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BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ LIÉGEOISE 

DE LITTÉRATURE WALLONNE 

DEUXIÈME SÉRIE. — TOME XVI. 



"■'■'EL. 



BDI.r.ETIN 



DE LA 



r r 



SOCIETE LIEGEOISE 



DE 

LITTÉRATURE WALLONNE 

Oa) 

DEUXIÈME SÉRIE 
XOME 1K.VI 




LIEGE 

IMPRIMERIE H. VAILLANT-CARMANNE 

Rue St-Adalbert, 8. 

1891 



■v ^ 



^-, f^ f 






SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE, 



CONCOURS NATIONAL WALLON 



A roccasion du XXV^ anniversaire de l'avènement 
au trône de Sa Majesté Léopold II, la Société 
liégeoise de littérature wallonne a décidé d'accorder : 

A. A la meilleure pièce de poésie wallonne sur le 
XXV^ anniversaire. 

1" prix, une médaille d'or de la valeur de 100 fr. ; 

2^ prix, une médaille de vermeil massive de la 
valeur de 50 fr. 

Nota. — La forme de l'œuvre (conte, chanson, 
scène populaire, etc.) est laissée à l'appréciation 
de l'auteur. 

B. Au meilleur crâmignon wallon, dont le sujet 
est laissé au choix de l'auteur : 

d*"" prix, une médaille d'or de la valeur de 100 fr. ; 
2^ prix, une médaille de vermeil massive de la 
valeur de 50 fr. 
Les résultats sont publiés ci-après. 



— 6 — 

CONCOURS SPÉCIAL. 
LETTRE A. 

Le concours spécial de 1890, lettre A, avait trait à 
la meilleure poésie sur le XX V^ anniversaire de 
notre Roi (conte, chanson, scène populaire, etc.).« 
Sans faire injure au concours n° B, dont le sujet 
était libre, on peut dire que celui-ci était particu- 
lièrement difficile. En effet, le sujet était imposé et 
bien circonscrit, ce qui pouvait gêner plus ou moins 
l'inspiration. Il supposait une connaissance com- 
plète de l'histoire de notre période nationale, et des 
qualités particulières requises dans un Roi à l'é- 
poque contemporaine. Enfin on demandait l'éloge 
d'un prince vivant, et l'éloge en vers, encore ! Il 
fallait devancer le jugement de l'histoire, il fallait 
rester vrai et louer de façon délicate. Un grand 
nombre de concurrents n'ont pas su éviter ces 
écueils. 

Vingt-cinq pièces (en réalité vingt-treus, deux 
ayant été reportées au concours B), ont été envoyées 
au concours. La plupart renferment des formules 
d'admiration générale qui pourraient s'appliquer à 
Guillaume II, ou à la reine Pomaré, aussi bien qu'à 
Léopold II; des banalités, des exagérations cho- 
quantes, d'ennuyeuses déclamations; des pensées et 
des réflexions décousues, où, comme dit le bon 



— 7 — 

Horace : uniis et aller assuitur pannus ; parfois 
même des vulgarités (n'' 4), et des platitudes (n^ 5). 

Entrons dans quelques détails. D'abord, avant 
toute chose, et surtout il fallait parler des 25 années 
du règne de Léopold II. Cela ne paraît-il pas naïf 
qu'il faille commencer par établir ce point, quand 
je relis le n" 21, intitulé : Clér di leune. Voilà sans 
doute un titre et un refrain gracieux qui promettait. 
Un vieillard se souvient qu'il a hanté au clair de 
lune, qu'il a contribué à rendre la Belgique libre, 
au clair de lune, que sa belle, qui était hollandaise, 
Fa quitté avec ses compatriotes, au clair de lune. 
Mais l'auteur n'a pas vu au clair de lune que tout 
cela ne se rapporte guère au XXV*' anniversaire du 
Roi, comme il a oublié que le refrain, si beau soit-il, 
pour avoir du mérite doit toujours être amené natu- 
rellement. De même, dans les n°' 1 et 2, il est très 
peu question du Roi. Et le n" 18, 6 couplets de 4 
vers avec refrain de 6 vers, ne contient que des sen- 
timents très vagues à propos du Roi; on n'y apprend 
pas un mot de ce que notre souverain a fait. 

Voilà pour le contenu, pour le fond. Maintenant, 
au point de vue poétique, combien peu répondent 
à ce qu'on est en droit d'attendre d'un poète. Les 
Defrecheux et les Thiry, pour ne parler que des 
morts, ont créé dans notre idiome des types inou- 
bliables ; on voit toujours vivants, dans sa mémoire, 

N° 4. Li Jubilé d" vimjt-cinq an dû réçpie di nosse Roije. 

5. Wallon^ Flamind^ dinans-nos V main. 
No* i et 2. Les vingt-cinq an de régne d'à Lèopôld H. 

18. Li vingt-cinquême l ' 



- 8 — 

dès qu'on les connaît, le jeune homme et la jeune 
fille qui se rencontrent au coin d'un bois, la vieille 
femme taudatrix temporis acti. Ce n'est pas la forme 
versifiée qui a produit ce phénomène; c'est le souffle 
inspirateur qui a personnifié ces types, les a rendus 
aussi vivants, plus vivants même que telle ou telle 
personne que nous connaissons. Voilà précisément 
ce qui manque au plus grand nombre de nos con- 
currents : leurs poèmes, ce n'est le plus souvent, 
que de la prose rimée, quelquefois même les vers 
sont d'un prosaïsme insupportable; le n° 11, entre 
autres, n'est qu'un mélimélo de 40 couplets de 4 
vers, suivis d'un refrain également de 4 vers, le tout 
d'une monotonie intolérable; non seulement les 
quarante couplets, mais les vers eux-mêmes défilent 
dans un ordre mathématique et toujours le même. 
Que devient ici le beau désordre dont parle Boileau ? 
Ainsi encore le n° 16 : c'est un panégyrique com- 
plet; malheureusement ce n'est que de la prose 
rimée, bien rimée, je le reconnais. 

Et la versification ? Nous exprimons tant de fois 
et avec tant de regret, dans nos comptes rendus les 
mêmes réflexions, à ce point de vue là, que de cham- 
pions entrent en lice mal armés pour ces concours 
de poésie; la métrique est défectueuse (n*^** 1, 2, 3, 7, 
9, 11). Gomment ces auteurs ne suivent-ils pas le 

N" 11. Vive ti Belgique ! 

16. i4 Liopôld H, roi des Belge. 
3. V Union fait la force. 

7. So lès vingt-cinq amiêye de régne d'à Lèopôld II. 
9. Monologue. 



— 9 — 

conseil qu'on leur a donné si souvent; qu'ils sou- 
mettent donc leurs essais, avant de les risquer dans 
un concours, à un conseiller sévère et prudent à 
la fois; ils épargneront ainsi, à eux bien des mé- 
comptes, aux membres du jury, une lecture fasti- 
dieuse et inutile. D'autres encore parlent un wallon 
incorrect {n° 9), une langue moitié wallonne, moitié 
française (n*^^ 3 et 20). 

Dans ce naufrage presque général, hâtons-nous de 
le dire, deux pièces surnagent, et ont attiré dès 
l'abord la sérieuse attention du jury ; ce sont le 
n" 12 et le n" 23. Ils ont passé tous deux, surtout le 
second, avec une rare habileté au milieu des écueils 
multiples d'un sujet qui méritait de prendre pour 
devise : à vaincre sans péril, on triomphe sans 
gloire. 

Le n° 12 est intitulé : Chi foyou d'histoire. C'est 
un morceau épique, qui tourne parfois à la cantate. 
11 y a là un lyrisme de bon aloi; le style est élevé, 
poétique, le ton est pompeux, sans enflure. Le vers 
est bien frappé, les alexandrins se déroulent avec 
une aisance majestueuse. La facture savante, sans 
embarras, de la phrase, ne fait nullement penser à 
un débutant. L'auteur dit à peu près tout ce qu'il 
faut dire. Deux petites critiques Le début est peut- 
être un peu idyllique; la transition de ce début à ce 
qui suit provoque une certaine surprise. Puis l'au- 
teur, à l'exemple de Magnée, recherche un peu trop, 

N" 20. Li vingt-cinquéme anniversaire. 



— 10 — 

à ce qu'il semble, les expressions archaïques, qu'il 
pouvait du reste se passer d'expliquer en note. 

Le n** 23 est une ode en règle ; elle se compose de 
8 vers en patois namurois ; ici encore nous avons 
un vrai «poète; il a de la verve, son styJe chaud, 
coloré, brillant, élevé, anime tout ce qu'il dit; 
l'inspiration, peut-être un peu naïve dans quelques 
vers du commencement, se soutient d'un bout à 
l'autre. Enfin le panégyrique est complet. L'auteur 
est le seul qui ait rappelé, en excellents termes, la 
mort de l'héritier présomptif du trône; note pathé- 
tique touchée avec un tact parfait et qui provoque 
une émotion sympathique au milieu du concert 
d'éloges décernés à notre Roi. 

Le jury a également remarqué la pièce n° 3, inti- 
tulée : Léopold IL L'auteur a choisi le mètre des 
ïambes de Barbier, vers de 12 syllabes suivi d'un 
vers de huit. La 1'"*' strophe est bien tournée; la fin 
exprime heureusement un bon sentiment : soyons 
unis. Mais à côté de cela, il y a des strophes pro- 
saïques, beaucoup de rimes en êye, des tournures 
et des expressions françaises. Nous pouvons aussi 
citer du n° 4, le refrain de 6 vers qui est bien tourné, 
et signaler dans le n° 24, intitulé Vingt-cinq ans, 
quelques éclairs de poésie, noyés au milieu d'un 
wallon insignifiant et de sentiments vagues. 

N» 4. REFRAIN: 

Vivâi ! Li Rèlgique è-st-è liesse! 
Tribolez, cloke, tonnez, canon, 



-li- 
rez r'dondi l'air di joyeux son ! 
Wallon, tîhon n' polans fer V fièsse, 
Pusqu'l vola co vingt-cinq an 
Qu'awoureiix èl lîbe nos viquans. 

En conséquence, après mûre délibération, le jury 
propose de décerner un premier prix à la pièce 
ir 23, intitulée Vingt-cinquième anniversaire de sa 
Majesté Léopold 11,'roides Belges; 2^ un second prix 
à la pièce n° 12, intitulée : On foyou dliistoire; 
3-^ une mention honorable à la pièce n** 3, intitulée : 
Léopold II, et à la pièce n« 24, qui a pour litre 

Vingt-cinq an. 

Le jury, 

H. Hubert, 

N. Lequarré, 

Julien Delaite, 

J. Matthieu, 

I. DoRY, rapporteur. 

La Société, dans sa séance du 15 décembre 1890, 
a donné acte au jury de ses conclusions. L'ouver- 
ture des billets cachetés, accompagnant les pièces 
couronnées, a fait connaître que M Auguste Viersel 
est l'auteur de la pièce, n' 23; M. Godetroid Halleux 
celui de la pièce, n" 12; M. Emile Gérard celui de la 
pièce, n» 3, et M. Félix Poncelet celui de la pièce, 

n'* 24. 
Les autres billets cachetés ont été brûlés séance 

tenante. 



XX V^ anniversaire de Sa Majesté Léopold II, 

P.OYE DÈS PeLGE 

PÂB 

Auguste VIERSET. 

Devise : 

Dins r quart di siéke qu'il a stî à nosse tièsse, 
I n'a songî qu'au bonheur de 1' nation. 



prix: Médaille d'or. 



Nosse bon Roye v'nait d' moru ; V Gièl gangneuve one archange ! 

Mais nos pièrdin-n on père bin pus qu'on souverain. 

Lès vîx hossin-n li tièsse, dijant: a Faut-i qu' tôt cange! » 

L' tristesse mètteuve si doû dins 1' cœur dès braves gins. 

Li pays si sinteuve à bout d' corage et d' foice . 

SinsLèopôld, qu'alleu ve div'nu nosse liberté? 

Et r vîx Lion, di s' queuve, ni battant pu ses coisse, 

Gèmicheuve comme on chin, qui s' maisse a du quitter. 

Mais, v'ià qu' dins tote lès âme one voix s'a fait ètinde : 
a Mes èfant, dijeuve-t-èlle, à quoi bon tant gémi ? 
« Rimèrcioz l' bon Diè, et bannichoz tote crainte ; 
« Car li û qu'i m'a d'né vaurait cint côp mia qu' mi. 
« J' n'a ïeu qui l' timps, vèyoz? di disgrochî 1' besogne, 
a D'astanç'nor bin l' botique, di bin planter 1' drapia. 
a Lèyîz fer m' remplaçant ; vos voiroz qu' 'l' aurè sogne 
a Di fer r'iûre su lortos l' bonheur, comme on solia. » 



— 14 — 

Comme one fleur, qui de 1' nait, a du r'ployî ses fouye 
Mais qui s' ridrèsse, pus belle, aux caresse do matin, 
Li confiance a riv'nu, on a r'sèchi ses oûye, 
Kt tôt !•' monde a r'waitî d'vant li, 1' cœur pu contint. 
Car on aveuve sinti qu'on n'aveuve pont fait d' piète, 
Pusqui Lèopôld li aveuve l'àme do grand Roi, 
Et r vîx. Lion, crinière au vint, li gueûye douviète, 
Su ses patte di géant s'a r'drèssî tôt fin droit!... . 

Lès annêye ont passé, pus coûte qui dès samoîne. 
— Li timps discré si vite quand c'è l' timps do bonheur! — 
L' pays, moinrné à s' goût, n' connichait nin lès poîne. 
C'èstait fîèsse dins les boûse et c'èstait fièsse dins 1' cœur. 
Mais r paradis su l' terre è-st-one chose impossibe, 

I gn'a pont d' rose sins spène, pont d' jôye qu'on n' doit payî : 
L' malheur a tindu-st-ârc, pirdant nosse Roi po cibe; 

Li jône prince, moirt trop timpe, dins 1' doù nos a lèyî. 

G'èsteuve on tèrribe côp, qu'aureuve fait piède li tièsse 

Aux pus foirt d'ètur nos ; mais Li n'è nin dès cia 

Qui r chagrin fai bambî et qui rot'nû su crèsse, 

Lèyant filer leûs barque sins touchî au vièrna. 

Comme l'aci bin chauffé qui r'prind pus d' foice è l'aiwe, 

Lèopôld s'a r'drèssî, ritrimpé pa 1' malheur. 

Li désespoir n'è bon qui po lès sanguènaiwe, 

Et Li èsteuve d'one pausse qu'on n' prèsti wêre à c'ste heure. 

C'é deur di piède si fi ! Li cœur d'on père è tinre 
Et tote lès lame do monde ni saurin-n l'apaugî ! 
Mais nosse Hiwoi aveuve d'autes èfant à sotinre. 
Et c'è-st-à ses sujet do côp, qu'il a songî. 
Sins trôner, sins bronchî, li pid ferme et 1' moin sûre, 

II a continué à travayî por nos. 

Li vrai soudar si ba sins pinser à s' blessure, 
Jusqu'au momint où l'moirt li fai chair su lès g'nox. 



— 15 — 

Dins s'jônèsse il aveuve voyagî en Syrie, 

En Egype et en Grèce, aux pays d'avaur-là; 

Et il aveuve compris qui por noste industrie 

I gn'aveuve dès bias caur à gangnî pa vailà. 

I fai tant qui tôt r'prind: culture, mèstî, commerce ; 

Ovrî, à vos o'stèye ! Usine et laminoir, 

Fioz vosse trayin d'infèr! I fau qui 1' Belgique perce! 

Fau qu'elle mostere à 1' fin qui ses èfant sont foirt. 

Gomme dins on nid d'copiche ce-st-on vrai r'moue-maînage? 
On n'ètind qu' dès chèrette et dès grands côp d' maurtia. 
G' n'è qu' vèrr'rîe, è chafor, et tôt l' long dès rivage, 
Dès attèlûre di ch'fau qui traîn-nu dès batia. 
Lès champ d'orge et d' frumiiit suiv'nu lès champs d' pètrâlc, 
Après lès pîce d' houblon vègn'nu li chènne et F lin; 
Lès ch'min d' fier, è ronflant, s'èpoit'nu comme dès diâle, 
Et r long d' l'aiwe ci n'è pus qu' tos tic-tac di molin. 

L' travail, c'è-st-one saquoi, mais i fau qu' ça rapoite. 
A wuîdî s' magasin on a sovint do mau. 
Mais v'ià qu' l'Exposition tote au lauge douve ses poite, 
Mostrant qui l'ovrî belge valait bin 1' cia d'aute pau. 
Ça stî po nosse commerce li dêrain côp d' grosse caisse, 
Et do joû au lend'moin, n's èstin-n connu partout. 
Po bin dès industrie, l'étranger trovait s' maisse 
Et pus d'onque, ci joû-là, a r'çû on bel atout. 

L'bia succès qu'nos avin-n, è-ce qui c'è F poîne qu'on Fdîge? 
C'è-st-au Roye qu'on l'diveuve, mais qu'è-ce qu'on n'iî doi nin? 
Li devise di Marnix, po s' prôpe compte i l'a r'prîge: 
« On s' ripois'rè pus taurd, quand F bon Diè F vorè bin. » 
A fer do bin au peùpe il a mèttu s' consciïnce. 
L'instruction languicheuve, c'è li qu' l'a rèwèyî; 
Et po fer ressorti F talent d' nos homme di sciince, 
Gn'a on bia prix, tos Fs an, po F cia qu' la F mia gangnî. 



— 16 — 

Tôt ça aureuve suffi po-z-i fer on grand prince, 

Mais r cia qui fai 1' bin, trouve qui n'è fai jamais trop. 

Et tôt r'waitant V moyin d' rinde pu riche nos province, 

Il a tapé ses oùye su 1' vallée do Congo. 

Gn'a là dès bois,. dès champs, des aiwe, apuis dès plaine 

A fer flauwi d'surprîge tote lès gins d'avaur-ci. 

Li Roi n'a rin spaurgnî, fortune, ni timps, ni poine, 

Mais i doi ièsse contint, pusqu'il a réussi? 

Il a codû r pays, comme l'avait codû s' père, 
Avou foice et sagesse, sins trôner d'vant l' dangî. 
Li Belgique, grâce à Li, n'a pont connu d'misére, 
Li jôye a suivi l' jôye, « todis 1' même po cangî ! » 
Di tote nos liberté, '1 a stî 1' gardien fidèle : 
Il a todis d' mère foû d' nos lutte di parti. 
Et dispeu vingt-cinq an qu'i vole di ses prôpes aile, 
C qu'i promètteuve tôt jône, I n' l'a nin disminti. 

Bon vîx roi Lèopôld, si 1' bon Diè dissu l' terre, 

Vos lai taper on p'tit côp d'oûye di timps in timps, 

E vèyant nosse pays heureux, riche è prospère, 

Au paradis, là-haut, vos divoz ièsse contint ! 

L' huche pa-w-où vin 1' bonheur ni pou mau di s' raclore 

Car vosse fi bin-aîmé a sogne de l' tinre douvièt. 

Il a levé si haut nosse drapia tricolore 

Qui r monde ètîre didins tortos se 1' discouvièt ! 

Flamind, Wallon, fuchans fier d'awoi à nosse tièsse 
On Roi qu'on nos èvîe, et qu'ènne è digne ossi. 
L' joû di st-anniversaire, è nosse pus bia joû d' fièsse, 
Fians li vôye, qu' lès ingrat, ça n' cré nin spai vaici. 
Fiestans-l'; et si on joû, dissur nos l'ènn'mi broque, 
Rissèrans nos turtos, po 1' dislinde di nosse mia. 
Et r vîx Lion-Bèlgique, mostrant ses grandes broque. 
Nos prouv'rè cor on côp qui se aurder s' drapia ! 



ON FOYOU D'HISTOIRE 

1830-1865-1890 

PAR 

Godefroid H ALLEUX. 

DeVISK : 

A lu totcs nos pinsêye. 



prix: MEDAILLE DE VERMEIL, 



1830. 



Nou vint ni frusihéve. Li terre èstcu mouwalle, 
È r nutêye on n' oyéve tant seul'mint qui 1' houpralle, 
Ouhaî di mâle aweure, plein d'hayîme et sins r'moird, 
Qu'tot rascrâwant lès gins ni houpèlle qui po Tmoirt. 
Di chai à 1' bàne de cîr lès foumîre montlt dreûte. 
Lès foye dès âbe ossu so leus cohe èstît keute, 
L'aiwe même èsteu pâhûle, et 1' solo, di s' choleur, 
Dârant ses pus chauds r'jèt, fève clinchi l' tièsse âx fleur. 
On sintéve è pays qui gèrméve ine arège, 
Qui s'alléve dibâchî pés qu'on toûbion d'orège, 



— 18 — 

Tôt k'broyant tos ces là, qui n' nos kèyant qu dès ma, 

Tôt d'hant : Ji maintliirè, nos (ît passer bastâ, 

Po l'amou qu' totes lès pièce èls apidt turtote, 

Tôt nos fant sûre à striche dès loi qu' n'ahâyi gotte. 

Mais nos père, d'édurer totes ces keure sins moti, 

Et di s' vèye k'hustiner, èstît div'nou nâhî. 

Zèls qui jamâye po nouque n'avît bahî li scrène, 

I n' lès y duhéve pus d'èsse kidû d' mâle goviène. 

Ga d'vins train'mint boléve li songue di leus tayon, 

D' ces francs cour qui jourmâye, so l's ègré d' leus perron, 

A cri d' hâhay, hâhay, Saint Lambièt, po devise, 

Si fît touwer sins pawe tôt d'findant leus frankise, 

Tôt comme po leus lion, ces corègeux Flamind, 

Po li hiner ses chaîne, morît-st-ossu fîr'mint. 



D'on plein côp, reude à balle, comme aplonque li tonnîre, 

Nos père si révintantdârit foû d' leus mâhire. 

Tôt roufïlant so Brussèlles à hèrlêye, ayant p'chî, 

Nùhî d'èsse dihiffré, de vèye tôt s'awachî. 

Sins laquer, plein d'âmeur, è disdu de l' timpèsse, 

Tôt prindant po devise ; C'è l'Union qu' fai V foice. 

Et s'agrigeant turtos, s'èhiôdant st-à l'pus reud, 

Is fît nosse Liberté, tôt fant-st-aponte nos dreut. 

Lès qwate forfants joû d'gloire ont mostré qu' '1 èstît d'taye 

De t'ni çou qu' l'ak'dùhît d'so 1' feu, 1' plonque et 1" mitraye. 

Mais comme on p'tit coirpai qu' nouque n'aksègne à roter, 

Li Belgique è c' trôvin, ni sèpéve qui hèpter, 

Po trover 'ne homme d'èhowe et adrème po 1' kidùre, 

Sins qu'i n' si marihasse, en eune vôye dreute et sûre. 

On fôrma-st-on congrès, qui, de fi fond de cour. 

Si dishombra d' nouramer Roye on Prince di Goboûrg, 



— 19 — 

Et lu, comme on brave père, a k'dû nosse dèstinèye, 
Divins 1' paye et l'aweur, trinte cinq belles annêye. 

1865. 

Décimbe... D'où vint lès cloque hiltèt-elles tote à moirt, 
Et tôt avâ r patrèye veut-on 1' rance de d'sèspoir ? 
G'è qu' Liopôld pnirnî, coûquî freud comme ine pire, 
A r belle aireure de joû, vint de clore ses pâpire. 



Ah ! choulez peûpe, choulez, ca v' n'èl riveurez pus 

Li père qui vos aîmîz jourmùye de d'viser d' lu. 

Divins l'ii fond d'voste âme wârdez s'bonne rimimbrance, 

Tôt boutant-st-è vosse cour li nosôye espérance. 

Et s' ridhez comme on d'héve, en on timps revoie, 

L' Roye è moirt, Vive li Roye, vive si fi 1' Binam !. 

1890. 

Chantez pitits ouhaî d'vins lès bois, lès buskège, 

A nos jolis rèspleu mahîz vosse grusinège, 

Ding'tez cloque, et qui 1' vint èpoite vosse volant son 

Ax qwate coino de pays; groûlez-st-ossu, canon, 

Ca r Belgique busquintèye li vingt cinquème annêye 

Di goviéne di nosse Roye et d' nosse Royène aîmôye. , 

Qui so r viaire de peupe li jôye à hope accourt 

Et r'iùse, à c' bai diama, tôt nos fant wînner V cour ; 

Ca d' SOS Liopùld deux, l'Art, li Science, l'industrôye, 

Tôt n'a-t-i nin r'glati d'ine aireure sins parèye. 



— 20 — 

N'a-t-i nin bouté si âme â nivai di s' grand d'voir, 

Tôt d'naiit tos l's ans on wage po z'adaignî V savoir? 

N'a-t-i nin dit, gna waire, qui l' drovège de l' pinsêye 

Esteu r surdant d' l'âhmioce et l'aousse de l' mèhnêye? 

Ga '1 sèpou comprinde divins s' tièsse di tùseu 

Çou qu'on aveu mèsâhe po qu'on foûhe aoureux. 

Comme l'Ange de I' charité, n'a-t-i nin, d'on côp d'vège, 

Fai li s' pâgn'raâ po tos lès mèsbrugî d' l'ovrège? 

N'a-t-i nin à brébâde dispùrdou ses millon 

Po fer sùrdi l' Congo, qu' sèrè, po nos r'jèton, 

Li mèhnêye di l'Av'nir, li gloire di nosse Belgique, 

Qu'ârè s' drapeau hâgné jusqu'è fin fond d' l'Afrique? 

Ossu so lès foyou d' l'histoire, veurrè-t-on scri, 

E lètte d'or, li bai no d' Liopôld li Sûti, 

Qu'ârè, po r bin de peupe, po 1' grandeur de I' Patrèye, 

Jusqu'à s' diôraîne hiquètte, kihiyi tote si vèye; 

Qui c'èsteu l'Ange de 1' Paye, de 1' Civilisation ; 

Qui c'èsteu-st-on grand Roye, divins 'ne pitite nation; 

Qu'il a todis sèpou d'vins lès parti t'ni s' pièce 

Tôt z'y r'bouttant l'accoird. 

C'è poquoi qu'à c' belle fièsse, 
Hoûye, Flamind et Wallon, âtou d' lu rapoulé 
So lès ègré de Trône, jurèt Fidélité, 
Liopôld deux, grand Roye, à vos totes nos pinsêye, 
Qui v' viquésse po vosse peupe èco 'ne belle hiède d'annêye, 
Po qui vos apâliésse et lès appépurgnî 
Lès Oûve qui vosse hèyance lairè-st-à nosse pays, 
Tôt fant vèye qui 1' bonheur ni vint qui d' choque à choque, 
Qu' po fer "ne saquoi d' forfant fâ sèpi t'ni bon stok. 
Et po l'zi d'ner 1' fion li belle Postérité 
Vis k'dûre-st-è rajoûr di l'Immortalité. 



Lèopôld II 

PAR 

Emile GÉRARD. 



Devise : 
L'union fait la force. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



Li Belgique rik'nohante wâdrè todis 1' sov'nance 

De prumî roi qu'elle a pièrdou ; 
Sov'nez-v* qui bin dès lame, âx joû qu'on sonna s' transe, 

Bin dès lame di r'grèt ont corou. 
I mina trinte-cinq an li vièrna de 1' Patrèye, 

Et d' l'Europe ètîre respecté, 
Pus d'ine tièsse coronnêye lî d'manda dès consèye, 

Et ses consèye èstît houté. 
Arrivéve-t-i qu'inte peûpe s'èlèvéve ine nulêye ? 

On r fève sovint juge dès parti, 
Et c'è lu pus d'ine fèye qu'èspècha dès trulêye. 

Lu r grand roi d'on pays si p'tit ! 
Si fi, Lèopôld II, rote so lès trace di s' père ; 

I nos prouve qu'il a-st-hèrité ' 
Di ses nobès idèye et de même caractère, 

Po mîx dire di ses qualité. 
Belgique, sèyîz hureuse d'èsse inte dès main parèye ! 

Dispôye on qwârt di siéke déjà, 
Li roi qui nos aimans, nos l'avans polou vèye 

Ovrer po l' bonheur di l'État. 
I n'è nin d' ces grand-là qui viquèt d'vint F naw'rèye, 

Avou lès soueûr de 1' nation, 



— 22 — 

Qui fèt gala tôt fére, jetant l'ôr à pougnèye 
Divins fièsse, bal et réception. 

I comprind mîx ses dVoir li ci qu'è-st-à nosse tièsse ; 

Honneur à lu, Lèopôld deux ! 

II a t'nbu jusqu'à c'ste heure èco pus qu' ses promesse . 

Comptez totes lès oûve qu'on lî deu ! 
Sitàrer. nosse commerce, fer fïlori l'industrèye, 

Lî doviér dès poite lâge et Ion, 
Inte turtos, fer r'glati li no di nosse Patrèye, 

Vola s' haute et belle ambition ! 
S'il a jeté ses oûye so 1' Congo, è l'Afrique, 

Ci n'è nin po f gloire, qu'on 1' sèpe bin ; 
Nenni, mais tôt dabôrd lavantège de 1' Belgique, 

G'è çou qu'il a vèyou la-d'vins. 
Lès prumîs pas sont fait ; di cial à pau d'annêye, 

Nos trouv'rans sûr noste intérêt 
È Congo, riche pays, po qui l'heure è sonnêye 

Dé roter d'vin 1' vôye dé progrès. 
Awè, c'è r bin dé peûpe qu'avant tôt li roi qwire; 

Li caisse di s'cours âx vîx ovrîs, 
Li ci qu' vint dé 1' fonder, n'a-t-i mèsâhe dé 1' dire? 

Léopôld y songea 1' prumî. 
Si no sèrè béni divin bin dès manège, 

Et pus tard pus d'on vîx dire 
Qui s'i n'è nin résoùde àmagnî s' pan tôt sèche, 

Si crosse souwêye, c'è grâce à roi ! 
Li Belgique, dizos s règne, on règne qu'a fait mèrvêye 

Et qu' promette co d' durer longtimps, 
Li Belgique a vèyou li richesse di ses vèye 

S'acrèhe sins cesse, comme è nou timps. 
Louquîz Bruxelles, Anvers, onque dès bais port dé monde, 

Et qu' nos voisin nos invièt, 
Gand, l' grande vèye flaminde, Lîge, totes sont là po responde. 

Qui n's avans dé l' sciïnce et d' l'agrè. 



— 23 — 

Divins lès noûf province, de 1' mér jusqu'âx Ardènne, 

L'ovrège tint l' lâge pièce tos costé ; 
Fabrique et hauts-fornai, houyîre tôt comme ouhène, 

Ji v' dèfèye bin di lès compter. 
Et todis l'industrêye n'a fait qui di s' sitinde, 

Coula vingt-cinq annêye durant ; 
Sèyans fîr d'on té règne ; louquans l'av'nir sins 1' crainde, 

Ca r Belgique rote â prumî rang ! 
A c'ste heure, Flamind, Wallon, fans 'ne creux so nos quarèlle; 

Qwèrans l'èlinte et d'nans-nos 1' main ; 
Dihez, dès fré d'vèt-is si dispiter inte zèls 

Et s' kihagnî ? Nenni, sûr'mint ! 
Songeans qu' li roi nos louque ; eune di ses pône, jl wage, 

G'è d' nos ètinde nos husquiner ; 
Èfant de l'même patrêye, si n's avans deux lingage, 

Nos n'avans qu'on cour po l'aîmer ! 
Sins l'union, 1' bon accoird, nos corans risse de piède 

On vrêye trésor : nosse liberté ; 
Gomme l'an trinte.sèchans donc tos essônne à 1' même coide, 

Et n' sèrans foirt et respecté ! 



"Vingt-cinq an! 



PAR 



Félix PONGELET. 



Devise : 
Jôye et Bonheur. 



MÉDAILLE DE BRONZE, 



I gn'a justumint vingt-cinq an 
Qui nosse bon Roye monta so l' trône ; 
A c' timps là, mi, j'èsteu foirt jône ; . . . 
Ji m'èsovin co bin, portant! 

Ji m' rappelle même qui m' mère mi d'ha: 
« Mi èfant, nosse prumî Roye è moirt ; 
Agènîz-v', dihans nos pâter. ».. .. 
Et ji fa comme lèye... ji pria! 

Popaul prumî lèya dès r'grèt, 
Mains ci cial fa di telle manîre 
Qui bin vite on ètinda dire : 
G'è r fi di s' père,... is s' ravisèt ! 

On qwârt di siéke deure bin paû d' timps ! 
Hoûye, vola déjà qu'on fièstêye 
Divins nosse belle pitite patrèye, 
Li vingt-cinquême di si avèn'mint. 



— 25 — 

Li vingt-cinquème! awè, mon Diu! 
Tôt r même, comme coula cour èvôye ! 
Mains qwand lès jôu sont tèhou d' sôye, 
Oh ! li solo va si vite jus ! ! 

Ga dispoye li révolution, 
Nos viquans d'vins l' jôye et 1' douce paye 
Onque comme l'aûte, ni rouvians jamàye 
Qui r bonheur è d'vins l'union! 

Li vrèye bonheur ni s' raconte nin 
Et, sûr, j'âreu bin mâlâhèye 
Di v' dire vo-cial totes mes pinsêye ; 
Mi cour diboide, il è trop plein ! 

Qui nosse Roye sèpe qu'on 1' veu vol'tî, 
Qui passe ine hureuse viquârêye 
Et qui nos 1' wardanse dès annêye 
A r tièsse di nosse pitit pays. 

G'ê lès sohait qu'tote li nation 
Fai po l' joû d'hoûye, po s' bonne aweure, 
Et i se qu'on 1' fièstèye à c'ste heure 
D'vins lès Flamind, d'vins lès Wallon ! 

Fièstans V ossi nos aute, Lîgeois, 
Pusqui nos l'aimans d' tôt nosse cour, 
Et po lî prover noste amour : 
Tos èssonle, brèyans, vive li Roi !!! 



CONCOURS SPÉCIAL. 
LETTRE B. 



La Société, dans le concours spécial organisé à 
l'occasion du 25*^ anniversaire de l'avènement au 
trône de S. M. Léopold II, avait demandé un cràmi- 
gnon dont le sujet était laissé au choix de l'auteur. 
Cette latitude, permettant de traiter toute espèce de 
sujet, nous taisait espérer un brillant résultat, mais 
à notre grand regret, cet espoir ne s'est guère 
réalisé. 

Nous avons reçu beaucoup de pièces passables, 
quelques-unes à moitié bonnes, mais aucune n'a été 
jugée digne d'obtenir le premier prix (une médaille 
d'or de cent francs). 

Quelques auteurs nous donnent des imitations 
très pâles des crâmignons de Nicolas Defrecheux ou 
des chansons de Félix Ghaumont ; d'autres, n'ayant 
pas réfléchi qu'un crâmignon est une œuvre qui doit 
devenir populaire, destinée à être comprise et chan- 
tée par le peuple, ou même par des grands enfants, 
nous ont adressé des pièces impossibles. Deux 
d'entre elles ont dû être écartées à cause des détails 
qui, quoique bien gazés, ne pouvaient cependant 
être admis. Le jury ne peut récompenser que des 
pièces irréprochables sous le rapport moral. 



— 28 - 

La tache du jury était assez ingrate, nous croyons 
cependant avoir rempli consciencieusement notre 
mission et nous vous rendons compte de nos im- 
pressions. 

N^ 1 . E-ce qui ça n'vos chonne nin bon ? 

Devise : Tôt mouchon s'plai dins sWamage. 

Un amoureux se plaint à sa maîtresse de ce qu'elle 
dédaigne ses caresses. Sujet peu mouvementé, wallon 
pur, se chante bien sur l'air Cè-st st^à Vchaijèlle 
diseu Visé. Le refrain est bon. Cette pièce est écrite 
en dialecte de Namur. 

N'' 2. Rin d'mèyeii qu'dès vitolèt. 

Même devise, même auteur, même dialecte, même 
air. 

Un moine, disant son chapelet, passe près d'une 
jeune fdle endormie ; il succombe à la tentation, la 
jeune fille, réveillée, entr'ouvrant un œil, lui demande 
si sa chanson n'a qu'un couplet, etc. Le jury a dû 
écarter cette pièce. Le refrain est joyeux. Voici le 
1"^' couplet : 

C'èsteuve dissus l'route di Coqu'lèt, 

Rin d'mèyeu qu'dès vitolèt 
On moine passeuve dijant s'chap'lèt, 
Li fiér qu'è chaud, fau l'batte 
Rin d'mèyeu qu'dès vitolèt 
ÂYOu dès coine di gatte. 

Le vitolèt est une boulette de viande rôtie très 
plate. 
N" 3 On dimèfpie d'oslé. 
Devise : Les vieux vivent de souvenir. 
Récit d'un songe. 



- 29 — 

1®' COUPLET. 

(Air : En revenant de Lorraine.) 

Ji m'èdoirma 6 l'prairèye 

On dimègne d'oslé 
Et ji songea l'neure Marèye, 
(Respleu.) Ah ! mâye li cour ni rouvèye 

Li prumire feumme qui l'a fait tocter. 

Il la voit, il l'admire, il ramasse une rose qu'elle 
a laissé tomber, il n'entend qu'elle; puis elle s'en va, 
la rose se flétrit, il rêve qu'il n'en dort plus, enfin 
il s'éveille. 

C'est trop délayé, beaucoup d'inutilités. 

Le dernier vers du refrain s'adapte mal à l'air. 

jN° 4. Dizos l'mèlêye. 

Devise : Ji m'è r'sovin. 

Promenade d'un couple amoureux dans une prai- 
rie, au clair de la lune. La femme étant fatiguée, ils 
s'asseyent sous un pommier, puis le rossignol chante, 
alors ils se promettent de venir l'écouter chaque 
année quand ils seront mariés. 

Très banal, mauvais wallon. 

L'aUêyg pour l'allée, Vcampagne diseulêije pour la 
campagne déserte ; dès chiffe bin rôsêye pour des 
joues roses Ces mots sont choisis pour la rime, 
mais ne sont pas excusables pour la cause. 

N" o. Ine porminâde è l' campagne. 

Devise : Ji vou, ji rCpou. 

Cette devise est bien vraie, car l'auteur, malgré sa 
bonne volonté, n'a pas réussi à faire une œuvre 
convenable. 



— 30 — 

Un jeune homme, une jeune fille, un agneau, un 
rendez-vous demandé et accordé, puis un mariage, 
forment tout le sujet de ce cràmignon, développé 
en quarante vers sur l'air : VAvez-v vèyou passer ? 
c'est beaucoup trop long, quand il n'y a rien de 
saillant dans les tableaux représentés ; cela traîne. 

Assez bon wallon, à part le mot fièsté, il faudrait 
fièsti, mais la rime n'y serait plus. 

Une inversion malheureuse dans un des derniers 
vers : 

Tôt annoyeux j'riv'na di n'pus rvêye à m'costé. 

Dans le refrain : Ah ! ah ! ah! â champs quH fai 
bon è Uostê, le mot â sonne mal après l'interjec- 
tion ; l'auteur aurait dû éviter cet hiatus. 

N*^ 7. Ine fièsse à Lige. 

Devise : StISicolèye. 

Des jeunes filles se promènent et regarde un car- 
rousel, des jeunes gens arrivent et leur parlent 
d'amour. Bon wallon. Sujet complètement nul. Une 
cheville déplorable au troisième couplet. 

N^ 9. Chantez p'tits ouhai. 

Devise : E pasai de l'vèye, i gn'a pus di s' pêne qui 
d'rôse. 

C'est un songe irréalisable parce qu'il est trop 
beau. On n'y voit que paix, liberté, fraternité, hu- 
manité, honnêteté; puis l'amour, la joie, la gloire, 
la richesse et le progrès, entourant le char de 
l'honneur, viennent faire la guerre à la pauvreté, à 



- 31 — 

la misère, à l'envie et à la méchanceté. En tout 
trente couplets. 

Tout cela est très bien, très louable, et on peut 
lire ou dire les vers quoi qu'ils soient un peu em- 
phatiques; mais on ne peut ni chanter ni danser 
les beaux sentiments renfermés dans cette œuvre; ce 
n'est pas un sujet de cràmignon, en voici un extrait: 



L'amour èl l'jôye, so l'vôye vinit di s'accoister, 
On pau d'vant zèl li gloire rottéve avou fine, 
El l'amitié suvéve, comme ine belle fleur d'oslé. 
Li richesse et l'progrès rottil-sl-à ses costé 
Pus Ion l'châr di l'honneur arrivéve tôt floch'té. 



N" 10. A case di l'orège. 

Devise : / n'a nou timpèsse qui n'vinse à pont. 

Un jeune homme profite de l'orage pour séduire 
une jeune fille qu'il épouse plus tard. Quoique rendu 
en bon wallon et assez convenablement gazé, le jury 
ne peut admettre ce cràmignon au concours. 

N° li. Ah! riv'nex bèUès jotirnêye. 

Devise : Sintumint. 

Doléance d'un cœur abandonné par Nanette. 
Dix-sept couplets. Bon wallon. Dans cette pièce, 
chaque vers, sauf l'avant dernier, a sa signification; 
il n'y a donc pas d'enjambement ; le cràmignon se 
chante mieux et est plus naturel. 

A changer le vers : 

Po des autès caresse, on jou v'na'avez qwilté. 



— 32 — 

Le mot caresse n'est pas convenable, il peut être 
mal interprété, il doit être remplacé. 

No 12. Ji m'pormône avou Donnêye. 

Devise : Ou peut-on être mieux. 

Contentement de l'ouvrier qui a un intérieur 
agréable ; plaisirs d'un ménage heureux. C'est très 
moral, mais mal exprimé. 

A timps ji m'a st-arresté, 
On vèyéve qui m'narène 
N'aveû nin pièrdou s'bailé 
A magni dès rècene. 

L'ouvrier revient de l'usine, il fait un bon souper 
apprêté par sa gentille femme : 

Puis quand c'è qu'ja bin gaslé, 
I gn'a d'I'aiwe è l'tènne, 
Après qui j' m'a rispâmé 
Nos allans vès Fètènne. 

Les forgerons font souvent des ouvrages salissant, 
celui-ci devrait plutôt se laver avant de se mettre à 
table. Et le mot lispâmé ne s'emploie que dans le 
sens de rincer le linge. D'autres expressions n'ont 
été choisies que pour la rime, l'auteur s'étant as- 
treint à n'employer que deux rimes, en é et en ènne. 

N" 13. Ax vîx d'I'an trinte. 

Devise : Mi cour à vos, patrèye. 

C'est une histoire de Belgique depuis César jusqu'à 
1890. Sujet impossible à traiter en cràmignon. 
L'auteur n'indique pas l'air qu'il a choisi, c'est plutôt 



- 33 — 

une chanson avec un refrain, mais quelle chanson ! 
en voici un couplet : 

Deux sièke â long n'fourîs à l'Austrasèye, 
Et s'nos vèyîs-n' lodis pus bouhî jus, 
Cinquante sèpl ans, disos l'Lotharingèye, 
Ci fou l'même diale, fai l'vîx marchand d'bon Diu. 

Respleu. 

Ax vîx d'I'an trinle, 

Sins pawe, ni crainte 
Dinans 'ne pinsêye di r'minbrance et d'firlé, 
Po soixante an di paye èl d'Iibèrté. 

Nous ferons observer qu'on ne peut éprouver ni 
peur, ni crainte de fêter les héros de 1830; au con- 
traire, l'auteur devait dire, avec joie, avec bonheur. 
Il y a aussi quelques expressions que nous ne com- 
prenons pas : 

Esse grand d'vins Vfoumire de dingi. 
Esse èrainé à Vabattache d'honneur. 
Roter on trèvin. 

Il y en a encore d'autres, mais passons. 
N"" 14. L'ovri contint. 

Devise : L'ovrège tôt seu rind l'homme hureux. 
Le titre désigne tout le sujet. C'est un ouvrier con- 
tent de son sort, qui aime le travail et son usine. 

Qui lai fer l'grève âx ènocint 
Qui s'pinsèt portant foirt malin, 

qui ne craint pas les accidents et qui remercie le 
roi d'avoir institué les caisses de secours. 

5 



— 34 — 

Cette pièce est très morale ; elle est écrite en bon 
wallon, très coulant, se chantant bien, mais sans 
aucun détail, sans mouvement, rien de saillant. Le 
refrain dit tout : 

Awèt, j'aîme l'ovrège, 
Mi ji so l'ovrî contint, 
J'a bon brèsse, bon corège, 

N" 15. Lès héritir de Roi. 

Devise : Quelle jôye. 

L'idée est originale. Voici le refrain. 

Nos héritans de Congo, 

Turtos 
N'sèrans propriétaire. 

Les vingt-deux couplets expriment ce que ces 
héritiers auront à faire; quelques-uns sont faibles, 
d'autres plus heureux, comme celui-ci : 

Ax homme, nos poitrans dès mouss'mint, 
Ax feumrae nos dôraiis dès ventrain, 

C'è co l'pus nécessaire, 

Nos héritans de Congo, etc. 

L'air ne s'adapte pas bien aux paroles, à moins 
d'y faire des variantes, ce qui se présente souvent 
dans nos chants populaires. 

N° 16. F lamind- Wallon. 

Devise : Vive li Roi. 

L'auteur y montre beaucoup de patriotisme, mais 
c'est bien sérieux pour être chanté et dansé par le 
peuple. C'est l'éloge du Roi, de la Belgique, de ses 
institutions, de l'armée, de l'exposition, de l'indus- 
trie, etc. 



— 35 — 

Voici quelques vers pour vous donner une idée, 
un spécimen de cette œuvre : 

Sciince, art, industrèye, nos ont fait k'nohe à fond, 
A nosse piliie Bèk'ique po fer de bai, de bon, 
Li prouve, c'è qui l'ovrège aplou di lâge et d'Ion. 

Comme chanson patriotique cela peut passer, le 
refrain est bon : 

Vive nosse bon Léopold po sut'ni nosse guidon. 

Ce crâmignon est écrit sur l'air : Vive li nation^ 
musique de H. Magis; nous ne connaissons pas cet 
air. 

Ces deux dernières pièces avaient d'abord été 
rangées dans le concours A (une pièce de poésie 
wallonne sur le XXV*' anniversaire du Roi); à la 
demande des auteurs, elles ont été reportées au 
concours B (crâmignons). 

CONCLUSIONS. 

Il n'y a pas lieu de décerner un premier prix. 

Les pièces n'" 2 et 10 sont écartées du concours, 
à cause de certains détails peu convenables. 

Les pièces n»* 9, 13 et 16 sont également écartées; 
ce ne sont pas de vrais crâmignons, elles ne pour- 
raient devenir populaires. 

Les pièces n'' 3, 4, 5, 7 et 12 sont très faibles; 
elles ne méritent aucune distinction. 



— 36 — 

Nous proposons d'accorder deux seconds prix 
aux pièces n" \\{Ah! rivne%, belles jourtiêye) et n" 15 
[Lès héritir de Roi). Ce sont celles qui, malgré 
quelques défauts, réunissent le plus de qualités. 

Nous proposons encore d'accorder comme encou- 
ragement des mentions honorables (médailles de 
bronze), aux pièces n° 1 (E-c qui ça n'vos chonne pus 
bon,) et n° 14 (L'ovrî contint). 

Les membres du jury, 

AUG. HOCK. 
EUG. DUCHESNE. 

JuL. Martiny, 
et Jos. Dejardin, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 novembre 1890, 
a donné acte au jury de ses conclusions. L'ouver- 
ture des billets cachetés, accompagnant les pièces 
couronnées, a fait connaître que l'auteur de la pièce 
n** 11 est M. Charles Goossens ; celui de la pièce n° 1, 
M. Auguste Vierset, et celui de la pièce n" 14, 
M. Emile Gérard. L'auteur de la pièce n" 15 ne s'est 
pas fait connaître. 

Les autres billets cachetés ont été brûlés séance 
tenante. 



Ah! riv'aez, belles journèye! 

Air : En revenant du bois 
Je me suis fatigué. 

PAR 

Charles GOOSSENS. 



Devise : Sinlumint. 



PRIX : MEDAILLE DE VERMEIL 



Vis sov'nez-v' bin, Nanètte, dès cousse avâ lès pré, 
Quand nos alis-t-èssône li dimègne porminer ! 
Ah! riv'nez belles journèye di nos vingt an passé. 

Quand nos alis-t-èssône li dimègne porminer 
Divins lès p'tits pazai, j'aveû bon di v' miner 
Ah! riv'nez belles journèye di nos vingt an passé. 

Divins lès p'tit pazai j'aveû bon di v' miner; 

Bin Ion di tos lès brut nos alîs nos aîmer. 

Ah! riv'nez belles journèye di nos vingt an passé. 

Bin Ion di tos lès brut nos alîs nos aîmer 

Di tote lés fleur di champs sovint ji v's a paré 

Ah! riv'nez belles journèye di nos vingt an passé. 



— 38 - 

Di tote lès fleur dès champs sovins ji v's a paré. 

Lès oûhaî so lès cohe por vos vinît chanter 

Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Les Quhaî so lès cohe por vos vinît chanter 
Assiou so r vert wazon j'aveû bon di v' hoûter 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé 

Assiou so r vert wazon j'aveû bon di v' hoûter 

Là, nos nos fis 1' sèrmint di todis nos aîmer. 

Ah ! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Là, nos nos fis l' sèrmint di todis nos aimer 
Nos riv'nis-st-a l'vèsprèye, tôt rotant sin d'viser 
Ah ! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Nos riv'nis st-à l'vèsprèye tôt rotant sins d'viser 
Houmant 1' dièraîne sinteûr di ces bai joû d'osté 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé 

Houmant 1' dièraîne sinteur di ces bai joû d'osté 
Mains, parèye qui lès fleur, qui l'hiviér a d'fouyté 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé 

Mains parèye qui lès fleur qui l'hiviér a d'fouyté, 

Tôt ces bais joû d'amour si sont vite revoie. 

Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé . 

Tôt ces bais joû d'amour si sont vite revoie 

Et d' tos ces doux sèrmint, qu'ènne a-t-i donc d'moré? 

Ah ! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Et d' tôt ces doux sèrmint qu'ènn a-t-i donc d'moré? 
Po dès autès caresse on joû v' m'avez qwitté 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 



— 39 — 

Po dès autès caresse on joû v' m'avez qwitti! 
Dispôye adonc so 1' terre ji m'a sintou d' seule 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Dispôye adonc so 1' terre ji m'a sintou d' seule 
Di tos ces bais prétimps divins m' cour j'a wârdé 
Ah! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Di tos ces bais prétimps divins m' cour j'a wârdé 
Ine plâye todis droviète qui 1' sov'nance fait sôner. 
Ah ! riv'nez belles journêye di nos vingt an passé. 

Ine plâye todis droviète qui 1' sov'nance fait sôner 
Vi sovnez-v' bin Nanètte dès couse avâ lès pré. 
Ah ! riv'nez belles journaie di nos vingt an passé. 



Lès hèritîr de Roi 

CRÂMIGNON. 
Air : Mo)t père m*a fait bâtir maison. 

PAR 

* * » 



Devise : 
Qaélle jôye ! 



PRIX : MEDAILLE DE VERMEIL. 



Ghantans, mostrant nosse contint'mint, 
Li Roi vint de fer s' tèstamint. (bis). 
Il è fait sins biaire : 

N s héritrans de Congo 
Tourtos 

N' sèrans propriétaire. 

Li Roi vin de fer s' tèstamint, 

I nos lai 'ne part di tos ses bin. (bis). 

Binamêye ! quelle affaire ! ! 

N's héritrans 

J nos lait n' part di tôt ses bin 

Et portant nos n'iî d'mandîs rin. {bii>). 

Qui c'è bin dé contraire ! 

N's héritrans 



— 41 — 

Et portant nos n' lî d'mandîs rin, 
Nos aute dès pauvès p'titès gins. (bis). 

N's allans-t-èsse dès gros hère ! 

N's héritrans 

Nos aute dès pauvès p'titès gins, 

So l'Afrique allans dèze dimain. (bis). 

Po vèye nos locataire 

N's héritrans 

So l'Afrique allans déze dimain 

Ax Congolais nos stindrans 1' main. (bis). 

Nos n' qwirrans qu'à 1' zi plaire. 

N's héritrans 

Ax Congolais nos stindrans 1' main, 
Nos nos frans-st-à zêl tôt bèl'mint. (bis). 

Mâgré leus neurs viaire. 

N's héritrans 

Nos nos frans-st-à zèl tôt bèl'mint 
Mais s'is n' jâsèt qui 1' Gongolain... [bis). 

Nos n' lès comprindrans wère. 

N's héritrans 

Mais s'is n' jâsèt qui 1' Congolain, 
Apprindans-r zi l' wallon, l'flamind. {bis). 

Deux jargon qui fèt 1' paire. 

N's héritrans 

Apprindans r zi l' wallon, V flaraind, 
Fans-l' zi par sègne dès complumint. (bis). 

On pou lès fer et s' taire. 

N's héritrans 



- 42 — 

Fans-l' zi par sègne dès complumint, 
Ni rouvians nin lès p'tits présint. (bis). 

Qu'on n' seûye nouque réfractai re 

N's héritrans 

Ni rouvians nin lès p'tits présint 

Ax homme nos poirtrans dès mouss'mint (bis). 

Di jôye, nos lès frans braire. 

N's héritrans 

Ax homme nos poirtrans des mouss'mint 
Ax feumme nos daurans dès ventrain. {bis). 

G'è co r pus nécessaire. 

N's héritrans 

Ax feumme nos daurans des ventrain, 
Dès accoird si front so l' trèvin (bis). 

N'è-ce nin là l'ordinaire ? 

N's héritrans 

Dès accoird si front so l' trèvin 
Avou saqwant jônes africain, (bis). 

Vèf ou célibataire, 

N's héritrans 

Avou saqwant jônes africain 

Lès sposège iront on maisse train, (bis). 

Qu'on âye ses baptistère 

N's héritrans 

Lès sposège iront on maisse train 
Tos èssônne on s'ètindrè bin. {bis). 

Sins juge, ni commissa»ire. 

N's héritrans 



— 43 — 

Tos èssônne on s etindrè bin, 

Nos chusih'rans dès amus'rnint. (bis). 

Wisse qui màye li jeu n' flaire. 

N's héritrans 

Nos chusih'rans dès amus'raint, 
Nos ouvèrrans corègeus"mint. (bis). 

Vive l'ovrège po s" distraire ! 

N's héritrans 

Nos ouvèrrans corègeus'mint, 

Ûssu V dihans-gn' tôt foù dès dint. {bis). 

Spiyans nosse dièrain verre. 

N's héritrans 

Ossu 1" dihans-gn' tôt fou dès dint, 

So r pèquèt n" frans "ne creux hardèy'mint ! [bis). 

Et nos 1" frans d'vant notaire 1 

N's héritrans 

So 1" pèquèt n' frans 'ne creux hardèy'mint 
Chantans, raostran'? nosse contint'mint. {bis). 

A Roi r pus populaire 1 

N's héritrans de Congo. 
Tourtos 

N' sèrans propriétaire. 



E-ce qui ça n' vos chonne pus bon ? 

Air : Cè-st-à V chapelle diseus Visé. 

PAR 

Auguste VI ERS ET. 

Devise : 
Tos mouchon s' plai dins s' ramage. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



1. 

Dijoz m'èl vite, oï ou non, 

È-ce qui ça n' vos chonne pus bon ? 

V waitîz après one aute, di-st-on. 
Li trop bin v'cochèsse ! 

È-ce qui ça n' vos chonne pus bon, 
A c'ste heure, quand j' vos rabrèsse? 
2. 

V waitîz après one aute, di-st-on. 
È-ce qui ça n' vos chonne pus bon? 
Portant, j' fiais c' qui vos v'iîz nèdonc? 

Li trop bin v'cochèsse ! 

È-ce qui 

3. 
Portant, j' fiais c' qui vos v'iîz, nèdonc? 
È-ce qui ça n* vos chonne pus bon? 
•T'èsteuve todis su vos talon. 

Li trop bin v' cochèsse ! 

È-ce qui 

4. 
J'èsteuve todis su vos talon. 
È-ce qui ça n' vos chonne pus bon? 



— 45 — 

V's èstîz m' bèdée, v's èstîz m' mouchon. 
Li trop bin v' cochèsse ! 

È-c€ qui 

5. 

V's èstîz m' bèdée, v's èstîz ra' mouchon. 
È-ce qui ça n" vos chonne pus bon? 
Por vos j'aureuve donné tôt m" song. 

Li trop bin v' cochèsse! 

È-ce qui 

6. 
Por vos j'aureuve donné tôt m' song. 
È-ce qui ça n' vos chonne pus bon? 
Poquoi v'ioz m' quitter sins raison? 

Li trop bin v' cochèsse! 

È-ce qui 

7. 

Poquoi v'ioz m' quitter sins raison? 

È-ce qui ça n' vos chonne pas bon? 

Bon Diè ! m' vîe va ièsse one prijonl 

Li trop bin v' cohèsse ! 

È-ce qui 

8. 
Bon Diè, m' vîe va ièsse one prîjon! 
È-ce qui ça n'vos chonne pus bon? 
Si vos n' v'ioz pu ièsse mi Mayon, 

Li trop bin v" cochèsse ! 

È-ce qui 

9. 
Si vo n' v'ioz pu ièsse mi Mayon, 
È-ce qui ça n' vos chonne pus bon? 
Dijoz m'èl vite, oi ou non, 

Li trop bin v' cochèsse ! 
È-ce qui ça n' vos chonne pus bon, 
A c'ste heure, qwand j' vos rabrèsse ! 



L'OVRI CONTINT 

(CRAMIGNON.) 

Air : Léopold est un bon roi, 
Il mérite la couronne. 

PAR 

Emile GÉRARD. 



Devise : 

L'ovrège tôt seu 
Rind l'homme hureux. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



Di mi p'tit sort, ji n' mi plain nin ; 

Mi, ji so i'ovrî contint, 
Quand j' va vos m'i ouhène â matin. 

Awè, j'aîme l'ovrège ! 

Mi, ji so I'ovrî contint, 

J'a bons brèsse, bon corège ! 

Quand j' va vès m'i ouhène â matin, 
Ji m' di qu' c'è 1' plaisir qui m' rattind. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Ji m' di qu' c'è 1' plaisir qui m' rattind. 
Qui r mârtai m' sône lègîr è m' main ! 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 



— 47 - 

Qui 1' mârtai m' sône lègîr è m' main, 
Lu qu' rèsdondihe à tôt moumint ! 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Lu qu' rèsdondihe à tôt moumint ! 

Li disdus d' i'ouhènne mi plaî bin. 

Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Li disdus d' l'ouhène mi plaî bin. 
G'è comme ine musique qui j'ètind. 
Awè, j'aîme Povrège ! etc. 

G'è comme ine musique qui j'ètind. 
Allez, d'vant l'èglome, ji n' brogne nin ! 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Allez, d'vant l'èglome, ji n' brogne nin ! 
Et ji m' vante di n' mâye piède nou timps. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Et ji m' vante di n mâye piède nou timps. 
Li londi, co mâye ji n'èl prind. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Li londi, co mâye ji n'èl prind. 
Ji lai fer 1' grève âx ènocint. 
Awè, j'aîme l'ovrège 1 etc. 

Ji lai fer l' grève âx ènocint, 
Qui s' pinsèt portant foirt malin ! 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Qui s' pinsèt portant foirt malin ! 
Mais ci n'è qu' dès sot, j'èl prétind. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 



Mais ci n'è qu' dès sot, j'èl prétind, 
Qu' houtèt lès consèye di vârin. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Qu' houtèt lès consèye di vârin. 
Si j'attrape on joû quéque mèhin, 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Si j'attrape on joû quéque mèhin, 
Ji n'a co wâde de mori d' faim. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Ji n'a co wâde de mori d' faim ; 
Li roi nos mette hoûye foû tourmint. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Li roi nos mette hoûye foû tourmint, 
Ga r caisse di s'cours è là po d'main. 
Awè, j'aime l'ovrège ! etc. 

Ga r caisse di s'cours è là po d'main ; 
A Lèopôld, nos r'mèrcimint. 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

A Lèopold, nos r'mèrcimint ; 
Qu'on roi di s' trimpe si veu râr'mint ! 
Awè, j'aîme l'ovrège ! etc. 

Qu'on roi di s' trimpe si veu râr'mint ! 

Mi, ji so l'ovrî contint ; 
Di mi p'tit sort, ji n' mi plain nin : 

Awè, j'aîme l'ovrège ! 

Mi, ji so l'ovrî contint, 

J'a bons brèsse, bon corège ! 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE. 



CONCOURS DE 1890 

RAPPORT DU JURY SUR LES i^""= ET IG"-* CONCOURS. 
(SCÈNES DIALOGUÉES, CONTES ET SATIRES.) 



Messieurs, 

Vous avez bien voulu confier au même jury le soin 
de vous faire rapport sur les concours n"' 15 et 16. 
Ceux-ci ont du reste une analogie telle que nous nous 
sommes vus autorisés à apporter une modification 
dans la répartition, qu'avait faite notre secrétaire, 
des pièces qui lui ont été adressées pour ces deux 
concours, liâtons-nous d'ajouter qu'il n'avait fait en 
cela que suivre les indications des auteurs eux- 
mêmes. 

Nous avons donc inscrit dans le 15^ concours la 
pièce n° 13 du 16^ intitulée : Deux liesse di hoye, que 
l'auteur appelle une satire, mais qui est bien réelle- 
ment une scène populaire dialoguée. Comme elle a 

4 



— 50 — 



du mérite et que, pour l'avoir ainsi déclassée, nous 
ne l'en avons pas jugée digne d'une moindre récom- 
pense, nous comptons sur ["approbation de l'auteur 
et de'la Société. 

Au surplus, après avoir enrichi le lo^ concours qui 
n'avait attire cette année que deux écrivains, sommes- 
nous obligés de l'appauvrir immédiatement en 
écartant la pièce n" -2 intitulée : Ennocint et coupâbe ! 
Le titre seul. Messieurs, vous a fait penser à un sombre 
drame se déroulant dans un nombre considérable 
d'actes, divisé en un nombre plus considérable de 
tableaux encore, comme tout drame qui se respecte. 
Vos pressentiments ne vous ont pas trompés. Il y a, 
dans cette scène populaire, 4 actes et six tableaux, 
comprenant, en réalité, 3(3 scènes dialoguées et 
écrites sur le recto des pages. C'est tout ce qu'elles 
ont de commun avec les conditions du concours et 
cela ne suffit évidemment pas pour l'y faire admettre. 
Nous avions d'abord eu l'intention de transmettre ce 
drame a nos collègues du jury des comédies. Mais, 
bien que la pièce soit partiellement écrite en vers 
(on y voit même l'innocent condamné à mort qui 
attend son exécution dans le cabinet du président 
et qui y cbante : li cir si peur, si majestueux, qui 
fai creure en Diû !}, elle ne le serait pas suffisam- 
ment pour eux et la Société peut leur épargner la 
lecture de ce lugubre factum où il n'y a pas moins 
d'un assassinat, de deux morts violentes et d'une 
condamnation à la peine capitale, le tout en français 
incomplètement traduit en wallon. 



— 51 — 

Les deux autres pièces sont, heureusement, écrites 
en wallon et en vers. L'auteur du n° 1 : Nos bon vîx, 
nous présente deux Î7îcurâbe,un vieux et une vieille, 
qui se rencontrent et comme M. et M""^ Denis, se 
rappellent leur jeunesse. Cela aurait pu faire une 
scène charmante, mais, telle que l'auteur l'a écrite, 
elle n'est ni bien vraie, ni même, au fond, bien inté- 
ressante. Le vieillard a été autrefois l'amoureux plus 
ou moins honteux de la vieille qui ne parait pas 
avoir été précisément une prude. Il lui remémore 
les quelques faveurs qu'elle lui a accordées, y com- 
pris un soufflet, et elle lui répond en lui reprochant 
d'avoir été trop réservé, puisqu'elle a fini par en 
épouser un autre. L'action traîne et contient des 
invraisemblances comme celle qui consiste à faire 
chanter et crâmignonner les deux vieux en pleine 
rue. Mais, à côté de ces longueurs, d'incorrections 
et de chevilles nombreuses, il y a de pittoresques 
expressions, il y a surtout l'accent et le ton franche- 
ment liégeois et enfin de vieilles chansons dans le 
tour naïf d'il y a cent ans et que les vieilles gens du 
peuple connaissent seuls encore. Tout cela mérite 
mieux que les oubliettes de notre bibliothèque et 
nous proposons à la Société d'accorder à l'auteur 
une médaille de bronze. 

Quant à la pièce n° 13 du 16^ concours, que nous 
avons transposée dans le 15% elle met en scène deux 
bouilleurs, l'un qui a ouvert une oreille docile aux 
idées des réformateurs socialistes, l'autre qui y a 
résisté. L'auteur approuve ce dernier qui finit par 



— 52 — 

convaincre son camarade et le dissuader d'aller au 
meeting où il se rendait. Nous ne savons si, dans la 
réalité, la discussion eût abouti à ce résultat; mais, 
sans vouloir prendre ici parti pour l'une ou l'autre 
des deux opinions que l'auteur met aux prises, nous 
devons reconnaître qu'elles sont bien présentées avec 
le caractère que peuvent leur donner deux hommes 
au jugement simple, au cerveau peu meublé, et 
habitués à procéder plutôt par sentences que par 
des déductions logiques. 

En outre, la langue est bien wallonne et le dia- 
logue vivant, quoique les tirades soient parfois un 
peu longues Nous n'avons guère à reprocher à cette 
œuvre que quelques faiblesses comme : « fer roter 
V char de progrès... bouter V sciince qui drouve li 
cèrvai... et quelques négligences dans les rimes 
comme k'mandèt et ?m. » Nous proposons à la Société 
de lui accorder une médaille d'argent. 

Le 16* concours comprend encore 19 pièces dont 
les deux dernières portant les n°' 19 et 20 ne nous 
ont guère arrêtés : elles sont absolument incom- 
préhensibles. Peut-être l'auteur appartient-il à l'école 
symbolique et s'est-il trompé d'adresse en faisant 
parvenir son travail à la Société liégeoise de littéra- 
ture wallonne. 

Des dix-sept autres, nous avons, après discussion, 
écarté les suivantes : 

N" l : Mâdit Pèquèt, un conte qui est un long mé- 
moire en vers alexandrins contre l'alcoolisme et où 
l'auteur ne fait pas mourir moins de trois personnes 



— 53 — 

en quelques instants. C'est tout un drame qui force 
trop la note et ne rachète pas ce défaut de conception 
par le style. 

N°' 4, 5 et 6 : Trois contes du même auteur. Le 
n" 5 seul : Antône et Michî, a quelque mérite, sans 
que cependant l'invraisemblance de l'historiette, 
traitée uniquement en vue d'amener un mot drôle 
à la fin, nous permette de vous demander de le 
récompenser. 

N"' 8 et 9 : JSos ftitès costire et On gênant voisi- 
nège, sont deux satires de mœurs liégeoises dues 
également à une même plume, exercée, on s'en 
aperçoit, mais négligente et n'ayant pas tiré ce qu'elle 
pouvait de deux sujets dont le premier seul se prêtait 
du reste à une monographie intéressante. 

N" 11 : Lès deux mohon ont plus de mérite et 
l'idée ingénieuse qui en fait le fond peut donner une 
fable charmante. Sans pouvoir proposer de lui 
accorder une récompense, le jury espère que l'au- 
teur loin de se décourager, prendra part au prochain 
concours en y apportant la légèreté de touche qui 
manque à cette œuvre et que lui donnera l'étude des 
maîtres du genre. 

N" 12 : Li lion et U tahon est une traduction de la 
fable de La Fontaine : Le lion et le moucheron. 
L'auteur dont ce serait, d'après la devise, le coup 
d'essai, ne paraît pas s'être douté qu'il s'attaquait à 
un genre des plus difficiles : traduire La Fontaine, 
mais c'est faire passer dans le wallon, non pas le 
sujet de la fable, mais le naturel, l'habile simplicité 



— 54 — 

de la mise en scène, la variété et la pittoresque 
justesse des expressions de ce maître écrivain qui a 
peut-être personnifié le plus complètement le génie 
français. Il faudrait, pour y réussir, en même temps 
qu'une connaissance profonde des ressources de 
notre idiome, une plume alerte et exercée, et une 
science du style qui manquent à notre débutant. 

N"* 15 et 17 : Kimint fâ-t-i qu'on seûye po mori et 
avoii rin qui freû-t-on bin? ne sont que des plaisan- 
teries sans grand intérêt. 

N°' 16 et 18 : Li vîx rh'vâ d'atètlège et li ch'vâ 
d' maisse et Li Crition et V lumçon, sont deux fables 
dont les auteurs ont mis en scène sans relief ni 
vigueur, et pour la première, avec peu de vraisem- 
blance, l'aventure traitée tant de fois et avec talent 
par d'autres, d'un vaniteux que la réalité se charge 
de punir et de remettre à sa place. 

Après l'élimination que nous venons de faire, il 
nous est resté quatre pièces portant les N»' 2, 3, 10 
et 14. 

Les deux premières : Li crâs pèquèt et Li tailleur 
et rEvêque, sont deux contes traités par le même 
auteur avec toute l'habileté que ce genre réclame, 
dans une langue leste et bien wallonne ; mais 
auxquels on doit reprocher de manquer d'invention. 

La dernière n'est, en effet, que la mise en œuvre, 
sans plus, d'un mot joyeux mais bien connu ; l'autre 
où l'on a cherché un effet dans une répétition un 
peu forcée, laisse au lecteur le regret de n'avoir pas 
trouvé l'excellent j)ortrait de buveur que l'auteur 



— 55 — 

pouvait faire et que le début promettait. Malgré ces 
reproches, le jury estime que ces deux pièces 
méritent d'être distinguées et vous propose de leur 
accorder une médaille de bronze avec insertion. 

La même récompense lui paraît devoir être 
octroyée à l'auteur du Marchî dès vix-warèsse (N° 10), 
qui est un tableau assez réussi du marché de la 
place Delcour. Avec un peu plus de soin, l'auteur 
aurait pu en faire une excellente peinture 

La pièce N° 14 (Lès brocale), joint aux qualités 
signalées dans les N"' 2 et 3, le mérite de l'invention 
et, ce qui ne gâte rien, celui de contenir une fine 
leçon. Nous avons cependant quelques observations 
à présenter à l'auteur. Le premier vers : / g?i'a d'jà 
d' çoulà... est bien dur. En second lieu, on ne frottait 
pas les broccde pour les allumer. Enfin Tape est peut- 
être plus wallon que jette. Nous espérons qu'il fera 
disparaître ces incorrections et rendra ainsi sa pièce 
digne de la médaille d'argent que nous proposons de 
lui décerner. 

Comme vous le voyez. Messieurs, le jury des 15^ 
et lô*' concours s'est montré quelque peu sévère, 
mais il a pensé qu'au moment où la littérature wal- 
lonne prend un si remarquable essor, notre Société 
lui doit et se doit à elle-même d'exiger beaucoup 
des auteurs qu'elle distingue. Nous ne doutons pas 
que les autres, après les 24 heures qui leur sont 
laissées pour maudire leurs juges, sauront gré à ceux- 
ci de cette sévérité même qui aura pour résultat de 
les engager à châtier davantage leurs œuvres et de 



— 56 — 

donner plus de relief à celles qu'ils auront la satis- 
faction de voir accueillir dans nos publications. 

Le jury : 

MM. E. Nagelmackers, 
A. Rassenfosse, 
et H. Hubert, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 février 1891, a 
donné acte au jury de ses conclusions. 

L'ouverture des billets cachetés, accompagnant les 
pièces couronnées, a fait connaître que M. Gode- 
froid Halleux est l'auteur de la pièce intitulée: Deux 
liesse di hoije ; M. Jean Bury, celui de Nos bons vîx; 
M. Félix Poncelet, celui de Lès brocale; M. Emile 
Gérard, celui de Li marchî dès vîx-warèsse; M. Henri 
Witmeur celui de Li crâs pèquèt et de Li tailleur et 
rèvêque. Les autres billets cachetés ont été brûlés 
séance tenante. 



Deux tièsse di hoye 

SATIRE. 



PAR 



Godefroid HÂLLEUX. 



Devise : 
Suvans l'bonne vôye. 



PRIX : MÉDAILLE D'ARGENT. 



COUNASSE. 

Ah! J'han-Jôseph! 

J 'h AN- JOSEPH. 

Èsse-là, Goûnasse ? 

COUSASSE. 

Vinsse avou mi, di ? 

J'han-Jôsèph. 

Bin wisse vasse? 

COUNASSE. 

A mètingue, hèye, qwèri nos dreût, 

Ga nosse sort è trop mâlliureux; 

D'èsse todis sprâchi d'sos l'ovrège, 

Tôt n'houmant qu'on mâvas airège. 

Et hoûye, veusse, i vin-st-on pârlî 

Po d'finde li case dès pauves ovrî. 

Ga n'fâ-t-i nin qu'on s'dihombeure 

De d'mander qu'on n'faisse pusqu'hûte heure 



58 



Tôt w;ignant-st-èco pus d'aidant, 

Kt so rtimps, hêye, qui n's y sèrans, 

Nos d'mandrans-st-ossu qu' tôt l' monde vote 

.Et qu'on faisse dès loi po nos aute. 

J'han-Jôsèph. 

A m' sonlancc, hein, j' l'ô d'ja, t' pùrlî, 

Hoûte vola comme i va gueuyî : 

a Awè, k'pagnon, li progrès rote 

» Tôt boutant-st-â drî F vèyc marotte, 

B Et tôt loumant I' prospérité 

» I nos k'dù vè l'égalité. 

» Comme on toûbion d'orège qui houle, 

» Oyez-v' à c'ste heure comme li peupe groûle; 

D S'on tâge co d' li d'ner tos ses dreut, 

» I lès prindrè sins fer nou pieu, 

» Tôt sprùchant riche, borgeu, prièsse, 

» Et tôt r zi prindant leus richesse,? 

» Ca r peûpe ni vou qu' l'égalité 

» Aspouyèye so 1' belle liberté. 

COUNASSE. 

Nom di hu, valet, comme ti jâse ! 
Bin va ti d'fmdreu bin nosse case; 
Ga, saint Mathy, c'è çou qu' va dire. 
T'è sûti ! 

J'han-Jôsèph. 
Clô t' j'aive, ti m' fai rire. 
C'è comme si ti chantahe todis 
Li même rèspleu, j' vou-st-assotti. 
Et ji n' creu pus leus sots mèssège, 
Ca g' n'è qu' dès boude, qui 1' diâle m'arège. 

COUNASSE. 

Bin ti m'èware, ie! saint Houbèrt ! 
De prinde dès s'fait po des bâbèrt ! 



59 



Creu-lès, valet, ces homme tôt oute, 
Tin avou zèls, va, qu'asse qui foute, 
Pusqu'is èployèt tôt leus timps 
Po d'finde 11 case dès pauvres gins. 
Mi, veusse, ji glètte, qui l' diâle m'affliche, 
Qwand j' lès ô hoûler so lès riche, 
So cès-là qu' sucèt nosse souweûr 
Et qu' nos hapèt pés qu' dès voleur. 
J'han-Jôsèph. 

Ti va trop Ion avou tes d'vise 
Qwand t' jâse di zêls. 

COUNASSE. 

Mi, trop long, disse ! 
Louque, ji n' mi taire, j' t'èl di co 
Qui qwand n' sèrans s'prâchî turtos, 
Adonc r fôrteune sèrê d'à nosse. 

J'han-Jôsèph. 
Awè, n' magn'rans de souk à l' lossc ! 

CoUNASSE. 

Ti rèye, mais qui viqu'rè vièrè 
C'joû-là. 

J'han-Jôsèph. 

Mais qwand ! Louque, i s' pass'rè, 
Comme t'y va, traze an d' peure dimègne 
Avant qu'i n' vinsse. Ah ! ti fai 1' hègne ! 

CoUNASSE. 

Ji fai comme toi, ji rèye. 

J'han-Jôsèph. 
Aha ! 
Ji prindéve po 'ne hègne ci ria. 
Louque Coûnasse, ti n'a qui l' laîwe bonne, 
T' n'è nin seul'mint maisse è t' mohonne 



— 60 — 

Et t' vôreu s'prâchî d'sos t' talon 

Tôt r monde, toi qui n'è qu'on couyon; 

Va, d'vant qu' ti n' raye âx riche leus pleume 

Ti f reu mîx d' sayî d' maistri t' feumme. 

COUNASSE. 

Ti se bin s' ji n' l'a nin maistri 
C'è po... 

J'han-Jôsèph. 

Di r vrêye, c'è qu' t'è trop p'tit. 

COUNASSE. 

Ji se qu'avou t' mâle jaive d'atote, 
On n' sàreu fou d' toi l's avu tote. 

J'han-Jôsèph. 
Oh ! ti m' ravissse à çou qui j' veu. 

COUNASSE. 

Nos aute, nos n' dimandans qu' nos dreut, 
L'ovrî n'è rin, qu' fâ-t-i qui seûye ? 
Tôt, saint Houbèrt ! 

J'han-Jôsèph. 

Ès-ce a côp d' gueûye 
Qui t'èls ârè, va-z-è babô, 
L'ovrî deu-t-èsse tôt, di m'on pau : 
Li maisse, l'ingénieur, li chimisse, 
Li méd'cin n'è-ce qui dès chinisse, 
Tos cès-là qu' todis s'èployèt 
Po ter roter 1' char de progrès 
Brâh'mint pu vite qu'ine caracole; 
I n'è rin, hêye, li maisse di scole? 
Cilà qui boute à tes coirpai 
Li sciince qu'èls i droûve li cèrvai ? 
Tin, qwand j'ù spèli mes deux fèye 
J' hoûte pus de 1' boque qui dès orèye. 



61 - 



COUNASSE. 



A quoi chève-t-i de tant studî 

Qwand on n' deu-t-èsse qu'on p'tit ovfï ? 

J'han-Jôsèph. 

On p'tit ovrî qu' pou div'ni maisse 
S'i mette ses coron à pont, taisse. 
Va, tos lès cîx qui nos k'mandèt 
Ni sont nin sur de 1* tire di roi, 
Et s* ti r'montéve jusqu'à leus tâye 
Ti trouv'reu qu' n'èstît nin si gâye, 
Et qu' pés qu' nos aute is d'vit-st-ovrer 
Po wangnî-st-à hippe po viquer. 
Mais zèls de mon tote li samaîne 
Is hèrchî, sins laquer, leus chaîne, 
Et sins tûser d' mâye fer lahèt (*). 
Mais is s' houwît dès cabaret, 
Adonc r feumme droviéve ine botique 
Tôt vindant ûx èfant dès chique; 
Dèsmèltant qu' l'homme ovréve ossu, 
Leus boûse s'accrèhéve èco pus. 
Et douc'mint, pichotte à migotte, 
Enne a dès cîx qu'ont fait leus p'iote 
Tôt n' mèskèyant nin quéques aidant 
Po ter dès homme di leus èfant ; 
Et ces chai divins l'industrèye 
S' sont chôquî tôt wangnant dès mèye. 
Çou qu' j'a mi-même, l'a-ju happé ? 
N'è-ce nin mes brèsse qui l'ont grètté ? 
J' n'a qui c' mâhire po tote forteune. 
Elle n'è nin grande, mais c'è da meune. 

(*) Fer lahet : ne plus travailler. 



— 62 — 

COUNASSE. 

Tin, louque ji vôreû qu' saint Linû, 
Malade chin, t' fasse tourner l'âvâ. 
Eye, on veu qu' ti d'vin déjà riche. 

J'han-Jôsèph. 
Oh î valet, j' lai cori li striche 
So li sti, veusse, et ji n' louque nin 
Çou qui cû-st-è 1' paile di m' voisin. 
Qwand j'a fini m' payèle è heure, 
Adlé r feumme et l's èfant j' rinteure, 
Ga mi ji n' pou todis sûr ma 
D'allouwer 'ne aidant a mâle va, 
Et j' vique aoureux sins ma d' tièsse. 

COUNASSE. 

Mi, j' vôreû qui n's avahi 1' foice 
De sprâchî tos lès r'présintant, 
Lès minisse et tôt 1' bataclan, 
Et qu'on vanasse à l'oulie li roye 
Qui tin so cou 'ne sifaite kinoye. 

J'han-Jôsèph. 
Et qu'à pou-ti, 1' roye ! va, t' vièrè 
Divins 'ne choque, qwand tôt 1' monde vôt'rè, 
Qu'ènne are dès cintaîne di mèye 
Qu'è r wâdrons-t-à l' tiesse de 1' patrèye. 
Ca n'a-t-i nin kdû nosse pays 
Deux creux et d'mèye sins l' fer stanchi. 
En eune vôye sûre, et jusqu'à este heure, 
Sins rascrawège ni mâle ak'seure, 
N'a-t-i nin stàré tôt â long 
Po r Congo, co pus d' vingt million, 
Et portant n' lès rare jamâye. 

CoUNASSE. 

Eye, w'asse appris çoulà, bai mâye ! 



— 63 — 

J'han-Jôsèph. 
A habiter lès bravés gins, 
Qwand on lès hoûte, on n'y piède nin. 
Toi, qui d'vîse tant so nosse bon roye. 
Sésse bin çou qu' l'a l'ai, tièsse di hoye, 
G'na waire ? 

GOUNASSE. 

Nènni. 

J'HAN-JÔSÈPH. 

Hoûte comme i fâ, 
Il a fai-st-on hiltant spûgn'mâ 
Pc lès pauves mèsbrugî d' l'ovrège. 

COUNASSE. 

Il a fai 'ne telle keure, diâle m'arège. 

J'han-Jôseph. 
Wèye. 

COUNASSE. 

D'où vint alors, nom di Hu, 
Gn'a ti dès ci qui d'visèt d'sus. 

J'han-Jôsèph. 
G'è qu' ti n' hoûte mâye qui ces apôte 
Qui préchèt l'hayime onque conte l'aute, 
Et r ci qu' n'ô qu'ine cloque n'ô qu'on son. 
Counasse, 

Tin, louque, t'ùreû co bin raison, 
A t'ôr on r'toùn'reû bin casaque; 
Ti rèye ? et portant c' n'è nolle craque. 

J'han-Jôsèph. 
Ji di comme toi qu' n'a dès mèstî 
Qu'on d'vreu, saint Houbèrt, mîx payî, 
Mais r monde a todis stu parèye, 
I n' cang'rè mâye va quoiqu'on dèye, 



— 64 — 

Et c' n*è nin ces feu d' mèssège là, 
Veusse, qui t' sèch'rons foû d'imbarras. 

COUNASSE. 

Et tos nos dreut ? 

J'han-Jôseph. 

Va, prind patiince. 
Coula vêrè pu vite qu'on n' pinse, 
Mais fâ qu'on s'aspôye tôt de long 
So r dreut, so l' justice et l' raison, 
Et po z'av'ni, hein, qu' tôt 1' monds vote, 
Onque prind po 'ne vôye, onque prind po l'aute, 
Onque va reu, Faute pus pâhûl'mint, 
Mais on y vôrè finârmint. 

COUNASSE. 

Wèye, valet, mais k'mint l'ârè-t-on ? 

J'han-Jôseph. 

Tôt doucèt'mint, par l'instruction, 
Hoùte-mu, Goûnasse, vique et z'oûveure 
Et qwand t'a fai t' payèlle, rinteure, 
How^e-tu todis dès cabaret, 
N'aduse mâye pus 'ne gotte di pèquèt, 
Fai 'ne creux so lès coq et lès bèye, 
Lai là lès cwârjeu, 1' colèbrèye. 

COIINASSE. 

Ti m'è d'mande trope ! 

J'han-Jôseph. 

Sâye-lu todis 
Et t' n'ârè nin à t' ripinti, 
Fai 'ne foice sor toi-même, âye dé l' trimpe, 
Çoulà s' pou fer, j'è so 'ne èximpe. 



— 65 — 

COUNASSE. 

Ti n' divis'rè nin à mal va, 

Si j'a minti, qui j' tome râvà, 

Ga ji m'va 'nnè râler d'ié m' feumme. 

Louque, à t' hoûter j' comprin-st-appreume 

Qui t'a raison. Tin, vola 1' main, 

Ga j' m'ènnè r'va sins piède nou timps 

Tût sayant de sûre tes consèye. 

J'han-Jôsèph. 
Hère tu todis bin è l'idèye, 
Qui ci n'è mâye, tos lès consieu, 
Qwand t' fai lahèt, qu' sont lès payeu. 

CoUNASSE. 

J' n'èl roûvèy'rè nin, camarade, 
Allans, ârvèye. 

J'han-Jôseph. 

Awè, Diè wâde. 



Nos Bons Vîx 

SCÈNE DIALOGUÊYE EN VERS, 

PAR 

Jean BURY. 



Devise : 

Aîmans-les. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



PÈRSONNÉGE : 

J'HAN-PIÉRRE, vîx homme cVâx incurâbe. 
M AR- AGNÈS, ville feume „ „ 



Li scène riprésinte ine pièce publique. 

Lès deux pèrsonnège arrivèt onque d'on coslé. Faute di l'aute. 



Mar-Agnès (joviale). 
Kye ! donc tin ! quî vola ! 

J'han-Piérre (rajustant ses bèrique). 

N esse nin l' vîle Mar-Agnès ? 
Mar-Agnès. 
Li vîle ! aih ! leup waroux, ji v' poch'treu co so 1' tièsse, 
V'y poch'treu-j' co, vormint. 

J'han-Piérre (riant). 

Ah ! ha ! ha ! vî spronjoû ! 
Si v' lâchez co 'ne sifaite vos frez sûr pawe à joû. 
Mar-Agnès. 

I n'a ni s'faite, ni s'faite, ji wag'reu deux cârluss 
De fer ine avant deux comme vos, vos 'nnè friz puss. 



— 67 — 

Jhan-Piérre. 
Bin, qu' ji s'péche ! j'èl vou creure ! kidû-t', va m' vîx rabu, 
G'è bin fini po 1' guète, va, lès boton sont jus. 

Mar-Agnès {riani). 
Areu-t-on di coula, v'ià 'ne cinquantaine d'ânnêye ! 

J'han-Piérue. 
Oh! qu' nènni, tonne di bîre ! mains houye !... 
Mar-Agnès. 

Jans, prind 'ne pènêye. 
J'han-Piérre. 
On n' va pus 'ne vèsse di chin, Mar-Agnès ! 
Mar-Agnès. 

Avîs-gn' bon 
Qwand nos valsîs-st-èssonle â bal èmon Ghâmont ! 
Vis sov'nez-v', vîx stoquaî ? 

Jhan-Piérre. 

Si ji m' sovin ! mèye gotte ! 
Pa, m'-sonle èco qu' ji v' veusse avou vosse coûte roge cotte, 
Vosse vantrin, vosse cournètte et vos p'tits hâtes soler. 

Mar-Agnès. 
Esteu-ju frisse, ossu ! 

J'han-Piérre. 

Gomme li fleur di nos pré. 
Mains vos èstîz canaye comme... on n'èl sâreu dire. 

Mar-Agnès. 
Taisse-tu, vîx fafouyeu. ' 

J'han-Piérre. 
Vos n'ois'riz nin m' disdire. 

{Si rapprèpant.) 

Vi rapp'lez-v' bin de joû.... 



Mar-Agnès. 

Qui v' m'avez rabrcssî ? 
Comme si c'èsteû co d'hoûye ! Ah ! ji v' l'a-st-adièrcî ! 

J'han-FMérre. 
Mi chifle ènnè houle co. 

Mar-Agnès. 

Min ossu, j'èl rigrèttc, 
Conv'nez qui v's avez stu jourmâye foirt mâladrète. 

J'han-Piérré. 
Mâladrète ? 

Mar-Agnès. 
Awè, ciète. 

J'han-Piérre. 

Enne avcu-t-i baicùp 
Qu'allît pus rat'mint qu' mi? 

Mar-Agnès. 

Oh ! c' n'è nin d'on plein côp 
Qu'on tèmlêye li gougètte. Fà qu'on l'amadoùlêye, 
Qu'on chûsihe lès moumint, mains n' fà nin qu'on holôye. 
D'abîme, ènne a dès ci qui v's ont fait 1' bâbe, èdonc ? 

J'han-Piérre. 
A mi, qui m'ont fait 1' bâbe ! 

Mar-Agnès. 

Et Qoulà sins savon. 
J'han-Piérre. 
Mar-Agnès, vos bourdez ! 

Mar-Agnès. 

Awè, j' bourdêye, sins fâte. 
J'han-Piérre {raVmint). 
Vos savez mîx qu' nolu qui ji n'èsteu nin d' plate. 



— m — 

Mar-Agnès. 
Nènni v' n'èstîz nin d' plate, mains v's âriz bin s'iu d' bois. 

J'han-Piérre. 
Taihîz-v', ni d'hez pu noie, ca j' direù bin 'ne saquoi. 

Mar-A(;nès. 
Qui dirîz-v' donc, mon Dièw ? 

J'han-Piérre. 

I n'a mutoi d' tote sôre 
Qui n' vis frît nin plaisir. 

Mar-Agnès. 

Eye ! ji m' rafèye di v's ôr. 
G'è sûr on scrèt mawèt qui nolu n' deu sèpi 
Et qui nolu n' sàrè. 

J'iIAN-PlÉKKE. 

Vos r savez tôt comme mi, 
Ca v' n'avez nin roûvi qwand n's allîs-sl-è cachette... 

Mar-Agnics. 
\Yisse donc, wisse donc, signeûr ? 
J'han-Pierre. 

Danser è fond Pirèlte. 
Mar-Agnés. 
Eye ! li squélle friche ! 

J'han-Piérre. 

I n'a ni friche, ni frache, mafoi. 
Ji v's a k'dût pus d'ine fèye tôt là, sèyiz d' bonne foi. 

Mar-Agnès. 
Ciètmint, vos n' dihez nin qu' ji m' fève rik'dûre d'inc ante î 

J'han-Piérre. 
Téne fèye. 

Mar-Agnès. 
Ine fèye chaque côp. 



— 70 - 

J'han-Piérre. 

Vos n'ôstîz nin m' crapaute ! 
Mar-Agnès. 
Pasqui.ji n' voléve nin ! 

J'han-Piérre. 

Pasqui j' n'a nin volou ? 
Mar-Agnès. 

le ! i fù-st-aroubi d' dire ine sifaite, zoulou ! 

Vos savez bin qu'ine fèye vos avez v'nou d'Ié m' père 

Dimander po m' hanter, vos v's è sov'nez, j' l'èspére ? 

J'han-Piérre. 

Awè, ji m'è sovin. 

^ . Mar-Agnès. 

Et qu'a-t-i rèspondou ? 

J'han-Piérre. 

Oui vos èstîz trop jône. 

Mar-Agnès. 

Et i v's a tourné 1' oou ? 

J'han-Piérre. 

Uh ! nin tût justumint. 

Mar-Agnès. 

Tôt s'tichant 'ne mène d'ine aune. 
Vos 'nnc allîz bêche è bourre ? 

J'han-Piérre. 

On m'a r'côpé l'avône ! 
Mar-Agnès. 
Oh ! ciète, awè coula ! Dismèttant qu' vos m' sûhîz 
Tôt fant dès hègne âx steulc et sins oiseur mohî, 
Lès autc avît-st-ûhèye di v' soffler l' lamponnètte ! 



— 71 — 

J'han-Piérre. 
Ji se bin qu' vos m'avez compter saqwantès blette. 

Mar-Agnès. 
Pus sovint qu'a vosse tour vos avez s'tu r'ieuchî. 

J'han-Piérke. 

Chili ! ni d'visez nin tant, li laiwe vis va forchî 

Min r' nov'lez-m' on p'tit pau qwand n' passîs lès malène 

Ine annêye â Noyé, sov'nez-v', jans, vîle platène. 

M AR- Agnès. 
Qwand n' passîs lès matène? Ji n' lès a mâye passé 
Qui v's èstîz d'ii k'pagnèye. 

J'han-Piérre. 

Ji v' frè bin rapinser, 
Ga j' voreu bin wagi qui v' roûvîz d' bonne sov'nance. 
Qui è-ce donc qui chantéve, tôt s' hossant comme ine bance: 

{Chantant.) 

Maman ne veut point queur je vasse au bois ('). (pU.) 

Aller au bois tonte seuletle 

C'est dangereux quand on est gentillette.... 

On s'en vat-à-deux Ton revient à trois 

Maman ne veut point queur je vasse au bois ! 

Maman ne vous en souvenez-vous pas? {his.) 

{In' si rappelé pus. ) 

Mar- Agnès {Chantant). 

Quand vous alliez sous la fauchelte 
Av(h; Colas cueillir la violette? 
Vous aviez si l)on de vous parler bas ! 
Maman, ne vous en souvenez-vous pas? 

(') Pr. wè, comme en vieux français. 



— 7-2 — 

3. 

Maman, laissez moi bien me divertir, {bis.) 

Qwand je serai fille à votre âge, 

Je quitterai ce ciiarmant badinage. 

Je le quitterai avec plaisir 

Maman, laissez moi bien me divertir. 

J'han-piérre (parlant). 

Vèyez-v' li vîle savôye ! elle croh'reu co s' couplet! 

Mar-Agnès. 

Poquoi n'èl croh'reu-j' nin? I n'a nou si vîx chèt 
Qui n' crohe voltî 1' soris. 

J'han-Piérre. 

Mafrique, coula c'è vrêye. 
Adai, vos vèyez bin comme vos estez r'bârêye? 
Il avise à v's ètinde qui v' n'avez mâye rin fait. 

Mar-Agnès. 
.l'a roûvî comme mi moirt.... 

J'han-pièrre. 

Oh! v' l'oûvîz tot-a-fait, 
J'èl di co, d' bonne sov'nance. 

Mar-Agnês. 

Adonc, noumez-m' ine gotte 
Inc aute qu'ènne èsteû co? 

J'han-Piérre (ralVmint). 

Li grand Colas Gagotte. 
D'abîme qui chanta, lu.... 

Mar-Agnès. 

kvfë qui chanta-t-i ? 

J'han-Piérre. 

Vormint, j' l'a foû mémoire... kh ! ha ! ça k'mince ainsi : 



— 73 — 

[Chantant), 
Voici le premier jour de l'an, 
Que donn'rai-je à ma raie ? 
Je lui donn'rai des rubans blancs, 
Tra la la dèra la la la ! 
Je lui donn'rai des rubans blancs 
Pour donner à son amant. 

(Parlant). 

Eh ! bin, qu'ènnè direz-v' ? 

Mar- Agnès {triste}. 

Jans, c'è bon, prind 'ne pènêye. 
Pauve Colas !... 

J'han- Pierre. 
Oh ! tôt r monde appoite si dèstinêye ! 
Et nolu n'èl kimande. Oh ! taisse ! lèyans-nos fer, 

Mar-Agnès. 
Taisse-tu donc, fré J'han-Piérre, c'èsteû on si bon m' vé ! 
Il èsteû si d'gogî, si s'pitant, si r'coquèsse ! 
Qwand 1' grand Colas mâquéve, li jôye mâquéve à ITièsse. 
Avou ses fâvuron, ses pasquèye, ses bagou, 
Arîz-v' même situ d'marme, i v' fève rire tôt bossou. 

J'han-Piérre. 

Eye ! n'èl sé-ju nin bin ? D'abîme qui 1' rouwé m' cowe 
A tant fait rire Liyètte qu'i l'a fait rire bossowe ! 

Mar -Agnès, 

Chitt ! n'allez nin si reud. I n' fà d' hîfrer nolu 

Sins sèpi qui 1' pouna. I n'a dès aute qui lu. 

On a bai dire dai, m'vé, quand c'è V friquètte qui r'qwire 

Li jônai, si s'treu qu' seûye, i fù qu'i s' laisse à dire. 

J'han-Piérre. 

Tôt r monde ni s' ravise nin. 



— 74 - 

Mar-âgnès. 

Oh ! nènni, ciète, coula, 
On se qui v' n'avez mâye ravisé I' grand Colas, 
Qui t»in de Ion s'è fà. 

J'han-Pièrre. 

Vqs direz, tot-à-c'ste t'heûre 
Qui j'èsteû-st-on fahai ! 

M AR- Agnès. 

Bin mîx, j'èl rèiteure. 
Ga si v's avahîz s'tu 'ne miyètte pus dispièrté 
Qui vos n' l'èstîz.... 

J'han-Piérre. 

Eh ! bin ? 

Mar- Agnès. 

y m'âreû lèyî hanter! 
J'han-Pièrre. 
Taisse-tu donc, Mar- Agnès, taisse-tu, t'è-st-ine vîle pêne! 
Jans, sov'nez-v' co de jou qui n' passîs lès matène ! 

Mar-Agnès. 
Va-z-è matène, matène! matène wisse qui j' se bin! 

J'han-Pièrre. 
Vos v's è sov'nez, dihez-m'? 

Mar-Agnès. 

Awè, ji m'è sovin. 
J'han-Pièrre. 

Et ossu d' qwand n's allîs qwèri 1' pot d' bire è l'câve? 

Et qu' nos d' raanîs deux heure, case qui v' s'èstîz hayâve. 

Et qu' n' nos r'montîs sins bîre èco 1' pu bai de jeu ! 

Mar-Agnès. 
Taisse-tu va, ti dâvièye ! 



— 75 — 

J'han-Pièrre. 

On jowéve âx cwârjeu. 
On nos r'Iouqua d'ine air! qui v' fourîz tote honteuse. 

Mar -Agnès. 

Taisse-tu, va, ti baboye ! 

J'han-Pièrre. 

Pa, m' sonle èco qu'ji v' veûsse! 

Mar-Agnès {raCrnint). 

Et toi qu'ésteusse, parait, qu'èsteusse? jans, di 1' on pau? 
T'èsteû d' manou d'vins 'ne coine avou tï-air di jâgau, 
Dismèttant qu' j'èsteu là plantêye avou m' po d' pirre, 
Qu'on d'héve qui j'apprèpahe et qu'ji n' saveû qoi dire ! 

J'han-Pièrre. 
Bon, vola qu'elle ad'vowe. 

Mar-Agnès. 

Is s' ravisèt turtos. 
D'abîme qu'i n'arrive rin, les hommes! rèspondèt d' tôt. 

J'han-Pièrre. 
Ji veû co vosse vîle mère qui r'tournéve li bouquètte 
A moumint qu' nos rintrîs, elle vis r'tappa 'ne louquètte! 
Allez! ji n' vis di qu' ça. 

Mar-Agnès. 

Lès mère ont l'ouye si fin! 
J'han-Pièrre. 
Nos ârîs trop hayètte, dai, s'èlles ni l'avît nin. 

Mar-Agnès. 
Et dire qui màgré tôt j'a s' posé 1' gros Jannèsse, 
Et v's avez s'tu borbou. 

J'han-Pièrre. 
l*a, j' n'a mâye tant fait l' liesse' 



- 76 - 

Mar-Agnès. 
Awo, vos l'ôrcz dire. 

J'han-Piérre. 

A banquet ji chanta... 
Ji n' sàrcù pus dire quoi, mains tôt l'monde répéta. 

Mar-Agnès. 

Ce toi va qui pèta! 

J'han-Piérre {si rappelant). 

Qui t'è drôle donc, m' vîle cotte ! 
Pa, c'è-st-on crâmignon qui j' chanta! 
Mar-Agnès. 

D'hez-l' ine gotte? 
J'han-Piérre. 
D'accoird, tinez m' bordon. 

{Chantant et tourniquanl avâ V scène.) 

Marèye jowa drî lès lampion 
A r rèspounèlte. 

Mar-Agnès {répétant). 

Marèye jowa drî lès lam|)ion 
A r rèspounètle. 

J'han-Piérre. 

Jihan qwèra-st-après si-âbion... 
Trova l' cachette... Ah! ha!... 

Prindez vosse bordon Simon 
Et-s-minez bin T crâmignon. 

Mar-Agnès {répétant). 

Prindez, etc. 

J'han-Piérre {parlant). 

Eye! ji n' mi rappelé pus. 
Ah! poch'tans so l'dièrain, nos n'èstans nin là d'sus! 



- 77 — 

(Cliatitani.) 

Li mèyeu d'tot nos marèy'rans ) , 
J . Ins. 

Nosle aitrapeye i 

Pièrdowe ine heure avou s'galaiil 

Emon Eolzêye... Ah ! ha !.. 

Prindez vosse boidon Simon ) 
Lt-s-minez bin I cramignon. i 

War-Agnès (pûiianl). 

Eye ! èye ! awè j' m'y r'veû ! Avîs-gn' bon donc, qu'j'arawe? 

J'han-Piéure. 

Vis sov'nez-v' qu'à café ji v'fa happer 'ne crâne pawe, 
Tôt d'nouqant vosse loyin? 

Mar-Agnès. 
Awè dai, laid pindârd ! 

J'iIAN-PlÉRRE. 

J'èl sitâra so l' lave et tôt 1' monde ava s' part, 
Avans-gn' ri, Saint Linâd! On n' rèye pus houye parcyc. 

Mar-Agnès. 
Vos v's y mèttîz trop tard : j 'aveux monté I' mai rèye. 

J'han-Piérre. 
Oh ! çoulà n'vou rin dire ! 

Mar-Agnès. 

Coula vou dire bram'mint ! 
Ji n'ûreû nin Lrompo Jannèsse po.... 

J'han'Piérre (riant). 

Treûs skèHn ! 
Mar-Agnês (inâle). 

Taihîz-v', laid mùhonteù ! 

J'han-Piérre. 

Jans, rik'minçans-gn' co 1' danse ? 
Nos èstans mons di sqwôrre qui nos n' l'èstîs d'avance. 



— 78 — 

Mar-Agnès 

Item, ji m'ènnè r'va, ma sœur va co r'brognl, 
La qu'ji sèrè tâdrowe. 

J'han-Piérre. 

Et r meune vo co r'grognî. 
Eye.! qui n' s'ôstans roùvisse ! Diè-wâde, mi binamêye, 
Ji va sûr hoûye rintrer à turèlure ôt d'mêye. 

{Tôt 'nne allant.) 

De coraplumint à Bâre, Nanèsse et Tourniquet. 

Mar-Agnès. 

Ji n' mâqu'rè nin. Tin, prind co 'ne pènêye... 

J'han-Piérre {viv'mint). 

Jans, parait. 

(Chantant.) 

Air : Les anguilles el les jeunes filles. 

Après toi fâ prinde ine pènêye. 
A quoi bon s' chagriner, ma foi ! 
Nos n'viqu'rans pus tant dès annèye 
Ca toi vin d' Diè toi rloune à Diè. 
Viquans Tresse di nos joû d'vins s'wâde. 
Toi bènihanl l'oûve de covint. 
L'ci qu' fai bin se çou qu'èl rawâde : 
Viquans èl inorant pâiiûrmint. 

ESSONLE : 

L'ci qu' fai bin sé çou qu'èl rawAde : 
Viquans et moraiU pâhûl'minl ! 



FIN. 



Lès Broeale 

LEÇON. 

PAR 

Félix PONGELET. 



Devise : 
Lès leçon profilèt quéque fèye. 



PRIX: MEDAILLE D'AEGENT. 



Ine fèye, 
I gn'a, ma frique, ine bonne happèye, 
Ine sièrvante alla s' présinter 
A mon dès gins intéressé. 
Intéressé n'è nin V vrêye mot, 

Portant, 
Is k'nohît r valeur dès aidant 

Vola tôt. 
Si visège riv'néve à l'idèye 
A r dame de 1' mohonne qui d'ha : a M' fèye, 
» Vos m'avez l'air d'ôsse foirt gintèye, 

a Po v' dire li vrêye, 
D Et j'a lès pinse di v's ègagî. 
» Ji v' va miner vèye li manège 
» Dispôyeli cave disqu'ù gurnî; 
» Mains divant d'aller à l'astège, 
» Nos irans d'zos, fer de V loumîre. » 



— 80 — 

I fâ v' dire 
Qui di c' timps là, parait, mes gins, 
On s' sièrvéve di brocale 
Pu longue qui m' main, 
Qu'èstît d'vins dès potale, 

A costé de gîvâ. 
Po n'nin l's allouer à mâle-vâ, 
On lès copéve è deux, 
E treus, 
E qwate même bin sovint 
Po lès fer durer pus longtimps. 
Li sièrvante apice ii loum'rotte, 
Prind 'ne grande brocale, et l'allome tote, 
Esprind 1' chandèye, 
Puis, sins façon, 
Tape li restant, qui d'véve, po 1' mons, 

Sièrvi deux fèye. 
Li dame ènnè saveu-st-assez, 
Elle dèri-st-à 1' bâcèlle vèt'mint : 
« Ji veu qui vos n' mi conv' nez nin, 
» M' fèye, vos pollez bin 'nnè raller ! » 

Po div'ni 'ne bonne feumme di manège, 

Houtez, 
Ci n'è nin l' tôt d'aîmer l'ovrège, 
Fâ co savu compter. 



Li marehî dès vix-warèsse 

(satire de mœurs liégeoises) 



PAR 

Emile GÉRARD 



Devise : 
Vive tièsse, mais bon cour. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



G'è so l'plèoe Dèlcour, â matin 
Jusqu'à dîner, qui 1' marehî s' tin. 
È l'bèlle saison, so l'eôp d' sîhe heure, 
On veu v'ni, sortant foû d' Roteûre, 
De l'Poite-âx-Awe, de l'ccur Plantin, 
Kt d' traze au te costé qu' ji n' di nin, 
A procession, lès vix-warèsse, 
Avou leus botique, leus ahèsse, 
Divins dès banse, et, foirt sovint, 
So dès p'titès chèrôtle à l'main. 
Ossi, quelle arège! quelle affaire : 
Vos pins'rîz vèye tos locataire 
Qui s* sàvèt, craindant desse vèyou, 
Po n' nin payî lès meus hoyou: 
Lès botique sont co vite è pièce, 
Ca so pâ, so foche, on lès dresse. 
Après, louquîz 1' curieux tâvlai 
Qu'èssônne fèt tos lès vîx hèrvai ! 



- 8-2 — 

Lès pus èwarantès hâgn'neûre, 

A chaque pas, on lès rèsconteûre. 

Totes lès sôre di carnage sont \h. 

Wisse a-t-on rapèhî çoulà? 

Sitârêye à l'térre ou pindowe, 

Vocial dès vèyès hâre hoyowe, 

Di tos modèle, tote qualité, 

A l'chuse de ci qui vou-t-ach'ter. 

Dès casawé, dès robe, dès taye, 

Passé d' mode, prindèt l'air so l'baye, 

A costé dès vîx pantalon 

Et d' gilet qu' pindèt tôt de long. 

Bon Diu' quelles drôle di mousseûre 

Sont là d' zos vos oûye ! G'è-st-à creure, 

Quand vos lès louquîz, qui vor-cial 

Avant pau F joyeux carnaval? 

S'èlles polît conter leus histoire, 

Ces hâre-là qu'on jette hoûye h l'térre. 

On 'nne apprindreu dès belle, allez! 

Pus d'on pauve habit tôt pelé, 

Plein d' lai-m'è paye, souwant l' misère, 

A k' noliou bin sûr dès joû d' gloiro. 

Qwandd'vins lès bal, lès société, 

Tôt battant noû, on l'a poirté. 

On y vind d'tot, mantai, capote, 

Et vix costume magnî dès mote ; 

Dès ombrelle et dès paraplu 

De dièrain siéke, comme ènne a pus. 

Ci sèreu,mafoi, mâlùhèye 

De noumer tôles ces bardah'rèye. 

Avâ r marchi, c'è-st-à hopai 

Qu'on trouve ossi dès vîx chapai. 

Po ['valeur d'ine qwinzêne di censé, 

On 'nnè chusihe onque à s' conv'nance, 



— 83 - 

Et lès vîx-warèsse vis diront 
Qu'elles fournihèl tos lés chôrron. 
Vûcial on tùvlai qui r'présinte, 
Li fameux Junibe di bois d' l'an trinte; 
Ine aute mosteûre Napoléon, 
So Tehanip d' bataye, inte lès canon. 
Vola, si tote fèye c'è vosse gosse, 
Dès cuî, dès posteûre et dès losse, 
Dès coqu'màr, dès trape-àx-soris, 
Qu'odètbin foirt li chamossi. 
A c'ste heure, n'at-i mèsâhe di v' dire 
Qu'i n'a nin 'ne seule vèye pèce étire? 
A chaqueune, i màque ine saquoi: 
L'orèye, li narènne, qui sé-j' quoi? 
Gè surtout lès châsseûre, l'àrtique 
Principâ di totes lès botique. 
Enne a-t-i donc dès vîx soler! 
Louquîz lès trottoir sont hoslé, 
Di bolquène, di pantoufe et d' botte, 
Qui r vix-warèsse, assiowe, rifrotte. 
Et tôt çoulà, minâbe, usé, 
K' hiyî, pauvriteu, fai tuser 
Qu'à costé dès hureux dé Ttérre, 
I n'a bin dès pône, dès misère! 
Gel' dimègne qui, so l'plèce Delcour, 
I n'a 1' pus d' gins, qui 1' floulic accour. 
Po s' fer vùye, i s' fàreu bin k'balte: 
C'è tôt li r'mowe-manège de l'Batte, 
Et v's oyez dire à tôt moumint: 
Dihez, nosse maisse, ni v' lii-t-i rin? 
Lès paysan sont cial ù bande; 
Cicial ach'tèye, cilà marchande. 
Ine aute, pus Ion, sâye dès solcr, 
Mais après avu toi holer, 



— 84 - 

Mcltûu, tour-;"i-tour, totes lès paire, 

I n'a nin co Irover si affaire! 

N'a nin dès tôt p'tit pîd qui vou, 

Et r paysan va tourner l'cou, 

Qwand, tote mâle, vola 1' vîx-warèsse 

Qu'ènne y di pés qu'pinde et de rèsse, 

Ga 'lie n'aîme nin qu'on 1' vinsse dèringî 

A l'vûde, et lî fer tôt bogî. 

Awè, elle a 1' linwebin pindowe, 

Et comme telle, elle è rin'nohowe. 

So l'plèce, toi buvant leus café, 

Eune conte l'aute, quéque fèye s'èscluiffèt. 

Puis s'èmanche ine clapante dispite; 

Gomme on feu d'artifice qui spite; 

Lès côp d' gueûye, côp so côp, s' suvèt, 

Jusqu'à tant qu'on s' prinsse po les ch'vè. 

S'i n'aveut pus nolle harùj rèsse. 

On r ritrouv'rou d'vins 1' vîx-warèsse! 



T_ji eràs pèquèt 



Henri W^ITMEUR. 



Devise : 

Satire ou conte ? 
Comme vos vôrez. 



MÉDAILLE DE BRONZE, 



Vo l'avez bin k'nohou : 

G'è-steu-st-oii long stindou. 
Dreût comme on pà, so ses deux hèsse, 
Ossi souwé qu'ine inglitin, 
Ine boque gârnôye di hàrdés dint. 
D'wisse qu'i rèchîve à hite d'aguèsse, 

Gomme lès pèqii'teux; 
X dii^e H vrêye, c'è qu'il èsteu 
Go sovint prête po lever l' coude : 
J'èl di-st-ainsi, pacequi j' n'aîme nin. 

De dire de boude. 
On r louméve Colas Hârotin. 
— On dimègne, èstans-t-aller vcye 
Lès bièsse, à l'Université, 
Il aveu stu foirt èwaré 
De cisse qu'on tin d'vins dès botêye. 

L'agent Nélissc, 

Qu'èsteu d' sièrvice, 



— 86 — 

Lî aveu-t-èspliqué comme quoi 

On lès wâde ainsi, d'vins 1' pèquèt. 

Noste homme esteu-st-asscz malin : 

a Ça, — tûse-t-i, — çou qu'è bon po 'ne bièsse, 

» Ni pou mâye fer dès toirt âx gins ! » 

Et dispôye ci dimègne-lù, è 1' pièce 

De prinde de drougue d'apothicâre, 

Qwand i s' sintéve on pau d'ringî, 

D' lu-même, i s' rimèttéve so pîd, 

Tôt levant 1' coude... comme Matrognârd. 

Vo-l'-la-st-ainsi passé méd'cin : 

Méd'cin â pèquèt !... Poquoi nin ? 

Enne a bin dès ci à 1' pihott.' ! 

A résse, i raisonnéve foirt bin s' marotte. 

« Di i'â-matin, qwand vo v' levez » 

— Éspliquéve-t-i — a Si vo v' sintez 

B On pau flâwisse, 

j> Ou 1' cour aiwisse, 
» Po r pus sûr ! çou qui v' rimèttrè , 
» G'è-st-ine bonne gotte di crâs pèquèt ! — 

» Divant 1' dîner, 

» Si vos sintez 
ï So li stoumake ine pèsanteûre, 
» Qu'elle rissérre ou qu'elle disaweûre, 
» Grèyez-m' ! Çou qui v' elle ridroûv'rè : 
» G'è-st-ine bonne gotte di crâs pèquèt ! — 
» Et qwand v's avez fini joûrnêye, 
» Si vos v'èsoqu"tez-t-è l' coulêye, 
D Sav' bin çou qui v' ravigottrè? 
» G'è-st-ine bonne gotte di crâs pèquèt ». 
Mais n'a rin d' si bon qui n' finihe, 
Ni méd'cène qu'èspèche qu'on n' pèrihe ! 
Noste homme, on joû, d'va s'appontî 
A 'nnè rallcz po l' laid Wàthy. 



- 87 — 

Owand V prête li eàrî d'né ses dreut : 

a Ni roûvlz nin d' payî Mossieu », 

— Di-sti à s' feumme— « Fà qu' tôt V monWe vique, 

» Por mi, ji m' va serrer botique. 

» Mais d"vant de cligni l'oùye po V bon, 

» I m' ta co beure on p'tit hùlion. 

Si feumme lî vùda 'ne dièraîne lame, 

Et, tôt douc'mint, i rinda l'âme. 

Ainsi, Hàrotin ta 1' plonquèt, 

Tôt buvant 'ne gotte di cràs pèquèt. 



Li tailleur et Tèvêque 



PAR 

Henri ^^^ITMBUR. 



Devise -. 
Satire ou conte ! 
Comme vos vôrez. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



I n'aveû 'ne fèye on p'tit tailleur, 
Q'aveu-st -assez bin prospéré, 
Çou qui fai qu'i s'aveu hère 
E r tièsse dès idèye di grandeur. 
Mâgré qu'i n' savasse qui 1' patois 
Comme i l'aveu -st-appris di s' mère, 
Qu'èsteu-st-ine brave feumme di Sèrè, 
Qwand s' trovéve ad'lé on gros hère, 
I n' jâséve mâyo qui 1' haut français. 

Di quéle manire ? 

On s'èdote bin: 

Pus vite à l'avîre 

Qu'autrumint. 
I l'aveu-st-attrapé 1' pratique 

Di l'èvêché; 
Vo pinsez s'il esteu flatté 
De r'moussi l's ecclésiastique ! 
On joû, i s' rind-st-â séminaire, 
Po z'aller sayî on cou d' châsse 
A successeur di Saint-Lambert. 

L'èvêque èl châsse, 



— 89 — 

Et d' mande : E-ce qu'i sèrè d'adreùt ? 
Nostc-homme lîdi. « Bic, Mâseigneur, 
» Sauf respect, j' crois qui s'ra trop strcût, 
» Pour lè derrière de Vote Grâdeur. » 

L'èvèque li rèspond, 

So r même ton : 
« Alorsse, i faudra biê 1' refaire 
» A la grâdeur de ma derrière, b 



I 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE. 



CONCOURS DE 1890 

RAPPORT DU JURY SUR LE 4"'« CONCOURS. 
rWOTS OMIS.) 



Messieurs, 

La Société a reçu, sous le titre de petit dictionnaire 
wallon, une liste de 104 mots, avec traduction fran- 
çaise, pour répondre au ¥ concours, « rechercher les 
mots wallons qui ne sont renseignés dans aucun dic- 
tionnaire, vocabulaire ou glossaire. » 

L'examen de ce mémoire nous a donné le résultat 
suivant : Nous y avons trouvé 19 mots renseignés par 
Forir (Dict.), il y en a peut-être davantage, mais 
l'orthographe phonétique et par trop fantaisiste de 
celui-ci a pu nous empêcher d'en découvrir d'autres. 
Il y a en outre des interjections, des mots tirés de 
l'argot et quelques phrases souvent employées par 
les enfants dans leurs jeux. 

En somme, on trouverait une cinquantaine de mots 
qui pourraient enrichir notre dictionnaire futur, 
mais nous ne connaissons ni la provenance, ni la 
nationalité de ces mots, et on ne peut les accepter 
sans savoir où, commentetparqui ils sont employés. 
Ces renseignements nous sont nécessaires. 



— 92 — 

Pour ces divers motifs, ce petit dictionnaire wallon 
ne peut obtenir aucune distinction ; cependant 
comme il n'est pas dans les intentions de la Société 
de refuser une contribution au dictionnaire, fût-elle 
minime, à la condition qu'elle soit utile, nous prions 
l'auteur de nous donner ces renseignements, afin 
que nous puissions faire usage de ce travail; nous le 
remercions de son envoi et nous l'engageons à con- 
tinuer, mais d'une manière plus explicite, la ques- 
tion restant au concours. 

Le Jury, 

Jos. Ern. Demarteau, 

Julien Delaite, 

Jos Dejardin, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 janvier 1891, 
a donné acte au Jury de ses conclusions. 

En conséquence, le billet cacheté, accompagnant 
la pièce non couronnée, à été brûlé séante tenante. 



I 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE CE LITTÉRàTURE WALLONKE. 



CONCOURS DR 1890 

RAPPORT DU JURY SUR LE I4nie CONCOURS. 
(SATIRE SUR UiN MUSÉE) 



Messieurs, 

Pour la première fois depuis que la Société 
wallonne a demandé une chanson, ou un tableau 
satirique sur un ou plusieurs musées de la ville 
de Liège, elle a obtenu en réponse : Nosse musée 
communal. 

Dans cette pièce — rondeau, d'après l'auteur, 
mais rondeau d'espèce nouvelle, en cinquante qua- 
trains — nous trouvons en vers la liste alphabétique, 
par noms d'auteurs, de tous les objets appartenant 
au musée communal de peinture. Gomme ce n'est 
qu'une sèche énumération, et que l'auteur n'a pas vu 
qu'on lui demandait une satire, votre jury, à l'una- 
nimité, a décidé de ne lui accorder aucune récom- 



— 94 — 

pense, regrettant vivement qu'un si rude labeur ne 
lui ait pas valu quelque succès. 

Le jury, 

Ch. Defrecheux, 
Jos. Ern. Demarteau. 
et Victor Chauvin, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 janvier 1891, a 
donné acte au jury de ses conclusions. Le billet 
cacheté, accompagnant la pièce non couronnée, a 
été brûlé séance tenante. 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE. 



CONCOURS DE 1890 

rapport du jury sur le s"» concours, 
(vocabulaires technologiques.) 

Messieurs, 

Le numéro 2 de notre programme des concours 
de 1890 a été très fructueux ; nous n'avions pas 
encore reçu un aussi grand nombre de mémoires. 
Il est vrai qu'ils ne sont pas tous bons, que quel- 
ques-uns n'embrassent qu'une partie spéciale d'une 
profession; à ce point de vue, ils pourraient n'être 
considérés que comme des fragments de vocabu- 
laire, ayant cependant un certain mérite et que 
nous devons accepter. En somme, nous devons 
nous féliciter de voir autant de personnes s'occu- 
per du wallon, et enrichir notre collection de voca- 
bulaires en apportant des matériaux au Dictionnaire 
que la Société pourra un jour éditer. 

Nous avons donc eu à examiner : 

iN° 1. Glossaire technologique relatif à létal mili- 
taire. 

N° 2. Glossaire technologique du métier des gra- 
veurs sur armes. 

N" 3. Vocabulaire du pêcheur. 



- 06 — 

No 4. Vocabulaire des mouleurs, noyauteurs et 
fondeurs en fer. 

N" '5. Vocabulaire technologique relatif à l'ensei- 
gnement. 

N° 6. Vocabulaire technologique relatif au métier 
des tailleurs de pierre. 

N" 7. Vocabulaire de l'apothicâr pharmacien. 

N" 8. Glossaire technologique du chapelier en 
paille. 

Le ir 1 , Glossaire relatif à l'état militaire, devise : 
Un glossaire sans exemples est un squelette, et le 
n" 5, Vocabulaire relatif à renseignement , devise : 
Dans un dictionnaire l'exemple est ce que la lumière 
est dans une lanterne magique, sont évidemment du 
même auteur ; même écriture, même devise quoique 
donnée sous une autre rédaction, même système 
suivi par l'auteur et nous regrettons de devoir 
l'avouer, même nullité aussi complète ; nous ajoute- 
terons une grande ignorance du wallon. 

Nous ne relèverons pas toutes les inutilités, les 
fautes, les erreurs, les fausses interprétations que 
l'on rencontre dans ces deux mémoires, cela nous 
conduirait trop loin, disséquons seulement la pre- 
mière lettre du premier vocabulaire. 

La lettre A renferme 73 mots. Il y a d'abord 37 
mots qui sont français, tels que abriter, adjudant, 
afiut, air national, amazone, ambulance, arsenal, 
etc. On doit les supprimer. On trouve ensuite 15 
mots qui sont d'un usage habituel dans la conversa- 
tion de lout le monde, tels que : abahi, s'abaisser; 



— 97 — 

affilier, envelopper, agèni, agenouiller ; aiiuey eau ; 
ârgint, argent, etc. D'autres n'ont pas d'explications 
suffisantes : âbe, arbre, terme du langage stratégique; 
abri, abri, terme du langage stratégique et d'autres 
encore. Nous ferons remarquer que l'auteur donne 
au mot abri une signification contraire, et (jue ce 
mot ne peut pas être traduit par abri. En français 
être à l'abri, c'est être garanti, et en wallon èsse à 
Vabri, c'est être exposé. Les mots agrisseu, agres- 
seur et agrissi, agresser ne sont pas wallons et le 
verbe agresser ne se trouve pas dans les diction- 
naires français. On ne dit pas en wallon aumogné, 
c'est âmoni (Forir). Il ne suffit pas de changer l'or- 
thographe d'un mot français pour en faire un mot 
wallon, et d'écrire par exemple aqueduc avec un k 
et enceinte avec un a. Le mot amonution qui est 
pourtant bien militaire ne s'y trouve pas ; il n'est 
pas renseigné au mot fisik, ni au mot pan. 

Comme fantaisie, nous trouvons : M lî va cVner si 
ahèsse : je vais le battre, et alièssî, battre. 1 foûrît 
st-ahèssi, ils furent battus. Cette expression n'est pas 
relative à l'état militaire, elle s'emploie à Liège à 
propos d'une rixe, d'une bataille dans la rue. Arrègî, 
enrager ; On a bin bon de fer arrègî lès bleu (recrues); 
aiuège, aiguille : awèije â jt, awèye à l' laine, rien du 
hia'û il mg\ù[\e; aweure, augure, etc. Que viennent 
faire dans ce travail les aiguilles et les augures ? 

Nous avons constaté que cette analyse faite sur la 
lettre A aurait les mêmes résultats sur les autres 
lettres de l'alphabet. Ce serait fastidieux, aussi après 

7 



— 98 — 

toutes les éliniinalions des mots français, des inu- 
tilités, des interprétations tantaisistes, il ne restera 
presque rien, et ce n'est pas assez; nous avons la 
mission d'exiger davantage. 

Le mémoire n*^ 5. Vocabulaire sur l'enseignement 
est identiquement conçu et formulé comme celui 
dont nous venons de donner la description. Nous ne 
répéterons pas nos observations, car elles lui sont 
toutes applicables ; il a tous les défauts du premier 
et n'a pas plus de valeur. 

Il faut reconnaître que l'auteur a manqué de tact 
dans le choix des professions qu'il veut faire con- 
naître ; l'officier avec ses soldats, l'instituteur avec 
ses élèves ne parlent jamais wallon. Les soldats 
peuvent le parler entre eux; les enfants, surtout dans 
les campagnes, le parlent au sortir de l'école; mais 
ce n'est pas dans ces deux genres de causerie qu'on 
])eut trouver les éléments d'un vocabulaire de l'état 
militaire et de l'enseignement. 

Nous avons été un peu long dans nos explications, 
nous devions rnoliver notre appréciation. 

Le n" 2. Vocabulaire des graveurs sur armes est 
bien fait, mais il est très court. Nous reconnaissons 
que cette profession est très limitée ; la gravure 
sur armes est une branche spéciale d'une profession 
beaucoup phis importante: la fabrication des armes. 
Les ternies qui sont cités seraient bien plus à leur 
place dans un vocabulaire qui embrasserait tout 
l'ensemble de la profession du fabricant d'armes; 
mais nous acceptons toujours celui-ci tel qu'il est 



- 90 — 

présenté, et nous nous rallions à l'opinion d'un 
homme de métier, M. Alpli.Tilkin, consulté par nous, 
qui nous écrit : « Notre élat comprend très jjcu 
« d'accessoires; l'auteur du vocabulaire a fait preuve 
« de bonne volonté en écrivant quantité de pa^^es, 
« car il aurait pu être plus bref, s'il s'était borné à la 
« seule nomenclature de nos outils. J'ai dressé une 
« petite table des mots omis (18). » 

En conséquence, nous proposons d'accorder à 
l'auteur une médaille de bronze, comme encourage- 
ment, avec impression dans notre BiUleti?!, en y 
comprenant les mots omis, mais en supprimant 
l'avant-propos que nous considérons comme superflu . 

Le Vocabulaire des pêcheurs, n" 3, est très étendu ; 
nous pouvons même dire trop étendu; il y aura 
beaucoup à retrancher. Le vocabulaire d'un métier, 
d'une profession, comme nous le comprenons, doit 
seulement contenir les noms des outils ou ustensiles 
employés, avec une courte explication, les noms 
des matières dont on fait usage et les noms des 
objets qui se rattachent spécialement à cette pro- 
fession. 

Dans ce mémoire, outre les noms des poissons, il 
y a souvent des notices donnant la description 
minulit'i'se de ranimai, les mœurs, les époques du 
frai, le bon moment pour le manger et daiitres 
explications qui sortent complelemenl du cadre 
d'un vocabulaire du pécheur, et il y a d'autant plus 
de raison de supprimer ces dissertalions, qu'elles 
sont copiées mot à mot dans le remarquable travail 



— 100 — 

de M. Joseph DetVecheiix : la Faune ivallotie, publiée 
en 1889 dans le XII'' vol., 2™ série de nos Bulletins, 
ou extraites de divers ouvrages sur la pèche. Nous 
comprenons parfaitement que l'auteur de ce mé- 
moire n'a pu rien inventer (il cite tous les auteurs 
qu il a consultés), mais ses dissertations sont trop 
longues. M. Defrecheux, dans sa Faune wallone, nous 
dit qu avec les écailles de Fable on fabrique les perles 
fausses, cela est suffisant; mais notre auteur entre 
dans tous les détails de la fabrication des perles, 
cela est complètement inutile. Ces observations se 
rapportent à beaucoup d'autres mots. 

Il faut que l'auteur remanie son œuvre et qu'il se 
borne à mentionner les noms des poissons avec la 
traduction française seule. Les noms en allemand, 
en anglais, en espagnol, en latin, sont inutiles ; il 
conservera tous les termes de pêche, les noms des 
lilets, des lignes, des amorces, etc., et cette nomen- 
clature formera le vrai vocabulaire du pêcheur. 
Nous éviterons ainsi les redites d'ouvrages déjà 
publiés par la Société. 11 y a aussi quelques défini- 
tions erronées que l'auteur devra modifier. 

Dans ces conditions, nous proposons de décerner 
à l'auteur un second prix, soit une médaille en 
argent avec impression dans nos Bulletins, lorsqu'il 
aura fait disparaître de son œuvre tout ce que nous 
considérons comme des superfétations. A cet effet, 
il devra s'entendre avec l'un de nous. 

N° 4. Vocabulaire des mouleurs, noyauteurs et 
fondeurs en fer. Comme pour le n° 2, nous avons 



— 101 — 

consulté un spécialiste, M. Réquilé, i)our être 
renseigné sur la valeur de ce travail; nous vous 
rapportons sou appréciation. 

Le vocabulaire est bon et complet, le nombre de 
mots est considérable, les explications sont suffi- 
samment explicites et très claires; les mots cités 
sont souvent des mots connus, mais employés dans 
une acception toute spéciale. 

En présence d'une opinion aussi nettement expri- 
mée, le jury ayant pleine confiance dans les con- 
naissances delà personne consultée, et considérant, 
d'autre part, que ce travail constitue une ample 
moisson de matériaux pouvant devenir utiles à la 
Société, propose d'accorder une distinction à l'au- 
teur, un second prix, soit une médaille d'ar^jent, 
avec insertion au Bulletin. 

N° 6. encore une petite spécialité. Le Vocabulaire 
relatif au métier des tailleurs de pierre est bon, les 
explications sont justes et très compréhensibles; 
seulement il est regrettable (jue l'auteur se soit 
borné à l'exploitation dune carrière de ])ierres 
bleues et à la taille de cette pierre. II ne cite pas 
Vpîre à châse, l'pîre d.'avône, fpîre di grès. 11 ne 
mentionne pas les différents échantillons de pavés; 
il omet des noms d'outils, tels que chapai d'prièsse 
et autres. Le cadre trop restreint dans lequel s'est 
rentérmé l'auteur du vocabulaire rend son travail 
très inconjplet ; c'est aussi l'opinion d'un maître de 
carrière auquel nous avions soumis ce mémoire : 
« il y manque certainement assez bien de mois et 



— 102 — 

« d'expressions employés dans l'industrie des 
« pierres bleues, cependant mon humble avis est 
« que ce travail est fort bien fait et que l'auteur 
« mérite une récompense. » 

Nous déférons à l'appréciation et au vœu de ce 
spécialiste, et nous proposons de décerner à l'auteur 
une mention honorable avec insertion au Bulletin; 
seulement avant de publier ce vocabulaire, nous 
prierons l'auteur de combler autant que possible 
les desiderata. Il lui suffira, pour se renseigner, de 
faire une promenade entre Esneux et Comblain-la- 
Tour. 

Le n° 7, Vocabulaire de l'Apothicaire pharmacien, 
est un travail très considérable et très important. On 
y trouve les noms de toutes les plantes, de tous les 
minéraux, de tous les produits chimiques qui sont 
employés dans la pharmacopée liégeoise, (^e mé- 
moire est intéressant à divers titres; il indique entre 
autres les maladies qui sont traitées sans le secours 
des médecins, il donne ce qu'on appelle des remèdes 
de vieilles femmes, qui sont encore employés par le 
pen))le. Il y aura à faire des éliminations dans ce mé- 
moire; il faudrait simplement donner pour les 
plantes le nom wallon, la traduction française, le 
terme latin, et, s'il y a lieu, le nom de la plante dans 
d'autres localités de la Wallonie belge ou de la 
France, lorsque pour cette dernière, le nom vulgaire 
présente un rapport intime avec celui de notre pays; 
enfin ces noms seraient suivis d'une courte explica- 
tion et de l'emploi connue remède populaire Les 



103 



longues explications botaniques, ainsi que l'histoire 
résumée des drogues étrangères se trouvent dans tous 
les manuels spéciaux et n'ont, certes, pas leur place 
dans un vocabulaire wallon; il en est de même de 
certains articles qui ne sont qu'une traduction 
exacte de leurs corres))ondants français. C'est ainsi 
qu'à l'article aiwe, il y aura à supprimer : aiwe 
hUinque, aiwe canfrèjie, aiiue di Cologne, aiive do- 
range, aiwe régale. Les articles aloes, amande, sont 
beaucoup trop étendus. L'auteur devra mettre à 
leur place dans le vocabulaire, les corruptions très 
curieuses que le peuple wallon applique à certains 
termes scientifiques, tels que mitrayed'argiiit, pour 
nitrate d'argent; aiiue di houle dogue, pour opodel- 
docli, hôle di raisin, pour huile de ricin, etc. 

Ce mémoire nous {)araît très complet et il est cer- 
tainement le meilleur de tous ceux que nous avons 
reçus; aussi proposons-nous de lui décerner le pre- 
mier prix, soit la médaille d'or; il ne sera imprimé 
([u'après les diverses modifications que nous dési- 
gnons plus haut. 

Le n" 8, Glossaire des chapeliers en paille est a^sez 
complet, il traite spécialement de la manière de 
faire les tresses ; c'est l'industrie lapins répandue 
à Glons et dans les communes environnantes; les 
mots employés pour la fabrication des chapeaux 
sont réunis dans ce travail. Les explications sont 
courtes et bonnes; un certain nombre de termes 
sont aussi employés dans d'autres professions: mais 
dans ce vocabulaire, la plupart de ces termes ont 



— 104 - 

leur signification particulière ayant rapport au sujet 
du mémoire. Il y en aura cependant quelques-uns à 
retrancher. 

Ce mémoire est précédé d'un avant-propos écrit 
en wallon contenant une légende très fantaisiste sur 
l'origine de la fabrication des tresses de paille dans 
la vallée du Geer; il est suivi de deux pièces de vers 
sur les chapeaux de paille et sur les ouvriers et 
ouvrières de Boirs. Nous supprimons cette légende 
connue ainsi que les deux poésies qui sont sans inté- 
rêt, assez banales et écrites dans un wallon peu 
correct. 

Nous proposons de décerner à l'auteur un second 
prix, soit une médaille en vermeil, avec l'impres- 
sion du vocabulaire seul. 

Les meinbres du Jury : 
Jos. Ern. Demârteau, 
Julien Delâite, 
et Jos. DejardiN; rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 février 1891, 
a donné acte au Jury de ses conclusions. L'ouver- 
ture des billets cachetés, accompagnant les pièces 
couronnées, a fait connaître que iM. Charles Semer- 
tier est l'auteur de la pièce n" 7; MM. Gustave 
Marchai et Jules Vertcour ceux du n^' 8; M. Acliille 
Jacquemin celui des n'^'* 8 et 4; M. Jean Ihiry, celui 
du n*' 2; et M. François Shise, celui du n"6. 

Les autres billets cachetés ont été brûlés séance 
tenante. 



VOCABULAIRE 



DE 



L'APOTHICAIRE-PHARMACIEN 



PAR 



Charles SEMERTIER. 



Devise : 
Quod vidi, scribo. 



PRIX : MÉDAILLE D'OR. 



A, par plaisanterie: Pietri d^ Gascogne. — Ail. — Allinm- 
aalivuni L. Liliacées. Les paysans le mangent au printemps 
comme préservant dos maladies pendant toute l'année. Le suc 
d'ail, exprimé sur de la ouate, est un remède populaire de la 
surdité, de même que son décocté, dans du lait, détruit les petits 
vers (ascarides veriniculaires), soit qu'on le prenne par la 
bouche, soit en lavement, llîfe (Va, gou.sse d'ail. 

Abèsse. — Cerises noires douces. — Utilisées au siècle 
dernier par la pharmacopée liégeoise; on en laisail une eau 
distillée. 

Absinthe, foi,-, blanc foir (Orp-le-Grand). — Absinthe 
commune, grande absinthe, herbe aux vers, herbe sainte. — 
Arteini.-yii ab^inthium L. Composées. On l'emploie en lavement 



— 106 — 

contre les vers et en macération dans du genièvre contre les 
maux d'estomac. 
Jadis, on faisait grand cas du vin d'absinthe : 

Prêt à vous embarquer, buvez du vin d'absinthe ; 
(Contre les maux de (wur, c'est un préservatif, 
•Du nitre de la mer, de son air purgatif, 
Vous n'aurez tout au plus qu'une légère atteinte. 

(KCOI.E DE SaLERNE.) 

Acide, vitriol. — Sous ces simples noms, les armuriers 
désignent l'huile de vitriol, acide sulfurique. 

Acide di prîseûr. — Acide chlorhydrique. 

Acide bourique. — Corruption pour acide borique. — 
Substance blanche, le plus souvent pulvérisée, qui, en solution 
dans l'eau, sert comme antiseptique. 

Acolette, sabot (Spa). — Ancolie. — Aquil-'.rjia vulgaris L. 
Renonculacées. Wan di N.-D. (Gothier). Souliers du bon Dieu 
(Haute-Marne). Gants, cinq doigts. Les semences, qui sont 
noires et brillantes, servent à l'aire revenir les pigeons au 
colombier; on en fait également titi thé diurétique : Sù^auci^ 
d\icolette. 

Affliche, adièye. — Voyez plaque Madiima, ponte è cou. 

Aigrimône. — Aigremoine, eupatoire des Grecs, herbe 
dV'Upatoire. — Agrimonia eupalorid [.. Rosacées, L'herbe, qui 
est légèrement astringente, se prend en infusion. 

Aîmant. — Aimant, pierre d'aimant. Il s'agit surtout de 
Taimant artificiel que le peuple considère comme spécifique des 
douleurs névralgiques. On fait de même des plaques élec- 
triques : acier et cuivre, des colliers électriques : velours et soie, 
des bagues, etc. 

Aisse. — Lierre terrestre, rondote, herbe de Saint-.Tean 
— Glachoma hederacea Z^. Labiées. Le tlié d^ainse jouit d'une 
grande réputation comme pectoral. 



— 107 — 

Aîvre. — Eau. Euw (Braine-l'AUeud). — lau (Boriii et 
Rouchi). 

Aîvre di châsse. — Eau de chaux. On dit encore châssin. 

Aî"we di clâ. Aîwe fèrrêye. — Eau de clous, eau ferrée. 
S'obtient en faisant plonger dans une bouteille d'eau des clous 
rouilles, jusqu'à ce que le liquide ait acquis une saveur ferru- 
gineuse. (Remède populaire.) 

Aî"we fîèrreuse. — Eau ferrugineuse (Spa). 

Aîwe di daguè — Eau de goudron. Résulte de l'action de 
l'eau sur le goudron tapissant les parois internes d'un pot en 
grès. C'est un remède populaire contre les bronchites. 

Aîwe di cane. - Eau de mélisse des Carmes. Remède 
connu depuis longtemps, fort en vogue pour les cas de coliques, 
crise de nerfs, etc. 

Aîwe di mar'hâ. — Eau dans laquelle le maréchal-ferrant 
plonge son fer incandescent. Ce liquide, couleur de rouille, 
à odeur fétide et à saveur ferrée répugnante, possède, dans le 
licuple, une grande renommée comme anti-syphilitique. 

Aîvre di mène. — Eau minérale. 

Aîwe sénatif. — Aîwe siccatif, corruption de aiwe sr.da- 
livr. — Eau sédative, qui dissipe les maux de tèle. 

Aîwe po sôder. — Eau de soudure, .\cidc clilorhydriiinc 
additionné de quelques rognures de zinc, que les plombiers 
emploient pour souder. 

Aîwî, bolo)i d'à)'. — Renoncule des champs, bouton d'or. — 
RanunrA(his arvnsis A. Renonculacées. Les propriétés de son 
suc, qui est rubéiiant et irritant comme celui des autres renon- 
culacées, sont parfois mises à profit dans nos campagnes. 

Alcali — Sous-carbonate ammonique, dont on se sert, en 
pûtis.serie, pour feuilleter largement les pâtes, par exemple les 
gaufres et les pâtés; désigne aussi l'ammoniaque. 



108 



A l'honneur di Diu et d'ia Vierge. — Quand on 

l'implore avec cette formule, le négociant ou le pharmacien doit 
livrer gratuitement l'objet demandé qui, sans cela, n'opérerait 
pas. On demande ainsi de /arc/ (pour le mal de gorge); de V lame, 
de dégoût (pour sevrer les enfants à la mamelle); de camphe, 
de lèvin (pour la fièvre lente), etc. 

Al'mène. — Alumine. 

Aloes. — Ancien purgatif énergique et bon marché qui est 
encore fort en vogue aujourd'hui. 

Alon, alim, pîr d'alun, glace d'alun (Orp-le-Grand). — 
Alun, sulfate d'alumine et de potasse ou sulfate d'alumine et 
d'anniioniaque. Placé dans le creux d'une dent, c'est un remède 
populaire contre la carie douloureuse. 

Amande. — Amande. Noyau et graine de VAmygdalus 
cornniunis L. Rosacées-amygdalées. La pâte d'amandes amères 
est employée au lieu de savon par les personnes qui ont la 
peau tendre ou attaquée par une dartre. 

Ambe. — Ambre jaune. Résine fossile dont on fait des 
colliers, destinés, croit-on, à prévenir les crises dues h. la 
première dentition. 

Amer di bouf. — Fiel de bœuf, amer de bœuf, bile de bœuf. 
i>i'[nid(' verdàtrc, visqueux, à odeur particulière, que l'on 
emploie pour dégraisser. On Tutilise parfois encore en 
pharmacie. 

Amidon, blanc amidon. — Poudre d'amidon, amidon blanc. 
Substance qui s'extrait surtout du froment et du riz. Voyez 
Galêye et PousaHètie. 

Ammoniaque, arnionfor^nfi.— Ammoniaque liquide, alcali 
volatil. La forme armouiac se retrouve dans les anciens auteurs 
français qui traitent de la matière. Lemery 1607 et Bellefon- 
taine 1712 disent indllféremment l'ammoniac ou l'armoniac, 
réservant le terme ammoniaque à la gomme de ce nom. De 



— 109 — 

même, lu pharmacopée liégeoise 1741 dit : Purificatio salis 
arnioniaci, Spiritus armoniaci. 

Amôni {neur) (Liège), amande (N.) lîonche (Luxemb.), 
Roinche ([{ouch\). — Ronce sauvage. Rubvs cœsius L. Rosacées. 
Le fruit petit, arrondi est formé de petites baies noirâtres, et 
est nommé mûre de haie, mûre sauvage ou de renard {âmône; 
meurte (Rouchi), meure (Borin). Ce fruit sert à faire un sirop 
de mûres assez analogue au sirop de mûres du mûrier, Morus 
nigra. La partie la plus usitée de la ronce est la feuille {foye di 
ronhe) dont la renommée populaire contre les maux de gorge 
est parfaitement justifiée. 

Amôni {roge). Ampounier (Luxemb.) /lambèze (Hainaut), 
flambesse (Rouchi). — Framboisier. Rubus IdœusL. Rosacées. 
Son fruit rouge sert à faire le sirop de framboises, usité contre 
les maux de gorge et comme sirop d'agrément. 

Angélique, rècène di Saint-Esprit (Spa). — Angélique, 
herbe du Saint-Esprit. yl/i(/(.'/tca arc]ia)igelica L. Ombellifères. 

Anise (vètès). — Anis vert. 

Anise {blanquès et rogès). — La dénomination d'anis vert a 
pour but de distinguer cette espèce des anis rouges et blancs 
recouverts de sucre qui se vendent sous le nom d'anis couvert, 
anis de Verdun ou de Flavigny. 

Anise po lès viér. — Semerc conlr^i dragéifié en blanc 
et en rose. 

Antipéril, poude d''lnl}uènza, ponde po l' ma ci' tièsse. — 
Antipyrine. 

An"wèye. — Anguille. Voici un remède populaire et absolu- 
ment certain, dit-on, contre l'ivrognerie : Prenez une anguille 
vivante et plongez-la dans une bouteille de genièvre jusqu'à ce 
qu'elle y périsse. Donnez ce genièvre à un ivrogne et il sera 
à tout jamais dégoûté des boissons alcooliques. Il est regrettable 
que la réalité ne réponde pas à ce dit-on. 



- 110 — 

Apothicâre. — Apothicaire. Ancien nom du pharmacien. 

Arâse, aurause, aripe, lâripe. — Arroche liastée. — Atri- 
plcx hastatum L. Salsolacées. 

Ardispène, hbiuke sipène, pèchalî, âbe di s'pène. Aubé- 
pèite (^Rouchi). — Aubépine. — Cralœqus. Rosacées. Les fruits 
rouges peu charnus (sonnelles) sont recherchés des gamins 
sous le nom wallon de bouchète (Montignies-sur-Roc), pèchée 
(Malmedy), peclialle (L), pèche (N). Quant aux jeunes feuilles, 
les marmots en font une réserve pour la nourrriture de leurs 
hannetons, d'où le nom de pa7i d'âbalowe. 

Lezaack (Spa) rapporte ârdèspène à l'épine vinette, Berberis 
vulgaris. 

Argint. — Argent. Les boucles d'oreille en forme d'anneau 
faites avec ce métal préservent de la névralgie, au dire des gens 
du peuple. En feuilles, il sert à argenter les pilules. 

Argintène (Verviers), ârgintène, rèbe â froyo)i{L), ^èbe du 
froyoii (Spa). — Potentille anscrine, argentine, herbe aux oies, 
bec d'oie. — Vol-'nlilla anserlna L. Rosacées. Plante à feuilles 
argentées en dessous, à tige couchée, à fleurs jaunes solitaires. 
Les feuilles, dont les oies font, paraît-il, leurs délices, sont 
astringentes, d'où leur emploi contre l'échau liaison. 

Arnica, oùya di boûf. — Tabac ou bétoinc des Savoyards, 
tabac des montagnes. — Arnica monlana L. Composées. Le 
mot (iniica, par corruption armonica, est surtout réservé à la 
teinture provenant de la macération des fleurs d'arnica dans 
l'alcool. Sa principale vertu est de guérir plaies et bosses, aussi 
son emploi était-il au moyen âge bien plus fréquent que de 
nos jouis. 

Arsinic. — Ansonic, acide arsénieux, mort aux mouches, 
mort aux rats. Le peuple a étendu le sens de ce mot et s'en sert 
pour désignei' tout produit à saveur acre, corrosive. 

Arzèye, aurzèye (L,), arsic (Braine), dièle (L), dèbe (N), dirf 



111 



(Borin), — Argile. Sert h faire des pansements en pharmacie- 
vétérinaire. 

Aspére. — Asperge. — Asparagu'^ officinalis L. Asparagi- 
nées. Les bourgeons allongés (tarions) qui constituent les fu- 
tures tiges et qui sont si recherchés comme comestibles jusque 
vers la Saint-Jean, calment, dit-on, de même que les racines, les 
palpitations du cœur. Chacun sait que l'urine, sous l'influence 
des asperges, contracte une odeur fétide qu'un peu d'essence 
de térébenthine transforme en odeur de violette. 

Avône, aveine (Borin), hèclie du inohon (Spa). — Avoine. 
Avena saliva L. Graminées. Grossièrement moulue, l'avoine 
porte à Malmedy le nom ^Qpastore. 



B 



Bâbe du gatte. Voyez reine di pré. 

Bâbe di mône. — Barbe de moine. Cheveux du diable. — 
discuta europea L. Convolvulacées. Plante parasite, capillaire, 
blanche, considérée comme diurétique. 

Bagne. — Bain. Immersion et séjour plus ou moins prolongé 
du corps ou d'une partie du corps dans l'eau ou dans 
quelqu'autre substance. 

Bal solo. — Lysimachia nummularia L. Primulacées. tlle 
passe pour arrêter les hémorrhagies, c'est pourquoi les phti- 
siques en font des infusions. 

Bar, brok, noir bols (Luxemb.), bre^i d'cacai, bo d'nolre 
femme, /jurcau/'iRouchi). — Bourdaine ou bourgene. Wiumiius 
frangula L. — C'est le faux nerprun. 

Bar {neûr), bois fi' leup. — Bourguépine, épine de cerf. 
Nerprun purgatif. — Rhamnus calhurlicus L. Rhamnées. — 
On fait avec les baies noirâtres, un sirop usité surtout en 
médecine-vétérinaire. 



— 112 - 

Bar {bl(X)ic), registrom (Spa). — Troëne. Ligustruni vul- 
gare L. Jasminées. Petit arbrisseau venant dans nos haies 
{bar) à feuilles un peu astringentes, à fleurs blanches en 
grappes. Ses fruits portent le nom de rehin d' cfiin. 

Baron {bleu), pierset, percette (Hainaut), perchèle, perselle 
(Rouchi), pcrse.lle (vieux franc. : pers, bleu), pnnchulet, 
(Avesnes). — Bluet ou barbeau. Centaurea cyanus L. Com- 
posées. Les fleurs sont un remède populaire de l'ophtahnie ; 
elles colorent le sucre en bleu. 

Bastade chèae, jène ourtêye. — Ortie jaune, chanvre 
bâtard. Galeopsis ochloreuca L. Labiées. Plante à feuilles 
d'ortie et à fleurs jaunes. C'est un remède populaire contre la 
phtisie, importé probablement d'Allemagne, où il jouit d'une 
grande vogue sous le nom de thé de Blankenheim. Elle est 
commune dans nos bois et fleurit en avril-juin. 

Bâta ou Spata. — Pilon d'un mortier. Voyez cloque. 

Baume di Pirou par corruption baume di spirou. — 
Baume de Pérou. Résine brun rougeâtre, semi-fluide, extraite 
du Myrospermum -pubescens de San-Salvador. Le peuple l'em- 
ploie en frictions contre les rhumatismes. 

Bêche di grO"W8, robert, rainette, roge rèsponce. — Bec 
de grue, géranium de Robert, Geranimn robertianutn L. Géra- 
niacées. Petite plante commune à fleurs rouges et à feuilles très 
divisées. Le fruit aff"ecte la forme d'un bec de grue. C'est un 
astringent jadis réputé en France contre la stérilité. 

Bèlle-dame, oûye di dlale (Ardennes). Belladone, belle 
dame. — Alrupa bclladona L. Solanées. Plante d'environ 
70 centimètres de hauteur, à fleurs d'un rouge terne (juin- 
août, bois de Ninane). Le fruit est une baie de la grosseur 
d'une cerise, très pulpeuse, d'abord verte, puis rouge, 
puis noire. C'est un poison violent et maint enfant a péri 
pour avoir mangé de ses baies. Ses feuilles, fumées 



- 113 — 

en place de tabac, sont un remède en quelque sorte populaire 
contre l'asthme. 

Bèljamène, beljamhip{Rouchï)y belsamme {Meiz). — Bal- 
samine des bois. — Impatiens noli tangeve L. Balsaminées. 
Petite plante à fleurs grandes, à éperon courbé, d'un jaune d'or. 
A petites doses, elle fait vomir ; une forte quantité pourrait 
produire un empoisonnement. 

Bèlle-Jihènne. — Dame-Jeanne. — Grosses bouteilles de 
verre ou de grès contenant de 25 à 100 litres. 

Bétone, o/'èî/e du 6oit(Spa). — Bétoine. — Betonicaofficina 
lisL. Labiées. — Petite plante à tige carrée et à fleurs pur- 
purines (juin-août) en épi court, très compact au sommet. Elle 
est un peu excitante et sa poudre fait éternuer. 

Bigone, hièbe di Saint- Benoit, hièbe di poirfi ; liièbe du feu 
(Verviers). — Benoîte officinale, herbe de Saint-Benoît, herbe 
bénite. -- Geum urbanum L. Rosacées. La racine, violette 
intérieurement, à odeur de giroflée et à saveur amère est usitée 
comme astringente et fébrifuge. 

Bilok! d'pourçaî. — Prunier sauvage. — Prunus insititia- 
L. Amygdalées. Fleurs blanches, fruit globuleux, noir, penché. 
On fait avec les fruits écrasés une boisson aigrelette rafraîchis- 
sante, voyez hottali. 

Biole, boule Luxemb., boule Rouchi et Hainaut. — Son 
écorce porte le nom de déve (Malmedy), biole, beyole, biale 
(Verviers), bouleau, biole. — Betula alba L. Amentacées. 
Arbre qui se trouve fréquemment dans nos bois, caractérisé 
par son épiderme lisse, d'un blanc d'argent. 

Bîre. — Bière, cerevisia, zyphus. C'est une boisson fermen- 
tée faite avec le houblon et les graines des céréales, surtout 
avec l'orge. 

Biscûte, buscùte, biscûte di souke po prugi, po les viér. — 
Biscuits de sucre purgatifs ou vermifuges. 



114 



Biscûte di mér. — Biscuit de mer, os de sèche, ossa 
sepiiim. 

Bismuth, poilde po les vai qui ont H (i'yôj/e'minf(cam- 
pagne). — Il s'agit du nitrate de bismuth, corps blanc sem- 
blable à de la craie pulvérisée, qui est plus connu du peuple 
urbain par son action siccative externe que par ses propriétés 
internes contre la diarrhée. 

Bisse, cauwe di cJi'vâ. — Prêle, queue de cheval ou de 
renard. — Equîsetum arvense L. Equisetacées. L'équisetum 
hiemale : candèle d' file (fiUe), cat queue Rouchi. La similitude 
de caractères a créé confusion complète dans la détermination 
wallonne des prêles. Le terme cauwe di ch'vâ surtout est vrai- 
ment un terme générique. 

Blanc d'Espagne, voyez cràye. 

Baleîne, blanc d' baleine. — Blanc de baleine. 11 entre dans 
la composition de divers onguents et les blanchisseuses à neuf 
s'en servent pour donner au linge un aspect brillant et glacé. 

Blanc bouyon, molène — Bouillon blanc, cou de loup 
(Fusch, 1541). — Verbascum thapsus L.(verbascum-barbascum 
par allusion aux filets barbus de la plante), Verbascées. 

Blanc d'zinc. — Blanc de zinc. 

Blanc d'où, voyez où. 

Blanc moussé (lichen Garragheen) voyez mossai. 

Blanc "wazon. — Alchimille, pied de lion. — Alchemilla 
vulgaris L. Rosacées. On emploie comme vulnéraire astringent 
l'herbe fleurie et la racine qui est noire, grosse, à odeur 
désagréable. 

Blanque hârpik (latin auraa pix). — Poix blanche, poix 
de Bourgogne. — Pix abietinn, masse sèche, jaunâtre, se mou- 
lant sur la forme du récipient, à odeur de térébenthine. C'est 
du galipot (térébenthine évaporée spontanément sur le tronc 
du pin maritime) filtré à travers un sac de toile pour le purifier. 



— 115 — 

Blanque inâvUètte; wilmnute Ath. — Guimauve. — 
AWiea officinalis L. Malvacées. 

