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I 




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in 2014 



https://archive.org/details/bulletin71soci 



The HF Group 



Indiana Plant 
054752 2 17 00 




6/20/2006 



ALLEN COUNTY , PUBLIC LIBR AR Y 

GENEALOGV 
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SOCIETE DE L'HISTOIRE 192E 



du 



Protestantisme Français 

Reconnue d'utilité publique par Décret du 13 juillet 1870 



Bulletin 



PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS 

Etudes, Documents, Chronique littéraire 

LXXI e ANNÉE 

VINGTIÈME DE LA 5» SÉRIE 

1. Janvier Mars 1922 




PARIS 

Au Siège de la Société, 54, rue des Saints-Pères 

LIBRAIRIE FISCHBACHER (Société anonyme) 

53, rue de Seine, 33 

1 q 2 2 



SUMMAIKE (n° de chèque postal 4U7 .85). 



Les tables du Bulletin de 1921 accompagnent celte livraison. 



N. W. — Préface du Bulletin de 1922 (LXXI« année) . . ' . ...... 5 

ÉTUDES HISTORIQUES 

V. L. Bourrilly. — Les Protestants de Provence et d'Orange 

sous Louis XIV. — Vers la Révocation. 7 

DOCUMENTS 

E. Le Parquier. — A Rouen, mars-avril 1J5GO. Assemblées 
nocturnes des protestants. Mesures de police d'après le 
journal des échevins. 40 

A. J. Ensciiédé et N. W. — Requête de Suzanne Ferry-Le-Ba- 
chellé à LL. H H. PP. les États-Généraux de Hollande, 
12 juin 1702 45 

MÉLANGES 

D. P. — Samuel de Peyster . 47 

Séances du Comité. — 1 er Décembre 1921 51 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 

Th. Sciioell. — Les débuts de la Réforme en Piémont, par Jean 
Jalla 51 

N. Weiss. — Écrivains français en Hollande dans la première 

moitié du XVII e siècle, par G. Cohen 52 

CORRESPONDANCE 

F. Puaux. — Une prophétie attribuée à Paul Rabant. .... 55 

— Les plaintes des Protestants de France jugées 

par un catholique . . . 57 

Th. Maillard. — Les sépultures huguenotes en plein champ. 58 

R. G arrêta. — La folie Rambouillet 60 

N. Weiss. — La Bibliothèque d'Antoine Papilion. — Sibiville. 

Bar boy re 61 

NÉCROLOGIE 

Armand Lods. — Le pasteur Auguste Weber (1841-1922) .... 62 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII e ), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
exemplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin parait tous les trois mois, en cahiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 
On ne s'abonne pas pour moins d'une année. Tous les abonnements datent du 1 er janvier 
et doivent' être soldés à cette époque. 

Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et laLorraine; — 16fr. 50 pour 
l'étranger ; — 10 fr. pour les pasteurs, instituteurs, etc., de France et des colonies françaises ; 
12 fr. 50 pour les pasteurs de l'étranger. — Prix d'un numéro isolé de l'année courante et 
de la précédente, 3 fr. 50 et pour les autres années, selon leur rareté. 

La voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abonnements est 
d'en déposer le montant dans un bureau de poste au compte-chèque n° 407.83 au nom 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

\ 

D U 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



Bulletin — LXXP année. — 1922 



A nos lecteurs 

« Les protestants, d'ensemble, vont naturellement à l'erreur, 
au désordre. C'est presque toujours une garantie de bon sens 
d'être leur adversaire sur quelque question que ce soit. Ce sont, 
à la fois, les plus agités et les plus tyranniques, les plus incohé- 
rents et les plus fanatiques, les plus superstitieux et les moins 
religieux des hommes. » 

Cet « Avertissement charitable » se lit dans YAlmanach catho- 
lique pour 1921, répandu à des milliers d'exemplaires, grâce, 
en partie, aux fonds consacrés par l'État à la propagande fran- 
çaise à l'étranger. — N'était-il pas naturel que jadis nos enfants 
nous fussent arrachés pour être élevés, à nos frais, dans les 
couvents ! — L'étranger saura donc, grâce, en partie, à notre 
argent, quel cas les catholiques doivent faire des millions de 
protestants anglais et américains venus à notre secours et dont 
des centaines de milliers dorment dans nos cimetières, alors 
qu'au Canada, en Irlande, en Espagne et ailleurs — sans parler 
du pape — tant de catholiques souhaitaient ou escomptaient 
notre défaite. 

C'est sous les auspices, si ce n'est par l'ordre de Monseigneur 
— Bossuet se contentait d'être appelé Monsieur — Baudrillart, 
de l'Académie française, que cet Avertissement est répandu, 
à l'instar des affiches qui, dans les gares, invitent le public à se 
méfier des voleurs (beivare of picpockets !) 

Gela n'étonnera pas ceux qui savent ce que, dès 1896, le R. P, 



6 



A NOS LECTEURS 



Baudrillart écrivait, sans preuves à l'appui : « Ce furent les pro- 
testants français qui commencèrent la guerre civile en 1562. Les 
premiers, ils justifièrent l'assassinat politique et le régicide ; bien 
avant que les prédicateurs de la Ligue eussent laissé entrevoir 
la possibilité du meurtre de Henri III, les pasteurs calvinistes 
avaient poussé à l'assassinat de Catherine de Médicis et de 
Charles IX. Ce furent enfin les protestants qui, après une longue 
préméditation, amenèrent les étrangers dans le royaume et, sous 
prétexte de punir les ennemis de Dieu, ils se prenaient à haïr la 
patrie elle même », témoin ces vers : 

Fille de Babylone, race ingrate et maudite 
Heureux qui te rendra le mal que tu nous fais.. 

que le R. P. ignorait apparemment n'être que la traduction ver- 
sifiée d'une strophe du Psaume 137 l . 

Ces citations nous dispenseront, je l'espère, de justifier à 
nouveau l'existence d'un recueil destiné à exposer, par des faits 
et des documents, ce que nous avons été et ce que nous sommes. 

Dès que la crise de l'imprimerie, toujours aussi prohibitive, 
nous le permettra, nous augmenterons le nombre des pages de 
chaque livraison. 

N. W. 

1. La France chrétienne dans V histoire, Paris, F. Didot, 1896, p. 363 cf. 
Bull. 1896, 216 et 1905, 163 où l'on verra que les mêmes calomnies ont été 
répétées dans les conférences données à l'Institut catholique en 1904 sous 
le titre l'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme, Paris, Bloud, 
1904. 



Études historiques 



LES PROTESTANTS DE PROVENCE ET D'ORANGE 
SOUS LOUIS XIV 

L'histoire générale des protestants de la région pro- 
vençale a. été écrite par M. Arnaud 1 . Dans les pages qui 
suivent, nous ne prétendons pas refaire ce travail; notre 
but est tout simplement de le compléter, soit en mettant 
davantage en lumière des faits connus, soit en produi- 
sant des faits nouveaux, avec l'aide de documents tirés 
pour la plupart des Archives départementales des 
Bouches-du-Rhône. 

Ver» la Révocation. 

Situation des Protestants de Provence en 1 66 J . — Les agents elles 
moyens d'action des catholiques. — Démolitions de temples — 
Surveillance et poursuites contre les réformés de Mérindol (1670- 
4671). — Le ministre Chauvin à Marseille (1674). — Missions et 
conversions (1677-1684). — La préparation de la Révocation. 

ï 

L'édit de Nantes fut enregistré par le parlement de 
Provence seulement le 11 août 1600, après des lettres 
de jussion en date du 15 juillet 1599. Par lettres patentes 
données à Chambéry, octobre 1600, une commission 
composée de Jean-Jacques de Mesmes, sieur d'Arches, 



1. E. Arnaud, Histoire des protestants de Provence, de la principauté 
d'Orange et du Comtat Venaissin, 2 vol. 



s 



ÉTUDES HISTORIQUES 



conseiller du roi et maître des requêtes, catholique, de 
Michel de Sade, sieur de la Goy et de Romany, gentil- 
homme ordinaire de la chambre du roi, protestant, et 
devant laquelle Balthazar de Villeneuve, écuyer, sieur de 
Dordonne représenta les Eglises réformées, fut chargée 
de déterminer les conditions d'application de l'Edit. 
Aux termes de l'article vi (des particuliers), les protes- 
tants de Provence devaient pouvoir exercer librement 
leur culte en trois localités, en dehors de celles où il 
était pratiqué au 15 septembre 1577, en 1596 et jusqu'à 
la fin d'août 1597 et de Lour marin, place de sûreté. 
Ces trois lieux, dits de bailliage ou de séné-chaussée, 
furent Manosque (Basses-Alpes), Velaux (Bouches-du- 
Rhône) et le Luc (Yar). Le Luc et Manosque ayant 
joui de l'exercice du culte aux dates susdites, les 
Réformés proposèrent d'y substituer Tourves et Brignoles 
(Tune et l'autre dans le Var). Malgré les preuves qu'ils 
alléguèrent à l'appui de ce qu'ils avançaient, leur r cla- 
iridtion fut écartée; de sorte qu'en définitive, ils n'eurent 
réellement le bénéfice que d'un lieu de sénéchaussée, 
Velaux 1 . Comme d'autre part le parlement d'Aix était 
réputé pour son hostilité contre la Réforme, la connais- 
sance des causes des protestants ressortit à la Chambre 
de l'Édit de Grenoble. Pour les affaires concernant les 
aides, tailles et gabelles, elles relevaient de la Cour des 
Comptes, Aides et Finances d'Aix, mais seulement en 
dernier ressort. Les empiétements de cette Cour ayant 
provoqué des plaintes, Louis XIII déclara que la Chambre 
de Grenoble pourrait prendre connaissance des procès 
dépendant de la juridiction de la Cour des Comptes d'Aix 
lorsque le roi n'y aurait aucun intérêt, que ses droits ne 
seraient pas contestés par les parties et qu'il ne s'agirait 
pas de « levées, impositions et contributions de denrées 
de Sa Majesté ou de communautés des pays de Pro- 
vence ». 

Telle était la situation juridique des protestants de 

1. Canton de Berre, air. d'Aix (Bouches-du-Rhône). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



9 



Provence : la Chambre de l'Edit de Grenoble leur offrait 
quelques garanties d'impartialité et un recours contre 
l'intolérance du parlement d'Aix et les abus de la Cour 
des Comptes, garanties, il faut bien le dire, pas toujours 
observées et recours souvent illusoire. Le culte était 
publiquement exercé dans une trentaine de localités : la 
plupart se pressaient dans la vallée moyenne et inférieure 
de la Durance depuis Forcalquier, Sisteron et Manosque, 
et autour du Luberon ; quelques centres, La Bréole 1 , 
Selonnet 2 , Seyne-les-Alpes étaient dispersés aux confins 
de la Haute-Provence; en Basse-Provence, la liste n'était 
guère plus riche; elle comprenait seulement Grasse, 
Antibes, Le Luc 3 et Velaux. On trouvait bien encore 
quelques familles de Réformés dans un grand nombre de 
villes et de villages du littoral, de la plaine et de la mon- 
tagne, mais au total, par suite de leur faiblesse numé- 
rique et de leur pauvreté, les Eglises provençales étaient 
dans une situation misérable. Les guerres de religion, 
surtout au temps de la Ligue, avaient été en Provence 
particulièrement continues et sauvages. Le pays avait 
énormément souffert, et si la Réforme n'avait pas été 
déracinée, elle avait été réduite à végéter. Les pasteurs 
manquent; les ressources font défaut pour les payer; aux 
synodes nationaux, pas ou peu de délégués. L'organisa- 
tion ecclésiastique fléchit et les décisions prises par les 
synodes à Alais, notamment en 1620, pour remédier à ce 
triste état de choses demeurent lettre morte. La crise 
fut particulièrement grave entre 1630 et 1635 : le soulè- 
vement des Rochellois et la guerre des Cévennes ne pro- 
voquèrent pas de troubles en Provence ; mais les victoires 
de Richelieu encouragèrent probablement l'offensive du 
parlement d'Aix. Le 2\ juillet 1632, un arrêt enlève aux 
protestants de Cabrières 4 l'église qui leur sert de temple; 
même décision contre ceux de la Motte d'Aiguës. En 

1. La Bréole, canton du Lauzet, air. de Barcelonnette (Basses-Alpes). 

2. Selonnet, canton de Seyne-les-Alpes, arr. de Barcelonnette. 

3. Le Luc, canton de l'arr. de Draguignan (Var). 

4. Cabrières d'Aigaes et La Motte d'Aiguës, canton de Pertuis, arr. d'Apt 
(Vaucluse) . 



io 



ÉTUDES HISTORIQUES 



1633, le président Jean-Baptiste de Forbin, seigneur de la 
Roque d'Anlhéron 1 prétend y interdire le culte, sous pré- 
texte que ce culte y est desservi par un ministre étranger, 
celui de Lourmarin\ Le roi donne raison au président : 
un arrêt du Conseil du 3 mars 1634, que le Parlement 
se hâte d'enregistrer (26 avril 1634) interdit de faire le 
prêche et d'exercer le culte en dehors des lieux de bail- 
lage. Le 2 décembre 1634, une Déclaration défend aux 
pasteurs de prêcher en dehors des lieux de leur rési- 
dence. Il en résulte que l'exercice doit cesser à Joucas 3 , à 
Gordes et à La Coste 4 . 

Il semble que sous le coup de ces attaques,, les p ro- 
tes {an ts de Provence se soient réveillés. Pendant les 
dernières années du règne de Louis XÏII et durant le 
ministère de Mazarin, ils mettent toute leur énergie à 
défendre leurs droits contre les prétentions des particu- 
liers, des autorités ecclésiastiques ou du parlement. Si le 
culte protestant disparaît à Forcalquier, à Sisteron, à 
Séderon 5 , à Grasse; si, à Antibes, l'évêque Godeau 
réussit à faire supprimer l'exercice, par contre les Réfor- 
més de Gordes, de La Roque d'Anthéron, d'Eyguières 6 , 
de Riez-Romoules 7 , de Lemps 8 , voient leurs privilèges 
confirmés par la Chambre de l'édit de Grenoble. 
Les temples de Cabrières et de la Motte d'Aiguës sont 
reconstruits; celui de Mérindol 9 est agrandi; il en est 
fondé un à Sivergues 10 . Le i 7 août 1654, un arrêt du roi 
confirme les articles 32 et 34 de l'édit de Nantes, fait 
expresse défense au parlement d'Aix de connaître les 
causes de ceux de la Religion et ordonne que les juge- 
ments de la Chambre de PEdit de Grenoble seront exécu- 



1. La Roque d'Anthéron, canton de Lambesc, arr. d'Aix (Bouches-du-Rhône) . 

2. Lourmarin, canton de Gadenet, arr. d'Apt (Vaucluse). 

3. Joucas, canton de Gordes, arr. d'Apt. 

4. La Goste, canton de Bonnieux, arr. d'Apt. 

5. Sederon, canton de l'arr. de Nyons (Drôme). 

6. Eyguières, canton de l'arr. d'Arles (Bouches-du-Rhône). 

7. Romoules, canton de Riez, arr. de Digne (Basses-Alpes). 

8. Lemps, canton -de Rémuzat, arr. de Nyons (Drôme). 

9. Mérindol, canton de Gadenet, arr. d'Apt (Vaucluse). 

10. Sivergues, canton de Bonnieux, arr. d'Apt. 



études Historiques 



11 



tés en Provence sans le pareatis du parlement d'Aix. Peut- 
être Mazarin récompensait-il ainsi le loyalisme des protes- 
tants provençaux pendant les troubles qu'avaient suscités 
l'affaire du Parlement-Semestre et les divisions de la 
Fronde. Toujours est-il que, au début de 1661, lorsque 
commence le règne personnel de Louis XIV, il y a des 
temples à Joucas, à la Bastide des Gros 1 , à La Coste, à 
Sivergues, à Mérindol, à Lourmarin, à la Roque d'An- 
theron, à Cabrières, à la Motte d'Aiguës, à Peypin d'Ai- 
guës 2 , à Velaux, à Manosque 3 à Ongles 4 , à Seyne-les- 
Alpes, à Romoules-Riez, à Thoard 5 , au Luc, à Lemps, et 
le culte est librement exercé à Gignac G , à Oppedette 7 , 
à Gordes, à Roquefure 8 , à Saint-Martin d'Aiguës", à 
Cadenet, à Eyguières, à La Breole, à Selonnet, à Solliès 10 , 
à La Charce 11 , soit au total dans une trentaine de loca- 
lités. 

II 

Cette reviviscence du protestantisme n'avait pas 
manqué de susciter les récriminations des catholiques. 
On voit les éléments de réaction se grouper, se préparer 
à agir sur place et de concert, en attendant de mettre en 
mouvement l'autorité royale. Comme il était naturel, 
c'est le clergé qu'on trouve au premier rang dans cette 
campagne contre la Réforme. Et d'abord les prélats, 
archevêques et évêques qui sont à la tête des circons- 
criptions ecclésiastiques du pays. Pendant la période qui 
nous occupe (1661-1685) les sièges archiépiscopaux d'Aix 
et d'Arles, conservèrent le même titulaire, à Aix, le 

1. La Bastide des Jourdans, canton de Pertuis, an*. d'Apt. 

2. Peypin d'Aiguës, canton de Pertuis. 

3. Manosque, canton de l'air, de Forcalquier (Basses-Alpes). 

4. Ongles, canton de Saint-Ëtienne, arr. de Forcalquier. 

5. Thoard, canton et arr. de Digne (Basses-Alpes). 

6. Gignac, canton et arr. d'Apt (Vaucluse). 

I. Oppedette, canton de Reillanne, arr. de Forcalquier. 

8. Roquefure, près de La Goste, canton de Bonnieux, arr. d'Apt. 

9. Saint-Martin-de-la-Brasque, canton de Pertuis, arr. d'Apt. 

10. Solliès, canton de l'arr. de Toulon (Var/. 

II. La Gharce, canton de Rémuzat, arr. de Nyons (Drôme). 



12 



ÉTUDES HISTORIQUES 



cardinal Jérôme Grimaldi (1655-3 novembre 1685), à 
Arles François-Adhémar de Monteil de Grignan (1643- 
1689) qui, à partir de 1667, eut comme coadjuteur son 
neveu et futur successeur Jean-Baptiste. Il en fut de 
même à Riez où nous trouvons Nicolas de Valavoire 
(1652-1685). Sur les autres sièges se succédèrent plu- 
sieurs évêques : ainsi le diocèse de Marseille fut successi- 
vement dirigé par Etienne de Puget (1643-1668), Tous- 
saint de Forbin-Janson (1668-1679), Jean-Baptiste 
d'Etampes de Valançay (1680-1684), Gharles-Gaspard- 
Guillaume de Vintimille du Luc (1684-1708) ; celui de 
Sisteron, par Antoine d'Arbaud de Matheron ou de Bar- 
ge m on M 648-1666), Michel Poncet (1667-1675), Jacques 
Potier (1677-1681) et Louis de Thomassin (1682-1718); 
celui d'Apt, par Modeste de Villeneuve (1629-1670), Jean 
de Gaillard de Longjumeau (1671-1695). D'une façon 
générale ces prélats, dont quelques-uns, le cardinal Gri- 
maldi et Grignan étaient influents en cour (ce dernier 
était en outre, apparenté au comte de Grignan, lieute- 
nant-général du roi en Provence à partir de 1670) rési- 
daient et prenaient à cœur leurs fonctions : ils s'efforcent 
d'élever le niveau intellectuel de leur clergé par la fon- 
dation ou la dotation de séminaires (Grimaldi à Aix, 
Antoine d'Arbaud à Manosque); ils tiennent régulière- 
ment des synodes; ils multiplient les visites pastorales 
et les font avec un soin dont témoignent les multiples 
procès-verbaux qui nous ont été conservés. Aussi impor- 
tante que l'action individuelle de ces personnages, 
malgré tout, toujours un peu distants, est l'action collec- 
tive des Assemblées du clergé, synodes diocésains ou 
synodes provinciaux qui reçoivent des rapports, émettent 
des vœux, les transmettent aux Assemblées générales du 
clergé de France et sur place dans l'intervalle des ses- 
sions, pour les préparer et en faire exécuter les décisions, 
ont comme agents les syndics généraux du clergé. Ce 
sont ces syndics qui font les démarches nécessaires, pro- 
voquent les enquêtes, mettent en mouvement le parle- 
ment ou la Cour des Comptes, soutiennent les instances, 



ÉTUDES HISTORIQUES 18 

bref sont la cheville ouvrière dans le mécanisme monté 
pour la répression de l'hérésie. Le clergé trouve un appui 
et un concours enfin dans des sociétés particulières, des 
compagnies formées de clercs et de laïques dont Faction, 
pour se manifester rarement en pleine lumière, n'en apas 
moins été soutenue et efficace, nous voulons parler de la 
Société pour la Propagation de la Foi et de la Compa- 
gnie du Saint-Sacrement de l'autel. 

Pour ce qui est de la première, elle fut établie à Aix, 
en 1656, par les soins du cardinal Grimaldi : elle compre- 
nait trente -quatre personnes « ecclésiastiques et laïques, 
y compris les quatre officiers que l'on choisit annuelle- 
ment pour en avoir la conduite et dont la principale 
occupation est de joindre aux divers exercices de piété 
communs à tous les confrères un soin particulier pour 
la conversion des hérétiques et pour l'assistance des nou- 
veaux convertis ». Dans une supplique transmise au roi 
en juin 1682, les directeurs de la Société donnent un 
aperçu de leurs ressources et de leurs façons de procéder. 
Les revenus proviennent de « quelques pensions ou pres- 
tations annuelles modiques, procédant la pluspart des 
sommes promises ou données par les confrères », de 
200 livres fournies par le clergé et de 300 livres que 
donne M. de Lesdiguières « en considération des terres 
qu'il a dans la Provence » (Lourmarin, Cabrières, La 
Motte d'Aiguës, Peipin et Saint-Martin). Ces sommes 
sont employées « pour le secours des nouveaux convertis, 
soit en payant leurs debtes, soit en mariant leurs filles 
avec des catholiques, soit en metant leurs enfans en 
apprentissage, ou en eslevant mesme dans les lettres 
ceux à qui Ton trouve quelque disposition pour l'estude, 
soit enfin en poursuivant la démolition de divers temples 
bastis au préjudice des Edits 1 ». Une Société analogue 

1. Arch. dép. C. 2184, f. 84-86, Aix, 26 juin 1682. Dans cette supplique 
les directeurs de la Société s'attribuent la démolition de 22 temples bâtis 
contre la disposition des édits; grâce à eux, il n'en resterait plus que 6. Ils 
demandent une pension de 400 livres à prendre sur les deniers destinés par 
la piété de S. M. à l'entretien des nouveaux convertis, et l'octroi des mêmes 
lettres patentes accordées à la Société de la propagation de la foy à Mont- 



14 



ÉTUDES HISTORIQUES 



existait à Marseille. Etablie une première fois vers 1659, 
elle disparut peu après « à cause des divisions de la 
ville » qui se terminèrent par Fentrée de Louis X1Y dans 
Marseille (1660), la construction du fort Saint-Nicolas et 
la suppression des dernières libertés municipales de la 
ville. Une vingtaine d'années après, il se forma une nou- 
velle « Société de fidèles zélés pour la gloire de Dieu et 
pour la propagation de la foy ». L'évêque de Marseille 
érigea cette pieuse association en Congrégation qui fut 
organisée sur le modèle de celle d'Aix et se consacra à la 
même œuvre. Mais, avant la Révocation, elle fut loin 
d'exercer la même influence. 

Une autre compagnie, plus mystérieuse, eut aussi sa 
part d'influence, bien que son action soit peut-être moins 
directe et surtout moins facile à saisir : c'est la société 
du Saint-Sacrement de l'autel, dont les groupements 
existaient dans plusieurs villes de la région 1 . La société 

pellier en mai 1679, c'est-à-dire « le droit de faire toutes assemblées néces- 
saires, de recevoir toutes sortes de legs, fondations et autres donations faites 
dans l'intention d'entretenir et faire instruire les nouveaux convertis ». L'in- 
tendant Morant appuie la requête et ajoute : « Nous croirions aussy que 
dans les entreprises que font journellement les religionnaires contre la 
disposition des Edits pour les establissemens des ministres, lieux d'exercice 
légats (legs) à leurs églises et consistoires, associations, irrévérences, 
discours, séditions dans leurs presches, ou scandales et autres contraventions 
de toute nature, il y auroit lieu d'appliquer à cette compagnie les amendes 
qui seroient ordonnées en punition de ces mesmes contraventions, soit pour 
l'excitera entreprendre la vindicte de ces crimes que les détours d'une pro- 
cédure affectée et d'une chicanne qui ne se lasse point par les mutuels 
secours que les religionnaires se prêtent les uns aux autres, font presque 
toujours rester sans poursuitte, — soit pour retenir les religionnaires dans 
les bornes qui leur sont prescrittes par la crainte de se voir poursuivis 
sans relasche par une compagnie qui auroit tout le zèle et en mesme temps 
les moyens nécessaires pour obtenir la réparation de leurs entreprises, et 
qu'il paroist d'autant plus juste de leur opposer que l'on a veu par les 
délibérations qu'ilz croyoient tenir secrettes qu'ils defï'endent à frais com- 
muns et aux dépens de leurs Églises les particuliers de leur religion qui 
sont prévenus de crimes lorsqu'on les poursuit en justice ». — Nous verrons 
plus loin combien, à cette date de 1682, était active et fructueuse la propa- 
gande de cette Société contre les Réformés. 

1. Les documents relatifs à la Société de Marseille ont été publiés par 
M. Rébelliau, La compagnie secrète du Saint-Sacrement, lettres du groupe 
parisien au groupe marseillais (1639-1662), 1908, et par M. Allier, Une société 
secrète au XVII* siècle. La compagnie du très Saint-Sacreme7it de l'autel à 
Marseille^ 1909. Ce dernier volume reproduit les procès verbaux de la Société 
tirés de la collection Arbaud, à Aix. Ces documents permettent de suivre 
l'existence de la Société, jusqu'au début du xvm e siècle. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



15 



de Marseille avait éié fondée en mars 1639, sur l'initiative 
de l'évêque de Grasse, Godeau ; il en existait une à Aix ; 
dès septembre 1639, à Arles en 1640, à Toulon en 1642, 
en Avignon avant avril 1650, à Orange avant septembre 
1657. Parmi les préoccupations des adhérents, la pour- 
suite dès hérétiques tenait une des premières places. 
« Et pour ce que Dieu est grandement déshonoré au 
siècle où nous sommes par les athées, déistes, libertins, 
hérétiques, schismatiques, jureurs et blasphémateurs du 
nom de Dieu, et autres impies, on taschera par remon- 
trances charitables et bons exemples de les ramener dans 
le bon chemin, et s'ils se rendent incorrigibles, les mena- 
cer des magistrats et mesmes les en advertir au besoin l . » 
Les confrères constituaient ainsi une sorte de police béné- 
vole, pour qui la surveillance incessante et au besoin la 
dénonciation avaient la valeur d'une œuvre pie. Malheu- 
reusement nous ne pouvons pénétrer Faction souter- 
raine que de la seule société de Marseille, puisque c'est 
la seule dont, jusqu'à présent, tout au moins, les procès- 
verbaux aient été retrouvés. Nous voyons les confrères 
marseillais, parmi lesquels il convient de remarquer 
l'évêque lui-même Etienne de Puget et Pierre de Bausset 
prévôt de la cathédrale (1629-1678), puis vicaire capitu- 
laire, travailler de toutes leurs forces à empêcher l'hérésie 
de se propager dans la marine et la garnison de Marseille, 
à supprimer les livres défendus ; ils soutiennent le zèle 
des autorités religieuses ou civiles, procurent « le réta- 
blissement de la vraye religion au lieu de Mérindol » 
(dont l'évêque de Marseille était seigneur), veillant à ce 
que les consuls observent le serment prêté à leur entrée 
en charge « pour le regard -des religionnaires répandus en 
cette ville » et, à ce sujet, « députent » à la cour. Ce sont 
eux qui, dès 1656, prennent l'initiative d'organiser à 
Marseille une société de la propagation de la foi, et après 
l'essai éphémère de 1659, reviennent à la charge et sont 
plus heureux en 1670. Nous verrons plus tard leur rôle 



1. Allier, op. cit., p. 23, 25. 



16 



ÉTUDES HISTORIQUES 



dans l'affaire du pasteur Chauvin. Leur zèle et leur vigi- 
lance ne se ralentissent jamais et il est probable qu'il en 
fut de même des sociétés d'Aix 1 , d'Arles, de Toulon, 
d'Avignon et d'Orange. 

Laïques et clercs, groupements religieux ou compa- 
gnies particulières étaient sûrs de trouver une oreille 
favorable auprès des membres du parlement d'Aix et de 
Cour des comptes : dont les sentiments étaient depuis 
longtemps connus. La Chambre de l'Edit de Grenoble, 
il est vrai, paralysait parfois, le fanatisme des magis- 
trats provençaux. Mais cette Cour devait être sup- 
primée par l'édit de juillet 1679. Et si les protestants 
conservèrent encore la faculté de porter leurs affaires 
devant le parlement de Grenoble réputé moins intolérant 
que celui d'Aix, ce ne fut pas pour longtemps, car un 
édit de mai 1682 supprima cette exception parce qu'on 
y voyait un prétexte, « par des évocations ou par des 
règlements de juges », à faire traîner les choses et qu'il 
fallait rendre la justice plus rapide et plus expéditive. 
Enfin, en haut lieu, avec le gouvernement personnel de 
Louis XIV, les dispositions du pouvoir avaient complète- 
ment changé. Dès qu'il fut véritablement le maître, le 
roi fut décidé à pratiquer une politique de restriction 
d'abord, de destruction et d'extermination ensuite. Bien 
que l'élément protestant y fût moins nombreux et moins 
fort que dans telle autre province voisine, le Dauphiné 
par exemple et le Languedoc, la Provence subit les effets 
de cette politique dont le but était, sous l'apparence de 
revenir à lettre de l'édit de Nantes, d'en préparer la totale 
suppression. 

il! 

Déjà, aussitôt que cessèrent les troubles de la Fronde, 
les autorités ecclésiastiques de Provence, émues de ce 



1. Parmi les « confrères » d'Aix, nous pouvons citer le chanoine de Mi- 
mata, qui fut un des syndics généraux du clergé de Provence. Voir Allier, 
op. cit., p. 2ol , note 1. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



17 



qu'elles considéraient comme d'intolérables empiéte- 
ments, s'étaient mises en mouvement pour contenir les 
protestants. Ces derniers, qui voyaient l'exercice de leur 
culte toujours contesté en certaines localités, malgré les 
arrêts de la Cour de Grenoble, avaient, en 4653, obtenu 
l'envoi d'un conseiller de celte Cour pour enquête. Il 
s'agissait de faire échouer cette mission. Dans une assem- 
blée tenue le 26 octobre 1653 par les évêques de Senez, 
Louis Duchaisne, et de Riez, Nicolas de Valavoire, le 
coadjuteur de Digne, les chanoines d'Aix, Jean Nicolas 
de Mi mata, vicaire général, et J.-B. Du Chaîne, dans la 
maison de 1 evêque de Senez, Mimata représenta : 

Qu'il estoit venu en sa nottice comme les religionnaires avoient 
fait venir dans la province M. de Chabrières, conseiller du Roy, 
en la Chambre de l'Edict du Dauphiné, pour stablir l'exercice de 
la religion prétandue refformée aux lieux d'Eiguières, la Roque, 
d'(Antheron) et autres où, dans les malheurs et désordres du temps 
ils avoient esté introduitz par le passé et dont depuis longtemps 
ils ont esté abolis comme estantz contraires à ce qui a esté permis 
auxdits religionnères par TÉdict de Nanles; néanmoins, ils pres- 
suposent à présent de restablir les exercices de leur religion en 
vertu de lettres patantes qu'ilz prétendent avoir obtenu de S. M.; 
ce qu'il ne peut avoir esté faict que par subreption ou faux entendre 
et d'autant plus qu'il y va de Fintérest de Dieu et de"son Eglize 
que ces abbuz ne soient pas tollerés et qu'il y importe de s'i 
opposer dans les commancemens, il a creu estre de son devoir, 
profitant de la présance de mesdits seigneurs en cette ville, de 
leur donner cognoissance de cest affaire affin qu'on advizat de 
quelle manière il y faudroit pourvoir. 

On décide en conséquence qu'on ira trouver le car- 
dinal Bichi 1 et le duc de Mercœur 2 et qu'après leur avoir 
fait compliment, on leur expliquera l'affaire, en les priant 
d'intervenir. On demandera au duc de Mercœur qu'il 
lui plaise « d'interposer son authorité à ce que lesdits 

1. Le cardinal Bichi, évêque de Carpentras, légat du pape à Avignon, qui 
était intervenu à plusieurs reprises, comme médiateur, pour apaiser les 
troubles de Provence. Voir A. Grémieux, Marseille et la royauté pendant la 
minorité de Louis XIV {164S-1660), 1911, 2 vol. 

2. Louis de Vendôme, duc de Mercœur, gouverneur de la Provence depuis 
l'année précédente. 

1. Janvier-Mars 1922. 2 



18 



ÉTUDES HISTORIQUES 



religionnères n'introduizent aucunes nouveautés dans la 
province... 11 sera donné requeste, au nom des sindicz 
du clergé de la province, au Parlement pour obtenir des 
inhibitions au commissaire d'exécuter sadicte commis- 
sion ny rien innover dans la province sur le faict de 
l'exercice de la R. P. R., par les raisons que le conseil advi- 
zera »... On verra également le président de la Roquetle 1 , 
chef du parlement, « pour le prier d'appuyer la justice 
de cette cause » ; et on fera dépêche aux agents généraux 
du clergé de France pour les mettre au courant et les 
faire agir auprès du Roi 2 . On voit se dessiner le méca- 
nisme de cette intervention de proche en proche, jus- 
qu'au souverain. Mais, pour cette fois, les agents du 
clergé en furent pour leurs frais, puisque l'arrêt du roi 
du 17 août 1654 confirmait purement et simplement les 
dispositions de l'édit de Nantes en ce qui touchait à la 
compétence de la Chambre de l'Edit de Grenoble. 

Cet insuccès cependant ne les découragea pas, et ils 
ne tardèrent pas à revenir à la charge. A la suite d'une 
visite pastorale que l'archevêque d'Aix, le cardinal Gri- 
maldi, peu après son installation, effectua à Mérindol et 
dans la vallée d'Aiguës, des contraventions prétendues 
aux clauses de l'édit furent relevées à rencontre des 
protestants : temples bâtis et culte exercé en des lieux 
non prévus. Notification en fut faite aux prélats de Pro- 
vence et à l'assemblée générale du clergé de France. Le 
2 avril 1656, dans la remontrance du clergé au roi, 
l'archevêque de Sens fit allusion aux temples de Mérindol, 
de Manosque et de Lemps élevés, au mépris de l'Edit, 
dans des seigneuries ecclésiastiques. Le roi ne put demeu- 
rer tout à fait sourd à ces réclamations : le 18 avril, il 
annnonça l'envoi de commissaires dans les provinces 
pour examiner dans quelles conditions était exercée « la 
Religion ». Mais cette Déclaration resta lettre morte : 
Mazarin était tout puissant. Tout de suite après sa mort, 

1. Jean-Augustin de Foresta, marquis de la Roquette, second président 
au parlement. 

2. Arch. dép. G. 518. 



ÉTUDES HISTORIQUES 19 

l'assemblée du clergé réunie à Pontoise réclama l'exécu- 
tion de la mesure promise « pour apprendre aux réformés 
que leur religion n'étoit que tolérée dans le royaume » 
(7 avril 1661). Huit jours après, le 15 avril, François 
Boehart de Champigny, sieur de Saron, intendant de 
Dauphiné et Provence, catholique, et Charles d'Arba- 
lestier, sieur de Montclar et de Beaufort, maréchal de 
camp, protestant, étaient nommés commissaires exécu- 
teurs de l'édit de Nantes et chargés d'informer « des 
entreprises et contraventions » faites aux édits de paci- 
fication. 

Les syndics généraux du clergé de Provence n'avaient 
pas attendu cette nomination pour s'agiter et mener une 
active campagne contre les protestants. Dans une assem- 
blée du clergé provençal tenue à Aix le 26 janvier 1660, 
ils avaient représenté 

Gomme, au préjudice des edictz et déclarations de S. M., 
l'exercice de la R. P. R. avoit esté introduit en divers lieux 
de la province... Quoy qu'il n'y doibve avoir que trois temples 
et trois ministres par l'édit de Nantes, sy est ce qu'il y en 
a plus de vingt-cinq, et nonobstant les arrests qu'ils ont 
obtenu du Parlement, ilz ne laissent pas de continuer. De quoy 
ayant informé diverses fois messieurs les agents, afin qu'ils 
s'opposassent à cette entreprise, leur poursuite a esté sans effect, 
tellement qu'ils croyent estre nécessaire qu'il paroisse que loute 
la province prenne intérest à un affaire qui regarde la religion 
et le salut des ames et qu'ilz interviennent lorsqu'ilz en seront 
requis pour les affaires de cette nature qui ont esté intentées ou 
qui le seront à l'advenir, et en faire instance en leurs noms, où 
besoin sera, mesme au Conseil du Roy 1 . 

Les prélats approuvent et on profite de la présence 
du roi à Aix 2 pour faire une démarche auprès de lui. 
Ensuite ils introduisent (2 mars 1660) devant le Conseil 
du roi une instance contre les ministres de Mérindol, 
Lourmarin, Gabrières et La Mo lté d'Aiguës à fin de démo- 
lition des temples et obtiennent (12-13 avril) que ces 
ministres soient assignés, ainsi que « les principaux reli- 

1. Arch. dép. G. 518. 

2. Louis XIV était arrivé à Aix le 17 janvier 1660. 



20 ÉTUDES HISTORIQUES 

gionnaires des dits lieux ». Dès lors, ils multiplient les 
démarches, dressent rapports sur rapports, mémoires et 
instructions « pour justifîerque lestemplesdesditslieuxont 
esté bastis longtemps après l'exécution de l'Édict de Nantes 
et qu'ilz appartiennent à des seigneurs catholiques, sçavoir 
Mérindol à Monseigneur l'évesque de Marseille, Lourmarin, 
Cabrières, La Motte, Peipin et Saint-Martin à M. le duc 
de Lesdiguières 1 ». Ils procèdent aux vérifications des 
actes, se font donner procuration par l'évêque de Mar- 
seille et le duc de Lesdiguières. Ils s'adressent à l'Assem- 
blée des communautés pour avoir le concours des procu- 
reurs du pays, en même temps, qu'à leur instigation 
probablement, le premier consul de Manosque, le sieur 
Pochetli, demande la démolition du temple construit à 
proximité de cette localité sous prétexte que c'est une 
terre dépendant « de la religion de Malte ». L'Assemblée 
délibère « unanimement » de se joindre aux syndics et 
d'intervenir au procès « au nom de la province 2 ». 

Par arrêt du Conseil en date du 14 juillet 1661, la 
connaissance de l'affaire fut attribuée aux deux commis- 
saires désignés le 15 avril précédent. Les syndics du clergé 
s'efforcèrent d'obtenir que les commissaires convoquent 
à Aix les ministres assignés 3 . Ceux-ci, au contraire, fai- 
saient instance d'être appelés en quelque autre ville ou 
lieu de la province non suspect, « attendu que cette ville 
d'Aix leur estoit grandement suspecte » et qu'ils « ne pou- 
voient contester avec liberté dans icelle ». En consé- 
quence, les commissaires désignèrent Pertuis, à quelques 
kilomètres d'Aix « pour la plus commode aux ungs et 
aux autres ». Assignation est lancée pour le jeudi 27 avril. 
Aussitôt les syndics informent les prélats du diocèse et 
réclament « les mémoires des contraventions aux édits 
et déclarations de S. M.,affinde pouvoir faire les instances 
et réclamations nécessaires ». 

1. Arch. dép., G. 206 (fin de 1660). 

2. Arch. dép. G. 39, f. 354 (11 août 1661). Sur l'affaire du temple de 
Manosque, voir Arnaud, op. cit., I, p. 417-422. 

3. Arch. dép. G. 518, lettre des syndics, Aix, 7 avril 1662; procès-verbal 
des syndics, Aix,, 6 juin 1662. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



21 



Les conférences de Pertuis durèrent près d'un mois 
et demi (27 avril-5 juin 1662). Les syndics étaient 
assistés, disent-ils dans leur rapport : 

De M. Arnaud d'Arnaud, syndic et député du diocèse d'Aix, 
pour le cas où suivant les articles qu'avions dressé sur les mé- 
moires à nous mandés conformes ànostre demande, serions esté 
obligés par ordonnance desdits sieurs commissaires, de faire 
diverses instances et instructions particulières contre les religion- 
naires de chaque lieu qui sont en nombre de vingt quatre, y ayant 
seulement des temples en quatorze d'iceux etministres prêchants 
en huit lieux, les autres lieux estant habités de quelques ungs de 
la dite R. P. R., où les ministres vont faire les exercices de temps 
en temps. 

Ils eurent aussi l'assistance de deux prélats : l'évêque 
de Digne qui fit paraître le zèle le plus louable « quoy 
que dans son diocèse n'y eûst aulcun lieu d'exercice » et 
l'évêque de Sisteron (Antoine d'Arbaud de Bargemon), 
qui sollicita « puissamment lesdits sieurs commissaires 
affin que leur advis fust favorable et advantageux » à la 
religion catholique. 

Les commissaires, après avoir entendu les parties et 
examiné les pièces présentées à l'appui de leurs affirma- 
tions contradictoires, se trouvèrent d'accord pour main- 
tenir l'exercice du culte à Mérindol, Manosque, Velaux, 
le Luc et Seyne les Alpes, et pour le supprimer à Gignac, 
Oppedette (annexe de Joucas) , Ongles (annexe de 
Manosque), Selonnet (annexe de Seyne), Solliès (annexe 
du Luc), et Lemps. Il y eut désaccord au sujet de Joucas, , 
Gordes, la Bastide des Gros, Lourmarin et son annexe 
la Roque d'Anthéron, Gabrières (et son annexe La Motte 
d'Aiguës), La Bréolle (annexe de Seyne), La Coste et son 
annexe Sivergues : le commissaire catholique proposait 
la démolition des temples, tandis que le commissaire 
protestant se faisait fort de prouver que le culte y avait 
été exercé, conformément aux stipulations de l'édit de 
Nantes, en 1596 et 1597. Pour Roquefure (annexe de 
La Coste), pour Thoard, pour Remollon et Ëspinasses 1 

1. Remollon et Ëspinasses, canton de Chorges, arr. d'Embrun (Hautes- 
Alpes). 



w 22 ÉTUDES HISTORIQUES 

(annexes de Seyne, et situées en Daaphiné), la solution 
fut remise à une date ultérieure. Les ordonnances d'accord 
furent rendues séance tenante, à Pertuis même (29 mai). 
Les procès-verbaux de partage furent adressés par h 
sieur de Champignyà M. de la Vrillière, le 18 août 1662, 
avec un mémoire explicatif qui tendait à justifier les 
solutions adoptées etles suppressions proposées *. 

Les protestants députèrent à Paris le pasteur Jean 
Bernard, de Manosque. Les catholiques, de leur côté, 
ne demeurèrent pas inactifs : ils essayèrent même de 
remettre en question l'autorisation d'exercice maintenue 
à Mérindol : l'archevêque d'Aix, Grimaldi, et les syndics 
fournirent de nouveaux mémoires pour prouver que le 
temple devait être démoli. Le Conseil du roi attendit près 
d'un an pour rendre sa sentence. Le 4 mai 1663, trois 
arrêts confirmèrent les propositions du sieur de Cham- 
pigny : le premier prescrivait la démolition des temples 
de Lourmarin, de Cabrières et de La Motte d'Aiguës et 
interdisait l'exercice du culte dans ces localités; le second 
prescrivait les mêmes mesures àLemps, LaCoste, Gignac, 
Ongles, Oppedette, Sivergues, Joucas, Gordes, la Bastide 
des Gros, La Breolle, Solliès; le troisième autorisait le 
culte sous certaines conditions et dispositions de police 
et prescrivait des expertises sur la propriété du temple 
de Seyne et le rapprochement de celui de Manosque 
sollicité par les protestants 2 . Enfin l'arrêt du 19 mai 
confirma la décision des commissaires qui avait maintenu 
le temple et l'exercice du culte à Mérindol. Les catholiques, 
sur ce seul point, étaient donc déboutés de leurs pré- 
tentions. 

IV 

Ils se montrèrent néanmoins très satisfaits de l'issue 
de l'affaire, et il y avait de quoi, puisque l'exercice du 

1. Arch. dép. G. 206. Procès-verbal dressé par les commissaires, Pertuis, 
29 mai 1662. Voir Arnaud, op. cit., J, 363-367. 

2. On trouve des exemplaires des trois arrêts du 4 mai 1663 aux Arch. dép. 
G. 206; C. 2064. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



culte protestant était supprimé dans une quinzaine de 
localités et n'était plus toléré que dans sept ou huit, soit, 
en dehors de cinq nommément désignées dans les arrêts 
des 4 et 19 mai (Mérindol, Seyne, iManosque, le Luc et 
Velaux), Eyguières, Riez-Romoules et La Charce (dont 
le seigneur était protestant). Us s'empressèrent de faire 
enregistrer les arrêts par le parlement d'Aix, dès le 
i3 juin, et, le lendemain, ils adressaient aux prélats de 
Provence, en même temps que les textes des arrêts, dont 
le titre était volontairement altéré dans un sens défavo- 
rable aux protestants, une lettre circulaire où ils se félici- 
taient des résultats obtenus 1 . 

Monseigneur, 

Les arrestz pour la démolition des temples de cette province 
et les rêglemens sur les contraventions aux édits par ceux de la 
R. P. R. sont si avantageux, à l'Église catholique que nous avons 
creu estre obligés de les faire imprimer et vous en envoyer les 
copies cy-jointes. Les ministres de la R. P. R. de Lourmarin, 
Gabrières et La Motte ont répondu, sur la signification qui leur 
en a esté faite, qu'ils estoient disposés àobéir à la volonté du Roy. 
Nous croyons que ceux des lieux situés aux autres diocèses en 
feront de même. Nous ne manquerons pas, Monseigneur, d'en 
poursuivre l'exécution conformément aux ordres que nous en 
avons receus, et vous témoigner que nous sommes parfaitement 
Monseigneur, vos très humbles et obéissans serviteurs, les syndics 
généraux du clergé de Provence. 

N. DE Ml MATA, J. B. DUCHAINE. 

A Aix, ce 14 juin 1663. 

Quelques mois plus tard, dans l'assemblée générale 
de la province et métropole d'Aix, l'un des syndics géné- 
raux, le chanoine Duchaine, revint sur l'œuvre des 
commissaires, et rappela la démolition des temples; il en 
profita pour faire l'éloge du cardinal Grimaldi dont « l'en- 
tremise et recommandation » avait « beaucoup influé pour 



i. Arch.-dép. G. 206. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



un succès si advantageux à toute l'Église 1 ». Si l'arche- 
vêque d'Aix avait eu la déception de voir maintenir le 
temple de Mérindol, ces compliments, — au reste fondés, 
— avaient de quoi le satisfaire : par la suppression de 
la plupart de leurs temples, les Eglises protestantes de 
Provence allaient être réduites à une vie précaire qui les 
laisserait presque sans défense devant les coups de leurs 
ennemis. 

La surveillance de ces ennemis était constamment en 
éveil. Syndics du clergé, membres des cours souveraines 
confrères de la Société du Saint Sacrement ou pour la 
Propagation de la foi, tous agissaient de concert pour 
assurer l'application des dispositions des règlements ou 
pour en obtenir de nouvelles. Quelques documents nous 
permettent de saisir la trace de cette action concertée et 
incessante. C'est ainsi, par exemple, que l'arrêt du 
4 mai 1663 en ce qui concernait Lourmarin n'avait pas 
été intégralement exécuté : il y avait toujours un pasteur; 
on n'y tenait pas compte des règlements concernant 
l'horaire des enterrements des religionnaires. Et ce qui 
paraissait plus particulièrement insupportable aux catho- 
liques, c'est que la population de Lourmarin étant en 
grande majorité protestante, les catholiques étaient à peu 
près exclus des charges municipales. D'où plaintes, 
requête du procureur général du roi au Parlement et 
arrêt de cette cour à l'encontre des réformés 2 . 

Extrait des registres de Parlement. 

Sur la requeste présentée à la Cour par le Procureur général 
du roy, disant qu'il est venu à sa notice que ceux qui font 
profession de la R. P. R., se trouvans en divers lieux de la Pro- 
vence plus forts en nombre et plus riches en biens que les catho- 
liques, se sont emparés insensiblement, ou sous la faveur des 
guerres civiles, du gouvernement et de la conduite des affaires 
des Communautéz, en telle sorte que les charges de consul, de 

1. Ai-ch. dép. G. 519 (assemblée générale du 3 mars 1665). 

2. Arch. dép. G. 206. Extraits des registres du Parlement, 4 mars 1664 
(Placard imprimé). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



25 



greffier, de trésorier de la maison commune, d'estimateurs, 
d'auditeurs de comptes et autres sont ordinairement remplies par 
ceux de ladite Religion à l'exclusion des catholiques, notamment 
au lieu de Leurmarin, où, par un abus estrange ils ont accous- 
tumé de prendre seulement de trois en trois ans un catholique 
pour exercer la charge de second consul, et par ce moyen ils 
n'ont presque aucune connoissance des affaires communes, ni 
aucune part aux honneurs publics, à leur très grand préjudice et 
au scandale de leurs voisins, parmy lesquels cela les rend mépri- 
sables, aussi bien que parmy leurs concitoyens et empesche 
beaucoup de familles catholiques d'habiter dans lesdits lieux, 
outre qu'il est facile par mesme moyen à ceux de ladite R. P. R. 
de faire contribuer indirectement les catholiques, et sous divers 
prétextes comme ils ont fait très souvent, aux dépens qui les 
regardent en leur propre, comme pour les pensions de leurs 
Ministres, leurs députations et autres affaires les concernans, 
estans saisis de tous les registres, titres, papiers et documens 
des Communautés au moyen de la charge de grefûer qui est 
tousjours remplie par quelqu'un de ladite Religion, ce qui est non 
seulement injuste mais de dangereuse conséquence, et il 
importe, tant pour l'honneur et dignité de notre Sainte Religion, 
que pour le bien et repos de l'Estat, que du moins les premiers 
et principaux magistrats politiques de chacun lieu soient catho- 
liques et de la religion du souverain, ainsi qu'il a esté réglé par 
arrest du Conseil conformément à la déclaration du feu Roy 
Louis XIH de glorieuse mémoire du 19 octobre 1631 et la réponse 
du Roy présentement régnant aux quatre, cinq et six articles 
du cayer qui luy fut présenté par les Députés de ladite R. P. R. 
le 17 mars 1652 etnouvellement encores par les arrests du Conseil 
du 9 janvier 1654, seize du mesme mois 1662 et 5 octobre der- 
nier, rendus sur les partages intervenus entre les sieurs com- 
missaires de la Province de Languedoc et du pays de Gez, mesmes 
pour des lieux où à peine trouve-t-on des habitans catholiques 
pour remplir les charges, Sa Majesté voulant qu'à leur deffaut le 
Curé ou le Vicaire puissent avoir entrée et opiner les premiers 
dans les conseils; d'ailleurs, quoy que Sa Majesté par ses arrests 
du 4 may dernier ait ordonné la démolition du temple et interdit 
l'exercice de ladite Religion dans ledit lieu de Leurmarin et 
Cabrières, ils ne laissent d'y entretenir tousjours le Ministre qui 
y estoitestably auparavant, lesquels (sic) continuent de prendre la 
qualité de pasteurs desdites églises et vont prescher toutes les 
semaines au lieu de Mérindol, où il y a un autre ministre estably 
et entretenu qui y fait sa résidence, ce qui est aussi contraire à 
la déclaration du 2 décembre 1634 et aux arrests de 16 may 1636 
21 avril 1637, 30 octobre 1640, 2 janvier 1657, 19 juin, 30 sep- 



26 



ÉTUDES HISTORIQUES 



tembre et 5 octobre 1663, comme aussi à divers arrests des 
Parlemens de Paris, Grenoble et de la Cour, par lesquels il est 
délïendu sous des grandes peines à tous ministres de prescher et 
de faire aucun exercice de ladite R. P. R. ni aucune fonctions de 
leurs charges hors de leur demeure et de leur establissement ; 
ils osent mesme continuer dans ledit lieu de Leurmarin d'ensevelir 
leurs morts à toutes heures et au sondes cloches, soubs prétexte 
que par ledit Edil du quatrième may dernier, il ne leur est pas 
expressément deffendu, quoy que ce soit une conséquence néces- 
saire de la démolition du temple et des inhibitions de continuer 
le culte public de ladite Religion, suivant l'article 13 de PEdit de 
Nantes et un nombre infiny d'arrests, notamment de celuy qui 
fut rendu au Conseil le mesme jour, portant semblables deffenses 
de tenir écoles et de faire des enterremens avec cérémonies dans 
les lieux de cette Province où. l'exercice public de ladite Religion 
est prohibé, à autres heures qu'à la pointe du jour et à l'entrée 
de la nuit. 

Et d'autant qu'il importe de ne dissimuler pas des entreprises 
de cette nature qui scandalisent l'Eglise et vont au mépris de 
l'autorité du Roy et ouvrent la porte à des nouvelles entreprises, 
a requis à la Cour son bon plaisir soit ordonner et déclarer que 
aucun à l'advenir ne pourra estre proposé, ny éleu pour premier 
consul, pour trésorier et greffier dans aucun lieu de la Province 
qu'il ne fasse profession de la Religion catholique, apostolique 
et romaine, à peine de nullité, mil livres d'amende dès à présent 
déclarée, tantcontre les délibérans que contre celuy qui s'ingérera 
en la fonction desdites charges s'il est d'une autre religion, sans 
que ladite amende puisse estre rejettée ny soufferte par le corps 
de la communauté directement ou indirectement, et de mesme 
suite, que les autres charges soit de conseiller de la maison 
commune, d'estimateurs, d'auditeurs des comptes ne pourront 
estre remplies, ni les conseils de ville tenus qu'en nombre esgal 
pour le moins d'habilans catholiques et de ceux de ladite R.P.R. 
ausquels inhibitions et deffenses soient faites de s'assembler 
dans le lieu de Leurmarin au son de cloche pour l'enterrement 
des mors, et de le faire à autres heures que le matin à la pointe 
du jour, ou de soir à l'entrée de la nuit, sans qu'il y puisse 
assister plus grand nombre que de dix personnes et sans haran- 
guer aux portes de la maison ; comme aussi de tenir aucunes 
escoles dans ledit lieu et autres où l'exercice de ladite R. P. R. est 
interdit pour l'instruction de leurs enfans, sauf à eux de les 
envoyer aux escoles des catholiques si bon leur semble, avec pa- 
reilles deffenses au ministre qui vouloitestre audit Leurmarin, et à 
tous autres de prendre la qualité de pasteurs des Eglises des lieux 
où ledit exercice est prohibé et d'aller prescher à Mérindol ni 



ÉTUDES HISTORIQUES 



27 



ailleurs, sauf s'ils y sont estabîis dans les formes ordinaires et d'y 
faire leur demeure conformément aux Déclarations de Sa Majesté 
et des arrests de son Conseil, et des contreventions qu'il en sera 
informé par le premier juge royal ou huissier de la Cour, pour, 
l'information communiquée audit Procureur Général, estre par 
la Cour ordonné ce qu'il appartiendra. 

Veu ladite requeste et pièces énoncées en icelle, Tout consi- 
déré, Dit a esté que la Cour, faisant droit à la dite requeste, a 
déclaré et déclare que les charges de premier consul trésorier, et 
greffier des lieux et communautés de cette province ne pourront 
estre remplies ni exercées à l'advenir que par les habitans faisant 
profession de la Religion catholique, apostolique et romaine, si 
aucuns yen ya et que ceuxdelaR. P. R.ne pourront estre admis aux 
autres charges de conseillers des maisonscommunes, estimateurs 
et auditeurs des comptes, ni tenir aucun conseil pour les affaires 
de la communauté qu'en nombre esgal tout au plus avec lesdits 
catholiques, au deffaut desquels le vicaire et juge du lieu seront 
apellez et opineront les premiers, conformément à la Déclaration 
du dix-neufviesme octobre mil six cens trente un et aux arresls 
du Conseil du seizième janvier mil six cens soixante deux et 
cinquiesme octobre dernier; leur a fait et fait la dite Cour et à 
toutes personnes inhibitions et deffenses d'y contrevenir et de 
proposer et élire aucuns ausdites charges que conformément au 
présent arrest à peine de nullité et de mil livres d'amende dès à 
présent déclarée tant contre chacun des délibérans que contre 
ceux de la R. P. R, qui s'ingéreront en la fonction desdites 
charges contre le susdit règlement; 

— A fait et fait aussi inhibition et deffenses à tous ministres de 
prendre la qualité de pasteurs, ni mesmes de ministres des 
Eglises des lieux où l'exercice de ladite Religion est interdit et 
d'aller prescher ou faire aucune autre fonction de leur ministère 
hors des lieux de leur demeure et de leur establissement où ledit 
exercice est permis à peine de punition corporelle, comme aussi 
aux habitans dudit Leurmarin faisant profession de ladite Reli- 
gion d'y tenir aucunes escoles pour l'instruction de leurs enfans, 
sauf à eux de les envoyer aux escoles des catholiques, ni d'ense- 
velir leurs morts àautres heures qu'à la pointe du jour et à l'entrée 
de la nuit, sans sonner la cloche et sans haranguer, avec le 
nombre de dix personnes tant seulement, à peine de mil livres 
d'amende et autre arbitraire; 

Ordonne ladite Cour que des contreventions, circonstances et 
dépendances en sera informé en cette ville d'Aix par M ,Ile Lom- 
bard, conseiller du Roy, et par tout hors de ladite ville par le 
premier juge royal ou huissier de la Cour, pour, les informations 
rapportées et veu les conclusions dudit Procureur général, estre 



28 



ÉTUDES HISTORIQUES 



procédé contre les coupables ainsi qu'il apartiendra; enjoint aux 
substituts dudit Procureur général de tenir la main à l'exécution 
du présent arrest, et advertir la Cour de ce qu'ils y auront fait, à 
peine d'amende arbitraire; ordonne que extraits dudit arrest 
seront expédiés audit Procureur général du Roy pour les envoyer 
où besoin sera afin que personne n'en prétende cause d'igno- 
rance. Publié à la barre du Parlement de Provence séant à Aix, 
le quatrième mars mil six cens soixante quatre. 

Collationné. Signé : Ksïienne. 



V 

Les syndics assurent la plus large diffusion aux 
placards reproduisant les règlements et Déclarations 
royales. Le 18 avril 1664, un règlement, en 40 articles, 
est rendu par le roi pour vider le partage entre le commis- 
saire catholique, M. de Champigny et le commissaire 
protestant M. de Montclar de Beaufort, dans les affaires 
du Dauphiné : c'est le pendant, pour cette province, des 
arrêts du 4 mai 1663, pour la Provence, avec une série 
de dispositions de police plus nombreuses etvalables pour 
l'ensemble du territoire 1 . Le 2 avril 1666, paraissent 
deux Déclarations royales 2 : Tune contre les relaps et les 
blasphémateurs, qui relèvent non des Chambres de 
l'Édit, mais des parlements ordinaires; l'autre portant 
règlement de ce que doivent faire les protestants : c'est 
un règlement général, élaboré à la requête de l'Assemblée 
générale du clergé, et coordonnant les règlements parti- 
culiers antérieurs, en 59 articles. Ces deux déclarations 
furent enregistrées au Parlement d'Aix, le 21 avril 1667 
et les syndics s'empressèrent d'en envoyer des exem- 

1. Arch. dép. G. 206. Règlement fait par le Roy, pou?* pourvoir aux entre- 
prises, innovations et contraventions qui ont été faites par ceux de la R. P. R. 
tant à l'Edit de Nantes et à celuy de 1629 qu'aux déclarations données en 
conséquence, du 1 8 septembre 1664. A Aix, par Charles Nesmoz, imprimeur 
ordinaire de Son Altesse, 1665, brochure in-12, 15 p. 

2. Arch. dép. G. 206. Déclaration du Roy contre les relaps et blasphé- 
mateurs, 2 avril 1666. Déclaration du Roy portant règlement sur les choses 
que doivent observer ceux de la R. P. R. à Aix, par Charles David, imprimeur 
du Roy, du clergé et de la ville, M DC LXV11. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



29 



plaires imprimés en priant de veiller à une stricte appli- 
cation l . 

Us agirent de même pour le règlement du 1 er février 1 669 
encore plus complet que les précédents 2 . Dans l'Assemblée 
du clergé du 11 mars 1670, le syndic Du Chaîne, faisant 
part de la chose, annonça qu'il avait fait imprimer le 
texte et l'avait fait distribuer, avec « une lettre circulaire 
de tout ce qui estoit à faire en cette occasion 3 ». 

C'est en vertu des dispositions de ce dernier règlement 
que, le 7 janvier 1670, le parlement d'Aix condamna 
divers particuliers de Mérindol pour « irrévérences com- 
mises contre le Saint Sacrement de l'autel 4 ». Le synode 
protestant tenu à Mérindol précisément le 22 octobre 1670, 
eut à s'occuper des suites de cette affaire. D'où nouvelle 
intervention des pouvoirs publics et enquête qui donna 
lieu au mémoire suivant 5 : 

Mémoire des contraventions faites far les ministres de la R. P. R. 
aux règlements du Conseil a" Estât du premier febvrier 1669 et 
aux précédentz, vérifiées par les actes du Synode tenu au lieu de 
Mérindol le 22 octobre î 6 70 qui ont esté remis au sieur Procureur 
général de Sa Majesté au Parlement de Provence, ensuitte du décret 
de la Cour du S décembre dernier et conformément à Varrest du 
2 aoust 1666. 

Sur l'advis donné audict sieur P. G. d'une délibération prise 
par les ministres de la R. P. R. dans le dernier synode tenu à 
Mérindol, de deffendre aux frais communs de leurs Églizes (sui- 
vant leur pratique ordinaire) quelques particuliers prévenus 
d'avoir brizé une croix et commis des insolences envers le très 
sainct Sacrement et mesme d'avoir commencé une sédition pen- 
dant qu'on le portoit en procession devant le temple; ensuitte de 
laquelle délibération plusieurs avoient faict des menaces et tenu 
des discours séditieux, il auroit présenté requeste aud. Parlement 

1. Arch.dép. G. 206 (sans date ai signature, mais émanant des syndics 
généraux du clergé de Provence'. 

2. Le règlement du 1" février 1669 est reproduit dans Boniface, Suite 
d'arrests notables de la cour du Parlement de Provence, éd., 1708, t. I, p. 208- 
235. 

3. Arch. dép. G. 519. 

4. Arnaud, op. cit., I, p. 400. 

5. Arch. dép. G. 206. Mémoire sans date, mais de la fin de 1670 ou du 
début de 1671. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



et sur icelle obtenu que injonction seroit faicte au Minisire du 
lieu d'exiber le registre dud. Sinode, conformément à l'arrest du 
2 aoust 1666, ce qu'ayant esté exécuté, il y auroit trouvé, non 
seullement lad. délibération et exécution d'une semblable prise 
dans les sinodes précédentz, quoy que par adresse i!z ayent 
déguisé le faict, mais encore il a descouvert quantité de contra- 
ventions aux déclarations de Sa Majesté, par lesquelles on connoit 
le mespris qu'ilz font de l'authorité royalle et qu'ilz taschent 
secrètement de rendre illusoires tous les règlements qu'Elïe a la 
bonté de faire pour les obliger de vivre aux termes des Edictz. 

La première consiste en ce qu'au préjudice de l'art. 14 du 
dernier règlement fait sur leur remontrance le premier leb- 
vrier 1669, ilz continuent de mettre dans les actes de leur sinode 
les lieux de Lurmarin, de La Coste, de Jouquas, de. Gordes, de 
Roumoules, de La Roque, de Cabrières, de Pépin, de La Motte, de 
\ Saint-Martin et d'Aiguières où l'exercice de lad. religion a esté 
interdit par les arrestz du Conseil d'Estat du 4 may 1663 et celuy 
delà Chars e où il ne se peut faire que par le privilège du seigneur, 
lequel néanmoins faict sa demeure en un autre lieu; reçoivent 
les députés desd. lieux, comme ilz faisoient avant la démolition 
des temples et loreequ'ilz estoient au catalogue de leurs Ëglizes, 
lesquelles seules ont droit de députer aux sinodes suivant l'art. 1 er 
et 13 du chap. 6 de leur discipline ecclésiastique; en effaict, il 
est encore justifié par les mesmes actes qu'ils continuent d'en- 
tretenir des ministres esd. lieux quoy qu'il n'y en puisse avoir 
aucun, et de plus un seul ministre sert et faict les fonctions en 
divers endroietz, ce qui est une troisième contrevantion impor- 
tante à l'art. 13 du mesme règlement et à la déclaration du 2 dé- 
cembre 1634, en conséquence de laquelle il y a divers arrestz du 
Conseil par lesquelz il est defïendu aux ministres, soubz de 
grandes peines, de faire aucunes fonctions hors des lieux de leur 
establissement et d'aller de village en village, d'où il s'ensuit 
qu'en tous lesd. lieux ilz ont encore eglize et concistoire et 
qu'inutillement l'exercice y a esté interdit et les temples démolis 
puisqu'ilz continuent dans les maisons particulières les mesmes 
fonctions au grand escandalle des catholiques: 

Plus ilz continuent de prendre la qualité de pasteurs de l'Égiize 
et de donner à nostre Sainte Religion le nom de romaine, au lieu 
de la nommer catholique, contre l'art. 7 dud. règlement; 

Plus ilz continuent de faire et de recevoir des legates (legs) 
en faveur de leur Églîze contre l'art. 15 du mesme règlement; et 
qui pis est, ils entreprennent de faire des fondations perpétuelles 
pour l'entretenement de leurs ministres, ce qui est directement 
contraire aux intentions de Sa Majesté et au bien de l'Estat, et de 
fort dangereuse conséquence, puisque cela aboutit à perpétuer 



ÉTUDES HISTORIQUES 



31 



l'hérésie en France et à establir des revenus certains ou des 
récompences à ceux qui entretiennent ces peuples dans l'erreur. 

