s. m. (t. de se. de long). =cordeau enroulé sur une 
bobine (en dial. ard. boubenne),et dont les scieurs de long se ser- 
vent pour batt titrait, c'est-à-dire tringler. On se sert pour frotter 
le cordeau, selon les lieux, de trois matières, qui sont : 1° Fcroie 
= la craie; 2° Pwarsclte , s. f., le noir de fumée délayé dans de 
l'eau encollée et pétri eu pâte; dial. de Stavelot swarse (de 
l'allem. schwartz, noir); 3° d'une pierre schisteuse, onctueuse, 
semblable à la plombagine, qu'on trouve à Spa,Franeorchamps, 
appelée pyrophyllade bitumineuse. Ligne, s. f., dial. de Slave- 
lot : même signification que coirdai. Voy. Gggg. linioule. 

Goistresse ; s. f. (t. de charp.). — arêtier, pièce de bois qui 
forme l'arête de la croupe d'un comble. Dans un comble il y a : 
le faitage, l'arêtier et la noue. « Les pièces de bois de la char- 
pente qui les forment s'appellent ; vienne di fiessmain, panne de 



— 77 — 

Jaitage; vienne M cois tresse, panne d'arètiér, et vienne di nowe, 
panne de noue (M.) »Voy. Lobet : kôisstî. 

colonbege ; S. 01. = Colombie. — Voy. Rmcle. 

nontrè-fïge ; s. f. = Conire-tiche. Rmcle. 

contrè-forer ; v. a. = Si 1 servir du contrè-foreu, fraiser. 

contrè-foreu ; s. ni. = Fraise, outil j>onr faire la noyure, 
c'est-à-dire le trou pour araser la tête d'un clou, d'une vis; 
« pour rendre conique le trou déjà percé, on se sert de la 
horlette ou mèche chandelle (M). » (pi. IV, ftg. 19.) 

montré-lame ; s. f. = (loutre-lame. Hmcle. 

contré-latte; s. f. = Contre- latte ; forte latte qui soutient 
les autres entre les chevrons d'un comble. Rmcle et Lobet. — 
Signifie aussi : planche volige qui se cloue contre les lattes d'un 
toit en ardoises. 

Contrè-manî ; s. m. = Étai, pièce de bois pour fortifier. Lobet. 

Contré-marche ; s. f. = Contre-marche. Voy. v° marche. 

Contrevint; s. m. = Contrevent, espèce de volet. Voy Lobet. 

Tous les mots composés de contre se disent , selon les dia- 
lectes, contri ou vont ru. 

Côp d*fier: s. m. (t. de se. de long); litt. : coup de fer = 
Traces raboteuses et parallèles que porte une poutrelle, une 
planche , etc. , et qui proviennenl de chaque coup de la scie de 
long (Voj . fier). 

oôpas; s. m. t. de charr. charp., et men.). Compas. Dial.ard. : 
compas. Li branche ou Vbresse d'on tapas, la branche ou' le bras 
d'un compas ; on dit aussi l'jambe, la jambe. 

Il y a différentes espèces de compas : F compas d'rond ou di 
speheur, compas sphérique ou d'épaisseur, dont les branches 



— 78 — 

sont en ellipse (pi. IV, fig. 4.) ; côpas horizontal, compas des 
charrons et carrossiers, plus souvent appelé guide (Voy. ce mot) 
(pi. IV, fig. 7) ; côpas divizeur oup'tit divizeur, compas des table- 
tiers et bimbelotiers (pi. IV, fig. 8). 

Gôper; v. a. = Couper. Rmcle et Lobet. Côper al soie, v. a., 
débiter à la scie; côper so coinne-, v. a., litt. : couper sur coin, 
ébiseler. 

Côpresse; s. f. (t. de se. de long), dial. ard. = la scie hori- 
zontale des scieurs de long). Voy. Rïssep (pi. XII, fig. 7). 

Copli; s. m. (t. de charron). = Palonnier; raie ou tringle qui, 
dans ies attelages, sert à coupler les chevaux (pi. II, fig. 7); 
elle s'attache au trepsin (voy. ce mot, et balance et raietrait). — 
Lobet : PaJoni, même signification. — De copier, coupler, atta- 
cher par couple. 

Coroiîisse; s. m. (t. de charp.) ; anc. wall. comisse, dans les 
Chart. et Privil. = Corniche, couronnement, fronton. On dit 
aussi corniche, fém. — Normand : corniche. — Diez v° comice. 

corroï; v. a. = Corroyer le bois, en ôter la superficie gros- 
sière, l'aubier. — Rmcle donne : coroyé = corroyer. — « Si- 
gnifie aussi : Planer et dresser en retour d'équerre pour être 
ensuite tracé et débité (M). » 

côte; s. f. (t. de men.). == battement, côte, tringle de bois 
mince, rapportée sur la rive d'un battant de porte, de croisée 
ou de volet, pour recevoir l'autre battant et cacher la jointure. 
— Voy. Lobet : KM. 

cougnaie; s. f. (t. decharp.); anc. wall. cougnée, dans les 
Chart. et Privil.; congnie, dans les Reg. de la Chamb. des fin.; 
coingnie dans J. le Rel. = cognée (pi. IV, fig. 9). — Dial. ard. : 
cougni. — Rqfrt : quignie et coingnée. — Berry : cognie et cou- 
gnie. — Picard : quignie. — Du latin cuneus. 



— 79 — 

coukmain ; s. ni. (t. do charp.). = Gîte, pièce do bois, fort 
pelwai{voy. ce mot), qui serl à former le plafond d'une étable. — 
De couki, coucher. Gmpr. balisson. 

couniet; s. m. il. de charron et bûcheron). = (loin à fondre. 
— Voy. Gggg. oi Rmcle. — (t. do charp.). = Pelit coin qu'on 
lait entrer dans la tête fendue d'une cheville pour l'empêcher de 
sortir. — Rqfrt : cunel. — Picard : cuignet. — Du latin cuneus. 

<:ourerèsse ; s. f. (t. de cliarp. et men.).===Rifflard, demi-var- 
lope, espèce de rabot (PI. VI, fig. 3). On dit aussi rifflard. 
Le mot arden. désigne le rabot toul entier, le liégeois désigne 
le fer du rabot. Rmcle, faisant de la courerèsse la varlorpé, se 
trouve en désaccord avec M. Bormans (voir la lettre mention- 
née, p. 38). — Courerèsse à n'on fier, h un seul fer, ayant un 
seul ciseau dans la lumière ; courerèsse à deux fiers, qui a deux 
ciseaux ; petite courerèsse , demi-varlope. — La courerèsse (t. de 
charr.) = outil en fer muni d'un manche pour tracer des mou- 
lures sur le moyeu. — De cori = courir. 

coûtai à deux mains ; s. m. (t. de charr.). Litt. couteau à 
deux mains, = piano (voyez plenne). (PI. XII, fig. 12). — Coûtai 
d'bois, sorte de coin qui se place dans la rainure de la flèche de 
la charrue pour donner de l'inclinaison au coûtre. — Coûtai 
tferrér (Voy. errer». Coûtre. — Coûtai à li spalle ou à l' sipalle = 
lia. couteau à l'épaule ; espèce de lame adaptée au bout d'un 
manche que l'on appuyé à l'épaule et qu'on dirige de la main. Du 
latin : cultellus. 

cowai ; s. in. (t. de charp.). = Goyau, bout de chevron 
ssanl soit l'aplomb d'un toit, soit toul autre ouvrage de 
menuiserie. Le dial. de l'Ardenne est cawai. • — Berry : coyau. 
— bc cowe, queue. 

crama : s. m. = Crémaillère. Voyez cizeu et sergeant. 



— 80 - 

cramiette; s. f., diminutif de crama. = Crémaillère. Rmcle. — 
(t. de charp.). = Crémaillère en fer à deux branches mobiles 
entre lesquelles on suspend le moyeu pour le durcir au feu 
(PL IV, fig. 13). Est aussi désigné sous le nom de : Vpindan fier, 
litt. le fer pendant. Dû Ihiois : kram, crochet, ou mieux, de 
Kçtfina : je suspends. 

creppe ; s. f. (t. de charr.;; anc. wall. creppe, dans J. d'Ou- 
tremeuse. = Crèche à moutons. — Rqfrt : crêpe, même signifi- 
cation. De l'allemand krippe. 

cresse ; s. f (t. de charp. ).= Crête. Voy. Rmcle : cresse de teu, 
la crête du toit. 

cresse ; s. f. (t. de charr., charp. et men.). = Copeau. — 
Voy. hututu. 

crette ; s. f. (t. de charr.) = Frette, cercle de fer qui en- 
toure le moyeu d'une roue. Le moyeu en porte d'ordinaire 
trois, dont deux sur le bouge (pi. II, fig. 3 d), et le troisième 
touchant à l'essieu (fig. 3 e). Ce dernier s'appelle spécialement : 
cretle di cou, litt. frette du cul. 

croctai ; s. m. = Crochet. — Le dial.ard. est crohtai. — Croctai 
d' ratnîre ; litt. : de retenue ; ragot, crochet en fer qui se trouve 
sur chacun des bras d'une charrette (pi. I, fig. 1. d.) — Croctai 
cïtôhlege (voy. v° tôhlége). 

crohtai ; s. m. (t. de bûcheron) ; dial. ard. = Instrument qui 
sert à porter en bandouillière le fiermain (voy. ce mol). Il con- 
siste en un petit bois courbe, long de 10 à 12 centimètres, portant 
au milieu une fente longitudinale et aux deux extrémités duquel 
est attachée une corde (pi. IV, fig. 2). 

cruskin ; s. m. (t. de charr., charp. et men.) = Trusquin, 
instrument qui sert à marquer la largeur des tenons et des mor- 
taises (pi. VII, fig. 4); ïclé (b) sert à fixer la planchette (a). Du 



— 81 — 

thiûis : kruisken , petite croix (voir la lettre de M. J. Bormana à 
M. Gggg., p. 49.) 

custeiie ; s. f. (t. de charr.).= Le brancard el l'espace com- 
pris entre les deux bras du brancard ; Cmpr. le wall. crustale 
(t. de mines), brancard; oh trouve dans les Ghart. et Privil., 
p. 82 : Bras de brustelles Mante pour crustelles?) , civiers et toutes 
autres minutes concernantes chares et charettes. — Voy. Lobet : 
cl-charett, même signification. 

cuzi ; s. m., dial. ard.; anc wall. cahier, dans les Chart. et 
Privil. = Étui en bois que les faucheurs portent à la ceinture et 
dans lequel ils mettent li queu, la pierre à aiguiser. — Voy. Gggg. 
coin et gohi; à Viel-Salm : coirni, parce qu'il est souvent fait d'une 
corne ; Luxembourg : cornier; à Limbourg : boultai. Rouchi et 
Picard : queusse. — Berry : coffineau. 



I> 



Daguet ; s. m. (t. de charr.) ; anc. wall. daguet et daghet, 
dans les Ghart. et Privil. ; daget et daghuet, dans les Reg. de la 
Chainb. des lin. ; daghet, dans J. de Stavelot. = Goudron. Gggg., 
Rmcle et Lobet. — Signitie aussi vieux oint : graisse faite de 
lard et de suif broyés dont les charrons se servent pour oindre 
l'extrémité de leur tarière et les charretiers pour oindre le bout 
de l'essieu. Les opinions varient sur la signification exacte de 
daguet; les uns le donnent comme signifiant goudron, les autres 
comme signifiant cambouis. Lobet donne les deux significa- 
tions. — Huberl : daket, goudron; Rouchi : daguet.' — Ses 

composés sont : dagler, goudr ter; dagleg, goudroninigL'; 

dagleu, goudronneur. 

Daiie ; s. m. (t. de charp.). = Volige, planche de bois légère. 
— Rmric v del et dail. — Gmpr. Gggg : deie, tome II, p. XX, 

6 



82 



et édeii, planchéier. — Pour l'étymologie, voy. la lettre de M. J. 
Bormans à M. Gggg. 

Dame ; s. f. (t. de charron). = Chambrière ou servante : le 
bâton suspendu pnr un crochet au bras de la charrette, et quel- 
quefois aussi à l'arrière dans le benai, qui sert à soutenir la 
charrette au repos, à lui conserver la position horizontale. (PI. 
X, flg. 1 rt, et pi. XIV e). Par analogie de dame, lue. Rmcle. et 
Lobet. — Dame d'ouhlet, s. f. (t. de charr.), = la pièce de bois 
qui, sur chacun des ouhlets ou vanteaux de la charrette, occupe 
le milieu et est rappliquée verticalement (pi. VIII, fîg. 3 a). 

Damseï ; s. f. (t. de charr., charp. et men.). = Mâchoire, 
pièce de l'établi qui serre les planches, fait l'office de l'étau. — 
Lobet et Rmcle donnent dammzel, demoiselle. 

D'biter ou dibiter ; v. a. = Litt. débiter, scier une pièce de 
bois en planches ou en billes. — Dial. arden. : dubiter. Dlnter 
e rïanglé ou e squére, débiter en angle ou eu équerre, débil- 
larder, couper une pièce de bois diagonalement- 

D-foutrain ; s. m. (t. de charp.). =Dosse, madrier, première 
tranche de sciage d'un bois en grume. — Voy. v° horron etflaclie. 

Diclimper ; v. a. (t. de charr., charp. et men.). = Dégauchir, 
regarder si la surface d'une pièce de bois, ou d'une planche, 
forme un plan droit. — Dial. arden. Duclimper. Le wallon dit ad- 
verbialement d'un objet qu'il est di climpeur ou fait climpeur, 
selon qu'il est ou non de niveau; se dit aussi d'une surface dont 
le plan est ou n'est pas droit. 

Dijetté ; adj. = Dejetté. Rmcle. — Voy. v° hiner. 

Diiarder ; v. a. = Délarder, rabattre les arêtes en chanfrein. 
Rmcle. — Lobet : d"laurdé,et dkvauîieg, refuite donnée à un ou- 
vrage assemblé. 

D6cine ; s. f. (t. de men.). =^ Genre de moulure formée d'une 
courbe concave à côté d'une convexe. Voy. v" ogive. 



— 83 — 

Drabéne ; s. f. (t. de charr.). = Cuiller, bandage de fer qui, en 
dessous de l'essieu, relie ce dernier au hinon ou équignon (voj 
v° hinon). On en pose généralement deux, quelquefois quatre 
(Voy. pi. Il, fig. 1 a). — Voy. Lobel : draubaine ei sek dessi ou 
sekleg dessi. 

Dressî ; v. a. 't. de chai -r.,eliarp. et men.). = Dresser. Rmcle. 
— Dressi inc planche, recaler, unir avec la varlope; se dit aussi 
plené ou apontî, litt. planer, apprêter, ou encore digrohi, lilt. 
dégrossir, bûcher une pièce de bois. — Cmpr. Gggg : dibiarder 
et Lobet : biavdé. 



a<: 



Ecasser; v. a. (t. de chair., charp. et men.). — Enchâsser, 
encastrer. — Voy. Gggg. ecasî. « Ecasser a fleur, enchâsser en 
affleurement » (M). 

Echhai ; Voy. v° charai. 

Ecrener; v. a. (t. de charp.) ; ane. wall. encrenneis, dans le 
Métier des Tanneurs, p. 284. = 1° Creuser une pièce de bois 
jiour y emboîter une antre; 2° se servir de Vécreneu. 

Ecroneu ; s. m. — Espèce de lame de canif adaptée au bout 
d'un long manche dont on se sert pour faire des crins, crans. 
Voyez Lobet etkreneg. 

Egré ou Gré; s. m., anc. wall. greis, dans J. de Stavelot, J. 
d'Outrcmeuse et le Cartulaire de Bouvigne. = Escalier, t]t%vr. 

Eligi; s. t. (t. de îneu.j. = Alezes, menues planches étroites 
dont la réunion forme une porte. — « Eligi', v. a. = Diminuer 
un champ sur nue partie de' la largeur et conserver une saillie 
sur l'autre, synonyme de ravalement. Ex. : on panai eligi. »,(M). 

Epeueure; .>. f. M. de men. et charp./. = Lattis sur le mur de 



— 84 — 

pignon d'une maison, qui sert à garantir la muraille de l'hu- 
midité et de la pluie. 

Époste; s. f. (t. de men.).= Traverse horizontale de Yattique 
(voy. ce mot) d'une fenêtre ou d'une porte, séparant le châssis 
dormant du châssis ouvrant. — Dial. ard. : imposte (pi. XI, 

fig. iyC). 

Errére; s. f. (t. de chaiT.) ; anc. wall. arreis, areis, arreits , 
dans les Chart. et Privil. ; Vareiz, l'areier, hereirs, dans les Reg. 
delà Chamb. des fin. = Charrue, arraire. Du latin, avare. — 
Se dit aussi cheroive; anc. wall. cheruwe, dans les Chart. et 
Privil. — Picard : carme. On ne se sert dans notre province 
que de deux espèces de charrues : Verrére à pî, litt. : charrue 
à pied, charrue sans avant-train, et Verrére à rolette , litt. : 
à roulettes. 

Cette dernière(pl. VIII, fig. 1) se compose de : 1° l'grèll, s. m., 
l'âge, hayeou flèche (fig. 1 a) ; 2° li lûr, s. m., le soc \b). Hu- 
bert M, même signification. De liiri , déchirer; 3° / 'coûte ou 
coûtai, s. m., le coutre (r); 4" Prisse, s. m., anc. wall. riesse, 
rièse, dans les Chart. et Privil. = le versoir, demi-manchon qui 
refoule la terre (cl) ; 5° pî de riss, le manche du versoir qui 
s'appuie sur le cep. Lobet : riss (lobe Ir esse , double versoir ; 
6° li sprinke, s. m., bois flexible qui , passé dans un œillet, sert 
à incliner le coutre à gauche ou à droite (e) ; 7" Les na'ies , 
f. pi., tous les fers, bandages qui garnissent la charrue (/'); 
8° Vcowe di Verrére, litt. : la queue, le manche ou mancheron (g). 
Le dial. ard. emploie aussi l'expression : l'pougnaie ou l'cawu- 
ron. Voy. Lobet; 9° l'tiesse di Verrére, litt. la tête, le cep, 
c'est-à-dire la partie en bois {h) h laquelle s'adapte le soc (b). 

Estaie; s. f. (t. de charp. et charr.) ; anc. wall. astel, dans J. 
d'Outremeuse, astelle, dans J. de Stavelot. = Copeau, éclat de 
bois, partie de bois enlevée par la hache, la cognée, Gggg. et 



— 88 — 

Rmcle. — Lobet : eslcl. (Voy. v° hachérotte). — Rqfrt : eslailc, 
estelle et astelle — Normand : atalle; — Rouchi : elcllc; — 
Diez, v° ascla. 

Estige; s. m. ; dial. ard. — ÉtâgC. — A Liégé : ostège. 



F 



Fâmain; s. m. (t. de cliarj). > ; anc. wall. faulxmains, dans les 
Chart. et P'rivil. = Manche de faux (pi. IX, fig. o, a). — Berry : 
fauxmanche. Voy. v° rapoit roule. — De faux et main. 

Fawe; s. m., âne. wall. fawe el /<;« , dans les Reg. de la 
Ghamb. des fin., fauve, dans les Chart. et Privil. = Hêtre, 
arbre. — Rql'rt : fau, fou et /a#. = Rouchi, berry, normand, 
fait. — Du latin : fagus. 

Fendresse; s. f. ; aue. wall., dans les Chart. et Privil. = Es- 
pèce de liaehe. Voyez findrai, Gloss. des bouilleurs. Bonus. 

Fier; s. ni. --Fer. — Fief â planche, ou simplement fier, 
litt. fer aux planches, scie de long qui est manœuvrée ver- 
ticalement par d'eux hommes (pi. XII, lig 4). Elle est munie 
de deux poignées; l'une fixe, au haut (c) et l'autre mobile, au 
bas (fig. »>. ai.). Voyez, y" saboV. Fier à r'ssep ou simplemenl : 
r'ssep, scie de long horizontale. Voy. v° Rssep el côpresse. La 
première sert à scier les arbres selon leur tii; la seconde à les 
scier sur bout (pi. XII, lig. 7). 

Fiermaln; s. ni. (t. de bùeliei on; ; ane. wall. fermeau, dans 
les Cb. el Privil.; ferment, fiefment, dans les lteg.de laGhamb. 
des lin. el dans les l'awillarls. = Grande serpe 1 de bûcheron. 
— Cggg : ferment. — Rql'i. : fermant. — Lillois : fernient, 
fjermint (pi. IV, lig. i, a). 



— 86 — 

Fiesmain; s. m. (t. de chat p.;. = Faitage. — Vienne di fies- 
main. Voy. v° Coistresse et jambe d'air. 

Filîr; s. f. (t. de charp.). = Filière, pièce de bois qui, dans 
les couvertures de maisons, porte les chevrons. — Lobet et 
Rmcle. — (T. de chair.). Les filifs d'ouhlet, les deux pièces de 
bois qui, sur le vantail d'une charrette, sont mises aux deux 
côtés et servent à former la rainure dans laquelle le vantail 
glisse (pi. VIII, tig. 3, b). — (T. de sc.de long) ; voy. v° houlmain. 
Du latin : filum. 

Finiesse; s. f. (t. de men.); anc. Wall, feniestre, dans les 
Chartes de Saint-Lambert; fenestre, dans les Chart. et Privil. et 
dans J. d'Outremeuse. = Fenêtre. Voy. v° attique, bastadè rame, 
rame. 

Fiache ; s. m. (t. de charp.). — Madrier et dosse. — Lobet, 
flah, bois flache, bois dont les arêtes ne sont pas vives; pre- 
mière partie du bois équarri ou scié. 

Fiahes; f. pi. (t. de ehan\).=Planches qui servent à exhausser 
les bords d'une charrette. (PI. X, fig. 1, b). — Le dial. ard. 
se sert plus souvent de rahausse; Hubert : rihauss. — Gmpr. 
houja ; anc. wall. xhoge, xhonge, dans les Chart. et Privil. = 
Planche qui sert à retenir le fumier sur le chariot. — Cmpr. 
Gggg. : chamia. 

Flige; s. I. (t. de men.). = Penture d'une porte ou d'une 
fenêtre (pi. XI, tig. 1, b). - Gggg. : flige, fiche, cheville de fer. 
Patte d'une flige, la partie qui entre dans la rainure du châssis 
dormant, comme le tenon dans la mortaise. 

Floïai; s. m. (t. d'agricult.) ; anc. wall. flaieis,û-Ans i. d'Outre- 
meuse; flaial, dans le Cartulaire de Bouvigne. = Fléau à battre 
(pi. 9, tig. 8).— Rqfrt : flael , flaiel ; supplément: flaiaus. 
— Luxembourg fiais ; normand (liais ; picard fleyeu ; lorrain 
fia y et. 



— 87 - 

Il se compose de : 1° ïmanténne ou mantènne, s. f . , le 
manche (a). Luxembourg montagne ; normand maintient, mou- 
tain ou maintain; — de main, tient; 2° l'chappe , s. t., 
ferrure iiui termine le manche en forme d'œillet (b). Berry et 
normand chappe; 3° Vlo'ieure } s. T.. cuirel (c) qui unit la chappe 
(Normand <■«/><'/ au batla;£° battu, s. m., partie du fléau qui 
frappe l'aire </ . Normand Ja batte. (Voy. v° fraMa). 

Foïcresse; s. f. = Rabot à faire les feuillures (pi. VI, fig. 8). 

Fonseûre; s. f. t. de cliarp . = Madrier OU planche ('paisse 
de 4 à 5 centimètres, sciée sur quartier. — Voy. Gggg. , t. II, 
p. 25. — La fonseûre esl employée pour les marches d'escalier. 

— Lobet : reilledu fonseure= fourrure, pièce ou tringle de bois 
dans la muraille, quand il n'y a pas assez de place pour mettre 
des lambourdes. Cmpr. Rouchi fotiçure =fond d'un lit. 

Foré^e; s. m. 't. de charr. . charp. et men.). = Forage d'un 
trou avec la tarière. 

Forer; v. a. = Forer. — Rmcle. 

Foreu; s. m. = Perroir, outil. — Rmcle donne foreu = ou- 
vrier qui fore. Du latin forare. 

Formain ; s. m. = Madrier, planche de chêne très-épaisse. 

— Lobet : hoformain. Cmpr. v° (Ffoutrain. 

Foùme ; s. f. i. île men.); auc. wall. fourme, dans J. de 
Stavelol ; forme de liet, dans Mélart et dans les Gharl et, Privil. 
= F>oi> de lit. — Oh dit aussi foûme di lé. - Gggg., Rracl. et 
Lobet. — Rqfrl .fourme; Rouchi : fourme. 

Froïon; s. m . i. de charron ; dial. ard. = Perche l'aile ordi- 
nairement de bouleau, que l'on attache le long des ridelles de la 
charrette au moyen de chaînes, de manière à la faire arc-bouter 
contre les jantes ouïe moyeu de la mue, et qui, parle frottement, 
enraye la roue dans les pentes. De froï, frotter, froisser. — Les 



— 88 — 

clapettes sont un autre moyen fort employé dans le même but 
sur les routes montueuses de l'Ardenne. Il consiste en perches 
flexibles de chêne [clippes : voy. ce mot) ou préférablement de 
charme, au nombre de quatre ou six, attachées longitudinale- 
ment a l'essieu au moyen des chaînes di clapettes (pi. II , fig. 1)- 
Dépassant de chacun des côtés les rais des roues, d'un bon 
pouce, elles enrayent la charrette. — De chiper, frapper, à cause 
du tic-tac produit par le frappement des clapettes sur les rais. — 
Ces deux moyens d'enrayer ont fait place à la mécanique (voy. 
ce mot). 



Gadibié; s. m. Voy. v° Hier. 

Gaîio; s. m. (t. de chaiT.). — Chariot à quatre roues. Haut 
d'un pied et demi ou à peu près, il est composé d'un fort cadre, 
posé sur quatre roues pleines sans rais. 

Gatte; s. f. (t. de charr. et de bûcheron). = Chèvre (pi. XI, 
fig. 3). — Voy. kzi. — Lobet, cii volet. — Gatte désigne aussi un 
instrument qui sert à soulever la roue ou le train d'une voiture 
(pi. XI, fig. 4). 

Gise, s. m. = Solive, toute espèce de pièce de bois destinée 
à servir de support. Dial. ard. gite; normand gite; du thiois 
vyze. 

Giva; s. m. (t. de men.i; anc. wall. gyvaz, dans Hemricourt. 
— Manteau et tablette ou corniche de la cheminée. 

Givèie; s. f. (t. de se. de long); anc. wall. givée, gyvée, dans 
les Chart. et Privil. ; givée de mairains, dans la Tab.de la Chamb. 
des fin. = Train de bois flotté. 

Golé; voy. v° leu et muzai. 

Gouge; s. f. (t. de charr., charp. et men). = Gouge, outil 



— 89 — 

pour foire les mortaises; pitite gouge, litt. : petite gouge, 
= gouge tte. Luxembourg goube. D'où eyougi; v. ;t. — 
gouger. 

Govion ; s. m. (t. de çharr., oharp. el uien.).= Goujon, che- 
ville de ici- ou de bois. — Trôs £ govion (t. de charr.), 
trous que chaque jante porte à chacun des bouts, pour être as- 
semblée (pi. 3,fig. o, a). — Rqfrt. : goignon] gougon. — Du latin : 
gobio. 

Grawia; s. m. (t. de charp. el riuiri'.i. =Gurette, outil donl 
se servent les charpentiers el les charrons pour enlever au fond 
d'une mortaise ou du trou creusé par la tarière, le moirhon ou 
petite saillie du bois (pi. IV, fig. lo . — Do grawi, fouiller. — 
Voy. \ moirhon. 

Gretteu; s. m. il. de charr.); liit. grattoir, outil pour tracer 
sur 1»' moyeu les cercles <>ù doivent être posées les frettes ci 
l'endroil oit doivent être posées les mortaises des rais (pi. IV, 
fig. 12). Rmcle. - Cmpr : gretteu, Gloss. <\c> houil. — De 
gretter, gratter ; allemand : kratze, grattoir. 

Grèll ; s. m. Voj . \" errére. 

Gueuïe; s. I. ; litt. gueule, = lumière d'un rabot. — Voy. v 
aloumir. — Rabot à deux gueuïes, rabot qui porte deux lumières 
(pi. V], fig, 2, a). 

Guiaime; s. m. (t. de charp. et men.i. = Guillaume, espèce 

de rabot pi. VI, fig. » ; guiaîme à batVler, guillaume pour dresser 

uillures; guiaime h platte-baine, guillaume i\ plats-bande. 

i ?e; s. ni. 't. de charr.). Instrument en bois servant a 

guider l'ouvrier dans le forage du moyeu el dans la pose des 

rais. Il s'appelle encore côpas mu régulateur. 

Il y a des guides de différents genres, selon leur usage 
(pi. XII); celui qui sert à donner la même longueur à chacun 
di*s rais (fig. -' ; celui qui serl a forer dans I'' moyeu les trous 
où sera enchâssé le pied des rais dig. 3) et qui dirige la tarière 



— 90 — 

c\ ; celui qui sert à donner à tous les rais le même niveau en les 
faisant passer sur une règle (fig. o, a). Chacun de ces guides est 
adapté sur le moyeu (/) au moyen d'une vis (fig. 1, &).Les guides 
(fig. 3 et 5) portent une clef (c) qui permet d'élever ou d'abaisser 
la tige mobile (d . Guide désigne aussi la languette de bois 
appliquée au côté d'un rabot pour servir de conduite. 

Guimbare OU Guiinbere ; s. 111. t. de meil.)- = Guimbarde, 
outil pour dresser le fond d'une mortaise. Il se compose d'un 
1er et d'un fût. — A Herstal cl à Jupille, guibore. — Lobet : 
guebaur. — Pour l'étymologie, voy. la lettre de M. J. Bormans 
à M. Gggg., p. iO. 

Gûrm; s. m. it. de construct.); anc. wall. grenyêre, dans 
les f.hart. etPrivil. = Grenier. — A Liège arimi — Rouclii , 
picard, normand, berry : guernier. 



H 



Hache ; s. I. ft. de charp. et se. de long); dial. liégeois; anc. 
wall. hanche , dans J. d'Outremeuse ; Lace, dans Jean le Bel. = 
Hache. — Rqt'rt : hace, haische. — Du latin : ascia. Les com- 
posés sont : 

1" Hacherotte; s. C. =- Hachure, esquille de bois. — Dial. 
ard. : hecherotte, à peu près synonyme (Vestale. Voy. ce mol . 

2° Hechî ; v. a. = Hacher. — Gggg. et Lobet. 

3° Heciiege; s. f. = Action de hacher. — Lobet. 

4" Hechter ; v. a. = Cliarpenter, fréquentatif. — Lobet, r'hegchi, 
retailler. 

H;\he; s. f. = Grosse pièce de bois enchâssée d'ais. — Gggg. 
et Rmcle. — Lobet : haûhe, herse, barrière. 



— 91 — 

iiaion ; s. m (t. de charr. ; anc. vvall. xhailhon, hailhon, 
dans les Chart. el Privil. = Échelon. — Dial. ard. : heion. — 
Rouehi : heion, hayon et aillion. — Picard et lillois : hayon. 

Hîiie ; s. f. (t. de charr.); anc. wall. eskalle, eskaile, escalle, 
dans J. de Stavelot; scaile, dans .). d'Outremeuse; schaulle, 
dans les Pawillarts; xhalles monteresses, dans la Ghamb. des fin. 
= Échelle. — Elle se compose des montants et des haïons (voy. 
ces mots).— Dobe haie, échelle double. — Baie vêlante, échelle 
mobile. Rmcle. — Hdle volante, lin. : échelle volante, celle dont 
se servent les peintres en bâtiments, les maçons, pour recrépir. 
Voy. Gloss. des houilleurs. Cherette à hâte, voy. v* cherette 

Haieue; s. f. ; anc. wall. xhallefte dans les Gh. et Privil. Di- 
minutif. - Échelette. Rmcle —Halettedi cherette, s. !'. = Partie 
des ridelles qui est sur le devant d'une charrette. — Un trouve 
daii^ les registres de la Chambre des finances l'expression 
xhalles d 'aoust, pour signifier, sans doute, les ridelles dont on 
se sert pour la moisson. — Xhalette; dans l'anc. wall. signifie 
échelons pour étaler, éventaire. — Rqfrl : Escalette,eschelette. 
— Rouehi : çhaletie. 

HaU; s. m.; dial. ard. = Ridelle, l'un des côtés d'une char- 
rette , lorsqu'il ne lait pas partie intégrante de cette charrette 
(pi. I, tig. 1, f). Signifie aussi : montant d'échelle. — Cmpr. Es- 
rahelle, dial. ard., s. f. = Échelette. — Rmcle : sikabel. 

Hame; >. m. t. de charr. et cliarp.); anc. wall. xhame, 
xhamme, chame, dans les Chart. et Privil. ; schampne, dans J. 
d*- Stavelol ; scampne, dans les Reg. aux Greffes des Échevins; 
escamme, dans J. d'Outremeuse; scampne , schampne ^ eschame, 
daus les Reg.de la Ghamb. des lin = Banc, escabeau. — 
Rqfrl : cliam el escame. — Dial. namurois : chamme. — Du latin : 
scamnun. 

Hamai; S. m. = Banc. — t. de charr. . = les deux pièce- 



— 92 — 

principales du tond d'une charrette à ridelles. — Voy. Gggg., 
t. II, p. XXIX. — Ane. wall. bois pour faire... xhameaux de 
dicter, dans la Ghamb. des fin. — Le hamai (pi. I, lig. 1 et 3) se 
compose d'une pièce de bois courbe (g, le hamai proprement 
dit), aux deux bouts de laquelle sont les rorihes, tréseilles (/), 
qui maintiennent les ridelles. — Le hamai est cerclé aux deux 
bouts d'anneaux de fer appelés hau (x) (Voy. ce mot). — Hamai 
désigne à Liège et à Verviers un traîneau d'entant. — Dial. 
ard. sploïèn; auc. wall. splbyon, dans les Reg.de la Ghamb. 
des fin. — Rqt'rl : chantais, banc. 

Hansï; s. m. = Instrument de menuisier semblable au trus- 
quin. Gggg. — Cmpr. hansion, calibre. 

Hâr ; s. m. = Brèche à un outil. Rmcle. — Dial. ard. 
hardia. 

Harder; v. a. — Faire une brèche au tranchant d'un instru- 
ment, d'un outil. Rmcle. 

Harkai; s. m. ; dial. ard. —Joug servant à porter deux seaux 
(pi. XII, fîg. 11). — Il contient un creux dans lequel s'emboîtent 
les deux épaules et se pose de manière que les deux seaux sont 
l'un à gauche, l'autre à droite du porteur. — Le coupe , s. m., 
servant au même usage, consiste en un bâton arqué, muni d'un 
crochet ou entaille à chacun des bouts auxquels on suspend 
les seaux (pi. XII, lig. 10). A la différence du harkai , il se pose 
sur une seule des épaules, de manière à ce que l'un des seaux 
soit devant, l'autre derrière le porteur. 

Haubosi; v. a.; charpenter. Lobet. — Dial. ard. : haboser. 

Havé; s. m. (t. de charp.). = Plancher. D'où haver , v. a., 
— établir un plancher ; haver on planchi, couvrir de planches 
une pièce quelconque. — Rmcle : haver, ratisser. « On dit aussi 
dans le même sens : racler on pavé d'planches (M) », et paver, 
planchéier. 



— 93 — 

Hawe ; s. f. , anc. w:ill. hawe el hauwe, dans les Chart. et 
Privil. = Pioche. D'où : 

Hawai ; s. ni. u. de charr.). = Houe; espèce de pioche sus- 
pendue au bras de la charrette, qui seri de poinl d'appui comme 
la damme. (Voy. ce mot). On l'appelle plus souvent : pindan 
hawai, pioche pendante (pi. ï, fig. 1, /."). — Crombe hawai ou 
teian hawai (t. de charr.) ; litt. : pioche courbe ou pioche tail- 
lante, espèce de hache semblable à la doloire dont le fer est 
courbé, et dont le tranchant au lieu d'être parallèle au manche 
lui est perpendiculaire; il sert à hacher les jantes (pi. IV, 
fig. 1 » . 

Hazi ; y. a. == River. Gggg., Rmcle et Lohet. 

aaziheu; s. m. = Rivoir. Rmcle rihazi, river de nouveau. 

Heïer; v. a. f. de charr., charp. el nieu.). = se servir du 
heieu. 

Heïeu; s. m. = Tourne-à-gauche, rainette, outil qui sert à 
plier les dents de la scie pour lui donner plus de voie (pi. IV, 
fig. ::. 

Heppe; s. f. (t. de charr. et de charp.); anc. vvall. heppe, 
dans les Chart. et Privil. et dans J. d'Outremeuse. = Hache. Ce 
terme s'emploie exclusivement dans le dial. ard. pour hache, 
qui u'esl pas en usage. Heppe àVmain, litt. : hache à 
la main; la hache ordinaire que l'on manie d'une seule main. 
— Heppe quarerèsse ou heppe à buse, hache à équarrir, 
celle donl le manche est passé dans le manchon de fer de 
l'outil. On la désigne encore sous le nom de : heppe à deux 
rnatns,parce qu'on s'en sert en la tenant des deux mains (pi. IV, 
fig. 8). — Rouchi et lillois : happe; picard : hepe. — Du thiois 
heppe, petite hache. Voir la lettre de M. J. Bormansà M. Gggg., 
p. 54. D'où heppler, v. a., fréquentatif; hacher légèrement, 
dial. ard. 



— 94 — 

Herna; s. m. = Gros chariot. Gggg. — En dial. ard. signifie 
harnais de chevaux et attirail de chasse et de pêche. 

Herpai; s. ni. (t. de eharjt. et înen.); auc. vvall. xherpay et 
herpay, dans les Chart. et Privil. = Ciseau. — Gggg. et Rmele. 
— Luxembourg : cherpai. 

Hesse ; s. in.; auc. wall. heste, liante cl hestray , dans les 
Reg. de la Chamb. des lin. = Hêtre, arbre. — voy. Diez, 
y hêtre. 

Hète; s. t'. = Ëcharde. — Voy. Gggg., Rmcle el Lobet. 

Hève OU héve; s. t'. =5= Hainure. — Du thiois : Iteve , même 
signification. Voyez la lettre de M. Bormans à M. Gggg., p. 52. 
D'où : 

Hévi ou hèvé ; v. a. = Eiinnortaiser et pousser la rainure 
et la languette au moyeu des bouvets. — Lobel : hevfli; dial. 
de Malmédy : hèvler. 

Hiercheû; s. ni. (t. de charr.;. = Train d'une charrue coin- 
posé de deux, bois réunis par les bouts à angle aigu, au moyen 
d'une cheville; quelquefois c'est une branche bifurquant de la 
même façon, qui sert à traîner dans les campagnes le soc delà 
charrue attaché par la flèche au charai (voy. ce mot). — Le 
dial. ard. est hircheu; à Bodeux : liailiiea. De hierchi ou hîrsi = 
traîner. — Gmpr. l'allemand : herschiessen, tirer vers soi. 

Hiner; v. a. = Fendre. — G^ r ^. D'où : 

Hène; s. f. (t. de charr. etcharp.); anc. wall. xhine, dans 
les Chart. et Privil. = Bois de quartier. — Gggg.,Rmcle et 
Lobet. 

Hinon; s. m. = Attelle, éclisse. Gggg. et Hmcle. — (T. de 
charr.); dial. ard. = Équignon , bande de 1er sous l'essieu 
(pi, il, ii-. l, h. Le hinon est presque toujours de deux pièce.-,; 



— 9b — 

quelquefois les deux extrémités courbées en crochet sont réu- 
nies au moyen d'un anneau (pi. II, fig. 2, s). — Voy. Lobei : 
hinon, chanlatre , madrier. 

Hinnier ou miner ; ce dernier employé uniquement dans le 
dial. ard. = Fendre. Lobei : hilné; luxembourgeois : chineler. 

Hiuniétte; s. i'. = Echarde — Lobe! : hilnêtt. -- Luxem- 
bourg : chinnelette. Gmpr. Lobet, skia, éclat. S'kihiner, 
se tendre. Gggg. et Kmele. Dial. ard. : kuhiner ouk'himr, se 
déjeter, se voiler, en parlani d'une planche, d'une pièce de bois. 
Cmpr. si digeter, déjeter. Rmcle. Lobei : s'dugeté. — Kitapé 
ou h" tapé, même signification. — Dial. ard. : kutapé. — K'toir, 
ti'in. : k'toide, lors. — Voy. Gggg., hleu, tome II. 

iiîr ; voy. v° Errére. 

iiore; s. i. i. de charr.). =.Tareau de charron, quillier , [ar- 
rière de grande dimension, terminée par un crochet, qui est 
manœuvrée par deux hommes et qui sert au forage des moyeux 
(pi. III, fig. 4). 

••orier; v. ;i. a. de charr.). = Forer un moyeu aumoyen de 

de la hure. 

Horiette; s. f. ; diminutif : petite hore. Mèche , chandelle 
(pi. Vil. fig. 1 1 . 

noron; s. m. (t. de se. de long); anc. wall. xhorron , dans 
les Ghart. et Privil. = Madrier, dosse; en terme général, dé- 
signe l'un des quatre côtés que l'on scie à un arbre pour IV- 
quarrir; spécialement, il désigne les planches de chêne de 5 à 
10 centimètres d'épaisseur sur 30 à 50 de largeur. — A llal- 
leux horion. Su dit aussi dosse en wallon (voy. Borms, Gl. des 
houilleurs) ; anc. wall. : soumiers douz ou doz à quatre eosté, 
dans les Chart. et Privil. -- Rouchi : dosse. — Luxembourg.: 
dosseau. ■■ En bois de chêne, on l'appelle horon so quarti ou fou- 



— 96 — 

seure; il est scié sur ron bois, quand il est scié sur demi-quartier 
et qu'il a au milieu le coeur du bois (M) ». D'où : 

Bïorner; v. a. = Scier les dosses (les horons) à un arbre; 
planche hornée ou hornaie, celle qui provient d'une pièce de bois 
dont on a préalablement enlevé les horons. — Lobet la définit : 
qui n'a de flache que d'un côté. 

asote; s. f. (t. de charr., charp. ef mon.). == Mortaise. G4:gg. , 
Rmcle et Lobet; d'où : 

ïïotter ou hoter; v. a.; ancien wall. : holler, enhotter, dans 
les Reg. de la Chamb. des lin.; hotter, dan? le Métier des Tan- 
neurs, p. 285. = Faire une mortaise. — On trouve dans l'anc. 
wall. : enhottement, s. m. 

siouche; s. f. (t. de charr.); anc. wall. xhoge, xhonge, dans 
les Chart. et Privil. = Grande planche qui se met sur le côté 
d'un chariot, et sorte de chariot, grand tombereau. Gggg. 

nouge; s. f. (t. de charp.); anc. wall. hougge, hugge, dans 
les Chart. et Privil. — Coffre à avoine. - Rmcle et Lobet. — 
Rqfrt : huge. 

Houiteu ou hourteu; s. m. (t. de charr.).= Bande ou cercle 
de fer qui lie l'essieu à réquignon et qui se trouve contiguë à 
chacun des moyeux. On l'appelle plus souvent : toian houlteu ; 
litt. liant houlteu (pi. II, flg. 1, c). Au-dessus du houlteu se 
trouve d'ordinaire une pièce de cuir qui recouvre à demi le 
moyeu et l'essieu, à l'effet d'empêcher la boue et les graviers 
de pénétrer entre l'essieu et le moyeu (fig. 1, q). 

nour; s. m. (t. de charp.); anc. wall. hour, dans J. de Sta- 
velot. = l° Magasin de bois. 2" Échafaudage des scieurs de long. 
— Gggg. et Rmcle. 

Houlmain OU hourmain ; s. m. (t. de SC. de long) ; aik\ 

wall. hourdemen et hordemen, dans le Cartulaire de Bouvigne. 
= Echafaudage, en général. 



— 97 — 

(T. de se. de long). = Baudet ou chevalet, le tréteau des 
scieurs de long (pi. \ . fig. I). Il « i >i forme' de deux ou trois 
montants : stipes ou foches, litt. fourches (e), maintenus par les 
stançons, élançons, ou boutans (f). Les montants portent une 
longue pièce de bois appelée la filir (h) , qui , ù son tour, sup- 
orte les chergeus, litt. les chargeurs (il), ordinairement au 
nombre de deux. L'arbre à sciev g), duquel on a d'abord enlevé 
iree et l'aubier au moyen de la hache, est hissé au haut 
des chergeus et retenu dans la position voulue par les trosseus 

coins de bois qui calent l'arbre et sont fixés par les 
agrappes x), agrafes, enfoncées dans les chergeus. - Trossi 
Tbois, litt. trousser la pièce de bois, c'est-à-dire lui donner la 

on qu'elle doit avoir pour que les lignes tracées par le 
coirdai sur le bout du tronc, soient verticales. - A l'arrière du 
houlmain se trouve le r'couleu m), litt. reculeur, formé de 
deux montants en forme d'échelle. Une planche (b) posée sur 
l'échelon n relie le r'couleu à l'arbre (g). Le r'couleu permel an 
scieur de long munie sur l'arbre de le quitter tout-à-fait pour 
le scier jusqu'au bout. - Gmpr. Lobet : skanf'our et tress. 



ipe; s. f. i. de charr.); anc. wall. ippe, yppe, ypre, dans 
lesChart. et Privil.; mairnis d'herpe, dans la Table de la Chamb. 
des fin. = Il irse. !l y a deux espèci s d'îpes , qui, selon leur 
forme, portent le nom de ipe quarrée, herse carrée, et îpe à 
coinne, herse à coin ou triangulaire Uipe quarrée a d'ordi- 
naire 6 pieds <\r long sur ."» de large; elle consiste en un 

is horizontal (pi. XIII, fig. I), composé des anseus </ ; 

ce mot) et des reies (b . A.ux anseus sont attachés les dins 
ou cabillots anc. wall. deus, ou deus d'y près, dans les Chart. et 
Privil.); à Verviers, stikais. — On appelle corant d'ipe, dial. 



— 98 — 

ard.Ja chaîne qui sert à attacher la herse au palonnier. — lîqfrt 
hîrpe; Luxembourg : hierbe. 



Jambe; s. f. — Jambe. — Jambe d'air , ou jambe di fuisse; 
s. f. (t. de charr.); litl. jambe de force ; = ferme, charpente, 
assemblage des pièces de bois qui forment le comble d'un bâ- 
timent (pi. XV, lîg. 1). 

Elle se compose de : 1° Ypoitte, la poutre, le tirant (b)\ 2° les 
renés, les arbalétriers (c)\ 3° Vaindbau, l'entrait (a)\ 4° Yponçon, 
le poinçon {e) ; 5° les pelions, les eutretoises ou les amoises (d) ; 
6° les viennes, les chevrons (f); 7° les janssons, les coyaux, hors 
d'usage dans les constructions actuelles (k); (voy. Lobet, v° 
gosai) ; 8° l' plate (g), la chanlate. — Dans les fermes où le poinçon 
est entier et porte sur le tirant, l'entrait, n'existe pas ou n'a pas 
de raison d'être (pi. XV, tig. 2). — En termes de construction, 
on appelle spécialement jambe di foisse la pièce qui figure sous 
la lettre / dans la pi. XV, tig. 1. — D'vin jambe = l'eut re-deux 
d'une porte, la partie qui se trouve dans la baie, entre le cham- 
branle interne et le chambranle externe. 

Jansson ; s, m. Voy. v" jambe d'air. 

Jet d'eau; s. ni. Voy. v u rabat. 

Jondresse; s. f. (t. de charp. et men.).= Varlope, espèce de 
rabot. — Jondresse à on fier, à deux fiers; voy. V 1 coureresse. — 
Le mot varlope est aussi employé par les Wallons et désigne 
spécialement un rabot qui sert à la fois à préparer les joints 
et à en faire disparaître la trace. — Du thiois : voorlop , 
avant-coureur. —(T. de charr.). Instrument eu 1er, muni d'un 
manche, qui sert à tracer des rainures sur le moyeu de la roue 



— 99 — 

et qui n'a aucun rapport aveclerabol decen (Voy. l'étymo- 

ogie dans la lettre de M. J. Borms. à M. Gggg., p. 39). Jonder 
[quéqu'onc, expression locale, lin. joindre quelqu'un = le trompe 
adroitement dans un marché, une transaction. 

Jonti ; s. m. i de charp.); anc. wall. jaintier, dans les 
Chart. el Privil. == Chantier où l'on met le bois de charpente. 
— Dial. ard. : janti. Rqfrl : jointier. Rouchi : gantier. — ■ Diez, 
\" cantiere. — Cmpr. Gggg. fademain, chanteau. 

Jonque ; s. m. t. de charr. c! d'agricult.). = Joug, pièce de 
bois qu'on mel par dessus la tête des bœufs et qui sert à les 
atteler. — Dans quelques localités, notammenl à Creppe : jeu. 
- La longe de cuir qui lie le joug aux cornes de l'animal s'ap- 
pelle : cdionc\ dial. ard. — La pièce de cuir posée à plat entre 
cornes el qui sert à préserver la tête, porte le nom de 
chapai, lin. chapeau. — Du latin ijugum. 

Judl; s. m (t. de charp.). = Judas, ouverture pratiquée à 
une porte. — Rmcle geuda. — Cmpr. vasistas, ouverture faite 
dans un carreau de fenêtre pour établir un courant d'air. De 
L'allemand : was ist das? qu'est-ce que c'est?— Cmpr. encore 
bawette , lucarne. De bawi, regarder. - Beukette , même signi- 
fication. De beuk'tér, regarder avec curiosité. 



Kalontr; s. m. Voy. V° aloumîr. 

Karman ii ; s. f. = Grande charrette à ridelles. — Rmcl. et 
Lobet 

Kriner; V. a. = Crisser et crier; se dit d'une pièce de bois 

qui frotte contre une autre. —(T. de charr.); se dit de rais 



— 100 — 

d'une roue qui jouent dans les mortaises du moyeu. Pour indi- 
quer que les rais ne tiennent pas dans les jantes, on emploie le 
mot boulter = branler dans la mortaise. 

Kzi; s. m. (t. de charr. et bûcheron). = Chèvre, double croix 
de saint André sur laquelle on pose le bois à scier et qui s'ap- 
pelle encore ixe. La lettre x se prononçai! jadis dans les écoles 
kzi, comme la lettre z se prononçait zètar, dial. ard. — L'éty- 
mologic s'explique par la ressemblance de cet instrument avec 
la lettre X (pi. XI, fig. 3). — Cmpr. gatte, môme signification. 



Laiwette ; s. f. (t. demen.). = Languette, espèce de tenon 
continu formé par le rabot sur l'épaisseur d'une planche. — On 
dit aussi languette, languette. Voy. Lobet : languette, petit 
morceau de bois mince que l'on place dans un onglet aux quatre 
coins d'un cadre. 

Lamai; s. m. (t. de ebarr.). = Palonnier. — Voy. Gggg., 
tome II. — Rmcle donne lamai = billot. — En dial. ard. lamai 
désigne un bâton que l'on attache au cou des chiens, des porcs, 
pour les empêcher de passer au travers des clôtures. — Cmpr. 
normand trébar; picard hamont; pays de Bray cagnole, même 
signification. 

liasse; s. f. (t. de charr.). = L'essieu en bois qui, dans les 
Venais , est cvryw et traversé par l'essieu en fer ; les brides 
(voy. v°toheler) relient l'essieu en bois. — (T. de men.). = La 
feuillure du châssis dormant (Tune fenêtre. — Gggg. et Rmcle : 
lasse, boîte. 

Lèœe; s. f. (t. de charr. , charp. et men.). = Lime. Hubert, 
Rmcle : leimm', dial. ard. : lime. 



— 101 — 

i différentes espèces de limes employées dans la charpen- 
tei ie el dan - la menuiserie sont : Protide lème , lime ronde, que 
l'on confond quelquefois avec la queue de rat. Li Inné dumeie 
ronde, demi-ronde^. Li lème plate, lime plate, écouane. Li 
lème a treu coisses, à trois côtes ou triangulaire. Lilème quar- 
reie, carrée, le carreau. Lilème bastâde, bâtarde. Li dumeie 
bastâde , demi-bàtarde. L'douce lème, lime douce. Dumeie 
douce, lime de bimbelotier. Llème m >, pointe, aiguë 

ou à pointe. L'U'ine à sdielette, à scie, le tiers point. Cowe 

ou cawe di rat, lime ronde, que le rat. L'rappe, la râpe, la 

lime la plus gro iière des menuisiers. -Anglais: ra^je; alle- 
mand : raspel. Voy. rd /. limer. Rmcle. — Les composés sonl : 

i/»irr. limer; r'limer, reli r; limège , action de limer. — /.'"/.s 

d'Umeu ou /«-/.s- ri r'limer les suies, bois qui porte une entaille 
dans laquelle se meul un ••"in qui serl à tenir la lame de la scie 
pour l'a limer 1rs dents (pi. VII, ii,u. - . 

. s. m. t. de ini'ii. . ; anc. vvali. lachenière, dans .1. 
d'Oui = Pupitre, lutrin. — Du thiois : lessenaer, les- 

s, neer. Racine : leeren, enseigner. 

. ! . .le charr. . Le >di u\ bras <!<• la charrette h 
principalemenl la partie qui se prolonge sous la caisse' de la 
charrette (pi. I. fig. I. m). 

a; ~ Mi. (t. d'agric. ;litt. loup. = Hache-paille, instrument 
d'agriculteur (pi. XIII, fig. .". . On <lii aussi hakseléu, de l'alle- 
mand : backsel, paille hachée. 

H se compose d'un bac " supporté par quatre pieds. La 
paille /' i -a tenue au moyen de l'presse, la presse (c , qu'une 
chaîne (/) unit de chaque côte au p d, pédale (d). — L'pégne, le 
peigne fig.2el 3,/ ,fail avancer la paille que tranche le couteau 

- Li golé, lui. le collier, sorte d'anse en fer h), serl à 
diriger le couteau. 

l,c\ i. 'te charp. el men.); anc vvall. leveau el 



— 102 — 

liveal, dans J. de Stavelot. = Niveau. Rmcle donne aussi la 
forme : nival — Rqfrt : livel. Du latin : libella. 

Lczon; s. in. (terme de men.); ane. walL leson, dans les 
Chart. etPrivil. = Canapé de cuisine. Voy. Villers, Dictionn. 
de Malmédy. — Rqfrt : leson, même signification. 

Ligue; s. f. (t. de chaiT.) ; dial. ard. = Sorte de traîneau, 
ordinairement attelé d'un cheval, qui sert à transporter des 
tonneaux, du bois, etc. (pi. XIII. fig. 5). 

Limeur; s. f. = Limaille. — Lohet : limar. 

Limon; s. m. (t. de charp.). = Solive, poutrelle. — Le 
dial. ard. emploie le mot limon pour désigner ce que le dial. 
liégeois appelle terrasse (voy. ce mot . — (T. de charr.) 
= Timon, bras d'une charrette; anc. wall. limont de cha- 
rette, dans les Chart. etPrivil. — Cmpr. Rqfrt : limonier. — 
Pays de Bray : limons, brancard d'une voiture. — Le wallon dit 
aussi limon. A Francorchamps : tamon. Le dial. liégeois bresse 
<li cherette, même signification. — Lobet : bref. 

Limonire; s. m. = Brancard formé par deux limons adaptés 
au devant d'une voilure. Rmcle. 

Lintai ; s. m. (t. de charp.).— Liteau, chacun des côtés (Yun 
cadre, et linteau ou linçoir, pièce de bois au-dessus d'une baie 
de porte, de fenêtre, d'un âtre, d'une lucarne, et dans la- 
quelle on assemble les solives ou chevrons. 

Lisse; s. I. (t. de men.) ; anc. wall. liche et lice, dans ,?. de 
Stavelot et dans Hemricourt. = Traverse horizontale qui se 
trouve eu haut de chacun des ventaux d'une fenêtre (pi. XI, 
iig. 1 , d). — Rmcle : liss, ficelle. — Rqfrt : lice. Voy. Lobet : 
l;remol, liteau. 

longe; s. f. (t. de charr.); dial. ard. = Flèche, la pièce de 



103 



bois qui, dans un chariot à quatre roues , unit l'avant-train a 
l'arrière-train et passe >ous la caisse du chariol (pi. XVI, Qg. 

1, c). Rmcle : /"»,'/'. bande de cuir. — (T. de charp.). = Cours , 
suite de pièces. K\. : in longe di pavés, une suite de planches 
mises boul à bout. 

Loton ; s. m. ^= Solive qui soutien! le plancher. 



M 



Ma; s. m. M. de chair.). = Masse, gros marteau de fer curé 
leux côtés, qui sert à enfoncer les rais dans le moyeu. 
D'où : 

Malet; s. m. = Maillet. — Cmpr. anglais : mallet; pro 

vençal : massa . — Du latin : malleus. 

Mai; >. t. t. de charp. et boulanger); anc. wall. meaux de 
/mis, dans les Chart. et Privil. = Pétrin, huche à pétrir. — 
Vieux français : maie ; Rqfrt : mais; picard et rouchi : maie; 
normand el lillois : met; Maubeuge : mè; lorrain : mée; Jura : 
maid. 

Mairain; s. m. (t. de charp.); anc. wall. maiiien, dans ,T. 
Stavelol et le Cartulaire de Bouvigne; marien, dans,!. 
d'Outremeuse : mesrien, dans .1. le Bel ; meaurin, dans les Pawil- 
larts: marien, mairin decougnéee\ naivant mairins (bois flotté) 
dans les Chart. et Privil.; mayrin et mairin cités par Gggg. = 
Mei rain ou mairain, bois de brin nu de tige de moyenne gros- 
seur. Voy. Louvrex, t. III. p. 3. Rqfrt : mairan, mairain, 
mairien. 

Mairnf; s. m.; anc. wall. : le bon métier des màirniers, dans 
ïr Registre du métier, aux archives de la province. = Marchand 



— 104 — 

de bois. Gggg. et Lobel : muirli. — Ce métier avait sainte Ca- 
therine pour patronne. — Rqfrt : maironnier; rouchi : mernier. 

Haker; v. a. = Frapper. 

Mak'ter; v. a. = Frapper fréquemment. 

Maka; s. m. = Massue de bois servant de maillet. Gggg. - 
Maka; s. m. t. demen.); dial. ard. = marteau de bois fixé 
par une charnière sur une planchette el servant de crécelle dans 
les églises, entre le Jeudi-Saint et le jour de Pâques (pi. IV, 
fig. 1). — Cmpr. Lobet et Bonus., Gloss. des Houill., v" maka. 
— Cmpr. aussi Gggg. : dibotia, même signification. 

Makette; s. f. = Boule, pommeau d'une caune, bouton d'un 
tiroir, etc. Rmcle et Lobet. 

Manciie ; s. m. (t. de charr., charp. et men.); anc. wall. 
mange et manche, dans les Ghart. et Privil. = Manche d'un ins- 
trument, d'un outil. Rmcle. — Rqfrt : manche, mange. Diez, 
v" manico. — Cmpr. Lobet : pougnaie d'ustaie (voy. ce mot). 

Mani; s. m. ^= Boulin, perche transversale d'échafaudage. 
Gggg. — Trod'mani, trou dans lequel se place le boulin. 

Marche; s. I'. (t. de charp.). = Marche d'an escalier. — 
Contre-marche, la contre marche, la planche verticale qui forme 
le devant de la marche (pi. XI, tig. 2, a); Vnez (Fine marche, 
lilt. le nez, la partie horizontale de la marche qui surplombe 
sur la marche inférieure (c). 

Marii-n; s. m. (t. de charr.). = Gros marteau semblable au 
ma et servant au même usage. Gggg.: marlin , forte cognée 
servant à fendre le bois. — Rmcle : merlein, même signification. 

Mariai; s. m. (t. de charr., charp. et men.); anc. wall. 
marteal, dans J. de Stavelot. = Marteau. Oiiiede mariai, œillet 
de la tète du marteau dans lequel passe le manche. -- Rqfri : 
martel. — Du latin : martellus. 



LOS 



Masioque, s. f . ; dial. ;inl. = Gros bâton noueux par un des 
bouts; on dit aussi maklotte, mastok, qui signifient encore un 
gi os maillel à fendre le bois - Berrj , malloche, même significa- 
tion. - Cmpr. waroquai, s. m., synonyme de masioque, 
bâton se terminant pai un nœud Rqfrt : ivaroqueau, même 
signification. 

ii. de charr.). = Mécanique . terme géné- 
rique. (T. de chai i . Frein d'une charrette. 

La mécanique se compose I de la vexe de Vmécanique , bras de 
levier agissanl sur la baguette, ou tringle de fer, placée dans l'axe 
du train de la ■ rattachée au barai. Souvenl la reie el 

/,/ baguette >« ■: m remplaci es par Mi:- tige ;i vis dans laquelle ma- 
nœuvre un écrou. -I" Du barai (pi. IL fig. i, a), barre, pièce 
de bois qui porte ;i >< s deux extrémités les deux blokais [b), ou 
qui frottenl -ni' i.i roue. f barai esl soutenu sons 
la caisse de la charrette ••m moyen du pindan fier (c) , fer en 
. de croche! qui glisse dans le ridan [d), autre pièce de 
Ht, recourbée à angles droits el adaptée à la caisse. 

. b ; s. m. (t. de charr.) ; lin. : membre. anneau de fer 

d'un,' chaîne. G . — Toirchi meinb, lin. membre torché, 

anneau en forme d'S qui retienl la charrette a l'essieu |>L Il, 

' . il : fâ meinb, anneau mu fer non soudé, mis en réserve 

pour rejoindre deux chaîne 

, f. (t. de' se. de long) ; dial. de Stavelot. =Som- 

iiiirr, poignée double qui s'adapte à la scie de long verticale 

(pi. \ll. fig. i. n, el fig. <i . au moyen d'un petil coin de bois 

qu'on appellera délie menotte fig. i, b, el fig. 6). Cmpr. v" 

'. même signification. — Gggg. : Manotte, poignée d'une 

l'un rabol (pi. VI. li;:. .'!, c). Se dil aussi : pougni. 

■ , ; .:■;:. Se dil du bois à demi pourri. A Stavelol . 
itle vermoulu. — Cmpr. G : faïé, bois donl le tissu esl 



— 106 — 

altéré. Rmcle : sole, bois échauffé qui commence a pourrir. — 
De l'allemand : loschen, trouer, percer. 

Moiie; s. m. (t. de cliarr. , charp. et men.) ; litt. mouche. = 
Mèche de vilbrequin. Gggg. et Rmcle. — Mohe di windai, mèche 
de vilbrequin (pi. IV, fig. 18). — Mohe inglaise , mèche anglaise, 
appelée aussi mohe à treu pontes, à trois pointes (iig. 17, x). 
— ■ Mohe française ou lire-bouchon, mèche française en l'orme de 
vrille (tig. 20). — Quarreie ponte, litt. : pointe carrée, mèche de 
bimbelotier. — Du grec : /*<â*, mèche de lampe. — ÏYmohi ou 
dîmohi, se dit d'une tarière émoussée, dont la pointe (voy. v° 
palette) est cassée. 

Moïou; s. m. (t. de charr.). = Le moyeu d'une roue (pi. II, 
fig. 3). — Du latin : modiolus. 

Moirhon ; s. m. (t. de men. et charp.); litt. trognon. = Picot, 
petite saillie semblable à une écharde et qui reste au bout 
d'une pièce de bois que l'on n'a pas sciée net. Voy. v° pépin. — 
Cmpr. tiesse du moir, litt. tête de mort. Se dit d'une cheville 
qui se trouve rompue plus bas que la surface de l'ouvrage et 
par analogie, de la laideur d'un ouvrage. 

Moisse; s. f. (t. de charp.). = Moise ou amoise, pièce plate 
qui, dans la charpente, en relie d'autres, blochet. 

Moi ai ; s. m. (t. de men.). = Molet, petit morceau de bois 
long de 5 à 6 centimètres, qui porte une rainure dans laquelle 
on fait entrer les languettes pour vérifier leur justesse. 

Moieure; s. f. = Moulure. — Usteïe a moleure, litt. outil à 
moulure, sorte de rabot dont le fût est en forme de moulure 
(pi VI, fig. 11). — Gorge-moleure, gorge-fouillée , moulure 
en gorge que l'on fait à une fenêtre. — Pousser ine moleure, 
faire une moulure à l'aide d'un rabot. 

Montaie; s. f. d. de charp.); anc. wall. montée, dans J. 
d'Outremeuse et dans Mélart. = Escalier. — Dial. ard. : montée. 



— 107 — 

— Rame di montaie, le patin, pièce de bois dans laquelle sont 
enchâssées les marches. Etouchi : montée. 

Montant; s. m. = Montant. --(T. de charp. et men.). = 
Poitrail, poteau, cornier. - (T. de charr.). Voy. haie. 

Monteu; s. in. Voy. x'sattti'lt. 

M.izai ou buzai; s. m. (t. de eharr.); lilt. museau, espèce 
de manchon eu ter qui s'adapte sur l'orifice fin moyeu (pi. Il, 
fig, :>, / '■. Dans les roues de voiture, il dépasse le moyeu d'un 
centimètre el s'appelle alors chapai, chapeau , ou golé, collier. 



% T 



Noi; s. f. t. de charp. et mon.). = Feuillure, bord, entail- 
lure qui s'enfonce dans une rainure. 

Nok; s. m. (dial. ard.). = Nœud. Gggg. et Rmele : nouk , 
nœud, excroissance ligneuse. — Cmpr. Lobet : noierai; Rmele : 
porai ;\itt. poireau, [tris dans le même sens que nok.Nokteu, 
adj.; noueux, plein de nœuds, se dit d'une pièce de bois, 
d' planche. 



O 



s. m. (t. de men.). = Doueine, sorte de rabot pour 
taire la mouline appelée dôcine, qui esl de forme ondoyante , 
concave par le haut, convexe par le bas. Le wallon emploie 
ce mot, tantôt pour désiguer la mouline, tantôt pour désigner 
le rabol avec lequel on la fait. 

Ouai ; s. m.; aue. wall. otieau, onneal, dans les Chart. el 
Privil. = Aulne, espèce d'arbre. 



— 108 — 

« Onglet; s. m. = Outil en forme d'équerre dont une des 
branches serl à tracer les joints de l'onglet à 45° (M) » (pi. VI, 
fig. 13). — Voy. v° assimblege. 

Orion; s. m.; (t. de charr.).== OEillet dans lequel passe une 
cheville, signifie aussi an pi. les deux trous du vantail de la 
charrette, dans lesquels passe le bout supérieur du hati 
(pi. VIII, fig. 4, d). 

■ Oube; s. f. (dans quelques endroits on le Tait masculin); 
anc. wall. laisse, kuysse, dans J. de Stavelot; liuisse, dans les 
Charl. et Privil. = Porte. — Ouhe à deux battants, à deux bat- 
tants. — Vielsahn : uchè; Rouchi : huche, uche. -- Du latin : 
ostium. — Cmpr. poite ou poète. 

Ouiriet; diminutif; s. m. = Petite porte. Gggg. et Rmcle. 
Ouh'let d'cherette, vantail qui ferme la caisse, soit au moyen 
d'une glissière, comme dans le henai (pi. VIII, lig. 3) , soit au 
moyen de chevilles (fig. 4). 

Ovreu; s. m. (t. de chair. , charp. el men.); anc. wall. ou- 
vroise, dans les Chart. et Privil. = Ouvroir, atelier de travail 
du menuisier, du charron, etc. — Dial. liég. : botique , atelier 
du menuisier. Voir la lettre de M. Borms. à M. Gggg., p. 25 et 
suiv. — Rql'rt. : ouvertoir, ouvfouer; lillois : ouvro. Du latin : 
operare. 



Pa d'gatte; (t. de men.); litt. pas de chèvre, outd pour 
faire les vis de bois. Voy. v° tcr<>, taraud. — Signifie aussi pied 
de biche, outil en forme de gouge, pour creuser une rainure à 
angle aigu. 

Pa crgre; s. m. = Palier (pi. XI, lig. 2, d). Lobet, palier. 



— 109 — 

Pa d'sou; s. m. = Le giron des marches. Lobet. 

Palette; s. f. (t. de charr. ci charp.). = Le taiUanl d'une 
tarière, l'extrémité aplatie qui approfondi! le trou foré (pi. VII, 
fig. 12, u-. Rmcle : /'<//<'//. truelle, houlette. 

■aai; s. m. (t. de charp.). Panneau, ouvrage de menui- 
serie. 

. !'. i. de charp.); anc. wall. pareus, dans J. de 
Stavelot. Paroi, cloison. Rmcle el Hubert.-- Dial. ard. : 
pareu. Rqfrl : pare, pairets ; normand: parai, parei', espagnol : 
pared. Ou latin : paries. 

artout; s. m. (t. de men.). = Petite scie à lame 

d'un manche. S'appelle aussi sôliette à Vmain. — 

Lobel el Rmcle donnent : paspartout, clef (pi. Vil , fig. 8 . - 

Cmpr. Berrj : passe-partont, grande scie manœuvrée par deux 

ouvriei s. 

Passet; s. m. = Tabouret. Passette, s. r. ; espèce de 
gradin, tabouret, marche-pied. — Signifie aussi petit siège au 
côté du benai, formé d'une planchette el de quatre chaînettes 
lurroies suspendues à deux bâtons , dont le voiturier se 
serl pour prendre du repos. — Rouchi : passé, m. (Pi. XiV, 
fig. I, d). 

Passon ; s. m. (t. de charr.); gros coin en bois qui serl à 
soutenir les côtés d'un benai, d'un clïchet, el fail l'office de 
corne de ranche, dans les charrettes à planches (par opposition 
à charrette à haïr, (pi. \, fig. 1 el 2, d). Les passons, au 
nombre de quatre ou six, sonl placés dans les stris, étrier 
npr. passon, t. générique, pieu. 

ae; s. m. (t. de chair., charp. el men.) ; lin. : peigne. *= 
Crochet d'établi , jure,' de bois dentelée , qui sert à retenir la 
planche qu'on travaille. — Voj . v° leu 



110 



Pehon; s. m. (t. de charp.). = Tirant, entre-toise, pièce de 
bois que l'on met entre d'autres pour les soutenir (pi. XV,fig. \,d). 
Signifie aussi aisselier et moise. — Voy. Lobet. 

Pela; s. m. (t. de bûcheron). = Instrument en forme de 
spatule, pour soulever et détacher l'écorce des arbres. 

Peiâie ; s. f. = Époque à laquelle on écorce les arbres : le 
mois de mai. 

Peiège ; s. m. = Action d'écorcer. 

Pèier; v. a. = Écorcer un arbre pour l'aire des hmsses ou 
écorces à tan. 

Pelote ; s. f. Voy. v° âbon. 

Peiwai; s. m. (t. de charp. et bûcheron). = Boispelard, du- 
quel on a enlevé l'écorce. Cmpr. berry : peliau, même signifi- 
tion. Voy. v° clippe et coukmain. 

Pépin; s. m. (t. de charr et charp.); litt. pépin. = Petite 
saillie qui reste au fond du trou foré par la tarière. — Cmpr. 
moirhon et grawia). 

Pesse; s. f. (t. de charp.). = Pièce. Pesse di bois, pièce de 
bois. — Pesse d'inte-deux, litt. pièce d'entre-deux, anti-bois, 
tringle sur le parquet. — Pesse di quatte puces, litt. pièce de 
quatre pouces carrés; ces pièces sont de chêne ou de hêtre. 

Pï d'gatte; litt. pied de chèvre , bicoque. On désigne ainsi 
le troisième pied qui, dans la gatte, sert de levier (pi. XI, 
iïg. 4, x). 

Pi d'poie; litt. pied de poule, support, jambette , petite 
jambe de force (pi. XV, fig. 2, m). — Lobet : pi d'paie. 

Pi avise. Voy. v° errére. 

Picette ; s, f. (t. de men.). == Pince , pincette. Rmcle. — 



— 111 — 

Picette ù côper, pincette à couper, pincette de bimbelotier. — 
[Hcette plate, dont les griffes parallèles sonl plates. Picette 
ronde, donl les griffes sont rondes. Pour l'étymologie, voy. la 
lettre de M. Bormanéà M. Gggg., p. 47. 

puasse; s. m. a. «le charp.). = Pièce de charpente croisée, 
poteau qui soutient d'autres pièces, pilastre. 

piotte ; s. f. = Bloc de bois emmanché comme un balai, et 
i|in sert à écraser soit la houille, soil la pâtée des porcs et du 
Lot ail. 

pire ; s. i'. = Pierre. Rmcle. — limitante (are, s. t., pierre 
fixe sur laquelle on repasse le tranchanl des outils, on aiguise à 
plat, l'ai- opposition à la : Pire toànresse, t. de men.), pierre 
meulière qui sert à aiguiser les outils ; s'appelle aussi: Tournante 
pire ou encorePire difmoleu, pierre de rémouleur, ou Raffilresse, 
pour affiler les tranchants. — Rafileu, s. m., tige fie ici' sur 
laquelle on aiguise un couteau, on redresse les brèches. 

Le wallon a les différentes expressions : affiler, affiler. Rafliler, 
même signification. Rimoude ou rimoure, émoudre. Sèmî, ai- 
guiser. Rissèmî, même signification, affûter. — Dial. arden. : 
rassèmî. 

Pîse; s. f. t. de charp. el charr.). = Perche. Eu t. d'agricult. 
= forte perche qui sert à serrer et tenir la charge d'une char- 
rette à ridelle. — Dial. de Francorchamps : pèse. 

Planche; s. i. t. dé charr. charp.el men.); anc. vvall. planée, 
dans .1. le Bel. = Planche. — Planche à j'à buis, queue de 
morue, planche plus étroite à nu boul qu'à l'autre. — Planche 
(Pappui ou simplement appui, tablette de croisée; désigne aussi 
la traverse inférieure du bas d'un dormanl de fenêtre.— Planche 
di r'vestihmain, planche qui sert à former le revêtement d'une 
cloison. Planche kornée, voy.v horner. — l)u bas latin : planca. 

Planchette ; s. f. = Planchette. 



— 112 — 

pianchi ; s. m, (t. de charp.); anc. wall. planchier, dans J. de 
Stavelot ; pianchi dans les pawillarts. = Plancher. — Voy. 
Rmcie et Lobel pianchi , planchéier. — En dial. ard. oh dit : sto 
rplanclii pour signifier : à l'étage ou au grenier, par synecdoque. 

— Cmpr.berry : le plancher pour signifier le grenier. — Rqfft. 
planckier. — - Avant-planchi ou fâ-planchi. Voy. llmele. 

Plate ; s. f. (t. de eharp.).=Chanlalle, pièce à Pextréulité des 
chevrons pour soutenir l'égout d'un toit. — Filière, pièce sur 
laquelle sont cloués les chevrons formanl pendant d'une toiture. 
Voy, Lobet : kartoug, platt, limande. 

piate-baiue; s. f. (t. de mon.) === Plate-bande, la partie plane 
au pourtour d'un panneau , entre le panneau proprement dit et 
le châssis. 

Piatenue; s. f. (t. d'agriculture). --=■ Platine. — Plàtenne 
d'errére, semelle de la charrue, plaque de fer adaptée à la gauche 
et en dessous de la tiesse, ou cep de la charrue, pour la préserver 
de l'usure. On dit aussi s'melle. 

Pièns; s. m. (t. de charr., charp. et mon.). = Platane, arbre. 

— (T. de charp. etmen.);anc. wall. pîenne > plaine , dans les 
Chart. et Privil. = Plane, outil à deux poignées (pi. XII, tig. 12). 
— Voy. coûtai a deux mains — Plène à foclie, lilt. plane à fourche, 
bouvenient, , fer à fourche pour l'aire les rainures et les lan- 
guettes. Il se compose de deux espèces de rabots dont l'un fait 
la rainure et l'autre la languette. — Cmpr. Rqfrt : plaine ; Berry : 
plaine. — Anglais : plane, rabot. 

Piener; v. a. = Planer. Même signification qiïaponli (voy. 
ce mot). — Lobel: plené, pleni. — Plené, plenêe , participe ; ce 
qui est plane. Ex. : des planches plenées. — Piener à l'jondresse, 
planer à la varlope. — Voy. Lobet. 

s»leneu ; s. m. = Planeur, Rmcle et Lobet. — Voy. les com- 
posés aplani, aplanihege dans Rmcle. 



— 113 — 
iMinthe ; s. I". (t. de charp. ). = Plinthe, socle de bOÎS place ;ui 

bas el ;ui pourtour d'une pièce, d'une chambre. — Voy. Lobel : 
pléd, plinthe, lambourde. 

piop; s. m. it. de charp et men.). = Peuplier, qu'on nomme 
aussi (Mi wall. : peupler. Comme bois.on distingue trois espèces : 
peupier ou blan bois d'Italie, le peuplier d'Italie ; peupler d' Ca- 
nada, le peuplier de Canada; ))lnj) d'alwe, litl. peuplier d'eau , 

ou peuplier du pays. — Cmpr. valaque : />/<»/>, même significa- 
tion. — Ou latin : populus. 

Ponton; s. m. t. de charron). = Poinçon, outil pour détacher 
les fers de l'essieu ou d'une partie quelconque de la charrette. 
— Rmcle : ponsson , instrumenl pour percer. — (T. de charp.). 

= Pièce de bois verticale où s'ussemhleut les petites forces et 
le laite d'une tenue (pi. XV, fig. I, c). — Poriçon d'pegnon : 
1 charpente placée entre deux murs de pignon, qui sert à 

Soutenir les pannes, lorsque la distance entre les deux murs 

est trop grande; 2° sous-faîte, pièce de bois sous le faite d'un 
toit. Lobet. 

Posseiet ; s. m. t. de charp.); anc. wall. possekt, dans les 
de la Ghamb. des tin. = Potelet, pièce de bois; synonyme 
de pesse ili quate pôces. 

Postai; s. m. (t. de charp.) ; anc. wall. \posteau, dans les 
Chart. etPrivil. ; posteai, dans .1. de Stayelot; postnc- (plur.), 
dans Hemricourt. = Poteau, pilier, jambage de porte, montant. 
Postai ' d'ouhe ou tt')><>it<', forl montanl de bois que l'on met 
aux côtés des portes charretières. — Rqfrt : posteau. — Du 
latin : postis ou postellum. Cmpr. Lobel : chanbral et voy. v° 
pilasse dans ce glossaire. 

Pougniaie; s. f. = Poignée, manche d'un instrument, d'un 
outil. — Dial. ard. : pougni el pougneure; à Coo : pougnore. — 
Pougniaie d'errére voy. \ * errer e). Pougnlale di fâmain, poignée 
du manche de la faux (pi. IX, lie,. 5,6). Pougniaie a" on rabot, 

x 



— 114 — 

poignée d'un rabot qui s'appelle aussi Tmenotte ou l'manotte 
(voy. ce mot). 

Poùte; s. f. (t. de charp.). = Poutre; quelquefois employé 
pour désigner le soumî (voy. ce mot). 

Presse; s. f. (t. de men.). = Presse. — Presse à l'main 
ou vis à l'main, cadre dans lequel on met les objets à presser 
(pi. VII, fig. 2). --Presse à deux -mains ou à deux vis, châssis, 
instrument pour serrer le placage, qui, à la différence de la pré- 
cédente, porte deux vis parallèles (pi. VII, fig. 1). 

i-rofiier; v. a. = Marquer avec le trusquin (voy. v° cruskin). 



Quarrer (prononcez couarrê); v. a. (t. de charp. et se. de 
long); anc. wall. quarrer un bois, dans les Reg. de la Ghamb. 
des fin. = Équarrir, tailler à angles droits. — Rmcle : kouaré, 
carrer. — Dans quelques localités on dit : quâti. D'où : 

Quarrege; s. m. = Équarrissage. — Lobet : kwaureg. — 
Dicz, v° squadrare. 

Quârtî; s. m. = Quartier, entrevous. — Rmcle : kouarti. 
— Qudrti d'bois, planche qui a généralement quatre centimètres 
iiY|iaisseur ; se dit indifféremment du sapin ou du chêne. 

Quâtier, v. a. Manière de débiter le bois pour planches, 
quartiers. — Dial. de Verviers. : kwaudlé. 



Rabat; s. m. (t. de men). = Listel ou revers d'eau; chan- 
frein, partie du châssis mobile de la fenêtre qui, au bas et à 



iir; 



l'extérieur, se termine à vive arête. - Cmpr. Lobel : fosal, 
chanfrein. Cmpr. aussi jet d'eau, traverse, en forme de quart 
de rond, pour empêcher la pluie de pénétrer dans l'intérieur. 

Rabatte; v. a.; ou rabatte Varèse. = Chanfreiner , ébiseler , 
couper en biseau, en chanfrein. 

}:■>...!. - m. (t. de charr.,charp. et men.). = Rabot, (pi. VI, 
I,.' rabot se compose : 1° de bois, le fûl (b); les deux 
côtés s'appellent les chiffes, litt. les joues; le dessous porte le 
nom «le H semelle, litt. la semelle. On dil rismeller ou rus- 
meller on rabot, quand la lumière étant devenue trop large, un 
adapte une pièce de bois horizontale sous le fût; 2° de fier ou 
fier de rabot, le ciseau (fig. •'!. d ci fig. 12). (Voy. Lobel : et 
bihai : basile, inclinaison du fer d'un rabot) ; 3° de Vpougniaie 
ou menotte voy. ces mots : i '/è Valoumir, loumir, larmir mi 
gueule voy. ces m 

Il > a, nuire la courerèse ci l'jondresse (voy. ces moisi, diflfé- 
rentes espèces de rabots : F rabat d'rond ou cintre /v//n>/, appelé 
encore quelquefois .sv//>o/, dont le fût est courbe ci -cri -i tra- 
vailler les jantes fig. 5); rro?jrf (sous-entendu rabot; on dit on 
rond), le boudin ou la navette, dont le fût est convexe (fig. 6); 
V quart ili rond, mouchette qui sert à pousser i\a> quarts de 
cercle; Vrond à deux huiles, dont le fût porte une feuillure à 
chacun des côtés; Vrond inle deux quarrés, tarabiscot, dont le 
lût a la forme indiquée fig. 10; Vcreû (sous-entendu rabot), dont 
le lut est concave (fig. -2 : Vrabot h dins, à dents, dont le fûl est 
dentelé; Vrabot u bar/nette, à baguette; Vrabot à gueuïe <li leù, à 
gueule e}<- loup; Vrabot à plate haine . à plate-bande, donl on se 
sert pour faire les panneaux dr portes et d'armoires; Vrabot à 
reneure, rainoir, qui serl à faire les rainures; Vrabot àcoinnedu 
natte, litt. à corne de chèvre, donl le fût porte à la tête une 
poignée en forme de corne, pour préserver la main (fig. I). 

I es rabots portant <\f> noms spéciaux sont : l'dôcine ou ogive 
>\n\. \ ogive ; \erabot proprement dit, dont le fût est le plu- 



— 146 — 

court; il a d'ordinaire 16 à 18 centimètres de long; Vfo'ieresse, 
V sabot , li sterblock (voy. ces mots). — Hagnî, lit t. mordre, ou 
magni è bois, litt. manger dans le bois, se dit d'un rabot qui 
mord trop fort. — On appelle voie du rabot, litt. voie du rabot, 
les traces que laisse sur le bois, le fer du rabot, chaque fois 
qu'il a enlevé les copeaux. — Pour l'étymologie, voy. la loi Ire 
de M. J. Bormans à M. Gggg., p. 38. 

« Râcleu; s. m. = Racloir, outil formé d'une lame d'acier, 
à laquelle on donne le morfil, servant à emporter les raies res- 
tées dans le bois (M). » On dit de cette opération : r'nèti l'bois , 
litt. renettoyer le bois. 

Racôïemaîn; s. m. (t. de cbarp.). = Pièce de bois qui, dans 
la baie d'une fenêtre, sert à soutenir la maçonnerie superposée 
au cintre de l'embrasure (voy. v° Vint ai). — De racoï, affermir, 
raccorder. 

Râïe-trait; s. m. (t. de charr.). — Bâton qui sert dans les 
attelages et dont chaque extrémité entre dans un anneau de la 
chaîne doublé, pour lui donner de l'écartement. Voy. Borms., 
Gloss. des houilleurs. 

Rainette; s. f. (t. de charr., charp. et men.). = Rainette, 
outil en forme de crochet, qui sert à tracer des lignes sur le 
bois. Ex. : marquer Virait à Vrainette, marquer le trait au moyen 
de la rainette. 

Raionge ; s. f. (t. de charp. et mon.). = Alaise, planche 
ajoutée à une autre. — Lobet donne relongue, recoulement, ral- 
longement d'un arêtier, et alaise, aideau. 

Rame; s. f. (t. de men.). = Croisée, fermeture d'une baie 
de fenêtre. Les croisées portent différents noms, selon leur 
forme et leur assemblage : « Bàme à grands qu irais, croisée a 
grands carreaux, celle qui n'a pas de croisillon dans les châssis; 
rame à p'tits bois ou à ptits quârais, celle qui a un ou deux rangs 



— 117 — 

de montants de p'tit bois. Les croisillons s'appellent à Verviers 
creuhai; à Spa barai. Rame à attique, croisée à imposte, celle 
qui ;i sa partie supérieure dormante. Rame à lnile, croisée sans 
châssis d'imposte, celle donl les châssis ouvrants ont toute la 
hauteur de la croisée(M) ». — Lobet donne rame di fignesse, 
châssis dormant. Voy. v° attique, bastâde rame et lisse. 

Ramoûrner; v. a. = Réduire une mesure OU une valeur 
quelconque en une autre; ainsi, le pied courant en pied carré, 
le pied carré en pied cube, la monnaie d'un pays en celle d'un 
autre pays, etc. — .1 pi ramoûrné, la mesure au pied carré. 

Rampe; s. f. (t. de charp.). = Rampe, la partie d'un escalier 
comprise entre deux paliers; la rampe de l'escalier. -- Lobet : 
litunp d'on nwi(i\ taux limon, pièce de charpente posée contre 
un mur, laquelle ne reçoit pas les bouts des marches comme les 
vrais limons, mais est découpée pour les porter en dessous et 
appuie les contre-marches. 

Rau; s. m. = Etable à porc. — Dial. ard. : luui. — Gmpr. 
picard : rau. 

Ranairi; v. a. = Rapareiller. — (T. de charp.). = Mettre 
les points de repaire, les marques pour reconnaître les 
pièces <pii doivent être assemblées. Ces marques se l'ont géné- 
ralement en chiffres romains, qui, composés uniquement de 
lignes droites, se font aisément d'un coup de maillet appliqué 
sur le ciseau. — Du latin : parare. 

Rapoitroûie; s. f. (t. d'agricult.). = Ramassette, baguette 
qui esl tournée en forme d'oreille au haut du manche de la faux 
ci tenue par la virole qui relient, elle-même la Taux. Elle sert à 
former les andains sciés (pi. IX. fig. 5, b). 

R'couieu; s. m.Voy. houlmain. 

Rége; s. m. (t. d'agricult.). = Crible dans lequel on passe le 
bled. — Lobet : krib; rouchi : rège. Gmpr. anglais : ridelle. 



118 



Reie; s. f. = Tringle, baguette. Rinclo, Lobet. — (T. de 
charr.). = Espèce de large échelon; au plur. les traverses qui 
unissent le prolongement des bras et forment le fond d'une 
charrette a ridelle pi. I, lig. 1, h\ — Reie as usteies, râtelier 
auquel on suspend les outils; quelquefois il est adapté au banc 
du menuisier et s'appelle alors reie de ban de sériai. — Du latin 
radia. 

Reinbraver ; v. a. (t. de cliarp.). = Faire un assemblage à 
rainures et à languettes. Lobet : reribravéet renbrevé, cmbrever, 
emboufeter. 

René; s. m. (t. de charp.). = Arbalétrier, pièce de la char- 
pente qui porte la couverture; arêtier (pi. XV, fig. 1, c). — René 
di jambe d'air, chantignole. — René so coinne, ferme. Lobet le 
définit : assemblage de charpente qui se compose de deux 
arbalétriers, un entrait, deux blochets, quatre liens et un 
poinçon. 

Reneurc ; s. f. (t. de charp. et men.). = Rainure. — Voy. 
Lobet : kouliss, coulisse, rainure. 

Réque; s. t. (t. de charp. et men,); anc. wall. reigue, raigle, 
dans les Gliart. et Privil. = Règle. — Rouchi : réque. D'où : 

Réglette; s. f. =- Petite règle dont se servent les menuisiers 
et les ébénistes. — Lobet : réglett, instrument qui fait l'office de 
heïeu et de rainette. — Du latin régula. 

Rèt; s. m. (t. de charr.) ; anc. wall. retz, dans les Gliart. et 
Privil. = Rais d'une roue (pi. Il, lig. 5). — Du latin radias. 

RTmdege ou Rifmdège ; s. m. (t. de charp.). = Bois de re- 
fend. — Les r'findèges ont ordinairement 12, 18 ou 24 centi- 
mètres de largeur, sur 8 à 9 centimètres d'épaisseur et une 
longueur indéterminée. 

R'fin dresse; VOV. V 1 soie. 



— 119 — 

ii'foïeter; v. a. (t. de charp.). = Refeuiller, faire un assem- 
blage ci le recouvrir de planches. 

isiesse ; s. f. = Arête , angle saillant que forment les deux 
faces d*iui( v pièce de huis, synonyme d'arête. — D'où diriesti, 
ôter les arêtes d'une pièce de bois. Dial. ard. duriesti; Lobel : 
driesté, chanfreiner. 

Rife; s. i'. (t. de charp.). =* Bord du loit, termine par le 
pignon. 

nihausse ou itahausse; s. !'. ; voy. v" flaclie. 

itise; s. f. : voy. v errère. 

itisselire; s. f. si. de chair. ; anc. wall. risselier , rasselier , 
dans les Chatt. et l'rivil. = Râtelier. Cmpr. : creppe. 

nôiai; s. m. 't. de chair.); anc. wall. rouxhe, ou rouxle 
(faoust, rouleau pour la moisson, dans les Chart. et Privil. = 
Treuil que la charrette à ridelles porte à l'arrière (pi. I, lîg. 1 
el 2). Autour du rouleau s'enroule la chaîne ou la corde qui 
retient la perche voy. pîse). Les chevilles en fer (lîg. 2, p) qui 
fonl manœuvrer le rôlai s'appellent sprinque. 

nonhes ; f. pi. (t. de charr.). =Ranches, cornes de ranches 
qui soutiennent les ridelles (pi. I, fig. 1 et 3, /). — Voyez v° 
hamai. 

nowe; s. f. (t. de charr.). = Roue. — Rowe à la Malbrouk, 
à la Malborough,roue de chariot et de charrette, dont les jantes 
oui une épaisseur plus forte que les roues ordinaires. Les roues 
dites à la Malbrouk, ont depuis 11 jusqu'à 28 centimètres d'é- 
paisseur. Jadis, dans les campagnes, les roues n'avaient que 
6 centimètres d'épaisseur; aujourd'hui on tend à abandonner 
les roues à jantes étroites. — Lobel : raw. 

niseppe ou mieux fier à r'seppe; s. m. (t. de se. de long). 
= Scie de long que deux hommes manœuvrent horizontalement 



— 120 — 

(pi. XII, fig. 7). Elle porte aussi le nom de r'sëppeu, m., ou r'ssep- 
presse, t., ou encore côpresse (voy. ec mot et v° fier). Les dents 
varient de forme, tantôt comme l'indique la fig. 7, tantôt comme 
la fig. 8. — Cmpr. Rqlrl. : resse, scie. D'où : 

ei^sepper; v. a. (I. de se. de Ibiîg). = Se servir du fsseppë, 
couper l'arbre sur bout. — Normand : recéper, scier un morceau 
de bois. 

r: tese ou ssiteàe ; s. f (t. de chair, et cbai'p.). = Cantiboi , 
reste de bois qu'un ouvrier fait en 'débitant son bois. — Dial. 
ard. ruteïe ou r'teie. — Lobet : rtéion. 

s\ùie; s. m. (t. de cbarr., charp. et men.). = Mètre à me- 
surer, pied du roi; signifie aussi : « règle qui sert à déterminer 
le niveau d'un point à un autre. Ex. : miner Fierai à grand rûle. » 
(M). — Lrule de fier (t. de se. de long), dial. de Slavelol : sorte 
de tringle qui porte une rainure dans laquelle s'engagent les 
dents de la scie, dite fier à planche, afin de la préserver quand 
on la transporte. 

Rustai; s. m. (t. d'agricult.) ; anc. wall. rosteai, dans J. 
d'Outremeuse ; resteat, dans les Reg. de la Chamb. des fin.; 
risteau, resteaux, dans les Chart. et Privil. = Râteau. — Dial. 
ard. ristai; Rqf'rt : ruslé. — Diez, v° rastro. 

ic/vesti; v. a. voy. v° vesti, 

nfvestihmain ; voy. v" reslihmain. 



^abot; s. m. (t. de charp.). = Patin, bois sur lequel les es- 
caliers reposent; semelle, pièce de bois qui sert d'appui à un 
étai , pour empêcher l'écartement. — (T. de se. de long) ; som- 



— 121 — 

mier; double poignée au haut et au bas de la scie verticale des 
scieurs de long (pi. XII, fig. 4, a et tig. 6). — (T. de men.) ; 
sabot; espèce de rabol qui serl à faire des moulures (Cmpr. 
rabot <r rond). 

Sapin; s. m.; anc. wall. sappien , dans les Pawillarts. = 
Sapin. Le sapin comprend différentes espèces qui , selon leur 
lieu de provenance , portent en wallon comme en français les 
noms de: sapin d'Anvers, un du Nord; sapin d'Cologne, ou 
rf' illemagne; supin d'pays.— Il y a eu outre, selon leur qualité : 
le sapin rouge el le sapin qu'on n'a nin saine, litt. qu'on n'a pas 
saigné, celui duquel on n'a pas tiré la résine. 

uteu ; s. m. i . d'agricult,) ; dial. ard. ; litt. sauteur, obstacle 
formé de traverses en bois équarri, qui, dans les sentiers, re- 

eni deux haies, à l'effel de couper le passage aux bes- 
tiaux, tduf en le permettant aux personnes. Il est composé 
de deux pieux verticaux, sur lesquels est posée une traverse 
horizontale, à la hauteur de 45 centimètres (pi. IX, tig. 2). Il 
consiste aussi quelquefois en trois ou quatre pieux verti- 
caux el parallèles tresses de branches (pi. IX, lïg. 3). — De 
sauter, que le wall. rend par pochî. Dans les environs de Ver- 
viers, le sauteu perle le nom de monteu, litt. montoir. — Cmpr. 
rouelii et Jura: baise-cul, désignant la même chose et ainsi 
nommé, parce que l'on doit s'asseoir dessus à califourchon pour 
passer à l'autre côté. — Cmpr. le Gloss. luxembour. v° passau, el 
le Dict. du pays de Bray v passeux : barrière immobile qui sé- 
pare les herbages et qu'il faut franchir quand on suit les sen- 
tiers qui traversent les prairies. — Tourniquet, autre moyen 
d'empêcher le bétail de suivre un sentier; le tourniquet est 
formé d'une croix de saint André, pivotant horizontalement sur 
un poteau de 60 à 80 centimètres de hauteur (voy. pi. IX, 
lig. 1). 

Scoimin; s. m. (t. de charp.). === Ëpaulement du tenon, dé- 



— 122 — 

collemenl , action de couper un chevron du côté de l'épaule- 
ment; il se dit aussi escolmin (pi. XV, iig. 10, a). 

Scrauwe; s. f. (t. de chaiT., charp. et men.) ; anc. wall. 
escroe, dans le Cartulaire de Bouvignes. = Écrou. Dial. ard. 
scrawe. Rmcle : sikrawe. — Rqfrt : escrouet. Anglais : screw. 
— Du thiois schroef (voy . la lettre de M. Bormans à M. Gggg., 
p. 50). —D'où : 

Scrauwer; v. a. = Tarauder. Lobet. 

Serinai; s. m. (t. de men.); anc. wall. escrin, soin, escren, 
dans les Chart. et Privil. = Layette, tiroir d'armoire. — Rqfrt : 
escrignet, escrinée, escrin, serin. Anglais : shrine. — D'où : 

Scrini; s. m.; anc. wall. scrinier , dans les Chart. et Privil. 
= Menuisier. — Rqfrt : escrignier. — Pour l'étym. voy. la 
lettre de M. Bormans à M. Gggg., p. 14 et 15. — D'où : 

Seriner; v. a. = Travailler en menuiserie. Lobet. 

Scrinnéraie; s. f. = Menuiserie. 

Sera; s. m. (dial. de Stavelot). — Chaîne ou corde, qui lie la 
roue à la longe ou flèche, et, en enrayant celle-là, l'empêche de 
tourner. Il fait l'office du sabot des carrossiers. — De sèrer , 
serrer. Voy. Borms., Vocab. des bouilleurs. 

Sige; s. m. (t. de charr.). Litt. siège, = cadre d'une char- 
rette; la charrette, à l'exclusion des bras et des roues. Ex. : 
l'sige (l'on clichet. 

S'meiie ; Voy. v° platenne et rabot. 

Sofrante; s. m. (t. de charp.); anc. wall. souverante, souve- 
rande, dans les Chart. et Privil. = Séveronde , avant-toit, la 
partie qui se trouve entre la pente du toit et le plancher du 
grenier. — Dial. ard. sovronte. Lobet : sevrood. Malmédy : 
sogronde. Rouchi : souvronte. — Rqfrt : sonrronde, séveronde, 



123 



partie du toil qui avance; la partie inférieure d'une couverture 
de maison, celle qui est en saillie sur le mur pour jeter les 
eaux pluviales hors du mur. — Du latin : subgrunda ou sug- 
grunda. On dit aussi V penne de leu, pour signifier l'avant-toit, 

la saillie du toit sur la rue. 

Sokette ; s. I'. ; voy. v° sto. 

sôïe; s. f. (t. de charr. charp. et men.); anc. wall. soye, 
dans J. d'Outremeuse : suye et soye, dans les Ghart. et Prïvil. = 

Scie. 

La scie se compose des dresses, les bras ; du montant , ou de 
la bare, m., lin . la barre, !><>is du milieu, parallèle à la lame; de la 
coide, corde. — On dit tiriker, tendre une scie — Les différentes 
espèces de scie sont : Vsoïelette à l'main, ou passe-partout. 
(Lobel l'ait une distinction entre soîelette a Vmain et soïelette 
à manche); sôïe à d'biter , scie à débiter; sôïe à découper, scie 
de bimbelotier ; soie d'arasmin, scie d'arasement. — Les scies 
portant des noms spéciaux sont : Vcabriolet (voy. ce mot); l'fier 
à planche (voy. ce mot); li ffindresse, harpon, scie à débiter; li 
r'sseppe voy. ce mot 1 .— Picard et lillois : soye; anglais: saw. 
Pour l'étymologie, voy. la lettre de M. Bormans à M. Gggg., 
p. 29. 

Soïelette; s. t.; diminutif; se dit indifféremment pour soie, 
scie. Dial. ard. solicite. — Ou appelle l'vôie de Vso'ielette, la 
pince qu'occupe la scie dans le bois à scier, par la manœuvre 
de va et vient , e| qui a d'autant plus de largeur que les dents 
de la scie ont été inclinées alternativement en sens contraire 
,111 moyen (\w heieu. Gmpr. Lobel : roiedu sôietett. 

Soi - ; v. a ; anc. wall. soiier, dans ,1. de Stavelol; soyer, dans 
J. d'Outremeuse, dans les Chart. et Privil. et dans lesReg. de la 
Ghamb. des fin. = Scier. — Soi è rondeur, scier en rondeur, 
chantourner. — Rqfrl : soier. Roucbi : soïer. — .D'où : 



— 124 — 

Soïereie; s. f. = Scierie. Rmcle. 

Soïeur; s. m.: anc. wall. soieur, dans J. de Stavelot ; sûyeur, 
soyeur, dans les Ghart. et Privil. = Scieur. — Soïeur d planches, 
litt. scieur aux planches, scieur de long. — Rqfrt : soïeur. — 
Rouchi : soieux ; picard et lillois : soyeux. 

Soïeure; s. f . ; anc. wall. soyeure, dans les Chart. et Privil. 
= Sciure de bois. Dial. de Stavelot : soïore. — Lillois : sçoïn. 

Sorgent; s. m. (t. de mon. et cliarp,). = Sergent. Dial. 
ard. : seurgent. — En menuiserie, on emploie plusieurs es- 
pèces de sergents , qui sont ou de bois ou de fer : sorgent 
d'bois ou iïfier (pi. VII, flg. 6 et 10). — Sorgent shnpe , sergent 
simple, a crémaillère (pi. VII, fig. 6), — Sorgent dobe, sergent 
double, composé d'un châssis (pi. VII, fig. 7, a) et d'une pièce 
mobile (b), se fixant à l'aide de chevilles (c). C'est entre cette 
pièce et une autre, aussi mobile, de moindre dimension (d), que 
se pose le placage, pressé par la vis (e). - Les sergents simples 
sont à clé ou à vis, selon que leur glissière se fixe à l'aide d'une 
clef ou d'une vis. — Du latin : serviens. — En français, le ser- 
gent, supporté par un pied, porte le nom de servante. Cmpr. : 
Lobet klatvan, étreignoir. — Pici à sorgent, litt. pincer à l'aide 
du sergent, sergenter. 

Sorjou; s. m. (t. de construct.) ; dial. ard. ; désigne l'espace 
compris entre le haut d'une baie de croisée et le plafond. — 
Lobet : sorgjou , jouée, donner du jour à un assemblage, au 
bâtis de bois; joue d'une rainure d'une croisée. 

Soùmî; s. m. (t. de cliarp.) ; anc. wall. soumier , sommier, 
dans les Reg. de la Chamb. des fin. et dans les Chart. et Privil. 
= Poutre. Rmcle. (Compr. v° ponte). — Rqfrt : saumier, somier. 
Rouchi : sommier; Luxembourg : soumier; anglais : sommer, 
même signification. 

sponsse ; s. f. (t. de men.).= Le côté ou les deux côtés longs 
d'un lit. — Les sponsses s'attachent de différentes manières. 



— 125 — 

Elles sont ou à croUai, h crochets, ou à aweies, à aiguilles, 
appelées aussi à chfveies, h chevilles, ou encore à vis, à vis. — 
lli|lïl : espaude, même signification. Rouchi : éponee, bord 
du lit. 

spiinque ; s. in. (t. de cIkut.). = Tortoir, bâton pour serrer 
soit la charge d'une charrette, soit le coûtre de la charrue 
(pi. VIII, fig. 1, e). Voy. errére. — Rmcle : splaink ou spreink. 
Dial ard. : sprinque. Voy. Bonus. , Vocal), des bouilleurs, 
y splinque. On dit : jower comme on sprinque, en différentes 
acceptions, parce qu'il est de la nature d'un tortoir d'être 
flexible, de plier sans rompre. — D'où splinquî, serrer avec le 
tortoir. Dial. ard. : springuer et springler. Lobet : splainU, 
battre quelqu'un avec un bâton. — Vieux français : espringuer. 
— De l'italien : sprint/are. 

Squére; s. m. = Équerre. Gggg., Rmcle et Lobet : squére 
à corroï (t. de charp.). = Équerre à corroyer, pour mettre 
les bois en équerre sur champ (pi. VIT, fig. 9). — Fâ squére, 
lilt. fausse équerre, chanterelle ou sauterelle, dont l'une des 
branches est mobile et sert à tracer une fausse coupe (pi. IV, 
fig. 6); squére à onglet, voy. v° onglet. — Fou squére, adverbe; 
lilt. hors d'équerre , guingois. — Rqfrt : escaire; anglais : 
square. 

«talon: s. m. (t. de se. de long cl bûcheron); anc. wall. 
station, dans les Reg. de la Ghamb. des fin.; litt. étalon. = 
Baliveau, arbre réservé dans la coupe des bois taillis. On les 
marque à l'aide de la griffe, entaille faite au moyeu de la hache; 
slulon griffé, étalon marqué. — D'où : 

«talonner; v. a. = Marquer les baliveaux. 

«taminée; s. f. (t. de charr.). Dial. ard. = Charpente de 
bois dans les écuries, à laquelle le bétail est attaché. —Lobet : 
stamini, crèche. — Du thiois st amenaij, lieu de repos. 



— 126 — 

*tançon; s. m. (t. de charp.); anc. wall. stanchon, dans J. de 
Stavelot; stançon, dans les Ghart. et Privil. = Étançon, étai 
(voy. v° houlmain). — Diez, stanza. — D'où : 

staussener OU Stanssoaer ; V. a. = Étançonner. 

stansenège; s. m. = Étançonnage. 

sterbiock; s. m. (t. de men.). = Espèce de rabot un peu 
plus long que la varlope ; son fût a d'ordinaire de 30 à 32 cen- 
timètres de long. 

wtikai ; s. m. Vo>. v° îpe. 

stipe; s. f. (t. de charp.). = Étai, étançon de dimension 
moindre que le stançon. — Stipe du trivial, étrésillon, bout 
de bois que l'on place entre les solives. Lobet. — Cinpr. 
chai nette, et voy. v° houlmain. — Rqfrt : estepes, même significa- 
tion. — D'où : 

stiper; v. a. — Étayer, étançonner. — Cmpr. Lobet : kon- 
trumani, espèce de bois pour étayer, et gjohlé, étrésillonner. 

stoc; s. m. (t. de se. de long et de bûcheron); anc. wall. 
sloc, dans Mélart; stocque, stoc, sto, dans le Cartulaire de Bou- 
vignes; stock, dans les Reg. de la Cliamb. des fin. et dans les 
Ghart. et Privil. = Souche, tronc. — Dial. ard. sto. Rqfrt : 
estoc. = Diez, v" stocco ; allemand : stock, tronc; thiois : 
slok. 

«toSiai; s. m.; diminutif; petit tronc, synonyme de sokette, 
s. f. — Souche, cul d'arbre. — Rmcle et Lobet : sokett, massue 
de bois. Rqfrt : soket. — Cmpr. dial. de Stavelot : sohi, s. f., 
souche de bois pourri. — Dial. liégeois : tronce, tronçon , une 
partie du tronc d'un arbre. 

stouer; v. a. (t. de charr.). = Heurter, refouler, faire entrer 
les rais dans le moyeu au moyen du ma (voy. ce mot). — Du 
thiois : stoken; allemand : stocken. — D'où : 



— 127 — 

stockmain; s. m. (t. de chair.). = L'action de faire entrer a 
coups de ma les rais dans le moyeu. 

supplaie OU s**plaie OU «ippaie OU «paie ; S. f. (t. (le cliari'.). 

= Tréseille, tringle en bois qui, à la tête de la charrette dite 
tape-cou (voy. ce mpt), est passée dans deux œillets en iVv, et 
empêche la caisse de basculer (pi. XI, fig. 1, //). — Anglais : 
splinter, tringle; allemand : spltdsse, même signification. 



Tape-cou; s. m. (t. de ebarr.); litt. tape-cul, espèce de 
charrette dont la caisse est indépendante des bras^de manière 
qu'elle peut basculer sans qu'on dételle le cheval (pi. X, fig. 1). 
Le wallon se serl de quatre expressions pour rendre le français 
mettre à cul : mett à cou, aller à cou, hiner à cou et taper 
à cou. — (T. de charp.), trappe, sorte de porte au niveau du 
plancher. 

Tapon; s. m. t. de charp. et menA = Cheville, flipot, pièce 
de rapport pour cacher un défaut, pour boucher les trous pro- 
duits parle chasse-clou. — Taponé, adj., chevillé. Ex.: on 
planchl taponé. Cmpr.Berry, tapon, tampon. — Du thiois : tap, 
même signification. 

Tâve ; s. f. (t. de men.) = Table. Rmcle. — Lobet : tauf. — 
Ploïante turc, table qui s'ouvre et se replie. Gmpr. l'anc. 
wall. table vidante et table triante [?), dans les Chart. et Privil. 
— Rqfrt : taule, tavle, tauvle; breton : tafia; holland. et thiois : 
tafel. — Du latin : tabula. 

Tâviî; s. m.; dial ard. = Tranchoir, baquet de bois portant 
rebord de trois côtés seulement, sur lequel on tranche la 



— 128 — 

viande. — Cmpr. teyeu et planche baeberesse, même signification. 
Lobet : taublett, tablette. 

Terâ.se; s. f. it. de ch'arp.); anc. .wall. terrasse, dans les 
Cbart. et Privil. ; terrant, dans le Métier des Tanneurs, S. 
Borms., p. 285.=Solive. Rmcle et Hubert. — Dial.deVerviers : 
terausse. — Le dial. ard. emploie exclusivement le mot limon 
dans le sens de terâse. 

Teré; s. f. (t. de charr., cbarp. et men.); anc. wall. theret, 
ferez dans les Cbart. et Privil. = Tarière (pi. VII, flg. 42). Dial. 
ard. terére. — Les tarières sont de différentes dimensions, sui- 
vant leur emploi. — Teré à basse, celle qui sert à forer les trous 
dans lesquels se placent les basses (voy. ce mot). — Teré à 
Vmain, petite vrille. - Rqfrt : tairel, tairelle ; Rabelais : terière; 
normand : terière. — Voy. Diez, v° taraire. 

Tero; s. m. (t. de men.). = Taraud, outil pour faire l'écrou. 
— Cmpr. étou, machine à tarauder; Duvivier, cité par Gggg. — 
Tero s'emploie aussi pour désigner la bore (voyez ce mot). 

Tezeu; s. m. (t. de charr.); dial. ard. = La traverse en bois 
qui, aux charrettes à ridelles, unit les deux halis, fait l'office de 
vantail. Lobet : ouhlet (Vcbèrett, même signification que tezeu 
(pi. I , fig. 1 , n). — Fier du tezeu, l'œillet en fer qui , à chacune 
des extrémités de la traverse, entre dans le montant des ridelles 
(z); ch'veies du tezeu, les chevilles qui retiennent le tezeu [y). 

Tiesse du moir; s. f. voy. moirhon. 

Tiniter»; v. a. voy. v° coirdai, soie. 

Tirant; s. m. ,t. de cbarp.). = Tirant, pièce de la charpente 
qui, dans une ferme, porte le pied des arbalétriers, les empêche 
de s'écarter; synonyme de poule. Voy. v° jambe d'air, 

Tire-eiA ; s. in. (I. de cbarp. ). — Tire-clou, instrument qui 
fait l'office de la tricoisse. — Lobet : ter-klau, outil de 1er plat et 



— 129 — 

denté des deux côtés , ayant un manche coudé, el servant aux 
couvreurs et aux menuisiers. 

Tire-heïon; s. m. t. de charr.). = Tire-filet, outil composé 
d'un fer, d'un fui el d'un levier attaché dessus; les menuisiers 
s'en servent pour mettre les filets de largeur. — Lohel : ter- 
heion . 

Tire-jus; s. m. t. de charr.). = Instrument consistant en 
une pièce de bois, au bout de laquelle est fixé un anneau qui 
tient une chaîne; il sert à faire pénétrer les rais dans les jantes. 

Tôhicr; v. a. i. de charr.). = Attacher l'essieu à la caisse 

de la charrette, soit au moyen de clames, crampons (pi. Il, 

tig. 1, e el du toirchi meinb ul , soit avec des crohtais d'tôhlege 

pi. Il, fig. I , o) el la cha ne di tôhlege {p), chaîne qui, attachée 

au crochet (o), se serre à volonté au moyen d'un tortoir. 

.Y. B. Notre planche (pi. 11, fig. 1) représente un essieu dont 
le côté gauche est tôhlé, ou attaché, par clame et toirchi meinb, et 
le côté droit par croktai el chaîne [à, p). — Les benais ont leur 
essieu attaché au moyen de brides (pi. III, fig. 6), fers qui en- 
serrent l'essieu en bois; celui-ci est appelé hisse, lin. boîte, 
parce qu'il contient l'essieu en fer (voy. v" lîsse). — Ditôhler, 
ôter à un essieu les crochets qui l'attachent au siège de la 
charrette. 

Tôhiège ; s. m. (t. de charr.). = Action de tôhler. — Ditôhlege 
ou dutôhlege, action de ditôhler. — Cmpi\ Lobet : tonhieu, ton- 
gours, petil levier dont on se sert pour tenir un essieu de 
charrette bandé sur le brancard; tonale, assembler une char- 
pente au moyen du tholus, pièce de bois en l'orme de coin ou 
clef de charpente. 

To'rti ; s. m.; dial. de Stavelot. = Fabricant de toilettes, 
ébéniste. 

Toùne-vis (t. de charr., charp. et meii.i. = , Tourne-vis. — 

y 



130 



Toûne-vis à l'inain — à la main — pour le distinguer de celui qui 
s'adapte au vilbrequin. 

Tourbaiie; s. f. (t. de chaiT.). = Disque en fer forgé qui 
s'applique a l'orifice du moyeu, sur la beuse (voy. ce mot) et qui 
laisse passer l'extrémité du hinon (pi. II, fig. 3, b). 

Tourneur; s. m. (t. de cîiarr.) ; lilt. tourneur. = Instrument 
composé d'un banc surmonté de deux montants verticaux et 
parallèles (pi. III, fig. 1); l'un est fixe (a), l'autre (b) peut glisser 
dans une rainure (c) et ainsi élargir ou rétrécir l'espace dans 
lequel le moyeu d'une roue est placé entre les deux pivots {d). Il 
sert au charron à tracer la place des frettes, des mortaises, etc. 
Rmcle : tourneu, tourneur, ouvrier qui tourne. 

Tourniquet; s. m. ; voy. v° sauteu. 

Trakter; v. a. = Entre-voûter, comme l'indique la coupe, 
pi. XV, fig. 12. Jadis, les solives du plafond se plaçaient de 
cette façon. On les retrouve dans toutes les constructions datant 
du xvi e siècle. — D'où : 

Trakteûr; s. f. = Entrevous. Lobet : trakté, garnir de verges 
ou d'un lattis les entre-deux des solives; traktar, entrevous. 
Cmpr. ibidem koyeud, entrevous. 

Traverse; s. f. (t. de charp.). = Traverse, croisillon. Voy. 
\° rame. — Lobet : traverss , enture et traversière, etc. Cmpr. 
chez le même : (Vtraver, contre-fiche et guigneaux, pièces de bois 
assemblées entre les chevrons d'un comble. — Fasse traverse, 
s. f. ; litt. fausse traverse, parclôse, traverse rapportée ou 
simulée. 

Trepsin; s. m. (t. de chair.); dial. ard., plus souvent : rete 
du trepsin. Palonnier, tringle de bois plate qui s'accroche au 
devant du charai (pi. II, fig. 7, b) et à laquelle s'attache le copli 
(c). Voy. v° copli et Cmpr. v° balance; à la différence du trepsin, 
qui est carré, la balance est de forme ronde. 



— 131 — 

Tricoises; f. p. (t. de charr., charp. et men.). = Tenailles. 
Rqf'rt : tricoises, tricouctises; Berry, tricoises, fortes tenailles. 
Ëtym. du thiois : trekkerse, machine pour arraelier. — Voy. la 
lettre de 31. Bormans à M. Gggg., p. 48. 

Trosseu; s. m.; voy. v° houlmain. 

Tùie; s. f. (t. de eharr., charp. et men.). = Sanguine, pierre 
tendre et rouge dont se servent les menuisiers, charrons et 
charpentiers en guise de crayon. — On l'appelle aussi roge 
cra'iou , crayon rouge. — Cmpr. wallon : tulai, tuile, et vieux 
français : tuele, brique. 



u 



Usteie ; s. f. ; anc. wall. ustilhe, ustille, ustile,utille, justille, 
dans les Chart. et Privil. = Outil. — Rqfrt : ostil, ustil; vieux 
français : ostiz; rouchi : ôsteie. Cmpr. ustensile. Du thiois : 
uitstel, dot, équipement, les outils que l'ouvrier doit apporter 
avec lui et se procurer lui-même pour travailler. — Cmpr. Gggg. 
aflutiauz, attirail d'un ouvrier. Voy. la lettre de M. Bormans à 
M. Gggg. 

Lobet : usteie à baguette, gorge-fouille, espèce de rabot, voy. 
rabot à baguette et usteie a mougté, mouchette, espèce de rabot. 
Voy. v° rabut, quart du rond. 



vantrin; s. m. = Tablier. Lobet et Rmcle. — Dial. ard. : 
vritrin. Vantrin d'eur, tablier de cuir des charrons, charpentiers 
et menuisiers. — Du vieux français : devantrain, devant. 



132 



Vâriet; s. ni. (t. de charr., cliarp. et mon.). = Valet, instru- 
ment qui sert à tenir les pièces de huis, les plauelies sur rétabli. 
Rmcle. — Lobet : vaurlet. . 

Vesti et mieux Rivesti; ane. wall. vesty , dans le Métier 
des Tanneurs, de S. Bormaus,p. ï6o. ^.Lambrisser, couvrir un 
mur d'une cloison en buis. Ex. : ine poite rivesteie, une porte 
lambrissée eu planches. — D'où : 

Vestilmuxin ou K'vestihinain ; s. m. — Lambrissage ; et 
lambris eu bois, cadre avec moulure qui pare la baie d'une fe- 
nêtre ou d'une porte. — llvestihmainU'à d'fou, liti. le revête- 
ment du dehors, le chambranle extérieur. 

vienne; s. I'. (t. de charp.) ; anc. wall. vienne, dans les Reg. 
de la Ghamb. des fin. ; vianne, dans le métier des Tanneurs, de 
8. Bormans, p. 284. =^ Solive, poutrelle, panne; elle sert à tenir 
les chevrons de la toiture d'un bâtiment. — Maiss' vienne, syno- 
nyme de vienne di fiesmain (pi. XV, Qg. 2, b) ; voy. v" coistresse. 

ViermoJoa; adj. = Vermoulu. Rmcle : viermoyen, et Lobet : 
viairmoleu, vermoulu et vermoulure. — Gmpr. Rmcle viémi] 
Lobet : vietmi, mouliné. — De vier, ver, etmolou, moulu. 

Visse; s. f. (à Liège uiasc). = Vis. Rmcle. — Lobet : viss du 
bois d'chepti , vérin, machine en l'orme de presse, qui sert a 
redresser des jambes de l'oree, des charpentes en surplomb, etc. 
— Du thiois : vyze, ou vyse; d'où vyzen, visser. 



w% 



Waïme; s. f. (t. de bûcheron); anc. wall. wayme, dans 
,!. de Stavelot; waynne, dans les Ghart. et Privil. = Gaine qui 
porte le couteau dont les bûcherons se servent pour écorcer 
les arbres. Dial. ard. — Rqtrt : suppl. waine , gaîne. — Diez , 
v° guaina. 



I oo 

— l.».> — 

Waroquai; s. m.; voy. v°masloque. 

wèie; s. m. (t. de charr. et d'agric.) = Rouleau, brise-motte 
ml. Mil, fig. il. Dial. ard. wîle; Lobel : wuelle. —Dans 
quelques localités on dil aussi râlai. 

Le brise-motte se compose d'un cylindre en bois un eu pierre: 
/; rôlai fa ; proprement dit, qui porte un essieu faisant corps avec 
lui ci pivotant sur deux chaînes, jantes (c)\ puis des brets ou 
bresses (bj, bras qui servent à le traîner. Cmpr. l'allemand: 
welle, tambour. — D'où : 

Wèler; v. a. = Passer le brise-motte sur la terre. — Dial. 
ard. : wîler; Lobel : wiiellé. 

wére; s. f. (t. de charp.) ; anc. wall. wer, dans les Chart. 
et Privil. : icciis . (\,u\> le Métier des Tanneurs, de S. Barmans, 
p. l's». = Chevron, pièce de bois qui porte les lattes du toit. 
Kmele. — D'où : 

Wcrette ; = petite wère. Voy. Borms., Gloss. des bouilleurs. 

Wéri ; v. a. t. de charp.). = Poser les chevrons. 

wése ; s. ('. (i. de charr.) =Esse, la clef de l'essieu, cheville 
de fer en forme d'S ou de T, qui se place à l'extrémité de l'es- 
sieu, pour soutenir la roue (pi. 11, fig. H, c). — Lobet : woiss; 
Rmcle : wess; dial. ard. : wasse. — Cmpr. Gggg. : èsé ou wèse, 
et houce, même signification. — Rqfrt : eusse et heus; normand : 
euche, même signification. 

Windai; s. m. (t. de cbari'. , charp. et men.); anc. wall. 
maniai/, vendaix, dans les Chart. et Privil. ; windai dans le Car- 
tulaire de Bouvigne. = Vilbrequin (pi. IV, li^ r . 16). — Rmcle 
et Lobel : waidai. On dit mieux tour <li windai, bit. tour de vil- 
brequin. Il est en buis nu en 1er. — Cmpr. Rqfrt : uindas. 
— Die/, \" ghindare, et uindas ; anglais : u imbïe , vilbrequin ; 
allemand : ninden, tordre. — Du thiois windel, tour, manivelle. 
Voy. la lettre de M. Bormans à M. Gggg., p. 16. , 



10 lllt A TA 



P. 58, v" airkette. Lisez : Diminutif de air, cintre -= Arcade. 

P. 60, v" arm&n. Ajoutez : s. m. (t. de charr.). 

P. 64, v" /></.s'.s<\ L'indication de la planche doit venir avant le 
mol : Cmpr. 

P. 66, v° berwette et ailleurs. Au lieu de : dans la Chambre des 
finances, lisez : dans les registres de la Ghamb. des 
fin. (conservés aux archives de l'État). 

P. OS, v° buzai. Effacez le signe : =. 

P. 70, v chaînette. Il tant lire : chaînettes, s. f. pi. 

P. 70, v° chaîne. Au lieu de : propr., lisez : figuré. 

P. 71, v ch irai. Au lieu de : errer, lisez : errére. 

P. 76, v" coirdai. Au lieu de : />«M titrait, lisez : 6aM // //■«//. 

P. 80, v" crette. Au lieu de : le troisième... ce dernier, lisez : 
la troisième... cette dernière. 

P. 8o, v° fendresse. Après auc. wall., ajoutez : fendresse. 

P. 92, v" hàr. Au lieu de : Dial. ard. hardia,\isez : Lobet haur. 

P. 92, v" harkai. Au lieu de la phrase : il contient, etc., subs- 
tituez celle-ci : Pourvu d'un creux dans lequel s'em- 
boîtent les deux épaules, il se pose de manière à ce 
que les deux seaux, etc. 

P. 95, après l'art, hurlette, ajoutez celui-ci : Hormain; s. m. 
(t. «le chair.). = Action de horler, de creuser un 
moyeu avec la hore. Ex. : prinde li liormain (Ton 
moyou, prendre la dimension du forage d'un moyeu. 

P. 96, v" hotter. Il faut lire : hotler. 

1'. l(i-2, v lisse. An lieu de : ventaux, lisez : vantaux. 

P. 109, v" pègne. Au lieu de : bois, lisez : 1er. 




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MELANGES 



LA 



LETTRE DES VENALZ. 



Je me suis déjà occupé dans mon Vocabulaire des noms wallons 
d'animaux, etc. (voy. 2° édition, p. 16 et suiv. et le supplément 
à la fin du volume) du paragraphe de redit nommé Lettre des 
Venalz qui donne les noms des volailles et des principaux 
animaux sauvages servant à la consommation. Malgré des 
recherches assez étendues je ne suis parvenu dans ce travail, 
ni à préciser la véritable l'orme de plusieurs de ces noms, ni à 
les expliquer tous. À côté de dénominations facilement intelli- 
gibles, il s'en trouve plusieurs, diversement altérées, dont le 
sens est douteux, et il y en a une qui parait être spéciale à notre 
ancien idiome et qui pour moi est encore une énigme. Si je 
reviens maintenant sur cette étude, ce n'est donc pas, malheu- 
reusement, parce que je serais parvenu depuis à élucider 
complètement le texte, mais j'ai voulu faire connaître le résultat 
de nouvelles recherches et stimuler par cette publication le zèle 
de nos jeunes linguistes en faveur de notre vieille langue. Puisse 
l'un ou l'autre d'entre eux entreprendre enfin courageusement 
ce glossaire de l'ancien wallon depuis si longtemps sollicité par 
notre Société ! Il récoltera par ce travail plus de fruit avec moins 
de peine qu'il ne le pense. Puissions-nous aussi obtenir bientôt 



— 4 — 

l'édition du Pavillar qu'a promise notre savant collègue, M. 
Matthieu Polain, et que désirent également les linguistes, les 
historiens et les jurisconsultes. 

Avant d'aborder notre sujet rappelons que \a Lettre des Venah 
date de 1317, et qu'elle se trouve dans la plupart des anciens 
recueils de lois et règlements (tous restés manuscrits jusqu'à 
présent) que l'on appelle de ce nom inexpliqué de Pavillar ('*). 
Louvrex l'a reproduite, très-inexactement, comme d'ordinaire, 
au tome III (p. 172 suiv.) de ses œuvres, Jean de Stavelot 
donne aussi le passage dont nous allons nous occuper, dans un 
texte beaucoup plus correct évidemment, puisqu'il est publié 
par M. A. Borgnet (p. 225 suiv.). Mon travail actuel est basé sur 
la collation d'onze manuscrits, dont je rapporte les variantes 
principales : le lecteur s'étonnera sans doute des divergences 
nombreuses que ces textes présentent et, aussi, d'apprendre 
que pas un des manuscrits que j'ai vus ne donne en marge la 
moindre explication sur des mots dont plusieurs devaient déjà 
être obscurs à l'époque de leur transcription. Pour le dire en 
passant, l'absence presque complète dans ce pays de livres 
glosés, imprimés ou manuscrits, a toujours été un de mes 
étonnements : anciens noms de lieux, mots tombés eu désuétude, 
vieux termes de droit oubliés, rien jamais n'est expliquent si je 
cite les termes de droit ce n'est pas que j'oublie le glossaire de 
Méan (intitulé Nomenclalor idiotismi Leodiensis) , mais c'est que 
je regarde cet opuscule comme tout-à-fait insuffisant (-). 