Bleu. — Se dit absolument de l'amidon bleu parfois em- 
ployé comme remède populaire des dartres. 

Blèssî. — Pulvériser, piler, concasser. L'opération n'est 
pas poussée aussi loin qu'avec broyî. 

Bleûfe rnâv^lètte, fromegeon{^OY'\x\), /Vom'geon (Rouchi), 
sign. graine de mauve, fnim'jon (Spaj, frumegon (L.), froujon 
(N.), frmnejon (Morlanwelz). — Sous ce nom on comprend: 
i'wihtiaute (Rouchi), la grande mauve, herbe à fromage, ^falva 
sylvestris L. Les semences de la mauve ont la forme d'un 
disque aplati d'où le nom de fromagère, etc. 2° la mauve à 
feuilles rondes, fromagère, froumage di gatte, Malva rotundi- 
folia L. Malvacées. Elles jouissent des mêmes propriétés 
émollientes que la guimauve, mais contiennent moins de 
mucilage. Comme usage populaire, on récolte et on utilise toute 
la plante ; en pharmacie, on n'emploie que les fleurs qui, rouges 
à l'état frais, deviennent d'un bleu magnifique par la 
dessiccation. 

Bois d"" Bruzi L, bo d' berzi (Rouchi). — Bois de Brésil, 
brésillet, fourni entr'autres par le Cœsalpinia tinctoria. 
Papilionacées. Le commerce le fournit, pour les besoins de la 
teinture, en morceaux effilés, inodores et d'un beau rouge. 

Bois d' bleu, bois d' Campêche. — Bois de Campéche, 
bois de sang fourni par ïllœmatoxilon campechianum. — 
Papilionacées. Le bois de Brésil. C'est la base d'un grand 
nombre de teintures, par exemple : la coloration des œufs de 
Pâques en rouge et l'encre noire lustrée. 

Bois d'garou. — Daphné, bois gentil.— /^a/)/iHr mi'zp.r,'.nm 
L. Thymeleacées. 

Bois d'ieup, voyez bâr {neût .) 

Bois d' musc. — Bois de musc, écorce éleuthéricnne, 



— 116 — 

cascarille (espagn. petite écorce). — Croton eleutheria Benn. 
Euphorbiacées. Ecorce semblable à celle du quinquina gris, 
mais qui en diffère en ce que, chauffée, elle dégage une odeur 
musquée 'intense qui la fait rechercher par certains fumeurs 
pour mélanger au tabac : cigare musqué de nos foires. 

Bois d' quinq[uinâ. — Écorces de quinquina fournies par 
différentes espèces de la tribu des Ginchonées. Rubiacées. 

Bois d' rôcoulisse, bo cLWegulus ou r^culus (Morlanwelz), 
jusêye di bois; regulis, regalis, busculis (Rouchi), bo d'erculis 
(Mons). — Bois de réglisse, racines de réglisse : Glycyï-rhiza 
glabra L. Papilionacées. Racines grisâtres extérieurement, 
jaunes intérieurement, à saveur sucrée douceâtre, qui s'étalent 
en petites bottes aux vitrines des épiciers. En pharmacie, ne se 
vendent guère que découpées en fragments d'environ 1 à 2 
centimètres. C'est l'accompagnement sucré de presque toutes 
les tisanes, il a sur le sucre l'avantage de désaltérer. 

Bocal. — Bocal. 

Boleu. — Amadou. Préparé, il est hémostatique. Agarie du 
chêne, amadouvier. Poly parus igniarius Fries, champignons 
hyménomycètes. 

Bôlus L. — Bol, médicament roulé en forme déboule, de 
grosse pilule. 

Bolusse. Borin. — Terre colorée en rouge, par exemple le 
bol d'Arménie. 

Boquet. — Bol empoisonné qu'on jette aux animaux, noix 
vomique. 

Bordon d' guimauve. — Bâton de guimauve. On désigne 
sous ce nom : 1° la racine de guimauve, hochet campagnard des 
enfants; 2" la pâte de guimauve façonnée en bâtonnet. 

Bordon d' ]us, bâton de jus, jus de réglisse. — Bâton d'en- 
viron 10-12 centimètres de longueur et de la grosseur du pouce 
ou d'un crayon, préparé surtout en Italie (Calabre). Toutes les 



— 117 — 

boissons populaires connues sous le nom de coco sont des 
solutions de jus de réglisse aromatisées soit par la menthe, par 
l'anis, par le citron ou par la coriandre. C'est un remède 
populaire très en vogue contre le rhume. C'est également la 
base du célèbre sirop de Calabre que Daudet dans Tarlarin de 
Tarascon transforme plaisamment en sirop de cadavre. 

Bordon d'orge, bordon di souque d'orge, voyez 
souque d'orge. 

Bordon d' rôcoulisse. — Bâton de réglisse, réglisse non 
coupée, longue d'environ 25 centimètres, masticatoire chéri 
des marmots des écoles. 

Botèye, bouteille. 

Boton d'ârgint. — Bouton d'argent. Variété cultivée de la 
Ranunculus aconitifolius à fleurs blanches devenues doubles. 
A Spa, ce terme désigne l'achillée ptarmiquc ou sternutatoire 
Achillea ptarmica L, composées, à feuilles linéaires, à fleurs 
blanches. 

Bouchon. — Taupette, bouchon, liège. 

Bouyon. — Bouillon. 

Boûquètte; hoquette (Lille), sarrazin. Fagopj/rum escu- 
lentum Mônch . Polygonées. 

Boûquètte sâvage, fève sauvage (Hainaut). — Renouée, 
liseron. Polygonum convolvulus L, polygonées. 

Bourre; bùr (Rouchi), 6wr (Hainaut). — Beurre, butyrum. 
Corps gras que l'on retire par des moyens mécaniques du lait 
de difTérents mammifères, surtout de la vache dans nos contrées. 

Boûre di cako, par corruption boûre di calcôve, voyez 
cake. 

Bourrasse, bourasse en pire^ hourasse en gros. — Borax. 

Bourasse en fin. — Borax pulvérisé. Poudre blanche que 
les repasseuses mélangent à l'amidon pour donner plus de 



- 118 - 

raideur aux tissus. Ajouté au lait, il l'empêche plusieurs jours 
de s'aigrir; en omulsion avec l'huile d'olives, il sert à falsifier 
le lait en narguant le lactodensiniôtre; on dit aussi qu'il chasse 
complètement les cafards (blatte orientale). 

Bourrasse. — Bourrache. - liorrago officijialis L. Borra- 
ginées. La plante, qui contient beaucoup de salpêtre, est utili- 
sée tout entière ; elle trouve son application populaire dans les 
inflammations de poitrine et de la vessie. 

Bra, orge préparé, malt. 

Breûsse, hovHette; bronche (Borin). — Brosse, brosse à 
dents, etc. 

Brésilicum. — Onguent basilicum, c'est-à-dire onguent 
royal ainsi nommé à cause de ses grandes vertus. Onguent d'un 
brun foncé fort employé comme suppuratif. 

Brouîre, hrèire (Malmedy). — Bruyère commune, Erica. 

Brôy'rèsse. — Spatule. 

Bubéron, tûtélète. — Biberon. — Avant la découverte des 
applications du caoutchouc, le biberon {penne) consistait en 
une fiole ordinaire munie d'une éponge ou d'un bouchon percé 
de trous pour que le lait ne pût s'écouler trop rapidement. On 
les perfectionna en perçant un trou dans le milieu de la hauteur 
de la fiole pour donner accès à l'air, ouverture pouvant être 
obturée à volonté avec le pouce, et en munissant le goulot d'un 
pis de vache préparé. C'est encore, à part le pis remplacé par 
une tétine en caoutchouc, le système en vigueur sous le nom de 
biberon Vanleer. On rencontre encore dans les campagnes de 
ces fioles à éponge ou à bouchons de liège répandant une odeur 
infecte de lait aigri. Ceux actuellement en usage, à bouchons 
en celluloïde, en verre ou en porcelaine, à tuyau en caoutchouc 
et verre, ne pré.sentent aucun inconvénient lorsqu'ils sont 
journellement lavés à grande eau. 

Buke. — Bugle rampante. — Ajuga repiann L. Labiées. 



— 119 — 

Petite plante des bois, légèrement astringente, qui jouissait 
jadis d'une si grande réputation qu'on disait : 

Avec le bugle el la sanique (sanicle) 
On fait aux médecins la nique. 

€Z 

Cache. — Fruit tapé. Cuit au four puis séctié, se dit surtout 
des poires et des pommes. 

Cachou. — Cachou, terre du Japon. 

Café (Spa, Lezaack). — Lupin. — Lupinvs albiis L. Papi- 
lionacées. On a voulu s'en servir en guise de café lors du blocus 
continental. Les fèves dont jadis on obtenait par mouture une 
farine résolutive servaient aux Romains de monnaie fictive au 
théâtre. 

Café. — Café. — Coffua nrahïcn L. Rubiacées. Pour les 
bonnes femmes, le café est une panacée universelle : froid, 
chaud, mal de tête, migraine, mal d'estomac, rhume, tout 
disparaît comme par enchantement sitôt la tasse de café absorbée. 

Cahotte. — Rouleau, étui, cornet. Feuille de papier roulée 
en cornet ou en cylindre et contenant des pastilles, de la mé- 
lasse, de la monnaie, etc. 

Gako, par corruption calcove. — Cacao. Le beurre qu'on 
retire des fèves de cacao est fort usité par les gens du peuple 
contre les gerçures et les crevasses du sein. Privé de sa pelli- 
cule, mais non de son beurre, le cacao torréfié et pulvérisé sert 
à faire le chocolat et le racahout. 

Calmène, pire, di calamène, pire di caramel. — Calamine, 
pierre calaminaire, carbonate de zinc natif. Ordinairement d'un 
gris jaunâtre. Pulvérisé, il sert, soit seul, soit en pommade, 
comme siccatif, surtout pour les inflammations des paupières. 
Le même cérat est populaire à Londres: ceraie of calriminc. 



— 120 — 

L'expression pire di caramel est à rapprocher du carameele 
steoi, qui en bas-allemand, désigne le sulfate de zinc en tant que 
médicament pour les yeux. 

Gamamëlle, camamine (Hainaut), caménène (Rouchi). — 
Nom générique des différentes camomilles. On distingue : 
1" dobe cnmamelle, camomille double, camomille noble, camo- 
mille odorante. — A7itliemii> nobilis L. Synanthérées. L'infusion 
de capitules à saveur amère, camphrée est un remède populaire 
contre les coliques, de même que l'huile de camomille est 
réputée en frictions contre les maux de ventre des enfants. 
Avant la découverte du quinquina, on l'estimait comme un de 
nos fébrifuges les plus précieux; 2" flairante camame^/e, camo- 
mille puante, maroute, Anthémis cotula L. Son odeur écarte 
les punaises et les bêtes noires, voyez Hiebe di procession; 
3" Savage cam,ameHe ; ameralle (N), petite camamelle. Sous ce 
nom on désigne : 1" la camomille commune ou d'Allemagne, 
Matricaria camomilla à fleurs jaunes au centre, blanches au 
bord, à odeur agréable à laquelle on substitue souvent : 2° la 
camomille des champs. Anthémis arvensis L. Composées. Elles 
ont toutes les mêmes propriétés que la camomille noble. 

Camphe, câfe, camfe en pire (Orp-le-Grand), rabat-joie 
(Nam.). Mis dans des sachets ou petites bourses de toile sur 
la poitrine, il préserve de la fièvre lente (Rem. popul.). Le 
camphre a encore aujourd'hui la réputation d'être noueur 
d'aiguillettes, anti-vénérien, même par l'odeur ainsi que le 
vers suivant l'affirme : 

Camphora per nares castrat odore mares. (E. de S.). 

Camphe gealé, gealèye di camphe. — Baume opodeldoch 
solide. 

Canada. — Topinambour, poire do terre. Helianthus tube- 
ro.suî L. Composées. Plante tout à fait analogue au soleil ou 



— 121 — 

Helianthus amiuus, à tige de plus d'un mètre, à grandes fleurs 
jaunes, à tubercules en forme de pommes de terre allongées et 
à goût d'artichaut. Les bestiaux sont très friands de toute la 
plante. Sa culture se fait dans le Limbourg sur une grande 
échelle et les distillateurs retirent un bon alcool de ses 
tubercules. 

Canârèye. — Canarie, alpiste. — Phalaris canariensis L. 
Graminées. Plante à épi ovoïde dont les graines jaunâtres bril- 
lantes servent à nourrir les serins. 

Cannelle. Cannelle. Son infusion dans du lait est un remède 
populaire contre la diarrhée et son usage fréquent serait, 
dit-on, aphrodisiaque. 

Caoutchouc, gôme élastique, élastique. — Caoutchouc, suc 
coagulé à l'air de nombreux végétaux, en tr'autres du Slpiioyda 
élastica, communément cultivé dans nos appartements comme 
plante d'agrément. 

Cape di saou. — Têtes de sureau, capitules de fleurs de 
sureau. Voyez Saou. 

Cape di sène. — Voyez Foye d'auricule. 

Capahou. — Copahu, baume de Copahu. Le remède popu- 
laire le fait prendre en nature, avec du café infuse, contre les 
maladies vénériennes. Sa connaissance a été surtout propagée 
par les fameuses capsules Mothes. 

Cape. — Câprier. Capparis sativa L. Capparidées. Les bou- 
tons floraux confits dans le vinaigre constituent les câpres. 

Capulaire, par corruption scnpulaire. Nom donné à plu- 
sieurs fougères. On fait avec le capillaire du Canada un sirop 
(par corruption sirôpe di. scapulaire), très estimé et très 
agréable. 

Carbonade, poudre la bière (Orp-le-Grand). — Corrup- 
tion pour bicarbonate de soude. 



— 122 — 

Cascognî, Cascognî, Castange {Fuchs 1541), katag)ie, Bo- 
rinage. — Châtaignier. — Fagus castanea L. Cupulifères. C'est 
également le nom du bigarreautier : cascognî ou mieux gas- 
cogni. . 

Casse lunette. Brisse leunette, Rouchi, — Casse lunette 
(en partage avec le bluet). Euphrasie officinale. — Euphrasia 
officinalis L, Scrophulariées. A joui longtemps d'une grande 
vogue comme collyre. 

Cassis. Voyez Gruaall dCviandion. 

Cataplame, pape. — Cataplasme. — Mélange d'une sub- 
stance solide : farine de lin, mie de pain, pain d'épices 
noir, fécule, suie, etc., avec un liquide : eau, lait, vin, 
huile, jaune d'œuf, savon; ou produit pâteux : pulpe de 
citrouille, décocté de poireaux ou de mauve, bouse de vaches, 
etc., que l'on applique sur une partie douloureuse du corps 
pour en faire disparaître le mal. 

Gaue. Kaûie, gennf. baron, fleur d^avrî,fleûi du Rombouhy 
(Spa). — Narcisse faux-Narcisse. — Narcisaus pseudo narcissus 
A^.Narcissées.— C'est une plante dangereuse, qui fut employée 
à l'époque du blocus continental pour remplacer l'ipéca. (Thèse 
du d' Lejeune de Verviers.) 

Cécorèye (savdge), florin d'or. Laitison, Borinage. Flur 
de Saint Jean. Luxemb. — Pissenlit, dent de lion, dens leonis. 
Leontodon taraxacum L. Composées. Plante à suc laiteux, à 
fleurs jaunes que remplacent des semences à aigrettes {ange 
à Liège). Le peuple utilise les feuilles et les racines en salade 
comme fesant « uriner et renouvelant le sang. » Chose curieuse, 
les Anglais ont conservé l'une des deux formes françaises : 
Dandelion et traduit l'autre : pissabed. 

Cécorèye {bleufe). — Chicorée sauvage, Intybe. — Cicho- 
rium Intybus L. Composées. Plante à rameaux herbacés épars, 
à fleurs bleues, dont la racine torréfiée et moulue donne 
la chicorée café. Par la culture, la chicorée se transforme en 
salades : chicorée, barbe de capucin, scariole, etc. 



— 123 — 

Céleri. —Céleri ou scéleri. (Ce mot est d'importation ita- 
lienne, son nom français primitif était âche). — Apium gra- 
veoUms L. Ombellifères. Ce légume, dont la culture a consi- 
dérablement arrondi et grossi la racine, passe pour être 
aphrodisiaque. 

Cèlîhî, cè/TM(Spa), ceWsie (Fraraeries). — Griottier, cerisier 
commun. — C&rasus viilgaris L. Amygdalées. Avec lespédicelles 
de ses fruits {cowe di cèlîhe), on fait une infusion souveraine, 
selon la tradition populaire, comme diurétique. Avec les fruits, 
on fait un sirop et une conserve h l'eau-de-vie. 

Gère, cire. Substance jaune formant les cellules hexagonales 
dans lesquelles les abeilles déposent le miel. On la fond en 
forme de gros gâteaux. Purifiée à l'eau et au soleil, elle constitue 
la cire vierge, cire blanche {blanque cère) en petits disques. 
Celle-ci est inodore, la cire jaune possède une odeur agréable 
sui generis. Additionnée de suif, elle sert à faire les cierges 
d'église, additionnée de potasse ou d'essence de térébenthine, 
c'est Vencaustique ou politure pour planchers et pour meubles. 
Avec les huiles, elle sert de base à une multitude d'oniiuents. 
UôCniina di cère vierga el d^ôle d'olive fondou divin ine noitve 
pailelte di lêrre est fort employé à Liège comme pansement. 

Céruse, cérusse. — Céruse, carbonate de plomb.— Cerussa. 
Rhasis, célèbre médecin arabe est le créateur de l'onguent de 
ce nom fort employé depuis longtemps; déjà les pots de faïence 
de Delft portaient au XVP siècle le titre a Album Rha^ia b sous- 
entendu ungentum que le peuple en France au XVIII" siècle 
avait traduit par blanc raisin (Lemery. Pharmacopée, p. 10.) 

Geroine, céroène. Emplâtre à base de cire. 

Ghamène. Voyez bèljamène. 

Ghapaî d'aî^we, ièbr, di ligneux (Spa), Hicrbe de. iegneux 
(Rouchi). — Chapeau d'eau, herbe aux teigneux. — Petasites 
ol'fîcinalis Monch Composées. Plante à très grandes feuilles 



— 124 — 

(jusqu'à 1 mètre de diamètre), venant dans les endroits maré- 
cageux et dont on a longtemps utilisé la racine. 

Chapaî d'curé. Meringues à la santonine. Bonbons vermi- 
fuges, en forme de bonnet, destinés aux enfants. 

Chapaî d'macralle L. Aubeson N. Nom générique des 
Agaricinées, entr'autres donné à la fausse oronge Agaricus 
viuscarius rouge écarlate avec des taches blanches (son infusé 
dans du lait tue les mouches) et à l'agaric meurtrier, Agaricus 
necator Bul. d'un brun roux, très communs tous deux dans 
nos bois. 

Chapaî d'priesse, Caperon cf prête (Rouchi) à cause de 
la forme du fruit. — Fusain d'Europe. — Evonymus Europea L, 
Célastrinées. Arbrisseau dont la tige charbonnée donne le 
meilleur fusain à dessiner. 

Chaudron d'ôr, bassin d'aîwe. Pichalit Luxembourg 
wallon (Dasnoy),Codro7z Valenciennes, Pissaulit Meuse (Labou- 
rasse), Pihotte de ch'vau (Vosges). — Populage des marais, 
souci d'eau. — Caltha palustris L, Renonculacées. Feuilles en 
forme de cœur. Les fleurs ont servi à colorer le beurre. Le suc 
est acre et rubéfiant. 

Gheîne, cheine (Verviers). — Chêne. — Quercus robur L. 
Cupulifères. L'écorce des jeunes arbres et des jeunes branches 
grossièrement concassées constitue le tan. Les sages-femmes 
en ont fait un remède populaire contre les pertes blanches et 
les descentes de matrice. Lors du blocus continental, on fit avec 
le gland torréfié et pulvérisé un café très peu estimé que l'on 
donne encore aujourd'hui au lieu de café aux personnes trop 
nerveuses. 

Chènne, dicn (Fusch 1541). Came Borin. Came, Keme 
Rouchi. — Chanvre commun ou textile. — Cany^abis sativa L. 
Cannabinées. Plante à pieds mâles et à pieds femelles, ceux-ci 
donnant des semences: chéneviSjC/ienne L,ca7inebuisse Rouchi, 



— 125 — 

cameduise, caneduise Bor., cheneveuse Luxemb., servant à 
l'alimentation des oiseaux et donnant une huile. Ces semences, 
cuites dans du lait, sont un remède populaire contre la jaunisse. 
La plante fournit une filasse dont on fabrique les meilleures 
cordes, le bois de la tige desséché sert à la préparation des 
chénevottes : brocalle L, anaie Lux., bnotte Borin, date Rouchi. 
Des plants de chanvre distants d'un pied l'un de l'autre et semés 
en même temps que les choux éloigneront les papillons blancs, 
ce qui empêchera ces légumes d'être dévorés par les chenilles. 
{Bulletin de la Société horticole de Huy 1850.) 

Chèrbon, carhon Hainaut. Charbon de bois en poudre 
employé à l'intérieur contre les maladies de l'estomac. Le 
poussier de charbon de bois [hrusï) est employé en bains de pied, 
dans les pensionnats de jeunes filles, pour provoquer la 
menstruation. L'indication première de cette pratique se trouve 
dans : Palman. Recherches sur les propriétés médicales du 
charbon de bois. Paris, Gabon, i829. 

Ghèrcî, chiersî. — Merisier, flam. Kerseboom. — Cerasus 
avium L. Mônch Amygdalées. Les fruits servent à faire le 
kirsch dans la Forêt-Noire, 

Chèrdon, stierdon (Verviers), choudron (Fusch 1541), 
cardon (Hainaut et Rouchi). — Chardon. — Carduus. On donne 
ce nom à des plantes de familles difi"érentes, mais munies de 
piquants {cardo). Citons entr'autres: 1" Le chardon bénit. 
Centaurea bencdicta L. Composées à fleurs jaunes, à odeur 
désagréable, à amertume persistante, jadis si réputé qu'on 
l'avait surnommé bénit et qu'on l'employait dans toutes les 
maladies. 2" Le bleu cherdon, panicaut, chardon Rolandou 
roulant. Eryngium campestre L. Ombellifères. 3° Le cherdon 
Sainte Marêye, chardon Sainte Marie flam. Mariadistel. 
Carduus Marianus. Composées. 4° Le ro(je cherdo)i, chardon 
étoile, chausse trappe, Centaurea calcitrappa L. Composées. 
Ses racines sont à Liège un remède populaire contre la calvitie. 



— 126 - 

On commence par se laver la tête à l'eau salée, puis on l'enduit 
d'un mélange semi-fluide de décoction des racines, de savon de 
Marseille et d'eau-de-vie. 5° Le peigne, peigne, chardon à 
boniiotrer ou ;\ foulon; flam. Kaardedistel. Dipsaciis fuUonumL. 
Uipsacées. 

Gherfou, cierfou (Spa), cerfeuil (Fusch 1541), cherfue 
Borinage. — Cerfeuil. — Scandix cerefolium L.Ombellifères. — 
Plante culinaire cultivée partout à cause de son arôme. Le 
peuple le considère comme fondant et l'emploie surtout en cata- 
plasmes aux aisselles pour détruire les engorgements du sein. 

Chivet. — Suivant les bonnes femmes, les cheveux brûlés, 
appliqués sur la a rose » après l'avoir fait a signer » font 
disparaître toute trace de la maladie. 

Chocolat. — Chocolat, — On y incorpore certains médica- 
ments dont il masque très bien la saveur désagréable et dont il 
rend ainsi l'absorption facile : chocolat po les vier, chocolat 
po pnigi. 

Chlorure di forme. — Corruption servant à désigner non 
le chloroforme, mais l'iodoforme. 

Gin. nok, traînasse, traîne, traîne de pourciau Borin, Hierbe 
d' ponrcliau Rouchi, parce que, dit Hécart, les porcelets s'y 
réfugient. — Centinode, trame, tramasse, herbe à cent nœuds. 
— Polygonuni aviculare L. Polygonées. — Petite plante ram- 
pante, venant entre les pavés dans les endroits peu fréquentés. 
Son astringence l'a fait souvent utiliser. 

Cira, blanc cirage corruption pour cérat. Gérât blanc. 
Mélange de cire vierge et d'huile d'amandes douces. Fréquem- 
ment employé pour panser les plaies. Le terme déformé blanc 
cirrtgi; n'est pas si ridicule qu'il le paraît de prime abord. Très 
longtemps les bottes ont été cirées soit en blanc avec du blanc 
cirage composé de blanc d'œuf et de céruse (aujourd'hui encore 
les militaires blanchissent leurs buffletteries avec du blanc de 



— 127 — 

neige (oxyde de zinc) et de la gélatine) soit en jaune avec du 
jaune (cirage): ocre jaune et bière, soit en noir: cirage noir, 
warcel. 

Citron, lémon. — Citron, limon. — Fruit comestible du 
Citrus limommi Risso Auranliées. Coupé en tranches et jeté 
dans l'eau sucrée, il donne une limonade agréable et rafraîchis- 
sante. 

Gétronelle par corrupt. : sélronlêye. {Chitronelle Rouchi, 
désignerait suivant Hécartle serpolet à odeur de citron : Thymus 
serpyllum citri odore ital. : cetranella.) — Vieux français: 
cédronelle. -- Mélisse citronelle.— Melissa officinalis, Labiées. 
— Plante cultivée dans les jardins. Les feuilles qui répandent 
une odeur très agréable, servent en infusion dans les cas de 
vertige, de syncope, de mal d'estomac, etc. 

Cla"WSon, espèce de clan Mons, clou de génofle Rouchi. — 
Clou de girofle. — Fleur en bouton du Caryophyllus aroma- 
ticKs, Myrtacées. C'est aussi le nom du lilas. 

Clé d' paradis (Mal med y). Plante. (Villers. Li spére do 
C cinsp.) 

Cléjet, plumvair, oûye di chet, fleur di coucou, brâye di 
chet Forir. Clé des camps Rouchi. Braille de cat Maubeuge. 
Catabraie Quesnoy. — Primevère, herbe à la paralysie, oreille 
d'ours, fleur de coucou ou de printemps. — Primula offcl- 
nalis L. Primulacées. — Jolie plante à fleurs jaunes en bouquet 
au bout d'une hampe. On utilisait jadis ses racines et ses fleurs. 
Il ne faut pas confondre cette espèce avec la malenne, primevère 
élevée. Primula elatior L. 

Cloque. — Mortier. — On les faisait surtout en cuivre, en 
fer et en marbre. Toutes les familles aisées en possédaient jadis 
un jeu servant à piler les épices. Ceux en bronze étaient souvent 
ornés de dessins, de millésimes : MDCXL, de devises ou de 
noms : Arnor oninia viiicit, Laus deo semper i655, Petrus Van 



— 128 — 

den Ghein me fecit MCCCCCLXVIII. Remarquons en passant 
que jadis les enseignes étant presque toujours parlantes, le 
mortier «enseignait» la plupart des épiciers et des apothicaires. 
Les plus* usuels sont actuellement en porcelaine, en biscuit ou 
en verre. 

Gochl^aria. — Velar, herbe de Sainte-Barbe — Erysimum 
barbarea L, Crucifères. Plante commune ayant les propriétés 
antiscorbutiques des cressons. La plante entière pilée est un 
remède populaire contre les contusions. 

Cognac. — Eau-de-vie de Cognac, cognac. L'une des bases 
assidues des remèdes populaires contre la toux et contre le 
rhumatisme. 

Cognoule. Punine, Susaine. (Rouchi.) — Corne ou cor- 
nouille. Fruit astringent du cornouillier mâle. Cornus mas 
L. Hédéracées. Les fleurs jaunes viennent avant les feuilles, 
le fruit rouge est ovoïde. Diale blate su mère (Spa) est une 
espèce voisine : Cornouiller sanguin ou savignon, Cornus san- 
guinea L, dont les fleurs sont blanches, les rameaux rouges et 
dont les fruits petits, noirs, globuleux contiennent un noyau 
renfermant beaucoup d'huile utilisable. 

Goide di violon. — Corde de violon. Elles ont acquis, 
depuis longtemps, la réputation de guérir les névralgies et les 
rhumatismes. (Remède populaire.) 

Coin. — Coignassier, coignier. —Pyrus cydoniaL. Rosacées. 
— Le fruit : coin, poire de coing est très astringent, on en fait 
un sirop et une marmelade fort employés contre la diarrhée. 

Coine dicér. — Corne de cerf. On s'en est longtemps servi 
en râpures pour faciliter la dentition des petits enfants et pour 
arrêter la diarrhée consécutive de la dentition. 

Cokai. Coai, coquerai, jeune m,oroti, crouin. (Fuschl541.) 
Boulon d'or. Borinage en partage avec les renoncules. Senecio 
vulgaris L. Composées. — Plante à fleurs jaunes, fort commune 



— 129 — 

qui passe pour calmer les convulsions. On en donne aussi aux 
oiseaux. 

Cokaîkouk, Bourdon Borin. — Orchis maculé, Satyrion, 
scrotum de chien. — Orchis maculata L, Orchidées. Plante ayant 
le port de la jacinthe, à fleurs, (/^/-irîùseVerviers. Priesse est une 
abréviation par euphémisme pour C... (iu /^ri^isse, testiculus 
sacerdotis) rouges maculées de noir, en forme de casque, fleu- 
rissant en juin, commune dans le bois de Kinkempois, sur la 
route de Verviers à la Gileppe par Stembert et Goé, etc., et 
dont les tubercules contiennent une fécule très nourrissante : 
le salep. La forme testiculaire de ces tubercules a, par signature, 
fait réputer cette plante comme aphrodisiaque. 

Colicoin. — Coloquinte. — On désigne sous ce nom l'ex- 
trait de coloquinte, très amer, qui appliqué sur le mamelon du 
sein a dégoûte les enfants ». Quant au fruit qui se vend 
décortiqué, blanc, montrant de nombreuses semences, et du 
volume d'une orange, il porte le nom de pomme di colicoin, 
pomme de coloquinte du Cucumiscolocynlhis, L, Cucurbitacées. 
Les ouvriers s'en servent, infusé dans du genièvre, pour 
arrêter les blennorrhagies, mais c'est un remède incertain et 
dangereux. J'ai maintes fois entendu demander par une plai- 
sante déformation du mot : bie pomme di calotin po Vchaude 
pihe. 

Golifon (Morlanwelz). Voyez Speculaire. 

Colle aribic (Morlanwelz). Voyez Gôme arabique. 

Colon, Coulon. Borin. Pigeon. — L'ouvrage de Van don 
Bossch, chapelain près de Tongrcs, donne difîérents remèdes 
tirés de cet oiseau. Ces remèdes sont mentionnés dans son 
savant homonyme du XVII- siècle; ainsi, par exemple: 1" 
Columbam dissectam, ad spinam melancholicorum autalïcctuni 
caput insipientis, applicari utiliter, volunt aliqui : inter quos 
Amatus Lusitanus et 2" iM-equens esus columbarum pruritum 
venereum excitare creditur, etc. 



— 130 — 

Colo-we, Couhièfe. Mons. Couleuvre, — Aujourd'hui encore, 
il n'est pas rare de voir des entants du peuple venir exposer 
en ventç des couleuvres, des salamandres, des têtards de 
grenouille, des lézards, des cigales etc., toutes choses jadis 
employées dans la matière médicale et reléguées aujourd'hui 
dans les remèdes de tradition des bonnes femmes et des cha- 
pelains avec le foie de loup, les poumons et la langue de renard, 
larrière-faix, les crapauds, les vers de terre, le sang de bouc 
ou bouquain, l'ongle d'élan, les vipères, la corne de cerf, les 
hirondelles, l'ivoire, l'os de la jambe du bœuf, l'usnée du crâne 
humain, les cataplasmes de crottes de chien de Bateus etc., etc. 

Compagnon, roge compagnon L et Borin. — Lychnide 
des bois. — Lychnis sylvestris L. Garyophyllées. Les fleurs 
rouges, durant tout l'été, passent dans le peuple pour être 
vénéneuses. 

Gôpresse, compresse. Compresse, — Toile imbibée d'un 
liquide : eau, huile, vinaigre, etc., que l'on applique sur le 
siège d'un mal. 

Coq levant, Cequelevain. (Luxemb.). — Coque du Levant. 
Menispermumcocculus L, Menispermacées. — Le fruit, sem- 
blable à une orangette, est un violent poison, possédant une 
amertume extrême qui l'a fait criminellement employer, en 
Angleterre, pour donner du montant à la bière, mais son 
principal usage est, mélangé à de la mie de pain et de la terre, 
de former des boulettes, usitées par nos braconniers d'eau 
douce pour la pêche du poisson. L'eau délite la boulette, s'im- 
prègne de poison, en sature le poisson qui vient tournoyer et 
mourir à la surface de l'eau. Tué de la sorte, le poisson est un 
aliment dangereux, si on ne le vide dès sa sortie de l'eau. 
Ce procédé, comme celui de la chaux jetée dans les eaux cou- 
rantes, est d'ailleurs interdit par les lois. 

CoqueliCO, tonnir {L.), tonoire (N.), pavo {N.),j>itit pavoir 
(Verviers). — Coquelicot, ponceau. - Papayer rhœas L. 



— 131 — 

Papavéracées. — Plante fort commune dans les moissons, à 
fleurs rouges (juin-juillet) dont on emploie les pétales et parfois 
la capsule contre les rhumes. Les enfants s'amusent à replier 
un pétale de coquelicot de façon à y enfermer de l'air et le font 
éclater avec bruit sur le front. En Angleterre, les enfants 
croient que l'action de cueillir le coquelicot provoque les éclats 
de tonnerre : thunderbowt. 

Cor, ueûhî, cône, Malmedy. Caurier Rouchi. Nougié, 
neusié Borin. — Noisetier. — Corylus nvellana L. Corylées. 
Voyez neûhe. 

Cor por diale, Namur. — Corruption du mot français 
poudre cordiale. 

Corintène. — Raisins de Corinthe. — Employés comme 
pectoraux. 

Coûtai, tulipa. — Iris des jardins, iris germanique. — 
Iris germanica L. Iridées. — Les paysans emploient les feuilles 
privées de leur épiderme en guise d'emplâtre sur les cors et les 
plaies. 

Cô'we di cèlîhe. Queue de cerise. Voyez cèlihi. 

Cô'we (L) ^'aïoe (Verviers) di chvâ. Voyez Biss. 

Cô-we du leu. (Ver. et Spa). Voyez Pîd d'ieu. 

Côwe du rat (Ver.) Voyez Plantraine. 

Gras lard. — Porcelle enracinée. — Hipochœris radicata L. 
Composées. — Celte herbe, commune partout en juillet- 
septembre, a été vantée contre la phtisie. 

Crâhe, crache Mons. — Graisse. — Corps gras d'origine 
animale, végétale ou minérale. Elles difl'èrent selon leur origine, 
l'on emploie couramment: Il cràhe di pourcai sin .s(% graisse 
de porc, axonge. 2" Il crâhe di boûf, praisse de bœuf. 3° H crâhe 
di mouto7i, sèwe, suif, grais.se de mouton. 4" li crâhe di r/u/i, 
graisse de chien (vieux remède encore fort en vogue contre les 
maladies de poitrine). 5° li cràhe di chet, di /nâ et di «dsson, 



— 132 — 

graisses de chat, de renard et de blaireau fort recherchées pour 
guérir les rhumatismes. I-es premières servent de bases 
à presque tous les emplâtres et onguents. 

Craquette d'oringe. — Orangettes. — Petites oranges 
avortées et tombées, servant en distillerie. 

Grasse rècenne L, orèye d'âgne (Spa). Herbe des coupures 
Borin. — Langue de vache, oreilles d'ânes, herbe à la coupure, 
grande consoude, — Symphytum officinale L. Borraginées. — 
Plante à longues feuilles poilues, à racine de 3 décimètres 
grosse comme le doigt, noire en dehors, blanche en dedans, 
à saveur doucâtre et gluante. Cette dernière partie a eu grande 
réputation : elle passait pour cicatriser, consolider (d'où con- 
soude) les blessures sans appareil. Cette croyance et son action 
sur la diarrhée et les hémorrhagies ne [sont pas sans quelque 
fondement. 

Créosofe, philosophe par corruption pour créosote. — 
Créosote. — Liquide incolore ayant à peu près l'odeur et les 
propriétés de l'acide phénique. Remède énergique contre la 
carie dentaire. 

Cresson, cresson d'aîwe. — Cresson de Fontaine. — 
Sisymbriuyn nasturtiuni L. Crucifères. 

Crinîre, crinière. — Crinière. — Les boucheries de viande 
de cheval vendent depuis quelque temps sous ce nom une 
graisse semi-fluide fort réputée dans le peuple pour ses vertus 
capillaires. 

Cristal, pire di soude. — Sel de soude cristallisé, carbonate 
de soude en cristaux. 

Cristal minéral, sel di pemelle, sel di purnnlle, par 
corruption sel di prudel. — Nitrate de potasse fondu, employé 
depuis longtemps par le peuple dans la strangurie. 

Crompîre, patate, pctote, Hainaut et Rouchi. — Pomme 
de terre, parmentière. — Solamim tuberosum L. Solanées. 



- 133 — 

Importée dans notre pays par Charles de Lécluse (Clusius), 
botaniste flamand, bien avant son introduction en France par 
Parmentier. Le fruit de la pomme de terre est une baie que 
les enfants s'amusent à lancer au moyen d'un bâton pointu, 
d'oii son nom de bizèlai)\ 

La pomme de terre râpée est souvent usitée comme réfri- 
gérante dans les cas de brûlures et de maux de tète. 

Crouin, voyez Cokaî. — Signifie aussi mauvaises herbes 
comme le raontois : cruaii, curiau, cruyau. 

Crôye, — Craie blanche, carbonate de chaux. — On s'en 
sert sous forme de craie en bâtons pour écrire et sous forme de 
masses: blanc d'Espagne, de Paris ou de Meudon, il sert 
à nettoyer les glaces, les vases en métal, etc. Le terme wallon 
plomb (VEspag^ie désigne le graphite, mine de plomb qui sert 
à « faire les poêles d. Pulvérisée, la craie est un remède 
populaire contre le suris^ fiér chaud ou chaud fer (acidité de 
l'estomac). 

D 

Dannotte (corruption de Ballotte, plante voisine?) Spa. — 
Flairante ourlèye L, et Verviers. — Epiaire des bois, orlie 
puante. — Stachys syloalica L. Labiées. — Les femmes du 
peuple la prétendent favorable au flux menstruel. Le docteur 
Lejeune de Verviers donnait le nom CCOurteïe ti'ayau (Verviers) 
danot {kTàQr\x\Qs),donetle (Luxembourg), au Galeopsis grandi- 
flora DC employé contre les maladies des voies respiratoires. 
La ballotte noire Uallota fœtida Lamk à fleurs purpurines 
porte aussi et mérite mieux encore que l'épiaire le nom de 
flairante ourtôye. Quant au terme lioge oiirtêye donné à 
l'épiaire des bois par Beaufays, m'est avis qu'il convient beau- 
coup mieux au Stnchij-i palusiris L, épiaire des marais, ortie 
rouge, à fleurs purpurines en épi terminal, dont les racines 
tuberculeuses sont alimentaires. 



— 134 — 

Dé, cloque, cloquette, carillon di Hollande. Noms géné- 
riques des campanules parmi lesquelles il s'en trouve plusieurs 
alimoalaires; ex. : raiponce (salade). 

Deûket (L.), ducquet (Verv.), /leur à dé (Ard.), doigtier 
(Luxemb.) — Doigtier, Gant Notre-Dame, Gantelée Digitale 
pourprée. Digitalis purpurea L. Scrophulariées. 

Les campagnards la signalent comme étant un grand poison, 
mais ne semblent point connaître ses propriétés médicales. 

Dint d'chin L., plane (Spa), dint d' chi (Morlanwelz), 
poèae (Luxemb.) — Petit chiendent, chiendent commun, 
Triticwn repens L. Graminées. Plante redoutée des cultivateurs 
à l'égal des plus mauvaises herbes, dont le rhizome débarrassé 
du chevelu, est employé sous le nom de racines de chiendent, 
chiendent C'est pour le peuple le diurétique par excellence, 
l'accompagnement obligé de toutes les tisanes, mais cette bonne 
réputation est bien usurpée. On l'appelle chiendent parce que 
les chiens et les chats mangent les jeunes feuilles pour se 
purger. 

Dint d'moirt. Le peuple croit que la dent, arrachée à la 
tète d'un squelette, peut en touchant la dent douloureuse d'une 
personne vivante la guérir en soutirant le mal. 

Doirmant, Daumalle (N). — Ivraie enivrante. — Lolium 
temulentum L Graminées. Assez rare dans nos moissons, elle 
passe pour avoir occasionné parfois des accidents. 

Douce amére. — Morelle grimpante, douce amère. — So- 
lanutn diilcamara L. Solanées. — Plante à tige grimpante 
fesa7il bois à la base, à fleurs violettes en cymes auxquelles 
succèdent des baies écarlates ovoïde-H. Les jeunes tiges (partie 
employée) ont une saveur d'abord amère, puis douce. Elles 
passent pour être sudorifiques et dépuratives et comme telles 
sont vulgairement employées contre le rhumatisme et la syphi- 
lis Plusieurs auteurs wallons ont confondu cette plante qui n'est 



— 135 — 

pas vénéneuse avec VAho)i — More\\e noire - Solanum nigrum 
L, espèce voisine qui en diffère par sa tige enlièreuient herba- 
cée, ses baies rouges, jaunes ou noires globuleuses : moreltc, 
peu d'macralle, et ses feuilles ovales d'un vert sombre. Elle 
est commune dans notre province. La douce amère au con- 
traire y est assez rare. Cette plante présente avec d'autres, 
comme la ciguë, etc., cette particularité que, vénéneuse dans 
les pays chauds, elle se modifie au point d'être comestible 
dans les pays du Nord. 

Doucette, orèye di lîve. — Mâche, doucette, oreille de 
lièvre. — Valerianella olitoria Poil Valérianées. Plante crois- 
sant dans les moissons, dont les feuilles entières sont mangées 
en salade au printemps. C'est la première venue, elle est 
rafraîchissante et apéritive. 

Dragonne. /Iragone, Rouchi, aragone, dragnne, Hain. — 
Eblragon. — Artemisia dracunculus L. Composées. Plante 
cultivée à feuilles allongées, étroites, à nombreuses tiges, que 
son arôme fait employer comme condiment pour aromatiser 
les oignons, cornichons, etc. 

Dréve. Drache, Borin. - Drèche. Résidu du grain ayant 
servi à fabriquer la bière, qui sert de nourriture aux bestiaux, 
et s'emploie frais ou sec à l'extérieur contre les éruptions des 
enfants. 

Drougue Drogue. Nom générique des médicaments exis- 
tant tout préparés dans une pharmacie. Au sens figuré, signifie 
comme en français un produit de mauvaise qualité. 

Ecinsse, encens. — On distingue deux sortes d'encens, 
1" l'oiiban ou encens véritable, résine en petites perles jau- 
nâtres se ramolissant sous la dent, qui exsude d'une plante 
d'Abyssinie, le Hoawnllia /loribunda Royie Térébintliacées. Le 



— 136 — 

peuple prend ces grains et les place dans le creux des dents 
cariées pour faire disparaître la douleur, 2" l'encens noir ou 
encens d'cglise à formule variable. 

Eincorner, Borin. — Faire boire de force. Au moyen d'une 
corne, on faisait avaler des médicaments aux bestiaux. 

Eglety, ingleii. — Voyez bois dC garou. 

Elexir. — Elixir, teinture alcoolique. 

Epiasse, emplâtre. — A proprement parler, c'est le 
mélange d'huile, résine, etc,en consistance de mastic de vitrier, 
que l'on étend sur la toile, mais en général on désigne sous ce 
nom la toile, recouverte de l'emplâtre, dont le nom vrai est 
sparadrap. 

Epiasse crassa Dei. — Emplastrum gralia Dei. Vieille 
formule liégeoise du siècle dernier qui est encore en vogue 
dans les campagnes. 

Eplâse di Bavîre. — Emplâtre de Bavière, sparadrap 
de l'hôpital de Bavière à Liège. Sparadrap brun foncé, popu- 
laire dans tout le pays wallon pour cicatriser les plaies, faire 
percer les clous, etc. 

Eplélsse di Bavîre (blanque), toile de mai (Virton). 
— Sparadrap diachylon gommé tout aussi communément 
employé dans le pays flamand que l'emplâtre de Bavière chez 
nous. 

Epiasse di pauvre homme, epldsse di vi homme. — 
Emplâtre jaune brun sur papier, d'origine anglaise: Poor 
mmi'a plaster, que Ton applique sur la poitrine en cas de 
rhume, etc. 

Epiasse di peu d' Bourgogne. — sparadrap de poix de 
Bourgogne. Sparadrap jaune que l'on emploie communément 
contre la toux, surtout pour les enfants. Remarquons cette 
singulière anomalie de traduction: poix de Bourgogne, blinque 
hùrpik; emplâtre de poix de Bourgogue, èpldsse di peu 
d' Bourgogne. 



— 137 - 

Epiasse di savon doube, di dobe savon. — Sparadrap de 

savon double. Emplâtre noir brillant employé en application 
au côté ou dans le dos contre les tours de rein et les plaies 
contuses, les cors aux pieds, etc. 

Epiasse di sè"we etdigingibe; èplâsse di sèwe et di 
peùve, èplâsse di chandelle et di néinoscâde. — Emplâtres 
populaires contre les affections catarrhales. On l'obtient au 
moyen d'une feuille de papier gris ou bleu fort (souvent la 
deuxième enveloppe des pains de sucre) sur laquelle on étend 
la graisse que l'on saupoudre de gingembre, de poivre ou de 
noix muscade râpée. La tranche de lard, parsemée de rue ou de 
gingembre et appliquée autour delà gorge, constitue un remède 
analogue. Souvent ces remèdes populaires déterminent un effet 
salutaire en provoquant une éruption. 

Esprit. Voyez esprit d'vin. 

Esprit d' savon.— Esprit de savon, lessive des savonniers. 
Solution de soude caustique. Plus concentrée, on la vend 
sous le nom impropre de kaligè)ie (kali = potasse). Tous deux 
servent à dérocher, c'est-à-dire à enlever les vernis ou les 
couleurs des boiseries. On donne également ce nom au baume 
opodeldoch qui est une dissolution de savon dans l'alcool 
camphré aromatisé. 

Esprit d' se.— Esprit de sel. — Voyez acide di phseur. 

Esprit d' vin. — //e/" (Malmedy). — Alcool, esprit de vin. 
— Dilué, c'est la base des teintures. On se sert alors de l'alcool 
dit bon goût, sinon on demande di Vesprit po brouler ou di 
Vespril di viernis, alcool dit mauvais goût, bon pour alimenter 
les lampes à alcool et pour dissoudre certains vernis. 

Esprit d'vin gonflé, di^be aiwe campJirèye, corruption 
pour esprit d'vin camphré. — Solution concentrée de camphre 
dans l'alcool fort. Ce liquide jouissait déjà d'une grande vogue 
au siècle dernier, en 1712 (Bellefontaine, p. 100, tome II). 



-^ 138 - 

Esprit d' vinaigue. — Acide acétique concentré, coloré 
au caramel, et aromatisé ù l'essence de pommes, d'estragon, de 
fenouil, etc. Additionné d'eau, il sert à préparer un vinaigre 
bon pour les conserves. 

Ether. Ether, ether sulfurique. — Liquide incolore, à odeur 
spéciale, très volatile, très inflammable, employé sur un 
morceau " de sucre ou dans un peu d'eau pour calmer les 
crampes d'estomac, les suffocations et sur de l'ouate pour 
calmer les maux de dents et d'oreille. 

Extrait. — Extrait. — Employé absolument, se dit de l'ex- 
trait de viande Liebig. 

Extrait di sature. — Extrait dl sept heure, di c'mt heure, 
train di sept heure, corruptions pour extrait de Saturyie. — 
Extrait de saturne, sous-acétade de plomb liquide. — Solution 
incolore, à saveur sucrée, puis métallique, qui, versée dans 
l'eau commune, donne t^aiwe blanque. 



F 



Farène d'avône. — Voyez Avône. 

Farène di crompire {\arine de Canada, Orp-le-Qrand).— 
Fécule, farine de pommes de terre. — Sert à faire des soupes 
aux enfants en bas-âge. Voyez Crompire. 

Farène dilin; farène di linuze (Morlanwelz). — Farine de lin, 
poudre de graine de lin. — Poudre jaunâtre, à odeur huileuse, 
tâchant le sac en papier qui la contient, sert à faire des cata- 
plasmes. On n'utilise plus guère aujourd'hui la farine de tour- 
teaux qui est la farine de lin privée de son huile. 

Farène di mostâ.de ; farène de mouslarde (Morlanwelz). 
— Farine de moutarde. — Sert à faire la moutarde de table. 
Pour lui donner toute sa force, il faut l'additionner d'eau ou de 
bière et non de vinaigre, comme on le fait communément. 



- 139 — 

Farène di neure mostâde; farène di grosse mostâde, 
farène di mostâde po [er les bagne di pi. — Elle est d'un jaune 
noirâtre, plus grossièrement pulvérisée que la précédente, 
provient du Sinapis nigra L. Crucifères. On en fait des sina- 
pismes et des bains de pieds dans les cas de maux de tête, 
aménorrhée, points de côté, maux de dents, etc. 

Farène di riz ; crème di riz. — Riz très finement pulvé- 
risé servant à faire des bouillies aux jeunes enfants. 

Fsiwe ; Hése (Malmédy), fan, feiau. Ronchi, liasse Lux., 
faufayau. Hainaut. — Hêtre. — Fagus sylvatica. L. Cupulifères. 

— L'un des plus beaux arbres de nos forêts, à tronc élevé, à 
écorce lisse et à fruit à 3 côtes. Ce fruit qui porte le nom de 
fayeime (faîne) bahot, Lux., fouine, Hainaut, est comestible el 
donne une huile alimentaire. 

Fèchîre ; fechi Verviers, flétière Rouchi, fliquière Hoin., 
féchère (Namur). — Fougère ptéride, aigle impérial. — l^leris 
Aquilina L. Fougères. — Grandes feuilles de 1 mètre à 1,50, com- 
mune dans nos bois. Elle est plus ou moins vermifuge, mais les 
habitants de nos villages les recueillent surtout pour flamber 
les cochons. Avec les cendres, on détruit les chenilles et les 
lombrics. D'après les admirables secrets du petit Albert, celle 
cueillie la veille de la Saint-Jean avait toutes sortes de pro- 
priétés miraculeuses. Ses feuilles ou frondes, de même que 
celles du Polystichum filix mas Roth, fougère mâle, constituent 
une excellente litière pour coussins et matelas. 

Feu d' lis; fleur de lis (Spa), fleur Saint Joseph, Borin. Cornu 
chapeau Lux. — Lis blanc. — Lilium candidum L Liliacées. 

— Plante bulbeuse, à fleurs blanches en entonnoir, à odeur 
suave. Ses fleurs, macérées dans l'huile d'olives, constituent 
voie di feu </' lis, célèbre remède populaire contre les bnlhircs. 

Fève à r sinouf. — Fève TonUa du l'.ouniaronud oilorala 
Aub. Légumineuses. Arbre de Guyenne. — La semence ^\m est 
nuire et ridée à l'extérieur est un peu plus grosse et plus allon- 



— 140 — 

gée qu'une fève de marais. Les amateurs de tabac à priser en 
mettent dans leur tabatière pour parfumer la poudre. 

Ficaria ranunculoïdes. — Monch, Mentula episcopi, 
licaire* renoncule, herbe aux hcmorrhoïdes. Renonculacées. — 
Petite plante des lieux humides et ombragés, à racines de deux 
sortes : grêles et en massue, Fusch (1541) a traduit son nom 
wallon par testiculus sacerdotis. La racine pilée sert encore 
aujourd'hui de remède populaire anti-hémorrhoïdal. 

Fier en liquide. — Solution aqueuse ou alcoolique de 
divers sels de fer. 

Figue. — Figue. — Réceptacle contenant les fruits du figuier 
de Carie. — Ficus carica L. — Morées. On l'emploie en décoction, 
soit seule, soit additionnée de sucre noir et de cognac contre 
les rhumes ; cuite et coupée en deux, on s'en sert en guise de 
cataplasme pour faire percer les abcès des gencives. 

Flairant bois. — Putiet, merisier ou cerisier à grappes. 
— Prunus padus L. Amygdalées. 

Flamiette, fleurs du Jalhay (Verv.). — Chrysanthème des 
moissons. — Chrysantliemum segetum L. Composées. 

Flamin, flamine, flaminette. — Souci jaune. — Calendula 
officinalis L. Composées. — Plante fort anciennement cultivée 
et connue au pays de Liège, ainsi qu'en témoignent l'ouvrage 
de Fusch (1541) et les titres de deux célèbres brassines (Gobert. 
Les rues de Liège, verbo Flaminette). 

Fleur, Fleur di né moscâle. — Fleurs de noix de muscade, 
Macis. — Arille ou enveloppe de la noix de muscade, condi- 
ment fort employé par les charcutiers. Elle est d'apparence 
déchiquetée, coriace, d'un jaune brun et h odeur spéciale. 

Fleur di qwate sOr. Mélange variable de quatre es- 
pèces de fleurs, le plus souvent composé de mauve, guimauve, 
bouillon blanc et pied de chat. Il est alors pectoral. 



— 141 — 

Fleur di Saint- Antône. Jepp du cassin Spa. Langue de 
bœuf Luxemb. — Renouée bistorte. — Polygonum bistorta L. Po- 
lygonées. — La racine (rhizome) souterraine, brune extérieure- 
ment, rose à l'intérieur, est un de nos meilleurs astringents. 

Flime. Plukm. Hainaut. — Charpie.— On se sert beaucoup 
de linge effiloché pour panser les plaies. 

Florin d'aur. — Voyez Cécoreie. 

Fno. Fenu, Lux. — Fenouil. — Fruit de VAiielhum fœniculum 
L. Ombellifères. Plante à fleurs jaunes en ombelles, à feuilles 
très divisées (d'où son nom de fœniculum, petit foin). Quant 
aux usages médicinaux, l'emploi, chez nous, de cette semence, 
dans les inflammations de l'enfance paraît provenir de l'Alle- 
magne où cette plante jouit d'une immense réputation (fœnikel 
thé, finkel thé). Dans nos campagnes, on donne la poudre aux 
vaches pour augmenter la sécrétion du lait. Naguère encore, on 
vendait sous le nom de fno, biseu, des petits fromages, carrés 
et plats, d'origine hervienne, parsemés de fenouil entier ou 
moulu. Cette habitude de persifler le fromage date de long- 
temps : Ainsi Charlemagne arrivant un vendredi inopinément 
chez un évoque, celui-ci ne put lui ofl'rir que de la graisse 
(alors aliment maigre) et du fromage persillé. 

Foye L V. Spa {fuèle Rouchi), feuye, fueye, fwaye, Borin. — 
Feuille. 

Foye d'auricule, par double corruption foye ou fouye di 
lidiculc ; tité d' casse i^samur), Scoche (cosse) de séné (Orp-le- 
Grand), Cap, cape di séné (Marche). — Follicule de séné. — 
Fruits de diverses Gassies (Légumineuses), cultivées en Egypte, 
en Nubie et dans l'Inde. Ces gousses, aplaties en forme de 
croissant et marquant les graines, de couleur brun noirâtre, 
ressemblent assez à des feuilles et les Wallons les ont considé- 
rées comme provenant d'une des gloires de l'horticulture lié- 
geoise : les auricule, primula auricula. 



— 142 — 

Foye di colowe.— Sceau de Salomon, herbe au panaris. — 
Convallaria polygonalum L. Asparaginée. La racine cuite et 
mélangée à de la graisse est bonne contre le panaris. L'espèce 
muHiflorum est beaucoup plus connmune chez nous. 

Foye di sène, par corruption foye d'à sène, foye d'à selle. 
— Feuilles de séné, petites, coriaces, en pointe, d'un vert pâle, 
de diverses Gassies. Légumineuses. C'est un des purgatifs les 
plus employés par le peuple. 

Foir. — Voyez absinthe. 

Foumâde, paifoumâde, foumire, tvapeur. — Fumigations.— 
Dégagement de vapeurs obtenu par projection ou décoction : 
vinaigre, baies de genévrier, sureau, foin, etc. Voyez Bagne. 

Four. Foin. — Sa poussière isimince di four, florin d' four; 
floiée. Lux.) jetée dans l'eau bouillante, sert à faire des fumi- 
gations utérines pour les jeunes filles dont la menstruation 
n'est pas encore établie. 

Frane. Frame. — Frêne élevé. — Fraxinus excelsior L. 
Jasminées — Arbre de 20 à 30 mètres, à écorce unie et gri- 
sâtre, à fleurs verdâtres et à feuilles composées de 9 à 15 
folioles. On fait avec ces folioles (foye di frâne mâies) une tisane 
contre les rhumatismes. Les semences portaient à Liège au 
siècle derner le nom de liawe d'ouhai. 

France — Par abréviation pour cau-de-vie de France, eau- 
de-vie. cf Brandvln, eau-de-vie. 

France camphré. — Synonyme de aiwe camphréye. 

Fravy ; frévy (Vervicrs). — Fraisier.— Fra^aria vesca L. Rosa 
cées. - On a toujours attribué une excellente action à la fraise 
contre les douleurs des reins et de la vessie; quant aux racines, 
on les utilise encore souvent à cause de leur astringence 
contre la diarrhée, les hômorrhagies et comme diurétiques. 
Elles colorent l'urine en rose et les excréments en rouge. Les 
fraises déterminent parfois comme une roséole du cou et du 



- 143 - 

visage, mais sans danger. Dans les campagnes, on fait encore 
du thé avec les feuilles. Citons une curieuse corruption popu- 
laire française : la fraise, vendue communément à Paris sous le 
nom de ricard, est l'abréviation de fraise vicomtesse Héricard 
de Thury. 

Fréve di Gascogne. — Arbouse. 

Frombahy. Airelle. On désigne sous ce nom : 1" frambau- 
gier, Lux., la Myrtille, airelle, myrtille, raisin de bois. Vacci- 
nium myriillus, L. Vacciniées. Petite plante de nos bois, à 
feuilles arrondies, à fleurs solitaires (mai), à fruits noirs, à 
saveur agréable (frombâh, bluets, maurets ou morets, myrtilles) 
que les Ardennais viennent vendre dans nos rues et dont on 
fait aussi un sirop ; 2" frombâliy d'coq, Irombdhy (V dame, 
tchinlcliin, Spa. — Airelle ponctuée ou du mont Ida,Ganneberge 
ponctuée. — Vacciiiium vilis Idœœ, à feuilles persistantes et à 
fruits rouges ; 3° frombahy rf' leu. — Airelle des marais. — 
Vaccinium uliginosum dont les fruits sont également man- 
geables. 

Frut, frûte. — Fruit. 

Frumih. Fourmi. — Formica rufa (Insectes hyménoptères). 
— On voit encore dans les campagnes les paysans se servir de 
pâte de fourmis écrasées en guise de cataplasme contre l'inertie 
d'un membre. L'action rubéfiante que la pâte exerce est due à 
l'acide formique. 

Frumint, luurmint, Hainaut. — Froment. — Triticum viil- 
gare, L. Graminées. — Les gamins mâchent les grains de fro- 
ment afin de a faire de la gomme » (gluten) qu'ils préconisent 
comme emplâtre guérit tout. 

Frumtère. — Fumeterre, pisse-sang (fumeterre est une 
herbe que l'on appelle ainsi fumus terre pour ce qu'elle se 
engendre d'une grosse fumosité qui se esliève de terre et aussi 
qu'elle yst de terre en grande quantité ainsi comme fumée, XV"" 



- 144 — 

S. Camus. L'opéra saleniitana, p. 60). — Fumaria officinaliSy L. 
Fumariacées. — Petite plante très commune, venant dans les 
champs et sous les haies. Prise en infusion, la plante entière 
fleurie 'passe pour être digestive et pour « manger le sang 
corrompu », Une espèce voisine : le Corydallis ou Fumaria 
bulbosa,.Fumeterre bulbeuse, est recherchée en avril-mai dans 
le bois de Kinkempois, comme ayant les mêmes vertus. On 
cultive le Dielytra spectabilis (Diclytra par erreur) dont les 
fleurs en forme de cœur on fait donner à la plante le nom de 
Cœur de Marie et de Saint-Esprit. AUem : Marienherz. 



O. 



Gâde. — Réséda sauvage, gaude. - Béséda luteola, L. Résé- 
dacôes. — Les fleurs verdâtres sont en long épi. Cette plante 
fournit une belle couleur jaune employée par les teinturiers. 

G-ayet, gatte, grelte èi' linwe, grette kou. Gallait, caille lait 
blanc, gaillet. — Galium Mollugo, L. Rubiacées. — 11 est légère- 
ment astringent de même que le caille lait jaune, qui de plus 
est tinctorial. Une espèce voisine, le Galium aparme, L. — 
Grateron, rèbe. — Rampioule Verviers, Rull Spa, Gratte eu, 
Borin, Grale-cul, Rouchi, Plaque Madame L. a des fleurs ver- 
dâtres et est munie de nombreux crochets qui la font tenir aux 
vêtements qu'elle accroche. 

Gai. Voyez peta. 

Galanga. Les charlatans qui parcourent les marchés et 
les campagnes viennent demander celte racine sous ce nom, 
mais leurs acheteurs ne la connaissent que sous le nom de 
Rècène di peuve, breune rèccme, rècène di ma d'dint. Cette 
racine souvent bifurquée, à cicatrices, d'un jaune brun, à 
odeur et à saveur aromatiques, provient de l'Alpinia galanga 
(Amomées) de l'Inde. 

Galatte (Ligne : Hainaut).- Euphorbe peplus. — Euphorbia 



— 145 — 

peplus L. — Euphorbiacôes tl. woltsmclk. A fleurs vordàtres. 
Son sucre ûcre éloigne les taupes (Kupflerschiager : Moyens 
de détruire les animaux nuisibles). 

Galgouzëg^e. — Gargarisme. — Liqueur destinée à guérir 
les maladies de la gorge. 

Garance, Varens (Fusch 1541), — Garance.— fiu/'m lincto- 
rum L. Rubiacées. — On emploie la racine qui est rouge en 
dedans et en dehors. Jadis fort employé pour la teinture. 

Gèyî. Gai (N), Non(ji (Morlanwelz). Cailler, Gauquié, noyer 
à grosses noix : gauque, Borin ; Jaiei\ Luxemb. — Noyer — 
Juglans (Jovisglans) reyia L. Juglandées. — L'un de nos plus 
beaux arbres indigènes. Son bois est un des meilleurs de l'ébé- 
nisterie, ses feuilles et ses fruits {gèye; écaïet, Luxemb, gale, 
Bavay, gaughe, Rouchi, gaille, Borin. Le 1/4 d'une amande de 
noix porte en Rouchi le nom de gambon ; jambon L;) soit à 
l'état de cerneaux, soit mûrs, contiennent des principes tan- 
niques qui en font un excellent fortifiant. Le brou de noix 
pelotte di gèye; hiefe du gèye, coque verte de noix, Malmedy. 
Hufion, hufèye, brouf, L, scafion, Borinage, scafîelte, Luxemb. 
sert également pour teindre en noir. Le zeste de la noix zess L. 
tnfiote, Rouchi, mis avec du genièvre, sert aussi de base à 
une liqueur digestive, qui constitue un remède populaire 
contre les maux de ventre. On retire des noix écalées, pres- 
sées entre les extrémités rougies d'une paire de pincettes, 
une huile employée contre la surdité et les névralgies. Les 
noix fraîches sont bonnes; vieilles, elles sont très indigestes et 
passent pour donner la fièvre. 

a Dieu a renfermé un grand secret dans les noix, car si on 
« les fait brûler, qu'on les pile et mêle avec du vin et de 
« l'huile, elles entretiennent les cheveux et les empêchent de 
« tomber. » 

a La noix entière, braiée avec la coquille et appliquée sur le 

lu 



— 146 — 

(f nombril, apaise chez les femmes les douleurs de matrice. » 
Albert-le-Grand, p. 199. 

Gelatène, gealeye d'ohai. — Gélatine. — Sert pour le col- 
lage des liquides alcooliques, pour les gelées alimentaires, les 
chromographes, etc. L'application d'une solution de gélatine à 
2 "/o ou d'un léger empois d'amidon sur une carte, un dessin, 
permet, après dessiccation, le vernissage du papier. 

Gèrbêye. Plante utile par opposition à sâdin, mauvaise 
herbe. En général, les propriétés médicales des plantes sont 
chez le peuple des propriétés de tradition. Consignées 
d'abord dans des ouvrages scientifiques, elles se vulgarisent 
ensuite. Ainsi l'usage populaire actuel d'une foule de pro- 
duits médicaux correspond aux indications savantes de Galien, 
Hippocrate, Dioscoride, Pline, Avicenne, etc., après eux, 
des livres très répandus d'Ambroise Paré ; J. Scultetus : 
Armamenlarium chyrurgicum ; Boerhave : Disputationes mé- 
dical ; Lomery, etc., etc. 

Gingibe L. Gingin, Hainaut. — Gingembre. — Zingiber offi- 
cinalis L. Zinzibéracées. — La racine confite passe pour être 
aphrodisiaque, la poudre de racine sert à faire des emplâtres 
populaires, voyez Sewe et Epiasse. 

Glissant, Talc. — Voyez Pousselette. 

Glycérine, glycine. — Ces deux termes bien différents 
sont souvent employés l'un pour l'autre. La glycérine est un 
liquide clair, sirupeux, inodore, à saveur sucrée que l'on em- 
ploie pour éviter et faire disparaître les gerçures. La glycine 
Wistaria sinensis (Papilionacées) est une plante d'ornement 
fort répandue, à fleurs violettes, en grappes odorantes, que l'on 
fait grimper à volonté. 

Glucose, sirôpe di soufe. — Glucose , sucre interverti. — 
Liquide épais, dont on fait actuellement grand usage. Ce pro- 
duit n'est pas nuisible. 



— 147 — 

Gnieur. (Genévrier selon Lezaak, if selon Lobet.) Sabine. 
Juniperus Sabina L. Conifères (G.G.G.G. et Gothier). —Plante 
h feuilles vertes imbriquées, à rameaux étalés possédant des 
propriétés médicales énergiques. 

Goland. Voyez Hieb di Saint Roch. 

Golé. — Collier, On en fait en ambre, corail, ivoire, os, soie 
et velours (électrique), grains de pivoine (voyez pione) afin, dit 
le peuple, d'éviter aux enfants les douleurs et les convulsions 
de la dentition. 

Gomme. Gomme. 

Gomme arabique, colle aiibic. (Morlanwelz.) — Gomme 
arabique. 

Gomme di chèrcî, di pruni L. Bren iCagache, Rouchi. 
Brain d'agasse, Bonn. — Gomme de cerisier, de prunier, etc. 
— Gummi nostras. 

Gottire. — Eau de gouttière, eau de pluie, eau de citerne. 
L'expérience a montré à nos ménagères que cette eau est beau- 
coup plus pure que les autres; elles y ont recours pour la cuis- 
son des aliments, pour la lessive et aussi pour dissoudre 
certains produits servant de collyre populaire, tels que le sul- 
fate de zinc et la pierre divine. L'analogie entre collyre et 
gottire explique le quiproquo des paysans allant à a l'ophtal- 
mie ï, au quartier S*«- Marguerite : « fa s'iu à Pliopitabnique, 
li docteur m'a d'île ine aiwe di gottire. » 

Graînette, graine di lin, L. Lenuisse Rouchi, Linnisse, 
Hainaut — Graines de lin, semences de lin. — Le lin cultivé, 
Linum usitatissimiim L. Linées, porte (en juillet-août) de jolies 
fleurs d'un bleu tendre auxquelles succèdent des fruits en 
capsule globuleuse, contenant plusieurs graines. C'est la 
semence la plus employée en pharmacie; la grande quantité 
de mucilage qu'elle contient la fait considérer comme « étei- 
gnant le feu que Ton a dans le corps » aussi la {tharniacie 



— 148 — 

humaine et la pharmacie vétérinaire en font-elles une consom- 
mation considérable. 

Grain époisonné, poison po les suris. — Grains de froment 
empoisonnés par un toxique quelconque, tel que la strychnine 
et colorés par des anilines alin d'éviter toute erreur. Il arrive 
fréquemment que par abréviation, on demande dé graiji pales 
sari, plaisamment/;» les canari à qwate patte. 

Grain jène, jenywlle. — Grains d'Avignon, graines du 
Rhamnus int'ectorius, L. Sert dans la teinture en jaune. 

Granat (Fusch 1541). — Grenade, fruit du grenadier. Ma/MS 
punica. 

Grands père (Spa), pulmonaire, herbe â poulmon (Fusch 
1541). — Pulmonaire. — Pulmonaria vulgaris L. Scrophula- 
riées. La plante est un remède populaire contre la toux. 

Gripette, aripe, terre (Defrecheux : Saive) Leurre (Verv.), 
Rampioul (Spa). — Lierre grimpant. — Hedera hélix L. Hédé- 
racées. Ses baies noirâtres sont, dit-on, purgatives. Les feuilles, 
mises en macération dans du fort vinaigre, passent dans le 
peuple pour le meilleur destructeur des cors aux pieds. Effec- 
tivement, mais c'est le vinaigre qui agit. 

Gruzalli (roge) di Mamselle, L. Grouzié Borin, Grousier, 
yruselier. liouche yrusiele Rouchi. — Groseiller à grappes 
rouges. — Ribes rubra L. Ribésiées. Les fruits ou castilles 
servent à faire le sirop de groseilles et la confiture du môme 
nom. Le yruzaltî kmère, blanque grusieie, Rouchi, est le gro- 
seiller à grappes blanches, Ribes alba. Les feuilles de gro- 
seiller, employées par le peuple, proviennent du cassis ou 
groseiller noir, Ribes nigra, dont les fruits : gruzalle di wandion, 
servent à faire le cassis ou rouge liqueur. Les fruits du gruzali, 
grouzalli (Morlanwelz). Ribes grossularia L, groseiller à maque- 
reau, bièle gruzalle L, et du sâvage gruzali, blèle grusieie, Lille, 
groseiller des haies, groseiller épineux, Ribes uva crispa L, 
sont recherchés des enfants. 



— 149 — 

H 

Hâgne. Ecale, silique ou silicule. 

Ham'lètte. Amulette (de amovere, éloigner s-ent. les mau- 
vais sorts). Substance que l'on porte sur soi pour éloigner les 
maladies et les maléfices. La meilleure, au dire populaire^, est 
la hamlètte ou coifTe des nouveau-nés. Un fil rouge prévient les 
hémorrhagies et les crampes, une corde de violon préserve des 
névralgies, la cire à cacheter guérit la dyssenterie, le corail 
favorise la pousse des dents des enfants, une ceinture de 
marrons d'Inde, ou même un de ces marrons en poche, éloigne 
les rhumatismes et les hémorrhoïdes , un crapaud séché 
garantit du choléra, de même celui qui saigne du nez portera 
une clef dans le dos, etc. 

Hamustaî, àbe al verjalte, henistrai (L), haustaine (Ard) 
Hauledame, anse di pot, canistia, insitia (N), (flam. Vogellijn, 
mistel ; angl. âcmistel, allem. mistel) — Gui, Gillon — Viscum 
album L. Loranthacées. Plante parasite formant corbeille ou 
buisson, à feuilles toujours vertes, plates, allongées et charnues, 
à branches d'un vert clair en fourches (dichotoraes). Les baies 
blanches servent de nourriture aux oiseaux. C'est de ces baies 
et de l'écorce qu'on retire la glu ou verjalle. On trouve fré- 
quemment le gui sur les pommiers, poiriers, peupliers, etc. où 
il affecte de loin la forme d'un nid. Le gui guérissait jadis 
l'épilepsie. Les essais médicaux modernes ont fait justice de 
cette réputation usurpée. On connaît le rôle important du gui 
chez les Grecs et chez les peuples du Nord : sa rareté sur le 
roi des forêts boréales, consacré à Jupiter, l'éternelle venlure 
de ses feuilles, symbole d'immortalité, la division dichotumi(iuc 
de ses tiges, la séparation des sexes et son action contre les 
maladies convulsives, tout en faisait un objet de vénération. 
Chose étrange, aujourd'hui encore dans diverses campagnes 
de France, les enfants crient au nouvel an : A gui l'an neuf, \c 



150 



giitheyl (nom germanique du gui) en est le quivalent dans la 
haute Allemagne et en Angleterre, le mistle toe joue un rôle 
symbolique aux fêtes de Noël. 

Havurna (Spa), liaverna (V.), Iiâvumak, havernou (L.) bo 
d'caurete. Rouchi. Corette N. Sauvage cure Borin. Pet rai Lux. 
ïia'wurgnon (Malmedy). — Sorbier des oiseleurs, cochène, frêne 
sauvage. — Sorbus aucuparia L. Pomacées. Arbre à fleurs 
blanciies, réunies en bouquet, auxquelles succèdent des fruits 
globuleux (sorbes, peu (Vhaverna, corette, Borin), petits, d'un 
rouge écarlate à saveur acide, dont les grives sont fort avides. 
Elles renferment beaucoup d'acide malique. 

On trouve de même dans le Luxembourg l'alisier blanc ou 
alouchier saue péteuse. Cratœgus aria L. Sorbus aria Grantz à 
feuilles dureteuses blanchâtres, en dessous à baies oranges, 
plus allongées que les sorbes et à bois très dur fort recherché 
des tourneurs. Les feuilles de cet arbre constituent un excel- 
lent baromètre. 

Une espèce voisine, le sorbus torminalis Grantz {Cratœgus 
torminalis 1^.) Alisier, rare dans notre pays, a été traduite : 
petcliali par certains auteurs, le fruit permet de distinguer 
aisément cette plante de l'aubépine. La pechalle de l'aubépine 
est rouge, le fruit de l'alisier est brun. 

Herbe à poulmon (Fusch 1541). Voyez Grands père. 

Herbe à savoin (Fusch 1541). Voyez Hlèbe di foulon. 

Hidromel. Hydromel. Liqueur à base d'eau et de miel, 
fort en vogue au moyen âge, encore en vogue contre les maux 
de gorge. Armonaque borain 1889, page 24 : EUion, el leu eié 
l'Ernae. Voyez Stami. 

Hièbe. Jepp, LV. Hierpe, Rouchi. Gerpe (Nivelle). Herbe. 

Hièbe â piou. Voyez Simince di capucin. 

Hièbe â vier. Hierpe à puches, Rouchi. Teinheie, temhaye, 
ternie haie. — Tanaisie commune, berbe aux vers. — Tanace- 



- 151 — 

tum vulgare L. Composées. Plante très odorante, à feuilles 
très divisées, commune partout et donnant en juillet-septembre 
de nombreuses fleurs jaunes sans rayons en corymbe compact. 
Les paysans recueillent la plante entière et en font des 
bottes qu'ils suspendent aux poudres du grenier. Ils la donnent 
aux animaux domestiques pour les débarrasser des vers intes- 
tinaux. Ils en mettent aussi dans les litières pour chasser 
puces, poux, punaises, cafards, etc. 

Hièrpe à z-au, Hainaut. Aïet, L. Pied d'asne, franc. L. 
Fusch. Histoire des plantes 1558. AUiaire Erysimum alliaria L. 
Crucifères. Plante élevée, à feuilles inférieures très larges, 
échancrées en cœur, à fleurs blanches (mai-juin) en grappes, 
à saveur d'ail. Cette plante est commune dans notre région. 

Hièbe d'aise. Voyez Aisse. 

Hièbe du bon, Vér&ne. — Véronique officinale, Véronique 
mâle, thé d'Europe, hierbe aux ladres, fl. Eereprys. — Vero- 
nica officinalis L. Scrofulariées. 

Hièbe di bribeu, rang, bois iCloubac, hiebe di gueu, ram- 
pioule. Torlile, Valenciennes; Vis, Meuse; Bois de Fume, 
Avesne. Trait de chien, Vosges. Rampille, Normandie. Cléma- 
tite des haies, berceau de la Vierge, vigne blanche, vigne de 
Salomon, aube vigne, vierne, flam. Bedelaarskruid. — Clématis 
vilaiba L. Renonculacées, Son nom populaire fr. et w. d'herbe 
aux yeux, herbe aux mendiants provient de ce que les men- 
diants s'en secyaient pour faire venir à la peau des ulcérations 
superficielles, mais d'aspect pitoyable. 

Hièbe di chanteu, moslàde di liâye. Roquette, Borinage. 
(En français, la roquette est un genre voisin : Eruca.) Ilieppc di 
chantre, Vosges (Haillant ■ . — Velar, tortelle, herbe aux chantres, 
flamand steenraket. — Erysimum ou Sysimbirum officinale L. 
Crucifères. Plante commune à petites fleurs jaunes. D ai)rùs la 
lettre de son parrain Racine (lettre de Racine à Boileau, p. 5Ul , 



152 



Œuvres de Racine, édit. Firmin Didot), elle devrait s'appeler 
herbe du chantre. 

Hièbe dichepti, hiebe di sîtclie; hiebe (VegrouèleiFonv).— 
Scrotulaixe aquatique, herbe du siège, herbe aux écrouelles.— 
S-h-opImlnria aquatica, L. Scrophulariées. Plante à tige angu- 
laire, à feuilles crénelées, à fleurs irrégulières jaune rou- 
geâtre (juin-août). Lors du fameux siège de la Rochelle par 
le cardinal do Richelieu, les vulnéraires venant à manquer, on 
se servit et l'on se trouva fort bien des scrofulaires croissant 
en grande quantité dans les fossés de la ville, d'où le nom 
d'herbe du siège; mais, dans la suite, perdant cette origine de 
vue, on fît siège synonyme de séant, et la scrophulaire eut 
grande et vulgaire réputation comme antihémorrhoïdal. La 
dénomination flieb di chepti s'applique aussi à l'achillée mille 
feuilles. 

Hièbe di chèt, bargamolte L. hierpe d' cat, Rouchi. — Herbe 
aux chats, menthe de chats, cataire, chataire. — Nepeta cataria 
L., Labiées. Plante à tige élevée et à fleurs blanches, ponc- 
tuées de rouge, en épis compacts terminaux. Rare à l'état 
spontané, cette plante est cultivée dans les jardins et sert 
comme stomachique. 

Hièbe di feu, iebe di (et (Orp-le-Grand). Herbe du feu, Lux. ; 
(Dans le borinage, Vherbe de feu désigne la Bryone.) Ellébore 
noire, herbe de feu, rose de Noël, rose d'hiver. — Elleborusniger 
L., Renonculacées. Plante vivace, à tige non feuillée, à fleurs 
d'un blanc rosé. L'ellébore noire, dite aussi d'hiver, est souvent 
cultivée pour la beauté de ses fleurs. Sa racine fait éternuer. 

Hièbe di foulon, herbe à savom (Fusch 1541). — Saponaire 
officinale, savonnière, herbe à foulon. - Saponaria o^cinalis L. 
Dianthées. Belle plante, à fleurs, d'un blanc rosé, en bouquets 
et à longue racine. La plante f lit mousser l'eau et dégraisse. 
Un recueille les feuilles et les racines qu'on emploie contre les 
maladies du foie et de la vessie. 



— 153 — 

Hièbe di maqu'raî, stramone, pomme épineuse (Haccourt). 
— Stramoinc, pomme épineuse, pommette épineuse, herbe du 
diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, endormie, — 
Datura stramonium L., Solanées. Plante à grandes fleurs 
blanches ou violettes, remplacées par un fruit ovoïde, hérissé 
de piquants (assez semblable aux marrons de nos boulevards) 
et renfermant de nombreuses graines noires. La stramoine agit 
énergiquement sur le système nerveux, les sorciers s'en 
servaient au moyen âge pour produire les hallucinations faisant 
assiterau sabbat, etc. Toute la plante est très vénéneuse. 

Hièbe di matrice. — Matricaire otficinale. — Pyrelhriim 
parthenium. Sm. Composées. Plante à fleurs blanches à disque 
jaune, à feuilles divisées. Le nom dit ses propriétés. A Liège, 
on emploie de même et sous le même nom, la scolopendre 
ou langue de cerf, voyez linwe di cier. 

Hièbe di meur. — Pariétaire, perce muraille, aumure, 
herbe aux murailles. - Parietaria ofjicinalis, L. Urticées. Elle 
n'existe que rarement dans notre pays à l'état spontané ; on en 
faisait jadis un grand usage comme diurétique. 

Hièbe di pièle. Hierbe a pèles, Rouchi.— Herbe aux perles, 
grémil, milium solis. — Lithospermum officinale L, Borragi- 
nées. Petite plante vivace assez rare chez nous, à semences 
blanches, lisses et luisantes, semblables à des perles. Elle a 
joui d'une grande réputation comme dissolvant, par sympa- 
thie, les pierres de la vessie. 

Hièbe di pauvre homme, hièbe du franc dialle (Spa). — 
Gratiole, herbe à pauvre homme, séné des prés, petite digitale, 
gratia Dei. — Graliola officinalis L, Scrophulariécs. Petite 
plante assez rare dans la partie wallonne du pays (Battice). Elle 
possède des propriétés purgatives énergiques et assez dange- 
reuses. 

Hièbe di porcèssion. Herbes de procession, jonchée. Amas 



— 154 — 

d'herbes des champs dont on jonche les rues au passage des 
processions de paroisse. Lorsque Je Saint-Sacrement est passé, 
les herbes sont considérées comme bénites, aussi le peuple les 
réco!te-t-\l pour éloigner des demeures les sortilèges et les 
animaux nuisibles : souris, punaises, cafards, etc. L'odeur forte 
de plusieurs des plantes composantes suffit pour expliquer cette 
action. On y trouve, en effet, de la tanaisie, de la flouve, de la 
camonille, etc. 

Hièbe di Saint Jacques, Hierbe Saint-Jacques, Rouchi. 
— Séneçon Jacobée, Herbe de Saint-Jacques. — Seuecio Jacobea 
L, Composées. Plante à fleurs jaunes commune dans les champs 
et les bois. On l'emploie en infusion. 

Hièbe di Saint J'han {Hierpe del Saint-Jean Rouchi), 
tanasi (Fusch 1541). — Herbe, ceinture ou couronne de Saint- 
Jean, armoise. — Artemisia vulgaris L., Composées. Plante 
d'environ 1 mètre de hauteur, à feuilles divisées, à fleurs 
petites, d'un jaune roux. L'armoise possède, mais à un degré 
moindre, les propriétés de sa parente : l'absinthe. 

Hièbe di Saint Josè'ph,padône. —Tussilage vulgaire, pas 
d'âne, herbe de Saint-Quirin, Ungula caballina. — Tussilago 
farfara L., Composées. Plante dont les feuilles naissent après 
les fleurs (d'où le surnom de filius ante patrem). On les a com- 
parées à l'empreinte du pas de l'âne. Le pas d'âne est très 
commun sur les berges de nos cours d'eau (canal Liége- 
Maestricht, par exemple), elle constitue un bon et agréable 
pectoral (d'où son nom Tussis, toux, agere chasser). Le terme 
chapai cCâgne du dictionnaire de Gothier est probablement à 
rapporter à chapai d'aiwe, tussilago petasites. 

Hièbe di Saint Roch, L. — Herbe de Saint-Roch, aunée 
anti-dyssentérique. — Inula dyssenterica L., Composées. Goniza 
média des anciens formulaires. Elle a des feuilles embrassant 
la tige par deux larges oreillettes, donne vers la Saint-Roch des 
fleurs jaunes et passe pour resserrer les flux de ventre. 



— 155 — 

L'autre : aulnée, année commune ou officinale, Inule, œil de 
cheval Goland. — Inula helenium L. Composées, Enula helenium 
des anciens formulaires, croît dans les endroits plantés d'aulnes 
et a en petit le même aspect que la fleur du soleil. Les anciens 
la faisaient naître des larmes d'Hélène. Ses racines ont jadis 
joui d'une yrande réputation comme excitantes et forti liantes, 
le peuple l'emploie encore aujourd'hui contre les maladies 
de cœur et l'hydropysie. 

Hièbe di songue. — Patience sangdragon, oseille rouge. — 
llumex sanyuineus L., Polygonées. La racine est astringente. 

Hièbe di teneu (Forir). — Redoul, Sumac des corroyeurs, 
roure, corroyère. — Coriaria myrtifoha L., Coriariées. Cette 
plante remplace le tan dans le midi de la France pour les peaux 
destinées à la maroquinerie. 

Hièbe di tindeu. — Genêt des teinturiers. — Genista 
tinctoria L., Papilionacées. Sous-arbrisseau non épineux, dont 
les fleurs jaunes jouissent d'une réputation méritée comme 
diurétiques. 

Hiflon, Malmedy. liufion, Liège. Cosse. Brou de noix. 
Ghâton de noisette, cupule du gland Cf. Scafion, scafiette. 

Higne d'apoticair. Malmedy, Greneden, Rouchi. Ilègne, 
hem ou lien d'apoticàr, L. Mine refrognée. 

L'origine de cette expression figurée serait due suivant 
GGGG aux figures grotesques, servant jadis d'enseigne aux 
officines (Uim, signifiant figure grotesque à Malmedy). 

Hitroule. Foirole, caquenlit. — Mercurialis annua L., 
Euphorbiacées. Mauvaise herbe répandue dans tous les jardins 
et dans les campagnes, douée de propriétés purgatives. Li jolie 
di cliin, Cynocrambe, mercuriale vivace ou mercuriale de chien 
Mercurialis perennis , commune dans les bois, est plus énergique, 
mais n'est pas usitée. 

Hitte d'aguèsse, laite iCouhai. — Cardamine, cre^ssoii 



156 



des prés. — Cardamine pratensis L., Crucifères. Petite plante à 
fleurs lilas, et à saveur de cresson, que l'on trouve dans les prés 
humides. On donne également le nom de lutte d'Aguesse à un 
minéral, la pholérite, qui est un silicate d'Alumine hydraté. 

Hoisse, Tan. Sert à faire des injections contre les pertes 
blanches. 

Hottalli, purnalii. — Prunier épineux, prunellier.— Prunus 
spinosa, L. Amygdalées. Arbrisseau épineux, à fleurs blanches, 
à fruit noir, purnalle, L. fourdera'me Rouchi, petit et dressé. 

Houblon. — Houblon. — //«mw/us Lupulus L., Gannabinées. 
(Ce nom de petit loup lui a été donné par Pline, parce que, 
dit-il, il étrangle parfois ses tuteurs.) Les fleurs en forme de 
cônes consistent en écailles verdâtres imbriquées, de la 
grosseur d'une noix, à saveur amère, on recueille ces trochets, 
plokâ, plokelte, on fait sécher. Le produit peut alors être livré 
au commerce. 

Houyot. Namur, Bardane. Les campagnards utilisent sa 
racine mélangée à celle de la Suralle di Q'vau contre les maux 
d'estomac. Voyez plaq Madame. 

Hu. L. Heuz. Malmedy et Namur; lieuzi. Malmedy. — Houx. 
— Ilex aquifolium, L. Ilicinées. Arbre à feuilles armées de 
piquants, toujours vertes, à baies rouges et dont l'écorce sert 
à préparer la glu. Les baies ou cénelles peu d'hou passent pour 
être vomitives. 

Huile d'alun. Armonaque borain 1889, p. 18. 

D' jai su jeun' de mes dix artoiles, 
In nid d'agass' liméroiun, 
Dju l'intorteye avu dell' toile, 
Trimpie in dell' bonne huile d'alun. 

Huile vendue par un empirique des environs de Frameries 
et considôrf'>e comme un spécifique souverain contre les cors. 

Huile de baleine (Orp-le-Grand). Huile de fo*e de morue, 
voyez Ole di pehon. 



— 157 — 

Huile decinq(Virton). S. ent. sortes. }Aé\angc d'essence de 
térébenthine, d'essence d'aspic, d'huile de pétrole rouge, 
d'huile de lin et de racines d'orcanette. 

Huile de pierre (Virton). Huile de pétrole. 

Huile de raisin (Orp). Voyez ôle di raisin . 

Huta, Spa. Cône de galle, pachenaude, Lux. — Berce branc 
ursine. — Heracleum sphondylium L., Ombellifères. Fleurs 
blanches. Dans le Nord français, les gamins vident la tige et en 
font une busèle pour souffler des baies de sureau vertes, d'où le 
nom de crachou donné à la plante. 



lau, s. f. Eau. Borin. 

Idiote. Voyez leinlure d'iode. 

Inc. — Corruption fréquente pour zinc surface d'inc, vitriol 
blanc, sulfate de zinc. C'est sous cette forme corrompue 
que le peuple le demande comme anti-blennorrhagique et anti- 
ophtalmique. 

Indigo. Indigo. Couleur bleue, dont on fait un grand usage 
en teinturerie. Il provient de diverses espèces d'Indigofera des 
Indes orientales et occidentales. 



Jaqueline. Malmedy. Pinte, bouteille, verreet pot. Suivant 
la tradition, Jacqueline de Bavière, étant dans sa prison, 
s'amusait à façonner de grossiers pots en grès, qu'elle jetait 
dans le fleuve et que les habitants recueillaient, d'où le nom 
de Jacobakrug, Jacoba's canetjcs, Jacqueline^, donné à ces 
vases. 

Jalofrène. — Œillet, fl, Girolïcl. — 7J/a/t^/ui6' /.., Caryo- 



— 158 — 

phyllées. Les pétales des œillets donnent un sirop réputé 
comme pectoral, 

Jamène, voyez Belèjamène. 

Jène cou d' châsse d'Allemand. — Aconit tue-loup. — 
Aconitum lycoctonum, L. Renonculacées. — Plante à fleurs 
jaunes en- capuchon (juin-juillet), à feuilles divisées. Cette plante 
assez rare dans nos bois est un poison violent. 

Jène d'où, mdiou. Voyez ou. 

Jennette, hièbe di Noire-Dame, L. Jennete, hierpe de mitrau 
Rouchi. — Millepertius. — Hypericum perforatum, L. Hypéri- 
cinées. Plante à feuilles marquées de points résinifères trans- 
parents, d'où son nom de mille pertuis (trous) et à fleurs jaunes. 
On emploie les fleurs fraîches, mises en macération dans l'huile 
d'olives, contre les brûlures, les contusions et contre les poux : 
huile de mitrau (Mille trous), Rouchi. 

Jèbe, v. Hièbe. 

Jébe du cassin (Spa). Voyez Fleur di Saini-Antône. 

Jèbe du froyon (id.). Voyez Argintenne. 

Jèbe du poirfl (id.). Voyez Digoime. 

Jèbe du ponte (id.). Voyez Méd'cenne du bégenne. 

Jèbe du tigneu (id.). Voyez Chapai d'aiwe. 

Jet, bourgeon. 

Jet d' sapin. Bourgeons, turions, strobiles ou gemmes de 
sapin. Bourj^eons du pin sauvage, piniis sylvestris. Conifères. 
Remède fréquemment employé et devenu populaire, contre les 
maladies génito-urinaires. 

Jom.ha.de, jobâde {N. Defrccheux, Saive), jonbar, Rouchi, 
Savage arlicho, coronne di sin-Jhan, L. — Joubarbe des toits, 
artichaut sauvage. — Sempervivum tedorum L,, Crassulacées. 
Plante venant sur les vieux murs et les toits en chaume, donnant 
de nombreux rejetons et dont les feuilles épaisses et charnues, 



- 159 — 

privées de Tépiderme, servent de remède populaire contre les 
cors et contre les hémorrhoïdes. 

Jotte. Chou. Les choux vert et rouge furent apportés 
d'Egypte par les Romains, les blancs nous viennent des pays 
Scandinaves; mais ce n'est qu'après Gharlemagne qu'on apprit 
à les faire pommer. La croyance aux propriétés médicales des 
choux est résumée en ces vers : 

Les choux sont astringents, leur jus est laxatif. 

Un bon potage aux choux est un doux purgatif. (E. de S.) 

Jotte di chin. Voyez Hitroule. 

Jujube. Fruit du jujubier, à saveur de datte, cultivé dans 
le sud de la France, fort employé jadis comme pectoral dans la 
médecine du pays de Liège. lia donné son nom à la pâte de 
jujube qui actuellement n'en contient plus et se compose de 
gomme arabique, sucre et eau de fleurs d'oranger. En y ajou- 
tant du jus de réglisse, on obtient li mure jujube^ jujube noire, 
pâte de réglisse. Ces deux pâtes sont d'un goût agréable et fort 
adoucissantes. 

Junièsse, Verv. Gniesse. Jiniesse L., Ginette, Borin.— Genêt 
à balai. — Getiista scoparia. Papilionacées. 

Jus. Jus, suc de fruit. 

Jusêye. Jus de réglisse, extrait de réglisse en bâtons. 

Jusêye di bois. Voyez bois rf' focoutiss. 

Klavai (Gothier). Carbonate de fer. 

L. 

Laissai, L, Lâcha, lachau, Hain. lasia (N), lait. A été juste- 
ment appelé chair liquide. C'est le meilleur aliment de l'enfance 



— 160 — , 

ot des personnes affaiblies. Il sert à masquer la saveur de 
différents médicaments. I^e peuple dit: 11 crou laisai fait prugi, 
li eût resserre. 

Laissai du Notru-Dame. Voyez Sucette. 

Lai"we du bouf (Verv.). Bolet hépatique, sans stipe, 
fixé sur. les vieilles souches et au pied des chênes. Il est rouge 
brunâtre, apparaît de septembre en octobre et est comestible. 

Lame, miel. Base d'une foule de remèdes, surtout contre les 
rhumes de poitrine et les maux de gorge. Del lame, on jène 
d'où et de cognac, vi fet qwite de méchant freu. — Qwant on- 
s-a on ma d' gorge, i fât s' gargouï aveu dèl lame è dèvinaigue. 

Lapis ou lapoiis, L. lapure,U&ma.iit. Brouet d'eau et de son, 
d'eau et de graine de lin, etc., que l'on donne à boire aux 
chevaux. 

Lapson, L. (Fusch 1541), blanc laitison, Hainaut. — 
Laiteron maraîcher, flam. Melkdistel. — Sonchus oleraceus, 
Composées. 

Lavande, lavinde. — Lavande commune ou officinale. — 
Lavandiila vera L., Borraginées, Plante de jardin à tige grêle, 
à feuilles linéaires blanchâtres, à fleurs bleues petites en 
épis. Son odeur est forte et agréable, aussi l'emploie-t-on en 
fumigations, comme aromate pour le linge, en teinture dans le 
genièvre comme parfum pour le mouchoir et en compresses 
comme remède contre les coups. 

Lavasse L., herbe de lappe, Luxembourg. — Livèche, ache 
des muiilagnes ; lavaskruid flam. — Levisticum oIJicinale, 
Ombellifères. Ses propriétés stimulantes ne sont guère mises 
à profit. 

Lav'mint, lavement. Les plus employés par le peuple sont 
ceux à l'eau et au savon du Marseille, à l'huile d'olive, à l'huile 
de ricin, à la graine de lin, à l'amidon, tous à l'eau tiède et à 
l'eau froide : celui au sel de cuisine ou au sel anglais. 



- 161 — 

L,SL^}vri. - Laurier franc, laurier noble, laurier d'Apollon. — 
Laitnis nobilis L., Laurées. Arbre élépant à feuilles toujours 
vertes, à fleurs jaunes auxquelles succèdent des baies bleues, 
grosses comme des prunelles. De ces baies, on retire une huile 
verte, épaisse, dont on se sert souvent pour frictionner le 
bétail et les chevaux aux muscles affaiblis. Elle possède la 
propriété d'éloigner les mouches par son odeur. 

Levai {levin, Fusch 1541). Le levain entre dans la composi- 
tion des remèdes contre la fièvre lente et se demande « à l'hon- 
neur di Diu ». Il agit comme rubéfiant. Le mélange se compose 
de camphre, farine de seigle, Heur de bouillon blanc, jaune 
d'œuf, levure, semences de pavots et semences d'orties. 

Levronne. — Aurone, aurone des jardins, aurone mâle, 
ivrogne. — Artemisia abrotanum L., Composées. Plante à odeur 
forte et agréable, souvent cultivée en pot. 

Lichen, par corruption nickel. Voyez mossai d'mer. 

Limonade, lemonâde. Eau sucrée dans laquelle on a découpé 
des tranches de citron ; liquide apaisant bieu la soif. 

Limonade di Rogé, par corruption Limonade Rogier. 
Limonade puryalive préparée d'abord par le pharmacien Rogé. 

Lin. — Lin. — Linum usitatissimwn L., Linées. Voyez 
grainette. 

Linwe di bouk. — Langue de bouc, vipérine. — Ecliium 
vulgare L., Borraginées. Feuille en forme de langue, fleurs 
bleues en épis. Son infusé est pectoral. 

Linwe di chin. — Langue de chien, cynoglosse, flamand : 
hondstong. — Cynoglossum oIJicinale L, Borraginées. Feuilles 
longues, grisâtres, fleurs rouges en épis. Pectoral. 

Lin^we di cliin.— Petit plantain. — Planlago lanccolata L., 
Plantaginécs. Employé en infusion dans la diarrhée, conlri' les 
sueurs nocturnes et pour laver les plaies. 

11 



- 162 — 

L.iii"we di cier, Inèbe di matrice. — Langue de cerf, langue 
de bœuf, scolopendre. — Scolopendrium officinale, Sm. Fougères. 
On voit en juin-septembre ses longues feuilles vertes dont le 
dos est iTiuni de deux rangées de fructifications brunâtres. 
Remède populaire féminin. 

Lise di vin. Lie de vin, fœces vini. Liquide épais, visqueux 
et coloré constitué par le dépôt qui se forme au fond des bar- 
riques de vin. On fait prendre des bains de lie aux personnes 
affaiblies et surtout aux enfants faibles sur jambes. Dans le sud 
de la France, on emploie de même l'amurca, marc déposé de 
l'huile d'olives nouvelle et cuit dans un vaisseau de cuivre. 

Live. Livre. Les ouvrages de médecine consultés parle 
peuple sont, en français : Le solide trésor du petit Albert ; 
les secrets d'Albert-le-Grand ; les remèdes du chapelain Van 
den Bossche, etc ; dans un ordre plus scientifique : les ma- 
nuels Raspail, Dehaut, Dubois, etc. Quant aux ouvriers d'origine 
flamande, ils ont surtout recours à De nieuwe troost der 
armen door G. Simons. 

Lumçon, L. Lemechon, Rouchi. Limace. C'est avec ce 
mollusque dépourvu de coquille que le peuple fait le sirop de 
limaçons. Magistralement, il se prépare avec l'escargot, cara- 
cole. Helix pomatia, qui est muni d'une coquille. Au pays de 
Liège, le sirop fait avec ce gastéropode jouit d'une grande 
réputation comme souverain remède des bronchites et de la 
coqueluche. 

Lysibe. — Hysope. — Hyssopus officinalis L., Labiées. Plante 
à feuilles entières, épaisses, d'un vert sombre, à fleurs d'un 
beau bleu (juillet-septembre) en épis, à odeur agréable, souvent 
employées en infusion comme pectorales. 

Lutertum. Ce mot généralement employé à Liège et dans 
les environs est une corruption du terme nutritum sous-entendu 
unguentum, nom donné à l'onguent de litharge, « parce qu'il se 



— 163 — 

fait en nourrissant rhiiile, le vinaigrcet lalitliargo peu :\ peu en- 
semble et leur donnant un corps qu'ils n'avaient point étant 
séparés. » Pharm. liég. 1740. Actuellement, on donne abusive- 
ment ce nom à la pommade à l'oxyde de zinc, qui possède des 
propriétés à peu près semblables. 

M 

Mahi. Mêler, mélanger; couper, frelater en parlant des 
liqueurs. 

Mai-trank. — Aspérule odorante, hépatique, petit muguet, 
reine des bois. — Asperula odorata L., Rubiacées. Plante 
à feuilles vertici liées, à petites fleurs blanches, à odeur agréable, 
souvent cultivée comme bordure. Infusée dans du vin blanc, elle 
sert de boisson rafraîchissante et digestive : vin de mai. 

Malètte ou palette dï bitryi, bonis do btrgis (Fusch 1541). 
Amourèlte, Borin. — Bourse à pasteur, tabouret, molette. — 
Thlaspi biirsapastoris L., Crucifères. Petite plante très répandue, 
à fleurs blanches (mai-novembre), à fruit (silicule) en forme 
d'aumonière. C'est un remède populaire contre les crachements 
et la faiblesse de sang. 

Margarite, reine marguerite L., Manchette, Caïe, queue de 
chat, Luxembourg. — Reine marguerite, grande marguerite. — 
l'yrethrum lencanlliemum L., Composées. 

Mariolaine(Remacle Fusch). — Marjolaine. Sampsucus. — 
Origanum major ana L., Labiées. Est maintenant plus fréquem- 
ment employée dans les cuisines que dans les officines. 

Maroupe. — Marrube vulgaire. — Mariubium vulgnreL., 
Labiées. La lige et les feuilles sont laineuses. 

Massoque, Luxembourg; Huurdon, Borin. — Jacée. — 
Ceniaiirea jaceaL. , Composées. Plante très conunune.lleuris.sant 
en juin-septembre. 

Mastouche, bra&a délie, capucennc. — Cresson des Indes ou 



— 164 — 

du Mexique, capucine. — Tropeolum majus L., Tropœolées. On 
semble ignorer dans nos provinces, où cependant cette plante 
est en grande vogue, ses analogies avec le cresson et le charmant 
effet décoratif qu'obtiennent les Français en garnissant leurs 
salades des fleurs et des feuilles de ce légume. Cependant on 
fait confire les semences à l'instar des cornichons. 

Matrone. — Julienne, Giroflée ; violette des dames ou de 
Damas: Dodonœus 1608; violette des matrones, matrones. 
Damas. Valenciennes (Hécart, dictionnaire, Rouchi) flamand : 
Damasbloemen. — llesperis malronaUs L., Crucifères. Il y a 
deux variétés : l'une à fleurs blanches, l'autre à fleurs lilas. 

Mâvlette, voyez hlanque mâvlelte. 

Medcène di beguène, medcène di priesse L., lebe du 
ponte, Spa. - Centaurée ; petite centaurée, herbe au centaure 
Chiron. — Gentiana centaurium L., Gentianées. Toute la plante, 
qui possède une amertume prononcée, était jadis employée 
comme fébrifuge avant la découverte du quinquina. Aujourd'hui, 
on n'utilise plus que les sommités fleuries. 

Medcène Leroi, ^-fedcène de roi (corruption presque 
générale). Médecine ou purgatif Leroy. Purgatif liquide que des 
petites brochures avaient rapidement vulgarisé il y a un 
demi-siècle. Au siècle dernier, on trouvait également partout 
dans le pays de Liège des plaquettes vantant le mérite de la 
poudre purgative d'Irroé dont la vogue vient à peine de cesser. 

Mekin, racine et poudre d'œuf (Virton) ; jène rècène. — 
Curcuma. Racine de Curcuma des Indes, fort employée pour la 
teinture en jaune : cordonnier, etc. 

Mélasse, sirûpe di souk. Mélasse, résidu du raffinage du 
sucre, fort employé dans la médecine vétérinaire pour édul- 
corer les poudres et les breuvages destinés aux animaux domes- 
tiques. 

Mène di plonk, pion d'Espagne. Mine de plomb, crayon, 



— 165 — 

graphite. Chimiquement c'est du carbone et non, comme son 
aspect le fait croire au peuple, un composé de plomb. 

Mercure, vifârgint. Hydrargyre, vif argent, mercure. Le 
plus terrible, mais aussi le meilleur des spécifiques des maladies 
vénériennes. Les colporteurs vendent sous le nom de teinture 
di nickel, extrait d" nickel, des petites fioles cachetées contenant 
un liquide clair servant à nickeler instantanément, suivant 
eux, tous vos objets en cuivre. Ce produit dangereux est une 
solution de nitrate acide de mercure. 

Mèseure, musôre (Malmedy). Jadis les poids et les mesures 
devaient être scellés par la justice locale. Les mesures pour les 
liquides étaient : l'aime d'une l/'2 tonne,la tonne de 80 pots, le pot 
de deux pintes, la pinte de deux chopines, la chopine de quatre 
mesurettes. Pour les huiles, la jusse de 14 pots. Une ancienne 
mesure française usitée en pharmacie était le poiçon (posson) 
valant quatre onces. Dictionnaire des Arts et Métiers verbo 
Apothicaire. 

Mespli, L. Népié, Borin. — Néflier, flam. Mispelboom. — 
Mespilus (jermanica L., Pomacées. Les fruits : nèfles, messg et les 
feuilles sont employées comme astringentes, c'est, avec le 
décocté de plantain, un remède populaire contre la diarrhée. 

Mi-fouye, /i/èfte rf/sodâH.— Millefeuille, herbe aux coupures, 
aux charpentiers, aux voituriers, aux militaires; sourcil de 
Vénus. — Achillea millefulium L., Composées. Petite plante à 
feuilles très diviséeSjSetenant près du sol et à fleurs blanches ou 
rosées, formant bouquet au haut d'une tige. Fraîche et hachée 
ou mâchée, elle cicatrise les blessures léî];ôres; son infusion, dit 
le peuple, arrête les pertes de sang de toute espèce. 

Minthe, pastille. — Menthe poivrée, fl. peppermunt. — 
Mentha piperita L., Labiées. La plante et la pastille faite avec 
son essence sont fort employées contre les dérangements 
d'estomac. 



— 166 — 

Miole, Mœlle. La mœlle de bœuf sert à faire des pommades 
fort réputées comme fortifiant la chevelure. 

Mistére. Mystère. Nom donné à toute substance dont le 
possessear fait un secret, se dit surtout en parlant d'appâts 
pour la pèche : essence d'amandes amères, d'anis, d'aspic, 
avoine bouillie, coque du levant, etc. 

Mohe. — Mouche d'Espagne, mouche cantharide. — l/doé" 
vesicalorius L., Coléoptères. 

Moksa (Forir), moxa. Mèche faite avec des duvets de 
plantes. 

Mordant. Mordant. Substance destinée à faire adhérer, 
mordre une matière sur une autre. 

Morelle. —Morille. — MorcheUn esculcnta. Champignons. 
Comestible. 

Moron. Diverses plantes servant à la nourriture des petits 
oiseaux portent ce nom : 1" li blanc Moron, Mouron blanc, 
mouron des oiseaux, morgeline, morsus gallina, Ahine média 
L.,Caryophyllées à fleurs blanches et à feuilles cordées ovales ; 
2° // roge moron, loquin, Hainaut, mouron rouge, li bleu moron, 
mouron des champs. Anagallis arvensis L., Primulacées à fleurs, 
ayant la corolle rose, rouge ou bleue, venant à l'aisselle des 
feuilles opposées. 

Mort aux vers (Virton). Semen contra. 

Mossai d'châgne, pulmonaire L., Mossirai, Luxemb. — 
Lichen pulmonaire, pulmonaire en arbre, pulmonaire du chêne, 
herbe aux poumons. — Lichen pulmonanus L. Expansions en 
croûtes rugueuses, à réseau marqué, d'un blanc gris sale par- 
semé de tâches vertes, dont on se sert dans les maladies du 
poumon, concurremment avec les deux suivantes : 

Mossai, Lichen. — Mousse ou lichen d'Islande. — Pliyscia 
islandica D. C. Lichénées. Expansion foliacée, rameuse, d'un 
brun fauve ou grisâtre, coriace, mucilagineuse. 



— 167 — 

Mossai blanc, mossai (Vmer, blanc moussé (Morlanwelz). — 
Lichen carragheen, mousse d'Irlande, mousse perlée marine. — 
Fucus crispus, L. Algues. Cryptogame à divisions dichotomiques, 
corné, élastique, d'un blanc jaunâtre, insipide, formant avec 
l'eau 5 à 6 fois son poids d'une gelée très consistante et insipide. 
Cette gelée sert aux falsificateurs pour faire les sirops dits de 
fruits, des confitures, etc. 

Mossai d' vier, mossai d'mer po les vier. — Mousse de mer. 
Mousse de Corse (par corruption : mousse d'écorce). — Sphœro- 
coccus helmintochorton, Agardh. Algues. Plante dure, de 
couleur gris rougeâtre, à filaments enchevêtrés, dichotome. 
Longtemps on l'a utilisée comme vermifuge. 

Mostâde, L. moustarde (Morlanwelz). — Moutarde noire, 
moutarde grise. — Sinapis niifra L., Crucifères. Plante à fleurs 
jaunes en longues grappes. Son fruit (silique) contient de très 
petites graines (wall. grainette) rondes, rougeâtres, à odeur 
faible. En pulvérisant cette graine, on obtient la farine de 
moutarde; voyez f arène di mostâde. Privée d'huile grasse, elle 
constitue la base des Sinapismes de Rigollot : blanque èplâsse di 
mostâde, sinapis, rigollot. 

Mostâde (blanque). — Moutarde blanche, moutarde 
anglaise. — Sinapis alba L., Crucifères. Les graines sont plus 
grosses et d'un jaune clair. Elles constituent un remède 
populaire : 1 cuillerée à café le matin à jeun, contre la gastrite 
et la constipation. Elle sert à préparer la moutarde alimentaire. 

Mostâde di champ L., Senel. Luxemb. — Moutarde des 
champs; Sénevé. — Sinapis arvensis, L. Crucifères. Sa graine, 
avec laquelle souvent on falsilie la moutarde noire, ne possède 
aucune énergie. 

Mostâde di capucin ; Mostâde du d'jvau (Spa). — Moutarde 
des moines, des capucins ou des Allemands, radis de cheval, 
raifort sauvage. — Annoracia, raptianum rusticum, (Àichleana 
armoracta L., Crucifères. Crande plante, à feuilles de la base 



— 468 — 

amples, obloiiiJîucs et dentées, à lleurs blanches (mai-juillet), à 
souche renflée, charnue, très développée. Celte racine est 
antiscorbutique, stomachique et pectorale, le peuple l'emploie 
ou râpée", avec du sucre noir fondu, ou confite en tranches 
minces dans du vinaigre. 

Savage mostâde, mostâde di hâije. Nom donné à diverses 
plantes à saveur piquante, exemple : le velar, voyez hièbe di 
chanteu, etc. 

Mouche. Nom donné au sparadrap vésicatoire à base de 
mouche cantharidê. 

Muralli, Muret, L. Meiiret, meuret, Mons Muraillez, meuret, 
jalofrenue a pursui, violette du kioaremm' (Spa), Ginofrée, picard 
et lorrain. Génojrée, Valenciennos. Cambresis. Luxembourg 
wallon : Dasnoy. Muret, Valenciennes. — Violier jaune, giro- 
flée jaune, flam. geel violieren. Dodonœus ; muurblom, grofl"e- 
Her — CheiraiUlms (arabe, cheiri ; grec, avBoç), cheiri, L. Cru- 
cifères. 

Murguet, muguet. — Muguet de mai, lys des vallées. — 
Convallaria majalis, L. Asparaginées. Plante printanière for- 
mée de quehjues feuilles oblongues et de fleurs blanches odo- 
rantes en grappe. Employée scientifiquement comme remède 
des maladies du cœur. 

Musse. — Musc, — Mimulus moschatus, L. Scrophulariées. 
Petite plante à fleurs jaunes, dont l'odeur musquée écarte les 
mouches. 

Musse. Moskion. Musc. Parfum pénétrant provenant de 
l'animal du même nom. 

IV 

Navai, L. Naviau, navia, Borin. — Navet. — Brassica napus 
L. (Crucifères. Un des assaisonnements du pot au feu. Râpé cru, 
le peuple l'emploie en cataplasme contre les maux de gorge. 



— 169 — 

Navette, L. GoJza, Borin (Colza - Brassica campestris, L. 
Crucii'ùres (la véritable navette est une espèce très voisine). 
Elle donne des semences noires servant à la nourriture des 
oiseaux et contenant la moitié de leur poids d'huile : ûbi di 
navette, voyez ce mot. 

Nawai, namvai L. Navia^ Mons. Amande du noyau. L'in- 
térieur des noyaux {pirette) de certains fruits : cerise, prune, 
abricot, pèche, recherché et mangé par les enfants. Une trop 
grande quantité absorbée pourrait déterminer des accidents, 
à cause du contenu en acide cyanhydrique. Les gamins 
s'amusent souvent à user sur 2 faces des noyaux de prune ou 
d'abricot de façon à provoquer deux trous qui correspondent, 
alors seulement, ils en extraient Tamande et le noyau vide leur 
sert d'appeau. 

Némoscâde, L. Lémoscâde (Hock). Mémouscdde (Lux. wal. 
Dasnoy, dictionnaire 1858) Amou-<cate, Rouchi. Aînouscade, 
amouscaye. sf. Borin. Mémoscade Verv. — Noix de muscade. — 
Myrislka moschala. Thunb. Myristicées. Outre sonusage comme 
condiment et comme aromate, il sert en médecine populaire de 
révulsif bénin pour les rhumes des enfants : épiasse di papi et 
d' chandelle avou del némoseade. 

Neuhe, neuhette,L. xAt'u, Malmedy. — Noisette. Voyez C(îr. 
Maintes fois, on vient demander au pharmacien de remplir une 
noisette de mercure, sans vouloir en indiquer l'usage. L'ouvrage 
intitulé : La médecine, la chirurgie et la pharmacie des pauvres. 
Paris 1839, par a un professeur?» renseigne le remède suivant 
comme souverain pour conjurer l'aura epileptica: Une noisette, 
remplie de vif-argent, enveloppée d'écarlate et pendue au cou 
d'un cpileptique. 

Neuhe di galle. — Noix de galle (du Quercus infcctoria), 
flam. galnoten. La poudre grossière sert dans la teinture en 
noir et dans le pseudo-damassage des canons de fusils. Voyez 



— 170 — 

Neur, noir. 

Neur bâr, voyez bdr. 

Neur Cou L. 1° llaring, iurin, erin à cause de l'odeur. 
Bonn. — La carie des blés, — Ttlletia caries. Ustilaginées. 
Champignon dont on préserve le blé par le chaulage ; 2° Tar- 
treïe (Malmed.) Baron. Rouchi et Borin, — Nielle des blés. — 
Lyclmis ghitago , Lamk. Garyophyllées. Elle porte aussi le nom 
de niguion, nid'wii qui désigne à proprement parler la semence 
qui est noire (nigrum). Cette plante, abondante dans les mois- 
sons, donne en juin-juillet, des fleurs purpurines. 

Neur vrassin, neur clâ, dm dieu. — Seigle ergoté. — 
Sclerotium clavus. D C. Nectriacées. Champignon qui, surtout 
sur le seigle, se substitue au grain en afiectant la forme d'un 
ergot, noir à l'extérieur, blanc bleuâtre à l'intérieur. Sa poudre 
{ponde di sège dame) est journellement employée par les accou- 
cheuses. 

Nûle (cf. allem. nudel, pâte) et Nieulle Rouchi, pain à 
cacheter, bas latin nebula, oublie). Hostie, pain à chanter, pain 
azyme, oublie. Pâte de froment, s'amoUissant par l'eau, servant 
à envelopper les médicaments solides à saveur désagréable 
et à les introduire dans les voies digestives, sans que le goût 
en soit alfecté. 

O 

Odeur, f^ssence, parfum. 

Œil de grue (Morlanwelz) flam. Kragen ooge. — Noix 
vomique. Fruit en disque aplati du Strychnos nux vornica, L. 
Strychnées. La poudre de noix vomique mélangée à de la 
viande (boket, L.) empoisonne les animaux qui l'absorbent : 
corbeaux, renards, etc. Son emploi comme tel est général 
dans les campagnes belges. 

Ognon. Oignon, bulbe en général. 



— 171 — 

Ognon. — Oignon. —AUium cepa, L. Liliacées. Aliment bien 
connu. Iléduite en pulpe par la cuisson, puis additionnée d'am- 
moniaque, elle forme un cataplasme fort employé par le peuple 
contre les maux de gorge ; c'est un remède dangereux. On sait 
que la a pelure * teint les œufs en brun. Le suc d'oignon 
constitue une encre sympathique. 

Ognon d'mér. — Oignon de mer, squille, scille mari- 
time. — Scilla maritima, L. Liliacées. Le peuple l'emploie 
contre riiydropisie, après avoir, au préalable, fait macérer le 
bulbe dans du vin blanc. Ce même bulbe pilé avec du fromage 
détruit les rats et les mulots. 

Ole (latin, oleum). Absolument se dit comme en français de 
l'huile d'olives, Ole d'olive, base d'une foule de préparations 
culinaires et pharmaceutiques. A l'intérieur, on emploie comme 
fortiliant Thuile battue avec du vin (formule du Baume Sama- 
ritain) ou avec du cognac et un jaune d'œuf; ce dernier 
mélange surtout est en grande réputation auprès du peuple 
liégeois. 

Ole d'amande. Huile d'amandes douces. Remède devenu 
populaire des maladies de l'appareil auditif. 

Ole antique. Parfumerie. Huile de ben ou d'arachides 
aromatisée à l'essence de bergamotte. S'emploie au lieu de 
pommade pour lustrer la chevelure. 

Ole d'aspic. Essence d'aspic de la LavanduLa spica. Labiées. 
Sert comme appât pour la pèche, entre dans plusieurs remèdes 
populaires anti-rhumatismau.x et préserve les vêtements des 
teignes. 

Ole di croton, par corruption aie di creton ; huile de croton 
par corruption huile de croûtons. Son emploi externe, provo- 
quant sur la peau une éruption de boutons est populaire ; quant 
à son action purgative interne, elle n'est pour ainsi dire 
cjnnue que scientiliqucment. Les journaux ont relaté naguère 



— 172 — 

raccident mortel provoque par l'ingestion de cette huile 
mélangée à du genièvre en guise de farce, à Battice. 

Ole di camamelle. Huile de camomille. Huile d'olives 
dans la'quelle on fait infuser des fleurs : 1" de camomille 
romaine, ôle di dobe camamelle, 2" de camomille vulgaire, ôle 
di Savage camamelle. 

Ole camphrèye. Huile d'olives dans laquelle on a dissout 
du camphre, souvent employée pour résoudre des engorge- 
ments. 

Ole di feu d'ii. Huile d'olives ou huile de colza épurée dans 
laquelle on a fait macérer des fleurs de lys blanc. {Lilium Can- 
didum, L.). C'est le remède populaire le plus en vogue contre 
les brûlures. Son analogie d'action et d'apparence ont fait 
donner ce nom au Uniment oléo-calcaire. 

Ole di frumihe, Fourmis mises à macérer dans l'huile 
d'olives, remède populaire contre le rhumatisme. 

Ole di fa"we, voyez Fawe. 

Ole di gèï, voyez Gèï. 

Ole di Harlem. Huile de Harlem, Célèbre remède d'ori- 
gine hollandaise, constituant encore pour beaucoup de per- 
sonnes, surtout dans les campagnes, la panacée des gens et des 
bêtes. 

Oledi lawri. Voyez lawri. 

Ole di lin. Huile de lin. Sert à confectionner différents 
onguents et sert de base à la peinture. L'addition d'essence de 
térébenthine, de bioxyde de manganèse ou de litharge, la rend 
siccative : ôle siccative. 

Ole di navette, rabette. Huile de navette, ne diffère pour 
ainsi dire pas de l'huile de colza avec laquelle on la confond 
souvent. Cette huile jouit d'une grande vogue contre les brû- 
lures et cuite, contre les engorgements, les fluxions, etc. C'est 



— 173 — 

l'agent culinaire indispensable des bouquettes et des crostil- 
lons. 

Ole di neuhe. Huile de noisettes. Dans les Ardennes, quand 
les noisettes sont surabondantes, on en exprime une huile 
comestible, à saveur douce et agréable, mais rancissant vite. 

Ole d'olive, oie di Provence. L'huile par excellence. Outre 
ses usages alimentaires, elle joue un grand rôle dans la confec- 
tion des huiles composées, des onguents, des cérats et des 
emplâtres. 

Ole di pétrole, huile de pierre (Virton) par corruption ôle 
di petrâde. Au début des arrivages américains, comme on ne 
pouvait se faire à l'origine minérale du produit, nombre de 
personnes, abusées par la similitude de noms, croyaient cette 
huile extraite de la betterave (petr die, petrâde), comme les huiles 
de navette, de lin, chènevis, etc., le sont des graines du môme 
nom. C'est un remède populaire contre la gale et le rhumatisme, 
tant des animaux que des humains. L'espèce colorée en rouge 
est celle que l'on préfère comme médicament. 

Ole di papi. Huile de papier, pyrothonide. En faisant 
brûler sur une surface froide (marbre) un cornet de papier, on 
obtient une huile pyrogénée, brune, remède populaire des 
douleurs d'oreille et des dents. 

Ole di dobe psivoir, ôliei te (ancien français olivette, petite 
huile). Huile d'œillette. Huile douce, comestible, extraite des 
semences du pavot (papaver somniferum). 

Oledipèhon, ôle di trâne L. (Thran signilie morue dans 
tous les idiomes du nord), Imile de peclwn Morlanwelz, huile de 
baleitie, Orp-le-Grand. Huile de foie de morue. Naguère on uti- 
lisait les huiles des cétacés : baleine, phoque, etc. C'est un 
remède dont les effets toniques sont universellement connus. 
Le terme wallon rarement employé : oie di molowc, dérive du 
vieux français huile de molue. 



— 174 — 

Ole di saint Lorint. Huile que l'on va chercher à !a cha- 
pelle de saint Laurent pour guérir les boutons du visage et du 
cuir chevelu chez les jeunes enfants (ma d' saint Lorint). 

Ole di pid d' bouf, Ole di machitie. Huile de pieds de bœuf. 
Epurée, elle sert à huiler les machines à coudre. 

Ole di q"wate sôre,L(Cf. huile de cinq). Mélange d'huile de 
laurier, de térébenthine, d'huile de camomille et d'huile cam- 
phrée ou de produits analogues, constituant un remède popu- 
laire contre le rhumatisme. 

Ole di raisin, corruption presque générale, huile de 
ricin. Les Français disent de même huile d'Henri cinq. En- 
fants, nous avons tous connu cette huile purgative que la 
sollicitude maternelle nous obligeait à avaler en dépit de nos 
grimaces. Le plus étrange en ceci, c'est l'existence d'une huile 
de raisin, douce et laxative, extraite des pépins du raisin. 

Olmint (latin oleamentum). Il en existe une quantité consi- 
dérable, les formules variant à l'infini. Citons à Liège ceux 
de Kips et de Lepiemme. 

Olmint di tô les ma, guérit tout. Guérit tout, onguent 
diachylon gommé. 

Olmint d' clâ, tâblète di clâ. Onguent brun, onguent 
de la mère Thècle, fort employé pour mûrir les clous, furoncles, 
abcès, etc. 

Olmint di dobe savon, emplâtre, bâton de savon double. 
iNoir, à odeur forte, souvent usité en applications sur les cors. 

Olmint vert d'hémorrhoïde. Onguent populeum de 
couleur vert foncé, à base de bourgeons de peuplier. 

Olmint di saint Fiacre. Onguent de saint Fiacre. Terme 
de jardinage. Mélange de bouse de vache et d'argile dont on se 
sert pour panser les arbes écorcés. 

Opodeldoch, par corruption : on po del drog, ôle di boule 



— 175 — 

dogue. Baume opodeldoch liquide, esprit de savon et de 
camphre. Son nom d'ùle di boule dogue est peut-être une rémi- 
niscence de l'huile de jeunes chiens (oleum catellorum) jadis 
réputé dans les cas de sciatique et que l'on obtenait en faisant 
cuire, dans l'huile, de jeunes chiens vivants avec du roma- 
rin, etc. L'opodeldoch sert également comme anti-rhumatismal. 

Or. Or. Une croyance populaire veut que des chaussettes 
dorées attirent à elles tout le mercure absorbé par les syphili- 
tiques et empêchent son action néfaste sur l'organisme. 

Orcanette. — Orcanette, alkanna. Racines de VAnchusa 
timtoria, L. Borraginées. Nos armuriers « faiseurs à bois » 
utilisent sa décoction dans l'huile de navette, qui se colore en 
rouge pourpre, pour imbiber les crosses de fusil et de révolve*'. 

Orèye d'âgne, voyez Crasse rècenne. 

Orèye di Juda. — Tremella auricnla. — Oreille de Judas. 
Champignon venant sur les vieux sureaux. 

Orèye ôilive, doucette, fntite salade, salade di grain. — 
Oreille de lièvre, doucette, mâche, valérianelle. — Valeria- 
nella olitoria. Poil. Valérianées. Les fleurs sont blanc bleuâtre, 
en bouquet, les feuilles entières. Ces dernières constituent la 
première salade printanière. 

Orèye di sori, orèye di ra^ Noms donnés à l'épervière, hie- 
racium murorum et à Vhieraciinn auricnla. Les noms d'oreille de 
lièvre et d'oreille de souris sont donnés en France âlabuplèvrc 
et au sedum album. 

Orange.. Orange. Souvent donnée aux malades pour les 
rafraîchir. L'expression parfois employée : itie pomme d'oranche 
est à rapprocher du flam. appelsien. 

Osmondi. Orge mondé. 

Où, cocà. Œuf. Le jaune, jèiie d'où, moïou est souvent em- 
ployé pour émulsionner des huiles : olives : mayonnaise culi- 
naire, ricin, morue et pour faire le « lait de poule ». Le peuple 



— 176 — 

s'imagine que le jaune est la partie la plus fortifiante de l'œuf 
et que le blanc ne possède aucune force. Le blanc ou partie 
albumineuse est au contraire fort nutritive, mais de digestion 
difficile*, voilà pourquoi le médecin ordonne le jaune, faci- 
lement assimilable, aux personnes affaiblies. Po fé Iratver o« 
blan lieu, chouqui-le divin in ou crou ou mollet et leyz-l'y jusqu'à 
tant qu'i trawe Remède populaire liégeois. 

Ouye d'ange. L. et V. U d'ange (Malmédy). — Myosotis, ne 
m'oubliez pas. — Myosotis palustris L. Borraginées, Plante 
venant au bord des eaux, à fleurs bleues en bouquet. 

Ouye du bou (Spa). Voyez Arnica. 

Ouye du chet (Spa). Voyez Cledjet. 

Ourtèye, L. Quecharde, Lux. Ortile, Hainaut. Les piquants 
portent le nom de hodion à Malmédy. — Ortie grièche. — 
Urtica iirens L. Urticées. Elle a été employée comme remède 
(en flagellations) dans les rhumatismes, le peuple s'en sert 
encore aujourd'hui pour cet usage. Les simince d'ourteye font 
partie des 7 sôr po f jïve laine. 

Ourtèye blanque, L. et V. Molinail, Spa. — Ortie blanche, 
ortie morte. — Lamium album L. Labiées. Plante à port d'ortie et 
à Heurs blanches irrégulières. Ces fleurs blanches sont, sans 
doute par analogie, employées en infusion contre les flueurs 
blanches et son usage s'est étendu à toutes les affections de 
l'appareil génito-urinaire féminin. 



Patience, padronne. Poralle; peau de roniie, Lux., Parièle, 
Piouchi. — Patience, rhubarbe sauvage, parelle. — Piumex acu- 
lus, L. Polygonées. La racine épaisse, brune en dehors, jaune en 
dedans, considérée comme purifiant le sang, est assez fréquem- 
ment employée par le peuple. 



177 



Pagnagna, Horin. — Aya pana. — Eupatorium aya pana. 
Composées. Plante de l'Ile de France dont les feuilles aro- 
matiques sont' aujourd'hui tombées dans l'oubli. 

Pai. — ■ Peau de chevreau; basane; peau de chien, sur la- 
quelle on étend les emplâtres. 

Pai d'an"wèye. — Peau d'anguille. Le peuple prétend 
qu'une peau d'anguille, placée en guise de jarretière autour 
de la jambe, prévient les crampes de ce membre. 

Pai d'autruche. — Nom corrompu, toujours employé pour 
désigner la baudruche. On désignait d'abord sous ce nom la 
seconde membrane de l'intestin du porc, actuellement se dit 
aussi de la gulta-percha laminée, qui par son peu de conduc- 
tibilité et son imperméabilité, conserve l'humidité et, le cas 
échéant, la chaleur des cataplasmes et des pansements. 

Paike, lidrpike. .1 //jo/o:, Maubeuge. — Poix. 

Pailètte di terre. — Les onguents populaires doivent 
pour être efficaces, se faire dans un poêlon en terre neuf. 

Paillette di fier, vulgairement : poudre di fier en paillelte. 
— Tarlrate ferrico-potassique. 

Palette. — Spatule, couteau spatule. 

Palette di bièrgi, voyez Malelte. 

Payinne (bolèye du), Verviers. — Potion réconfortante, 
pour accouchée, à base de teinture de cannelle. 

Panâhe ou panade. L., Paleneie, Malmedy. J'atenée, 
Ardenne, Pnslenalc, iiorin. — Panais, — Pastinaca saliva L.Om- 
bellifères. La racine blanche, à saveur douceâtre, s'emploie cuite 
avec du sucre et du vinaigre contre l'asthme. (Rem. popul.) 

Pan d'COUCOU. — Coucou. Pain de coucou. — Cvuliis accto- 
sella L. Oxalidées. Plante sans tige, à feuilles semblables à celles 
des trèfles, à fleurs blanches ou rosées (avril-mai;. ïa- jeune 
pan d'cuucou, oxalide droite, Oialis slricla L. donne ses fleurs 

12 



— 178 - 

jaunes de juin à octobre, i.es feuilles de ces deux espèces ont 
un goût aii^relet (acide oxalique) agréable, bien connu des 
enfants qui fréquentent les bois. 

Pan d' pourçaî. — Pain de pourceau, Umbilicus Veneris 
(Fusch 1541). — ( yclamen europeeum L. Primulacées. Plante 
cultivée actuellement comme plante d'agrément, dont on faisait 
jadis un onguent très recherché : onguent d'arthanite. 

Pape (du flam. même signif.). Moilrou, Malmedy. — Papin, 
cataplasme, voyez ce mot. 

Papi d' mohe. — Papier tue-mouches. 

Blanc papi d'têche. Moirt papî, papî (nombâr. — Papier à 
filtrer, papier Joseph. 

Papillon vert. — On désigne et on délivre sous ce nom h 
Namur l'onguent de laurier, cependant le terme tronqué me 
semble directement dérivé de populeum qui est aussi un on- 
guent vert. Ce qui confirme ma supposition, c'est ce que je 
trouve dans le dictionnaire rouchi de Hécart, vert pouplion, 
onguent populeum. Va-t-en querre du vert pouplion pour 
encrassier tes hémourouUea. 

Pâquî L. Paquette. Lux. — Buis. — Buxus sempervirens L. 
Euphorbiacées. Le peuple désigne sous ce nom une feuille res- 
semblant assez bien à celle du buis : c'est la feuille del'Uva ursi 
ou raisind'Ours, ArctoslaphyUosuva ursi, L. Ericinées, employée 
comme diurétique. 

Pâquî d'pucèlle, pervinche. — Pucelages, pervenches. — 
Vi}iea major et vuicn minor L. Apocynées. Plante à feuilles per- 
sistant en hiver, assez semblables à celles du buis, à fleurs 
bleues (avril-mai) en forme d'entonnoir. En France, le peuple 
s'en sert pour faire partir le lait des nourrices. 

Parasol. - A,naric élevé. 

Pas d'âgne. V^yez Uièbe di saint Joseph. 



— 179 — 

Passe. PAte. Passe di ionjou se dit par corruption pour ;ȉ.s'sg 
di jujube. 

Passe fleur, piltalle è Ici (Spa). — Anémone des bois, sylvie, 
renoncule des bois. — Aneuioue iiemorosa L, Runonculacées. 
Plante i;rêle, à fleurs d'un blanc rosé solitaires et terminales 
(avril-mai), très commune dans nos bois. Son suc acre est assez 
dangereux. 

Passe v'iour. Couchât Vosges. Couchiri, coucher ieu Meuse 
et Luxembourg wallon. — Anémone pulsatille, coquelourde, 
fleur de Pâques, pas.se-velours. fleur des Dames ou du 
vent. — Anémone pulsatdla L. Très rare à l'état naturel dans 
notre pays : sud de la province de Namur, elle est très cultivée 
h cause de la beauté de sa fleur (avril-juin), d'une belle couleur 
violette. 

Pastille, pastille. 

Patte di chèt. — l'ied de chat. — (Inaphalium dioïcum L. 
Composées. Petite plante cotonneuse à fleurs blanches et 
roses. Fait partie des quatre fleurs pectorales. 

Pavoir {jiHit). Voyez cokliko. 

Pavoir (pavoir, ancien français), pavaur, pawè, GGGG. 
Olivette ancien français: olicUe Picardie, ouyette Mons, Mor- 
lanwelz, olivulte, chanolte : Meuse. — Pavot. - Papaver som- 
niferum L. Papavéracées. Cultivée chez nous comme plante 
d'ornement. La lète de pavot (latin codion), liesse di pavoir L. 
liesse d'ouyelle, Hainaut est trop souvent employée là où les 
femmes travaillent au dehors (Nord de la France, Hainaut, 
Liège, Flandres), pour provoquer chez les enfants à la mamelle 
un sommeil factice pendant l'absence de la mère. Cette cou- 
tume est on ne peut plus malsaine et dangereuse. On leur 
donne parfois aussi le sirop fait ave.: 1\ xlrait de cette capsule : 
sirop diacode qui est tout aussi néfaste quant à l'action sur 
l'organisme : sirope di pavoir, doinnaiil. 



— 180 — 

Pèchalî, voyez Ardespene. 

Pègne. — Chardon à foulon. — Dipsacus fnUonum. L. 
Composiies. 

Pèhon. — Poisson.— Uivorses espèces de poissons onl été 
employées en médecine et le peuple s'en sert encore : tanche, 
anguille, fiel de carpe, etc. Sous l'influence de certains milieux 
ou de certaines circonstances, plusieurs peuvent devenir 
vénéneux (') et déterminer des accidents assez graves. 

Pèhon d"'avrî. l'oisson d'avril. — Sont légendaires en 
pharmacie Il's ùle di bresse (oleum brachii), li pihotte di canari, 
H simince di bàbe, l'ôle di rose (dont coût 2 francs le gramme) 
po 5 cens dans une immense bouteille de 5 ou 10 litres et 
// roge se qu'on sème so V cowe des mohon po l's attraper. 

Pèlotte L, pèlatte Hainaut. — Ecorce. — Pèlotte di citron, 
d'orange, di curaçao, di sa, di saou. Ecorces de citron, d'orange, 
de curaçao, de saule, de sureau. 

Pènêye,smOM/"(flam. Snuif: cfSchnouff=tabac. Dictionnaire 
d'argot de l'an VIII par Leclair). — Tabac à priser, tabaciis 
ptarmicus. Peneie viendrait-il de panacée, jadis plus fréquem- 
ment employé que le mot tabac: G. Everaerts : De herba 
panacea, quam alii tabacum, aliipetun aut nieotianam vocant. 
Antwerpiœ 1587. Le tabac était alors en telle vogue qu'on le 
considérait comme panacée universelle ainsi que le prouve le 
Traité du tabac par Jean Néander de Leyde traduit par Jacques 
Veyras, a avec son usage pour la plupart des indispositions du 
corps humain, livre très utile à ceux qui voyageants (sic) n'ont 
moyen de porter quantité de médicaments b Lyon Barth. 
Vincent 1020. On connaît l'anecdote sur Fagon, premier médecin 



(') Hectifioiis an passant h donnée généralement admise que venimeux se dit des 
animaux et vénéneux des plantes. Venimeux se dit des êtres animés se servant 
consciemment des poisons qu'ils possèdent tels certains serpents, certaines plantes 
carnivores ; vénéneux se dit des êtres empoisonnant inconsciemment : moules, 
belladone, cantharide etc. 



— 181 - 

de Louis XIV, (|ui, il;uis une contorenco fulminait contre le 
pctun et, à chaque période, puisait dans .sa tabatière une 
copieuse pincée de l'herbe sur laquelle il lançait l'anathôme. 

Blanque pènêye. Prise blanche. — Poudre sternuta- 
loire composi'e d'asaret, de bùtoine, d'ellébore, d'iris, etc., qui 
guérit les maux de tète et les rhumes de cerveau a en déga- 
geant celui-ci ». 

Pèn'ter. — Priser, — Absorption de substances liquides 
ou solides par la muqueuse nasale se dit souvent du tabac, 
aussi du camphre, du tannin, de l'eau sédative, etc. 

Pépin d' coin, L. Pipian d' coin, Luxemb. — Semence de 
coing. — Pyrus cydonia, !.. Pomacées. Elles contiennent un 
mucilage abondant que les femmes du peuple utilisent, en 
mélange avec du cognac, contre les crevasses du sein ou pour 
fixer les cheveux. 

Pépin d' Saint Jean. Caroube, fruit du Caroubier. — 
Ceratonia siliqua, L, Césalpinées. Recherché par les enfants. 

Péquet. ~ Getiévrier. — Jiniiperus commwiis L. Gupres- 
sinées. Joli arbrisseau de nos bois, rameux dès la base, à feuilles 
linéaires verticillées par 3 portant vers mai des cônes en forme 
de baies assez semblables à de grosses myrtilles : peu d' péquet 
L. et V. Pois de péqiié (Morlanwelz), qmin d' péquet COrp-le- 
Grand) Le peu|ile les utilise comme diurétiques après 
macération préalable dans du genièvre. L'art culinaire en fait 
aussi grantl usage comme assaisonnement des grives, etc. 

Pérvinche, voyez Pâqui d' pucelle. 

Péta. — Se dit en général de tout légume venteux : hari- 
cot, si;orsonère, etc , etc., et plus spécialement de la poudre 
de noix de galle qui, infusée dans le café et ingérée oblige le 
buveur à dt-rouler une gamine el'explosions aussi formidables 
qu'involontaires. 



— 182 - 

'Pètvêide, pét râle, pctmtte (S^a), voyez oie di pétrole. — 
Le blocus continental a fait découvrir la valeur saccharifère 
de cette plante. Le. jus de betterave cuite, additionne de 
vinaigre-de vin passe dans le peuple pour guérir sûrement les 
bronchites. 

Pétrai, Luxemb., voyez Sorbier. 

Pèturon, Botèye, cahoute (Fleurus). Potiron, courge. 

Feus. — Globules homéopathiques. 

Feus d' maqu'ralle. — Baies de la morelle, voyez Aboti au 
mol Douce amère. 

Pois d' cautère. — Pois à cautère destiné à entretenir la 
suppuration d'une plaie. 

Feus d' ratte, L. Purge. Luxemb. Graine de t' tiou. Rou- 
chi. — Euphorbe épurge. — Euphorbia lathyris, L. Euphor- 
biacée à tleurs vertes, juin-août. Les euphorbes possèdent un 
suc (latex) blanc fortement purgatif d'où le nom de lait de 
loup qui leur est donné dans le Luxembourg et de wolfsmelk 
dans les Flandres. 

Feu d' Saint G-érâ, v. Pèyone. 

Feus turc, peus d' troue. — Maïs, blé de Turquie. — Zea 
mais, L., Graminées. On en fait une farine alimentaire, farine 
de mais, maizena. Les stigmates de maïs forment un enchevê- 
trement de longs poils roux dorés, d'où leur nom de tignasse 
dipeus d' troue; ils servent comme diurétiques. 

Peure. — Poire. 

Feuve. — Poivre. — Fruit du piper nigrum, L. Pipéritées. 
Le poivre blanc est du poivre noir privé de son écorce. Tous 
les poivres passent pai tout pour être aphrodisiaques. 

Peuve d'aivre, L. — Poivre d'eau — Polygonum hydro- 
piper, L. Polygonées. Sa saveur est acre et brûlante. Une 
espèce voisine, la persicaire Polygo7iu,m persicaiia esl dési- 
gnée dans le Hainaut sous le nom de Gibouré. 



- 183 - 

Peuve d'Espagne, peuve di Cayenne, rogc peuve. — 
Poivre de Guinée, d'Inde, de Cayenne ou d'Espagne, corail des 
jardins, piment des jardins, piment rouge, piment enragé, 
capsique Capsicum annnum, L. et Capsicum frutcsccns, 
L Solunées. Fruit rouge allongé usité journellement aux 
Indes et chez nous pour relever le goût des sauces (Karri 
indien, potage oxtail, tête de veau en tortue, etc.), et des 
conserves : oignons, cornichons, etc. l.e plus souvent le 
poivre d'Espagne se rapporte au capsicuni (nniuum et le poivre 
de Cayenne au Capsicnnt frutcsccns. Le vrai piment, toute 
épice, piment de la Jamaïque spéce di manèche, L., espèce de 
cuiséne, poure clou (poudre de clous) Rouchi Myrtus pimenta, 
L. Myrtacées dont le fruit ressemble en plus gros au poivre 
ordinaire et dont Tusage s'est perdu chez nous possède une 
odeur et une saveur tenant beaucoup du clou de girufle. 
On donnait également le nom iVcspècc, épice au piment royal 
Myrica cjale, L. Amentacées à saveur prononcée de poivre. 

Pèyone, pione (dans presque tous les dialectes wallons) — 
Perlipan (Dour), Rose du djau (Spa) (cf. rosa asinina, Bauhin 
1591).— Pivoine, herbe Sainte Rose (cf. Sancta Rosa, Bauhin), 
id. Rosa Sancti Georgli), flam. l'ioen. Pœnia officinalis L, 
Renonculacées. Les fleurs, grandes et rouges, portent le nom de 
roses Notre-Dame, roses bénites ou saintes. La variété qui 
donne les semences noires, luisantes est dénommée P. femelle, 
celle à semences rouges, P. mâle. Dans le pays de Liège, le 
peuple fait avec les semences (peu di Sin Géra), des colliers de 
dentition destinés à prévenir les convulsions et à faciliter la 
pousse des dents. Voici comment on procède : on prend 
3"2 graines, on les fait tremper 24 heures dans de l'eau bénite 
puis on les enfde sur de la soie rouge, au moyen d'une aiguille 
n'ayant jamais servi. — Cette croyance existe déjà dans Pline 
et est reproduite dans les auteurs arabes. Sa graine ou sa 
racine, cueillii; au di^aut de lune, pctuiue au col et applitjuée 
sur les poiiiuels ou seule avec guy de chesne, est |)ivserv.ilir 



— 184 — 

singulier contre le mal de Saint-Jean. —XVI*" siècle La Maison 
l'ustiqiir, 4* édit. 

Phosphate. — Phosphate de chaux servant à faire des 
engrais chimiques. Ce mot est devenu rapidement célèbre 
depuis que la découverte de ce sel dans des terrains à Rocour, 
Bicrset, Aubel, etc., a déculpé la valeur du sol et y a conduit 
une armée de mineurs phosphatiers. 

Picèye. — Pincée, pugillum. —Mesure approximative pour 
les herbes : Mettez ine bonne picèye di thé d' Saint Germain 
po 'ne dimêye jatte di hollante aiwe. 

Pichalit, Rouchi, Hainaut — Nom commun à beaucoup de 
renonculacées à fleurs jaunes. 

Pichoulit, pissioti au Ut. Rouchi voyez Savage cécorèye. 

Pîd d'â"we L, V. Patte deglenne Borin. — Herbe aux gout- 
teux, œugopode podagraire JEgopodiwm podagraria L, Ombel- 
lifères. Fleurs blanches (juin-juillet), jadis la plante a été 
réputée comme antigoutteuse. 

Pîd d' leu, eawe di leu, catve di nm.— Pied, griffe ou patte 
de loup, soufre végétal, iycopode à massue, flam. Wolfsklauw 
Lycopodium clavatum L, Lycopodiacées. Plante des Ardennes 
dont les pèlerins entourent leurs cannes au retour de Saint- 
Roch. Les sporules ou semences qu'elle contient servent de 
pouss'lette (voyez ce mot) et les artificiers les utilisent pour 
produire des éclairs au théâtre. 

Pîd d'orèye. V. Agaric des bois. 

Pièrsin L, Persin Hainaut peraiv, piersin. Rouchi.— Persil, 
Apiinn petroselimum L, Ombellifères. — Ses semences pilées 
sont depuis longtemps employées pour guérir les maux de 
(lents et d'oreille, voyez Johanni Seulteti armamentarium chi- 
rurgicum, p. 233. On dit fîgurément d'une personne sale : 
a qu'on sèm'reu bin de pièrsin divin ses orèye. » Le persil, 
considéré comme alimentaire, a souvent donné lieu à de funestes 
erreurs parsuite de sa ressemblance avec le 



- 185 - 

Pièrsin sâvage L. Prrsin sauvage Mons, Pièrsin mâhait 

Malniedy, 6-0///'Namur, .Sf///" Orp-lc-Grand — Petite ciguë, faux 
persil, ciguë des ']d.v&'\nQ.—Acthusa cynapium L, Ombelliteres. 
On donne le nom de sofflette, persil sauvage au chœrophijllum 
sylvestre L. Ombellifères à fleurs blanches. 

Pièrsin d' Macidône. — Achc ou persil de Macédoine. 
Bubon Maceilonicum L, Ombellifère dont les fruits servaient 
contre l'épilepsie. 

Pihotte. — Urine. Le peuple en fait la base d'une foule de 
remèdes, contre les maladies de la vessie surtout. A jadis joué 
un grand rôle médical. 

Pihotte è lét L. Pihette è lét Verviers, Burre, fleur au 
beurrerions, Beurrin \vcsnes, bassi7iot Vosges Godinot Meuse, 
(Labourasse) Pied de poule à cause de la forme de la feuille d'où 
pourpie Meuse, Popi L. GGGG, Poupeie Verviers. — Jaunet, 
bouton d'or, pot au beurre, bassin d'or, patte de crapaud. 
Noms donnés aux Bammeulas aeris L, B. repens L, Ban. 
bulbosus également confondu sous le générique : bouton 
d'or à fleurs jaunes d'or (mai juillet). Le peuple emploie la 
racine pilée comme rubéfiant et pour produire des ulcères 
factices. 

Pil L, Pilure Borinage SL Pilule. PU po n'aller, pil po 
prugi : pilules purgatives. Pilules â vif ârgin : Pilules mercu- 
rielles de Sédillot importées en Belgique par les voyageurs de 
commerce français; pil Dehaut, pil d'enhau, pilules purga- 
tives du D' Dehaut, etc. 

Pilon. l'art'ois à Liège, presque toujours à Mons, signilie 
le mortier et son piluii. 

Pimpurnelle L et V. Piperiirlle Rouchi. - Pimprenclle, 
Sangiiisorbe PimpinelUi, Poterium sanguisorba L, Sangui- 
sorbées. Cette plante était jadis en grande vogue médicale. 



— 186 - 

Pinçaî, sm. — Pinceau En pharmacie on utilise surtout 
ceux à poils de blaireau : pour les yeux ; ceux en poils de 
chèvre, pour appliquer la teinture d'iode et pour la gorge (ils 
sont a'or:? montés sur bâtonnet de cèdre ou sur fil d'argent). 

Pinsêye (sâvagc). — Pensée sauvage, violette tricolore. — 
Violii tricolor L V'iolariéos Plante souvent annuelle à fleurs tri- 
colores Le peuple l'eslime antiscrophuleuse et antiherpétique. 
On la faire cuire et avec la décoction on lave les enfants qui ont 
la croûte de lait. Sous son influence interne, l'urine acquiert 
l'odeur fétide de celle du chat. 

Pintaî, pinte. — La pinte contenait 64 centilitres et le 
pintai 32 ou '25. 

Pire divine, pierre de rien (Virton). — Pierre divine. 
Lapisdivinus seu ophtalmicus. Pharmacopée liégeoise, 1741. 
Mélange verdâtre de sulfate de cuivre, alun et camphre que 
le peuple fait fondre dans l'eau en guise de collyre. 

Pirre di se. — Pierre de sel, sel brut. Bloc de cristaux brun 
foncé qu'on place dans les pigeonniers et dans les étables. Les 
animaux qui en sont fort friands, les lèchent et sont alors 
incités à boire. 

Pirre à sôder. — Pierre à souder, chlorhydrate ammo- 
nique en masse qu'on emploie pour souder le zinc, etc. 

Pirre di souf, di camphe, etc. -Soufre en canons, camphre 
en morceaux, etc. Pirre se dit de toute substance pharmaceu- 
tique entière et dure à pulvériser. 

Pirre di vin. — C'est le tartre brut en gros cristaux rou- 
geâtres tels qu'on les retire du vin. 

Pirre infernale. — Pierre infernale, nitrate d'argent. En 
français, on entend fréquemment demander de la mitraille 
d'argent ou du mithridate d'argent. 

Pirre ponce, par corruption /?/;r d'éponche.—Vierre ponce, 



- 187 - 

pumex. On l'emploie entière pour lisser la peau; en poudre 
pour poncer les bois et comme dentifrice. 

Pirre di touche. — Pierre de touche. Pierre à Tusa^je des 
essayeurs d'or et d'argent. 

Pirre s. f. — Doradille cétérach. Asplcnium ceterach L. 
Fougères. On la trouve assez rarement, mais en grandes 
quantités dans ses habilalions. Pectorale. 

P'tite pirre. — Rue des Murailles — Asplenium rutamu- 
raria L Fougères. Elle croît en petites touffes d'un vert glauque 
dans les fentes des vieux murs, p. ex. rue Maillart à peu près 
en face de la rue St-Mathieu. 

Pirrette, pierettc (Hainaut). Noyau de fruit. 

Plante di moirt, poison âx paye; sinagré (Mons). — 
Jusquiame noire, jusquiame commune, mort aux poules. — 
Hyosci/anius nigcr L Solanées. Plante d'un vert sombre, livide, 
velue, à fleurs jaunâtres lignées de brun ou de noir. Cette 
plante est très vénéneuse, k petites doses, elle possède des 
propriétés sédatives. 

Plantraîne. — Plantain commun, plantain à larges feuilles, 

— Plantago major L Plantaginées. Ou en fait une tisane contre 
les hémorrhagies de toute nature et contre la diarrhée. Son 
eau distillée a longtemps servi d'eau capillaire, on donne l'épi 
contenant ses semences ainsi que celui du Plantago média 
comme nourriture aux oiseaux en cage afin de favoriser leur 
mue. 

Plantraîne d'aiwe. — Fluteau plantain, plantain d'eau. 

— Alis ma plantago, L. Alismacées. 

Plâsse ou pldtc. Plâtre. Sert à fabriquer des bandes plâ- 
trées pour pansements. 

Plataî, rabat-jôye. — Blanc d'eau (guidon des apothicaires 
1Û78). Nénuphar, populaire français Unifa, nénufar blanc. — 



- 188 — 

Nympliœa alba, L. Nymphœacôes. Plante aquatique vivace à 
feuilles à long pétiole et à limbe ovale entier aplati sur l'eau, à 
grandes fleurs blanches llottantes et solitaires. Elle passe pour 
antiaplw'odisiaque d'où rabat-jôye de même que \e janct,jenne 
platai, jaune d'eau 1578. Jaunet d'eau, nénufar jaune, nufar 
mascula. Nufar ou nymphœlutea L., à fleurs jaunes qui est 
beaucoup plus commun dans la province de Liège, alors que le 
blanc prédomine dans les Flandres. On prétend qu'on entremê- 
lait de graines de nénufar les mets des personnes vouées à un 
célibat forcé ou volontaire. Aujourd'hui les rabat-jôye sont 
chimiques et s'appellent bromures, camphre, valérianates et 
morphine. 

Plope, poupli Morlanwelz, poupier Mons. — Peuplier noir 
ou franc. — Popuiiis nUjra, L., Salicinées. Les bourgeons 
(mars) servent à faire Tonguent populeum. 

Pos, — grain, graine Malmedy cf. Pos, pois Rouchi. 

Poison, petion.— Poison. Prudence est mère de la sûreté se 
dit le peuple en voyant une plante ou une drogue inconnue, 
dans le doute abstenons-nous d'y toucher. Les substances de 
couleur foncée : pourpre, vert ou noir passent surtout pour avoir 
des propriétés vénéneuses. Déjà chez les Romains, on disait : 
Eic niffcr, hinc tu Romane caveto, 

Poleur (désignait en 1541 (Fusch) la. mentha pulegium, L , 
pouillot encore aujourd'hui en llam. polei). Sauvage pilé N. 
Pouli, Luxemb. — Serpolet - Thymus serpyllum, L , Labiées. 
C'est un bon remède populaire contre les rhumes. 

Poli L., Thym, Thymus V. L. Spa. Pilé N. Poï Malmedy 
Polué, pouyé Mons — Thym vulgaire, tin, pote. — Thymus 
vulfjaris L., Labiées. Arbuste nain cultivé. Usité comme 
infusion pectorale et surtout dans l'art culinaire. On en extrait 
une essence contenant de l'acide thymique, thymol, désinfectant 
à odeur agréable. 

Politure. — Politure,en caustique. Solution de cire jaune et 



— 189 — 

d'orcanette dans l'essence de térébenthine. Elit- sert à lustrer 
les meubles en acajou. 

Ponte-è-cou, pochette, pice-cou, plaque Madame L., V. Spa. 
Pûuya(Spa.) Achèye Ilesb. A ffî iclie id. Cawè Malmedy Caiwi, 
houio Nam. Wiot Luiemb. Wio Houchi. lo, io campion Mons io, 
uio Borinage — vieux français Fusch 1541 : Glouteron tire- 
lardon ; glouteron, herbe aux teigneux {hierpe d'tegueux 
Rouchi en partage avec le cliapaid'aiwe. Dogue. — bardane 
— Arctium happa L. Composées. Plante très commune, à 
feuilles très grandes (d'où bardane italien barda, couverture 
de cheval), à fleurs purpurines en grappe lâche terminale. 
L'involucre qui entoure la véritable fleur a ses folioles externes 
à pointes recourbées en hameçon, c'est ce que les gamins 
jettent sur les habits des passants d'où les noms wallons et 
flamand. On utilise toutes les parties de la plante comme 
sudorifiques, les feuilles cuites calment les démangeaisons 
dartreuses et la racine est comestible comme celle du salsifis. 