Il paroist encores par lesditz actes qu'ilz traictent dans leurs 
sinodes d'affaires politiques et d'autres que de la discipline 
ecclésiastique et des règlements concernans les mœurs, pour 
lequel subjet seullement semblables assemblées leurs sont 
permises suivant les Edictz et déclarations du 24 avril 1623, quoy 
qu'il leur soit deffendu de traitter d'autre chose, à peine de 
punition corporelle, ce qui faict connoistre la nécessité qu'il y a 
d'y faire adcister un officier du Roy de ladite H. P. R. ou, à son 
delïaut, un catholique conformément ausd. déclarations et à 
l'arrest du Parlement d'Aix du 2 aoust 1666. 

D'ailleurs on assure que le nommé Thome de la Planche 4 
qualifié ministre du lieu de l'églize de Charse, bien que l'exercice 
n'y soit permis que pour la famille du seigneur seullement, est 
originaire de Genève et partant estranger du Royaume auxquelz 
il est deffendu d'y venir faire aucune fonction 2 . 

Et d'autant que par les délibérations prises en divers sinodes 
de deffendre aux fraitz communs de leurs églizes ceux qui sont 
prévenus en justice pour des conlrevantions aux Editz et règle- 
ments de S. M., ilz en font une affaire de party et de religion, il 
s'ensuit que les Chambres my parties n'en doivent pas prendre 
connoissance, la moytié des juges s'y trouvant intéressée, et il 
importe pour esviter les conflictz de jurisdiction qu'ilz ont cous- 
tume de former et de mesrne suitte les assignacions aux conseils 
en règlement de juges au moyen desquelles tous leurs attentatz 
demeurent impunis et par les longueurs les poursuittes aban- 
données, que Sa Majesté en laisse la connoissance à ses Parle- 
mentz à l'exclusion desd. chambres. 

Nous ignorons l'issue de cette affaire. Comme nous 
l'avons dit, c'est seulement en 1679 que la Chambre de 
l'édit de Grenoble devait être supprimée. Pendant trois ans 
encore les protestants devaient conserver la faculté d'en 
appeler au parlement de Grenoble. Mais ils perdirent 
cette faculté en 1682. Ce n'est qu'alors que le parlement 
d'Aix eut entièrement gain de cause. 

VI 

Entre temps, une autre affaire s'était produite à Mar- 
seille, dans laquelle la Société du saint Sacrement de 

1. 11 s'agit du ministre Jacques de la Planche, qui fut pasteur à La Charce 
de 1660 à 1677. 



32 



ÉTUDES HISTORIQUES 



l'autel de cette ville joua un rôle prépondérant, La Société 
pour la propogation de la foi d'Aix y eut aussi sa part et 
les quelques pièces du dossier qui ont été conservées 
jettent un jour curieux sur la façon de procéder, secrète, 
inlassable et à longue portée des « confrères » marseillais 
et aixois 1 . C'est d'abord une note dénonçant trois parti- 
culiers huguenots de Marseille, un médecin, un avocat et 
un pasteur et indiquant les moyens de s'en débarrasser 
discrètement : mise en quarantaine de l'avocat et du 
médecin, « que les autres médecins ne fassent point de 
consulte avesques luy, que les malades catholiques ne 
s'en servent point ». Pour les hérétiques qui sont gens 
de métier et il y en a plusieurs, « il semble qu'il seroit à 
propos que tous les confesseurs fussent advertis, par ceux 
à qui appartient, fie conseiller fortement aux pœnitens 
de ne point se servir autant qu'ils pourroientpar exemple 
de cousturiers huguenots, de cordonniers huguenots, de 
portefaits, etc. De plus il semble qu'il seroit à propos 
qu'il y eust dans chaque parroisse des personnes zélées 
qui advertissent les vicaires du nombre des huguenots 
qui sont dans la paroisse et qui travaillassent à moyenner 
leur conversion ». 

De tous le? particuliers dénoncés, le plus « dange- 
reux » était certainement le minisire, un certain Chau- 
vin « qu'on dit estre de la ville de Nisme, lequel despuis 
environ un an rézide actuellement (à Marseille) et y fait 
secrètement des assemblées, et s'en va dans les maisons 
particulières où il baptise les enfans nouvellement nais et 
fait par conséquent les exercisses de leur relligion, ce qui 
est une contrevention aux éditz, ordonnances et au privil- 
lège particulier accordé à ceste ville ». Au dire d'un 
certain Peisonel, médecin, qui déclare le tenir de Chauvin 
lui-même, le ministre serait venu « à la prière des reli- 
gionnaires de Marseille qui se sont cotizés etl'entretiennent 
et leur fait icy toutes les fonctions, excepté celles du 
presche et d'assemblées qui se font à Velaux ». Aussitôt 



1. Voir Allier, op. cit., p. 255-276, 466. 



ÉTUDES HISTORIQUES 33 

la Société se met en mouvement. Elle rédige un mémoire 
où sont exposés les faits venus à sa connaissance : appel 
et entretien par cotisation du ministre, « lequel y a pris 
maison et y fait sa résidence actuelle et sa fonction de 
ministre, néanmoins le plus secrètement qu'il peult, 
tantost dans sa maison, tantost dans la maison d'aucuns 
de la relligion, s'en allant de maison en maison de ceux 
de la mesme relligion où s'assemblent par forme de 
visite, y ayant baptisé des enfans quy sont nais despuis 
sa résidence, advouant qu'il est venu visiter son troupeau, 
ayant voulu adcister et accompagner au surplus un soldat 
de ladite relligion condempné à mort, visitant les 
malades et agonisans de ladite relligion; et ceux de la 
mesme relligion quy habitent en ladite ville se vantent que 
le ministre y demeurera en dépit des catholiques ». Une 
copie de ce mémoire est envoyée à Paris, au P. Meynier, à 
fin de consultation sur la procédure à suivre pour se 
débarrasser du ministre, le 18 juillet ; une autre est remise 
aux échevins de Marseille, le 2 août, et le 18 août, un 
confrère^ M.Rosset, en reçoit une troisième pour la com- 
muniquer à la Société pour la propagation de la foi à Aix. 

Les échevins marseillais s'empressèrent, dès le 
4 août, d'adresser leurs instructions à l'agent de la 
commune à Paris, pour qu'il intervint auprès de la Cour, 
conformément aux désirs des confrères. Le 9 septembre 
la Société pour la propagation de la foi d'Aix se réunit 
pour délibérer sur la requête venue de Marseille : elle 
décide « voyant l'importance delà chose que M. de Morn- 
plezant prendra la peine de se porter en ladite ville de 
Marseille pour en conférer avec messieurs les échevins, 
messieurs de la Compagnie du Saint Sacrement, M. le 
grand vicaire et encores M. l'abbé de Lavergne qui régit 
l'évesché et prendre leurs sentiments pour ensemble 
délibérer de quelle manière il s'y faudra prendre ». 
Quant au P. Meynier, il répondit par une longue consul- 
tation qui est un chef-d'œuvre de prudence papelarde et 
d'astuce. Elle mérite d'être analysée en détail. 

Le P. Meynier commence par poser quelques principes : 

1. Janvier-Mars 1922. 3 



34 ÉTUDES HISTORIQUES 



1° Il est permis à tout protestant de vivre dans tous les 
lieux du royaume en se comportan' au reste selon les 
prescriptions de l'édit de Nantes : oa ne peut empêcher 
le ministre de résider à Marseille, ni le chasser sous le 
simple prétexte qu'il est protestant. 2° L'exercice public 
de la R. P. R., sous quelque prétexte que ce soit est 
interdit à Marseille. 3° Il est également interdit de faire 
assemblée secrète pour exercice de la religion. 4° Un 
ministre résidant à Marseille ou à Aix, ou dans toute 
autre ville où l'exercice du culte est interdit, ne peut se 
dire ministre de cette ville, ni faire fonction de ministre 
dans cette ville ni ailleurs. 5° Enfin les protestants de 
Marseille ne peuvent reconnaître pour leur ministre que 
le ministre du lieu où le culte est autorisé et dont ils 
dépendent, c'est-à-dire Velaux. Ceci posé,, « il n'est 
aucun qui ne voye qu'il sera facile, si l'on a du zèle, de 
nécessiter, parles voyes de justice promises, le ministre 
à sortir de Marseille, sans néanmoins prendre pour pré- 
texte sa religion ou sa qualité de ministre ». 

ïl convient d'abord de faire surveiller le ministre pour 
tâcher de le prendre en flagrant délit d'assemblée secrète, 
administrant le baptême, bref en contravention aux édits 
et le faire poursuivre criminellementdevant les tribunaux 
« par devant lesquels on le poursuivroit s'il estoit accusé 
d'un larcin ou de quelque autre crime ». Les huguenots 
marseillais « n'ignorant pas qu'un temps de guerre (contre 
la Hollande) leur est favorable, ont arresté entre eux 
d'avoir un ministre à Marseille ; mais si ce ministre voit 
qu'il luy est impossible d'y faire aucune fonction, ny 
publique, ny secrète de ministre, si l'on luy fait voir 
aussi par expérience que toutes les fois qu il contre- 
viendra aux édits on ne luy fera point de cartier, il sera 
contraint de se retirer ». On pourra lui faire craindre que 
quelqu'un n'ameute contre lui tous les petits enfants de la 
ville et ne leur donne ordre secrettement de crier et 
courir après lui « comme après le loup » toutes les fois 
qu'ils le verront. D'autre part, chaque ville a le droit de 
n'accorder la résidence qu'à ceux qui ont les qualités 



ÉTUDES HISTORIQUES 



3;; 



requises par les statuts de la ville. Par suite, sauf la 
raison de religion, « on peut chasser le ministre si Ton 
trouve en luy des crimes ou autres choses pour lesquelles 
ou ne permeltroit pas à un catholique d'y demeurer ». 
Après avoir élucidé les prescriptions relatives aux cime- 
tières, aux enterrements, aux baptêmes, le P. Meynier 
termine en mettant en lumière « deux autres moyens 
d'attaquer présentement le ministre, de le trouver en 
faute et de le nécessiter à se retirer, se voyant pour- 
suivi en justice et a\ec justice. » 

Voici le premier. Les ministres doivent tenir registre 
des baptêmes et mariages de ceux de la H. P. R. et en 
fournir de trois mois en trois mois un extrait au greffe 
des bailliages et sénéchaussées de leur ressort. La pro- 
duction de ce registre prouvera : ou que le ministre a 
baptisé, ce qui est défendu, ou que les enfants ne sont 
pas inscrits, indice qu'ils auront été baptisés secrètement 
ou pas du tout, « ce qui est criminel et non seulement 
contre les édits, mais contre leur discipline ». Si le 
ministre n'a pas remis le registre, il faut l'y contraindre 
par les voies de justice. L'autre moyen, « et je croy que 
c'est celuy par lequel il faut commencer » est d'obtenir 
que le magistrat qui a le soin de la police, convoque le 
ministre, l'interroge et lui fasse décliner son nom, 
surnom, patrie, parents et « particulièrement sa vocation 
et profession ». S'il nie être ministre, « on peut l'accuser 
de fourberie et d'imposture et le punir et chasser comme 
tel; s'il avoue, il faut l'obliger à produire les pièces offi- 
cielles qui constatent et authentifient sa mission : s'il 
refuse, on peut le chasser comme imposteur; s'il les 
produit, on lui aura assigné Marseille ou un autre lieu 
d'exercice : si Marseille, c'est illégal et il faut le chasser; 
si un autre lieu, il faut le chasser encore, puisqu'il doit 
résider au lieu qui lui est assigné ». 

Faut-il s'étonner que par le concours de tant de 
bonnes volontés conjurées à sa perte, le pasteur Chauvin 
ait été contraint de vider les lieux? 



ÉTUDES HISTORIQUES 



VU 

Parmi les voies de « douceur » qui se combinaient 
avec les divers moyens de pression morale et matériel^ 
que nous venons de voir et que suggérait une surveil- 
lance incessante, l'une des plus efficaces était la prédica- 
tion, l'emploi des missionnaires. C'est celui auquel 
avaient particulièrement recours, sans préjudice des 
autres, l'archevêque d'Arles qui comptait Velaux parmi 
les paroisses de son diocèse 1 et l'archevêque d'Aix dont 
relevait la vallée d'Aiguës. Des missions, on espérait un 
double bienfait, d'abord la moralisation des catholiques et 
une plus grande assiduité aux exercices religieux, choses 
qui par endroits laissaient fort à désirer, si nous en 
croyons les procès-verbaux des visites pastorales; et en 
second lieu et surtout, la conversion des hérétiques. Si 
l'apostolat des missionnaires é lai » parfois mis en échec, 

1. Albanès, Gallia ehristiana novissima, Arles, col. 1302-1303. « Cette 
année (1616), M. l'archevêque a fait faire la mission dans Arles, laquelle a 
duré neuf semaines et a fait des fruits merveilleux par des restitutions, des 
réparations publiques, des conversions éclatantes, des accommodements de 
procès, reconciliations et pénitences publiques. Les missionnaires étoient au 
nombre de 30 ou 32 prédicateurs ou confesseurs, tous gens fort vertueux et 
savans et d'une grande réputation, entre autres M. de la Pérouse, M. l'abbé 
de la Vergne, M. le prévost de Tlsle dans le Comtat, M. le pénitencier 
d'Avignon, M. l'abbé de Cabanes et autres; on preschoit en mesme temps à 
Saint-Trophime, à Notre-Dame de la Ma jour, et à Sainte-Croix ; quatre fois 
par jour, à savoir deux fois en provençal et les deux autres fois en françois. » 
Cf. Arnaud, op. cit., I, p. 412, 415. — Le 28 avril 1671, l'archevêque visite la 
paroisse de Velaux : il exhorte les fidèles à faire leur profit de l'enseignement 
des missionnaires, puis leur fait « un discours particulier sur la fausseté de 
la religion que les huguenots professent, laquelle il est extrêmement néces- 
sère de combattre dans ledit lieu puisqu'elle y est publiquement enseignée 
par un ministre qui y est étably ». Le cimetière des huguenots est à côté 
de celui des catholiques, séparé « seulement par un petit fossé ». L'arche- 
vêque prescrit de clore par des murs le cimetière des catholiques « et jusques 
à ce que cella soit faict, nous avons ordonné au vicaire de prendre garde 
que les huguenots ne passent dans le cimetière des catholiques lorsqu'ils 
vont enterrer leurs morts et de se pourvoir en justice pour les en empêcher 
et les faire punir suivant les édits de S. M. » Arch. dép. GG. Visites pastorales 
1671-1673. Cette question des cimetières était une de celles qui mettaient le 
plus souvent en conflit religionnaires et catholiques, les autorités municipales, 
catholiques s'opposant invariablement à la moindre modification de la 
situation établie. Voir par exemple un conflit de ce genre à Riez-Romoules 
en 1680 dans Arnaud, op. cit., I, p. 435. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



37 



il faut convenir que d'une façon générale il eut des 
résultats appréciables. Nous en avons pour preuves les 
certificats de conversion et les listes soumises à la Société 
pour la Propagation de la foi d'Aix qui paraît avoir pris 
ver? 1678 ou 1679 la direction du service des nouveaux 
convertis. 

Jusques vers 1677 les abjurations ne semblent pas 
avoir abondé, du moins les certificats qui les rapportent 
ne nous ont pas été conservés en grand nombre. Voici 
les noms des nouveaux convertis que nous avons trouvés : 
le 22 avril 1647, « Mathieu Charles, fils d'Antoine et de 
Catherine Vanassière du lieu de Tourves, diocèse d'Aix 
(aujourd'hui canton et arrondissement de Brignoles,Var) » ; 
— 24 avril 1647, «Antoine Faventine, du lieu de Sauve 
en Lanquedoc, diocèse d'Alès (aujourd'hui, canton de 
l'arrondissement du Vigan, Gard), fils de Salomon Faven- 
tine et de Jaquette Bozentèque » ; — 10 juin 1647, « Jean 
Fabre, fils légitime de feu Jacques Fabre et d'honneste 
femme Suzanne Garcine, vivante, du lieu de Tavernes 
(canton de l'arrondissement de Brignoles, Var), aagé 
d'environ trente trois ans » ; — 23 juin 1656, « Jean 
Jeanséne [Jansen], marchand et habitant de la ville de 
Amsterdant (Amsterdam) » ; — 10 août 1657, « Théo- 
phile Aillaud, aagé d'environ vingt ans, de la ville d'Aix, 
fils de feu Aillaud, habitant de cette ville » ; — 12 sep- 
tembre 1657, u Pierre Goulin, aagé d'environ 43 ans, 
Jean Chauvin, aagé de 33 et Pierre Jayme, aagé de 
22, natifs du lieu de Leurmarin » (Lourmarin) ; — 
16 octobre 1668, « Pierre Raynier, fils de M e François 
Reynier, advocat au Parlement 1 » ; — 2 mars 1672, « Ca- 
therine Félix, aagé d'environ vingt ans ». 

A partir de 1677, les conversions se multiplient. Elles 
sont, pour la plupart, le résultat de la mission que 
messire Henry Robert, ancien doyen de l'église collé- 
giale de Draguignan prêcha à Lourmarin, à Lauris et 
dans la vallée d'Aiguës. Le 10 octobre 1 677, Isabeau Gué- 

1. Pour l'abjuration de Pierre Reynier, voir le procès verbal aux Docu- 
ments (l). 



38 



ÉTUDES HISTORIQUES 



rine et Marguerite Bayonne, fille de Louis, de Lourmarin ; 
le 1 er novembre Jean Ollivier, fils de Mathieu, de Peypin 
d'Aiguës « aagé d'environ traize à quatorze ans ... de 
son pur mouvement et franche volonté, ayant me sine le 
consantement dudit Mathieu Ollivier, son père » ; — le 
2i décembre, Jean Meilleret et Marie Roberte, sa femme, 
de Cabrières d'Aiguës, âgés l'un de 36 ans et l'autre d'en- 
viron 30 a et encore Marie et Françoise Meilleret, ses 
filles encore en bas aage, icelles adcistées de sesditz père 
et mère » ; — le 14 mars 1678, Jeanne Salenc, Antoine et 
Anna Perinere ses enfants, de Cabrières d'Aiguës ; — le 
t9 mars 1678, Marie Guéri ne, fille à feu Pierre, de 
Cabrières d'Aiguës, « aagée d'environ vingt-deux ans ». 
Pour les années 1679 et suivantes (sauf 1680 et 1681) 
indépendamment de quelques procès-verbaux isolés, nous 
avons des états en règle dressés à l'intention de la 
Société pour la Propagation de la foi d'Aix : nous trou- 
vons 32 noms pour 1679 ; il pour 1680; 20 pour 1681 ; 
49 pour 1682 ; 23 pour 1683 ; 15 pour 1684 (premier 
semestre seulement) 1 . 

La multiplication des conversions s'expliquait par 
l'activité que déployaient les missionnaires ; c'était aussi 
un effet des innombrables édits, déclarations et arrêts du 
Conseil qui pleuvaient sur les protestants surtout depuis 
1680 2 . Nous n'avons pas à entrer dans le détail de ces 
mesures. 11 nous suffira de dire que les autorités locales 
et provinciales les appliquèrent sans pitié. Partout les 
communautés étaient entre les mains des catholiques : 
on pouvait donc compter sur les échevins, consuls ou 
vi gui ers dont le clergé excitait l'ardeur, ou tout au moins 
surveillait la conduite j . L'intendant Morant n'était pas 
suspect de tiédeur ; . Quant au parlement d'Aix, il n'était 

1. Voir aux Documents (II). 

2. On en trouvera une énumération dans la requête présentée à Louis XIV 
par les religiornaires en janvier ItiSii et reproduite par M. Frank Puanx 
Revue Historique, 1885, tome XXVIII, p. 68-1 OU. 

3. Voir un exemple de l'action combinée ae l'évêque de Marseille et des 
échevins de cette ville (1683). Albanès, Gallia ckistiana novissima, Marseille, 
col. 643. 

4. C'est ainsi qu'à l'Assemblée des communautés qui se tint à Lambesc, 



ÉTUDES HISTORIQUES 



plus gêné dans son action par la chambre de l'Edit de 
Grenoble qui, nous l'avons vu, avait été supprimée en 
juillet 1679, ni par les appels au parlement du Dauphiné 
interdits depuis' niai 1682 : il avait maintenant ses 
coudées franches et il en profitait. Il en abusait même, 
au point que le comte de Grignan, lieutenant général 
pour le roi en Provence, crut devoir, en août 1683, à un 
moment où des troubles étaient à redouter en Languedoc 
et en Dauphiné, rassurer les protestants de Provence et 
rendre hommage à leurs dispositions pacifiques et à leur 
loyalisme l . 

Mais le lieutenant général qui résidait volontiers dans 
sa terre de Grignan, excentrique à la Provence, était 
trop loin. Il ne pouvait guère, — si tant est qu'il en eût 
l'intention, ce qui est douteux, — faire échec à ceux qui 
disposaient réellement de toute l'autorité administrative, 
l'intendant, l'archevêque d'Aix et le parlement. Le par- 
lement mettait au service de la religion un zèle que la 
fortune foncière et les liens de famille de ses membres 
avec la noblesse et le haut clergé rendaient particuliè- 
rement redoutable. L'archevêque était toujours ce car- 
dinal Grimaldi dont trente ans de résidence avaient 
popularisé les vertus et dont l'âge n'avait pas refroidi 
l'ardeur. L'intendant, Thomas-Alexandre Morant, n'avait 
aucune envie de tenir tête à ces « puissances ». Du reste, 
il n'aurait pu le faire qu'avec l'appui de la Cour. Or, il 
savait qu'à Versailles on voulait l'extermination de l'hé- 
résie. Toutes les autorités provinciales marchaient donc 
d'accord, et les autorités municipales exclusivement 
catholiques n'avaient pas besoin d'être stimulées. En 

en décembre 1680, il déclara, dans son discours d'ouverture, après avoir fait 
l'éloge du roi victorieux et pacifique (au lendemain de la paix de Nimègue) ; 
<« L'Eglise doit aux soins de sa piété (du Roi) la destruction de l'hérésie ; ces 
restes languissans d'une secte establie sur le vain caprice de la nouveauté et 
le prétexte le plus- commun de la révolte sont prests (près) d'expirer aux 
pieds de son trône ; pour estouffer ce monstre, il n'a fallu que la déclara- 
tion de sa volonté, et d'une de ses paroles, Louis Le Grand achève ce que ses 
prédécesseurs ont tant de fois inutilement tenté ». Arch. dép. C. 51 f. 7 V0 . 
Morant anticipait de quelques années ; niais il fit tout ce qu'il put pour que 
la « déclaration » et les « paroles » du Roi ne restassent pas de vains mots, 
i. Arch. dép. G. 206 i. Voir aux Documents (III). , 



DOCUMENTS 



Provence comme ailleurs, tout était disposé en vue de la 
révocation de Tédit de Nantes et l'acte d'octobre 1685 y 
parut comme la conclusion de mesures qui le préparaient 
depuis un demi-siècle. 

V. L. BoURRILLY. 



Documents 



A ROUEN, MARS-AVRIL 1560 

Assemblées nocturnes des protestants 
Mesures de police d'après le journal des échevins 1 

Le journal des échevins, qui nous a conservé les procès- 
verbaux des réunions des échevins au bureau de l'Hôtel de 
ville, et qu'il ne faut pas confondre avec le registre des 
Vingt-quatre, (Procès-verbaux du Conseil de ville), 
contient surtout des nominations de fonctionnaires muni- 
cipaux et des congés, c'est-à-dire des permis de transit 
accordés aux marchands étrangers. Cependant on y 
trouve parfois des renseignements d'une autre nature. 
C'est ainsi que le B 2 (1555-1568) nous donne des détails 
intéressants sur les mesures de police prises par la muni- 
cipalité au mois de mars et d'avril 1560, lors des assem- 
blées nocturnes et des autres manifestations publiques 
des protestants. Floquet n'a pas utilisé cette source. 
Nous allons résumer brièvement les renseignements 
qu'elle nous fournit. 

Le 23 mars, dans l'après-midi, les conseillers échevins 
réunis au Bureau avec le procureur 2 , s'occupent « des 

1. Voir Bull., 1920, p. 209-226 et 1921, p. 26-40 le travail de M. Le Parquier 
sur les Sources de l'Histoire du Parlement de Normandie de Floquet. 

2. Les conseillers présents sont Nicolas de Bauquemare, Richard Papillon, 
Jehan Dufour, Noël Cotton, tous les quatre conseillers nouveaux ; les deux 



DOCUMENTS 



44 



moiens de pourveoir et donner ordre à ceux qui nuitam- 
ment font leurs assemblées ès publiques places de ceste 
dite ville ». C'est la première mention officielle de ces 
assemblées nocturnes des protestants \ sur lesquelles la 
Relation de Pelhestre nous donne des détails curieux, 
mais suspects. On remarquera que le mot de Réformés, 
ou tout autre mot analogue, n'est pas prononcé dans le 
procès-verbal de la municipalité, bien qu'à coup sûr il 
s'agisse d'eux. La réunion du Bureau était provoquée 
par un arrêt du parlement, « en obéissant à l'arrest de la 
court, » et il y avait eu déjà à ce sujet une assemblée des 
XXIV qui avait pris des conclusions. La Cour avait ordonné 
de mettre des falots ou lanternes aux maisons ; mais il y 
a eu des refus, surtout au quartier Beauvoisine, « pour les 
inconvéniens ». Les quarteniers, mandés sur la requête 
du procureur, dénoncent les bourgeois récalcitrants, que 
l'on fait venir au Bureau et que l'on prévient, après avoir 
entendu leurs excuses, « que c'est de l'exprès commande- 
ment de la cour ». Le même jour, les conseillers font 
remettre au lieutenant criminel 40 corselets, 50 piques et 
quatre livres de poudre à arquebuse pour armer les gens 
du guet. 

Le lendemain, dimanche 24 mars, nouvelle réunion 
des conseillers échevins, convoqués par Cotton sur la 
demande que lui en a faite le président Pétremol au sortir 
du bureau de la Madeleine 2 . Le but de la réunion est 

conseillers anciens, Gruchet de Soquence et Nicolas Dufour, sont absents. 
Bauquemare et Cotton deviendront protestants comme Gruchet. Le procureur 
de la ville est Nicolas Gosselin. Les quarteniers sont Pierre Roque (Saint- 
Ililaire) .Jeau Pavyot (Martainville), Ch. de Becdelièvre (Beauvoisine), Pierre 
le Cordier (Cauchoise). Ils restèrent catholiques sauf peut-être Becdelièvre. 
Conseillers et quarteniers avaient été élus aux élections régulières du 4 juil- 
let 1559. Seul Cotton avait été élu à une élection partielle quelques mois 
plus tard. 

t. Après celle mentionnée dans un arrêt du Parlement du 6 mars 1546, qui 
condamne le médecin Gueflroy Rivière d'avoir hébergé le prédicateur qui 
avait prêché « es brières de sainct Julien et saincte Katherine, en ung lieu 
appelé' la fosse aux loups », aujourd'hui le champ de courses de Quevilly. 
(N. Weiss, Note sommaire sur les Débuts de la Réforme en Normandie, 
(extrait du Congrès du Millénaire normand, 1911, p. 23). 

2. B 2 84. Ce sont les mêmes conseillers que la veille; c'est à cette date du 
24 mars que les protestants s'assemblèrent au bois de Rouvray et rentrèrent 



DOCUMENTS 



d'exécuter l'ordonnance du parlement, rendue le même 
jour, qui prescrit d'envoyer des bourgeois aux portes et 
sur les quais pour surveiller les gens qui sortent avec 
des armes, prendre leurs nom et leur adresse, savoir 
où ils vont, garder les armes de ceux qui ne doivent pas 
aller loin, arrêter et désarmer les rebelles. Le journal 
nous donne ensuite la teneur du mandement adressé aux 
quarte niers et au capitaine du pont. 

Treize jours plus tard, le 6 avril, le Bureau se réunis- 
sait encore : il y avait quatre conseillers et le procureur *. 
Le parlement avait rendu la veille un arrêt, en plusieurs 
articles, sur la police de la ville « afin de donner ordre 
qu'il n'y ait aucune émotion ni sédition populaire ». Les 
conseillers-échevins le font crier par les carrefours et ils 
convoquent les quarteniers, les gardes du Château, du 
Vieux Palais et du fort du Pont. On constate l'absence du 
lieutenant du gouverneur, le sire de la Londe, et du 
garde du château qui est à Paris 2 . 

A la séance de l'après-midi, (cinq conseillers et le 
procureur), on voit comparaître les quarteniers et leurs 
subordonnés, les centeniers et cinquanteniers, auxquels on 
recommande d'obéir aux quarteniers ; il y a eu encore 
des récalcitrants, en particulier un centenier de Beauvoi- 
sine, nommé Le Bat. On recommande aux gardiens des 
forteresses, (celui du château absent est représenté par 
son fils), de ne laisser entrer aucun inconnu, sauf les 
courriers du roi, sans se faire assister par deux bourgeois, 
et on ordonne au capitaine de la cinquantaine, un certain 
Jehan Barbot, et à deux de ses hommes de se mettre à la 

en ville.au chant des psaumes de Marot. C. f. Discours abrégé. Héron, ouv. 
cité, p. 489. 

1. B 2 86. Il y a encore 4 conseillers; un conseiller ancien, Nie. Dufour et 
trois conseillers nouveaux, Papillon, Jehan Dufour et Cotton; à la séance de 
l'après-midi, il y a un cinquième conseiller Bauquemare. Gruchet seul est 
absent. Il ne reparaît que le 18 avril sans que du reste il faille attacher d'im- 
portance à cette absence. 

2. Guillaume Bigars, sieur de la Londe, avait épousé Marie d'Estouteville, 
nièce de Villebon, bailli de Rouen et capitaine de la ville. Le concierge ou 
garde du château était un certain Noël Belin ou Belles, qui devint protestant, 
et dont un « délégué du peuple » réclamait l'expulsion au Conseil des Vingt- 
quatre, le 8 mars 156 i . 



DOCUMENTS 



43 



disposition du lieutenant criminel pour le guet, que l'on 
doit faire cette nuit et les suivantes, d'après l'arrêt de la 
Cour. 

Le 7 avril, le lieutenant criminel fait demander à la 
municipalité de convoquer pour le lendemain matin cent 
hommes armés « pour estre employés là et quand le dit 
sieur lieutenant advisera bien être». Les conseillers se 
réunissent aussitôt *, font venir les quarteniers et leur 
commandent d'envoyer le lendemain à l'Hôtel de Ville, 
entre sept et huit heures, trente hommes de chaque quar- 
tier, « armés et équipés d'armes, de corselets ou jaques de 
mailles et autres bâtons pour servir à la façon qui pourrait 
advenir ». 

L'arrêt du parlement dont nous avons parlé plus haut, 
ordonnait aussi de lever quatre cents hommes, bien armés, 
pour les faire marcher quand besoin serait. Les conseil- 
lers firent rechercher dans les registres des habitants de 
chaque quartier « les plus éminents et opulents », pour 
satisfaire à cet arrêt. Les listes une fois dressées, on les 
remit aux quarteniers le 11 avril, et, le 17, ceux-ci rece- 
vaient du lieutenant général, de Brévedent, le mande- 
ment de se rendre dans les maisons des plus riches bour- 
geois et de procéder à la levée dans chaque quartier « de 
cent hommes d'eslite, bien armez et équippez d'armes 
offensives et défensives, qui seront fidèles ». Les récal- 
citrants sont menacés d'une amende de cent livres tour- 
nois et, en outre, « d'estre déclarez rebelles au roy et à la 
justice ». De plus on les assigne à comparaître le 24 cou- 
rant à l'Hôtel de ville, « sur peine de prison et aultre 
punition à la discrétion de justice ». Ces menaces ne 
suffirent pas encore et, le 30 avril, il fallait décerner un 
nouveau mandement contre ceux qui refusaient d'obéir 
ou de payer l'amende. Un des quarteniers, celui de Beau- 
voisine, Charles de Becdelièvre, s'était absenté sous pré- 
texte de conduire ses enfants étudiera Paris. Une revint 
à Rouen que le 30 avril. 



I. B2 f. 88 etsuiv. 



DOCUMENTS 



d'exécuter l'ordonnance du parlement, rendue le même 
jour, qui prescrit d'envoyer des bourgeois aux portes ei 
sur les quais pour surveiller les gens qui sortent avec 
des armes, prendre leurs nom et leur adresse, savoir 
où ils vont, garder les armes de ceux qui ne doivent pas 
aller loin, arrêter et désarmer les rebelles. Le journal 
nous donne ensuite la teneur du mandement adressé aux 
quarteniers et au capitaine du pont. 

Treize jours plus tard, le 6 avril, le Bureau se réunis- 
sait encore : il y avait quatre conseillers et le procureur 1 . 
Le parlement avait rendu la veille un arrêt, en plusieurs 
articles, sur la police de la ville « afin de donner ordre 
qu'il n'y ait aucune émotion ni sédition populaire ». Les 
conseillers-échevins le font crier par les carrefours et ils 
convoquent les quarteniers, les gardes du Château, du 
Vieux Palais et du fort du Pont. On constate l'absence du 
lieutenant du gouverneur, le sire de la Londe, et du 
garde du château qui est à Paris 2 . 

A la séance de l'après-midi, (cinq conseillers et le 
procureur), on voit comparaître les quarteniers et leurs 
subordonnés, les centeniers et cinquanteniers, auxquels on 
recommande d'obéir aux quarteniers ; il y a eu encore 
des récalcitrants, en particulier un centenier de Beauvoi- 
sine, nommé Le Rat. On recommande aux gardiens des 
forteresses, (celui du château absent est représenté par 
son fils) , de ne laisser entrer aucun inconnu, sauf les 
courriers du roi, sans se faire assister par deux bourgeois, 
et on ordonne au capitaine de la cinquantaine, un certain 
Jehan Barbot, et à deux de ses hommes de se mettre à la 

en ville.au chant des psaumes de Marot. C. f. Discours abrégé. Héron, ouv. 
cité, p. 189. 

1. B- 8G. Il y a encore 4 conseillers; un conseiller ancien, Nie. Dufour et 
trois conseillers nouveaux, Papillon, Jehan Dufour et Cotton; à la séance de 
l'après-midi, il y a un cinquième conseiller Bauquemare. Gruchet seul est 
absent. Il ne reparait que le 18 avril sans que du reste il faille attacher d'im- 
portance à cette absence. 

2. Guillaume Bigars, sieur de la Londe, avait épousé Marie d'Estouteville, 
nièce de Villebon, bailli de Rouen et capitaine de la ville. Le concierge ou 
garde du château était un certain Noël Beiin ou Belles, qui devint protestant, 
et dont un « délégué du peuple » réclamait l'expulsion au Conseil des Vingt- 
quatre, le 8 mars 156 i . 



DOCUMENTS 



h 3 



disposition du lieutenant criminel pour le guet, que l'on 
doit faire cette nuit et les suivantes, d'après l'arrêt de la 
Cour. 

Le 7 avril, le lieutenant criminel fait demander à la 
municipalité de convoquer pour le lendemain matin cent 
hommes armés « pour estre employés là et quand le dit 
sieur lieutenant advisera bien être». Les conseillers se 
réunissent aussitôt \ font venir les quarteniers et leur 
commandent d'envoyer le lendemain à l'Hôtel de Ville, 
entre sept et huit heures, trente hommes de chaque quar- 
tier, « armés et équipés d'armes, de corselets ou jaques de 
mailles et autres bâtons pour servir à la façon qui pourrait 
advenir ». 

L'arrêt du parlement dont nous avons parlé plus haut, 
ordonnait aussi de lever quatre cents hommes, bien armés, 
pour les faire marcher quand besoin serait. Les conseil- 
lers firent rechercher dans les registres des habitants de 
chaque quartier « les plus éminents et opulents », pour 
satisfaire à cet arrêt. Les listes une fois dressées, on les 
remit aux quarteniers le 11 avril, et, le 17, ceux-ci rece- 
vaient du lieutenant général, de Brévedent, le mande- 
ment de se rendre dans les maisons des plus riches bour- 
geois et de procéder à la levée dans chaque quartier « de 
cent hommes d'eslite, bien armez et équippez d'armes 
offensives et défensives, qui seront fidèles ». Les récal- 
citrants sont menacés d'une amende de cent livres tour- 
nois et, en outre, « d'estre déclarez rebelles au roy et à la 
justice ». De plus on les assigne à comparaître le 24 cou- 
rant à l'Hôtel de ville, « sur peine de prison et aultre 
punition à la discrétion de justice ». Ces menaces ne 
suffirent pas encore et, le 30 avril, il fallait décerner un 
nouveau mandement contre ceux qui refusaient d'obéir 
ou de payer l'amende. Un des quarteniers, celui de Beau- 
voisine, Charles de Becdelièvre, s'était absenté sous pré- 
texte de conduire ses enfants étudiera Paris, line revint 
à Rouen que le 30 avril. 



1. B 2 f. 88 et suiv. 



-44 



DOCUMENTS 



Les derniers incidents ont lieu le 29 et 30 avril. Le 
29 avril, les conseillers font venir Mathieu Barbot, capi- 
taine de la cinquantaine et on lui commande de se 
rendre chez Villebon avec deux hommes de sa compagnie 
et deux hommes de celle de P. Roque, quartenier, pour 
faire exécuter les arrêts de la Cour. Barbot révèle que, 
depuis huit jours, quelques compagnons de la cinquan- 
taine ont élu un autre capitaine et fait arrêt sur ses 
gages l . . 

Le lendemain 30, on envoie avertir le quartenier de 
Cauchois qu'il prévienne ceux de sa compagnie de cent 
hommes de se rendre le lendemain, à huitjieures du soir 
en armes, au château « par devant M. de Villebon ». 
Même ordre au capitaine de la cinquantaine. Un huissier, 
envoyé au château, vient annoncer qu'il faut s'armer 
aujourd'hui même pour quatre heures du soir. 

De tout cela il est permis de conclure que la ville fut 
assez troublée au mois de mars et d'avril 1560, sans que, 
sauf la mention des assemblées nocturnes, nous soyons 
renseignés sur la nature de ces troubles. Il est aussi permis 
de constater que les bourgeois, ou tout au moins une partie 
d'entre eux, montrent une mauvaise volonté évidente 
à obéir aux arrêts du parlement et aux injonctions de la 
municipalité. Faut-il y voir l'influence des idées religieuses 
nouvelles et l'attribuer aux progrès de la Réforme parmi 
eux? On ne peut que poser la question sans avoir la 
prétention de la résoudre. 

- E. Le Farquiér. 

1. B 2 92 v . Le journal dit par erreur le 19. Les six conseiller^ sont présents. 
D'après Barbot ses adversaires seraient au nombre de six seulement; il n'en 
est pas moins vrai que la principale force de police, dont la municipalité 
disposât, était divisée et qu'on ne pouvait guère compter sur elle. 



DOCUMENTS 



45 



REQUÊTE DE SUZANNE FER RY-LE-B ACH ELLÉ 
A L. H. H. P. P. Les États généraux de Hollande 
12 juin 1702 

La signataire de cette émouvante requête était la 
petite fille de Jérémie Ferry, souche de la branche cadette 
de cette célèbre famille messine (France Prot., 2 e éd. 
VI, 521). Le 26 septembre 1666 elle avait épousé Jean le 
Bachellé, conseiller au bailliage et seigneur de Colombe, 
11 était petit-fils de Jean I e1 et avait été baptisé le 
13 avril. 1639. Ils eurent dix enfants. Après la Révoca- 
tion, le père ayant refusé de les mettre dans des cou- 
vents, fut incarcéré. La mère réussit à gagner l'Alle- 
magne puis la Hollande avec six d'entre eux (France 
Prot., l re éd., VI, 444). Malheureusement une des filles, 
Anne, qui avait épousé Frédéric Spanheim se laissa per- 
suader de retourner en France et d'entrer dans un cou- 
vent pour se faire adjuger la fortune de son père. 
Celui-ci qui avait réussi à sortir de prison, sans cloute 
pour pouvoir envoyer quelque argent à sa femme, fut 
dès lors contraint de se « cacher chez des amis pour 
éviter d'être envoyé aux galères ». 

Suzanne Ferry n'avait plus d'autre ressource que de 
s'adresser à la charité des États Généraux. 

A Leurs Hautes Puiesànces Les Seigneurs. 
États Généraux des Provinces Unies. 

Représente très humblement, Suzanne Ferry, femme de Jean 
le Bachellé de Metz, qu'elle s'est déjà adressée par deux requêtes 
différentes, à Vos Hautes Puissances, qu'après leur avoir exposé 
ses raisons elle a obtenu, de L. H. P. un secours de deux fois 
deux cent livres pour subvenir à l'entretien et à la nourriture 
d'Elle et de ses enfans et comme la cruelle et dénaturée persécu- 
tion que la fille de la suppliante, qui a esprés abandonné ce pays 



DOCUMENTS 



pour retourner en France et tourmenter son propre père, mary 
de la suppliante, afin de luy ôter tous les moyens et le rendre 
incapable de rien envoyer à la suppliante pour son entretien et 
celuy de ses dits enfans, — que cette tille s'est mesme jettée 
dans un couvent afin de pouvoir mieux tourmenter son dit père 
par les moyens des ecclésiastiques, en sorte que ledit mary de la 
suppliante a esté obligé depuis ce temps la de se tenir caché chez 
ses amis pour éviter d'estre envoyé aux galères, — le mary de 
la dite suppliante, ayans esté réduit à la nécessité d'abandonner 
tous ses biens, et par conséquent mis hors d'État d'envoyer un 
seul denier, à la suppliante. Et comme, faute de moyens pour 
vivre, il faudroit que la suppliante et ses enfans mourussent de 
faim, et de misère, si Vos Hautes Puissances ne prennent pas 
compassion d'Elle, et que par un mouvement de charité, Elles 
ne lui assignent quelques secours annuels, d'augmentation 
pendant sa vie, pour fournir à la nouriture d'Elle et de ses 
enfans, la suppliante a recours à Vos Hautes Puissances, pour 
les prier très humblement, et très instament, qu'il leur plaise de 
luy ordonner ce secours et de luy en accorder une ordonnance 
dans les formes, et la suppliante et ses enfans, continueront à 
prier Dieu et luy adresseront de plus en plus leurs vœux les plus 
ardens, pour la prospérité de Leurs florissants États en général, 
et pour la précieuse conservation de leurs illustres personnes en 
particulier. 

(Signé) : 
Suzanne Ferhy le Baciiellé. 

Le 24 juillet 1702, les États Généraux accueillirent 
favorablement cette requête et accordèrent à la pauvre 
réfugiée une pension de 200 florins. L'année suivante 
elle mourut vraisemblablement puisque deux de ses 
filles Suzanne et Esther sollicitèrent le maintien de cette 
pension, ce qui leur fut accordé. Quant au père on ne 
sait ce qu'il devint. Un David Le Bachellé né à Metz 
était pasteur à Grave en Hollande en 1693 (Bull, des 
Egl. watt., III, 236). C'était probablement son fils. Nous 
devons le texte de cetle requête ainsi que ces derniers 
renseignements à feu M. A. J. Enschédé. 



N. Weiss. 



Mélanges 



SAMUEL DE PEYSTER 

Dans son ouvrage sur les élrangers en France dont le 
second volume vient de paraître, M. Mathorez cite les 
Depeyster parmi les familles hollandaises qui avaient 
fixé leur séjour à Rouen. Il y a eu à Rouen deux familles 
de ce nom, toutes deux gantoises et protestantes : Le 
Bulletin a parlé de l'une et de l'autre. 

Martin de Peystere ou Pestere \ dont la fille Esther, 
mariée à Jacques Baudet , avocat au Parlement de Rouen, 
fit souche en cette ville, n'y fit lui-même que quelques 
apparitions. îssu d'une longue lignée de légistes, fils 
de ce Martin de Peystere qui fut tué lors des troubles 
religieux de 1566, étant secrétaire du collège échevinal, 
il était aussi frère de Benier de Peystere qui fut un des 
principaux chefs du parti calviniste à Gand. Martin lui- 
même avait été, pendant qu'il étudiait à Orléans, « pro- 
curateur de la nation germanique ». Recteur de l'éphé- 
mère Académie calviniste de Gand de 1579 à 1584, il 
avait ensuite enseigné le français à Londres, mais, marié 
à une Française, Anne Coadray, il s'était ensuite fixé à 
Vitré où il demeura jusqu'à sa mort comme pasteur de 
l'Église réformée. 

Ses deux fils Jean et Pierre étudièrent la théologie à 
Leyde. L'aîné, après avoir été professeur à Jersey, suc- 
céda à son père commejpasteur de l'Église de Vitré. De 

1. Lorsqu'en 1898, j'assistai à New-York, au 3 e centenaire de ledit de 
Nantes, on prétendait que le nom primitif de Peyster avait été Pasteur! (Bull. 
1898, 169) N. W. 



18 



MÉLANGES 



son mariage avec Jacqueline du Tertre, il eut une nom- 
breuse descendance aujourd'hui éteinte dans les lignes 
masculines qui portèrent les noms de Saulnière et de La 
Boulaye. 

L'autre famille De Peyster qui vint se fixer à Rouen 
vers 1620 était originaire du Nord de la France, mais 
elle s'était, aux environs de l'an 1300, établie à Gand où 
ses membres, qui tenaient commerce de banque et d'or- 
fèvrerie, prirent une part active aux affaires publiques, 
ils possédaient à Saint-Pierre-Ayghem un fief dont les 
actes d'hommage intégralement conservés permettent 
d'établir une filiation authentique depuis le xm e siècle. 

A la Réforme, ils embrassèrent la religion nouvelle, 
ce qui, après diverses vicissitudes leur valut de prendre 
en 1584 le chemin de l'exil. L'un d'eux 1 vint à Rouen 
en 1620 et y fonda un comptoir de la vieille maison dont 
ses frères avaient porté en Hollande et en Angleterre les 
éléments principaux. R s'y maria, avec Catherine de 
Lavoye et fit souche d'une branche qui vécut en France 
pendant cent cinquante ans, édifiant les demeures de 
Rouen et d'Eauplet qui aujourd'hui encore rappellent son 
souvenir 2 . 

Après la mort de Jacques, la direction de la banque 
passa aux mains de ses fils aînés Jacques et Samuel, 
mariés à leurs cousines germaines Catherine et Elisabeth 
Le Quesne, filles de Messire Jacques Le Quesne, écuyer 
et avocat et d'Elisabeth de Lavoye. Jacques mourut 
quelques mois après et Samuel demeuré veuf épousa 
Catherine de Bils, fille comme lui d'un patricien de Gand 

1. Jacques, né en 1596, troisième fils de Josse De Peyster, orfèvre et capi- 
taine de la milice de Gand, descendant en ligne directe de Messire Jean de 
Peyster, seigneur d'Adenberch, chef-homme des petites corporations qu'après 
la bataille de Roosebecque ses compatriotes envoyèrent en parlementaire 
auprès du roi Philippe VI. 

2. Un neveu de Jacques, Isaac, établi à Nantes, avait offert à son frère 
Jean, fondateur de la branche américaine qui devait devenir la plus considé- 
rable de sa famille, d'établir avec lui un comptoir, mais marié ensuite à 
Catherine van Sxvaenenburgh, nièce de ces grands patriciens et artistes de 
Leyde qui furent les premiers maîtres de Rembrandt, il se fixa ensuite en 
Hollande. Son fils fut échevin de Rotterdam, La maisen d'Eauplet, recons- 
truite au xviii 6 siècle, appartient aujourd'hui à M. R. Garreta. 



MÉLANGES 



49 



et d'une Française, dont M. Garreta a récemment parlé 
dans le Bulletin. 

C'est ce Samuel que, sur la foi d'un rapport d'intendant 
qui, en 1699,1e qualifiait de « marchand hollandais natu- 
ralisé » et de « religionnaire endurci », M. Mathorez cite 
comme un des notables de la colonie hollandaise de 
Rouen. 

L'origine de l'erreur est assez curieuse. Un des frères 
cadets de Samuel, Pierre, né comme lui à Rouen 
(en 1639) avait été rejoindre en Hollande ceux de ses 
oncles qui y avaient cherché refuge. Il avait fait ses 
études à l'université de Harderwijk et s'était ensuite 
établi à Amsterdam où il possédait maison de ville sur le 
Keyzersgracht et maison de campague à Sloterdijk. 

A la Révocation Samuel obtint, par l'entremise de ce 
frère, le droit de bourgeoisie d'Amsterdam. Ainsi trans- 
formé en Hollandais, il demeura paisiblement à Rouen à 
l'abri des persécutions et fit même venir auprès de lui 
son neveu Jacques, fils de son frère Jean et à 1 Anne van 
Sevenhoven. (Les Van Sevenhoven, de La Rochelle, 
étaient avec les de Réaulé, du Havre, les amis et associés 
des De Peyster). 

Jacques qui succéda à son oncle devait être le dernier 
du nom à Rouen, n'ayant pas eu d'enfant de ses mariages 
successifs avec les deux plus jeunes filles de son oncle 
Pierre. La dernière, Jacqueline, lui ayant survécu, 
apporta la maison de banque en dot à Abraham van der 
Hulst, chef d'une des plus vieilles familles hollandaises 
de Rouen. 

A sa mort elle légua tous ses biens à son petit-neveu 
Frédéric de Peyster, trésorier provincial d3 New -York, 
petit-fils de sa sœur aînée Catherine et d'Abraham de 
Peyster qui avait été gouverneur de New-York. Ces biens 
furent vendus par les héritiers de Frédéric, peu avant 
la Révolution française. 

D. P. 



i. Janvier-Mars 1922. 



4 



SÉANCES DU COMITÉ 



/ er Décembre 1921 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. Frank Puaux, 
MM. Cornélis de Witt,'J. Fabre, Armand Lods, Emile Morel, Guy 
de Pourtalès, Edouard Rott, Albert Valès, John Viénot et 
N. Weiss. MM. J. Pannier et M. Vernes se font excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière 
séance, le Comité s'occupe de la question du legs Martin. M. A. 
Lods rend compte de ses dernières correspondances avec le 
notaire et demande au Comité de l'autoriser à rédiger, suivant 
le formulaire que le notaire lui enverra, une délibération sur 
papier timbré aux termes de laquelle le secrétaire trésorier ou, 
à son défaut, lui-môme sera délégué par le Comité pour recevoir, 
après examen des comptes, le montant dudit legs ainsi que les 
arrérages. Il en est ainsi décidé. Une copie de cette délibération 
sera jointe au dossier du Legs Martin. On s'entretient ensuite des 
propositions de M. Pannier au sujet de l'emplacement de la 
maison de Calvin à Noyon — et il est décidé qu'on ne pourra 
s'en occuper utilement que lorsqu'on entreverra la vente de cette 
parcelle de terrain. 

Le Président communique au Comité une lettre du président 
de la Société biblique de Paris, M. le pasteur Roberty, aux 
termes de laquelle ladite Société propose à la nôtre de concourir 
aux frais de l'installation de l'électricité dans notre immeuble 
jusqu'à concurrence d'une somme de 1 500 francs, à la condition 
d'être autorisée à se couvrir de cette dépense en s'entendant 
avec les locataires du même immeuble désireux de bénéficier 
de cette installation, le surplus de ladite somme de 1 500 francs 
nous revenant de droit. Le Comité charge le secrétaire assisté 
de M. Armand Lods d'examiner avec l'aide de l'architecte et de v ' v 
comparer au devis qui nous a déjà été présenté, celui d'une 
autre Compagnie d'électricité, de se décider pour le plus avanta- 
geux et d'accepter en principe la proposition de la Société 
Biblique de Paris. 

Bibliothèque. — Elle a reçu, grâce à l'entremise de M. Graham 
Botha, archiviste du Cap, trois gros volumes in-4° renfermant 



CHRONIQUE HTÏÉRAIR E 



51 



les généalogies des anciennes familles du Gap, compilées par 
M. Christoffel Goetzee de Villiers, descendant de la principale de 
de ces familles [Geslacht-Register der Oude Ifaapsche Familien. 
Kaapstad, 1893-1894) et de M. le Pasteur Herzpg, du Ban de la 
Roche, la Description geognostique (Economique et médicale du 
Ban de la floche, par Henri Gottfried Qberlin, fils du célèbre 
pasteur, Strasbourg, 1806. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 

ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Les débuts de la Réforme en Piémont. 

C'est M. Jean J a 1 1 a qui écrit une Storia délia Ri forma in 
Piemonte fino alla morte di Emanuele Filiberto, 15 11- 15 Si). 
(Librairie Claudiana à Florence, 1914. 5 fr. Avec un petit portrait 
de Philibert Emmanuel à la l re page et 18 illustrations hors 
texte dans le corps du volume. 417 p.). On sait qu'il a écrit toute 
une série de brochures et d'articles tant en français qu'en italien, 
sur les vallées vaudoises, entre autres 8 études historiques en 
français (1904 à 1913) pour commémorer le 17 février. Ces 
articles ont paru soit au Bull, de la Soc. d'Histoire Vaudoise, soit 
à la Rivista Cristiana de Florence. Inutile de rappeler qu'il est 
professeur à La Tour. 

Il commence ici, en historien averti, par fixer la valeur des 
termes qu'il emploiera, c'est-à-dire les limites du Piémont au 
XVI e siècle, par esquisser le milieu dans lequel il va nous trans- 
porter, donc l'état moral et religieux de cette région à la même 
époque, et par éclairer les causes qui y favoriserontl'introduction 
de la Réforme. Alors seulement, le terrain étant dûment préparé, 
il aborde son sujet en retraçant le mouvement rénovateur en 
Piémont et dans le marquisat de Saluées, d'abor d jusqu'à l'occu- 
pation française (1536"), puis jusqu'à la mort de François I er , 
enfin jusqu'à celle d'Henri IL 

Ce n'est qu'à ce moment qu'Emmanuel Philibert réoccupe ses 
Etats et tente d'extirper la Réforme. Le récit s'arrête à la paix de 
Cavour (1561) pour revenir en arrière et décrire les progrès de la 
nouvelle foi dans les vallées dauphinoises depuis 1547 et les réper- 
cussions qu'y produisit la première guerre de religion française. 



5 U 2 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



Les autres points d'arrêt delà narration sont la paix de Saint-Ger- 
main (1570), la restitution de Pignerol et la mort de Marguerite 
de France, duchesse de Savoie, enfin celle de Philibert, terme 
que l'auteur a fixé son travail. 

Un appendice donne la liste, avec la date d'inscription, des 
Piémontais 1) figurant sur le registre des « Habitants de Genève » 
(1551 à 1573) 2) reçus bourgeois de cette ville depuis que la 
Réforme y a été introduite (1536-1588), 3) inscrits en qualité 
d'étudiants au « Livre du Recteur» de son Académie, le 9 no- 
vembre 1559, en 1563 et en avril 1564 (plus 3 inscriptions en 
1566, 1567 et 1579). Puis vient encore une page d'additions et cor- 
rections et l'index des noms propres et de lieux (les premiers 
en caractères ordinaires, les autres en impression cursive). 

Rappelons en terminant que les Vaudois "protestèrent avant 
Luther contre la vente des Indulgences. C'est, en effet, dès l'été 
de 1517 qu'ils répondirent à l'archevêque de Turin, Claude de 
Segnol, qu'ils n'avaient nul besoin de pardon, le sang de Jésus- 
Christ les purgeant de tout péché (p. 20). Mais au .fond des 
vallées, cette protestatiou n'eût éveillé nul écho : il fallait la voix 
puissante de Luther pour secouer la chrétienté. TH. Sch. 



Écrivains français en Hollande dans la première moitié 
du XVIP siècle ». 

Voilà un très beau livre dont on commence par admirer les 
gravures et dont insensiblement le texte, lorsqu'on y cherche 
quelque éclaircissement à celles-ci — vous intéresse et vous 
entraîne à lire les 685 pages compactes dont il se compose. 
C'est que l'auteur, non seulement possède son sujet, mais a été 
possédé par lui, par les hommes dont il a réussi à faire revivre 
la physionomie, par leur idéal, par le pays où, malgré certaines 
réserves inévitables, ils tentèrent de le réaliser. 

Cet idéal tient dans ces deux mots en qui se résume son 
histoire — la lutte pour la vérité et la liberté. C'est elle qui a 
créé la Hollande, vaincu l'Inquisition au service de la plus formi- 
dable puissance politique, militaire, commerciale du xvi e siècle, 
permis à quelques marins et marchands d'arracher à la mer des 
bancs de sable et de les transformer en terres fertiles, riantes, 
dont, une fois qu'on les a contemplées, on n'oublie plus les 
horizons illimités, les cités pittoresques et vivantes. Cet idéal 
amena en Hollande les huguenots qui, dès le xvi e siècle, y intro- 

1. Par Gustave Cohen, chargé de cours à l'Université de Strasbourg, 1 vol. 
de 756 p. in-8° avec 48 planches hors texte. Paris, Champion, 1920, 50 fr. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 53 

duisent la langue française et la science indépendante. C'est lui 
qui, par les expéditions militaires auxquelles il prit part et que 
l'auteur a patiemment reconstituées, explique et met en valeur 
les poésies si oubliées de Jean de Schelandre, gentilhomme 
verdunois. C'est enfin cet idéal auquel obéissaient les curateurs 
des universités hollandaises — et que révèlent tant de détails 
inédits — qui éclaire d'une si vive lumière les portraits des 
théologiens Lambert Daneau, du Jon, du Moulin, Polyander, 
André Rivet, du juriste Hugues Doneau, du botaniste Charles de 
l'Écluse et du philosophe Joseph Juste Scaliger, tous Français, 
qui entraînèrent vers le Nord, des cohurtes d'étudiants. Avouons 
que ces marchands hollandais qui croient au prestige de la 
science et font de gros sacrifices pour qu'un Scaliger consente 
seulement à habiter Leide sans y donner môme une leçon — 
nous changent de ceux qui ne croient qu'aux sous-marins et au 
spurlos versenken ^submerger sans laisser de traces.) A leur 
tour ces professeurs qui affrontent de longs et dangereux 
voyages et un climat qu'ils supportent malaisément, nous 
consolent de tant d'autres qui légalisent par leur signature cle 
faux documents ou soumettent leur enseignement aux « direc- 
tives » de l'Église. Que dis-je? Celle-ci ne contresignerait plus 
aujourd'hui l'offre qu'en 1636 le cardinal de Richelieu faisait 
faire à Saumaise s'il voulait rentrer en France : « Ce sera sans 
aucune condition. Si vous aclvisés quelque jour d'estre des 
nostres, je ferai monter vos appointements bien plus haut. Mais, 
quand vous voudrez demeurer ferme dans vostre opinion, les 
gratifications que l'on vous veut faire vous seront toujours conti- 
nuées. » (322) 

Lorsqu'en 1914, brusquement, se posèrent les mêmes ques- 
tions qui s'étaient jadis posées en Hollande, M. G. Cohen, alors 
professeur de littérature française à Amsterdam, n'hésita pas à 
se jeter dans la mêlée et à consacrer, par son exemple, l'enseigne- 
ment qui se dégage du livre qu'il ne put achever qu'après avoir 
aidé à conquérir la chaire qu'il occupe aujourd'hui à Strasbourg. 

Pourtant ses préférences semblent aller au philosophe dont, 
dans la seconde moitié de son volume, il a minutieusement 
reconstitué l'existence en Hollande. Or, si le catholique Des- 
cartes préférait ce pays à tout autre parce que, d'après lui, il 
n'y en avait « aucun autre où l'on puisse jouir d'une liberté si 
entière » », il est hors de doute que s'il avait vécu à l'époque où 

1. Ce qui contredit nettement cette phrase de M. Lavisse prétendant 
mettre sur le même pied l'intolérance protestante et l'intolérance catho- 
lique : « Ce qu'aurait fait en France, une majorité protestante contre une 
minorité catholique, l'histoire de Genève 'e dit et celle de la Hollande » 
(Hist. de France, VII, 79). 



54 



CHRONIQUE L1TTÉRA IRE 



ce pays luttait pour cette liberté, il aurait été du côté de ceux 
qui voulaient la supprimer. N'a-t-il pas dit : « J'ai la religion de 
ma nourrice » (475) ce qui signifiait, non qu'il croyait ce que 
croyait sa nourrice, mais que, de parti pris, il se conformait à la 
tradition. N'a-t-il pas écrit (560) « En religion, il ne faut rien 
innover », paroles que son biographe admire sans réserve et 
qui apparemment Font entraîné à condamner avec son héros 
« les Bouillon, les Rohan, les protestants », à affirmer que pour 
les « cardinaux Richelieu et Mazarin, la pratique du catholi- 
cisme n'implique pas l'exclusion des protestants » (426), comme 
si le premier ne les avait pas injustement et violemment 
dépouillés des garanties légales de leur liberté et le second 
n'avait pas cherché à les « réunir » par les moyens les moins 
honorables. Je n'insisterais pas, si à la page suivante (427), 
M. C. n'avait pas écrit : « C'est dans les pays catholiques que 
s'est levée la conception moderne de la tolérance et de la libre 
pensée. Celles-ci doivent plus à un Rabelais, à un Montaigne et 
même à un Descartes qu'à un Luther et à un Calvin ». 

M. Cohen sait aussi bien que moi que si, en face de Henri II, 
des Lorrains, des Ligueurs, de Pie V et de Philippe II, il n'y 
avait eu que des Français comme Rabelais et Montaigne, non 
seulement il n'aurait pu écrire son livre., mais Védit de Nantes 
n'aurait jamais été signé. Quant à Descarfes, pour être édifié sur 
sur son courage moral, il n'y a qu'à lire les pages 478 à 480 de ce 
livre, où nous voyons la terreur du philosophe lorsqu'il apprend 
la condamnation de Galilée, la résolution héroïque qu'il faillit 
prendre de ne plus rien écrire, le soin avec lequel il s'efface 
derrière ceux qui enseignent sa philosophie, quitte à n'intervenir 
que lorsque son « repos et sa tranquillité d'esprit » sont mena- 
cés, etc. Tant il est vrai — et ce n'est pas aujourd'hui qu'il 
convient de l'oublier, — que le vrai fondement de la liberté 
n'est pas seulement dans le respect de la tradition, mais encore 
dans celui de toute conviction quelle qu'elle soit et dans la sup- 
pression de tout privilège. 

Ces réserves auxquelles on pourrait ajouter çà et là quelques 
vétilles 1 n'enlèvent rien à la haute valeur d'un ouvrage qu'on 
lira avec autant de plaisir que de profit. N. Weiss. 

1. P. 190. Scaliger était déjà protestant quand il vint à Paris, son père 
ayant été, à Agen, le centre du mouvement humaniste et « luthérien », v. 
11. Patry, Les débuis de la Réforme en Guyenne, 1523-1559, Bordeaux 192 ; 
p. 262, lisez Amyraldistes ; — puis lisez- Champvernon ; p. 303 lisez synode 
de Castres, v. Aymon n, 403 (P. 295 le synode se réunit à Charenlon). P. 343. 
« 11 ne faut pas exagérer le rôle de la religion dans l'afflux des Français »>. As- 
surément, mais ce rôle ne se mesure pas uniquement au nombre d'étudiants 
en théologie, ceux des autres disciplines appréciant aussi bien que ceux-ci 
la liberté scientifique, alors plus grande aux Pays-Bas qu'ailleurs. 



CORRESPONDANCE 



Une Prophétie attribuée à Paul Rabaut 

A la fia d'un ouvrage dont voici le titre : Réflexions philoso- 
phiques et politiques sur la tolérance religieuse et sur le libre 
exercice de tous les cultes, par J. P. de N***, un vol. in-8°, 505 p. 
Paris, 4 808, se trouve une notice biographique sur Paul Rabaut, 
pasteur de l'Église réformée de Nîmes. 

On lit à la page 512 : « Paul Rabaut voyait,dans les prophéties 
une prédiction, qui mérite, par sa singularité et par ses rapports 
avec l'événement, d'être rappelée ; il affirmait qu'il voyait dans 
ces prophéties l'annonce de grands événements pour l'époque 
où s'est enfin manifestée la révolution de la France et les guerres 
qui l'ont accompagnée et suivie. Il y voyait surtout qu'il paraî- 
trait au commencement du xix e siècle un libérateur qu'il appelait 
Prince germe qui aurait pris naissance dans une île de la Méditer- 
ranée et il n'hésitait qu'entre la Sardaigne et la Corse parce 
qu'elles sont près de Rome. Il désignait cependant plus particu- 
lièrement laCorse, apparemment parceque, plus que la Sardaigne, 
elle présente l'aspect d'un rocher dans la mer indiqué par la 
prophétie ; il disait que ce Prince opérerait de grandes choses. 
Rabaut était mort longtemps avant qu'on put prévoir que 
Bonaparte serait appelé à remplir les grandes destinées qu'il 
accomplit si heureusement et si glorieusement pour la France ». 
L'auteur de cette biographie, ,). Pons de Nîmes, avait connu per- 
sonnellement Rabaut et il est possible qu'il ait eu la confidence, 
de cette étrange prophétie de Rabaut lui-même; il paraît bien 
qu'il l'a relatée comme une histoire qui n'était point ignorée 
à Nîmes, ni même à Paris, car M. de Beaufort, dans son livre : 
Projet de réunion de toutes les communions chrétiennes (Paris, 
1808), écrivait : « Le ministre du Seigneur Paul Rabaut, ce 
patriarche, à qui Dieu avait donné une connaissance profonde 
des Saintes Ecritures et particulièrement des prophéties, avait 
prévu toute la destinée de Napoléon et de l'empire français... Il 
a annoncé qu'un homme extraordinaire, envoyé de Dieu, né en 
Corse et qui serait empereur des Français, rétablirait la religion 



56 



CORRESPONDANCE 



du Christ et que ce grand événement commencerait en l'an 1 802 ». 
(p. 148). 