Ces onze manuscrits, qui se trouvent, soit aux Archives 
provinciales ou à la Bibliothèque de l'Université, soit en la 
possession de MM. Ferd. Hénaux et Ul. Capitaine, sont désignés 

(') Anciennement Pawelhar, Pawilhar. — Serait-ce tout simplement le nom du 
premier compilateur ? 

(*] C'est en vain, par exemple, que l'on y chercherait les mots affaitier, kamoder 
ou halmoder, paroffre, logement, etc. — L'explication des mots les plus obscurs 
dont on se sert en matière de houillerie publiée par Louvrex (tome H, p. 240 suiv.) 
est aussi fort incomplète. 



dans la liste suivante par les u 0! 1 à 11, d'après leur âge 
approximatif. J'indique la leçon de Jean de Stavelot par l'abré- 
viation J. de Stav. 

L'édit mentionne d'abord le cliiverout, chicvroul ou cheveroul 
'chevreuil), le livre [lierre) et le. ionien ou conin (lapin) ; ensuite : 

Le marlart ou marlar , du prix maximum de 16 deniers 
tournois. [Malarl : canard sauvage mâle). 

L'auelte, selon Louvrex et trois des mss. les plus récents ; 
i'auue , l'awe, l'auwe, d'après tous les autres mss. 12 deniers. 
Ici se rencontrent déjà deux obscurités : l'oie figurant à la tin 
de l'Edit avec le prix maximum de 18 den., il paraît évident que 
la première leçon est préférable; mais comment se fait-il qu'elle 
ne se trouve dans aucun des meilleurs textes '! En second lieu, 
le mol auette est inconnu et ne peut désigner l'oison, qui est 
mentionné sous le nom de oichon, etc., à la tin de la liste : il 
faut donc très-probablement corriger et lire anette, qui signifiait 
la femelle du canard en ancien français (mais ici, peut-être, le 
canard domestique); de sorte qu'en définitive aucun des treize 
documents n'aurait conserve le nom véritable. Remarquons 
encore une difficulté particulière au texte deJ. de Stav. Il 
cite l'auwe seulement au commencement de l'énumération, et 
à la tin il ne mentionne que l'oyçon, mais il donne à l'un et 
à l'autre le même prix, 12 den. 

Le paire de pi rions ou pigons. 6 den. [Pigeon). 

Le plorier. 6 den. {Pluvier). 

Leneppe. 6 den. (Bécassine). De l'anc. ftam. sneppe. 

Le pertris, pétris ou pielrirh. 12 ûen. [Perdrix). 

Le plouion d'eawe (1 et 2), le plouyon d'eawe (3);, le ploion d'eaue 
(Louv., G et 11), plongeon d'entre (9), pouillwn d'eawe (10), le 
pluvier d'eaue (8), le plorier d'eawe (J. de Stav.). 6 den. (Probable- 
ment la poule d'eau; mais cette signification ne résulterait pas 
du mot lui-même, a l'exception d'une seule forme, la cinquième 
— : pouillwn = wallon moderne poion : poussin. — Ou, confor- 



mément à la quatrième forme, le plongeon : colymbus minor, 
en fr. grèbe de rivière ou castagneux ?). 

Le skeilhet, skeillet, skilhet (1, 2, 3, 7, 9y, skylet (6), scillel (8), 
schillët, schilet (4, 5, 10), xhilhet, xhilet (J. de Stav. — : cette 
dernière variante n'est que la transformation liégeoise de skilhet, 
skilet), strylet (Louv. — : faute de lecture, imitée par le ms. 11). 
Le gros skeilhet, 12 den., le petit, 8. Notre mot est très-proba- 
blement un diminutif de scille mentionné dans une énumération 
analogue, ap. Louv. I, 425. 1 (le pavillar n° 8 a identiquement 
les mêmes formes) : « nulles venisons : chierffs, bisses, coniens, 
marlars, pertrisses, neps, ploviers, scilles, pivions, ne autres 
voiliers ». J'ai eu beau chercher, je n'ai pu trouver l'explication 
du nom ni deviner quelle sorte de gibier se distinguait naturel- 
lement en gros et petit, le premier équivalant à la perdrix et le 
second inférieur d'un tiers en valeur. Les espèces connues dans 
nos campagnes et dans nos bois, dont les noms ne semblent pas 
figurer dans l'Edit, sont les suivantes : le vanneau, le pigeon 
ramier, la caille, le râle d'eau et de terre. Ces deux derniers se 
prêtent à la distinction, mais ont-ils jamais été assez abondants 
pour qu'on jugeât nécessaire de lixer leurs prix? Même obser- 
vation pour la grande et la petite outarde, qui sont maintenant 
fort rares et qui d'ailleurs auraient valu beaucoup plus de 12 et 
8 deniers. Une conjecture qui paraît avoir quelque vraisemblance 
serait que le grand skeilhet désigne le râle de genêt, que l'on 
appelle souvent le roi des cailles, et que le petit skeilhet est la 
caille. S'il n'en est pas ainsi , il faut donc que ce soit quelque 
oiseau aquatique de l'un des genres anas, colymbus, fulica, 
mergus. Le seul mot analogue que j'aie découvert dans les 
langues parentes du wallon est le bas-latin squilla qui désigne 
plusieurs espèces de poissons. 

L'achie (1, 2, 9, J. deStav.), la chye (Louv., 6, 11), le chie (A, o, 
8), l'aiche (7), Vochie (3), le piche (10). 9 den. On remarquera 
aisément que la seconde forme n'est qu'une mauvaise séparation 



du vocable lachye, l'article, dans la langue de notre Edit, étant 
le pour le féminin comme pour le masculin ; Vaiche et l'ochie 
sont de simples fautes d'écriture pour racine : cette forme (ou 
l'achye) est donc de beaucoup la mieux garantie. Quant à la 
signification, il est évident que notre mot est le même que le 
moyen-latin accia (bécasse). On pourrait s'étonner que ce gibier 
soit taxé moins haut que la perdrix, mais j'ai trouvé dans un 
édit de Charles IX, de France, de l'an 1567, le même rapport de 
prix que dans notre document : la perdrix 5 sols et la bécasse 
seulement 4. 

Le gievre (Louv., fi, 10, 11), le givre (1, 2, J. de Stav.), le gyvre 
(3), le grève (4, 8), lu griewe (S), le guire (9, — lisez givre), le 
grûve (7, — lisez grievé). Ici le prix maximum est donné diffé- 
remment : Louv., o, 6 et 7 ont 6 den., tous les autres 16. Il 
n'est pas douteux que cet oiseau ne soit le harle, que l'on 
appelle encore en wallon le gîv. 

Le faisant ou paysan. 3% den. (Faisan). 

Le poilhe de faisant. 2 sols. (Faisane). 

Le cok bruereche, cocq bruerece, kock brureche, kok broueche, 
eok brieche (ces deux dernières variantes doivent être lues 
brouereche, briereche, l'abréviation signifiant er ayant échappé 
aux copistes). Telle est la leçon de la plupart des mss. Louv., 
6 et 11 ont le nom tout différent, quant à sa seconde partie : 
kockeuerele (6), kokenelel (11), kokeneil (Louv.). 18 den. {Coq de 
bruyère). Je me suis beaucoup et inutilement occupé de la se- 
conde dénomination, qu'il serait intéressant d'éclaircir par 
de nouvelles variantes, -euerele , qui peut aussi bien être lu 
-enerele, rappelle le fr. airelle, dont l'étymologie est inconnue 
(Littré se borne à citer le portugais airella): coq d'airelle serait 
une désignation parfaite ; mais, outre que la première partie du 
vocable, eu ou en, resterait sans explication, le mot airelle art-il 
jamais été connu chez nous (maintenant on dit frambâhe)1 Le 
liégeois moderne cokenèle signifie cochenille : c'est un dérivé di- 



8 — 



minutif de coccinus (qui est de couleur écarlate) : comparez le fr. 
coccinelle, etc. 

Le corette ou eorrette, 12 den. Les variantes ici n'ont pas d'im- 
portance. Le ms. 1 paraît écrire coerrette, ce qui correspon- 
drait à la forme courette donnée dans une autre énumération ; 6 
écrit corcette par erreur ; par suite d'un semblable lapsus, 7 a 
corecte; 8 donne la forme coret. (La gelinotte, en lat. gallina 
cofylorum, en flam. korhenhe). 

]£ chappon ou capon. Selon les époques de l'année, d'après 
quelques mss. 9 et 12 den., d'après d'autres 12 et 18 den. (Le 
chapon). 

Lepoilhe, 9 et 12 den. (Poule). 

Le pollé ou poulie, 12 den. la couple. {Poulet). 

L'auue, l'aive, Vamve (1, 2, -4, 7, 8, 9), l'ewe (6), l'oije (10), le 
lue (Louv., 11). 18 den. (Oie, en liégeois moderne âwe). 

Uoichon, Voizon, l'oysson. etc.. 12 den. (Oison). 

En d'autres documents, il est fait mention en outre de : 

La cherchelle ou cerchelle (sarcelle), et du : 

Puttoir (héron butor, en flam. putoor). 

Nota. Le glossaire placé h la fin de l'édition de Jean de Stave- 
lot rend xhilhet par : canard sauvage : cette explication, prove- 
nant, à ce que m'a dit M. Borgnet, d'un vieux chasseur, me 
parait bien douteuse, puisque l'on trouve plus haut cité le 
marlart, qui a ce sens, de l'aveu même de l'auteur du glossaire 
(« probablement la même chose que malart : mâle de cane 
sauvage »). Je dirai à ce propos que waxrandre (J. de Stavelot, 
p. 212 : « ly stiers aile waxrandre lient XXIV bichiers ») ne 
doit être nullement corrigé en waranche : garance; la wahe- 
rante, dans un document ms. de 1409 waxherande, est un 
fourrage diversement mélangé de vesces,féveroles, pois, avoine. 
La wesdre (ibid.) ne désigne ni la vesce ni la dravière (mot 
rouchi ayant à peu près la signification du liégeois waherante), 
mais probablement la guède, en anc. fr. waide, waisde, etc. 

G. G. 



II 



UN VIEUX MÉNAGE LIÉGEOIS. 



1816-1822. 



La vieillesse 

Toujours plaint le présent et vante le passé, 
Inhabile aux plaisirs dont la jeunesse abuse, 
lilànie en eux les douceurs que l'âge lui refuse. 
BOILEA.U. 



Quelques jeunes gens, des plus élégants et des plus huppés 
de notre ville, prétendaient que le père Richelle était exagéré 
dans ses relations sur le vieux Liège. 

— N'oublions pas, Messieurs, leur dit-il, qu'il y a cinquante 
ans, nous sortions des grandes révolutions et des grands évé- 
nements qui avaient bouleversé l'Europe. La principauté de 
Liège, endormie depuis des siècles aux sons monotones des 
cloches de ses centaines de tourelles, s'éveillait à peine. Les 
Cockerill et les Michel Orban commençaient à semer les grandes 
industries dans notre plantureuse cité. On allait avoir de l'ou- 
vrage pour nos hommes, trouvés trop jeunes pour aller mourir 
à la guerre; l'occasion allait être offerte à nos ouvriers coura- 
geux de montrer leur intelligence ; la misère et la mendicité des 
âges précédents allaient être remplacées par l'industrie, la 
source des richesses. 

Les temps sont bien changés ! On s'habitue si vite au bien 
être, à l'aisance, à la fortune, et par suite à la dépense ! Si vous 



— 10 — 

tenez à me suivre chez vos grands parents, soyez assurés, 
Messieurs, que je resterai toujours sincère; je pourrai certai- 
nement parler un langage plus wallon que français, mais je 
serai vrai jusqu'au bout. 

Voyons ! je vais essayer de vous représenter l'intérieur d'une 
habitation liégeoise d'il y a cinquante ans. 

Vers 1818, je demeurais chez votre grand-papa, dit le père 
Richelle en regardant un de ses interlocuteurs. J'étais bien 
jeune alors; j'avais à peine atteint ma dixième année. 

Jean-Mathieu Thônus. né le 18 octobre 1750, avait acheté 
une maison rue Hors-Château, dans le quartier de. ses aïeux ; 
c'est là que je l'ai connu. 

A cette époque, Messieurs, chaque fenêtre de la façade était 
divisée en quatre compartiments par un montant et une traverse 
eu pierre de taille, et chaque compartiment renfermait 36 petits 
carreaux de vitre logés entre des bandes de plomb. Aujourd'hui 
i ss 144 petils carreaux d'une fenêtre sont remplacés par trois 
morceaux de verre double épaisseur, aussi blancs que les anciens 
étaient verts, et les grosses séparations en pierre ont disparu. 

La porte d'entrée était toujours ouverte ; mais le passage en 
était barré par un petit grillage en bois, qu'on ne pouvait remuer 
sans faire tinter la sonnette qui y était suspendue. Ceci, c'est 
l'ancien purnai! C'est laque grand-papaThônus venait s'appuyer 
après son déjeuner, pour fumer sa pipe. 

Maintenant, si ces Messieurs veulent [tasser une pleine jour- 
née dans la maison de leurs vieux parents, dans l'intérieur d'un 
vieux ménage, ils doivent se lever de bonne heure. 

Il est cinq heures du malin. La vieille servante s'habille à 
moitié, et en tâtonnant elle cherche li l sse à l'sitofle, c'est-à-dire 
une petite boite très-noire, contenant des pierres de silex, le 
briquet qui doit en faire jaillir l'étincelle, des allumettes; enfin, 
dans un compartiment fermé d'une planchette, des loques en toile 
brûlées, des étoupes. 



— M — 

Ji r'veus co l'neure lasse à l'siloffe, 
So l'câvâ où so l'banacolîe ; 
Li fier, los pire a batte de feu ! 
Comme on soffléve es l'neure potale, 
Tôt z-y boutant ine longue brocale, 
So l'blawette qui fève l'esprindeu ' 

Quand le feu ne prend pas tout de suite, la vieille Jôget (') 
en demande on tôt pan au bon Saint-Laurent. Enfin, après avoir 
soufflé un quart d'heure, sa ligure s'éelaircit, le soufre donne sa 
petite flamme bleue ; vivat ! 

Puis le bois, puis- la houille s'allument également, et pendant 
que la servante lave à grande eau les pavés polis de la grande 
cuisine et du vestibule, l'eau se met à chanter dans le coquemar. 

Li grande couhenne wiss qu'on s'tinéve, 
Hàgnêie di cœuve et d'bais buffet ! 
Po tos les r'pas on s'y r'trovéve 
A dîner comme âx t re u s café. 

Vos oncles et vos tantes allaient assez souvent à la messe de 
six heures, à Saint-Antoine. Cette église est devenue paroisse 
depuis la démolition de l'église St-Jean-Baptiste. 

Grand-père et grand'mère Tliônus ne tardent pas à se lever. 
Il n'est pas sept heures, et déjà ils ont vaqué à quelques travaux 
d'ordre. Ils attendent l'heure du déjeuner. Grand'maman vient 
de remplir une cafetière en argent du premier café, pour les 
deux vieux; le second sera plus haitî pour les jeunes gens; le 
troisième brassin sera pour Jôget. 

— Combien d'enfants dans ce vieux ménage? demanda un des 
jeunes gens. 

A l'époque dont je vous parle (1810-1821), il n'en restait que 
quatre à la maison ; trois autres étaient mariés. Voici, sur votre 
famille, M. Henri ïhùnus, répondit Richelle, quelques détails 
que vous ignorez probablement : 

[*j Abréviation de Marie-Josèphe. 



12 

Votre grand-père Thônus s'est marié le 29 août 1779. Le livre 
de famille vous l'apprendra. Il lui naquit quinze héritiers ; sept 
seulement résistèrent aux maladies qui, en ce temps-là, enle- 
vaient une grande quantité d'enfants. Votre père à vous, M. 
Henri, le plus jeune des garçons, est né en 1796; il avait donc 
alors 22 a 23 ans. Il se lancera dans l'industrie malgré la répu- 
gnance de son père pour les métiers ; car il a de la fierté, le 
grand-papa. 

Votre père sera le seul de la famille qui saura non seulement 
conserver son patrimoine, mais l'augmenter de manière à vous 
laisser une fort jolie fortune. 

La table carrée est dépliée, sept à huit petites tasses à lignes 
bleues sur fond blanc y sont symétriquement rangées (celle de 
Richelle est du nombre) et quelques restants du dîner de la 
veille sont placés à côté des deux chefs. Tout le personnel est 
réuni.— Bénédiction, papa? Bénédiction, maman? on s'embrasse, 
puis on déjeûne. 



Les vis parint avît n'rawette, 
Seuye-t-il deux où, cùts d'vins n'pailettte, 
Avou l'surale po s'ragoster 
Divant l'osté. 

Puis vocial les jônès cibolle, 
Les hiebe di tàte, les caracolle ; 
Sorlon l'saison gn' aveut n'saquoi, 
Po l'vî ligeois. 

Toi ça cangîve comme des caprice. 
Hoûie, c'esleut on borai d'ràdise. 
Qu'arrivret-i po l'ieddimain? 
On d'meie haring. 

Treus freuds ouhai, qwand c'esteut l'passe; 
Ine aute feie, ine grosse ramonasse 
Trimpe a vinaigue divins l'platai, 
A fins rondai. 



— 13 — 

A l'Noïé, c'esteut inc dressêie ; 
Jamàie noie fiesse n'esteut passôie 
Sins s'marque à tàve, seuye po diner 
Ou po djuncr. 

Puis in aute jou, li pure ramasse 
Don cràs polet li bonne carcasse ; 
Après avu partagé l'blanc 
Intc mère, éfan. 

Houie, so Trustai, li cherbonnâde 
Si magn'ret avou n'pitite tâte ; 
Li boûre fond so n'ussiette di stain, 
Avou l'pierzin. 

Ax Roi, c'esteut l'wastai à l'féve, 
Avou l'reud café qui boléve 
lit po l'joù d'I'an, les fins galet 
V 'nit à paquet. 

Divant l'clére feu jetant s'blàmèie, 
Ine trinche di lard ode li chev'nèie; 
Elle pind d'vant l'feu pos s'fer rosti. 
Bon appétit ! 

Puis l'inglitin, qwand c'sèret maigue, 
Ou bin li cb'venne qu'est à vinaigue, 
Ax bonnes hiebe, à romarin, 

Po l'jou d'qwate timps. 

J'a l'aiwe à l'bok ! ji creus qui j'glette ! 
Cial, c'est l'iàrd qui pind à n'forchette, 
Il gotte, il gotte so n'pèce di pan, 
Rosteie divant. 

— Vos vieux parents soupaient légèrement, mais ils déjeu- 
naient bien. 

— Dois-je continuer? voulez-vous quelques détails sur ce que 
j'appelle la grande cuisine, li pièce wiss qu'on s'tint? 

— Volontiers. 

— Eh bien! Messieurs, le grand-père Thônus, malgré sa 



— 14 — 

fortune (car il vivait de ses rentes), avait conservé, chez lui, les 
habitudes économiques de ses parents. La grande cuisine était 
en même temps la salle à manger, et la place à recevoir. Le 
médecin, les marchands de vins, les amis et les connaissances 
étaient reçus là. 

Du reste, cette place était souvent la plus gaie de la maison; 
elle donnait sur la rue, enfin là seulement on allumait le feu : 
c'est es V pièce. 

— Impossible ! dit l'un de nos jeunes élégants. Richelle haussa 
les épaules. 

— Dans les mauvais temps, le général, votre père, se chauf- 
fait les doigts à sa lamponette, pour étudier. Vous, Monsieur, 
votre chambre d'étude est si bien chauffée qu'elle vous engour- 
dit la tête, et vous ne pouvez travailler 

Je vois encore cette grande cuisine, cette pièce lambrissée de 
bois de chêne, poli comme les portes ; les grands vases en por- 
celaine placés sur des armoires ; ine àté d'câve, l'entrée de la 
cave; la haute cheminée avec son petit rideau, ine brayire et sa 
garniture : un christ, des tasses et des petites statuettes de Saxe. 
D'un côté du foyer, un buffet en chêne incrusté, avec des car- 
reaux d'un pied de hauteur, dits carreaux français ; de l'autre 
côté, la haute horloge, du même bois. 

Ji r'veus les buffet d'chène et. d'veule, 
Blaw'ter comme li cîr plein di s'teule ; 
Ji r'veus les tasse des pus vis timps, 
Les pûrculaine di meye eolcur, 
Et les hauts verre taillés à fleur 
Qui fil songil àx vis parint. 

Le foyer était entouré d'un immense cadre en cuivre jaune et 
d'un poli brillant, entourant des carrés en porcelaine. Des deux 
côtés du brasier ouvert et isolé, on admirait deux grosses boules 
en cuivre, aussi fortes que la pomme de canne d'un tambour- 
major et tout aussi luisante. 



13 — 

Après le déjeuner, une des demoiselles lave les tasses, soigne 
les meubles, etc. ; l'autre se met en devoir d'aider la vieille Jô- 
get, à tout ranger aux étages. 

— Avec la fille de quartier, probablement ? 

— 11 y a cinquante ans, les filles de quartier n'étaient pas in- 
ventées, -Messieurs, à l'usage île nos ménages bourgeois. 

Déjà les Unes herbes pour la soupe, cerfeuil, oseille, etc., sont 
sur la table; la grand'maman vient de revêtir un tablier en toile 
grise, elle va préparer le dîner; mais elle ne veut pas salir son 
vêtement qui est en basin anglais, et blanc comme neige. 

Pendant qu'on s'occupe du dîner, visitons le grand et froid 
salon. La vieille tapisserie jaune est délabrée et triste ; un miroir 
large mais très-bas s'étale snv la cheminée, moins haut et plus 
moderne que les autres. Les tables sont couvertes en marbre et 
supportées par des pieds dits pieds de biche; les ornements ro- 
caille ont été dorés, mais il n'y paraît plus guère. Enfin, tout ce 
vieil ameublement aurait grand besoin d'être rajeuni. Mais les 
vieux parents n'entendent pas de cette oreille-là. Après nous, 
disent-ils, vous ferez tout ce qu'il vous plaira ; mais nous aimons 
nos meubl .- et nous entendons les garder ! 

Les enfants savent tout cela ; aussi se gardent-ils bien de blâ- 
mer ces reliques ; la moindre volonté de leurs chers parents est 
sacrée à leurs yeux. 

Quittons le salon glacial où l'on ne va guère que pour dépo- 
ser quelques vêtements du dimanche, quand on revient de la 
grand'messe, ou pour remettre les cartons contenant les habits 
de la S tp Vierge de la paroisse. Suivez-moi, messieurs : nous 
irons nous réchauffer devant le beau feu de la cuisine, bien 
qu'il soit consumé depuis un demi-siècle. Il est dix heures du 
matin ; le grand-père eu culotte et en lias de soie, se promène 
en long et en large ; un petit verre de genièvre va lui ouvrir 
l'appétit. Tandis que votre grand'mère soigne un beau poulet 
qu'elle fera cuire devant le feu désigné, son cher homme rem- 



— 16 — 

plira son verre une ou deux fois ; puis tour à tour ils tourneront 
la broche et ils arroseront le dit poulet qui sera dodu, doré et 
succulent. Il sera meilleur, je vous assure, messieurs, que s'il 
avait passé par le laboratoire de vos cordons bleus. 



Vèyez-ve grand-pére qu'ost èsl'couleie. 
Qui tôt s'chàffant louke à l'poteie ; 
Ramasse et r'cheige les p'tits coh'tai. 
So l'henné dé feu, ine mosse cuhéve, 
On marron, quéqu' saquoi d'novai. 
Jusqu'à dîner, il lum'sine've, 
Tôt buvant s'gotte ou bin s'pintai. 
So l'a matin, vet dix onze heure, 
Po l'vî s'toumak et les aigreure : 
C'est l'bon peket qu'est l'pus haitî 
Po viker vi. 



Inutile de vous dire que deux légumes mijotent à doux feu 
(il godinet es bourre) sur les potagers et qu'une première viande 
bouillie est en train de faire une excellente soupe. 

A onze heures et demie , une de vos tantes dresse le couvert; 
les assiettes en étain se chauffent sur un appareil en fer, à gra- 
dins, placé devant le feu. 

— Hier, dit grand-père Thônus à sa chère compagne, hier, 
en faisant ma promenade au quai St-Léonard, j'ai pensé à mon 
vieil ami Mouhin, aux notes qu'il m'a remises avant sa mort et 
que j'ai ajoutées aux miennes ( ' ). 

— Vous usez inutilement du papier avec vos vieux bagous, ré- 
plique la grand'mère ; gardez donc plumes et encre pour des 
choses plus nécessaires. 

— Il me faut un passe-temps : houtez-me on pau, feumme. 
Le vieux livre de famille, relié en cuir, était ouvert et laissait 



(») Madame veuve Parmentier possède 4 gros volumes de notes écrites sur Mou- 
hin. V. la notice de M. Ulysse Capitaine dans le Bulletin de l'Institut archéologique 
liégeois. 1854. 



— 17 — 

apercevoir plusieurs vieilles écritures toutes jaunies, tracées 
sur du papier très-épais et rempli jusqu'aux bords. 

En contemplant les écrits de ses parents, la bonne figure du 
père Thônus laissait percer une douce satisfaction ; quel beau 
et imposant vieillard il faisait ! 

— Ecoutons ! Hear, hear! 

— Pardon, Messieurs, reprit Richelle notre conteur, vous 
lirez le livre de famille plus tard, si cela vous convient. Moi je 
reprends mon vieux ménage. 

Dame Thônus arrosait son poulet qui godinait devant le feu, 
dans un tambour de fer blanc, et ne faisait point grande atten- 
tion à la lecture de son mari. 

— Cest assez po hoûie, Thonus,j'amâ m'tiesseàfoicedè limiter. 
En ce moment la clochette du purriai se fit entendre; elle 

annonçait l'arrivée d'un fermier venant payer son trescint. 

— Bonjou , nosse maisse, et li k'pagneie; va-t-i todi comme vos 
volez '! 

— Bon joui Bon jou, Belle Trappe, assiez-ve. Il est bin maigre 
vos dîdon ? 

— Ah bin ! portant, nosse maisse, ji v's a chùsi l'pus gros. 

— // rCfaléve nin ehnsi. 

— Ah! bin, Vannêieas'tumâle, paret, nosse maisse+ji v'rivâret 
tôt roula Vannêie qui vint, pusqui vos avez de Vpatiince avou les 
honnêtes gins. Mi prumire covêie di polet seret por vos. Ossi vraie 
qu'il gna qu'on Diu. 

— Jàget, appoirtez l'cafè po Délie Trappe ! 

— Vos m'ciàl. Bonjou Linâ, assiez-v es l'coulèie et s'buvez tôt 
chaud. 

— Vos estez bin honnête. Merci Jôget, merci. 

\^\\ grand signe de croix précède le repas du paysan. Puis, 
Jôget fait de son côté les honneurs de la maison; n'est-elle pas 
du ménage? 

— Si vos avez Ftimps, vinez magni ine assiette di sope. 



Il 



Après vos commission, rw'nez Lind, ji v wârd'ret inesaquoi. 

— A r'veie, nosse naisse, poirtez-v todi Un. 

A peine Jôget a-t-elle emporté la tasse retournée sur son pla- 
teau et la petite cafetière en cuivre, que lepurnai annonce une 
nouvelle visite.. 

Cependant l'horloge marque qwârtpo doze! 

— Bonjour, Monsieur; bonjour, Madame Thônus, et la santé 
ce matin? 

— Eh bien! grâce à Dieu, Monsieur Fahenne, reprit Thonus, 
la santé ne va pas encore mal pour notre grand âge. Ji va so 
septante-onk, paret, mi; on s' fait vi sins Vsavu. 

Je suis du 18 octobre 17o0 ; je viens de voir mon baptistère 
dans ce gros registre. JSosnnavansbin vèyou, allez, mi fi Fahenne, 
des guerre et des màleur. Ji usé nin qui nos a fait durer. Li bon 
Diu donne Un des foice. 

— Je venais m'informer si votre fils Joseph ne voudrait pas 
m'aceompagner à la comédie : il y a une fameuse représentation, 
l'affiche est plus haute que moi ! 

Dame Thônus n'avait pas assez d'yeux pour admirer la tour- 
nure du jeune homme, ses belles bottes a revers jaunes, passées 
sur un pantalon collant d'un gris clair et sa petite redingote bien 
taillée qui achevait de le faire reconnaître, des pieds à la tête, 
pour le fds d'un bon bourgeois. 

— On joue, reprit Fahenne : 

Biaise et Babet, Richard Cœur de Lion, un vaudeville, et Zé- 
mire et Azor pour finir. 

— C'est une assez grande dépense. 

— Nous irons au parterre pour 18 sous. 

— Si vous pouviez avoir une seconde loge à bon marché ! 
C'est aujourd'hui mardi, il n'y a jamais grand monde; votre pe- 
tite cousine Virginie pourrait passer par dessus le prix, en se 
faisant petite à l'entrée ? 

— Je ferai de mon mieux, M me Thônus, je parlerai a Lefèvre, 
il vient trois jours par semaine pour papa, répondit Fahenne. 



— 19 — 

— Quand nous allions à la comédie, sur la Balte, je condui- 
sais nia femme au second rang des loges; le premier rang était 
occupé par les dames nobles et leurs familles; et moi, j'allais au 
parterre, où nous étions debout. Nous étions plus économes, de 
notre temps : niais étant connu, continua Tliùnus en relevant 
sa belle tête blanche, entre les pièces, pendant qu'on mouchait 
les chandelles, j'allais causer avec ma femme, je lui portais un 
michot ou une douceur quelconque. 



!>.• timps passé, d* vins nos manège, 
On vikéve sorlon ses wagnège. 
Dire vî régime, dit p'tit profil, 
Di ces borgeu, mi. j i so l'fils. 



— Eh bien! c'est convenu ; je vais m'informer si je puis avoir 
une première loge aux secondes, ou des cartes d'abonnés ; elles 
sont à moitié prix. — Puis les jambes bottées de revers que por- 
tail notre jeune Fahenne s'élancèrent a la recherche des places. 

Le vieux Richelle, notre conteur, s'adressait le plus souvent 
au jeune Henri ïhônus, petit fils de notre respectable Mathieu. 

dépendant à plusieurs reprises, Richelle fut vexé du rire 
moqueur d'un autre de nos jeunes gens. Ne pouvant plus y 
tenir, il l'interpella de son air le plus aimable : 

— Seriez -vous assez bon, Monsieur, pour me dire votre nom? 
je connais peut-être votre famille. 

— Avec plaisir, M. Richelle, je me nomme, Gaston de Posli. 

— De Posti, attendez donc. Mon grand-père a connu le vôtre 
parfaitement, je connais l'origine de votre nom, vous pourrez 
peut-être l'anoblir par vos talents et vos actions. 

— L'anoblir! Ah, M. Richelle ! 

— Ecoutez, mon jeune ami, je serai bref; je passerai <\c:^ dé- 
tails que vous devez ignorer. 

Ma grand'mcre est née à la campagne, dans le village de 
V". vers 1740. Un jour qu'elle sortait pour se rendre à la pie- 



— 20 — 

mière messe, elle trouva près de la petite barrière de la prai- 
rie qui donnait sur le sentier un nouveau-né enveloppé dans 
de mauvais langes. 11 fut ramassé et élevé avec les enfants de 
la ferme, et baptisé au nom de Jehan, et comme on l'avait trouvé 
près d'une porte faite en branches d'arbre dite posti, on dé- 
cida de l'appeler Jehan de Posti. J'ai la preuve de cela dans 
le livre de la famille. Cet événement fit époque dans le village. 
Jehan de Posti fut élevé dans de bons principes, et plus tard, 
par son travail et sa bonne conduite, il fut nommé premier maître 
Vârlet et regardé comme un des meilleurs ouvriers du village. 
Votre père, lui aussi, a été un bon travailleur. A l'époque où je 
me reporte, il n'était pas aussi élégant que vous l'êtes, il n'a- 
vait que deux chemises, et, en fait de nourriture, il ne con- 
naissait qui Vpoteie â lard. 

Il n'y a pas de honte à venir de bas, Monsieur, mais il y a 
grand mérite à s'élever ! Votre père s'est plus occupé de choses 
sérieuses que des plaisirs de la vie, il a gagné une très-grande 
fortune; toutes ses opérations ont été des plus loyales. Soyez 
fier de votre père', Monsieur, honorez l'homme! Les noms sont 
peu de chose aujourd'hui. Et n'oubliez pas que les honnêtes 
gens se valent. 

Le front du jeune Gaston de Posti, rembruni d'abord, se dé- 
rida : les autres jeunes gens demandèrent la suite du vieux 
ménage. 

— Il est midi et demi, la famille est au dessert : pommes, 
poires et fromage- La grand'maman a recommandé, comme tous 
les jours, de ne pas salir la nappe, ni plus de deux assiettes par 
personne : la bonne femme tient à ménager l'ouvrage de la 
vieille Jôget. Nos jeunes gens et surtout nos demoiselles n'ont 
presque pas dîné, tant est grande leur joie d'aller à la comédie. 
Le père Thônus n'est pas content; mais il s'est consolé en man- 
geant leurs parts du poulet. 

La table est desservie; la grande cuisine, ou /'pièce wiss qu'on 



— îi — 

s'tint, si vous voulez, est remise eu ordre par les demoiselles. 
Grand-père se rend dans sa chambre a coucher, au rez-de- 
chaussée, sur la cour. Il va l'aire sa méridienne [si prangîre). La 
grand'mère en fait autant, mais s'installe au coin du feu, dans 
un bon fauteuil; une de ses filles vient placer un coussin 
sous sa tête ; un tabouret glisse mollement sous ses pieds. Après 
les plus grands soins, les attentions les plus délicates de la part 
de la fille à la mère, le plus profond silence se rétablit. 

Le nettoyage de la vaisselle se fait dans la cour, sous un 
petit hangar couvert en plomb où se trouvent les pompes. 
Jôget lave les assiettes et les range dans le hiellî, sans faire le 
moindre bruit. Quel calme dans le vieux ménage! 

— Beaucoup trop pour nous, reprit un des messieurs, nous 
allons faire comme les Thônus. 

— Dormir, je l'avoue, messieurs; je n'ai rien de gai à vous 
conter , s'il faut rester dans le vrai. Dois-je m'arrèter ou 
rentrer ? 

— Continuez. 

— Je rentre pas a pas dans la salle où la mère Thônus est 
endormie ; tout est propre et à sa place ; le tapis en laine, à 
lignes de toutes les couleurs, est étendu sur la table carrée; il 
est devenu un peu court par l'effet de nombreux lavages ; mais 
on n'y tient pas moins. 



C'est l'tapis d'Iaine à lâges rùie, 

Qui l'ginteie mëre fève à crochet. 

J'el riveut co, doux comme de l'sôie, 

Hoiou, r'sèchî es chaud brouwet. 

A l'iongue de timps, pierdant s'grandeur, 

Il div*néve gros comme on cofteu ; 

Li liant de l'tâve di vi cliùne neur, 

A veut tôt l'air dé tronler d'frcud. 



Grand'mère dort. Dépèchons-nous, dit une des jeunes per- 
sonnes, tout bas a sa sœur. On commence à cinq heures, à la 



comédie. L'aîné des messieurs Thônus est allé boire une pinte 
de bière, en attendant le café. // est amon Viatour ou amon 
iïOtrhuje. Le jeune est retourné à son ouvrage; la servante a 
préparé le café ; il n'est pas quatre heures, et déjà elle appelle 
le personnel de la maison. C'est pour la troisième réunion de 
famille. Le café est servi ; le sucrier .en argent, style torse, vous 
présente de beaux diamants en sucre candi destinés aux deux 
vieux; une assiette est chargée de tartines po lesjônes cour. 

Les veyès gins, après l'prangîre, 
Vinît beure d'on café lègîre, 
Qwate où cinq tasse â soac candi, 
Ou l'tâte di pan qu'on a prusli. 
Tôt à l'bonne sort, sins nol assiette. 
Li grand platai, li p'tite copette, 
Vinit mostrer leus dessin bleus, 
Et réjoui los les buver. 

L'soucrî d'àrgint so treus pîd d'gatte, 
A coisse toircheie, à fond tôt hatte, 
Tôt rluhant vinéve si mostrer 
Qwand on voisin vinéve gaster. 
Quel bon qwârt d'heure èri d'I'ovrège, 
Quel doux moumint po l'bon manège! 
N'est-C' nin l'niêie qui r'vint à nid, 
Sitrinde l'accoird qui n'pout fini. 

Il y a maintenant de l'agitation, dans ce vieux ménage que vous 
trouviez si calme, dit Richelle. Les enfants vont à la comédie; 
on est sorti de la vie paisible. 

Pendant que le père Thônus recommande à ses enfants d'être 
bien modestes et bien tranquilles au théâtre, la bonne maman 
s'est hâtée de prendre son café; elle quitte la table pour se 
rendre dans la chambre aux provisions; là, sa main plonge 
dans de vieilles taies d'oreillers à carreaux, pour en retirer des 
pommes coupées et séchées {des cache et des oreye di beguenne), 
des pruneaux, des noisettes, etc., etc. Vous l'avez deviné, 
messieurs; grand'mèro Thônus vient d'apprêter le bagage de 



23 



ses enfants. Ne vont-ils pas à la comédie? Vite! vite! on com- 
mence à cinq heures. 

— Était-ce un magasin ? 

— Non, messieurs; tous nos bons ménages d'alors avaient 
chez eux une pièce qui ressemblait assez à un magasin de cam- 
pagne. Suivons grand'maman dans cet endroit : vous en aurez 
une idée. Figurez-vous une pièce 1 sombre, pavée de pierres, ni 
humide ni chaude ; des volets ou des stores de grosse toile grise 
préservent du soleil les conserves qui pourraient fermenter. 
D'abord, vous remarquerez sept à huit pots en grès contenant 
la verdure conservée pour la soupe verte : pourpier, etc., un 
pot de choucroute, du choux rouge au vinaigre (de Vkipoissé), 
deux pots recouverts de beurre fondu. 

— Cet inventaire... n'est pas amusant du tout. 

— Je le sais, monsieur, mais si vous voulez la vérité, la 
voilà. Je vous dit ce que j'ai vu, rien de plus. Vous voulez 
savoir comment on vivait a Liège il y a cinquante ans, le voilà : 
je n'y puis rien changer. Pour vous amuser, faut-il que la vieille 
Jôget casse et brise la vaisselle d'étain? ou bien qu'elle demande 
une augmentation des gages? ou qu'elle se passionne pour un 
Prussien resté dans le pays? N'oubliez pas, messieurs, que 
vous m'avez défendu d'avoir de l'imagination. Et n'oubliez pas 
qu'il y a cinquante ans, on avait mille bonnes raisons pour 
chérir la vif douce et tranquille. Dois-je continuer? 

Cinq voix sur six répondirent oui. 

— Eh bien, messieurs, apprenez que le beurre fondu recou- 
vrait cinq ou six douzaines de grives (V). L'autre pot contenait 
8 douzaines d'alouettes cuites à moitié. Sur des planches on 
voyait des bocaux de fruits conservés, des verres de gelée de 
groseilles, dont une partie se donnait aux pauvres malades. 
Voici h' grand coffre à la farine [li huche à /' famine), deux à trois 

(') Elles se vendaient alors à 42 et à lo sous la douzaine ""> h 90 centimes). 



- 24 — 

sacs de grain; enfin li mai, le baquet à pétrir; car on faisait le 
pain à la maison, et un excellent pain de ménage encore. Levez 
la tête maintenant au plafond de la chambre aux provisions, 
vous verrez suspendus sacs et paquets, à l'abri des souris (ine 
tike di geie, ine tike di neûhe, des prenne, treus jambon, on bacon 
d'iârd, del sdcisse souwêie, des buscute, del navette po les ouhai, 
etc., etc.). — Prenez garde! ne marchez pas tête levée ! vous 
pourriez renverser une caisse de fromage de Hervé, ou li tonnai 
â neur savon, ou Un li pot à l'pothése. Voyez : il reste encore 
des pommes et des poires et nous sommes au printemps ! 
C'était un modèle d'ordre que ce ménage. Voici le tonneau à 
Vhôle di lampe et le tonneau au vinaigre. Passons. Quittons cette 
chambre : venez jeter un coup d'œil sur notre jeunesse. Ils ne 
sont pas blasés, ceux-là! Voyez leur joie, leurs figures rayon- 
nantes ! et cependant ils ont plus de vingt ans en moyenne. Ils 
compléteront une loge et la petite nièce passera gratis s'il est 
possible. Les poches des jeunes gens sont remplies, les sacs à 
fermoir d'argent {les ridicule) des demoiselles sont également 
pleins de provisions. Ils partent une heure trop tôt, mais c'est 
égal; à peine dans la salle du théâtre, ils s'amuseront comme 
des rois ( 1 ). Quatre heures un quart ! Courons, mes amis ! 

— Vous exagérez, M. Richelle, reprit le jeune Henri. 

— Nullement, mon bon ami; vos grands parents avaient de 
la fortune, mais ils y regardaient comme tout le monde d'alors ; 
on n'était pas encore habitué à la dépense ; patience : cela vien- 
dra. 

Tout est changé. Il y a cinquante ans, Parfondry, derrière 
l'Hôtel-de-Ville, et la maison Tart, rue de l'Epée , annonçaient 
dans les journaux, les huitres anglaises, très-fraîches, à fr. 2,50 
le cent. Ils en vendaient fort peu. Aujourd'hui oseriez-vousdon- 



(') La salle de spectacle, place aux Chevaux, aujourd'hui place du Théâtre, était 
de construction toute récente. Elle a été inaugurée le 4 novemhre 1820, par l'Apo- 
théose de Grétry et Zcmire et Azor. 






— 25 — 

ner un petit dîner, sans quelques cents d'iiuitres à quinze francs? 
Mille fois non ! 

— Qu'en pouvons-nous? père Richelle; indiquez-nous un re- 
mède. 

— Travaillez, Messieurs ; c'est le seul moyen de rester au 
niveau. Il me semble, au contraire, que la jeunesse travaille 
aujourd'hui le moins possible, tout en cherchant la vie la plus 
douce et la plus confortable. 

N'oubliez pas que Mathieu Thùnus, votre grand-père, n'avait 
aucun moyen d'augmenter sa fortune. Or, sa famille avait grandi; 
votre père, né en 1796, était venu le quatorzième, et il ne fut pas 
le dernier! 

Les fermages ne haussaient pas : l'on faisait encore des baux 
de 30 et 40 ans ; ils en avaient un de 90. 

On avait offert des places au grand-père Thônus ; mais il ne 
démordait pas de ses idées, il était pour le vieux régime, il ne 
pouvait rien accepter des révolutionnaires qui avaient boule- 
versé le monde ! 

Je vois, sur vos jeunes et belles figures, un sourire moqueur, 
que je traduis par ces mots : le vieux Richelle radote dans sa 
mesquinerie. Eh bien! Messieurs, loin de me fâcher, je vais in- 
sister encore. 

Déjà au vieux temps, les enfants de pères laborieux héritaient 
du joli défaut de paresse. 

J'ai fort bien connu des hommes de l'autre siècle, et particu- 
lièrement la famille Thônus, dont je pourrais vous donner la gé- 
néalogie. 

Votre bisaïeul, à vous, Henri Thônus, fut un grand travailleur, 
honnête et sans fortune, mais fort courageux; il épousa la veuve 
Flament, une bonne négociante qui avait du foin dans ses b.... 
souliers. Comme ils étaient mûrs tous les deux, ils n'eurent 
qu'un fils, votre grand-père. Aussi fut-il gâté, ce gaillard-là ! 

Il est vrai que ce beau jojo de iiis avait fréquenté les écoles; 



— 26 — 

et puis il était si binamél Mais comme son père et le premier 
mari de sa mère s'étaient donné beaucoup de mal , il trouva 
plus commode de se reposer de leurs fatigues. 

Le 29 août 1779, il épousa une bonne et aimable demoiselle 
de la campagne, qui n'avait pas mal de propriétés dans le village 
de Saint-R. 

Ils s'aimaient , ces jeunes gens ;. chaque année, le messager 
Andry en apportait une nouvelle preuve, en tirant de sa hotte 
un petit ou une petite Thônus. 

La seule occupation de ces époux modèles* ce fut de soigner 
la jeune famille qu' Andry, le messager, leur apportait. Vous pour- 
rez consulter le livre de leurs souvenirs, si cela vous intéresse. 
Votre grand-père, reprit Richelle, s'adressant à Henri, obtint 
le titre de chambellan du Conseil privé, plus une des recettes du 
prince de Liège; mais il eut soin de payer un employé pour faire 
l'ouvrage : il était fils unique! 

Son aîné avait étudié pour être chanoine ; mais on allait 
démolir les couvents : adieu places et prébendes. Sa voca- 
tion étant manquée (était-ce sa vocation ?), il la remplaça par 
une vie oisive, et quand la paix de l'Europe fut rétablie, il cultiva 
les dîners en ville en hiver et les fêtes de Hesbaye en été , en 
quoi sa vie se rapprochait un peu de celle des chanoines pré- 
bendiers. 

L'oncle François, second garçon, trop beau pour s'occu- 
per, n'aima que les plaisirs; attribuons a son peu de chance 
la perte de sa fortune et celle de sa femme, qui était consi- 
dérable. 

— Vraiment! demanda Henri. 

— Oui, Monsieur, aujourd'hui même vous auriez de la peine 
d'en trouver beaucoup de semblables. 

Vos vieux parents disaient souvent à propos de fortune : 



Il est niàlàheie de l'wagnî, 
Co pus màlàlieie dé L'wârder. 



- -27 — 

Sans doute l'histoire racontée par Richelle ressemblait trop 
a un sermon, car deux de nos six jeunes gens prirent leur cha- 
peau et se retirèrent. 

— Continuez, je vous prie. 

— Volontiers, Messieurs; on ne peut plaire à tout le monde. 
Pour être agréable a ces dandies, il faudrait ne leur conter que 
des exploits de leurs familles, et répéter bien haut que chez 
leurs aïeux on a toujours rouit' 1 sur l'or. Surtout il faudrait 
taire que le grand-père du bouclé vivait sur le profit d'une mau- 
vaise bique de cheval en aidant les charrettes à monter le Bois- 
de-Breux. Son père est nédàns une hutte de l'endroit. 

— Vous êtes dur et sévère, M. Richelle. 

— C'est la vérité. La jeunesse d'aujourd'hui aime la vie douce. 

— Il nous semble qu'au temps des Thônus père et lils, on 
l'aimait aussi ! 

— C'est possible, mais ils étaient, de l'ancien régime ; rappelez- 
vous quels temps ils ont traversé de 1780 a 1815. N'étant pas 
sûrs du lendemain, comme les matelots au port, ils se conten- 
taient de jouir des biens présents. 

Le vieux Richelle s'échauffe, n'est plus maître de lui, le sang 
lui monte au visage. Il reprend : 

— Les ouvriers n'aiment plus à se gêner, les gens fortunés 
bien moins encore; les jeunes gens ne veulent pas savoir ce 
qu'on a dû se donner de mal pour leur procurer l'aisance. Ils 
sentent peut-être que leur cœur ne serait pas assez reconnais- 
sant ou bien ils seraient honteux d'employer aussi mal leur 
temps. 

J'appartiens à la génération du premier quart de ce siècle, 
moi, messieurs, s'écria avec orgueil le vieux grondeur ; nous 
avons vu travailler dos parents pour se refaire et nous avons 
continué comme eux. 

Oui, reconnaissons-le, vous aimez la vie douce et agréable, 
les plaisirs faciles. Vous feignez de ne pas savoir que vos pères 



— 28 — 

ont passé des nuits dans les travaux les plus pénibles ou dans 
des études arides ; vous dédaignez l'amour honnête pour l'amou- 
rette à prix d'argent, au prix de l'argent que vous n'avez jamais 
pu gagner et que nos vieux ménages ont économisé franc par 
franc. 

Si vous revoyez ces jeunes muscadins qui viennent de nous 
quitter, vous pouvez leur dire que le- vieux Richelle a connu la 
grand'mère du plus grand , que vous appelez, je crois, M. 
Neuhî; sa grand'maman tripléve les hochets chez ma mère; elle 
avait épousé un coupeur de bois qui était en même temps li 
chesse-chien à Saint-Thoumas. Ajoutez que ces bonnes gens va- 
laient mieux que lui et tant d'autres; c'est par l'ordre et le 
travail qu'ils ont amassé de quoi faire des petits messieurs 
propres a rien. 

Mais décidément je bavarde comme une vieille commère et 
j'oublie mon vieux ménage; je crains que vous ne m'appeliez 
mauvaise langue. 

— Ainsi, demanda malicieusement un des jeunes farceurs, 
vous ne voulez pas que le fds d'un père qui s'est fatigué toute 
sa vie, se repose toute la sienne ? 

— Non, mille fois non ! 

— Pourquoi ? 

— Vous voulez me faire poser, jeune ami. C'est, égal, ren- 
trons dans la famille Thônus et demandez aux deux enfants 
dé François tout le mal qu'ils ont dû se donner pour se faire 
une position honorable; demandez-leur combien d'années ils ont 
passé dans les privations pendant que leur père digérait sa 
fortune. 

Aussi honorables qu'actifs, ils vous diront : l'homme inoc- 
cupé mange son bien et celui de ses enfants. Si votre père a 
travaillé, imiîez-le ; s'il ne l'a point fait, raison de plus pour le 
faire. Mais pour Dieu ! mes enfants, travaillez! étudiez! soyez 
occupés, voilà la devise des descendants de François ïhùnus; 



— 29 — 

faites-la vôtre, mes amis : le goût au travail donne la paix et le 
bonheur. 

— Le temps passe, dirent à la fois les jeunes gens, qui 
n'aiment plus à être sermonnés. Partons. 

— Un instant, reprit Henri ; moi, je désire finir la journée 
avec mes vieux parents. Restez, je vais prier M. Richelle 
d'abréger. 

— Vraiment, mes amis, je me suis fourvoyé ; j'ai oublié un 
instant que la jeunesse n'a plus besoin de conseils ou ne veut 
plus en recevoir. 

Puis, à l'exemple de la mère qui donne des boulions à son 
enfant après l'avoir battu, le vieux Richelle changeant de ton, 
proposa de conter une fable du vieux ménage. 

— S'il vous plaît. 

— La voici. 

ON VOYÈGE A CHIVRIMONT. 



D'on bai solo d'osle, 
Rôbà, li grosse woisenne, 
S'appontive à roter 
Deux heure Ion d'ine haleine. 

« Allans nos deux, 

Dist-elle, neveu, 
Ine chandelle alloumeic ; 
Vos m'sûrez jusçui là. 
Ji pâieret po coula 
Li calé et l'dorèie. 

Po mi accidint 

I)i mes fond'inint, 

Nos Prans voyège, 
Pèlerinage. » 
Mais a Griv'gnêie, 
11 plovinêie; 
[ne plaivc d'osté 
Moûie li poussire. 
« Ji va m'gâter ; 
Ça n'est pu rire, 
oui fat i ferï 



— 30 — 

Pleure so m'eornette ! » 
Robâ s'balie disqu'àx pids, 

Si trosse di s'mî 
Et voila raccoviette ! 

Li ch'mîhe avou, 

Si r'live pareie, 

Po lèyî veic 

Ses rin tôt nou ! 

Li neveu n'woisse rin dire. 

11 sût todi 
Comme si matante l'a dit. 
Il oyéve rire 
Avâ les voie : 
On l'ioumdve truie I 
Des aute brèyît : « Grand Diu, dihez, qu'a-l-elle pierdou? 
Po racovier si tiesse, et mostrer li d'findou? 

— Quéqu' grand malheur. 

Elle a ses biesse malade oul'rogne divins ses stà; 

Ca, mi, j'a pierdou mi homme, et ji n'rotte qu'à pids d'hà. 

— Là quel tabeur ! 
Cachîz coula, veye sotte ! 

Ca vos pôrîz distinde, sins v'rilourner, l'ioum'rotte. » 
On n'saveut quoi pinser ; 
On traitîve di so m'vé 
L'ènocint qui louméve, 
Et de rire, on pâméve. 

Dame Robâ, tôt d'on cûp, 
Dit : « Neveu, d'hezm'on pau 
Poquoi rcie t-on si fôirt ? » 
So c'timps-là, elle grettév si bâbà mesbrigi 
Qui n'est nin cachî, 
Tôt nou et tôt d'covier. 
« Kimint, dist-elle, brigand ! 
Mal tourné, màlignanl, 
Suis rin dire, vos loumez mes ma jusqu'à l'chapelle, 
Bin vola n'belle! 
Grand màhonteu, 
Mi qu'est si bonne ! 
J'a les rin tôt r'freudi, et l'visège comme on l'eu ! 
Raltindez, rattindez qui n'sèyanssc es l'mohonne. 

— Sor mi, ma tante Rôbà, ainsi ni v'mâv'lez nin ! 
Vos m'sûrez, m'avez-v' dit, et surtout n'dibez rin. 



— 31 — 

l'o l'froïon, so m'parole, 
J'a trové li'rmède drôle : 

Mais so mi-âme j'a pinson 
Qui vTavîz promettou. » 

Les jeunes gens, déridés par ce pèlerinage un peu décolleté, 
demandèrent la fin du vieux ménage. 

— Nous avons quitté la bonne grand'mère Thônus, appuyée 
sur la demi-porte [li purnai) pour voir partir ses enfants. Ils 
allaient tellement vite, que leurs pieds effleuraient à peine le 
pavé. Elle disait tout bas : Porveuss qui s'amusesse bin ! 

— Ji va fer on tour mi, m'fei/e, a dit le vieux Thônus. Ji va 
jusqu'à Coronmouse. 

Vous n'auriez pas donné septante ans à votre grand-père ; il 
avait, comme jadis, la jambe aussi raide que bien moulée. Il pré- 
tendait que nos larges pantalons n'avaient été inventés que pour 
cacher nos quilles. Les boucles de ses souliers et de ses cu- 
lottes étaient reluisantes, comme la pomme d'argent de son 
jonc. Et si vous l'aviez vu un jour de fête, avec ses belles 
boucles de souliers en or, sa clef de montre carrée, pendue à 
une chaîne massive de même métal, brillant sur le satin noir 
comme les facettes d'une topaze; puis le grand gilet a fleurs et 
à ramages, retombant sur le ventre, et le bel habit à longs pans 
et à grands boutons ! Enfin sa cravate, aussi blanche que ses 
cheveux, lui donnait un air de propreté, et de comme il faut, qui 
nous inspirait la crainte et le respect. 

— Jusqu'à toratte, monsieur l 'baron. 

— Etait-il noble, mou grand-père ? 

— Non, mon ami, mais suivant un ancien usage qui rappelait 
l'autorité du chef de famille, on l'appelait li maisse ou M. rbaron. 

Dame Thônus restait si rarement seule à la maison, qu'elle 
fut toute ennuyée, comme si les siens étaient allés faire un long 
voyage. Heureusement une de ses tilles mariées et sa bru 
arrivèrent de compagnie : avaient-elles le mot d'ordre? 



— 32 — 

— Comment vont mes petits entants ? donne-moi la main, 
Edouard, et toi Adolphe ? Sont-ils bien propres, ces enfants ? 
(Inutile de vous dire qu'ils passaient la visite). 

Vous souperez avec nous, mes enfants. 

— Vous ne nous regardez pas, maman, dirent les deux dames. 
Vos n'nos accomptez-nin ? 

— Sia, mes èfant, mais les p'tits d : abùrd. Comment vont les plus 
jeunes? il n'y a rien de nouveau, n'est-ce pas? Je vous trouve si 
ronde, ma tille, avec cette robe. Enfin, qui r volonté di Diu seule 
faite. 

— Non, maman, ma dernière n'a pas encore dix mois. 

— Je n'avais pas cette chance, moi, mes enfants. J'estais todi 
grosse po z aller ramessi (i). Mais ji diret todi qu'on n'a qui çou 
qui l'bon Diu v's amie, et qwand on a des braves homme , on deut 
les complaire! Je suis charmée de vous voir, mes enfants, je suis 
triste ; la maison est un désert. 

En ce moment, une voix des plus criardes se fit entendre dans 
la rue : A nblanmùse, mes dièrenès botte d'aspére (-2). 

— Tenez, Jôget, achetez une botte, et marchandez beaucoup. 
Nos frans n'surprise ci maisse. 

Pendant que la bonne grand'mèrc raconte la joie de ses en- 
fants qui sont à la comédie, la vieille servante va de la place à 
l'arrière-cuisine (refuge où il y avait l'alcôve et le lit de Jôget), 
en traînant les pieds dans des souliers trop grands. Elle apprête 
le souper. Un petit meuble en fer-blanc à trois gradins en rond 
est rempli de trois rangées de pommes, puis placé devant le feu, 
sur Tàtre en fer poli. Ce meuble, c'est V eût-pomme ! 

Ji r'veus l'hai l'eu jetant ses blamrae, 

Et l'ehaude coùlêie qui levé nanner : 

J'ôs co l'etït-pommc qui chante plein d'sainme, 

Tôt cûhant, j os les frut zùner. 

(') Historique. 

(2) Bottes d'asperges. 



— 33 — 

J'ôs co jàser di nosse Saveur : 
Grand'mére des Saint s'mette à parler, 
So l'timps qu'Jôgel toune àmeseure 
Li molin qui siève ;i filer. 

— Je no connais pas cette broche antique, reprit Henri 
Tliônus. 

— Je le pense bien, mon ami, mais si vous voulez revoir un 
vieux ménage, il faut passer en revue les moindres objets qui 
caractérisent la simplicité de mœurs du bon vieux temps. 

Et si vous ne trouvez pas mon récit trop stupide, en attendant 
le souper je vous ferai voir les quartiers de la maison. Votre 
vieux conteur n'a nullement la prétention de vous remuer ni de 
vous impressionner le moins du monde. Il est certain d'avance 
qu'en vous montrant le calme et la paix qui régnaient dans la 
famille de vos aïeux, il vous laissera froid comme une taupe dans 
sa taupinière; mais vous pourrez mieux comparer le passé avec 
le présent. 

Montons d'abord le lourd escalier, droit et rapide ; c'est sur 
son large rouleau en bois (guide-main), supporté par des co- 
lonnes, forme balustre, que nous nous laissions descendre 
(à cavak) au risque de nous casser le coup. Il conduit au pre- 
mier étage. Les chambres sont badigeonnnées à la chaux, y 
compris les plafonds à solives ; les fenêtres sont à petits plombs. 
La simplicité des meubles vous étonnerait : ils ont passé de 
père en fils, et les plus nouveaux étaient neufs en 1779, époque 
du mariage du grand-père Thônus. Le lit est assez plat; la cou- 
chette en chêne se distingue par sa propreté, mais n'a plus été 
vernie depuis le passage des Alliés. La toile cirée delà table 
est déchirée et laisse voir par grandes plaques la planche non 
rabotée; elle supporte une écuelle en terre cuite {on crânien), 
qui peut servir d'aiguière quand on n'a pas oublié de la remplir 
d'eau; mais, le plus souvent vos pères, vos grand-pères et 
vos oncles allaient se laver dans la cour, à la pompe, on Un 



:u 



à tonnai à l'gotire, partout enfin où l'on a de l'eau tant que l'on 
veut. Vous riez, mes petits messieurs, il fallait bien se servir 
soi-même : le plus souvent il n'y avait qu'une servante dans nos 
vieux et grands ménages bourgeois, et je vous assure que ces 
donzèlles n'étaient pas la plaie des familles comme à présent. 

Laissons-là les vieux meubles; j'abandonne les deux chaises 
trouées, qui laissent traîner quelques pailles jusqu'à terre, 
pour vous dire un mot des servantes de notre vieux ménage. 

— Vous ne serez pas long sur cet article, n'est-ce pas? s'é- 
crièrent à la fois les quatre jeunes compères. Nos mères, nos 
sœurs, nos tantes, etc., ne parlent plus que des désagréments 
qu'elles éprouvent avec leurs domestiques. 

— Je serai court, répondit Richelle. Le registre de famille 
nous apprend que l'heureux couple Thônus, en 45 ou 46 ans, n'a 
jamais eu que deux servantes. Quelle chance! A leur entrée en 
ménage, ils avaient Mareie- Jeune (Marie-Jeanne) ; elle resta chez 
eux jusqu'au jour de son entrée au béguinage de S 1 . -Christophe, 
où elle fut placée sur sa demande. On la recevait très-souvent ; 
on allait même la voir. 

Patience, je termine. 

— Enfin ! dirent tout bas quatre voix. 

— Jôget (c'est la seconde), entra en service à l'âge de 14 
ans, vers 1781. C'est elle qui apprit à marcher à toute la jeune 
famille, je pourrais presque dire à trois générations, puisqu'elle 
a connu la petite lille de Jeanne ( ' ). La vieille Jôget serait encore 
chez les descendants des Thônus si la mort n'était venue la faire 
changer de poste à l'âge de 78 ans. 

— Est-ce tout? 

— Pas encore. La vieille Maianne demeurait chez vos parents 
à vous, M. de La Tour. Elle a passé 56 ans de sa vie au service 
de votre grand-papa et de votre papa. En voilà une qui faisait 

(') Jeanne, troisième enfant de la famille Thônus, était née le "20 mars 1783. 



35 



marcher les ouvriers, et qui travaillait! Cette brave et digne 
Maïanne, je la vois encore : était-elle sur le profit de ses maîtres, 
cette bonne femme! Elle fut une seconde mère pour votre 
père. 

Le moule en est brisé! il n'y en a plus dépareilles. Le luxe est 
bien trop grand, aujourd'hui! Les servantes poussent quelque- 
fois la coquetterie jusqu'à porter des bas blancs démarqués et 
de qualités différentes. D'autres auront des douzaines de mou- 
choirs de poche marqués de toutes les lettres de l'alphabet ! quel 
drôle de goût ! 

— Serait-ce pour se distinguer ? 

— Je n'en sais rien. 

— Permettez-moi de vous faire remarquer, se hasarda de 
dire, le jeune de La Tour, que l'article servante n'a aucun intérêt 
pour des jeunes gens. 

— Bien plus que vous ne croyez, mon cher ami. Je vous crois 
destiné au mariage ; vous avez de la conduite, votre père vous 
fait des rentes. Vous épouserez une jeune et jolie personne, je 
le souhaite; elle sera très-instruite; elles le sont toutes. Elle 
aura de la fortune; tout le monde en a, ou paraît en avoir. Mais 
vous aurez aussi, comme tout le monde, trois ou quatre domes- 
tiques qui attireront les orages et le tonnerre sur votre jeune 
ménage. Votre jeune et charmante compagne, aura tant d'ennuis, 
qu'elle deviendra grondeuse ; elle ne parlera plus que pour se 
plaindre des servantes. Sa nourrice aura des boutons, un mau- 
vais lait. La bonne quittera vos enfants pour un caporal. La cui- 
sinière voudra se servir du panier à anses pour tous vos achats; 
puis elle partira subitement. Et comme votre femme chérie saura 
tout, si ce n'est cuire un œuf à la coque; comme elle sera 
trop bien élevée ou trop délicate pour faire ce que sa mère et sa 
grand'mère ont fait; comme enfin l'éducation moderne ne veut 
plus qu'on soit bonne femme de ménage, vous serez forcé de 
faire prendre votre dîner à la gargote. 



— 36 — 

Ah! Messieurs, si grand'mère Tliômis voyait nos jeunes 
dames d'aujourd'hui, elle en mourrait de chagrin. 

Il me semble à moi, vieux grognard, que plus il devient 
difficile de se faire servir, plus on devrait apprendre à se servir 
soi-même. 

— Vous êtes bon, vous, M. Kichelle : nos tilles, nos sœurs, 
nos femmes quitteraient les arts,- le travail de l'esprit et de 
l'intelligence pour peler les pommes de terre et nettoyer les 
fenêtres de la façade à rue ! Allons donc ! 

— Tout doux, Monsieur de La Tour ; l'éducation de mon 
temps ordonnait le respect aux personnes âgées. Vous connais- 
sez plusieurs langues, à présent : elles ne doivent pas vous faire 
oublier le langage de la politesse. 

De La Tour voulut se retirer. 

— Attendez, jeune homme. Aujourd'hui, si vous ne tlattez 
pas la jeunesse, elle vous abandonne. 

Dans l'entretemps, apprenez que votre grand'mère profitait 
d'un dimanche pour blanchir elle-même ses chambres à la 
chaux ; oui, elle-même, la brave femme. Les vieux habitants 
du faubourg Ste.-Marguerite se souviennent d'avoir vu voire 
mère balayer la rue tous les jours. Elle était forte, votre mère, 
et courageuse. Madame de La Tour n'en est pas déshonorée 
pour cela. Entre nous, elle a droit à toute votre reconnaissance : 
elle est pour une bonne part dans la fortune qui vous a fait 
monter l'échelle. 

— Vous attaquez l'instruction, le bien-être, notre vie aisée et 
commode, vous êtes un homme fini. A propos de nos vieux mé- 
nages, vous critiquez les nôtres. Quel mal y aurait-il si nos cui- 
sinières nous faisaient danser au piano, quand le diner serait 
servi ? 

— Aucun; ce serait une économie. Quel grand mal y aurait- 
il, reprit Richelle, si nos jeunes dames fortunées s'occupaient 
davantage des dépenses de leur maison? 



37 



— L'argent est fait pour rouler ! 

— Oui, jeunesse, savoir où il roule est déjà beaucoup. N'ou- 
bliez pas que les servantes ne font plus partie de la famille; 
vos cuisines d'aujourd'hui et vos salles à manger forment deux 
maisons différentes : la cuisine fourre le doigt dans l'œil à la 
salle à manger, tant qu'elle peut. 

L'autre jour, j'écoulais des servantes en grève. L'une disait 
aux autres : mon maître gagne dix mille francs avec sa place, 
mais il ne pourrait vivre sans les bénéfices qu'il prélève derrière 
le rideau, il faut des rawettesl nous devons nous en faire aussi! 
— Une autre cuisinière reprenait : nous exigerons cinq pour 
cent sur tous les achats faits par nos maîtres; et les modistes, 
les tailleurs, les couturières, les épiciers : enfin tous les livran- 
ciers devront nous remettre également o %, cela nous fera 10°/ o . 
Dix pour cent, sur vingt mille francs que dépense un ménage 
ordinaire, c'est une remise de deux mille francs, plus nos appoin- 
tements. Dans cinquante ans, nos jeunes maîtres nous servi- 
ront ! ! 

Cette cuisinière, Messieurs, avait servi un architecte d'une 
ville étrangère. On parle trop devant ses domestiques. 

11 se prépare, pour l'an prochain, un Congrès de servantes et 
de domestiques. D'après nos informations, voici de quoi il est 
question : les meneuses voudraient 1° pouvoir sortir à partir de 
deux heures, tous les dimanches, jusqu'à six heures du malin 
le lundi. Liberté de la conscience et de la vertu ! 2° Etre libre 
de recevoir leurs cousins les six jours de la semaine. 

En troisième lieu, toutes les maisons, devront avoir, outre les 
trois ou quatre servantes. obligées, une honnête mère de famille, 
appelée femme d'ouvrage, qui abandonnera ses petits enfants 
pour quelques bouchées de [tain qu'elle portera à sa couvée 
après s'être acquittée des gros ouvrages. Je passe sous silence 
les 27 autres articles du projet; vous me taxeriez encore une 
fois d'exagération. Qu'il vous sulhsr de savoir que ces demoi- 



— 38 — 

selles entendent fréquenter les cafés-concerts , les sermons , 
les écoles du soir, les théâtres, Franklin et toutes les confé- 
rences, sans oublier les saintes retraites ni les congrégations. 

Loin de ma pensée, Messieurs, de vouloir que nos charmantes 
jeunes filles salissent leurs belles mains, non ! non ! Mais quand 
il n'y aura plus de servantes? 

— Il y en aura toujours. 

— Pardon, pardon; déjà elles s'engagent pour faire la lecture 
aux vieilles dames , d'autres tiennent le comptoir ou le piano 
dans les cafés chantants, à deux et trois francs par soirée. 
Ensuite vous avez les demoiselles de la campagne qui se font 
normalistes, etc., etc.; enfin le reste des filles ne veulent plus 
servir qu'une seule personne. 

— Nos mères ni nos sœurs ne peuvent pas aller au marché 
comme grand'mère Thônus, le panier en cuivre sous le bras. 
Elles friperaient, en une seule sortie, une robe de deux à trois 
cents francs, pour gagner deux sous. Ensuite, nous ne sommes 
plus de votre pauvre temps. Arrière les mesquineries de votre 
siècle. Restez petit bourgeois, monsieur Richelle; à nous la 
vie des grands seigneurs et des prélats. 

— Moi, reprit de La Tour, à la mort de mon père, je tiendrai 
une belle voiture à deux chevaux. Il est malade. 

-Qui? 

— Papa. 

— Ah ! vous allez commander la voiture alors? 

— Non, après le deuil. 

— De mon temps, on priait le bon Dieu de prolonger les jours 
des vieux parents. Mais on n'attendait pas d'équipage. 

Pendant que le jeune de La Tour chantait : A moi la jeunesse, 
à moi les amours, à moi la richesse, etc. , Richelle reprit. 

— Si nos vieux ménages étaient comme ceux d'aujourd'hui , 
il n'y aurait pas de différence à établir. Et pour obtenir mon par- 
don, je dois vous rappeler qu'anciennement les rois savaient 



- 89 — 

s'occuper des moindres détails. Vous riez, quand je dis qu'on ne 
faisait qu'un feu chez Tlionus. Écoutez le règlement pour le 
service de la maison du roi à Londres : ceci est écrit de la main 
de Henri VIII. 

— Oui , mais voilà trois cents ans que Henri VIII est mort, 
répondit un des jeunes gens. 

— Cela est vrai, mais vous n'êtes pas encore rois, mes petits 
seigneurs. 

Henri VIII disait : 

Art. 3. Aucune viande ne sera servie sur ma table , au-delà 
d'un prix raisonnable. 

Art. 5. La vaisselle d'étain est d'un trop grand prix pour ser- 
vir à l'usage journalière. On aura le plus grand soin des assiet- 
tes de bois et des cuillères d'étain. 

— Des jilatai, des losse. 

— Oui, Monsieur, ne riez pas ; le papa de Madame votre mère 
est arrivé à Liège avec une hotte de ces marchandises. 

Art. 7. Les femmes prodigues et dépensières seront bannies 
de la cour. 

Art. 10. Toute fille de la maison de la reine qui aura un amant 
sera chassée de la cour. 

Art. 14. On ne donnera du charbon que pour les chambres 
du roi et de la reine. 

Art. 16. Les dames d'honneur de la reine auront une miche 
de pain blanc et une échine de bœuf pour leur déjeuner. 

— Assez, assez, je vous en prie. 

Inutile de parler de la reine Anne d'Angleterre, de M de 

Maintenon et tant d'autres grandes dames qui se sont occupées 
de petits détails de ménage. Les temps sont changés; nous 
avons nos comptables , nos gens de bureau. Nos cuisinières 
même tiennent des comptes. 

— Permettez-moi, M. Riehelle; je dois vous dire, que vous 
•'•les un homme fini. Vous attaquez notre bien-être , notre 



— 40 — 

instruction ! Enfin , vous êtes vieux ; vous remontez au temps 
des barbares. 

— De mon temps, ou du temps des barbares , comme vous 
l'appelez, vos aïeules ne connaissaient pas tant de musique; mais 
comme elles chantaient bien près du berceau de leurs enfants ! 
Elles n'avaient pas les mains si blanches ; mais leurs ménages 
étaient si bien en ordre ! Et quand -elles avaient préparé, elles- 
mêmes, une petite surprise bien goûtée par leur mari, elles 
étaient si heureuses ! 

Dans cinquante ans, Messieurs, faites comme le vieux Ri- 
chelle. Faites la description de vos vieux ménages; ne méprisez 
aucun détail. Vous montrerez aux nouvelles générations le luxe 
de vos appartements ; et peut-être ce que vous trouviez très- 
beau, jadis, sera remisé dans les greniers. C'est ce que je prévois. 

Ensuite, ce sera une occasion de vous souvenir de Richelle, 
que vous devez trouver bien maussade. — 

Il est six heures. Dame Thônus, malgré les caresses qu'elle 
reçoit, paraît inquiète; son mari n'est pas encore de retour! lui 
qui sort si rarement. 

Enfin ! la clochette du purnai se fait entendre. 

Le voici ! 

— Les heures sont longues, par moment, Thônus ! 

— // n'est qusili heures, binamêie. 

— Bonjour, papa; n'avez-vous pas froid ? 

— Non, non, mes bonnes amies. Comment vont-ils nos en- 
fants, et les maris? Vous savez : les plus jeunes sont à la 
comédie , avec l'ami Fahenne. 

— Oui, je sais. Vous êtes resté bien longtemps. Tenez : voilà 
vos pantouffles bien chauffées. 

— Merci, chère fille. 

Jôget apporte un vêtement de rechange, une espèce de douil- 
lette ouatée. Un bon fauteuil est approché du feu ; dame 
Thônus, ses filles, ses petits fils entourent le bon et beau vieil- 



— 41 — 

lard. Ah! mes jeunes amis, que d'amitié, que de tendresse on 
se prodiguait dans ces vieux ménages de.... (j'ai toujours le nom 
de barbare sur le cœur.) Que de respect et d'attachement poul- 
ies chefs de famille ! 

Voilà ce qu'on appelait la famille ! Les filles s'ingéniaient à 
soigner les vieux parents, à les combler de petits soins; rat- 
tachement des enfants réchauffait leur vieillesse. Aujourd'hui, 
quelles sont les idées des jeunes tilles en sortant de pension? 
Elles conduiront leurs mères rue Pont d'Ile, tout d'abord, pour 
les achats de robes, etc. Leur seconde idée, ce sera de prome- 
ner le plus gentiment possible , les dites robes au Boulevard de 
la Sauvenière, le dimanche , de midi à deux heures. 

— Le luxe, la toilette, c'est le commerce ! et le commerce, 
c'est la source des fortunes ! répondit le jeune Henri Thônus. 

— Parfaitement. Mais travaillez en conséquence, mes amis. 
Prenez déjà vos notes sur les jeunes gens actifs et sur les 
paresseux ; ouvrez une page à chacun de vos muscadins : ce 
sera une curiosité. Je vois tant de changements. Vous en signa- 
lerez davantage encore. Et si l'on parvient à établir un fil télé- 
graphique d'ici à l'autre monde, faites-moi le plaisir, jeunesse, 
de m'envoyer une dépêche pour m'apprendre la conclusion de 
vos remarques sur l'état de ceux d'entre vos amis qui auront 
préféré le plaisir au travail. 

— Jôget, coupez du pain, il est presque sept heures ; quand 
les enfants auront soupe, ils retourneront avec Tatine, la blan- 
chisseuse. Les deux mamans resteront ce soir. 

Grand-père Thônus a paru bien sensible à l'attention de sa 
femme ; il se régale d'une demi-botte d'asperges, qu'il veut par- 
tager avec la mère et les deux filles. C'est un feu roulant de 
sollicitations et de remercîments. 

— Merci ! merci ! nous préférons la salade à la sauce chaude, 
les pommes cuites, les figues et le fromage. 

4 



— 42 - 

A bai moiteie di ces vespreie, 
Sins fristonfrasse on v'néve soper : 
Avou des frut, l'crompire petéie, 
Ou l'jône salade qu'on vint d'côper. 

Pus sinipe, li veie n'esteut nin mâle, 
On n'songîve nin tant à s'bourrer. 
Hoûie, on vike vite, à haut de l'hàle: 
Mais pus vite on s'fait è-terrer. 

Di eial j'ôs rire des cou plein d'dette, 
Tôt m'dihant : nos volans viker ! 
A m'tour, ji reie, et ji répète : 
Bon Diu voie qui ça pùie durer ! 

Dans le vieux ménage liégeois, on s'aime, on est contenl de 
se voir ; les deux filles mariées font oublier les absents qui sont 
allés à la comédie. Eh ! ils verront la salle qui est toute neuve, 
toute fraîche... 

Assez sur la famille Thonus. Si vous avez encore une heure à 
perdre, venez me voir, je vous ferai passer une journée dans la 
famille de l'un de vous : je vous connais tous. 

A neuf heures, les maris étaient venus reprendre leur dame. 
Jôget filait du lin au coin du feu, grand'maman mouchait la 
chandelle de temps en temps. 

Tôt jasant d'molin ou d'mouchette, 
On fait rire des madame Grand'zâ, 
Qu'ont s'tu s'paneie à l'iamponette, 
Et hosseie so n'cleuse à\ golzâ. 

A l'vesprêie vos odiz ['chandelle, 

Li lignou qu'on v'néve de mouch'ter. 

A c'te heure, s'on l'ode, c'est à l'chapelle : 

Ax potallc li sèwe est r'monté. 

Adiel veye lampe ! Adiet mouche lie ! 
Vî louminaire, vos avez vossc paquet. 
Li gàz vis chesse di ses blawettc; 
Èvoîe chandelle ! èvoie quinquet ! 



— 43 — 

So c'monde, à c'te heure, on vont veye clére, 
Sin* grande clarté on n'pout d'mani. 
Puis, L'sciince lonimo, c'est l'deuxème mère. 
Po qwand rprumire nos a s'pani. 

Nos doux vieux désirent attendre la rentrée dos enfants qui 

sont au théâtre. Dans la crainte que son mari ne trouve la soirée 
trop longue, la bonne dame lui dit : Thônus, lisez-moi donc 
quelques pages du livre où votre grand-père inscrivait des notes 
sur les choses remarquables? 

— Bin voltî, m'feye : wiss sont mes bèriquel 

Laissons lire Thônus. Pour moi, Messieurs, je vais vous sou- 
haiter le bon soir. 

Vous me ferez passer au dehors, si cela vous plaît, pour un 
rétrograde, un vieux goutteux qui ne fait que gronder: 

On vî hayâve qui irfvi keut rin. 

Eh bien, Messieurs, mes vœux les plus chers sont pour le 
bonheur de la jeunesse. 

Je vous souhaite à tous le goût au travail, et l'amour le plus 
pur pour déjeunes filles modèles, de bonnes femmes de ménage 
sachant utiliser leurs leçons de chimie à la cuisine(au besoin), 
sachant appliquer aux affaires leur talent de correspondance, 
mettant a profit leurs principes de dessin pour arranger leurs 
maisons avec goût, ou pour exécuter des ouvrages utiles. 

Et si vous répondez à Richelle, en riant sous cape et en le 
narguant, il finira par vous dire : 



Comme vos l'bress'rez 

Vos l'heurez. 



La soirée était belle, le vieux conteur ouvrit sa croisée pour 
voir sortir les jeunes gens. 

Les intentions du vieux sont bonnes, disaient-ils entre eux; 



— 44 - 

mais il n'est plus de ce siècle. A nous les plaisirs! nous devons 
vivre bien , très-bien ! et vite surtout. Après nous la fin du 

monde ! 

Richelle avait tout entendu. Messieurs, s'écria-t-il avec un 
éclat de rire, n'oubliez pas de prendre des notes et de me les 
envoyer dans cinquante ans, — par le télégraphe , vous savez ! 

Adieu. — Ha! ha! ha! 

Auguste HOCK. 



CONTES POPULAIRES. 

(dialecte de beauraing\ 



Li baubo do capuciu. 



Li curé d'on village 
Àvet brarain dTovrage 
Po fô des bons chrétiens 
Avu ses paroissiens. 

Tos les dimègn' a messe 
Il àvet beau préchi 
Tos côps qui v'naint à c'fesse 
C'astet les mêm' pèchis. 

Di to c'qui plet l'zî dire 

I n'è Saint causu q'rire 
Et i veyet qu'à l'fin 

II y pierdet sTatin. 

I s'dit : « J'ai ^Yuidi ni'sage 
« Po les r'mett' disus l'ton ; 
» l faut on' aut' lingage 
» Dinans-1'zî on' mission. » 



46 



I paute et va quai a Salzmne 

On révérend pér' capucin. 

Si baub' pindet divant s'poitrine, 

Tôt comme on r'présint' les vis saints. 

Li premî joû i monte en chaire 
Po l'zî fè on sermon d'Dieu l'pèrc 
I l'zî cause à grand côp do l'moirt 
Et wait' do les s'barè ( ' ) bin foirt. 

Gn'avet tôt près on' vie commère 
Que l'riwaitet et que l'clioutet , 
Et bin sovint s'mettet a braire ( 2 ) 
Do timps qui l'capucin préchet. 

En zè rallant à l'maujon d'curc 
Disus les voies i rasconture 
Nos' pauv' vie âm' qu'avet tant brait 
Et v'ià qui li dit en français : 

« Ah ! vous voilà, ma bonne femme. 
» Je crois avoir touché votre âme:'' 
» Votre cœur était pénétré , 
» Car vous avez beaucoup pleuré. 

» Aï, dist'ell' , j'ai slî si foirt astomaquée 

» Qu'i fallet qui j'breyèch' ji n'm'aurès seu ritni, 

» Paç'qui en vos r'waitant vos' baub' m'a fait r'sovni 

» Di m'pauv' boc ( 3 ) qu'a sti pris do leu l'année passée ! 

( i ] S'barè. Effrayer. 

(2) Braire signifie en wallon do la Famenne pleurer et non pas crier comme dans 
: wallon de Liège. 
( r ' ) Boc. Bouc. 



II 

Li tiesse do p'tit Jésus. 

On'jjôn' commér' qu'avet d'abord trente ans 
Auret bin v'iu s'mariè, mais n'avet pon d'galant. 
Les bias rubans, li crinoline 
Les p'tits côps d'ouie, les douces mines 
EU' sayet d'to po z'attirè 
L'mouchon din les filets ; 
Mais pon n'y v'net. 
A l'Un ell' si dècid' por on pèlerinage 

Et voilà à voyage. 
Arrivée à l'èglige ell' s'aggnolc à Faute 
Usqui l'vierg' si trovet. 
Li p'tit Jésus avet on' tîesse 
Qui barloquet et qui tournet 

Quand l'vint choulllet 
On pô foirt pas lïignesse. 
Après awet fini 
Do bin prii, 
EU' dimande à l'saint' Vierge : « En' don, mi bin aimée, 
« Qu'à l'iin di r't'année-ci ji serai sûr mariée? » 
Li p'tit Jésus fait sign' : nenni. 
« Taijoz-vos, dis-t-ell', pitit malapris, 
» Leyoz. causé vos' mère. 
» Vos astoz co trop jon' po responde à m'priérc î 



— 48 — 

III 

Li punition do Lcu. 

Gn'avet on Leu, diu nos' pays, 
Qui mougnet bramin des berbis, 
Sins compté les agnats, les gadots et les gattes, 
Les chins et les polains qui cheiaint (*) din ses pattes. 
Les cinsîs s'plaindaint foir di li. 
I n'astet nin àrassasii. 
Po waiti (2) do li cassé l'tiesse 
Les paysans allaint a l'cliesse, 
Et les monsieus, po l's animé, 
Avaint promis d'ies régalé 
Li j'ou qu'ils auraint tuwé l'biesse. 
Tôt l'monde y couret comme à l'tiesse 
A l'nive on l'rimettet, 
On l'traquet, 
On tiret, 
On l'manquet , 
Et on d'jet 
Qui l'dial' s'è mèlet. 
Li diale avet bon dos, l'cliesseu est todi prête 
A s'escusè sur li quand i fait des berwettes. 
A l'fin portant on bricoleu 
Qu'ave t tendu on rcèpe au leu 
Prind nos' brigand pa l'patte. 
On l'ioie avu des coides 
Et po z'awè tortos l'plaigi 
Do l'veie souïiri, do l'veie mori, 

( ! ) Cheiaint. Tombaient. Chair-tomber. 
( -) Waiti. Tâcher. Au sens propre regarder, 



— 49 — 

On l'quiboute, on rquisage (') 

Au milan do village. 
Tôt 1'monde accourt, on fait l'cèque autou d'ii. 
» Commint, dist-on, faut-i qu'on l'feiepèri? » 
» — Mi, dit l'prèmi, j'è l'sassomm'i'ès sus l'place. 
» Avu m'cougnie ji lî spierès l'carcasse. 
» — Non, dit l'deuseim', fians l'souffri pus longtimps. 
» Avu des ètrikoij' arrachans li les dints. 
» Pasqui selon c' qui j'pinse 
» On' biess' qu'a tant hagni 
» Put bin fè pènitince 
» Pa usqu'elle a pèchi. 
» Voici, dit on troiscim', comme i faut qu'on l'punige; 
» Nos l'choich'rans tôt viquant, 
» Et pus t'tavau les champs 
» Nos l'frans couru sins chmige. » 
On vî brave homm' qui n'avet co rin dit 
(C'en' astet onc qu'avet d'I'expériince) , 
S'avanc' dilez les aut' et l'zî dit : « Mes amis, 
» Po l'bin puni, voci c'qui j'pinse : 
I faut l'mariè. 
» C'est l'pus grand' penîtinc' qui vos l'y sauriz d'nè. » 



IV 



Li Tôrturelle. 

Quand on z-est célibataire , 
I faut quéq'chos' po s'dislraire ; 
Gn'a des cias qu'ainmet les pinsons, 
Ou les linets ou les pigeons ; 

{ ' ) On le pousse, on le tire. 



— so — 

Des aût'tîet des gayol' aux pus grand', aux pus belles. 
J'ai connu ou brave homm' qu'avet des torturelles. 
G'estet on vî curé. 
I les leyet volé 
Din s'cbambe en liberté. 
Li jeu plaiget aux biesses 
Et gn'avet todi on' sus si spaleou sus s'tiesse. 
On joû il avet invité 

Ses confrér' à dinè 
Dispu l'doyen jusqu'au vicaire. 
Li mesquenne appoit' li soupière. 
On s'met àtauve, on dit li bénédicité. 

Mais comm' si l'dial' l'avet tenté, 
On torturelle avol' bin rate 
Et sus l'boird do l'soupiér', vint posté ses deux pattes. 

Ci qu'elle a fait din l'sope ji vos l'donne à d'vinè. 

Li mesquenn' crie on côp comm' s'on l'avet strannè : 
» Vilain' charogn', mannett' salope! 
» Mi qu'avet fait on' si bonn' sope !.... 
» Que displaigî, Monsieu l'curé ! 
» Qu'allang' divnu ? qui faut-i fè?... 
» Eh bin, respond l'brave homm', purdans patiinc', Marie ; 
» Ca maugré nos' guignon, il faut co bin qu'on rie. 
» Si nos n'avons pou d'sop', nos boirons on côp d'pus. 
» Appoirtoz-nos l'viande et nos né causrans pus. 
» Ohii! (/mannett' biesse là, elle s'ré co pardonnée, 
» Dit l'mesquenne en sortant, 
» Et mi s'jè liés ostant 
» On m'flanq'ret sus l'pavée. 
» — Je l'vus bin croir', respond l'Doyen, 
» Ga j'pins' qui vos l'mèritrî bin. » 



— 51 — 

V 

Li Wachotage. 

Quand on méd'cin ordonne on r'méde aux paysans, 

I dut l'zî espliqué les pondants, les jondants, 

S'i faut cûr les hierbées, commint qui faut qu'ça sïcie ; 

S'on dut boir tott les heur on couii do l'boteie, 

Si on prind les pilur' divant d'awè mougni, 

Et surtout bin l'zi die' qu'i nïaut niii les massii. 

Autrèmint i n'vos fr'ont qui tott sort di loigne'ries 

Po s'melt bramin pu mau ou mèm' pu pied' li vie. 

Ainsi quand l'méd'cin caus' di lav'mint au laton, 

S'i n'anin sogn' ( * ) d'avanc' do dîr di quelle façon 

Qu'i faut mctt' l'aiw' disus po qui l'brawet si feie, 

1 gn'a des eias qu'mettront li laton din l'osteie. 

Ordonnoz des pousett' : quéq' lie i vos d'mand'ront 

S'i faut qu'on les feie fonde ou les prind comme ell'sont. 

Gn'a eo des aut' pu biess' eu r'ciant des pilures 

Qui s'infôrm'ront commint qu'i faut qu'on les feie cure. 

Onjou on gros lourdaud vint consulté l'méd'cin 

Po s'pér' qui languichet déjà dispu longtimps. 

Li docteur è li dit : « Dimoin j'è Tirai veic 

» Mais tôt en raltindant, v'iî r'poitroz on boteie 

» Et vos n'rovieroz nin qu'i faut bin l'wachotè ( -2 ) 

» Tott' les heur' au momint qui vos s'roz po n'nî d'nè. » 

Nos'-t-liommo appougne li drogue et r'arrive au village : 

« Papa, disl-i à s'pèr, j'i v' rappoite on bruvage 

« Qui va vos fè do bin ; mais on-z'-a ricmandè 

(' ) Sognc signifie ici soin et non pas peur comme à Liège. 
[* ) Wachoté. Secouer. 



52 — 

« Qui chaq' côp d'vant do l'prind' fallet vos wachotè; 

« Ainsi leyoz-vos fé et purdoz bon corage. 

« Vunoz, dis-t-ià s'fré, mettant nos à l'ovrage. 

« — Malhèreux, respond l'pér', vos m'alloz fé mori. 

« — Nonna papa, nonna, pusqui l'méd'cin l'a dit. 

« Vos savoz bin comm' nos qu'il a des connuchances, 

« Et qu'i faut sins r'nicté sîr tôt' ses ordonnances. 

« Poquoi prind' si-t-avis, s'on ne l'vat nin choutè? 

« Po n'nin fè ç' qui commande, i n'faut nin l'consultè. 

Qu'auret-i seu responde à on' si fait' morale ? 

Nos deux homm' l'appougnet pa les pîds, pa les spales, 

Wuich'wach, wuich wach, wuich wach. Quand il estwachoté 

On vat lî wuid on couii, on lî fait avalé. 

Sitôt q'Pheure est finie on racminc' li mêm' danse 

Sins waiti s'i n'plet mau do péri din s'souffrance. 

Li troiseim' côp portant i n'criet pu si foirt 

On vut lî d'nè l'couii — on vet qu'il astet moirt.... 

Li lendemoin li méd'cin vint po lî fè s'visite ; 

Veyant q'totl'mond breyet, i s'informe au pus vite 

Si l'malad' va pu mau, ci qui gu'a d'arrivé : 

« Oh, dit nos gros lourdaud, ça n'a pon l'ait d'effet. 

« Nos' père a trépassé au troiseim' wachotage 

« I sintet bin, l'pauvre homm' qui maugré tôt s'corage 

« I n's'auret suppoirté d'es s' quitapè comme' ça, 

« Ca il a bin crii : leyoz-m'là , leyoz-m'là. » 

Po n'pus jamais awè on' aventur pareie 

Li méd'cin dit à ç' t'heur : «Vos wachotroz Vboteie. » 



— m — 
VI 

Li curé malade. 

On dit qui Lafontaine, qu'astet portant malin, 
N'avet l'air qui d'on innocint. 
Gn'a des aut' ij^ui c'est lot l'contrairè, 
Qui iiet les hoinm' d'esprit et portant qu'en n'ont waire. 
Ci n'est nin d'onc di c't'espéc'-ci 
Qui j'vus vos dire on mot voici. 
Mais c'est d'on vî curé d'village 
Qu'a todi on si drol' d'airage, 
Qu'on pins'ret qui c' n'est qu'on vrai fou ; 
Mais li d'din vaut bin mia qu'il d'foû. 
On j'oû i chait d'apoplexie; 
On croyet q'c'estet fait di s'vie. 
I n'riconucliet pus nolu, 
N'attindet rin et n'causet pas. 
Di long et d'iaug' li parintée 
Au complet astet arrivée. 
On' cousine et l'mesquenn' watiaint, 
Et po n' nin doirmu copinint 
Di tôt sort d'alfair' do manage 
£t do l'valeur di l'héritage 
Qu'on s'apprètet à rainasse. 
Quand l'malade auret trépassé. 
» I gn'a, diaint-elle', di l'argintrie 
» De linge et des bonnes littries, 
» Deux vach' ostruve et on couchet... 
» — Ah! tins... l'couchet... qu'est-c' qu'on z'è frè? 
» Li crachau trouv'ré bietôt s'place ; 
» A l'passée des meub' nos l'vindrans. 
» — Mais si cousin sYiliet portant'.' 



— 54 — 

» — Adon l'affair' sèret cangie , 
» Et nos tuwrans l'couchet à l'An dol'maladie. » 
Susl'timps qu'ell' bavardaint comm' ça 
Il astet survinu do mia. 
Li malad' r'avet connuchance 
Mais n'è flet nin simblance, 
Et po savvè ci qu'ell' plnsaint 
I choutet bin tôt c'qu'ell' dijaint. 
A l'An portant i lév' li tiesse ! 
» Ainsi, dist-iaux deux wuieresses, 
» Soie mi ou bin soie li couchet, 
» Gu'a onc di nos deux qu'y pass'rè. » 

VII 

Li via et Tèfant. 

Par on' nuit di gealée et d'nive 
Vola qu'on bia joû '1 arrive 
Din on' maujon di paysan 

Onvia et n' èfant; 
Mais comme i gealet à pir' flnde, 
Gnavet des précautions a prinde 

Di peu qui l'via n'crèv'ret ; 

S'il astet apris pa l'fret 

On z'auret ieu trop d'poaine. 

On sauie do l'richaudi 

Din on' couvert' di laine ; 

Au coin do feu couchi 

On l'avetrascouvii. 

On s'tinet à l'cujenne ; 

Déjà on' brav' vegenne 

Avet r'faclii l'èfant 



Et bin soqui l'maman. 
Po l'cafè d'délivrance 
Ou fiet tourné l'moulin, 

Li botcie avu l'france 
Allet v'nu sus l'momint. 
On' douzain' di galettes 
Astaint j'à sus l'assiette ; 
On riet, 
On caq'tet, 
Et l'banquet 
S'apprètet. 
On' vie commère do veginage 
Qui sintet qu'il allet fè bon, 
Vint fè on faux message 
Po z'intrè àl'maujon. 
« Commint va-l-i, dist-elle? 
» Ess qu'i gn'a des novelles? 
» Gn'a-ti on nouveau-né ? — Gn'a deux, 
« Respond l'sag' dam'; vo zè là onc d'iez l'feu. 
« Waitoz-1'on pau. » Li vie commère 
Qui pinset bin qu'on l'invitret 
Avu l's' aut' à boir li café 
Vlet fè si complumint au père. 
EU' lève ou pau réouvert' do via. 
Et d'vant do zawè veiu l'biesse 
« le Maria! dist-ell', qu'il est boa! 
» Qués bias grands ouies ! Que bell' noir' tiesse ! 
» Oh, po s'papa, c'est'on plaigi, 
» Ca c'est li to rachi. » 



— m — 

VIII 

Li jésuite et Tpaysan. 

On jésuite en voyage 
Passant din on village, 
Si trouvant foirt odè , 
Vlet on pau s'ripoisè. 
Din on'maujon qu'avet bonn' mine 
Il inture et d'mand' s'on vôret, 
En payant lî d'nè on' tartine 
Avu do l'bire ou do café. 
Li paysan a l'fait assire 
Et va bin vit' lî quai de l'bîre 
Li présint' des oûs, do jambon 
Et to c'qui gn'avet din s'maujon. 
I-fait causé l'révèrend père, 
Pinsant todi qu'i lî diret 
S'il astet curé ou vicaire 
D'us qui div'nè, usqu'il allet. 
Ça n'est nin surpurdant quand on d'mère au village : 
On n'a wair l'occasion d'veie des novias visages, 
Et s'on vet des monsieus on vut todi savvè 
Qui que les a ponnus, quî que les a covès . 
Li jésuit' li d'jet bin des foirt belles histoires. 
Mais i n'ii d'jet jamais de us et qui qTastet. 
A l'fin lu paysan en lî wuidant à boire 
S'hasarde à lî d'mandè 
S'il astet vicaire ou curé. 
» Non, je suis, dit l'révèrend père 
» De la société de Jésus. » 
L'bon homnï s'aggnole et vut s'mette en prière 
En criant : « Saint Joseph disus l'terre est d'chindu. » 



57 



» — Relevez-vous, mon cher, li dit l'jésuite, 
» Vous n'avez pas affaire a Saint-Joseph ici. 

» — È bitf, portant, Thon Diet n'avet din s'suite 
» Qui l'saint'Vierg', S 1 . -Joseph et l'baudet, à c' qu'on dil 

» Vos n'astoz-nin l'Saint'Vierg'? — Non, mon ami. 
» — È bin, v'ostoz l'baudet, ainsi? » 

Bemirainy, le 30 avril 1867. 

A. Vermer, 
membre correspondant. 



— 58 — 
VIEILLE CHANSON CANADIENNE. 



N. B. Il n'échappera à personne que culte pièce est un véritable cràmignon qui 
peut se chanter sur l'air de : Ah ! l'amour, vous me tourmentez. 

1 Dimanche après les vèpr's y aura bal chez Boulé ; 
Mais il n'ira personn' que ceux qui sav'nt dansé : 

Mon ton ton de ritaine, mon ton ton derité. 

2 Mais il n'ira personn' que cetfx qui sav'nt dansé ; 
José Blai comm' les autres itou voulut y aller ; 

Mon ton ton, etc. 

3 José Blai comm' les autres itou voulut y aller ; 
Mais, lui dit sa maîtresse : t'iras quand l'train s'ra fé. 

Mon ton ton, etc. 

4 Mais, lui dit sa maltresse : t'iras quand l'train s'ra fé. 
Il courut à l'établ' les animaux soigné. 

Mon ton ton, etc. 

5 II courut à l'établ' les animaux soigné; 

Prend Barré par la corne et Rougett' par le pied ; 
Mon ton ton, etc. 

6 Prend Barré par la corne et Rougett' par le pied ; 
Il saute à l'écurie pour les chevaux gratté, 

Mon ton ton, etc. 

7 II saute à l'écurie pour les chevaux gratté, 
Se sauve à la maison quand ils fur'nt étrillés; 

Mon ton ton, etc. 

8 Se sauve à la maison quand ils fur'nt étrillés : 
Il met sa veste rouge et son capot barré ; 

Mon ton ton, etc. 

9 II met sa veste rouge et son capot barré ; 

Il met son fichu noir et ses souliers francé : 
Mon ton ton, etc. 

10 II met son fichu noir et ses souliers francé, 

Et va chercher Lisett' quand.il fut bien greyé ; ( ' ) 
Mon ton ton, etc. 

1 1 Et va chercher Lisett' quand il fut bien greyé ; 
On le mit à la port' pour y apprendre à danser ; 
Mon ton ton, etc. 

12 On le mit à la port' pour y apprendre à danser, 
Mais on garda Lisett', sa jolie fiancée : 

Mon ton ton de ritaine, mon ton ton derité. 

Extrait de l'ouvrage de M. Ph. A. , de Gaspé : Les anciens Canadiens, Québec , 
4863, in-8°, p. 110. — Conforme à l'orthographe du texte imprimé. 

(i; Habillé. 



— 59 — 
TRADUCTION 



1 Dimègne après les vèp à bal dimon Boule 
On n'riçuva non lu qui l'ei qu'saveut danser. 

Laridon deridaine, Laridon déride - . 

2 On n'riçuva non lu qui l'ci qu'saveut danser. 
Joseph Biais comme les aut' sohaitiv' d'y aller ; 

Laridon deridaine, etc. 

3 Joseph Biais comme les aut' sohaitiv' d'y aller ; 
Min, li derit s'mintress' : t'a co l'ovrège à fer. 

Laridon deridaine, etc. 

4 Min, li derit s'mintress' : t'a co l'ovrège à fer. 
I court es stà des vach' si d'homb di les forer 

Laridon deridaine, etc. 

5 I court es stà des vach' si d'homb di les forer 

1 happ' po l'pid Bogett', i prind po l'coin' Barré, 
Laridon deridaine, etc. 

6 I happ' po l'pîd Bogett', i prind po l'coin' Barré, 
I vole es stà des chvà, si d'paîch' di les frotter; 

Laridon deridaine, etc. 

7 I vole es s'tà des ch'vâ, si d'paîch di les frotter; 
Quand les ava strii es s'chamb' vola^bizé. 

Laridon deridaine, etc. 

8 Quand les ava strii es s'chamb' vola bizé. 
I mouss' si roge habit et s'eorsulet rôielé , 

Laridon deridaine, etc. 

9 I mouss' si roge habit et s'eorsulet rôielé, 
Mett' si non mazarin et ses pus fins soles ; 

Laridon deridaine, etc. 

10 Mett' si nou mazarin et ses pus fins soles ; 
Puis va quèri Lisett' quand fourit bin callé, 
Laridon deridaine, etc. 

•11 Puis va quèri Lisett' quand fourit bin callé. 

Un l'a mettou st' à l'ouh' po l'apprind à danser , 
Laridon deridaine, etc. 

12 On l'a mettou s't' à l'ouh' po l'apprind à danser, 
Min s'bell' crapaud' Lisett' tôt' nute on l'a wàrdé. 
Laridon deridaine, Laridon déridé. 



Nie. DEFRECHEUX. 



TABLE DES MATIÈRES. 



PREMIÈRE PARTIE. 

Pages 

Règlement 5 

Tableau des membres de la Société 13 

Rapport sur les concours n os 9, 10, 11 et 12 par M. A. Desoer 34 

Dizo l'Tiou, cràmignon par L. Vanderyelden 41 

Rapport sur le concours n° 2, par M. Ch. Grandgagnage 45 

Glossaire des menuisiers, charrons et charpentiers, par M. A. Body ... 53 



DEUXIÈME PARTIE. - MÉLANGES 



La lettre des Venalz, par M. Ch. Grandgagnage 3 

Un vieux ménage liégeois, par M. Aug. Hock 9 

Contes populaires (Dialecte de Beauraing) 45 

Vieille chanson canadienne, par Nie. Defrecheux 58 



BULLETIN DE 1865 



TOUR IX. 



BULLETIN 



de la 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE 



LITTÉRATURE WALLONNE. 



NEUVIEME ANNÉE. 




LIÈGE 

I . -G . C A K M A N \ Il , I M P lî [ M E U H 



18U 



SOCIET*: LIEGEOISE 



DE 



LITTÉRATURE WALLONNE. 



CHAPITRE PRÉLIMINAIRE. 

Art. l <r . Il est constitué à Liège une Société dans le but 
d'encourager les productions en Wallon Liégeois; de propager 
les bons chants populaires ; de conserver sa pureté à notre 
antique idiome, d'en tixer autant que possible l'orthographe et 
les règles, et d'en montrer les rapports avec les autres branches 
de la langue Romane. 

CHAPITRE IL 

Titre et travaux €le la «ofielô. 

Art. 2. La Société prend le titre de Société liégeoise de 
littérature wallonne. 

Art. 3. Elle institue un concours annuel de poésie wallonne 
entre les poètes du pays de Liège. 



6 



Un concours pourra également être établi sur les questions 
historiques ou philologiques relatives au wallon. 

Art. 4. Le sujet du concours, ses conditions, les récompenses 
à donner aux lauréats (') sont déterminés chaque année par la 
Société dans le courant du mois de novembre. 

La distribution dès prix pourra avoir lieu en séance pu- 
blique ( : ). 

Art. 5. La Société réunit les matériaux du dictionnaire et de 
la grammaire du wallon Liégeois. Elle détermine, autant que 
faire se peut, les règles de la versification. 

Art. 6. La Société s'assemble de droit au local ordinaire 
de ses séances, à six heures du soir, les 15 des mois de 
janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, novembre et 
décembre. 

Dans le cas où ces dates tombent un jour férié, la réunion 
a lieu le lendemain. L'assemblée générale est celle du mois de 
janvier. 

Ar. 7. La Société s'assemble aussi sur toute convocation du 
secrétaire ordonnée par le président. La convocation contient 
l'ordre du jour. 

A la demande de trois membres titulaires, le président doit 
faire convoquer la Société. 

Art. 8. L'assemblée délibère sur les objets à l'ordre du jour 
lorsque cinq membres titulaires sont présents. 

En cas d'urgence reconnue par l'assemblée, il peut être statué 
sur tout autre objet non prévu à l'ordre du jour. 

Art. 9. Sur demande de trois membres, le vote a lieu au 
scrutin secret. 



(') Toute mention honorable donne droit à une médaille en bronze (Séance du 
15 mars 1858). 

Toute personne ayant obtenu une médaille dans un concours de la Société recevra 
le bulletin de l'année correspondante (Séance du 15 février -1859). 

(2j Cet article a été ainsi modifié le lu février 1858, par une décision de la 
Société. 



— 7 



Toute élection a lieu au scrutin secret. 

Art. 10. Toute discussion politique ou religieuse est interdite. 

CHAPITRE III. 

Wos fonctionnaires «>l du bm*c:in. 

Art. 11. Les travaux de la Société sont dirigés par un bureau 
composé d'un président, d'un vice-président, d'un secrétaire, 
d'un bibliothécaire-archiviste et d'un trésorier ('). 

Art. 1:2. En cas d'absence du président et du vice-président, 
le membre le plus âgé en remplit provisoirement les fonctions. 

Si le secrétaire est absent, le président choisit un des membres 
pour le suppléer. 

Art. 13. Le président, le vice-président, le secrétaire, le 
bibliothécaire-archiviste el le trésorier sont nommés tous les 
ans dans la séance du 15 décembre; ils entrent en fonctions 
dans la séance qui suit celle du 15 janvier. 

Art. 14. Le président règle l'ordre du jour et dirige les dis- 
cussions ; il veille à l'exécution du règlement; il rend compte 
des travaux de l'année écoulée à l'assemblée générale du 15 
janvier. 

Art. 15. Le secrétaire tient le procès-verbal des séances et la 
correspondance; il exécute les décisions de la Société. Il est 
dépositaire du sceau. 

Ain. 16. Le bibliothécaire-archiviste conserve et classe la 
bibliothèque et les archives. — Le trésorier opère les recettes, 
l'ait les paiements, et en rend compte à la fin de l'année, le tout 
sous la surveillance du président. Chaque année il sera dressé 
un projet de Budget pour le nouvel exercice. 

I ') Les articles 11, 1J", lo et 16 ont été ainsi modifiés par la Société le 15 mars 
1866. 



CHAPITRE IV. 



Des membres «îe Sa SoeHétc. 



Art. 17. La Société se compose de membres honoraires, de 
titulaires, d'adjoints et de correspondants. 

Art. 18. Les membres honoraires sont : A. le bourgmestre de 
la ville de Liège; B. le président du Conseil provincial; C. les 
personnes qui ont rendu des services émineuts à la Société et à 
qui cet honneur est décerné par les votes des trois quarts des 
membres titulaires présents. 

Art. 19. Les membres titulaires de la Société sont au nombre 
de trente. 

Us ont seuls voix délibérative et consultative. 

Art. 20. Les personnes présentées par trois membres titulaires 
sont inscrites comme membres adjoints. Les présentants sont 
responsables du paiement de la cotisation de la première année 
due par le membre adjoint qu'ils ont présenté. 

Art. 21. Les membres correspondants sont nommés à la ma- 
jorité des membres titulaires présents; ils se tiennent eu relation 
avec la Société ('). 

Les membres honoraires, adjoints et correspondants ont le 
droit d'assister aux séances fixées par te règlement. 

Art. 22. Les membres titulaires sont choisis parmi les mem- 
bres adjoints à la majorité des votes des membres présents. 

Art. 23. Les membres titulaires signent les Statuts avant 
d'entrer en fonctions. 

Art. 24. La démission donnée par un membre titulaire ou 
adjoint ne le libère pas du paiement de la cotisation de l'année 
dans le courant de laquelle la démission est donnée. 

(*) Les membres correspondants ne figureront au tableau que lorsqu'ils auront 
accepté ce titre. Ils sont invités à faire don à la Société de leurs publications. (Séance 
du 15 février 1861). 



9 — 



Le défaut de paiement de la cotisation pendant deux ans 
entraîne la démission. Le démissionnaire n'en est pas moins 
tenu au paiement de ces deux années. 

CHAPITRE V. 

I>es publication». 

Art. 2o. La Société fait imprimer : 

A. Les pièces couronnées dans les concours et celles non 
couronnées qui méritent celle distinction ('). 

Ces pièces deviennent sa propriété. Les auteurs ne peuvent 
les réimprimer qu'avec l'autorisation de la Société. Tout ma- 
nuscrit envoyé au concours est déposé aux Archives. 

B. Les pièces anciennes dont la rareté et le mérite néces- 
sitent la conservation. 

C. Les pièces adressées à la Société lorsqu'elles en sont 
jugées dignes. 

Dans toutes ces pièces, les convenances devront être res- 
pectées tant dans le fond que dans la forme. 

Art. 26. Le Secrétaire est chargé de remplir les formalités 
voulues par la loi pour assurer à la Société la propriété de ses 
publications. 

Art. 27. Un exemplaire numéroté de toute publication est de 
droit remis sans rétribution à chaque membre honoraire, titu- 
laire et adjoint. 

La Société peut décider l'envoi d'un exemplaire aux corres- 
pondants. 

Un exemplaire est adressé aux Sociétés qui accordent la 
réciprocité , à la bibliothèque royale de Bruxelles, et à celle de 
l'Université de Liège. 

(') L'insertion au Bulletin d'une œuvre quelconque est accompagnée du tirage 
part de 50 exemplaires destinés à l'auteur. (Séance du 15 février 4861). 



— 40 — 
CHAPITRE VI. 

Des Recettes et des Dépenses. 

Art. 28. Les recettes consistent : en cotisations ordinaires 
payées par les membres titulaires, fixées à dix francs ; en coti- 
sations payées par les membres adjoints, fixées à cinq francs ; 
en cotisations extraordinaires que la Société s'impose ; en dons 
volontaires ; en subsides éventuels de la Commune, de la Pro- 
vince, de l'État ; et en produits de la vente des exemplaires des 
publications livrés au commerce. 

Art. 29. Les dépenses ordinaires sont celles pour frais d'ins- 
tallation et de bureau ; elles sont ordonnées par le bureau. 

Art. 30. Les dépenses extraordinaires sont celles qui sont 
occasionnées par les publications de la Société et les prix à 
décerner aux lauréats des concours. Elles ne peuvent être 
votées qu'à la majorité des trois quarts des membres titulaires 
présents. 

CHAPITRE VII. 

De 5a révision «îw règlement et tîe !a <lSsso<ut5oïi tBe !a 

Société. 

Art. 31. En cas de nécessité reconnue par la majorité des 
membres titulaires présents et absents, les Statuts peuvent être 
modifiés. 

Aucune résolution ne peut être prise à ce sujet qu'après avoir 
été discutée dans deux des réunions de droit. 

En cas de dissolution , laquelle ne peut être décidée qu'à la 
majorité des trois quarts des membres titulaires présents et 
absents, la bibliothèque , les archives et le sceau de la Société 
sont déposés à la bibliothèque de l'Université de Liège et de- 



— 11 — 

viennent la propriété de la ville; le solde restant en caisse est 
acquis en tous cas au bureau de bienfaisance de la ville de 
Liège. 

Liège, le 27 décembre 1856. 

Pour copie conforme : 

Le Secrétaire , 
F. BAILLEUX. 



— «•"&*»*£* — 



TABLEAU 



DES 



MEMBRES DE LA SOCIETE 



ARRÊTÉ LE 1" MAI 1867. 



BUREAU. 

Grandgagnage (Charles), Président; 

FDSS (Théophile 1 , Vice-président ; 

BORMANS Stanislas), Secrétaire; 

Grandjean (Mathieu), Bibliothécaire-Archiviste; 

Dr.FRECHEUX (Nicolas), Trésorier. 

Membres titulaires. 

Bormans J.-H.), professeur émérile à l'Université, membre de l'Académie royale. 

Bormans (Stanislas), conservateur-adjoint des Archives de l'État. 

Biry Auguste), avocat, membre de la Commission des Hospices civils. 

Capitaine Ulysse), administrateur de la Banque Nationale. 

CHANDELON (J.-T.-P.), professeur à T'Université, membre de l'Académie royale. 

Chai noua -: t'.-iix , fabricant d'armes. 

COLLETTE (Victor;, fabricant d'armes. 

Defreciieix (Nicolas), expéditionnaire du Conseil académique. 

liKiiix Joseph), maître chaudronnier. 

Dejardh [Joseph), notaire. 



14 



Delarge (Jean-Guil.), instituteur à Herstal. 

Delboeuf (Joseph), professeur à l'Université de Liège. 

Desoer (Auguste), avocat. 

De Thier (Charles), juge au tribunal civil. 

Dumont (B.-A.), notaire. 

Fuss (Théophile), conseiller à la Cour d'appel. 

Galand (Walthère), avoué. 

Grandjean (Mathieu), sous-bibliothécaire à l'Université. 

Grandgagnage (Charles), ancien représentant. 

Grenson (Camille), avocat. 

Henrotte (Nicolas), chanoine. 

Hock (Auguste), fabricant-bijoutier. 

Kirsch (Hyacinthe), avocat. 

Le Roy (Alphonse), professeur à l'Université et à l'École normale. 

Lesoinne (Charles), représentant. 

Masset (Gustave), commis-greffier. 

Picard (Adolphe), vice-président du Tribunal civil. 

Stecher (Jean), professeur à l'Université et à l'École normale. 

Thiry (Michel), inspecteur du service des transports au chemin de fer de l'État 

Wasseige (Charles), docteur en médecine et conseiller provincial. 

Membres honoraires 

Le Bourgmestre de Liège. 

Le Président du Conseil provincial. 

Grandgagnage (Joseph), premier président de la Cour d'appel. 

Lamaye, avocat, vice-président du Conseil provincial. 

Littré (Emile), membre de l'Institut de France. 

Polain (Mathieu), administrateur-inspecteur de l'Université. 

Membres correspondants (*) 

Alexandre (A.-J.), professeur à l'école moyenne de Gosselies. 

Bidaut (Eugène), secrétaire-général du ministère des travaux publics , à Bruxelles. 

Borgnet (Jules), conservateur des archives de l'État, à Namur. 



(*) On croit devoir appeler l'attention de Messieurs les membres correspondants 
sur la note de l'article 24 du règlement. 



— 15 



Bovie (Félix), peintre et homme de lettres, à Bruxelles. 

Breden, professeur au gymnase d'Arnsberg. 

CiiALon (Benier), membre de l'Académie royale de Belgique, à Bruxelles. 

Chavée(H.), homme de lettres, à Paris. 

CLESSE (Antoine), homme de lettres, à Mons. 

Coi NE Joseph), préfet des études, à Anvers. 

De Backbr (Louis), homme de lettres, à Noord-Peene (France). 

De Christé (L.), imprimeur à Douai. 

De Coussemaker E.), président du Comité flamand de France, à Dunkerque. 

Delgotalle, Franc.), pharmacien, à Visé. 

De Noue (A.), docteur en droit, à Malmedy. 

Desrousseaux (A.), chef de bureau à la Mairie, à Lille. 

Geubel (J.-B.), juge d'instruction, à Marche. 

BOFFMANN (F.-L.), homme de lettres, à Hambourg. 

HyMANs Louis), membre de la Chambre des représentants, à Bruxelles. 

Lagrange (Philippe), négociant, a Namur. 

Le Pas (Auguste), professeur au Conservatoire royal de Liège, à Jupille. 

Leray Eugène), teinturier, à Tournai. 

Letellier, curé, à Bernissart (Hainaul). 

Loumter (N. , chef de division au département des affaires étrangères, à Bruxelles. 

MlCHELANT H.), vice-président de la Société impériale des antiquaires de France, à 

Paris. 
MAGNÉE Gustave , vérificateur des douanes, à Theux. 
Morel (A , homme de lettres, à Paris. 
Poulet (Nicolas), peintre, à Verviers. 
Régnier (J.-S.), peintre, à Verviers. 
Renard (M.-C. . vicaire, à Genval (Brabant). 
Renard (Jules), rédacteur du Charivari, à Paris. 
Scheler (Aug.i, bibliothécaire de S. M., à Bruxelles. 
Schgermans ^11. , procureur du roi, à Lié; 
Tarlier, professeur à l'Université libre, à Bruxelles. 
Van Bemmel (Eugène), professeurà l'Université libre, à Bruxelles. 
V'ermer (Aug.), docteur en médecine, à Beauraing. 
Von KELLER Adalbert), professeur à l'Université de Tubinge. 
Wabxomont (Charles), à Bruxelles. 
Wérotte Charles , à Namur. 
Xik.i 1 1 r .1. F.), rentier, à Verviers. 



— 16 — 
Membres adjoints. 

Aerts (Auguste), notaire. 

Ancion (Dieudonné), fabricant d'armes. 

Ansiaux-Rutten (Emile), ancien bourgmestre. 

Ansiaux (Jules), D r . en médecine. 

Ansiaux, professeur de musique, à Charleville. 

Attout-Franz, négociant. 

Baar-Lecharlier, négociant. 

Balat (Alphonse), architecte du duc de Brabant, à Bruxelles. 

Banneux (Léon), propriétaire à Huy. 

Bayet (Joseph , juge au tribunal de 4 re instance. 

Bayet (Emile), ingénieur. 

Beaujean (François?, négociant. 

Beaujean (Eugène), négociant. 

Bellefontaine (François), négociant. 

Bellefroid (Victor), directeur de la Banque liégeoise. 

Beltjens (Gustave), substitut du procureur du Roi, à Verviers. 

Bérard-Leurquin, directeur-économe de l'Institut des sourds-muets. 

Bèrard (Charles), directeur au département des finances, à Bruxelles. 

Bertrand, curé de l'église St-Lambert, à Herstal. 

Bernard (Félix), notaire, à Montegnée. 

Bethune (Armand), rentier. 

Beuret (Auguste), fabricant. 

Biar (Grégoire), ancien notaire. 

Biar (Nicolas), notaire. 

Birck-Collette, fabricant. 

Blonden, ingénieur-directeur des travaux publics de la ville de Liège. 

Bodson (Mathieu), vicaire de St-Barthélemi, à Liège. 

Bodv (Albin), rentier, à Spa. 

Boioux (L.-J.), avocat, ancien échevin. 

Borouet (.Louis), docteur en médecine. 

Borguet 'Louis), avocat. 

Bormans (Théophile), avocat. 

Boseret (Charles), avocat. 

Bottin (Alexandre), avocat. 

Bourdon (Jules), échevin. 

Bourgeois (Nestor), directeur d'usine, a Seilles. 



— 17 — 

Bouvy (Alexandre), fabricant. 
Rraconier (Frédéric), représentant. 

Braconier (Charles 1 , consul de Suède. 

Brahy, négociant. 

Bronne Louis , inspecteur des postes. 

BRONNE (Gustave), fabricant d'armes. 

Bdckens (J.-G.), professeur à l'Académie. 

IU'stin (Oscar), directeur de charbonnage, à Grace-Berleur. 

Bya Joseph), industriel. 

Capitaine (Edouard), président de la Cour du Limbourg, à Maastricht. 

Capitaine (Félix), ancien président de la Chambre de Commerce. 

Capitaine (Félix), fils, fabricant et conseiller communal. 

Carlikr Florent, entrepreneur. 

Carmanne J.-G.), imprimeur. 

Carpay François , instituteur. 

Carpentier (N.-J.), curé, à Soiron. 

Carrez-Ziegler, négociant. 

Caurin (Martin), professeur de musique. 

Charles (Prosper), avocat. 

Charlier Eugène), docteur en médecine. 

Chaudoir-Van Melle, fabricant. 

Chauvin (Auguste), directeur de l'Académie de peinture. 

Chèvrement Henri), ingénieur civil, à Herslal. 

Chokier Charles), avocat. 

Ci.aes-Waltehs Eugène), entrepreneur, à Namur. 

Ci.ociiereux (Henri), avocat et conseiller communal. 

Cloes (J.), conseiller à la Cour. 

Closset (Mathieu), banquier, ancien bourgmestre de Liège. 

Closset (Evrard), administrateur de la Banque nationale. 

Closset (Henri), étudiant. 

Closon (Joseph), avocat. 

CohEDR (Gustave 1 , major d'artillerie de la garde civique. 

Collette (Léopold), fabricant d'armes. 

Colsoul (Auguste), directeur du gazomètre, à Verviers. 

Comhaire (Charles), avocat. 

Constant (Erasme), marchand de fer. 

Corxesse (Edouard), négociant, a Aywaille. 

CORNESSE Prosper). avocat et conseiller provincial. 



— 18 — 

Couclet-Mouton (F.), graveur. 
Couclet, capitaine de lanciers. 
Crémers (Léopold). 
Cudell (Adolphe), avocat. 

Dandoy Célestin), conseiller communal. 

D'Andrimont-Demet, industriel. 

D'Andrimont-de Mélotte, conseiller provincial et communal. 

D'Andrimont (L.), administrateur de la Banque nationale. 

Dardenne (V.), fabricant bijoutier. 

Dardespine (F.-C), négociant. 

Dauw (E.), juge d'instruction. 

Dawans-Closset (Adrien), fabricant et conseiller provincial. 

Dawans-Orban (Jules), fabricant. 

Debefve (P. -A.), négociant. 

Debonmer (H. -F.), négociant. 

De Boubers (Adolphe). 

De Bronckart (Emile), ancien représentant, à Brâ. 

Dechamps, major pensionné, à Stembert. 

De Fabri-Beckers, conseiller provincial. 

Defays-De Monceau, conseiller provincial. 

Defrecheux (Emile), employé. 

De Glymes (comte), substitut du procureur du roi. 

Dehasse (Auguste), fabricant. 

Dehasse (Félix), fabricant. 

Dehessele (Victor), fabricant, à Thimister. 

Dejardin ; Adolphe), capitaine du génie, à Anvers. 

Dejardin (Henri), rentier. 

De la Rousselière (Amédée baron , rentier. 

De la Rousselière (Arthur baron), secrétaire de légation. 

De Lavelleye (Emilie), professeur à l'Université. 

Delbouille (Joseph), banquier et conseiller communal. 

Delbouille Louis), notaire. 

De Lexhy (M.-B.-J.), docteur en médecine, à Gràee-Berleur. 

Delfosse (Eugène), ingénieur civil. 

Delgotalle Alfred), étudiant, à Dalhem. 

Delhasse Félix), homme de lettres, h Bruxelles. 

Delheid (Louis), docteur en médecine. 

Df.lheid (Jules), docteur en médecine. 



- 19 — 

Deliége-Requilé [Jacques), fabricant. 

De Looz-Corswarem comte Hyp.), sénateur. 

Dei. Marmoi. (baron Ch.), avocat. 

De Luesemans (Charles', gouverneur de la province 

DELVAUX, agrégea l'Université. 

DELVAUX l'abbé), professeur au Collège St.-Quirin (Huy). 

De Macab Charles), colonel pensionné. 

DE Macar (Augustin , rentier. 

De Macar (Charles), avocat et conseiller provincial. 

De Macar (baron Ferdinand), représentant. 

De Macar (Julien', directeur de houillère, à Beyne-Heusay. 

De.many Laurent , architecte et conseiller communal. 

Demany (Ferd.), commissaire de police en chef. 

De.many (Ferd.), architecte. 

De Mélotte (Armand), rentier. 

Deheuse Dieudonné), docteur en médecine et bourgmestre, a Wandre. 

De Moffaerts (baron Léonce), rentier. 

DENIS Alexandre), fabricant. 

d'Erckentel (Eugène), juge de paix, à Nandrin. 

De Uosen v baron Edmond), propriétaire. 

De Rossil's (Ch. , fabricant. 

De Rossius Ferdinand , avocat et représentant. 

De Sauvage Vercoiu Félix), banquier. 

De Savoie (T. .(.), professeur à l'Université. 

De Selys-Longchamps (baron), sénateur, a Waremme. 

De Sélys-Fanson baron Ferdinand), rentier, à Beaufays. 

De Sélys-Fanson (baron Robert), rentier, à Xhoris. 

Desoer Oscar , rentier. 

Desoer (Emmanuel), avocat. 

De Stockhem baron Léopold,), propriétaire à Amay. 

De Tiiel'x Xavier , rentier, a Bruxelles. 

De Trier (Léon), homme de lettres. 

Detrooz (Auguste), juge au tribunal civil. 

Devaux (Louis , avocat. 

De Vaux (Adolphe), ingénieur. 

De Vaux (Emile , Ingénieur. 

Detroye, chanoine et grand chantre de la Cathédrale. 

DeWALQUE G.), professeur à l'Université. 

Dewandre Ferd. , avocat. 



— 20 — 

Dewez-Chaudoir, négociant. 

De Zantis de Frymerson, rentier. 

Digneffe (Victor), agent de change. 

Distexhe (Hubert), professeur à l'Académie. 

Donchen (Hubert), conseiller provincial, à Avernas-le-Bauduin. 

D'Omalius (Frédéric), juge au tribunal de l re instance. 

Donckier-Jamme (Ch.), membre de la députation permanente. 

Doret (V.), conseiller provincial, à Verviers. ' 

Dossin (Henri), fabricant. 

D'Otreppe de bouvette (Albert), conseiller honoraire. 

Doutrepont (Louis), avoué. 

Doutrewe (P.), à Louvegné. 

Dresse-Ansion (Olivier), fabricant d'armes. 

Drion (Aug.), greffier de justice de prix. 

Dubois (François), rentier. 

Dubois (Ernest), substitut. 

Dumont, conseiller communal. 

Dupont (Albert), consul de Turquie, à Liège. 

Dupont (Alexandre). 

Dupont (Ernest), chef de division au ministère des travaux publics. 

Dupont (Evrard), professeur à l'Université. 

Dupont (Edouard), candidat notaire. 

Dupont (François), ingénieur. 

Dupont (Emile), avocat et représentant. 

Du Vtvier-Sterpin (L.), libraire. 