Poraî sm. — Poireau ou porreau — Alliuyn porrum, L. 
Liliacées. Il jouit d'une grande réputation populaire comme 
diurétique : on le fait cuire, on boit l'eau surnageante et avec la 
partie semi-liquide on fait un cataplasme sur la vessie. 

Poralle, voyez Patience. 

Porsulaine. — Pourpier, pourcelane. — Vortidaca olera- 
cea, L. Portulacées. Plante potagère, purgative à forte quantité 
et qui, dans l'esprit du peuple, passe pour « éteindre le feu 
du corps ». 

Portion, Borinage. — Potion. Médicament destiné à être 
bu (potus). 

Posson. « Mesures en usage en pharmacie : le poiçon 
conlienl i onces, le '/i poiçon deux onces. » Dictionnaire des 
Arts et .Métiers, Paris, Lacombe, 17G7, t. I, et Larousse. 

Potasse. — 1" Carbonate de potasse brut, fondu avec de l'eau 



— 190 — 

otde la cire jaune elle tonne le cirage pour parquet. '2« Carbonate 
de potasse épuré, sel de tartre, entre dans la composition de 
certains pains d'origine thioise : brezel ou bredzel. Quant à la 
potasse dénommée lehive, lessive, c'est la lessive de potasse 
rarement employée ; on utilise en son lieu et place Vesprit de 
savon. 

Potègî. Malmedy. — Droguer; fer ine pharmac'rèye di 
seoir, dvouktiner, L. 

Potiquet (tlam. diminutif poteke). Pot, petit pot avec 
légère idée de dénigrement. 

Poude. Poudre, paquet ou prise. 

Poude à l'anis po prugî, poude di rocoulis. — Poudre 

de réglisse composée, purgative. 

Poude à trimper, prussiate.— Poudre à tremper, prus- 
siate de fer et do potasse, ferrocyanure de potasse gros cristaux 
jaunes dont la poudre paraît blanche. Les ouvriers s'en servent 
pour donner une trempe supérieure à leurs outils d'acier. 

Poude di botte, poude di savon.— Talc de Venise, sert 
de glissant pour faciliter l'introduction des pieds et des mains 
dans les bottes et les gants, de pousselette pour les enfants, etc. 

Poude des capuchins(Morlan\velz) ponte di capucin L. 

— Poudre de staphysaigre. Parasiticide. 

Poude di châtrou, kermès. — Poudre des Chartreux, 
kermès. Poudre brune pectorale. 

Poude di coti. — Poudre brune purgative à base de jalap. 

Poude di démangeaison. — Poudre de démangeaison, 
pois à gratter (par corruption et souvent : poil à gratter), pois 
velus. Doliclios seu Mucuna pruriens Légumineuses. Ce sont des 
poils fauves qui enveloppent les pois noirs dans la cosse et qui, 
placés sur la peau, occasionnent un prurit insupportable. 

Poude di roi. — Voyez Medcenne de roi. 

Poude di riz.— Poudre de riz employée comme cosmétique 



- 491 - 

pour calmer le feu du visage produit par le rasoir et comme 
aliment. 

Poude di fier. -Poudre de fer, oxyde rouge de fer Remède 

devenu pui)ulaire contre l'anémie. 

Poude di vier, poudre pour les vièches (Virlon).— Poudre 
vermifuge à base de Santonine. 

Poude di violette. — Poudre d'iris à odeur prononcée de 
violette, sert à parfumer. 

Poude di voyageur, poudre de voyageurs. Les voyageurs, 
dans leurs parcours sont souvent exposés ù des afTections de 
l'appareil génito-urinaire, ils se soignent alors commodément 
au moyen de cette poudre formée de nitre, de réglisse et d'anis 
en poudre. 

Poude po châsler 1' grain. —Poudre à chauler. — On se 
servait primitivement de chaux, d'où le nom; actuellement on 
se sert de sulfate de cuivre qui persiste et préserve le grain de 
reproduction des larves d'insecte et des caries. 

Pougnèye. — Poignée. Manipulus. Mesure approximative. 
Ine poufjuèi/e di gros sépo fer on bagne dipîd. 

Pougnet. Epicarpes. Po l'five laine, etc. Enveloppe de 
toile blanche que les guérisseurs de lièvre lente placent aux 
poignets en même temps que le frontal de toile bleue à la tête. 
On y met le plus souvent un mélange de semences d'orties, ail, 
levure, jaune d'œuf, camphre, cloportes écrasés vivants et 
fleurs de bouillon blanc : les sept sore. 

Poummâde. —Pommade.— Mélange de graisse et d'autres 
substances actives. 

Poummâde camphrêye. — Pommade camphrée.— Sou- 
vent employée et dans les cas indiqués par Raspail. 

Poummâde di Condé. — Pommade ;\ l'oxyde rouge de mer- 
cure souvent prescrite par notre célèbre uculisle liégeois de 
Condé et rapidement vulgarisée. 



— 192 — ^ - 

Poummâde po les ch'vèt. — Graisse aromatisée d'es- 
sence et colorée, pommade pour les cheveux, 

Poummâde di rose.— Gérât labial, pommade de roses. Se 
débite en tablettes pour guérir les crevasses des lèvres. 

Poummi, sm. Peumier, Rouchi. Pommier. Pomme ;Peiim, 
Rouchi ; Pun, Borin. ; Peugn, Mons. — Pomme. — Le trognon 
porte le nom de Chaquiran Luxemb. 

Les valves cornées qui entourent les pépins portent en 
Rouchi le nom à'arèque, fafiote. 

Poupâ lôlô, pâpà lolo,boukai. —Son nom vulgaire de 1541 
a été traduit dans Fusch par Sacerdotis virile. — Pied de veau, 
Gouet. Arum maculatum L Aroïdées. Plante vivace à souche 
traçante, à spathe blanche roulée en cornet au milieu duquel 
se dresse le spadice violet. On utilisait jadis le tubercule gros 
comme un marron. 

Poupèye, sâvage poupi. — Pied de poule, voyez pihotte è 
lé. C'est aussi le nom du lamier rouge. 

Pourazine (Mons). — Poix résine. 

Pourçai d' cave, pourchau; couchet sinfjlct N, Pourciau 
single (Mons). — Porcellion, porcelet de Saini- Xnioine, onisciis 
ascellus, armadillo. Petit crustacé terrestre jadis fort vanté 
comme diurétique. La médecine populaire les emploie encore 
pour la fabrication des pougnet. 

Pourète (Mons). Petit paquet de poudres médicamenteuses. 

Pousslette. — Poudre à poudrer, substance en poudre très 
fine dont on se sert pour poudrer les parties excoriées de 
l'épiderme. Dans la province de Liège, on distingue 1° li 
b langue pouss'lette, amidon pulvérisé ou talc (poute di botte); 
2" li jeune pouss'lette, poussive di pi d' leu (Salme : // Houlo) 
lycopode dont l'emploi est préférable en ce sens que le lycopode 
est imperméable aux liquides aqueux ; 3" poute di vi bois, 
pourète, aubin. Rouchi, provenant des bois vermoulus et 4" la 



' - 193 — 

poudre de liège ou de bouchons improprement appelée 
subérine. Dans le Hainaut, on se sert aussi de céruse et le 
nouet de mousseline qui contient la poudre porte le nom de 
pop i nette; pope Liège. 

Pratte. — Agarics des champs et des bruyères. 

Précipité, par corruption persiperte,poumâde di précipité. 
— Précipité, pommade au précipité. A Liège, on entend surtout 
par là la pommade mercurielle ou onguent gris ; à Virton on se 
sert dans le même but anti-parasiticide et sous le même nom de 
la pommade au précipité rouge. 

Preune, prone Bodn, prune Malmedy. — Fruit séché du 
Prunus domesticus L, Amygdalées. Le pruneau fournit une 
marmelade souvent donnée aux convalescents. 

Prizeure, maire Malmedy. — Présure, mulette dans la- 
quelle on met du sel et dont on se sert pour coaguler le lait. 
Voyez acide di pnzeure. 

Prugi. — Purger. — Dans les villages à houillères où l'élé- 
ment ilamand est pour ainsi dire prédominant, on dit bofji, 
pochi au lieu de prugi. Le flamand a le terme populaire spring 
dans le sens de notre a la vavite ». Ex. : Springkruid, euphorbe 
épurge, plante purgeant violemment. 

Purgatif Leroy. Voyez Méd'cenne Leroi/. 



Quassi, bois amerÇVicion). Bois de quassia dont la décoc- 
tion imbibant un papier sucré tue les mouches. Employé 
aussi comme apéritif, surtout en gobelet. 

Quatelet, capelet Mons, stroupia Fleurus, troclet Luxcmb. 
— Trochet de noisettes, etc. 

Queue de chat. (Arlon). - Prêle. — Equisetum. Equisé- 
tacées. Voyez Bise. 



194 



Quinine (ponde, pill lU). — Sulfate de quinine connu comme 
remède énergique des fièvres et des névralgies. 

Q"wate. — Quatre. — Jadis ce chiffre, comme celui de 7, 
passait pour provoquer d'heureuses combinaisons (restes de 
Sabéisme} : il y avait les 4 fleurs, les 4 racines, les 4 farines, 
etc., etc. 

Qwate fleur. Thé di qwate fleur. — Fleurs ou espèces 
pectorales : guimauve, mauve, bouillon blanc et pied de chat. 
Formule variable. 

Rabat-jôye. Voyez platai. 

Rabrouhe, revlouhe,ravronheh.Raveleuque Rouchi. (Ra- 
vehisses en Montois signifie mauvaises herbes). — Ravenelle 
des moissons. — Raphanns raphanistrum L, Crucifère à fleurs 
jaunâtres, veinées de violet. Le terme verzou, versous con- 
vient mieux au Sinapis arveyisis L., qui est une espèce voisine. 

Racahout. — Racahout. Mélange alimentaire de cacao, 
sucre vanillé et farines qu'on fait prendre aux petits enfants et 
aux convalescents. 

Raffiner. Corruption presque générale pour afiner. — Ré- 
duire un liquide par évaporation, concentrer. Mettez inepou- 
f/nèj/e di lichen so 'ne pinte d'aiwe, fez-V boure, et leyiz-V 
raffiner jusqn'à ine dimèye pinte. 

Rainette. Voyez bêche di gimve et sirôpe di rainette. 

Ramonasse (L,V,N); 7'emola Houchi; raimolasse, rémou- 
lasse. Mons. — Radis noir. Raphanus sativus L. Crucifères. 
Le remède populaire contre la coqueluche consiste à creuser 
le cœur du radis, emplir la cavité de sucre candi qu'on y laisse 
24 heures, puis, au bout de ce temps, recueillir et boire le 
liquide sirupeux formé. 

Ranombe, raimonk. — Renoncule en général et le plus 



— 495 — 

souvent renoncule mnltiflore. — RaniDiciihia poli/tintlinnus L. 
Renonculaciées, Fleurs jaunes (mai-août). Plante des bois dont 
la forme à feuilles peu découpées, en larges lobes : Ranuncu- 
lus nemorosus D C est la plus fréquente. 

Ranonke, ranompe, renonke, ralongue GGGG Renôpe 
Verv. Rcnomjue, ernongiic Valenciennes. — Renoncule des 
jardins. — Ranuncidns asiaticus L. 

Nota : La similitude que les fleurs des renoncules terrestres, 
d'une part, et des renoncules aquatiques, d'autre part, ont 
entre elles, les tendances que ces fleurs ont à double^, les 
modifications que subissent les feuilles en font des plantes de 
détermination difficile pour le peuple, d'où la confusion entre 
les espèces. 

Ranombe 6.'aivwe,bliuic ranombe, ranombe di sanquiss L. 
— Renoncule aquatique. Herbe aux écre visses. Herbe aux cra- 
bosses (écrevisses) Meuse. — Ranunculus aquatilis L. Renon- 
culacées. Mêmes propriétés que les autres renoncules. Elle 
est remarquable par ses fleurs d'un blanc d'argent et ses feuilles 
polymorphes selon qu'elles sont immergées ou émergées. Au 
déversoir de l'île aux Osiers, je l'ai entendli nommer hièbe di 
comuye. 

Rampioule, crampioule, rampe L. V. Spa; Rampruelle 
Rouchi ; rampoele Maubeuge ; rampruelle Mons, rampieule 
Thuin; rampe Luxembourg cf. rampille Haute Normandie. 
Noms donnés à toute plante qui grimpe en rampant : lierre, 
clématite, vigne vierge, etc. 

Rasure de Granat (Fusch 1541). — Écorces du Punica 
Granatum, Malicorium, souvent encore demandées il y a quel- 
ques années contre la diarrhée. Elles sont astringentes. 

Rliébâre. — Rheupontic <Rha-ponticum) Fusch 1541. Rhu- 
barbe. Depuis très longtemps connu comme purgatif et digestif. 
On le prend sous forme de poudre, de pilules, de racines cou- 



— 196 — 

pées (mâchées) et sous forme d'élixir avec du vin ou du ge- 
nièvre. Le peuple affectionne particulièrement cette dernière 
préparation et les bonnes femmes en prennent une petite goutte 
le soir avant d'aller dormir. C'est du reste un excellent mé- 
dicament, 

E m'rhebar comme à l'ordinaire. 
ThéAte ligeois : Les hypocondes, 3" acte. Scène I. 

Rècène L. V. Sp.; rachène Rouchi. — Racine. Absolument 
se dit dans la province de Liège de lu carotte. Baucus carotta 
L., Ombellifères. Sa couleur jaune fait que le peuple, par sym- 
pathie, l'emploie cuite contre la jaunisse, 

Rècène. Galanga. — Les charlatans qui parcourent les 
marchés et les campagnes viennent demander cette racine sous 
ce nom, mais les acheteurs ne la connaissent que sous le nom 
de Rècène di peuve, breime rècène, rècène di ma d'dint. 
Cette racine souvent bifurquée, à cicatrice, d'un jaune brun, à 
odeur et à saveur aromatiques, provient de VApinia galanga 
(Amomées) de l'Inde. Le peuple l'emploie aussi râpée comme 
céphalique. 

Rècène di diale, Hagneure di dial (Gothier) ; Morsure du 
diale, Verviers. — Tormentille potentille, blodrot. — Tormen- 
tillaerecta L. Rosacées. Racine de la grosseur du doigt, brune 
en dehors, rougeâtre en dedans. Klle est très astringente, d'où 
son emploi en médecine. Les campagnards du Luxembourg, 
qui la désignent sous le nom d'herbe de feu, l'emploient contre 
les maux d'yeux. 

Rècène di fravi, voyez Fravi. 

Rècène di Go-wland, voyez Hièbe di Saint Roch, année. 

Rècène di Gow^land mâie, L. ; herbe de feu, Borin. — 
Racines de Bryone. Couleuvrée. Vigne blanche, navet du diable, 
navet galant. - Bryonia dioïca, L. Cucurbitacées. Plante grim- 
pante. La racine très épaisse, en forme de navet et grosse 



— 197 — 

comme une tète d'enfant, est un purgatif violent jadis fort usité 
en médecine. C'est un remède populaire énergique et souvent 
employé contre l'hydropysie, contre les affections vésicales et 
rhumatismales. Ce remède est bon, mais doit être exactement 
dosé, car un excédent de la drogue serait dangereux. 

Rècène di Saint-Esprit, voyez Angélique. 

Rècène di souke. — Girole, ctiervi. — Siiwi sisarnm, L. 
Ombellifères, n'est renseignée dans aucune flore belge sauf 
dans hezaack. Serait donc cultivée à Spa ? 

Forir donne le nom de recette di souke au Salsifis blanc ou 
commun. 

Rècène di violette, rècène di Guimauve. — Racines 
d'Iris de Florence, racines de violette. Rhizùine do VIris Flo- 
rentina, L. Iridées répandant une odeur agréable de violettes. 
On utilise la racine décortiquée en guise de hochet masticatoire 
pour les enfants qui « font leurs dents ». On emploie aussi des 
hochets en os, en caoutchouc, en verre ou en cristal taillé et 
ondulé : dintelo (dent de loup), Kouchi ; baibelle di vculc, Lize- 
Seraing. 

Registrom, voyez Blanc bâr. 

Reine di pré, bâbe di (jatte. Reine des prés, flam. Geite- 
baard Spirea idmaria, L. Rosacées. Plante herbacée venant 
dans les endroits humides, à fleurs blanches odorantes. Remède 
scientilique et vulgaire fort vanté et, non sans raison, comme 
diurétique et antirhumatismal. 

Remonke. Borinage, Remonk, Ermow^/?*^, Rouchi. Renon- 
cule, voyez Ramombe. 

Rhum, Rhum. Liqueur fortement alcoolique considérée à 
tort dans le peuple comme le meilleur remède contre le choléra 
asiati(jue. On l'emploie encore en grogs contre le rhume et, ;\ 
l'extérieur, en frictions contre le rhumatisme. 

Rinhin L. ; Hehin, Verviers ; Rosin (Fusch 1541, L.); 



— 198 



Rosm Malmedy ; Ro„jh,, Bonn. Raisin, fruit de lu vigne 
Excelle,u aliment pour les convalescents. Les établissements 
de Hoeylaert en produisent des quantités, luttant honorable- 
ment comme qualité et viotorieu..ement comme pri.x avec les 
rajsins français. 

Riz, Riz. - Orizit saliva. ~ L. Graminées. L'eau de riz seule 
ou aveccamielle.estun bon remède populaire contre ladiarrhée 
^.gart raconte qu'un jour dans une ép.démie de dyssenterie; 

2StT^'"l' ""'"'"' ''''^'■'" '' "^ à un Framerizou 
oelu c, m chercher de l'eau du rie et guérit. Dès lors. Pian du 
ne tut en grand renom et l'épidémie s'arrêta. 

Rocou, - cirage pour planchers (Virton), Rocou, matière 
crante rouge, soluble dans les corps gras, sert à . ind e ! 
cire a parquet et le beurre (en mélange avec le curcuma). 

se t°rf!„ ~ '^'"'^'' *^'™'" °" '^'"'^ ■^" ^°'^ "^^ '^'•ésil dont on 
se sert pour se maquiller. 

Roge âmônl. Framboisier voyez Amôni. 

Roge gruzalll, voyez Gruzalli. 

Roge rèsponce, voyez Bètche M growe. 

nal^ L, Labiées. Plante cultivée à feuilles raides à fleurs 
violettes petites, utilisées comme pectorales et dans l'art cul ! 

mf^Tl *■ ÎT^^' "'""<" '■»"■ L V et Spa; Heupmi L, 
Rosse d .56.«.fe Rouchi, rosse, d'capnie B,.v,.i. __ Rosier sau 

vage, églantier. -«,,„,«,„■„„ L, Rosacées. Ses fleurs'roses 
roses .de chien ou de haie (jum) sont suivies de fruits rouges ■ 
cynorri.odon, gratte cul, cynobaste heupon L V et Spa ■ capron 
Mons pun rf' capron Rouchi, astringents avec lesquei; oT fl' 
sa,tjad,s «ne célèbre conserve médicinale. L'espèce de pomme 
mousseuse qui se remarque souvent sur les égLtiers et qu 



— 199 — 

porte le nom de bédégar, éponge d'églantier, fungus cynobasti 
bâbe du bon Din Spa est duc à la piquùre d'un cynips. La 
racine a longtemps passé pour guérir de la rage, d'où le nom 
de rose de chien. 

Roquette, Mons voyez Hièbe di chanteu. 

Rose du d'jvau voyez Pmie. 

'Rosed'lngipe, résida, rose d'Egipe. - Réséda cultivé. La 
Gaude, réséda sauvage réséda luteola L, Késédacées porte le 
nom de rézette. Elle donne ses fleurs en épi de juillet en août. 
Le réséda passait pour calmer (resedare). 

Rose du mer. — Rose d'outremer, rose trémièrc. — Althea 
ou alcea rosea L, Malvacées. Possède les propriétés émollientes 
des Malvacées. Son pollen a servi à colorer le sirop et la con- 
fiture (gelée) artificielles do groseilles. 

Rosi. —Rosier. Les pétales ou feuilles de rose, foye di rose 
de la rose de Provins rose rouge rosa rubra, servent à faire le 
sirop du même nom : sirôpe di rainette. 

Rowe, L V Spa; Rœnlx Rouchi.— Rue ou r.'iue des jardins, 
rue fétide. — Ruta graveolens L, Rutacées. C'est le remède 
populaire le plus employé contre les maux de govge: Ji li a 
mèttou de lard avou de i rowe è hatrai. Les femmes du peuple 
le considèrent comme un violent abortif et croient qu'il est 
défendu de tenir cette plante chez soi. Aussi la cache-t-on 
précieusement et le propriétaire se montre-t-il avare de sa 
dispensalion. — Prenez une figue et une viése gaughe (noix) et 
un peu de rœulx, tout mangez ensemble est singulier remède 
contre la peste. Remède de S. Leboucq dans Hécart. 



Sa, Sau, sauche Rouchi. - Saule. Sali.T — Amontacées. 
Sa bossenne, sa bressenne. —Saule blanc. —SaJi.valhaJ,. 
Un en utilise parfois encore l'écorce. 



— 200 — 

Sa minon, Minon sn, L. V. Sp. San salinque. Hainaut 
SaUcudcs. Rouchi. Saule marceau. - Salix caprea. 

Safran, sofran. — Safran. — Style et stigmate du Crocus 
sativns,'L. Iridées. On l'emploie pour colorer les liqueurs, 
pour teindre les rideaux en crème et les femmes du peuple s'en 
servent, en infusé, pour provoquer la menstruation. 

Sayen, L. V. Sayain Hainaut. — Saindoux (latin sagina, 
graisse). — Axonge, graisse de porc. C'est la base d'une foule 
de pommades et d'onguents. 

Sâklin. — Mauvaise herbe : Quel arège po tes treus 
sâklin. F. Ghaumont, Les deux wesin. Ceux qui naguère ont 
participé aux excursions botaniques de Monsieur Durand 
doivent avoir gardé le souvenir des fameux Saclinus communis, 
elatior, etc., c'est-à-dire qu'au débutant botaniste en hésitation 
devant une plante indéterminée, on indiquait un nom fantai- 
siste, entre autres le macaronique latin formé avec le wallon 
sâklin. 

Salade. — Salade. — Se dit surtout de la laitue, Lactuca- 
sativa, L. Comnosées. Celle-ci possède des propriétés sédatives 
d'autant plus énergiques qu'elle monte davantage. Il y a en 
Europe environ 18 plantes servant de salade : Laitue, chicorée, 
endive, barbe de capucin, escarole, cressons, capucine, mâche, 
pourpier, céleri, raiponce, broqucs, Rouchi, raiponse, L. V. 
Spa, pissenlit, chou, etc. 

Sansaie, ]>. V. Spa. sayette. Mons, — Petite douve, flam- 
mette Ranunculus flammula, L. Renonculacées. Petites fleurs 
jaunes (juin-octobre). 

SansoAve, s. m. L. Scmgsure, Hainaut. — Sangsue, Anné- 
lidc dont la mode, après avoir joui d'une vogue prodigieuse, 
tend maintenant à disparaître complètement. Elle a été l'inter- 
médiaire entre la lancette et la ventouse. 

Sapin, L. V. Spa, romarin, Rouchi. — Sapin. — Pinus 



- 201 — 

Sylvestris L. Abiétinées. Les bourgeons des Abiotinées servent 
comme diurétiques, aussi s'en fait-il une telle récolte en ma- 
raude et ce, au grand détriment de l'arbre, que l'an dernier le 
gouverneur de la province de Limbourg a dû prendre un arrêté 
spécial pour sauvegarder les plantations. On promène dans les 
bois de Sdpin et, dans ce sens sapin signifie abiétinées en 
général, les enfants atteints de coqueluche. Les émanations 
balsamiques de ces arbres sont, en effet, excellentes dans ce cas. 

Savage pâquî, voyez Pâqui cl' pucelle. 

Savage romarin. Gothier. — Muflier linaire. — Linaria 
vulgaris, L. Scrophulariées. Plante commune, à grandes 
fleurs jaunes à éperon (juin-octobre). Elle est diurétique. 

Savage céleri. ~ Céleri ou persil des marais, Achc. — 
Apium graveolens, L. Ombellifères. Plante très aromatique. 

Savon. — Savon. — Le savon vert placé derrière l'oreille, 
après une contusion de l'œil, empêche les yeux pochés (remède 
populaire). Placé aux pieds avec de la suie {mette des botte), 
c'est le révulsif populaire pour a dégager la tête et empêcher 
les convulsions ». On l'emploie également contre Térysipèle et 
les brûlures. — Le savon de Marseille, taillé en cônes très 
minces et introduit dans l'anus provoque les selles des enfants 
nouveau-nés. Il sert aussi en lavement. 

Savon, voyez poute di savon. 

Sawou, L. V. Spa, seusse, ine (N.), saou (Orp-le-Grand), 
seignon (V^irlon), sefin, sêf/ii, sai/n, saliu. Borinagc, seliu 
Morlanweiz. Vieux fr. seii. — Sureau, sulion, suin, haut bois, 
sureau noir. - Skinihuciis vigra L, Capri foliacées. Arbre à 
rameaux ayant une moelle blanche, i\ fleurs (juin) blanches 
très odorantes, en corynibe [dan, à baies noires. Les fleurs 
cap di saou., fleur di sawou servent de remède sudorilique 
populaire contre les rhumes de poitrine; on emploie également 
dans ce but le suc des fruits évaporés : rob de sureau, sirôpr di 



— 20^2 — 

sawou. On s'est aussi servi de l'écorce: pèlotte di sawoii L, 
pèluttc Boriii Les rameaux vidés servent aux enfants à faire 
des bouhalle L, biiqro Rouchi, canonnières. Les tronçons de 
moelle lestés d'un côté d'un culot de plomb amusent les enfants 
par leurs culbutes; macmlle L, sorcière Mons autrement dit 
ramponncau ou prussien. 

SavT'OU à roges peus, Spa.— Sureau à grappes, — Srtm/'i*- 
CHH racemosa L,caprifoIiacées.— Il difTère du sureau noir en ce 
qu'il a la moelle des rameaux brunâtre, les fleurs en grappes 
ovoïdes et les baies rouges. Il fleurit en avril-mai. 

P'tit sa'WOU,srt?mGGGG, savâge saoïi L. — Sureau yèble. 

— Sambucus ebulus L, Gaprifoliacées. — Plante herbacée à 
fleurs blanches en corymbe (juillet-août). Le peuple recherche 
les racines contre l'hydropisie, 

Sariétte L, saliiette Luxemh., saliette Rouchi. — Sarriette. 

— Satureja Jiortensis L, Labiées. 

Sarsepareille. — Salsepareille, sarsepareille. Radix Sarsœ. 

— Smilax offieinalis L, Asparaginées. — Plante sarmenteuse 
américaine qui a joui comme dépurative d'une vogue extra- 
ordinaire, déjà fort amoindrie aujourd'hui. 

Sâvion L, sauv'lon Bor \n.,savelon Rouchi. Sable.— Le sable 
des mouleurs, ayant déjà servi, est souvent employé, mis en 
coussin et chaufl'é, en applications contre les maux de dents et 
les rhumatismes (remède populaire). 

Savrri. Voyez p'tit sawou. 

Scafiette Lux. Gosse, écale, silique, scafîon Hainaut, 
hujion L. — Brou de noix. 

ScÊLpulaire. Gorruption presque générale pour capulaire. 

Se L, sai Hainaut. — Sel, sel de cuisine, chlorure de sodium. 
Il sert en gargarisme, en compresses et en bains. 

Se d'Angleterre. Sel anglais, sulfate de magnésie. Purgatif 
le plus répandu. 



— 203 — 

Se d'oseille. -Sel d'oseille. Oxalate de potasse. Ce violent 
poison, en cristaux blancs, servant à a tirer les taches de fer 
hors du linge » a souvent donné lieu à de funestes méprises par 
suite de sa ressemblance avec le sel d'Angleterre. 

Se d' souke, se po fiiirer les ceuve. — Sel de sucre, acide 
oxalique, sel pour eau de cuivre. Il porte le nom de sel de sucre 
parce qu'on le prépare au moyen du sucre et de l'acide 
nitrique. On s'en sert pour faire reluire les cuivres, après les 
avoir écurés au sable, on les repasse à l'eau de cuivre et h la 
cendrée fine ou au tripoli. Produit très vénéneux. 

Sèchaî. — Sachet, sac, cornet de papier dans lequel on 
place les herbes, etc. 

Sèche L. V, setclie Spa, satche ]<lam. , sarge Luxemb. — 
Sauge officinale. — Salvia officinnlis L, Labiées. Plante aroma- 
tique que les Romains et l'école de Salerne avaient vantée outre 
mesure comme remède universel, et qui est trop abandonnée 
maintenant. Les Chinois la préfèrent à leur thé et font l'échange 
à poids égal. Fumée, son arôme est de beaucoup supérieur au 
tabac. L'art culinaire en use encore fort souvent. On trouve 
dans les bois, la grande sauge, sauge ovale, orvale. Salvia 
sclarea L, Labiées qui fleurit comme la précédente en juin- 
juillet, mais n'est guère employée qu'à défaut de la première. 

Sène, séné. Voyez foye di sène. 

Senet Lux. — Sénevé. Voyez mostâde di champs. 

Sèwe L.,sieu Rouchi. Suif. Le suif sert à faire différentes 
pommades. Lu peuple fait avec de la chandelle (h base de suif) 
un emplâtre, sur papier gris, qu'il saupoudre de gingembre ou 
de noix de muscade et qu'il vante dans les cas de rhume; avec 
la sauge et la chandelle, il fait un onguent contre le panaris. 

Sèwe, Riseire, L. Soien. (lîouchi.) — Deuxième son plus 
lin que le lalon. i))i [ai peter de l'sewe po lès nià d'dini, alors 
ou l'mète divin onp'tit cossin et on l'tin so s'rliifc. 



— 204 — 

Siccatif. — Siccatif. Térébenthine, oxyde de plomb ou de 
manganèse, sulfate de zinc ajouté h riuiile de lin pour la faire 
sécher plus rapidement. 

Siinince d'âcolette. — Voyez Aeolette. 

Simince di capucin. — L. Ponde de eapnchin. Hainaut, 
simince di pion, simince di sporon (Orp-le-Grand). Poudre de 
cévadille. {Veratrum sabadilla. Golchicacées) ou de staphi- 
saigre, herbe au mort, purgechief {Belphinium staphisarfria, 
L. Renonculacées). Toutes deux sont confondues sous le nom 
de poudre des capucins, poudre de propreté. Les gens du 
peuple la font macérer dans du genièvre ou du vinaigre, puis 
ils se servent du liquide obtenu pour détruire les poux et 
leurs lentes. Déjà dans ce but, on employait au XVIIP siècle sa 
macération dans l'urine. N. Lcmery. Pharmacopée universelle, 
p. 74. 

Simince di peturon. — Semences de courge. Epistées, on 
en fait un looch contre le ver solitaire. Le remède populaire 
contre le ténia les fait manger fraîches et telles quelles. 

Simince di transcotte, simmc^ di Hans Cott?— Semences 
de nigelle. Petites semences noires connues sous le nom de 
poivrette, toute épice. La nigelle des champs et la nigelle de 
Damas sont confondues sous les noms de AiYi(j7ie{Spa.) Araignée 
Valenciennes Eu d'chet, Noiëlle Meuse et Vosges, pett de filère 
(patte d'araignée). Vosges. Cheveux de Vénus, Nigelle de 
Damas). Nielle des blés, Git, fleur de Sainte-Catherine, faux 
cumin, en flamand .Tuff"ertje in't groen et dans beaucoup de 
dialectes germaniques. — Nigella arvensis L. et Nigella da- 
mascena L. Renonculacées. La nigelle cultivée. Nielle des jar- 
dins, cumin noir, graine noire, poyvrade Nigella saliva. L, 
donne des semences servant d'épice aux Egyptiens. 

Simince di vier. Mort aux viers. Virton. — Semences 
contre les vers. Semen contra. Fleurs d'une absinthe de Barba- 



— 205 — 

rie. On les enrobe souvent de sucre blanc ou rose à la façon 
des anis : anisepo les vier. 

Sipriche, silimjue, siringue. L, Spitruelle (Hainaut). — 
Seringue. Le 2* de ces termes est probablement un compromis 
entre seringue et cylindre. Naguère encore dans les campagnes, 
on la remplaçait par une vessie embouchée d'un tuyau de 
sureau dont la poire en caoutchouc si employée de nos jours 
n'est qu'une reproduction perfectionnée. 

Sinagrêye, L, Chinagrée, N. Sinagraine (Virton). — Fenu- 
grec, senegrain. — Trigonella fœnumgrœcum L, Papilionacées. 
Semence à odeur forte qu'on donne aux bestiaux pour exciter 
le rut, ôlniint d' fleurette Liège. Onguent de funugrce, onguent 
d'althea. La forme corrompue fleurette a par similitude fait 
employer cet onguent contre // florette di l'oiu/e. 

Siro. Verviers. — Savon double. 

Sirôpe L. V. Cliirot (Rouchi). — Liquide épais formé de 
sucre et d'eau. 

Sirôpe d'anis. — Sirop d'anis souvent donné aux petits 
enfants pour calmer leurs coliques. 

Sirôpe di capulaire, par corruption Sirôpe di seapuliiire. 
Sirop de capillaire. Sirop employé contre le rliume et comme 
sirop d'agrément : bavaroise, etc. 

Sirôpe di citron. — Mélange titré de sucre et de jus de 
citron. 

Sirôpe di coing. — Mélange de sucre et de jus de coing. 

Sirôpe di fier. — Sirop d'iodure de fer, dépuratif et 
fortifiant. 

Sirôpe di gruzalle, L. Sirôpe de grouzelles (Mor\an\vc\z). 
Mélange de sucre et de jus de groseilles rouges. 

Sirôpe di pavoir. L, Doirniati Rouehi, Dormo (Bavai). 
Sirop de pavots blancs doué de propriétés somnifères. Voyez 
tiesse d'ouyette. 



— 206 - 

Sirôpe dMpeca, Sirôpr diPica. — Sirop d'ipéca. Antica- 
tarrhal. Vomitif à haute dose. 

Sirôpe di lumçon. — Sirop d'escargots employé contre la 
toux et la coqueluche. 

Sirôpe (Il rainette. — Sirop de roses rouges employé contre 
les rainette ou muguet des nouveau-nés. 

Sirôpe di rhebâre. — Sirop de rhubarbe. Sirop purgatit 
souvent employé pour les petits enfants. 

Sirôpe di Vanier, par corruption Sirôpe di Vanille. — 
Sirop fortifiant. 

Sitope. — Etoupe. Elle remplace la ouate et la charpie dans 
les pansements vétérinaires. Dans le Luxembourg, on donne le 
nom de seran à la filasse. 

Sizette, Towe chin, fie di rîi'a L. Y. Spa. — Colchique 
d'automne, tue-chien, tue- loup, mort chien, safran des prés — 
Colchieum autumnale, 1>. Colchicacées. Fleurs grandes,. d'un 
lilas tendre, venant en automne ; feuilles longues et dressées et 
fruit se développant au printemps. Bulbe solide. La plante, qui 
se trouve abondamment dans ses habitations : pâturages frais, 
est un poison violent. 

Skette, Borinage. — Copeaux de bois. 

Solo. — Soleil, grand soleil. — Helianthus annuus, L. Com- 
posées. Grande plante à feuilles entières, rudes, à grandes fleurs 
brunes portant des rayons d'or, à semences noires, intérieure- 
ment blanches que les gamins mangent pour avoir belle voix et 
bonne vue. 

Sologne, L. Solayne, GGGG. Sirlogne, Malmedy. — Ghéli- 
doine [vieux fr. célidone (celedonia latin du XI" siècle), fr. du 
XV" siècle, felongne Pinœus, 1561]. Grande éclaire, sainte 
Claire, herbe à l'hirondelle, felouque.- Chelidonium m(VJus,L. 
Papavéracées. Plante très commune, à fleurs jaunes (mai- 



— 207 — 

août), contenant partout un suc jaune, corrosif, propre à 
détruire les verrues. Le peuple emploie aussi toute la plante 
pilée pour guérir des ulcères de mauvaise nature. 

Song. — Sang. Nos abattoirs voient tous les jours des bu- 
veurs de sang frais ; jadis de terribles bruits ont couru au sujet 
des bains de sang humain ; et le mélange de vin de Bordeaux 
et de sang de lièvre est encore dans nos campagnes un remède 
populaire interne contre les hémorrhagies. 

Soufe, L. Sife, Verviers; Seuve, Malmedy; Souin, Hainaut. 
— Suie, voyez Savon. 

Soufe, soufe di brocale, L., ponte di brocalle, N. ; soufre 
de /;?'oa//,Orp-le-Grand. — Fleur de soufre. Poudre servant à de 
nombreux usages : contre les maladies des chiensetdes porcs, 
comme dépuratif du sang chez l'homme. Son emploi par cuil- 
lerées à café dans les cas d'angine est devenu populaire, .'i la 
suite des indications du journal La Meuse, à Liège, en 1888. 

Soufe lavé, blanc soufe. Soufre précipité. Employé 
par les chapeliers. 

Souke. — Sucre. Li neur souk andi (sucre candi noir) est 
bin meïeu qui 1' blanc po les freu. 

Souke d'orge. — Sucre d'orge. 

Souke di pot. — Sucre de pot, cassonade. 

Spaite, spiate. — Épeautre, ancien wallon spelte, Triti- 
cumspelta, L. Graminées. 

Spèce di manège. Voyez roge peuve. 

Spéculaire, colifon L, Spigulair, colofon Bor. Selon Sigart 
spigulair serait le terme employé dans les métiers et colofon 
dans les arts pour désigner la colophane ou arcanson. C'est la 
base do la cire ou goudaon à bouteilles (lugifc); les musiciens 
en frottent les cordes de leurs violons. 

Spéne. Voyez ardespène. 



— ^208 — 

Spinâ, L V et Spa, Spiuassr Hainaut Epénaehc. Rouchi. — 
Epinarii : Spinacca olemcca L, Chénopodiacécs. Alimentaire. 
Son suc est employé pour colorer les liqueurs en vert. 

Savage spînâ, L V Spa.— Epinard sauvage, chénopodeBon 
Henri, Blite, ansévïnti Clieiwpodiuin Bonus Ilenricus L, Gheno- 
podiacéeà (ou Salsolacées). Plante vivace, à fleurs en grappes 
très compactes. 

Spingel, thé (Il spinijcl L. — Spigélie, branlière, brinvillière 
Spifjelia anthelminUca L, Gentianées. Vermifuge jadis popu- 
laire à Liège, aujourd'hui fort délaissé. 

Sporon. — Eperon. Nom générique des dauphinelles, cor- 
nette, pied d'alouette {pie d'oloueUe Vosges, pi d'alouette L). 

Stache bou, L V Spa, 7'atede bœuf Lux. — Arrête-bœuf, 
bugranne, resta bovis Ouonis splnosa L, Papilionacées. Petit 
arbrisseau dressé, souvent épineux à fleurs roses inodores. 
Les racines passent pour agir favorablement sur la vessie. 

Stami, Malmedy. Hydromel double, 

Stramône, L. Voyez Hieb di makrai. 

Stron d' colon, /jo/^/mc?. — Excrément de pigeon , colombine. 
Conseillé plaisamment aux jeunes gens comme faisant pousser 
la moustache et la barbe. Ghose curieuse, ce conseil a été 
donné sérieusement par Hippocrate et Marcellus et suivi pen- 
dant des siècles. On l'emploie en cataplasme comme maturatif. 
Gomme tel son usage ne date pas d'hier, il se trouve déjà ren- 
seigné dans Galien, Dioscoride et Pline soit seul, soit avec du 
vinaigre et de la farine d'orge, également dans Bellefontaine 
1712: Stercoris columbini in spiritu vini macerati et in forma 
pultis redacti... 

Stron d' diale, kaj'ouma L V, Salfœtida Luxemb. M... de 
diable (Virton), flam. Duivelsdreck, — Asa fetida. De gustibus 
non est disputandum; cette drogue dont l'odeur forte et alliacée 



— 209 - 

nous répugne, passait pour le plus précieux des condinimls 
chez les Romains et passe encore pour tel chez les Chinois. 
Son emploi comme appât pour la pêche est très répandu. 

Sublimé. — Sublimé corrosif, bichlorure de mercure. 
Poison extrêmement violent, depuis longtemps employé à Liège 
pour le damassage des fusils et depuis quelque temps très 
répandu partout comme antiseptique (injection et pommade 
pour accouchement). 

Sucette, L V. Spa, Bîbron (Forir L,) Suclio, auchau llouchi 
Queue d' pipe Luxerab. Lésai cli Notre Demie S[)aL, — Chèvre- 
feuille. — Lonicera periclyjnenum L, Caprifoliacécs. Très 
abondant dans le bois de Kinkempois, dans les haies du pays 
de Hervé, etc. Les enfants sucent le tube floral et lui trouvent 
un goût sucré. Une espèce voisine avec laquelle on la cuiit'oiul 
est souvent cultivée; c'est le lonicera caprifolium L. On .sYti 
est servi en gargarisme. 

Sucette. — Luxembourg, Namur et Hainaut (environs de 
Charleroi) Masticatoire. Nouet contenant du sucre, du pain 
trempé au lait, etc., qu'on donne à sucer aux enfants. II existe 
pour la médecine vétérinaire des nouets contenant des sub- 
stances médicamenteuses appelés mastigadours, biou. 

Soufflure de carbeau, Hainaut. — Sulfure de carbone. 
(Essais de liltéralure boraine. Dufrane, Frameries 188G.) 
Liquide volatil, inflammable, incolore. 

Support. — l" Bandage herniaire. 2" pessaire. Uindî'de 
ou Bindlège, désigne également le bandage herniaire ou le 
suspensoir. 

Suralle, Suriclle, Rouchi; Oijclcttc, Luxemb. — Uscillc, 
surelle. Rnmex acctosa, L. Polygonées. C'est de celte plante 
qu'on retirait primilivenient le sel d'oseille. N'est plus guère 
usitée aujourd'hui que dans l'art culinaire. 

Suralle di bèrbi surète, l'.ouchi. — Petite oscille, flam. 

14 



— 210 — 

Schaapzuring — Rumcx acetosella, L. Polygonées. Feuilles en 
flèche, racines envoyant dos jets (stolons) au loin. Plante très 
répandue, fleurissant en mai-juin. 

Suralle di bèguènne, Suralle di mamzelle, L. ; Suralle 
du d(nnx.-iilc (Spa).— Oseille ronde, rume s. a écusson. — Rumcx 
scntatns,- L. Polygonées. Plante à feuilles aussi larges que 
longues, très glauque, fleurissant en mai-août. 

Suralle di chin. — Rumex aquatique. — Rumex aquati- 

cus, L., fleurissant juillet-août. 

Suralle di vache. — Rumex à feuilles aiguës, voyez 
Pddfonnc. 

Sure, Hainaut; scur, L. — Petit lait. — Bu pour obtenir de 
l'embonpoint. 

Surface di zinc. — Corruption populaire presque géné- 
rale pour sulfate de zinc. Voyez lue. 

Suzat, Rouchi. — Vinaigre surard, aromatisé avec des 
fleurs de sureau. 

X 

Tablette, Borin. f^ouchi. — Extrait de réglisse desséché. 
Se dit aussi dans le Borinage des cartes contenant de la mélasse 
cuite = tache, Gondé. Chirot, Valenciennes. 

Tablette di clâ. — Onguent de la mère, en plaques. 

Tablette di Saint-Ernelle, par corruption di Samt 
Eternelle. — Onguent citrin, pommade citrine, onguent contre 
la gale. Plaque jaune citron, solide, employée contre la croûte 
de lait et la gale. 

Taffetas, par corruption : taff-taff. — Tafl'etas. — Soie 
enduite d'une couche de colle de poisson. Déjà connu au siècle 
dernier à Liège : « On trouve chez le sieur Hamal, chirurgien 
uré, rue Saint-Adalbert, à Liège, le vrai tafl'etas propre pour 



— -211 — 

coupure, brûlure et cûntusion au prix de -20 sols la pièce. » 
1771. Brochure sur rirroé. 

Tamison, Borinage. — Tamis. 

Tarte en crème. — Corruption assez fréquente de crcmc 
(U tarte. 
Tartrie, Luxemb. — Coquerette, crête de coq. 

Teinture, teinteure. — Teinture. — Toute substance qui 
sert à colorer les bois, les étoffes, le fer, etc. Ex : anilines; 
pyrolignite fer, teinture d'acier, prussiate de potasse, sulfate 
fer, arsenic, sulfate de cuivre en solution, noix de galle en 
solution, etc. donnent, par réaction chimique, diverses teintes 
ou nuances. 

Teinture di jote, teinture dobe, teinture d'idiote, 
de riodote, de l'idiote (L et Ni, peinture d'Hyon. 
Armonak borain, p. 24; dé Viernis, L. Corruptions pour 
teinture d'iode. Naguère encore lu teinture de chou rouge, 
assez semblable à la teinture d"iode comme aspect, était sou- 
vent employée en chimie pour distinguer les acides et les bases. 
La teinture d'iode est un remède énergique des rhumes, 
angines, rhumatismes, etc. etc., aussi s'est-il rapidement 
vulgarisé. 

Tènnhèye. Voyez hieb à viér. 

Tènnhèye magritte. — Matricaire en corymbe. ~ Pfirc- 
thvuni coruNiIjotiuni, VVille Composée. 

Terque. Hainautet Rouchi. — Goudron. Voyez. Diujuvt. 

Tette di vache. L. V. Spa. — Orpin, joubarbe des vignes. 
— Seduni telephium. L, Crassulacées Plante yrasse à feuilles 
opposées, à fleurs rougeùtres. Elle est vivace l'été et émet de 
nombreux jets stériles. Ses feuilles écrasées servent au panse- 
ment des hémorrlioides et des cors On donne le nom de trttf di 
sorts à l'orpin rélléchi. Scdinn rcftcxum et celui île trijipc 
Madame (Spa; à l'urpin bbnc Seduni alluiut. 



— 21'2 — 

Thé. — Désigne non pas simplement le thé de Chine, mais 
toute espèce d'herbe employée en infusion, par exemple : Thé 
d'aise. Voyez Aisse; thé d'minthe ou thé d' pastille. Voyez 
miiithc. 

Thé de Chine. — Thé noir, thé vert. Outre son infusion 
rapide, 5 minutes au maximum, dont l'emploi comme boisson 
tend à se généraliser chez nous chaque jour davantage, le thé, 
surtout le vert, sert en infusion prolongée (15 minutes);! guérir 
les ophtalmies légères. 

Thé di Saint Germain. — Espèces purgatives de Saint- 
Germain. Purgatif dans le genre des thés Chambard, Saint- 
Thomas, etc., etc., presque tous à base de séné découpé et qui 
tous sont a(;tuellement en grande vogue. 

Teule d'arègne, aricret ou arincret L, ami toile (Rouchi). 
— Toile d'araignée. Elle est excellente pour arrêter les hémor- 
rhagies peu intenses provenant de légères coupures ou piqûres. 
Dioscoride la conseillait déjà. 

Teule phéniquèye. — Gaze phéniquée pour le pansement 
des blessures dans les ateliers, etc. 

Thymus, tin. -- Voyez Poli. 

Tièsse di chet. L. V. (Spa). — Fleur du tonnir (Spa). — 
Scabieuse des champs ou des prés, knautie — Scabiosa 
arveitsis. L. Dipsacées. Plante à feuilles opposées et à fleurs 
violettes. Toute la plante est utilisée comme remède populaire 
des maladies de la peau (scabies, gale). Une espèce voisine, 
la fleur de veuve, Scaljiosa atropurpurea, L, porte le nom de 
fleur du vève (Spa) et une autre la Mors du diable Scalnosa 
succisa, Moirt dé diale (Spa). Tradutore, traditore : je ne 
m'explique point Mors (du latin Moi'sus, morsure) traduit? par 
Moirt, mort. 

Tièsse di moirt.— Muflier, tête de mort, muflier rubicond 
Antirrhinum orontium. L, Scrophulariées. Feuilles linéaires, 



— t>l3 — 

fleurs purpurines parfois blanches. Cette plante est assez dnn- 
gereuse. Une espèce voisine : Gueuyc di lion, (iiieiii/r dl Icup, 
croît sur les vieux murs. C'est le muflier à grandes fleurs, 
mufle de veau, gueule de loup ou de lion Antirrhinum majua L. 
Le nom de tiesse du moirt, Spa a été également donné au 
grand orobanche. Orobanche major, L, Orobanchi''es. Plante 
rougeùtre, parasite, vivant sur les racines d'autres plantes. 

Tièsse d'oulliette(Morlanwelz), ticssc di pavoir L. — Tètes 
de pavot, capsules de pavot. Possède des propriétés narcotiques. 
Voyez Pavoir. 

Tinche. — Tanche Voici ce qu'en dit Van den Bossche dans 
son Historia medica leodiensis (on verra que son usage pour 
guérir la fièvre et la jaunisse ne date pas d'hier) : « Tincœ 
a habent tamen suos in medicina usus : quidam enim (ut ferunt 
a Jovius et Rondeletius) tincas scissas per dorsi longitudincm 
« pedum plantis et manium carpis applicatas, ardentis l\bris 
a fervoribus plurimuin advcrsari putarunl exsecta Judieorum, 
« qui quamquàm sordide et rideiitibus aliis talia experirentur, 
a aliquando tamen remédie non spernendo, profuilexperientia.., 

a. Alii ictericorum jecori aut umbilico, donec immoriatur. 
a postridie aliam, et repetunt tertio. Tinca immorlua intus ac 
a foris veluti croco tincta redditur, et plerique hoc remédie 
a rostituuntnr. Author est Kentimanus. » 

Tiou L. V. Spa, ///tMorlanwelz, ///^ Borinage. — Tilleul.— 
Tilia europœa L, Tiliacées. La fleur donne une infusion cal- 
mante d'un arôme agréable et bien connu. 

Tisane L. Tisène r»ouchi. — Tisane. 

Tonoire N., fleur di tonîre L., voyez coqlico. 

Toubac. — Tabac, petun, herbe à tous les maux, panacée.— 
Nicotia)ia tabacum L, Solanées Elle donne en juillet septembre 
de belles fleurs roses et constitue encore la base de nombreux 
remèdes. La nicotiane rusti(|ue a ses feuilles rondes et es fleurs 



— 214 — 

d'un jaune verdàtre. CcIIc-ci nous vient du Mexique, la 
première de l'Amérique du Sud. YojGzshiOuf. 

Tourbenthène,tourbenthine,turbinthène. — Essence 
de térébenthine, huile volatile de térébenthine. Ce liquide 
volatil possède de nombreuses applications : Employée dans les 
ménages, o-n la mélange au tripoli ou à la mine de plomb pour 
polir les métaux et à la cire pour faire les encaustiques, enfin on 
ruti'.ise seule pour dégraisser. C'est un remède populaire 
énergique contre le rhumatisme des gens et des animaux, en 
frictions; à l'intérieur, il agit bien contre les maladies de la 
vessie. Il communique alors à l'urine une odeur de violettes. 

Crasse tourbenthène L, fine térébenthine (Orp-le-Grand), 
tourbenthène di Vé)iise par corruption tourbenthène di Vénus. 
— Térébenthine de Venise. Produit semi-fluide, épais et gluant 
dont le peuple se sert pour faire des onguents. En français, la 
fine térébenthine désigne la térébenthine de Briançon. 

Touvrai d' pleume. — Tuyau de plume d'oie rempli de 
morceaux de camphi"e ; constituant les fameuses cigarettes 
camphrées anti-épidémiques de Raspail. 

Traiteu. — Entonnoir. .Jadis souvent en étain, ils sont 
actuellement en pharmacie en verre presque toujours, en porce- 
laine, caoutchouc vulcanisé, ou en fer émaillé. 

Traîne, traînasse, voyez ci7it nok. 

Trimblène L, traiblaine{Wevy.), trimblenne Spa., trianelle, 
trimbline, ealauve, elâve Nam., tranelle Hesbaye, tranelle, 
trianelle Hainaut. tranelle, tranUnne Rouchi (Molinet), — 
Trèfle. — Trifolium. Plante fourragère. En maints endroits 
encore, on recherche le trèfle à quatre feuilles. 

Trimblène di ch'vâ. iVh'îliiot. — Melilotus officinalis L, 

Papilionacécs. IMatilc à petites feuilles trifoliées, à fleurs jaunes 
en épi, développant par dessiccation une agréable odeur de fève 
Tonka. 



— 215 — 

Trimblène di marasse L. Triforimn Spa. - Trèfle d'eau, 
de marais ou de castor. — Trifollum fibrinum, rnenyantlics 
tî'ifoliata L Gentianées. Plante de marais, à rhizome court, ù 
feuilles grandes, trifoliées, à fleurs rosées. Son infusé est un 
bon amer pour l'estomac. 

Tripette. — l'icd de coq, clavaire corial. Champignon. 

Tripoli. — Tripoli. Il sert à polir. 

Tûle. — Sanguine. On s'en sert pour marquer en rouge les 
bestiaux, par exemple. 

Tulipa. — Flambe. Iris germanique. — his germania L. 
Iridées. Elle passe pour être purgative. Voyez Contai. 

Tutène Rouchi. — Nouet ou bouteille avec tuyau qu'on 
donne h sucer aux enfants. Cf. le liégeois tuteler, boire au 
biberon, à la bouteille. 

V 

Vache N. — Laiche. — Carex panicea L. Cyperacées. 

Vanille. — Vanille. — Epidcndrnm vanilla. Orchidées. 
Gousse ou fruit, dont le délicieux arôme est bien connu, pro- 
venant d'une plante parasite cultivée maintenant partout dans 
les pays chauds. La meilleure est celle dite givrée, c'esi-à-dire 
recouverte de petits cristaux. 

Varens. Fusch 1541. — Garance. — Rnhid tinctonnn. 
Rubiacées. Plante tinctoriale. 

Vège d'or. — Verge d'or, herbe des Juik.— Sol idaffo virga 
aurea L. Composées. Plante à grandes fleurs jaunes. Elle ust 
diurétique et passait pour souder (.solidare) les bords des 
plaies. Il y a quelque trente ans, un charlatan vendait à pro- 
fusion de cette plante en Hesbaye sous le nom d'iierbe mer- 
veilleuse. 

Vègne vainc Rouchi. — Vigne. — Viiis viinjcra L. Am- 
pelidées. Lu sève montante de la vigne, aiwc di vè/jnr, [)lcurs 



— 216 - 

de la vigne se recueille, lors de la taille d'avril, en des fioles à 
étroite ouverture, qu'on bouche hernnétiquenaent et qu'on con- 
serve pour l'usage. L'eau de vigne est préconisée par le peuple 
dans les Cas d'ophtalmie. 

Vert di gris. — Verdet. Vert de gris. 

Vèrgeale. - - Glu. La vergeale s'obtient soit au moyen du 
gui soit du houx (écorce) soit en évaporant l'huile de lin seule 
ou mélangée de colophane jusqu'à consistance convenable. 

Verlaine. — Verveine commune, herbe à tous les maux. — 
Verbciia officiiinlis L, Verbénacées.Tige raide, carrée, petites 
fleurs d'un hlas pâle en épis grêles. Le peuple le considère 
comme un remède des maladies cutanées parce que « i magne 
li mâva song ». 

Vermillon. — Vermillon, cinabre, sulfure rouge de mercure. 
Couleur précieuse. 

Vèsce. — Vesce cultivée. — Vicia sativa L, Papilionacées. 
LUe sert à la nourriture des pigeons. Jadis, par mouture, on en 
obtenait une farine. 

Vèsse di leup — Vesse de loup. — Lycoperdon gemmatum. 
Champignon comestible mais insipide qui, en se rompant, 
à maturité, crève avec bruit et projette de petits nuages de 
poussières (spores). 

Vètte mâv'létte — Feuilles de mauve et surtout de 
guimauve. 

Vin. — Les vins les plus usités en pharmacie, sont: 1" les 
vins simples ou naturels : viii di Baynols, vin blanc, vin 
d' Bordeaux, vin d' Malaga et vin d' Porto. '2° les vins composés : 
vin aî'oniatifjnr, vin di Qninqainâ, vin di Quinquina avou dé 
ftrr (\'\n de Quinquina ferrugineux) et f vin d'rliebâr. 

Vinaigue. - Vinaigre (acide acétique dilué). Le peuple 
l'emploie à l'intérieur contre les crachements de sang et le 
hoquet. Les jeunes filles, ayant des tendances à l'obésité, en 



— 217 ~ 

abusent, au détriment de leur santé, pour rester svcltes. 
A l'extérieur, on s'en sert comme bain de pied, comme cata- 
plasme rubéfiant, et en lotion (chaude ou froide) contre les 
rhumatismes et les démangeaisons (liopc) de la peau. 

Vinâlve, voyez Pir. 

Vincre, voyez Pâqui d' pucelle. 

Violette, L. V. Spa; Viyiette, Bovin; Fi7è^<?,riouchi.— Vio- 
lette de Mars, violette cultivée. — Viola odorata, L. Violariées. 
Les petites fleurs bleues si connues constituent, en inlusion, 
un remède populaire contre les rhumes. Sa racine est vomi- 
tive, c'est le meilleur succédané indigène de l'ipéca. La violette 
sèche est souvent dans le commerce dénaturée par la 

Violette di cliin. — Violette de chien. — Viola canina, 
L., à grandes tleurs bleues (mai-juin) très commune dans le 
bois de Kinkempois. 

Violette du champs (Spa), voyez Penseye sâvage. 

Vit de velours, Borinage. — Amatoufla, Rouchi. Masse 
d'aiwc, L. - Massette — Typha latifolia, L. Typhacées. Plante 
herbacée, croissant dans les marais ou dans l'eau. 



\IV 



Wandion. {Ponde di), ponde di neure hiesse, ponde di 
pyrèthre par corruption ponte di pirette. Poudre insecticide de 
pyrèthre, mise d'abord en vogue par Vicat : Insecticide Vicat, 
mis en lance-poudres : on sofflet di ponde di wandion. 

Wassin, L, Soil, N et llain. Refjon (Ardennes). — Seigle. 
— Seeale céréale L, Graminées. La farine de seigle s'emploie en 
cataplasme mélangée soit à du vinaigre pour obtenir un elTel 
rubéfiant, soit à des décoctions de plantes mucilagineuses pour 
obtenir un effet émollient. Elle fait aussi partie des 7 sortes 
pour la fièvre lente. Le pain de seigle convient bien mieux que 



- 218 - 

le pain de froment aux entants dont le système osseux n'est 
pas assez développé, 

Wèsir. — Osier — Salix vùninalis, L, Salicinées. Le saule 
des vanniers fleurit en mars-avril. Le peuple considère son 
écorce et ses feuilles comme diurétiques. 

"Woi^e, L. Watcke (Spa). — Orge. Eordeum vulgare. L, 
Graminées, On fait avec l'orge perlé de l'eau d'orge ou de la 
soupe pour les petits enfants. Voyez Osmondi. 

Willmaute (wilde maluwe). — Voyez Manque et bleufe 
mâvleUe. 



OUVRAGES CONSULTES. 

Fori?', Remade, Gothier, Grandga/fiiage. D\ctio\ma.\veswd\\ous. 

Dasnoij. Dictionnaire du Luxembourg wallon. — Sujart. 
Dictionnaire du Borinage. — Hécart. Dictionnaire Rouchi. 

Exposition de l'art ancien au pays de Liège, 1881. 
Id. id. à l'exposition de Bruxelles. 

Almanach du Département de l'Ourthe. 

Œuvres complètes de Louvrex, tome 111 : Edits sur les apothi- 
caires. 

L'irroé. Purgatif rafraîchissant, 1771. 

CoUin (le Phrncy. Dictionnaire infernal, 4 volumes. 

Ed. Morren. Vie et œuvres de Remacle Fusch, 

Grand fjagnage. Vocabulaire des noms wallons d'animaux, de 
plantes, etc. L., 1857. 

Lezaack. Dictionnaire des noms wallons des plantes de Spa et 
environs. — Id. Body. 

Beaufays. Flore verviétoise, 1" édition. 

Lejeune et Courtois. Flore verviétoise. — Lejeune. Thèse 
de doctorat (en latin) : De quarumdam indigenarum planta- 
rium. 

Théàte ligeois. Voyège di Ghaudfontaine, les Hypocondes, etc. 

Pharmacopée liégeoise, 1741. Kints édit. 

G. Van den Bossche{de Liège). Historia medica.... cum iconibus 
Bruxelles, Mommart, 1639. Curieux ouvrage écrit en latin, 
donné à Liège comme livre de prix, et dans lequel se trouvent 
renseignés judicieusement tous les remèdes tirés des difïé- 
rentes parties des animaux d'après les auteurs grecs, latins, 
arabes, hébreux, allemands, français, italiens, etc. Tels il.s 
sont renseignés, tels ils sont encore employés actuellement 
comme remèdes populaires. J'en ai cité un ou deux seule- 
ment : verbe Tinche, stron d'colon et passim. 



— 220 — 

Chartes et privilèges des métiers de la bonne ville de Liège. 
De Vigne. Corporations et métiers flamands et brabançons. 
Magasin pittoresque : Années 1877-78 79-80 verbo apothi- 
caire.* 

(Petit dictionnaire des arts et métiers avant 1789.) 
Dictionnaire portatif des arts et métiers, 2 volumes. Paris, 

Lacombe 1767 : Apothicaire. 
Laboulaye. Dictionnaire des arts et métiers, 2" édit. 

/ D6S extraits (Jg CGS 

Lemery N. Chymie.— Id. Cours de pharmacie. ) q„atre ouvrages se 
Yalmont de Bomare. —Mérat et de Lens. Dict. ) leirouvent chns ; 

\ Dorvauli -A Omcmc. 

Verdot. Historiographie de la table. 

Scultetus. Armamentarium chirurgicum. —Bcerhave. Epistolse 

medicœ. 
Palman. Recherches sur les propriétés médicales du charbon 

de bois. Paris, Gabon, 1829. 
B'^ Munaret. Causeries médicales, 1 volume. Lyon, 1869. 
B' Witkowsky. Anecdotes médicales 5 volumes. Marpon et 

Flammarion. Paris. 
Crépin. Flore belge, 
G. Simon. De nieuwe troost der armen. 
Le soUde trésor du petit Albert. 
Les secrets d'Albert le Grand. 
Variétés bibliographiques de la librairie /îoZ/awf/ Paris, 1889, 

contenant la première partie d'une très curieuse et très 

savante Flore populaire relatant les noms vulgaires des 

plantes dans une foule de dialectes et de langues. 
Bulletins de la Société de la littérature wallonne, de la Société 

horticole de Huy et du Canton de Héron, etc. 
/)' Meyer. Origine des apothicaires de Bruges et commentaire 

par Pasqnier. 



GLOSSAIRE TECHNOLOGIQUE 



DU 



CHAPELIER EN PAILLE 

PAR 

G. MARGHAL et J. VERTCOUR 

INSTITUTEUR. INDUSTRIEL. 



PRIX : MEDAILLE DE VERMEIL. 



Aidant, s. m. Liard : ancienne monnaie de cuivre, valant 
le quart d'un patàrd. Les marchands de tresses comptent en- 
core aujourd'hui par patcird, skellin et blâmûse. 

Ai"wan, s. m. Mesure de longueur équivalant à un mètre 
deux centimètres et employée uniquement pour le mesurage des 
tresses. 

Amoniaque, s. m. Alcali volatil; liquide servant à enlever 
les taches des chn peaux de couleur. 

Apaïller, v. Assortir les tresses. 

Apprestège, s. m. Apprètage ; action d'apprestcr. 

Apprester, v. Apprêter, v. èssâclrr. 

Appresteu, s. m. Apprèteur ; ouvrier qui s'occupe de i'ap- 
prùtage des chapeaux. 

Apprêt, s. m. Colle de poisson délayée servant ;i liuiiiicr 
de la consistance au chapeau. 



— 222 - 

Apprindisse, s. Apprenti, ie. 

Arrondissoir, s. m. Arrondissoir ; outil servant à établir 
la mesure à donner aux bords des chapeaux non cousus, tels 
que mïiillés, manille, etc. 

Assorti, V. Assortir les tresses. 

Astiche, s. f. Epissure ou remaillure ; action de retresser 
deux bouts de tresses l'un à Tautre dans la confection du cha- 
peau. 

Astichî, V. Renouveler le brin de paille (stou) dans le tres- 
sage. 

Astohèye, s. f. Litt. enjambée; kause à l'astohèye : coudre 
vite et à longs points ou faire un mauvais ouvrage. 

Attache, s, f. Epingle courte, servant à fixer le chapeau sur 
la forme. 

At'ni, V. Etirer la tresse pour rétrécir le chapeau. 

At'nou, adj. Etat du chapeau lorsqu'on lui a fait l'aclion 
d' at'ni : on chapai trop at'nou ; un chapeau n'ayant pas assez 
d'ampleur. 

Avaloir, s. m. Avaloir ; outil servant à faire descendre le 
lien du chapeau. 

A"wèye, s. f. Aiguille. 

A"wlêyedifi, s f. Aiguillée de fil; étendue de fil qu'on 
passe dans l'aiguille. 

B 

Bacbe, s. m. Mouilloir , baquet en zinc ou en bois, servant 
à conserver la paille humide pendant le tressage. 

Balaîne, s. f. Balaine, lige plate et mince, servant de 
montant dans la confection des tresses dites de fantaisie. 

Ballot, s. m. Ballot ; on ballot d'trèye, un ballot de tresses. 



il 



— 223 — 

Bande, s. f. Lame ; nombre indéterminé de ronds du 
tresse. 

Banse, s. f. Petite manne d'osier excortiqué, employée par 
les couseurs à la main et destinée à contenir tout ce qui est 
nécessaire à leur travail. 

Baradat, s. m. V. Bavolet. 

Barétte, s. m. Leton recouvert de papier, suppléant à la 
forme pour les carcasses dites de Linon. 

Batte, V. Battre ; batte cape, battre le chapeau nommé cape 
pour en adoucir la paille. 

Batteu, s. m. Marteau à large tète pour battre la cape. 

Bavolet ou baradat, s. m. Bavolet; bord de derrière d'une 
capote. 

Bêche, s. m. Dent de scie ; tresse dont le bord se compose 
d'une dent et demie répétée, ce qui lui donne la forme d'une 
scie. 

Bèchètte, s. f. Sommité ; partie de la tige d'épeautrc com- 
prise entre l'épi et le premier nœud : dès trêye à bèchètte, 
tresses confectionnées avec des bèchètte. 

Blâmûse, s. f. Ancienne monnaie valant 30 centimes. 

Blanc, s. m. Bain destiné à blanchir la tresse. 

Blanqui, v. Blanchir ; opération qui consiste à passer la 
tresse dans un l)ain d'ammoniaque ou autre substance pour lui 
donner plus de blancheur. 

Blanquihège, s. m. Blanchissage. 

Blanquiheu. s. m. Blanchisseur; celui qui blanchit la 
tresse. 

Blé, s. L Epeaulre. C'est le chaume tie celte plantL' (ju'uii 
emploie de préférence comme matière première pour la con- 
fection de la tresse. 



— 224 — 

Bloquai, s m. Bloc de bois sur lequel on bat la cape. 

Boirai, s. m. Petite botte : ow boiraî di stou ; on boiraî 
di sopette. 

Bolrder, v. Border. 

Boirdeure, s. f. Bordure. 

Bôler ou broudî, v. travailler grossièrement. 

Bôleuou brôdieu, s. m. Ouvrier qui travaille grossière- 
ment. 

Bonnet, s. m. Bonnet de coton que Ton tire sur la forme 
pour lui donner plus de volume. 

Bosse, s. f. Wà dont les épis ne sont point encore coupés. 

Boubènne, s. f. Bobinne de fil. 

Bouhtaî s. m. Etui où le censeur met ses aiguilles. 

Bouler v. Bouler : boule?' s'trèye^ rouler sa tresse. 

Boulet, s. m. Rouleau de tresse. 

Bouter, v. litt. stimuler, s'animer l'un sur l'autre au tres- 
ser : bouter à l'heunne ; boutera l'banse ; bouter à l'heure. 

Bouter jus, v. Action de plier la tresse pour passer du cou- 
sage du fond à celui de la tète du chapeau. 

Bouteure-jus, s. f. Carre ; endroit où l'on a bouté-jus. 

Brésilien, s. m. Brésilien ; chapeau à larges bords prove- 
nant du Brésil. 

Bride, s. f. V. Croie. 

Brodale, s. f. Tresse de mauvaise qualité. 

Broque, s. f. Pointe en bois à laquelle on met pendre le 
chapeau pour le faire sécher, 
Broûler, v. Brûler ; repasser avec un fer trop chaud. 

Bûsaî, s. m. Fétu de paille trop gros pour entrer dans le 
tressage. 



2t>5 



Caisse d'ârtike, s. f. Caisse en bois servant h l'expédilion 

des chapeaux. 

Calotte, s. f. Casquette, ine calotte di trèye, une casquette 
de paille. 

Campagnard, s. m. Ouvrier qui va faire (7/w;Mf/»<'. 

Campagne, s. f. Campagne se dit de la saison qu'un ou- 
vrier va faire chez un patron ■.aller fer camparpie; fer'neloncjur 
campagne. 

Cangî, V. Changer; caïujî on vf.v chapai, chanj^er un vieux 
chapeau de forme. 

Canon, s. m. Poêle servant à chauffer les fers à repasser. 

Cape, s. f. Chapeau de femme de forme surannée que l'on 
porte encore dans certaines régions du pays : Dès cape d'An- 
vers ; dès cape di Gand. 

Capote, s. f. Capote; espèce de chapeau de femme. 

Capteu, s. m. Couseur de cape et qwaré^-cou. 

Carcasse, s. f. Carcasse. Modèle d'après lequel le formier 
travaille. 

Cârlus, s. m. Carlin. Monnaie ancienne, valant deux skel- 
lins. 

Carton, s. m. Carton que Ton met dans le fond des cha- 
peaux dits qwàrés cou. 

Castor, s. f. Genre de tresse. 

Cèke, s. m. Litt. Cercle. Bride servant au repassage de la 
toque. 

Cèle, s. f. Faucille ; instrument pour couper répi-aulre, 
consistant en une lame d'acier dentée et courbée en demi 
cercle. 

15 



— '■l'IO — 

Centimète, s. m. Centimètre. Nom que les chapeliers 
donnent au mètre. 

Gère, s. f. Cire, servant à lustrer les chapeaux manilles. 

Gbambe, s. f. Litt. Chambre; atelier: // chambe dès co- 
sc'u; li e/utmbc dès fpusscu. 

Chambrèye, s. f. Chambrée; personnel d'un atelier. 

Chapai, s. m. Chapeau. Chapai d'trèye, chapeau de paille. 
Chapai d' jardin, chapai d' bagne. 

Chape, s. f. Toit en paille dont on couvre la moyette 
d'épeautre. 

Chèyîre, s. f. Chaise en bois. La chaise employée par les 
couseurs en paille a une forme rustique spéciale. 

Ghèmnî ou Cherbon, s. m. Charbon de bois servant 
anciennement au chauffage du fer à repasser. 

Chivèye, s. f. Cheville; fer attaché à la table sur lequel le 
repasseur fait tourner sa forme. 

Cisètte, s. f. Ciseaux. 

Clé, s. f. Clef; vis servant à rapprocher les deux rouleaux 
du cylindre. 

Coiffe, s. f. Coiffe; garniture intérieure du chapeau. 

Coide, s, f. Corde, servant au repasseur pour relever le 
bord des chapeau Jean Bart. 

Colle, s. f. Colle de poisson servant à préparer l'apprêt. 
Collette, s. f. Gélatine. 

Confôrmateur, s. m. Conformateur ; instrument avec 
lequel on i)rcnd la forme mathématique du chapeau. 

Côpe-loyin, s. m. Coupe-lien. Échancrure en demi-lune, 
pratiquée dans l'établi et servant à rendre un coup de fer à 
l'envers du bord des chapeaux marins. 

Côper, V. Couper; côpcr stou, couper l'épeautre. 



— '■Hl — 

Copette, s. f. Syn. de pindaie; v. ce mot. 

Côpeu, côprèsse, s. Celui, celle qui coupe l'épeautre. 

Copurnale, s. t. Dizain ; réunion de gerbes d'ôpeautre 
appuyées verticalement l'une contre l'autre. Le dizain, comnie 
le dit son étymologie, se compose ordinairement de dix gerbes; 
mais ce nombre peut varier. 

Corant, s. m. Longueur indéterminée de tresse; on comnl 
irtrèi/c. 

Côrdêye, s. f. Cordée ; tresse dont un des bords a la l'orme 
d'une corde. 

Goreu, s. m. Litt. Coureur. Celui qui confectionne des cha- 
peaux et les va vendre ensuite lui-même dans le pays. 

Cornaî, s. m. Fond du chapeau. 

Coronne, s. f. Couronne; ancienne monnaie valant six 
francs. 

Cosêyeou Cosège, s. f. Cousage. 

Goseu, keusre'sse, s. Celui, celle qui coud la pailK'. 

Costeure, s. f. Couture par laquelle on commence le fond 
des capotes en fer à cheval. 

Gotte, s. f. Gaine des céréales. 

Gou, s. m. Partie de la tige d'épeautre comprise entre deux 
nœuds. 

Goûtai, s. m. Couteau servant à éplucher les courtes sticfirs. 

Coûte, s. f. Rond filé ; morceau de tresse de peu de longueur 
qui forme soit l'échancrure, soit la saillie de certains chapeaux. 

Gowa, s. m. Bout ; on cowa il'trèifc, un bout de ires.^e. 
Cowa a aussi la même signification que corant; v. ce moi. 

Gowe di vache, s. f. Litt. Queue de vache; se dit .l'une 
tresse dont la largeur est irrégulière. 

Gowètte, s. f. Demi-pièce. La cQU'èttc est do 28 aiivan. 



— 2-28 — 

Crameu, s. m. Terrine; vase de terre servant à contenir 
l'apprêt. 

Crankhion, s. m. Retors qui se l'orme dans la tresse en la 
maniant. 

Croie, s. f. 1. Bride; bord relevé du chapeau d'homme. 
2. Forme en bois servant au repassage des bords relevés, 

Cûr, s. m. Cuir; ruban en cuir que l'on coud à l'intérieur 
des chapeaux d'hommes. 

Curer, v. Blanchir par l'action de l'air, 

Gwâré-cou, s. m. Chapeau de femme de forme très 
ancienne, que l'on confectionne encore de nos jours pour le 
nord de la Hollande. 



AU 



Dé, s. m. Dé; petit cylindre de métal creux, que l'on met 
au bout du doigt pour coudre. Le dé du couseur en paille n'a 
pas de fond, 

Diamète, s. m. Diamètre. 

Dihâssî, V. Litt. déchausser, dégainer; action par laquelle 
on débarrasse la paille de sa gaine. 

Diheuse, v. Découdre. 

Dimêye sîse, s. f. Litt. demi-soirée ; sortie que les tres- 
seuses font au milieu de la soirée : fe7' d'mêye sîse. 

Dimêye dint, s. m. Demi-dent; dessin de tresse que l'on 
obtient en tordant un brin de paille. 

Dint, s. m. Dent; dessin do tresse que l'on obtient en tor- 
dant un brin do paille sur un autre, 
Disfôrmer, v. Enlever le chapeau de la forme. 

Disfôrmoir, s. m. Déformoir; lame en bois ou en acier 
servant à détacher le chapeau de la forme. 



— ^2^29 — 

D'hâsson, s. m. Déchet provenant du dégainage. 

Dobe, s. f. Double. Dobe trèi/e, tresse confectionnée avec 
des stou mis en double. 

Dobe penne, s. f. Bord double. — Doublure. 

Dobe vôye, s. f. Doublure; dernier rond du chaix-au Ir^iuel 
est en double. 

Drèssî, V. Dresser; mettre un chapeau sur la forme. 

Drî-pont, s. m. Piqûre que l'on obtient en faisant un point 
en avant puis un point en arrière. 

D'vant-pont, s. m. Opposé de drî-pont. 

Èballer, v. Emballer; èballer dès trèye, emballer des 
tresses. 

Èchangré, adj. Échancré. 

Èchangrège, s. m. Échancrure. 

Èchangrer, v. Échancrer; action de coudre les ronds- 
filés. 

Èfller, V. Enfiler : èfiler ine aiuèye, enfiler une aiguille. 

Élastique, s. m. Élastique. 

Èler, V. Trier. Opération qui consiste à écarter les gros 
Stou des fins : èler stou. 

Éléhège, s. m. Triage. 

Éponge, s. t. Éponge servant à décatir le chapeau. 

Essâclège ou apprestèffc, s. m. Apprôta;:e. 

Essâcler ou apprestcv, v. .\p|.réter : ..pération qm .-onsisle 
à passer le chapeau dans l'apprél pour lui donner de- la in- 
sistance. 

Étiquette, s. f. Étiquette 



— 230 -- 

F 

Fabrique, s. f. Fabrique; établissement où l'on s'occupe 
de la confection des chapeaux. 

Faîne, s. f. Produit de l'action de fainner. 

Fainège, s. m. Action de fendre la paille. 

Fainner, V. Fendre; diviser le fétu de paille à l'aide de 
Vustri/c. 

Fantaisêye, s. f. Fantaisie; tresse dont la texture ofïre des 
dessins. 

Fer sîse, v. Terminer la soirée : A ii heure, il è timps de 
fer she. 

Fer stou, v. Action de prendre une à une les tiges d'é- 
peautre hors des gerbes, d'en faire des poignées, de les pei- 
gner, d'en couper les épis et de les lier enwâ. 

Fi, s. m. Fil. 

Fi d'arka, s. m. Fil de fer que l'on coud dans- le bord des 
chapeaux dits qwârés-cou. 

Fier à glacer, s. m. Fer à repasser. 

Fier di chvâ, s. m. Fer à cheval ; fond de capote com- 
mencé en porte. 

Fier di pâquf, s. m. Lissoir en bois. 

Fin-furlet, s. m. Fétu de paille trop fin pour entrer dans 
le tressage. 

Flîme, s. f. Echarde de paille. 

Floche, s. f. Nœud ; dès trèyes à floche, tresses dont le 
bord est composé de dessins figurant des nœuds. 

Flouhe, s. f. Moment, où la chapellerie en paille est dans la 
[)lus grande activité: Li flouhe kimlnce vès Pâques. 

Forme, s. f. Forme en bois sur laquelle on dresse le 
chapeau. 



— 231 — 

Fôrmeu, s. m. 1. Fermier, celui qui fait cl vend des formes. 
— 2. Formeur, celui qui dresse les chapeaux. 

Foûrâte, s. f. Travail que l'ouvrier fait en plus de sa 
journée : Ovrcr foûrâte. 

Frômion, s. m. Forme mince et sans bord servant à main- 
tenir ouverte l'entrée du cliapeau pendant le repassage du 
bord. 

Frumint, s. f. Froment. La paille du froment ainsi que 
celle de lëpeautre donne la matière première de la tresse. 

O 

Garni, v. Garnir ; opération qui consiste à coudre la 
coille, le cuir, le ruban et la bordure sur le chapeau. 

Gârnihrèsse, s. f. Garnisseuse; femme ([ui garnit les 
chapeaux. 

Gîse, s. f. Trait; ripasser à longues (fîse, repasser à lonrrs 
traits. 

Glacer ou r'passer. Repasser. Le mot glacer est surtout 
employé par les vieux chapeliers. 

Glaceu ou r'passeu, s. m. Re passeur. 

Grain d' se ; grain davônne ; grain d'riz: tresses de 
iantaisie. 

Grêye, adj. Ecru ; état delà tresse qui n'a subi aucune 
opération soit de blanchissage, soit de teinture. 

Il 

Hâlachet, s. f. Tresse à trois bouts. 

Hârd. s m. Kspace de tresse entre deux suites de slirhr. 
Hâr et hotte, s. f. Tres.se qui Ibrme .les /.ig/.ags. 
Hâsplêye, s. f. Fcheveau; inr hàspHw ili I'. "u ."clieveau 

de iil. 



— -232 - 

Hau, s. m. Dizain dont les gerbes sont couchées. 

Haver, v. Eplucher les. courtes stiche des tresses simples 
avec le couteau. 

Heilne, s. f Espace de tresse où est entré un brin de paille 
de toute sa longueur. 

Héve, s. f. Rainure dans un des rouleaux du cylindre et qui 
évite l'écrasement des dents de certaines tresses. 

Ho, s. m. Ecaille entourant le grain d'épeautre. 

Hovlètte, s. f. Brosse servant au lavage des chapeaux. 

Huflet, s. m. Litt. Sifflet; fer on liuflet : action de rejoindre 
deux tresses en n'entrelaçant que les premiers stou. 



Intrêye, s. f. Entrée. Contour de l'intérieur du chapeau au 
lien. 

Intriprèneur, s. f. Entrepreneur. Celui qui va chercher de 
l'ouvrage chez un fabricant pour le confectionner chez soi. 



Jâbe ou Geâbe, s. f. Gerbe. 

Javaî, s. m. Javelle. 

Jeter court : tresser serré; jeter Ion; contraire de jeter 
court. 

Jonc, s. m. Jonc. 

Joû {irètje a). Tresse Joiiiville ; tresse dont la structure 
otïre des interstices. 

Keuse, v. Coudre; keuse ûx pièce, coudre à la pièce; 
keme a rjoûrnêi/e, coudre à la journée; keuse à l'heure, coudre 
à l'heure. 



— 233 — 

Kimincî, v. Litt. commencer; tourner le bouton de tresse 
pour commencer le chapeau. 

Kranskènne, s. f. Tresse faite avec deux bouts. 

Kwassî, V. Pousser avec force sur le for à repasser : On 
c/iapai trop pan kwassî. 

Kwèslaine, s. f. Tresse à 3 bouts ; début des enfants dans 
le tressage. 

I. 

Lampe â soufe, s. f. Creuset que l'on met dans lu soufroir 
et dans lequel s'opère la fusion du soufre. 

Lâse, s. f. Carton servant à l'expédition des chapeaux : Ine 
lâse âx chapai. 

Lavège, s. m. Lavage. 

Laver, v. Laver; opération qui consiste à nettoyer les 
chapeaux avant de les apprêter. 

Laveu, s. m. Laveur, ouvrier qui lave les chapeaux. 
Lèton, s. m. Leton, fil de fer mince recouvert de colon ou 
de soie, que l'on coud au bord des chapeaux de dame. 
Lètonnège, s. m. Letonnage. 
Lètonner, v. Letonner; mettre des letons. 

Lètonneu, s. m. Letonneur ; ouvrier qui s'occupe du 
letonnage. 

Levai, s. m. Ampleur. 

Lever, v. Donner de l'ampleur. 

Lèyèg-e jus, v. Filer le demi-rond; action de limr le 
chapeau. 

Ligueu, s. m. Pièce de bols convexe suppli'^ant .'i la forme 
pour le repassage de la tète et du boni du chapeau. 

Lipraî, s. m. Bord d'une capote relevé par derrière. 



— 234 — 

Lèsse, s. f. Liséré. Treie à lisse : tresse dont un des bords 
est luisant. 

Lochètte, s. f. Lochette di stou, petite quantité apprêtée 
pour le tressage. 

Loyî, V. Liev. Loi/îstou —, lier les gerbes d'épeautre à la 
campagne. — Loyî trèye; lier la tresse par pièce. 

Loya, s. m. Lien consistant en un brin de paille et dont 
on se sert pour les poignées d'épeautre ou pour les pièces de 
tresses. 

Loyin, s. m. 1. Lien de paille dont on entoure les gerbes à la 
campagne. 2. Corde servant à faire adhérer la tête du chapeau 
à la forme. 3. Arête du chapeau entre la tête et le bord. 

Longou, adj. Ovale : on cornai trop longou. 

Longuèsse, s. f. Bordure ; morceau de tresse que l'on coud 
sur les parties rognées. 

Lurçon, s. m. Hérisson ; chapeau confectionné avec de la 
tresse non épluchée. 

AI 

Machine, s. f. Machine à coudre le chapeau, 

Machineu. s. m. Ouvrier qui coud à la machine. 

Maillé, s. m. Maillé ; chapeau de paille d'Italie. 

Mailler, v. Mailler, se dit de certain procédé par lequel les 
Italiens confectionnent le chapeau en rendant le fil impercep- 
tible. 

Maiset, s. m. Litt. petit maître ; apprôteur-chapelier qui ne 
s'occupe que du lavage et de l'apprêtage des vieux chapeaux. 

Maiste-ovrî, s. m. Contre-maître, chef d'atelier. 

Manille, s. m. Manille. Chapeau provenant de l'île de ce 
nom. 

Marchand d'trèye, s. m. Marchand de tresses. 



— 235 — 

Margalé, margalêye, adj. Bariolé, ée ; on c/iapai mav- 
galé, un chapeau bariolé ; des trèife margalêye, des tresses 
bariolées. 

Margaler, v. Barioler ; faire entrer des pailles de diverses 
couleurs dans la tresse et des tresses de dilTérentes couleurs 
dans un chapeau. 

Marin, s. m. Marin, chapeau dont le bord est plat. 

Marlacha, s. m. Ouvrier qui s'occupe spécialement du 
lavage et de l'apprêtage des chapeaux. 

Mârtaî, s. m. Petit marteau servant à assujutir le chapeau 
sur la forme. 

Masse, s. f. Masse difi, gros écheveau de fil. 

Mécanique, s. m. Guimbarde ; cylindre en fer auquel on 
attachait primitivement le fer pour repasser les chapeaux. 

Mèseure, s. f. Mesure. 

Mèseure à pôce, s. f. Litt. mèseure à pouces ; ancienne 
mesure en bois dont se servent encore les vieux chapeliers. 

Mès'rer, v. Mesurer. 

Mette âsoûfe. Soufrer ; opération qui consiste à blanchir 
la paille par l'acide sulfureux. 

Molin, s. m. Cylindre ; petit laminoir en bois ou en fer ser- 
vant à adoucir la paille. 

Montant, s. m. !■ étu de paille utilisé dans le tressage du 
liséré. 

Moû, V. Litt. moudre ; moû trè!/<',moûsinn\ action de pa.-^sor 
la paille dans le cylindre pour l'adoucir. Les habitants de la 
vallée du Geer disent tnoû, expression qui corres[)ond à moûre 
dans le wallon de Liège. 



~ 236 — 

rv 

Nâle, s. f. Ruban. 

Néttî, V. Litt. nettoyer, trier ; nettî stous, opération qui 
consiste à écarter les mauvais stoii des bons, 

Neur so on blanc, s. f. Tresse chinée ; nom donné à la 
tresse à sept bouts obtenue par le tressage d'un stou noir collé 
sur un blanc. 

Noue, s. m. 1. Nœud que présente la tige des céréales. 
2. On noue di stou, partie propre au tressage, comprise entre 
deux nœuds. 

O 

Oute et oute, loc. adv. Litt. d'outre en outre ; un des modes 
de cousage : Keuse oute et oute. 

Ouye, s. m. Litt. œil. Bouton; partie située au milieu du 
fond du chapeau et par laquelle on le commence. 

Ovrer, v. Travailler. 

Ovrî, ouveurreuse. Ouvrier, ière. 



Payasson, s, m. Paillasson; tresse faite avec des fétus de 
paille non divisés. 

Panama, s. m. Panama; chapeau provenant du pays de ce 
nom. 
Papî d' veule, s. m. Papier de verre. 

Paquet, s. m. Pièce; mesure employée pour les tresses de 
fantaisie. Le paquet est de six mètres. 

Parisien (Keuse à la), loc. adv. Un des genres de cousage. 

Parisien, s. m. Parisien. On désigne par ce nom les 
ouvriers qui vont faire leur campagne à Paris. 



■ 



— '2:w — 

Pasai, s. 111. Lill. sentier; trèyc a yv^f.sv//, tresse à neul' bouts 
dont le milieu est uni et figure un sentier. 

Passe-flnétte, s. f. La plus fine des tresses dites trèye à 
cou. 

Passer â se, Litt. passer au sel ; se dit de l'opération par 
laquelle on passe les vieu.x; chapeaux dans un bain de sel 
d'oseille pour en enlever les taches. 

Patârd, s. m. Ancienne monnaie valant environ 6 centimes. 

Patron, s. m. Patron. 

Paute, s. f. Epi. 

Pèce, s. f. Bande de calicot employée dans le repassage. 

Pédale, s. f. Pédale, tresse d'Italie. 

Pêne, s. m. Peigne; instrument agricole servant à nettoyer 
les poignées d'épeautre. 

Pénî, V. Peigner. 
Penne, s. f. Bord du chapeau. 

Picètte, s. f. Pincette servant à arracher les épingles fixant 
le chapeau sur la forme. 

Pièce fower âx). Travaillera la pièce; travail rémunéré 
d'après la quantité. 

Piéc'teu, s. m. Ouvrier travaillant à la pièce. 

Pindêye, s. f. Brassée ; longueur comprise entre les deux 
extrémités des bras étendus horizontalement; mesure de tresse 
équivalant à un aiwan et demi. 

Piquette, s. f. Piquette ; espèce de poinçon servant à régler 
les ronds de tresse dans la tête du chapeau. 

Plaquêye, s. f. 1. De V plaqiiùiie, tresse double. 2. lue 
plaquêye, nom donné à 2 5^0?* collés l'un à l'autre et servant .'i 
confectionner la tresse double. 

Plâstrer, v. Enduire le chapeau de riz de blanc de neige. 



— û'^^ — 

Pleutî, V. Plisser. 

Ploumer, v. Litt. Plumer. Eplucher, action qui consiste à 
couper les nœuds et bouts de 111 qui restent dans le chapeau 
après le cousage. 

Ploumètte, s. f. Restant des aiguillées de fil. 

Plot, s. m. Forme sur laquelle on repasse les bords des 
chapeaux. 

Poirtêye, s. f. 1. Travail que la tresseuse porte chez le 
marchand de tresses. 2. Quantité de paille que l'on passe en 
une fois dans le cylindre : ine poirtêye di stou. 

Poirter, v. Porter ; poirier ses trèye, porter ses tresses. 

Pont, s. m. Point, poîit d'fi., point de fil. 

Potte, s. f. Creux entre deux bords saillants des rouleaux 
du cylindre. 

Pouf (èn7ie aller so), loc. adv. Partir au hasard; se dit des 
chapeliers qui partent pour l'étranger sans engagement. 

Pougnèye, s. f. Poignée ; iîie pougnèye di stou , ine 
pougnèye di sopette. — '■2. Pougnèye d'on fier, manche d'un 
fer à repasser. 

Pouricou, s. m. Fétu de paille altéré. 

Prangîre, s. m. Sieste ou méridienne. 

Presse, s. f. Presse; machine à repasser les chapeaux. 



Q"wâde, s. f. Quart de Vaiuxm, v. ce mot. 

Q"wârt, s. m. Quart ; quatrième partie d'une pièce, valant 
14 mètres. 

Q"witte, s. f. Tâche imposée : Avez-v' fait vosse qwitte ? 



I 



— 'i:v.) — 



R 



Rai-wège, s. m. Retoisage. 

Rai"wer, v. Retoiser la tresse après l'épluchage. 

Rapprèster, v. Réapprêter. 

Rassèchî, v. Syn. d'atni ; v. ce mot. 

Rastichî, v. Episser ou remailler. 

Réglé, êye, adj. Réglé, ée : trèye réglêijc, tresse réglée. 

Régler, v. Régler. 

Rèliaussi, v. Rehausser ; mettre de la large tresse à l'en- 
droit que doit recouvrir le ruban. 

Ribouter, v. Lever ; donner de l'ampleur. 

Rid'heuse, v. Découdre une seconde fois. 

Rijet (fer leu) s. Action par laquelle l'épeautre se purifie ù 
la campagne : dès stou qui fèt leu r'jèt. 

Rijettêye, adj. trèye rijèttêye, tresse altérée par l'humidité. 
Rijetter, v. S'altérer : Li crouiviu fait r' jeter les trèye. 
Rijonde, v. Rejoindre deux bouts de tresse. 
Rikeuse, v. Recoudre. 

Rimagni, v. Contracter ; faire rentrer l'ampleur d'un 
chapeau. 

Rimètte, v. Remettre ; rimette à tiesse, rimette à penne ; 
se dit de Faction d'amener soit la tête, soit le bord du chapeau 
sous le fer à repasser, dans le travail ù la guimbarde. 

Rimoû, V. Wexnonàvii \ rimoû treie. 

Ripasserou glacer. Repasser, action de passer un fer 
chaud sur le chapeau. 

Ripassège ou Ripassêye, s. m. Repa.ssagc. 

Ripasseu uu glaceu, s. m. Kepasseur. 



— 240 - 

Ritonde, v. Litt. retondre. Eplucher, couper les stiche à 
l'aide des ciseaux. 

Ritondège, s. m. Epluchage, 

Ritondeu, ritondrèsse, s. Celui, celle qui s'occupe de 

l'épluchage. 

Ritoûrner, v. Litt. retourner. Retaper; découdre un vieux 
chapeau et en recoudre la tresse à l'envers. 

R'nou-strin, s. m. pi. Déchets provenant du peignage de 
l'épeautre. 

Roge-fl, s. m. Fil rouge servant à marquer les vieux 
chapeaux destinés au lavage. 

Rôlai, s. m. Rouleau; partie du cylindre; v. molin. 

Rôle, s. f. Anneau en paille large, de 10 à 12 centimètres et 
de diamètre de même dimension, sur lequel les tresseuses 
roulent leur ouvrage. 

Rôler, V. Rouler; rôler s'trèye, rouler sa tresse. 

Rondelle, s. f. Rondelle en carton que l'on mettait sur le 

trépied pour le repassage du fond du chapeau. 

Rongeure, s. f. Rognure. 

Rongî, V. Rogner. 



Sâce, s. f. Les vieux chapeliers sous ce nom désignent 
V apprêt. 

Samaîne, s. f. Semaine. Dans la chapellerie en paille l'en- 
gagement des ouvriers se fait ordinairement à la semaine : 
wcmgnî'ne limite samaîne; fer 'ne campagne di 20 sam,aîne. 

Savon, s. m. Savon mou, servant au lavage des chapeaux. 

Savon d' Marsèye, s. m. Savon servant à rendre plus 
glissant le fer à repasser. 



— ^241 — 

Se, s. m. Sel d'oseille; v. passer à se. 

Séchai, s. m. Sac en papier servant à l'emballage des 
chapeaux. 

Sî, V. Seoir; s'asseoir sur la tresse toisée, pour lui faire 
conserver la forme acquise par le toisage. 

Simpe, adj. Simple Des simpès trhfe, des tresses simples, 
tresses faites en n'employant qu'un seul stou h la t'ois, en appo- 
sition avec les tresses doubles. 

Sitiche, s. f. Epluchure. Bouts de paille (lépas>ant la tresse 
à l'endroit et à l'envers. 

Sitroufler, v. Princer des poignées de fétus de paille. 

Sîze, s. f. Litt. Soirée. 1. Aller à l'sîze, aller h la soirée, 
expressiun employée par les tresseusesqui se rendent en collec- 
tivité dans une même maison pour s'adonner à leur travail. — 
2. Ine sîze : ensemble des tresseuses fréquentant la même 
maison : ine joyeuse sîze. 

Sîzleu, sîzleuse ou sîzèlrèsse, s. Personne qui fait 
partie d'une soirée. 

Skèllin, s. m. Schelling; ancienne monnaie, valant «iO 
centimes. 

Proverbe : Li ci qui s'iîve timpe a dès skèlliu ; U ci tjin .s'Itvr 
tard n'a qu'des patârd. 

Skévèneigne, s. m. Schevcningue; chapeau de femme 
fabriqué pour le port de mer de ce nom. 

Sofflet, s. m. Petit soufflet servante activer la combustion 
du charbon que l'on mettait dans l'ancien iVr à repasser. 

Songe, s. f. Neuvième partie iVine bosse di stou ; v. ce mut. 
Sopètte ou bèchètte, s. f. V. ce mut. 
Soûfe, s. m. Soufre; sert à produire l'acide suHiir.ux des- 
tiné à blanchir la paille. 

16 



— 242 — 

Soufrer, v. Soufrer. Enduire les chapeaux de paille d'Italie 
de soufre pulvérisé. 

Stamper, v. Action de lever la poignée de paille et de la 
laisser retomber pour donner à sa base une surface plane. 
Stinde, v. Etirer ; stinde litrèye : étirer la tresse. 

Stindo:we, adj. Etirée ; trèye trop stindowey tresse trop 
étirée. 

Stou, s. m. 1. Epeautre sur pied : ine terre di bais stou. 
2. ïige dont on a coupé l'épi : on ivâ di stou. 3. Fétu de paille 
débarrassé de sa gaine : 07i boirai di stou. 4. Nom donné à 
chacune des parties du fétu divisé à l'aide de l'usteie, syn. de 
fainne, v, ce mot : in lochette di stous. 

Strî, s m. Tire-pied ; bande de calicot dont les deux bouts 
sont attachés à une corde et qui, par une tension exercée par le 
pied,assujetit le chapeau sur la forme. 

Stricheu, s. m. Os dont les bords présentaient des échan- 
cruros dans lesquelles on faisait anciennement passer la tresse 
pour l'adoucir. Cet instrument a disparu de l'industrie depuis 
l'invention du cylindre. 

Strichî, V. Action d'adoucir la tresse à l'aide du stricheu. 



Tape-foû, s. m. Rebut ; fétu de paille impropre au tressage. 

Tâve, s. m. Etabli muni de chevilles et auquel travaille le 
repasseur. 

Tènne, adv. l.itt. mince. Keuse tènne, coudre de façon à ce 
que les deux ronds de tresses avancent peu l'un sur l'autre. 
Keuse hatteèt tènne et à longs pont : coudre vite et mal. 

Tessai, s. f. Moyette ; petite meule provisoire que l'on l'ait 
dans les champs pour garantir l'épeautre de la pluie. 

Tîclètte,s. f.Sac de cotonnetteà carreaux que les tresseuses 
et couseurs emploient pour porter leur travail. 



— 243 — 

Tidôr, s. m. Béret, toque ronde et plate. 

Tièsse, s. f. Tête; tièsse di cliapai, partie du chapeau entre 
le fond et le bord. 

Tièsse di leup, s. f. Litt. Tète de loup. Forme en bois dont 
on agrandit à volonté la circonférence à l'aide d'une vis et em- 
ployée pour élargir les cliapeaux. 

Tièstîs. f. Calotte; tête de chapeau à laquelle manque le 
bord. 

Tinde, v. Teindre. 

Tindeu, s. m. Teinturier ; celui qui s'occupe de teindre la 
paille. 

Tindrèye, s. f. Soufroir; colfre où Ion brûle du soufre pour 
blanchir la paille. 

Tinteure, s. f. Teinture. 

Toirchêye, s. f. V. côrdêye. 

Toirchi, v. Tordre : toirchi li stou. 

Toque, s. f. Toque ; chapeau de femme. 

Toser, V. Toiser. 

Toseu, s. m. Instrument en bois en forme de I sur lo(iui'l on 
toise la tresse. 

Trèye, s. f. 1. Tresse ; tissu plat de fétus de paille entrelacés. 
Trèije à sept: tresse à sept bouts simples. — Trhjc à joù : 
Joinville ou Irou-irou. — Trèj/e à 2 roye : tresse ù 1 1 bouts — 
Trèye côrdêye : tresse cordée. — Trèye à bêche : dent de scie.— 
Trèye à lisse : liséré. — Ti'èye à Ion ; Irèye à cou ; trèye à 
bèchette ou à sopette; trèye à pasui ; Irèye à dinl ; trèye à ori 
d'banse; trèye à pique ; trèye à onnai ; trèye à di.vèyès il ml, 
etc., elc. - 2. Pièce : 5 trèye à joù, 5 pièces Joinville. 

Triège, s. m. Tressage. 



— 244 — 

Trèyî, v. Tresser. 

Trieu, trèifrèsse, s. Celui, celle qui tresse la |)aille. 

Treug-pîd, s. m. Lilt. Trépied; ancien instrument à trois 
pieds sur lequel l'ouvrier mettait sa forme pour repasser le l'ond 
du chapeau. 

Trissî, V. Tresser; se dit d'un certain mode de tressage. 

U 

Ustèye, s. f. Litt. outil ; petit cylindre en fer servant à 
fendre les fétus de paille. 

Vantrin, s. m. Tablier. Les chapeliers emploient le tablier 
blanc. 

Vièrni, v. Vernir. 

Vièrnis, s. m. Vernis servant à donner le lustre aux cha- 
peaux teints. 

Vôye, s. f. Rond ; se dit de chaque rond de tresse entrant 
dans la confection du chapeau. 



\IV 



Wâ di stou, s. m. Botte de tiges d'épeautre ou de fro- 
ment dépourvues de leurs épis. 



VOCABULÀIIIE WALLON-FRANÇAIS 



DU 



PÊCH EUR 



Achille JACQaEMIN. 

Si, comme on di, Tpatience c l'pus grande des verlu, 
Dièw", divins chaque pèheii, trouv'ré-l-on p'iit saint d'pus. 
« Les péheux à ivége. » 
C. DELAHGt. 



PRIX : MÉDAILLE D'ARGENT. 



i% 



Abalov^e, s. f. Hanneton. Il sert d'appât. 

Abalowe di four, s. f. Hanneton solsticial ou dVl". Il sert 
d'appdt. Il se nomme aussi « bièssedifour ». 

Abbie, s. f. An. wal. Alose. 

Abèchi, V. Amorcer. Embecquer ou embi(iuer. C.arnir 
d'amorces une ligne. Attacher l'appât à la pointe d'un kaim, 
d'un hameçon. Se dit aussi amoirci. 

Abèye. s. f. Alose. On l'appelle aussi « alôijc » ; à Namur: 
a aubie ». L'alose remonte dans les eaux de la .Meuse au prin- 
temps; c'est surtout en mai qu'on pêche l'alose au grand 
épervier, dit alosière, entre Vi.s.'' et Maestricht; avant les bar- 
rages, on péchait l'alosf en abondance aux environs de la 
chapelle du Paradis, a Trinchr d'àln'uc »: darne d'alo.su. 



— 246 — 

Abeille, s f. An. wal. Alose 

Abèlle, s f. Gharleroi. Abeille. Sert d'appât. 

Ablette, s f Able ou ablette. Pâmer comme inn ablette: 
Pâmer comme une ablette. 

Ablette coreuse et ablette corante, s. f. Ablette spirlan. 

Aboird, s. m. Abord, accès. 

Aboirdâbe. Abordable. 

Aboirdâve . Accessible . 

Aboirder, v. Aborder. 

Aborder, v. Aborder. 

Acrâ'we, s. f. Saumon qui a atteint toute sa croissance. 

Acrâwe, s. f. Femelle du saumon. Bécard ou béccard : 
femelle du saumon, a Où d'acrawe » œufs de saumon. 

Acrok'ter, V. Graffer, accrocher avec une gafïe. Acrok'ter 
on bâtai : GafTer un bateau. 

Affouymint, s. m, Afïouillement, excavation dans le fond 
d'une rivière, le long des murs, etc. (Voc. des maçons.) 

Ailon, s. m. Saumoneau, jeune saumon qui n'a pas deux ans 
d'âge. Nom du jeune saumon, jusqu'à ce qu'il ait atteint la 
longueur de 12 à 18 centimètres. 

D'après Forir: Petit poisson qui n'a pas encore atteint la 
longueur de trente centimètres. On prononce encore ce nom 
ayon ou awion et on le donne aussi à la jeune truite. 

Ain'wie, s f. (Namur.) Anguille. 

Air de Jou. s. Aube, point du jour. Lès air de jou, le 

point ou la pointe du jour, le crépuscule du matin, l'aurore. 

Aisse, s. Bord d'un goufTre, où l'eau est calme et où se 
rassemblent les objets qu'il a entraînés. 



— 247 — 

Aivre, s. f. Eau. Corante aiiue, eau courante. — Aiwc 
keute, eau dormante, eau stagnante. —Côp d'aiwe, coup (.l'eau; 
courant d'eau; chenal. Ane. wal. eaïue. 

Alose, s. f. Remacle, alose. 

Aloye, s. t. Alose. • 

Ambion. s. m. Papillon, synonyme de Pâvion, tuais d'un 
emploi plus rare. 

Amblève. Amblève. A sa source au villat;e de d'Heppen- 
bach, en Prusse, forme au village de Coo, une cascade connue 
dans le pays sous le nom de « trinche-à-Goo », qu'on pourrait 
traduire par tranchée de Coo, et se jette dans l'Ourthe l\ Com- 
blain-au-Pont. 

Amoircège, s. m. Action d'amorcer ; appât. I^h pNwn 
kinohèt l'amoircège qu'i fâ. Les pêcheurs connaissent l'espèce 
d'appât qui convient, 

Amoirci. V. Amorcer, garnir d'amorces. 

Amoice, s. f. Amorce, appât, leurre. Ce qu'on attache à 
l'hameçon pour attirer et prendre les poissons. Les noms des 
principaux appâts se trouvent à leur place dans ce vocabulaire. 

Amont (en'). Prép. En amont, côté d'où vient la rivière, 
opposé d'aval. 

Amprôye, s. f. Lamproie Elle remonte souvent la Meuse 
et l'Ourthe dans les mois d'avril et de mai pour frayer. Dans le 
Luxembourg on l'appelle lamprojion ou sartouillc. 

Ancrer. V. Ancrer, jeter l'ancre. 

Anvrèye, s. f Au(jHir, (Mons et Braîno r.Vlleud) Aiiirir, 
(Namur); Awèi/e. Anguille. Les pécheurs donnent le nom de 
COWette aux anguilles de petite dimension. Se trouve dans la 
Meuse, l'Ourthe et la Méhaigne. 

Anzin (Namur), s. m. Haincçon. 

Appât, s. m. Appât, pâtin-e pourallirer les poi.ssons. U vUV 
et lès mo/ie, c'è de bon-z-appiU po lèa pùlinu : les vers et les 
mouches sont de bons appâts pour les poissons (Fonn. 



248 



Arène, s. m. Arène, menu sable, gravier au bord des 
rivières (Forir). 

Armeur, s. f. Cordelette d'un fdet à pêcher. Vanneur d'on 
hcvna d' pèheu: les cordelettes d'un filet de pêcheur. 

Arroi, s. m. (Luxembourg.) Senne ou seine, grand filet 
ayant à peu près la forme dû tramail, mais qui est simple, et 
dans lequel le poisson ne s'emmaille par conséquent pas. On 
traîne la senne dans la rivière en formant un cercle par la 
réunion des deux cordes qui sont attachées aux deux extré- 
mités. (Dasnoy.) 

Astale, s. f. Nom donné à Namur à une certaine façon de 
pêcher. l)n tend le filet d'une rive à l'autre du cours d'eau, 
deux hommes tenant une corde munie de planchettes, balayent 
le fond de l'eau en amont, chassant devant eux le poisson qui 
va se faire prendre dans le filet. 

Attelé (esse), V. Littéral. Etre attaché; expression du 
pêcheur pour signifier que l'hameçon est retenu au fond de 
l'eau et qu'il ne peut le détacher. 

Aubie, s. f. (Namur.) Alose. 

Aublètte, s. f. (Verviers, Namur et Charieroi.) Ablette. 

A vallêye, prép. En aval, côté vers lequel descend la 
rivière. 

Aveine, s. i'. (Luxembourg.) Avoine, sert d'appât. 

Avion, s, m. Saumoneau. 

Aviron, s. m. Aviron, rame. Longue pièce de bois, dont on 
se sert pour faire mouvoir les bateaux, chaloupes, etc. 

Avône et avônne, s. f. Avoine, sert d'appât. Luxembourg: 
aveine. 

A-TAraye, Adv. A quO. Endroit où Ion peut passer une 
rivière sans nager et sans s'embourber 



— 240 - 

Awhai, s. m. Frelin, menuise; petits poissons qui ml- 
peuvent servir que d'amorces. 

A'Whai,s. m Alevin, jeunes poissons qui servent à peupler 
un étang, un cours d'eau. Taper d' l'aw'luii d'vins on l'ui'f, jeter 
de l'alevin dans un étanii; aleviner un étang. 

Ayon, s. m. Saumoneau. 

D 

Balowe, s. f. Balmve, (Verviers.) Brt/oî/W?r, (Luxembourg, 
Namur.) Hanneton. 

Balowe, s. m. Nase Ce nom lui est donné jusqu'à lïige de 
deux ans ; après ce temps on le nomme hôtichc 

Anke, s. f. Ancre Instrument de fer à branches aiguës et 
recourb-^es pour arrêter les bateaux. 

Banète, s. f. Nacelle de pêcheur dans laquelle se trouve 
un hanneton. 

Bankai, s. m. Siège à l'arrière du bateau. 

Banni, s. m. (Mons.) Poisson qui n'est pas frais. 

Banstai, s. m. Panier aux poussons. 

Barbaî ou Barbeau, s. m. Barbeau commun. 

Barbai, s. m. Mouche bleue, nommée aussi mohc a /' char. 
Elle sert d'appât. 

Barbiyon, s. m. Barbillon, petit barbeau qui n'a pas encore 
atteint le poids de cinq centigrammes. Les pècheui.s U- 
nomment fréquemment pourpiârd. 

Barbion, s. m. Barbillon, moustaches du barbeau. 

Bârrège, s. m. Barrage. 

Barbotte, s. f. Nom que l'on donne par confu.sioi. à la loche 
« mostèye » et à la lotte a boulot Ir d. 
Basse, s. f. Bas-fonds. 
Batte, V. Bracher. Agiter l'eau pour avoir du poisiion. 



— 250 — 

Fouiller, troubler l'eau pour faire entrer le poisson dans les 
filets (Remacle). 

Batte, s. f. Digue faite de pieux ou de maçonneries en 
rivière Rour maintenir les eaux à hauteur. Ax grossès-batte, 
litt. Aux grosses battes, endroit situé sur l'Ourthe, près de 
Liège, entre Angleur et Grivegnée. 

Bécârd, s. m. Bécard, vieux saumon mâle, selon les uns, 
saumon femelle, selon les autres. Ce nom de bécard serait 
donné au saumon à cause de son museau en forme de bac. 

Bêche, s. m. Bec. Ce qui sert aux poissons à prendre leur 
nourriture. 

Bèchèye, s. f. Amorce, appât, pâture pour prendre le 
poisson. 

Bèchèt, s. m. Brochet, brocheton, petit brochet. 
Bèchi. V. Mordre à l'hameçon, à l'appât. 

Bèch'tâ, s. m. Petit brochet qui n'a pas encore atteint le 
poids d'un demi-kilog. 

Bèch'ter. V. Manger par petites bouchées, comme les 
poissons. 

Bî, s. m. Biez ou Bief. Ane. wal. By dans le recueil des 
ordonnances de la principauté de Liège : canal qui conduit les 
eaux sur les roues du moulin. 

Bî (fax), s. m. Biez inférieur, biez de décharge. 

Bièsse âbalowe,s. f. Hanneton. Littéral.: bête aux nases. 
Peut-être faut-il écrire hièsse-âx-balowe dit Grandgagnage. 

Ce nom viendrait de ce que l'on se sert parfois de hannetons 
en guise d'amorces pour prendre le poisson appelé nase, en 
wallon balowc ou hôtiche. 

Bièsse di four, s. f. Hanneton de la st-Jean. 

Bîhe, s. f. Bise Lorsque le vent du nord souflle, le poisson 
se tient d'ordinaire au fond de l'eau. 



— '251 - 



Blanc vièr, s. m. Ver blanc; larve du hanneton qui vit sous 
terre et cause de grands ravages en dévorant les racines des 
plantes. Il est très recherché des pécheurs pour servir d'ai)pàt. 
On le nomme fréquemment warbeau. 

Blanketrûte, s f. Ombre 

Blètti-songue. Sang en caillot, sert d'appât. 

Boyai, s. m. Boyau. Les boyaux servent à faire des ligues 
solides pour pêcher le barbeau et autres gros poissons. 

Après rplaive, H bon limps freu sûr roter l'barbai. 
Il fâ 'ne bonne foite lignoûie, di bon loirdou boyai. 

DelargE. — Lèi pèheu a l ic/t. 

Boite à z-inche, s. f. Boîte aux hameçons. 

Bondiffe, s. m. Banneton. grand coffre percé de trous .ser- 
vant à conserver le poisson vivant dans Teau, et le bateau lui ■ 
même portant ce réservoir, ^n. wal. bon difTe dans Louvrex. 
Lès pèheu ont dès néçalle à bondiffe : les pêcheurs ont des 
nacelles à banneton. 

Bouchon, s. m. Bouchon, flotte. 

Boulotte, s. m. Lotte commune ou de rivière. Les pêcheurs 
la considèrent comme la souche des anguilles. On la conto.id 
souvent avec la loche et alors ces deux poissons s'appellent 
barbotte ou popioûle. 

Boul'ter, v. Bouiller, troubler Teau, remuer la vase avec 
une bouille. / [cl bouVter l'ahvepo pèlii âx govion : .1 faut l...u.I- 
1er Peau pour la pêche aux goujons. 

Boul'tège, s. m. Bouilleinent 

Boul'teu. s. m. Bouille, longue perche dont les pêcheurs 
se servent pour remuer la vase et troubler Peau, on lu. donne 
^2.rMs\cnomderamond' pèheu. lUt. balai de pêcheur; .serait- 
ce parce que certains pêcheurs emploient un vieux hala. a cei 
usage? 
Bourbaye, s. f. Bourbe. 



- 252 — 

Bourdon. (Charleroi ) Frelon, sert d'appât. 

Bourdon au miel, s. m. (Mons.) Mouche à miel, sert 
d'appât. 

Brâdeur, s. f. Lignette, (icelle de médiocre grosseur pour 
faire des filets. 

Brâmette, s. f. Petite brème. Diminutif de brame. 

Brame, s. f. Bramnie, (Charleroi.) Braime, (Namur.) 
Brème, s. f. (Remacle). Brème. II y deux espèces de brème 
dans nos rivières. Li grande brame, la brème ordinaire. Li 
p'tite brame, la hrême bordel ière. 

Brochet, s. m. Brochet. Les pêcheurs wallons appellent 
les petits hvochQis,bèehét, bèch'tâ, pougnard; tièsse di brochet, 
hure de brochet. 

Brouf, s. m. Brou, écorse verte de la noix; sert à teindre 
les filets. Voy. hâgne. 

Brouhagne, s. f. Bréhaigne, carpe qui n'a ni laite, ni œufs. 

Bruant, s. m. (Mons.) Hanneton. 

Busai, s m. Chalumeau. Tuyau entier de grosse plume dont 
on bouche les extrémités avec une boule de liège percée et 
noircie. 

Busètte, s. f. Petit tuyau en métal qui sert à relier les diffé- 
rentes parties de la gaule à pécher. 

Busleûre, s. f. Môme signification que le mot précédent. 

C 

Cabasse, s. f. Panier. Il sert au pécheur pour mettre ses 
provisions et ses amorces, ainsi que le poisson pris à la pêche. 
Voy. pèheur. 

Cabawin, s. m. (Gondroz.) Escarbot commun. Bousier; il 
sert d'appât. 



— 253 — 

Cabot, s. m. (Mons.) Têtard de grenouille. 
Gaerpe, s. f. (Mons.) Carpe. 

Caj-waî, s. m. Pareaux. Gros cailloux qui LMitraînciit la 
senne au fond de l'eau, tandis que le haut de ce filet flotte à la 
surface. 

Galîbe, s. m Calibre. Instrument qui sert à mesurer les 
dimensions des mailles des filets. 

Calibrer, v. Calibrer. Mesurer avec le calibre. 

Canal, s. m. Canal. 

Canot, s. m. Canot, petit bateau. 

Cape ou carpe, s. f. Carpe. 

Cârpai, s. m. Carpeau, carpillon, petite carpe. Diminutif 
de cape. 

Carpette, s. f. Voy. cârpai. 

Cazée, s. m. Caset, charrées, porte-faix, animalcule 
aquatique. C'est la larve d'une espèce de phryganc. Il sert 
d'appât. S. Sigart; gloss. montois. 

Cèlihe, Cèrège (Namurl, Cèrélie, s. f. Cerise, fruit qui sert 
d'appât. 

Cèrvai, s m. Cervelle de veau, sert d'appât. 

Chabot, s. m. Chabot commun, chabot têtard ou > habot de 
rivière. Petit poisson en général. 

Chak'ter, v. Choquer l'eau avec un fikt, /V/// à chak'trr, 
Pêcher au choc. 

Ghak'tège, s. m. Pêche au choc. Li chnk'Wnc si [ai A 
boird (li l'iiiwe: La pêche au choc a lieu au bord iK-s rivièr»'s. 

Chak'teu, s. m. Pêcheur au choc. Lès chuh'lni n' hapd 
k' de p'tits pèhon: Les pêcheurs au chof ne preniifiit qii. du 
petit poisson. (Forir.) 

Chak'tresse, s. f. Filet pour pêcher an cho.-. 



— 254 — 

Ghâlon, s, m. Asticot, larve, sert d'appât; Luxembourg; 
clialan, Namur châlon. 

Ghâlon, s. m. Chalon, grand filet que Ton traîne dans les 
rivière^ par le moyen de deux bateaux au bout desquels les 
côtés du filet sont attachés. 

Chaloupe, s. f. Chaloupe, canot. 

Chantrai, s. (Luxembourg.) Grillon, sert d'appât. Voyez 
crichon. 
Char, s. f. Viande, sert d'appât, 

Chazette, s. f. Larve de la demoiselle ou libellule, sert 
d'appât. 

Chêye halènne, s. m. Papillon en général, mais se dit 
surtout des phalènes. 

Chêna âx pèhon, s. m. Panier aux poissons. Voyez 
pèheur. 

Chénie, s. f. (Mons.) Chenille. Voy. halenne. 

Chuchenne, s. f. Autre forme du mot précédent. 

Chute, s. f. Petit bateau de pêcheur. 

Ch'vènne, s. m. Meunier chevanne ou chevenne. On le 
nomme aussi chevesne, barbotteau, juerne, garbotia, garbot- 
teau, chaboisseau. 

Les pêcheurs le nomment souvent mounî et pourçai d'aiwe; 
ce dernier nom en raison de sa grande voracité. 

Ch'vinai, s. m. Petit chevanne, il se nomme aussi coi'eû. 

iAsette, s. f. Sauterelle, sert d'appât. 

Cisin, s. m. Glaçon. 

Clajot, s. m. Jonc de marais, plante aquatique, roseau, 
glaïeul ; sert à radouber les bateaux. 

Clajoter, V. Remplir les ientes, les entailles avec du jonc, 
des rosQdiUix: clajoter on balai; radouber un bateau avec du 
jonc. 



— 255 — 

Cleûse, s. f. Ecrille, clôture de clayonnage pour arrêter le 
poisson à la décharge d'un étang. (Forir.) 

Cleûsège, s. m. Clayonnage, ouhlev (Von kleuzège : écaille, 
clôture d'un clayonnage ù un étang. 

Cod'lî, s. m. Gordier, marchand de cordes, artisan qui lait 
des cordes. 

Goide, s. f. Corde, terme générique; à Namur; coucatte; 
Bruime, corde qui borde la tête ou l'extrémité d'un filet. 

Coirdalle, s. f. Cordelette. 

Gôpé, s. m. Petite caque, tonneau scié en deux pour mettre 
des carpes, etc. ; à Verviers : coupé. 

Coq d'aousse, s. m. Sauterelle; sert d'appât. Voyez pochtâ. 

Coq d'Ile, s. m. Libellule ou demoiselle: mieux connu sous 
le nom de mârtai d' diale, sert d appât. 
Coq du four, s. m. (Ardenne.) Sauterelle. Voyez Pochtâ. 

Coque lèvint, s. m. (Luxembourg). Coque du Levant. Fruit 
d'un arbre des Indes, d'un brun noirâtre et de la grosseur d'un 
pois, qui a la propriété d'enivrer les poissons, de manière 
qu'on peut les péchera la main. Dasnoy. Dictionnaire do la 
province de Luxembourg. 

Côr, s. m. Coudrier. Bois qui sert à faire les gaules; 
h\ervieTS,chaiirnale; à Malmedy, côre; Picard, caurd; Boq 
caurd; du latin coryllus. 

Corant, anca, adj. Courant, r/<} l'corante aiwe .-de l'eau 
courante, eau vive qui coule toujours. Li korantd' l'alwc: le 
courant, le fil de l'eau. 

Corant-lèsse, s. m. Nœud coulant. 

Corante, s. f. Abletle-spirlin. Voyez ablette. 

Coreû, s. m. Chevenne de petite taille. Synonyme de 
ch'vinai. 

Coreû, coreûse, s. I. Ablette-spirlin. Xoycz àhlrtte. 



— t256 — 

Coriant, ante, adj. Souple, flexible, qui plie aisément, gn'a 
lin d' pus coriant qui V oisîr : il n'y a rien de plus souple que 
l'osier. 

Corège, s. W Lentille d'eau, plante fluviatile, traînasse, 
herbe de St-Jean. 

Cotraî, s. m. Epervier (*). Espèce de grand filet affectant 
la forme d'un cône très évasé. 

Cou d' nèçale, s. m. Poupe, partie de derrière d'une 
nacelle. 

Cou d' vège, s. m. Pied de la gaule, la partie la plus forte. 
Voyez vège. 

Court bouyon, s. m. Court bouillon, manière d'apprêter 
les poissons, mugnî 'ne carpe â coure bouyon : manger une 
carpe au court bouillon. 

Coursîre, s. f. Coursier d'usine. 

Coûtai, s. m. Libellule. Yoyezmârtai d' diale. 

Coûtai, s. m. Couteau, contai po mette lès stope: Etanchoir, 
couteau pour enfoncer les étoupes. 

Coutru-mây'ler, v. Contre-mailler, doubler par des 
contre-mailles, les mailles primitives d'un filet. 

Couvai, s. f. Petit gouffre d'eau. 

Govet, s. m. Pharillon. Petit réchaud où l'on fait un feu de 
flammes pour atlirer le poisson pendant la nuit. 

Covin, co visse, s. Oeufs fécondés, frai. Luxembourg, 
couvisse. 

Crètion, Cîichon, crition, Crèkion, s. m. Grillon, sert d'ap- 
pât. Luxembourg, chantrai, crèquion; Namur, crèkion, cri-cri; 
Mons, crikion, crikelion; Charleroi, crèkion. 



(') V. De Herrypon. La boutique delà marchande de poissons. Paris, Hachette, 
4867. 



— 257 — 

Crin-marin, s. m. Crin, partie qui termine la ligne et à 
laquelle on attache l'hameçon. 

Croc, s. m. Gaffe. Perche munie d'un croc de fer ù deux 
branches, dont l'une est courbe et l'autre droite; Luxembourg, 
« furet » . 

Crocdipèheu, s. m. Harpon, lichoir de pêcheur. Espadut, 
espèce de croc pour atteindre les poissons au fond des écluses. 
(Remacle.) 

Croc di rapèheu, s. m. Crochet à plusieurs branches ser- 
vant à retirer de l'eau les objets perdus. 

Crochet, s. m. Crochet. 



D 



Dagler, V. Goudronner, enduire de goudron, de brai ; 
spalmer et espalmer, daylcr 'ne uùvale : spalmcr une nacelle. 

Daglège, s. Goudronnage, action et manière de goudron- 
ner. 

Dagleû, s. Celui qui goudronne, goudronneur. 

Daguer, v. Goudronner, on dit aussi smcri. 

Daguèt, s. Goudron, brai. An. \ya\.,(l(i(ilcl, (l(i(ief, (hi/jlnirt. 

Dagueu, s. Goudronneur. 

D'aval, s. Côté vers lequel la rivière descend. 

Dihay'ter, v. Ecailler, ùtcr, enlever réciiille, dihini'trr 
on pèJion: écailler un poisson. 

Dihiège, s. f. Déversoir. 

Digue, s. f. Digue. 

Dilongue (à V), prép. Le long, tout du long, au long de, 
tout le long. — Roter tôt ù l'ilUonnne di l'aiwe, marcher tout 
le long de l'eau ; longer, côtoyer la rivière. 

17 



— 258 — 

Dimayler, v. Démailler, défaire les mailles d'un lilct, 
Dimonter ou clismonter, v. Démonter. Expression du 
pêcheur pour signifier qu'ayant eu alTairc à un gros poisson, 
celui-ci a cassé la ligue en se démenant, ou bien que la ligne 
ayant été accrochée au fond de l'eau, elle s'est brisée par suite 
des efforts qu'il a faits pour la retirer. 

Discrèlie, v. Décroître, diminuer, raiiue discrèhe, l'eau, la 

rivière décroît. 

Discrèhège, s. m. Décroissement. 
Dismoussî 'ne anwèye, v. Ecorcher une anguille. 
Distoumer, v. Baisser, décroître en parlant d'une rivière. 
Dragoii; s. m. (Mons.) Libellule ou demoiselle, sert d'appât. 

Ecaye, s. f. Ecaille. 

Ecluse, s. f. Ecluse. 

EYhe, s. Remous, sillage, tournoiement de l'eau. 

Ele di pèîion, s. f. Nageoire. 

En amont, prép. En amont sur la hauteur, côté d'où vient 
la rivière. 

Epèh'ner, v. Empoissonner, peupler de poissons, èpc'h'ncr 
on viivî. Empoissonner un étang, 

Epèh'nège, s. m. Empoissonnement, action d'empoisson- 
ner. 

Epèh'neû, eûse, s. Celui qui empoissonne. 

EpiDoke. (Mons.) Autre forme de cspimke. Voyez spinâ. 

Escavège, s. m. Nom que prend le poisson d'eau douce 
quand il est préparé à la daube. Il se dit encore scavcge; h Mons 
et àCharleroi, on dit dans le même sens «iWZ/OW à rcscavccheo 
on à rcscavesse. 



- 259 — 

Espinoke. (Mons.) Epinoche. 

Esturgeon, s. m. Esturgeon, se dit mieux siun/ioii et 
slriKjcou. 

Etang, s. m. Etang. 

F 

Fer-ai"we, V. Faire eau. On dit d'un bateau qu'il fait eau, 
lorsque l'eau y entre au travers du bois, ou par les lentes et les 
jointures. 

Ferré, s. m. Perche de batelier, de passeur d'eau. 
Fermette, s. f. Fermette. Voyez bàn-cijc. 
Férome, s. f. Virole, petit cercle de métal autour d'un 
manche, d'une gaule à pêcher, etc. 

Firone, s. f. Virole. 

Fèrrèt, s. m. Luxembourg. Voyez croc. 

Fève, s. f. Fève cuite, sert d'appât. 

Fier à qwate dint, s. m. Fouane. Fer à quatre ou cinq 
piquants au bout d'un bâton, pour piquer le poisson. (C;un- 
bresier.) 

Fier à treus dint, s. m. Fichure. Espèce de trident avec 
lequel on darde le poisson dans l'eau. (Cambresier.) 

Filope et filome,s. f. Filasse, assemblage de filaments lires 
de l'écorce du chanvre, de celle du lin: a stopper 'ne cirvcior 
avou de r filope » boucher une lente avec de la filasse. 

Fleuve, s. m. Fleuve. 

Flot, s. m. Mare, eau stagnante. 

Flottâfe, adj. Flottable, se dit d'une rivière ou ruisseau sur 
lequel le bois peut llotler. 

Flotte, s. f. Flotte. La llutle est deslin(?c h supporter le corps 
de la ligne et à lui permettre de suivre le courant .sans s'accro- 
cher au fond. 



— '260 — 

Foche, s. f. Littéral. Fourclie-Fouane. Instrument propre à 
percer les poissons pour les prendre. Il y en a de bien des 
formes: les unes sont une broche terminée par un dard, 
d'autres une lance barbelée, d'autres sont Cormées de deux ou 
trois dents, c'est alors une véritable fourche. Cet instrument 
étant ajusté au bout d'une perche, on en perce les poissons 
qu'on aperçoit au fond de l'eau. 

Forboleux, adj. Marécageux. Voyez marrasseux. 

Forbou, s. m. Marécage. Voyez maras. 

Fouonnet, s. m. (Luxembourg.) Voyez malton. 

Fouseresse, s. f. Carpe œuvée, carpe forcière que l'on 
garde à vue pour la reproduction. 

Frème, s. f. Grosse filasse pour calfater. Voyez filope. 

Fricassêye di péhon, s. f. Friture, poissons frits. 

Froyî, V. Frayez. Multiplier, en parlant des poissons. 

Froyâhe s. f. Frai, époque du frai. 

Frôye, s. f. Frai, se dit des œufs de poisson avec ce qui les 
féconde. 

Froyège, v. Action de frayer. 

Frouhène, s. f. Endroit où fraient les poissons. Frayôre, 
se dit surtout des saumons. 

Frouhiner, v. Frayer. Se dit des saumons quand ils s'ap- 
prochent, qu'ils se gîtent et se terrent pour frayer, (ilemacle.) 
Froumage, s. m. Fromage, sert d'appât. 

G} 

Gard d'aiwe, s. Garde des eaux, garde de pèche. 

Golfe, s. f. Gouffre. Endroit où une rivière est profonde et 
où l'eau tournoie. 

Goge, s. f. Ablette spirlin. Voyez ablette. 



- 261 — 

Govion, s. m. Goujon, (jouvion dans le Ilainaut, fjouviuii et 
(iHCUvion à Namur. 

Grande brame, s. f. Brème ordinaire. Voyez brame. 

Gravi, s. m. Gravier. 

Gravier, s, m. (Luxembourg.) Véron. Voyez Grèvî. 

Grèvèsse, s. f. Ecrevissc fluviatile; à Namur: gravasse; à 
Charleroi : gravîche. 

Grévî, grèvî, s. m. Vairon ou véron lisse; à Namur: 
fjravi, jotte di procureur. 

Grèvî, s. m. Fretin, menu poisson. Alevins, pelils poissons 
avec lesquels on peuple les étangs. (Remacle.) 

II 

Hadrène, s. f. Gué, endroit d'une rivière où l'on passe à 
pied, haut fond. Passer l'aiwe so 'ne liadrènne : passer l'eau à 
gué. 

Hâgne, s. f. Ecaille des poissons. Voyez haye. 

Hâgne, s. f. Bruu de noix, l'enveloppe verte de la noix; sert 
à teindre les filets, se dit aussi Itufét/e, hufion, bronfe. 

Haye, s. f. Ecaille, lame mince et plate qui couvre la peau 
de beaucoup de poissons. 

Hay'ter, v. Ecailler, ôter, enlever les écailles d'un poisson. 

Hâle âx pèhon, s. f. Echelle ou passe Ix poissons. Espèce 
d'escalier ou ouverture que l'on a pratiquée dans les murs des 
déversoirs près des barrages, pour permettre aux poissons de 
remonter les rivières. 

Halène, lièlène, holcne (Ardenne) houlètie, s. f. Clienillo, 
sert d'appât. 

Haper, v. Prendre, attraper des pois.sons. 

Hapète, s. f. Sorte de pelle pour vider IVau d'une nacelle. 



— 2G2 — 

Harnicotai, s. m. ([Aixombourg.) Hanneton, échiquier. 
Kavroûlô, s. f. Ablcrot, carro, carrelet, avrule. C'est le filet 
le plus généralement employé. 

Hé, s. f. Cane. Croc de batelier, longue perche au bout de 
laquelle l^ y a une pointe avec un crochet. 

Hèrna, s. m. Rets. Ouvrage de ficelle, de corde, pour 
prendre des poissons. (Uemacle.) Ghalon, grand filet de pêcheur 
(Forir.) ' 

Hérô. Voyez Jùrô. 

Heure, s. f. Hure, tète de saumon, de brochet, principale- 
ment, (juand elle est coupée. (Forir.) 

Hiède, s. f. Troupe, terme de pêcheur pour désigner un 
grand nombre de poissons. Voyez tnVn/e. 

Hirô, s. m. Glaçon: / r/7////r/ r/ès hirô so Moûse, la Meuse 
charrie des glaçons. 

Hôderdèspèhon, v. Limoner des poissons, les passer à 
Tcau bouillante pour en ùter le limon. (Remacle.) 

ïlohou, s. m. Compartiment séparé dans un réservoir à 
poi.^sons. Voyez houchc. 

Home, s. f. Graisin, écume sur l'eau, quand les poissons 
Iraient. (Remacle.) 

Hôtiche, hôtin, hôtu, houtin,s. m. Lenase. Pendant les 
deu.v premières années de son existence, le wallon l'appelle 
halowe. Les pêcheurs donnent le nom de payasse au nase de 
lorte taille. Enfin on le nomme encore pouvçai d'aiwe; ajoutons 
que celte dénomination appartient aussi au chevanne et qu'elle 
lui convient mieux du reste. Luxembourg: Iiotla; Namur//o///, 
u'Jiolu. 2" nréîiir. (Luxembourg.) 

Horlogî, s. m. Perche goujonnière. Voyez ooî. 

Houche, s. L Réservoir à poissons qui se trouve dans une 
« ùanc'tf )) ou un <r bondife », barques de pêcheur. Les grandes 
« hoache,, celles qui se trouvent dans les hoadifr, sont d'ordi- 



— 203 — 

naiiv divisées en trois compartiments qui se nomineul liolidii 
ou Jiouhou. Nahai se dit d'un réservoir isolé. 

Houhou, s. m. Compartiment isolé dans un réservoir à 
poissons. Voyez houchc. 

Hourêye, s. f. Berge. 

Hover, v. BouilIer.Bouiller l'eau pour pécher aux goujons. 

Hufôye, s. f. Brou de hoix. Voyez hiujnc. 

Hufion, s. m. Brou de noix. Voyez hCujnc. 



liai, s. m. Ilot, se dit aussi niai. 

Inche, s. f. Ilamegon, liaim. Petit crochet de fer servant à 
prendre le poisson, à Namur an:An. 

On appelle dardillon, la petite languette pi.iuante de Thame- 
çon; elle est faite en forme de dard pour accrocher le poisson ; 
le hameçon plombé qui est disposé de manière à rester au fond 
de Teau, se nomme pavfond. 

Intrilècèhe, s. Epissure, jonction, entrelacement de plu- 
sieurs torons. 

Intrilèceû, s. Epissoir, instrument en forme de poinron, 
pour épisser. 

Intrilècî, v. Episser, réunir deux bouts de corde en enlre- 
lassant leur torons. 



Jètd'neuhi, s. m. Litt. Jet do noisetier, .sert à faire les 
scions et les secondes. Voyez véfje. 

Jotte di procureur. (Namur.)Nomdu véron lisse, lorsqu'il 
est frit. Litt. Chuu do procureur, sans doute, dit (Irandga- 
gnage, parce qu'il est plein d'arêtes. 



— 264 - 

Lamproyou, s. m. (Luxembourg). Lamproie de Planer ou 
petite lamproie; v. amprôi/e. 

Lèçai, s. m. Lailc ou laitance, substance qui ressemble au 
lait caillé et qui contient la semence des poissons mâles. 

Lèche,, s. f. Etang, noue où l'on met du poisson. 
Lègne, s. t'. Ligne. (Ilemacle.) Voyez lignoûlc. 

Liignètte, s. f. Lignette, ficelle de médiocre grosseur pour 

faire des filets : Vosse lignette è trop fène po fer on hèrna 

d' pèlieu : votre lignette est trop fine pour en faire un filet de 
pêcheur. 

Lignoûle, s. f. Ligne. Corde faite de crin ou de soie tordu, 
avec un ou plusieurs hameçons au bout, pour prendre du 
poisson. 

Loche, s. f. Loche. Voyez mostùye. 

Lotte, s. m. Lotte commune. Voyez boulotte; il è crâs 
comme on lotte, il est gras comme une lotte. 

Lotte, s. f. Loutre. 

Lovaye, s. m. Louvain, vi7it d' Lovaye: vent de Louvain, 
vent d ouest par rapport à Liège. Vent qui amène ordinaire- 
ment de la pluie. Ex. ; si c'èsten vint d' Lovaye, i vaireii 
'neplovinèttc comme brouwène dimaye. 

Delahge, Lis pèhcH à V vège. 

M 

Maclote, s. f. Têtard, se dit encore popionle; Mons : cabot; 
Luxembourg: Maquette. I"" Chabot têtard. 

Malton, s. m. Bourdon, frelon, guêpe, sert d'appât. Dans 
le Luxembourg : fouonnet. 



— 205 - 

Malton'rèye, s. f. Nid de bourdons, 

Mani"*sèlle. (Luxembourg et Namur.) Voyez mùrUii 
iV (lialr. 

Manche, s. m. Manche de la rame, de l'aviron. 

Maquette, (Luxembourg.) Têtard. Voyez maclottc. 

Maqu'rai, s. m. Demoiselle ou libellule. Voyez mariai 
iV (lia le. 

Marasseu, euse,adj. Marécageux. Cistr auwn/c là a-t-on 
p'tit gosse marasseu : cette anguille a un petit goût maréca- 
geux. On dit aussi porboleu, forboleu. 

Marasse, s. m. Marécage, se dit aussi forbou, porbou. 

Mar'hâ,, s. m. Escarbot, bousier. 

Marihâ, s. m. Blatte des cuisines, sert d'appât. Voyez 
neûrès bièsse. 

Mariner, v. Mariner, faire cuire du poisson, et l'assaisonner 
de manière qu'il puisse se conserver longtemps. 

Marînège, s. m. Marinade. 

Mârtai d' diale, s. m. Libellule, sert d'appât. 

Maurtia d'arme, s. m. (Namur.) Libellule. 

Mâ,ye, s. f. Maille, petit anneau de fd dont plusieurs font un 
tissu: Lès mâije d'ine havroûle; les mailles d'un carrelet. 

Mayètte,s.f. Petite maille : rinawi 'ne mai/ètte: reprendre, 
relever une petite maille qui est tombée, qui est échappée. 

Meunier, s. m. (Mons.) Sert d'appût. 
Miyoledi cèrvai, s. f. Cervelle, sert d'appât. 
Misse, s. f. Rate, sert d'appât. 
Mister, s. f. Coque du Levant. Voyez Coque levinl. 

Mohe. Moclie (Namur), Mûuke (llainaut), s. f. Mouche en 
général. Dans le quartier d'Outre-Meuse à Liège, on prononce 
moke. 



- 266 — 

Mofic à Vawiou, mohe hV pètion, mohe à pépin, moheà 
r pction, wolie di pètion, chcsscKte à pction. Sous ces diiïo- 
rentes dénominations, le wallon comprend Tabcille, la guèpcje 
bourdon, le frelon, c'est-à-dire toute mouche qui porte un dard, 
un aiguillon. Toutes ces mouches servent d'appât. 

Mohe à F char, s. f. Mouche bleue, elle a le thorax noir, 
l'abdomen d'un bleu luisant, avec des raies noires et le front 
fauve. Le wallon la nomme encore barbai ; sa larve s'appelle 
ivarbau d' char. Asticot. 

Mohe à r chôteur.raohe à. chèttéûr. J Abeille. 

Mohe di chèteur, mohe di chètteu, ) Mouche à miel. 

Mohe d'api, mohe à 1' lame. ] Sert d'appât. 

Mohe artificielle, s. f. Mouche artificielle. La mouche 
artificielle sert à la pêche des truites et des poissons blancs. 

Mohe d'or, s, f. Mouche dorée. Elle a le corps vert doré, 
avec les pattes noires. On amorce avec sa larve, que l'on trouve 
dans les charognes. 

Moh'tor, V. On dit qu'on voit // pèhon mohter, quand il 
saute après les mouches qui volent à la surface de l'eau. 

Molai, s. m. Petite moule ; petite mesure en bois pour les 
mailles d'un filet. 

Molduse, moldûse, s. f. Poisson de rivière que les 
pêcheurs disent provenir d'une carpe commune « Cyprinus 
carpis » et du carassier ou carpe à la lune « Carassius vulga- 
ris ». 

Molin, s. m. Moulinet, petit moulin qui s'ajuste au bas des 
cannes à hauteur de la main et qui sert à donner ou retirer de 
la ligne. Voyez racoyeu. 

Molinaî, s. m. Demoiselle ou libellule, sert d'appât. 

Molon, s. m. (Namur.) Larve du hanneton, sert d'appât. 

Monsieur, s. m. (Luxembourg.) Libellule, sert d'appât. 



— 207 — 

Monté (esse bin). Lilt. Etre bien monté, expression 
signifiant (la'Lui pùclieur a tous ses attirails en bon état et de 
bonne qualité. 

Mostèye, s. f. Loche. Les loches sont souvent confondues 
avec les lottes, boulotte. Les dénominations wallonnes de 
barbotte et depâpioùle ou popioûlc sont communes h ces deu.x 
poissons. 

Moulon, s. m. Le mot monlon employé seul, s'appli(|ue 
parliculièrement à la larve de la mouche à viande, la grosse 
mouche bleue. On distingue le blanc moulon, la larve du han- 
neton ; le moulon à queue, la larve de la mouche scatophage, 
celle des lieux d'aisance; le ??/o?^/o// d' bo, la larve du capri- 
corne, à odeur de rose, 

J. SlGAUT. (Mloxsiiirc montoix. 

Mounî, s. m. Meunier, chevanneou chevenne. 

Mount, s. m. Perche. Voyez pîc/ie. 

Mounî, s. m. Meunier. Variété blanche du hanneton com- 
mun. 

Moûse, s. f. Meuse; prend sa source dans le déparlcnicnt 
de la Haute-Marne, près du village de Meuse, et se jette dans 
la mer du Nord. 

IV 

Nachale, s. f. An. wal. dans les Ch. et Privil. Voyez 
nacelle. 

Nahai, s. m. Banneton. Coiïre percé de truus; sf dit d'un 
réservoir isolé, destiné à conserver le poisson vivant. Voyez. 
bouche. 

Nahe, s. f. Nacelle de grande dimension et munie d"uii 
gouvernail. 

Nahon, s. m. Dannetun. Voyez naliai. 



- 268 — 

Naque, s. f. Gravier amoncelé, ^"alcz niii so V naque avou 
vosse nèçallc: ne passez pas au-dessus du las de gravier avec 
votre nacelle. 

Naquai, s. m. Diminutif de naquc. 

Naviron, s. m. Aviron, sorte de rame. Li poufjnèye, li 
manche, et l' platai d'on naviron: la poignée, le manche, la 
palme d'un aviron. 

Navuron, s. m. Nageoire. 

Nèyî, V. Noyer. Faire mourir dans l'eau. 

Nèsse, s. f. Nasse. Espèce de panier d'osier, de jonc, de fil 
de fer pour la pêche dans les rivières; l'ouverture est ronde et 
garnie de brins d'osier en forme d'entonnoir. La nasse est sou- 
tenue par plusieurs cerceaux, qui vont en diminuant de dia- 
mètre depuis l'ouverture, 

Nèçalle, Nècèlle, s. f. Nacelle. 

Neûre bièsse, s. f. Blatte domestique. Sert d'appât. 
Namur: Noire biète. 2» Ténébrion des boulangers, sa larve 
cylindrique est d'un jaune d'ocre, vit dans le son et la farine ; 
elle porte le nom de viêr di f arène; sert d'appât. 

Nouque, s. m. Oudre. Nœud de la maille d'un filet. 

O 

Ogî, s. m. Grémille, baveux, perche goujonniêre. L'Ofjî se 
nomme encore horlogî. 

Oisir, s. f. Osier. Nom que l'on a donné aux branches 
flexibles de presque toutes les espèces de saules, et dont les 
vanniers se servent pour confectionner différents articles de 
pêche, tels que les nasses, les paniers, etc. 

Ole di trâne, s. f. Huile de poisson. 

Ombe, s. f. Ombre de rivière. Voyez blanke truie. 

Opielle. (Mons) Espèce de rosse, poisson blanc. 



— 200 — 

Orèye di pèlion, s. f. Ouïes, branchies. Ci harhui la <• tôt 
(risse, il a lès orèye totè roge: ce barbeau est luul frais, il a les 
ouïes toutes vermeilles. (Forir ) D'après Remacle jx'iaitr di 
pèhon. 

Où, s. m. Œuf. Les œufs du brocliet, du barbeau et de la 
lotte sont assez dangereux à manger, 

Ouye, s. m. Œil. 

Ounélle, ouène. (Mons.) Chenille. Voyez halenne. 

Oûthe, s. f. Ourthe. Rivière très poissonneuse; elle a deux 
sources : la première se trouve entre le village d'ûurlho et le 
hameau de Deïfeld ; la seconde prend naissance près de 
Remagne, au sud-est de St-Hubert. L'Ourthe se jette dans la 
Meuse à Liège. 



Passâhe, s. f. Passage. Changement de lieu des poissons 
dans certaines saisons. /./ passâhc des àbèye : le passage dt-s 
aloses. 

Passêye, s. f. Traversée à un passage d'eau; loiiles les 
personnes qui passent à la fois. Nos èsth de l' primù passcije: 
nous étions de la première traversée. 

Passade, s. f. Voyez passâlie. 

PasSGÛ, s. m. Passeur, batelier qui conduit un bar, un 
batelet pour passer l'eau, liould V passeù : appeler, hèler le 
passeur d'eau. 

Payasse, s m. Nom que les pêcheurs donnent au lu'itiche 
de forte taille. 

Palon, s. m. Ecope, pelle de bois longue, à chasse relevée 
par le bout et à rebords, qui sert ù prendre et à lancer l'eau 
des bateaux. Voyez sèsse. 



— '■210 — 

Pâpioule, s. m. Sous ce nom, le wallon comprend les 
hoches et les loties. Voyez boulotte et mostèi/c. 

Pasge, s. f. Voyez passâlie. 

Passe, s. f. Pâte, sert d'appât. 

Fâvion, s. m. Papillon. On dit encore pâvion et ambion. 
Luxembourg : paupian ; Namur : pèwioti, sert d'appât. 

Pèhe, s. f. Pêche, art, exercice, action de pêcher. 

Péhâhe, s. f. Epoque de la pêche. 

Pèheu, s. m. Pêcheur, celui qui se livre à la pêche pour 
son plaisir ou pour {gagner sa vie ; ramon d' pèheu : bouille. 

Pèheur, s. f. (Luxembourg.) Panier aux poissons. C'est un 
panier en forme de bissac rebondi, qui sert à mettre le poisson 
pris à la pêche; il se porte en bandouillère; se dit aussi chèna 
âx pèhon et banstai. 

Pèhî, V. Pêcher. Pèltî à bouchon. Pêcher au bouchon, à la 
ligne ilolianie. Pèhî à V havroûle. Pêcher au carrelet, à l'ableret. 
Pèhî IL r chik-chak. Pêcher avec la ligne à fouetter, Pèhî à 
r vège. Pêcher à la ligne. Pèhî à l' volîre. Pêcher à la volée, 
avec la mouche artificielle. Pèhî so fond. Pêcher avec la ligne 
de fond ou dormante. 

Pèh'neux, eûse, adj. Poissonneux, qui abonde en pois- 
sons. Li Moûse et l'aiwe d'Ofithe sont pèh'neûse : La Meuse et 
rOurthe sont poissonneuses. 

Pèhon, s. m. Poisson. La faune belge compte environ 
quarante espèces principales de poissons d'eau douce. Ele di 
pèhon: nageoire; orèye di pèhon: ouïes; vèssèye di pèhon: 
vessie natatoire; haper de pèhon : prendre, pêcher du poisson. 

Pèh'réye, s. f. Pêcherie, terme générique. 

Pîh'résse, s. f. Poissarde, marchande de poissons. 

Peigne di pèhon, s. m. Branchies. (Remacle.) 

Pépinoke (Charlcroi). Epinoche. 



t>71 



Perchette. (Luxembourg.) Pelilc perche. 

Percot, s. m. Petite perche, dimiiiulif de ;;/(?//r. Cepciitlant 
le terme percot peut se dire aussi sans idée diiiiiiiulivo, 
synonyme : piercot. 

Peus, s. m. Pois; les pois cuits servent d'appât. 

Pîcètte di grèvèsse, s. f. Pinces d'écrevisses. 

Pîche, s. f. Perche de rivière. Ses petits se nomment por- 
cûts en français, et en wallon percot, piercot Qlpicluile. Lu 
perche elle-même s'appelle encore mounî et stèclie; à Namur ; 
pièlie; à Braine l'Allcud: percot. 

Piclion. (Mons.) Poisson. 

Pierre Saume (Luxembourg), s. m. Tramail, grand filet 
triple, dont la nappe du milieu a les mailles serrées, tandis que 
les extérieures les ont très grandes. La partie inférieure 
du filet est garnie de plombs et la partie supérieure de flottes. 
Voyez trama. (Dasnoy.) 

Piou, s. m. Pou, pion (V pèhon, pou de poisson, pive. 

Pitite brame, s. f. Brome bordelièrc. Voye.c hrùmr. 

Platai, s. m. Palme. La palme de la rame ct^t la partie 
plaie qui plonge dans l'eau. 

Plate messe, plate mousse. Bouvière amère. 

Poch'tâ, s. m. Sauterelle et criquet, sert d'appât. Ils 
abondent dans les prairies vers la lin de l'été; de là, leur.s 
uoms ûe cofj (!i four c\ coq d'aoûsse; comme ils avancent en 
sautant, on les appelle yjoc//^/, poclicUeclpocli'lâ; ,\rdennes : 
coqdu four;Ua\medy : sotcroûlc ; l^amuv: sunlnillf, sautu- 
ria; Mons; sautiau, sautriau, cod'aoute. 

Popioûle, s. f. Têtard, grenouille à son premier point de 
développement. Voyez maclolte. 

Pougnârd, s. m. Barbillon, petit barbeau âgé de trois à 
quatre ans. On dit aussi rcùil poutjuàrd. Ces expressions 



— '272 — 

s'emploient encore pour désigner le jeune brochet, plus connu 
sous le nom de bèchtû. 

Pougnèye, s. f. Poignée de la rame, la partie de la rame 
que l'on saisit avec les mains ; se dit aussi manche. 

Poûheu, s. m. Epuisette. Petit filet monté sur un cerceau 
de fer, ajusté an bout d'un long manche de bois, pour recevoir 
le poisson pris à la ligne. Se dit aussi trùlaî. 

Pourçai d'aiwe, s. m. Meunier chevenne. 

Précheu, Princheu. (Mons.) Hanneton. 

Prique, s. f. Lamproie de rivière. 

Princheux. (Mons.) Hanneton. 

Porbou, s. m. Marécage. 

Porboleux, euse, adj. Marécageux, euse. 

Pris-songue. Sang en caillot, sert d'appât. 

Q 

Quowe d'a^vèye, s. f. (Luxembourg.) Épinoche h queue 
lisse. V. Spinâ. 
Quowètte, s. f. Petite anguille. V. anwèye. 

Rave, s. m. Rame, longue pièce de bois dont on se sert 
pour faire avancer un bateau. 

Raignon, s. m. Meunier argenté. Il est plus petit que le 
chevenne, et se fait remarquer par la teinte argentée de ses 
écailles. Ce nom, qui s'écrit encore, rayon, rayon, et règnon 
s'applique aussi à différents poissons, tels que le gardon, 
la vaudoise, etc. 

Rain, s. m. Grande rame qui se place à l'arrière d'un canot 
et fait cl la fois l'office de rame et de gouvernail. 



- '273 — 

Raîne, s. f. Grenouille. Les œufs do givnouillL' porlonl lus 
noms de covisse di rmnc, et les têtards s appelleiit mnclattc et 
popioûle. Namuret Gharleroi: (juènwui/c; Mons: mine. 

Racoyeu, s. m. Moulin. Petit cylindre en métal qui se place 
au bas de la gaule et qui sert à recueillir la ligne. Voy. mûliti. 

Rame, s. f. Rame, aviron. 

Râmer, v. Ramer. 

Râmeu, s. m. Rameur. 

Ramon d' pèheu, s. m. Bouille. Voy. bouUcu. 

Rapèhî, V. Repêcher. 

Rave di baflî, s. m. Rame en forme de spatule. 

Rèpèh'ner, v. Rempoissonner, repeupler de poissons un 
vivier, un étang. 

Rèpèh'nè3^e,s. m. Rempoissonnement, action de rempois- 
sonner, résultat de cette action. 

Reûd pougnârd, s. m. Barbillon. V. poiujnàvil. 

Reûsse, s. f. Filet que le pêcheur emploie pour mettre le 
poisson qu'il a pris à la pèche.— Réseau, d'après Forir — ju'hi 
à l' refisse: pêcher au réseau, à l'épervier. 

Riboulter,v.Bouiller,agiterde nouveau la xasc — I n' hîr lie 
pus, i fà rboulter. Le poisson ne mord plus, il faut bouiller 
de nouveau. 

Rièsse, s. L Arête de poisson. 

Rifroyî, v. Frayer de nouveau. 

Rijondège, s. m. Epissure, fonction do doux morceaux de 
corde entrelacés. Se dit aussi ripiceiire et riprin(h\ic. 

Rîhaî, s. m. Nappe. Certain filet de pêcheur, d'après Forir. 

Rihay'ter. V. Écailler de nouveau. Uihan'lrr ou inVwn : 
écailler une seconde fois un poisson. 

Ripèhî, V. Autre forme de rapchî. 

18 



— 274 — 

Ripiceuse, s. m. Épissoir, outil pour cpisser. 

Ripiceure, s. f. Épissure, fonction de deux bouts de corde. 

Ripicî, V. Épisscr, Voy. intrilèci. 

Ripriùdège, s, m. Épissoir, instrument en forme de 
poinron, pour épisser. 

Roche. (Mons.) Rosse, poisson. 

Rochètte. (Mons.) Diminutif de roche. 

Roge vièr, s. m. Ver rouge, sert d'appût. 