Il peut sembler que M. de Beaufort ait rédigé cette prophétie 
d'une si rare exactitude après les événements; cependant Rabaut- 
Pomier, dans une lettre écrite au pasteur Lombard, le 29 plu- 
viôse an 13 (1-8 février 1805), confirme parfaitement les paroles 
citées par M. de Beaufort : « Mon père, écrit-il, me dit un jour, 
avant la Révolution, qu'après s'être précédemment trompé sur 
l'époque, il croyait, après avoir mieux calculé, que l'homme 
extraordinaire annoncé comme devant rétablir la religion, paraî- 
trait au commencement de ce siècle et môme vers l'an 1802; 
qu'il naîtrait en Corse ou en Sardaigne, mais que ce ne serait pas 
la fin des calamités. Vu ses erreurs précédentes sur les dates, 
je ne crus pas trop à ces calculs et n'en demandai pas les 
motifs à mon père. Cependant les événements s'accordent si 
bien avec eux que je désire actuellement savoir comment mon 
père a pu les prévoir si bien ». [Paul Rabaut, ses lettres à Antoine 
Court, II, 262). 

Il ne paraît pas douteux que Paul Rabaut ait, sinon prophétisé, 
au sens exact du mot, du moins annoncé des événements qui, 
par la suite, se réalisèrent. Il n'est pas admissible que son fils 
ait inventé le récit que sa lettre révèle et d'un autre côté, je suis 
porté à croire que Pons avait entendu Rabaut lui annoncer ce 
qu'il prévoyait. Comment expliquer autrement l'allusion qui est 
faite à un Prince germe, terme singulier que Pons, catholique, 
n'aurait sûrement pas inventé. 

Un savant vaudois, M. de Cottens, avait fait une dissertation 
sur le Prince germe que M. Dardier, malgré de nombreuses 
recherches, n'a pu retrouver, mais nous savons que Rabaut 
connaissait le système de M. de Cottens ; « il est fort de mon goût 
écrivait-il, il fait mes délices et je suis bien aise de l'appro- 
fondir » (p. 261). On peut présumer, sans trop hasarder, que le 
Prince germe devait être l'homme extraordinaire qui rétablirait 
la religion. 

M. de Beaufort écrivait « que le prophète Ezéchiel au chapi- 
tre 37 de ses oracles dit positivement qu'au jour de la délivrance 
de la maison d'Israël il n'y aura qu'un seul monarque qui étendra 
son empire sur tout le monde, un nouveau David, un bien-aimé 
du ciel sera ce seul monarque et il sera le seul Pontife » (p. 146). 
M. de Beaufort préconisait, en effet, la réunion des Églises catho- 
liques et protestantes, par l'intervention souveraine de Napoléon. 

M. Ch. Dardier a fait remarquer que presque tous les pasteurs 
du Désert se laissaient aller, écrit-il « à ces candides illusions ( 1 ) ». 

(1) Paul Rabaut, 1, 31. 



CORRESPONDANCE 



57 



On ne saurait s'en étonner. Dans les temps de persécution, 
alors qu'à vues humaines toute espérance de délivrance était 
enlevée, rechercher dans les prophéties et surtout dans l'Apoca- 
lypse la certitude de la victoire de la justice sur la force brutale 
était une étude passionnante et consolatrice. Il n'en est pas 
d'exemple plus remarquable que celui de Jurieu, au lendemain 
de la Révocation, publiant son Accomplissement des prophéties ou 
la Délivrance prochaine de l'Église. Cet ouvrage répondait d'une 
manière si vraie aux préoccupations des Réfugiés que deux 
mille exemplaires de ces deux volumes furent vendus en quel- 
ques jours. Jurieu avait annoncé, se référant à une prédiction du 
chapitre XI de l'Apocalypse, que la persécution prendrait fin 
dans trois ans et demi. Or ce fut précisément en 1688, trois ans 
et demi après la Révocation, que la révolution d'Angleterre fit 
échouer le projet d'hégémonie catholique de l'Europe, qui était la 
grande pensée de Louis XIV et de son clergé. Si profonde fut 
l'impression produite par cette coïncidence prophétique que 
Bossuet,pour réfuter Jurieu, publia un grand ouvrage sur l'Apo- 
calypse. Mais la prophétie de Rabaut a un caractère très différent 
en raison de son extraordinaire précision. La lettre de son fils, 
qui ne fut point écrite pour le besoin de la cause en confirme 
l'existence. On peut espérer qu'une découverte d'archives per- 
mettra de donner la solution du problème de la réalité de la 
prophétie napoléonienne de M. Paul, comme l'appelaient ses 
fidèles paroissiens. 

F. P. 



Les Plaintes des Protestants de France 
jugées par un catholique. 

Sur la garde d'un précieux exemplaire du célèbre livre de 
Claude, acheté à la vente de la belle bibliothèque de M. Henri 
Monod, se trouve la note suivante : 

« Je suis catholique, je viens de lire ce livre et le déclare un 
chef-d'œuvre de bonne foi, de science politique, d'expérience 
historique, de modération dans la polémique, de sagesse prophé- 
tique. La phrase de la cinquième ligne de la page 184 est un 
éclair de génie. Sans le précédent de la révocation de l'édit de 
Nantes, la Terreur n'eût pu établir son régime. Sans la Révo- 
cation la papauté ne serait pas réduite à ce qu'elle est 
aujourd'hui ». 

L'auteur de ce jugement si remarquable est M. l'abbé Crampon 
dont la bibliothèque Fut vendue le 12 avril 1897. 



CORRESPONDANCE 



La phrase à laquelle il fait allusion est la conclusion d'une 
remarque de Claude : 

« Nous espérons, écrit-il, que le Pape, nous considérant 
comme des hommes et comme des chrétiens, nous plaindra et 
blâmera la conduite qu'on a tenue contre nous, ne fût-ce que 
pour l'intérêt de la Religion », et il ajoutait cette parole consi- 
dérée comme un éclair de génie : « Peut-être qu'un jour, à notre 
tour, nous blâmerons aussi celle qu'on tiendra contre lui ». 

Claude se faisait illusion. Loin de plaindre les Réformés, 
Innocent XI, par son bref du 13 novembre 1685, regarda la Révo- 
cation comme la plus belle chose que Sa Majesté eût jamais faite 
et comme la plus propre pour éterniser sa mémoire et pour lui 
attirer les plus rares bénédictions du ciel. 

F. P. 



Les Sépultures Huguenotes en plein champ 

Ce n'est pas uniquement en Angoumois 1 que l'on peut voir 
des sépultures en plein champ, indiquant des sépultures protes- 
tantes. 

Ce fait se reproduit aussi en Poitou, en Saintonge, particulière- 
ment dans la presqu'île d'Arvert, cette petite Canaan sainton- 
geoise, aux alentours de La Tremblade, Etaules, Chaillevette, etc. 
On en retrouve encore dans les cantres protestants de 
Gironde, du Lot-et-Garonne, de l'Ariège, sans parler du Gard, de 
l'Ardèche, de la Drôme et des Cévennes. 

11 m'est fréquemment arrivé, en voyageant en chemin de fer, 
entre Poitiers et Niort et particulièrement sur la petite ligne des 
tramways des Deux-Sèvres, entre Saint-Maixent et Melle, d'être 
témoin de la surprise des voyageurs étrangers à la région, à la 
vue des innombrables sépultures privées que l'on aperçoit le 
long de la ligne. «Quel étrange pays, disaient-ils, il n'y a donc pas 
de cimetières communaux, que chacun enterre ici ses morls en 
plein champ » ? 11 me fallait leur expliquer que l'habitude de 
ces sépultures remonte aux temps heureusement disparus où les 
huguenots n'avaient pas même le droit légal de vivre. Non seule- 
ment les vivants étaient en butte à toutes sortes de vexations et 
de persécutions, mais les morts eux-mêmes n'étaient pas épar- 
gnés. Les inhumations des réformés étaient sujettes à des 
formalités si humiliantes qu'ils préféraient s'y dérober en dépo- 
sant leurs morts dans des lieux écartés qui sont aujourd'hui 
l'objet de la curiosité des voyageurs. 

1. Bull., 1921, 253. 



CORRESPONDANCE 



59 



Voici ce qu'écrivait le grand géographe Onésime Reclus, à 
propos de ces sépultures qu'il avait lui aussi remarquées dans les 
centres protestants : « Avant l'édit de Tolérance (1787), qui suivit 
presque exactement à un siècle près, la révocation de l'édit de 
Nantes (1685), les protestants étaient hors la loi; leurs femmes 
était des concubines, leurs enfants des bâtards. Ils ne pou- 
vaient être inhumés en terre sainte, le cimetière de la commune 
leur était interdit. C'est dans le domaine, dans le jardin qu'ils 
dorment leur sommeil éternel. Ils attendent la résurrection dans 
le petit enclos entouré d'une haie vive ou d'un mur enlierré, sous 
le cyprès familier qui pointe vers le ciel». 

Dans ces régions, on se souvenait que défense avait été faite 
aux tabellions royaux « de passer aucun contrat qui ne dût 
être validé par le prêtre ». On se souvenait qu'aucune union 
n'avait de valeur légale que si elle était passée devant le prêtre 
et précédée d'une abjuration en forme. Alors, on se passait du 
prêtre et, selon l'insultante expression de certain abbé Gould, 
les fiancés Poitevins « s'adouaient », c'est-à-dire se promettaient 
Tun à l'autre devant Dieu, en présence des parents, et habitaient 
ensemble. 

Lorsque lamaladie et la mort survenaient au sein de ces familles 
ainsi traitées, on s'y souvenait qu'un édit de 1680 enjoignait aux 
sénéchaux de se transporter au domicile des mourants de la 
R. P. R. pour savoir s'ils voulaient se convertir et, dans ce cas, 
appeler le prêtre, malgré la famille; qu'une autre déclaration, 
dans les lieux où n'existait pas de sénéchal, autorisait les rnar- 
guillers a remplir le même oflice. On se souvenait qu'un édit de 
1686, ordonnait de traîner sur la claie pour les jeter ensuite aux 
immondices, les cadavres de ceux qui, dans un moment de 
faiblesse, sous la pression du dragon ou d'un missionnaire 
Jésuite, avaient abjuré par force et étaient revenus ensuite à 
leur foi, refusant le prêtre à leur lit de mort. On se souvenait 
qu'une déclaration de 1736, moins rigoureuse, mais toujours 
vexatoire, autorisait les inhumations des protestants, sans la 
présence du prêtre, après transport de la justice qui constatait 
le décès et autorisait l'inhumation « où semblera bon, nuitam- 
ment, sans bruit ni scandale », en présence des seuls membres de 
la famille en nombre limité. 

Ne pouvant se venger autrement, on se vengeait encore parles 
traits de la satire, témoin le pasquil suivant : 

Souffrez donc, sans faire de bruit, 
Qu'on règle vos pompes funèbres; 
Ayant vécu dans les ténèbres 
On doit vous enterrer de nuit. 



60 



CORRESPONDANCE 



Et voilà d'où proviennent toutes ces sépultures privées que Von 
rencontre encore dans les régions protestantes. La tradition s'en 
perpétue, en dépit des lois anciennes et nouvelles, celle du 
23 prairial an XII, instituant des cimetières publics distincts pour 
les différents cultes, celle du 15 novembre 1881, abrogeant la 
précédente et ne laissant subsister en chaque commune qu'un 
seul cimetière sans distinction de culte. 

M. Th. Durocq, doyen honoraire de la Faculté de Droit de 
Poitiers, dans une brochure qui i pour titre : De la variété des 
usages funéraires dans l'Ouest de la France 1 , a traité la question 
de la suppression de ces sépultures privées qui n'ont plus leur 
raison d'être et il conclut en disant : « C'est au progrès de la 
civilisation et des mœurs qu'il appartient de faire librement 
disparaître une habitude, sortie du passé douloureux, à jamais 
disparu et qui n'a plus sa raison d'être, pas plu%au point de vue 
historique qu'au point de vue économique ». 

Ce sera peut-être à ce moment un peu poésie qui dispa- 
raîtra, avec elle aussi disparaîtra toute t r .oe des jours néfastes 
où la liberté de conscience était foulée aux pieds. 

Th. Maillard. 



La Folie Rambouillet {Bull., 1920, 54 et 1921, 248 2 ). 

Au faubourg Saint-Antoine, entre les rues de Charenton et de 
Bercy s'étendaient les vastes jardins de la Folie Rambouillet, 
construite et aménagée dans la première partie du xvn e siècle 
par un financier heureux, Nicolas deRambouillet, sieur du Plessis, 
oncle et beau-père de Tallemant des Réaux, que celui-ci a peint 
sans ménagement dans ses Historiettes. A en juger par ses 
portraits, le type de l'homme d'affaires n'a pas beaucoup varié en 
trois cents ans. Rambouillet, comme ses émules d'aujourd'hui, 
était fort vain de sa fortune et de son luxe; il recherchait les 
divertissements coûteux, la société des gens brillants et puis- 
sants, invitait beaucoup, recevait avec faste. Ses jardins, que 
Sauvai a décrits, furent longtemps un des lieux où s'assemblait la 
société parisienne. On y trouvait « des allées de toutes figures et 
en quantité, les unes formant patte d'oie, les autres des étoiles. 
Quelques-unes étaient bordées de palissades, les autres d'arbres : 
la principale, d'une longueur extraordinaire, conduisait à la 
terrasse des bords de la Seine; celles de traverse allaient se 

1. Paris, Er. Thorin, 1884. 

2. Extrait de la Renaissance de l'art français, 4 e année, n° 12, déc. 1921, 
592. A la page 594, pavillon et jardins de Rambouillet, reproduits d'après une 
gravure d'Israël Silvestre, tirée de la Bibliothèque nationale. 



CORRESPONDANCE 



61 



perdre dans de petits bois, dans un labyrinthe et autres compar- 
timents ». 

Antoine Rambouillet, sieur de la Sablière, hérita deia maison 
et des jardins en 1674 et leur conserva la même vogue en y atti- 
rant les beaux esprits, les artistes et les écrivains. A cette 
époque, les ambassadeurs des pays non-catholiques logeaient à 
Rambouillet en attendant l'entrée solennelle que tous les repré- 
sentants des Etats étrangers faisaient par la porte Saint- Antoine. 
Pour les ambassadeurs catholiques le logement provisoire était 
au couvent de la rue de Picpus. On sait que La Fontaine, fort 
-embarrassé ^ans ses affaires et incapable d'y mettre ordre, trouva 
chez M me de la Sablière une hospitalité amicale et pleine de 
sollicitude. Il lui en témoigna sa reconnaissance en lui dédiant 
le discours qu'il lut en 1684 à l'Académie française le jour de sa 
réception solennelle et qui est une sorte de confession générale . 
Le Bonhomme demeura chez sa bienfaitrice encore quelque temps 
après que celle-ci, devenue veuve, se fut retirée aux Incurables. 

Rambouillet, que les contemporains appelaient aussi Ruilly 
ou Reuilly, les Quatre-Pavillons, la Folie Rambouillet, appartint 
plus tard à John Law. En 1720, un nouvel acquéreur, nommé 
Robillard, transforma les jardins de plaisance en vergers et 
potagers et détruisit les pavillons d'habitation, sauf celui du jar- 
dinier. Au numéro 172 de la rue de Charenton (ancienne rue de 
la Planchette), un pan de mur, qu'une plaque signale au passant, 
est tout ce qui reste de la Folie Rambouillet. C'est de ce côté 
qu'était l'entrée principale. La rue Boulant toute voisine, est 
l'ancienne ruelle des Jardiniers, qui du côté de l'Est limitait le 
parc. La rue de Rambouillet représente à peu près la limite du 
côté opposé. 



La bibliothèque d'Antoine Papilion. — Sibiville. — Barboyre. 

A propos de P. de Sibiville (Bull. 1921, 210), j'ai parlé d'un des 
familiers de Marguerite d'Angoulème, Antoine Papilion, membre 
du Grand Conseil, correspondant de Zwingli et qui avait traduit 
pour la sœur du roi le De Votis monasticis de Luther. En parcou- 
rant naguère le Catalogue de la Réserve, xvi e siècle (1501-1540) 
de la Bibliothèque de /' Université de Paris, dressé avec tant de soin 
par M. Ch. Beaulieux, j'ai remarqué qu'un certain nombre de 
ces livres avaient appartenu à un Antoine Papilion. Serait-ce le 
même que celui qu'on peut considérer comme un des premiers 
•adeptes et peut-être une des premières victimes delà Réforme en 
France? A première vue on est tenté de l'admettre lorsqu'on 
constate que la plupart de ces volumes — la chronique deSigebert, 
1513 (p. 268 du Cat.) ; — un Plaute de 1514 acheté en 1519 (238); 



6ï 



CORRESPONDANCE 



— L' ['tapie de Th. Munis, 1516 (208); — M. Ritii, De regibus 
Francorum, Bàle Froben 1517 (256) ; — Sphera avec les notes de 
Lefèvre d'Etaples, 1518 (176); — le De libero arbitrio de Laurent 
Valla, Bàle, Cratander, 1518 (289); — un Suétone édité par 
Erasme, Bàle, Froben 1518 (263) ; — une édition lyonnaise des 
Commentaires de César, 1519 (69); — les Corollarii d 1 Hermolaus 
Barbants, 1523 (107); — les Autores historiae ecclesiasticae 
publiés à Bâle par Froben en 1523 (32;, tous dignes de figurer sur 
les rayons d'un humaniste chrétien, — sont antérieurs à 1525, 
l'année où A. Papilion mourut prématurément, empoisonné au 
rapport d'Erasme. Trois autres volumes (p. 71, 118 et 120), 
de 1533, 1539 et 1540 ont aussi appartenu à un Papilion, dit le 
Catalogue. Mais M. Beaulieux veut bien m'informer que ces trois 
volumes, ainsi que le Sigebert qui figure en tète de la liste ci- 
dessus, ont appartenu à un autre personnage qu'Antoine Papilion. 

M. Pannier m'apprend que Sibiville est le nom d'un petit vil- 
lage — de 328 habitants dit le Dictionnaire des Communes — à 
4 km. au nord de Frévent, sur la ligne de Doullens à Saint-Pol et 
à une quinzaine de km. au sud-est de Vieil-Iïesdin. Lors donc 
que le religieux de ce nom se disait oriundus de oppido Sisdini, 
cela pouvait signifier qu'il était né à Hesdin, mais que sa famille 
était originaire de Sibiville et qu'en conséquence on l'appelait 
Pierre, de Sibiville. 

Un autre correspondant et collaborateur, M. J. Jalïa, m'ap- 
prend que barboyre (Bull. 1921, p. 202) ou plutôt barboïre est le 
mot couramment employé, en piémontais, pour indiquer, soit 
les masques,, soit les personnes masquées en temps de carnaval. 

N. Weiss. 



NÉCROLOGIE 



Le pasteur Auguste Weber (1841-1921). 

L'Église Luthérienne de Paris vientd'être cruellement frappée. 
M. le Pasteur Auguste Weber, président du consistoire est mort à 
la maison de santé de Courbevoie, le 31 janvier 1922. Il était né 
à Strasbourg le 2 janvier 1811 et avait consacré sa vie tout entière 
au service du Consistoire de Paris. Après avoir terminé ses études 
théologiques à la Faculté de Strasbourg, il fut appelé en 1864 
comme vicaire à Bourg-la-Reine, il devint successivement pas- 
teur auxiliaire à Puleaux (1868), à la Villette (1870) et à Bon- 
Secours (1874). Après avoir été nommé pasteur titulaire par 
Décret du 23 janvier 1873, il desservit en 1884 l'Église des 
Biliettes et resta jusqu'à sa mort à la t-He de cette importante 



NÉCROLOGIE 

paroisse. Il avait été élu président du consistoire et inspecteur 
ecclésiastique au début de l'année 1905, remplaçant dans ces deux 
postes importants, M. le pasteur Félix Kuhn. 

M. le pasteur Weber avait toutes les qualités d'un chef, il 
présidait avec une grande autorité les séances du consistoire, 
résumant les discussions avec une clarté qui n'était égalée que 
par sa parfaite impartialité. 

Placé à la tête de l'Église Luthérienne de Paris, à la veille de 
la Séparation, c'est pendant sa présidence que l'Église dut éla- 
borer les statuts qui devaient fixer sa nouvelle constitution, et 
procéder aux opérations de dévolution des biens affectés, soit au 
culte, soit à la charité, soit aux écoles. Tout fut opéré avec ordre 
et méthode sans provoquer aucun schisme. J'ai eu le grand 
honneur d'être pendant ces années de reconstitution, le collabo- 
rateur quotidien du président Weber et j'ai pu apprécier les 
grandes qualités d'esprit et de cœur de ce pasteur fidèle, de cet 
administrateur clairvoyant et prudent. 

Gomme théologien et comme apologiste, M. Weber publia 
avant la guerre de 1870 une étude sur Louis Harms et les Mis- 
sions de Hermannsbourg. Quelques années plus tard, en 1881, il 
fit paraître une dissertation sur Le Saint-Baptême qui, d'après 
M. le pasteur Samuel Lambert, est « encore ce qui a été écrit de 
mieux, dans notre langue sur ce se sujet 1 ». Il a aussi publié pour 
les cathécumènes un Souvenir de Confirmation. 

Gomme publiciste, M. Weber collabora au journal, le Témoi- 
gnage, dès sa fondation en 1866 pour en devenir le rédacteur en 
chef en 1886 quand M. Kuhn fut élu président du consistoire. Il 
dirigeait en même temps le Messager de l'Église qui fusionna 
avec VAmi Chrétien des Familles. 

M. Auguste Weber aprouvé qu'il possédait le talent d'un véri- 
table historien en retraçant en 1908, à l'occasion du centenaire de 
l'Église Évangélique Luthérienne de Paris et d'après des docu- 
ments puisés soit aux archives consistoriales, soit aux archives 
nationales, la vie de cette Église pendant un siècle ' 2 (1808-1908). 
Après avoir indiqué comment fut établie, dès 1626, la chapelle de 
l'ambassade de Suède et esquissé la manière dont fut célébré le 
culte Luthérien dans la chapelle de Danemark, M. Weber 
démontre que c'est à l'initiatiie et à l'intervention personnelle de 
Napoléon I er qu'est dû l'établissement à Paris d'une Église Luthé- 

1. Le Témoignage, n° du 8 février 1922. 

2. Un centenaire : V Église évangélique Luthérienne de Paris [1808 à 1908). 
Notice historique suivie de notes et Documents, par Auguste Weber. Paris 
1908. un vol. in-8 de 188 p., et — Centenaire de V Eglise luthérienne de 
Paris. Célébration de la Fêle. Sermons et Discours prononcés à l'Eglise de la 
Rédemption le 29 novembre 1907 , 1 vol. in-8 de 56 pages. 



64 



NÉCROLOGIE 



rienne unie à l'État, jouissant des mêmes prérogatives et des 
mêmes droits que l'Église Réformée. 

Le Président Weber était resté un partisan convaincu du 
Concordat, il considérait que la loi du 1 er août 1879 qui, au lende- 
main de la guerre de 1870 avait réorganisé l'Église Luthérienne 
avait donné à cette Église « une vraie liberté » et il n'avait pas 
craint de flétrir la loi de Séparation de 1905 qui, elle « n'accordait 
pas l'entière liberté aux Églises, accentuait les droits de l'État 
plus que de raison, heurtait de front l'organisation hiérarchique 
de l'Église Romaine et ne pouvait amener la paix 1 ». 

Patriote ardent, M. Weber éprouva une joie immense quand 
il vit son. cher Strasbourg redevenu français et l'Alsace tout entière 
délivrée du joug allemand. 11 devait, à la tin de l'automne der- 
nier, se rendre à Strasbourg pour assister avec une délégation du 
synode général à l'ouverture du consistoire supérieur. L'élat de 
sa santé ne lui permit pas de quitter Paris, mais il avait préparé 
pour cette solennelle réception une notice' 2 dans laquelle il 
retrace les douleurs de l'Église Luthérienne en France après les 
désastres de 1870, raconte ses luttes pour ne point disparaître et 
ses espérances après la glorieuse victoire. Il était resté fidèle aux 
principes qu'il développait en 1908, il continuait à affirmer que 
« nul ne dira que la loi du 9 décembre 1905 fut une loi libé- 
rale 3 » et il démontrait qu'il était logique que « le Pape n'eût pas 
autorisé la création d'associations cultuelles 4 ». 

Au mois de décembre 1919, le Comité de la Société de l'his- 
toire du Protestantisme Français rendait un hommage mérité 
au vénérable président du consistoire luthérien de Paris en 
l'appelant à siéger dans son sein. Il n'assista qu'une seule fois à 
nos séances, atteint déjà par la maladie, et ne voulant pas 
conserver un mandat qu'il se sentait impuissant à remplir avec 
régularité, il nous adressa sa démission au mois de juillet 1920. 
Notre Président, M. Frank Puaux s'est fait l'interprète de ses 
collègues en exprimant les regrets que causaient à tous cette 
démission précipitée, en ajoutant que nul ne paraissait mieux 
désigné que M. le président Weber pour tenir la place qu'avait 
occupée, avec une grande distinction, M. le président Kuhn. 

Armand Lods. 

1. L'Église Ëvangéliqiie Luthérienne de Paris, p. 109. 

2. Cinquante années de la vie d'une Église. — L'Église Évangélique Luthé- 
rienne de France, de 1871 à 1921. — Notice historique, par Auguste Weber, 
Paris 1921, in-12 de 60 pages. 

3-4. Cinquante années de la vie d'une Église, p. 34 et 36. 



Le gérant : Fischbacher. 



Paris. — Typ. Ph. Renouard, 19, rue des Saints-Pères. — 56213. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

' • du 

Protestantisme Français 

Reconnue d'utilité publique par Décret du 13 juillet 1870 

■Bulletin 

PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS 

Etudes y Documents y Chronique littéraire 

LXXI e ANNÉE 

VINGTIÈME DE LA 5* SÉRIE 

2. Avril-Juin 1922 




PARIS 

Au Siège de la Société, 54, rue des Saints-Pèyes 

LIBRAIRIE FISCHBACHER (Société anonyme) 

; - 33, rue cie Seine, 33 



SOMMAIRE (n° de chèque postal 407.83). 



Avis important. — Les abonnements' impayés seront réclamés, avec 
majoration de 0 fr. 50, par mandat-carte affranchi, à remettre à la poste 
avec le montant. 



John Viénot. — M. Frank Puaux 65 

ÉTUDES HISTORIQUES 

Alfred Galland. — Les Pasteurs du Désert en Basse-Norman- 
die de 1743 à 1781 ! 69 

DOCUMENTS 

N. Weiss. — Testament d'Elisabeth d'HauteviSie, veuve du 

cardinal de Chatillon (13 janvier-6 juillet 1615) 88 

Baronne de Gharnisay. — Les chiffres de M. l'abbé Rouquette. 
Étude sur les fugitifs du Languedoc (Uzès). — Galafrès à 
Gide \ ....... . 96 

Séances du Comité. — 2 mars 1922 . 113 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 
Th. Schoell. — Étude sur la Théologie Germanique ..... 114 
N. Weiss. — L'évolution religieuse de Luther jusqu'en 1616 
(H. Strohi).. 116 

— Histoire de l'Église réformée de Mazamet (G. Tournier) . . 117 

— Au Service de la Cause, 1621 (C. de Witt) 118 

CORRESPONDANCE 

N. W. — Un artiste huguenot du XVI e siècle. — Jaccjues 

Le Moyne. , 120 

— Calvin et Descartes, réponse à MM. L. Gautier et G. Cohen. . 121 
J. Caspar-Jordan. — Un recul de la culture française . , . . 122 

N. W. — Le grand prix Gobert 126 

Ch. Bost. — Les Pasteurs Seoffier Ou Escoflier 127 

NÉCROLOGIE 

N. W. — MM. Alfred Cartier, Gédéon Bourgeon, A. Bossert. 

LLUSTRATIONS 

Portrait de M. Frank Puaux d après une photographie. . . 127 
Portrait d'Elisabeth d'Hauteville, d'après un crayon de 

CLouet. 89 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII e ), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
exemplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin parait tous les trois mois, en cahiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 
On ne s'abonne pas pour moins d'une année. Tous les abonnements datent du 1 er janvier 
et doivent être soldés à cette époque. 

Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et laLorraine; — 1 6 fr. 50 pour 
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de la précédente, 3 fr. 50 et pour les autres années, selon leur rareté. 

La voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abonnements est 




: Ê 



M. FRANK PUAUX 1 



C'est ma qualité de vice-président de la Société de l'Histoire 
du Protestantisme français qui me vaut le douloureux honneur 
de saluer ici la dépouille mortelle de notre Président, M. Frank 
Puaux, d'exprimer les regrets profonds et motivés de mes col- 
lègues et d'assurer la famille affligée de notre respectueuse 
sympathie. 

Notre Président s'est éteint le lundi 10 avril à neuf heures un 
quart du matin — et j'ai peine, devant cette mort, à ne pas me 
laisser gagner par les souvenirs. Il y a quarante-quatre ans que 
Frank Puaux accueillait ma jeunesse dans sa maison hospitalière 
et ensoleillée, et depuis lors, nos relations n'ont pour ainsi dire 
jamais été interrompues. C'est dire que la tâche qui m'échoit 
n'est pas tombée sur un indifférent. Depuis quarante ans, j'ai 
suivi Frank Puaux dans tous ses travaux. Vous penserez peut- 
être que ce seul fait peut donner quelque autorité aux paroles 
d'affectueux regrets, que j'ai à prononcer ici. 

Je n'oublie pas toutefois, qu'ici, l'historien seul m'appartient. 
L'historien, oui, car M. Frank Puaux fut un historien précis, 
consciencieux, informé — et, s'il fut surtout un historien de la 
Réforme française, c'est-à-dire, en France, l'historien d'une 
minorité, cela ne doit qu'augmenter notre reconnaissance pour 
un homme qui aurait pu aborder tous les sujets, mais qui a 
voulu être un historien protestant. 

Frank Puaux, comme Michelet, comme Quinet, comme Ber- 
nouilli et bien d'autres, avait compris que, dans le grand mou- 
vement de la Réforme, les souffles du large avaient passé. Et, ces 
souffles vivifiants de liberté intellectuelle et de forte vie morale 
qui passèrent sur la majeure partie de l'Europe avant de gagner 
le nouveau monde, ils les avait retrouvés dans l'histoire tragique 

1. Paroles prononcées aux obsèques de M. Frank Puaux à l'Oratoire le 
12 avril 1922. 



Avril-Juin 1022* 



5 



66 



FRANK PUAUX 



ou austère des huguenots français. C'est pourquoi, sans étroi- 
tesse d'esprit, comme sans lâcheté morale, il avait voulu consa- 
crer une partie de sa vie à ce noble passé, où tout n'est pas sans 
erreur, sans doute, mais dont il reste, à ceux qui l'étudient, la 
noble vision d'une foi capable de tout sacrifier, les dignités, les 
honneurs et les titres, les biens,Jes joies de la famille, la douce 
patrie et la vie môme — pour rester fidèle à ce bien unique, la 
libre conscience. 

Comment aurait-il pu faire autrement, lui le fils de François 
Puaux qui fut dans la génération précédente le chantre passionné 
des gloires huguenotes, le controversiste infatigable dont les 
œuvres ne comptent pas moins dans le catalogue de notre 
Bibliothèque, de 82 numéros? 

Frank Puaux était d'une école plus moderne, plus difficile 
sur les preuves — et il fallait entendre autrefois le fils, tout fier 
qu'il fût de son père et de sa verte vieillesse, taquiner celui-ci 
sur quelques dates ou quelques vues périmées! Le vieux lutteur 
se défendait et c'étaient de belles et douces batailles d'idées. 

Ce qui fait donc l'unité de la vie de notre regretté Président 
c'est l'histoire. En 1868, il terminait ses études de théologie à 
Montauban par une thèse d'histoire sur Polycarpe. Puis il partait 
comme pasteur de l'Eglise française réfugiée de Stockholm. 
Rentré en 1871, pour prendre, comme aumônier, sa part de la 
guerre, il se mariait ensuite et se fixait à Paris pour se mettre, 
pourrais-je dire, au service du Protestantisme français. La gra- 
cieuse et énergique compagne de sa vie le secondait admirable- 
ment. Ensemble, dès la jeunesse et jusqu'à la fin, que de ser- 
vices ils ont rendus, que d'interventions, que d'appuis donnés ! 

A côté de cela, notre ami travaillait. Lié très intimement avec 
notre vieux maître, Auguste Sabatier, il était poussé par lui vers 
les grades théologiques. En 1880 Frank Puaux soutenait ses 
thèses de licence sur les Précurseurs français de là Tolérance. 
En 1885 il faisait un cours libre à la Facuté de théologie de Paris 
et poursuivait dès lors sur l'histoire huguenote des xvn e et 
xviii* siècles des études et des publications soignées que la mort 
seule a interrompues. Le dernier Bulletin de notre Société, qui 
vient de paraître, renferme encore deux articles de lui. Aussi 
lorsque, en 1909, nous perdîmes l'inoubliable président de la 
Société d'histoire, que fut le baron Fernand de Schikler, per- 
sonne ne songea à confier sa lourde succession à un autre que 
Frank Puaux. 

A cette heure de deuil, le détail de l'œuvre de notre Prési- 
dent, la liste de ses ouvrages intéresseraient peu vos esprits 
affligés. Mais nous devons à sa mémoire de rappeler sa pensée 
essentielle. La voici. 



FRANK PUAUX 



67 



D'accord en cela avec les historiens du dehors les plus indé- 
pendants et les plus compétents, Frank Puaux affirme dans ses 
travaux que la Réforme a été avant tout un effort religieux. 

« Pour méconnaître l'esprit religieux de la Réforme, il faut 




ou obéir à l'esprit de parti, ou méconnaître les leçons de 
l'histoire ». 

F ank Puaux insistait non moins sur l'esprit national de la 
Réforme française. A ceux qui le nient, il répondait par des faits 



68 



FRANK PUAUX 



et concluait : « Français de race, attachés à notre patrie par des 
liens que rien ne pourra briser, nous nous glorifions de rester 
fidèles aux plus nobles traditions de la nation française ». 

La Réforme et la France, voilà le double idéal qui a flotté 
sans cesse aux yeux du vieux Cévenol que fut et que resta tou- 
jours Frank Puaux. C'est assez pour soutenir une vie, la remplir 
d'enthousiasme et de beauté! Le service de ce double idéal a 
souvent jeté Frank Puaux dans des polémiques de plume ou de 
parole. Il les a toujours menées avec une courtoisie et une lar- 
geur de vues, un sens de la mesure bien remarquable et aussi 
bien français. 

Après une longue vie heureuse, M. Frank Puaux connut à son 
tour la douleur! Au lieu de se laisser irriter ou aigrir par elle, il en 
prit occasion pour descendre plus profondément encore dans son 
âme, pour y puiser aux sources intimes de l'espérance et de la 
foi. A la sérénité de ses dernières conversations, on sentait qu'il 
avait intérieurement réglé ses affaires avec le Dieu du pardon et de 
l'amour. Et nous, témoins de sa vie, nous résumons nos regrets 
en trois mots très simples : il fut un bon citoyen, un bon Fran- 
çais, un bon protestant, un grand fouilleur de notre belle his- 
toire. Il nous laisse un grand exemple. Nous continuerons notre 
œuvre historique dans son esprit d'amour de la Réforme et de la 
France et nous communierons une dernière fois avec lui en expri- 
mant le vœu que cet esprit, qui était chez lui déjà une vieille tra- 
dition de famille, se perpétue chez tous les siens et particulière- 
ment chez ceux dont la pensée ne le quittait plus : ses chers 
petits enfants. 

John Viénot. 



Études Historiques 



LES PASTEURS DU DÉSERT EN EUSSE-NORMANDIE 1 
DE 1743 A 1781 

Des documents 2 dont nous n'avions pas eu connais- 
sance lorsque nous publiâmes, en 1898, notre Essai sur 
V histoire du Protestantisme à Caen et en Basse-Nor- 
mandie", et ici même, en 1912, un article sur le Protes- 
tantisme au Bocage Normand ! % nous permettent aujour- 
d'hui d'ajouter, pour les années 1743 à 1781, quelques 
détails à ce que nous avons déjà dit des pasteurs du 
Désert dans la région. 

On sait qu'Antoine Court commença par le Midi, 
en 1715, sa grande œuvre de restauration du protestan- 
tisme français : il reconstitua d'abord les Églises du Lan- 

1. La Basse-Normandie comprend plusieurs « pays » : la Campagne ou 
plaine de Caen, le Cotentin, le Bocage, etc. C'est surtout du Bocage qu'il 
sera question au cours du présent article. 

2. Ces documents sont : 

1° Des fragments d'un registre ayant appartenu aux. anciens [du consis- 
toire de Condé-sur-Noireau, années 1750 à 1781. [Archives de l'Eglise Réformée 
de Montilhj). Nous en devons communication à l'obligeance de M. le pasteur 
Flon, qui dessert aujourd'hui les deux églises de Mon Lilly et de Condé, récem- 
ment réunies par mesure d'économie ; 

2° Divers manuscrits de la Bibliothèque de la Société, et notamment : 

a) Des actes de colloques et d'autres pièces, don de M. le pasteur Prunier 
(série Papiers Normandie) ; 

b) Les papiers Paul Uabaut et Court de Gebelin ; 

c) Les copies, d'après les originaux de Genève, des Papiers et Lettres 
d'Antoine Court. Nous les citerons d'après la pagination des copies, et, bien 
entendu, nous utiliserons surtout ceux de ces documents qui n'ont pas été 
déjà publiés par Waddington [Protestantisme en Normandie, Paris, 1862). 

S. Paris, Grassart, 1898. 
4. Bull. LX1, 97-139. 



70 



ÉTUDES HISTORIQUES 



guedoc, et put les grouper en synode national avec celles 
de Guyenne le 26 février 1733. Déjà il avait ouvert à 
Lausanne, en 1729, un séminaire pour les jeunes « pro- 
posai!. s » qui se sentiraient « la vocation du martyre 1 ». 

Plusieurs années s'écoulèrent encore avant qu'il pût 
entrer en relations avec la Normandie. Notons que tout 
n'y était pas à refaire : un semblant d' « ordre » avait été 
rétabli, sans qu'on sacbe « par qui ni en quel temps », 
parmi les protestants du Bocage, dont les quatre Églises 
(Condé-sur-Noireau, Fresne, Athis et Sainte-Honorine-la- 
Chardon ne) avaient chacune leur consistoire, composé de 
quatre à cinq anciens 2 . Le pays, accidenté et boisé par 
définition, leur permettait de tenir de temps à autre, 
sans trop de risques 3 , des réunions de culte et aussi de 
charité. 

C'est ainsi que le 10 mai 1750 le consistoire de Condé 
s'assemble au sujet des « deniers des pauvres » ; « depuis 
le dernier arrêté, dit le procès-verbal, il cest trouvé la 
somme de cinq livres huit sols neuf deniers, qui a été 
mise aux mains de Jacques Delivet 4 ». L'argent n'était 
pas collecté seulement dans un but charitable, mais aussi 
pour défendre contre le racolage catholique les frères 
dans le besoin. En effet, comme l'écrira le 4 mai 1752, à 
propo» de Rouen, le pasteur Gautier : « [Faute d'une caisse 
protestante des pauvres], les plus nécessiteux... ont été 
contraints, dans leurs maladies, de se faire transporter 
aux hôpitaux de la ville, où Dieu sait quelle guerre ils ont 
eu à essuyer... Il n'est que trop vrai que la pauvreté est 
mauvaise conseillère '. » Or, cette caisse des pauvres, 
dont il n'est pas question à Rouen avant 1752, ni à Caen 

1. Hugues, A. Court, I, 20, 25, 191, 211. 

2. Papiers Court, n° U R, p. 387. 

3. Cependant, le 14 octobre 1746, Morin, pasteur du Bocage Normand, 
écrit à A. Court : <> Il est arrive dans une de mes Églises un massacre il y a 
quelques années. Des sergents et autres personnes de pareille étoile vinrent 
attaquer l'assemblée, mais ils ne furent pas les plus forts. » (Pap. Court, 
XVI1I-XIX, 13S). Malheureusement, .Morin ne donne pas de détails plus précis 
sur l'épisode, que nous n'avons pas trouvé mentionne ailleurs. 

4. Arch. Égl. Réf. de Montilly, à, cette date. 

5. Pap. Court, XXV, 525, 526. 



ÉTUDES HISTORIQUES 71 

avant 1759 S nous voyons qu'on en parle à Condé, en 
mai 1750, comme d'une chose existant déjà. 

Mais les réformés du Bocage, pas plus que ceux de 
Haute-Normandie, n'avaient de ministres régulièrement 
consacrés; il leur fallait se contenter de prédicants 2 , 
originaires les uns du pays, les autres des Cévennes ou 
du Poitou 3 : paysans illettrés pour la plupart, et ne 
menant pas tous une vie édifiante. 

Antoine Court s'était fait remettre par un sieur Jean 
Martin, fils d'un ancien de Sainte-Honorine, la liste des 
anciens des quatre Églises du Bocage, et le premier pré- 
dicant de la région avec lequel il correspondit semble 
avoir été Pierre Morin, dit l Epine. 

Correspondance singulièrement périlleuse pour les 
pasteurs du Désert! S'ils étaient découverts, la potence les 
attendait. Aussi ceux de Normandie dissimulent ou font 
dissimuler dans des ballots de marchandises les lettres 
qu'ils échangent avec Antoine Court. Pour en recevoir de 
lui, ils lui indiquent à la fois trois ou quatre adresses de 
personnes toutes « également sûres ». Ils prennent un, 
voire deux pseudonymes (Morin dit l'Epine, Boudet dit 
Gautier, Campredon dit Duthil et aussi La Blaquière) ; 
même, par surcroît de prudence, ils recourent à Fana- 
gramme du pseudonyme [Reitiiag pour Gautier). Tantôt ils 
appellent comptoirs les Églises qu'ils relèvent, et foires les 
assemblées qu'ils président ; tantôt, sous leur plume, la 
religion devient de la musique et les réunions religieuses 
des concerts, ils portent le bourgeron ou la blouse, et sou- 
vent se déguisent en toucheurs de bœufs. Ils ont plusieurs 
retraites secrètes ; ils dorment le jour et prêchent la nuit. 
Gomme cette vie hors la loi les use vite, ils feront dix ans 
au plus de ministère « sous la croix », et la plupart se 
retireront aux îles Normandes ou en Angleterre, pour y 
refaire leur santé compromise, et goûter dans quelque 

1. Beaujour, Égl. Réf. de Caen, p. 478. 

2. Tel fut, en Haute-Normandie, Je fameux Rudemare. 

3. Le commerce des bœufs facilitait les relations entre le Poitou et la 
Normandie. 



72 ÉTUDES HISTORIQUES 

Église française ou queique paroisse anglicane une quié- 
tude amplement méritée [ . 

Au dire d'un autre poitevin, André Migault, dit Pré- 
neuf, alors pasteur en Haute-Normandie, Pierre Morin, 
dit l'Epine, était « natif d'Azay, proche Saint-Maixent » 
(Poitou), et se trouvait, vers janvier 1743, « proposant en 
France 2 ». 

C'est vers octobre 1743 3 qu'il se fit accepter comme 
ministre du culte au Bocage] Normand. 

Par suite, il pourrait bien être l'auteur de cette 
complainte rimée 4 , « parachevée le 28 juillet 1744», dont 
nous avons publié ici même, en 1912, les 31 couplets 5 . 
Rappelons que le premier commence ainsi : 

Très chers frères, assemblons-nous... 

Et qu'on lit dans le dernier : 

Sont les marques de mon amour 
Que je vous donne, ô mes fidèles, 
Quand finissant je dis Amen. 

Si le titre parle, en général, « des églises de ce 
royaume... tombées en désolation depuis soixante ans », 
si mention est faite de Charenton et de ses « bons 
ministres », dont les « beaux écrits » ont u tant for- 
tifiez » les réformés « au milieu de tous les dangers », 
c'est surtout de la Basse-Normandie qu'il est question 
dans la pièce : 

Condé, dit l'auteur, se comporte assez bien.,. 
Caligny le seconde bien 
En la pureté de l'Évangile... 

1. Papiers Court. Waddington, etc., passim. 

2. Bull. XLI1I, 147. 

3. Le pasteur Gautier écrit à Court, le 31 octobre 1749, que « le frère 
l'Epine » est à Jersey, et vise « à se retirer tout de bon » ; le 11 janvier 
1751, que son ministère en Basse-Normandie a duré six ans (Pap. Court, 
XXII, 728, et XXIV, 61). Donc, puisque Morin quitta le Bocage vers octobre 
1149, il avait du commencer à y prêcher vers octobre 1743. 

4. On trouve alors au Poitou et au Languedoc des complaintes du même 
genre. {Bull., XLVI, 587-597; LV, 13-28 ; LVI1, 179-181, etc.) 

5. Bull., LXI, 115-122. 



ÉTUDES H ISTORIQUES 



13 



Nous n'oublierons pas Montilly,.. 

Que dirons-nous... de Gaen, cette grande ville, 

Et du pays du Gotentiu? 

Fresne se vante assurément 

De les surpasser maintenant. 

Que dirons-nous... de Montabot près de Vire \ 

Et de Sainte-Honorine aussi 

Qui a conservé son Église? 

Athis... 

A un des beaux chandeliers 
Qu'à présent jouit la Hollande... 

D'autre part, Morin s'attachait à restaurer, au moins 
en partie, l'ancienne discipline. Pour couper court à tous 
« différends », et entretenir « la paix », il décida ses 
quatre Eglises à s'assembler en colloques ; il fit si bien 
que, malgré le danger, ces réunions se tinrent trois ans 
de suite à date fixe : en février 1745, 1746 et 1747. On y 
régla rigoureureusement les attributions du pasteur et 
des anciens. Et comme trop de particuliers « s'ingé- 
raient » au ministère sans vocation légitime, entraînant 
à leur suite une partie des fidèles, on décida que nul ne 
pourrait prêcher sans la permission du pasteur 2 . 

Entravé, contrecarré dans son œuvre par cette usurpa- 
tion persistante du pastoral, Morin jugea bon d'en réfé- 
rer à Antoine Court, dont son collègue Migault, lui 
avait souvent parlé. 

Il y a un homme, écrivit-il à Gourt, qui savait quelques 
sermons et qui les récitait dans des assemblées où Ton croyait 
qu'il était honnête homme. [Mais il a gardé pour lui l'argent d'une 
collecte] ; de plus, il mena avec lui une femme de mauvaise 
vie... Enfin, il est convaincu d'avoir volé les gens et d'avoir couché 
avec cette paillarde... A présent il demande encore à prêcher..., 
[et il]se mêle de marier le monde... » (14 octobre 17 46) 3 . 

Antoine Court répondit : 

« Tout s'oppose à ce qu'il obtienne la permission qu'il 
demande. De quel front oserait-il prêcher, cet homme, les vérités 
évangéliques, puisqu'il les a toutes violées dans sa conduite?... » 

1. En réalité, Montabot est à quatre lieues de Vire. 

2. Voir notre Prot. en B.-Norm. 7 p. 383-385. 

3. Pap. Court, XVÏII-XIX, 141-142. 



74 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Mais vous-même, ajoutait Court, je suis en doute si, outre 
l'approbation du peuple, vous avez reçu la vocation dans les 
formes... Si vous n'avez point cette dernière, votre empresse- 
ment ne saurait être assez grand pour vous la procurer... Votre 
ministère en sera beaucoup plus honorable.... et vous en serez 
plus autorisé à expulser [les intrus]. Vous avez deux voies pour 
cela : ou de demander la vocation par le ministère de ceux qui 
l'ont reçue et qui prêchentsous la croix, ou de passer dans le pays 
étranger... pour la recevoir. (13 novembre 1 7 46) 1 . 

Antoine Court eut beau insister près de Morin, lui 
offrir ses bons offices, d'autres pasteurs joindre leurs ins- 
tances aux siennes et le synode national de 1748 s'en 
mêler ; Morin refusa obstinément « de se conformer à 
Tordre établi» : il se disait suffisamment autorisé par 
« l'approbation des fidèles » et le « pouvoir » reçu de 
leurs anciens, pouvoir qu'il affirmait avoir été « déclaré 
légitime par MM. de La Haye ». 

Mais les vraies raisons de son refus, c'est qu'il était 
<( choqué » des termes de la lettre à lui adressée par 
Antoine Court ; il trouvait que « l'on manquait de con- 
fiance en lui ». ïl appréhendait enfin d'être « commandé 
et maîtrisé par ses égaux ». C'est pourquoi il repoussait 
les conseils qu'on lui donnait de 'mettre son troupeau en 
relations avec ceux de Haute-Normandie [et le groupe- 
ment synodal du Languedoc. 11 tenait à rester isolé dans 
son indépendance. Ce n'est pas sans ironie que le pas- 
teur Gautier lui trouvait « un tour d'esprit assez rare 2 ». 

Plus tard, fort peu fraternel dans ses procédés, Morin 
travaillera sous main à desservir au Bocage son succes- 
seur Godefroy, dit Lebas ; il écrira à ses anciens parois- 
siens : « Travaille-t-on souvent à présent? J'en doute. 
Maintient-on l'ordre que j'avais établi ? Etes-vous con- 
tents?... Sinon, je vous procurerai un autre ministre » . :i 

C'est vers octobre 1749 qu'il quitta le Bocage, il s'était 
fait des ennemis parmi ses fidèles, et d'autre part l'auto- 

1. Lettres d'A. Court, VU, 661-671. 

2. Pap. Court, t. XXIU, 247, et XXIV, 59-62. 

3. Lettre de Godefroy, 10 octobre 1754 (Pap. Court, XXVIT, 545-547.) 



ÉTUDES HISTORIQUES 



75 



rité avait éventé r sa trace. Il put néanmoins gagner Jer- 
sey ; il entra dans le clergé anglican. 

Quelques mois après, le pasteur Migault, dit Préneuf, 
se préparait aussi à quitter la Haute-Normandie 1 . Mais 
Antoine Court allait avoir la joie d'envoyer dans la 
province un de ses plus chers élèves de Lausanne, dont il 
goûtait le « bon sens », l'esprit« d'ordre et de discipline » : 
le provençal Pierre Boudet, dit Gautier 2 . 

Les circonstances, à vrai dire, étaient plus que jamais 
hostiles à l'œuvre de restauration protestante. La paix 
d'Aix-la-Chapelle, en 1748, avait été suivie d'une recru- 
descence de persécution. Des vexations de tout genre 
pleuvaient sur les réformés de Basse-Normandie. A Ber- • 
jou, le curé exigeait de ceux de sa paroisse une contri- 
bution de cinq sous par tête pour l'entretien de son 
vicaire. Comme de juste, ils résistaient. Alors « ce chan- 
teur de messes » refusait de leur signer les certificats 
que lui seul pouvait délivrer, et sans lesquels il leur était 
impossible de se procurer légalement une denrée indis- 
pensable : le sel (juillet 1752) \ 

Et que dire des enlèvements d'enfants, dont la fré- 
quence avait redoublé ! Comme si les lettres de cachet de 
Louis XV n'eussent pas suffi, parfois des subalternes 
« outrepassaient» ses ordres. Ainsi, à Condé, un exempt 
de maréchaussée prenait sur lui de pénétrer avec deux 
cavaliers chez un jeune marié de dix-neuf ans, Pierre Man- 
son, coupable d'avoir caché ses jeunes frère et sœur. 
L'exempt, trouvant Manson encore couché, disait à ses 
hommes : « Prenez-le par les deux bouts et jetez-le sur 
le pavé ! » ; puis il le faisait conduire en prison 
(4 août 1748). Sept ans plus tard, le Bocage apprenait 
avec angoisse l'arrestation, au Mesnil-Hubert, de deux 
riches cultivateurs : Jacques et Louis de la Fer té, « pour 

1. Morin devint en 1762 recteur de Saint-André. 11 mourut en 1774 (Schi- 
ekler, Refuge en Angleterre, II, 330.) Migault passa aussi à Jersey, où il 
mourut en 1797 pasteur anglican. (Bull. XLV11I, 34 ji ) 

2. Pierre Boudet, dit Gautier, né à Arles en Provence, d'abord enfant de 
chœur, s'était converti en 1743 (Paul Rabaut, Lettr. à A. Court, I, 275-277.) 

3. Pap. Court, XXV, 793-794. 



76 



ÉTUDES HISTORIQUES 



avoir refusé de livrer chacun leur fils el leur fille ». (Jan- 
vier-juillet 1755). « Il n'est point de province, écrivent à 
Ànt. Court les anciens du Bocage, qui éprouve aujour- 
d'hui d'une manière plus triste la mauvaise humeur 
d'Agar, cette cruelle marâtre... Oh ! que de Rachels 
parmi nous qui pleurent leurs tendres enfants!... Elles 
souffrent chaque jour un nouveau martyre ! » (26 dé- 
cembre 1750 ( ) . 

Gautier était arrivé en Haute-Normandie vers la fin 
d'août 1749. Six mois après, il était nommé pasteur par 
le colloque du pays de Caux, et recevait de Préneuf sa 
consécration ( i l mars 1750) 2 . 

Antoine Court l'en félicita. Mais, dès le 18 jan- 
vier 1750, il lui écrivait : « La réunion de la Haute-Nor- 
mandie avec la Basse me paraît toujours fort à désirer. » 
Apprenant ensuite le départ définitif de Morin, il ajoutait 
à Gautier : « Voilà donc la Basse-Normandie abandonnée, 
et vous voilà seul dans une vaste province ! Quels moyens 
de vous donner des compagnons? » (16 mai 1750) 3 . 

Ce fut à sa prière que Gautier, dès la fin de 1750, 
entreprit d'aller visiter les réformés Bas-Normands. ïl 
avait obtenu de Morin, pour cette visite, « des adresses » 
de fidèles « en nombre suffisant ». 

Le 26 novembre, il s'embarqua au Havre pour Hon- 
fleur. a Le 27, dit-il, je fis route pour Caen. J'arrivai 
extrêmement crotté et mouillé. Les chemins étaient 
défoncés et fort rudes. La pluie, le verglas, le rude trot 
de mon cheval, tout cela me fatigua [au dernier] point ». 

Parvenu enfin au Bocage, il tacha « de ne déplaire à 
personne, de gagner la bienveillance de chacun ». 

J'ai étudié, écrira-t-il plus tard (6 et 11 janvier 1751), le 
génie de ceux avec qui je commerçais. J'ai pris langue sur la 
manière dont on vivait... sur les mauvais traitements que ce 
peuple avait eu à essuyer depuis environ deux ans... J'ai sondé 

1. Pap. Court, XXIV, 241, 877-879, et XXVIII, 546-552, 860, 861. — Sur les 
La Ferté, voir aussi notre Prot. en B.-Norm., p. 404. 

2. Voir notre P. en B.-N., p. 386. 

3. Lettres d'A. Court, XI, 44, 45, 408. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



77 



les dispositions où l'on était à l'égard des assemblées reli- 
gieuses... J'ai fait des assemblées à Sainte-Honorine, Berjou, 
Le Mesnil-Hubert et Taillebois, Athis, Saint-Georges, Fiers, 
Aubusson, Condé, Montilly, Galigny, Saint-Germain, Fresne, 
Tinchebrai, Montsecret... » Parlant ensuite du pasteur Morin : 
« Plusieurs dit-il, déclamaient contre lui ; [mais] je n'ai pas 
permis que l'on chargeât l'absent ». 

En général il conçut, dès l'abord, une bonne opinio 
des réformés du Bocage. 

La Basse-Normandie, écrit-il, n'est pas si bien fournie de pro- 
testants [que la Haute] ; mais ceux-ci ont bien plus de zèle et de 
goût pour le bon ordre et la religion.,. Ce peuple est bien plus 
humain et bien moins farouche que celui de mes églises 1 . 

Lorsque le terrain lui parut suffisamment préparé, il 
assembla les anciens des quatre Églises du Bocage en 
colloque, « au désert », le 26 décembre 1750. 

11 ouvrit la séance par un résumé de la Révocation, 
et fît ressortir les avantages provenus du rétablissement 
du ministère et de la discipline. Sur quoi, les Eglises 
protestèrent que si, jusqu'alors, elles n'avaient eu « au- 
cune communication » avec celles de la Haute Normandie 
et des autres provinces, ce n'avait été « par aucun prin- 
cipe de schisme», mais faute de connaître le « système » 
qui régnait ailleurs; désormais elles ne vivraient plus 
isolées. On vota des remerciements « à M. Morin pour 
ses soins à ces Eglises »,et l'on pria Gautier de procurer 
à sa place « un fidèle et judicieux ministre ». Mais 
considérante la mauvaise volonté du plus grand nombre, 
surtout de plusieurs riches qui ne donnaient rien, ou ne 
donnaient que fort chichement 2 » ; considérant aussi que 

1. Fap. Court,, XXIII, 164 ; XXIV, 47-50, 63, 65-69. — Un an après (18 dé- 
cembre 1751), Gautier écrit à Court : « Bien loin de me plaindre de la Basse 
[Normandie], je n'ai que des louanges à faire de ce quartier ». (Pap. Court, 
XXIV, 1923). 

2. Tous les pasteurs du Désert s'accordent pour accuser d'avarice la plu- 
part des protestants Normands. « L'argent est la religion dominante du pays», 
écrit Gautier. (Voir notre Prot. en B.-N., p. 389, 390.) 

Mais A. Court ne laissait pas sans ressources ses collègues sous la croix ; 
de temps à autre, il leur envoyait des sommes provenant, soit de collectes 



7 8 



ÉTUDES HISTORIQUES 



la plupart « des mieux intentionnés » venait de « passer 
la mer », le colloque ne crut pas « pouvoir accorder au 
delà de 40 pistoles d'appointements » au futur pasteur. 
— « Vu les tristes conjonctures, et la difficulté de se pro- 
curer des maisons en nombre suffisant pour tenir les 
saintes assemblées avec prudence »..., on décida que 
jusqu'à nouvel ordre chaque Eglise n'aurait plus que 
quatre assemblées par an. 

Le colloque statua aussi sur l'instruction religieuse 
des enfants, les baptêmes et les mariages ; puis il chargea 
quatre de ses membres d'écrire à « M. le Représen- 
tant 1 )> pour le remercier de lui avoir envoyé « M. Gau- 
tier 2 ». 

A. Court répondit (25 avril 1751) que les « sages 
règlements » du colloque l'avaient « extrêmement édifié. » 

Que j'ai désiré, Messieurs, disait-il, de vous voir entrer, 
comme vous venés de le faire, dans une carrière où de si beaux 
exemples, s'ils vous avaient été connus, vous auraient invités 
depuis si longtemps!... Vous voilà affermis dans la résolution 
d'entretenir le ministère au milieu de vous,... de tenir de te m s 
en tems des colloques et des synodes provinciaux, et d'envoyer 
dans l'occasion aux nationaux" ». 

Gautier, pressé par Court, eût voulu aussi rélablir 
l'Eglise de Caen. Mais si, à Rouen, le 27 mars 1752, il 
parvint à réunir, pour un premier culte, dix-sept fidèles 
éprouvés 4 , Caen et le Havre lui avaient fait des objec- 
tions dont il s'indigna tout d'abord : « C'est une chose 
inconcevable, écrivait-il (6 janvier 1751), que les MM. de 
ces deux villes aient un si grand éloignement pour nos 
affaires. Ils courent bien les royaumes et les mers sans 
que la tourmente ou les autres périls les effraient; mais 
fera-t-on un quart de lieue ou même quatre pas dès qu'il 

faites par lui en Suisse, soit des libéralités des protestants de Hollande et 
d'Angleterre. (Pap. Court, passim.) 

1. Antoine Court. 

2. Hugues, Sjjn. du dés., I, 328-333. 

3. Voir notre Prol. en B.-N., p. 387. 

4. Bull., LU, 307. 



• ÉTUDES HISTORIQUES 79 

s'agit de rien gagner que le ciel, c'est un sujet trop 
mince pour tenter la partie 1 ». 

Gautier, il est vrai, s'adoucit lorsqu'il eut parlé de la 
situation avec un des notables « Messieurs » de Caen : 
Eugène Costard d'ifs. 11 avait pu célébrer, au château de 
Costard, à Ifs-sur-Laizon, des cultes avec célébration de la 
Cène, devant des auditoires d'amis soigneusement choisis. 
Costard se constitua son « avocat » et son « patron »; 
mais il prit soin d'aplanir ce que ses desseins offraient de 
« scabreux dans la pratique ». « Tous nos négociants, 
disait-il, alarmés pour leurs enfants, ... voudraient voir 
plus clair dans les intentions de la cour avant de faire 
certaines démarches »... Gautier convint que « des raisons 
invincibles obligeaient d'agir à la sourdine et sans le 
moindre petit éclat 2 ». « Je crois qu'il est plus sûr, écri- 
vait-il à Antoine Court, de reculer une assemblée que de 
la hâter ». 

En attendant, ne pourrait-on pas, tout au moins, 
« former à Caen un consistoire » ? Gautier s'y employa de 
son mieux. Les noms de « quatre nobles, quatre négo- 
ciants, deux marchands, deux artisans » furent « arti- 
culés », mais sans rien décider ; on se contenta d'exa- 
miner « s'il serait licite de former nombre de petites 
sociétés entre gens de même état, et d'établir en chaque 
société un ou deux chefs qui seraient reconnus pour 
anciens » (7 février 1751-25 janvier 1753) \ 

1. Les réformés de Caen craignaient d'autant plus de se compromettre, 
qu'ils faisaient alors à Paris des « propositions » pour obtenir que leurs 
mariages, célébrés par des prêtres « autorisés ou non », fussent néanmoins 
reconnus bons et valables en justice. Pour faciliter ces démarches, ils pré- 
tendaient (ce dont les blâma le colloque du 26 décembre 1750) utiliser comme 
appoint une somme de 1500 livres collectée dans la région bas-normande afin 
de « procurer, si possible, l'élargissement des enfants pris et enfermés aux 
couvents ». (Pap. Court, XXIV, 874, 875.) 

2. Voir Waddington, p. 98-103, et notre P. en B.-N., p. 388. 

3. Pap. Court, XXIV, 246, 1438 ; XXVI, 99. — Les choses, [à Caen, durent 
en rester là, car, le 26 juillet 1755, le pasteur Campredon, dit La Blaquière, 
écrit à Court fils : « J'ai été pendant quinze jours à Caen où la musique a été 
si longtemps négligée... M. Gautier n'a pu leur en inspirer [le goût]. Dans 
Caen il n'y a que deux ou trois maisons qui aient vu M. G. Ce sont des 
maisons d'amis où il s'arrêtait en passant de Haute-Normandie dans le 
Bocage. Il n'a pas été question d'autre chose que de réception gracieuse, en 



80 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Cependant Gautier succombait sous le faix de toute 
une province à desservir, et il lui tardait de trouver, pour 
le Bocage, un successeur à Pierre Morin. 

Au début de 1753, il crut avoir réussi : à lui s'offrait 
un jeune proposant poitevin : Pierre Lévrier, muni 
d'excellentes attestations de pasteurs du Poitou (dont 
Viala), et d'anciens ministres du Désert retirés à Londres 
(1751-1752). Gautier fit conduire Lévrier au Bocage. « Je 
le vis, écrit-il, huguenotiser en diverses Eglises. 11 a la 
voix agréable, il prononce distinctement ; il compose avec 
méthode... Il sait se faire aimer ». (25 janvier 1753). — 
Mais un mois ne s'était pas écoulé, que Lévrier dispa- 
raissait : il était retourné en Angleterre, où « l'amour du 
repos » lui faisait préférer un « poste » plus « tran- 
quille 1 ». 

Restait un autre proposant, originaire des environs 
de Bolbec en pays de Caux 2 : Jean Godefroy (ou Gode- 
froi) dit Leôas, dont Antoine Court, le voyant à Lau- 
sanne, avait dit : « Quoique petit de taille, il prévient 
heaucoup en sa faveur et par sa vivacité et par son air 
doux et riant ». (6 février 1748) 3 . 

Godefroy n'avait pas encore terminé ses études, 
lorsque Gautier le rappela en Normandie, pour en être 
secondé et suppléé. 

Mais Godefroy-Lebas n'était pas goûté de ses compa- 
triotes Cauchois : « On critique impitoyablement, écrit 
Gautier, son accent, ses mots, sa voix, son maintien. On 
conteste ses progrès... Son ancien état 4 étant par trop 
connu, laisse certains préjugés défavorables qu'il n'est 
pas aisé de détruire ». 

Au Bocage, Godefroy, de mars à août 1752, avait 

sorte que leur parler seulement de concert est une rêverie pour eux »... (Pap. 
Court, XXVIII, 586, 581.) , 

Les réformés de Caen attendront jusqu'au 31 mars 1777 pour oser se recons- 
tituer en église. (Beaujour, Bgl. Réf. de Caen, p. 479, 480.) 

1. Papiers Normandie. — Pap. Court, XXVI, 96, 97, 370. — Lettres 
d'A. Court, XIII, 683. 

2. Arrond. du Havre. 

3. Lettres de Court, IX, 115. 

4. Quel état? Gautier vie le dît pas. 



ÉTUDES HISTORIQUES 81 

prêché avec plus de succès. Alors Gautier résolut d'aller 
y convoquer un nouveau colloque qui lui adresserait 
vocation *. 