Elias (Floribert), rentier 

Elias (Nicolas), avocat et représentant. 

Elias (Robert) . rentier. 

Elias, fabricant, à Sclessin. 

Eloin (Félix), secrétaire de l'empereur de Mexique. 

Etienne, négociant. 

Fabry (Arnold), conseiller provincial, à Dison. 

Fallise (Louis), rentier. 

Fallise (Armandj, ingénieur civil. 

Fallise (Victor), professeur à l'Athénêe. 

Falloise (Alphonse), juge au tribunal de l re instance. 

Fain Joseph) ingénieur, au Rocheux, près Theux. 



- 21 — 

Festraets (Auguste), docteur en médecine. 

Fetu-Defize J.-F.-A.), fabricant et échevin. 

Fick, tanneur. 

Fick-Simon (François), négociant et conseiller communal. 

Fiess, bibliothécaire à l'Université. 

Fn.or [H. -J.), instituteur, faubourg Vivegnis. 

Fléchet (François), notaire et conseiller provincial à Verviers. 

FlÉCHET (Guillaume), entrepreneur. 

FLÉRON (Joachinij, bourgmestre a Bellaire. 

Flokenville (A.-U.), major de la garde civique. 

Fons.ny, bourgmestre de Saint-Gilles. lez-Bruxelles. 

Forgeur Jos.), avocat et sénateur. 

Forgeuu (Georges), secrétaire de légation. 

Forir (Jos.), chef de bureau à l'Hôtel-de-Ville. 

Fossion (N.-J.), docteur en médecine. 

Fouo.uet (Guill.), sous-directeur à l'école agricole de Gembloux. 

Folry, général-major. 

Fraigneix (Louis), négociant. 

Franck Mathieu 1 , entrepreneur. 

Francotte (Victor) , fabricant. 

Frankig.noi'lle, greffier de la justice de paix, à Seraing. 

FrÉDÉRIX (Alph.), ingénieur civil. 

Frédérix (Gustave), homme de lettres à Bruxelles. 

Frére-Orran (Wathère), ministre des finances. 

Frère (Walthère), tils, fabricant à Verviers. 

Frère (Georges), avocat. 

Gaede (H.), docteur en médecine. 

Galand George.-), négociant. 

Galand (Lamb.), notaire et conseiller provincial à Glons. 

Galopin (J.), rentier à Aix-la-Chapelle. 

Gaithv, professeur a l'Athénée de Bruxelles. 

Gérard (Frédéric), avocat. 

Gérard (Michel), entrepreneur à Ans. 

Gérard, professeur à l'Athénée. 

Gerheau F.), membre de la Députation permanente. 

Gernakrt (Arthur , vice-consul des États-Unis. 

GiLKJNET (J.-P.), notaire et conseiller provincial. 

Gillet (Emile), juge a Huy. 



Gillon a.), échevin et professeur à l'Université. 

Gii.man (Alph.), juge à Verviers. 

Gonne, ingénieur à Cologne. 

Goossens (Gustave), agent de change. 

Goret (Léopold), ingénieur. 

Gothier, libraire. 

Goût (Isidore), rentier. 

Goyaert-Malherbe, fabricant. 

Grandjean, bourgmestre à Housse. 

Grégoire (Hyacinthe), président du Tribunal de t re instance de Huy. 

Grégoire (Alphonse), notaire à Dalhem. 

Grenson (Camille), avocat. 

Grumsel. 

Guillaume (François), ancien commissaire de police en chef. 

Habets (Alfred), répétiteur à l'École des mines. 

Halkin (Aimé), lieutenant d'artillerie, à Termonde. 

Halkin (Emile), lieutenant aux pontonniers, a Amers. 

Halkin-Rémont (C.J.), architecte. 

Halkin (Jules), sculpteur. 

Hamal (P.-J.), avocat et conseiller provincial. 

Hanssens (L.), avocat. 

Hayemael (Henri), banquier à Spa. 

Helbig (Henri), homme de lettres. 

Helbig (Jules), peintre. 

Hermans (L.-J.), juge de paix. 

Heuse (H.-J.), docteur en médecine. 

Heuse-Lahaye (G.), fabricant, à Olne. 

Horstmans, rue Fétinne. 

Houbotte, ingénieur en chef des ponts et chaussées. 

Houget (Adrien), industriel à Verviers. 

Hubert (Alexis', fabricant, à Esneux. 

Hubert de Pondrome (R.), à Chênée. 

Huberty (Léon), à Malmédy. 

Ilias (Henri), professeur à l'Athénée. 
Jahar (Léonard), notaire. 



Jamar (Emile), conseiller provincial. 

Jamar (Gustave 1 , fabricant. 

JAMAR (Armand , ingénieur. 

Jamme (Emile), commissaire d'arrondissement. 

JARSMONT, major pensionné, à Martinrive (Spriinonl). 

Jeanne Nicolas), professeur, à l'Athénée. 

Jenicot (Philippe), pharmacien, à Jemeppe. 

Jongen (Jean), fabricant. 

Jorissen (Jules), négociant. 

Keppenne (F.), président du tribunal de i ,c instance. 

Keppenne (Ch.), notaire. 

Kersten-Magis (P.), fabricant. 

Kirsch Hyacinthe), directeur de charbonnage. 

Ktpper (Ch.-Théod.), directeur de fabrique, a Dalhem. 

KCPFFERSCHLAEGER (Isidore), professeur a l'Université. 

Lacroix Alfred', négociant. 

Lafnet (T.), chef de bureau à l'Hôtel-dc-Ville. 

Laçasse (Laurent 1 , fabricant. 

LAHAYE, Joseph . directeur de charbonnage. 

LALOUX Adolphe, propriétaire. 

Laloux (Nicolas . greffier provincial. 

LAMARCHE-DE-Hossius '<>.), administrateur de la Banque nationale. 

LamaRCHE-JamAR 'Alfred), industriel. 

Lambert, notaire, a St. -Georges. 

Lambert (J.), brasseur. 

Lambert (Antoine , brasseur, à Goronmeuse. 

LAMBERTY, docteur en médecine, à Verviers. 

Lambertï Alphonse), employé des postes, à Stavelot. 

Lambinon (J,-L, . notaire. 

LAMBINON (Gustave), ingénieur. 

Lamrotte (Armand), fabricant bijoutier. 

Lambotte (Jean-Baptiste;, a Cologne, 

LAOUREUX, sénateur, a Verviers. 
Laport (GuilL), fabricant. 
Lassence (Victor , photographe. 
Lecoq (A). 
I.eenaerts (J.-M.) fabricant, a Saulcy. 



— 24 - 

Lelotte, négociant, à Verviers. 

Lemaire, avocat, à Namur. 

Lemille (Joseph), fabricant d'armes. 

Lequarré, professeur, à Tournai. 

Lesoinne (Léon), fabricant. 

LEURQUIN (Camille), notaire, à \horis. 

Lhoest (Aug.', lieutenant-colonel d'artillerie. 

Lhoest-Lonhienne (J.-G.), vice-président du tribunal civil. 

Liben (Charles), contrôleur de contributions, à Dinant. 

Libert (Louis), membre de la députalion permanente. 

Lion (Léopold), ingénieur et conseiller communal. 

Lonay (G.), curé-doyen de St. -Barthélémy. 

Lonhienne (L.-J.j, sénateur. 

Lonhienne (Godfroid), rentier. 

Louvat (Edmont), avocat, à Namur. 

Lovinfosse, (F.), imprimeur. 



Macors (Félix), professeur à l'Université. 
Macors (Jos.), professeur à l'Université. 
Magis (Max.), fabricant. 
Malherbe (Edouard), fabricant d'armes 
Mansion (Ëmil«), professeur à Huy. 
Marcelin-Lagarde, professeur. 
Marcellis (François), fabricant. 
Marchot (Emile), négociant. 

Marcotty, substitut du procureur général. 

Martiny (Martin), fabricant, à Herslal. 

Masset-Hamal, négociant. 

Masset (L.), bourgmestre de Herslal el conseiller provincial 

Masset (Oscar), fabricant. 

Matelot (Prosper). 

Mathelot-Debruge, ingénieur civil. 

Mathieu (Jules), instituteur, à Olne. 

Méan (Charles), fabricant. 

Mercier (Laurent), négociant. 

Micha (Léonard), ingénieur, à Maries (Pas-de-Calais.) 

Micha (Alfred), étudiant. 

Minette (Jules), rentier. 



— 25 — 

MiNETTE-Orban (Victor] , rentier. 

Mou.wf.-Lami-.inon [J.-A.-F.), conseiller mmmunal. 

Monnoyek, directeur de houillère, à Cheratte. 

Moreau, ingénieur, à Louvain. 

Morren (Edouard), professeur à l'Université. 

Mottart (Albert), ingénieur civil. 

Mottart (Gustave), avocat et échevin, 

Mottart (Jules), négociant. 

Mottart (Philippe), brasseur. 

Mouton (Louis), avocat. 

Mouton (Dieudonné), avocat et représentant. 

Moxhom [Casimir), avocat. 

MULLER (Clément), avocat et représentant. 
Miller (Edmond), banquier à Verviers. 

NAGELMACKERS (Jules;, agent de la Banque nationale. 

Nagelmackers [Armand), consul d'Espagne. 

Nagelmac.kers (Albert), banquier. 

Nagelmackers (Edmond), banquier. 

Nagelmackers (Ernest;, banquier. 

Nagelmackers (Carlos), ingénieur civil. 

Neef (Jules), bourgmestre de Tilff et conseiller provincial. 

Necvili.e (Joseph), ancien bourgmestre de Liège. 

Niiion (L.-A.), avocat. 

NoÉ [Amand), avoué. 

NOÉ (Adolphe), fabricant. 

Noirfalise Jules), fabricant. 

Nypels (J.-S.-C), professeur à l'Université. 

Olivier (Henri), négociant en laines, à Verviers. 

Orran (Eugène), fabricant. 

Orran [Ernest), fabricant. 

ORBAN Marcel), avocat. 

Orban (Jules), fabricant. 

Orbak Léon , réprésentant. 

uni m VNS-HADSEDR, bourgmestre de Verviers. 

Orthans, industriel. 

Paque Eugène), artiste vétérinaire à Verviers. 



— 26 — 

Paque (Érasme), pharmacien. 

Paque, conducteur des ponts et chaussées, à Aywaille. 

Paquot, directeur-gérant de la Société du Bleyberg. 

Pascal-Lambinon, négociant. 

Pasquet (Emmanuel), professeur à l'Athénée royal de Gand. 

Pécher (François;, avocat, à Mons. 

Peck (Léonard), ingénieur. 

Péty-de Rosen .'Jules , rentier, à Grune. 

Péty (Léon), avocat. 

Phillips (Justin), négociant. 

Phillips-Ohban, rentier. 

Piedboeuf (Théodore), fabricant à Ju;iille. 

Piedboeuf (Théodore), avocat et conseiller provincial. 

Piercot (Ferdinand), bourgmestre. 

Pilette (Désiré), avocat à Paris. 

Pinsart (H.-J.), ingénieur. 

Pirlot-Terwangne (Ferdinand), fabricant. 

Pirlot (Léon), fabricant. 

Pirlot [Edouard), fabricant. 

Pirlot (Gustave), fabricant. 

Pirlot (Eugène), rentier. 

Pirlot (Eugène), fils, rentier. 

Pirotte, receveur de l'État, à Stavelot. 

Pirson-Hogge, négociant. 

Prost .Victor), capitaiae d'artillerie. 

Prost (Henri). 

Quoilin (J.-H.;, secrétaire-général du ministère <irs finances, à Bruxelles. 

Raikem (Joseph), industriel. 

Raikem (A..-L), commis greflîer au tribunal. 

Ramoix-de Rochelée (Joseph), conseiller provincial a Aniay. 

Raskin (Jos. , fabricant. 

Régnier, major pensionné. 

Remacle (Jacques), fabricant, à Sauheid. 

REmont (Denis), juge de paix à Esneux. 

Rémont (J.-E.), architecte consultant de la ville de Liège. 

Rémont (Joseph), architecte. 

Renier (A.), architecte. 



27 



RENIER [M.), greffier du tribunal de commerce. 

Renoz (Ernest), notaire. 

RensoN (Antoine), avocat. 

Richard-Lamarche (H.), rentier. 

Rico (H.), chef de division au gouvernement provincial. 

Rorert-Brabant (L.), avocat. 

Robert-Grisard, rentier. 

Roland [Jules), négociant. 

Romedenne-Fraipont (J.-F.), négociant. 

Rose (John.), fondeur. 

ROSELIER (Hyacinthe), conseiller provincial, à Limont. 

Sacré (Henri), négociant, à Chênée. 

Su. mon (l'abbé), vicaire, à Stavelot. 

Schoonbroodt, conservateur des Archives de l'État. 

Sihonis-Orban (Eugène), statuaire, a Bruxelles. 

SOPERS Théodore), négociant. 

Soi'bre Etienne), directeur du Conservatoire royal de musique. 

Spiertz (Henri), rentier. 

Shi.neux (A.), avoué au Tribunal de l re inslanee. 

SPRING (A.), professeur a l'Université. 

Tart O.-J.;, banquier. 

Terri (Léon), professeur au conservatoire. 

THONNARD (Henri), armurier. 

Thonon Auguste!, notaire à Sprimont. 

Tii.man Gustave, rentier. 

Tombeur, notaire et conseiller provincial, à Verlaine. 

TRASENSTER Louis , professeur à l'Université. 

TfiASENSTER Charles , brasseur. 

Troisfontaine Arnold;, professeur, à l'Université. 

Trujllet Félix), négociant. 

1 ruillet Franc ), docteur en chirurgie. 

i mi. Godfroid . architecte. 

Van der Maesen (Servais), avoué et représentant, à Verviers. 
Vanderstraeten-Closset (Victor), fabricant. 



— 28 — 

Vaust (Théodore), docteur en médecine et professeur à l'Université. 

Vercken (Théophile , professeur au Conservatoire. 

Vierset-Godin, architecte, à Huy. 

Viot (Théodore), rentier. 

Yiot (Léon), rentier. 

Vivario-Plomdeur (Nicolas), rentier à Embourg. 

Wala (François), substitut du procureur général. 

Wankenne Pierre), négociant, à Verviers. 

Warnant (Julien), avocat, conseiller communal. 

Wasseige (Henri), ingénieur civil. 

Wasseige (Adolphe), docteur en chirurgie, professeur à l'Université. 

Wauters (Edouard , père, rentier. 

Wautets (Edouard), fils, rentier. 

Wauters-Cloes (Hyacinthe), rentier. 

Wellekens (Emile), négociant. 

Wellekens-Biar (E.-F.), ingénieur. 

Wera (Louis', industriel à Herstal. 

Werixhas (Dieudonné), contrôleur a la garantie. 

Wilmotte, propriétaire à Anvers 

Wilmart (Julien), à Verlaine. 

Wittert (Adrien baron , rentier. 

Woos, notaire, a Rocour. 

Xhoffrai (Jules., rentier. 

SOCIÉTAIRES DÉCÉDÉS. 

Membre correspondant. 

Warnkomg (A.:, ancien professeur aux universités de Gand, Louvain, Liège, 
Fribourg et Tubinge, à Stuttgard. 

Membres adjoints. 

Goffart (Eugène), conseiller provincial. 
Grandjean (Edouard;, directeur de houillère. 



29 



Hock (Félix), capitaine pensionné. 

Krans (Gustave), docteur en médecine. 

Laloux (Henri), propriétaire. 

Halécot (Léon), ingénieur des ponts et chaussées. 

Malt H.), consul de Belgique, à New-Yorck. 

Micheels (Laurent), colonel d'artillerie. 

Nicolaï Denis:, fabricant d'armes. 

Picard (Lazare), rentier. 

Systermaxs (J.-B. 1 , commissaire-voyer d'arrondissement. 

Trokay J. -B.), conseiller provincial. 

Vercken (J.-L.-E.), procureur du roi. 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTERATURE WALLONIE. 



CONCOURS DE 18G5. 



APPORT III Jl'lll SUR LES CUBS If S, 9, il ET 12 !)L l'HOliiUMlE. 



Messieurs, 



Les réponses aux concours n os S, 9, 11 et 12 du pro- 
gramme sont désignées comme suit : 



C()\COL'R« Xo S. 

(comèdeie). 

Fin contra fin, comèdeie-spot, mêlaie di couplets, en on 
acte et en vers wallons. 

Epigraphe : Il pu malin attrapp' Côte. 



— 32 — 

CONCOURS IV ». 

(PASQUEILLE , SATIRE, PEINTURE D'UN TYPE WALLON). 

Li moice, avec épigraphe : 

Elle attirait les gens 
Par ses airs engageants. 

(Béranger). 

Et/?.? coquelis, avec épigraphe : II est plus aisé de garder 
de bonnes mœurs que de mettre un terme aux mauvaises 
(J. J. Rousseau). 

concours 1v> 11. 

(contes en vers). 

Li bouben, ayant pour épigraphe cinq vers en allemand 
du Faust de Goethe ; 

Et Apologues en vers , avec l'épigraphe : Et Ion la la, ji 
?i cite noullù : Vvi qu'est rogneu qui s'grette. 

CONCOURS IWo 1». 

(CRAMIGNONS, CHANSONS, ETC.) 

1° Ordmignon, avec l'épigraphe : On prumî pas ; 

2 Li veie, chanson, avec épigraphe : On prumî pas; 

3° Une chanson : Bosseuse , avec l'épigraphe : Qui 
qioire bin trouve bin ; 

4° Li chvd et l'mo/t du petion, portant pour épigraphe : 
vie g ; 

Et 5° EU' n'est pu, sur l'air : En parlant de ma mère. 



— 33 — 

Chargé de rédiger, au nom de mes collègues du jury, 
le procès-verbal de nos décisions , j'ai pris plaisir à re- 
lire tout d'abord dans les Bulletins de la Société tous les 
rapports qui concernent les concours analogues à ceux 
qui nous sont actuellement soumis. Mais si j'ai lu ces 
rapports avec un grand plaisir parce que j'y voyais souvent 
les résultats remarquables produits par nos appels aux 
littérateurs wallons, ce fut avec un sentiment plus triste 
que je rejetai les yeux sur les œuvres dont je vais vous par- 
ler. Hélas ! oui , ce concours , quoique supérieur à celui 
de l'an dernier, n'a pas répondu à notre attente. Certes, 
tout n'est pas mauvais, loin de là, mais l'ensemble 
n'est pas riche. Plus de ces spirituelles comédies, petits 
chefs-d'œuvre d'observation , de finesse et d'esprit; plus 
de ces crâmignons ou de ces chansons empreintes d'une 
si douce poésie ou d'une raillerie gauloise si aimable; 
plus de ces contes dialogues qui montraient , pris sur 
le vif, les types les plus caractéristiques du pays; plus 
de ces ballades populaires ou de ces souvenirs touchants 
enfermés dans un vers élégant, correct, finement railleur. 

Notre moisson n'est pas comparable à celles que nous 
avons récoltées dans nos bonnes années ; ne les com- 
parons donc pas. Il ne sert à rien de se plaindre. Atten- 
dons des temps meilleurs; attendons-les sans crainte, 
et, faisant abstraction du passé, examinons le présent. 11 
n'est pas d'ailleurs sans mérite, et si les Muses wallonnes 
ont sommeillé , ce n'était pas du sommeil de la mort, 
mais d'un repos salutaire peut-être et qui prépare un 
réveil serein et vigoureux. 

3 



— 34 - 



CONCOURS Ko ». 



Fin contru fin s'intitule comédie : une telle dénomi- 
nation donnée à son œuvre prouverait seule que l'auteur 
n'a pas compris le caractère de la comédie. Fin contru fin 
est tout au plus un proverbe , mais ce nom modeste est 
encore supérieur à l'œuvre , car il suppose au moins de 
la finesse , de l'esprit et quelqu' observation. 

Fifine est une sage jeune fille qui, tout en pensant 
qu'on pau di coquetteraie va ùin à toit lesfeummes, veut se 
bien conduire, parce que une bausseln'a quu des displis et 
despon à z ait aide : il ni pout fé noll jess sins qu'on n'y 
veye des m au. Raffermit: par cette morale hypocrite, Fifine 
aurait peut-être accepté une invitation de son voisin 
Bouchon , parce qu'un aussi vieil amoureux n'est plus 
compromettant. Cdà nest loère à traite , iè mou tappé , 
foirt laid, du pus, avaricieux . Donc elle ira chez Bouchon, 
sans que son fiancé, qui va revenir bientôt, on ne sait 
d'où, puisse le trouver mauvais. Mais Marie, son amie , 
est plus prudente. Elle se défie des pièges du vieux beau : 
Ces vîs-là ont cint tours po savu vzangaimter. I n'sdreut 
fé aut c/ioi qu du v'bin copromette. A ces conseils salu- 
taires, dits avec tant d'élégance, la vertueuse Fifine ré- 
pond avec autant de charme : 

Vos v's alaurmé trop vite; on n'sareut sins maiti 
Trové so mu côduite on mot po m' fer rogi. 

Cependant Marie , toujours prudente , se charge d'é- 
conduire Bouchon et voici son petit stratagème : elle 



— 35 — 

commence, tout en le recevant très-bien, par montrer «les 
exigences dignes de M Ue Benoiton ; les jeunes filles s'at- 
tendent à trouver chez lui plaisirs de toute nature, bonne 
chère surtout et vins fins. Il faudra aussi que la maison 
soit " rimpleie du drapereies du velours et du salin , » en 
un mot, que le vieil amoureux dépense beaucoup d'ar- 
gent. Comme il est plus avare encore qu'amoureux , il 
s'esquive et renonce à inviter Firme et Maraie. Le tour 
a réussi et celle-ci peut s'écrier dans son wallon à elle : 
» Lu farce est bin jowaie. » Puis s'adressant au public, 
c'est-à-dire sans doute aux membres du jury : 



Y's allez jugîz ciss iiililt comèdaie; 
Sei por leie binâmes, côplaihants; 
L'auteur veut mue lu faiblesse <li si idaie. 



Certes, le jury ne contredira pas Maraie. Il sera binanié 
et côplaihant en adressant au concurrent ses conseils les 
plus sincères : qu'il s'inspire de Boileau : 

Avant donc que d'écrire, apprenez et pensez ; 
Cent fois sur le métier, etc. , etc. 

Jamais un concurrent ne doit désespérer, et celui-ci 
aura d'autant plus de mérite à obtenir plus tard des 
palmes, qu'on pourra juger par le chemin parcouru des 
notables progrès qu'il aura réalisés. 

CONCOURS X» t». 

Les auteurs des deux réponses à ce concours, les coqueli 



— 36 — 

et li moioe doivent être traités tout autrement : chez 
eux on rencontre de l'observation et du style ; leurs 
poésies ne méritent pas le prix, mais elles ont une valeur 
réelle. Elles en auraient eu davantage encore (et je ne 
puis ici que répéter ce que je disais dans mon rapport 
de l'an dernier) si elles nous avaient été présentées à 
l'origine de notre Société, alors que nous faisions un 
premier appel à nos littérateurs populaires. Mais aujour- 
d'hui, traitant des sujets analogues à ceux qui l'ont été 
à diverses reprises avec tant de succès par nos premiers 
lauréats, il leur était imposé d'être au moins à la hau- 
teur de ceux-ci. Après l'coptnne xo V manège , après lu 
pimonnî , après grand mère à Vviheme\ après lu Uncleu , 
etc. , nous devions nous montrer plus difficiles. 

Li mowe est le nom de la fille de cabaret qui , grâce à 
ses attraits et à son esprit, tous deux plus frelattés encore 
que sa marchandise, a pour mission de retenir les buveurs 
autour de son comptoir. L'auteur l'a peinte avec vérité , 
avec esprit même, et nous citerons ce portrait, parce que 
c'est le meilleur passage de son œuvre : 



Louquîz l'niowe , elle esl a l'cangelette ; 
Qu'elle est virlihe, qu'elle esl agette , 
Et comme elle si sét bin r'tourner 
Seûe-t-il po rçur, seûie-t-il po d'ner! 
Maie ell ni roùveie cou qu*chaque cantc 
A l'hape, ammi l'disdut lî kmande; 
Elle si d'hombeûr di l'ahessî 
Sins s'plainde tli çou qu'on l'a kehessî. 
Bin Ion d'esse musse, elle lî mosteûre 
Tôt l'siervant ine menue pleinte d'aweûre. 



— 37 — 

Elle laii voletî hillcter s'boteille, 

Ses verr , ses cuis , tôt' ses usteil , 

Ca die sét qui c'est l'pus plaihante 

Di lot' les musiqu' po ses cante. 

Si quéqu'onq' dibitt' ine sottreie . 

Elle n'el ôt màie qu'elle n'ennès reic, 

Tôt riant d'ine si foireeie manîre , 

Qui , sins v'mari vos |>olez dire 

Qu'elle n'el fait po rin qu'po fiestî 

Li buveû et po fer s'mestî. 

Louquîz comme elle est racocheteie , 

Gaie et frissemint atitoteie. 

Si vos l'veyî, quand, à l'aireûre, 

Po l'prumîrc feie elle si mosteûre , 

Qu'à poiic elle vint di s'dicoueki , 

Qu'elle ni s'at nin èco wâkî , 

Qu'elle al moussî s'foircrehowc cote 

Rapèceteie avou des clicotte . 

A brinbàte et totc dieoweie 

Avou des châsse qui sont traweie , 

Vos l'prindril à si distante mènne 

Po ine chawe on po ine halenne; 

El nouk adon même , j'el wag'reùt , 

Avou l'èkneie, ni l'adusereût. 

Mais cl là malin ei n'est pu eial. 

Li pèneuse et r'grigneie houpralle, 

Comme on pàvion quand vint l'osté, 

Elle s'at d'halé d' ses màsistés : 

Elle a -i Imi arringî s'tiesse 

Qu'elle n'a non ch'vè qui n'seuïc es s'plèce. 



Comme le lecteur a pu s'en convaincre, ces vers, malgré 
quelques défauts, ne sortent pas d'une plume inhabile. 
Mais que de longueurs ! Pour arriver à ce passage, il nous 
faut traverser cinq énormes pages de description du ca- 
baret, entremêlées de réflexions morales, quelquefois un 
peu lourdes et privées de mouvement ; après d'autres 



— 38 — 

longueurs, nous arrivons à un apologue emprunté au 
monde romain qui termine la pièce. Outre qu'elle manque 
d'esprit et d'à-propos , cette moralité cadre absolument 
trop peu avec le sujet auquel elle s'applique. L'œuvre n'a 
pas été conçue; il n'y a ni plan, ni ordonnance des détails. 
A l'auteur de li moioe, nous dirons': Vous avez de l'obser- 
vation , vous possédez très-bien la langue wallonne; 
courage, un peu d'effort, et nous aurons le honneur de 
vous compter bientôt au nombre de nos lauréats. 

Les coquelî ont toujours beaucoup t'ait parler d'eux au 
pays de Liège , mais particulièrement aujourd'hui que les 
réclamations sur la liberté des combats de coqs ont franchi 
le seuil de nos assemblées délibérantes. Aussi ne sommes- 
nous pas tâchés de les voir de près, et franchement le por- 
trait n'est pas flatteur, parce qu'il est vrai sans doute 
Mathias vient emprunter un coq à Hinri, po nbatt à 
l'Wache conte onjori bleu. Hinri lui répond : 



Vos estez ma tourné; mi coq est promettent, 

I s'batt' d'hoûïe es n'hut joùs es viége di Wihou. 

Si v' volez hasarder inn' pitit' somm' so s'tiesse , 

Vos estez quâzî silr de r'gangnî vos quinze pèees. 

In' si batt' nin por mi, mais nos estans convenou 

Qui je pous mett vingt cinq et co pus si ji vou. 

Si v'volez n'nès mett, quinze, mi, j'ennè mettre dîhe 

Vos savez qu'c'est on coq qu'a n'jambe comme in corîhe, 

Qu'est ossi vif qui l'poûr, qui n'pite jamais (sic) a i'à 

Et qui v'chesse on côp d'patf comme on côp d'pî di ch'và. 

I va jonte iue veille claque qui s'al battou deux feie 

Et '| |M ' S I r'eraindou vers là comme ine méchante usteye. 



— 39 — 

Mais vos veurez 
Si v'sy allez 

Qui quand cicial li chesserel ine voleie 

El va trawer comme in' makeie, 
El ji n'crains nin 
Di pielt' l'àrgint 

Qui ji von'' mett' po m'pàrt es l'wageùre. 
Si l'hazârd voul 
Qui seûïe battou, 

Nus porans dire qui n's avans mâle aweûre. 
Et m'grand coûtai, 
Vil.' su s' haïrai 

Li apprindret ;i n'pus jower d'malheûr! 



Nous ne sommes pas peu surpris d'entendre cette dé- 
claration de Hinri : tuer son coq si cher? Oui. car il veut 
renoncera ce jeu cruel, qui n'inspire que des sentiments 
indignes de l'homme , qui est une occasion de dépense et 
de déhanche , bien plus (c'est lui qui nous fait cet aveu), 
(pii a souvent conduit les coquelî hors du droit chemin. 
En effet , Henri et Mathias , évoquant leurs souvenirs, 
dévoilent les tricheries de toute nature, les ruses mal- 
honnêtes auxquelles ils avaient sans cesse recours autre- 
fois pour gagner leurs paris. La conscience de Hinri 
proteste, pas trop rigoureusement, il est vrai, car nous 
l'avons vu, son coq si batt d'/iouïe es ?ihute. Sera-ce bien 
la dernière fois? Serment de joueur ou d'ivrogne, on sait 
ce que vous valez! Notons en passant que s'il y a là une 
observation juste de la nature humaine, elle est bientôt 
détruite, car, en annonçant dès le début qu'il pariera en- 
core , Hinri ôte lui-même toute valeur aux conseils 
qu'il donne à Mathias de renoncer à ce passe-temps im- 



— 40 — 

moral et coûteux. Du reste, sincères ou non, les conseils 
de Hinri sont perdus, car Mathias termine ainsi : 

Hoûtez, Hinri, hoùtez , vos avez bonne raison. 
Mais si n's avans happé , on nos a fait pareie ; 
J'a d'on bout jusqu'à l'aute bin hoûté voss sermon , 
Et màgré tôt roula, ji tinrè m'ccrlèbreie. 

Les coqueli sont inférieurs aux pinsonnî et n'ont pas 
la même verve que nous admirions l'an dernier dans H 
tindeu. Le style et la versification nous ont aussi paru in- 
férieurs , mais la peinture est vraie et colorée , le sujet 
possédé à fond , et c'est bien du bon wallon liégeois. 
Voilà pourquoi nous vous proposons d'accorder à l'auteur 
la mention honorable avec l'impression. 

Les six fables qui se présentent avec l'épigraphe : 
Et Ion la la , ji n'cile noullu , F ci qu est rogneû qui 
s'çrette , sont une déception pour nous. Déjà plusieurs 
fois la Société a ouvert ce genre de concours et il sem- 
blerait que la malice wallonne et la verve de nos poètes 
se seraient adaptées plus heureusement à ce genre. 
C'est encore une fois partie remise. Il y a dans ce choix 
de bonnes intentions , surtout dans la composition ; mais 
la mise en scène est très-faible , le style traînant et 
commun, la versification mauvaise. Or, il faut, dans les 
fables surtout, se montrer difficile pour les qualités et la 
forme; c'est une condition sine qua non du genre. 



— M — 

Li boubeu, incontestablement la pins jolie poésie de 
tout ce concours, rappelle beaucoup, par sa nature et par 
la façon dont ce conte est écrit, cette charmante légende 
du sjjér delvd d'Fair/aie, (pic nous couronnions avec tant 
de plaisir il y a un an. Ce n'est pas à nos yeux faire un 
moindre éloge de l'œuvre d'aujourd'hui que de la com- 
parer à celle de l'an dernier, car tous les amis des lettres 
wallonnes avaient salué dans le spér dei 'va d'Fawtaie un 
petit chef-d'œuvre. 

Selon l'auteur, et selon notre honorable secrétaire dans 
son Glossaire des houil leurs liégeois, H boubeu est un 
esprit malfaisant qui apparaît aux ouvriers dans les mines. 
Son vrai nom n'est-il pas plutôt boublen ? Peu importe 
pour nous, c'est affaire aux linguistes , et nous sommes 
devant un poëte. Donc boubeu ou boublen, le fils du péché 
et d'une macralle, se tient caché dans la bure de Mohe et 
JFase. Arnold di Romzeie passe à cheval , emmenant en 
croupe sa nouvelle épouse, la jolie Aguize ; les deux jeunes 
gens s'aiment et sont heureux ; mais X boubeu traverse leur 
bonheur, car Aguize a méprisé son amour. Il se précipite 
à la suite du jeune couple, esprit invisible attaché à un 
tourbillon qui lui sert de monture , et il souffle à l'oreille 
de la jeune femme sa passion et ses menaces. Aguize, 
saisie d'effroi , comme l'enfant de la ballade allemande, 
demande secours à son époux, qui ne conçoit rien à ses 
terreurs , car il ne voit et n'entend pas li boubeu. Mais 
celui-ci menace toujours : le drame commence bientôt et 
l'esprit malfaisant réalise ses criminels desseins. Aguize 
tombe de cheval. 



— 42 — 

Et l'bouben, don foirt hion, 
Apoclie foù de tonbion; 
Vitjreùs , hâbiese, mùsaivc, 
I hanie , li same à l'gêve, 
Aguise , drî , è hatrai; 
Lèie, tote èsèpêie, brait; 
Et s' dolente èclameûre 
Resdonde avâ l'planeûré» 
El s'a de cop pâmé; 
Si song k'cst ovinne* 
S'at aresté è s'coùse 
So l'tïmps ki l'hanieûre hoûse; 
Et s'bai coirps sipani 
l)i si ameûre, est puni 
Jusqu'à cour del myole 
Ploie et s' clinche eonte Arnol. 



Arnold, éperdu, rappelle Aguize à la vie; il ne peut 
croire à tant de malheur ; tout-à-coup un bruit étrange 
frappe son oreille; c'est encore li ùo/iôen, qui, non content 
d'avoir commis le crime , exhale sa joie sardonique en 
criant à celui qu'il a rendu malheureux : 



Vo m' là vingî , Romezêie ; 
Ti bell' jùne sipozôic 
Ti n'poirès puz l'aveûr : 
EU' est moite à ciste beûre. 
On n'wànië rin, t'el veùs ben, 
A d'haver on bouben , 
Ca ci d'zeûtrain monde cial 
Corne l'infier est à diale. 



Cette légende est beaucoup moins poétique que celle 
Auspére; li spére était puni, mais il avait été coupable. 
Aguize ne le fut jamais Cette poursuite du mauvais 
esprit attaquant la jeune fille reste inexplicable pour 



— 43 ~ 

nous. C'est un épisode d'un drame, mais pas un drame 
en lui-même. 

Le vers est bien frappé, imagé, poétique. L'auteur a 
fait preuve d'une grande science de la langue wallonne; 
mais son goût d'archaïsme l'a poussé parfois trop loin. 
Ajoutez-y une orthographe très-difficile , et vous ne serez 
pas surpris quand nous vous dirons que souvent nous 
étions arrêtés dans notre lecture par la difficulté de com- 
prendre. Quand cette pièce sera publiée, il serait bon que 
l'auteur changent quelques mots ou du moins les ex- 
pliquât par des notes. 

Quoi qu'il en soit, li bouben est une œuvre très-remar- 
quable à plus d'un titre , et si elle n'atteint pas au pre- 
mier rang, elle brille cependant d'un vif éclat. Nous vous 
proposons donc de lui accorder un second prix , avec 
médaille d'urgent. 

Hélas! il nous reste peu de choses à dire. Le 12 e 
concours, celui à qui nous avons dû les plus riches joyaux 
de notre Muse wallonne , nous a apporté cette année un 
très-maigre contingent. Des cinq pièces que nous avons 
citées tout -à-l' heure, nous pourrions vous montrer faci- 
lement les défauts nombreux et saillants. Peut-être, en 
cherchant bien, pourrions-nous citer quelques bonnes in- 
tentions, traduites avec un peu de bonheur ; , mais nos 
éloges seraient trop rares et nos critiques trop nom- 
breuses. Ne les disons donc pas et réservons les unes 
et les autres pour l'an prochain, avec l'espoir d'un meilleur 
s accès. 



— 44 



En conséquence, nous vous proposons d'accorder le 
2 e prix à li botiben et la mention honorable à les coquelî. 

Les membres du jury , 

T. Fuss, 

N. Defrecheux , 

A. Bury, 

F. ClIAUMONT, 

et Cn. Aug. Desoer , rapporteur. 
14 avril 1866. 



Les conclusions du jury ont été adoptées par la Société, 
dans sa séance du 16 avril 1866. 

L'ouverture des billets cachetés a fait connaître que 
l'auteur de H Bouben est M. Gustave Magnée, et celui de 
les Coquelî, M. J. G. Delarge. 



LES COQUELI i 1 ) 



Il est plu* aisé de garder do lionnes mœur- '|u<'. le 
mettre un terma aux mauvaises. 

J-.i. Rousseau. 



MATH LYS. 

Ji v'vins veï, Hinri, vive les veïès k'nohanse, 
Inte des vîx camarade, vos savez qu'on s'deut n'danse, 
Et, quoi qu'on n'si veuse mâie qu'ine feie par occasion 
Qwan on s'veut voltî d'près, on s'estème ottant d'Ion. 
J'a bouïe mesâhe di vos. J'esteus-t-hir en ribotte, 
Qwan j'a on pau pek'té vos savez qui j'barbotte 
Di trime, di trame, di si et d'ià; 

On jasa d'colèbreille , 

Kl mi ji fas l'biestreïe 
Qui m'amone (liiez vos, po m'sèchi d'imbarras. 
J'a égagî on coq, po 1er batte à Bellaire, 
El ji m'aspôïe sor vos, po cisse pitite affaire. 
J'aveus-t-on jône flori ( 2 ) qu'il n'y aveut rin d'pus bai , 
Belle patte, bon esporon, gros coirp et foirt hatrai , 
Capâbe de joute sins pône li pirou d'tote li veille, 
On coq, qwan il s'dressîf qu'esteul dreul comme inebeille( s ) 

( ' ) L'e muet est élidd dans la prononciation dos mois qui ont plus d'une syllabe. 
( 2 ) De trois couleurs différent! 
I • i) Quille. 



— 46 — 

Qui pittef ossi jusse qui l'halle d'on bon tireu : 
Il a hîr tourné moirt à casse d'esse trop plein d't'eu. 
Il oïdimanef mi vîk, qu'esteut co fleur di biesse, 
Li prumî des tourneu ( ' ) po savu cacliî s'tiesse, 

Q'aveut des espovou 

D'on pauce et d'mèie di long, 
Ji l'a lèï cori quéque joûs d'vins l'voisinège, 
On z-a jeté après, on li a cassé l'bèche. 
Li treuzeime qu'esteut onk qui v'nef fou di m'flori 
Et d'ine jône poïlle anglèso qui j'avcus lait riveni 
Esteut mettou à posse ( 2 ) divins n'cinse à Joupeille 

Je l'vèiéf l'oirt voltî, 

On joû qu'je l'I'as saï 
Il v'na chanter so m'main, divant d'aller es l' treille. 
On les r'prinda po bouf ( 3 ) main l'meune aveu l'bai jeu. 

Qwinze joû pus tard, 

Ji r'priuds m'gaillard 

Po l'tinre tôt seu ; 

Et ji l'égage 

Po s'balte à l'Wache ( 4 ) 

Conte on jône bleu. 
Les rôlette qui v'nît fous des poche 
Estît turtote so l'tiesse di m'roge. 

J'aveus qwinze pèce dissus 

Et j'voléf co mette pus 

Tellemint je l'vèïéf batte, 

Qwan 1 malheur arriva 

Qui l'bleu li eppoirta 

Li dreut oùïl d'on cop d'patte. 

(*) Tourneu. Expression de l'amateur, pour dire que son coq sait se garantir en 
tournant et en poussant la tète sous l'aile de son adversaire. 
( 2 ) En pension. 

(a) Po bouf. Pour partie égale, sans gain ni perte. 
( * ) U'tuhe. Endroit du nom d'une ferme située à Jupille. 



— Al — 

On nTètinda tnaïe braire ( 4 ) main il cora à vège ( 2 ), 
Li pauve biesse pleinte di songue, pierda foice et corège; 

Mes qwinze pcoc en' u'alit 

Et c'est po les r'gangnî 

Qui j'a hîr ègagî 

On coq po s'batte dimègne, 

El ji so y'ikhi d'iez vos 

Po avu vosse vîx gros 

Qui les pettrè turtos 

Sins jamais fer nulle hègne ; 
Ga v'savez l'pielle des coq, si n'est iiîn sin raison 
Qui tos les colèbcu l'ioumel Napoléon (*). 
11 n'eraindéf qui l'Agneu(*),rDragondôr( s )et l'Grossëbotte 
Il sont div'nou trop vîx, si n'es! pus qu'des harotte, 
Et tos les ci d'astheur qui s'rissaïeront avou 
Y lairont les hozette et seront vite batou. 
Vola, Hinri, vola li sujet qui m'amonne, 
Vos m'allez d'né vos coq, et nos frans bien essonne. 



IIMU. 



Vos estes ma tourné, mi coq est promettou 
Il s'batte d'hoûie es n'hût joù es viège di Wihou, 
Si v' volez hasarder ine pitite somme so s'tiesse, 
Vos estes càzî sûr de r'gangnî vos qwinze pèce. 
Il ii'si batte nin por mi, main nos estans convenou 
Quij'ès pout mette vingt-cinq, et co pus si ji voux. 

ires ion de l'amateur, quand lec iq cric pour se déclarer vaincu. 

• Expression de l'amateur, quand l i veul se sauver pour son adversaire. 

N ims de quelques coqs célèbres, connus de tous les amateurs. 

I 1:1. M. 1,1. 

là. [d. Id. 

'■, 1,1. 1,1. 1,1. 



48 



Si v'volez n'es mette qwinze, mi je n'es mettre dîhe. 
Vos savez qu'c'est on coq, qu'à n'jambe comme ine corîhe, 
Qu'est ossi vif qui l'poùre, qui n'pitte jamais à fà 
Et qui v'chesse on cop d'patte, comme on cop d'pîd di ch'vâ. 
Il va joute ine veille claque (') qui s'a battou deux feïe, 
Et qu'est r'craindou vers-là comme ine méchante usteïlle. 

Main vos veurez 

Si v's'y allez 
Qui qwan cicial li chesseret ine volée 
El va trawé comme ine makèe; 

Et ji n'erains nin 

De piette l'ârgint 
Qui ji vorè mette po m'pârt es l'wageure, 

Si l'hasard vout 

Qui seuie battou 
Nos porans dire qui n's avans mâle aweure ; 

Et m'grand coûtai, 

Vite so s'hatrai, 
Li apprindreut à n'pus jower d'malheur. 
D'ailleurs, j'ès vous fini, j'a trop ma jowé m'jeu, 
Les coquelî, les oûhelî et tos les colèbeu 
Négliget leus ovrège, et ji rik'nohe asteur 
Totes les biestreïe qu'on fait qwan on z'est amateur. 
Cotraze feie so n'eampagne (-) on s'trouve imbarassé, 
Qwan on gagne noùf dix francs, c'est po fer l'forsôlé ; 
Et si on piède des cens, li feumme moue si arège, 
On va heure et wagî çou qui fât es manège, 
On n'ouveure nin l'iondi, l'mardi on z-est k'pagneté 
Il fât r'prinde de poïèche, on heut n'gotte po s'santé 
S'il arrive on coquelî, on fait co des wageure, 
C'est tournée so tournée, qwan on wage il fât heure , 

(') Claque. Coq auquel on n'a pas ôté la crête. 

(-1 Expression de l'amateur, un hiver, le temps où l'un fuit battre les coqs. 



— 49 — 

Et c'n'est qui lWrkidi, lot bômel ou toi rend 

Qu'on r'prindnème ou l'martai,commes'onprindéfine creux. 

Ji so nâhi d'ooula, ji vous viké es paie 

Et sûre li spot qui dit : Il vàt mi tard qui màïe. 

MATHIAS. 

Kimiiit qu'vos v'ià div'nou, vos l'prumî dos trimeleu 

Lèî là l'colèbrèïe ainsi sins fer nou pieu ; 

Jaser conte les coquelî , oh ! ji n'vis sareut creure 

Po les blâmer ainsi, il fàt esse en' erreur ; 

\ os savez bin comme mi, qu'c'est on foirt baî passe-timps 

Et qu'à l'homme, joue ou vîx, il fàt quéqu' amusemint, 

Koirez-m' on pau pu baî qu'in amateur di coq, 

Qu'èva l'dimègne tôt frisse avou n'belle pipe es s'bok ; 

Deux homme po poirier s'bot, ses poches rimplèïes d'àrgint 

On p'tit bordon ferré, l'nâlî âtoû di s'main. 

Li cour rimpli d'espoîr, il arrive dilez l'batte, 

Il louke si s'coq bêche bin, s'il a on bon côp d'patte 

S'il veut qu' l'aute es l'battrè, Il wage po l'rivingî 

Il fàt esse raisonnàbe, on n'pout lot fer gangnî ; 

« Hasard, hasette, 

Ou gagne on piette » 
Main s'il veut à contraire qui s'coq battre cila 
Il wage po tote si poche et dobèle çou qu'il a. 
Après l'combat fini, on beut on verre, on rèïe, 
On colèbèc essonne des coq et des feumerèïe, 
Et, vès dix heure et d'mèe, on n'erva tôt doucemint, 
S'èwalpé es s'bèdreille et s'èdoirmi contint. 

iiixni. 

Qui v's ètindreut, Mathias, qui hoûtreut vos conseil 
Trouvereut d'vins l'colèbrèille on plaisir sins pareil. 

4 



_ 50 — 

Wisse qui ji veus de ma, v'trovez des qualité 

Vos conte frît r'prinde de gosse, â ci qu'es n'est d'gosté, 

Main d'hez-nï si l'homme d'honneur qui kuire à fer si d'voîr 

Irè 1er batte deux biesse, qui n'ont maïe fait nou toirt. 

Por mi, ji creus qu'neni, et, d'vins l'bon raisonemint 

A nombe des colèbeu, on trouve pau d'bravès gins. 

Si j'esteus-t-â pouvoir, po l'bih de peupe ètir 

A sujet des coquelî , j'àreus aute-choi à dire, 

Et so quéques année, vos veurîz qu'avou m'plan, 

Les colèbeu zel-mêroe, distounerît leus èfan, 

Il n'y areut pus mèsâhe di d'finse ni d'plaîtîrèïe, 

Vos porîz tinre des coq vosse mohone tote rimpleïe. 

Vos v's ètindrîz 

Comme vos vorîz 
Avou vosse eolèbrèïe , et fer batte ou nin batte, 
Si sereut voste affaire comme treus et eune font qwate, 
Main po vos coq di sort, vos donrît tôt bonemint 
On dreut d'qwinze franc par tiesse à nosse governumint, 
Ca, il sereut pus jusse, qui v'pàïerîz so vos biesse 
Qui l'chesseu qu'a s'port-d'armc, de païs po s'ehin d'chesse; 
Ji creus qu'avou coula, chaque amateur dîreut 
Mettans l'coq es l'marmitte, c'est là qu'il est l'mêïeu. 
Main, j'vins de parler d'chesse, continuans l'discours, 
Ji poche d'ine cohe so Faute, hoûtez , ji serè court. 
Nos r'vairans co tôt rate à jàser des coquelî 
Qwan j'arè dit quéqu' mot, de l'chesse et des oùhelî ('). 
Vos v'sovenez bin comme mi, di nos taprèîe à l'àwe, 
Hoûïe, rin qui d'y pinser, ji sins m'cour qui d'vins flâwe. 
On prindéf li pauve biesse, on l'pindéf po l'hatraî, 
On lî frohîf les patte po l'choquî es herpaî, 

(*) Amateur d'oiseaux. 



— 51 — 

Tant qu'avou les côp d'céle (') qui nos tapîs sor lèïe 

F.llf moréf à p'tit feu , d'vins n'terribe langonèïe. 

àsteur, c'est bin aute-choi, li chesseu prind s'fisiquc, 

Poite coula so li s'pale comme ine précieuse erlique, 

Et n'feïe so l'boird di l'aiwe es l'sèche fous di s'fôraî 

Et s'amuse à tirer des ènocins ouhai, 

Des aronche, des erchîche, qui touwèt chaque année 

Des cint d'million d'mohette qui magnerît nos dinrèe, 

Et qu'on fait co cint heure, po riv'ni l'coûr joïeux, 

Kichessî les arègne et covcr d'sos nos teu. 

Douce kipagnèïe di l'homme qui n'fait qu' de bin sol'terre, 

A pone es-t-elle riv'nowe qui v'ià qu'on li fait l'guerre. 

Vos l'vèïez d'hinde so l'Mouse quéque fêïe a baî moumint, 

Qui s'nièe est rimpleïe di jône qui morel d'faim. 

Coula fait sonner Pcour, et nos haut fonctionnaire 

Divrit poirter n'ditinse d'èvoï l'poure es l'air, 

Po tirer tôt aute-choi qu'les bais et bons jublî 

Qui l'Providince avôîe, et qu'tot l'monde pout magnî, 

Ou po distrure les biesse qui nos loumans sâvage 

Et qui n'fet rin so l'terre qui d'y fer de damage. 

Main parlans des oûhelî, j'a déjà s'tu trop Ion ( 2 ) 

On n'samuse wère à 1ère les long ( 3 ) conte es wallon. 

So çoucial, ji wagereus qui v's allez mutoi dire, 

Qu'on pout critiquer tôt, qwan on jâse à s'manîre, 

Certeinement, on l'pout fer, main d'vins tôt cou qu'ji dit 

Jamais l'homme raisonnâbe, ni trouvera qu'j'a minti. 

Paciintez jusqu'à bout, ji vas pôr tèhe mi tcule. 

Qui pinséf-v' di l'ouhelî, qu'fait ses ouhai aveule, 

Qui sins pitié por zel, prind on fier fous de feu, 



( • ) Céle. Fer long et pointu emmanché comme une lime , avec lequel on jetait 
pour couper le cou à l'oie. 
(*) Loti, loin. 
( 5 ) Lonij, long. 



52 



Que l'freut fruzi lu même s'el touchéf di ses deugt, 

Et l'approchant des ouïl di ses p'tit prisonnîr 

Les prive po tote leu veïe de l'douce clâté de cîr. 

Divreut-on d'vins noss siéke, wisse qu'on veut l'instruccion, 

Si s'pâde po tote li terre divins tote les nàcion, 

Permette de fer souffri des pauvès p'titès biesse 

Qui v'net d'vins les bais joû , chanter d'vans nos fignesse, 

Nos ferrouvî l'hiviér, en' n'aller on d'mèïe an, 

Et v'ni r'chanter so l'àbe qu'à vèïou leus efan. 

Hureux comme li sodart, qui, rivenant d'à l'armée, 

Riveût l'clokî qu'il eimme, dispôïe bin des année. 

Ni v'sonle-t-il nin qu'ine loi d'vreut puni sévèremint, 

Tos ces moudriheu d'biesse comme des méchantes gins ? 

Main finihans d'çoula, ji vins dé dire torate , 

Qui nos r'jaserît des coq, et dé cis qu'les fet batte. 

Ji vas continuer et jàser d'vos et d'mi : 

Vola bin des année qui nos estans-t-ami, 

Ripassans nosse jônesse et câlculans essonne 

Çou qu'nos avans fait d'mâ, qwan ji pinse co ji trôrme, 

Ca les treus qwart des cens qui nos avans gangnî, 

Vos l'savez bin comme mi, n'ont nin v'nou sins pèchî. 

Main çou qui vint dé l'flute en n'erva à tabeur ; 

Hoûïe, il fàt raspargnî po rinde çou qu'on z-a pris , 

Mi conscïince mè l'riproche et ji veus l'mâle aweur, 

Mi porsûre tôt costé comme on màva esprit; 

Ji veus todi mes fàte, comme on feu qui blawetèe, 

A d'divant don mireu, 
Ou comme on neûr âbion qui sovint m'éwalpèe 

Et qui m'rind paoureux. 
Li ma qui n's avans fait, comme on pan chaud so m'coûr , 
Mi tourmctte, mi tracasse et m'rind todi pus lourd. 
Qwan nos avîs-t-on coq qui d'véf joute on bècheû, 
Nos mettiz d'vins ses plomme on poison foirt vilmeu , 



— 53 — 

L'aute to bêchant 80 s'tiesse so l'côp s'èpoisonnéf , 

Et dix minute après plein d'doleùr il moréf; 

On d'héf : c'est on malheur, li songufi lî a r'monté, 

Li pauve biesse ni deût s'moirl qu'à s'grande vivacité : 

Et nos gangnî les cens el nos n'es fîz l'pârtège, 

Comme si coula nos v'néf di dreût d'quéqu' héritège. 

Noz avi eliaqu' ine monte qui nos avîz-t-acheté 

A on vix juif qui l'diale a bin sûr époirté. 

L'aweille de l'vosse marqué!' ine minute so treûs qwârt 

Et tôt fer vos brèîz qu'elle alléf co trop tard; 

Li meune c'esteût Fcontraire, elle rotéf longinnemint , 

Po marquer les minute il l'y falléf [tus d'iimps; 

Qwan les deux coq estîl so pouf, 

El qu'on voléfles r'prinde po bouf, 
Si l'nosse aveût co l'air de voleur ripiter 

On compté!' les minute so m'monte , 
Main qwan c'est qu'cesteût faute qui s'voléf rècrester , 

Vos mostrîz l'vosse tôt v'dinant n'ponte. 
Par des tour di voleur nos agrawîz l'àrgint, 
Adon nos l'garlandîz à des sots amusemint. 
Vi sovenéf bin, Mathias? mi j'mès sovins comme hoûïe, 
Qwan coula m'passe es l'tiesse les lame mi v'net as oiïie : 
Vos avîz-t-on vîx coq qu'on louméf li Coucou , 
Et mi j'aveûst-on jône qui n'a màie rin valou ; 
Nos ègagîz nos deux, main nos savîz d'avance 
Qui l'vosse, à treûs côpd'patte,freûtrôleii'meunesos'panse. 
Tôt l'monde tinéf li vosse, on wagea doze cint francs , 
Po coviér les wageûre, vos m'dinîz des aîdans. 
Ji wagea conte di vos, avou vos propès cens' 
Tos les coquelî, 
Qui nos loukit 
Comptit qu'essonne nos n'avîz nin k'nohance ; 
Main l'affaire esteût faite, ca d'on certain boisson, 



— M — 

Vos avîz-t-à vosse coq, fait beûre deux treùs gourgeon, 
Il n'y vèïéf pus gotte, 
Vosse coucou 
Fout battou, 
Cn-z-alla beùre li gotte; 
Et comme c'esteût conveuou 
Vos m'diniz treùs cint francs et vos èpochî Tresse, 
Et nos rivnîz de l'cîse to nos t'nant po les blesse. 

MATHIAS. 

Hoûtez, Hinri, boutez, vos avez bonne raison, 
Main si n's avans hapé, on nos a fait pareille. 
«Ta d'ôn bout jusqu'à Faute bin bouté vosse sermon, 
Et mâgré tôt coula, ji tinrè m'colèbreille. 

MORALITÉ. 

(( Comme li voix de progrès cesse â brut de canon , 
Tôt bon sintimint moûrt disos l'voix des passion. » 

6 novembre 1865. 



LI BOUBIN. 



ItltlAf. 



Mir brennt der Kopf, das Herz, die Leber-brennt. 
Ein iiberteuflisch Elément ! 
Weil spitziger als HôTlenfeuer ! 
Drum jammerl ihr so ungeheuer 
Ungluckliche Verliebte. 

Goethe, Faust , 2'er Theil 5'er. Act. 



I 



A l'sîze, es l'neûristé, 
On ôt on ch'vâ traf'ter; 
A coùsse il gripe li thier; 
Tôt àtoû d'ses qwate lier 
Co traze blawette blawetet, 
Co traze cawiai spitet, 
Il est hansiant, si oùil blamme 
El s'coirps foumèie et saine. 



11 



C'est Arnold di Romesêie 

Avou s'jône siposêie; 

Li tinristé à cour 

Rate il '1 ramone es s'coùrt; 

Lu, tint l'bride divin s'main 

Et lèie tôt pawereûsemini , 

S'agrigeant avou s'bresse 

A coirps di si homme, '1 abresse. 



TRADUCTION. 

A la veillée, dans l'obscurité, 
on entend un cheval galopper ; 
en hâte il grimpe la montagne ; 
tout autour de ses quatre l'ers 
encore treize étincelles étin- 
cellent , encore treize cailloux 
jaillissent, il est haletant, son 
œil flambe et son corps fume 
et écume. 



C'est Arnold de Romsée avec 
sa jeune épouse; la tendresse 
au cœur il la ramène vite dans 
son manoir; lui, tient la bride 
en main, et elle tout peureuse- 
ment s'acerochant avec le bras 
au corps de son mari, l'em- 
brasse. 



56 



III 

Aguisse vola s'dreût no 
Et Polard si sorno : 
Foû d'vîle fowêie hoïowe 
Aguisse est rik'nohowe 
Po d'hinde del soûr d'Ogî 
Li ci qui tout chergî 
D'ahoûte-r di s'iambène 
Li d'seûve di vès l'Ardenne. 

IV 

Wice es troûve-t-on comme lèie 
Qui sèiesse agalèie , 
Adawiante et foû belle'.'' 
C'est d'Lîge li pièle des pièle 
Et s'pére li vî Wârnî 
Est avou ses bounî, 
Ses ciuse, ses court, ses beui 
Et ses rinte on foûkeure. 



Tôt dreût porsûhant s'vôie 
Li haguenêie dare èsvôie; 
On pau pus Ion elle passe 
Ad'lez l'fosse Mohe-et-Wasse. 
Diso s'pid qui traftêie 
Tuîe !i coveleure di oumetêie 
El l'rudinège si mône 
Jusqu'âx d'zotraînès vône. 



VI 

Rjohe-et-Wasse c'est l'meilleûx 
Boket d'Wârnî Fhouilleûx ; 
Biu soviet il '1 vinéve 
Rilould, divalléve, 
Et même, co pus d'ine lèie, 
On aveût vèiou s'fèille, 
Qwittant l'ioumîre de cîr, 
El sure oute des màliîre! 



Aguisse , voilà son vrai nom 
et Polard sou surnom : issue 
de vieille race , Aguisse est re- 
connue pour descendre de la 
sœur d'Ogier, celui qui tut 
chargé de protéger de son épée 
la frontière du côté de l'Ar- 
denne. 



Où eu truuve-t-ou comme 
elle qui soient sémillantes, at- 
trayantes et extraordinairement 
belles? C'est la perle des perles 
de Liège, et son père, le vieux 
Garnier, est avec ses bonniers, 
ses fermes , ses manoirs , ses 
bures et ses rentes un million- 
naire. 



Tout droit poursuivant sa 
route la haquenée s'élance ; un 
peu plus loin elle passe près 
de la l'osse Mohe-et-Wasse. 
Sous son pied qui galôppe, 
toute la toiture des veines re- 
tentit et le bruissement se pro- 
longe jusqu'aux veines infé- 
rieures. 



Mohe-et-Wasse, c'est le meil- 
leur morceau de Garnier le 
bouilleur ; bien souvent il ve- 
nait l'inspecter, y descendait, 
et mémo encore plus d'une fois 
on avait vu sa tille, quittant la 
lumière du ciel, le suivre à tra- 
vers les parois du bure. 



— 57 



VI! 

G'esl là qu'si tint caehî 
()nk qui s'pére esl Ppèchî : 
Awatron aMiie maqueraile 
El d'ine lïerlêie di diale; 
On boubin qui y r'vint 
Kitràgnc si veie divin 
Les bacneure, ea Ploumîre 
Li d'zaweure les iârmîre. 

VI II 

ÈS l'rù grieùx l'boubin 
Vike et s'ennès trouve bin : 
Il si r'pahe del boûteneure 

(Jui sùde tôt avàl'beure; 
Neûr, grand comme mi sottai, 
Evieûx, musse, mâie ettâit 
Et plein d'niâlavisaiice 
Il r'dohe di mûlignance. 

IX 

Es beure li toûrsivèûx 
Fils dèl maqueraile aveùt 
Awaiti l'belle Aguisse 
Cotiant d'vin les rotice : 
Di s'baité estèné 
El tôt èloviné 
Il aveût sintou boûre 
L'ègealé songue di s'coûr. 



X 



A fond di s'neûre eaterèie, 
Èèrestanl ses oreille, 
Es haui stichant s'nàrène 
Et tinglarit tote si assène 
Li boubin sûteillemint 
Advènc, rin tanl seùlemint 
Qu'à or trafter l'monteure, 
Çou qui s'passe so l'planeure. 



C'est la que se tient caché 
un dont le père est le péché : 
avorton d'une sorcière et d'uni' 
bande de diables, un boubin 
qui y revient traîne sa vie dans 
les galeries, car la lumière lui 
oblitère les veux. 



Dans le grisou le boubin vit 
et s'en trouve bien : il se nourrit 
de la vapeur bitumineuse qui 
suinte par tout le bure; noir, 
grand comme un sottai, en- 
vieux, maussade, jamais con- 
tent et plein de mauvaises idées, 
il regorge de méchanceté. 



Dans le bure, le fds retors 
de la sorcière avait aperçu la 
belle Aguisse circulant dans le 
parcours des galeries : frappé 
de sa beauté et entièrement 
fasciné, il avait senti bouillir 
le sang gelé de son cœur. 



Au fond de son noir taudis, 
dressant ses oreilles, poussant 
son nez en haut et tendant toutes 
ses facultés, le boubin, d'une 
manière intelligente devine,rien 
seulement qu'à entendre galoper 
la monture, ce qui se passe sur 
la plaine. 



— 58 



XI 



Ine baguante jaloserèie, 
Inc haïme sins pareille 
Lî aspitet es cour 
Èse el vinet lî kmoûre. 
Ah ! qu'il àreût èveie 
Di s'dihaler del vèie! 
Mais hoïou d'diale, li moirt 
N'âreût nolle poulie so s'coirps, 

XII 

S'il 'lpolahe, il vâreût 
Co mî s'wêner tôt dreût 
Là d'zeûr fou des d'vinz-oûve 
Po l'hore d'arène qui d'hoùve 
Si oûil so l'bassène del va , 
Et, rak'sûhant li ch'vâ, 
Apîtî l'coûr d'Aguisse 
Avou des douces d'visse. 

XIII 

C'est coula, haïe èsvôie ! 
Et vo'l là qu'il prind l'vôie 
Qui mène foû del bacneure , 
Qu'il dare es l'coûve de heure, 
Qu'il broke es tôt loué 
Sins nolle sogne di s'touer 
Et qu'il gripe po ine roisse 
Tôt jambiant d'totes ses l'oice. 

XIV 

Frèhe, dibrislé, mâssî, 
Il adiesse à moussî 
A Ffin foû des baumège 
Et s'tindant so l'bârenège 
Li vigreûseté d'ses sins, 
Il qwîrt, dihoûve et sint 
Arnold avou Aguisse 
Qui haiet les bouhisse. 



Une jalousie mordante, une 
haine sans pareille lui sur- 
gissent dans le cœur et vien- 
nent le lui broyer. Ah! qu'il 
aurait envie de se débarrasser 
de la vie! mais issu de diable , 
la mort n'aurait aucune puis- 
sance sur son corps. 



S'il le pouvait, il vaudrait en- 
core mieux se hisser immédia- 
tement là au-dessus, hors de 
l'intérieur , par le canal de la 
galerie de décharge qui dé- 
couvre son issue sur la fon- 
drière du vallon, et, atteignant 
le cheval, apitoyer le cœur d'A- 
guisse avec de doux discours. 



C'est cela, vite en route! et 
le voilà qui prend le chemin 
qui conduit hors de la galerie 
qui s'élance dans la cuve du 
bure , qui se précipite en tout 
lieu sans aucune crainte de se 
tuer et qui grimpe par une 
veine montante en remuant ses 
jambes de toutes ses forces. 



Mouillé, éclaboussé, sale, il 
réussit à sortir à la tin des ex- 
cavations et étendant sur le 
voisinage la vigueur de ses 
sens, il cherche, découvre et 
sent Arnold avec Aguisse qui 
franchissent les broussailles. 



59 — 



XV 

Vo'l là, il '1 aparçûl : 

Ine coûte hapêie si oui] sût , 

sins pâpî, l'jône bâcelle : 

A.'imi' d'ange, qu'elle esl belle! 

El il vôre vos s'costé 

Avon l'agètisté 

I)i l'agliginte aronde 

Qui vès s'niêie s'ènonde. 

XVI 

Qu'il va foirt, qu'il val reûd! 
Ah ! c'est qu'il d'mane vigreûx 
Si longtimps qu'di s'houillîre 

11 u'qwitle niu les clawîre : 
Ainsi 'I ;i( volou Hiu. 
3Iais s'foice val vanner jus : 
Conte on iià l'cavalle passe, 
C'est l'rénâ d'Mohe-et-Wasse. 

xvii 

Il pout eo aseohî 
On coron sins s'nâhî ; 
A l'fin vola qu'il d'rène. 
Môr, comme li haguenêie renne ! 
Bin sûr qu'elle ode li s'tâ 
AViee qu'elle val 1er testa : 
Li boubin qu'elle foircoûrt 
Di foircihège si moûrt. 

XVIII 

Maistià del nàhislé 
Il vat d'veûr s'arrester; 
Il s'astâge, il d'fallihe, 
Il jokèie, il gèmihe ; 
De côp qu'il s'v^ût broketé, 
l»i vire et d'mâvasté 
II frohe se-, (lini ossoule, 
Il samêie ■ '! s'eoirps ironie. 



La voilà, il l'aperçoit : un 
court laps de temps son œil 
suit la jeune tille sans remuer 
la paupière : amour d'ange, 
qu'elle est belle! et il se préci- 
pite de son côté avec la légè- 
reté de l'hirondelle active qui 
s'élance vers sa nichée. 



Qu'il va Tort, qu'il va vite! 
Ali ! c'est qu'il reste vigoureux 
aussi longtemps qu'il ne quitte 
pas les limites de sa houillère: 
ainsi l'a voulu Dieu. Mais sa 
force va disparaître : contre un 
poteau la jument passe, c'est 
la borne de Mohe-et-Wasse. 



11 peut encore enjamber un 
bout sans se fatiguer; à la tin 
voilà qu'il défaillit. Morbleu, 
comme la haquenée court! 
bien sûr qu'elle flaire l'écurie 
où elle va faire halte; le boubin 
qu'elle laisse derrière elle se 
meurt d'efforts. 



Maîtrisé par la fatigue, il va 
devoir s'arrêter; il est en re- 
tard , il faiblit , il reste eu ar- 
rière, il gémit ; dès qu'il se voit 
surpassé, d'obstination et de 
colère, il froisse ses dents 
l'une contre l'autre, il écume 
et son corps tremble. 



60 — 



XIX 

Comme il n'pout pus cori, 
Li diale el vint s'cori : 
lue damabôme qui passe 
A l'avîre batte carasse, 
Raie, tôt d'havant s'pasai , 
Les pîrre, l'hièbe et l'mossai; 
Toûbièie à caracole, 
Poûsselêie, hùsène et vole. 

XX 

So ses coisse li boubin 
Poche et s'y agrige bin; 
Il hièclie pindou à l'àwe 
So les ringuion qu'elle crâwe, 
Il '1 sût d'vin ses toûbion 
Qu'el kihoiet à bion 
Et, sins keure et sins sogne , 
Conte les arresta s'gogne. 

XXI 

Li vint soffèle d'adreùt, 
Li damabôme vat reîid, 
Sins s'distoùrner d'ine gotte 
Elle s'ahièche so l'arote 
Del cope qui vat traftant, 
Dismètant qu'tot s'boutant 
Es haut, l'iils del maqueralle 
S'aclape conte li cavalle; 

XXII 

Et d'ine abaumêie voix 

Dist à Aguisse : — Poquoi 

Don, belle ange de Diu d'glore, 

At-s'-richôkî mi amor; 

Ni m'at-il nin wâgni 

Di m'vèie di ti adègnî 

Et fàt-il qu'ji soffeure 

Di cou qu'ti m'dishîffeure? 



Comme il ne peut plus courir, 
le diable vient le secourir ; une 
trombe qui passe bat les champs 
ai: liasard , arraclie , en écor- 
chant son sentier, les pierres, 
l'herbe et la mousse, tourbil- 
lonne en spirale, soulève de la 
poussière, siffle et vole. 



Sur ses côtes, le boubin saute 
et s'y accroche bien; il traîne, 
pendu comme une oie, sur les 
sillons qu'elle creuse ; il la su : t 
dans ses tourbillons qui le se- 
couent par saccades et, sans 
souci et sans peur, contre les 
obstacles se heurte. 



Le vent souffle convenable- 
ment ; la trombe va vite , sans 
se détourner de peu de chose, 
elle se traîne sur la trace du 
couple qui va galopant, tandis 
qu'en se poussant en haut , le 
fils de la sorcière s'adosse 
contre la jument. 



Et d'une voix caverneuse dit 
à Aguisse : — Pourquoi donc, 
bel ange du Dieu de gloire, as- 
tu repoussé mon amour; ne 
m'a-t-il pas mérité de me voir 
favorisé par toi et faut-il que 
je souffre de ce que tu me mé- 
prises ? 



61 — 



XXIII 

Mi qu'estant ine esprit 
N'est nin l'ait po mori, 
Mi qu'ai ine si grande poulie, 
Mi qui k'nolie les roudrouhe 
Et les gîse îles naènerèie, 
Mi qui mono et maistrèie, 
Sins qu'on 'Isèpe et à m'vîre, 
Les porchcsse del houillîre. 

XXIV 

Aguisse qu'el at hoûté, 
Divin s'déçênîsté 
Estant ak'sûte, treffèle. 

— Arnold! Arnold! dist-clle, 
Avét-v' torate oïou 

Çou qu'là podrî l'chaipiou 
Diale qui d'mane es l'houillîre 
Ni s'at nin hontî d'dîre? 

XXV 

— Ji a'ôt, q' veût-j' rin di s'fait : 
Sûr qu 'ine houprale at fait, 
Tôt frohant l'heûve d'on côre, 
Li samerou qu'on vint d'ôr; 
Sur qui c n'est qu'ine beûlêie, 
Rin qu'on s'pïon d'nùlèie 

Qui cotèie es l'airège, 

Rin qu'on trompâve blawetège. 

XXVI 

— Vins don, vins,bellejônefeille! 
Rin qu'à l'hape, po ine fèie, 
On moumint, d'vin mes brosse. 
Qwand so m'haul coûkantt'tiesse 
Sins èhale ji t'ioukeret, 
A m'binâhe ji pouherel 
Es feû di tinre loukeuro 
Li pus k'pagnetante aweurc 



Moi qui, étant un esprit, no 
suis pas l'ail pour mourir, moi 
qui ai une si grande puissance, 
moi qui connais les êtres et les 
gisements des mines, moi qui 
conduis et domine, sans qu'on 
le sache et selon mon caprice, 
les travaux d'avancement de la 
houillère. 



Aguisse qui l'a écouté, étant 
atteinte dans sa réserve, tres- 
saille. — Arnold , Arnold, dit- 
elle, avez-vous entendu tantôt 
ce que la derrière le diable 
chétif qui demeure dans la 
houillère n'a pas eu honte de 
dire? 



— Je n'entends et ne vois 
rien de semblable : certaine- 
ment qu'un cîiat-huant a l'ait 
en frôlant le feuillage d'un noi- 
setier le bourdonnement qu'on 
vient d'entendre; certainement 
que ce n'est qu'une raffale, rien 
qu'un fragment de nuage qui 
circule dans l'atmosphère, rien 
qu'un éblouissement trompeur. 

— Viens donc, viens, belle 
jeune fille! rien qu'au vol, pour 
une lois un moment dans mes 
bras : lorsque sur mou giron 
couchant la tête sans embarras 
je le regarderai , pour ma sa- 
tisfaction je puiserai dans le 
feu de ion tendre regard le plus 
mis rant bonheur. 



— 62 — 



XXVII 

— Arnold, Arnold, boutez 
Çou qu'dit ciste affronté 
Avou ses laids messège 
Et ses haïâves manecège ; 
D'ei ôr ji sot nâhèie, 

Il m'grîve et m'disqucûbèie, 
Vos '1 divrît fer si k'dûre 
Et '1 espêchî d'nos sûre ! 

XXVIII 

— Oh binamêie, poquoi 
Crainde ine si loigne saquoi? 
Chessîz ciste avisance 

Qui v'donne del displaihance. 

— Arnold, voltî j'el freût, 
Mais vormint ji n'sâreût, 
Ca j'ôt et j'veùt ci s'pére 
Qui s'kihène là so l'térre. 

XXIX 

— Qu'av-v'di keure? ad'lez mi 
Ni r'dotez nol ennemi : 
N'at-j' nin m'iambène d'acîr 
Qui pind cial à m'bandelîre, 
Mi crâwe à foûme d'urson 
Accroketêie a mi airçon 

Et mi p'tite awehièie dague 
Qui hâgne so mi stoumack? 

XXX 

— Nonna, ji n'wâgneret rin, 
J'el veut et j'el comprind; 

Ji ti d'mande poquoi m'fùre 
Et di t'haïme m'ak'sûre? 
Oh! ji n'el sot qu'trop bin! 
C'est qu'ji sot on boubin, 
C'est qu'j'ahièche li liisdeure, 
L'angohe et l'màle aweure. 



— Arnold , Arnold , ('coûtez 
ce que dit cet effronté avec ses 
vilains propos et ses détestables 
menaces; je suis fatiguée de 
l'entendre, il me chagrine et 
m'inqujète, vous devriez l'o- 
bliger à se tenir tranquille et 
l'empêcher de nous suivre ! 



— Oh! bien-aimée, pourquoi 
craindre une si folle chose? 
Chassez cette idée qui vous 
donne du déplaisir. 

— Arnold, volontiers je le fe- 
rais, mais vraiment je ne sau- 
rais, car j'entends et je vois ce 
spectre qui s'agite la sur la 
terre. 



— Que vous importe? auprès 
de moi ne craignez pas d'en- 
nemi : n'ai-je pas mon épée 
d'acier qui pend ici à mou bau- 
drier, ma massue en forme 
d'hérisson accrochée à mon 
arçon, et ma petite dague affilée 
qui s'étale sur ma poitrine? 



— Non, je ne gagnerai rien , 
je le vois et je le comprends; 
je te demande pourquoi me 
fuir et m'atteindre de ta haine? 
Oh ! je ne le sais que trop bien ! 
c'est que je suis un boubin, 
c'est que je traîne avec moi 
l'effroi, l'angoisse et lemalheur. 



63 — 



XXXI 

A\\(\ t'at p'chî l'onnai 
Et l'coûr d'en bai jônai : 
C'est po çou qui m'viaire 
Po sûr ni t'ahâie wère, 
C'est qu'ji sot mâtoûrné, 
Laid, crawé, d'iamburné, 
C'est qu'j'al on tôt neûr coirps 
El qui m'boke flaire li moirt! 

XXXII 

Po s'pârgnî à si oreille 
D'ôrine sit'aite hanterèie, 
Di s'sâie Aguisse s'affûle, 
Elle s'aqwatihe pàhûle 
Conte les s'pale di Romesêie, 
Et là l'jône siposèie 
Voul po s'distriî l'âme 
Tûser à s'ieune di lame. 

XXXIII 

— Ah! quelle hâtaînisté! 
Ti n'mi vout nin hoûter 
Po mostrer li d'hîffrège 
Qui t'at po mes messège; 
Si ti voléve cangî, 
Li gêriège di m'vingî 
Ni m'vinreût nin à make 
Ènaiwî li stoumacke ; 

XXXIV 

Et l'boubin d'on foirt hion 
Apoche fou de toûbion; 
Vigreûx, hâbiesse, mâ-saive, 
Il tiagne, li same à l'gêve, 
Aguisse, drî, es hattrait ; 
Lèie tote ècèpêie brait 
Et s'dolinte èclameure 
Resdonde avâ l'planeure. 



Oui, tu préfères l'anneau et le 
cœur d'un beau jeune homme : 
c'est parce eue mon visage as- 
surément ne te plaîl guère, 
c'est (lue je suis difforme, laid, 
rabougri, délabré, c'est que j'ai 
un corps tout noir et que ma 
bouche pue le mort. 



Pour épargner à son oreille 
d'entendre une semblable cour, 
Aguisse s'affuble de sa faille, 
elle se blottit tranquille contre 
les épaules de Romsée, et là 
la jeune épouse veut pour se 
distraire l'âme penser à sa lune 
de miel. 



— Ali! quel orgueil! tu ne 
veux pas m'écouter pour mon- 
trer le mépris que tu as pour 
mes propos ; si tu voulais 
changer, le désir de me venger 
ne viendrait pas en abondance 
m'inonder la poitrine ; 



Et le boubin par un tort élan 
saute hors du tourbillon ; vi- 
goureux, emporté, frénétique, 
il mord , l'écume à la bouche , 
Aguisse, par derrière, dans le 
cou; elle, toute saisie crie, et 
sa clameur plaintive retentit 
parmi la plaine. 



64 — 



XXXV 

Elle s'at de côp pâmé, 
Si songue qu'est èvilnié 
S'at arresté es s'coùsse 
Su l'timps qui l'hagneure housse, 
Et s'bai coirps sipani 
Di si ameure et puni 
Jusqu'à cour del méiolle, 
Ploie et s'clinche conte Arnold. 

XXXVI 

Cicial tôt estèné 
Si r'toûne et, sins wihener, 
Vèïant s'feumme eue ine blesse 
El raskôie inte ses bresse. 

— Oh! qu'il dit, ange di Diu! 
Qui fét-v'? vos toumét jus, 
Vos m'èwarét ; qu'avét-v', 

Di que mèhin soffrét-v'? 

XXXVII 

Il '1 araîne à mâle vât; 
Mais il ôt so li ch'và, 
Sins qu'rin vinse à s'vèiège, 
On foirsôlé hahelège, 
Et l'boubiu qui hignetèie 
D'ine oiàve voix wignetêie 
ïot s'clinchânt ces parole 
Divin l'oreille d'Arnold : 

XXXVII 

— Vo rn'là vingî , Romesêie ! 
Ti belle jùne siposêie, 

Tin' poiret pus '1 aveùr; 
Elle est moite à ciste heure : 
On n'wàgne riu, Tel veut biu, 
A d'haver on boubin ; 
Ca ci d'zeûtrain monde cial 
Comme l'infier est à diale. 



Elle s'est aussitôt évanouie ; 
son sangqui est envenimé s'est 
arrêté dans son cours pendant 
que la morsure se gonfle, et 
son beau corps privé de sa vi- 
gueur et infecté jusqu'au cœur 
de lar moelle , plie et s'incline 
contre Arnold. 



Celui-ci, tout surpris, se re- 
tourne, et, sans tarder, voyant 
sa femme en défaillance, la 
recueille dans ses bras. Oh! 
dit-il, ange de Dieu, que faites- 
vous? Vous tombez, vous m'ef- 
frayez; qu'avez-vous? de quel 
mal souffrez-vous? 



Il l'interroge inutilement; 
mais il entend sur le cheval, 
sans que rien apparaisse à sa 
vue, un éclat de rire extrava- 
gant et le boubin qui ricane, 
d'une voix qui peut s'entendre, 
glapit en se penchant, ces pa- 
roles dans l'oreille d'Arnold : 



— Me voilà vengé, Romsée! 
ta belle jeune épouse, tu ne 
pourras plus l'avoir, elle est 
morte à cette heure; on ne 
gagne rien, tu le vois bien, à 
braver un boubin ; car ce monde 
supérieur-ci, comme l'enfer, 
est au diable. 



CONCOURS DE 1805. 



RAPPORT RDJURIfSBR LES CONCOURS V' à 1, 2, 3 ET h DU PROfilAWft 



Messieurs , 

La Société liégeoise de littérature Wallonne peut encore 
une fois se féliciter des travaux que font naître ses con- 
cours. Elle le peut d'autant mieux aujourd'hui qu'elle a 
reçu des mémoires volumineux sur des sujets qui ré- 
clament beaucoup de temps et beaucoup de zèle. 

On ne dira pas que c'est l'importance des prix qui 
a tenté les concurrents ; rien n'est plus modeste que 
les récompenses que nous pouvons décerner. Mais pour 
ce rude labeur qu'on entreprend à la poursuite de curio- 
sités archéologi'ques, il y a plus d'un noble stimulant. 



— 66 — 

Outre l'honneur d'être distingué par une Société qui 
ne prodigue pas ses palmes, il y a l'honneur de travail- 
ler pour son pays. 

C'est en effet une œuvre patriotique qu'il faut recon- 
naître dans ces études dont l'objet semble si chétif et si 
mince. Les indifférents , les ignorants seuls peuvent 
sourire de cet emploi du temps. 

Ils ne savent pas tout ce que l'histoire nationale 
recueillera plus tard de la minutieuse enquête instituée 
dans la plupart de nos provinces. 

Pour arriver un jour à voir à plein ce qu'elles valaient 
dans ces temps qui ont produit les nôtres, rien n'est à 
dédaigner. L'histoire d'une rue, d'une maison, d'une en- 
seigne , d'un sobriquet, d'un idiotisme, d'une manie, 
d'une superstition, — tout peut servir à l'élucidation, à 
l'explication de notre passé. 

Or, il y va de notre intérêt comme de notre honneur 
d'obtenir cette explication aussi intégrale que possible. 
Noblesse oblige. 

Mais pour vous, Messieurs, cette vérité n'a que le tort 
d'être trop vraie. Elle inspirait déjà, il y a dix ans, le 
troisième article de votre règlement, et elle vous a amené 
à multiplier les concours sur les moindres détails de l'an- 
cienne vie wallonne. 

Notre jury s'est fait un plaisir en même temps qu'un 
devoir d'étudier les mémoires soumis à son appréciation. 
Il retrouvait dans les constatations de l'apparence la plus 
futile de véritables documents pour cette histoire défini- 



— 67 — 

tive qui n'est pas une des moindres ambitions de notre 
jeune et vieux pays. 

Le mémoire sur le méfier des drapiers (avec devise 
d'Augustin Thierry) mérite d'être placé à la suite de 
l'étude sur la corporation des tanneurs que vous avez 
couronnée en 1S62. A certains égards ces deux disserta- 
tions se complètent l'une l'autre ; et l'auteur lui-même 
est le premier à reconnaître ce qu'il doit à son devancier. 
Il a eu la rare fortune de rencontrer quelques pièces iné- 
dites propres à compléter le recueil des Chartes et Pri- 
vilèges des 32 bons métiers; mais avec une modestie qui 
témoigne en faveur de son érudition , il déclare n'avoir 
pu tout comprendre. 

Loin de s'étonner de cette déclaration, le jury regrette 
que le concurrent n'en ait pas invoqué plus souvent le 
bénéfice. Il y a pour ces sortes de travaux une règle que 
le bon sens des anciens avait déjà formulée : « comptons 
parmi les qualités du savant de ne pas tout savoir. « 

Ce petit grain d'ignorance , il convient surtout de le 
placer dans les choses conjecturales. 

C'est ainsi qu'en dépit de plus d'une jolie anecdote, l'au- 
teur ne parvient pas à nous faire oublier qu'il a été trop 
peu circonspect en ce qui concerne les origines de l'indus- 
trie liégeoise. Citer l'âge d'or de Berte qui filait ne saurait 
nous suffire. Il faut, dans ces débrouillcments historiques, 
s'attacher aux justes limites qui séparent le certain, du pos- 
sible et du vraisemblable. 

Ce n'est pas que dans ce mémoire on se laisse trop aller 
à ce travers assez commun de surfaire son sujet. Sans féti- 



— 68 — 

chismc local, on consent à voir que Liège n'a eu ni la plus 
haute ni la plus ancienne gloire de la tisseranderie. Mais 
avec un remarquable talent d'analyse, avec une grande 
habitude des vieux textes, il peut se faire cependant qu'on 
n'atteigne pas au degré de précision qu'exige le problème. 
En matières d'érudition, longueur de temps est toujours 
nécessaire. 

C'est faute de temps, sans doute, que le concurrent n'est 
pas parvenu à éviter une certaine indécision prolixe, no- 
tamment dans le tableau de la période de Formation. On 
voudrait plus de netteté sur la concurrence verviétoise, sur 
la distinction entre drapiers qui vendent et drapiers qui 
fabriquent, sur les véritables rapports entre tisserands, 
foulons et teinturiers. On s'étonne de voir rejeter dans des 
notes des faits importants tels que l'ordonnance impériale 
de 1703 qui devança le libéralisme de Turgot. On regrette 
aussi de constater que cette accumulation de renseigne- 
ments précieux et souvent peu connus n'ait pas été fait 
de façon à permettre à la pensée d'y garder sa véritable 
place. Certes, le tableau de cette vie corporative n'aurait 
rien perdu à être dominé par une bonne distinction entre 
la liberté de privilège et la liberté de droit commun. Il 
aurait surtout gagné à une comparaison avec les mœurs et 
les coutumes des tisserands d'autres villes belges. N'est-ce 
pas dans l'intérêt même des concurrents que notre pro- 
gramme a indiqué une comparaison que l'on pouvait ap- 
peler interprovinciale? Mais les imperfections que le jury 
signale dans ce travail pourront disparaître. Que l'auteur 
se relise, qu'il corrige quelques points de sa rédaction, et 



— 69 — 

il laissera à notre Société un document des plus im- 
portants. 

Un glossaire des drapiers, envoyé avec la devise El wâde 
di Dia au concours n° 2, n'est pas non plus sans impor- 
tance. Il atteste des recherches consciencieuses; il est 
assez complet quant au nombre des mots techniques et pro- 
fessionnels ; mais il va quelque négligence dans les défi- 
nitions et trop peu de méthode dans les étvmologics. Il est 
vrai que notre programme n'insiste pas sur ce dernier 
point ; mais en se bornant à demander « l'histoire des termes 
spéciaux les plus importants « n'a-t-il pas implicitement 
indiqué l'obligation de se tenir à la hauteur de la science 
étymologique? 

Le troisième concours demandait une étude sur les rues 
de Liège ou tout au moins d'une partie notable de notre 
ville. Le mémoire qui a été envoyé sur cette question porte 
pour devise une jolie pensée de l'auteur de la Meuse belge: 
» C'est un charme pour la pensée de rétablir, en face du 
présent, l'aspect et la physionomie des temps antérieurs. " 

La devise ici n'était point banale; elle a été visiblement 
l'inspiration du concurrent. En choisissant pour sujet la 
paroisse Saint- André, en décrivant avec une légitime com- 
plaisance le marché, ce vieux forum, il a espéré ressusciter 
quelques éléments de la vieille turbulence démocratique. 
Mais le temps paraît avoir trahi ses efforts ( ! ) : presque 
partout, dans ce recueil si plein de choses, on sçnt l'em- 
barras qu'amène la précipitation. 

(') Le jurj s'esl explique cette précipitation depuis qu'il sait que c'est le même 
auteur qui a concouru pour les trois questions. 



— 70 — 

\* Introduction dont le concurrent reconnaît lui-môme 
toutes les lacunes, n'est pas un morceau sans valeur. Il y 
avait déjà du mérite à en concevoir la nécessité ; il fallait 
avoir étudié sérieusement la matière pour comprendre 
qu'une vue d'ensemble sur l'ancienne ville, c'était mieux 
qu'un cercle vicieux dans lequel le tout serait expliqué par 
la partie après avoir servi à la fonder. 

Mais, cela reconnu, qu'était-il besoin de recourir aux 
chimériques histoires d'Œnops, fils du troyen Léodès, du 
roi Lothringe, de Richer, fils de Jupila, roi de Tongres, 
d'Auguste, d'Ambiorix, etc? A quoi bon, quand on n'y 
croit pas, exhumer ces inventions dignes de Jean d'Outre- 
Meuse ou d'un Lucius de Tongres, puisqu'elles ne se re- 
commandent pas même par la tradition? Elles sortent de 
l'imagination solitaire du cloître, et elles ne correspondent 
ni à la sévérité de l'histoire , ni à la grâce de la poésie 
populaire. Passe encore pour Ogier-le-Bâtisseur, qui lui, 
du moins, a la consécration de la légende. 

M. Gérard, dans son Histoire des Francs d' Austrasie, 
a bien raison de s'élever contre cette tendance à reculer 
les limites de nos annales aux dépens de la stricte vérité. 
Il ne faut pas , même de loin , ressembler à ces clercs 
naïfs ou trop habiles qui , pour le moins , poussaient un 
arbre généalogique jusqu'au déluge. Il ne faut pas non 
plus transformer une vague tradition en texte formel, 
comme quand il s'agit d'un certain Aistulphus, contem- 
porain d'Auguste. Quant à faire de Liège la résidence 
d'un proconsul romain , il suffit do consulter Desroches 
(II, 295), ou Schayes {ta Belgique, etc., II, 10, nouvelle 



__ 71 — 

édition), pour savoir que nos provinces relevaient direc- 
tement de l'empereur et ne pouvaient avoir , par consé- 
quent, que des propréteurs, des préfets, des légats ou des 
présidents. 

L'auteur regrette, et nous regrettons avec lui, l'absence 
de quelques plans pour faciliter l'intelligence des détails; 
mais c'est là une lacune facile a combler, en même temps 
qu'il pourra peut-être consulter, pour quelques noms, le 
l 01 volume des Registres de S'-Lambcrt. Il lui faudra 
aussi revoir quelques définitions de noms, par exemple, 
celui de /tour , qui d'ordinaire signifie échafaudage, et 
qu'il assimile au mot chœur; et rectifier la description de 
la Légia, où il amalgame trop l'ancien et le moderne. 

Le jury estime que ce Mémoire réclame une fréquente 
division par chapitre. On se perd dans ce fouillis de 
menus faits. Et cependant, pour répondre à la promesse 
de la devise, il y en a encore plus d'un à recueillir L'his- 
toire d'une rue ou d'une maison ne saurait être achevée, 
si l'on omet un trait caractéristique, parce qu'il est trop 
voisin de nous. Il n'est pas non plus permis d'omettre les 
faits historiques, les traditions, les singularités qui se 
rattachent à la localité. Dans cette enquête, la maîtresse 
qualité, c'est de tout dire; car l'enseignement historique 
sort souvent d'où l'on pouvait le moins l'attendre. 

L'auteur a fait du Vieux-Marché un tableau qui, s'il 
manque un peu de lumière vivante, a néanmoins tous les 
avantages d'une exacte photographie. En voyant ce zèle 
à compulser tous les souvenirs, on s'étonne d'autant plus 
de certains oublis. Pourquoi négliger deciter lesenseignes 



__ 7"") 

encore existantes, dès qu'elles sont curieuses? Pourquoi 
emmêler le vieux et le neuf? Pourquoi ne pas oser dire 
ce qui caractérise certaines rues . telles que Derrière-le- 
Palais, etc. ? Pourquoi ne pas dire que Saint-André, après 
avoir vu la déesse Raison et le Théophilantlirope, a servi 
tour à tour d'asile aux réunions électorales , aux confé- 
rences, au Musée, à la Bourse, à la Banque ouvrière et à 
tant d'autres choses populaires? 

Si Saint- André a été , à l'instar de Saint-Lambert et 
des Mineurs, une sorte de forum couvert , il a été célèbre 
aussi par ses caveaux qui ont été viciés , non pas il y a 
trente ans, comme le dit l'auteur, mais il y a quelque dix 
ans à peine. 

La maison, en Féronstrée, où l'empereur Henri IV est 
venu mourir, méritait une notice quelque peu étendue. 

Le côté anecdotique peut avoir son importance. Qui 
sait ce que l'histoire fera un jour des détails qui con- 
cernent l'hôtel de X Aigle-Noir , qui, fermé depuis douze 
ans, fut pendant deux siècles l'hôtel le plus aristocratique 
et où, il y a quinze ans encore, l'auteur d'un article de la 
Bévue britannique allait chercher le meilleur bourgogne 
de l'Europe ? 

Et, au Marché, le pilori, le supplice de Bex devant la 
rue Neuvice , et tant d'autres curiosités tristes ou gaies , 
infâmes ou nobles, pourquoi donc les dédaigner? N'y a-t-il 
pas là des éléments , des matériaux pour la grande 
histoire ? 

Le jury avait enfin à apprécier un Mémoire intitulé : 
Curiosités icatlonue* , croyances populaires ; miracles et 



— 73 — 

remèdes et ayant pris pour devise ces deux mots : le 
peuple et sa religion. Ce travail , qui ne comprend pas 
moins de douze cahiers et qui n'est pas terminé, est, dans 
son état actuel et provisoire, composé de deux parties : 
La première, sous le nom de miracles et remèdes , entre- 
mêle la prose et les vers , « les saints et les endroits » 
(comme dit l'auteur), pour rompre la monotonie. La se- 
conde , qui n'a jusqu'à présent que trois cahiers nommés 
livraisons, a pour sous-titre : Remèdes familiers. 

Dans cette encyclopédie de la superstition wallonne, 
on croit, retrouver tour à tour l'influence des Wallonnades 
de l'auteur à! Alfred Nicolas et le désir d'imiter la désin- 
volture érudite d'Alexis Monteil , l'auteur de Y Histoire 
des Français des divers États. En effet, après une intro- 
duction qui ressemble fort à ces prologues naïfs de l'ou- 
vrage français auquel nous faisons allusion , la série des 
bigarrures s'ouvre par quelques vers wallons, moitié nar- 
quois, moitié mélancoliques, qui amènent ce refrain : 

Li bon Diu fév' kinohant noss' pinseie, 
Qui noss' bonn' foi n'esteùt jamàie trompèie. 

Ce distique , qui revient très-souvent dans les neuf 
cahiers consacrés aux miracles, indique, comme sentiment 
dominant, une large indulgence pour certaines faiblesses. 
Xous inclinons toutefois à croire que Dieu serait bien plus 
content de nous voir user de la raison qu'il nous a donnée 
pour éviter les niaiseries superstitieuses. 

Quoi qu'il en soit , nous devons reconnaître que ces 
voyages humoristiques à travers toutes ces broussailles 



— 74 — 

plus ou moins payennes , ne laissent pas que d'amuser. Il 
y a bien de quoi rire , à voir comme souvent un calem- 
bour fonde une superstition Sainte Matrisse préside aux 
douleurs maternelles ; saint Breiat au braire des enfants; 
sainte Golte à la goutte ; saint Nazar au nez (nasus); sainte 
Fivelenne à la fièvre lente; sainte' Reine (pour Rogne) à 
la rogne; saint Amour à la fidélité; saint Cloud aux 
clous, etc., etc. 

Ces étrangetés ne sont pas spéciales à la Belgique. 
«Souvent, dit M. Paul Lacroix {Superstitions, époque 
moyen âge et Renaissance, t. I, fol. XXIII), le saint avait 

été inventé exprès pour la maladie On invoquait saint 

Àignan pour la teigne ; sainte Claire pour le mal d'yeux ; 
saint Genou pour la goutte ; saint Ladre pour la lèpre; 
saint Quentin pour la quinte, la toux; saint René pour 
les maux de reins ; sainte Main pour la rogne, etc. » 

Quant à l'auteur du Mémoire que nous avons à juger, 
il a dépensé beaucoup d'esprit à faire passer devant nous 
cette danse macabre du crétin isme. Mais il nous semble 
qu'en se laissant aller à sa verve wallonne, il a fini par 
s'écarter considérablement du programme du 4 e concours 
fia médecine populaire au pays de LiégeJ . 

Le concurrent , tout en se plaignant lui-même dès 
l'abord de manquer d'ordre, ne paraît pas y tenir beau- 
coup. Il vise essentiellement à la variété, à la jovialité, à 
la bonhomie ; mais chemin faisant , il jette son bonnet 
par dessus les moulins et renonce à tout ordre, à tout fil 
conducteur. 

Sans doute, il entasse dans sa hotte (comme il dit) des 



— Ta — 

centaines de choses curieuses; niais regardez-y : il n'en a 
épluché aucune. Il ne paraît pas se douter qu'en ces ma- 
tières, la plus minutieuse exactitude est requise, soit pour 
pouvoir retrouver l'origine payenne , soit pour aider à la 
photographie des vieilles mœurs. On dirait qu'il a com- 
plètement oublié que notre Société ne peut demander le 
catalogue de ces aberrations humaines que dans un but 
de constatation historique. 

Il passe d'un bout du pays à l'autre, au lieu d'étudier 
les superstitions par légions, par zones, par couches. 
C'est pourtant la seule façon qui permette des inductions 
sur les mœurs d'une localité déterminée. Jetant pêle- 
mêle les pèlerinages, les remèdes, confondant les remèdes 
qui ne sont que familiers avec ceux qui sont superstitieux, 
négligeant le soin des véritables sources, l'auteur a livré 
un travail difficile à apprécier. 11 n'a pas trouvé la forme 
(pii convenait à nos concours; il s'est attardé à des cita- 
tions superflues, à des biographies de saints, à des doubles 
emplois, et tout à la fois il a pu paraître trop long pour 
qui voulait s'amuser . trop court pour qui demandait à 
s'instruire. 

Le jury pouvait au préalable et par fin de non-recevoir, 
écarter un Mémoire qui ne répondait pas aux conditions 
de son programme et qui s'affranchissait de toute méthode 
et de toute classification. Mais les faits relatés dans cette 
volumineuse compilation sont en général si curieux qu'il 
faudrait regretter (h; les voir perdus pour le public. En 
outre , ces faits sont souvent relevés par des observations 
piquantes , ingénieuses, et il a fallu une grande perséve- 



76 



rance pour les recueillir. Dans l'intérêt des études sur le 
passé belge, ne pourrait-on pas demander à l'auteur de se 
faire connaître et de consentir à refondre, pour l'insertion 
dans nos bulletins, une œuvre qui, en dépit de tout et par 
sa valeur intrinsèque, mérite incontestablement une men- 
tion ire- s -honorable ? 

Telles sont, messieurs, les impressions presque toujours 
unanimes du jury que vous avez chargé d'examiner les 
Mémoires envoyés aux concours n os 1, 2, 3 et 4. 

Au nom de ses collègues du jury : 

Le Rapporteur , 
«T. Stecher. 



— *"*-»af£!«-«_^— 



CONCLUSIONS, 



LE JURY, 

Après avoir mûrement délibéré sur l'ensemble et les 
détails des Mémoires qui lui ont été soumis, savoir : 

A. Concours n° 1 Une étude sur les règlements , etc. 
Métier des drapiers. 

Épigraphe : Les corporations d'artisans ont eu , etc. 
(Aug. Thierry). 

B. Concours n° 2. Un glossaire, etc. Glossaire du 
métier des drapiers. 

Epigraphe : ECwâdedi Diu. 

C. Concours n° 3. Une étude sur les rues de Liège. 
Paroisse Saint- André. 

Epigraphe : C'est un charme par la pensée , etc. 
(Eremder). 

T). Concours n° 4. Médecine populaire. Miracles et 
remèdes. 

Épigraphe : Le peuple et la religion, etc. 
Décide : 

Le prix est accordé aux Mémoires // et C ; ils seront 



— 78 — 

insérés dans le Bulletin de la Société , sauf révision e 
correction, l'auteur étant instamment prié d'avoir égard 
aux observations du jury ; 

Quant au Mémoire B, le prix n'est pas décerné. Ayant 
néanmoins égard au zèle de l'auteur et au mérite intrin- 
sèque du travail, lequel doit être soigneusement revu et 
corrigé d'après les observations du jury, les soussignés 
proposent à la Société d'accorder un second prix, repré- 
senté par une médaille en vermeil. Le glossaire sera inséré 
au Bulletin , lorsque l'auteur se sera conformé à la déci- 
sion précitée ; 

Quant au Mémoire D , le jury, tenant compte des 
nombreuses recherches et des observations ingénieuses 
faites par l'auteur , lui accorde une mention très-hono- 
rable. Toutefois , considérant que , comme il le déclare 
lui-même, son travail n'a pu être » ni revu ni achevé » ; 
d'un autre côté, ayant égard à l'importance du concours ; 
estimant en outre qu'une œuvre de ce genre devrait être 
précédée d'une introduction indiquant nettement le ca- 
ractère général de la médecine populaire et ses rapports 
avec les mœurs; enfin, jugeant que le travail qui lui a 
été présenté laisse à désirer sous le rapport de la mé- 
thode, tant au point de vue des doubles emplois résultant 
de la division adoptée par l'auteur, qu'au point de vue du 
classement géographique ; le jury laisse au dit auteur la 
liberté de se faire connaître. Si dans le délai d'un mois 
il y renonce , ce qui serait regrettable , la question sera 
remise au concours. En cas d'affirmative , l'impression 
du Mémoire est accordée, sauf révision et correction dans 



— 79 — 

un délai à déterminer, et obligation pour l'auteur de tenir 
compte des observations du jury. 

Ainsi proposé à la Société, le 24 février 1860. 

Les membres du jur//, 

Cu. Grandgagnage, 
J. Stechkr, 
Ad. Picard, 
Ulysse Capitaine, 
Alphonse Le Roy. 



Les conclusions du jury ont été adoptées par la Société 
dans sa séance du 15 mars 1S66. 

L'ouverture des bi\lets cachetés joints aux pièces cou- 
ronnées ont fait connaître que M. S. Bormans est l'auteur 
des Mémoires A , B et C. 



LE BON MÉTIER 



DES 



DRAPIERS DE LA GITE DE LIÈGE 



Stanislas BORMANS. 



Les corporations d'artisans ont eu , pendant 
le moyen-âge, une grande importance histo- 
rique par leur durée et par leurs résultats so- 
ciaux. (A. THIERRY , Consid. sur l'histoire de 
France.) 



Le livre intitulé : Chartes et privilèges des 32 bo?is 
métiers de la cité , malgré ses innombrables fautes typo- 
graphiques, est un recueil précieux mais incomplet; et le 
plus grand embarras qu'éprouve celui qui veut se mettre 
au fait de l'histoire de nos anciennes corporations provient 
de la pénurie des documents. Il y a deux ans, en remuant 
de vieux papiers dans un grenier ('), nous avons eu la 
bonne fortune d'y trouver plusieurs pièces sur parchemin 
relatives aux drapiers de Liège. Après les avoir confron- 
tées avec le recueil indiqué ci-dessus et constaté qu'elles 
étaient toutes inédites, nous avions cru, en les utilisant, 
pouvoir retracer aisément l'histoire de cette corporation. 
Mais malgré ce nouveau renfort, on peut certifier que les 



(') Sous les combles du Palais de justice, lors du transfert des archives de l'État 
dans leur nouveau local. 



84 



archives de l'ancien bon métier sont encore loin d'être 
complètes. De là de grandes difficultés pour remplir les 
lacunes, et expliquer les effets dont on ne connaît pas les 
causes ; difficultés augmentées par l'obscurité de certains 
textes que nous n'avons pas toujours compris et que nous 
signalons tout spécialement aux philologues wallons. De 
là aussi naturellement des conjectures que nous présen- 
tons au lecteur avec la plus grande modestie. 

Le Mémoire sur le métier des tanneurs nous épargne 
la peine de répéter, au sujet des drapiers, ce que 
toutes les corporations liégeoises avaient entre elles de 
commun (* ). 



( i ) Nous regrettons de n'avoir pu établir entre la corporation liégeoise et celles 
des autres villes belges une comparaison qui aurait été sans doute très-instructive. 
Mais il n'existe presque pas de livres sur cette matière dans nos provinces, et l'oc- 
casion d'aller sur les lieux mêmes, compulser à grands frais les archives des mé- 
tiers, nous a manqué. 




Armoirie des Drapiers de Lrége 

N.B. à partir de L673 Le champ devint azur et gueules. 





Sceaux des Drapiers de Liège 



i lindels . Liège. 



LE BON MÉTIER DES DRAPIERS A LIEGE. 



RECHERCHES HISTORIQUES. 



Période de formation, 1300 à 1418. 



Peu de personnes se doutent que la fabrication du drap, 
aujourd'hui presqu'abandonnée dans notre ville, et, pour ainsi 
dire, monopolisée par Verviers, sa voisine et son ancienne 
rivale, a été pendant plusieurs siècles, dans la cité des princes- 
évèques, une industrie florissante. Liège ne peut pas, il est 
vrai, sous ce rapport, revendiquer une antiquité aussi reculée 
que les Flandres, ni se glorifier comme elles du nombre de ses 
travailleurs ou de la perfection de ses tissus. Ces provinces se 
trouvaient , à proximité de l'Angleterre , dans une position ex- 
ceptionnellement avantageuse au développement rapide et à la 
prospérité de cet art qui maintint pendant si longtemps leurs ca- 
pitales au premier rang des cités industrielles du monde. Il est 
prouvé que les Anglais qui, dès les premiers siècles, possédaient 
des troupeaux et des règlements pour la propagation des mou- 
tons, ne mettant pas eux-mêmes à profit la laine, l'expédiaient 
par milliers de sacs aux Flamands qui, plus industrieux, s'applî- 



86 



quaient à les tisser et fabriquaient des étoffes pour l'Europe 
entière (<)• Dans ces deux faits se résume presque toute l'his- 
toire de la manufacture des draps depuis le VII e siècle jusqu'à 
la fin du XV e : la laine d'Angleterre et l'industrie des Flamands. 
« Il sera à jamais étonnant, dit un auteur, que les Pays-Bas 
aient été pendant tant de siècles en possession exclusive de 
fournir aux besoins, au luxe et aux fantaisies de tant de 
nations ( 2 ). » 

Pendant cette longue période de temps, les dissensions poli- 
tiques qui affligèrent si souvent les Flandres amenèrent, surtout 
aux XII e et XIII e siècles, de fréquentes émigrations de tisse- 
rands gantois qui , allant s'établir dans d'autres localités , y in- 
troduisirent leur industrie ; telles furent Ypres , Courtray , 
Bruxelles, Louvain , Liège , Verviers, et l'on peut dire presque 
toutes les cités belges qui s'occupèrent de la fabrication du 
drap ; il y eut même des colonies flamandes qui s'expatrièrent 
en France, en Angleterre et en Norwége. Mais Gand et Bruges, 
les mères-patries , conservèrent pendant longtemps encore sur 
les autres villes leur ancienne supériorité. Au XIII e siècle, 
Bauduin IX, en s'emparant de Constantinople, leur ouvrit des 
débouchés nouveaux, et les Vénitiens, les Génois, les Pisans, 
en leur enseignant l'art de broder les étoffes d'argent et d'or et 
de les teindre de couleurs brillantes , les mirent a même de sa- 
tisfaire au luxe incroyable de cette époque , laissant les autres 
nations du Nord dans l'impossibilité de rivaliser avec elles. 

Ce ne fut qu'au commencement du XVI" siècle que l'Angle- 
terre comprit tout l'avantage qu'elle pouvait tirer de ses propres 



( * ) « Les Belges (Flamands?) étaient alors si célèbres par l'habileté avec laquelle 
ils travaillaient les étoffes de laine, qu'un historien anglais de la fin du XI e siècle 
dit que l'art do tisser paraissait être un don particulier qui leur avait été accordé 
par la nature . et que ce talent les avait tellement enrichis que plusieurs fabricants 
et marchands devinrent les rivaux des princes par leur luxe et leurs richesses. » 
(Bibliothèque des antiquités bclyes, par Ed. Marshall ; Anvers 1833, t. II, p. 43). 

(•) Encyclopédie méthodique. Manufactures, urts et métiers. Préface. 



— 87 — 

produits et s'appliqua à les utiliser elle-même. Bientôt les ma- 
nufactures de drap se répandirent en Angleterre, et lesFlamands 
se trouvèrent peu à peu privés de matière première. Ils eurent 
recours aux laines, de qualité liien inférieure, produites par la 
France, l'Allemagne et l'Espagne; mais la lutte était trop inégale, 
et dès lors le commerce des Gantois commença à languir. Dans 
les premières années du XVIII siècle, les troubles civils ache- 
vèrent de chasser la draperie des Flandres. La plupart de leurs 
tisserands vinrent s'établir dans le Limhourg, où bientôt après 
leur industrie occupa plus de 30,000 ouvriers. 

A celte époque, Verviers, par la persévérance de son travail, 
s'était déjà acquise dans le tissage des étoffes de laine une ré- 
putation qui ne fit que s'accroître. Dès le XV e siècle, elle portait 
aux Liégeois une concurrence haineuse qui finit par absorber 
complètement l'industrie de la cité ('). En 1798, William 
Cockerill y importa les machines à filer la laine; enfin, l'emploi 
de la vapeur en 1816 fit faire a cette ville des prodiges et l'éleva 
en peu de temps au degré de prospérité où nous la voyons au- 
jourd'hui. 

A côté de ces souveraines de l'industrie, la ville de Liège 
n'occupe qu'un rang secondaire; la page consacrée à la fabri- 
cation liégeoise dans l'histoire de la draperie en Belgique n'est 
pas brillante ; mais tout ce qui rappelle le souvenir des efforts 
faits par nos ancêtres et leur petite part de gloire mérite notre 
étude. 

C'est dans un document de l'an 1323 que nous trouvons la 
plus ancienne preuve claire et authentique de l'existence de 
l'industrie drapière à Liège. Nous n'en conclurons pas qu'avant 
cette époque , ses habitants ne se livraient pas à la fabrication 
du drap, ce qui serait d'autant plus étonnant que déjà en 1249 
de petites localités voisines telles (pic Huy, Saint-Trond, Léau, 

(') Liège, capitale de la principauté, portait le titre de cité. Verviers et les 
18 autres localités les plus considérables du pays s appelaient bonnes villes. 



— 88 — 

Tirlemont, Maestricht avaient, d'après des témoignages certains, 
des tisserands et des foulons ('). Quelques auteurs assurent 
même que ces villes, ainsi que Tongres et Diest, possédaient au 
XII e siècle des fabriques de drap florissantes. 

Toutefois , il nous paraît probable que pour l'industrie qui 
nous occupe, avant d'être devenue ville manufacturière, Liège 
fut simplement , pendant une assez longue période de temps, 
cité commerçante. 

Le drap ayant été dans les premiers siècles et au commence- 
ment du moyen âge le principal tissu dont se composait l'habil- 
lement des hommes et des femmes, le commerce des étoffes de 
laine, comme celui de tous les objets de première nécessité, doit 
remonter à l'origine même de la ville. Ce furent sans doute 
d'abord des étrangers qui vinrent débiter aux foires du pays les 
draps fabriqués par les Flamands et même par les Brabançons ; 
le diplôme par lequel l'empereur Otton accorda en 983 les bé- 
néfices de la foire de Visé à l'Église de Liège , mentionne spé- 
cialement les étoffes parmi les marchandises que l'on y exposait 
en vente ( 2 ). Comme ces grands marchés n'avaient lieu qu'à 
de longs intervalles, quelques bourgeois de Liège durent songer 
de bonne heure à s'en approvisionner pour la consommation 
journalière de leurs concitoyens. Bientôt ils nouèrent des rela- 
tions avec les villes voisines , et le commerce liégeois s'éten- 
dant peu à peu ne tarda pas à devenir important. Au XI e siècle, 
les habitants de Liège et de Huy qui était alliés à la hanse 
flamande pour les expéditions d'outre-mer, trafiquaient déjà di- 
rectement avec l'Angleterre. 

Fisen rapporte qu'en l'an 1048 le comte de Hollande fit brûler 
toutes les barques liégeoises amarrées dans le port de Dor- 



(') Bibliothèque des antiquités Beloiques , par Ed. Marshall. Anvers, 1833, 
t. Il, p. 43. 

( 2 ) Quicquid videlicet ex coemptione animalium vel ex omni génère tam vestium 
quam ferri, etc. Dans YAmplissima collectio , I, 552. 



— 89 — 

drtrlit , qui ( ; iait alors le principal entrepôt des laines an- 
glaises 0). Des historiens , dont le témoignage n'est du reste 
appuyé que sur ces faits et sur d'autres indications vagues, 
font des conjectures plus ou moins probables et croient que 
dans ces opérations commerciales, les Liégeois ne se bornaient 
pas à échanger des marchandises qu'ils recevaient d'ailleurs, 
mais transportaient sur les marchés étrangers des produits ma- 
nufacturés par eux. Ils les expédiaient dans les principales 
places de la Hollande, de la Hongrie, de la Saxe et delà France 
qu'ils s'étaient ouvertes par des traités (" 2 ). Des relations fré- 
quentes s'établirent entre Liège et Cologne, où nos marchands 
débitaient de la laine, des draps et de la toile. Les 11 décembre 
1100 et 4 décembre 1103, ces deux villes conclurent des traités 
par lesquels elles spécifiaient les droits de douane qu'elles de- 
vaient réciproquement percevoir et les denrées qui y étaient 
sujettes. Au XII" siècle, Liège formait comme l'entrepôt général 
entre la France et l'Angleterre; ses principaux produits étaient 
les armes, le drap et toutes sortes d'étoffes de laine ( 5 ). 

D'après ces données, il faut croire que le marché de Liège 
avait i]î'> lors une grande importance et que les drapiers jouis- 
saient déjà d'une partie du crédit dont ils furent plus tard si 
fiers. Un chroniqueur rapporte en effet que vers 1130 ils avaient 
la réputation d'être des hommes arrogants ( 4 ). Cependant la 
célébrité de la foire de Visé continuait, paraît-il, à éclipser le 
marché de la capitale. Anselme rapporte que vers l'an 1030, 



( 1 ) Ignem injecit in naves omnes Leodiensium et Coloniensium (Hist. ecclesiœ 
Leod., t I, p. 187). 

( 2 ) Henaux. Hist. de Liège, t. I, p. 08. 
(5) Polain. Hist. de Liège, t. I, p. 288. 

(') Est genus hominum mercenarium , quorum oflicium est ex lino et lana 

te.xere telas, hoc procax ri superbum super alios mercenarios vulgo reputatur. 

(Pertz, X, 309, cité par M. F. Henaux). En France et presque partout, les marchands 

drapiers jouissant de plus de considération , avaient la prééminence sur les autres 

■ lions. 



— 90 — 

l'abbé de saint Laurent étant en peine d'habiller ses moines à 
cause de la pauvreté de son monastère, reçut, par l'inspiration 
de saint Wolbodon, le conseil d'envoyer un des frères à la foire 
de Visé. Celui-ci s'y étant rendu fut accosté par un inconnu qui 
lui demanda ce qu'il faisait là. « Je suis venu, répondit-il, afin 
de me procurer du drap pour l'habillement de mes frères, mais 
il est si cher que je ne pourrai en acheter. » A ces mots, 
l'inconnu lui donna 60 sous , avec lesquels il put faire son 
emplette (') 

On voit que les renseignements positifs sur la draperie lié- 
geoise pendant les premiers siècles de notre histoire font 
presque complètement défaut. Nous sommes cependant certains 
que le commerce de cet article prospérait dans la cité, puisqu'en 
1208 elle fut dotée d'une halle par la munificence de Louis Sur- 
let surnommé le Vieux. A cette époque aucune association 
n'avait sans doute encore eu lieu entre les marchands de drap ; 
isolés , indépendants , rivaux peut-être , n'ayant pas comme 
d'autres artisans des raisons de nécessité pour s'unir et se prêter 
un mutuel appui, ils avaient repoussé ces liens de confraternité 
qui firent dans la suite la principale force de la Commune. Un 
siècle presqu'entier les séparait du reste encore de la grande 
révolution qui donna naissance aux premières compagnies mili- 
taires des métiers. Louis Surlet le plus riche et le plus puissant 
bourgeois de Liège et, suivant Hemricourt, plus absolu dans 
cette ville que Hugues de Pierrepont lui-même, comprit proba- 
blement l'avantage qu'il y aurait à instituer un lieu public pour 
la vente du drap, où les consommateurs, établissant des compa- 
raisons, pouvaient juger avec plus de certitude les différences 
du prix et de la qualité. Il fit en conséquence jeter les fondations 
d'une halle dans la rue de St-Johan Strée aujourd'hui Féronstrée. 
Mais ceux du lignage de St-Servais qui étaient les principaux 

(*) Dans Chapeauville, Gesta pontificum leod., t. I, p. 269. 



— 91 — 

marchands d'étoiles de la ville, voyant que cette construction 
allait leur porter un grand préjudice, voulurent s'y opposer et 
épouvantèrent tellement les ouvriers par leurs menaces que 
ceux-ci abandonnèrent ['atelier. 

C'était un jour d'été dans la saison des roses. Louis Surlet 
étant, dans l'après midi, allé voir l'ouvrage, trouva ses ouvriers 
inactifs et apprit d'eux ce qui s'était passé. Aussitôt il lit crier pu- 
bliquement que tous les charpentiers de la ville eussent à venir 
travailler à la halle sous peine d'une grosse amende. Lorsqu'ils 
lurent réunis il leur mita chacun un chapeau (couronne?) de roses 
sur la tète et leur ordonna de travailler avec diligence, les assu- 
rant que personne n'oserait désormais les interrompre dans 
leurs besogne ('). 

Ce bâtiment qui comme toutes les constructions de cette épo- 
que était en bois fut détruit en 1212 lorsque le duc de Brabant 
pilla Liège et tous les draps qui s'y trouvaient furent enlevés ( 2 ). 
Mais il fut bientôt remplacé par un autre destiné au môme usage, 
car la halle de Liège est citée dans une charte de 1225 ( 3 ). 

Une autre charte de l'an 1249 prouve que les liégeois conti- 
nuaient leurs relations avec l'Angleterre ( 4 ) ; elle n'indique pas la 
nature des produits qu'ils en tiraient, mais on peut conjecturer 
que c'était principalement de la laine. Hemricourt nous apprend 
en effet qu'il y avait alors des marchands de laine d'Angle- 
terre dans la cité ( 5 ). 

On peut juger par le fait suivant comment, alors comme au- 



(') Hemricourt. Miroir des nobles de la Hesbayc, éflit. Jalheau, p. 250. 

(î) Foulon. Historia eccl. leod. — Polain. Esq. kist. 53. 

( 3 ) Inventaire des eliartes de St-Lambert, par M. Sehoonbroodt, n° 48. Elle devint 
dès 1244 un lien il.' réunion pour les assemblées du peuple, ainsi que le couvent des 
IV. mineurs, le pré l'Evoque, les Dominicains et la halle des vignerons. (Loyens, Re- 
ri, ni héraldique, ms. aux archives de Liège, p. 23.) 

(*) V. les documents inédits, n° I. 

( B ) Henry de Noevis... s'estoyenl marchans de laynes d'Angleterre et de toute 
denrées. (Miroir des nobles, etc., p. 277). 



— 92 — 

jourd'hui, les circonstances politiques influaient sur le prix des 
marchandises et combien le commerce devait avoir à souffrir 
dans cette époque de rivalités et d'agitation que l'on appelle le 
moyen-âge : Edouard, roi d'Angleterre, n'ayant plus d'argent 
pour payer ses alliés dans la guerre qu'il avait soutenue contre 
Philippe, roi de France (1340), proposai Renaud de Maxhurée, 
Liégeois de la maison de Limbourg envoyé par le duc de 
Juliers pour toucher sa solde , de prendre de la laine en paye- 
ment. Celui-ci, sachant que cette denrée était très-chère à 
Bruges depuis le commencement de la guerre, a cause de l'in- 
terdiction du commerce entre l'Angleterre et la Flandre, accepta 
au nom de son maître et reçut en retour de riches cadeaux de 
la munificence royale. Après s'être procuré de la laine pour 
l'entièreté de la somme qui était due au duc, il se fit donner un 
sauf-conduit et une exemption des droits de douane , et alla 
vendre sa cargaison à Bruges. Il en retira trois fois le prix qu'il 
l'avait estimée et réalisa un bénéfice de 6,000 réaux. Puis ayant 
été trouver le duc, il lui déclara qu'il n'avait obtenu en paye- 
ment du roi que de la laine, dont il ne pourrait se défaire qu'à 
perte. Le duc, qui avait besoin d'argent, lui ordonna de vendre 
à quelque prix que ce fut , et le rusé Liégeois gagna encore de 
cette façon 2,000 réaux ('). 

Le pays de Liège produisait toutefois aussi cette matière et y 
était , de même que l'élève du bétail , paraît-il, une source assez 
abondante de revenus. C'est encore fauteur du Miroir des nobles 
de la Hesbaye, qui nous apprend ces circonstances, en parlant 
de Guillaume Malclerc, seigneur de Hemricourt, qui vivait 
vers 1250. 

Ce bon seigneur ne cherchait pas à s'enrichir , au contraire ; 
comme il était fort brave, il dépensait tout son argent, engageait 
ses terres , ses joyaux et sa vaisselle pour aller guerroyer au 

') Hemricourt. Miroir des nobles de la Hesbaye, p. 55. 



— 93 — 

loin. Mais en son absence, sa femme économisait et rachetait 
en secret ses domaines. 

Un jour, revenant d'un grand tournoi qui avait eu lieu entre 
Juliers et Aldenhovej quelques chevaliers étrangers l'engagèrent 
à retourner chez lui par Maestricht* pour jouir de sa compagnie. 
Comme il se dirigeait vers Hemricourt en longeant le Geer, il 
vit dans les pâturages d'Orey un beau troupeau de brebis, et 
ayant demandé au berger à qui il était, celui-ci lui répondit qu'il 
appartenait à Madame de Hemricourt; ce qui l' étonna beaucoup. 
Continuant de chevaucher vers Moumalle , il rencontra un se- 
cond troupeau qui, d'après les renseignements qu'il prit, appar- 
tenait aussi à sa femme. Alors il fit réflexion que puisqu'il avait 
par hasard trouvé sur son chemin deux troupeaux qui étaient à 
sa femme, elle pouvait en avoir en grand nombre ailleurs , ce 
qui le surprit encore davantage, et partant lorsqu'il revint chez 
lui, il lui dit : Dame, j'ai dépensé tout mon bien, ce me semble ; 
mais ainsi n'avez-vous pas fait du vôtre; vous avez le nom 
d'èiie riche et moi d'être pauvre et endetté. — La bonne dame, 
qui l'aimait et le craignait tout ensemble, affligée de ce langage, 
lui répondit : Certes , doux sire , Dieu nous a bien gardé de 
pauvreté, louange à lui; vous ne pouvez être pauvre sans moi, 
ni moi riche sans vous. — Alors le seigneur de Hemricourt, la 
voyant affligée, lui dit en riant : Dame, je viens de trouver sur 
mon chemin deux beaux troupeaux de moutons qui sont à vous, 
d'après ce que les bergers disent, mais comme je ne veux pas 
perdre ma part, trouvez bon , s'il vous plaît, la déclaration que 
je vous fais ici. — Quand la dame vit que ce discours tendait à 
la consoler , elle dit à son mari d'abondance de cœur : Cher 
sire, vous n'avez pas encore vu tout ce qu'il y a ; ne vous tour- 
mentez pas de votre état, car vous ne fûtes jamais si riche; j'ai 
racheté tous vos héritages engagés avec des 'vaches et des 
brebis. Autant vous avez du plaisir à acquérir l'honneur du 
monde auquel j'ai part avec vous, quoique vous en ayez seul les 
blessures et les fatigues, autant en ai-je d'épargner pour fournir 



— 94 — 

à vos dépenses. — Alors, pour la première fois, le sire de 
Hemricourt apprécia la conduite de sa femme ; depuis lors , il 
l'aima pour sa loyauté, l'honora de plus de confiance, et, dit 
l'écrivain, continua encore mieux sa vie ('). 

On n'admettra pas volontiers, sans doute, qu'un commerce , 
probablement assez étendu, de laines anglaises et nationales, 
existait à Liège, sans en conclure que -ces laines y étaient aussi, 
dès lors, travaillées; mais, sans vouloir rien décider à cet 
égard , nous ferons observer que les magasins de la capitale 
pouvaient être simplement destinés h alimenter la fabrication 
des villes voisines. Du reste, comme nous l'avons dit, ce n'est 
réellement qu'à partir du XIV e siècle que l'on peut constater 
d'une manière certaine l'existence de l'industrie drapière à 
Liège. 

Les historiens rapportent qu'en l'an 1300, des manufacturiers 
de Gand, chassés de chez eux par des troubles civils, vinrent 
s'installer à Verviers. Les fabriques de drap de cette ville 
prirent alors un si grand accroissement, que deux ans après 
ses habitants demandèrent à Adolphe de Waldecq le droit de 
pouvoir vendre librement leurs produits dans les halles de 
Liège , car à cette époque il en existait deux, dont une près du 
Marché, contre le Palais des évêques. Mais le prince mourut 
sur ces entrefaites et la négociation fut interrompue ( 2 ). 

En 1323, les Verviétois renouvelèrent leur demande; les 
drapiers de Liège , craignant la concurrence et déjà animés de 
cet esprit d'égoïsme qui caractérise le système des corpora- 
tions, unirent leurs efforts pour empêcher cette concession. 
Mais leur opposition échoua devant la décision favorable du 
prince et des magistrats de la cité, qui, remarquons-le à cause 
de l'époque, favorisèrent les intérêts généraux de la masse du 

( i ) Hemricourt. Miroir des nobles de la Hesbaye , p. 119. Notons, toutefois, en 
passant, que la laine de la Hesbaye est la plus mauvaise du pays. 
( 2 ) Detrooz. Hist. du marquisat de Franchimont. 



— 95 — 

peuple, au détriment des intérêts privés de quelques fabricants. 
Adolphe de la Marck crut en même temps nécessaire de régler 
la vente des étoffes, dans le but de protéger l'industrie, nais- 
sante peut-être des Liégeois , et de prévenir les fraudes de la 
part des étrangers. C'est ce qu'il fit par la Lettre des halles datée 
du 1 er février 1323. Il importe d'examiner ce document en 
détail. 