Rosse, Rosse di fond, Rossette. Sous ces dénominations 
l'on comprend les deux espèces de gardons qui vivent dans les 
eaux belges, savoir : 1" Le gardon ordinaire, que l'on nomme 
encore able gardon, roche et meunier rosse; 2° Le gardon rouge 
ou meunier rotengle. Les gardons sont appelés vulgairement 
poissons blancs, en wallon blanc pèhon ; Mons : roche, rochètte. 

Roûdion, s. m. Gros frelon, bourdon; sert d'appât. 

R'prinde, v, Épisser. Entrelacer deux cordes en mêlant 
ensemble leurs filets sans faire aucun nœud. V. ripicî, intrilèci. 



S 



Sâhon, s. f. Saison. Temps de la pêche. 

Sâycler, v. Étalonner, plomber, imprimer une marque sur 
un filet, pour certifier que les mailles ont la dimension exigée 
par la loi. 

Sayètte, s. f. Sauterelle. Voy. poch'tâ, s'écrit aussi sayette. 

Sayîme, s. m. Dideau ou diedeau, filet qui est de la largeur 
d'une rivière, pour arrêter les poissons. 

Saiwe, s. Chantepleure. Ouverture pratiquée verticalement 
au pied d'un mur de clôture, avoisinant une rivière, pour que 
pendant et après les débordements, les eaux puissent entrer et 
sortir librement et se rendre dans un étang. 



275 



Sâme, s. 1'. Salm, petite rivière très poissonneuse. 

Sâmon, s. m. Saumon, 

Sâmoné, êye, adj. Saumonée, se dit du poisson i chair 
rouge comme celle du saumon . — lue tvûtc sâmonêyc : une truite 
saumonée. 

Sâmonet, s. m. Saumonneau, petit saumon. 

Sam'rèsse, s. f. Sauterelle. 

Sangroûle, SangsOAAre, s. f. Sangsue, sert d'appât ; 
à Verviers: sangsâwc; Malmedy : saugsomue; Mons: sangsure; 
Clermont, Thimister : chawe-chawe. 

Sankisse, s, m. Limon, boue, vase qui est au fond des 
fleuves, des étangs. 

Sartouille. (Luxembourg). Lamproie de Planer. 

Saume, s. m. (Luxembourg). Truble ou trouble. Filet en 
forme de sac pointu, monté sur deux bâtons ou par un demi- 
cercle attaché à un seul bâton. (Dasnoy.) Voy. troûlc. 

Sâvioneux, adj. Sablonncux,qui contient beaucoup de sable. 

Scarbotte, s. f. (Ardenne.) Bousier, escarbot; sert d'appât. 

Scavège, s. m. Autre forme de escavège. Poisson à la 
daube. 

Scaver, v. Dauber. Préparer le poisson à la daube. 

Sèchi, v. Tirer, enlever la ligne de l'eau pour retirer 
le poisson pris à l'hameçon. 

Sègne, s. m. Signe. 

Seimme, s. f. Ane. wal. dans le recueil des ordonnances. 
Espèce de balardeau ; alosière, filet pour pêcher l'alose, 

Sèsse, s. f. Écope, sasse, pelle creuse à rebords pour jelcr 
l'eau des nacelles : vudî 'ne iu\'alle à cap d'sêssc, évacuer l'eau 
d'une nacelle à coups de sasse. 

Siètte, s. f. Sauterelle. 



— 276 — 

Sitope, s. f. Éloiipe, filasse, chanvre, lin, etc. 

Sizin, s. m. Petit glaeon de rivière. /' d'hind dès sizin so 
Moûsc: La Meuse commence à charrier de petits glaçons. 

Smérii V. Goudronner. 

Songue, s. m. Sang. Blètti-songiie; pris-songue, sang en 
caillot, sert d'appât. 

Sôye, s. f. Soie. 

Spièrlin, s. m. Fretin, menuaille, petit poisson dont on 
fait peu de cas. (Remacle.) 

Spinâ, Spinètte, Spinoke. Kpinochc. Mons: Épinoke; 
Charleroi : Pcpinokc; Luxembourg; Quowe d' awèyc.V c^'mochQ 
est un des plus petits poissons que Ton connaisse. C'est le seul 
qui construise un nid et s'occupe de sa progéniture. On trouve 
dans les rivières l'épinoche qui fraie d'avril à juin, et l'épi- 
nochelte qui fraie en mai et juin. C'est cette dernière espèce 
qui porte plus particulièrement le nom de spinètte. Elle se 
rencontre surtout dans le Geer. 

Spitraî, s. m. Saumonneau, jeune saumon. 

Stok'hâme, s, m. 1" Épervier. Voy. eotrat. 2" Sorte de filet 
triangulaire, monté sur deux bâtons en croix. On le promène 
presqu'à la surface de l'eau pendant les quelques nuits du mois 
d'août, lors du vol des éphémères, pour prendre les anguilles 
qui sont très friandes de ces insectes qu'elles viennent gober 
lorsqu'ils tombent sur l'eau (engin prohibé). 

Strugeon, sturgeon, s. m. Esturgeon. 



Tahe, s. f. Cadenas de nacelle. 
Tinche, Tielie, s. f. Tanche; à Mons : tinke. 
Trama, s. f. Tramai!, c'est un appareil composé de trois 
filets qui s'installe en travers de la rivière. 



— 277 — 

Trawe-Pîre ou trâwe-pîd. Petite lamproie, lampriUon. 

Trèye, s. f. Égrilloir, treillis ou grille qu'on met à un étang 
pour empêcher les poissons d'en sortir. 

Trèsérin, s. m. Débâcle. 

Trèyin,s.m.Trident. Fouane, instrument à dents barbiliées, 
ayant un très long manche, propre à percer les poissons, surtout 
les brochets, et à pêcher à la torche ou brandon. 

Tripisse, s. m. Bourbe. 

Tresse, s. f. Trousse. Le pêcheur ne se met jamais en 
campagne sans être muni de plomb, de liège, de plume, d'une 
bu deux pelotes de soie torse et d'une pelotte de ficelle de lin, 
un fort couteau et une boîte en fer blanc, pour renfermer son 
appât, un anneau pour décrocher les lignes, etc., etc. 

Troûle, s. m. Truble; petit filet de pêcheur, à pointe ronde, 
dont l'ouverture est attachée à un cerceau qui a à peu près la 
forme d'un capuclion. 

Douteux. Grand truble dont la monture est tranchée 
carrément. 

Lanet. Petit truble à manche fort court, monté dans la forme 
d'une raquette. 

Troûlêye,s. f. Bande de poissons réunis en masse, grande 
quantité de poissons. 

Quelle troûlêije di hôtiche, quelle hièdc di fjovimi. 
G. Delarge — Les pèheu à l'vège. 

Trûlai, s. m, Havencau. Bourse, petit filet adapté ;'i un 
cerceau pour prendre les poissons dans les réservoirs. D'après 
Forir, il signifie trouble ou truble, filet monté sur un cerceau 
ou monté de perches pour le poisson plat. — /V7// // Iruluî: 
pêcher au truble. 

Trûte, Treute, s. f. Truite commune. 



— 278 - 

U 
Ulaî, s m. Ilot, petite île. 

V 

Vège, s. f. Gaule. La gaule qui a de 4 à7 mètres de longueur, 
est composée de trois pièces ; le pied « kou d' vège » branche 
de coudrier; la seconde ou branlette de môme longueur, mais 
plus mince et d'une grosseur qui va en décroissant vers le bout; 
enfin, le scion (^vcrgcon), peiiic branche bien filée et plus mince 
encore. 

Vènne, s. f. Pertuis, passage étroit pratiqué en rivière pour 
retenir l'eau. 

Vergeon, s. m. 1" Scion, petite branche mince, bien filée et 
flexible, qui termine la gaule et à laquelle on attache la ligne. 
'2" Gaule d'une seule pièce très mince. 

Vèrgeu, s, m. Voy. vergeon. 

Vérgî, v. Ployer, être pliant, élastique, flexible. 

Vèroûle, s. f. Virole, petit cercle ou anneau de métal, qui se 
place au gros bout de la gaule ou canne à pêche, pour 
la renforcer et l'empêcher de se fendre. Les viroles qui servent 
à réunir les différentes parties de la gaule se nomment 
buzètte ou buselure. 

Vésse, s. f. Vesdre. Cette rivière prend sa source près 
d'Eupen, dans le royaume de Prusse, et se jette dans TOurtlie 
à Chênée. 

Ses eaux, toujours imprégnées de matières colorantes qui ont 
servi aux teintureries de Verviers, ne permettent plus aux 
poissons d'y vivre. 

Vèssêye di pèhon, s, f. Vessie natatoire. 

Vièr, s. m. Ver. Sert d'appât. 



- 279 — 

Vièr à quowe. Synonyme de ivarbau à quowe. 

Vièr di farène, s. m. Larve du U'Miébrion de la farine. 
Elle est cylindrique et d'un jaune d ocre ; elle vit dans le son et 
la farine. Sert d'appât. 

Viér di terre, s. m. Ver de terre. Sert d'appât. On donne 
le nom de roge vièr, au petit ver rouge, qui sert spécialement 
d'appât. 

Vièrna, s. m. Gouvernail, timon mobile pour gouverner une 
nacelle, un bateau. 

Vièrner, v. Gouverner un bateau. 

Vièrnége, s. m. Direction du gouvernail, action de conduire 
un bateau. 

Vièrneû, s. m. Timonier, celui qui gouverne le timon, le 
gouvernail, barreur. 

Vièrtai, s. m. Vermisseau, petit ver, sert d'appât. 

Vindoise. (Namur.) Vaudoise. 

Vinta, s. m. Vanne. Porte dont on se sert pour arrêter l'eau 
d'un canal, et qu'on lève lorsqu'on veut faire marcher la roue. 

Vivî.s. m. Vivier. Grand bassin d'eau courante ou dormante, 
dans lequel on nourrit, ou conserve du poisson pour peupler les 
étangs ou pour l'usage journalier. 

Vivreu, 'Vivrou, s. m. Verveux. Sorte de filet fait en 
entonnoir. C'est une espèce de nasse soutenue par des cerceaux. 
Ces cerceaux sont des branches de saules pliées en rond et se 
nomment archelet. Le quinque-porte est une autre espèce de 
verveux; il est de forme cubique et a cinq entrées correspon- 
dantes à cinq des faces du cube. 

Vurou, s. m. Verveux. Voy. vivrou. 

W 

Wayî, v. Marcher à gué, passer à gué, guécr. 



— 280 — 

"Warbau, s. m. Achée, asticot. Se dit surtout de la larve 
du hanneton, appelée aussi blanc vicr, sert d'appât. 

Luxembourg: wcrhà, chalau ; Namur: waribau, molou, 
chàJou ; ïlainaut: violon, moulon. 

"Warbau à quowe, s. m. Larve de la mouche scalophage, 
celle des lieux d'aisances. A Mons : moulon à queue. Sert 
d'appât. 

"Warbau d' chélr, s. m. Larve de la mouche bleue: moJie 
à i char, et de la mouche dorée moJie d'ôr. 

"Warbia. (Namur.) Lamprillon, petite lamproie. 
"Warmaye. Éphémère. 

"Wasse, s. L Guêpe, sert d'appât. Se dit encore luèspe, xvèsse 
ou woissc; h Malmedy: wehsc; Mons: wcsse, wèche; Luxem- 
bourg et Namur: waspc. 

"Waswâder, v. Boucaner, saurer, fumer les viandes, faire 
sécher à la fumée; waswâder dès pèlion: boucaner, fumer des 
poissons. 

"Was'vsT'âdège, s. m. Action de boucaner, de fumer. 

"Waswâdeu, eûse ou dresse, s. Celui ou celle qui 
boucane, qui saure, qui fume la viande et les poissons, 

"Was'wâde, s. L Boucan, lieu pour fumer, pour boucaner 
les viandes. 

"Waterzote, s. L Matelotte. Poissons cuits dans l'eau avec 
du persil. Li waterzote è-st-ine sope di jlamind: La matelotte 
est un potage flamand. 

Wé, s. L Gué. 

"Wène,s. f. Meunier ide. Ce poisson est assez rare dans la 
Meuse et TOurthe. On ne le trouve qu'au printemps et en clé. 
On écrit encore ouène. 

"Whôtu, s. m. (Namur.) Nase. 



VOGABULAIRb: WALLON-FllANÇAIS 

DES 

MOULEURS, NOYAUTEURS ET FONDEURS EN FER 

l'Ait 

Achille JACQUEMIN. 

L'arme ilu Iravaillcur, c'csl l'outil. 



PRIX : MÉDAILLE D'ARGENT. 



AbOj s. m. Arbre de trousse. Il se compose d'un plateau en 
fonte, avec moyeu fileté, pour recevoir l'arbre proprement dit. 

Abe à na"wai, s m. Lanterne ou arbre en fer étiré ou en 
fonte. Il sert à fabriquer les noyaux, pour les tuyaux qui se 
coulent soit debout, soit couches. 

Ablo, s. m. Blochet. Pièce de bois sur laquelle oa place les 
chapes ou châssis après démoulairi' [xiur les réparer, et les 
pièces coulées pour les ébarber et les nettoyer ; on dit aussi 
blokai. il sert également d'échafaudage. 

Adouci, s. m. Lissoir. Outil en zinc qui sert à réparer les 
congés ; il y en a des ronds et des carrés. 

Airége, s. m. Event, auvent ou trouée. Se dit des petits 
trous faits dans les parois du moule, au moyen d'un fil de for, 
pour laisser sortir les gazes que contiennent les noyaux, ou 
donner issue à l'air contenu dans les creux, que le nitHal fondu 
vient remplir au moment de la coulée. 



— '2S2 — 

Aiwe di châsse, s. f. Enu de chaux, eau qui tient de la 
chaux en dissolution. Voyez au mot mastic. 

Aliseu, s. m. Alcsoir. Sert aux burincurs pour aléser et 
nettoyer les trous. 

Areudi, v. Durcir. Rendre le mortier plus dur. 

Arzèye, s. f. Argile. Elle sert à faire les ébauches des 
noyaux et pièces moulées en terre, sur les armatures ou 
ferrailles, puis on met une bonne épaisseur de sable en mortier. 

Asfîgî, V. Asphyxie (déterminer 1'). Elle peut se produire 
près des cubilots ou dans les séchoirs. 



B 



Bâche, s. m. Bac, augette. Chaque mouleur a un petit bac 
à côté de lui dans lequel il a du sable préparé, c'est-à-dire 
mélangé à une partie de houille fine, le tout tamisé très fin; il 
en met une couche de deux doigts contre les parois de son 
modèle. 

Baguette d'air, s. f. Baguette en acier, pour percer des 
trous autour du moule, alin de réserver des sorties à l'air. Les 
unes sont droites, d'autres sont courbées et pliées de fagon à 
aller sous le modèle. 

Balancî, s. m. Balancier. Outil accessoire de la grue pour 
lever les châssis quand il faut les tourner pour les emballer, 
ou réparer la partie moulée. 

Balancî à creux ou creuhlâde, s. m. Balancier. Il sert 
à enlever les moules qui doivent être attachés par quatre en- 
droits, ou les petits châssis à la main qui doivent être élevés à 
une hauteur dépassant celle de l'homme. Sert particulière- 
ment aux mouleurs en terre. 

Banse, s. f. Manne. Panier en osier. 

Bassin, s. m. Bassin. Espèce de bac rond ou carré; il est 



— 283 — 

employé pour le coulage des pièces dépassant cinq ou six mille 
kilogr. 

Bassin (pitit) ou sabot, s. m. Cuillère en fer manœuvrée 
par un homme, elle sert à verser la fonte dans les moules d'une 
petite capacité. 

Batte ine pièce di levai. Rendre une place dure, prête à 
recevoir le moule. 

Batteu d' terre, s. m. Ouvrier qui fait le mortier d'argile 
et de sable, pour le moulage en terre et noyautage. 

Baveûre, s f. Bavure. Petite aile produite par la pression 
du coulage entre les parties du moule, ou à la jonction des 
châssis. 

Bîler. Voir crevasser. 

Bèrwètte, s. f. Brouwctte. Sert h transporter les briques, 
le sable et les petites pièces coulées. 

Bîleure, s. f. Gerçure ou crevasse qui se produit dans le 
sable en séchant. On dit aussi erèvasse en wallon. 

Blaireau.s. m. Blaireau. Pinceau formé du poil de l'animal 
de ce nom. On s'en sert dans les fins ouvrages pour enduire le 
moule d'une couche de noir, ce q;!i rend la pièce beaucoup 
plus belle. 

Blanc, s. m. C'est le nom du sable calciné que l'on gratte en 
bas des pièces coulées, et que l'on sème entre les parties du 
moule pour les empêcher d'adhérer Tuno à l'autre. 

Blanke fonte, s. f. Fonte blanche. La fonte blanche est 
impropre à la coulée des pièces mécaniques. 

Berâdi, s. m. Plancher qui se trouve à la partie supé- 
rieure du cubilot, sur lequel se tient le chargeur. Se dit aussi 
plane In et seanfàr. 

Blokai, s. m. Blochet. Voyez ablo. 

Bloc di grue, s. m. Mouflle, assemblage de i)Oulies. 



— 284 — 

Bodet à coke, s. m. Grande manne qui sert de mesure 
pour le coke, à l'ouvrier qui charge le cubilot. 

Boite à nawai, s. f. Boite destinée à la confection des 
noyau,x. 

Botte, s. f. Sorte de poêle fait d'un morceau de tuyau de 
tôle, dans lequel on l'ait du feu pour sécher les moules dont le 
transport au séchoir est impossible. 

Bouchon, s. m. Qucnouillette. Verge de fer dont un bout 
est arrondi et qui sert à boucher l'ouverture des godets qui 
contiennent le métal en fusion lorsqu'on le fait couler dans les 
moules. 

Bouchon, s. m. Scrrière. Tige de fer qui sert à boucher 
l'ouverture du fourneau pratiquée par \c piqueu, nu moyen 
d'une poignée d'argile durcie que l'on place dessus. 

Boulon, s. m. Boulon. Les boulons servent à assembler les 
châssis. 

Boulonner, v. Boulonner. 

Boulonner, v. Pomper dans les pièces. C'est introduire 
dans l'évent, sitôt que la pièce est coulée, une baguette de fer 
rond chauffée préalablement, et refouler la fonte dans le moule. 

Boulonnège, s. m. Pompage. Action de pomper dans les 
pièces. 

Boulonneu, s. m. Fer à pomper. Baguette de fer que l'on 
introduit dans le moule après la coulée, pour resserrer la fonte. 

Bouter, v. Pression de la fonte dans le moule trop tendre, 
laquelle produit le défaut ci-dessous. 

Boutège, s. m. Bosses qui se produisent aux pièces coulées. 
Ce défaut provient de ce que le sable n'a pas été suffisamment 
emballé (foulé) autour du modèle. 

Boutneûre, s. f. Gaz qui se dégage des noyaux. 

Brique di terre, s. f. Briques employées dans la confection 
des moules faits en terre. 



— 285 — 

Brique di sâvion, s. f. Même usage que ci-dessus. 

Brochi, v. Ecraser; se dit lorsqu'une partie du moule est 
écrasée, alVaissée, parce qu'elle a louché trop fort. 

Eroke, s. f. Bûche en broche. Ebauchago des petits noyaux, 
qui sont terminés au moyen du rapage et du limage. 

Broke di fonte, s. f. Cheville de fer pour maintenir ou 
airermir les petites parties du moule. 

Broulêye fonte, adj. Fonte brûlée. 

Broûler, v. Brûler. 

Brouleûre, s. f. Brûlure. 

Burin, s. m. Burin. Outil d'acier. 

Bûse à branclie, s. m. Tuyau à tubulure pour embran- 
chements. 

Bûse à manchon, s. f. Tuyaux se rcmboilant l'un dans 
l'autre. 

Bûse à golé, s. f. Tuyau h collet se boulonnant l'un à 
l'autre. 

Bûsètte di terre, s. f. Jet moulé en terre, que le mouleur 
eu sable place contre son modèle à tel endroit qu'il juge conve- 
nable pour couler la pièce. 

C 

Calège, s. m. Calage, action de caler. 

Calîbe di na'wai, s. m. Calibre. Divers instruments dcsti- 
né.s à servir de mesure ou de patron. 

Calibrer, v. Calibrer, donner, mesurer avec le calibre. 

Cann'ler, v. Ganneler, orner de cannelures. 

Cann''leûre, s. f. Cannelure. 

Cassège, s. m. Cassage. Se dit des pièces telles que poulies, 

volants ou engrenages, que l'on coule d'une pièce, de manière 



— t286 — 

à pouvoir les casser en deux ou trois endroits et les rassembler 
en ajustant en place. 

Casser, s. f. V. Casser. 

Casseure, s. f. Cassure. Voy. Pètteur. 

Gère, s. f. Cire jaune. La cire sert h enduire les modèles de 
fer pour empêcher le sable de s'y coller, et les préserver de la 
rouille. Elle est employée aussi dans la confection du mastic 
de fonte. Voyez mastic. 

Cèque,s. m. Cercle. Il est en bois ou en fonte ; le mouleur le 
place sur le sable pour faire la division d'un engrenage, et 
placer les dents après cette division. 

Châffer, v. Chauffer. Donner, produire de la chaleur. 

Chaîne, s. f. Chaîne simple servant pour le transport des 
petites pièces ou charges ne dépassant pas 200 ou 300 kil. 

Chaîne à deux branche, s. f. Chaîne à deux branches. 
Elle sert avec la grue à lever les grosses pièces et les châssis 
lourds. On l'appelle aussi en ^Yallon serra. 

Chaîne di cramaére, s. f. Ciiaîne, accessoire de la grue 
faisant fonctiunner le crémaillère. 

Champion rond, i s. m. Lissoir. Outil pour tuyaux et 
» longou, I moules de formes cylindriques. 

Chappe, s. f. Chappe. Partie supérieure du châssis. 

Châsse, s. f. Chaux. Elle est employée dans la confection du 
mastic de fonte. Voyez mastic, vive châ, chaux vive ; aîwe di 
châsse, eau de chaux, qui tient de la chaux en dissolution. 

Chège, s. f. Charge de métal que l'on met au cubilot, entre 
deux charges de coke, pour fondre. 

Chège, s. f. Poids que Von place sur les châssis non clavettes 
pour les empêcher d'être soulevés par la pression du coulage. 

Chènâ, s. m. Pkigole. Chemin tracé dans le sable de la 
fonderie et allant depuis le creuset jusqu'au moule, pour 



— t287 - 

conduire ie métal liiiuide, lorsqu'il s'agit de couler une pièce de 
grande dimension. On donne à ces rigoles une pente rapide, 
alin que la fonte s'écoule promptcment et ne soit pas exposée 
à se liger en route. 

Chèrgî r coup'lot, v. Charger le cubilot, y mettre la fonte 
et le coke. 

Chèrgî lès chèssi, v. Charger les châssis, y mettre des 
poids pour les empêcher d'être soulevés. Voyez chcQ. 

Chèssi, s. m. Châssis. Caisse en fonte dont les dimensions 
sont calculées d'après les pièces qu'on veut couler. Il y en a de 
une, deux, trois pièces et môme davantage, et de toutes formes. 

Le châssis le plus simple est celui qui se compose de deux 
caisses, l'une pour la partie inférieure du moule, l'autre pour la 
partie supérieure; elles doivent s'ajuster parfaitement l'une à 
l'autre, au moyen de liteaux, de goujons, de crochets ou de 
boulons. 

Chèssi à V main, s. m. Châssis que Ton remue ;i la main. 

Chèssi à Tgrue, s. m. Châssis que l'on remue avec la grue. 

Chèssi d' bûse, s. m. Châssis spécial pour tuyaux. 

Chèssî jus, V. Imprimer le modèle sur une place préparée. 
Se fait pour les grosses pièces pour lesquelles on n'a pas de 
châssis assez grand ou dont les frais seraient trop élevés. 
Voyez à r'châssL 

Chèssi qui passe, s. m. Signifie une fuite de la fonte par 
un joint mal raccordé. Litt. : Châssis qui perce. 

Chièrgeû, s. m. Chargeur, ouvrier qui charge le cubilot. 
Cimint, s. m. Ciment, composition pour coller. 
Cintrer, v. Centrer. Marquer le point de centre. 
Cintrège, s. m. Centrage des portées. 
Cisai, s. m. Yoycz licrpai, ciseau. 

Clâ, di spèheûr, s. m. Clou d'épaisseur, pour soutenir les 
noyaux en place. 
Clapet de V grue ou de T paile, s. m, Hi lient. Cric. 



— 288 - 

Clavette, s. f. Clavelle. Espèce de coin pour serrer les 
chiissis. 

Clavter lès clièssi, v. Clavetter; poser les clavettes aux 
châssis\ 

Clé à boulon, s. f. Clef à boulon. Outil pour serrer et ouvrir 
les boulons. 

Cleusse, s. f. Crible, tamis. Instrument percé de petits 
trous pour tamiser. 

Gocbe, s. f. Entaille faite aux tresse, afin de maintenir les 
arbres pour tourner les noyaux. 

Coke-deur, cok, s. m. Coke; combustible employé pour le 
cubilot. 

Contrumcule, s. m. Contre-moule, moule de rechange, 
moule en creux. 

Coquiye, s. f. Coquille. Les deux parties égales d'un moule; 
moule en fonte, qui est, dans la fonderie, ce qu'est la matrice 
dans l'estampage du fer battu. Pièce de métal placée dans un 
moule et destinée à produire un effet de trempe partielle. Voy. 
couler è coquiye. 

Costeure, s. f. Couture. Ligne saillante que les joints du 
creux laissent ordinairement sur une pièce moulée. 

Coude, s. m. Coude, tuyau coudé. 

Cougnèt, s. m. Coin pour caler. 

Couler, V. Couler, action de couler la fonte dans un moule. 

Couler â sabot ou p'tit bassin, v. Couler à la poche; c'est 
couler au moyen d'une cuillerée en fer 

Couler àr cliènâ, v. Couler au moyen de rigoles; c'est 
lorsqu'on laisse descendre la fonte du fourneau par le trou de 
coulée, et qu'on la conduit ainsi dans les moules. 

Couler è coquiye, v. Couler en coquille. 



— 289 — 

Coulège, s. m. Endroit par lequel la fonte entre dans un 
moule. 

Coulège, s. m. Terme générique, coulage. 

Coulêye, s. t. Coulée. Se dit de l'ensemble des pièces que 
l'on coule par la même fusion. 

Couleu, s. m. Ouvrier qui coule, qui verse le métal fondu 
dans un moule. 

Coup'lot, s. m. Cubilot. On prononce aussi coup'lout. 

Gourson, s. m. Courcon. Bande pour serrer les moules d'un 
canon. 

Couve, s. f. Cuve en tôle dans laquelle se coule les pièce en 
terre. Quant on craint l'arrivée de l'eau dans le sous-sol de la 
fonderie, on fait descendre une cuve en tôle parfaitement 
étanche ; c'est dans cette cuve que l'on coule. La cuve sert 
aussi pour maintenir les parois du sol. 

Cowe di oui, s. f. Crochet ayant la forme demi-ronde pour 
séparer les moules. 

Cramayère, s. f. Crémaillère. Les crémaillères placées sur 
la grue servent à faire avancer ou reculer les charges suivant 
les besoins. 

Cramer, v. Ecrémer la poche qui contient la fonte avant de 
la verser; c'est enlever les scories et les crasses qui surnagent. 

Cramège, s. m. Ecrémage. Opération qui consiste à retenir 
et retirer les crasses qui surnagent sur la fonte liquide quand 
on coule, et de les empêcher d'entrer dans le moule. 

Crameu, s. m. Ecumoire. Outil que l'on tient à la surface 
du fer fondu, pour empêcher les crasses d'entrer dans le 
moule, 

Cram'résse, s. f. Ecumoire ; cuillèru, dont se sert le fondeur 
pour écarter la crasse de la surface de la fonte liquide avant 
de la verser dans les moules. 

VJ 



— 290 - 

Crasse, s. f. Grasses ou scories qui surnagent sur la fonte 
liquide. 
Grèsse, s. f. Crète. 
Creulilâde, s. f. Voyez halancî à creux. 

Crevasse, s. f. Gerçure qui se produit dans le sable en 
séchant. Voyez bUcure. 

Crèveure.s. f. Grevasse, fente qui est visible à l'endroit où 
les différentes pièces du moule se rapportent. 

Croc, s. m. Grochet. Les crochets servent à éviter que le 
sable foulé ne tombe en démoulant; ils sont placés de distances 
en distances ; ils se font en fonte ou en fer battu ; ils varient de 
formes et de grandeurs suivant les pièces à mouler. 2" Grochet. 
Outil pour réparer les moules variant de un pouce à 1/8 de 
pouce de largeur. 

Croc dimèye rond, s. m. Grochet de forme demi-ronde pour 
réparer les moules. . 

Croc â, chaînon, s. m. Il sert pour transporter les pièces à 
deux hommes (comme les brasseurs). 

Croc à ponte, s. m. Grochet à pointe, sert à retirer le 
modèle du sable. 

Croc plate, s. f. Grochet ayant un côté plat, et de la môme 
forme que le précédent. 

Cuber, v. Guber; évaluer le poids d'une pièce. 
Cubège, s. tn. Gubage ; évaluation du poids des pièces. 



D 



Dèchèt, s. m. Déchet. Perte de métal produite par la 
fusion. 

Dépouye, s. f. Dépouille (être de) se dit^d'un modèle qui 
srot facilement du sable dans lequel il est serre. 



— 291 — 

Deur coke, s. m. Combustible employé pour le cubilot. 

Diamète, s. m. Diamètre. Ligne droite qui va d'un point 
à un autre de la circonférence en passant par le centre. 

Dichapper, v. Laisser aller le mouvement de la grue à 
volonté. 

Diclav'ter, v. Oler les clavettes du châssis. 

Dihâgn'ter, v. Dépouiller un creux, ôter les pièces lorsque 
la ligure coulée est prise. 

Diklimpège, s. m. Dégauchage. 

Dinaanchi, v. Démancher, ùter le manche à un outil, 

Dimouler, v. Démouler la partie supérieure du châssis dit 
chape. 

Dimouler r.quârti,v. Démancher en tiroir; se dit lorsque 
le châssis se décompose en plusieurs parties afin d'ùter le 
modèle. C'est le système employé dans les poteries et les pro- 
jectiles. 

Dimoulège, s. m. Démoulage, action de démouler. 

Dintèlle ou dinteûre, s. L Denture. 

Dispouyi, v. Dépouiller. 

Dispouyège, s. m. Dépouille; se dit d'une pièce coulée 
sortant facilement et très nette, du sable dans lequel elle a été 
fondue. 

Ditèchi ine côte, v. Détacher une pièce du modèle pour 
le mouler. 

Dreut sq-wérre, s. m. Lissoir. 

Ebâchî V. Faire les apprêts pour un moule en terre, ou 
noyau ; ébaucher un ouvrage. 

Eballer, v. Emballer. Fouler le sable autour du modèle. 



090 

Eballège, s. m. Emballage. Action d'emballer des moules 
faits en terre ou des modèles h mouler. Voyez èbaUcr. 

Echapper on boketjV. Signifie, faire une partie du moule 
en terre que l'on ajoute un modèle. 

Ecrâheu, s. m. Petit godet de la forme d'une tasse, sur- 
montée d'un pinceau que l'on enduit d'huile pour graisser les 
lissoirs. 

Efoumi, V. Flamber les pièces d'ornement. 

Epingue, s. f. Epingle. 

Epingler, v. Epingler les parois d'un moule; c'est conso- 
lider la croûte de sable au moyen d'épingles en fil de fer ou en 
fonte. 

IF 

Fâx-croc, s. Crochet double. Accessoir de la grue. Il sert 
quand on veut passer une charge d'une grue à une autre, sans 
rien dételler. On place un des crochets supérieurs dans celui 
de la grue et on le reprend à l'autre crochet avec l'autre grue. 
On transporte ainsi d'un bout à l'autre de la fonderie toutes 
espèces de charges: noyaux, châssis, moules en terre, pièces 
coulées, etc. 

Fâx-sq'wérre. s. m. Sauterelle, fausse équerre. Elle est 
mobile et composée de deux règles assemblées par une char- 
nière pour prendre et placer toutes sortes d'angiles. 

Fasse- manotte, s. f. Poignée en fer battu pour remplacer 
celle brisée dans un châssis à la main. 

Fâsse-pèce, s. f. Fausses pièces, celles qui composent la 
clapette. 

Fâsse-volèye, s. f. Fausse volée. Partie de fonte qui 
dépasse les véritables dimensions à donner aux pièces qui se 
coulent debout, et qui doivent être tournées, dressées et alézées. 



— 293 — 

Masseloltc, métal superflu qui reste aux moules après la fonte 
des canons. Pourriture, surépaisseur laissée à la partie supé- 
rieure des pièces, ou excès de fonte, destiné à être enlevé par le 
travail. 

Ferrâye, s. f. Armatures. Réunion de tringles de fer ou de 
fonte, contournées suivant les formes de l'ouvrage, pour faire 
des chapes, ou porter le noyau et le moule d'un ouvrage. 

Feu d' na"wai, s. m. Noyautcur. 

Feu d' sâvion, s. m. Ouvrier qui prépare et arrange le 
sable avec de la houille pour les mouleurs. 

Foreu (fin), s. m. Sert à piquer des trous d'air dans les 
endroits de la pièce qui sont sujets à avoir des dartcs. 

Foreu (gros), s. m. Sorte Je vrille pour forer des trous d'air 
dans les noyaux, lorsqu'ils sont secs. 

Foreu (p'tit), s. m. Morceau de fil de fer ou d'acier, un peu 
aplati au bout, pour forer les sorties d'air dans les petits noyaux. 

Fleur, s. f. Fleurs. Défectuosités qui se produisent souvent 
quand le nettoyage des poussières n'est pas suffisant, ou (juand 
la fonte est coulée trop froide ou trop lentement. On dit au.ssi 
sôdai. 

Foirt-sâvion, s. m. Voyez sâvion. 

Fondège, s. m. Fusion. Partie du travail de la fonderie qui 
comprend le travail des fourneaux employés à la refonte. 

Fondeû, s. m. Fondeur. Ouvrier qui fond les métaux et 
qui soiync le cubilot. 

Fondrèye, s. f. Fonderie. Etablissement dans le(iuel on 
coule le métal liquide dans des moules, où il acquiei't des 
formes variées et propres à divers usages. 

Fonte, s. f. Fonte. 

Fonde, v. Fondre, mettre en fusion. 

Fonte treutèye, s. f. Funie iruilée. 



— 294 — 

Fonte (blanke), s. f. Fonte blanche. 

Fonte (deure), s. f. Fonte dure. 

Fonte (doûsse), s. f. Fonle douce. 

Fonte (grise), s f. Fonte grise. 

Four, s. m. Foin. On s'en sert, dans certains cas, pour 
mélanger à !a terre. 

Frètte, s. f. Frelte; cercle en fer forgé, que Ton place parfois 
sur les côtés des moyeux des gros engrenages, poulies ou 
volants, pour les consolider. 

G 

Gariot, s. m. Chariot ou wagon placé sur rails, sur lequel 
on place les gros noyaux et les moules en terre, pour les faire 
sécher dans l'étuve ou séchoir. 

Gouche, s. f. Espèce de burins ou bédane dont se servent les 
burineurs pour enlever les jets de fonte. 

Govion, s. m. Goujon. Petites broches placées aux pattes 
des châssis de plusieurs pièces, et servent à les replacer bien 
l'une sur l'autre. Se dit aussi (joujou en wallon. 

Grètter, v. Riper, se servir de la ripe. 

Grètteu ou haveu, s. m. Grattoir. Espèce de ciseau en 
acier avec manche ; il sert au burincurpour gratter le sable 
adhérent aux pièces coulées. 

Grue, s. f. Grue. Machine destinée à lever tout ce qui 
dépasse les forces de l'homme. 

Gueuye di d'seûr de coup'lout, s. f. Gueulard. Ouverture 

supérieure du cubilot pour cljarger les gueuses et le combustible. 

Gueuye di dri de coup'lout, s. f. Gueulard de vidange. 
Ouverture du cubilot pratiquée derrière, pour retirer le com- 
bustible. 



— 295 — 

Gueuye di d'vant, s. f. Ouverlure du cubilot par laqi-.clle 
s'opère la sortie du fer fondu. 

Gueuse, s. f. Gueuse. Masse de fonte prismatique qu'on a 
coulée dans le sable au sortir du haut-forneau. 

Guide, s. m. Guides, ils sont placés aux angles du châssis, 
afin de renmouler juste en place. Les guides se font en bois ou 
en fer. 

Guide à nawai, s. m. Guide de noyau. Morceau de 
planche, scié d'après le contour du modèle dans le moule duquel 
on veut placer un noyau, par exemple dans les tuyaux courbes. 

H 

Hacheu, s. m. Burineur; ouvrier qui ébarbe les pièces 
coulées. 

Hachî, V. Buriner, ébarber, enlever les arêtes et les 
inégalités qui se trouvent sur les pièces coulées, au moyen du 
ciseau et de la lime. 

Hachî, V. Enlever du sable dans une partie où il y en a trop. 

Hagneûre, s. f. Darte. C'est un défaut qui provient du 
sable qui s'est détaché des parois du moule et se mélange avec 
la fonte. 

Haye, s. f. Ardoise. L'ardoise piiée et tamisée sert au 
mélange à faire du mastic de fonte. Voye-i mastic. 

Halcoteu, s. m. Hamainte qui sert à l)allotter le modèle 
avant de le retirer du sable. Il y en a de différentes grosseurs. 

Hâle, s. f. Echelle, sert aux mouleurs en terre. 

Hamainte, s. f. Hamainte, barre de fer, pointue h une de .«es 
extrémités; sert à ébranler les modèles avant de les retirer du 
sable. H y en a de toutes largeurs cl grosseurs. 

Haute poirtêye,s. f. Lin haute portée; se dit des noyaux 



— 296 — 

qui sont soutenus d'en haut en entrant dans les chapes. 
Voyez poirtci/e. 

Haveu, s. m. Grattoir; voyez grètteii. 

Hé, s. m. Râteau; il sert à retirer le combustible qui reste 
dans le cubilot après la fusion. 

Hèyî les crasses, v. Ecarter les crasses qui se produisent 
dans la poche après avoir écrémé. 

Hèrpai, s. m. Ciseau; outil de mouleur en terre qui tranche 
par un de ses bouts, 

Hoisse, s. f. Tan. On l'emploie au lieu de crottin de cheval 
parce que celui-ci est plus coûteux. 

Home, s. m. Ghiasse, écume des métaux. 

Houpe, s. f. Escoupe. 

Hourmint, s. m. Echafaudage. 

Hov'lète, s. f. Brosse. 

Hov'lètte d'acîr, s. f. Brosse en fil d'acier. Les brosses 
servent à enlever le sable brûlé qui adhère à la pièce coulée. 

Hurer à spèheur, v. Terme de moulage en terre et de 
noyautage. 



Jène keûve, s. m. Laiton. Cuivre rendu jaune par le 
mélange du zinc. 
Jet, s. m. Evcnt ou jet. Terme générique. 

Jet d' coulège, s. m. Éventde coulée; ouverture par où la 
fonte liquide pénètre dans le moule. 

Jet di r'monte, s. m, l^'vent ou jet de remonte, de trop 
plein. 

Jèteu d' keûve, s. m. Fondeur en cuivre. 



— 297 — 

Jeter, V. Jeter, mouler, faire couler du métal fondu dans un 
moule, alin d'en tirer une figure. 

Jonteure, s. f. Joint. 

Kihinège ou K'tapègo, s. m. Gaucliissagc. C'est un défaut 
qui se produit parfois dans les pièces planes, et dont certaines 
parties .sont plus fortes que d'autres, tels que les bancs de tours, 
dont la longueur est parfois de dix à douze mètres. 

Kique, s. m. Support. On place des a /.vV/z/r » sous les 
noyaux posés horizontalement pour les porter, et dessus pour 
les empêcher de plier par la pression du coulage. 

Kibiner ou Kitaper, v. Se déjeter ou se gauchir. 



Laitin, s. m. Laitier ou scorie. Sorte d'écume qui surnage 
sur les métaux en fusion, et qui se vitrifie en se refroidissant. 
Se dit aussi crasse. 

Lâssètte, s. f. Petit châssis qui sert pour rehausser les 
éventes, afin de donner plus de pression à la pièce. 

Levai, s. m. Niveau de magon ordinaire. Il sert surtout 
pour le moulage des pièces à couler à découvert. 

Levai d'aîwe, s. m. Niveau à bulle d'air. 

Lunette à nawaî, s. f. Lunette à trousser; morceau de 
planche sciée d'après le profil d'un noyau ou partie d'un moule, 
pour lui donner la forme voulue. 



IH 



Magasin à coke, s, m. Magasin au coke; endroit où est 
remisé le combustible. 



— 298 - 

Mahote, s. f. Casse; gueuses. 

Mah'rer, v. Noicir le moule. 

Mah'ré, s. m. Noir d'étuve. Il se compose de charbon de 
bois réduit en poussière très fine, et d'un peu de terre plas- 
tique (terre de pipe) réduite par la cuisson. Le tout est délayé 
avec de l'eau dans laquelle a séjourné du crottin de cheval. Ce 
mélange doit passer par un tamis très fin avant d'être employé. 
Il sert à décaper la pièce et à donner une belle couleur bku- 
violel ù la fonte. 

Mah'rége, s. m. Noircissage. Action de placer le noir 
d'étuve. 

Mayèt, s. m. Maillet. Marteau à deux têtes de bois dur; il 
sert à battre les pièces de rapport. 

Maigue sâvion. Voyez sàvion. 

Maisse fondeu, s. m. Chef de fonderie. 

Maiste-ovri, s. m. Contremaître. 

Maneuve, s. m. Manœuvre, homme de peine, se dit aussi : 
manovri. 
Xdanotte di chèssi, s. f. Poignée de châssis à main. 
Mârtai, s. m. Marteau. 

Masse, s. f. Fouloir ou batte. Il y en a de plusieurs formes 
et grosseurs. Servent à damer le sable dans les châssis. 

Masse (grosse), s. f. Pilon, gros fouloir. 

Masse (c"wârêye), s. f. Pilon dont la forme est carrée. 

Mastic, s. m. Mastic de fonte. 

Modèle, s m. Modèle, Corps solide, à l'aide duquel on fait 
le vide dans le sable, et qui a exactement les formes et les 
dimensions de l'objet moulé qu'il s'agit d'obtenir, sauf une 
légère augmentation destinée à compenser le retrait (diminu- 
tion de volume) que subit la pièce par le refroidissement. Les 



— 299 - 

modules sont faits en bois, en métal, en plâtre, en cire, en 
pierre ou en argile. 

Mod'ler, v. Modeler, confectionner un modèle. 

Mod'lège, s. m. Modelage. 

Mod'leû, s. m. Modeleur. Ouvrier qui fait les modèles. 

Moyou, s. m. Moyeu des volants et poulies. 

Molin, s. m. Broyeur, Il est employé pour réduire le sable 
fort, séché, afin de pouvoir le préparer comme il doit l'être 
pour le moulage. 

Moule, s. m. Moule. On donne le nom de moule, à un vide 
pratiqué dans le sable ou autre matière quelconque, lequel 
doit être exactement rempli par le métal en fusion. 

Mouler, v. Mouler, f ormer un moule. 

(V. C. Delon. Lefei-, la fonce cl l'acier.) 

Moulera r'châssi, v. Se fait lorsqu'on n'a pas de châssis 
pour le faire à retourner. On dit aussi à chèssîju. Voyez ce 
mol. 

Moulège, s. m. Moulage. 

Moulège en terre, s m. Moulage en terre. II consiste à 
fabriquer des moules au moyen de brifjues, mortier, etc. 
Moulège è sâvion, s m. Moulage en sable. 
Mouleû, s. m. Mouleur, ouvrier qui moule. 
Mouton, s. m Mouton ou casse-fonle. 



IV 



Na'wai, s. m. Noyau. On donne le nom de noyau :'i une 
partie creuse dans le modèle et massive dans le moule, qui fait 
que l'objet coulé conserve les m "mes cavités que le modèle. 

L'ouvrier chargé spécialement de la confection des noyau.x se 
nomme (eu d' uawai, noyauleur. 



- 300 — 

Nawai à clef rond, s. m. Noyau à clef. Il se place dans le 
moyeu d'un volant, d'une poulie ou d'un engrenage, pour caler 
la pièce sur l'arbre. 

Na'wai à rinflimint,s. m. Noyau à renflement. Ce noyau 
est plus gros au milieu qu'aux extrémités. 

Nawai di ch'mihe, s. m. Noyau de chemise. Sorte de 
noyau employé dans le moulage de certaines pièces, telles que 
cylindre à vapeur, qui consiste à faire un vide n'ayant d'autre 
ouverture, que ce qui est strictement nécessaire pour pouvoir 
vider le sable, et laisser échapper, pendant le coulage, le gaz 
qu'il contient. 

Navrai di d'iiiège, s. m. Noyau de décharge. Se dit des 
noyaux réservés pour laisser sortir la vapeur dans un cylindre 
de machine à vapeur. 

Na'wai d' passage, s. m. Noyau de passage. Se dit des 
noyaux réservés pour laisser entrer la vapeur dans un cylindre 
de machine à vapeur. 

Na'wai cwâré, s. m. Noyau carré. 

Na'wai (dimèye), s. m. Demi- noyau. 

Noû sâvion, s. m. Sable frais qui n'a pas encore servi. 
Voyez sâvion. 

O 

Onai, s. m. Anneau. Les anneaux servent au mouleur en 
terre, pour monter l'extérieur d'une pièce de forme cylin- 
drique. 

Us .servent aussi au mouleur en sable, pour faire, au trous- 
sage, des poulies, etc. On en fait de toutes formes, suivant la 
pièce à confectionner. 

Orillètte, s. f. Outil accessoire du balancier et de la grue. Il 
se compose d'une espèce de cadre en fer forgé, de forme rec- 



— 301 — 

tangulairc, dont le dessus est carré et s'aceroclic au balancier; 
la partie inférieure est façonnée de manière h supporter le 
tourrillon des châssis. 

Ovrer à pèce, v. Lilt. Travailler aux pièces ou ù la tâche. 
C'est être payé d'après le nombre de pièces exécutées. 

Ovreu, s. m. Boutique ou atelier de moulage en terre et de 
noyautage. 

Ouyèt, s. m. Attache ou œillet. Boucle en fer forgé que 
l'on met dans le moule et qui se trouve englobé dans la fonte, 
comme dans les contre-poids. 



Paile, s. f. Poche. Espèce de grande cuillère en fer, au 
moyen de laquelle on puise dans le creuset, la fonte nécessaire 
pour couler les petits objets. 

Palle à foche, s. f. Poche à fourche. Elle est employée pour 
les objets d'un certain poids, et maniée par deux où plusieurs 
ouvriers, suivant la masse à transporter. 

Paile à 1' grue, s. f. Grande poche isolée, suspendue à la 
grue. Elle est employée dans les cas où la masse à transporter 
est considérable. 

Paile avis, s. f. Grande poche montée h vis par sécurité, 
pour couler les très grosses pièces. 

Palette, s. f. Palette. Outil principal du mouleur. La pa- 
lette sert à polir le sable et à reparer les moules. 

Palette ronde di mouleu, s. f. Truelle ronde ou palette. 

Palle, s. f. Fermeture du bassin, que Ton élève à volonté 
pour laisser sortir la fonte. 

Pailètte, s. f. Pièce de fer ou de fonte, munie d'un 
évidement qui est le centre des arbres pour les mouleurs 
en terre. 

Planchi, s. m. Litt, plancher. \'oy. hcfàdi. 



— 302 - 

Passètte,s. f. Support pour noyau. Ce support est en deux 
parties, celle d'en bas s'enterre dans le sable, l'autre se place 
dessus et porte le noyau. 

Patte di chèssi, s. f. Patte d'attache. 

Patte d'onai, s. f. Patte d'attache. 

Pègnon, s. m. Pignon, petit engrenage qui commande un 
grand. 

Pèce coulêye, s. f. Pièce coulée; tout ouvrage jeté en 
moule et fondu. 

Pètteure, s. f. Cassure. Endroit où une pièce se casse d'elle- 
même en refroidissant ; cela peut se produire soit par un vice 
de construction, soit par l'emploi de mauvaise fonte. 

Pique, s. m. Pioche. 

Piqueu, s. m. Tige de fer ronde et très pointue. Elle sert à 
percer un trou dans l'ouverture du cubilot pour en faire sortir 
la fonte liquide, que l'on reçoit dans une poche, pour être versée 
dans le moule. 

Pinçai, s. m. Pinceau. Il sert à noircir les moules. 

Pire toun'rèsse, s. f. Meule à repasser. 

Planclie à na'wai, s f. Planche à noyau. Planche ayant le 
profil du noyau à faire, et nécessaire au noyauteur pour le 
tourner. 

Planche à trousser, s. f, Planche à trousser; elle a le pro- 
fil de la pièce à mouler. 

Platénne, s. f. Tôle en fer. 

Platènne di côpège, s. f. Galette en terre. Elle sert h 
couper la jante ou le moyeu d'un volant, afin de permettre aux 
bras de se retirer lors du refroidissement de la pièce, et d'évi- 
ter ainsi le cassage au retrait. 

Platènne di terre, s. f. Galette en mortier de sable, d'un 
fréquent usage dans le moulage en terre, et dans le noyautage. 



- 303 — 

Pièce di levai, s. f. Nivelage du sable au moyen de trois 
règles, nécessaires pour le coulage dit : ù découvert. 

Plomb, s. m. Fil à plomb. Sert aux mouleurs en terre. 

Poirtêye di nawai, s.f. Portée de noyau Partie excédante 
d'un moule pour porter le noyau. 

Poirtêye di r'bouché, s. f. Portée d'un noyau se trouvant 
plus bas que la ligne de couture. 

Poirtêye (haute), s. f. Portée des noyaux qui sont sou- 
tenus d'en haut, en entrant dans les chapes. 

Poirter â lèvi, v. Porter une charge ù l'épaule au moyen 
d'un levier; on porte à deux et à quatre hommes. 

Poussîre, s. f. Poussier de charbon très fin, de bois dur, 
pour saupoudrer l'intérieur du moule. 



Q 



Qwârtî, s. m. Litt. Quartier ou quart ; partie d'un moule, 
que l'on doit prendre séparément, afin de pouvoir retirer le 
modèle du sable, ou pour la facilité de réparer le moule. 



Ft 



Rabuvrer lès jet, v. Litt. Abreuver les évents, c'est-à-dire 
alimenter la pièce coulée, y ajouter de la tonte par les évents. 

Racommôder, v. Raccommoder. 

Racommôdège, s. m. Raccommodage; c'ett le dernier coup 
que l'ouvrier donne quand il a retiré son modèle du muule. 

Raccoird, s. m. Raccord. 

Rallongue, s. f. Allonge. Lorsqu'un châssis est trop court, 
on y ajoute une allonge. 

Ramolli, v. Rendre le sable plus mou, y ajouter de l'eau. 



— 304 — 

Ramouler, v. Rcnmouler; replacer lo châssis supérieur, 
ou chappe, après avoir retiré le modèle du moule. 

Ramoul^ge, s. m. Renmoulage, action de rcnmouler. 

Ranchi, v. Expression du mouleur qui exprime par ce mol 
qu'il ne doit pas y avoir de fausse place sous le châssis 
retourné. 

Râpe, s. f. Râpe. Espèce de lime pour confectionner les 
noyaux et moules en terre. 

Rapairi, v. Repérer. Marquer des points de repère à un 
moule dans le moulage en terre, et sur les épures, à l'aide 
desquelles les modeleurs construisent des modèles en bois. 

Raser ine pièce di levai. Expression qui signifie qu'en 
un certain endroit de la fonderie, on a préparé une surface de 
niveau, et qu'on y a laissé le sable tendre pour y mouler des 
petites pièces. 

Raspèhi r mah'ré, v. Epaissir le noir, rendre la couche 
plus épaisse. 

Rassèchl, V. Retirer. Pièce qui a fait sa retraite. 

Ratèclii ine côte, v. Replacer une partie du modèle qui 
avait été enlevée pour le mouler. 

Rave, s. m. Râteau. Outil pour retirer le combustible du 
cubilot après la fusion. 

Rave di coup'lotjS. m. Rave ou râteau de cubilot; il sert à 
nettoyer le sol du cubilot. 

Rèhaussi le jet, v. Hausser les évents. 

Rèye di chèssi, s. f. Armature pour former un châssis ; de 
même que les deux mots suivants. 

Rèye di chappe, s. f. 
Rèyedi fon, s f. 

Régue, s. f. Règle. On se sert d'une règle pour racler le 
sable, afin d'en faire une surface unie. Se dit aussi rfde. 



— 305 — 

Repaire, s. m. Repère. Point de jonction; ce sont des 
marques arbitraires, faites à différentes pièces, pour les recon- 
naître et les rejoindre plus facilement. 

Ribrok'ter, v. Replacer des chevilles. 

Rifonde, v. Refondre. 

Riclawer dès broque, v. Reclouer des chevilles. 

Ricûre, v. Calciner les noyaux avant de les placer dans le 
moule. 

Rimah'rer, y. Noircir de nouveau à un endroit d'une pièce 
où l'on a dû réparer. 

Riparège, s. m. Mortier fait de poussière de sable neuf, 
tamisé très fin, et employé par les mouleurs en terre pour en 
enduire l'intérieur des moules d'une fine couche avant de les 
noircir; celte opération rend les moules plus polis, plus lisses, 
et bouche les crevasses. 

Riparège â coke, s, m. Mortier fait de poussière fine de 
coke employée pour les grosses pièces, telles que cylindre de 
laminoir. 

Ripareu, s. m. Fer à réparer, outil de mouleur en terre. Il 
est en fer et sert à égaliser. 

Rissôder, v. Souder, réunir deux parties, les rejoindre; 
terme de moulage en terre. 

Ristreinde, v. Raffermir une partie du moule qui menace 
de s'écrouler. 

Ritralt, s. m. C'est un défaut qui se produit lorsqu'on 
néglige de pomper dans les pièces après la coulée; il se forme 
un trou dans la fonte pendant le refroidissement. 

Ritraite, s. f. Retrait du métal produit par le refroidisse- 
ment de la pièce. Il est d'environ 8 millimètres par mètre de 
longueur, et varie du reste avec la masse de fonte et la forme 
de la pièce. 

20 



— 306 — 

Rôlai, s. m. Rouleau, Il sert à enlever les pièces du mouleur 
en terre, lorsqu'on ne peut disposer de la grue. 

Romaine, s. f. Balance dite romaine, en usage pour peser 
les grosses pièces. 

Ro'we so l'angle, s. f. Engrenage construit sur angle 
droit; on en fait à dents de fer et à dents de bois. 

Rûle, s. m. Règle; voyez règne. 

Rûle di poche, s. m. Mèlre pliant. 

Sabot ou p'tit bassin, s. m. Poche; cuillère en fer pour 
les moules d'une petite capacité. 

Sâvion, s. m. Sable. 

Sâvion d' mouleu en terre, s. m. Sable en mortier pour 
le moulage en terre et la confection des noyaux. On ajoute au 
sable pour lui donner du corps, de la paille hachée, du crin, 
du crottin de cheval, du tan, etc. Ces matières empêchent le 
sable, de se crevasser et le rendent plus tendre et plus propre à 
faire les noyaux. 

Sâvion (foirt), s. m. Sable fort. C'est le sable gras naturel- 
lement. Il empêche la sortie de l'air qui est chassé hors du 
moule par la fonte, et provoque des dartes et des soufflures. 
On le calcine avant de l'employer et on le passe au tamis. 

Sâvion (maigue), s. m. Sable maigre. G'est'celui qui est 
répandu sur le sol de la fonderie, c'est le plus pur et le plus 
sec, mais il a peu de cohésion et ne peut constituer un bon 
moule. Il faut le rendre humide pour lui donner plus de con- 
sistance. D'un autre côté, il sèche plus facilement et retient 
moins l'humidité. 

Scanfâr, s. m. Plancher. Voy. bèrûdi. 

Sèyai, s. m. Seau. 



I 



— 307 — 

Séchai à r poussire, s. m. Poncis, sac plein de charbon 
pilé dont on se sert pour saupoudrer. 

Sèchi à spèheur, v. Tirer à épaiseur. Terme de moulage 
en terre et de moulage au trousseau. 

Serra (gros), s. m. Chaîne munie d'un grand anneau à 
l'un de ses bouts, et dans lequel on passe la chaîne pour serrer 
la pièce, et l'enlever du sable au moyen de la grue. Voyez 
chaîne à deux branche. 

Sikrâwe, s. f. Ecrou. 

Sitoufe, s. f. Etuve ou séchoir ; chambre close dans laquelle 
l'air est entretenu à une température plus ou moins élevée, 
pour le séchage des noyaux et des moules faits en terre. 

SqvT'érre, s. m. Equerre; instrument pour tracer un angle 
droit. 

Sôdai, s. m. Voyez fleur. 

Sôder, V, Souder. Réunir deux parties, les rejoindre. Terme 
de moulage en terre. 

Sofèl'rèye, s. f. Soufilerie. 

Sofler, V. Souffler. Une pièce souffle quand la fonte s'intro- 
duit dans le dégagement réservé pour la sortie des gaz du 
noyau. 

Soflet, s. m. Souflet. Il sert à enlever les poussières tom- 
bées dans le moule. 

Soffleûre.s. f. Soufllures. Cavités qui se produisent dans la 
matière; défaut qui provient, ordinairement, de l'emploi de 
noyaux trop durs ou imparfaitement séchés. 

Sôye, s. f. Scie. Elle sert dans la fabrication des noyaux et 
des moules en terre. 
Souwer, v. Sécher. 
Souège, s. m. Séchage des moules. Il scïait au séchoir, ou 



— 308 - 

au moyen d'un feu que Ton fait sur une tôle et que l'on place 
au-dessus du moule. 

Spèheur, s. f. Epaisseur. Couche de terre; terme de mou- 
lage en terre. 

Spèheur di flér, s. f. Epaisseur de fer laissée dans le 
moule par les noyaux. 

Sponjrou, s. m. Gros pinceau pour mettre le noir sur des 
grandes surfaces. 

Stri, s. m. Serre, étrier, outil de fer pour presser les deux 
parties d'un moule. 

Support, s. m. Voyez kique. 



Taque, s. f. Taque, dalle. 

Taque di na"wai, s. f. Taquet placé pour porter un noyau. 

Taokène, s. f. Poulie pour monte-charges et le monte- 
charges lui-même. Petite grue ou cabestan placé près du cubi- 
lot pour enlever et remuer les gros morceaux de fonte, prove- 
nant de vieilles pièces que Ton veut refondre. 

Tam'hège, s. m. Tamisage. 

Tam'hi, v. Tamiser. 

Tamis, s. m. Tamis. Il y en a de toutes dimensions et de 
tous calibres. 

Tapon, s. m. Godet, sorte d'entonnoir par lequel le mêla 
fondu, qui est dans le chenal, passe dans les évents. 

Tièsse di chèssi, s. f. Côté de châssis à la grue, où les 
rillons se trouvent, et qui doit être plus solide que les autres 
côtés. Voyez costé di chèssi. 

Toune vis, s. m. Tourne-vis. 

Toune-toiche, s. m. Tourne-torches; outil pour faire les 
torches de paille. 



« 



— 309 — 

Touwire, s. f. Tuyère, ouverture d'un fourneau où l'on 
place les becs des soufflets ou des ventilateurs. 

Tracé, s. m. Plan, dessin qui représente la pièce à exécuter. 

Tranche, s. f. Tranche. Espèce de gros burin muni d'un 
manche en bois. Sur ce burin on frappe avec un marteau dit : 
à frapper devant; il sert à dégrossir les jets, les dartes volumi- 
neuses, etc, 

Tranche, couteau dont on se sert, pour réparer et tailler les 
moules que l'on construit. 

Tresse, s. f. Support sur lequel on place les lanternes pour 
tourner toute espèce de noyaux cylindriques pour tuyaux, 
colonnes, etc. 

Trikoisse, s. f. Tenailles, tricoises. 

Trimper T fonte, v. Tremper la fonte. Voyez coqiiic. 

Trô âx crasse, s. m. Ouverture d'environ six centimètres 
de diamètre, qui se trouve derrière le cubilot ou sur une des 
faces de côté, un peu au-dessus des tuyères. Il sert à donner 
passage au laitier quand on veut laisser monter une plus 
grande quantité de fonte par le cubilot. 

Trô d' halkotège, s. m. Trou d'ébranlage. Ces trous sont 
réservés pour la facilité de l'enlèvement du modèle hors du 
sable. 

Troussège, s. m. Troussage, moulage sans modèle. 

Trousseau s. m. Trousseau. 

Toiche di strin,s. f. Torches, cordes de paille que font les 
mouleurs en terre pour entortiller les arbres à noyaux, avant 
d'ébaucher ceux-ci à l'argile. 

U 

Ustèye, s. f. Oulil. 

Ustéye à cann'leure, s. f. Crochet pour former les canne- 



— 310 — 

lures; il a ordinairement les bouts de deux dimensions diffé- 
rentes. 

Veroule, s. f. Virole, petit cercle de métal qui entoure et 
tient en état le manche d'un outil, 

Vintilateur, s. m. Ventilateur, appareil servant à donner 

le vent au cubilot. 

Vis, s, m. Arbre. Il se place verticalement; la partie supé- 
rieure est fixée dans un support, le bas repose sur un pivot; 
c'est le principal outil du mouleur en terre, pour construire la 
plupart des moules. 

Vîve-châsse, s. f. Chaux vive. 

Volant, s. m. Volant. 

Wagon, s. m. Wagon. Chariot placé sur rails; voyez 
gariot. 

Wènne, s. f. Cric; on s'en sert pour déplacer les grosses 
pièces. 



GLOSSAIRE TECHNOLOGIQUE 

WALLON-FRANÇAIS 

DU MÉTIER DES GRAVEURS SUR ARMES 

PAR 
Jean BURY 

Devise : 
A chaque murihi s'clft. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



Américain, s. m. Américain; fusil très commun pour 
l'Amérique. 

Arme, s. f. Arme ; instrument de chasse ; œuvre d'armurerie. 

Armurèye, s. f. Armurerie ; fabrique ou magasin d'armes ; 
corps de métier. 

Armurî, s. m. Armurier ; fabricant d'armes ; ouvrier 
travaillant dans les armes. 

O 

Bâbe, s. f. Bave, bavure que laisse le burin. On dit : 
ïlahattr lès bâbe a papî sàbrc. 

Bague, s. f. Bague; filet gravé ou incrusté au canon d'une 
arme à feu. 



312 



Banc, s. m. Etabli , sorte de table haute et longue, attachée 
à la muraille et à laquelle est fixé l'étau. 

Batta, s, m. Levier; barre do fer à l'aide de laquelle on fait 
fonctionner Fétau. 

Bascule, s. f. Bascule; pièce principale du fusil. (C'est la 
plus grosse,mais non la principale qui est la platine. A. T.) ('). 

Blanki, v. tr. Blanchir ; tailler au burin plat. (On dit aussi : 
huchî. A. T.) 

Bloc, s. m. Bloc; cube de bois sur lequel le graveur colle 
préalablement la pièce qu'il doit graver. 

Blocai, s. m. Blocus : morceau de bois sur lequel est appuyé 
l'étau. 

Bon, s. m. Bon ; sorte de reçu qui est remis à l'ouvrier, qui 
lui donne accès à la caisse du fabricant. 

Boule, s. f. Boule ; terminaison d'ornement. 

Bouquet, s. m. Bouquet ; assemblage de fleurs et de feuilles 
gravées. Les bouquets, dans la gravure genre anglais, sont 
aujourd'hui d'un usage commun. 

Broke, s. f. Broche; cheville de fer qui retient la longuesse 
à la bascule et sur laquelle on grave une sorte de rosace ou de 
palmette double. 

Burin, s. m. Burin; instrument d'acier pour graver sur 
métaux. 

Burin â r main, s. m. Echoppe; outil pour graver à la 
force du poignet, en taille douce. 

Buriner, V. tr. Buriner; graver légèrement au burin; se 
dit principalement pour ombrer les sujets : Burinez 'ne fjotte 
li panse de chin il ârè l'ai?' poyou. 

Burin à deux ponte, s. m. Burin à double taille; outil 
ligné, pour faire deux traits à la fois. 

(') Les notes sigées A. T. sont de M. Alphonse Tilkin (Voir le rapport p. 08). 



— 313 — 

Boite, s. f. Magasin ; sorte de boîte introduite dans la crosse 
du fusil et renfermant les cartouches. (On dit aussi : culotte. 
A T.) 

Burniheu, s. m. Brunissoir, outil pour brunir. Bon nombre 
de graveurs s'en servent pour brunir l'incrustation en relief. 
A. T. 

Bûzette, s. f. Capucine, pièce de cuir qui reçoit la baguette 
du fusil. 



Cadroye, s. f. Paccotille; fusil, marchandise de peu de 
valeur, mauvais ouvrage. (J'ai toujours entendu dire gadroye 
ou carmadroye. A. T. 

Cam'lotte, s. f. Camelotte; id. — Quelle cam'lotte (Vo 
'ne fèi/e ! 

Canon, s. m. Canon; pièce de fusil; tube servant à lancer 

des projectiles. 

Chin, s. m. Chien; pièce de fusil adaptée sur la platine. 

Clé, s. f. Clef; pièce adaptée à la bascule et servant à retonir 
le canon. 

Clicotte, s. f. Loque; lambeau sur lequel on essuie le 
burin. 

Cohe, s. f. Branche; introduction d'ornement. 

Coirps, s. m. Corps; partie de revolver ou pistolet. 

Compas, s. m. Compas; instrument pour mesurer. 

Côp d' foice, s. m. Coup de force; coup de burin fort pro- 
nonce. 

Côpe, s. f. Coupe; la taille du burin. — Quelle belle cape. 

Côper les fond, loc. pré. Tailler les fonds; enlever Ik la 
fourchette l'espace qui doit être maté. (On dit plus souvent: 
hachi. A. T.) 



- 314 — 

Côte, s. f. Cùte; nervure des feuilles. — Ombrer les côte. 

Cowe di bascule, s. f. Queue de bascule; bout de fer 
partant des oreilles de la bascule. 

Cowe di manette, s. f. Queue de sous-garde; pièce de fusil 

termina*nt la sous-garde. 

Crayon, s. m. Crayon; substance terreuse ou minérale qui 
sert à. dessiner. Le graveur se sert le plus souvent, pour des- 
siner, d'une pointe en acier ou en bois d'ébène. 

Crète, s. f. Crète; quadrillé gravé sur chaque pièce fonc- 
tionnante du fusil, afin que le doigt s'y maintienne. 

Cokrai, s. m. Chien; gros chien d'ancien fusil à pierre et 
qui avait la forme d'un coq. 

Coulasse, s. f. Culasse. Pièce vissée à la gueule du canon, 
s'applique surtout aux fusils à un coup. A. T. 

Crique, s. L Mette dès crique: incruster du fil de fer dans 
les canons afin d'en faire disparaître les défauts. A. T. 

Cur, s. m. Manique; espèce de gant dont se servent certains 
ouvriers, surtout les graveurs travaillant le fond creux. A. T. 

D 

Dessiner, v. tr. Dessiner; tracer, à l'aide du crayon ou de 
la pomte, le dessin qui doit être gravé. 

Dintèlle, s. f. Dentelle; embellissement autour de la gra- 
vure. 

Doguer, v. tr. Travailler ferme; travailler avec célérité. 
Drogage, s. f. Gamelotte ; voir ce mot et cndroye. 
Drogue, s. f. id. ; / fà hachî d'vins 'ne si faite drogue ! 
Dope trait, s. m. Double filet dont un taillé plus légère- 
ment que l'autre. Voir au mot trait. 

Dorer, v.tr. Dorer; couvrir d'or. Aujourd'hui les graveurs 
dorent eux-mêmes à l'aide d'un liquide qui se vend en bouteille. 



— 315 — 

Doreure, s. f. Dorure ; or très mince appliqué sur la gra- 
vure. 

Durion, s. m. Durillon; petit calus ou induration locale de 
la peau par la pression du burin. 

Dimêye leune, s. f. Demi-lune ; outil ayant la forme d'une 
demi lune. 

Dope peus, s. m. Double pointe; outil ayant la forme d'un 
double point. (Cette définition n'est pas tout à fait exacte: /^ 
dope peus est composé d'un cercle et d'une pointe au milieu de 
ce cercle. Voici le dessin: ©. On devrait dire double perle. 
(A. T.) 

Espronte, s. f. Empreinte; impression de la gravure. 

Esprontî, v. tr. Empreindre; imprimer en appliquant un 
papier sur la gravure et en frappant dessus à légers coups de 
marteau ou en imbibant préalablement le métal d'encre 
d'imprimeur. 

Fâx-vèrin, s. m. Pièce en fer se boulonnant au canon ; 
s'emploie seulement pour les fusils à 1 coup. A. T. 

Fier, s. m. Fer de sous-garde ; pièce de fer placée en dessous 
de la sous-garde ; voir fotjège. 

Filet, s. m. Filet; trait gravé ou incrusté. 

Filet grec, s. m. Filet grec; filet se terminant par 
une ornementation en forme grecque. 

Finde, v. tr. Fendre; fendre la feuille pour lui donner 
la forme. 

Findège, s. m. Fonderie; action de fendre. 

Fisique, s. m. Fusil; arme à feu; les pièces qui la 
composent. 



— 310 - 

Foye di vègne, s. m. Feuille de vigne ; imitation de la dite 

feuille. 

Foye à deux, s. f. Feuille à deux branches; fendue 
deux fois. 

Foyê à treû, s. f. Feuille à trois branches; fendue en 
trois fois. 

Foye à qwate, s. f. Feuille à quatre branches; fendue en 
quatre fois. 

Foye à cinque, s. f. Feuille à cinq branches; ou demi- 
feuille de vigne. 

Foyège, s. m. Feuillage ; partie de queue de sous-garde. 

Fond, s. m. Fond ; le fond de l'ornement, s'entend du 
fond-creux. 

Fristonfrache, s. f. Falbalas; encombrement de garni- 
tures inutiles. 

Forchètte, s. m. ou Peingne, s. m. Fourchette; sorte 
de burin plat rayé. 

G 

Gârniteûre, s. f. Garnitures ; toutes les pièces en fer 
composant le fusil. 

Gâillotège, s. m. Complication, falbalas, bel entourage. 

Gâilloter, V. tr. Perfectionner; rendre parfaitement beau. 

Genre anglais, s. m. Genre anglais; gravure ainsi 
nommée, composée de rouleaux. 

Genre alFmand, s. m. Genre allemand; gravure ainsi 
nommée, composée de feuilles de vignes. 

Genre bouquet, s. m. Genre bouquets; gravure ainsi 
nommée, composée de bouquets. 

Genre-en-finte, s. m. Genre en fentes ; gravure ainsi 
nommée, composée de feuilles simples. 



- 317 — 

Genre chêne, s. m. Genre chêne ; gravure ainsi nommée, 
composée de branches et de feuilles de chêne. 

Genre chimère, s. m. Genre chimères; gravure ainsi 
nommée, composée de formes chimériques. 

Genre damier. Genre ressemblant au jeu de dames. \. T. 

Genre fond-creux, s. m. Genre fond creux; gravure ainsi 
nommée, dont les fonds sont creusés et matés. 
Genre foye. Genre léger, feuilles de vigne. A. T. 

Genre hâgne, s. m. Genre coquilles ; gravure ainsi nommée, 
imitation du style Louis XV. 

Genre pingni, s. m. Genre panniers ; gravure ainsi 
nommée, composée de petits rubans se croisant. 

Genre pointillé, s, m. Genre pointillé; gravure ainsi 
nommée, frappée à la pointe; voir ce mot. 

Genre quadrillé, s. m. Genre quadrillé; gravure ainsi 
nommée, composée de carrés. 

Genre rocaye. Genre rocaille. A. T. 

Genre rosace, s. m. Genre rosace ; gravure ainsi nommée, 
forme de rosaces autour des vis. 

Genre rose, s. m. Genre roses; gravure ainsi nommée, 
imitation de roses et de feuillage. 

Genre sujet, s. m. Genre sujets; gravure ainsi nommée, 
composée de sujets de chasse. 

Genre trait, s. m. Genre filet; gravure ainsi nommée, 
composée de lilcts simples cùloyanl les bords de la pièce. 

Gôme, s. f. Gomme; substance visqueuse pour nettoyer la 
gravure. 
Gravège, s. m. Gravure, œuvre du graveur. 
Graveu, s. m. Graveur; ouvrier gravant à l'aide du burin. 
Guimpe, s. f. Guimpe ; ornement étroit autour des pièces. 



— 318 ~ 

Guiyocher, v. tr. Guillocher; faire du guillochis. Maintenant 
on fait guillocher les bandes des canons, ce que faisait aupara- 
vant, le graveur au burin. 

H 

HachI, V. tr. Hacher; tailler profondément au burin. 

Hâr, s. m. Éclat; morceau brisé. Mi forchètte a-st-on hâr 
qiiiji n' pou nin rsinmî. 

Hârder, v. tr. Éclater; briser par accident. 

Haveu, s. m. Râcleur; mauvais graveur. 

Hipeure, s. f. Égratignure, gratte que l'on fait involontaire- 
ment avec le burin. A. T. 



Intrèlace, s. f. Entrelacements ; états d'ornements entrelacés. 

Intrèlacer, v. tr. Entrelacer; enlacer des ornements. 

Inche d'imprîmeûr, s. f. Encre d'imprimeur; substance 
noire d'imprimerie. Le graveur s'en sert pour empreindre. 

Incrustation, s. f. Incrustation ; ornements de filets 
incrustés. 

Incruster, v. tr. Incruster ; introduire des filets dans le 
métal. 

IncrusteUjS. m. Incrusteur, ouvrier qui incruste. 
Inte-les-deux ou Émètrin, s. m. Entre les deux; ni beau 
ni laid, ni fin ni gros. 



Lâse, s. f. Ponté ; (Pontet) sous-garde ; voir manette. 

LéchI, V. tr. Lécher; travailler sans goût. Si v' lèchîz tant 
là (l'sus, nos n'ârans mâye fini. 



— 310 — 

LèmYi, s. m. Émeri ; papier pour polir et nettoyer le fer. 

Leume, s. m. Lime; outil pour polir. 

Lumer, v. tr. Limer; polir avec la lime. 

Longin, s. m. Lent, peu favorable à la routine. C'è di^s 
longius ovrège à fer ! 

LiODginer ou Lum'siner, v. tr. Aller lentement; travailltr 
avec peu de célérité. 

Losse, s. f. Louche dans laquelle les graveurs fondent le 
plomb : Fonde de plonke po fer des picètte. A. T. 

Longuèsse, s. f. Longuesse; pièce qui surmonte la bascule 
et s'adapte au canon. 

Loupe, s. f. Loupe; verre convexe agrandissant )a vue. 

M 

Machine à graver, s. f. Machine à graver; invention 
exécutée vers l'an 1884 et occupée chez M. Pieper pour un 
terme de 3 ans, mais qui n'a guère servi qu'à graver les bandes 
et les bagues aux canons des fusils. 

Manette, s. f. Sous-garde ; demi cercle en fer sous la 
détente. 

Mârtai, s. m. Marteau; outil pour battre. Le marteau de 
graveur a deux formes : la première, large, plate et ronde, la 
seconde en petite boule qui sert à incruster. 

Mate, s. f. Matoir ; outil quadrillé pour mater. 

Mater, v. tr. Mater; rendre mat : Mater les fond. 

Mahège, s. m. Mélange ; gravure embrouillée. 

Marque, s. m. Marque, poinçons; outil à maniuer, à 
frapper les marques. 

Moule, s. m. Moule ; appareil servant à la confection des 
plombs : Li moule po fer dès picètte. A. T. 



- 320 - 
IV 

Neurci, v. tr. Noircir ; mettre du noir dans les sujets 
gravés,. 

Neur, s. m. Noir; crasse de la pierre à aiguiser. 

Neuristé, s. f. Noirceur; qualité qui fait que la gravure 
paraît noire. 

O 

Ombe, s. f. Ombre ; nervure ou mouvement donné aux 
feuilles par le burin ou la fourchette. 

Omburer, v. tr. Ombrer, azurer, mettre des ombres dans 
la gravure. 

Orèye, s. f. Oreille; partie de la bascule; culasse. 

Ornumint, s. m. Ornement; gravure servant à orner. 

Ornuminter, v. tr. Ornementer; faire de l'ornement. 

Ornumintège, s. f. Ornementation ; action de poser des 
ornements. 

I» 

Paye, s. f. Paille, défaut dans le métal; éclat. 

Payètte, s. f. Paillette; parcelle de fer; éclat de la gravure. 

Paique, s. f. Asphalte; ciment composé de poix, brique 
rouge en poudre, colophane et huile : sorte de bitume employé 
dans le ciment à coller. 

Panne, s. f. Panne ; terminaison de la panne du canon sur 
la bascule. On dit aussi : creux. 

Papî sabré, s. m. Papier sablé ; papier dit « Anglais » dont 
on se sert pour enlever les baves de la gravure. 

Penne, s. f. Visière; pièce de carton ou de cuir pour garantir 
le front et la vue. 



— 321 — 

Peus, s. m. Pointe ; outil ayant la forme d'un point. (Je pro- 
fèreici encore la traduction perle h celle de pointe, car // peus 
est un cercle. A. T.) 

Picètte, s. f. Pincette; pièce de plomb, de zinc ou de 
bouchon que Ton met dans l'étau afin de garantir la pièce à 
graver. 

Pici, V. tr. Pincer, presser, fixer une pièce dans fétau. 

Pinçaî.s. m. Pinceau, sert à mettre de l'huile sur les pièces. 
Est préféré à la plume. A. T. 

Peingni, v. tr. Peigner; travaillera la fourchette, 

Pirre à sinmi, s. f. Pierre à aiguiser; pierre de Levant 
ou de grès. 

Pirre-ponce, s. f. Pierre-ponce; pierre poreuse : on s'en 
sert pour polir l'incrustation. 

Plaque, s. f. Plaque; pièce de fusil. On dit aussi cou en 
wallon. 

Plaquî, V. tr. Coller; fixer la pièce dans le ciment. 

Plat-burin, s. m. Burin plat; outil pour ouvrir et relever 
le trait qui doit revoir le filet à incruster. 

Platène, s. f. Platine; pièce de fusil, sur laquelle est appli- 
qué le chien. 

Plat-trait, s. m. Trait plat; filet tracé au burin aiguisé 
plat. 

Plate-ustèye, s. f. Outil plat; sorte de poinçon plat pour 
incruster. On dit plus souvent: chasse. 

Plome, s. f. Plume de volaille, pour mettre fhuile sur la 
pierre, 
Plonk, s. m. Plomb ; on dit aussi : picètte, voir ce mot. 

Ponte, s. f. Poinçon ; pointe d'acier ou de bois d'ébène pour 
marquer. 

■21 



— 322 - 

Potiquet.s. m. Petit pot; sorte de gobelet, contenant l'huile. 

Pougnet, s. m. Manchette en cuir, en toile cirée; bon 
nombre de graveurs en l'ont usage. A. T. 

Piqùeu, s. m. Poinçon ; forte pointe, servant à enfoncer la 
goupille. 

Plate sére, s. f. Platine; sorte de platine à encastrer dans 
la bascule de fusil Lefauchcux. (On dit aussi plate sére T^our les 
fusils à baguette non Lefaucheux. A. T.) 



Riflnde, v. tr. Refendre; fendre de nouveau, voir au mot 
fnidr. 
Riflndège, s. m. Refendage; état de la feuille refendue. 
Rissinmî, V. tr. Aiguiser; aiguiser de nouveau. 

Roge di brique, s. m. Couleur rouge; matière entrant dans 
la confection du ciment. 

Rôlai, s. m. Rouleau; contour, sorte de volute, dessin com- 
posant la gravure genre anglais. 

Rôlette, s. f. Roulette; outil servant à retoucher les sujets. 

Rosace, s. f. Rosace, ornement en forme de rose. (On dit 
mieux rosette, A. T. 

Rose, s. f. Rose; gravure imitant la rose. 

Ruban, s. m. Ruban; espace gravé et réservé à un nom. 

Rilèveu, s. m. Releveur burin à relever; voir aux mots plat 
burin. 

Simpe foye, s. m. Feuille simple; feuille non compliquée. 

Sinmel, s. f. Aiguisage; action d'aiguiser. 

Sinmî, ▼. tr. Aiguiser; rendre le burin aigu et tranchant. 



— 323 — 

Siteule, s. f. Etoile ; outil en forme d'étoile. 

Spitteure, s. f. Dentelle ou mouche, garniture; voir le mot 
lUntellc. 

Sujet, s. m. Sujet; dessin, animaux de chasse gravés. 

Séwe di chandelle, s. f. Suif de chandelle entrant dans 
la composition du ciment. 

Spéculaire, s. m. Colophane; espèce de résine entrant 
dans la composition du ciment. 

Stseu, s. m. Veilleuse ; quinquet de travail avec abat-jour 
en fer blanc. 

X 

Tambour, s. m. Tambour; pièce de revolver ayant la forme 
d'un tambour. On dit plus souvent tonnerre. 

Terminaison, s. f. Terminaison; bout d'ornement terminant 
un filet. 

Terrain, s. m. Terrain ; simulacre de terrain gravé envi- 
ronnant les sujets. 

Toûnevis, s. m. Tournevis; instrument pour tourner les vis. 

Trait, s. m. Trait; filet gravé ou incrusté sur les bords des 
pièces. 

Tracer, v. tr. Tracer ; faire des traits, faire le tracé, 
commencer un ornement. 

Traceu, s. m. Tire-ligne ; sorte de compas pour tirer 
les lignes. 

U 

Ustèye, s. f. Outil; instrument de travail. 
Vis, s. m. Vis ; pièce cannelée en spirale. 



— 324 — 

Visse, s. m. Élau ; instrument pour serrer. — L'étau de 
graveur est mobile. 

Vérin, s. m. Boulon; pièce de fer se boulonnant dans la 
culasse d'.un fusil à un coup. 

AïîERÇU DE QUELQUES FUSILS D'EXPORTATION. 

Maquignon, s. m. Maquillon; gros fusil— à un coup. (Le 
maquillon est un petit fusil au contraire. A. T.) 

Cadet, s. m. Cadet; fusil plus léger, plus coquet— à un coup. 

Fâ vérin, s. m. Faux boulon ; fusil dont la culasse est d'une 
pièce — à un coup. 

Béclie-di-canne, s. m. Bec de canard; fusil ainsi nommé 
à cause de sa forme — à un coup. 

Eôr, s. m. Boor; gros fusil, plus commun encore que 
le maquillon ; on grave des traits et on frappe une marque sur 
la platine — à un coup. 

Kètt'lente, s. f. Kettelenle ; gros fusil, plus commun encore 
que le maquillon; on grave des traits au double burin. 

Romaine, s. f. Lazarinos; gros fusil, plus commun encore 
que le maquillon; gravure payée d'abord un patard et puis 
cinq centimes : dont 15 marques (19 marques A. T.) sur le 
canon — à un coup. 



Vocatiilalrc tecliiioloii^iie wallon-français 



RELATIF AU MKTrFR DES 



TAILLEURS DE PIERRE 



F. SLUSE. 



Devise : 
« Francs et joyeux. » 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



Accroche. L'accroche sert à réunir deux morceaux de 
pierre. V. Ira. 

Allé. Cri poussé par les ouvriers qui portent ensemble à la 
civière, pour soulever en même temps ; allî' /loiip, cri du 
bardeur pour faire avancer les chevaux qui tournent à la luiclic. 

Assise. Partie d'une pierre qui doit servir de base à 
une autre. 

Attache. Partie d'un bloc qui doit disparaître pour que la 
face soit unie. V. Ira. 

Atteler. Commencer la journée. On sonne pour ^///r/rr. 

Avanci. Manière de tenir son ciseau penché en avant 
et obliquement quand on r'IuniL 



— 326 — 



Banc. Divigion du rocher. Le rocher se présente en bancs 
plats, en bancs inclinés ou en bancs dressants (droits). Gros 
banc, banc qui joint le gris-bèche; tènne banc, banc qui se 
rapproche de la pierre noire . 

Barder. Conduire les pierres du trou sur le chantier. 

BArdeu. Bardeur, ouvrier qui barde, qui bûrdèyc. 

Batte. Encadrement tracé autour d'une face avec un ciseau. 

Batte mène. Faire un trou rond et long dans le rocher, 
y introduire de la poudre et faire sauter la pierre. 

Batteux d' mène. Ouvrier chargé de battre mine, de 
préparer la mine. 

Bêche di mohon. Bec de moineau : Pointe courte à un 
poinçon. 

Bèrwètte. Brouette. Espèce de tombereau à une roue et 
deux brancards, pour transporter les déblais. 

Biètte. Partie droite d'une moulure. C'est la partie de la face 
qui reste quand on trace la moulure. 

Binde. Manière de travailler pour extraire la pierre. 
V. travayî. 

Bloc. Masse considérable et pesante de pierre : Nos avans 
rayî on bai bloc. 

Boquet. Morceau. Pierre dont la façon se paie 2 francs 50 
à 5 francs. 

Bossai. Partie convexe d'une moulure. 

Bosse. f::iévation qu'on doit enlever pour rendre une face 
unie. Synonyme de poqne et de maquc. 

Bouchâde. Boucharde, marteau en fer qui se termine, do 
chaque côté, par des dents. 



— 327 — 

Bouchârder. Boucharder, travailler avec une boucharJo, 
frapper sur la pierre afin d'enlever les petites bosses. 

Bouchardège. Action de bouchârder. Ouvrage fait avec la 
boucharde. 

Bouf. Gros marteau pesant jusque 40 kilog. (Outil du 
rocheteur.) 

Boulet. Boule de fer de dimensions diverses, qu'on glisse 
entre le rocher et la pierre détachée, afm d'empôcher celle-ci 
de retomber. 

Boulon. Morceau de fer plat qu'on emploie avant le boulet 
et pour le même usage. 

C 

Cabestâne. Treuil avec roue dentée employé pour tirer les 
pierres d'un volume moindre et pour tirer les chaînes. 
Au commencement de l'exploitation des carrières, l'ouvrier 
bardeur devait traîner les chaînes, maintenant il emploie le 
cabcstânr, qu'il appelle encore chèt. 

Cache. Trou fait par l'ouvrier dans une pierre. 
Cay^ter. Relier, caipe)' les chaîne, relier deux chaînes avec 
deux morceaux de fer recourbés et deux goclie. Caifter les 
pierre mettre des morceaux de bois entre deux pierres chargées 
sur la charrette, afin de les préserver contre le cahotement. 

Cay'tège. Xcl\on de cai/' ter. Ouvrage hitcn eau' tant. 

cale. Morceau de fer employé pour faire tenir la /o///-dans 
son trou. 

Caler. Mettre des cale. 

Calège. Ouvrage calé. 

Gantier. Chantier, lieu où l'un laiUc ki pierre. 

Carîre. \. pièrîre. 



328 — 



Gazon. Nom ironique donné au cultivateur par le tailleur 
de pierre. 

Cèque. Cercle en fer mis autour du maillet pour le renforcer. 

Cècler. Mettre des cercles. 

Chaîne. Lien composé d'anneaux en fer passés les uns dans 
les autres. Les chaînes de carrière sont très grosses, très 
longues, très lourdes. 

Chanfrein. Surface formée en rabattant l'arête d'une pierre. 

Chaos. Pierre dont la façon est payée 5 francs et au-dessus. 
Braire à chaos, appeler les ouvriers à tour de rôle pour voir 
qui veut faire tel ou tel chaos. 

Chapaî d' priesse. Poinçon pour forer de larges trous 
dans une pierre, afin d'y passer un boulon. 

Châte. Veine noire qui se trouve dans la pierre. 

Chèrètte. Charrette. Véhicule pour transporter les pierres. 
Les charrettes des carrières ont la forme des binards. 

Chèrgeu. Chargeur, ouvrier qui charge la charrette. 

Endroit où l'on charge, 

Chèrgî. Charger, mettre les pierres sur la charrette. 
Chèrgège. Action de charger. 
Chèt. V. cabestâne. 

Chin. Somme d'argent ramassée entre plusieurs ouvriers 
pour acheter du genièvre. Fer on chin, mettre de l'argent. 

Civire. Brancard pour transporter des pierres. 

Cisai. Instrument de fer tranchant par un bout et terminé 
de l'autre par une tête arrondie. 67^^// à bois, ciseau pour 
recouper le maillet. 

Cis'lège. Action de cis'ler. Ouvrage fait avec le ciseau. 
Cis'ler. Travailler avec un ciseau. 

Cis'lure. Tout travail fait avec un ciseau. Terme plus précis 
que cis'lège. 



— 329 — 

Clâ,. Clou, partie dure qui se trouve dans la pierre, et contre 
lequel l'acier se brise. 
Cogne. Grande barre en fer dont se sert le rocheteur. 

Coirbâ. Cliquet du cric. Petit levier en forme de virgule 
qui empêche la roue dentée du cric de tourner dans un sens 
contraire à celui du mouvement donné. 

Compas. Instrument à deux branches mobiles servant 
à transporter des longueurs. 

Côpe. Action de couper la pierre. Fer 'ne côpe, couper un 
bloc dans le rocher au moyen d'outils. 

Coquille. Coquillage pétrifié qui se trouve dans les blocs. 
Cougnet. Coin. V. spigo. 
Crama. Partie fourchue du cric. 

Crâwe. Poinçon recourbé qu'on emploie quand on ne peut 
frapper droit. 
Creux. Partie concave d'une moulure. 

Croc. Instrument en fer, rond et recourbé avec lequel les 
bardeurs traînent Ibs chaînes et enlèvent les râlai à broi/i. 



D 



Déblai. Terres enlevées. 

Déblèyer. Enlever la terre pour arriver à la pierre et la 
transporter. 

Déblèyège. Action de déblayer. Ouvrage fait. 

D'hovrège. Action de découvrir. 

D'hovreu. Ouvrier qui découvre. 

D'hovri. Découvrir, déblayer, enlever la terre cl la mauvaise 
pierre pour arriver aux bancs de bonne pierre. 



— 330 — 

Diale. Gros vis pour faire tomber les pierres détachées. 
Digrette. Petite ciselure. 

Dint d' soris. Tache blanche affectant la forme de dents de 
souris, qui se trouve dans la pierre. 

Dissèrre. Isolement d'une partie du rocher (bonne pierre) 
fait au moyen de pétards et d'outils. Fer 'ne dissèrre, isoler la 
bonne pierre afin d'avoir plus de facilité pour l'extraire. 

Diqwât'ler. Partager les blocs en plusieurs parties. 

Ditèler. Finir journée, quitter le travail. 

e; 

Ëcass*mint. Entaille, coupure dans la pierre. 

Èpann'ler. Ébaucher. Èpann'ler 'ne moulure, faire res- 
sortir les parties les plus saillantes d'une moulure pour des 
traits droits, afin qu'on puisse saisir ce que sera l'ouvrage. 

Epann'lège. Ouvrage ébauché. Action d'ébaucher. 

Èplonker. Couler du plomb dans des trous pour suspendre 
les portes, les fenêtres, les barrières, etc. 

Èplonk<=ige. Action de plomber. 

Estale. Platine. Morceau de fer qu'on introduit dans des 
irons de spirjo, au fur et à mesure que le spifjo s'enfonce. 
V. travailler à la binde. Syn. : platènne. 

Face. Partie d'une pierre qui doit être vue. 

Faliga. Morceau de cuir pour envelopper le pouce, alin de le 
préserver contre le contact du fer. 

Fier. Fer. Outil en fer des carriers. Fier di mène, longue 



— 331 - 

barre en fer pour battre mine. Fier liorncmint, petits ciseaux 
et petits poinçons. 

Flemme. Paresse. Synonyme: troije. 

Foche. Fourche. Pieu terminé par deux dents pour soutenir 
la latte. 

Forviser. Viser en laissant le coté où Ton se trouve plus 
bas que l'autre. Contraire : lèyî s' climpe. 



G 



Gare à, la mine, Gare au pétard. Cri lancé avant de 
mettre le feu à la mine, au pétard. 

Gatte. Tréteau. Assemblage en bois pour soutenir les bras 
de la charrette pendant qu'on charge. 

Goche. Grands anneaux plats et allongés pour eay'ter 
les chaînes. 

Gottîre. Gouttière. Partie d'une moulure qui empêche les 
eaux de suivre le mur et d'y pénétrer. 

Govion. Forme des trous servant à plomber. V. èplonker. 

Gradine. Ciseau terminé par des dents ; remplace la 
boucharde ou s'emploie après. 

Gradinège, Ouvrage fait avec la gradine. Action de gradiner. 

Gradiner. Travailler avec la gradine. Tracer des rangées 
régulières de points. 

Grès. Morceau de grès pour aiguiser les outils. Grî^s 
à poinçon, pour faire les pointes; gr^s à plats fier, grès pour 
repasser les ciseaux. V. feôper, r'pieoter l (jrês. 

Gris-bèche. Pierre(Masse de), qui, dans le rociier, su trouve 
le plus au nord. Elle est très dure et difficile à travailler. 

Gros-banc. V. bane. 



— 332 — 

II 

Hame. Banc. Petit siège composé d'une planche circula're 
et d'un seul pied, 

Haminte. Levier. Barre en fer pour soulever les fardeaux, 
pour détacher les blocs. 

Hârt. Morceau de pierre enlevé d'une arête, place formée 
par l'enlèvement de ce morceau. 

Hawai. Houe. Instrument en fer, plat et recourbé^ avec un 
manclie, pour remuer la terre. 

Hèplège. Action de hèpler, travail provisoire. 

Hèpler. Ciseler à grands coups irréguliers avec un hèrpai. 

Hèrpai. Large ciseau ; peut avoir jusque sept centimètres 
de largeur. 

Heure les limé, Heure les châte. Enlever au marteau 
les parties défectueuses d'un bloc. 

Honni. Gâter une pierre en enlevant une partie nécessaire : 
On honnihesovlntà case des limés. 

Horon. Pièce de bois sur laquelle on fait avancer les pierres. 

Hossi (l'haminte). Introduire le levier dans les fissures du 
rocher et la faire aller de droite à gauche (en tous sens), pour 
faire tomber les blocs. 

Hossège. Action de liossî. 

Houpe. Pelle. Instrument en fer, plat et large, muni d'un 
long manche pour enlever la terre remuée. 

Houp'lège. Action de houpler. 

Houp'lèye. Ce qu'on peut enlever en une fois avec 
une houpe. 

Houp'ler. Enlever, avec une houpe, les terres remuées. 



— 333 — 

I 

Indai. Levier court, ii bout aplati, employé pour charger les 
pierres sur la charrette. V. prinde à choque. 



Jao. Cavité pleine d'eau qui se trouve dans les pierres. 

Jonteûre. Joint, Frr 'ne jonteûre, marquer les joints pour 
mettre la pierre à longueur (en indiquer les dimensions justes). 

Journèye. Travail d'un jour. Salaire d'une journée de 
travail. 

Laque. Cri du bardeur afin de faire reculer les chevaux 
qui sont à la vache, pour que les chaînes ne se raidissent pas 
trop ou qu'elles le fassent à point. 

Latte. Assemblage en bois, recouvert de paille, pourpré- 
server le tailleur de la pluie, de la neige, du vent, etc. 

Lèyî drî. Laisser en arrière. Manière de tenir son fer 
penché en arrière et obliquement quand on r'tond. Contraire 
de avancî, avancer. 

Limé. Raie blanche qui se trouve dans la pierre, défaut de 
la pierre. 

Lossette. Outil ayant la forme d'une cuiller, pour enlever 
les poussières des trous faits avec les poinçons. 

Loûf. Pièce en fur composée d'un anneau tenant à un 
parallélipipède en fer. V. trô d' loûf. 

Ma. Gros marteau en fer. 

Mayet. Maillet. Marteau en bois à surface courbe et ù deux 



— 334 — 

têtes. Mai/ct r'côpé à pîd il' vache, maillet dont les deux bouts 
sont coupés droit au moyen du ciseau à bois. 

Maîste-ovrî(maisse-ovrî). Maître-ouvrier, appareilleur. 
Celui qyi est chargé de la surveillance des travaux ; le maître- 
ouvrier trace la coupe des pierres. 

Malètte. Cri du maître-ouvrier pour faire cesser le travail. 

Manœuve ou Manovrî. Ouvrier à la journée. 

Manovrer. Travailler à la journée. 

Maque. V. bosse. 

Massètte. Marteau en fer. 

Mastic. Composition d'huile et de cire pour coller les 
morceaux honni. 

Mastiquège. Partie de la pierre collée avec du mastic. 

Mastiquer. Coller avec du mastic. 

Mène. Mine. Trou fait dans le rocher avec le fer de mine, 
rempli de poudre, pour faire sauter le rocher. Tirer 'ne mène, 
mettre le feu à la mine. (N'était pas employée anciennement, 
l'extraction se faisait à l'aide d'outils.) 

Mète de face. Mesurage d'une face. Être payé par mètre 
de face. 
Moellon. Petits blocs employés pour bâtir. 
Moule. Profil en zinc d'une moulure. 

Moulure. Partie plus ou moins saillante d'une pierre devant 

servir d'ornement. 

Moite pîre. Pierre presque argileuse, pas encore formée. 

Neûre. Masse de pierre, de couleur noire, qui, dans le rocher, 
se trouve le plus au midi; elle est tendre et s'emploie pour la 
construction des ponts, aqueducs, etc. 



— 335 — 

O 

Ovrî d' pièrîre. Ouvrier qui travaille à la carrière. 

I* 

Paillasse. Tas de paille sur lequel on renverse la pierre; 
tas de pierrailles qu'on met sous la pierre, aû-n de la soulever 
d'un côté. 

Palette. Encadrement, ciselure autour de la partie bou- 
chardée ; taper 'ne palette, faire une palette. 

Pétard. Petite mine d'un pied de longueur environ pour 
faire ouverture. V. gare. 

Pic. Outil du d'hovreu (découvreur). Instrument de fer 
courbé et pointu pour remuer la terre. 

Pièrire. Carrière. Lieu où Ton extrait et où l'on travaille la 
pierre. 

Piqu'tège. Pointillage, action de pointiller. Ouvrage 
pointillé. 

Piqu'ter. Pointiller, faire des points dans une face avec 
un poinçon. 

Pîrre. Pierre. Corps dur et solide, de la nature des roches, 
qu'on emploie, entre autres, pour bâtir. (Littré.) Bloc que 
l'ouvrier travaille. Pîrre ili tèije, pierre dure, propre à être 
taillée; pîrre bleu ou bleûve pîrre, pierre bleue. Pîrre lèijèije 
(liso r martaî, pierre achevée avec le marteau. Pîrre qui torelle, 
pierre dont la façon doit être achevée par un ouvrier autre que 
celui qui Ta commencée. 

Pîrhètte. Petit morceau de pierre. 

Planche di weine. Planche de cric. Planche employée 
lorsque la crémaillère du cric est trop petite ; on l'applique entre 
le crama et le bloc à soulever. 

Platènne. V. ùstale. 



— 33G — 

Poli. Polir, rendre une face unie avec du sable et un 
morceau de grès par le frottement. 

Polihège. Action de polir. 

Ponçon. Poinçon. Outil de fer aigu, servant h percer et 
à enlever les bosses. Sa longueur varie entre 15 et 60 centimètres. 
Poque. V. bosse. 
Potte. Grande cache. 
Poussîre. Pierre réduite en poudre. 

Prinde à choque. Introduire Vindai sous la pierre pour h 
soulever et la faire avancer sur la charrette. 
P'tit. V. chin. 



Quitèyège. Action de quUèyî. 
Quitèyî. Partager, on dit aussi d'qiuât'ler. 

Qwârer. Retenir un quart du salaire de la journée à un 
ouvrier arrivant trop tard. 

Qwînzaine. Deux semaines. Somme d'argent gagnée 
pendant quinze jours de travail. 

R 

Rabat. V. chanfrein. 

Rabatte. Renverser la pierre sur la paillasse. 

Rampe. Plan incliné qui descend dans le trou (carrière). 

Ravarmint. Pente donnée à une partie de la pierre. Fer on 
ravaimini, enlever plus de pierre d'un côté que de l'autre. Au 
seuil de la fenêtre il y a un ravalement. 

Ra"whi. Refaire la pointe au pointon. 

Râyî. Arracher : JSos avans râyî on bat bloc. 

R'ciselège. Action de reciseler. Ouvrage reciselé. 



— 337 — 

R'ciseler. Donner de fins coups de ciseau, bien droits et 
bien réguliers. 

R'côpège. Action de recouper. 

R'côper r grés, enlever les parties du grès qui sont en 
élévation par suite de l'aiguisement des outils pour le 
rendre uni. 

Réglège. Réglage, action de régler. 

Régler. Vérifier les dimensions, V. rifèrî. 

Rènèss'lège. Action de rènèss'ler. Ouvrage rènèss'lé. 

RéRèss'ler. Remettre de l'acier sur le fer. 

RTreinège. Action de f freiner. Oiivvagei'' freiné. 

R'freiner. Faire un fin ciselage (les coups de ciseau se 
suivant de près) sans lever la main et en avançant. 

R'hèplège. Action de r'hèpler. Ouvrage r'hèplé. 

R'hèlper. Helper de nouveau afin de rendre la face plus 
unie. 

Riféri. Passer (travailler) la pierre au marteau afin de lui 
donner à peu près les dimensions voulues. 

Risplinquer. Payer un verre à celui qui vous en a offert un. 

R'néttî V travaux. Enlever les pierrailles du chantier. 

Roche. Masse de pierre ; on dit aussi rocher. 

Roch'tège. Rochetage, action de rocheter. 

Roch'ter. Rocheter, travailler à la roche. 

Roch'teu. Rocheteur, ouvrier qui travaille à la roche. 

Rôlai. Rouleau. Pièce de bois cylindrique sur laquelle le 
bardeur fait avancer la pierre. Rôla à broyî, rouleau percé de 
trous dans lesquels on introduit un levier pour les faire tourner. 

Rond'lége. Action de rond'ler. Ouvrage rond'lé. 
Rond'ler. Faire un rabat rond. 

i2 



— 338 — 

Rowe di horre. Système de poulies pour tirer les pierres 
hors du trou de la carrière. 

Royî. Tracer un trait avec le rule et un ciseau, sans se servir 
du maillet. V. tracer. 

R'picotège. Action de f picoter. Ouvrage r'picoté. 

R'picoter l' grès. Donner des coups de poinçon sur le grès. 

R'tondège. Action de f tonde. Ouvrage r'tondu. 

R'tonde, Ciseler pour la dernière fois. 

R'trinchège. Action de r'trincJiî. 

R'trinchi. Retranclier, préserver les arêtes en les faisant 
rentrer quelque peu. 

Rule. Planche étroite et longue dont le tailleur se sert pour 
juger de l'horizontalité d'une face ; rule di poche, mètre pliant. 



Sâvion. Le sâvion se fait souvent le soir, le chin peut se 
faire pendant la journée. V. chin. 

S'batte ine ciselure. Faire une batte. S'batte H face, 
rendre une face plus ou moins unie avec un s'batteû. 

S'batteû. Léger poinçon. 

S'clat. Éclat, morceau de pierre enlevé par les outils. 

S'climpe. Manière de viser. V. viser. 

S'cottège. Action de s'cotter. Ouvrage accompli en s'cottant. 

S'cotter. Mettre des s'clat sous la pierre qu'on soulève avec 
le cric. 

Sèmî. Aiguiser. Sèmî à bêche di mohon, faire une pointe 
courte au poinçon. 

Spigo. Coin ; instrument en fer pour fendre le rocher, les 
pierres. 



- 339 — 

Spinci. Épincer, découper les blocs, les équarrir, les 
dégrossir, les mettre à môme d'être taillés. 

Spinciége. Épinçage, action à'épincer. Ouvrage épincé. 

Spincieu. Ouvrier qui cpince. 

Spiter. Recevoir de la poussière dans l'œil. 

Sq'wére. Équerre. Instrument pour tracer des angles droits, 
des perpendiculaires; fax sqwére, équerre qu'on peut replier. 



Taille. Manière d'obtenir, d'un bloc brut, la pierre demandée. 

Talon rèvièrsé. Talon (renversé). Moulure concave par le 
bas et convexe par le haut. 

Tape. Partie du maillet avec laquelle on tape, on frappe sur 
le ciseau ou le poinçon. 

Taper à bosse. Enlever les bosses. 

Tèche, Marque qui se trouve dans la pierre. Blanquès tèche, 
tache blanche. Ces taches affectent souvent la forme de clâ 
iV soie, clous de soulier ou de dint d' soris. V. ces mots. 

Tèyeux (d' pîrre). Ouvrier qui taille, qui façonne la pierre. 

Tèyî. Tailler la pierre, la façonner, lui donner la forme 

demandée. 

Tèyège. Action de tailler. Manière de tailler. 

Tièsse di chin. Petit rouleau. 

Tièsse di moule. Partie intérieure d'un montant. 

Tour di rein. Morceau de pierre dont la façon revient 
à moins de 2 francs 50. 

Tour dé r vache. Lieu où se trouve la vache; cercle décrit 
par la vache et les chevaux qui la font tourner. 

Tracer V trait. Marquer davantage le trait royî en se 
servant du maillet. 



— 3-iO — 

Trait. Ligne tracée avec le ciseau seul ou avec le ciseau et 
le maillet. V. mii et tracé. 

Tranchée. Ouverture plus ou moins longue et large, faite 
dans le sol. pour arriver à la bonne pierre. 

Travayî. Travailler; travaijî à pèce, travailler à pièce, 
savoir ce qu'on gagnera en faisant telle ou telle pierre. 

Travayî à 1' binde. Enfoncer le spigo dans un trou fait 
dans le rocher en se servant des èsUile pour détacher de plus en 
plus la pierre. 

Travaux. Lieu où l'on travaille. 

Trawet. Petit poinçon. 

Trigu. Amas de terre et de pierres enlevées du troti et mise 
en tas. 

Trô. Trou, ouverture, excavation où l'on arrache la pierre. 
Trô à l'accroche, trou fait pour accrocher; Trô à l'attcche, trous 
faits pour enlever VaUèche en deux ou trois coups. 

Trô d' govion. Trous ^onv èplonker . 

Trô di spigo. Ligne de trous faits au poinçon et dans 
lesquels on introduit le spigo pour faire fendre la pierre. 

Troye. V. pèmme. 

Vache. Cabestan. Tourniquet à un seul bras pour tirer les 
blocs hors du trou à l'aide de chevaux. Est remplacé aujour- 
d'hui dans les grandes carrières par l'élévateur. 

Vis. Pièce ronde en fer avec des cannelures en spirale. On 
rinlroduit entre le bloc détaché et le rocher, afin de faire 
l'ouverture de plus en plus grande et de faire tomber le bloc. 
Selon sa forme, on l'appelle vis à botèye (vis h. bouteiI!e)ou vis à 
colonne (vis à colonne). V. diale. 



— 341 — 

Viser. Voir au moyen de deux rnh', si les quatre coins de 
la pierre sont sur le même plan. Lèyî s' climpc,y\scr en laissant 
le côté où Ion se trouve plus haut que l'autre. V. forviser. 

Vône. V. cliâte. 

\^ 

Wagon. Véhicule, voiture pour transporter les blocs d'un 
endroit à un autre. 

Wague. Tas de pierre et de terre qui se détache du rocher 
subitement ou par suite d'un rochetage. 

Waguer. Se détacher, tomber. 

"Weine. Cric. Machine à crémaillère et à manivelle pour 
soulever les blocs. K'tourncr les ivcinc, employer les wcincs, 
indique le degré de force d'un ouvrier carrier : / k'ioûne ine 
weine, sins s'oêner, il se sert du cric (le porte) sans se gêner. 

"Windai. Vilebrequin, outil pour percer la pierre. 



Ype. Latte ayant la forme d'une herse. Herse, en wallon, se 
disant ypc. 



RAPPOMT 

sur le 13" concours (pièces de théâtre). 
Messieurs, 

Notre concours de comédies a, cette année encore, 
trouvé chez nos auteurs le meilleur accueil. 

Est-ce à dire qu'ils y aient envoyé des chefs- 
d'œuvre, tant s'en faut. 

Nous devons même dire que la valeur moyenne 
des pièces présentées est inférieure, et d'assez bien, 
à celle de nos concours antérieurs. 

Des quatorze comédies reçues, nous en écartons 
sept. 

Elles sont toutes du même auteur; nous nous 
refusons à les juger pour les motifs suivants : 

1° L'une d'elles est une copie littérale du Lot (Va 
Gègô, d'Alexis Peclers. C'est le n" 2. On bonheur ni 
vin nin sins Vante. 

2" Une seconde (Qwârtt à loue)') nous est présen- 
tée une fois en prose (n° I), une autre fois en vers 
(n°13^î5), une autre fois encore en vers sous le titre 
de : On vîx galant (n'^G); elle n'est autre (pi'un vau- 
deville en un acte de Victor Cornet : Ine chambe à 
louer, imprimée en 1888. 

3" Une troisième est écrite en vers sous le titre : 



— 344 — 



Les fièsse dès maçon, et est remise en prose sous le 
litre Li crama. 

4" Enfin cet auteur s'est f\ut connaître en signant 
la pièce n" 2 et en inscrivant son adresse sur la pièce 
n"3. Lé n« 13 (Uamour è-st-aveûlé) lui appartient 
aussi. 

Mais passons aux pièces sérieuses : 

Le n" o est intitulé : Piote de l classe, comédie en 
trois actes. La pièce est écrite en dialecte de la vallée 
du Geer; c'est là d'ailleurs que l'auteur a placé ses 
diflerentes scènes. 

On y voit trois soldats libérés du service militaire, 
qui reviennent dans leurs foyers où l'un d'eux' 
Joseph, doit retrouver sa bonne amie, Garile.Toute 
la pièce roule sur ces amours, contrariées par le 
père de Garite, qui souhaiterait pour sa fdie un 
autre amoureux moins buveur et moins paresseux, 
le brave Léon, par exemple. 

Le second acte se passe pres({ue entièrement en 
narrations de farces de caserne, que les trois soldats 
font à ce Léon appelé nouvellement sous les armes 
par le sort. 

Le dialogue est extraordinairemcnt faible. Des 
longueurs, des redites, des chevilles, des monologues 
impossibles. Certaines scènes, très plates, frisent 
l'immoralité. Le dénoûment est brusque et mal- 
heureux. 

C'était cependant une œuvre de lon^ïue haleine, 
près de trois mille vers. La scène III du 2-^ acte a 
127 vers, et la scène IV, où l'on trouve un per- 



— 345 — 

sonnage en plus, n'a que la bagatelle de 2o"2 vers. 
On y voit un monologue de 4i vers. Il est vrai que 
Victor Hugo en compte d'énormes. Mais nous ne 
croyons pas la raison suffisante pour faire accorder 
une récompense à l'auteur. 

Nous retrouvons encore ces faiblesses, mais à un 
moindre degré, dans le n" 8, Li Troquètte et V Gèr- 
malle. 

C'est un imbroglio basé sur la ressemblance de 
trois frères jumeaux, dont deux sont épris de deux 
sœurs jumelles. Le style est bon et le vers assez bien 
frappé. Mais on cherche en vain les traits piquants 
promis par un titre de cette espèce. L'auteur nous 
paraît connaître son wallon et la scène; mais il a 
été malheureux dans la façon de traiter son sujet. 
Nous remarquons dans cette œuvre un oncle qui 
n'est pas d'Amérique, mais de Bois-de-Breux, en 
remplissant tout aussi merveilleusement les fonctions 
de deus ex-machina. Nous signalerons aussi deux 
sauvetages qui aident au dénoùment. C'est vieux 
jeu. 

Par contre, nous devons ajouter qu'en général ces 
personnages sont assez bien campés, et leurs carac- 
tères relativement bien observés. 

Néanmoins nous ne croyons pas devoir accorder 
de récompense à l'auteur. 

11 est à désirer (pie nos écrivains repoussent ces 
deus ex-machina, ces ficelles théâtrales usées à se 
rompre, ces sauvetages émouvants consacrés \)av 
l'hymen ou la réconciliation, en un mot, tous ces 



— 346 — 

clichés d'an autre âge dont n'a que faire notre 
théâtre moderne, aux allures plus franches, à l'amour 
plus vibrant du vrai. Guerre à ces exploits de 
coulisses, à ces faits capitaux de derrière les décors, 
gros de conséquences scéniques, mais qui n'ont leur 
raison d'être que dans la pauvreté d'imagination 
d'un écrivain court de dénoûment. 

Ce reproche, nous devons aussi le faire au n'^ 9, 
A malin. Là, nous voyons un garçon meunier 
épris de la lille de son maître. Un berger, qu'on 
s'étonne un peu de voir constamment îui moulin, 
convoite la place de groumet tenue par son camarade 
et, pour se la faire échoir, dénonce au meunier les 
amours en jeu. Le meunier en colère chasse 
son groumet. Heureusement, ou malheureusement, 
comme on voudra, la petite fdle du père courroucé 
tombe à l'eau ; heureusement encore, le groumet est 
là qui la sauve. D'où mariage. 

Outre la banalité, on ne comprend pas pourquoi 
le groumet chassé veut encore quitter le moulin 
après l'acte méritoire qu'il a posé; il doit s'attendre 
au pardon de son maître. 

Le wallon est en général de bon aloi, mais le style 
est loin d'être soutenu. Les périodes sont longues, 
et de nombreuses chevilles s'observent en leur cours. 

Citons au hasard : 

Co biii (ju'is v's ont-st-avu, awè, cièLe, on 1' pou dire, 
Is d'vct èsso bin binâhe, et ci n'è nin po rire, 
Ga vos risquîz vosse vèye 



— 3i7 - 

Puis : 

J'a por vos les même sintumint, 
Grèyez-l', awè, c' n'è nin po rire 

Plus loin : 

V's allez baguer fou d'cial, bin vile, à pus habèye. 

L'œuvre, qui appartient au genre vaudeville, est 
entrecoupée de chants ; mais ces chants sont d'une 
grande banalité. L'auteur a sans doute pris pour 
devise, comme l'a remarqué l'un de nous, que ce qui 
ne se dit pas se chante. A ce propos, une remarque 
générale. Nos écrivains wallons adorent le vaudeville; 
s'ils ne l'ont pas inventé, ils lui vouent en tous cas 
un culte particulier; par malheur, cédant en cela à 
de nombreux exemples d'auteurs français, ils inter- 
calent leurs vaudevilles (in sens propre) un peu à tort 
et à travers. 

A notre avis, les rimes chantées, en comédie, 
doivent ne servir qu'à souligner ou bien à élever un 
sentiment. Elles doivent, quant au sens, faire partie 
intégrante de l'œuvre, et l'auteur doit joindre à la 
délicatesse de leur choix tout le piquant de l'à- 
propos, toute la verve grande d'une brillante pensée. 
Sinon, elles ne sont que hors d'œuvre ; elles sont 
donc à rejeter. 

Combien ne remarque-t-on pas l'absurdité de ce 
personnage exhalant sa colère en quelques strophes, 
sur un air connu, dont le refrain est souvent repris 
en chœur par les autres. Combien encore étonnants 
ces amoureux (jui, après une tendre tirade, s'ap- 



— 348 — 

prochent de la rampe, altendent les primes me- 
sures battues par le geste emphatique du chef d'or- 
chestre, puis répètent, dans une musique sucrée, les 
mêmes serments qu'ils viennent d'échanger. 

Plus de naturel, plus de goût dans le choix des 
chants intercalés, voilà ce que nous demandons à nos 
auteurs. 

Mais, fermons cette parenthèse pour en revenir à 
notre comédie A molin. 

Cette œuvre, nous l'avons dit, a de graves défauts; 
mais elle est écrite en bon wallon, elle est assez 
solidement charpentée et elle ne manque pas de 
cohésion. En outre, l'auteur fait preuve de connais- 
sances scéniques. 

C'est pourquoi nous sommes d'avis de lui accorder 
une mention honorable, soit une médaille de bronze 
avec impression, les chants exceptés. Nous lui con- 
seillons en outre de tenir compte des critiques faites 
plus haut. Nous terminerons en tous cas l'impression 
de son œuvre à la scène où le groumet vient de 
sauver l'enfant. 

Dans le no 7, Plaisir di vîx, nous constatons un 
fait assez étrange. 

Le premier acte est bourré de chevilles, de lon- 
gueurs; il fourmille de sous-entendus nombreux et 
incom])réhensibles. L'auteur a voulu sans doute 
éviter les monologues, mais il est tombé dans l'excès 
contraire ; sa phrase est hachée, horripilante. Sur 
la scène, tout le monde rit; mais dans la salle per- 
sonne ne comprendra pourquoi. Un exemple. Scène 



— 349 — 

III. Les vieillards sont en train de se rappeler le bon 

vieux temps. 

Mayanne, à Gillc. 

Mains di quoi d'hez-v', donc vos? 
Louis, à Mayanne. 
Gîlle di, parait Mayanne, qu'a vingt an j'a stu sot ! 

Mayanxe, aspoyant so ses parole. 
Fû-t-i v'dire? A m' sonlant, Gîlle n'a mùye dit si vrèye! 

{Louis J'ai 'ne mowe. Gillc et Mayanne rièl.) 
GiLLE. 

Èye, on 'nn apprind dès belle ! le Mayanne, binamôye, 
Çou qu' vos v'nez de dire là ! 

(.1 part.) 

Louis qu' s'avcu vanté. 

{Gllle rèye lot louquant Louis.) 

Louis, à Mayanne on pan freûd. 
Jans, n'riez nin ainsi! 

{A Gille.) 

Fré Gille, vos comprindez, 
Mayanne... 

Gille, riant. 

Awè dai fré ! 

Louis, bas a s' fré. 

Inte nos deux, s'falléve dire... 

Gille, riant. 
Awè. 

Louis, riant. 
Vos comprindez? 

Gille, eoayonnant. 

Nènni vos, c'è po rire! 

Louis, couyonnant. 

Moyanne, parait... 

Gille. 

Oui, oui ! 

Louis, riant. 

Ji v' contre tôt çoula 

Pus lard... inlc di nos deux... 



— 350 — 

GiLLE, riant. 

A la bonne heure, c'ô ça ! 

{De vèye li maiwje d'à Louis li vètje Mayanne è s\fautcinje rhje di si bon coiir 
qu'elle hictèije.) 

Mayanne, riant à Louis. 
Qui racontez- v' à Gîlle donc la, Louis? 
Louis, à part. 

Mayanne, à Louis. 



Ayc, aye ! 



Qui d'hez-v'? 

Louis, gêné. 

Mi? Rin! 

L'action ne commence en réalité qu'à la scène IV 
du 2° acte. Des défauts analogues à ceux que nous 
venons de signaler se retrouvent encore dans les 
deux derniers actes, mais en moins grand nombre. 
L'auteur nous montre deux vieux et une vieille qui 
parachèvent le mariage de deux jeunes voisines 
Mérence et Julie ; la première doit épouser un 
employé, la seconde courtise Armand, fils d'un riche 
industriel. La mère de Julie, Bertine, trouve un 
jour Armand aux pieds de sa fille et s'oppose à son 
mariage. Malheureusement pareille opposition est 
peu naturelle, d'autant plus qu'elle dure trop long- 
temps. Il n'est, en outre, pas croyable qu'Armand, 
chassé de la maison, soit choisi comme témoin lors 
du mariage de Mérence. Nous ajouterons que le 
premier téte-à-téte d'Armand et de Julie a un motif 
trop artificiel : un parapluie oublié. 

Outre ces défauts, nous devons signaler la lenteur 
du développement de l'action. 



— 351 — 

Remarquons encore deux clianls placés mal à 
propos après deux scènes d'amour. 

Par contre, le wallon est correct, et le vers assez 
bien frappé. Il y a de bonnes scènes au second et au 
troisième acte. 

Le n" 10 est intitulé : Li Keûre d'à Soussour, ou 
lès Rdbrouhe cVà Lorint. 

L'auteur aurait mieux fait de partager son œuvre 
et son titre en deux parties. A côté l'une de l'autre, 
se coudoyant sans se pénétrer, se trouvent en effet là 
deux actions, l'une mauvaise et burlesque, l'autre 
bonne et touchante. 

La bonne nous montre une jeune ouvrière qui a 
élevé son frère puiné. D'autre part, nous voyons 
Gilles, un cœur d'or, qui a recueilli et élevé le fils 
naturel de sa sœur. Ces deux honnêtetés s'attirent. 
Mais Soussour, pour mettre à l'épreuve l'amour de 
Gilles, lui dit qu'elle aussi possède un enfant illégi- 
time. Malgré cela, Gilles persiste dans son amour et 
Soussour, dévoilant son stratagème, lui présente, 
comme leur désormais, l'enfant naturel recueilli 
par Gilles. 

Ajoutez à cet épisode les amours gaies du frère de 
Soussour et d'une jeune voisine. Entre eux ce ne sont 
que saillies, que réparlies spirituelles; ce genre a 
déjà réussi à Joseph Demoulin dans Paul Lambert. 

L'autre action, la mauvaise, consiste en les amours 
burlesques d'un vieux et d'une vieille, Dadile 
et Lorint. 

Elle est invraisemblable et vulgaire. C'est ainsi que 



— 352 - 

le premier acte linit sur une scène de pugilat entre 
ces deux débris. Dadite aplatit d'un coup de poing 
le chapeau de Lorint, et casse même une assiette sur 
la tète du vieillard. Les deux personnages trébuchent 
ensuite et s'étalent de leur long. 

Ces farces grossières inciteront peut-être au rire, 
mais il ne nous peut convenir d'encourager cette 
gailé de tréteaux. 

Un défaut encore : Dadite possède une fdle, Mélie, 
qui lui parle sur un ton revèche par trop accentué. 
Nous acceptons que souvent les enfants wallons 
parlent durement à leurs parents, mais pas à ce 
point : 

Ce Vci di s'sour, boubène, avez-v' oyou, vèye sotte, 
et ce, sans nécessité. 

Parlons des qualités de l'œuvre, à présent ; l'action 
Soussour nous l'avons dit, est très convenable. 
Ajoutons que les caractères sont assez bien soutenus, 
que l'esprit pétille en maints endroits, que le wallon 
et la versification laissent peu à désirer. 

C'est pourquoi nous vous demandons pour l'auteur 
une médaille de bronze avec impression de la pre- 
mière action. 

Le n" 4, Li Pipe cVà Stochèt, nous présente une 
petite pièce sans prétention aucune, très mouve- 
mentée et assez gaie. 

Trois amoureux grotesques, Stochèt, Mazouquèt 
et Lînà, viennent compter fleurette à la fille de 
Wèwèye,Bûre,une gentille blanchisseuse, qui a donné 
son cœur à Paul, jeune et vaillant ouvrier. Tout ce 



— 353 - 

petit monde est mis en mouvement par la malen- 
contreuse et monumentale pipe de Stochèt, que ce 
vieux, mais vert galant laisse par mégarde dans la 
chambre de Bàre. L'action roule tout entière sur les 
pérégrinations de cette pipe qui passe d'un pro- 
priétaire à l'autre avec une lacilité déplorable. 

Ce mode d'action est celui de Hennequin. L'œuvre 
est gentiment troussée, le vers corsé et d'un ^vallon 
sans tare. 

Le dialogue pèche parfois par une certaine lenteur, 
attribuable en grande partie à la ténuité extrême de 
l'action. L'auteur a tiré l'intrigue en longueur pour 
arriver à la faire se poursuivre durant tout l'acte. 

Nous vous proposons d'accorder à cette pièce une 
médaille de bronze avec impression intégrale. 

Nous arrivons. Messieurs, à une œuvre très cu- 
rieuse, intitulée : Les boiiteu foit (Les Portefaix), n° 
11. Disons tout d'abord que ce titre est mal choisi ; 
car il n'est pas spécialement question de portefaix 
dans la pièce. 

La trame se noue dans le bas peuple, auquel 
tous les personnages appartiennent. L'auteur a eu 
soin d'ailleurs de nous en prévenir en sous-intitu- 
lant son œuvre : Tavlaî naturalisme, è treus ake, et 
en lui donnant pour devise : È fond de pettpe. 

C'est la plus belle collection de types que l'on 
puisse imaginer. Qu'on en juge par ce résumé de la 
distribution, qui ne comprend pas moins de 18 
personnages, sans compter les utilités et rôles 
muets : 

23 



— 354 — 

Jacques, boîiteu fou ; Bouyotte, id. ; Noquette, rôleû 
(Vrivage; Chamon, touwcu iVabatache; Delghif, canâlî; 
Menzis, maisse di cabaret; Hendècligue, hovâte; Moètroux, 
ovrid' fabrique; Kilèsse, cocher d' vigilante; Lamanda, mar- 
chande d'^oubli, etc. 

Le premier acte nous transporte sur une petite 
place delà paroisse Saint-Pholien, et nous fait vivre 
un certain temps de la vie des amateurs de pigeons. 
On attend les voyageurs ailés mis à un concours 
lointain. Coureurs, ficelles partant du pigeonnier, 
panier, local de la Société, etc. etc.. rien n'y manque. 
Un semblant d'action se noue au milieu du va et vient 
que provoque ce sport cher aux wallons. 

Au ^^ acte, nous voici dans un café où différents 
personnages se disposent à tirer l'oie. Nous écoutons 
l'argot spécial et intéressant de cesMessieurs. L'action 
se poursuit très tenue. 

Le 3' acte nous lance en pleine fête de paroisse. 
Màt d'cocagne, lampion, guirlandes, drapeaux, bal 
populaire, crâmignon, etc., etc. 

L'action se dénoue par deux mariages, dont l'un 
surprend un peu. 

C'est là une œuvre vécue ; en lisant le dernier 
acte, OQ a les sensations de ces fêtes de paroisse 
bien connues, avec leur bruissement spécial, leurs 
odeurs rances de fritures, leur épouvantable et caco- 
phonique orchestration, la fraîcheur aigre d'un air 
de crâmignon perçant le brouhaha de la foule, et 
baignant le tout, les effluves d'une chaude journée 



— 355 — 

d'été, qui met de la sueur au front de cette populace 
grouillante. Tous ces souvenirs m'ont assailli, et 
je me suis mis à regretter que notre scène moderne 
ne soit pas constituée pour reproduire ces tableaux 
populaires, intéressants au possible. 

C'est en effet le défaut capital de l'œuvre que nous 
examinons, de ne pas être taillée pour le théâtre. 

11 serait difficile, à moins d'une organisation spé- 
ciale, de transporter sur nos scènes actuelles une 
fête de paroisse dans son ensemble. Henri Simon a 
tenté, dans Cour d'ognon, de représenter une simple 
rue en fête. Et combien ne nous parait pas vide, au 
point de vue scénique, le second acte de ce petit 
chef-d'œuvre. 

Quoique les Bow^ew/ow soient écrits en bon wallon, 
distribué en vers assez corrects, ils possèdent néan- 
moins des défauts importants. 

L'œuvre, comme l'a dit l'un de nous, est constituée 
par trois fois le même acte, durant lequel on ne 
fait que boire. 

Il est, en outre, des monologues d'une quarantaine 
de vers et des dialogues franchement ennuyeux. 
Maintes scènes sont d'une monotonie rare. De ci, 
de là, des imperfections de style comme : 

Par malheur è c'tavlai desqué ji v'jâse à c'sle 
heure. 

Puis, il y a un amoureux qui jure quatre amours 
à son aimée dans le courant de l'œuvre, et toujours 
sur le même ton, en longues phrases énervantes. 

Si nous avions un conseil à donner à l'auteur, 



— 35G — 

nous lui dirions de reprendre son œuvre, de la 
remettre au moule et de la remanier en forme de 
roman. Peut-être alors, par les détails originaux 
qu'elle contient, aurait-elle quelque chance de 
réussir. * 

Actuellement, nous ne pouvons que vous proposer 
de lui accorder une mention honorable avec impres- 
sion de quelques extraits curieux. 

Le résultat, Messieurs, n'est guère si brillant que 
celui de l'an dernier, qui comportait, en effet, une 
médaille d'or, une de vermeil, une d'argent et une 
de bronze. 

Celte année nous accordons : 

Mention et impression au n" 4. Li pipe d'à Stochet. 
» » (sauf les chants) au n'^ 9. A molin. 

)> » de moitié au n" 10. Li heure d'à 

Soussour. 
» » d'extraits au n° 11. Lesbouteu fou. 

» » » au n° 7. Plaisir di vîx. 

Ce n'est pas pour les auteurs une raison de se 
décourager. Ils doivent se bien pénétrer de l'idée 
que l'on ne produit pas des chefs-d'œuvres à 
tous coups. Ils doivent surtout se défier de leur 
facilité de composition, et ne nous envoyer que des 
œuvres mûrement pensées, irréprochables et de 
style et de langage. Nous nous ferons alors 
un véritable plaisir de leur accorder les premières 
distinctions. 



— 357 — 

Les décisions ci-dessus ont été prises à l'unanimité. 

Le Jury, 
J. Delboeuf. 

I. DORY. 

A. Falloise et 

Julien Delaite, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 mars 1891, a 
donné acte au jury de ses conclusions. L'ouverture 
des billets cachetés, accompagnant les pièces cou- 
ronnées, a fait connaître que M. Jean Bury est 
l'auteur de Li pipe da Stochet ; M. Félix Poncelet, 
celui de A molin; M. Godfroid Halleux, celui de 
Li heure d'à Soussour; MM. Auguste et Clément 
Déom, ceux de Les bouteii fou; et M. Théophile Bovy, 
celui de Plaisir di vlx. Les autres billets cachetés 
ont été brûlés séance tenante. 



Ll PIPE DjV 8TOOHET 



COMÊDÈYE EN INE AKE, MAHEYE DI CHANT 



Jean BURY. 



Devise : 

Li ci qu n'a màyc risqué. 
N'a màye situ pindou. 



Pièce courouDée par la Société Liégeoise de Lillcralure wallonne. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



/t m' MON-ONKE JOSSAINT ^URY, 



PEHSONNÉGE : 

WÈWÈYE, pcrc d'à Bâre 50 an DD. BURY. 

STOCHÈT, voisin 40 „ L. VONCKEN, 

MAZOUQUET, ici. 40 „ F. Delvoye. 

LINA, id 30 „ J. Delcheffe. 

PAUL, mon-cœiir dW Bâre 25 „ J. Cox. 

BARE, ?-is^i?uîrès.se 20 „ M^e SluSE. 



Li scène si passe Ju-d'là-Moûse, à Lige, li dimègne i ddcimbe 1888. 



LI PIPE D'A STOCHET 



Li scène riprésinte ine chambe prôp'minl mcublêye. Tûvc à dreule. qut^quès 
chèytre, ârmà è fond à l'hinche, poite è fond, eune à dreute 2e plan, deux à 
l'hinche, l" el i« plan, finiosse è fond vès 1' dreute. 

Scène I. 
WÈWÈYE, PAUL et BARE. 

(Wèwètje lé 'ne lèlte, lot dreut A l'hinche ; Paul, à dreute, assiou dri r tihe, lé 
V journal, di mâle houmeùr ; liâre rhtind so V tdvc saqwantè.t pcce.) 

WÈWÈYE {après a vu ïéhou). 

G'è tôt r même bin ainsi 

Paul {hinajil V journal so T tdve). 

N'aveu-ju nin raison, 
De n' miette sindiquer tôt raie? 

WÈWKYE. 

Sia 

Bare {aveu houmeûr, tôt ristindant). 

G'è bon ! 
Paul. 
Nos n' hantans pus po rire, on parole di mariège, 
On fai d'jà dès corwèye, on tûse même û manège. 
Li vihène ènnè foù. Mais vola qu'on m' sicrî, 
Qui, dismèttant qu^ouveurc, Bûre ni s' fai nin hairî 
Po s' lèyî rappoirter ses sèyaî par ine autc ! 

Bare. 
Vo!a-t-i 'ne fameuse friche ! 



— 3G2 — 

Paul {raCmint). 

Ce q\ï vos estez s* crapaute ! 
Bare. 

Areu-t-i fallou dire qui j'aiméve mî drèner, 

Et refuser l'côp d' main qu'on voléve bin m' diner? 

Paul. 

Ji lî rindreu s' côp d' main, s' j el kinohéve, so s' geaive. 

WÈwÈYE {ria7it). 

Vola deux bais colon prête à mette è l'même chêve. 
Si c'è po v'sarringî comme coula, mes èfant, 
Riployîz-v\ 

Bare. 

11 è clér qu'on n' freu nin ma tôt 1' fant. 
C'è todis r môme trîdaîne, on vique.... 

WÈWÈYE (à part). 

Gomme li jônèsse. 
Paul. 
Vos avez trop bon cour..., 

Bare {so V môme ton). 

Vos avez 'ne trop bonne tièsse. 

WÈWÈYE. 

Jans, qu'on s' kidûse on pau, coula k'mince à m'gatî. 
Avou vos galguizoute, fez 'ne bonètte à Mathy. 

Paul (à Ddre). 

Haye 

Bare. 

Haye avou, n's èstans qwitle ! 

Paul. 

J'ènnô va, fans 1' paye... 



— 363 — 

Bare. 

Elle è tote faite! 

Paul (uo?an< chhi'ler). 

Jan, Bûre, il è m' timps qu' j'ènnè vâye, 
Lèyiz-m' prinde on p'tit bêche po r'mètte lès cache è fôr. 

Bare {èl riboutant). 
Awè dai, bon j ou vos! 

Paul, 
Aih! qwèreuse di dizôr! 
Ji n'rouvèy'rè jamâye qui vos m' lèyîz co'ne fèye 
Enne aller sins buscute. 

WÈWÈYE {qui rinteure à V hinchc). 
Lai lî si houmeur ! 
Paul {volaiit sorti). 

A r'vèye 

Bare. 
G'è bon, i n' lin qu'à vos d'ènne aller comme coula. 

Paul (/'iy'/ian< et V rabrèssanl). 
r mâlignante èfant ! ji v' rik'nohe si bin là ! 

Bare. 
Qwand r'vinrez-v*? 

Paul. 
Oh ! totrate, divins treus bon qwârt d'heure. 
Bare. 
Ni tûrgîz nin. 

Paul. 

Nènni, n'a nou risse qui ji d'meure. 
Mains vos, ni m' trompez nin...?...?...? 

(Jeu d' scène). 



— 364 — 

Scène II. 

BARE,/)ui6ST0CHET. 

Bare. 

El tromper? Oh ! nênni ! 
Mains s'on s'trouve so mes vùye, qu'è-c' qui j'è pou, donc mi? 
J'a bai d'viscr, préchî, c'è-st-ottant va qu'ji tosse. 
Lès treus mâ-tournés chin sont jourmâye à mes trosse. 
C'è Stochet, Mazouquet et Linâ, nos voisin. 
Oh ! mains, dès laids cabai qui n'ont nin leus cinq sins! 
Is m' fèt rire à chaude lame ù. pus sovint so 1' poite. 
Et s' vou-t-on qu' j'èls èvôye â diale qui lès èpoile. 
Mains c'è pus foirt qui mi; puis, ça n' prind nin mi honneur! 
Stochet (ine gravide pipe è Vmain) 

Mamzèlle Bâre 

Bare. 

Là! qui v's a d'né 1' dreut d'amonter d'zeur? 
Stochet {mettant s' pipe so V tâvepo nahî es' poche). 
Ne-ce nin vos qu'a pièrdou ? 

{[ mosleiire on papl.) 

Bare {raVmitit, èl prinda7it). 
Wisse èsteu-ce? 
Stochet. 

So r montôye. 
Bare. 
Qu'y v'nîz-v' fer? 

Stochet {bahouyant). 

Ji... jiv'néve... bin c'è vos qui m' tèmtêye; 
Ji waitîve après vos vès 1' soû dispôye longtimps. 
Mains j'âreu planté là disqu'à d' main â matin 
Oui j' n'àreu nin vèyou l'âbion d' vosse bai vis^e. 



— 365 — 

Ou n' louqueurc di vos ouye, qui d'hèt co cint mèssège 

Qui vos lèpe ni d'hèt nin. Awè, m' nozé poyon, 

Ji v's aîme comme Saint-Mùcrawe aîme d'avu dès lampion. 

Comme li poye aîme li viér, comme li coq aîme li poye, 

Comme l'aronge aîme ses éle, et comme l'âbe aîme ses foye. 

BaRE (riant). 

Li pauve pitit Stochet!! 

Stochet. 

Riez, vos 'nne avez 1' dreut. 
Ji se bin qu' ji so loigne, qui ji n' di rin d'adreut. 
Ossu j' se qu' vos hantez, qui vos 'nne aîmez-st-ine aute... 
Trailîz-m' si vos volez di boubièt d' drôle d'apôte. 

Di di tôt çou qui v' plai, coula n'y cang'rè rin... 

L'amour fai danser l'àgne 

Bare {sayani dresse sérieuse.) 

Oh ! r cour ni s' kimande nin. 
C'è-st-ossu poqr.oi qu'mi... ji n'pou... Mains j'ètind m' pcre. 
Habèye! savez -v'rat'mint. 

Stochet. 

D'hez-m' on mot po qu* j'ôspére... 

Bare {èl hèrrant). 

Rissaiwez-v' ! 

Stochet. 

On doux mot..? 

Bare {cUtpant V poite). 

Dèr lame!! {ricChindant). 

S'i vcu mûye qui j'a ri 
Ji sèrè racusêyc, bizant d'vant de péri ! 

{Elle pritid .s'Jiér ù risiiude et rinteme à dreute.) 



— 366 — 

Scène III. 
WÈWÈYE. 

WÈWÈYE (qwèiranl). 

Bàre? wisse è m'cûrai, donc? Wisse è-st-èlle ossu, lèye? 
Ji vorcu bin m' raser, min j'ârè mâlûhèye 
Si ns coula 

{Vèyant V pipe qui Stocket a lèiji so V tdve.) 

Qu'è-ce qui c'è! di wisse vin c' vîx hèrvai? 
J'a st-oyou d'hinde lès gré tôt rate d'on maisse levai... 
Si n'c màye qui Linâ ! Ji mèttreu m' tièsse so V bloc. 
Estant qu'on lî disfind, 1' mazclte ! vrèye qu'elle s'c moque. 
Mains si Paul saveu raâye qu'elle vin co d' lî d'viser, 
Ci sèreu co 'ne trîmâre..! à quoi pou-t-elle tûser? 
Bin ji m' va, saint Mathy ! r'hîner 1' pipe à c' laid pache, 
Et s'i sofTèle on mot, ji v' lî soflele è s' bâche 
On clapant « souviens-tu ! » 

{I sorte.) 

Scène IV. 

BARE puis MAZOUQUET. 

Bare {vina)it tôt douc^mint). 

{Elle moye si deugt et Tpasseso s'Jiér qu'elle mette so l'idve.) 

11 è-st-èvôye, pinse-ju... 
J'a tél'mint ri d' bon cour, qui ji n' mi pou ravu. 
C'è po m' baité, d'hèt-is, qu'is m'aîmèt, lès pauves homme ! 
Bonjou vos! C'è qu' savèt qui m' pcre à 'ne pilite pomme. 
Oh! j'èlzè k'nohe si bin. Po m' baité? dihez donc? 
Mi qu' ravise on spawta chàssî so deux bordon ! 

CHANT I (musique di l'auteur). 

On di lodis qu'iiie homme di slrain 
Va 'ne feumnie d'ârgiiit, mains lèyans dire. 
Iloiiye on n' kinohe vormint pus rin 
Qui l'ârgint, c'è çou (lui fai rire? 



— 3G7 — 

Mains c' n'è nin mi qui po quéques cinl 
A wâde (lè sposcr 'ne grosse bouhale. 
Paur qu'on di qu' n'a nou si laid saint 
Qui n' trouve lodis s' polale ! 

Mazouquet (paourens'miiit). 

Mande èscuse, mamzolle Bùrc... 

Bare (à part). 

Ah! ha ! v' chai co' ne aute sôye. 

Mazouquet. 

Ji voreu bin sèpi si Slochet è rèvoye ? 

Bare. 

Stochet n'a nin v' nou chai. 

MazolQUET (è^bdre). 

Pa! c'è po rire surmint? 
Mi qu'èl rawâde à 1' ouhe et qu'pinse à tôt moumint 
Qui va moussi fou d'chal! I fù-t-èsse moqueu d' bièsse ! 

Bare {moqueun'mint). 

Ci n'è rin, Mazouquet, ni v'fez nin dès mû d' liesse. 

Mazouquet. 

Oh! comme vos estez bonne, mamzèlle : h pus d'tallc 
Si rate qu'il è d'ié vos, si sin tôt rikfoirté ; 
Lisquél homme aoureux 1' ci qu' sèrè vosse bounhamme, 
Vos csprindez l'amour,... 

Bare (à part). 

Eco 'ne (ôye onquc qui blamme! 

Mazouquet. 

Qwand.... Qu'aveu-j' co tusé! 

(rt part.) 

{IldUl.) 

Qwand vos bais ouye pionquèt, 
Divins l'âme d'ine saquî comme... on s' faî qu' Mazouquet 



— 368 - 

Is y jèttèt 'ne blawètte qui d' pichottc à mijolte 
Divin-st-on grand fouwû !.. 

{A part.) 

Ji sowe ù co mèyc golte ! 
. Bare ()'iant foirt). 

le! damné Mazouquet! vo frlz bin rire on moirt ! 

Mazouquet. 
Vo riez d' mi, mamzèlle... Ji m'è va.,., v'savez toirt.,.. 

Bare (naïv^mint). 
Kimint! 'nne allez-v'? 

Mazouquet. 
Awè.... 
Bare {riant). 

Qu'à vos po lès chèrôtte ! 
Mazouquet. 
On k'tape râr'mint 'ne saquoi, qui pus tard on n' rigrètte. 

Bare. 

Si j'èsteu 'ne catte, i s' pou bin qu' ji v' grèttreu ! Ma foi, 

I a di cisse sôre-là qui v' convinreu mutoi, 

Sayiz-v'! 

Mazouquet. 

Vos èstez-st-on p'tit diale à n' nin comprinde, 
Mains j' sohaite d'ôsse damné, si c'è vos qui m' deu prinde 
El'inter... 

Bare. 

Allez, m' fi, Diu v' kidûse comme coula. 
C'è vo qui d' vinrè 1' diale, vos poitrez Tèssègne là... 
Mariez-v' ! 

Mazouquet. 

Vos v' moquez d'mi.... mains c' n'è rin, mamzèlle Bâre, 
On joû vos rik'nohrcz qui m' cour va mî qu' mes hàre. 



— 369 — 

Bare. 
Ji creu qu vos v' marihez ; jans, j' va r'prinde mi sérieux. 

Mazouquet {rtvou jôyé). 

Kimint ! pinsriz-v' aute choi qu'çou qu' voste air ni direu? 
M'aimm'riz-v' on tôt p'tit pau qu'vos n' m'èl voriz nin dire ? 
bonheur ! o liesse ! Po qui m' jôye seuye étire, 
Diiiez qu' j'a tûsé jusse, qui j'a mèttou m' deugt d'sus... 

Bare {nant). 
Pauve pitit Mazouquet ! C'è 1' neur bièsse de bon Diu ! 

Mazouquet. 
Adiè... ji m'ènnè va .. vos n' mi r'vièrez jamâye... 

Bare. 
Ji n' vis rouvèy'rè nin. 

Mazouquet {volant sorti). 
Viquez tôt fér è paye... 

{Rad'hindant.) 

Mains j'ô monter lès gré ! ! 

Bare [èwarèye). 

Ji wage qui c'è m' papa ! 
Oh ! si v' s'attrape mâye chai, i v' frè fer dès grands pas ! 

Mazouquet ijoû iVlu). 

Wisse volez-v' qui ji mousse ! wisse volez-v' qui ji m'hére? 

BxïiE {l'intrant à l'hindie, 2" pL). 

Sâvez-v' ou fez vosse mîx. 

Mazouquet {moussant à dreute). 

Oh! pitié d'on pauve hère ! 



— 370 — 
Scène V. 
WÈWÈYE. 

WÈWÈYE. 

J'a volou m'aller fer rasera mon Dèfèl, 

Nibèrg ! i n'aveu st-on flairant monde, et on fèl ! 

Ji voii creure qu'il è scri qui n* fà nin qu' ji m' rase houye. 

J'a sur avou m'cûrai vingt fèye divant les ouye 

Et s" ra'àrè-t-i fait boigne. Ji m' va co n' gotte waili. 

(/ rintcure à l'hinche i" pi.) 

Scène VI. 

LINA, pai.s BARE. 

LiNAD {intrant po Vfond). 

Mamzèlle Bâre... wisse è-st-clle ? Il è-st-à sohaiti. 
Qu'elle ni târgèye nin Pdiale. 

Bare (oinaat po l'hinche 2° pi.). 

La ! li squé vint v' s'achèsse ? 

LiNA {il a Vpîpe a'à Stochet). 

Oh ! on bin drôle di vint. Vosse père m'a po 1' finièsse 
Ahèrré c'caywai là, tôt m'dihant foirt deur'mint : 
« Tin, v'ia l' pîpe ! » et 'nn'alla, min ji n' se nin, vormint 
Li tise di çou qu' vou dire. 

Bare. 

Bin v'ià paur ine belle jowe ! 
G'è sur d'à Mazouquet. 

Lina. 

Elle ni m'è nin k'nohovve. 



— 371 — 

Bare. 
Save bin wisse qu'è s' mohonne ? 

Lin A. 



D'à quî ? 
Bars. 

D'à Mazouquet. 

LiNA. 



Ine ascohôye di chai ! 



Bare. 

Vos qu'è-st-on brave valet, 
Vos m'rindriz bin binùhe, si v'ii r'poirtiz à l'happe. 

LiNA (binâhe). 

Awè dai, mamzèlle Bâre! qui n'freu-je nin fo... Ji happe 
Mes deux jambe à pîd s'palle ! mains c'n'è qu'por vos, savez ! 
Por vos, ji freu, pinse-ju, tôt çou qu' n'âreu-st-à fer. 
J'ascohreu st-on fouù, ji pochtreu 

Bare (U côimnl C parole). 

Gorez vite. 

Lina (spilant). 

Awè, ji vole, ji vole !,... mains d'hez-m', mi chère pitile... 

rii'iiaiit. 

Bare. 

Linâ, corez èvôye.... 

Lina (i dure disqu'à Vouhe). 

Ji bise ! ji n'mi sin pus ! 
Mains c'c po vo bais ouye ! 

{l il ivôijc ou volant bdliège,) 

Bare ((Î i uhlic). 

Ji crcu qu' pièdc li cabu ! 



— 372 — 
Scène VII. 

BARE et MAZOUQUET. 

Bare {vèymxt Mazouquet vini d'dreute). 
lè ! mon DiUj v's èstiz-là ? 

Mazouquet {di mâle houmeur). 

Wisse sèreu-je d'aute? 
Bare (à imrt). 

A Gheel ! 

(Haut.) 

Allez, vos pollez dire qui v'nos avez fait n'bèlle. 
Li pauve pitit Linâ s'cour les jambe foû de coirps 
Pc v'rèpoirter vosse pîpe. 

Mazouquet. 

Jj n'vis comprind nin foirt. 
Qwand ji fome on cigare j'a déjà 1' cour malade, 
Ainsi po prinde ine pîpe. . nènni, nènni, j' n'a wâde. 

Bare. 

Sia surmint, èdon, c'a s' tu vos qu' l'a rouvî ? 

Mazouquet. 

Pusqui c' n'è nin d'à meune ! 

Bare. 

Mains m' sonle qui vos l'avîz ? 

Mazouquet. 

Vola surmint n' maweure ! 

Bare {ahranlêye). 

Mon Diu, d'à qui sèreu-ce ? 



— 373 — 

Mazouquet (èwaré). 

Et v' l'èvoyiz d'ine chaude è m' mohonne, mâlhureuse ! 
Mi sour èlà tote seule ! ! Ji m' v'a Lraire â voleur, 
Si ji l'y trouve jamâye ! (/ ddi-e èvôye.) 

Scène VIII. 

BARE, puis STOGHET. 

Bare. 

A-ju donc de malheur ! 
Si c'èsteu mâye d'à m' père, ou d'à Paul ! ji n'wèsse 
Mi mûginer tôt çou qu' j'ènne ûreu-st-aprèsTtiesse. 
Qwand l' diale ni les magne nin, les màheûlé cabai ' 
Is m' mèttèt, je F pou dire, divins tôt saquoi d' bai. 
Vos vèyez l' tâv'iai d'chal ; qui m' père arrive et d'mande 
Si j' n'a nin vèyou s' pipe ! ou bin qu' Paul m'èl rid'mande ! 

{Oyant inouler.) 

Mon Dièw ! ji tronle è m' cotte ! ji creu qu' c'è lu qui r'vin. 

{Elle fai V cisse qui rislind.) 
ST0GHET((0f (ÏSOflc). 

Escusez, mamzèlle Bâre, quiji racour.... 

Bk'RE.{rihappant halène). 

Enfin ! 
Stochet. 
N'a-ju nin rouvî m' pîpe ? 

Bare {ralCmint). 

Kimint ! c'èsteut d'à vosse ? 

Stochet {raWmlnt). 
L'avez- ve ? 

Bare. 
Oh! r laidjubet! 

Stochet (('i/iortanf s' front). 

J'a corou d'on raaisse gosse ! 



- 374 — 

Bare. 
Eh ! bin vos courrez co, c'è Marzouquet qui l'a. 

Stochet {(ourmctté). 
E-st-i possipe, à c'ste heure ! Et poquoi s'trouve-t-elle là ! 

Bare. 
Face qui j'aveu pinsé qu' c'èstcu du sonk, polince ! ' 

Stochet (faut di;s èclameur). 
Oh ! j'ôl rare spïèye ! 

Bare. 
Ji dire qu'i v'ratinse 
Si r'vin d'vant vos, corez, mutoi qu'vos l'rattrapprez. 

Stochet {covant èvôye). 
Jésus, Mariù ! m'pauve pipe ! on cadeau di m'bai-fré ! 

Scène IX. 

BARE puis LINA. 

Bare. 
Vola surmint, vou-je dire, ine kimèlêye hâsplêye ! 
On pièdreu vonnint l'iièsse. Ristindans nosse bouwêye, 
Ga ji veu rcôp qu'totrate ji n'ârè nin co fait. 
Po qwand Paul rivinrè, on rouvèye lot à-fait, 

[Elle va à Vulve, et ristind.) 

LiNA (à Vcoirneiie di Vlionhe). 
Pou-je bin amoussî, Mamzèlle Bâre ? 



Qwand nf laircz-v' donc pàhûle? 



Bare. 

Mains, mordièno! 



— 375 — 

LiNA {inti^ant). 

I fa qu' ji r'happe halcne! 

Ca j'a tél'mint corou qui j' s'èfoque.... 
Bare (à par(). 

Pauve pilil! 

Lin A. 
Sintez pa, mi cour batte comme li ci d'on mâvi... 
Bare {ralCniint). 

Avez-v' rèpoiilé T pipe? 

Lin A. 
G'è sCrr, à n' vîle jùnno fèyc. 
Oh! elle ravise mîx 1* diale qu'on peus d' souk, oint mèye fèyc. 

. Bare". 
Et lu, n l'av' nin vèyou ! 

LlNA. 

Quî, lu? 
Bare. 

Ta, Mazouquet ! 

Lin A. 
Nèni; li laid hèrvai louqu'rc st-ù bai boquet. 















Bare. 








Li 


squé 


boquet? 


Li 


pipe. 


G'è 


Lin A. 

Bare. 
d'à Slûc 

LlNA. 


:het. 


Po 


rire? 



— 376 — 
Ainsi j'a fai 'no convoyé qui n'vou rin de monde dire ! 

(liimontaut.) 

Ji va l'aller r' coiri ! 

Bare (à part). 
Sâvez-v' et n' riv' nez pus. 
LiNA (si ravisant). 
Mains dVant de prinde mi coûsse, ji voreu bin avu 
On tôt p'tit mot d'à vosse.... rin qu'on tôt p'tit... on sène 
Ineblawèlte d'èspèrince... ji v' s'aîme tant dai, woisène!."!. 

Bare [à pdrl). 
Vola sûr on rèspleu qui va so bin des airs ! 

Lina(s?' recrcstant). 
Louquiz. ji so bel homme, ji n'a nin l'air boubèrt 
Gomme li laid Mazouquet ou Stochet, par eximpe. 
Ji so dreu comme ine I, mi cogne n'è nin si simpe'. 
J'a fleur di deux bons bresse, bons ouye et bon stoumak. 
Jamâye nolu n' m'a di qui j' va n' chique di toûbak. 
Ji pou st-acèrtiner qui j' frè I' bonheur de 1' feumme 
Qui m' hantrè.... qui m' prindrè 

Bare (riant, à part). 

Vola Pbouquet apreume ! 

LiNA. 

Ji n' so ni galavale, ni labaye, ni trop laid... 
Dihez-m' si ji v's ahâye, ou bin si ji v' displai. 

Bare [tinant s' sérieux). 
Moncheu Linâ Pèpèye, ji v' trouve on foirt bel homme 
V's avez F tiesse d'ine amour, ine geaive rose comme ine pomme; 
In boque qui rèye âx ange, deux ouye vigreux, calin 
Ine a.re comme ènne apau, d' l'esprit comme ènne a nin 
Ji sereu st-aoureuse di v'vèyi, j'ùl pou dire, 
Si v' s'êstiz là qu' ji pinse.... 



377 



LiNA {qu'è devins lès asse). 

Wisse donc, belle ? 

Bare. 

A r volire ! ! 
LiNA (à part). 
Ji creu qu'elle mi couyonne ! 

Bare (riant). 

Oh ! r pauve pitit Linâ ! 
LiNA (à part). 