Ce colloque se réunit le 8 décembre 1753, sous la 
présidence de Gautier. 

M r le modérateur, dit le procès- verbal, étant seul pasteur à 
desservir les Églises de Normandie, a dû représenter à la véné- 
rable assemblée le préjudice et le mécontentement que causent 
aux Églises de Haute-Normandie les différents voyages qu'il a 
faits ici pendant les saisons d'hiver. 11 serait dans l'intention de 
faire desservir.. . le cartier du Bocage par quelqu'un de ses asso- 
ciés; et, comme M. Jean Godefroi dit Le Bas [est] le seul sujet 
qu'il ait à sa disposition par la prompte retraite de M. Lévrier... 
il aurait invité les consistoires du Bocage d'examiner en corps si 
les services dudit sieur Le Bas ont été agréables à leurs Églises 
respectives. 

Le colloque, n'ayant pu obtenir de Gautier qu'il réser- 
vât au Bocage « le tiers ou le quart de ses services 
annuels », adressa vocation à Godefroy, « sans plus 
astreindre son ordination lors et au temps du synode 
provincial dont la tenue paraissait très incertaine » 2 . 

Godefroy se fit consacrer en juillet 1754, et, comme 
nous l'apprend Antoine Court 3 , « dans la capitale » 4 . 
Presque aussitôt, Gautier se retirait, vu « le mauvais 

1. Pap. Court, XXIV, 508, 509, et XXV, 841-849. 

2. Papiers Normandie. 

3. Lettres d'A. Court, XIII, 929. 

4. Evidemment à Paris, et sans doute dans la chapelle de l'ambassadeur 
de Hollande. Godefroy, obligé de rester dans le vague, écrit à ce propos 
(18 août 1754) : « Me voilà de retour de mon long voyage, et en possession de 
la maîtrise qui en faisait le sujet... Je n'avais que neuf jours pour prendre 
mes arrangements et pour faire 70 lieues ». Il ajoute que ses examens on 
duré cinq semaines. 

« Je n'avais pour tout argent, dit-il aussi, qu'un écu de 3 livres. Comment 
faire pour s'en procurer? Il ne m'en était point dû; il n'était question que 
d'emprunter. Les Normands ne prêtent pas facilement sans avoir quelque 
assurance, et je n'en pouvais donner d'autre que l'espérance de revenir... 
Une si légère obligation n'était pas capable de faire sortir une somme consi- 
dérable de la bourse de mes Boccains. 11 fallut pourtant franchir le pas, 
risquer le refus de plusieurs qui firent les grandes oreilles. Je trouve enfin 
deux ou trois amis qui me prêtent six louis d'or. » (Papiers Court, XXVIl 
420, 421.) 

Avril-Juin 1922. 6 



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ÉTUDES HISTORIQUES 



état » de sa santé \ Il eut pour successeur en Haute-Nor- 
mandie Campredon, dit aussi La Blaquière ou Dut il, 
comme en Basse-Normandie Godefroy, dit Lebas \ 

Relativement aux réformés du Bocage, Godefroy 
n'avait pas tardé à partager la bonne impression de Gau- 
tier. 

Ils ont du zèle polir nos exercices, écrit-il (2 mai 1752) ; ... si 
ce n'avait été cette méchante bourrasque qu'ils éprouvèrent il y a 
quelques années (je veux parler de la prise de leurs enfants), il 
est hors de doute que leurs affaires seraient ici sur un aussi bon 
pied qu'elles le sont en Languedoc ou en Cévennes, proportion 
gardée... Nos gens ont été intimidés, mais [non] découragés; ils 
sont prudents, mais ils ne sont pas lâches. 

Deux et trois ans après (18 août 1754 et 23 juil- 
let! 755 ), Godefroy déclare qu'il est toujours « assez con- 
tent » de son « petit quartier ». 

Nous n'avons plus, dit-il, de timides. Il n'y a point d'oppo- 
sant dans l'enceinte de nos Églises ; tout le monde marche de 
concert 0 . 

Je pense toujours, écrit encore Godefroy, à l'agrandissement 
de mon district... J'ai déjà vu et parlé à des personnes vers notre 
seconde capitale * que je n'osais voir... Le Cotentin me tient au 
cœur. Un petit troupeau, que j'ai formé, me désire fort, et j'irai 
dans peu de jours lui faire une visite. Je veux parler du Ghe- 
frêne et de Montabot. (21 septembre 1754) b . 

Godefroy, en effet, avait entrepris de sauver les quel- 
ques ruines subsistant des anciennes Eglises du Cotentin. 
A trois lieues de Coutances, il retrouva, au château de 

1. 11 écrit à A. Court: « Ma maladie n'est plus qu'une acrimonie de 
lymphe, mais une lymphe très viciée, dont plusieurs parties de mon corps se 
ressentent... Ce sont des démangeaisons et des excoriations sans fin... De 
plus mon estomac est dérangé... Mon corps n'est guère farci que de bile et 
autres vilaines matières ». (19 mars 1754). (Pap. Court, XXVII, 113.) 

En 1762, on retrouve Gautier desservant l'Église française de Bristol 
(Lettres de P. Rabaut à Court, l, 277 n. 

2. Godefroy estimait beaucoup Campredon : le 23 juillet 1755, il écrit que 
« ce digne ami » fait « de grajids progrès » au pays de Caux. (Papiers Court, 
XXVIII, 555.) 

3. Pap. Court, XXIV, 507,510; XXVII, 427 ; XXVIIL, 552. 

4. Caen. 

5. Pap. Court, XXVII, 524. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



83 



laHotière, prèsCerisy-la-Saile, des descendantsdesRichier 
de Cerisy. « Ce sont, écrivait-il (23 juillet 1755), de par- 
faitement honnêles gens, qui joignent à la haute nais- 
sance un grand fond de religion... 

<( Je continue toujours à visiter Montabot qui est à 
quatre lieues en deçà. Je ne vais dans ce dernier endroit 
qu'en tremblant, à cause d'un mélange qu'il y a dans 
plusieurs maisons. Les uns vont au prêche, les autres à 
la messe, ce qui ne me plais t guère. Aussi je n'y séjourne 
que très peu »... 1 

A partir de la fin de 1755, par suite de la disparition 
de la correspondance d'Antoine Court jusqu'à sa 
mort (1760) 2 , nous n'avons plus que de rares renseigne- 
ments sur Godefroy. 

Le 25 février 1756, il préside au Bocage un colloque 
qui le délègue avec un ancien au synode provincial « pour 
entretenir l'union qui subsiste depuis plusieurs années 
entre ces Églises et celles du païs de Caux ». Godefroy 
est aussi chargé de représenter le Bocage au synode natio- 
nal, aux frais des Églises du district, mais sans l'assis- 
tance d'un ancien, vu « l'éloignement » 3 . 

Le 27 juin 1761, Court de Gebelin, fils d'Antoine 
Court, écrit aux pasteurs du Poitou : « Ne sommes-nou c 
pas à la veille de perdre les excellents sujets que nous 
avons en Normandie, étant tous les deux fort affligés 
depuis longtemps, l'un d'une fluxion aux yeux, l'autre 
d'une au nez » ? 4 . 

Campredon nous apprend lui-même, deux ans plus 
tard, que c'est lui qui souffrait des yeux ; mais il ajoute 
qu'il va rester seul « par le départ de M. Godel'roi »... 
(15 mai 1763). Lui aussi allait bientôt quitter la Norman- 
die (décembre 1763) V 

Nous ignorons ce que devint ensuite Godefroy-Lebas. 

1. Pap. Court, XXVIII, 554, 555. — Publié en partie par Waddington 
p. 109. 

2. Hugues, A. Court, I, 363. 

3. Papiers Normandie, 

4. Lettres de Paul Rabaut à divers, I, 361. 

5. Papiers Rabaut, III B. f. 215. — Lettres de P. Rabaut à div., I, 360. 



84 



ÉTUDES HISTORIQUES 



En 1898, nous lui avons attribué \ d'après Coquerel 2 , 
une lettre écrite à Paul Rabaut vers 1763, et où il est dit: 
« Nos sociétés, qui ont toujours été fort craintives, sem- 
bler! s'affermir avec le temps »... Mais l'original de la 
le tt porte en tète : « Dutilh... à M. Paul Rabot [sic) ». 
Or, Outilb (ou Dutil) était le surnom de Campredon. 
C'est donc par erreur qu'on a ajouté sur la suscription : 
Goclefroy \ La lettre est de Campredon, et doit s'appli- 
quer aux réformés du pays de Caux. 

Godefroy eut-il au Bocage un successeur immédiat ? 
Tout ce que nous savons, c'est que, le 25 avril 1766, est 
adressée « à MM. de Caux » 4 , sans doute par Court de 
Gebelin, une lettre dont nous n'avons que le plan. Ce 
sommaire débute ainsi : « Réception de leur lettre. 
Mémoires pour le synode national. Combien importe que 
leur province y députe. En ai écrit à M. Duclos, avec 
prière d'envoïer copie de ma lettre à M. Michel »... Et il 
résulte du reste de la lettre que Duclos était pasteur en 
Haute-Normandie 5 . Peut-être Michel desservait-il alors 
la Basse. Rappelons qu'au mois d'août de cette même 
année 1766 l'intendant de Caen prescrit des enquêtes sur 
les assemblées protestantes du Bocage °. 

Quoiqu'il en soit, « les anciens des Eglises du Bocage» 
avaient certainement Michel pour pasteur au mois de 
mars 1774, puisqu'à cette date Gebelin leur écrit : 

Ne soyés pas surpris de recevoir une lettre d'une personne 
qui n'a pas encore eu l'avantage de vous écrire. Mais je n'ai pu 
me refusera l'occasion que m'en fournit M. Michel votre pasteur. 
Des affaires pressantes qui concernent, nonseulement ses Églises, 
mais aussi la province entière et son propre honneur, l'ayant mis 
dans le cas de venir dans cette capitale et... jusqu'auprès des 
Protecteurs des Églises en Suisse, il se hâte de retourner auprès 
de vous... Nous nous flaltons, Messieurs, que vous vous 

1. Voir notre P. en B.-Norm., p. 392. 

2. His.t. des Egl. du désert, 11, 402. 

3. Papiers Rabaut, III B, f° 286. 

4. Evidemment : aux anciens du pays de Caux. 

5. Papiers Court de Gebelin, III, 69 v», 70. 

6. Voir notre P. en B.~N. t p. 392. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



85 



réjouirés avec nous de son heureux retour et des fruits de sa 
course... Son attachement sincère pour vous, le zèle sage et 
éclairé qui a toujours dirigé ses travaux, votre affection cons- 
tante pour lui et qu'il mérite à tous égards, nous assurent que 
tous ces nœuds seront resserrés par la nouvelle preuve d'affec- 
tion pour les Églises de la N. 1 qu'il vient de donner en entre- 
prenant dans cette saison un voyage tel que celui qu'il a fait »... 2 . 

On voudrait que cette lettre fût plus précise, et, à la 
lire entre les lignes, il semble bien que Michel n'était pas 
en si bons termes avec son troupeau du Bocage. ïl n'est 
désigné que sous ce nom de Michel (peut-être un pseu- 
donyme), et nous n'avons pas d'autres détails sur lui. 

S'il revint au Bocage en mars 1774, ce fut seulement 
pour quelques mois, car, le 17 avril 1775, dix-sept 
anciens de Condé, Fresne, Saint-Honorine et Athis font 
écrire à Court de Gebelin par un secrétaire peu ;lettré : 

Comme nous sommes réduit à un très petit nombre d'as- 
semblées, vu le grand nombre d'Église que notre pasteur a à des- 
servir... nous vous prions de nous ainder de vos sage conseil... 
[Le] vénérable commité de Lausanne... nous propose un pasteur 
qui s'attachera uniquement à nous et qui nous procurera douz< 
assemblées par an par chèques Église, et ce en attendant qu'il 
plaira à Dieu de changer la face de nos affaire comme nous l'es- 
pérons ?i . 

Les anciens ne donnent pas le nom du pasteur à eux 
proposé. Nous supposons qu'il s'agit de Gential, dit Las- 
saigne ou La Sagne, originaire du Vivarai's et élève de 
Lausanne: il commence son ministère au Bocage r~\ 
décembre 1775, et c'est peut-être sous sa présidence qu 
les protestants de Condé osent, le 17 décembre 1775, au 
hameau de la Louvetière, « dans le pressoir de M. Laneuf- 
ville )>, tenir leur première assemblée religieuse en plein 
jour 4 . 

Ils ont tant de confiance dans le nouveau gouverne- 
ment, qu'ils jugent superflu de signer une pétition du 

1. La Normandie. 

2. Papiers Court de Gebelin, IV, 20 v. 

3. Ibid., V, 70, 71. 

4. Voir Bull., LX1 ,128-130. 



86 



ÉTUDES HISTORIQUES 



consistoire de La Rochelle tendant à obtenir la liberté 
des cultes. Mais ce consistoire leur écrit (14 jan- 
vier 1776) : 

Une dos principales raisons qui peut nous avoir privés de 
votre suffrage, c'est que tous les bruits avantageux répandusdans 
les gazettes, les journaux, les lettres particulières, vous faisaient 
peut-être présumer qu'on était à la veille de combler nos 
vœux... l . Malheureusement, aucun de ces bruits n'a le moindre 
fondement. A la réserve de deux ou trois prélats, tout le clergé 
nous est ouvertement contraire... La cour n'a fait aucune démar- 
che auprès de lui pour l'amener à des arrangements de tolé- 
rance... Le monarque et son conseil, bien loin de s'être occupés 
à fixer notre sort, n'ont pas eu la moindre idée à cet égard... 
Jugez après cela s'il nous conviendrait de rester dans la sécurité 
et dans l'inaction, malgré les principes de tolérance dont on sait 
que les ministres sont imbus 2 . 

Les réformés du Bocage, en effet, s'étaient trop hâtés 
de triompher. Les curés se plaignirent au garde des sceaux 
Miromesnil, qui écrivit en substance à l'intendant Es- 
mangart : « Avertissez les protestants de Condé, Athis... 
de ne plus s'assembler. Ne différez pas de prendre toutes 
mesures pour connaître le ministre qui les ameute ainsi; 
afin qu'on le fasse arrêter ». 

Renseignements pris, et après une « descente », le 
7 juillet 1776, « de la justice de Gondé dans l'assemblée » 
des réformés du lieu", Esmangart répondit au ministre : 
« Depuis six mois, il s'est tenu en effet plusieurs assem- 
blées ; mais on s'y est rendu sans bruit et sans éclat. Les 
juges de Gondé ont voulu voir une de ces réunions; ils 
ont trouvé les assistants tranquilles et uniquement occu- 
pés de leurs prières »... 

Néanmoins, par ordre de Louis XVI, le maréchal 
d'Harcourtdéfenditexpressément aux réformés du Bocage 
tout culte en commun. Le 3 septembre 1776, Paul Rabaut 
écrit au pasteur Lombard : « Les nouvelles que j'ai à vous 

1. L'avènement de Louis XVI ;(i'0 mai [4774) avait l'ait croire qu'on ne 
mettrait plus d'entraves à l'exercice public du culte protestant. 

2. Pap. Court de Gebeiin, VI, 25. 

3. Arch. Egl. Réf. de Montilly, à cette date. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



87 



apprendre ne sont rien moins qu'agréables : les assem- 
blées religieuses proscrites dans la Basse Normandie »... 

Les réformés du Bocage mirent plus de prudence à 
se réunir, et leurministre Lassaigne ne semble plus avoir 
été inquiété jusqu'en janvier 1780, date où il fut empri- 
sonné pour trois mois, par suite des agissements du cha- 
pelain Armand l . 

La caisse condéenne des pauvres continuait de fonc- 
tionner. Du 17 mars 1776 au 4 août de la même année, 
elle reçoit une somme totale de 60 livres 4 s. 6 d. Le 
17 mars ,1776, « la colecte » monte à 101. 17 s. : « sur 
ladite somme le même jour il a été donné à Pierre Mes- 
nil pour les pauvres 3 1. 50 et à Jean Delivet pour 
les pauvres 3 1. » (Ainsi, il y avait deux distributeurs). 
— Le 7 juillet 1776, « jour de la descente de la justice », 
la collecte monte à 12 1. 6 d. : c'est celle dont le pro- 
duit, au registre, apparaît le plus élevé. 

La discipline est toujours observée pour le choix des 
anciens. Ainsi, le 16 avril 1781, « le consistoire de 
Condéassemblé,... vu le besoin que l'Église a d'anciens..., 
aprais avoir mûrement examiné, [les membres présents] 
ont trouvé que les sieurs Duplessis Docagne, de Condé, 
Pierre Delivet fils [et] Jean de la Salière sont capable^ 
d'en remplir la place ; pourquoi il a été arêté qu'il '„ur 
en sera parlé, afin que, s'ils acceptent, lanominacion en 
soit publiée à l'Eglize par trois dimanches consécutifs 
suivant les règles de la discipline > 2 . 

A. Galland. 



1. Voir notre P. en B.-N., p. 426-432. 

2. Arch. Egl. Réf. de Montilly, aux dates ci-dessus. 



Documents 



TESTAMENT D'ÉLISABETH D'HAUTEVILLE 
veuve du cardinal de Chatillon 
13 janvier- 6 juillet 1615 



Elisabeth d'Hauteville était la fille de Samson de 
Hauteville, gentilhomme normand |et de Marguerite de 
Loré. Le manoir d'Hauteville, qui n'existe plus, se trou- 
vait au nord de la Mayenne, dans la partie de ce dépar- 
tement qui confine à celui de l'Orne, à Hauteville en 
Charchigné, entre Lassay et Couptrain dont on retrouvera 
le nom plus loin. Loré, où Samson de Hauteville chercha 
sa femme Marguerite, se trouvait au nord-ouest de 
Mayenne, à 2 lui. S. du bourg d'Oisseau. Cette famille de 
Loré était celle qu'illustra le chevalier Ambroise de Loré 
qui fut un des plus célèbres lieutenants de Jeanne d'Arc. 

C'est le 1 er décembre 1561-, non dans la chapelle du 
château de Merlemont 1 près de Beauvais où, en avril 
1561, Odet de Chatillon avait fait publiquement acte 
d'adhésion à la foi évangélique réformée, mais au château 
de Montataire (Oise) 2 , qu'il épousa Elisabeth d'Hauteville, 
alors une des dames d'honneur d'Elisabeth de France, 
duchesse de Berry et de Savoie. La bénédiction nuptiale 
fut donnée par le pasteur Pierre Malet en présence des 
deux frères du cardinal qui, au mois de janvier précédent, 

1. G. Bonet Maury, Les origines de la Réforme à Beauvais, 1874, p. 34. 

2, Léon Marlet, Le cardinal de Chatillon, Paris, H. Menu, 1883, p. 16. 



DOCUMENTS 89 

avait résigné tous ses bénéfices. Il n'était donc pas, comme 
on l'a prétendu, en habit de cardinal, mais « vestu d'une 




Portrait d'Isabeau d'Hauteville, 
d'après un dessin de F. Glouet reproduit dans A. Germain, 
Les Clouet (Paris, H. Làurens). 

saye de velours noir et d'un long manteau de cour sans 
épée ». 

On sait que, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1568, 
il dut s'enfuir du château des évêques de Beauvais, de 



90 



DOCUMENTS 



Bresle, où on voulait l'arrêter, et gagner en toute hâte la 
côte d'où une barque le conduisit en Angleterre 1 . Isabelle 
l'y rejoignit et eut part aux bienfaits dont la reine Elisa- 
beth combla son mari. Le 21 mars 1571, au moment où 
il s'apprêtait à rentrer en France, il mourut empoi- 
sonné à Canterbury 2 . Isabelle retourna peu après en 
France ou elle dut soutenir un long procès qui réduisit 
considérablement sa fortune 3 . Elle finit par se retirer 
à Sedan où M. Ernest Henry a trouvé la minute du testa- 
ment qu'elle dicta le 13 janvier 1615 et auquel elle 
ajouta un codicille le 6 juillet. Une note de M. E. Henry 
constate que la testatrice donna procuration le 4 janvier 
1616 et que, le 25 juin de la même année, Olivier Roy 4 
donna procuration contre l'exécuteur testamentaire. 
Elle mourut donc entre ces deux dates, après avoir, 
témoin certaines clauses de son testament, vécu dans 
l'intimité de quelques grandes dames dont la vie fut, 
comme la sienne, pleine d'aventures. 

Par devant nous, notaires en la Souveraineté de Sedan soubsi- 
gnez fut présente haulte et puissante dame, dame Elisabeth 
Dautheville naguères dame de la terre et seigneurie de Loré, 
l'une des dames d'honneur de feu Madame Margueritte de France 
vivante duchesse de Berry et de Savoye, vefve de feu hault et 
puissant Seigneur, Monseigneur Odet de Colligny vivant cheval- 
lier, seigneur de Ghastillon sur Loing, estant de présent demeu- 
' rante en ceste ville de Sedan, — laquelle estant indisposée pour 
son vieil aage, foiblesse et débilité de sa veue.mais saine d'esprit 
et d'entendement grâces à Dieu, comme il est apparu ausdits 
notaires soubsignez, par sa parolle, gestes, et maintien — 

Considérant la fragilité de ceste vie et combien la mort est 
certaine, mais l'heure et advènement d'icelle, incertain, ne voul- 
lant décedder intestat, ains, pendant que sens et raison domine 
en elle, disposer au mieulx de ses affaires et de tant peu de biens 
qu'il a pieu à Dieu luy envoyer en ce monde mortel, — Pour ces 
causes et autres à ce la mouvant, — A faict et ordonné, faict et 

1. Voir, sur le séjour du cardinal en Angleterre, le travail de M. Ernest 
Atkinson paru dans les Proceedings de la Huguenot Society, de Londres 
en 1890. 

2. Probablement à l'instigation de Catherine de Médicis, (voy. la brochure 
de M. Marlet). 

3. « Elle obtint 19,672 1. 9. s. 3 d. sur la succession de celui qu'elle appelait 
son mari », dit aimablement M. l'abbé Angot {Dict. hist, delà Mayenne). 

4. Mari d'une des personnes nommées dans le testament. 



DOCUMENTS 



91 



ordonne son présent testament et ordonnance de dernière vol- 
lonlé en la forme et manière qu'il s'ensuit : 

Premièrement elle a recommandé son âme à Dieu père éternel 
de nostre seigneur Jésus-Christ, Lu y rendant grâces de ce qu'il 
luy a pieu la faire renaistre en ce siècle et aage chargé de misère, 
heureuse et honorée de la cognoissance de son Evangile, de tant 
de bénéfices qu'il luy a pieu luy départir en ce monde, plus 
qu'elle n'avoyt espéré ny souhayté, de luy avoyr édiffié en bas 
une maison, promis une autre là hault et maintenant elle dict, 
Or laisse, créateur, en paix ta servante rassasiée de jours, comblée 
de tes biens, désireuse de ceste éternelle séjour et repos où son 
âme vole et aspire, suppliant le bon Dieu de luy pardonner misé- 
ricordieusement toutes ses faultes qu'elle se représente en 
nombre comme le sable de la mer, les estoilles du Ciel, mais, 
dict elle, Seigneur, Tabisme de mes péchez appelle l'abisme de 
ta miséricorde et ce sang de Jésus proférant meilleures choses 
que celluy d'Abel, auquel tu laveras ceste pauvre âme pescheresse 
selon tes sainctes promesses, lesquelles elle appréhende et dont 
elle espère que Dieu luy fera sentir, s'il luy plaict, l'efïect et la 
vertu, le remerciant derechef de la cognoissance qu'il luy a donné 
de son salut en son fils bien aimé nostre Seigneur Jésus Christ, 
mort pour nos péchés et réssuscité pour nostre justiffication. Et 
s'asseurant par ce moyen que son âme deslivrée des liens de son 
corps mortel, le grand Dieu et père la recepvra en son sainct 
royaume en la compagnie des bien heureux, son corps en la 
terre pour le garder en depost jusqu'à ce qu'au son de la trom- 
pette, ce corps se rassemble en la résurrection des morts au 
devant du Seigneur Jésus, pour estre gloriffié tous devant luy. 

Secondement, quant à la disposition de ses biens e^ i lad. 
dame testatrice ordonné, et ordonne comme s'ensn 1 "* ... 

C'est assçavoir qu'elle a donné et légué, ^unne et lègue par 
ces présentes, aux pauvres de l'Eglise réformée de Sedan, la 
somme de cent livres tournois. 

Item a donné et légué, donne et lègue par mesmes présentes, 
aux prisonniers pauvres et nécessiteux qui se trouveront, au jour 
de son décedz encore être enfermés ès prisons dudict Sedan, la 
somme de vingt cinq livres t. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
l'Eglise romaine de Sedan (affin que le désire que lad. dame 
testatrice a d'estre ensépulturée au dedans de lad. Eglise 
joignant la sépulture de feue Madame de Lisy 1 puisse plustost 
réucir) la somme de trente livres t. 

1. Charlotte de Pisseleu, demi-sœur d'Anne, veuve de François de Bre- 
tagne seigneur d'Avaugour, remariée à Jacques du Brouillard seigneur de 
Lizy-sur-Ourcq morte en 1604, voisine de la testatrice (E. Henry). 



9-2 



DOCUMENTS 



Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
noble sœur Sansonne de Hauteville sa sœur, religieuse de Saincte- 
Claire d'Allençon, la somme de deux cens livres tournois dont 
soixante livres seront pour employer à ses nécessitez particu- 
lières et le surplus pour le couvent dudictde Saincte Claire, le 
tout au cas que lad. religieuse sa sœur la survive. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes à 
dam lle Catherine Angélicque de Harcourt 1 sapetite nièpce la somme 
de trois cens livres t. 

Item deux assiettes d'argent, deux petites nappes d'ouvrage 
de petite Venize, deux petits sièges, ung de minemple ouvré et 
l'autre de lassis (lacis), une couverte de trillis, une cueillière 
d'argent. 

Item a donné et légué, donne et lègue, par ces présentes, à 
Rachelle de Lisle sa fillole, la somme cent cinquante livres. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
la sœur de lad. Rachelle de Lisle qui est fî 1 1 elle de feue dame 
Marquise des Vaulx, la somme de cent cinquante livres. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes à 
Louys Dautheville, escuyer,la somme de mil neuf cens cinquante 
livres que led. Dautheville, à cause de la cession à luy faicte de 
pareille somme par M. Jacques Labite, croyt on, a creu que lad. 
dame la luy debvoit en vertu de lad. cession, ce que lad. dame a 
déclaré et déclare faulx, disant n'avoir deub ny ne debvoir encore 
lad. somme aud. M 8 Jacques Labite et que par ainsy lad. cession 
ne peult valider contre elle, mais que, ce nonobstant, et en faveur 
de l'amitié qu'elle porte aud. d'Autheville à cause de feu Paul 
Dautheville sr. des Gostes son père, elle luy a donné et légué, 
donne et lègue lad. somme. 

Item a donné et légué, donne et lègue lad. dame par cesd. 
présentes, à Charles Millet escuier sr. du Boisblondel la somme 
de trois cens livres et oultre ce luy donne et lègue les despens à 
lad. dame adjugez en la Cour de Parlement allencontre d'icelluy 
Millet le septiesme décembre de l'année mil six cens et treize 
dernier, sur une opposition à distraire de la terre deLoré. 

Item a donné et légué, donne et lègue par les présentes, à 
Daniel Charrean estudiant en ceste ville de Sedan 2 la somme de 
six cens livres et oultre ce déclare lad. dame qu'elle ne veult et 
n'entend que luy soit rien déduict pour sa nourriture que lad. 
dame luy a administrée depuis qu'elle réside en ceste p. ville et 

1. Deuxième fille de Jacques d'Harcourt et de Marie de Souvré. 

2. Ce Daniel Charreau vendit le 21jiov. 5 déc. 1640 à, Pierre Trouillard 
père du professeur, la maison Roy dit Dauphin ou Danphiné qu'habitait la 
testatrice. Cette maison qui porte le dernier numéro de la rue du Ménil 
avait par derrière un promenoir, appelé aujourd'hui promenoir des prêtres, 
voisin du jardin de Mad. de Lizy (E. Henry). 



DOCUMENTS 



93 



qu'elle luy administrera cy après, laquelle elle luy a donné et 
donne gratuitement, tant pour le présent que pour l'advenir jus- 
qu'au jour de son décedz de lad. dame, voulant et entendant que, 
oultre tout ce que dessus, il luy soyt encores donné la somme 
de trente livres t. pour le faire accoustrer de dueil. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
Menée de Gouptrin 1 fille illégitime de Ambroise de Loré escuyer, 
la somme de deux cens livres t., et ce à cause de l'amitié qu'elle 
a receue réciproquement d'elle lors qu'elle l'a tenue près d'elle 
l'espace de quelques années. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, aux 
héritiers feu (blanc) Lecoq la somme de soixante livres t. en 
considération de la perte qu'ils ont faicte en la mort dudict Lecoq 
qui auroyt esté assasiné lorsqu'il estoit au service de lad. dame 
testatrice, dans la maison seigneuriale de Loré qui lors appartenait 
à lad. dame. 

Item a lad. dame testatrice donné et légué, donne et lègue par 
cesd. présentes, aux enffans de feu G. Pont, la somme de soixante 
livres t. en considération des bons services que lad. dame testa- 
trice auroyt receu cy devant dud. Pont. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
Isaac Courtin, fils de M e Pierre Courtin, advocat du Parlement, la 
somme de six cens livres t. 

Item a donné et légué, donne et lègue par ces présentes, aux 
trois filles de M e Thomas Gilbert, solliciteur en la Court du Par- 
lement à Paris la somme de cinquante livres t. qui leur sera par- 
tagée . 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd- présentes, à 
Madame Dianne de France duchesse d'Angoulesme", ung tapis de 
Turquie à long poil, lequel tapis elle auroyt dp ,iaré avoir mis 
ès mains de Jacques Lemarchant son serviteur aomestique poLr 
icelluy délivrer manuellement à lad. dame auchesse d'Angou 
lesme aussitôt après son décedz. 

Item a donné et légué, donne et lègue par ces présentes', à 
M 1U Marie (blanc) l'une des damoiselles de madicte dame duchesse 

1 . Couptrain, dans la Mayenne. 

2. Fille naturelle de Henri II et de Philippe Duc jeune fille piémontoise 
de Goni qu'il fit enlever en 1537. Fiancée le 3 mai 1547 à François de Mont- 
morency, fils du connétable, elle fut mariée le 13 février 1553 à Horace Far- 
nèse qui fut tué le 18 juillet 1553 au siège d'Hesdin, puis remariée le 2 mai 
1557 à François de Montmorency lorsqu'il eût été absous d'avoir lâchement 
abandonné Jeanne de Piennes. Il mourut le 6 mai 1579 et sa veuve qui avait 
reçu le duché d'Angoulême pour avoir aidé, en 1589, au rapprochement de 
Henri III et Henri IV, lui survécut jusqu'au 11 février 1619 où elle mourut à 
Paris, âgée de quatre vingts ans, et fut enterrée au couvent des Minimes de 
la place Royale. (Voy B 0B de Ruble, François de Montmorency, Paris 1880.) 



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d'Àngoulesme c'est assavoir une cueillère et une fourchette 
d'argent que lad. dame testatrice a pareillement déclaré avoir mis 
ès main dud. Leniarchant pour estre icelle, aussitôt après sond. 
décedz, délivrés manuellement par led. Lemarchant à lad- 
dam lle Marie. 

Item a donné et légué, donne et lègue par ces présentes, à 
Marguerite jMaurisset, fille de M e Maurisset, conseiller du Roy à 
Paris ung petit biberon d'argent et deux petites saucières aussy 
d'argent. 

Item a donné et légué, donné et lègue par les présentes, à 
Thymoté Lemereier escuyer sr. de la Hérodière 1 et à Madam lle sa 
femme demeurant en ceste ville de Sedan, huit pièces de tapisserie 
de haulte lisse figurées de fleurs et oyseaulx, Item une chaise et 
ung tabouret parez et ornez de satin rouge et blanc et ung 
morceau de mesme estoffe, comme aussy une paire de chenetz 
damassés. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes à 
Dam lle Catherine Lelieur vefve de feu sr. Cappel 2 ung gobelet 
d'argent avec le couvercle de mesme et ung boujouer d'argent. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
Dam lle Loyse de Tronson, vefve de feu sr. Desgueryne ung petit 
manteau de velours façonné, paré de martres. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, à 
Dam lle Elizabeth Breban, femme et espouze de Olivier Roy escuyer 
sr. Daulphiné, son manteau de taffetas façonné et fourré d'ung 
plissé d'allemagne et oultre ce luy donne et lègue encor tous ses 
habits (qui au jour de son décedz ne se trouveront léguez ne 
donnez) comme aussy tous ses linges et ustencilles de ménage 
qui ne se trouveront compris au présent son testament. 

Item a donné et légué, donne et lègue par cesd. présentes, 
aud. sr. Daulphiné et dam lle sa femme et à chacun d'eulx, la 
somme de cent cinquante livres chacun, pour eulx faire habiller 
de dueil suivant que c'est le désir de lad. dame testatrice. 

Suivent une série de legs à ses serviteurs et servantes, 
une énumération de son mobilier et des espèces par 
devers elle, puis un petit paragraphe ainsi libellé : 

Item a déclaré et déclare lad. dame qu'elle veult et entend 
qu'au jour de son décedz il soyt posé une tombe de pierre sur sa 
dicte sépulture et apposée à la muraille contigue de lad. sépulture 

1. Voy. sur ce soldat poète la France prot. VI, 537. 

2. Louis Cappel sr.de Montgembert (et non Montjaubert) mort â Sedan le 
6 janvier 1586 et dont la France prot. 2 e éd. III, 738, appelle par erreur la 
femme Catherine Lesieur (cf. Bull. VII, 173). 



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une épilaphe pour mémoire de lad. dame et que, pour souffrir ce 
faire, elle auroit légué quelque chose à lad. Eglise romaine et 
aux pauvres d'icelle comme il appert cy devant. 

Après payement de ses dettes le surplus de ses biens devra 
être partagé entre ses héritiers, selon les droictz qu'il leurpeult 
compéter à chacun d'eulx, suivant les coustumes des lieux où ilz 
sont assis et scituez. 

Pour exécuter lequel présent testament et icelluy accomplir 
de point en point, selon sa forme et teneur, a lad. dame testatrice 
nommé et esleu pour son exécuteur la personne de M e Pierre 
Bosse, hérault d'armes de France, demeurant rue Mortellerie 
paroisse Saint-Paul. Et auquel, pour ses peynes, elle a donné et 
légué, donne et lègue, par ces présentes, la somme de mil livres t. 
et non seulement pour les peynes qu'il aura à l'exécution du 
présent testament, mais aussy pour les voyages et agréables ser- 
vices qu'il a faictz à lad. dame depuis dix ans en ça, à ses propres 
despens, par le commandement d'icelle sans qu'elle luy en ayt 
payé aucune chose, comme elle l'a recongnu et recognoit 
encor de bonne foy par son présent testament. 

Pour l'exécution duquel lad. dame adonné et donne tout pouvoir 
et puissance aud. M* Pierre Bosse, se désistant de tous et chacuns 
ses biens meubles et immeubles qui luy appartiendront au jour 
et heure de son dict décedz et voulant qu'il en soyt saisy jusques 
à l'entier accomplissement d'iceHuy, soubmettant à lad. dame 
l'audition, examen et closture du compte à la justice jurisdiction 
et contraincte de ia prévosté de Paris pour l'exécution du présent 
son testament. Et révoquant par la dicte dame testatrice tous 
autres testamen ts et codicilles qu'elle pourroit avoir faictz aupara- 
vant cestuy, auquel elle s'arreste comme bien et deuement faict. 

Ce fut ainsy faict et passé, dict et nommé par lad. d me testa- 
trice et à elle leu et releu mot après autres par u g desdictz 
notaires soubzsignez que lad. dame testatrice a di i avoir bien 
entendu et eu pour bien agréable et estre son ' .donnance et 
dernière volonté. 

Faict en l'hostel du s. Daulphiné où lad. dame est à présent 
demeurant sis en ceste ville de Sedan à la rue de la haie, le 
treiziesme jour de janvier l'an mil six cens et quinze. Et a lad. 
dame testatrice déclaré ne pouvoir signer à cause de son vieil 
aage, foiblesse et débilité de sa veue, ny aussy marquer à cause 
du tremblement de sa main, ayant de ce esté requise suivant 
l'ordonnance. 

P. Sonnet. Stasquin. 

6 juillet 1615, Codicille spécifiant un legs particulier et repor- 
tant le legs de Renée de Couptrin fille illégitime d'Ambroise de 



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Loré décédée à son fils et, en cas de décès sans enfans procréez 
de luy en loyal mariage, à son oncle, transférant le legs de 
°200 livres à sa sœur Sansonne de iïauteville, religieuse, aux deux 
fils illégitimes d'Ambroise de Méanne escuyer, déclarant que 
plusieurs legs (an sr. Daulphiné et à ses serviteurs) ayant été 
remis manuellement, l'exécuteur en sera déchargé, etc. 

Signé : Saint Martin (Pierre de Cardaillac, écuyer de la grande 
écurie de Monseigneur) et Nicolas Martel témoins. 

Pour copie conforme : 

N. Weïss. 



LES CHIFFRES DE H. L'ABBÉ ROUQUETTE 

Étude sur les Fugitifs du Languedoc (Uzès) (1) 

Galafrès Jacques' 1 La famille Galafrès sortait du petit village 
Madame Galafrès de Saint-Chaptes, aux environs d'Uzès, où 
deux /ils. elle possédait des biens considérables. 

Certaines branches y restèrent, d'autres 
s'établirent à Uzès et à Nîmes. 

Le plus connu des Galafrès était Jacques, 
chirurgien réputé dans tout ce coin du Lan- 
guedoc. 

Né à Uzès en 1644, il partit avec les siens 
après la Révocatiun et vint à Lausanne où 
nous les trouvons en 1694, lui âgé de 50 ans, 
sa femme de 40 (F. B.) Il reçut alors une' 
attestation de foi pour se rendre à Berlin. 

En 1721 , il fut nommé bourgeois de 
Magdebourg où il séjournait depuis un cer- 
tain temps. 

Il fut choisi en 1724, pour être l'un des 
douze chirurgiens reconnus et privilégiés de 
la colonie française de Berlin, il était alors 
au service de LL. HH. PP., les États généraux 

1. Voyez Bull., 1916, p. 125 à. 149. Lire de la page 138 cà 146. Fromen,t de 
Jacques Pierre, Froment de Paul, de même pour tous les de Froment. 

2. Ce doit être lui cité comme fugitif de Saint-Chaptes par l'abbé Rou- 
quette sous le nom de Jacques Galapes, probablement mal lu; sur cette liste 
figurent encore Paul Galapes et Louise Galapes femme Boucher, tous deux 
des Galafrès nés à Uzès, mais possédant des terres à Saint-Chaptes qui 
furent saisies, quand on s'aperçut de leur fuite. 



DOCUMENTS 



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des Provinces unies, dans le régiment de Mon- 
seigneur le général baron de Ginckel (Toll. 1IÎ, 
I e 849). Il se retira à Magdebourg où il 
mourut âgé de 95 ans l , le 5 Juin 1739. 11 fut 
enterré au cimetière des Français, 

Un de ses fils, Jacques Noé Galafrès 2 , le 
28 août 1 752, prête serment comme bourgeois 
de Magdebourg. 

Le frère de Jacques Galafrès était notaire 
à Saint-Chaptes et père de M m * Jean Fesquet 
fugitive; quand elle partit avec son mari, ses 
biens lui furent donnés ainsi que beaucoup 
d'autres, dont il faisait parvenir les revenus 
à ceux qui les possédaient avant de fuir. 

Voici ce qu'il écrivait sur son livre de 
minutes de 1685. 

Je soubzigné ayant cessé de faire les fonctions 
de mon dit office de notaire pour obéyr à la 
déclaration du Roy, portant que les procureurs et 
notaires faisant proffession de la Religion pré- 
thendue Retiormée se désistoient de leurs offices 
en faveur des catholiques, ne m'estanl point 
défiait et l'obstacle cessant par ma conversion en 
la foy catholique, j'en repris les fonctions et en 
conséquence d'une ordonnance sur requeste de 
Monsieur Lamoignon Rasville. 
Octobre 1685, 

Dif-J. me regarde pauvre pécheur et veuille 
bénir mon labeur. 

Galafrès Paul, Marchand facturier, proche parent de 

Madame Galafrès, Jacques, peut-être son frère, avait épo' sé à 

née Uzès, Marthe Bertrand, ils eurent pli jieurs 

Marthe Bertrand, enfants, Magdeleine, Louise. Cette ('ernière 

Galafrès Raimond; fut baptisée en 1680, r par Monsieur de La- 

leur fils, borie ministre, Jean baptisé en 1682, Paul en 

Galafrès Jeanne, 1683, Jacques en 1685, et Raimond y . 

sœur de Le 30 août 1696, il assista à Uzès devant 

Paul Galaffrès, M r Robert Favier, notaire royal, comme 

Galafrès Pierre, témoin au testament de M. de Perrotat, sei- 

son neveu, gneur de Saint Victor des Ouïes, dont toute 

1. Dans Tollin, une erreur de chiffres intervertis a fait mettre 59 ans. 

2. Un autre de ses fils revint de l'étranger et les biens de son père et de 
sa mère fugitifs lui furent rendus (A. H.[C. 274). 

3. 11 n'est cité dans Tollin que Raimond et Paul que nous verrons plus 
tard avec sa famille. 

Avril-Juin 1922. 7 



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DOCUMENTS 



un ouvrier. la famille était fugitive et lui-même, au 

moment d'aller la rejoindre en Suisse, dic- 
tait ses dernières dispositions. 

Paul Galafrès, avant de se résoudre à 
cette dure extrémité de l'exil, eut l'idée, pour 
se soustraire aux persécutions continuelles 
qui troublaient sa vie et entravaient son 
commerce, d'aller à Paris, espérant y tra- 
vailler tranquillement. 

Son beau-frère Rieu lui écrivait, de 
Bagnols, le 12 juin 1684 : 

Je vous anvoy la présente pour vous assurer 
de mes respects, mon très cher bau frère et pour 
vous fere savoir l'état de la santé de tous ceus de 
la maison, laquelle est fort bonne, Dieu merci, 
priant Dieu qu'insy soit de vous. Je vous envoy 
Ja letre de Monsieur Genty que je vous avés 
promis, vous la rendrés à son adresse. Vous 
saurés que c'est le fils de Monsieur Genty qui est 
notre intime ami et qui a de grands amis à 
Paris. Vous n'avés qu'à prier ce garçon qu'il les 
employé pour vous rendre service. A la considé- 
ration de son père et de nous, il le fera. 

Vous scavés corne mètre Anthoine le mes- 
sager me ramena la cavalle et me fit balié qua- 
rante sols qu'il dit qu'il fut contraint de paier 
pour vous à Lion le lendemain quan il voulut 
partir que c'étoit pour vostre diné ou soupe et 
pour la cavalle. Il me porta un certificat de l'hôte 
de Lion, comme il les avait baliés pour vous. Je 
ne voulais pas paier, voyant que vous ne me le 
marquies pas dans la lettre; mais il ne vouloit 
pas rendre vos pistolets. 

Que Dieu vous conserve en bonne santé. 

Votre sœur vous baise les mains corne aussi 
l'oncle Reynaud, l'oncle Talon, toute la famille 
et moy en particulier. Je vous suis et seray toute 
tua vie vostre très humble et très obéissant ser- 
viteur, 

RlEU 1 

D'autres difficultés l'attendaient à Paris, il 
retourna dans le Midi, s'installa à Nîmes et 
finalement dut s'enfuir avec sa famille. 

1. Cette lettre était adressée à M. Galafrès chez M. Goulet, rue du Foin, 
près les Mathurins de Paris à Paris. 



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Galafrès Paul, 
Galafrès Madame, 
Galafrès fils, 
deux filles, 
une domestique. 



Galafrès Tristan, 
Galafrès Madame, 
née Magdeleine 
Lausanne, 
six enfants. 



Leur première étape fut Lausanne où ils 
retrouvèrent des parents. Les sœurs de Paul 
Galafrès, Madame Fesquet et Jeanne Galafrès, 
son neveu Pierre Galafrès âgé de 13 ans et sa 
nièce Jeanne Rieu âgée de 12 ans, tous à Lau- 
sanne en 1698. 

De là ils allèrent retrouver Jacques à 
Magdebourg. 

Naquit à Uzès 1 en 1683, et vint rejoindre 
ses parents à Magdebourg. Le 13 janvier 1713, 
âgé de 30 ans, fils est-il dit de parents réformés, 
marchands facturiers, promet dans l'église de 
Magdebourg « de vivre et de mourir dans 
notre Sainte religion ». (Toll. III, I, 574). 

11 avait dû être pris au départ de son 
père et élevé par des prêtres dans la religion 
catholique, forcé d'abjurer celle dans la- 
quelle il avait été baptisé. Dans le rôle des 
Français réfugiés à Magdebourg du 31 dé- 
cembre 1721, il est âgé de 37 ans, ayant lui, 
sa femme, un fils, deux filles et une domes- 
tique. 

Le 8 janvier 1684 a été béni dans l'église 
d'Uzès, le mariage de Tristan Galafrès, teintu- 
rier, fils d'Anthoine Galafrès et de Catherine 
Guiraude et Magdeleine Laurence, âgée de 
26 ans, fille de feu Louis Laurent et de Fran- 
çoise Rieude (État civil d'Uzès^ Comme ses 
autres parents il partit pour L .isanne où il 
fut reçu maître teinturier avec aonne et suffi- 
sante caution pour la bo xé de sa tein- 
ture. On lui donna le \< ^ement d'Ouchy 
avec les chaudières qui y sont, à partir du 
25 juin 1688 (F. P.). 

Pendant ce temps, les biens de son p^e 
Anthoine. Galafrès qui était mort, se trouvant 
abandonnés, furent saisis à Saint-Chaptes et 
comme tels mis aux enchères le 22 oc- 
tobre 1690. 

Les fugitifs étaient en si grand nombre 
que le peu de nouveaux convertis qui res- 



1. Un de ses parents Charles Galafrès avocat à Nîmes avait comme armes : 
d'azur à une croix fourchée d'or cantonnée de quatre roses d'argent (d'Ho- 
zier, Armoriai du Languedoc (B.N. 32,208). 



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taient dans le pays ne pouvait pas s'en 
charger. 

Par ordre des consuls, un acte dressé par 
le greffier consulaire lu à haute voix à 
l'issue des messes publiait la Déclaration du 
roy, du 28 mars dernier au sujet des biens 
abandonnés et la lettre de M. de Joubert 
syndic, qui fait remarquer les avantages que 
le roy accorde à ceux qui se chargent de faire 
valoir cesdits biens. Cette première enchère 1 
nous conserve 15 noms de fugitifs. Alteirac 
Anthoine — Baumelle Anthoine — Baumelle 
Jacob — Barre Estienne — Brueis Pierre — 
Brunei — Brunei Pierre — Galafrès Anthoine 
— Jonquière François — Julian Claude — 
Labouraire Tristan — Mallie Jacques-Méjan 
Honoré — Vincent François — Vincent 
Jacques 1 . Tous omis dans les fiches Rou- 
quette. 

Cette proclamation fut lue deux dimanches 
consécutifs et placardée contre les portes des 
églises et de la maison consulaire 2 . La belle- 
mère de Galafrès Françoise Rieude était avec 
eux fugitive. 

En 1698, Tristan Galafrès est cité comme 
étant à Lausanne (Fich. Bern.), lui âgé de 
50 ans, sa femme de 40 et ayant six enfants 
de 14 à 2 ans. L'aînée était Catherine, née 
à Uzès, le 18 octobre 1684. 

De Lausanne il alla avec sa famille à Mag- 
debourg, il y mourut en 1715 (Toll. III, 2, 62.) 
Galafrès Etienne' 4 , De la même famille uzétienne s'était 
Galafrès Madame, établi à Nîmes comme boutonnier; nous le 
née trouvons à Berlin en 1698 avec sa femme, 

Catherine Dieulefit, cinq fils et sa belle-sœur (Fr. Prot.). En 1705 
neuf enfants il est cité dans la Colonie Liste ayant neuf en 
une belle-sœur, fants, les filles étant comptées. 

1. Cet exploit est signé le 6 novembre 1690 du greffier consulaire Chatal 
après la troisième criée. 

2- Les archives de l'Hérault citent encore comme fugitifs non signalés 
dans les fiches Rouquette, François Allier, Anthoine Richard, Borelly, méde- 
cin, Jacques Verdier, Jacques Rouvergat, Louis Clément, Anthoine Vincent, 
François Abeille. 

3. Ce Galafrès Etienne et sa famille, en tout douze personnes, ne figurent 
pas dans les listes Rouquette ni sur celles de Saint-Chaptes, ni sur celles de 
Nîmes. 



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Galafrès Louis. 



Galafrès Louise 
femme Boucher* 

Galdy Pierre. 

Gandille Pierre. 

Gandille femme, 
deux enfants, 
un compagnon. 



Fugitif, ses biens sont saisis à Saint- 
Chaptes et le bailliste est Anthoine Mathieu 
(A. H. C 285). 

Fugitive, ses biens ont été saisis en con- 
séquence de l'ordonnance de M. l'Intendant 
(A. H. G 316). 

D'Uzès, assisté à Genève en 1706 (F. P.). 

Serger d'Uzès, réfugié dans la colonie de 
Magdebourg (Ms. Diet. 1700) cité avec sa 
femme, deux enfants, un compagnon. Ses 
deux fils, Abraham et Pierre avaient en 1729, 
la grande manufacture de tapisserie et tein- 
ture sur l'Elbe, à Magdebourg. (Toll. II ï , 



Gandin Pierre, 
Gandin femme, 
un enfant. 

Gandin Pierre. 

Garde Catherine. 
Garde Antoinette. 

Garel Thomas, 
Garel femme. 

Garel Thomas , 
Garel femme, 
née 

Sarah Duclé, 
trois enfants. 

Garel Jacques, 
Garel femme. 

Garel Jacques, 
Garel femme, 
sept enfants. 

Gardies Anthoine, 
Gardies femme, 
née Eve Fontanieu, 
un fils. 



Serger, avait épousé à Uzès, le 23 juin 
1681, Jeanne Clémence, fille de feu Clément 
d'Uzès. Il vint à Magdebourg. En 1688 il était 
décédé et sa femme se remaria avec Farjon. 

Cardeur de laine, son père mourut à Mag- 
debourg en 1721, âgé de 61 ans (Colonie Liste). 

Réfugiée à Londres (Église de la Savoye). 

Couturière venant d'Uzès, réfugiée à 
Friedrichstadt en 1699 (Col. L.). 

Facturier de laine d'Uzès, réfugié avec sa 
femme à Magdebourg, morts tous deux avant 
1688 (Toll. II, 460). 

Facturier de laine, fils du précédent, on 
le trouve sur la Colonie Liste en 710 et 1721 
avec trois enfants et sa femme, 3tte dernière 
en 1690 demande à faire par e de l'Église 
wallonne « pour sa consolalir i et la paix de 
l'âme » (Toll. III, I e 1002). 

Facturier d'Uzès, réfugie à Magdebourg 
avec sa femme, tous deux décédés en 1688 
(Toll. II, 460). 

Fils des précédents, réfugié et associé 
avec eux pour le commerce des laines à 
Magdebourg, ils avaient sept enfants. 
(Toll. II, 490). 

(List. Rouq.) 1685-1688, tisserand, a un 
fils baptisé à Uzès, le 8 février 1677, par 
M. Manuel, ministre. 



1. Mise dans les listes Rouquette à Saint-Chaptes sous le nom de Galapes. 



DOCUMENTS 



Gardies Catin. 



Gaspar Jean, 
une servante. 



Gautier Daniel, 

Gautier Madame, 
deux enfants, 
une servante. 

Gautier Crozet. 

Gautier femme. 

Gantière Gentille. 



Gide Théophile 1 
Gide Madame, 
née Suzanne 
Martinenche, 
veuve d'Etienne 
Arène 2 . 
Gide Etienne, 



L. R. 1685-1688, sœur du précédent, on 
leur saisit le quart d'une vigne et une petite 
maison à chacun, situés à Montaux (A. H. 
C209; Bull. XXI, 161). Tous deux étaient en- 
fants de Pierre Gardies. 

Fugitif d'Uzès, vivant à Zurich dans une 
maison sur les bords de la Sihl avec la 
famille Fesquet et quelques autres Uzétiens 
(E. Jaccard, Église française de Zurich, 9 4). 

Lecteur, chantre venant d'Uzès réfugié 
ainsi que sa femme, deux enfants et une ser- 
vante dans la colonie de Bourg (M. D. 1700). 

Réfugié, cité dans les listes de Leyde. 

D'Uzès en Languedoc allant en 1699 de 
Genève en Hollande (L. de Leyde). 

Fille de Pierre Gautier et de Marie Delorte 
née à Uzès le 13 avril 1665. Son parrain était 
Jean Folcher, seigneur de Montaren et sa 
marraine Gentille Gaponne, tous deux comme 
elle fugitifs. 

Son grand-père Théophile Gide, facturier 
de laine, marié à Jeanne Vannier, d'Uzès, vint 
habiter Lussan pour y développer son com- 
merce, car ce gros bourg du diocèse entouré 
de bois et de petits villages était riche en 
troupeaux. Posé sur la hauteur et dominant 
le chemin des Gévennes, Lussan était un 



1. Théophile Gide, seul cité par l'abbé Rouquette dans la liste de Lussan, 
y résidait en effet, mais descendait de familles uzétiennes par son père et 
sa mère. Les Gide qui ne quittèrent pas la France retournèrent en partie 
vivre à Uzès. En 1789, sur l'impôt de la Gapitation figurent Simon Gide, mar- 
chand, fils de Jean Gide, demeurant rue Massargues et M. Théophile Gide, 
notaire et avocat demeurant rue de la Pélisserie, tous deux petits-fils 
d'Etienne Gide. 

Le notaire embrassa avec ardeur les idées révolutionnaires, mais son 
beau-père Verdier, notaire, ayant été exécuté à Nîmes, lui-même accusé de 
fédéralisme et menacé d'être arrêté, dut fuir. Sa maison et son étude furent 
mises au pillage. L'an II de la République, un arrêt du district ordonna que 
les scellés soient mis, sur ce qui appartenait au citoyen Gide. La tourmente 
passée, Gide revint à Uzès et le 23 ventôse, il adressa une lettre aux admi- 
nistrateurs du Directoire réclamant ses titres et provisions qui lui avaient 
été volés. Ce fut lui, ancien notaire royal et alors notaire public, que les 
protestants choisirent pour passer l'acte d'achat au citoyen Théophile Gui- 
raud, de l'église des cordeliers qui devint leur temple (29 septembre 1791). 
L'ancien temple avait été démoli à la Révocation. 

2. Etienne Arène est cité dans les fugitifs de Magdebourg avec sa sœur 
veuve, mais il n'est pas fait mention de sa femme [Bull. LX, 1911, 322). 



DOCUMENTS 



103 



Gide Anna, centre protestant, ce fut ensuite, caché dans 

leurs neveux. son enceinte fortifiée, un nid de Camisards. 

Lorsque le maréchal de Villars vint y cher- 
cher des recrues, il fut frappé de leur force, 
de leur beauté et dit qu'il avait vu là, la 
fleur de la France. Les troubles religieux 
apaisés, on laissa quelque temps tranquille 
ce pays épuisé, puis le subdélégué Chambon 
par zèle intéressé 1 recommença des tracas- 
series, délations et poursuites, qui amenèrent 
une affaire préoccupant fort les religion- 
naires, elle était une menace pour tous, 
chacun trembla pour soi ou pour les siens. 

Théophile Gide avait eu d'un de ses fils 
Etienne, marié à Catherine Broche d'Uzès, 
deux petits-fils qui s'étaient associés pour 
leur commerce. L'aîné Théophile, inquiété 
pour des questions religieuses, se décida 
à partir pour Magdebourg rejoindre des 
parents d'Uzès, les Martinenche dont la fille 
Suzanne avait épousé Etienne Arène, tous 
deux aussi fugitifs et réfugiés auprès de leur 
famille. Le 29 mars 1711 Théophile Gide fut 
reçu dans l'église de Magdebourg 2 , Etienne 
Arène partit pour Berlin. 

Théophile Gide l'y suivit et réussit à 
gagner une fortune. 

Etienne Arène étant mort, Théophi ^Gide 
épousa sa veuve le 27 octobre 1730. Ils l'eu- 
rent qu'un fils qui mourut à l'âge de qi. tre 
ans. 

Etienne Gide, le frère de Théophile, re^ é 

1. On accordait aux dénonciateurs le tiers des biens appartenant aux reli- 
gionnaires ou fugitifs qu'ils désignaient. Ces sommes données comme frais 
de dénonciations font partie des comptes des biens des protestants (A.N.TT 
13*). 

Voici un exemple de la façon dont les choses se passaient « La somme de 
220 livres trois sols quatre deniers, payée au sieur Maurin en qualité de dénon- 
ciateur des biens de la veuve Jalabert, du sieur Savon et de la demoiselle 
Lavaure et ses filles, tous fugitifs de la ville d'Alais (non cités dans les fiches 
Rouquette) portés en recette du présent compte art. 316-317-318 pour son 
tiers dans le produit net des dits biens ainsy qu'il luy a esté accordé par 
Monseigneur l'Archevesque par acte estant au pied de la dénonciation repor- 
tée sur l'article 5 de l'avenant du compte précédent. La quittance du dit 
Maurin est du 8 janvier 1730 (A.N.TT 13* registre, année 1727 comptes de la 
régie de l'année 1727). 

2. Toll ITI 1A 573. j 



DOCUMENTS 



à Lussan, avait épousé Marie Rey, d'une 
bonne famille bourgeoise d'Uzès; il eut sept 
enfants; c'était un des hommes les plus con- 
sidérés du village et, en plus de son com- 
merce il faisait les fonctions de notaire, car 
le vrai notaire de Lussan, M. Trinquelague, 
pour cause de religion et malgré son grand 
âge, avait été relégué àCarcassonne; probable- 
ment son étude avait été mise sous séquestre 
ou supprimée. Théophile qui venait de perdre 
son enfant et se trouvait bien seul, désirant 
laisser ses biens à sa famille, pria Etienne de 
lui envoyer un de ses fils qu'il ferait son 
héritier. Le cadet des enfants qui portait le 
nom de son père Etienne partit vers 1743, 
sans éveiller de soupçons ; on le crut à Paris 
chez son oncle Rey le frère de sa mère, mais 
ce jeune homme ne put se faire au rude 
climat du Brandebourg. Il revint en France, 
mais ne voulant plus retourner à Lussan, il 
resta à Paris auprès de son oncle Rey. Sa 
sœur Anne demanda à son oncle Théophile 
d'aller remplacer son frère et partit en octo- 
bre 17 40, rejoignant en route des amis qui 
comme elle s'expatriaient. Ce second départ 
fut remarqué et signalé au subdélégué Cham- 
bon qui, tout de suite, commença une en- 
quête et traita l'affaire comme très grave; on 
prévint le père, lui conseillant de faire reve- 
nir sa fille au plus tôt; il lui écrivit, elle 
refusa de retourner en Languedoc, elle dési- 
rait, dit-on, se marier sans recevoir les sacre- 
ments de l'Église catholique et son père 
s'opposait à une union bénie au Désert. 

Le lieutenant Chambon harcelait la fa- 
mille et aggravait la situation en prétendant 
qu'Etienne Gide, non-seulement n'encoura- 
geait pas sa fille à revenir, mais qu'il avait 
l'intention d'aller la retrouver, emmenant 
avec lui toute sa famille. Le 27 octobre 1745, 
Lenain intendant du Languedoc, écrivait à 
M. de Saint-Florentin : 

Monsieur, 

J'apprends, par mon subdélégué à Uzès, que 
le nommé Gide religionnaire et riche facturier 



DOCUMENTS 



105 



du lieu de Lussan au même diocèse a envoyé à 
Berlin sans permission dans le courant du mois 
dernier une de ses filles pour y voir des parents 
dont il espère la succession et qu'il y a quelque 
temps ce particulier y envoya dans la même 
intention un de ses fils, aussi sans passeport, 
lequel, n'ayant pu supporter l'air du Nord est 
revenu en France et s'est arrêté à Paris auprès 
d'un parent qu'il y a. Comme ce particulier est 
dans le cas de la contravention de la~Béclara- 
tion du Roy du 17 juin 1681, qui fait deffenses 
aux religionnaires d'envoyer leurs enfans dans 
les pais étrangers et que cette Déclaration est 
adressée pour l'exécution aux Parlements, je 
n'ay pas cru devoir expédier aucun ordre contre 
le nommé Gide; mais comme il seroit cepen- 
dant très dangereux de tolérer une pareille 
licence, je vous supplie d'avoir la bonté de me 
marquer vos intentions, tant sur la conduite 
que je dois tenir à l'égard de ce particulier que 
contre ceux qui tomberont à l'avenir dans le 
même cas. J'ay l'honneur d'estre avec respect 
Monsieur, vostre très humble et très obéissant 
serviteur. 

Lenain, A.N.TT 439-cxxix). 

Chambon plein d'ardeur et poussé par 
l'intendant, manda devant lui Etienne Gi^e, 
et voici la teneur de l'interrogatoire : « \ 3 
21 novembre 174-5, Joseph Chambon avocat 
lieutenant particulier de la sénéchaussée 
d'Uzès, commissaire délégué de M. l'Inten- 
dant fit comparaître Etienne Gide qui dé- 
posa sous la foi du serment qu'étant allé à 
Nîmes il y avoit environ un mois, à son 
retour il reconnut que sa fille aînée, âgée de 
24 ans, manquait dans la maison et s'estant 
informé où elle estoit allée, son fils luy dit 
que sa sœur, avoit profité de son absence 
pour s'évader, qu'elle étoit partie avec le 
nommé Praden mesnager et Blissonne, sa 
belle-mère du lieu de la Bastide de Sirac, 
diocèse de Viviers où elle avoit été les 
joindre, pour aller à Berlin en Brandebourg, 
chez son oncle, frère dudit Gide qui y est 
estably il y a quelques années et y jouit de 
biens considérables et quy n'a point d'enfant, 
pour tâcher sans doute de participer à sa 



106 



DOCUMENTS 



succession; que la dite Anne se plaignait 
que son père ne vouloit pas consentir à 
son établissement dans les circonstances 
actuelles où les religionnaires se marient 
au Désert et il ajouta que sa fille n'avoit 
aucune permission de passer au pays 
estranger » (A. H. C 217). 

Le 4 décembre 1745 le subdélégué Cham- 
bon fait une nouvelle enquête par laquelle 
il constate que le sieur Etienne Gide reli- 
gionnaire facturier de Lussan a envoyé sa 
fille Anne Gide à Berlin sans permission ; 
il est donc condamné à une amende de 
6.000 livres, payables entre les mains du 
sieur Larroc, receveur général des amendes 
prononcées contre les nouveaux convertis 
de la province. Ledit Gide dans la huitaine 
sera contraint par rétablissement de garni- 
son d'un cavalier maréchaussée, à raison de 
4 livres par jour. 
Le 17 décembre 1745, l'intendant de la 
province de Languedoc fit publier cette 
ordonnance conformément à l'article de la 
Déclaration du roy du 14 mai 1724; elle fut 
signifiée à Etienne Gide, facturier, présente- 
ment à Uzès par l'huissier Jean Mercier. 

Étienne Gide prévint sa fille des consé- 
quences graves de sa fuite et la supplia de 
revenir, elle ne le voulut pas. Il s'adressa 
alors à son frère Théophile qui lui répondit 
de Berlin le 12 novembre 1744 : 

Je viens de recevoir une lettre d'Uzès, mois 
d'octobre dernier, mais je doutte qu'elle soit de 
vous, parce que ce n'est pas écrit du caractère de 
mon neveu votre fils et la signature paraît d'une 
autre main. Vous me dites m'avoir écrit il y a 
deux mois au sujet de votre fille pour la faire 
revenir ché vous et par la présante vous voules 
scavoir le sujet de son retardement cy elle est 
malade ou sy les guerres l'ont empêchée. Pour 
malade, elle l'est pas grâce à Dieu, elle se porte 
bien. Par rapport à la guerre ou le bruit de 
guerre répandu dans ce pais de tout côté, c'est 
une fille prudante, qui a de la sagesse. Comme 
elle ne sauroit s'exposer à un cy Ion voyage, à 
moins de rencontrer une occasion favorable, ce 



DOCUMENTS 



107 



qui est fort difficile, pour ne pas dire impos- 
sible, dans le temps présent; d'aileurs quand je 
lui diroy de s'en aller, je suis en droit de luy 
faire quiter de ches moi et luy ordonner autant 
que je le puis de retourner chez vous. Mais 
comme je n'ay pas un droit absolu de la faire 
parvenir jusque chez vous, cy elle ne veut, elle 
a de l'âge que les enfans peuvent cherché ce 
qui leur convient le mieux pour leur établisse- 
ment selon leur inclination, d'aileurs l'espérance 
qu'elle avoit conçue en sortant de France, d'avoir 
ma succetion, voiant que son frère s'en étoit 
retourné peut bien être encore la même, puisque 
je tire chaque jour vers ma fin et qu'elle espère 
de l'avoir quand il plaira à Dieu de me retirer de 
ce monde n'aiant pas de plus proche qu'elle ; 
mais elle fera ce quelle voudra. Mais je ne me 
dépouilleray pas d'un bien que la providence m'a 
accordé avant le temps puisque j'en ay besoin à 
l'âge avancé où je suis. Voilà ce que je puis vous 
en dire, elle faira ce qu'elle voudra, étant âgée et 
sa maîtresse et je ne scaurai lui rien prescrire sy 
elle ne veut. 