Nous y remarquons d'abord une mesure d'ordre en ce que la 
grande halle de Féronstrée est exclusivement consacrée aux 
fabricants de la ville, celle du Palais aux marchands de draps 
étrangers; ensuite une mesure d'utilité publique, en ce qu'il est 
défendu de débiter du drap en détail ailleurs que dans ces deux 
halles. Chaque jour avant l'heure où elles sont ouvertes aux 
chalands , des officiers du prince vont y examiner les draps 
apportés pour la vente et appliquent à ceux qu'ils jugent conve- 
nablement travaillés une marque en plomb ( ') ; de cette manière 
les intérêts des acheteurs sont sauvegardés et ils peuvent 
acheter de confiance. C'est l'idée de Louis Surlet généralisée et 
érigée en principe. 

Les fabricants de la ville peuvent vendre chez eux des pièces 
entières; en effet, par cette mesure, la bonne foi ou l'inexpé- 
rience du pauvre peuple ne peuvent être trompées : ce ne sont 
en général que les marchands qui achètent des pièces en- 
tières pour les revendre en détail ; ils sont compétents pour ju- 
gerde la valeur des étoffes et connaissent les fabricants auxquels 
ils s'adressent. Les mêmes officiers du prince sont du reste 
chargés de faire la visite de tous les draps manufacturés à 
Liège, lorsqu'ils pendent aux rames au sortir des fouleries et 
de faire une coupure dans ceux qu'ils trouvent défectueux. 

Il n'en est pas de même des pièces entières de drap étranger 
introduites en ville pour être vendues. Celles-ci n'ayant pas été 

(•) Cet usage, qui n'est pas exprimé dans la Lettre des halles , ressort d'autres 
documents. 



— 96 — 

surveillées par les rewards pendant la fabrication , ne peuvent 
se débiter , en gros ni en détail , dans les maisons particulières 
ou sur les places publiques. Elles doivent être transportées im- 
médiatement à la halle du Palais , où elles subissent la visite 
avant d'être mises à la disposition des acheteurs. Ce drap doit, 
par la façon dont il est plié, porter l'indication de l'endroit où il 
a été fait, et le propriétaire est obligé,' sous peine d'amende, de 
déclarer a l'avance aux chalands s'il est fait de déchets de 
fabrique (pennes). 

Les bourgeois qui hébergent des marchands étrangers doivent, 
les dénoncer s'ils apprennent qu'ils concluent des marchés en 
dehors de la halle. Disons en passant que le commerce de ces 
étoffes étrangères devait être important , puisque la halle du 
Palais était ouverte tous les jours depuis le matin jusqu'au soir. 

Il est défendu aux tailleurs , tondeurs et courtiers d'amener 
des pratiques à un marchand et de recevoir de celui-ci une ré- 
munération. 

Ces règles établies, il fallait s'assurer qu'elles seraient obser- 
vées et leur donner une sanction. A cet effet, Adolphe de la 
Marck ordonne la formation d'un Conseil composé de six 
hommes qu'il constitue gardiens de la Lettre des halles. Ces offi- 
ciers s'appellent wardans délie drapperie. Comme ils avaient 
dans leurs attributions le double caractère d'experts et déjuges, 
qu'ils surveillaient en même temps les intérêts de la Commune 
et ceux des drapiers marchands ou fabricants, deux d'entre eux 
étaient choisis par les maîtres de la cité parmi les jurés du 
Conseil, deux autres par les halliers et les deux derniers par les 
drapiers, chacun parmi ses confrères. Immédiatement après leur 
élection, qui devait avoir lieu chaque année le premier jour de 
février, ils étaient mis en féauté par les deux maîtres-à-temps. 

Nous avons déjà signalé en passant quelques-unes de leurs 
fonctions : la surveillance sur la fabrication des étoffes faites en 
ville et l'examen des draps manufacturés amenés du dehors. 
C'étaient eux aussi qui fixaient le prix du drap en cas de contes- 



— 97 — 

tation , qui avaient la police des halles et qui infligeaient les 
amendes; ils avaient a leurs ordres un valet et pouvaient même 
requérir un des menesteriers de Liège ou un des quatre valets 
des maîtres de la cité pour signifier leurs sentences aux com- 
pagnons, leur ordonner de payer en tiers jour ou en exiger 
caution, à défaut de laquelle ils avaient même le droit de mettre 
le délinquant en interdit en lui défendant tout travail. Leurs 
décisions étaient inappellables ; seulement à la fin de leur année 
ils devaient rendre compte de leur gestion en présence de plu- 
sieurs députés de l'évêque et du Conseil de la cité. Ils partici- 
paient pour un tiers dans le produit des amendes (>). 

La Lettre des halles ne peut nous donner une idée exacte de 
ce qu'était en 1323 la corporation des drapiers. Et d'abord 
ceux-ci formaient-ils déjà alors une corporation? Rien ne l'in- 
dique dans le document que nous venons d'examiner et la qua- 
lification de métier ne s'y rencontre même pas. Toutefois, elle 
apparaît six ans après dans un acte que nous aurons à analyser 
plus loin, et ceci suffit pour prouver que l'association des dra- 
piers existait depuis 1307 et qu'elle faisait partie des 25 tribus 
établies cette année après la publication de la paix de Seraing, 
par Thibaut de Bar. En effet, l'histoire ne mentionne aucune 
formation de métiers à partir de cette date jusqu'en 1418. 

Toutefois, s'il faut admettre que la corporation des drapiers 
existait dès 1307, nous devons déclarer aussi que jusqu'en 1330 
elle ne se manifeste comme telle dans aucun acte public; et 
ce fait qui , au premier abord , paraît étrange, s'explique selon 
nous facilement. En effet, la division de la commune en 25 mé- 
tiers, qui paraît dater de la paix de Seraing, avait pour but non 
pas de protéger les intérêts industriels et commerciaux des 
artisans, mais d'organiser toute la population liégeoise en com- 
pagnies militaires, dans un but purement politique. 

(') Documents inédits, n" II. 



— 98 — 

Nous pouvons donc assurer que, comme corps industriel, les 
drapiers n'ont pas encore revêtu leur forme caractéristique; ils 
n'ont pas même de chefs spéciaux. Les gouverneurs des métiers 
invoqués dans la Lettre des halles ne peuvent être entendus dans 
ce sens , et l'article 5 de la paix de Geneffe de 1331 nous fait 
croire que cette désignation s'appliquait à deux personnes 
chargées de l'administration de toutes les corporations réunies; 
le pouvoir étendu dont elles devaient être investies fut cause de 
leur abolition : car cette paix déclare que « deux chefs ne pou- 
vant être profitables à un état et les deux maîtres-à-temps 
suffisant pour le gouvernement de la ville, les deux maîtres 
gouverneurs qui soloient y estre en ladicte cité seront désor- 
mais abolis. » Elle ajoute que chaque métier pourra choisir, 
si cela lui convient , des wardains chargés de le « gouverner et 
maintenir. » 

Nous voyons, il est vrai, qu'en 1323, des officiers spéciaux 
vont être créés pour administrer toutes les affaires relatives à 
la vente et à la fabrication du drap et même exercer sur les 
compagnons une certaine juridiction; mais ces officiers, connus 
aussi sous le nom de wardains, ne sont pas les représentants 
des drapiers; loin d'être choisis par la corporation pour dé- 
fendre ses privilèges , ils sont établis par ordre du prince, et 
plutôt dans le but de surveiller les intérêts du peuple. L'étendue 
de leur autorité est une preuve nouvelle de l'absence de gou- 
verneurs particuliers. Les maîtres gouverneurs des métiers, qui 
existaient encore, administraient probablement les affaires géné- 
rales ; niais il nous est impossible de déterminer leur part res- 
pective de juridiction (»). 

Si nous cherchons le motif de la lenteur avec laquelle le 
métier des drapiers s'organisa , nous le trouverons probable- 
ment dans l'existence des deux classes hostiles de compagnons 

( ' ) Peut-être les fonctions «les deux maîtres gouverneurs étaient-elles purement 
militaires. 



— 99 — 

qui le formaient. D'une part, les marchands, d'abord prépondé- 
rants (halliers) , de l'autre, les fabricants (drapiers) , qui éta- 
blissent une lutte avec ceux-là et tâchent <P« ; !-Mi(lre leurs opéra- 
tions. Cette distinction est parfaitement établie dans la Lettre 
des Halles. 

Il nous paraîl certain qu'alors encore le commerce du drap 
ét;iil beaucoup plus important dans noire ville que l'industrie 
elle-même. Peut-être les marchands drapiers formaient-ils, 
comme dans les cités flamandes, une espèce de gilde à l'exclu- 
sion des simples artisans qu'on appelait les hommes aux mains 
sales. Toujours est-il que ce commerce enrichissait en peu 
d'années les bourgeois qui s'y livraient, à tel point que plusieurs 
d'entre eux, au dire de Hemricourt, menaient la vie des grands 
seigneurs el s'alliaient aux plus nobles familles du pays. L'auteur 
que nous venons de nommer ne cite pas un seul fabricant de 
drap dans son long ouvrage, tandis qu'on y rencontre souvent 
des marchands d'étoffes, entre autres ce Nicolas Flockelel « le 
plus agréable tils de bourgeois qui fut de sou temps à la ville de 
Liège, qui estoit marchand d'étoffes et faisoit profession des 
armes , cherchant partout les oecasions de s'en servir»; Jean 
de Metz, aussi marchand d'étoffes, qui épousa vers 13o0 Oude, 
fille de Raes de Warfusée; les Festeau dits du Jardin , parce 
qu'ils habitaient le fief de ce nom, devant les frères Mineurs, et 
qui tirent tous de brillants mariages ('). 

Quant à l'industrie drapière, elle semble encore être dans 
l'enfance à Liège et restreinte à la fabrication de trois espèces 
d'étoffes : le drap uni (plam drap), le drap rayé (royé) et le drap 
à carreaux (dighedunes) (-). La longueur de la pièce de chaque 

1 Hemricourt. Passim. 

(*) A cii.- époque el pendant bien Longtemps encore tout le travail se. faisait a la 
main. Le filage particulièrement avait lieu dans les familles ; le manufacturier dis- 
tribuait un certain nombre d'écbets a des ouvriers ijui les rapportaient filés. C'était 
un travail facile auquel se livraient en guise 'l.- passe temps, les dames de la plus 
haute distinction (Hénaux, Hist. de lu "//<■ </<■ Vermers.)l\ était du reste exclusive- 



— 100 — 

sorte d'étoffe est déterminée ; c'est le premier article réglemen- 
taire, prédécesseur de tous ceux qui, dans la suite, entravèrent 
le libre essor de l'industrie. La pièce entière de drap uni devait 
mesurer 3:2 ou 38 aunes ; le drap rayé 40 aunes ; le drap à car- 
reaux, 38. Ces mesures, que nos fabricants empruntèrent pro- 
bablement aux Flamands, étaient sans doute fixées pour la 
facilité des rapports commerciaux; en effet, ces règles une fois 
adoptées , exigées même et connues de tous , il n'était plus né- 
cessaire de mesurer chaque pièce pour connaître sa contenance ; 
l'acheteur était en même temps garanti contre la fraude ou l'er- 
reur. La différence établie entre la longueur des pièces d'étoffes 
diverses était nécessitée par la nature et la qualité du tissu ; les 
fils plus ou moins forts de la chaîne permettaient de donner plus 
ou moins de longueur à ceux de la trame ; les pièces les plus 
courtes étaient nécessairement les plus solides. C'est pour ce 
motif que le drap uni, réputé le meilleur et généralement réservé 
aux ecclésiastiques et aux magistrats, était plus court que le 
drap rayé employé par les bourgeois et par le peuple; étant 
moins solide, il était aussi moins cher. 

Au moyen-âge, chacun s'habillait suivant sa condition, et les 
différentes classes de la société se distinguaient facilement par 
la qualité, la forme et la couleur des vêtements. Les nobles y 
déployaient un grand luxe : ils portèrent longtemps, comme un 
apanage exclusif de leur haute naissance , le drap écarlate , la 
soie et le velours ; leurs signes distinctifs étaient surtout les 
riches fourrures, les ornements en or et en pierreries. 

Quoique , suivant la tradition , Charlemagne eût permis aux 
bourgeois de la cité, en les créant tous nobles, de porter gris et 
verd (vaiij, c'est-à-dire de l'hermine et d'autres pelleteries spé- 
cialement affectées aux chevaliers, il n'en est pas moins certain 



mont réservé aux femmes : les chroniqueurs racontent que lorsque S l -Bernard vint 
prêcher les croisades à Liège, on mettait une quenouille entre les mains de ceux qui 
montraient de la tiédeur à prendre part à la sainte expédition. 



— 101 — 

que l'usage général du peuple était de se vêtir de serge ou de 
drap rayé; être dans les draps roues voulait dire que l'on était 
rangé dans la tdasse des bourgeois. 

Contrairement aux vieilles cités flamandes, la nuire esl pauvre 
en miniatures et en peintures anciennes; on ne trouve aucune 
description détaillée des habits de nus ancêtres. Les testaments 
du XV 1 ' siècle nous fournissent les noms de quelques-uns d'entre 
eux; mais il reste à en expliquer la forme et l'usage. 

Le costume des simples bourgeois et bourgeoises paraissait 
du reste être fort simple et généralement de couleur sombre. 
C'étaient pour celles-ci «des cottes de drap de piere, de violette, 
de wastarde, de instable, de melleit, de skerlat, de bonnette, etc., 
fourées de gros ver, de ratte de meir, de soie ver ou de conin; 
des rouges cottreals; des rauches et madonnets de cotton; des 
heukes de sawine ou de brunette fourées de vvacbet ; des houp- 
pelandes vertes ou grises à petites ou à grandes manches,)) etc. 

Des pierres tombales dont les dessins nous ont été conservés 
par Del Rey, d'autres pierres encore conservées dans les 
églises , les descriptions données par quelques auteurs , entre 
autres par J. B. de Glen, enfin beaucoup d'anciens tableaux 
pourraient être utilement mis à profit pour dessiner une galerie 
de personnages représentant les costumes de nos ancêtres h 
différentes époques et dans leurs diverses qualités. Mais cette 
galerie, qui serait sans aucun doute fort intéressante, demande- 
rait de longues et minutieuses recherches. 

Le costume des ecclésiastiques était, comme nous l'avons 
dit, de drap uni et probablement noir; sa forme était déterminée 
par des statuts synodaux. Mais comme la plupart des chanoines 
surtout ceux de la cathédrale étaient nobles , beaucoup d'entre 
eux conservaient en dehors des églises des vêtements de toutes 
couleurs et de toutes formes. Témoin Guilleaume de S'-Martin 
dit de la Rose, chantre de Saint-Denis, « qui était magnifique et 
plus richement vêtu que pas un chanoine des églises collégiales 



— 102 — 

de Liège. «Témoin encore Jean d'Ile, surnommé le Bel, le 
célèbre chroniqueur, qui fut le maître de Froissart, et dont 
Hemricourt parle avec tant d'admiration : « Ce chanoine de la 
cathédrale était, dit-il, un homme de belle taille et toujours 
richement vêtu , choisissant des étoffes comme celles qu'on 
voyait aux bannerets. Ses habits qui, selon la saison, étaient 
doublés d'hermine et d'autres fourrures, s'attachaient sur les 
épaules au moyen d'agrafes chargées de pierres fines et de 
boutonnières de perles. Ses chaussures aussi ressemblaient à 
celles des chevaliers. Chaque année, il distribuait à ses parents 
et à ses amis 48 paires de robes d'écuiers et 5 paires de robes 
garnies de fourrures pour trois chanoines et deux cheva- 
liers ('). » Recevoir ainsi des habillements de quelqu'un, dit 
M. Henaux, porter ses couleurs, c'était, selon l'expression 
d'alors, être à ses draps, c'est-à-dire être de sou intimité, être à 
son service {"■). 

La recherche que les clercs mettaient dans leurs costumes 
devint à la fin un scandale. En 1360, tous les Chapitres de la 
ville s'unirent pour les ramener a une forme plus modeste 
et défendre sous peine d'amende aux prêtres de porter des vê- 
tements de couleurs variées , d'étoffes rayées ou mi-parties , 
c'est-à-dire la moitié d'une couleur et l'autre d'une autre , 
comme c'était l'usage au XIV e siècle chez les gens riches ; de 
les faire orner de plis, de frisures et de crevés, avec des bou- 
tonnières et des nœuds de soie, d'argent ou d'or; de se couvrir 
avec d'élégants capuchons noués de longs rubans et entretaillés 
autour de la figure ; de porter en public des brodequins à 
longues pointes, entièrement rouges ou verds ou de plusieurs 
couleurs; de mettre des manteaux à manches, etc. (••). 

(') Miroir des nobles de Hesbaye , pp. 261 et 158. 
( 2 ) Hist. de la bonne ville de Verriers. 

( s ) « Item prohibemus ne aliquis de dicto elero vestes aut togas partitas, rugatas 
seu intercisas vel scatatas, caputiola cum coppis longis nodata sub gutture, intercisa 



— 103 — 

Lorsque l'industrie et le commerce eurent amené la richesse 
parmi les bourgeois, les plus opulents d'entre eux commencèrent 
aussi à s'habiller avec recherche et à imiter les chevaliers dans 
leurs costumes. Alors, pour conserver entre les différentes 
classes de la société une distance forcée et arrêter le dévelop- 
pement excessif du luxe, les choses les plus simples de la vie 
ordinaire furent réglées par la loi ; nous en voyons un exemple 
dans un édit de 1294, porté par Philippe-le-Bel, roi de France, 
et conçu dans ces termes : « Nul bourgeois n'aura chariot; 
bourgeois ni bourgeoise ne porteront verd ne gris, ne hermines, 
ceintures, couronnes d'or ni d'argent, ni perles, ni pierrics 
précieuses; aux grands banquets n'y aura qu'un mets et un 
entremets, et s'il est jeune, ne y aurat deuxpotaiges aux harem 
et deux mets, et n'y aurat d'autres mets que d'une sorte de chair 
ou de poissons. Quant aux habits et robes, les personnes selon 
leur qualité ne porteront draps qu'au pris que s'ensuit : les 
prélats et barons à 18 sols tournois; les escuiers h 15 sols; 
les pages à 7 sols; les elereques nobles h 16 sols; les autres 
clerques 12 sols; les bourgeois selon leurs richesses à 10 et 
12 sols tournois sur paine pécuniaire ('). » 

sou scissa circa oram, vel in coppis aut spatulis alligata, seu caligas différentes 
partitas vel rugatas aut ctiam penitus rubeas seu viridi coloris neenon sotulares ad 
pompam seu lasciviam intercisas aut cum cuspide longa gracili et acuta publiée de- 
feral seu portet. Simili modo vestes quaseumque argento, auro seu serico frisatas, 
ornatas aut conlextas , neenon etiam vestes, togas, caputia seu alia quevis indu- 
menta auro argeotove nodata, seubotonata aut ornata deferri omnino prohibentes... 
Nullus insuper beneficiatus vel choralis publiée cinclus desuper seu cum vestibus 
anle botonatis vadat, scilicet mantellis aut togis soluni supra spatulas vel ante non 
protensius uno palmo, simplicibus et ejusdem panni uodis ac tunicis supra spatulam 
vel anle. ses ad plu.-, circa vero brachia usque ad cubitum et non ultra, altim nota- 
biliter nodis seu botonibus nodatis seu botonatis utatur vel cum illis incedal , nec 
manicas quicumque circa wardecorsia déférât, si presbiter quarta ulne cumdimidia, 
si vero dyaconus, duabus qaartis cum dimidia vel saltim brachio cum manu extensa 
déférât longiores. » Chartes de Saint-Lambert du i'.\ nov. 1363. V. {'Inventaire de 
M. Schoonbroodt , n° 77;;. 

( l ) Gilles Corrozet. Trésor des lù*t. de France; maître 1'. Quenoys. I.u Confé- 
,, n,, des ordonn. royales, p. ()7« t j, cites par V. 1). Berch, ms. des archives. 



— 104 — 

Ce ne fut que lorsque les patriciens , succombant dans leur 
lutte avec le peuple , perdirent le prestige du rang en même 
temps que le pouvoir, que l'égalité s'étendit jusque dans les 
costumes. Son règne ne fut toutefois pas tellement immédiat ni 
général que pendant plus d'un siècle encore on ne pût recon- 
naître par des marques extérieures les gens du peuple et les 
personnes appartenant aux classes élevées. Un écrivain belge, 
en exposant les causes des calamités qui affligeaient son 
époque , cite particulièrement le luxe des habillements parmi 
les bourgeois. J'allais oublier, dit-il, que par suite de l'affluence 
de l'or, il est devenu presqu'impossible de distinguer les nobles 
des hommes enrichis par le travail , qui affectent de porter les 
mêmes habits que les premiers et ne souffrent pas que vous les 
appeliez maîtres ; ils veulent être salués du nom de Monsieur ('). 

Mais nous nous sommes proposé d'étudier la draperie lié- 
geoise, particulièrement au point de vue des corporations ; nous 
allons continuer l'examen des rares documents que nous avons 
découverts ou recueillis sur ce sujet et tâcher d'en tirer 
quelques conclusions; si elles ne sont pas toujours justes, ou 
doit tenir compte de la difficulté qu'on éprouve toujours lors- 
qu'on veut se rendre compte de tout et reconstituer un état de 
choses dont il reste a peine quelques traces , et je dirai avec 
Mélart : « Tousiours seray-je excusable qu'escrivant des choses 
vieilles où il faut aller la toise à la main , j'ai tasché de les tirer 
de leurs ténèbres; et que l'on me verra avoir sué et ahanné en 
la compréhension très-difficile d'un langage presque non-intelli- 
gible , qui m'a souvent mis au désespoir de poursuivre la pre- 
mière esbauche en desseiguée... On ne peut tirer de l'esthuy 
plus qu'il n'y a dedans. » 

Lorsque l'industrie drapière commença a prendre quelque 
consistance dans la ville de Liège , les premières tentatives de 



( ' ) Dcclaratio Causarum calamitatttm Belgicarum a P. à S. Audomaro. Col. 
1582, in-8. 



— 105 — 

fédération industrielle se manifestèrent chez les foulons; la 
nécessité en était cause. De môme que les tanneurs, ces artisans 
sévirent, croyons-nous, obligés de s'associer pour acheter à 
frais communs un moulin à fouler le drap. Quels arrangements 
avaient-ils pris pour pouvoir tous ensemble et chacun en parti- 
culier avec ses valets exercer leur industrie? Observaient-ils un 
tour ou travaillaient-ils simultanément dans différents quartiers 
du moulin? Nous ne pouvons le deviner. Comme dans les do- 
cuments que nous avons sous les yeux , il n'existe aucune trace 
de concurrence entre les maîtres foulons, on pourrait croire 
que leurs intérêts n'étaient pas divisés et que chacun travaillait 
au profil de tous; mais alors pourquoi limiter, comme nous le 
verrons tantôt, le nombre des ouvriers et des lavages de chaque 
maîtres? Nous devons, dans tous les cas, supposer que dans le 
commencement ils étaient peu nombreux. Ils apparaissent dans 
un acte do 1325, comme réunis en Société et, malgré les mesures 
énergiques prises à cette époque contre les métiers par Adolphe 
de Waldecq, jouissant déjà du plus beau privilège qu'aient 
jamais obtenu les corporations liégeoises, celui de se régle- 
menter eux-mêmes. Cette association porte même le titre de 
métier (le mestir de folerie). On n'y voit encore figurer , il est 
vrai, aucun chef propre; ce sont les maîtres et les valets qui, 
ayant une discussion au sujet du salaire de ces derniers, s'en- 
tendent à l'amiable pour éviter des déchirements; chacune des 
deux parties contondantes choisit dans son sein deux arbitres 
qui, en présence des wardains institués par la Lettre des Halles, 
fixent le prix de la main d'œuvre de? valets. Ce tarif arrêté, ils 
prient d'un commun accord ces mêmes wardains d'appendre 
au parchemin le propre seal de leur draperie pour lui donner 
force de loi. 

Les wardains ont toujours la haute surveillance sur la fabri- 
cation; pour ne pas encourir la peine d'avoir l'ait un mauvais 
ouvrage, les foulons sont obligés d'aller leur montrer, avant 



— 106 — 

de les soumettre à aucune préparation, les pièces de drap qu'ils 
reçoivent des tisserands lorsqu'ils les croient mal travaillées 
et impropres à un bon foulage ; leur cercle d'action ne paraît 
pas s'étendre au-delà. Les arbitres profilent de leur autorité 
momentanée pour infliger des amendes contre l'ivrognerie et la 
passion du jeu ; ils décident que , pour les cas imprévus , les 
maîtres et les valets feront de nouveau eboix de quatre arbitres 
pour les juger; enfin ils défendent à chaque maître d'avoir a la 
fois plus d'un valet à son service ( ' ). 

Le détail des différentes étoffes énumérées dans ce document 
n'est pas sans intérêt ; il permet de constater un progrès notable 
dans l'industrie depuis deux ans; nous y ajoutons les dimen- 
sions et le prix du foulage tarifé à la pièce et non à la journée : 
Pour un drap dikedunne de 40 aunes, 8 sous tournois. 

» rayé » 6 » moins 2 deniers. 

» mêlé ou à fleurs (pour 





doublure ?) de 40 aunes 


,5 


» 


» 


3 


)) 


mêlé ou à fleurs, 30 


» 


4 


» 


2 de 


niers 


» 


dapreis (diapré), 40 


» 


4 


» 


7 


» 


)) 


gros drap bleu 














ou blanc, » 


)> 


4 


» 






» 


drap mêlé, 28 


» 


4 


» 






» 


» bleu , 32 


» 


3 


» 


5 


» 


» 


» à 2 envers 














à 1 corois, 32 


» 


3 


» 


5 


» 


)) 


» à 2 envers 














a 2 corois, » 


)> 


4 


» 


2 


» 


» 


gros drap blanc 














(banscotte?), 32 


» 


3 


)> 


5 


)) 



i 1 ) Cette défense montre qu'il est impossible d'admettre l'assertion de Loyens, 
lorsqu'il dit que Jacque Jaquemont dit Coekial , hallier , maître à temps de la cité en 
1343, entretenait seul dans la manufacture de draps 8 à 600 ouvriers [Recueil héral- 
dique des bourgmestres de Liège, p. 66.) 



107 



IN un' un drap scafare à floches 

(ratine?), de 40 aunes 4 sous 6 deniers. 
» scafare à floches 32 » 4 » 

» demi dikedunne, 8 » 7 » 

» deux pièces formant un 

drap entier, 7 » petits, plus le prix 

d'un drap entier. 
Pour toute pièce de drap rayé, de skafaires à floches et de 

demi-drap, 2 sous 1 maille par aune. 
Pour toute pièce de dikedunne et de demi-drap, 3 petits tour- 
nois par aune. 
Pour une scafare scrawée, 16 tournois. 

» deux » 32 » 

Pour remostreir (recoudre les trous? repasser?) et mettre aux 

rames un drap de 40 aunes, 8 sous. 
Pour remostreir et mettre aux rames un drap de 32 aunes, 

7 sous. 

Pour scureir (rincer?) digedune, 7 petits. 

Pour tout autre drap, 3 tournois. 

Pour fouler un plein drap de 7 à 10 aunes, 3 mailles, par aune. 

Pour raparelhier (donner l'apprêt, plier?) un drap de 40 aunes, 

8 tournois. 

Pour rapareihier un drap de 32 aunes, 7 tournois. 
Pour mettre un dikedunne aux rames, 7 sous tournois. 

» drap rayé » 6 » petits. 

Pour fouler un drap mêlé et à fleur de 24 aunes, 3 1/2 sous. 

» » a 2 envers a 1 corois,de 40 aunes, 4 sous. 

» » » 2 » » 4 s. 9 d. 

Quant aux draps ou scafares anglais (étoffes que Ton recevait 

min préparées), ils s'arrangeront comme ils l'entendront (•). 

D'après les termes de la lettre, ces prix devaienl être observés 

i ' v. Documents inédits, n° 111. 



— 108 — 

à toujours. Mais vingt-sept ans après, les mêmes difficultés sur- 
girent entre les maîtres foulons et leurs ouvriers, et il fallut 
faire un nouvel accord en tous points semblable au précédent, 
quant au mode de procéder. Le salaire des valets fut fixé comme 
suit : 

Pour fouler un dighedonne teint en gris , 14 sous 6 deniers. 

Pour l'embroyer 16 » 

Pour le mettre aux rames ou appareiller ... 12 » 

Pour fouler un dighedonne mêlé aile verge, 12 s. 6 » 

Pour l'embroyer 12 » 

Pour le mettre aux rames 11 » 

Pour l'appareiller 11 » 

Pour fouler un dighcdone bleu et blanc, 11 s. 6 » 

Pour l'embroyer , .... 12 » 

Pour le mettre aux rames 11 » 

Pour l'appareiller . 11 » 

Pour fouler un plein drap bleu et mêlé de 40 aunes, 6 sous. 

Pour l'embroyer 8 deniers. 

Pour le remostreir 12 » 

Pour le mettre aux rames 12 » 

Pour l'appareiller M » 

Pour fouler 2 demies dighedonnes mêlés, 13 s. 6 » 
» » rayés, 10 » 

Pour les embroyer 10 » 

Pour les mettre aux rames 10 » 

Toutes les étoffes ci-dessus étaient fabriquées avec de la 
laine majesté. 

Pour fouler un scafar à floches 9 sous. 

Pour l'embroyer 7 deniers. 

Pour le mettre aux rames 8 » 

Pour l'apareiller 8 » 

Pour fouler deux demi dighedonnes bleus et blancs, 12 s. 6 d. 



— 109 — 

Tour fouler un scafar scrowé 6 deniers. 

Pour l'embroyer 4 » 

Pour le mettre aux rames 8 » 

Pour fouler une pièce dighedonne laine majesté, 5 d. par aune. 
» de plain drap .... 4 » 

» de scafar à Hoches . . 4 » 

Pour fouler un drap à 2 envers et à 1 corois . 4 sous. 

Les maîtres ne peuvent, sous peine d'amende, donner moins, 
ni les valets exiger davantage que les prix stipulés. 

De même que les arbitres de 1325, ceux de 1352 ajoutent, 
en forme d'ordonnance , les quelques dispositions qui suivent : 

Les maîtres foulons ne peuvent faire crédit aux drapiers 
dont ils ont foulé le drap, ni leur faire remise de leur salaire. 

Il leur est défendu à eux et à leurs valets de faire plus de 
trois lavages par semaine. 

Les valets ne peuvent emprunter de l'argent h leurs maîtres 
ni ceux-ci leur en prêter, à moins qu'ils soient malades ou 
dans le besoin. Ils ne peuvent quitter leurs maîtres sans motifs 
ni leur faire tort en allant travailler chez d'autres. 

Enfin cette lettre ordonne l'institution de quatre députés an- 
nuels, deux maîtres et deux valets foulons, chargés de faire 
observer ces statuts ('). 

Nous ne comprenons plus la portée de toutes ces défenses; 
elles tendaient sans doute à maintenir l'ordre dans la société 
et à empêcher la trop grande prospérité d'un seul au détriment 
des autres; c'était l'étroit et cependant charitable principe qui 
dominait le système des métiers : « Il faut que le petit puisse 
vivre delez le grand. » On se demande aussi si les tarifs établis 
concernaient les drapiers tisserands ou si, chose peu probable, 
ceux-ci devaient encore faire avec les maîtres foulons un arran- 
gement particulier. 

' ' V. Documents inédits, n° VI. 



— 110 — 

Un troisième accord, fait pour durer douze ans, nous apprend 
que le premier mode était en usage en 1435 ; mais alors il ne 
s'agit plus de maîtres ni de valets ; il y est stipulé que les dra- 
piers payeront aux foulons : 

6 livres pour un drap commun. 

3 » 1/2 » de 22 aunes, et 5 sous pour 

chaque aune qu'il aurait en plus. 

7 livres 7 sous pour un drap gris de Vilermostier ou bleu. Les 
drapiers non enrôlés sous la bannière du métier pour le service 
militaire payaient 3 sous déplus par drap, parce que, sans doute, 
ils pouvaient mettre à profit le temps que les autres compagnons 
consacraient au service ('). 

Enfin un quatrième arrangement pris à l'expiration du terme 
fixé en 1423, termine cette série de documents relatifs au salaire 
des foulons. Il est fixé à 8 livres pour chaque drap fait de grayt 
nions, de fleur, de koxhe, de simple gris; à 9 livres pour les 
draps mêlés, gris ou bleus; a 10 livres pour les draps faits de 
hoppe de laine, quelle que soit la laine qu'on y eut employée. 
Les wardains des drapiers et des foulons réunis examinent les 
draps foulés, peuvent faire retravailler une pièce qui laisserait 
h désirer et même interdire les ouvriers récalcitrants. Pour 
faciliter les opérations, le métier décide que tous les draps de- 
vront avoir la même longueur : 42 aunes pour les pièces en- 
tières, 22 aunes pour les demi-pièces (2). 

Les deux derniers actes, quoique de la même nature que les 
deux premiers, émanent du métier des drapiers, dénomination 
qui apparaît pour la première fois en 1330; celle de métier des 
foulons se rencontre toutefois encore en 13o2; d'une part le 
métier des drapiers semble se substituer à celui des foulons, 
d'autre part ils paraissent subsister l'un à côté de l'autre sans 
avoir rien de commun. Faute de renseignements positifs nous 

(') Documents inédits, n° XF. 
[*) Documents inédits n° XII. 



— 111 — 

ne pouvons expliquer ces contradictions apparentes sans recou- 
rir aune hypothèse que, malgré nos scrupules primitifs, nous 
avons fini par admettre. Nous croyons donc que les premiers 
maîtres foulon s,c'est-à-dire les premiers propriétaires du moulin, 
étaienl les tisserand s on drapiers delà cité eux-mêmes; les valets 
qui figurent dans les actes de 1325 et 1352 étaient les vrais 
foulons, eeux qui travaillaient au moulin sous la dépendance des 
drapiers. De cette façon la difficulté que nous avons signalée au 
sujet des tarifs disparaît; ils établissent les rapports de tisse- 
rands à foulons, de maîtres à ouvriers. Le moulin devant éga- 
lement servir à tous les drapiers, on comprend dès lors aussi le 
motif qui a fait défendre a chacun deux d'avoir à son service plus 
d'un valet et de faire plus de 3 lavages par semaine; on com- 
prend encore pourquoi les maîtres de foulerie s'arrogent le droit 
de fixer des statuts relatifs à la tisseranderie; enfin la dispari- 
tion, sans cela inexplicable, du métier des foulons qui ne figure 
pas sur la liste des 32 métiers de Liège, n'est plus un mystère, 
c'est une simple transformation ou plutôt un changement, de 
nom; la dénomination particulière qui rappelait l'origine de 
l'association industrielle fut abandonnée pour une appellation 
pins générale qui comprenait sous elle toutes les opérations de 
la fabrication du drap: le tissage, le foulage et la teinture. 

L'acte de 1330 que nous avons cité tantôt, vient encore con- 
firmer cette opinion; il nous montre les drapiers réunis achetant 
à des particuliers un terrain, rue Hors-Château, pour y étendre 
sur des rames les étoffes au sortir de la foulerie: jusque là 
chaque drapier avait sans doute ses rames particulières et se 
servait comme il l'entendait soit de son jardin, soit de son 
grenier comme cela se pratiquait encore en 1585. L'acquisition 
de raines communes faite au profil de tous et ayant sans doute 
pour but de faciliter auxwardains l'inspection des étoffes indique 
l'accroissement d'importance du métier. L'initiative prise par les 
drapiers dans un objet qui parait être uniquement du ressort des 



— 112 — 

foulons prouve que ceux-ci ne faisaient qu'un avec ceux- 
là {*)• 
Vers la même époque la corporation devenait propriétaire de 

la halle de Féronstrée bâtie par Louis Surlet: nous trouvons 
en effet en 1334 un accord extrêmement curieux fait entre les 
drapiers et un ardoisier pour en couvrir le toit (*). Ce devis, le 
plus ancien que nous connaissions, est parfaitement rédigé et 
pourrait encore servir de modèle aujourd'hui. Tout y est prévu 
et réglé; la carrière qui doit fournir les ardoises; le poid des 
clous; le nombre de cloux qu'il faut mettre à chaque ardoise; 
le jour où l'ouvrage doit être commencé et celui où il doit être 
fini. L'entrepreneur doit livrer comme caution un millier de 
clous; il recevra en payement 270 livres: 36 le jour où il amè- 
nera sur les lieux 11 à 12 mille ardoises; 36 deux ans après et 
le reste lorsque tout sera terminé ( 5 .). 

C'était à la halle, dans une pièce du rez de chaussée, que 
devait se vendre toute la laine introduite en ville. Le métier 
louait au plus haut offrant le droit de peser la laine vendue ; le 
fermier, qui s'appelait Y-usinier délie halle, y avait son logement, 
était chargé de l'entretenir, d'ouvrir et de fermer les portes aux 
heures fixées; il lui était défendu de sous-louer le bâtiment en 
tout ou en partie, d'exiger pour le pesage au delà du prix con- 
venu et de remplir d'autres fonctions dans le métier pendant 
toute la durée de son bail ( 4 ). 

Quelques années plus tard la corporation, évidemment en voie 
de prospérité, trouve le moyen d'acheter un moulin à fouler, 
sans doute le même que celui dont elle se servait auparavant, 
mais qu'elle ne possédait qu'à titre de rendage; il appartenait 

( i) Documents inédits, n° IV. 
( 2 ) Documents inédits, n° V. 

(s) Les mille ardoises couvrent la petite verge de S'-Lambert, 16 pieds sur 
16 = 256 pieds carrés. 

(*) Documents inédits , n° VIII. 



— m — 

alors à Raes de Haccourt échevin de Liège, et était situé sur la 
Meuse entre Beaureparl et la Boverie ('). 

Lorsque les drapiers se virenl en état non-seulement de four- 
nir à la consommation de leurs concitoyens, mais même d'ex- 
porter leurs produits au loin, ils cherchèrent à étouffer le plus 
possihle chez eux la concurrence des étrangers; or, il existait, à 
Liège, deux foires annuelles où, suivant l'antique habitude, on 
vendait surtout des étoffes; ces foires faisaient aux drapiers de 
Liège un tort immense, parce qu'il leur était défendu d'y étaler 
leurs draps et que, dans les temps de fête, on se laissait très- 
facilemenl entraîner à faire des achats, soit à cause de la 
variété et de la nouveauté des étoffes, soit à cause de leur prix 
avantageux. L'évêque Englebert de la Marck ne pouvait, pour 
protéger l'industrie nationale, abolir sans exciter des murmures, 
ces deux foires considérées comme des privilèges de la nation ; 
mais il en supprima une ou plutôt les remplaça toutes deux par 
une foire générale qui devait se tenir en Gravioule; il exigea de 
plus que toutes les marchandises étrangères amenées par les 
marchands fussent soumises à leur entrée à l'inspection des 
rewards (24 mars 1350). 

L'industrieuse activité des drapiers, la participation du peuple 
au pouvoir, l'extension des privilèges, quelques fois même la 
faveur des princes, tout faisait présager à la corporation un 
avenir prospère, lorsque le désastre d'Othée (1408) vint l'arrêter 
dans son élan; de même que tous les autres métiers, elle fut 
violemment supprimée; on continua certainement à fabriquer 
du drap et à exercer tous les états ; mais, de même que les 
arts et les lettres, que deviennent l'industrie et le commerce 
sans la liberté? 

Ici finit la première période que nous nommons de formation 
de notre métier. Nous sommes aussi enclin que personne a attri- 



(') Documents inédits, n° VII. Ce moulin qui se trouvait siH' l'île Renoz fut démoli 
lors de la dérivation de la Meuse. 



— 114 — 

buer aux institutions de notre patrie la noblesse de l'ancienneté ; 
mais lorsque les documents manquent complètement pour 
l'attester et que nous nous trouvons en présence de faits qui 
lui sont contraires, force nous est de la mettre en doute. Nous 
croyons donc qu'avant le XIV e siècle, l'industrie drapière n'exis- 
tait pas à Liège et qu'on se bornait à y faire le commerce des 
draps étrangers. Peu après se forma une société industrielle de 
fabricants qui devint assez ricbe pour pouvoir, dans un espace 
de temps de moins d'un siècle, acheter une halle, un moulin à 
fouler et un terrain pour y établir des rames. Cette société de 
travailleurs, entièrement sous la dépendance du pouvoir aristocra- 
tique, ne jouit d'aucune liberté ; dépourvue de chefs et de statuts, 
elle se règle sur l'usage et délègue de temps en temps quelques 
fondés de pouvoirs, choisis dans son sein, pour la représenter 
dans les actes publics ; ces délégués, ordinairement au nombre 
de quatre, s'appellent maîtres (1329J, hiretirs (1334J, élus fl365), 
mambours, porveors (1367), etc. Les princes tout en prenant des 
mesures pour protéger son industrie et l'affranchir de la con- 
currence étrangère, lui imposent, dans l'intérêt du public, des 
officiers chargés de surveiller la fabrication, des règles pour le 
tissage, l'ourdissage, la vente, etc.; ils s'appliquent aussi a 
maintenir entre les différents membres de la corporation une 
certaine égalité afin qu'ils ne se fassent pas réciproquement du 
tort. 

Jusqu'ici on ne rencontre pas de trace d'acquête, de relief, 
d'apprentissage, de chef-d'œuvre, aucune tendance au monopole 
au détriment de la généralité; dans ce cas les drapiers seraient 
exempts de l'accusation formulée contre les métiers qui cher- 
chaient à empêcher tout autre que les compagnons à vivre 
du travail de ses mains; il est toutefois probable qu'il existait a 
ce sujet certaines règles et que la société n'admettait dans son 
sein que les parents et les amis de ses membres. 

Pendant cette première période de temps, les drapiers habi- 



— 115 — 

taient presque tous la paroisse S'.-Georges et surtout la rue 
Hors-Château où nous trouvons dès 1353 un pont des tisseurs 
sui" une branche de la Légia et un peu plus lard, la draperie, 
la rue des Wendes et la place des Foulons. 



II 



Période de prospérité, 1418 à 1650. 



Jean de Wallenrode, en rétablissant les métiers en 1418 et 
en augmentant leur nombre , inaugura pour cette institution , 
devenue officielle, une ère brillante. Les 32 corporations, ob- 
servant un rang fixe, où celle des drapiers occupe la douzième 
place, s'organisent librement et à peu près uniformément sous 
l'influence du pouvoir démocratique. Les nouveaux métiers ré- 
digent par écrit leurs statuts, et quelques-uns des anciens, 
notamment celui des tanneurs, refondent leurs vieux règle- 
ments. Les drapiers n'éprouvent pas immédiatement le besoin 
d'une loi écrite et se règlent encore pendant un quart de siècle 
d'après les usages et les traditions de leurs ancêtres. Mais, 
comme les autres , ils régularisent leur administration , choi- 
sissent dans leur sein des gouverneurs et des jurés ; ces offi- 
ciers permanents et d'un caractère bien connu , chargés de 
surveiller les intérêts de la société, jurant de travailler de tout 
leur pouvoir à sa prospérité et au maintien de ses privilèges 
apparaissent pour la première fois en 1423. Les wardains minis- 
tériels sont abolis; mais comme il y allait de l'intérêt et surtout 
de l'honneur du métier à ce que les règlements pour la fabri- 
cation du drap fussent observés, et les marchandises mises en 
vente de bonne qualité, ce métier lui-même leur substitua des 
personnes de son choix chargées de remplir les mêmes fonc- 
tions. Pour faciliter la surveillance sur les produits, la corpora- 
tion est divisée en trois sections appelées membres et déter- 



J17 



minées par les différentes occupations des compagnons ('). 
Le membre de drapiers, comprenait, croyons-nous, les an- 
ciens maîtres, propriétaires de métiers, ayant la direction de 
la fabrication et s'occupanl surtout de la vente; ceux <lrs 
tisseurs et des foulons étaient composés d'ouvriers soumis aux 
drapiers : chaque membre avait un ou deux chefs appelés 
ma tirs, nommés tous les deux ans par leurs compagnons dans le 
but de les représenter et de les protéger; mais cette charge de- 
vint bientôt purement honorifique. Quoique du même métier,les 
teinturiers peu nombreux formaient une classe à part. En 1447 il 
y en avait 4 àLiégequi, selon toute probabilité, étaient associés 
el s'étaient chargés de teindre eu diverses couleurs toute espèce 
d'étoiles suivant un prix fixéde commun accord avec les drapiers. 
Mais cette année sous prétexte que les matières colorantes étaient 
haussées de valeur, ils voulurent augmenter le tarit et deman- 
dèrent à faire un nouveau contrat. Les drapiers s'y étant refusés, 
les teinturiers cessèrent de travailler. Alors les 32 métiers réunis 
les sommèrent de se remettre à l'ouvrage dans les huit jours sous 
peine d'être déclarés bannis; mais ces menaces ne les intimi- 
dèrent pas et l'industrie drapière de Liège fut menacée de ruine. 
Enfin le métier, pour se tirer d'embarras et étouffer la discorde 
dans une société dont tous les membres étaient frères soumirent 
le débat à quelques arbitres; ceux-ci partagèrent la différence 

(') -1724 16 février. Supplique des maîtres du membre des drapiers au chapitre 
S'-Lambert , lui remontrant que pour être maître en due forme et pouvoir employer 
toute espèce d'ouvriers, il faut acquérir le membre et le métier; par l'acquisition du 
premier on peut employer chez soi des tisserands pour fabriquer des étoiles ; par 
l'acquisition du second on ne peut qu'acheter et vendre de la laine et la faire accom- 
moder chez soi. Le membre et le métier sont donc deux choses distinctes et ont 
chacun leur greffier. De tous temps les compagnons du membre ont eu le droit de 
conférer celui-ci à qui ils voulaient, et en percevaient les droits. Ceux du métier 
n'avaient rien à y voir ni a prétendre des droits qui se payaient aux maîtres du 
membre (20 fis. d'or pour ceux de la cité , 80 pour ceux du pays, 40 pour les étran- 
gers). Cependant depuis plusieurs années la Chambre se môle de conférer le membre 
et cela à vil prix, de façon que les étrangers affiliant, les ouvriers n'ont plus d ou- 
vrage. [Document sur papier : liasse du Conseil privé.) 



118 



qui était du reste fort petite et condamnèrent les teinturiers à 
l'amende pour avoir, par leur inaction, empêché les drapiers de 
travailler. La corporation avait préalablement fait accord avec un 
étranger pour donner au drap de belles couleurs rouge, verde 
et sanguine, que jusque là on n'était pas parvenu à rendre aussi 
brillantes que celles que produisaient Tournay et d'autres 
villes, ce qui discréditait la réputation des étoffes liégeoises; 
cet étranger nommé Gilis de Molin étant venu s'établir à Liège, 
cette ville posséda 5 teinturiers jusqu'en 1487 où ils furent rem- 
placés par un Johan Fivé qui s'engageait à servir seul le métier 
pendant un an au prix accoutumé et, assurait-il, à la satisfac- 
tion générale. 

A peine les dignités sont-elles établies dans la corporation 
que l'ambition y amène la discorde. Pour mettre un terme aux 
brigues qui se faisaient publiquement et empêcher les désor- 
dres, le métier est obligé en 1428 de réglementer la forme des 
élections annuelles et de défendre aux bourgeois qui n'habitaient 
pas la banlieue de porter leur vote aux séances électorales. En 
1458 paraît une autre ordonnance où le législateur entre dans 
de munitieux détails pour faire régner l'ordre dans le choix des 
gouverneurs et des jurés; il défend aux candidats de faire des 
présents de quelque nature qu'ils soient aux électeurs ; d'être 
présents aux votes; ils doivent être reconnus capables, être 
mariés ou âgés de 25 ans, être nés dans le pays de Liège de 
parents légitimes et avoir relevé le métier. Les officiers élus 
doivent aussitôt jurer qu'ils n'ont pas brigué leurs fonctions et 
qu'ils n'aquerront pas la bourgeoisie dans un autre métier. Pour 
apporter au mal un remède plus efficace, la corporation fixe préa- 
lablement les principaux devoirs des compagnons ; il consigne 
pour la première fois par écrit quelques anciens usages mal 
observés relatifs aux acquêtes, aux reliefs, aux assemblées, aux 
fonctions des gouverneurs et des rewards. Ces dispositions in- 
complètes et incohérentes, prises à la hâte pour les nécessités 



119 



du moment ne constituent qu'un règlement provisoire. La né- 
cessité d'un code général, d'une loi que chacun sera obligé de 
suivre, d'une charte que tous pourront à l'occasion invoquer, 
ne tarde pas à se faire sentir. 

Mais sur ces entrefaites Charles le Téméraire vint saccager 
Liège et supprimer les corporations. 

La crise ne fui pas plutôt passée que le premier soin du 
peuple liégeois fut de rétablir ses métiers, institution qui lui (''tait 
plus chère que toute autre parce qu'en elle résidait sa force, sa 
richesse et sa part d'autorité dans l'administration de la Com- 
mune. 

Cependant tout était à refaire; les tisserands et les foulons 
étaient morts ou dispersés, leurs métiers et leurs moulins brisés 
et détruits; il fallait un certain temps pour rendre aux corpora- 
tions l'impulsion et la vie et pendant quelques années l'indus- 
trie drapière languit. Les Verviétois profitèrent aussitôt de cet 
état de somnolence pour faire affluer leurs étolfes sur le mar- 
ché' de Liège; mais les drapiers de cette ville se crurent, à la 
laveur du nouvel ordre de choses, assez puissants pour leur con- 
tester le droit de vendre dans la capitale et firent saisir tous 
leurs draps déposés dans la halle du palais. Les Verviétois invo- 
quant la charte d'Adolphe de la Marck réclamèrent auprès de 
l'évêque contre cet acte de violence. Louis de Bourbon leur lit 
justice et, le 28 avril 1480, leur confirma le privilège accordé en 
1323 par son prédécesseur; il ordonna de plus le rétablissement 
immédiat des wardains épiscopaux décrétés par cette charte et 
qui furent maintenus depuis lors. 

Pour repeupler la ville décimée par les guerres, le prince, 
avec le consentement des corporations, permit aux étrangers 
de venir librement exercer pendant 8 ans leurs- industries dans 
la cité moyennant une redevance d'un tlorin à payer au métier 
dont ils feraient partie; à la suite de celte permission, il y cul 
dans le métier quatre fois plus de reliefs que lus années précé- 



— 120 — 

dentés. Les apprentis et les serviteurs devinrent même tellement 
nombreux que lorsque le terme fixé fut expiré le métier déclara 
que les maîtres ne devaient plus en recevoir parce qu'ils ne 
seraient plus admis à l'acquête ('). 

À cette époque chaque métier, éprouvant plus que jamais le 
besoin de se constituer solidement, se bâte de profiter des 
moments propices pour réviser ses chartes, ses règlements, ses 
privilèges, pour statuer à nouveau sur divers points éclaircis par 
l'expérience, pour recueillir les coutumes, les usages et les 
traditions des ancêtres ; puis il s'applique à fondre le résultat 
de ses recherches en une seule charte fondamentale, loi inva- 
riable pour les compagnons et leurs administrateurs. 

Le métier des drapiers songe aussi enfin à formuler un rè- 
glement général et le 1 er février 1527, quelques députés chargés 
de sa rédaction, soumettent à l'approbation des échevins de la 
cité un long manuscrit auquel ils avaient travaillé plusieurs 
années. La sanction des échevins était nécessaire pour la mise 
en garde de loi ; ils examinaient si le document ne contenait 
rien qui fut contraire aux institutions et aux paix du pays ou qui 
pût préjudicier au prince et à la cité. Cette approbation atteste 
que les statuts de 1527 constituent le premier règlement de la 
corporation et que les drapiers n'ont fait qu'y relater et mettre 
en ordre les usages de leurs pères. Comme il est nécessaire, y 
est-il dit, que dans toute ville où régnent la justice et la raison 
que fait observer l'autorité, l'ordre et la règle soient établies 
en toutes choses, le métier des drapiers, ayant en vue l'hon- 
neur, le profit et le bien public de la cité et de la corporation, 
publie ce règlement, afin que chacun connaisse ses droits et ses 
devoirs. Il déclare avoir été guidé par l'exemple des autres 
métiers qui tous possédaient leurs règles, franchises et libertés 



(' ) Déclaration du jour S'-Philippe et S'-Jacque de l'an -1504 dans le petit registre 
aux reliefs du métier des drapiers {Archives de l'Etat, à Liège.) 



121 



distinctes suivant la nature de leurs occupations ou de leurs 
marchandises; il déclare enfin que puisqu'il convient de changer 
tonte chose suivant le temps et les circonstances, il s'estdécidé 
à modifier le règlement d'Adolphe de la Marck. Les statuts que 
contient cette charte forment un code complet de l'usance et de 
la pratique jusqu'alors négligée du métier. 

Comme il règne peu d'ordre dans l'arrangement des paragraphes 
du règlement de 1527 et qu'il rappelle des dispositions géné- 
rales déjà connues, nous nous sommes appliqués, par une étude 
sérieuse, à la transformer en un tableau méthodique comprenant 
i\i\us ses divisions un exposé de toutes les parties de l'organisa- 
tion du métier, des particularités qui le distinguent des autres 
corporations liégeoises et des usages qui lui sont propres. Pour 
éviter des longueurs dans la suite, nous y ajoutons à leurs dates 
les modifications apportées à différents points par des règlements 
postérieurs. 

1 

Des offices et emplois. 

Le métier des drapiers avait, comme les autres, deux gouver- 
neurs, deux jurés , des rewards, un rentier , un greffier et un 
valet. A l'exception do ce dernier, les personnes revêtues de ces 
charges, formaient le Conseil des officiers. La corporation avait 
en outre de plus que les autres deux employés spéciaux, l'usinier 
de la halle et l'usinier des wendes. 

Au XVI' siècle, le conseil administratif de la corporation était 
formé de personnes capables et jouissant d'une bonne réputation; 
aussi l'honneur d'en faire partie était-il si considéré que des billes 
violentes accompagnaient chaque élection. Nous avons vu que 
dès le commencement du XV' siècle ces désordres attirèrent 
l'attention des législateurs ; les mesures prises en 1428 et en 



— 122 — 

1458 pour combattre les brigues furent renouvelées dans la 
charte de 1527 qui défendit de plus aux étrangers de se porter 
comme candidats aux offices sans avoir payé l'acquêtedu métier; 
pour qu'une telle décision fut nécessaire, il fallait que les abus 
fussent bien grands. Mais toutes ces ordonnances qui produi- 
saient un effet momentané étaient presqu'aussitôt annihilées par 
l'ardeur des partis. Le 11 décembre 1552 on augmenta les peines 
contre ceux qui, pour parvenir aux honneurs, régalaient les com- 
pagnons dans les tavernes, leur faisaient remise de leurs dettes, 
leur accordaient des pensions sur les revenus de la cité, etc., 
et l'on décida que ces dispositions seraient lues chaque année à 
la S'. -Jacques dans l'assemblée qui précédait les élections. 

Toutefois quelques années après, les choses en étaient revenues 
au même point qu'auparavant. Le 3 août 1568 « afin d'éviter les 
exclandres, haines, odiosités et discussions qui ci-devant avaient 
régné parmi les drapiers, «on exclut les simples compagnons des 
assemblées électorales ; les gouverneurs, les jurés, les 4 délie 
halle, le banneresse, les vieux-maîtres des membres, le clerc 
et le valet procédaient seuls au vote : c'était ouvrir la porte toute 
grande au favoristisme. On décida en même temps qu'une 
seule personne ne pourrait se porter candidat pour deux offices 
à la fois. 

Pour être élu officier, il fallait avoir hanté le métier pendant 
trois années consécutives ; en 1649 la fréquentation ayant été , 
nous ne savons pourquoi, interrompue pendant plusieurs années, 
le conseil de la cité fit demander le 7 juin 1676 aux 32 métiers 
si, pour les élections qui allaient avoir lieu, cette condition serait 
exigée ; il fut répondu que pour cette fois seulement, il suffirait, 
pour être éligible, d'être habillé et d'avoir huit jours avant la 
S l .-Jacques fait le relief du métier. 

Les officiers avaient le droit de se réuuir en conseil pour 
délibérer sur les affaires de la corporation; ces assemblées par- 
ticulières s'appelaient chambres; il était défendu à ceux qui y as- 



— 123 — 

sistaient de révéler les secrets des chambres sous peine d'être 
privé de leur office el même du métier. 

Lorsqu'il s'agissait d'une contestation peu grave survenue entre 
deux compagnons ou d'un cas non prévu par les règlements, le 
métier pouvait instituer une espèce de tribunal faisant les fonc- 
tions de justice de paix et composé de 2 compagnons de cha- 
cun des 3 membres réunis aux wardains. Les parties conten- 
dantes pouvaient toutefois récuser la compétence de ces juges 
el porter leur cause devant les tribunaux ordinaires. 

LES GOUVERNEURS ET LES JURÉS. 

La grande charte du métier du 1" février 1527 règle ce qui 
concerne ces officiers de la façon suivante: Les deux gouverneurs 
et les deux jurés seront choisis chaque année le jour de S'-Jac- 
ques et de S l -Christophe ; ils feront avec les gouverneurs et jurés 
des 31 autres corporations partie du conseil de la cité; après 
leur élection, ils jureront de régir loyalement le métier et de con- 
tribuer de tout leur pouvoir à sa prospérité; ils seront obligés, 
sous peine d'amende et d'être privés pendant un an du métier, de 
précéder, une torche à la main, le S'-Sacrement à la procession 
de S'-Lambert ou en cas d'empêchement de se faire remplacer 
par une personne honorable. 

Les deux gouverneurs et même l'un d'eux aura le droit de 
provoquer les assemblées; ils recevront les serments des 
nouveaux compagnons entrants et des anciens qui feront relief. 
Le jour de la Madeleine, ils assisteront à la reddition des 
comptes faite par le rentier ; le lendemain de la S l -Jaccjues et 
du jour des Rois, ils calculeront les frais occasionnés par les 
réjouissances des compagnons ; leurs peines à cette occasion 
seront payées d'un florin par jour. 

Pour octroyer la franche bourgeoisie ils devaient avoir ras- 
sentiment de toute la corporation. 



— 124 — 

Les gouverneurs avaient plein pouvoir, pour passer des con- 
trats au nom et dans 1 intérêt du métier, acheter des clous et des 
wères pour tendre les draps, vendre de vieilles vvendes, etc. Ces 
contrats se passaient toujours inter pocula dans un cabaret, aux 
3 Papegaies ou à la Verde Tête sur les Foulons, à la Jeune Bosse 
ou au Léopard en Féronstrée , à l'ours Entre deux Ponts ; tout 
ce qui se consommait dans ces occasions était payé par le 
rentier. 

Les appointements des gouverneurs en 1458 étaient de 12 
griffons et au XVIII e siècle de 11 florins. 

LES REWARDS OU WARDA1NS. 

La question importante et difficile des rewards nous a déjà 
beaucoup occupés ; nous avons vu leurs fonctions remplies en 
1323 par des officiers du prince, remplacés bientôt par des dé- 
putés du métier (') puis rétablis en 1480 par Louis de Bourbon. 
Le règlement de 1527 nous apprend qu'ils étaient alors au nombre 
de 9 et élus chaque année le 1 er mai; les maîtres à temps en 
choisissaient deux parmi le conseil des jurés; les drapiers, après 
avoir assisté à la messe aux frères Mineurs, se réunissaient à leur 
halle et en nommaient deux, les tisserands deux et les foulons 
deux ; le neuvième était un teinturier choisi par les six premiers. 
Les compagnons désignés pour ces fonctions ne pouvaient les re- 
fuser sous peine d'amende. Immédiatement après leur élection 
ils prêtaient serment devant le conseil de la cité de faire observer 
loyalement tous les points de draperie et d'appliquer sans fraude 
les peines fixées par la loi ; ils juraient aussi de n'accepter aucun 
autre office pendant l'année de leur charge. Ensuite ils faisaient 
choix parmi eux d'un maître ou mayeur des wardains lequel 
prêtait un nouveau serment entre les mains du prince ou de 

(') L'ordonnance du 17 juil. 14o8 est signée par 7 wardains. 



— 125 — 

son officier ; ce mayeur était chargé de faire pendant l'année 
rapport à l'évêque sur tout ce qui se passait dans la corporation 
et dirigeait probablement les travaux de ses confrères. 

Le règlement de 1527 énumère tout au long les droits et les 
devoirs de ces officiers. Quatre au moins d'entre eux devaient 
se rendre chaque jour à la halle le matin a 8 1/2 heures, et 
Faprès midi à 3 pour faire la visite des draps mis en vente et 
les sceller lorsqu'ils étaient bons , qu'ils fussent crus, blancs ou 
t indus; ils ne pouvaient quitter la halle avant d'avoir terminé 
leur besogne, car c'était là seulement qu'ils pouvaient appliquer 
leur scel et cela uniquement aux étoffes fabriquées dans la cité, 
franchise et banlieue de Liège. Pour procéder à cette tâche, ils 
s'enfermaient dans une chambre destinée a cet usage; personne 
ne pouvait y entrer ou les troubler d« quelque façon que ce fût 
quand ils y étaient. Lorsqu'ils trouvaient une pièce illégale, ils 
appelaient le propriétaire du drap et en sa présence en désenu- 
raienl la lisière sur toute la longueur de l'endroit fautif ; ils 
déclaraient en même temps la perte que le propriétaire éprou- 
vait par suite de cette lacération , afin qu'il pût réclamer ses 
dommages aux facteurs qui avaient fabriqué l'étoffe. 

Outre cette besogne fixe, les rewards étaient obligés d'aller 
au moins une fois par semaine, munis de leur commission qui 
portait l'empreinte du cachet de la clef magistrale, faire des vi- 
sites domiciliaires chez les drapiers, ménagers, tisserands, fou- 
lons, cardeuses, peigneuses, fileuses et autres , usants du mé- 
tier, pour s'assurer que le travail se faisait conformément aux 
prescriptions de la loi. Les compagnons étaient obligés de leur 
ouvrir leur demeure sous peine d'un florin d'amende. 

Les draps étrangers importés dans la cité pour être vendus 
entiers, taillés ou cousus, devaient également passer sous leurs 
yeux. Lorsque les halliers avaient reçu du drap du dehors, ils 
faisaient avertir les wardains qui venaient le visiter et, s'ils le 
trouvaient bon, y appliquaienl une marque en fer portant le 



— 126 — 

perron liégeois; muni de cette marque, le drap pouvait être 
mis en vente ( ' ). En 1578 il fut défendu « de défardeler packets 
de draps ni ouvrir tonneas de drap, kersée ou xhafures » ailleurs 
qu'à la halle du palais ou à la céarrie du prince qui se trouvait 
à côté ; ces marchandises devaient être conduites aux lieux 
indiqués, par d'autres que par leurs propriétaires ; là deux 
wardains au moins présidaient à leur déballage entre 8 et 9 
heures du matin et 3 et 4 de l'après-diner ( 2 ). S'ils trouvaient des 
pièces qui n'étaient pas dans les conditions voulues, ils les enfer- 
maient provisoirement dans leur chambre pour les examiner avec 
plus 4'attention à quatre; lorsque leur premier jugement se trou- 
vait confirmé, les draps étaient confisqués, livrés au conseil de 
la cité et brûlés publiquement sur le marché (s). Personne ne 
pouvait les interrompre dans l'exercice de leurs fonctions par 
injures ou autrement sous peine d'une amende de 3 florins d'or. 

Les wardains exerçaient clans les limites de leurs attributions 
une juridiction absolue ; c'étaient eux qui décidaient sans appel 
dans les cas de contestations survenues entre les maîtres et les 
ouvriers à propos du salaire (déserte) de ceux-ci; entre le mar- 
chand et le chaland au sujet du prix de vente; si , après en avoir 
été sommés, les premiers ne payaient pas leurs ouvriers dans les 
trois jours, les wardains pouvaient défendre à tous les ouvriers 
de la corporation de travailler pour eux (forcommander F usage du 
métier) ; lorsque ces maîtres se décidaient enfin à exécuter leur 
sentence, ils devaient racheter une nouvelle rate du métier. Tout 
compagnon dont l'avis ou la présence paraissait nécessaire aux 
wardains dans l'intérêt delà généralité devait sur-le-champ com- 
paraître devant eux à leur première semonce. 

Le wardain qui dans ses fonctions était convaincu d'avoir pris 

(>) Recès du 17 nov. 1570. 
( 2 ) Recès des 17 juin 1372 et 25 mai 1378. 

( 3 J En 1735 on les enfermait à l'Hôtel-de-Ville, pour les distribuer ensuite aux 
pauvres. 



— 127 — 

faux lowier , c'est-à-dire d'avoir contre récompense scellé un 
drap illégal était privé de son office, condamné a une amende et 
puni comme parjure. 

A la fin de Tannée magistrale, le mayeur des wardains rendait 
compte de sa gestion et de celle de ses confrères, d'abord en 
présence des députés du conseil de la cité, ensuite devant toute 
la corporation réunie. 

En 15o7 le nombre des wardains fut réduit à 4, y compris le 
mayeur; c'étaient deux drapiers et deux tisserands. La présence 
de deux d'entre eux suffit dès lors pour sceller un drap teint ; si 
un seul procédait à cette opération, il devait apposer sa marque 
personnelle à côté du scel du métier pour assumer la responsa- 
bilité de ses actes. On leur défendit de sceller les draps teints 
ailleurs que dans la halle et de transporter le cachet (la slampe) 
hors de ce bâtiment, excepté lorsqu'il s'agissait de l'appliquer à 
des étoffes destinées à l'exportation. Enfin ils devaient veiller 
sous peine d'être pendant dix ans privés de tout office, à ce 
qu'aucun drap fabriqué dans la cité ne fut livré à la teinture 
avant d'avoir été examiné et scellé par eux ('). 

A la tin du XVI e siècle, le mode d'élection suivi jusqu'alors 
offrit de graves inconvénients. Des hommes inhabiles dans le 
métier, parvenaient à captiver la bienveillance des compagnons 
par corruption (beuvraige) ou autrement et étaient nommés war- 
dains au grand détriment des intérêts de l'industrie etdu peuple. 
Le 25 avril 1589 le métier déclara que, cet office devant être 
rempli par des gens capables et experts dans l'art de la draperie, 
les bourgmestres désigneraient chaque année le l cr maià8 heures 
du matin, 8 candidats reconnus habiles parmi lesquels la généra- 
lité des compagnons choisirait aussitôt après ses 4 rewards. 

Le salaire des rewards fut probablement d'abord le produit 
des amendes; en 1527 ils percevaient encore à leur profit celles 
qui n'excédaient pas la somme de 4 livres; les autres étaient 

(') Ordonnance de 1569. 



— 428 — 

partagées par tiers entre le prince, la cité et le métier. A cette 
époque ils avaient aussi le produit des sceaux ou ce que les 
drapiers payaient pour chaque application des marques ; cette 
taxe était de 12 sous pour le seaul cardinal, de 8 pour le grand 
scel et de 4 pour le petit. Le 1 er mai 4551, le métier, ayant sans 
doute besoin d'argent, il fut décidé que jusqu'au jour de laMade- 
laine suivant, la taxe serait fixée à 32, 12 et 6 sous, que le métier 
en prélèverait un tiers et que les rewards fourniraient aux drapiers 
les marques pour estampiller leur drap. Ils recevaient encore 
pour chaque pièce de saye, hanskotte, rassette et autres draps 
étrangers qu'ils visitaient, mesuraient et marquaient. 7 patars, 
dont 2 pour le mesureur ou mineur ('). Le rentier leur payait 
enfin le jour de leur élection sur les fonds delà société 80 francs 
pour s'acheter une livrée qu'ils étaient obligés de revêtir dans 
les processions et autres occasions solennelles ( 2 ). Au XVI e siècle 
on leur donnait a chacun avant la fête du S'.-Sacrement deux 
aunes de drap avec lesquels ils devaient se faire confectionner 
leur costume officiel ( 3 ). 

Une dernière ordonnance du 24 avril 1700 prescrit à chaque 
drapier et ménager de payer tous les 45 jours auxwardains pour 
leurs peines un liard par stal ou métier à tisser qu'il faisait tra- 
vailler. 

LE RENTIER. 

L'office du rentier dans la corporation des drapiers fut primi- 
tivement rempli par les rewards chargés en 4323 de percevoir 
les amendes qu'ils comminaient; à cette époque le métier n'avait 
peut-être pas d'autres revenus. Lorsqu'un officier spécial pour 
régler les finances de la société fut institué, les rewards con- 



(') Ordonnance du 9 mai 1671. 
(-) Recès du 6 mai 1656. 
(s Recès du l or mai 1570. 



— 12i) — 

tinuèrenl à toucher les amendes, mais en partageaient le pro- 
duit avec lui. Au XVI e siècle le temps leur faisant défaut, ils 
cessèrenl de s'occuper de ce soin et ce fut le rentier seul qui 
se chargea de faire rentrer les amendes, les renies en grain et 
en argent, les droits i.\v>, entrants et des relevants, etc ( l ). Muni 
d'un papier signé i\\\ greffier, il paie toutes les dettes du mé- 
tier, les consommations laites dans les cabarets par les gou- 
verneurs lorsqu'ils concluaient un marché, le prêtre qui disait 
la messe pour le métier, etc.; jusqu'en 1557, il calculait lui- 
même les dépenses laites par les compagnons au jour des Rois 
et à la S'-.laeques; à partir de eetle dale, il dût, avant de solder 
ses comptes, les soumettre à la révision des 4 délie halle et de 
quelques députés désignés à cet effet. 

De 1542 à 1750 les gages du rentier ont varié de 20 à 40 florins 
liégeois ; il eut toujours la priorité pour la brieze ou effraction de 
l'épeautre. 

LE GREFFIER. 

L'institution du clerc ou greffier ne paraît pas être fort an- 
cienne. Le règlemenl de lo27 ordonne aux gouverneurs du mé- 
tier de choisir un clerc pour inscrire les sieultes, séquelles ou 
procès-verbaux i\.'> séances, les noms des acquérants, des en- 
trants et *l'> relevants, pour tenir note des comptes, lire au com- 
mencement de chaque séance les motifs de la convocation faite 
par le prince, le conseil de la cité ou les gouverneurs. Une lettre 
de l'an 1684 oblige le greffier des Chambres à (aire une copie des 
rbaux peur le magistrat de la cité. 

En 1573 le g 'i ffi ir avait 6 florins de gages par an; au XVIII e 
siècle ce chiffre fui porté à 22. Il recevait une quarte de vin de 
chaque personne qui entrait dans le métier ou en faisait le relief. 

1 Ordonnance de 1842. 



- 130 — 



LE VALET. 



Le règlement de 1527 ordonne aussi l'institution d'un valet 
soumis aux ordres des gouverneurs pour convoquer les compa- 
gnons aux assemblées et, lorsque ceux-ci avaient encourru une 
amende, les sommer de la payer dans les trois jours qui suivaient 
la condamnation. Au XIV e et au XV e siècle, il existait déjà un 
valet chargé de cette dernière besogne, mais celui-là n'obéissait 
qu'aux rewards qui le nommaient. 

Le valet du métier portait, comme insignes, un petit péron en 
fer ; les jours de fête il revêtait un manteau de couleur écarlate 
dont le rentier lui fournissait l'étoffe (2 aunes); de temps à autre 
on lui faisait cadeau d'une paire de souliers. 

Chaque année le jour de la S l -Jacque le valet devait se démettre 
de ses fonctions en déposant son péron sur la table du conseil; 
mais il était, d'usage de le continuer dans son office si l'on était 
content de ses services. 

En 1766 ses gages étaient de 28 florins par an. Lorsque le mé- 
tier se réunissait à la demande de particuliers ou de marchands 
étrangers, ceux-ci devaient le dédommager de ses courses ex- 
traordinaires. 

Après 1684 le valet fut remplacé par un buissier qui con- 
voquait les composants de la Chambre. 



L l'SIXlER DE LA HALLE. 



L'usinier de la grande balle était une espèce de concierge 
auquel on confiait la garde de ce bâtiment; il remplissait en 
même temps les fonctions de peseur des laines et de mesureur 
des étoffes. Cet emploi était très lucratif et le métier le louait 
au plus haut offrant. Nous avons vu qu'en 1367 Jean Rikimonde 



134 



obtint un stuit ou loyer de deux ans('). Le règlement de 1527 
adjoignit a l'usinier trois courtiers assermentés pour l'aider dans 
sa besogne et examiner si dans la laine apportée pour la vente, 
« il ne se trouvait pas de taire, cottrealx, frescheurs, on vilains 
vaires non laudables à ladite marchandise» ( 2 ).I1 recevait du 
propriétaire 2 ' , sous pour chaque livre pesée et les courtiers 
un sous. Ces prix ont varié pins tard ("). 

Tons les draps fabriqués en ville devaient être mesurés (olnés) 
à la balle; le propriétaire payait de ce chef à l'usinier deux 
sous par pièce, excepté pour celles que les drapiers voulaient 
vendre chez eux en détail [rejeter à la menue main en leur mai- 
son*". 

Avant d'entrer en service, l'usinier devait jurer de peser cl de 
mesurer loyalement ; de ne pas laisser sortir de la balle les 
poids [pessants condits livreaulx) pour peser la laine ailleurs, 
ce qui eut facilité les fraudes et portait atteinte aux droits du 
prince ; d'entretenir à ses frais la halle en bon état; de veiller 
sous sa responsabilité aux dépôts de laine et de drap ( 4 ); de ne 
pas acheter ou vendre soit pour lui soit pour un autre de la laine 
avant 10 heures du matin, etc. Il était tenu de payer le. habier 
pour la récréation du métier, c'est-à-dire qu'il devait une fois par 
an régaler les compagnons et surtout les officiers. Enfin chaque 
fois que le métier s'assemblait, l'usinier devait préparer au 
haut bout de la table un fastion ou assiette pour le greffier ( '■ ) 



(') L'emplacement occupa parla halle devait être assez grand, car en 1, 51 Si le 
métier fit bâtir quatre neuves maisons en cortil et porpris de la halle. 

( 2 ) En 167t> un compagnon ayant offert de mesurer chez lui le drap à 2 liards la 
pièce, le métier le reçut au nombre de ses aulneurs Recès). 

(*] Un remouleur se tenait dans la scaillie de la halle pour repasser les forces 
des tondeurs : le métier louait aussi celle place au plus haut offrant pour un terme 
de 3 ans lool). 

■ ' Ku 1S.S1, le métier défendit de faire à la halle d'autre dépôts que ceux des 
laines ou draps destinés à la vente. 

(s) Lettre de lo'Jr>. 



- 132 



L USINIER DES WENDES OU DES RAMES. 



Les principales wendes du métier se trouvaient rue Hors- 
château du côté de la montagne, derrière les Carmes déchaus- 
sés; elles ne servaient qu'aux draps fabriqués dans la cité, et 
personne ne pouvait y attacher des hersées ou xhafures sous 
peine d'amende; le drapier qui voulait user du bénéfice des 
wendes devait au préalable pour chaque pièce de drap qu'il 
apportait se munir d'une permission des officiers en retour de 
laquelle il payait probablement une redevance; il ne pouvait 
retenir une wende à l'avance, et s'il en trouvait une desblavée, 
il devait immédiatement y attacher son drap. 

L'usinier était chargé de veiller à l'observation de ces points, 
d'empêcher qu'on s'introduisît dans l'enclos la nuit ou les jours 
de fête, soit pour voler, soit pour tendre frauduleusement des 
étoffes. 

Les rewards étaient obligés de visiter les wendes 2 fois par 
jour depuis le grand carême jusqu'à la herbatte et une fois le 
jour pendant le reste de l'année, excepté les jours de fête; 
l'usinier les accompagnait dans leur tournée et sur leur ordre 
stampait les draps qu'ils avaient examinés; il lui était défendu 
de détacher aucun drap des wendes avant qu'il eut été rewardé. 
En 1527 le métier fixa une amende pour les drapiers qui dans le 
but de tromper les rewards larderaient leurs draps aux wendes 
ou presseraient les noppes sur les étoffes. 

Vers looO, on imagina une nouvelle espèce de rames « avec 
balisons d'en bas montans et descendans, chevilles, trous, per- 
tuis, hamaides et autres instruments » qui, parait-il, en donnant 
aux pièces d'étoffe, par la tension, une longueur qu'elles n'a- 
vaient réellement pas, facilitait les fraudes et les abus. Ces consi- 
dérations engagèrent le métier à porter les défenses suivantes: 
1° d'ériger des wendes en dehors de la cité; 2° de les munir de 
têtes; d'élever les balisons d'en bas à plus d'une aune de iiau- 



I 



leur el de leur donner plus de 5 pouces de largeur ou d'épais- 
seur, tous les pertuis devanl être estoupés; les wendes n'auront 
aucune cheville pour fixer les balisons d'en bas qu'on laissera 
se mouvoir en toute liberté; 3° d'employer l'instrumenl appelé 
macrea pour tirer la tête de la pièce d'ouvrage à la wende. 

Quelques jours après le métier permil par recès de construire 
des wendes avec une tête afin de permettre aux pauvres de 
gagner leur vie aussi bien que les riches. 

Il 

Usance du métier. 

L'usance du métier comprenail les droits politiques el sociaux 
des compagnons en tant qu'ils faisaient partie d'une corporation. 
Os droits el les conditions exigées pour les obtenir étant à peu 
près les mêmes pour toutes les corporations liégeoises, nous ne 
signalerons ici que les points qui caractérisaient les drapiers. 

l'àcquète. 

La lettre du 17 juillet 1458 nous apprend qu'il existait à cette 
époque dans!;' métier quatre espèces d'acquètes dont trois rates : 
la 1' ■ de celles-ci était de 50 florins , la 2 m " de 10 et la 3 me de 
3 grillons; les compagnons qui ne possédaient que cette dernière 
n'avaient d'autre droit que celui d'acheter el de revendre du drap 
l'ait à Liège : c'étaient les halliers d'autrefois ; ils ne pouvaient en 
aucune façon s'occuper de la fabrication. Il y avait enfin la bour- 
geoisie du métier qu'on pouvait acquérir au prix d'un florin, mais 
qui ne donnait pas le droit d'assister aux séances. 

La grande charte ^\\\ métier de 1527 ne l'ail plus mention que 
de deux rates , la grande ei la petite. Les acquérants étrangers 
au pays devaienl avant d'être admise prêter serment, exhiber des 
certificats attestant qu'ils étaient catholiques el de bonnes 



— 134 — 

mœurs; ils payaient 30 florins d'or pour la grande rate et 15 
pour la petite. 

Le 9 mai 1671, l'industrie drapière déclinant à Liège, le métier 
décida que « pour augmenter le négoce des drapiers liégeois avec 
les voisins » les étrangers qui voudraient venir habiter la cité, 
pourraient, pendant un an, acquérir le métier pour le tiers des 
droits habituels. 

LES ASSEMBLÉES. 

Les réunions du métier nécessitées pour les besoins de l'État, 
de la cité ou de la corporation , pour les élections ou pour les 
fêtes religieuses , étaient obligatoires pour tous les compa- 
gnons ,'). 

Les bourgeois habitant hors de la banlieue étaient exclus des 
assemblées électorales; ils ne pouvaient siéger et prendre part à la 
discussion que lorsqu'il s'agissait d'une expédition militaire ( 2 ). 

Lorsque le métier devait se réunir extraordinairement pour 
délibérer sur les affaires d'intérêt général, le valet convoquait 
chaque compagnon ; mais ceux-ci devaient spontanément se 
rendre à la halle les jours de S 1 . -Madeleine, de S 1 . -Jacques, 
de S'.-Séverin, de S te .-Lucie, des Rois et le 1 er mai; après 10 
heures férues à S'.-Lambert, les portes de la halle étaient closes 
et les retardataires payaient une amende ( 3 ). 

Les gouverneurs, et même l'un des deux, convoquait le métier 
de sa propre autorité, et aussi sur la demande de quelques com- 
pagnons ou de marchands étrangers. Chaque votant, après avoir 
donné son avis, se retirait et laissait au conseil le droit de 
décider; cette décision était sans appel. 



') Lettre du 17 juillet 1458. 
2 ) Lettre de 1428. 
. :i ) Après 8 heures au XV e siècle 17 juillet 1458.) 



— 135 — 

Les assemblées électorales avaienl lieu le jour de S 1 . -Jacques; 
pour procéder à une élection on mettait dans un panier {bodet) 
autant de boulets (boettes qu'il y avait d'électeurs présents; ces 
boulets étanl tous blancs sauf 2 rouges, les gouverneurs étaient 
désignés par le sort; ils prêtaient aussitôt sermenl à l'hôtel-de- 
ville, puis tous les compagnons se réunissaienl en un banquet 
au cabarêl du Dauphin, de l'Olifant, de l'Empereur, etc. 

Au XVI e siècle ces assemblées étant chaque fois troublées à 
cause de la pourchasse des offices, il lui décidé le 11 octobre 
1552, que poury assister, il fallait avoir relevé le métier, cire âgé 
de 25 ans ou marié. En 1558 les réunions étant encore trop nom- 
breuses, on en exclut les gens non idoines-et tous les célibataires. 

Vers la lin du XVII', lorsque la draperie languissait déjààLiége, 
les séances dn métier, loin d'être bruyantes et orageuses, étaient 
presque désertées : les querelles qui alors divisaient le pays 
avaient aussi contribué à amener cet état de choses; le métier d^s 
drapiers, par un recèsdu 19 juillet 1676, somma tous les compa- 
gnons d'assister aux assemblées sous peined'être,pendantlOans, 
privés du métier; il engagea les autres corporations à en faire 
autant afin, dit le document, que l'on pût connaître les fidèles pa- 
triotes. 

Dans les cérémonies religieuses, les dignitaires du métier (') et 
le valet précédaient le S l -Sacrement portant sur la tète une cou- 
ronne de fleurs ( 2 ) et à la main une torche avec l'écusson du 
métier ( 5 ), plus ou moins grande suivant l'importance du per- 
sonnage; des joueurs de pifreel de tambourin les accompagnaient; 
les simples compagnons y figuraient avec une paire de chausses 
rouges et un chapeau verd ( 4 ). Après la procession les officiers 

(') Le document cite parmi eux un banneresse et des homme* de fief, et donne 
à tous le nom de chevaliers. 

( ! ) Cet usage existai! aussi pour les fêles de la S' Jacques. 

(s) Un aigle noir à deux têtes sur un champ parti verd et rouge Reg. 37. 

(*) C'est ainsi qu'ils figurèrent en 1865 à la joyeuse entrée de Gérard de Grocs- 
beck. 



— 136 — 

allaient se récréer et dîner aux frais du métier à la Verde Porte, 
à la Barbe d'Or, au Sauvage Homme et boire de la cervoise à la 
Blanche Rœse.Le 5 septembre 16o4 on supprima ces dîners et la 
torche fut remplacée par une simple chandelle de cire. 

La chapelle des drapiers se trouvait dans l'église des frères 
Mineurs; les compagnons y entretenaient perpétuellement un 
immense cierge que l'on conduisait à l'église en grande céré- 
monie au son de la musique; c'était là que se faisaient les obsè- 
ques des compagnons auxquels tous les membres du métier 
étaient obligés d'assister de même qu'aux épousages des fils ou 
filles de maîtres « pour entretenir la confraternité, union et 
amitié et se porter honneur l'un l'autre. » Après un service le 
valet s'emparait d'une des quatre principales chandelles qui en- 
touraient le corps et la portait chez lui , suivi de tous les com- 
pagnons; quelques jours après, il faisait célébrer une messe de 
Requiem pour les âmes de tous les frères décédés. 

Les officiers et les compagnons qui eu avaient le temps se réu- 
nissaient encore chaque année au Chestea cCEsneu le 1 er jour du 
quarême pour manger ensemble le caplea, les harengs, bocho et 
blan poisson; le 1 er lundi de mars et le 1 er du mois d'août pour 
manger Yawe oul'/jo/.swj.Dans ces jours de fête une bannière por- 
tant les armoiries du métier flottait à Yestef (variante à la steffe), 
de la tour de la grande halle (1601). 

m 

Pratique du métier. 

Le droit de fabriquer et de vendre du drap, celui de s'occuper 
de l'une ou l'autre des parties nécessaires à cette fabrication, con- 
stituaient la pratique du métier. Chaque division du travail était 
soumise à certaines règles qu'il fallait observer sous peine 
d'amende. Parmi les différentes opérations de cette iuduslrie,il 



— 137 — 

en étail deux plus importantes que les autresrcelles du tissage ei 
du foulage; les ouvriers qui s'en occupaient, faisaienl directement 
partie du métier et en formaient même deuxmembres. Mais quant 
aux autres, donl quelques-unes particulières aux femmes, nous 
ignorons dans quelle position ceux et colles qui s'y livraient 
se trouvaient vis-à-vis du métier. 

DES MAÎTRES. 

Un des principes fondamentaux des corporations du moyen- 
âge, étail qu'il ne fallait pas acheter des objets dont on n'avait, 
pas besoin pour son usage personnel ou pour l'appliquer à son 
industrie ; en d'autres ternies qu'on ne devait pas acheter pour 
vendre. Afin d'empêcher quecette règle fut éludée, il était défendu 
aux drapiers de mettre des marchandises, laines ou draps, en 
gage ('); au moins ceux-ci devaient-ils porter le scel du métier. 
Un maître ne pouvait de même, pour en tirer profit , payer ses 
ouvriers ou ménagers avec des laines peignées, filet, chaîne ou 
lansure. 

Il fallait être marié ou chef de ménage et avoir au moins 20 
ans pour pouvoir tenir un stal, c'est-à-dire pour posséder un 
métier et travailler à son bénéfice; un fils de maître émancipé 
et ne demeurant pas chez son père ne pouvait donc s'établir pour 
son propre compte s'il ne remplissait ces conditions. 

li fallait en outre avoir fait le relief du métier et être de bonne 
apprise. 

Chaque maître tisserand ne pût jusqu'en 1542 posséder qu'un 
seul métier, dans le but de répartir le travail aussi également «pu 1 
possible entre tous les compagnons ; le ( .t décembre de cette an- 
née, il fui permis d'eu employer deux, un pour tisser les draps et 



Laine ne aches, draps crus ou parés préparés ou non), entiers ou coupés en 
manière de laille di coupés, t; illés r un vêtement ou non) ». 



— 138 — 

fourures, un autre plus petit pour les xhafures, karsées et sayes. 
Ou alla plus loin encore dans l'exécution de ce principe : le 19 
juin 1589, on porta la défense de tisser chaque semaine plus de 
deux pièces sur un métier. 

Chaque drapier devait avoir sa marque particulière Connue des 
wardains et en munir son drap sous peine de le laisser consi- 
dérer comme drap étranger. Si par hasard deux drapiers avaient 
la même marque, le plus jeune était obligé d'en adopter une 
autre. Il était défendu à un drapier de la cité de passer sa 
marque à un fabricant étranger qui, par ce moyen, aurait pu faire 
entrer ses pièces en ville sans payer l'impôt du soixantième de- 
nier ('). 

Un maître ne pouvait employer chez lui plus de deux apprentis 
libres à la fois, plus un 3 me dont l'intention aurait été de n'ac- 
quérir que le membre; le salaire des ouvriers était aussi fixé; 
aucun maître ne pouvait sous peine d'amende les engager au 
dessous du tarif; il ne lui était pas davantage permis de don- 
ner des pièces à travailler hors de la cité sous peine de confis- 
cation (-2). 

Un maître tisserand ne pouvait, outre ses enfants, avoir chez 
lui qu'un apprenti âgé de moins de 13 ans; après 3 années consé- 
cutives de travail chez le même maître, l'apprenti tissait une étoile 
sur le grand stau en présence de députés pour montrer qu'il 
était ouvrier délie main, et s'il s'acquittait convenablement de sa 
tâche, il était libre d'établir un stau à son profit. Outre cet ap- 
prenti, tout acquérant du membre des tisserands devait avoir 
deux maîtres varlets pour son métier, à moins qu'il fut ouvrier 
lui-même. 

La veuve d'un maître était autorisée à continuer l'industrie de 
son mari et pouvait tenir un apprenti. Si elle se remariait avec 
un bourgeois étranger au membre, elle était obligée d'employer 



(*) Ordonnance du 24 avril 4700. 
( 8 ) Ordonnance du 24 avril 1700. 



— 130 — 

pendant 3 ans chez elle, un maître pour apprendre le métier à 
son mari. 

DES OUVRIERS. 

Les compagnons servants du métier qui cherchaient de l'ouvrage 

devaient se rendre à la halle entre 5 et 6 heures du matin depuis 
le grand carême jusqu'à la S l -Gilles, et à l'aube du jour pendant 
le îeste de l'année ; les maîtres qui avaient besoin d'ouvriers s'y 
rendaient aussi pour les engager en présence des rewards. 

Les compagnons ne pouvaient quitter un maître pour en servir 
un autre, s'ils n'avaient pour cela des motifs graves,ni passer à un 
autre l'ouvrage qu'on leur remettait. Il leur était défendu de s'en- 
tendre «Mitre eux pour demander une augmentation de salaire ou 
pour apporter du trouble dans le métier. 

Si un ouvrier était convaincu d'avoir volé de la laine, des 
étoffes, etc., il était privé du métier et personne ne pouvait plus 
lui donner de l'ouvrage; l'objet volé était confisqué au profit du 
métier à moins que le propriétaire ne pût prouver qu'il était à 
lui en montrant d'autres marchandises semblables. 

Au commencement du XVII" siècle, le nombre des ouvriers 
était très-grand tant dans la cité que dans les villages voisins; 
le métier considérant qu'ils avaient beaucoup de peine à gagner 
leur vie d'autant plus qu'à celte époque beaucoup de maîtres 
abandonnaient leur industrie, décida le 26 novembre 1617, que 
tous ceux, qui voudraient apprendre le métier de drapier de- 
vaient, avant de pouvoir acquérir le membre, travailler pendant 
6 années et payer double droit d'inscription. 

IlK L'ACHAT DES LAINES. 

Depuis un temps immémorial, la vente des laines se faisait à la 
halle où elles devaient être pesées. Il était défendu d'arrêter en 



140 



route pour lui acheter de la laine un marchand qui se rendait à 
la halle; le marché était ouvert à 5 heures du matin; on ne 
pouvait traiter aucune affaire avant cette heure, afin qu'il fut 
possible à tout le monde de s'approvisionner; pour le même 
motif les revendeurs ne pouvaient acheter avant 10 heures son- 
nées à S'-Lambert , et étaient, obligés d'attendre jusqu'au len- 
demain pour revendre; les courtiers ne pouvaient acheter de 
la laine pour un maître a moins que celui-ci ne fût présent. 

Le propriétaire lui-même devait délier et ouvrir ses sacs de 
laine ou d'aces afin que, s'il s'y trouvait des matières étrangères, 
il ne put en accuser personne; il devait avertir l'acheteur au cas 
où il lui vendait vairc de laine non entier. 

Un maître ne pouvait acheter plus de 12 livres de laine à la fois; 
le 9 avril 1366, pour éviter la surenchère et les discussions, le 
métier prescrivit aux compagnons de ne pas se présenter plus de 
deux à un marchand qui n'aurait que 12 livres (10 livreas) à vendre, 
plus de trois a celui qui n'en aurait que 30 et ainsi de suite. 

La vente par poids de 12 livres se faisant très-lentement, le 
métier supplia en 1566 le prince de permettre le pesage de la 
laine par sac comme elle arrivait à la halle; il lui représentait 
que tel était l'Usage suivi à Maestricht, ce qui engageait les dra- 
piers liégeois à aller faire leur provision dans cette ville au dé- 
triment du commerce liégeois. Le prince, ayant reconnu la vérité 
de celle remontrance, fit établir par le conseil de la cité une 
grande balance , poids et accessoires dans la halle avec ordre 
d'y peser toutes les laines de la cité (23 juin 1569). Mais on ne 
tarda pas à y peser d'autres objets au préjudice du poids de la 
ville établi sur la Batte, ce qui donna lieu à une ordonnance du 
prince en date du 17 janvier 1650. Le 16 juin 1735, il fallut infliger 
des amendes aux marchands qui, pour augmenter le poids de 
leurs sacs, y introduisaient des pierres et des ordures qui, sui- 
vant les chartes, devaient être détachées de la laine pour que 
celle-ci fut considérée comme marchandise légale. 



141 



DE L EMI'OI DES LAINES. 



On ne pouvait employer que pour des étoffes de doublure, la 
laine provenanl de bêtes malades ou colle, trop courte, des mou- 
tous tondus entre le 1 er juin et le 1" octobre. Si un maître s'en 
servait pour faire du drap, il devait en prévenir les wardains et 
déclarer qu'il ue le mettrait pas en vente, mais l'utiliserai! pour 
s'habiller lui-même, sa femme, ses enfants et maisines ou, 
comme le dit le règlement, pour le deshirer chez lui; ce drap 
devail être porté aux wendes sans être scellé et il était détendu 
de le l'aire teindre ('). 

Les nœuds, les bouts de laine restés dans les ciseaux des ton- 
deurs ou dans les cardes ne pouvaient davantage servira l'aire 
du drap. Un fabricant convaincu d'en avoir travaillé de la sorte 
plus d'une aune était tenu d'achever toute la pièce qui était en- 
suite brûlée au péron comme fausse draperie par les maîtres de 
la cité, les jurés et wardains du métier, la justice et les échevins ; 
le fabricant était en outre frappé d'une amende de 3 florins d'or 
et privé à perpétuité de l'usance du métier. 

DES PEIGNEUSES. 

Toutes les peigneuses devaient être étrangères à la ville; on 
craignait que, à cause de leurs accointances el de la facilité 
qu'elles auraient eues de se défaire de leur larcin, elles se 
laissassent entraîner à voler leurs maîtres 

Un drapier ne pouvait employer chez lui plus d'une peigneuse 
à la fois; le salaire de sa journée eiaii fixé à \ livres de Liège; on 
ne pouvait sous peine de 12 livres d'amende lui promettre (avant 

(') Ces étoffes servaient à faire des draps de lit; au commencemenl de ce siècle, 
la moitié des babitants d'Outre-Meuse dormaienl encore dans des draps de laine; lors- 
qu'ils recevaient un étranger, ils attachaient une serviette ou un linge blanc àl'endroil 
qui devail approcher de la figure. 



— 142 - 

le cop de peigner) du drap ni autre chose pour l'engager à bien 
travailler. 

Ceux qui donnaient de l'ouvrage à des peigneuses aux environs 
de Liège ne pouvaient leur envoyer plus de six piêres de laine 
à la fois, la pière comptée à 7 1/2 marcs plus 1/4 entre deux fers 
c'est-à-dire pesés exactement (!). L'ouvrière ne pouvait garder 
sa laine plus de quinze jours, ni un maître lui envoyer un nou- 
veau paquet avant d'avoir reçu le premier en retour. 

Afin de protéger à la fois les intérêts du maître et des consom- 
mateurs, il avait été décidé que le peigne dont se servaient les 
peigneuses devait avoir 20 dents au moins et mesurer une demi 
aune, plus la moitié d'une demi quarte ( 2 ). Un instrument ayant 
des dents trop serrées aurait fait du tort au propriétaire de la 
laine en arrachant trop de fils, un autre qui aurait eu des dents 
trop distantes l'une de l'autre n'aurait pas permis de nettoyer la 
laine convenablement. 

Vers l'an 4630 des maîtres peigneurs ayant sous leurs ordres 
beaucoup d'ouvriers vinrent s'établir à Liège ; les anciens em- 
ployés protestèrent contre cette invasion d'étrangers qui ruinaient 
leur petite industrie ; le 1 er mai 1637, le métier faisant droit à 
leur réclamation, décida que les nouveaux peigneurs devaient 
faire l'acquête ou le relief du métier et leur défendit d'employer 
plus d'un ouvrier; il leur ordonne aussi de demander l'autorisa- 
tion des gouverneurs pour pouvoir tenir un apprenli. 

DES CARDEUSES. 

11 était enjoint aux cardeuses de ne se servir que de bonnes 
cardes et de vêtir pendant leur travail un tablier en peau, ceux 



(') Ceux qui faisaient peigner, filer ou carder devaient employer la livre pesant 
o inares, à laquelle ils ajoutaient un quart. 
[*) L'aune de Liège mesure ±2 1/2 pouces de Si-Hubert ou 68 centimètres. 



— 143 — 

de lin i ; t;int nuisibles à l'opération du cardage. En effet, si de 
petits filaments de lin venaienl à se mêler à la laine, ne prenant 
pas comme celle-ci la teinture, ils occasionnaient des imperfec- 
tions dans le drap. 

DES FILEUSES. 

La Rieuse rendait en écheveaux [fileits) au propriétaire la laine 
cardée qu'il lui avait remise; ces écheveaux devaient sons peine 
d'amende être aussi bien travaillés au dedans qu'au dehors. 

Aucune peigneuse, fileuse ou cardeuse ne pouvait avoir de 
poids chez elle; de cette façon elle était obligée de rendre fidèle- 
ment et intégralement toute la laine qu'on lui avait confiée sans 
être tentée de dérober ce que, en pesant, elle aurait trouvé de 
trop; de cette façon aussi elle ne pouvait contrôler son maître 
en qui elle devait avoir confiance. Si cependant elle soupçonnait 
celui-ci de lui donner à travailler plus que la quantité convenue, 
elle pouvait demandera un wardain de faire peser gratis la laine 
à la halle. On punissait d'une amende l'ouvrière qui, pour donner 
plus de poids à ses écheveaux, les mettait dans un lieu humide ou 
y mêlait de la terre mouillée ('). 

DES TISSERANDS. 

Le membre des tisserands formait la compagnie de S 1 . -Severin. 

Avant de commencer une pièce de drap, le tisserand devait 
déposer chez les wardains sa marque ou celle de son maître. 

La lisière de chaque pièce doit porter un pater noster en plomb 
pour que les wardains après l'avoir examinée puissenl la sceller. 
L'ouvrier peut s'en dispenser lorsqu'il l'ait du drap appelé féauté 

i) Ces h i i! encore observés en 1843. 



— 144 — 

pour l'usage personnel d'un bourgeois, à condition d'y appliquer 
sa marque, une demi croix et de ne pas faire de lisière. 

Pour les empêcher de faire du tort a leur maître par prodiga- 
lité ou par négligence, on défendait aux tisserands de jeter plus 
de 6 fils d'une demi aune de longueur hors d'un gros tas ou 
écheveau ; plus de 8 fils de 3/4 d'aune de largeur hors d'une 
pièce large, et plus de 12 fils d'une aune de longueur hors d'une 
pièce étroite. 

Il fallait qu'une pièce de drap fut parfaitement unie d'un bout 
à l'autre et aussi bien tissée au milieu qu'au commencement ; si 
elle présentait un défaut, les règlements obligeaient l'ouvrier a 
couper la lisière tout le long du bord correspondant à ce défaut. 

Lorsqu'un drapier se trouvait par hasard avoir trop peu de 
trame pour finir son drap, il pouvait l'achever avec une autre 
trame aussi bonne que la première ou meilleure; dans ce der- 
nier cas, il pouvait même faire le manteal plus long; mais pour 
éviter tout soupçonne tisserand « jetait une lisse tout outre appa- 
rente entre deux ». 

La pièce achevée, le tisserand la portait aussitôt à la halle à 
l'heure ordinaire et la faisait examiner par les wardains en ayant 
soin de cacher les marques. Il payait une amende d'une livre 
pour chaque déchirure ou « patte de chat de trois sorfils ». 

Muni du sceau des wardains, le drap était porté aux foulons; 
si ceux-ci trouvaient qu'il avait trop peu de trame pour en faire 
œuvre de raison, il était coupé en trois et ne pouvait être ni scellé 
ni vendu, à moins que le drapier auquel il appartenait ne vint 
déclarer aux wardains que c'était par son ordre que le tisserand 
n'avait pas donné plus d'étoffe à son drap. Dans le cas contraire, 
ce dernier était à l'amende et tenu de rembourser au drapier 
les dommages qu'il lui avait causes. 

Il était d étendu de tisser a la lumière des cnandelles autre 
chose que des sayes, xhafures, et autres tissus blancs; le 
drap étant teint en laine ne pouvait convenablement se filer qu'à 
la clarté du jour. 



— 1 



Un compagnon tisserand d'une des 17 bonnes villes du pays, 
pouvant (trouver sa bonne réputation et son aptitude était admis 
à l'acquête du membre, c'est-à-dire comme ouvrier compagnon 
du métier pour i florins; le 15 octobre 1553, on trouva que cet 
usage causail trop de tort aux tisserands de la ville et on obligea 
les étrangers à travailler 'A ans dans la cité comme ouvriers 
avant de les admettre à l'acquête. 

DES FOULONS. 

Un drap ne peut être foulé s'il ne porte le scel du métier apposé 
par les rewards.Tout drap foulé doit également porter l'enseigne 
de celui qui l'a foulé afin que le propriétaire puisse lui réclamer 
(1rs dommages au cas où il ne l'aurait pas bien foulé, décraissé, 
enbersé, bertodé, appointé, laine et paré , où il y aurait fait plus 
de 4 vilains traits, et où il ne lui aurait pas conservé sa première 
largeur; si le foulon prévoit qu'il ne pourra pas lui garder cette 
largeur, il doit en prévenir les rewards; ceux-ci sont juges des 
dommages causés par la négligence de l'ouvrier et fixent la 
somme qu'il doit payer de ce chef au propriétaire du drap. 

Les foulons ne peuvent travailler en même temps du drap 
nouveau et du vieux ni employer des gardes de fer, qui étaient 
de sa force au drap, sous peine d'amende les deux premières 
fois et de privation du métier la troisième 

Les rewards ont la haute inspection des draps foulés; ils 
peuvent renvoyer à la foulerie une pièce mal préparée avec la 
condition de l'améliorer dans les trois jours , et en cas de refus 
la faire travailler par un autre foulon aux frais du récalcitrant. 

Le drapier convaincu d'avoir accepté des draps foulés non re- 
wardésel ceuxqui les lui onl fournis sont privée du métier; pour 
empêcher ces fraudes les rewards ont le droit d'arrêter en route 
et d'examiner tonte pièce allant à la foulerie ou en revenant. 

Le prix du foulage étant lixé par les règlements, un loulou ne 

10 



— 146 — 

peut accepter moins ni davantage sous peine d'une amende qui 
frappe également le drapier avec lequel il aurait fait accord. 

Un maître foulon ne peut tenir chez lui qu'un seul apprenti; il 
lui est défendu de faire crédit a un maître drapier et d'avancer de 
l'argent a son ouvrier sur l'ouvrage que celui-ci a a faire à moins 
qu'il soit malade. 

DES TEINTURIERS OU TINDEURS. 

Les teinturiers sont obligés d'employer de bonnes et loyales 
denrées; s'ils se servent de noix de galle, de couperose, de 
chaux ou d'autres matières défendues, ils sont tenus de réparer 
les dommages et privés pour toujours du métier. 

Chaque fois qu'ils veulent teindre ou jeter hors de bouillon, ils 
doivent en avertir les wardains qui viennent assister à l'opéra- 
tion. 

Ils ne peuvent conserver plus de huit jours chez eux une pièce 
d'étoffe et sont responsables des déchirures ou autres dégâts 
qu'ils y font. 

Après avoir teint un drap sanguine etbrunette, ils devaient lui 
donner waize, puis, muni de leur marque, le porter à la halle où il 
était visité par les rewards qui le scellaient ou, s'ils le trou- 
vaient mal teint, ordonnaient de le rebouter dans le waize. 

Les wardains marquaient avec une stampe en fer particulière 
\espessots tout blancs ; ils devaient au moins deux fois par semaine 
aller chez les tindeurs pour faire la visite des draps blancs qu'y 
avaient envoyé les nobles, les gens d'église et les bourgeois et 
voir si on leur avait bien donné la couleur de loi; s'ils n'en étaient 
pas satisfaits, ils pouvaient obliger les teinturiers aies reteindre 
ou a les garder pour eux. Ils avaient pour leurs peines par aune 
de drap teint 2 sols 6 deniers que les teinturiers payaient de 3 
en 3 mois. 



— 147 — 



DE LA VENTE. 



Toute pièce de drap, avant d'être mise en vente, devait avoir été 
reconnue bien tissée, bien foulée et bien teinte par les rewards 
qui, dans ce cas, y appliquaient le scel du métier; le propriétaire 
pour la soumettre à leur inspection était tenu de la l'aire porter 
à la halle avant 81,2 heures du matin ou 3 heures de l'après-midi ; 
il ne pouvait assister à cet examen. 

Les règlements défendent sous peine de confiscation et de pri- 
vation du métier la mise en vente d'étoffe scancellées (lacérée) par 
eux ou munies d'un scel contrefait. 

L'acheteur qui s'aperçoit qu'on lui a vendu un drap faux et mm 
loyal doit le porter aux wardains qui le livrent aux bourgmestres 
de la cité pour être brûlé publiquement; le vendeur est ensuite 
condamné à restituer le prix d'achat et privé pour toujours du 
métier. 

Aucun drapier ne peut colporter ni offrir son drap en vente 
chez les halliers, sur le marché ni dans les vinàves, parce que, 
sous ce prétexte, on vendait du drap étranger ou non rewardé 
(1527); il ne peut les débiter en détail que dans sa maison ou dans 
celles des retondeurs ; de cette règle étaient exceptés les rassettes 
ou karsée, xhafures , bayettes, fourures, stain sur stain, à la con- 
dition que le propriétaire lui-même ou une personne bien connue 
de sa famille se chargeât de la vente; il était toutefois interdit 
d'acheter des pièces de cette façon aux drapiers dans le luit de 
les revendre (2o avril 1589). 

Il était enfin défendu d'enpacker de* draps non rewardés avec 
des pièces scellées et de les revendre dans cet état (1527). 

DES DRAPS ÉTRANGERS. 

Le règlement de 1527 déclare qu'on ne peut vendre à Liège au- 
cun drap étranger, s'il ne porte la marque di'> rewards de la 



— 148 — 

bonne ville où il a été fabriqué. Mu ni de cette marque, on pouvait 
le vendre à certains jours dans la halle du Palais; mais il était 
défendu de le colporter dans les rues ; celui qui était convaincu 
d'en avoir acheté ou reçu chez lui était privé du métier. 

Le 19 juin 1589, les officiers ayant reconnu que les halliers 
achetaient et revendaient du drap "étranger privé de marque, or- 
donnèrent , sous peine de confiscation , de conduire tout droit à 
la halle toute marchandise venant du dehors pour être vendue, 
foulée ou teinte, et de la soumettre à l'examen des rewards. Les 
draps de Verviers eux-mêmes n'étaient pas exempts de cette vi- 
site. Les pièces illégales, c'est-à-dire mal fabriquées, étaient ren- 
fermées à la halle et marquées de deux plombs; celles qui étaient 
bonnes pouvaient être vendues les mercredi et vendredi de cha- 
que semaine par les fabricants ou les membres de leur famille, 
mais non par les revendeurs, facteurs, cultiers et cultresses (9 mai 
1671). 

Toute pièce de drap étranger entrant dans la cité devait payer 
le 60""' que ce fût pour la vendre, pour la fouler ou la teindre ; 
plus,l patar pour la halle, 1 pour le wardain commis à la visite 
et 3 pour le magistrat de la cité. Tout drapier, retondeur, tindeur, 
cultier ou facteur devait sur la simple réquisition des rewards 
prêter serment qu'il n'avait pas clandestinement introduit du 
drap sans payer le eO" 1 " (9 mai 1671 et 24 avril 1700). 

Les foulons qui recevaient des étoffes étrangères à travailler 
devaient d'abord s'assurer qu'elles étaient munies du scel des 
wardains de Liège ; puis ils donnaient au commis de la halle une 
liste de ces draps avec le nom de leur propriétaire et leur desti- 
na! ion (24 avril 1700. 

Si un maître du métier, ayant fait relief, allait s'établir à Huy, 
Visé,Tongres ou ailleurs dans la principauté, il était mis au même 
rang que les drapiers de Verviers et pouvait vendre son drap a 
Liège à la céarrie du prince (5 mai 1637). 



— 149 — 

Le tableau que nous venons de tracer, représente, avec tous 
les détails ((Lie nous ont conservé les chartes, le métier des dra- 
piers pendant le XVI e siècle et la première moitié du XVII . C'esl 
la plus belle période de son histoire, l'époque de sa plus grande 
prospérité. Tout contribuai! du reste à favoriser l'essor de l'in- 
dustrie ; la participation des métiers au gouvernement de la 
Commune leur assurait uneexisleuee indépendante, la protection 
des magistrats et toute espècede privilèges démocratiques. D'un 
autre côté, la paix extérieure permettait aux commerçants et aux 
industriels de s'appliquer à leurs affaires que les luttes de religion 
ne parvenaient que rarement à interrompre. Aussi la corporation 
était-elle alors très nombreuse : en 1550, 80 compagnons assis- 
taient aux séances, et en 1571, on en voit figurer plus de 150. 

On a pu s'apercevoir que le règlement de 1527, quelque 
bien étudié qu'il fut, exigea plusieurs fois des éclaircissements, 
notamment en 1542, pour des questions de pratique, en 1553 
pour des points d'usance particulièrement au sujet de l'élection 
des officiers. 

Dans ces documents, la multiplicité et la minutie des détails 
nous étonnent ; ils étaient cependant bien nécessaires. En effet, 
tout devenait matière à procès dans ces temps de rivalités per- 
sonnelles ou de caste et d'égoïsme. Le moindre paragraphe 
douteux donnait lieu à deschicanes etàdes débats interminables. 
Fatigués de ces querelles qui les épuisaient, les deux métiers 
réunis des drapiers et des retondeurs prirent, le lendemain du 
jour des Rois 1550, une décision par laquelle on obligeait tous 
les compagnons, avant de s'adresser aux juges ordinaires, à 
porter leurs discussions devant un tribunal particulier et officieux 
composé de -s députés (4 drapiers et 4 rétondeurs), des wardains, 
des gouverneurs, des jurés, des 4 de la Violette et .des maîtres 
des membres. Si l'une des pailies se croyait par leur sentei ce 
lésée dans ses droits, elle pouvait encore, si elle le jugeait à 
propos, recourir à l'autorité judiciaire des échevins. 

Cette institution produisit les meilleurs effets. La corporation 



— 150 — 

ainsi organisée parcourut sans secousses violentes une ère bril- 
lante de près d'un siècle de durée. De temps à autre, suivant la 
nécessité ou les circonstances, elle décrète quelques dispositions 
nouvelles soit par recès pris en séance, soit par lettres approuvées 
par les échevins. On remarque qu'à partir de 1650 toutes les 
mesures administratives sont publiées sous forme d'édits du 
prince : c'est ainsi qu'en 1671 une ordonnance de Jean Louis 
d'Elderen règle la question des draps étrangers et même le 
prix des acquêtes et le salaire des wardains, et ce, sous prétexte 
« d'augmenter le négoce et commerce, tant entre les bourgeois 
de Liège qu'avec les voisins, pour appaiser les plaintes nom- 
breuses qu'on lui adresse au sujet des règlements et pour pou- 
voir conserver, sans inconvénient et sans désordre, la draperie 
dans sa cité. » 



III 



Période de décadence, 1650 à 1794. 

Au moment où la domination inflexible des princes de Bavière 
pesait sur toutes les institutions démocratiques el restreignait 
auiau! que possible les libertés du peuple, le besoin de cette 
même liberté se faisait sentir d'une manière impérieuse pour as- 
surer les progrès et même le maintien «le l'industrie drapière que 
le système des règlements étouffait. On en trouve la preuve dans 
les moyens frauduleux que ne cessent d'employer les fabricants 
pour multiplier leurs opérations et dans les concessions toujours 
plus étendues que les chefs de l'Etat sont obligés de faire à cha- 
que instant pour arrêter le dépérissement, de cette brandie du 
commerce. 

Les drapiers commencent par donner aux draps étroits qui ne 
devaient mesurer que 3 aunes el un demi-quart, un plus grand 
nombre de fils afin de les faire passer pour du drap de grande 
largeur. Puis ils fournissent aux compagnons desstains, traimes 
d'outoirs, laines, etc., pour les travailler clandestinement à domi- 
cile (1639). Enfin ils établissent chez eux plus de métiers que 
ne le permettaient les lois. Les officiers étanl ordinairement des 
drapiers riches, loin de réprimer ces abus qui écrasaient les 
compagnons peu fortunés, les favorisaient pour en profiter eux- 
mêmes. Ils négligeaient aussi de surveiller la fabrication qui de- 
venait de pins en [tins mauvaise. Les petits maîtres ne pouvant 
plus supporter la concurrence s'expatriaient ou se mettaient au 
service des riches, de façon que h' nombre des ouvriers s'ac- 
croissait dans une proportion démesurée. 



;52 



Cet état dechoses devint à la fin intolérable pour les fabricants 
peu aisés qui, en 1596, adressèrent au prince des réclamations 
piteuses. 

Ernest de Bavière, « par humanité et pour sauver l'honneur 
de la république » confirma le règlement de 1542 en détendant 
aux tisserands de faire travailler en même temps plus de deux 
métiers, et en fixant de nouveau la longueur et la largeur des 
différentes étoffes. 

Pour restreindre le nombre des ouvriers dele main, il éleva 
en 1617 les droits d'apprentissage et d'acquête, et en 1637, for- 
mula une ordonnance contre les fabricants qui employaient 
dans la cité des peigneurs ou autres artisans étrangers au dé- 
triment des compagnons du méfier ; ceux-ci avaient profité de 
l'occasion où l'on élisait les rewards pour faire entendre de 
nouvelles plaintes auxquelles il fut aussitôt fait droit par la 
défense de faire travailler des ouvriers étrangers. 

Toutefois le besoin d'affranchissement était trop général pour 
qu'il fût possible de maintenir la draperie liégeoise dans les 
anciennes et étroites limites tracées par les règlements, et 
bientôt on voit le prince permettre aux drapiers de mettre en 
œuvre chez eux jusque 4 métiers et autant de serviteurs à la 
fois. Ils avaient demandé de pouvoir en établir un nombre indé- 
terminé ; mais la plupart des compagnons avaient réclamé en 
disant que les pétitionnaires étaient des étrangers qui , par 
suite des grandes affaires qu'ils faisaient, les empêchaient eux- 
même de vivre et de songer à prendre des ouvriers pour leur 
petite besogne. 

La loi une fois enfreinte, il n'y avait pas de raison pour s'ar- 
rêter; les drapiers continuèrent leurs sollicitations, et en 1659, 
on leur permit d'avoir 5 métiers ; les petits fabricants recom- 
mencèrent leurs doléances et leurs suppliques dans lesquelles 
ils dévoilaient toute espèce d'abus, désignaient tel maître qui em- 
ployait jusqu'à 20 staus bastans chez eux et appelaient l'attention 
sur un certain Philippe Gentil, marchand de Liège, qui faisait fa- 



153 



briquer dos étoffes de laine à la modo de France, on achetait à 
d'autres marchands, puis les envoyait teindre, apprêter, presser 
et souffrer à Anvers, Rotterdam et Leyde parce qu'à Liège il ne 
trouvait pas d'ouvrier capable, et y l'osait ensuite appliquer un 
sceau comme si elles avaienl été manufacturées à Liège. Le seul 
remède efficace pour remédier au mal eut été de le couper dans 
sa racine, en faisant exécuter à la lettre le règlement de 1542 re- 
lativement au nombre des métiers. Mais cette mesure n'était plus 
possible, et, le 22 octobre HITS, le prince fut obligé de consentir 
à une nouvelle transaction par laquelle les drapiers étaient au- 
torisés à posséder 6 métiers ; ils devaient toutefois, pour la lon- 
gueur et la largeur des draps, s'en tenir aux anciens statuts. Enfin, 
en l'an 1700, pour procurer du travail aux nombreux ouvriers de 
la cité et des villages voisins, il fallut prendre exactement la me- 
sure opposée à colle qu'on avait adoptée jusqu'en 1650 pour 
protéger la petite industrie, et l'on permit à chaque fabricant 
d'établir jusqu'à 9 métiers chez lui et 3 au dehors « pour le sou- 
lagement des pauvres ménagers. » 

Ces infractions successives à la loi fondamentale du métier dé- 
notent dans l'industrie drapière à Liège une période de déca- 
dence. La prospérité commerciale et manufacturière à laquelle 
s'était alors élevée la ville de Verviers, contribua à l'amener; ses 
fabricants, par la perfection do leurs tissus, par leurs relations 
qui s'étendaient par toute l'Europe et jusque dans les Indes ('), 
faisaient aux drapiers liégeois une concurrence que ceux-ci 
n'étaieul pas en état de soutenir. Ajoutons que les discordes qui 
agitaient alors le pays et troublaient les opérations pacifiques 
du commerce, occasionnaient l'émigration d'un grand nombre de 
fabricants en tous genres, mais particulièrement des drapiers et 
des forgerons auxquels on faisait espérer à l'étranger de brillants 
avantages. 

1 Henaux. Histoire de la bonne ville de Verviers. 



— 154 — 

Ces émigrations prirent un caractère tellement inquiétant que, 
dès le 11 mai 1699, le prince songea à les empêcher par des 
moyens énergiques. « Attendu, dit-il, qu'il y a de mes bourgeois 
et sujets qui, oublieux du devoir delà fidélité de véritables sujets, 
s'établissent ailleurs au détriment du commerce de leur pays, ce 
qui va à la perte entière de la patrie, » il ordonne a tous les émi- 
grés de rentrer dans les 15 jours à Liège sous peine d'être privés 
à perpétuité, eux et leurs descendants, du droit de bourgeoisie, 
et défend aux ouvriers liégeois de sortir de la principauté pour 
aller ailleurs ériger des manufactures ou contribuer de quelque 
façon que ce fût à leur établissement. 

Ces décisions furent spécialement renouvelées le 6 février 1721 
pour les fabriques de drap dans les termes suivants : « Étant 
informé que plusieurs personnes de nos sujets.... malgré les dé- 
fenses sérieuses faites par nos mandements, se présumeraient 
de vouloir établir au grand préjudice de leur patrie, des manu- 
factures de draps, de laines et pareilles dans les provinces 
étrangères, subornant et corrompant par des promesses de 
salaire considérable et autres moyens illicites, les ouvriers et 
autres surcéants de notre principauté de Liège pour les en 
tirer, faire domicilier et établir dans des provinces étrangères, 
ce qui pourrait ruiner et détourner le commerce qui est déjà 
fort affaibli et diminué (ce qui est une désobéissance criminelle 
qui approche d'une félonie ouverte digne de chastoy public , 
comme tendante à la destruction du commerce établi dans notre 
pays de Liège et à la ruine de nos fidèles sujets) : après avoir 
considéré les suites dangereuses et fatales conséquences de ces 
entreprises pernicieuses, nous avons renouvelé les mande- 
ments, etc. » 

Quatre édits successifs modérèrent le mouvement, mais ne 
l'arrêtèrent pas; l'industrie drapière continua a décliner à Liège. 
Le régime étroit des corporations, ayant pour principe la néga- 
tion de la liberté du travail, commençait à porter ses fruits. 
L'état déplorable où se trouvait l'industrie drapière à Liège, 



— 155 — 

ouvrit, sur la nécessité de cette liberté les yeux des administra- 
teurs, bien longtemps avant l'époque où la France, sur le rapport 
de son ministre Turgot, proclama la première abolition des 
métiers. Nous trouvons en effet dès le 11 juin 1703 une ordon- 
nance du Conseil impérial abolissant l'impôt d'un liard se payant 
dans la cité sur chaque pièce d'étoffe travaillée par les drapiers 
et leurs ouvriers et supprimai)! tes visites des rewards chez eux. 
L'annulation de ce dernier article fondamental des chartes du 
métier était un premier pas l'ait vers l'indépendance. Mais 
d'autres circonstances contribuèrent à rendre cette mesure 
inefficace pour relever à Liège la fabrication du drap; elle ne 
servit même qu'à accélérer la désorganisation. En 1724, les 
drapiers se plaignent de l'alïluonce des étrangers qui, achetant 
à vil prix le droit de travailler, arrachent l'ouvrage aux pauvres 
ménagers. En même temps les maîtres, malgré les édits des 
princes, aggravent encore la position de ces ménagers, en don- 
nant leurs pièces à travailler au dehors ; de cette façon la main 
d'œuvre leur coûtait même moins cher, car les ouvriers des 
petites villes et des campagnes ne payant aucun droit à l'Etat, 
se logeant et se nourrissant à peu de frais, travaillaient a meil- 
leur compte ('). Le prince, dans le but de rendre la vie à l'in- 
dustrie liégeoise, défendit cet expédient par un édit du 11 sep- 
tembre 173-4. Mais ce fut inutilement. 

Les Etats avaient déjà, avec aussi peu de succès, tenté d'ar- 
rêter le dépérissement de la draperie en protégeant ce mé- 
tier aux dépens des fabricants de Verviers. Profitant de ce que 



(') Voir lt> ordonnances du 1 1 sept. 1734 , 30 août 1741 , 42 sept. 1719. « Le 
métier remontre au prince que depuis plus de 20 ans un nommé P. Massart, drapier 
de Liège, emploie des ouvriers du dehors qui viennent chaque semaine chercher chez 
lui île-, chaînes de laine pour fabriquer des pièces de saye qu'ils'rapportent ensuite, 
ce qui est contraire aux chartes qui, pour le bonheur de la cité, veulent empêcher 
les ouvriers résidants au dehors de travailler chez eux , d'y dresser des staus au 
préjudice des ménagers de la cité qui seraient bientôt réduits à mendier. Alors on 
les verrait s'établir a Herstal ou ailleurs où ils ne paieraient aucun droit de consom- 
mation a l'Etat, etc. » 



- 156 — 

les bourgmestres de cette ville avaient conservé le tiers de 
l'impôt des 24 patars sur le muids du braz , ils révoquèrent 
l'exemption d'un droit appelé le soixantième qui se percevait 
sur toutes les marchandises du pays à leur entrée à Liège et 
dont les draps de Verviers étaient depuis longtemps affranchis 
par divers octrois de nos princes. Ils avaient encore essayé de 
ce moyen en 168 J 2, mais, à cette époque, les Verviétois avaient 
chassé, les armes à la main, les soldats allemands envoyés pour 
contraindre la bourgeoisie au payement de la taxe. Cette fois 
encore toute la ville se révolta ; les principaux fabricants firent 
sortir leurs draps par la violence, et souvent des luttes san- 
glantes s'engagèrent entre eux et les percepteurs des Etats ; 
ceux-ci envoyèrent plusieurs fois des troupes qui n'obtinrent 
aucun succès, de façon qu'ils furent obligés de diminuer la taxe 
de moitié ; toutefois les troubles continuèrent et deux fois les 
tisserands se mirent en insurrection ; la plupart d'entre eux 
manquaient de travail et les autres n'obtenaient, pour prix de 
leur labeur, que des marchandises qu'ils étaient ensuite obligés 
de revendre à bas prix à leurs maîtres. 

La mort de Joseph-Clément de Bavière vint offrir une occa- 
sion pour ménager un accomodement. La ville de Verviers re- 
nonça au tiers de l'impôt des 24 patars et, en compensation, 
les Etats abolirent pour 3 ans l'impôt du 60 mp sur les fabricats de 
ses tisserands. En 1753, sur les vives instances des députés ver- 
viétois, cet impôt, qui pesait sur les laines à leur entrée et sur 
les draps à leur sortie, fut définitivement aboli. Mais il était trop 
tard. Là aussi l'émigration avait commencé et, pendant de 
longues années, le commerce de Verviers fut en souffrance. Les 
droits énormes de douane établis vers 1740 sur les draps par le 
gouvernement des Pays-Bas, dans le but de protéger les manu- 
factures limbourgeoises, n'avaient pas peu contribué à amener 
cet état de choses, qui dura jusqu'en 1757, époque de la guerre 
de 7 ans; alors le commerce se ranima, les ouvriers se firent 
payer en argent et Verviers produisit 60 à 70 mille pièces par an. 




6i/A- Z Seva°ey7is, a Jjèae- 



S. 2ïo77Ka7is; JfémoiTV- sw 2es Jh^apicrs 



- 157 - 

A cette époque, on no fabriquait plus guère à Liège que des 
serges, des moutones et autres étoffes communes comme dans 
quelques villages desenvirons de Verviers. Mais cette fabrication 
était encore assez importante. On comptait dans le quartier 
d'Outre-Meuse plus de cent ménages possédant 8 ou i) métiers 
el produisant au moins 20,000 pièces d'étoffes par an, qui se ré- 
pandaient dans l'Europe entière ('). 

Depuis longtemps les drapiers avaient abandonné les quartiers 
de S'-Jean-Baptiste et de S'-Georges pour se loger dans les rues 
Roture, Petite-Bëche, Grande-Bêche, Terre-en-Bêehe et Der- 
rière-les-Pottiers. Les foulons, de leur côté, avaient quitté le 
moulin de Beaurepart el s'étaient établis dans le quartier qui porte 
encore aujourd'hui leur nom; les teinturiers habitaient tout 
près. Lorsque les tisserands d'Outre-Meuse portaient leurs 
laines à teindre ou leurs draps a fouler, ils ne payaient que la 
moitié de la taxe pour le passage du pont pour aller et revenir. 

Quelques anciens liégeois se rappellent encore avoir connu 
(huis leur jeunesse les petits drapiers de Bêche et vu leurs mai- 
sons dont la disposition intérieure était à peu près uniforme. Le 
rez-de-ehaussée et le 1 er étage étaient réservés à la famille; on 
communiquait de l'un à l'autre et aux autres étages par une es- 
pèce de large échelle qui n'occupait que fort peu de place. Le se- 
cond était occupé par cinq staus ou métiers et le grenier par 4 
autres auxquels travaillaient les plus jeunes ouvriers; le peigneur 
se tenait debout à une fenêtre du grenier (-). La planche ci-contre 
représente un tisserand à son métier, ayant derrière lui un pot 
de peigneur ('). 