C'è pasqui j' n'a nin fai m' commuchon comme i fâ. 

J'y r'cour ! qwand j i m'freu même i ne geaive comme ine crissante. 

Et n' vièrans qui V ci qu'a ri 1' proumî frè rire l'aute ! 

Bare [ayant monter). 
Hoûte ! vochal ine saquî ! G'è m' galant, j'èl wag'reu ! 

LiNA [èwaré). 
Vosse galant, d' hez-ve ? 

Bare. 
Awè, savez v' donc, mâlhureux! 
LiNA {tôt bahlou). 
Ji m' va cachî ! 

Bare. 

Nonna ! 

LinA (moussant à dreuté). 
Sia! 

Scène X. 

BARE, STOGHET, puis LINA. 



Stoghet (tôt fou d'halène) 

D'hez donc, mamzèlle... 



— 378 — 

Bare (qui ristind; md continue). 
Oh! ho! ce vos! 

Stociiet. 

Songiz qui c' n'c nin 'ne bagadèlle, 
Savez, mi belle neuve pipe, ji v' dire qu' m'èl rifà. 

Bare. 
Vola surmint 'ne hayètte ! 

Stociiet. 

Ji traftêye comme on ch'và ! 
On n' veu qu' mi et lès chin qui passèt chai è 1' rowe. 

Bare. 

Qui volez-v' qui jV faisse? qui j' sèche li diale po 1' cowe? 

Stoghet. 
Rindez-m' mi pîpe, de mons! 

Bare. 

Vos n'ôl ravez nin co? 
Stociiet. 
Mazouquet n'ô nin là, 1' mâ-crawé mûrtico ! 

Bare. 

Et r pipe? 

Stociiet. 

Qu'è s6-ju, donc! 

Bare. 

Mains, c'è lu qu' l'a-st-è s' chambe. 
Ca Linâ l'a poirté. 

Stochet. 

Linâ?j' li spèy'rè 'ne jambe! 

LiXA (qui vint de rintrer so scène). 

Eye? avou lisquélle main? 



- 379 — 

StOCHET {raCmint). 

Ah! ha! wisse l'av' mèttou. 
Vos m'ai lez rinde mi pîpe ou vos serez battou ! 

LiNA. 

Eh! bin, vola 'ne saquoi qui j' pây'reu gros po vèye. 

^TOCUET (brèyant). 
Mi pîpe ! rindez-m' mi pîpe ou v*s allez piède li vèye ! 

Bare (à pdrl). 
I n' mâquéve pus qu' coula. Hai h\ ! fez donc tôt doux. 

(haut.) 

Si v' brèyez comme dès vai, lès wèsin vont v* ni foù. 

Stoghet. 
Wisse avez-v' mèttou m' pîpe ? 

LiNA. 

Qwirc lu, vasse ti fer pinde ! 
Bare. 

Ni fer nin tant d' cafu, mon Dièw, on va v's ètinde. 
Houle ! vochal ine saquî ! sàvez-v', sâvez-v', signeur ! 

(Rimontant.) 

Vos v's aller fer dismour ! 

StoCHET {corant à dreute cl Liud à Vlimche^" pi.). 
Ji m' cache ! 
Bare {tournant so 'ne chèyire). 

A la bonheur ! 

Scène XI. 

BARK, MAZOUQUET {Linà et Stochet cachï). 

Mazouquet {mirant). 
G'è mi qu' va rire à m'tour ! 



— 380 - 

Bare (qui n'oise èl louqui et tinanl V coine di s' vantrin). 

Ji n' Oise doviè l' pâpire.... 
I m' sonle qui j' veu s' visège deur et freud comme ine pîrre... 

Mazouquet {à 2^drt). 

C'è drôle qu'elle ni m' louque nin ! 

Bare {id. todis assiowe], 

II apprèpihe ine gotte ! 

Mazouquet {haut). 
Mamzôlle Bûre.... 

Bare {èwarêyé). 

Kimint donc !... qwand v'n estez nin so flotte ! 
C'è vos qu'è là, laid pache ! quelle pawe qui v' m'avez fai ! 

Stoghet {arrivant). 
Ah ! ha ! qu'av' fait di m' pîpe ? 

LiNA {id. di l'aute costé). 

Wisse av' mèttou s'hèrvai ? 
Bare (à part). 
Bon ! Vos r' la co l' trikbal. 

(haut). 

A ça, Mècheu, ji v' prèye 
Di v' s'aswâgi 'ne miette et di n' pus braire parèye. 

Stoghet (à Bdre). 

Qwand c'è qu' ji rare m' pîpe, j'ènne irè pahûl'mint. 

LiNA {id.). 

Nou diale ni nos frè taire, si nos n' l'avans-st-è 1' main. 

Stoghet (à Mazouquet). 

Vos allez m'èl rimètte ou v' dans'rezd'ine belle danse ! 

LiNA {id.). 

Haye ! vos allez nos F rinde ou v' polkrez chai sins censé ! 



— 381 — 

Stochet {èl rassèchèt à zèls à chaque à tour). 
Hope ! aboutez-m' mi pîpe ! 

Mazouquet. 

Ji n' l'a nin, nom di non ! 
Stochet {brèyant). 
T'ènne a boke et minton ! 

LiNA {hrêyant). 

T'ènne a narène et front ! 

Scène XII. 

LES MÊME ET WÉWÈYE, 

WÈWÈYE. 

Que sâm'rou fai-t-on chai ? 

Bare {tournant so n' chèyit'e). 

Mon Dièw ! vos m'ia pièrdowe ! 

WÈWÈYE {fant 'ne grosse voix). 

Ji wag'reu po 'ne bouquètte qu'on s' rapoulèye èl rowe. 
Qu'è-ce qui coula vous dire !... Ê-ce qu'on m'rèspondrôbin? 

Stochet. 

Ce qui... moncheu Wèwèye... j'èl va dire hayèt'mint. 
On m'a t'èscofré m' pîpe ! et ji n' sûreu dire wisse 
Et ji n' sâreu dire qui. Vola poquoi lès d'vise. 

WÈWÈYE. 

Pinsez-v' qui c'a s'tu chai? 

Stochet (bonass'mint). 

Nènni, mon Dièw, nènni. 
Mains j'pinse qui c'a s'tu zèls qui m'ont fait 'ne blaque. 



— 382 — 

Mazouquet. 

Mi? 

LlNA. 

Mi? 

WÈWÈYE. 

Voss pîpe ? à c'ste heure on pau, n*avez-v' nin v'nou lot rate ? 

Stochet (gêné). 
Sia... 

WÈWÈYE. 

'Ile èsteu so l' tâve, ji pinséve vèye ine jatte ! 
Stochet. 
Eye ! mon Diew ! wisse è-st-èlle ? 

"WÈWÈYE. 

G'è Linâ qu' l'a-st-avou. 
Stochet. 
Oh ! ho ! Linâd, jans, haye, rindez-m'èl, av' oyou ? 

LiNAD. 

G'é Mazouquet qui l'a. 

Stochet. 

Mazouquet, rindez m'èl. 

Mazouquet. 

Mafrique, ci n'è pus mi, ce 1' galant d'à mamzèlle. 

Bare [èivarêye). 
Qui d'hcz-vMà! 

WÈWÈYE. 

Qu'èsse qui c'è ? 

Stochet {macasse). 

Vos 'nnô la surmint onque ! 

Mazouquet. 

Ji m' bouttcvc ù l'idèye qui c* poreu-t-èsse d'à songue 
Et ji lî rèpoirta, comptant bin fer 'ne belle keure. 
I m' dèri même merci, çou qu' m'èl fa co mîx creurc. 



— 383 — 

Stochet {dilouhi). 

Eco m' pîpe so s'magot ! ! 

LiNA [d Mazouquet). 

T'è-st-on crâne filoguèt ! 

WÈwÈYE {à public). 

Vola surmint dès mate ! 

Stochet (d public). 

Mi pauve pitit noquet ! 

Bare (à part, paoureuse). 

Qui va t i co s'passer ? 

WÈWÈYE (passant à Rare). 

C'è case di vos, mazètte. 
Vos polez bin à c'ste heure tronler d'vins vos liozètle. 

Bare. 

Papa, j'ènnè pou rin, c'è qui v'nèt mâgré mi. 
Dinez 1' s'i leu manèye, is n'ois'ront pus riv'ni. 

WÈWÈYE [ax autes). 

A d' faite, elle a raison. Jiv' disfind, camèrûde, 
De co mette on pid chai, ètindez-v' ? 

LiNA {d'ine air vipahou). 

On n'a wùde ? 

Mazouquet {id.). 

Nènni qu' j'arrawo ! 

Stochet (Jc/.). 

Mi pîpe ! qu'on m'èl rinse et c'è tôt. 

Bare. 

Allez, i n'a nou ma, dinez-v' li dougt turtos, 
Et coifTez saint Jôsèf ! 



- 384 — 

LiNA (é fond). 
On fai crîner 1' montôye... 

WÈWÈYE. 

C'è lu ! moussiz tos là, ca vos gâtriz l' potêye. 

{A Bdre.) 

Dihez çou qu' vos volez, tôt a fait sèrô bon. 

(// inieure à ihiuche 2ep/. et les autes â l"pi.) 

Scène XIII. 

BARE, PAUL et les autes cachî. 

Bare. 
Vos èstez-st-apreume là? vos m'avez fait l'timps long... 

Paul (d'îne voix âbaumêye et pèsayite). 
Et vos, v' l'avez fait bai ! 

Bare (èwarêye). 
La ! li squé freud visège ! 
Paul {sVcreuh'lant lès bi'èsse). 

Et vos avez co l'front d'taper des s'faits messège ? 
Vos avez cisse hardiesse, ciste air di pûhûlté 
Adeuxdeugtdi m'narène! È-ce on diale qui v's estez! 

Bare (piquèye). 
Jâsez 'ne gotte pus clér'mint, ca ji n' vis comprind waire. 

Paul (avanciha^it). 

Vos oisez dire coula? 

Bare. 

D'hez paur qui ji d'vreu m'taire 
Et houmer çou quVos d'hcz comme de bon crû bouyon, 
Sins môme oiseur pâpî! 

Paul {d'ine air di mépris). 

Bin, vos avez de front! 



- 385 - 

Bare. 

J'ènne âreu mutoi mons si ji poirtéve pèrrique ! 

Paul {moslrant l' pipe qui cachîve â (Toins di s' paltot 
et brèyant). 

Di wisse vin-t-elle, cisse pîpe? 

Bare (pâhurniint). 

J'ènnè se rin, mafriquc. 

Paul. 

Vos n' savez d' wisse qu'elle vin? 

Bare. 

Nin l'mon de monde. 

Paul. 

Ainsi 
Vos n' savez nin d'à qui qu'elle è?... bin Diu merci! 
Ji n' se qui m' ritind co qui j' n'èl sipèye conte terre! 
Stochet, qiiawaite à V crèveure di V ouJie. 
Oh! mon Dièw! mi pauve pipe! 

Paul. 

Si j' houtéve mi colère! 
Bare. 

Maistrihez-l', c'è 1' mèyeu, ca vos n'estez nin sûr 
Si v' friz 'ne belle keure ou nin. 

Paul. 

J'èl battreu comme on cûr 
Si ji t' néve jamàye chai li ci qu' m'a tait 'ne parùye ! 

Stochet {id.). 
I n' nos va nin trop reud! 

Bare. 

Vos frîz mutoi 'ne sottrèye. 

25 



— 386 - 

Paul (deur^miiit). 
C'è bon, c'è bon, mamzèlle, on k'nohe vosse numéro ! 
Bare (plorant). 

Ah ! mon Dièw, comme c'è deur ! touez-m' paur tôt d'on côp. 
Si vos m'tî'ailîs-st-ainsi.... 

Paul (èwaré, cangeant dHon). 

Jans, c'è tôt, ji m'rimètte... 
È-ce qu'on pleure po 'ne chtchêye ! ji nVou nin qu'on s'tourmètte. 
Haye, rihorbez vos ouye.... C'è tôt, ji m'ènnô vou ! 
Et c'è c' mâdit matTiér qu'ènne è co l'câse avou ! 

(/ melle li pipe so rtâve.) 

CHANT 2 {musique de fauteur). 

Lès lame fèt 'ne trisse rosêye 
Qwand on è si nozêye.... 
Ji vorea d'zos vos pîd 
Semer des fleur, des rose, 
Ji voreu qu'tol fouhe rose, 
Qui toi fouhe sins bourbî. 
Ji n'sintreu pus sins v'vèye 
Tôt les bali'minl di m'cour. 
Vosse douce louqueur c'è l'vèye, 
Vosse ria c'è l'amour. 
C'è l'vèye, c'è l'vèye, 
C'è l'amour. 

Bare {rapdftéye). 

Vos m'avez fait de 1' pône tôt dotant di m' parole... 

Paul. 

Ji v's ènnè d'mande pardon ; mains c'è qu' ji louquîve drôle, 

Qui vos n' savahiz nin kimint... jans, c'è rouvî. 

Ji m' va spiyî c'hèrvai, qu'è sûr d'à quéque laid vîx. 

Qui rèye crân'mint d'nos autes. 

{I prind l'pîpe.) 



— 387 — 

Stochet {arrouflant, sûvou di Linâ et Mazouquet). 

Oh ! bin, qui V diale mi strône ! 
Po-z-adièrcî 'ne sifaite, vos v' rindrez co de 1' pêne. 
Sipiyî m' pîpe ! oh ! ho ! j'èl voreu bin vèyî. 

{âx au!e,) 

Ji v'prind tos à tèmon, Ossu s'èl vou s'piyî 
Vos m' donrez-st-on côp d' main. 

Paul {tôt macasse). 

Qu'è-ce qui c'è qu'cisse roufîàde ? 

Bare. 
Paul...? 

Paul {èl riboutant). 

Rissèchiz-v', s'i v' plai. 

"VVÈWÈYE {vinant de Vhinche 2« pi. lot ria7it). 

Vola 'ne fèll« couyonâde ! 
I s' fai chai on micmac à rire, à s' crèvinter. 

Paul. 

Awè, moncheu Wèwèye, et ji so bin hâsté 

D'apprinde que rôle qui j' jowe divins tote cisse dondaîne. 

WÈWEYE. 

Ji v' va conter coula sins waire fer de l' trîdaîne. 
Stochet cour, piède si pîpe ; Linâ Tramasse, adonc 
El poîte à Mazouquet, V comptant d'à sonquo ; èdonc ? 

LiNA. 

Awè. 

WÈWÈYE. 

Mazouquet v' s'èl rèpoite et.... 

Paul (passant Vpipe à Wèwèye). 

Que calmoussège ! 
WÈWÈYE (passant Vpipe à Stochet). 
Et vos v' dihâmon'riz po des s'faits boignes mèssègc ? 



— 388 - 
MaZOUQUET (à part). 

Nos èslans co pus boigne ! 

Paul. 
Bare ? è-ce qui v' rouviz tôt ? 

Bare. 
Awè, ji so d'accoird, mains v' s'èstez-sl-on grand sot. 

Paul. 

Que pou-ju ; j'èsteu p'tit, qwand c'è qui j'èsteu jône; 
A c'ste heure ji so crèhou ! 

Stoghet (jdsaiit dis''i)ipe). 

J'èl ra, mains nin sins pône. 
"WÈWÈYE (d jniblic). 

J'a s* tu peter m' prangîre tôt tûsant-st-à m' raser 
Et j'y lûse co todis ! 

Mazouquet {volant 'nne aller). 
Et mi j'ènne a-st-assez. 
Dièwùde, dièwâde tôt 1' monde. 

WÈWÈYE (èl rihouquant). 

A c'ste heure ! nos beurans 1' gotte, 
Nos l'avans bin wâgnî ! 

Bare (à Paul). 

Aih ! grand sot ! 
Paul (à Bare). 

Aih ! grande sotte ! 
Bare (à public), 

CHANT 3 [Musique di Vauteur). 

Po distriyî tôt 1' monde 
L'auteur fai çou qu'i pou. 
On n' s'âreu nin s' fer r'fonde, 
N'a nin dM'èspril qui vou. 



— 389 — 

Dinez-nos vosie idèye, 
Bon public, qui hoûlez; 
Vis a-t-èlle bin goslé 
Nosse pitite comcdèye? 
Li belle pîpe d'à Slochèt (Bis) 
Fa 'ne laide jowe è 1' mohonnc. 
Vo-l'-la tôt comme elle è {Bis) 
Vis sonle-l-i qu'elle è bonne, 
Li belle pîpe d'à Slochèt? 

ESSONLE. 

Vo-l'-la tôt comme elle è {Bis) 
Vis sonle-t-i qu'elle è bonne 
Li belle pîpe d'à Slochèt? 



FIN 



^ MOLIN 

COMÈDÊYE EN INE AKE 
PAR 

Félix PONGELET. 

Devise: lue belle heure vin-sl-à pont. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



PERSONNÉGE. 

MATHI, mouni 60 AN 

JOSEPH, groumèt 25 » 

LAMBERT, hèrdî 20 » 

BAEE, fèye d'à Matliî 20 » 

CHANCHÈSSE. cancîe (?'à MrtfM 70 » 



N. B, L'auteur a tenu compte des observations du jury, et a remanié son 
œuvre en conséquence. 



A MOLIN 



COMEDEYE EN INE AKE. 



Inc pièce dé molin sièrvant d' magasin à V farène. A fond, ine poite dinant so 
r cour, cisse poite è copèye so 1' niilant di s' hauteur comme èl sont todi lès 
poite di s'ià. A dreule, ine poite dinant è molin. A 1' hlinche main ine auto poite 
dinant è 1' chambe d'à Joseph. E fond quéque sèche di farène drcssi ; à gauche on 
hopaî d' sèche vud lot k' jeté ; avà 1' pièce, d'on costé ou d' l'aute, ine houche, inc 
balance, on tav'laî neur avou dès marquège à 1' crôye, etc., etc. 

Scène I. 

LAMBÈKT, JOSEPH. 

{Qwand Vteule si live, Lambert è-st-assiou so lès sèche 
qui sont drèssi è fond. I magne ine grosse pomme.) 

iosÈpn (intrant) . 

Vos estez là, Lambert? 

Lambert {(ol magnant). 

Aye. 

Joseph. 

On qwîrc après vos. 
Lambert. 

Joseph 



Qui? 

Li maisse. 



Lambert 
Oho! Bin qu'i qwirc, va nom di Dio! 
Qu'i s' vàye fer assoti. 

Joseph 
Vos attrap'rez 'ne manôye. 
Lambert 
Ji se bin poquoi qu'c'è. C'è po piyî 1' chôrnôyc ; 
Bin qui 1' siôrvante cl fasse, mi, ji so trop nâhi. 



— 304 — 

Mathî (4 d' foû) 

Joseph! 

Joseph {so V poi(e) 

Plai-st-i? 

Mathî (todi â d' foû) 
N'è-st-i nin là, Lambert? 

{Lambert fai sègne à Joseph qu'i dèye nènni) 
Joseph 

Nènni. 
Lambert 
{Pochant d' jôtje et d' moquant de ci qu'è-st-à d'foû.) 

Vivâ! 

Joseph (/ rèije) 

Houte on p'tit pau. Fà qu'ji vâye è viyège. 
Dimeur'rez-v' cial? 

Lambert 

Oh! âye. 

Joseph {disfant sipartol èl s' calotte). 

Ji deu fer on mèssège 
Et ji r'vinrè lot dreut. 

Lambert 
Oho! 

Joseph 

Si l'hilètte va, 
Vo n'ârez qu'à r'chèrgi 1' molin, li sèche è là, 

Lambert 
Tôt près? 

Joseph {rimoussanl ine aute partotpindon là). 
Tôt près, so r sîge, raspoyî so 1' potince, 

Lambert 
Ce bon. 



— 395 — 

JoaÊra [wièttÊm: 

Pom'fer dTaTance. ::. ri.: lii .. :. 
Volez-T* heûr et r'ployî ces &è 

(/ wtattemre U fcraœ -' 

LxmaÈKT 

Aye, fa frè. 

Vos polez bin 'nne aiiér. Ma: r. ■ " : - " " : ;':i: " ~:z' 
Fà qui j'âye l'air di rèsse: j: rifir ... . 

Et co Tosse camisole^ vc!: i: 

Mettez ;c- qi. vc; v:;^:, 5f .:;:„:_; :._ :..:.::;..:. 
Qui r pirre ni touce :. • .. .:; ' 

Disqu'à tôt -rate. 

Joseph:... s. . :.. rr: .::. :.;. .:.: 
Dihez qui j* va rivEi. 

là au:e.) 

Scène II. 
LAMBERT. 

Oh! qui ji séré gâye, mouss! ..c^oiii! 

Il ont bin bon, dai, zèlie! C. _... .: zjèstîî 



— 396 — 
CHANT. 

Air : au clair de la lune. 

Mi, j' so hèrdî d' vache, 
C'èt-st-on laid passe-timps; 
Oii live dès p'tits gâche, 
C'ènnè casi rin, 
Ji so, diaie mi s' triche 
Ossi pauve qu'on rat. 
Ji n' mi frè mâye riche 
Aveu c' mèstî là ! 

{Tôt finihant s' copié t, i va si'aijcui lot près de hopai d' sèche, di manire à 
tourner /' cou de costé dé V poile de fond, l k'mincc à >•' ploiji.) 

Scène III. 

LAMBERT, DARE. 

Bare {inlrant viv'mint po /' fond, sins foin bin louqï). 
Joseph ! 

Lambert (sin.9 s' rilourner, mitant V voix d'à Joseph), 
Hèye ! 

Bare. 

Mi papa va tot-rate ènne aller, 
So r timps qu'sèrè-st ôvôye, ji vinrè cial, savez. 

Lambert {d'inc air bièsse, tôt «' ritournant so fiâre). 

S'iv'plaiV 

Bare {foirt èwarêye). 

Oh ! Lambert ! 

Lambert {tôt travayant todï). 

Aye, Lambert, nosse mam'zèlle. 
Ji remplace li groumèt, vola, vùye, que novèlle. 
Si v's avez 'ne commichon, c'è-st-à mi qu'fù jâser. 



— 307 — 

Bare. 
Wisse è-st-i, lu, Joseph? 

Lambèkt. 

Oh! çoula, ji n'èl se. 

(rt partj 

G' n'è nin mi qui fâreu, mains 'lie g bin attrapêye! 

Bare, 
Poquoi mèttez-v' ses hâre, donc, vos? 

Lambert. 

Mi?... pas... ine idèye, 
Ji n' l'a nin todi fait po qu' vos m' prindésse por lu, 
Mains, vo jasez trop vite. 

Bare {viv'mint). 

Mi? j' n'a rin dit, mon Diu! 
Lambert (comme si c'èsleu vrêye). 
Oh! ji n'a rin compris. 

{l fui 'ne clifjtiètie so icosté) 

Bare [coniainé). 
A r bonne? 
Lambert. 

Oh! nônni, ciète! 

(À part) 

Lèyans li creure cisse-là 1'. 

(On étind l' sonnette de molin.) 

Aye! Aye! on ô 1' hilètte! 

(/ mousse fou po V dreute). 

Scène IV. 

B.\RE, MATHL 

Baue. 
J'a màquc 'ne belle tôt rate, et, s'i n'a rin compris, 
Ci n'c co qu'on d' mèyc ma, mains fù-t-èsse pau sûti. 

(Elle rèije. Matin inteurc po l' l'ond ; il u iair uiàras). 



— 398 — 

Mathi (/f fanl dès laids ouye). 
Vos estez cial! 

Bare igènêye). 
Awè. 

Mathî. 

D'où vin? 

Bare. 

Pa,... ji v'néve vèye... 

Mathî. 
Après Joseph? 

Bare {lodis pusgènêyc). 

Nènni. 

Mathî. 

Vola d'jà treus qwate fèye. 
Qui j' m'aparçu qu' vos v'nez cial on pau trop vol'tî. 
Et ci n'è nin vosse pièce. Ovrez, vos frez bin raîx! 

Bare {mâle). 
Dihez pôr qui j' so nawe. 

MATiit {pus mâvas). 
Awè, v' Testez, ma frique ! 
Bare. 
On n'è fai mâye assez. 

Mathî {mostrant /' poile de fond). 

Jans, jans, jans, pas d' réplique. 
Rotez. 

Bare {(ot n'allant). 

Ji m'ènnè va. 

MathI {lot seû). 

Elle qwire sûr ine saquoi, 
Vola déjà quôque joû quiji waitèye après. 

(Lambert rinleure po l^dreute.) 



— 399 - 

Scène V. 

MATHI, LAMBERT. 

Lambert {sins vêtjc H vinisse). 
Çoula rote à Tidèye ! 

{AporçHvaut Maiht.) 

le, nom di Doura ! li maisse ! 
Matiiî. 
Qui fez-v' cial, vos, hein ? 

Lambert. 
Pa... 
MathI. 

Pa.... quoi ? 
Lambert. 

Pa.... j'ouveure, laisse. 
Matiiî {mostrant l' fond). 
Vosle ovrège ô là. 

Lambert. 
"Wisse ? 

MatiiI. 

Wissc qui ji v's aveu dit. 

Lambert. 
Ji Ta rouvî, 

Mathî. 

Oho ? Ji creu qui vos v' moquez d'mi ! 
Qwand c'ô qu* ji v'dirô co do fer cure li chôrnôye 
Et qu'vosn'mi houl'rcz nin, v' frez vosse dièraîne journêye. 
Comprindez-v', à c'sle heure? 

Lambert. 

Aye. 

Matiiî. 

Bdbinème qui v's estez ! 



— 400 — 

Lambert {mâvas). 
Bâbinème !... Ji n' so nin si bièsse qui vos l' pinsez. 

Mathî. 
Nènni, nènni, ma foi ! On l' veu bin, Diale mi s' pèye ! 
Qu'è-ce qui c'è, ces hâre là ? 

Lambert {vèCmint.) 
C'è d'à meune. 

Mathî. 

N'è nin vrêye. 
Wisse è Joseph ? 

Lambert. 

Joseph ? '1 è-st-èvôye on moumint. 

Mathî. 
Evôye wisse ? 

Lambert. 
E viyège. 

Mathî. 

Poquoi fer? 

Lambert. 

J' n'è se rin. 
Mathî. 

Sia, vos 1' savez bin, mains, n' vis plai nin d'èl dire. 

Lambert {si radoucihanl). 
Bin nônna. 

Mathî. 
Sia, v'di-j'. 

Lambert. 

Pinscz-I' à vossc manîre, 
Mains ji v' jeure èdonc, Maisse, qui ji n' se rin d'pus quVos. 
I m'a dit : j' va riv'ni,... d'morez cial,... puis c'è tôt. 
J'a mèltou ses mouss'mint pusqui j'èl remplacévo, 
Et j'a r'ployî lès sèche qui sont là,.... lès vèyez-v' ? 

{Louquant toi costé.) 



— 401 — 

Oho ! Bâre è-st-èvôye ! 

Mathî. 
Ah ! vos l'avez vèyou ? 

Lambert. 
Aye. 

Mathî. 
Qui qwèréve-t-èlle ? 

Lambert {malènn'mint.) 
Oh! 
Mathî. 

Joseph mutoit ? 

Lambert (po dire qu'awè). 

I s' pou ! 

Mathî (à part). 

Coula m'gottéve ô cour. Ah ! c'ô-st-ainsi, mam'zèlle ! 

Lambert (riatil). 
J'a-st-avu si bon, daî ! 

Mathî (à part). 
Bin vola 'ne crâne novôlle! 

(à Lambert). 

Vos av6z-st-avu bon? 

Lambert (/ deu rire pus foirl tôt V timps). 

Tôt rate pa... Ha! Ha! Ha! 
Qwand j'y tuse, fâ qui j' rèye. 

Mathî. 

Poquoi donc? 
Lambert, 

Po coula, 
.li tournéve justumint li drî di c'costécial, 
Qwand vola qu'elle inteure è molin reude-à-bal, 

26 



— 402 — 

Mains comme j'avcu niellou tolc lès hâre d'à groumèt, 
Elle ni m'anin rik'nohou, bin sûr, et... Hè! Hè! Hè! 

Mathî, 
Di quoi donc! 

Lambert. 
V'Iàqu'èUedi... Hi!Hi! Hi! 
Matiiî. 

Qui di-st-èlle? 
Lambert. 
Hè! Hè! Hè! Ha! Ha! Ha! 

Matiiî {mâvas). 

Jans donc, vârin, d'hez-m'èl. 
Lambert. 

Ho! Ho! Ho! Mi papa va tot-rate ènne aller. 
Qwand i sèrè-st-èvôye, ji vinrô cial, savez. 

Matiiî {foir mâvas). 
Elle a di çoulà? 

Lambert. 
Aye. 

Matiiî. 
Quatre-vingt tonne di bîre! 

Puis c'è tôt? 

Lambert. 

Ho! Ho! Ho! Aye. 

Mathî. 

Ci n'è nin po rire! 
Ji lèsjârè toi rate, pusqui ça va-st-ainsi. 

Lambert. 

I n' fâ nin raconter qui c'è mi qui v' l'a di, 

Pace qu'is sèrît mâvas, j'attrap'rcu co V houwêye. 



403 



Mathî (à part). 

Ah! lès bâcèlle, mon Diu! quelle fayèye marchandèye! 
I fa bin assoli! 

Lambert. 

J'èl saveu gn'a longtimps, 
Mi, nosse maisse, qu'is hantît. 

MathI. 

Poquoi n'èl dihîz-v' nin? 
Lambert. 
J' pinsève qui vos 1' savîz. 

Mathî. 
Qui j'èl saveu ? V'ià 'ne bonne ! 
Lambert. 
Pa, tôt l' monde ènnè jàse, cial, ùtou de 1' mohonne. 

Mathî. 
Ci n'è nin vrêye, sûr'minf? 

Lambert. 

V navez qu'à 1' dimander, 
Vos vièrez qu'on v' dire qu'on 1' se gn'a bin passé. 

Mathî. 
Wisse hantèt-is? 

Lambert. 
Vo-cial. 

Mathî. 

Et qwand donc? 
Lambert. 

A r vèsprèye, 
Qwand vos estez èvôye. Is n' mûquèt mùye nolle fèye, 

Mathî (foir mâvas). 
Nom di Hu ! po c' cùp là, ji n' se s' ji m' ratinrè 
De l's y d'ner 'ne bonne pingnùye, qwand ji lès atlrap'rè. 



404 



Lambert. 

C'è-st-ine saquoi il' foirt laid, savez, nosse niaisso, di s' batte. 

Matiiî. 

Que halcolî, tôt l' même ! et lôye donc, quelle savalte! 
Lu, j'èl A'a mèlte à l'oubc. — Houlez, vos n' direz rin 
Di çou qu' s'a passé cial. 

Lambert. 

Ji n' pou mù, mi, sûr'mint! 
Mains j' va d'mander 'ne saquoi. Si Joseph ènne alléve, 
Ji sèreu bin gioumèt, mi,... dihe/,... mi prindrez-v'? 

AIathi {èiDic allant vas r fond). 
Nos viérans, 

I Lambert. 

Houtez bin, promèltez-m' di m' sayî 
Divant d'è^-agî 'ne aute, et j'ouveur'rè di m' mis.. 

Mathî {tôt moussant foû). 
Awè, ji so contint. 

Lambert {coranl so V poitc). 

Oh ! nosse maisse, qu'elle belle keure ! 
Ji sèrè si ginti ! 

(/ rairiditd r scène toi pochmil d' jôtje.) 

Scène VI 
LAMBERT. 

Lambert. 

Non di Doum, que bonheur! 
Bin, bin, v'ia 'ne crâne novèlle! Joseph, qui dirè-t-i, 
Qwand va sèpi l'afTaire?... J'ènne a todi d' keûre, mi, 
Et ji n' veû qu'ine saquoi : G'è qui, si vite èvùye, 
Lambert inteûre vocial. — Qu'elle aweur! daî! quelle jôye. 

(/ poche di jôye et s' mette à danser tôt cluiutmit tia la la.) 
{Joseph et Chanchèsse cl loitqitét tôt riant d'estant so Vpoite de fond.) 



— 405 - 

Scène VII. 

LAMntUT, JOSEPH, CIIANCIIÈSSE. 

Joseph {inlraiU). 
V'ià SLlrmint on joyeux ! J'a lès pinse qu'i d'viii sot. 

Chanchèsse {riant). 
I danséve, dai, mon Diu ! 

Lambèut {ma vas). 
V n'èl sàrîz pus fer, vos. 
Chanchèsse {riani lodi). 

Oh ! nènni, hèye, valet. Oh ! nènni, Boye Minette ! 

Les vèyès feumme n'ont pus rin por z'ôlle qui V clapètle. 

Hein, Joseph ? 

Joseph {riant). 

Qwand 'lie va co ! 

Chanchèsse. 

Oh ! tant qu elle va, c' n'c rin, 
Mains 'ne fèye qu'on n' i'ctind pus, parait, i n' va nin bin ! 

Joseph. 
Oh ! nènni. 

Ch\nchèsse. 

Et m' paquet ? E-st-i prête ? 
Joseph. 

I deu l'èsse. 
Lambert, è-st-èlle finèye li mounèye d'à Chanchèsse? 
Lambert {di mâle houmeur). 

.l'ènnc a l'idèye todi. N'a qu'à-z-aller louquî. 
J'a tôt rate lûté 1' sèche. 

Chanchèsse. 
Oh ! c'è lu qu"è mounî ! 



- 406 — 

Joseph {allant vês r drcute) 
Awô, qwand j' so-st-èvôye. 

(/ mousse foû po /' drcute.) 

Scène VIII. 
LAMBERT, CHANCHÈSSE. 

Lambert (à inïrt). 

I n'ôl sèrè pus wère, 
Lu, qu'i rawâde. 

Chanchèsse. 

Qui d'hez-v' ? 

Lambert. 
Rin. 

Chanchèsse. 

le, daij quelle affaire ! 
Vos estez bin ma vas ! 

Lambert. 

Nônna. 

Chanchèsse. 

Pa, sia, m' vé ! 
On dîrcu-st-on claw'tî qui n'a pus rin à fer. 

Scène IX. 

LAMBERT, CHANCHÈSSE, JOSEPH. 

Joseph {rinlrani po VdreuU, tnàvas). 
Qu'asse co fait, donc, bâbau ? 

Lambert. 
Di quoi donc ? 



- 407 - 

Joseph. 

Quelle bièstrèye ! 
Pa, ti moud de laton ! Ti t'a mari d' sèchèye. 
Vola qu'i m' fà r'bolî tôt à fait, mi, boubiô ! 

Lambert {mâvas). 
J'a pris l'cisse qu'i t'a dit. 

Joseph. 

J'en ne a l'idèye, ma foi, 
T e-st-on fameux solai ; ti n'a nin pu d'malice 
Parait, grand ènocint, qu'ine grosse vilaine bîbisse. 

Lambert. 
Comme toi, hein! 

Chanchèsse {à part.) 

Ji nVou nin m'mèler d'zôlle, savez, mi. 
Lambert. 

Toi, ti n'a jamàye bon s'ti n'mi fai-st-assoti, 

Mains ji n'a d'keure di toi. Tin, v'ià t'mâssèye calotte, 

Ya-z-â diale, nom di hu ! ramasse ti vèye capotle. 

{l s'iHiiiousse habèycmiut, tappe toi à V terre, ramasse 
ses hàre et cour èvôije po l'fond.) 

Scène X. 

CHANCHÈSSE, JOSEPH. 

Chanchèsse. 
le, Boye Minette ! Joseph, qu'il è mâvas, mon Diu ! 

JOSITII. 

I n' fà nin qu'on l'accomple, c'è-st-on d'mèye sot, dai, lu! 

Tôt rate i r'vinrè cial, âtou d'mi, fer l'robètte, 

Sins fer l'ci di s' sov'ni qui n's avans avu 'ne brètte. 

Chanchèsse. 
On drolc di potiquùt ! 



— 408 — 

Joseph. 

Pa, c'è-st-in ènnocint, 
On nnc rèssère co traze qui sont bin pus malin ! 

Chanchèsse. 
Que màtourné potince! Il è d'arège cagnèsse ! 

Joseph. 

Farè bin qu'vos riv'nôsse on pau pus tard, Chanchèsse, 
Po vosse mounôye, èdonc ? 

Chanchèsse. 

Oho! awè, dai, m'fi. 
Qwand sèrô-t-èlle finèye donc, dihez, qui v'sonle-t-i ? 

Joseph. 
Divins on bon qwârt d'heure. 

Chanchèsse. 

Si vite ? le, Boye Minette ! 
Ji tàg'rcu bin. — Nônna, ji m'va beure ine copctte. 
Ji vin tôt à c'moumint d'môtte li café so l'feu. 

Joseph. 
Vos polez l'aller beure. 

Chanchèsse. 
Puis ji r'vinrè tôt dreut. 

Joseph. 
Comme vos volez. 

Chanchèsse {èiine allant). 

C'è ça. 

Joseph. 

Disqu'à tôt rate. 

Chanchèsse (moMssrtn/ foupo V fond). 

A r'vèye. 

Joseph {ridldndant V scène) 

Pagnouf di Lambert, dai, i n' fai qu' totès parcye ! 



— 409 - 

Scène XI. 

JOSEPH. 

Joseph {rimoussantsès hâre di groumèl). 

Wisse ireu-t-i bin 1' maisse? Ji vin d'èl véye d'à Ion; 
I montéve li roualle qu'i ji riv'néve so 1' pont. 
Co bin qu' n'a nin v' nou cial, po vèyî l'astrapûde 
Di c' laid halbôssâ là. J'âreu st-avu 'ne ombàde 
Divins lès condichon. Surtout qu'il è div'nou 
Foir mâlàhèye, à c' ste heure. Ji pou fer çou qu' ji vou, 
Ji n'adièsse co jamàye. Si dot'reu-t-i quéque fèye 
Qui, dispôye on p'tit timps, ji fai l'amour à s' fèye? 

Scène XII. 

JOSEPH, BAUE. 

Bare {accorant po /' fond). 
Joseph! 

Joseph {binàhe). 

Mi chère crapaute ! 

Baue. 
Vo m' cial. 
Joseph. 

Mi p'tit poyon ! 
Ji v' veu, dai, m' binamôye. 

Bare. 

Qui n's allans avu bon! 
M' papa vin d'ènnc aller. 

Joseph. 
Ennc a-l-i po 'no hapcye? 



— ilO - 

Bare. 
I m'a di qu'i n' sèreu nin riv'nou d'vant 1* vèsprêye. 

Joseph. 
Oh! v'Ià 'ne bonne aflaire! 

Bare. 
Edonc! 

JOSÉI'H. 

Gn'a si longlimps 
Qui ji m' rafèye di v' dire comme i fà, qu' ji v's aime bin. 

Bare. 

Vos n' m'aîmez nin si foirt qui vos 'nnè fez lès qwance, 
Allez. 

Joseph. 

Taihiz-v' donc, Bâre. Mains, ji n'a noile avance ! 
Di v's ôl dire. J'èl veu bin, pus vis èl rôpète-ju 
Mens 1' crèyez-v'. 

Bare. 

Mi? Nônna, qui v's estez drôle, mon Diu! 
G'è po qu' vos T rid'hésse co qui j' fai 1' ci di n' nin l' creure. 
J'asi bon di v's ètinde! Coula fai tôt m' bonheur! 
Vis plaindrez -v' co? 

Joseph. 

Nènni, vos m' rindez awoureux. 
C'ôqu'ji v's aîme tant! 

Bare. 
Awè, Joseph, ji v' creu. 
Mains, ji v'jcure qui mi amour è-st-ossi grand qui F vosse. 

Joseph. 
Oh! Bâre. 

Bare. 

Et ji v's aîm'rc loto mi vèye,.... cosse qui cosse. 



— 411 — 

Joseph {div'nant pus sérieux). 

Awè, vos m' fez r' tuser qui ji n' so qu'on groumè ; 
Et bin sûr, vosse papa, qwand c'è qu'il apprindrô 
Qui nos hantans nos deux, à foice va nos rdisfinde. 
Et qui m' mèttrè-st-à l'ouhe, sins voleur rin comprinde. 

Bare. 

Jin'è se rin, Joseph, c'è d' vèyî, dai, coula. 

Enfin, n's arîs 1' patiyince, et divins tos les cas, 

Ji v's aîme, et ji v' promette qui j' n'ârè mâye nol aute; 

Jurez-m' qui mâgré tôt, ji d'meur'rè vosse crapaute. 

JosÈPU (/t d'nant V main). 
Ji v's cl jeûre, 

{Joseph et Bàre s'abrèssèl.) 

Scène XIII. 

JOSEPH, liARE, MÂTIU. 

MÂTHÎ {intranl viv'minl po V fond, foirt mâvas). 
C'è donc vrêye, 

Bare (foirt èwarêye). 
Oh? mon Diu! dai, m' papa. 

Joseph [si séchant sol /' drcutc, cwaré). 
Ayc! Aye! 

Mathî. 

Awè, c'è mi ! Vos n' mi pinsîz nin là! 
Ji saveu di v' picî, awè, n'aveu nou risse, 
A rùtourner tôt dreut... Vos estez deux chinisse ! 

(ù Dâre.) 

Ainsi donc tos lès joû, dispûyc vola longtimps, 
Qwand c'è qu' j'èsteu-st-èvôye, vos v' niz cial è molin! 



— 412 — 

Lambert mi l'aveu dit, mains, ji n'èl poléve creùre 
Si ji n' l'aveu vèyou. — E-st-i possibe h c'stc heure? 
Kimint n' rogihez-v' nin? 

(('/ Joaèph.) 

Et vos donc, calfurtî, 
Vos n'estez qu'on vàrin et qu'on vrèye halcotî. 
Ji n' vis paye nin, savez, po v'ni disbûchi m' fèye. 
V's allez baguer fou d' cial, à c'ste heure, â pus habèye. 

Bare. 
Pardon, papa, ji l'aîme! 

Matfii. 
Et bin mi, ji n' l'aîme nin, 

JOSKPH. 

Houtez, nosse maisse, houtez, j'a màqué, j'èl se bin. 
Ji rik'nohe qui c' ne nin ainsi qu'on deu s'y prinde; 
Mains vos nos pardon'rez. 

Matiiî 
Oh! ji n' vou rin ètinde. 
J'a dit qui vos 'nne irîz, vos 'nne irez, puis c'è tôt. 
Ji n' vou nin wàrder, cial, on canàrî comme vos. 

Joseph. 
Portant, nosse maisse,... 

Mathî. 

Allons, nin tant des ârmanaque, 
Ramassez-m' â pus vite tote vos clique et vos claque. 

Scène XIV 

JOSEPH, BARE, MATHI, LAMBERT. 

Lambert {accorant po V fond, toi bréyant). 
Habèye! Habèye! Habèye! 



— 413 - 

Mathî {viv'mint). 
Hein! Qu'è-ce, 
LAMBERT {nllaul i' mette inle Mathî et Dure). 

Habèyc, mounî, 
G n'a vosse pitite Bèrtine qu'è toumêye ô vèvî! 

Bare (jetant on cri). 
Oh! 

{Elle tomejlowe, Lambert cl rattiitd d' vind ses brésse.) 
MATHÎ (èstoumaké). 
le, Saint- Houbèrt! 

(Joseph cour èvôije po V fond sitvou d' Matki.) 

Scène XV. 

BARE, LAMBERT. 

Lambert {èwaré lot l'iouquanl Bâre). 

Eyc, mon Diu! Qu'avez-v', mam'zèlle? 

(Todi pus èwaré.) 

Elle ni rèspond nin, dai! Saint nom di IIu, qu'a-t-elle? 
Bin, Lin, bin, vo-m'là gâye, vo-m' là gâye, èdonc mi ! 

Scène XVI. 

BARE, LAMBERT, ClIANCHÈSSE. 

Chanchèsse {accoraut po /' fond). 
Qui s' passc-t-i cial, Signeur? Qu'a-t-èlle donc Bâre, mi fi? 

Lambert (lot pièrdou). 
Elle a .... ji n'è se rin. 

(Cha)ichèsse H prind Ddre fou dès jnaiii.) 

Chanchèsse. 
Allez, corez bin vite 
Qwèri d' l'aiwe. 



- 414 — 

Lambert. 
Avou quoi? 

Chanchèsse. 
C'è tôt r même. 

(Lambert cour èvôye po l' ilrctile.) 

Scène XVII. 

BARE, CHANCHÈSSE. 

Chanchèsse {riloukant Bârc). 

Pauve pitite ! 
Bare {riv'nant à lêye). 
Wisseso-j'? 

Chanchèsse. 

Tôt près d' mi, m'fèye. 

Bare. 

Et m' sour? 

Chanchèsse. 

Quelle sour? 

Bare ilodi foû (V lêye). 

Mon Diu ! 
Chanchèsse. 
Qu'a-t-elledonc? 

Bare. 

Oh! Sainte-Vierge, elle ni vique mutoi pus! 

Chanchèsse {tôle pièrdowe). 

Ji n' se rin dai, mi ôfant. 

Bare. 

Oh ! Porveu qu'èl sâvèsse! 



- 415 — 

ClIANCHESSK. 

Qui n'a-t-i d'arrivé, donc? 

Bare. 
Rèminez-m', Chanchèsse. 

{Chatichèsse El suiin, elle èmiè voriCpo V fond. Lambert rinteure po l' dreule 
avon 'ne liiélle ou l'aute.) 

Scène XVIII. 

LAMBERT. 

Lambert {brêyant). 
Hai la! n' lâ-t-i nin d' l'aiwe? 

Chanchèsse (<îrf' /o?}). 
Nènni. 
Lambert {comme po s' moquer). 

Louque on p'tit pau, 
Tôt rate, à moirt à hâre, ènnè falléve so 1' côp! 
Elle s'a bin vite ravu!... 

{Mèltanl s' hièlle di coslé.) 
{Riant.) 

Les feumme sont tôt 1' même drôle ! 
Po r pus p' tite dès chîchôye, elle flàwihèt à l' vole. 

(Rititsant.) 

Tin vor'mint, mains, j'y r'tuse, qwand c'è qu j'a-st-accorou, 

Is èslît cial leu treus, li maisse èsteu st-avou ! 

Po r pus sûr qu'il àrè tourné so leu cabosse. 

Aye, aye, aye, quelle aweure: Ji va ramasser 1' posse; 

Ca Joseph ènne irè. Nom di doum! Nom di nom! 

C'è mi qui m' plaire bin! Ce mi qu' va-st-avu bon! 

Scène XIX. 

LÂMBKKT. JOSEPH. 

Lambkkt. 
Que novclle? Kt li p"tile? 



— 416 — 

Joseph (rfi mâle houmeur). 

Elle è là. 

Lambert {volant 'une aller). 

Ji m' va r vèye. 

Joseph {H faut dès rends oûye). 

Rawàrdez! Poquoi d'hez-v' à maisse qui j' hante si fèye, 
Vos, vîx panârî ? 

Lambert {lol pètté). 
Mi? 

Joseph. 

Awè vos. 

Lambert. 

J' n'a rin di. 

Joseph. 
Sia. 

Lambert {si mâv'lant). 

Nônna, nônna. 

Joseph. 

Sia, v' di-j'. 

Lambert. 

T'a minti. 

Joseph (fapiçant po Vorèye). 

Ni m' dimintihez pus ou v's ârez 'ne sitronlêye, 
Halcolî qu' vos estez. Fù qu' ji v' frotte lès orèye! 

Lambert. 
Waye, ti m' fai mû, laid boye! 

Joseph. 

Vos 'nne avez bin trop pau! 
Lambert. 
Vousse mi lâcher? 

Joseph. 

Tôt rate, ji v' maque li cou-z-â haut. 



— 417 — 

Lamuèrt. 
Lai-m' aller, 

Joseph {i H donne dès volêye). 

Nônnadai, vix s'trouk. 
Lambert. 

Waye ! Waye ! laide bièssc. 
Ti m' fai ma. 

Joseph {èl kihoyant). 

Ci n'è rin, fù qu' ji v' kiheûye vosse tièsse, 
Po v'sapprinde ine aute fèyc à n' pus hèrer vosse nez 
D'vins çou qui n' vis r'garde nin, pagnouf qui vos estez ! 
Lambert (choulant). 

J'él dirè-st-â maisse, va. 

JosÈPU {èl lâchant). 
G'è case di vos, potince, 
Qu'on m' rèvôye. 

Lamp.èrt {chaulant todi). 

Dai nônna. 

Joseph {èlman'cianl). 

N' vin nin fer tes dolince! 
J'a co r patiînce di toi pace qui t'è-st-on gamin , 
Ga s' t'èsteu mâye ine homme, ti pass'reu po mes main. 
Gnàgnù di m' vé. 

(Lambert si sèche è l' coiue, à dicute.) 

Scène XX. 
JOSEPH, LAMBERT, MATIII, BARE. 

Mathî {inlrani po V fond aveu Bâre). 

Joseph, kimint v' payî de T keure 
Qui vos v'nez de fer, m' fi? Grâce à vos, li malheur 
Nos a s'pftgnî turtos. 

«7 



— ils — 

.lOSÈIMI. 

Oh! Ji n' mi risquévc nin 
Et. loi savant li pitilo, j"a fuit mi d'voir seurmint. 

Mathî. 

Vos d' mcur'rez todis cial, et v' serez de l'mohonnG. 
Pusqui vos aîmez Bàre, di bon cour ji v's cl donne. 

Lajibéiit {lot pelé, à pari). 
le, ci ni mèye nom di Hu ! 

Joseph (// criHuil t' main). 

Qui v's estez bon, mounî. 

[Allani d'iez Uàrc, avoii si>iCiimi)tt.) 

Merci, Bùrc! 

Mathî {de même). 

Oh ! Joseph ! 

Lambert {anoycus'mini). 

Vo-m'ri-ià co lièrdî! 

CHANT. 

Bake. 

Si n's avans-sl-avu dès lourmint, 
A c'ste heure, i l'a qu'on lès rouvèye, 
Cisse joiirnêye cial linihe foirt bin, 
iVfigré qu'elle èsteu ma k'mliicèye. 

E/iSonlc. 

A molin, 

Joyeus'mint, 

Nos allans fer l' fièsse 

Timpèsse ! 

A molin, 

Joyeus'mint, 

Nos frans 1' liesse disqu'â malin ! 



LI KEURE D'A SOUSSOUR 



COMEDEYE E DEUX AKE. 



PAR Godefroid HALLEUX. 



Devise : Tôt r Inn. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



PERSONNÉGE. 

J'HAN-JACQUES, ovrî 23 an 

GILLES, camarade d\l Jlian-Jâcques \ 35 an 

^OJJ^^OTJ'R. costire et sour d'à JThan- Jacques 30 an 

DADITE, bowh-èsse, voiscne 50 au 

MÉLIE, si fèye, crapaude d'à Jhmi-Jâcques 18 an 



Li rôle (Ji Dadite deu-t-èsse jouwé par inc homme. 



N. B. L'auteur a remanié sa pièce d'après les observations du jury. 



JLi keùre d'à Soussour. 



Li scène riprc^sinte ine chambc bin prùpe, on y vcu quéquès chèyire et 'ne tàve. 
So r dreut costé de 1' scène, on veu 'ne ouhe qui va-st-è 1' chambc d'à Soussour; à 
costd, gn'à 'ne siloufe à plate bûse, wisse qu'on y vcu 'ne coqu'màr. So 1' clinchc 
costé, c'è-st-ine finièsse; è fond, c'è-st- ine pareusse avou "ne ouhe à mitant. D'on 
costé, on veu 'ne ârnià et ine horloge marquant càsi dihe heure. Di Taute costé, i 
gn'a ine machine à keuse et quéques nous camache pindou ; enfin lès bardah'rèye 
qui fà à 'ne costire. 

PRUMIRE AKE. 

Scène I. 

Soussour {ine brave bàcèlle, bin sérieuse). 

{Tôt cosanc à /' machine, elle chante so l'air de respleu de l'chaiison : Coquin 
d' prinlemps). 

Vive li belle chanson qui ramône, 

Di limps in linips, 
Li Jôye, tôt fanl rouvî lès pône 

Ax pauvres gins : 
Comme c bois l'ouliai qu' grusinêye 

Ses chant d'amour, 
Nos autes, fans d'gotler nos pinsêye, 

Drovians nosse cour. 
(Ax qwate dièrains vers, J'han-JAcques intcurc tôt chantant avou Soussour.) 

Scène II. 
SOUSSOUR, JI1.\N-JACQUES. 

J'han-Jacques {qui tin s' scravafe c s' main). 

Jans, vinez Ter m' floquùt, mi p'iitc Soussour di souke, 
Ca mi, j' n'a mùye polou fer qu'on k'toirchi plat nouke. 



— i'il — 

SoL>souii {'Uslùchaiit si ovrciic di ,s' machine). 

Quel hûiunie, qui ii' pua co molle si crawatte comme i fà, 
Et qu'è bon à marier. 

.J'han-Jacuiies. 

Mi, m' marier, ji n' pou ma. 
Ji t^o trop bin d' !é vos. 

SoussouR {disfâfilant si ovrège). 

Louquîz donc, comme i glèlte 
Po b' bouler r coide è co. 

.riIAN-.lACgliES. 

Gii'a nou risse, pa, d' m'èl mette. 

SOUSSOLU. 

Si .Mèlie vis oyéve ! 

.J'ilAN-jACgUES. 

Oli! j' ii di bin sovint. 
SoissouR {loi s' rassiant et lot z'apontanl siovvége). 
Awè!!! et qui di st-èlle? 

J'han-Jacques. 

Elle rôyc de gros de dint. 

(l clianlc .su l'air dé l'clianaon di : Violette embaumi'e ) 

J'dîmc }ui crapdudc. 

le CoIIl'I.KT. 

Qwaiid m' biMle crapaiulc mi di: hofiîez, J'iian-Jâcques, 

Qui v's è sonloll, ni (i'vris-gn' iiin nos marier ? 

.11 Ii rèspond: lioiitez, nos V frans-sl-à Pâqnrs, 

A l'Ascinsion ou bin h V Trinité; 

rs's èslans si jùne po nos mette è manège, 

iSawàrdans'no goile, mon Diu, çoulà n' broùle nin, 

lit toi m' brognant, b'èlle vous 1er d('s mèssège, 

Ji Ii rèspond; Bùlic plume, çoulà m' dû bin. 



— 4^23 — 



RÈSPLEU. 



Bis. 



Portant j'aime mi crapaude, 
Magré çou qui j' li di, 
Ji n'àrè mâye nollc niitc, 
Ca ji l'aîm'rè todis. 

;2e COUPLICT, 

Mais qwand ji veu qu'elle è so 1' cane di veuie, 
Ji r'fai toi doux po r'mètte lès cache è foi", 
Et ji li di: c't'' vos qii'jaînie lote li seule, 
Jaiis, p'til hacha, n's irans-st amoii Lapùrt. 
Tôt fant d' ses air èl d' ses |)'iilès manire, 
Elle mi tèspond : va-r-z-en, va, beau gibifr; 
Mais j'èl bâhe tant, qu'elle ni luge waire do rire, 
El joyeus'minl n' corans-si-à-coûse danser. 

Rèspi.eu. 

Awè, j'HÎmc mi crapaute (etc) 

3e Couplet. 

Ji m' mar'èyrè porlani, mais d'vins 'ne hapcye ; 
Po m' bouter 1' coide c vu, j'.i co bin 1' timps, 
Ca 'lie è si jûne, dai, m' belle pitite crolèye, 
Qu' fer 'ne sifaite koure, pa, j' sèreu-sl-on câlin. 
Mais s'j't'sleu case jamàye d'ine hasticole, 
Et qui fâreu qui j'èl fahe sins lârgi, 
J'èl freu-st-à couse et sins rawàrder '110 golle. 
On a d' l'honneur, ([uoiqu'on n'seùye qu'ine ovri : 

PiKSPI.EU: 

Awè, j'aime mi crapaude, etc. 
{Soussour qwiltc si machine à keiise loi cosanl à 'ne ovrcge). 

Mi, v' qwitter, ji n'a wàdc ; ca n' rn'av' nia chèrvou d' mère, 
Dihez, dispùyo doze an, qu' nos parint sont-sl-è terre? 
Toi fant qu' corègeus'niint nule et joù vo.s ovri/:, 
Ni m'avcz-v' nin d'ner l'àhe d'apprinde on bon mèsti? 



424 



SOUSSOUR. 

Lèyans coula po bouffe. 

J'iun-Jacques. 

Nona, ca c'è-st-apreume 
A c'ste heure, qui j'sccomprindc qui v's estez inemâyefeumme, 
Qwandj' tûse àx deurs liiquèt qui v' avez-st-èduré 
E c' timps-lù, ji m' diinande kimint av' polou fer 
Po mette tos vos coron à pont. 

SoussouR. 

G'è bin âhèye, 
J'a-st-avou de corège, j'a fait roter l'awèye. 

J'han-Jacques. 

Ou v' l'avez fait cori, Soussour. 

SOUSSOUR. 

Ji n' mi r'pint nin 
Di çou qu' j'a fait por vos, ca vos v' kidûhez bin. 

J'han-Jacques. 
Brave Soussour, va, qui j' t'aîme; louquîz, fu co qu'ji v' bûhe. 

Soussour. 
Et comme nos n' divans rin à nouque, ji so binâhe ; 
Ca n's èstans pauve, c'è vrêye, mais pus pauve, pus d'aweur; 
Ji m'âreu passé d' tôt o c' trôvin, po n' rin d'veur, 
Ca r contint'mint d'iu-même, vèyez-v', fré, passe richesse. 

J'han-Jacques. 

Oh ! j'èl se bin, Soussour, v's èstez-st-ine feumme di tièsse. 
Qu'a case di mi v' n'avez jamâye volou v' marier, 
Mâgré lès occasion. 

Soussour. 
Qui j'a todis r'bouté. * 

J'han-Jacques. 
I n'è nin co trop tard. 



— 425 — 

SOUSSOUR. 

Taihiz-v', allez, glawène, 
Ji so trop vèye à c'ste heure, pa, ji coiffe Sainte-Gath'rène. 

J'han-Jacques. 
Et portant j'c k'nohe onquo qui, j' wage, glèttc après vos, 
Màgré qu' n'ô motihe nin. 

SoussouR. 
Qui donc? 
J'han-Jacques. 

Gilles. 
Soussoiu. 

Bin, grand sot, 
V'tViz bràh'mint mîx di v' taire. 

J'han-Jacql'es. 

C'è st-on bon camarade, 
Qui n' freu nin pùne à 'ne molie. 

SOUSSOUR. 

Nènni, j' pinse qui n'a wâde. 
J'iiân-Jacques. 

Si c'ùsteu vos idèye, ji v' sohaitrcu-st-on sTait, 

Ca c'è l'àgne de bon Diu; j' se qu' n"è nin dès pus bai, 

Mais ci n'è nin 1' baité qu' lai 1' bonheur. 

Soussouu. 

C'è bin vrôye. 
J'han-Jacques. 

Pauve Gilles, c'è-st-onquc qui k'hège ine pèneusc viquùrcye, 
Tôt poirtant 1' creux di s' sonr, qui s'a lèyi hèrrer 
Dès pouce è l'orèye d'onquc, qu'après l'a-st-aband'né, 
Qwand il euri fait 1" nià, tût 1' lèyant d'vins lès pône. 

SOISSOUR. 

Pauve bùcèlle, elle è moite! 



— 42G - 

J'han-Jacqles. 

Tut lèyanl-st-on p'iit jône 
So r lérre, et tôt d'manJant à s' fré cint fèye pardon 
Di çou qu'elle aveu fait. Gilles, lu, qu'a l' cour si bon, 
Li pardonna. 

SOUSSOUR. 

Pauve Gilles, c'è çoulà qu'i n' rèye màye! 
J'nAN -Jacques. 

Awè. Qwand s'sour fou moite, i s'chèrgea de p'tit mâye, 

Et avou c'ste ôrphilin, il abaga tôt dreut 

Wissoqui Cabrasse dimeure, vola 'ne sihaîne di meus. 

SoussouR. 
Déjà six meus ! 

Awè. 



.Viian-Jacques. 



SOUSSOL'R. 

le dai, comme li timps passe ! 
L'èfant sèreu co mix qu'adlé Majène Cabrasse, 
Ca 'lie n'a nin 1' cour d'ine mère. 

J'han-Jacques. 

I n'è ni bin, ni ma, 
Portant j' se qui 1' brave Gilles paye por lu. comme i fâ. 

SoussouR. 
Mais d'wisse vinéve t-i donc? 

.J'han-Jacques. 

D'à coron de 1' châssôye. 
Pauvc Gilles, i vin dès cop, mùgré mi qu' fà qui j' rèye, 
Surtout qwand 'ne feumme èl louque, ca '1 è tôt èmaîné, 
Et s'cUc l'arègne jamâye, i n' se k'miut li d'viser. 

SOUSSOUK, 

Oh! j' m'cnne a-st-appargù. 



— 427 — 

J'uan-Jacqles. 

S'oiséve avu l'adièssc, 
El s' '1 avou riiassc di cour di v' dire on mot, mais n'oise, 
Ca c'è qwand '1 è d'ié vos, qu'il è-st-appreume honteux ; 
Sur, qu i n'a mâye hanté. 

SOUSSOUR. 

Qui sèpez-v'? 

J'han-Jacql'es. 

J'èl wag'reu. 

SoussouR. 

Eco n' se t-on, J'han-Jôcqucs, Gilles è tôt comme ine autc. 
Qui sav' s'i n' l'a nin fait. 

J'iian-Jacques. 

Lu, r' louquîz les crapaute! 

Scène III. 

LES MÊMES, MÊME. 

Même {on pUil hacha, tnteure rend à balle avou on paqitél d' bouiréin' ris- 
lindtnvc, elle chaule so rttir de /('■•<///(■« de la : PaiiH ère dés Ualignolles). 

El zic (Ion daine, él zic don don, 
Ji SOS Mélie li bow'rèsse, 
El zic don daine, et zic don don, 
Kinoliowe di iâge et d' long. 

{à Soussour). 

Ah ! Soussour. 

SOI.SSOLT». 

Ah ! Mélie. 

Mèlie (à J'han-Jâcques). 
Ah ! bai cabai. 



— 4^28 — 

J'iiAN- Jacques. 

Mam'zèlle. 

MÉLiE (à Soussour). 

Et m taye. 

Soussour (liaksèijnnnl'ne ((hjc qui pind). 

Vo-l-là, 

MÉLlE. 

Pau vèye. 

Soussour {discrochnnl /' taye). 
Tinez. 

MÉLIE. 

le, qu'elle è belle, 
Elle m'irè comme on want. 

J'iian-Jacques (à Mélie toi couyonnant). 

V screz-st-on bai hacha. 
Mélie {lot r'pindant F taye). 
Ji II' vis jâse nin, laid page, allez, feu d'imbarras. 

(« So>ts.\our). 

Et m' mame, donc lèye, qui m' va-st-ach'ter dès rogès châsse, 
Et dès jènès botkène ; ie ! po m' moussi qu' j'a basse! 

{Elle citatite .to l' même air qui pus haut). 

Et zic don daine, cl zic don don, 
Ji sèrè li p'iit trésor. 
Et zic don daine, èl zic don don, 
Iloûye à bal di mon Lapôrt. 

Qui j' va-t-èsse gâye, donc, mi. 

Soussour {cosanl lodis à 'ne ovrège). 

V's èstez-st-ine pitite sotte, 
Vos n' tûsez qu'à danser. 



- 420 — 

Mélie {à J'han-Jàqiics, (ol-z-aksègnant Soussour). 
Vo-l-là co qu'elle baibotte. 

(à Soussour.) 

V's estez de 1' bonne annêye, vos, si v' hèyez d' danser, 
Mi, ji Taîme bin, parait, ca ce m' plaisir de I' fer, 
D'ailleurs J'han-Jacques vou bin, 

(ù J'han-Jacqucs.) 

Edonc? 
J'han-Jacques. 

Mi! c'è st-àdire. 
Mélie {même jeu qui J'han-Jacques). 
G'è-st-à dire... à dire quoi? 

J'han-Jacques. 

Qu'aveu totes vos manire, 
Ji n' sâreu nin v' disfinde çou qu' ji n' pou t'èspêchî. 

MëLIE. 

Louquîz donc, et c'è lu, qu' m'ahège danser V prumî. 

J'han-Jacques {couyonnanl). 

Taihiz-v', allez, belle plume, pa v's èfriz maladèye, 
Si v' n'allîz nin poch'ter ; ossu tôt 1' monde ô rèye, 
Mi- même onque dès prumî. 

Mélie. 

Et mi, ji m' moque di vos, 
J'han-Jacques {si moquanl). 
A r bonne!!! sins rire!!! 

MÉLIE {qui bisquéye). 
A r bonne ! allez-è, bai jojo. 
J'han-Jacques. 
Vos m' fez bin louquî làge. 



- 430 — 

MÉLIE. 

Quel air qu'il a, l' laid page, 
Allez, v' n'estez niii 1" diùle, po v'ni fer 1' crâne. 

J'uAN- Jacques. 

Mi, j' wage 
Di v' mette hoûye pus d' dix côp so 1' canne di veule. 

MÉLIE. 

Awè! 
J'iian-Jacques. 
I fâ qu' ji v' fasse zùner. 

Wélie. 
I n'a nin mèche, parait. 

SOUSSOUR. 

E-ce cûsi tôt, vos deux, avou totes vos chicane? 

RIÉLIE {lolc mâle à Soussour). 

G'è todis lu qui k' mince, 

J'han- Jacques (à Mélie tôt s' moquant). 

En avant deux, so l' canne. 
Eye, èye, comme elle bisquêye. 

MÉLIE {tôle mâle). 

Aliez-è, grand napai, 
Vos n'estez qu'on harlaque, a-v' oyou, bai cabai. 

Soussour (« J'han- Jacques). 

D'où vin tant 1' chicaner. 

J'iian-Jacques. 

D'où vin? pace qui ji l'aîme. 

Mélie (&i«ri/a';. 
Hein ! grand spitâ. 

{à Sousioitr) 

Soussour, j'a 'ne idèye, mi. 



— 431 - 

J'iiAN -Jacques {d'inc air di couyonnâde). 

Tôt r même ! 
Mélie {iini zûne). 
Tôt r môme, louquîz donc lu. 

J 'h an-Jacques (tôt a^Hoquant). 

Raffe so 1' cane sans wapeur, 
En avant la musique. 

MÉLIE. 

Allez-è, grand blagueur, 
Vos n'avez qui ï geaivc bonne. 

J'iun-Jacques. 

Ji prind-st-astème à l' vosse. 
Et comme on rèwe jèw jèw, ji v' t'ai riv'ni so 1' crosse. 

Soussoun (à Mélie). 

le ! ie ! dishombrans-nos, ca lus gins rawardèt, 
N' sèrans sûr barbotèye, sont-is prête vos paquet? 

MÉLIE. 

Vo-lès-là-st-apontî. 

SOUSSOUR. 

J'a fini mes cosège. 
V'ncz-v mi d'ner on cùp d' main po r'ployi mes ovrège. 

Mélie {lol-z-aidanl Soussoui). 
I n'a nou ma, jans, jans, dishombrans-nos, Soussour. 

SoussouR. 
Vûlà qu* c'è càbiî tôt. 

Mélie. 

I fâ tûdi qu'on cour 
Avou vos. 

J 'il AN- Jacques {à Mi'lic). 
Bin, rotez. 



— 43^2 — 

Mèlie. 

Ji n' vis jàso nin, laid page, 
Bailleurs fà qu'on rèpoite ûx gins tos leus camache. 

[On bardoutiôtjc itd'foâ.) 

La, v' clial mi marne à c'ste heure, mon Diu qwand 'nne irèt-on? 

{Dtuliie inleure.) 

Scène IV. 
LÈS MÊME, DADITE. 

Dadite {avou 'ne assiètle è /' main). 
Estez- v' là, hêye, Soussour? 

Mélie {qui rèspond è l pièce d'à Saussour). 

Awô, qui volez-v* donc ? 
Dadite (à Mélie). 
Mèlez-v' di vos affaire, a-v' oyou, l'affrontêye? 

Mélie. 
Jî n'a nin I' timps, parait, fâ rèpoirter l' bouwèye. 

Dadite (à Soussour, toi pilant). 
Soussour, vos qu'è si bonne, ni m' vorrîz-v' nin pruster 
'Ne pitile noquètte di bourre avou 'ne picèye di se ! 

Soussour {priiidanl Vassiètte). 
Sia. 

Dadite. 
Dihcz? 

Soussour. 
S'i v' plai? 

Dadite. 

N'a-v' nin 'ne pitite copètte 
A beure? 



— 433 — 

SoussoL'R {tôt priiidiint H impUhaut 'ne copèttc), 
Sia, savez. 

Dauiie. 

Oh! m'pauve cour si va r'mèltc! 
Mettez on boquèt d' souke. 

MÉi.iE {à Daditc). 

1 v' mâque todis 'ne saquoi ! 

Dadite {A Mélie). 

Qu'è ce qui çoulà v' fai vos, pusqui ji li rindrè. 

J'han-Jacques [à Dadite). 

Qwand v's ûrez 1' cour malade. 

Dadite (à J'han-Jacques). 

Qui chaf'tez-v' là, laidmûye? 
S:iz-v' binqu' j'a-st-on bon cour? 

J'han-Jacques. 

Awè, i n' rind jamâye. 
Dadite. 
Il è mèyeu qui 1' vosse. 

Mèlie { à Dadite). 

Bin, .l'han-Jâcques a raison, 
Ca vos n'estez mâye pus qu'à l'èpronte tôt de long. 

Dadite. 

Taihîz-v', vos, p'tilc blablame. 

SoussouR (à Dadite toi mettant VassièUe so /' lùve.) 

Via çou qu'i v' fà, Daditc, 
Ni m'èl rappoirtez nin, 

Dadite. 

Poquoi donc ? 

:28 



— 434 — 

SOUSSOUR. 

Ji v's èl qwilte. 

{Si rappiusmit.) 

Oho, j' ralléve rouvî, ji v's invite â café. 

Dadite. 
Magn'rè-t-on de l' dorêye ? 

Mèlie (à Dadite). 
Ein ! pansâte ! 
SoussouR {à Dadite). 

Oh ! awè, 
Y'iès irez même chûsi. 

Dadite. 

J' lès prindrè tôle novèlle, 
Et k' bin m'è pây'rez-v' ? 

SOUSSOUR. 

Qwate. 
Dadite. 

V's èstez-st-ine brave bâcèlle ! 
Poquoi ni v' mariez-v* nin ? 

SoussouR. 

Ji so-st-heureuse ainsi. 
Dadite. 
Pa v' coiffez Sainte Cath'rêne ! 

SoussouR. 

Gn'a 00 dès autes qui mi. 
J'han- Jacques (à Dadite). 
Poquoi n'èl riféve nin; donc, vos, qu'è co si belle? 

Mélie. 
le! lisquélle ! 



— 435 — 

Dadite {si rengorgeant). 
Si j' voléve, oh ! j' freu co bin l'handèlle. 
J'han- Jacques {fanl les qwanse de k'nohe ine saqui). 
Oh ! j'ènnè k'nohe sur onque, savez, mi, quVôreu bin. 

Dadite {à part). 
I vou sûr jàser d' Gilles. 

((î J'han-Jâcquei.) 

Fez-li mes complumint. 
Mélie {à J'han-Jacquet). 
Kiminl l' lomme-t-on, ci-là ? 

J'han-Jacql'es. 

V's estez bin trop curieuse. 
Dadite (à Mélic). 
Çoulà ni v' rigarde nin, a-v' oyou, tourciveuse. 

MÉLIE {à Dadite). 
Qui madame è-st-aimdve ! 

J'han-Jacques {à Mélie.) 

Divins l'hantrèye surtout. 

(rt Dddite.) 

Avou VOS p'titès airs, pa, v's èschantrîz 1' coucou. 

Dadite (à J'han-Jacques). 
Oh ! gn'a qu'amour qui plaise, çoulà j'èl pou bin dire. 

J'han-Jacques. 
G'è vrèye, pusqu'i fai bin danser lès âgne sins rire. 

MÉLIE (à J'han-Jacques). 
G'ô mutoi po çoulà qui vos dansez si bin. 
J'han-Jacqles (à Mélie). 
G'è d'après vos leçon. 



— 436 — 

WÉLIE. 

Louquîz donc, l'ènocint, 
Qui m' vou mès'rer-st-à si aune ! 

J'iian-Jacques. 

Ji n' so nin assez riche 
Pa, portant v's è mès'rez. 

Méi.ie. 
Quel air di hène di cliché ! 
Dadite {à Soussonr, toi prindanl si assiette). 
Merci, savez, Soussour, po vosse bourre et vosse se. 

{a Mèlie.) 

Quand vos r'vêrez, là, vos, n' rouvîz nin d' rappoirter 
V savez bin quoi, surtout on bon qvvàrti d' dorèye, 
N' rouvîz nin 1' principâ. 

MÉLIE. 

Di quoi ? 
Dadite. 

Pa 'ne bonne drôssèye 
Di mon Hàlin sor Meuse. 

Mélie. 
Si ji live des aidant... 
Dadite. 
N'iès pièrdez nin todis, ca v' touch'rcz pus d' doze franc. 

Mki.ie. 
Et qwand n's ûrans dîner, dihez, n's irans-st-èssonne 
Ach'ter saqwants camache ? 

Dadite. 

Awè, sôyîz sins pône. 
J'a faim don p'tit boquèt, dihombrez-v' loles lès deux. 

Soussour. 
Awô, Dadite. 



— 437 — 

MÉLIE. 

Awè. 

Dadite {lot 'une allant.) 
A c'ste heure, ji va fer m' feu. 

{Tôt 'une allant, elle si trèbouhe so Gilles qiCinteure; elle lifai bai visèye ) 

Scène V. 

J'IIAN-JACQUES, SOUSSOUn, MÉLIK, GILLES (on bon valet, on pan 

cnalné). 

J'iian-Jacques. 
Ah ! vochal Gilles ! 

Mélie. 
Ah! Gilles! 
Gilles {dihanl boujoû.) 

J'han- Jacques! Mèlie! 

(à Soussour.) 

Mam'sèlle ! 

SOUSSOUR. 

(à Gilles.) 

Mossieu Gilles! 

(à Mèlie.) 

Mèlie, vûdiz 1' golte. 
Mélie. 

Awè. 

(Elle }))i)Hl è rdnnd ine bolcijc et dès verre.) 
J'han-Jacquf.s (ri Gilles.) 

Et que novèlle ? 
Gilles. 
Ji so v'nou dire bonjoù. 

J'han-Jacques. 
T'abin fait, hêye, vix frc. 



— 438 — 

Gilles (à Soussovr). 
I n'a nou dérang'mint ? 

SOUSSOUR. 

Nônni, nènni, savez. 
J'han-Jacques. 
Si t' pinse gêner Soussour, te sûr de 1' bonne annêye. 

(Mélie présiiilc deux verre âx homme.) 

GÎLLES (à Soussour, io( levant s' verre). 
A r vosse, mam'sèlle Soussour. 

J'han-Jacques (à Mélie). 

A vos amour, mamôye. 
Mélie (à Gilles, tôt riant). 
Si nos buviz-st-àx vosse, donc, Gilles 1 

Gilles {tôt gêné). 

Mi, ji n'hante nin. 
Mélie. 
Enne estez-v' sûr, de mons ? 

Gilles. 

Avou qui r freu-ju bin? 
MÉLIE {(èn'mint). 
Avou Soussour, mutoi. 

SoDSSOUR {tote gènéye, à Mélie). 
Mais, Mèlie.... 
GÎLLES {à part, tôt pièrdou). 

Qui di-st-èlle ? 
J'han-Jacql'ES (à part). 
Aye, aye. 

Soussour (à Mélie loie seule). 
Taihîz-v'. 



— 439 — 

MÉLIE. 

Allez, n'fez nin li streute, mam'sèlle, 
Ji louque tôt, parait mi. 

SoussouR {(ote gôncye, à Mélie, tôt prindant ses paquet). 
Estans-gn' prête, jans? 
Mélie {prindant ses paquet). 

J'y va. 
J'han-Jacques. 
Wisse allez-v', donc? 

MÉLIE. 

Ax viér. 

J'han-Jacques. 
Quelle belle divise. 
MÉLIE {si rengorgeant). 

Vola. 

SOUSSOUR. 

Allons, jans ô, Mélie. 

MÉLIE. 

N' sèrans co vite riv'nowe. 
J'fian- Jacques (à Mélie). 
Vos, p'tit hacha, qui n' vis pièrdcz-v' avâ lès rowc. 

MÉLIE. 

V dirîz vite ine priyire à Saint-Antône, cabai, 
Po m' ritrover. 

J'han-Jacques. 

Nôna! J'êl direu-st-à s' pourçai ! 

SoussouR (à ilélie). 
Allons, hoppc. 

(à Gilles.) 

Mossieur Gilles. 



— 4i0 - 

Gilles. 

Mam'sèlle Soussour. 

J'han-Jacques (rt Mclie, tôt /' volant hàhi). 

Jans, hâye, 
Ji v'deus-t-on p'tit bàhège. 

Mélie [lot V richôquant). 

Vos v' frîz de ma. 

{Jluiu-JAcquea vous Pabrèssi, elle li donne deux p'iils pétard). 
J'han-.]acques. 

Wâye, wâye! 
Bin pusqui ji v's èl deu. 

Mèlie. 
Fez 'ne creux d' sus. 
J'han-Jacques. 

Ji n' vou nin, 
J'aîme de payi mes dette. 

{cl bdlie.) 
MÉLIE (tût s' séchant èvôyc). 

Allons, allons, c'è bien. 

Scène VI. 
J'HAN-JACQUES. GILLES. 

J'han-Jacques {toi flouquant Gilles). 

T'a 'ne drôle d'air à m' sonlancc, di-m' li vrôyc, jans, vi.K stoke, 
Ti m' vou dire inc saquoi. 

GÎLLES. 

C'è vrèye. 
J'fian-Jacques. 

Bin, drouve ti bokc, 



— 441 — 

Et di-m' à que rapport. 

GÎLI.ES. 

G'è rapport à Soussour. 

J'han-Jacques. 
Ti l'aîme ? 

Gilles. 

Comme mes deux oûye. 

J'iian-Jacques. 

Eh bin, dilahe-mu t' cour. 

CÎLLES. 

Awè, ji l'aîme, Soussour, et j' n'a mâye aîmé qu loye; 
Mais d'vant d'ènne i d' viser, ji t' vou d' mander consôye. 
Ji t'a d' jà raconté 1' màcûle di m' sour Tonton, 
Qu'après avu liante 'ne hiède d'annèye tôt de long, 
A stu trompêye par onque qu' li jâséve di mariège, 
Et qu' cachîve si fàss'té tôt li fant bai visège. 

.I'han-Jacques. 
Et t'sour mora d' chagrin... 

Gilles. 

Totlèyant-st-ine étant. 
Qui j'acclive. 

.rilAN-jACQUES. 

Bah! va mî 'ne èfant qu'ine éléphant. 

GÎLLES. 

Portant j' paye bin por lu, mais tôt i;ou qui m'anùyc, 

C'è qu' j'a sogne, tôt crèhant, qui n' susse li contrûve vôye. 

,riIAN-.lACQUES. 

Etti vùreu? 

GÎLLES. 

Qu' Soussour, tôt m' mariant, adop'treu 
Ci.sle èfant comme ci c:" fouhc d'à lève. 



- 442 — 

J'han-Jacques. 

Iloûte, vix kaikeu, 
C e-st-ine aute paire di manche, màgré qu' l'è m' camarade, 
Ji lairè fer Soussour ; po l' consî ji n'a wâde. 
J' li dire çou qu'ènnè; louque, po t' dire li vrèye, hein, 
A m' sonlance, ja m' idêye qui Soussour ni t'hé nin; 
Et ji vôreu, hein, vîx, qui l' case réussihasse, 
Et qui sins s' fer sèchi l'orèye, èl t'acceptasse. 
Brave et bon camarade, ti n' rèyc màye di bon cour 
A case di tes rasbrouhe; mais s' ti mariéve Soussour, 
Tes pône sèrit fmèye, ca ti veureu-st-appreume 
Rilure li vrêye bonheur; ca t'àreu-st-ine brave feumme; 
Et qwand 'lie sèrc riv'nowe tôt rate, ji li dire 
Tôt çou qu' ti vin di m' dire. 

GÎLLES. 

Di lî bin çou qu'ènne è. 
Qwand sûrè-ju s' rèsponse ? 

J'han-Jacques. 

Ti l'ârè mâle ou bonne 
Vès deux heure, compte sor mi. 

GÎLLES. 

Vin m'ôl dire è m* mohonne, 
Ni mùque nin, 

J'iiAN-jACQUES (tôt /' rikdûhatit). 
Ji t'ôl jeure. 

GÎLLES. 

Oh merci, j' m'ènnè va. 
J'iian-Jacques. 
A deux heures â pus tard, ti veurrè, j' sèrè là. 

{Gilles ènnè va.) 

Li teille tome. 
FIN DÉ PRUMIR AKE. 



DEUXEME AKE. 

Li nièinc chambc qu'à prumire ake; l'hûrloge marquéye cùsi treus heure. 

Scène I. 

J'HAN-JACQUES, SOUSSOUU. 

J'han-Jacques. 
Et qu' fà-t-i dire à Gilles, Soussour? 

SOUSSOUR. 

D'hez li qu'i vinse. 
J'han-Jacques. 
So r côp? 

Soussour. 

D'vins 'ne dimêye heure, nin pus tard. 
J'han-Jacques, 

Pauve polince, 
Il è comme so dès spène, ji wage de 1' pawe qu'il a 
Qui vos n'èl riboutéssc, c'è-st-onque qui v's aîme, ci-là. 

Soussour. 
Et s' ji m' mariévc jamâye, è-ce qui v' sùrîz mi èximpe? 

J'han-Jacques. 
Çoulà j' tus'reu co 'ne choque, por mi c'è-st-on pau timpe. 

Soussour. 
C'è qu' j'a d' l'âge. 

J'han-Jacques. 
Vos, d* l'âge, on n' vis donreu qu' vingt an. 
Soussour. 
Sins compter lès rawèlte. 



444 



J'man-Jacques. 

Bill, r pauve Gilles, qui v's aîme tant, 
Kst cinq an pus vîx qu' vos. Tôt l' môme, v' sèdz 'ne belle copc, 
Pa v' croh'rez d'sos 1' bonheur, j' wage qui vos 'nne ûrez trope. 

Soussoun. 
Et bin, ji v's è r' vindrô. 

J'iian-Jacques. 

V m'èl donrez bin po rin. 
Comme ji v' kinohe. Hoûtez, si vos n' vis mariez nin, 
Bin j' n'èl frè mâye non plus, 

SOUSSOUR. 

Et qu frez-v' di vosse crapaute ? 
J'iian-Jacques. 
Fàrè bin qui j' li dcye, pa, qu'elle hante avou 'ne aute. 

Soussouu. 

Quelle boude fai Jacques à s' mère! jans, grand sot, allez-è. 

J'iian-Jacques. 

Et qu* li direz-v'? 

SoussouR. 

Qui sé-j'? 

J'han-Jacques. 

le, ie, que s'crèt mawôt, 
Jans, ji m'ô va, Soussour, ca j' so sur qu'i trèfèlle, 
Et qu'i tronle lès balzin di sogne d' ine mâle novèlle. 

(Enni va lot chantant so rair de- La dent de sagesse.) 

Mi soussour a-st-on s'crèt 
Qui lot r monde kinohrè 
Tra la dèra la. 



— 445 — 

Scène II. 
SOUSSOUU. 

SOUSSOUR. 

Gilles di qu'i m'aîme ; awèt, mais i fâ qui m'èl prouve, 
Ossu po r bin sèpi, V va-ju mette à l'èsprouve; 
Et s'après 'ne sifaite keure i m' vou todis marier, 
G'è qu' m'aîm'rè sûr; adonc j' n'ùrè pus sogne d'ôl fer. 
Et puis ji sin por lu, là, 'ne saquoi qui toctèye, 
Ca j' l'aîme ossu ; mais d'vant do loyï m' dèstinùye 
A r seune, i là qui j' veusse si c' n'è nin po l'étant 
Di s' sour qui m' vou marier. Ji n"èl pinse nin portant. 
Po 1' sèpi, j'a voyî Mèlie amon Cabrasse 
Qwèri ciste èfant là. 

{Elle louque V heure.) 

Mon Diu comme 11 timps passe. 
Elle div'reu t'èsse riv'nowe, et Gilles lu qui va v'ni. 
Ah! v'chal Mélie; 

(Elle veit qu' Mélie a Vèfaut ) 

Elle l'a. 

Scène III. 

SOUSSOLK, MÉLIE. 

Mélie {quipoite ine èfanl). 

Ghute, chulte, i doime, li p'iit. 
SoussouR 
Pauve èfant, louquîz donc, Mélie, i rèye âx ange. 
Ali! s' l'èslcu-st-adlé mi, comme i f'reu 'ne belle discangc, 
11 àreu de mons 'ne mère. 

{Elle prind Vèfani so ses brèsse èi lijdse.) 

Nànez, mamé poyon, 
Ah ! qui n' dimorez-v' chai. 



— 446 — 

MÉLIE. 

I n' tin qu'à vos, èdonc, 

V n'avez qu'à marier GîUes. 

SOUSSOUR. 

Çou qu' c'è qui 1' viquârêye. 
Mèlie. 
Mariez-r, allez, Soussour, c'sèrè 'ne affaire bâclèye. 

SoussouR. 
Awè, mais fâ qui j' sèpe avant, s' m'aîme comme èl di. 

MÉLIE. 

Et qu'allez-v' fer? 

Soussour. 

Hoûtez, j' rawûde Gilles qui va v'ni. 
Vos v' bout' rez-st-è Taute chambe, v's y d'meurrez tanlqu'ji 

[v' houque. 
Ca çou qu' nos d' vans nos dire, ni peu t'èsse sépou d' nouque. 

V prindrez l'èfant avou. 

MÉLIE. 

Bon. 

Soussour. 

Av' compris? 
MÉLIE {tôt fprindanl Vèfant). 

Awè. 
Et qui frez-v' avou lu, so c' timps là? 

Soussour. 

Ji m'èxpliqu'rè, 
Vos n' houlrez nin, savez. 

MÉLIE. 

Ji n'a wâde. 

{h part.) 

V lairè 'ne crèveure 
A l'ouhe, po sôpi lot, 

{On bardoùhe û iVfoû.) 

Bon, v' chai mi mame, à c' ste heure. 



— 447 — 

SoussouR {lot séchant Mélie è l'aule cliumbe). 
Awè, j' l'ô bardouhî, abèye, Mélie, vinez. 
Ca 'Ile donreu co s' côp d' lawe. 

MÉLIE {tote mâle). 

Elle vin todis gêner, 

Scène IV. 

Dadite (tote flochlêye avou 'ne roge cotte èl on bai casawé). 
Estez-v' là, bèye Soussour? là, wisse ès-st-èlle donc lèye. 
Elle è seurmint-st-èvôye fer 'ne commission è 1' vèye. 
C'è dammage, ca j'àrcu volou li dire on mot, 
Rapport à Gilles, qui m aime comme ine èrlique, li sot. 
Mais i n'a qu'on mèhin, c'è qui n'oisse nin m'èl dire, 
Ossi fùrè-t-i bin qui c' seùye mi qu'ôlriqwire, 
El qu' li fasse des avance, po qu'i s' pùye déclarer. 
A vèye mes belles air, èl f'ro sins chipoter. 
Quelle èwarâchon, dai, qwand on veurrè qu' Dadite 
A Irové onque à s' dcugt ! J' se qu' j'àrè de 1' ridite, 
Pace qui s' sour, l'ènocaîne, a-st-attrapé 'ne èfant; 
Mais 'ne feumme attrape çoulà pus vite qui cint mèye franc; 
Adonc puis, Gilles mi va; portant ji so co glotte, 
Ji n' vou nin fer l'amour, pa, pichotte à migotte... 
le! vo-r-chal! 

Scène V. 

DADITE. GILLES. 

GÎLLES {lot cmainé). 
Ah! Dadite! 

Dadite (faut l'airnâve) 

Ah ! Gilles ! fai bon, èdonc? 



— 448 - 

Gilles. 
Awè. 

(/ touque âtou d' lu.) 

Mam'zèlle Soussour w' è-st-èlle? 
Dadite. 

Oh! qu' sé-ju donc? 
Gilles (à par ). 

C'è drôle, J'han-Jûque m'avôye... 

Dadite {funt dès p'iitès air). 

D'hez, vos, qu'a tant de gosse, 
Ni so-ju nin co belle, po plaire n'a-ju nin 1' bosse? 

Gilles. 
Sia. 

Dadite. 
N' so-ju nin brave? 

Gîlles. 
Ji pinse qui sia. 
Dadite. 

C'è qu' mi 
Ji so-st-ine feumme, parait, et j'èl sôrè todis, 
Et bin wârdêye. 

Gilles. 
Awè, 

Dadite 

N'a-ju nin co *nc belle tièsse? 

Gîlles. 
Sia. 

Dadite. 
Dès belles main ? 

Gilles. 

Tôt r môme. 

Dadite. 

Et dès bais brosse ? 



- 449 — 

GÎIJ.KS. 

On r vcu. 

Dadite. 
On bai stoumaque, dès belles hanche. 
Gilles. 

Awè. 
Dadite. 
Ine belle jambe. 

Gilles {lot gêné). 
Oh ! Dadite ? 

Dadite 

Adonc puis dès mollet.... 
le, j'a m'ioyin qui tome, fà portant qu' j'èl rimètte. 
Gilles {à part lot s' rissêchant et faut dds oûye comme St-Glllcs l'èwaré). 
Qui m'va-t-èlle aksègnî tôt rate, cisse vèye hèrvètle. 
Dadite {qu'a r'ioyt s' loijin). 

A propos, dai, d'hez donc, vos qu'a 1' foice don terra, 
Poquoi ni v' mariez- v' nin ? 

Gîlles. 

J'y tûse, Dadite. 

Dadite. 

Aha! 
Ni prindez nin 'ne trop jône. 

Gilles. 

Oh ! nènnî, 1' cisse qui j'aîme 
Est-ine femme inte deux âge. 

Dadite. 
Oho! 

(à part.) 

C'ô por mi-même. 
29 



— 450 — 

{A Cille.s.) 

V's estez liôntcnx iVlî dire qui vos l'aîmcz ? 

(lîl.I.l-S. 

On pau, 
C'ù vrcyc. 

Daditk {li faut gawe-gawe). 
N'àyîz nin sogne, dimandez-l', grand bâbô. 
• Gilles (qui pinsc qu'elle vou jaser d' Sonssour). 
N'sèrè-jii nin r'boul^, ? 

Dadite (à pàrl). 
Te, comme mi gros cour hoûse ! 

{A Gilles.) 

Vos estez- st-accèpté. 

Gilles. 

Pinséz-v' ? 

Dadite. 

Awè, à couse. 
Gilles. 
Enne ôstez-v' sur, de mons ? 

Dadite (.si choquant toi près d' Gilles). 

Çou qu'i d'mande, l'ènocint. 
D'hc/., fà-t-i qu'ji v'èl prouve et so 1' cùp ? 

Gilles. 

Ji vou bin. 

{Dadite vou linlii Cilles qui rèscoulc tôt èwarc; so c' /rt'i'/>i Soussour intcure sin.i 
fer les qwatise di lès véije.) 

Scène VI 
LÈS MÊMES, SOUSSOUR. 

Dadite {â Gilles). 
Chul! chut! on s'èspliqu'rù loi rate, ni d"hez rin, Gilles. 



— 451 — 

Gilles. 
On s'ùspliqu'rè di quoi ? 

Dadite. 
Chul! chut! 
GÎLLES (À part). 

Bin qu'è-cc qu'elle pîle? 
Dadite (à Soussonr). 
Soussour, ni m'prustèy'rîz-v' nin, d'hez, on boraî d'bois? 

SoussouR (prindant ^2 borai d' bois è l'aisse). 
Tinez, vos 'ne là deux, 

Dadite. 
Pus tard ji v' lès rindrè. 
Soussour {à pâ>t). 
Kimint I' frè-ju 'nne aller ? 

{Si rapinsant.) 

Oho! 

(A Dadite.) 

Mais lès dorêye, 
N'èls allez-v' nin qwèrri, Dadite ? 

Dadite. 

Oh ! sia, hêye, 
Ji m'y va tôt fi dreut, j' n'a wâde di lès rouvî. 

Soussour. 
Vola cûsî treus heure. 

Dadite. 
Oho, d'hez, l's av' payî ? 

Soussour. 
Awè 

Dadite. 
Bon, bon, d'hombrez-v' alors do fer bourc l'aiwc. 



— 45-2 — 

SOISSOLR. 

Elle è déjà so ITeu, 

Dadite {toi pansant adlé Cilles). 
Chut! chut! 

. {A Soussour.) 

Ji m' saiwe. 

Scène VII. 

GILLES, SOUSSOUU. 

(Soussour arrimje li tAve tôt >' louquant (/' limpt in timps ({'sot air Gilles qui vou 
todii jdser, mais qui noise.) 

Gilles {qui n' pou v'ni à s' parole). 
Mam'.. selle... Sous...sour... 

Soussour. 
S'i v' plai ! 
Gilles. 

I fai chaud hoûye. 
Soussour. 

Edonc. 
Gilles (à part). 
Ji sowe à gotte. 

{A Soussour.) 

Mam'sèlle. 

Soussour. 
S'i v' plai ? 
Gîllls. 

C'è vrêye.... fai... bon. 
Soussour (à part). 
Comme il è-st-èmaîné. 

{A Gilles.) 

Bill, vos v'nez ce d'èl dire. 



— 453 — 

Gilles (t'o pus Qi^né). 
Escusez. 

SoussouR (à Gilles). 
Oh! c' n'è rin. 

(A part.) 

Pauve GîIIes, comme i m' fai rire. 

{A Gilles.) 

Quelle bonne novèlle di v' vèye? 

Gilles [lot piérdju). 

G'è rapport... à... à... à... 
SoussouR ifant /' bnbinème). 
Rapport à quoi, donc, Gilles? 

Gilles {à part). 
Ah! k'mint lî dire çoulà! 

(A SoHSsoiti\ tôt fatic 'lie foice.) 

J'a Irinte cinq an, mam'sèlle. 

SOUSSOUR. 

L'âge dès homme raisonnâbe, 
Et j* creu bin qu' vos Testez. 

Gilles. 

Vos estez bin aimâbe, 
G'è l'âge qu'on wangne dès censé qwand on è bon ovri. 

SoussouR. 
J'han-Jùcques m'a d'visé d' vos, j' se bin qu' vos 'nnè wangnîz. 

GILLES. 

Tihe et tahe, ji wangne tos lès jeu âhèy'niiiit m' pècc. 
Et portant j'a passé, savez, 'ne pèneuse jùnèsse. 
A-ju mâye situ jonc? Ga j' n'aveu qu'dix-hùt an 
Qwand mes pariiit morîl, tôt loyant qwate étant, 
Treus valèt et 'ne bùcèlle. C'a stu por mi 'ne deure chège, 
E c' trèvin, ce qu' n'èstcu nin timps d' broguî l'ovrège, 



-— 45i - 

Ca gn'avcu qu' mi qu wangnîve po r' pahe lès p'tits càrpaî. 

Ji d'va l'si chèrvi d' père, mi qu' n'èsteu qu'on jônai. 

Ah! vos m' polez bin creure, j' passa po tos lès nouke, 

Avou çou qui j' wangnîve, nos n' magnîs nin de souke. 

Mais j'aveu de corègc, j'ovra sins mûye tàrgî. 

Et à mes deux autes fré, j' fa-st-apprinde on mèstî. 

Ah! Tci qu'a-st-on s' fait d' voir, i n' fù jamâye qu'i màque! 

Soussouu. 
C'è vrêye, c'è comme j'a fait po-z-acclèvcr J'han-Jâcques. 

GIli.es. 

Awè, v's avez passé comme mi dès deurs hiquèt, 
Y's avez d'jà vèyou clér è vosse hièle. 

SOUSSOUR 

Oh ! awè ! 
Nos avans stu logî, vèyez-v\ à l' môme èssègne, 
Ca fâ qu'on aîme l'ovrège. 

Gilles. 

Sins jamâye lî fer Thègne; 
Et dire qu'ènnc aveu co dès cix qui riyît d' mi ! 
Tôt m' traitant d' bûbinème! 

Soussouu. 

Oh ! gn'a qui fai, qui di. 
Gilles. 
C'è vrèye, çoulà. 

Soussouu. 

Kibin gn'a-t-i d' ces bais apôte 
Qu'ont l'air di s' moquer d' tôt et qui rièt d' nos aute, 
S'is d'vît fer 'ne sifaite keure, qu' n'ârît nin 1' basse di cour. 

GÎLLES. 

Comme vos avez raison. Jâsans-st-on pau di m' sour, 

Qu'èsteu r pus jonc di tôle et qu' fève, pauve pitite mère, 

Li manège comme ine feumme. A c'ste heure, elle o-st-è terre 



— '4oo — 

A case (l'on sins honneur qu' l'a lait mori d' chagrin. 
Elle m'a lèyî 'ne èfant qu' jacclîve. 

Soussoun {loi r' soiiwant 'ne làmr). 

Pauve orphulin ! 

(iti.l.ES. 

Sèpez-v' bin wisse qu'il è? 

SorssoL:i\. 

J'Iian- Jacques mi Ta dit, Gilles. 
Et j' creu qu' n'è nin bin ki. 

GÎI.I.KS. 

Ce CDU qui m' fai T pus d' bîle, 
Ca j'a sogne, lot crôhant, qu'i n' prinsse on mâvas pleus, 
G'è poquoi ji vôreu, vèyez-v'... 

SOL'SSOUU. 

Eh bin? 
Gilles {to! [aul 'ne foice pojûscr). 

y vôreu 
Trover 'ne ange qu'èl prindahe comme ine mère dilé lèye, 
Tôt l'aksègnant 1' bonne vôye avou ses bons consèyc. 
Volez-v' èsse ciste angc-lîi, volez-v' loyî, Soussour, 
Vosse dèstinèye à 1' meune, vos qu'a-st-on si bon cour. 

{i chante .10 rairdi: Miittrc Patelin.) 

{' Cori'LKT. 

Ji v's aime comme on ; iinc li roscyc, 
A l'airoin'o dès bais joii d' prélimps, 
Ou comme i'oiihai qui grusinèye' 
Divins les l)iiskt'p;c si refrain, 

Ji v's aime, ji v's aime, cl po qn' vossc louquciirc, iinùye, 
Sor mi s'asl.lgc comme inc airdir (ianifiiu', 
Toi lanl r'j^Iali les deux itièle di vos oûye, 
Ali ! bonne anj^e, ji v' donreu loi m' cour. 



— 456 



Ji v"s .'lime comme ou nime li naleure 

Qwaiid apoiile lès bais jou d'oslé, 

Ou comme, qwaïui 1' niilèye si mosteure. 

Aime de vc)i r'iure li baité. 

Ji v's aîme, ji v's aime, et po qu' vosse boke nosêye 

Si drouve tôt comme on joli boton d' tleur 

Et qu'on bai rire so mes oûye s'arrèslêye, 

Ji don'reu mi âme avou bonheur. 



Ji v's aîme comme so l' terre fâ qu'on aîme 
Ine belle ange ravolèye d'à cir. 
Jourmâye ji wâdrè d'vins mi-même, 
Comme on wâdedi Diu l' bai sov'nir, 
Ji v's aîme, ji v's aîme, H po qu' vos lùppe rôscye 
So lès deux meune, s'apouyèsse pleinle d'amour. 
Ah ! j' donreu m' vèye, à vos qu' lin m' dèstinêyc 
Ca vos avez d^jà mi âme èl m' cour. 

SoussouR. 
Estez-v* sûr qui v' m'aîmez ! 

Gilles. 

Oh! Soussour, si ji v's aîme, 
E polcz-v' è doter. 

Soussouu. 

E-ce bin sûr por mi-môme, 
N'è-ce nin po l'orphulin ? 

Gilles. 

Nènni, ca d'pôye six meus 
Qui ji v' kinohc, ji v's aîme ; èl fer pus ji n' sâreu. 
Soussour {fnnl les qwajisc dresse géncyc). 

I gn'a 'ne saquoi, pa, Gilles, qui j' so honteuse di v' dire, 
C'è... c'è...c'è... 



— 457 — 

Gilles. 

C'è!! jûsez! 

Soussoru. 

Vos allez mutoi rire, 
Gilles. 
Mi, rire di vos, Soussour, oh ! vos n mi k'nohez nin! 

SOUSSODR. 

Ni v's a-t-on... jamâye dit qu' j'aveu... 'ne èfant? 
Gilles (tôt /' rilouquant tôt cwnré). 

Kimint! 
Vos avez 'ne èfant ! Vos î 

SoussouR {lot cachant s" rkège). 
Awè. 
Gilles {A part). 

Ji creu qu'elle rèye. 
Soussoi:r. 
On vin d' m'ùl rappoirter, ca 'lèsteu fou de I' vèye. 

Gilles [à \iàrt). 
Elle a 'ne èfanl tôt comme mi sour ! 

SoussouR (/"/ /' riloiiqnani). 

y veu qui v' tùsez, 
Portant; j'so 'ne brave bûcèlle. 

GILLES. 

Oh ! j' so-st-èstoumaqué ! 
Ji n' tùsc nin seuTmint 'ne goltc. J'a même li cour ù l'àhe. 

SoussouR (èwarêyc). 
Tin, pace qui j'a 'ne èfant ! 

GÎLLES. 

Oh ! awè, j' so binàhe. 



~ 458 — 

SOUSSOIR. 

Et vos m' volez co bin ? 

Gilles {simplumint). 

Ji v's aîme, ùdonc, Soussour, 
J'adopUrè vos te èfant. 

Soussour. 

Et mi, r ci d'vosse pauve sour, 
Ainsi nos appoitrans 'ne part di bonheur chaskeune. 
Olîo ! rawàrdez 'ne gotte, qui ji v' faisse bâhî 1' meune. 

[Elle ètinè vn-sl-è Vante chambc.) 

Scène VIII. 

GILLES. 

Gilles. 
Elle a 'ne èfant, Soussour, l'àreu-ju mâye crèyou, 
Mi qui v'néve tot-fcr chai èl qui n' l'a mâye sèpou. 

Scène IX. 

GILLES, SOUSSOUK. 

Soussour {avou l'cfant). 
Louquîz, Gilles, qu'il è bai, jans, prindez l'so vos brèsse. 

(Elle li mette Vèfaut so ses brèsse.) 

Tôt doux, tôt doux, savez. Là ! pa, v' fai d'jà dès caresse. 
Gilles {lot bièsse, avou rèftinl so ses brèsse). 

Mais !... mais... mais ! 

Soussour. 

Qu'avez-v' donc ? 

(iÎLLES. 

liisle èt'anl là, Soussour ! 



— 4Ô9 — 

SOUSSOUR. 

Et bin! 

CÎI.I.ES. 

D'iiez 1' vrèye, n'è-ce nin rùfant di m' sour ! 

SOUSSOUR. 

Gomme vos estez pèloye. 

GÎI.LKS. 

Dihez r vrôye ? 

SOUSSOL'R. 

Ce lu-même. 

{Toi r' priiidani Vèfant.) 

Rinde/. m'èl. 

Gilles. 

Oh ! Soussour ! 

SOUSSOLR. 

Vos voyez d' jà qui j'I'aîme. 

GÎLLES. 

Mais r vosse ? 

Soussour. 

C'è lu. 

Gilles. 

Portant vos m'avez dit... ? 

Soussour. 

Dit, quoi } 
Gilles. 

Toi à c'ste heure, qui v's avîz 'ne èfant. 

Soussour. 

Et bin, awc, 
J'a r ci d' vos.se sour, cdonc, mi j'n'a mùye avou nouque ! 

Gîllls. 
Oh ! j' comprind. 



— 4G0 — 

SOUSSOL'K. 

G n'a nou mû. 

(.1 part.) 

Fâ qui j' rèyc, qwand j'ôl louquc. 
Gilles. 
D*où vin av' fait cisse keure ! 

SOUSSOUR. 

C'a stu po v's èsprover. 
Tinez, Gilles, vola m' main, ca j' so sûr qui v' m'aîmez. 

GILLES. 

Et vos ? 

SOUSSOUR. 

On tôt p'tit pau. 

Gilles. 

Tôt r môme, qui v's estez bonne, 
Ah ! qwand n' serons marié, v' serez l'ange de 1' mohonne. 

SoussouR. 
Bâhîz voste èfant. — Là. Tôt doux, tôt doux, Mossieu, 
Lèyîz-m' mi part ossu, pace qui c'ô d'à nos deux. 

[!s chantée V duo sitvant so l'air d' : Urbain, pas de bruit, maman dort.) 

Gilles. 
Ciste èfanl è to seu so l' terre. 

Soussoun. 
Nona, Gilles, ca c'è d'à nos deux. 

Gilles. 
Ah ! v' vôriz bin lî clièrvi d'mére ? 

SoussouR. 
Avvt'', cièto, ca j'vou qu'senye heureux. 

Gilles. 
Ah ! bonne ange, si foirt qui ji v's aime, 
Po c'bèlle keure, j'èl frè-sl-èco pus. 



- 461 - 

SOUSSOUR. 

El mi, Gilles, ji v'sè rind (](' même. 

Essoule. 

Nos sèrans père et mère por lu (bis). 
(/« bdhèt l'èfant, adonc, i s'bd/ièi.) 

Scène X. 
LES MÊME, MÈLIE à 'ne oulw, J'IIÂN-JACQUES à l'nule. 

MÈLIE. 

Eie ! altrapêye maquette. 

J'han-Jacques. 

Bin v'ià-st-aute choi qu'dè l'jottc. 
Tôt doux, sésse là, frc Gilles, ca t'èl va magnî lote. 
J'araNve, ti n'croupilie nin, camarade, so tes où. 

MÈLIE. 

Et Soussour, donc, l'keute aiwe, louque on pau comme ôlleboû. 
V'poliz bin dire, souwêye, qu'vos n'vis marèy'rîz mâye. 

Soussour {à Mèlic). 
Bin, j"èl va fer, Mèlie, pusqui l'brave Gilles m'ahâye. 

J'han-Jacques (à Gilles). 
Et k'mint asse fait po fer ti d'mande'? 

Mèlie (à J'han- Jacques). 

Oh! il a fait 
Gomme vos l'divrîz fer, vos, av' oyou, bai cabai? 

J'han-Jacques {couyonnanl). 
Gn'a t-i 'ne saquoi qui presse? 

Mèlie. 

AUez-ô, grand rahisse, 
Sur qui c'n'è nin d'vosse fdlc, èdonc, s'i gn'a nou risse. 



— 462 — 

J'han-Jacques. 
Oh ! non risse! on se bin qu'ji m'marèy'rè-st-avou. 

Mèlie. 

Mais qwand? 

J'han-Jacqijes. 

Ax treus vîx homme. 

MÈLIE. 

Louquîz donc, l'iaid chaipiou. 
J'han-Jacques. 

{Chante so l'air de la petite Margot.) 
lièspleu. 

L' ci qui s' marèye 

Sèciie à l' lol'rèye 
On numéro qu' wangne lès tracas d' l'infer. 

Ca c'è-sl-appreume, 

Qwand 'i a pris 'ne feumme, 
Qu'i veu seul'minl ses manire et ses air. 

1" COUPLET. 

Qwand vos hantez, c'è totès sainte Nitouche. 
N'èi'si donrîz-v' nin l' bon Diu sins ii'fèssion ? 
Ca 'lies fèl li streute,leus air aimâve vis touche, 
El po v' complaire, elles fèt cint mèye façon. 
lièspleu. 

Mais 'ne fèye mariêye. 

Ces binamêye 
N'ont pus mèsâhe de cachî leus mèhin. 

Ca leus bajawe, 

Leus mâles lawe, 
Vis aksègnèt même çou qu' vos n'sèpcz nin. 

i« COUPLET. 
Enne a qui d'hèt qu' c'è totès ange so l' terre, 
Qu'on a sins zèlles nolle jOye et nou plaisir. 



— i63 - 

Qu'elles sont iîmt'ye, grâce à It-u caractère, 
Qwainl elles mori'i qu'elles vont fi drcu-sl-à cir. 

C'è dès canôye, 
Qui r diâle rinùye, 
Ca po lès k'dùre, 1 donne si part Ax chin, 
Et r vix saint Pîrre, 
Qui n'oise rin dire, 
Lès lai-st-intrerpo fer damner lès saint. 
{Si rnoqitatii.) 

Et volà, pa, belle plume. 

Mélie {on pou mâle). 
Allez, qwèrreu d'chicane. 
J'han-Jacqles. 
Donc, de raanire, ainai, vos v'Ià cû 'ne foye so l'canne. 

MÉLiE {mâle). 
Din, ji n'hante pus. 

J'han-Jacql'es. 
Sèreu-c' h l'bonne, todis, mon Diu ! 

MÉLIE. 

Awè, \h ! 

J'han-Jacques. 
Hein! mon Diu que bonheur! 
MÉLIE {tolc mâle). 

Jamûye pus. 
J man-Jacques. 
Oh! la belle enfant, da, c'è trop sérieux po rire. 

Soussouu {à rhan- Jacques). 
J'Iian-Jûcques, vos m'fex. dû rpùne avou lolcs vos maniro. 



— 464 — 

J'n AN -Jacques. 
Ji n"èl frè pus, Soussour. 

SoussouR (à J'han-Jacques et à Mélie). 
R'mèltez lès cache è fôr. 
MÉLiE {qui brogne). 
Mi, ji n'vou nin lès r'mètte. 

J'han-Jacques (à Soussour). 
V'vèyez bin ! 

MÈLIE. 

Qu' sèreu-c' pôr 
Pus tard? 

GÎLLES (fl Mélie). 
Jans, jans, Mèlie, c'è qui J'han-Jâcques vis aîaie, 
C'è-st-on si bon valet! 

J'han-Jacques (à Gilles, toi s' moquant). 
Mi, ji so comme de l'crême. 

(A Mélie.) 

Jans, mon p'iit cœur de beurre, ni brognant nin. 

Mélie. 

Sia. 

J'han-Jacques. 

V's irez deux pône po eune, poquoi l'fer? 

Mélie. 

Po çoulà. 

J'han-Jacques. 

Çoulà c'n'ù nin grand choi; jans, jans, mi p'tite poyètte, 
Ni brognan nin, 

Mélie. 

Sia. 



- 405 - 

J'han-Jacql'es. 

Bin louquîz, ji v'promètte 
De v'miner hoûyc à bal amon Lapôrt. 

SoL'ssoua (à Mélie). 

Allons 
Mèlie, nin dVos manire. 

J'hân-Jacques. 

Nos ûrans tot-rate si bon 
Qwand nïrans nos entrichat, jans, ji v's aclitèy'rè 'ne bague. 

{Mèlie poche di jôije). 

SoussouR (à Méiie). 
A c'ste heure vos v'ià d'accoird, nos d'visrans di v'marier 
Qwand v'sorez pus sérieuse, qui v'ii'ircz pus danser. 

îilÉLlË. 

J' n'irè mùye pus, Soussour ! 

J'han-Jacques (à Mélie.) 

V's àrîz bin trope di pône, 
Pa v's è frîz 'ne maladèye ! 

Soussour (à Mélie), 

Et puis v's estez trop jône ! 
Mélie. 

Louquîz donc, lèye, trop jône, mi qu'va so dix-hût an, 
El J'iian-Jàcques so vingt-treus. 

Soussour. 

V's estez co trop ùfant. 
Mèue. 
J'so-st-ossi feumme qui vos. 

J'han-Jacques (à Mélii). 

Awè, çoulà j'èl wage, 
Eco pus qu'ièye. 

30 



/iC6 



Méue. 
Pus qu'lèye ! cloyîz vossc gcaivc, laid pngo. 

{Sou!!sniir dorme refaut à Gilles.) 

Scène XI. 
Lès même, DADITF;. 

Dadite [qui rappoite lès dorcyc). 

Aha, vo m'-richal, dai ! 

SoussouR {à Dadite). 
Mettez lès chai, tinez. 
Dadite {faut odcr les dorèije à Soussour). 
Quelle bonne odeur! 

SoussouR 
Edonc? 
Dadite {lot mettant lès dGrèyc so /' lave). 
EtTcafè? 
SoussouR. 

J'èl va fer. 
Mélie {à Dadite). 
Marne, sèpez-v' bin rnovèlle? 

Dadite. 
Quoi donc! 
Mélie. 

Gilles si marèyc 
Dadite (ri part). 
I l'ârô seurmint dit. 

{<i Melie.) 

J'èl se mî qu'vos, dai, mTôye, 

{FAle vcu Gilles qui tin Vèjanl.) 

Tin, qu'poite-t-i d'vins ses brèsse! 



- /iG7 - 

MÊME. 

C'è l'èfant d'ù Soussour. 

Dadite {lole mâle). 

Si v'riez co d'mi, vosji v'va jower 'ne aule tour 
Qui dogu'rè vossc maquette. 

J'han-Jacques (à Dadite). 

Portant c'è l'vrêye, Dadite. 

Dadite (à Soussour). 

Vos avez 'ne èfant, voo ! 

Soussour {qui 7'/*rn/rf l'èfant à (Hllex). 

Awè, 

Dadite. 

Bin, l'dialc mi .s'pite. 
On n'iès fai nin portant à Twapeiir. 

J'iiAN-jACQUEs(à Gtltes). 

Nom di hu, 
Gomme ji rèye, ie fré Gilles! 

MÉLiE (à Dadile, lot-z-aksègnant Gilles), 
C'è st-ine èfant d'à lu. 
Dadite. 
D'à Gilles ? 

Même. 
Awè, èdonc. 

Dadite. 
Oh ! j'ni comprind pus gotte. 

MÉLIE. 

Bin, c'è l'èfant di s'sour, avez-v' oyou, vèye sotte; 

Gomme il è-st-orphulin, Soussour va l'adopter 

Toi s'mariant avou Gilles, c'è 'r.e belle keure qu'elle va fer. 



- 468 - 

Dadiïe (èwarêye). 
Avou quî ? 

Mélie. 

Avou Gilles. 

Dadite {tôle mâle à Gilles). 

Kimint donc, feu d'mèssège, 
Ni ni'av' nin promèltou, d'iiez, lut-rate li mariège. 

J'iian-Jacques et MÉLIE (à Dadile). 
A vos ? 

Gilles (à Dadiie). 
Jamùye, jamâye, ji nVis l'a promèttou. 
Dadite. 
Diiiez pôr lot d'on côp, qu'vos n'm'avez nin r'qwôrou. 

J'iian-Jacques (â Dadite). 
Lu, v'riqwèrri, Dadite! 

{Sousxour il Mèlie arrhirjèl deux cossin so deux chèyire et conquit Vèfant (Tsus^ 
elles vinèt vèye soviiit s'i doime.) 

Gilles. 

Po çoulà ji n'a wâde. 

Dadite. 

Bourdcu, vos mèritrîz qu'ji v'jouv/asse inc aubade. 

J'han-Jacques {lot riant). 

So lair di boulie dissus. 

Dadite {tôt choûlant). 

Tromper 'ne brave feumme comme mi 
Qui n'fai mûye dès môssège. 

SoLSSOUP. (à Dadile). 

Vos àrcz ma compris. 



— 469 - 

MÈLiE (« Dadile). 

Allez, fcûssedi rùchà, v'qwirrîz Saint Pirre à Rome. 

Fez 'ne creux là-d'sus, louquîz, d' voleur co r'prinde ine homme. 

J'iian-Jacques (à Mi'lic). 
C'è qu'elle si r'sin. 

{à Dadite.) 

Jans, jans, Dadite, ni choùlez nin ; 
Si v'volez, ji v'qwir'rè-st-onque qui v'convairè bin, 
Et qui v's aîm'rè de mons. 

Dadite {qui n' choâle pus). 

Pinsez-v'l 

Même {A Dadile). 

Louquîz donc, comme elle glètle. 
Dadite (à Mélie). 
Taîhîz-v', vos, tourciveuse, ou j'raballe vosse clappèlte. 

SOLSSOUR. 

Jans, Dadite, ji v'di co qui c'è-st-on mal ètindou, 
Ca m'mariège, avou Gilles, èsteu déjà conv'nou. 

Dadite. 

Allez, si vos v'mariez, c'è po fer l'tant à faire. 
Même («r autc). 

Vola co Tchin qui hagne. 

Dadite (à Soussonr). 
Vos n'vis arring'rez wérc. 
Soussoup. {à Ddditc). 
Allons, n'sèyîz pus mâle, louquîz, j'va fer l'cafè. 

Dadite. 
N'èl fâ nin fer por mi, j'ii'èl beurè nin. 

Scussoun. 

Poquoi ? 



- 470 - 

Mélie('Î Soussonr). 
Lèye qui n el beurè nin ! 

(À Dadite). 

Av' rouvî lès dorêye ? 

J'han-Jacques (à Dadite, loi H faut oder les dorcije). 
Odez-lès, jans, Dadite. 

SoussouK (à Dadite). 

Jans, sèyîz binamôye! 
J'han-Jacques (à Dadite). 
Ine fèye à fer. 

Dadite (à J'han-Jacques). 
Tot-rate, vos, vosse geaive va peter. 
J'han-Jacques. 
V'n'èslez nin co m'bèlle mère, savez, Dadite, po l'fer. 

Gilles (à Dadile). 
D'hez qu'awè, jans, Dadite. 

J'han-Jacques {à Gilles). 

Elle èl va fer, vîx stoke. 
Dadite (à Gilles, toi /' man'çanl). 
J'èl frè, mais j'a sor vos on dint. 

J'han-Jacquf.s {à Dadile). 

On dint ou 'ne broque ? 

SOUSSOUR. 

Jans, Dadite, rifez l'pâye et ji v'pây'rô sovint 
On bon qwârti d'doréye. 

{Dadile si hii-st-à dire.) 

Gilles {à Dadite). 
Awè jans, d'nezm' li main. 

{Is s' dinèt l'main.) 



— 471 — 

Dadite {tot-z-aksègnani Glllci). 
Louquî/C donc, n'dirizv' nin onque qui vin iïer manchette. 

(à Gilles.) 

Mais pus tard, rawàrdez, v'Iès compl'rez vos bèrwètte. 

J'han-Jacqles. 

Lu, jamâyc i n'pièdrè, pa frè noûf tos les cùp, 
Sins fer bèrwèlte à l'planche. 

Mélie. 

Louquîz, donc, l'grand bâbô ! 
SOUSSOLR (qu'a fait /' cnfè). 
Jans, vola l'cafô fait, buvans, l'tâve è mèltowe. 

Gilles. 
Po l'keure qui v's allez fer, Soussour mi cour rimowe. 

{ilèlie è-xt-adlé Vcfaiii, Dadite côpe é cachette on boqtiùt d'don'ye). 

SOUSSOLK. 

Ni m'nounnnL'z pus Soussour. 

MÉLIE. 

Nenni dai, 'Ile a 'ne èfant. 
J'iian-Jacqles. 
Bin, nos l'noumm'rans mémére. 

GÎLLES {à Sonssour). 

Awè, vosse cour è grand ! 
J'h an-Jacques. 

Ainsi, c'ôbin conv'nou, m'bravc Soussour si marèye 

Avou toi, camarade, et li p'iite Mèlie, lèye, 

Rawàrdrè co 'ne miette, J'han-Jâcques a co bin l'timps. 

Soussour. 
Et s' dihans comme li s[)Ot, lot è bin qu'linihe bin, 
Ca l'ci qui su l'bonne voye a todis Tcour à rùhe. 



— 472 — 

J'han-Jacques. 

Et po fini, chantans, po qu'tot rmonJc seûye binâhe. 

(/« chantét so Vair de rcsplcil de l'cluinson di : Malvina.) 

Chanlans, rians, fans l'sot, (bis) 
, Si n'jowans l'comèdèyo, 

C'è po qu'on s'plaise qu'on rèye; 
Chantans, rians, fans l'iot, 
Abèye amusans-nos, 
Tûl-for nioqiians-nos d'tol ; 
Chantans, rians, fans l'sot. 

Li teûle tome. 



Lès bouteû-foû 

Jây'lai naturaliste è treux ake. 



PAR 



Auguste et Clément DEOM 



Devise : 
È fond de peûpe. 



MEDAILLE DE BRONZE. 



PERSONNÈGE : 

3\CQ\]E^,boH[eû-foû 26 an. 

BOUYOTTE, boulcû-foû 50 » 

NOQUETTË, rauh'û d' rivage 29 » 

HINRI. imprimcû 22 » 

C\\\^\0'S,toueûd'aballa{ic 32 » 

MENZIS, mnisse di cabaret 5-4 » 

HENDECLICIIE, /ioiïî/c 50 » 

MOP.Tl{0{}\, ovri d' fabrique 40 » 

COIjXS, présidinl de bnl jwpulairc 50 » 

KU.ESSE, cochei d' vigilante 36 » 

DELCMIF, canâli 57 » 

L'AMÂNDA, marchand d'oubli, 
.^'archand d' (]rènâde. 

GÈGFj, mère d'à Jàciiues cl d'à Tonnelle 01 » 

TONNÈTTE, fèye d'à Gègè cl crapaude d\ï RouijoHe .... 28 » 

].0[}lSK, fèije d'à Menzis et crapau'Ie d'à Hinri 21 » 

GAIilTE, feumme d'à Colas 47 n 

Ine pilUe bâcelle 8 » 

Corcû, dnnscû, danseuse cl figurant. 

N B. Les lieux ake si passât è 1' poroche S.iint-Phoyin, M samaîne 
de rfièsse;li prumî, li dimègnc; li deiiz;iîme,li londi;li treuzaîme, lijûdi. 



Lès bouteù-foù 

JAy'lai naturaliste è treux ake. 

PRUMI AKE 

LES COLÈBEU. 



L\ scène riprdsinte ine warihai de 1' porochc Saint Phoyin. A prumi plan, à dreule, 
li mohonne d'à Gègô; diso lès finiessc, so on skanfàr, sont hàn;ni dus logiime, ine 
cleuse di eûtes peure avou on bai blanc drap qu'ennè rafulc li mittant ; adonc des 
chique, frûlège, borai d'bois, so on p'tit botiquot à l'mùde dé qwùrli A pruml plan 
gauche, li cabaret d'à Houbert Menzis, ayant comme èsègne : A rajour des boutcû-foû. 
A dreute dé 1' mohonne ine palissade, à 1' dilongue de V quelle si trouve on banc 
d'bois, on coirdai qui sicve po léyî d'hinde l(>s banslai, vin d'à pégnon gauche de 
r mohonne d'à Cégè, et 6 loyî à l' liesse de dicrain pà dé 1' palissade. Li mohonne 
d'à Menzis deu-t-avu ine finiesse dinant so 1' pavôye, et so les cwârai deux rondai 
d'keùve. Qwand li teille lîve, sont assiou so 1' banc, disconte les pàfi, Hendècliche et 
on coreu. Noquette, drèssî, vude li gotle à Hendècliche. Jacques, li liesse è i'air, 
louque après lès colon ; è mitant de 1' scène, à treuzainie plan, treus coreû accropiou, 
fèl on rond et jowèt à I' polte. 



Scène I. 

J.VCQUfô, NÛQUi-yriE, [lENDECLICIll-:, QUATK COFŒU. 

1" Coreu. 
De maque. 

^^ COIŒU. 

Ji copc. 



— 47G — 

5* COREU. 

D'à meunc. 
Jacques {loi louquanl è ruir). 

C'ô-st-ine bîhe à rîdèye. 
5* CoREU {à paii). 

Qwinze censé qui j'wangneùc'ste heure, ettot ratedîheàrdèye. 
Ce r feùte. 

Hkndecuche {àNoquetle, qui H vûde U goKe). 
Qoi-st-èlle foute, doh, ti rrimplihc qu'à l' mitant. 
Noquette. 

l fâ bin fer 1' faurié, j'èiine ûrè wère ottant. 
Louque, mi, ji n' di co rin. 

IIendecliche. 

Oh ! mi, zè 1' vou mes compte. 
Li rôsse zè 1' m'èna foute. 

2" Coreu {â trcuzémé). 

T'è dVins. 
5* Coreu (« dciizémc). 

Awè vîx, compte 
Tes point. 

ï' Coreu. 

Sîhe, noûf, quatoise. Eh ! bin, èsse ècrahî, 

Valet? 

Noquette (c Jacques, nvou s' main d'zeu ses oûye). 

Vos 'nnè cial onque qui n'a nin l'air nâhî. 

Saint Mathy, comme i flahe. 

Jacques (à Noquctle, après avu louquî è l'air). 

Cila qu' plaque âx nûlêye? 
Pa, m' cowe, c'è-st-ine airchîche, on 1' veu bin à s' volêye. 

Noquette (piqué). 
On r veu 



- 477 — 

Jacques {lot /' covyoïnu nt). 

T'a l'oûye pèrèye, Noquette; houle çou qu'ji l'di, 
C'è-st-ine ange qui va prinde si pièce è paradis. 

Hendecliche {avou ridcye dès d^ner 4' côp à yoquclte). 
Ou le-ce nin li Saint S'prif 

Noquette [tôt r'monlanl l' scène, po fer fini /' conversation). 
Awè, bonne nute, dès preune. 
Jacques {sur di lu même). 
Li prumî qui vinrè, wage tu qui c' sèrè ï meune. 
Louquc bin d'zeu li c'tadèlle, et t'èl veurè serrer. 

Hendecliche (à Jacques). 
Tè V deu k'nolie ton colon, ce d'à tonque. 

Jacques. 

Assuré, 
Qu' c'è d'à meune. 

[Tôt mittam s' main so li s' paie d'à Soqiiette.) 

Hoùte bin, sésse; i va prinde si tournt}ye 
Dizeu r tour Saint Phoyin ; ci n'è nin d' ciste anncye 
Qui 'ne saquî colèbèye; ji wage... 

Noquette. 

Awè... s'i r'vin. 
Jacques. 

I n'sa màye trèbouhî, qui faisse bîhe, qui fuisse vint, 
C'è todis r iî môme bièsse. 

Hendecliche {toi .s' levant, à Jacques). 

Di donc, ti t'embalêye, 
Sésse, l'ami. 

{Les coieu «' di.tpittct iule zclles.) 

2' CoREu [â prumi). 

T'a bourde, louque lu, c'è-st-inc pèlêye. 
Pa, c'ù li qu' vin d' m'ùl rinde. 



— 478 — 

Jacque- {â.i corcii). 

Hai la, liai la, douc'mint. 
2" CouEU (luclia à prumî). 



Ce d'à mcune. 



1" CouEU {n deuzaime). 

T'a blanqui. 

Jacques (àx cor eu). 

Ti tairèssc on moûmint, 
Tes aute, ca s' ti brai co, ji t' kipille jisqu'è Bêche. 

2'^ COREU (fl Jacques). 

Bin, i m' plai d'avu m' vîr. 

Hendecliche {àx coreu) 

Volez- v' vite clore tè bêche. 
Ou zî va laper m' chique. 

2« Coreu {mûvas). 
Qui raconte-tu, flamind? 
Hendecliche. 

Zè r raconte que zè 1' di qui ci tè l' ti tais nin, 
Zè Tva fer vèyî t' père po l'aute costé de 1' boke. 

2*^ Coreu. 

Et poleur, c'ènne è deux. Ci n'è nin 1' pus grosse cloke 
Qui mûne li pus d'arège, dai, vîx. 

Jacques (à Hendecliche). 

Ni l'accomple nin, 
Sot m' vc, taisse-tu, lai-T la po çou qu'il è, hein. 

ilENDECLttlIE. 

Mains. 



- 479 — 

Jacqies. 
Jo, po Tamour di Diu, lai F po de pan toi sèche, 

2" CoREU {à Hendecliche). 
Ti n'a niâye magni nouque. 

1" CoREU (a diuzcmi). 
Saint nom di hu, clô l' bêche. 

(rt NoqueCte qui s' voii mêler (V Vaffuire.) 

Et li, ça n' ti r'garde nin. 

2* CouKu (ri prumi, toi levant i' main po bouhi). 

Oh ! ni t' kihènne nin tant 
Ou ji l' va fer passer 1' gosse de pan, 

NoQUEiTE {â deuzémc cor eu). 

Mains portant. 

I"^ CoREU {lot levant s' main). 

Non di hu ! 

2« CoREU {si rccrcstanl). 

De bouhî, si ti fai màye astème, 
Ji va d'on maisse côp d' pogne ti disfoncer l' baptême, 

(Is s'acoyùl. hoquette vielle inlc deux.) 
1° CouEU {à Nuquctlc quel tin). 
l.ache mu. 

NcouETiE {à prumi corcu). 
Ti ferre sor mi. 

2" CoREU {à prumi). 

Ti m' foute dès côp d' la!on. 
I fâ qui t' corvai lomo è cou di t' iianlalon, 
Poùi ri ! 



— 480 - 

1" ConEu {lot houhaiit so r deuzcme). 
Rin n' va ! 

NoQUETTE {si sintanl strindou). 

Jacques ! Jacques! 

* Jacques {tôt saijant di lès dislèllcr). 

Non di hu, quelle chawâde. 
Ji v' va lot-rate hiner vos hozètte à 1' hapâde, 
Gamin! 

NOQUETTE. 

Jacques ! On m' sitronle. 
Jacques. 

Volez-v' vis distèler, 

(On ètind on foin côp d' huflet è /' coulisse.) 

Ouji v'dihâsse turlos. 

{Les corcu et NoqtietCe tottmèt à /' terre). 

Hendecliche. 
Jacques, on 1' vin de hufler. 
Jacques {bouhanl d'avl d'avû). 

{A Hendecliche.) 

Saint Houbert, que bazar ! Raye lu po 1' pai di s' vinte. 

{A pritmî coreii.) 

Ji n' se nin qui m' ralin, vùrin, qu' ji n' ti crèvinte 
D'on côp d' pîd ; cour â diale, vasse so tappe, laid hilraî, 
Et qui ji n' ti veûsse pus. 

{Lès coreû qui s' rilcvèt corèt so tappe, Noquétte dimeure couqui à V terre.) 

Hendecliche. 

Zè r tinéve po 1' hatraî 
Qu'èl pouléve pus bod'gî. 

Jacques. 

Falléve lî mette li pôce, 
Ou bin distèler t' cingue, et lî fer quéquès dusse. 



- 481 — 

NoQUÈTTE {loi s' rilèvant). 

Viqqe-ju co, n' vique-ju pus, ji r vin co 'ne fèyc di Ion. 

Qui vou-ju dire, donc, Jacques, è-ce d'à vosse, li colon. 

Jacques. 
Nènni... louque lu serrer, c'è 1' hàmé d'à Bouyotle. 



Scène VII. 
GÈGÈ et LI P'TITE BACELLE. 

Li P'tite {inleurc po /' fond dreûte). 



Gègè! 



GÈGÈ. 

Qui v' fâ-t-i donc, mi èfant? 

Li P'tite (kihachanl /' français). 
Des cuites poire, 
Pour sept cennes et d' mi, mains n'è mettez pas des noire. 

Gègè. 
C'est les premières, da, m' fèye. 

Li P'tite {porçâvanl). 

Car ma mère n'en veut plus. 
Gègè. 
Comme vous êtes bien flochtêye donc, binamé Jésus. 
Pourquoi n'avez vous pas été porter "ne cabasse, 
Donc, à la porsèclion. 

Li P'tite. 
Mon père dit que j' m'en passe, 
Parce que 1' curé n'a pas voulu donner les fleurs. 
Faut qu'on l's achète, parait. 

51 



— 482 



C.ÈGÈ. 



Oh! Sainte vierge, que malheur! 
Vous qu' est si bcllo ainsi ; je n' ses pas quoi qu lî stichc. 
Car vous êtes atiféc tout comme une fille de riche. 

{A public.) 

I n' louqu'reû nin d' si pro s' c'èsteù po ses colon. 

Li P'tite. 
Moi, donc, qu'avais slrumé mon tout neuf pantalon, 

{Elle tivssc si robe èc lai vcije à Cèijè h dintèlle di î' pantalon.) 

Gardez, parait, Gègè. 

Gègè. 
Mains, saprichou mes botte. 

(.1 public.) 

Ji se qu' po r gâilloter si mère è-st- assez glotte, 
Elle freû mîx di m' payî. 

Li P'tite (toi disfanl /' papî po d'ner lès censé à Gègè). 

Maint'nant trois boraux d' bois. 

{Toi d'nant lès censé.) 

Ma mère à dit c'est l' compte avec cesse qu'elle vous doit. 

Gègè {toi rafaçant so /' volèl). 
Je vais rabatte la rôye, 

{Dinant lès borai d" bols.) 

Tenez. 

Li P'tite. 
Et ma rawette ? 
Gègè. 
Un morceau d' récoulisse, tenez... a r'voir poyètte. 

I.i P'tite (lot sorlanl). 
A r'voir. 



— 483 — 

Scène VIII. 

Gègè (à H p'iite qu'ènnè va). 
Mercij nosse chèt. 

(A public.) 

Bin aclèvéye èdonc. 
Ossi c'è çou qu' ji nomme pratique à l'amidon, 
On l'sî vind pos treus censé, fâ l'sî d'ner pos 'ne dimêye, 
Et n' wèsreu-t-on rin dire, ca 1' mère è si mamêye, 
Qui so mons d'on clègne d'oûye, elle âreu rèvinté 
So leus ouhe totes lès gins de 1' rouwalle Vigoter. 
Avou dès s' faites cande, ci séreu vite bernique, 
Ji tape li clé d' zo l'ouhc, et j' fai 'ne creux so 1' botique. 



DEUZÊME AKE. 



LI JÊTT'RÈYE A L'AWE. 

Quéquès explication so l' jètt'rèye à l'ûwe. 

Toi ossi bin è l'Hèsbaye qui so 1' pays d' Lîge, li jeu si nomme 
jètl'rèye; on di portant quéques feye laper à l'àwe, mains tôt çou qu'è 
di \îx joueu à'ijètter, c'è çou qui m' fai prindeci cial. 

Ll JÊTT'RÈYE. 

Li tièssc de i' Jètir'ctje si fai comme çoucial. Dès grands piquet 
chèssî è terre, fèt comme ine espèce di d'mèye gloriètte èl sont r'Ioyî 
èssonle, avou dès colie d abe ou dès faliène qui passét lot ascohanl 
d'on pâ à l'aule, û fisse de sloper li pus possipe, po si quéquc fèye 
ine celle vinéve à passer ouïe de l'grive ; à on mêle ou on mète è d'mèye 
en avant, deux gros pâ sont chèssî è lérre; is ont ciiasconque \r\e grive 
(qu'on nomme ossi hèrpai) qui fai li d'mèye cèque, et qu'è ou chèssêye 
ou boulonnêye è pâ. Vola çou qu'on nomme li liesse d'ine jèttr'èye. 
Divin r limps, on s' sièrvcve ossi di rowe, mains comme coula n'è pus 
d'raôde, ji n'è parol'rè nin. 

DE L' TAPE. 

Li tape è sovint à dix mète ; elle è marquèye avou 'ne i ôye faiie è 
terre, ou bin avou 'ne planche mèltowe so crèsse disconte li quelle li 
joueu mette sovinl s' |)id à sloc pos avii pus âhùye po-z-èslonder s' celle. 
Li joueû pou sorlon s'idèye, â fisse de qwèrri s'clapège, èl ralongui, 
mains nin l' raccourci. 

DÉ L'GÉLLE 

Li longueur d'ine celle è di vingt-cinq pôce di Lîge, elle ni pou nin 
èsse èvûdèye. 



— 485 — 

DE JEU. 

Divins l' timps, on pindéve tol-fér à r grive ine Awe, « on jVir comme 
dihèl lès joueu ». On 11 méltéve li tièsse è l' gueûye de Vgrivc, on lî 
ravive on vanai qu'on fève passer divins deux tro, qui sonl fait so li 
d'vant, âlisse qu'elle ni pùye nin v'ni foû, d'oUant pus qu'on pindéve 
adonc l'âwe viquanle. 

JETTER INE PATTE DI POURÇAI. 

On pindéve on pourçai ou on d'mèye, seùye-t-i po 1' palte di diî, et on 
jèltéve dissus jusqu'f» tant qu'elle fourihe côpêye. 

Ac'ste heure, on jette ossi po des censé, dès jambon, dès robètle, etc., 
50 on bloquai à' bois ferré, qui pind à 1' grive avou 'ne coide espèce di 
grosse filasse, qu'on nomme bidanr. 

DE L' MANIRE DÉ JÈTTER. 

Avu clajiègi'. On a clapège, qwand c'è qui, après avu fait s'tour et 
d'mèye, ou deux tour sorlon l' brèsse de joueu, li celle vin s' mèltebin 
dreûle di manire à barrer 1' grive. Qvsand li celle sèche ou stiche, 
c'è qui r tape et trop longue. lA celle hcrchante, li mèyeu d' tote, è 
jèttêye di d' zeur, fai on d' mèye cèke è l'air, et vin raser disconte li 
grive, tôt rlinchant ine miette, çou qui fai qui li riêsse s;.'îme li bidaur 
èvôye, ou bin 1' fai stinde, estant d'né, qui tote li foice si fai è bas. 

Jèller d flèvé, c'è jètter s'célle di d'zos, çou qui fai qu'elle vin piède 
tote si foice so 1' grive tolfanl fer on hion â bloquai. 

Jel'er di stoc, celle qu'ènnè va lot sûvant 'ne ligne horizonlàle. 

Jèller trop foirl de plat, askure li bidaur avou 1' plat de 1' celle. 

Prinde trop di f\ér ou d'grive, askure trop foirt li grive, çou qui fai 
qui bin sovint li celle rispite sins avu adusé 1' bidaur. 

Qwand à l' régue de jeu j'él donne tôt 5 long èl'ake sûvant. 



— 486 — 
LIJETT'RÈYE AL'AWE. 



Li scèno riprésinto li cibarèt lii mon Houbert Menzis. A prumî plan dreûte, ino 
finièsse, ot à deuzème plan dreûte li poite d'infrôye de cabaret. A prumt plan gauche, 
li poite de r chambe et à deuzême plan gauche li poite de l'câve. Li poite de 
fond c'è r cis,se de 1' jèlt'rèye. A prumî plan dreûte et gauche ine tâve avou 
treûs chèyire, ine treuzt^mo tàve à deuzème plan gauche. E fond à dreûte, li 
canlièlte avou qudquès boltèyo divins, on krètin et dès verre so on d'goteu. A 
r pareusse so on soùfiit sont hàgnôye dès botéyc à liqueur, dès verre, dès pipe di 
terre neure èl blanke divins on vèrro à btre, dès souke divin on bocal, des p'tits 
oui à costi?, et tôles lès p'titès ahèsse qui fà po on cabaret à 1' mode de quàrtî; 
on drap pind à on clà so 1' costé de soûfnî. L' canliètte, ine tènn'lètte so 
•ne chèyire po r'iaver lès verre, so 1' pareuse de fond gauche li loi so l'ivresse, 
dès programme di colon, dès affiche d'assaut d' chant, dès fièsse de quàrli, bal 
populaire, etc. 



Scène III. 
LES AUTE, pus JACQUES. 

Jacques {rinteurc avou s'célle po i'2*p/aw dreûte). 

Vo-m'-cial, savez, vo-m*-cial, ji n'a sur nin wâisté, 
Hein, Bouyotte? 

BOUYOTTE. 

Diale dammage, on l'aveu-t-aprusté 
So lès montêye de 1' cave. 

Chamon (prindani V celle à Jacques). 

Saint Mathy, c'è-st-ine geûse 
Coula; louque, donc, Menzis, sin 'ne mièlte çou qu'elle peûse, 
C'è tote li chège d'ine homme ottant 'ne dame di paveû. 

Menzis {qu'a pris VcélU-). 
Ji rèspond qu' c'è 1' prumîre si posante qui ji veû. 

Jacques. 
Kimintjôtt'rans-gn' libelle? 



— 487 — 

BOUYOTTE. 

Comme todis, po 'ne tournoyé. 
Li ci qu'èl lai là, piède. 

Jacques {à Louise, quisiève li louméye qui s' pérc a k'mandd). 

Merci dai, m' binamêye, 
E-ce so l'dreûte ou so l' iiinche, Bouyotte, qu'on va jèttcr ? 

BOUYOTTE. 

So totes lès deux, surmint. 

Chamon. 

On moumint, arrèstez. 
Jacques è par qui trop foirt, i fà qu'i faisse troquotte. 
Ou bin i sèrè d'vins. 

Jacques. 

Ji m' va fer dès cloquètte. 
Mains ma frique, j'ènne a d'keûre. 

Bouyotte. 

Set m'vé, nos l's è traw'rans 
Avou 'ne awèye â châsse, tes cloquètte, et n'iairans 
On coron d' laine divins. 

Scène IV. 

LES AUTE, pua NOQUETTE. 

Noquette {inteurc pol' poêle de /' jcti'rène, il è k'pagiité et ù l'air 
èdoirmou). 

Rinamêye Sainte Bablène, 
Comme j'èsteù-st-èdoirmou. 

Bouyotte. 

Di wisse vinsse, donc, halcnc? 



— 488 - 

NOQUETTE. 

Ji vin d' wisse qui j'èsteù ; j'a stu siner m' papî 
A bureau wisse qui 1' royc va bin lu môme à pîd. 

BOUYOTTE. 

Quelle ibquince, toi, valet. 

Jacques {à Bouyolte mostrant Noquetle). 
Kimint, déjà macasse ? 
Menzis (à Louise, voyant qui Moquette vas'assir). 
Bogîz lès verre, Louise, qui tot-rate i n' lès casse. 
Noqcette (tôt s'asaiatit à V tave di dreiîte). 
Payîz-v' li gotte, vos, Jacques, ca ji n' se pus rèchî, 
I m' sonle qui m'Alouètte va tot-rate si d' tèchî. 

Jacques. 
Ci c' n'è qu' çoulà qui t' fâ. Vûdîz lî 'ne grande, Louise. 

Bouyotte (à Jacques). 
Wisse èl va-t-i mette, donc ? 

Jacques. 

Ji n'sé nin mi même wisse, 
Ga j' creû qu' lî flotte è 1' boque. 

Noquette (à Louise qui U apoite si golte). 

Wisse èstez-v' donc, m' poyon? 

Louise. 

Vo-m'-cial, prindez vosse verre. 

NoQi'ETTE {lot s^drèssatil, à Louise). 

Vèye geaive, va, cour d'ognon. 
Vos frîs plorcr mes ouye si ji v' louquîve co 'ne gotte. 

Louise. 
Assiez-v', qui vos n' toumésse. 



489 — 



NOQUETTE. 



Et ji dispâdreû m' gotte, 

(A Jacques.) 

Edonc, pinsêye di m' cour, vinez. A vosse santé. 

C'est drole, donc, qui l' pèquct ji n' èl se pus goster. 

Merci cint leye,sésse, Jacques, ji t' riknohe, t'ô-st-ine homme; 

Por mi, r gotte c'è m' bouyon. 

BOLYOTTE. 



Et t'èl beû sins qu'on l'home. 

NOQUETTE. 



Dominé, patte di poye. 



BOYOTTE. 

Qui vou-j' dire, lès ami, 
Volans-gn' so 1' côp k'mincî ? 

NOQUETTE. 

Kimincî, nin sins mi. 
Jacques {avou ine air di moqurèye). 

Nènni, hein, Saint Houbert; pa, n's ârîs belle à mette 
Foice et corège en ouve qui nos fris co bèrwètle. 
Nos passer d' toi? Jamùye! i n'âreù rin d" bin fait, 

{Fdss'mint ) 

Ti nos vinrè à pont... ti va fer li stokai, 
Et nos frans roum dou doum so tes rein. 

NoQUETTE (.si Hue et sap'i'picy di Jacques). 

(Se l'aHaire. 
D'abord po rinde sièrvice.... 

Jacques (à Noquclte, è miltant de /' seine). 

Mains d'abord ti t' va taire. 
Boute ti liesse inte mes jambe. 

(Moquette mette si liesse inte lès jambe d'à Jacques.) 



— 490 — 

(Jacques dx oute.) 

I dire r numéro, 
Adonc mi ji comptrè. 

Chamon. 
Mains s'i brai mâye zéro. 
Jacques. 
Et bin n' comptrans tôt l'même, mains c'sérè lès bièstrèye. 

NoQUETTE {qu'a r tièsse inte lès jambe d'à Jacques). 
Qu'on s'dihombe, ji sèfToque.èt j'creû qu'c'è d'mi qu'on rèye. 
Jacques {à turtos). 

Ji comptrè tôt k'minçant po l' ci qu' ji mosteûr'rè. 
Et c"è comme li molin â café qui j' toun'rè. 
Estans-gn' turtos contint. 

Turtos 

D'accoird. 

(/* fét li d' méye rond et Jacques è-st-è miiani.) 

Jacques. 

Allé, Noquètte, 
Brai de pus reûd qu'ti pou... si ti n'a nin 1' hiquètte. 

NoQUETTE {d'ine voit iote sitronléye). 
Treûs. 

Jacques. 
Noquètte onque, Menzis deux, c'è Bouyotte qu'à l' treûs. 

{À Bouyotte.) 

C'è toi qu'attaque, vèssèye, sâye de flahî d'adreût, 

(A turtos.) 

Ji pinse bin, lès ami, qu'on riknohrè ses pièce. 
Po m' part ji su Châmon, et Châmon su Kilèsse. 

{A Bouyotte.) 

A 'ste heure, allé, soroche, louque d'èl bin attraper. 



— 491 — 

BocYOTTE {tôt f montant.) 
Ji sày'rè d'èlsitinde... caj' n'ôl sâreù côper. 

(/« innée turtos è l' jètt'rèye.) 

Scène XI. 

LOUISE et GÈGÈ. 

Louise (à Gègè qu'inteure po T dcuzéme plan). 
Bonjoù, Gègè. 

Gègè. 
Bonjoû, m' fèye. 

(Elle mène fi bottètje xo V canlièlte.) 

Louise {qui k'nohe H pratique). 
Po doze censé et d' môye. 
Gègè. 
Awè, mains mès'rez-m' bin, savez là, m' binamêye. 

Louise. 
1 n'a vosse û qu'è cial. 

Gègé. 
Coula ji m'è dote bin. 
Ja«ques {è r jètt'rèye). 
T'a cojètté di stoc, là, Bouyotte. 

Gègè {à Louise). 

On l'ètind, 
Cachîz todis m' botèye qu'is n' vinèsso tos èssonlc. 

Louise. 
Is n' polèt ma, Gègè, j'è so sûr. 

Gègè {comme si elle doléve). 

I v's èl sonle. 
Ce quiji knohe mi li. S'i m' vèyévccial, èdonc, 



— 492 — 

Ce sClr po cou po tièssc qu'i m'apiss'rcù. Adonc 
Sûr qu'i m' freù beùre li gotte. 

Louise. 

Vos v's èwarez bin vite. 
Qu'è-ce qui c'è donc de beûre çou qui s' nomme ine pitite. 

Gègè. 
Bin ji n'y tin nin foirt... J'èl beû portant vol'tî 
Qwand arrive lès sihe heure, ça siève à m' rinètlî 
Li stoumac; c'è vrèye, dai, ji sin 'ne saquoi qui m' mâque, 
Adonc ji beû 'ne dimêye. 

Louise. 

C'è r fî même qui vosse Jacques. 

Gègè. 
G'è-st-on pleû di m' pauve liomme qui l'bon Diul'àye so s' haut. 
Dispoye qu'i m'a qwilt4, pos aller d' vès la haut, 
I falléve tos lès joû, qwand arrivéve li cîsse, 
Fer raison avou lu... L'habitude è bin prise, 
Ca d'pôye qu'il è-st-èvôye ji n'a jamâye rouvî 
De vûdî lès deux gotte, eune por mi, l'aute po 1' vîx. 
Mains, comme ji so tote seule ji beû lès deux mèseûre. 

Louise. 
C'è r prouve qui v' l'aîmiz bin. 

Gègè. 

Po coula ji v's èl jeûre, 
Et jamâye si portrait ni m' qwitteon seul moumint. 
G'èsteû-t-on si brave homme, il aveu l' cour so s' main. 
Tôt r fî même qui s' fi Jacques. Vocial co 'ne fèye lès lame. 

(Rissouwant sèsomje.) 

Qwand j'î tûse èdonc, m' fèye, coula m' va jusqu'à l'âme. 
Ni l'avez-v' nin knohou ? 

Louise. 

Pa ji creû bin qu' sia, 
I n'èsteû màye foû d' cial. 



I 



- 493 — 

Gegè. 
Awè dai, m' pauve Colas. 

(Elle paye et prind s' botèye.) 

Dinez m'èl cial, dinez, ji m'èl va mette è m' poche. 

{Tôt louquntits' botitje.) 

Hôye ! qui j' so bin mès'rêye. 

Louise. 

N'è-ce nin 1' fièsse de V poroche ? 

Gègè. 

{Elle va jusqu'à l'ouhe, adonc s'iitoune.) 

Oho! jusqu'à tot-rate. Dihez donc, vosse galant, 
G'è-st-on rare tourniqueù. 

Louise {èsbârêye). 
Hinri. 
Gègè. 

C'è-st-ine étant, 
Coula... Si ji tin bin, ji l'a vèyou deux fèye. 
Vini vèye ùx cwùrai qui qu'èsteu d'vins. Mi fèye, 

{Comme po plainde Louise.) 

Vos avez ma chûsi. 

Louise. 

Poquoi n'inteûre-t-i nin*^ 

Gègè. 

Il è bin trop napai, ji n' se nin m' dire kimint 

Vos aîmez c' crichon la, wisse av' tapé vos oûye 
Po prinde on mousse-è-foùr ainsi. 

Louise. 

L'amour è-st-hoùye 
Aveûle, Gégé, dabùrd jamûye on n' la k'mandé. 

Gègè. 
Allez, po prinde on s' fait, valéve mîx d' rawùrder. 



— 494 — 

Pa, v' serez malhureuse po tôt 1' restant d' vosse vèye, 

Dihez-m'? qu'a-t-i d'vins lu, qui v's areû d'né l'évèye 

D'è r hanter? Gè-st-ine planche, on tôt p'tit mimbe di Diu, 

Ses jambe vèrgèt d'zor lu, s'i n'è nin tourné jus. 

Pa de r vèye di s' pauve coirps ji n' donreû nin n' dimôye. 

Cè-st-ine homme di monCap Taihîz-v', donc, m' binamêye, 

Et s'iouquîz li d'fèrince avou l' câreure di m' fi. 

Foû d'ine homme comme mi Jacques on freû bin treûsHinri. 

Ine voix {â d'foû), 
A botique ! 

Gègè {drouve Vouhe èl brai). 

On y va. 

{À Louise.) 

Ji m' va riv'ni tôt -rate, 
Ci n'è qu' Marôye Boleû, mains jèl sièvrô à rate. 
Rapinsez-v' todis 'ne gotte â sujet d' vosse galant. 

(Elle sorte.) 



TREUZÊME AKE. 



LI BAL POPULAIRE. 



Li scène riprësinte ine warihai, â prum! plan dreûte si trouve li mat d' cocagne, 
a Ireuzônie plan dreûte, on veû li cou d'on galiot, aveu dès pèrpite di musichin 
dissus; à mutant de 1' scùne on ballon di papi d' sôye coleur de l'nàtion et ine 
lampe vénitienne à cou. A prumî plan gauche, li cabaret di mon Garite avou ine 
tâve so r pavt-ye, on banc dizos l' finièsse et dès chèyire àtoû de 1" tâve. Tôles les 
mohonne de 1' pièce sont garnèye di ramaye, di drapeau, di veulc di coleur, 
di lampe vénitienne, et di guirlande di pàque. Disconte li teùle di fond d'air 
treus pice blanquèye k 1' châsse sont plantèye è terre, elle sont r'ioyftye eune 
à l'aute par dès guirlande di pâques, dès veûle di coleur èl dès lampe vénitienne. 
Ine àbaronne à l'copètte di chaque plce et dès blason wisse qui lès guirlande si 
ratrapét. 

Qwand li teùle Hve, sont assiou à l' tâve Jacques, Bouyotte, Chûmon et Hende- 
cliche. Garite è so 1' soû di s' mohonne et quéquès gins louquèt li gamin qu'è-st-à 
r copette de mat d' cocagne Deux homme et l' prèsidint chipotèt âtoû de ballon; 
ine aute èsprind lès veûle di coleur et lès lampe vénitienne, lès musichin montèt 
so r galiot. A bal populaire, lès danseur tournèl li mutant so V scène et 1' rèsse 
è r coulisse. 

Scène I. 



JACQUES, BOUYOTTE, CHAMON, HENDECLICHE, GARITE 

{èl r figuration). 

Bouyotte {àx aute). 
I va col)in qu'è V cave JAcques ni la nin k'dansé. 
Noquètte âreû stu gûyc, ji n'y oise nin pinser. 

{A Garile.) 

Jo, rimplihez lès verre. 



496 



Garite {lot d'hindnnl ju de sou). 
Qui buvez- v'? 

Jacques. 

Totès golte. 
Chamon. 
Dinez-m' on pinlai, feunime, ji n' veû cûsî pus gotte. 

Hendbcliche (à Chamon). 
Kimint por treus-zè-goutte. 

BouYOTTE (à Garitte). 

Ni vûdîz qu' tôt pèquet. 

{Ax aille.) 

I fà r jùdî de r fièssc qu'on seûye so 1' houpdiguèt, 
Qu'on braisse, qu'on danse, adonc mette si geaive è caroche. 
N'èstans-gn' nin cîal lès roye, lès vrôyes basse de 1' poroche ? 
Qu'on s' rimowe, Saint Mathy, buvans, buvans co pus. 
Nos r vorans co bin fer qui nos n'èl porans pus. 
Dimain c' sèrè trop tard, nos ârans 1' bâbe broulèye. 
I fàrè fer 'ne creux d' sus, 1' fièsse sèrè rèvolôye. 
Jacques {à gamin qu'à so l mal cocagne). 
Tin bon, valet, corège ! 