Je suis bien surpris que l'on voudroit en 
France que des pères produisent des enfans qui 
les ont quité malgré eux et sans leur aveu pour 
chercher leur mieux ou par caprice. Nous avons 
quantité de la jeunesse de ce pais qui va en 
France et autre païs que leurs pères et mères 
souhaiteroit qu'ils revinsent; mais ils se conten- 
tent à leur écrire, ne pouvant les forcer à revenir, 
s'ils ne veulent. 

Je vous diroy qu'il y a quelque temps que je 
me trouva à boire le caffé avec l'homme de 
chambre de M. l'envoyé de France et je lui 
raconta ce qui se passe en France au sujet de 
votre fille ma mère ; il en fut fort surpris disant 
qu'une fille est plus inutile qu'utile à l'État et 
autre chose. 

Au reste je vous diray que nous nous portons 
bien Dieu soit loué. De sorte que la présante vous 
trouve en parfaite santé vous et toute votre famille 
que vous salueres de notre par de même que 
tous vos beau frère et belle sœurs et suis votre 
affectioné frère. 

Teophile Gide. 

Mon frère vous aurez la bonté de vous 
informer sy la femme de M. Guès, marchand à 
Uzès est morte. C'est une Foucard de Nîme, on a 



108 



DOCUMENTS 



dit à son frère 1 qui est icy qu'elle est morte sans 
enfan. Je souhaiteré de scavoir comme elle a 
réglé ses afaires et vous me feres plesir de me le 
marquer la première fois que vous m'écrirés. 
Notre neveu Martinenche vous fait bien de com- 
pliment et vous prie de saluer ses frères de sa 
par de même que ses oncles Martinenche et 
Deleuze et leur famille. Sy vous aies à Nîmes vous 
salueres André de sa par et vous lui dires qu'il 
s'est aquité de la commission qu'il l'avoit chargé 
et que s'il avet seu son adresse il lui auré écrit. 

Mon frère ne soyes pas fâché sy je ne vous ay 
pas écrit par rapor à la réception du vin que 
vous me fîtes le plesir de m'envoier. Je l'ay receu 
en son temps et fort bon. Je vous serai bien 
obligé si vous m'ent vouliés faire un pareil envoit 
vous me feres plesir et surtout sy vous pouviez 
avoir 2 pièces comme ce que vous m'aviez envoié 
il y a 2 ans et marqués T G et l'autre à votre 
marque. Sy vous le pouves faire vous me mar- 
queres d'abort ce qu'il vous aura coûté et je vous 
envoierez sito par une letre de change, avec 
ce que je vous suis redevable encore. Je suis 
fâché ne n'avoir pas pu l'envoier plutôt faute 
d'ocazion. 

Vous faires bien nos compliments à notre 
soeur Roux de même qu'à notre bau frère, son 
mari. Vous lui dires que Monsieur Valis lui 
envoiera se dont il lui est redevable sito que 
l'ocazion s'en présentera et moi même je tacheray 
de le lui pouvoir faire tenir. J'en ay déjà la plus 
grosse partie. M. Valis me charge de vous faire 
ses compliments à tous. 

Monsieur et Mademoiselle Lacroix 2 de Nîmes 
qui sont arivé icy il y a environ 15 jours vous 
prie de faire des compliments à la veuve de Roux 
et qu'elle est bien fâchée de ne l'avoir pas 
embrassée avant de partir, de même que sa 
cousine Janeton; vous la salueres aussy de notre 
part de même que Monsieur Peschaire et toute 
sa famille 3 . 

Étienne Gide, constatant que sa fille ne 
voulait pas rerenir et redoutant le jugement 

4. Foucard fugitif de Nîmes n'est pas cité dans les fiches de l'abbé Rou- 
quette. 

2. Ni Monsieur ni Mademoiselle Lacroix ne sont mentionnés dans les 
fiches Rouquette (fugitifs de Nîmes). 

3. Cette seconde partie de lettre est un post-scriptum (A. H. C 217). 



DOCUMENTS 



109 



prononcé contre lui qui allait s'exécuter, eut 
recours à son beau-frère Rey. 

Ce Rey, frère de M me Gide eut une fortune 
singulière; parti d'Uzès tout jeune, fugitif, 
sans ressource il vint se cacher à Paris, là il 
fut recueilli par une famille des mieux 
posées. Il devint le maître d'hôtel puis 
l'homme de confiance du marquis de Bouville 
conseiller en la cour des Aides et maître des 
requêtes, demeurant dans l'Ile Saint-Louis. 
Quand ce dernier mourut le 1 4 septembre 1742 
dans son château de Dangu, il confia à Rey 
sa femme et ses enfants et le soin de ses 
affaires. Dans la famille et l'entourage de 
M me de Bouville 1 il était tenu en grande 
estime. Lorsque son neveu Etienne Gide 
revint du Brandebourg, ne voulant pas 
retourner en Languedoc, il trouva l'hospitalité 
dans l'hôtel de Bouville. Là, au milieu d'un 
nombreux personnel , nul ne l'aurait remarqué 
si un certain Borie d'Uzès, espion du subdé- 
légué Chambon à qui Rey avait rendu service 
ne s'était faufilé dans la maison, ne l'avait 
reconnu et dénoncé cor îme étant à Paris, 
revenu de l'étranger. 

Une amie de M me de Bouville, la maréchale 
de Gramont touchée des malheurs de Rey et 
des siens lui conseilla d'expliquer la situation 
dans un placet adressé à M. de Saint-Floren- 
tin qu'elle se chargeait de lui faire parvenir. 

Paris, 18 mars 1747. 

Je ne sçaurais refuser de vous présenter 
Monsieur ce mémoire. Je désire fort qu'il vous 
soit possible d'avoir compassion de ce pauvre 
homme. Je connois vostre justice et vostre bon 
cœur pour les malheureux. Dieu veuille que ma 
demande et mes désirs soient selon la justice. 

Je vous honnore infiniment, Monsieur, et je 
suis parfaitement vostre très humble et très 
obéissante servante. 

La Maréchalle de Gramont. 

1. La marquise de Bouville née Marie-Gabrielle de Ghenizot, fille d'un 
capitoul de Toulouse était sœur de Mesdames de Béthune et de Ghauvelin, 



.DOCUMENTS 



Théophile Gide de son côté demanda à 
Berlin l'appui de M. de Chambrier, ministre 
plénipotentiaire du roi de Prusse à Paris en 
faveur de son frère. D'un autre côté les amis 
de M 10 ' de Bouville le prièrent d'écrire à 
M. Lenain pour obtenir la lin d'une telle per- 
sécution, ce qu'il fit le 19 avril 1747 en ces 
termes : 

Monsieur, 

Je ne puis me dispenser d'avoir l'honneur de 
vous écrire pour vous suplier de vouloir bien 
cesser les poursuittes qui sont faites en vertu 
d'une ordonnance rendue par vous, Monsieur, 
contre le sieur Étienne Gide de Lussan, pour 
raison de ce que sa fille, sans permission s'est 
rendue auprès de son oncle qui est à Berlin, 
pour tâcher de profiter de sa succession. 

Vous voulez Monsieur que le S r Gide fasse 
revenir sa fille en France. La misère dans laquelle 
il se trouve et l'impossibilité où il est d'obliger la 
fille de se priver par son retour auprès de luy 
des seuls avantages qu'elle peut espérer, le 
mettent dans une scituation si digne de clémence 
que j'ose espérer que vous voudrez bien y avoir 
égard et le laisser tranquille. Je vous auray, Mon- 
sieur, une obligation particulière des égards que 
vous voudrez bien avoir pour ce que j'ay l'hon- 
neur de vous demander et je vous suplie de me 
croire, avec un attachement respectueux, Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

Le baron de Chambrier. 

Ghambon, devant tout le retentissement 
de cette affaire, sollicité aussi de tous côtés, 
écrivait le 21 mai 1747 à M. de Saint-Floren- 
tin. 

Monseigneur. 

Quoiqu'il n'y ait pas lieu de craindre l'évasion 
de Monsieur Gide du lieu de Lussan contre lequel 
vous vous proposiez d'expédier incessamment des 
ordres et l'obliger à faire revenir sa fille de 
Berlin, je feray cependant veiller de près sur ses 
démarches et je suivray en tout vos instructions. 

J'auray pourtant l'honneur de vous faire 
observer, Monseigneur, quête particulier est encore 



DOCUMENTS 



111 



dans le délay des quatre mois que vous voulûtes 
bien lui accorder le 31 mars dernier pour faciliter 
les moiens de faire revenir sa fille. 

J'ay bien l'honneur destre avec respect, Monsei- 
gneur, vostre très humble et très obéissant servi- 
teur. 

Chambon. 

A peu près à la même époque M me de Sou- 
ville alla trouver M. de Saint-Florentin et 
plaida la cause d'Etienne Gide; il lui ré- 
pondit le 30 may 1747. 

Lorsque vous me fîtes l'honneur, Madame, de 
me parler en faveur du nommé Gide j'eus celuy de 
vous répondre que j'avais écrit à M. l'intendant 
pour désapprouver la modération qu'il luy avoit 
accordée ; mais puisque cela a été fait, qu'il falloit 
du moins lui faire payer les 200 livres à quoi 
l'amende avoit été réduite et que nous verrions 
par la suite, suivant les mouvemens qu'il se 
donneroitpour faire revenir sa fille, si on pouvoit 
user d'indulgence à son égard M. Chambon 
m'ayant donne un nouveau mémoire en sa faveur, 
j'en ai rendu compte au Roy et sa Majesté, ins- 
truite des mouvemens des religionnaires et de ce 
que plusieurs sont même dans le dessein ^e 
passer en pays estranger, on favoriserait l'évasio. 
de leurs enfans, juge à propos que l'on fasse 
quelques exemples. Ainsy il m'est impossible, 
malgré le désir que j'aurois de faire ce que vous 
souhaitez, de pouvoir diminuer la peine que le 
sieur Gide a encourue. 

J'ay l'honneur d'estre avec respect, madame, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

• S* Florentin. 

Anne Gide mise au courant par son père 
et par son oncle Rey des démarches inutiles 
faites pour éviter la rigueur du jugement 
prononcé à cause d'elle, se décida à revenir 
en France. 

Le 12 août 1747 des hôteliers de Stras- 
bourg à qui elle avait été recommandée et 
chez lesquels elle s'était arrêtée écrivirent à 
Étienne Gide. 



112 



DOCUMENTS 



Monsieur, 

Mademoiselle Gide vostre fille est arrivée hier 
en cette ville par le chariot de poste munie d'un 
passeport de M r de Vallory ministre de France 
à Berlin qu'on a fait mettre la date à la chan- 
cellerie de cette ville, elle part mardi matin pour 
Paris par le carrosse, elle nous a été recommandée 
de Berlin. Elle nous charge de vous le marquer 
elle se porte bien et vous charge de bien des 
compliments et salutations pour la maison, en 
quoy nous n'avons voulu en manquer et de vous 
assurer que nous sommes, monsieur, 
Votre très humble serviteur. 

Minille et Braun. 



Gide Xavier, 
Gide Madame, 
née, 

Pernette Louise 
Gervais. 



Anne Gide resta quelque temps à Paris 
chez M rae de Bouville et le 16 octobre 1747, 
elle était chez son frère. Etienne Gide en fut 
quitte, après tant de menaces et de craintes 
par une amende légère. 

Sa fille, quand on l'eut un peu oubliée, 
partit pour Genève où elle épousa Jean 
Durade 1 . Théophile Gide mourut à Berlin 
en 1791, âgé de 89 ans, il avait perdu sa 
femme en 1761, elle avait alors 67 ans. 
Quant à son neveu Étienne Gide il quitta aussi 
la France ; on le trouve à Genève en 1773. 

Fils d'Étienne Gide et d'Anne Rey, frère 
d'Etienne et d'Anne Gide fugitifs, instruit, est 
admis à la participation de la S te Cène le 
23 mars 1757, âgé de 20 ans (à Paris par le 
chapelain de l'Ambassade de Hollande de 
Labroue — ms. 410 B. P. F.). Il avait quitté 
le Languedoc fort jeune pour venir auprès 
de son oncle Rey. Il épousa Pernette Ger- 
vais. Il est signalé dans les listes de Leyde 
allant à Tournay où son mariage fut célébré 
le 9 septembre 1763. 



B nne DE CUARNISA Y. 



(A suivre.) 



1. Un David Gide, maître bijoutier, de Genève, fils de Théophile Gide et 
d'Andrienne Cochin, y fut reçu bourgeois le 15 nov. 1790. Marié à Alexandrine 
Benoit, 18 nov. 1795, il divorça en 1796 (Covelle, Le Livre des Bourgeois de 
Genève, p. 466 et J.-B.-G. GalifTe, Notices généalogiques, V, 259). Ce Théo- 
phile est probablement fils d'Étienne. Red. 



SÉANCES DU COMITÉ 



.2 mars 1922 

M. Frank Puaux, retenu chez lui par la maladie, la séance à 
laquelle assistent MM. R. Allier, Chatoney, Cornélis de Witt, (î ar- 
rêta, Reuss, Rott, Valès, Weiss, est présidée par M. Juhn Vienot, 
vice-président. MM . Jules Fabre, E. Morel et M. Vernes se font 
excuser. 

Le secrétaire lit le procès-verbal de la dernière séance, qui est 
adopté, puis présente un rapport détaillé sur la situation finan- 
cière de la Société au 31 décembre 1921. Ce rapport est appuyé de 
plusieurs tableaux manuscrits comparant les recettes et dépenses 
de 19°21 à celles de l'année précédente et se terminant par un 
relevé détaillé de nos ressources et de nos prévisions. Il constate 
que l'année 1921 s'est terminée avec un en caisse de 914 fr. 69 et 
que, grâce au legs Martin qui nous a été intégralement versé, la 
situation générale s'est améliorée, nos disponibilités nous per- 
mettant de faire face aux dépenses exigibles et de faire insta. ?r 
l'électricité dans l'immeuble. Malheureusement les frais d'impre^ 
sion, d'achat de livres et de reliure, qui nous intéressent directe- 
ment, et ceux de réfection des surfaces de notre immeuble, remis 
d'année en année, n'ont jusqu'ici aucune tendance à diminuer. 
Nous n'en avons pas moins réussi, non sans peine, à traverser les 
années de guerre et d'après guerre, non seulement sans entamer 
notre capital à revenu fixe, ni compromettre notre petite réserve 
— mais à augmenter le premier de manière à compenser l'aug- 
mentation des impôts et des frais de perception. L'ordre du 
jour amène ensuite la discussion de la proposition de M. Gaston 
Tournier, de tenir notre assemblée générale à Mazamet entre 
Pâques et Pentecôte. Aucun des membres présents ne pouvant 
s'engager à se déplacer à cette distance, à ce moment qui coïncide 
avec les multiples réunions de la semaine protestante à Paris à 
laquelle plusieurs d'entre nous doivent collaborer, la question 
de l'assemblée générale est remise à une prochaine séance. 

Bibliothèque. — Le secrétaire informe le Comité que parmi 
les Sociétés avec lesquelles nous échangeons nos publications 
Avril-Juin 1922. 8 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



figurait la Société de l'Histoire du Protestantisme en Autriche 
(Geselischaft fur di Geschiechte des Proteslantismus in Oesterreich) 
dont le président est le prof. D r Georg Loesche. Il vient d'adresser 
aux savants de la Suisse un appel en faveur de cette Société que la 
détresse financière empêche de publier la deuxième édition de 
son Histoire du Protestantisme en Autriche depuis le début jusqiïà 
ce jour. Le secrétaire se demande s'il ne serait pas à propos de 
mettre à la disposition de celte Société jadis sœur de la nôtre 
à l'instar de laquelle elle a été fondée, une somme de 100 franc 
qui, vu l'avilissement du change autrichien, lui permettrait de 
continuer son œuvre. Le Comité appuie la proposition et charge 
son secrétaire de se mettre en rapport avec le D r G. Loesche. 

Parmi les livres ou papiers récemment entrés à la Biblio- 
thèque, le bibliothécaire présente la liste des correspondants du 
professeur Michel Nicolas dont nous avons recueilli environ 
2 000 lettres — plus un manuscrit — minute ou copie de la 
Lettre sur les Assemblées des religionnaires du Languedoc écrite à 
un gentilhomme prolestant de cette province 'par M. D. L. F. D. M % 
Cette lettre était du pasteur Àllamand réfugié en Suisse et pro- 
voqua une Réponse d'Antoine Court, qui fit quelque bruit en 1745. 
Notre Bibliothèque possédait plusieurs exemplaires de cette 
Réponse, mais aucun de la Lettre qui la provoqua et dont jus- 
qu'ici nous n'avons trouvé aucun exemplaire. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 
ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Etude sur la « Théologie Germanique ». —L'évolution religieuse 
de Luther jusqu'en 1575. 

Cette recommandable étude de M" 8 Maria Windstosser, D 1 de 
l'Université de Paris (Alcan, sans date-— l'Introduction est datée 
d'avril 1911 — xi-218 p. Prix : 5 fr.) est suivie d'une traduction 
française faite sur les éditions originales de 1516 et de 1518 et 
constituant une 2 e Partie de l'ouvrage. La première comprend 
5 chapitres : 1° Manuscrits, éditions, commentaires, titre, auteurs ; 
2° Plan et analyse : théologie, morale, état de l'âme avant son 
union avec Dieu ou syndérèse (?); 3° Sources (Eckart, le pseudo- 
Denys l'Aréopagite, Macrobe, saint Augustin, Boèce, J. Scot E ri- 
gène; ; 4° Influence sur la Réforme : La » Théologie germanique » 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



115 



a-t-elle conduit Luther à saint Paul, auquel elle fait une place consi- 
dérable et a-t-elle ainsi contribué à la formation du protestan- 
tisme? Oui, dit l'auteur: 5° Influence sur la pensée postérieure. 
Ce dernier chapitre est de beaucoup le plus actuel. Car l'influence 
qu'il étudie ne s'étend pas seulement à Sébastien Franck, à Gas- 
tellion, Reuchlin, Nicolas de Cuse et son disciple Giordano Bruno, 
Paracelse, pas seulement à Valentin Weigel et à son célèbre 
disciple J. Bœhme,mais aussi à Arndt, Spener, Angélus Silesius s 
et, qui le croirait? au Tristan et au Parsifal de Wagner. Bien plus, 
« la Déité innommable, insondable et inconsciente même d'elle- 
même de la Théologie Germanique^ n'est-elle pas analogue à 
l'Indifférence », au « Principe ineffable et sans fond » de Schel- 
ling, à l'Idée, la Vérité absolue et universelle de Hegel? (p. 116). 

Ces quelques lignes donnent déjà une idée de ia richesse des 
aperçus que nous offre le livre de M me W. Elle possède son sujet 
dans toute sa profondeur. On sait que le mystérieux opuscule 
qu'elle commente est anonyme. Une préface ajoutée à la 2 e édi- 
tion de Luther prétend que l'auteur était un chevalier teutonique 
à Francfort, un « ami de Dieu » et un adversaire des « libres 
esprits ». Le titre même est né après-coup et ne fut mis par 
Luther que dans cette 2 e édition : Eyn Theologia Deutsch, l'ou- 
vrage étant « considéré par lui, et après lui par bien d'autres, 
comme un produit naturel et marquant de la race et du génie 
germaniques » (p. 3). 

M 006 Windstosser a tenu surtout à « montrer commentl'auteur, 
cherchant le but unique de toute existence, de toute connaisse ->ce, 
de tout amour et de toute volonté dans une union directe et bi n- 
heureuse avec l'Etre divin, s'est placé au-dessus de toutes lutte, 
comment l'ouvrage, quoique publié par Luther, quoique réclamé 
par les catholiques et en même temps accueilli avec enthousiasme 
par les Baptistes » ,est « simplement et profondément chrétien; 
comment, en raison même de ces tendances élevées, il a pu 
agir sur les directions philosophiques et théologiques les plus 
opposées » (p. 5). 

On ne sait où ni quand Luther trouva ce précieux manuscrit, 
sans titre ni nom, qu'il fit paraître chez Jean Griinenberg à Wit- 
tenberg. Ce fut le premier ouvrage qu'il édita. Divisé d'abord en 
24 parties, il le fut ensuite en 56 chapitres, avec une 2 e préface 
de Luther. Cette 2 e édition parut, non seulement chez Griinenberg, 
mais en même temps chez Stœckl à Leipzig et chez Otmar à 
Augsbourg. M uie Windstosser pense que 2 manuscrits différents ont 
servi aux 2 éditions. Car « l'orthographe des 2 ouvrages diffère 
totalement et le texte de 1516 est meilleur que celui du manuscrit 
complet » (p. 6). La i re édition ne comprend que les chapitres 8 
' à 25, et, chose curieuse, les parties omises sont « celles qui par 



116 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



leur doctrine ne sont pas tout à fait d'accord avec le dogme de 
l'Eglise ou qui pourraient amener des difficultés ». 

Les deux manuscrits ont disparu ; mais en 1843 on en découvrit 
un autre, qui fui imprimé à Stuttgart en 1851 ; il « ne paraît 
toutefois être qu'une copie altérée et élargie au gré du copiste » 
(p. 8) et qui, d'ailleurs, fut encore corrigée et modifiée par son 
éditeur. « Il vaut donc mieux revenir aux deux premiers manus- 
crits... Sous leur forme plus concise, ils paraissent mieux repré- 
senter la pensée et la conception originales de l'auteur ». En réa- 
lité, presque tous les travaux modernes ont utilisé précisément le 
3 e manuscrit, le moins bon, qui porte la date de 1497 et men- 
tionne comme auteur un prêtre et custode à la maison des Che- 
valiers teutoniques de Francfort. 

Dernière remarque, qui a son importance : ce livre si haute- 
ment prisé par Luther, « fut mal accueilli par les réformateurs 
français, auxquels ses doctrines mystiques ne disaient rien » 
(p. 103). Dans une lettre du °23/2, 1559, adressée à l'Église fran- 
çaise de Francfort, Calvin dit qu'il contient du venin caché et 
mortel et empoisonne l'Eglise. Ce fait est symptomatique. 

Th. Sch. 

Profitons de ce compte rendu pour signaler à tous ceux qui 
cherchent à connaître la vraie pensée de Luther le très remar- 
quable livre de M. Henri Strohl maître de conférences à la Faculté 
de théologie protestante de Strasbourg, L'Évolution religieuse de 
Luther jusqu'en 161ô i . S'appuyant sur tous les nombreux 
travaux qui, dans ces dernières années, ont entièrement renou- 
velé la connaissance du milieu religieux et théologique où se 
développa la pensée du moine d'Erfurt, ainsi que des études 
scripturaires auxquelles se livra le professeur de Wittemberg, 
l'auteur nous fait assister à la naissance du célèbre principe de la 
justification par la foi qui fut le point de départ de la Réforme. 
Nous recommanderons tout particulièrement les pages du cha- 
pitre IV dans lesquelles il démontre comment, sous l'influence 
de l'apôtre Paul et de Saint-Augustin, Luther arrive à une concep- 
tion de Dieu et de la grâce différente de celle de son temps : « Ce 
qui distingue la doctrine catholique de celle de Luther, c'est 
l'affirmation que Dieu ne couronne que les mérites acquis sous 
^impulsion et avec l'aide continue de la grâce. Il faut que l'homme 
soit devenu juste pour que Dieu l'agrée... Luther a trouvé la 

1. Un vol. de 174 p. in-8° faisant partie des Études d'histoire et de philo- 
sophie religieuses publiées par la Faculté de théologie protestante de Stras-* 
bourg, librairie Istra, Strasbourg et Paris, 1912 (Prix, 7 fr. 50). 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



117 



paix dans le paradoxe que le salut est inconditionnel. Le chrétien 
re§u en grâce est toujours «juste et pécheur». Dans les rapports 
er.tre Dieu et l'homme il n'y a aucune place pour les mérites 
ni pour une justice qui mesure le salut selon les mérites »... 

N. Weiss. 



Histoire de l'Eglise réformée de Mazamet. 

Notre collègue, M. Gaston Tournier, vient de prendre rang 
parmi les historiens de la Réforme française. Celle-ci ne pourra 
être exposée exactement que lorsqu'à côté des événements qui 
forment la trame de l'histoire de France et auxquels les hugue- 
nots ont pris une large part, on pourra savoir jusqu'à quel point 
les provinces, autrefois plus indépendantes qu'aujourd'hui et 
dans chaque province, les villes principales, s'associèrent à ces 
événements. La famille Tournier est fixée à Mazamet, dans l'an- 
cien Castrais, depuis le xvi e siècle. Elle est une de celles qui dès 
le milieu de ce siècle se rattachèrent à* la ;Réforme. M. Gaston 
Tourniers'est intéressé depuis longtemps à son histoire. En 1901, 
sous le titre modeste de Souvenvs de famille l , il publia deux 
forts beaux volumes renfermant des notices biographiques accom- 
pagnées de généalogies et de nombreuses illustrations sur une 
cinquantaine de familles de la région. Il était donc bien placé et 
outillé pour retracer Y Histoire de V Église réformée de Hazamet 2 
pour laquelle il avait à sa disposition, outre les mémoires, t apiers 
de toute sorte relatifs à l'histoire locale, de précieux regu lr es 
remontant au xvi° siècle et conservés aux Archives nationales. 

Mazamet est encore aujourd'hui une des Églises protestantes 
les plus importantes du Tarn où, dès avant 1560, la Réforme fut 
embrassée, non comme ailleurs, par quelques familles plus ou 
moins isolées, incapables, à la longue de réagir contre l'ambiance 
hostile, mais par presque toute la population dont la cohésion, 
le zèle parfois intolérant mais sincère et la persévérance 
finirent par triompher de la persécution. 1 

Le Castrais forme, à cet égard, une sorte d'îlot au milieu d'une 
vaste région du Midi restée fanatiquement, catholique. Rien ne 
montre mieux l'énergie, la décison de ceux qui s'y rattachèrent 
à l'Évangile que le courage qu'ils déployèrent pour ne pas être 

1. Deux volumes de 412 et 390 pages imprimés à 50 ex. 

2. Depuis son origine jusqu'à nos jours un vol. de (12)-296 p. in-8° carré. 
Paris, Fischbacher, 1921, comprenant un Appendice avec XIII pièces justifi- 
catives et de nombreuses illustrations dans le texte. Espérons qu'une 2 e éd, 
sera accompagnée de tables alphabétiques. 



118 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



submergés par la réaction qui aboutit à la Saint-Barthélémy et 
à la Ligue. Un siècle plus tard ce même esprit de sacrifice se 
manifesta dans le grand nombre de ceux qui abandonnèrent 
leur patrie et leurs biens pour rester fidèles à leurs convictions 1 , 
et, parmi ceux qui restèrent au pays, dans l'institution résolue du 
culte du Désert. A ce dernier M. G. Tournier a consacré, avec 
raison, une plaquette particulière 2 toute à l'honneur de ces com- 
battants de l'arrière dans la longue lutte pour la liberté {reli- 
gieuse. 

Espérons que les protestants du Castrais et d'ailleurs, à l'in- 
tention desquels ces pages ont été écrites, y retremperont leur 
foi dans les destinées de la Cause et que ceux qui ne partagent 
^as leurs convictions, y apprendront à les respecter au lieu de 
les calomnier en les défigurant. 

N. Weiss. 



Au Service de la Cause, 1621 3 

Notre collègue M. Cornélis de Witt a été amené par des cir- 
constances personnelles, à s'intéresser au passé d'un village du 
Lot-et-Garonne, Monheurt, jadis entouré de murailles et place 
de sûreté des protestants sous le régime de l'édit de Nantes. Il 
découvrit ainsi que cette bicoque avait joué un certain rôle dans 
la guerre de punition que les conseillers de Louis XIII lui 
firent entreprendre contre les huguenots en 1621. 

On connaît ou plutôt on méconnaît généralement l'origine et 
le caractère peu glorieux de cette expédition militaire qui devait 
réprimer un prétendu mouvement révolutionnaire. Le clergé 
avait toujours protesté contre l'établissement, dans le royaume 
indépendant de Béarn et Navarre, de la Réforme adoptée par \les 
Etais de ce pays el sanctionnée par les ordonnances de Jeanne 
d'Albret en 1571. En conséquenceja reine avait, non confisqué, 

1. Voir, outre la liste des réfugiés de Mazamet relevés par M. Tournier 
celles des Réfugiés du Pays Castrais que notre toujours regretté collabo- 
rateur, M. Rey-Lescure, a fait paraître dans la Revue du Tarn, sous le pseudo- 
iiy.113 de (j. l)u 11313, de 1910 à 1914 où elle s'arrête au nom Puy. Elles 
seront continuées et achevées, selon le désir de l'auteur, par M. G. Tournier. 

2. Les assemblées du Désert dans les montagnes du Castrais, une bro- 
chure de 30 pages in 8° carré; illustrée et n'utilisant que des renseignements 
inédits; Albi, imprimerie générale du. Tarn Edouard Julien, 192-1 . On vient 
d'inaugurer, le 5 juin, près du hameau de Cazarils à 6 km. de la gare de 
Ferrières (chemin de fer de Castres àBrassac), un obélisque de granit dressé 
sur La Pierre Plantée où, le jour des Rameaux 1689, le prédicant Corbière dit 
La Picardie fut assassiné. 

3. Episode de guerre d'après les mémoires du temps, un volume de 164 p . 
in-12, Paris Fischbacher, 1922. 



G HRONIQUE L I T TÉRAIRE 



H9 



comme on continue à le répéter, mais fait saisir et inventorier 
les biens ecclésiastiques pour en affecter le revenu à l'entretien 
du culte que ses sujets venaient d'embrasser l . Lorsque son fils 
Henri IV, eût signé l'édit de Nantes, il donna une première sa- 
tisfaction aux réclamations du clergé en accordant aux catholi- 
ques du Béarn les mêmes privilèges qu'aux protestants dans le 
reste de la France et leur faisant restituer une bonne partie de 
leurs biens 2 , 

Louis Xîlï alla beaucoup plus loin. Ayant décidé, par un arrêt 
du Conseil du 31 décembre 1616, d'annexer purement et simplement 
le Béarn à la France, il espéra se concilier l'appui des catholi- 
ques béarnais en leur accordant, le 25 juin 1617, mainlevée de 
la saisie pour tout le reste des biens ecclésiastiques et rétablissant 
ainsi le catholicisme dans sa situation d'avant 1571. Contraire- 
ment à cet espoir, catholiques et protestants s'insurgèrent contre 
VÉdit d'Union 3 qui privait le pays de son autonomie. 

Les protestants français venaient précisément de s'unir à leurs 
coreligionnaires béarnais. Leurs représentants à La Rochelle se 
déclarèrent solidaires de l'indépendance du Béarn. Us avaient 
compris que ceux qui en poursuivaient la suppression menaçaient 
du même coup l'indépendance religieuse des Eglises .réformées 
qu'ils assimilaient à "un état dans l'Etat par ce qu'elle était 
garantie par les places de sûreté. Malheureusement beaucoup de 
huguenots, plus royalistes que leurs représentants, refusèrent de 
suivre les ducs de la Force et de Rohan qui ne rassirent qu'avec 
une petite minorité à organiser la résistance, entre o, lv es f autour 
de La Rochelle et de Montauban. 

Mêlant agréablement une légère fiction au récit des événements 
retracés par des extraits de lettres de ceux qui prirent part à cette 
résistance, notre collègue nous fait assister à la campagne qui 
aboutit à la levée du siège de Montauban et à l'écrasement de la 
bicoquede Monheurt qui devait consoler l'armée royale d'avoir 
été battue par les parpaillots montalbanais. — Une fois privés 
de leurs places de sûreté les malheureux huguenots virent se 
réaliser les prédictions de Rohan. Ils furent à la merci du clergé. 

1. Voy. Bull. 1891, 261 ss. et 1895, 638 ss. 

2. Voy. Bull. 1898, 325 ss. 

3. En 1921 un M. Raymond Ritter a essayé, à l'aide d'une Association ré- 
gionalisée des Pyrénées organisée par lui, de commémorer bruyamment 
l'annexion violente du Béarn par Louis XIII. — Dans le Bulletin de la Socié- 
té des Sciences . . . de Pau, 2 e série t. XLlli, p 99 et ss. M. l'abbé Dubarat, 
démontra par une série de documents, combien cette annexion fut opposée au 
sentiment unanime du pays. On ne peut que s'étonner de voir qu'une Asso- 
ciation régionaliste glorifie un événement qui avait pour but précisément de 
supprimer le régionalisme, ne laissant subsister aucune initiative, aucun 
pouvoir en dehors du gouvernement central. — Voir aussi le Protestant 
Béarnais des 2 obt.1920 et 5 février 1921. 



120 



CORRESPONDANCE 



Dès 1634 celui-ci obtint, dans le Poitou, la suppression d'une 
vingtaine d'Eglises; en 1665 il réduisit à treize les soixante qui 
y existaient encore et, en 1668, à vingt celles du Béarn, en atten- 
dant la suppression totale en 1685. 

Espérons que ce récit contribuera à faire comprendre aux 
servants de la Cause que les descendants de ceux qui la combat- 
tirent en 1624 ne se déclareront satisfaits que lorsque le Pro- 
testantisme aura cessé d'exister. 

N. Weiss. 



CORRESPONDANCE 



Un artiste huguenot du XVI e siècle. — Jacques Le Moyne. — 

Xa France protestante nous apprend (VI, 546), qu'il était de Dieppe, 
qu'attaché comme dessinateur à l'expédition de Laudonnière, il 
échappa au massacre de la Floride et revint en Europe avec les 
dessins qu'il avait exécutés sur les lieux. Sa veuve, réfugiée en 
Angleterre, les céda, avec la relation de son voyage, à Théodore 
de Bry qui l'inséra dans le premier volume de ses grands voyages 
en 1591 (Jacobi Le Moyne cognomine de Morgues brevis narratio). 
Les frères Haag n'ont pas connu une publication faite par Jacques 
Le Moyne lui-même, à Londres, à Blackfriars, en 1586 et intitulée 
La Clef des champs. Le British Muséum possède deux exemplaires, 
malheureusement incomplets l'un et l'autre, de ce très rare 
volume dédié par l'auteur à Mary Sidney, mère de sir Philip 
Sidney. C'est grâce à quelques-unes des gravures de cet ouvrage 
qu'on a pu restituer à Jacques Le Moyne un album acheté par le 
British Muséum en 1856 et renfermant une trentaine d'aquarelles 
représentant des fleurs et des fruits. Exposées au mois de février 
et mars dernier dans une salle (n° 73) du Victoria and Albert 
Muséum, ces peintures d'une qualité rare ont été très admirées. 
Elles ont attiré l'attention d'un chercheur, M. Savage de la 
Société Linnéenne. On a pu, dans un supplément littéraire, du 
9 février au Gardeners Chronicle, raconter la carrière aventureuse 
de cet artiste à peu près inconnu comme tant d'autres qui ont dû 
s'exiler et que le fanatisme clérical continue à représenter, à 
cause de leur indépendance religieuse, comme des contempteurs 
de l'art. Ajoutons qu'il existe, en France, au moins une œuvre 
de Jacques Le Moyne. C'est une gouache représentant « M. de 
Laudonnière devant le monument érigé en Floride par la pre- 



CORRESPONDANCE 



121 



mière expédition française », quia été exposée en 4907 à laBiblio- 
thèque nationale (n° 437) et a fait l'objet d'une communication de 
M. S. T. Famy à l'Académie des Inscriptions, séance du 4 jan- 
vier 1901. Cette œuvre d'art appartient à la marquise de Ganay. 

N. Weiss. 



Calvin et Descartes. — Sous ce titre, qui ne signifie pas même 
que Descartes aitconnu Calvin autrementque denom, je voudrais 
répondre à des protestations que m'ont valu quelques lignes de 
ce Bulletin. J'ai écrit (1921, 239 n.) « Bien qu'à Genève on n'at- 
tache pas une grande importance aux vestiges matériels de l'exis- 
tence du réformateur »... Notre ami M. le professeur Lucien Gau- 
tier proteste au nom, entre autres, du « Musée historique de la 
Réformation et de tout le mouvement actuel autour du vieux 
Genève ». J'aurais dû, évidemment, écrire, « Bien qu'à Genève on 
nail pas attaché », car je voulais dire que Jadis et jusqu'à une 
époque relativement récente on n'avait fait aucun effort pour 
conserver, au moins le souvenir de l'emplacement de la tombe 
de Calvin, ainsi que la maison qu'il habita longtemps et qui 
abrita avec lui tant d'hôtes intéressants ou illustres. 

Quant â Descartes, M. G. Cohen me reproche amicalement 
d'avoir écrit (1922, 54) qu' « il aurait été du côté de ceux qui 
voulaient supprimer la liberté religieuse». Ici encore j'a^ ais dû 
ajouter, après été, l'adverbe «pratiquement », devant l'm ' ] é- 
gance duquel j'ai reculé. II est évident, lorsqu'on a admiré l)e^ 
cartes dansl'éloquentpanégyrique de son enthousiaste biographe, 
qu'on ne peut se le représenter exterminant froidement ceux qui 
ne pensaient pas comme lui. Mais, et on me permettra d'insister 
sur ce point si vivement mis en lumière pendant ces dernières 
années, la neutralité, ce fétiche des politiciens de la troisième 
République, la neutralité abusivement interprétée dans le sens de 
V abstention absolue, n'est, au fond, que de l 'inconscience .Elle abou- 
tit, en définitive, non seulement à laisser perpétrer les pires 
forfaits, mais à faire passer pour complices des bourreaux ceux 
qui, sous ce prétexte de neutralité pacifique et souriante, s abs- 
tiennent de protester, c'est-à-dire de recevoir des coups. Des- 
cartes et beaucoup d'autres avec lui ont été et sont encore de 
ceux-là. 

N. Weiss. 



CORRESPONDANCE 



Un recul de ia culture française 

Un journal de province, connu à Paris seulement des profes- 
sionnels, le Petit Havre, renfermait sous ce titre et sous la date 
du 18 mars, l'intéressant article qui suit : 

ïl y a quelques jours, le dimanche 5 mars, l'Église Réformée fran- 
çaise de Francfort-sur-Mein a fermé ses portes. C'était la dernière sur- 
vivante, ei en même temps la plus ancienne, des quelques trois cents 
Eglises du Refuge en Allemagne; elle-même avait été fondée en 1554. 
Il y a là un événement qui n'intéresse pas seulement les protestants 
et parmi eux spécialement ceux qui se font un honneur de descendre 
des proscrits ; c'est un événement d'intérêt général car il marque 
encore le recul de la culture française qu'un professeur de la Sorbonne 
comme M. Aulard avait déjà signalé à propos de la fermeture de l'Eglise 
française de Berlin. 

On a dénoncé souvent, en même temps que l'iniquité des persécu- 
tions qui frappèrent les huguenots dès le xvi e siècle, le tort fait à la 
France par Louis XIV, à l'avantage de l'étranger et de ia Prusse surtout 
eu condamnant d'un seul coup à l'exil, par la révocation de l'édit de 
Nantes, plus de six cent mille de ses meilleurs sujets. Mais on a moins 
remarqué que, par un de ces retours fréquents en histoire, il est sorti 
pour la France même, un bien de ce mal. Les protestants français exilés 
hdèles à leur mère-patrie, même marâtre, ont emporté, avec la 
langue, l'esprit français, et les ont fait rayonner autour d'eux — et c'est 
grâce à cela que la langue française devint véritablement la langue 
européenne au xvm e siècle et que, la Révolution venue, les idées de 
celle-ci furent si rapidement accueillies partout. 

La vérité oblige à dire que cette influence française fut reçue et pro- 
pagée principalement par la Prusse qui, depuis, a acquis chez nous un 
si fâcheux renom, et à si juste titre. Dès la révocation de i'édit de 
Nantes, le Grand Électeur Frédéric-Guillaume, fonda à Berlin le Col- 
lège Français, dirigé par des Réfugiés, mais fréquenté à la fois par des 
Français et par des Allemands et destiné à préparer les générations 
nouvelles aux emplois ecclésiastiques, judiciaires et civils. En 1696 
Frédéric I er , descendant lui-même du huguenot Coligny par sa 
mère Henriette d'Orange-Nassau, encouragea les hommes de science 
du Refuge à éditer la Nouvelle Gazette des Savants, publiée en Français. 
En 1700, il créa l'Académie des Sciences de Berlin, qui, autour de Leib- 
nitz et après lui, groupa quantité de savants et littérateurs français : 
Chauvin, La Croze, des Vignolles, Naudé, Lenfant, Mauclerc, Pelioutier, 
Formey, etc. 

Mais, c'est surtout sous Frédéric II, élevé par des précepteurs fran- 
çais, M rae de Rocoules et le capitaine Duhan, que le mouvement 
s'accentua. A I école des Réfugiés, le roi philosophe s'ouvrit aux idées 
françaises, indépendamment même du protestantisme. Il appela à la 
présidence de l'Académie de Berlin, où désormais le français l'ut la 
seule langue en usage, le célèbre astronome Maupertuis déjà membre 



CORRES POND ANC S 



123 



de l'Académie des Sciences de Paris. On connaît la correspondance que 
le roi échangea avec Voltaire, Jean-Jacques-Rousseau et les encyclopé- 
distes, d'Alembert et Diderot, etc. Ce que l'on sait moins c'est qu'il fut 
lui-même un grand écrivain français. Ses œuvres complètes qui ne 
comptent pas moins de trente volumes in-4°, sans une ligne d allemand, 
et' où sont traités les sujets les plus divers : histoire, stratégie, politique, 
philosophie, littérature, lui ont mérité le témoignage suivant de 
Miche le t : 

« En parcourant la colossale édition de ses œuvres, on reconnaît 
avec tous les critiques, les Villemain et les Sainte-Beuve, ce que le libre 
esprit des Diderot et des d'Alembert disait sans flatterie . c'est un 
grand écrivain, excellent prosateur, net, simple, mâle, d'étonnant 
sérieux qui, même en face de Voltaire, dans ses très belles lettres, se 
soutient avec dignité ». 

Sans doute, Frédéric II, dans la guerre de Sept ans, se trouva l'ad- 
versaire de la France sur les champs de bataille, après avoir été 
d'ailleurs plusieurs fois son allié, comme dans la guerre de Succession 
d'Autriche/ qui lui valut la Silésie; mais même alors, il conservait son 
admiration pour les Français : « Je ne m'accoutume pas à regarder les 
Français comme ennemis », disait-il. 

En tout cas, ce prince garde l'impérissable honneur d'avoir donné 
à Voltaire, éloigné de Paris par la méfiance de la Cour et du Parlement 
et l'hostilité du clergé, une hospitalité digne du grand écrivain. Voltaire 
fut pendant trois ans, de 1750 à 1753, le commensal etami de Frédéric II. 
C'est à Berlin qu'il publia son chef-d'œuvre, Le siècle de Louis XIV, et 
qu'il écrivit son Essai sur les mœurs et Ves] Ht des nations. C'est de Berlin 
que sa gloire se mit à rayonner sur toute l'Europe, pour le plus granc 
profit des lettres et des idées françaises. 

A la fin du règne de Frédéric II, en 1783, l'Académie de Berlin pou- 
vait proposer à son concours annuel le sujet suivant : « ^ '^st ce qui a 
rendu la langue française universelle? Pourquoi mérite-t-c*. "ette 
prérogative » ? 

A la mort de Frédéric II, survenue en 1786, une réaction allemande 
se produisit, justifiée en somme par le mépris si absolu dans lequel ce 
souverain avait tenu la langue et la littérature de son propre pays ; mais 
ce sont les guerres de l'Empire qui changèrent véritablement les choses. 

La Prusse, humiliée par Napoléon I er , se détourna, non seulement 
des idées françaises comme ses princes l'avaient déjà fait, mais de la 
culture française elle-même et ce mouvement de désaffection gagna 
toute la nation. Le canon d'Iéna et le traité de Tilsitt rompirent défi- 
nitivement les liens, comme l'a dit M. Barthoimess, dant son Histoire 
de l'Académie de Prusse. Et, comme pour bien marquer le rapport qu'il 
y avait entre la culture française et. les Eglises du Refuge, celles-ci per- 
dirent leur existence officielle au même moment. Le traité de Tilsitt est 
de 1807; en 1808, le droit de « bourgeoisie française », réservé aux des- 
cendants de Réfugiés, était abrogé ; les juridictions particulières des 
communes françaises et le consistoire supérieur français étaient suppri- 
més. Le culte français autorise encore, cessa a peu près partout à la 
chute de l'Empire et ne subsista guère que dans une seule église de 
Berlin, une fois par mois, et encore pour la forme principalement, 



124 



CORRESPONDANCE 



car les anciens sentiments huguenots étaient bien étouffés. Dans la 
Prusse qui se préparait à la revanche et à Ja conquête de l'hégémonie, 
on devait trouver, parmi les plus ardents, bien des porteurs de noms 
français. Le culte français à été définitivement supprimé à Berlin peu 
après la déclarations de guerre de 1914. 

Mais, au temps de Napoléon, la Prusse n'était pas toute l'Alle- 
magne et, dans ies États du Sud, où s'étaient établies également de 
nombreuses colonies de Réfugiés, l'influence française subsista plus 
longtemps, d'autant plus qu'il s'agissait surtout de colonies agricoles, 
moins assujetties aux fluctuations politiques des princes. Ce ne fut pas 
une des moindres surprises des soldats français de la Révolution et de 
l'Empire que de trouver, dans la Hesse par exemple, des « petits 
Paris », comme ils disaient, où ils pouvaient se croire chez eux, 
d'autant plus qu'ils y étaient fort bien accueillis. Aussi bien, ces com- 
munes furent parfaitement traitées par les autorités françaises et 
exemptées de toutes réquisitions de guerre « par une exception aux 
dispositions générales, déterminée par votre titre de Français et la 
cause intéressante de votre retraite en Allemagne », comme le disait 
une proclamation de Hoche aux représentants de l'une d'elles, Frie- 
drichsdorf. C'est cette colonie qui, par une de ces mystérieuses dispo- 
sitions du destin, offrit un asile aux malheureux débris des armées 
françaises vaincues à Leipzig ; un assez grand nombre de nos soldats, 
abandonnées de la fortune, s'y fixèrent même pour toujours, réfugiés 
d'un nouveau genre s'ajoutant aux anciens. 

En Hesse et au Wurtemberg, ce ne fut donc pas une désaffection 
de la population qui éteignit peu à peu les souvenirs français. C'est le 
recul général de la langue française en Allemagne, dont on a vu plus 
haut les raisons, et la réaction politique qui sévit partout en Europe 
après 1814, qui secondèrent l'usure du temps pour fondre dans la 
masse les anciennes colonies de Réfugiés. On supprima les privilèges 
qui leur avaient été accordés au xvn e siècle pour sauvegarder leur 
autonomie, on leur coupa les ressources et on leur imposa des pas- 
teurs luthériens de langue allemande, en leur faisant ainsi violence, 
non seulement dans leur langue maternelle, mais dans leurs convic- 
tions calvinistes. 

Ce n'est d'ailleurs pas sans résistance que la germanisation fut 
subie. Une requête de Réfugiés adressée à Paris, en 1830, dit que 
« peut-être M. le général La Fayette, ami de tous les opprimés, consen- 
tirait à recommander ces descendants des martyrs à l'un des Etats- 
Unis d'Amérique, pour leur faire obtenir un district à défricher »... 
Ceux-là étaient prêts à reprendre à nouveau le chemin de l'exil. 
D'autre part, c'est de l'Allemagne du Sud que vinrent la plupart de 
ceux qui, dans cette période, rentrèrent dans leur mère patrie, en 
recouvrant, par cela même, leurs droits de Français — conformément 
à la loi de réparation du 9 décembre 1790 reconnaissant comme « na- 
turels français » tous les descendants de Réfugiés, considérant que 
leurs ancêtres expatriés de force n'avaient jamais perdu la nationalité 
française, et leur rendant l'exercice de tous les droits attachés à celle- 
ci, à la seule condition qu'ils fixent leur domicile en France et rem- 
plissent les obligations imposées à tous les Français* 



CORRESPONDANCE 



125 



Quelques colonies françaises réussirent à se maintenir intactes, 
malgré tout, en Allemagne jusqu'à la guerre de 1870. Parmi celles-ci, 
celle de Dornholzhausen, près de Hombourg-les-Bains, mérite une 
mention toute spéciale. Grâce au libéralisme du landgrave de Hesse- 
Hombourg, elle avait gardé toute son autonomie, comme à l'époque de 
sa fondation, en 4699; c'est-à-dire que, non-seulement elle avait une 
Eglise française, mais que l'enseignement public se faisait en français 
et que l'administration de la commune était elle-même purement 
française, restée entre les mains des descendants de Réfugiés. On y 
parlait uniquement le français. Ainsi, en pleine Allemagne du 
xix e siècle on trouvait là une vraie commune française. Le chef de la 
communauté, le pasteur Couthaud de Rembey, était même citoyen 
français. 

La guerre de 1866, de la Prusse contre l'Autriche et les Etats ; 3 
l'Allemagne du Sud, prélude de la guerre de 1870, allait porter un 
premier coup à cette colonie si miraculeusement conse. ' - à travers 
les âges. La Prusse victorieuse annexa purement et simple mu. ' ] e 
landgraviat de Hesse-Hombourg avec Dornholzhausen, dont les habi- 
tants devaient ainsi subir à l'avance un sort semblable à celui de leurs 
frères français d'Alsace et de Lorraine. La guerre franco-allemande 
précipita les choses. Le pasteur Couthaud de Rembey, le cœur ulcéré, 
rentra en France et, derrière lui, les Prussiens et leur langue s'instal- 
lèrent à Dornholzhausen, C'est d'abord l'administration, puis l'école 
qui furent germanisées. A l'Eglise, on commença par un régime mixte; 
puis on réduisit de plus en plus la part du culte français; celui-ci fut 
finalement supprimé en 1886. En quinze ans l'œuvre de près de deux 
siècles fut anéantie. 

L'Église réformée française de Francfort, seule, restait florissante à 
l'abri de l'ancienne ville libre, centre du libéralisme allemand, patrie 
de Goethe, l'apologiste envers et contre tout du génie de la France. 

A la veille de la guerre, elle possédait encore deux pasteurs, de 
nationalité suisse, qui faisaient chaque dimanche un culte français 
devant de nombreux auditeurs fidèles à la langue de leurs ancêtres. La 
guerre même ne changea rien d'abord. En 1916 seulement, on institua 
un service allemand alternant avec le service français. Mais le grand 
coup fut porté à l'Église après la guerre : c'est l'occupation de Franc- 
fort, au printemps 1920, qui donna à l'opposition allemande une puis- 
sance à laquelle les plus obstinés amis de la langue française, malgré 
tous les efforts qu'ils ont tentés depuis, n'ont pu résister. On obligea, 
enfin de compte, les pasteurs, dont l'un, M. Correvon, exerçait son minis- 
tère depuis plus de quarante ans, à démissionner et, comme nous 
l'avons dit, le dernier culte français a été célébré à Francfort le 5 mars. 
Il y avait trois cent soixante-huit ans que l'Église réformée française y 
avait été fondée. 

Quand on se représente à travers quelles vicissitudes de l'histoire 
elle avait réussi à se maintenir debout, on est bien obligé de se 
demander quelle grave signification s'attache à cette chute de la 
dernière survivante de ces dispensatrices de la culture française 
qu'étaient les communautés du Refuge en Allemagne. Cette significa- 
tion n'est pas difficile à trouver; elle apparaît dans le triomphe du 



CORRESPONDANCE 



nationalisme 1 , mortel pour toute civilisation générale. Les peuples, 
orgueilleux de leurs destinées ou jaloux de prendre leur revanche.se 
sont de plus en plus fermés les uns aux autres, si bien que désormais 
on met son patriotisme, sinon à ignorer, du moins à ne plus honorer la 
langue de ceux qu'on ne regarde plus que comme des rivaux dont il 
faut se méfier, ou des adversaires. Ce nationalisme est si fort, qu'il 
fausse tout autre sentiment religieux, esthétique; il fausse même le 
sens scientifique. On ne veut plus, maintenant, dans chaque pays, 
qu'une église nationale, qu'un art national, qu'une littérature nationale, 
qu'une science nationale ! 

Notre pays aussi s'est laissé, contaminer hélas, par le nationalisme 
qui lui promet grandeur et gloire. C'est son influence qui nous pousse 
sur le Rhin et dont nous avons pu apprécier tout à l'heure les effets 
pour la propagande française. Si seulement nous pouvions enfin recon- 
naître notre erreur au spectacle de l'étranger et, en mesurant tout ce 
que fait perdre au prestige du nom français ce nationalisme qui, depuis 
un siècle, s'est levé sur l'Europe et qui, peu à peu, a éliminé, non seu- 
lement de l'Allemagne, mais de tant de pays, notre langue que l'Aca- 
démie de Berlin considérait comme universelle en 1783, et qui, en 
pleine France victorieuse, n'a pas pu s'imposer à la Conférence de la 
Paix de 1919. 

Caspar-Jordan. 

Petit Havre, 18 mars. 



Le grand prix Gobert, de 9 000 francs, a été décerné par 
Académie française, une première fois à notre collègue Rodolphe 
Reuss pour son Histoire de Strasbourg depuis ses origines jusqu'à 
nos jours et une seconde fois, à M. Lucien Romier pour ses deux 
olumes sur Le Royaume de Catherine de Médicis La France à la 
veille des guerres de religion. Toutes nos félicitations aux deux 
lauréats, 

N. W. 



Les Pasteurs Scoîfier on Escoffier. 

Voici deux notes qui corrigent l'article que nous avons con- 
sacré à ces pasteurs dans le Bulletin de 1920 (p. 57-78). 

La première, qui nous est communiquée par le pasteur 
. Jalla, de Torre Peîlice, nous apprend que Robert Escoffier 

1. Qui, en définitive, est responsable de cette crise si ce n'est, en premier 
leu. Bismark qui a poussé l'horreur de ce qui n'est pas allemand jusqu'à 
élimination de la typographie allemande, des caractères romains, pour 
bliger les Français à lire l'allemand en caractères gothiques, ce qui ne 
empêchait pas de se servir du mot Delicatessen pour désigner des victuailles 
echerchées par ses compatriotes C'est aussi après 1870 que les pasteurs 
ttachés aux Églises du Refuge durent prêter serment à l'empereur, ce qui 
bligeait ces Éplises à les chercher ailleurs qu'en Frauctf. 

N, Yv\ 



CORRESPONDANCE 



était à Genève en 1609 (v. p. 62) et que son fils Jean I (p. 67) y 
est né probablement, ce qui lui valait l'adjectif de Genevensis, 
que nous avions cru devoir corriger en Cenevensis. Le livre des 
Bourgeois de Genève, publié par Coveîle, mentionne, au 31 mai 
1609, <( Spect. Robert Escofier et Jean son fils, 10 escus, 5 seillots, 
1 minot. » «Le mot escoffier, dit M. Jalla, signifiait cordonnier, et 
se retrouve dans diverses régions de France, ainsi que dans îe 
Niçois, la vallée d'Aoste et la Suisse. Il n'y a donc rien d'éton- 
nant à ce qu'on ne puisse pas rattacher entre elles les diverses 
amilles portant ce nom ». 

Une seconde note se rapporte à Jean Escoffier II, et nous 
apprend la date où ce pasteur a été arrêté. Je la trouve dans un 
registre de copies diverses réunies par F. Teissier, registre en 
ma possession, et qui reproduit ici des fragments d'un livre de 
raison de la famille du chanoine François Puech (Archives des 
Hospices de Nîmes) : 

« Ce vendredi 29 octobre 1683. Il est arrivé en cette ville de 
Nîmes le matin, portes ouvertes, 345 dragons, qui ont fermé les 
portes de la ville, sauf celle de la Couronne, où il y a eu un 
corps de garde jour et nuit. On a d'abord fait perquisition pour 
prendre les sieurs Pérol [Peyrol] ministre, Icard aussi ministre 
et [Claude] Brousson, avocat, et plusieurs autres, lesquels s'étant 
cachés ou ayant fui ont été criés pour avoir été du sentiment de 
prêcher leur religion prétendue réformée à Saint Hippolyte et 
autres lieux défendus et leur exercice interdit (sic). Le même 
jour, partie des dragons ont été à Saint Gilles, Yauvert, Aujar- 
gues et autres lieux pour prendre les ministres et ont pris le sieur 
Escoffier ministre de Saint Gilles et Chambon, ministre d'Aimar- 
gués, qui les ont menés en cette ville et le lendemain conduits 
à Montpellier. » Ch. Bost. 



NÉCROLOGIE 



M. Alfred Cartier. — M. Gédéon Bourgeon. — M. A. Bossert. 

C'est un devoir pour le Bulletin, d'inscrire ici, an moins les 
deux premiers noms qui figurent en tête de cette notice et qui 
furent ceux de deux amis de nos études. 

Je n'ai connu que par le Bulletin de la Société d'Histoire et 
d'Archéologie de Genève dont le dernier fascicule, (IV; livr. 7 et 8) 



128 



NECROLOGIE 



vient de m'arriver, la mort survenue il y a plus d'un an déjà, le 
14 avril 1921, de M. Alfred Cartier, directeur général, depuis 
1908, du Musée d'Art el d'Histoire de Genève. Il avait débuté 
par des études surtout bibliographiques, relatives à la Réforme, 
et longtemps il recueillit des matériaux pour une histoire des de 
Tournes et pour la correspondance de Th. de Bèze. Il avait alors 
inséré dans notre recueil, en 1889, une intéressante notice sur Le 
libraire Jean Morin et le Cymbalum mundi de Bonaventure Despé- 
riers, provoqué la publication de l'importante Histoire de Genève 
de Jean-Antoine Gautier, et fait paraître (1896) l'opuscule â peu 
près inconnu de Calvin, Excuse de noble seigneur Jaques de Bour- 
goigne, dont une deuxième édition augmentée a paru en 1911 . Il a 
été un de nos plus aimables et plus obligeants correspondants. 

M. le pasteur G. Bourgeon vient de s'éteindre subitement, le 
1 er juin dernier, à Caen où, après avoir été pasteur et professeur 
d'histoire au collège protestant de Nérac (1872-1880), il avait 
exercé le ministère de 1881 à 1905, et servi ensuite comme aumô- 
nier volontaire au 21 e corps (1915-1916). En 1880 il avait publié 
sur La Réforme à Nérac, ses origines (1530-1560), un volume té- 
moignant de recherches approfondies et qu'il a regretté de n'a- 
voir pu compléter. Il s'efforçait de maintenir chez ses parois- 
siens le culte du passé ; à cet effet, il terminait toujours son 
cours d'instruction religieuse par une promenade destinée à 
montrer à ses catéchumènes tous les lieux de Caen et des envi- 
rons auxquels se rattachaient des souvenirs huguenots. Nous 
renouvelons , à sa veuve et à ses enfants l'expression attristée de 
notre affectueuse sympathie. 

On annonce aussi la mort, à 90, ans de M. A. Bossert, ancien 
élève de la Faculté de théologie de Strasbourg, inspecteur géné- 
ral de l'enseignement des langues vivantes en retraite, que la 
maison Hachette chargea de rédiger pour la collection des grands 
écrivains, la biographie de Calvin (1906.) 

N. W, 



Le gérant ;" Fischbaghëh. 



Paris. - Typ. Ph. Renouard, 19, rue des Saints-Pères. — 56397 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 



du 



Protestantisme Français 

Reconnue d'utilité publique par Décret du Ï3 juillet 187Ô 



Dullelin 



PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS 

Etudes, Documents, Chronique littéraire 

i 

LXXI e ANNÉE 

VINGTIÈME DE LA 5* S É,R I E 

3. Juillet Septembre 1922 




PARIS 

Au Siège de la Société, 54, rue des Saints-Pè.res 



LIBRAIRIE FISCHBACHER (Société anonyme) 

33, rue de Seine, 33 

1922 



Avis important. — Les abonnements impayés seront réclamés, avee 
majoration de 0 fr, 50, par mandat- carte,, affranchi, à remettre à la poste 
avec le montant. 



N. W. — Pour la Fête de la Ré formation . 129 

ÉTUDES HISTORIQUES 

Augustin Renaudet. — La légation du cardinal Morone près 
l'Empereur et le Concile de Trente (avril-décembre 1562), 
d'après une publication récente . 131 

DOCUMENTS 

G n. Bost et P. Falgairolle, — Les prisonniers d'Aigues-M ortes 

et les Notaires 144 

Séances du Comité. — 23 mai 1922 153- 

GHRONIOyE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 
N. Weiss. — Catherine de Médicis, par «L Mariéjol. — Le royaume 
de Catherine de Médicis, par L. Romier. — La conjuration 
d'Amhoise et Genève, par H. Naef. — François Bauduin et 

la Réforme, par J. Duque^ne. . . . . .\ 155 

Th. Schoell, — Bordeaux au XVIII e siècle, par A. Leroux. — His- 
toire religieuse de Strasbourg-, par Al. R„ Reuss. — La 
renaissance catholique en France au XVII e siècle, par. .le 
chanoine Prunel ......... ....... 105 

CORRESPONDANCE 

G. Tournier. — Inauguration du monument huguenot de la 

« Pierre Plantée » •(-Tarn) ....... 174 

R. P. — Les réunions du Musée du Désert, 5, 6, 13 août 1922. . 177 

N. W. — Mademoiselle de la Taillée expulsée en 1(>»8. . . . 183 
Daniel Bourchemin. — Témoignages d'Auguste Comte à la 

mémoire de Daniel Encontre 183 

H. Géli.n et N. W. — Sépultures huguenotes en plein champ. 185 
J. Pannier. — Un autre testament d'Elisabeth d'Hauteville . ., 186 
R. Garreta. — La baronne de Courvilîe et la dame de Mon- 

tigny sa mère .... . ................... 188 

N. Weiss. — Roquefelîer-Roquefeuîl . ..... 191 

NÉCROLOGIE 

N. W. •"- Arthur de Cazenove. — Albert Monod. — Philippe 

Godet 192 

ILLUSTRATIONS 

La Pierre Plantée, p. 175. — La plaque dédiée à Jean Cavalier, p. 178; 
l'assemblée du Mas-lïoux, p. 180 et le Musée du Désert p. 181, 
d'après des photographies. 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII e ), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
exemplaire donne droit à une annonce sur cette couverture. 

Le Bulletin paraît tous les trois mois, en cahiers in-8° de 64 à 80 pages avec illustrations. 
On ne s'abonne pas pour moins d'une année. Tous les abonnements datent du 1 er janvier 
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Prix de l'abonnement : 15 fr. pour la France, l'Alsace et laLorraine; — "16fr. 50 pour 
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La voie la plus économique et la plus simple pour le payement des abonnements est 
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lussi être adressés par la même voie les dons et collectes. 



SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE 

DU 

PROTESTANTISME FRANÇAIS 



Pour la Fête de la Réformation 



Voilà des années que nous la célébrons et que nous nous 
demandons si la réalité correspondra jamais à l'idéal qu'ont 
entrevu les réformateurs. 

Le monde qui les vit naître, asservi à la suprématie spirituelle 
et temporelle de la papauté, aux ambitions, aux rivalités des rois 
et des princes, sans cesse ravagé par les guerres, les épidémies, 
la famine, — ils rêvaient de le délivrer de ces maux par l'Evangile 
de justice, de vérité et d'amour. Persécutés, trahis, calomniés, 
ils crurent à la victoire malgré les défaites et les abandons. 
Il est facile, quand on jette un regard sur les siècles qui nous 
séparent d'eux, de les traiter de visionnaires et de leur opposer 
le spectacle de nos ruines, de nos déceptions, d'un avenir inquié- 
tant. 

Et pourtant, qui oserait soutenir que leur effort a été vain, 
que l'humanité renoncera à l'idéal de liberté individuelle et 
collective, de justice sociale, de pitié pour les pauvres et les petits 
qu'ils n'ont pu réaliser que très imparfaitement, mais pour 
lequel ils ont vécu, souffert et sont morts? 

Il y a à peine sept ans qu'à Paris, en Angleterre, à Genève, 
les Tchèques et leurs amis célébraient discrètement, mais avec 
ferveur, le cinquième centenaire du martyre de Jean Hus. 
A Genève les orateurs furent un proscrit, le professeur d'éco- 
nomie politique Mazaryk et notre regretté collègue Ernest Denis. 
De cinq étudiants tchèques qui étaient venus de Baie, quatre, 
rentrés dans leur patrie, furent emprisonnés, l'un d'eux con- 
damné à mort puis à la détention perpétuelle et les autres à dix- 
3. Juillet-Septembre 1922. 9 



130 



POUR L'A FÊTE DE LA RÉFORMATION 



huit ans de forteresse. Aujourd'hui le proscrit de 1915 est pré- 
sident de la République tchéco-slovaque, M. Ernest Denis, son 
plus utile et plus fidèle collaborateur est mort à la peine, mais 
dans une véritable apothéose, et le peuple dont ils soutinrent 
l'espérance, secoue le joug religieux qui l'écrasait *. 

Oui, la liberté religieuse, point de départ et fondement de 
toutes les autres, est encore supprimée en Russie, opprimée en 
Orient, en Transylvanie 2 et ailleurs. En France, nous l'avons 
inscrite dans nos lois, quitte à proscrire jusqu'au nom de Dieu 
de nos manuels scolaires ; depuis qu'un certain parti, toujours le 
même, représente la victoire de 1918 comme une « victoire catho- 
lique », J que partout on nous annonce une véritable «renais- 
sance catholique 4 , le protestantisme est affublé du manteau de 
Tartuffe jusque dans les romans ultra-modernes 5 . 

Tout cela ce sont des symptômes d'un effort concerté qui, tôt 
ou tard, échouera à son tour, si ceux qui s'instruisent aux leçons 
de l'histoire, restent fidèles à cette recommandation du martyr 
de 1415 : Cherche la vérité, écoute la vérité, apprends la vérité, di& 
la vérité, garde la vérité, défends la vérité jusqu'à la mort 6 . 

n. w; 



1 . Voy. la Semaine religieuse de Genève, 7 octobre 1922. 