1 C'étail avec de lit serge qu'on faisait les l'ailles, sorte de manteau dont toutes 
les femmes m- servaient au commencement de ce siècle, les rideaux des lits dans 
les maisons particulières des bourgeois ci i\r* hôpitaux, les chemises i\<;s religieux 

dans les Ordres mendiants, etc 

' *) La fumée produite par les .'i lampes (cressets) du second étage, s'ajoutant a 
celle des \ lampes du grenier, rendait celui-ci iiv>-incommode en hiver. 

(s) Ce dessin est tiré du registre aux métiers de la famille Houltain et accom- 
pagne un relief de l'an li>07. Il nous a été communiqué par M. le notaire Dumont, 



— 158 — 

Souvent tous les ouvriers d'un même atelier étaient parents, 
car tous les membres de la famille, même les maîtresses et les 
filles de la maison, participaient au travail. Ces dernières so- 
paient,cherpaient, jetaient de l'huile sur la laine, etc., chez les plus 
riches fabricants. C'est peut-être là la cause de la politesse et de 
l'honnêteté proverbiales qui distinguaient les drapiers de Liège 
au commencement de notre siècle; on sait toutefois que dans 
d'autres métiers, par exemple dans celui des tanneurs, les 
femmes prenaient aussi une part active dans certaines opérations 
relatives à l'industrie de leurs maris ou pères. 

Les fêtes et les réjouissances du métier des drapiers se sont 
en partie perpétuées jusqu'à nos jours. C'est ainsi qu'à la S'-Ni- 
colas, le fabricant distribue à ses ouvriers un cougnou, à la nou- 
velle année une waffe, à Noël on quârlet contenant un morceau de 
trippe. A la S'-Àndré, on célèbre la fête du patron et tous les 
spouleux chôment; le maître ne peut se passer de les remercier 
en les indemnisant de leur frais, mais il attend le jour des Rois 
pormouyi s 'bouquet. Enfin, continuant une ancienne tradition ex- 
primée par ce dicton « à S l -Blaise, les teheux sont maisses, » les 
tisserands ou du moins la plus grande partie d'entre eux, chô- 
ment, nous ne savons pourquoi, le jour de S'-Blaise. 

Mais ce qui depuis longtemps est passé de mode, ce sont les 
habitudes religieuses : la messe entendue en commun à la fête du 
saint sous le patronage duquel la corporation était placée ('), les 
prières faites à genoux et par groupes devant les niches nom- 
breuses placées au bout des rues ; tous les soirs au sortir de l'ate- 
lier; l'habitude de cesser les samedi, tout travail une demi-heure 
avant le temps ordinaire pour réciter à haute voix les litanies de 
Notre Dame. 

A côté des maîtres et des ouvriers s'était formée probablement 
auXVIL siècle une troisième classe intermédiaire de travailleurs 



(') S l -Sévère qui, d'après une légende , avait crevé un œil au diable avec la 
pointe d'une navette; sa statue se trouvait dans l'ancienne église de S l -Nicolas. 



— 159 - 

qui s'appelaient façonnaires, parce qu'ils fabriquaient du drap a 
la façon pour le compte d'un autre. « Un capitaliste leur fournis- 
sait la laine et toutes les matières premières et traitait à tant par 
pièce ou aune, abandonnant ainsi aux façonnaires tous les soins 
de la confection el se réservant seulement ceux du placement 
des produits. Ce système avait eu pour résultat de donner nue 
certaine diffusion â l'industrie lainière. Avec peu d'argent on de- 
venait aisément façonnaire, tout, excepté le foulage, se faisant à 
la main. L'ouvrier et le façonnaire allaient presque d'égal à égal ; 
mais ce dernier subissant les exigences du marchand, en laissait 
retomber une bonne partie sur l'ouvrier. « Il était d'usage parmi 
les façonnaires d'exposer publiquement certains dimanches et 
jours de fêtes de l'année, leurs plus beaux frabricats au profit 
des pauvres ou des églises (*). » Les façonnaires qui du reste, 
étaient rares à Liège, tandis qu'à Verviers et dans ses environs 
ils étaient très-nombreux, disparurent lorsque les machines vin- 
rent remplacer le travail des mains. 

(' ; Nautet. Notices historiques, Verviers, III, 28. 



Gouverneurs du métier des drapiers. 



1320 Johan Alar, maistre. 

4329 Goffins li Vachos. 

4334 Wilheame Gruodins, Piroa Démissions, Johan Benois, Gi- 

lons Bizenhaie, hiretirs. 
4365 Johan de Lambermont, ung des quattre esleus. 
4367 Lambert Roseaux, Giles li Garsons, Pirons dit Sanson, 

Remey Halebache , mambors et porveoirs por le temps du 

mestier. 
4428 Linar Banneresse, Henri Requerson, gouverneurs. 
4435 Soghier de Geneffe, Renkins de Castealz. 
1458 Piron Lantremange, Lambert de Grasce. 

4477 Jean délie Vaux, Johan Tiskin. 

4478 Johan Daras, Mathias de Tongres. 

4479 Mathias de Tongres, Johan Tiskin. 

4480 N. de Vinamont, Connart délie Cop d'oire. 
4484 Johan Grégore, Gérard d'Aspe. 

4482 Connart délie Cop d'oire, Johan Amont. 

4483 Johan le Drappier, Miehar.... 

4484 N , Connart délie Cop d'oir. 

4485 Johan Grigore, Renchon le Tindeur. 

4486 Johan Tiskin, Johan Amont. 

4487 Johan Grégore, aile nouvelle modération. 

4488 Gillet d'Heur, Henri Chapoilhon (Copilhou). 

4489 Lynart le Follon, Staskin Teewis. 

4490 Johan Tiskin, Tittus Riwet. 

4491 Renchon le Tindeur, Lynart le Follon. 

4492 Henri Chapoilhon, Wouthier van Ham. 



It.l 



1493 Jolian Gillet, Jolian Davingnon. 

1494 Wouthier van Ham, Rïichiel le Barbier; 

1495 Lynarl le Folldn, Stas Teewis. 

1496 Michiel le Barbier, Jolian Davingnon. 

1497 Woutier van Ham, Johan Joesman. 

1498 Tittus Riwet, Stasse Teewis. 

1499 Gillet d'Heur, Ghiskin Gronselt. 

1500 Joiris leDrappieren Ghoke, Godefrinde Treit. 

1501 Gillet d'Heur, Willem de Pare dit le Manoyr. 

1502 Ghiskin Gronselt, Jacob Hextelman. 

1503 Godefrin de Treit, Joris le Drappier. 

1504 Wouthier van Ham, Piron Beulevin. 

1505 Godefrin de Treit, Joris le Drapier. 

1506 Stas Teewis, Gonthierde Hodeige. 

1507 Du temps de la paix de S l -Jacque, Jacob Hextelman. 

1508 Johan Bertollet, Rynard d'Oupye. 

1509 Wilyem le Manoyr, Symon de Venta. 

1510 Lynar délie Merdue, Lambert Brocar. 

1511 Godefrin de Treze, Henry Cornez. 

1512 Lynard délie Merdieu, Gonthier de Hodeze. 

1520 Brocka, Godelet. 

1521 Anthoene Jamar, Henri de Jerson. 

1527 Jacob Extermau, Robert de Goez (Goyet). 

1528 Gollart Bareit, Piron le Follon. 

1529 Lambert Brockart, Johan de Verd cheval. 

1530 Jacob Hexterman, Gonty de Hodeige. 
1536 Jean Wathi, Thomas de Hodimont. 
1538 Johan le Naltier, Piron de Chesteau. 

1540 Guillaume Bure, Gilet Dirick. 

1541 Collart Bareit, Henry Jacob. 

1542 Johan de Malmendie, Johan de Parfontvaulx'. 
1544 Jolian Godelet, Johan Naletier. 

1546 Johan Teste dit des Weynes, Henry de Fowedar. 
1548 Johan Goddelet, le jeune Berthollet. 

11 



— 162 — 

1549 Piron Loys, Toussaint Hannea. 

1551 Toussaint le Harpeurdit Hannet ou Hannea. 

1552 Johan de Malmendie, Henri Jacob. 

1553 Wilheame Beure, Johan de Parfontvaulx. 

1554 Toussaint Hannea, Collard de Grandauz. 

1555 Johan Wauthier, Colley de Fléron. 

1556 Toussaint Hannea, Gielet de-Herbet. 

1557 Wathier Liverloz, Piron Henrar. 

1558 dollar de Fléron, Colleie Sacreit. 

1559 Collar de Grandauz, Lambert de Hermée. 

1560 Bertrand de Longdoz, Johan Heine. 

1561 Lambert de Hermée, Collart Sacreit. 

1563 Toussaint Hennea, Léonard Pirson. 

1564 Collaire de Fléron, Johan Gilvaer. 
1566 Nicolas de Fléron, Hubert Bure. 

1568 Johan Jacquet, Simon Pirson. 

1569 Martin de Malmendie, Menjoie délie Xhurre. 

1570 Piron Tongerlo, Remeyde Franchimont. 

1571 Stas Tewis, Lambert de Preit. 

1572 Gielet de Looz le jeune, Johan de Velroux dit Gros Johan. 

1578 Johan de Velroux, Thiry de Liexhe. 

1579 Hubert Bure, Piron de Liexhe. 

1580 Jamysin Marckon. 

1581 Jacquemin Randaxhe, Giele de Houtain. 

1582 Thiry de Lixhe, Wathier délie Haye 

1583 Hendrick de Hers, Henri Heine. 

1587 Lambert Warnotte, Giele de Houtain 

1588 Wery Wertea, Johan Gloechet. 

1590 Martin de Malmendie, Henri Brockar (ou Hendrick d'Heur?). 

1591 Martin de Malmendie, Gielis Herbet. 

1592 Lambert Warnotte, Woelt de Houtain. 

1593 Thiery de Lixhe, Giele de Houltain. 

1594 Gielis Herbet, Badon de Hayeneux. 

1595 Giele de Houltain, Wery fils Johan Wery. 



- 163 — 

1596 Thiry de Liexhe, Baulduin le Blavier. 
1899 Johan Cloechet, Gérard Lybotte. 
1600 Lambert «le la Croix, Gérard Lybotte. 
1602 Gérard Lybotte, Anthoinc Jacquet. 
1608 Mathi de Trooz, Jehan Bodeson le jeune. 

1608 Johan Bodcchon, Gielle Herbet. 

1609 Henri de Beaufays, Thiry Genchine. 
16-10 Henri de Beaufays, Johan de Bodechon. 
1643 Jehan de Solleil, Servas Gillel ('). 
1614 Henri d'Odeur, Fier Bomersom. 

1618 Jean Bovegnistier, Toussaint de Riwe ou de la Rue. 

1642 Henri Gentil, Jean Gathy. 

1653 Englebertde Chesteau, Halel de Walrant. 

1676 Hubert Cajoz, Jean Rigaz dit Cortis. 

1677 Jean le Forgeur. 

1678 Pierre Jacque dit Trouillet. 
1683 Jean le Brun, Paul Gilman. 
1684-1690 Léonard Bayar. 

1698 Abraham Nagant. 

1699 Jean Houtain. 
1704 Abraham Nagant. 
1705-1706 Pierre Waonry. 
1710-1711 Abraham Nagant. 

1715 Hubert de Salme. 

1716 Nicolas Arbinet. 

1 Les principaux, drapiers à cette époque étaient : H. Dodeur, P. Bomersom, 
L. de Chestea, J. Bodechon. G. de Riwe, T. Ghenchine, G. de Hervé, C. de Fosseit, 
C. de Pireux, B. de Fraisne, A. Jacquet, \V. Trongtea, G. Herbet, P. Gentil, 
];. Gérard F. de Vivegnis, R. de Looz, H. Billock, H. de Baufays, A. Thonnar, 
.1. Bovegnistier F. Lefebve, 11. de Heers, H. de Rocourt, P. le Bresseur, D. de Vo- 
temme S. del Fosse A. Halen, L. de Lamine, M. Dheur, F. Derecourl , Grigo 
Harcé I r. Dawans M. Tilman, J. de Salme, C. Namuron, H. Dardenne, J. Pepins- 
ter, J. Babe, J. Ansea, Cornet de Resta, c. de Bierses, <',. Herbet, .1. Gérard, 
C. deGomsé, AI. de Thier, J. de Poil. mi. a. de Housse, Haie! de Warnant, J. de 
Looz, G. de Voroux. M. Rasier, i te. 



164 — 



1717 Joseph Renotte. 
1719 Guilleaume de Fize. 

1721 Joseph Renotte ('). 

1722 Guilleaume de Fize. 

1723 Joseph Renotte. 
1726 Toussaint Damaffe. 

1728 Jean Colson. 

1729 Toussaint Damave. 

1730 Pierre Waonry. 
1732 Eustache Chefneux 
1736-1739-1742 Jean Houtain, 

1749 Gille-François Colson. 

1750 Toussaint Damave. 

1751 Jean Houtain. 

1752 Toussaint Damave. 

1766 Jean Houtain. 

1767 Houssa. 

1769 Simonis. 

1770 Colson. 

1771 Houssa. 
1775 Colson. 
1783 Houssa. 
1793 Bayar. 



M) En 1724 on trouve les noms des drapiers suivants : N. et Nie. Detrixhe, 
J. Th. Lejeune, Fr., M. et G. des Troisfontaines, J. Wathieu, N. Mordan, G. Ber- 
trand, Ar.Warnand, M. Malchair. H., L. et 0. de 'Suive, M. Lahaye, S. Franck, 
J. de Micheroux, L. Deschamps, A. Grivegnée, le commissaire Dumont, J. Renotte, 
T. Georis, G. L. Villegia, M. J.Moray, H. Goffart, D. Roland, G.Freson, J. Dozin, 
Fr. Colson, P. Zegherfisse, la veuve Pauly, Cath. Deur, C. Close, J. Roetcrans, 
Gilman le Prince, D. Deneumolin, A. Francis, G. Tombay, T. de Fane, H. Fisse, 
G. Brahy, etc. 



Inventaire des anciennes archives des drapiers 
de Liège. 



1249 2 août [lundi après la fête S l .-Pierre). Reconnaissance d'un 
prêt fait par plusieurs bourgeois de la cité au clergé el à 
la ville de Liège, pour le rachat de l'impôt de la Fermeté. 
(Documents inédits, n° I). 

1323 1" févr. La lettre dos Halles, touchant la vente du drap. 
(Documents inédits, n" II). 

1325 19 juin {mercredi après les octaves de sacrement en resailh- 
mois). Sentence de 4 arbitres sur des difficultés entre les 
maîtres foulons et leurs valets pour le salaire de ceux-ci. 
(Documents inédits, n° III). 

1330 18 févr. {dimanche devant la fête de S 1 . -Pierre corolle). Achat 
par le métier d'un terrain sur le thier des vignes pour y 
établir des rames. (Documents inédits n° IV.) 

1334 3 févr. {lendemain de la purification N.D,conditchandeloir). 
Accord fait entre le métier des drapiers et J. Hanozel 
ardoisier,pour couvrir la halle deFéronstrée. (Documents 
inédits, n" V). 

1343 26 févr. Acte passé devant la cour jurée de Gilons de Ma- 
chey : Anne de Cor, femme de Jean Henroil de Preit, vend 
à Piron Demisôns, Gollîns le Vachos el Gilon Bizenhaye, 
drapiers, la maison de Faneit, située Hors-Château, pour 
une malhe de cens. (Original sur parchemin; sceaux en- 
levés). 

1352 19 sept. Accord fait entre les maîtres foulons el leurs on 
vriers au sujet du salaire de ceux-ci. (Documents inédits, 
n° VI). 



166 



1353 16 janv. Acte passé devant Jehan Deinisons, maire de la 
cour du métier des drapiers à Liège. Gilles et Guilleaume 
de Sumagne, le tanoir, donnent à leur frère Jehan, les deux 
tiers des wennes, stueves et appartenances situées Hors- 
Chàteau contre le pont des tisseurs. (Original sur parche- 
min ; sceaux enlevés). 

1365 11 nov. {jour de la fieste de S 1 . -Martin yvernal). Le métier 
achète un moulin avec foulerie entre Beaurepart et la 
Boverie. (Documents inédits, n° VII). 

1367 27 avr. Le métier accorde pour 3 ans à J. Kikimonde le 
droit de peser la laine à la halle (Documents inédits, 
n° VIII.) 

1423 en mars. Discussion entre les maîtres et jurés de Herck 
et les drapiers de Liège qui défendaient la vente du drap 
dans la cité. (Echevins de Liège, III, 170 v°). 

1423 1 er oct. Le métier fixe pour 12 ans le salaire des foulons. 
(Documents inédits, n° IX). 

1428 1 er mai. Ordonnance du métier contre la poursuite des 

offices. (Imprimée dans le recueil des chartes, I, p. 223). 

1429 26 nov. Serv. de Dolhain, gouverneur du bon métier de 

la draperie, avait saisi au nom des rewards du métier, 
du drap appartenant à H. Wynand, hallier, comme étant 
mauvais. Celui-ci proteste déclarant que son drap porte 
le sceau de la draperie d'Eycke, et que partant il pouvait 
l'acheter et le vendre. Les échevius déclarent s'en rap- 
porter au témoignage des rewards de Huy, Tongres , 
Looz , Hasselt et St-Trond que l'on fait venir aux frais 
du perdant et qui déclarent que le draps est mauvais. 
Echevins de Liège, n° 6, p. 152). 

1433 28 janv. Commission du métier pour poursuivre les com- 
pagnons complices de Mathieu Dalhin (Documents inédits, 
u° X). 

1435 10 mars. Tarif et règlement pourjes foulons. (Documents 
inédits, n° XI). 



îir 



1447 23 fév. Accord entre les drapiers el les teinturiers au sujet 
du salaire de ceux-ci. (Documents inédits, n° XII). 

1458 17 juil. Ordonnance du métier contre la poursuite des 
offices: statuts touchanl l'acquête, le relief el le salaire 
des gouverneurs. (Imprimé dans le Recueil des chartes, I, 
p. 224). 

1479 26 fév. Les drapiers de Liège veulent défendre à ceux 

de Brusthem de vendre à Liège les draps appelés grises 
droummes disant que la teinture en était main- 
Ceux-ci ayant prouvé que c'était le même qu'ils vendaient 
depuis 60 ans, soui autorisés à continuer. (Echevins de 
Liège, ir 41, p. 129). 

1480 28 avr. Lettre par laquelle Louis de Bourbon reconnaît 

aux Verviétois le droit de vendre leurs draps dans la 
petite halle de Liège (Pawilhart K, p. 197 aux archives. 
Publiée par M. Henaux, Hist. de Verviers el par M. de 
Ram, Analecta leodiensa, p. 682). 

1487 .'5 avril. Accord entre le métier et J. Thiry pour teindre les 
draps. (Orignal sur parchemin; sceaux enlevés.) 

1489 28 févr. Les tindeurs de Liège déclarent que le droit de 
stampage sur les draps étrangers envoyés à Liège pour 
être teints appartient au métier des drapiers et la visite 
aux rewards. Mais que à cause des« guerres durantes 
eux , tindeurs , ne devront rien payer jusque à tant que 
bonne marchandise pourra courir et que le cours de la 
Meuse sera ouvert. » (Document sur papier, liasse du 
conseil-privé, aux archives . 

lbOO 31 oct. Sentence des echevins de Liège sur les difficultés 
des drapiers et des tindeurs à propos de la stampe des 
draps étrangers. (Copie sur parchemin). 

1503 o mai. Sentence arbitrale ordonnanl aux tindeurs de p lyér 
par an aux drapiers 6 florins pour le stampage , el de 
permettre aux rewards la stampe des pkchots comme de 
coutume. (Original sur parchemin ; sceaux enlevi 



— 168 — 

1516 29 mai. Simon de Tillice, retondeur, proteste contre la 
défense que Goert de Treit, maire des ewardans et ses 
confrères avaient fait aux foulons, tisseurs et tindeurs, 
de lui donner de l'ouvrage ; il invoque une clause de la 
sentence apostolique et un article de la lettre du commun 
profit, qui interdit le monopole des métiers et défend 
d'empêcher le travail à aucun bourgeois. Les wardains 
répondent que ledit Simon ayant violé les chartes en 
« ourdissant draps a une portée trop étroite qui est envi- 
ron de 28 filhets comme en excédant la longesse de 2 lj2 
olnes, » n'avait pas voulu payer l'amende. Les wardains 
sont convaincus d'avoir interposé serre ou monopolle, mais 
Simon est condamné à payer l'amende. (Jug. et sent. , 
aux archives, n° 14, p. 59 v°). 

1520 30 déc. Lamb. Brockart, maire des wardains, apporte au 
Conseil de la cité une pièce de drap gris la déclarant 
fausse denrée. Les wardains sont priés d'aller avec un 
des 4 de la cité muni de la clef des maîtres, un secré- 
taire et un sergent de la justice , chez celui qui l'avait 
vendue pour s'assurer qu'il n'y en avait plus. Après 
avoir constaté que non , ladite pièce a été brûlée au pé- 
ron. (Jug. et sent., aux archives, n° 17, p. 166 v°). 

1523 23 sept. Col. Racket, Fr. et Joli, de Fléron, Th. Brigard 

et Th. de Sart, tindeurs, accusent le métier des drapiers 
de serre, ayant défendu aux tisseurs de leur donner aucun 
drap à teindre et aux retondeurs de tondre aucun drap 
teint par eux , ce qu'ils déclarent être un vrai monopole 
provoqué par la décision qu'ils avaient prise de « ramener 
la monnoie qui court présentement à pris et valleur 
qu'elle avait lors coursse lorsqu'ils avaient passé leur 
contrat ». Les drapiers sont condamnés. (Jug. et sent., 
aux archives, n° 21, p. 15 v°). 

1524 12 oct. J. van Voxhem, marchand d'Anvers, se plaint que 

les rewards de Liège ont calenyé et saisi 16 draps de laine 



— 169 — 

dans la maison de l'Aigle en Kéronstrée« comme fausses 
draperieet de non loy »; lcséchevinslui permettent de les 
emporter sans pouvoir les vendre dans la cité. (Original 
sur parchemin; sceaux enlevés. — Jug. et sent., n° 22, 
p. 12 v"). 

1527 1 er févr. Grande charte du métier approuvée par le conseil 

de la cité le 20 avril. Règles touchant l'usance et la pra- 
tique. (Imprimé dans le Recueil des chartes, I, p. 227). 

1528 4 janv. Cornet le Hallier, fds de J. Cornet, est convaincu 

d'avoir vendu une fausse pièce de drap ruwain de 6 aunes 
à G. le Soyeur de Jemeppe qui s'en est fait faire un 
hocqui'ton. Il est obligé de rendre à l'acheteur le prix, 
de demander au membre la permission d'user doréna- 
vant du métier, et le hoqueton sera brûlé au péron. (Jug. 
et sent., aux archives , n° 24, p. 341). 

1529 28 août. Les échevins, à la demande du métier, ordonnent 

à H. Mulkeman de démolir un bâtiment qu'il venait 
d'élever contre la halle des drapiers autrement qu'il 
n'était avant la grande prise de Liège. (Original sur parche- 
min ; sceaux enlevés. — Jug. et sent., n° 26, p. 186). 

1531 30déc. Le métier ayant envoyé son valet sermentéa Dinant 
pour vérifier si les draps qu'y vendait H. Mulkeman, 
liégeois, étaient scellés, celui-ci déclare qu'ils étaient 
dépourvus du scel du métier. (Original sur parchemin ; 
sceaux enlevés). 

1534 13 sept. Erard de la Marck accorde auxVerviétois un jour 
de marché par semaine et une foire par an. (Publiée par 
M. Henaux, Histoire de Verviers). 

1536 25 nov. Le métier nomme des députés pour récupérer les 
biens lui provenant de W. Dalhin « caucéllés ou entre- 
perdus. » Ces députés auront le cinquième des deniers 
récupérés. (Original sur parchemin; sceau du métier.) 

1542 18 févr. Les olliciers des drapiers ayant mis à l'amende et 



• — 170 — 

voulu priver du métier J. Collai* , vieuwarier et drapier, 
pour avoir étalé à la foire de Liège du drap non seellé, 
eelui-ci proteste en disant que la lettre d'Engleberl de la 
Marck du 24 mars 1350 permet à un chacun de vendre 
quelle denrée il lui plait sous la surveillance de 6 per- 
sonnes instituées à cet effet lesquelles désigneront un 
endroit spécial pour vendre le drap non scellé; que si 
cela n'avait pas été fait, il n'en devait compte qu'aux 
dites 6 personnes h l'exclusion de tout autre juge , 
d'après la même lettre. Les drapiers répondent que 
leurs chartes défendent à qui que ce soit de vendre du 
drap non scellé par les rewards des villes où il a été fait; 
ils sont condamnés. (Jug. et sent., aux archives, n n 33). 
1542 9 déc. Additions et modérations à la grande charte de 1527, 
touchant les xhafures elles sages. (Imprimé dans le Recueil 
des chartes, I. p. 244). 

1544 22 août. Le métier endetté par la perte d'un procès et des 

travaux faits à sa halle est obligé d'emprunter de l'argent 
à Piron de Chestea drapier. (Original sur parchemin ; 
sceaux enlevés). 

1545 17 juil. Le sous-mayeur de Liège ayant confisqué comme 

faux des blans draps venant de la ville de Limbourg et 
appartenant à P. de Slins, hallier, celui-ci proteste en 
disant que les rewards avaient refusés de les examiner 
et qu'il ne les avait pas mis en vente. Des députés dra- 
piers, tisseurs et foulons les ayant rewardé déclarent 
que l'une de ces pièces est passable et peut être vendue 
en étant la lisière là où sont les fautes, mais qu'une autre 
est faite de lame desierable. Le sous-mayeur doit restituer 
les draps. (Jug. et sent., aux archives, n° 36, p. 201). 
1549 15 juil. Les rewards et foulons ayant défendu aux drapiers 
et retondeurs de donner leurs draps à fouler et lainer 
hors de la cité , franchise et banlieue , parce que les 



— 171 — 

étrangers lainaienl avec les gardes de fer qui gâtaient le 
drap et leur ôtait leur l'orée , les autres protestent que 
c'est leur ruine , vu qu'il n'y avait pas h Liège assez de 
foulons pour faire leur ouvrage, et qu'ils se trouveraient k 
à leur merci. Les échevins décident que l'on pourra con- 
tinuer à faire fouler les draps dehors, mais que tous 
foulons devront prêter serment de ne pas se servir de 
cardes de fer. (Jug. et sent., aux archives, n°44, p. 203). 
1550 7 janv. Les drapiers <i retondeurs nomment chacun 4 
commis pour entretenir paix et bonne police chez eux ; 
« celui qui aura fait mesus sera araisné et voce en cause 
devant eux, les wardens, gouverneurs, jurés, 4 délie 
viollette, et maîtres des membres ; si après discussion, 
plaidoierie et sentence des rewards , il se sent opprimé, 
il peut recourir à qui mieux lui plaira ». (Registre aux 
recès du métier, aux archives). 

1552 27 juin. S. A. ayant demandé pour la garde de sa cité 

« trois enseignes de compagnons piedtons de guerre » 
les drapiers le supplient de vouloir se contenter des 
sujets de sa cité et de la banlieue, l'assurant qu'ils mour- 
ront jusqu'au dernier pour la défendre. (Conseil privé , 
liasse). 

1553 25 sept. Le membre des tisseurs permet par charité à H. 

Dozin, de dresser dans sa maison unstawpour tisser des 
draps et fourures;sa veuve et ses enfants n'étant pas du 
membre ne pourront continuer après lui; il devra prendre 
un serviteur du membre sans pouvoir tenir un apprenti. 
(Original sur parchemin ; sceaux enlevés). 

1553 11 oct. Règlement du métier pour combattre les poursuites 
des offices; assemblées, apprentis, acquêtes, etc. (Imprimé 
dans le Recueil des chartes, l,p. 246). 

1553 30 nov. Le métier paie sa dette de 1544 à Jean de Velroux 
et Dameide sa femme, veuve de Piron Chestea. (Original 
sur parchemin ; sceaux enlevés). 



172 



1555 20 fév. Les tisseurs achètent à G. de Looz 2 maisons dans 
la rue des Weynes, Hors-Château, pour 6 florins de cens. 
(Document sur papier ; liasse du conseil privé, aux ar- 
chives). 

1559 19 sept. Tarif pour le salaire des retondeurs: 36 sous pour 
l'aune du cardinal ; 30 pour l'aune du drap à 2 scels ; 24 
pour l'aune du commun ; 4 pour l'aune des estroits. (Re- 
gistre aux recès du métier, aux archives . 

1561 4 juin. Le sous-mayeur confisque deux draps que J. Rat- 
mecker, du pays de Gueldre, avait exposé en vente dans 
une maison privée avant d'avoir été visités par les 
rewards du métier. (Jug. et sent., aux archives , n° 53 , 
p. 181). 

1561 6 juil. Les drapiers ayant voulu introduire de nouveaux 

usages relativement à la teinture des draps hors de la 
cité, les teinturiers protestent et prouvent que les an- 
ciennes chartes ont réglé les points en question. (Jug. et 
sent., aux archives, n° 53, p 267 v°). 

1562 12 mars. Stuit du grenier de la halle fait parles drapiers 

aux rhétoriciens de Liège Documents inédits, n° XIII). 

1566 9 avril. Sieulte du métier réglant le prix des laines vendues 

à la halle des drapiers. (Registre aux recès du métier, aux 
archives). 

1567 15 mai. Le conseil de la cité accorde aux drapiers une 

grande balance pour peser les laines dans leur halle. 
(Recès de la ville, à l'Université). 

1567 23 juin. Stuit de 6 ans pour l'usinier des wennes. (Re- 

gistre du métier, n° 32, p. 22, aux archives). 

1568 3 août. Ordonnance du métier touchant les nouvelles rames: 

article pour les offices. (Documents inédits, n° XIV). 

1569 1 er mai. Règlement pour les rewards. (Registre aux recès 

du métier, aux archives) . 
1569 23 juin. Mandement de S. A. contre les recoupeurs de laine. 
(Documents inédits, n° XV). 



f3 — 



1570 24 juin. Règlement touchant les droits du scel dus aux 
rewards. (Registre aux recès du métier, aux archives). 

1!)71 5 nov. Députation envoyée par le métier à Namur pour 
plaider contre la hanse decetteville. (Documents inédits, 
u" XVI). 

1572 29 déc. Colley de Fléron, drapier, vend au membre des 
tisseurs une rente hypothéquée sur une maison de Hors- 
Château joignant à celle du Vental et à la rue des Wen- 
nes, pour 6 ducats de Portugal (à 20 florins la pièce), etc. 
(Original sur parchemin : sceaux enlevés). 

1588 1" mai. Les retondeurs réclament l'exécution d'un contrat 

passé le 15 juin 1512 entre eux et les drapiers, par lequel 
ils étaient convenus de nommer chaque année le 1 er mai 
2 rewards de chaque métier pour stamper tous draps et 
pessots tant de la cité que du dehors portés aux tein- 
deurs. (Registre aux recès du métier, aux archives). 

1589 25 avril. Règlement du métier touchant les nouvelles 

rames, la vente des draps et l'élection des rewards ; ap- 
prouvé par E. de Bavière le 16 juil. 1590 ; mis en garde de 
loi le 25 sept, et confirmé par Maxim. -Henri, le 28 mars 
1671. (Imprimé dans le Recueil des chartes, I. pp 251, 
264). 

1589 19 juin. Modération du règlement du 25 avril (Imprimé 
dans le Recueil îles chartes, I, p. 254). 

1593 8 mai. Les drapiers de Liège défendent aux merciers de 
S'-Trond de vendre des bayettes, hersées et statuettes faites 
h Liège parce qu'il ne sont pas du métier. (Registre aux 
recès du métier, aux archives). 

1596 15 et 21 juin. Les tisseurs pauvres s'étant plaint du grand 
nombre d'ouvriers et de staus employés par les riches, 
et de la mauvaise qualité du drap par la négligence des 
rewards, U' métier défend à chacun d'avoir plus île 2 staus 
dressés el chargés, un grand et un petit, et de donner 



— 174 - 

en ourdissant plus de 38 aunes aux draps, plus de 66 
aunes aux baiettes, fourures, hersés, xhafures. (Docu- 
ment sur papier; liasse du conseil privé, aux archives). 

4613 3janv. Le métier assemblé sur sa halle, lieu accoutumé , 
décide que pour célébrer dignement la joyeuse entrée de 
S. A., il donne 10 fis. à 30 hommes du métier pour se 
trouver en armes au jour fixé , 20 fis. aux officiers, plus 
10 fis. aux gouverneurs pour un chapeau. Les 30 compa- 
gnons susdits seront tenus de porter la livrée du métier, 
savoir un chapeau blanc gris avec le cordon rouge et 
vert. (Cous, privé, liasse). 

1617 26 nov. Le métier élève les droits de relief et d'appren- 
tissage pour empêcher la trop grande augmentation des 
compagnons; approuvé par le conseil le 19 mars 1618, 
par les échevins le 29 et par le prince le 23 juin. (Im- 
primé dans le Recueil des chartes, I, 255. V. Polain, Re- 
cueil des édit. et ordon.) 

1637 1 er mai. Ordonnance du métier contre les ouvriers pei- 
gneurs et les employés étrangers ; approuvée par le 
conseil le 30 mai 1637 et par les échevins le 21 oct. 1642 
(Imprimé dans le Recueil des chartes, I, p. 257). 

1637 14 août. Touchant la visite des marchandises par les re- 
wards (Registre aux recès du métier, aux archives). 

1637 24 août. Règlement du métier touchant l'ourdissage (Docu- 
ments inédits, n° XVII). 

1639 11 juil. Ordonnance du métier contre ceux qui possèdent 
plus de 4 staus ; approuvée par le conseil le 19, puis par 
les échevins, confirmée ensuite par le métier le 20 juil. 
1639 (Imprimé dans le Recueil des chartes, I, p. 259,261). 

1644 8 juin. Sentence perdue mentionnée dans le Recueil des 
chartes, p. 262. 

1650 17 jariv. Mandement qui défend aux gouverneurs du métier 
et au fermier de la halle de vendre autre chose que de 
la laine à la halle des drapiers. (Louvrex, III, p. 79). 



— 178 — 

1652 10 avr. Ordonnance touchant Tannage. (Registre K. 331 
du conseil privé aux archives. V. Polain. Recueil des édits 
et ordon.) 

1659 1 er sepl Modération à la sentence du 8 juin 1644. Règles 
touchant les métiers, les fils du draps; confirmé par 
S A. le lendemain. (Imprimé dans le Recueil des chartes, 
I, p. 262 el dans Louvrex, III, p. 358). 

1662 1:2 jnil. Pour remédier aux difficultés qui surgissent sou- 
venl dans le métier au sujet de Tannage des étoffes, les 
compagnons instituent 3 auneurs dans leur halle à l'ex- 
clusion de tout autre; ils prêteront serment et auront 1 
patar par pièce mesurée. (Document sur papier; liasse 
du conseil privé, aux archives . 

1671 28 mars. Mandement qui confirme certaines ordonnances 
de 15P0. (Imprimé dans le Recueil des chartes. I, p. 264. V. 
Polain, Recueil des édits et ordon.) 

1671 9 mai. Edit du prince touchant les draps étrangers, le sa- 
laire des rewards et Tacquête. (Imprimé dans le Recueil 
des chartes, 1, p. 265, et dans Louvrex, III, p. 360). 

Il 78 26 jnil. Le prince renouvelle l'édit du 1 er sept. 1659 contre 
les drapiers qui possédaient jusqu'à 20 staus battants chez 
eux ou ailleurs. (Imprimé dans le Recueil des chartes, I, 
p. 266). 

1678 21 oct. Recès du métier permettant d'employer un 6 e stau 
hors de chez soi. (Recueil des chartes, I, p. 266). 

1699 13 août. Ordonnance du prince touchant la longueur et la 

largeur des différentes étoffes. (Louvrex III, p. 356. V. 
Recueil des édits et ordonn.) 

1700 24 avr. Règlement général modifiant celui du 13 août 1699. 

i Recueil des chartes, I, 267. V. Recueil des édits et ordonn.) 

1703 11 juin. Le conseil impérial abolit l'impôt d'un liard qui 

se paie dans la cité de Liège sur chaque pitre d'étoffe 

travaillée par les drapiers et supprime la visite des re- 



— 176 — 

wards. (Conseil privé; protocole K. 139. V. Recueildes 
édits et ordonn.) 

-1721 6 févr. Ordonnance de Joseph Clément contre ceux de ses 
sujets qui établissent des manufactures de laine hors 
du pays de Liège malgré les défenses faites par les man- 
dements du 17 août 1699 et du 11 mai 1700. (Polain, 
Recueil des édits et ordonn. de la principauté de Liège). 

1724 16 févr. Supplique du membre des drapiers au chapitre de 
S l -Lambert pour empêcher la chambre dont elle fait partie 
de conférer à des étrangers ou à d'autres Facquête du 
membre. (Document sur papier; liasse du conseil privé, 
aux archives, 1724, 4 mai). 

1724 5 août, 18 et 23 sept. Mandements pour le tonlieu des 
laines {Recueil des édits et ordonnances). 

1726 24 mai. Les composants de la chambre S'-Jean-Baptiste 
remontrent au prince qu'ils ont 3 greffiers : un du drapier, 
un du membre des drapiers et un des retondeurs ; ils de- 
mandent que les deux premiers soient réunis, ce qui fut 
approuvé le 27. (Document sur papier; liasse du conseil 
privé, aux archives). 

1734 11 sept. Edit du prince enjoignant d'observer le règlement 

du 13 août 1699 et notamment l'art. 4 qui défend aux dra- 
piers de la cité de donner des pièces à travailler hors de 
la ville, parce que, par cette manœuvre illicite, les drapiers 
ménagers sont sans ouvrage. (Conseil privé : protocole K. 
157. V. Recueil des édits et ordonnances). 

1735 16 juin. Ordonnance de George Louis touchant la qualité 

des laines mises en vente. Renouvelée le 18 mai 1761. 
(Louvrex, III, p. 361). 
1741 3 août. Ordonnance qui défend aux ouvriers, marchands 
et manufacturiers de Verviers de faire sortir de cette ville 
des laines teintes « pour être façonnées en draps crus ou 
brntsni aucunfolets enchaine pourêtre tissus.» (Louvrex, 
III, p. 408). 



— 177 - 

1746 10 mai. Mandement contre la fabrication des bouts et des 
pennes dans la ville de Verviers. (Nautet, Notices histo- 
riques, etc. t. III, 92). 

17 if» 12 sept Le gouverneur du métier supplie le prince démettre 
un terme aux fraudes d'un nommé P. Massart. (Document 
sur papier; liasse du conseil privé, aux archives). 

1755 24 août. .Mandement itératif de celui de 1746 augmentant 
les peines des contrevenants. (Nautet, ibid., p. 9o.) 

1772 déc. S. A. fait demander à la chambre S'-Jean Baptiste à 
quelles conditions 'celle-ci voudrai! céder la halle des 
drapiers, eu lui faisant observer que le terrain ne peut 
convenir à un particulier à cause de la servitude ou 
passage qui relie les deux rues et ne permet pas d'habiter 
le rez-de-chaussée, que la vétusté du bâtiment exigera 
bientôt des frais, et qu'enfin plusieurs sociétaires du 
grand concert des amateurs, voulant se procurer un local 
fixe , lui offrent l'occasion de s'en débarrasser. (Cous, 
privé, liasse). 



Il' 



DOCUMENTS INEDITS. 



Reconnaissance d'un prêt fait par plusieurs bourgeois de 
la cité au clergé et à la ville de Liège, pour le rachat de 
l'impôt de la Fermeté- 1249, 2 août. 



A tousceulx qui ces lettres verront, nous Jean par la grâce 
de Dieu prevos, nous Jehan doyen, les archidiacres et tout 
le chapitre de la haulte églize et les doyens et tous les chapitres 
des autres églises conventualz et nous tous les bourgeois, et les 
communs de la citet de Liège, salut en notre seigneur Jhesu 
Christ. Sachent tous ceulx qui ces verront, que nous dehvons à 
Gérard des Changes, Radulf le fil Radou, Mathieu le fille Prono, 
Lambert Quaremme, Alexandre de la Ruelle, Antoine de 
Neuvis et Golar de Grauz, bourgeois de Liège, vu et cens mars 
<!r lyois (') sur l'aventure de la marchandise que Giles del 
Fur maiiie et rameine d'Engleterre; ne plus de gaigne ne de 
perde ne poront ils demander et si eu doibt on croire celui 
Gilon sur son seriment; après nous debvons à Conral de Viseit 
deux cens mais de; lyois a rendre a luy avec les costcnges 
a dict sieur Radu d'Ile, Alexandre de la Ruelle, Henri et 
Johans de Nuvis; après nous dehvons a Jehan Becheron siex 
vingl mars; ;'i Piron Boveal quatre vingts mars de lyois sur 

( I j Liégeois, '!'■ Liogc. 



— 180 — 

l'aventure Gilon del Fur devant dit ; en surtout nous debvons à 
Gérard des Changes trois cent mars de lyois a payer au Noël 
qui vient. Lesquels deniers devant dis ils nous ont presteis et 
nous les avons paie a notre sieur Henri par la grâce de Dieu esleu 
de Liège pour le rachapt et la qu-ictance de la fermeteit de la 
citeit de Liège ; et pour ces deniers devant dis sans dilaie 
avoir et pour les coustenges et pour les despens corn on fera, 
prenderons nous, par l'assen mon sieur Henri l'esleu de Liège, 
la fermeteit de Liège en touttes choeses, ainsi que l'on les soloit 
prendre, de la feste Sainct Remy qui vient jusques au prochain 
Noël après, de celluy Noël par deux ans après ; et s'il advenoit 
que dedans cellui terme qu'est nommeit de Noël en deux ans, 
que les deniers qui desseur sont nommeis et les costenges et 
les despens que faicts en seront fussent receus et payés de la 
fermeteit devant dite, nous ni autres ne pourons ne nedebverons 
de dont en avant prendre point de la fermeté, ne souffrirons a 
noz pouvoirs en bonne foid que nul le prinssent ; et s'il advenoit 
par adventure que la fermeteit devant dite ne fust tant pris de- 
dans cellui terme comme les deniers devant dits et les costenges 
et les despens ne povist on payer, nous les églises d'une parte 
nous obligeons par ces lettres à paier la moitié délie reman- 
nant de la dette et la moitié des costenges et des despens, et 
nous les bourgeois et les communes de la cité de Liège d'autre 
parte nous obligeons à payer l'autre moitié de la debte et de 
costenges et des despens. Et pour ce que ce soit ferme choese 
et estauble, nous les églises devant dites et nous les bourgeois 
et les communes de la cité de Liège avons scellé ces lettres de 
noz seaulx. Ce fut fait l'an de l'incarnation notre seigneur 
MCCXLIX le lundi après la feste Sainct Pierre. 

(Cartulaire de St-Pierre. Copie dans Lefort, II e série , vol. XVIII, p. 4S). 



1X1 — 



II 



Lettre des halles ; règles à observer pour la vente du 
drap. 1323, 1er février. 



Adulpli, par la grâce de Dieu evesque de Liège, a tous ceux 
qui ces présentes lettrez veronl el oront, salut eu Dieu perma- 
nable el cognissance de veriteit. Sachent tous que, considéré le 
proffit et l'utiliteil de nostre diète cité de Liège et de tous habi- 
tansen nostre dicte cité,eul sur ee solempneil conseil et diligent 
traitié, nous, par délibération meure et conseil et ottroy exprès 
de noz ameiz feaulx les maistres, le conseil, jureit, les gover- 
neurs des mestiers el de toute le communalteit de nostre dicte 
cité de Liège, avons ordonné et estaubly, ordonnons et estau- 
blissons, que dorsenavant ne soit nulx que en nostre dicte cité 
de Liège, en nostre justice d'Averoit ne en nostre justice du pont 
Amycourt, vendre drap a taille (') l'ours des deux halles de nos- 
tre dicte cité, assavoir est, le halle qui siet deleiz li marchiet de 
Liège et lautre halle qui siet en saint Johan Stree ; et quiconquez 
le feroit, il seroit enchieuz en la paine dune viez gros turnois 
dargent, de chacune oilne de drap quil venderat. Apres, nuls 
drappiers de Liège ne puet ne doit vendre drap a taille, qui soit 
drappiers à Liège (*), fours que en ladicte halle en saint 
Jehan Stree ; niais draps enthiers de moison (*) , assavoir 
de trengte owyl et de trengte deux olnez de plain drap , 
( 4 ) et de quarante olnez les royes ( s ), et de trengte owyt olnez 



' Au détail. 

- s Fait, manufacturé à Liège ? 
(0) Mesure. 

( i) Drap uni. 
('• ) Drap rayé, 



— 182 — 

les dighedunes ('), puelent les dis drappiers vendre enthiers en 
leur maisons ; et tout en tele manière y puelent ils vendre les 
demy draps de muysons deseur dits , et nyent dautrez muysons; 
et se nulz draps est copeis es wendes et delîenduspar les war- 
dains délie drapperie de Liège a vendre sur ladiete halle de 
saint Jehan Stree en lieu ou on vent les autrez bons draps de 
Liège, nulz ne les doit porteir ne vendre, par luy ne par autruy, 
sur la paine de drap perdut; mais les puet bien vendre en la 
diète halle desoubz par terre, en lieu ou ly pois de ladiete halle 
stat et ou on vent la laynne. Après, toutes manières de borniez 
gens manans a Liège, puelent vendre touttes manierez de bons 
draps en ladiete halle deleiz le marchiet, enthiers et a taille ; 
mais que les diets draps soyent bon et loyalz et soient en tel 
ploit ("- 1 comme dcl lieu ou ils aront esté faiz ; et qui en aultre 
ploitle metteroit, vint soulz depetis tournoispayeroitde chacune 
pieche; et se nulz achateurs de cesdicts draps demande al ven- 
deur de quelle lieu cil drap estoit venut et fait, il le doit dire 
véritablement, et sil ne le faisoit, il payeroit x soulz de petis 
tournois d'amende, toutes ctquantes foixil le ferait. Apres, se qui- 
conequez vende drap a Liège con dist drap de pennes, il le doit 
dire a celluy qui le voura achateir sens demandeir; et sil ne le 
disoit, x soulz payerat de touttes pieches quil en venderat et 
auvec ce quil deverat reprendre le drap quil aura ainsy vendut 
et rendre a lachateur ses deniers quil averoit payet desdicts 
draps. Après, sil est nulz qui vende drap en ladiete halle deleiz 
le marchiet qui soient desraisonnables, chilz le doit amendeir 
a lachateur par le dicl des wardaius qui de ce porteront lolïïce 
pourletemps. Apres, quiconeques afforans voura vendre à Liège 
drap dépêchons a taille, vendre les puet sur ladiete halle deleiz 
le marchiet et nyent autrepart, c'est assavoir en planchier ("') 



(') Drap à carreaux' 

( J ) Pli- 

(•) Chambre haute. 



— 183 — 

desour les huges (') des schohiers ('), chacun jour et touttes 
heures; mais que lesdicts draps soient bons et loyaulx ; et ainsy 
les doyent dire le citain de Liège qui les gens afforains herbi- 
geront qui les tachent ainsy ; et silx ne le disoient et cculx qui en 
leur hosteit seroient herbigiet vendoient drap en aultre lieu que 
dit est, li hostez de cellui payeroit l'amende qui y afferroit, assa- 
voir pour chacune olne de drap ainsy vendut ung viez gros 
tournoit dargent. Apres, sil est tondeures ou entailleurs de drap 
( 3 ) qui rende draps, qui chargiet li soit de part halliers vendeurs 
de draps, si n'est anchois fait asseis ( 4 ) a celuy qui vendut larat, 
x soulz de tournoix payerat damende de chacune pieche quil 
renderat, et renderat a vendeur dudit draps ses dommages; 
et ne doit nulz vendre drap a uulluy la ou chilz tondeurs ou 
entailleurs soit auvec luy, si aura payé lamende et rendu au 
vendeur dudit drap ses dommages après ce que on luy aurat 
deffendut, sur paine de v soulz tournois. Apres, sil est nulz 
vendeurs de drap qui donne nul lowier ( 5 ) a tondeur, entailleur 
de draps ne a corretier (°) pour attraire nul marchant a luy, 
x soulz de tournois payerat touttes fbix quil le feroit et de ce 
puelent ceulx qui de ce porteront loffice pour le temps, des- 
traindre C) par son seriment celluy qui cedit lowier auroit 
donné et celluy qui pris laroit;et celluy qui ledit seriment refuse- 
rat a faire sera encheuz en le paine de x soulz de tournois. Apres, 
quiconequez sera encheuz en nulle des amendes desseur dictes, 
les wardains, qui de ce porteront loffice, luy poroit faire coman- 
deir,par leur varlet jureit, qu'il paye teille amende dedens thiers 
jours sur paine de v soulz de tournois; et sil ne le payoit, les dits 



(') Boutiques. 
(- ) Marchands de cuir, 
f») Tailli ins. 
I* ) Satisfait , payé. 
s ] Incompensé, 
(e) Corraticr, courtier (Duc. 
( ' ) Contraindre. 



— 184 — 

wardains le puclcnt, tantoest les troix jours passeis, panneir (i) 
et prendre wage ( 2 ) a luy suffissant a ladictepaine en le manière 
chi après escript : ces! assavoir par ung de noz menestereis ( 5 ) 
de Liège et ung des quattre varlets des maistres de nostre dicte 
cité; et se ceulx qui lesdicte,* paines averoient fourfaites navoit 
tant de wages dont on le powist, panneir qui sufliassent ans 
dictes paines, ou il fuist persoenne ou en tel lieu coin nelle 
powist panneir ou que ne wouwist obéir az ordonnances 
desseur dictez, lesdits wardains doyent comandeir ou faire 
comandeir a tous tondeurs et entailleurs de draps quilz ne 
lâchent celle desobeyssance ( s.) nul ovrage, et tout ainsy doit on 
comandeir a tous coretiercs quil ne fâchent nulle marchandiese 
par eaulx ne por aultruy a nul desobeyssant, sur tele paine que 
les desobeyssans seroitencheuz, jusquez a tant quil auroit asseiz 
fait ('') délie amende ou des amendes quil deveroit.Pourlesquelz 
choescs et paines susdictes wardeiret tenir fermement, si que 
dit est, on doit enlire chacun an al jour de la daete de ses let- 
trezjvj hommez, assavoir sont : deux entre les jureiz de conseil 
de nostre dicte cité, lesquelx les maistres enliront, et deux entre 
les halliers, lesquelx les halliers enliront, et deux entre les 
drappiers de Liège, lesquelx les drappiers eslerout entre eulx ; 
lesquelx vj ainsy esleut doient estre mis en fealteit par les 
maistrez et le conseil jureiz de nostre dicte cité, et eulx mis en 
feaulteit, ilz aront povoir de wardeir lordinance desseur dicte 
et de leveir les paine et amendes selon les condicions desseur 
deviseez. Les queilx vj wardains on doit croire fermement de 
tout ce quilx importeront et vaura leur rapports enthierement 
toutte leur aimée; et doient conter de ses dictes paines et amendes 
a lissue de leur année, pardevan! ceulx qui a ce seront depu- 
teiz et mis de part noz,evesques devant dis, et de part les tnais- 

( I Saisir. 

( 2 j Prendre des gages, des garanties. 
(») Officier de justice ou de police (V. Ducange, ministeriales) . 
(') Pour celli desobeyssant? que l'un ne donne plus d'ouvrage a ee désobéissant, 
5 ) Satisfait. 



— 188 — 

très et le conseil de nostre dicte cité de Liège; dos quelz paines 
ou amendes deseur deviseez, nos, evesques devant dis, devons 
avoir le tirchepart, nostre dicte cité de Liège laetre tirche- 
part el les dicts wardains pour le temps laultre tirchepart, des 
quelez paines ou amendes deseur dictez on ne pue! quitteir 
nulle. El nous les maistrez, le conseil jureiz, les governeurs et 
la comunalté délie dicte cité de Liège, qui les ordonnances 
deseur dictez, faites diligemment par nostre chier et amé sei- 
gneur en Dieu levesque de Liège devant dit, cognissons estre 
faites par le comun proffit de la dicte citeit et de tous habi- 
tans en ladicte cité, y avons mis et mettons nostre assent 
et nostre ottroy. Lesquelez ordonnances deseurdictez nous, 
evesque devanl dit, el nous les maistrez, les jureiz, les gover- 
neurs et l;i comuniialteil délie dicte cité de Liège deseur dict, 
promettons wardeir et tenir fermement jusques à nostre vollenté 
et tout ades (') por amendement; par teille condicion que, se 
en cesdictez ordonnances avoit point de ôbscurté ou clioese 
mal déclarée ou mal entendue, ou sil advenoit aucun cas des- 
raisonnablez partenant a ces dictez ordonnances, nous voilons 
qui soit declareit et déterminé par cculx que nous, evesques 
devant dis, yourons de part nous deputeir et mettre auvec les 
maistres cl le conseil jureiz de nostre dicte cité qui de ce auront 
povoir, de declareir et de termineir a leur advis au plus près 
de droit; et vaurat entièrement leur déclaration sens venir de 
rins encontre. En tesmonguage des quelez choeses, que elles 
dcmcurrcni fermes et estaublez, nous, evesques devant dis, pour 
nous nostre grand seel, et nous, les maistres jureiz governeurs 
ci la comunnalteil de la dicte cité de Liège, pour nous le grant 
seel de ladicte cité avons fait pendre a cez présentez lellrcz en 
signe de veriteit. Donné lan de grâce nostre singnor mil iij" et 
vingte troix, merquedj le vigile delà purification nostre; Dame 
chandelleur. 

(Pawjllarl C. p, 260, aux archives de l'Etat, a liège . 
1 Toujours. 



J86 — 



III 



Sentence arbitrale touchant les difficultés survenues entre les 
maîtres et les valets des foulons au sujet du salaire de 
ceux-ci. 1325, 19 juillet. 



A tous clieias ki ces présentes lettres veront et oront, Johans 
li Princes li folo-ns, Gilons dis de Comblons maistre de folerie, 
Wileame dis Matrulliars et Wileame dis de Vemoy, varies lias 
rougis (*)asi de mestirs de folerie, apasentoirs(')et acordoir( 2 ) 
pris et enlis par cornons acor et asens ( 3 ) de maistre de folerie 
del citeit de Liège dune part, et les varies has rongies de mestirs 
asi de folerie datre part ; daquelle descoirki entre les dis maistres 
et les varies astoit si ke daquelles demandises et peticions ke li 
varies lias rongies fesoient a maistre si ke de fur ( 4 ) de roies et 
de dras ( s ) et de chu ki a lui* mestirs de folerie apartenoit; 
les quelles en parties sobligarent et denont plens poior a 
quatres hommes desoirdis dcias a acordeir et dapasenteir et 
orent encovent bunement et loiament de tenir, faire et acomplir 
chu quilh diroient ou prononcheroient fust de droit a dire ou 
damiable composisions, et pardevant le maior et les wardans 
del drapperie del citeit de Liège asavoir : Johans Remacle maior 
par le teus, Benois lis Watir Benoit, Johans Aporcheas, Johans 
de Vernoy, Colins de Dinant, maistre Johans Demisions et Gérai- 
dis Benois, wardans asi del diet drapperie, par devant les ques 

(*) Nous avons marqué d'un astérique les mois ou membres de phrases que nous 
ne comprenons pas. 
(') Apaisenteur, arbitre. 
(■-) Juges, conciliateurs. 
( r ') Consentement. 
( "• ) Fuer, prix, valeur. 
( : > ) Du drap rayé et uni. 



— 187 — 

les oivres et li fais furent acordeitentirmenl par totcs les parties. 
Sorclm nos, li quatre desoirdis, mis ensemble, parunne volouteit 
et otroie avons rewardeit et eonsidereit et diligement examineit 
les fais, les oivres, peticions, demandises et tous les descoirs ki 
entre les dis maistres et les varies astoient, por pais et acoir a 
mettre et a uurir entreias ; et par quen li une partie ne li atre ne 
pust d'or en avant faire nulle noveliteit par quen li mestir soit 
encombreis ue desturbeis, avons par une acoir, volouteit et 
otroie de nos quatre entirment, sans nulle débat , fait, acordeit 
et ordineit, fesons, acordons et ordinons : 

Premirment ke tous varies de mestir de folerie si ke lias rougis 
aront et doient avoir de tous dras si ke de dikedunnes del 
musons de quarante aunes ('), por le fur delurquatir (-), owit 
sois de turnois communs paument ( 3 ) del citeyt de Liège tel dont 
unns paurat pan, car et vins ( ! ) communément dedens le citeit 
de Liège. 

Apreis ordineit est asi ke de tous dras roies del musons de 
quarante aunes li varies doient avoir par lur quartir sies sois ( 5 ), 
dois denirs moins de turnois del monoie deseurdite. 

Apreis acordeit est kede tousmeleis et de tous dras de Hoir ( 6 ) 
del musons de quarante aunes, li varies en doient avoir cinq sois 
trois denirs moins. 

Apreis ordineit est ke de tous drais meleis et atres de Hoir 
del musons de trente dois aunes, li varies en doient avoir 
quatre sois et dois denirs de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke dune drappe dapreis mellioir blowe ( 7 ) 
del musons quarante aunes , li varies en doient avoir par lur 



( ') Aunes. 
*) Travail? 
( ï ) Paiement. 

( • ) Avec Lequel on paiera pain, viande et vin. 
( •'') Six sous. 

^ j Drap mélangé de différentes couleurs; drap a fleurs', 
( 7 ) Le meilleur drap bleu diapré? 



188 



quartir quatre sois et set denirs de turnois del monoie deseur 
dite. 

Apreis acordeit est ke de tous dras gros del muson de qua- 
rante aunes si ke blans tondus ( ' ) et dras Mois, li varies en doient 
avoirs quatre sois de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis acordeit est ke de tous dras meleis del musons de vint 
et owit annes, li varies en doient avoir quatre sois de turnois 
del monoie desoir dite. 

Apreis acordeit est ke de tous dras blawes del muson de trente 
dois aunes, li varies en doient avoir par lur quartir trois sois 
cinq denirs de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis acordeit est ke de tous drais a dois enveirs ( 2 )a unne 
corois (*)li varies en doient avoirs del musons de trente dois 
annes, trois sois etcinq denirs de turnois del monoie desoir dite, 
et de tous cheias del dite musons fais a dois courois li varies eu 
doient avoir quatre sois et dois denirs de turnois de telle monoie 
com desoir est dite. 

Apreis ordineit est ke de tous dras blans tondus gros ( 3 )del 
muson de trente dois annes, li varies en doient avoir trois sois 
et v denirs de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est que de totes scafares a floches (*) del mu- 
sons de quarante annes, li varies en doient avoir par lur quartir 
quatre sois de turnois et vij denirs del monoie desoir dite, et de 
totes atres scafares a floche del musons de trente dois annes ilh 
en doient avoir quatre sois de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke de dois demeis dikedunne li varies en 
doient avoir par lur quartir owit sois et set deniers de turnois 
del monoie di soir dite. 

Apreis ordineit est ke de tous atres dras de ques ilh seroit 
dois pèches ensemble ki furont le drappe entir, li varies en 



( { ) Drap blanc ras et. drap bleu? 

( 2 ) Drap à double face. 

( : ' ) Drap blanc à longs poils? 



— 189 — 

doienl avoir set turnois polis del raonoie desoir dite avoikes le 
principal fur ke li dis doit de quartir a varies. 

Apreis acordeit est ke de tous pèches si ke de raies, de ska- 
faires a floches, dedemeydrappe, en aral (*), li varies en doient 
avoir por lur quartir de chascunne anuedois et malhe de turnois 
del monoie desoir dite, ef de tous atres pèches de dikedunne de 
demei drappe en arat, ilh en doient asi avoir trais petis turnois 
del monoie desoir dite por chascunne aune. 

Apreis ordineis est et fais ke de dois scafare scruwes (') ki li 
varies de quartir laveront ('), ilh en doienl avoir trente dois tur- 
nois del monoie desoir dite; et silh avenoitqui ne fut kunne soile 
scalaire ensi laveie por les dis varies , dont ne doient ilh avoir 
ke sase turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke detousdras a remostreir (*)li varies en 
doient avoirs et de mettre elle wende si ke del musonde qua- 
rante annes, owitturnois del monoie desoir dite, et de tous cheias 
del muson de trente dois annes ilh en doient avoirs vij turnois 
del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke de totes dikedunne a scureir (*), li varies 
lias rongies en doient avoir set turnois petis del monoie desoir 
dile, et de tous atres dras en porsiwant ilh en doient avoir asi 
trois turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke de tous pèches de plens dras fais a 
molins ( 5 ) del muson de vij annes de viij annes et de chi ax 
aunes, li varies en doient avoir de chascune anne trois malhe 
del monoie desoir dites. 

Apreis ordineit est ke de tous dras ke li varies raparelheront ( l ) 
et ploieront del muson de quarante annes, ilh en doient avoirs 
owil turnois del monoie desoir dite, et de tous atres dras del 



1 ) En zigzag. 

•' ) On peut lire aussi limeront. 

(3) Foillrs'.' 

1 ) appareiller, mettre la dernière main? 



- 190 — 

muson de trente dois amies ilh eu doient avoir set turnois del 
monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est asi ke de totes les dikedunnes ki li varies 
meteront elle wende illi en doient avoirs set turnois del monoie 
desoir dite, et de tous dras roiés asi, ilh en doient avoir sies 
turnois petis del monoie desoir dite ; et doient tuit (') varies de 
quartir ovrer chascuns oesteit del oivre a fur et a montant de 
lur quartir (*). 

Apreis ordineit est ke de tous dras del muson de vinte quatre 
aimes meleis ou de floir li varies en doient avoirs por lur quartir 
trois sois et demey de turnois del monoie desoir dite. 

Apreis ordineit est ke de tous dras mabreis ( 2 ) ki desrasenales 
seront, li varies de quartir aront poior de porteir devant les 
wardans, ki kionkes le seront par le tens, et de mostreir ; et li 
wardans, le drappe veut, en doient dire solonc lur avis et chu 
quilh en diront et importeront doit valoir et varat entirment sens 
contredit de personne nulle. 

Apreis ordineit est ke de tous dras del muson de quarante 
aimes a dois enveir,li varies en doient avoir fais à unne courois (*) 
quatre sois de turnois del monoie desoir dite, et de tous cheias 
fais a dois courois ilh en doient avoir quatre sois et noif denirs 
de turnois del monoie desoir dite. Fur ( 3 ) de tos ches articles 
sunt trais tous dras ou scafares englois de ques li maistres et 
li varies se doient acordeir de teis dras ou scafares engles de 
fur a plens preis (*) quilh poront deas a acordeir. 

Apreis ordineit est ke tous fis de maistre ki varies lias rongies 
detenront ilh doient a varies sies denirs et dois por les ca- 
peras (*). 

Apreis ordineit est silh avilit ke unns varies lias rongies 
prendre tant de bevrage ques ki soit et ilh le remette jus par 



( i ) Tous. 

( 2 ) Marbré, <\o différentes couleurs? 

{■■) Hors. 



— 191 — 

yrecongne ( ' ), illi est encheus enver les varies lias rongies el 
amende de xij denirs el j denirs ar(*) amon (-2); et asi se nul var- 
ies lias rongies se moine si preis par goies de deis por quen ilh 
perde se braies ( 3 ) ilh est asi encheus enver les varies lias 
rongies elle amende dexij denirs. 

Apreis ordines est et fais ke nus maistre de mestir de folerie 
ne puet ne ne doit tenir ne avoir ke uns varlet davantage sor 
poine de v sois de turnois damende, les ques v sois damende li 
wardans doientleveirel pulenl soloncle furmede lur carere ( * ) et 
parmi chu tous varies ovrains a lur quartir doient ovreir avoike 
celi varie davantage par lur quartir solone le fur del oivre (*). 

Apreis ordineit est et fais silh avenoit ki fust roulies cose ( l ) 
ki apartenist a mestir de folerie dont chis presens escris ne 
l'esist mention ne déclaration ou aires lias (*) divers avenist endit 
mestirs de folerie par tenche ( : ') et descoir en fust, unns en doit 
prendre et enliré quatre personnes sens sospecons, a savoir: dois 
maistre liques maistres enliront et dois varies lias rongies le 
ques varies numeront; et chi quatre ensi enlis avoikes les war- 
dans por le tens doient traire ensemble, et la ou ilh sacorderont 
ou liplus grant partie deias et ilh le importeront, i doien valir et 
varat entirment sens contredit. 

Et partant ke totes ches coses desoir dites demoirent en lur 
vertus et quelles soient fermes et enstables perpetuement a tous 
jur, si avons nos, li quatre desoir dis, li maistres de folerie et 
tuit li varies, priet a hommes sages ethonestes les wardans del 
drappe, quilh par nos woilhent pendre a ches présentes lettres 
lur propre saial del drappeiïe. Et nos, li wardans del drapperie 
desoir dis, al prière et al requeste de noschirs feables etameis 



1 1 Qui se rende malade h force de boire. 
r 2 ! Au moins ? 

■) Se laisse entraîner si loin par passion des dés qu'il se ruine 
( i ) Qu'il survienne un cas, une chose ? 
Tence, tençon, dispute, querelle. 



— 192 — 

les quatre li maistre et les varies de mestirs de folerie, avons 
pendut ou fait pendre a ches présentes lettres le propre sael de 
nostre draperie en temonage de veriteit. 

Che fut t'ait et doneit lan del incarnation nostre sangnor Jhesu 
Crist mille trois cens et vinte cinq, le merkedis après les octaves 
de sacrament en mois de resalhe ai entrey. 

(Original sur parchemin , aux archives; sceau enlevé). 



IV 



Le métier achète un terrain sur le thier des Vignes pour y 
établir des rames (weines). 1330, 18 février. 



A tous ceaus ki ces présentes lettres verront et oront, Giles 
disli aneis de Defors Casteal,citains de Liège, salut et connoistre 
veriteit. Sachent tuit ke pardevant mi et mes tenans chi après 
escris, vinrent pcrsonelement si corn pardevant curt,por chou a 
faire ki sensit, grand planteit ( ' i de hones gens de mestier dele 
drapperie de Liège, por eaus et por tout le dit mestier, et entre 
les autres Goffins li Vachos, drappiers de Liège, dune part, ki de 
congier, comsent, auctoriteit et otroi de tout le dit mestier, 
en nom et aoes ( 2 )deaus et por eaus, si corn leurs mamhors en 
cest cas, releva et racquist de mi et de me curt, a drois et a loi, 
en lui et en lestant (*) de Benoit jadis drappier de Liège, le moitié 
des wendes, des stoenes (*),desmanages et dele voie partenans 
as dites wendes et toutes leurs appendices et appartenances 
ki jadis furent damme Cossemande et les dois scaches (*) ausi 
de novel acquest quil ont acquis a mi, por les dites wendes 

(') Grand nombre. 
( 2 ) Au profil. 



— 193 — 

amendeir, regrandir toul ensi com elles se portent, séans 
dedens les murs dele citeil de Liège es tiers des vingnes; li 
queis Benois a son vivanl astoil avesti ci aheriteil des biens 
deseur dis aoes de dit mestier, avoekes Johan Alar, maistre, 
Johan Demicion et Goletea de Véleir drappiers de Liège; cesl 
asavoir parmi chinq mars cl noef sous de cens hiretaule eha- 
scon an por le mienne pari des biens deseur dis, de tele monoie 
dont on paiera por le tens communément cens hiretaule en la 
citeit de Liège, a paier le moitié aie nativiteit Saint Johan 
Baptiste ci latre moitié a Nouel, ci. a sept sous dele dite monoie 
de relief ou requistison de hoir (') ou singnour à autre. Kl est 
asavoir ko !i voie des dîtes wendes jusques aie grande rue doil 
estre ci remanoir a tous jours eu teilestaut com elle esl a jour 
de la date de ces lettres, sens empirier neamenrir,e1 doil estre 
commune entre nos Johan Pikar, mi Gilet, et tout le dit. mestier 
entièrement, nous hoir et successeurs après nos por taire nos 
ai semences totes 1; s fois ke besoins en serra. Encore est asavoir 
kc li dis mestiers et leurs liu tenons doient hiretaulement 
détenir a leur frais les paufich (*) entur les dites wendes si bien 
faitement ke je, mi hoir ou successeur après mi, nen nions nul 
damage a leur okison ; cl se nus damages en avenoit, ke ja 
naviengne, il seroient tenut de rendre si avant ke proveit sentit 
a veriteit. El la u !i dis Goffins li Vachos releva de mi les biens 
deseur dis en la manière deseure dite, furent présent Huwe- 
neais d'Aloir, Johan Hanire de Mes li mangons et Gerars !i 
Grains li bolengiers, mi tenant hiretaule, en le warde des queis 
jemislescl leseur dites el bien en owismes nos droitures. 

Et nos li di! tenant connissons les choses deseur dites estre 
vraies. En tesmonnage des queles choses nous. , Giles li an- 
ucis fi Huweneais d'Aloir chasco ls por lui , et je Johans 



( ' ) Héritier, changcmcnl de propriétaire 
- Pieux. 



13 



— 194 — 

Hanire por mi et por le dit Gerar le Grain a se requeste, nos 
propres saieais et nos, li dis mestiers, por nos, le propre saiel 
de dit mestier avons pendus ou fait appendre à ces lettres 
faites par cyrograffe; de queil cyrograffe je Giles li anneis ai une 
partie et li dis mestiers latre par signe de veriteit. Et je Gerars 
li Grains use en cest cas de saiel le dit Johan Hanire. Chou fut fait 
lan de grâce mil trois et vinte noef, le dimenge devant le feste 
saint Piere Coralle (') en mois de février. 

;Orig. sur parchemin ; sceaux enlevés . 

V 



Accord fait entre le métier des drapiers et Jehans Hannozes, 
ardoisier , pour couvrir la halle de Féronstrée. 1334, 3 
février. 



A. tous cheaus ki ces présentes lettres veront et oront, Wil- 
heames Gruodins, Pirons Demisions, Johans Benois et Gilons 
Bizenhaie, hiretirs, en aioeus ( 2 ) del mestir de drapperie de Liège, 
Johans Hannozes li covreires ( 3 ), Marons sa femme et Hannes 
lur lis, citains de Liège, salut et conissanche de veriteit. Sachent 
tuit ke nos li hiretirs desourdis dune part, et li covroirs dautre 
part, avons entre nos faites teiles covenanches et ordinnauches 
ke chi après sont escriptes et devisées; promirs est asavoir ke 
nos Hannozes, Marons sa femme et Hannes lur fis, devons a nos 
coslenges, frais et despens covrir le toict délie halle desdrappirs 



( ' ) Nous ne connaissons pas S 1 . -Pierre Coralle et nous serions obliges de choisir 
au hasard parmi les six saints Pierre qu'indique de Wailly, sans l'indication du mois 
tir février, qui nous fait pencher en faveur de S'. -Pierre Damien dont la fête tombe le 
23 de ce mois. Suivant le nouveau style, la date de cette charte serait donc le 18 
février 1330. 

('*' Au profit. 

( r >) Ardoisier. 



- l<të — 

de Liège et le montée (') délie ditte halle del eosteit versDefurs 
Chasteal, par si ke nos devons a nos costenges et despens livreir 
le meilheure verde skailhe (*) et le plus loyaus ki isseral délie 
droite fosse de Fumain; et devons livrer tous clauz ki al dit 
ovrage besengheront (*), le milhir pezant quatre livres et sens 
de ryens a defallir; et devons livreir a dis hiretirs en warde on 
milhir de clauz deeheli pays por pezeir encontre les atres clauz 
ensi ke uns les metteral en oivre; encores devons nos livreir 
toutes lattes ki y besengeront et hosteir ehelles ki lur clauz ne 
poront porter; et devons asseir les chennaz de plonc ensi quilh 
y afirt ; mains li dis hiretirs doivent livreir chennaz, croches et. 
reilhes teiles ki y besengeront. Et nos li covroirs desourdis 
devons asseir chescunne eskalhe a dois clauz et doit li eskalhe 
prendre le quarte rilee (*).En après totes les feneistres de defurs 
les stauz doient estre stoppées jusques a trois (*), lesquelles doient 
estre assizes en liw la ou li dis hiretirs les devizeront et puis les 
devons eovrir ensi corn lautre covrelure. Encores est ilh a savoir 
ke nos devons comenchir a eovrir al jur délie daute de ces lettres 
et le devons porsire de jur en jour bin et loiament senstargir (') 
et sens boisdie ( 5 ), par quen li moitié délie ditte halle soit co- 
verte dedens le jur délie trémie prochainement venant; et après 
le ditte treyme nos devons comenchir a eovrir lautre moitié délie 
ditte halle et porsire de jur eu jur bin et loiament si ke elle suit 
coverte dedans lautre treyme après continueement ensiwant. Et 
devons avoir co verte le montée délie ditte halle de le daute de ces 
lettres en trois ans après ensiwans, par teil ke nos devons avoir 
davantages totes le vies stoffe (°). Et est a savoir ke nosdevons 
a nos despens détenir le dit toit el le montée de restoppeir et res- 

[>) L'escalier? 

(• Ardoise. 

( 5 ) Seront nécessaires (seront besoin). 

(*) Tarder. 

(*) Tromperie. 

(*■) Les vieux matériaux. 



— 196 — 

tichier dechi atant ke ilh seront coverte en le manire desourditte. 
Et se li dis hiretirs par le defaute de nos mettaient ou avoient 
coust, frais ne damages en queileconques manire ke che fust, 
nos ces cost, frais et damages promettons par nos fois pleniées 
a rendre et a restoureir az dis hiretirs a lur simple dit en bonne 
foid et loiament. Délie queile oivre desourditte cnsi faire et acom- 
plir comme ditte est nous, li hiretirs desoire nommeis, devons 
pair (') et delivreir as dis covroirs dois chens sissante et dyz 
livres de turnois en boin comun paiement cursauble délie cange 
de Liège, par teil ke nos lur devons pair et delivreir tôt mainte- 
nant trentesies livres de turnois ensi quilh amonront le skalhc 
en le ditte halle, voir quilh en y doient mettre tôt maintenant dyz 
milhirs ou douze ; et tôt le sorplus des donirs desourdis promet- 
tons nos par nos fois pleniées a pair a dis covroirs ou a lur 
certain message portoir de ces lettres aie cange a Liège soultc- 
ment (*) a teis terminnes c'est asavoir : trentesies livres de tur- 
nois dele ditte monoe del jur dele date de ces lettres en dois ans 
après ensiwans; item vinte sept livres de turnois dedens lautre 
année après ensiwant, moitié a ie feste Saint Johan Baptiste et 
lautre moitié a Noël; et tout ensi le moitié de vinte sept livres a 
le feste Saint Johan Baptiste et latre moitié a Noiel dechi, a le 
plaine satilaction des dois cens sissante et dyz livres de turnois 
desourdittes entirement, totes maies occoisons et escuzations 
furs mises de werre, darrest ne datre coust el pays. Et por faire 
les covroirs desourdis de tos ces covens chi ens escris plus cer- 
tain etsegur, nous, li hiretirs sovent dis, lur avons donneit a det- 
teurs et a rencleurs (*) por nos, et chescuns por le tôt, a savoir est : 
Colay de Sanson, Johan Bemacle, Goiïin li Vachos et Rennechon 
Drenkebire citains de Liège, par teil ke ilh et chescuns por le 
tôt paieront et delivront tantost a dit Hannozei, a sa femme et 
a lur lil les donirs desourdis a teis terminnes ke nommeis sont 

(') Payer. 



— 197 - 

par desoire et les desdamageront se illi emprontoienl les donirs 
a usures et acquiteroient de tous atres damages ke li dis covroirs 
poroient avoir; et acompliroient tos les covens desoirdis entire- 
inent si eom detteurs principas se nos eslins troveis eu defaute 
de paiement ou des coveus desoir dis, fust en tôt ou empartie, ke 
ja navenge,les queis rondeurs nos, li hiretirs de drapperie, avons 
encovens par nos fois pleniées agetteir de tos cost, frasl el da- 
mages a lur plaiu dit, sens loy, sens serhnent a faire et sens pro- 
venchenulle a mestre. Et nos,lirendoirs desoirdis, conissons les 
covens chi eus escris et les promettons par nos lois pleniées a 
tenira wardeir et (\c> donirs a pair ci lus les covens aacomplir 
ensi ke deviseit est par desoire, sains dire ne mettre avant ke li 
detteurs principas soient a conviencre (*). Et por tant ke ce soit 
ferme cose et estable, si avons nos, Wilheames Gruodins, Pirons 
Demisions, Johans Beuois, Gilons Bizenhaie, hiretirs, aoes de! 
mestir des drappirs de Liège et tuit li reudoirs desoire nommeis 
por nos,pendut u l'ait pendre a ces lettres laites par chirograplie 
le seal del mestir des drappirs de Liège, dont nos usons en cest 
cas en tesmongnage de veriteit; et ju,Hannozes li covreres, ki 
ces couses chi eus escrites connois estre bonnes et vraies por 
mi, por ma dittel'emmeet por notre dit fil, a lur priire elrequeste, 
ai pendut u lait pendre a ces lettres mon propre seal dequel seal 
nos, Marons sa femme et Hannes lur lis, ki ces coses gréons et 
aliénions avoec ly, usons a cesle fois en signe de veriteit. Ce lut 
l'ait lan délie nativiteit nostre saingnur Jesu Christ MCCC et 
trente quatre,, lendemain dele purification Notre-Dame quon 
dist chandeloire. 

(Original sur parchemin; sceaux enlevés . 



— 108 - 



VI 



Accord fait entre les maîtres foulons et leurs ouvriers tou- 
chant le salaire de ceux-ci. 1352, 19 septembre. 



A tous cheaus qui ces présentes lettres vieront et oront, nous 
ly maistre de toilerie de mestir des drappirs délie cyteit de Lyege 
dune part, et li varies del dicte mestir de toilerie de Lyege dautre 
part: Pour esciweir (') tous les debaus ki avenir pulent entre les 
maistre de toilerie et les dis varies desoirdis, nos, li maistres et 
varies, sûmes accordeit et accordons tuit ensemble de comun 
accort as poins ke chi après sensiwent, a savoir est promirs: 
que tuit varies de toilerie ovrans a lours quartirs doient faire 
totes dighedonnes tiente en greu de laine maiesté por quatoize 
sous et sics denirs de turnois contant de common paiement 
dont ons paierat a pain, a char et a vin dedens le cyteit de 
Lyege; délie embroyr sauze denirs; de mectre eus wendes 
douze denirs et de raparelhirs douze denirs. Item après ordineit 
est ke toutes dighedonnes niellés aile verge (*) de laine maiesté, 
doient avoir douze sous de turnois et vi denirs del dicte monoie; 
délie embroyer douze denirs; de mectre en wendes onze denirs 
et de raparelhir onze denirs. Item accordeit est de toutes dighe- 
donnes blawes et blanches de laine maiesté, doient avoir onze 
sous vi denirs délie dicte monoie; délie embroyr douze denirs ; 
de mectre en wendes onze denirs ; de raparelhir onze denirs 
délie dicte monoie. Item ordinet est de tous plains dras blawes 
et melleies de laine maiesté délie muhon de quarante aunes, 
doient avoir sies sous; délie embroyr owit denirs; del remos- 
treir douze denirs ; de mectre en wendes douze denirs et de 
raparelhire dyes denirs délie dicte monoie. Item accordejt est 

(') Esquiver, éviter. 



— 199 — 

de (luis mellées demées dighedonnes de laine maiesté, doient 
avoir traze sous et vi denirs de turnois délie dicte monoie. Item 
ordineit est de tous royés de laine maiesté, doient avoir t\y> 
sous ; délie embroyer dyes denirs et de mettre en wendes dyes 

denirs délie dicte monoie. Item ordineit est de toutes scaffars a 
tloches, doient avoir noef sons; de! embroyr sept denirs; de 
mectre en wendes owit denirs et de raparelhir owit denirs de! 
dicte monoie. Item accordeit est de dois demeies blawes et 
Manches dighedonnes, doient avoir douze sous sies denirs délie 
dicte monoie. Item ordineit est de toutes scaffars scrowés, doient 
avoir de laveir dois sous vi denirs; délie embroyer quatre 
denirs; de mectre en wendes owil denirs délie dicte monoie. 
Iinn ordineit est de chascon pieche de dighedonne de laine 
maiesté, de chascon aune clinique denirs délie dicte monoie. 
Item accordeit est de tous plains dras, délie aune quatre denirs 
del dicte monoie. Item de tous dras royés, délie aune iiij denirs 
del dicte monoie. Item ordineit est de toutes scaffars a Hoches, 
délie aune quatre denirs délie dicte monoie. Item ordineit est de 
tous dras a dois enviers et a j courois, doient avoir quatre sous 
del dicte monoie. Item accordeit est ki ne soit maistre del dicte 
toilerie ne varies nulle, ki fâche ke trois lawoires le samaine ; et 
chis ki plus en ferai et proveit soit, ilh sieroit encens elle peine 
de cent sous de turnois del dicte monoie tante fois ke ilh le 
feroit. Item accordeit est se ilh asloit nus maistre ki mains 
vasist donneir az varies (') de fours ( 2 ) clh desoir escriptes, 
chis ke chu feroit ilh sieroit ceus ( 3 ) elle poine de quarante 
sous de turnois. Item se illi astoit, nus varies ki pins en 
demandast del four desoir dicte cis varies sieroit cens elle 
poine de quarante sous de turnois tante fois ke ilh le feroit. 
Item accordeit est ke ki onques soit maistre de toilerie, 



i '■ Qui voudrait donner moins aux ouvriers. 
| - ) Du prix. 
3 11 choirait. 



— 200 — 

qui lairat le four desoir dicte kc illi doient avoir az drappirs, li 
maistre ke chu ferat ilh sierat cens cl poiiie de quarante sous 
de turnois délie dicte monoie; et se ilii astoit ensi ke li dis 
maistre creist al drappirs largent de son drappe ke illi aroit 
fait, li dis maistre sieroit encors cous el poine de quarante sous 
de turnois. Et toutes ces amendes sieroient départies entre 
les dois parties cest a savoir : le moitié al maistre de toilerie et 
lautre moitié az varies del dicte toilerie. Item ordineit est se 
ilh astoit nus varies ki vosist enpronteir a nul maistre desoir 
dicte argent por overaige ki soit, li varlet ke clin feroit sieroit 
ceus elle poine de chinque sous de turnois tante fois ke ilh le 
feroit. Item toute en teil nianire yesi (*)li maistre ki lipresteroit 
argent al dit varlet, li maistre ke chu feroit sieroit ceus elle 
poine de chinque sous de turnois tante ibis ke ilh li feroit. Item 
ordineit est ke se nul varlet owist necessiteit dempronteir al 
dicte maistre argent soloncle necessiteit de maladie, de justiche 
ou dautre choize ke besoins li fuist, et li maistre tesnionguaste 
ke besoins li soit, lidis maistre le puet prester largent sens 
meffaire ne luy okineir (*). Item accordeit est se ilii astoit nul 
varlet ki amestiste (') nus maistre de toilerie, ques maistre que 
che soit, de nul cauze ke che fuist, et proveir nel powist, chis 
varlet ke chu feroit ceus sieroit cl poine de quarante sons de 
turnois. Item accordeit est, se nus maistre ne varlet ki forfesist, 
ne ki brisast le dit mestir, ne ki sabandonast, ne alast ovreir az 
drappirs por les autres maistre, ne varlet enconbreir ne abassir, 
chis ke chu feroit sieroit ceus el poine de dyes livres de turnois, 
fuist maistre ne varies ki le feroit; et venroit les dis dyes livres 
de turnois moitié az maistre et lautre moitié az varies délie 
dicte mestir. Et nos, li maistre de toilerie et varies desoirdis, 
astons acordet a chu ke nos metterous dan en an quatre hommes 
sutïisansetydones denostre dicte mestir,cestasavoir : dois mais- 
Ci Qui quitterait (amiltere). 



— 201 — 

tre do toilerie dune pari, cl dois varies de follerie dautre part, 
ki sieronl a chu commis de wardeir bien et loyalmenl sor leurs 
seriment poins chi desoir escriptes et les amendes de bien a 
porsewir el bien wardeir.El nos,li iiij hommes des dois parties, 
jurerons par nos l'ois plenies sor les sons (') do bien wardeir et 
tenseir tous les poins chi desoir escriptes et toutes les amendes 
ausi. Kl partant ke ohe soil terme ehoize et estable et ke illi soit 
mies tenuwes et mies wardees cesl lettre, avons nos pendut ou 
faire apendre a cesl présentes lectres l'ait par chirograffe nos 
propre seal a savoir sont : Johans de Vernoy por mi, Lorens li 
Folio ns por mi, Lamboc Mostoilhe por mi, Emmerike por mi; 
Alardon, fis Johans Alar, prie et requier a Jamar Salemonl dem- 
pronteirson seal; et ju, Jamar Salemon, al pryer et requeste de 
dit Alardon, ai saieloit de mon propre sealacest présent lettre por 
ledit Alar et ausi por mi. Ju, Johans de Hancheis, prie et requir 
a Johans de Tayuirsde saieleir a cest présent lettre; et ju,Johans 
de Taynirs, al pryer et requeste le dit Johans de Hançees ai 
saieleit a cesl présentes lettres mon propre seal por le dicte 
Johans de Haneees et por mj ausi. Ju, Johans Groles et Johans, 
lis Alar Dule Alar, prions el requérons a Henris Builhet ke ilh 
nos pristerj son seal; et ju, Johans Builhet, al pryer et requeste 
dédit Groles el HankinesAlars,ai pendut mon propre seal; Hanes 
Angueal prie et requir à Hanes de Hacourl ke ilh moi priste son 
seal; et ju, Hanes deHacourt, al pryer de dit Angueal, ai ju pendut 
mon propre seal por mi et por luy; Giles li Hulhoir et Johans 
Rikemudeal prions et requérons a Alardon, lis Johans Alar, en 
teil manire; etju, Alardon, al pryer et requeste de Gileset Rike- 
mudeal, ai pendut mon propre seal ; Herbiers et Hanes li bastars 
prions ci requérons a Johans Parteil ke ilh nos preste sou seal ; 
ei ju, Johans Parteit, al pryr et request de ditHerbièr et Hanes li 



1 Saints. 
- Prête. 



202 

bastars, ai pendut a cel présent lectre mon propre seal dequel 
seal nos, li enpronteis, usons en ces cas et en semblan por nos 
et tuit les maistre et varies del dit mestir. Che fut fait et donneit 
lan de grasce milhe trois cens ehinquante dois, diesnoef jour de 
mois de septembre, cest a savoir le merquedi après le sain 
Lambier. 

(Original sur parchemin, sceaux enlevés). 

VII 



Le métier des drapiers achète un moulin avec foulerie 
entre Beaurepart et la Boverie 1365, 11 novembre. 



A tous cheaus qui se présentes lettres veront et oront, 
Rausses de Haccourt, cbevalirs et eskevin de Liège, salus et 
connissanche de veriteit. Sachent tuit que pardevant nos et nos 
tenans hiretables chidesouz nommeiz, si comme devant court, 
vient en propre persone por chu a faire qui sensiet , Johans de 
Lambermont, drappier et citain de Liège, si que un des quatre 
eslus del mestir de drapperie de Liège, et relevât de nos, si que 
par ses compangnons et en nom de tôt le mestier de drapperie, 
le molli n follereiche a totes ses aisemenches et appartenanches 
séant deleiz le grant mollin condist enmi leiwe de Muese entre 
Bearepaireet le Boverie, liqueis mollins furent jadis monsigneur 
Johan de Lardir jadit chevalir et eskevin de Liège, et les acque- 
simes a monsigneur Adan de Chokir chevalir ; parquen, al raport 
de nos tenans et par leur ensengnement , nous lesimes al dit 
Johan de Lambermont en aioeuz ( ') de tôt le dit mestier de drap- 
perie, del mollin follereche desoire nommeit a totes ses aise- 

( ' ) Au profit. 



— 203 — 

mencheset appartenantes, don et vesture, por faireatousiours 
leur lige volonteiî si comme de lour bon hiretage, parmi chin- 
quante souz de bonne monnoe de cens quilh en denront a nos 
el a nos hoirs ou successeurs cascun an hiretablement, le moitié 
a Noël et lautre moitié a le nativiteit saint Jolian Baptiste tan- 
toust après ensiwant, de teilemonnoiedont oins paierat cens hi- 
retable communément dedens Liège, et a chienq son/, délie ditte 
monnoe de relief ou de requestion doir (') a autre el de saingur 
a autre. Et ens li commandâmes ban et pais si avant que drois et 
lois fut el est del faire. Et parmi ces oivres faites sont et seront 
toutes lettres laites entre le jadit monsigneur Johan de Lardir 
et le dit mestier ou entre le dit monsigneur Adan et le mestier 
des drappirs, faisantes mention dautre monnoie ou dautres 
couses, mortes, adninchillées et de nulle valleur. Et toutes ces 
oivres nos mesimes en le warde de nos tenans hiretables la 
presens, ki lours drois en oirent et nos ausi les nôtres, a savoir 
sont : sire Wautir de Tongres vestit d'Osoing, Herman de Co- 
longne notre genre et Gilon Bacheleir de Sovcrain pont. Et par 
tant ke ce soit ferme couse et estable, si avons nous, Rausses 
de Haccourt chevalir, et si tenans desoire nommez ki ces oivres 
conissons et vvardons eslre bonnes et faites en notre presenche, 
por nos pend ut u fait prendre a ces lettres nos propres seauz 
en tesmongnage deveriteit. Ce fut fait km de le nativiteit uostre 
Signeur M. CGC. sissanle et chienq , le jour délie feste saint 
Martin yvcrnal. 

(Original sur parchemin ; sceaux enlevés). 
1 ) D'héritier. 



— 204 



VIII 



J-C métier des drapiers accorde pour trois ans à Joh. 
Rikemonde le droit de peser la laine à sa halle. 1367, 
27 avril. 



A tous cheaus qui ches présentes lettres veront et oront, 
Jolians Rikemoude drappirs et Bachine se femme, salut et 
cognaistre veriteit. Sachent tuit que coin Lainbers Roseaus, 
Giles li Garsons, Pirons dit Sanson et Remey Halebache, mam- 
bors et porveoirs por le temps de tout li mestyr des drappirs 
de Liège, pour levident profit deaus et sour che li dit mestir 
conseilhiet et par diligent traityet par plusseurs fois ensemble 
mis, sy ont a nos, devant dis, aloweit et accenseit bien et loial- 
ment a loial firme et accense a une certain stuit de dois ans 
entrans et commenchans al jour délie feste saint Lambert en 
moys de septembre prochainement venant et tantoist après 
continuéement ensiwant, le stalaige par desous délie halle des 
drappirs deseur dis séans en saint Johan Strée a Liège, a tout 
le moitiet des pois délie layne , délie sendre et délie wodre (*) et le 
mesure entirement délie varanche (*) délie terre des folons et de 
wafre (*)et assi le demoraige en le manson délie dite halle pour 
nos et notre meisme , pour estre plus apparelhies a tous 
cheaus que mestir aront des chauses desseur dites le dit stuit 
durant. Par teil que nos ne porons ne devons par nos ne par 
autruy leveir pesaige ne stalleige outrement que ons lat leveit 
et fais del temps passait, cest asavoir del livrai une mine de 
pessaige et stalaige et del marc dois deniers ; et ne devons ledit 
stuit durant estre coreurs ne parent a nul coreur et assi ne 
porons nos loweir ne accenseir a personne nulle pois, mesures 
ne nuls des meulires deseur dis sens le conseilh etvolenteit des 



— 20S — 

dis mambors et porvcors ou de eheaus qui pour le temps le 
seirout. Et ne porons ne deverons le dit stuil duranl la ditte 
halle encombreir ne loweir si ce nest pour le profil de! dit 
mestir el par le conseilh deseur dit. Et devons assi la dite balle 
clore et ovrir de temps el de noire ensi que ons al fait anchie- 
nemenl le temps passeit. Et se cest stuit durant ons fai soit nul 
assay des puis ne îles mesures deseur dites, nos devons cestes 
costenges payer sens riens ravoir ne demaudeir al dit mestir. 
Et ne deverons assi tel dit stuil durant avoir nulle office en dit 
mestir et ne porons assi envoyer nul coreur peseir fours délie 
halle sens le dit conseilh et volenteit. Et assi pour chause 
quilh avengne de guerre ne de malle wingne (') nen devons nos 
riens demandeir ne discompteir al dit mestir délie somme chi 
après escripte. Et se unis debas avenoit entre luhenir {•) délie 
halle et nul marchant aile ocquison de pesaige ne de stalaige, 
ilh nen porontaleir a autre justiche fours que as querire mam- 
bors et porveoirs deseur dis sens leur congeit et volenteit. 
Et ne doit li huhenirs escondire la ditte halle a eheaus de mestir 
pour menée (meure?) layne waranche, allon et wode a parchon 
entre eaus pour partir. Pour lequeil lowaige deseur dit nos devons 
et avons enconvent par nos fois sour chu plenies et chascons par 
le tout sens le delte (?) à départir a payer et rendre a dis mambors 
et porveoirs ou a eheaus qui le seirout pour le temps chascon an 
le dil stuit durant, trause vieux livres de turnoi comon paiement 
pour le dit mestir et le saingnour del pays, a payer le moitié! al 
Noiel et lautre moilicl en le leste délie nativiteit saint Johan 
Baptiste après ensiwant,de teilemonoiequicouralpourle temps 
;i Liège, a pain, a char et a vien, et que nos recheverous sens 
staupe ")e\ sensengienetdelivreirallecangeàLiégeouautrepa-rt 
la ou ilh le voront avoir, sens fraude, tôles maies ocquisons et 



1 Mauvais gain, perte 
- L'usinier. 



— 206 — 

exceptions de guerre, d'arrest ne daltre chause en pays, fours 
mises. Et de che obligons nos tous nos biens meubles envers 
eaus et les donnons plain poioir de nos panneir et prendre tuits 
nos dis biens, sensi avenoit quenosfuissiemesde riens deffalans 
ensi que deviseit est chi dedens des dis covens a accomplir. Et 
pour les quatre mambors et proveofrs deseur dis estre de cbes 
convens plus segur, nos les en avons donneis et constitueis con- 
delteurs et rendeurs principals avoekes nos et cbascon por li 
tout cum dit est, bommes bonestes Lamber de Liwon et Johan 
Alart drappirs de Liège, as queils illi poroient demandeur tous 
ches convens assi bien cum che fuist leure principal debte et 
convens ; les quelles rendeurs et condelteurs nos avons encon- 
vent ajetteir (') de tous coust et damaiges qui a cesti ocquisori 
leur en poroient avenir a leurs simples dis sens loy ne seriment 
a faire. Et nos, li dis condelteurs et rendeurs, connissons ches 
dis convens et les promettons par nos sens sour che pleines a 
tenir, faire et accomplir ensi que dit est et sens embrisier ne 
aleir encontre, ne dire, ne mettre encontre, avant que li dis 
Johans et damme Katherine sa femme soient de riens promirs a 
convenire ; et se par le defaute deseur dite li quattre mambors 
et proveoirs deseur dis covenist nos panneir, nos, li condebleurs 
et rendeurs avons enconvent de delivreir a eaus nos vages(-) et 
nos en lairons panneir tant et si suffisamment que pour eaus 
voir a le dit Johan et sa dite femme promirs panneir ensi que 
ilh en sunt obligies par deseur. Et partant che soit ferme chouse 
et estauble ju, Hubiens Lorens li drappirs pour les dis Johan 
Rikimonde et damme Katherine sa femme etaleures requestes, 
et nos, Lambers de Liwon et Johons Alars, condelteurs et ren- 
deurs pour nos, avons pendu ou fait appendre a ches lettres nos 
propres saias en tesmungnaige de veriteit. Sour lan del nativi- 



(') Jeter hors, dédommager. 
(*) Gages. 



— 207 — 

irii Notre Saingnour milli trois cens sissante e< sept, del moys 
davrilh le vinte sepfeme jour. 

Original sur parchemin ; sceaux enlevés . 



IX 



Le métier des drapiers fixe pour douze ans le salaire des 
foulons. 1423. !••'■ octobre. 



A tous cheaus qui ches présentes lettres verontet oront, les 
jureis, governeurs et toutes les personnes et universiteit de lton 
mestier desdrappiers délie citeit, franchieseet banliwe de Liège, 
salul en Dieu permanable et cognissanche de veriteit. Sachent 
tuit <|iie pour entretenir pais, union et transquiliteit entre nous 
successeurs et les membres de nostre dit mestier et assi teilement 
ordineir que nous nous paissons governeir li une deleis lautre 
en amour et nostre dit mestiers et les membres diceli obtenir 
en lionour, avons ordineit et accordeit, ordinons et accordons 
les ordinanches chi après escriptes et déclarées, a dureir un 
stuit ou tienne de douse ans, entrans et commenchans à jour 
délie dalte de ces lettres et lun an tantoist après lautre conti- 
nuellement enshvanl, voir que nous avons tout premiers protesteit 
el protestons que nos ne volons point alleir ne que ce soit allen- 
contre des halteurs, sangnouries et juridictions de notre très 
révérend peire en Dieu liauli puissant et redobté prinche mous. 
Johan de Heynsbergh, par le grasce de Dieu evesque de Liège 
et conte de Lous, des englieses et successeurs, ne (\^a status, 
franchieses et liberteis de ladicte citeit, les queiles nous volons 
tôt jours ayedier, wardeir, observeir et maintenir a nous 
poioirs. En après avons ordineit et accordeit, ordinons et accor- 
dons que tout le terme des devantdis douse ans durant, li folons 
de notre dil mestier ne poront prendre ne demandeir pour leur 
deyu et salaire pour cascun drap comon que ilhs folleroiit, a 



— 208 — 

cheauz de nostre dit mestier des drappiers, que syez librez 
common paiement de Liège, et de une demée de semblant drap 
trois libres ; mais se telle demée lenoit plus de vinte dois olnes 
de long, ilhs, les dis folons, devroent avoir leur dit salaire mou- 
lant le demée a vinte dois olnes et de sorplus de cascunne olne 
chinquez soûls et trois deniers de 'dit paiement. 

Item avons ordineit et accordeit, ordinons et accordons que 
pour cascun gris drap appeleit moslier villeir ou bleu\ve,lcs dis 
folons doyent avoir a nous, les dis drappiers, sept librez et sept 
soûls de dit paiement, et pour une demée al avenant en bonne 
foid sens malengin. 

Item avons ordineit et accordeit, ordinons et accordons que 
tous cheauz qui sont de nostre fealteit et qui point ne siervent 
nostre bannière en oust ou en chevalchyes, payeront pour le 
folaige de cascunne demée de common drap trois librez et trois 
soûls de dit paiement; et, se la dicte demée passe vinte dois olnes 
de long, ils deveront payer pour cascune olne délie pieclie de 
premier enbattre (*) de chi al dieraine quatre soûls dédit paiement. 

Et partant que chu soit ferme chouse et estable nous, le dit 
mestier geueralment pour nous, le gran seal de nostre dit 
mestier, nous Johans de Biernalmont escuier, Julin de Lierueur 
coin jureis et pour le membre des drappiers, nous Biertrand de 
Spauz corn governeur et Johan Daneal com a ce commis pour le 
membre de tesseurs, et nous Lynard Wavereilhe et Wdheame 
Barbeal pour le membre des maistres de folons, et nous Johans 
de Journal et Johan de Dolhen pour les varies des dis folons et 
aile proyere et requeste des dis membres, nous propres seals 
excepteitju, le dit Johan de Dolhen, qui en cesti cas use de seal 
Servais de Dolhen mon peire partant que ju nay point a présent 
de propre seal, avons pendus ou fait appendre a ces présentes 
lettres en signe de veriteil. Chu lut fait lan délie nativiteit nostre 
sangnur Jhesu Crist milhe quatre cens et vinte trois, le premier 
jour de moys d'octembre. 

(Orig. sur parchemin ; pestent trois sceaux). 



209 



X 



Commission et constitution du métier pour punir ies com- 
pagnons qui avaient coopéré à la sédition de W. Dathin. 
1433, 28 janvier. 



Nous lygoverneursjureis ettouttes les persoinez et universi- 
teit del boin mestier des drappiers délie citeil franchiese et 
banlieu île Liège, salut en notre Singneur. Savoir faisons a 
cascun et a tous que, por subvenir et remédier a tous niauls, 
sedicions, traisons ou exhortacions contre droit et raison ave- 
nuwes derainement en le eiteit de Liège, et por exemple doneir 
a tous cheauz qui en temps futur poroient ou voroient maligneir 
sedicion faire en temps a venir, affin que nous et tous biu 
vuilhans a la eiteit de Liège, franchieses et liberteis dycelle puis- 
sent de leurs marcbandieses et labur lune deleis lautre vivre en 
lioneur en amour et en transquilliteit, sens de jour en jour 
troveir ne faire contre les statuts, franchieses et liberteis délie 
eiteit nullez queilconques obsattes armeez, porchaches, priers, 
mocion, sedicion, cris, hahayes ou traisons, avons ja paravent, 
par plaine syetede nous tous,sor chu notre dit boin mestier indut 
et assembleit en notre lieu acoustumeit, commis et constitueis 
nous chiers et ameis confrères et comborgois assavoir : Colaur 
Flockelet, Henry Biertrand, Jobans le Norois, Jaquemien délie 
Vaux, Johans Seat, Tilman Waldoreaul , Renkin del Casteaul, 
Johans Parpeite dit Je Maire, Daneaul le follon, Johans Rave, 
Johans Parte, Johans del petit Mireur, Wathier délie Weige 
et Florkin Clert lis a dit Henry Biertrand, auzqiieis nous a 
plaiu confians deauz, avons douneit plein povoir, puissanebe, 
autoriteit et mandement especiaul de por et en nom de notre 
dit boin mestier generaulemont faire inquisicions, enqueste 
OU apprises sur tous cheauz de notre dit boin mestier qui sont 

14 



— 210 — 

ou ont esteit cupablez ou entachies tant délie sedicion ou 
emovacion derainement advenuwe le jour délie fieste délie 
visentacion Notre Dame derainement passeit, por parvenir 
alencontre délie plaine syete délie citeit et del cris del peron 
sor chu fait tochant en le persoine de Wathier Daultyn, et 
aussy de cheauz qui puis celi jour doient avoir notorement 
procureit, indut, informeit et porchachiet alencontre de ladite 
syete et cri del peron et del seriment sor chu fait par le cyteit 
generaulement, comme de tous cheauz qui ont ou avoir doient 
lait armeez, assembleez, pryers, obsattes, séditions ou traisons, 
tant puis le jour de ladite visen'acion notre dame comme. le 
nutte délie epiphanie condist des trois rois derainement passée, 
et por les cupablez de chu en nom de nous punier et corregier 
sorlont leurs demerittes et forfais et teillement que a tousjours 
une cascuny puist prendre exemple; et en chu faisant nouspren- 
dons les susdits commis en le saulvegarde et protection de nous 
notre dit boin mestier et successeurs, voir par nous protestant 
et protestacion faisant que nous ne volons point aller ne que chu 
soit alencontre délie saingnorye et juridiction spiritueille et 
temporeille de notre très rêverai n peire en Dieu hault et puissant 
prinche monsaingneur le evesque de Liegie et conte de Lous, de 
son engliex et capitle, des franckyes et liberteis délie citeit et des 
enquestes faites et affaire par la ditte citeit ; les queis ensy 
commis de part nous a nos commandement, commission et 
recharge ont fait bonne et juste enqueste, inquisition et appriese 
sor cheauz de notre dit boin mestier faitulles des cas devait dis, 
et par devant nous en plain mestier sor chu indut autre requeste 
ycellez enquestes apprises et inquisitions four porteit. Par le 
viertut des queillez ilhs ont par notre consent et recharge pre- 
mièrement priveis,forbodeis et osteisde notre boin mestier, des 
franchieses, liberteis et appartenanches dyceli assavoir : Johans 
de Frères fis natureit Johans de Frères jadit merchier, Herwis de 
Waremme tiers, Servais de Dothey, Johanien se 131 et Johans de 
Vorous dit de Hesbaingne, et aussi leurs femmez et enfans sens 



21 l 



chu que ilhs dors eu avant jamais eu temps futur soy puissent 
entremelleir de notre dit boinmestieren unis cas, des franchies, 
bius et liberteis dyceli, ne que a nous puissent avoir recours, 
assistenche ne confort en manière nulle Et en après ilhs les dis 
commis ont aussy par notre consent et recharge priveis et osteis 
de toutes ofliehes de notre dit boin mestier, de syetes et croie 
affaire sor celi, assavoir : Julin de Lierneu, Collette del Cellier, 
Watelet Alair, Renchon Jaiolct et Henrion fis a devant nommé 
Servais de Dolhen, les queis chinque derains escrips soy puelent 
de notre dit boin mestier et marchandieses entremelleir sens 
syete ne croie faire ne offiche porteir, voir que parmy chu ilhs 
doient et devront envers nous et notre dit boin mestier faire tous 
serviches oustes, chevachies, wez, creuees et autres servitudes 
aussy bin que nous meismez sens excusanche faire. Les queillez 
enquestes, apprieses, inquisicions, dit et pronunchiacion des 
susdits commis nous, le devant dit boin mestier generaulment 
por nous, nous hoirs et successeurs a tous jours, cognïssons y 
estre fait par notre greit, seyut, mandement et recharge et piaille- 
ment y estre le fait de notre dit boin mestier entirement aussy 
bin que doncque nous et une cascun de nous par li y awissins 
esteit presens; sy les ratifions, approvon s, confermons et les 
tenons par boin ferme et estable en touttes leurs partyes et 
expressément en prendons le l'as sor nous en promettant sor 
lideliteit de mestier de chu les susdis commis a tenir a tous 
jours en pais. Et avuecque chu avons ordineit,statueit et accordeit 
statuons, ordinons et accordons que sil astoit nuls de notre dit 
boin mestier qui alencontre des ordinanches, dit et pronunchia- 
tion susdis allasse, procurasse ou fesisse alleir ne procureir par 
li ne par aultruy en secreil ne en appierl en manière quelcon- 
que que, tantoist chu seyul bin proveil et mis a clèir, ilh soit 
attains envers noire dit boin mestier promiremenl et principaul- 
menl de une voie de Saint-Jaqueme en compostelle et en après 
de dies florins de Rins doir a applichier par le moitiet a notre dit 
boin mestier et huître moitiet a celi ou ehcauz qui raporteroil on 



212 

raporteroient teil ensi allant ou procurant contre chu que dit est, 
et a payer la dite somme et del voiaige a movoir dedens trente 
jours tantoist eauz commandeit ou intimeit par les offîcyers de 
notre dit boin mestier ou les aulcuns deauz et tout chu sens 
remission sor paine de y estre priveis forbodeis et osteis de 
notre dit boin mestier et des franchies dyceli entirement. Entes- 
mongne des queillez chouses nous, le devant dit boin mestier des 
drappiers, por nous le grand seaul de notre dit boin mestier, ju 
li dis Colaur Flockelet por my et por le dit Daneaul , ju Henry 
Biertrand por my et por Florkin mon fd, ju Tilman Waldoreaul 
por my et por Johans le Norois, ju Jaquemien délie Vauz por my 
et por Johan Parte, ju Wathier délie Weige por my et por Johan 
del petit Mireur, tout chu fait en présent del dit boin mestier. Et 
nous, tuit li autres commis devant nomeis, por nous et cascun 
par li avons aile requeste del dit boin mestier pendus ou fait 
appendre a ces lettres nous propres seauls en signe et coro- 
boracion de veriteit. Faite et douée en lan de grausce milhe 
quatre cens et trente trois, del mois de jenvier le vinte owy terne 
jour. 

(Original sur parchemin. Grand scel du métier et 7 petits sceaux des commis). 



XI 



Tarif et règlement pour les foulons. 1435, 10 mars. 

Innomine domini amen. Nous ly jureis, ly governeur, ly ewar- 
dens et tout les personne des boins mestier des drappier délie 
citeit et banliwe de Lige, savoir faisons a tous que, veout et 
considereit quil ait eysteit fait pluseur ordinanches entre les 
membres de notre dit bon mestier, et survenant entre le 
membre des drappiers et le membre des follons al cause de leur 



— 213 — 

oweraige, quemenl en fais ont eysteit brisietpour le défait de 
boin governement ou pour acquis singulier de cheaus ou celles 
de noire dit boin mestier el pour chu acoustreteit (*) et pour 
savoir combin il deveront avoir ou payer pour lefoillaige (*)dun 
drap et dun demee de chy jours en avant; et pour entretenir 
pais et union, tranqueliteit entre nous, nous successeurs et les 
membres de notre dit bon mestier, et aussi tclenienl ordineir 
que nous puissions governeir li une deleis laltre en amour, et 
notre dit mestier et les membres de eely obtenir et lionoreil , 
avons ordineit et accordeit, ordonnons et accordons les ordi- 
naires chy après eserites et déclarées, a durcir une si Lit ou 
terme de dyese ans, entrans et commenchant à jour délie daute 
de ehes lettres et lun an tantôt après lautre continuelement 
ensiwant ; voir que avons tout premier portesteit et portestons 
(jue nous ne volons point aleir allencontre del haulteur et sain- 
gourie et juridiction de notre très révèrent peire en Dieu haut 
et puissant et redobteit prinche monsongnour Johan de Heyn- 
sebrech , par le grasce de Dieu evesque de Liège et conte de 
Lous, délie Engliese et successeurs, ne des status, tranchiez et 
liberteis de la dite citeit, les queis nous voulons tous jour 
aydier , wardeir , observeir et maintenier a nous poioir. Et 
après avons ordineit et accordeit, ordinons et acordons que 
tout le terme de dyese ans durant , li follons de notre dit mes- 
tier ne porront prende ne demandeira nous dis drappiers, pour 
leur deut et sallaire, pour cascun draps l'ait de grayt nions, de 
Heur, de koxhe, de simple gris, que wyt libres common paie- 
ment de Liège, et de une demée que quattre libres de ce paye- 
ment. Item avons ordineit et accordeit, ordinons et accordons 
que de tous gris draps melleis et tous bleuwe ausy melleis, de- 
veront avoir nous dis Collons noef libres, et de une demée 
quattre libres dyes soûls de dit paiement. Item de tous altres 
draps faits de hoppe de layne,doient avoir nous dis l'ollons dyese 
libres dyese soûls, et de une demée chineque libres chineque 
SOUls de dit paiement ; les queis draps el demée devant loym- 



— 214 — 

meis (') les dis drappiers les poront bin faire de layne d'Ardin, 
de Hasbaingh, de Scoche ( 2 ), de Fors (*), d'Espaigneet daultrc 
layne ossy loymmeis, sens frawe ne malengin. Les queis draps 
devant loymmeis doient par les dis follons eystre bin fais et 
folleis pair le dit des rewairs ( s ) des ewardens ; et sil avenoit 
que teis draps ou demée ne fuissent nien bien fais par le dit des 
ewardens, que cely follons soit tenus del raymendier ( 4 ) et 
rent aux drappiers devant trois jours après chu que ilh sereit 
renvoyez en sa manson, sour lamende et valeur délie faiclions 
de draps ou demée; et sil avenoit que li dis follons en fust 
rebelle del raymendeir , que les aultres follons le puissent rai- 
mendeir sans meffaire a fraiz de cely rebelle , et sueit serreit 
notre dit mestier sour cely rebelle tant et si longement qui! 
aroit payet le dit amende et raymendaige de dit draps; et 
que ne soit nus ne nulz de notre dit mestier qui dont (*) 
oweraige a cely rebelle tant et si longement quil aroit payet 
ledit amende et raymendaige de dis draps, sour le peine et 
amende de une florin de Rins dour. Item avons ordineit 
et accordeit, ordinons et accordons, quil ne soit nus ne 
nulz de notre dit mestier qui faiche nus draps plus long 
que de xlij onnes, et une demée que de xxij onne, sous le 
paine et amende délie texhaige de dis draps ou demée; et 
doient avoir nous dis follons de leur ( s ) que ons draps verroit 

de xliij onne, par cescun onne délie promier ( 7 ) 

un labay ; et parellement se une demée venoit a xxuj et sans 
frawe ne malengin. Item avons ordineit et accordeit, ordi- 
nons et accordons quil ne soit nus ne nulz de notre dit mes- 



( i ) Nommés. 

( 2 ) D'Ecosse. 

( s ) Au dire des rewards. 

( « ) Amender, rendre bon. 

('■') Donne. 

( n ) Dès lors, aussitôt. <jue. 

( " ) Trou dans le parchemin. 



215 



lier qui die (?) ne faiche en nom de ly draps ne demée 
folteir a nu!/, presonne qui soit de notre fealteit, sour le paine et 
amende de unck florins de Rins ; et que tous texheurs qui 
texheronl ensi draps de noire féalté soyent tenus de l'aire une 
demée crois en le moyins de draps al entrebal aux promirs 
coronl ou aux direns (') soin- le paine et amende de dois bodd. 
de cascun niche. Item avons ordineii el accordeil , ordinons et 
accordons qui! ne soyl nuls ne nus de noire dit meslier qui 
donl a dis follons, en secreit ne en appier, plus grande sallaire 
qui 1 le pris deseur dii, sour le paine el amende de une semblanl 
florins comme deseur y estre escript; mens les dis drappiers 
porronl bin donneir a dis follons, sil les plaisl sens meffaire, 
devenl layne pour beuveraige (-) chincq ou six bodd. Item 
avons ordineit et accordeil qui! ne soit nus ne nul/, de chy jour 
en avant qui clauve ne quistenl (*) nul/, draps en vendre sil nel 
retrait, sour le paine et amendede une florin corne deseur sont 
devisieit, voire se lois draps astoil mis avendaige sens retraite. 
Item avons ordineit et accordeil , ordinons et accordons que 
nous, ewardens de notre dil mestier, soient tenus de faire 
envenir les deseurdits amendes awecke les amendes de nos 
dites chaire qui pont ne volons quilz soient entrebrisiet, et my 
chu ilh (lèveront avoir le moitiet de deseurdites amendes, et ly 
aultre parvenral a notre rentier de notre dil mestier pour et en 
nom de notre dit mestier; et sil avenoit que les ewardens de 
membre des follons lussent rebelles de jugier aweek les aultres 
ewardens des points deseurdis, tant fiez que rebelles en siéront 
quilz soient a lamende de florins de Rins corne deseur sont de- 
viseit. Item avons ordineii el accordeil , ordinons et accordons 
sil astoit nus ne nul/ de noire dil mestier qui pourcura ou fesisl 
porcurèir en secreit ne eu appier, ou allas! a lenconlre des ches 
présentes ordinanches le stul <U^ dies ans durant, que tantosl 

(') Alix deux bOUtS. 

(*) Pourboire. 



— 216 — 

chu sayut et mist a cleir et le fait bin prouveit, quil soit attins 
de trois semblant florins corne deseur sont deloymeis a paier 
dedens trois jours après chu que comandeis li sierat de parts 
nous govcrneurs ou comis deaus, sour pierde le mestier tant 
et si longeaient quilz aroit payet les dis trois pessant florins ; 
et quil ne soit nus ne nulz qui dont ne quimet en nowe (') celi 
ou celiez ensi procurant, tant et si longement quil ait paiet les 
dis trois florins, sour le paine et amende de trois semblant flo- 
rins , et pourveront et deveront pourvenir a notre rentier pour 
et en nom de notre dit mestier. Et pourtant que chu che soit 
fieme choise et estable, nous, li dis mestier generalment pour 
nous, le grand seaulz de notre dit mestier, nous notre maistre 
Fastreit Bareis Souries escuyer, Conar Wathier comme jureis 
et pour le menbre des drappiers , Soyhier de Geneffe et Ren- 
kins de Castealz governeurs, et pour le menbre de texheurs 
Johans Parpeit dit le Meir coine governeur et Johan li Noyroise, 
et pour le menbre des follons Johans de Hervé et Corneis, am- 
bedois enwardant por ledit membre des follons , et pour les 
varies de quartier Johan Parteit et Johan de Jergeval al proyer 
et requeste des dis menbres nous propres seials , excepteit ju, 
li dit Soyhier de Geneffe, qui en cesti cas use de seals Henris 
Bertrans pour tant que je nay point de seals , ju parellement, 
Conar Wathier de seauls Henry mon frciz, ju, Johan deHerwie, 
des seauls Johan Doyneal, ju, Corneis, de sealz Collar Fokeles 
et Johans Parteit de sealz Gerar de Plenevalz , pour tant que 
nous navons point de seaul propre a présent, avons pendut ou 
fait appendre a ces présentes lettres nous propres seaulz en 
signe de veriteit. Chu fut fait km délie nativiteit notre sangnur 
Jhesu Crist milhe quattrecens et trenchincq, le dyeseme jours 
de moys de marche. 

tOrig. sur parchemin. Onze sceaux enlevés), 
( ! ) Qui mette en œuvre, qui emploie ? 



— 217 — 



XII 



Accord entre les drapiers et les teinturiers an sujet du salaire 
de ceux-ci. 1447, 23 février. 



Nous Thilman Waldoreal pour le temps maistre délie cité de 
Liège, salut. Savoir faisons a cascun et a tous, comme environs 
trois ans chidevant passeis différent soy luisse esmeus entre le 
boin mestier et les personnes généralement des drappiers dele 
cité de Liège dune parte, Willemme Dessener, Tliys Lanche- 
manne, Gilis Vleeshouwer de Tongre et Jaqmien deHoutain tuis 
tindeurs dele dicte cité dautre, a cause de salaire et prix quilx, 
les dis tindeurs, a celi temps demandoient a avoir plus avant que 
en devant navoient oyut pour les tintures des draps des colleurs 
teles que lesdits drapiers avoir les voloient, lequel salaire 
lesdits drappiers point ne voloient donner autrement que t'ait 
avoient le temps passeit, et dont lesdits tindeurs cessont dele 
ovrer et tiudre; pour quoy lesdis drapiers ou les governeurs 
dédit mestier trairent en cause les susdits quattre tindeurs par 
devant maistre et consel dele cité, par devant lesqueilz il en fut 
si avant questioneit que lesdis maistres et trente deux passont 
et accordont, suyant les exploiz sur ce faiz,que les susdis quatre 
tindeurs de temps advenir tindasseut et ovrassent a teilx pris 
que stoffe, matere et denrée de leur mestier yroit, fuisse a 
liault pris ou bas pris, sains fraude en ceconven; par vertut de 
laquele déclarai ion par lesdis maistres et xxxij rendue et icelle 
moienante, partant que lesdis tindeurs disoient par icelle estre 
blechiés et grandement perdaus se ils tindoient a teilx pris que 
lesdis drapiers les requeroient, hommes et arbitz furent, tant 
par ledit boin mestier dune part et les susdis Willem, Tliys, 
Gilis, Jacquemien, d'autre, pris et eslis [tour de ce appaisier et 
accorder ; lesqueilx hommes par eaux bin ontendutledeclaracion 



— 218 — 

dcsdis maistres et xxxij, considereit et calculeit le pris et valleur 
délie denrée, stoffe et matere quil failloit a tindre les drnps des 
eolleurs teles que lesdis drapiers avoir les voloient, dessent que 
le wàusdre partennante a une brunette selon le semblare ac- 
coustumeit dudit mestier, povoit valoire cliincque grillons et 
demi. Et après ce lesdis drapiers et plussieurs borgois dele dicte 
cité soy deplendoient que lesdis tindeurs erroient grandement 
aux colleurs des roiges, verres et sangwing, car point ne les 
faisoient si bin ne de si grandes colleurs quon faisoit en autres 
bonnes villez a Tournay et autre part, dont ilx estoient grande- 
ment perdans et yroit le draperie dele dicte cité en déclin se 
pourveut ny estoit ; si que pour ad ce remedyer et pourveyr et 
pour la dite cité avoir noin, en icelle avoir et troveir boins 
draps bin tindres de bonnes et baultennes colleurs, ilx, lesdis 
drapiers et les personnes dudit boin mestier, mandont ung 
nom met Giele de Molin tindeur, auquel ilx donnont le grande 
raute dudit mestier parmi tant quil, Giele, devoit tindre de boul- 
hon les draps des colleurs susdites de bonnes et belles colleurs 
aussi belles et aussi bonnes quon faisoit a Tournay et autrepart. 
Et parmy pour cascun drap et chacun selon sa colleur et pris 
payant comme les lettres seeïéez de seel ledit boin mestier et 
dédit Giele de Molins font mencion et continent plus ad plain. 
Et après tout ce que dit est par desseur fait et advenut, et de 
rechief novealx differens et discors soy fuissent esmeus et 
susciteis par et entre lesdis drapiers dune part, et les susdits 
Willeme Dessener, Thys Lanchemanne, Gilis de Tongre, 
Jaquemien de Houtain et Giele de Molins tuis tindeurs dautre, 
touchant le wausdre quil falloit et povoit partenir a une bru- 
nette, sangwinne et werre, dont lesdis tindeurs voloient avoir 
pour le wausdre partenante a une brunette cliincque griffons 
quinze bodd. et disoient que tant en avoient oyut et en avoient, 
et lesdits drapiers disoient quilx nen avoient paiet et n'en 
paioient que cliincque griffons et demy et que plus nen paie- 
roient, dont pour ce lesdis tindeurs cessont délie tindre et ovrer 



— 219 — 

une grande espauze de temps, qui estoit en très grand préjudice 
et dammaîge desdis drapiers et sen tenoient très mal eontains, 
el avoient pour celi cas t'ait commander ausdis tindeurs sur 
estre albains suyant le susdit déclaration des maistres et xxxij, 
que dedens viij jours ilx tindassent, auqueil commant point ne 
obeyrent, ains furent crieis albains et escrips et encor le sont. 
Sur et pour ions lesqueix differens, discors et entredeux, par- 
tant que lesdis drapiers et tindeurs sont dun mestier et de ung 
meisme seriment, certains boins borgois dédit mestier convoi- 
tans le honneur et proffit deaux, sentans iceli discors non devoir 
estre entre eaux, ains devoir estre tout unq comme frères, soy 
sont entremelleis, partant que le différent estoit si petit et bin 
pour accorder, et que ce estoit pour le waindre dunne brunette 
dont lesdis tindeurs en voloient avoir chineque grillons et 
quinze bodd. et lesdis drapiers nen voloient donneir que 
ebineque grillons et demy, priont a eaux lesdis drapiers et 
tindeurs que diceux differens volsissent prendre bommes ou 
tenir ad ce que par nous le susdit Tliilman Waldoreal dit et 
determinet en seroit. A laquele supplication et requeste in- 
clinaus, lesdis drapiers par plaine syete du dit mestier faite 
pour cesti cas en leurs lieu accoustumeit, dessent, promiesent 
et oerent couvent dele tenir et accomplir ce que par nous dit et. 
determinet en serat. Et les susdis Willeme, Tbys, Gilis, Jac- 
quemien et Giele tuis tindeurs, dessent aussi , promiesent et 
ocrent couvent de le tenir, faire et accomplir tout ce et de 
quant que par nous dit et determinet en serat, comme sovraiu 
cl puissant en la cause. Sur quoy nous, Tliilman Waldoreal 
susdit, comme puissant et sovraiu en cesti cas, premirement 
parnous bin et deyubtementvisentiettous les autres (')paravant 
lais, et specialment conseilles et pris information a ceaux qui 
a teilx cas soy cognissenl , consideret le différent et discors 

( ' Tous les actes , toutes les chartes? 



_^_ 220 

estre si petis que de chincque bodd., avons dit et sentenchiet 
disons, pronunchons et sentenclions notre dit sentenche comme 
sovrain et puissant en le manire qui sensiet. Le nom de Dieu 
premirement invokeit que bonne paix , union et concorde soit 
et demeurt entre les dites parties; en après disons, pronon- 
chons et sentenclions que les govemeurs de dit boin mestier 
quant requis en seront soy loyent (*) des albainstés fais ens per- 
sonnes des susdis tindeurs et au papier dele Violette et que les 
tindeurs, se quittez en vuelent estre, soy fâchent ferir fours de 
papier et a leurs frais. Item au point de discors louchant le sa- 
lare et pris dele waindre partenaut a une brunette, dont lesdis 
tindeurs en voloient avoir chincque griffons et quinze bodd. et 
les drapiers nen voloient donner que chincque griffons et demy, 
dissons et sentenclions, comme sovrain en cesti cas, que lesdis 
chincque tindeurs dece jour en avant ovrent, laburent et tindent 
bonement et loyalment selon le patron de temps parmi a eaux 
payant pour le wansdre dune brunette chincque griffons douze 
bodd. et demi. Item au point des verres et sangwing de deux 
olnes pour une long brunette aussi de deux olnes et ayent pour 
le wansdre dun verre de deux olnes deux griffons. Et siladvenoit 
de ce jour en avant que le denrée remoniast ou ravalast, que 
pour choese que lun ne lautre polroit diere ne pour différent 
quilx en enwissent ou avoir polsissent, que pour ce ne puelent 
et ne doient sérier ne cesser quils ne ouvrent, laburent et tindent 
tout dis; et se lidelferent estoit si grand que entre eaux meismes 
nen polsissent estre daccors, que dont quant ce advenrat quilx 
en tengnent et accomplissent tout ce et de quant que dit et 
determinet en serat par le bonne ville de Tongreet par le bonne 
ville deHaske sains aller allencontre, demorant le déclaration et 
jugement par lesdis maistres et xxxij rendus en leur forche et 
virtut. Item en après disons, prononchons et sentenclions que 
cascun desdis chincque tindeurs mettre tantost et dedens owyt 
jours en le main des governeurs dédit boin mestier deux pessans 
florins de Rins, cest ensemble dyes pessans florins, pour les 



_ ç>21 

convertie? en recompensation des grains et horribles demmaîges, 
Irais ci despens qujlx, lesdis drapiers, ont oyutpour faulte des- 
dis tindeurs qui point nont ovret ne laburet. Laquele notre pré- 
sente sentenche, dit el pronunciation injondons ausdis drapiers 
et tindeurs et a chacun deaux singulerment dele tenir, l'aire et 
accomplir en toutes ses parties sur paine decompromis et creans 
par eaux fais sans en ce queir fraude. El partant que ce soit terme 
choeseet estauble, nous Tilman Waldoreal, avons a ces présentes 
appendul ou l'ait appendre nostre propre seel et nous, lesgover- 
t ici! rs et tuit les personnes generalment dédit mestier desdrap- 
piers, avons pendut le grant seel dédit mestier; et nous Willem 
Dessener, ThysLauchemanne, Giles VIeshouwer, Jacquemien de 
Iloutain et Giele de Molins tuis tindeurs, avons pendut ou fait 
appendre a ces présentes nous propres seelz deleis et avoech 
les seelxde susdit notre maistre Waldoreal et dédit boin mestier 
en signe de vérité, sur lan de grâce dele nativité nostre seignor 
Jhesu Cristmil quatre cens et quarante sept, de moys de feverier 
le vinte troizeme jour. 