Hendeci.îche (rt gamin). 

Tè r n'avéve qu'a rdyî. 

BouYOTTE {à gamin). 
Ti n'a nin sur li chùze, c'è çou qu'on t'a lèyî. 

(Li gamin ride jus dé mat d'cocngue avoii on paquet è s'tnainqu'à Vair di raviser on 

sâro di coiinàde.) 

TURTOS. 

Bravo, bravo ! 

Jacques {à gamin, qu'à V panai qui pind foû di s' maronne), 

Sâvc-tu, valet, n'a t' norè d' poche 
Qui pind foû di t' cou d' châsse. 

(Li gamin i' sâve tôt joyei'i.) 



— 497 — 

BOUYOTTE. 

C'è r drapeau, hein, soroche? 
Scène II. 
LES MÊME, pus NOQUÈTTE {so V llmpdUjuèl). 

NoQL'ETTE {inleurc po l' gauche et dliind à drcûtc tôt chantant). 

Les cœurs palpitaient d'espérance, 
El l'enfant disait au soldat: 
Senlinelle ne lirez pas, (Bis) 
C'est un-z-oiseau qui vient de France. 

Jacques (« Noquèlte). 
La, qu'j'arawe, qui vola! di wisse rivinsse, donc, toi'? 

NoQUETTE [tot-z-allanl vès îès autc). 
Di mon Madame Sapin, 

Chamon (à Noquètle). 

Ça fai qu' vo-t'-Ià Ligeois? 

BOUÏOTTE. 

Dispôye li timps dèjù, c'è même inc bonne pratique. 

(.1 Jacques.) 

Noquètte inteure là d'vins comme ti mame è s'botique. 

Jacques. 
Ji wage qui so 'ne agent t'ârè stu raccoister. 

NOQUETTE. 

Ji n'sé nin çou qu' ja fait, mains qwand j' m'a dispièrté, 
J'èsteù sur qui j'arawe bin Ion èrrî de 1' fiôsse, 
Et-z-assotihéve-ju di seû, d' faim, et d' ma d' liesse. 
Enlin ji n'a vèyou wisse qui j'èsteu logî 
Qui qwand on m' dovia l'ouhc. Ossi, sins pus târgî, 

32 



— 498 — 

Ji cora beùre doux grande è cabaret d'à V coine. 

Qui nv tît tôt r bin de monde, dai, Saint Mathy d'Ardènne. 

Adouc puis, hinquc ùt pliuque ji riv'ncve pâhùrmint, 

Qwand diié I' grand bazar j'èsta sèchî po 1' main, 

Par trçûs qvvate forsôlé qui dansît à 1' ronde danse, 

Et n'montîs d'vès Sainte Creux, beûre dès nife (*) à treûs censé. 

Jacques. 
È poisse! Nos pâye-tu 1' golte à este heure? 

NOQUETTE. 

J'ôl voreû bin, 
Mains ji n'a pus nin 'ne deûlsche. 

Jacques. 

T'a bourJé, hein, surmint. 
Qu'àreûsse fait d' tes cinq pèce? 

NOQUETTE. 

Mes pèce, elles sont fondowe. 
Elles bizèt fou di m' poche parèye qui dès colowe ; 

{Ritouniant ses poche.) 

Louque bin, Jacques, grande misère ; cial c'è l'costeûre qu'on veû. 

{Vèyant rilure iiie saqitoi.) 

É l'aute poche n'a-ju rin? Sainte Bablène on chawteû; 

(^Tot priiidmtt/oû di s' poche.) 

Nènni dai, c'è cinq broque, adonc puis 'ne vôye mèdayc, 
Ji n' sârcû payî 1' gotle qu'avou dès rondai d' haye. 

(Tapant SCS cinq censé so V dive, à Jacques.) 

Di? vousse mette li restant, 

Jacques, 

Nènni, t' lès pou wârder, 
Assîte ad'lé nos aute, va, frac, ji va k'mander 
On verre di bîre por toi. 

^') Nife = gotte ; ùrgol wallon. 



— 499 - 

NoQUKTTE [habit)' mini). 

Nom di nom, nènni, Jacques ; 
J'aîme mix de beûre ine gotte, ji sin Lin qu' coula m'mâque. 

BouYOTTE {à PrédJint.) 
Quelle novèlle, Présidint, gonfèlle-li, nosse ballon? 

Ll PRÉSIDINT. 

Awô qu'il assotiche, ji rèspond qu'irè Ion. 

BOLYOTTE. 

Tant mtx va. 

Jacques (à l'ouhe de cabaret d'à Garite). 

Qui vou-j' dire, wisse è-st-èlle, donc, l'tournêye? 

(Ax auie.) 

Garite, jo, dispôchlz-v\ Dièw! çou qu'elle tourniquêye! 
On âreû fait 'ne èfant, 1* baptiser, l' confirmer, 
Lî fer fini ses scole, et l' fer passer curé, 
So r timps qu'elle nos siève, quoi ! 

Garite {appoirtant V tournêye). 

Vo-m'-cial, dai, rapûh'lez-v'. 
IIendecliche (à Garite). 
È-ce qui tô 1' fais vos mène, le pèquèt? 

Garite. 

Kimint d'hez-v'? 
Hendecliche. 

Zè r di qui lè V di nin deux fèye pou l' même l'ârzint, 
Pitite ou bin grande messe. 

Garite {à Hendecliche). 

Vos d'visez comme ine gins. 

BoUYOTTE. 

Dihez comme on prièsse. 

Jacques (à Douyotte). 

Taisse-tu, va, loi, sofïîètte! 



— 500 — 

Gakite {à Bouyolte). 
On r pou bin dire ainsi, louquîz donc, quelle gorlètte. 
I v' va bin, savez, vos. 

BoLVOTTE {à Cari'.e, què-tit-uu' feumme comme on lorai). 
Vos avez de toupet. 
Jacques. 
I d'vin crûs comme on mône dispôye qui magne li spais (*). 
Ci n'è nin comme Noquètte, todis parèye, Marèye, 

{A iS'oquetlc.) 

Ji wage qui bâh'reû 'ne gatte inte lès coine. Hein, vèssèye? 

NOQUETTE. , 

I n'è nin crûs qui vou. 

Jacques (vâijant qui n'a deux verre trop pau so l' càbarèl). 
Garite, vos n'fez nin bin. 

I fâ 'ne gotte po Noquètte, adonc po l' Présidint. 
Personne n'è foû de pan, d'abord c'è rai qui paye. 

Et ji vou qu' tôt V monde beùsse, qu'èssonle on faisse li paye. 
Chaqu'tant tant qui n' polans, i fâ hoûye qui 1' pèquèt, 
■Comme on di, m' flotte è V boque, qu'on âye turtos s' ploumèt. 
Sèyans dé mons joyeù comme sèrît dès liasse 
Qui vinrît de r'planter leûs belle mère. 

Chamon. 

Quelle belle case 
Qui ti plaitêye là, Jacques ! 

Jacques. 

Oh! bin vo-l'-là, valet! 
On aîme mâye tant s' belle mère qui qwand 'lie fai ses paquet. 

(Garite apoice lès deux verre.) 

Noquètte {après avu bu, à Garite). 

II è bon vosse pèquèt, seul'mint ji trouve qui 1* verre 
È-st-on tôt p'tit pau p'tit. 

(') Qwand lés pourrai kimincèt à s'ècrâhi, on di qu'is magnèt li spais. 



- 501 — 

CiiAjiiON (à Bouyollc). 

A 

Osse, Faute? i n' si gène wère. 

BOLYOTTE. 

Mi, ji n' hé nin l' pèquèt, li grand verre ni m' gônc nin. 
Mains j'aîme mîx 'ne pitite bonne qu'ine grande qui n'vàreù rin. 
Si lès moirt d'à Chàtroû tinît todis 'ne parèye, 
On lès veûreû lurtos rid'hinde à pus habèye. 
Jacques (« Présidint). 

Ohoî di donc, l'ami? Tôt wisse qui ti t' pièdrè, 

Ji t'jeùre qu'i n'frè nin clér. Hoùte on p'tit pau, parait, 

Ti nos a fait dès fièsse? 

Phèsidint. 
Ehbin? 
• Jacques. 

Coula c'è-st-eune. 
Ti t'a fait présidint, ci n'è nin po dès preunc; 
Ca t'è-st-on fin inarlou, rif raf, sin piède nou timps, 
T'a-st-aringî l'affaire comme l'àrchitèke Plantin 
Qui dèssinéve avou s' narène divins lès cinde, 
Po s'pârgnî de papî. 

BOUYOTTE. 

Li mèrcridi dès Cinde. 
Jacques. 

Et toi, po r joù di t' fièsse, àfisse de fer 1' hazàr, 
T'a fait t' plan di manire à haper tôt V bazar 
A d' divant di t' mohonne. 

Pkésidint. 
Iloùtc bin, Jacques, è monde d'hoûye, 
Ci qui n' se calculer, a V misère jusqu'àx hoûye. 
A résse, i t'ù todis sèchî l'aîwe so s' molin, 
Qwand on vou qui 1' rùle toûne. 



— 502 - 

Jacques. 

Awè, t'ô-st-on malin. 
NoQUETTE (à r lave, à milanl èdoirmon, chante). (*) 
Traze Irôye èl Iraze vèrâ, 
Traze vache è même silâ. 
On barbaî n'a nin dès piou, 
Mi j'ènne a dès mèye, 
Dès mèye 
Quéque fèye. 

BOUVOTTE. 

Quoi? Kiraint? qu'è-ce qui c'è, asse ine saquoi qu' ti pleure? 

NOQUETTE. 

Mi! ji chante. 

BOUYOTTE. 

Comme Tonnètte, qwand 'lie braî dès cutès peûre. 

On gamin (â Présidint). 
Présidint ! 

Présidint. 
Qui n'a-t-i. 

Ll GAMIN. 

Li ballon qu'è gonflé. 
Présidint. 
Hai la ! lès musuchin, attintion de trât'ler. 
Fez-v' infler dès sofflètte comme li drî d'ine botrèsse, 
Vos ârez I' golte après. 

BoUYOTTE. 

J'èl paye, mains qu'is sofïïèsse 
A pont de fer hiyi turtos leûs instrumint. 

Présidint, 
Et r bal sèreû so flotte. 

(•) Fragmint (l'on vix boquèt qui chantdve todis m' grand pdre; ji n'a mâye 
polou ènnc savu pus long, Ct ji pinsc avu bin fait de i' riprodui. 



— C03 - 

ROUYOTTE. 

Pa, nos r rattaqu'rîs d'main. 

Jacques (à laquelle, qui doîme so l' lave). 

liai ! payasse ! 

NoQUETTE(.fi (lispièrtant rcûd à balle). 

Qui toûne-t-i. 

Jacques. 

Çou qui toûne? Pa, c'è t' liesse. 
Donne-mu l'brèsse, dispiède-tu. 

NOQUETTE. 

Vûlans-gn' aller so V ijôsse? 
Jacques. 
Awè, n"s îrans tot-rate. 

Présidint (âx musuchin) 
liai la ! lès canùrî, 
Kslans-gn' bin turtos prête, nos allans l'ènairi. 
Ine clapante brabançonne comme li joû dès ombâde, 
Ji v' fré sène avou m' brèssc. 

Jacques. 

Nos aute, lès camarûde, 
Nos allans fer 'ne ronde danse tôt ûtoù de ballon, 
Et mi ji va chanter T brabançonne dès Wallon. 

Présidint {âx cix qui sont àtoil dé ballon). 
Li ballon ô-sl-i clér? 

Ll GAMIN. 

Awè. 

Présidint. 
Tinoz-l' 6 gognc. 
A c'ste heure louquans on pau, nosse placard a-t-i 'ne cogne? 

DouYOTTE [louqunnt V placard qu'è d'zo /' ballon). 
Kimint? C'è 1' feùte di galle « Paroisse de Saint Pholien », 



— 504 — 

(A Piisidiiit.) 

Li ci qu'èl ritroûv'rc sûre bin d' wisse qu'i vin. 

Présidint {â ci qui tin V ballon). 

Altintion, tinez bon, ji frè sône avou m' canne, 
Qwand èl fArè lâcher. 

{Lès aille Jet OH rond dtou de ballon, li Présidint fai sène avou .?' brèsse âx musu 
chiny vèijatit qu'is n'iiltaquèt nin, i bral â maitse de V jowe.) 

Musique, donc, toi, grande canne ! 

Li musique attaque li brabançonne èl Jacques chante. 

CHANT I. 

Li vrêye Lîgeois, li joyeux camarade, 
Ni d'inande qu'ine sort c'è de bin s'amuser ; 
Tôt avâ r monde sins mâye poirier cocAde, 
On l' rik'noh'rè rin qui d' l'oyî d'viser ; 
Il aime de rire, il aime ossi s'patrèye, 
Ca r liesse di hove lape û lâge comme â long, 
Ce r joyeux hère, c'è l'homme qui tol-fér rèye. 
Et c'è r bon cour qu'on veù d'vins lès Wallon. 
(Li pré.iidini live si canne tl l' ballon s'ènaircye, on aperçu dizo V placard ine lampe 
vénitienne èsprisse; les quéqu^s gins qui sont là fèt halcotter Icûs norè et fèt dès 
cclamcûr. Vorchèssc attaque grand mère., etc. et is d'hindèt turtos à Vrampe et 
chanièt. 

CHANT II. 

Grand mère savez vosse gatte. Bis. 
Ca vocial lès sôdârl ; 

(Tôt bouhant V main so V vinlc di leils voisin di dreâtc.) 
Eune, deux, trciis, qwate. 
Grand mère savez vosse galle. 

{Tôt bouhant so V vinte di Icûs voisin di gauche.) 

Eune, deux, treûs, qwalle, 

Grand mère savez vosse gatte. 
Is ont happé 1' cou d' chAsse di m' péro, 
Is l'ont chàssî so l' liesse di m' mère. 

Oh! lès méchants sôdArl. (Kis) 



Bis 



— 505 — 

Jacques {et l's autc riront à l' tAvc). 
Tapez nos l' gotte, Garitc, ca ji n' sin pus m' gozî. 

Garite. 
Tûdis parèye. 

Jacques. 
Awè. 

NOQUETTE. 

Mi, ji n' se pus rèchî. 
BouYOTTE (fl Noquètte). 
Dammage, po 'ne bonne raison. 

NOQUETTE. 

Ti m' va co fer 'ne sav'neûre. 

BOLYOTTE. 

Qwand c"è qu'on t'a spané, c'è-st-avou de 1' sâmeûre 
Di haring, va, scîiye sur, adonc ça s' di tôt seû, 
Si t'na nin l' cour aiwisse, i fà todis qu' t'âye seû. 

IIendecliche. 
El avéve ine stoumac qu'èstéve comnnc ine éponge. 
NoQUETTE {à Ilèiidècliche). 

Qui raconle-tu, Flamind, qui ji n' beû qui d' l'èpongo. 
Ine boisson qu'avâ 1' boque plaque comme di l'amidon. 
Tos mes boyal s' coH'rît ; pa, j' sèreû gâye adonc. 

Hkndecliciie (à NoqnèHi'). 
Te r beù bin t'halvèskeùte, va. 

Chamon. 

Divins tos nos aule, 
Si Noquètte ô 1' bon Diu, nos èstans lès apùte; 
Ga, po çou qu'è d' boisson, jusqu'à 1' coude àhèy'mint, 
Sins nos gêner 'ne miette, nos nos donrîs bin 1' main. 

Li MAissE DE l' jowe {houquaul). 
Présidint ! 



- 50G — 
Présidint {A mni^se dd rjowc). 

{Iloiiijudiit.) 

Ji se bin çou qui t' fà. G^rite ! 

Garite {vinânl so /' soil). 
Plaisse-t-i. 

Prèsidim. 

Ûincz on pau, seùl'inint qu' coula vûye vite! 

Ine jusse di bîre, on verre et 'ne botèye di pèquct 

{A maisse de V jowe.) 

Ax musuchin. Eh! bin, c'èçoula, hein? 

Ll MAISSE DÉ L' jowe. 

Awè. 
Jacques [à Y tûvc, âx mile qui volet choqu-:r). 
Ni s'piyans nin lès verre, buvans onque avâ l'aute. 

Chamon {après avu bu). 
A Thonneùr di que saint èstcz-v' hoûye sins crapaute, 
Donc, vos aute, sèrîz-v' vèf? 

BOUYOTTE. 

Qui n' pousse èl dire po l' bon. 
Mains d'vant on pHit qwârt d'heure ti va vèyî, Ghâmon, 
Qu'elles abid'lèy'ront cial, hein, Jacques? 
Jacques (à B<mjoHe). 

Li tonque! mains l'meune? 
Ji n' veû nin pus ô s' cour, qui d'vins on brouèt d' preune ; 
Adonc j'a paur Hinri qui lî plaque à ses rein, 
Comme ine mohe à l' vèrgeale. Coula n' sèreû co rin, 
Mains, de 1' zaffe di londi, di-m' on tôt p'tit pau 1' vrêye... 

BOUYOTTE. 

Oh ! coula, c'ô di t' fâte, fù-t-avu l'oûye Pèrêye, 
Hein, scûrmint, po vèyî qui d'vès 1' câvc va llinri, 
Adonc qu'c'èstcû Noquètte. 

Ciiamûn. 
Qu'a câsî stu k'moudri. 



— 507 — 

Jacques. 

Enfin, à 1' wade di Diu, ji d'viséve avou lèye, 
Histoire de touer l' timps; li crapaude è jolèye; 
Tant qu'à l'honneur, valèt, ji voreû bin jurer, 
Comme elle a fait ses pâque, elle rîrè d'vant 1' curé; 
Adonc puis, qwand j'î tûze, mi marier, prinde ine feummc, 
Mi qui m* plain po l'joù d'hoùye, bin qu'j'arawe c'è-st-apreume. 
Li joû qui j' frè 'ne telle keùre qu'on m' mône vite â lolâ. 
Ji sèrè-t-ossi sot qui 1' ci qu'à fait 1' palàs. 
A résse, mi père, tot-fér tôt m' jasant dès feumm'rèye, 
M'a dit traze et traze fèye : Hoûte, mi fis, s'ti t' marèye, 
N'èl fai qui tôt â pus deux heure divant d' mori : 
Elles t'ènnè front co vèye assez po t' fer maigri. 

Chamon. 

Ci qu'è bin rèsconlré, li mariage, valèt Jacques, 
C'è r pus bai d' tos lès sôr. 

Jacques, 

Awè mains, çou qui mâque, 
C'è qu'on fè foirt ràr'raint, rèscontré. Ji wag'reù 
Qui d'vins tos lès marié, s'is d'vîs r'jouer leûs jeu, 
Li mitant sur po 1' mons èvôy'rît l'attèlêye 
A diale qu'elle vinsse qwèri. 

BOUYOTTE. 

Boge-tu, va, ti brùk'lèye. 

NOQUETTE. 

1 fàreû 

BouYOTTE (fi yoquèttc). 

Po t' marier, et po n' nin t' fer hairî. 
On p'tit tonnai d' pèquèt comme li lour Saint Andrî. 
Et ti marèy'reû 1' crâne. 

HENDECi,icHE(à Noqvèltc). 

A 

Osse peler sur vosse geaîve? 



- 508 - 

NOQUETTE. 

Awè, VOS l'aurez dire, qwand i ploii c'è de l' plaive. 

{On cilnd on crâmignon.) 

Jacques. 
Hoûte on pau çou qu' vocial, 

BOUYOTTE. 

On crûmignon d' crapaude, 
Po l'oû, fans atlintion d'ènnc nin gâter nossc vaute. 

Gègè {chantant r crâmignon.) 



Scène IX. ' 

JACQUES, BOUYOTTE, MENZIS. CHAMON, HENDECLICHE, 
NOQUETTE, GÉGÈ, TOiNETTE. 

{Rinlrèt lot .^èchant Moilroux et chantant.) 

Nos allans mori v'Ia qu'i [loû dès steûle. l 

Nos n' mourrans nin co, v'Ià qui lû r solo, i 

N B. Jtkques a itie jlute à Vognoji, Châmon on rahia, Gègè ine boule trompette, 
Boityottc ine boule avou ine éla.^tique, Menzis ine trompette d'inc censé; is ont 
tunox dis pUits drapeau à leûs calotte ou chapa'i. 

BoUYOTTE. 

Èye ! i fâ-t-assoti, ji n'a jamâye tant ri, 

Et pôr qwand j'a vèyou mâma qu' volez-v' mori... 

Gègë. 
Ji m'aveû-st-ècrouquî case ti toi, gros potince. 
T'a pochî d'vins 'ne barquette, adonc vola qu' ti k'mince 
A fer dès chimagrawo, chanter tôt comme on sot. 
J'a bin pinsé di nos vèye turtos cou d' zeur cou d'zo. 

BoUYOTTE. 

Vos avez todis sogne. 



— 509 — 

(JÈCÈ. 

Kimint? pa, nosse barquette, 
Vos l'avez bin vèyou, sèchîve so lès crahiètte, 
Et paur qui nos èstis turtos de même costé. 
Enfin j'a stu binàhe qwand j'a polou qwitler. 

Jacques. 
C'è-st-adonc qui j' fa rawse. 

Ceiamon. 

Et ritaliènne, donc, lèye, 
Avou s' laid roge visège sofflé comme ine bolèye, 
Qui voléve si sàvcr qwand Noquètte l'apiça 
Po l'bùhî. 

NOQUETTE. 

Fer les qwanse. 

Jacques. 

Et Bouyotte lî happa, 
Pus vite qu'on n'èl pou dire, ine boule. 

HouYOTTE (funt l" gesse de haper). 

A r vole, agrawe ! 
Jacques (porçuvunt). 
Et même lî lèyî vèye. 

Bouyotte. 
Ji bouhîve après s' gawe. 

(Toi fan t aller î' boule divès Gègc ) 

Èdonc parait, mâma? 

Gégè {cachant s' vitègc po n' nïn allroper lès côp d boule). 

Dimeûre on p'tit pau keu, 
Va, toi, grand forsôlé. 

Mekzis {accègnant Hùndèliche). 

Lu, donc, r laid boigne caiqueû, 
Qu'il d'viséve à 1' hinche main. 



— 510 - 

Hendecliche. 

Mi, zè r se mes affaire, 
Valet. 

Jacques (houquant). 
Garite. 

Garite {so s' soû). 

Plaisse-ti. 

Jacques. 

Tapez nos 'ne gotte on verre, 
i:t d'hombrez-v' savez, là, pace qui mîx qu'on pinson, 
Qwand j'àrù houmé m' gotte, ji v' gruzin'rè 'ne chanson. 
Gègè {à Menzis). 

I chante si bin, dai, Jacques, c'ô çoû qu'on nomme ine basse. 
Qwand c'è qu'èl fai è s'chambe n'a l' panne di veûle qui casse. 

Garitte {appoirtanl /' touniêyé). 
Lès roge, c'è po lès feumme. 

Noquette {qu'è-st-èdoinnou, raspoyî so V ma (T cocagne). 

Si tu savais, Trinn'chèt, depuis que j' t'ai r'mouchté (*). 
Je suis cou d'zeur, cour d'zo, car rien que ta beauté... 

Jacques. 
Qui faisse, donc là, Noquette, ti t' va spiyî 1' narène. 

Noquette {ai dispièrtant). 
Oho! mi, ji comptéve... 

Jacques. 

Lai comptez lès bèguène, 
Elles ont 'no gotte mîx l' timps qu' toi. 

Noquette. 

Hôye ! ji doirméve drôsst ! 

(') [\'mouchl{^, regarddc (argot wallon). 



- 511 — 

Jacques. 
Comme lès ch'vù. Rote tôt cial; seûrmiiit, n' vin nin hossî. 

NOQUETTE. 

Ji n' so nin sô, séssc, mi. 

Jacques. 
J'èl veû. 
On marchand d' grenade {è l' coulisse). 

Via des crevette ! 
Voilà r marchand, celui qu'en veut, qui n'en achète. 
Ah ! crevette. 

BOUYOTTE. 

Puisqu'on a l' jôye è l' tièsse, 
Fâreû on crâmignon. 

HiNRI. 

Ji v' va dire on tôt noù, 
Qui j'aveù composé po V fièsse... Lès bouteù-foû. 

Jacques (à Hinri). 
J'èl mène. 

(\s formel l' crdmigtiou.) 

Marchand d' guènade (intranl). 

V là dès crevette, jans, donc, lès camarade, 
Ni m' fez-v' rin vindc, dihez? 

(0/1 ])' Lit (jamin vin ucli'tcr.) 

IIiNRi {c liant (tnl). 

Lès bouleû foû v'nèl d' for 'ne noùvaîne, {Dis èssonle). 
Po n'pûirtez nou séclie cisse samaîne, (Bis èssoule). 

lue samaîne n'a qii' sept joû, (Dis èssonle). 

Po tos lès bouleû foii, {Bis èssonle). 

L'annf've n'è qui d' doze meus, {Bis èssonle). 

Leùs censé ni fét nou pieu, {His èssonle). 

On va vèyî r'monler l'grain, , „. , 

..,,>, } Bis èssonle. 

Cisse sainaine is n lui roiil nin. 



— 51:> — 
II. 

Po n' poirter nou sèche cisse samaîne, (Bis èssonle). 
Afisse de fer leùs pèrtontalne, {Bis èssonle). 

Ine samaîne n'a qu'sèpt joû, (Bis èssonle). 

Po los lès bouteû-foû, {Bis èssonle). 

(Li mazurka kimincc.) 

L'annèye n'è qui d' doze meus, {Bis èssonle). 

Leus censé ni fèl nou pleû, {Bis èssonle). 

On va vè^î r'monter l' grain, ) 

' . ] Bis èssonle. 

Cisse samainc is n lui ront nin. ) 

{Li marclumt (f grenade kimincc à roter ; à c' mouniint là, li crâwiguon fai on telle 
cèijue tôt sdt'lant qui lés diérain sont-st-obligl de cort ènèrl po l poleûr sûr. 
Noquéttc qu'é V dicrain si trèbouhe so l' rôle de V bèrwètte de marchand 
et tome li cou c V bame; li marchand, vèijant coula, lâche lès brèsse de l' bèrwètte 
tôt (/' hant.) 

Marchand d' grenade. 

Nom di hu ! mes grenade ! 

Li teûle tome. 



FIN. 



Plaisir di Vîx, 



COMÈDÈYE È TP.EUS AKE, EN VERS ET AVOU CHANT. 



PAR 



Théophile BOVY. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



{Ouverture pm- Vorchestre di l\iir connu de : fA vèije mère qui bulle lés boûquèlte 
Et V vix pire qu'a V cou tourné... etc ) 

AKE II 

Li scène si passe èmon Gilles él Louis, les voizin, li mite dès matène. A lever de 
rideau, Louis è lot seû. I r'mùlte on \y.m V niohonne. Poile ù fond, à gauche. I pind 
à gauche dé l" poile on pùrt-manteau, quelques meûbe à l' chûse. (11 è cinq heure.) 



Scène I. 



Louis {piind les pousitre nvou 'ne c'.icolle). 

Là, là, tôt bai doûc'mint ùt pichètle à miette, 
I frè chai tôt r' mèttou ! 

(/ rcgnèlle lés clicyirc, mène li Idée è a' pièce, etc., etc.) 

Li mohonne avisse nette! 

{Louquanl dtou d' lu.) 

Awè nette ! Et à c'ste heure, tote mes gins polèt v'ni ! 

(S' boultani sa V front.) 

Aye! çou qu' j'alléve roûvî, donc ! çou qu'j'alléve roùvî' 

33 



— 514 — 

(Hoiiqucnt.) 

Gilles? Gilles! vdsse è-st-i? 

Gilles (d'istant è raulc pièce). 

Di quoi? Raltindez 'ne gotte! 
, Louis {brryanl). 

Abisez chai Lin vite! 

Scène II. 

LOUIS, GILLES (arrivant po V gauche). 

Gilles. 

N'avez-v' pus dèsclicotte! 

Louis. 

Gi n'è nin lès clicotte qui mâquèt, c'è dô vin ! 

Gilles {èivaré). 

De vin! Estez-v' bin sûr, fré Louis, qu'cnnc a nin? 

Loui-;. 
Pus du tout, j'è so sûr! 

Gîlles. 

Pus nin môme dix botèye? 

Louis. 

Nin 'ne seule, c'ù co bin niîx ! 

GÎLLES. 

Ji m' va vèye! 

Louis : 

Quelle idèye, 
Qwand jiv' di. 

Gilles. 

Quelle idèye ! Bin mi, ji m' va vèyî ! 

{l sorte po V gauche.) 



— 515 — 

Scèno ïll. 

Louis. 
Ji m' dimande co quéquès fèye si Gilles è foirt sûti ! 

{Gesse. ) 

Ji sé qu"i n'a pus nolle! 

{On ètUui bouhi à V poite de fond.) 

Ji pi lise qu'on bouhe à V poite. 
Si c'è mâye on gêneux, j' sohaite qui 1' diâle l'èpoito! 

{Louis va droviér V oiihe.) 

Scène IV. 

LOUIS, :>iÈl\tNCE. 

Mèp.ence {intc haut c bas, ([''Manl bo V soû). 
E-co qui v's estez tôt seû? 

Louks {niêmejeu). 

Gilles è-st-ùvôyc c 1' cave. 
Mèkeincil {inlrant). 
Aha, c'è bon, j inteùre, qwand i rVnonlrè, ji m' sâve. 

Louis. 
Qa'i n'a-t i? vont-is v'ni, les aute? 

iMÈRENCE. 

Awè, mains d'hez, 
Avez-v' vèyou Léon? 

Louis (/w tourmètlcr Mirence). 

Que Lcon ? 
^iÈRE^•CE {nvou iC pilite mowc). 

Vos savez 
Bin, Léon ! 



— 51C — 

Loiis {comme si sov^nanl d'on côp). 
Vosse galant ! 

{Tôt riant, Mèrence J'ai sègue qn^aivè, Louis louque li jôrie fèije in'e deux 
oûye po V gêner on pan.) 

Mèrence {cafougnant V cUcotlc d\i Louis). 

Bill jans, donc, jâsez 'ne gotte! 
Louis {riant). 
Hai, hai! qui fez-v' donc la, vos cafougnîz m' clicotte ! 

Mèrence {tape li clicotte à V terre, Louis V ramasse). 
Jans donc, Louis! 

Louis. 
Oho... bin .. 

Mèrence {curieuse et tôle binâhe). 
Quoi? 
Louis [comme po-z-annoncer 'ne mâle novelle). 
Léon... 
{Joyeûs'mint.) 

Vinrè ! 
MÈRENCE {abrèssanl Louis). 

Aha! tant mieux! merci!... Vis a-t-i dit qwand c'è 
Qui vinreù, adonc puis ! 

Louis. 
Bin nènni, c'è po rire! 

MÈRENCE. 

Et... vès quelle heure, Louis? 

Louis {blaguant). 

Tot-rate, ji v's èl va dire! 
MÈRENCE {annoyeuse). 
Bin jans, d'morcz tranquille! Dihcz-m'? 



— 517 - 

Louis. 

Léon m'a dit 
Qu'i vinreù li pus vite qu'i porreù ! 

Mèrence. 

Ah! merci ! 
Etv'sa-t-i dit... 

Louis. 

Rin d'au te. 

Mèrence. 
Oho ! jisqu'à tôt- rate ! 

(Elle vou sorti.) 
Louis. 
Ah ! mains, v'nez on pau chai donc, sacri nom deux patte ! 
Mèrence {so /' seû). 

Di quoi, donc? jVa riv'ni. 

Louis. 

Ci n'ô nin tôt coula, 
C'è qui, vos allez v'ni, vos aute... Et vosse grand plat? 

Mèrenxe. 

Mon Diu, ji l'a roûvî ! 

Louis. 

Nos battrans lès bouquètte 
E crameu wisse qu'on s' lave! 

Mèrence. 

Rattindez ine miette. 
Ji v's èl va-st-appoirter? 

Louts. 

Gè bon, n'èl rouvîz pus, 
Et-z-appoîrtez m' ossi sîhe assiette? 



- 518 - 

^!ÈRE^■CE. 

Comptez d'siis! 

{Mùrcnce sorte po l' fond. G'.Uea inienre po V (jauche, il a des botèije dizos 
chaque brcxse.) 

Scène V 
LOriS, GILLES. 

Gii.i-ES [mostrauf sî's lôlèije). 

Fia! ji l'avoû biii dit qu'onne aveu dès botèye ! 
Alla? Quoi? Vos là co 'ne fameuse capotèye, 
Nonc, sûrmint! 

Loris. 

Et wJsseè-ce qui tote cèsse-lal èstU? 
GÎLi,Es {rinnl). 
Ah! ah! ha! c'ô dès cissc, parèt, qu' j'aveû cachî ! 

Louis. 
Potincc! Dès vèye? 

GÎLI-E'. 

Dès vèye! Bin vos l'polez bin dire! 

LOLIS. 

Tant mîx vu! Tant mîx-và! 

/ louqiie lès botèye.) 

Et coviètte di poussîre! 

GÎI-LES. 

Ni lès v'nez nin d'pouss'ter, savez, vos, malhûreux! 
Ce coula qu'èls' donne de 1' valeur! 

Louis. 

Wè, ji v' crcû, 



- 519 - 

GÎLI-ES. 

Ce st-ainsi, c'è-st-ainsi. G'è dès s' faites botèye, 

Qui d'vins lès grands dîner on-zappoîte bin coûquèye, 

Divins dès p'tils banstai, Louis? Vos savez bin?... 

Loiis (rianl). 
Nènni, c'è po rire! Et vos? v' n'è savez rin! 

(/s ricc.) 

Gilles. 
Ji m' lès va mette èvôye. 

Loris. 
Awè, dMé I' gré de 1' cour. 
Gilles, 

Nènni! s'èlle allîz mâye pôrminerso l'Vinâve,... 

I fàrcû si pau d' choi ; chai è 1' coine di rârmà, 

A m' sonlance, ônonc, fré, 'lies ni polèt nin pus ma! 

Louis. 
Cè-st-inc bonne précaution ! 

Gilles. 

Ji v's èl' di, parèt, mi ! 
Louis. 

A c'stc heure qui d'on moumint à l'aute is polèt v'ni, 
Ji m' va-st-on pau r'nèttî... 

Gilles. 

Mèttez-v' ine prôpe chimîhe 

Louis. 

Nènni vos, c'ô po rire! 

Gilles. 

Ce qu'i fai bin 'ne mâle bîhe, 
Savez, è nosse grande chambe, wisse qu'i n'a nin de feu! 



— 5-20 — 

Lo.is. 
Ji m lavrè-st-à grande aîwe ! 

GÎLLES. 

Awô, c'è co r mèyeu ! 

{Louis sorte po V gauche.) 



Scène XII. 
LES MÊME, MONS GILLES ET BERThNE. 

Léon (quijàsc todis bas à Mèrence). 

Oh! por vos, vrêye, qu'i n' so-j' 
Riche à million, Mèrence! 

Mèren'CE [rianl à Léon). 

Vos gangnîz qwinze cinl franc? 
Po-z-av"ni jisqui-la, n' vis-è fûrô pus tant! 
Léon (à Mèrence tôt riant). 
Quel hurcux caractère! 

(Mayanne et Louis qui s' chûffit â feu, lès rein tourné vè lès joue, lés louquèt 
sius fer les qwunse.) 

Louis {bas à Mayanne). 

Si nos nos r'sèchîs 'ne gotte, 
Ces deux jonôs gins-la sèrît contint! 

Maïanne. 

J' m'è dote ! 
Louis. 
Qwand nos avis leûs âge, i v's è rappellez-v' bin... 

(/.« .?' drèfset et Louis èmône Mmjmme qui li' se s'elle deut 'une n^iller.) 

Jans, nos tapVans sor zèl ine oûye di timps in timps! 

Léon {à Mèrence bas). 
Qui v's c sonlc-ti, Mèrence? 



- 521 - 

MÈREKCE. 

Oh ! v' savez mes îdèye! 

(Louis èlMatjnune sortct po /' gauche, tôt rincoidatit.) 

Scène XIII. 
LÉON, MÈRENCE. 

LÉON. 

Ji k'nohe bin vos idèye! 

MÈRENCE. 

Qui voléz-v' qui ji v' dèye ! 

Léon {louquant âlou d' lu). 
(Joyeus^miut.) 

Tins, nos èstans tôt seû! 

(/ vont abrcssi Mèretice.) 
MÈRENCE {si r'scchant). 

Tôt douc'mint, tôt douc'mint ! 
Léon. 
Puisqui n's èslans tôt seû? 

Mèrknce (ca! en'' mini). 

Vos savez qu' ji n'aîme nin... 
Qu'on m' rabrèsse . tôt côp bon... 

Léon. 

Qu'on v' rabrèsse! qu'on v' rabrèsse ! 
Mains, mi? 

MÈRENCE, 

Chut! inc saquî! 

(Julie rintcure po r fond.) 

Scène XIV. 

Mérence (à Julie que sl-èwarêyc di ?i' vèiji personne). 
Tôt r monde è-st-è l'aute pièce! 

(Julie sorte po /' gauclie.) 



- 522 — 

Scène XV. 

LÉON, MÈRP.NCE. 

I ÉON [voii abrcssi Mèrencc qui fni dès manlre). 
Mèrence! 

Mèhence (mostrant /' poile po wisse qui Julie è-st-èvôye). 
Nènni, Léon, nènni; vos vèyez bin... 
[.ÉON {qui ])onû Mèrence). 
On lot p'tit, on tôt p'iit, personne n'ô sûre rin! 

(/ rabrèsse; à c monmwt-là Maijnnne ce Louis aboulèl V tiè.ise è V crèveurc di 
Vouhe di gauche. Is les vètjet, Hlnycnuie vou iticrer, Louis V ritin.) 

Mèrence. 
Jans, Léon, d'monez keû. . ce tôt... 

I.ÉON. 

Mèrence, ji v's aîme! 
Ji v's aîme à div'ni sot! 

[I vou co V abressi.) 

iMèrence (si d'gacjcanl.) 

Awô, c'è bon tôt 1' même... 
Léon {hurenx). 
Ainsi vos volez bin qui ji v' (limande è mariège! 

Mèuence. 

Puisqui v' m'acèrlinez qui n' sèrans-t-è manège, 
lîureux comme dès p'tits roye... 

Léon. 

Ilureux comme dès bon Diu ! 
Mèrence, j'ènnè so sûr! 

iMèrence. 
Mi, j'ènnè d'mande nin pus! 



— 5-23 — 

LÉON. 

Mèrence? Eh! bin, franch'mint, là, volez-v'qui ji v'dùye? 
Eh! bin mi, s' vos volez, j'a lo bonii'mint l'idôye 
De d'mander l' mariègc... 

Mèrenxe {joyeus'mint), 
Hoûye? 

LÉON. 

Hoûyc, awô! Poquoi nin? 
Mèrence. 
Hoûye... 

f.F.ON. 

Hoûye?... Eh! biii? qu'a-t-i? 

Mèrence (aoûreiise). 

Léon, ji n'è se rin... 
Ji n' se s'c'è l'jôye... ou l'sognc... 

Léon (hvrctix di vàyc consinti Mèrence). 

{Li priiidatit V main.) 

Ah! Mèrence! Ah! Mèrence, 
Qui ji so donc contint ! ji saveû bin d'avance 
Qui vos m'aîmîz, c'è vrèye, mnins ji so-st-aourcux, 
A o'ste heure, pusqu' ji n' pou dire! 

Mèrence {si'ircnil C m'àn). 

Et v' n'estez nin tôt scû, 
Ji so-sthureûse ossu, tôt ottant qu'on 1' pou èsse! 

Léon. 

Oh ! Mèrence! oh! Mèrence, i fâ co qu' ji v's abrèsse ! 

{Is s'dbrcxaèt \à c' mouminila Louis èi Maijmnie nboutét leu-i liesse à V crèveiirc de 
r poite di gauche: ilaijauuc vou imrc-, Louis Vîntic espèchc, li mostiant qui 
c'è seuCmiiit /' deuzdine féije.) 

CH.\NT. (air: sur les toits.) 

{.irringipo duo.) 



— 524 — 

I.ÉON. 

Ji veû dès lânie divins vos oïlye... 
Mèrence. 
Léon, ji so-st aoureuse oûye, 
Léon. 
Mi comme vos. 
Mérence. 
Li bonheur nos drouve ses deux brèsse! 
Léon. 
Li bon Diu rèye qwand ji v's abrèsse 

{I Vabrèsse) 

Mèrence (si (Vgageanl ) 

Jans, c'è lot... 

Léon. 

I m' sonle qui ji veû d'jà, Mèrence, 
Li hiède di nos èfanl qui danse 
So mes g'no ! 

Mèrence (è même timps). 

So vos g'no ! 

Mèrence. 

Sil' bon Diu bênîhe nosse mariège, 
Ji sèrc-st-heureuse è manège, 

ESSONLE. 

Toi comme vos ! 

{Léon vou-sl-abrèssi iUrcnce^ elle si (V'jri'je d'où cap.) 

Mèrence. 
Chut! vochal ine saquî! 

{Durant V chant, Louis èl Mayanne houtèt à l' crcveiire di l'ouhe.) 



— 525 — 

Scène XVIII. 
LES MÊME, BEPxTINE {inteure po l' (jauche aiou V caflià'c). 

Bektine {moslranl /' caflién). 

Ji fai sûr tos vos d' sir ! 

Gilles. 

Vos n'èl fez nin exprès! 

Beutine. 

Oyez donc, r malhonnête! 

Gilles (vianl à Dc/iiue). 

Nènni jans, ce po rire, 

A'inez chai ad'lé mi ! 

Dertine. 

La ! ce çou qui j' vou dire ! 

{Julie vilde divins lés tasse.) 

Léon (à Màrence). 
Dinez-m' vosse tasse, Mèrence! 

Gilles. 

Vèyez-v', qu'il è galant! 
Bertkne (à Gilles). 
Di vosse vèye vos 'nne avez jamûye sur fait otlant ! 

Gilles. 
C'è-st-à-dire! c'è-st-à-dire! 

Louis (« Maïanne). 

Mi fré Gilles û mariègo, 
N"a mâye songî non plus ! Et Léon... 

Beutine. 

Et Léon ! 

Louis. 

E manège 
Vou moussî reûde-à-ballc! 



— 526 — 

Beutine. 

Qui racûiitez-v'? di quoi? 

Louis. 

A c'ste heure ou bin tot-rate, i v's èl fâ dire, ma foi ; 
Berline, èstans I' mononke d'à Léon, ji v'dimande 
iMèrence chai è mariège, por lu. 

Léon {bas à Mayaitnc). 

Allons, matante 
Màquêyc, ine bonne parole! 

Maïanne (à Léon). 

Ine bonne parole? mi fi, 
Ji sohaile qui v's èstésse hureux! 

Gilles {riant). 

Vola, c'è dit! 
A qwand l' banquet, Bèrtine? 

IJertine. 

Ji sos-st-èstoumaquêye! 
Ji m'onne attindôvc bin on pau. 

{Abi-èssittit s'fèije). 

Pauvc pitite fèye ! 

{Elle lioube ine oitije.) 

Gilles (à Berline). 
Jans, si vos n' magnis nin, ji va magnî vosse part ! 

Léon (à Berline comme consoînlion). 
Si marier, c'è 'ne saquoi qu' fà qu'on faisse timpe ou lard! 

Maïanne. 
C'è sûr, ce sûr! 

C;:uTiNE (rhignêtje). 
k\wè ! 



— 527 — 

GÎLI.ES. 

Bin nènni, c'è po rire! 

Louis {à Maynnne). 
{A Léon.) 

Ji raveû todis dit! Nôvcu, vos polez dire 
A c'st heure qui v'ia vosse feumme! 

{Slosirmil Mèrcnce.) 

Léon. 
A tôt 1' monde chai, merci! 

(/ donne des powjnèye di main, et il abrèsse Jlèience). 
Bertine (à Léon). 
Léon, ji sobinàhedi v' poleûr noummer m' fi ! 
Sèyîz hureux tos deux, vola çou qu' ji v' sohaite... 

Gilles {qiii tùiune 7iin qu'on a'allindrisse). 

Jans, jans... Tote les bouquètte savez, ni sont nin faite, 
Bèrtine? Haye, à vosse posse! 

Bertine. 

Gilles j'a T cour tôt mouwé. 

[Elle va è r couliène avoii Julie.) 
Gilles (à Berline). 
Allez, coula s' pièdrè qwand vos v's ûrez r mouwé ! 

Scène XIX. 

LK6 MÊME, vions BERTINK ET JULIE. 

^ÎAYA^■^E (rt Mèrcnce). 

Àli fèye,ji n' pinsévenin qui cisèreûsi timpe! 

Louis. 
Is èslît foirt pressé, Mayanne! 

Gilles {riuhi). 

Is sont d'inc trimpe! 



— 528 — 

Léon {riant, onpau gêné). 

Qui volez-v' dire, allons. 

Mayannk (rianl). 

Awè... n'savans vèyou ! 

Léon {iiilrujué). 
Di quoi? 

Gilles {riant). 

Louis cssi. 

Louis {mostranl Mayanne). 
Jisqu'ù r vèye mamc aveu! 
Léon {riani et todis pus intrigué). 
Bin quoi donc, Saint Malhy ! Pa, vos n' savez quoi dire! 

Gilles {riant èl fant allusion â bêche di lot-rate.) 
Louis ? 

Louis {même jeu). 
Mayanne? 

Maïanne {riant ossi). 
Awè! 

Cilles {riant ossu). 

Nènni vos, c'è po rire! 
CHANT {air connu arrangé pour la circonstance). 

Cilles. 
So r timps qu' n' nos battis lès bouquèlte 

Louis. 
Et qu' Bèrtine aveu 1' cou tourné, 

Gilles. 

Léon chai, jouwéve k l' rispounètle. 
Avou Mèrence, 11 jou de Noyé. 

Es.sonle. 

Avou Mèrence 11 jou de Noyé ! 

{Is riùt tôt vndaiit Iciis tasse di cnfè.) 



SOCIÉTÉ LlÉeEOISE DE LITTERATURE WALLONNE. 



CONCOURS DE 1890 

RAPPORT DU JURY SUR LE G*^ CONCOURS : 

Vocabulaire ou Exposé explicatif wallon et français des monnaies, poids 
et mesures de tous genres qui ont été ou sont encote en usage dans le 
Pays de Liège. 



Messieurs, 

Les deux mémoires envoyés en réponse à la 
question n'ont nullement satisfait les membres du 
Jury chargé de les apprécier. Ils sont très superfi- 
ciels et très incomplets. 

L'auteur du n° 1 (Devise : Qui cherche trouvé) 
semble ne pas avoir beaucoup cherché, car il ne 
donne que des renseignements traînant dans tous 
les vieux livres de commerce et dans des traités 
élémentaires d'arithmétique ad hoc. Comme il le 
reconnaît lui-môme, son travail est un simple 
exposé, fort maigre, agrémenté d'un amas de chiffres 
et de réductions à n'accepter que sous bénéfice 
d'inventaire. 

34 



— 530 - 

Le mémoire n" 2 porte pour devise : Le sifslème 
métrique est uniforme, simple et régulier, etc. Pour 
être plus sobre de cliifl'res et plus méllioditpie — 
l'auleur i\iyant distribué sous forme de vocabulaire 
— il n'est pas moins incom})let que le n*^ précédent. 
C'est l'œuvre d'un homme d'école qui a voulu nous 
distraire par une leçon sur le système métrique. 
Juuez "s'il a dû réussir ! L'auteur s'est borné au 
reste à feuilleter le dictionnaire de Hubert et deux 
arithmétiques modernes. Quant aux vieilles per- 
sonnes prétenduement consultées, elles doivent être 
peu expertes, car les renseignements contenus dans 
ce travail sont des plus légers et des plus vulgaires. 

L'avis unanime du Jury est donc que ces deux 
mémoires ne méritent aucune distinction. 

Le résultat du Concours eût sans doute été diffé- 
rent si les auteurs s'étaient mieux convaincus de 
l'importance et de la beauté de la question. En effet, 
par les monnaies, les poids et les mesures, on 
pénètre dans la vie privée et pratique d'une nation, 
dans ces mille [)otits détails intimes qui échappent 
d'ordinaire à l'historien. Aussi comptions-nous trou- 
ver dans les mémoires examinés des révélations 
intéressantes sur les us et coutumes de nos pères. 

Disons-le bien haut, notre déception a été entière. 

Parn]i les sources et documents que les concur- 
rents auraient pu mettre à profit, et dont ils semblent 
n'avoir pas même soupçonné l'existence, signalons : 
les anciens livres de mathématiques publiés dans le 
pays de Liège depuis le XVi'' siècle; les ouvrages de 



— 531 - 

P. Simonon sur les monnaies el ceux de Thomassin, 
l'auteur du mémoire statistique du département de 
rOurthe; les livres de numismatique; les divers 
dictionnaires wallons, particulièrement celui de 
Forir; les vieux comptes et papiers d'affaires qui 
renferment foule de curieux détails à relever; enfin 
et surtout, les recueils des Edits et Ordonnances de 
la Principauté, etc. 

Les membres du jury, 

N. Lequauré. 

D. Van de Casteele. 

Jules Matthieu, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du Ib mars 1891, a 
donné acte au Jury de ses conclusions. En consé- 
quence, les billets cachetés, accompagnant les 
pièces non couronnées, ont été brûlés séance 
tenante. 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE IITTÉRATDRE WALLONNE. 



. CONCOURS DE 1890 

RAPPORT DU JURY SUR LE 12e CONCOURS (CONTKS EN PROSE). 



Messieurs, 

Le jury du \^2'' concours n'a eu à examiner qu'une 
seule pièce, intilulée : les Soltaî et portant la devise : 
Connais-loi loi-même. 

C'est bien un conle en prose, et qui a, au point de 
vue de la langue, le mérite d'être écrit en wallon de 
la vallée du Geer : les B'dletins de la Société con- 
tiennent, en effet, peu d'échantillons (s'ils en contien- 
nenl) de cette variété de notre vieil idiome. Le conte 
débute par une introduction qui nous apprend que 
l'auteur va nous raconter l'histoire des sottaî, bien 
vieille histoire, souvenir d'une prime jeunesse. 

Cette introduction a paru au jury être un hors- 
d'œuvre, et devrait être supprimée : elle a fort peu 
d'intérêt. 

Débute alors, à proprement parler, le conte : la 
trame en est assez mince, et l'intérêt ne se soutient, 



— 533 - 

sur un semblant d'action, que par la vivacité 
du lan<:çage et la grande variété des ex})pessions 
employées. 

Un malheureux cordonnier, si pauvre (et cepen- 
dant ce n'est pas de sa faute) qu'il n'a plus que le 
cuir nécessaire pour une ])aire de souliers déjà 
commandée, se met, le soir, courageusement à la 
besogne; et bien tard, va se coucher la conscience 
tranquille. Le lendemain, tout au matin, quel n'est 
pas son étonnement lorsqu'il voit sur sa table d'ou- 
vrier, une paire de souliers terminée ! Il l'examine, 
la retourne sous toutes ses faces, et est forcé de 
s'avouer que rien n'y manque. 

Ici, l'auteur a rendu avec un réel talent les impres- 
sions de son héros: la ecène qu'il décrit est bien 
réellement vécue, et l'ahurissement du cordonnier 
bien dépeint. 

L'acheteur se présente, trouve les souliers à point, 
les paie, et donne même un supplément de prix ; 
si bien que notre « côrdonni » trouve le moyen 
d'acheter les matériaux nécessaires à la confection 
de deux paires de souliers. 

Il coupe les souliers ce jour-là, et se couche, se 
réjouissant de finir l'ouvrage le lendemain, rempli 
de courage qu'il est par son bonheur du matin. 

Le reste se devine : la progression continue les 
jours suivants; tous les matins les souliers, coupés 
la veille, se trouvent terminés sur l'établi. Et la 
chance d'autre part conlinui , les acheteurs foison- 
nent, le cordonnier se fait riche. 



- 534 — 

Si bien qu'un jour, il veut percer le mystère, se 
cache la nuit avec sa femme, et surprend sur le coup 
de minuit, de petits hom.mes, lessottaî qui viennent 
se mettre à la besogne. Détail particulier et impor- 
tant, ces petits hommes sont « tôt non, jans, non 
comme on deûcjt ». L'aube arrive, les sottai dispa- 
raissent; et les époux reconnaissants trouvent qu'ils 
doivent î)rouver cette reconnaissance à leurs bons 
j:çénies. Que faire, sinon les habiller de pied en cap ? 
Et surtout, n'oublions pas, dit la femme, une belle 
paire de bons petits souliers pour chacun, car c'est 
l'hiver, et la neige tombe. 

Ainsi dit, ainsi fait, et le jour où tout est prêt, le 
cordonnier et sa femme, au lieu de préparer le cuir, 
mettent bien en évidence les vêtements des sottciî. 
Ceux-ci arrivent, sont tout étonnés, et finissent par 
s'habiller en chantant : 

« Nos estans bai, sâreu-t-on trover niîx ? 
Poquoi sèris gn' donc pus lonlimps coiphî ? » 

Depuis, oncques ne les revit; mais le cordonnier 
était sorti de la misère; et désormais, tout lui 
réussit. 

Il y a, dans le but poursuivi par l'auteur, une bien 
grande incertitude : à quoi tend le conte qu'il a 
écrit; serait-ce peut-être à l'intention de démontrer 
la vérité du 'proverbe : « Un bienfait n'est jamais 
perdu ? » 11 y a là, dans l'œuvre, une grave lacune; 
aussi malgré les (jualités de style, fort appréciables, 
et (pii font (pie la lecture du conte offre un intérêt 



— 535 - 

assez soiUenii, le jury a-(-ii Ihonneui' tie vous [)ro- 
poser d'accorder à l'auteur de les Sottaî, une 
meiilion honorable, iivec impression. 

Les Membres du Jarij : 
MM. J. Dkfreciikux, 

Eue. DuCIiESiNE, 

L. Delsaux, rapporleur. 



La Société, dans sa séance du 15 mars 1891, a 
donné acte au jury de ses conclusions. L'ouverture 
du billet caclieté, ncconiprignant la pièce couronnée, 
a fait connaître ([uc M. Gustave Marchai, inslilulour 
communal, à Liège, est l'auteur du conte : lès SoUaî. 



Lès Sottaî ('). 



PAR 



Gustave MARCHAL 



INSTITUTEUR COMMUNAL. 



MÉDAILLE DE BRONZE. 



Devise : 
Connais-loi toi-même. 



Ji v' vou raconter l'histoire dès Sottai telle qui m' père mi l'a 
raconté quand j'èsteu-st-èco bin p'tit, histoire qui ji m' plaihîve 
à ètinde répéter divins ces longues sîsse d'hivièr, qui les vîlès 
gins passè-st-à guèrry so Napoléon, Bazaine, Bismark, Mac- 
Mahon, so l' rèvoluchon di dihe hut cint trinte et lès exploit d'à 
r jambe di bois. Inte deux, on racontéve eune histoire di ma- 
cralle, di lauwarrou,di sottai; c'è comme çolà qui j'a-st-appris 
li cisse qui ji va sayî dô rappoirter telle qu'on m' l'a conté. 

Aveû-st eune fèye on côrdonnî qu'èsteu dim'nou si pauve, 
si pauve; mains ci n'èsteû nin di s'fâte, savez, pacequ'i louquîve 
foirt bègne à lu, et qui saveû foirt bin régler s' manège. Ji 
d'héve donc qu'csteû si pauve, si pauve qui n' lî d'moréve 
pus dé cûr qui po 'ne paire di solo, sins oyeu l'moyégne d'ènnè 

(•) Le wallon employiî clans ce conte est celui parli? dans le vallon du Geer. 



— 537 - 

pus poleu rèch'ter. I discôpe donc si cùr de Tsissc po F paire 
di sole qu'ôsteû k'mandcye, et aveu 1' consciincedi s'pauvrité, 
mains di s' brav'silé, ca i savcû bin qui ci n'èstcû nin di s' fâtc 
qu'i s'vèyéve tourné ô F misère, avou Tconsciince d'eune hon- 
nête homme, i s'alla mette pûhûlmint è lût et s'èdoirma tôt 
rik'mandant si âme â bon Diu. 

Li lèddimain â malègne, i s'Iîvo, di st-eune pàter, tôt pinsant 
qui va st-aller ovrer si dièrain boquet d'cûr et puis i s' voust- 
aller mette à l'ovrège. Mains qui n' fou-ti nin surpris, quand 
i vèya lès deux soie to fait so l' tâve! Esteû tôt èstoumaqué, ca 
i n' comprindéve nin vrây'mint kimint qui s fève qui tôt 
lèyant l' jou d'vant à 1' nuto li cûr seuTmint discôpé et presse 
à mette en oûve, i m' néve trover eu ne paire di sole qui 
n' dimandîve qu'à èsse châssî. a Qu'è-ce qui çolà vou dî?... 
Portant ji n'a mèttou nou pan âtou hîr, » ni féve-t-i d' répéter. 
C'è-st-on mirâke, ma foi, ou ji n'y comprind pus règne. Por- 
tant, ji n'èsteû nin pus so hîr qu' hoûye po-z-oyou fait 'ne 
paire di sole sins n'oyou som'nance » Disqu'anonc avu d'morou 
planté d'vant les sole to fant des èclameure. « Louquonsles 
on pau, » d'ha-t-i. 

I prind donc les sole, lès louqua et r'iouqua, lès r'tourna di 
co tra/.e façon, sins lèyî de louquî nolle pièce, nou trawai, 
nolle piqueure. Lès sole èstivot si proprumint ovré qui n'aveû 
nègne eune fasse piqueure, nègne eune màkeule, si p'iite 
qu'il fouhe, on-z-âreû vrây'mint dit qu'on-z-eûye volou fer on 
chô-d'oùve. 

L'acli'teu ni târgea wêre de m' ni vèyî après s' paire di sole, 
et comme is lî tournis pusse qui bôj:ne ô Toûye, èl paya-st-on 
pau fou de prix. Avou l'ârgint qu'aveu po s' paire di sole, li 
côrdonnî trova moyègne d'èch'ter de cûr po deux paire. 

De r sîsse, i discôpe si pèce di cûr po ses deux paire et i 
s' rafiéve li lèddimain di s' rimètte à l'ovrège avou on novai 
corège; mains ènneavcû nolle golle mèsâhe ; ca quand ci fouhe 
qui s'ièva, èstivèt-st-ôco déjà fait et les ach'tcu ni s' f'rît wêre 



538 



rawarder. Is lî oiTrit tant d"ài'giiit ([ui 1" côrdonnî [lula st-acirter 
de cûr po qwatc paire di solo avou V prix qu'ènnù f çûva. 

Li lèddimain, i trova-sl-èco les qwaie paire di solo qui 
n'rawârdît co qui les ach'tcu" L'après d' main èco 1' môme jeu : 
à matègne, i trovéve oussu lès iiut paire di soie faite. 

Kt coula continua todis ainsi los lesjous savant: tôt çou qu'i 
discôpéve à 1' nute, èl trovéve ovré à matègne; si bogne qu'i 
s' racclèva so V cô quéque aidan; i fou r'noummc lont-z-ct làge 
comme li mèyeu coipî qu'on k'nohahe. A 1' fègne, esteû Ion 
d'oyî r misère, ca ci n'esteû pus par patâr, aidant, ni blâmuse, 
ni même plaquette qui comptéve si fôrteune; c'csteCd lès belles 
coronne, d'ôr ico, qui hiltivèt quand i d'Ioyéve lès cowètte di 
s' vîle boûse qu'i t'néve di s' tàye. 

Coula duréve déjà di^pô bin lontirap, si Lin qu'on jou, de 
l'sîsse, on pau d"vant 1' Noé, quand l'homme cû discôpé s' cûr, 
qu'alléve comme tos lès joû mette so l' tâve po 1' ritrover 
r lèddimain tourné à belles chàsseure, i tourna pinsif ; i 
s' tourna vès s' feumme et lî d'ha: a Mains feumme, qu'arri- 
vreù-t-i, nonc, si nos d'monîs so pîd cisse nute po vèyî si nos 
dihoûveurons nègne qui qui nos vin d'ncr tos lès jou on s'fait 
côp d' main. » Li feumme touma d'on cô d'accoird et esprit de 
rioumirc; après quoi is]s' cachît tos les deux divin les coine 
de r chamme, podrî des mouss'mint qui pindivôt-st-à des 
broque et is frît st-attinchon à çou qui s'alléve passer. Quand 
i touma vis 1' cô d' mèye nute, arriva deux p'tits, tos p'tits 
homme, nin pus grand qu'dès lapon de Nord et tôt nou.jans, 
nôu comme on deûgt. 

Comme dès habitué de 1' molionnc, sins fer nolle façon ni dî 
nou seul mot, is s'assiyît-st-à l' tâve de coiphî, assèchît vers 
zèlle tôt r cûr qu'èsleû discôpé et s' mètlîfc d'on côp à l'ovrège 
sins piède eune munute. 

C'èsteu curieux de vèyî aller leus p'iil deugt, tél'minl abôy'- 
miiit et vile qui trotivèt. Is pi(iuîvèt, klawîvèt, cosîvèt sins 
tourner 1' liesse, térmiiil (pii 1' homme èstcû tôt foû d' lu di 



— 530 - 

lès vèyî ovrcr vile et bègnc. Is n' si distourijît co màyc, si 
n' diliît-is nin 'ne parole tant qu'is n'eurit nin fini Tovrège 
qu'on l's y aveu mèttou. 

Anonc, is mèttît lès soie so 1' tâve, rabouliL tote lès ustèye 
è leu pièce et spitît fou de 1' chamme comme ine aloumeure 

Li coiphî et s' feumme fîvèt dès hoûye comme ine poye qu'a 
hap6 on r'nâ de vèyî quès'tivèt-st-à-c'ste heure û corant de 
mystère qui s' passéve dispù bin lontimp sins qu'is polihe y 
rin comprinde. 

Li ièddemain, quand is s' lèvît, â matègne, li feumme dilui- 
st-a si homme : a Thoumas, ces p'tits lapon là nos ont rindou 
riche. Nos d'vrîs, m' sonle-t-i, èlsî y ènne èsse rik'nohant. Is 
corèt, tôt comme qui nos l'avons veyeu, nou comme on deugt, 
sins né 'ne seule cKcolle po wârder leus coirps de l'frudeûr; 
is vont-st-égcalcr, ca vola qui n's estons û Noé, lès ploumion 
d' nîvaye kimincèl-st-à ra^'ovri 1' terre d'on blanc mantai ; di 
chai à treûs jou ârè gealé disqu'â crama; nouque di nos doux 
p'iils lapon ni r'vièrô I' fourèhon... Sésse bin quoi' j'èlsî ach'trè 
dès p'titès ch'mîhe, dès cou d'châse, dès camisole et dèsjasse... 
et ossi à chaskeune ine paire di chaudes châsse di laine ; et 
toi, hein, Thoumas, l'èlsî frè h chnskeune ine paire di bons 
p'tits sole à trawai po qui leus p'tit p'îd ni seuyèhe pus è 1' ni- 
vaye. I m' sonle qui c'è 1' mons qui nos d'vrîs fer por zels. » 

« D'accoird, diha si homme; nos l's allons r'moussî et r'chAsî 
dès pîd à r tiôsse ; si n' rouvions nègne non pus d'èlsî ach'ter 
deux chaudes calotte h poyège, po warder leus cèrvai. » 

Comme c'èsteû dit, ci fou fait, et quand tos les mouss'mint 
fouri presse, on jou de l' sîse, è 1' pièce de mette di l'ovrègc 
èlsî y mèllîl tôt V hopai so l' tàve d'ovi'ège ; anonc is s'cachît po 
vèyi kimint qu' l'afTairc alléve prinde. A mèye nute, mes d(>ux 
sottai aspitît tôt poi-h"tanl et volît comme d'habitude si r'mèlte 
à l'ovrège; mains comme is n' trovivèt nin de cûr discùpcs. is 
wailît çou qui s' trovéve so 1' lâvo. Tôt d'abord, is toumît tôt 
èslouniaké divaiit 1' hupai (ju'èslcù d'vant i^cls; anon iss' inètlîl 



— 540 — 

st-ii liahler lolmint qu'is n' si polivèt pus t'ni.Avou leus p'titès 
mains, isk'louniît lès mou^s'miiil Ji co traze façon. Puis comme 
s'on Ts y mèttahe li feu à rein, is moussît d' vins ieus belles 
clicùlte tôt chantant: 

Nos èstans bai ; sârtO-t-on irover mîx? 
Poquol srris-gn' donc pus lontimps ooip'liî? 

Anonc, qwand is fourit-st-agad'lé à mittont, is k'minçît-st-à 
pochter, si bin qui d' jôye is dansîvèt so lès chèyîre et lès banc 
qu'èstîvèt-st-âtou d'zels. A 1' fègnc, is s' dansî-st-à l'oû et dispô 
anonc, on n' lès a mâye pus r'vèyou. 

Li coip'hî aveu ramasse 'ne bonne peûre pos ses vîx joù et 
tant qu'i viqua, divins tôt çou qu'intripri, i réussiha todis. 



Notes linguistiques pour faciliter la compréhension 

du texte. 

Jammc ^^ jambe en liégeois ; jambe. 

Moyègnc = moijin en liégeois ; moyen. 

Polcu -^ poîou en liégeois; pouvoir. 

Presse ^^pi'ète en liégeois ; prêt. 

D'tnoreu = dimonou en liégeois; demeuré. 

Yoleu = volou ; voulu. 

Chamme = chamhe en liégeois ; chambre. 

Dî = dire en liégeois ; dire. 

Alloutnewe = alloumîre en liégeois; éclair. 

Matègne = matin, 

Ploumion ou pètion = flocons de neige. 

Foûrèhon ^=prétimps en liégeois; printemps. 

Seuyèhe = sèyesse en liégeois ; soient. 

Mittont = mittant, moitèye; moitié, milieu. 

PCvèyeu — fveyoïi; revu. 

Ivèt = ît liégeois. 3" pers plur. imparf. de l'ind. 



SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE 



RAPPORT SUR LE 17» CONCOURS DE 4891. (CRÂMIGNON, 
CHANSON, ETC.) 



Le jury d reçu, pour ce concours, 31 pièces, dont 
voici les titres : 

i. Comme one soris (dialecte de Verviers); ^. Mi 
petite fèye; 3 Trisse tâvlaî; 4. Lorège; 5. Li Provi- 
(lince; Q. Li margnrite; 1. Èfant, doirmez; S. Mon 
onke Colas; 9. L'èfant et rpâvion; 10. Mes nous 
sabot; 11. Li vîx joueû d' violon; 12. El savoyard ; 
13. /l monclieu l borgnimaisse ; 14. Rilèvans nosse 
perron; 15. Li poète; lij.Six petits poème [dmlcclo de 
Verviers); 17. Cinq poésie (sonnets); \S. Poète, vos 
estez sot; 11). Ji so r'mèttou; 20. Li groumèt ; 
21. Soîige du gloire; 22. Vinez-v è bois; 23. Li vraye 
ligeoise ; 24. Todis contint ; 25. Pauve pitite ; 26 . Deux 
baisjoû; 27. Poquoi plorer? 28. A viège; 29. Mi vîx 
chapai; 30. È bois ! 3L Fez V charité. 

De toutes ces pièces, il n'en est que six (jui 
méritent d'être couronnées. Non point que les autres 
soient absolument sans qualités; mais leurs auteurs 
n'ont pas su éviter les défauts habituels que tant de 
rapports ont déjà mis en lumière et que nous 
croyons inutile de signaler une (bis de i)lns. Bornons- 



— 54-2 — 

nous donc à dire un mot des poésies qui ont obtenu 
les suffrages du jury. 

Le n° 4 nous donne une description assez 
lieureuse de l'orage; mais si la pièce semble facile- 
ment, écrite, le vers choisi, celui de sept syllabes, 
est pénible à la lecture, parce que l'auteur ne paraît 
pas avoir eu souci de trouver une coupe satis- 
faisante. Telle qu'elle est, elle mérite cependant une 
médaille en bronze, comme la pièce n" '22, Vinez-v' 
è bois, qui est gracieuse, mais dont toutes les 
expressions ne sont j)as également poétiques. 

Les n'" 20, Li groumèt, et 24, Todis contint, nous 
ont paru dignes d'une médaille d'argent. Facilement 
faites, elles se lisent facilement et agréablement 
et respirent, l'une et l'autre, une bonne humeur qui 
fait plaisir. Li groumèt nous paraît même valoir un 
peu mieux que l'autre : elle est plus courte — évitant 
ainsi les longueurs dont nos poètes ne savent pas 
toujours assez se défendre — et plus spirituelle. 

Très s})iriluelle aussi, tout en contenant une bonne 
leçon de morale pratique, est la poésie n" 10, 
Mes noû sabot ; elle mérite au moins une récompense 
égale à celle de la pièce précédente. 

Mais il faut placer plus haut encore le n" 12, parce 
qu'une pensée d'une plus grande portée l'inspire. 
Cette poésie, écrite avec art en dialecte de Nivelles 
et intitulée : El savoyard (le ramoneur), nous parle 
d'un humble ouvrier, qui, si infime que soit sa 
position et si repoussant son aspect, a ce])cndant 
aussi au cœur une étincelle d'idéal : son amour pour 



- 543 - 

une modeste fleur (jiril soigne avec passion le relève 
el inspire à l'anleiir une réflexion morale à la(juelle 
tout le monde applaudira: 

\Véions-n' les pou nos frèie èyé nî pou nos difau, 

È r tir-sse dé CCS gins-là, ç-t-in chami) qui court à roye, 

Yc qui lindra 'ne saqué... si l' chèi rue passe l'avau. 

Aussi le jury a-t-il unaniment décerné à lauleur 
de celle pièce une médaille de vermeil. 

Les membres du jury : 

Paul d'xVndiumOxNt, 
Jos. Defreciœux, 
et Victor CukiJM:^, rapporteur. 



La Société, dans sa séance du 15 mars 1891, 
a donné acte au jury de ses conclusions. Louver'.ure 
des billets cachetés, accompagnant les pièces cou- 
ronnées, a fait connaître que M.Georges Willarne est 
l'auteur du n" 12 (médaille de vermeil); M. Poncclet, 
celui des n'* ^20 et 24 (médailles d argent); M. E. 
Gérard, celui du n" 10 (médaille d'argent) el du n" 4 
(médaille de bronze); et M. ïiikin, celui du n" ±2 
(médaiile de bronze). 

Les autres billets cachetés ont été brûlés séance 
tenante. 



El Savoyard 

(Dialecte nivellois.) 

PAR 
Georges "WILLAME. 



Devise : 
On a chaque leu plaiji. 



MEDAILLE DE VERMEIL. 



Je rînconle tous lès jou, dinis 'ne pèlite rue d' Nivelles, 
Ervènanl d'ès besogne, in grand noir savoyard; 
G'è 'ne vréye prone; i pue 1' souie; es sach rimpli Truelle 
Eyè d'ùs courps de diûle i soùrte comme in brouyard. 

In l'viyant, bî souvint, je m'ai dit: ft C n'è qu'ène bièsse; 
a C'è st-in clifau qui Iravaye pou gangnî s' picotin; 
« Ça n' sin nî, ça n' songe nî, ça n'a rî dèdins s' tièsse; 
a Ça s' couche, au nul, moulu, i)ou ronliî 'squ'au matin. 

« Gommint vourî qu'in lionime toudi noir, toudi sale, 

a Song'rou jamais d'ès vive au solèye, à lès champs? 

a A-t-i jamais *ne saquî, scûrmint, qui li de pâle, 

a Poùvc brute qui vife tout seCi comme in pourchadins s'rang? 



— 04o — 

(( Quù les mouchûii chanlonse, i n' pu rnau d'èls inlinde? 
a I n' va nî s'pourmeiiner dins lès pré ravèrdi ; 
a I n' va nî vîr, (.lins V bos, lès filé Lfavièrge pinde, 
a Gomme dès fines dintèlle, h les couche dès noigi... » 

Je m'abûsoû, pourtant (c'è putoût mi ciu'è 1' bièsse) : 

In passant dlé s'maù^o j'ai vu, l'auLe jou, ra'gayard 

Qui sûugnou 'ne petite fleur mîche su 1' bourd de l' fèrnièsse 

Yè qui pourmènou d'su ses gros doigt d'savoyard. 

Oh! pou l'fleur, ça n'astou nî là 'ne saqué d' l'ourt râle : 
In blanc bouquet tout fait dins-n-in pot d' rî du tout; 
Mais d'èl vir, lu, d'ainsi, sougnéye pa-n-in noirdiâle, 
Ça m'achènné fin drôle... ôyô fin boù n'ètou. 

J'astoù binaiche de vîr in ouvrî, s' journéye faite, 
In rintrant dinss'maiso, réduit foùrce d'ièsse èskeu, 
Songl, sans prin !e èl temps de s' rassaurer "ne miyèlte, 
A 'ne poûve petite blanche fieur qui pousse pou li tout scu. 

È-ce qu'il a faim d'auto chouse que d'ès pupe yè d'ès chique ? 
È-ce qu'i drouve bî ses î pou vir çu qu'il a d'bia?... 
Wélî, d'su lès fèrnièsse dès mansarde, dès boutique, 
Lès blanc gèrarium yè lès rouges fluxia... 

Après tout, pouquè nî? Va-t-o dire, pace qu'in homme 
Doi gangnî 1* pain d'ès viye in travayant d' ses main, 
Qu'i s'ravale au rang d"biôsse?I m'chènnequèc'è-st-auprome 
A cause de ça qu'es cœur toque Court èyé souvint. 

Je comprind qu'o s' raumige, in juu d' Ion, comme in sclave 
(I fau tant s'èscrandi pou gangnî saquants liard!); 
Mais r pus p'iit mannoquou, s'il è s'n homme, s'il è brave, 
Songe, in tout s'raumiihant, tout parèye qu'in richard; 

55 



— 540 — 

lia, comme li, ses joie t'aussi bî qu* ses misère; 
Ce 'ne parole qu'è bî dite : a 0-n-a chaque leu plaiji » ; 
Si l'aule vu dès voiture, dès tûbleau, dès coummère, 
11 li fau 'ne petite fleur pou raguèyî ses î 

Astons-n^pu malin qu li? T'abourd, moustrons-n' li 1' voye; 
Wétons-n' lès pou nos frère, èyè nî pou no chfau; 
È l' tièsse .de ces gins-là, ç'-t-in champs qui court à roye 
Yè qui rindra 'ne saqué... si 1' chèrrue passe t'avau. 



Mes nous Sabot. 

Air : Les noisettes. 

PAR 

Emile GÉRARD. 

Devise : 
J"ai trop donnd j'our mon sifflet. (Franklin. 



MÉDAILLE D ARGENT. 



j'aveû mutoi 'ne dihaîne d'ânnêye, 
Qwand on joû m' mérc mi rappoirla 
Dès nous sabot, qui V même journêye 
Po 'nne aller, lot fir, ji slruma. 
J'alla tant cori d'vins lès hâye, 
Baligander, rôler d'vins tôt, 
Qu'à r nute, tôt rintrant j'èsleû gâye : 
J'aveû pièrdou mes nous sabot ! 

Wi bonne mère ni barboUa wêre, 
Ca 'ne mère ni se qui Hèstî, 
Mais por mi, c'èsteù-sl-ine affaire 
Qui jamâye ji n' divéve rou\î. 
Mes sabot m'ont sièrvou d' consèye; 
A c'ste beùre, à mi-même, ji m' di co, 
Qwand j'a slu près de fer 'ne bièstrèye 
T'a mùquè de piède tes sabot! 



- 548 — 

J'aîme de vèyc s'amuser l' jônèsse, 
Qwand ùlle a bin èployî s' timps ; 
Avou lèyc, ji m'ritrouve à l'ijèsse; 
Et j' veû r'crèhe lès rose di m' prétimps. 
A l'ènocint qui n' pinse qu'à rire, 
Qui k'hèye ses joû comme on vraiyc sot, 
Ji n' ini sàreù ral'ni do dire : 
Jône homme, ti pièdrc lès sabot! 

Ji louque à 'ne censé, sins èsse pice-crosse; 

Tôt jône, ji sava raspâi'gnî; 

Hoûye, si ji se çou qu' l'àrgint cosse, 

C'è qui d' mes brèsse ji l'a gangnî. 

Veû-j' ine aute à mâlvâ qu'allowe 

Çou qu'il a? Ji r'songe à mi spot; 

A cilà, ji brai sins rit'nowe: 

Malhèreux, ti piède tes sabot ! 

Lès ânnèye ont v'nou blanqui m' tièsse, 
Mais j'n'a nou r'grèt, j'a bin viqué; 
Divin 'ne douce et pâhûie viyèsse, 
Ji r' songe âx timps qui sont passé. 
Si ji v's a conté mi avinteûre, 
Qu'elle vis sicve d'èximpe à turlos ; 
Rit'nez bin mes consèye d'à c'ste heure, 
Et vos n' piôrdrez mûye vos sabot! 



LI GROUMET. 

AiR: La bonne aventure. Oh! gué. 

PAR 

Félix PONGELET. 



Devise: 
Si dote-l-i d'iiie saquoi? 



MEDAILLE D ARGENT. 



1. 

Ji so groumct di m' mèslî. 

Et tote li journêye, 
Ji chante comme on canâiî, 

J'èl frc tote mi vèye. 
Ji m'amuse comme on bossou, 
Ji rèye todi tant qu' ji pou, 

Tût faut mes mounèye. 
Tic! Tac! 

Tôt faut mes mounêye. 

2. 

Mi maisse, c'è-sl-on gros mounî 
Qu'a 'ne foirt belle jône fèye. 
Ji creû qu'elle mi veû vortî ; 
N'è-ce nin 'ne bonne idèye? 
Qwand c'è qu'elle vin-st-è molin, 
C'è-st-apreume qui ji m' plai bin. 

Tôt fant mes mounèye 
Tic! Tac! 

Toi fant mes mounève. 



~ 550 — 

3. 

Tos lès juû, s'pérc cnnè va 

lue heure à 1' vèsprèyc; 
Os^i vite qu'i n'ô pus là, 

Elle accour habèye. 
Que bais :"noumint qui n' passans! 
Oh! que plaisir qui n's avans, 

Tôt faut mes mounêye 
Tic! Tac! 

Tut fant mes mounêye 



Nos nos dhans lès pus doux mot 

Divins nos hant'rèye. 
Ji lî d' : ji n'aîme qui vos, 

BAre, mi binamêye! 
Nos rians, nos nos fièstans, 
Quéque fèye nos nos rabrèssans, 

Tôt fant mes mounêye 
Tic! Tac' 

Tut fant mes mounêye. 



Ilîr, si père Ta barboté, 

Et, po v' dire li vraiye, 
Elle ôsteù po 'nnè raller 

Tote èfarinêye! 
Inte di nos aute seûye-t-i dit; 
Hir, nos avis brâv'mint ri. 

Tôt fant mes mounêye 
Tic! Tac! 

Tôt fant mes mounêye. 



— 551 — 

Si Tvîx si dote d'inc saquoi, 

Nos ùrans 'ne manôye, 
Et bin sûr i lî d'iindrè 

De 00 m' vini vèye. 
Ci sèreû bin mâlhûreux, 
Ca n's avans si bon nos deux, 

Tôt fant mes mounêye 
Tic ! Tac ! 

Tôt fant mes mounêye. 



TODI CONTINT! 

Ain : De rautrc côté. 

PAU 

Félix PONCKLET. 

Devise : Ji rèyc todi. 



MÉDAILLE u'aHCENT, 



Divins nosse pilito vikârûyc, 
On trouve dès ci qui s'plaihùt Lin; 
Mains on rèsconteure co trazo fèye 
Dos cis qui d'Iiôt : ji n'm'amusc nin. 
Mi, ji dansG comme li mcstré sonne, 
.H n'mi fai dès ma d'tièsse po rin, 
Qu'i nîve, qu'i ploùso ou bin qu'i tonne, 
Ji so contint ! 

2 
Vola déjà quéquès ânnêye 
Qui ji rôle mi bosse po viquer ; 
J'a passé dès mâles ânnêye, 
Mains ji n'm'a jamâye tourmètc; 
I m'sonle qui c'è-st-ine grande bièstrèye, 
So c'mondc cial, di sïer dès chagrin; 
Mi, ji m'ô moque, ji chante, ji rèye 
Et j'so contint ! 



— 553 — 

3. 

Qwand j'a-st-avu trové 'ne jône fèye, 
Qu'a bin volou m' vèyî vol'tî, 
J'a-st-intré d' vins I' grande confrôrèye 
Et çoula sins baicôp bèmbî. 
Enne a qui sont pps qii' dûs mû d' vintc, 
Qui d'hèt: Li mariège ni va rin. 
G'è dès sot! mi, ji n' fai noile plainte : 
Ji so contint! 

^• 

Ji n'a mâye rigrètté m'jônùsse; 
Portant boulez, j'aveû foirt bon ! 
Hoûye, ci n'è pus tos lès joû fièsse, 
Mains ji n' vou nin tùs?r si Ion. 
Mi crapaute èstcù binamèye, 
A c'ste heure, elle a quéque laids mèhin; 
Màgré çoula, po v' dire li vraiye, 
Ji so contint! 

5. 

Ji m' rappelle qui d'vins nos hantrèye, 
Ji lî cachîve mes laids costé; 
Aveu-t-èlle toirt de fer parèye? 
Nènni, n'è-ce nin I' peùrc vérité? 
S'il arrive quéque fèye qu elle barbette 
Ou qu'elle dèye : qui nVa-j' mi jùne timps ! 
Ji M rèspond: va-z-è, grande sotte, 
Mi. j'so contint! 

6. 
Mi grand bonheur, fd qu' ji v's ùl drye, 
C'è d'vèye qui l's èfant s'acclèvèt, 
Et dispôye li samaîne passèye, 
Ji so r père d'on qwatrèmc valet ; 



— 554 — 

Elle âroù biii voiou 'ne bâcèlle! 
Qwand 'lie vèya qu' c'èsteû-st-on grimin, 
« G'è bin dammage! hein, Pierre » di-st-ôlle. 
Mi, j* so contint! 

7. 

Mes gins, boutez on bon consèye, 
Prindez todi l' timps comme i vin. 
Le ma d' tièsse raccourcihèt 1' vèye, 
Vo n' sârîz qwand même cangî rin. 
Ni va t-i nin mîx de rire 
Et dès banni los lès tourmint? 
On a si bon, qwand on pou dire : 
Ji so contint! 



VINEZ-V E BOIS? 



Alphonse TILKIN. 



Devise : Vive nosse wallon 



MEDAILLE DE BRONZE. 



Vinez-v' è bois, i fai 'ne si belle journêj'e ! 

Li prétimps r'vin, i lu lès qwate solo; 

Li fleur si drouvc, li fàbile grusinêye, 

Po m'rinde hureux, Nanèlte, i n'mâque qui vos ! 

Vinez-v' è bois, wisse qui tôt nos sourèye? 

Ji v'sutinrè po monter lès pasai ; 

Et, tôt rotant, ji v\lirè-st-à l'orèye 

Dès chant pus doux qui lès ci dès ouhai. 

Vinez-v' è bois, vos m'ridirez co n' fèye 
Lès doux sèrmint qui loyèt nos deux cour, 
Vos m'ridirez qui ji so tote vosse vèye, 
Ji v'ridirè qui v's avez tôt mi amour. 



— 550 — 

Vinez-v' è bois, sèyiz pâhûle, Nanôttc, 

Ni craindez riu qui pôye vis tourmoter ; 

Vos serez m'feumme bin vite, ji v's èl promoLte, 

Poreù-j' fer d'aute qui todi v' respecter? 

Vivez-v' ô bois, rèspondcz, m'binamêye, 

Li prétimps rvin, i lu lès qwale solo; 

A Kikèpois allaus passer rjournèye, 

Po m'rindc hureux, Nauèlle, i n' màque qui vos! 



L'OREGE 



PAR 



Émne GÉRARD. 



Quels beaux spectacles nous offre la nature! 



MKDAILLE DE URONZE. 



Li choleûr è sofTocantc, 
Et l'solo d'julùllc broiîlant; 
Divins lès jardin, lès plante 
Sont sins foice, totès morantc : 
L'oLihaî même n'a pus nou chant. 

Li terre dimeûre abattowe, 
Pâmêye, dizos l'cir blâmant; 
Nou doux vint d'vins Pàbe ni jowe, 
Et nin 'ne lègire hièbe qui r'mowe 
È pré, comme avâ lès champs. 

Mais Tcir si couve di nulêye, 
1-^t l'solo vin di s'cachî. 
I fai spais comme à rvèsprêye; 
Dizos l'grandvint, d'vins l'allêye, 
On veù lès |)lopo si clincliî. 



— 558 — 

L'èsblawihanlc alloumire 
Jette, côp so cùp, s'vîve clarté, 
Zigi^aguant di tote manîre; 
Puis d'èwarants côp d'tonnîre 
Risdondihèt tos costé. 

L'air è-st-fcu ; il allome; 
L'orège è tôt dischaîné ; 
So l'térre, à l'avasse, l'aiwe tome, 
Ravageant lès champ qu'à l'homme, 
Promèttît, d'main, de tant d'ner. 

Li rèwe poche foû di s'colîre, 
Et d'hindant de haut talus, 
Gomme on sot, cour âx mahîre, 
Éhèrchant dès fleur, dès pirre, 
Avou tapage; è-ce bin lu ? 

L'orège, divins s'grande colère, 

A râyî l'chène que si vîx ; 

Lu, qu'on t-st-aimé nos grand'pére, 

Il è là, stàré so Ttérre, 

Stûré po n'pus si r'drèssî ! 

Mais l'timps racclérci si r'mèlte; 
È cir, vocial ine airdiè; 
Hoyant ses éle so 'ne cohètte, 
On ô grusiner 'ne favètte : 
L'orège nos a dit adiè! 



MÉLANGES. 



CONCOURS DE 1878. 



Matante Gètrou 

PAU 

Emile GÉRARD. 

AIR : Les cheveux blancs. 

PRIX : MÉDAILLE DE VERMEIL. 



G'èsteû-t-ine grande vèye feumme tote sèche ; 
Après tant d'annôye, j'èl veu co ; 
Qwantes fèye n'a-j' nin môttou s' manège, 
Si pauve manège, cou d'zeur, cou d'zos ! 
Matante Gètrou riéve di m' vèye 
Fer mes tour et mes coupèrou, 
A bai mitan di s' lét quéque fèye.... 
Pùreù-j' rouvî matante Gètrou ? 

Ji n'èsteû mâye foù di s' mohonne, 
Gorant, nahant di tos costé ; 
Li pauve vèye feumme m'èsteu si bonne 
Qui ji n' l'oya mùye barboter. 
Bin sovint, ji loyîve po l' quowe 
Si cbèt, qwant ji jouwéve avou; 
Mùgré tôt, j'èsteû l'ange de 1' rowe : 
Pùrcû-j' rouvî matante Gètrou ? 



56 



— 562 — 

Qwand ji scriéve, i falléve vèye 
Qués oûye qu'elle doviéve po m' louquî ; 
A l'élinde, j'èsteû-st-ine mèrvèyc, 
Mi qui n' fève rin d' bon so m' papî ! 
Ji d'vaircû sûr on sujet rare, 
Comme on 'nne aveu mâye pus vèyou, 
Po l'mons de monde apothicâre... 
Pôreû-j' rouvî matante Gètrou ? 

M'arrivéve-t-i de fer barètte, 
Et qu'è scole ji n'oisahe rintrer ? 
C'è lèye qu'èsteû co 1' prumire prèle 
Li lèddimain à m'y r'miner. 
Elle mi fève passer po malade, 
Qwand '11 saveù qui j' m'aveû battou, 
Et qu' mes hàre èslît à brébàde : 
Pôreû-j' rouvî matante Gètrou ? 

A I' sîze, ji houtéve ses histoire 
Di chin de T ronde et d' pàcolèt, 
Di p'tit sottai qui v'nèt foû d' terre 
Et d' vèyès feumme qu'èmacralèt. 
Elle mi conléve même qu'è s' jùnèsse, 
Bin dès galant l'avît r' qwèrou, 
Qui nolle n'esteû pus belle à V fiôsse... 
Pôreû-j' rouvî matante Gètrou ? 

Matante Gètrou ploréve quéque fèye ; 
Elle pârléve di si homme ces joû-là, 
Di si homme qui mora po 1' Patrèye, 
Qu'onque dès prumi i disfmda. 
Elle ploréve, mais qu'elle esteû fire ! 
Mi, ji n' l'oya mâye disqu'û bout 
Sins qu'ine lame ni v' nahe à m' pâpire : 
Pôreû-j' rouvî matante Gètrou ? 



— 563 — 

\À dimègne, c'èsteû tote si jôye 

Di m' prinde avou lève po 'nne aller; 

Côp so côp, j' Tarrèstéve è 1' vôye, 

Lî mostrant çou qu'èsteû hàgn'né. 

Nos intrîs d'vin co traze botique, 

Et mes deux poche, qwand ji v' névc fou, 

Estît bourèye d'orange et d' chique : 

Pôreù-j' rouvî matante Gètrou ? 

Hoûye, li bonne feumme n'è pus so l' terre; 
Elle ènne alla tôt m'abrèssant ; 
Por mi, ç'aveù stu 'ne deuzême mère : 
Matante Gètrou, ti m'aîméve tant ! 
Nin Ion d'cial, i n'a 'ne pitite pièce, 
Wisse qu'on vert wazon crôhe âtoû ; 
G'è là qu' ji m' rappelle mi jônèsse, 
Mi jônèsse et matante Gètrou ! 



Jàsez-m'ènnè et ni m'è jâsez nin 



PAR 



Emile GÉRARD. 
PRIX : MÉDAILLE D'ARGENT. 



Jâsez-m' d'ine matinêye di maye, 
Qwand, so l' inargarile de corti, 
Florèye ossi blanque qui nivaye, 
On veû r f risse rosêye riglati. 
Mais d'ine hagnante sîze di décimbe, 
Qwand plorèt lès anoycux vint, 
Et qu'on frusihc di tos ses mimbc, 
Qu'on n' m'è jâse nin ! 

Jâsez-m' d'ine brave mérc di manège, 
Prôpe et riante, qu'ouveure todi, 
Qui n' caqu'têye mâye à voisinègc, 
Et fai di s' chambe on paradis. 
Mais d'ine cànôye, d'ine sins-èhowe, 
D'ine èplâse, qui n'a gosse à rin, 
Qui passe si vèye à fer les mowe, 
Qu'on n'mè jâse nin ! 

Jâsez-m' d'on bon père qui s'amuse 
È s' mohonne, adlez ses èfant, 
Et qui jourmûye à leu sort tuse, 
Qwand pus tard, i lès veurè grand. 
Mais d'ine franque canaye, d'ine sôlêye, 
Qui lai ses èfant plorer d' faim, 
Tôt d'hà, tôt nou, so lès pavêye, 
Qu'on n' m'è jâse nin ! 



- 565 — 

Jûscz-m' d'iiie invention qu'appoite 
Ine novèllo richesse âx pays, 
A qui l'oubène douve totes ses poite, 
Et qui donne pus d'àhe à l'ovrî. 
Mais d'ine méchante machine di guér e, 
Comme on'nnè d'hoûve hoûye trop sovint, 
Qni n' respâde qui 1' songue avà 1' terre, 
Qu'on n' mè jùse nin. 

Jùsez-m' d'ine homme à qui s'riclièssc 
Siève à s'couri lès mâlhèreux, 
Et qui va lu-mème, qwand 1' bîhe chèsse, 
Trover l' pauve ô s' grignî d'zos l' teùt. 
Mais d'on crohe-patâr, d'on sins-àmc, 
Qui rèye d'ine vève et d' ses tuurmint, 
Qu'avou si ôr risouwreû tant d' lânie, 
Qu'on n' m'è jàse nin ! 

Jâsez-m' d'ine belle pitite jùne fèye, 
Appétihante, sins falbala, 
Qui, comme ine pope, n'è màye fahèye, 
Et n'è plaî nin mons po çoulà. 
Mais d'ine mamzèlle àx chille pondowe, 
Poirtant fax cou, fax ch'vet, fax dint, 
Qu'avou s' longue traîne heûve totes lès rowe, 
Qu'on n' m'è jâse nin ! 

Jâsez-m' d'on fi qu'aîme si vîx père, 
Qu'à dès caresses po ses ch'vè blanc, 
Et qui po V sèchi de 1' misère. 
Si laireù même avu faim d' pan. 
Mais d'on sot grandiveu qui r'nùye. 
Qui n' riknohe pus ses vix pariiit, 
Pacequ'is n' sont nin covièrt di sùye, 
Qu'on n' mè jàse sin ! 



— 5GG - 

Jàsez-m' di tôt rou qui pou plaire, 
D'ine pâquèttc, (l'on bouquet d' clawson, 
D'on pré, wisse qu'on a po s' distraire 
Li fâbitte âx douces chanson. 
Mais d'çou qu'annôye : lès maladèye, 
Lès freuds visège et lés chirs timps, 
Po fini fâ-t-i co qu' j'èl dôye ? 
Qu'on n' m'è jâse nin ! 



LES LONGUES AMOURS 

Air : L'avez-v' veyou passer 

PAR 

François DEHIW. 
MÉDAILLE DE BRONZE. 



RESPLEU. 



Vola qwinze an qu'ji hante avou l' frèsé Martin, 
Ji pièdreû bin corège, ji n' se nin qui m' conlin. 
Lès longues amours ni tourné jamâye bin. 

Mi qu'èsteû si r qwèrowe qwand j'ésteu è m' prélimps. 
On m dihéve li pus belle de l'poroche Saint Sèv'rin ; 
Ji fa tourner fin sot pus d'onque di mes voisin, 
Onque vantéve mes coleûr, Taute admireve mes dint; 
Mes ch'vès neûr comme gayette, mi paî comme on satin, 
G'è-st-à qui m' poléve fer lès pus doux complumint; 
Ji m'amuséve quéque fèye à bouter leus sèrmint; 
Mains 'ne voix m' dihéve à cour : Aili, ni v' hàstez nin, 
Rawârdez, patiintez qu'ine bouse vi tome è 1' main. 
Ji tourna socicial, qu'è tôt cosou d'ârgint, 
Mains dispôye ci joû-là, j'ènne a sèpou po k'bin. 
I n' m'a co jourmâyc fait li monde pitit présint; 
Ji n'âreû nin treûs fleur tant senTmint l'joû di m' saint. 
Si ji d'vise di mariège, j'ènne a fait bon longlimps ; 
I m' brogn'rè six samaîne qui ça n' m'avance à rin, 
Et tôt crèhant d' colère fà co fer tôt douc'mint : 
S'il alléve vèye dès aute, j'ènne âreu de tourmint. 
C'è-st-adonc qu'on dircu : vola çou qui v'rivin. 



CONCOURS DE 1879. 



LÈS ÈFANT D'FABRIQUE 

PAR 

Edouard REMOUGHAMPS. 

1°' PRIX. — MÉDAILLE DE VERMEIL. 



AIR ; T'en souviens-tu, ou mon carnaval. 

Vos lès cinq heure, qwand ji m' dispiède quéque fèye, 
Qu'i ploûsse, qu'i nîve, divins tote les saison, 
J'ù vos cfant claper l'iiouhe de 1' hayèye, 
Po s' rinde èssône à 1' fabrique â coton. 
A v' dire li vraiye, mi cour sône di lès vèye, 
Blanc-moirt, houpieux, ènne aller tôt trônnant; 
D'vant de voleur qu'is vonsse wangnî leû vèye, 
Acclèvez donc vos pauves pitits èfant. 

Qui wangnèt-is, po s'dinner tant dès pône, 
Po fer, par joù, traze heure à leû mèstî? 
G'è bin pau d' choi, c' n*ê câsi qu'ine âmône, 
Mains c'è dès censé qu'on prind à 'ne usurî: 
Lès intérêt, ci sèrè l'maladèye, 
Qu'is n' tâjront nin d' s' aqwèrri tot-z-ovrant ; 
D'vanl do voleur qu'is vonsse wangnî leû vèye, 
Sognîz r santé d' vos pauves pitits èfant. 



— 509 - 



L'èfant d' fabrique è-st-ine jône plante qu'on sùye 

De fer frugî divins 1' coine d'on jùrdin, 

Wisse qui l'solo ni l'air peur ni vont màye, 

Et qu'on veurè diquoili tôt douc'mint. 

Rin qui 1' dimègne, li solo n' rèshandêye 

Ces deux pauves coirps qu'ènnè vont d'jà morant 

D'vant de voleur qu'is vonsse wangnî leu vèye, 

Leyîz donccrèhe vos pauves pitits èfant. 

Por zèls, quéque fèye, li fabrique è 'ne sicole 
Wisse qu'is polèt apprinde pus d' ma qui dbin; 
Wisse qui rârmint il oyèt 'ne bonne parole, 
Qui fasse, â cour, gèrmi Fbon sintumint. 
Jones âbe sins s'iipe â mitant d'ine prairèyc, 
Qui tos lès vint font ployî tôt crèhanl ! 
D'vant de voleur qu'is vonsse wangnî leû vèye, 
Drèssîz de mons vos pauves pitits èfant. 

Po v' passer d'zèl, trîmez di tote manîre; 
Lèvez-v pus timpe; sîsez tant pu fàrè; 
Po qu' l'apprindèsse tos deux à 1ère, à s' cnre, 
Pus qui leû wagne, vosse pônc vis rappoirlrè ; 
Li bin qu'on r'çà, jamûye on n'èl rouvèye, 
D'vins vosse vîUosse i v'sèro.it rikno'.iaiit. 
D'vant d j voleur qu'is vonsse wangnî leû vèye, 
Mettez è s'cole vos pauves pitits étant. 



.ovo;'^- 



Ji n'oise 

PAR 
Emile GÉRARD. 

AIR : Le Réséda. 
MÉDAILLE D'ARGENT. 



Qwand ji douve mi poite â matin, 
Ji veû chaque joù mi p'tite voisène, 
A front d' nivaye, à I' pai d' satin, 
Qui s' mosteûre inte ses jalofrène. 
Ji voreû bin lî dire qu'elle è 
Pus belle qui lès fleur di s' fmièsse, 
Qui 'ne violette même flouwihe tôt près. 
J'èl vôreû si bin... mais, ji n'oise ! 

Ji so-st-â cir qwand j' l'ô chanter: 
G'è-st-ine musique po mes orèye ; 
Ji lai là mi ovrège po l' hoûter, 
Et tour à tour, ji pleure et j' rèye. 
Ji vôreû bin lî dire qui s' voix 
E-st-on chant plein d* douces caresse, 
Qui m' fai rouvî l' fabite dès bois, 
J'èl vôreû si bin... mais ji n'oise ! 



— 571 - 

A r vèsprêye vin-t-èlle à sorti? 
Co pus vite ji so podrî lèye; 
Ji n' veû pus rin qu' ses pîd si p'tit, 
Si ptit qui j'a pône à lès vèye. 
Puis j' m'apprèstêye à lî parler, 
Mais fâte d'on tôt p'tit pau d'hardiesse, 
Sinsrin dire, j'èl lai co'nne aller, 
J'èl vôreù si bin . . . mais ji n'oise ! 

On joû qu'elle si fève è s' jardin, 
On bouquet d' rose à pône doviètle. 
Elle ria, mostrant ses blancs dint, 
Et j' creû même qu'elle mi fa 'ne clignètte. 
G'èsteù r côp de rèsponde à m' tour, 
Mais j'aveû pièrdou tél'mint l' tièsse, 
Qui d'vant lèye ji d'mora tôt court... 
Ca vos r savez bin... mi, ji n'oise! 

A bal, tôt wisse qu'elle va, j'y so; 

Si vos savîz comme elle è belle ! 

Là, j'èl louque et j'èl rilouque co, 

Ji frusihe et m' tiesse si troubèlle. 

Ji donreû m' part di paradis, 

Po 'ne danse d'à sonque qwand c'è n'osse fièsse; 

Si j'èsteû portant pus hardi, 

Ji lî d'mandreû bin... mais, ji n'oise! 

Hoûye à 1' nute, ji m' va-st-ahardi 
A lî dire tôt çou qui m' cour pinse, 
Et po fer tôt comme ji v's èl' di, 
So s'poite, ji rattindrè qu'elle vinse. 
Hoûye à 1' nute... c'è bin vite déjà... 
Personne ni vou-t-i dire ô m' pièce 
A m' voisène toi l'amour qui j'a.., 
Ji lî dîreù bin... mais, ji n'oise ! 



L[ P'TITE LUCEYE 

PAR 

MÉDAILLE DE BRONZE. 



Air: En revenant de Bâle en Suisse. 

Qwand 'lie èsteû jône, li p'tite Luccye 
Esteû hureûse on n'pou riin pus; 
Si père et s'mére èstît sot d'Ièye, 
G'èsteû 80 l'térre leû p'iit bon-Diu : 

Mains adonc Lucôye, 

Houtéve todi bin, 

Tos lès bons consèye 

Di ses vLx parint. 

J'èl rveû-st-èco, frisse et jolêye, 
Avou s'pai blanke comme on malon, 
Ses chiffe ros'lante, s'boke di moqu'rèyc, 
Et si p'tite fossale â minton. 

Mains adonc Lucèye, 

Houtéve todi bin 

Tos lès bons consèye. 

Di ses vîx parint. 



— 573 - 

Elle aveu dès cli'vè comme gaillètte, 
Qu'elle rèspoLinéve assez sovinl, 
Dizos lès pleù d'ine blanke côrnètte, 
Qui lès loyeûre floUît à vint. 

Mains adonc Lucèye 

Houtéve todi bin 

Tos lès bons consèye 

Di ses vîx parint. 

Pitite à p'tite elle si fa gâye ; 
Ses oûye kimincît à blawter, 
Si cour n'èl lèya pus è paye, 
Ca Tamour èl févc tourmètcr. 

Mains adonc Lucèye 

Pus mâlahèy'mint. 

Houta lès consèye, 

Di ses vîx porint. 

Todi riante et bin tloch'têye, 
G'èsteû on plaisir de Tvèyî ; 
Ossu lès jônes homme, à rtourncye, 
Sayi di s'è fer veye voltî. 

Mains adonc Lucèye, 

Pus màlahèy'mint, 

Houta lès consèye, 

Di ses vîx parint. 

Li ci qu'aveu Tpus bai visège, 
Aveu ossu l'pus laid irèhin : 
'L'aîtnéve de beûrc, hèyive l'ovrège, 
Mains lu lot seû lî plaihive bin. 

Mains adonc Lucèye, 

Prinda po dès rin, 

Tos lès bons consèye, 

Di ses vîx parint. 



— 574 — 

Elle fa si bin di si p'tite tièsse, 
Qui lès vîx, comme riméde â ma, 
Pnsqui leû fèye aveu fait l'bièsse, 
Lî lèyi s'poser li rin n'vù. 

Mains adonc Lucèye, 

Çoulà si comprind, 

S'passa dès conseye, 

Di ses vîx parint. 

Mariêye, elle ava de l'misére, 
L'homme n'ovréve wère, buvéve baicôp, 
Et daupinéve tant l'jône kimmére, 
Qui s'coirps esteû tôt neûr di côp. 

Adonc l'pauve Lucèye, 

D'ha : Poquoi n'a-j'nin, 

Sùvou lès consèye 

Di mes vîx parint . 

C'è po longtimps, qwand on s'marèye, 
I va lès pône de bin louquî ; 
C'è l'bonheur qu'on mette à l'iolrèye, 
Jône fèye, si vos IVolez wangnî, 

Fez aut'mint qu'Lucèye, 

Houtez todi bin 

Tos lès bons consèye 

Di vos vîx parint. 



RAPPORT 



DE 



M. J. DEJARDIN 

Président de la Société, lu en assemblée générale, à la salle d'Emulation 
le 30 mai 1891, à Voccasion de la remise solennelle des médailles 
aux lauréats des concours de 1890. 

Mesdames, Messieurs, 

Lorsquen 1836, la Belgique célébrait le ^S'"^ 
anniversaire du règne de S. M. Léopold I, la Société 
philanthropique des vrais liégeois eut l'heureuse idée 
d'organiser des concours de poésie wallonne pour 
s'associer aux fêtes qui avaient lieu à Liège ; le pre- 
mier pour une pièce de vers en l'honneur de Léopold 
I, et le second pour un cràmignon dont le sujet 
n'était pas imposé. Des médailles d'or de cent francs 
et de vermeil de cinquante francs étaient attribuées 
à chacun de ces concours. De nombreuses pièces 
furent adressées à la Société, et les deux grandes 
distinctions furent décernées, l'une à M. Adolphe 
Stappers, pour son poème intitulé : Li vingt onk 
julette I806, et la seconde à M. Nicolas Defrecheux 
pour son charmant cràmignon : Uavez-v' veyou 



- 576 — 

passer, devenu si populaire. D'autres distinctions de 
moindre importance furent encore attribuées à plu- 
sieurs concurrents, MM. Lamaye, Toussaint Delchef 
et Dehin. 

Le jury était composé de MM. Forir, président, 
Lesoinne, Wasseige, Duvivier, Collette, Bailleux, et 
Masset. secrétaire. Ces Messieurs tinrent plusieurs 
réunions, et tout en examinant les pièces soumises 
à leur appréciation, ils entrevirent la possibilité 
d'instituer, dans l'intérêt de l'idiome liégeois, des 
concours permanents el annuels. Ils s'adjoignirent 
donc les lauréats qu'ils venaient de distinguer, 
firent appel à quelques personnes qui déjà s'occu- 
paient du wallon et le 27 décembre 1856, la Société 
liégeoise de littérature wallonne était constituée et 
les statuts approuvés. 

Depuis lors, il s'est passé bien des événements et 
l'impitoyable mort a aussi exercé ses ravages dans 
nos rangs ; des trente membres titulaires fondateurs 
que nous étions alors, je n'en vois plus que trois 
avec moi, MM. Ilock, Le Roy et Henrotte. 

En 1865, le roi Léopold lï monta sur le trône, 
succédant au fondateur de la dynastie nationale, 
et l'an passé on célébrait le 25^ anniversaire de son 
règne. Notre société pour être essentiellement lié- 
geoise n'en est pas moins bebje pour cela, et elle a 
voulu, comme tout le monde, apporter sa partici- 
pation aux fêtes nationales. Elle a pensé que ce 
qu'elle avait de mieux à faire, c'était de suivre :|.la 
même marche qu'en 1856, et elle a repris le pro- 



— 577 — 

gramme d'un concours de poésie wallonne dans les 
mêmes termes et avec les mêmes distinctions que le 
premier tournoi qui lui a donné naissance. 

Les lauréats que nous avons couronnés vont 
recevoir tantôt les prix qui leur ont été décernés. 
Nous n'avons pu accorder qu'une seule médaille d'or 
et c'est M. Auguste Vierset, professeur à St-llubert, 
qui l'a méritée pour son ode patriotique. 

Voici en quels termes noire honorable collègue 
M. Dory, rapporteur du jury, apprécie cette œuvre 
sur laquelle nous avons tous parlagé son avis. 

« Le n° 2iî est une ode en règle, elle se compose 
« de huit vers en patois namurois. Ici nous avons un 
« vrai poète ; il a de la verve, son style chaud, 
« coloré, brillant, élevé anime tout ce qu'il dit ; 
« l'inspiration, peut-être un peu naïve dans quelques 
f vers du commencement, se soutient d'un bout à 
« l'autre; enfin le panégyrique est complet. L'auteur 
« est le seul qui ait rappelé, en excellents termes, la 
« mort de l'héritier présomptif du trône, note 
« pathétique touchée avec un tact parfait, et qui 
« provoque une émotion sympathique au milieu du 
« concert d'éloges décernés à notre Roi. » 

Nous aurions désiré vous faire donner lecture de 
cette ode, mais elle est un peu longue (14 strophes 
de huit vers), et elle est écrite en wallon de Namur ; 
or, nous n'avons pas parmi nous de namurois pour 
vous rendre exactement ce langage avec son accent 
de terroir. 

Le concours de crùmignons, par contre, n'a pas 

57 



578 



été aussi brillant. Parmi les seize crâmignons que 
nous avons reçus, deux seulement ont paru dignes 
de la médaille de vermeil. 

Bien que moins heureux qu'en 1850, nous devons 
cependant remercier nos poètes de leur participation 
et les louer de leurs efforts. 

Ce concours spécial n'a nullement nui à nos con- 
cours ordinaires, qui continuent toujours à être 
suivis par de nombreux auteurs. En réponse à onze 
des dix-sept questions portées à notre programme, 
nous avons reçu quatre-vingt-deux pièces diverses, 
qui, ajoutées aux trente-sept pièces du concours 
spécial, nous donnent un total de cent dix-neuf 
œuvres. Ces chiffres sont éloquents; le résultat ne 
l'est pas moins puisque nous avons pu décerner deux 
médailles d'or; l'une à M. Semertier, pour le Voca- 
bulaire des pharmaciens et l'autre à M. Dout repont 
pour un travail sur la Conjugaison dans le wallon 
liégeois; et nous constatons que parmi les concours 
qui ont le plus produit, il faut mettre en première 
ligne ceux qui concernent la linguistique. 

L'année dernière a également été féconde ailleurs 
que chez nous; on a publié plus de trois cents pièces 
de théâtre, chansons, poésies, contes en vers ou en 
prose dans lés annuaires de nos vaillantes sociétés 
locales, le Caveau liégeois, les raskignoii du caveau, 
l'Association dramatique ; dans les journaux, notam- 
ment dans le Spirou, ou encore en plaquettes. Le 
mouvement wallon ne fait que s'accentuer de plus en 
plus, et, à notre exemple, les concours se sont 



— 579 — 

encore multipliés partout, mais jusqu'à présent 
nous sommes restés seuls à susciter des travaux 
linguistiques dont le pays et l'étranger ont bien 
voulu reconnaître l'importance. 

Pour ces travaux, il nous faut une bibliothèque 
qui comprenne non seulement les œuvres wallonnes, 
mais aussi tous les ouvrages qui traitent de la langue 
wallonne, ou même des langues romanes qui s'y 
rattachent. Grâce aux subsides de l'Etat, de la Pro- 
vince et de la Commune, nous avons pu faire quelques 
acquisitions indispensables, moins cependant que 
nous n'aurions voulu, car nos Annales étant, et au 
delà, absorbées par des publications de plus en plus 
nombreuses, telles que les deux volumes que nous 
distribuerons en 1892, et les deux que nous donnerons 
en 1893, ce qui nous reste nous suffit à peine pour 
les dépenses que nous occasionnent nos locaux, nos 
concours, notre bibliothèque, notre administration, 
etc. 

Pour terminer ce rapport, peut-être déjà trop 
long, il me reste à remplir la tâche très agréable de 
remercier les autorités qui, par leur présence, 
rehaussent l'éclat de cette cérémonie, et celles qui, 
retenues par de fâcheuses circonstances, sont cepen- 
dant avec nous de cœur et ne nous ont jamais mar- 
chandé leur puissant appui. 

Quant aux dames qui, comme toujours, ont tenu 
à assister en grand nombre à notre fêle, nous leur 
présentons rhommage de toute notre gratitude ; car 
aussi longtemps que notre cause restera en faveur 



— 580 — 

dans toutes les classes de la Société, aussi longtemps 
que les succès de nos concours et de nos publications 
justifieront l'importance qu'on veut bien leur 
accorder, nous resterons sur la brèche pour tenir 
bien haut le drapeau de la Littérature wallonne. 



CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ 



Dans sa séance du 15 février 1889, l'assemblée décide de 
s'associer à la manifestation en l'honneur de M. Henri Simon, 
à l'occasion de la 100« représentation de Li bleu hîhe. 
Elle délègue quelques-uns de ses membres pour assister à la 
représentation et remettre, au nom de la Société, une couronne 
à l'heureux auteur et estimé confrère. 

En juin de la même année, elle envoie, à Chênée, des 
délégués à la 100» représentation du f^ovel an, l'excellente 
comédie de M. Joseph Willem. Elle forme également une 
délégation pour représenter la Société à l'inauguration du 
monument érigé au regretté poète Toussaint Brahy, dans le 
cimetière communal. 

Le 10 mai 1890, la Société a procédé à la distribution des 
médailles aux lauréats des concours de 1888 et 1889. Dans 
son rapport, le président a constaté l'incessant progrès de la 
littérature wallonne dans toute la Wallonie belge. 

Celte séance a eu lieu au Pavillon de Flore; M. le gouverneur 



— 582 — 

de la province, M. le boun^imestre de Liège et d'autres autorit'^s 
marquantes y assistaient. 

On y a représenté avec succès la comédie : Fiasse et Bèlle- 
mére de M. DD. Salme, pièce qui avait obtenu la médaille 
d'or ail concours de 1880, ainsi qu'une scène du Nèveû d'à 
Filogurt, opérette par Jean Bury (médaille d'argent). 

Dans sn séance du 15 Juin 1800, la Société décide qu'elle 
publiera une seconde édition du Dictionnaire des spots ou 
proverbes wallons de MM. Dejardin, Nicolas Defrecheux et 
Delarge. Cette édition, qui sera beaucoup plus considérable 
que la première, aura deux volumes qui seront les n''^XVII et 
XVIII, 2^ série, de nos bulletins. Le tome XVII sera distribué 
fin 1801 avec le tome XVI, et le tome XVIII sera distribué fin 
1802 avec le tome XIX. 

Le 5 juillet 1800, la Société décidequ'elle ouvrira, à l'occasion 
de la 25" année de l'avènement au trône de S. M. Léopold II, 
un concours national wallon pour célébrer cet anniversaire. 

Le programme du concours organisé en 1856 par la Société 
philanthropique des vrais liégeois, lors du 25" anniversaire du 
règne de S. M. Léopold 1", sera pris pour modèle et suivi 
exactement. 

La pièce de M. Auguste Vierset, professeur à Saint-Hubert, 
intitulée : XXV^ anniversaire de S. M. Léopold II, Roye des 
Belges^ a obtenu une médaille d'or. 

Dans sa livraison du 15 novembre 1800, la Revue de Belgique 



— 583 — 

a publié une longue étude sur La Société liégeoise de 
littérature wallonne et son œuvre. 

Cette notice, due à la plume de M. Eug. Duchesne, secrétaire 
de la Société, a été reproduite in extenso par le journal 
La Meuse, et Li Spirou en a donné des extraits. 

Lors du VI" Congrès de la Fédération archéologique et 
historique de Belgique, tenu à Liège les 3, 4, 5 et G août 1890, 
M. Julien Delaiîe, secrétaire-adjoint do la Société, lit un travail 
en réponse à la 2l« question du programme de ce Congrès, 
question ainsi conçue : 

a Le grand nombre d'expressions et de tournures néerlan- 
daises, qu'on rencontre dans le wallon, suffit-il pour faire 
admettre que la population de la cité de Liège ait jamais parlé 
un dialecte thiois? » 

Il y prouve qu'il n'existe que4à5''/o de radicaux germaniques 
en wallon et au grand maximum '1 "/„ d'emprunts au néerlan- 
dais, d'où l'on ne peut conclure que la ville de Liège ait 
jamais parlé un dialecte thiois, surtout si l'on tient compte que 
ces racines germaniques se retrouvent dans tous les dialectes 
d'origine romane. 

Toutefois, il admet que le wallon, par suite d'une question 
d'identité de frontières avec les langues germaniques, ainsi 
que d'une origine germanique tout à fait primitive (éburonne) a, 
plus que tout autre dialecte roman, reçu la teinte germanique. 

D'ailleurs et c'est là un argument sans réplique, il n'y a pas 
que la ville de Liège qui parle wallon. Or les diiïérents 
dialectes wallons renferment ces racines germaniques et 



— 58i — 

néerlandaises; d'où Ton no peut évidemment conclure pour 
Liège seule que l'on y ait parlé un dialecte thiois. 

D'ailleurs, l'histoire de la cité elle-même permet seulement 
de conclure que la principauté, et non la ville, était bilingue. 

Elle prouve que si, à la vérité, il y a toujours eu un certain 
nombre de Flamands dans la cité, ce nombre n'a jamais été 
assez considérable pour que l'on puisse en tirer des conclusions 
affirmatives pour la question du Congrès. La linguistique, la 
toponymie, Thisloire, répondent non h cette question. 

Liège fut, est et restera la ville wallonne par excellence. 

Ce mémoire est imprimé dans le tome VI, 2' fasc, p. 214, 
de la Fédération, el a paru sous forme de tiré à part et sous 
le titre de Liège la wallonne, étude philologique et historique 
sur la prédominance constante du dialecte wallon dans la 
cité de Liège. 

Liège, imprimerie H. Vaillant-Carmanne, 1891. 

Dans la séance du 29 janvier 1891, M. Joseph Defrecheux, 
bibliothécaire-archiviste, a lu le rapport ci-après sur l'état 
de notre bibliothèque. 

Messieurs, 

Déférant au désir qui m'a été exprimé par Monsieur le 
Président, j'ai l'honneur de vous faire rapport sur les dépôts 
dont la garde est confiée à mes soins. 

Il n'y a guère, nos livres étaient relégués dans les combles de 
l'Université; il vous souvient encore de votre visite à ce local 



— 585 — 

étrange et peu accessible ! Depuis un an environ, notre biblio- 
thèque proprement dite peut être facilement utilisée. Elle est 
enfin établie dans une chambre bien aménagée et d'un abord 
facile, faisant partie de l'immeuble où la Société iVEmulation 
a son siège. D'autre part, les différentes livraisons que nous 
avons à vendre sont restées à l'Université. 

Pendant le cours de l'année qui vient de s'écouler, nos col- 
lections ont pris un développement considérable; en effet, dans 
cet espace de temps relativement restreint, sans compter de 
nombreuses plaquettes ou feuilles volantes, il est entré dans 
notre bibliothèque plus de quatre cents volumes ou brochures. 

La Société continue à recevoir les publications des Cercles 
littéraires ou scientifiques auxquels elle adresse ses Bulle- 
tins. 

En procédant ù un recollement attentif, nous avons constaté 
de nombreuses lacunes dans nos collections. Un instant nous 
avons espéré qu'une partie des livres manquants se trouvaient 
en souffrance chez les héritiers de feu Monsieur Grandgagnage, 
et Monsieur Dejardin a écrit à ce sujet au fils de notre ancien 
et regretté président. Malheureusement, une réponse négative 
est venue nous enlever toute illusion. Il y aura lieu de continuer 
nos recherches dans une autre direction. 

Au cours de l'an dernier, de bonnes et amicales relations ont 
été nouées avec le Caveau verviétois et VOeuvre des Soirées 
populaires, de Verviers; nous sommes parvenus à recueillir 
tout ce qui a été publié par la première de ces sociétés et à peu 
près tout ce que la seconde a fait paraître. Dans cette tâche, 
nous avons été puissamment secondés par une personne obli- 



— 586 — 

géante entre toutes et entièrement dévouée à notre cercle : 
nous voulons parler de M. Jean Wilkin, trésorier du Caveau 
verviétois et archiviste de VOeuvre des Soirées populaires. 
M. Wilkin nous a fait également parvenir diverses œuvres 
éditées par la Société des Fous. Sans doute, vous trouverez, 
Messieurs, qu'il y a lieu de remercier M. Wilkin en lui accor- 
dant le titre de membre correspondant. D'un commun accord 
avec M. le Président et M. le Secrétaire, nous vous propo- 
sons de faire porter sa nomination en cette qualité à l'ordre 
du jour de notre prochaine séance. 

La bibliothèque possède ou reçoit quelques journaux qui 
s'occupent spécialement ou régulièrement de wallon, savoir : 
VAclot, Caprice-Revue, VEcho de Liège, la Gazette wallonne, 
le Journal Franklin, la Gazette du Borinage, la Marmite, le 
Spirou, le Lampion et Tambour battant. Ces journaux, la 
Société les doit en grande partie à la générosité de quelques- 
uns de ses membres les plus dévoués. Comme revues, nous 
recevons la Revue des patois gallo-romans, la Tradition, 
la Revue belge et 0ns Volksleven. 

La bibliothèque de l'Université de Toronto, au Canada, 
possédait en entier les publications de la Société wallonne ; out 
a péri, vous le savez, dans un vaste incendie. A la suite d'une 
demande adressée h notre Secrétaire, de nouveaux envois ont 
été faits à Toronto. L'accusé de réception vient de nous 
parvenir avec les remerciements de l'Université. 

Sans compter ce qui 's'est débité à Liège, nous avons vendu 
bon nombre de nos livraisons {Bulletins, Annuaires et tirés 
à part), à Bruxelles, à Anvers, à Cologne, à Lille, à Paris, etc. 



— 587 — 

Le produit de ces ventes et surtout les subsides généreusement 
octroyés à la Société par la Ville, par la Province et par l'Etat, 
nous ont permis de faire relier une partie des livres de la 
bibliothèque et de procéder à d'importantes acquisitions, soit 
dans des ventes publiques, soit chez les libraires. C'est ainsi 
que nous nous sommes procuré différentes collections 
d'almanachs, savoir : V Aunnonaque diNameiir, XAurmonaque 
de V Marmite, VArmonaque de Mons, V Vraie erviie de Mous, 
les Ètrennes tournaisiennes , VAlmanach du Tournaisien, 
VArmonaque borain, VArmonak do V Saméne, etc. ; que nous 
avons acheté les Annuaires du Caveau liégeois, aujourd'hui si 
rares et si recherchés ; que nous avons acquis presque toutes 
les pièces composant le répertoire dramatique wallon, si fécond 
et si original; que nous avons recueilli, enfin, tout ce qui touche 
de près, tout ce qui se rattache à noire chère langue. Sans cesse, 
nous nous efforçons de combler les lacunes qui existent encore 
et nous nous procurons livres et brochures au fur et à mesure 
de leur apparition. 

De nombreuses personnes ont montré le plus vif intérêt 
pour notre bibliothèque. Elles se sont empressées de lui faire 
hommage de leurs œuvres ou Font enrichie de dons non 
moins précieux. Ces généreux donateurs sont MM. Boinem, 
Henri Bury, Cambron-Fayn, de Salziimes-Namiir, Victor 
Chauvin, Jules Declève, de Mo7is, Charles Defrecheux, Joseph 
Dejardin, Julien Delaite, Joseph-Krnest Demarteau, Louis Del- 
saux, Emmanuel Despret,de Nivelles, Alexandre Desrousseaux, 
de Lille, Hyacinthe Dor, de Flémalle , Georges Doutrepont, 
Eugène Duchesne, Joseph Dufrane, de Marchienne-au-Pont, 



— 588 — 

Kd. Etienne, de Jodoignc, Henri Gaidoz, de Prtm, Auguste 
Gittée, Charles Gothier, Toussaint Hallin, le chanoine Henrotte, 
Auguste Hock, Joseph Kinable, Paul Marchot, Jules Martiny, 
Jules Matthieu, de Verviers, Edouard Parmentier de Nivelles, 
Léon Petit de Nivelles, Félix Poncelet, d'Esneux, Henri 
Raxhon, de Verviers, Remacle, de Binant, Edouard Reraou- 
champs, J'abbé Renard, de Bruxelles, Dieudonné Salme, Henri 
Simon, Henri Schuermans, Jean Stecher, Gustave Thiriart, 
Alphonse Tilkin, Gilles Vanast, de Battice, H. Vaillant- 
Carmanne, Charles Vaillant, Jean Wilkin, de Verviers, Georges 
Willame, de Nivelles et votre serviteur. 

Nous nous flattons de l'espoir que ces amis des lettres 
wallonnes voudront bien persévérer dans leurs généreuses 
dispositions. Des remerciements empressés leur ont été trans- 
mis en temps utile de la part de la Société, mais il nous 
est doux de leur exprimer de nouveau et publiquement notre 
vive reconnaissance. C'est la partie la plus agréable de notre 
tâche. 

Liège, 29 janvier 1891. 

Le Bibliothécaire-archiviste, 
Joseph Defrecheux. 

La distribution des médailles aux lauréats des concours avait 
lieu habituellement tous les deux ans ; mais comme il y avait 
eu deux concours en 1890, le concours ordinaire et celui 
en l'honneur du 25*= anniversaire de S. M. Léopold II, la Société 
a procédé à une remise des récompenses. 



— 589 - 

Le 30 mai 1891, la cérémonie s'est donnée à la salle 
de la Société d'Emulation; le cercle dramatique l'Avenir a 
interprété Li pîpe d'à Stoehet, de M. Jean Bury, et le Théâtre 
wallon a représenté Brique et Moirti, comédie de noire col- 
lègue Henri Simon. 

M. le Président du Conseil provincial assistait à cette séance; 
M. le Gouverneur s'était excusé; les membres de la Société et 
leur famille remplissaient entièrement la salle, et ont fait 
le meilleur accueil aux lauréats. 

M. le Président a lu à cette séance le discours-rapport qui 
est inséré au Bulletin, p. 575. 

Le 21 juin 1891, la Société a reçu, de Tournai, avis de 
la création du Cercle tournaisien de littérature wallonne. 

Dans une lettre, signée du Président M. Lefebvre, avocat et 
échevin, de M. Leroy, contrôleur des postes, vice-président et 
de M. Wattier, fabricant, secrétaire, nous relevons les phrases 
suivantes : 

a Nous avons cru de notre devoir de vous faire celte notiti- 
cation, et de profiter de celte circonstance pour vous remercier 
des précieux renseignements que vous avez bien voulu nous 
fournir par l'intermédiaire de votre honorable président. 

« Nous n'ignorons pas que le mouvement littéraire wallon, 
qui s'étend de plus en plus, est parti de Liège et que l'honneur 
en revient surtout à votre société. L'intérêt que vous portez à 
toute la Wallonie, nous fait espérer que vous voudrez bien 
nous aider de vos conseils et qu'il existera désormais entre les 
deux cercles, de bonnes et durables relations, b 



— 590 - 

La Société, comme don de bienvenue, décida à l'unanimité 
d'adresser au cercle quelques-unes de ses publications. 

Le bureau, réuni exlraordinairement le 24 juillet 189 1 , décide 
que la Société sera représentée officiellement aux funérailles 
de M. Julien d'Andrimont, sénateur et bourgmestre de Liège, 
membre d'honneur. 

Le lendemain, le président de la Société a prononcé à l'hôtel 
de ville le discours suivant : 

« A ce moment suprême, où tous les regrets, où tous les 
éloges ont le droit de se faire entendre, il sera permis à la 
Société liégeoise de littérature wallonne, interprète de tous 
ceux qui aiment notre ancien langage, de rappeler ce qu'elle 
doit à Julien d'Andrimont. Le premier, il a hautement défendu 
au Sénat les droits des Wallons, et depuis, dans le meeting 
qu'il a présidé à Liège, dans les réunions plénières de notre 
Société, auxquelles il assistait toujours, il n'a jamais cessé de 
protéger énergiquement notre dialecte populaire. Ce sont là 
des actes qui, avec tant d'autres d'ailleurs, maintiendront à 
jamais son souvenir vivant dans tous les cœurs liégeois. 

Aussi, c'est avec une émotion profonde que nous venons 
adresser un dernier adieu à celui qui a été notre collègue pen- 
dant plus de 30 ans, entouré qu'il était des sympathies de toute 
notre Société : adieu, cher collègue, adieu! » 

Lors du VU" Congrès de la Fédération archéologique et 
historique de Belgique, tenu à Bruxelles les 2, 3, 4 et 5 août 



— 591 — 

1891, M. Julien Delaite lit une note tendant à prouver qu'il 
est impossible d'admettre que la croyance aux nains (nutons, 
sottaî, massolaî, etc ), remonte aux périodes préhistoriques et 
à l'homme primitif. 

Cette note sera imprimée dans les comptes rendus des tra- 
vaux de ce Congrès. 

Ont été nommés membres titulaires pendant la période qui 
vient de s'écouler: 

1. MM. Jules Martiny, négociant (mars 1889), 
'2. » Armand Rassenfosse, artiste peintre (mars 1889), 

3. » Ernest Nagelmackers, banquier et président de la 

Société libre d'Emulation (décembre 1889). 

4. B Louis Delsaux, avocat (janvier 1890). 

5. » Emile Jamme, membre de la chambre des représen- 

tants (janvier 1890). 



Monsieur Mathieu Crandjean, membre titulaire et ancien 
bibliothécaire de la Société, a été nommé membre honoraire 
(15 janvier 1891). 



Ont été nommés membres correspondants: 

1. MM. Edmond Etienne, à Jodoigne. 

2. » Jules Declève, à Mons. 

3. » Jean Wilkin, à Verviers, 

4. » Auguste Leroy, à Tournai. 



TABLEAU 

DES 

MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

AU 31 DÉCEMBRE 1891. 

Bureau. 

Dejardin, Joseph, Président. 
Falloise, Alphonse, Vice-Présidetit. 
DUCHESNE, Eugène, Secrétaire. 
Delaite, Julien, Secrétaire-adjoint. 
LequareÉ, Nicolas, Trésorier. 
Chauvin, Victor, Trésorier-adjoint. 
DefreCHEUX^ Joseph, Bibliothécaire-archiviste. 

Membres titulaires. 

DejARDIN, Joseph, ancien notaire, à Cheratte, (décembre 1856, 

fondateur). 
HOCK, Auguste, rentier, quai Mativa, 21, (décembre 185G, fondateur), 

vice-président honoraire. 
Desoee, Auguste, propriétaire an Journal de Lîé^e, place St-Lambert,9, 

(février 1860). 
Delbœuf, Joseph, professeur h l'Université, boulevard Frère- 

Orban, 32, (août 1862). 
De Thier, Charles, conseiller à la Cour d'appel, boulevard Frèrc- 

Orban, 30, (août 1862). 
BbaCONIER-DE MaCAR, Charles, industriel, boulevard d'Avroy, 73, 

(mai 1869). 



— IV — 

Membres adjoints. 

AbrAS, Cliarles, ingénionr-consti-ucteuv, à Sclossin. 

Aerts, Auguste, notaire, rue Ilors-Ohâteau, 29. 

AxGENOT, Rémi, candidat notaire, rue du Chéra, 5. 

Ansiaux, Gustave, assureur, rue du Pont-d"Ile, 49. 

Antoine, Edouard, rue Trappe, 17. 

Arnold, Léon, sous-lieutenant d'ai-tillerie, à Termonde. 

Attodt, Elnile, fils, rue Hors-Château. 

AttoUT, Louis, rue Jonruelle, 43. 

AUVRAY, Michel, appariteur à l'Université, rue des Houblonnières, 34. 

Balat, Alphonse, architecte, à Bruxelles. 

Banneux, Phil., ingénieur et chargé de cours, rue Vivegnis, 24. 

Baron, Henri, auteur wallon, rue de l'Ouest, 14. 

BartholOMÉ, négociant, rue Neuvice, 49. 

Bastin, Paul, professeur à l'Athénée, rue des Clarisses. 

Baudrihaye, Alfred, brasseur, quai St-Léonard, 64. 

Baugniet, André, vérifie, de l'enregistrement, rue de la Régence, 32. 

Bayard, Victor, employé au chemin de fer du Nord, rue Moulan,8. 

BeauJËAN, Emile, ingénieur, rue Basse-Wez, 269. 

Beer, Sylvain, ingénieur-constructeur, à Tilleur. 

BÉNARD, Auguste, éditeur, rue Lambcrt-le-Bègue, 13. 

Benoit, capitaine, quai des Pêcheurs, 43. 

Bernard, Lambert, industriel, quai Coronmeuso, 36. 

Bernard, Guillaume, industriel, quai de Coronmeuse. 

Bertrand, Omer, fils, rue Royale, 4. 

Bertrand, Oscar, notaire, place de la Cathédrale, 11. 

Beuret, Auguste, rentier, boulevard d'Avroy, 85. 

BlA, Joseph, rue Trappe, 24. 

BlAR, Nicolas, notaire^ place de la Cathédrale, 20. 

BiDAUT, Georges, au château de Curange, par Hasselt. 

BiDEZ, J., Dr Phil., chez M. de Sélys, boulevard de la Sauvenière, 34. 

BiDLOT, Ferd,, chef de clinique, quai de l'Université, 10. 

Blanpain, Jules, conseiller communal, rue des Guillemins. 

BlandOT, docteur en médecine, à Tilff. 

BOCKSRUTH, Vincent, avocat, rue Vivegnis. 

BodSON, Jos., architecte, rue Bonne-Femme, 18. 



_ V — 

BOINEM, Jules, prof, à l'Ath., Chaussée de Willeineau, 31, à Tournai. 

BORGUET, Louis, avocat, à Doyon, par Havelange. 

BORGUET, Louis, docteur en médecine, rue Cliausséo-des-Prés, 22. 

BOSCHERON, Léon, brasseur, rue du Coq, 1. 

BOUHON, rue Sainte-Marguerite, 297. 

B0ULB0ULLE,L., professeur à rAthénée,rue Conscience, ?)2. à Malines. 

Bourgeois, Nestor, ingénieur des mines, rue Paradis, 101. 

Bourgeois, Paul, ingénieur, rue des Augustins, 43. 

Bourguignon, Henri, notaire, à Marche. 

B0USSART,"L<i, chef de bur. au Bur. de bienf., 31, r. Haut c-Sauvenière. 

BOUVY, Alexandre, tanneur, quai de l'Abattoir, 37. 

Bozet, Lucien, notaire et conseiller provincial, à Seraing. 

Brachet, Albert, étudiant, quai de Longdoz, 57. 

Braconier, Frédéric, sénateur, boulevard d'Avroy, 9. 

BracOXIER, Léon, rentier, quai de l'Lidustrie, 16. 

Braconier, Maurice, boulevard d'Avroy, 71. 

Braconier, Raymond, rue Hazinelle, 4. 

Brasseur, Jean, industriel, rue de la Casquette, 30. 

BreuER, Gustave, rentier, quai de Maestricht, 15. 

BricoULT, Edouard, quai de Flandre, 4, à Charleroi. 

Brixko, Noël, instituteur communal, à Micheroux. 

Bronckart, Henri, place du Sud, 26, à Charleroi. 

BRONCKART, Arnold, directeur d'école, rue Wazon, 53. 

BroNNE, Gustave, fabricant d'armes, Mont-St-Martin, 50. 

BrONNE, Loui.»-, ingénieur, rue d'Archis, 40. 

BROUHON, marchand de bois, à Seraing. 

BuiSSONNET, Armand, architecte, avenue Rogier, 3. 

Bultot, Alfred, négociant, rue de Seraing, 3. 

CALlFlCE,Paschaî, rue Dartois, 18. 

Canter, Ch., docteur en médecine, boulevard de la Sauvenière, 172. 
Cap, Joseph, industriel, rue Jonruelle, 64. 
CartUYVELS, Eug., rue Travcrsièi*e, 98, à Bruxelles. 
Chandelon, Th., docteur en médecine, rue Louvrex, 47. 
ChantraTNE, Ad., secrétaire de l'admin. de l'Univ. à Herstal. 
Charles, Nie, docteur en médecine, rue Hors-Château. 34. 
Charlier, Gust., directeur du Horloz, à Tilleur. 



— VI - 

ChaRLIER, Jules, ingénieur au Horloz, à Tilleur. 
Charlier, Jules, négociant, rue de Fragnée, 82. 
Ch^ rlier, Gustave, architecte, rue de l'Université, 66. 
Chaumont, Léop., Dr en philosophie, rue Hayi neux, 102, à Herstal. 
ChaUMONT, Louis, rue des Guillemins, 48. 
CheheT-AXiLARD, L.-J., négociant en grains, 20, rue Dartois. 
ChEMANNE, L., vue Spintay. 15, <à Verviers. 
Gheneux, Louis, directeur des Hauts-Fourneaux, à Ougréo. 
Chot, Edm-., professeur à l'Athénée, rue de Jérusalem, 44, à Bruges. 
Claes, Théophile, ingénieur, rue Bassenge, 34. 
Claude, Joseph, géomètre, rue Coupée. 
Clerfayt, Adolphe, ingénieur, à Esneux. 
Clochereux, Henri, avocat, rue de la Casquette, 38. 
Clochereux, Henri, fils, rue de la Casquette, 38. 
Close, François, architecte, rue des Anglais, 20. 
CLOSON, Jules, horticulteur, rue de Joie, 71. 

COIRBAY, J., secrétaire de la Ville de Liège, quai de la Boverie, 9. 
Collette, Bertrand, quai de Fragnée, 12. 
Collette, docteur en médecine, à Hei'stal. 
COLLIGNON, Emile, propriétaire, avenue Blonden, 9. 
•• COLSON, Oscar, instituteur communal, rue de Campine, 181. 
COMELEN, Armand, ingénieur, boulevard Frèrc-Orban, 31. 
CONDÉ, Oscar, chef de bureau à l'Adm. com.,quai de la Boverie, 75. 
Constant, Ernest, rue de la Paix, 26. 

Constant, Isidore, agent commerc, place de la Liberté, à Bruxelles. 
CORAIN, professeur de musique, rue Saint-Léonard, 291. 
CORNÉLIS, Gustave, négociant, rue St-Lconard, 393. 
CORNIL, chef de station, à Namur. 
Coste, .J., industriel, à Tilleur. 
COULET, V., étudiant, rue Vinâve-d'Ile, 21. 
CraHAY, B., libraire, rue de l'Université, 32. 
CRALLE, Edmond, place du Théâtre, 25. 

CriLLEN. Ed., commis à l'Administration com., place Verte, 7. 
CkiSMER, pharmacien, rue du Pont-d'Ile, 46. 
CROUQHS,Ch., contr. d'armes pcns., rueSt-Hubert,9 (fond de la cour). 



- VII — 

DABIN, Henri, rue de l'Université, 43. 

DABIN, Jules, quai St-Léonard, 6. 

Dalimier, C, propriétaire de l'hôtel de Suède, rue de l'Harmonie, 7. 

Damry, Paul, comptable à l'Université, avenue d'Avroj', 75. 

DANDOY, courtier en grains, rue de la Cathédrale, 43. 

D'ANDRIMONT, Gustave, avocat, rue Louhienne, 1. 

D'AndbIMONT, Maurice, ingénieur, boul. de la Sauvenièrs, 88. 

D'ANDRIMONT, Léon, représentant, rue Forgeur, 32. 

Danly, Fernand, ingénieur aux Forges, à Aiseau. 

D'ARCHAMBEAU, J., instituteur, rue de Bruxelles, à Ans. 

DARDENNE, Jos., propriétaire, à Visé (Devant-le-Pont). 

David, Edouard, comptable, à Vei'viers, 

David, Léon, boulevard de la Sauvenière, 75. 

DAWAXS-CloSSET, Adrien, conseiller provincial, rue St-Remy, 1. 

DAWANS-Orban, Jules, fabricant, Rendeux-Haut par Melreux. 

DAXHELET, Auguste, ingénieur à la Société Cockerill, à Seraing. 

De BOECK, G-., fils, pharmacien, rue Ste-Marie, 7. 

DebrUS, Guillaume, banquier, rue Lamarck. 

De BuGGENOMS, renti r, rue de la Paix, 6. 

DechAINEUX, boulevard de la Constitution, 124. 

DeCHANGE, Jules, docteiir en médecine, quai de Maestricht, 3. 

Decharneux, Emile, quai de l'Université, 13. 

DecharneuX, Auguste, négociant, rue des Carmes, 13. 

DeCHESNK, Lambert, architecte, boulevard Frère-Orban, 13. 

De Closset, François, avocat, rue Ste-Croix, 10. 

DeCORTIS, Victor, instituteur, à Blegny-Trembleur. 

DeCROON, Léopold, avoué, boulevard Frère-Orban, 14. 

Defeld, g., docteur en médecine, boulevard de la Constitution, 39, 

Defeld, Rodolphe, lieutenant, boulevard de la Constitution, 39. 

Defize, Jos., ingénieur et conseiller communal, quai de Longdoz, 53. 

DefreCHEUX, Albert, garde général des eaux et forêts, à Hasselt. 

DefreCHEUX, Emile, comptable, rue Hayeneux, à Herstal. 

DefrecKEUX, Paul, agent commercial, à Statte-Hu}'. 

Degand, E., notaire, à Mons. 

DeGIVE, ingénieur, à Grâce-Berleur (Ans). 

DegivE, Léon, conseiller provincial, à Ramet. 

Degive, Adolphe, à Ivoz (Val-St-Lambert), 



— VIII — 

DeGRAUX, Auguste, ingéiiieuv au chemin do fer de l'État, à Matines. 

Déguise, Edouard, avo:'at, boulevard Piercot, 7. 

Dehax-MeRCIER, négociant en vins, boulevard d'Avroj', 22. 

DehasQUE, Raymond, me Méan, 11. 

De Hasse, Fernand, rue de l'Association, G7, k Bi-uxellcs. 

De Hasse, Lucien, rue d'Archis, 17. 

Dehin, fils, fabricant d'orfèvreries, rue Agimont, 34. 

Dejaer, Jules, ingénieur en chef, à Môns, 

DejardiN, Adolphe, capitaine pensionné, ruo Dartois, 22. 

Dejardix, P.-H.-L., brasseui-, rue Pont-d'Ile, d4. 

DejARDIX-Debatty, Félix, ingénieur, rue de l'Ouest, 56. 

Dejardix, Emile, à Cheratte. 

De KoxixCK, L., professeur à l'Université, quai de l'Université, 1. 

Delaet, Gustave, fils, rue des Meuniers, 12. 

Delaitte, Pierre, sous-chef de bureau à l'Adm. com.. r. St-Gilles, 288. 

Delaitte, Pr., sous-chef de bur. à l'Adm. com., i-ue Charles Morren,34:. 

Delaveu, Théodore, à Herstal. 

Delbouille, Louis, à Ostende. 

Delbovier, docteur en médecine, place St-Paul, 1. 

Delchef, André, avocat, rue Mathieu-Laensbergh. 

Deleixhe, changeur, rue Vinâve-d'Ile, 44. 

Delexhy, M.-B.-J., docteur en médecine, à Grâce-Borleur. 

Delhaise, Alex., avocat, à Angleur. 

Delhasse, Félix, homme de lettres, à Bruxelles. 

DelhAYE, Henri, rue André Dumont, 32. 

Delheid, Jules, docteur en médecine, place de l'Acclimatation, 4. 

De LhOXEUX, Hyacinthe, Marché aux bêtes, à Huy. 

DeliÉQE, Alfred, notaire, à Chênée. 

De LiMBOURG, Pli., propriétaire, àTheux. 

Deltze-Lasseau, ;Y Grivegnée. 

DelleUR. Léopold, négociant, rue Pont d'Avroy, 45. 

Delloye, Emile, banquier, à Charleroi. 

DelrÉE, a., industriel, quai Marcellis, 42. 

DelveAUX, Alfred, rue St-Jean-Baptiste, 1. 

De MaCAR, Charles, député permanent, rue Mont-St-Martin, 45. 

De Macar (baron) .Ferdinand, représentant, à Presseux ou à Bruxelles. 

De Macar, Ghislain, rue Mont-St-Martin, 45. 



— IX — 

Demany, Laurent, architecte, boulevard d'Avroy, 79. 

Demany, directeur du Horloz, par St-Nicolas. 

Demarteau, Lucien, conseiller à la Cour, rue Bassenge, 48. 

Demarteau, g., substitut du procureur du roi, rue Louvrex, 90. 

Demarteau, Jules, commissaire d'ari-ondissement, rue de Chestret, 1. 

Demeuse, Henri, rue Monulphe, 7. 

De MOLL,Théopliile5emplo3'éà laVieille-MontagDe,rue vivegnis,279 

Demonceau, Marcel, rentier, rue Beckman, 39. 

DexeFFE, Jules, industriel, quai Orban, 115. 

Depas, Alexandre, rue Hocheporte, 64. 

Dépouille, industriel, place Delcour, 3. 

Deprez-DoCTEUR, rue de la Cathédrale, 9. 

DepreZ, William, avocat, boulevard Beauduin, 19, à Bruxelles. 

De RasqUINET, Léon, docteur en médecine, rue des Augustins, 29. 

DerbeaUDRINGHIEN, Joseph, commissaire de police, à Herstal. 

Derefx, Léon, avocat, place Rouveroy, 6. 

De RossiUS, Charles, rentier, rue du St-Esprit, 91. 

Dery, Jules, ingénieur, rue du Marteau, 38, à Bruxelles. 

DÉSAMORÉ, Hubert, rue des Frauchimontois, 25. 

Desart, directeur de houillère, à Herstal. 

Deschamps, François, avocat, rue St-Séverin, 143. 

Desefawe, Joseph, meunier, à Nandrin. 

De SÉLYS-Longchamps (baron), sénateur, boul. delà Sauvenière, Si. 

De SÉLYS-Fanson (baron"», Ferdinand, rentier, quai Marcellis, 11. 

Desoer, Charles, place Saint-Christophe. 8. 

Desoer, Florent, avocat, k Cheratte. 

Desoer, Oscar, rentier, place Saint-Michel, 18. 

Desoie, Jules, agent commercial, rue Entre-deux-Ponts, 5. 

DesTEXHE, Oscar, avocat, place Saint-Pierre, 18. 

Destinez, P., conservateur à l'Université, rue Sainte- Julienne, 9. 

DiiSTRÉE, cond. pr. des ponts et ch.. Th. de la Chartreuse, à Bressoax. 

De Theux, Xavier, rentier, à Aywaille. 

De Thier, Léon, homme de lettres, boulevard do la Sauvenière, 12. 

De Thier, Maurice, boulevard de la Sauvenièi-e, 12. 

Detrooz, Auguste, président honoraire, rue Fabry, 5. 

De Vaux, Adolphe, ingénieur, rue des Anges, 16. 

De Vaux, Emile, ingénieur, rue du Parnasse, 15, à Bruxelles. 



— X 



DeveoYE, Jos., doct. en méd. et échevin, à Braino l'AUoud. 

De Waha (Mme la baronne), rue Saint-Gilles, 147. 

Dewandbe, Jules, industriel, rue Douffet, 37. 

D'Heur, Emile, artiste peintre, prof, à l'Acad.,rue Ste-Marguerite,83. 

D'HOFFSCHMIDT, L., cons. à la Cour d'appel, rue de l'Université, 17. 

DiGN'EFji'E, Emile, avocat, rue Fusch, 26. 

DiGNEFFE, Léonce, rentier, rue Louvrex, 85. 

Discailles, Ernest, professeur à l'Université de Gand. 

DOCHEN, Gh., avocat, rue Neuve, à Huy. 

Docteur, Eugène, ingénieur en chef, rue Scarron, 31, Bruxelles. 

DOMMARTIN, Léon, homme de lettres, à Bruxelles. 

Donckier-Jamme, Ch., rue de Joie, 29. 

DONCKIER, Ferdinand, rue Hemricourt, 29. 

DOR, chef de bureau au charb. de Marihaye, à Flémalle-Grande. 

Douffet, avocat, quai Orban, 7. 

DOUHARD, Ch., chef du service topographique, rue Grétry, 15. 

DOUTREPONT, professeur, Mont-St-Martin, 12. 

Dreye, Alexis, boulevard de la Sauvenière, 17. 

Dubois, notaire, boulevard d'Avroy, 60. 

DUCULOT, docteur en médecine, rue Agiraont, 33. 

DUMONT, H., fabricant de tabac, rue Saint-Thomas, 26. 

Dumoulin, Aug., fabricant d'armes, boulevard de la Sauvenière, 86. 

Dumoulin, François, fabricant d'armes, rue Saint-Laurent, 99. 

Dumoulin, Victor, négociant, rue Vinâve-d'Ile, 17. 

DUP ARQUE, Alfred, rue du Pont-d'Ile, 57. 

Dupont, Armand, avocat, rue d'Archis, 32. 

Dupont, Emile, avocat et sénateur, rue Rouveroy, 8. 

Dupont, E., professeur à l'Athénée de Charleroi. 

Dupont, Henri, sous-lieutenant d'artillerie, rue St-Laurent. 

Dupont, Jules, ingénieur, rue Jonruelle, 71. 

DUPUIS, Sylvain, professeur au Conservatoire, rue Jonfosse, 6 bis. 

DURIEU, Félix, directeur de Patience et Beaujonc, rue en Bois, 10. 

DURIEUX, Charles, négociant en vins, à Marche. 

Dury, Odon,juge au tribunal de Marche. 

DUVIVIER, Henri, industriel, à Verviers. 

Du VIVIER, Pierre, rue do l'Université. 



— XI — 

Etienne, Etienne, rentier, à Bellaire. 

Falisse, Clément, docteur en droit, quai de l'Industrie, 1. 

Faucon, A., ingénieur, quai d'Amercœur, 38. 

Fayn, Joseph, directeur de la Soc. du Gaz, rue Lambert-le-Bègue, 36. 

Fellens, Léon, employé, rue Souveraint-Pont, 13. 

Fellee, Jules, pi-of. à l'Athénée, rue de Franchimont, 3, à Verviers. 

Feron, instituteur communal, rue de la Paix, 48. 

Fetu-Defize, J.-F.-A., industriel, quai de Longdoz, 49. 

FetU, Joseph, industriel, rue du Chimiste, 39, à Cureghem. 

FiLOT, Jules, négociant, rue du Ruisseau, 49. 

FiNCŒUR, Ed , curé de St-Lambert, à Herstal. 

FiRKET, Ad., ingénieur et professeur, rue Dartois, 28. 

FiRKET, Ch., professeur à l'Université, rue Louvrex, 125. 

FiVÉ, constructeur-ingénieur, à Seraing. 

Flechet, Ferdinand, repi-ésentant, à Warsage. 

Flechet, L., industriel, rue Lairesse, 31. 

Flechet, Th., notaire, rue St-Adalbert, 3. 

Fleury, Jules, professeur honoraire à l'Athénée, rue Chéri, 32. 

FOCCROULLE, Georges, avocat, rue André-Dumont, 35. 

FOCCROULLE, Henri, docteur en médecine, rue des Venues, 133. 

FOETTINGER, docteur en médecine, rue des Augustins, 26. 

Foidart, professeur à l'Athénée, Tlùer de la Fontaine. 

FORGEUR, Paul, avocat, rue d'Archis, 30. 

FORIR, H., répétiteur à l'Ecole des mines, rue Nysten, 25. 

FOUQUET, GuilL, dir. émérite de l'École agric. deGembloux, à Tilff. 

FraiGNEUX, Eugène, quai de Longdoz, 27. 

FraiGNEUX, Hubert, industriel, quai de Longdoz, 27. 

Fraigneux, Jean, ingénieur, quai de Longdoz, 27. 

FraiGNEUX, Louis, industriel, rue Lairesse, 44. 

Fraigneux, Louis, avocat, rue Grétry, 5. 

Fraipont, Julien, professeur à l'Université, Mont St-Martin, 17. 

Fraipont, F., docteur en médecine, rue d'Archis, 26. 

FranckeN, Edm., ingt'nieur, quai de Fragnée. 

François, ingénieur, iV Seraing. 

FranCOTAY, Ch., industriel, rue St-Léonard, 338. 

FranCOTTE, Ernest, fabricant d'armes, rue Mont St-Martin, GG. 

Francotte, X., docteur eu médecine, quai do l'Industrie, 15. 



— XII — 

FrankigNOULLE, Léaudro, directeur de charbonnages, à Montegnce. 

FnANiaGNOULLE, Alph., docteur en médecine, rue Maghin, 68. 

Feankignoulle, C, ingénieur civil, à Gilly. 

FraNKIGNOULLE, greffier, rue du Midi, 8. 

FrederiCQ, Paul, prof, à l'Université, rue des Boutiques, 9, à Gand. 

Fbenay, instituteur communal, rue de Bex, 7. 

Fbère-OrjîAN, Walthère, représentant, à Bruxelles. 

Frère, Georges, conseiller à la Cour, boulevard Frère-Orban, 20. 

Frère,- Walthère, fils, administrât^ de la Banque nationale, àEnsival' 

FrÉSART, Edouard, à Jupille. 

FrÈSART, Jules, rue Sœurs-de-Hasque, 11. 

FrÉSON, Arm., avocat, rue des Augustins, 32. 

Fryns, Alphonse, industriel, boulevard d'Avroy. 

FUSS, Gustave, avocat et échevin, à Schaerbeek. 

Gadisseur, Clément, industriel, rue St-Laurent, 288, 

GAEDESAIiLE, François, rue Huiles, 75. 

Garray, rue Sur-Meuse, 1 5. 

Gathoye, député permanent, rue des Ecoles, à Verviers. 

GENET, Walthère, Place St-Pierre, 8. 

GÉRARD, F., rue St-Pétersbourg, à Ostende. 

GÉRARD, Fernand, quai Sur-Meuse, 13. 

GÉRARD, Léo, ingénieur et bourgmestre, rue Louvrex, 76. 

Gernay, notaire, à Spa. 

Gevaert, Paul, rue des Dominicains. 20. 

GhAYE, Alexis, géomètre, rue de la Sèche. 

GlLKINET, Alf., professeur à l'Université, rue Renkin, 13. 

GiLLON, A., professeur à l'Université, avenue Rogier, 29. 

GiTTÉE, professeur à l'Athénée royal de Liège, rue Fond Pirette, 134. 

GOETHALS, Albert, rue des Douze Apôtres, 28, à Bruxelles. 

GOLLE, Frédéric, fils, rue Monulphe, 45. 

GOMRÉE. Ernest, industriel, quai de l'Ourtlie, 43. 

GORDINNE, Henri, papetier, quai de l'Industrie, 18. 

GORDINNE-BURY, Ch., quai Marcellis, 8. 

Goret, Léon, ingénieur, rue Ste-Marie, 2L 

GORISSEN, rue Raikem, 19. 

GORRISSEN, Zénobc, appariteur à l'Univ., rue Pied du Thier-à-Liége. 