2 Cf., entre autres, La Transylvanie sous le régime roumain, Rappoi l de 
la Commission unitaire américaine, Budapest, 1921, édition delà Société de 
littérature populaire. 

3. Victor Giraud, Revue des Deux Mondes, 15 avril 1922, p. 859. Cf. Paul 
Seippel dans le Journal de Genève, 31 juillet 1922. 

4. Voy. plus loin le compte rendu du livre du chanoine Prunel, la Renais- 
sance catholique, Paris, Picard, 1922. 

5. Voy. la Pécheresse de H. de Régnier, Y Atlantide et le Lac salé de 
P. Benoist, etc. 

6. Le Bulletin sera envoyé à tout pasteur dont l'Eglise nous adressera 
une collecte ou un don (n° de chèque postal, 407.83). 



Études historiques 



LA LÉGATION DU CARDINAL MORONE PRÈS L'EMPEREUR 

ET LE CONCILE DE TRENTE 

(avril-décembre 1562), 
d'après une publication récente 

Le cardinal Giovanni Morone est une des figures les plus 
représentatives de ce groupe de catholiques, voisins, par 
leurs tendances morales et religieuses, voisins même, par 
leurs doctrines théologiques, du protestantisme, qui, au 
début du pontificat de Paul III, obtinrent assez de crédit 
pour qu'on pût espérer une rénovation large et humaine 
de l'ancienne foi et de la vieille Église, mais bientôt, - 
débordés par les partisans d'une réforme étroite et into- 
lérante, en furent les premières victimes, et finirent par 
s'en faire, bon gré mal gré, les instruments. C'est grâce à 
Morone, l'ami de Contarini, de ReginaldPole et de Yittoria 
Colonna, violemment suspect de luthéranisme et prison- 
nier de l'Inquisition romaine sous Paul IV, que le concile 
de Trente s'est terminé par le triomphe de l'orthodoxie et 
du Saint-Siège. 

- 

Fils de diplomate, — son père Girolomo Morone fut 
chancelier des derniers Sforza, — et diplomate lui-même 
avant tout, puisque, dès l'âge de vingt ans, en 1529, 
Clément VII le charge d'une mission auprès de Fran- 
çois I er , que, de 1536 à 1538, de 1539 à 1542, il repré- 



132 



ÉTUDES HISTORIQUES 



sente le Saint-Siège comme nonce en Allemagne, et en 
1555, comme légat à la diète d'Augsbourg, Giovanni 
Morone est, en même temps, de bonne heure, un grand 
seigneur d'Église. Évêque de Modène à vingt ans, cardi- 
nal à trente-trois, évêque de Novare et légat de Bologne 
en 1544, il compte, dès ses débuts, parmi les chefs offi- 
ciels du clergé italien. Mais sa vie religieuse est d'un pré- 
lat réformateur, strictement attaché à ses devoirs, qui 
n'ignore aucune des misères de l'Église. Aussi, dès 1542, 
Paul III lui a-t-il confié la présidence du concile récem- 
ment convoqué à Trente : et. sans doute, si l'ouverture 
longtemps différée de l'assemblée ne l'avait empêché 
de remplir cette mission, s'y fût-il montré assez différent 
du négociateur trop habile de 1563. 

Ses premières amitiés le rattachent en effet au petit 
groupe d'esprits profondément chrétiens qui, sous le pon- 
tificat de Clément VII, avaient fondé à Home l'Oratoire 
de l'Amour Divin, et, après le sac de 1527, se retrouvèrent 
à Venise auprès du sénateur Gasparo Contarini. Ses 
hommes étaient avant tout des ascètes et des rigoristes; leur 
idéal de perfection religieuse demeurait monastique. Mais, 
comme les érasmistes espagnols qui, vers la même époque, 
obtenaient à l'université d'Alcala, réformée par le cardi- 
nal Cisneros, d'incontestables succès, ils rêvaient de con- 
cilier la discipline catholique a\ec la culture gréco-latine; 
ils se méfiaient des doctrines surajoutées par la tradition 
aux croyances primitives, des pratiques, des dévotions 
superstitieuses et formelles qui abaissaient la piété chré- 
tienne; ils savaient les méfaits de la cour de Rome. S'ils 
condamnaient la révolte de Luther et déploraient la rup- 
ture de l'unité catholique, ils souhaitaient la réunion 
d'un concile universel, qui eût réparé des maux trop 
évidents, supprimé des griefs trop justifiés, et permis à 
l'Église, restaurée par ses propres forces, purifiée et 
rajeunie, de reconquérir son prestige et l'obédience des 
peuples qui se détournaient d'elle. Ainsi pensaient, avec 
Gasparo Contarini, Jacopo Sadoleto, Pietro Bembo, le 
prélat anglais Reginald Pôle, qui tous, plus ou moins, 



ÉTUDES HISTORIQUES 133 

avaient appris à lire dans les livres d'Érasme, et devaient 
garder jusqu'à la mort la marque de l'esprit érasmien. 
Déjà, pourtant, certains indices annonçaient que l'avenir 
ne leur appartiendrait pas. Quelques membres de l'Ora- 
toire primitif s'en étaient déjà retirés : Gaetano de 
Thiène s'absorbait tout entier dans la fondation et la direc- 
tion du nouvel ordre des Théatins; Giampietro Caraffa ne 
songeait plus guère qu'à la correction des réguliers et qu'à 
introduire en Italie l'Inquisition espagnole. Si la commis- 
sion de réforme, réunie par Paul III en 1539, avait encore 
adopté le programme des modérés, les partisans de 
Caraffa, méfiants à l'endroit des hardiesses érasmiennes, 
ne voyaient de salut pour l'Église que dans une hâtive 
codification des dogmes et des pratiques. Mais Giovanni 
Morone restait fidèle aux tendances de Pôle et de Conta- 
rini. Dès 1536, il affirmait l'urgente nécessité du Concile; 
c'est lui qui fit accepter par la diète, en 1542, le choix 
de la ville de Trente comme siège de l'Assemblée. En 
Allemagne, de 1536 à 1538, il avait, au grand déplaisir 
d'Aléandre, obtenu, par sa modération, la sympathie du 
roi des Romains, Ferdinand ; car le frère de Char- 
les-Quint ne désespérait pas de regagner, par la douceur, 
les luthériens, qui, à Augsbourg, s'étaient montrés bien 
plus intraitables en face des sacramentaires que des catho- 
liques. Sans partager les illusions de Ferdinand, Morone 
jugeait du moins que seule une réforme profonde et 
sérieuse pouvait enrayer les progrès du protestantisme ; 
et quand le colloque de Ratisbonne, auquel il assista, eut 
marqué définitivement, en 1541, l'échec de la politique 
conciliante en Allemagne, et que Paul 111, inquiet des pro- 
grès [du luthéranisme en Italie, à Ferrare, à Lucques, à 
Naples, eut, le 21 juillet de l'année suivante, autorisé la 
fondation du Saint-Office romain, Morone ne cessa pas 
de penser que la réforme interne de l'Église était plus 
urgente que la suppression violente de l'hérésie. 

Il le montra dans son diocèse de Modène, un des plus 
gravement menacés par les hétérodoxes. Il ne croyait 
pas d'ailleurs que l'interprétation luthérienne du dogme 



134 



ÉTUDES HISTORIQUES 



chrétien fût de tout point inexacte. Il n'était pas loin 
d'admettre que l'homme, pour mériter le salut, doit 
compter sur sa foi et non sur ses œuvres. Ignace de 
Loyola venait d'arrêter à Home, en 1539, les principes 
et le plan de la société, dont Paul III, après quelques 
doutes, approuvait, le 27 septembre 1540, l'esprit et 
l'institution. Déjà ses premiers compagnons avaient 
ouvert, en Italie, la'campagne contre les hérétiques ; en 
1541, Alfonso Salmeron prêchait à Modène. L'évêque lui 
témoigna peu de faveur. Us s'entendirent mal sur la 
question du salut : Salmérôn ne voulait pas qu'on ensei- 
gnât aux chrétiens l'inutilité des œuvres et s'efforçait de 
les réhabiliter; Morone protestait vivement que les œuvres 
sans la foi ne méritent que l'enfer, et que, même en célé- 
brant la messe, — la plus sainte des œuvres que l'homme 
pût accomplir, — il avait conscience de commettre un 
péché. Salmérôn dut quitter Modène, et, l'année suivante, 
Morone se contenta d'imposer aux hérétiques de son dio- 
cèse la signature d'un formulaire assez vague et conciliant, 
rédigé par Contarini. Il autorisait, en même temps, l'im- 
pression et la lecture d'un des livres qui servirent le 
plus efficacement la cause luthérienne en Italie, le Bene- 
ficio délia morte di Cristo, du moine Benedetto de Mantoue, 
disciple de Juan de Valdés. Légat de Bologne, il traitait 
avec ménagement les étudiants allemands qui, à l'Univer- 
sité, propageaient les doctrines hétérodoxes. Il corres- 
pondait avec Pôle ; il était en communion d'esprit avec 
Jean de Valdés, avec Vittoria Colonna, avec Bernardino 
Ochino, qui plus tard quitta décidément le catholicisme, 
avecPietro Carnesecchi, victime, en 1567, de l'Inquisition 
romaine; et quand, aux premières sessions de Trente, en 
1545, les Jésuites Lainez et Salmeron eurent, malgré le 
général des AugustinsGirolamo Seripando, malgré le légat 
Reginald Pôle, obtenu l'anathème contre la doctrine pro- 
testante de la justification par la foi, il n'hésita pas à 
désapprouver le décret du concile. 



ÉTUDES HfSTORTQUES 



Mais depuis l'échec du colloque de Ratisbonne, le 
catholicisme réformé et tolérant, d'inspiration éras- 
mienne, perdait du terrain. Contarini était mort en 
1542; Sadolet et Pôle, esprits délicats, de culture litté- 
raire, mais sans grande vigueur, étaient peu capables de 
défendre une cause perdue. Dès juin 1546, Pôle, décou- 
ragé de voir, à Trente, s'annoncer la victoire des intran- 
sigeants, avait quitté le concile. L'autorité des Jésuites 
et de l'Inquisition romaine grandissait, et le cardinal 
Caraffa groupait autour de lui toutes les forces de la 
réaction catholique. Au conclave de 1549, il obtenait que 
Pôle, un moment élu, fût écarté du pontifical ; il en écar- 
tait également Morone. Quand se rouvrit le concile de 
Trente, en 1551, tous deux furent encore appelés à Rome 
et consultés; mais Jules ITT écoutait plus volontiers le 
cardinal Cervini, ami des Jésuites et interprète de Caraffa. 
Déjà, d'ailleurs, le légat de Bologne s'était réconcilié avec 
Lainez et Salmerôn; et tandis que Pôle consacrait ses 
derniers efforts à restaurer le catholicisme dans le 
royaume de Marie Tudor, et, débordé par les violents, 
couvrait de son autorité une persécution sanglante de 
l'hérésie, Morone, de son côté, donnait des gages à la 
réaction. Il encourageait la fondation du Collège Germa- 
nique; légat à la diète d'Àugsbourg en 1555, il s'épuisait 
en vains efforts pour entraver la pacification religieuse 
à laquelle Charles-Quint était dès lors resigné. 

Jules III mourut, Marcel II ne fît que passer, Caraffa 
devint, le 23 mai 1555, le pape Paul IV. La haine sénile 
et tenace dont il poursuivait Pôle et Morone ne tarda pas 
à se satisfaire. Le 31 mai 1557, Morone était emprisonné, 
comme suspect d'hérésie, au château Saint-Ange; plu- 
sieurs de ses amis et de ses familiers étaient poursuivis, 
et le cardinal Pôle, cité à Rome, voyait révoquer sa léga- 
tion d'Angleterre. Marie Tudor ne lui permit pas de 
s'embarquer; mais, contre Morone, le Saint-Office dressait 



ÉTUDES HISTORIQUES 



vingt-et-un chefs d'accusation. Il avait fréquenté des 
hérétiques, et toléré la diffusion de livres dangereux; il 
s'était montré négligent dans la répression des mauvaises 
doctrines; il pensait mal de la vénération des reliques; 
il avait blâmé le décret de Trente sur la justification; il 
avait mal soutenu les droits du Saint-Siège. Le cardinal 
Ghislieri, qui fut plus tard Pie V, ordonnait la saisie de 
ses papiers, le traitait, selon la méthode de l'Inquisition, 
en coupable réticent, lui imposait un régime cruel. 
Lainez et Salmerôn s'employèrent à le sauver; il refusa, 
dit-on, une grâce, offerte par Paul IV, à laquelle son 
crédit n'eût pas survécu. La mort du pape, le 18 août 1559, 
le délivra : il sortit le surlendemain du château Saint-Ange 
pour prendre part au conclave. Toutefois, si treize cardi- 
naux s'étaient prononcés en sa faveur, onze persistaient 
à suspecter sa foi. Pie IV, Milanais comme lui, le prit 
sous sa protection ; et, le 6 mars 1560, l'inquisition 
romaine le déclarait solennellement innocentem et inno- 
centissimum ; trois ans après, le pape lui confiait la prési- 
dence du concile de Trente. Mais il avait un passé douteux 
à faire oublier. 



L'assemblée s'était rouverte, pour la troisième fois, 
le 15 janvier 1562. Les plus puissants États lui étaient 
hostiles. Empereur depuis l'abdication de Charles-Quint, 
Ferdinand ne désespérait pas de ramener au catholicisme 
les luthériens, qui, par la paix d'Augsbourg, avaient 
conquis la liberté religieuse. Les catholiques allemands, 
très mal disposés vis-à-vis de Rome, exigaient une 
réforme radicale de l'Église, dans son chef et dans ses 
membres; et les délégués de Ferdinand avaient reçu 
l'autorisation de réclamer la messe en langue vulgaire, la 
communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, 
une réforme sévère de la Curie et une stricte réduction 
du pouvoir pontifical. En France, Catherine de Médicis, 
qui suivait encore les conseils de Michel de l'Hospital, 



ÉTUDES HISTORIQUES 



1 37 



recherchait les moyens de pacifier catholiques et calvi- 
nistes; les États d'Orléans, en janvier 1561, avaient 
discuté la question d'un concile gallican; et, malgré 
l'échec du colloque de Poissy, l'édit de janvier 1562 
accordait aux protestants une assez large liberté de culte. 
En Espagne, si Philippe II venait, en quatre autodafés, de 
supprimer les groupes hérétiques de Valladolid et de 
Séville, n'admettait aucune transaction sur le dogme et 
sur la pratique, il estimait peu la cour romaine, et vou- 
lait une limite au pouvoir du Saint-Siège. 

Les débats étaient violents et agités, sans qu'on pût 
arriver à une conclusion ni constituer une majorité 
stable. Sur la question du dogme et pour le refus de 
toute concession aux protestants, la masse des prélats 
italiens, guidés par les Jésuites, obtenait aisément l'appui 
des délégués espagnols, contre les Allemands et les 
Français. Sur la question de la hiéraarchie et pour dénier 
au Saint-Siège une obédience illimitée, Espagnols, Alle- 
mands et Français s'unissaient contre les Italiens. La 
coalition antiromaine, rejetait la formule Proponentibus 
legatis, qui eût sous-entendu la supériorité du pape sur 
le concile ; elle affirmait avec acharnement que les évêques 
tiennent leur pouvoir immédiatement de Dieu ; et un 
prélat espagnol alla jusqu'à dire que l'Église primitive 
avait ignoré la suprématie du Siège romain. Mais si l'on 
discutait de l'Eucharistie ou de la messe, l'accord se 
rompait; les Espagnols se retrouvaient à côté des Italiens 
et à la suite de Lainez pour rejeter les concessions 
qu'admettaient Allemands et Français. L'arrivée au con- 
cile, en novembre 1562, d'une nouvelle délégation fran- 
çaise, présidée par le cardinal de Lorraine, et qu'on 
savait animée d'un esprit violemment gallican et anti- 
romain, inquiéta gravement la cour pontificale. Deux 
légats vinrent à mourir en mars 1563, Ercole Gonzaga. 
cardinal de Mantoue, et Seripando, tous deux favorables 
à une politique de concessions. Français et Impériaux 
soutenaient la candidature du cardinal de Lorraine, qui, 
en février, à Innsbruck, s'était entendu avec Ferdinand. 



138 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Le péril grandissait pour la cour romaine; Pie IV et ses 
conseillers, les Jésuites, le jeune cardinal Carlo Borro- 
meo, qui dirigeait, avec une rare maîtrise, la politique 
du Saint-Siège, ne songeaient plus qu'à clore, au plus tôt, 
le concile. Où la discussion théologique se révélait inef- 
ficace, la diplomatie pouvait réussir : le moyen le plus 
sûr d'abréger les débats de l'assemblée était de gagner 
les principaux opposants, Ferdinand et le cardinal de 
Lorraine. Il fallait, pour cette œuvre, un négociateur 
habile à manier les hommes et les affaires : le 7 mars, 
Morone était nommé légat. 

Seul survivant, depuis la mort de Pôle, disparu 
en 1558, de la génération libérale qui désormais avait 
perdu la partie, Morone n'était plus et ne voulait plus 
être qu'un diplomate. Pleinement d'accord avec les 
Jésuites et Borromeo, il accepta la mission de procurer, 
dans le plus bref délai, la dissolution du concile. Il devait 
d'abord plaider, devant l'assemblée méfiante, les bonnes 
intentions du Saint-Siège. Impériaux, Espagnols, Fran- 
çais, étaient persuadés que Rome se refusait à toute 
réforme. Dès son arrivée à Trente, en avril 1563, Morone 
affirma très haut, contre toute apparence, que le plus 
cher désir du pape était de collaborer avec le concile 
pour rétablir la pure doctrine, corriger les mœurs et 
détruire les abus. Puis il partit pour Innsbruck; il y 
trouva l'empereur fort mécontent, et qui, d'accord avec 
le cardinal de Lorraine, exigeait la réforme complète de 
l'ordre ecclésiastique, etiam in capite. Mais il y rencontra 
aussi Canisius, l'introducteur de la Compagnie de .lésus 
en Allemagne, qui préparait dès lors, contre le régime 
établi à Àugsbourg, la longue et sourde lutte d'où devait 
sortir la guerre de Trente Ans. Esprit incertain et sans 
grande vigueur, Ferdinand, malgré la politique de conci- 
liation officiellement admise, subissait son ascendant, 
le protégeait et le laissait faire. Canisius et Morone uni- 



ÉTUDES HISTORIQUES 



139 



rent leurs efforts, et finirent 'par convaincre l'empereur 
que, dans l'intérêt même de la réforme catholique, mieux 
valait pour lui s'accorder directement avec le pape que 
de trop compter sur un concile anarchique et ingouver- 
nable ; l'assemblée close, rien n'empêcherait le Saint- 
Siège d'accorder à l'Allemagne d'importantes concessions 
en matière disciplinaire. 

L'entente fut conclue ; le concile ne devait écarter 
aucun des articles de réforme proposés par les ambassa- 
deurs impériaux; mais l'empereur éviterait de poser, en 
termes trop crus, la question de la réforme du Saint- 
Siège, ordonnerait à ses délégués de se tenir toujours en 
bonne intelligence avec les légats, et, de la sorte, tous les 
problèmes trop dangereux seraient systématiquement 
esquivés. Premier succès, dont Borromeo félicita Morone 
comme du plus grand contentement que le pape eut 
jamais reçu d'aucun de ses ministres. Cependant le légat, 
de retour à Trente, s'efforçait maintenant de jeter la 
brouille entre Espagnols et Français, ces « complices » 
dénoncés par Borromeo. Il y parvint sans trop de peine : 
des querelles de préséance entre le comte de Luna, 
représentant de Philippe II, et les ambassadeurs de 
France, lui fournirent l'occasion cherchée de rompre 
l'accord des deux délégations. 

Restait à gagner le cardinal de Lorraine. L'entreprise 
ne fut pas très difficile. Ce personnage ambitieux et chimé- 
rique, manquait trop évidemment de convictions et de 
doctrine. Rien, dans son passé, ne le désignait pour le 
rôle de champion des idées gallicanes et de la pacification 
religieuse. Soumis depuis 1550 à l'influence des Jésuites 
dont il s'était fait en France le protecteur officiel, c'était 
lui qui, au cours d'une mission à Rome en décembre 
1555, avait jeté définitivement les bases de la contre- 
Réforme dans le royaume, et, dès son retour, gagné 
Henri II à ses projets de lutte sans merci contre le calvi- 
nisme. C'était lui qui avait inspiré la lettre du 23 février 
1557, par laquelle Henri II chargeait Odet de Selve, son 
ambassadeur à Rome, de solliciter l'établissement Je 



140 ÉTUDES HISTORIQUES 

l'Inquisition en France; lui qui, lors de la signature de 
l'édit de Compiègne, avait reçu le titre de grand Inquisi- 
teur. Il avait été l'un des instruments de l'accord conclu 
au Cateau-Cambrésis, entre Henri II et Philippe II, 
contre . l'hérésie. Le coup d'État du 10 juin 1559, — 
l'arrestation en plein Parlement, des conseillers du Faur 
et du Bourg — , était son œuvre. A la veille du col- 
loque de Poissy, il avait obtenu du gouvernement royal 
la reconnaissance officielle de la Compagnie de Jésus. 
En réalité, dans une réconciliation, que plusieurs jugeaient 
encore possible, des Luthériens avec l'Église catholique, 
il voyait le plus sûr moyen d'isoler moralement, d'affai- 
blir et d'abattre le calvinisme. N'avait-il pas, au colloque 
de Poissy, invité les théologiens de la confession d'Augs- 
bourg, pour' accabler les calvinistes sous leur désaveu? 
Devenu, après l'assassinat de son frère devant Orléans, 
le 18 février 1563, chef du catholicisme français, il savait 
les affaires du royaume assez incertaines pour ne pas 
sacrifier son avenir de chef de parti. Morone put se le 
concilier sans trop de peine. On le séduisit par l'offre 
d'une légation qui lui aurait concédé sur 1 Église de 
France une autorité sans limites. A Rome, où il se rendit 
en septembre 1563, le cardinal, comblé de flatteries, ne 
résista pas aux avances de Borromeo et des Jésuites. 
L'exemple de l'empereur acheva de le rallier à la poli- 
tique pontificale. 11 quitta sans regret un rôle d'emprunt 
auquel il était mal préparé. 

* * 

Maître désormais du concile, où l'opposition se trou- 
vait affaiblie et déconcertée, où les prélats espagnols, 
seuls irréductibles, se voyaient isolés, en butte à l'hosti- 
lité des Allemands et des Français, Morone le conduisit 
rapidement à sa fin. Il sut, au moyen d'habiles compro- 
mis, tourner les difficultés; on évita soigneusement de 
définir les points trop controversés, de manière à laisser 
quelque liberté aux opinions contradictoires. On finit par 



ÉTUDES HISTORIQUES 



s'entendre sur l'institution des évêques et leur devoir de 
résidence sans porter préjudice à l'autorité du pape. 
On esquiva presque complètement la réforme de la Cour 
de Rome. La réforme des cardinaux, dont le concile 
avait prétendu limiter le nombre et définir la discipline, 
fut adjointe à la réforme des évêques et littéralement 
escamotée. D'ailleurs, au projet, soutenu parles princes, 
d'une réformation de la curie, les légats avaient répliqué 
par un projet de réformation des princes, qui, affranchis- 
sant les Églises nationales de kur tutelle, de leurs pré- 
tentions juridiques et de leurs exactions financières, les 
eût peu satisfaits. Comme on pouvait s'y attendre, les 
ambassadeurs français le repoussèrent hautement, au 
nom des libertés gallicanes, et, par protestation, quit- 
tèrent le concile pour se retirer à Venise, Fausse ma- 
nœuvre; le cardinal de Lorraine, qui revenait de Rome 
« tout adonné, écrit Morone, au service de Sa Béatitude, 
et résolu à terminer le concile », n'en fut que plus 
libre pour satisfaire Pie IV, auquel il semblait n'être plus 
pape, tant que siégerait l'Assemblée. Morone promit à 
Ferdinand qu'une fois la clôture prononcée, on accorde- 
rait à ses Etats toutes les concessions disciplinaires qu'ils 
sollicitaient, et la communion sous les deux espèces ; 
il fit reconnaître par le pape l'élection de son fils Maximi- 
lien comme roi des Romains. Les délibérations du concile 
devenaient de plus en plus précipitées ; on bâcla les der- 
niers canons dogmatiques et les derniers décrets de 
réforme; on régla sommairement la question du Purga- 
toire, celle de l'invocation des Saints, celle des indul- 
gences. Seuls, les Espagnols s'opposaient encore à la 
dissolution ; le comte de Luna disait attendre les instruc- 
tions de Philippe [I; il ne put que protester, sans effet, 
contre une discussion trop sommaire, tandis que le roi 
d'Espagne, circonvenu par la diplomatie pontificale, 
finissait par autoriser la clôture. Une légère indispo- 
sition de Pie IV offrit à Morone un prétexte pour l'anti- 
ciper, 11 sut encore assurer au Saint-Siège un nouveau 
triomphe. Sur son initiative, les Pères demandaient au 



ÉTUDES HISTORIQUES 



pape confirmation de leurs décrets, inclinaient devant 
lui l'autorité du concile universel ; et lorsque, le 9 dé- 
cembre, Morone déclara les sessions terminées, le car- 
dinal de Lorraine, au milieu des acclamations qui, 
saluaient Pie IV, consentit à le reconnaître, contre les 
« opinions de la Sorbonne »>, pasteur de l'Église univer- 
selle. 

* 
* * 

La légation de Morone près l'empereur et le concile 
vient d'être l'objet d'une publication dont ce bref résumé 
permet de mesurer l'importance et l'intérêt 1 . En un 
volume de six cents pages, M. l'abbé G. Constant vient de 
rendre accessible aux historiens la correspondance, sin- 
gulièrement riche, du cardinal, jusqu'ici presque entière- 
ment inédite. La plupart des documents ont été tirés des 
papiers de Morone, que conservent les Archives Vaticanes 
dans la série Concilie) (di Trento); quelques-uns provien- 
nent de la série dite JSunziatura di Spaçna; certaines 
pièces, et non des moins importantes, ont été copiées aux 
Archives de Vienne et aux Archives de Simancas. Ces 
documents aident à suivre jour par jour l'activité de 
Morone, les inquiétudes de la Cour de Rome, la diplo- 
matie du cardinal Borromeo, les hésitations et la capitu- 
lation de Ferdinand, la volte-face du cardinal de Lorraine, 
les dernières délibérations du concile, la résistance et la 
capitulation finale des Espagnols. Toute une histoire agitée 
et passionnée, toute une diplomatie ferme et subtile tiennent 
en ces pages. On comprend désormais pourquoi et com- 
ment le concile de Trente n'a pas rempli les attentes du 
monde chrétien, par l'action de quels personnages, sous 
l'empire de quelles craintes, de quelle volonté d'esquiver 
toute réforme profonde, avec quelle précipitation le 
catholicisme moderne s'est défini et fixé. Le cardinal 

1. G. Constant; La légation du cardinal Morone près l'empereur et le 
Concile de Trente {avril-décembre 1563); Paris, Éd. Champion, 1922, in-8°; 
lxv-611 p. — Ce livre forme le fascicule n° 233 de la Bibliothèque de l'École 
des Hautes-Études. 



ETUDES HISTORIQUES 



Morone apparaît comme l'un des hommes dont l'action, 
dans l'histoire de l'Europe moderne, a été, à un moment, 
capitale. 

Ce travail, longuement et minutieusement préparé, 
est une œuvre solide d'érudition et de science. On ne 
peut qu'en louer la technique. Les documents, latins, 
italiens, espagnols, soigneusement copiés et collationnés, 
ont été publiés avec une sure méthode, — malgré quel- 
ques fautes d'impression. Des sommaires précis et utiles 
les précèdent et les résument. Les notes, extrêmement 
copieuses et suggestives, presque surabondantes, ne 
laissent rien ignorer de ce qui peut éclairer, pour le 
lecteur, l'interprétation du texte, l'histoire de la contre- 
Réforme et du concile. On souhaiterait seulement que 
l'introduction, d'ailleurs assez complète, mais trop stric- 
tement biographique, dégageât en termes plus nets et 
plus vigoureux l'intérêt capital de cette belle publication. 



Augustin Henaudet. 



Documents 



LES PRISONNIERS O'AIGUES-MORTES ET LES NOTAIRES 

(Documents P. Fdlgairolle) 

A la fin de 1911, M. Prosper Falgairolle, archiviste à 
Vauvert (Gard) communiqua à M. N. Weiss un dossier 
très important, constitué par des copies qu'il avait prises 
à Aigues-Mortes, d'actes notariés concernant des prison- 
niers ou des prisonnières détenus dans diverses tours de 
la ville entre 1690 et 1763. Il laissait M. Weiss libre de les 
publier sous la forme que ce dernier jugerait à propos, et 
demandait simplement qu'on mentionnât son nom. Ces 
pièces nous furent passées, et comme nous avions alors 
en main des notes provenant des Papiers Fonbrune 
Berbinau et relatives à Aigues-Mortes, nous nous sommes 
attardés à compléter un dossier par l'autre, et à les enri- 
chir largement tous deux par des recherches nouvelles. 

Ayant été sollicité récemment d'écrire sur les Martyrs 
d Aigues-Mortes un petit livre que « la Cause » doit éditer, 
il nous a paru convenable que le Bulletin, non seulement 
mentionnât les très précieuses découvertes de M. Fal- 
gairolle, mais qu'un résumé de ces pièces y fût publié, 
accompagné des vifs remerciements que méritent la 
patience et le désintéressement du consciencieux archi- 
viste. 

Les notices dont nous avons accompagné le nom des 
prisonniers mentionnés auraient pu être plus étendues : 
nous nous sommes borné à l'essentiel. Les indications 
provenant des registres d'État civil protestants ou catho- 



DOCUMENTS 



145 



liques de Nîmes, Lunel ou de Montpellier sont dues à 
M. Falgairolle. Nous ne renvoyons pas, dans le détail, 
au livre de Ch. Sagnier: la Tour de Constance et ses 
prisonnières, 1880, car cet auteur lui-même, dans des 
pages écrites en 1883 a complété, et surtout beaucoup 
corrigé son œuvre [France Protestante, Edition Bordier, 
vol. IV, col. 83) . Mais nous ne revenons même pas à ce 
second travail, car nous avons puisé aux mêmes sources 
que Ch. Sagnier [Papiers Court: Archives de V Hérault) et 
nous l'avons à notre tour complété et corrigé. L'ouvrage 
de D. Benoît, Marie Durand, prisonnière à la Tour de 
Constance, 3 e édition, 1894 est précieux parles documents 
qu'il contient, mais il y aurait lieu d'y redresser de nom- 
breuses erreurs de détail. 

Les prisonniers ou les prisonnières des diverses Tours 
d'Aigues-Mortes qui depuis 1686 ont abrité des Religion- 
naires, peuvent être distingués en trois classes. Les uns 
ont été enfermés par un ordre de l'intendant de la pro- 
vince, ou du commandant militaire, sans que ceux-ci 
aient eu à en référer à la Cour ; tel est le cas par exemple 
des prisonniers que Bâville a fait retenir à Aigues-Mortes 
de 1686 à 1698, pendant tout le temps où il a été revêtu 
de pouvoirs judiciaires exceptionnels. 

Une seconde classe réunit les prisonniers (dans l'es- 
pèce, des femmes seulement) qui ont été conduits à 
Aigues-Mortes par un jugement régulier, soit que le juge- 
ment condamnât simplement les prévenus « à une prison 
perpétuelle, » auquel cas une lettre de cachet venue de 
Versailles stipulait que la peine serait subie à Aigues- 
Mortes — soit que le jugement déclarât formellement que 
la Tour de Constance serait le lieu de la détention (ceci 
est, par exemple, le cas de Suzanne Charrier en 1708. 
Voir Sagnier: la Tour de Constance... p. 102). 

Une troisième classe enfin est constituée par les pri- 
sonniers incarcérés à Aigues-Mortes en vertu d'une lettre 
de cachet émanée de la Cour, et donnée sur la demande 
de l'intendant ou du commandant militaire. A partir de 
1718 de nombreuses prisonnières ont été dans ce cas. 

3. Juillet-Septembre 1922. 10 



146 



DOCUMENTS 



Les prisonniers de la première et de la troisième 
classes ont donc été retenus par une mesure de police. Il 
s'agissait de réduire leur personne au silence, et de les 
empêcher d'agir. Ils ont donc conservé leurs biens, et du 
fond de leur prison ils en ont pu disposer par testament, 
et quelquefois les administrer. Quant aux prisonniers de 
ta seconde classe, si le jugement qui les frappait confis- 
quait leur avoir, il leur en laissait généralement un tiers, 
et ils pouvaient par devant notaire passer des actes rela- 
tifs à ce maigre reste. On verra dans le détail comment 
ces actes étaient dressés, et comment c'était tantôt le 
notaire qui se transportait dans la prison, amenant avec 
lui les témoins nécessaires, et tantôt le prisonnier qui était 
conduit chez le notaire. 

A côté des actes notariés qui sont des testaments ou 
des ventes, on en trouvera un tout au moins qui est une 
caution donnée par un oncle auquel sa nièce est rendue. 

Ces actes nous ont fourni quelques noms qui jusqu'ici 
étaient demeurés inconnus. D'autres, qu'on trouvera ici 
pour la première fois, nous avaient été révélés par des 
listes que nous avons découvertes aux archives de 
l'Hérault, 

I. — Testament de David Vivent 

Le 7 juin 1690 après-midi, dans la Tour de Constance, David Vivent 
bourgeois de Valleraugue, diocèse d'Alais, malade et prisonnier, teste. 
Il lègue onze livres aux pauvres de Valleraugue, et fait héritières uni- 
verselles ses sœurs et frère: D lle Suzanne Viven femme de M e Salomon 
Méjanel bourgeois, D Ile Violan Viven femme de M e Jacques Méjanel 
bachelier en droits, et Pierre Viven bourgeois, tous habitants de Valle- 
raugue. Fait dans la salle haute de la Tour de Constance. Témoins: 
M. Jean de Villechatel Montalan écuyer Sgr de la Motte Juilly Lieutenant 
dans la compagnie d'Aymard du régiment de Normandie, M c Pierre 
Ricard prêtre servant au Chapitre d'Aigues-Mortes, Charles de Vérac, 
sergent dans la compagnie de M. de Sainquevain capitaine en garnison 
à Aigues-Mortes, trois soldats, et Jean Gabriel Arnoux maître peintre 
d'Aigues-Mortes. Notaire: Charles Raoul. Signé (entre autres): Vivent. 

* 

* * 

Ce prisonnier est David Vivent le boiteux, frère ainé du pré- 
dicant de Valleraugue François Vivent. On savait déjà qu'il avait 



DOCUMENTS 



147 



été enfermé à la Tour de Constance vers 1688. La présence d'un 
prêtre lors de la rédaction du testament indique que ce Vivent 
mourut catholique, et le registre curial d'Aigues-Mortes, à la 
date du 19 juin 1690 porte formellement que David Vivens âgé 
de 50 ans mourut ce jour-là après avoir fait de son propre mou- 
vement une nouvelle abjuration de l'hérésie de Calvin. Il fut 
inhumé au cimetière de la ville (Voir Bull, xxxix, 155 et nos Pré- 
dicants Protestants, à la table). 



2. — Testament de Jacques Moulard. 

Le 4 octobre 1690 après-midi, dans la Tour de Constance, Jacques 
Moulard du lieu de Ceillat (lire Silhac) diocèse de Viviers, teste, malade 
et prisonnier. 11 lègue 100 livres à chacun de ses quatre fils Pierre, 
Moïse, François et Jacques, qui sont mineurs, et 120 livres à chacune 
de ses trois filles Isabeau, Catherine et Judith, mineures également ; 
il fait héritière universelle sa femme GabrieUe Dejours, qu'il institue 
tutrice des enfants. Témoins : Alexandre Sparion, apothicaire, Louis 
de Laboulay, sr de Launay, Pierre Michel, Jean-Pierre Rouvière du 
lieu de Cadabuech paroisse de Boisset, André Turc de Saint-Paul-la- 
Coste, Daniel Bas de Genève, et Pierre Lagarde, procureur. Notaire : 
Guillaume Lagarde. Signé : (entre autres) : Moulla. 

y * 

Ce Moulard ou Moulla, du Vivarais (le nom s'est conservé sous 
la forme Moullas) est peut-être un des trois prisonniers qui, 
venus de Tournoo ou de Beauregard, ont été conduits avec 
« la chaîne » jusqu'à Avignon, d'où ils ont été dirigés en même 
temps que quatorze femmes ou filles sur Aigues-Morles, après 
l'affaire des prophètes du Vivarais, au début de 1689 (Bull. 
xxix, 463). 

Ce testament mentionne, comme témoins, trois autres pri- 
sonniers de la Tour de Constance au moins : 

Jean-Pierre Rouvière, de Cadabuech (Boisset, Gard) est un 
guide, qui dans les prisons du Pont Saint-Esprit a dénoncé le 
prédicant Bonnemère et l'a fait envoyer à la potence. Bâville, en 
faveur de sa dénonciation lui a épargné les galères. On ne savait 
pas qu'il eût été conduit à Aigues-Mortes (Prédicants Prot. i, 
p. 378). 

Daniel Bas, joaillier de Genève, arrêté vers Castres en 1689 
fut amené à Montpellier sur le soupçon qu'il était un guide ou 
un espion. Bâville, sans jugement, l'enferma à la Tour de Cons- 
tance en avril ou mai 1689» 

André Turc, de Saint-PauMa-Goste (Gard) arrêté sans doute 



148 



DOCUMENTS 



pour assemblée pieuse, ou pour s'être trouvé en relations avec 
les prédicanls, demeura dans la Tour jusqu'en août 1694. A cette 
date, avec Daniel Bas et un aulre prisonnier nommé Bourguet, 
(de Paussan près Mialet, Gard) il réussit à s'évader, « ayant fait 
un trou au mur ». Daniel Bas qui s'élait lié étroitement d'amitié, 
dans sa prison, avec le prédicant David Couderc de Vieljouvès 
(Saint-André de Lancize, Lozère) monta alors dans les Cévennes, 
et devint prédicant à son tour, jusqu'en 1698, date où il retourna 
à Genève {Préd. Prot. n, 152, 153, et à la table). 

3. — Testament de Suzanne Dezon (Deshons) 

Le 2 juin 1693 avant midi, dans la Tour de la Reine, Suzanne 
Dezonne, veuve de Jacques Dezon habitant de Colognac en Cévennes 
(Gard) teste, malade et prisonnière. Elle lègue 30 livres à chacun de 
ses quatre fils Jean, Antoine, Pierre et autre Jean Deson ; à Jacquette 
Desonne sa fille : 50 livres, un coffre bois noyer, quatre cannes de 
cadis et deux brebis ; à Antoine Deson son dit fils 7 livres 10 sols pour 
pareille somme que celui-ci lui a prêtée. Elle fait héritier universel son 
fils aîné Jacques Deson « eu cas icelui reviendrait de l'armée », et le 
cas arrivant qu'il serait mort, elle lui substitue Jean Deson son fils 
puiné. Fait « à la salle de la Tour de la Reine ». Témoins : Jean Janas, 
raseur et renverseur pour le roi aux Salins de Peceais, Jean Rolland, 

marchand Pierre Boulet, praticien, un chirurgien et trois autres 

habitants d'Aigues-Mortes. Notaire : Pierre Rolland. La testatrice ne 
sait signer. 

* 
* * 

La veuve Deshons (le nom s'est conservé sous cette forme), 
du hameau de Bouzonc près Colognac, fut arrêtée quelques jours 
avant le 31 décembre 1691, pour avoir gardé chez elle plus d'un 
mois le prédicant David Gazan dit La Jeunesse, malade de la dys- 
senterie, et l'y avoir soigné avec un entier dévouement. Elle fut 
interrogée le 31 décembre au Fort de Saint-Hippolyte sous le 
nom de Jeanne, mais son prénom de Suzanne est sur l'acte de 
confrontation. .Elle avait alors 58 ans. Ses fils Jacques (21 ans) et 
Jean (16 ans) avaient été pris avec elle. L'acte ci-dessus montre 
que Bâville l'envoya à Aigues-Mortes et la fit enfermer à la Tour 
de la Reine qui servait alors pour les prisonniers « séparés » 
(isolés). La femme, particulièrement opiniâtre sans doute, avait 
donc été mise en cellule. Son fils Jacques, qui en 1693 est à 
l'armée a été sans doute enrôlé de force après le procès (Préd. 
Prot. i, 397, ii, 509). 

Le testament portant au bas : « Ne varietur ce 1 er octobre 1693 » 
il est probable qu'il a été recopié à cette date pour être exécuté, 
ce qui permet de penser que la veuve était morte alors. 



DOCUMENTS 



149 



4. — Cautionnement pour Marguerite Pintard 

Le 19 octobre 1693 après-midi, dans la maison d'habitation de 
M e Michel Jacquet, juge royal d'Aiguës- Mortes, Antoine Viala, maître 
tonnelier habitant de Sommières (Gard) déclare que sa nièce Marguerite 
Pin tarde, du lieu de La Salle (Gard) élargie des prisons où elle était 
détenue à Aiguës-Mortes par ordre de l'intendant Mgr de Lamoignon, 
lui a été remise, suivant les ordres dud. Sgr intendant «se rendant led. 
Viala caution des déportements et bonne conduite de lad. Piutarde ». 
Témoins : Sr. Jean Dumier, docteur en médecine, et un praticien. 
Notaire : Jean Dassas. Viala ne sait pas signer. 

Marguerite Pintard est une jeune fille prédicante dont Claude 
Brousson a parlé avec admiration. On gavait qu'elle avait été 
emprisonnée. Brousson la donnait comme étant de Gros et non de 
Lasalle. La présence d'un médecin auprès du notaire laisserait 
supposer que la jeune fille était malade. On ne dit pas dans quelle 
Tour elle a été enfermée [Préd. Prot. n, 49, 50, 382). 

5. — Testament de Suzanne de Claris 

Le 3 mai 1694 après midi, dans la salle basse de la Tour Cons- 
tance, D Ue Suzanne de Clary native de Sauve diocèse d'Alais en 
Cévennes, veuve du S r Jean Soulier, docteur et avocat de la ville de 
Revel, diocèse de Castres, teste, malade et « prisonnière pour fait de 
religion ». 

Elle élit sa sépulture, si elle vient à mourir à Aigues-Mortes, dans 
l'église des Rév. Frères mineurs conventuels de la ville, auxquels elle 
donne et lègue pour sa sépulture 20 livres. 

Elle lègue à Suzanne Hébrard femme de Pierre Hébrard, laboureur 
du lieu de Mazamet (Tarn) 100 livres; à Marguerite Fournière, femme 
d'Ignace Rodrigue dit Jolibois, sergent dans la garnison d'Aigues- 
Mortes, 36 livres; à D lle Charlotte Médard, veuve de Sr. Pierre Paulet, 
marchand d'Aigues-Mortes, 36 livres ; à Catherine Davillier, femme de 
Jean Parguet, M 8 tisserand de toiles d'Aigues-Mortes, 18 livres, le tout 
« pour les bons services qu'elle a reçus » de ces légataires. 

Elle lègue à Marie de Cadur, Jeanne Fournière, Marie Saigneauberte 
et Izabeau Redourtière, prisonnières dans lad. Tour de Constance, 
l'entière dépouille et habits qu'elle a présentement dans la salle basse 
de lad. Tour... pour la partager également entre elles. 

Elle institue légataires universels ses deux enfants Jean et David 
Soulier par portions égales, et leur nomme comme tuteur M e Antoine 
Mascarenc, avocat au Parlement de Toulouse. 

« Fait dans la salle basse de la Tour Constance où lad. testatrice gît 



150 



DOCUMENTS 



sur un lit malade ». Témoins : M e Joseph Brunei, prêtre et prédicateur 
habitué au chapitre de l'Église collégiale d'Aigues-Mortes, Jacques Aoust, 
chapelain habitué dud. Chapitre, Sr. André Lagarde, docteur en méde- 
cine, un apothicaire, deux chirurgiens, un M e cordonnier et un prati- 
cien. Notaire : Jean Dassas. La testatrice est trop malade pour.pouvoir 
signer. 

Cette prisonnière appartient évidemment à la famille des 
Claris de Sauve qui a compté au xvn e siècle des « docteurs et 
avocats ». Mais nous ne pouvons rien dire de plus. Le regretté 
G. Dumons si informé de tout ce qui touchait au protestantisme 
du Haut-Languedoc n'avait pu nous fournir aucun renseignement 
sur l'avocat Jean Soulier ni sur le Mascarenc nommés dans l'acte. 

L'acte est passé dans la salle basse de la Tour de Constance 
qui était réservée aux femmes, bien que plus malsaine que la 
salle supérieure- La malade, assistée de deux prêtres, mourra 
catholique. Elle a sans doute abjuré vers 1685, et craint, si elle 
meurt relapse, que ses enfants ne soient ruinés, et que son 
corps à elle ne soit jeté à la voirie. Elle a reçu des services de 
diverses femmes d'Aigues-Mortes qui sans doute lui auront 
apporté les provisions diverses dont elle pouvait avoir besoin. 

Nous parlerons des prisonnières qu'elle mentionne, à la suite 
de l'acte que nous allons maintenant résumer, et qui a été dicté 
par l'une d'elles. 



6. — Testament de Marie de Gapdur 

Le 19 juillet 1695 après-midi, dans la Tour de Constance; D lle Marie 
de Cadur, fille de feu noble Pierre de Cadur Sgr de Saint-Michel de 
Dèze, diocèse de Mende en Gévaudan, teste, malade. 

Elle lègue 50 (sols? ou livres?) aux pauvres des paroisses de Saint- 
Michel de Dèze et de Saint-Hilaire (de Lavit) ; 600 livres à Noble Antoine 
de Cadur son frère, payables après le décès de D Ile Eléonore de Cadur 
sa sœur; 600 livres à Noble Pierre de Cadur son frère, au cas où il 
serait en vie après le décès de la testatrice, payables après Je décès de 
lad. Eléonore de Cadur sa sœur ; 

A Marie Rieu veuve de feu Jean-Paul Seignubert eu lieu de Pi elles 
paroisse de Desaigne diocèse de Valence : 6 livres. 

Elle institue héritière universelle sa mère Diane de Malzac, voulant 
qu'à la mort de celle-ci l'héritage vienne à Eléonore de Cadur sa sœur, 
et au cas où Eléonore de Cadur viendrait à décéder sans enfants de 
légitime mariage, elle devra passer l'héritage aux enfants de N. Jacques 
de Cadur, son autre frère. 

Elle déclare qu'elle doit à Jeanne Fornière, du lieu de La Salle, 
diocèse d'Alais, la somme de 8 livres que cette dernière lui a prêtée, 



DOCUMENTS 



151 



Témoins : Guillaume Agoust, ancien procureur, un habitant de 
Lunel, deux chirurgiens, un fustier et deux droguistes d'Aigues-Mortes. 
.Notaire : Charles Roui. La testatrice est trop malade pour pouvoir 
signer. 

* * 

En l'année 1687, Bâville condamna aux galères Marc-Antoine 
de Capdur, sieur de la Tersarié et de Lavit, natif et habitant de 
Saint-Michel de Dèze en Cévennes (Lozère), âgé de trente-deux 
ans, arrêté comme « fugitif », et accusé d'avoir assisté aux 
assemblées du prédicant Fulcran Rey. Un de ses frères, dont 
nous ignorons le prénom, avait été tué peu auparavant par des 
dragons qui avaient voulu l'arrêter. Le galérien Marc-Antoine, 
que les listes de forçats religionnaires nomment Gadur ou Cadu, 
était évidemment de la même famille que la prisonnière ci- 
dessus mentionnée, qui était, à ce qu'il semble, sa sœur. Une 
note de la France Protestante de Haag (VU, 204) qui renvoie à 
un dossier des Archives Nationales que nous n'avons pas pu 
retrouver, donne sur la famille Capdur des détails qui ne s'accor- 
dent pas clairement avec les données du testament ci-dessus. 
La mère et la sœur de la testatrice, et la testatrice elle-même ont 
été détenues en 1690 au Fort d'Alais. Nous ignorons les raisons 
de lenr détention et nous ne savons pas davantage pourquoi 
Marie de Capdur fut conduite seule à la Tour de Constance 
(Bull. XXXVII, 303, 304, 305). La note de la France Protestante, 
si elle est exacte en toute sa teneur, indique que la mère et les 
deux filles ont pu rejoindre à l'étranger le sieur de la Taillade et 
le sieur de la Tersarié qui auraient été deux frères de la testa- 
trice. Cette dernière serait donc sortie de la Tour. 

Marie de Cadur était une des légataires de Suzanne de Claris. 
Nous allons parler maintenant des autres, dont deux sont inscrites 
sur le testament de Marie de Capdur elle-même. 

lsabeau Redourtière est une jeune prédicante (que Claude 
Brousson nomme Redostière) fille d'un Redourtier, du hameau 
de Milherines paroisse de Saint-Martin de Corconac (aujourd'hui 
L'Estréchure, Gard). On savait qu'elle avait été enfermée à la 
Tour de Constance en 1692. Elle y serait morte après dix ans 
de détention, dit le Camisard Gaubert. Il ajoute que ses biens 
avaient été confisqués, ce qui n'est pas, car en 1694 son nom 
figure sur un acte d'arrentement passé à La Salle en son absence 
(Préd. Prot. n 49, 50). 

Jeanne Fournière (testament de Suzanne de Claris) ou For- 
nière (testament de Marie de Capdur) qui a prêté 8 livres à cette 
dernière, est Jeanne Fournier originaire de La Salle (Gard), 
mariée à Jacques Gervais dit Capon, tisserand de Caderles (Saint- 



152 



DOCUMENTS 



Jean du Gard). Son mari a été condamné aux galères en 1692 
pour avoir donné asile à des prédicants. La femme, arrêtée en 
même temps que le mari, a donc été envoyée à Aigues-Mortes. 
Elle y était encore prisonnière en 1699 comme le prouve un acte 
notarié passé à Lasâlle (Préd. Prot. i, 128, 464; Arch. Hérault 
G. 171). 

Marie Saigneauberte (testament de Suz. de Claris) est la même 
prisonnière que Marie Rieu, veuve de Jean Paul Seignaubert du 
testament de Marie de Capdur. Originaire de Prêles, paroisse de 
Desaignes (Ardèche) elle aurait été arrêtée avec son mari peu de 
temps après les conversions de 1685 et conduite avec lui à Aigues- 
Morles où le mari serait mort au bout de quelques années 
de détention. En 1698 la femme qu'on appelait familièrement 
« Seignoberte » ou « Seignoverte » est encore mentionnée dans 
une lettre de prisonnière (Bull, xxxix, 191). En 1707 elle fut 
transférée de la Tour de Constance dans la citadelle de Montpel- 
lier, elle y était encore en 1712 (Bull, xxvni, 79). Le prédicant 
vivarois Ebruy, qui avait été le filleul de la mère de Seignovert, 
et qui nous a conservé quelques détails sur la captive, affirme 
qu'elle passa quelques années dans les prisons de Sommières, 
saus doute antérieurement à 1694. « Seignoverte » paraît avoir 
été une des prisonnières les plus pauvres de la Tour, et Tune 
des plus tenaces. En 1712 « elle n'avait jamais changé de reli- 
gion ». (Mém. d'Ebruy, Pap. Court, 17, B.). 

Ch. Bost. 

(A suivre.) 



SÉANCES DU COMITÉ 



.23 mai 1922 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. John Viénot, 
vice-président, MM. Raoul Allier, général d'Amboix de Larbont, 
Charles Bost, Raphaël Garreta, Armand Lods, Emile Morel, 
Jacques Pannier, Rodolphe Reuss, Albert Valès et N. Weiss. 
MM Jules Fabre, Edouard Rott, Henry de Peyster, Maurice Vernes 
et Cornélis de Witt se font excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière 
séance M. le vice-président interprète les regrets du Comité à 
l'occasion de la mort, survenue le 10 avril, de son président 
M. Frank Puaux qui s'intéressait si vivement à notre Société et 
au Musée du Désert, qu'il avait fondé avec M. Edmond Hugues 
dans la maison du Camisard Roland dit Laporte. Ses études de 
prédilection étaient consacrées à l'époque de la Révocation et à 
ses conséquences, l'activité de Jurieuet la guerre des Camisards, 
Une lettre sera adressée au nom du Comité aux membres de sa 
famille et, par respect pour sa mémoire, nous remettrons à une 
autre séance la nomination de son successeur. 

M. Charles Bost expose ensuite et discute la réponse insérée 
dans la Croix des 12-13 février 1922 et dans la Documentation 
catholique du 29 août suivant, par M. Jean Guiraud, au compte 
rendu, par notre regretté président, du livre de l'abbé de Dieu sur 
le Rôle politique des protestants français. Il rappelle que la 
fameuse correspondance de Jurieu que l'abbé de Dieu a publiée 
était non seulement connue de notre président lorsqu'il écrivit 
l'article Jurieu de Y Encyclopédie des sciences religieuses, mais 
avait été copiée par notre toujours regretté collègue Fonbrune- 
Berbinau et que c'est sa mort prématurée qui en a empêché la 
publication. 

Le secrétaire communique une protestation de M. Samuel 
Rocheblave, professeur à Strasbourg contre le legs fait par son 
père à notre Société, pour le Musée du Désert, d'une armoire 
huguenote. Le Comité charge son secrétaire d'écrire à la Pré- 
fecture de la Seine que notre Société renonce à ce legs et d'en 
informer M. le professeur Rocheblave qui s'entendra directement 
avec le conservateur du Musée. 

Le secrétaire communique ensuite la correspondance échan- 



154 



SÉANCES DU COMITÉ 



gée avec M me Roehrich, veuve de M. Henri Roehrich pasteur 
à Genève. Lorsqu'il desservait l'Eglise française de Hambourg, 
il écrivit l'histoire de cette Eglise du Refuge et dresse un cata- 
logue complet de toutes les familles qui en firent partie. Ces 
manuscrits ont été envoyés à notre bibliothèque et M. Francis 
Chaponnière espère que dans une certaine mesure, notre Société 
pourra reconnaître la valeur de ce travail. Après un entretien 
motivé par l'écart, de plus du simple au double, entre la valeur 
du franc français et suisse, le général d 4 Amboix offre de faire 
remettre de notre part à M ,ue Roehrich "200 francs suisses, à 
titre d'indemnité pour son envoi. Le Comité le remercie de ce 
geste généreux. 

Une lettre a aussi été reçue, du professeur George Lœsche, 
nous remerçiant pour le don de 100 francs à la Société de l'His- 
toire du Protestantisme en Autriche et annonçant l'envoi des 
publications de cette Société depuis 1914. Il ajoute quatre pages 
pour demander comment les protestants français ont pu oublier 
l'accueil fait jadis aux réfugiés en combattant avec ardeur l'Alle- 
magne qui ne faisait la guerre que contrainte et forcée de se 
défendre, etc. Cette lettre démontre que la mentalité des 93 signa- 
taires du manifeste de 1914 persiste en 1922, malgré les publi- 
cations de textes qui ont eu lieu même en Allemagne. 

Le prêt d'un manuscrit dont le contenu a déjà été publié, est 
refusé à M. Galland qui prépare un livre sur l'affaire Calas et le 
secrétaire correspondra avec l'archiviste de Montauban au sujet 
d'une collection du Bulletin. 

Avant la clôture, M. Armand Lods propose au Comité de voter 
à son trésorier une gratification l'indemnisant en quelque 
mesure de l'absence de toute augmentation pendant la durée de 
la guerre et reconnaissant les services qu'il a rendus en contri- 
buant à l'amélioration de notre situation financière. La proposi- 
tion est votée à l'unanimité. La même unanimité accueille la 
proposition de M. Allier de nommer M. René Puaux, deuxième fils 
de notre président, membre de notre Comité. 

Bibliothèque. — Elle a reçu de M. le professeur Lucien 
Gautier un volume ancien, le Mespris du monde, attribué à Vin- 
cent, pasteur de La Rochelle (1614) mais qui est de Nicole, — et 
un volume moderne de M me E. Tyrell Green, La Rochelle and 
the ivars of religion, Londres, 1913. Notre collègue, M. Hippolyte 
Aubert, a bien voulu achever pour la bibliothèque la copie com- 
mencée jadis par M. Rey-Lescure, d'un Registre de Consistoire de 
l'Eglise de Montauban 1595-1598, et M. Leroux, professeur à 
Strasbourg nous a envoyé les Extraits faits par son père, 
M. Alfred Leroux, d'un Registre de Consistoire de l'Eglise de 
Bordeaux 1660-1670. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 

ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



Catherine de Médicis (1519-1589) 4 . — Le royaume de Catherine 
de Médicis 2 . — La conjuration d'Amboise et Genève 3 . — 
François Bauduin et la Réforme 4 . 

Chacun de ces trois premiers gros ouvrages qui, à des titres 
divers, traitent un sujet intéressant directement l'histoire du 
Protestantisme français avant et pendant les guerres de religion 
mériterait un compte rendu détaillé. Chacun est le fruit de 
recherches prolongées, approfondies, ce qui, vu la masse de 
documents et de travaux de toute nature parus depuis quelques 
années, n'est pas peu dire. Les auteurs sont de véritables histo- 
riens, rompus aux méthodes sévères de l'historiographie moderne 
et je m'excuse d'avance de manquer, à la fois de temps et 
d'espace pour parler de leurs livres comme il conviendrait. 
Je vais m'efforcer néanmoins d'exprimer l'impression que m'a 
laissée une lecture attentive et dont témoignerait, au besoin, 
plus d'un coup de crayon marginal. 

Le volume de M. Mariéjol, de plus de 440 pages in-8° sans 
index, d'une impression serrée, accompagnées de nombreuses 
notes et références, est, à ce jour, la biographie la plus complète 
de Catherine de Médicis dont le caractère et la politique diri- 
gèrent et déterminèrent le sort de la France pendant la deuxième, 
moitié du xvi e siècle. Elle se lit non seulement facilement, mais 
avec agrément et malgré l'enchevêtrement et la multiplicité des 
événements auxquels elle nous fait assister, le récit est toujours 
clair et intéressant. Je dirai même que les pages qui nous font 

1. Par Jean H. Mariéjol, 1 vol. in-8° de xn-436 p. in-8°, Paris-Hachette, 
1920, 35 francs. 

2. La France à la veille des guerres de religion, par Lucien Romier, 
2 vol. in-16 de xxxvi-244-304 p. Paris, Perrin, 1922, 20 francs. 

3. Par Henri Naef, 1 vol. de 408 pages in-8°. — Genève, Jullien ; Paris, 
Champion, 1922, 20 francs. 

4. Par Joseph Duquesne, une brochure de 58 p. in-8°, extraite du Bulletin 
de l'Académie delphinale, 5 e série, t. IX, Grénoble, Allier frères, impri- 
meurs, 1917. 



156 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



connaître la reine avant son avènement au pouvoir, sont défini- 
tives. M. Mariéjol ne s'étonnera pas que je ne puisse en dire 
autant de celles qui les suivent. Bien qu'il y garde avec le plus 
grand soin les apparences de l'impartialité, elles (s'efforcent, au 
fond, de réhabiliter la mémoire de la mère des Valois ; lors- 
qu'on y regarde de près, ce sont les prolestants qui font les frais 
de cette réhabililation. 

Catherine commença par leur être favorable, ce qui n'est pas 
surprenant quand on sait qu'avant son avènement au pouvoir, ce 
furent eux qui la soutinrent contre les avanies du parti de Diane 
de Poitiers 1 . Elle savait qu'elle pouvait compter sur des hommes 
comme le cardinal de Ghatillon et Coligny, et ce sont précisé- 
ment ceux-là qu'elle résolut de supprimer dès qu'elle eût compris 
qu'ils ne lui sacrifieraient pas les légitimes réclamations de leurs 
coreligionnaires. 

Pourquoi? Serait-ce, comme l'insinue l'auteur (p. 75), parce 
qu'ils se méfiaient d'elle? Ils avaient bien raison, puisque, quelques 
lignes plus loin, il nous dit lui même que « vite elle abandonnait 
les gens qui la compromettaient » et qu'elle « se complaît à se 
défendre avec les armes des faibles, le mensonge et la ruse » 
(77 85). En effet, lorsqu'après avoir fait arrêter Condé (31 octo- 
bre 1561), les Guises touchaient au but de leur complot que la 
mort de François II (5 décembre) devait faire échouer, la reine- 
mère persuada Antoine de Bourbon que ses ennemis ne son- 
geaient nullement à le supprimer et n'étaient pour rien dans la 
mise en jugement de Condé (86-7). Or non seulement elle savait 
le contraire, mais, déjà en septembre 1560, elle s'était alliée 
avec les Lorrains contre les Bourbons (84) qu'à quelques mois de 
là (7 avril 1561) le triumvirat organisé contre eux, allait vouer à 
l'extermination. Cette « alliance », dit M. Mariéjol « et la pres- 
sion qu'elle pouvait craindre, poussa Catherine à se rapprocher 
un peu plus qu'il n'eût fallu et peut-être qu'elle n'eût voulu, des 
chefs réformés » (95). On voit combien ceux-ci avaient raison de 
pas compter sur sa parole. 

Au colloque de Poissy elle aurait cru « que les docteurs des 
deux confessions parviendraient à s'entendre. Mais elle se faisait 
illusion. Catholiques et réformés avaient même fin qui était de 
détruire l'Eglise rivale », ce qui signifie que les uns ne valaient 
pas mieux que les autres, — raisonnement que certains préten- 
dus neutres appliquent aujourd'hui à la fois aux Français et aux 

1. Qui était alors celui des Guises dont elle écrit à sa iille en 1561: 
«« Vous savez comment y me tretet du temps du feu roy »... Voy. aussi la 
curieuse plaquette COFPlE|DES LET-|tres envoiees a|la Roine mère | par un 
sien serviteur a- 1 près la mort du feu| Roi Henry deux|xième. (§. 1. n. d.) 
signée D. V. De vostre pauure maison, ce 26 iour d'Aoust 1559. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



457 



Allemands. Pourtant — si, pour excuser le massacre de la Saint- 
Barthélemy, Catherine prétexta la nécessité de se défendre, 
jamais elle n'avait laissé entendre que l'intolérance des huguenots 
menaçait les catholiques des mêmes traitements qu'ils recevaient 
d'eux. En fait, elle s'imagina que, vu l'importance des recrues 
du Protestantisme, elle obtiendrait pour ses adhérents un modus 
vivendi. Mais elle vit promptement, dans l'échec de cette tenta- 
tive, la voie qu'elle devait suivre. Ainsi s'explique qu'au témoi- 
gnage de son biographe, avant l'édit du 17 Janvier 1562, elle ne 
lit rien pour réprimer les émeutes meurtrières fomentées par les 
triumvirs à Paris, Beauvais,.au Mans (195), à Cahors et ailleurs. 
Rien non plus contre ceux qui, après l'édit, organisèrent les 
massacres de Vassy, Sens, Angers, etc. 

Mais, n'a-t-elle pas chargé Condé de la protéger contre les 
Guises qu'elle délestait 1 et autorisé ainsi la piise d'armes des 
huguenots? Assurément, quitte à les combattre dès qu'elle crut 
qu'ils ne seraient pas les plus forts. M. Mariéjol explique ainsi 
cette volte-face : « Si elle a changé de sentiment, c'est qu'elle y 
a été contrainte par la force des choses. II faut, sans parti-pris, 
lui tenir compte de ses bonnes intentions. . . Elle n'était pas 
femme à se sacrifier pour une minorité qui n'avait su, ni se 
défendre, ni la défendre » (417, 119). En conséquence du jour au 
lendemain, elle déclara factieux et traîtres, les huguenots 
auxquels elle avait mis les armes à la main. 

Pressentant de longue date ce qui arriverait, Catherine s'était, 
en effet, plus d'un an auparavant, assuré l'appui de Philippe II 
et du duc de Savoie (84). Elle le paya en abandonnant à Emma- 
nuel-Philibert (2 novembre 1562) quatre villes dont Turin, que le 
traité de Cateau-Cambrésis avait laissées à la France (125). Cuiant 
aux huguenots l'auteur écrit qu'ils « avaient fait pis : ils avaient 
introduit les Anglais dans le royaume. Elisabeth s'était fait 
livrer la place forte du Havre contre un secours d'hommes et 
d'argent» (126). M. Mariéjol me pei mettra-t-il de lui rappeler 
que les huguenots ne lurent pas les premiers à introduire 
l'étranger dans le royaume et que le Havre n'était qu'une misé- 
rable bicoque qui ne fut pas livrée aux Anglais puisqu'elle était 
commandée au nom du roi par le sieur de Beauvoir, — enfin que, 
ni Condé, ni Coligny n'avaient autorisé la clause du traité de 
Hamptoncourt (20 septembre 1562) garantissant la reddition de 
Calais, ce dont Elisabeth finit elle-même par convenir 2 . 

Ce qu'on vient de lire suffit à caractériser le point de vue de 

1. « Y m'ont aysté trop yn^ras et aimt rouyné set royaume » écrivait-elle 
à sa tille en mars 15H1 (Paris, Négocia ions. 843). 

2. Voy. Bull. 1900, 37-47, article complété et rectifié par l'enquête appro- 
fondie de Whiteufad, Gaspard de Coligny (1904), Appendix 1 (p. 353-371). 