(Orig. sur parchemin , avec les sceaux de F. Waldoreal, W. Dessener, T. Lanche- 
manne, et .1. de Houtain.Les trois autres ont disparu). 

XIII 



Le métier loue le grenier de sa halle à la Société de 
réthorique. 1562, 12 mars. 



Nous, les officiers et généralité de lion mestier des drappiers 
de la cité, franchise etbaulieu de Liège, estant ensembles con- 
vocquées sur notre halle et lieu accoustumeit par Gielet de Looz 
nostre serviteur serimenté, qui 1(3 tesmoinguat, le xij jour de 
marce anno quinze cens soissânte deux, et la miesme, comme y 
nous fui oultredonneil et exhibueil certaine supplication par les 



999 



maîtres et confrèrs de réthoricque quondit des Innocens, con- 
tenante les voloir loweir ou rendre a stuit notre halle certain 
terme, pour par eulx remonstreir aulcuns exemples et l'escrip- 
ture evangelicque contenant l'honneur de Dieu pour leditication 
et entretenance de commun peuple bon crestien, miesmement 
requist par les maitres et confrèrs vouloir accordeir les conditions 
cy embas declareit sour lepayne dessoubz escript, premièrement 
de voloir parfaire le grenier de notre dite halle dung coire a 
aultre en telle sorte que il est présentement encommenchies 
asscavoir, de terrasse et planche ou que il en sierat besoingne, 
voir bonne, leale marchandise, icelle qui par congnisseurs sierat 
prisée et que nous officiers et généralité susdit aront cause de 
contentement ; il miesme faire une platte montée pour alleir 
sour icelluy dit grenier et le mectre la ou y sierat par les 
officiers ordonneit a icelle fin gaingner quelque commodité; il 
miesme ce ce trouveit fust aulcune choses brisiez ou rompus 
a leurs loccasion des dis suppléant le voloir refaire à leurs des- 
pens. Ce néantmoins après par nous les devant dits officiers 
et généralité entendus et incorporées le contenus et l'effect de 
la supplication et présentation devant dite, avons unanimement 
et sains hommes debattans passeit et accordeit , passons et ac- 
cordons que les dis suppliant poront avoir ung stuit et terme 
de owyt ans pour faire et uzeir comme devant dit est, commen- 
chant ledit stuit a premier jour de may xv° lxij, flnant a premier 
jour de may lxx ensuyvant, conditioneit que telsdis remidrement 
par lesdits suppliant présent debverat estre faict et paracheveit 
dedens le jour et feste S 1 . Johan Baptiste prochainement venant 
et ou cas de deffault que ainsy ne soit faict, nous gouverneurs, 
poront dcmandeir comme debte a tule (*) a Gielet de Looz le Joesne 
et Hubert Bur ambedeux confrèrs de ladite compangnie, comme 
iceulx estant obligiet por le susdit remidrement, la somme de 
xij " x florins liégeois. 

(Document sur papier, aux archives de l'Etal à Liège). 



XIV 



Ordonnances pour les weines clowées desseur et dessoubz. 
1563, 13 août. 



Nous les gouverneurs, jureiz, les quatre de nostre balle 
avecques touttes la généraliteiz et communalteiz de bon mestier 
des drappiers de la cité, franchieses et banlieu de Liège, estans 
sur nostre lialle et lieu accoustummeit ensembles eonvoqucis 
par Gielet de Looz nostre serviteur serimenteit qui le tesmoing- 
nat, le troisième jours de moix daoust quinsecens soissante 
huietz, scavoir faisons publicquement par le tenuredeceste pre- 
sente nostre lettre, taisons, statuons et ordonnons entre nous les 
ordonnances, lesquelz volons par nous et successeurs dung com- 
mun accorde les piaillement mainlenier, observeir et wardeir 
pour de tant mieulx dirigeir et conduire les draps, ebaffurs et 
kersée az weines, réservant lautlioi'iteiz et privilèges des draps 
et l'orur comme cidevant, afïïn éviteir et rejecteir tous abus, 
fraudes et déception, dont de mot à mot sensuyentla manière az 
icelles articles sécutivement a obéir et ne les enfraindre, ainsy 
que chiapres les narratives des peines sont ci embas mentionnés 
az délinquans. 

Premier est asscavoir que on porat licitement, sueir nous 
draps, ebaffurs et kersée az courtes wendes érigées et faictes 
sur nostre beritaiges az wendes, exlantes icelles debors Chastea 
a/, l 'lires îles wingnes, les povoir cloweir dessoubz à la plus 
moindre folle et sains travaillie que faire se peult, conditioneit 
ce il est ti'ouveit aulcuns ou aulcunes de queleques estât qui soit 
tirantdraps, chaffurs, fours ou kersée, soit de loingoudelarge, et 
y ce vient rompre ou desebireir, incourerat eu la peine et amende 
de ung florin doer ou la vraie valeur,sains soy povoir excuseir 
sourumbrede ses enffans, servant ou servantes. 



w.i 



Item les drappiers ayant wendes ens leurs héritaiges ou ens 
aultres lieu commodieux pour cloweir lesdis draps, foururs, 
chaffurs ou kersee desseur et dessoubz, enjoyront et posséderont 
pour sueir en la manière et ainsy que devant dit est; réservant 
ceulx qui ont wenes ens leurs héritaiges, seront tenus livreir 
louverture de leurs maisons et héritaiges az seigneurs ewardens 
qui les seront pour le temps, que pour de leurs wendes et mar- 
chandises avoir inspection, surpaine et amende de ung florins 
doer az rebellans et defailhans tant de fois et quante fois requis 
en seront par lesdis sieurs ewardens. 

Item ce trouveit est draps rompu ou deschireit venant des 
tindeurs, iceluy a cui ledit draps serat parvenant ou ceulx et celles 
des maisnées les mectent az wendes lesdis romptures ou 
chyres trouvée, en debveront faire premièrement ostension et 
monstre ausdis ewardens avant les povoirs cloweir desseur et 
dessoubs, ou doncque en labsence des seigneurs ewardens le 
faire vérifier pardevant les gouverneurs et jureiz par deux 
tesmoings digne de foid, sur la peine et amende devant dite ; 
lesquels tesmoings seront tenus faire sériment avoir iceulx 
romptures ou chires veu avant les mis et cloweit ausdites 
weindes desseur et dessoubs. 

Item poront les ewardens prendre touttes drapperies et les 
assaillier ens leawe froid et chaulde, et se faulte y trouvent, 
troix florins doer damende et confiscation dicelle ce le cas est 
trop exhorbitant. 

Item que personnes dequelcque qualité quilz soit, ne présume 
mettre marchandises ausdites weines, assavoir draps, chaffur, 
kersée et bailhette ou marchandises estrangne, se telz drapperies 
ne sont à eulx partenante,silz ne sont doncques demorant habi- 
tons ou labourant ens les maisons a cuy telz marchandises est 
partenante, a paines az contrevenans de telle amende. 

Item que personne ne présume de suer et mectre des estrocit 
draps ausdis wendes et iceulx assubjecteir en neufz quartier 
de large (*) sour umbre de nostre dit bon mestier sains que a nul 



jour nous et nous successeurs le porons remissioneir attendu 
la faulseté commis et reproveit de son seriment comme parjure. 
Derechief avons ordonneil etstatueit pour demoreir a perpetui- 
teiten repos, affîn éviteir touttes esclandre, hayme, odiositeiz et 
discentions que cidevant entre nous ont rengneil à raison des 
offices qui se donnent et renouvellent annuellement, estquenule 
personne suyant noz précédentes ordonances estre et porteir 
ne demandeir deux offices, ains soy doit contenteir dune seule 
non comprins en ceste présente les offices rengnante ad vilain ; 
et ne debveront estre az élections des otfices en nostre 
chambre présent sinon les deux gouverneurs, juriez, quatre 
délie halle, banneresse et le vieulx maistre de membre, clercque 
et varlet, et si 1 en nostre mestier y eust alcuns commissaire on 
les porat dedans appelleir pour lhoneur de leurs offices; voir ce 
en nombre des susdis officiers eust. aulcuns demandant queclque 
offices quant adoneque seront tenus sortir sains contredict; 
conditioneit que à jour S'.-Severins en faisant lelectiort dung 
maistre, les vieulx maistre poront demoreir az élections; finable- 
ment que les non capable ne ad ce idoine, quant ilz convient 
faire aulcunes élections dofficiers ou aulcunes sieulte et se- 
quele, ne soient receu ne admis suyant le contenus des précé- 
dentes nous ordonances, comme ossy ceulx qui ne fréquentent 
nostre bannière et gens non mariez, veu et considereit que des 
non mariez y at trop grand nombre ce qui a causeit parcide- 
vant les troubles et differens ; conditioneit se il advenoit que 
aulcuns desdis officiers venist reveleir le secreit de chambrea 
quant adoneques serat priveit de son office et de mestier. 

Ilc;ï. aux reçus du mélienles Drapiers, l.">."-2-lo78, p. 132). 



22(3 -- 



XV 



Mandement contre les recoupeurs de laine. 1569. 

En conseil de la cité de Liège tenu en la sale haulte en judi 
xxnj'' jour de mois de jung 1569. 

Gérard de Groesbeck par la grâce de Dieu, evesque de Liège, 
etc., à notre souverain maieur de ceste notre cité de Liège ou 
son lieutenant et à tous autres nos officiers et justiciers cuy 
ce regardera, salut. Savoir faisons, corne estant puis quelcque 
mois enclia de la part du Roy catholicque en diverses lieux 
de ses Pays-Bas (pour éviter les préemptions et monopoles 
qui se faisoient en trafficque et marchandiese de layne au 
grand préjudice des drappiers, foulions, tainturiers, retondeurs 
et semblables exerccans faict de drapperie et à detryement 
de la comunne) statué et publyé certaines ordonnances et 
deffenses, entre autres des dictes préemptions et clachepter 
laines hors franck marcbié, non par autres que par gens de 
de leur stiel et mestier soy servans de semblables laynes, 
par où bonne partie des dictes préemptions, tant de noz 
subjects que des subjects de sadicte majesté et qui se sont 
accoustumés dachapter, amasser, enserrer et retenir les- 
dictes laynes, ne pouvans, obstant ledict édict, exercer leurs 
dictes monopoles esdis Pays-Bas, sadvanchent dachapter et 
amasser touttes sortes de laynes en cestuy notre pays au grand 
préjudice de la commune et entyere destruction des mestiers et 
exercice de draperie corne dit est ; pour à quoy remedyer et 
pourveoir vous orclonons et comandons bien et à certes que de 
notre part es lieux et destroictz de votre office ou Ion est accous- 
tumé faire cris et publications, faites de notre part exprès com- 
mandement et défense que doresnavant nul ne se présume 
dacheter laine de quelcque sorte quelle soit, prinse en cestuy 



— ±21 — 

nôtre pays el qui ne vient des pays Dengleterre, Espagne et 
d'autre pays estrangier,sinon sur le franck marchiéel au poix des 
bonnes villes ou franchieses de cestuy notre dict pays aieans 
privilège de franok marchié et aux lieux el heures accoustumez 
et danchienetë en ce observez ; saulff toutteffois que eeulx qui 
tienenl el nourissent blanches bestes en cedil pays,pouront 
vendre les laynes procédantes de leurs dictes bestes après quelles 
seront tondues es lieux et au temps que bon leur sembleral ; et 
pour autanl que la chierté de la dicte laine semble bonne partie 
procéder et venir à cause des marchans qui les vont préacheter 
et les gardenl jusques à l'extrême chierté, ou les conduisent et 
vendent hors cestuy pays, avons ordonné que à nul marchant ne 
sera doresnavant permis damener, vendre nidistribuer aucunnes 
laynes hors des limittes de notre dict pays ne miesme eu cedit 
pays ;i marchans estrangiers ou pour les miner et conduire hors 
diceux pais, saufftoutte fois que les estrangiers besongnans de 
leur stil et par eulx miesmes en laines, pourontpour leur.usage 
cl exercice de leur styl et mestier, tant seulement acheter laine 
en cedii pays corne dit est. Et réciprocquemenl corne à noz 
subects est permis ans dis pays de Braibant eu faisant pre- 
niiènieut et avant toutte es mains de lofficier du lieu où ils 
vouhlrout acheter teles laines, serment quicelles laines ilz 
achaptent pour les employer en besoing par eulx miesmes et 
non pour les revendre en autre main, en prendant sur ce congé 
el act dédit officier qui leur debvera par iceluy estre délivré sains 
en payer queleque droit; ne poura aussy quelcquung qui que ce 
soit achapter, retenir, directement ou indirectement ne eu 
queleque manyer que ce soit marchander aucunnes laines pen- 
dant el de temps quelles sonl encour sur les moutons, brebis 
ou angneaux, le ton! (à dessus d'arbitrare correction) à paine 
destre chastiés corne autheurs de monopole selon lexigence de 
cas, sains aucunnegrace,faveur ou dissimulation et de commettre, 
perdre el forfaire lesdictes laines ou la valeur dicelles par ceulx 
ou celuy qui aronl contrerement à nos dictes ordonances ou 



— 228 — 

aucun poînct d'icelles, et pardessus cède payer lamende de trois 
florins dor pour chacun liverea de laine que contre et en préjudice 
que dessus, seront vendus, achetés ou eminés;à applicquer les- 
dictes amendes et forfaitures ung tyers à notre proffit , ung 
tyrs à loflicier qui en ferat lexécution et le troixèmetyrs au proffit 
du raporteur et dénunciateur. Et pour faire sortir notre dicte 
ordonance plus prompt et meilleur effect, voulons et ordonons 
que tous estrangiers qui en notre dict pais achapteront ou 
feront achater laines, seront tenus à dessus desdictes promesses, 
serimens et déclarations, de donner suflisante et ydoenne cau- 
tion devant la justice de lieu dudit achapt où ils achaptent les- 
dictes laines pour leur usage et mestier et non pour revendre 
ausdis plesges neautrez. Déclarant outre ce tous achats de laines 
contre ce que dessus fais, nestans encour parfurnis ny livrez, 
nestre daucunne valeur ny vigeur et que les achapteurs ne 
pouront en vigheur diceux demander ou recepvoir le délivere- 
ment de laine, a teles paines et applicables comme dessus, saulff' 
touttefois que tous drappiers et aultres besongnans en laine, 
poront revendre le regect et reiaille desdictes laines dont ils 
ne peuvent servir en leur overage la et ensy que bon leur sem- 
blerat, le tout par forme de provision , et tant que autrement en 
ceste endroit serat par nous pourveu et ordonné. Mandons pour 
ce et comandons à tous nosdis officiers, justiciers, subjects et 
autres ensemble h ceulx de nos vassaulz, que notre ordonance 
susdictc ilz fâchent mettre en garde de loy et eslroictement 
observer, procédâtes contre les trausgresseurs à lexaction des 
paines et amendes susdictes sains aucunne dessimulation ou 
faveur, car tel est notre bon plaisier, donné, etc. 

(Recès de la ville à la bibliothèque île l'Université de Liège. 1508-1570, p. liO). 



— 2 U 20 



XVI 



Difficulcs entre le métior et la hanse de la ville 
(le Nsmur, 1571, 5 novembre. 



Nous les governeurs, jurez, ewardens, maîtres du membre, 
quattres et autres officiers avec la généralité des compagnons 
de bon mestier «les drappiers de la cité, franchiese et baulieu 
Liège, extans ensemble convoequéset assemblés sur notre balle 
et lieu aecoustumé par Gilet du Looz nostre serviteur serimenté 
qui le tesmoingnat, le v jour de novembre au xv lxxj ; la 
miesme, après par nous avoir entendu par auleuns compangnons 
de nostre (bt bon mestier comment ilsaroient avec leurs pacquets 
et draps, drappés en cesdite cité et séelez par noz ewardens 
jurez suyant le contenu de noz chartes et privilèges, esté vendre 
iceulx à Malone à la fore condistHerbatte, où qu'ils aroient vendu 
plussieurs pièces de draps entyères az balliers de la bonne ville 
de Namurre, lesquels dis balliers les aroient fait stamper par 
les înaitres et jurez délie bans (ledit Namure, et corne nos dis 
confrers euissent ramenez les cruys de leurs draps qu'ils navoient 
point vendu audit Malone en ladite ville de Namure pour ce 
ordonnée, et requis ausdis maîtres et jurez délie bans de les 
voloir visenteir et semblablement stamper auffin les povoir 
mectre à vendaige, ce néantmoins iceuls dis maitres et jurez 
délie bans no les aroient volsu stamper auffin astraindre nosdis 
confrers de ne les mectre à vendaige, de manière que nosdis 
confrers pour tel refus seraient en dispute pardevanl la justice 
dédit Namure ou que la cause pend indécise, préteudans par les- 
dis maitres et jurés délie bans par ce déffendre et empêcher 
(sans tiltre ny raison, ains de leur auctorité privée) que les draps 
drappés, tissus et scelez en ceste dicte cité en la manière dite, ne 
soy polsissent dors eu avant plus vendre en ladite ville et comté 



230 



deNamure, qui seroit totalement contre les privilèges, puissances 
et auctorités que de ce faire povous avoir, miesme de lanchienne 
possession qui ont heyus cidevaut noz prédicesseurs et que 
avons heyus jusquez à présent ; parquoy après par nous avoir 
incorporé le dessus que redonde à grand préjudice et domaige 
de nous et noz successeurs, avons par ceste présente député, 
constitué et instabli Stas Tewis et Lambert de Preit gouverneurs, 
Giele Brockart rentier, Martin Malmcdie et Gielet Gielwar 
confrers de notre dit bon mestiers, pour par eulx et chacun d'eux 
in solidum soy trouver par devant ladite justice de Namure et 
tous autres juges ou la dite cause penderoit indécise, et illecque 
deffendre et parsuyre icelle jusquez en dcffinitive ainsy et corne 
par raison sera! trouvé expédient, az despens de notre dit bon 
mestier ou cas que nosdis confrers fuissent succumbans , les 
donnant puissance et auctorité de protester des domages et 
intérests par nosdis confrers sustenus et que eulx ou tous autres 
de notre dit bon mestier poroit a ceste raison susdite sustenir. 

(Registre aux Recès du métier des drapiers. 15G9-1610, p. 37, aux archives). 

XVII 

Règlement touchant l'ourdissage. 1637. 

L'an 1637 le 24 jour daout estant nous les gouverneurs, jurés, 
officiers et compaignons etc. assemblés et convoqués sur notre 
halle, lieu accoustumé, ayant par nous les gouverneurs susdits 
dit, remonstré, comment les petits compaignons de notre dit 
mestier ne peuvent avoir aucune gaigne en lexercice de leurs 
besoigne en tant que les grands drapiers, ayant grand moyen, 
tienent grand nombre destat et douvrir, tellement quiceux ne 
sont nullement servis a leurs exclusion ; et voulant au premis 
mestre ordre et police afin que les petits ayent moyen de susle- 



— 231 — 

nir el maintenu- leur famille, a été accordé que nul compagnon 
usant de nostredit art ne pouldra avoir que cincque sitat pour 
besoigner de la drapperie, sur paine et amende embas escript 
lequel debveront ourdir et soy conformera qui sensuit. 

Premier, tous fins draps se debveront ourdir et enlamer (') a 
saisecents fils el point audesoub ou davantaige sy veulent, et 
quant az moyens draps en quattorze cent fils. 

E< quant aux draps que Ton dist forur, se debveront ourdir et 
enlamer a traize cents lils et point au desoub. 

[tem los bayet se debveront ourdir et enlamer a quinze cent 
fils et point au desoub, quy contiendront neuf quartier large, et 
quant à ceulx de deux aune se debveront elamer et ourdir a 
douze cents lils et point au desoub, et ceulx de sept quartier à 
diex et demy ou davantage sy faire veulent. 

Item les carsée debveront estre ourdis et elamés à diex cents 
et demy ou davantaige sy faire le veulent et point au desoub. 

Item les large raset debveront estre ourdis et elamés a saise 
cents fils et lesestroite a quattorse cents fils et point iceulx au 
desoubs, ou davantaige sy faire veulent. 

Item les large hanskotte à diex huicts cents lils et les estroitte 
à diex sept cents fils et point au desoubs ou davantaige sy faire 
veulent. 

Item les large saille (*) se debveront ourdir et élamer a vingte 
deux cents lils et les estroitte a diex neuff cents fils et point au 
desoub ou davantaige sy faire le veulent; et d'autant que sur les 
présent pièces Ton ne scaurait mettre pour les sailler sans les 
oflfencer, les ewardins y opposeront quelque marque par notre 
greffier à désigner. 

Item les large sitaint se debveront ourdir et elamer a diex 
luiict cents lils et point au desoubs ou davantaige sy faire le 
veulent, et auront semblable marque que dessus à applicquerpar 

1 On peut lire aussi enlamer. 



— 232 — 

les susdit ewardins, et les estroites à saise cents et point au 
desoubs. 

Et quant à ceulx d'une aune large a douze cents fils et point 
au desoubs comme dit est. 

Item est aussy passé et accordé que nulle filz de drappier ne 
pouldrat drapper ny avoir sital dres'sé sy n'est orphelins de père 
et mère, sy doncque il n'est chieff de ma nage, ayant leage de 
discrétions, sur paine et amende cy embas escrit. 

Et d'autant que plussieurs de noz compaignons ont diverses 
chaisne accomodé contraire au présent règlement, aurat apreuve. 
lieu au regard de l'ourdibege en compte susdit, dedans trois 
mois daete de ceste; et quant aux pièces sour li stat pour travail- 
ler, at esté accordé trois sapmaine pour les achever, et soy lait 
sy régler ensuitte du dessus sur paine celluy quy serat deffail- 
lant à faire et accomplir le contenut du présent règlement, de trois 
florins d'or d'amende pour la première fois à appliquer comme 
de coustume, la seconde du double et la troisième foys désire 
privé de notre dit bon métier diex ans enthiers dicelluy, sans ré- 
mission, en injoindant cependant aux ewardins de s'acquicter de 
leurs debvoir conformément noz privilèges. 

(Registre aux Reces du mdtier, aux archives de l'État à Litige). 



GLOSSAIRE TECHNOLOGIQUE 

DU MÉTIER DES DRAPIERS 



PAR 



Stanislas BORMANS. 



Un glossaire de termes techniques du métier des dra- 
piers était assez difficile à faire, d'abord à cause de la 
transformation complète qui s'est accomplie depuis quel- 
ques années dans le mode de fabrication des étoffes ; avec 
la disparition des métiers à la main, ont disparu aussi 
beaucoup de mots anciens qui ne s'appliquaient plus aux 
machines à vapeur ; avec l'introduction de celles-ci, se 
sont introduits également des termes de formation récente 
et presque toujours française. De là, obscurité ou défaut 
de précision à l'égard des premiers, et pour les seconds, 
manque presqu'absolu d'intérêt sous le rapport de la 
linguistique. 

D'un autre côté, il ne nous était pas permis de né- 
gliger, à propos de l'industrie qui nous occupe, le patois 
de Verviers, dont le vocabulaire s'est enrichi d'une foule 
de termes spéciaux que l'on ne trouverait pas ailleurs ; 
or, ce patois a sa prononciation et son orthographe propres, 
les mots que l'on y rencontre ont leur signification parti- 
culière, quelquefois complètement différente de celle où 
on les emploie à Liège. 

En troisième lieu, les vieux documents du métier sont 
remplis d'expressions archaïques dont le sens est souvent 
tout-à-fait inconnu et que, cependant, nous n'avons pas 
cru devoir omettre. 



- 236 — 

La réunion des matériaux que pouvaient fournir ces 
trois catégories de sources, a été l'objet d'un premier 
travail; reconnaissant l'importance des éléments que pou- 
vaient fournir les informations orales, nous avons pu, 
grâce à l'obligeance de MM. Dumont et Henrotte, rece- 
veurs des Hospices, interroger les vieillards qui, dans 
leur jeunesse, avaient vu en pleine activité, dans les rues Ro- 
ture et Bêche, l'ancien système des métiers à la main. Gui- 
dés dans nos recherches parle regretté capitaine F. Hock, 
nous avons pu nous-mêmes voir encore fonctionner un de 
de ces métiers, légèrement modifié, travaillant à la fabri- 
cation des moutonnes. Après quoi nous avons mis à contri- 
bution les dictionnaires de MM. Grandgagnage et Lobet, 
empruntant à celui-ci, lorsque nous ne pouvions faire 
mieux, des définitions entières. 

Enfin, pour ne rien négliger, le travail complet a été 
soumis à la révision de MM. J. Tasté et Lelotte. à Ver- 
viers, et particulièrement de M. Debougnoux, à Spa, qui 
ont bien voulu se donner la peine de le corriger et de 
l'enrichir d'expressions nouvelles. 

Ce glossaire forme le complément obligé de notre Mé- 
moire sur le bon métier des drapiers de V ancienne cité de 
Liège ; il reproduit, en effet, dans leur ordre alphabétique, 
les mots difficiles que l'on rencontre dans les pièces y 
annexées et dont quelques-uns nous sont devenus plus in- 
telligibles par la comparaison depuis l'impression du 
Mémoire. 

Depuis lors aussi, M. Ferd Henaux nous a signalé un 
acte important relatif au métier des drapiers, que nous 



— 237 - 

regrettons de n'avoir pas connu pins tôt; on nous per- 
mettra de le mentionner ici. Il s'agit d'un document du 
I er avril 1350, renseigné dans le second livre des chartes 
de S l -Lambert, sous n° 34 et dont l'analyse est ainsi 
conçue : 

» Quod magistri drappariorum, textorum et fullonum, et 
» non servientes eorum, liabeant vocem in elig endos officiât os 
a civitatis. Les gouverneurs, jureis et wardains du mes- 
» tier des drappiers ont supplié à Englebert, évesque de 
a Liège, de réduire les deux fores d'une année à une tant 
a seulement, à cause que les personnes du dit mestier es- 
ii toient fort enclomagées , ce qu'il leurs a accordé. Et 
« eulx ont déclarez que nuls varlets, servants à journée 
" ou autrement, auriont voix sur le mestier ; de quoy ils 
a ont fait une ordonnance pénale, et requis le dit évesque, 
a les maîtres, jureis, gouverneurs, conseaulz de la cité de 
a la confirmer ; ce qu'ils ont fait à la requeste de Johan 
a dit Jakcmot, Piron de Sanson, Bertholet de Haccourt, 
« Gilon Bissenhaye, Piron Démission, Johan Démission, 
" Lambiert dit Rossea, Colay de Villeir, Henris de Herves, 
a Sandrekin de Lemborgh, Johan de Lambertmont, Ja- 
» mar dit Jakemot, François Godar. Johan Dawans , 
» Renier Ruchar , Henrotte dit Bertrand , Jamar dit 
" Salmon , Colay dit Wanerailhe , Loren le Folon , 
« Hankin dit Alart , Renier dit Drenghbiere , Gé- 
ii rard de Mumale, Johan dit le Salvaige, Gilles Ger- 
ii son , Jehan de Freluez , Wilhekin Boreit, Hankin 
a Loyne, Johan de Taynier, Johan Drulhart, Gérard Sta- 
« kr, Salmon de Mumale , Johan Dawchoul , Johan dit 



" Hankart, Ponchar fils Gonthier, Johan Ponchar et de 
» Missart , personnes plus suffisantes du dit mestier , 
« sauwes les franchises et privilèges de la cité et la lettre 
</ de S 1 Jakemeque on ait dele murmuré.\350 1 er avril. ( ] )« 
Le premier objet dont s'occupe cette charte se rapporte 
à ce qui est dit des foires de Liège à la page III du Mé- 
moire où l'on peut voir que le fait qu'elle nous révèle 
avait été pressenti. Le second point, au contraire, si les 
termes de l'analyse sont empruntés littéralement au texte 
de l'original , vient bouleverser en partie les hypothèses 
que nous avions formulées. Il résulterait, en effet, de ces 
données nouvelles qu'en 1350 , l'organisation du métier 
des drapiers était plus avancée que nous ne le suppo- 
sions (a) ; qu'il existait déjà sous la forme de corporation 
régulière, qu'il avait ses gouverneurs et ses jurés parti- 
culiers, probablement permanents ; qu'il tenait des as- 
semblées et participait à la nomination des magistrats de 
la cité. Nous pouvons constater de plus, qu'à cette époque 
déformation, la société devait avoir acquis une certaine 
importance et être déjà nombreuse puisque 36 personnes 
interviennent dans l'acte comme témoins. L'exclusion des 
valets servants, de l'élément démocratique ou purement 
populaire, doit avoir une portée politique qui se rattache 
aux événements si remarquables qui caractérisent le XIV e 
siècle dans l'histoire liégeoise. Nous n'avons pas à en 
apprécier ici les causes et les résultats. 

( * ) Analyse des libri chartarum ecclesiœ s. Lamberti par B. de Hinnisdael; mss 
provenant du château de Bétho, à la bibliothèque de l'Université de Liège. 
(2) V. p. 112 du Mémoire. 



GLOSSAIRE. 



* Ache, s. f. (suranné). Ce mot peut signifier du fil de lin non 
tordu servant à faire la chaîne d'une étoffe et appelé en wallon 
spinà, ou bien et plutôt un écheveau quelconque. On le trouve 
dans les phrases suivantes : « Celui qui vend de la laine ou 
ache , autre dedens que dehors , payera une amende » (charte 
du métier, 1527). « Filet de lin, d'ache (var. tfaiche) et de laine» 
(/. de Stavelot, p. 213). « S'il estoit trouvé aucun drap, aches 
ou laine » {Recueil des Chartes, I, p. 240). « Ferets (filets?) de 
laine ou d'esse. » (Ibid., p. 321). « iijj piéches de lins et v livres 
d'echs » (1425, échevins, iv, 80). — C'est peut-être le môme 
mot que ecki dont cette dernière forme se rapproche. Comparez 
as\ filet non blanchi {Diction, de Villers, de Malmedy). 

Acovri , v. a. (Liège). Couvrir une petite partie d'une pièce 
d'étoffe pour qu'elle ne prenne pas la teinture, dans le but de 
prouver qu'elle avait été teinte en laine. Comparez pour le sens 
banseler. 

Afroï des cherdons, v. a. Employer pour la première fois des 
chardons neufs placés sur les fers dits cardes des machines à 
lainer. Comparez afloyi, briser, assouplir et s'afloyi. — D'où 
afroyège, s. m. 1° action d'afroyî ; 2° première laine sortie des 
chardons neufs. 

Aguesse , s. 1. Mauvais pli , soulèvement formé dans une 

* L'astérique devant un terme, indique que celui-ci est emprunté, avec son ortho- 
graphe, aux anciens documents. Ces termes sont presque tous surannés et hors 
d'usage. 



— 240 — 

pièce de drap. Ce mot signifie littéralement 1° pie, 2° cor au 
pied ; cette dernière signification semble , par analogie, avoir 
donné naissance au terme des drapiers. 

*Agnelin , aignelin , angnelin , S. m. (suranné). Toison d'a- 
gneau ; cette laine n'a pas assez de corps pour supporter les 
apprêts. « Draps œuvres faussement ou de purs aignelins » 
(Pawilhart de l'Université n° 964.) V. aussi les Privilèges des 
drapiers d'Ath (Bull, de la comm. royale d'hist. t. ix, 3 me série, 
p. 220.) 

Aidebate, s. f. Lisière aux deux bouts d'une pièce de drap, 
servant à tendre l'étoffe sur les rames. De bâte, quai, bord, et 
aidi, aider ? 

Ailette, s. f. Petite aile, partie du rouet à filer. 

Airçons, s. m. pi. Litt. archet. Tringles en bois qui servent 
à équilibrer les lames d'un métier. 

Aiârgî, v. a. Litt. élargir. Lizer ou élizer, tirer un drap par 
les lizières pour en ôter les faux plis. 

Apprêt, s. m. Parure, façon donnée aux étoffes en les lainant, 
les tondant, les passant à la presse, en un mot en leur faisant 
subir toutes les préparations qu'elles doivent recevoir après 
avoir été foulées. — D'où appresteu, s. m. apprêteur, celui qui 
donne l'apprêt aux étoffes. 

Arâï , v. a. (Liège). Litt. disjoindre, ouvrir en tirant. Erailler 
une étoffe, la tirer en faisant relâcher le fil. Du wall. rayî, 
arracher. 

Arcanette, s. f. Buglose tinctoriale; on en obtient deux teintes 
de rouge. 

*Assaiiiier,v. a. (suranné). Essayer, éprouver? Nous trouvons 
ce mot, qui n'est pas précisément technique, dans une charte du 



— 24t — 

métier de l'an 1568 : « Les rewards pourront prendre toutes 
drapperies et les assaillier ens l'eawe froide ou chaulde » (sans 
doute pour voir quel serait le retrait). 

Attenare, s. f. (Verviers). Déchirure faite dans une étoffe en 
s'accrochant à quelque chose. A Liège, atteneure. V. Cinq. 

Avaièie, s. f. avalée, partie de la chaîne du tisserand qui se 
trouve entre la lame et le ligueu; quand cette partie est tissée, 
et que, en devenant trop longue, elle empêche le jeu du battant, 
l'ouvrier la roule sur Fensouple, il met la pièce jus, il Yavaleie. 
Ce mot signifie par extension l'ensemble des fils d'une pièce à 
tisser. Il s'applique aussi à la mull-Jenny pour désigner la 
portion de fil étiré et tordu en une évolution. 

Awèies, s. f. pi. Litt. aiguilles. Ce sont les mortaises des 
quatre pièces de bois horizontales qui constituent le métier et 
qui se nomment pîces ; mais les drapiers à Liège désignaient par 
là ces pièces de bois mêmes. Celle sur laquelle l'ouvrier se 
tient quand il ramasse la trame, renoue un iil cassé, etc., se 
nomme passe-pi. 

Ase, s. f. Tringle de bois portant les ficelles des lames du 
tisserand ; chaque lame a deux âses, qui facilitent le travail du 
herna. Comparez le wall. ahe, aise. 

R 

Bâche, s. m. Litt. bac. Petite boite carrée dans laquelle le tis- 
serand met ses spoules; elle est à quatre compartiments pour 
les fils de différentes couleurs. 

Bâdii, s. m. 1° charretier au service d'une fabrique ; 2 n ouvrier 
foulon. 

Baianci, s. m. Litt. balancier. Liteau supérieur qui fait mou- 
voir les battants du métier à tisser. 



242 



'Balisons, s. m. pi. (suranné). Partie des rames ; c'étaient deux 
pièces rondes de chêne , l'une fixée à la partie supérieure des 
rames, l'autre mobile, à la partie inférieure, et auxquelles on 
attachait les pièces d'étoffe pour les étendre. « Wejmes avec ba- 
lisons d'en bas, montant et descendant, chevilles, trous, pertuis, 
hamaides, etc. » (Charte du métier, 1527). Aujourd'hui on se sert 
dans ce sens du mot serra. — Balisons devait aussi alors avoir 
la signification de pièce de bois en général, car dans une chro- 
nique du xvn e siècle , on lit que lorsque les pêcheurs accouru- 
rent d'Outre-Meuse pour combattre W. Dathin, ils brisèrent les 
balisons (barrières?) du pont des Arches. Cprz. le flam. balie. 

Banc, s. m. Même signification qu'en français. Pièce de bois 
soutenue par les patinels, sur laquelle le tisserand est assis à son 
métier. 

*Banqueter, v. a. (suranné). Nous trouvons ce mot dans une 
Charte du métier de l'an 1637: « Banqueter et sceller toute sorte 
de marchandises. » Il signifiait peut-être regarder au jour une 
pièce de drap pour voir s'il n'y avait pas de défaut. A cet effet, 
les rewards déroulaient la pièce sur une espèce de chevalet placé 
entre eux et une fenêtre de manière à voir tout le tissu. A 
Verviers cela s'appelle passer à l'pice. 

Banseier, v. a. Liter, c'est-à-dire couvrir d'une bande de pa- 
pier ou d'étoffe les lisières d'une pièce de drap avant de la faire 
teindre pour les empêcher de prendre la teinture; en effet, les 
lisières d'un drap servant à reconnaître sa qualité doivent con- 
server leur première couleur. Du flam. band, lien?— La rue des 
Banseliers, près de la Madeleine , à Liège, était habitée par des 
vanniers, fabricants de banses. — Du verbe banseier vient le s. f. 
banseleuse, femme qui fait l'ouvrage indiqué ci-dessus. 

Bâre, s. f. Litt. barre. 1° Pièce de bois sur laquelle s'appuie la 
poitrine du tisserand et par laquelle passe en premier lieu la 
pièce qu'il travaille ; 2° bâre di waine, pièce de charpente mobile 



— 243 — 

servant de traverse entre deux poteaux de rames ; 3° bâre, mau- 
vais fil sur la largeur de la pièce d'étoffe ou des draps, lorsque 
l'ouvrier se trompe. Comparez voie pour le sens. 

Bariafe, s. f. coupure, déchirure plus grande qu'un cinq dans 
une étoffe. Métathèse de balafre. 

Baronner, v. a. (Local et ironique). Lessive que la pauvre 
lileuse, n'ayant qu'un mouchoir, une chemise, etc., fait le samedi 
dans son bassin ou crameu, empesant son linge dans une bou- 
teille et le séchant sur son hauspleu qui tourne devant le foyer. 

Battant, part. prés. ; V. S tau. 

Battèie, s. f. Les peigneurs de laine appellent ainsi une por- 
tion de 20 livres ; c'est la quantité de laine qu'ils battent en une 
fois pour la nettoyer. 

Battoir, s. m. ou Batteuse, s. f., mots français et wallons 
désignant la machine qui sert à enlever les ordures qui se 
trouvent encore dans les laines lavées. 

Baie, s. f. Sorte d'étoffe de laine semblable à la serge ou à la 
bure. Elle prenait son nom , dit Hécart , de la couleur jaune 
(latin badins) qu'on lui donnait avec la graine d'Avignon. Baey, 
en flamand signifie flanelle. 

Baiette, s. f. (Ecrit anciennement bailhette, etc.) Etoffe de 
laine moins épaisse que la baye. « Les bayet doivent s'ourdir et 
enlamer à 1500 (ils pour ceux de 9 quartiers ou quartes de 
large (2 1 2 aunes de large sur 62 de long); de 1200 fils pour 
ceux de 2 aunes ; de 1050 fils pour ceux de 7 quartiers. » 
{Charte du métier, 1637). « On ne peut vendre xhafure s, bayettes, 
fourures, stain sur stain, rassettes ou kersées qu'aux membres 
de sa famille.» (Charte de 1527). Dans cette phrase bayette pour- 
rait bien signifier une étoffe dont la trame est composée de fil 



— 244 — 

et non de laine dont la vente était détendue ; dans ce sens le 
mot serait suranné. — En français bayette signifie une espèce 
de flanelle très-lâche, tirée à poil d'un côté. 

Bêche délie navette, s. m. Litt. bec. Armure de la navette du 
tisserand, formée de deux petites pièce de fer. 

*Berckmoese, s.f. Une charte de 1527 défend aux teinturiers 
d'employer cette substance pour teindre le drap. C'est peut-être 
le même mot que labnouse, bleu corrosif qui sert aux maçons. 

Bèriques, s. f. pi. Litt. lunettes. Trous dans lesquels tournent 
les pivots de l'axe du petit ansouple. Comparez le franc. 
besicles. 

*Bertoder, v. a. (suranné). Opération du foulon que nous ne 
pouvons déterminer. « Les foulons doivent les draps bien ber- 
toder et bien appointer de tous points. » [Charte du métier, 1527). 
Raquefort donne bertauder, couper, tondre irrégulièrement. 

*Bianc drap, s. m. Drap tissé et foulé, mais pas encore teint. 
« Le teindeur doit parfaire un drap qu'il a en primmeit (?) ou en- 
core en blan ou commenchiet à teindre. » (Charte du métier, 
1487). « On ne peut porter blancs draps aux tindeurs sans avoir 
été visités. » (Id. 1527). — On appelait aussi anciennement 
drap blanc, l'étoffe faite avec la laine des moutons tondus après 
laS'Remy; cette laine ne pouvait être teinte et le drap qui en 
provenait devait être vendu en blanc ; il s'appelait soie (saie ou 
serge) et hansecote, et servait à faire des draps de lit, des habits 
aux militaires autrichiens, etc. 

*Bieu drap, s. m. Drap teint en bleu soit en laine soit en 
pièce. Signifiait autrefois une étoffe d'une couleur quelconque 
teinte deux fois f la première en laine ou en échevaux , la 
seconde en pièce), par opposition avec le drap blanc. (V. la 
charte du métier de 1325). Cette distinction existait aussi en 



- 245 — 

Flandre : « Aile manière van blauwen ende van witten lake- 
nen. » (Charte de§ drapiers de Bruges, dans Gaillard, Ambachten 
van Brugge, p. 39). 

Bioquet, s. m. Petit morceau de bois servant à mettre le mé- 
tier d'aplomb. V. Stock. 

*Bockerane, s.f. (suranné). Ce mot est probablement une cor- 
ruption et métathèse de bouracan ; je ne l'ai trouvé que dans la 
phrase suivante : « Save, wastarde, phafurres, fistaines, bocke- 
ranes, zuwilich, fillets tissus et non tissus. » (1534, Recueil des 
chartes, n, 336. « Boucrant rouge » (Cart. de Bouvigne, I, 321). 
Roesserants dans Polain, Recueil des édils, I, 314. - V. Roque- 
fort bouqueran. Le mot français bougran est un tissu en toile, 
flam. bockerael, toile de chanvre lustrée. 

Boird, s. m. (Verviers). Litt. bord. Lisière, bout, extrémité 
d'une pièce de drap. Comparez lisi et citron. 

'Bonnette, s. f. (suranné). Espèce d'étoffe qu'on ne connait 
plus et que portaient autrefois les bourgeoises de Liège. « Une 
cotte de bonnette foreye de conin. » (1420. Bull, de la Soc. wall. 
t. vi, 2, p. 107). « Ung ron de bonnette foreit de verde scafar. » 
(1422, ibid.) 

Boubene, s. f. (A Verviers bobene). Litt. bobine. Fuseau ou 
boubinai chargé de fil, de laine, etc. Du latin pupa ? 

Boubinai, s. m. Fuseau de bobine; petit morceau de bois 
rond à rebords, destiné à recevoir la laine dévidée. L'exemple 
de Forir, Diction, « J'a l'ai refai m'boubene, car mi boubinai est 
cassé », ne se comprend pas bien. — A Verviers on emploie 
aussi boubinai dans le sens du mot boubene qui précède et dont 
il est le diminutif. 

Boubiner, v. a. Dévider, mettre le il 1 de la chaîne en éche- 
veaux ou sur une bobine avant d'ourdir. 



— 246 — 

Boubineu, s. m. Ouvrier qui fait l'action de boubiner, exprimée 
par le mot boubinège. — Signifie encore un grand dévidoir dont 
chaque côté mesure une aune et qui s'appelle aussi ourdiheu. 

Boudin (fi d'J, s. m. Fil produit par l'assortiment de la laine 
filée, et qui sert à faire du fil fin. 

Bouillon s. m. Brassin des teinturiers. « Ledit Gilles devoit 
tindre de bouilhon les draps. » (Charte du métier, 1447). «Jeter 
hors de bouillon. » (Idem, 1527). Hécart donne débouillement 
comme terme de teinturerie. 

Boûie à bouler, s. f. Instrument en bois avec manche, dont 
les teinturiers se servent pour ébruer le drap à la rivière. 

Boulet, s. m. Certain nombre de barres de laine peignée pour 
la dernière fois, roulées ensemble. 

Bouracan , s. m. En français baracan, bure, étoffe de laine 
rose et sèche, à chaîne très tordue. Comparez le français bourre 
{bourros , étoffe grossière) , espagnol et provençal borra , flocon 
de laine, du latin burra, singulier inusité de burrae, niaiseries. 
Le singulier présente le sens propre, le pluriel le sens méta- 
phorique. La même métaphore se rencontre dans le latin floccus 
qui signifie flocon de laine et bagatelle (A. Scheler, Dict. d'é- 
tymol. franc.) 

Boureiotte , s. f. Nœud, inégalité dans un fil de laine. Même 
origine que le mot précédent. 

*«oursu, s. m. (suranné). Étoffe que nous ne pouvons déter- 
miner. « Un noir cotreau doublé de boursu.» (J. Borgnet, cartul. 
de Bouvigne, i, 221). 

Bouseiège, s. f. Faux pli, gros pli rond dans une étoffe. 
Comparez le wallon bouseler, former bosse; bouseie, joufflu. 

Bouter jus, v. a. Terme de fabrique indiquant l'action d'é- 
quarrir à la rame. 

Bouts (drap de), s. m. pi. Drap fait avec des bouts ou déchets 



— 247 — 

de rame et de chaine, appelés queues et pennes. L'emploi sys- 
tématique de ces déchets a opéré une grande révolution dans 
la fabrication des étoffes, à la fin du siècle dernier. Un document 
authentique prouve toutefois qu'on s'en servait déjà en 1323. 

ureuse, s. f. (Verviers). Brosse dont on se sert pour épous- 
seter le drap et pour en coucher le poil. — D'où breuseti, v. a. 
Brosser, frotter, coucher la laine sur le drap. A Liège on dit 
hoveter. 

Bride, s. f. Belle corde que le presseur met à la lisère de la 
pièce. Ce mot est emprunté du français. 

Brisoir, s. m. Machine avec laquelle on sépare, en les brisant, 
les poils de la laine avant de carder celle-ci pour la filer. — D'où 
briseu, s. m. briseur, ouvrier qui fait le travail susdit. Ce mot 
est également emprunté du français. 

Broke délie navette, s. f. Brochette de fer ou de baleine qui 
traverse l'espolin dans une navette. 

Brunette, s. f. Teinte foncée, probablement brune ou garance, 
donnée à un drap ; pour cette préparation, l'étoffe devait préala- 
blement avoir été teinte en laine. « Brunette sanguine Monti- 
viller. » {Charte du métier , 1550). « Les draps donnés aux 
tindeurs pour les colorer brunette, tels tindeurs devront leur 
donner waize compétamment. » (Id. de 1527). V. d'autres 
exemples au mot waize. — Ce mot a désigné par extension une 
étoffe de couleur foncée. « Ung ron de brunette foreit de noyre 
saye. » (1435. Bull, de la soc. ivall. iv, 2 p. 101). « Ma heuke de 
brunette forée de wachet. » (1420. ibid. p. 107.) 

Bmsii, s. m. (suranné). Bois de Brésil, de Campêche, ou de 
Fernambouc servant à teindre le drap. On trouve ce mot avec 
les variantes brussi, brusille dans le recueil des chartes, u, 238, 
321, 327, 33(5. (V. Diez, v° brasile.) 

Bruskenne, s. f. Laine qui sans être teinte a naturellement 



— 248 — 

une couleur brune. Autrefois elle provenait surtout des mou- 
tons qu'on élevait aux environs de Diest et qu'on appelait 
minèmes, parce que le drap qu'on en fabriquait servait aux 
ordres mendiants et particulièrement aux Minimes. Ce drap 
n'était teint ni en laine ni en pièce. Quelquefois on mélangeait 
la laine bruskenne avec d'autres pour obtenir des laines variées. 
V. le mot minème. 

*Bruskin, s. m. (suranné). Drap teint bleu en laine ou drap fait 
avec de la laine bruskenne ? D'après une charte du métier 
de l'an 1527, son plein compte était de 1400 à 1700 fils pour les 
deux largeurs et le tisserand était obligé d'y mettre une blanche 
entrelatte, afin de pouvoir reconnaître s'il y avait waize perti- 
nente ou non. 

*eurat. s. m. (suranné). Buratine, popeline à chaîne de soie 
et trame de laine. « Camelots, burats, étamines, futaines. » 
v Polain, Recueil des Édits, i, 319). On s'est servi ensuite du mot 
buratene, et aujourd'hui on dit bure di soie. 

misai, s. m., ou busette, s. f. Litt. tuyau creux de sureau. 
Petite buse ou tuyau en fer blanc sur lequel on enroule l'époule, 
c'est-à-dire le fd, la laine, destinés à former la trame d'une 
étoffe. Comparez le mot fisêie. 

*isutane, s. f. (suranné). Etoffe commune? « Ungcotreal de 
futaine et ung de butane... (1422, Bull, de la Soc. wall. iv, 2, 
p. 107). 

c 

Cahotte di tindeu, s. f. (Verviers). Espolin, tuyau creu sur 
lequel les fileurs font leurs bobines. — A Liège, on désignait 
par ine cahotte, une pille de 80 liards enveloppés dans du 
papier. 

Caïamane, s. f. Étoffe de laine lustrée d'un côté comme le 



— 249 — 

satin ; elle était unie, rayée ou a fleurs. La première servait à 
faire les culottes des prêtres. 

Caiandrége, s. m. Action de faire passer les étoffes à la 
calandre, machine qui sert à les apprêter, lustrer, moirer, etc. 
Il n'y avait encore au commencement de ce siècle qu'une seule 
machine à calandrer à Liège, au pont S'-Julien. 

Cameict, s. m. Étoffe non croisée, rase et sèche, qui se fa- 
brique comme la toile et l'étamine sur un métier à deux marches ; 
on en fait de diverses matières et longueurs, connues sous 
différentes dénomimations. On l'employait autrefois comme dou- 
blure grossière et pour des habillements d'hiver. « Longe hup- 
plande de kamelin. « (lï'lG, Bull, de la soc. watt. t. vi, 2 p. m). » 
— Très-anciennement cette étoffe devait être estimée, car nous 
trouvons dans une obituaire de St. -Michel du xur siècle la 
phrase suivante : « Pro quo (anniversario) habet ecclesia quatuor 
dalmaticas, videlicet duas de albo panno damasco et duas de 
ûigro camelotto. » L'éditeur d'Et. Boileau {Chartes des métiers 
de Paris, p. 118) met en note drap fin à cette phrase : « Laine à 
tistre estanfort, camelin. » Roquefort définit le mot camelot : 
espèce d'étoffe de couleur brune. (V. Diez, v° cambellotto.) 

Campène, s. f. Nom donné à la laine du pays, de la Campine, 
Diest, etc. 

Canari, s. m. Laine que volaient les tisserands et avec laquelle 
ils fabriquaient des étoffes pour leur usage : Drèt d'eandri, drap 
fait avec de la laine volée. V. moud. 

"cardinal, s. m. (suranné). Espèce de drap très-fin. « Ung 
cardinal et ung oultrefin. » (Recueil des chartes, i, p. 282). 

Carpettes, s. f. Etoffe grosse, rayée et claire, en fil et en laine, 
dont on fait des meubles communs, des tapisseries et qui sert 
surtout aux emballages. On appelle carpette, en français, un 
tapis fait de cette étoile. 

17 



— 250 — 

Chaîne, s. f. Nom donné à l'ensemble des fils d'une longueur 
déterminée et en nombre fixé (pour la largeur) tendus sur un 
métier pour tisser une étoffe. 

Chamoise, s. f. Siamoise; étoffe demi-laine avec chaîne de 
coton; elle est de qualité inférieure à la flanelle. 

Cha;;ai, s. m. Litt. chapeau. Feutre, étoffe non tissée, faite en 
foulant la laine ou le poil. « Des semelles dî chapai. » 

chapitai, s. m. Litt. chapiteau. Ensemble de pièces de bois 
formant le dessus du métier et soutenant les deux balanciers, 
celui des lames et celui de la tête. 

Chef, s. m. Litt. tête. Bout par lequel on a commencé la 
pièce, opposée à la cowe, qui est l'autre bout. Li chef est la 
partie la mieux tordue ; c'est là qu'on met la marque. V. entre- 
batte. 

Gherpenne, s. f. Signifie en général une grande manne en 
osier. Celle qu'on emploie dans les fabriques de draps est munie 
de 2 ou 4 anses et sert à transporter la laine qui a été cherpeie{ 1 ). 

Cherpî, v. a. 1° Nettoyer, éplucher, enlever les ordures et les 
nœuds de la laine, l'ouvrir avant de la carder. Hécart donne 
carpir et écarpir. A Verviers on dit ételer. Du mot cherpî vient 
cherpikége, s. m., action d'ouvrir et d'éplucher la laine; et cher- 
piheu, s. m. ouvrier, qui fait ce travail. — 2° Mélanger, mêler 
ensemble des laines de deux ou trois couleurs différentes pour 
varier la qualité des étoffes ou les teintes. D'où fax on cherpi, 
faire un mélange. 

Chesse, s. f. Litt. chasse. Instrument avec lequel on serre ou 
chasse la chaîne dans la trame. 

Cheva.s. m. Litt. cheval. Faute qu'est exposé à faire, en 

(') Schcrren , flam. couper, hacher; benne, flam., panier;Jde là le composé 
scherf benne, panier à écarpir. Le fb est devenu p en wallon. Cprz aussi le latin 
carpcre lanam. 



— 251 — 

allant trop vite, l'ouvrier qui met la chaîne d'une étoffe sur 
Yourdiheu; c'est un tour de fil qui manque et qui doit être re- 
placé. C'est aussi un terme de maçonnerie : quand les briques 
ne sont pas bien reliées, elles sont à chevâ. 

chivrou, s. m. Litt. chevreuil. Fai chivrou, terme de fileur, 
se dit lorsque dans le mull-Jennv ou grand moulin , tous les 
fils se cassent à la fois. 

"cigoffe, s. f. (suranné). Laine de Ségovie? « Un chapeau de 
laine de Cigoffe. » (Polain, Recueil des édits, I, 336, 686). 

Cinq, s. m. Déchirure en angle faite dans un drap en le 
foulant; elle a souvent la forme d'un V. 

Citrou ou cinlrou, s. m. (Liège). Lisière du drap détachée de 
l'étoffe. Stochet d'citrou, chaussure en lisière. Autrefois on en 
faisait des bretelles et des jarretières. 

ciawer, v. a. (Verviers). Litt. clouer. Ramer les étoffes, 
mettre et tirer le drap aux waines. D'où claweu, s. m., ouvrier 
qui étend les étoffes sur les rames. 

ciichette, s. f. Levier en fer qui vient tomber dans les en- 
grenages du crené et fixe ainsi le petit enseu pour tendre 13 
pièce d'étoffe sur le métier. 

ciâ d'iaine, s. m., est encore en usage dans toutes les cam- 
pagnes aux environs de Verviers, et désigne un poids de laine 
égal à une livre. « Avoit donné un doux de laine à sa perde. » 
(1580, 16 nov. Jugements et sentences). 

Cockeneier, v. a. Teindre une étoffe à la cochenille. 

Coide d'enseu, s. f. Grosse corde qui se roule sur l'ensouple 
des tisserands. 

Coieude, s. f. Bout de l'étoffe auquel on rattache les fils ; 
lice attachée à la queue des trames pour ourdir les étoffes. 
Diminutif de coide. 



252 



Coller, v. a. Mettre de la gélatine dans la chaîne pour pou- 
voir la tisser sans la casser. 

cope, s. f. Tonte, coupe du poil au moyen des forces, façon 
donnée au drap en le tondant pour l'apprêter. Ce mot se trouve 
aussi dans une charte du métier de l'an 1527 avec le sens de 
coupure, déchirure faite dans une pièce de drap en tissant. 

*Corois ou courois (conrois?), s. m. (suranné). Ces mots se 
trouvent dans une charte du métier de 132o : « Drap à deux 
envers, à une ou à deux corois. » Drap muni d'une ou de deux 
lisières? Drap à lisière simple ou double? Ou bien encore lisière 
de différentes couleurs, à plusieurs raies? 

Coron, s. m. 1° Reste, bout d'étoffe. — 2° Bout de fil que 
tient la fdeuse en dévidant. — Ce mot, se trouve dans une charte 
du métier de 1435 : « Entrebat aux promirs coront. ou aux 
direns. » C'est-à-dire, bout de fil ou de laine pour jeter comme 
entrelatte ; li prumi coron est le premier fd placé dans la navette 
pour commencer la pièce ; le dernier qui la termine est li die- 
rain coron; après vient une entrelatte. 

Coronne, s. f. Litt. couronne. Dévidoir en bois formé de 
deux croix de S 1 André, et destiné à recevoir les fds de la trame 
pour être dévidés; c'était l'ouvrage de la hàspleuse. 

Cota di laine, s. f. (Liège). Toison, laine d'un mouton tondu 
dans la bonne saison; elle tient ensemble neformant qu'une seule 
pièce. A Verviers on disait autrefois d"vair (encore usité dans 
toute la partie ardennaise de la province de Liège), aujourd'hui 
toison ; à Mous en 1624 veaurie (Ann. de l'Acad. d , arch.de Belgique, 
XXI, 48). — Laine di cote, laine provenant d'un mouton tondu 
dans la bonne saison (à distinguer de celle qui provient des to- 
sais, de chez les paussiers, etc.), et, par extension, la laine la 
plus longue et la meilleure d'une toison. (V. Ecqui). « Draps de 
vilaines coxhes » {Charte du métier, 1527), drap fait avec de la 



— 253 — 

mauvaise laine, des mules cotes, données par des moutons gal- 
leux ou rogneux , ou tondus dans une mauvaise saison. — Le 
mot cote, s'est, aussi par extension, appliqué à la jupe, vête- 
ment de laine que portent les femmes du peuple. « Kottes d'es- 
querlates. » (/. â'Outremeuse , l. lll p. 233). « Une penne de 
conin qui astoit rostey d'unne cot. » (1425. Eckevins de Liège, 
IV, 80). « Et pour sa feme ossy bonne cotte que feme de Liège 
polsissc porteir sur ses espalles. » (1460, ibid., XXVI, p. 77). 

courreresse, s. f. Grande carde que l'on emploie pour garnir 
une étoffe de poils en tirant ceux-ci; ainsi nommée, par analogie 
avec le grand rabot dont se servent les menuisiers? 

Coveteu, s. f. Couverture de laine. Voyez les différentes es- 
pèces dans Lobet au mot kofteu. 

Coxhe. s. f. (suranné). V. le mot cote, et aussi une citation au 
mot grayt-mons. 

cramôné, s. m. (Liège). Mouton tondu sans avoir été lavé. 
D'où surge ou laine en suint, grasse, non lavée. Composé du 
wallon crûs ? 

Cranque, s. f. Se dit des écheveaux de laine, etc., qui se 
crispent, se frisent par les bouts. Du flamand kronftelen, se 
recoquiller? 

Crâs-cou, s. m. (Liégeois). Litt. cul gras. Epilhète grossière 
donnée aux peigneurs et lileurs de laine, toujours sales à cause 
de l'huile qu'ils mettent dans la laine pour la travailler. C'était le 
nom donné par les paroissiens de la Madeleine à ceux de S' Ni- 
colas, paroisse des teheux. V. Iïluhan cou. 

Crâse, s. f. Machine qui sert à préparer la laine pour être 
cardée et sur laquelle on jette de l'huile pour rendre le travail 
plus facile. De crus, gras. — De ce mot vient craseresse, s. f., 
femme qui prépare la laine. M. Grandgagnage attribue à ce mot 



— 284 — 

la signification de cardeuse; dans ce cas il pourrait bien être 
une métathèse de carder, en flamand kaerden. 

Crawe, s. f. (Liège). Grand vase en terre vernissée avec dé- 
versoir et deux anses, dans laquelle on spame ou rince les 
laines filées, très-fines. Comparez le wallon crawai qui paraît 
être un diminutif. 

Crené, s. m. Roue à dents de scie où jouent les deux pointes 
du tend pour diminuer le frottement et qui sert à fixer le petit 
enseu sur lequel on maintient^tendue la pièce à travailler. Les 
bouchers se servent du même instrument, mais ils l'appellent 
egin, engin. 

Crêteier, v. n. (Liége^. Faire de faux plis dans une étoffe. 
D'où cretelai, faux plis. Du latin crista, crête? 

*Créon, s. m. (suranné). Etoffe inconnue. « Une rauche de 
créon. » (1422. Bull, de la Soc. wall. vi, 2, p. 107). 

r.répon, s. m. (suranné). Etoffe inconnue. « Pour crêpons et 
velours au livre des 32 métiers présenté au bourgmestre Do- 
thée. » {Compte du magistrat). « Crêpons changeans, bleu, 
jaune. » (Idem de 1693). « Tafetas de France ou crêpons en di- 
verses pièce. » (Idem de 1743). 

Croiser, v. a. à Verviers kreuki. Tisser une étoffe à 3 ou 4 
marches pour faire du drap croisé. 

Cru drap, s. m. (L'expression est surannée; en wallon on dit 
dret échrou). Drap écru, comme il vient du métier, tissé mais 
non foulé. On peut considérer le foulage comme une espèce de 
cuisson. « On ne peut porter draps crus aux foulons s'ils n'ont 
été visités. » (Charte du métier, 1527). « Les wardens doivent 
désenurer (desevrer?) les lisières des draps crus, blans ou tin- 
dus, dans lesquelles ils trouveront des fautes. » (Ibid.) 

*Cuitier, s. m. (suranné). Revendeur. «Revendeurs, facteurs, 
cultiers, cultresses. » {Charte du métier , 1527). Comparez le 
français courtier. 



255 — 



» 



Damadion, s. m. (Liège). Etoffe de laine à fond jaune et fleurs 
rouges. Héeart lui donne le nom de camarou. 

Damas, s. ni. Etoffe de laine et plus souvent de soie à fleurs, 
introduite primitivement de Syrie. « Une rauche auvecque les 
manchettes batue d'argent de roige drap de damas. «1431, Bull, 
de la Soc. watt. , iv, p. 109). « Un manchet de drap de damas 
noir. » (Ibid.) 

Décati, v. a. Imbiber de vapeur d'eau et même simplement 
d'eau, une étoffe pour lui donner du lustre. Ce même mot 
s'emploie pour indiquer l'opération inverse, ôler le lustre d'un 
drap en humectant celui-ci. Autrefois chaque goutte de pluie 
s'attachait en bulle à une étoffe non-décatie. — D'où decatihege, 
s. m., action de lustrer ou de délustrer ; et decatiheu, s. m., ou- 
vrier qui fait ces opérations. 

Décraisser, v. a. Forme ancienne pour dégraisser, fouler, dans 
le Recueil îles chartes, I, 238. 

*Dcfardeier, v. a. (suranné). Déballer. Ce mot qui n'est pas 
proprement technique se trouve dans une charte du métier de 
l'an 1578: « Les wardens ne peuvent défardeler qu'à la halle 
packets de drap, n'ouvrir tonneas où draps, kersée ou xhafures 
seraient dedens packés. » Héeart donne enfardeler, empaqueter ; 
dans ce sens, on employait h Liège, le mot packer qui ligure dans 
la phrase Ci-dessus* et le mot empacker: « Cornet, hallier, avait 
empacké draps non sailleis en son stal et poticke. » i29 janvier 
lo40 , Jugements et sentences, n u 31). — Nous lisons aussi dans 
les privilèges des drapiers d'Ath : « Advant que (li inarchans) 
ayent fardelet leur drap. » {Bull, de la Corn., t. ix, p. 232). 

*Déseurer ou désevrer, \.2l. (suranné). Déchirer, ôter la lisière 
d'un drap. Ce mot est fréquent dans l'ancienne langue. Une 
charte du métier de 1527 porte deux fois, fautivement sans doute, 



— 256 — 

désenurer. « Les wardens doivent désenurerles lisières des draps 
fautifs.... Lisière désenuré par les wardens. » Comparez le ro- 
man desœuvre, desoivre, limite ; analogie avec la lisière d'un drap. 

*Devanti-ain, s. m. (suranné). Tablier. Les règlements défen- 
daient aux cardeuses de mettre des tabliers de lin pour s'occu- 
per de leur travail; ils devaient être de peau ou de cuir. [V. le 
mémoire sur le métier des drapiers). — Inepai d'vantrin, un tablier 
de cuir; dans les métiers où les ouvriers ne se servent que de 
tabliers de cuir ou de basane tannée, on dit mi pai et jamais mi 
vantrin. Aujourd'hui on dit vantrin à Liège et gârdeu àVerviers. 

Diboubiner, v. a. Décharger une bobine de sa laine et faire 
de celle-ci un écheveau sur le hlspleu. 

*Digh.edune en 1323, dikedunne en 1325, dighedonne en 1352, 
s. f. (suranné). Nous ne trouvons ce mot, dont nous ignorons la 
signification exacte, qu'à ces trois dates dans les Chartes du mé- 
tier. Dans le plus ancien de ces documents, on distingue trois 
espèces d'étoffes : le drap plein (uni), le drap rayé et le drap 
dighedune, ce qui nous fait croire que c'était une étoffe à car- 
reaux, d'autant plus qu'en 1352 on trouve « dighedonne blawes 
et blanches. » La pièce entière de ce drap devait mesurer 38 
aunes en 1323 et 40 en 1325. — Ce terme paraît d'origine fla- 
mande ; on le trouve plusieurs fois dans les keures de Gand. 
« Ene brede dickedinne lakene dat men niet en vaerwet... 
Ene brede dat men varemt(varwet?)... de selve lakene te verave- 
reehten nat. » (Huyttens, Recherches sur les corpor. gantoises, 
p. 192). « Wit, blawe ende ghemynghede dickedinne. » (Ibid. 
p.!97).« Item dat aile lakene, ofwel vanweet? of andere dicke- 
dinne, die drapiers vercopen zullen in de hallen. » (Ibid., p. 207). 
L'éditeur de ces keures ne donne pas, je crois, d'explication du 
mot. Du flamand dicke en dunne, épais et mince? Peut-être dans 
les étoffes à carreaux la trame était-elle plus épaisse que la 
chaîne, ou l'inverse. — Il existe une rue Tiquetonne, à Paris. 

Diriver, v. a. (Verviers). Erailler une étoffe en la tirant. 



— 257 — 

Divôre, v. a. Dévider ; mettre en éeheveaux le fi! qui est sur 
le fuseau, et en pelotons celui qui est en échcvaux {Définition 
de Forir). « Car qui iilhe merde, si covieutqu'ilh dévoile merde. » 
(J. d'Outremeuse, /. 111, p. 334). La métaphore est de meilleur 
goût dans la phrase suivante : « Henry de Dinant commenchat 
a devoure les fîsées et enflammoit'secréement le peuple.» (Ibid. 
p. 307). — A Verviers on dit aussi divoti. De divôre vient divoleu, 
s. m., ouvrier qui dévide, et instrument à dévider. 

Dôsser et edôsser, v. a. (Verviers). Plier une pièce de drap en 
deux sur sa longueur, de façon à ce que les deux lisières se tou- 
chent. Composé du mot français et wallon dos ? 

Drapî, s. m. Drapier, fabricant d'étoffes de laine ; anciennne- 
ment drappir (Hemricourt, Miroir des nobles, p. 201, etc.) — D'où 
draper, v. a., fabriquer du drap. « Draps drappés dans la cité. » 
Charte du métier, 1527). « Un ouvrier drapant. » (Idem de 
(1637) ; signifie aussi : filer au fuseau, faire des fils de laine à la 
main. — Drapai, s. m., chiffon, vieux morceau d'étoffe. — Dra- 
prèie, s. f. draperie, etc. 

Dret, s. ni. Drap, étoffe de laine tissée. — Dret et teule: drap 
tissé, tel qu'il vient du métier, avant d'avoir roçu aucun apprêt. 
V. cru drap. 

Droguet, s. m. Même sens qu'en français. Etoffe de laine et 
de lil ou de laine et de soie. 

*Droumme, s. f. (suranné). Etoffe inconnue. « Draps de la ville 
de Bruystem appelleis grises droummes.... vendre draps ne 
droummes. « (1479. Échevinsde Liège, t. 44, p. 129.) 

Drousse. s. f. ou droussin, s. in. Grande carde avec laquelle 
on donne à la laine son premier peignage. 

Droussette, s. f. Carde à la main dont on se servait pour don- 
ner à la laine un second peignage. Elle est remplacée aujour- 
d'hui par une machine, la première du cardage de la laine. C'est 



258 



un diminutif de drousse. — De ce mot dérivent drousser , ou 
droussi, v. a., carder, peigner la laine ; drousseu, s. m., ouvrier 
qui carde ; droussège, s. m. , action de carder ; droussèie, s. f., 
feuillet de laine cardée. 

Duffei, s. m. Sorte de drap fabriqué d'abord en Hollande. 

Dûte, s. f. Duite ; fil de trame que chaque coup de navette fait 
passer entre les fils de la chaîne pour former le corps, le tissu 
de l'étoffe. Dobe date, défaut de fabrication consistant en ce que 
le tisserand fait passer deux duites au lieu d'une, par un jet 
irrégulier de la trame dans la chaîne. — Un liard de Hollande 
{duit) s'appelait en wallon ine dùte : il ne valait que la moitié du 
liard de Liège. 



K. 



Ebaiier, v. a.. Emballer, faire un ballot de pièces de drap. 

Echrou, adj. Ecru, drap tel qu'il sort du métier. 

Ecqui, s* m. (Ecrit autrefois equé, eché, eki, eschet, etc. (V. le 
mot ache). Echeveau; autrefois il devait contenir 40 tours du 
dévidoir et il se nommait ecqui étant dessus , mais plus souvent 
enlevé de cet instrument, plié et noué au milieu. Aujourd'hui 
les écheveaux ont une longueur de fil variable. A Liège on dit 
aussi eché ; M. Grandgagnage, d'après Remacle, donne au mot 
eki une autre signification. — « Personne ne pourra acheter des 
laines filées appelées vulgairement esquis, queues ou pennes. » 
{Edit du 10 mai 1746). « Tisserands qui retiennent les filets 
vulgairement appelés queues et esquis. » (Idem de 1755). — On 
appelle ine cote d' ecqui, un paquet de laine très-fine avec laquelle 
on fait des jupes de moutonne. Le mot ecqui n'est plus guère 
usité aujourd'hui ; on se sert du mot hdspleie. 

Edreut (à /'), s. m. Beau côté d'une étoffe, vulgairement dit: 
l'endroit. 



— 259 — 

Efoixhes , s. f. pi. ( écrit anciennement eforches , efforces , 
effbiches, etc.). Forces, grands ciseaux avec lesquels on tond les 
draps, et généralement remplacés aujourd'hui par les machines 
dites tondeuses. «Laine de deux lbixhes de retondeurs. » {Charte 
de 1527, c'est-à-dire laine restée dans les ciseaux du retondeur 
à la deuxième tonte? Du latin forcipes. 

Eleresse, s . f. Femme qui triait, séparait les différentes qua- 
lités de laine, ouvrage qu'une autre machine, Véchar donneuse, 
fait actuellement. On dit éler les laines, les trier. 

*Em broyer et embroir, v. a. (suranné). Ces mots que l'on 
trouve dans une charte du métier de 1352, doivent désigner une 
opération des foulons : dégraisser le drap en le plaçant sous les 
marteaux du moulin à fouler, avec de l'eau et de la terre grasse? 
Ou bien, laver le drap à l'eau pure? Ce terme était aussi usité 
chez les drapiers d'Ath : « Li valleit qui esbroront le drap... 
Esbroeir.... ki esbroent. » (Bull, de la comm. royale dlnstoire, 
t. VI, 3, p. 499). On lit encore dans les privilèges des drapiers 
d'Ath : « Foulons ne polront nulz des dits draps embrower. » 
(Ibidem, t. IX, 3 e série, p. 224). M. Fourdin ajoute cette note : 
broué , brouet (brodium) , boue , ordure. Embrover, embruer, 
c'est laver le drap dans une dissolution de terre argileuse, mêlée 
d'urine. — Du wallon broyi ? 

*Fnberser (ou enverserl), v. a. (suranné). Autre opération des 
foulons qui n'est pas bien déterminée. Le terme se trouve dans 
une charte du métier de 1527. « Les foulons devront léalment 
foller, décraisser, et enberser. » Laver, fouler? Ou bien est-ce 
peut-être travailler l'envers d'un drap? Autrefois les habits ser- 
vaient beaucoup plus longtemps qu'aujourd'hui et le grand-père 
les transmettait très souvent à son petit-fils. (Voir les extraits 
d'anciens testaments, dans le Bull, de la Soc. wal., t. VI); mais 
on les retournait et il fallait pour cela que le drap fut aussi bien 
préparé à l'envers qu'à l'endroit. 



260 



Eniainer, v. a. Considéré isolément, ce mot semble signifier 
donner du poil à un drap, tirer sa laine à la surface avec des 
chardons ; mais le contexte d'une charte du métier de 1527 lui 
assigne le sens de enlamer ; eniainer serait donc une faute d'im- 
pression. Il en est de même pour la charte de 1637. 

Enlamer, v. a. Mettre en chaîné, mettre sur l'ensouple, our- 
dir. Se dit en parlant du nombre de fils dont se compose la 
chaîne, par exemple : une étoffe est enlamée 2000 fils. — 
« Celui qui voudra en plus grand nombre de fils enlamer son 
drap, le pourra faire. » (1527, Recueil des chartes, p. 234). 

Enseu, s. m. Ensouple. Petit enseu, rouleau sur le devant du 
métier à tisser à la main, sur lequel s'enroule le drap à mesure 
qu'il est fabriqué. Grand enseu, autre rouleau sur lequel est 
enroulé la chaine. 

Entrebatte, s. f. Chef ou commencement d'une pièce, fait de 
trame de fil et d'une autre couleur que celle du corps de la 
pièce; l'entrebatte forme une petite lisière dans le sens de la 
largeur de la pièce et sert à prouver que le drap a été teint en 
laine, puis en pièce, à mettre le nom du fabricant, à fixer la 
pièce sur le métier, à la tendre aux rames, etc. « Entrebat aux 
promirs coront ou aux direns » (Charte du métier de 1435). « On 
ne peut recosirtrou, lisier ni entrebattre déseuvrée par les 
wardens. » (Idem de 1527, dans laquelle on trouve encore ce 
ce mot écrit entrelatte, de même que dans le Recueil des 
chartes, p. 235 ; dans celui-ci , p. 162, on lit aussi endebatte. 
Entrebat, dans les Privilèges des drapiers d'Ath, Bull, de la 
comm. roy. d'hist., t. IX, 3 e série, p. 220.) «Les serges, etc. 
devront avoir aux deux debouts une endebatte de couleur. » 
(Idem de 1659). — On appelait frisette l'entrebatte de certaines 
étoffes à bouts de laine frisés , dont on faisait des balais pour 
enlever la poussière (Hécart). 

*Envers , s. m. (suranné). Drap qui n'a pas été tondu, qui a du 



— 261 — 

poil des deux côtés et qui peut se porter à l'envers ; c'est une 
étoffe commune qui servait aux incurables. « Drap à deux 
envers. » (Charte du métier, 1325). « Les foulons doivent le 
drap bien bcrtoder et bien appointer de tous points , beaux 
yvers (pour envers?). » (ïbid). — Aujourd'hui on se sert de 
l'expression à Fèviers pour désigner le côté le moins beau de 
l'étoffe. 

Epouti (passer à V), s. m. Teindre uniformément une étoffe 
mélangée de laine et coton. 

*£scariate, s. f. (suranné). Litt. écarlate, rouge. Drap tissé en 
blanc pur, puis teint écarlate. « Me cotte de skarlat foreye de 
soire vaire. « (Bull, de la Soc. watt., VI, 2, p. 107). » Mon cha- 
piron de squarlatte à copiihe. «(1438, ïbid. p. 115).» Kotte 
d'esquerlate. » (J. d'Outremeuse, t. III, p. 172 et 233j. On donnait 
aussi ce nom à tout drap fin préparé avec des couleurs de bon 
teint ; c'est ainsi qu'il y avait de l'écarlate noire, blanche, rouge, 
etc. « Blanke escarlatte. » (1328, Charte des drapiers d'Ath , dans 
les Bull, de la comm. royale (F histoire; 1. c). C'est avec ce drap 
blanc, le plus fin de tous, qu'on fait les robes des Dominicains; 
il se salit fort peu. « Brun scaerlaken strypten... rooden scaer- 
laken strypten. » (Charte des drapiers de Gand, dans Huyttens, 
Rech. sur les corpor. gantoises, p. 64). 

Esseigne, s . f. Litt. enseigne. Marque servant à indiquer une 
certaine mesure et appelée aussi autrefois plomb, poster-noster, 
stampe, etc. « À sa laine devra être un enseigne à cent. » {Charte 
du métier, 1527), c'est-à-dire qu'on devra mettre une marque 
après chaque centaine de fils. — Aujourd'hui la signification de 
ce mot s'est étendue à la chose mesurée elle-même et désigne 4 
aunes de chaîne de tisserand. 

Estain, s. m. V. stain. 

Eteier, v. a. (Vcrviers). Nettoyer la laine. V. cherpi. 



— 262 



v. 



Façonaire, s. m. Petit fabricant de drap travaillant à la façon; 
un capitaliste lui fournissait de la laine que l'ouvrier rendait en 
drap écru (V. Nautet, Notices historiques, t. III, p. 28.) « Les 
faconnaires à pleine ou demi façon. » (Polain, Recueil des édits, 
t. II, p. 304). Le mot né avec cette industrie est tombé avec elle 
et n'a été en usage qu'au XVII e siècle et au commencement du 
XVIII e . 

*Fausse draperie, s. f. (suranné). Mauvais drap ou plutôt drap 
fabriqué sans avoir observé les règlements; opposé à drap fidèle, 
léal, rewardé. «Faux draps faits avec laines déserables. » {Charte 
du métier de 1527). 

*Féauité {drap de), s. f. (suranné). Drap fait sur commande, 
non destiné au commerce, et fabriqué suivant les conventions 
et les désirs du bourgeois qui l'a fait faire et avec les matières 
fournies par celui-ci. « Drap de féaulté ou appelé féaulté, ap- 
partenant à un bourgeois pour le xhirer chez lui, à sa femme, 
enfants etmaisines. » {Charte du métier, 1527). C'était probable- 
ment le même qu'on appelait drap de maître, drap de seigneur. 
(V. Louvrex, 1. 1, p. 41). Voici deux autres textes où le sens du 
mot féaulté ne semble pas conforme à notre définition. « Ceux 
qui sont de nostre feaulteit. » {Charte de 1423). « Les personnes 
qui tisseront drap de notre féaulté seront tenues de faire une 
demi croix au milieu du drap à l'entrebat » (Idem de 1435), pour 
indiquer que le drap n'était pas destiné au commerce. 

Fesse de mesti, s. f. (Verviers). Lame de bois qui contient les 
fils de la chaîne d'un tissu, écartés les uns des autres. (Lobet, 
Diction.) 

Filer, v. a. Même sens qu'en français. D'où filereie, s. f., fila- 
ture, atelier où l'on file, et aussi le produit de ces ateliers, la 
laine filée que les Verviétois appellent également mais impro- 
prement de la filature. 



— 263 — 

Fiieresse, s. f. fileuse, mot qui se trouve déjà dans une charte 
de l'an 1527, et dans les privilèges des drapiers d'Ath. 

*Fiiet (écrit aussi filler, fillet, jileit, etc.), s. m. (suranné). Fil 
de tissage mis en écheveau (V. luispleie). « Le livre de tous li- 
iez de lin, d'ace ou de laine. » [PawiUart, n° 964 de l'Université 
p. 218). Ce tonne était aussi usité en Hainaut. « Pour le filet quand 
il y a deux livres, devra pour le hocquet 22 deniers. » (L. Dcvil- 
lers , Bull, de VAcad. d'archéol. de Belgique, t. XXI, p. 47, 48). 
Hécart cite un article d'un règlement de Valenciennes de 1624 à 
propos du même terme. — Filet au XV e siècle devait signifier 
aussi une espèce d'étoffe. « Une rauchc de lileit et une huge 
common. » (1416, Bull, de laSoe. wal., VI, 2, p. 105). 

*Fiione, s. f. (suranné). Débris, bouts de laine? « Les ouvriers 
vont chez les maîtres chercher des filonnes ou chaînes de laine 
pour fabriquer chez eux des sayes. » {Document de 1749). 

Flahe di tindeu, s. f. (Liège 1 . Instrument en bois courbé et 
plat, servant a battre le drap. 

Fiatte, s. f. Epouti, petite crasse que l'on ôte en épluchant le 
drap. A Verviers ont dit aussi dans ce sens gârdeu. 

Flocon, s. m., ordinairement employé au pluriel. Petites 
touffes de laine qui restent dans les cardes lorsque le peigneur 
chardonne le drap; on en fait des literies. Flockons dans les Pri- 
vilèges des drapiers d'Ath {Bull, de la Comm. royale dliist., t. 
IV, 3 e série, p. 221). Comparez nopes et spitares. — De là vient 
sans doute l'ancien mot flockenier, s. m., fabricant de mèches de 
chandelles. 

*Fioir (drap de), s. m. (suranné), se trouve dans une Charte de 
1325. Drap tissé avec des fleurs comme dessin? Une pièce en- 
tière de ce drap devait avoir 32 ou 40 aunes. — « Drap fait de 
fleur. » {Charte du métier de 4435) ; on veut peut-être désigner 
fiai cette expression du drap de maître fait avec tout ce qu'il y 



— 264 — 

avait de mieux en laine, la partie la plus fine de la toison, pei- 
gnée par les meilleures ouvrières, teinte en laine, en écheveau 
et en pièce ; ce drap non destiné au commerce, était réservé 
pour l'aire des cadeaux à des parents, à des avocats qui avaient 
l'ait gagner un procès, à des chanoines, etc. En 1825, la petite 
aune de Liège de ce drap valait de 50 à 55 francs. (V. un exemple 
au mot grayt-mons). 

Foier, v. a. 1° Fouler, battre et nettoyer une étoffe avec de la 
terre grasse et de l'eau. « Faisons défense à tous fouleurs de 
fouler draps. » (Polain, Recueil des éclits, II, p. 83); 2° action de 
l'ouvrier tisserand qui fait mouvoir les lames du métier avec ses 
pieds; 3° donner un apprêt aux étoffes en les pressant (Lobet). 
— De ce mot dans le premier sens dérive folereïe, foulerie, mou- 
lin à fouler; folereie à wahai, litt. foulerie à cercueil, où le drap 
est foulé dans de grands coffres avec des battants. 

Foyeter on dret, v. a. Plisser une pièce de drap avant de la 
presser; la mettre en feuillets. 

Foreure, s. f. Doublure. On employait à cet usage la laine 
des tosais , moutons tondus entre les premiers jours de sep- 
tembre et d'octobre. La charte de 1527 déclare qu'elle doit por- 
ter une lisière rouge pour la distinguer du drap. « Les draps 
condist forures se devront ourdir et enlamer a 1300 fils. » 
[Charte de 1637, Recueil des chartes, p. 235). — Aujourd'hui on 
n'emploie plus d'étoffes de laine pour les doublures. 

*Forhopé, adj. pris subst. (surranné). Fil de laine fdé inégale- 
ment et par conséquent de mauvaise qualité ; on ne l'employait 
que pour faire du drap de doublure. « Ne pourat ourdir chaîne 
de forures forhoppés. » {Charte de 1527 , Recueil des chartes, p. 
235). « Hors d'un forhoppé le tisseur ne peut jeter que 6 fils. » 
(Ibid.), c'est-à-dire que l'ouvrier en tissant ne peut hors d'un 
écheveau de ce fil, en jeter plus de 6 parce qu'il ferait trop de 
tort à son maître. « Sceel de forhoppé. » (Charte de 1570), 



— 265 — 

marque que l'on mettait sans doute sur les étoffes tissées avec 
du mauvais fil. 

Fusai, s. m. (A Verviers fisaie, s. f.) Petit fuseau en bois, 
comme une longue bobine , sur lequel on met la cbaîne. Hem- 
ricourt {Miroir des nobles, p. 341) écrit fisée. 

*Fustaine. s. f. Futaine, « Me cotte de fustaine. » (1420, Bull, 
de la Soc. watt., VI, 2, p. 107). « Trois dobles cappirons de lis- 
tâmes. » (Ibidem, p. 109). 

Frisette, s. f. Etoffe de laine gaufrée ou frisée. Hécart cite la 
plirase suivante : « Défendu à tous marchands et autres ache- 
tant les dictes bayes, de les faire fouler pour les convertir en 
frisettes... Les frisettes, façon d'Angleterre,, auront 4 fils de 
couleur rouge ou bleue, pour les distinguer des dictes bayes. » 
(V. Entrebatte). 



G. 



Gâde, s. f. Carde; garde dans la charte de 1527. — D'où gar- 
der, v. a., carder ; gârdeu, s. m., ouvrier qui carde la laine; 
gardresse, cardeuse, dans la même charte (V. Devantrain et 
Flate) ; gârdèie, s. f., feuille de laine cardée en une fois, prête à 
être filée. V. matelas. 

Geese, s. f. (Verviers). Sorte de levier qui, dans les ramages 
des étoffes, sert à faire baisser les traverses inférieures d'une 
rame, quand il s'agit d'élargir le drap (Lobet). 

*Grayt mons, s. m. (suraniié).Nous ne pouvons expliquer ce 
mot qui se trouve dans la phrase suivante : » Pour çascun drap 
fait degrayt nions, de fleur, de koxhe, de simple gris. » [Charte 
de 1435); grayt est peut-être mis pour gris et mons (?) serait en 
opposition avec simple; ces mots indiqueraient de la laine noire 
et blanche mêlée, tissée sans être teinte; le simple gris serait la 

18 



— 266 — 

partie la moins bonne de la laine mêlée. « Tous gris draps mê- 
lés. » (Charte de 1435). « Un gris drap meslé de deux laines se 
devra enlamer en 1300 fils. » (Idem de 1527). « Une hupplande 
de gris à petites manches. » (1435, Bull, de la Soc. wall., VI, 2, 
p. 101). V. mêlé. 



H 



*Haiiier, s. m. (suranné). Ce mot que l'on trouve dans Hemri- 
court, dans la charte du métier de 1323 et ailleurs, signifiait, 
non pas un drapier, un fabricant de drap, mais un marchand de 
drap possédant un stau ou établi à la halle. 

Harnais, s. m. pi. Marches d'un métier de tisserand. Ce sont 
deux leviers ou plus, en bois, maintenus aux hamelires et ser- 
vant à faire mouvoir les deux lames par la pression du pied que 
leur donne l'ouvrier. Ce mot paraît être un diminutif. Du latin 
scamnun, banc? 

Kaine, s. m. Petit banc à 4 pieds, sur lequel s'asseyent les 
petits garçons pour spouler. 

Hamelires, s. f. pi. Pièces de bois munies d'entretoisses et 
d'une cheville de fer , et auxquelles on attache les harnais pour 
les empêcher de glisser. On dispose quelques fois bout à bout 
deux systèmes semblables de boiseries pour faciliter le travail, 
ce qui s'appelle me dobe hamelire. 

Haasecotte, s. f. Bure, étoffe commune tissée avec de la laine 
blanche ; elle servait à faire des draps de lit, de la doublure et à 
d'autres usages domestiques; on la teignait quelques fois en 
vert pour faire des rideaux d'alcove, les gordennes des lits dans 
les hôpitaux, etc. « Chaque pièce de saye, hanskotte, rassette et 
semblables étrangers, doit être visitée. » {Charte de 1589). « La 
large hanskotte doit être ourdie à 1800 fils, l'étroite à 1700 au 
moins. » (Idem de 1637). « Les hanskottes larges devront avoir 



— 267 

6 quartes de large et 62 aunes de long; les étroites îî quartes de 
large. » (Idem de 4659). On trouve ce mot dans Louvrex, t. III, 
p. 358, dans Polain, Recueil desédits, t. I, p. 361, etc. 

Haspe ou hàspien, s. m. (a Vcrviers hesse). Asple, dévidoir, 
machine en bois servant a former le fil en écheveaux, en le reti- 
rant de dessus la bobine. Du flamand haspe, haspel, cabestan, 
dévidoir. — De ce mot viennent 1° haspler là Vcrviers hespler), 
v. a., dévider les époules sur le hesse ou hâspleu, sur lequel le 
fil se forme en écheveaux. On dit d'un homme qui se dandine: 
il hâspleie tôt rottant. (Comparez hasjri , Diction, de Villers , de 
Malmedy) ; 2° hâspleie, s. f. (sous-entendu laine), écheveau. V. 
ecqui\ 3° haspleu, s. m. Y.Haspe; d'après Hécart ce mot signifie 
aussi l'ouvrier qui dévide. V. Coronne ; 4° hâspleuse et hespule- 
résse, s. f., ouvrière qui fait des écheveaux. 

*Hasrongis (valet), s. m. (suranné). Nous ignorons complète- 
ment la signification de ces mots qu'on lit dans une charte du 
métier de 1325, à propos des ouvriers foulons. « Les varies bas 
rougis de mestirs de foleries... Peticions que li varies lias ron- 
gies faisoient à leur maistre... Tous varies de mestir de folerie 
si ke bas rongis aront awit sous... S'ilh avenoit aires bas di- 
vers avenist endis mestirs de folerie, etc. » 

Hausse délie lame, s. f. Lame de bois d'un pouce d'épaisseur, 
dépassant la largeur de la chaîne et servant à tenir écartés les 
fds qui se croisent sur elle. Le français hausser , mettre plus 

haut ? 

Hé, s. m. Fourche ou trident à dents recourbées, servant a 
remuer dans la chaudière la laine qui prend la teinture. 

îierna, s. m. Système de lames ou filets de cordes dans les- 
quels entrent les fils de la chaîne; les deux lames formant le 
herna constituent toute la partie intérieure du métier. « Dans les 
hernas el xhanchillons où l'on tisse les draps étroits. » (Charte 
de 1571 ; ces métiers, pour les petits draps, s'appelaient autre- 



— 268 — 

fois harnaps de stroit. « Les rooz et les hernaz des drapiers de- 
vront être tissés généralement en 2100 sur le hansion de 22, 
dans lesquels ils tisseront les sayes susdites. » {Règlement de 
1700; Louvrex, t. III, p. 356). 

Hesse, s. f. V. Haspe. 

Hirâde, s. f. Déchirure, accroc fait dans une étoffe. « Les 
tindeurs doivent dédommager suivant la quantité de la xhireur 
ou rompure. » {Charte de 1527). On trouve dans ce même 
document les mots xhirer, deshiivr ou rompre, et zhirer, hirars, 
dans J. de Stavelot, p. 499 ; désirant draps dans le pawilhart, 
n° 964 de l'Université, 1328. — Apocope. 

Hiaireure, s. f. Litt. clairure, éclaircie; endroit plus mince, 
défaut dans un drap mal tissé. 

Hoppe, s. f. (suranné). Nœuds, bourre de laine? « Draps faits 
de hoppe de laine. » {Charte de 1435). Comparez le français 
houppe. 

I. 

infleure, s. f. Litt. enflure. Trame mal filée, lorsque les fils 
ne sont pas d'égale grosseur. 

inveioppe, s. f. Baline, grosse étoffe de laine qui sert à em- 
baller les marchandises. 



Jacquard (prononcez d'jakâr), s. m. Métier de tisserand in- 
venté par Jacquard. 



Kariot, s. m. Rouet qui servait à filer la laine avant l'inven- 
tion des machines que l'on emploie aujourd'hui. D'où karioter, 
filer la laine. 

*Karzée, Jsersée, carsée, carisée, etc. (suranné). Bure, grosse 



— 269 — 

étoffe commune en laine. « Les carsées doivent être ourdies et 
enlamées à 1500 fils et demi au moins. » (Charte de 1637). « Kcr- 
sées doivent avoir cinq quartes de large, 62 aunes de long et 
être ourdies à 1600 fillets ; les étroites à 1500. » (Idem de 1659). 
En français carisset signifie une étoffe de laine croisée. 
Keueiie, s. f. Bois sur lequel le boudin est enroulé. 

Kibrodt, v. a. Chiffonner une étoffe, en ôter le lustre en la 
maniant. 

Laine, s. f. (anciennement layne, laisne). Poils de moutons 
dont on fait le drap, les étoffes. — Laine jârdeuse, laine jarreuse, 
où l'on trouve entremêlés de longs poils blancs et raides comme 
des soies de porc. On trouve dans Et. Boileau la phrase sui- 
vante : « Ne puet mètre nul garl en oevre, file gardeurs et laine 
jârdeuse. » — D'où : 1° lainège, s. m., lainage, façon donnée au 
poil du drap avec les chardons qui tirent la laine ; 2° lainer, 
v. a., carder, donner du lainage au drap. « Un folon ne peut 
laisner de garde de fer.» (Charte de 1527); 3° laineu, s. m., 
ouvrier qui donne le lainage au drap. 

Lame, s. f. Lisse, pièce mobile d'un métier à tisser, formée 
de tringles ou liteaux de bois, d'une longueur égale au tissu 
qu'on veut fabriquer (V. Lobet). Les boulangers se procurent les 
vieilles lames pour nettoyer leur four. 

*Lansure, s. f. (suranné). Déchets que les maîtres donnaient 
peut-être en paiement aux ouvriers. « On ne peut donner laines 
peignées, ni lileit, ni chaîne, ni lansures a ses serviteurs. » 
(Chartes de 1527 et de 1700). Hécart cite aussi ce mot (v. plus 
loin saïette) , mais ne l'explique pas. Ce mot est peut-être le 
même que Uchurre dans la phrase suivante : «Une ensengne de 
une duitte de fil de lin ou de lichurre entrant dedens les dis 
draps. » {Privilèges des drapiers d'Ath, dans les Bull, de la corn, 
royale dliist., t. IX, 3 ,ne série, p. 226) : on appelle lichure un 



— 270 — 

assemblage de fils dont une liche (lisse; est. composée (note de 
M. Fourdin). 

*Larder, v. a. (suranné). Tirer, tendre? « Que personne ne 
présume larder ses draps aux wendes. » (Charte de 1527). Ce 
même mot existe dans les Privilèges des drapiers d"Ath (t. IX, 
p. 229). 

Largeur, s. f. Même sens qu'en français. Largeur d'une étoffe. 

Lisette, s. f. Petite boîte où l'on met la navette qui contient 
l'époule. Diminutif du wallon lâse. 

Latte, s. f. 1° Tringle en bois portant les fils de fer dans les- 
quelles on place les bobines. 2° latte, partie du métier qui sert 
au tisserand à conserver partout la même largeur au drap. 
Lattre dans la charte de 1527 et dans le Recueil des chartes, p. 
235. 

Lavoir, s. m. Machine à laver la laine; s'applique au drap lui- 
même avant ou après le foulage. — On trouve ce mot avec le 
sens de lavage dans une charte de 1352. « Un maître folon ne 
peut faire que 3 lavoirs par semaine. » 

Lefgot, s. m. Litt. boudin. Laine qui sort de l'appareil en 
forme de boudin roulé ou d'escargot. — Machine à lefgot, ma- 
chine à boudin, à andouilles ; appareil d'invention récente adapté 
aux assortiments de filature. 

Légal, s. m. (Verviers). Lingard, fil qui sert à réparer ceux 
qui se rompent en tissant le drap. 

Lice, s. f. Ficelle qui maintiennes fils de la chaîne au dessus 
des bâtons de croisures du métier à tisser le drap. « Ne pourra 
ouvrer à la haute liste de fiere, de épenickes, de bocques ou à 
la gueule de faire fettes , ny chapeaux. « (Charte des flockeniers , 
dans le Recueil des chartes, t. II, p. 321). — Autrefois ce mot in- 
diquait le fil d'une couleur différente de celle de la trame jeté 
dans la largeur de la pièce. Lorsqu'un tisserand profitait de la 



— 271 

permission que lui donnaient les rewards de faire son drap plus 
long que la loi ne le fixait, il devait « jeter une lice tout outre 
apparente pour éloigner tout soupçon de fraude. » (Charte de 
1527). 

Ligueu, s. m. Verdillon, perche qui tient la chaîne du tisse- 
rand en drap, rouleau de renvoi. — On lier di ligueu, signifie h 
Liège, un fer à repasser. 

Lisî, s. m. (Verviers). Lisière, bord d'une étoffe. Autrefois on 
employait aussi ce mot à Liège : « La lisire de let drap. » 
(Recueil des chartes, p. 234). « La lizire d'un faux drap serat 
xhirée d'un coron a autre ossi avant que la faute sera. » [Charte 
de 1527). V. Boird, Citron, etc. 

Lisser, v. a. (Faute pour tisser'/) « Les roos et hernoz devront 
être lissés généralement en 2100 sur le hansion de 22. » [Règle- 
ment de 1700). 

*L.ivrea, s. m. (suranné). Poids de 12 livres servant autrefois 
d'unité pour vendre la laine. « Il est défendu de porter les pes- 
sants condist livreaux hors de la cité pour peser laines. » {Chartes 
de 1527 cl V'.QQ). « Avoir poisé 26 livrars de laynes. » (1580 , 
Jugem. et sent.). On trouve aussi ce mot dans les pawilharts. 
Ailleurs on employait le mot pierre traduction de l'anglais stone 
qui signifie une pierre et un poids de 14 livres. 

Lonhai, s. m. (Liège). Peloton produit par un écheveau que 
l'on a dévidé. En rouchi : boulot. 

Loquette, s. f. (Verviers). Laine courte de mouton tué. 



il 



Mabré {drap), adj. (suranné). Mabre, espèce d'étoffe marbrée, 
chinée, de diverses couleurs. (V. Ducange mabretus, mebretus). 
« Dras mabreis. » {Charte de 1325). « De mabrez, estanfors et 



— 272 - 

de tous draps à lisières. {Règlement de 1405, dans le livre d'Ét. 
Boileau). 

Machet, s. m. Ouvrier teinturier ou laveur de laine en général. 
Celui qui teint la laine s'appelle tindtu, celui qui les lave, laveu; 
le mot machet s'applique à tous deux. 

Macquerai, s. m. Instrument en forme de râteau avec lequel 
on allonge le drap aux rames; ainsi nommé parce qu'il donnait 
à l'étoffe plus de largeur qu'elle n'en devait avoir ? La signifi- 
cation ordinaire de ce mot étant : sorcier. « On ne peut doré- 
navant plus employer l'instrument appelé macrea pour attacher 
la tête de l'étoffe à la wende. » {Charte de 1527). 

Mahaing, s. m. Défaut du drap. On trouve ce mot dans une 
charte de 1650 et dans le livre d'Ét. Boileau. Comparer le 
wallon mehain, dans le Diction, de M. Grandgagnage. 

Maho, s. m. (Verviers).Drap de laine, léger, de couleur claire, 
etc. (V. Lobet). 

Maherer les drets, v. a. Litt. noircir. (V. Grandgagnage, 
Diction.). Lorsqu'on teint en drap, non en laine, il se trouve des 
petits points restés intacts , qui n'ont pas pris la couleur; on 
enduit ces points d'une espèce d'encre, afin de rendre le drap 
complètement noir. 

Majesté {laine), subst. pris adjectivement; (suranné). Laine la 
plus fine, celle qui venait d'Angleterre. On trouve ce mot dans 
une charte de 1352. 

Mâiiiettes, s. f. pi. Maillons; petits disques ovales en acier ou 
en cuivre munis de trois trous et servant à attacher les fils de la 
navette dans la laine ; le trou du milieu est celui par où passe 
le fil de la chaîne. La fabrication de ces maillons, qui ne servent 
qu'une fois, a lieu à Spa. Un sieur Hans, mécanicien, a inventé 
une machine qui en produit plusieurs milliers par heure, et qu'il 
expédie même aux fabricants de soieries à Lyon. (Renseign. de 
M. A. Body.) 



273 



Manowe, s. f. Centaine, bout de iil par lequel on finit un 
éehcveau qu'on dévide et avec lequel on lie celui-ci dans le 
milieu pour le maintenir. 

Mantai, s. m. Litt. manteau. Commencement d'une pièce de 
drap avec l'entrebande où se trouve le nom du fabricant; c'est 
la première partie ourdie qui s'enroule sur l'ensouple et sert 
comme d'enveloppe , de manteau à la pièce. Cette partie, qui 
mesure 2 ou 3 aunes sur 28, est la meilleure de la pièce, parce 
qu'à mesure que l'on avance, la trame s'allonge par le poids et 
les fils deviennent plus faibles. — D'où manteler, v. a., plier une 
étoffe, l'envelopper dans le manteau, la marquer avec de la 
soie avant de la mettre dans le sechet. 

Marchotai, s. m. Petit fabricant de drap, travaillant le plus 
souvent pour le compte d'autrui. 

Maringo, s. m. Étoile de laine couleur violet foncé, avec des 
points de soie. 

Marquiresse, s. f. Marqueuse d'étoffes, femme qui inscrit sur 
le chef d'une pièce de drap avec de la soie ou du coton, le nom 
du fabricant. 

Matelas, s. m. Laine qui sort de la droussette et passe succes- 
sivement par trois machines différentes pour devenir fil de 
boudin. 

Mêlé {drap), adj. Chaîne de drap mélangée, collée pour faire 
du drap mêlé; drap où se marient en dessins différentes cou- 
leurs ; drap commun teint en laine et pas en pièce. « Drap 
melleis. » {Charte de 1325). «Tous gris drap melleis et tous 
bleuwe aussy melleis, » ( Idem de 1435), c'est-à-dire mêlé de 
blanc. « Un gris drap mêlé de deux laines (fait avec des laines 
noire et blanche mêlées), doit être enlamé de 1300 fils ou plus 
et peut avoir telle longueur qu'on veut. » (Charte de 1527). « Me 
cotte de melleit foreie de patte de meire. » (1420, liull.de la Soc. 
wall., t. VI, 2 p. 107). « Se heukial de meleit foreit d'azuré. » 



— 274 — 

(1422, ibid.) Finalen gemingden... breede gemingden... smale 
gemingden. » (Espèces de draps fabriqués à Gand de 1314 à 
1400, dans Huyttens, p. 64). « Gheminghet laken daer de moeder 
bleau of es... glieminghet wit laken. » (Gaillard, Ambachten van 
Bragge, p. 39). 

Ménager, s. m. (suranné). Maître drapier, tenant ménage, 
et employant un apprenti. « Chaque drapier et ménager paiera 
un liard par pièce aux wardens. » {Charte de 1671). 

Minéme, s. in. (Liège). Mouton dont la laine est brune; d'où 
la laine beigne, bège ou brune elle-même. V. Bruskenne. 

Mintons, s. m. pi. Litt. mentons. Corbeaux en bois qui sou- 
tiennent le grand ensouple. 

Miseiaiue, s. f. Etoffe commune de fil et de laine mélangés 
avec laquelle on habille les pauvres de Reickem, etc. De l'italien 
mezzalana, mi-laine. (Grandgagnage, Diction.) Hécart donne 
aussi meselaine. 

Moiin, s. m. Moulin à filer. Autrefois on appelait grand molin 
celui qui servait à filer les écheveaux et petit molin celui que les 
femmes employaient pour filer la laine au coin du feu ou sur le 
seuil des maisons. Aujourd'hui le grand moulin est la mull- 
jenny, opposé à celui qui existait avant l'invention de cette ma- 
chine. 

Monter li stau, me chaine, v.a. Embrever un métier, rappro- 
cher toutes les parties de son armure et le disposer pour tra- 
vailler. 

Mortain, s. m. (Liège). Laine des moutons morts. On l'appelle 
aussi moëte laine. Morine dans les anciens documents signifie 
mouton mort de maladie. A Verviers on dit pelades qui ne s'em- 
ploie qu'au pluriel. 

*Mostier viiieir, s. m. (suranné). Drap fait pour ou par les 
templiers de Villers ? « Drap gris appeleit mostier villeir ou 
bleuwe. « (Charte de 1423). 



- 275 — 

Moûd ? g. m. (Liège). Echeveau de fil de laine que les ouvriers 
volent aux fabricants de drap. V. Canari 

Mouiton, s. m. Molleton, étoffe drapée, tirée à longs poils, 
bleu ou brun foncé. On en faisait autrefois des camisoles et des 
pantalons d'enfants. 

Moutonne, s. f. Sorte d'étoffe de laine a raies bleues ou rouges 
et qui ne sert qu'a faire des jupes de paysannes. On en fabrique 
encore a Liège sur des métiers à la main. 

*Muson, moison , muyson, million, etc. (suranné), s. f. Mesure, 
moisson du drap; longueur de la chaîne. « Draps enthiers de 
moison. » (Charte de 1323), pièce de drap entière. On trouve 
ce mot dans la charte de 13o2, dans celle des drapiers d'Ath, 
etc. — V. Ducange v° moiso 1. 



K. 



Navette, s. f. Instrument des tisserands pour faire courir le 
fil de la trame sur le métier. 

Nez, s. m. Ce qu'il reste de laine filée sur la bobine de la mull- 
jenny: déchet. 

Noki, v. a. Nouer la chaîne sur le métier, l'attacher pour la 
travailler. — D'où nokeresse, s. f., femme qui fait cette opéra- 
tion. 

Nope, s. f. Bourre, tontisse, nœud qui se trouve à la surface 
du drap après la fabrication et que l'on enlève par la tonte ; elle 
sert à faire des tapisseries veloutées. « Personne ne peut presser 
noppes sur les draps sous peine de confiscation. » [Charte de 
1527). « Noppes de follons. »(1534, Recueil des chartes, II, 337), 
— D'où 1" noper, v. a., énouer le drap, enlever avec des pinces 
les nœuds, époutis, etc. ; noper es lavège, noper en maigre 
après le lavage du drap; noper es clawège, nettoyer le drap en 
dernier lieu ; 2° nopège, s. m., action d'énouer le drap ; 3" nopetk ', 



— 276 — 

s. f., pinces fines et flexibles servant à énouer le drap; 4° nope- 
resse, s. f., nopeuse, ouvrière qui enlève les époutis des pièces 
de drap; ce mot, ainsi que noper, se trouve dans les Privilèges 
des drapiers d'Ath, {Bull, de la Comm. royale d'hist., t. IX, 3 me 
série, p. 222). 

Noret, s. m. (Verviers). Grand cachemire ayant 1 1/2 aune de 
long et 1 de large, brodée au métier par les deux bouts , etc. 
(V. Lobet). — A Liège noret signifie mouchoir. 

o. 

Oirseiie, s. f. Oirseille, noir de fumée que l'on obtient par le 
bois de vigne; la charte de 1527 défend aux teinturiers d'em- 
ployer cette matière pour la teinture du drap, parce qu'elle ne 
tient pas. Ce mot est écrit orzée dans le Recueil des chartes, 1. II, 
p. 317 et 321. — Comparez le flamand zwartsel, suie, noir de 
fumée. 

Ostnie, s. f. (suranné). Métier à tisser. Le français outil? 

Ori, orire, s. f. (suranné). Lisière; c'est plutôt une entrebatte 
de 2 ou 3 fils contre la lisière. 

*Ouitrefm, s. m. (suranné). Espèce de drap très-fin. V. un 
exemple au mot cardinal. 

Ourdï, v. a. Ourdir une chaîne, disposer les fils de laine sur 
le grand dévidoir carré qui mesure une aune de chaque côté 
pour faire la chaîne. « Nul drapier ne porat ourdir chaîne de 
forure forhoppés, en quoi ait plus de deux fils de blan estain 
dedens une demi portée courante sur la lattre, et dedans une 
large 4 fils. » {Charte de 1527). — Ourdi aile comme, ourdir avec 
des dévidoirs pour remplacer la fiseie. — D'où : 1° ourdihège, 
s. m., action d'ourdir, première opération qu'on fait subir aux 
fils avant de tisser la pièce; 2° ourdeu, s. m., machine de bois 
sur laquelle on ourdit; 3° ourdiheu, s. m., grand dévidoir ser- 



— 277 — 

vant à mesurer et à préparer la chaîne, et aussi : ouvrier qui 
ourdit. — A cette famille se rattache probablement le mot 
outoire qu'on lit dans la phrase suivante : « Qui donnist à plu- 
sieurs compagnons de stain, traimes d'outoires. » {Recueil des 
chartes, p. 284) ; mais il doit être mal écrit. 

Oûve, s. f. (Verviers). Fassure, partie de l'étoffe fabriquée 
entre l'ensouple, le peigne et la lame, etc. (V. Lobet). — A Liège 
on connaît l'expression divin et fous ouve. 



Paitot, s. m. Anciennement habillement d'homme en forme 
de tunique grise : « Una tunica grisea vulgariter paltot dicta ; 
item unum dalphinum panni lanei. » (1473, Décrets capitulaires, 
n° III, p. 166 v°.) 

Panais, s. m. pi. Pièces de bois dans lesquelles roule le petit 
ensouple. 

Panne, s. f. Étoffe ordinairement lignée imitant le velours; 
velours d'Utrecht fait à Liège avec de la laine. 

Paquetiresse, s. f. Empaqueteuse; femme qui réunit plu- 
sieurs écheveaux en laine et en fait un paquet. 

Parer me chaîne, v. a. Empeser, coller une chaîne avant de la 
tisser. Autrefois ce mot signifiait orner, lustrer une pièce de 
drap avant de la mettre en vente ou peut-être fouler? « Dras 
crus ou parés. » {Charte de 1527). « Fouller et parer. » {Charte 
des Drapiers iïAth). « Parer drap... salaire des pareuses de 
drap. » (Dans le livre d'Ét. Boileau.) 

Pas, s. m. (Verviers). Passage pour la navette dans la chaîne 
de l'étoffe ; levée de la chaîne de l'étoffe, mouvement d'une 
marche de tisserand. 

Pas di chet, s. m. Défaut dans le drap fait pendant le tissage et 
occasionné par des fils qui se nouent ou qui faufilent. « S'il y a 



278 



des pattes de chat de trois sorfils au plus, le tisseur payera une 
amende. » (Charte de 1527). 

Passe-pîd, s. m. V. aweies. 

Patinet, s. m. Corbeau en bois sur lequel s'appuie le banc 
d'un métier à tisser à la main. V. banc. 

*Pauflcht, s. m. Pieux et fagots d'épines que l'on mettait 
autour des waines pour empêcher les chats d'y entrer et d'aller 
déchirer les draps pendus aux rames. Vieux français, pa/fut, 
pafice, pieu. 

Peçot, s. m. Morceau, coupon d'étoffe de 10 à 14 aunes de 
long. La petite halle aux draps de la rue Sainte-Ursule s'appelait 
Il halle aux peçots, parce qu'on n'y pouvait vendre que des 
coupons. Écrit pechot dans la charte de 1527. Diminutif de p'ece. 

Peigne, s. m. Instrument dont on se sert pour apprêter la 
laine ('). La charte de 1527 où ce mot est écrit pigne, dit qu'il 
devait avoir 1 75 aune de long et 20 dents au moins. « Avant le 
cop de peigner » (Recueil des chartes , p. 233) , c'est-à-dire 
avant de commencer. D'où peigmu, s. m. (Liège), ouvrier qui 
peigne \a\-A'me.Pineresse, s. f., peigneuse (Privilèges des drapiers 
d'Ath). — Alote po les peigneux est un terme de mépris populaire 
dont j'ignore l'origine et qui équivaut, dit-on, à : je m'en moque. 

Peignon, s. m. Laine courte qui reste dans le peigne après le 
peignage ; on l'emploie à la fabrication des draps ordinaires 
après leurs réunions aux fils. 

Pelade, s. f. (Verviers). V. mortain. 

Peiards, s. m. pi. Laine de mauvaise qualité que la carde ra- 
masse lorsqu'on carde la laine pour faire des matelas. 

Peiare oupelege, s. f. Défaut dans le drap où la tonte s'est laite 
trop près; endroit d'une étoffe amincie par la morsure des vers, 
etc. 

(') Peigner et carder sont deux opérations différentes: la laine peignée sert à 
faire des étoffes fines, des mérinos, etc. ; avec la laine cardée on fabrique les draps 
dans le genre de Verviers. 



— 279 — 

Pelin, s. m. (suranné). Laine trop courte provenant de tosais, 
enlevée d'une bête morte ou détachée par la chaux. « Avec les 
pellins pelés après la St-Gilles, on pourra faire des fourures, et 
avec ceux pelés après la St-Remy, du drap ; mais ce drap ne 
pourra être teint ni vendu ; il sera usé par le fabricant et sa fa- 
mille. » {Charte de 1527). Hécart donne dans le même sens les 
mois pleye et plis. 

Pennes, s. f. pi. Bouts qui restent de la chaîne et qui n'ont 
pu entrer dans la composition de l'étoffe. « Draps de pennes. » 
{Charte de 1323). « Queue et penne de chaque enseigne. » (Polain, 
Recueil d'édits, II, p. 303). V. un autre exemple au mot Ecqui. 
— Penne doit aussi autrefois avoir signifié une espèce particu- 
lière d'étoffe ou de fourure. « Deux pennes de gros veir qui point 
n'astoient aux cottes attachiés... une penne de conins. » (1425, 
Echevins de Liège, IV, 80. « Une cotte de violeit forée d'une 
penne devaire. » (1416, Bull, de la Soc. wall., VI, 2, p. 105). 
« Une robe de melleit sans penne. » (1437, Ibid., p.) — En 
1392 la halle deFéronstrée était appelée « la grande halle aux 
pennes. » {Cour féodale, n n 44, p. 4ov°). 

Pice passer aile), s. f. (Verviers). V. banqueter et aweies. 

Pice-cou, s. m. Litt. pince-cul. Nom wallon de la bardane. 
Les fileurs appellent ainsi une espèce de petit chardon qui se 
trouve dans les haies et s'attache fortement aux toisons des bre- 
bis passantes. On l'extrait de la laine au moyen de l'échardon- 
neuse. Ces petits chardons ne se trouvent que dans les laines 
arrivant de l'étranger, principalement de Buenos-Ayres. 

Picette, s. f. Pli d'un drap fait par le pilon des fouleries. 

*Pier, s. m.? Pour i>ersl Bleu foncé. « Sans visiter le drap 
extant pier avant que l'on y pendisse le scel, et que faire ne se 
devoit. » {Charte de 1500). « Une cotte de drappe de piere. » 
(1420, llull. de la Soc. wall., VI, 2 p. 107). «Une cotte de pier 
fourée de soir vair. »(1422, Ibid ). « Quemelins bruns, blancs et 
pers. » (Dans le livre d'Et. Boileau). 



— 280 — 

*Pierre calengiere, s. f. Rouleau en grès pourcalendrer? Cette 
expression se trouve dans la charte de 1527. 

Piiaine, s. f. (Verviers). Loquet, laine de la cuisse des mou- 
tons. 

Pilou, s. m. Etoffe poilue de coton et quelques fois de laine 
Qui se fabriquait à Verviers. 

Pipe, s f. Bout de roseau sur lequel on met la trame destinée 
à faire de petites étoffes. 

*Piain-compte, s. m. (suranné). Mettre un drap en son plein 
compte, c'est lui donner en largeur le nombre de fils exigé par 
la loi; chaque large pièce de 3 1/2 aunes devait avoir 1700 
fils au moins, chaque étroite de 3 1/4 quart, 1400 fils. Ce terme 
se trouve dans la charte de 1527. 

*piain-drap, s. m. (suranné). Drap uni ou d'une seule couleur. 
(V. Charte de 1323). « Strypte lakene no pleyne. » (Gaillard, 
Ambachten, etc., p. 38). V. Ducange, v° planeus. 

pianquet, s. m. Surnom donné à un compagnon de travail, 
au voisin {copain), à celui qui travaille vis-à-vis ou côte-à-côte 
avec un autre, dans le même atelier. 

piatinet, s. m. Rondelle en bois qui vient se placer sur le 
fuseau pour filer au grand moulin. 

*Pioit, s. m. (suranné). Pli. La lettre des halles de 1323 défend 
de changer \eploil des draps étrangers pour les mettre en vente, 
c'est-à-dire de les plier d'une autre façon pour tromper l'ache- 
teur sur sa provenance, parce que chaque ville avait sa manière 
propre. « Ploier le drap » {Charte de 1325). 

pioquet, s. m. Feuillet, rouleau de laine cardée propre à filer. 

Pioquettes, s. f. pi. Petits flocons de laine qui tombent, qui 
sont trop courts pour être cardés et par conséquent pour aller 
avec la bonne laine. On appelle aussi pioquettes les petits touffes 
de laine que les moutons laissent dans les haies, dans les 






— 281 — 

champs, etc. et que les bergers ramassent; ils sont jaunes et 
donneraient une mauvaise couleur à la bonne laine avec laquelle 
on les mêlerait. « Flockons, plocus. » (Recueil des chartes, 1. II, 
p. 321-. 

pioumion, s. m. Résidu de la laine lorsqu'elle est travaillée, 
dernier déchet. 

piôyeie, s. f. Avalée, quantité d'étoffe entre la perche et le 
faudet, ce que fait un ouvrier à la fois. Levée, quantité d'ouvrage 
fait avant de le rouler sur l'ensouple (Lobet). 

piôyette, s. f. Troussis, pince , pli fait à une étoffe pour 
qu'elle soit plus courte. Encrure, pli qui se forme sur une étoffe 
qu'on est en train de tondre. Pinçure, faux pli d'un drap foulé 
qui a été mal placé dans l'auge (Lobet). 

Poirteie, s. f. Portée, nombre de fils qui doit entrer dans la 
chaîne d'une étoffe et qui varie suivant la finesse de celle-ci. Les 
tisserands comptent 28 fils, les ourdisseurs 40 par portée. 
« Portée de 40 filets » (Règ. de 1700). Ce mot se trouve aussi 
dans les Privilèges des drapiers d'Ath de 1461 (Bull, de la comm. 
royale d'hist., t. IX, 3 me série, p. 19); M. Fourdin met en note : 
longueur du fil sur l'ourdissoir. 

Poitrai, s. m. Poitrai dlanceu, traversier, bâton qui soutient 
les cordes dans un métier de tisserand. Poitrai d'mestî, porte- 
lame, pièce qui fait hausser et baisser les lames des métiers. 
Cassin, châssis au-dessus du métier des tisserands où sont atta- 
chées les poulies. 

Pon (mette à), s. m. Mettre la chaîne sur le métier, la mettre 
à point après l'avoir nouée. V. noki. 

Postei, s. m. (Verviers). Nom donné aux chardons les plus 
forts après ceux qui n'ont pas encore servi. 

Poteiége, s. m. Grippage, froncement sur le drap ; mauvaise 
fabrication du drap venant de ce que le tisserand n'a pas 

19 



282 

employé des trames de la môme qualité, ce qui produit des 
froncements sur les draps. 

Poufrin, s. m. (Verviers). Étoffe claire, non croisée ; espèce 
de camelot ou bouracan d'un grain très-gros; étoffe commune et 
de mauvaise qualité. 

5»ouieter, v. a. (Verviers). Jarrer-, chercher le jarre dans la 
laine, arracher les poils blancs longs et durs sur les draps. Du 
français pou? 

Quart, s. m. Un quart d'aune. Ce mot que l'on rencontre dans 
les Chartes du métier des drapiers de Liège et d'Ath, est souvent 
écrit quarte, quartier, quartir. 

*Quartir, s. m. (suranné). Opérations ou mains-d'œuvre diffé- 
rentes occupant chacune une certaine quantité d'ouvriers. 
« Varies de quartier. » {Charte de 1435. V. aussi celle de 1325). 

Queues, s. m. pi. Bouts restants après avoir coupé la chaîne 
du métier (avant l'invention des machines); bouts de lils qui se 
cassent et tombent de la trame en lissant les draps et qu'on re- 
tranche arrière du nœud après avoir renoué le fd cassé. V. des 
exemples au mot ecqui. — Signifie aussi au singulier la (in delà 
pièce opposée au chef. 



u. 



Raikem, s. m. Nom propre d'un dépôt de mendicité. M. P. 
Hauzeur, industriel à Verviers, ayant fait construire il y a une 
quinzaine d'années une fabrique sans étage, éclairée seulement 
par le toit afin d'empêcher les ouvriers d'être distraits, ceux-ci 
la comparèrent à une prison et disaient : il ouveure à Raikem. Ce 
terme se généralisa et aujourd'hui on appelle jusqu'en Amérique 
on raikem, tout établissement construit sur ce modèle. 



— 283 — 

Ramon, .s. m. Point d'appui de la bâre 1. 

*Rapareiher, raparelhir, ou raparellier (dans les Chartes de 
1325 et 1382), v. a. (suranné). Apprêter le drap après le foulage, 
lui donner un lustre = aparelhier. 

*Rasette, s. f. (suranné). Espèce de drap ras. « Les rasets 
larges doivent être ourdis à 1600 fils, les étroits à 1400 » {Charte 
de 1637,). «Les rassettes larges devaient avoir 6 quartes larges, 
62 aunes de long et être ourdies de 1900 iillets; les autres 
rassettes larges devaient avoir les mêmes dimensions et 1600 
fillets; les étroites 1400 Iillets » (Règl. de 1659; Louvrex, t. III, 
p. 358). V. hansecote. 

Rassir on dret, v. a. Enverser une pièce de drap, faire le 
couchage du poil au drap, polir, lustrer le drap avec de l'eau. 

Ratene, s. f. Ratine, étoffe de laine croisée, drapée, à longs 
poils ou à poils frisés. — Frise, machine à faire le ratinage des 
étoffes nommées ratines, à l'envers du drap noir, etc. 

Reiamer, v. a. Augmenter la largeur des lames de tissage. 

Remidrer, v. a. Recommencer, réparer, proprement rendre 
meilleur (ancien wallon miedre). « S'il teint mal par sa faute, il 
doit remidrer et réduire le drap en bon et léal état. » {Charte de 
1527). « Après que les ewardens auront renvoie les draps pour 
remidrer les colleurs de waize... Et les draps refiais etradoublés 
de waize. » (Jugem. et sentences, n° 53, p. 268). On a encore 
aujourd'hui l'expression taper fou raine et remidrer raine, être 
interrompu et reprendre le lïl de son discours. 

*Remostreir un drap, v. a. (suranné). Opération des foulons ; 
apprêter? V. les chartes de 1325 et de 1352. 

Retirege, s. m. Raccourcissement d'une étoffe fabriquée. 

Repasseresse, s. f. Carde très-fine avec laquelle on repasse la 
laine déjà cardée. 



. - 284 — 

*Retaiiions, s. m. pi. (suranné). Petits bouts de laine coupés 
par les retondeurs en tondant les draps. V. la charte de 1527 et 
le Recueil des chartes, II. 337. 

Retondre, v. a. (suranné), Tondre. « Drap que l'on luy avoit 
donné à retondre. » (Dans le Pa\villiai%). 

Ribouteu, s. m. Instrument qui sert à rebrousser le poil aux 
draps à contrepoil, etc. (Lobet). 

Ritoirdège. Action de tordre un ou plusieurs fils de laine. 
— Un ouvrier qui file la laine d'abord à un seul fil, puis en met 
plusieurs ensemble pour les tordre fait de ftoirdou. — Rtoirdeu, 
s. m., ouvrier qui fait le ftoirdou. 

Rispàmer, v. a. Terme de foulon; laver les draps à l'eau 
claire, les dégorger pour la seconde fois. 

R'iuhan-cou, s. m. (Verviers). Litt. cul reluisant. Epithète 
donnée aux tisserands, parceque, étant toujours assis, ils ont le 
fond de culotte lustré. 

*Roige, Adj. pris subst. Étoffe rouge? « Unez chaches de 
brunette, une jakette de roige. » {Conv. test. 134, p. 154.) 

Roiai, s. m. Espèce de petit ensouple servant à donner de la 
facilité h l'ouvrier pour faire descendre les lames. 

Rôiette, s. f. Paquet de laine, formé d'écheveaux, tel qu'il 
vient de la filature. 

*Rompture, s. f. (suranné). Rupture, déchirure du drap 
tendu aux rames. « Se troveit est drap rompu ou deschireit » 
{Charte de 1568). « Rompture ou chyre. » fldem de 1527). 

Ros, rot, roo, rooz. s. m. Espèce de peigne fait d'écorce de 
roseau (d'où il tire son nom) ou de fer et qui sert à passer la 
chaine d'une étoffe pour la fabriquer : chaque dent du peigne 
tient un ou plusieurs fils de la chaine , car il a la même largeur 
que la pièce ; ou prend quelquefois ce mot dans le sens de 



— 285 — 

largeur du drap entre les deux rais ou lisières. « Le roo large 
de drap doit tenir de longueur entre les 1700 fils 3 5 aunes, et 
le roo étroit 3 aunes 5 quart entre son compte de 1400 fils. » 
(Charte de 1527). « Les roos et hernaz des drapiers devront, etc.» 
[Règl. de 1700; Recueil des chartes, p. 267). 

Rosai, s. ni. Chaque dent du ros. 

Rouie-ta-bosse, s. m. Désigne une partie de l'assortiment des 
laines filées. 

Royé {drap), adj. Drap rayé, qui a des raies ou des bandes 
de différentes couleurs. (V. Ducànge, Radiatus). En 1323, une 
pièce entière de ce drap mesurait 40 aunes. Dans la charte de 
1325 « fur de roiés et de dras » semble mis pour drap rayé op- 
posé à drap plein ou uui.« Yestiments rayés ou partis scagolets» 
(1337, Louvrex, t. I, p. 385). Le Pawilhart 964 de l'univer- 
sité porte : « Yestiments roges ou parties scagelez. » Il paraît 
qu'au XV e siècle les draps rayés ou mi-parties étaient un 
signe distinctif de l'état séculier. « Loren dit Lens Borbaxhe, 
messagier de capitle de Liège, extant en drap partis et royéz et 
renonchanten cesti cas à clergie. « (1409, Echevins de Liège, I, 
214). Etre aux draps de quelqu'un , c'était porter les mêmes 
draps ou les mêmes couleurs qu'un autre, être de sa maison, 
son ami (Hemricourt). 