— XIII — 

GORRISSEN (Mlle), régente à l'Ecole normale, rue de Scles?in, 9. 

GOTHIER, Charles, imprimeur, rue St-Léonard, 203. 

Grandfils, Alph. directeur de l'exploitation des phosphates, rue 

Vieille Voie de Tongres, 71, 
GrandfilS, Charles, comptable, à Beauquesne (France). 
Graindorge, J., professeur à l'Université, rue Paradis, 92. 
Grégoire, Alph., employé, rue St-Gilles, 81. 

Grégoire, Camille, greffier au Trib. de com.,boul. de la Sauvenière , 61:. 
Grégoire, Gaston, candidat notaire, quai des Pêcheurs. 
Grégoire, Henri, professeur à l'Athénée, rue des Augustins, 25. 
GrOULARD, Victor, secrétaire communal, rue du Palais, 118, Verviers. 
Grumsel, industriel, boulevard de la Constitution. 
GUGENHEIMER, J., rue des Dominicains, 1. 

Guidé, Guillaume, prof, au Conserv., rue de la Presse, 16, à Bruxelles. 
GuiLLOT, Camille, rentier, boulevard de la Sauvenière, 156. 
GuiLLOT, Lucien, avocat, rue de l'Académie, 10. 

Haas, place du Théâtre, 25. 

Habets, Alfred, professeur à l'Université, rue PaulDevaux, 4. 

Habets, Paul, ingénieur des mines, rue Fusch, 10. 

Halkin, Emile, commandant de place, rue Louvrex, 68. 

Hallet, bourgmestre et conseiller provincial, à Hannut. 

Halleux, Nicolas, rue Latour, 7. 

Hannay, Charles, cordier, à Montegnée. 

Hanon de Louvet, échevin, à Nivelles, 

JlAXSEN, Jos., avocat. Mont St-Martin, 18. 

llANSET, Gustave, négociant en vins, rue du Nord, 3. 

Hanson, g., avocat, rue Paradis, 100. 

Hanssens, L., avocat et représentant, rue Sle-Marie, 10. 

Hardy, G., docteur en médecine, rue sur la Fontaine, 80. 

H ARZÉ, Emile, directeur des mines, place de l'Industrie,25,à Bruxelles, 

Haudry, industriel, rue des Béguines, à Sei-aing. 

Haulet, contrôleur au chemin de fer, rue Varin, 83, 

HauzeUR, Adolphe, industriel, au Val-Benoît, 

Hauzeur, Oscar, industriel, au Val-Benoît, 

HÉNOUL, L, avocat-général, rue Dartois, 36, 

Henrard, Max, rue de l'Arbre Béni, 39, Bruxelles, 

HenrijEAN, docteur en médecine, rue d'Archis, 50, 



— XIV — 

HenbION, ^François, rue Jonruelle, G9. 

Henrion, Emile, rue de la Madeleine. 

Henroz, Emile, rue Louvrex, 51. 

Henry, Eugèue, à Vottem. 

IlERLA, Gustave, rue St-Michel, 2. 

Hermai^N, docteur en médecine, à Herstal. 

HermanS, Joseph, professeur à l'Athénée, rue Fabry, 72. 

Heyne, Jean, commis à l'Adm. com. , montagne de Bueren, IG. 

HiCGUEÏ, Maurice, négociant, rue Davtois, 41. 

HOCK, Gér.-Aug., fils, quai Mativa, 21. 

HODEIGE, Arthur, ingénieur au chemin de fer de l'Etat, à Etterbeek. 

HONLET, Robert, à Huy. 

HOUTAIN, avocat, rue Delfosse, 23. 

HOVEQNÉE, Ar., professeur, place St-Pierre, 2. 

HOVEN, Théodore, sous-chef de bureau àFAdm. com., rue du Pérj', 1. 

HUBAR, ingénieur au Corps des mines, à Mous. 

Hubert, Alph., docteur en médecine, rue Ste-Walburge, 318. 

HUBIN, S^'lvaiûj étudiant en droit, à Bende (Ampsiii-Amay). 

HULLET, Jean, comptable, à Bressoux. 

Humblet, Jean, à Comblain-au-Pont. 

HUiJBLET, Léon, avocat, rue de l'Académie, 41. 

ISAYE, Eug., prof, au Cons. de Bruxelles, 435, Chaussée de Waterloo, 
ISERENTANT, professeur à l'Athénée royal, à Malines. 
ISTA, Alfred, papetier, rue Féi'onstrée, 81. 

Jacob, avocat, rue Bertholet, 2. 

Jacob, H., commissionnaire-expéditeur, rue de la Syrène, 13. 

Jacquemin, Achille, rue de la Syrène, 17. 

JaCQUEMIN, Sylvain, ingénieur à la Société Cockerill, à Seraing. 

Jacquet, L., rue du St-Esprit, 22. 

Jadot, Emm., étudiant, à Marche. 

Jamar, Emile, rentier, rue des Clarisses, 4. 

Jamar. Gustave, rentier, rue Fabry, 19. 

Jamar, Armand, ingénieur, place de Bronckart, 16, 

Jamme, secrétaire de La Wallonne, rue St-Maur, 170, à Paris, 

Jamme, Henri, directeur de la Vieille-Montagne, à Moresnet, 



— XV — 

Jamme, Jules, avocat, rue du Pot-d'Or, 30. 

Jamolet, Servais, tanneur, conseiller com., rue des Tanneurs, GO. 

JamOTTE, Jules, notaire, à Dalliem. 

Jamotte, Victor, avocat, à Huy. 

Janson, Eug., capitaine commandant, quai des Pêcheurs, 49. 

Janssen, J., fabricant d'armes, rue Lambert-le-Bègue,4. 

Jaspae, Industriel, rue Jonfosse, 20. 

Jaspar, André, ingénieur, rue Grandgagnage, 3. 

Jaspab, Emile, décorateur, rue du Pot-d'Or, 37. 

Jaspar, Paul, arcliitecte, boulevard de la Sauvenière, 135. 

Jeaxxe, Emile, avocat et représentant, rue du Midi, IG. 

Jenicot, Philippe, pharmacien, à Jemeppe. 

Jenoï, Alfred, chef de bureau à l'Adm. com., quai Mativa, 51. 

Jexot, Armand, commis à l'Adm. com., rue Eugène Simonis, 10. 

JOASSART, Nicolas, négociant, rue St-Adalbert, 7. 

JONXIAUX, Ad., rentier, rue des Anges, 7. 

JORisSEN, A., agrégé à l'Université, rue Sur-la-Fontaine, 106. 

JOTTRAND, Félix, directeur de la manufacture de glaces Ste-Marie 

d'Oignies, rue Defacq, 4, à Bruxelles. 
Journez, Alfred, avocat, place St-Jacques, 1. 
JOWA, Léon, ingénieur, rue Grétry, 149. 

JULIN, Charles, chargé de cours à l'Université, rue Bassenge, 46. 
JUPSIX, Jacques, industriel, à Dison. 

KePPENNE, Jules, notaire, place St-Jean,27. 

Kerkhofs, J.-G., rentier, rue des Clarisses, 6. 

KiMPS, Charles, à Charleroi. 

Kinet, receveur de la SOc. liég. des Maisons ouvr., r.Ste- Julienne, 67. 

Kirsch, Antoine, ai-murier, rue Chapeauville, 9, 

KmsCH, Charles, rue St-Séverin, 8. 

Kleyer, Gustave, avocat et échcvin, rue Fabrj'^, 21. 

KOISTER, Emile, rue St-Mathieu, 6. 

KrÉMER, Hubert, professeur à l'Athénée, rue Wazon, 110. 

LabeYE, Frédéric, avoué à la Cour, avenue d'Avroy, 114. 
LabroUX, secrétaire-trésorier do l'Athénée, rue du Vert-Bois 84. 
LaFONTATNE, directeur de la Société la liniôre, quai St-Léonard 36. 



— xvr — 

Laqasse, Philippe, propriétaire, quai de Maastricht, 7. 

Lahaye; Joseph, directeur de charbonnage, à Thimister. 

Laloux, Adolphe, propriétaire, avenue Rogier. 

Lamarche, Emile, au château de Fanson (Comblain-la-Tour). 

Lambert, chef du service commercial du Hasard, au Trooz. 

Lambert, Gustave, ingénieur, rue Lebeau, 2. 

Lambin, fabricant d'armes, rue Trappe. 

Lambinon, Eugène, négociant, rue St-Séverin, 27. 

Lambremont, Jos., artiste-wallon, rue Jean-d'Outromeuse, 79. 

Lance, B., tailleur, rue du Pont-d'Ile, 15. 

Laoureux, Léon, rue Bertholet, 7. 

Laol'REUX, Henri, négociant, boulevard de la Constitution, 3V. 

Laport, Guillaume, fabricant d'armes, quai St-Léonard, 17. 

Laport, Henri, fabricant d'armes, rue Laport, 1. 

Laporte, Léopold, directeur du charbonnage aux Produits (Hainaut). 

LATOUR-Depas (Mme), changeur, place Verte, 1. 

Laumont, Gustave, rue de l'Université, 16. 

LECHAT, Em., ingénieur, place St-Jean, 18. 

Lecrenier, Joseph, avocat, à Huy. 

Ledent, Jean, professeur à l'Athénée, à Verviers. 

LedenT, Joseph, chef-comptable à Géard-Cloes, rue St-Léonard, 436. 

Leenaers, Lucien, industriel, quai des Pécheurs, 80. 

Lehane, directeur de charb., rue Derrière Coroumeuse, cà Herstal. 

Le jeune. H., négociant, rue Ste-Marie, 5. 

Lejeune- Vincent, industriel, à Dison. 

Lejeune, Ferdinand, étudiant, rue Sur-Meuse, 10. 

LelOTTE, banquier, rue de la Tranchée, à Verviers. 

Lemoine, Edg., docteur en Médecine, rue de l'Official, 1. 

Lenger, docteur en médecine, rue St-Denis, 10. 

Lens, J., rentier, rue Mozart, 26, à Anvers. 

Lens, Adolphe, agent commercial, avenue Isabelle, 60, à Anvers. 

LÉONARD, Constant, malteur, rue du Vicux-Mayeur, 26. 

LepeRSONNE, Henri, directeur du Val-St-Lambert, au Val. 

Leplat, docteur, rue des Augustins, 26. 

LequarrÉ, Alph., professeur à l'Athénée, rue Jardon, 3C, à Verviers. 

Leroux, Charles, président au tribunal, rue du Vert-Bois, 76. 

Lesuisse, Joseph, profes., chez Mme V^ Lacroix, rue des Anglais, 26. 



XVll 



Lhoest, Paul, fabricant de papiers peints, rue Robertson, 33. 

L'HOEST, Isidore, cil. de service aucli. de fer du Nord, place du Parc, 7. 

LiBEN, Charles, contrôleur des contr. pensionné, rue Cathédrale, 3G. 

LiBERT, industriel, rue Grétry, 40. 

LiBOTTE, ingénieur des mines, à Namur. 

LiBOTTE, professeur à l' Athénée, à Charleroi. 

LiNCHET, fils, boulevard de la Sauvenière, 42. 

LlVROX, Albert, ingénieur, rueSt-Léonârd, 72. 

LlXHON, Camille, appariteur à l'Université etbourgmestre,à Cherattc. 

LOHEST, Max., ingénieur, à Rivage (Comblain-au-Pont). 

LoiSEAU, Jean, négociant, rue Trappe 13. 

L'Olivier, Henri, ingénieur, rue des Quatre-Vents, 25, à Bruxelles. 

LONGTAIN, instituteur communal, à Verviers. 

LOUETTE, H.-J., directeur de Bonne Fortune, rue Burenville, 70. 

Louis, Mathieu, négociant, rue de la Liberté. 

LOVENS, Ignace, rue Saint-Thomas, 9 et 13. 

LoviNFOSSE, Michel, secret, du Bur. de Bienf., rue St-Gangulphe, 7. 

MAC0RP3, Alf , médecin-vétérinaire du Goav., rue Saint-Adalbert, 5. 
Magis, Jules, place de la Cathédrale, 7. 
Magnée, Gustave, vérifi^oateur des douanes, à Hervé. 
Magnery, Em., meunier, à Seraing. 
Magnette, Charles, avocat, rue Grétrj'-, 4. 
Mairlot, docteur en médecine, à Theux. 
Malaise, directeur de charbonnage, à Wandre. 
Malevez, René, étudiant, boulevard Saucy, 1. 
Malherbe, président de La Wallonne, rue de Rambuteau, 64, à Paris. 
Malmendier, Pierre, rentier, rue Raikem, 1. 
MALVOZ, Ernest, docteur en médecine, rue de Bruxelles. 
Manne, Jacques, ingénieur, rue da Bronze, 8, à Anderlecht. 
Maquet, ingénieur au corps des mines, à Mons. 
MarChllis, François, fabricant, place Rouveroy, 3. 
MarCOTTY, Georges, avocat, à Jemeppe. 
Marcotty, Joseph, fils, moulin des Aguesses, à Angleur. 
Marcotty, industriel. Chaussée de Dusseldorf, à Duisburg (Alle- 
magne). 
Maréchal, R., ingénieur des mines place St-Michel, IG. 
Maréchal, Léon, industriel, rue des Vingt-Deux, 33. 



— XVIII — 

Maréchal, Mme^ rue Cornet de Grez, à Bruxelles. 

Marquet, Ad., ingénieur, à Dombasle (Meurthe et Moselle). 

MarqUET, Charles, négociant, à Ougrée. 

Masquelin, Emile, avocat, rue Neuve, 8, 

Massange, Ad., ingénieur en chef, rue Malibran, 83, à Bruxelles. 

Massart, Emile, comptable, rue Sœurs-de-Hasque, 17. 

MassaiÎT, Henri, propriétaire, échevin, à Jupille. 

Massin, Oscar (Paris), avenue d'Avroy, 64, àlLiège. 

MaSSON, Ch., avocat, boulevard de la Sauvenière, G2. 

Masson, Emile, ingénieur, rue de Chavannes, 31, à Charlcroi. 

MÉDARD, docteur en médecine, à Tilleur. 

MerSCH, François, notaire à Marche. 

Merscii, Joseph, fils, avocat, à Marche. 

Mestreit, Joseph, avocat, rue Paul Devaux, 6. 

Meunier, J.-B., typographe, rue Haute-Sauvenière, 

Meurt-GOURMONT, Nouveau Marché aux Grains, 7, à Bruxelles. 

Meyer, Nathan, matériel d'imprimerie, rue Dartois, 37. 

MiCHA, Alfred, avocat et conseiller communal, rue Louvrex, 73. 

Michel, Ch., professeur à l'Université de Gand. 

Mignon, commissaire en chef de la ville de Liège. 

MiNSIER, Camille, ingénieur au corps des mines, à Charleroi. 

Monseur, prof, à rUniv. de Bruxelles, avenue d'Avroy, 20, à Liègo. 

MOREAU, Ernest, notaire, boulevard de la Sauvenière, 128. 

MOREAU, Joseph, ingénieur des ponts et chaussées, à Louvain. 

MOREAU, Henri, industriel, à Vaux-sous-Chèvremont, 

MORISSEAUX, Ch., fabricant d'armes, rue des Bénédictines, 5. 

MOSSOUX, négociant, rue des Mineurs, 12. 

MOTTAR, Eugène, avocat, rue Courtois, 10. 

MOTTARD, Albert, ingénieur civil, à Herstal. 

MOTTARD, Georges, avocat, boulevard d'Avroy, 85. 

MOTTARD; Julien, quai de Maestricht, 9. 

MOUCHET, Louis, instituteur communal, rue Mosselmann, 33. 

MOUTON-TIMMERHANS, brasseur, rue Fabry, 34. 

MOXHON, Emile avoué et conseiller provincial, place St-Pierre, 20. 

Muraille, négociant, rue Féronstrée, 82. 



— XIX — 

Nagant, Théophile, restaurateur, place du Sud, A. Charleroi. 

Nagelmackers, Arm., consul d'Espagne, vue du Pot-d'Or, 55. 

Nagelmackers, Edm., banquier, boulevard de la Sauvcnièrc, 125. 

Namur, François, artiste-peintre, place Verte, 5. 

Nandrin, François, négociant, boulevard Frère-Orban, 29. 

Neef, Jules, bourgmestre de Tilff, avenue Rogier, 4. 

NeeF, Léonce, avocat, avenue Rogier, 9. 

Neef-ChAINAYE, Alfred, industriel, à Verviers. 

Neef, Georges, industriel, à Verviers. 

NÉLIS, François, industriel, à Grivegnée. 

Neujean, Xavier, avocat et représentant, boulevard Frère-Orban, 7. 

Neuray, mécanicien, rue Ste-Julienne, 19. 

NiCOLAï, Léon, industriel, à Verviers. 

NlHOUL, meunier, à Lize-Seraing. 

NiZET, Henri, rosiériste, Coronmeuse, à Herstal. 

NOÉ, frères, fabricants, rue d'Archis, 8. 

NOIRF ALISE, Jules, négociant, quai de l'Université, 5. 

NOXDONFAZ, Alph., rue Sur-Meuse, 34. 

NOTAERT, professeur à l'AthénéO;ruoLairesse, 66. 

Nyst, Pierre, rue Méan, 23. 

Odekerken, Henri, commis à l'Adm. com., rue du St-Esprit, 63. 

OffermaN, Guido, ingénieur, rueSte-Gudule, 5, à Bruxelles. 

Olivier, Henri, négociant, à Verviers. 

OrbAN, Jules, industriel, rue du Jardin-Botanique, 35. 

Orban, Léon, industriel, rue de Marnix, à Bruxelles. 

Orth, Albert, avocat, rue N5'sten, 2G. 

Orth, Ad., lieutenant, chaussée d'Ixelles, 294, à Ixelles. 

Pâques, Érasme, quai d'Amercœur, 20. 

PaquOT, directeur-gérant de la Société du Bleyberg. 

PaquoT, Joseph, banquier, rue de la Casquette, 19. 

Parent, Henri, fabricant d'armes, rue St-Gilles, 46. 

PARMENTIER, Edouard, avocat, rue do Soignies, 21, à Nivelles. 

Parmentier, L., prof., à l'Univ., boulevard du Château, 20, à Gand. 

PasqUES-Bekkers, chemisier, boulevard Anspach, 14, h Bruxelles. 

PavARD, Camille, rue de l'Université, 17. 



— XX — 

Pavard, Lucien, capitaine coinmandant d'artillerie, à Tirlemont. 

PeCQ, Léonard, ingénieur, rue Hors-Château, 118. 

Pecqueue, Oscar, pi-ofesscur à l'Atliénée, rue des Anglais, 22. 

PÉlîALTA (marquis de), ministre plénipotentiaire, avenue Rogicr, 29. 

PÉRARD, Georges, rentier, rue Lou\Tex, 117. 

PÉRÉE, ï^rançois, fabricant, rue Bois-l'Evêque, 26. 

PÉTERS, Gustave, fabricant, rue de Joie, 56. 

Petit, Léon, ingénieur, à Nivelles. 

Petitbois, Gustave, ingénieur et conseiller communal, rue Louvrex, 97. 

Pety de ThozéE, gouverneur de la province, au Palais provincial. 

PlETTE, Charles, préparateur à l'Université, rue Fond-Pirette, 62. 

Pirenne, Henri, professeur à l'Université de Gand. 

PHlLlPPl,Ch.,chef de bureau à l'Administr. com.,ruede Waremme, 2. 

Philips-Orban, Charles, rentier, rue Forgeur, 12. 

PhOLIENjC, subs. du Proc. gén., boul. de Waterloo, 86, à Bruxelles. 

Picard, docteur en médecine, quai de la Boverie, 8. 

Picard, Edgai-, directei^r à Valentin-Coq, à Hollogue-aux-Pierres. 

PiRARD, Arthur, sous-chef de bur. à l'Adm. com., rue Fond-Piretto, 37. 

PiRLOT, Eug., rentier, boulevard de la Sauvenière, 120. 

Pirotte, Alex., chef de bm-eau h l'Adm. com., rue Jonruelle, 32. 

Plesseria, God., secrétaire du Crédit général, quai de Longdoz, 63. 

Plomdeur, Jean, négociant, rue de la Madeleine, 14. 

PluCKER, Th., professeur à l'Université, rue des Anges, 3. 

Plumier, ingénieur des Mines, place delà Licour, à Herstal. 

POISMAN, boulevard de la Sauvenière, 123. 

POLAIX, E. avocat, rue de l'Université. 

Pommerenke, Henri, pharmacien, place St-Pierre, 4 bis. 

PONCELET, Félix, dessinateur, à Esneux. 

PONCm, Olivier, négociant, rue Ste-Margnerite, 29. 

Postula, Henri, directeur d'institut, rue Chevaufosse, 11. 

POSWICK, Eugène, à Engihoul par Engis. 

Poulet, Georges, rue de l'Harmonie, 5. 

PreUDHOMME-PreuDHOMME, industriel, à Huy. 

PfiOST, Henri, rue de la Casquette, 39. 

Peotin, Mme veuve, rue Féronstrée, 24. 

PqtzEYS, Félix, professeur à l'Université, boulevard d'Avroy, 71. 



— XX! — 

Bahier, p., rue Jonruelle, 22, 

Raskin, Victor, directeur du Théâtre wallon, rue des Guillemins, 7. 

RassextOSSE, Armand, boulevard Frère-Orban, 33. 

Raxhon, Henri, industriel, rue des Carrières, 31, à Yerviers. 

RAZE de GrOTJLABD, Alph., industriel, à Esneux. 

Raze, Aug., ingénieur à Ougrée. 

ReblÉ, Louis, directeur de la fabrique d'armes, rue du Vert-Bois, 52. 

RemaclE; secrétaire communal, à Dinant. 

RÉMONT, Joseph, architecte, quai de l'Industrie, 19. 

RÉMONT, Lucien, dir. des laminoirs, rue du Collège, 33, à Châtelet. 

RemOUCHAMPS, Em., architecte provincial, rue d'Archis, 1. 

Remouchamps, Joseph, négociant, rue du Palais, 46. 

RÉMION, Charles, à Verviers. 

Remy, Alfred, à Chokier. 

RemY; notaire, rue André-Dumont, 18. 

Renard, conseiller communal, rue des Venues, 2Go. 

Renard, Maurice, avocat, rue Fusch, 12. 

Renkin, François, fabricant d'armes, rue de Joie, 43. 

ReNKIN, conseiller communal, avenue Rogier, 24. 

Rex^^KIN, Henri, banquier, à Marche. 

Renkin, François, à Ramioul (Val-St-Lambert). 

Rennotte, Nicolas, rentier, boulevard de la Constitution, 24. 

RenSON, Antoine, conseiller à la Cour, rue du Parc, 13. 

RÉSER, Arthur, directeur du pensionnat de l'Athénée, à Tournai. 

ReuLEAUX, Fernand, avocat et échevin, i-ue Basse-Wez, 48. 

ReULEADX, Jules, consul général de Belgique dans la Russie méri- 
dionale, à Odessa (rue Hemricourt, 33). 

Richard, conseiller à la Cour d'appel, place de Bronckart, 7. 

Riga, artiste-musicien, rue Royale, 162, à Bruxelles. 

Riga, commissaire-voyer, à Chokier. 

RlQO, Jos., chef de bureau à l'Adm. com.. rue Nj'steu, 16. 

RiGO, Pierre, chef de bureau k l'Adm. com., Fond Saint-Servais, 4. 

Robert, Georges, avoué à la Cour, rue d'Arcliis, 44. 

Robert, Victor, avocat et conseiller provincial, rue Louvrex, 64. 

ROBERTI, D., rentier, rue Naimette, 9. 

ROBERTI-LintermANS, ingénieur principal des Mines, rue des 
Drapiers, 63, à Ixelles. 



- XXII — 

ROCOUR, G., ingénieur, avenue Rogicr, 13. 

ROLA.XD, Jules, négociant, rue Velbruck, 7. 

Roland, Léon, rue Bonne-Nouvelle, 77. 

RomedextîE-Fraipont, J.-F., banquier, place du Théâtre. 

ROMIÉE, H., docteur en médecine, rue Bertliolet, 1. 

ROXKAR, E., cliargé de cours à l'Uuiversité, rue St-Gillcs, 263. 

Rose, Jolin, fils, industriel, à Seraing. 

Rosier, Joseph, artiste-peintre, rue du Pot-d'Or, 7. 

ROUFFART, place Saint-Lambert, 28. 

ROUMÀ, Antoine, rue Libotte, 11. 

ROUMA, Olivier, directeur d'Institut, Fond-St-Servais. 

Roussel, Charles, échevin, à Atb. 

RUFER, Philippe, artiste-musicien, Gentiner Strasse, 37, à Berlin. 

RUïTEN, Toussaint, commissionnaire-expéd., rue Bonne-Nouvelle, 59. 

RUTTEN, échevin, rue Dartois, 2G. 

Sauvenière, Jules, pi'ofesseur à l'Athénée, rue Bassenge, 17. 

SCHAEFFERS, Nestor, rue Guinard, à Gaud. 

SCHIFFERS, docteur en médecine, boulevard Piorcot, 18. 

Schoemans, Désiré, commis à l'Adm. com., rue Saint-Esprit, 28. 

SCHOLBERG, A., fabricant d'armes, rue Forgeur, 22. 

SCHREDER, bourgmestre d'Esneux. 

SCHUIND, Nie, commis des postes de l^o classe, rue Naimette.. 10. 

Semertier, Ch., pharmacien, rue Ste-Marguerite, 78. 

Servais, photographe, rue Nagelmackers, 6. 

SlMONlS, J., instituteur, àTrasenster (Fraipont). 

SlOR, Em., rentier, rue Marexlie, à Herstal. 

Smeets, docteur en médecine, place St-Barthélemy, 4. 

Snyers, docteur en médecine, rue de l'Evêché, 18. 

Soubre, Joseph, avocat, à Verviers. 

SOUGNEZ, A., étudiant endroit, place de Bronckart, 11. 

Souris, Laurent, commis à l'Adm. communale, rue Bertliolet, 8. 

SpRING, AV., professeur à l'Université, rue Beockmann, 32. 

Stasse, a., chef comptable à la station, rue Rogier, 24, à Verviers. 

Stes, Gustave, rue Féronstrée, 37. 

StÉVART, a., ingénieur et échevin, rue Paradis, 75. 

SWAEN, A., professeur à l'Université, rue de Pitteurs. 



— XXIII — 

Taillard, pharmacien, rueCliaussée desPrcs, 59. 

Taet,0.-J., banquier, me Pont-d'Ile, 12. 

Taskin, Léopold, industriel, à Jemeppe. 

Terfve, Oscar, professeur à l'Athénée, à Namur. 

ThieiAR, g., rue Léopold, 19. 

TiiiRiART, Gustave, imprimeur, quai de la Batte, 5. 

TmRIAR, Léon, place Verte, 7. 

Thiriart, Léon, ingénieur, rue Simon Dister, à Ans. 

Thiry, Fernand, professeur à l'Université, rue Fabry, 1. 

Thonnard, Jules, propriétaire, boulevard d'Avroy, 47. 

Thonnard-Apel, g., boulevard de la Sauvenière, 135. 

Thuillier, Philippe, quai Orban, 3. 

Thys, Albert, capitaine d'état-major, admin. de l'Etat indépendant 

du Congo, rue Thérésienne, 16, à Bruxelles. 
Thy3, Joseph, ingénieur agricole, rue des Croisiers, 4. 
TlHON, docteur en médecine, à Burdinne. 

TlLKIN',Alph.,réd.euchef du journ. Li Spirou,rne Lambert-le-Bègue,7, 
TiLMAN, Gustave, rentier, à Bernalmont. 
Toussaint, Joseph, ingénieur, rue Ortélius 30, à Bruxelles. 
Toussaint, Aug.-Joseph, avocat, rue St-Séverin, 84. 
Trasenster, Paul, ingénieur, boulevard d'Avro}^, 53. 
Truffaut, Constant, pharmacien militaire, à Ostende. 

Vaillant-Carmanne, il, imprimeur-éditeur, rue St-Adalbcrt, 8. 
Vaillant, Charles, étudiant en droit, rue St-Adalbert, 8. 
VALENTIN, Louis, agent d'assurance, rue des Eburons, 2 T. 
Van Aubel, Charles, rue Louvrex, 107. 
Van Beceleare, avocat, rue du Marteau, 15, à Bruxelles. 
Vandenbergh, Paul, notaire, à Jupille. 
Vandenbergh, Edouard, rentier, rue Forgeur, 8. 
Van Goidsnoven, docteur en médecine, rue de la Casquette, 45. 
Van Hagendoren, avocat, rue do Pitteurs, 35. 
Van Hoegarden, P., boulevard d'Avroy, 7. 
Van Marcke, Ch., avocat, rue des Clarisses, 30. 
Van Ormelingen. avocat, rue d'Amercœur, GO. 

Van SCHERPENZEEL-THIM.direcl.-général des mines, rue Nysten, 31. 
Van SCHERPENZEEL-TiiiM, Louis, consul général de Belgique à 
Moscou (rue Nysten, 34). 



— XXIV — 

Vax StrydonCK-Larmoyeux, quai des Tanneurs, 4. 

Vax WEEE.T, architecte, rue Louvrex, 8. 

Van Zuylen, Ernest, place St-Barthélemy, 6. 

Van Zuylen, Joseph, négociant, rue d'Archis, 2G. 

Van Zuylen, Léon, ingénieur, boulevard Frère-Orban, 51. 

VapaeTj Léopold, boulevard Piercot, 24. 

Verdin, Louis, rue Hocheporte, 71. 

Vincent, bandagiste, rue Sur-Meuse, 1. 

ViOT, Léon, rentier, boulevard de la Sauvenière, 7. 

ViVARIO, Nie, rentier, rue Lonhienne, 2 

Voué, Joseph, propriétaire, à Laroche. 

Waleffe, Pierre, directeur d'école, rue de Sluso, 15. 

Warnant, Julien, avocat et rcpi'ésentant, avenue Rogier, IG. 

WASSEIGE, Joseph, industriel, rue Lebeau, 6. 

Wathelet, Alf., docteur eu droit, chez M. Hiles, 113, Ladbroke, 

groave Road Notting Hill, London W. 
Wathelet, Emile, négociant, rue Grétry, 25. 
Wauters, Edouard, rentier, boulevard Piercot, 10. 
Weber, Armand, ingénieur-opticien, à Verviers. 
Werson, Antoine, quai Henvard, à Bressoux. 
WiLLAME, Georges, rue de Charleroi, 77, à Nivelles. 
Willeaume, négociant, place Verte, 5, 
Willem, Joseph, président du Caveau liégeois, à Chênée. 
WiLMET, rentier, rue des Guillemins, 28. 
WiLMOTTE, propriétaire, à Anvers. 
WiLMOTTE, Maurice, professeur. Mont St- Martin, 35, 
WiNCQZ, Félicien, à Beloeil. 
WlTMEUR, Alphonse, rue Jonruelle, 26. 
WlTMEUR, Henri, ingénieur et professeur à l'Université, rue d'Ecosse, 

12, à Bruxelles. 
WOOS, notaire à Eocour. 

Zanardelli, Tito, professeur, ruo du Pépin, 19, à Bruxelles. 
Zeyen, Hubert, photographe, boulevard de la Sauvenièr^?, 187. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages . 
Rapport du juiy sur le concours national wallon. (Poésies 

diverses) 5 

XXVe anniversaire de Sa Majesté. Léopold II, par Auguste 

Vierset IB 

On foyou d'histoire, par Godefroid Halleux 17 

Lèopôld II, par Emile Gérard 21 

Vingt cinq an, par Félix Poncelet 24 

Rapport du jury sur le concours national Avallon (crâmignons) 2;' 

Ali ! riv'nez, belles journêye ! par Charles Goossens 37 

Lès héritîr de Roi, pai *** 4C 

E-ce qui ça n' vos chonne pus bon ? par Auguste Vierset. . . 44 

Ij'ovrî contint, par Emile Gérard 46 

Rapport du jury sur les 15e et IGe concours de 1890 (scènes 

dialoguées, contes, satires) 49 

Deux tièsse di hoye, par Godefroid Halleux 57 

Nos bons vîx, par Jean Bury 66 

Lès brocale, par Félix Poncelet 79 

Li marchî dès vîx-warèsse, par Emile Gérard 81 

Li crâs pèquèt, par Henri Witmeur 85 

Li tailleiir et l'èvèque, par Henri Witmeur 88 

Rapport du jury sur le 4o concours de 1890 (mots omis) ... 91 
Rapport du jury sur le 14o concours de 1890 (satire sur un 

musée) 93 

Rapport du jury sur le 2© concours de 1890 (vocabulaires 

technologiques) 95 

Vocabulaire de l'apothicaire-pharmacien, par Charles Semertier 105 

Vocabulaire du chapelier en paille, par G. Marchai et J. Vertcour 221 

Vocabulaire du pécheur, par Achille Jacquemin 245 

Vocabulaire des mouleurs, noyauteurs et fondeurs en fer, 

par xVchille Jacquemin 281 



— XXVI — 

rages. 

Yocabnlaii'e des graveurs sur ai-mes, par Jean Buvy .... 311 

Vocabulaire des tailleurs de pierre 325 

Rapport du jurj»- sur le 13© concours do 1890 (pièces de théâtre) 344 

Li pîpe d'à gtochèt, comèdèye en ine ake, par Jean Bury . . 359 

A molin, comèdèye en ine alce, par Félix Poncelet 391 

Li keùre d'à Soussour, comèdèye è deux ake, par Godefroid 

Halleux , 419 

Fragments de la comédie : Lès bouteù-foù, par Auguste et 

Clément Déom 473 

Fragments de la comédie : Plaisîr di vîx, par Théopliile Bovy. 613 
Rapport du jury sur le 6o concours de 1890 (vocabulaire des 

monnaies) 529 

Rapport du jury sur le 12e concours de 1890 (conte en prose) . 532 

Les sottaî, par Gustave Marchai 536 

Rapport du jury sur le 17« concours de 1890 (crâmignon, 

chanson, etc.) 541 

El savoyard, par Georges Willame 544 

Mes nous sabot, par Emile Gérard 547 

Li groumèt, par Félix Poncelet 549 

Todi contint, par Félix Poncelet 552 

Vinez-v' è bois, par Alphonse Tilkin 555 

L'orège, par Emile Gérard 557 

Mélanges 559 

Matante Gètrou, par Emile Gérard 561 

Jâsez m'ènnè et ni m'è jâsez nin, par Emile Gérard 564 

Lès longues amour, par François Dehin 567 

Lès èfant d' fabrique, par Edouard Remouchamps 568 

Ji n'oise, par Emile Gérard 570 

Li p'tite Lucèye, par Edouard Remouchamps 572 

Rapport du Président (30 mai 1891) 575 

Chronique de la Société 581 

Rapport du bibliothécaire 584 

Liste des membres au 31 décembre 1891 I 



BULI-KTIN 

DE I.A 

SOCIÉTÉ LIÉGEOISE 

DE LITTÉRAÏURI': WALLONNE 

DEUXIÈME SÉIUE. — TOME XVll. 



ÎVELLES 



BULLETIN 



f r 



SOCIETE LIEGEOISE 



DE 



L I T T !<: K A TU 11 \\ WA \AX) iN N E 



DEUXIÈME SÉIUE 



xoME x.via 




LIEGE 

IJ^PRIM.ERIE H. VAILLANT-CARMANNE 
Rue Sl-Adalberl, 8. 

1891 



DICTIONNAIRE 



D 



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PR" 



VERBES WALLONS 



Joseph DEJARDIN 

jpRÉSIDENT DE LA ^OClÉTÉ LIÉGEOISE DE J-ITTERATURE ^A/ALLONNE 

pnÉcÉDÉ d'une 

ÉTUDE SUR LES PROVERBES 

l'AK -B. 6à X f: C îi li 14 

MEMbUE nONORAIUE 

i""^ cdilioii coordoiiiiôc el coiisidêrublcmciil uiiiçiiieiilio ;ivec la collaLoi'uiion lie 

JOSEPH DEFRECHEUX 
r.lliLlUTIlÉOAIRE-AnCHlVlSTE HK I.A MTE SOCIÉTÉ 



TOME PREMIER 
A — J 



AVANT-PROPOS 



Le dictionnaire des Spots, dont je présente la 
seconde édition sous les auspices de la Société lié- 
geoise de littérature wallonne, a été publié en 18G1, 
à la suite d'un concours. Le titre de la première édi- 
tion donne le nom de tous les concurrents et fait 
connaître dans quelle mesure ils ont contribué à ce 
recueil. 

Je reproduis tout l'ouvrage primitif; mais il est 
considérablen;ient augmenté, parce que j'ai pu faire 
librement mes recherches, n'étant plus tenu au 
secret, comme à l'époque où je devais présenter mon 
travail à la Société. Aussi ai-je pu m'adresser à beau- 
coup de personnes qui m'ont gracieusement prêté 
leur aide et que je tiens à remercier ici publique- 
ment de leur précieuse collaboration. 

Presque tous les proverbes de Tournai m'ont été 
fournis par M. Aug. Leroy, contrôleur des postes, 



VIII — 



({iii, pendant plusieurs années (1884 à 1888), a 
donné dans les Etrenncs touniaisiennes un recueil 
intéressant de proverbes et dictons et qui, quand il 
en a cessé la publication, a eu l'obligeance de m'en 
communiquer encore une liste inédite. 

Les proverbes de Jodoigne m'ont été transmis par 
M. Edmond Etienne, négociant, auteur de plusieurs 
pièces de théâtre. Il m'en a adressé une liste d'en- 
viron 400. Il a eu aussi l'extrême complaisance de 
me traduire presque tous nos proverbes en dialecte 
de sa ville. 

VAclot, journal qui a paru à Nivelles de 1888 à 
1890, a publié une série d'articles dus à la plume de 
M. Georges Willame (sous le pseudonyme de Stoisy), 
dans lesquels j'ai pu faire une ample moisson. 

Pour Frameries (Borinage), j'ai compulsé le jour- 
nal Tambour battant (1885-1888) qui contenait, 
chaque semaine, un article wallon signé Bosquetia 
(lire Joseph Dufrane). 

La Marmite, gazette qui se publie à Namur depuis 
1884, a fait paraître dans ses divers numéros une 
grande collection de proverbes que j'ai utilisée en la 
complétant par ceux que j'ai recueillis dans les 
aiirmonaque di Nameur^ dus à Charles Wérotte et à 
ses continuateurs. 

La Société luallonne a publié un travail de M. 
Alexandre intitulé : li piit corti aux proverbes ival- 
lons, en dialecte de la Famène (Marche). L'ordre des 
proverbes dans ce poème, ainsi que dans un supplé- 
ment manuscrit déposé à notre bibliothèque, étant 



— IX — 

uniquement déterminé par la rime, j'ai dû remettre 
les citations que j'en ai faites aux places convenables. 

En outre, j'ai pu puiser beaucoup d'exemples 
nouveaux dans les publications de notre Société, 
dans les annuaires du Caveau liégeois et du Caveau 
verviétois et dans les a3uvres des nombreux auteurs 
qui ont surgi depuis 1800 et dont les noms sont 
soigneusement annotés. 

Enfin, en 1861, M. Ilotïmaan, de Hambourg, avait 
adressé à la Société une coUeclion de proverbes de 
la basse Allemagne ayant quelque rapport avec nos 
Spots. Elle a paru au tome V de la première série de 
nos bulletins. J'ai cru devoir mentionner cette œuvre; 
je fais remarquer toutefois que presque tous ces 
proverbes ne sont pas propres à la basse Allemagne, 
mais qu'ils se retrouvent également dans d'autres 
parties de l'empire. Je me suis dispensé de citer 
chaque fois le nom de M. Holï'maan, l'avertissement 
que je donne ici devant suffire au lecteur. 

J'ai agi de même pour les proverbes de Tournai, 
de Jodoigne, de Nivelles, de Frameries, de Namur et 
de Marche. Presque tous sont dus aux littérateurs 
que j'ai cités i)lus haut et je saisis cette occasion 
pour leur adresser de nouveau mes plus sincères 
remercîments et leur témoigner toute ma grati- 
tude. 

M. Jean Stecher, dans son rapport sur le concours, 
déposé en mai 1801, avait donné une très remar- 
quable étude sur les proverbes. Celle-ci devait natu- 
rellement être reproduite. Le savant professeur a 






bien voulu revoir son œuvre et je la réédite comme 
préambule. 

Quant à l'orthographe, il ne m'a pas été possible 
de suivre en tout point celle que la Société liégeoise 
a préconisée pour obtenir dans ses publications une 
manière d'écrire à peu près uniforme. C'est que, 
d'une part, mon travail est la réédition d'une œuvre 
déyd connue et souvent citée ; d'autre part, les nom- 
breux exemples que j'ai recueillis dans tous les dia- 
lectes de la Wallonie belge, ne pouvaient se ramener 
complôlement à celte orthographe unique ; force 
m'a donc été de prendre quelques libertés (i). 

Joseph DEJARDIN. 



(') Il ne sera peul-ètre' pas sans inliWt de rappeler raccueil qu'a reçu la pre- 
mière t'dilion (lu Diciiouuaire des spots. Parmi les articles qu'on lui a consacras, je 
citerai surtout : 

Le compte rendu qu'en a donné M. Félix Liebreclit iians les Ikidelberycr Jaln- 
hïtcher der IJteratur, iHC)'-2, p. 819-8jG. Ce travail a paru ensuite en français dans 
la llelgique contemporaine, 18U2, p. 2o7-2G6. 

Voir aussi H. L. HolTmaan: Staats und gclelirte Zeitiing des Ilumbio tjischcn utipm- 
iheiischen Correspoudentcti du 23 octobre -1802 et Journal de lAùgc du 3 novembre 
48G2. 

The examiner (London), iO january 18G3, p. 2 t. 

La Semaine, de Malmédy, 7 juin -1802. A. N. (Arsène de Noue). 

L'ami de l'ordre de Namur, 8 décembre 1802 (Jules Borgnet). 

La Meuse du H novembre 1802. 

Annales de la société archéologique de Namur^ 1863, t. 8, p. 97. 

Mélusine, t. IV, p. 56G et Bulletin de la société, t. XV, 2« série, p. 23G-257 (II. 
Caidoz). 



ETUDE SUR LES SPOTS 



J. STEGHER. 

Lorsque saint Eloi, au septième siècle, veut convertir les 
Flamands, il leur reproche leurs sorciers, leurs augures par 
l'étemuement ou par le cliant des oiseaux, leurs mascarades, 
leui's joui'S fastes et néfastes, leurs ripailles aux cimetières, 
leurs danses solsticiales, leurs scapulaires païens, leurs prières 
intéressées, leurs ex-voto auprès des pierres, des sources et des 
arbres consacrés, leurs sabbats nocturnes dans les carrefours. 
Cent ans plus tard, pour la conversion des Wallons, le concile 
de Leptines en Hainaut, énumère les vieilles pratiques dans 
les trente articles d'une nomenclature connue sous le nom de : 
Indkulus superstitionum et imcjaniorum (^). 11 insiste sur les 
sacrifices des bûchers funéraires, sur les farandoles qu'on 
s'obstine à faire entrer dans les églises {^), sur les talismans. 



(*) A. SCHAYES. La Belgique et les Paijx-na.t avaru et poidant la dowiyiniion 
romaine, t. II, pp. 1i3-15i. 

(*) En ^283, Jcaa de Flandre, prince-dvùque de Lii'gc, est encore obligé de 
renouveler celle défense pour les admi'juons menés par des femmes. 



— XII — 

les formules cV incantation et les vers magiques. Il dit anatlième 
à toutes les cro3'ances baroques que le bon Des Roches retrou- 
vait dans la Philosophie de la Quenouille. Le concile ne veut 
plus que les sorciers fassent la pluie et le beau temps. Il proscrit 
sans pitié les courses symboliques à l'entrée de chaque saison (^). 
Il défend d'attacher aux images des saints des ex-voto en forme 
de pieds ou de mains taillés en bois, en cire, etc. Les poupées 
que les jeunes fiancées consacraient à la déesse Freya {^) et les 
adages qu'on débitait sur les influences de la lune n'étaient pas 
un moindre sujet de réprobation chrétienne. 

Aujourd'hui, tous ces documents de propagande des premiers 
chrétiens sont fouillés et déchiffrés, mais par des esprits plutôt 
curieux et chercheurs. Un terme anglo-américain, folk-lore (en 
flamand, volk-leer) est devenu leur cri de ralliement. Croyances 
et coutumes, traditions et superstitions, formules et devises, 
devinettes et calembours, anecdotes et visions, chansonnettes, 
brocards, sobriquets et proverbes, voilà leur gibier, comme dirait 
Montaigne. 

Or, paiTûi ces épaves du passé, quoi de plus attractif et de 
plus suggestif que les proverbes ? N'est-ce pas la littérature la 
plus ancienne, la plus spontanée et la plus abondante ? Consul- 
tez seulement la Bihliographie parémiolofjiqiie de Duplessis, ou 

(') Celles qui se sont conservées ont dû se christianiser, par exemple la fêle de 
Sainl-Evermére, à Russon près de Tongres, ou se sont transformées en simples 
kermesses ou ducasses, par exemple le Doitdou à Mons, le Uecrcndaus et les chasses 
à l'homme sauvage en Flandre ou tel autre rite de mai. 

(') Dicile, pontifices, in sacro quid facit aurum ? 

^'empe hoc quod Vencri donatœ a virgine puppœ. (Perse, !2c satire.) 



— XIII 



voyez, pour l'Italie seule, ou même pour la Sicile exclusivement, 
la moisson signalée par le folkloriste Giuseppe Pitre {ProvcrU 
siciliani, Palerme, 1880, 4 vol. in-12). Il est du pays où les 
proverbes (mutti) sont proclamés infaillibles paroles d'Evangile : 
Li muta su' Vancelii di missa (/). 

Un autre folkloriste célèbre, Félix Liebrecht, rendant compte 
de la première édition du Dictionnaire des spots {% montre les 
rapports qui partout existent entre les proverbes et l'évolution 
instinctive des peuples. Aussi regrette-t-il la rareté des spots 
qui diffèrent radicalement des dictons français par quelque 
détail bien éburon. Il pense avec Herder, le poétique auteur 
des Voix des peuples, que ces formes naïves ou goguenardes 
reflètent à merveille le tour d'esprit des nations. Avec Ferdi- 
nand Denis il dirait volontiers : •' Le proverbe est tout simple- 
ment la voix vivante de l'humanité qui parle, pleure ou rit 
toujours et qui ne se taira jamais. „ Pour Lamartine, ce sont de 
vénérables médailles d'autrefois. 

Fidèle à l'esprit de ses fondateurs (3), la Société liégeoise de 
littérature wallonne devait s'intéresser à ces fouilles qui arri- 
vent aux couches les plus profondes de l'esprit national. Au 
prix même de la rudesse, on devait rechercher les vieilles 
pensées aux tournures primesautières. Qu'importait la naïveté 

(') Miuii, en dialecte sicilien, c'est proprement mot^ dicton (en flaniand a/xccA- 

woord). , . , 

(») Ddins Heidelboger Jahibùcher der Litcratiiy (180^2, n" ..4). Cet article assez 

dlendu a 6i6 traduit dans une revue mensuelle de Lièjïe. la Bclfjiqitc contemporaine, 

t. 4 (décembre iSGi). 
(») Dés l8o8, la Société publiait sous le nom de Mclançia^, du véritable folklore. 



— XIV — 

de l'ironie, l'extravagance de l'hyperbole ? Enigmes, allégories, 
allusions , antithèses, métaphores, méton3'mies, " ce sont titres, 
couune dit Montaigne, qui touchent le babil de vostre cham- 
brière ! „ Tl y a même des onomatopées qui ne servent qu'à 
mieux incruster la vérité la plus banale. Mons et Namur ont : 
" C qui vient de rif, s'en va d'ra/. „ Liège dira ; " Il n'a ni 
rim ni ram. „ Le français aimait à répéter : '' Ce qui est venu 
de pille, pille, prest s'en va de tire tire. ,. Et en Sicile, aujour- 
d'hui encore, (Pitre, CYIL) le contadin s'amuse à patoiser : 
Quel die vien di ruffa et raffa, se ne va di hiiffa in ha/fa. 

Voilà ce que le spirituel Sénèque, dans sa causerie avec 
Lucilius (ep. XCIV), ne voulait pas reconnaître, s'attachant 
trop à dénoncer la superfluité de ces truismes, de ces vérités 
trop vraies. 

Souvent, c'est le livre, le savant même (par exemple la 
Saluberrima schola de Salerne), qui crée le mot, le motteggio, 
comme disent les Italiens. Mais le peuple refait, défait, déforme 
tout à sa manière, comme il travestit les termes ou dénomina- 
tions de l'étranger qu'il affuble fatalement de sa défroque. 
Aussi quelle bigarrure, mais quelles piquantes surprises ! 

" Chez les Italiens, dit le Bibliophile Jacob, le proverbe est 
spùituel et fin. Chez les Espagnols, il est fier et hardi : il 
emploie de préférence, des expressions élevées, et il sied aux 
nobles. Chez les Français, il est surtout incisif et moqueur ; il 
est né dans la basse classe, il ne craint pas de s'attaquer aux 
grands et aux riches, il affecte une liberté de langage qui va 



— XV — 

souvent jusqu'à la licence. En Angleterre, en Allemagne, chez 
les peuples du Nord, il est sévère, froid, parfois plein d'hic 
mour. „ 

Est-ce entre le Xord et le Midi que nous placerons la Bel- 
gique ? Pour cela, il faudrait peut-être consulter le recueil 
germano-romain d'Ida et Otto de Reinsberg-Duringsfeld, et 
sans craindi'e un peu de cosmopolitisme, parcourir les interna- 
zional titulaturen (Leipzig 1872 — 1875) (^). D'autre part, n'y 
aurait-il rien à tirer des brocards lancés de quartier à quartier, 
de ville à ville, de province à province, de pays à pays, 
comme le développe si curieusement M. Pitre (p. clxxxix à 
cxcv) ? Les rivalités de voisins semblent bien plus fécondes en 
satii'es, en sobriquets, en siwts, que les oppositions de races, 
bien que, malgré des siècles d'Evangile, le peuple en soit encore 
à prendre, comme un romain, pour ennemi tout ce qui est 
étranger. Cicéron, pourtant, le païen, semblait déjà se scanda- 
liser de la maxime des Douze Tables : •' Adverstis hostem œterna 
audoritas, — Contre l'étranger le droit est éternel. ,, 

Cette antipathie si peu évangélique n'empêche pas les 
emprunts. A Liège, beaucoup considèrent comme autochthone et 
original : Fer et disfer, c'est todi ovrer; tandis qu'à Paris, de 
tout temps on a gouaille : •' faire et défaire, c'est toujours tra- 

(•) Cf. Das Sprichwort dcr neueren Sprachen, F.rfurt, 1877, 

Parômiologische Sludien (11'^ et li'- Jahresbcrichl iiber die Rcalschule, Zwickau, 
1880). 

Ida von Dùringsfeld. Das Sprichwoori als Kosmopolit. Leipzig, -ISfiG. 

D' A. OUo. Die Sprichwurler ùud SprichwOrliclien Iledensarlen der Uomor. 
Leipzig, Teubner, IS'JO. 



— XVI — 

vailler „ et qu'en Italie on ne dit guère autrement (^). Si dans 
la patrie des sjyots, ou a : Les pHitès corotte fet les grandes 
rivîr, les Anglais ripostent par Little streams malce large 
rivers. 

S'agit-il bien d'emprunt ? That is the question. Le folkloriste 
palermitain avoue lui-même qu'il est difficile de résister à ce 
qu'on pourrait appeler la tentation historique. Chatouilleux 
mystère, après tout, que ces origines de mots saillants ! Deux 
S3'stèmes sont, à chaque instant, en présence : y a-t-il eu 
partout création spontanée ? ou bien faut-il admettre une 
infiltration, une imitation, un emprunt ? 

Le plus sage à coup sûr serait de s'en tenir au doute, dès 
que les indications vraiment historiques font défaut. Aussi bien, 
n'est7ce pas déjà un gain de science, si Ton constate des faits, 
si l'on parvient à authentiquer un mot curieux, tiré de sa 
gangue cosmopolite et rayonnant enfin de toute son originalité 
native ? 

En tout cas, la Société liégeoise de littérature wallonne, 
friande, par définition, de vocables indigènes, devait croire que 
la rubrique du spot donnerait une large cueillette de trouvailles 
cuUarhistoriques, comme dit l'allemand. Incontestablement il 
lui appartenait, il lui incombait d'attirer les travailleurs sur 
cette piste. Elle espérait, à bon droit, que son appel, tôt ou 
tard, serait suggestif. 

(') Faie et disfure l'è lute un lavorare, à PoIdsine-di-Uovigo, d'aprcs /Irc/f/cio par 
lo studio dellc iradizinni popolare (Palerme, i890). — Nadnlc al balcon, Pasqua al 
tizon correspond au liégeois : Blanc Noie, vètès Pâques, mais à contrario. 



— XVII — 

Pour le troisième concours de 1860, on avait donc demandé 
" la collection la plus complète possible des proverbes, adages, 
etc., (spots), usités en wallon. „ On recommandait, comme de 
raison, qu'on recueillît surtout les dictons particuliers à cet 
idiome, eu les traduisant et en indiquant, s'il y avait lieu, leur 
origine historique. 

Il résultait de ce programme que les concurrents pouvaient 
et même devaient parcourir tous les champs de la Wallonie. 
On désirait seulement que les dictons qu'on parviendrait à 
réunir, eussent une physionomie vraiment wallonne, quelque 
chose qui dénonçât franchement leur provenance (^). Cette 
extension des recherches parémiographiques était d'autant plus 
natiu'elle que l'article l^r des Statuts propose l'étude compara- 
tive des dialectes wallons, et que la Société les a d'ailleurs tous 
compris dans les travaux à faire sur la géographie linguistique 
de nos provinces. Sans doute, on pouvait s'attendre à une 
prédominance de matériaux liégeois, mais il était permis 
d'espérer des mémoires où l'on aurait cherché à grouper les 
pensées et les locutions les plus populaires de la Belgique 
romane en général. Un travail de cette nature s'est déjà fait 

(') Comme pour le type indien : « Le juste doit imiter le bois du sandal qui par- 
fume la hache dont on le frappe. » — « Le paria des parias c'est Thommc qui 
méprise son semblable. » — Pour le type arabe : « La vengeance ne répare pas un 
tort, mais elle en prévient cent autres. » — Pour le type chinois : « Avec le temps 
et la patience la feuille de mûrier devient satin. » — « Quand il y a du riz qui se 
moisit à la cuisine, il y a un pauvre qui meurt de faim à la porte. » — Comme type 
russe : " En été prépare le traîneau. » — « Patience, cosaque, et tu deviendras 
hcliiian. — Avec un morceau de pain on trouve le paradis sous un sapin, » etc , etc. 

Quant au type individuel^ en voici un de Bossuet qui porto sa griflc de lion : • La 
sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit. » 



— XVIII — 

plus d'une fois pour la Belgique thioise; qui ne voit que le 
moment approche où il sera possible d'entreprendre, au moyen 
de ces recueils de proverbes, la curieuse histoire des échanges 
intellectuels qui ont dû s'opérer entre Flamands et Wallons 
pendant mille ans de coexistence? Les ligues politiques bOingues 
que la Flandre, le Brabant et le pays de Liège ont si souvent 
vu persister à travers tant d'obstacles, permettent de retrouver, 
dans nos traditions et dans nos annales, de précieuses données 
sur la façon dont les peuples se stimulent, s'imitent et se modi- 
fient réciproquement sans effacer leurs traits distinctifs. 

Mais n'est-ce pas attribuer à des cuiiosités d'érudit une 
portée trop haute, trop philosophique ? 

" Les proverbes, dit M. Francis Wey {Bemarqiies sur la 
langue française, II, 2i8), sont en général le produit de la 
raison froide et en quelque sorte l'algèbre des idées matérielles. 
Cette soi-disant sagesse des nations, produit du gros bon sens, 
c'est-à-dire de l'intérêt matériel étroitement calculé, résume 
d'ordinaire l'égoïsme, la couardise prévoyante, la honteuse 
habileté qui constituent le savoir-vivre des gens dénués de cœur 
et de sensibilité (}). „ 

Mais d'abord on ne songe pas à faire de l'histoire des pro- 
verbes toute l'histoire intellectuelle et morale des nations ; ils 
ne sont qu'un des aspects du passé. Ensuite, s'ils ont presque 
toujours le terre-à-terre qu'on aime à leur reprocher aujourd'hui. 



(•) l'ilrd trouve celte assertion exagérée (p. LXXXVI), mais l'aJoptc en partie 
(p. CCXXVIII). 



i 



— XIX — 

s'ils répondent à des appétits plus souvent qu'à des principes, 
il leur arrive aussi de répéter de grandes vérités et de répondre 
à des sentiments délicats (^). 

n ne faut pas confondi-e le proverbe avec V apophthegme^ 
pensée brillante, mais parfois pédantesque et emphatique, ni 
avec VapJiormne, auquel on peut demander la précision d'une 
définition rigoureuse, ni surtout avec Vaxmyie, indémontrable 
point de départ d'une démonstration. C'est affaii-e aux temps 
naïfs d'y voir une haute et mystérieuse sagesse, la sublimation 
des travaux philosophiques et le nec plus ultra des efforts 
de l'humanité se résignant à dire avec une fahilla espagnole 
du 13e siècle : 

" Nous ne pouvons être meilleurs que nos prédécesseurs (-). „ 

Au moins Publilius Syrus y mettait-il un correctif : " Opti- 
mum est sequi majores, rede si prœcesserint. „ Rien de mieux 
que de suivre les ancêtres, pourvu qu'ils aient marché droit. 

Le proverbe n'est pas même toujours une maxime, car il 
aime à descendre dans les bas-fonds de la société et la forme 



(') Quelquefois ce ne sont que des lioléances communes à tous les siècles. Par 
exemple, ce distique du moyen àf^e : 

Les gens du jour d'Iiuy ne font plus 
Que deviser de leurs cscuz. 

(*) Les lalineurs des vieux temps disaient souvent : .Yoh inuovctiir eiiam in miliits. 
— Une prudence un peu myope dicta au peuple cet axiome : « Ne quittez pas le bien 
pour faire le mieux. » — Aujourd'hui on n'a pas torl de répéter « bien est bien, 
mais mieux est meilleur. » Si l'on s'en tenait strictement aux proverbes, l'humanité 
n'avancerait guère. J'aime mieux le ccsseui solita, ditm mcliora de l'imprimeur 
gantois Joos Lambrccht que la devise rbétoricale de son compatriote le peintre-poùtc 
Lucas d'Ueere, Touisic i'.v hct besie (le plus vieux, c'est le mieux). 



— XX — 

sentencieuse qu'il y alFecte est bien souvent sans grâce et sans 
délicatesse. 

Ce qui constitue essentiellement le proverbe, c'est sa vogue 
populaire. Tout ce qui devient proverbe ne mérite pas toujours 
de le devenii-. " Il faut, remarque Voltaire, distinguer dans les 
vers de Boileau, ce qui est devenu p-ove^'&e d'avec ce qui mérite 
de devenir maxime. Les maximes sont nobles, sages et utiles, 
elles sont faites poui- les hommes d'esprit et de goût, pour la 
bonne compagnie. Les xiroverhes ne sont que pour le vulgaire, 
et l'on sait que le \iilgaire est de tous les états. „ C'est ce qui 
faisait dire au père Bouliours, d'une façon plus aristocratique 
pour la forme que pour le fond, que les sentences étaient les 
proverbes des honnêtes gens comme les proverbes étaient les 
sentences du peuple. 

On conçoit qu'il faille beaucoup d'art pour assaisonner 
aujourd'hui ces quolibets et ces pensées souvent triviales. Selon 
le journal de Trévoux, les proverbes qui faisaient autrefois une 
partie des richesses de la langue, n'entrent plus en un discours 
sérieux et dans des compositions relevées. 

Pour l'abbé Roubaud ce sont des mots ou dits sentencieux, 
familiers et populaires. Aussi bien, le nom lui-même le fait voir. 
ProverUum a signifié primitivement et littéralement une locu- 
tion, une phrase quelconque, toujours sous la main, toujours sur 
la langue. Il va de soi que le peuple ne répète et par conséquent 
ne retient que ce qui l'a frappé. Or, dans les temps reculés, ce 
n'est pas dans les masses qu'il faut chercher l'élévation, la 



— XXI — 

générosité des sentiments ou la délicatesse des nuances. Quelle 
peut donc être la fortune des proverbes? C'est d'exprimer 
d'ime façon vive et forte une préoccupation, bonne ou mauvaise, 
haute ou basse, de telle ou telle époque, de telle ou telle nation. 
Le grammairien Donat a raison de dire : accomodatum rébus 
tem.'porïbusque. Le mot, pour réussir, à dû être au niveau de 
l'époque qui Ta vu naître. 

C'est en se mettant au pas des temps et des choses que cette 
parole, toujours prête à passer de bouche en bouche, devient 
ce qu'on appelle proprement un adage. Le philologue Festus 
donne pour interprétation étymologique : ad agmdum apia, 
c'est-à-dire, ce qui peut servir pour la conduite de la vie. Ne 
vaut-il pas mieux conjecturer avec Littré que le mot signifie 
ce qui pousse, {agit) stimule, conseille, vers {ad}? 

Autrefois on était convaincu que ces règles pratiques étaient 
non seulement infaillibles, mais très morales. Aujourd'hui si 
l'horizon est parfois plus brumeux, il est incontestablement plus 
profond et plus large. Nous demandons qu'on examine, qu'on 
discute, qu'on vérifie; nous n'acceptons plus les adages que 
sous bénéfice d'inventaire, et, à vrai dii-e, ils ne répondent plus 
à ces mille et une nuances inévitables à mesure qu'on s'éloigne 
de l'antique et grossière simplicité. Erasme a beau nous rap- 
peler dans la préface de son vaste recueil qu'il n'y a rien do 
plus probable que ce que tout le monde a dit; nous sommes, 
nous à notre tour, trop de notre temps pour ne pas tout mettre 
en discussion et pour ne pas faire valoir et même prévaloir les 



— XXII — 

droits de la raison individuelle Q). Sur la pente où sont actuelle- 
ment les choses humaines, nous croyons tous, sinon au progrès, 
du moins au changement et nous regardons phis souvent en 
avant qu'en arrière. 

Il est donc inutile de s'arrêter longtemps avec Charles Nodier, 
Alphonse Karr et d'autres humoristes à constater les contra- 
dictions et les antagonismes des proverbes. Cela ressort de leur 
nature même : ils sont, quelquefois, la sagesse, mais toujours 
l'opinion, la pensée des nations, vaille que vaille. Ils ont, pour 
employer la distinction favorite des philosophes allemands, une 
valeur plus souvent subjective qu'objective. Ce sont des façons 
de voir, des points de vue. Nous dirons avec Martial : Sunt hona, 
sunt quœdam mediocria, sunt mala plit^ra. Au demeurant, il en 
est des proverbes comme des mots en général. Ils se produisent 
suivant des lois de notre nature, mais ils n'atteignent pas tous 
au même degré de perfection. Les linguistes admirent encore 
la logique des vieux vocables comme on admire toujours la 
logique des enfants naïfs ; mais ils se gardent bien d'y chercher 
comme autrefois les arcanes d'une sagesse qui dispenserait de 
toute investigation radicale et vraiment philosophique. 

Dans notre siècle, qui possède avant tout l'art et même la 
passion de se transporter dans l'esprit du passé pour le juger de 
haut, on a fini par étudier les proverbes comme les mots au 



(') Aujourd'hui que l'on recherche lant les « trouvailles de vocahies rares, 
inattendus », il faut s'c'lonner qu'on n'ait pas encore hasard*^ le terme : ipsissimisie 
pour caractériser cette passion du siècle, être soi-inèine au superlatif ipsissimits, 
comme disait si plaisamment l'iautc, plus de deux cents ans avant l'ère chrc'lienne. 



■ 



— XXIII — 

point (le vue iJiirement liistorique. On laisse de côté, au moins 
provisoii-ement, la question de savoir si tel peuple a eu plus de 
sagesse que tel autre, si les prédilections de telle période valent 
mieux que celles de telle autre. On tient à savoir d'abord ce que 
savaient et ce que voulaient, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, 
tous les peuples dans tous les temps. Ce sens éminemment histo- 
rique peut avoir ses défauts et ses dangers : on peut craindre 
qu'il ne s'aôaisse dans l'éclectisme et ne nous fasse oublier 
d'agir pour notre propre compte ; mais il a aussi son iiTécusable 
grandeur. N'est-il pas visible que pour oser ainsi se plonger 
dans les préjugés et les passions du passé, il faut être bien sûr 
de n'en plus avoir à craindre le retour? 

Si, par exemple, nous réunissions tous les brocards, tous les 
blasons, tous les lazzis, tous les proverbes anecdotiques et sati- 
riques, toutes les injures sentencieuses inventées par nos villes 
belges, le plus souvent contre leurs plus proches voisins et leurs 
plus fidèles alliés (^), qu' aurions-nous à redouter aujourd'hui:' 
Tout le monde en vient insensiblement à comprendre que ces 
décisions n'ont presque jamais rien décidé et que ces jugements 
en l'air, à la volée, se réduisent, en fin de compte, à mi sophis- 
tique ah uno disce omnes. Ecoutez, encore aujourd'hui, l'iiomme 
du peuple, disons mieux, l'homme de l'instinct, l'homme d'autre- 

(') Un travail de ce genre a él(î compost' pour la Normandie par M. P. Canel : 
lilasou populaire delà Normmulie. llouen, ISGO, 2 vol. in-8. 

L'n journal folkloriste, le Volliskim(le,ii(i Gand, a commenet^ celle élude, mais ne 
l'a pas poursuivie. 

Cf. Dlasoti populaire de la France, par H. Gaidoz el Paul S(?billot. Paris. L. Cerf. 
1884. 

H 



— XXIV — 

fois : que le hasard le mette en contact avec un menteur, il 
(liia que le pays d'ofi vient ce menteur n'a jamais produit que 
des gens de cette espèce. On ne fait plus que rire de ces hyper- 
boles ^qui devenaient jadis rapidement des axiomes consacrés 
auxquels on ne touchait que pour les lancer dans la foule 
comme brandons de discorde. La civilisation, quoi qu'on en 
dise, rend les hommes moins étroits, moins exclusifs, et les 
accoutume à ne plus faire, des vertus et des vices, des mono- 
poles, des privilèges ou des stigmates de race ou de localité. 

De plus en plus sûrs de notre victoire sur le passé, nous en 
venons à être justes et môme généreux envers lui. Nous ne 
sommes plus ces esclaves à demi affranchis et qui sentaient 
encore un tronçon de chaîne : ^jars longa catenœ, comme dit le 
stoïcien satirique. Tout ce qu'on peut nous reprocher, peut-être, 
c'est de surfaire ce passé dont nous nous flattons de n'avoir plus 
rien à craindre et que nous respectons davantage à mesure qu'il 
s'éloigne ou semble s'éloigner de nous. Major e longinqiio 
reverentia. Voir les dithyrambes de nos moyenâgeux, de nos 
médiévomanes. 

Aussi, aimons-nous les proverbes comme des médailles, préci- 
sément parce que nous les avons presque partout démonétisés. 
Ce sont des morts, on ne leur doit plus que la vérité, mais on 
se plaît à la leur dire d'une façon respectueuse. Nous faisons 
de ces reliques du hon vieux temps comme on fait à Liège du 
vieux palais de nos princes-évêques : on restaure avec amour, 
mais avec la feime conviction que ce qui est mort ne reviendra 
plus. 



— XXV — 

Il y a bien d'ailleurs quelque charme à exhumer cette poésie 
fruste. Nous trouvons lt\, dans quelques phrases abruptes et 
pittoresques, ce qui a le plus fait rire et pleurer nos pères. Tel 
mot qui ne se prononce plus qu'à la dérobée dans les régions 
polies et cultivées de la société, faisait, il y a quelque cent ans, 
peut-être, le pivot des meilleures conversations, l'âme des plus 
avenantes productions littéraires. 

Les Grecs avaient trouvé un mot très heureux pour cela, la 
imroimia, d'où nous avons tiré le titre de parémiographe illustré 
par Erasme. Paroimia, c'est ce qu'on trouve toujours sur sa 
route (^), c'est ce qui attire par son allure vive et toutefois 
accommodante, c'est ce qui se recommande à votre souvenir 
par l'originalité de la forme. Il est vrai que cette originalité de 
quelqu'un de\aent souvent le plagiat de tous, et que ce qui était, 
en naissant, une nouveauté, une hardiesse, sert, en vieillissant, 
à retarder, à décourager ceux qui, à leur tour, à leur heure, 
veulent et osent innover. Mais c'est là un abus qui n'intéresse 
que médiocrement l'iiistorien et le philologue : il leur suffit que 
le mot soit, comme définit spirituellement Erasme, celehrc 
dictmn, scita giiairiam novitate insigne. Il leur suffit (]u'en son 
temps la locution ait paru, par le bonheur de la forme, tout à la 
fois très vieille et très neuve. Comment cela, dira-t-on? Le 
grammairien Diomèdes nous l'explique : c'est, dit -il, ([ue ce 
dicton, devenu banal parce qu'il s'ajustait aux temps et aux 

(') Les anciens flamands disaient -. in de wamkUnii^ à la renconlre. 



— XXV [ — 

choses, est demeuré toujours piquant en ce qu'il donne à 
entendre autre chose iiue ce qu'il exprime. La vérité a l'air de 
s'y cacher, comme fait la Galathéede Virgile, pour se mieux 
faire apercevoir. Plus le dicton semble d'abord obscur, plus il 
rend l'idée éclatante. Ce sont là, en général, les énigmes, les 
choses occultes dont parlent les livres sapientiaux de la bible : 
Occulta proverMorum exquiret saj^fews. (Eccl. XXXIX, 3.) 

Ce voile transparent, jeté sur une idée, est conforme à la 
naïveté des anciens âges. Il ne serait pas même difficile d'en 
retrouver quelque trace chez ceux de nos contemporains qui 
n'ont pas encore pu ou voulu se ranger du côté de l'esprit mo- 
derne. C'est tout à fait par instinct naturel, ou, si l'on veut, 
traditionnel que la pensée se formule de la sorte. La science 
européenne a, depuis longtemps, fait voir que cette pénombre 
mystérieuse provient moins d'un intérêt de domination et de 
fourberie que d'une invincible tendance au symbolisme qui 
caractérise les temps les plus lointains et les peuples les plus 
arriérés. Le langage lui-même, ce produit des époques où n'at- 
teint pas l'histoire, qu'est-ce autre chose qu'un grand symbo- 
lisme ? Parler, ou en langue d'oïl, imroler vient bien logique- 
ment, bien légitimement de parahola, mot grec qui nous a 
fourni aussi parabole (^), et qui a pour sens premier, initial, 
matériel en quelque sorte : rapprochement, juxtaposition, com- 
paraison. Quoi qu'on ait dit dès le treizième siècle (s'il faut en 

(') VA paliihrc doiU il csl si souvent question chez nos congolistcs. 



— XXVII — 

croire un manuscrit de la bibliothèque impériale cité par 
Leroux de Lincy) que comparaison n'est ims raison, il n'en 
est pas moins vrai que c'était là l'ordinaire équation des 
peuples qui n'avaient pas l'habitude de scruter au delà des 
premières informations des yeux ou des oreilles. 

kSi la parole s'est développée par la comparaison ou par la 
métaphore, qui n'est qu'une comparaison écourtée, comment 
s'étonner de la formation des proverbes qui ne sont que la 
quintessence de la parole (^) ? 

" Le langage proverbial, dit M. Quitard (Etudes histo- 
riques, p. 124), est extrêmement varié et diffère, chez les divers 
peuples, en raison du génie particulier de chacun d'eux. Mais 
les différences qu'il présente, quelque saillantes qu'elles soient, 
n'excluent point des ressemblances ni même des identités bien 
marquées. S'il a des traits à part, qui n'appartiennent qu'à un 
seul paj^s par leur originalité native, il y a des traits généraux 
qui sont communs à tous. Les formes qu'il revêt habituellement 
l)artout, soit qu'elles gardent un caractère purement local, soit 
qu'elles prennent un caractère qu'on pourrait appeler cosmo- 
polite, sont presque toujours empruntées à la comparaison, à 
la métaphore et à l'allégorie. ,. 

Or, comme les rhéteurs l'ont souvent remarqué, ce sont là 



(•; Pour ceux qui s'élonneraicnl de voir le mot xpot (raillerie) {l('sij;ner le proverbe 
en gt^ndral, on peut renvoyer à l'italien uwtin, mottcgio^ qui indique bien le mot pour 
rire afin de mieux s'enfoncer l'adage dans l'esprit. L'allemand spricliwori, spiïiclnco)! 
et le flamand spreckwoord sont plus près du mono que l'anglais Injwoni qui ferait 
plutôt songer à sobriquet {bijnaam, npotiiamn.) 



— XWIII 



trois figures qui ne diffèrent que par les proportions. L'allégorie 
elle-même, par exemple celle qui place un papillon sur une 
tombe, n'est qu'un rapprochement développé. Et ces enjolive- 
ments de la pensée sont si naturels à l'homme, que la science, 
loin de les créer, n'a fait qu'en diminuer le prestige. Plus un 
peuple est près encore de l'état instinctif et sensitif, plus il 
fait de la- poésie sans le savoir': « Métaphore, allégorie, méto- 
nymie, ce sont, dit Montaigne, titres qui touchent le babil de 
votre chambrière. » 

Ce qui est tout aussi naturel à ces temps naïfs et aux pro- 
verbes qui les reflètent, c'est l'ironie. Aussi haut qu'on remonte 
dans l'histoire parémiologique, on rencontre ce côté gausseur. 
Le trentième chapitre des proverbes de Salomon n'a pas dé- 
daigné ce moyen de varier la prédication morale. C'est même 
de là, dit-on, que le moyen âge, si étourdiment moqueur, a tiré la 
bouffonnerie proverbiale du dit de Salomon et deMarcol. Marcol, 
qu'on le dérive d'une invention thalmoudiste ou bien de la cor- 
ruption du nom de Marcus Porcins Cato le sentencieux, est 
une espèce de Sancho Pança, ou, pis encore, un clown sans 
vergogne. Les Italiens, qui en ont fait leur Bertoldo, puis leur 
Cacasenno, l'ont stéréotypé comme le modèle du bon sens gros- 
sier, égoïste, ricaneur et cynique. En France, on a longtemps 
vu paraître, sur les tréteaux des places publiques, cette bizarre 
antinomie dialoguée. Voici comment, dès le douzième siècle, on 
avait traduit quelques-unes des excentricités de la Contradidio 
Salomonis. On pense bien que nous avons dû laisser là les plus 
accentuées : 



— XXIX — 

" L'iiomme sage évitera de trop parler, dit Salomon. 
" Celui qui ne dira mot ne fera pas grand bruit, répond 
Marcol. 

— Insensé est l'homme qui porte avec lui tout ce qu'il a, dit 
Salomon. 

— L'homme qui ne porte rien est sûr de ne rien perdre, 
répond Marcol. 

— En hiver, portez une pelisse, et n'en portez point en été, 
dit Salomon. 

— Si vous avez un mauvais voisin, en hiver comme en été, 
portez toujours un bâton, répond Marcol. 

— Je n'aime ni chien qui aboie, ni femme qui pleure, dit 
Salomon. 

— Je n'aime ni mauvais parents, ni eau dans mon vin, 
répond Marcol. 

Cette parodie (^) du gros bélître, laid et narquois comme un 
Thersite, répétée sur tous les tons, ressassée sous toutes les 
formes, ne tarda pas à engendrer une incroj^able quantité de 
proverbes ironiques ou gàberies. On voit poindre cette transfor- 
mation jusque dans la vieille rédaction attribuée au comte de 
Bretagne : 

Bien boivre et bien mangier 
Fait bomme assoagier, (soulager) 

(*) Rabelais s'en amusait encore : « Qui ne s'avonlurp, n'a clun;il, ni nuilc, co dit 
Salomon. — Qui trop s'aventure perd clioval et mule, Marcoul lui re'pond » — Ce 
sont là les antinomies de la sagesse des carrefours. Le n" 9 des Bibliophiles flamands, 
dans Dijaloijim vf twi^prakc^ nous montre Marcolphus devenu paifui.s un véritable 
Uylenspicgcl. 



— XXX — 



Ce dit Salomon, 
Et ventre engroissier 
Fait ceinture alascher, 
Marcol li respond. 

Il est à remarquer que cette façon de recommander des 
règles pi'atiques par la plaisanterie, n'était pas inconnue des 
Romains des premiers temps. Ce vrai rire romain, surtout avant 
les modes grecques, n'a rien de ce qui rappelle la grâce attique. 
C'était quelque chose d'acerbe, de hargneux, toujours à l'em- 
porte-pièce et à l'écorché (i). Leur dicacitas rencontrait diffici- 
lement l'urbanité, et leurs facéties, comme on voit par le vieux 
Caton, étaient généralement accommodées au gros sel. Cette 
brutalité du rire qui ne fut guère combattue que par Horace, se 
retrouve à travers l'empire, à travers le moyen âge, même à 
travers la renaissance, et forme souvent, avec la grandeur des 
institutions, l'élévation des doctrines et la majesté des événe- 
ments, le plus saisissant contraste. 

La grosse raillerie s'acharna aussi à travestir le grave 
recueil des distiques du grammairien Dionysius Caton, où 
Pétrarque aimait à retrouver l'écho affaibli des sentences de 
Caton le censeur. On peut dire que toutes les littératures de 
l'Europe chrétienne ont produit des parodies de ce manuel de 
morale amphibie, étrange compromis entre le christianisme, le 
stoïcisme et les plus vieilles recettes de l'égoïsme romain. 

De là, sans doute, les divers recueils intitulés ; Proverbes 

(') Siiffiisi fellc sales. Ovide. 



— XXXI — 

vulgaux et ruraux. Quant à ce qu'on nomme les Proverbes au 
Yillain, nous inclinons à y voir l'influence combinée de l'esprit 
de jacquerie, des distiques de Dionysius Caton et du dit de 
Salomon et de Marcol. En voici un couplet, tiré de la rédaction 
la plus ancienne, et qu'on attribue au XIII^ siècle : 

Li cl ers qu'est non poissanz 
Est moult humiliaus 
Et quiert en cliarité. 
Et quand sa force est graut, 
Serpent, gui-^re volant, 
N'est de sa cruelté. 
Qui paist gaignon de pain 
Tost est mors en la main, 
Ce dist li vilains. 

Le clerc qui n*a aucun pouvoir est très humble et demande 
la charité. Mais quand sa force est grande, serpents, monstres 
volants ne sont pas plus cruels que lui. Qui donne à un mâtin 
du pain est bientôt mordu à la main, ce dit le vilain (^). 

On voit que le vilain, c'est-à-dire le préciu'seur du bourgeois, 
du citoyen moderne, faisait arme et satire de tout. Il se disait, 
comme les gueux chantés par Bérangcr : 

Il faut qu'enfin l'esprit venge 
L'honnête homme qui n'a rien. 

Pour savoir jusqu'à quel point ces colères étaient provoquées, 
c'est l'histoire politique et sociale qu'il faut consulter. Mais il 

(') Leroux de Lincy, Le livre des proverbes français^ 2'-' t'dit. I, p. xxx. 
V, les injures conlre les vilains, dans la chanson des Kcrels. (J. Slechcr, Ilist. 
do la iiU. nderi. en Belgique, p. 80.) 



— XXM[ — 

est certain que rien ne fut plus répandu que cette satire à coups 
de proverbes, débutant par cet exorde significatif : 

" Voici maint proverbe certain du vilain : Que nul ne 
méprise son respit (son dicton). Il l'entend tout autrement que 
le fou. Sage homme prend mouton au lieu de venaison, dit le 
vilain. „ 

La redoutable causticité qui étincelle dans ce poème senten- 
cieux qui attaque grands et petits, paraît venir de quelque 
écrivain universitaire (^). On passait beaucoup de temps, dans les 
universités, à réciter et à commenter plus ou moins subtilement 
les proverbes de la Bible et les dictons des poètes et des i)ro- 
sateurs du monde gréco-romain. On avait même une sorte de 
syncrétisme assez naïf : on amalgamait toutes ces prescriptions 
de morale sans y voir autrement de malice. 

Telle fut la vogue àesProverhes du Villain, qu'encore aujour- 
d'hui, il y a des villages et même des villes où l'on aime à 
conclure un adage, non par : le maUre Va dit des pythagori- 
ciens de l'Italie, mais par : le paysan le dit, cet autre Va dit. 
C'est l'autorité goguenarde faisant la contre-partie des sages 
et des philosophes. 

Au moyen âge, le vilain semble avoir à tout le moins le 
droit d'insolence (^). On a toléré son franc parler aussi longtemps 
qu'on ne l'a pas cru redoutable. 



{') V. The latin pœms commonly allributcd lu Waltcr Mapes, coUeclcd by Thomcs 
Wright. (London, 18 il.) 

(*j Au moins en Flandre et en Brabant. 



— XXXIII — 

Ce tient li vilains à savoir. 

(Le ronia7i du Brut, Xlle siècle.) 
Li vilains dit en son respit. 

{Eotnan d'Erec et Enide, XII© s.) 
Et li vilains le dit en reprovier. 

{Li moniage Guillaume^ XIIo s.) 

Ou trouve encore d'autres façons d'amener, d'introduire un 
adage, par exemple : Le vilain dit sans glose. Le vilain dit 
par repruvier. Le vilain le dit piécha (depuis longtemps). 

Il ne faut pas croire que le nom de ])roverhe soit d'un usage 
très ancien. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on le trouve 
dans le roman de Baudouin de Sebourg, complété par le Bastars 
de Bouillon. Il ne se rencontre guère dans le parler populaire 
que vers le quinzième siècle, c'est-à-dire vers cette époque de 
la renaissance où l'on s'engouait des vocables grecs et latins. 
Aussi bien, on a souvent remarqué que les mots français qui 
ont retenu presque entièrement la forme latine ne sont que de 
formation secondaire. Il y a, dans les langues aussi, une strati- 
fication qui permet d'en faire l'histoire. 

Dans la traduction des quatre Livres des Rois en français 
du XIB siècle (^), on trouve ce passage, liv. 1, cliap. 19, vers 
24 : De ço levad una parole que l'um soit dire 2mr respit : est 
Saul entre les prophètes ? TJnde et exivit proverhium : num est 
Saul inter prophetas ? 

Que peut signifier ce mot respit qui paraît être la plus 
ancienne traduction vulgaire du latin adagium, yroverhium ? 
Il ne faut pas dédaigner l'étymologie tant qu'elle reste sur son 

(') Lerou.\ Je Lincy, Le livre da yroverbcs^ préface. 



— XXXIV — 

terrain : elle fournit pins d'nn docnment à l'histoire des 
bigarrures humaines. 

Tout comme les mots modernes rêint {}), respect, le terme 
roman n'est autre chose, dans le principe, que le mot latin 
respedus. Il en résulte qu'il signifiait primitivement, comme 
pour respedum hahere, avoir le regard, porter l'attention sur 
quelque chose, avoir égard à quelque chose, après y avoir 
réiiéchi. De là, en changeant bien des fois de route, comme le 
dit l'épigramme (^), le mot i-esjnt a fini par devenir synonyme 
de sentence et de proverbe. On a rencontré aussi la forme 
resprit, mais, au lieu de songer ici au verbe reprendre, on peut 
se borner à supposer une variété de prononciation ou d'ortho- 
graphe. Il ne s'y agit que d'un r intercalaire, inséré par la suite 
des temps. Quoi de plus liquide, de plus coulant dans le parler 
populaire ? 

{') Se mettre en ses répits^ se disait, dans la coutuino de Touraine, pour : se mcltre 
en son devoir (respect). On a connu aussi le vcrl)c respiier. Philippe de Tiiaon, en 
son coinpat^ dddié à la reine Aiîlis de Louvain, écrit : 

Suviegnet vus que dit, 
Li vilains par respit : 
« Al busuin est trovez, 
L'amis et espruvez. » 
Qu'il vous souvienne de ce que dit le vilain {de bncr, en flamand) en son proverbe : 
« C'est dans le besoin qu'on trouve cl qu'on éprouve un ami. » La lé^'cnde 
Saint-Brandcn parle debials esmnple et bons rcspiiz. 

M. \Vilmotle(/>/(/Zen» de folklore, ji. -10 (181)1) rapproche respit du wallon resplcu 
(refrain). 

(*) Ce sont surtout les ignorants en linguistique qui répètent l'épigramme de 
D'aceiUy -. 

Alfana vient d'tv/»(î(s, sans doute, 
Mais il faut avouer aussi, 
Qu'en venant de là jusqu'ici 
Il a bien changé sur la roule. 
Sans doute, qui se remue, mue et l'on change selon temps et lieux ; mais, quoi ! si 
rétymologistc sait « tous les chemins par où ca doit passer »? 



— XXXV — 

Vers la fin du treizième siècle, c'est le mot reprouvier qui 
prend faveur et s'accrédite. Un manuscrit du dix-septième 
siècle, cité par Leroux de Lincy dans sa bibliographie, 
rappelle que les Gascons désignaient encore l'allure senten- 
cieuse par rep'overUo. Pour peu que l'on connaisse la marche, 
la généalogie des formes et des mots littéraires dans l'ancienne 
France, on sera tenté d'expliquer reprouvier (quelquefois 
repi'ovier) par un de ces nombreux emprunts que la langue 
d'o'il a faits à la langue d'oc. Il est vrai que le Provençal dit 
aussi bien reprochier que reprovier (^). Faudrait-il donc 
remonter jusqu'au bas-latin reproduire, repropiare, en conjec- 
turant que le proverbe était très anciennement considéré comme 
un reproche, ou, si l'on veut, un rapprochement injurieux, une 
improbation ? 

Ducange préfère assimiler entre eux les mots rcprohare, 
exprohrare, réprouver, reprocher. Il constate que même avant 
Villehardouin, on construisait le verbe réprouver ou reprover, 
tout comme on fait aujourd'hui du verbe reprocher. De là, 
reprovier dans le sens d'opprobre. De là aussi toute l'histoire 
étymologique du mot réprouvé. Notre trouvère tournaisien, 
Philippe Mouskès, dira : 

Li vilains en reprouver dist : 
Tant gratte chèvre que mal gist. 

(') J'ai oit dire en reprochier (proverbe). Clianson des Croisades, v. 370 (P. Mcyer). 
Dans tlùjès, peul-ètre fait h Bruges ou à Winendale par Creslien de Troyes, on lit 
(V. «73): 

Car li vilains dit en sa t'crce ; (verbe? provoriic?) 

« Qui a prodomes se comande 

Mauvcts est, s'antor lui n'amende. » 



— XXXVI — 

Il n'est pas étonnant que l'on ait inventé de nombreuses 
dénominations pour la forme proverbiale^ puisque ce fut si 
longtemps Tuniverselle fiiçon de juger, de conclure, d'exhorter 
ou de rîiiller. On ressemblait alors à ces penseurs romains dont 
parle M^^ de Staël et qui avaient plus de préceptes que d'ob- 
servatious. Plus on s'obstinait dans ce style énigmatique et 
pour ainsi dire lapidaire, plus il fallait, en l'appliquant à des 
choses diverses, en diversifier les noms. Il ne s'agit, après tout, 
que d'épithètes nouvelles, destinées à marquer de nouvelles 
applications de la même chose. Que de centaines de synonymes, 
en arabe, pour indiquer les choses (peu nombreuses, il est vrai) 
dont les Arabes proprement dits, ceux du désert, se préoccupent 
le plus ! 

A une époque où l'on vivait beaucoup d'autorité aveuglément 
acceptée et où l'on ne se piquait pas de graduer les idées, de 
nuancer les sentiments, on faisait grand état de toute sentence. 
Le pavillon, comme on dit, couvrait souvent la marchandise, 
et dès qu'un auteur avait mis : " un parler est assez commun ; 
— maintefois a été dit en esplanse; — on retrait et dit 
souvent „ — on s'inclinait, on se taisait (^). C'était chose 
irrévocablement jugée. Esplanse était un adage en manière de 
glose ou Wexplanatio et dans le genre des explanationes ou 
commentaires sur les prophéties de Merlin qu'entreprit un 

(*) « On (lict à la voll(?e. » Villon. Dans VAclot, journal hebdomadaire de Nivelles, 
(Brabant-wailon) r' t'as/ signifie proverbe, dicton humoriste, riîbus, etc. Le mot paraît 
ddriver de la locution : »c-iy(.?-//, chose, parole à laquelle on aime à revenir. Mn 
lournaisicn du X1V« siècle, Gilles li Muisit, se contentait d'(;crire : 
S'esloit uns dis communs : Tost est bielle levée. 



— XXXVII — 



prieur de Cantorbéry, Alain de Lille. Quant au mot retraire, 
emprunté^ comme le précédent et bien d'autres encore à la 
langue d'oc, il sio-niliait l'action de rapporter, de répéter comme 
on fiiisait en alléguant un proverbe. 

On voit encore par les Espagnols qui ont également tant 
pris aux Provençaux, héritiers de la lyre romaine, combien les 
littératiu-es romanes avaient de mots pour désigner toujours la 
même chose. Les retrayres s'employaient non seulement dans 
le sens de retrahere verha, faire revivre d'anciens dires, mais 
plus spécialement dans le sens de reproche ironique, comme le 
reprouvier de la langue d'oïl. Les refranes (î), soit qu'on les 
dérive du latin referre, qui nous a donné refrain et tout 
dernièrement encore référe7ice, soit qu'on les rapporte au pro- 
vençal refranh et au vieux français refraindre (rebondir, 
répercuter) désignent le proverbe en tant que répété aussi 
complaisamment que ce que Régnier appelait le refrain de la 
ballade. Le peuple était un peu comme Sancho Pança : il lui 
revenait constamment un cent de proverbes. Le vieux Castillan, 
si naturellement sentencieux, avait encore les mots ailagio, 
verho, palabra (parole, parler), cxcmplo, fahlilla, j^roloqiiio 
(maxime banale) et enfin proverhio. 

Mais on a beau chercher dans la longue liste des termes qui, 
dans les pays romans, ont servi à désigner la philosophie popu- 
laire et le blason des rues, on ne trouve rien qui ressemble à la 
dénomination liégeoise. 

(') Litlrd indique l'ancien verbe refréner^ rc^pc'lcr. La vieille forme ir/,c^ dtVive 
de rcfraciHS. 



— XXXVIII — 



En dialecte liégeois, on rencontre, de très bonne heure, le 
mot spot pour désigner soit le dicton piquant et^ gausseur, 
soit le proverbe en général. Le Hainaut connaît également 
ce terme et l'emploie presque aussi fréquemment. Par le 
dictionnaire rouclii de Hécart on voit qu'à Yalenciennes on 
le prend dans l'acception de sobriquet. Peut-être même a-t-il 
eu autrefois cette acception à Liège aussi. A propos du siège 
de Calais par Pliilippe-le-Bon, le chroniqueur Jean de Stavelot 

dit : 

«... Et sesoy départirent les flanians de Calais, ensi 
qu'ilh poirent, a grand domaige et a grand blasme. Et de 
che fist-ons une spou (spot?) ou une gabrie {') que les com- 
pangnons disoient commonement l'un ou l'autre, en court de 
Romme et en aultre pays, en disant par jeu ou par coroche : 
je tay donné la malédiction que donnât {sic) par les Englès 
aux flanians devant Calais {^). „ 

Faut-il prendre la leçon spou comme la meilleure et la 
rattacher à spouse, participe d'un vieux verbe espondre {expo- 
neré) qui signifie aussi bien exposer que promettre? Dans 

(.) Gabcie, c'est clans tous les textes du moyeu âge, la bourde loldrde. Se gober 
(se iq er) é ait encore dans la 4- édit.on du Diction, de l'Acaddm.e. Quant à .,0 
sranl S heler (Dictionnaire Grandgagnage, p. 389) y vo.t. comme noi^, un no 

germani ue i^cLussurc, brocard. A CbaHeroi, il ^'^--'«-^ll^-'irr "la f^i 
rViUerie comme à Yalenciennes. De môme fiuo le mot /;roanrfd signifie à la fois 
axiôm dicton et raillerie. Au XIIP siècle, Cilles li Muisit, abbé de Sa>nt-Marl.n. a 

^::;^^.M^. Kervyn) parle de,... ^-r''^Z:!t^^^7^:S 
Plus loin II. loi) on trouve: uo.nnaus espos. Huu ouu. d ConJ , 1. Se .de,, p. ..0, 
a empoteras uuue.trens (lutter d'esprit, de brocards avec les ménestrels). 

(i) Edition d'Ad. Borgnet (Com.nission d'histoire). On trouve encore e.,o. dans 
Ducange. 



— XXXIX — 

cette hypothèse le spot aurait signifié primitivement un exposé, 
une réponse, une explication (^). 

Si Ton maintient, comme il est assez plausible, que la forme 
spou n'est qu'une erreur, une négligence de copiste ou, tout au 
plus, un reflet de mauvaise prononciation, on s'explique sans 
peine l'addition explicative de galerie. Le mot spot sera un 
emprunt fait au thiois voisin. Dans toutes les langues germa- 
niques spot est un radical dont le sens primitif est : raillerie, 
chose qu'on fait jaillir et qui éclabousse {spit, spot), enfin tout 
reproche ou brocard qu'on lance à la tête de quelqu'un (-). 
Nous retrouvons ici les principales acceptions du vieux mot : 
rep>rouvier. 

On objectera peut-être qu'il est bizarre de voir confondre 
sous un seul et même terme les maximes et les railleries. Mais 
n'avons-nous pas déjà vu combien le moyen âge a l'humeur à 
la fois satirique et sentencieuse ? N'ayant pas l'esprit d'ana- 
lyse très développé, il aimait, jusqu'en ses plaisanteries, la forme 
concise et axiomatique. Il ne serait pas difficile de retrouver 
encore ces allures au fond de quelques villages éloignés des 
grands centres ou des grandes lignes de communication. Qui 



(') Quinlilicn, eu son cinquième livre, nous dil qu'il y a un genre de proverbe qui 
est comme une fable en raccourci. D'un autre cùté, tous les pays olVrenl des 
adages qui ne sont que des nffubulatioiis de légendes ou d'anecdotes. M. l'ilrd 
(IV, 330) montre comment des proverbes naissent des anecdotes, des contes, etc. 
La réciproque est plus fréquente. 

{*) En anglais, to spit — lo tlirotv ont spiiilc (crachat). 

En rouchi, spicer, apiicr — éclabousser. En liégeois spiutiu = guilleret, pétillant, 
jaillissant. 

En flamand, bcspattcn, bcapiit, bcspotcn — éclabousser, faire jaillir. 

m 



— xr, — 

sait même s'il faudrait (initier la ville pour rencontrer des 
exemples de cet alus du langage proverbial, si spirituellement 
combattu par Cervantes ? 

La gaberie dans les paj-s romans se mêla à tout, et cela ne 
finit pas complètement avec le seizième siècle. Dans le diction- 
naire de Ducange, éd. Didot, m, 4G6, on lit cette étrange 
anecdote : "Quant Hylaires {le saint évêque de Poitiers) fu 
entrez ou concile, li pape li dist : ïu est Hylaires li Gauz ; et 
Hjdaires li respondi : Je ne suis pas Galz, c'est-à-dire pous (^), 
mais je suis de France, et ne suis mie né de galine. „ N'est-ce 
pas là, tout à fait dans le goût grossier du moyen âge, un 
calembour ou gaberie? Et la plaisanterie eût-elle perdu de 
sa vivacité, si l'évoque s'était avisé d'aborder directement le 
proverbe auquel il faisait allusion? En répondant au pape 
par le vieux dicton fort connu à Liège : " Qui nait poule 
aime à gratter,,, il eût également fait penser aux penchants 
que l'on tient de son origine. 

Dans la chanson de geste intitulée : le voyage de CJiarle- 
magne à Jérusalem et à Constanti7io2)le, il y a toute une 
histoire de gaberie concernant l'empereur et ses vaillants 
compagnons. 

" S'est tel custame eu France, à Paris et à Cartrcs, 
Quant Franceis snnt culchietz. que se givent et gabent 
K si client ambure e saver et folage (-).„ 



Cj l'ulhis galliiiaccus. 

(-) J:ilirbticti f. romanisclic Llllcralur, I, 20;j, ^Tellc osl la coulume en Franco, à 



— XLI — 

Quoi qu'il en soit, tous ceux qui ont quelques saines notions 
d'étymologie admettront facilement que le mot germanique 
spot, entendu d'abord dans le sens de sobriquet, de blason, de 
brocard, soit insensiblement devenu synonyme de dict, dicton (^), 
et ait enfin perdu le souvenir de son origine au point de signi- 
fier proverbe et maxime. Faut-il tant s'étonner de l'origine 
gouailleuse du spot ? Est-ce que le baron de Walef, l'ami de 
Boileau, ne disait pas du liégeois " un idiome fait exprès pour 
la satire „. (Dédicace du triomphe des médecins, 1731.) 

Un mot, on l'a souvent remarqué, est une pièce de monnaie, 
nummus cul piiUica forma. Mais en même temps que le relief 
s'en eûace par un long et fréquent usage, on en voit aussi se 
modifier la valeur dans les échanges, comme si ce n'était qu'une 
marchandise dont le tarif varierait avec la marche des temps 
et des choses. A tout prendre, le langage est essentiellement 
humain ; il doit se plier aux raisons ou même aux caprices des 

Paris et à Chartres. Quand les Français sont coucIr's, ils jouent et plaisantent, et 
Ton débite ainsi tout aussi bien des choses sérieuses que des extravagances.) 

Ce vieux penchant à nuMer la sagesse et la folie a fait naître un dicton aussi 
célèbre chez les flamands que chez les wallons. « C'est tôt riant qu'llarliquin dl 
l'vraie, » dil-on à Liège. — « Tout en riant le fou dit sa malice «(proverbe flamand). 
— Uabelais dit aussi, III, 37 : « J'ay souvent ouy en proverbe vulgaire qu'ung fol 
enseigne bien ung sage.» Au moyen âge, on disait : un fat, fatiitis. 

{^)Dicion ayant une désinence qui, en français (contrairement au latin et à l'italien), 
est le plus souvent diminutive, on peut croire qu'il indiquait d'abord une formule 
très courte et d'autant plus caustique qu'elle tombait plus brusque et plus abrupte. 

Spot dans le sens de surnom ironique, se trouve dans une comédie de Peclers 
{L'ovicije (la Cltaiicltcl) I87tj, se. iS : 

— N'est-ce nin Lùrgoss, voss nom'.' 

— C'est on s'po qu'on m'mettév, ji so François Ilanon. 

N'est-ce pas le spot-uaam =^ sobriquet, en flamand'.'... 



— XIII — 

liommes. Parcourez les ilictiounaires d'Estienne, de Forcellini, 
de Freytag, de Gesenius, de l'Académie française, de la 
Crusca, etc., partout vous serez frappé de Tinlinie variété des 
acceptions attribuées à un même vocable. Il est vrai qu'au 
fond, le sens primitif et propre reluit presque toujours à travers 
toutes .les accommodations, appropriations, déductions, dériva- 
tions et même déformations. Et il faut bien qu'il en soit ainsi, 
puisqu'il y a si peu de mots et tant d'idées, tant de choses à 
exprimer. Il y faut des expédients. 

Au surplus, que le dicton railleur ne reçoive pas toujours la 
même application et glisse de nuance en nuance, c'est ce dont 
les preuves surabondent. Au pays de Liège, et sans doute 
encore dans le reste de la Wallonie, le peuple a coutume, la 
veille du le^' mai, au rite de mai, comme dit Shakespeare, de 
placer une branche de cerisier à la porte de la jeune fille volage, 
légère ou trop compromise. Qu'est-ce à dire ? Ou vous citera 
à ce propos le spot du cerisier des imuvres, et il sera facile de 
constater que la plaisanterie a été souvent très gravement 
détournée sur tel ou tel personnage dont on voulait dire 
" ami de tous, ami de personne,,. 

Qui n'a lu et admiré, au moins dans les traités de littérature, 
ce passage du Socrate CJirétien où Balzac devance la philo- 
sophie de l'histoire qu'on trouvera dans Bossuet? — "Dieu 
est le poète, s'écrie le créateur du style académique, et les 
hommes ne sont que les acteurs : ces grandes pièces qui se 
jouent sur la terre ont été composées dans le ciel, et c'est 



— XLIII — 



souvent un faquin qui doit être l'Atrée ou l' Agamemnon. Quand 
la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de 
quels instruments et de quels moyens elle se serve. Entre ses 
mains, tout est foudre, tout est tempête, tout est déluge, tout 
est Alexandre, tout est César. Elle peut faire par un enfant, par 
un nain, par un eunuque, ce qu'elle a fait par les géants et 
les héros, par les hommes extraordinaires.,, Eh bien! toute 
cette éloquence grave et pompeuse ne fait que développer un 
proverbe qui court depuis longtemps les rues pour aider à juger 
des mutations de ce monde à la façon humoristique de Shake- 
speare : " Dieu exécute ses grands desseins sur le monde avec 
la main d'un manchot. „ C'est que l'ironie la plus grotesque a 
souvent la portée la plus philosophique. Fer séria, per jocos, dit 
Tacite : le monde mêle le rire et les larmes (i). 

Il reste toutefois encore à expliquer comment les wallons 
ont pu être amenés à prendre une dénomination flamande pour 
marquer un genre d'esprit qui leur était si familier. On dit bien, 
dans les adages traditionnels : Li gentil de Liège (les hommes 
aimables et polis de Liège, cf. Leroux de Lincy, I, 292) ; mais 
on disait aussi les tiesse di Jioye, la gent enragée (roman de 
Godefroi de Bouillon, 8993), les gausseurs, les frondeiu-s, etc. 
Dans les proverbes de Bovilli, on prétend que " le premier 
assaut des Wallons excède nature „ et le baron de Walef 

(•) A Verviors, le provcrlic se nomme rappoUroùle. En tenant complc de la ilcsi- 
ncnce oAle, .liminutive (= olm en ghidiolus), on arrive a la signification de : 
petit rapport, ou rapprochement, ou coiniiaraison, à moins qu'il no s'agisse do ce 
qu'on rapporte, cite ou répète d'après une tradition. 



— XLIV — 

affirme, en connaisseur, que le dialecte liégeois est narquois au 
possible. Les wallonnades, en prose comme en vers, qu'on a 
vues se multiplier de nos jours dans toutes nos provinces 
romanes, n'ont-elles pas plus souvent envie de faire rire que de 
faire rêver ? 

H faut donc (^u'il y ait eu dans quelqu'une de ces villes 
flamandes dont la politique fut de si bonne heure engagée dans 
des intérêts wallons, on ne sait quel recueil de mots plaisants, 
de salse dicta dont le titre sjjot ait fait le tour de la Belgique. 
Peut-être qu'en ce pays de Looz, si fidèle à l'étendard de 
St-Lambert, il s'est rencontré jadis quelque trouvère tliiois, 
qui, au lieu de chanter messire Eneas comme Veldeke tradui- 
sant Benoît de St-More, a préféré chanter ce qui se racontait 
aux banquets des joyeuses corporations. Ces bourgeois-soldats, 
d'une bonhomie un peu champenoise, c'est-à-dire goguenarde, 
aimaient les contes et joyeux devis, et ne regardaient pas à 
quelque mot trop salé. Leurs sproltcn (^) avaient souvent toute 
la malice des fabliaux, et il est très probable que plus d'un spot 
n'a été d'abord que la conclusion et en quelque sorte la morale 
d'une anecdote faisant fortune au point de passer des flamands 
aux wallons ou des wallons aux flamands. Il y a eu de tout temps 



(') n se peut (luc ce ternie d'ancien (lamaad xprohe fasse croire à quelques-uns 
que le spot wallon ddrive d'un radical qui signifie y^nj-Zee, couler. Mais ce serait de 
rdlymologie sans philologie. — Au reste, en traitant de la littérature gnoniique, au 
chap. VH de mon Iliatoire de la liitérature néerlandainc en DcUjiqiie, j'ai montré la 
haute antiquité du mot spot. D'autre part, il est à remarquer que dans toute la 
famille germanique on ne connaît que l'anglais qui ail supprimé Vr pour avoir spokc. 
Encore faut-il ajouter que l'anglais primitif (l'anglo-saxon) a xpraecan et spccati. 



— XLV — 

en notre pcn's un entrecroisement, un enchevêtrement d'intérêts 
et de destinées entre toutes nos provinces. Est-ce donc surfaire 
les choses si Ton admet un échange de mots et d'idées ? (^) 

11 est vrai qu'en fin de compte, on peut encore soutenir que 
le mot spot n'est pas un emprunt et que c'est une de ces nom- 
breuses racines communes au celti(iue; au hitin et au germa- 
nique, trois langues ou familles de langues issues du tronc 
japhétique, arj'as ou indo-européen. En effet, bien des particu- 
larités de la langue d'oïl et des patois wallons présentent une 
physionomie germanique et toutes ne sont pas empruntées. 
Celles qui le sont l'ont été de bonne heure, à cause du grand 
mélange de races qui s'est fait en Belgique depuis la première 
invasion des Teutons jusqu'à l'empire de Charlemagne. Plus on 
remonte vers le Nord, plus on rencontre d'éléments germaniques 
dans les dialectes romans. Sur la frontière linguistique qui va 
à peu près de Dunkerque à Visé, il va sans dire (pie le mélange 
ressemble quelquefois à une saturation. 11 ne faut pas oublier, 
à ce propos, que la Belgique formait jadis trois groupes wallons- 
flamands : Liège, Brabant et Flandre (^). 

(') l\ n'est pcul-élre pas inutile de reniar(|ucr que les Uicronymilcs, qu'on voil à 
Liège comme à Oaml, très occupes d'enseignement, allachaienl grande imporlance 
aux proverbes. Us les faisaient recueillir par leurs (;lévcs, surtout en n(?erlandais et 
en bas-allemand. UolTmann von Fallcrsleben (Tu/iiiicin.i, p. 4), ajoute que la célèbre 
dcole de Devcntcr publia, vers la fin du XV siècle, jusqu'à cinq éditions des 
Provcrbin communia. Plus d'un dicton est venu dos farces {Jdinhtcn) cl des préam- 
bules d'épigrammos (prinmclcii). 

{■) \\ n'fàt màye dire datick s'on n'ia. (Mém. n" fi, p. 21-. 1 

l'vidommcnt le mot dancU est flamand cl signifie merci. Croirail-on que hari-lnHic 
se rrlrouvc dans le grand poète Yondil, auquel Hollandais et iJeigos réuHis ont élevé 
un monument : « hy loopt hcr en Itni.n J'ai réuni tous les faits concernant la fédé- 
ration flamando-wallonne dans mes Flamand/^ ci Wallons. (Liège, J. Renard, 18o9.) 



— XLVI — 

Quelle que puisse être, au surplus, l'origine du spot wallon ou 
du nom qu'il porte, il ne faut plus s'attendre à trouver dans le 
parler populaire un grand nombre de proverbes entièrement 
originaux. Les six mémoires envoyés au concours des spots 
wallons ont été confrontés avec des recueils parémiologiques 
de différents pays, et l'on a constaté de nombreuses similitudes 
et d'incroyables identités. Le plus souvent, après avoir reconnu 
la concordance des formules (point capital en cette matière), il 
a été impossible de décider où elles avaient été réellement 
inventées. Cela est vrai surtout des proverbes wallons qui 
reproduisent des dictons flamands ou des adages accrédités en 
France. Il en est des proverbes comme des idées littéraires : 
l'échange se fait de bonne heure et ne cesse jamais. En outre, 
il peut arriver qu'un peuple, après avoir donné, reprenne, et 
plus d'une fois les imitateurs passent pour des inventeurs, 
jusqu'à plus ample information. Cela seul fait voir qu'au 
moyen âge, les nationalités furent moins isolées qu'on ne l'a dit. 
Il suffisait d'ailleurs de la communauté de l'Evangile pour 
établir ces va-et-vient, ces flux et reflux, ces courants et ces 
contre-courants d'influences et d'idées (^). A côté des rensei- 

(•1 En citant ce passage (reproduit du Dulletin, IV, 29), M. l'itrd, Proverbi 
Sicilinni, I, CLXXIII, le complète savamment. Dans les proverbes de son pays, il 
trouve déjà plus de 272 passages bibliques. En première ligne, l'Ecclésiastique, puis 
les proverbes de Salomon, puis les Evangiles, puis l'Ecclésiaste, et enfin le livre de 
la Sagesse. Curieuses suggestions de l'auteur à propos des Pères de TEglise, des 
légendes de Saints, des représentations de mystères, etc. Saint Jean est le plus fêté 
dans les proverbes siciliens. Les anecdotes plaisantes et autres sur le Diavulu ont 
aussi laissé de nombreuses traces dans celte littérature. Plus d'un adage sicilien 
n'est autre chose qu'une satire contre les moines, (P. CLXXXI) les procureurs, les 
médecins, etc. 



— xLvir — 

gnements de l'Eglise, qui ne variaient que dans quelques 
formes accessoires et qui touchant à tout, au temporel comme 
au spirituel, s'adressaient à tout le monde, il convient de placer 
aussi la puissante action des universités. De très bonne heure, 
on voit les sentences de la Bible, les pensées des Pères de 
l'Eglise, les apophthegmes de la philosophie gréco-latine, les 
vers des poètes, les axiomes de Caton, de Publilius Syrus, de 
Sénèque, d'Hippocrate et d'autres dont les noms se sont perdus, 
se transformer en dictons malicieux ou en rapprochements 
naïfs à l'usage du vulgaire. Dans la réaction qui s'est faite 
récemment en faveur du moyen âge, on a trop oublié la grande 
part de l'antiquité païenne (^). On a trop oublié aussi que ces 
proverbes qu'on s'imagine nés dans les foules et dans les 
gausseries anonymes et collectives, ne sont, le plus souvent, que 
des vers ou des versets travestis. Rien ne vient de rien, disait 
la plus ancienne école philosophique de la Grèce ; c'est un 
axiome qu'il faudrait de temps en temps appliquer à l'histoire 
des axiomes. N'est-il pas étrange qu'à notre époque d'indivi- 
dualisme, on méconnaisse les droits de l'individualité dans la 
formation des choses intellectuelles ? On veut que V Iliade soit 
née au hasard et que la paternité des contes, des légendes, des 
dictons et des sentences, ne puisse jamais être revendiquée. On 
ne voit pas que ce qu'on attribue aux masses indistinctement, 



(') J'ai rappelé dans ma UijenJe de VirfjUc eu Bcl/jique, comme bien souvent ce 
qu'on croit primordiaiement sorti de l'esprit plus ou moins primitif du peuple, n'est 
qu'un écho livresque, comme eût dit Montaigne. Cf. la critique de ma dissertation 
dans Archivio pcr lo ntudio délie trndiziovc populare (l'alerme, décembre 1890). 



— XLVIII — 

doit eepentlaiit revenir en dernier ressort à des individus 
auteurs ou initiateurs. On ne voit pas qu'à ce compte, les meil- 
leures créations de T humanité appartiendraient précisément à 
ceux qu'elle ne distingue pas. Sans doute, il ne faut pas 
méconnaître l'action latente et générale des foules sur les 
hommes d'élite ; mais ne sont-ce pas ceux-ci qui, en définitive, 
mènent, ou du moins agitent le monde ? 

A entendre certains panégyristes des temps carolingiens, il 
semble qu'on doive trouver plus de spontanéité, plus d'indé- 
pendance d'esprit à mesure qu'on remonte dans le passé. On 
dii'ait que les contemporains de la scolastique ont pratiqué 
toutes les libertés, à commencer par la plus délicate de toutes, 
celle de la pensée. Qui ne voit pourtant que l'autorité d(S 
proverbes, si générale en ces temps-là, suffit à nous prouver 
une très grande passivité intellectuelle, une confiance illimitée 
dans ce qui a été dit et imposé ? S'il était possible de nier 
l'origine individuelle des formules et des manifestations de la 
pensée, ce ne serait, certes, pas à propos des incessantes formu- 
lations du dix-neuvième siècle. Il ne croit plus guère aux pro- 
verbes précisément parce qu'aujourd'hui tout le monde en fait, 
dans ses discours, ou dans ses écrits. Il y a, sans doute, beau- 
coup de vérités qui ne s'inventent plus ; mais on peut toujours 
inventer dans les nuances, dans les encadrements, dans les 
reliefs, et, en général, dans tout ce qui concerne l'expression, 
le style. Tout est dit, répète La Bruyère après Térence et 
Virgile, mais le rafliné styliste a bien soin d'ajjouter : " Je l'ai 



— IL — 

dit comme mien. Ne puis-je pas penser, après les anciens, ime 
chose vraie, et qne d'autres encore penseront après moi?...„ 

Au reste, que le proverbe soit sorti originellement de la 
foule ou bien de l'individu, il est certain que, pour s'établir, il 
a dû répondre à quelque vive et générale préoccupation de son 
temps. S'il s'est ensuite maintenu dans la circulation, c'est que 
la préoccupation se maintenait aussi,' ou bien qu'il était protégé 
par la force de l'habitude et le respect de la tradition. Mais on 
pense bien que des révolutions de toute espèce ont depuis des 
siècles défiguré ou anéanti des milliers de formules tradition- 
nelles. Puis, à force d'échanges, d'emprunts et d'imitations, 
l'originalité a dû s'effacer, s'émousser. On finit par se rencon- 
trer et comcider non seulement sur les pensées, mais sur leurs 
formes et leui's allures. 

Il est donc à regretter qu'on n'ait pas de tout temps songé à 
recueillir et à noter les façons de dire indigènes ou nationa- 
lisées. Plus on tarde, plus on perd ; mais aujourd'hui surtout 
que les inventions et les transformations tiennent du miracle, il 
y a péril en la demeure : il faut se hâter de photographier les 
habitudes qui s'en vont pour ne plus reparaître, c'est ce que la 
Société de littérature wallonne a vivement compris ; c'est ce 
qui l'a en grande partie décidée à instituer le concours dont 
nous parlons plus haut (^). 

(•) M. Gaslon Paris (Journal des Savants, septembre 1890) si;:nale d'après Ernest 
\o\gl (E'jbeit vom Li'itiicli, Halle 1889) un poème latin composé vers dO'20 par 
Ejîberl, écolàlre de Liéjje. Ce chanoine de l'empire allemand, disciple de Nol^er, 
n'aime pas les mali Fiauciijciiœ, mais, s'inspiranl îles deux langues otlicicUes de la 
principauté épiscopale, il enrcj^islre de curieux proverbes qu'il appelle .Enigmaia 
rusticmia. Lc spot est, en cfl'el, assez souvent, une devinette « vilain. V. c\ -. 



— L — 

La France possède des recueils de proverbes qui sont d'une 
rédaction très ancienne ; mais on n'a pas encore pu bien vérifier 
jusqu'à quel point tous ces adages avaient obtenu di'oit de 
bourgeoisie. On ne peut pas, sans autre information, attribuer 
la pleine* notoriété proverbiale aux locutions accumulées dès le 
XTTTe siècle dans les Dids des philoso2)hes, les Mots dorés de 
Catho7i, etc., etc. Guiot de Provins, dans sa Bible satirique 
composée avant 1250, se félicite d'avoir entendu dans les 
écoles d'Arles expliquer la sagesse des philosophes " qui furent 
ainz (avant) les chrétiens,, et qui avaient nom : Platon, 
Sénèque, Aristote, Virgile, Socrate, Diogènes, Ovide, Tullius 
et Oraces (^). 

Dans im in-folio de Tan 1265 et qui porte pour titre : Li 
livres estrais de inhïlosopliie et de moralité, le trouvère Jehan 
refondant l'œuvre du trouvère Alars de Cambrai (qui lui-même 
copia André de Huy), énumère de la façon la plus naïve les 
principaux auteurs des maximes qu'on aimait à commenter à 
cette époque avec une sorte de piété superstitieuse. A côté de 
Salomon, Sénèque, Diogènes, Isidore, Aristote, Caton, Platon 
et Macrobe, il place Térence, Lucain, Perse, Horace, Juvénal, 

Salinm novixti xed aves collcgcrat aller. Jean Lemairc de Belges (l'd. Stocher, IV, 402) 
le traduit dans une lettre à Marguerite d'Autriche : « Doncques ma fortune est telle 
que je bas lousiours les buissons, et ung aullre prenl les oisillons. » 

(') « Grâce, qui tant ot de sens et de grùce, » dit Jehan de Meung (lloman de la 
Rose). « De la morale gén(5rale à la satire gdndrale, dit M. Gaston Paris (Manuel 
d'ancien français, n" dOiJ) il n'y a qu'un pas. » Le savant philologue signale aussi 
les satires personnelles (enirabois, esiribois) sorties de ces généralités. Crandgagnage 
donne estrahni et Forir stribot, brocard et chanson .satirique. FiC provençal con- 
naissait eisiribotz. (Raimbaut d'Orange, au XII<= siècle). V. aussi dans Rutebœuf 
la difputoison de Chariot cl du Barbier. 



— LI — 

Ovide, Salluste, Virgile, et n'oublie sui'tout pas le grand orateur 
dont il a soin de faire deux personnages : un Tulles et un 
Cicero. 

Voilà donc ce qu'on enseignait aux étudiants, à ceux qui 
voulaient acquérir' la science appelée clergie. Mais pour consta- 
ter l'action de toutes ces sentences sm- la foule grossière et 
un peu sauvage, il faut recourir aux chroniques et aux autres 
documents de la vie sociale. 

Ce n'est qu'en Espagne qu'on a réellement commencé de 
bonne heure la parémiographie. Dès le XIII® siècle, le roi 
Sancho-le-Brave, dans son lihro de los castigos (^), signalait un 
grand nombre à.' anciens proverbes, et dans le siècle suivant 
les moralistes espagTiols invoquaient à tout propos des palabras 
antiguas. Or, tous les proverbes qu'ils citent sont des vers ou 
des hémistiches assez réguliers. N'est-il donc pas probable qu'ils 
proviennent d'écrits modelés sur d'anciennes littératures ? On 
sait que les écrivains latins de l'antique Ibérie aimaient déjà le 
ton sentencieux : qui ne se rappelle ici Sénèque, le philosophe 
dont Caligula disait •' arenam esse sine cake „ et que Diderot 
appelait plus nettement le type du style haché ? 

Même en ne tenant pas compte du génie sombre et concentré 
des Ibères aborigènes, il suffit de citer encore l'influence sémi- 
tique introduite par les djTiasties musulmanes et les écoles 
hébraïques. Déjà au neuvième siècle, l'arabe espagnol Honein 



(') A celte (époque, en France, on nommait Castoicmciu ce que le lalin du moyen 
ige appelait disciplina [cleriatlis). 



— LU — 



ben Isaak composait ses Apoplitliegmes des philosophes, et 
vers 1048, le rabbin Ben Jehnda de Malaga écrivait, à Sarra- 
gosse, ses recneils de maximes empruntées aux Grecs et aux 
Arabes.^ On sait (pie du onzième au quinzième siècle les juifs 
d'Espagne eurent un développement littéraire des plus remar- 
quables (\). 

Comme M. Renan le remarque en son histoire des langues 
sémitiques, les Sémites, visant constamment à l'unité, il la 
S3'nthèse, devaient créer le proverbe et la parabole. Ils ne 
veulent ni de la dialectique des Grecs, ni des analyses, des 
nuances des modernes : ils prennent les choses de plus haut, 
et aifectent, en toute matière, un ton plus ou moins dogma- 
tique. 

Leur littérature ne connait pas cette rotondité,cette ampleur, 
ce développement de la phrase, que les Romains ont emprunté 
aux Grecs et que les nations modernes ont, à leur tour, em- 
prunté aux Romains. Les peuples sémitiques s'obstinent à 
condenser leur pensée dans des versets, des jeux de mot, des 
énigmes, des paraboles, des adages, des assonnances, des anti- 
thèses et des parallélismes.Aussi, ces peuples, malgré toute la 
finesse de leur esprit, sont d'un entêtement indéracinable et qui 



(') M. Pilri^, en cilarit ce passoge emprunte; à noire première éliule (I, CXII), 
l'appuie par un extrait do Im lùiciclopcdia de Sévillc (epoca II, anno 4", n" lu, 
■1880) où M. Cercia Dianco éiuimore tout ce que le proverbe espagnol doit aux 
Sdmites de Cordoue, de ToléJe, de Tarragonc et de Grenade. « On a remanjud avec 
raison, dit M. Hcnan, que la domination arabe a exactement le même caractère 
dans les pays les plus éloigncîs où elle a été portée, en Afrique, en Sicile, en 
Espagne. » 



— LUI — 

résiste à toutes les nécessités, à toutes les merveilles de la 
civilisation (^). 

On conçoit Jonc fiuelle riclic moisson de proverbes, à formes 
antiques et authentiques, le roi Alphonse, son neveu Don Juan 
Manuel, Mcer Francisco Impérial, Fernan Ferez de Guzman 
et surtout le marquis de Santillane durent faire aux XIII<^, 
XIV« et XVe siècles (2). 

Il est à croire qu'en Belgique aussi, aux temps de notre 
grande initiative politique et industrielle, on aurait pu composer 
de copieux catalogues de dictons énergiques, originaux, ou tout 
au moins, curieux pour l'histoire des mœurs et des préjugés. 
Les Flamands dans le monde germanique et les Y/allons dans 
le monde néo-latin ont laissé des traces lumineuses; Gand et 
Bruges, Mons et Liège, Arras et Tournai sont des noms 
célèbres dans les premières périodes de ces littératures. 

D'un autre coté, le proverbe se mêle à tout aussi longtemps 
que l'éducation libérale n'a pas pris la place qui lui appartient. 
Voir, sous ce rapport, la différence qu'il y a entre le flamand 



(') Un (les giMiros les plus chers aux peuj)lcs séiniliqiies, à toules les époques, 
a ('t(î celui des McsaUm, provcrhes, rnaximcs ex|)rim(!os d'une façon piquante, pclils 
morceaux li'une tournure énignialiquc et recherchée. C'est un usage constant des 
iitîc'ralures de col ordre qu'un personnage réel ou fictif, célèbre à tort ou à raison 
par sa sagesse, endosse toutes les sentences ano:iymcs et centralise les maximes des 
siècles les plus divers. Chez les iicbreux. dès l'époque d'Ezéchias, c'était Salomon 
qui jouait ce rôle d'auteur parémiographique et gnomique par excellence. 

Les hommes d'Ezéchias compilèrent un recueil de proverbes qu'on mettait déjà 
sur le compte du fils de David, et réunirent à la suite quelques aulrcs polils recueils 
d'une saiiessc fort ancienne, attribuée à des personnages énigmaliques : Lemuol 
Agour, Ilbicl, (I.. lîKNAN, le ycijvx (iEzcchitis.) 

(■-) Cf. J. A De Iiis Hios, dans le journal ^YEbcri pour les lillératurcs romanes 
(!'■<' année). 



— LIV — 

Conimj'nes ÇKY^ siècle) et le wallon J. Lemaire de Belges 
(Xyi^). Quand Jacques d'Hemricourt, comme un autre Tliéognis, 
veut se plaindre de l'avènement de la démocratie, il aime à 
dire : " Al poisant demeure li werre ; — al fin revient tout 
eawes en leurs clienals, etc. (^). „ 

Un autre veut-il tirer un principe politique du : ne transgre- 
diaris terminas antiqiws quos posuerunt patres tui (Proverb. 
XXII, 28), il conclura avec un laconisme un peu impérieux 
qu'il faut laisser la pierre où Cliarlemagne l'a mise. Si c'est 
ainsi qu'on parle à Liège, à Gand on dira qu'il faut toujours 
attacher la grille aux anciens montants. Dans les brochures 
politiques sur la neutralité liégeoise (par exemple, les Senti- 
timents d\m vrai Liégeois, 1674), vous lisez encore : " cheval 
de Pacolet ; monnaie de singe ; loup d'Esope ; enclume et mar- 
teau ; courir après l'ombre, etc. „ C'est à coups de proverbes 
que Marnix attaque ses adversaires. C'est en répétant, dans 
toutes les occasions décisives, le vénérable adage : Pauvre 
homme en sa maison est roi (^), que les Liégeois maintiennent 
leur liberté contre tant d'ennemis divers. Veut-on faire du 
gallicanisme, on exhume le vieux lardon : " Jamais cheval ni 
homme n'amanda pour aller à Rome. „ Veut-on faii:e du chau- 
vinisme, on dira des français : " belle intrêye, laide sortie Q). „ 



(') Cf. Li patron dclle temporalilcit^ ap. Polain. Histoire de Liège. 

Cj On trouve, dans les vieux recueils français : « Chacun est roy en sa maison». 
L'anglais dit : « iny housc is my casUe. » 

('; On dit encore enliégeois : « àc'stelieûre nos eslans/)««fais (pour dire : affran- 
chis, d(/livr(^-s, par exemple, d'un travail dont on vient à hout). C'est probablement 
une sorte de jeu de mots très fréquent au moyen âge sur franc cl français. Bien du 
franchiman (plutôt satirique) des Provençaux. 



— LV — 

Amyot dit au roi Henri II qui le trouve trop âpre à la curée 
des bénéfices : " Sire, l'appétit vient en mangeant ,,. — L'anec- 
dotier L'Estoile, pour moraliser siu" le poète Jodelle, mort dans 
la débauche, trouve le proverbe : telle vie, telle fin. Le docte 
Henri Estienne, dans sa Précellence du, langage françoys, 
s'attache surtout aux proverbes pour démontrer la supériorité 
du français sur Titalieu (^). Dans THeptaméron, à l'appui d'une 
morale plus ou moins édifiante, on invoque les sentences popu- 
laires. — Louis XI, le roi roturier, aimait à gaber et à dauber à 
grand renfort d'axiomes traditionnels. — Le duc de Parme lui- 
même, le sévère général catholique, disait de Henri IV : " il 
use plus de bottes que de souliers. » 

Quand, en 1590,1a Gascogne demande l'appui de Philippe II 
elle lui écrit que, selon l'antique adage, aux grandes portes 
frappent les grands vents. — Le brave La Noue demande aux 
Gueux de Poperinghe, si c'est avec les ongles qu'il faut prendre 
les places. — Le vertueux chancelier Mchel de l'Hospital a 
coutume de dire le vieux proverbe : La bonne vie persuade 
plus que l'oraison. En 1584, à une époque des plus critiques, 
un des bourgmestres d'Anvers dit : " qui se confesse au loup, 
doit recevoir absolution de loup. „ 

(') Henri Eslienne, qui est venu plus d'une fois en Belgique, dit p. 182 : * Il es 
certain que le parler des Picards, en comprenant aussi les wallons, serait un dialecte 
qui pourrait beaucoup enrichir notre langage françoys. » De son cot(?, Ronsard, pré- 
face de la Franciade, disait : « Je l'advcrtis de ne faire conscience de remettre en 
usage les antiques vocables, et principalement ceux du langage wallon et picard, 
'equel nous reste par tant de siècles l'exemple naïf de la langue françoyse, et choisir 

es mots les plus prégnanls et significatifs, non seulement du dit langage, mais de 

outcs les provinces de France. » 

IV 



— LVI — 



Mais c'est, en général, l'esprit bourgeois qui se montre le plus 
favorable à l'extension des proverbes. Quand cette influence 
pénètre jusque dans les romans de chevalerie, on voit, dit 
M. D'Héricault {Etude sur les chansons de Gestes), les rois et 
les empereurs parler et penser comme les bourgeois des petits 
métiers, avec une rare abondance de proverbes, de maximes 
triviales et de considérations vulgaires. 

Aussi, voit-on les proverbes perdre leur prépondérance et 
leur prééminence à mesure que les littératures se débrouillent, 
se polissent et tendent à une sorte d'aristocratie de bon aloi. 
Quelques écrivains — et souvent les meilleurs — veulent 
réagii' au nom de la vieille bonhomie et de la spontanéité popu- 
laire. Villon fait sa ballade des proverbes, Régnier (^) multiplie 
les dictons dans ses vigoureuses satires, Adrien de Montluc 
imagine sa Comédie des proverbes et Benserade, lui-même, com- 
posait un Ballet des proverbes et le faisait danser à la cour par 
les plus grands seigneurs. Mais tout cela n'était qu'un reste, 
de plus en plus affaibli, de cet engouement pour le dicton qui 
avait autrefois porté Charles d'Orléans, à son retour de la 
captivité de "Windsor, à proposer des proverbes pour thèmes de 
poésie. Qui sait si son académie hlaisoise, en instituant ces 
exercices, faisait autre chose que reprendre une tradition des 
plus anciennes académies provençales ? 

La grande réforme sociale et littéraire qui s'opéra en France, 



(') D'une trivialité souvent heureuse, Régnier prend au peuple des proverbes 
pour en faire de la poésie. (Ste-Bcuve.) 



— LVII — 

SOUS Henri IV et Louis XIII, fut singulièrement mortelle à 
l'esprit proverbial. Montaigne, Pasquier et Mi^^ de Gournay 
avaient été les derniers à revendiquer pour les proverbes, la 
première place dans le langage des livres ; Malherbe etVaugelas 
combattirent à outrance ces traditions gauloises, qui rappelaient 
ce grave vincs dont se moquait Horace quand il poussait les 
Romains à se dépouiller de leur rusticité sentencieuse. L'hôtel 
de Rambouillet, dont le rôle fut si important dans la guerre aux 
rudes façons du seizième siècle, ne toléra plus que le proverbe 
muet, en pantomime et en charades (^). Dès lors, l'adage tomba 
de plus en plus dans la vulgarité, et ce ne fut que rarement 
qu'il servit encore aux grandes obsessions de la pensée 
humaine (-). 

Il faut bien se convaincre de l'universalité de ce discrédit 
poiu- ne pas se montrer injuste à l'égard des six mémoires qui 
ont été envoj'és, eu 1860; au concours des spots. Quand on tient 
compte des grandes transformations qui se sont accomplies 
dans les paj^s romans depuis une centaine d'années, si l'on 
s'étonne de quelque chose, c'est de trouver encore un bon 
nombre d'adages d'un cachet essentiellement wallon. A voir le 
zèle et l'érudition des concurrents, en général, il y avait lieu de 



(') On sail que Cannonlelle s'dlait rendu cdèbre, à la fin du siècle dernier, par des 
canevas de proverbes dramatiques pour la petite comc'dic de sociiîlé. On sait aussi qu'il 
n'a rien de la finesse de Théodore Leclercq, d'Alfred de Musset cl d'Octave Feuillet. 

(*) Pourtant, d'après la remarque de V;ill)erl [licvne des deux luotides, •!" juillet 
■i8i)0), le roi Carlo Alberto, pour faire l'éducation de Victor Emmanuel, consigna, 
dans un immense album, des proverbes, des maximes qu'il ramassa de toutes mains 
cl compila avec fureur. 



— LVIII — 

se féliciter d'avoir proposé ces recherches. Toute la moisson 
n'est sans doute pas rentrée dès maintenant, mais le plus gros 
de la besogne est certainement abattu. Dorénavant, il faudra 
compter, avec les résultats de ce concours : c'aura été un des 
plus utiles, non seulement aux lettres wallonnes, mais à l'his- 
toire vraiment philosophique de notre pays. 

Un des concurrents parémiographes avait pris spirituellement 
pour devise : 

" Méfiez-vous des xwoverhes, dit-il, il en est de très dangereux.,, 
Nous pensons que la Société wallonne ne tient pas à ce qu'on 
surfasse la valeur des spots, ni pour leur portée pratique et 
morale, ni même pour leur agencement littéraire. Chacun de 
nous a présent à la mémoire un passage fort souvent cité du 
Don Quichotte (2^ partie, chap. 43) : " Tu feras bien, Sancho, 
de te débarrasser de cette multitude de proverbes que tu mêles 
à tout ce que tu dis. Les proverbes, il est vrai, sont de courtes 
sentences, mais, la plupart du temps, les tiens sont tellement 
tirés par les cheveux, qu'ils ont moins l'air de sentences que de 
balourdises. „ Il est évident que, même dans la poésie badine, 
il ne faut user des proverbes qu'avec une certaine sobriété. Il 
peut bien arriver à Chaulieu de se souvenir que le proverbe : 

" Très sagement dit que trop gratter cuit, 
" Que trop parler et trop écrire nuit. „ 

Mais ce n'est qu'en passant et il n'y revient que de loin en 
loin. 
Il faut éviter de s'en tenir trop étroitement à la nature 



— LIX — 

axiomatiqiie des proverbes. Quand les paysans disent si souvent 
spojidi ou bien S2)odit {dit li spot), croit-on qu'ils lancent tou- 
jours des maximes ? Ne sont- ce pas quelquefois de violents 
sobriquets ou des comparaisons à l' emporte-pièce ? Pourquoi ne 
pas suivre, jusqu'à un certain point, l'exemple de M. Leroux 
de Lincy, qui place, dans son Livre des proverbes, deux séries 
concernant les sobriquets des villes, qui ne sont, après tout, 
que des gaberies tronquées ? Toujours est-il que ces épithètes, 
qui ne varient guère, en dépit de tout ce qui peut changer, sont 
assez nombreuses en notre pays et peuvent intéresser vivement 
notre histoire. 

Dans les Délices des Pays-Bas (Liège, Bassomp., 1769, 
t. rv, p. 3, note), on trouve le fameux proverbe traditionnel : 
" Liège est l'enfer des femmes, le purgatoire des hommes et le 
paradis des prêtres. „ 

Et que dit le flamand Bertius ? — " Hune lapidem vulgo 
vocant carbonem leodiensem, charhm de Liège: is ubi semel 
ignem concipit, paulatim accenditur, oleo restinguitur, aqua 
vires concipit. Calor ei vehementissimns ; quo fit ut Leodienses 
tria sibi prae aliis gentibus arrogent, panem pane meliorcm ; 
ferrum, ferro darius ; ignem igné calidiorem. (P. Bertii Tabul. 
geogr. contract. libri VII Amstelod. J. Hondius, 1618, in-4o, 
oblong, p. 334.) Tout cela est déjà dans Guichardin au XVI° 
siècle. 

N'y a-t-il rien sur ces quartiers de Liège qui, encore aujour- 
d'hui, ont une physionomie si tranchée qu'on ne parvient pas à 



— LX — 

créer une fête unitaire et communale? — Pourquoi dit-on 
hayâ ? Le nom de cet ancien liôpital de Liège viendrait-il tout 
simplement de Bayard, le fameux clieval colossal et magique 
de couleur baie (hadius)? En rouclii, un léart est une civière à 
quatre pieds (comparaison avec un cheval) ; — en français, un 
baiart est une auge pour porter du ciment. A Lille, au 15° 
siècle, il y avait un hôpital contenant deux grands lits appelés 
bayards " pour coukier les povres trespassans „. Monteil. Hist 
des Français. 

Pourquoi a-t-on dit Namur la gloutte (la friande), de même 
qu'en France on disait : tête et fête de Picard ou Dôle la joyeuse 
ou Bologne la docte et la grasse ? Quand on voulait stigmatiser 
le manque d'éducation, ou plutôt la gaucherie provinciale, 
pourquoi disait-on : " c'est-st-on jus d'ià (un de par-delà) ? — 
Qu'est-ce qu'un " liîte es Moûse „ ? Est-ce peut-être un 
reproche de poltronnerie aussi mérité que celui-ci : 

Istî Picardi non sunt a prœlio tardi : 
Primo sunt hardi, sed sunt in fine couardi ? 

Sans aucun doute, la pensée était aussi macaronique que la 
forme. — Pourquoi dit-on proverbialement des moutons de 
Thilkin qu'ils se ressemblent tous ? Comment se fait-il qu'à 
Liège on dit : " I n'iî rappoite nin d'iaîwe „ comme on dit à 
Aix-la-Chapelle : " Er bringt ihm das Wasser nicht „ et à 
Paris : " il n'est pas digne de délier les cordons de ses sou- 
liers ? (^) „ A quelle anecdote rapporter cette locution ? 

(') Celle locution, dérivée de TEvangile de St-Malhicu, se retrouve dans le 
Médecin malgré lui (déchausser les souliers). 



— LXI — 



D'où vient qu'à Charleroi, à Linchent (Hannut), etc., les 
jeunes gens se nomment des hmgards ? Serait-ce tout simple- 
ment parce qu'au XV« siècle hragard signifiait : élégant, petit- 
maître, recherché dans sa parure, hrave dans ses habits, puis, 
par la suite, vantard {blagard, blagueur). — N'y a-t-il rien à 
prendre dans certaines formules d'injures populaires ? (^) — 
Comment s'expliquer ce mot flamand danck, merci, dans ce 
proverbe : " I n'fât mâye dire danck s'on n'ia ? „ — Il faut 
aussi prendre garde de tenir pour exclusivement liégeois ce qui 
se rencontre ailleurs, par exemple : " Les paroles sont frumelles 
et les scrîts sont mâles. „ — Gabriel Meurier, pédagogue 
hennuyer établi à Anvers où il enseignait l'anglais, le français 
et l'espagnol, dit, en son recueil de 1568 : " Paroles sont 
femelles et les faits mâles. „ D'où l'a-t-il tiré ? {^) — Le spot 
liégeois : " selon les gens l'encens „ existe en France. — On 
dit aussi bien en Hollande qu'en Wallonie : " Ceux qui con- 
seillent ne payent pas. „ Et même à Paris, on dit, en propres 
termes : " les conseilleurs ne sont pas les payeurs. „ A G and 
aussi bien qu'à Liège, on entend parfois dire : " Les Français 
ont une belle entrée et une laide sortie. „ 
Le proverbe wallon sur les noix qu'on attrappe quand on n'a 



f) Le glossaire étymologique du patois l'icord par l'abbé Corblet, montre le profit 
que l'on peut tirer de ces investigations et de ces éludes. Nos revues folkloristes, 
en Flandre et en Wallonie, devraient dresser le catalogue de tous les .rpois ou sobri- 
quets des villes. Presque toujours il y a, au fond, une cause liislori(iuc. 

(-) Au point de vue des anciennes relations entre Flamands et Wallons, il y aurait 
peut-ôtre une élude à faire sur ce Gabriel Meurier, ainsi que sur Kleury de Bellingheii 
qui a publié des proverbes français à La Haye. 



— LXIl — 

plus de dents, n'a qu'une légère variante en espagnol : il s'y 
agit d'amandes. Pour retrouver les correspondances, il suffit 
quelquefois de tenir compte d'une faute de prononciation ou 
de transcription. Par exemple, qui s'aviserait, à première vue, 
de retrouver ars metrica dans aris meca chez un meistersœnger 
du XY" siècle ? 

Plus d'un spot n'est qu'une traduction, plusieurs fois reprise, 
d'un verset des livres sapientiaux, ainsi : quid communicahit 
cacahiis ad ollam (^) ; — volatilia ad sihi similia conveniunt 
(Ecclesiastic. 13 et 27.) " Qui se ressemble, s'assemble.,, Platon 
démontrait l'inverse : à force d'être ensemble on se copie 
mutuellement. 

Il y aurait encore lieu d'examiner si Liège, longtemps 
enclavé dans la Germanie, ne doit aucun proverbe à ce pays 
où, dès le Xlle siècle, un minnesœnger, maître Spervogel, 
composait un recueil gnomique. 11 doit y avoir aussi des spots 
pour ou contre Liège dans les pays qui faisaient jadis partie 
de la principauté épiscopale. Pourquoi, en Famène, dit-on : 
" travailler pour le prince de Liège, „ tandis qu'à Liège même 
on dit : " travailler pour le roi de Prusse ? „ 

Mais tous ces desiderata concernent la science du folklore 
qui attire aujourd'hui tant de travailleurs. Ils aiment surtout 
à retrouver la trace d'événements ou de situations historiques 
jusque dans les boutades les plus excentriques. 

(') Voir aussi les fables d'Esope el les Ic^gendes de l'Inde. 



— LXIH — 

" Ce sont presque toujours, dit Quitard (^), les usages, les 
habitudes, les mœurs publiques et les façons de sentir et de 
penser d'un peuple qui impriment à ses proverbes le caractère 
spécial (pii les différencie des proverbes des autres peuples. 

" H est donc essentiel de reconnaître ce caractère, surtout 
dans les nôtres, que les compilateurs ont recueilli sans en indi- 
({uer ni Torigine ni la date, ou bien, en les indiquant d'une 
manière très inexacte. ]Mallieureusement, il ne saurait être 
constaté d'une manière incontestable dans la plupart de ceux 
que nous avons, car ils nous sont communs avec les Italiens, 
les Espagnols, les Anglais, les Allemands, etc., qui peuvent 
les avoir inventés aussi bien que nous. „ 

Un amateur de dictons liégeois a pris pour devise : " Toute 
dégradation individuelle ou nationale est sur le champ annoncée 
par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le 
langage.,, Cet aphorisme à la Bonnald semble indiciuer qu'il 
regarde le décri ou le rabais des proverbes comme une déca- 
dence sociale. Ovide, en son temps, avait déjà répondu aux 
louangeurs du passé : 

Pritjca juvent alios; at iiuno me denique uatum 
Gratulov, luec^œtas moribtis apta mois. 

D'ailleurs, qu'on s'en féliciti» ou qu'on s'en désespère, on 
n'arrêtera pas le cours des choses. Nous avons dit plus haut 
pourquoi le langage proverbial, relégué dans les rangs infé- 

(') p. M. QllTARlt. Etudes hisioruiueit, littéraires et morales sur les proverbes 
français, p. 2!n (Pari?, dSîJO). C'est cet auteur (lui composa, en iS'28, la morale en 
aciinii, livre cher à notre enfance. 

V 



— LXIV — 

rieurs de la société, au lieu (rètre la sagesse des nations, n'en 
pouvait plus être que la furtive gausserie. Mais quelle que 
puisse être notre opinion à ce sujet, nous devons reconnaître 
que les proverbes, dûment constatés et suffisamment expliqués, 
sont des documents précieux pour la philosopliie de l'histoire. 

Parfois, le spot semble un dernier éclio d'une aventure 
oubliée, par exemple : " On n'sét wisse qu'ine vache happe on 
lîve. ,, N'est-il pas curieux d'avoir à constater que la chose se 
dit littéralement de même en Flandre ? Plus d'un collecteur de 
proverbes, pourtant, ne semble pas se douter de la possibilité 
d'une concordance ou d'une transmission de proverbes. Or, ce 
sont quelquefois les plus populaires qui sont les plus complè- 
tement empruntés. Qui croirait que "faire et défaire, c'est 
toujours travailler,, vient de Paris? Qui croirait que la locu- 
tion des qwatte xnd blanc se retrouve dans '' le cheval aux 
quatre pieds blancs „ proverbe français que Quitard dérive des 
écuyers qui dédaignent les chevaux bais qui ont des balzanes 
aux quatre pieds? 

Il ne faut donc pas reculer devant les comparaisons : plus 
d'une fois elles vous mènent à de curieuses découvertes. Le 
spot : " On chante bin grand'messe divins 'ne pitite église „ 
s'explique par un autre : " C'est d'vins les p'titès lâses qu'on 
mette les l)ons ôlmint. „ — Dans les petites boîtes les bons 
onguents, dit le français ; de fines épices, dit le flamand. Or, 
dans le Marchand de Venise, de Shakespeare, dans les Oesta 
Romanorum, recueil d'anecdotes très goûté au moyen âge, et 
dans Barlaam et Josaphat, le plus ancien des contes dévots, on 



— LXV — 

trouve une légende dont notre spot n'est évidemment qu'une 
affabulation plus ou moins correcte. Ou peut même remonter 
jusqu'à la grande légende de Bouddha, qui réforma le mona- 
cliisme indieu, six siècles avant notre ère (^). 

Horace, ayant un jour à se défendre de l'amitié trop 
exigeante de Mécène, lui écrit : " Tu m'as fait riche, Mécène, 
mais non pas comme le Calabrais qui offre des fruits à son 
hôte : Mangez-en, je vous en prie. — Non, c'est assez. — 
Emportez-en du moins autant que vous voudrez. — Vous êtes 
bien bon. — Vos enfants seront charmés de ce petit présent. 
— Il m'oblige autant que si j'en emportais ma charge. — Vous 
êtes le maître, mais nos pourceairs profiteront aujourd'hui de 
ce que vous laissez.,, 

A ce trait final, comment ne pas reconnaître l'histoire du 
curé et de la fermière qui se racontent partout, avec les variantes 
et les fioritures iné^dtables en une matière dont on dit : " si ce 
n'est pas bien vrai, c'est bien trouvé. ,. Et quand c'est trouvé, 
on se contente de la reprendre. 

Le plaisir de faire revivre ces vieilles façons de parler où 
l'on lyeint et où l'on pince, comme disait Montaigne, a produit 
une littérature spéciale. Dans des contes, des romans, des 
comédies, on a voulu, à tout prix, enfiler, enchâsser des locutions 
proverbiales. Nous connaissons surtout l'exemple d'Adrien de 
Montluc, comte de Cramail, 11 n'a pris qu'une intrigue des 
plus simples : on voit l)ien que sa comédie n'est qu'un prétexte. 



(') Revue trimestrielle, l xxviii. (J. SlEf.liER. Orujiiic bouddhique du plus ancien 
des contes <lcrots.) 



— LXVI — 

un cadre à ilictons. Mais on voit aussi avec quel art il ajuste 
ses mots traditionnels au caractère et aux discours de ses per- 
sonnages. Il sait amener des rencontres qui amusent et des 
reparties qui sont toujours en situation. En d'autres tentatives 
de ce genre, on a, non pas assaisonné, mais sursaturé ; les per- 
sonnages ne- sont occupés que de souligner leurs façons de dire. 
Que ces auteurs étudient Montluc ou i>hitOt Molière, et qu'ils 
se résolvent à éviter lïnfortune de Sancho. — " Oh ! pour cela, 
disait l'écuyer goguenard, Dieu seul 3' peut remédier ; je sais 
plus de proverbes qu'un livre, et, quand je parle, il m'en vient 
à la bouche une telle quantité à la fois (qu'ils se disputent à qui 
sortira. Alors ma langue lâche les premiers (pii se présentent, 
qu'ils viennent à propos ou non... ,, 

On a vu, par les exemples cités plus haut, combien, en dépit 
de tout, on a peine à rester indifférent devant cette sagesse 
parfois étrangère et bariolée et carnavalesque. Puisse la nouvelle 
édition du Dictionnaire des spots être un stimulant nouveau 
pour ces recherches ! A tout prendre, elles sont agréables ; si l'on 
ne trouve pas toujours ce que l'on cherche, on trouve du moins 
des compensations, quand ce ne serait que la satisfaction de 
travailler à la connaissance plus intime de notre passé national. 
En attendant, à chaque jour suffit sa peine. Il en coûte, je le 
sais, d'attendre ; mais on ne songera pas à dire : li cosse fait 
piède li gosse; — Den cost verdryft den ïost ; le coût fait perdre 
le goût. J. Stecher. 

Liège, juillet 1891. 



DlCTIONMAIRl-: 



DES 



SPOTS OU PROVEUBES WALLONS 



A, B. 

1. iNi savu ni à ni b. 

T TTT Ne savoir ni a ni b. 

ft re'très iRnoranl, ne pas savoir lire, et fig. ne pas eon- 
naîlre les p^emlrs 'çàÀçes de la ehose dont on parle. 

(l.ITTRli.) 

Habaja. 

Cisle Hippocrale est ili mi ovrége, 

C'est-st-on boubiet comme vos l' voyez, 

Oui n sél seùrmiiU ni à ni b. _ 

(De Harlez. Les hypoconie. III, se. /. Hob.) 

C-esl màihurcux, paret, qui ji n sds ni ;\ ni b. 

(WiLi.EM. Uiùth'mél soddr. Chansonnellc ïHoo.) 

Jihan Gilles est-st-on boubiet qui n sét ni à ni b. 

{YORIR. Diclioiinatre. 1801. ) 

GÉRA. 

ga m'freut mutoi véye cidre. 

Mais ji n' ses îi ni b. .^. • . i •> ta-i" \ 

(UemouCHAMFS. Len nwour da Gcra. i, se. .i. laio.) 

M ENCREUR. 

Mais c-est po rire, surmint, mi trépassèvc qui n savent ni à ni b, 
ni l'àreul nin fait. ^^^^^,^^^^ ^ ^^,^. ^, ^-j^^ g^ y. ,,88o.) 

Vkuvifrs Honte à qui n" sét l'a ni b, 

Honneur à ci qu'i est r'coirdiî. , 

(Renier. Spots nmcs. 1671.) 

Vf.l'i oou uu' c'est (lu n' saveur ni à ni b. 
NKRV.EHS. ^,.,l^\',ZZn du ... les Tn.s. Ch. Mes amuseltes. 188i.) 

MoNS. Jean GoJeau n'savoi ni i. ni b, ça rimbeloi, mais il é.oi trop vieux pour 

ai.prinde ses letle. (LtTEixiER. Armomquc de Mom. 18(;3.) 

i 



2. Ri mette à l'a b c. 

LiTT. Remettre à l'a b c. 

lleinettfo quelqu'un aux prcmierri élémcnls, aux premiers 
principes d'un art, d'une science; le traiter d'ignorant. 

Prov. tV. — Renvoyer quelqn'ini h Va b c, le remettre ù l'a b c. 

. On l'a r'inettoii h l'a b c. 

(FuRili. Dict. 1861.) 

Les feuiiiine, diret l'jôaaî qui n'est loili ([ l'à l'a b c, les feumme, c'est l'perfec- 
tio.in'mint appoirld à l'invention d' l'homme. 

(Salmc. Quelle tromp'rcye. Chansonnette. 1877.) 

N.vMi'it. Qu'est-c'qui tôt ça d'verait pus taunl, li bon Diét l'sét, 
Et nos n'estans qu'à l'a b c. 

(Wérottk. Seif/unns nos. Chanson. 1867.) 

MoNS. Ceux-là, nous, comme les auto, i faut l'us ajiprindc l'a b c. 

(Lkteluer. Arinonaque dé Mom. I8'f8.) 

Prov. contraire. Met/. Werliayc sait les loix tôt corne son a b c. 

(BfiONrjE.X. Chan Heurlin. Poème. 1787.) 

ABATTRE. 

8. L'priimî qui l'abat, la. 

LiTT. Le premier qui l'abat, l'a. 

Les premiers entrés sont les mieux placés. — Le premier au 
moulin engrène. — Res nullius cedit occu[)anti. (Inst. lib. II, 
tit. 1, § 2.) — Quod nullius est id ratione natui^ali occupanti 
conceditur. (L. 3. D. Lib. 41, titre 17.) 

La dame au nez pointu répondit que la terre 
Était au premier occupant. 

(Lafontaine.) 

Orig. Le pi^overbe wallon ("ait peut-être allusion au jeu 
p()[tulaire : Taper à l'àwe. 

LlSFîETH. 

Panlieniic ji voireu vi'ye cisse la. 

GÉTUOU. 

Bin t'èl vièret. 

LiSBETH. 

Qui l'abat l'a. 

GÈTROU. 

Bin li l'àrot. 
(De ViVARio. Li /it:<sc (li Iliiûte-s'i-ploiU. \cl. II, se. K. 17,')7.) 

Basse-Allemag-Nl: - Wer ani ersten kommt, malt am 
ersten. 



- 3 — 

ABOYER. 

4. Ilawer après ï baîté. 
LiTT. Aboyer à la lune. 

Se dit en parlant d'un homme qui crie inutilement contre un 
plus puissant que lui. (Agad.) 
Pr. fr. — C'eot aboyer à la lune. 

Allez, sipàrgnîz vos côp d' iawe, 
Ca vos fez comme li chia qui hawe 
Après r b;iité qui lût. 

(Bailleux. Li colowe et i Icme. Fàve. i8">6 ) 

Ce sont des chiens qui abboycnt à la lune. 

{Dici. des pr.fr. 17 08.) 
Abbayer contre la lune. (Travailler en vain.) 

(OCDIN. Curiosicezjrançoises. 1640.) 

JODOiGNE. C'esl-st-lia\ver après l'ieune. 

Basse-Alle.magne. — Den Mond anbellen (vom Ilunde). 

0. Quand on n'pout nin hagnî, i n'fant nin hawer. 

(Namuk.) 

LiTT. Quand on ne peut mordre, il ne faut pas aboyer. 
Il ne faut pas attaquer quand on ne peut se défendre. 11 ne 
faut pas s'exposer à une défaite ci,M"taine. 

ACCROC. 

6. I lail des croc los costé. 

LiTT. Il laisse des accrocs de tous côtés. 
Il contracte des dettes partout; il a des dettes criardes; il 
ne paie personne. 

7. Mette li croc. 
LiTT. Mettre raccroc. 

Donner un accroc ; retarder ou empocher la conclusion d'une 
affaire. (Littré.) — Faire éprouver une perle. 

Ca, ji n'vous nin por vos, il esl bon <li v'prdv'ni, 
McUe li croc ù.\ botique, qui m'mcUel à crWit. 

(nEMOLXiiAMrs. Li .^rtc'ti. I, se 2. 1858.) 

ACHETh:K. 

8. On ach'têye les bons cli'và so s(à. 

LiTT. On achète les bons clievaux à l'écurie. 
Une jeune fille qui a du mérite n'a pas besoin de courir les 
bals pour trouver un épouseur. 

Le mf'rite se cache, il faut rullor trouver. 

(Floiuan.) 



9. Acater c'qu'on n'a gnié danger 

C'est Tmoyé d' d'aller tout a rié. (Mons.) 
LiTT. Acheter ce dont on n'a pas besoin 

C'est le moyen d'aller de tout à rien. 
Les dépenses inutiles sont ruineuses. 

Vkrviers. Ech'ter Irope, oulrc de rmaulauhe, 

Fait vendre çu qu"on-z-a môsauhe. 

(Kenieu. Spots rimes. 1871.) 

10. Ji l'a ach'té tilie-et-lahe. 

Lrn . Je l'ai acheté ainsi et ainsi (allitération). 