158 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



M. Mariéjol. Si Catherine, expliquè-t-il. finit par être acculée à 
« une guerre d'extermination contre les protestants », c'est 
qu'après quatre années de tentatives pour faire triompher une 
politique modérée, les chefs huguenots tentèrent, comme avaient 
fait autrefois les triumvirs, de la surprendre à Meaux (26-27 sep- 
tembre 1567). Cela, « ce fut un crime » (164-430). En effet, tout un 
chapitre (V) est destiné à nous montrer la reine préoccupée de 
faire respecter l'édit d'Amboise par lequel elle avait déjà réduit 
à presque rien les concessions de l'édit de Janvier. Ainsi, lors- 
qu'en février 1564, un congrès de princes et d'ambassadeurs 
catholiques avise, à Nancy, aux moyens d'extirper les hérésies, 
Catherine fait répondre par Charles IX qu'il ne pouvait « sans 
rechute de guerre » rompre son édit (137). Donc l'édit ne fut pas 
rompu, bien que « le connétable revendiquât le droit pour le roi, 
de le modifier et même de le révoquer » (162). Il fut simplement 
interprété de manière à rendre ses concessions, déjà réduites, à 
peu près illusoires. 

Ces mesures, dit M. Mariéjol « s'expliquaient, sinon se justi- 
fiaient par des raisons d'ordre public » (139). Il est toutefois obligé 
de reconnaître que, si « ces précisions toujours restrictives s'expli- 
quaient, en partie par des raisons d'ordre ou de politique », les 
huguenots « devaient être tentés d'y voir une menace » (164). On 
ne saurait dire plus élégamment que le grand tort de ces pelés, 
ces galeux, ce fut de ne pas s'être laissé dépouiller et finalement 
égorger — ce qui était assurément la'« meilleure façon de rassurer 
les catholiques » (417) — sans essayer de se défendre. 

On pourrait s'en consoler, si leur ruine n'avait entraîné, avec 
celle de leurs bourreaux, celle de la France elle-même. Mais, si 
l'étude du passé doit produire autre chose que de stériles regrets, 
on ne peut que déplorer de voir, à grand renfort de talent et 
d'érudition, déplacer ainsi les responsabilités des auteurs de 
cette ruine. Je reconnais qu'il est malaisé de les départager ; mais 
il serait juste de ne pas atténuer celle de la reine-mère au détri- 
ment de ses victimes ; d'autre part on ne saurait refuser le 
bénéfice des circonstances atténuantes à une femme, après tout 
médiocrement préparée pour la haute situation qu'elle occupa et 
à laquelle le pape Pie V écrivait le 28 mars 1569 : Qu'on n'épargne 
d'aucune manière, ni sous aucun prétexte, les ennemis de la religion 
catholique... jusqu'à ce qu'ils soient tous massacrés i . 

* 

* * 

Je pourrais me borner à recommander à nos lecteurs les 
deux volumes de M. Lucien Romier auxquels, à juste titre, non 

1. Epistolae PU papae V, éd. Goubau, Antv. 1640, p. 154. M. Mariéjol ne 
cite pas cette correspondance suggestive. — Relevons deux erreurs ; p. 106, le 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



159 



l'Académie française, comme je l'ai dit plus haut (p. 126), mais 
celle des Inscriptions, vient de décerner le grand prix Gobert 
de 9 000 francs. La description qu'il nous fait de la France à la 
veille des guerres de religion, en nous présentant successivement 
la famille royale, la cour, la diplomatie du roi, les gentilshommes 
et les soldats, les bourgeois et les gens de robe, les pauvres 
sujets des champs et des villes, enfin l'Eglise gallicane et les 
protestants français — cette description brillante, pleine de 
renseignements précis et frappants, n'est que le complément et 
le développement des deux articles parus dans la Revue histo- 
rique en 1917 et dont le Bulletin a signalé la valeur en 1919 
(p. 242). Comme c'est surtout le dernier chapitre, sur les protes- 
tants, qui nous intéresse, je ne puis guère que répéter ce que 
j'en ai dit. J'ajouterai toutefois que parmi les paragraphes les 
plus remarquables de ce chapitre VII, il faut distinguer le v e et 
le vi e sur le rôle des femmes et des nobles, Coligny et Gondé, 
auxquels pour la première fois, dans un ouvrage écrit par quel- 
qu'un qui n'est pas des nôtres, est rendu pleine justice. Un para- 
graphe très curieux aussi est le suivant sur le rôle des nobles 
protecteurs des Eglises qui çà et là les ont poussées à s'orga- 
niser pour la résistance. On pourrait et peut-être devrait-on 
compléter ce paragraphe en montrant le rôle opposé qu'ont joué, 
au sein des milieux catholiques, toutes les créatures du trium- 
virat et en particulier du duc François de Guise qui n'attendit 
pas l'édit de Janvier pour provoquer des séditions sanglantes, 
notamment en Dauphiné. 

On pourrait aussi ajouter quelques légères retouches au 
tableau des diverses provinces où se propagea la Réforme. Je 
crois par exemple que la Picardie n'y fut pas aussi réfractaire 
que Je dit M. Romier. A Noyon, par exemple, la patrie de Calvin, 
on voit, par les pièces justificatives de la Jeunesse de Calvin de 
M. A. Lefranc que, même après le départ d'une élite qui suivit 
Calvin à Genève, il y avait là encore beaucoup de « suspects ». 
Je me permettrai, enfin, d'ajouter aux nombreuses références 
indiquées au bas des pages, entre autres, pour la Bretagne, les 
trois volumes sur YHistoire des Eglises réformées de la Bretagne, 
de B. Vaurigaud (avec les rectifications de dates qu'y apporta 
M. Ch. de Calan dans La Bretagne au XVI 6 siècle)', — pour la 
Normandie, quelques textes sur les Débuts de la Réforme en 
Normandie (1523-1547) qu'en 1911 j'ai présentés au Congrès du 
Millénaire normand; — enfin pour le Poitou,' les trois volumes 
publiés en 1856 par M. A. Lièvre sur YHistoire des Protestants et 
des Eglises réformées du Poitou, etc. 

premier synode est de 1559 non de 1558, et Jeanne d'Albret fit acte d'adhésion 
à la Réforme à Noël 1560 et non 1561 (Bull. 1891, 268). 



160 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



•5f 

* -if- 
La thèse sur La conjuration d'Amboise et Genève, présentée à 
la Faculté des Lettres de l'Université de Neuchatel pour obtenir le 
grade de docteur, par M. Henri Naef, est devenue, grâce à l'adjonc- 
tion de XII appendices et d'un index alphabétique très complet, 
un gros volume de 408 pages in-8°. Ces dimensions à elles seules 
montrent l'importance du rôle que Genève joua, bien malgré elle, 
dans l'événement, capital pour l'histoire de la Réforme française, 
auquel on a donné le nom caractéristique de Tumulte d'Amboise, 
En ce qui concerne l'histoire même de cette « échauffourée » 
— - dont il publie un récit contemporain inédit — M. Naef nous rend 
le service de nous faire mieux connaître les antécédents, jusqu'ici 
assez obscurs, du chef de la conspiration. Jean, et non Godefroy 
— du Barry seigneur de la Renaudie, château dont les ruines 
existent encore à 3 kilomètres au sud de Saint-Front-la-rivière en 
plein Périgord, à la suite d'un long procès contre les du Tillet, 
pour la possession de deux cures, deux prieurés et de larchidia- 
coné d'Angoulême, fut condamné, avec son frère Geoffroy et 
Guillonnet de Montferrand, seigneur de Beaulieu en Périgord, 
par le parlement de Dijon, le °28 octobre 1546, en diverses amen- 
des et à la confiscation de ses biens. Il se retira dans ses terres 
de la maison d'Albret, puis à Berne, épousa en 1554, à Lausanne, 
Guillemette de Louvain, fille du seigneur de Rognac, un des ajour- 
nés de l'affaire des Placards, mais obtint, quelque temps avant la 
mort de Henri II, des lettres de rémission, ce qui semble bien 
indiquer qu'il avait été injustement condamné,. 

Revenu à Paris en 1558, il se mit au service d'Antoine de 
Navarre et prêta son concours à son beau-frère Gaspard de Heu, 
en vue d'une alliance avec certains princes allemands. Ce dernier 
fut arrêté, horriblement torturé et exécuté à Vincennes au com- 
mencement d'octobre 1558. Jean du Barry jura de venger son 
parent et sans doute aussi de se venger de Louis du Tillet. Fort 
de l'assentiment tacite de Gondé, il se proposa d'arracher 
François II à la domination de ses oncles les Lorrains qui avaient 
usurpé les droits des princes du sang, et subsidiairement d'obte- 
nir pour les huguenots cruellement persécutés par eux, la liberté 
de professer leur foi. 

En décembre 1559, à Genève, il essaya vainement de gagner 
Calvin, rassembla, en janvier 1560, à Aubonne qui, depuis 1556, 
appartenait à Jean de Lettes, ex évêque de Béziers et Montauban, 
quelques conjurés qu'il avait recrutés, alla en cueillir quelques 
autres à Lyon et finalement, prit les dernières décisions à Nantes 
le 1 er février. Dès le 12 février, le cardinal de Lorraine fut averti 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



161 



par l'avocat huguenot des Avenelles dont la Renaudie était l'hôte 
à Paris. On sait comment l'exécution de ce complot, fixée au 6 puis 
au 16 mars, avorta misérablement, non seulement grâce à la mala- 
dresse des conspirateurs, mais surtout parce qu'en réalité les 
huguenots, s'ils gémissaient d'être traités comme des criminels 
sans avoir le droit de se justifier, ne se reconnaissaient pas celui 
de recourir, pour se faire écouter, à des mesures violentes et 
extra-légales. 

Genève fut aussitôt incriminée par les Guisards et par le gou- 
vernement français, d'avoir fomenté l'entreprise par le moyen 
des prédicants. La deuxième et la troisième partie du livre de 
M. Naef, reposant sur de nombreux documents inédits, nous font 
assister jour après jour, aux difficultés et, grâce au duc de Savoie 
convoitant Genève, aux périls qui résultèrent pour la cité, de la 
participation à l'affaire d'Amboise, de quelques réfugiés qui 
furent d'ailleurs poursuivis de ce chef. Je regrette de ne pouvoir 
résumer cette enquête qui prouve péremptoirement que rien n'est 
plus contraire aux faits que de rendre le protestantisme solidaire 
de l'action précipitée de quelques protestants exaspérés par les 
procédés tyranniques de la faction au pouvoir. Qu'il me suffise de 
constater que les minutieuses investigations de M. Naef démon- 
trent jusqu'à l'évidence que Calvin, non seulement désapprouva 
formellement le projet dont il fut informé dès l'origine, mais 
s'efforça d'en détourner l'auteur et que Théodore de Bèze suivit 
la ligne de conduite de son collègue. Cela résulte, non seulementdes 
déclarations des réformateurs, mais encore d'un procès intenté à 
Jean Morely et à François Bourdon qui avaient colporté le bruit 
répandu par les complices de la Renaudie que les « ministres -> 
approuvaient l'entreprise. J'ai donc été surpris de lire (p. 160) ceci : 

Calvin aurait pu intervenir auprès du prince de Condé pour qu'il 
arrêtât le bras des conjurés... Pourquoi... n'obtint-il pas — que sais-je 
un mandat d'expulsion contre la Renaudie, le bannissement contre ceux 
qui s'en allaient combattre? Il faut le dire : Parce qu'au fond de son 
âme veillait l'espoir d'un succès imprévu ; parce qu'il connaissait trop les 
justes raisons du complot pour trouver criminels des projets qu'il désap- 
prouvait pourtant. 

Ceci revient à dire que Calvin aurait dù se mêler de ce qui ne 
le regardait plus à partir du moment où il avait nettement exprimé 
son sentiment qu'un soulèvement n'était admissible que lorsqu'il 
était dirigé par une autorité légitime. Bien plus, cette déclaration 
n'aurait été que de pure forme, puisqu'il aurait approuvé le com- 
plot s'il avait réussi. — Ce sont là des suppositions gratuites, peu 
honorables et que rien, dans la conduite du réformateur à cette 
époque et plus tard ne nous permet d'admettre. Quant à Théodore 



3. Juillet-Septembre 1921. 



M 



16 2 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



de Bèze, M. Naef s'approprie la remarque de Galifïe (p. 121) que le 
fait d'avoir communiqué à La Renaudie sa traduction versifiée 
du psaume 94 équivalait à l'exhorter aux mesures de violence. La 
réponse de Bèze que « l'argument » ne tend nullement à justi- 
fier l'entreprise, est parfaitement exacte puisque le Psaume se 
termine par ces lignes: 

Mais mon Dieu est ma soutenance 
Et l'appui de mon espérance... 

qui signifient ce que beaucoup de huguenots soutinrent d'ailleurs, 
même à l'époque des dragonnades, que « la vengeance n'appar- 
tient qu'à Dieu ». 

Bref, M. Naef a si peur de ne pas être impartial qu'il lui semble 
injuste de ne pas admettre une partie des reproches de ceux qui 
ne cherchaient qu'un prétexte pour écraser la Réforme. Ainsi 
il écrit, p. 249 : « On ne saurait nier que les plaintes de Catherine 
de Médicis n'aient été quelque peu justifiées, car s'il est faux que 
Genève ait animé la France contre son roi, il est vrai qu'elle 
hébergea certains des conspirateurs », comme si Genève pouvait 
être responsable des sentiments de tous ses habitants et comme 
si ces quelques têtes chaudes avaient conspiré contre le roi. 

Plus loin, p. 254, nous lisons encore : « Pour la première fois, le 
gouvernement royal découvre dans les protestants, non plus 
seulement un ramassis de mécréants et de désorganisateurs 
encouragés par quelques grands seigneurs ambitieux ou jaloux, 
mais un parti militaire authentique avec lequel il prend rude- 
ment contact ». Cette phrase dépasse certainement la pensée de 
l'auteur. Il sait aussi bien que moi que ceux qui avant 1560 
consentaient à tout supporter plutôt que d'abandonner l'Evangile, 
étaient autre chose qu'un ramassis de mécréants et les grands 
seigneurs, Coligny, Jeanne d'Albret, etc., autre chose que des 
ambitieux jaloux du pouvoir. Si quelques huguenots donnèrent 
dans la conspiration d'Amboise, c'est qu'ils crurent de bonne 
foi que tout était permis pour secouer le joug insupportable 
d'une famille ambitieuse et avide qui avait usurpé le pouvoir et 
s'y maintenait par la violence. 

D'autre part, assimiler à un parti militaire authentique la 
poignée de conjurés recrutés et entraînés sous le fallacieux pré- 
texte que. les chefs religieux et politiques des protestants approu- 
vaient leur entreprise, c'est aller un peu loin. Ce n'est guère qu'après 
le massacre sans jugement, de ces malheureux, que l'idée de s'or- 
ganiser pour la résistance fut sérieusement envisagée par les core- 
ligionnaires de quelques-unes des victimes. Mais, même après la 
constitution du triumvirat (7 avril 1561), dans le but hautement 
avoué d'exterminer les huguenots et la race des Bourbons, même 



GHR0N1QUË LITTÉRAIRE 



163 



après le massacre de Vassy (l' r mars 1562) qui déchirait l'édit 
du 17 janvier comme un simple chiffon de papier, le parti groupé 
autour de Condé et de Coligny n'aurait pas pris les armes, Calvin 
et Théodore de Bèze ne l'auraient pas cautionné, s'il n'y avait été 
autorisé par un ordre exprès de la reine mère. Cela est si vrai que 
lorsque, subitement, elle prit parti contre ceux auxquels elle avait 
mis les armes à la main, en septembre 1562, les huguenots de 
l'Ouest discutèrent encore solennellement la question s'il était 
licite de combattre le gouvernement l . 

* 

Parmi les libelles qui s'empressèrent de rendre les réforma- 
teurs responsables de la conjuration d'Aniboise, M. Naef cite un 
pamphlet anonyme Religionis et Régis adversus exitiosas Calvini, 
Bezae et Ottomani conjuratorum factiones defensio prima, Paris 
1562, {Opéra CalviniXIX, 438). Ce pamphlet futaussitôt traduit en 
français, peut-être par un certain Saint-Amour, pseudonyme de 
Jean Vêtus (Jean le Vieil) 2 qui mit une préface à la Francisci Bal- 
duini Jlesponsio altéra laquelle parut la même année. Jean Sturm 
soupçonna qu'il avait pour auteur François Bauduin, ce qui 
m'amène à discuter une brochure intitulée François Bauduin et 
la Réforme* destinée à réhabiliter ce personnage. 

Compatriote et sans doute coreligionnaire [de l'Atrebate 
François Bauduin, M. Joseph Duquesne s'efforce, en effet, de le 
disculper de l'accusation de versatilité religieuse, la seule, dit-il, 
gui mérite d'être retenue et discutée (p. 21). 

Lorsqu'on lit attentivement son plaidoyer, d'ailleurs très bien 
informé, très habile et qui précise plusieurs dates de la corres- 
pondance de Calvin, on ne peut, néanmoins, se défendre de l'im- 
pression qu'il justifie les accusateurs plutôt encore que l'accusé. 
Voici pourquoi : 

Après avoir, à Genève, en juillet ou août 1545, fait acte 
d'adhésion enthousiaste au protestantisme, vers la fin de la même 
année, à Paris, Bauduin reconnaît lui-même qu'il est « contraint 



1. Voy. Bull. 191T, 116,117. — M. Naef aurait pu ajouter à sa bibliographie, 
outre la brochure sur Bauduin dont je vais parler, Kluckhohn, Briefe Frie- 
dricks des Frommen et E. Muhlenbeck, Claude Rouget une Eglise calviniste 
au xvi« siècle (Sainte-Marie aux Mines) qui parle, entre autres, de François 
Morel de Gollonges. 

2. P. 63, note, M. Naef s'est trompé en traduisant quemdam alium divuU 
gatum librum d'une lettre de Sturm par, un livre publié par un autre, quem- 
dam alium ne pouvant, comme il vient de me l'écrire, se rapporter qu'à 
librum et non à un personnage. 

3. Extrait du Bulletin de l'Académie delphinale, 1917. J'accepte l'ortho- 
graphe Bauduin au lieu de Baudouin. 



164 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



de he rien faire qui le compromette » (28) c est-à-dire de dissi- 
muler. En 1547, après avoir vécu pendant 4 ou 5 mois à Genève 
comme secrétaire de Calvin, il se rend à Lyon, où « sa conduite 
est sans doute analogue à ce qu'elle avait été à Paris » (30). En 
1548 il retourne à Arras où sa mère se meurt et où certainement 
il n'aurait pu enfreindre le bannissement qui l'avait frappé s'il 
n'avait fait acte de catholicisme. On le trouve ensuite à Bourges 
jusqu'en 1555. Il cesse, et pour cause, d'écrire à Calvin, mais en 
1551, lui avoue « qu'il a cédé aux larmes de sa mère » (33), ce qui, 
dit M. Duquesne « n'implique nullement de sa part apostasie », 
mais seulement qu'il était « d'humeur très changeante » (34). 
Bien que cette humeur ne lui convînt guère, Calvin lui pardonne en 
1555. Bauduin passe alors à Strasbourg et à Heidelberg et publie, 
en 1556, son Commentaire des lois ecclésiastiques et civiles de Cons- 
tantin dans lequel il proclame son admiration pour l'État poli- 
tique et religieux de l'Empire romain au iv e siècle, c'est-à-dire 
prend nettement le parti de l'Eglise catholique. M. Duquesne, 
lui, n'y voit qu'une évolution vers des idées de «conciliation et de 
modération ». Ces idées, Bauduin les expose en 1561 à Antoine 
de Bourbon, à la reine mère et au cardinal de Lorraine et les fait 
formuler par son ami Cassander dans un petit livret Du devoir 
qui, dans le conflit religieux actuel, incombe à Vhomme pieux et 
aimant vraiment la tranquillité publique. Cette fois M. Duquesne 
reconnaît que ce livret qui faisait consister la Béforme de l'Eglise 
dans l'adhésion aux saintes Ecritures et à leur interprétation tra- 
ditionnelle, tendait à la « ruine » du protestantisme (27). 11 faut 
vraiment de la bonne volonté pour ne pas voir dans le personnage 
qui évolue jusque là, le Protée dont parle l'historien du Berry 
Catherinot. Mais il y a mieux. 

M. Duquesne reconnaît que la collaboration de Bauduin avec 
Antoine de Bourbon coïncide avec un refroidissement des senti- 
ments de ce dernier pour les réformés (18). Malgré les avertis- 
sements de Calvin, Antoine de Bourbon finit par se rallier au 
triumvirat qui avait, le 7 avril 1561, juré l'extermination de sa 
race. Tel fut le résultat des prétendus conseils de conciliation et 
de modération que Bauduin lui avait donnés *. Or cette volte-face 
d'Antoine de Bourbon, il fallait la justifier. Et voilà pourquoi les 
huguenots, que Bauduin et le roi de Navarre avaient lâchés, et 

\. Voici'ce que dit le Discours merveilleux de la vie, actions et déporle- 
menls de Catherine de Médicis 1578, p. xxiv : « En ce mesme temps aussi 
un certain jurisconsulte nomme Balduin le vint trouver (le roi de Navarre) 
et servit de soufflet ausdits sieurs de Guise pour desgouter ce Roy de la reli- 
gion des huguenots à laquelle il adhéroit auparavant : tellement qu'en peu 
d'heures on le vit oublier toute la haine que peu au précédent il portoit à Mes- 
sieurs de Guise et abandonner les huguenots ». 



GH BONI QUE LITTÉR A r R K 



165 



leurs chefs spirituels, Calvin et Théodore de Bèze furent accusés, 
dans la F. R. Responsio altéra et dans le Religionis et Reyis, d'avoir 
ourdi la conspiration d'Amboise représentée comme un attentat 
à la royauté. Quand on voit, dans le livre de M. Naef et ailleurs, 
le parti que les Guisards et la reine mère tirèrent de ce qu'ils 
savaient pertinemment n'être qu'une infâme calomnie, on éprouve 
quelque difficulté à se joindre à M. Joseph Duquesne pour jus- 
tifier l'homme, après tout l'obligé de Calvin, qui n'hésita pas à 
metlre en circulation cette calomnie et l'on comprend pourquoi 
son avocat l'a passée sous silence. 

N. Weiss. 



Bordeaux au XVIII' siècle 

C'est malheureusement le dernier ouvrage du regretté 
Alfred Leroux que nous signalons ici. Ses Religionnairê$ de Bor- 
deaux de 1685 à 1802, dont nous avons dit récemment tout le 
bien que nous en pensons, devaient avoir une Introduction qui, 
« commencée il y a plus de cinq ans », dit la Préface écrite en 
août 1921, prit peu à peu un tel développement qu'elle devint 
la présente Élude critique sur le XVII I e siècle à Bordeaux Fôrèt, 
Bordeaux, 1921, xiii-416 p. 20 fr.), c'est-à-dire un beau volume 
de 20 chapitres, suggestif et instructif comme tous les écrits de 
l'ex-archiviste de la Haute-Vienne, qui est mort l'hiver dernier 
à Bergerac des suites d'une opération et dont le (ils professe au 
lycée de Strasbourg depuis trois ans. La vaste et intéressante 
matière amassée dans ce livre est répartie en trois groupes sépa- 
rés par les années 1743 et 1789. 

Pourquoi 1743? C'est que de ce moment environ date la 
grande prospérité matérielle de Bordeaux, c'est alors que « les 
entreprises viticoles et commerciales, encouragées et dirigées 
par ïourny, prennent un grand élan et font affluer l'or », 
que débute la moyenne industrie, que se font jour les idées de 
liberté économique, que reprennent les embellissements de la 
ville, et c'est bientôt après (1751) qu'apparaissent les premiers 
symptômes de la tolérance religieuse avec le mandement de 
l'archevêque, Mgr de Lussan, et que, « par indifférence plutôt 
que par amour de la tolérance, les philosophes et publicistes 
plaident la cause des Israélites, Jansénistes et Protestants et font 
aboutir leurs revendications quelques années avant la Déclara- 
tion des Droits ». 

Les rapports primitifs, signalés ci-dessus, entre ce livre et 
les Religionnaires de Bordeaux, sont résumés par une Table 



4 66 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



analytique des matières et noms propres de l'ouvrage qu'il devait 
introduire et qu'ainsi il clôture. Les Additions de la dernière 
page se terminent par une rectification qui doit contenir une 
faute d'impression; car la page 228 ne donne pas la date de 1775 
qui doit être changée en 1757. 

Il nous reste à glaner les données du livre sur l'histoire du, 
Protestantisme, donc à motiver la présence de ce compte rendu 
dans notre Bulletin. Et d'abord, pour fixer le cadre, l'organisa- 
tion séculaire de la cité, « exclut sinon toujours légalement, du 
moins pratiquement, tout un résidu de gens suspects (étrangers, 
protestants, juifs), que les préventions courantes, les haines 
confessionnelles, la nature des choses relèguent hors ville, au 
faubourg des Chartrons » (p. 14). Les tendances séparatistes, si 
ardentes aux xvr* et xvir 3 siècles (essai d'une république auto- 
nome en 1653) survivent dans une minorité, dont la portion 
protestante voulait « non point, comme on l'a dit niaisement, 
imposer sa confession à la majorité, mais la faire respecter » et 
« conserver au protestantisme la place qu'il perdit, quand on 
lui eût ravi les garanties de l'édit de Nantes » (p. 29). 

Les découvertes scientifiques et géographiques obligèrent 
les plus intelligents des apologètes chrétiens « de transporter du 
domaine de la cosmologie, de l'histoire ou de la philosophie sur 
celui de la psychologie expérimentale la lutte qu'ils soutiennent 
contre l'incrédulité ». C'est là, d'après M. Leroux, la « principale 
raison pourquoi le protestantisme recouvra force et vie à Bor- 
deaux, quand, à la faveur des circonstances générales, il ras- 
sembla ses adhérents secrets, reconstitua ses cadres, releva ses 
œuvres, etc. » (p. 292). Mais « ce renouveau, s'il fut profond chez 
les Bordelais qui par naissance avaient des attaches protestantes, 
fut sans aucun rayonnement sur les autres... Leur existence 
s'écoulera inaperçue pendant plus de trente ans... Curieux 
exemple de ce que pouvaient alors réaliser la compression légale 
des pouvoirs publics, le mutisme calculé du clergé, l'indiffé- 
rence obstinée du milieu )>. 

Si ces glanes sont peu abondantes, si l'auteur ne s'arrête pas 
à cette restauration inattendue du protestantisme, c'est qu'il en 
a, ne l'oublions pas, « retracé ailleurs, avec tout le détail voulu, 
les diverses péripéties et montré l'avènement d'un néoprotes- 
tantisme libéré de beaucoup de lisières et fortement pénétré de 
l'esprit des Frères moraves établis à Bordeaux ». 

Mais la conclusion générale de l'auteur mérite d'être notée; 
elle relève de la plus pure philosophie de l'histoire : 

Les Bordelais n'eurent plus guère que le rôle d'exécutants des 
ordres venus de Paris. Leur initiative... fut par avance condamnée au 
nom de l'État, centralisateur plus que ne l'avait été la monarchie 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



167 



défunte. Au point de vue municipal, le citoyen issu de la Révolution 
est peu de chose, comparé au bourgeois du moyen- âge. Sa vie publique 
a été soumise depuis lors à un régime de tutelle et de compression» 
plutôt que de contrôle, dont le xix Q siècle a ressenti les fâcheux 
effets. 

Effets, hélas, que nous ressentons encore rudement aujour- 
d'hui. Ces ultima ve^ba de M. Leroux sont un testament a méditer. 
Quelles formidables conclusions on en peut tirer! Quel stimulant 
ils devraient exercer sur notre activité politique, si quelque 
chose pouvait encore secouer notre torpeur et réveiller notre 
somnolence optimiste. 

Si c'est là de l'actualité, et de la plus redoutable, M. Leroux 
y touche encore en un autre point, non moins brûlant. Voici ce 
que nous lisons p. 158 : 

La question de la natalité se posa devant les Français, quand ils 
s'aperçurent que le chiffre de la population diminuait d'une manière 
sensible... Aujourd'hui que nous savons par une cruelle expérience de 
quel prix il est, pour l'existence même de la France, de respecter les 
lois du mariage, il f^era permis de relever quelle fâcheuse influence 
exerça à Bordeaux, l'égoïsme sensuel des hommes et des femmes qui 
faisaient salon au temps de la Régence... Aussi les familles riches 
d'enfants devinrent-elles plus rares, tandis que la prostitution s'étalait 
plus fréquente. On peut même se demander, en étudiant quelques 
rares gravures du temps, si l'affaiblissement physique de la race n'avait 
point déjà commencé ! 

Page 234, l'auteur nous parle d'un abbé Jaubert (1715-1778), 
membre de l'Académie des Sciences de Bordeaux, auteur d'une 
Histoire de cette ville (qu'il ne réussit pas à publier) et d'un Éloge 
de la roture, où il se montre précurseur de la fameuse bro- 
chure de Sieyès sur le Tiers-État, et qui est un véritable précur- 
seur,àun autre point de vue, dans son livre de 1767, sur les Causes 
de la dépopulation et les moyens d'y remédier, livre « à méditer pins 
que jamais », concordant souvent avec Montesquieu et Rousseau, 
« le premier qui ait su voir et osé dire toutes les causes du mal... 
Gorruption des mœurs, emploi de nourrices mercenaires, ser- 
vice militaire, mauvaise organisation des hôpitaux, mauvais air 
des villes, abus des boissons fortes, négligence des travaux 
agricoles... révocation de l'édit de Nantes, multiplicité des 
domestiques et des moines... et des célibataires dans les classes 
aisées, où ils promènent de salon en salon, tête levée, leur 
égoïsme, leur frivolité et leur cynisme, enfin la volonté de 
limiter le nombre des enfants pour perpétuer un luxe effréné ». 

Ajoutons avec M. Leroux : « Son tableau est sombre. Le 
serait il moins aujourd'hui »? C'est là, plus que jamais, la ques- 
tion des questions, la seule réellement importante et vitale, celle 



168 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



dont la non-solution supprimera toutes les autres à brève 
échéance. Toutes les occasions sont bonnes pour le rappeler à 
ceux qui se bouchent les yeux et les oreilles pour conserver leur 
optimisme mortel ou qui crient : Après nous le déluge ! 

Th. Sch. 



Histoire religieuse de Strasbourg d'après M. R. Reuss 1 . 

Les deux ouvrages dont les titres sont en bas de cet page 
viennent couronner dignement la vaste et solide œuvre histo- 
rique de l'éminent membre de la Société de l'Histoire du protes- 
tantisme français. Le premier de ces deux livres surtout est des- 
tiné à faire époque par l'atmosphère d'impartiale sérénité, de 
juste mesure, de courageuse franchise, dans laquelle il trans- 
porte dès l'abord et maintient jusqu'au bout l'âme attentive de 
ses lecteurs. Il se distingue avantageusement des trop nombreux 
Alsatiques contemporains qui rivalisent de concessions mala- 
droites aux pires préjugés catholisants et aussi aux pires préjugés 
chauvins qui vont de pair d'ordinaire, les premiers se cachant 
souvent perfidement sous le voile alléchant des seconds. Ce 
n'est certes pas en vain et pour s'en servir comme de simple for- 
mule banale que l'auteur rappelle dans sa préface du 13 octo-* 
bre 19°21 ces paroles adressées dès 1873 à Xavier Mossmann : » « Je 
n ? ai jamais été de ceux qui, pour mieux prouver la sincérité de 
leurs sentiments patriotiques, croyaient ou faisaient semblant de 
croire que l'histoire de l'Alsace et dë Strasbourg n'avait com- 
mencé qu'en 1789. Je n'ai jamais cru que les convictions les plus 
fermes et l'attachement le plus absolu aux principes puissent 
s'amoindrir ou se perdre en rendant justice au passé, en admi- 
rant les hauts faits de nos ancêtres dans d'autres siècles et sous 
d'autres drapeaux». Ces fières paroles devraient servir de devise 
et de phare à tous ceux qui veulent écrire sur l'histoire de 
l'Alsace. Renier ses ancêtres et leur langue n'est jamais un beau 
trait de caractère; et combien pourtant ce trait est fréquent ! 

Mais nous n'avons ici à nous occuper que du côté religieux de 
la question. Et à ce point de vue spécial aussi, M. Reuss peut servir 
de modèle. Il n'estime pas que ce doive être un devoir patrio- 
que de taire les injustices dont les protestants d'Alsace ont été 

1. Histoire de Strasbourg depuis ses origines jusqu'à nos jours, ornée de 
4 frontispices de M lle D. Muller. Fischbacher, 1922. 432 p. et La Constitution 
civile du clergé et la crise religieuse en Alsace, T. 1 er (1790-1792). Istra, 
Strasbourg et Paris, vi-378 p., 1922 (7 e fascicule des Publications de la 
faculté de Lettres de l'Université de Strasbourg.) 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



169 



trop'souvent les victimes. Qu'on lise son chapitre sur la Réforme 
à Strasbourg et aussi celui sur l'agonie et la fin de la petite 
République, et l'on verra ce que nous voulons dire, et ce qu'est 
un récit historique franc de concessions et de réticences pol- 
tronnes, de compromissions et d équivoques commodes. Les 
illégalités de la contre-réforme soutenue souvent par des agents 
du gouvernement n'y sont pas masquées ni camouflées. 

L'autre ouvrage que nous avons à signaler ici est le développe- 
ment de La Cathédrale de Strasbourg penddnt la Révolutoin 
(Ftudes sur l'histoire religieuse et politique del'Alsace. 1789-1802. 
Fischbacher, 1888). M. Reuss veut y montrer « combien la 
question religieuse est venue compliquer — plus encore dans 
les départements du Rhin que dans d'autres provinces — le 
problème révolutionnaire, en multipliant les crises aiguës », et 
« que l'une des plus grandes erreurs de l'Assemblée nationale a 
été le vote de cette malencontreuse Constitution civile du clergé 
que la grande majorité de la nation ne réclamait pas ». Pour cette 
étude, l'auteur a utilisé les procès-verbaux inédits des séances du 
Directoire et de l'Administration centrale du Bas-Rhin, ceux du 
Corps municipal de Strasbourg, les journaux locaux, les innom- 
brables pamphlets, discours, délibérations, proclamations, ser- 
mons etc. Si deux chapitres seulement sont consacrés au Haut- 
Rhin, c'est, nous dit la préface, que le dépouillement des regis- 
tres du Directoire de Colmar, interrompu par la guerre, n'a pu 
être repris depuis, et qUe, d'autre part, cette lacune est en partie 
comblée par l' Histoire de la Révolution française dans le Haut- 
Rhin de Véron-Réville (Colmar, 1865) et les nombreux travaux 
des chanoines Winterer et Ingold, de l'abbé Beuchot, de J. Li- 
blin. etc. Toutes ces sources concordent à prouver « que dès le 
début de la Révolution, la question religieuse prima, en Alsace, 
la question politique et même nationale ». 

Mais revenons un peu à Y Histoire de Strasbourg et, négligeant 
aujourd'hui le chapitre sur la Réforme, voyons de plus près celui 
qui, après lui, est le plus important au point de vue protestant; 
car il relate les changements religieux survenus dans la ville à la 
suite de la Capitulation de 1681. Il s'agit des pages 261 à 278 qui 
aboutissent à cette conclusion significative : 

Le tableau fidèle que notre devoir d'historien nous a obligé de retra- 
cer de l'histoire intérieure de Strasbourg pendant les dix premières 
années de la domination française, n'est pas précisément de ceux sur 
lesquels on aime à reposer ses regards. Il est en contradiction flagrante 
avec les affirmations trop souvent répétées de certains panégyristes 
outranciers de Louis XIV, que ce monarque, satisfait de la soumission 
de la République, avait respecté scrupuleusement les traditions du 
passé et ses propres promesses.., » 



170 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



L'exposé minutieux qui se termine par cette grave déclara- 
tion — grave, mais combien nécessaire aujourd'hui plus que 
jamais — débute par cette phrase non moins attristante : La « sim- 
ple énuméralion des faits successifs qui s'y sont accomplis durant 
un espace de temps relativement si court, montrera combien 
peu le monarque absolu qui signa l'acte de 1681 se crut stricte- 
ment lié par ses promesses, et quels changements profonds ses 
représentants firent subir à l'organisation politique et administra- 
tive de la cité ». 

Pour apprécier à sa valeur la portée de ces changements, il 
convient de se rappeler que la ville était alors complètement 
protestante : la rentrée solennelle de l'évêque et sa prise de 
possession de lacalhédrale, quelque pénibles qu'elles dussentêtre 
pour la population, étaient stipulées par la Capitulation, donc pré- 
vues et légales. Mais que dire de l'achat des consciences, de la 
faveur scandaleuse dont jouirent les nouveaux convertis, de 
l'exil du vénérable Dominique Dietrich à Guéret, des nomina- 
tions de Gunzer et d'Obrecht, des violences auxquelles sont expo- 
sés les sujets ruraux de la ville libre, alors qu' « on voit le 
vicaire général, et le chef de la maréchaussée se transporter 
d'une localité à l'autre avec des capucins et des jésuites. Le pas- 
teur Knoderer, de Barr, le pasteur Kiefer, d'IUwickerskeim, sont 
arrêtés, puis destitués : les protestants d'Illkirch obligés d'obser- 
ver tous les jours fériés catholiques; l'église de la Robertsau est 
saisie par l'intendant, malgré les réclamations du Magistrat; à 
Eckbolsheim, le pasteur Hirtz est chasse de la chaire par un capu- 
cin, puis condamné à la prison, pour avoir méconnu l'autorité des 
missionnaires catholiques ». 

Notre Bulletin (1854) et M. Reuss lui-même dans son 
Louis XIV et l'Eglise protestante de Strasbourg au momevt de la 
Révocation (Paris, 1887) ont publié un mémoire « confidentiel- 
lement remis au préteur royal » et « très heureusement venu 
jusqu'à nous», rédigé au début de 1686 par un Jésuite établi 
à Strasbourg et donnant le plan soigneusement détaillé d'une 
« attaque générale contre l'hérésie... On y constatera, une fois de 
plus, l'habileté bien connue des disciples de Loyola, comme 
l'absence de tout vrai sentiment religieux chez le rédacteur de 
la pièce », qui « n'avait pas même la triste excuse du fanatisme ». 
Les données principales de ce document précieux et instructif 
sont analysées aux p. 266 et 267. 

La prudence laïque du préteur royal fit échouer ces vastes 
espérances de l'Eglise, qui « se revanche de ces déceptions par 
des attaques nouvelles et des usurpations répétées ». Bref en ce 
qui concerne la religion, « la violation des èngagements royaux 
était donc éclatante et formelle ». Et « que dire de la nomination 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



171 



d'un maquignon nouveau converti, protégé par des influences 
inconnues, à la charge, créée tout exprès pour lui, de lieutenant 
du préteur (août 1686)? Ce personnage était si nul qu'il fallut 
bientôt supprimer ses fonctions et le faire entrer au Sénat, grâce 
à une savante pression de l'intendant, comme premier membre 
catholique depuis la Réforme » ? Et que dire de la fameuse alter- 
native, qui, « dès la première heure, ne fut qu'un mensonge 
solennel de plus, car jamais on n'établit la proportionnalité » 
proclamée par l'édit du 5 avril 1687. En effet, « depuis la première 
élection (15 mai 1687) jusqu'en 1789, chaque poste laissé vacant 
par un luthérien, dans toutes les administrations publiques, fut 
immédiatement réclamé par les calholiques, de sorte qu'il y eût 
bientôt autant de couseillers calholiques pour le quart de bour- 
geois appartenant à ce culte, que de conseillers protestants pour 
les trois quarts ». Il n'est donc pas étonnant que cette mesure 
« ébranla toute confiance en la parole royale » et « démoralisa 
l'opinion publique, qui vit les apostats les plus éhontés promus 
aux plus hautes dignités ». 

Inutile de continuer cette pénible éuumération, qu'il serait 
facile, hélas, de prolonger. L'on voit la situation, l'on voit les 
mensonges officiels survivant jusqu'à ce jour à toutes les rectifi- 
cations, et l'on dira avec nous: Le livre de M. Reuss n'est pas 
seulement une bonne œuvre, il représente une action courageuse. 
Car aujourd'hui encore Ton s'efforce, dans bien des milieux, d'in- 
féoder la France à la cause catholique et de traiter de mauvais 
Français tous ceux qui ne se courbent pas devant Rome. 

Ajoutons cependant encore que, si « Louis XIV, presqu'au 
lendemain de la capitulation, avait enfreint les garanties reli- 
gieuses accordées par elle, le gouvernement de son successeur 
ne suivit que trop son exemple » (p. 333). C'est ainsi qu'en 1727, 
« on obligeait les enfants illégitimes, nés à Strasbourg, à se 
faire catholiques, en vertu d'une ordonnance royale datant de 
1682 » et qui « n'avait jamais encore été appliquée aux habitants 
de la ville libre ». De ce l'ait, « de très nombreux enlèvements, 
à main armée, de bourgeois et de bourgeoises, eurent lieu dans 
les années suivantes, et les personnes capturées furent retenues 
en prison, jusqu'à ce qu'elles eussent abjuré leur foi ». M, Reuss 
cite plusieurs exemples de ces inqualifiables actes de violence. 
Ce n'est qu'en 1762 qu'advint «une très légère amélioration de 
cette réglementation barbare », en ce sens qu'il fut concédé 
que si le mariage subséquent des parents avait lieu avant que 
l'enfant eût cinq ans, il leur appartiendrait ». Alors encore, les 
calvinistes d'Alsace n'avaient pas le droit d'ouvrir un nouveau 
lieu de culte, et là où ils n'en avaient pas, il leur fallait s'adresser 
aux curés pour les baptêmes. Enfin, « encore en 1774, on voit les 



172 CHRONIQUE LITTÉRAIRE 

représentants de l'Eglise essayer d'empêcher qu'un ministre 
luthérien escorte au supplice un condamné à mort de son culte ; 
et encore deux ans après, « les malades calvinistes étaientplacés, 
à l'Hôpital, dans les salles des catholiques ». 

Ces traits de fâcheuse intolérance confessionnelle du gouver- 
nement expliquent suffisamment « pourquoi les protestants 
d'Alsace, et ceux de Strasbourg- en particulier, allaient se 
prononcer bientôt; avec un élan presque unanime, pour les 
principes de la Révolution ». 

Th. Sch. 



La Renaissance catholique en France au XVII e siècle 1 

C'est le titre que M. le Chanoine Prunel, vice-recteur de 
l'Institut catholique de Paris, a donné au recueil de ses neuf 
leçons faites en 1910 « dans la série des cours publics d'Apolo- 
gétique », dit-il, à l'entrée de sa Préface. Constatons qu'à l'Inslitut 
catholique l'Histoire fait partie de l'Apologétique. Ce seul fait 
suffit à nous orienter sur l'esprit et la valeur du livre que nous 
signalons. Et comme M 8T Baudrillart, recteur de cet Institut, le 
couvre de fleurs pieuses dans son Bulletin du 15 octobre 1921, il 
nous faut admettre que l'enseignement historique de M. Prunel 
répond bien à la doctrine officielle catholique, d'autant plus que 
son ouvrage est dédié à l'archevêque de Paris, chancelier de son 
Institut, qui y a apposé son Imprimatur la 16 septembre, et que 
lui-même est aussi l'auteur d'un Cours supérieur de religion en 
5 volumes, honoré d'une] lettre du cardinal Gasparri et couronné 
par l'Académie française. Donc, ce qu'il enseigne doit être cru 
par tout catholique. Or voici ce qu'il proclame dès la première 
page de sa Préface. 

De même qu'après les guerres de religion « la renaissance 
catholique du xvif siècle lit de la France la première nation du 
inonde », de même après la dernière guerre « la reprise des rela- 
tions diplomatiques » avec le Vatican deviendra (de nombreux 
symptômes permettent de l'espérer), le prélude d'une renais- 
sance catholique qui fera remonter notre pays aux plus hauts som- 
mets, non de la gloire et de l'estime du monde — il y est — mais 
de l'influence morale et religieuse et de l'apostolat fécond parmi 
les nations ». Et cette Préface dithyrambique et pieusement opti- 
miste se termine par ce cri ; « Nos descendants verront de grandes 
choses ». Hélas, si M. le Chanoine étudiait les statistiques de la 
dépopulation, il est à craindre que ce cri n'expire sur ses lèvres 
et ne se change en un cri d'angoisse et de terreur. 

1. Chez Desclée et chez Picard, 1921. ln-12 de vm-316 p., 1 fr, 50. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



Mais que dit-il de la Réforme? Oh, tout simplement ceci : 
« Le génie catholique et le génie français ne faisaient qu'un », 
lorsqu' (( une nouvelle venue s'était présentée les armes à la 
main », avait (il se contente de répéter le jugement de M. Picot) 
« renversé les autels, brisé les images, brûlé les reliques, abattu 
les églises et mis à mort les prêtres... C'était en pillant et en 
massacrant qu'ils demandaient la tolérance » pour « réformer 
l'Eglise et épurer l'Evangile ». Après cela, « vous étonnerez-vous 
que l'immense majorité des Français se soient levés pour 
défendre la religion dans laquelle ils avaient été instruits », et 
que « la vieille France de Glovis, de Chaiiemagne et de saint 
Louis ne fût pas disposée à tendre la gorge au couteau » ? 

Faut-il prouver que ce sont les Protestants qui ont commencé 
les guerres civiles? « Trois ans avant Vassy qu'ils donnent 
comme la cause de la première guerre, ils avaient ravagé le Lan- 
guedoc, la Guyenne, le Poitou, le Saintonge... A Montauban, 
Castres, Béziers, Nîmes, ils avaient obligé le peuple à assister au 
prêche, et ils Vy avaient conduit à coups de nerfs de bœuf)) ! ! ! 

Faut-il prouver que « Coligny et les siens livraient le Havre 
aux Anglais et les premiers faisaient appel à l'étranger » ? Il n'y a 
qu'à citer une page de Hanotaux dans son Histoire de Richelieu, 
où il le dit en toutes lettres. 

Inutile de continuer. Ce livre est instructiï au plus haut point, 
non pas sur l'histoire du xvi e et du xvir 3 siècles, mais sur la 
manière dont l'Institut catholique façonne les esprits au 
xx' siècle. Cela ne peut se deviner, il faut l'apprendre. Remer- 
cions M. Prunel du grand service qu'il nous rend, puisqu'un 
homme averti en vaut deux, dit le proverbe. Mais sa conclusion 
mérite aussi d'être connue : « Quelques-uns des faits qui expli- 
quent cette glorieuse période de l'histoire de l'Église de France » 
sont : « Obéissance à l'impulsion venue de Rome et exprimée 
par le Concile de Trente ; activité, union, abnégation et sainteté 
des catholiques, qu'il s'agisse du clergé et des fidèles ». Donc, 
« si les mêmes causes produisent les mêmes effets, il est permis 
d'espérer que les catholiques du xx e siècle, en imitant leurs 
glorieux ancêtres du xvn e , en restant plus que jamais unis au 
Pape et en se dévouant tout entiers à leur noble cause, verront 
luire, eux aussi, des jours glorieux pour l'Eglise et pour la 
France ». Vous entendez : pour l'Eglise d'abord; pour la France, 
seulement si elle est bien docile. 

Tout cela est fort triste. Que faire devant une intoxication 
pareille? 

Au reste, on trouvera beaucoup de détails sur la réforme des 
Ordres et du Clergé, la vie intérieure de l'Eglise, l'exercice de la 
charité, la Compagnie du Saint-Sacrement, l'instruction primaire, 



CORRESPONDANCE 



et secondaire, l'attitude de l'Église en face de la Science. (Gali- 
lée 1 , Newton, le P. Mersenne, etc.), le Jansénisme, etc., et un 
Index fait connaître tous les noms propres cités. Beaucoup de 
savoir, mais comme moyen et non comme but, ad maximam 
Ecclesiae gloriam. 

Th. Sch. 



CORRESPONDANCE 



Inauguration du monument huguenot 
de la « Pierre Plantée » (Tarn"). 

Les Eglises réformées du Tarn forment encore aujourd'hui 
un groupe compact occupant toute une région de la Montagne 
Noire, dans l'arrondissement de Castres. Ces Eglises remontent 
toutes aux origines de la Réforme; privées de leurs temples 
en 1685, elles ont convoqué leurs fidèles, presque au lendemain 
de cette année fatale, à leurs cultes du Désert; un des lieux les 
plus fréquemment choisis était le bois de Montagnol, très retiré 
et environné de populeuses églises réformées, Valbre, Sablay- 
rolles, Ferrières, Brassac, etc.; nombreux sont les procès- 
verbaux relatifs à ces assemblées, et conservés dans les Archives 
de l'Hérault (fonds de l'Intendance). 

A l'orée du bois de Montagnol exisle un vaste plateau soli- 
taire, au centre duquel se trouve la Pierre Plantée, rustique 
borne de granit qui a vu la mort du prédicant La Picardié, et 
dont la singularité a provoqué des légendes : le grain rougeâtre 
de la pierre ne serait autre que le sang du martyr conservé pour 
perpétuer ce souvenir tragique. 

Le prédicant Corbière dit La Picardié était originaire du 
village voisin de Lacrouzette; c'est tout ce que nous savons de 
positif à son sujet; plein de zèle et de foi, il se leva, au lende- 
main de la Révocation, pour rassembler les troupeaux épars et 
les exhorter à rester fidèles. Le 1 er avril 1689^ il présidait une 

1. Voici (p. 258) un exemple du raisonnement de M. P. : « La prison de 
Galilée, la torture, l'abjuration en chemise, la destruction de ses manuscrits 
sont autant de fables... L'affaire est évidemment regrettable, mais 1° ne 
prouve lien contre l'infaillibilité du Pape, car elle ne fut qu'une mesure dis- 
ciplinaire ; 2° si les cardinaux ne sont trompés, ils étaient d'accord avec la 
science de leur temps .. 3° la condamnation n'a pas arrêté les progrès delà 
science. Un catholique ne peut donc être troublé par l'objection de Galilée... » 



CORRESPONDANCE 



175 



grande assemblée à Saint-Jean del Frech, dans les environs de 
Lacaze ; un grand nombre de fidèles y fut odieusement massacré ; 
lui seul échappa par miracle, mais il ne devait pas tarder à 
sceller l'Évangile de son sang; le 22 avril de la même année, il 



présidait une nouvelle assemblée près du hameau de Cazarils; 
surpris et pourchassé, il fut alteint près de ce rocher et sauva- 
gement massacré; voici les deux versions de sa mort qui nous 
ont été conservées par les deux seuls écrits qui aient parlé de 
ce vaillant serviteur de Dieu : 






_ 



On Qt dive-s détachements pour exécu'er l'ordre de prendre mort 
ou vif La Picardié qui était toujours errant; l'un desquels le découvrit 



176 CORRESPONDANCE 

fuyant sur l'estrade de Ferrières, lieu extrêmement élevé comme son 
nom le témoigne. Dès qu'il se vit perdu, il traça un cercle autour de 
lui avec son bâton, et lui cria d'une voix haute : Venez, approchez, 
arrière de moi, Satan, tu ne me tenteras point. On lui tira cinq coups 
de fusils; il fut ensuite percé d'un coup de bayonnette, et parce qu'il 
remuoit après toutes ces blessures, on lui écrasa la tête avec un 
rocher 1 . 

Corbière La Picardie, leur prédicant ordinaire, voulut aussi se 
sauver, mais comme c'étoit à lui principalement qu'on en vouloit et 
qu'il estoit connu, on le poursuivit vivement; lorsqu'il vit qu'on le 
serroit de près et qu'il alloit estre pris, il s'arrêta tout court, et fit un 
grand cercle à terre avec une canne qu'il avoit à la main, et s'estant 
placé au milieu, il se mit à crier par plusieurs fois de toute sa force : 
Arrière de moi, Satan. Les dragons peu superstitieux fondirent de 
tous côtés autour du cercle fatal, pour s'approcher de lui, et tâcher 
de le prendre en vie; mais irrités de voir que leurs chevaux, effrayés 
par la figure, les cris, et surtout par la canne haut levée de ce furieux, 
refusoient de leur obéir, ils furent enfiu contraints de le tuer à coups 
de fusil; et la fin de ce malheureux fut la fin de fous ces dé- 
sordres 2 . 



C'est en mémoire de ces tragiques événements qu'un beau 
monument de granit a été élevé; il se compose d'un obélisque, 
protégé par six bornes reliées par des chaînes, le tout entourant 
également la pierre plantée, conservée intacte. Sur les quatre 
faces de l'obélisque se lisent les inscriptions suivantes : 

À la mémoire des martyrs huguenots 
leurs descendants 
1922. 

Corbière la Picardie 
massacré sur cette pierre 

le 22 avril J689. 
E scande, Bru, Sanson 
martyrisés en 1689. 

Eux dont le monde n était pas digne. 

Héb. 11. 38. 
Ce sont ceux qui viennent 
de la grande tribulation. 

Apoc. 7. 14, 

1. Mémoire particulier sur les assemblées du Castrais; manuscrit con- 
servé à la Bibliothèque de Ximes. Il a été imprimé in-extenso dans le 
Bulletin, année 1865. 

2. Bnieys, Histoire du fanatisme, édition de 1T09, tome II, page 36. . 



CORRESPONDANCE 



177 



L'inauguration de ce monument, le 5 juin 1922, a donné lieu 
à une fête inoubliable; nous ne croyons pas que, depuis la fête 
de Fonmorte (1887) ou la fondation du Musée du Désert (1911), 
on ait assisté à une cérémonie aussi émouvante, avec une 
pareille affluence de fidèles. Dès le matin de ce jour, tandis que 
la blancheur du monument se détache sur le bleu d'un ciel 
radieux, plusieurs milliers de personnes affluent de tous côtés, 
avec les véhicules les plus variés, car la gare la plus proche est 
encore fort éloignée. 

Une chaire du Désert est dressée tout auprès, et de vieux 
volumes jaunis, liturgie, Bible, la garnissent. Les chœurs de la 
région font entendre un beau chant de circonstance, tandis que 
dix-huit pasteurs en robe défilent solennellement pour gagner 
leurs places. Les psaumes d'autrefois sont exécutés par l'im- 
mense assemblée au cours des deux services. 

Le matin, M. le pasteur Larroche, de Nimes, a prononcé la 
prédication; le soir, c'est M. le doyen Doumergue, de Montau- 
ban, qui a donné une conférence sur ce sujet : « D'où venons- 
nous. » 

La pierre plantée est située à peu près sur la grand'route qui 
relie Ferrières à Sablayrolles, à égale dislance de ces deux loca- 
lités (gare : Ferrières). 

G. TOURNIER, 



Les Réunions du Musée du Désert 
5, 6, 13 août 1922 

Les 5, 6 et 13 août ont eu lieu au Mas-Roux, au Mas-Soubeyran 
et à Font Mort les réunions organisées par le Musée du Désert. 
Sur ces fêtes qu'un plein succès a couronné, a flotté cependant le 
deuil que la mort de notre regretté Président a fait prendre à 
l'œuvre dont il fut l'animateur. 

Entre Ribaute et les Tavernes, aux environs d'Anduze, se 
trouve le Mas-Roux, petite agglomération de quelques maisons» 
Là naquit Jean Cavalier, le héros camisard. La maison natale 
ayant été rasée par l'ordre de Bàville c'est sur la maison mitoyenne 
que la plaque commémorative, offerte par le Musée du Désert, a 
été posée. Elle porte cette simple inscription : Jean Cavalier — 
chef camisard — né au Mas-Roux — le 28 novembre 1681 — 
mort en exil à Chelsea — le 17 mai 1740. 

Cette plaque, que dominait le drapeau tricolore des boys- 
scouts de Ribaute fut, après une invocation de M. le pasteur 



3. Juillet-Septembre 1921. 



il 



178 



CORRESPONDANCE 



Durand, la prière et des chants, remise par M. Hugues à la 
paroisse qui en assurera désormais l'entretien. La parole fut 
ensuite donnée à M. le général Trouchaud, cévenol lui-même, qui 
fit de Jean Cavalier, soldat, un portrait fort intéressant. 

A ses qualités maîtresses d'organisateur et de tacticien, Cavalier 
joignait la première de tout homme de guerre : la bravoure et un 
sang-froid imperturbable. C'est par là qu'il avait pris sur ses hommes 
l'ascendant et l'autorité qui faisaient l'étonnement de ses adversaires 





JEAN CAVALIER 
















SORTI, ex».. CUTI». 







Un chef qui inspire a sa troupe la conliance peut tout oser. C'est ce qui 
permit à Cavalier de tenir la campagne aussi longtemps, et de la tenir 
avec succès malgré son infériorité numérique. Il ne disposa jamais de 
plus de 2 000 hommes et eut toujours à faire à une armée dix à quinze 
fois supérieure. 

On a dit, pour expliquer ses succès, qu'il était aidé par toute la popu- 
lation. 11 est vrai que tous les protestants étaient avec lui et lui 
donnèrent aide et renseignements; mais il ne faut pas oublier que tous 
les catholiques, plus nombreux que les protestants, étaient avec ses 
ennemis et remplissaient pour eux un rôle aussi précieux d'informa- 
teurs. Mais les soldats de Cavalier avaient une supériorité, c'étaient des 
convaincus qui se battaient pour leur foi et leur conscience, tandis que 
leurs adversaires se battaient pour le vol et le pillage. Des deux mobiles, 
le premier, de tout temps, est supérieur au second. 



CORRESPONDANCE 



179 



Je ne puis m'empêcher de placer ici l'appréciation portée sur Jean 
Cavalier par le grand historien du protestantisme, le très éminent et 
regretté Frank Puaux : « Cavalier, de l'aveu de ses adversaires, avait la 
qualité d'un chef. Sous son commandement, rapidement ses troupes se 
disciplinèrent, affrontèrent sans se rompre, le feu de l'ennemi et les 
camisards, vrais soldats de France, chargèrent à la baïonnette... Si 
Cavalier acceptait le combat, ses ordres étaient précis, préparant des 
embuscades et mettant des soldats en réserve tout aussi bien, disait le 
général La Lande, qu'un homme de guerre habile aurait pu le faire. Tels 
devaient être, un siècle plus tard, sur un plus grand théâtre, les jeunes 
généraux de la Révolution française ». 

Certes oui ! Cavalier, né un siècle plus tard fût devenu un brillant 
émule des Hoche, des Marceau, des Desaix et une des plus pures gloires de 
la première République. Né trop tôt, s'il est, pour nous autres protes- 
tants,un héros, pour la majorité des Français il n'est, hélàs ! qu'un rebelb- 
et un transfuge. 

Le général Trouchaud montre que cette opinion courante est 
basée sur une méconnaissance, tant des faits que de la menta- 
lité du xviii 6 siècle ; les hommes, à cette époque, n'étaient pas les 
citoyens d'un pays mais les sujets d'un roi. 

« Combien de ses sujets et non des moindres n'ont-il [tas changé de 
maître! Le prince de Savoie n'a-t-il pas édifié sa fortune et sa réputa- 
tion militaire en conduisant les armées autrichiennes contre la France 
qu'il avait abandonnée à la suite d'un simple froissement d'amour-pro- 
pre?Plus tard les émigrés, après avoir combattu durant 2b ans la France 
dans les rangs des armées ennemies, ne se sont-ils pas fait replacer dans 
leurs rang, préséances et bénéfices par la puissance des baïonnettes 
étrangères ? 

Et alors, pourquoi la même chose serait-elle admise lorsqu'elle est 
dictée par la vanité ou l'intérêt et criminelle lorsque c'est la Foi et la 
Conscience qui la dictent ? 

M. le pasteur Olivet, modérateur de la vénérable Compagnie 
des pasteurs de Genève, prenant à son tour la parole, exprima à 
l'Église réformée de France, les vœux très affectueux de l'Église 
de Genève et affirma le devoir pressant des protestants de se con- 
naître toujours davantage, de communier dans le souvenir des 
héros et de s'unir. Il dit son émotion et sa joie d'être au milieu de 
ses Frères de l'Église de France, afin de montrer le devoir tou- 
jours plus grand de « renouer et fortifier les liens de l'affection » 
selon la belle expression d'Antoine Court. 

M. René Puaux évoqua le souvenir de son grand-père, l'auteur 
de la vie de Jean Cavalier et de son père l'éditeur des mémoires 
du chef camisard, heureux que leur nom figurât, par son entre- 
mise, au programme de cette fête. 

L'importance de la guerre des Camisards dans l'histoire des 



J80 



CORRESPONDANCE 



libertés françaises, dit-il, n'est pas suffisamment connue. Le 
jour où l'on comprendra que si l'humble bergère lorraine sauva 
la terre de France, les pâtres des Cévennes Cavalier et Rolland 
sauvèrent son esprit, ce jour-là la France républicaine fera du Mas 
Roux et du Mas-Soubeyran des lieux de pèlerinage aussi sacrés 
que Domrémy. 

M. le pasteur Poujol, de Nîmes, clôtura la réunion par un 
émouvant et vivant .appel à la vie morale dans les heures cri- 




I/Assemblce au Mas-Roux. 



tiques que traverse le monde et rappela aux protestants leur 
devoir dans cette crise d'une gravité sans précédent. 

Une foule nombreuse et attentive, venue par les moyens les 
plus divers de locomotion, s'était réunie sous les beaux ombrages 
de Mas-Roux et le chœur des jeunes et fraîches voix de l'Eglise 
de Ribaule contribua au succès de la cérémonie. 

Le lendemain au Mas Soubeyran, dans la matinée, MM. Edmond 
Hugues et René Puaux inauguraient les nouvelles salles du Musée 
du Désert : salle du Refuge, salle des Forçats pour la Foi et salle 
des prisonnières de la Tour de Constance. Les travaux d'ensemble 
de décoration, vitraux, plaques commémoratives en marbre ou 
en chêne sont terminés, mais il reste à exposer dans des vitrines 
ou dans des cadres les nombreux documents et souvenirs que 
possède le Musée. Il s'est en particulier enrichi d'un coin de la 
corniche de la cheminée de la Tour de Constance, provenant de 
la famille Boissy d'Anglas,de nombreux certificats des Eglises du 
Refuge et d'un rare congé de Forçat légués par M. Frank Puaux. 



CORRESPONDANCE 181 

Dans la grande salle des Forçats pour la Foi, transformée à 
cette occasion en chapelle, un service de sainte Cène a été 
célébré par M VI. les pasteurs Charbonnelet Cadix. Dans ce cadre 




Le Musée du Désert. 



si riche de souvenirs et si évocateur, la cérémonie eut un carac- 
tère inoubliable de grandeur, de simplicité et de piété. 

Au préalable, MM. Hugues et René Puaux avaient parlé de 
l'œuvre du Musée du Désert, à laquelle les noms de MM. Frank 
Puaux et Edmond Hugues resteront à jamais attachés, et qui a 
besoin d'être soutenue et continuée. 



182 



CORRESPONDANCE 



Les chœurs dWnduze et de Saint-Jean-du-Gard se tirent 
entendre. 

Dans l'après-midi, sous les châtaigniers, le culte en plein air 
fut présidé par M. le pasteur Saillens, assisté par M. Olivet, modé- 
rateur de la vénérable Compagnie des pasteurs de Genève, auquel 
la Bible historique de Rolland fut confiée, et M. le D l Lewis, 
délégué américain. 

Favorisée par le temps, l'assemblée réunit deux à trois mille 
personnes parmi lesquelles on remarquait la présence de person- 
nalités, telle que le premier président de la Cour de Cassation, 
des officiers supérieurs, conseillers de préfecture, procureurs de 
la République, banquiers, industriels, etc. 

M. le général Trouchaud parla du rôle et de la mission de la 
femme protestante. Le D r Lewis lut, en anglais, un message où 
la formule « l'esprit doit être ouvert, mais pas par les deux 
bouts » fit autant sourire que réfléchir. Le modérateur Olivet pro- 
nonça quelques paroles d'une grande élévation sur la Genève des 
Réfugiés et M. le pasteur Saillens, prêcha avec cet élan fait pour 
remuer les âmes tièdes — peu nombreuses d'ailleurs en ce lieu — 
qui est l'un des secrets de son talent. 

Le dimanche suivant, 13 août, à Font Mort, une troisième 
réunion eut lieu sous la présidence de M. le sénateur Philip. Dans 
la matinée, après une invocation par M. le pasteur Seguier, une 
prière par M. Théophile Guibal, la prédication fut faite par M. le 
pasteur Joseph Martin. 

Dans laprès-midi, après une allocution de M. le sénateur 
Philip, M. le pasteur Charles Bost, du Havre fit une causerie sur 
les origines du mouvement camisard. On sait qu'au col de Font- 
Mort, sur la route d'Alais à Florac, on a élevé en 1887 (centenaire 
de l'édit de Tolérance de 1787) une pyramide « à la mémoire des 
martyrs sur le terrain des anciens combats ». 

Trois combats notables, les 28 juillet 1702, 30 juillet 1703, 
13 mai 1704, furent livrés en ce lieu. Dans la plaquette illustrée 
que le Musée du Désert a éditée à l'occasion des réunions 
d'août 1922, M. Charles Bost a consacré quelques pages documen- 
tées à ces épisodes qui eurent leur importance dans la guerre des 
Camisards. 