Royin, s. m. Roue en bois ou en fer qui sert de volant et 
donne le mouvement à une machine. 

Rubrocher, v. a. Terme de presseur; arranger la pièce de 
drap avec des baguettes de fer avant de la manteler. 

Rufresse di trôs, s. f. Moi à mot rei'aiseuse de trous ; femme 
qui répare les étoiles, rentrayeuse. 

S. 
saie, s. f. Serge, étoffe grossière de laine rayée. « Les larges 



— 286 — 

sailles se dévoient ourdir à 2200 fils, les étroites à 1900 au 
moins. » (Règlement de 1637). « Une sarge large devra avoir 6 
quartes de largeur, 50 aunes de long, et être ourdie en 1200 fîl- 
lets; l'étroite 5 quartes de largeur, 50 aunes de long et être 
ourdie à 1900 tillets. » (Id. de 1659). « Les drapiers doivent our- 
dir leurs sayes 41 portées contenant 1640 tillets au moins ; mais 
ils peuvent en faire de plus larges. » (Id. de 1700). « Une hup- 
plandre de roge saie forée de spiroulet une manchette de bors. » 
(1431, Bull, de la Soc. watt., VI, 2, p. 109). « Forée de noyre 
saye. » (Ibid.). « Un cottillon de saye. » (Polain, Recueil des 
édits, I, 360). « Gum blanco seruco saye dicto. » (1457, Décrets 
capitulaires t. III , f° 176 v°). « Toga muliebris nigri coloris 
foderata cum nigra saya. » (Ibid., n° 112 , p. 83). Aujour- 
d'hui la serge très-légère toute de laine sert à faire des dou- 
blures d'habits et de meubles. — Ce mot s'est étendu à une 
sorte de mantelet noir fait avec de la serge, dont les femmes se 
couvraient autrefois pour aller aux messes de mort et aux en- 
terrements (à Verviers affuldre). Lorsque ce mantelet était en 
soie, il s'appelait faille et l'étoffe délie soie di faille. Anvers en 
avait la spécialité; cette étoffe ne se pliait pas, elle se roulait. 
Latin sagum ; flamand saey. 

Saiette, s. f. Sayette, laine filée en deux ou trois doubles 
pour faire les bas. Suivant Hécart elle servait à fabriquer la 
sàie. Cet auteur cite la phrase suivante au mot chéveron : « En- 
semble haute-lisse, cheverons, damassez, osselletz, changeants, 
pavements, eschellettes et nœuds d'amour. Satins brochiez, 
satins de soye, satins qu'on dit de Bruges, fustennes,bustennes, 
nœuds de cordelier, et généralement tous ouvrages figurez, soit 
de saiette par soy ou mesleez et partout ou il y a lanchure de 
lin, de soye, etc. » — Saiette signifie en général, laine filée 
destinée à l'exportation et principalement les mi-laines. 

*Sanguine, adj. pris subst. (suranné). Préparation fondamen- 
tale du brun ou brunette, teinture de la laine. « Les tindeurs 



— 287 — 

erroienl grandement auz colleurs des roges, verres etsangwing, 

car point ne les faisoîent de si hautes colleurs qu'à Tournay. » 
(Charte de 1447). — D'où L'étoffe même, préparée de cette façon. 
« Me melleur heucke de sawine. » (1420, Bull, de la Soc. wall., 
VI, 2, 107). « Cot de sawine forée de gro vaire.» (Ibid.) « Une 
bourse de sangwine liverée à lettres de pièle. » (1438, Idid.) 
« Une heuke de sauwin eskerlat. » (1425, Eckevins de Liège, 
IV. p. 80). « Pannus laneus nigri et sanguinei coloris. » (1477, 
Décrets capitulaires, n° 112, p. 4 v°). 

"£apiier,s. m. (suranné). Mesure <»u poids de laine ?« Livrauce 
de 8 sapliers de layne pour 60 nobles le saplier. » [EcJievins de 
Liège, n° 4, 154 v°). 

Sâ-pire, s. f. Sac de grande dimension dans lequel on met la 
laine au pays de Liège, ainsi que le houblon à expédier. 

*Scafare, s. m. (suranné). Etoffe de laine ratinée? Encore de 
mode en 1631 pour les grandes dames. « Scaffars scrawés ^(Charte 
de 1352), c'est-à-dire en zig-zags. « Ung rong de bonnette foreit 
de verde scafar. » (1422, Bull, de laSoc. wall.,Vl, 2, 107). « Xha- 
fart. » (Ibid.) « Une doble hoikc de meleit forée de roige scafért.» 
(1415, Ibid.). « G. à Groesbeeck cardinalis veste rubea ex 
caffart vestitus curn pileo rubro. » (1579, Décrets capitulaires, 
u° 116, p. 392). 

*Scurer, v. a. (suranné). Curer, mettre sur l'herbe pour blan- 
chir? " Scurer une dikedune. » {Charte de 1325). 

Sechet {mette es), s. m. Mettre en sac; lorsque le drap esl 
prêt à être expédié, le revêtir d'une enveloppe de lustrine ou 
calicot. 

Serrn, s. m. Levier en bois servant à serrer la chaîne; il se 
compose de la taliette, de la waffe et de la corde. V. balisons. 

Serron, s. m. Quenouillée. Filasse pour garnir la quenouille. 

Skif, s. f. Roulette de fuseau, petite roue de bois qui s'adapte 
sur le devant d'un fuseau à hier à la main. (Lobet). 



— 288 — 

Sopî, v. a. Ebertauder, tondre un drap en première coupe. 
« Rabattre et souppier drap. » (Recueil des chartes, p. 292). 
« Soppier. » (Ibid., p. 282). — D'où sopiege, s. m. Seconde tonte 
du drap ; Sopieu, s. m. Tondeur qui ébertaude le drap en pre- 
mière coupe ; se dit aussi du tondeur qui tond chez lui pour 
compte du fabricant. « Retondeurs, sopieurs de draps et fou- 
lons. » (Polain, Recueil des édits, I, 24). 

*Sorfii, s. m. (suranné). Endroit où les iîls ont été renoués 
ensemble. « S'il y a des pattes de chat de trois sorfils au plus, le 
tisseur sera à l'amende. » [Charte de 1527). 

Souer, v. a. Sécher. « On porat licitement sueir les draps, 
chaffures et kersées az courtes wendes. » (Charte de 1568). 
« Sueeiz les laines. » (Idem de 1579). Ressuer, dans les Privilèges 
des drapiers d'Ath, t. IX, p. 228). 

Spâmer, v. a. Laver, rincer la laine ou une étoffe dans l'eau, 
les dégorger, dégraisser. « Et se auchuns valles va espaumer à 
l'euwe nus et mauviestis il est à vj d. » (1328, Charte des dra- 
piers d'Ath.) On y trouve burghier dans le même sens (Ibid. 
t. IX, p. 229 des Bull, de la Comm. d'histoire.) 

Spinâ, s. m. V. ache. 

Spitare, s. f. Déchet, grosse bourre de drap foulée qui se 
produit dans la foulerie, et que l'on retire de l'auge pour faire 
des matelas de lit. Ce mot s'emploie ordinairement au pluriel. 

Spouie , s. f. Epoulle ; fil de la trame d'une étoffe , dé- 
vidée sur la buzette ou espolin qui se met dans la navette. 
D'où : Spouler, v. a. Enrouler le fil sur l'espolin qui doit se 
placer dans la navette ; Spouleu , s. m. Ouvrier qui charge les 
époulins, qui dévide la trame sur la busette, qui forme les 
époules et dispose les fils des trames pour les tissures des 
étoffes ; Spouleresse, s. f. Ouvrière qui attache ou noue les fils 
du métier à tisser. 



— 289 — 

Spouiebache, s. m. Bac hémi-sphérique dans lequel le spouleu 
met les spoulcs et qu'il porte ensuite au tisserand. Flamand 
spoel-back. 

stain, s. m. Etaim, laine cardée, la partie la plus fine de la 
laine cardée, et aussi lil de chaîne contre-tordu, plus fort que 
celui de la trame. « Nul drapier ne peut ourdir chaîne de forures 
ferhoppées où il y a plus de 2 fils de blan estain. » (Charte de 
1527). « Toutes les larges sitaint se devront ourdir et enlamer à 
1800 fils, les étroites à 1600 au moins, ceux d'une aune large à 
1200 tils. » (Id. de 1637). « On ne peut donner à un compagnon 
des stains, traimes doutoires et choses semblables pour be- 
soigner en leurs maisons. »(Id. de 1639). — « La petite drappe- 
rie se polra faire de secq estain (laine cardée à sec, par opposi- 
tion à celle qui est filée avec de l'huile, dit M. Fourdin) et de 
laisne. » (Privilèges des drapiers d'Ath, dans le Bull, de la Coin, 
royale d'hist., t. IX, 3 e série, p. 221). — Stain sur stain, dont la 
chaîne est aussi trame? « Les pièces de stain sustain devront 
avoir 6 quarts de large, 62 aunes de long et être ourdies à 1800 
lillets. (Id. de 1659). « Stain sur stain. » (Recueil des chartes, 
p. 264). Peut-être sont-ce des fautes d'impression pour stain, 
fustain(V. Ibid., p. 262). — On trouve aussi estain. (Ibid.,p. 5). 
Stain signifie encore la chaîne elle-même. 

stamene di laine, s. f. Étamine, étoffe de laine mince et peu 
serrée, non croisée. 

stapiet, s. m. Morceau de bois carré servant de base à une 
tringle en bois ou en fer qui doit recevoir le dévidoir appelé 
coronne. 

stau, stal, s. m. Métier à tisser. Hécart donne ottil. « Stau 
chargé» (Charte de 1590). «Nul ne peut drapper ou avoir sitôt 
dressé s'il n'est chef de ménage » (Id. de 1637) « Stau battant » 
(Id. de 1659), métier en activité. 

stock, s. m. Morceau de bois au moyen duquel on maintient 
le métier d'équerre. V. blocquet. 



-^ 290 — 

stoffe, s. 1'. Étoffe, tissu de laine, coton, etc. stoffe chinée, sloffe 
brouillée , etc. Autrefois mis pour matière première : « Stoffe, 
matière et denrée » (Charte de 1447), en parlant des teinturiers. 
Estoffe dans la charte de 1487. 

streu drap, adj. Drap étroit à chaîne de 1600 fils. 

Surfiler, v. a. Filer une seconde fois pour rendre le fil plus 
lin qu'on ne pourrait l'obtenir en ne le filant qu'une fois, quand 
la qualité de la laine ne le permet pas. Surfileu, ouvrier qui fait 
les surfilés, les filatures filées deux fois. 

*Sygiaton, s. m. (suranné). Mot qui se trouve dansJ. d'Outre- 
meuse et que M. de Gerlache traduit par drap. (Hist. de Liège, 
2 e édit. p. 117). 



Tabis, s. m. Espèce de gros taffetas onde par la calandre. 
« Incarnadin, tabis chair» (Compte de 1693). 

Tahette, s. f. Etrier qui maintient une poulie sur laquelle 
glisse une corde servant à fixer avec la waffe la grande ensouple. 

*Taiiie {vendre drap à) s. f. (suranné). Vendre en détail des 
pièces non entières, taillées ou à tailler. « Dras enthiers et à 
taille » (Charte de 1323J « Drap entier ou coupé en manière de 
taille » (Id. de 1527), c'est-à-dire taillé pour un vêtement. 

Tainkion, s. m. Peigne, instrument qui tend l'étoffe sur le 
métier, composé de deux barres de bois, s'approchant et s'al- 
longeant à la volonté du tisserand. V. timpes. 

Taire, s. f. Le français tare? « L'usinier délie halle doit veiller 
sur la marchandise pour savoir s'il y a taires cottrealx , fres- 
ou vilains vaires non laudables à la dite marchandise. » (Charte 
de 1527). 

Take, s. f. Fer à repasser dont se servent les apprêteurs de 
draps pour y faire des plis. 



- 291 — 

Tavieu, s. ni. Compagnon du tondeur, celui qui l'aide à tondre 
en étendant le drap sur la table. — D'où le verbe tavler, v. a., 
faire cette opération. 

Tèhe, v. a. Tisser, faire des étoffes sur un métier en entre- 
laçant les fils. Te xhe et texhre en 1527. —D'où: Tehègc, s. m., 
texture, action de tisser, tissu. Telieu, s. m., tisserand en drapi 1 ), 
vieux français toisserand; à Mous mulkinier (Art. de M. De- 
villers, dans \eBull. de l'Acad. tfarchéol. de Belg.). P'tit teheu, qui 
fait des moutonnes que les femmes allaient vendre par pièce, 
par jupon, dans les villages. Teheu à sàie, ouvrier qui fait des 
serges, tisserand en étoffe au petit métier. 

Tenâ, s. m. Balancier de la tête ; système de corde qui sou- 
tient les lames. 

*Terceneiie, s. f. Espèce d'étoffe. (Compte de 1693). 

Téteure,s. f. Teinture, couleur donnée au drap. « Drap tindu 
ou non. » (Charte de 1527). A Liège teindeure. 

Teuie, s. m. Toile ou balin, grosse étoffe de laine servant a 
faire des emballages. 

Tiesse di ban, s. f. Poupée aux deux extrémités du montage 
des ros du lamier. 

Timpet, s. f. Latte en bois, d'un pouce de largeur, armée de 
dents à ses extrémités, soutenue par une traverse et destinée à 
maintenir la largeur de l'étoffe en la tissant. 

Tiretaine, s. f. Grosse étoffe de laine et fil. « Tiretaines, gale- 
bruns (étoffe commune?) et tout autre drap ourtiz. » (Dans le 
livre d'Et. Boileau). « Que tels draps soient vendus avec les ter- 
taines. » (Louvrex, I, 418). 



(*) Tisserand est celui qui fait la toile exclusivement; mais ce nom est employé 
improprement à Yerviers pour tisseur, qui devrait désigner l'ouvrier fabricant les 

étoffes. 



— 292 — 

Tindeu, s. m. Teinturier. « Tous drapiers, tindeurs, reton- 
deurs. » (Polain, Recueil des édits, I, 270). On trouve dans le 
même sens tesseur. Voyez Machet. 

Toirdège, s. m. Tordage, façon donnée en doublant et tordant 
des tîls de laine, etc. 

Tonde, v. a. Tondre, couper la laine des moutons, les poils 
du draps, etc. — D'où tondèie, s. f. , époque à laquelle on tond 
les moutons : aie tondèie. Tondave ou tondège, s. m. Tonte, 
action de tondre les moutons ; le dernier mot s'emploie aussi 
pour le produit de la tonte, la toison. Tondeu, s. m. Eber- 
taucleur, celui qui tond les draps. « Joban li tonderes. » (Charte 
de St-Lambert, n° 674). Tondreie, s. f. Endroit où on tond. Ton- 
dresse, s. f. Machine à tondre. 

Tosai , s, m. Mouton tondu entre le 4" juin et le I er oc- 
tobre ; on n'employait cette laine que pour faire des couvertures. 
V. loquette. 

Traime, s. f. Trame, file conduit par la navette, et passé 

dans les fils de la chaîne. Tresme en 4527. 

Trait (vilain), s. m. (suranné). Déchirure ou autre faute faite 
dans le drap par les tisserands, les foulons, etc. « Les foulons 
qui font plus de 4 vilains traits dans une pièce, ou mal enversés 
doivent payer 42 livres. » (Charte de 1527). « Laine de 2 forches, 
de traits (de bouts tirés ou ploqués), de flockons, noppes et re- 
taillons, et autres laines déserables. » (Ibid.) 

Trouand d'mesti, s. m. Truand, traverse en marche-pied du 
métier à tisser. 

Trôyai, s. m. Verge qui entre dans les anneaux de la chaîne 
à tisser. 



Vai, s. m. Litt. veau. Se dit de la laine roulée sur la spoule, 






— 293 — 

lorsqu'elle est trop serrée et se défait. D'où vailer, v. n., qui in- 
dique ce résultat. 

Véges, s. f. pi. On appelle ainsi deux lamelles de bois ser- 
vant à réparer les fils de chaque lame. — Vège d'ouve, cartero, 
lame de bois qui contient les fils de la chaîne d'un tisserand, 
appelée aussi votai. 

violette, s. f. (suranné). « Une cotte de violette. »(1420, Bail, 
de la Soc. wall, VI, 2, 107). Espèce d'étoffe appelée du nom de 
sa couleur? 

voie, s. f. Mauvais fil sur la longueur de la chaîne. 

Votai, s, m. Peigne de tisserand, châssis dans lequel passe 
le fil de la chaîne. 

Vûdi ine étoffe, v. a. Litt. vider une étoffe. Terme de laineur, 
lainer trop, gratter trop fort un drap et ainsi le rendre mince. 



w 



*Wachet, waghet, etc. s. m. (suranné). Sorte de fourrure? «Une 
heuke de brunette forée de wachet. » (1420, Bull, de la Soc. 
wall., VI, 2, 107). 

waffe, s. f. Petite planchette de bois de 6 à 7 pouces de long, 
et percée de trous, servant à maintenir le grand ensouple avec 
la tahelte. Son nom lui vient de sa ressemblance avec une 
gauffre. 

waffiî, v. a. Brocher, passer les fils de côté et d'autre dans 
une étoffe pour arrêter les fils de cette étoffe, ébaucher. 

Waigette, s. f. Poulie du métier à tisser qui porte les 
les lames. 

Waine, s. f. Ecrit wendes en 1323, iveines en lo68, etc. Rame, 
-•'■lit.' de madriers carrés, fixés eu terre à 2 mètres au moins de 



— 294 — 

distance et assemblés horizontalement, exposés au midi, ser- 
vant a sécher les draps et a les tendre en longueur et largeur. 
Stinde as waines, arramer. — Aujourd'hui ce mot s'applique 
aussi aux rames à chaud employées pour sécher le drap. — 
Signifiait aussi autrefois l'enclos même où se trouvaient les 
rames. Les grandes waines des drapiers se trouvaient Hors- 
Château, et on y allait par la rue des Waines (V. le Mémoire 
sur le métier des drapiers). « La moitié des wendes, des stoenes, 
des manages, et de la voie situés dans les murs au Tier-des- 
Vignes. » (Charte de 1329). 

waïne, s. f. Litt. gaine. Os de pied de mouton dont se sert 
l'ourdisseur lorsqu'il établit sa chaîne, afin de ne pas se blesser 
les mains par la rotation. Les femmes s'en servent aussi pour 
maintenir l'aiguille avec laquelle elles tricotent les bas. 

*Waneaix de craitz, s. m.? (suranné). Suin, laine graisseuse 
du dos du mouton, et qui attire les mittes? Cette expression se 
trouve dans la Charte de 1527. «Drap de wanealx. » {Recueil des 
chartes, p. 232). 

waranze, s. f. (suranné) Garance? « Alloen, brussy, rouges 
feuilles et autres cirre weaze, waranze, crapes et commines 
pareilles, avec touttes apoticadries » (1534. Recueil des chartes, 
II, 336). 

warzire, v. a. Foncer la nuance d'une couleur en chaudière. 
«Les rewards ne donneront aux tindeurs congié de warzier 
leurs draps, ni les marquer avant d'être justifiés, » (Charte de 
1527). «S'il estoit trouvé que aucun des ewardens donist licence 
ou congié de wairsier de waize avant l'avoir scelé, eschieroit en 
l'amende. » (Jugera, et sentences, n°53, p. 268). 

Wastarde, s. f. (suranné). Espèce d'étofle qu'on ne connaît 
plus. «Ine cotte de wastarde. » (1420, RulL de la Soc. ivall., VI, 
2, 107. V. aussi le Recueil des chartes, t. II, p. 336). 

Wergnon, s. m. Instrument servant a tordre la laine impré- 
gnée de colle. Flamand vrengen par métathèse. 






— 295 — 

Wèze, s. f. Guide ou pastel, plante avec laquelle on teint en 
bleu foncé ; m drep treize, un drap bleu. « Disent que le wausdre 
partenanteà une brunette valoit 5 griffons. » (Charte de 1447, en 
parlant des teinturiers). » Touchant le wausdre qu'il fallait et 
pouvait partenir à une brunette, sanguine ou werre. » (Ibidem). 
« Pour le waindre d'une brunette. » (Ibid.) Ce mot signifie aussi 
les deux teintes d'un drap, l'une en laine, l'autre en pièce : don- 
ner waize, donner une seconde teinture. « Reboutter en la 
waize. » [Charte de 1527). « Drap dewaize pour faire sanguine. » 
(Ibid). « Couleur lavende cramoisin, avec waize et couchenille. » 
(Ibid.) « Les wardens doivent saieller le waize. » (Ibid.) « Les 
teinturiers estoient tenus faire la colleur de waize scelon la pa- 
reilbe et semblable que les ewardens retiendroient pardevers 
eux, dit le commun semblan, pour faire colleur burnette. » (Juge- 
ments et sentences, n° 53, p. 267 v°). « Weze. » (Recueil des 
chartes, p. 235). « Molin à waisdre. » (Charte de St-Lambert, 
n° 614). « Une couve de waize. » (1591, Règl. de la chambre des 
finances, XIII, p. 39). « La mesure délie vesdre cuyte... Le poix 
aile wode doit peser iiij libvres. » (Pavilhart del'Univ., n° 964, 
p. 126 et v°). « Fleur de waize. » (Recueil des chartes, t. II, 
p. 321). — Waid, dans les Privilèges des drapiers a"Ath, (t. IX, 
p. 229). A Verviers on dit aussi voilte. Dans les règlements des 
métiers de Paris de Et. Boileau, on trouve gaide et guesde. 

*wixheaz, s. m. (suranné). Espèce de fourure. «Tabardum 
unum longum virilem nigri coloris, foderatum cum nonnullis 
foderaluris sive pellibus wixbeaz et marts dictis. » (1493, Décrets 
capitulaires, n" m, 166 v°, 168 v°). Wiha, en wallon, signifie : 
fouine. 

x. 

*xhafure, s. f. fsuranné). Serge, étoffe commune de laine, de 
petite largeur « Xhafures, karsées, sayes » {Charte de 1568). 



— 296 — 

chaffurs, (ïbid.) « Les larges xhaphures tenantes deux aunes 
lavées se doivent enlamer en 2200 fils et les étroites tenant une 
aune lavée. » (Id. de 1527). « Phafurre » (Rec. des chartes, 
II, 336.) 

*xhanchiiion, s. m. (suranné). Ansouple? «Dans les hernas 
et xhanchillons où l'on tisse draps étroits » {Charte de 1571). V. 
le Diction, de M. Grandgagnage au mot hansi 2. 



RECHERCHES 



RUES DE L'ANCIENNE PAROISSE S T -ANDRE 

A LIÈGE 

par Stanislas BORMANS. 

C'est un charme pour la pensée de rétablir 
en face du présent , l'aspect et la physionomie 
des temps antérieurs. 

(Fremder.) 



INTRODUCTION. 



Origines . formation et développements successifs de la ville 
de Liège jusqu'au XVIII e siècle. 



Les origines de la ville de Liège, aujourd'hui l'une des plus 
considérables de la Belgique, sont entourées d'obscurité. Nos 
écrivains du moyen-âge, peu scrupuleux à l'égard de la cri- 
tique, sans respect môme pour la tradition qui par la suite 
aurait pu mettre les historiens sur la trace de la vérité, jaloux, 
d'un autre côté, d'attribuer à leur patrie une antiquité en rap- 
port avec son importance, ont accumulé sur ce point les inven- 
tions les plus fabuleuses. La plupart des récits qu'ils nous ont 
transmis sont tellement incroyables qu'on ose à peine les men- 
tionner. 

Sans parler de ceux qui font remonter nos fastes aux premiers 
jours de la Genèse ou qui. rapportent la fondation de la ville à 
Oenops, fils de Léodès, qui après la [irise de Troie, en l'an 1190 
avant Jésus-Christ, serait venu se fixer sur les bords de la 
Meuse, presque toutes les chroniques vulgaires attribuent l'ori- 
gine de Liège el des villes voisines à des rois qui, plusieurs 
siècles avant l'ère chrétienne, auraient régné dans la Taxandrie. 
D'autres, appelant à l'appui de leur opinion les anciennes mu- 
railles du palais, qui, semblables à l'appareil romain, leur font 
croire que cet édifice esl élevé sur une construction antique, 



— 300 — 

avancent que Liège existait sous l'empire de Rome ('). D'autres 
enfin, parmi lesquels il faut citer Hubert Thomas, font naître la 
ville au temps d'Ambiorix et des Eburons. 

Ces assertions n'ont pas besoin d'être réfutées. Tout ce qu'on 
peut accorder à ces panégyristes trop ardents de notre cité, est 
que, lorsque César arriva dans les Gaules, la vallée de la Meuse 
où Liège s'étend aujourd'hui, était occupée par une peuplade 
éburonne ('), et que, après l'extermination de cette vaillante 
et malheureuse tribu, une petite partie des Trongrois, envoyés 
par Auguste pour repeupler la contrée, charmée de la beauté de 
l'endroit, vint s'y fixer. 

Si les fondations du palais dénotent réellement une construc- 
tion romaine, on peut croire que cette bâtisse fut établie vers 
cette époque, soit pour servir de demeure à un legatus, soit 
comme forteresse élevée par les vainqueurs dans le but d'assurer 
leurs conquêtes ( 3 ). Malheureusement aucune autre découverte 
d'antiquités n'est venue confirmer le passage des Romains dans 
notre vallée: mais cette preuve négative, serait peut-être détruite 
si les exhaussements considérables du sol dont nous parlerons 
plus loin, permettaient d'entreprendre dans la ville des fouilles 
archéologiques. Ajoutons toutefois que César ni aucun auteur 
ancien ne font mention de cette localité dans leurs écrits. 

A cette époque et pendant plusieurs siècles encore, l'aspect 
de notre pays était complètement sauvage. Les sommets et les 
versants des collines qui bordent la Meuse, étaient couverts de 



(') « Civilas à Romanis imperatoribus condita (Suffr. Pétri, dans Cliapeauville, 
III, 185). M. F. Henaux dans son Histoire de Liège, I, 57, cite aussi le texte suivant 
pour étayer l'opinion que sous Auguste, un romain nommé Ceistulphus s'établit à 
Liège : Villam publieant, nominalam à vicino monte, qui Mons Publiais est dictus, 
ab Aistulpho viro notninato, ibi convnorante tempore Augusti (Pistorius, llerum 
Germanicarum Scriptores, III, 85). 

( s ) Bouille, llist. de Liège, I, 39. Il cite Wassebourg et Jacques de Vitry. 

( 3 ) Voyez sur le palais un article de M. F. Henaux dans les Bulletins de Uns. 
archéol. liégeois, IV, 302. 



— 301 — 

forêts. Le fleuve, dont le lit, moins profond, ne pouvait contenir 
les eaux, se répandait en une foule de branches dans toute la 
largeur du vallon et transformait les fonds en marécages ou en 
vastes prairies. Toutefois le pied des montagnes s'élevant en 
pente douce, pouvaient offrir remplacement de quelques habita- 
tions sinon d'un bourg. 

Avant d'avoir traversé cette période d'incertitudes pour arriver 
aux temps historiques, force est de nous arrêter un moment 
encore aux récits plus que problématiques des chroniqueurs. 

Jean d'Outremeuse, le plus étendu d'entre eux, cite pour la 
première fois Liège à propos de Richer, tils de Jupila, qui serait 
monté sur le trône de Tongres l'an 9 de la nativité du Christ. Ce 
Richer avait à Jupille un oncle nommé Lothringe ; un jour qu'il 
était parti pour aller le voir tout en chassant, il s'égara à la 
poursuite d'un sangulier qui le mena à travers les bois jusqu'au- 
près d'une source jaillissant au pied d'une montagne. Ayant 
appris par un valet de son père qu'il se trouvait à une distance 
extraordinaire du palais de son oncle, il en fut si émerveillé qu'il 
fit ériger en cet endroit un monument sur lequel était réprésenté 
un homme à cheval. Or cette fontaine serait la même que celle 
qui coule encore actuellement derrière l'ancien couvent des frères 
Mineurs, rue Hors-Château, et qui porte le nom de Richon ou 
Richeron-fontaine. 

Depuis cette époque jusqu'au temps de S le -Materne, il n'est 
plus fait mention de notre vallée. D'après le même Jean d'Ou- 
tremeuse cet évêque fit construire en l'an 124 une chapelle en 
l'honneur de S*-Pierre sur la montagne de Publemont qui durait, 
dit-il, de S l -Gille jusqu'à la tour de l'official, et de S l,, -Walburge 
en descendant par S l -Servais jusqu'au Marché. Selon lui toute 
la vallée n'était encore qu'une grande forêt ( « ). 

L'écrivain nous fait ensuite franchir d'un seul bond un espace 

(') Jean d Outremeuse, public par M. Borgnel, I, 531. 



302 



de plusieurs siècles, et nous transporte au règne de S l -Mo- 
nulphe. De cette époque date le récit le plus ancien relatif à 
Liège auquel on puisse ajouter quelque croyance. Presque tous 
les historiens s'accordent a dire que S l -Monulphc, qui fut élu 
évêque de Tongres en l'an 55S, allant un jour de Maestrecht à 
Dînant, s'arrêta sur une hauteur d'où il découvrit un endroit 
habité, tellement agréable, qu'il en demanda le nom; il apprit 
qu'il s'appelait Legia. Ayant prévu l'importance que ce lieu 
acquerrait un jour, il voulut assurer à ses habitants les bienfaits 
du christianisme en y élevant une chapelle qu'il dédia aux saints 
Cosme et Damien (»). 

Ce récit, que l'on admet généralement, n'étant pas assez mer- 
veilleux au gré de Jean d'Outremuse, le chroniqueur poète, il 
l'orna de la façon suivante: L'an 559, l'évêque Monulphe ayant 
reçu du duc d'Ardenne le château de Chèvremont situé sur une 
montagne non loin de Ghênée, qu'on appelait alors la ville de 
S^Materne, voulut aller voir son nouveau domaine. Comme il 
en revenait, il s'arrêta pour prier dans une chapelle qui se trou- 
vait sur la montée. Or, pendant qu'il était en oraison , il aper- 
çut tout à coup une croix lumineuse qui tombait du ciel, et en 
même temps il entendit ces paroles prononcées par une voix 
céleste : « Tu trouveras sur la rivière qu'on nomme Legia l'en- 
» droit que Dieu a choisi pour être sanctitié par le sang de son 
» serviteur; c'est là que s'élèvera un jour une des plus nobles 
» cités du monde. » Aussitôt l'évêque se mit à chevaucher parmi 
les bois qui s'étendaient de Maestrecht a Huy et de Chèvremont 
à Tongres et entouraient plusieurs bourgs. Il passa près de la 
Legia; mais comme ce n'était qu'un ruisseau et qu'il cherchait 
une rivière, il n'y fit pas attention. Un pastoureau qui gar- 
dait ses moutons aux bords de la Meuse, ayant été obligé d'en 
ramener un qui s'était égaré près du ruisseau, et s'étant écrié : 

(') Nicolas, dans Chapeauville, I, 199. — Foullon, Compendium, a o65, p. 25. — 
Acta ss. Belgii, II, 193, n. 11. 



— 303 — 

« Orde morie Liège vous at attrapé, se je ne feusse, vous fcussez 
Qoyé. " Mfonulphe fui 3e celle façon miraculeusement tiré d'in- 
certitude. Il trouva, non loin de là, la trace de la croix ardente 
qui comprenait cent pieds en long et eu large. Ayant aussitôt 
fait venir des ouvriers de Maestrecht, il y éleva la chapelle des 
saints Cosme et Damien, à laquelle il adossa une demeure pour 
les hermites qui devaient la garder « car n'avoit nul habitacle à 
ce bois jusqu'à Ans, Tilleur et Jupille » (i). 

A partir de S'-Monulphe jusqu'au temps de S'-Remacle, c'est- 
à-dire pendant tout un siècle, les annalistes Liégeois nous lais- 
sent de nouveau dans l'ignorance sur les destinées de l'hermi- 
tage bâti sur les bords de la Legia. 11 est probable que le nombre 
des cabanes bâties au pied de la montagne ne s'augmenta guère 
durant ce laps de temps, et qu'elles continuèrent à être habitées 
par des bergers. Mais vers l'année 650, S'-Remacle ayant l'ait 
publier au loin , avec la permission du pape, qu'une indulgence 
était accordée à tous ceux qui se rendraient en pèlerinage" à la 
chapelle pendant les huit premiers jours de juillet et les di- 
manches et jours de fête de toute l'année, il s'y porta une telle 
foule de gens à pied et à cheval « que tous les chemins en étaient 
pleins. » Aussitôt des spéculateurs établirent tout le long de la 
Legia jusqu'au Vivier, des échoppes où ils vendaient à boire et 
à manger aux pèlerins. Ils y construisirent même au nombre de 
200 des cabanes pour les loger et formèrent ainsi une petite 
ville! te qu'on nomma Merchoule ou Mierchole, parce que, dit la 
chronique, ces quelques demeures furent le centre et la mère 
de la grande ville qui s'y forma depuis. Elle ajoute qu'elles occu- 
paient exactement l'ancienne paroisse de la .Madeleine, où passe 
la Legia ( ! ). 

L'opinion la plus accréditée place les premières maisons de 



! l ) Jean d'Oulremeuse, partie inédite, I. II, p. 97 v°. 

(*) Ibidem, p. 128. Chronicon leodiense de 1827 aux archives de Liège, p. 103- 
II. S. — Bouille, 1, 24. 



. - 304 — 

Liège vers S'-Pierre et au bas de Pierreuse, parce, que dit-on, la 
vallée était marécageuse; l'assertion de Jean d'Outremeuse ne 
nous parait toutefois pas impossible à admettre. Il faut en effet 
supposer que sur toute l'étendue de cette vallée, il y avait des 
endroits plus élevés les uns que les autres notamment sur tout 
le parcours de la Legia qui, sinon, aurait disparu immédiatement 
au pied de la montagne, et si l'on examine le sol, on remarquera 
que le quartier de la Madeleine est plus élevé que le reste du 
centre de la ville; d'un autre côté la construction de la chapelle 
de S^Monulphe sur la place actuelle de S'-Lambert prouve que 
cet endroit était dès lors habitable sans être toutefois bien af- 
fermi et tout à fait à l'abri des inondations, comme on le verra 
plus loin. 

Cette chapelle se trouvait a un bonnier du ruisseau, exacte- 
ment a la même place où, dans la suite, on éleva le vieux chœur 
de S'-Lambert. ( l ) 

Nous ne savons ce que Jean d'Outremeuse entendait par un 
bonnier comme mesure de longueur ; mais on peut s'en faire 
une idée en étudiant l'état des lieux. Et pour cela il nous paraît 
nécessaire d'indiquer le cours exact de la Legia, ce qui n'est pas 
exempt de difficultés. 

On sait que ce ruisseau a sa source au village d'Ans dans une 
prairie appelée les 18 bonniers ; là il porte le nom de Riz du Coq 
Fontaine jusqu'à ce qu'il soit réuni à un autre ruisseau qui 
prend sa source dans la pleine supérieure d'Ans. Depuis le fond 
d'Ans où il prend le nom de Bas-Rieu, il longe, sous les jardins 
situés à gauche en descendant, le faubourg de S le -Marguerite, 
traverse la rue du Bas,-Rieu et arrivé à la hauteur du café de 
Fontainebleau, changeant de direction pour tourner la mon- 
tagne, il va mettre en mouvement un moulin dans la rue des 
Meuniers; ( 2 ) puis il passe les remparts, coule entre les mai- 

( 4 ) Jean d'Outremeuse, partie inédite, 1. II , p. 97 v°. 

(») Un faux biez construit en cet endroit pour le service du moulin, se dirigeait 



305 



sons de la rue S'-Séverin et l'ancien bastion du S'-Esprit (aujour- 
d'hui propriété de M. Andrien), descend la rue Agimont sous le 
trottoir opposé à la maison des orphelins (il a un œil contre 
l'école communale des filles de l'ouest), traverse la rue des Bons 
Enfants où il alimentait le moulin des Bons-Enfants démoli 
cette année, descend et passe rue Table-de-Pierre (il a un œil 
immédiatement eu dessous de la Vierge), continue derrière 
S'-Pierre (aujourd'hui rue de Bruxelles), fait tourner derrière le 
Palais l'ancien moulin au braz (plus tard moulin h chicorée de 
M. Orban, aujourd'hui scierie), pénètre dans le Palais sous la 
maison du concierge à l'angle N.-O. de la grande cour, tra- 
verse la seconde cour du palais et va tomber sur la roue du 
moulin au braz près du Marché (*); de là il traverse le Marché, 
passe sous l'Hôtel-de-Ville , fait un coude pour aller rue de la 
Madeleine au bout de laquelle il alimentait encore un moulin 
du côté de S'-Denis, et enfin va se jeter dans la Meuse en amont 
de Pont-des-Arches. (*) 

Tel était, croyons-nous, le cours primitif de la Légia, auquel 
plusieurs embranchements vinrent successivement se joindre à 
différentes époques. 

Depuis un temps immémorial le chapitre de S'-Lambert avait 
mis la Legia à profit en amenant par un canal une partie de son 
eau à travers les cloîtres de l'église. En 1340 ce canal fut recons- 
truit et l'évoque continua au chapitre le droit de s'en servir 
comme auparavant, tout en se réservant celui de faire conduire 
les eaux, quand il le jugerait convenable, devant la porte de son 
Palais et vers la place ( 3 ). Ce dernier projet fut réalisé dans la 

vers S'-Séverin près d'une fontaine dont on ignore l'emplacement, passait dans la 
rue Fond-de l'Empereur, traversait la maison des Bons-Enfants et, allait sans doute 
rejoindre ensuite Le Eaux-Rien après avoir passé sous une voussure devant l'église 
S'-Servais. 

( ' ) Cet endroit est le seul dans la ville où l'on puisse voir à ciel ouvert, la Légia, 
d'une fenêtre du Musée archéologique. 

( - Comparez le tableau donné par Louvrex, t. II, p. SJ6ti. 

(•") Chartes de S'-Lambert, n° 628. 



306 



suite, car dans un document du 19 juin 1536, les voir-jurés des 
eaux, en visitant le cours de la Legia, trouvent à 4 pieds du pont 
de l'Epervier, derrière S'-Pierre, un conduit fermé par un gril- 
lage en fer qui va alimenter d'eau le vieux Marché et la rue de 
Souverain-Pont (*). 

Un autre conduit partant de la Legia à l'endroit où celle-ci 
passe sous le Palais coulait dès le XIII e siècle dans la rue 
Derrière-le-Palais, faisait un coude devant les Mineurs, traver- 
sait le Bougnou, le Marché, la rue du Pont et allait se jeter dans 
la Meuse. Une lettre du 5 octobre 1304 défendait de toucher au 
venta qui se trouvait sur ce conduit sous l'arvo des frères Mi- 
neurs ( 2 ). Une autre branche fut dans la suite greffée sur celle-ci 
à peu près vis-à-vis de la rue du Pont sur le Marché; elle se 
dirigeait par les rues Féronstrée et S'-Jean, vers la place de la 
Draperie, Pecluse et les Foulions pour aller se jeter dans la 
Meuse au port de Maestricht. Un recès de la ville de l'an 1566 
défendait également de toucher au venta qui se trouvait devant 
la Halle des Vignerons, ordonnant de faire couler deux fois 
par semaine l'eau du côté de Féronstrée pour nettoyer et assainir 
les rues par lesquelles passait ce second embranchement ( 3 ). 

Enfin le 8 juillet 1493, le conseil de la cité décida que le Rieu 
qui coulait devant les Mineurs, serait poursuivi en ligne droite 
dans la rue Hors-Château jusqu'au moulin délie SemmeC); il 
traversait les rues Grasse-Poule et S l -Georges avant d'aller dé- 
boucher dans la Meuse. 

Mais ces derniers détails, quoiqu'indispensables pour l'histoire 
topographique delà cité, sont peut-être prématurés. Il est temps 
de revenir à l'histoire de nos évoques et de leurs travaux. 

(' Archives du Val S l -Lambert, rcg. 199. p. 138 v°. 

- Ibidem, p. 139. Une partie des eaux de Riehonfontaine venait se jeter dans 
cette branche après avoir passé par les caves des mineurs dans le but de raffraichir 
les vins dont ces religieux faisaient le commerce. 

('•>) Rapport de M. le conseiller Vict. Hénaux a la \ille, 18o8, p. 14. 

(*) Bartholet, Consiliumjuris, n° 168. 



307 



Comme on l'a vu par ce qui précède, Liège n'était tout au 
plus qu'une bourgade de quelques cabanes lorsque S'-Lantbert 
qui, d'après Usuard (') (qui écrivait vers 830) y avait transféré 
en l'an (ïï'A 1rs os de S'-Théodard (*), y tut assassiné le 17 
septembre 696. Une tradition antique rapporte que S'-Monulphe, 
en tondant la chapelle des SS. Cosme et Damien, avait l'ait une 
obligation à ses successeurs d'y venir dire la Messe une (bis par 
semaine. SMLambert, pour se conformer à celle prescription, 
était arrivé un soir à Liège pour y remplir le lendemain, qui 
('■tait un vendredi, son saint devoir. Il était dans la maison de 
l'hermite préposé à la garde de la chapelle, lorsqu'on vint 
l'avertir de l'approche de ses assassins; comme ces deux cons- 
tructions se touchaient, il se rendit sans peine sur l'autel, <>ù il 
tomba sous les coups de Dodon et de ses complices ( a ). Ceux-ci 
après l'accomplissement de leur crime se sauvèrent à travers 
les bois, car le jour se levait et ils craignaient d'attirer l'atten- 
tion des habitants de Merchoule ( 4 ). On sait que ces derniers 
redoutant la colère de Pépin et d'Alpaïde, transportèrent secrè- 
tement le corps du Saint-Martyr à Maestrecht. 

Mais en 607 S'-Hubert, son successeur, le fit ramener en 
triomphe à Liège ( s ), dont les habitants coururent à la rencontre 
du cortège avec toutes les démonstrations de la joie ( c ). Le 
corps l'ut provisoirement déposé le 28 août dans l'hermitage, 
pendant que S'-Hubert s'occupait à bâtir près de l'ancienne cha- 

1 Cel auteur ne m- reportant pas au temps qu'il décrivait, donne déjà a Liège le 
surnom de ville : In Legia villa publica. 

(*) Chapeauville, I. 100. 

(s) Lamberlus morabatureo lempore in viculo dicto Legia, qui in valle situs, etc. 
(Nicolas dans Chap. I. 399). — l'as-us est Lambertus in vico Leodiço. Chapeauville 
I, 149). — Lambertus tune forte Leodii commorans Anselme dans Chap. 1, 119). — '■ 
Villa parvi adbuc nominis Godescalc dans Chap. I. 336.) 
') Jean d'Outremeuse, partie inédite, 1. 11, p. 184. 

( 5 ) S. Hubertus cum ossibus beati Lamberti Leodium transtulit sedem episcopii 
quœ eatenus babebaturTrajecti (Anselme dans Chap. 1, 129). — Helatum itaque sancti 
corpus in villa publica Legia tumulavit (Renier, ib. 415). 

( 8 ) Godescalc dans Chap. 1,348 



— 308 — 

pelle une vaste église qu'il consacra sous le vocable de S'-Lam- 
bert (<)• « Et entendez bien comment, dit Jean d'Outremeuse ; 
il ne l'annexa mie (la chapelle) qu'elle fut dedens l'église, ne 
qu'elle joindit à l'église; ains estoit dedens les achintes de l'en- 
cloistre derrière l'église, vers occident a demy bonnier près de 
l'église. Car la propre chapelle du viel cuer qu'on appelle hour 
et ly église, stesoit et commençoit tantost après le trésorie S l - 
Lambert et la tour aux cloches, et duroit vers orient sy lonc 
que le cuer de l'église, condit le hour, venoit a la maison délie 
Crotte, là on vend vin ; et encore le cellier délie Crotte fut la 
crotte de l'église S l -Lambert (*). » 

Dans cette nouvelle église S'-Hubert établit une chapelle dédiée 
à S'-Gille et consacrée à l'usage des habitants de Liège ; ce fut 
la première paroisse du bourg. 

Les miracles opérés sur le tombeau de S l -Lambert attirèrent 
en foule les pèlerins et les malades et, par suite, de nouveaux 
habitants. S '-Hubert ayant obtenu de Charles Martel et ensuite 
du roi Hildebert la propriété temporelle de Liège et la juridiction 
sur tout son territoire, il permit aux étrangers de venir libre- 
ment bâtir et demeurer autour de son église sans payer aucun 
treffond ni redevance. Cette mesure ne contribua pas peu au 
rapide accroissement du bourg. Il n'était toutefois pas encore 
considérable et ne comprenait que ce qu'on appela depuis le 
quartier ou vinàve du Marché. 

Première enceinte construite par S l -Hubert, 

Quelque petite qu'elle fût, S'-Hubert jugea cependant néces- 
saire de fortifier la villette pour la protéger contre les pays de 

( 1 ) Ipse primum in humili Leodio, Deo opitulante, religionis posuit fondamentum, 
unam tantum ecclesiam ordinando (Anselme dans Chap. I, 129). — Godescalc, ib. 
I, 345, dit que ce fut le peuple lui-même: Postmodum ibidem populus coepit ejus 
nomini et honori cedificare ecclesiam honesti cultus. 

(2) Jean d'Outremeuse, partie inédite, 1. II, p. 199. Nous avons trouvé l'emplace- 
ment de la maison qui portait l'enseigne de la Grotte. 



— 309 — 

Lotharingie et d'Ardenne. C'était, paraît-il, une nécessité de 
cette époque d'assurer contre les entreprises extérieures les 
moindres agglomérations de maisons. Il commença par édifier 
sur le tertre de Cornillon près de Liège un château sur l'empla- 
cement d'une construction antérieure (*); puis il enferma le 
bourg lui-même d'un mur de pierres dont les matériaux furent 
arrachés aux montagnes voisines, et auquel il ménagea trois 
portes. La première était située au pied de Publemont près des 
degrés de S'-Pierre; elle regardait vers la Hesbaye; « et encore 
est-elle à Liège, dit le chroniqueur, si lanomme-t-onlatourl'Of- 
tîcial » . La seconde longtemps appelée Hasselhise , Hasseline, 
de Trect ou de Basse-Rieu, se trouvait près de S'-George vers le 
chemin de Maestrecht. La troisième fut bâtie au bord delà Meuse 
en lieu dit au Vivier en Cheravoie. Le mur d'enceinte qui partait 
de la porte S'-Pierre, allait tout autour de Pissevache comme 
on pouvait encore le voir du temps de Jean d'Outremeuse « en 
palais où les maisons de Pissevache sont sus fondées, » descen- 
dait devant les frères Mineurs jusqu'à la porte Hasseline et tra- 
versant l'Evesque-court continuait par Meruerie (Mairnierue?) 
jusqu'à la porte du Vivier; de là il allait vers la Sauvenière 
rejoindre la première porte en traversant les prés de Meuse- 
court (au pied du Pont-d'Ile) et l'enclos de S'-Lambert derrière 
l'hôtel du prévôt. Tout autour en dehors des portes régnaient à 
une grande distance des bois, des prés et des marécages, excepté 
au thier de Pierreuse, où s'étaient déjà établies beaucoup d'hô- 
telleries ( 2 ). 

De nos jours il ne reste plus aucune trace de ces constructions 
primitives; mais ce n'est pas un motif pour les révoquer en doute 
comme l'a fait Foullon ( 3 ) ; car, ainsi que le dit très-bien Sau- 

(') Jean d'Outremeuse, partie inédite, 1. II, p. 206. 
(?) Ibidem, 1. II, p. 199. 

( 3 ) Urbs Leodiensis nundum tune moenibus videtur fuisse firmata Compendium 
a». 709. p. 38 . 



— 310 — 

mery, si le premier mur d'enceinte du bourg avait été construit 
par Notger, Anselme le panégyriste de cet évêque et qui écrivait 
une Cinquantaine d'années après sa mort, n'aurait pas manqué 
de lui en faire honneur. Des vestiges en existaient du reste encore 
au XV siècle en Pissevache, en Draperie, sur Meuse-aux-mair- 
niers et près du Vivier dont les maisons , d'après des actes au- 
thentiques, avaient issues sur les anciens murs de la Fermeté ('). 
Il y a quelques années, lorsque l'on perça l'ouverture de la rue 
Notger, on mit au jour une série d'arcades ou caveaux, qui 
avaient sans doute servi de base à la porte S'-Pierre ( : ). 

Pour surcroit de sûreté S l -Hubert ordonna au comte Plaudris 
d'Osterne ou de Looz de bâtir hors des murs a l'entrée du bois 
de Publemont une forteresse qui fut appelée le château Sylvestre 
à cause de sa position près des bois, ou le château du Voué ( 3 ). 
Au pied de la montagne, adossé extérieurement à la porte de 
S ( -Pierre, il éleva en l'honneur du prince des apôtres un monas- 
tère qui était de la même grandeur que l'église S'-Lambert , à 
l'usage de moines bénédictins. 

Enfin S'-Hubert fit construire son propre palais dans l'endroit 
qui, en souvenir de cette résidence, porta pendant plusieurs 
siècles la dénomination de Court-l'évêque ou Veske-court ; cette 
demeure avec ses dépendances devait être assez vaste et com- 
prendre le bâtiment de la boucherie actuelle avec les rues qui 
l'entourent. C'était !à que le prélat tenait ses plaids de justice en 
vertu de l'autorité temporelle que lui avait conférée Charles 
Martel ('). 

Si, comme nous le croyons, S l -Hubert fit réellement exécuter 
tous ces travaux, on est obligé d'admettre qu'il fut le vrai fonda- 
teur de Liège. Que l'on se garde bien toutefois de croire qu'à 

(') Jean d'Outromeuse, partie inédite, 1. IL, p. 209. 

; 2 ) Bulletin de l'Institut Arckéol. liégeois, 111,412. 

( r ') Jean d'Outremeuse, partie inédite, II, p. 217. 

( ') Chronicon leodiense de io27. aux Archives do Liège, p. [20. 



311 



cette époque, cet endroit lût déjà, comme l'avance Sigcbert de 
Gembloux, élevé au rang de ville ('); en effet lorsque Charle- 
magne vint en 770 y célébrer les l'êtes de Pâques, ce n'était en- 
core, suivant son historiographe contemporain, qu'un virus pu- 
bliais, une bourgade ('). L'aspect qu'offrait notre vallée ne pou- 
vait du reste pas être celui d'une ville. Que l'on se figure la plus 
grande partie de cette vallée encore déserte, couverte de gazon 
et de plantes marécageuses, oui recoupée en tous sens par des 
cours d'eau. Un seul endroit assez restreint, renfermé entre la 
montagne et deux branches de la Meuse, offre un emplacement 
habitable. Là s'élèvent une église, un monastère, deux vastes 
demeures, l'une actuellement le Palais, réservée aux Pépins, 
l'autre à l'évêque; tout autour de petites cabanes disséminées, 
construites en bois et en argile, couvertes en chaume, dépour- 
vues de vitres et de cheminées, pas de rue, presque pas de com- 
merce, telle était, autant qu'il est possible de le conjecturer, la 
physionomie du bourg au VIII siècle. Mais ce bourg contenait 
en germe une vaste cité ; S'-Hubert jeta les principaux fonde- 
ments de sa prospérité en y introduisant les éléments de la civi- 
lisation chrétienne; les habitants autrefois ignorants et sauvages 
commencent à se policer ( 3 ). 

Nous arrivons à l'époque chevaleresque d'Ogier le Danois, 
cousin de l'empereur Charlemagne et haut voué de Liège, qui a 
laissé dans l'esprit des Liégeois un souvenir si poétique et au- 
quel le bourg l'ut redevable de si grands et de si utiles travaux. 
En récompensede ses exploits contre les Sarrazins, Charlemagne 
lui donna le comté de Looz et avec le château Sylvestre la haute 
vouerie de Liège, c'est-à-dire la char;;.' de défendre et île pro- 
jette localité. 



( ' ) Ex tune Lcgia exaltata el in urbem est ampliata (Sig, Gemblacensis). 

( 2 ) Karolus Magnus cœlebral Pascha in Leodio, vico publiée- (Chapeauville a 770). 

( r >) Populus qui ante erat agrestis el incultus, paulutim cœpil esse compositus, 

limoratus et religiosus 'Godesculr durs Chap. I. 348. 



312 



L'illustre paladin prenant en affection la ville naissante com- 
mença par faire agrandir et fortifier sa demeure, dans laquelle 
il construisit une chapelle en l'honneur de S'-Michel ; ce fut la 
seconde paroisse de Liège. Puis il songea à défendre les portes 
du bourg contre toute attaque. Celle de S '-Pierre était suffisam- 
ment gardée par le château Sylvestre.; mais celles de Hasseline 
et du Vivier étaient sans défense. A deux bonniers de la pre- 
mière il éleva une puissante forteresse s'étendant jusqu'à la rue 
de Richeron-fontaine, qui depuis cette bâtisse porta le nom de 
Hors-Château. C'est là, dit-on, qu'en 770 logea l'empereur Char- 
lemagne avec toute sa cour et que quatre ans après, fut installé 
Desiderius, roi des Lombards exilé à Liège par le grand empe- 
reur. Ogier en fondant dans ce château, une chapelle en l'hon- 
neur de S l -George, créa la troisième paroisse de Liège et donna 
naissance au vinâve de S'-Johanstrée. Egalement à deux bon- 
niers de la porte du Vivier, du côté de la Veske-court, il éleva 
une seconde forteresse qui comprenait un bonnier de terrain, 
et dont une des tours ou portes forma plus tard la grande porte 
du Pont-des-Arches. Ce château, qu'Ogier destina à l'évêque, 
servit de logement au Pape Léon III et à ses cardinaux, lors- 
qu'il vint d'Aix-la-Chapelle à Liège, en 795 ; le haut voué y fît 
aussi bâtir une chapelle à S ,e -Catherine qui fut la 4 me paroisse 
de Liège en même temps que l'origine du vinâve de Neuvice (»)• 

Les bâtisses du haut voué de Liège ne durèrent pas même un 
siècle; et néanmoins, malgré des désastres occasionnés parles 
Normands, malgré les exhaussements successifs du sol, il serait 
encore possible à l'heure qu'il est de déterminer leur emplace- 
ment exact et leur étendue, au moins en ce qui concerne le châ- 
teau S l -Georges. En effet depuis le pied des vignes dans le cou- 



(') Jean d'Outremeuse, 1. II. — Chronicon leodiense de 1527 1 aux archives, p. 
•126. On ne connait pas au juste l'époque de l'arrivée d'Oger le Danois à Liège, mais 
on la place généralement à l'an 811 ; dans ce cas on ne peut admettre le séjour de 
Charlemagne, Desiderius et Léon III dans les constructions du haut voué. 



:îi:i 



venl des Ursulines, rue Hors-Château 1 1 ) jusqu'à la Meuse eu 
passant par les rues Velbruck el Smean-Baptiste, dès que dans 
les creusements souterrains on atteignait la profondeur de 21 
pieds, on a toujours rencontré des maçonneries qui devaient 
avoir servi de base à des constructions immenses; e'est ee qui 
arriva encore en 1857 chez M. de Sauvage Verdcourt.De plus, 
lorsdes grands travaux exécutés en 1864 surla Batte pourl'égoût 
latéral, on mil à découvert en l'ace de la rue Pecluse el à plus 
de lo pieds sous terre une large porte cintrée qui devait avoir 
appartenu au même château. 

Il est assez probable que vu l'état marécageux des bords de 
la Meuse, Ogier le Danois avait dû préalablement faire exécuter 
de giamls travaux d'attérissement pour construire le château du 
Vivier, d'autant plusque la Meuseavançanl considérablement sur 
la rive gauche venail baigner ses murs, pour aller ensuite à tra- 
vers la rue Sur-Meuse-aux-maisons lécher la Vesque-court. On 
conçoit qu'à la moindre crue d'eau le fleuve se répandait hors 
de son lit. isolait du reste du bourg l'église S le -Catherine et l'évê- 
que dans sa demeure, et obligeait les Liégeois de circuler en 
nacelle. Pour éviter ce désagrément, Ogier fit construire sur des 
ai cades une roule à travers le bas-fond qui régnait entre S'-Lam- 
berl et son château ; ce n'était pas à proprement parler un pont, 
puisqu'aucune eau ne coulait dessous; mais à cause de sa forme 
élevée, ou lui donna ce nom en y ajoutant l'épithète de souve- 
rain parce que à la différence d'autres ponts que le même per- 
sonnage fit élever ailleurs, celui-ci était eu pierres eL très grand. 
Quelques chroniqueurs prétendent qu'Ogier prolongea celte 
route sur la Meuse en ligne directe avec le pont de S'-Nicolas. 
D'autres assurenl qu'à côté du Souverain-Pont, il lit construire 
une autre roule toute semblable qui allait de Richonfontaine jus- 
qu'à Comillon. Mais nous n'ajoutons pas loi à ces récits, parce 



1 i es quatre contreforts qui soutiennent les vignes dans la cour des Ursulines, 
doivent être de construction beaucoup plus réédite. 



31< 



qu'à cette époque la rive droite de la Meuse était complètement 
inhabitable, si ce n'est au pied de la montagne; or il n'est pas 
vraisemblable que pour les quelques habitations qui pouvaient se 
trouver là, Ogier eut entrepris un ouvrage aussi gigantesque. 

Quant aux ponts de bois du haut voué paladin, on ne sait où 
il les avait établis; ce ne pouvait être que dans l'enceinte du 
bourg. En effet la Meuse qui traversait Avi'oi et la Sauvenière et 
qui, suivant l'opinion du baron de Crassier que nous adoptons 
pleinement, avait son lit principal en cet endroit, était trop large 
pour songer à relier par un pont le quartier de l'Ile à celui du 
Marché; celui-là du reste était encore désert aussi bien que le 
quartier d'Outremeuse. 

Après avoir accompli tous ces travaux, Ogier quitta Liège lais- 
sant la direction de la petite ville à son filleul Radus des Prez. 
Celui-ci s'étant logé dans le château Sylvestre commença par faire 
abattre les bois depuis sa demeure jusqu'à la ville d'Avroi et les 
couvertit en prés, qui réunis à ceux de Meuse-court, compre- 
naient tout l'espace occupé par les quartiers de l'Ile, de la Sau- 
venière et d'Avroi: c'est, dit-on, pour ce motif qu'on donna à 
Radus le surnom de des Prez. Il y fonda deux petits oratoires, 
l'un dédié à S'-Germain à la place ou se trouve aujourd'hui S l - 
Paul, l'autre à S'-Martin qui devint dans la suite l'église de S te - 
Véronique. 

Cependant le bourg de Liège s'était peu à peu transformé en 
ville et jouissait déjà vers le milieu du IX e siècle d'une certaine 
réputation ; à cette époque le poète écossais Sedulius vint y 
chercher asile auprès de l'évêque Hircaire ('). Tous les endroits 
habitables de la vallée s'étant couverts de chaumières, Radus 
fut obligé de créer en dehors des murs pour le surplus de popu- 
lation, une nouvelle villette appelée la Sauvenière qui s'étendait 
jusqu'au pied du pont d'Ile. Mais en 840 l'évêque Hircaire ayant 

(') Bull, de la comm. royale d'hist., t. X, p. 1 17. 



— 315 — 

comblé les bas-fonds par des remblais et exhaussé tout le niveau 
de la ville, il conquit sur les eaux et les marais un grand espace 
de terrain ('). 

Liège avait le titre de Cité ( 2 ), lorsque les peuplades du nord, 
envahissant nos contrées en 880, incendièrent jusqu'à rez de 
terre les chaumières de Liège et les châteaux d'Ogier (*). Après 
leur départ l'évèque Francon rappela les habitants qui avaient 
pris la fuite et leur donna « or et argent » pour rebâtir leurs mai- 
sons (*); les habitants des campagnes, cruellement éprouvés 
par cette invasion et se croyant mieux à l'abri derrière des 
murailles que dans la plaine, accoururent en foule et vinrent 
aider les anciens Liégeois; au bout d'un an la ville se trouvait 
réidifiée plus belle qu'auparavant. Seulement les vieux murs 
qui avaient beaucoup souffert dans le désastre et le monastère 
de S'-Pierre qui avait été dévasté se trouvaient toujours dans le 
même état. Francon, qui devint évêque en 922. répara en partie 
ces dégâts; il reconstruisit sur une plus grande échelle l'église 
de S'-Pierre, qui devint la première collégiale de Liège, répara 
S'-Lambert, qui, parait-il, avait échappé au vandalisme, et bâtit 
la nouvelle église paroissiale de S'-Etienne. Quelques années 
plus tard Ricaire fonda celle de S'-Servais qui donna naissance 
à un nouveau vinâve, celui de S'-Servais. En construisant cette 
église, les ouvriers ayant découvert une source, Richer en lit 
conduire l'eau par des tuyaux jusque sur le Marché , à la place 
où est aujourd'hui le perron, et alimenta ainsi la ville d'eau 
potable ( 5 ) 

' i Lue chronique de 1827 dit : Sous Hircaire fut fondée la ville du pont d'Amer 
cœur sous Cornillon (Aux Archives de Liège, p. 136). 
( 8 Leodium civitatem Reginon, a 881). 

J Normanni Leodium violenter irruperunt et municipiis effractis at<|ue combus- 
tis, civibus eliara immoderata csede fusis et substantiis eorum sublatis, eani solo co- 
sequantes, sola ruinée et combustionis vestigia reliquerunl Anselme dans Chap. I, 
123). 
(i Chronicon leodiense, de 1527, aux Archives, p. lo8. 
• Ibid., p. I il. 



— 316 — 

Sous le règne de Farabert, un chevalier nommé Rigald des 
Prez fit reconstruire les églises de S te -Catherine et de S'-George 
ruinées par les Normands. L'évêque lui-même créa une nou- 
velle paroisse en élevant l'église de Saint-André, qui était, 
croit-on, avant cette époque un couvent de Bénédictins. Bientôt 
après s'élevèrent Saint-Denis, Sainte-Marie-Madeleine et d'au- 
tres. Le nombre de ces édifices et leurs dimensions montrent 
quelle était dès cette époque l'importance de la ville. Il n'est pas 
même douteux que déjà alors la population fut beaucoup trop 
nombreuse pour rester dans l'enceinte décrite par les murailles 
de S'-Hubert, d'autant plus plus que, suivant l'usage des romains, 
il était défendu de bâtir sur le pomœrium au dehors et au dedans 
des remparts à 16 pieds de distance. Nous n'en voulons pour 
preuve, outre la création du quartier de la Sauvenière, que les 
nombreux et magnifiques temples qui vers cette époque s'éle- 
vèrent successivement dans toutes les directions au dehors des 
murs, et qui attestent dans ces endroits l'existence de faubourgs. 
Est-il besoin de citer S l -Paul, S'-Martin en Mont ( i), S l -Lau- 
rent (2), S l -Cristophe, S'-Jean Evangéliste (3) S'-Barthélemy (4), 
S'-Séverin , S tc '-Marguerite , S'-Remacle en mont , S te -Croix 
Nous ne parlons pas de S'-Jacques qui fut élevé avec intention 
dans un lieu solitaire (y ). 

Il) 963: Eracle fonde l'église S'-Martin in civitate Leodiensi in monte publico 
('Chapeauville, I, 194). 

(2) 959: Lochs latronum suspendio et malignorum kominum cœde pollutus (An- 
selme, dans Chap. 1, liis . 

(3) In monasterio sancti Joannis in Inmla , ab eo ante civitatem noviter cons- 
tructo (Charte de 99" dans Mirœus, I, 657). 

(4) In extremo civitatis sita (Chronique de v. d. Berch aux archives, p. 41). 
Cœnobinm monachorum ante portam urbis Leodii (Mirœus III, p. 300 et Martène et 
Durand, Ampliss. coll. IV, 1169) — Confirmation de S'-Barthélemy in suburbio 
leodiensi (Fisen, I, 498). 

(5) Il fut d'abord question de placer S 1 - Jacques in cuite Amerina eo quod illc 
locus par solitudini esse videretur, sed vicit celia opinio (Chronique de v. d. Berch 
aux archives, p. 41.) — Cœnobium monachorum in fnsula Leodii. (Charte du 6 sep. 
1016, dans Mirœus, III, 297). 



317 



Travaux publics de Notgcr. 

La plupart de ces construction nous amènent à l'évêqueNotger 
que les annalistes ont surnommé le second fondateur de la cité. 
En effet les travaux de toute espèce que cet illustre prélat lit 
exécuter sont tellement remarquables qu'ils ont presque fait 
oublier ceux de ses devanciers. 

Il rebâtit d'abord la cathédrale qui malgré les réparations de 
Francon, et du reste trop petite, commençait à tomber en ruine ; 
l'ayant conçue sur de vastes proportions, il y comprit l'an- 
cienne chapelle des SS. Gôme et Damien, qui forma le chœur 
appelé le vieux hour; la trésorerie qui y joignait était l'anci m 
ermitage. Tout 31110111- furent construites les maisons claus- 
trales, et non loin la petite chapelle paroissiale de Notre-Dame 
aux fonts ainsi nommée parce que c'était là qu'on administrait 
le baptême a tous les habitants de la ville (1). Ou lui attribue 
aussi la réédification de l'ancienne demeure des Pépins qui 
devint depuis lors la résidence de tous les évoques de Liège. 

Les annalistes disent (pie Notger fortifia la ville par un triple 
rangdemurset de fossés garni de tours et bastions très-élevé 
Mais nous ne croyons pas qu'il ait reculé les remparts de S'-Hu- 
bert; peut-être les a-t il réparés en y ajoutant des redoutes. Ce 
qui probablement donna lieu à celle croyance, furent les mu- 
railles dont cet évêque entoura les monastères isolés cl notam- 



1 Bouille, //m/. deLwi/c, I, (j!t. Villenfagne, Mélangesde 1 788,[). 196. 

Notgerus urbem muro circumeinxit , œdificiis honestavit, majorera ecclesiara 
eorpore b. Lamberti insignitam, u fundamentis renovavit, cœnobium S.Joannis Ev. 
in Insula fundavil (Sigeberl de Gembloux, dans Ghap. I, -20-2 — Foullon ,1, p. 196. 
— Anselme dans Chap. I. 203. - Jam priraum urbem mûris cinctam Lipsius 
Ego prolatum dumtaxal pomœrium arbilror , clausaque munimentis a Notgero col- 
legia cœnobiaque, qua; ab urbe condita, in suburbanis Prœsules exstruxerant 
Fisen, Bist. leod. — Adhuc ci tempore civitas leodiensis perva cral irruptioni vio 
lentorurn patensel castri Capra montis injuriissubjacens Anselme dans Chap. 1 ,300). 



318 



nient S'-Marliu (*) ; il avait du reste pour celui-ci un motif parti- 
culier; c'était la sécurité de la ville: car cet emplacement étant 
très-favorable pour y placer une forteresse qui aurait dominé la 
ville, il fallait l'assurer contre un coup de main. Il fit en consé- 
quence entourer toute la montagne d'un mur qui régnait au 
bas de la Sauvenière tout le long de la Meuse, jusqu'aux Bégards 
où se trouvait une poterne, près des Degrés du Thier de la Fon- 
taine, remontait jusqu'à la porte de St-Martin, passait derrière 
la place St-Séverin , derrière les maisons de la rue Table-de- 
Pierre, de la rue Neuve, puis venait rejoindre l'autre bout près 
de la Porte-St-Pierre. On voit encore aujourd'hui des vestiges 
de cette enceinte. 

Le château Sylvestre se trouvant dans la même position que 
St-Martin, Notger voulut aussi se rendre maître de cette place 
occupée par le haut voué Radus des Prez dont les successeurs 
auraient pu inquiéter la ville. On connaît la ruse qu'il employa 
pour parvenir à cette fin. Profitant d'un long voyage que devait 
faire le haut voué, il rasa son château et éleva à sa place l'église 
Ste-Croix. Il donna toutefois en échange a Radus tout le terrain 
d'Outremeuse jusqu'à la Boverie, composé de prés entrecoupés 
de marécages, et qui appartenait à sou cousin Robert, prévôt de 
St-Lambert, auquel par compensation il donna en propriété la 
ville de la Sauvenière ( 2 ). 

Enfin, disent les chroniques, Notger profitant des excavations 
faites dans la montagne de Publémont pour la construction des 
églises, creusa le bras de la Meuse qui, partant du Tournant- 
St-Jacques, longeait les promenades actuelles d'Avroi et de la 
Sauvenière, baignait le pied de la montagne St-Martin, traver- 
sait la place aux Chevaux et la rue de la Régence dans toute sa 

( ' ; Clauslrum exlerius ecclesiw b. Martini, incise colle publici niunlis triplici 
vallo et muro , cum propugnaculis et turribus sublimibus communivit , et candem 
mûri et turrium munitionem, eirea ambitum civitatis , sua longitudine et latitudine, 
sicutadhuc hodie videtur, perduxit (Anselme, dans Chap. I, 203). 

(!) Anselme dansCbap. 1, 205. 



319 



longueur pour aller retrouver une autre branche du fleuve, 
entourant ainsi d'eau le grand espace de terrain qui lut depuis 
appelé le quartier de l'Ile ( i ). Mais nous ne saurions ajouter foi 
à ce récit dont M. de Crassier a parfaitement démontré la faus- 
seté (2). Tout ce que nous pouvons admettre c'est ec que cet 
évêque, en régularisant le cours du fleuve qui auparavant se diri- 
geait peut-être vers Gheravoie jusqu'au Vivier, dessécha les 
marais du viuàve de l'Ile auquel de cette façon il donna nais- 
sance. Ce quartier rendu habitable, se couvrit bientôt de mai- 
sons et Notger y lit bâtir l'église St-Adalbert où les habitants 
de l'Ile pouvaient faire baptiser leurs entants lorsque les grandes 
eaux les empêchaient de se rendre à N. 1). aux Fonts. 

Sous le règne de Réginard (1025 à 1038) dans nue inondation 
terrible, l'eau emporte une foule de maisons et tous les ponts 
d'Ogier-le-Danois , y compris celui de Souverain-Pont. Pour 
mettre la ville à l'abri de pareils désastres, l'évêque fltexhausser 
le sol de la ville de dix pieds. Les preuves de ce fait existent 
encore : diverses maisons des rues Neuvice et du Pont pos- 
sèdent deux caves superposées (3). Vis-à-vis de cette dernière 
rue sur le .Marché, on a retrouvé, il y a une trentaine d'années 
et encore eu 1861 lorsqu'on construisait un canal, à plus de 20 
pieds de profondeur, les traces très-bien conservées d'une route 
pavée qui devait encore être postérieure aux terrassements de 
Réginard puisque le pavage avant le XIV e siècle n'était pas 
connu. 



1 Hosam fluvium , qui extra civitatem fluebat , civitati introduxil et eum circa 
claustrum S'-Pauli, S 1 que Joannis . ad radiers raonlis in quo ecclesia S'-Martini , 
S e -Cruris >■! S' Pétri sita esl . inter claustrum si Joannis S 1 que Lamberti, ni fluminis 
impetus laetifice 1 civitatem Dei, per médium civitatis, in communes usus, fluere fecil 
Anselme dans Chap. I. L io.'i . — Villenfagne, Mélanges, île 1788, p. 201. — Fisen , 
l, 1:.;. 

j Dissertation historique sur l'ancien cours de la Meuse, par M. 'le Crassier. — 
Bull, di- l'Inst. Arch, liégeois, III, 353, i-- . 

Bulletin de l'Inst. Irch. liégeois, III, 356 



320 



Par suite de cet exhaussement, Réginard ayant rétréci le lit, 
du la Meuse, il fut possible de songer à relier ses deux rives par 
un pont qu'il jeta à peu près à la place actuelle du Pont-des- 
Arehes. Jusque là, croyons-nous, on n'avait passé le fleuve 
qu'en bateau i). La rive droite entrecoupée de marais était 
inhabitable jusque près de Cornillon;'là, paraît-il, s'était tonnée 
une agglomération de maisons assez considérable pour néces- 
siter en 976 l'érection de l'église St-Remacle. En rendant l'accès 
d'Outremeuse plus facile, Réginard facilita aux Liégeois la con- 
quête de ces terrains, conquête qui ne se fît cependant que très 
lentement. La preuve que le pont de cet évèque ne servit 
d'abord que comme point de communication avec Cornillon, est 
qu'il jeta en même temps un autre pont eu pierres sur l'Ourlhe. 
On peut toutefois considérer la première de ces constructions 
comme l'origine du quartier ou vinàve d'Outre-Meuse. 

Cependant le vinàve d'Ile, mis à sec par les travaux deNotger, 
s'était en peu de temps peuplé , si bien que Réginard trouva 
nécessaire de le relier au quartier du Marché par un pont de 
bois qui fut appelé le Pont-d'Ile. Peut-être le lit du fleuve était- 
il alors trop large en cet endroit pour le construire eu pierres. 
Mais en 1199 le premier s'étant écroulé sous le poids des per- 
sonnes qui formaient cortège à une procession, Albert de 
Cuyck en fit commencer un nouveau en pierres (2); il ne fut 
toutefois achevé qu'en l!20o; alors déjà ce lit principal de la 
Meuse commençait à perdre de sou importance; le pont com- 
prenait cependant onze arches et allait depuis la rue de la 
Wage jusqu'à la petite fontaine près de la brasserie de M. De- 
jardin. 

( 1 ) Réginard... super fluviura Mosam, difficili admodum atque sumptuoso labore, 
pontem maximum exstruxit, alteiïusque posl Insulis, locis palustribus, duos pontes 
lapideos; tertiumque nihilominus super Ourtam fluvium in via paludum et aquarum 
voraginem quibusque commeantibus , rêvera ulilius consternendo et itinera coœ- 
quando (Anselme dans Chap. 1, 27o). 

(a) Gilles d'Orval, dans Cuapeauville, II, MM. 



Les chroniqueurs, sans rien spécifier, disent que les sucees-- 
seurs tle Réginard s'occupèrent d'embellir la ville (i); il ajoute 
même qu'ils l'agrandirenl ; mais on ne doit pas entendre par là 
qu'ils reculèrenl les remparts de St-Hubert. La population 
s'augmentanl toujours, tous les environs se couvrirent de mai- 
sons et formèrent d'immenses faubourgs, à tel point, dit-on, 
qu'il y avait dix lois plus de gens hors des murailles que dans 
la cité. 

Deuxième enceinte commencée pai" l'empereur Henri IV. 

Pour mettre toutes ces habitations en sûreté, la nécessité 
d'une nouvelle enceinte beaucoup plus vaste se faisait vivement 
sentir, d'autant plus que les murailles de St-Huberl étaient trop 
faibles pour servir de défense et en partie ruinées. Mais jusqu'ici 
nos évêques avaient reculé devant la grandeur de l'entreprise. 
Il était réservé à l'empereur Henri IV d'en prendre l'initiative. 
En reconnaissance des services qu'il avait reçus des Liégeois et 
d'Albert leurévêque, il lit venir d'Allemagne en l'an 1106, douze 
cents ouvriers qui jetèrent les fondations d'un rempart englo- 
bant daus la ville tout le faubourg de St-Barthélemy avec son 
église et la moitié de la montagne St-Walburge (-2). Le projet 
de l'empereur était grandiose; il commençait ses travaux aux 
bords de la Meuse à la place du pont Maghin, longeait la Lom- 
barderie, ouvrai! une porte à St-Léonard, continuait sa muraille 
entre cette porte et celle de Vivegnis, à l'endroit appelé les 
Walles, ménageait la porte de Vivegnis, montait les 600 degrés 
pour arriver à la tour de l'escangette , pratiquait la porte 110m- 



(1) Anselme cite spécialemenl Wazon (1042-1048) comme ayanl protégé 1rs 
constructions nou\ h Jaravero , si nu es clero, mit ex vulgari populo, uedi- 

(icia stuere incumberet, largitor hilaris, suflicienti raunere, cooperatorem se laboris 
esse volebal ; ita quoque , ut me, servulorum ejus exiguum, in simili opère occupa- 
tum, 8 librarum profilear ab eo meruisse beneficium. » (Dans Chap.I, p. 306 . 

(1) Chronicon leodiense de IS27, mix archives <le Liège, p. I7.'i. 



322 



mée Payenporte , continuait jusqu'à la porte de Ste-Walburge , 
élevait le bastion carré des Jésuites Anglais, ouvrait la porte 
Hocheporte, construisait le bastion du St-Esprit, puis la porte 
Ste-Marguerite, montait les Grés des Tisserands et arrivait der- 
rière l'église de St-Martin où il élevait une nouvelle porte. Il 
n'est pas bien certain que ces constructions avaient été arrêtées 
dans l'esprit de l'empereur avec tous leurs détails; mais telle 
était du moins la ligne de démarcation qu'il s'était tracée. Mal- 
heureusement l'infortuné monarque mourut bientôt après et les 
travaux à peine commencés lurent abandonnés jusqu'en 1203; 
nous verrons comment ils furent exécutés peu à peu. 

Le pourtour que nous venons de décrire tixa néanmoins dès 
lors les limites de la franchise de Liège, telles qu'elles sont dé- 
signées dans un record de l'année 1430, excepté peut-être en ce 
qui concerne le quartier d'Outremeuse ( î ). Tout autour à l'exté- 
rieur et à l'intérieur régnait le pomoerium ou werixlms destiné 
au service et à la défense des remparts et sur lequel il était en 
principe défendu de planter ou de bâtir, mais dont le prince ren- 
dait par accense des parcelles aux bourgeois à condition de les 
restituer à la première réquisition dans l'état où ou les avait 
prises. 

Dans l'intérieur de la ville on permit aux habitants de démolir 
les remparts de St-Hubert et de Notger et de construire sur leur 
emplacement. Nous avons vu qu'il en restait encore des ves- 
tiges au XV e siècle. 

La circonscription de la ville bien déterminée, elle se divisa 
naturellement eu six quartiers que l'on a vu successivement se 
former et s'agrandir, ayant chacun ses armoiries, son cri, ses 
privilèges et son vinàve en rue principale (a). Le quartier de 
Neuviee ayant reculé ses limites jusqu'à la place aux Chevaux 
porte aussi le nom de Souverain-Pou L; il ne tardera pas à dis- 

i) Raikem, Discours de 1862, p. 34. — Jean de Stavelot, p. 259. 
2) Hemricourt, Miroir des nobles de lu Hesbaye, p. 209. 



— 32^ — 

paraître pour être ajouté à celui du .Marche. Le quartier de Fé- 
ronstrée qui s'arrêtait auparavant à l'église St-Georges s'étend 
jusque St-Barthélemy et ajoute ;i son oorn celui de Johanstrée. 
Le quartier de St-Servais aussi s'est accru de toute la montagne 
de St-Martin. Enfin celui d'Outremeuse, quoiqu'encore peu im- 
portant, s'arrête au pont d'Amercœur ; les constructions des 
églises St-Nicolas en 1080 et de St-Pholien en 1189 attestenl 
l'existence d'une certaine quantité de maisons habitées sans 
doute par des mariniers et des pêcheurs. L'incorporation de ce 
dernier quartier dans la ville doit nous surprendre puisqu'il for- 
mait la propriété particulière de la famille de Prez; il est pro- 
bable que dans l'intervalle un des membres de ce puissant 
lignage en avait l'ait, la cession, sinon il aurait formé une ville à 
part ayant sa juridiction particulière connue les villes d'Avroi 
el de Sauvenière, qui alors ne taisaient pas encore partie des 
possessions de l'église de Liège. 

Il serait fort difficile de dire quelles rues existaient alors et 
quels noms elles portaient. Les documents diplomatiques de 
cette époque reculée sont rares et ne contiennent aucun dé- 
tail. Les grandes voies de communication étaient sans doute 
le Marché, les artères de Féronstrée, de Hors-Château, de Pier- 
reuse, de Neuvice, de Souverain-Pont , de la Madeleine et la 
Ghaussée-des-Prés. (relaient comme aujourd'hui les rues coin 
mercant.es , où les gens du pauvre peuple, chacun suivant la 
profession qu'il exerçait , s'étaient rapprochés comme par ins- 
tinct de ses concurrents. Le fils exerçant le même métier que 
son père et construisant sa demeure' le plus près possible de sa 
famille, on peut concevoir aisément ces associations qui don- 
nèrent naissance aux terribles corporations qui plus tard 
jouèrent un si grand rôle dans l'histoire de Liège. Ailleurs s'é- 
lèvenl isolées, plus vastes cl plus massives, les demeures des 
patriciens, enfermés chez eux comme dans i\c^ forteresses. 
Tout autour des églises régnent les encloitres , les maisons 



— -,rj,i 



claustales, résidences des chanoines (t), et les immunités du 

temple, bien différents des rues bruyantes et animées fréquen- 
tées par le peuple ; le clergé puissant se renferme aussi dans 
ses inoutiers et défend aux propriétaires des maisons placées 
sur les immunités de les louer à des fèvres, clawteurs , stor- 
deurs, etc., dont les occupations bruyantes pourraient troubler 
le service divin (2). Entre St-Lambert et le palais des princes se 
trouvait un grand terrain vague appelé le Pré-1'Évêque; c'était 
là près de la porte de sa demeure que le prélat tenait ses plaids 
de justice; c'était là que souvent se précipitait le peuple pour 
lui porter ses supplications ou l'aire entendre ses plaintes; ce 
fut là qu'en 1145 St-Bernard tonna contre la corruption du 
clergé et que les trois ordres de l'Etat s'assemblèrent notam- 
ment en 1313. 

Comme dans tout le reste de l'Europe les habitations petites, 
sombres, sans étage, construites en bois et en clayonnage, 
offraient par leur légèreté un danger terrible pour l'incendie. 
Aussi en 1143, le feu s'étant déclaré dans une maison, se com- 
muniqua rapidement aux autres et eu peu de temps tout le quar- 
tier de Féronstrée, y compris l'église St-Georges, fut consumé 
par les flammes (5). Peut-être eette église était-elle aussi cons- 
truite en charpente, quoique nous en doutions fort. En tous eas 
n'en était-il pas de même de St-Lambert comme le prétendent 
les annalistes; nous nei\ voulons pour preuve que les immenses 
proportions du temple, le témoignage encore vivant des splen- 
dides basiliques de St-Christophe, de St-Barthélemy , de St-De- 
nis, à peu près contemporaines de l'église élevée par Notgeretla 
durée de eelle-ei. Il y entrait sans aucun doute plus de bois que 
dans nos bâtisses modernes, et e'est ce qui explique comment, 

( ) Ces maisons devinrent plus tard héréditaires dans 1rs familles de ceux qui les 
faisaient bâtir ^Bouille, II, 133 . 

i Cartulaire de Ste-Croix, aux Archives de Liège, p. ^3o. 
(t.) Houille, Hist. de Liège, I, 161. 



32b 



lorsque le feu fut mis par imprudence dans la tour de Si-Lam- 
bert le ^8 avril 1183, il occasionna un incendie qui dura 13 
jours et réduisit en cendres non seulement tout l'édifice, mais 
encore le palais de l'évèque, les églises Si-Pierre, St-Glément , 
St-Trond et Ste-Ursule et toutes les maisons environnantes (i '. 

Ces désastres et d'autres encore prédits par Lambert-le-Bègue 
et attribués aux excès du clergé, frappèrent de terreur les habi- 
tants et remplirent pour un instant de l'esprit de pénitence les 
eleres et les laïcs qui se mirent avec ardeur à l'œuvre pour la 
réé lifleation de St-Lambert ; on la reconstruisit exactement sur 
son ancien emplacement, mais beaucoup plus solidement avec 
de bonnes pierres de taille arrachées à la montagne de Publé- 
mont entre St-Laurent, Si-Gilles et St-Nicolas en Glain (2). Le 
palais et les maisons claustrales furent aussi relevés en 1189. 

Cependant l'enceinte tracée par Henri IV restant toujours ina- 
chevée, la ville ouverte de toute part aux invasions se trouvait 
dans un danger permanent, d'autant plus que les relations avec 
le Brabanl étaient loin d'être amicales. Aussitôt que les affaires 
du pays le permirenl Albert de Cuyck songea à prémunir sa 
cité contre un coup de main et ordonna à ses sujets de tra- 
vailler par corvées aux remparts de Ste-Walburge. Mais le 
clergé de Liège, sous prétexe d'immunités, n'ayant pas voulu 
contribuer aux frais de l'entreprise, le peuple tout entier refusa 
d'employer ses bras aux fortifications. Il s'ensuivit des troubles 
qui durèrent plusieurs années; enfin en 1203, on parvint à s'en- 
tendre en établissant un impôt sur toutes les voilures (3) qui 



1184 4 kal. maii (28 avr.) ad primam subsequutse noctis vigiliam concre- 
mata est ecclesia b. Lamberti , S°-M;iri;c nioii;isicriiim , ambasques turres , neenon 
palalium vêtus, eum ecclesia SS. Virginum nonnulasque circula mansiones Gilles 
d'Opval dans Chap. Il, 1-28 . 
(2) Chronicon leod. de 1821 aux archives, p. 209. 

isu episcopi, clericorum , civium et militum, tribulum al) introeuntibus 
civitatem exigitur el opus firmissimorum murorum , mense septembri inchoatur ei 
producitur a porta Pagani usque ad S m -Walburgem Gilles d'Orval dans Chap. II. 198 . 



126 



entreraient dans la ville. Avec le produit de cette taxe, on com- 
mença au mois de septembre le rempart qui allait de Payenporte 
ou Bottenporte à la porte de Ste-Walburge (i ). On y employa 
une partie de la belle forêt de Glain qui fut aliénée par les Etats, 
et qui permit de mener à bonne fin cet important ouvrage (2). 

Malbeureusement on en resta là pour le moment, et lorsqu'en 
1212 le Duc de Brabant se présenta à l'improviste sur les bau- 
teurs de Ste-Walburge, il n'eut aucune peine à pénétrer dans la 
ville par le thier de Hors-Château, en descendant à côté de 
Payenporte sur la pente couverte de vignobles (3). 

Ce ne fut qu'à la suite du pillage exercé dans la ville par 
Henri 1 et ses cruels Brabançons que la population liégeoise 
comprit la nécessité qu'il y avait d'entourer complètement la 
ville de murs. Tout le monde se mit h l'œuvre et le clergé fut le 
premier à s'imposer pour contribuer à sa sûreté (4). La Payen- 
porte fut fortifiée cette même année ; puis on travailla aux murs 
d'enceinte avec tant d'ardeur qu'au bout de sept mois la ville 
entière fut close et fermée de murailles battantes du côté des 
montagnes (■;). 

Aussi lorsqu'en l'aimée suivante le même Duc revint dans le 
but de livrer une seconde fois les richesses des Liégeois à son 
armée, il trouva la ville si bien défendue par des murs, des tours 

( 1 ) 120vî. L'évêqne , le clergé et le peuple achèvent les murailles depuis Payen- 
porte ou Bottenporte qui fut bouchée l'an 1361 où est à présent la tour de Bouillon, 
jusqu'à la portelette des Bégards, et depuis encore fortifiée aux temps de la vaulx 
de Steps Chronieon leod., de 1527 aux archives, p. 175). 

(2 ) Hénoul, Annales du pays de Liège, I, 97. 

(3) Jean d'Outremeuse édité par M. Borgnel, III, 23. 

(i) Chronique de Liège de 1527 aux Archives , p. 223. Jean d'Aps entre autres, 
alors prévôt de St-Lambert, paya 300 livres de gros (un denier pour un vieux gros) 
et chacun des archidiacres 100. (J. d'Ouïr. 1. III, p. 52). 

(:;) Nous ignorons le nombre des portes qui furent ménagées dans ces nouveaux 
remparts ; outre celles de Ste-Walburge et de Payenporte, Jean d'Outremeuse cite les 
portes de St-Barthélemy et du Pont-des-Arches ; il nous apprend aussi que la ville 
était déjà alors en communication avec le quartier d'Avroi par le pont qui porle ce 
nom. J. d'Outr., I. III. 7.Y:. 



— 3i>7 — 

et des fossés, qu'il s'écria : « Hélas, hélas, que je suis coro- 
chiés! Regardeis la citeit , barons, comment ilh est fermée de- 
puis le temps que je le conquestay, et se n'eu ay riens sahut. 
(> Dieu ! où estoit response (cachée) li avoir dont ilh est fermée 
en si pau de temps? car je n\ laissay riens, nëis les propres 
cendres des chemenées; je le quidois gangnier enssi qu'à l'autre 
fois. (>r n'at-ilh en inonde si fort citeit maintenant qui est 
Liège » (i ). Et il retourna honteux dans sa patrie. 

On conçoit qu'à cette époque les Liégeois se préoccupaient 
beaucoup plus de fortifier leur ville du côté de St-Martin et de 
S ,e Walburge par où se faisaient toujours les invasions, plutôt 
que d'un antre; en effet outre que le danger était moindre, la 
Meuse présentait ailleurs un obstacle suffisant contre les moyens 
d'attaque dont on disposait alors, et une poignée d'hommes pou- 
vait en défendre le passage. Si pendant les hostilités, les bour- 
geois se trouvaient obligés de quitter la ville pour aller en 
campagne, les principaux postes étaient gardés par les habitants 
de plusieurs bonnes villes ou villages, qui en retour étaient 
exempts du tonlieu. Ceux de Sprimont devaient défendre un 
postice situé en Choke (Puits-en-Sock), ceux de Fléron le pont 
d'Amercœur, ceux, de Seraing et de Jemeppe la porte du pont 
d'Avroi, ceux d'Ivoz l'encloitre de S'-Lambert sur le rivage de 
la Meuse devant l'hôpital de la Ghaine (le marché au foin, dit 
Jean d'< lutrem :use), ceux d'Angleur, de la Boverie et de Fétines 
le postice d'eau près de Beaurepart (Brigebo) et le rivage du 
Vivier au bout de Souverain-pont, etc. Celte répartition fui faite 
à la prière du peuple l'an 1255 (2). 

Mais bientôt ce ne fut plus contre les étrangers qu'il fallut se 
prémunir; avec le réveil populaire et la naissance des corps de 

1 .1. d'Outr. , 1. Ill,i). "4. Dux Brabantinus cum paucis veniens explorure 
m. ut vidit urbem eircumdatam mûris, turribus etfossalis, ingemuil el ad suos 
Lristis revertitur (Gilles d'Orval. dans Chap. Il, -2\~ . 

8 Delrooz. Hist. d>- Franchimont, p. ltiti. — J. d'Outrero. I. III, p. 323. 



328 



métiers, surgit la lutte entre le petit peuple d'un côté, les patri- 
ciens et le prince de l'autre. En 1255 Henri de Gueldre ayant été 
obligé à la suite de troubles de quitter la ville, il n'y rentra 
qu'avec la ferme intention de tenir ses remuants sujets sous le 
joug. A cet effet il fit abattre quatre bonniers de remparts à la 
porte S te -Walburge qu'il fortifia et entoura de profonds fossés, 
de sorte qu'elle n'était accessible qu'au moyen d'un pont-levis (i). 
On n'en continua toutefois pas moins à entretenir les remparts 
en bon élai. Mais les réparafions a faire étaient considérables 
et l'impôt prélevé jusque là sur les voitures était loin d'être 
suffisant pour en couvrir les frais. En 1285 les nobles, malgré 
l'opposition du clergé et du peuple, créèrent sur les vivres un 
impôt qu'on appela fermeté parce qu'il devait servir à faire face 
aux dépenses qu'exigeait la réparation des murs, fossés et portes 
qui fermaient la cité. Il fut aboli en 1287 et remplacé pour 18 
ans par une taxe de huit deniers sur chaque aime de eervoise 
consommée à Liège. La cour chargée de percevoir cet argent et 
de l'appliquer aux ouvrages publics prit le nom de Cour de la 
Fermeté. Quoiqu'elle fut obligée de rendre ses comptes tous les 
ans, elle fut loin de travailler au profit du bien commun, et à la 
fin du terme fixé pour l'impôt (1305) elle n'avait doté la ville 
d'aucun ouvrage important. Tout ce qu'on peut signaler est le 
pavage du Marché (2) et la construction au centre d'une fontaine 
surmontée d'une colonne qui fut l'origine du perron liégeois (r,). 
Cette fontaine fut alimentée par l'arène de la cité, car la source 
de S'-Servais était depuis longtemps tarie par suite des travaux 
des houillères. Quelques années après, en 1326, on pava aussi. 



(i) Gilles d'Orval, dans Chap. 11,291. — Chronique de Liège de 1327 . aux 
archives, p. 244. — J. d'Outrem., I. MI, p. 339. 

(2) Sous ce rapport noire rite devança les autres villes de la Belgique ; car à Lou- 
vain même, qui passait au XIV e siècle pour une des villes les plus peuplées de 
l'Europe, il n'y avait encore en 1339 qu'une seule rue pavée appelée pour cela Steen- 
stniet (MarschallJ. 

.-.1 Hocsem, dans Chapeauville, II. :H7. 



— 329 — 

après en avoir modéré l'inclinaison, la route qui menait de S 1 - 
Pierre à S""-Croix. 

En 1587 le territoire de la ville s'accrut de toute la ville de la 
Sauvenière que le chapitre de la cathédrale céda par la paix des 
Clercs. Elle ne l'ut jamais érigée en quartier. 

Sac de Liège par Charles-le-Téméraire, en 1468. 

Pendant le XIII e siècle que nous venons de parcourir, Liège 
a complètement changé d'aspect. 

Des remparts munis de tours , de porleset de fossés, ont 
agrandi son enceinte et la dominent sur ies hauteurs; plusieurs 
temples nouveaux où l'art gothique a détrôné le style roman, 
s'élèvent sur différents points de la vallée, et des rues nom- 
breuses et peuplées sont venues se greffer sur les artères prin- 
cipales. Mais du sein de celte population agglomérée, pauvre 
et malpropre, du milieu des ces rues étroites, malsaines, privées 
d'air, surgissent tout-à-coup en 1282 la lèpre et la peste, ces 
maladies si communes dans les grandes cités du moyen-âge; 
leurs îavagcs furent, si désastreux que, disent les chroniqueurs, 
on vit bientôt l'herbe croître sur les places publiques. Ce fut 
sans doute alors que l'on construisit la léproserie de Cornillon 
et la lombarderie ou hôpital S'-Disier hors de la porte S l -Léo- 
nard ; ce furent là, paraît il, les seuls remèdes que l'on apporta 
au tléau ( î ). 

Le XI\ V siècle et la première moitié du XV e ne fournissent 
aucun travail remarquable à signaler. Les actes publics nous 
donnent en grand nombre de détails curieux pour l'histoire des 
rues et des maisons qui commencent à porter des enseignes (•>). 
Mais quand aux grands édifices ou aux remparts de la cité, il 



i i Polain. Liège pittoresque, p. 28. 

(î) Adolphe de la Marck chasse les lombards de la ville et va d'abord au Lion, à la 
Fleur de Lis el au Cheval d'Or sur le Marché. .Chron.de l">*27 aux Archives. 263.) 



— 330 — 

n'en est pas question. Les princes et le peuple étaient trop occu- 
pés d'autres choses pour songer a leur embellissement. La 
crainte de l'étranger les força bien de temps à autre notamment 
en 1336 à y mettre la main ( i ) ; mais nous ignorons en quoi con- 
sistèrent les réparations. 

Elles devaient du reste être vaines : en 1467 , Charles de 
Bourgogne s'étant emparé de Liège par surprise, fit abattre la 
porte de S le -Marguerite, combler les fossés et démolir 20 toises 
de murailles pour rendre son entrée plus imposante. L'année 
suivante, il reparut pour achever son œuvre de destruction. 
Après une résistance opiniâtre dans laquelle périrent héroïque- 
ment 600 habitants du pays de Franchimont, la ville fut prise. 
Louis de Bourbon, évêque de Liège , et Charles-le-Téméraire, 
duc de Bourgogne, la livrèrent à un pillage qui est resté célèbre 
et furent ensuite d'accord pour la réduire en cendres ; mais 
dans un esprit de dévotion, ils recommandèrent aux soldats 
d'épargner autant que possible les églises et les maisons de 
chanoines L'ordre barbare fut exécuté, et, le3 novembre, le feu 
fut mis par trois reprises aux différents quartiers de la ville. 
On conçoit quels ravages l'incendie devait exercer dans les 
petites habitations de bois et de chaume qui encombraient les 
rues étroites (-2). Aussi, dit un auteur, dans cette ville aupara- 
vant si magnifique et si riche en édifices, et qui comprenait 
120,000 âmes, à peine pût-on compter, outre 300 maisons de 
chanoines, plus 600 demeures du menu peuple et encore à 
demi ruinées (5). 

On se demandera comme nous , comment dans cet incendie 
épouvantable, dont la lueur fut aperçue , dit-on , d'Aix-la-Cha- 



(1) Abry. Recueil héraldique des Bourgmestres de la cité de Liège, p. 61. 

(2) Domos leodienses ante incendium fere ligneas et argillaceas plerumque pa- 
rieles fuisse patet.... magnse tamen, non paucie, et sumptuosœ fuerunt pro ejus aevi 
modo (Foullon, II, 200;. 

(3) Bouille, Hist. de Liège, II, 163 et suiv. 



331 



pelle , on parvint au milieu de la conflagration générale à pré- 
server les églises dont une ou deux .seulement Curent atteintes 
par les flammes. Ce l'ait peut toutefois s'expliquer. Nous avons 
dit que tout autour des églises collégiales, dans un rayon de 30 
pas, régnaient les immunités du temple. Tout cet espace, oc- 
cupé par les encloîtres et les maisons canoniales, était isolé 
par des rues. Cliarles-le-Téméraire ayant recommandé d'épar- 
gner les biens ecclésiastiques, on comprend que les édifices 
qu'ils entouraient échappèrent à la destruction. Quant aux 
é'glises paroissiales, il est à remarquer qu'elles se trouvaient 
presque toutes à Liège dans ce même rayon , de façon que 
chaque collégiale avait dans son pourpris une chapelle parois- 
siale. C'est ainsi que N. I). aux Fonts se trouvait tout à côté de 
S'-Lambert, S'-Adalbert à coté de S'-Jeân, S'-Glément à côté de 
SVPierre, S'-Aldcgonde et S'-Etieune à côté de S'-Denis, etc. 
Pour les églises auxquelles se trouvaient adossées des maisons 
bourgeoises, comme S ie -Catherine , par exemple , il faut croire 
que les fidèles exécuteurs du Bourguignon prirent des précau- 
tions efficaces ou que la légèreté de ces maisons ne donna pas 
à la flamme le temps de se communiquer aux édifices en pierres. 
Tout le reste de la ville fut réduit en cendres. On doit peut- 
être en excepter les remparts, quoique dans sa terrible sentence 
du 26 novembre 1467, Charles eut déjà fait insérer un article 
ainsi conçu: Les portes, les murailles et les fortifications de la 
cité seront démolies et les fossés remplis, tellement que l'on y 
puisse par tous côtés entrer comme en ung village ou ville 
champestre. Et ne pourront jamais estre rétablis sans le con- 
sentement du duc et de ses successeurs (î). Heureusement cet 
ordre ne fut pas exécuté à la lettre; les remparts souffrirent 
sans doute énormément de la catastrophe de 1468, mais il fut 
possible <le les conserver et nous verrons bientôt le peuple tout 
entier travaillera leur reconstruction et réparation. 

; Sentence de Charles-le-Téméràire, publiée i >ar M. Gachard, 



332 



Par lettre du 17 juillet 1469, Louis de Bourbon transporta et 
inféoda, c'est-à-dire donna en toute propriété à son allié, en re- 
connaissance de la vengeance qu'il lui avait aidé à tirer de son 
peuple, l'île de la cité (le quartier de l'Ile) où sont les églises 
S'-Paul et S l -Jacques, avec les ponts, les petites îles y enclavées 
et l'ilot du Torrent, la justice, hauteur, seigneurie «pour ledit 
duc y faire bâtir une ville fermée quand bon lui semblera, avec 
telles fortifications qu'il lui paraîtra convenir; lui octroyant de 
plus, pour sûreté de ces édifices et fortifications, faculté perpé- 
tuelle de passage parmi les faubourgs d'Avroi, ainsi que le droit 
d'y faire des boulevards, murs, fossés et forteresses. » 

Après plusieurs conférences avec l'évêque et le chapitre, le 
duc permit en cette même année 1469 de laisser rebâtir dans la 
cité pour les chapelains et autres ecclésiastiques qui n'en avaient 
pas, 24 maisons dans le voisinage de S'-Lambert, 12 à côté de 
chaque église secondaire, plus 104 autres pour les laïcs néces- 
saires au service du culte (i ). 

Puis le duc quitta Liège laissant à Imbercourt, son lieute- 
nant, le gouvernement de la cité. Celui-ci s'installa dans le fief 
donné a son maître et appelé pour cela ITle-le-Duc. Mais comme 
ce digne ministre d'un prince cruel se fatiguait de régner sur 
une ville déserte, il obtint de Charles la permission de laisser 
construire sur le vieux Marché entre le Palais et la Cathédrale 
quatre à cinq cent baraques pour des bourgeois moyennant un 
lion d'or de 30 sous à payer une fois et une rente de 2 chapons 
par an pour chacune d'elles. L'évêque et d'Imbercourt ayant 
laissé dépasser le chiffre de ces constructions, Charles l'apprit 
et envoya en 1470 des députés à Liège pour les faire abattre ; 
mais on l'apaisa avec de l'or. A partir de ce moment on n'y re- 
garda plus et peu à peu les anciens habitants qui couraient en 
vagabonds, sans asile, vinrent de nouveau chercher un refuge 
derrière ces murs qui leur avaient été si funestes. 

( ! ) I. dires de Lmiis de Bourbon du I e1 ' juillet 1469, aux Archives de Liège. 



333 



En 1474, ils accouraient en foule et, disent les historiens, 
suivant leur goût et leur caprice, sans observer ni formalité ni 
symétrie, ils se construisaient au [dus vite de nouvelles de- 
meures. C'est à eette précipitation que l'on attribue les rues 
étroites et tortueuses qui en différents endroits sillonnent encore 
aujourd'hui la ville. Mais il est certain qu'elles n'étaient ni [dus 
grandes ni plus belles avant 14(38. De nombreux documents 
prouvent à l'évidence que toutes les anciennes voies (et nous 
n'en avons [tas trouvé une seule nouvelle) furent conservées 
avec les mêmes noms et que les vieilles fondations servirent à 
leur renaissance. On peut même constater qu'un grand nombre 
de bourgeois allèrent parmi les décombres rechercher l'empla- 
cement qu'ils occupaient autrefois, s'y installèrent de nouveau 
et rendirent à leurs maisons leurs enseignes primitives. On 
conçoit que de cette façon l'ouvrage avança beaucoup plus rapi- 
dement que s'il avait fallu des plans et attendre l'ordre de ! au- 
torité pour observer un alignement; elle ne s'en inquiétait du 
reste guère: quant à la facilité des communications , le peuple 
n'en demandait pas plus et puisqu'alors il n'y avait presque pas 
de roulage, les larges rues étaient inutiles (i). Nous croyons 
donc que si l'aspect de la ville subit une modification, ce fut à 
son avantage, car quoique à cause de la hâte des bourgeois la 
plupart des maisons fussent reconstruites en bois, on vit ce- 
pendant par-ci par-là s'élever quelques habitations en pierres 
brutes et à plusieurs étages. 

Cependant Imbercourt avec son conseil composé de Bourgui- 
gnons, ne voyait pas avec trop de sécurité se repeupler la ville 
de bourgeois naturellement hostiles à son gouvernement. Aussi 
pour se mettre à l'abri de leurs entreprises lit-il entourer son 
île à l'intérieur de bonnes murailles dont les débris subsistaient 
encore en 1820 tout le long des promenades de la Sauvenière 
et d'Avroi el derrière le monastère de S'-Jacques jusqu'aux Pré- 

( ! i Bulletin de l'inst. arch. liégeois, l\, 180. 



— 334 — 

montrés i i ). Le manque de vestiges à la partie qui regarde l'inté- 
rieur de la ville a fait douter qu'il y ait jamais eu là des fortifi- 
cations. 

Eu 1477 Charles-le-Téméraire est tué devant Nancy et sa Mlle 
Marie renonce à la souveraineté du quartier de l'Ile. 

Reconstruction de la Cité, en 1478 —Outre-Meuse. 

Aussitôt les Liégeois, délivrés de la servitude et appréciant 
plus que jamais les bienfaits de la liberté, ne songent plus qu'à 
se prémunir contre de nouveaux tyrans. Dès le 24 avril 1478 ils 
s'imposent volontairement des corvées pour la réparation de 
leurs remparts ruinés (a). Mais les travaux à faire étaient im- 
menses et l'ouvrage allait si lentement faute d'ensemble et de 
finances que l'année suivante on exhorta chaque paroisse à se 
charger suivant ses ressources de la réédification d'une partie 
de l'enceinte. La ville permit aux ouvriers qui y travaillaient de 
s'emparer partout où ils le trouveraient du bois, des pierres et 
autres matériaux qui avaient échappé à la destruction dans les 
lieux dévastés par l'incendie (r,). Pour faire face aux dépenses 
elle ordonna même de vendre tous ses revenus disponibles et de 
démolir les forteresses de Saive, Aigremont et Esneux (-4). 

En peu de temps furent élevés les remparts du côté de S l - 
Martin (1483) (s), la porte de Vivegnis fut construite et les fossés 
de la ville réparés (1486) (g). 

Ce doit être vers cette époque que l'on s'avisa aussi d'entourer 

; 4 ) Ceci n'est qu'une supposition. Abry dit que les murailles de S'. -Jacques 
furent construites en 147S pour contregarder le quartier de l'île où se tenait le 
conseil des ducs de Bourgogne. 

(!) Bartholet. Comiliumjuris, n<M05, 123, 151 , 193, 480. 

(3) Ibidem, n° 124. 

(4) Ibidem, n° 125. 

(s) Polain. Liégt pittoresque, p. 64. 
(6) Bartholet. Comilium juris, n° 120. 



— 335 — 

de murs le quartier d'Outremeuse. Dos espèces de travaux de 
défense devaient anciennement déjà avoir été pratiqués du côté 
de la rue des Ecoliers sans que l'on puisse bien déterminer leur 
emplacement. En effet Jean d'Outremeuse rapporte une charte 
du mois d'avril 1:242 par laquelle la ville cède en rendage à Lam- 
bin le Solier le fossé Outre-Meuse situé entre doux eaux près de 
l'île Notre-Dame, à la condition de le nettoyer, d'y entretenir 7 
pieds d'eau et de construire un mur à chaque extrémité. Elle 
ajoute : « Et doit ilii le pont devers Mouse détenir à son coste, 
et puet castechier del anglet de! mure del forteresche jusqu'à! 
postis, enssi corn ly longeche del pont porte et avant nient ( i ). » 
L'ignorance où nous sommes de l'endroit dont il s'agit nous 
empêche de bien comprendre ce texte. Toujours cst-il que les 
vieilles constructions révèlent deux enceintes. La plus ancienne 
partait de la Meuse à l'endroit même où se trouve. aujourd'hui 
une image de la Vierge dans la rue des Tanneurs, traversait la 
rue des Ecoliers entre les maisons Bouvy-Sablon et Fick-'Joas- 
sart, aboutissait à une poterne d'eau surmontée d'une tour ronde 
en petit appareil, qui se trouve sur un bras de l'Ourle et de la 
Meuse réunies, arrivait par une droite, perpendiculaire à la pre- 
mière, à l'église S'-Nicolas (place Grétry)où se trouvait une porle 
qui portait en 1737 la tour de cette église, puis remontait jus- 
qu'au pont du Saulcy à la Meuse. On ignore de quelle époque 
était ce premier rempart; il devait dans tous les cas être 
fort ancien, puisqu'à l'époque où nous sommes arrivés, nous 
en trouvons un second beaucoup plus vaste dont voici le par- 
cours : son point de départ se trouvait à la Meuse derrière le 
moulin Curtius, où l'on voit encore deux tours; après avoir tra- 
versé le Barbou, il gagnait par une ligne oblique le grand 
balwoir de la porte d'Amercceur, arrivait à une petite tour ronde 
avec son corps de garde près du pont deRestea, puis à une autre 
lotir qui se trouvait vis-à-vis de l'ancienne maison Vielvoye, pas- 

i | i. d'Outrem., I. III, p. c Jiiii. 



336 



sait à une vingtaine de mètres en amont du pont actuel de 
Longdoz, se prolongeait jusqu'au bastion rond contigu à l'an- 
cienne île Franck et arrivait au corps de garde de la tour eu 
Bêche sur la Meuse. 

Avant le sac de 1468, par abus ou par négligence, les Liégeois 
s'étaient permis de ces côtés des empiétements successifs jus- 
qu'au point de bâtir sans octroi sur les werixhas de la cité et 
même sur les remparts. L'événement ayant prouvé le danger de 
ces concessions, il fut défendu par lettres du 29 mars 1487 de 
toucher aux fortifications de Bêche et de Jérusalem sous peine 
de perdre la main (i). 

En 1490 Robert de la Marck étant entré en ennemi dans la 
cité, il s'installa dans ce même quartier d'Outremeuse qu'il for- 
tifia, dit-on, en élevant au pied du pont-des-Arches une immense 
porte a pont-levis et d'autres ouvrages : peut-être quelques-unes 
des tours que nous venons de mentionner furent-elles cons- 
truites par lui. Pendant cette occupation le peuple donna a ce 
quartier le nom de nouvelle France (2). 

Erard de la Marck et ses successeurs. 

Sept années s'étaient écoulées depuis le sac de Liège et les 
suites de ce désastre se faisaient encore sentir. Désolé de voir 
l'état languissant de la ville, Erard de la Marck demanda aux 
métiers que pendant 8 années il fut permis aux étrangers de 
venir librement exercer leur industrie dans la cité (3). Cette 
décision produisit les meilleurs effets: on vit bientôt l'anima- 
tion d'autrefois régner dans les rues et le commerce reprendre 
son essor. Ce résultat obtenu il ne restait qu'à placer la nouvelle 
population à l'abri en achevant de remettre eu bon état les mu- 

(1) Bartholel, Cohstliuthjiiris, n° 411. 
(!) Bouille. Hisl. fie Liège, II, 246. 
(s) Ibidem, II, 260. 






— 337 — 

railles et les travaux de défense dont la plus grande partie était 
encore en ruines, et en renforçant les anciennes fortifications 
par de nouveaux ouvrages; les ravages faits en peu d'instants 
par l'artillerie bourguignonne avaient démontré l'insuffisance 
des simples murailles (i). Sans nous arrêter à mentionner les 
menues réparations, nous allons nous borner à signaler par 
ordre de dates les constructions d'une certaine importance. 

Erard de la Marck commença en 1507 par munir d'une tour 
ou forteresse très-solide en pierres de taille (2) chacune des 
portes de S"-Marguerité et de S u '-Walburge pour défendre la cité 
sur les deux points les plus exposés aux invasions ; puis il releva 
tous les remparts depuis la porte S'-Laurent qu'il lit réédifier à 
neuf ainsi que celle de S l -Martin (3). Dans cette circonstance on 
expropria, sur l'avis des vois-jurés de la mesure, un grand 
nombre de bourgeois dont les propriétés gênaient les remparts 
ou empiétaient sur les 16 pieds de werixhas qui devaient rester 
libres pour les fossés (4). 

Erard ayant ensuite abattu l'ancienne demeure des princes- 
évêques, fit construire à ses frais sur le même emplacement le 
magnifique palais qui depuis des siècles fait l'admiration des 
archéologues. 

En 1524, l'abbé du Val St. -Lambert démolit derrière son re- 
fuge (dans la rue des Célestines) une forteresse insuffisante qui 
dominait les rempars d'Avroy et la remplaça par des murs plus 
solides (s). 

(') L'invention de la poudre à canon date du XIV e siècle. 

- Les chroniqueurs disent que ces tours étaient de marbre parce que celait la 
première fois qu'en employait des pierres taillées. « 1508 : Erardus civitatem binis 
lurribus marmoreis afundamentis aget munitqiie; una portas, SS. Martini cl Mar 
garelae a latebris et insidiis, quas montes vallesque adjacentes hostibus exhibent, 
défendit, altéra portant sanctse Walburgis propter patentes Hasbanke eampos inimicis 
expositam firmo praesidio tuelur Chapeauville, III, 240.) 

(3) Barlholet. Consilium juris , n" I ; i. 

(i) Ibidem, n" 131, 132. 
Ibidem. 11" 133 



— 338 — 

L'année suivante on répare le postiee des Begards et on l'ap- 
proprie pour recevoir un corps de garde. Erard avait aussi 
décidé en cet endroit la construction d'un pont qui devait abou- 
tir près de St.-Jean, à l'effet de relier le quartier de la Sauve- 
nière à celui de l'île ; mais ce projet fut abandonné sur les ré- 
clamations du métier des meuniers ( i }. 

De 1536 à 1638 les bourgmestres font bâtir la muraille de 
Bêche, puis un pont et une tour dans le même endroit ( 2). 

Corneille de Berg continue l'œuvre si bien commencée par 
son prédécesseur. Dès la première année de son règne (1540), il 
fait munir la porte d'Amercœur de murs et d'une tour ou bas- 
tion rond en pierres de taille (s), et, comme, malgré tous les 
travaux antérieurs , la ville se trouvait encore dans un mauvais 
état de défense, il imposa des corvées aux bourgeois pour venir 
travailler aux remparts et aux tranchées ; chaque ménage dût 
journellement fournir un ouvrier à ses frais ; les habitants des 
faubourgs et de la banlieue furent aussi convoqués à cette 
œuvre patriotique, dans laquelle ceux de Jemeppe, de Tilleur, 
d'Ougrée et de Sclessin se montrèrent si assidus que l'évèque 
leur rendit les privilèges qu'Erard de la Marck leur avait en- 
levés en 1531, lors de l'insurection des Rivageois (t). 

C'est ainsi que furent successivement réparés ou construits 
en 3 années de temps (1540 à 1543), les murs de Jérusalem près 
du couvent des Récollets Outremeuse (s); le boulevard de la 
porte St-Léonard, sous la direction de Paul de Rickel, archi- 
tecte (r,), la vieille porte de St.-Walburge (7), celle de Ste-Mar- 



( ') Bartholet. n<> 104. — Chapeauv., II, 337, 

( ! ) Abry. Recueil héraldique, p. 260. — Bartholet. Conciliant juris, n° 102. 
(3) Abry, p. 2<<6.— Bouille, II, 340. 

<*) Bouille, I, 349. — Chronique de 159! aux archives, p. 103. 
s.) Bartholet. Concilium juris, n° 138. 

(6) Abry, p. 267. 

(7) Bartholet, n« 111. 



— 339 — 

guérite et celle de St.-Léonard (1); les murs de Vivegnis ut la 
tour des Vignerons (2) ; eniiu l'avant-porte de St.-Martin-en- 
Mont. Ces travaux lurent encore activés par la nouvelle que 
l'on reçut le 5 janvier 1543 de la princesse Marie de Bour- 
gogne, que le duc de Juliers formait des desseins hostiles 
contre Maestreicht et Liège. Le prince fit aussitôt mettre la 
dernière main au boulevard de la porte St.-Léonard et aux 
murs qui bordaient le fleuve de ce côté (:.). 

Tous ces travaux ne s'achevèrent pas toutefois sans difficul- 
tés et, sans rénergiedel'évèque, ils seraient probablement restés 
imparfaits. Il avait en effet à lutter contre le mauvais vouloir du 
beaucoup de sus sujets, qui cherchaient toutes sortes de pré- 
textes pour se soustraire aux corvées; mais il obligea tous les 
citoyens qui étaient en ville à y prendre part en remplaçant les 
récalcitrants par des ouvriers à leur charge ; les absents furent, 
sommés de rentrer à Liège, sous peine de perdre leurs droits 
de cité (*). Le 14 juillet 1542, il envoya des voirs-jurés pour faire 
disparaître dans les 3 jours derrière les murs dans un rayon de 
100 pas toutes les constructions, jardins, prés, vignobles, 
arbres, qui pouvaient nuire à la défense de la ville ou offrir 
ti'ir un avantage à l'ennemi. Les propriétaires qui s'y refusèrent 
furent obligés de payer les frais occasionnés par ces travaux (•>). 
Les chanoines de S 1 Barthélémy, qui, sous prétexte d'immu- 
nités, avaient depuis un temps immémorial, le droit déposséder 
des jardins contre les murailles et môme de pratiquer dans 
celles-ci «les portes ou postices qui aboutissaient au rivage de la 
Meuse, voulurent se maintenir dans cette possession malgré 
l'insistance îles bourgeois jaloux. Le prince mit un terme à cette 

Abry. p. 161. — Bartholet, n°* 109, 110. 
(*) Iijirtholel, ri" Mil. 
(1) Bouille, II, 352. 
f 4) ChapeauviUe, III , 345. 
I .-, ) ChapeauviUe, ibidem. 



.340 



querelle en laissant subsister les jardins des chanoines à la 
condition que ceux-ci les abandonneraient, en cas de nécessité, 
aux soldats pour défendre les remparts ( i ). 

Nonobstant tous ces travaux de défense, Corneille de Berg 
eut encore le temps de songer à l'embellissement de la cité; 
mais il mourut avant d'avoir pu les achever. En 1541, il avait 
confirmé, par une décision nouvelle , l'ancienne distribution de 
la ville en cinq quartiers (2), en spécifiant les églises qui de- 
vaient faire partie de chacun d'eux , et les locaux ou leurs habi- 
tants devaient respectivement se réunir pour élire 12 capitaines, 
à la moindre apparence de trouble ou de guerre. 

George d'Autriche ne montra pas moins de sollicitude qu'E- 
rard de la Marck et Corn, de Berg, pour munir la cité de tra- 
vaux de défense ; c'est une remarque que l'on peut faire pour 
tous les évêques qui gouvernèrent Liège pendant le XVI e siècle. 
George d'Autriche fut du reste admirablement secondé par le 
peuple qui, à deux reprises différentes, apporta spontanément 
de l'argent en 1547, la première fois pour creuser des fossés à 
la porte Hocheporte, la seconde pour munir cette même porte 
d'un propugnaculum ou plateforme (3). La cité contribua aussi 
largement pour sa part en consacrant tout l'argent disponible 
de sa caisse à la réparation des portes de S'-Martin et de 
S te -Marguerite (4). Enfin le clergé lui-même fit construire à ses 
frais le boulevard de S te -Walburge près de la porte de ce nom, 
y compris le grand baloir qui protégeait l'entrée de Pierreuse, 
près de la chapelle de S ti '-Balbine (s ). 

Ce règne fut encore signalé par les travaux qu'on exécuta le 

(') Bouille, 11,350, 351. 

(2) Les historiens disent que cette division existait antérieurement ; dans ce cas 
nous ne savons à quelle époque le quartier de Neuvice ou Souverain-Pont fut sup- 
primé pour être réuni à celui du Marché. 

(3) Bartholet. Conciliumjuris, n os tiO, 141. 
(i) Ibid., n° s 142, 169, 145. 

i s Abry. 1'. ;275. 



— 341 — 

long de la Meuse à l'endroit appelé Batte ou Golfe, où le rivage 
négligé et sale arrivait en pente douce jusqu'à la ligne des mai- 
sons actuelles, de façon qu'il était impossible d'y circuler. Ce 
rivage fut transformé en quai ou voie publique et poussé en 
1549 jusqu'à la porte de la cité. Puis tout le long du fleuve 
on tira un mur d'eau dans lequel fut ménagée l'arcade du grand 
égoût qui vient par la rue Hors-Château. En 1546 l'évêque lit 
construire la boucherie actuelle avec une grande porte qui don- 
nait sur la Meuse. Tout prés il éleva la maison du poids de la 
ville (i). 

Le 24 juillet de cette même année George d'Autriche lit vi- 
siter par des experts les fortifications et les répara en différents 
endroits. 

Il remplace par une nouvelle bâtisse la vieille porte des Res- 
teaux, élève une autre porte au lieu dit Beaurepart, lortilie celle 
des Croisiers qui lui était voisine (-2), jette les fondements de 
celle d'Avroy, qui est de pierre taillée en pointe de diamant, dit 
Abry , pousse une muraille à gauche de cette porte depuis 
l'endroit appelé la Fontaine de S'-Lainbert jusqu'aux jardins des 
chanoines de S'-Paul, et une autre à sa droite jusqu'à Roland- 
goffe(r,). Enfin il ordonne aux chanoines de S'-Barthélemy de 
se conformer à la règle générale en évacuant et laissant libre 
le pied des remparts sur un espace de 16 pieds (i). 

Il semble qu'après tous ces travaux, la ville dût se trouver 
dans un état suffisant de défense, et cependant le premier soin 
de Gérard de Grocsbcck lorsqu'il monta sur le siège épiscopal 
fut de faire venir tous les ouvriers de la cité et des faubourgs 
pour les faire travailler à la réparation des remparts qui, dit 



1 Chronique de 16-28 aux Archives, p. 170. — Rouille. Il, 339, 362. -, Abry. 
— Barlholet. N°* 166, 1(37. 
(»] Bartholet. .V 5 113, 1 1 4, 148. 
(3) Houille. II, 379. — Abry. I\ 279. 

*. Bartholet. N° 133. 



— 342 — 

Bouille, étaient ruinés et laissaient detous côtés la ville ouverte 
aux insultes de ses ennemis (i). Il nomma une Commission 
composée des dix principaux bourgeois de chaque quartier , 
chargée de surveiller ces réparations. Il est vrai que les cir- 
constances l'exigeaient. On était en guerre ouverte avec le 
prince d'Orange qui d'un moment a l'autre pouvait diriger ses 
entreprises contre la ville. Dans cette vue le Conseil de la cité 
ordonna en 1566 de construire une nouvelle forteresse répon- 
dant à celle de S te -Walburge et de cesser tout autre ouvrage 
jusqu'à ce qu'elle fut achevée (à). Mais les finances de la ville 
étaient obérées; le salaire des ouvriers fut diminué et chacun 
des 32 métiers obligé de réparer la tour qui lui était désignée 
sur les remparts pour pouvoir y monter la garde (s). On donne 
l'ordre de boucher avec de la terre toutes les portes et postices 
de la cité excepté les principales, de munir les chemins de bar- 
rières et de paver les principales rues pour mener plus facile- 
ment les grosses pièces d'artillerie sur les fossés (4). Lorsque 
le 28 octobre 1568 le prince d'Orange se présenta devant Liège 
sur les hauteurs de S te -Walburge, il trouva la ville si bien défen- 
due qu'il fut obligé de se retirer. 

Notons encore comme travaux remarquables de la fin du XVI e 
siècle, le boulevard construit au faubourg de la ville près de la 
tour des brasseurs au dessus des Vignes, le bastion carré des 
jésuites anglais dit de Payenpofte, le pont des jésuites, et le quai 
longeant la Meuse vis-à-vis du Mont-de-Piété au bout duquel la 
riche Curtius fit construire, pour la facilité des bateliers qui 
antérieurement ne pouvaient entrer en ville avec leurs chevaux 
que par la porte St-Léonard, la porte Hongrie appelée ensuite 
la porte du pont Maghin. 



(O Bouille. II, 424. 
(t) Bartholet. N° 455. 
(s) Ibid. Nos 157, 160. 
4) îhid.N"* 163, 245. 



— 343 — 

Physionomie de la Cité pendant le XVI« siècle. 

On voit qu'il assez facile de suivre pas a pas, au moyen de 
documents, les travaux de défense qui se firent successivement 
à Liège. Il en est de même pour les églises, les monastères, les 
couvents et les hôpitaux ou hospices considérés alors comme 
édifices religieux; et cela se conçoit si l'on fait attention aux 
préoccupations dominantes de cette époque de guerres inces- 
santes ou d'hostilités, au gouvernement ecclésiastique de notre 
pays et a la foi si profonde des populations d'alors. À ces deux 
points de vue Liège, avait subi depuis le XIII e siècle une trans- 
formation radicale, car aucune époque de notre histoire ne fut 
plus féconde en travaux de ce genre ; ce que nous avons dit des 
remparts de la ville le prouve suffisamment; quant aux églises 
et couvents qui s'élevèrent sur le sol liégeois, le nombre en est 
tellement grand que sous ce rapport la fille de Rome devint cé- 
lèbre; nous aurons occasion de les citer chacun à son tour, en 
traitant l'histoire des rues : qu'il nous suffise de dire que dans 
les nouvelles constructions religieuses et dans les réparations, 
le style gothique fut bientôt remplacé par celui de la renais- 
sance, comme on peut le voir au portique de S'-Jacques et 
ailleurs. Comme à partir du XVI e siècle jusqu'à la révolution, il 
ne fut pas apporté de grands changements aux deux genres de 
constructions qui nous occcupent, les plans de Blaeu, deTho- 
nus, de Leloup, etc., donnent une idée exacte de l'aspect gé- 
néral de notre ville en 1500, justement parce que les dessina- 
teurs ont eu soin de faire ressortir les grands édifices. Voici du 
reste la description qu'une chronique du temps fait de la ville 
en lo91. « La cité de Liège pourrait contenir à la ronde une 
bonne lieue ; elle a été plusieurs fuis ampliéeet grandement aug- 
mentée tant en plaine quepartieen montagne ; et y a six vinâves 
bien remplis d'édifices , outre que la grande Meuse passe en 
ladite cité : et y sont grand nombres de belles et bonnes fon- 
taines et un rèwe ou canal d'eau descendant des montagnes fort 



profitable, car oultre autre commodité qu'il apporte, sur icelui 
sont érigés cinq bons molins dans ladite cité, sans autres 17 
molins en ladite cité érigés sur autres rivières. La grande ri- 
vière de Meuse fort propice à porter grands bateaux dont l'on 
en reçoit biens incroyables. Ladite cité est aornée à l'entour de 
belles vignobles, beaux jardinages, plat pays et montagnettes 
abondantes en frument et autres grains et fruits. De quoi a bon 
droit a écrit le poëte: 

Legia mater opium, frugum suavissima nutrix. 