Je l'ai acheté à l'œil, sans vérification. 

l'r. fr.— Acheter l'un portant l'autre. (Le bon et le mauvais.) 

(OUDIN. Cuviosiiez fraiiçoi.ies. IGiO.) 

Ji va fer rikparer in'mohonne tihe el Uhe. (A forfait, à perte ou à gain.) 

(FoRiR. Dict.) 

Des Tawe aveut co, âtou d'ia, saqwanls porchet d'tdrre, qui, metlou essonle, 
mes'rîl lihe et tahe, po l'mon vingt cinq bouni. 

(Magnée. Li houloue. ■1871.) 

Mai.iiedy. Adter Stockstehn. 

Basse-Allemagne. — Etwas auf gut Gluck kaufen. 
ACHETEUll. 

11. 1 gn'a pus d' sots ach'leu qui d'sots vindeu. 

LiTT.. Il y a plus de sots acheteurs que de sots vendeurs. 

Nos lois prévoient la Ibllc enchère, mais elles admettent 
aussi la rescission du contrat au prolit du vendeur, du chef de 
lésion. 

RoL'Ciii. I n'y a nus sols vcndeux, i n'y a qu' des sots acatoux. 

(Hécart. Di'i.) 

Il y a plus de fols acheteurs que de fols vendeurs. 

(LoYSEL. histit. l. IH, tit. 4, § '2. N" 403, éd. Laboulaye.) 

Or n'esl-il si fort entendeur 

Qui ne trouve plus fort vendeur. 

{Farce de Pacheliti.) 

Cf. LoiSEAU. Traité du déguerpisscment. L. 111, ch. I, n" 19. 
ADIEU. 

1^. Adieu Luc, 

T'as pris du brin pour du cliiic. (Tgup.nai.) 
LiTT. Adieu Luc, 

Tu as pris du bran pour du sucre. 



5 - 



Dicton en vogue à Toaniai pour reproclier à quelqu'un il'a- 
voir mal vu. — Se dit également d'une chose sur huiuelle on 
ne doit pas compter. 

Var. Charleroi. Argan. 

I faut co iesse raisonnabe eiet ii'né schorchi vos malade, Irenle sous on lav'niirit ; 
bonjour Luc. 

(Bernus. Umaliide Sl-Tliibuu. I, se. 1. 1878.) 

Naml'R. Par on bia joû ji ui'trebuque 

En dansant aveu Lisa, 
Gomment va-l-i? bonsoir Luque 
Ji m'sovairet de i'polita. 

(J. CoLSON. l faut bin pasxei- par là. Ch. ISG'i ) 

AFFAIRE. 

13. Quelle atVa ire à Lii^e ! 

LiTT. Quelle allaire à Liège ! 

Cette expression s'emploie toujours en bonne pari; c'est une 
espèce de e ri de joie. — Après une énumération, c'est le bou- 
quet du feu d'artifice. 

Cf. De plus fort en plus fort, comme chez Nicole! . 

Todi pus gros ! (Cri des vendeurs de poisson à la minque ) 

Servas. 

Awel dai, on dobe marii'^ge et on bouquet, quelle afll^iire à Lige. 

(Brahy. Li bouquet. II, se. 2:2. 1878.) 

Bièth'mé. 

Ji compte même si bin fer d'mes pid et d'mes main qui nos 'nae àrans plusieurs 
(di ?iervante) quelle affaire à Lige; qu'on àrct bon cial. 

(WiLi.EM et Bauwens. Péchl rach'té. Se. o. 1882.) 

AFFUBLER. 

1 i. Fàrot vèye coîiimc Mayon s'aflurr/l. 

LiTT. Il faudra voir comme Marianne s'affublera. 

Se dit ([uand on ne veut pas |)rendre tout de suite une diUer- 
mination, (pian I on veut atten Ire les événements. 

Mayon signifie souvent maîtresse. Colin et Mayon désignent 
un couple assorti. 

D'après rconsèye di Crahiiy, Aimon s'rd.soùda à s'tini bin kmi po vèyo kimint 
qu'Mayon s'alTùlV u ; i leva don aller toi à l'wàde di Diu. 

(Magnkk. I.i Imiiloiic. 1871 ) 

Jaluaî. Bièth'mé. 

Adon vos l'vièroz ruv'ni so l'happa. A resse nos vièrans comme Mayon s'aflùlret. 
(Xhoffer. Les deux sorochc. I, se. 4. 1861.) 



— 6 — 



AGE. 

15. On fait des sottrèye à tôt âge. 

LiTT. On fait des sottises à tout âge. 

En avançant en âge on n'est pas exempt de commettre des 
fautes, des erreurs, des folies. 

Pr. ff. — On fait, des folies à tout âge. 

Jacoues. 

Kimint, à quarante cinq an vos songîz à v'rimarier, on a raison d'dire qu'on 
fait des sottrèye à tôt âge. 

(Willem et Dauwens. Les tourciveux. Se. S. 18812.) 

Jadis ton maître a fait maintes folies 
Pour des minois moins friands que le tien. 

(BéranGER. Le célibataire.) 

16. On n'te d'mande pont l'âge que t'as. (Tournai.) 

LiTT. On ne te demande pas l'âge que tu as. 
Dit-on à un individu qui se permet de donner son avis dans 
une afîaire qui ne le concerne pas. 

AIDER. 

17. Aidîz-v' etl'bon Diu v's aidret. 

LiTT. Aidez-vous et le bon Dieu vous aidera. 

Il faut agir quand on veut venir à bout de quelque chose. 

(ÂCAD.) 

Pr. fr. — Aide-toi, le ciel t'aidera. 

(LVFONTAINE. Le charretier embourbé.) 

Qui s'attend à Técuelle d'autrui a souvent mal dîné. 

A toile ourdie, Dieu mesure le fil. 

Pr. valaque. — Quand tu soignes bien ton travail. Dieu est 

avec toi. 

Aidîz-v' et l'bon Diu vis aidret. 

(Bailleux. Li cher on. Fàve. Liv. IV, i8. 18o6.) 

Aide-tu, l'bon Diu t 'aidret. 

(FoHiR. Dict. iSGO.) 

Varunte. Vos avez fait vosse U'\, vos v'divez c.oûki d'vins. 

Aide-tu, li cîr t'aidret; c'est l'pus sur, rit' nez l'bin. 

(TiiiRY. l»c cope rii (jraiidivenx. 18")9.) 

Marche. Aide-tu, l'bon Diet t'aidret li même. 

Mais d'hat-i co, comme il est scrit : aide-tu, et l'cîr t'aidret, i fàt aller trover 
Merlipopettc, c'csl-st-ine feumme qu'a slu macrallc. 

(Magnée. Li boulotte. 1871.) 

Nami;r. Aidîz-vos et l'bon Diét vos aidrùl. 



— 7 — 

18. Pauc aide et riii n'aide. 

LiTT. Peu aide et rien n'aide. 

Un petit secours ne laisse pas que d'être quelquefois très 
utile. (ACAD.) — Un lé;jer secours vaut mieux qu'un entier 
abandon. — On se rattrape à un l'étu. 

Pr. t'r. - Un peu d'aide fait grand bien. 
Peu aide et rien n'aide. 

(CiABit. Melrieu. Trésor des sentences . I068 ) 

V.\RiANTE. Il n'y a si pau qui n'aide. 

Il n'y a si pou qui n'aide. 

Et l'on ajoute parfois : dit la souris et elle pisse dans la nier. 

MoNs. C n'est nié grand chose, mais i n'a si peu qui n'aide, quand i s'at^it 
de nie mouri d'faim. 

(liETEi I.IER. Armnnnrqite dé iions I800.) 

Cité par Forih HJ^'. 

Jai.hay. TinoDùiîE. 

Si v's avo7, mellou l'pîd evr.vi one flatte, i fût rsèchi foû : Kii bin, ponke jiide et 
rin n'aide, disl-on toudi. 

(Xhoffer l'.e.'î denr soroche. II, se. dO. 1802.) 

Vab Mons. El proverpe dit qu'i faut s'assister l'un l'aute dins c'monde ci. 

(Letellier. Armonaque dé Mons. -18G9.) 

19. Qwand deux paiive s'aidet l'honDiii rèye. 

LiTT. Quand deux: pauvres s'aident le bon Dieu rit. 
Dieu sourit aux efforts de deux pauvres qui s'enlr'aident. 
En citant ce proverbe on dit souvent : Li bon Diu ennè.s 
rèye, ce qui dénature le sens qui serait alors celui-ci : Dieu rit 
des efforts, etc. Forir, Dict.. donne celte dernière version. 
Cf. FloriaN. l'ovruglc et le paralytique. Fable. 
Nos d'vans quoiri chaque joii de l'vèye 
A s^chî d'pùnc on'K ou Taule di nos fré 
Qwand c'est qu'deux |tauve s'aide! li bon Diu rèye 
C'est l'bonne inunîre di Tadùrer. 

K. Defueciieux. Li vèijc llnjciiiie. Chaas. 18()G.) 

Variante. Deux pei'ipe s'aidant, li bon Diu rèye 

S"i rcye, c'est qui séret conlin. 

(HoCK. On bon voisincgc Clians ISGl.) 

Variante. Ça fait rire li bon Diu 

Qwand on jiauve bomnie secourt 
(in pu jtauve oco qu'lu. 

(Dailleux. Li colon et ifrumihe. Fàvc. lSo\.) 

Veiiviers. Lu main qui danne aisi, de cir deut esse bènèye, 

Lu pauve qui danne au pauve, lu bon Diot d'jôye es rèye. 

(Poulet. Don Dict Vraidrct. ■187!2 ) 

Namur. Quand doux pauve s'aidc-nu li boa Die! ril. 

Var. Picvrme. Quand on peut rejoinde cl diabe, el bon Diu n'en foet que rire. 

(C0RBI.ET. Glossaire. ISSi.) 



— 8 — 

20. Ni v' fez màye aidî qwand v' polez fer tôt seu. 

LiTT. Ne vous faites jamais aider quand vous pouvez faire 
tout seul. 

Mettez-vous le moins que possible dans la dépendance d'au- 
trui. 

Ne t'attends qu'à toi seul, c'est un commun proverbe. 
. (Lafontaine. U alouette et ses petits. FaUc.) 

Cité par Forir. Dict. 

Basse-Allemagne. — Sclbstgethan ist wohlgethan. 

AIGUILLE. 

21. Fer èfiler ine belle awèye. 

LiTT. Faire enfiler une belle aiguille. 

Se moquer de quelqu'un ; le tromper par de faux semblants. 

GÈTROU. 

Et bin nos lî frans ine frairèye 
Il èfilrel ine belle awèye. 
(De ViVARIO. Lifiesse dùloûte-s'i-ploiU. III, se. 3. 17S7.) 

So l'araine qui s'feumme lî fat, s'il esteut bin sur qu'Idelette n'aveut nin 
volou li fer èfiler quéque belle awèye, i pochât d'mâvasté. 

(Magnée. Daitri. Conte. dSGo.) 

22. Qwèri quarelle so i'bècbette d'ine awèye. 

LiTT. Chercher querelle sur la pointe d'une aiguille. 
È\evev une contestation sur un ti^cs it^ger sujet. (Agad.) 
Pr. fr.— Disputer, faire un procès sur la pointe d'une aiguille. 
Ils font des querelles sur la pointe d'une aiguille. 

tOuDlN. Curiositei jrauçoises. I6i0.) 

Cité par Forir. Dict. 

Jeannette. 

.... Ji dis coula, po çou qu'tos les galant, 
Qwand on l's y jàse mariège, tapet todi l'mème plan. 
A leus pauvès crapautc, qwand i sont nàhi d' zelle, 
So rbèchotte d'ine awèye, i monlet ine quarelle. 

(I)ELCHEF. Li (jalani de V aièrvante. I, se. 2. 18ij7.) 

Basse-Alle.magni::. — Streit wegen einer Slecknadel 
ant'angen. (Streit um des Kaisers Jîart.) 

23. Qiioiri 'ne awèye d'vins 'ne botte di four. 
LiTT. Chercher une aiguille dans une botte de foin. 
Chercher au milieu d'une foule d'objets quelque chose que 

sa petitesse rend très difficile à trouver. (LiTTRii.) 

Prov. fr. — Chei^cher une aiguille dans une botte de fuin. 
Cité par Forir. Dict. 



- 9 - 

Jean. 

Divaiit d'Irover 'ne paréye, 
Vos frcz co traze inèye tour, 
Vos trouv'rez mi 'ne awèyc 
Divins cint jibe di foûr. 

(Peclers. Les deux Tcmou. 18*^0.) 

Bieth'mé. 

Ine èfant est pus àhèye à r'irover d'vins 'ne vèye comme Lîge, qu'ine awèyc 
divins 'ne boite di foûr, paret. 

(WnxEM et Bacwens. PèchirachHé. se. 4. -1882.) 

Marche. C'est l'awée enne on botte di four. 

Namur. I waite après one awie (one sipenne) dins one botte di foûr. 

24. Ch'est eine grande aiwuille à lâcher. (Tourn.\i.) 

LiTT. C'est une grande aiguille à lacer. 

Se dit pour désigner une personne effilée et sans grâce. 

AIL. 

25. Saint Pire, plante tes a 
Saint Pire, lôye tes a 
Saint Pire, raye tes a. 

LiTT. Saint Pierre, plante tes aulx 
Saint Pierre, lie tes aulx 
Saint Pierre, arrache tes aulx. 
Traduction littérale d'une allusion aux trois époques de 
l'année, où les jardiniers plantent, soignent et arrachent les 
ails, et qui sont marquées par les trois letes de saint IMerre de 
Milan, martyr (-20 avril) ; de ^aint I^ierre et de saint Paul 
(29 juin) ; et de saint Pierre-ès-liens (l""" août.) 

(FoRlR. Dici.). 

AILE. 

26. On 11 a côpélele. 

I-ITT. On lui a coupé l'aile. 

Retrancher à quelqu'un une partie de son autorité, de son 
crédit, de son profit. (Acad.) 

Pr. fr. — On lui a rogné les ailes. 

Basse-Alliîmag.ne. — Ihmsinddie Flûgel beschnilten. 

27. Lèyi pinde lele. 

LiTT. Laisser pendre l'aile. 

Se dit d'un homme à qui il est survenu quelque altération 
grave dans la suite, ou quelque disgrâce. (Acad.) 
Pr. fr. — Tirer l'aile. 
Cf. lien a dans l'aile. (V. Quitard. Dict., p. 20.) 



— 10 — 

Traînant l'aile et tirant le pied... 

(L.\F0NTAINE. Les deux pigeo)i.i.) 

iAlc par FoHiH. ii'tcl. 

C'est-st-ine lionne à neùr oùyc qui blaw'tôye, 
Dont les caresse fet pinde l'tMe àx galant. 

(V. COLi.ETTK, père. /./ coilr.) 

... Piiidit liMe comme ine poye qu'a-st-atlrapd 1' pépin. 

(Thiry. Ine copenne so V mariège. 1858.) 

Yervif.!!.s. Les actionnaire du les houyi 

Sont là qui pindet l'dle, 
Zel qu'avît si bon d' s'èt'rauhî 
Hoùye vola qu'on les pèle. 

(M. Pire. Lu novai cherbon. Cli. 1871.) 

V.\i;iANTE. -Vvu on vanaî foù d'IYlô. 

MoNS. Traîner lé p'na(ou 1' pi'na) (languir). 

Basse -Allemagne. — Die Flûgcl hangen las.sen. 

28. I n' bat pus qii' d'one aile. (Namiir.) 

LiTT. Il ne bat plus que diine aile. 

Être déchu de son premier état, ne plus jouir de lu iiièine 
considération, ([.ittré.) 

Pr. fr, — II ne bat plus que d'une aile. 
Ne battre que d'une aile. 

tOuDiN. Cnriu.sitez fraiiçoi.'ies. 1G40.) 
AIME. 

29. Aime di Ilu. 

LiTT. Aime de Huy. 

Chose à laquelle ou ne tient pas, cfu'on rejette. 

Vairrie (tonneau) de Huy était d'une coiitenanco moindre que 
celle de Liège et, pour ce motif, était moins demandée. 

Ce dicton s'emploie ordinairement sous la forme de calem- 
bourget ironiquement. 

Li Chesseu. 



Belle, belle, belle. 



Mayanne {tôt s' moquant). 
Belle à c'ste heure. 
Li Chesseu. 

Belle ji v's aime. 

MAYAfiNK. 

L'aime di Hu. 
(IlANNAY. Les Amour d'à Mayanne. II, se. 15.1886.) 



— 11 — 

AT MER. 

30. On s'aime bin sins s' fer tant d' fiesse. 

LiTT. On s'aime bien sans se faire tant de fête. 
Les grandes démonstrations d'amitié ne sont pas toujours la 
preuve des sentiments qu'on éprouve. 

De profestalions, d'oftres et de serments, 

Vous chargez la fureur de vos enibrassements, 

Et quand je vous demande, après, quel est cet homme, 

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme. 

(Molière. Le Misimtlirope. Acte I, se. i.) 

Cf. Pas tant de familiarité pour si peu de connaissance. 

31. Qui m'aime, aime mi chin. 
LiTT. Qui m'aime, aime mon chien. 

Quand on aime .quelqu'un on aime tout ce qui lui appartient. 

(LiTTRÉ.) 

Pr. fr. — Qui aime Bertrand, aime son chien. (Quitard.) 
Qui m'aime, aime mon chien. 

(OUDIN. Curiositez fratiçoise.1. 1640.) 

32. J'aime mia non qii'oyî. (Namur.) 

LiTT. J'aime mieux non que oui. 

Je ne désire pas avoir de rapports avec cette personne, 
j'espère qu'elle n'acceptera pas mon concours, mes offres. 

33. J'aime mia deux gros qu'on p'tit. (^^\.)IUK.) 
LiTT. J'aime mieux deux gros qu'un petit. 

Quand on a le choix on prend ce qui a le plus de valeur. 

31-. Li cinque qui aime n'haït nin. (\amur.) 

LiTT. Celui qui aime ne hait pas. 

On ne peut éprouver ces deux sentiments ; s'emploie souvent 
ironiquement. 

AIR. 

3o. I n' vike uiii d' l'air (|ui li soffèle â cou. 
LiTT. Il ne vit pas de l'air ([ui lui souffle au cul. 
Il ne vit pas de l'air du temps. — Il est à son aise, il est 
riche. Il ne se contente pas de peu. 
Pr. fr. — Il a du foin dans ses botte.s. 

Oh ! s'nossc roye fdve li mfme jug'mint 

Nos minissc firit bin paou, 

Ca j'creus qu'i n's'arichihet nin 

Dô vint que l's y solMe à cou. 

(Dehin. L'idnjednJûques. Fàvc. 1845.) 



— 12 — 

L'OVRÎ. 

N'a sur iiie traque là d'vins, on n'a jamàyc vèyou 
S'écràhî comme li dame ilè vint qu'soUele ù cou. 

(Hannay. Li mâije neûr cf à Colas. I, se. lo. 1806.) 

Namur. I n' vique nin d' l'air qui li sofîele au cul. 

Variante. On n" vike nin d' l'air d6 timps. 

LiTT..On ne vit pns de l'ait' du temps. 

Tatenne. 

l>a, si vos n'ra'avîz nin, il arriv'rcut sovint, 

Magré tôt çou qu'vos d'hez, (|ui v'vikriz d'I'air dé timps. 

(Remol'Champs. Li Sav'ti. I, se. 5. iSuS.) 

AISE. 

l-iG. I prind ses aucbe. (N.vmur.) 

LiTT. Il prend ses aises. 

Il ne se gêne en rien ; il ne fait que ce qui lui plaît ; il prend 
son temps. 

ALLER. 

37. Il a stil à Paris so 'ne galle, 
Enne a riv'nou so 'ne savatte. 

l.iTT. Il a été à Paris sur une chèvre, 
Il en est revenu sur une savate. 
C'est un hâbleur. — La fortune ne lui a pas souri dans ses 
voyages. 

Pr. fr. — A beau mentir qui vient de loin. 

38. Où sainl x\rnoiil va, saint Aiibert enne va nié. 

(Mon s.) 

LiTT. Où saint Arnoul va, saint Aubert ne va pas. 
On ne peut pas boire et manger beaucoup ; 
Celui qui boit beaucoup, mange peu. 

MoN.s. Enne buvez nié comme in pourciau pasque où saint Arnoul va, saint 
Aubert enne va n\é, eiet que vos f riez vos fosse avét vos dint. 

(MouTiUEt'x. Des uouviaux conte de <niii'. 1830.) 

PiOUtHi. Où qu' sainl Arnould va, saint Honoré n'sarot aller. 

(HÉCART. Dict.) 

Saint Arnoul, patron des brasseurs. 
Saint iVubert, patron des bouchers. 
Saint Honoré, patron des boulangers. 

39. Aller so Héve. 

LiTT. .Aller vers Hervé. 

La route de Liège à Hervé passe devant le cimetière de 
Robermont. 



— 13 — 

Avoir mauvaise niine; dépérir; et fig. avoir le moral sensi- 
blement attaqué. 

Pr. fr. — Filer un mauvais coton. 

V's estez sur qui qwand 'ne homme saive 
Fait 'ne laide jaive, 
C'est qu'i va so Hève. 

(Alode Pryor. On voijèje à Vervin. i8G3.) 

Mais m'pauve liesse va so Hùve, 
S'elle si trouve adlez mi, 
Comme ji lî pettreu s' jaive 
Si j'woiséve Tabressî. 

(V. Collette. Marèyemes cmour. Ch. -ISGi.) 

40. Qui va rend s'asloqiie. (M.\lmedy.) 

I ITT. Qui va vite s'arrête (trébuche). 

II ne faut pas vouloir forcer un travail ; s'enrichir trop 
rapidement. 

Stavelot. Qwand on va trop reud on s' Irébouhe. 

41. On t' verra aller avec eine cliavate et in chabot. 
(Tournai.) 

LiTT. On le verra aller avec une savate et un sabot. 

Ce dicton de forme prophétique s'adresse à ceux qui font un 
mauvais usage de leurs richesses, et qui ont Tair de s'en en 
orgueillir. 

J'vous ming'rai jusqu'à vos derniers liard et je n's'rai bien aisse qui quand 
j'vous voirrai aller comme des minabe, loque devant, loque derrière, aveieinechavate 
et ein chabot. (Leroy. Biùc dijier, traduction du Dieu Ùilie, de Simon. Se. 10. 1888.) 

4"2. I va todeu et i n'sé où, 

Comme li poyon qu'est soiirteu d'I'oû. 

(JODOIGNE.) 
LiTT. Il va toujours et il ne sait où, comme le poussin qui 

est sorti de l'œuf. 

Il marche au hasard, sans but; ce qu'il lait n'a pas de raison 

d'être ; il ne raisonne p.is. 

Var. Jodoigne. Oc r'vé de r'va. — Il va toujours. 

43. Il iret jiistiifà Tliii, comme ma grand'mère. 

LiTT. II ira jusqu'à la hn comme ma grand'mère. 
Il ne changera pas. Se dit surtout en mauvai.^e part. 

44. I n'poul aller j)ire ([iii toi d'iriviel. (Namuu.) 
LiTT. Il ne peut aller pire que tout de travers. 

Il ne peut avoir une vie, une condition plus pénible que 
celle qu'il a. 



— 14 — 
ALLUMETTE. 

4o. l r'sonne les brocale, i flaire po d'seûr et po 
d'so. 

LiïT. Il ressemble aux allumeLtes, il pue par dessus el par 
dessous. 

Il n'a«que des désagréments, des défauts ; ou ne sait par où 
le prendre. 

Allez, mâcile frûye ! vos ravisez les brocale, vos flairîz d'seùr el d'so. 

(Dehin. Li hnrèg'rexse di so Vmnrchl. 184a ) 

4(3. C'est-st-ine brocale siiis soûfe. 
LiTT. Gest une allumette sans soufre. 
C'est un homme froid, indifférent. 
Var. (J'est-st-on J'han pau chaud. 

47. On esprindrcut 'ne brocale so s'visège. 

LiTT. On allumerait une allumette sur (à) son visage 

Avoir le visage enflammé, rouge par e.Kcès de boissons 
alcooliques. 

La colère produit le même elVet en faisant monter le sang à 
la tête. 

Le feu de sa colère pourrait allumer une chaîiJelle. 

(Le père Jean-Marie. Le divcriissemenl des sages. 1665.) 

Tournai. R'waitiez ein p'tit peo s'visache ; on alleuinrcol einealleumette, de forge 
qui est inflamniil [lo g'nèfe. 

(Leroy, niée di fiei\ Irad. du Bleu Blhe de Simon. Se. i. 1888.) 

Var. Niveli.es. Ses hlanchett^s maehel r'iuch'net comme des cabu, 
I flam'net qu'o vourait allumer s |)u|)e dessus. 
(Renard. Les aventures de Jean d'NivelUs. Lh. dl, î-i^ c-d. 1890.) 

ALOUETTE 

48. Ralinde qui les àlouetle vis toumesse lotès 
roslèye. 

LiTT. Attendre que les alouettes vous tombent toutes rôties. 

Se dit à un paresseux qui voudnnt avoir les choses sans 
peine. (Acad.) 

Pr. fr. — Il attend que les alouettes lui tombent toutes rôties 
dans le bec. 

Les alouettes lui tomberont toutes rôties dans la bouche. 

(OUDIN. Curiositez frunçoises. 1G40.) 

I pin.sève avu les àlouelte totcs rostèye. (Forir. Dict.) 

Ni v'iiîz màye so l'iimps wisse qui les alouette 
Divet, lotès rostèye, tourner so voste assiette. 

(M. Thiry. tne cope di (jrandiveux. 1859.) 



— 15 



Variante. Bare. 

Habèye, dihonibrans-nos, ca ci n'est nin tôt creùh'lant les bresse qui les châpaine 
vis tounrroni totès rosloye es vosse bol<e. 

(Willem el Bauwens. Li galant (ià Fijinc. Se. o. 188'2.) 

Marche. T' vorais des aniouelte rosiée. 

Verviers. Les alôye ivrause et haîtèye 

Nu toumet nin lote roslêye 
Duvins r berna d'o taideu. 

(XiioFFER. Lu poète wallon. 18G0.) 

MoNS. Dins c' monde ci i faut travailler pasqud les alouette enne vos tonibVont 
nié toutes roslies dins vos bouche. 

(MOUTRIEUX. Des nouviaux conte (lés quié. dSoO.) 

St-Quentin. Ouvrez vos bouques, cbés alleu-.tte il y queiront pour seur toutes 
rôties. 

Pr. provençal. — Espero que las callos i toumbo toutes 
rousiidos, coumo as entants d'Israël. 

[Revue des langues rouianes. -1881.) 

Basse-Alle.magne. — Wailen bis Einem die gebratunen 
Taubcn in den Mund fliegen. 

49. Quand vos t'nez 1 alouette, vos l' clivez pionnier. 

LiTT. Quand vous lenez l'alouetle, vous devez la plumer. 

Quand vous étiez à même d'obtenir cet emploi, celte place, 
cette laveur, de profiter des bonnes dispositions de cette 
personne, vous deviez le faire. 

Ne laissez pas échapper l'occasion. 

Quand vos t'nez Tàlouette, 
Vous devez la plumer ; 
Quand vous t'nez la fillette 
Vous devez la baiser. 
(Crûmignon. Bulletin de la Société. V, 2>' sér., n» XXXIV.) 

Variante. Mathy stoffé. 

Ti deu? k'nohe li vî spot, et ti deus bin l' bouler 
Qwand inc fùye on tint 1' poye i fàl 1' savu ploumer. 

(H.-J. Toussaint. Ilinri et Daduie. Il, se. V. 1870.) 

Daii'HINé Quan te lenia la cailla 

Folié là pkmassi. 
(Roland, liecueil de chamom populaires. II, |t. ?,0. iSSfi.) 

AME. 

oO. T'n'ame n' pass'ra nin por là. (Tournai ) 

LiTT. Ton âme ne passera pas par là. 

Un dit cela à celui qui s'étant fait une légère blessure s'épou- 
vante de voir son sang couler. 

Var. Nivelles. Vos bouya n' pass'ront né par là. 



— 10 — 

ol. Avoir l'ame plus noirte que rcœurdel'quemen- 
nèe. (Tournai. ) 

LiTT. Avoir rame plus noire que le cœur (centre) de la 
cheminée. 

Etre mauvais, vicieux, couvert de crimes 

Le cœur de la cheminée, où est ordinairement une plaque. 
Il est noir comme le cœur de la cheminée. (Littré.) 

AMENDE. 

52. C'est les haltou qui payet l'amiiide. 

LiTT. Ce sont les battus qui payent l'amende. 
Se dit en parlant d'un homme qui est condamné, tandis qu'il 
devrait être dédommagé. (Acad.) 

Pr, fr. — Les battus payent l'amende. 

Il est des hommes de I.orris où le battu paye l'amende. 

(EsTiENNE l'ASQUiEiî. Opéra. 1732 ) 

C'est la coustunie de Lorry, où le battu paye l'amende, 
Ceux qui nous doivent nous demandent. 

(Le père Jli.VN-JlARlE. Le diverimemcnt dcx saijcs. -IBIJo.) 

Le mort a le tort et le battu paye l'amende. 

Ce proverbe vient d'une équivoque : la loi s'adressant au 
coupable, lui dit : le bats-tu? Paye l'amende. {Uici . porinUf 
(h'-i j)rov. français, i'/ 5 1 .) — On pourrait y voir aussi une 
allusion à l'Ordalie ou Jugement de Dieu. (Loysel. Inst. 817.) 

Cité par Forir. Die'. 

M.\RCHE. C'est l'battou qui paye l'aminde. 

C'est les battou qu'pâyeront l'aminde. 

jjamur. Li moirt à l'Ioirt et l'batlu paye l'aminde. 

MoNS. Vos volez la guerre; eb bé ! Vos Parez; et gare à vous ! Vos poudriez hû 
in vire dé grise, et faites bé attintion qu' c'esi toudi lés battu qui paient-té l'amende. 

(Letei.LIER. Armonaque dé HIuiis. ISJJO.) 

AMI. 

53. Gu'a si bons ami qui n' si qwilesse. 
LiTT. Il n'y a si bons amis qui ne se quittent. 

On ajoute en français : disait Dagobert à ses chiens; sans 
aucun doute parce qu'il les congédiait un peu bru.squement. 
Pr. fr. — Il n'est si bonne compagnie qui ne se sépare. 

Var. Namir. I gn'a si belle compagnie 

Qui doit fini pa s' quitter, 
Di l'accueil on vos r'mercie 
(>n 'nne aureuve wasu douter. 

(J. COLSON. Les bardes à Charleroi. Cb. 1802.) 



— 17 — 

MoNs. J' m'amuse fin bi' diiis vos société, mais i n'a d' si belle compagnie qu'i 
n' faut qu'on s' quitte, comme dit 1" proverpe. 

(Leteixier. Armonaque dé Jlotix. iSGi.) 

54. I n'a pas à dire : mon bel ami. 
LiTT. Il n'y a pas à dire : mon bel ami. 

C'est en vain que vous cherchez à m'amadouer ; vous ave^ 
beau dii'e ; cela doit être. 

Mo^s. I n'a pas à dire, mon bel ami, çà fieu, vos y passerez ; c't' enne chose décidée. 

(Leteluer. Armonaque dé Mons. iSoo.) 

55. Ami po èpronler, enn'mi po rinde. 

LiTT. Ami pour emprunter, ennemi pour rendre. 
Quand on demande à quelqu'un l'argent qu'on lui a prêté, 
on s'en fait souvent un ennemi. (Agad.) 

Pr. fr. — Ami au prêter, ennemi au rendre. (Cf. Loysel.) 
Au prêter cousin, à rendre fils de putain. 

(Oi;din. Curiosilez françoixes. 1640.) 
Ami po pruster, enn'mi po rinde. (Forir. Dici.) 

Basse- Allemagne — Leihen machtFreunde,vviederfordern 
Feinde. 

50. On dit si s'crel à one ami, 

Mais c't'ila a one ami ossi. (Namur.) 

LiTT. On dit son secret à un ami, 

Mais celui-là a un ami aussi. 
On ne doit se fier à la discrétion de personne. 

57. On connaît les ami quand on a dangi d'zel. 
(Naml'r.) 

LiTT. On connaît les amis quand on a besoin d'eux. 
La véritable amitié se montre dans l'adversité. 

C'est d'vins rmàlheùr qu'on k'nohe les camarade, 
Dit-st-on vî spot qu'a l'oirt sovint raison. 

(Salme. Li voix dé r lik'twliaiice. Ch. 1877.) 
Verviehs. Lu Lin crehe four dé mau même 

drand duspli acseigne, qui v's aime. 

(Ki'NlER. Spots rimes. 1871.) 

Var. Namur. Les camarade, c'est comme les vigilante, on n'es trouve pus, on 
côp qu'i plout. 

AMITIE. 

58. L'amitié dtiskeind chon eau pus (ju'elle né 
monte. (MoNS.) 

LiTT. L'amitié descend (chaque fois, souvent) plus qu'elle ne 
monte 

2 



— 18 — 

L'affection des parents pour leurs enfants est plus grande 
que celle des enfants pour leurs parents. 

50. Les p'tits présint iiilrit'nol l'amitié. 
LiTT. Les petits présents entretiennent l'amitié. 
Traduction peu usitée du proverbe français, donnée par 
Fomn. Dict. 

Vahiantes. Les p'tits présint wùrdet l'accoird. 

Les drinhelle intrit'net l'bonne paye. 

L'échange de bons procédés ravive les sentiments. 
Yerviers. Lis a. 

On dit qu'les p'tits cadeau intrut'net l'amilid. 
Nelle. 

(^.u qui r'iive çu qu'on donne est Tmanire d'esse dune. 

(Renieiî. Li mohomte à deux face. Se. 0. 1873.) 

l.w.LE. On s'fait des prdsint par douzaine 

Pour intcrlenir l'amitié. 

(Desrousseaux. Chansons lilloises. '18;)7.) 

GO. Amitié d'inlantch'esld'l'ieaudinsein querlin. 
(Touhnal) 

LiTT. Amitié d'enfant c'est de l'eau dans un panier. 
L'amitié d'un enfant dure peu. 

AMORCE. 
Gl. Fer friche so l'amoice. 

LiTT. 1^'aire friche sur l'amorce. 
Rater, manquer son coup. 
Friche, onomatopée, 
(lilé par P'oam. Dicl. 

Buvans à 1' santé 
Di nosse binainé 
Sins fer friche so l'amoice. 

(B.ULLEiiX. Chanson en V honneur de Soubrc. ISiS ) 
Sor mi-mùmeji .saveus fer 'ne foice. 
Adon ji fcve friclie so l'amoice. 

iDehin. Coii.sèije à l' jônes.se. 18o0.) 
Ou l'armire est stopôye, ou li r'sort est sins foice, 
Et, pus sovint qu'à s' tour, i fait friche so l'amoice. 

(Tiiir.Y. [ne copenne \o V niaviètje. -IS'iS.) 

()i. Oder l'amoice. 

LiTT. Sentir l'amorce. 

Pressentir quelque chose; .se douter d'un piège que l'on 
Vous fend. 

JoDoiGNE. Il a sinlu l'nu/f!, 1' mèche 



— 19 — 

AMOUR. 

63. 1 gn'a qu'amour (|ui plaise, fait-on (jwand on 
z-abresse on vaî. 

LiTT. Il n'y a qu'amour qui plaise, fait-on (dil-on) quand 
on embrasse un veau. 

JoDOiGNE. Ce qu' l'amour fuil fer, dil-st-elle le ferame qui rabrcsseuve se via. 

()4. L'amour si tape ossi bin so on cherdon qui so 
'ne rose. 

LiTT. L'amour se jette aussi bien sur un chardon que sur 
une rose. 

Tous les goûts ne se rapportent pas. Il ne faut point disputer 
des goûts. (AcAD.) — L'amour est aveugle. 

Aussi bien sont amorettes, 

Sous buriaus cum sous brunettes. 

{Ane. prov. XlIIe siècle.) 

BuRiAU, bureau, drap mélangé, de prix inférieur, dont se 
servait le peuple. 

Bruneite, étofTe très fine dont s'habillaient surtout les 
dames de distinction. 

L'amour se glisse aussi bien sous un habit que sous un autre. 

(Le Roux de Lincy. Dict.) 

65. Il a r moi ri seu les oii\e et ça vont co fer 
l'amour. (Jodoigne.) 

Lut. Il a la mort dans les yeux et cela veut encore faire 
l'amour. 

Il veut entreprendre une chose qu'il ne pourra mener ù 
bonne fin. 

66. L'amour fait danser les àgn ?. 

LiTT. L'amour fait danser les ânes. 

Les gens les plus grossiers sont civilisés par l'amour. 

Cité par Forir. Ihct. 

Ane. Pr. fr. — Amour apprend aux àiies à danser. 

67. Les bèri(jue et les blanes cli'vet sont des 
(jwillance d'amour. 

LiïT. Les besicles et les cheveux blancs sont des (luitlances 
d'amour. 

Ce proverbe, cilé par Leroux {Dirl. co}hi(iuc. 1752), signifie 
« qu'on ne doit plus songer à la galanterie en cet état ». 

l*r. IV. — Quand on [jr^nd lunettes, adieu fillettes. 

(Ol'DIN. Curiositczfmiiçoines. lO'tÛ.) 



— 20 — 

Bonjour luneltes, adieu fillettes. (Liltrd.) 
Ouund l'àgo vient de prendre lunettes, 
11 faut renoncer aux amourettes. 

Citô par FoRiR. Dict. 

V,\RiAKTE. A cinquante an, i (hi bot'ner s'coud'châsse, et dovri s'câve. 

G8. L'amour richonne au feu qui s'discouve pa 
ri'umère. (Namur.) 

LiTT. L'amour ressemble au feu qui se découvre par la 
fumée. 

Quelque soin que l'on prenne pour cacher une passion vive, 
il en paraît toujours quelque chose. (I.ittré.) 

L'amour le plus discret 

Laisse par quelque marque échapper son secret. 

(Racine. Bnjaiet. III, se. 8.) 

AMOUREUX. 
G9. Li cisse qui n'a qu'on galant n'a nouk. 

LiTT. Celle qui n'a qu'un amoureux n'en a pas. 
11 faut savoir inspirer un peu de jalousie pour rendre l'amour 
plus vif. (Opinion des Célimènes.) 

70. Ji SOS si amoureux d'vins mes châsse qui ji n'sés 
l)us mi r'trover d'vins mes soler. 

LiTT. Je suis si amoureux dans mes bas que je ne puis plus 
me retrouver dans mes souliers. 
Je ne suis pas amoureux. 

71. G'est-st-on galant d'fiesse, qu'ennès r'va avou 
les violon. 

LiïT. C'est un amoureux de fête, qui s'en retourne avec les 
violons. 

C'est un homme sur lequel on ne peut compter ; ses paroles 
ne tirent pas à conséquence. 

7*2. G'est-on Jean bonnes jolie 

11 est-st-amoureux d'iortole. (Jodoigne.) 

LrrT. C'est un Jean bons choux 
Il est amoureux de toutes. 
Il fait la cour à toutes les femmes et prodigue des déclara- 
lions d'amour auxquelles on ne doit pas croire. 

73. Elle cange di galant comme di ch'mîhe. 

LriT. Elle change d'amoureux comme de chemise. 
C'est une personne légère, volage, changeante. 



- 21 - 

Fraheries. Mauame. 

Seroit-cc parce que Pierrot a passé l'arme à gauche, 
Après li, s'ra in autc. 

Pierrot (à pan.) 

Ein cange-t-ellc con"me de cauche ? 
(J. Dl'FRANE. Pierrot vit co. Se. o. — Armonaque borain. 1890.) 

Var. Namur. Victor. 

Eh bin, po vos 1' dire franch'mint. les commère, çacanged'idéecomme dich'mige. 
(Berthalor. Cwanujicttnéd'cin. Sc. S. 1890.) 

74. Tos les lianteii ni s'mariet nin. 

LiTT. Tous les amoureux n'épousent pas. 

Une faut pas disposer d'une chose avant de la posséder. II 
ne faut pas se llaller trop tôt d'un succès incertain. (Acad ) 

Pr. fr. — Tel fiance qui n'épouse pas. — Il ne faut pas 
compter sur le lendemain. 

Variante. Va, pauve orphulène, 

Songe si t'es malène 
Qui tos les hanteu 
N' sont nin des sposeu. 

(Nie. DiFRECHEUX. Li bon coiix^ijc -1870.) 

Variante. Baîcûp d'hanteu et pau d'marieu. 

(FoRiR. Dict.) 
Var. Tournai. Nous l'saveons hé, méiesfrJquinteun' sont pos toudi lesmaricu. 
(Lfroy. Biec difiér trad. du Bleu-liihe de SiMON. 1888) 

Fille fiancée n'est ni prise ni laissée. 

(Loisel. lustitittes coutumiùrex. 1007.) 

liK Noter Darne dé Bizincourt 

Melte in ainoareuxdins m' n'écourt. (Tournai.) 

LiTF. Notre Dame de Bizincourt. 
Mettez un amoureu.K dans mon cœur. 

Dicton des filles de Mourcourt assez répandu à Tournai 
parmi les gens du [)euple. 

.\NE. 

7(). On n'sàreiil ter beùre ifKîàjïne (jni na nin seu. 
LiTT. On ne saurait faire boire un âne qui n'a pas soif. 
On ne saurait obliger une personne entêtée à faire ce qu'elle 
n'a pas envie de faire. (.Vc.ad.) 

Vv tV. — On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif. 
Marche. Frise bin maugré li, heure one anc? 

Prov. Languedoc. — On a beau sibla, qan l'aze bou pas 
baioure. 

{licruc des lamjucs romanes. 4881.) 



22 



77. I s'kilape coiiiine iiie ùgne qu'a on pègne es 
trô de cou. 

LiTT. Il se démène (se débat) comme un âne qui a une tète 
de chardon dans le derrière. 
Il ne peut, rester tranquille. 

JoDOiGNE.* I s' cotappe comme on bnudel qu'arot l' fet au eue. 

78. On piède si savon à laver l' liesse d'ine âgne. 

LiTT. On perd son savon à laver la tête d'un âne. 
Inutilement on se donne beaucoup de peine pour faire 
comprendre à un homme quelque chose qui passe sa portée. 

(ACAD.) 

Pr. fr. — A. laver la tête d'un âne, d'un more, on perd sa 
lessive. 

B(5 ! ma tu convinra, gaiçon, 
Et ca ce qui me dane 
Que Jésu padi son saivon 
Ai recurd ses ânes. 
(Bernard de la Monnoye. Ancien Noël BuurguUjnon.) 

A laver la tête d'un âne on n'y perd que le savon. 

(Le père Jean-Marie. Le divertissement des sages. IGOo.) 

79. C'est l'âgne d'à saint Nicolèye. 

C'est l'âne de saint Nicolas. 

Il s'agit du fameux grison porteur des friandises que le bon 
saint distribue aux enfants, le 6 décembre. 

C'est la bête à Dieu. — C'est un cœur d'or. - C'est la bonté 
même. — il fait tout ce qu'on lui fait faire. 

Variante. Thérèse. 

Elle dit qui vos estez, qwand vos n'avez nin bu. 
L'homme li mùyeu de monde, enfin l'àgne d6 bon Diu. 

(SaI-me. [ne Jeumme qu'ènnès vdt deux. Se. -14. -1876.) 

80. Mette li cossin so l'âgne. 

LiTT. Mettre le coussin, le bât sur l'âne. 

Faire porter à quelqu'un une chose gênante, embarrassante, 
incommode. — Compter sur l'obligeance d'autrui pour se 
débarrasser d'un fardeau. 

I s'apinsatqui s' fèye, n'avant \)0 lot si appoirtqui s'mantulel. <^t sTi.sai, i fnnit 
côp d' maisse dé l'hèrer à Des Tawe, et d' mette ainsi li cossin so rà,L>ne. 

(Magnée. Li lioulnttc. Conte. 1871.) 



81. Tourner à I)Oiirriqiie. 
LiTT. Tûut^ncr en bourrique. 



— 23 — 

Devenir stupide; faire aveuglément toutes les volontés d'une 
personne. (Littriî.) 

Marche. Théhése. 

L' question n'est nin là, clér'mint mi, ,ji v' l'explique, 
C'est qui s'dame, qwand l'vout, l' fet tournetà borique. 

(Alexandue. Li péfion d'avril. III, se. 2. i8o9.) 

Namur. Dins r crainte di tourner à bourrique 

Ni nos mèlans nin d' politique. 

(Wéuotte. Jt chante. Chanson. 1807.) 

Va». Namlr. Ah ! si 1' gèncve li fait tourner à biesse. 

Tapez r droit jus 

(Wérotte. Dex .inuhait. Chanson. ISGT.) 

Chari.eroi. L'pape inraget qu'il tournet à bourrique 

Eiet d'sus li, doit, i braque esse fusique. 
(BCRNls. L'pape Pie /A' cict Vpctii Châles du champette. Conte. 1873.) 

8:2. Baudet criiatiiro, 

Qui n'sait gnié lire es s'n écriture. (Mons.) 

LiTT. Baudet de nature qui ne sait pas lire son éeriturc. 

Être d'une ignorance crasse. 

Pr. fr. — Il est bien âne de nature qui ne sait lire sou ocrilurc. 

83. Ou baudet p6rit todi po les patte. (Nâ.muu.) 

LiTT. Un baudet périt toujours par les pattes. 

C'est Torgane qui fonctionne le plus qui est usé le premier. 

84. ï fet l'effet d'un grain d'aveine dins l'^Mieule 
d'un baudet. (Tourn.ai ) 

I.iTT. Il fait reflet d'un grain d'avoine dans la gueule d'un 
âne. 

Il passe complètement inaperçu. 

85. Fer l'baiidet po-z-awet do son. (Namiik.) 

liiTT. Faire l'âne pour avoir du son. 

Se montrer plu.s simple qu'on n'est réelleincMit [lour oMciiir 
quelque chose (Littrii;.) 

Pr. fr. — Faire l'âne pour avoir du bran (son). 
Il faisait de Fasne [)our avoir du bran. 

(Rarei.ais. l'rogn. pantaj^.). 
Var. Nami'R. 11 fait l'cliin po-z-awel des ouchat. 

ANGE 

8(). Anche au cabaret, diale es s'inaiijoiine. 

(JODOKJNE.) 
LiTT. Ange au cabaret, diable dans sa maison. 



— 04 — 

Homme aimable et joyeux hors de chez lui, désagréable et 
grondeur lorsqu'il est rentré. 

87. Les anche ne cuoieyenet au diale que quand 
z-ont r'çu on comi) d'cuoine. (Jodoigne.) 

LiTT. Les anges ne croient au diable que quand ils ont reçu 
un coup de corne. 

L'accomplissement d'un fait est nécessaire pour convaincre 
certaines personnes naïves. 

ANGLAIS. 

88. Picherà l'inglesse. (Tournai.) 

LiTT. Pisser à l'anglaise. 

Sortir sous prétexte d'uriner et ne pas rentrer. - Partir 
sans payer, se tirer adroitement d'une affaire sans bourse délier. 

Il faut faire remonter cette locution proverbiale à l'époque 
où parut, au grand mécontentement des industriels belges, 
excités par certains fabricants, la loi sur le libre échange avec 
l'Angleterre. On se rappelle encore l'émotion des ouvriers 
tournaisiens, leurs promenades bruyantes en ville au cri de 
a à l'ieau l'z inglès », ainsi que le cortège satirique dans lequel 
John Dull était représenté sur un char, en Gargantua insatiable. 
Le peuple alors trouvait plaisir à qualifier d'anglais tout ce qui 
était inconvenant ou déloyal : « traiter à l'inglesse », être mal 
reçu; « payer à l'inglesse », refuser de payer; « s' moucher 
à l'inglesse », se mouch3r sur sa manche, ou se passer de 
mouchoir, etc., etc. « Picher à l'inglesse » est la seule expression 
restée dans le répertoire populaire. 

{FArenne.i tournaisiennes. iSSfi.) 

ANGUILLE. 

89. Dihâssî l'anwèye po 1' quowe. 

I.iTT. Écorcher l'anguille par la queue. 
Commencer par l'endroit le plus difficile cl par où il faudrait 
finir. (AcAD ) 

Pr. fr. — Écorcher l'anguille par la queue. 

(Ol'DIN. Curiosilez fninçoiscx ICiO.) 

Cité par FoRiR. Dlct. 

Namliî. Dimoussl l'ainwic j)a 1' queuwe. 

ANNÉE. 

00. I n' fàt nin s'èwarer d'ine mâle annêye, on 
'nne a bin deux. 

LiTT. Il ne faut pas s'effrayer d'une mauvaise année, on en a 
bien deux. 



Il ne faut pas se laisser abattre par un petit revers, quand 
un grand malheur peut survenir. 

Prov. espagnol. — Il faut caver au pire. 

91. Qui vout s'arriclii so ine an, si t'ait pinde à 
bout d' six meus. 

Ijtt. Celui qui veut s'enrichir sur (en) un an se fait pendre 
au bout de six mois. 
Cité par Fûrir. Dict. 

Pr. fr. — Qui veut s'enrichir en an se fait pendre en six mois. 

(Le Roux de Lincy.) 

Celui qui emploie des moyens déloyaux dans le but de 
s'enrichir très rapidement est exposé à en être puni. 

92. Esse de ['bonne annêye. 
LiTT. Être de la bonne année. 
Être simple, crédule, 

Hauaja. 

I fallève esse dé ['bonne annêye 
Pov's t!S lèyî allourdiner. 

(De Harlez. Les hypoconte. III, se. 7. IToS.) 

Hatuystoffé. 

On poul dire qui v's estez dé l'mèyeu des annèyc 
Et v's àriz bin nii fait di d'mani i-s l'coulôye 

(Toussaint, llwn et Dndite. II, se. fc. 1870.) 

Namuu. Et puis d'mandez poquoi one guerre si acharnée, 

Poquoi ? vos diret-on, estoz dé 1' bonne année? 

(A. Demanet. Oppidum Atuniicorum. I8i3. — Ativ. de la Soc. arch. de Numur. T. 11.1 

93. Cint an bannîre, 
Cint an civîre. 

LiTT. Cent ans bannière 

Cent ans civière. 
Changement de fortune dans les familles. 

(FoRIR. niri.) 

Les grandes maisons finissent par déchoir. On les a comparées 
aux pyramides, dont la vaste masse se termine en petite pointe. 

(QuiTAUU. Dict. des pror.) 

Prov. fr. — Cent ans bannière, cent ans civière; c'est-àdire la 
même famille qui portait il y a cent ans la bannière, porte 
maintenant la civière et réciproquement. (LiTTiiii.) 

Varia.nte. Ainsi va le monde, 

Quand l'un descend, l'autre monte. 

(OruiN. Cuiiositez fiaiiçoises. ICiO.) 



— 26 — 

94. Ça s'fret rannêye biseUe, 

QwaïKÎ ploûret des berwelle. 

LiTT. Cela se fera l'année bissextile 

Quand il pleuvra des brouettes. 
Gela ne pourra jamais avoir lieu. — Renvoyer ii un temps 
qui ne tiendra jamais, à ce qui n'existe pas. 
Vv. t'r. — Renvoyer aux calendes grecques. 

Iîietii'mé. 

Mettez bin vosse main d'sus, Tùti, vos l'iroùv'rez d'sos 
V l'ftrez l'annôyc bîsette, qwand ploùret des berwelle. 

(Hemouchamps. Tdti l'perriqui. I, SC. 6. ISH.'j.) 

Var. Mons. Les monvais payeur promeltenl-ld toudi tout bas d'payer l'arindc 
bizette, quand l(;s pouille iront à crochette, et on alteind toudi après c'n'annt^e là. 

(Letei.i.ikh. Armonaque dé Mom. -1848.) 

Var. Mons. Il a tout tmû pa rfernielte 

Ça a kèyu dessus i'tiette 
Dessus rtielle d'in marichau; oh ! 
El j'cois qu' c'est l'annde bisetle 
I kée du brin à l'place de l'iau, oh ! 
Ringuinguelle, oh ! ringuingô. 

On désigne par année bisette une année merveilleuse. 

(SlGART. Uicl. -1870.) 

Cn.\RLERoi. Quand on m'tir'ra co 'ne parèye guette, 

Les pouye diront su des crosselte. 

(Bernus. L'coirbeau eièt 16 r'nau. Faufe. IS'iJ.) 

Var. Naml'R. Marie. 

Quand c'tiia m'rivairel bin les pouye auront des dint. 

(Bertholor. Cwnmcji et nu'd'ci». Se. S. 1890.) 

Var. Tournai. Quand les poule areont des dint. 

Var. Nivelles. Si l'carême dure sept an o fra ça à Paque. 

95 Ji mes moque comme di l'an quarante. 
LiTT. Je m'en moque comme de l'an quarante. 
Cela ne m'inquiète nullement. — Je n'y aurai pas le moindre 
égard. — Je m'en fiche comme de Pitt et Cobourg. 

(QuiTARD. Dici., p. 35.) 

Variante. Ji m'es sovins comme di l'an quarante. 

(Remacle Dict 1889.) 

Lamrert. 

Tôt comme di l'an quarante, ji m'flche di z'el lurtos, 
Loukiz ci p'tit machin, avou lu j'pou fer toi. 

(Toussaint. Lambert li foirsolé. UI, se. -l'*. ^871.) 

Marche, Dès qu'one commf^re court à cinquante 

Ça fait cinq creux sus tôt galant, 
On-z-ès rit comme di l'an quarante. 

(Alexandre. Ftit corti. Tome HI. -1800.) 



96. A r novel an l'aîwe pèhe volti 

LiTT. Au nouvel an Peau pêche volontiers. 
C'est en général l'époque des inondations dans nos contrées, 
l'eau amène les épaves. 

97. Annêye di plocon, 
Annêye di lioûbion. 

LiTT. Année de pucerons, 
Année de houblons. 

98. Avri et Saint H'mèye 
Pàrtet l'an es moitèye. 

LiTT. Avril et Saint-Remy (l"' octobre) partagent l'an en 
moitié. 

(FoRlR. Dici.) 

Variante. Pfkque et R'mêye 

Partet l'an es d'mèye. 

ANSE. 

99. Fer danser l'anse de banslaî. 

LiTT. Faire danser Tanse du panier. 

Se dit d'une cuisinière qui gagne sur les denrées qu'elle 
achète. (Littré.) 

Pr. fr. — Faire danser l'anse du panier. 
Jeannette. 

Enfin d'on possc 

I fàt i)rinde gosse 
Adon d'ses maisse, esse so les intérêt, 

Jamàye qui l'anse 

l)è banstaî n'danse 
Et s'dire tôt fer, di bon cour j'ouveurrcs. 

(Wii.i.EM et Ralwens. Pèclii racli'té. Se. 10. 188^2. ) 

AOUT. 

100. L'aousse apoite 

Çoii qii'màsse èpoite. 

LiTT. L'août apporte 

Ce que mars emporte. 
Ce proverbe est cité dans l'Almanach de .Mathieu Laensberg, 
1833. 

APOTHICAIRE. 

101. L'apotilicâre n'ode nin ses drongiie. 
LiTT. L'apothicaire ne sent pas ses drogues. 



28 



On finit par s'accoutumer aux inconvénients de son état. — 
L'habitude nous fait trouver certaines choses si naturelles que 
nous sonimes surprix ([ue les autres en soient incommodés. 

Cité par FoRiR. Dlct. 

APPARENCE. 

10"^. 1 n' fàl nin s' fiî àx apparince. 

LiTT. Il ne faut [)as se fier aux apparences. 

Il ne faut pas juger sur l'extérieur, sur ce qui paraît dehors. 

(ÂCAD.) 

De votre changement la flatteuse apparence 
M'avait rendu tantôt quelque faible espérance. 

(Racine. Dérhiice. V, se. 7.) 
Var. Stavelot. Sovint 1' bai est-st-â d'foù. 

APPÉTIT. 

t03. Sinti donne appétit. 

LiTT. Sentir donne appétit. 

L'odorat éveille le goût. Se dit par analogie de tout ce qui 
induit en tentation. 

Je sens la chair fraîche, disait l'ogre. 

{Histoire du Petit Poucet.) 
Yaiuante. L'odeur vis adawe d'à Ion, 

C'est de vi clapant bourgogne. 

(Lamaye. Li vin d' Bourgogne. Décembre 1840.) 

Nivelles Droussi j' sins 1' chair humaine 

Et m' n'estoumaq qui danse, dins tous les coin waitons 
El chair humaine je 1' sins. et toutte suitte nos l' Irouv'rons. 
(Renard. Les aventures de Jean d' Nivelles. Poème. Ch. IV. lSo7.) 

104. L'appétit est 1' mèyeu d' tote les sâce. 

LiTT. L'appétit est la meilleure de toutes les sauces, 

(FOKIR. Dict.) 

La faim assaisonne tous les mets. — Quand on a faim tout 
mets paraît bon. (Agad.) 

Pr. fr. — La faim, l'appétit assaisonne tout. 
11 n'est chère que d'appétit. 
La faim est le meilleur assaisonnement. 
Il n'est sausse que d'appétit. 

(Le père Jean-Marie. Le divertissement des saga. IGCiJ ) 

Var. Yerviers. L'appélil qui rind tôt bon 

Est portant l'fîls d' privaution. 

(Renier. Spotx rimes. 4871.) 

MoNS. Enne connai.ssez pas, cinsicre, l'provcrpe qui dit : i vaut mieux bon 
appétit qu'bonne sauce ; et tans' qu a l'apjjétit, vos allez vire quées biTlafTe qud j'vas 
la saquer. (I.etellier. Armonagne dé ilons. 1861.) 

Optimum famés condimentorum est ciborum. 

(LejeUNE. Proverbia familiaria. 1741.) 



— 29 — 

105. L'appétit vint tôt mai^nant. 

LiTT. L'appétit vient en mangeant. 

(FoRiR. Did. 1801.) 

Le désir de s'enrichir ou de s'élever augmente à mesure 
qu'on acquiert de la lorlune ou des honneurs. (Acad.) 
Pr. fr. — L'appétit vient en mangeant. 
Appétit vient en mangeant. 

{Piov. comm. XV^ siècle.) 

Mais l'appétit vient toujours en mangeant. 

(Lafontaine. La confidente sans le savoir.) 

Namur. L'appdtit vint tôt mougnant. 

MoNS. L'appétit vièt in mingeant. 

Nivelles. Je n'dai ni core assez, dit-st-elle au grand gt'ant 

Çu qu'c'est, comme l'appaiti, nos arrife en maingeant. 
(Renard. Les aventures de Jean d' ?iivellex. Poème. Cha.il IV. 1857.) 

Basse-Allem. — Der Appétit kommt wiihrend des Essens. 
APPORTER. 

106. Bin v'nou qui appoite. 
Ljtt. Bien venu (celui) qui apporte. 
Cité par Forir. Uict. 

11 faut bien accueillir celui qui vous fait un cadeau. 
Qui donnera le plus, qu'il soit le bien venu. 

(REGNIER. Sat. XII.) 

APRÈS. 

107. Après les pré, c'est les pâture. (Nivelles.) 

LiTT, Après les prés, ce sont les pâtures. 
Proverbe calembourique. 

Nivelles. Eiè après? — Après les pré, c'est les pâture; — on ajoute souvent : 
pour vous l'brin, pour moi Pbure. 

(L'Acht. Journal. 1889.) 

Namur. Après les prd, c'est les jardin. 

AHAIGNÉE. 

108. Aranne du soir, 

Espoir; 
Du malin, 

Cliagrin; 
Du midi, 

Piaisi. (Tolunal) 



— 30 — 

LiTT. Araignée[du soir, 
|.v' Espoir; 
Du malin, 

Cha|iriii ; 
Du midi, 
Plaisir. 
LiÉiiE. Araignée du matin, 

Grand chagrin ; 
Araign('e du midi, 
Grand plaisi (V ; 
Araignée de quatre heures. 

Grande erreur ; 
Araignée du soir, 
Grand espoir. 

MoNs. Écraser enne arague au matin, 

C'est d' l'argint. 

Au soir 
C'est d' l'espoir. 

(SiGART. Glo.is. iiijm. montois.) 

ARBRE. 

101). Qwand iiie ùbe tome, tôt rmonde coiii'L Ax 
colle. 

LiTT. Quand un arbre tombe, tout le monde court aux 
branches. 

Quand un homme est tombé en disgrâce, chacun s'empresse 
de partager ses dépouilles. (Poitevin.) — Cf. La locution : 
le coup de pied de l'àne, allusion à la table de Lalbntaine : 
le Liou (leotnu oieiix (L. III, § 14). — Le:^ Mlrmldons ou les 
funérailles if Adulte, chanson de Béranger. 

Marche. Dès qu'on grand auhe est-st-abattou 

Vite es hoquet 11 est mettou. 

Prov. du Languedoc. Qan-t-un aouba es toumbat, tout lou 
mounde couris à las brancas. 

{Revue des langues romanes. 1881.) 

110. Tant qu'il est gône on plôye oue ;inl)c. 
(Marche ) 

LrrT. Tant qu'il est jeune on plie un arbre. 

Il faut s'y prendre tôt pour diriger le caractère des enfants, 
pour leur faire prendre de bonnes habitudes, pour leur former 
l'esprit. 

11 1. On vciil hiii à l'àhe li frùt ({u'i i)oile. 
LiTT. On voit bien à l'arbre le fruit qu'il porte. 

Quand on connaît quelqu'un, on sait de quoi il est capable. 
— Timeo Danaos et dona ferentes. (Virgile. /En. II, 49.) Mot 



— 31 — 

célèbre ainsi rendu en wallon par un spirituel Liégeois dans 
une discussion qu'il avait avec un habitant de Hervé : 
J'a sogne des Hèvurliii et d'Ieus flairanls froumage. 

Les fromages du pays de Hervé jouissent dune réputation 
méritée, mais sont loin d'être inodores. 
Variante. Li frût fait l'âbe. 

Var. Verviers. L'gosse dîi frùt dit l'nom du s'cohe. 

(Remer. Spots riméj. 1871.) 

Prov. allemand. — Man kennt den Baum an seiner Frucht. 
Basse-Allemagne. — An den Frïicbten crkcnnet man den 
Baum. 

112. 1 n'fàl nin jiii^î Tube àl' pèlotte. 

LiTT. Il ne faut pas juger l'arbre à l'écorce. 
Il ne faut pas juger des gens sur l'apparence. 

(Lafontaine. Liv. XI, fab. 1. Le paysan du Danube.) 

On juge du bois par rdcorce, 

Et du dedans par le dehors; • 

Considi^rez de près nos corps 

El jugez quels nous devons être. 

(SCARRON.) 

Marche. A rpèlotte on r'conneut one aube. 

JoDoiGNE. I n'faut jamais jeger one aube de seu Tpclaquc. 

113. I n'faut nin côpe l'aubet es i'sève. (Marche.) 

LiTT. 11 ne faut pas couper l'arbre quand la sève monte. 
11 ne faut pas détruire une chose qui est en progrès. 

114. Quand one aubeaprind receune, faut tonrsi 
po rewesser. (Jodoigne.) 

LiTT. Quand un arbre a pris racine, il faut tournailler pour 
le renverser. 

11 est difficile de perdre une mauvaise habitude quand on lui 
a laissé prendre racine. 

1 lo. L'pus bel aube est Tprunii clioyou. (Mauciie.) 
Lnr. Le plus bel arbre est secoué le premier. 
On commence généralement une chose par la partie la plus 
facile, par le côté le plus agréable. 

JODOIGNE. C'est l'peu bel aube qu'est todeu rprcini choyeu. 

1 IG. C'est l'ûbe coilte-jùye. 

LiTT. C'est l'arbre courte-joie. 

C'est une chose dont la jouissance est de courte durée, ou 
qui ne procure pas le plaisir que l'on espérait. C'est une 
désillusion. 



— 32 — 

a Allusion à un vieux tilleul situé dans la campagne de 
a Rocûur cl que le crime a rendu odieusement célèbre. La 
« tradition rapporte que sous cet arbre, un amant y assassina 
« sa maîtresse, après en avoir abusé. » 

(FoniR. Divt.) 
On raconU've qu'ine pauvejône fcye 
Qui riv'nève li cour lot, contint 
* Après ine an d' service à l'vèye, 

Rappoirlant s' gage à ses parint, 
A ses pid aveul pierdou V vèye 
Kt c'esl-st-à case de rafia 
Qu'elle aveut, disl-on, d'esse rèvôye 
Qu'on avcut surnommé : coùte-jôye 
Ciste àbe wisse qu'on 1' toua. 

(Félix Chaumont. Alm. de Math. Lacmbcrg. -1GC2.) 

Vàbii coùle-^jôye, planté dans la campagne, entre Alleur, Ans 
et Rocour, est ainsi appelé parce que lors de la bataille de 
Rocour, gagnée le il octobre 1746 par le maréchal de Saxe, on 
crut un moment à la victoire des alliés, massés près de cet 

arbre. 

Ci fourit portant l'àbe coùte-jôye 
Po l'eune di ces commère marôye. 

(Hanson. Les Luciade è.i vers ligeois. Ch. VI. 17Sn.) 

J'aveu on fameu ralia di m" marier, mais ji sos logî à l'àbe coùtejùye. 

(Foitut. Dict.) 

117. G'n'est nin l'âbe qui bosse qui tome todi 
Tprumî. 

LiTT. Ce n'est pas l'arbre qui branle, qui tombe toujours le 
premier. 

Ce n'est pas toujours une chose qui paraît aisée qui est 
accomplie le plus vite. 

Qwand on est jône et foirt 

On s'creutbin Ion de l'moirt 
Et on rèye d'ine vèye gins qui plante ou fait bâti ; 

Portant il est-st-àhèye 

A toi moumint de veye 
Qui c'n'esl nin l'àbe qui hosse qui tome todi rprumi. 

(Nie. Defreciieux. A l'jôncssc, 'ISllO ) 

JobOiGNE. C'n'esl ni todeu l'aube que cheul qui toumme le premi. 

l l(S. In àbe lome de coslé qu'i brique. (Marche.) 

LiTT. Un arbre tombe du côté qu'il penche. 

Nos penchants sont pour quelque chose dans nos malheurs. 

l*r. t'r. — On ne tombe jamais que du côté où l'on penche. 

iNamcu. I clinse do coslé qu'i vout chair. 

Tournai. I eglenne du côté qu'i veulcaire. 

Lille. I clennc du coté ([u'i veut querre. 

(Vehmesse. Voc. du Patois lillois. 18G1.) 



— 33 — 

119. Allez compter les âbe so 1' quai. 

LiTT. Allez compter les arbres sur le quai (s.-cnt. St-Léon'',). 
Cl'est l'occupation des oisifs. 

NIVEX.LES. Allez compter les arbe su TDodaine. 

(Petit ruisseau qui arrose une promenade à Nivelles.) 

ARDOISE. 

120. Il est à couvièt d'one sicaye d'èglîche. (Namuh.) 
LiTT. Il est couvert d'une ardoise d'église. 

Il est protégé par les gens d'église. 

Var. Jodoigne. Il a on clan à l'égliche. 

ARGENT. 

1*21. Gavant àrgiiit sonnant. (Namur.) 

LiTT. Cela vaut argent sonnant. 

Faire trop de fond sur de simples apparences; croire facile- 
ment. (ACAD.) 

Pr. fr. — Prendre pour argent comptant. 

Namur. Nosse bon vî pdre GaiUol, dins oiik di ses chapite 

Qui j'a studi après avoi ieu lî l' jésuite, 
Si mêle ossi là d'sus de volu fer 1' savant, 
Et prind l'couye di de Marne po d'I'àrginl bin sonnant. 

(Demanet. Oppidum Atuaiicorum. 1843.) 

Gaillot et De Marne ont écrit chacun une histoire du 
comté de Namur. 

Il a pris cela pour argent comptant. (Oudin. 1640.) 
Basse-Allemagne. Elwa.s fur baares Geld nehmen. 

122. ine homme sins àrgint, c'est-st-on leûp sins 
dint. 

LiTT. Un homme sans argent, c'est un loup sans dents. 
On dit aussi : c'est-st-on biergî sins chin. 
L'argent est nécessaire pour vivre. 

Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie. 

(Racine. Les plaideurs.) 

Jodoigne. Une homme sins caur c'est-st-one aveûle sins ch6. 

123. L'ârgint d'putain ennès va comme li vint. 

LiTT. L'argent de prostituée s'en va comme le vent. 



- 34 — 

Le bien acquis par des voies peu honniHes se dissipe aussi 
aisément qu'il a été amassé. (Acad.) 

Vauiantk. l/àr^iiit d' [nitain oniios va coniino i vint. 

1*24. Esse cliergî darginl comme on crapaud 
d' plome. 

LiTT. Etre chargé d'argent comme un crapaud de plumes. 

N'avoir point d'argent. (Acad.) 

Pr. t'r. — Être chargé d'argent comme un crapaud de plumes. 

MoNS. J'ai des romalis.se tous coté : j'comminche à elle garni d'yaerd comme les 
craiiaud d' plume,,]' poux pins longtemps jouer k c'jeu là, j' vos l'avertis. 

(Letellier. Anuouaque dé Monx. iS^O.) 

Saint-Uuf.ntin. En fait d"argent,.j'ein sus cliergé comme ein crapaud d' plcumes. 
Il en est chargé comme un crapaud de plumes. 

(OiiiilN. Ciiriosiiez fiatuotnes. -ItiiO.) 

Prov. provençal. — Cargat d'argent coumo un grapaud de 
plumo, 

{Revue des langues romanes. -1881.) 

125. C'est l'ârgint qui fait rire. 

LiTT. C'est l'argent qui fait rire. 

Aisance donne assurance. 

Cf. Sedaine. Épître à mon habit. 

Vos avez vèyou d'vins 1' râv'laî 
Qui vint d' passer d'sos vosse narcnne. 
Qui 1' vûd bâche fait grognî V pourçaî. 
Comme l'ârgint fait rire li Wiguenne. 

(I)ELARGE. Les colèbeû. ISGO.) 

Var. Namur. L'ârgint rind franc les gins. 

Basse-Allemagne. — Baar Geld lacht. 

126. Beauquéop d' liard fel l' mauvais garcliéon. 
(Tournai.) 

LiTT. Beaucoup d'argent font le mauvais garçon. 
L'argent, entre les mains des jeunes gens inexpérimentés, 
leur fait commettre toutes les folies. 

127. Pont d' caur, pont d' suisse. (Namur.) 

LiTT. Pas d'argent, pas de suisses. 

Sans argent on ne peut rien avoir; locution prise du temps 
où les Suisses se louaient comme soldats mercenaires. (Littré.) 
Pr. fr. — Point d'argent, point de suisses. (Quitard.) 

128. Ses aidan li t'net chaud. 
LiTT. Son argent le tient chaud. 
C'est un grippe-sou, un avare. 



— 35 — 

1^29. L'argints'in va, l'biète reste. (Tournai.) 

LiTT. L'argent s'en va, la bête reste. 

Allusion peu gracieuse envers ceux qui se sont mariés 
n'ayant Uaulre but que de posséder la dot. 

130. L'ci (m'a ([' rûi'i,nnt 
Trouve des parint. 

LiTT. (Jelui qui a de l'argent 
Trouve des parents. 

Les parents ne manquent pas lorsqu'il s'agit d'hériter d'une 
personne riche. - On ne néglige pas de se prévaloir de la 
parenté de gens fortunés. 

131 . I m'pàyeret qwand ses aidan àroiit des jambe. 

LiTT. Il me payera quand son argent aura des jambes. 
Il ne me payera jamais. 

ARMOIRE. 

132. Les soreii sourtnet les larme aux oûye tbû de 
l'dresse. (Jodofgne ) 

LiTT. Les suuris sortent les larmes aux yeux hors de 
l'armoire. 

C'est une maison pauvre, où il n'y a pas souvent de quoi 
manger. 

Dînant. Rosine. 

Ces tindcux là, i sont lorlos parèye, c'est-st-on tas d' fénéanl qu'ont les trois 
quart do timps des soris dins leu dresse, qui s' pormoin'nu les larme aux oùye. 

(V. COLLARD. Li tindric à l'amourette. I, se. f'^. 1890.) 

ASCENSION. 
138. A l'Ascinsion, ou iiiai^ne panâhe et mouton. 

LiTT. A l'Ascensiun, on mange dus panais et du mouton. 

La fête de l'Ascension, tombant habituellement dans le 
courant du mois de mai, fait présager le retour du beau temps; 
elle fournit l'occasion de manger des primeurs. 

Cité par Forir. hicl. 

134. C'est comme l'Ascinsion, 
Todi l'même pont. 

LiTT. C'est comme l'Ascension 
Toujours le même point. 
La fête de l'Ascension tombe toujours au jeudi, et quarante 
jours après Pâques. 

Comme l'Ascension (toujours dans le même état). 

(OuuiN. Curiosilez françaises. 1640.) 



— 36 - 



Tatî. 

Ah ! j'àret bai bàrbî, fer perrique et signon 

Ji d'ineùrret es inèine pont, allez, comme TAscinsion. 

(Rkmouchamps. Tdtl i periiqui. I, se. i. 1885.) 

MoKS. J'ai passé d'iée 'ne maison qu'est comminchée d'puis assuré deux an, et 
elle resse toudi au mi^me point comme TAscinsion. 

(Leteluer. Àrmonaquc dé Mous. I80O.) 

ASSIETTE. 

I3d. Elle bout'ret co sovint s'-l-assielte que l'baudet 

II' voiiret ni nioiignî (Jodoigne.) 

LiTT. Elle melti'a souvent son assiette, que l'âne ne voudra 
pas manger. 

Se dit d'une jeune lille qui épouse un vieillard. 

Les enfants mettent une assiette avec du foin dessus, à la 
Saint-Nicolas. 

ATH. 

136. Il est d'Ath et nié d'Ath, du faubourg de 
Brant'gnies. (Hainaut.) 

LiTT. Il est d'Ath et pas d'Ath, du faubourg de Brantegnies. 

Le faubourg de Brantegnies est séparé de la ville d'Ath par 
les fossés des fortifications. Les habitants de ce faubourg 
veulent passer pour Athois; c'est ce qui a donné lieu à ce 
proverbe, toujours employé ironiquement. 

(Letei.mer. Armonaqiie dé Mons. -1858.) 

MoNs. Riche et nié riche pourtant... tout comme qui diroi : d'Ath et nié d'Ath... 
du faubourg de Brant'gnies. 

{Armonaque dé Mons. 1884.) 

ATRE. 

137. Vos avez chî es laisse. 

LiTT. Vous avez chié dans l'àtre. 

Vous avez manqué de tact dans cette visite. — Vous ne serez 
pas en bonne odeur dans cette maison. 

ATTEINDRE. 

138. Wisse qu'on n' pout attinde (v'ni) on-z-y jette. 

LiTT. OÙ l'un ne peut atteindre (venir), on y jette. 
Quant il n'y a pas prise à la médisance, on a recours à la 
calomnie. 



— 37 — 

ATTENDRE. 

139. Qui raltind n'a nin liàse. 

LiTT. Celui qui attend n'a point hâte. 

Se dit en guise de consolation ironique aux personnes qui 
se plaignent d'avoir attendu longtemps, d'avoir croqué le 
marmot. 

Cité par Forir. Dict. 

Moult annoyc à qi attent. 

[Proverbei de France. WW siècle.) 

Qui attend, il a fort temps. 

(Prov. commiaïf:. W'^ siècle.) 

Louise. 

Nos li frans longinfeu ; 
Ji n'voreus nin di ni'fàte portant qui s'annôyereut 
Et qui polahe si piainde di çou qu'.ji sôreu 1' case. 

Cath'uense. 
Oh ! sèyîz donc tranquille, qui raltind n'a nin hase. 

(Deixhef. Les deux neveux. I, se. 2. 1859.) 

L'OVRÎ. 

D'hindez on pau. Colas, 
N'a 'ne saqui qui v'rattind. 

Colas. 
Qui rattind n'a nin hase. 

(Hannay. Li mdye neûr d'à Colax. I, se. b. 1866.) 

Var. Stavelot. L'ci qui hoùteà rtimps long. 

Namur. T'as raison, qui rattind n'a nin hausse, il iret mia pus taurd. 

(Vdhu du Bâtisse. La Marmite. Journal 1884.) 

JODOIGNK. L'ce que rattind n'a ni hausse. 

ATTENTION. 

140. Faire attintion, comme Poquette et Larieon. 
(Tournai.) 

LiTT. Faire attention comme Poquette et Larion. 

Allusion ironique sur la manière dont la police était faite à 
Tournai, il y a environ 60 ans, par deux garde-ville du nom de 
Poquette et Larion. Ces deux braves « duicheile », comme on 
les appelait à cette t'poque, veillaient eux seuls à la sécurité des 
foyers et étaient loin d'être à la hauteur de leur mission, quoi 
qu'en ail dit un jour au Conseil communal, un conseiller clé- 
rical, grand admirateur de ces deux acolytes de l'inoubliable 
cabello. 

[Èlrenncs tournaisiennes. 1886.) 



— 38 - 
AUBADE. 

141. Jower ine aille aiibâde 

LiTT. Jouer (donner) une autre aubade. 
Parler un autre langage. — Changer de ton — En faire voir 
d'autres. 

Pr. fr. — Chanter une autre chanson. 

Min s'il a co I' m:\lheiir di s' melle so T houp-di-guet, 
Vos r piç'rez, min po 1' bon, et mi ji li jouwrè 
Eco ine aute aubade. 

(Remouciiamps. Li snv'ti. Act. 2, se. 6. 1838) 

Pour vous venir donner une fâcheuse aubade. 

(Molière. L'Etourdi. III, se. 10.) 

AUGE. 

142. Les vûds bâche fet grognî les poiirçaî. 

LiTT. Les auges vides font grogner les porcs. 

La misère rend grondeur ; elle apporte le trouble dans les 
familles. 

Pr. fr. — Quand il n'y a plus d'avoine dans l'auge, les che- 
vaux se battent. 

Variante. Les vùds hache fet les pourçai s' batte. 

Les vndès poche fet les vùdès tiesse. 

LiTT. Les poches vides rendent les têtes vides. 
Var. Namur. Les vùdès armoire fayent-nu les rauaiches liesse. 

LiTT. Les armoires vides rendent les têtes mauvaises. 
Cité par Forir. Dicl. 

J'a trop tardé de vèye qui j'esteus so 'ne mâle cohe, 

Ji m'a todi fiî qu'i vairit à rik'nohc 

Qui fâreut d'ner l'avône àx ci qui l'ont wâgnî, 

Mais les bâche vont esse vùd, et les jûne vont grognî. 

(Thiry. Ine cope di grandiveux . 1859.) 

JOSEPH. 

Dihez-v', tôt près d'ine fleur, i pout crèhe ine oûrtèye, 
Vocial li maisse des spot, gravez-l'ès vosse cervai, 
Qwand n"a pus rin es bâche, on-z-ot grognî Tpcurçaî. 

(Hannay. Li mûye neûr d'à Colas. II, se. il. -1866.) 

Jacob. 

C'est po vosse bin qui j'jàse, louquîz bin à vosse sogne, 
Ca l'vûd bâche est sovint li case qui 1' pourçaî grogne. 

(Remouchamps. Les amour d'à Gèrà. II, se. 3. 4875.) 

AUNE. 

143. Mes'rer à si aune. 

LiTT. Mesurer à son aune. 



- 39 - 

Juger d'autrui par soi-même. On le prend ordinairement en 
mauvaise part. (Acad.) 

Pr. fr. — Mesurer les autres à son aune. 

(Ol'Dm. Ctiriosiiez françaises. dBiO.) 

Se mesurer à son aulne. 

(Le père Jean-Marie. Le Diveriissement des sages. 1065.'» 

Cité par FoRiR, Dict. 

Sanche et Gabès, di don Anlone 
Tôt sihe sont mes'rd à Tmême aune. 

(Hanson. Les luciades es vers ligeois. Ch. V. 1783 ) 

Detrihe. 

Ji mcseûre lodi ine aule à mi aune. 

(Salme. Qivitte po qwitle. Sc. 13. 1878.) 

Verviers. Mez'rans todi l's aute à noste aune 

Tindans l'inain aux pôves affligî. 

(Pire. Vorci Vhivier. Ch. 187 i.) 

Marche. Thérèse. 

.... C'est mesuret les gins à leus aune. 

(Alexandre. Li pèchon d'avril. Act. III, se. i'"'. 1859.) 

St-Quentin. a m'zurer à l' niennie aune. 

144. Riv'ni d'aune à clau. (Verviers.) 

Rev^enir (arriver) d'aune à clou. 

Faire le compte juste. 

Autant de livres de fil à tis.ser doivent fournir autant d'aunes 
d'étoffe . 

Clau, grosse livre du poids ancien, de trois livres courantes; 
n'était en usage que dans les fabriques de draps. 

(LOBET. Dictionnaire. 1854.) 

145. Tôt de long d' l'aune. 

LiTT. Tout du long de l'aune. 
Beaucoup, excessivement. (Acad.) 
Pr. fr. — Tout du long de l'aune. 

On li es d'na lot de long d' l'aune. 

(Remacle. Dict. 1839.) 

AUTEL. 

146. Voilà comme ine âté d' confrêrèye. 

LiTT. Le voilà comme un autel de confrérie. 
Comme le voilà harnache ! 
Il a l'air de sortir d'un bocal. 

MoNTEGNÉE. Il csteut conimc ine âtd d' confrèrèyc : 

(tn-z-àreut dit qu'on Taveut mettou d'sos veûlc, 
El qu'on n' l'aveut sèchi foù qui po 1' fer dîner. 

Var. Jodoigne. Hie, qui t'es bia (propre), on dirot 1' feu il'on p'teut sinci qu' va 
d' d'mander. 



-CO- 
AUTEUR. 

147. Qui dit si âteûr 

N'est nin minteûr. 
LiTT. Celui qui nomme son auteur 

N'est pas menteur. 
Je voys dis la chose comme elle m'a été dite ; voilà ma source; 
s'il y a un menteur, ce n'est pas moi. 
Cité par Forir. Dicl. 

Si c'est des boude ji n'es se rin. 
Comme on m' l'a d'né, mi ji v's el rind. 

(Bailleux. Testament expliqué par Esope. Fâve. iSSl.) 

Bobinage. Velia-ci, comme on 1' rasconte : ed' vo i' rinds comme è d'I'ai ohiu, 
au prix coûtant. {Anno7iac du Borinaf/c, in patois borain, 4849.) 

AVALER. 

148. 1 fat pau d' choi po-z-avaler 'ne brique. 

LiTT. Il faut peu de chose pour avaler une brique. 
Admettre une chose inadmissible. — Se dit souvent en 
réponse à celui qui raconte un fait invraisemblable. 
Cf On ne .sait pas ce qui peut arriver 

Et s'i vèydve rilûre d'àlon 

On partisan de 1' république 

I braiyéve vive Napoléon 

I fàl pau A" choi d'avaler 'ne brique. 

(Thiry. On coirbâ franc llgeois. 1866.) 

Ce proverbe pourrait paraître étrange et il n'est employé 
actuellement que dans le sens donné plus haut. En voici 
l'origine. 

Dans les écrivains français des XIIP et XIV" siècles, le mot 
avaler avait la signification de « descendre ». Em. Cachet dans 
son glossaire roman des chroniques rimées de Godefroid de 
Bouillon, du chevalier au Cygne et de Gilles de Chin, cite un 
vers de Philippe Mouskés, avalant quelqu''un du haut des 
remparta, c'est, dit-il, plus que le descendre, c'est le précipiter. 

Roquefort, Lacurne de Ste-Palaye, Godfroy, dans leurs 
dictionnaires et glossaires, donnent également au mot avaler, 
le sens de descendre. Littré donne l'explication suivante : 

« Avaler (de aval) veut dire proprement faire descendre, 
mettre en bas ; et il n'a eu longtemps que ce sens-là ; puis, 
comme faire arriver les aliments dans l'estomac est aussi les 
faire descendre, il a pris peu à peu ce sens, et le primitif est 
tombé en désuétude, ne restant plus que dans quelques locu- 
tions techniques et dans certains patois. » 



— 41 — 

Dans le pays de Liège les termes « avalerai descendre, appro- 
fondir, et « aveteresse » approfondissement, sont employés 
communément dans les houillères en parlant de la bure que 
l'on approfondit. 

Il résulte de ces observations que le sens primitif du pro- 
verbe serait : il faut peu de chose pour laisser tomber une 
brique, pour commettre une maladresse, une faute. 

Le sens de : pour manger une briiiue est maintenant le seul 
connu et on est si convaincu qu'il faut le comprendre ainsi que 
souvent on ajoute : tôt buvant on sèyaî d'aiwe (en buvant un 
seau d'eau). Cette explication est conlirmée par le proverbe 
suivant. 

149. Li ci qu'avale ine brique enne avalYeut hin 
deux. 

LiTT. Celui qui avale une brique en avalerait bien deux. 
Celui qui commet une faute peut en commettre plusieurs. 

AVANCER. 

150. Qui n'avance nin, rote enne èri. 

LiTT. Qui n'avance pas marche en arrière. 
Qui ne progresse recule. 

AVARE. 

151. I iiu'a qu'les avàrc qwand i s'y meltet. 

LiTT. Il n'y a que les avares quand ils .s'y mettent. 

Lorsqu'un avare se résout à donner un repas à quelqu'un, il 
y met plus de profusion qu'un autre. (Agad.) 

J^r. fr. — Il n'est chère que de vilain. — Il n'est festin que 
de gens chiches. 

JODOiGNE. I n'a qu'les arabe on comp qu'el' s'y bout'net 

.AVEUGLE. 

lo2. Braire comme ine aveûle (ju'a ])ierdou 
s'baston (scliin). 

LiTT. Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton (son 
chien). 

Crier bien fort pour quelque mal léger. (Acad.) — Criera 
tue-tête. 

Pr. fr. — Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton. 

Cité par FoRiR. Dicl. 



— 42 — 

Mayon 
Qu'avez-v" don ! Vos braiye?, comme iiic aveûlc qu'a pierdou s'chin. 

(Demouun. Ji voii ji n'pou. I, se. 2. 1858.) 

Jacoue. 

Vos air di Don Quichotic ni nos fet nin sogne et ci n'est nin toi braiyant comme 
ine aveûle (jifa pierdou s'chin, qui vos v'I'ro/ pardonner l'màle keûre qui v's avez fait. 
(WiLi.EM et lUuwENS, Les toArciveux. Se. 11. 4882.) 

Dadite. 

Vos jàsez comme ine aveûle qu'a pierdou s'chin. 

(I$AR0N. Li tapre.'ise di cwdrjen. Se. H. i882.) 

Nami'R. " I crie comme one aveùlc. 

Var. Malmedy. Crire comme one aveûle cnne on poicc. 

MoNS. Les vieux guernadier brayiont lous leurs yeux dehors, aussi fort qu'in 
aveugue qu'a perdu s' bâton. (Letellier. Armotiaqucdé Moiix. 1840.) 

Prov, provençal. Crida coutiio un abuclo qu'a perdut soun 
bastou. 

{Revue des langues romanes. -1881.) 

1.^3. Qwand iiio aveûle mônne ine aute, i loiimet 
los les deux es F fosse. 

LiTT. Quand un aveugle conduit un autre, ils tombent tous 
deux dans la fosse. 

Se dit d'une personne qui ne montre pas plus de prudence 
ou d'habileté que celle dont elle est chargée de diriger les 
actions, (Acad.) — Se conduire d'après les avis, les conseils 
d'un homme sans expérience, c'est vouloir se perdre. 

Pr. fr. — C'est un aveugle qui conduit un autre. 

Namur. Quand l'aveûle moinrne l'aveùle, i chaie-nu tos les deux dins l' fossé. 

Basse-Allemagne. Wenn cin Blinder den andern fuhrt, 
fallen beide in Graben. 

154. 1 vout fer r' vèyî les aveûle. 

LiTT. 11 veut rendre la vue aux aveugles. 
Il veut faire l'impossible, il prétend faire tles merveilles, des 
miracles ; il se croit un phénix. 

155. Qwand on deut esse aveûle, li ma vint po les 
oûye. 

LiTT. Quand on est destiné à être aveugle, le mal vient par 
les yeux. 

Nul n'évite sa destinée. — L'amour rend aveugle et l'amour 
vient par les yeux. 

Variante. Qwand on voutdiv'ni aveùlc, li ma prind po les oùye. 

(FORIR. Dict.) 



— 43 - 

156. Ine aveiile el sintreùt avou s' bordon. 

LiTT. Un aveugle le sentirait (s'en apercevrait en le touchant) 
avec son bâton. 

C'est une chose facile à saisir, à constater. 

157. S'ètinde à 'ne saciiioi comme ine a veille à fer 
des coleûr. 

LiTT. S'entendre à une chose comme un aveugle à faire des 
couleurs. 

Juger sans avoir aucune connaissance. (Acad.) — Être 
d'une impéritie complète. 

Pr. fr. — .luger d'une chose comme un aveugle des couleurs. 
Variante. Jugî d'ine saquoi comme ine avcùle juge des coleùr. 

(FoRiR. Dicc.) 
Garitte. 

Vos parlez comme des aveûle qui broyet des coleûr. 

(Li vidiH (Tàrhan Wâtinj. 1869.) 
Marche. On veut co oint côp des blagueur, 

Qui v'causel comme des coleùr 
One aveùle, est-ce qui n'pout ponl vèye 
I mèritet one ratoirnèye. 

(Alexandre. P'iit cmti. 1860.) 

St-Ql'entin. D'visier comme ein avule d'cht'S couleurs. 

Basse-Alle.magne. — Wie ein Blinder von der Farbe 
sprechen. 

lo8. Divins li royaume des aveûle, les hoigne sont 
roye. 

LiTT. Dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois. 

Parmi des gens ignorants ou inca[)ables, un peu de savoir 
ou de capacité suffit pour pro urer la proéminence. — Parmi 
les incapables, les gens médiocres ne laissent pas de briller, 

(LiTTRÉ.) 

Pr. fr. — Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. 
Un borgne est roy au royaume des aveugles. 

(Le père Jean-Maiuk. Le dirertis.ictnent des sai/es. 16(>i).) 

Cité par Forir. Die'. 

Jean Pierre. 

l'o v's ol (lire, ,ji frew comme lu el ji mMireus qui d'vins l'royauine des aveùle, 
les boigne sont roi. 

(MoNiiYKH. lA k'fn.ssioii (l'on borijiiimaixsc. Dialogue. 18.')8.) 

CiiAHi.iîRoi. D'sel qu'c'est in malin sol, Via s'morale in deux mot, 
1 vos mousse à terlous, claire et nette sins chandelle, 

Qu'on n'est ni prophète dins s'pays 
Qu'dins l'royaume des aveùle, les boigne sont roes oussi. 

(BERNns. Ij'soi (lui vend de l'xfKjcsxc. F''aufc. 187.3.) 



_ 44 — 

159. Fer l'boigne et l'aveùle. 

LiTT. Faire le borgne et l'aveugle. 

Fermer les yeux ; ne voir que ce qu'on veut voir : dissimuler. 

.... Doclus speclare lacunar, 
Doctiis el ad calicem vigilaiili slertere naso. 

(JuvÉNAi,. Sut. l, V. 5G-57.) 
Cité par Forir. Dict. 

AVIS. 

160. Il a pu d'avisse qui d'trô d'cou. 

LiTT. Il a plus d'avis que de trou de cul. 
Se dit d'une personne qui blâme et conseille beaucoup. 
Analogie de terme avec : il a pus d' bêche qui d'cou. 
Avisae : Invention, idée, moyen subtil, procédé ingénieux. 

(SiGARD. Dict. du wallon de Mous. 4842.) 

MoNs. Ec' n'infaiit-là n'a n\6 'n'bonne avisse. 

(Letellier. Arm. dé Mons. -1866.) 

161. I n'el dit nin di s'faite avisse. 
LiTT. Il ne le dit pas dans ce sens pour blesser. 
Il n'a pas mauvaise intention. 

Basse- Allemagne. — Das war nicht bôse gemeint. 

AVOINE. 

162. II a l'avône âx pid. 

LiTT. Il a l'avoine aux pieds. 

Il est fort, parce qu'il est bien nourri. 

163. Elle ad' l'aveine à r'vinde. (Jodoigne.). 

LiTT. Elle a de l'avoine à revendre. 

Se dit d'une femme qui a des charmes plantureux. 

164. So r timps qu' l'avône crèhe, li ch'vâ moùrt. 
LiTT. Sur le temps que l'avoine croît, le cheval meurt. 
L'attente est souvent fatale ; on ne doit pas remettre un 

.service à rendre, un plaisir à procurer. 

Variante. Dismitant qu' l'avône crèhe, li eh'và crîve. 

Il y a péril en la demeure. 
Cité par Forir. Dict. 

Mais Tpauvre homme, qui l'màle chance a mettou d'vins les five, 
.So rtimps qui l'avône crohe, ni songe nin qu'li ch'vA crîve. 

(Delarge. Li Tindeu. -1803.) 
Servas. 

Vosse dierain mot ; mais so l' timps qu' l'avône crèhe, li ch'và crlve, n'est-st-i nin 
vraie ? 

(Willem et Bauwens. Len toûreiveux. Se. i^". 1882.) 



- 45 — 

Vermers. So rtimps quTavône crèhe, lu ch'vô crive. 

Di tos les grands j(jseu disfiiz-ve 
Et d" çou qui dhol po v'sèbaudi. 

(Poulet. U pésomii. Poème. 1800.) 

JaLHAY. Li M.VRCHANDE. 

Awel, mais de timps qu' l'avùne crèhe, ii ch'va moùrt. 

(Xhofker. Les deux soroche. II, se. 8. 18C2.) 

Namur. Su l'iimps qu' Tawaine cré, li ch'vau va moru. 

Var. Namur. Li ch'vau moùre di foaim en altindanl qui l' foiir pousse. 

165. I n'fàl ni 11 lèyî l'avône es bâche. 

LiTT. Il ne faut pas laisser l'avoine dans le bac. 
Cette phrase est employée par un aniphytrion qui engage ses 
convives à ne rien laisser dans les bouteilles ou sur les assiettes. 

Stavelot. On n'deul nin lèyî l'avône o bâche. 

JoDOiGNE. Allez lèyi l'aveine es 1' crêpe. 

MoNS. I nfaut gnié lèyer d'aveine au bac. 

166. C'n'est nin todi li chWà qui wûgne l'avône 
qu el magne. 

LiTT. Ce n'est pas toujours le cheval qui gagne l'avoine qui 
la mange. 

Ce n'est, pas celui qui a le plus de peine qui est le mieux 
traité. (LiTTRÉ.) — Celui qui sème n'est pas toujours celui qui 
récolte. (Agad.) 

Pr. fr. Cheval taisant la peine 

Ne mange pas l'aveine. 

Ce n'est pas celui à qui la terre appartient qui en mange les 
chapons. 

Pr. anglais. — Les fous bâtissent pour les sages. 

Sic vos non vobis. (Virgile.) 

J'a trop tardé dé vèye qui j'esleus so 'ne mâle cohe. 

Ji m'a lodi fiî qu'i vairil ii rik'nohc 

Qui iïirout d'ner l'avône à.\ ois qui l'ont wàgnî. 

(Thiry. lue cope di grandiveux. i8o9.) 

On n'diret nin çou qu'on a dit d'cint aute 
Qu'on donne l'avône à ch'vù qui ne l'gAgne nin. 

(Dei.ARGE. Ilonnnaye à Grandjean. ISTo.) 

Stavelot. C'est lu g'vau qui gagne l'avône qui n'ia nin. 

Namur. C n'est nin todi l'cinque qui gangne l'awaine qui l'mougne. 

JoDOiGNE. C'est ni todeu l'baudel qui gangne l'aveine qu'el mougne. 

Var. Mons. L'ccu qui caufe el four n'est gnii' loudi l'ceu qui ranguenne (enfourne). 

167. Magnî l'avùne divins 'ne botèye. 
LiTT. Manger l'avoine dans une bouteille. 



— ^*6 — 

S'applique à ceux qui n'ont pas la nourriture nécessaire à 
leur entretien. — Être ù la portion congrue. . 

lit comme vos Tallez véye, 
l'o-z-acréhe si Saint Crespin 
Fait rmème aflairc qui li ch'và d'à Kèkcye, 
Qui magiiive, nos dit-sl on, si avônc divins 'ne botèye. 

(Nie. Defrecheux. Mathi l\ivdre. iSGi.) 
JoDOiGNE. Il "s y donne l'a veine dins one botèye. 

168. Pus d'pône 
Qui d'avône. 

LiTT. Plus de peine 

Hue d'avoine. 
Plus de peine que de profit. 

Variante. Sins pùne 

Ni vint avône. 
Variante. Après l'pône 

Vint l'avône. 

Variante. Pus d'pône 

Pus d'avône. 

169. L' mèyeu des corîhe po fer sèchî li ch'vâ, 
c'est lavône. 

LiTT. Le meilleur fouet pour faire tirer le cheval, c'est l'avoine. 
11 faut que le cheval soit bien nourri, si l'on veut qu'il four- 
nisse un grand travail ; ce n'est pas le fouet qui le fortifie. 

.loDoir.NE. Ce que fait Tbon eh" van c'est l'aveine. 

170. Ricôper les avùne. 
LiTT. iiecouper les avoines. 

Supplanter quelqu'un. — Entrer en concurrence, en rivalité 
avec quelqu'un. (Littré.) 

Aller sur les marches d'autruy. 

(OuDiN. Curiositcz françaises. '1G40.) 
Crespin. 

Hai là, ni pinsans nin v'ni i-'cûper mes avône 

Ca ji v' prévins, Hinri, qui coula m'freul de 1' pône. 

(Ukmouchamps. Li Sav'tl. I, se. 15. dSîJS.) 

(Juillaume. 

Ainsi vos âriz sogne d'aller so les avône d'ine aute. 

(Salue. Maisse Pierre. I, se. 5. d879.) 

JoDOiGNE. On li a r'compt' i'aveine desos F pid. 

Var. Tournai. Aller sur les brisés d'quéqu'in. 

171. Trop d'avône et trop pau d'corîlie. 

LiTT. Trop d'avoine et trop peu de fouet. 
Se dit d'une personne corpulente qui se nourrit trop bien et 
ne se donne pas assez d'exercice. 



- 47 - 

172. Ascouter les avoine lever. (MoNS.) 

LiTT. Écouter sourdre les avoines. 

« Écouler pour un faire protit, ; avoir l'ouïe assez délicate pour 
« entendre les moindres bruits (comme celui que pourrait 
« faire l'avoine en germant). 

« Vir les aveine lever (voir sourdre les avoines), signifie 
a tout autre chose ; c'est attendre lus événements. » 

(SiGART. Dicc. du wallon de Moti.t. 1870.) 

Pr. fr. — Kscouter les avoines lever. 

(Genin. Récrcalious. T. II.) 
Naml'r. I faut tout dire et chouter Tawaine crèche. 

MoNS. Au rangu'nache del' porte, chacun s'ahache tout d'suite su s'pilpite et 
attind les aveine lever. (Descamps. Er peiouier. 1887.) 

Tournai. Acouter les aveine levée. 

Nivelles. Bert, li, astout au local qui ratindou les avène lever. 

(Oargot. tn pigeonnisse dins s'guerni, in joû. d'concours. Arm. de L'Aclot. 1890.) 

AVOIR. 

173. C'est d'à vosse et d'à Pènêye, et qwand Pènéye 
sèret moirt, c' sèret d'à vosse lot seii. 

LiTT. C'est à vous et à Penée, et quand Penée sera mort, ce 
sera à vous seul. 

Vos prétentions, vos réclamations ne sont pas sérieuses. 

Géra. 

Est-ce mi qu'a dit coula ï Ji v's a dit çou qu'est vraie 
Qui vos hantîz m'crapaude... d'à meune... et d'à Pènêye. 

(Remouchamps. Les amour d'à Géra. II, se. lo. 187o.) 

Gilles. 

Ji n'a nin grandchoi, mais los les meùbe qui sont cial, c'est d'à meune. 

Dadite. 

Et d'à Pènêye. 

(Baron. Li Tciprexse di cwàrjeu. Se. 9. 1882.) 

174. Pus M-l-on, pus voul-on avii. 
LiTT. IMus a-l on, plus veut-on avoir. 
La soif de l'or est insatiable. 

Bin sovint on ù dire : 
Si j'estahe riche, si j'avahe di l'àrgint, 
J'ach'treus ci, ji freus ça et j'm'arring'reus d'manîre: 
A passer 'ne vèye sins chagrin. 
Et i)us pauve est l'homme 
Qui jàsc ainsi, 
Pus flàwe est l'somme 
Qu'ont l'ù si sohaitî. 
Si çouqu'ji dis est vraie, c'est-sl-ine prouve 
Qui pus a-t-on, pus voreut-on avu. 

(Nie. Dbfrechei'X. Li richesse. i8î57.) 



— 48 — 

17o. Qwand ny a })iis, liii'a co. 
LiTT. Quand il n'y en a plus, il y en a encore. 
Se dit des choses qu'on peut toujours se procurer, de ce qui 
estolïerten abondance, à discrétion, 

A c'ste heure on pau, prindez paliince, rawàde 
Ine golte, qwand i n'y a pus, ^'n"a co ! 

(Thirt. Li rtour à Lige. \Si)S.) 

Namur. Quand i n'y a pus, i gn'a co. 

JoDOiGNE. A l'sachot Marie Berloque, quand n'a peut, n'a co. 
MoNs.-Bùh, Ouiche ! 11 a pou coire que c'dcinrée d'beitise-là, c'est comme el 
café d' raloi'Ue : quand i n' d'à pu, i d'à co. 

(Letellier. Armonaque dé Mo7is. 18C1.) 

176. On n'a màye qui çou qu'on deùt avu. 

LiTT. On n'a jamais que ce qu'on doit avoir. 

On ajoute à Montegnée : c'est s'cril so l'cou d'on chin. 

Marche. Galopin. 

Qwand on s'est d'net brav'mint do l'pône 

On creul do l'saveûr, 
On-z-esl blesse à mougnet d' l'avûne 
On n'a jamais qui çu qu'on deut aveùr. 

(Alexandre. Li pèclion d'avril. III, se. ■10. 4838.) 

177. N'aveûr ni cràs ni maigue. 
LiTT. N'avoir ni gras ni maigre. 

Être indécis, indifférent entre deux partis. (Littrk.) 

Loc. fam. N'être ni chaud ni froid. 

Macasse. 

Ji n'a ni cr.'is ni maigue là d'vins. 

(Demoulin. On pèhon d'avrl. Se. 13. ISOS.) 

178. Quand vos Tarez, vos l'hocherez. (Mons.) 
LiTT. Quand VOUS l'aurez, vous l'ébranlerez, 

« V^ous ne l'aurez pas. 

a Même signification comme refus. 

« MoNS. Quand vos l'sarcr, vos verrd kier à no n'huche. 

a LiTT. Quand vous le saurez, vous viendrez chier à notre 
« porte. 

« Je vous défie de le savoir. » 

(SiGAUT. Dicc. du wallon de Mons. 1870.) 
JODOiGNE. Quand il àret, elle oss'ret. 
Nivelles. Jean. 

Kh bi, vos n'arez ni vos liuitle franc. 
Marjoseuf. 
Ilazard que nou ! Quand vos l's arez vos l's oss'rez, (^yè s'i n'ienout qu'a mi, vos 
n'ariz ni co in gigot d'escaye. 

(Emm. Desphet. hi dainer à V exposition. Se. 6. 4889.) 



— 49 — 

179. Enne avu oLlant qii'cint clièréye. 

LiTT. En avoir autant que cent charretées!^ 
£.tre très fatigué, soit d'un mets, soit d'une chose trop sou- 
vent répétt'e. 

Cité par Forir. Iiict. 

Ji n'a nin faim, dit-st-i, po l' vraie ; 
C'est po v' complaire si j' prinds 'ne saquoi. 
J'enne àrel ottanl qu' cint chèrôye 
Avou 'ne tàte et deux où mollet. 

(Bao^leux. Momieu Sansowe. Chanson. 185-3.) 

Jalhay. Bièth'mé. 

Mais i n' fàt pus qu vo bovohe, sàve, vo 'n' n'avoz oitant qu' rint chèr(?e, (loz 
l'èkwance d'esse malade. 

(Xhoffer. Lef; deux soroche. I, .se. 4. iSCA.) 

180. Il n'y a niii po tos. (Stavelot.) 

LiTT. Il n'y en a pas pour tous. 

Exprime les regrets qu'on éprouve de ne pouvoir l'aire 
participer à une chose, à une largesse. — Consolation adressée 
à quelqu'un qui est dochu de ses espérances. 

AVRIL. 

181. Ès meus d'avri, on s' deut vèye di joû r'covri. 

LiTT. Au mois d'avril, on doit se voir couvert le jour. 
Il faut aller se coucher avant la nuit. 

182. En avri li cùp d'ionnîre 
Li laboureii tait rire. 

LiTT. En avril le cuu[) de tonnerre fait rire le laboureur. 

183. Uwaiid i tonne ès meus d'avri, 
Li lahoureu s' deut réjoui. 

En Ardenne, on ajoute : 

Mais r mohe cl 1' berbis 
Ont co ioiigtimps a souflri. 

LiTT. Quand il tonne au mois d'avril 

Le laboureur doit se réjouir, 
Mais la mouche et la brebis 
Ont encore longtemps à souflVir. 

{Mathieu Laensbei-ij. d833.) 

Cité par Forir. Uœl. 

4 



— 50 — 

184 Ci nest màye avri 

Si r coucou n' la dit. 
LiTT. Ce !)"est jamais avril 

Si le eoïK-uu ne l'a dit. 
Le chaiii du coucou annonce le retour du bon temps. 

FhamÊries. On n'est jamais au mois li'avri 

Tant que 1" coucou nel l'a ni dit. 

[Armonaque borain. 1890.) 

l'So. Ci n'est jainàye avri 

Si n'a nivé ])lein on corii. 
LiTT. Ce n'est jamais avril 

S'il n'a neigé plein un jardin. 

{Malhieu Laemberg. 1831.) 

18(5. Avri n'est mâye si joli 

S'i n'a nivé plein on corti. 

LiTT. Avril n'est jamais si beau 

S'il n'a neigé plein un jardin. 
Avril n'est jamais si beau que quand les prairies ont été 
couvertes par les fleurs qui tombent en neige des arbres à fruits. 

187. Avri n' va mâye jusqu'à F fin 
Sinsvèyî des pote di grain. 

LiTT. Avril n'arrive jamais jusqu'à la lin 

Sans voir des épis de grain. 

MONS. Il y a un vieux proverbe qui dit : 

Qu'avrl n' sort nié sans épis. 

(LETtLLiER. Arm. dé Mous. 1846.) 

MoNS. Si rhiviér est co aussi rude qu'on croit, i pourroi co hé qu'avri sortiroi 
sans épis. 

(Leteluer. Arm. dé Mons. 1847.) 

Prov. Nord de la France : 

Nul avri sans épis. 

188. Avri ploût po les gins, maye po les bièsse. 

LiTT. AvrU pleut pour les gens, mai pour les bètes. 
Les pluies d'avril procurent des grains, celles de mai des 
fourrages, 

(FORIR. Dictionnaire.) 

Avril pleut aux hommes, mai pleut aux bestes. 

(GÉNIN. Récréatiom, T. Il,) 

189. Aller quoiri 1' pruml joû d'avri. 
LiTT. Aller chercher le premier jour d'avril. 



— 51 — 

Faire tomber quelqu'un dans quelque piège ridicule. 

(LiTTRi:.) 

S'exposer à la risée, comme ceux qui gobent un poisson 
d'avril. 

Sur le poisson d'avril, V. Quitard. Dicl., p. 90 et suiv. 
JoDOicNE. Aller qwairc île 1' semiiice d'avreu. 

BAILLEMENT. 

190. 1 n'y a rin d' pus Jalot qii'ine baye. 

LiTT. Il n'y a rien de plus jaloux qu'un bâillement. 
Nous bâillons en voyant bâiller les autres. (Littré.) 
Effet de la contagion. Ne commencez pas, tout le monde 
le fera. 

Cité par Forir. [Jict. 

Pr . fr. — Un bon bâilleur en fait bâiller deux. 

Un homme qui bauille, fait bauiller un autre. 

(Le piiVQ iEMi-M/iRlK. Divertisscnieutdex saqes, iCtCto.) 

BAISER. 

191. On bàliège est-sl-on r'horbège. 

LiTT. Embrasser, c'est essuyer. 

Il ne reste rien d'un baiser quand on s'est essuyé le visage. 
— Un baiser n'est rien quand le cœur est muet — Cette espèce 
de dicton se dit par une lille à celui dont elle repousse ou 
méprise le baiser. 

(Remacle. Dict.) 
Variante. .Ioget. 

J'creus bin 

Bàhège esl-st-on lèchège, ci n'est qui 1' gosse don chin. 

(A. Peclers. lA comèye de l'iiutttuiic. Se. 9. 1877.) 

192. Ji 11 a fait bàliî brizelte. 

LiTT. Je lui ai fait baiser brizette. 

Je me suis moqué de ses avis, de ses réprimandes, de ses 
conseils. — Je l'ai envoyé faire lanlaire. — Aux personnes qui 
demandent qu'est-ce que brizetle ? On répond : c'est l' cou 
d'ine gatte. 

Allez vos loigne ! fez l's i bàhî brizetle et v'nez près d'ini. 

(Dehin. Li charlatan d' so l fore. 1850.) 

Variante. Fer bàhi l'oùhai de prince. 

Cité par Forir. Dict, 

(^HANCIIÉT. 

Si j'aveus des lomon ! 



— 5^>. — 



Nanesse. 

Fez-li bàhi brézette 
Kilo ni vfit tilii les pûne. 

f(". . Dei.AKGF.. Scène populaire 1874.) 

1 fait Làhî Ijrizette à ses malés k'nohance. 

(M. Tiiiity. On royiye à rotite cour.) 

Vaiuantk. MaY(in. 

Si j' SOS siorv;inte hoiiyo, i n fût iiiii avii des air avou mi, ca ji v'freii bàhî hazetle. 
(J. Demoui.in. Ji voux^iji )i' poux. II, se. "1. 18S8.) 

Mais r heulollc fa bàhî brezetle à mèssègi. 

(G. Magnée. Li houloiie. 1871.) 

Var Jalhay. Li marchand. 

Si j'aveus-sl-on s'fait, ji li freu bàhî l'oûhaî de prince. 

(J.-F. Xhoffer. Les deux soroche. II, se. o. 1802.) 

193. Bàhî l'cou de 1' vèye feumme. 
LiTT. Baiser le cul de la vieille femme. 

A certains jeux, perdre sans prendre un point, sans gagner 
un jeu. (AcAD.) 

Pr. fr. — Baiser le cul de la vieille. 
Chevaucher la vieille. 

(OUDIN. Curiosiiez frntiçoiscs. IG-iO.) 

BAISSER. 

194. Fâl biii s' bahî wisse qu'on u' si pout dressî. 
LiTT. Il faut bien se baisser où l'on ne peut se tenir debout. 
Il faut subir les conséquences de sa position ; s'humilier, 

quand on ne peut fjùre autrement. (Agad.) 

Pr. fr. — Il faut prendre le temps comme il vient. 
Cité par Forir. Dici. 

Wisse qu'on n' pout s' dressi, 
I fàt bin s' bahî. 

(A. HoCK. La famille Mathot. 1866.) 

Louise. 

Crèyez-rn' i l'àt bin qu'on s'abahe, wisse qu'on n' si poul dressî. Les maisse sont 
les maisse. 

(DD. Salue. Maisse Pierre. II, se. ?>. 1879.) 

Jalhay. Garite. 

Oie, oie, essioz-v', tailiiz-v', maniée. Qu' l'àt-i fer don ? 
I fàt bin s'abahî là qu'on n' su poul dressî. 

(J.-l'". Xhoffer. Les deux soroche. l, se. 12. 1861.) 

Mahche. I s' faut bachet, qwand on n pout nin 

Avou r liesse dreute, mousset d'vin. 

(A.-J. Alexandre. Piti corti. 1860.) 



— 53 — 
BALAI. 

195. Les novaî ramon liovet vollî. 

LiTT Les nouveaux balais balayent volontiers. 

Se dit des domestiques qui servent bien dans les premiers 
jours de leur entrée en maison. (Agad.) 

Pr. fr. — Faire balai neuf. - Il n'est rien tel que balai neuf 
— Il n'est telle dévotion que de jeunes prêtres 
Au nouveau tout est beau. 

Cité par Forir /'"•/. 

Vervieus. On vi spoûleù qui n" fe've nolle gesse 

Veyanl su iriiancliî Tassoti 
D'hfive à s' plantiucît lot hossant 1' liesse, 
Les nous ranioii hovet volti 

(i\. Poulet. On feu d' mohc a deux cou. 186-2.) 

Marche. Novais ranion chovet voltî, 

I n' chovel nin treus cùp 1' cuhenne 
Qui n' vaudret li pieu qu'on l's î denne. 

(Alexandre. /,/ p'tit roni. 18G0.) 

JoDOiGNE. Novia rainon chove voltî. 

MoNS. In neu balai balaie volontiers. 

MoNS. In neu ramon ramoune voltié. 

Tournai. In nouvieau rann^n, y rameone toudi bin. 

Lille. Nouviau ramon ramone bien. 

St-Quentin. In ramon nu cha ramonne mieux qu' in viu. 

Basse-Allemagne — Neue Besen kehren gut. 

196 Sins [)onnès raine, on n' sàreûl ïvv des bons 
ramon. 

LiTT Sans bonnes ramilles, on ne saurait faire ik' bt»ns balais. 
Ne lésinez pas sur la matière première quand vous voulez. 
faire un bon ouvrage. 

Cf. On ne saurait Caire du bon avec du mauvais. 
Raine, ramilles dont on fait les balais. 

BALAYER 

197. U'i'^ clia(;iin lioûvc (lavant s' pavé. (Malmiihy.) 
LiTT. Que chacun balaie devant son pavé (sa porte). 
Mèlez-vous de vos affaires. 

BALLE. 

198. Happer 1' halle â bond. 
LiTT. Prendre la balle au bond. 



— 54 — 

Faire une chose au moment opportun; profiter d'une 
occasion favorable. (Littri':.) 

Pr. fr. — Prendre la balle au bond. 

Cainèràde, happez 1' balle à bond, 
Et jouwez de coûtai tôt d' bon. 

(Hanson. Li tlinriade Iravestéye. Ch. 8. 4780.) 

ISami'r, 11 avait réussi et saisichant li ballo au bond, 1 porte ine wageûre 
à s' camarade. {Martniie. -1889.) 

MoNS. Rascoyer 1' balle au bon blond. (Terme du jeu de balle, au premier bond.) 
BAPTÊME. 

199. Disfoncer Tbaptéme d'ine saquî. 

LiTT. Enfoncer le baptême de quelqu'un. 
Enfoncer le crâne, casser la tète. 

Ca on joù 'ne pire à batte toumret so vosse cervaî, 
Ji v' disfonsrè l' baptême, vos polez v's y attinde. 

(Remouchamps. Li savUi. Act. 2, se. 3. 1858.) 

Variante. Il a l'planchî d'foncé. 

'200. Respectant 1' baptême. 

LiTT. Respectant le baptême. 

Sauf votre respect. — Se dit aussi lorsque, par manière 
d'injure, on compare quelqu'un à une bête. 

Respectant l' baptême, vos n'estez qu'on pourçaî. 

BAPTISER. 

201 . Il a sti baptisé avou d'I'aiwe de floyé.(JoDOiGNE.) 

LiTT. Il a été baptisé avec l'eau de la mare. 
C'est un mauvais chrétien. On ne peut baptiser qu'avec de 
l'eau naturelle. 

BAQUET. 

202. I bowe à totes les tenne. 

LiTT. Il fait la lessive à tous les baquets. 

Il est de tous les partis, comme Sosie, ami de tout le monde. 

I bowe à detix tenne. — Il caresse les deux partis. 

(FoRiR. Die t.) 
Var. Malmedy. I tèhe à tos les slà (métiers). 

BARABBAS. 

203. Esse kinohou comme Barabbas à F passion. 
LiTT. Etre connu comme Barabbas à la passion. 



— 55 — 

Être connu comme un pas grand'chose. — Avoir une mau- 
vaise réputation. 

Pr. fr. — Décrié comme fausse monnaie. 
Cité par Forir. Dict. 

Il o#l-st-ossi k'noliou (|ii' Uarabbas à V passion, 
1 n'y a nouk qui n kinohe tôle ses belles action. 

(Df.lchef. Lex deux neveux. III, se. 5. -ISoH.) 

Jalhay. Garite. 

Tehoz-v" binainé homme ! On sèreut k'poirté 
Tôt avà l'viège, comme liarabbasà F passion. 

(Xhoffer. Les deux soroche. II, se. 14. 1862.) 

Var. Namuu. Esse connu comme on mouai i)atar(l. 

LiTT. Être connu comme un mauvais sou. 

Var. Marche. Comme mes vers qui v'nel ji n'sés d'où. 

Et qu'on r'conneut comme ©n mouai sou. 

(Alexandre. Liptitcorti. 18G0 ) 

Var. Jodoigne. On Tconnet comme on sou d'Lîche. 
BARBK 

20i. Trover l)àl)e di bois, di four. 

LiTT. Trouver bar'b ■ de bois, de foin. 

Se dit lorsque, venael chez quelqu'un, on y trouve la porte 
fermée ; ou, par extension, pour exprimer qu'on ne trouve 
personne, quoique la porte ne soit pas fermée. (.\gad.) 

Pr. fr. - Trouver visage de bois. 

Cité par Forir Dict. 

On dit aussi : Ti^over l'oube di bois. 

Di Lige les poite serrôye 
Ni laironl nolle intrèye, 
Qui tôt payant 1' wichel; 
Puis à dihe heure sonnante 
Li gare très vigilante 
Vis fret veye bàbe di bois. 

(SlMOKON. /.(' cuparèijc. l8'J-2.) 

Li cabri d' méfiant louko à d'foù po l'crèvcûrc; 

« Moslrez-m" blain'. pid, dit-sl-i, ou v's àrcz bàbc di bois.» 

(Baii.leux. Li leup,li gatte et i cuhri. Kàve. 18ol.) 

CODINAS. 

N' direut-on nin on jeu ? Pa, chaque fèye qui ji vins, 
Ji n' trouve qui bàbe di four...... 

(REMorr.HAJips. Lixnv'ii. Se. !>. ISiiS.) 

Badinet. 

Po r trover v' n'avez nin mésàhe d'aller si Ion, 
V's estez sure t!S s'mnhonne di trover bftbe di four. 

(Delchef. /,; (inluiit de l' .ticrvuitlc. II, se. 4, 18o7.) 



— 56 — 

Si 'ne saquî voléve vini, elle divéve lî braire, toi lî mostrant bàbe di four, qu'i 
n'y aveut noullu es rmohonne. 

(G. Magnée. Baitri. 1865.) 

V.VR. Namur. J'a compté les clau d' l'huche. 

Namur. Trover visége di bois. 

MoNS. Allons, assis-té, si c' madame là arrive, soit que c' veut, elle ne trouvera 
nié l'huch^ de bos, né pas? 

(I.ETELi.lEK. Armonaque dé Mous. d8o3.) 

DoL'Ai. Un m'a raconté qu" chinq jeunes fiettes ([u'alles avottent incor infilé chelle 
liote ruelle, pou U' aller consulter, et pis qu'ailes ont trouvé porte d' bos. 

(De Christé. Souv'nirx d'un homme d' Douai. 18o7.) 

Lille. Accout ch' est malheureux tout d'même. 

Mais te vas trouver l' jjorte d'bos. 

(De Cottionies. Le flâneur lillois.) 

205. Fer F bâbe sins savonnette. 

LiTT. Faire la barbe sans savon. 

Déjouer les projets de quelqu'un. 

Expr. pop. Faire fumer quelqu'un sans cigare. 

Cité par Forir. Dicl. 

Mais par bonheur li coq qu'esteut 
Div'nou 'ne gotte pus adrette 
Lî d'ha qu' lî freut 1' bâbe sins rèseù, 
Sins aiwe, ni savonnette. 

(F. Bailleux. Les frawe d'on coirbâ. Fâve. i843.) 

GÉRA. 

Areùs-j' mâye adviné 

Qu'ine fèye les rein tourné, cisse canaye di Babette 
Mi fève, avou inc aute, li bàbe sins savonnette. 

(R. Remouchamps. Les amour d'à Gèrâ. I, se. 4. i87S.) 

Prov. ail. — Einen barbieren. 

206. A vu r bâbe broùléye. 

LiTT. Avoir la barbe brûlée. 

La fête est passée. — On est au lendemain de la fête. 

iV. n. Les fêtes de paroisse, à Liège, commencent le dimanche 
matin, par la procession, pour finir le jeudi soir. Le dernier 
moment venu, on entend les crâmignons (farandoles, danses 
rondes) répéter en chœur : 

Nos n' magn'rans pus dé floyon. 
Nos avans 1' bàbe broûlèye. 

Floyon, flan, tarte à la crème, que les marchandes de beurre 
des environs de Liéti:e ont coutume d'offrir à leurs clients de la 
ville, la veille des fêtes paroissiales. 
L'annoyeu joû po les sùlèye 
Qui r mardi cràs à 1' bàbe broiilôye 
Li joù qui nâhèye dé pochi 
Les jônôs fèye ont ma leu pîd. 

(DUMONT. Mathl l'Ohal. Cantate.) 



— 57 — 
BARBIER. 

207. On bârbî rase l'aute. 

LiTT. Un barbier rase l'autre. 

Les gens de même état se rendent de mutuels services. 

(LlTTRK ) 

Les gens qui ont un inlôrôt conmiun se soutiennent, 
s'entraident, se louent réciproquement. 

(FORIR. Dict.) 

On doit se rendre des services réciproques ; et, dans 
un sens particulier, en parlant de deux compères également 
suspects qui se blanchissent l'un l'autre des torts qu'on peut 
leur imputer, ou qui cherchent à faire ressortir les qualités 
l'un de Tautre. 

Prov. fr. — Un barbier rase l'autre. — Une main lave 
l'autre. 

(QUITARI). l>ict. des prov. 1842.) 

BARQUE. 

208. Li ci qui n'sét miner s' barque ni sàreut 
miner l'cisse (Fine aute. 

LiTT. Celui qui no sait conduire sa barque ne saurait con- 
duire celle d'un autre. 

Qui ne sait diriger ses affaires, ne dirigera pas mieux celles 
d'autrui 

Fiyiz-ve à lu. c'est-st-on pâlot 
"L a miné s'barque comme on vl sot. 
I n'comprind nin m'systôme. 

(Alcide Pryor. Oh dragon qui fait des madame. 18G7.) 

Variante. Baiwir (cocher). 

A Tcoûse, gàre .'ie.s ohaî ! 
Avou m'corîhe, j'èl maque, 
J'èl traite comme on tournai : 
On sét miner s'batal. 

(Alcide Pryor. Çou (lu'est-st-és fond de pot. 1864.) 

Marche. Dascoi.e. 

Mi, ji n'sipaiignrai rin i)0 vosse prùpe intérêt 

Mais minez bin vosse barque el n'|)ierilez nin corège. 

(Alexandre. Lipèchon d'avril. II, se. I^c. ^858.) 

BARRIÈRE. 

209. C'est les vèyèsbahe qui crînet l'pus longlimps. 

LiTT. Ce sont les vieilles barrières (portes) qui grincent le 
plus longtemps. 



— 58 — 

Ce sont les vieilles femmes qu'il est le plus difficile de 
réduire au silence. 

BAS. 

210. Prinde ses châsse po ses soler. 

LiTT. Prendre ses bas pour ses souliers. 
Se tr'omper dans ce qu'on fait dans ce qu'on dit; être induit 
en erreur. 

Pr. IV. — Prendre son cul pour ses chausses. 

Kimint, c'est m' mèyeii camarade, 
Dit l'aute, qui tôt volant brader, 
Prinda ses châsse po ses soler ; 
Ou bin qui prinda, po mî dire, 
Po l'no d'ine homme li no d'ine pire. 

fHAiiXEi'X. I.i mûrtico cl i chin. 1852 ) 

HlNRl. 

Et c'est d' cisse jône fèye là qui vos m' vinez parler ? 
Vos avez co 'ne fèye pris vos châsse po vos soler. 

(Delohef. Les deux neveux. III, se. 8 1839.) 

Var. Mons. Pou li faire vire qu'il avoi pris ses cauche po ses maronne el gouver- 
neur èl renvouyai à l'artique diOl du code civil. 

(Letellier. Armonaque dé Motis. i8o0.) 

Tournai. Printe ses bas pou ses quéauche. 

St-Hl'bert. I n' faut nin prinde si cou po ses chausse. 

Roucm. I prend ses bas pou ses chauches. 

(HÉCART. Dict.) 

St-Quentin. Vous preindriez bientôt, asseuré, vo casaque (ou vos queuches) pour 
vo maronnes. (GossEV. Lettra picardea. 1840.) 

Picardie. Prendre ses bos pour ses keuhes. 

(CORBLKT. Glossaire. -1854.) 

211. Ji lî a r'fait ses châsse â talon. 

LiTT. Je lui ai refait ses bas au talon. 
Je lui ai dit son compte. 

2:2. Il âret po r'fer ses châsse â talon. (MAr,MEi)Y.) 

LiTT. Il aura pour raccommoder ses bas au talon. 
Il pourra payer ses dettes avec son héritage. 

BATIR. 

21 ;i. Po bâti fàt avu deux boûse. (Stavelot.) 

LiTT. Pour bâtir il faut avoir deux bourses. 

Quand on bâtit, on se laisse souvent entraîner à plus de 
dépenses qu'on ne l'avait calculé, et les imprévus peuvent être 
très coûteux. 



— 59 — 
BÂ.TON. 

214. 11 est comme les baston d'hité, on n'sét po 
wisse el prinde. 

LiTT. Il est comme les bâtons breneux, on ne sait par où le 
prendre. 

Se di! d'un homme revêche et fâcheux. (Acad.) — D'un 
homme d'un caractère difficile, avec lequel les relations sont 
désagréables ; dont on ne peut rien obtenir. 

Pr. fr. — C'est un fagot depines, on ne sait par où le 
prendre. — C'est un bâton merdeux. on ne sait par quel bout 
le prendre. 

Variante. Il est comme on fat di s'penne, (Forih. Dict.) 

JODOIGNE. On vrai baston d'bernati. 

On n'sét d'qué costé l'apougnî. 

215. C'est rbaston que fait clioûter les cliî. 

(JODOIGNE.) 

LiTT. C'est le bâton qui fait écouter les chiens. 

Une punition corporelle est quelquefois nécessaire pour 
dompter certains caractères. 

216. Mette des baston d'vins les rowe. 

LiTT. Mettre des bâtons dans les roues. 

Susciter un obstacle, entraver, retarder une affaire. (Acad.) 

Pr. fr. — Mettre bâtons en roue. 

DlUAKDlN. 

Ji n'a qu'ine saquoi à v'dire, c'est qu'vos n'avez sèpou fer tote vosse vèye qui 
d'fôrer des baston d'vins les rowe, qwand c'esl-sl-ine aute qui k'dùl l'aUiMêye. 

(Salme. Li (jermalle. Se. io. 1883.) 

MoN8. L'vieux losse dé Guyaume a bé invinté des truque pou mette dés bâton 
dins l'rœux. 

(Letellier. Armonaque dé Mous. 1858.) 

St-Quentin. Bouter des bâtons dein chès reues. 

217. Tourner à bordon d' Canada. 

LiTT. Tourner à bâton de peuplier (du Canada). 

Devenir vieille fille. — Se dessécher. 

Les Anglais disent : To carry a weeping willow branch 
(porter la branche du saule pleureur), « soit par allusion à la 
romance du saule, où gémit une amante délaissée, soit parce 
que cet arbre, étant l'emblème de la mcMancolie, peut très bien 
servir d'attribut à ce caractère malheureux que M. de Balzac 
appelle la nature élégiaque et désolée de la vieille lille. » 

(QuiTAhl). Dict., p. 194.) 



- 60 — 

Yaiuantk. François. 

Vos ilineiirrez jône fève, vos coitTrez Si^'-Cath'renc. 

Mavon. 
C'n'osl nin çouhi qui m'espéche de doirmi. 

(Demoulin. Ji vaux, ji ii'poux. I, se. 8. iSSS.) 
Vauiante. (.hanchet. 

.... Et hanlran-gne ine miette ? 
Tatenne. 
J'espère qu'es Paradis, ji ifinon'ret nin l'berwctte. 

{.\. Peclers. L'ovrè(je d'à Chanchet. Se. 5. 1872.) 
Variante. Kàt-i ([u'ès Paradis, ji vàye miner l'berwette ? 

HiiKUiièye S'''-Calh'renne qu'cst-c' qui ji v's a don fait? 

(A. Peclers. On ijdlant^ s'i r'plait. Chansonnette. 1877.) 
Et qui, si c'n'esteut nin po divni inc dame à fai;on, elle aveut co p'ehî tourner à 
bordon d'Canada. 

(Magnée. Haitri. -1865.) 

Li cope tourna don à bordon d'Canaila. 

(Magnée. Li houloite. i8H.) 
Vekviers. Lina. 

Bravo, c'est todi p(', avou ciste esprit la. 

Dai, m'sonie qu'on sût les vôye des bordon d'Canada. 

(Renier. Li mohonne à deux face. Se. 4. (873.) 

Vekviers. N'allez nin d'mani, j'espdre 

A bordon di Canada. 
Est-ce qu vos père et vos mdre 
Belle, aveut ci défaut là ? 

(J. Deru. Ji sin.i d'jà qui hnpaie. Caveau verv. 1883.) 

BATTRE. 

'218. Ksse balteii pa des coutia d'bois, (Jodoigne.) 

f.iTT. Être battu par des couteaux de bois. 
Par des cens maladroits ; et, iiguréinent, ne pas être répri- 
mandé comme on devrait l'être. 

BEAU. 

219. N'est nin baî cVjti'est haï ; i n'est baî qu'çou 
qu'ahèye.(STAVELOT.) 

LiTT. N'est pas beau ce qui est beau ; il n'est beau que ce 
qui agrée (convient). 

Une chose utile doit être préférée à une belle chose. 

220. Baîèsl'banse, 
Laid^àJ' danse. 



61 



LiTT. Beau ilans le berreau, laid fi la danse. 

Il devient plus laid à mesure qu'il avance en âge. 

Il n"a jamais eu que la beauté du diable. 

"-l^li. Tôt coula cesl bel cl bon. 
LiTT. Tout cela c'est bel et bon. 

Se dit ù une personne dont on ne goûte pas les propositions, 
les conseils, i Acad.) 
Pr. fr. - Tout cela est bel et bon, mais je n'en ferai rien. 

BOLAND. 

Tôt coula c'est bel tt bon, mais i gn'a 'ne saquoi qui vos roûvîz. 

(Salmk. Les deux bèch'iâ. Se. 11. 1879.) 

.Mahche. Jacques. 

Tôt ça c'est bel et bon, mais qwand j'pinse à fond d' l'àme 
Qu'sins fin considèrèt, on nos d"cherre, on nos blâme. 

(ALE.\\SDRE. Li pèchon d'avril. III, se. l'"'". 1858.) 

Namur. Tôt ça est bel et bon, ji n'vos dis nin l'contraire ; 

Mais faut meseure à lot. . . 

(Demanet. Oppidum Aiunticorum. 1843.) 

Namur. Obi, po ça, Dolpbine, toi ça c'est bel et bin, mais i m'chone qu'onc 
homme va avant toi ça. 

{Aurmonaque de Vmarmitc. 1887.) 

CuARLEROi. C'n'est né avet d l'euwe claire qu'on acràche les pourchal, 
Tout ça est bon et bia. 

(Bernl's. Le r'nau èiet les dindon. Faufe. 1873.) 

"2^2"2. 11 l'a biaii comme ein kié d' madame. (Mons.) 

LiTT. Il l'a beau comme un chien de dame. 
Il est bien soigné; il se donne du bon temps. (Souvent 
ironique.) 

Var. Nivelles. Quée fzeu d'imbarras ! Vos direz in chi d'monsieu. 

^!2o Par belle ou bin par laide. 

LiTT. l^ar be.le ou bien par laide. 
De gré ou de force. 

Portant j' vous co 'nne aller, par laide ou bin par belle. 

(Remol'CHAMPs. Li sav'ti. Acte I, se. :2. 18o8.) 

Joseph. 

Ji n' sàreus quoiri pus longlimps, par belle ou par laide, i fAI qu"i m' dèyc li vraie, 
comme à k'fesse. 

(WiLLEMS et Bauwens. Pécht rach'tc. Se. 13. 188:2.) 

Moss. Puisque ces garnement la n'veuillenlté nié plier par biéau, nos l'zes 
ferons plier par laid. In moment dpaliince ! 

(Letellier. Armonaque de Mons. 1864.) 



G2 



Frameries. Anatole. 

Jamin ju n'me tairai ni par laid ni par bia. 

Tant qu'vos n'm'arez ni dit : Natole, l"es l'homme qui m'botte. 

(J. DuFRANE. Pierrot vil co. Se. 6. i889.) 

"2^24. Fàte di baî on prind les mon laid. 

LiTT. Faute de beau on pi^end les moins laids. 
Il faut savoir se contenter de ce qu'on peut obtenir. 
Quand on ne peut avoir la première qualité, on prend ce 
qu'il y a de meilleur dans la seconde. 

223. C'est baî, mais c'est trisse. 
LiTT. C'est beau, mais c'est triste. 

Se dit quand une pensée désagréable vient se mêler à une 
chose heureuse. — Souvent ironique. 

MoNs. On peut bé dire comme el proverpe : c'est bieau, mais c'est trisse. 

(Letellier. Armonaqne dé Mons. 1859.) 

226. Sovint biaté et folie 

Si teigne-nu compagnie. (Namur.) 

LiTT. Souvent beauté et folie 
Se tiennent compagnie. 

Une jolie femme se croit tout permis, et sa légèreté peut 
l'entraîner à commettre une imprudence. — L'esprit n'est pas 
toujours uni à la beauté. 

Cfr. Kiquet à la houppe. 

BEC. 

227. Avu pus d' bêche qui d'cou. 
LiTT. Avoir plus de bec que de cul. 

Avoir plus de jactance que de capacité. — Être vantard, 
hâbleur, babillard, faire plus de bruit que de besogne. — 
Magna ne jactes, sed prœstes. (L^hèdre.) 

Cité par FoRiR. Dicl. 

On dit souvent : 

I ravisse li coucou, 

II a pus d' bêche qui d' cou. 

L'woisène Nanon 
Kihuslinéve Simon; 

Simon 'nne alla, 
Nàhi dé vèye coula ; 
L'woisène Nanon 
Corat après Simon ; 
Si bin qui nosse cusène Gètrou 
Areut co bin pus d' bêche qui d'cou. 
(De Vivario. Lijiesse di Hoûle-s'i-plout. II, se. 4. 17S7.) 



— 63 — 



Vauiantf. Li voisène. 

Li meune, voisène, esteut trop foirt 
On vraie torrà, toi nitjrdi s'coirps. 
Des homme qui n'avît nin corou 
Qu'avît mon d'boche, baicop pus d'cou. 

(HOCK. Grand'mére à Vvihenne. 1861.) 
Makcuk. On m'comparrail bin au coucou 

Qu'es fait pus do bùclic qui do cou 

(Alexandke. P'tit corii. 1800.) 
Var. JoDoiGNE. Il a pe d'gueuie que d'ibice, que d'corache. 

MoNS. Il a toudi ieue à Mons enne masse de BielVacrd qui savent-té tout faire, 
et qu'ont branmint pus d'bec que d" queue, surtout quand i sont au cabaret, et qu'il 
ont deuse lois verre dé bierre dins leu goyer. 

(LETELLlElt. Àrmoimqiie dé Vom. 18o0.) 
RoL'CHi. I d'abat d"belles, mé ch'est del gueule. 

(UÉCAhT. Dicc.) 



BÉGUINE. 

228. Mette ine bègiiène à 1' mowe. 

LiTT. Mettre une béguinotte à la mue (à l'appeau). 

Jeu de mots Bèguène, religieuse. Béguinette, petit oiseau. 

Se dit des marchands qui, pour attirer la clientèle, ont soin 
de choisir de jolies demoiselles de comptoir. - Allusion aux 
oiseleurs. 

BERGER. 

229. N'est nin biergî qui wàde ses mouton. 

(Stavelot.) 

LiTT. N'est pas berger celui qui garde, conserve ses moutons. 
Le berger doit, à un moment propice, vendre ses moutons. 

280. C'est l'dièrain biergî qu'âret totes les liolette. 

LiTT. G'est le dernier berger qui aura toutes les houlettes. 
G'est le dernier qui ramasse tout ; c'est celui qui sort le 
dernier d'un cale qui paie les consommations. 

Es ci timps là, d'vin les manège, c'csteut l'dièrain biergî qui rascoyive loles les 
palette ; et Bailri s'trova, à elle seule, héritîre. 

(Magnée. Buicn. iSij'6.) 

BESAGE. 

2;-}!. Il a commincé avou ré, et il a one besace. 

(JODOIGNE.) 
LiTT. Il a commencé avec rien et il a une besace. 
Il n'a pas gagné grand'chose. 



- 64 — 

BESIGLE. 

23:2. Ci n'est iiin des bèrique di vosse timps. 
LiTT. Ce ne sont pas des besicles de votre temps. 
Vous êtes trop jeune pour vous mêler de nos affaires ; ce que 
nous disons n'est pas à votre portée. 

I m'sonle qui j'hantreus bin 
Sij'aveu co 'ne maîtresse. 

Thérèse. 

Quarante an jus di t' liesse; 

Des s'faitès caresse 
Ni sont des bèrique di nossc timps. 
(DliMONT. lue perrique es mariège. OpévSi. Sc. li. 1800.) 

Vos jâsez comme on hacba, ci n'est nin des bèrique di vosse timps. 

(lÎKMACLE. Dict.) 
JOSEPH. 

Oh ! por mi, ci n"est nin des bèrique di m' timps, j'a n' saquî d' mèyeu à 1' main. 
(Willem et Bauwens. Pèchl rach'té. Sc. 6. 1882.) 

BESOIN. 

23;î. On n'sét nin d' qui on pout avu mèsâhe. 

LiTT. On ne sait pas de qui on peut avoir besoin. 
Il ne faut dédaigner personne. 

On a souvent besoin d'un plus petit que soi. 

(Lafontaine. Fables.) 

Anecdote POPur^AiRE. - Une vieille temme récitait tous 
les jours son chapelet devant la statue de St-Michel (la tradition 
ne dil pas dans quelle église). Comme d'habitude, l'Archange 
était représenté terrassant le démon. 

Sa prière finie, notre dévote, avant de s'éloigner, allumait 
au pied du groupe, deux cierges d'inégales grandeurs. 

Son curé lui ayant demandé la raison de cette double offrande, 
la bonne vieille répondit très naturellement : « Li grande chan- 
<i délie, c'est po Tbinamô St-Michî ; et li p'ti te c'est po l'diale ; 
« on n'sét d'qui qu'on pout avu mèsâhe. » 

Fàl jàser baî avou ces gins là; on n'sét nin d'qui on pout avu mèsâhe. 

(Collette. Ine raJUtoléye. 4868.) 

Maiiciie. Waltans do n' jamais chir es l'paile 

Ni d'vin les solet d'one saqul. 
On n'sét d'qui qu'on-z-auret dangî. 

(Alexandre. PUit cor H. 18G0.) 

JoDOiGNE. On a quéqu'fie dangi d'en pc p'teu qu'le. 



65 — 



BÊTE. 

^H4. Fer vèye à 'ne sa(jiiî (jiii si eh' va n'est (ja'ine 
biesse. 

LiTT. Plaire voir à queUfirun que son cheval n'est qu'une 
bête. 

Montrer qu'on a plus d'esprit que la personne à laquelle on 
s'adresse. 

Je lui ferai voir qu'il se trompe lourdement. (Acad.) 

Pr. ir. — Je lui ferai voir que son cheval n'est qu'une bête. 

J A CDU 'm IN. 

I fàt lî fer vèye qu'on-z-est 1' maisse. 
Qu'on v'iomme Jàcqu'inin et niii Nicaise, 
Qui comme lèye vos avez de l' liesse 
tt qui s' chivà n'est qu'ine vraie biesse. 

(Henaui.T. Li malignant. I, se. 6. ^89.) 
I lî a fait veye qui si ch'và n'est qu'ine biesse. 

(Remacle. Dict.) 

Tôt fant qu'Baîlri balta sûtéyement de l'jaive, elle prova à Lârgosse qui si cirvù 
n'esteut qu'ine biesse. 

(Magnée. Uaiiri. 18fi.').) 

Namuk. Fer vôyeà one saqui qu'on ch'vau n'est qu'one biesse. 

Variante. Cath'uenne. 

Et qwand i rinturret, s'i veut fer des ràcbà, 

Es deux mot, j' lî fret vèye qui si àgne n'est qu'ine biesse. 

(Delchef. Les deux Neveux. I, se. "1. ^859.) 
Var. Marche. T'ii |)rouv'rai qui s'chin n'est qu'one biesse. 
MoNS. I j'ii ferai bé vire qui s' quié n'est foque enne bietto. 

(Letellier. Armonaque dé Muns. 18o8.) 
Tournai. Faire vire que s'tien n'est foque eine biète. (Ne rien prouver du tout.) 
St-Quentin. Mais vous, vous ([ue z'ai bien foùt vir q' leu kien i n'etoit qu'eine biète. 

(GOSSEU. Lettres picardes. 1840.) 

235. Nin si biesse. 
LiTT. Pas si bête. 

Kllipse. Je ne suis pas assez sot pour consentir à faire une 
telle chose. (Acad.) 
Pr. fr. — Pas si bête. 
Basse-Allemagne. — Nicht so dumni. 

236. Ine biesse ni s' kilape màye tant (nii ({wand 
elle vont crever. 

LiTT. Une bête ne se remue jamais autant que (juand elle 
veut crever. 

5 



— 66 — 

Se dit d'ua homme qui fail beaucoup d'embarras pour cacher 
sa position précaire. 

Namur. One biesse ni sYotape tant qui ijuand olle va crever. 

Var. Namur. On n'si cotappe jamais tant qui quand c'est po moru. 

237.. Evoyîz n'biesse a marcliî, i v'rapoitret des 
biesse. 

LiTT. lui voyez une bête au marché, il vous rapportera des 
bêtes. 

Chargez un sot d'un message, il ne fera rien qui vaille. — On 
ne saurait faire d'un sol un habile homme. (Agad.) 

Remagle donne la variante suivante : 

Qwand on-z-èvôye des âgne à marchî, on-z-a des àgne. 

Qui fol envoie fol attent (anc. prov. XIIP siècle). 
Pr. fr. - On ne saurait faire d'une buse un épervier. 

Vas, lais-m'-ôs paye. Et i s' dèrit 
Èvoyîz 'ne biesse à marchî 
I v' rapoirtret des biesse ; 

Li vî spot wallon 

A todi raison. 

iN. Defrecheux. Haubert et l' lîve. i872.) 

Var. Namuk. Èvoyîz on baudet à Paris, 

I r'vairet pus mau appris. 

238. I fait todeu assoteu F biesse et 1' marchand. 

(JODOIGNE.) 
LiTT. Il taquine toujours la bête et le marchand. 
Se dit, en bonne part, d'un homme qui taquine tout le monde 
et, en mauvaise part, pour dépeindre un mauvais sujet. 

239. Bonne biesse qui r'toûne à s' maisse. 

LiTT. (C'est une) bonne bête qui revient à son maître. 
Se dit lorsqu'on retrouve un objet perdu, ou, en guise de 
remercîment, à celui qui le rapporte. 

Stavelot. On i)on chin r'vint todi à s' maisse. 

240. Fer tourner à neiirès biesse. 

LiTT. Faire tourner à bêtes noires (blattes). 
Ahurir, faire perdre la carte, pousser à bout. 

François. 
Pauve Mayon, j'el fret tourner à neùrès biesse ; vins-se, Chanchèt? 

(Demouun. Ji voux,ji n' poux. I, se. 8. 1858.) 



— ()7 - 

BAiWÎR. 

Qu'est-ce qui j'a d'keûre di tes raison '! 

Mi qwarid c'est qu'on in'jàsc d'élection, 

Ji toùne à neùrès biesse. 

(Alcide Pryor. Qui vaut esse d consèijc? iSl)2.) 

Jalhay. Mathi. 

I frint bin tout 1' même tourner des amoro à neùrès biesse. 

(Xhoffer. Les deux soroche. I, se. 3. 1861.) 
Variante. Namur. Mais vos prétention d' tenues tiesse 
Vos font vraimint tourner à biesse. 

{Chanson. Aurrnonaque de l^ Marmite. 1887.) 
Var. Jodoigne. Fer veùye le laide (T moert) biesse. 

"241. 11 a bé des bielle à Tombe quand 1' soleil s'a 
couché. (MoiNS.) 

LiTT. Il y a beaucoup de bètes à l'ombi'e quand le soleil s'est 
couché. 

Il y a beaucoup de choses dont ou ne parle plus dès qu'on ne 
les voit plus. — Les sols, depuis Adam, sont en majoiMté. 

Gfr. Loin des yeux, loin du cœur. — Gor oblida qu'els no ve 
(cœur oublie ce qu'il ne voit), pr. du troubadour Peyrols, dans 
QuiTARD, Prov. sur les femnies, p. 21'2. 

Namur. Gn'a brammint des biesse à Tombe quand li solia s'a couchi. 

MoNS. Pau temps qui court, l'esprit n'est nié co là trop commun, que du contraire, 
il a bé des biette à Tombe quand T soleil s'a couché, elti T proverbe. 

(Letellier. Armonaque dé Mons. ISiiG.) 

Tournai. Quand T solel s'est couché, i a bin des biète à l'ombre. 

242. N' fet pas 1' biète, l'aveine est trop tière. 

(Tournai.) 

LiTT. Ne fais pas la bête, l'avoine est trop chère. 
Expression énergique pour ramener à la raison celui qui 
feint d'être bête et de ne pas comprendre ce qu'on lui explique. 

243. Mâle biesse, li cisse qui n' sét r'souwer s' cûr. 
LiTT. Mauvaise bête, celle qui ne peut sécher sa peau. 

Se dit pour blâmer quelqu'un qui ne fait pas ce qu'il devrait 
faire, — qui ne veut ou ne peut agir lui-même. 

244. I s' ragrippe, i r'monte sus s' biète. (Tournai.) 

LiTT. Il se rattache, il remonte sur sa bête. 
Se dit d'un homme qui, après avoir été malade et languissant, 
paraît reprendre vigueur. 

245. Pus fin qu' lu n'est nin biesse. 

LiTT. Plus malin que lui n'est pas bête. 



08 



C'est un homme très inti'llii.',ent. 
Var. Naml'r. Pus biesse n'est nin sot. 

•246. Bouhîz (rsus, c'est d'à aieiine li biesse. 

LiTT. Frappez dessus, c'est à moi la bète. 
Faileg-en tout ce qu'il vous conviendra. — Je m'en soucie 
peu ; ce n'est pas moi qui en soufl'rii'ai. 

547. Tôles les biesse ni niagnèt nin de four. 

LiTT. "'i'oules les bêtes ne mangent pas du foin. 
Il y a beaucoup d'êtres appartenant à l'espèce humaine qui 
devraient être rangés dans la catégorie des bêtes. 

Vaiiiantk. I p.n'a brav'mint des âgne qui n' magnèt nin de four. 
Cité par FoRiR. Dict. 

248. C'est r (•ri])e de l'jônesse. 
Qui fait r bonne biesse. 

LiTT C'est la crèche de la jeunesse, 

Qui t'ait la botme bête. 
C'est la première nourriture, c'est l'éducation première qui 
fait l'homme. 

BÊTISE. 

249. Qui n'fuit nin des biestrèye jone, les fait vî. 

LiTT. Celui qui ne fait pas des bêtises jeune, les tait vieux. 
Un jette ses gourmes tôt ou tard. 

BEUllRb:. 

250. Promette j)iis d' boûre qui d' pan. 

LiTT. Promettre plus de beurre que de pain. 
Pi^omettre plus qu'on ne veut ou qu'on ne peut tenir. ( Acad.) 
Pr. fr. — Promettre plus de beurre que de pain. — Donner 
de l'eau bénite de cour. 

Var. Hehve et Namur. Promette pus d' boûre (bùre) qui d' froumage. 

Cf. MouiiiN, cité par U. Caritaine. {Bulletin archéol. 
liégeois^ t. II, p. 10.) 

Que le ciel te promet 

Tant de bien qu'on ne le peut dire, 
A les enfants un grand empire 
Et plus de beurre que de pain. 

(Scarron.) 
Cité par Forir. iJici. 



69 - 



Baiwir. 

A r maison d' vcye, on v' dit d" payî d'avance 
On deut pronielle àx gins pus d' boùre qui d' pan. 

(ArxiDE l'UYOK. Qui vont esse n consèye? 1862.) 

Variante. Inu t'eumme 5 si homme : 

Ji iii'aveus, hoùtant vosse ramage, 

Fait de mariège, on bai tàv'laî, 

C'est prometic pus d" boùre qui d' froumage. 

— Ji v' donne dé 1" tripe sorlon m' pourçaî. 

(Thiry. QuiUrain. 1868.) 

Variante. Les feumme sovint oiit des si boignes messége 
Et v' promettait pus (F boùre qui di stofft*. 

(J. Demoulin. On péhou tVavril. Se. 6. 1886.) 

Charleroi. Si iun ou l'autechcu dins 1' pétrin, 

Prom'tant pus d' bûre que d' poin, vos ingueuse, vos agasse. 
Si vos 1' choutf^t, vos cheyet d' dins. 

(lÎF.RNUS. U leu eiel le r'nau. Fauve. 1873.) 

MoNs. Déméfiez-vous d'in boinnio qui vos promet pus d'bùrc que de pain : quand 
c' ti lii vos barain pois, sera loudi pou avoir eiinc fève. 

(Letkllier. Arm. dé Mans. 1846.) 

Tournai. Promette pus d' bùre que d' pain, 

Be'auquéop d' cbuque et pau beauque'op d' café. 

Var. Tournai. 1 n'ara jiont in seul graine-dint pou trouver qu'on a promis jius 
d' char que d' pain. 

{Eirennes tournaisiennes. Calendrier. 1883.) 

Nivelles. I dansou avd n' paysante, i l'intertinou toute el soirée in li promettant 
pus d'bùre que d'pain. 

(Clipotia. Tout c' que r' lut n'est ni d'our. Conte. 1800.) 

Douai. Ch'roi y fait des compliments superbes à tous cbés gins et y leu promet 
pus d' bûre que d' pain comme toudis. 

(DeoiiristÉ. Souvenirs d'un homme d' Douai. ISJJO ) 

Lille. Avant de s' marier m' sœur Rosette, 

Craignant d'avoir un libertin, 
Fait par trois fois tirer s' planette, 
Qui li promet pus d' bûre que d' pain. 

(Desrousseaux. Mes étrennes ; alm. pv. 1860.) 

St-Quentin. I proumoettent pus d' bûre que d' pain. 

(GOSSEU. Lettres picardes. '1840.) 

"251. Fer à 'ne sa(iiiî 'ne tâte avoii s' hoûrc. 

LiTT. Faire à quelqu'un une tartine avec son propre beurre. 
Faire présent à quelqu'un d'un objet qui lui a|)partient. 
Fez-li 'ne tàte di s' prôpe boùre. 

Offrez-lui le fruit de son propre et important travail. 

(FORIR. Dict. 



— 70 — 

2o^2. Si c'est de boûre çouhi, i magn'ret s' pan 
lot sèche. 

LiTT. Si c'est du beurre, cela, il mangera son pain tout sec. 
C'est une chose de nulle valeur. 

553.. I ploût de boûre et de froumage. 

LiTT. Il pleut du beurre et du fromage. 

Cette locution s'emploie principalement dans le pays de 
Hervé, lorscju'après une sécheresse assez prolongée, il tombe 
de la pluie. 

(Mathieu Laensberg. 4830.) 

Yak. Tournai. I cait des pièche chonq franc. (Dit-on, lorsqu'après une longue 
sécheresse, il pleut et que la pluie qui tombe est bienfaisante pour les champs.) 

204. I n'a nié du bure à frire. (Mons.) 

LiTT. Il n'y a pas de beurre à frire. 
Il ne s'y trouve rien à manger. (Acad.) 
Pr. fr. — Il n'y a rien à faire, — Il n'y a pas de quoi frire 
dans cette maison. 

Mons Quais foire ! foirette? Est-ce que les voleur pinseront jamais qu'il a du 
biire à frire à 1' maison d'in chafetier, à c't' heure. 

(Letellier. Armonaque dé Mous. 4850.) 

255. I n'y a feimme si dure 

Qui n'eusse pitié dé s' bi'ire. (Mons.) 

LiTT. Il n'y a pas de femme si dure qui n'ait pitié de son 
beurre. 

Les femmes, même prodigues, deviennent économes quand 
il s'agit de beurre. 

(Sigart. Dict. du wall. de Mous. 1870.) 

206. Si t' vous do bure, il es faut batte. (Marche.) 

LiTT. Si tu veux du beurre, il en faut battre. 

Pour acquérir, il faut travailler. 

Pr. fr. — On récolte ce qu'on a semé. 

Travaillez, prenez de la peine, 

C'est le fond qui man(itie le moins. (Lafontajne.) 

Le travail est un trt'sor. (Id.) 

JoiioiGNE. S' vos v'iot dé bûre, il es faut batte. 

207. Tiesse di bûre ni vôye nin au for. (Namur.) 

LiTT. Une tête