Dans la cité y a 8 grandes et riches collégiales, dont la 
cathédrale est la première , 5 abbayes à deux mitrées , 4 cou- 
vents des ordres mendiants, 32 églises paroissiales, etc. » (î) 

Ce qu'il est moins aisé de constater à Liège, ce sont les progrès 
faits dans l'art d'aligner les rues , d'élever des demeures saines 
et commodes. Sous ce rapport on manque complètement de 
renseignements ; nous croyons du reste que ces progrès n'ont 
pas été sensibles. 

Selon nous le sac de Liège de 1468 ne changea en rien l'as- 
pect de la ville; depuis lors jusqu'au XVIL siècle on ne constate 
aucune modification importante. L'attention de la ville et des 
princes étant absorbée par les incessantes et nécessaires répara- 
tions des remparts, ils ne s'occupaient pas d'embellir la ville. La 
commission permanente de la cour de fermeté signalait à chaque 
instant de nouveaux travaux à faire et dépensait pour les forti- 
fications tout l'argent disponible. Il existait bien, il est vrai, dès 
le XV e siècle une autre commission d'experts pour l'intérieur de 
la ville, appelée les voir-jurés de cordeau , ou de la mesure; 
mais en vertu des considérations qui précèdent, elle était laissée 
à l'arrière-plan et n'exerçait guère son office que pour des con- 
testations. On ne peut mentionner, en fait de travaux utiles 

(i ) Chronique de Ui9l aux Archives, p. 36 v". 






dans la ville, que le pavement des principales rues , le quai de 
la Batte avec son mur d'eau , l'égoul Hors-Château, la place 
aux Chevaux qui n'était qu'un rivage. Quant aux maisons, sans 
songer aux rectifications, on ne s'en occupait que pour veiller 
à ce qu'elles n'empiétasseni pas sur la voie publique existante. 
Or leuremplacèmenl primitif ayant été abandonné au caprice ou 
à la volonté de chaque bâtisseur, on conçoit qu'elles devaient 
toujours être étroites el contournées. Les demeures du petit 
peuple, elles-mêmes, étaient restées à peu près ce qu'elles étaient 
au moyen-âge. Nous admettons que les constructions fragiles et 
légères, construites à la hâte à la fin du XV e siècle, ne durèrent 
pas longtemps; mais celles qui leur succédèrent, quoique sans 
doute construites plus solidement, avaient toujours pour base les 
mêmes matériaux primitifs, c'est-à-dire, le bois, le clayonnage 
et le chaume; elles étaient encore sans étage, sans plancher ou 
même sans dalles à l'intérieur des pièces; celles-ci, dépourvues 
de cheminées, laissaient voir au plafond les poutres qui suppor- 
taient le grenier, auquel on n'arrivait que par une espèce d'é- 
chelle, et offraient pour tout embellissement ou marque de pro- 
preté des murs blanchis à la chaux : vu la rareté du verre les 
ouvertures par lesquelles on percevait le jour étaient étroites 
et peu nombreuses; eniiu les portes rugueuses, coupées dans 
le sens de leur largeur, la partie supérieure restant toujours 
ouverte pour éclairer l'entrée, telle était , sans parler des 
meubles informes et rares, et du toit de chaume, la demeure du 
petit bourgeois de Liège aux XIII , XIV e , XV e et XVI" siècles. 
Quelques maisons pauvres dans les petites rues de Liège pré- 
sentent encore aujourd'hui à peu près le même aspect qu'on 
retrouve exactement dans les villages du Limbourg. Le con- 
traste que présentent avec ces humbles demeures les splen- 
dides constructions religieuses qui peuplent noire cité et qui 
dénotent chez les architectes qui les onl conçues des connais- 
sances dont ils auraient pu appliquer une partie à améliorer le 
bien-être de leurs compatriotes , peut étonner. Mais si les cou- 



— 346 — 

vents et les églises étaient riches alors , les villes et le peuple 
étaient pauvres et chargés d'impôts. Ce fut la richesse du clergé 
en même temps que la durée des collèges ecclésiastiques qui 
lui permit d'élever à Dieu ces temples magnifiques qui ont 
dû coûter des sommes immenses et de longues années de tra- 
vail, et d'entourer ces mêmes temples de superbes hôtels en 
pierre taillée pour loger le clergé. 

Une troisième classe d'habitations , tenant le milieu entre 
celles des chanoines et des petits bourgeois , était celle des 
nobles, des patriciens et des marchands riches. Les pignons 
aussi formés de charpentes étaient plus solides et permettaient 
d'élever plusieurs étages; les intervalles étaient remplis par des 
briques au lieu d'argile et de paille, et souvent tapissés de 
petits carreaux en porcelaine ; les toits immenses et presqu'à 
pic étaient couverts de tuiles; les fenêtres petites, mais en 
en grand nombre, offraient à la vue une variété infinie de des- 
sins formés par des petits carreaux enchâssés dans du plomb ; 
à l'intérieur de riches lambris recouvraient les murs et des 
meubles sculptés ornaient les pièces. 

Travaux publics pendant le XVII siècle. 

En parcourant rapidement notre histoire depuis le XVII e 
siècle jusqu'à la révolution liégeoise, on remarque que moins on 
consacre d'argent et de soins aux fortifications de la cité, plus 
on donne d'attention à l'embellissement de la ville et plus la 
population y gagne sous le rapport du bien-être. A partir de 
l'an 1600 les maisons de nos rues principales commencent à 
s'élever à plusieurs étages dont le premier s'avance sur la rue 
en formant une espèce de balcon appelée seyeute. Le prince qui 
possède les voies publiques au nombre de ses régaux , vend aux 
particuliers , par l'intermédiaire de la Chambre des finances, le 
droit d'empiéter ainsi sur son domaine. Cette mode dura près 



- 347 — 

d'un siècle ; il en existe encore quelques-unes à Liège notam- 
ment sur la place des Carmes, au coin de la rue des Prémon- 
trés, dans la rue Féronstrée,etc. La plus remarquable est celle 
tpie le peuple a baptisée du nom des treu doxâls el qui se 
trouve dans la rue des Tourneurs. 

En MUS la crainte <\c> incendies l'ait porter défense de se ser- 
vir de paille pour couvrir les toits dans l'enceinte de la cité. Eu 
même temps pour donner plus de jour et de largeur aux rues, on 
ordonne aux marchands de faire disparaître les montres dans 
lesquelles ils exposaient leurs marchandises et qui avançaient 
quelques fois de plusieurs pieds sur la rue. On commença 
aussi à dissimuler le long des trottoirs, les rigoles qui aupara- 
vant traversaient les rues par le milieu et les encombraient de 
toutes les eaux el saletés de chaque ménage (i). Ces mesures 
d'ordre et de salubrité deviennent fréquentes dans le cours du 
XVIII" siècle. 

Les travaux d'utilité publique et d'embellissement deviennent 
aussi plus nombreux. En 1636 la cité accorde un emplacement 
hors de la porte Maghin pour y bâtir un lazaret. Peu après on voit 
s'élever sur le Marché la statue du bourgmestre Beckman. En 



(0 Mandement du 3 juillet 1637 pour éviter les causes d'incendie. § XVIII : Ceux 
qui voudront bâtir seronl obligés de le faire de pierre ou de briques et signameut 
les entre-deux des maisons, de fond en comble, sans bois; et ne sera permis à per- 
sonne de couvrir de paille; ceux qui existent devront être ôtés avant l'automne. — 
Idem du d\ juillet ItJ.'iT. § s ; La rue Neuvice estanl notamment occupée et retres- 
sie par l'extension des boutiques, des entrées de maisons et des caves, il est 
ordonné à lou.> possesseurs de remettre le tout à droiture de leur fond, sans en rien 
. — §9. Les gouttières des toits donnant aussi de la grande incomo- 
dité aux passants par la dite rue Neuvice , les possesseurs devront conduire 
naux de leur- toits jusqu'au pavé Louvrex, III, 2). — Défendant à tous 
ceux qui voudronl appliquer des grilles de fer de les avancer plus d'un pied sur les 
rues, ni de faire déborder leurs couverts au delà de ~2 pouces. Défendant de plus do- 
rénavant appendre el appliquer des assemblages de planches entre les boutiques 
pour borner la vue des voisins ; ordonnant de couvrir de planches les entrées de 
qui avancenl sur les rues. Ordonnons itéramenl que toutes les gouttières des 
soient conduites par des canaux.... etc. Ibid., 16). 



. — 348 — 

1672, des réparations générales furent faites aux canaux et aux 
fontaines. En 1677, on garnit d'une balustrade en fer le pont 
Neuf de Sur-Meuse. 

Quoique moins soutenus, les travaux des remparts ne furent 
pas abandonnés; en 1635 on répara totalement celui qui s'éten- 
dait depuis le pont d'Amercœur le long de l'Ourthe jusqu'à la 
Tour-en-Bêche avec sa demi-lune , et l'année suivante le même 
rempart depuis le rivage de Gravioule jusqu'à la rondelle des 
moulins Curtius ; puis on construisit le pont de Restea sur le 
ruisseau voisin du pont d'Amercœur. A la fin du siècle ces tra- 
vaux furent activés à cause des hostilités avec la France. Sans 
parler de la citadelle qui fut plusieurs fois élevée et détruite, 
on ferma la ville de ce côté au moyen d'une simple muraille 
depuis la porte S te -Walburge jusqu'aux 600 degrés. Tout la 
population contribua à ces travaux ; on répara le rempart S te - 
Walburge et la Payenporte, la muraille voisine du pont d'Amer- 
cœur, celles du quai S'-Léonard, de Bêche et du Saulcy. 

Mais ces constructions ne défendirent pas la ville contre les 
boulets du marquis de Boufflers qui de la Chartreuse bombarda 
la ville en 1691. Il renversa à coup de canon les murailles, 
brûla S lc -Catherine , l'Hôtel-de-Ville, et presque toutes les 
maisons entre le Marché et la Meuse. Le bas du pont des 
Arches, les rues des Tanneurs et des Pêcheurs, le faubourg 
d'Amercœur, et le Pont-d'Ile furent presqu'enlièrement détruits 
et les autres quartiers fort endommagés. 

Ce ne fut qu'à la suite de ce désastre que l'on songea à pro- 
fiter des circonstances pour les faire tourner à l'embellissement 
de la ville. Lorsque les dégâts faits aux remparts furent réparés, 
Jean-Louis d'Elderen, par une ordonnance du 25 juin 1691, 
défendit de rebâtir sur leurs ruines les maisons situées sous la 
Tour S 1 . -Lambert; il ordonna aux bourgmestres de faire visiter 
les places dévastées et de dresser un plan pour la reconstruction 
des maisons. Le 9 juillet suivant, ce plan étant exécuté, il 



349 — 

permit de rebâtir dans l'alignement indiqué parles architectes; 
il indiqua le 9 août suivant le mode de reconstruction a suivre, 
ordonna quelles murailles séparatoires des maisons fussent de 
briques, de l'épaisseur de 1 1 2 pieds ou environ, et s'élevassent 
au-dessus les toits de 2 pieds au inoins. Les maisons de cette 
époque étaient très-reconnaissables a ce dernier détail que les 
bourgeois, pour l'ornement , arrangèrent en tonne de gradins. 
11 n'en reste plus guère aujourd'hui. Le prince se montra sévère 
pour l'observation de ces ordonnances , et , le 14 avril 1692, 
il lit démolir plusieurs maisons où l'on n'avait pas suivi ses 
prescriptions. Peu après il étendit à toutes les maisons des 
principales rues pour les rendre uniformes et faciliter la cir- 
culation, l'ordre de ne pas empiéter sur la voie publique; cette 
ordonnance du 19 avril 1692 est ainsi conçue : S. A. sur re- 
montrances faites qu'il ne suffira pas pour l'élargissement des 
rues, que l'on a trouvé nécessaire [tour le service du public, de 
défendre aux possesseurs de maisons bombardées d'avancer 
dans leur réédification les seuils, les boutiques, les toîteaux 
et les entrées des caves sur les rues , si toutes autres maisons 
généralement ne sont obligées de suivre la même règle, S. A. , 
en vue d'une égalité commune, ordonne à tous possesseurs des 
maisons qui ont des seuils, boutiques, toiteaux et entrées de 
oaves s'avançant dans les rues , de les retirer pour que rien 
n'outrepasse plus la ligne droite des murailles, dans le terme des 
trois mois. 

Le même prince porta un grand nombre d'édits pour obliger 
les habitants à contribuer à la propreté de la ville. Eu 1705 il 
nomme un entrepreneur de nettoiement public. Cinq ans après 
s'introduit l'usage des lanternes sur les places et dans, les prin- 
cipales rues de la cité. 

Les travaux publics de cette époque sonl considérables; on 
construit le quai de la Batte , on garnit d'arbre-, et d'une balus- 
trade en bois I" bord de la Meuse; le rivage d'Avroy chaque 



— 350 — 

année entamé davantage par l'impétuosité du fleuve, étant de- 
venu impraticable aux voitures, on transforme ce mauvais pas- 
sage en un quai garni d'un mur en pierres de taille, et la belle 
promenade qui va du pont d'Àvroi aux Àugustins est créée. En 
1719, les eaux de la Meuse étant très-basses, on achève la démo- 
lition de la Batte de S'-Jacques pour donner de l'eau au quar- 
tier de l'Ile qui avait beaucoup souffert de la sécheresse. On 
élève le nouvel Hôtel-de-villc, la grande fontaine du Marché, 
celle de Vinàve-d'Ile , et on reconstruit en pierres le pont 
d'Amercœur. Beaucoup d'autres travaux se succèdent rapide- 
ment dans le cours du XVIII e siècle, mais sans altérer d'une 
manière notable la physionomie de la ville. Nous les signalerons 
a mesure que l'occasion s'en présentera. 

A partir de la révolution française, la transformation des idées 
dans les population amème le bouleversement complet de l'an- 
cien ordre des choses. 

Le nombre des travaux publics que nous venons d'énumérer 
est assez grand sans doute, mais il n'est rien en comparaison 
des temps modernes. Sous le régime essentiellement conser- 
vateur des princes-évèques, les innovations étaient rares; le 
manque de ressources, le défaut d'impulsion, expliquent peut- 
être aussi cette apathie qui faisait que, sans songer a l'avenir, 
on ne s'occupait que des choses immédiatement indispensables. 
Aussitôt que la société se réveille de ce long engourdissement, 
une activité plus grande est imprimée à toutes les classes de la 
population, des besoins de toute espèce se font sentir : besoins 
de nécessité provoqués par le développement du commerce et 
l'essor de l'industrie : besoin de bien-être résultant de l'ac- 
croissement des richesses et des progrès de la civilisation. Pour 
répondre à ces exigences il fallait au pouvoir, une administra- 
tion éclairée; il n'était plus permis aux édiles de n'écouter que 
les caprices de quelques hommes ou de suivre l'impression du 
moment. Il fallut élaborer des plans d'ensemble, adopter des 



— 351 — 

principes généraux el approprier aux idées nouvelles l'ancien 
ordre des choses. Peu a peu les voies s'élargissent et se régula- 
risent, de nouvelles percées se font jour et les maisons ornées 
de pierre de (ailles et de balcons, s'élèvent à une grande hau- 
teur. L'aisance et le luxe s'introduisent partout, et, en moins de 
50 années, l'antique cité subit une transformation plus complète 
que pendant le cours de plusieurs siècles, marqués du passage 
de Charles de Valois et du marquis de Boufflers. L'amour du 
nouveau, poussé trop loin, met la pioche aux vieux remparts et 
aux anciennes portes ; on va jusqu'à changer les noms des rues, 
sans que l'on puisse invoquerpour cette innovation un seul motif 
plausible. Certes la ville de Liège est aujourd'hui une des plus 
belles de la Belgique; mais n'aurait-elle pas encore gagné aux 
yeux de ses propres habitants et des étrangers si elle eut conservé 
ces restes des vieux âges dont un seul débris procure plus de 
plaisir à l'esprit et au cceur que tout un quartier nouveau de rues 
bien alignées et de belles mais uniformes maisons? 

Le détail de cette transformation successive serait intéressant 
sans cloute, et achèverait le tableau que nous avons ébauché 
dans cette introduction. Le temps nous manque pour en réunir 
les cléments dispersés dans les journaux de l'époque et dans 
les archives de l'Hôtel-de-Ville. Le programme du concours 
n'exigeait pas cette élude préliminaire; mais nous avons pensé 
qu'un coup-d'œil général sur la topographie de la cité devait 
former les prolégomènes indispensables à l'histoire des rues ; 
toutefois ce tableau à son tour ne pourra être complet et achevé 
définitivement qu'après l'examen détaillé de toutes les rues 
puisque chacune d'elles peut fournir pour l'ensemble un rensei- 
gnement nouveau. 



QUARTIER DU MARCHE. 



Le quartier ou vinâve du Marché, le plus ancien des cinq , a 
toujours formé le centre de la ville. C'est en effet dans ses 
limites que S'-Monulphe bâtit au VI e siècle la chapelle des 
Saints Corne et Damien ; c'est dans les mêmes limites que coule 
la Légia , au bord de laquelle se sont élevées les premières 
habitations, que ce soit au pied de la montagne vers Pierreuse 
ou St-Pierre , ou bien un peu plus loin dans la vallée, du côté 
de la Madeleine. Ce noyau de maisons s'appela d'abord Mere- 
choule (petite mère?) parce que , disent les chroniqueurs , il 
engendra dans la suite la grande cité de Liège (1). Lorsque, 
200 ans plus tard , l'accroissement de la population eut donné 
naissance aux viuàves de Neuvice et de Souverainpont , celui du 
Marché fut resserré " entre ces deux nouveaux quartiers , qui , 
d'après les mêmes chroniqueurs, n'en auraient fait qu'un seul ; 
mais nous avons de la peine à admettre cette assertion, car la 
paroisse de la Madeleine ayant toujours fait partie du quartier 
du Marché, coupait nécessairement en deux et séparait Neuvice 
de Souverainpont. On pourrait se demander si la rue du Ponl , 
voisine de Neuvice , et qui se trouve dans la direction dé la 
fameuse chaussée qu'Ogier-le-Danois aurait l'ait construire de 
Richonfontaine àCornillon, n'avait pas originairement éié < l r- s i - 

' I i nom fut conservé u la rue do la Madeleine jusqu'au XV e sièi le 



— 354 — 

guée par l'épithète de Souverain, épithète que la rue actuelle de 
Souverainpont aurait usurpée ensuite. Mais ceci n'est qu'une 
simple conjecture qui ne peut nous tirer d'embarras , d'autant 
plus que celte construction du paladin Ogier est probablement 
une table. Nous aimons mieux déclarer que nous ne prétendons 
pas expliquer toutes les contradictions, des annalistes, ni donner 
le vrai mot des légendes de ces temps reculés. Au surplus les 
quartiers de Neuvice et de Souverainpont furent bientôt, on ne 
sait au juste à quelle époque , supprimés pour être englobés 
dans celui du Marché. 

Cet arrangement fut définitif. Corneille de Berghes le con- 
firma en 1541, lorsqu'il distribua aux cinq quartiers alors exis- 
tants, les différentes paroisses de la ville. Il désigna alors 
comme devant faire partie de celui du Marché, outre la Cathé- 
drale, les paroisses de St-André, de Ste-Catherine, de Notre- 
Dame-aux-Fonds, deSt-Gangulphe, de Ste-Marie Madeleine, de 
St-Etienne, de Ste-UrsuleetdeSte-Aldegonde, comprenant cha- 
cune un nombre déterminé de maisons et de rues. Toute cette 
partie de la ville est fort ancienne et les rues y ont subi peu de 
modifications. Nous allons tâcher d'examiner successivement 
celles delà paroisse St-André. 



PAROISSE DE St-ANDRÉ. 



Une chronique, malheureusement trop moderne, assure que 
sur l'emplacement de l'église St-André s'élevait au VIP siècle 
un monastère de moines noirs, qui avaient pour préau tout le 
Marché. Mais aucune autorité n'est citée à l'appui de ce fait. 

Il parait certain qu'une église fut construite en cet endroit 
par Farabert en 950 ou par Hugues de Verdun en 961. On ignore 
à quelle époque elle fut érigée en paroisse ; mais elle l'était à 



— 355 — 

coup sûr avant l'année 1171 ('), De 12oo à 1468 celle église fut 
occupée par les chevaliers de l'ordeteutonique. De même qu'au- 
jourd'hui elle devait être alors un peu en arrière de l'alignemenl 
des maisons du Marché , el on y arrivait par un petit passage 
mentionné dans les actes du XV" siècle sous le nom deruallede 
St-André. En 1468 le temple fut incendie'' par Charles de Bour- 
gogne et remplacé immédiatement par un autre qui d'après le 
plan de Blauew (1570) avait son péristyle dans l'alignement. 
Cependant les plans de Thonus (1730) et de Kints (1737) indi- 
quent encore une ruelle sortant sur le Marché ; c'était peut-être 
une entrée qui, comme aujourd'hui à St-Denis, était fermée par 
un portail. 

Un cimetière se trouvait derrière l'église sur l'emplacement 
de la troisième cour du palais ; il est décrit comme suit dans un 
document de l'an 1734 : joindant vers Meuse à l'allée delà dite 
église, vers les Mineurs a la maison S te -Barbe ou du Jardin et à 
celle du Verd cheval, et d'autre à la muraille du palais. 

Il y a quelques années, feu M.Davreux fut chargé par la ville 
de surveiller le déblaiement du grand arceau central de S'-André 
où se trouvaient aussi des sépultures ; il'fit transporter au cime- 
tière.de Robermont86 tomberaux h houille d'ossementshumains. 

En 177-2 l'église, tombant en ruines, fut de nouveau recons- 
truite par la libéralité des paroissiens sur les plans de l'archi- 
tecte B. Renoz, telle qu'on la voit aujourd'hui. 

Après avoir été fermée à cause de l'émigration du curé, elle 
fui rouverte pour l'abominable culte théophilantropique. En 1803 
elle fui convertie en boucherie el en 1824 en école d'équitation. 
Dans la suite on la loua aux étrangers qui venaient étaler à 
Liège «les tableaux, des personnages en cire, etc., et servit à tous 
enres d'exhibitions. Aujourd'hui c'est là que ïa Bourse' tient 
ses séanc 

(') « Forum ubi panis venalis poaitur in parrochia S. Andrée. I Cartulain 
l .. aux archives, f° 240 v° 



356 



La paroisse S l -Àndré comprenait 22 rues ou fractions de rues 
(comme celles du Pont , de Neuvice) dont 11 grandes, y com- 
pris le marché, et 10 petites. Nous en donnerons tantôt le détail. 
D'après les registres aux capitations, on y comptait en 1651 à 
peu près 300 maisons ( i )'; en 1689 , 457 habitants ; en 1736 , 
286 maisons et 1384 habitants ; en 1740, 292 maisons et 1674 
habitants dont voici le détail : 489 hommes , 632 femmes et 
filles âgées , 255 enfants , 298 filles de boutique, ouvriers rési- 
dents et servantes; en 1791, 315 maisons et 1169 habitants (a). 
Ces chiffres devraient être officiels, mais comme il est assez 
difficile de les concilier, nous devons imputer les erreurs à la 
négligence des collecteurs d'impôt ou à leur inhabileté. Peut- 
être aussi dans ces relevés n'a-t-on mentionné que la popula- 
tion payante en omettant les maisons habitées par des pauvres. 

Ruelle Abelot le Flonir. 

Cette ruelle, qui devait sans doute son nom à l'un de ses habi- 
tants , n'est mentionnée qu'au milieu du XIV e siècle. Nous 
croyons que c'était une simple allée ou impasse qui, partant de 
la rue de la Flaminette ( continuation de la rue du Faucon , au- 
jourd'hui Grande-Tour ) , se dirigeait derrière l'Hôtel-de-Ville 
dans le pâté de maisons qui alors entourait cet édifice non en- 
core isolé. Sou entrée se trouvait entre les maisons du Croissant 
et de Hollogne dont on verra la position dans la description de 
la paroisse Nolre-Dame-aux-Fonds ( 3). 



(1) Description du rapport des vitres et bonniers, etc. Liège, 1651. in-4° 

(s) Capilations des paroisses de Liège, aux archives. 

(5 ) -1342 : maison condit de'Cressant séant ;:sbe/. prés del Marché , joindant la 
malle que on dit Ahelot (Abeloc?) le flonir d'une part, et la maison qui fut L. de 
Hollogne d'autre. ( Cartulaire de S'-Jean, aux archives de Liège, 457, p. 74 v°). — 
-1343 : rualle condit Abelot. (Ibid. p. 75) — 1357 : Maison de Cressant, assez près 
de Marchiet, jondant aie rualle condit Abelot le Flognier d'une, et aie Flamine d'autre, 
fit, derrière à une maison deleis le Molinial. (Ib. p. 76 v°). 



— 357 — 

Celte impasse devait être fort petite et peut-être Abelot le 
Flonir en était-il le seul habitant. 

Après 1357 elle disparaît complètement ; nous ne la trouvons 
plus sous aucune dénomination. Elle lut peut-être supprimée 
lors de la reconstruction et sans doute de l'agrandissement de 
la maison de ville à la tin du XIV e siècle. 

Ruelle de l'Aigle Noir. 

Voir Impasse Babylone. 

Rue sur les Airs. 

Ce nom s'appliqua probablement d'abord, non à une rue, mais 
h tout un espace de terrain situé vers le bout du Marché. Les 
premières indications que l'on (rouvesonten effet ainsi conçues: 
1315 : maison derrière les Ars ;1345 : domus rétro les Ars in Férons- 
trée ; 1440 : maison en lien condit derrière les Ayres, etc. (i ). Ce 
n'est qu'à partir de l'an 1535 qu'il est parlé d'une ruelle , non 
plusdésig-née derrière mais sur les Airs : « maison dans la ruelle 
deseur les Airs, joindant d'amont au Soleil ' ; 1590 : maison près du 
Marché al introïte de la rualle appelée sur les Aiers, paroisse S 1 - An- 
dré, joindant derrière au Soleil d 'Or (i) . Vers cette époque le nom 
prend l'orthographe aires qu'il conserve encore aujourd'hui (3). 

(*) 1313 et 1348; reg. de la cour féodale, aux archives — 1440 : C T., n° 
o70. — 1 149 : maison derrière les Aires, joindant derrière à la maison délie Clef, 
d'aval à celle de Montjoie E 16, 73 v°). (*) 

* 1838 : CT. — 1590 : RP. 4, 176 v°. — Maison sur les Aires, joindant der- 
rière aie bressine de Heaume ( Ib. 8, 189 v°. ) 

(s 1668 : Maison dans la rue appelée sur les Aires, paroisse St-André, joindant 
derrière à L'Eléphant et au Verd Thier (RP. 26, 6 . 

Dans les notes qui suivent nous employons les abréviations suivantes : E = 
registres des échevins de Liège. C T = registres aux convenances et testaments. 
H P = registres aux rendages proclamatoires. C F = registres de la chambre des 
finances. Ces collections se trouvent aux Archives de l'État. 



— 358 — 

Au XVII e siècle, on trouve aussi cette ruelle indiquée des 
A ires ( 1 ) . 

Nous ignorons l'étymologie et la signification du mot aires ; 
on y a vu une corruption de arc, en supposant que très ancienne- 
ment il y avait en cet endroit des arcades ou portiques dépen- 
dant soit du palais qui, dit-on, allait jusque là, soit du château 
S L .-Georges bâti par Ogier-le-Danois, sur un immense terrain 
s'étendant de Féronstrée à Hors-Château. Cela n'est pas impos- 
sible, puisqu'anjourd'hui air en wallon signifie encore arc et 
qu'autrefois on disait Yaire Dieu pour l'arc-en-ciel (2). En exa- 
minant le plan cleBlaeuw, on remarque aussi que la rue des Aires 
présente la figure d'un quart de cercle parfaitement tracé ; mais 
ceci ne peut être qu'un effet de perspective, car cette ruelle a 
toujours, croyons-nous, formé un angle droit. La première or- 
thographe ars semble plutôt indiquer un endroit dévasté par 
l'incendie ; peut-être l'origine en remonte-t-elle au temps des 
Normands qui saccagèrent Liège et qui , d'après les chroni- 
queurs, ravagèrent particulièrement le château S'.-Georges cité 
plus haut. 

La rue des airs a subi des modifications. Anciennement elle 
partait de la rue des Mineurs où on la voit encore, et tournait 
par un coude à angle droit pour aller déboucher en Féronstrée. 
Au commencement de ce siècle les propriétaires de l'hôtel de 
l'Aigle noir en Féronstrée, obtinrent de In ville l'autorisation de 
s'étendre par derrière et de comprendre dans leurs bâtiments 
une fraction de la rue, vers le coin de l'angle ; ils coupèrent 
ainsi la communication entre les deux parties de la rue qui de- 

(') 10"2o : Maison rue des Aires, joindant vers les Vignes et de Hors Château a 
Wil. de Healme, vers Féronstrée et derrière à la place et pourpris de Dieu d'amour 
(RP. 18, 6) 

(2) André de Lairedieu qui prit une part si considérable à la conspiration de 
Wathier Dathin, portait ce nom parcequ'il demeurait dans une maison qui avait pour 
enseigne un arc-en-ciel, enseigne que nous trouvons aussi dans la paroisse de la 
Madeleine. 



359 



vinrent des impasses. Mais comme compensation la ville im- 
posa sans doute aux maîtres de l'Aigle noir de donner à la 
branche venant de la rue des Mineurs une issue rue Hors- 
Château, issue qui, avec celle même branche, conserva le nom 
de Rue des Aires. L'impasse de Féronstrée prit celui de Babylone 
qu'on lui avait déjà donné en 1710. 

En 1749, le conseil de la cité décréta le placement de col- 
Uéres dans la rue sur les Aires ( i ). 

Cette ruelle était assez peuplée ; en 1651 elle contenail 27 mai- 
sons, en 1689, 56 habitants la plupart savetiers, banseliers, 
barbiers, couturiers, vendeuses d'herbes, vendeurs de cha- 
pelets, de peignes, etc., et même quelques bouchers. En 1736 
nous ne trouvons plus que 19 maisons occupées par 92 habi- 
tants pauvres, savetiers ou tricoteuses de bas. En 1740 lechiffre 
des maisons est réduit à 8, entre autres le Romarin et la Neuve 
maison; mais elles devaient être nés-grandes, car quelques-unes 
d'entre elles contenaient une vingtaine de locataires ; le nombre 
des habitants était à cette époque de 138, y compris ceux de 
l'impasse Babylone. Enfin en 1791 la rue des Aires, sans l'im- 
passe, comptait 17 maisons portant les numéros 89 à 55, et 
62 habitants tous pauvres : c'étaient toujours des saveliers, des 
bouchers, des porteurs au sac et des fripières crieuses. 

Ruelle Saint-André. 

Cette ruelle qui étonnait entrée à l'église S 1 . -André par le 
Marché n'existe plus depuis H6<S ; au XV' siècle elle contenait, 

paraît-il, une ou plusieurs demeures (2). 

1 i Recès de la cité, à l'Université, 1748-1780, p. 64. 

î 1 i-09 : F. de Bierses, cangiers, donne à C. de Bernawe dit de Lardier, aussi 
cangier, une rente sur une maison séante en la rualle S'.-Andrier, près du marché, 
I.. l p. 14 v°). — 1418: Rualle S. Andrier (E. -1. 290 v°). — 1429: Maison sur 
le Marché faisant le tournant délie malle qui va à mostier s. André E, 6, i 16 



— 360 — 
Impasse Babylone. 

Ce nom était appliqué, comme nous venons de le voir, a la 
branche de la rue des Aires qui sort en Féronslrée, avant même 
que cette branche fut devenue une impasse. Nous le trouvons 
pour la première fois dans la capitation de 1740. Pourquoi lui 
fut-il donné? On l'ignore. On lui donnait quelquefois au siècle 
passé le nom de rue de V Aigle noir , à cause de la proximité de 
l'hôtel de ce nom dans la rue Féronstrée. 

En 1791 cette rue comprenait 10 maisons, portant les n os 55 à 
65 de la paroisse, et 27 habitants exerçant les mêmes profes- 
sions que ceux de la rue des Aires. 

Rue de la Boucherie. 

La paroisse S l -André ne comprenait dans ses limites que les 
maisons derrière (diseure) la halle ou boucherie qui se trouvaient 
entre la rue de la Clef et la rue du Pont ( i ). C'est pourquoi nous 
nous réservons de parler plus amplement de la halle et de l'an- 
cienne Vescowtk propos de la paroisse S le -Catherine, qui com- 
prenait le reste de ses alentours. 

La Description des vitres et bonniers de 1651 ne mentionne dans 
cette rue que 3 maisons et la capitation de 1689 que 10 habi- 
tants, venderesses de crasseries, etc. Peut-être à cette époque les 
deux côtés de la rue de la Halle appartenaient-ils à S te -Cathe- 
rine.On voit en effet sur le plan de Blauew trois immenses mai- 
sons depuis la rue de la Clef jusqu'au commencement de la rue 
de la Halle. 

La capitation de 1736 cite 10 maisons avec les enseignes 
suivantes : le Lion d'or, autrefois le Griffon (2), près du coin des 

(i) Sur le plan de Thon.us cette partie de derrière la Boucherie est marquée du 
n° ISlj qui dans la légende, indique par erreur la tour en Bêche. 

( 2) 4700: Maison du Lion d'or, jadis Griffon, prés de la Boucherie, joindant vers 
la rue du Pont aux 3 harengs, vers l'hôpital de la Mère-Dieu ou Moutarde à celle du 
Sany (R P. 33, 193. 



— 361 — 

rues du Pont et de la Halle; à côté venait la maison du Bœuf 
rouge (1687), appelée plus tard la Creveur (crevasse), parce que 
entre celle maison et la suivante se trouvait une petite allée qui 
conduisait à l'hôpital Mostarde. Cette maison qui appartenait à 
l'hôpital et où demeurait son receveur, était très-grande; 
on y logeail aussi quelquefois des pauvres. Puis venaient le 
Lion bleu, VAnneaucTor, YAguesse; le Lion blanc, le Pélican, 
babité en 1791 par M. l'agent Lamine, marchand de la 3'' classe, 
et son frère exerçant le commerce de main commune; du temps 
de M. Dejace , cabaretier au Pélican (1810) ou ne vendait à 
boire dans celte maison que jusqu'à midi; après cette heure 
le cabaret était fermé; ce qui n'empêchait pas d'y débiter en 
deux jours, les dimanche et lundi, in oxho de genièvre conte- 
nant 900 litres ; enfin la Petite porte rouge et le Mouton (for au 
coin de la rue de la Clef. Ces 10 maisons abritaient 42 habitants 
tous marchands de graisse ou bouchers. La capitation de 1740 
place la maison du Sany, c'est-à-dire du vase au sel, entre celles 
du Lion d'or et de la Creveure ; elle avait probablement été ou- 
bliée en 1736 puisqu'elle existait déjà en 1700, comme le prouve 
la note delà page précédente; aujourd'hui elle porte l'enseigne 
de la Tête de bœuf. En 1740 ces dix maisons étaient habitées par 
52 personnes et en 1791 par 41; à cette dernière date, elles por- 
taient les n" s 97 à 107. Ou y trouvait les familles suivantes: H. 
Danui, marchand boulanger; Hub. Dejace, cabaretier; Arn. Le- 
clercq, maître mandelier; M. Math. Debleret, maître et rece- 
veur de l'hôpital Mostarde; Fr. Moray, boucher; D. Fr. Houet, 
marchand; l'agent Lamine; la veuve Chaineux et M m ' - Desters, 
sa fille, aisées ( î). 

(t) On appelait ainsi les personnes vivant de leurs rentes; au commencement de 
ce siècle on adressait encore les lettres de cette façon: à Monsieur X..., aisé, à 
Liège 



— 862 — 

Ruelle du Bougnoux. 

Nous trouvons cette rue citée dès l'an 1409 de la manière 
suivante: maison sur la rue du Bougnoul: elle est désignée de 
de même en 142o , et un peu après en 1438 : maison sour le 
Bougnoul ( î ), ce qui indique que cette dénomination ne s'appli- 
quait pas seulement à une rue , mars, de même que pour les 
Airs , à tout un espace de terrain ou pnté de maisons. Les 
anciens plans n'indiquent toutefois sous ce nom qu'une toute 
petite impasse d'une seule branche , perpendiculaire à la rue 
Hors-Château. Ceux de ce siècle y ajoutent une autre branche, 
greffée a angle droit sur celle-là, se dirigeant du côté d'aval 
et aboutissant à une petite cour. Nous ne savons quand ces 
changements ont été faits. 

Le mot bougnou , écrit aussi bouniou , et plus anciennement 
bougnoul, signifie, en termes de mines, un puits creusé à l'effet 
d'y recueillir des eaux. C'est là , croyons-nous , l'étymologie du 
nom de notre impasse. Les traces du puits ou réservoir ont 
disparu par suite d'exhaussements. Mais un document de l'an 
1536 nous fait savoir qu'il passait alors à travers le Bougnoux 
une branche ou rieu de la Legia (2) coulant sans doute à 
ciel ouvert et recevant les eaux et les ordures des ménages voi- 
sins ; c'est ce que prouve un acte de l'an 1660 où il est dit que la 
latrine d'une maison se déchargeait danslaruedu Bougnoux (:>). 

Dans l'acte du 19 juin lo36 cité tantôt, les habitants de devant 
les Mineurs, du Marché , des rues du Pont, du Bougnoux et 
Hors-Château, prolestent contre les maîtres des moulins au 

(' I 1425 : Maisons devant les Frères Mineurs, joindant vers de Four-Chasteaul 
aie maison et assiese J. Chavée le xhohier, et de costé vers Pereuse ils font le tour- 
nant et coutiron del malle condistde Bougnoule etparderier àriwe de Bougnoule (E. 
4, 45.)— 4438 : ,C T. n° 360,. — 1474 : Rualle condit de Bougnoule (E. 34, 92. 

(2) Archives du val St-Lambert, 199, p. 138. 

(ô) R P. 25, 60. L'entretien de ce rieu était à charge de la ville : « Pour le net- 
toiement du grand Bougnoux (1708, Comptes de la cité. 193. p. 25, v°). 



— 363 — 

braz, aux trippes , etc., qui en détournant l'eau de la Légia , ne 
lui permettenl plus de couler dans leurs pieux qui sont «remplis 
d'ordures, d'où poroient souldrc grosses infections, et mesme 
s'il survenait quelque feu es maisons sur lesdis conduis (que 
Dieu uevuille!)ne seroient bonnement possible d'y remédier.» 

Ni mis sommes portés à croire que les habitants du Bou- 
gnoux n'étaient pas seulement ceux qui demeuraient dans la 
petite impasse indiquée sur les plans du siècle passé, mais en- 
core ceux de toutes les maisons qui se trouvent entre les rues 
des Airs et de Hors-Château. Cependant la Description des vitres, 
de 1651, n'y cite que 8 demeures , la capitation de 1740 , 13, et 
celle de 1791, 16 portant 1rs n os 15 à 31. En 1689 on y comptait 
13 habitants, savetiers et faiseuses de boulons; en 1736, 37 sa- 
vetiers et mendiants, et eu 1791, 48 personnes qualifiées comme 
les plus pauvres du quartier; c'étaient des garçons ouvriers, 
des tailleurs, etc. 

Une note du XV e siècle nous apprend toutefois qu'à cette 
époque une brasserie existait dans cette ruelle ( i ). 

Ou s'étonne de voir en 1756 le Conseil de la cité, sur l'avis 
de Jean Minette, son baumeester, permettre à G. Moreaii, habi- 
tant du Bougnoux, d'avancer de 4 1/2 pouces sur la rue déjà si 
étroite, la façade de sa maison. 

Ruelle o-u Brâ. 

L'impasse appelée aujourd'hui rue au Brâ sur le Marché, se 
trouve désignée de 1350 à 1585 sous le nom de rue de la Cha- 
pelle (a) : il paraîl que très-anciennement il y avait là une cha- 

I < ) 1 i09 : Maison faisant l'angleit délie ruwe des airs devant les frères mineurs... 
brassine sise la assez près sur la rue du Bougnoul E. 1, 8b v°j. 

(î) 1320 : Maison en la rue délie Capelle a Liège, au derière dele Halle (cour 
féod. 37, 6ov°) — 1392 : Maisons délie Cache, faisant le cutiron délie rualle condit 
délie Chapelle coll. S te -Materne. î, 118,. — 1416 : doiscanges et stabcleal qui sont 
à desouz dele maison délie Chache aie entrée délie rue dele Capelle (E, 2, 155). — 
150-1 : le torteal d'or joindanl vers S 1 -Lambert aie ruelle dele Chapelle >■! d'autre 
côté au bon métier des cordouaniers (E. 58, 104 v°; K6, 192). 



364 



pelle attenante au palais des princes-évêques et à laquelle on 
arrivait par cette allée; cette chapelle était dédiée à la Vierge ; 
c'est pour ce motif qu'à la fin du XVI e siècle on donnait quel- 
quefois à la rue le nom de Mère-Dieu { 1). En 1439, une brasserie 
a l'enseigne de la Chapelle conservait le souvenir de cet édi- 
fice (2). 

En 1585 on la trouve désignée : rué dite la Chapelle du mou- 
lin à Braz ( ) et ensuite rue au Braz ou rue du Moulin au Braz et 
aussi plus rarement rue Poids au Braz. Il y avait en effet à 
la place ou à côté de la Chapelle, un moulin banal alimenté 
parla Legia (4). Ce moulin appartenait primitivement au prince 
comme seigneur du territoire de la cité , et tous les habitants 
de Liège furent originairement obligés dy faire moudre leur 
grain (s) ; de là son nom. Comme il n'y avait à Liège que deux 
moulins banaux, celui-ci et un autre que nous trouverons 



(0 1594 : Ruelle dele Capelle ou de la Mère Dieu (E. 3, 264). 

(2) -1439 : Brassine appelée la Capelle, séante sur le marché assez près du molin 
à braus derrière le tortea d'or, joindant vers le marché audit tortea d'or (E. 9, 455). 

(3) 1585 : L'Ecu de Horne joindant vers S'-Lambert au Verdcheval, vers S'-André 
à la rue dite la Chapelle du moulin au braz, derrière au palais (R P. 4, 485 v°). 

(1) 1323 : Molin condist ar brah en le rwe dele chapele deleis le Marché de 
Liège (Charte de St-Lamb., n° 569;. — ■ 1414 : Moulin de blan brais, séant elle rualle 
eondit de Chapelle deleis le Marché (Cour dis tenants de la Cath. , 3 , 29 v°). — 
1422 ,: Rue de la Capelle sour le Marché, joindant vers le molin de ladite rue (E. 3, 
455 ; 4, 142 v°). — 1452 : Moulin appelé aus braus dans la rue délie Capelle sur le 
Marché (E. 18, 464), etc. 

(5) 1348 : Habet ecclesia (Cathedralis) duo molendina dicta ad brasium, quorum 
unum est in vico dicto de Capella juxta forum Leod., et aliud situm est in loco dicto 
ad ('anales subtus Peroize, que ambo sunt banalia et non potest nec débet aliquis 
molere brasium in civitate etfrancia Leod. alibi quam in dictis duobus molendinis 
bannalibus, exceplis tribus bressinis sitis in Insula Leod., que ad molendinum advo- 
cati Leod. mulere tenentur. Et si quis braxator alibi moleret vel extra civitatem et 
franciam , quam in dictis molendinis , et multuram non solvcret, perdet brasium 
suum, et solvet emendam vij solidorum bone monete totiens quotiens hoc evenire 
contigeret. Item si aliquis adduceret brasium forense de quoeumque loco hoc ve- 
neret in civitatem et franciam Leod., tenebitur ad multuram sicut molitum fuisset in 
molendinis supradictis. liég. de St-Lambert, n° 277, f° 22. 



— 365 — 

dans la rue aux Chenaux, la perception du fameux impôt sur le 
brâ devait être facile. Ou conçoit que le nom de la Chapelle qui 
ne consacrait que le souvenir d'une chose passée, fut naturel- 
lement et peu à peu remplacé dans la bouche du peuple par 
celui du moulin qui frappait ses yeux tous les jours et qu'il 
avait plus d'un sujet de connaître. 

Au XIII e siècle Henri de Gueldre, élu de Liège, fit transport 
des deux moulins au braz de la cité, au chapitre S*-Lambert, en 
raison de l'échange des villes, justice et bois de Martines ( i ). Ce 
dernier en conserva la propriété jusqu'à la fin du siècle dernier 
et les louait (en 1348, etc.) aux brasseurs de Liège pour 70 
muidsde mouture par an, plus 12 sticrs pour le treffond. Jean 
le Bel, chanoine de Liège, et son frère Henri, chevalier, y pos- 
sédaient un droit particulier que le chapitre leur vendait (2). En 
1724 (23 juin) nous voyons celui-ci chercher des mesures pour 
rendre à ses moulins le caractère de banalité qui s'était sans 
doute peu à peu perdu. Le moulin de la rue au Brà existe 
encore. 

On ne trouve cette impasse citée que dans la seule capitation 
de 1736 parce qu'il n'y avait là que deux habitations , le moulin 
et la maison du Chaudron (3) probablement l'ancienne brasserie 
de la chapelle , appelée au XV e siècle la Blanke maison ; cette 
même capitation énumère cependant 11 personnes, toutes mar- 
chandes de pommes, comme habitant cette ruelle. C'était là que 
se trouvait l'entrée de la chambre des corduaniers. 

La rue au Brâ portait quelquefois le nom de rue de la Terrée, 
qui doit venir de touraille, grille sur laquelle on fait fermenter 
le grain. Notons en effet que la céarrie ou grenier du prince où 

(»] Rég. de Si-Lambert, n" 277, p. 21. 

(i) Ibid. p. 22, v°. 

3 17.;;; : Maison du Chaudron rue au Bras sur le grand Marché a Lié^e, paroisse 
de S'-Amliv. j. m ndunt vers le Palais à une issue de la maison de la Flamine, vers le 
Mardi'. i celle du Torteau d'or K 1'. 37, 54 . 



— 366 — 

l'on venait payer les rentes en nature, se trouvait là tout près. 
On doit supposer que la brasserie de la chapelle apparte- 
nait primitivement au prince qui y faisait travailler son grain 
pour faire de la bière; on s'expliquerait alors la présence en 
cet endroit d'un puits dépendant du Râlais, et le seul qu'il y eut 
dans ce vaste édifice. 

Rue de la Chaise. 

La capitation de 1791 donne ce nom à la rue de la Clef. Il ve- 
nait d'une enseigne que l'on trouve en 1740, mais ne dura guère, 
car au commencement de ce siècle, la rue avait repris son 
ancienne dénomination. 

Rue de la Chapelle. 

Nom donné jusqu'au XVI" siècle à la ruelle au Brâ ( i ). 
Rue aux Chenaux. 

On appelait rue sous les Chenaux la partie de la rue Derrière- 
le-Palais qui se trouve entre le pied de Pierreuse et l'ancienne 
église S l -Pierre jusqu'à la rue actuelle de Pissevache.On lui avait 
donné ce nom à cause du chenal de l'ancien moulin qui depuis 
l'époque la plus reculée existait presqu'au pied de Pierreuse (a) 



( i i 1472 ■. Maison dans la rue condit délie Capelle sur le Marchiet à Liège jc-in- 
dantal aitre de S'-Andrier d'aval, et aile blanke maison qui joint au molin au brauz 
d'amont, vers les thiers au palais monsegnour de Liège, avec une cange qui solait 
estre des dépendances ne ladite maison, venant par devant sour le marchié (E. 32 , 
313; 33, 5 v°). 

(a) 1356 : Deux molins appelés les molins ans braus dont l'un gist en lieu que on 
dit az chenaulx dessous Piereuse, au derrière du Palais, l'autre sur le Marché 
(Grde compl. II, 2 v°). — 1452 : Deux moulins appelés aus braus dont l'un gist, 
en lieu condit aux chenaulx dessous Pereuse à derrière le Palais, l'autre dans la 
rualle de la Capelle (E. 18, 164; 13, 94), 



— 367 — 

à côté d'une brasserie ( i ). Ce moulin comme celui de la rue au 
Brà était banal et alimenté par la Légia appelée en cet endroit le 
Heu az Chenaux (2). Ce fut sans doute pour le faire mouvoir que 
l'on creusa le rieu de la Légia qui traversait la première cour, 
le vieux Marché, les encloîtres de S'-Lambert et se dirigeait 
vers Souvcrainpont. Il portait le nom de moulin au brâ ou moulin 
des Chenah (-). En 1531, comme il empiétait sur la rue et gênait 
Erard de la Marck clans la bâtisse de son palais, ce prince le fit 
aliai ire et replacer à l'endroit où il se trouve actuellement. Il 
était la propriété du chapitre de S.Lambert; le métier des 
brasseurs en fait relief en 1581 (4); il est aujourd'hui trans- 
formé en moulin à chicorée et appartient à M. Orban. 

On trouve cette rue mentionnée dès l'année 1316. Eu 1325, 
maison située az chenaz, derrière l'église St-Pierre (s), désigna- 
tion qu'elle quitta en 1590 alors que l'ancien moulin et par con- 
séquent les chenaux n'existaient, plus pour prendre celle de 
desous'Jes chenaux (0). La Description de 1651 l'appelle dessous les 
canaux et y cite les 6 maisons qui existent encore entre Pisse- 
vache et Pierreuse. En 1464 , on y trouvait la brasserie de 



1 1 124 : Bressine a poncheal séante à chenals (E. 3, 99 v°). — 1460 : Brassine 
séante az chenaulz derrière S'-Pierre, joindant d'aval au raolin condit au braz (E. "26, 
127 \°). 

a 1457 : Rieuaz chenauz à Liège (E. 22, 78 v°). 

(3) 1473 : Ordonnance de nettoier le by des mollins commençant aie tieste délie 
rue de Mollin derrière les Bons-Enfants jusqu'al esgollement de moulin des chenals 
(Grde compt., III, 17 v°). 

(i Cour féod. 85, 15, v". — Moulin as Chenauls séant derrière S'-Pierre deleis 
le jardin monseigneur. (Ibid. 37. 126, 127). 

(s) Chartes de St-Lamb., n° 57:2. — 1331 : Maison séante az chenaz drir S'-Pire 
entre la maison saingnor Lyone chapellain de S l -Pire et le maison Colin Grospiet 
(Charte de St-Lamb. N° 590). — 1432 : Les hulheurs vinrent au Marché par les Che- 
naux Jean de Stavelot, 293). 

(e) 1590: Maison gisant desous les chenaux pardevantle Palaix épiscopal, paroisse 
S l -André, joindant vers le Marché a une place vide que; possède le curé de S'-André, 
vers le molin à ..., par derrière au réal chemin (R P. 9 , 424 v°). — 1600. Maison 
soubz les canalz derrière le palais de S. A., joindant d'amont a mollin ,Ibid. 12, 92). 



— 368 — 

/' Angle (i). Primitivement le passage Derrière-le-Palais offrait, 
paraît-il, quelque danger; au mois de juillet 1635 le chapitre 
décida que l'argent (340 patacons) provenant de la vente de la 
maison de la Fleur de lys, léguée à S*- Lambert par le doyen 
Wachtendonck, serait appliqué à l'achat de quelques fonds si- 
tués in monte rétro palatium pour la facilité du prince et de son 
église (2). 

 partir de 1689 cette rue perd son ancien nom pour prendre 
celui de Derrière-le-Palais. Mais par suite de l'habitude prise, 
le peuple et même quelques greffiers lui conservèrent encore 
pendant un certain temps sa vieille appellation (s). 

Rue de Ghevenne. 

La rue de Ghevenne que nous ne trouvons mentionnée qu'au 
milieu du XV e siècle (4) était l'ancien nom de la Rue de l'Épée. 

Chevenne en wallon veut dire meunier chevanne, espèce de 
petit poisson bleuâtre. C'est probablement une enseigne qui lui 
avait l'ait donner ce nom. 

Ruelle de la Clef. 

Cette ruelle désignée en 1462 rualle qui tend délie Veskowl 

(4) 1464 : Maison, brassine et assise séante as Chennaulx (appelée le bressine 
del angle), derrière S l -Pierre, joindant vers S'-Servais aile Chennaul de rieu de 
Molinàbraz. (E. 29, 2, 31). 

(2) Conclusions capitulaires. N° 140, f° 263, 267. 

(3; 1700 : Maison en lieu dessous les chenaux Joindant d'amont aux dépendances 
du moulin, d'aval à l'enseigne de la coche de Louvain , derrière aux maisons de Pier- 
reuse (E. 33, 375 v°). 

(4)1432 : Maison sur la rualle de Chevenne, rallant fours sur la rualle dele 
court de Soumagne vers le Marché (E. 7, 153). — 1452 : Maison en la rue de Chevenne 
derrière Manghenie, joindant vers Neuvisà... (E. 18, 143 v°). — 1464: Maison en la 
rue delleChcvenne joindant par derrière aile maison délie moine (E. 29,39.) — 1474 : 
Place délie Brassine de l'espée séante sor le rue condist de Chevenne derier Manghe- 
nie à Liège, appellée le rue délie Espée ( E. 34, 215 v°). 



— 369 — 

eu Féronstrée (1) ae se trouve plus citée qu'à partir de l'an 
lo95, époque à laquelle elle s'appelle rue de la Cleeff de boix , 
puis de la clef, paroisse S 1 . -André ( i) ; elle devait son nom à l'en- 
seigne d'une maison qui se trouvai I près la maison de la Rouge 
porte on Féronstrée (3) et qui existait encore en 1740. Le plan 
de Blaeuw gravé en 1649 , mais réellement dressé vers 1570, 
comme le [trouvent les armoiries de Gérard de Groesberk qui y 
figurent, indique relie rue sous le nom de Rouge porte qui lui 
venait évidemment de la maison citée tantôt et que nous re- 
trouvons encore dans Y Estât de la cité de Liège, petit livre rare 
que l'on croit avoir été écrit vers 1700 par le héraut d'armes 
Van den Berck. Cependant les notes que nous donnons plus 
haut prouvenl que dans l'intervalle ou lui donnait généralement 
le nom de Rue de la Clef. Ce n'est pas le seul exemple d'une 
rue ayant simultanément deux appellations. Celle qui nous oc- 
cupe en avait même trois, puisqu'en 1791 nous la trouvons dé- 
signée Rue de la Chaise d'après une autre enseigne. Mais le nom 
de rue de la Clef Unit par prévaloir; il existe encore aujour- 
d'hui. 

Sur le plan de Blaeuw la ruelle semble se prolonger en ligne 
droite derrière les deux premières maisons qui se trouvent 
derrière la Halle. 

En 1689 elle était habitée par 14 personnes exerçant toutes de 
petites industries. En 1736 on y comptait li maisons outre 
autres celles délie Cheir (de la Chaise) et de S*. -Geneviève , 
et 43 habitants, la plupart ouvriers. La capitation de 1740 cite 
10 maisons : au coin de la rue ; à la Chaise ; 2 maisons sans 



(') E. 28, 128 v«. 

ii) i; P. 10, 129 v°. — -1596 : Maison en Féronstrée joindant à-la ruelle délie clef ten 
dante en Vescourt (E. 2172,223 . — 1640 : Maison jadit de l'Agace en la rue de la 
Clef tendante vers la Vescourt ou halle des bouchers (R P. 21,72v°). 

(3) 1596 : Maison délie Clef dans la rue tendante de Féronstrée en la Vescourt 
( E. 2172,338). — 1640 : Maison de la ciel' de bois proche la maison délie rouge porte 
(K 1'. 21, 199 . 



370 



enseigne ; au Magasin de bouchons ; une maison ; à la Clef; h la 
Couronne ; enfin 2 maisons sans enseignes ; il y avait alors 
41 habitants. En 1791 ces dix maisons portent les n os 86 à 96 et 
abritent 24 habitants, deux bouchers, un mandelier, un cocher 
de fiacre, etc. On remarque encore aujourd'hui au coin qui donne 
sur la Rue Féronstrée une ancienne maison à seyeute. 

Rue de TÉpée. 

Jusque vers le milieu du XV e siècle, cette rue porta le nom 
de Chevenne. On trouve cependant celui délie spée, sepée, espey 
(delsipec sur le plan de Thonus) à partir de l'an 1436 (i). Il est 
hors de doute qu'elle devait celui-ci à l'enseigne d'une brasserie 
que nous trouvons encore en 1736 (a). 

Le côté de la rue vers le Marché faisait seul partie de 
la paroisse S 1 . -André. Avant le bombardement de la ville par 
le marquis de Boufflers , ce côté s'étendait beaucoup plus 
avant vers l'Hôtel-de-Ville ; la reconstruction de cet édifice 
nécessita peut-être la démolition des maisons jusque chez 
M. Rossler. C'est pour ce motif que la Description, etc., de 
1651 et la capitation de 1689 donnent à ce côté de la rue 26 
maisons, entres autres celle du Paradis terrestre, et 47 habitants 
où on trouve un tireur d'armes , et dévoleur de jectes, des 
pâticiers, des rôtisseurs, des marchands de brandevin, de ca- 
billeau , de boudins , de bière , etc., tandis que la capitation de 
1736 n'en cite plus que 5 , savoir : à YEpée; à la Vierge-Marie 
ou Notre-Dame; au Lion Verd ; au Cocq; au Tonnelet (ô); elles 

i ) 1436 : rue délie Spée derrière Mangenie C T. 495). — 4501 : Maison dans la 
rue dele Espée, alante hors par derrière sur la Cour de Soumagne , joindant vers 
Neuvisal Unicorne (E. 58, 229 v°). 

(2) V. les notes à la rue délie Chevenne. 

(3) 4660 : Le verd Tonnelet et le Verd Croissant, joindant vers le Marché aie 
maison du Singe , vers Neuvis aux 3 couronnes et aie maison délie Xhaexhe (RP. 
25, 266 V). 



— 371 — 

étaient occupées par 19 habitants tous cabaretiers. En 1691 , 
cette rue fui complètement détruite par les boulets du maréchal 
français qui avait pris l'Hôtel-de-Ville pour point de mire. L'an- 
née suivante les anciens propriétaires des maisons adressent 
aux: échevins pour pouvoir les reconstruire des pétitions qui, 
comme nous venons de le voir, ne lurent pas toutes accordées. 
Nous trouvons entre autres : Nie. Barme, banquier et M. Ghe- 
quier pour la maison du Paradis terrestre ; P. de Malaise pour 
celle de VEpée; les Célestines pour celle du Verd Tonnelet; 
P. de Grady pour celle de la Haleine ; M. Bounameau pour celle 
du Lion d'Or (i). La capitation de 1740 indique une maison 
sans enseigne entre celles du Lion Verd et de N.-D. ; la rue n'a 
pins alors que 6 habitants. En 1791 ces demeures portent les 
n 0> 173 à 178; on y trouve Herm. Drion, baumeester et cabare- 
tier;A. M. Digneffe ; M. J. Baket; J.-Fr. Soleur, marchand; 
H. Wilmotte;A. J. Thys. 

Rue Féronstrée. 

Le nom de Féronstrée que porte aujourd'hui la longue artère 
qui part du marché et aboutit à S'-Barthélemy ne s'appliquait 
avant le commencement de ce siècle qu'à la partie de cette rue 
qui mène du marché aux rues de Babylone et de la Clef où se 
trouvait encore au XVI'* siècle un arvô (2). Cette partie ainsi que 
son prolongement jusqu'à la rue Velbruck, qui portait le nom de 
Johanstrée, devait être fort ancienne ; elle remonte probablement 
au temps de S'-Hubert qui , eu contruisant la porte Hasselhise 
près de la rue Velbruck, dut nécessairement ménager une voie 
qui conduisait de là au centre de la ville. Son importance dût 
s'accroître encore lorsqu'Ogier-le-Danois éleva prés de cette 
porte un château-fort et une chapelle dédiée à S'-Georges. 

i E. Obligations, n» 2009. 
(») 1520 : Maison de la Roese en Féronstrée dessous l'arvo. (Compt. des anniv. 
aux Archives, I, 168). 



372 



Nous n'avons pour le moment qu'à nous occuper de la rue 
Féronstrée proprement dite qui seule appartenait à la paroisse 
S l -André. 

On ne la trouve citée pour la première fois dans un acte 
public qu'en l'an 1262 : Domus sita in Féronstrée (1). Hemri- 
court nous apprend que vers cette époque y demeurait un ferro- 
nier fort riche, nommé sire Thiery Daveton, qui donna sa fille 
en mariage à Libert de Dammarlin, dit le Polain de Waroux, 
chevalier (2). Ce texte a fait supposer que suivant l'usage de ces 
temps là, la rue était principalement habitée par des fèvres 
(serruriers, maréchaux, etc.); on trouverait ainsi l'origine et 
l'étymologie du mot : c'était la strée ou rue des Ferroniers. La 
Chambre de ce bon métier était là tout près, dans la maison du 
Samson, sur le Marché. 

Nous avons réussi à l'aide d'un grand nombre de notes et des 
registres aux capitations à rendre aux deux séries de maisons 
de cette rue leurs anciennes enseignes et quelques-uns de leurs 
habitants. Nous allons les énumérer successivement en leur 
conservant les numéros qui les distinguaient en 1791. 

N° 75. — Maison faisant le coin de la rue Féronstrée et du 
Marché. En 1462, la Rouge Maison (5 ); 1736, au Soleil, habitée par 
J. Rouhenne, marchand de tabac et C. Braibant sa femme; 1740, 
à la Porte d'or, habitée par G. Hennet, marchand. Aujourd'hui 
chez Rasquin-Dujardin. 

En 1736 la maison joignante n'en fait qu'une avec la précé- 
dente. 1740, à YHorloge, habitée par G. Van Michel, horlogeur. 
En 1791, elle est de nouveau réunie à la précédente, fait le coin 
de la rue et est habitée par Léon Boulanger, prélocuteur. 

N " 76. — En 1472 , cette maison n'a pas d'enseigne et est oc- 

(' ) Cartulaire de St.-Jean, aux Archives, 457, p. 50. 

( 2) Miroir des nobles, éd. Jalheau, 43. 

( 3) Maison condit la roge Maison, séante sur le Marché à Liège, faisant le cou- 
tiron de Féronstrée, joindant vers Féronstrée d'aval à une maison partenante au 
bon mestier des eliarliers, et du costé vers ie Falkon à.... (E. 28, 78 v°). 



— 373 — 

cupée par le métier des charliers; 1665, au Verd Thier ; 1736 a 
1867, à la Vierge. Habitée en 1740 par D.Stevart, veuve Lcnibor, 
marchande de tabac; en 1791, par J.-H. Henkart qui se déclare 
marchand de tabac du commun et cependant emploie six filles 
de boutique (i). Aujourd'hui chez de Clerx d'Aigremont. Cette 
maison, toute en pierres de taille, est remarquable par ses 
sculptures. 

N» 77. _ De 1439 à 1508, à la Couronne d'or. De 1502 à 1506, 
on y trouve le métier des soyeurs qui l'occupa sans doute plus 
longtemps. En 1736, à la Lance couronnée, habitée par M. E. La- 
mine, V e Lafontaine qui logeait Fr. Dodémont, notaire; 1791, 
J. Ghr. Muche, marchand (a). Aujourd'hui, au Bœuf, chez Latour. 

N° 78. — De 137D à 1740, à VEUfani (s); celle maison avait 
une issue sur les Airs; elle était occupée par le métier des cu- 
vcliers et sclaideurs qui la l'ait rebâtir en 1450. Cette habitation 
devait être très-grande , car, en 1736, elle était tenue par Nie. 
Sommers, tailleur pour dames et cabaretier, et M. Bouquet, sa 
femme, qui logeaient chez eux six ménages dans six chambres 
différentes; le détail en est curieux : 1° une veuve poulaillère 
avec une jeune tille innocente; 2° une jeune fille maîtresse de 
petits enfants et une tricoteuse de bas; 3° un ouvrier tanneur et 
sa femme faiseuse de dentelles ; 4" un mendiant; 5° un savetier, 
sa femme et une mendiante de 20 ans logée par charité ; 7° un 

(0 W'i : Maison des Charliers en Féronstrée E. 33, il v" . —4770: la 
Vierge Marie CF. 10 i, 149), 

i] 1439-4442: La Couronne d'or E. 9, 144; C T. 664; E. 42, 132). — 
1506: Maison dele Coronne, appartenante an métier des soyeurs, joind. d'aval à 
l'Olifant, d'amont aux Charliers, derrière au Falkon,à l'Olifant et àRiwechon (E. 65, 
I3S . 

(5) 1379: I.e I.upar et l'Olifant en Féronstrée (Cour féod. 40, 28 v°). — 1 139 : 
L'Olifant E. 9, 441 ; 43, 150 v*). 1440: L'Olifant joind. vers le Marché à la Coronne 
d'or, d'aval au Lupar (E. 14, 47 V° ; (',. ail. 24, 1 il v° . — 1450 : Les cuvelicrs et 
urs font remaisonner l'Elifant (E, 17, 156 — 4502: L'Olifant joind. au Lu- 
part ri d'autre aux soyeurs E. 59, 246 \ u ) — 1508: l'Olifant joind. vers le Marche 
aie Coronne, d'aval au Lupard (C. ail. 24) — 1590 : l'Olifant, ayant issue sur la 
rue sur les Aires (R P. 9, 98 v°). 



— 374 — 

fripier et sa femme. En 1740 Nie. Fr. Ghis|, marchand , y avait 
20 locataires. En 1791, elle était habitée par M. de Plompteux, 
ancien bourgmestre de la cité, qui y tenait un magasin de la 
l re classe avec trois domestiques et deux servantes. Aujourd'hui, 
à St-Joseph, chez Dupont. 

N° 79. — De 1350 à 1688, au Léopard; il avait aussi une sortie 
sur la rue des Airs. Hemricourt nous apprend que cette maison 
fut bâtie par Fastré Baréde la Canges, seigneur de Voroux et de 
Beaufraipont, vers 1350 ( i ). En 1736, elle n'avait pas d'enseigne 
et était habitée par T. Closar, marchand de vin; en 1740, par 
Wath. Colson; en 1791,parG.J. Dubois, marchand banquier (2). 
Aujourd'hui, au St-Esprit, chez Bérard. 

N° 80. — De 1595 à 1867, à la Chaîne ou Chaîne d'or (3). 
Habitants : 1736, M. Leuninck , v* de l'avocat fiscal Massart; 
1791, M. l'avocat Debru, marchand. C'était là, qu'à la fin du 
XIV e siècle, demeurait Jacques de Hemricourt, le célèbre auteur 
du Miroir des nobles de la Hesbaie (O- Aujourd'hui à la Chaîne 
d'or, chez Watrin. 

No si. _ De 1472 à 1740, à la Clef d'or. Habitants: 1736, 
A. Constant, v e de Th. de Thiermay. 1791, la v e Bourguignon, 
imprimeur, propriétaire du Mathieu Laensberg (s). Aujourd'hui, 
à la Clef, chez Degive. Cette maison, en pierres détaille (malheu- 
reusement peintes), est aussi fort curieuse à cause de ses sculp- 
tures; elle porte encore l'inscription suivante : 

(i) Mir. des nobles , p 77. 

(2) 1439-1688: Le Lupart (E. 9, 141, 200 ; R P. 16, 4 v°; 34, 79 v<>) — 1600: 
Le Léopard, joind. vers le Marché à l'Eléfant, alant hors sur la rue dite sur les 
Aires (R P. 14, 61 v°). 

(s) 1595 : La Chaisne d'or près le Marché, joind. d'amont au Léopard, d'aval à la 
Clef, derrière aie rue des Aires (R P. 10, 125). 

(i) 1380: Maison de Lupar en Féronstree, entre la maison Jacquerain de Hem- 
ricourt d'une part et la maison de Olifant d'aultre (Cour féod. 42, 88). 

(5) 1503: Maison dele Cleif, joind. vers S'-Bartholomé aie masure de Healme, 
derrière sur les Eyrres (E. 62, 362). — 1640 : La Clef d'or, joind. vers S' Jean au 
Heaume et à l'Aigle, ayant sortie sur la ruale des Aires, devant sur le vinàble de Fé- 
ronstree (lî P. 21, 172 v°). 



— 375 — 

DIEV. DONNE. AVX. DV. 
16. IARDIN. PARADis. A. LA. FIN. 78. 

N° 82. — De 1472 à 1740, au Heaume, brasserie. Habitants : 
1736, R. L'Evêque, brasseur et M. Dupont, sa femme. 1791, 
Fr. Detroz, marchand de tabac (i). Aujourd'hui, chez Protiu. 

N° 83. — Cette maison n'existait pas en 1590; en 1650, à la 
Treille d'or ; de 1688 à 1740, à la Selle d'or. Habitants : 1736 , 
J. H. Dessy, boulanger-cabaretier et G. François, sa femme; 
1791, F.Léon. Monseur, aubergistede la première classe, qui, 
d'après le collecteur, paraissait avoir du roulement (2). Aujour- 
d'iiui, chez Hainal et Morian. 

N° 84. — Depuis 1585, F Aigle noir, hôtellerie célèbre qui 
porta aussi le nom de maison de Montjoie et qui fut pendant 
deux siècles, le seul hôtel aristocratique de la ville (5). En 1680, 
S. A. R. le prince-évèque d'Osnabruck y descendit et y fut com- 
plimenté par S. A. qui alla lui faire visite (4). Nous trouvons 
dans les papiers de l'écolâtre Gbisels, un billet écrit par une 
princesse envoyée du roi de Prusse à Liège, pour découvrir les 
secrets de l'abbé de Saive, ainsi conçu : « M. l'abbé de Saive 
(tréfoncier), voudrait-il bien se donner la peine de venir pour un 
moment trouver à l'Aigle noir, sur la Féroustrée, la princesse 
Sophie de Hohenlohe, clianoinesse de Thorn, qui, ayant pris le 
nom de mademoiselle Paulet, avec le plus stricte incognito, n'au- 

1 1 172: Maison de Healme brûlée en Féronstrée, joind. d'amont aie place dels 
hosteil délie Cleif et d'aval à celle del hosteil de Monjoye (E. 33, 17). — 1590: Bras- 
sine deHealme d'or, joind. d'aval al aigle (R P. 8, 168). — 1660 : Nouvelle brassine 
du Healme d'or, joind. derrière à l'Aigle noir (R P .25, 228 v° 

î 1^88 : Maison qui soloit porter l'enseigne de la Treille d'or, joind. d'amont au 
Heaume, d'aval et derrière à l'Aigle noir R P. 31, 188 v°j. 

(5) Hôtel de Montjoie dit de l'Aigle noir (Lefort. III, 104). — 1585: Maison e: 
hostellerie de la noir Aigle pies la rualle de sur les Aires (R P. 1, 868). — 1625 | 
noire, joind. derrière sur le Bougnou à la rue des Aires, vers S'-Jean aux 
maisons de Long poisse et de Dieu d'amour II P. 18, 100 v° . 

i Ophoven. Suite du Recueil héraldique, p. 239. 



— 376 — 

serait aller trouver M. l'abbé chez lui. Si la chose était impos- 
sible, elle repartira sur le champs ». Il y a quinze ans encore, 
l'auteur d'un article de la Revue britannique, allait chercher à 
l'Aigle noir, le meilleur bourgogne de l'Europe (i). Habitée 
en 1736, par S. Mitié, aubergiste; en 1740, par G. A. Lampson; 
en 1791, par M. Faloise , vicaire de S'-André. L'Aigle noir 
appartient aujourd'hui à M. Vivari'o. 

N° 85. — En 1625, maison du Long poisse (corridor); de 1736 à 
1864, au Buffe (bufle). Habitants : 1736, B. Jacques, boulanger et 
cabaretier et E. Massin, sa femme ; 1740, L. Hennet, boulanger; 
1791, Fr. Henau, maître perruquier. Aujourd'hui il n'y a plus 
qu'une maison (plus un magasin formé des vieux salons de l'Aigle 
noir), entre la ruelle Babylone et l'ancien hôtel ; elle fait le coin 
de la susdite ruelle et portait encore, il n'y a qu'un an , l'en- 
seigne du Buffle; c'est aujourd'hui au Chapeau; elle appartenait 
à M. Sauveur, mort dernièrement, qui l'a léguée par tiers aux 
Hospices et aux fabriques de la Préaile et de S'-Antoine. Gom- 
ment expliquer la présence des quatre maisons suivantes ? Je 
soupçonne une erreur ou une confusion dans mes notes , mais 
ne puis les découvrir. 

N° 131. — De 1416 à 1625 , au Dieu d'amour, brasserie ; 1740, 
au Cheval blanc; habitée en 1736, par H. Liben, tonnelier et ca- 
baretier, etE. Hennet, sa femme (2). 

N° 130. — En 1736, à /' Horloge; en 1740, à l'Espérance. Habi- 
tants : 1736, G. d'Auvescnou, cellier, et A. J. Sauvage, sa femme; 
1740, J. Douvrin. 

En 1506, hTAnge; en 1736, elle était réunie à la précédente. 
En 1740. elle se trouve sans enseigne et est habitée par la 
veuve Pasquier. 

De 1426 à 1506, au Plat d'étain; en 1736, elle faisait avec la 
précédente, partie de l'Horloge. En 1740, elle est habitée par 

1 STECHER. Rapport sur le concours de 1866 
(2) 1416-1440 : Brassine de Dieu d'amour (E. 2, 215 ; 10, 1581. 



- 3" 



la il" 1 ' Vannes, marchande. Cette maison faisant le coin de la 
rue Babylone, était la dernière de la paroisse S'- André de ce 
côté de la rue 1 1 1. 

N° 129. Eu nous transportant vis-à-vis, de l'autre côté de 
Féronstrée, nous trouvons la maison taisant le coin do la rue de 
la Clefel portant do 1442 à 1740, renseigne do Porte rouge (2). 
Elle ( ; tait habitée en 1736, par 31. Libert, veuve Christiane et en 
1~!M. parJ. Démet, marchand. Il paraît que l'habitude de louer 
des quartiers était alors très-répandue; la veuve Ghristiane avait 
chez elle 15 locataires. Aujourd'hui à V Anneau (For, chez Bla- 
vier. 

iS° 128. — Jusque vers I600, cette maison n'en faisait qu'une 
avec la précédente; à cette date, clic portait comme mainte- 
nant l'enseigne du Fraine. Habitants : 1 740, G. Favechamps; en 
17!U, Fr. Dewandre , marchand et sculpteur en marbre à la 
famille duquel elle appartient encore (5). 

N« 127. -De 1449 à 1505, aile Chiefd'or ou à hdièvre; de 165o 
à 1867 au Pied d'or. Habitants ; 1736, H. Franquet, marchand 

(' ) 1426: Le plateal de sten,, en Féronstrée, jusque aile rualle condil derrière 
es Airs K. 5. *9 . — 1 &6Û : Le Plateal do sien E. 26, 238 . — 1306 : Le Platea 
joind. d'aval a une rualle contre allé maison délie Markotte, d'amont et der- 
rière aie maison del Angle E. li.'i, 87.. 

•2 i i't-2: Maison del Roge porte E. 1-2, 7'.) v°). — 1449 : La Roige porte, joind. 
aie maison dele Chivreet d'aval à delong délie ruade dele Vescourt |L. ki, 18-2 v°). 
— 1471: Hosteil délie Roge porte, joind. derrière al Vescourt, d'aval aile rualle 
qui tend île Féronstrée en le Vescourt (E. 32, 112 v°). — 1478: Maison, hostel, 
• i assise condit délie Roge porte, joind. derrière aie Veskecourt, d'aval aile 
rualle qui tend de Féronstrée aie Vescourt, ri d'amonl aie maison J. I'aren, eonditle 
Chiefd'or E. 23,217 v c ). —1845: Jean dele Barbe d'or, maître delà Rouge porte 
.. 91 . 

1595 liaison droit à l'i i u logis de l'aigle , joind. vers S 1 Jean au 

R porte, derrière au logis du Pélican E. 2172, 8 v° . — 1655 : au 

joind. vers St-Lambert, au Pied d'or, vers la porte S 1 Léonard à la Rouge porte 

:: 1 25 • 

* 



378 



de ferraille et A. Gornelis, sa femme; en 1791, J.-H.-J. Fran- 
quet ( i ). Aujourd'hui chez Fassin-Billon. 

— A côté se trouvait l'entrée de la maison qui depuis 1595 porte 
l'enseigne du Pélican et s'étend particulièrement sur la place de 
la Boucherie, sur laquelle les deux maisons précédentes et 
celle qui suit avaient aussi des sorties (.a). 

N° 126. — Depuis 1446 à la Barbe <T or; elle est achetée en 1458 
par le métier des brasseurs qui y tenait ses séances. En 1541, 
J. de Beyne « schilheteur, relève du métier des brasseurs si 
que de nouveau seigneur cette maison jomdant d'aval aile 
Chèvre 'd'or par derrière allant sur l'Evesque court, retennant 
et réservant expressément par ledit bon métier comme il at eu 
anchiennement la grande baille extante devant, et premier ostage 
avec une chambre et petit chauffeur extant emprès icelle , en- 
semble les entrées, allées et venues en ladite maison et ensdits 
lieux par ledit bon métier en général ou les compagnons parti- 
culiers en toute nécessité et à leurs plusieurs de jour et de nuit 
sans contradiction ni empeschement de personne. » En 1685, 
T. de Thier et M. del Haise sa femme voulant réparer cette mai- 
son demandent aux voir-jurés du cordeau un record « pour 
pouvoir mettre et appliquer ens et allentour d'icelle tous remi- 
dremens utiles et nécessaires pour la rendre habitable. » Elle 
était habitée en 1736 par J.-B. Bronekart et à Vanasten sa 



( ' 1442 : Maison de Chivre près de la fontaine sur le Marché (R. 11 , 143) — 
14 46 : maison joind. vers le Marché aie Barbe d'or, vers S'-Jean aie Roge porte, par 
derrière venante de front sur la Veskourt (E. 14, 48 . — 1460 : maison délie Chivre 
(E. 26,76v°; 34, 214 v°). — 1303 : maison condit délie Churre, joind. d'amont aie 
Barbe d'or , d'aval aie Roche porte , derrière vers Meuse venante sur le Veskourt 
(E. 6.1, 218). 

( 2 ) IS9o : le Pélicanne, près du Marché, joind. derrière aie Verdecourt ; chambre 
des brasseurs R P. 11, 234 v° .— 1630 : le Pélicanne (C F. 28, 167 v°). — 1688 : 
le Pélican d'or ayant entrée et sortie en Féronstrée et devant la Boucherie , joind. 
vers la Bouge porte à... (du côté de la Boucherie), vers le Marché à la Barbe d'or 
(du côté de Fdronstrée] (R P. 31, 94). 



379 - 

femme; en 1791 , par M. Dessart, marchand et l'avocat Bec- 
kers (î). Aujourd'hui chez Brassines. 

N° 123. — De 1348 à 1740 au Rossignol. Habitée en 1730 par 
Fr. Smets, avocat et [s. Massart, sa femme; en 1740 par la 
veuve Gilmau et en 1791 par L. Devillers, marchand (a). Cette 
maison qui portait l'enseigne du Lion d'or (chez Dejaer) vient 
d'être achetée par M. Ruffer; renseigne en pierre a été ha- 
chée (3). 

N" 124. — De 1426 à 1*40 à la Croix (Cor; elle touchait par 
derrière à l'hôpital Mostarde. Habitants : 1730, G. Bertrand 
veuve Robinet ; eu 4791 , elle était incorporée dans la sui- 
vante (4). Aujourd'hui chez Dumoulin. 

N° 123. - De 1426 à 1867 a h\*Iiclh> côte; on prétend qu'elle 
existait el portait déjà celte enseigne au XII e siècle et que l'in- 
fortuné empereur Henri IV y mourut. En 1432, la commission 
nommée des absentis et instituée pour rechercher et saisir les 
biens des citoyens qui avaient été bannis de la cité après la 
conspiration de Wathieu Dathin y tenait ses séances (s). 

J'ean d'Outremeuse nous fait savoir qu'elle était habitée au 

( 1 ) 1457-1458 : La Barbe d'or joind. d'amont au Raskingnoule, d'avalé aie Chièvre 
achetée, par le métier des brasseurs, allante par derrière sur le Vescourt (E. 22 , 
88 v°; 25, 254 v ]. — 1500 : la Barbe d'or au métier des brasseurs E. 57, 197 v<>). 
— 1665 : la Barbe d'or joind. vers le Marché aux 3 Raskingnouls R P. 26, 363 v°). 

1348 : Domus dePhilomela que fuit J. de Flemalia (Fî. s. Lamb., 277, 22 . 
1459 : le Raskingnoule allant fours sur le riwe del Vescourt, joind. vers S L Jean 
aie Barbe d'or appartenante aux brasseurs. C. des anniv., 1, 157; E. 25, 254 . 

(s) Il serait à désirer que au lieu d'être détruites, les anciennes enseignes tail- 
lées dans la pierre fussent déposées au Musée archéologique, au palais, comme cela 
se fait à Lyon, Strasbourg, etc. 

(x) 1 i26 : La Croix d'or joind. d'amont à Belle coisle, d'aval à Rassingnoule 

E. •'.. 102 v" ; 20, 211 v" ; 28, 236). — I 550 : la Croix d'or joind. d'amont vers le 
Marché aie Belle coste, d'aval au Biskignoule , derrière à l'Iiùpital Mostarde (E. 17. 
164 v . — 1 '»72 : La Croix d'or réédifiée, joind. vers le Marché aie place de Belle 
coiste, d'aval a celle de Rasquignoule (E. 33, 43 v° . 

■ Jean de Sta\ ilôt, p. ois , i.'i2, 162. C'était avec ces biens qu'étaient payés 
les 4 si crétaires de la cité (1 i87, Louvrex, I. ï * ï *- . 



— 380 — 

XIII e siècle par le fameux Henri de Dînant; c'est là qu'il se te- 
nait caché le 13 avril 1257 avec ses complices et lorsque , à 
minuit sonnant , il sortît par le pastis de sa demeure pour se 
retirer du côté du Pont-des-Arches, Radus Des Prez qui le guet- 
tait avec 40 hommes armés et embusqués dans la Vesque-court, 
tomba à l'improviste sur sa troupe, tua 30 de ses hommes et fit 
les autres prisonniers à l'exception du tribun qui parvint à s'é- 
chapper ( î ). Cette enseigne singulière, dont on ignore l'origine, 
devint de bonne heure un nom de famille : nous trouvons 
Jehan de Belle coste en 1392 {ï) ; vers 1430, Jean Polarde , de 
Villers l'Évêque, écuyer , épousa la fille de Guilleaume de Bier- 
sez, dit délie Belle côte, parce qu'il possédait cette maison qui 
relevait de la cour allodiale (s). C'est peut-être pour ajouter 
encore à la célébrité de cette maison déjà illustrée par tant de 
choses mémorables que l'on assure que M lte de Tournon , dame 
d'honneur de Marguerite de Valois, y mourut tristement le 10 
août 1577. C'était là aussi, dans une chambre du premier étage 
que le bon métier des maçons se réunissait en 1600; elle 
touchait par derrière à l'hôpital Mostarde et avait une issue sur 
la rue du Pont. Habitants : 1736. Th. Demany, avocat marchand, 
et C. Creyr sa femme; en 1791, H. Bertrand dit Betto, mar- 
chand (i). Aujourd'hui chez Kerckoffs. 

N° 122. —En 1431, au Serpent; en 1438, au Fer de cheval; en 
1740 comme aujourd'hui, aux Armes de Bavière. L'ancienne en- 
seigne des Armes de Bavière, devait dater du XVI e siècle; elle 
portait eneffetla devise présomptueuse du prince Ernest : Omnia 

(i ) Liv. III, p. 339. 

(2) Cour féodale, n° 44, p. 45 v°. 

(r>) Lefort, l'e partie, XVIII, p. 143. 

(*) i i-3! : Maison de Belle coiste, joind. vers. S l -Barthel. aie Croix d'or et venant 
fours sir la rue de Pont, joind. h l'hôpital Mostarde et vers la rue de Pont aie mai- 
son de Serpent (C. ail. 24).— 1600 : Maison de Relie coeste, joind. vers 3»-Jean aie 
Croix :i'or, par derrière al hospital aie Mostarde (R P. 14, 3o0). Chambre des 
maçons. 



- 381 — 

au devant de laquelle les mécontents s'amusaient à plaecr un s 
(somnia). Celle que l'on voit aujourd'hui porte l'inscription sui- 
vante : C I est mort Henri 1111 ; ce qui est inexact. Habitants : 
1736, N.-J. deSlins, marchand, et M. A. Hanosset, sa femme; 
en 1791, G. -A. Slins, bénéficier , et A. Bodeson, marchande eu 
sucrerie ; c'était là qu'au commencement de ce siècle on 
taisait les meilleurs massepins et macarons de la ville. 11 
ne se donnait pas de grand dîner, même à Maestricht, où ils ne 
figurassent. Quelques personnes se souviennent encore que les 
farceurs allaient expressément à la boutique s'informer si les 
pâtisseries étaient nouvelles, pour entendre M" e Slins, déjà sur 
le retour de l'âge, avec son nez pointu et son menton avançant 
répondre d'un air refrogné : / gna rin d'vi chall. La famille de 
Slins demeurai! certainement là depuis le commencement du 
XV e siècle, car en souvenir de la première enseigne de la mai- 
son, elle portait dans ses armoiries deux serpents entrelacés 
autour d'un dard ( i). 

N° 121. — Les trois maisons suivantes paraissent n'en avoir 
formé qu'une seule jusqu'au XVII e siècle, portant depuis 1438 
l'enseigne du Lévrier et en 1736 au Flambeau. Habitants : 1736, 
R. Gilon, serrurier, et ASualem, sa mère; 1791, Hub. Donay, 
marchand (i). Aujourd'hui aux trois Flambeaux, chez Millier. 

A'" 120. —En 1685, à la Pomme d'or; sans enseigne à partir 
de 1736 où elle est habitée par I). Tallaire, boulanger, et A. 
Rossius, sa femme ; en 1791, Nie. Gallet , hoiiogeur (r>). Cette 
maison qui appartient au même propriétaire que la précédente 
a repris renseigne de la Pomme d'or. 

1 f ! i:!S : Le Fier de cheval joind. aie Belle coste et au Leverier [C. ail. '2i . — 
1450 : maison .joind. d'aval aie Belle coisle , derrière a S' Esprit (E. 17, 123 v° . — 
1 itil : maison joind. d'amont au Leverier . d'aval aile Belle coiste , donnée par Mé 
lait de Liers au luminaire de l'église S L Jean-Bapt. , pour y avoir deux marcs de 
cens (E. 27, 11). 

( 2 ; 1465 : Maison du blan Leverier en Féronslrée, joind. d'amont aile maison 
des Vignerons E. MO, 175). 

3 1685 : La Pomme d'or joind. vers le Marché au Peine d'or , derrière au 

si-Ks|nit ;i; r. 3Q, »-':; v°). 



— .)oï: — 

N° 119. — En 1640, au Pourpoint de bœuf (j); de 1606 à 
1867 au Peigne d'or ; elle joignait, à la halle des Vignerons qui 
faisait le coin de Féronstrée et de la rue du Pont. En 1606, 
elle est habitée par Michel Michollet, cellier auquel la Chambre 
des finances permet « de faire et volser une cave sous larue 
jusque à la xhourotte estant en réâl chemin (2); en 1736, par 
P. Colck ou Cale, chaudronnier mignon ; eu 1791, par L. Des- 
sart, marchand de couleurs. Aujourd'hui chez Delaite. 

Comme on le voit le nombre des maisons de cette rue n'a 
guère changé ; il n'en est pas de même de celui des habitants 
qui, en 1689, était de 39, non plus ferroniers comme autrefois, 
mais tobakiers, harengiers, spailliers, vendeurs de bonnets ; en 
1736, ce chiffre s'élevait à 146, tous marchands ou cabaretiers et 
logeant des étudiants. En 1791, ces maisons portaient les n os 75 
à 85 du côté des Mineurs, n° 119 à 131 vis-à-vis. 

Rue Hors-Château. 

La paroisse S'-André ne s'étendait de ce côté que jusqu'à la 
rue Mère-Dieu. Avant le milieu du XVII e siècle, cette partie 
s'appelait rue Devant les Mineurs ; le nom de Hors-Château ne 
s'appliquait qu'à son prolong^men , qui seul se trouvait en de- 
hors du château S'-Georges. Ce sera donc à propos de celui-ci 
que nous parlerons de l'origine de cette rue. 

Tout un côté est occupé par l'église S l -Àntoine , autrefois 
couvent des frères Mineurs. Ces religieux vinrent y construire 
leur monastère eu 1243 sur un emplacement que leur donna 
Sébastien de Wez près de Richeronfontaine (s). Voici comment 
Jean d'Outremeuse raconte cette fondation: En l'an 1230, un 

(,' ) 1640 •• Le Pourpoint de hœutr, joind. d'amont à la Halle des Vignerons, der- 
rière au S'-Esprit (E. 21, i'ôti v°). 

(" 2 ) Cette corotte était sans doute l'ancien rien de la Legia qui passait, là. ( Ch. des 
lin. 113, 31). 

(s) Chronique de V. 1>. Berch, aux archives, 153. — Houille, 261. 



383 



jeune homme, nommé Bastin de Weys, habitait à Richeronfon- 
taine Hors-Château , i>n''.s du Thier de Pierreuse , une grande 
et magnifique maison, plus belle qu'aucune de celles qui entou- 
raient le marché, avec un immense jardin. 11 était très pieux, et 
un jour d'hiver étant assis au coin du feu prés de ses parents, 
il prédit que dans celte maison Dieu serait un jour grandement 
glorifié et qu'à la place mêmeoû était le foyer, s'élèverait le maî- 
tre autel d'une église. Dix ans plus tard, son père et sa mère 
étant morts, il se tit hermite, visitant les lieux saints pour ga- 
gner des indulgences, et faisant de grandes charités aux pauvres, 
car il était très riche. A cette époque les frères Mineurs étaient 
à la recherche d'un emplacement convenable pour s'installer a 
Liège ; Bastin leur abandonna sa maison et ses revenus et alla 
habiter un hermitageà Ghèvremont. Lorsque les Mineurs eurent 
besoin de lui pour dresser acte de cette donation, ils ne purent 
le trouver et furent obligés de requérir le témoignage de plu- 
sieurs bourgeois qui vinrent devant l'évoque attester leur droit 
de possession ; cet acte est daté du mois de février 1240. Aus- 
sitôt les frères commencèrent à bâtir leur église à laquelle tous 
les bourgeois de Liège contribuèrent , et particulièrement les 
femmes ; elle ne fut toutefois achevée qu'eu 1244 (i ). 

Ce couvent était souvent le lieu de réunion pour les assem- 
blées populaires , c'était là notamment que les bourgmestres 
des métiers à la fin de leur année devaient rendre publiquement 
leurs comptes , que le premier venu pouvait les accuser. Il 
est probable qu'anciennement les Mineurs tenaient lieu dans 
certaines circonstances surtout pour les contrats de mariage de 
notaire, car nous trouvons au XV e siècle beaucoup d'actes avec 
cette suscription : clie fut fait en le liberarie délie étjliae des me- 
neurs (-.M. Plus tard ils tirent le commerce des vins ; toute la 



| i j Livr. I. p. 267. 

1 ? ) Conv. et testam., n° 388, etc. 



ÏK't 



montagne en terrasses derrière leur couvent était couverte de 
vignobles ( i ); leurs caves étaient rafraîchies par l'eau de Ri- 
chonfontaine qui venait se jeter ensuite dans le rieu de la Légia. 
Celui-ci se bifurquait devant chez eux en deux branches dont 
l'une traversait la rue des Mineurs pour se rendre au Marché, 
l'autre continuait tout droit au milieu de la rue Hors-Château 
(2). Nous les retrouverons plus tard. C'est dans les vignobles des 
frères Mineurs qu'en 1257 on dressa la potence faite avec les 
matériaux de la maison de Henri de Dînant et à laquelle il fut 
pendu avec ses complices ; leurs corps y restèrent attachés de 
manière à ce que tout le monde pouvait les voir en passant sur 
le Marché (3). La muraille de l'église qui date du milieu du 
XVII e siècle a été pendant longtemps mise à profit par les fri- 
piers et les savetiers. On trouve dans la Chambre des finances 
un rendage de 1788 par lequel le prince, propriétaire du réal 
chemin ou de la voie publique donne en accense 46 places nu- 
mérotées le long de cette muraille et de celle du jardin du palais 
à des fripiers (4). En 1732 le magistrat avait fait placer une 
grille en 1er qui fermait l'entrée de la cour des Mineurs et élargir 
la rue qui allait au Marché (s ). 

Le côté opposé de la rue comptait en 4651 : 11 maisons ; en 
1689 : 25 habitants, tous petits marchands. La capitation de 
1786 énumère les maisons suivantes en commençant au coin 
de la rue des Mineurs et de Hors-Château. 

N° 15. — Au Soulier, réunie en 1740 avec la suivante. 

— Au Verd Soulier depuis 1715 ( a ) ; aujourd'hui aux 

( ' ) Ces vignobles étaient séparés par une muraille des waines des drapiers ; 
1439: maison , jardin , etc. condist les vieilles Waynes de draperie, joindant as 
murs des Meneurs, d'amont revenant jus jusques aie malle des Waynes ( E. 10, 12 ). 

(*) 1493, 8 juillet. Le conseil de la cité décide une voie et conduite d'eau aux frais 
de la ville, dans la rue Hors-Chàteau. ( Bartholet, n° 163 ). 

(s) Jean d'Outremeuse, Liv. II, p. 339. 

(*) CF. 102, 230. 

(s) Ophoven, p. 39. 

(g) Le Verd Soulier, devant les Mineurs 1!. P. :'.i, 255). 



Trois litres; elle parait n'en avoir l'ail qu'une avec la précédente; 
elles ont toutes deux des seyeules Puis venait rentrée du cul- 
de-sac appelé le Bougnoux. 

N° 1 i. — En 1635 le Lévrier noir ( 1 ); depuis 1736 à VEcrevisse. 

N 13. — De 1730 à 1867 à S 1 -Pierre. Belle enseigne en 
pierre 

N° 12. — Sans enseigne en 1736; en 1710 a la Heuge d'Anvers. 

N° 11. En 1736 au Pain de Sucre; depuis 1740 au Sauvage 
homme. 

N° 10. - Depuis 1736 au Dragon d'or (enseigne en pierre); 
habitée en 1791 par M. Delfos'se, maître teinturier. 

N° 9. — De 1736 à 1867 à YÉtoile d'or; enseigne en pierre. 

N 8.— De 1736 à 1740 au Lion d'or; aujourd'hui a la Balance. 

N° 7. De 1736 à 1740 au Marteau couronné; aujourd'hui 
à V Anneau d'or. 

N" 6. — Maison de M. de Ghestret en 1740; aujourd'hui au 
Prince de Liège (Hoensbrouck?). 

N° o. — En 1736 au Pot d'étain ; en 1740 à la Lance couronnée 
que l'on trouve aussi en 1660 [-2). 

N° \. — En 1740 au Lion bleu. 

N° 3. — A côté se trouvait le Béguinage St.-André ou plutôt 
son entrée; en 1736 et 1791 , il contenait, six femmes. En 1599 
les enfants deJ. Nyvar ci de J. Lybion donnent en rendage a 
31. de Mortier, pastegier, la maison qui joignait par derrière au 
béguinage, réservé le droil de passage pour les béguines; 
ils avaient pour voisin du côté de S. Barthélémy P. Gheurt, 
chanoine de la petite table, et de l'autre P. Lambert , procu- 
reur ('). 



1 1 1633 : Le noir leverier devanl l'église des Mineurs, joindant d'amont et 
di n re al • malle du Bougnou. l; P. 20, 56 . 

j 1660 : La Lance couronnée, séante Hors-Chesteau , paroisse S l .-André. 
(B I'. 2S, 393). 



i; r. 5, 37S 



— 380 — 

N° 2. — De 1736 à 1740 aux Bons enfants. 

N° 1. — Maison habitée en 1736 par le prélocuteur Moors, 
faisant le coin de la rue des Aires ? Ces quatre dernières 
maisons n'en forment aujourd'hui plus que deux (chez d'Heur 
et chez Halin-Schmetz); c'était par ces maisons que les collec- 
teurs de la paroisse commençaient leur tour ; c'est pour cela 
qu'en 1791 elles portent les n° s 1 a lo. En 1736 on y comptait 
112 habitants presque tous fripiers et en 1740, 129. 

Rue de l'Hôtel-de-Ville 
V. Rue du Pérou. 

Ruelle du Lardier. 

Nous ne trouvons que trois textes relatifs à la Rue du Lardier, 
deux eu 1590, un en 1600. Cela prouve ou bien que cette rue était 
fort petite ou bien qu'elle ne conserva ce nom que fort peu de 
temps (i). 

Nous avions d'abord supposé que cette ruelle débouchait 
sur le Marché entre les anciennes maisons du Lardier et de Coir 
(sur l'emplacement actuel de la Rue du Pérou) et conduisait à la 
rue de Soumague ( aujourd'hui impasse du Posson ) ; mais 
comme dans cette direction aucune maison de cette ruelle ne 
pouvait toucher par derrière à une autre située en Neuvice, 
nous sommes obligés d'admettre que par cette dénomination on 
entendait aussi la rue de Soumagne elle-même. Toutefois nous 
persistons à croire à l'existence d'une petite allée sortant sur 



(') 1590 : Maison en la ruelle de Lardire sur le Marché, joindant d'amont aie 
maison de Trive (?) à Posson, d'aval à celle de Xhyme , derrière au Mouton d'or en 
Nouvis, devant à réal chemin (R P. 6, 311). — 1590 : Maison de la court de Sou- 
magne, rue de Lardière sur le marché, joindant devant a réal chemin ( Ib. 5, 322 ). — 
1600: Maison séante en la ue de Lardier, sur le Marché, appelée la court de 
Soumagne (Ih. 12, 10 v°). 



— 387 — 

le Marché à côté do la maison du Lardier, parceque c'était le 
seul moyen d'arriver à la Rue de Soumagne. 

Place du Marché. 

Aussi haut que Ton remonte dans les annales de la cité lié- 
geoise, on trouve la place du grand Marché actuel affectée à 
l'usage auquel il sort encore. Les historiens en l'ont mention dès 
le X e siècle ; ils disent qu'en l'an 942 l'évêque Richcr fit con- 
duire l'eau d'une source découverte au fond S 1 . -Servais in foro 
publico. Mais qu'était-elle avant cette époque ? Peut-être une 
dépendance du palais ; peut-être un terrain, jardin ou prairie 
attenant, à la Vesque-court, première résidence de nos évoques; 
peut-être encore, comme nous le disons plus haut, le préau du 
monastère problématique de S'. -André, comme la place- Verte 
était celui du moutier de S 1 . -Lambert. 

Cet endroit fut dans tous les cas bientôt converti en place 
publique, mais nous ne le trouvons cité comme tel dans les do- 
cuments authentiques qu'à partir de l'an 4136 (i). C'était là 
(jue venaient s'établir , avant que Liège eut des boutiques, 
les habitants primitifs du bourg pour échanger les objets de 
première nécessité pour les besoins de la vie, le pain, la viande, 
le poisson, les objets de toilette (2), usage qui, pour certains 
commerces, s'est perpétué jusqu'à nos jours. Chacune de ces 
industries avait par une habitude toute naturelle choisi un en- 
droit spécial et fixe. Aux XII' et XIII e siècles le pain se vendait 
en plein air sur des staus entre les rues du Pont et de Neuvice, 
du càtéduMmd (s); il y a une vingtaine d'années, c'était sur le 
Pont-des-Arches et derrière l'Hôtel-de-Ville qu'on exposait sur 

t 1136 : Doraus in foro vicina macello Liber chart. Kccl. Lcod. n° 1 66, cité 
par M. Henaux, Bull, de l'Inst. arch. lui/rois, T. [, p. 328) 

( a) -1241 : Duc officine in foro Leodieni i Cart. de St. -Jean, W>1 , p. 58 v° . 

( s ) 4171 : v. Paroisse de S'. André, unie — 1231 : Stallum situm versus tnodinm 
in foro Leod. supra quod venditur panis ( Cart. de S te .-Croix, Mi). 



,88 



des échopes des miches fabriquées à Jupille. Au XIV e siècle fut 
aussi établie sur le marché, entre les maisons du Faucon et de 
la Chaîne, la staple des vins et aigrevins amenés dans la cité par 
voitures et dont la vente ne pouvait commencer avant 40 heures 
du matin. Les vins amenés par bateaux continuaient à être 
« staplés à Mouse à Vivier ou aile goffe où on vendait le vin à 
brocke au rivage » (lettre des viniers de l'an 1332, dans le 
Pawillart). Un autre endroit de la Place publique nommé à 
la Planche était affecté à la vente du bétail ( i ; : un autre aux 
marchands de souliers et s'appelait en Gorduanerie (-2); c'était le 
bout du Marché situé entre la rue des Mineurs et celle du 
Pont , appelé plus tard les plates-pires ou les douze pires à 
cause des dalles qui couvraient la branche de la Légia. Les 
bouchers (s) et les tanneurs vendaient de la viande et du cuir 
dans leurs halles près de la Violette. Les marchands de pois- 
sons avaient leurs établis tout le long du rieu de la Légia qui 
passait à ciel ouvert devant les degrés de S 1 . -Lambert (4), et 



( i ) Cri du peron du 29 mars 1553 détendant pour éviter les infections et maladies, 
de vendre des veaux au dessous de 3 semaines et ailleurs qu'a l'endroit ancienne- 
ment accoutumé condist à la planche sur le Marché. 

(2) 1418 : Maison séante en le Cordewenyer (corduenerie; en Marchiet à Liège 
(E. 2,215, Y»). — 1440 :idem(Ib. XI, 64). — 1447 : idem (E.1S, 80, v°). 

(3) 1500 : Stau et spier de mangon, long de 7 1/2 pies et profond de 22, sur le 
Marché, près délie Violette (E. 57, 333). 

(i) 1416 : Quatre pieds de terre sor le riwe des pexheurs en Marchié à Liège, 
et une demi cave de pexheur, là-même, joindant vers les Canges à... ( E. 2, 193 vo) — 
1458 : Thiry le Bollengier demande à ravoir vesture de 8 pieds de terre héritauble 
gissant sour le rieu de Marchiet à savoir 2 pies de place à prendre en rieu de Mar- 
chiet atout le staul par devant, contenant le dit staul aussi 2 pies auvec aussi 2 pies 
de tauble, tout ce au pied S" -Lambert: sour lequeile tauble ons doit vendre ancrawc 
et saulmons, et ensdis staul toutes autres manières de poissons ; et endis 2 pies en 
rieu on doit mettre une cerpenne pour avoir poissons : joindant vers les Canges 
à M. Blondin et del aultre costeit vers Manghenie aile pierre passant oultre le 
rieu plus prochaine vers ladite Manghenie stisante, mouvant jtout ce délie court 
de rieu (E. 24, 60). — 1562 : Stal et place en rywe de Marchiet de la cité avec 
aisemence de 2 cherpennes endit riwe, joindant vers la Violette à ... (R P. 1, 
150). 



— 389 — 

sur lequel on passait en différents endroits au moyen d'une 
grosse pierre en guise de pont. D'après une note de L'an 1458 
les places de poissonniers au bord de ce rieu étaient des pro- 
priétés héréditaires régies par une juridiction spéciale appelée 
la Cour du rieu. Sur les degrés mêmes de S 1 . -Lambert, on ven- 
dait au commencement du XV siècle des merceries (1); au 
XIII'* une série d'échopes de barbiers s'étalait tout près de 
celles des boulangers, entre Neuvice et la rue du Pont, endroit 
appelé par ce motif en muid aux Barbiers (s). 

Pendant les troubles de la lin du XVII siècle, toutes ces in- 
dustries durent céder la place aux troupes qui l'occupaient 
presque constamment, et lorsque Boutilers eut bombardé les 
maisons du Marché , les marchandes s'emparèrent du terrain 
des habitations brûlées ; mais comme en 1705 on s'apprêtait à 
les rebâtir , elles demandèrent à être rétablies dans leurs au 
ciennes places ; ce qui leur fut accordé (5) , il paraît qu'à cette 
époque les tripières et les vendeuses de fuseaux occupaient 
aussi le marché (4). 

On ignore comment cette population de marchands était 
autrefois administrée. Sous l'ancien régime les places publi- 
ques faisant partie des régaux du prince, l'administration com- 
munale n'avait rien à y voir pour la distribution du terrain, la 
chambre des finances au nom de S. A. accordait aux particuliers 
l'octroi d'en occuper une portion moyennant une accense ou 



(i) 1471 : Aus greit là ou soloit vendre des nierchincries (Grande cornptcrie, 
III, 13 . 

(-j 1286 : Maison extante encontre le muy de Liège, en lieu condist aus Bar- 
biers, ou en muy aus Barbiers, entre Neuvîs et la rue du l'ont (Cart. de S'e. -Croix, 
242). 

( s ) 170o : Les fripiers et fripières remontrent que eunime passés 3 à 4 ans , ils 
de leurs places au marché pour faire lors place aux gens 
d'armes, et comme dans l'endroit où ils sont l ou va rebâtir, ils supplient la chambre 
des comptes d leur rendre leurs anciennes places C Y. 80, 78 v°). 

t 1 70S Maison proche des vendeuses de fuseaux sur le Marché. (CF. 86, -2U9.) 



390 



rente annuelle (i). Toutefois son entretien incombait à la ville de 
même que celui des ponts, des remparts, etc. Aussi est-ce à ses 
frais et par les soins de la cour de la fermeté, qu'en 1305 le 
marché fut pavé (-2), qu'en 1710 le conseil de la cité y fit placer 
des lanternes (s), et qu'en 1718 elle le fit entourer d'une balus- 
trade eu fer (4). Il devait aussi exister pour les marchands des 
règlements de police en vue de la propreté et de la salubrité pu- 
bliques. On conçoit en effet combien d'ordures devaient résulter 
de tous ces petits commerces à la disposition desquels on avait 
cependant mis les fontaines et les cours d'eau du Marché. La 
plus ancienne ordonnance qui nous ait été conservée à ce sujet 
date du 14 mai 1689 dont l'article 5 est ainsi conçu : Que tous 
ceux qui ont boutiques ou stals mobils sur le Marché et autres 
lieux publics, devront faire nettoier et asporter les ordures à 
proportion de la place qu'ils occupent, 2 fois la semaine, le mer- 
credi et le samedi, ou constituer ensemble une personne à cet 
effet; sont compris dans cet article les vendeurs de volaille, 
fruits, fleurs, poissons, pots, etc. (s). 

Abry dit que pour contribuer a la propreté du Marché , les 
bourgmestres transférèrent en 1719 le Marché au poisson à 
l'autre côté de la rivière (du lit Notgérien?) devant l'église S l - 
Denis « ce qui exempta l'Hôtel-de-Ville d'ordures et de puan- 
teurs en été («). Mais cette mesure ne fut sans doute que 
momentanée, puisque nous retrouvons les marchands de pois- 
sons cités dans un mandement publié au péron de Liège, le 13 
septembre 1728, confirmant l'édit de 1689 et généralisant son 

(0 C F., 34, ISO. 

(2 Hocsem, dans Chapeauville, II, 317. 

(3) Abry. Recueil héraldique, p. 547. 

(4) Ibidem. 

(s) Louvrex. Recueil des édits, III, 4. 

(0) Ce nouveau marché au poisson était sans doute la place appelée autrefois H 
ri villege, où il y avait une fontaine et qui devint ensuite un marché aux fruits. Il est 
aujourd'hui occupé par la banque Liégeoise et les maisons voisines ; on le distingue 
très-bien sur la carte de Kinl>. 



— 391 — 

application à tout le quartier du Marché : « Art. 5. Comme il im- 
porte que le cœur de la ville, comme est le quartier du Marché, 
soit entretenu plus proprement, etc. Art. 10. Défendons à tous 
bouchers, tueurs de porcs, harengiers, vendeurs de poissons 
Irais, secs et salés, de jeter aucune tripaille, boyaux, sang de 
bestiaux, cocares de morues, ni autres choses dans les dîtes 
rues ni dans les égoûts de la ville. Art. 11. Défendons à toutes 
verdurières et fruitières, de jeter les écorces de pois et de fèves 
dans la rue, etc. Art. 12. Les vendeuses de volailles seront obli- 
gées de lever leurs ordures tous les jours. Art. 18. Nous ordon- 
nons aux vendeuses de volaille de mettre les plumes dans des 
mânes ou sacs, afin que le vent ne les emporte pas dans les bou- 
tiques, etc. »(«) Neuf jours avant le prince avait fait publier un 
mandement par lequel il défendait d'étaler ou vendre aucune mar- 
chandise dans les rues qui entouraient le Marché, c'est-à-dire 
entre les maisons et la balustrade de 1718, afin de laisser ce pas- 
sage libre à la circulation des voitures et des piétons (a). 

En 1752 tout le marché était divisé en 3 sections subdivisées 
chacune en un certain nombre de places. La première section 
appelée premier ou grand quartier était située devant l'Hôtel-de- 
Ville. On y vendait du beurre (s ), du fromage (/*), du laitage (s), 
de la verdure (•;), des semences (7), des poteries (s), des dé- 
pouilles et trippes les jours gras (9). Dans le quartier des fon- 
taines, compris entre le péron et la petite fontaine, on vendait 
de la viande cuite les jours gras (10), des fruits (n) et des lé- 
gumes (12) aussi les jours gras, des harengeries, moules, mou- 
letteset poissons de mer les jours maigres ( 13). Au dernier quar- 
tier, derrière la fontaine des savetresses, on vendait de vieux 



(i) Louvrex, III, lo. 

1 s Louvrex, III, 10. 

(5) Cli;imbnt des finances, 102, 108 v". — (i Ibidem, 1 iO. — (s) Ibid. 122 v°. 
— (g) Ibid. 144 v°.— :) Ibid. d-45 v». — (s Ibid. 17S.— (é-Ibid. 107.— (io) Ibid. 
vo. _ (,, : ibid. ::i i. — (<*) Ibid. 109. 122, I7. f ; v. 176 v .— («sj Ibid I 18 v°. 



392 



souliers (1), de Ja volaille (2) et de la lie (s). En 1755 plusieurs 
marchands s'étant plaint que des personnes venaient sans octroi 
s'installer au Marché et y vendre du poisson, des légumes, des 
fruits, etc. S. A., ordonna de dresser un nouveau plan et de 
numéroter les places (4). Cette mesure avait déjà été prise le 4 
avril 1594 contre les vendeuses de pots , jottes, rassines , etc.; 
on relégua les potteries le long du mur des frères mineurs, les 
jottellaesses dans la Vesque-Gourt, autour de la halle, sur la 
Batte , à la Goffe , etc. (s). En 1752 la ville concédait aussi à des 
marchandes de bouquettes 4 pieds carrés de terrain au bout 
du Marché du côté des savatiers, et permettait à des débi- 
tants de râpé ( tabac à priser ) d'établir de petites boutiques 
roulantes au coin de l'Hôtel-de-Ville. Mais l'année suivante les 
grands marchands de tabac réclamèrent contre ce commerce 
ambulant et la ville fut obligée de retirer cette dernière conces- 
sion (6). 

Un intéressant article du Bulletin wallon nous fait savoir qu'au 
commencement de ce siècle d'autres marchandises encore 
que celles que nous avons mentionnées, s'étalaient sur le 
Marché; c'étaient des œufs, des oignons, des échalottes, de l'ail, 
des cordes à boyaux pour les rouets a filer, des pieds de mou- 
tons, des foies de veau et de bœuf, etc. Mais nous ne pouvons 
mieux faire que d'y renvoyer le lecteur, d'autant plus qu'il 
trouvera là ce que nous ne pouvons lui donner, un tableau vif et 
animé du centre de la ville, du Marché avec ses tentais, ses re- 
vendeuses, ses cris, etc., au commencement du XIX siècle (7). 



(») Chambre des finance 102, 145. — (a) Ibid. 146 v°. — (s) Ibid., 94 , 184 
v°. Renouvelé le 13 janv. 1786, ibid. 201. 

(i) Recès de la ville, 1593-1595, p. 56, 66. 

(s) Chambre des finances, 102 , 150. 

(c) Chambre des finances, 34, 53 v°. 

(7) Un vieux quartier de Liège, par M. A. Hock, dans le Bulletin wallon, t. IV, 2, 
n. 117. 



— 393 

Le Marché était traversé dans sa largeur aux deux bouts par 
deux rieux différents de la Legia. Nous ne savons à quelle épo- 
que ils ont été voûtés; ils coulaient encore à ciel ouvert au XV" 
siècle. Ni mis en trouvons la preuve pour celui qui venait des 
Mineurs dans ce texte de Jean de Stavelot: « Les lèvres soy 
partirent de! Veskour et vinrent fours délie ruwale del Veskourt 
qui vint sour Féronstrée, et une partie par le grand rue de 
Pont, tant qu'ils furent ensemble a riwe qui vint des frères Mi- 
neurs assez près délie Gaole... les merchiers étaient logés delà 
le riwe des Meneurs devers Draperie... les autres métiers étaient 
sur le Marché avec les lèvres deleis le riwe des Meneurs (i).» 
Arrivé au coin du Marché, ce rien se divisait en deux brandies 
dont l'une entrait eu Féronstrée, l'autre dans la rue du Pont (2). 

Le rieu qui coulait devant les degrés de S l -Lambert , servait 
comme nous l'avons dit, aux poissonniers qui établissaient leurs 
staus tout le long des deux côtés; Hemricourt nous apprend que 
le> échevins de Liège étaient gardiens du ruisseau et juges des 
contestations qui pouvaient s'élever à son sujet ; en retour 
chaque marchand devait leur payer le mercredi des cendres une 
certaine redevance r, 1 ; il n'était pas encore couvert au siècle 
dernier. Son entretien était déjà en 1461 l'objet de la sollicitude 
des échevins « : le rys du Marché doit avoirdes cbenaulz 4 pieds, 
et à ebascun des cbenaulz , 4 pieds d'aysemenche pour vuydier 

1 .1. de Stavelot, 302, 303, a« l ;:;--'. 

î V. L'Introduction. 

(3) Item ont ly esquevins desseur noraez, de droit hiretaige, le jour de grand qua- 
reme, a tos pexheurs el pexheresses vendant poissons celyjour, à heure de prime 
ou environ, "2 deniers de bonne manoye porchascun petit .-(al sor le pavement, et i 
deniers por chascun grand slal sor le rieu; H est ceste droiture appellée ly plan- 
c/iaige, laqueille lèvent leurs chambrelains, et mayement avecque eaulx, les botlel- 
hons, pour constraindre les persones a payement : et sachiés que si nuls en astoit 
rebelles, i\ I le poroyent panneir.... Et à cause de ces binfaits sont ly 

ins île Liège tenus de rei d -ir les droitures >'■•■ rieuwet <}<■ Marchiet, aile su 

monce <l ■ leur mayeur, lottes foj s qu îlz en sont requis par les pexheurs, et que neecs- 
siteit le demande, sains aullres binfaits a demandeir. (Patron de la Tempor., publié 

• !. II. |i. \'\'< 

* 



394 



le riwè. Celui qui jette ordure ou encombre sur le riwe de Mar- 
ché ou sur le conduit qui vient parmi le maison quartal, et vient 
fours devant le Lywon, doit 100 sous d'amende (i). » 

Le Marché est depuis longtemps orné de fontaines. L'origine 
de la première, celle du milieu, remonte, dit-on, au temps de 
Richer qui en 942 y fit conduire l'eau d'une fontaine trouvée à 
S'-Servais ; cette source ayant été mise à sec par les travaux 
des houillères ( 2), on utilisa à la fin du XIII e siècle, ces mêmes 
travaux pour alimenter de nouveau la fontaine (3) sur laquelle la 
ville plaça en 4305 cette colonne de pierre qui devint le péron, 
c'est-à-dire le symbole de la liberté liégeoise (4) au pied du- 
quel les échevins faisaient crier ïoust (s) et promulguaient leurs 
lois ; d'où l'expression cry du péron. Cette colonne ayant été 
renversée par le vent en 1448 fut reconstruite en cuivre l'année 
suivante : c'est celle-là que Chaiies-le-Téméraire fit transpor- 
ter à Bruges en 1468 et que sa tille Marie de Bourgogne ren- 
voya en 1476. Après une réparation faite en 1570, le péron 
fut de nouveau renversé par le vent en 1693; il fut relevé en 
marbre par Delcour. En 1719, les bourgmestres font renouveler 
le bassin qui recevait l'eau. Enfin, en 1848, la fontaine fut entiè- 
rement reconstruite telle qu'on la voit aujourd'hui (<;). 

Une seconde fontaine se trouvait justement en face de la rue 
du Pont; une chronique la cite en 1591 (7). En 1629, elle servit 
de base à la statue en bronze de Beckman. Celle que l'on voit 

(4) Archives du Val S'-Lambert, 199, p. 233. 

(a) Chronique de 1628, p. 54 v°. 

(z) La peine de mort était prononcée contre celui qui osait toucher aux arènes qui 
alimentaient la ville d'eau potable. V. des ordonn. du 12 juin 1360 et du 20 juin 1383 
touchant la conservation de ces arènes dans la Ch. des finances. 

(■») Hocsem, dans la Chapeauville, II. 317. 

\o) 1253 : Jean d'Outreineuse, livr. III, p. 314. 

6 « Le Pinron, armes de Liège, est aussi l'une des armes d'un des cantons ou 
14 rues principales du Rome dites en italien quatoreli rioni di Iloma. » Chron. de 
Van den Berch, aux archives). 

(?) Chronique de 1591 aux Archives, 36. 



— 398 

aujourd'hui date de l'année 1656 (i); on l'appelait au siècle passé 
la petite fontaine ou fontaine des savetresses parce qu'on ven- 
dait des vieux souliers toul autour (2). 

Entre les deux fontaines en face de Neuvice, se faisaient les 
exécutions de justice des bourgeois de Liège; le traître Hersin 
\ fui décapité en liî-20 cl le bourgmestre Maret en 1G58 (3). 
Un gibet destiné aussi aux bourgeois (les étrangers étaient 
pendus à S'-fdliesi, se trouvait là en permanence. Le 9 dé- 
cembre 1748., le conseil considérant « que la potence mise sur 
le Marché fait un très-mauvais spectacle et défigure le Marché à 
raison que cette potence y est laissée en tous temps, députe des 
conseillers peur faire les représentations nécessaires à S.A. 
pour qu'elle soit ôlée, en y substituant une pierre à s'en servir 
en cas de besoin, ainsi que eela se pratique ailleurs (/»). » On 
raconte qu'au milieu du siècle passé, le magistrat y ayant l'ait 
exécuter un étranger , les bourgeois considérèrent ce l'ait 
comme une atteinte à leurs privilèges et les femmes du 
.Marché protestèrent en disant : Wiss nos pindret-on donc 710s 
autres 9 . 

La .'!'' fontaine , vis-à-vis de l'Hôtei-de- Ville , était placée à 
côté du rieu de la Légia, et ne doit donc pas être ancienne : 
Abry dit cependant qu'en 1719, les bourgmestres élevèrent 
cette fontaine « au lieu de celle qui en étail vis-à-vis auparavant 
qui servait à jeter les ordures du voisinage et menaçait ruine. » 

L'eau de ces fontaines étail bonne, mais souvent corrompue 
par les matières étrangères qu'y jettaieni 1rs verdurières el 
autres marchandes ; aussi les réclamations ne manquèrent 
pas (s). L'article In d'un mandemenl de 1689 que nous avons 



1 Abrj . p. 135. 
(i) 1703 : C F., 86, 71 v°. 
- Bovy. Promenades histor., 1. p. '.S. Bouille, III. 351. 
i i: p. 37. 

(5) 1677, I8janv. Plaintes des bourgeois louchanl le troublcment des eaux des 
fontaines. (Recès de la ville, 1673 1678, p. III. 



— 396 — 

cité plus haut, tâche d'y porter remède : « Comme les fontaines 
de la cité ne se trouvent que trop souvent gâtées et remplies par 
la faute des vendeurs de fromage, beurre, jardinage, etc., en y 
lavant et y jetant des saletés, S. A. le défend. Elle défend de 
même à tous bourgeois de balayer devant leurs maisons autre- 
ment qu'en lavant les ordures sans les pousser devant la maison 
d'autrui, ni dans les conduits pour les boucher ( i ). » En 1755 les 
habitants du grand Marché prétendent que cette eau n'est aucu- 
nement propre pour la cuisine; sur leurs plaintes, le conseil de 
la cité demande à la Chambre des comptes de pouvoir se servir 
du puits du palais et de percer à cet effet une muraille dans la 
rue au brà pour y placer une pompe (2). 

En 1706 nous trouvons mentionnée une construction sur le 
Marché appelée Sauvegarde, vis-à-vis de l'Aigle d'or, et en 1712 
une autre ou peut-être la même appelée la Chasse morine sans 
désignation de place; nous ignorons ce que c'était (s). 

Le Marché qui, dans les temps ordinaires, offrait le tableau 
paisible de la population liégeoise se livrant aux soins du com- 
merce, présenta aussi bien souvent, surtout à partir de la fin du 
XIII e siècle l'aspect tumultueux du peuple en fureur ou le spec- 
tacle sanglant de luttes meurtrières. Le Marché étant le centre 
de la ville, c'était là que se faisaient sentir les premières 
secousses de l'émeute. Au temps où l'aristocratie gouvernait la 
cité, c'était dans une maison voisine de S'-Lambert (4) et même 
quelquefois sur le Marché lui-même en plein air en face du Des- 
troit (y), que les échevins tenaient leur redoutable tribunal. De 



(t) Louvrex, III, 4. 

(!) C F., 102, 423 v°. 

(3) 1706 : place sur le Marché joindant à la Sauvegarde érigée dans ledit Marché 
vis-à-vis de l'aigle d'or iCh. des fin., 86, 1 58 v°, j. — 1712 : place où a été bâtie la 
chasse morinne sur le Marché (CF., 87, 91 v° . 

(*) 1 430 : Record donné par les échevins « en notre lieu accoustumé sour le Des- 
troit. (J. de Stavelot, p. 271). 

(s) Chartes de S'-Lambert, n° o00, a e 131 i. 



— 397 — 

même lorsque le peuple eut conquis ses premiers privilèges, 
lorsqu'il eut ses magistrats et ses métiers, ce fut tout autour de 
la place publique que s'élevèrent la Violette et les Chambres des 
corporations; ce fût encore au milieu de la place publique vis-a- 
vis du même Destroit que les tribuns soulevaient le peuple de 
leur voix patriotique (i). Aussi de combien de combats le 
Marché ne fut-il pas le théâtre ! Est-il besoin de rappeler la 
mâle S 1 - Martin et la conspiration du jour des Rois? Le souvenir 
de ce dernier fait fût perpétué jusqu'au XVII e siècle par trois 
immenses feux de joie, allumés chaque année le 6 janvier au 
soir, sur la place du Marché. 

Nous venons de voir que c'était sur cette place publique 
qu'avaient lieu les exécutions de justice. Les nombreux édits des 
princes-évêques contre les vagabonds au XVI e siècle prouvent 
que l'application des peines comminées contre eux a dû plus 
d'une fois effrayer les regards du peuple; on trouve ces peines 
exprimées de la manière suivante : « Ordre aux étrangers et va- 
gabonds de quitter la ville du jour au lendemain sans pouvoir y 
revenir sous peine d'être battus de verges autour du Marché la 
première fois, d'avoir une oreille coupée à la seconde, d'être 
pendus et étranglés à la troisième (-2). » Cette loi était applicable 
aux hommes; quant aux femmes, on leur imprimait avec un fer 
brûlant, la marque du péron sur la joue gauche (3). Le 26 février 
1651, le bourgmestre Pierre Bex , aimé du peuple, est arraché 
à sa paisible retraite de Herstal et amené à Liège chargé de 
chaînes. Malgré ses 80 ans, il est conduit à l'échafaud dressé sur 
les degrés de Saint-Lambert. Avec sa tête vénérable tomba le 
dernier défenseur de nos libertés publiques (i). 

D'autres jours le Marché présentait le spectacle brillant et 



< 144* : Jean de Stavelot, 310. 
(j) Recès de la ville. 1566-4568, p. 16. 
(j ) Record des échevins. 
i Bovy. Promenades liist , 1, p. 51. 



398 



animé de fêtes publiques, de réjouissances, de joutes d'armes; 
c'était là aussi que les cortèges des processions et des joyeuses 
entrées de nos princes déroulaient le plus pompeusement leurs 
richesses. Aussi verrons-nous plus loin les propriétaires de plu- 
sieurs habitations stipuler dans leurs baux, que lors de ces cir- 
constances solennelles ils pourraient disposer d'une ou de plu- 
sieurs fenêtres pour y aller voir la fête avec leur famille. En 1282 
Jean, fils du comte de Flandre futéluévèque de Liège. Le comte 
voulant célébrer avec magnificence la joyeuse entrée du nouveau 
prélat, assembla ses parents et amis et entra à Liège le jour de S. 
Urbain en mai, en compagnie de 6 ducs, 15 comtes, 9 chevaliers 
et d'une suite très-nombreuse de gentilshommes. Les Liégeois 
de leur côté avaient fait évacuer le Marché, où on avait disposés 
d'immenses tables auxquelles toute la cour vint prendre place ; 
la rue Féroustrée était transformée en cuisine et celle de Hors- 
Château en office; les domestiques servaient à îcheval. Messire 
Guilleaume Malclerc, maréchal de l'évêque avec cent genti