Ces réunions du Musée du Désert, où l'édification complète 
l'évocation des grands souvenirs de l'histoire huguenote sont un 
exemple que nos Eglises commencent à suivre. L'on signale dans 
plusieurs d'entre elles des conférences-promenades où les souve- 
nirs locaux sont expliqués et commentés. Comme l'a exprimé si 
fortement M. le pasteur Bost « connaître dans le détail l'activité 
ou les soulfrances des ancêtres, c'est se rapprocher d'eux de la 
seule façon qui soit puissamment effective », 



CORRESPONDANCE 



Mademoiselle de la Taillée [Bull. 1921, p. 161 et 2 »l 
J'ai grand'peine, nous écrit M. J. Pannier, à croire qu'il s'agisse 
de Marguerite Mercier et m'en tiendrai plutôt à l'avis de M. Fon- 
brune-Berbinau sur Mademoiselle de la Sauvagère ou Madame 
Martel (Bull. 1905, p. 506, note 4). — Il ne peut être question, 
à propos d'une dame de la Taillée expulsée en 1688, de M lle de 
la Sauvagère de la Taillée, aux Ursulines de Niort le 2 juin 1687 
(Bull. VI, 258) puis à Guise le 16 novembre 1689 d'où elle fut 
expulsée le 4 décembre 1697 (Douen. Révocation, III, 180). — 
Ni de Elisabeth Françoise Martel, épouse de Louis du Fay sieur 
de la Taillée d'Eschiré, La Mothe, Issoudun, etc., fille de Hector 
Martel, capitaine de vaisseau baron de Saint-Just et de Yandré, 
cousin germain de la duchesse de Zell, — qui fut mise aux 
Nouvelles Catholiques de Paris en 1689. — Mais, d'après l'an- 
cienne cote des Archives, E. 3394, une Marguerite du Fay, fille 
de Josué sieur de la Taillée, donc sœur du susdit Louis du Fay, 
et femme de Charles Janvré, sieur de Lestortière fut expulsée de 
France en 1688, mais on retint son fils Philippe. 

N. W. 



Témoignages d'Auguste Comte à la mémoire de Daniel Encontre 

On sait qu'Auguste Comte dédia sa fameuse Synthèse subjec- 
tive à Daniel Encontre. Cette dédicace à son « vénéré Maître » 
comprend les onze premières pages du tome I, seul publié, et 
porte la date du 6 Shakespeare 68 (16 septembre 1856), Nous rap- 
pelons simplement à titre documentaire, qu'elle contient des 
déclarations comme celles-ci : 

C'est à vous que je dois normalement consacrer le dernier de mes 
volumes philosophiques qui soit spécialement relatif à la science fon- 
damentale dont vos éminentes leçons m'ouvrirent l'accès décisif pen- 
dant les années 1812, 1813 et 1814... Vous avez seulement été mon 
professeur, parce que la mort m'a fatalement privé de votre intimité 
mentale et morale longtemps avant que je l'eusse assez méritée. Mais la 
postérité me permettra de vous qualifier de maître, puisque la ten- 
dance philosophique de votre enseignement scientifique, fit spontané 
ment surgir le premier éveil de ma vocation intellectuelle et même 
sociale. Vu la culture pleinement encyclopédique que vous aviez libre- 
ment procurée à votre esprit, également apte à goûter l'art et la science, 
vos leçons mathématiques eurent une puissance que vos moindres 
élèves n'ont jamais oubliée. J'ose aujourd'hui proclamer, d'après une 
expérience décisive, que vous fûtes à votre insu, le premier professeur 
de votre temps... » 

Il nous a paru utile de rapprocher ce témoignage connu d'un 
autre témoignage, beaucoup plus ancien, et d'un caractère privé, 



484 



CORRESPONDANCE 



que j'ai découvert en tête d'une lettre adressée par lui au fils de 
son ancien maître, à Pierre-Antoine Encontre, docteur en 
médecine et professeur à la Faculté de théologie de Montauban. 
Comte était alors examinateur d'admission à l'Ecole polytech- 
nique. Encontre lui avait recommandé un de ses cousins de 
Bordeaux, M. Brandenbourg, qui désirait le consulter sur la 
meilleure manière de placer son fils à Paris comme aspirant à 
l'Ecole polytechnique et c'est à la suite de cette démarche que 
l'illustre philosophe écrit la lettre dont nous détachons quelques 
passages ayant un intérêt spécial. 

Paris, le 22 octobre 1839. 

Monsieur, 

J'ai lu avec le plus vif intérêt l'aimable lettre que M. Brandenburg 
est venu remettre chez moi de votre part la veille de ma rentrée à 
Paris. Le nom que vous avez invoqué est tout puissant auprès de moi, 
puisqu'il me rappellera sans cesse le doux souvenir de Tun des hommes 
les plus éminents et les plus respectables que j'aie jamais eu le 
bonheur de connaître, et à la mémoire duquel je serais bien ingrat de 
ne pas conserver un culte spécial, puisque c'est en partie à sa salutaire 
influence que mon esprit devra toujours les premiers développements 
de ses facultés caractéristiques. Aussi, Monsieur, eussé-je vivement 
désiré que vous m'eussiez, à ce titre, demandé quelque chose de plus 
difficile et de plus méritoire que des avis dont mes fonctions loyale- 
ment remplies m'imposent presque' le devoir universel. Si, dans une 
autre occurence, j'étais assez heureux pour pouvoir réaliser à votre 
égard un service plus important, et qui vous fût pleinement personnel, 
j'ose croire, Monsieur, que vous accorderez assez de contiance, non 
seulement à notre ancienne confraternité scolastique, mais surtout à 
ma profonde et inaltérable vénération pour votre digne et illustre 
père, pour vous adresser directement à moi en toute sécurité. 

Le reste du message traite de la question des moyens de pré- 
paration tels qu'ils apparaissent les meilleurs au jugement d'Au- 
guste Comte. Daniel Bourchenin. 



Sépultures huguenotes en plein champ 

Niort, le 28 août 1922. 

(( Cher Monsieur, 

« J'ai lu avec plaisir dans le Bulletin de janvier-mars 19*22, 
la note de M. Maillard sur Les sépultures huguenotes en plein 
champ. En attribuant à la Révocation l'origine de ces sépultures, 
M. Maillard n'a fait qu'exprimer une idée généralement admise, 
en Poitou tout au moins. Mais en essayant de serrer de près 
la question, je me demande s'il ne faut pas, au moins pour les 



CORR ES POND ANC E 



1X5 



Églises rurales/faire remonter ces cimetières familiaux jusqu'aux 
origines même de la Réforme. Ce qui me frappe, c'est qu'au 
xvn e siècle, je ne vois pas de registres des inhumations à côté 
des registres de baptêmes et de mariages. Pendant la période du 
Désert, cela s'explique par l'obligation de ne pas attendre le 
prédicant ou le pasteur pour les cérémonies funéraires. Mais je 
n'en trouve pas davantage ici avant la Révocation — sont-ils tous 
égarés ou se passait-on déjà généralement du ministre pour les 
inhumations ? Je ne trouve pas dans les registres de consistoires 
que j'ai pu consulter, de mentions relatives à l'achat ou aux frais 
d'entretien d'un cimetière — sauf pour Niort, bien entendu. 
Presque tous les huguenots des campagnes possédaient déjà leur 
maison, avec quelque jardin ou champ, ce qui rendait déjà 
possible le petit cimetière de famille. Vous qui avez sous la main 
des documents bien plus nombreux et se référant à l'ensemble 
de la France protestante, vous pourrez sans doute me prêter 
main forte et m'aider à sortir d'embarras. 

u Aujourd'hui, tout le monde, dans notre région, continue 
d'user des cimetières de famille, en dépit de la loi du 15 novem- 
bre 1881 qui permet à tous d'utiliser n'importe quelle place dis- 
ponible des cimetières communaux. Il est évident, d'autre part, 
qu'aux premiers temps les Églises réformées, qui n'avaient pas 
encore de temples mais pouvaient taire leurs prêches n'importe 
où, durent cesser tout de suite d'enterrer leurs morts dans le 
cimetière catholique entourant l'église. Et sans doute ont-elles 
continué de faire ainsi, à peu près sans interruption. 

a Je ne parle, bien entendu, que des villages, car il est 
évident que dans les agglomérations un peu importantes exis- 
taient des ouvriers qui ne possédaient pas les quelques pieds 
de terre que réclamaient leurs morts. 

« En tout état de cause, je vous soumets ces points de doute 
et vous serais infiniment obligé de m'apporter le secours de votre 
documentation et de vos lumières. 

« Veuillez, etc. « H. Gelin ». 

La question soulevée par M. H. Gelin n'a jamais été entière- 
ment élucidée. Je crois pouvoir dire néanmoins que ce n'est 
guère qu'à l'époque de la Ligue que le Clergé éleva la prétention 
— soutenue jusqu'à ce jour — d'expulser des cimetières bénis 
par lui les personnes mortes sans avoir fait acte de catholicisme. 
A ma connaissance cette fiction n'était pas invoquée dans les 
premiers temps de la Réforme où les protestants n'avaient pas 
de cimetières particuliers. L'exhumation des restes de huguenots 
enterrés sans opposition dans les cimetières catholiques, pour 
être jetés à la voirie, forme un des chapitres les plus importants 



186 



CORRESPONDANCE 



des plaintes formulées par les protestants à la veille de l'édit 
de Nantes (Vôy. Bull. 1898). Quant à l'absence de registres 
mortuaires, ne s'explique-t-elle pas par le fait qua l'origine il 
n'y avait pas de service religieux pour les enterrements de protes- 
tants? Mais la question mérite d'être examinée de plus près. 

N. W. 



Un autre testament d'Élisabeth d'Hauteville. 

Le Bulletin (ci-dessus p. 88) a publié un testament de la 
veuve d'Odet de Coligny (1615) ; ce fut sans doute le dernier, 
mais il fut précédé de plusieurs autres : deux au moins, dont 
nous connaissons l'un. L'original se trouve en effet dans les 
minutes du notaire protestant François, et a été fait à Paris le 
28 septembre 1605 La testatrice habitait alors « ès faulxbourg 
Saint Germain des prez lez Paris, rue de Seine »; elle n'était pas 
encore, comme en 1615, « indisposée pour son vieil aage », 
mais au contraire « en bonne prospérité et santé de son corps ». 
Comme dix ans plus tard, le testament commence par une pro- 
fession de foi, un peu différente quant à la forme. Mais elle 
voulait alors que son corps fût « inhumé sans aulcune cérémonie 
funèbre... en lieu où l'on a coustume d'inhumer ceux de la reli- 
gion refformée » (tandis qu'en 1615 elle a « désir d'estre ensé- 
pulturée au dedans de l'église romaine de Sedan », « avec une 
tombe de pierre apposée à la muraille » ; comme elle est toujours 
protestante elle fait un legs pour que ce désir « puisse plustost 
réucir »). Elle réduit de 300 à 200 livres un legs à sa sœur 
Sansonne, en 1605 déjà religieuse à Sainte-Claire d'Alençon; 
de 300 à 150 livres un legs à sa lilleule Hachel de Lisle. Il est 
encore question d'une créance de 1950 livres qu'elle lègue à 
Louis d'Hauteville, mais on voit que la mémoire de la testatrice 
a faibli sur ce point : elle eut maille à partir souvent avec ses 
créanciers et débiteurs, avec ceux de son mari, et en 1615 elle 
n'était plus, comme en 1605, en possession de la seigneurie de 
Loré. Elle maintient un legs de 200 livres à Renée de Couptrain, 
fille de son neveu 2 , mais elle supprime beaucoup d'autres dona- 
tions de 1605, parce que ses revenus avaient manifestement 
diminué, peut-être aussi parce que certains légataires étaient 
morts. 

1. Archives de l'étude de M 9 Faroux, à Paris. Texte publié dans les pièces 
justificatives de notre Église réformée de Paris sous Henri IV, Paris, Cham- 
pion, 1911, p. 593. 

2. Renée de Couptrain mourut avant juillet 1615 (Bull., 1922, p. 95 in 
fine). 



CORRESPONDANCE 



187 



Un des exécuteurs testamentaires désignés en 4605, Isaac 
Arnauld, vivait encore en 1 6 1 5 1 ; il n'est plus question de lai 
dans les parties du dernier testament publiées par le Bulletin, 
non plus que des deux autres personnages alors désignés, 
MM. Georgeau et Danice; mais l'exécuteur de 1615 habite aussi 
Paris : M e Pierre Bosse, rue de la Mortellerie 2 . 

En 1605 un legs était fait à Suzanne d'Autheville « pour aider 
à la marier » : or une personne de ce nom épousa un M. Courtin 1 , 
et le testament de 1615 donne 600 livres à « Isaac Courtin, fils 
de M e Pierre Courtin, avocat du Parlement ». Isaac Courtin. 
membre du consistoire de Paris, demeurait rue de Seine à 
l'époque où E. d'Hauteville y habitait elle-même 4 . 

Les legs aux pauvres des Églises réformées de Lassay (300 l.), 
Alençon (300 1.), Paris (300 1.), Clermont (500 L), et de «l'église 
réformée du lieu où elle deceddera » (300 L), sont remplacés 
en 1615 par un legs unique et moindre (100 1.) aux pauvres de 
l'Église réformée de Sedan. De môme les legs « aux pauvres 
prisonniers de la Conciergerie (60 1.), du grand Chastelet(30 L), 
du petit Chastellet (30 L), du Fort l'Evesque (30 1.), sont rem- 
placés par un legs unique et moindre (25 1.) aux « pauvres et 
nécessiteux enfermés ès prisons de Sedan ». 

Au commencement du xvn e siècle un avocat homonyme du 
célèbre pasteur Pierre du Moulin avait plaidé devant le Parlement 
pour faire reconnaître à la femme du cardinal de Chàtillon, 
conformément à des « lettres royaux », la « qualité de veuve » ; 
mais la Chambre de l'Édit avait refusé à la demanderesse toute 
provision alimentaire, et donné gain de cause à une autre belle- 
sœur de l'amiral Coligny, veuve également, Marguerite d'Ailly. 
Les Décisions catholiques de Filleau contiennent vingt et une 
colonnes in-folio sur cette affaire : elle passionna l'opinion 
publique, comme intéressant « la règle des ecclésiastiques », 
u l'honnêteté publique », et même « l'état ou le renversement de 
toutes les familles 3 ». Ainsi s'expriment les considérants d'un 
arrêt du 30 juillet 1604, nonobstant lequel l'intéressée lit un an 
plus tard son testament de 1605, qui sans doute (elle avait déjà 
une soixantaine d'années, semble-t-il) n'était pas le premier. 

1. Une autre grande dame protestante, Anne de Matignon, lui avait 
confié les mêmes fonctions par son testament de 1599 qu'a publié le Bulletin, 
1910, p. 419. 

2. Serait-ce un parent du célèbre graveur Abraham Bosse, venu de Tours 
à Paris « peu après 1617 » {France prot., 2» éd., 11, 923) ? 

3. Conseiller du roi et référendaire à la chancellerie du Palais, dont 
S. Dauteville était veuve lorsqu'en 1647 elle fut enterrée au cimetière Saint- 
Père {Bull., 1864, p. 227). 

4. Minutes de M* François, 1603; Église réf. sous H. IV, p. 109 ctpassim. 

5. Décisions, etc. (1664), p. 207-218. 



188 



CORRESPONDANCE 



Il fut révoqué dès 1608 par la testatrice, malade 1 , qui sans doute 
le remplaça par un autre..., et qui sait si celui-là subsista jus- 
qu'au texte du 1 3 janvier 1615, lui-même amendé par un codicille 
du 6 juillet? Ainsi pendaut quarante-quatre ans, et jusque sur 
son lit de mort, les soucis pécuniaires tourmentèrent la « belle 
et honneste damoiselle » d'anlan 2 , à laquelle le clergé et des 
parents rapaces firent durement expier son mariage avec un 
cardinal; jusqu'au dernier moment elle aime à évoquer cet 
heureux temps de sa jeunesse par les deux qualifications qu'elle 
se fait donner dans tous les actes notariés : « dame d'honneur 
de feu M rae Margueritte de France, vivante duchesse de Berry et 
de Savoye; vefve de feu hault et puissant seigneur, Monseigneur 
Odet de Colligny ». 

Jacques Pannier. 



La Baronne de Courville et la dame de Montigny sa mère 

(AV. prot., 2 e éd., IV, 826 et Bull., 191b, 345-348). 

Je suis parvenu à identifier la baronne de Courville, ainsi 
que la dame de Montigny, sa mère. France prot., 2 e éd., t. IV, 
col. 798, on lit, à l'article Courcillon que Marie, dernière fille de 
Louis de G., sgr. de Dangeau, avait épousé Joachim de Fromen- 
tières, s r de Montigny. 

D'autre part, la terre de Courville, entrée dans la famille de 
Billy par suitr du mariage, en 1 475, de Louise de Vieuxponl, dame 
de la chàiellenie de Courville, avec Perceval de Billy, sgr. d'Yvor 
et de Prunay le Gillon, fut possédée successivement par François, 
puis par Louis de Billy, qualifiés l'un et l'autre barons de Cour- 
ville. Ce dernier fut enterré en l'église Saint-Nicolas de Cour- 
ville, près de ses père et mère, après avoir testé le 23 juillet 1566. 

De son union, en date du 22 février 1557, avec Felice de 
Rosny, il ne laissa que trois filles : Denise, Françoise et Marie. La 
solution de la question se trouve dans l'ouvrage de François 
Blanchard : Les Présidens au mortier du Parlement de Paris, — 
i vol. in-fol. 1647, pp. 212-213, dont je transcris la notice sur les 
des Ligneris K 

1. Minutes de M" François, addition au n° 365 (18 août 1608). CI". Église 
réf. de Pa?ns sous H. IV, p. 411, n 2. 

2. Ainsi la qualifie dans sa jeunesse, Brantôme. Clouet étant mort en 1572, 
il paraît peu probable qu'il soit l'auteur du portrait de femme assez âgée 
déjà, que reproduit le Bulletin, 1922, p. 89. 

3. Mentionnés Bulletin 47' année, 1898, p. 633 et non cités par la France 
Protestante, 



CORRESPONDANCE 



« Des Ligneris (Théodore) 1 , qualifié chevalier, seigneur de la 
châtellenie de Chauvigny, de Fontaine la Guion en Beauce, de 
Beauvais en Gâtinais, d'/Vuneau,de Bailly en Cruyce, de Morancez, 
de la Motte d'Ormoy, de Saint-Priesl, d'Arpentigny, etc., naquit 
et fut baptisé à Chauvigny le 18 avril 1553. Il fut nourry en l'aage 
de cinq ans à Pau en Béarn près de la personne du prince de 
Navarre, d'où il fut ramené on l'aage de neuf ans au chasteau 
d'Azay, appartenant à René des Ligneris, son cousin aermain [lire 
oncle] et son curateur, lequel estoitde l'entreprise d'Amboise; et 
s'estant retiré en Allemagne, le chasteau d'Azay fut assiégé mais 
ne put estre pris. 

« De là ce jeune seigneur se voulut retirer en Poitou vers les 
seigneurs de Baudiment ses parens ; mais il fut arresté à Loches : 
et bien qu'il n'eust que neuf ou dix ans, fut intermgé à la 
requeste du procureur du Roy sur l'entreprise d'Amboise. Dont 
ayant eu advis le sieur de la Bourdaisière 2 , il l'envoya quérir et le 
lit nourrir enfant d'honneur de Monsieur François de France . duc 
d'Alençon, lequel il servit depuis l'aage de quinze ans jusques à 
la mort en qualité de gentilhomme de sa chambre. 

« Depuis, estant gouverneur pour le Roy dedans Verneuil. il 
y fut surpris et arreslé prisonnier par ceux de la Ligne, lesquels 
aussi assiégèrent le chasteau de Courville, où sa femme estoit, 
qui fut contrainte <te se rendre par composition, laquelle fut mal 
observée par les Ligueurs. Depuis, ayant payé rançon, il se mit 
au service du comte de Soissons, duquel il fut chambellan et le 
servit en cette qualité jusques en l'an 1607. 

« Il avoit épousé le M* jour de février l'an 1577, dès son retour 
d'Italie et d'Allemagne, dame Françoise de BUly, baronne de Cour- 
mile et dame de Saint-Jean de la Forest, de Chauvigny et de Fon- 
taine-la Guion, fille de Louis de B. chevalier, baron de Courville, 
seign. de Launoy et d'Yvor et de dame Félice de Rosny, dame de 
Radray, de Saint-Marceau, du Léart et de Bernay. 

« De ce mariage sont issus six lils et quatre filles. 

Nous citerons entre autres : 

Jean-Baptiste desL., mort avant son père en l'âge de vingt ans. 

« Louis des L., chev. bar. de Courville, chambellan du prince de 
Condé en 1623, lequel succéda à son père et épousa en 1616 dame 
Anne de Fromentières, fille aînée et principale héritière de mes- 
sire Joachim de F., ch. bar. de Montigny en Dunois et de Meslay 

1. Fils aîné de Jacques, seigneur de Crosne, président à mortier au parle- 
ment de Paris en 1554 et ambassadeur au concile de Trente et de Jeanne de 
Ghalignault, dame de Crosne. 

2. Jean Babou, seigneur de la Bourdaisière à qui la reine Catherine de 
Médicis avait donné le gouvernement de la personne et de la maison de 
François, duc, d'AIemon, son fils II fut capitaine de la ville et du château 
d'Amboise maître général de l'Artillerie, etc. P. Ansejme, t. Vlll,p. ISO. 



190 



CORRESPONDANCE 



en Vendômois et de darne Marie de Gourcillon de Dangeau, de 
laquelle il eut un fils mort en l'âge de deux ans et deux filles, 
Françoise et Renée, qu'il a laissées jeunes sous la tutelle de leur 
mère, ayant auparavant sa mort, vendu la terre de Courville à 
messire François de Béthune, comte d'Orval. » 

Les mss. du cabinet des titres à la Bibl. Nationale des Che- 
valiers de l'Ordre de Saint-Michel N° 32 869, pages 20-21 ; nouveau 
d'Hozier et Dossiers bleus, fournissent quelques détails complé- 
mentaires sur Th re des Ligneris, chevalier de cet ordre en 1591. 

Nous y voyons qu'il « se trouva à la journée d'Anvers en 1583 
et y fut fait prisonnier. Il se dévoua depuis au party de la Ligue 
et se soumit ensuite en 1590 au roy Henry IV, qui, assuré de la 
sincérité de son retour, lui donna le 8 mars une compagnie de 
cinquante lances pour s'être rendu, dit ce monarque, digne et 
capable par ses vertus et mérites d'être honoré des charges et 
administration de l'État ». Mais cette soumission n'était, à ce 
qu'il paraît, qu'apparente ; car on lit dans les remarques sur la 
Satyre Ménippée que le comte de Soissons, ayant surpris Ver- 
neuil sur les Ligneurs en 1590, y établit pour gouverneur Th re 
des L., gentilhomme du Pays Chartrain, qui, ne faisant que de 
quitter la Ligue, rendit la place dès le mois d'avril de la même 
année à François de Rouxel, baron de Médavy, grand Ligueur. Il 
prit pour prétexte qu'il n'avait pas de garnison assez nombreuse 
pour se défendre. Son testament olographe est daté du 
20 août 1626. 

Armes des Ligneris : D'or au lyon de sable écartelé de 
gueules fretté d'or de 6 pièces 1 . 

R. Garreta. 



Rockefeller — Roquefeuille 

Dans V Illustration du 12 août 1922, p. 148, au-dessous du 
portrait de M. John D. Rockefeller, à quatre-vingt-trois ans, on lit : 
« Ce qu'un journal français peut trouver plaisir à redire, c'est 
que M. Rockefeller s'est toujours enorgueilli de son ascendance 
française. Le nom de ses ancêtres huguenots, venus chercher 

i. Dans le Bulletin, année 1898, à la page 633, M. Lehr à propos de René 
de Ligneris, tué à la bataille de Dreux, ignorait quelle était sa parenté avec 
le « Ligneris, seigneur de Morancez, tracassé le 21 janvier 1583 et qui, rallié 
d'abord à la Ligue, la trahit en 1590. 11 s'agit de Théodore, seigneur entre 
autres seigneuries, de Morancez, neveu de René, seigneur d'Azay et d'Auge 
élevé à la suite du roi de Navarre lequel se fit huguenot et fut tué à la 
bataille de Dreux en 1562, commandant la cavalerie légère du prince de Gondé, 
sans laisser d'enfants d'Antoinnette Babou de la Bourdaisière », 



CORRESPONDANCE 



194 



la liberté religieuse en Amérique dès le xvin e siècle, s'ortho- 
graphiait Roquefeuille. La Bible de famille, pieusement conservée 
par la génération actuelle, porte sur ses feuillets de garde un 
arbre généalogique qui remonte au xiv e siècle. 

« Les Rockefeller menèrent la vie modeste du fermier. Le père 
du futur multimilliardaire était un petit maquignon campagnard. 
Dès sa jeunesse John D. comme on l'appelle familièrement, se 
trouve mêlé à la brusque expansion de l'industrie pétrolière et 
constitua bientôt, avec une énergie que ses adversaires ont taxé 
de cruauté, le fameux trust du pétrole ou Standard Oil. 11 y a 
une vingtaine d'années sa santé fut gravement compromise et le 
bruit courut qu'il offrait un million de dollars à qui lui rendrait 
un estomac normal. Ce fut un ouvrier jardinier qui le guérit en 
lui conseillant de bêcher la terre deux heures par jour ». 

La première partie de cette information nous intéresse direc- 
tement. Or il y a plus de dix ans que le soussigné a été requis 
de corroborer la tradition de la famille Rockefeller. Si l'on 
connaît les descendants du premier colon de ce nom établi sur 
les bords du Rhin à l'époque de la Révocation — on n'a pas 
encore pu fournir la preuve que le nom de Rockefeller est une 
traduction onomastique de Roquefeuille, ni surtout découvert 
le Français portant ce dernier nom qui s'expatria pour cause 
de religion. Si l'un de nos lecteurs connaît un Roquefeuil ou 
Roquefeuille, réfugié pour cause de religion, il nous obligera en 
nous le signalant. 

N. W. 



NÉCROLOGIE 



Arthur de Cazenove. — Albert Monod. — Philippe Godet. 

Le Bulletin a signalé (1914-15, 645; la disparition, dès le début 
de la guerre, du chef d'État-major de la 10 e .. Division, Arthur de 
Cazenove. 11 vient d'être cité (10 sept. 1922) à l'ordre de l'armée 
dans ces termes : « Magnifique officier qui, dans la journée criti- 
qife du f 3 septembre 1914, à Véry-sur Montfaucon, a pris le com- 
mandement d'une contre-attaque au milieu de laquelle il a, en 
sauvant sa division, trouvé une mort héroïque ». Gomme son 
collègue, le regretté capitaine Rey Lescure, M. A. de Cazenove 
aimait notre histoire à laquelle son père avait su l'intéresser. Non 
seulement il collabora assidûment à notre Bulletin (1898, 343; — 



192 



CORRESPONDANCE 



1900, 155, 582; — 1901, 501 ; —1904, 163; — 1905, 220), mais fit 
paraître plusieurs monographies sur le protestantisme en Lan- 
guedoc, telles La Salindringue sous le pseudonyme de M. X. 
x dans les Mémoires du Club Cénéool, 1901 ; — Les campagnes de 
Rohan en Languedoc, 1621-1629, Toulouse, Privât, 1903; — Les 
Verriers du Languedoc 1290-1790, sous le pseudonyme de 
Saint-Quirin, Montpellier, 1904, etc. 

Monsieur Albert Monod, enlevé le 11 juillet dernier à l'âge de 
45 ans, représentait dignement le proteslantisme à la Faculté des 
Lettres de Montpellier. Ses thèses remarquées sur les Sermons de 
Paul Rabaut, et De Pascal à Chateaubriand (Bull., 1917, 46, 381) 
auxquelles il faut joindre une étude pénétrante sur la Controverse 
de Bossue t et de Richard Simon au sujet de la version de Trévoux 
(Revue d'histoire et de Philosophie religieuses , 1921, laissaient pres- 
sentir une carrière brillante que cette mort a brusquement arrêtée. 
Tous ceux qui l'on connu regrettent la disparition prématurée de 
cette vive intelligence unie à un grand cœur. 

Le Bulletin manquerait à son devoir s'il n'inscrivait ici aussi 
le nom de Philippe Godet décédé le 27 septembre, dans sa 
73 e année, à Neuchâtel dont toute la population lui fit, le 30 sep- 
tembre, d'imposantes funérailles nationales. Philippe Godet avait 
le tempérament et les qualités de consciencieuse exactitude de 
l'historien. Elles apparaissent dans toute son œuvre littéraire 
qui est considérable, notamment dans son Histoire littéraire de 
la Suisse romande (Bull., 1890, 161) où défilent tous les réforma- 
teurs de langue française, et dans son opuscule sur Pierre Viret 
(1892 ) délicat hommage à son compatriote Herminjard et à la Cor- 
respondance des Réformateurs. Je ne saurais oublier, lorsque je 
le vis pour la dernière fois à Neuchâtel, avec quelle amabilité il 
supprima son cours afin de permettre à ses auditeurs d'assister 
à ma conférence ; je prie en particulier son fils Marcel, directeur 
de la Bibliothèque nationale à Berne, de trouver ici l'expression 
sincère de ma cordiale sympathie. 

N. Weïss. 



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ÉTUDES HISTORIQUES 

Jacques Pannier. — L' < opiniâtreté » d une petite église. — 
IVotes historiques sur Annois et Flavy-Ie-Martel, 1560- 
1921 .193 

E. Q. Léonard. — La vie (les protestants dans le marquisat 

ri Au liai s au XVIII e siècle (sénéchaussée de Nîmes) 207 

DOCUMENTS 

H. Aubert. — Mathieu Bérouid à Genève 1574 (Quatre lettres de 

Théodore de Bèze) 219 

Charles Bost. — Les prisonniers d'Aigues-Mortes et les 

Notaires (Documents Falgairolle). N os 7-20 228» 

R. Garreta et N. W. — Relation sur la prise du ministre 

Deshubas (11-12 décembre 1745) 244 

Bonne DE Charmsay. — Les chiffres de Aï. l'abbé Rouquette, Etude 

sur les fugitifs du Languedoc (Uzès), famille Ginhoux 246 

Séances du Comité. — 27 juin et 17 octobre 1922 250 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 

N. W. — L'histoire de la Réforme en Pologne et en Bohême. 253 
Tn. Schoell. — Un chapitre de l'histoire des Jésuites (publi- 
cations de J. de Récalde) 255 

CORRESPONDANCE 

N. W. — A propos de la Fête de la Réformation, notes diverses. 260 
B. Sarazin. — Pasteurs de Mouchamps, 1568-1573 263 

NÉCROLOGIE 

N. Weiss. — M. Théophile Dufour 263 



RÉDACTION ET ABONNEMENTS 



Tout ce qui concerne la rédaction du Bulletin doit être adressé à M. N. Weiss, secrétaire 
delà Société, 54, rue des Saints-Pères, Paris (VII e ), qui rendra compte de tout ouvrage inté- 
ressant notre histoire, dont deux exemplaires seront déposés à cette adresse. Un seul 
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Études Historiques 



L' « OPINIÂTRETÉ » D'UNE PETITE ÉGLISE 
Notes historiques sur Annois et Flavy-le»Martel 
(1560-1921) 

Dans les deux villages d'Annois et Flavy-le-Martel 
(Aisne), au nord- est de Noyon, pénétrèrent de bonne 
heure les doctrines évangéliques du Noyonnais Cah in. 
Aussitôt que le synode de 1559 eut formulé ces doctrines 
et que, cette même année, le traité du Cateau (dans le 
Cambrésis tout proche) eut conclu la paix avec les Espa- 
gnols — parvenus en 1557 jusqu'à Saint-Quentin, - — on 
trouve des « réformés » dans le voisinage. 

François de H ange si, seigneur de Genlis (le bois de 
Genlis est aux lisières méridionales de Flavy) adhère à ]a 
Réforme dès 1560 et est un des lieutenants du prince de 
Condé. En 1570 la seigneurie de Flavy appartient à la 
reine de Navarre Jeanne d'Albret. Elle la vend en 1572. 
En 1576, à l'assemblée de Blois le délégué des gentils- 
hommes réformés du Vermandois est Roland de Coin p re- 
ville (Combreville ou Cobreville), écuyer, seigneur de 
I lotte ncourt *. 

En novembre 1590 les Ligueurs occupant Sav rien n ois-, 
Henri de Navarre vient camper à Annois et fait capituler 
ce château. De même en juin 1595 le maréchal de Bouil- 
lon campe à Flavy lorsqu'il va attaquer Ham. En celte 

1. Ferme dite Le Château, commune cle Benay, nord-est de MontescourL 

2. Au nord-est de Flavy, au bord des marais que traverse maintenant le 
canal de Saint-Quentin. 

4. Octobre-Décembre 1922. 13 



ÉTUDES HISTORIQUES 



même année le seigneur de Camas 1 , Jacques de Sémery, 
donnait sa fille en mariage à Jean Crommelin, fondateur 
à Saint-Quentin d'une importante fabrique de toiles de 
lin. 

Après l'édit de Nantes le lieu de culte le plus proche 
est Vouël (1602). Le seigneur d'Annois, M. de Combre- 
ville, était lui-même devenu protestant, et cette circons- 
tance favorisa grandement la Réforme dans le pays. En 
1604, il fait baptiser sa fille Judith à ïravecy. C'était de 
même une protestante que M me de Sons, dame de Vaux, 
Douilly, Jussy, Camas et autres lieux voisins de Flavy ; 
entre 1641 et 1646 le culte fut célébré dans son château 
de Pommery, puis quelquefois à Annois même ou le châ- 
teau appartenait alors à la famille protestante de Com- 
breville : il s'élevait à la lisière du village, à l'ouest de la 
route de Saint-Simon à Cugny 2 . Les Allemands ont fait 
sauter ces vieux murs en 1917; il n'en reste que deux ou 
trois pans, et une porte cavalière. L'église catholique, 
exceptionnellement épargnée au milieu de la destruction 
systématique de toutes les habitations et églises du pays, 
s'élève encore au sud-ouest de l'emplacement de l'ancien 
château, ainsi qu'un cimetière qui n'est plus utilisé 
depuis longtemps. 

En 1643 déjà, la veille de Noël, le village de Flavy a 
été pillé par les troupes ennemies, alors espagnoles 3 . 

Le 30 octobre 1664, l'évêque de Noyon obtint du 
conseil du roi Louis XIV un arrêt interdisant aux pasteurs 
de Saint-Quentin (Mettayer) et de la Fère (Imbert) de 
continuer à venir prêcher dans leurs annexes, notam- 
ment à Annois 4 . 

Un mémoire officiel de 1681 signale que « messire 
Jean de Combreville, seigneur d'Annois, ne fait pas faire 
ordinairement l'exercice de la religion prétendue réformée 

1. Au nord de Savriennois, sur la commune de Jussy. 

2. Au sud de la voie ferrée de Tergnier à Amiens. 

3. Archives de l'Aisne, B. 1448. 

4. En 1619, au synode de l'Ile de France, Samuel Mettayer est accompagné 
d'un député laïque nommé Isaac Alavoine, appartenant probablement à l'une 
des familles que nous retrouverons à Flavy et à Bohain. 



ETUDES HISTORIQUES 



195 



audil lieu ; et néanmoins ceux de son village qui en font 
profession comme lui s'y sont quelquefois assemblés, 
pour raison de quoi il y a des procédures faites sur les 
poursuites du procureur du roi ». 

Peut-être les protestants d'Annois étaient- ils alors 
rattachés à l'église de Laon et la Père : elle est repré- 
sentée au dernier synode provincial, en 1683, pari' « an- 
cien » J. Cottin : nom porté à cette époque par un pro- 
testant d'Annois. 

Un historiographe local estime qu'au xvn e siècle la 
population totale de Flavy a varié « entre 1 200 et 1 500 
âmes ». 

En 1685 survient la révocation de l'Edit de Nantes : 
les temples sont détruits, les fidèles sont persécutés. Un 
rapport du secrétaire d'Etat Pontchartrain dépeint ainsi 
au roi en 1700 le peu de résultats obtenus après quinze 
ans de rigueurs : « Les nouveaux convertis du village 
d'Annois firent abjuration le 9 décembre 1685, entre les 
mains du sieur de la Manière, curé de cette paroisse ; 
depuis ce temps ils ri ont fait presque aucun exercice de la 
religion catholique, quelques soins que M. l'évêque de 
Noyon ait pris pour eux, lesquels il a même redoublés 
depuis deux ans, en substituant un curé capable et zélé 
en la place de celui qui ne l'était pas tant ». 

Claude Tavernier, d'Annois, se convertit en [1687 à 
l'âge de 85 ans, mais lorsqu'il meurt le 2 janvier 1689, 
comme il a refusé de recevoir les sacrements, les magis- 
trats du bailliage ordonnent que le cadavre sera amené à 
Chauny « pour y être traîné sur la claie, dans les carre- 
fours de la ville, derrière un cheval conduit par l'exécu- 
teur de la haute justice, et, ce fait, jeté à la voirie » *. 

Le seigneur d'Annois, Jean-Jacques de Combreville, 
fut arrêté en 1687 et emprisonné pendant de longues 
années à Noyon, comme a opiniâtre » dans sa religion. 



1. Archives de l'Aisne, B. 1718. 



196 ÉTUDES HISTORIQUES 

Lorsqu'il meurt, il est inhumé 'dans sa propriété sans le 
ministère du prieur-curé de Flavy : celui-ci, Etienne- 
Modeste Guimond, dépose dans une information judiciaire 
ouverte à ce sujet (17 août 1719). Sou lils Isaac, sieur de 
la Motte 1 , né en 1672, était lieutenant de cavalerie. Le 
rapport de 1 700 dit : 

« II est aussi opiniâtre que son père, et ne fait aucun exercice 
de la religion catholique ; il refusa même, le 31 juillet 1699, au 
substitut de M. le procureur général au bailliage de .Ghauny, et 
le 11 novembre suivant, à M. l'évèque de Noyon, de donner une 
déclaration par écrit que son dessein était de professer la foi 
catholique, ce qu'il ne fait nullement ; il ne laisse pas de jouir de 
la terre de Jonquières près de la ville de Compiègne, comme plus 
proche parent du sieur de Dom pierre son oncle, qui est passé 
dans les pays étrangers depuis la révocation de l'édit de 
Nantes... » 

« Jean Vilain, âgé d'environ 60 ans, manouvrier et petit mar- 
chand de lin, peu accommodé, dogmatise dans ce village; il n'est 
pas tout à fait ignorant, il instruit les autres chez eux et dans sa 
maison, où ils se vont trouver en secret; il a beaucoup contribué 
à les pervertir ; il empêche présentement leur conversion, et il 
sera difficile d'y travailler utilement tandis que ce prédicant opi- 
niâtre sera dans ce village. » 2 

Il y a aussi « Charlotte Foucard, âgée de 34- ans, mariée 
depuis environ deux ans et demi à un homme de la secte... ; 
Gottin et sa femme Madelaine Ilagombar... ; ils n'ont reçu aucun 
sacrement de l'Eglise (catholique) ; ils n'envoient point leurs 
enfants ni aux offices divins, ni au catéchisme, ni à l'école; ils 
en ont quatre, dont aucun n'a fait abjuration .. Les deux derniers, 
âgés de 15 et 11 ans, ont été bien instruits à Guise où ils ont été 
mis par ordre de M. l'intendant ». 

« Isaac Alavoine, âgé d'environ 60 ans, marchand fort riche ; 
Madelaine Pagot, sa femme, environ 55 ans, depuis leur abjura- 
tion en 1685 n'ont reçu aucun sacrement. Ils ont 6 enfants... 

« Philippe Lyeura, fort riche marchand, âgé d'environ 32 ans, 
fit abjuration le 29 septembre 1699 entre les mains du sieur 
Nocque, curé de Saint-Remi de Saint-Quentin. Madelaine Gottin, 
sa prétendue femme, 24 ans, n'a jamais fait abjuration ... . 

« Louis Daucheî, veuf, 66 ans, pauvre manouvrier, lit abjura- 

1. Ferme sur la commune de Clastres, au nord de Camas. 

2. Beau témoignage rendu par leurs adversaires à « l'opiniâtreté », c'est- 
à-dire à la fidélité chrétienne, à la persévérance, au courage de ces réfor- 
més d'Annois, depuis les seigneurs jusqu'aux humbles paysans. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



197 



tion en 1685; il ne fait aucun exercice de la religion catholique... 

« Suzanne Cottin, 36 ans, femme de Daniel Lisbot, sorti du 
royaume, n'a jamais fait abjuration et demeure chez sa mère, etc. *. 

Ainsi pourchassés et tracassés sans cesse, les protes- 
tants cFAnnois et de Flavy continuèrent pendant un siècle 
à lire leur Bible et à prier, soit seuls, soit en famille, 
parfois avec quelques amis sûrs. 

Très rarement un pasteur, au péril de sa vie, venait 
les visiter. Les curés seuls tenaient des registres équiva- 
lant à ceux de notre état-civil; les protestants furent 
donc forcés de faire baptiser leurs enfants, et parfois 
bénir leurs mariages, par les prêtres. Puis, par la route de 
Cambrai, ils s'en allèrent bien loin, au-delà de la fron- 
tière, dans une des garnisons hollandaises des villes 
cle la « Barrière » aux Pays-Bas : là, à ïournay surtout, 
ils trouvaient des aumôniers heureux d'accomplir pour 
eux ces actes pastoraux 2 . Ainsi fut béni le mariage de 
Jacques de Saint-Léger, de Flavy, avec Marguerite 
Dumez; et pour ce fait il fut exilé en 1741 à vingt lieues 
de son domicile. 

Voici deux pièces relatives à Saint-Léger : 

De par le Roy, il est ordonné aux nommés Lamy et Saint- 
Léger habitans de la paroisse de Flavy-le-Martel, diocèse de 
Noyon, de s'éloigner sans aucun délay à vingt lieues de ladite 
paroisse de Flavy. Sa Majesté leur faisant defïense d'en approcher 
plus près sous quelque prétexte que ce puisse être à peine de 
désobéissance. 

Fait au camp devant ïournay, le 21 mars 1745. 

Louis 

Peelippeaux. 

1. Une « pauvre fille orpheline », un « valet de charrue », une « veuve 
peu accommodée, et sans emploi », etc. 

2. C'est à Tournai que sont mariés le 24 janvier 1751 Charles Lamy, de 
Flavy, et Angélique Caron, de Vendelles ; en 1751 Jean-Louis Brien, de 
Bohain, et Marie-Barbe Saint-Léger, de Flavy; en 1752 Louis Watbot, de 
Flavy, et Marie Lequeux, de Lemé ; Jean Saint-Léger, de Flavy, et Madeleine 
Le Cru, de Proisy ; en 1758 Remy Lamy, de Flavy, et Marie-Madeleine-Suzanne 
Alavoine, d'Annois ; en 1769 elle, ou une homonyme, se remarie, à Tournai 
également, avec François Alavoine, de Bohain. En 1741 Pierre-Abraham 
Alavoine, de Bohain, avait été exilé 'par le même arrêt que J. Saint-Léger, 
de Flavy, pour s'être, comme lui, marié par devant le pasteur de Tournai, 



î 98 



ÉTUDES HISTORIQUES 



L'an 1745, le vingt septième jour de may 1 en exécution des 
ordres du Roy cy dessus transcrits, nous, Jean-B. Poingnet, 
exempt de la mareschaussée général le de Soissons, à la résidence 
de Noyon, nous sommes transportés ès prisons royalles dud. 
Noyon, où nous aurions mis en liberté Pierre Saint-Léger, y 
détenu depuis le cinq aoust 1744 par autre ordre de Sa Majesté, 
et avons sommé et dûment averty ledit Saint-Léger habitant 
dudit Flavy de s'éloigner sans aucun délay de lad. paroisse, et 
de n'en approcher plus près de vingt lieues suivant et conformé- 
ment aux ordres cy-dessus transcrits, à peine de désobéissance, 
à quoy led. Saint-Léger s'est soumis de satisfaire, et de quoy 
nous avons faict et dressé le présent procès-verbal de sommation 
et avertissement fait audit Saint-Léger, lequel a déclaré ne 
sçavoir écrire, ne signer, de ce interpellé. 

Dont acte fait et laissé la présente copie aud. Saint- Léger à 
ce qu'il n'en ignore, était à satisfaire au contenu dudit ordres 
resté entre nos mains. Signifié en présence de Louis Démarest 
geôlier qui a signé avec nous l'an et jour susdit. 

Poingnet Demarest 2 . 

Voici un certificat de mariage délivré à Tournai 
encore à un autre membre de la même famille, peut-être 
un frère du prisonnier de 1745 : 

Nous s mssignez certifions, conformément à ce qui se trouve 
écrit dans nos registres, que le 17 septembre 1757 Jean Saint- 
Léger, de Flavy le Martel, veuf de Madeleine le Cru, et Marie 
Madeleine Boinet de Jeancourt, élection de Saint-Quentin et 
généralité d'Amiens, ont été mariez dans notre Église. 

Fait à Tournay en Consistoire le 17 novembre 1757. 

Les Conducteurs de l'Église Wallonne de la garnison de ladite 
ville, et pour tous : 

Du Lignon, pasteur. 

J. L. d'Aulnis, ancien. Mappe, diacre. 

Sur les listes de membres de l'Eglise « wallonne » 
enregistrés â Tournai, antérieurement à 1762, puis dans 

Un autre Pierre Abraham Alavoine, d'Annois, épouse en 1770 à Tournai 
Philippine d la Porte/ de Jeancourt. De même en 1769 Pierre Saline, de Far- 
gnier, épouse Marie-Anne Le Roy, d'Hesbécourt, etc. 

1. tl [faut probablement lire dans les deux documents le même mois ; 
mars ou mai. 

2, R. Duval, Histoire de Flavy, p. 72, 



ÉTUDES HISTORIQUES 



199 



les années suivantes, comme habitant en France, les pro- 
testants venus de Flavy-le-Martel sont les plus nombreux 
après ceux de HargicouH, Jeancourt, Templeux, Quiévy, 
Esquehéries 1 . 

En 1760, il y avait en tout dans la paroisse de Flavy 
735 feux 2 . 

Malgré les persécutions contre le protestantisme il fai- 
sait encore des recrues parmi les catholiques, et alors on 
refusait à leurs enfants la sépulture dans le cimetière 
paroissial. Voici ce qu'on lisait sur les registres du curé 
de Flavy en 1750 : 

L'an de grâce mil sept cent cinquante-six le 28° jour de 
février ont comparu par devant nous prieur curé André Duprez 
de cette paroisse, procureur fiscal en la seigneurie de M. de 
Bournonville, et Quentin Lefèvre tous habitans de cette paroisse, 
Charles Tricotelle homme veuf d'Isabelle Moyne habitans le 
petit détroy de cette paroisse, lesquels nous auroient assurés le 
décès de Marie Tricolelle sa fille morte le jour d'hier dans la 
matinée, âgée de douze ans, ainsi que Quentin Morant, clerc 
séculier de cette paroisse qui l'auroit vu et reconnu morte dans 
la maison de son père, et comme ladite fille suivant le témoi- 
gnage de son père et la connoissance du public, n'auroit nulle- 
ment fréquenté l'église depuis l'âge de raison, mais auroit 
suivi les sentimens de la doctrine de son père apostat de notre 
religion catholique, apostolique et romaine depuis dix-huit k 
vingt ans, moi prieur curé lui aurois refusé la sépulture ecclé- 
siastique et aurois permis à Charles Tricotelle son père de l'en- 
terrer dans l'intérieur de sa maison ou de son héritage, à la 

1. Louis Watbot, Charles Lamy, Antoine Luzeux ; Pierre Saint-Léger, 
Charles Tricotelle, Louis du Sellier, Jean Saint-Léger, Remy Lamy, François 
Lamy, Marguerite Guiot, Marie-Françoise Lamy, Marguerite Gamart, Claude 
Groceaux, Pierre Watbot, Marie-Jeanne Desehamps (avec cette note : 
« changé de Religion »), Marie-Catherine Ducellier, Claude Lamy, Jean-Pierre 
De Haye, Jean-Pierre Lavy, Nicolas Blancoulier (« changé de religion »), 
Jean Baudry, Marie-Jeanne Blumortier, Thérèse Flamend, Jacques Rema, 
Marie-Anne-Martine Le Doux, Charles Saint-Léger, Toussaint Hubert, Marie- 
Anne-Angélique Watbot, Marie- Isabel Tricotel, Pierre-Joseph Ducellier, 
François Lamy, Marie-Barbe Thuret, Marie-Marguerite Lamy, Louis Moine, 
Nicolas Loise ou Loire, Picar Friere, Charles Faucré, Marguerite Dussillier, 
Pierre moine; en 1763, Jean -Louis de Buire, Françoise Obert, Marie-Françoise 
Ducellier; en 1767, Charles-Louis Saint-Léger, Joseph Lamy («de l'église 
française de Saint-Jean au quartier de Spitalfields en Angleterre ») ; en 1768, 
Joseph du Cellier, Marie-Anne- Angélique de Villers. 

2. Soit 2105 Jhabitants, estime M. R. Duval (p. 272) en comptant 3 per- 
sonnes pur feu, « ou plutôt 2940, à raison de 4 », 



ÉTUDES HISTORIQUES 



charge toutefois de le faire secrètement, sans bruit, sans assem- 
blées ny aucune cérémonie, qui pût incliquer l'exercice libre et 
extérieur de sa religion. 

De ce fait double les jour et an que dessus. Ledit Charles Tri- 
cotelle nous ayant déclaré ne sçavoir ny écrire ny faire sa marque 
pour constater autant qu'il seroit en luy la vérité qui est 
cy-dessus exposée. 

Le 5 avril suivant est de même refusée la sépulture 
ecclésiastique pour Marguerite Du niez, âgée de quarante- 
neuf ans environ, veuve de Jacques Saint-Léger (sans 
doute parente de celui qui en 1757 se mariait à Tournai), 
domiciliée dans cette paroisse depuis plus de quatorze 
ans, « laquelle au roi t été pour professer la religion pré- 
tendue réformée dans laquelle elle seroit née et au roi t 
décédé 1 ». 

Un moment le culte fut rétabli à Flavy même par un 
pasteur qui releva ainsi les Eglises du Vermandois et du 
Cambré sis après avoir réorganisé celles de la Brie : Fran- 
çois Charmuzy ; mais la joie des brebis si longtemps sans 
berger fut de courte durée ; le jour de Pâques 1770 il fut 
arrêté en chaire, â Nanteuil, et jeté en prison à M eaux : 
il y mourut neuf jours après. Le comte de Saint-Flo- 
rentin, ministre de Louis XV, fit raser la maison où se 
rassemblaient pour le culte les protestants de Fiavy-le- 
Martel, « afin de mettre un frein à leur licence. » 

Le ù 2 juin 1770, Antoine Lecomte, huissier à cheval de Chauny, 
assisté de Claude Vadebot et de Toussaint Hébert, mulquinier, 
demeurant au Détroit bleu, constatait que Marie-Barbe Turye 
avait été inhumée en terre profane suivant les us et coutumes de 
la religion protestante. Celte descente de l'huissier avait été faite 
à la réquisition de Charles Fauqueret, mari de la défunte, lequel 
craignait sans doute que cet enterrement illégal ne lui attirât des 
désagréments 2 . 

1. Cité par R. Duval, op. cil., p. 262. 

2. R. Duval, Histoire de Flavy, p. 68, d'après les Archives de V Aisne, B. 1745. 
Au lieu de Turye nous croyons qu'il faut lire Targe. Le Détroit bleu est un 
hameau de Flavy, à la lisière du bois de Genlis. Plusieurs protestants y 



ÉTUDES HISTORIQUES 



201 



Le 2 février 1777,1a femme de Louis Duscellier, manouvrier, 
fut inhumée clandestinement dans un jardin. Le procureur 
royal informé par la rumeur publique déclare que « celte inhu- 
mation clandestine, quel qu'en soit le motif, mérite toute son 
intervention et excite son ministerre. De quelque côté qu'il 
envisage cette action, elle lui prouve ou l'idée d'un crime dont 
on a cherché à lui dérober la connaissance ou une infraction 
punissable des dispositiens de la déclaration du Roy de 1736, 
lois de police qu'il importe essentiellement à l'État de maintenir 
dans toute sa vigueur à cause des inconvénients qui pourraient 
résulter de son inexécution. » 

Ch. F. Demory de Gravières, conseiller du roi, lieutenant au 
bailliage criminel de Chauny, se transporta à Flavy le 15 février 
à 7 heures du matin. Plusieurs témoins déclarèrent que la 
défunte avait succombé à une fluxion de poitrine et avait élé 
inhumée le 2 février à 3 heures de l'après-midi, avec les céré- 
monies du culte protestant et en présence de plus de 120 per- 
sonnes. 

François Lamblin, prieur curé âgé de 59 ans, dépose notam- 
ment u qu'il n'a d'autre connaissance des faits si ce n'est qu'il a 
appris par le nommé Odiaux chirurgien dudit Flavy qui lui fai- 
soit la barbe le 1 er de ce mois que Marie Catherine Frière, 
femme de Louis Duscellier faisant profession de la religion 
prétendue réformée étoit dangereusement malade, qu'il se mit 
en route aussitôt pour aller visiter cette femme et remplir 
auprès d'elle les devoirs de son ministère, que chemin faisant il 
apprit que cette femme venoit de mourir et qu'il arriveroit trop 
tard; qu'alors il est retourné chez luy et a su le lendemain par 
la voix publique qu'elle avoit été enterrée ce jour-là, jour de la 
Chandeleur, à 3 heures après midy après les vêpres de sa pa- 
roisse avec les cérémonies usitées pour les inhumations des 
protestants; ajoute le déposant que led. Odiaux lui a dit que les 
causes de la mort de cette femme étoit une fluxion de poitrine 
qui lui étoit survenue à la suite d'un des rhumes épidémiques 
connu sous le nom de grippe qui ont régné dans ce pays dans le 
cours de cet hiver. Observant encore le déposant qu'il seroit à 
souhaiter pour l'édification des habitans catholiques romains 
de cette paroisse et l'intérêt de la religion que ces sortes d'inhu- 
mations ne se fissent point à l'avenir en pleinjour et avec les 
solennités que les protestans de ladite paroisse qui se trouvent 

habitent encore aujourd'hui. Un détroit est un district ou quartier ; le quali- 
ficatif bleu provient, dit-on, de ce qu'au xvn° siècle un habitant de ce « dé- 
troit » couvrit en ardoises sa maison, alors que les autres avaient des toits de 
chaume ou de tuiles. Les mulquiniers tissaient des toiles fines ou rnullequins. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



en grand nombre ont accoutumé de mettre dans cette cérémonie 
et qu'ils ont de même mis dans celle-ci. Ajoute encore qu'il n'a 
point été requis par les paren s de cette femme de l'aller visiter 
pendant sa maladie ni de lui accorder après sa mort la sépulture 
ecclésiastique 1 ». 

Malgré ces nouvelles épreuves, la réorganisation des 
Eglises se poursuit. Un synode réuni en 1779 à Bohain 
compte parmi les députés laïques Pierre-Abraham Ala- 
voine, de Flavy; il y est décidé que cette région jusqu'à 
Landouzy et Esquehéries (!) sera desserviepar le pasteur 
Bellanger. 

L'édit de tolérance de 1787 accorda un état civil 
aux protestants, ainsi qu'un cimetière officiellement 
établi d'accord avec les autorités. Là est inhumée le 
15 décembre 1788 Marie Elizabeth Tricotelle, 49 ans, en 
présence de Jacques Baudry, syndic, cabaretier, commis- 
saire désigné par M. de Carlevi (Carleul?) bailli de la 
justice. 

Une feuille spéciale est cotée et paraphée par Pierre- 
Louis Tupigny Cauvry, avocat au Parlement, lieutenant- 
général au bailliage royal de Ham , par commission de 
Monseigneur le (lue d'Orléans, bailly juge civil et crimi- 
nel, gruyer, et de police, pour M. le comte du Royer, 
seigneur de Savriennois, à l'effet de recevoir les actes 
d'inhumation de protestants conformément à l'édit 
de 1787. 

D'autre part, sont enregistrées les déclarations rela- 
tives aux alliances conjugales antérieurement contractées 
par des protestanls : 

À la date du 7 octobre 1788 on trouve ainsi : 

Claude Vatbot, mulguinier, 41 ans, et Marie-Scolastique Aîa- 
voine, 30 ans (3 janvier 1781); sans enfant. 

Angélique Delaigle, 54 ans, veuve de Jean-Louis Debuire. 

Pierre Mary, mulquinier, 57 ans, et Marie-Catherine Ducel- 
lier, 51 ans; 4 enfants vivants. 



t. R.. DuvA-L, ibidem, d'après Archives de l'Aisne, B, 1556, 



ÉTUDES HISTORIQUES 203 

Pierre Saint-Léger, mulguinier, 32 ans, et Marie-Anne-Angé- 
lique Mary, 29 ans; 2 enfants. 

André Walet, mulquinier, 45 ans, et Marie-Madeleine Ausèbe, 
27 ans; 3 enfants. 

Jean-Pierre Hébert, mulquinier, 36 ans, et Agathe Ducellier, 

34 ans; 2 enfants. 

Médard Brunet, couvreur, 55 ans, et Catherine-Rozalie Ducel- 
lier, 40 ans ; 6 enfants. 

Pierre Watbot, mulquinier, 55 ans, et Elisabeth Tricotelle, 
49 ans ; 3 enfants. 

Charles-Louis Saint-Léger, mulquinier, 42 ans, et Marie- 
Marguerite Watbot, 39 ans; 4 enfants. 

François Dehaye, mulquinier, 30 ans, et Marguerite Hébert, 
32 ans; 5 enfants. 

Athanase Hébert, mulquinier, 28 ans, et Marie-Madeleine 
Watbot. 23 ans ; 2 enfants. 

Louis Lemoine, mulquinier, 48 ans, et Marie-Joseph Garon, 

35 ans ; 5 enfants. 

Nicolas Loize, vinaigrier, 60 ans, et Marie-Thérèse Flamand, 
tous deux veufs. 

Silas Alavoine, tailleur d'habits, 30 ans, et Suzanne Watbot, 
30 ans; 1 enfant. 

Charles Baudry, mulquinier, 33 ans, et Marie-Anne-Angé- 
lique Hébert, 32 ans. 

Marie-Suzanne Alavoine, 46 ans, veuve de Ré m y Lamy, mar- 
chand; 4 enfants. 

Marie-Anne Alavoine, 36 ans, veuve de Jean-Louis Hébert, 
5 enfants. 

Charles Troquemé, mulquinier, veuf de Geneviève Ducellier; 
3 enfants. 

Marie-Josèphe Remia, 29 ans, veuve de Louis-Charles Cons- 
tantin, tailleur d'habits; 1 enfant. 

Jacques Groscaux, mulquinier, 63 ans, et Marie-Françoise 
Lamy, 63 ans, veufs. 

Jean Saint-Léger, mulquinier, 64 ans, et Marie-Madeleine 
Boinet, 60 ans. 

1789. Toussaint Hébert, mulquinier, 40 ans, et Marie-Josèphe 
Lamy, 32 ans ; 2 enfants. 

Louis Ducellier, mulquinier, 36 ans, et Marie Gabrielle Lamy, 
34 ans '. 

J. R. Du val, op. cit., p. 266-267. P. 269 il relève ces lignes d'un acte de 
notoriété de 1807 : « Dans les années 1789 et 1791 les actes de naissance des 
protestants étaient rédigés par les juges royaux, mais les registres et papiers 
de la seigneurie de Flavy ont été égarés par l'effet de la Révolution », 



204 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Mais à peine ouvert, ce registre cesse d'être utilisé ; 
c'est encore un nouveau régime qui commence. La Révo- 
lution est survenue. 

La Déclaration des droits de l'homme proclame que 
nul ne devra plus « être inquiété pour ses opinions reli- 
gieuses ». 

La loi du 11 prairial an III (30 mai 1795) accordait 
le libre usage des édifices non aliénés, destinés au culte. 

Plusieurs cultes différents pouvaient être célébrés 
dans un même édifice sous la surveillance des municipa- 
lités. Il en fut ainsi à Flavy-le-Martel. « Le .19 brumaire, 
an IV (10 novembre 1795), la municipalité déclare que 
l'enceinte choisie pour l'exercice du culte catholique est 
l'édifice national dit l'Eglise. Et le 25 du même mois le 
maire Foulon était informé que les protestants avaient 
également choisi l'Eglise pour y exercer les pratiques de 
leur culte 1 ». Nous ne savons combien de temps dura ce 
simultaneum : probablement, aussi longtemps que la 
séparation des Eglises et de l'Etat, c'est-à-dire jusqu'au 
Concordat. 

En 1801 un pasteur, Matile, s'établit à Hargieourt, 
d'où il desservit Flavy pendant plus d'un quart de siècle. 

Après le Concordat et les articles organiques, un 
Consistoire fut installé à Monneaux près Château-Thierry, 
pour toutes les églises de l'Aisne. Un document de cette 
époque porte : « Flavy-le-Martel ; sa population est 
de 239; son industrie est la fabrique des linons et des 
cotons. Ils s'assemblent dans une maison. » Un annuaire 
de 1817 indique pour Flavy 60 protestants 2 . 

Ils purent enfin acquérir alors un terrain pour y 
bâtir un temple : un are 28 centiares, sur le chemin 
derrière les haies, au sud du village (acte par devant 
M e Ménestrier, notaire à Flavy, le 25 octobre 1819). Non 
sans peine — car on était sous la Restauration — les 

1. Registres municipaux, d'après R. Dcval, Histoire de Flavy, p. 109. 

2. La population totale de la commune était de 1957 habitants en 1818. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



205 



protestants revendiquaient ainsi peu à peu l'usage de 
toutes leurs libertés. En 1820 encore, le Consistoire de 
Monneaux devait écrire au préfet de l'Aisne en faveur 
d'un vieux soldat de Napoléon : « M. Daniel Alavoine, 
ancien militaire, domicilié à Fargniers, se plaint de ce 
que le maire ou le corps municipal l'oblige à payer 
annuellement une somme de cinq francs « pour tenir 
lieu de la rétribution en pain que les catholiques don- 
nent à leur magister, pour l'eau bénite qu'il leur porte 
chaque semaine. Il pense ne pas devoir cette somme 
pour eau bénite, puisque dans sa religion on n'en fait 
point d'usage. » 

Il fallut deux années pour que fut autorisée la cons- 
truction du temple. L'adjucation au rabais des travaux 
n'eut lieu que le 12 août 1821. Les représentants du 
Consistoire de Monneaux étaient MM. Matile, pasteur, 
et T roque mé, ancien. 

Lorsque fut créé en 1828 le Consistoire de Saint-Quen- 
tin, Flavy en dépendit; il fut rattaché en 1837 à la pa- 
roisse alors établie avec Nauroy pour chef-lieu. Tel 
vieillard d'Annois se rappelle encore avoir vu son père 
conduire un cheval à Montescourt pour y prendre Je 
pasteur de Nauroy, M. Louis Ver nés, arrivant de Saint- 
Quentin par le chemin de fer récemment inauguré. 

En vertu de la loi du 18 juillet 1837, l'indemnité de 
logement due au pasteur de Mauroy s'élevait pour l'en- 
semble de la section à 150 francs; « la commune de 
Flavy comptait 100 calvinistes et fut taxée à 26 fr. 50 l . » 

Conformément à l'avis favorable du conseil municipal 
du 16 décembre 1849, les protestants de Flavy ont été, à 
partir de 1850, de nouveau rattachés à la paroisse de 
Saint-Quentin. 

Lorsqu'en 1879 un évangéliste fut placé à ïergnier, et 
plus tard un pasteur placé à Laon par la Société chré- 
tienne du No/ri, ils furent chargés du canton de Saint- 
Simon et célébrèrent le culte à Flavy... 

1. Délibération du conseil municipal du 9 avril 1841, dans R. Duval, op. 

cit. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



Survint la guerre de 1914; occupée trois ans par 
l'ennemi, délivrée une première fois, perdue de nouveau 
puis reconquise, cette malheureuse région a été particu- 
lièrement éprouvée. Du temple, comme de beaucoup 
d'autres bâtiments du village, il ne reste maintenant plus 
rien. En attendant le versement des dommages de guerre 
à l'association cultuelle de Saint-Quentin, propriétaire de 
l'immeuble, et la construction d'un nouvel édifice, l'ad- 
ministration des régions libérées a fait monter près de la 
gare une baraque provisoire (mai 1921). 

Ainsi, cent ans exactement après l'inauguration du 
temple aujourd'hui disparu, un nouveau lieu de culte 
s'ouvre à Flavy. Ce n'est pas la première fois qu'on y 
voit une maison de prière remplacée par une autre; 
en 1664, en 1770, à d'autres dates encore dans l'inter- 
valle, les protestants d'Annois et de Flavy se sont vus 
brusquement privés de leur lieu de réunion. 

Mais toujours ils se sont montrés, comme après la 
Révolution, « opiniâtres » dans la profession de leur foi 
Dans l'histoire de cette petite Église il y a des éclipses 
qui ont duré jusqu'à un demi-siècle (de 1700 à 1750). 
Mais alors on voit les fidèles aller jusqu'à plus de 150 ki- 
lomètres, à Tournai, auprès du pasteur qui leur est 
refusé chez eux; et toujours l'Eglise (au sens primitif : 
la Société des croyants) a été de nouveau « dressée », 
comme on disait jadis. Tel un rejeton poussant vigoureu- 
sement sur le pied des arbres fruitiers dont le tronc a 
été, dans nos campagnes, scié par l'ennemi. La sève, ici, 
est éternelle, car elle vient d'en-haut : c'est le Saint-Es- 
prit qui anime les fidèles, rassemble les membres épars, 
constitue ainsi le corps de l'Eglise invisible dont Jésus- 
Christ est le chef. 

Au bord de la voie ferrée qui symbolise la vie mou- 
vementée de beaucoup de nos contemporains, l'humble 
baraque de bois s'élève comme la demeure de ce qui est 



ETUDES HISTORIQUES 



207 



éternel, de Celui qui est l'Eternel. « Les deux et la terre 
passeront, dit Jésus-Christ, mais mes paroles ne passe- 
ront point. » 

Après quatre siècles de persécutions, puis d'épreuves 
diverses, les protestants sont reconnaissants de ce qu'ils 
pourraient inscrire au fronton de leurs temples ces deux 
mots évangéliques que la République française fit mettre 
à la fin du xvm° siècle sur tous les « lieux destinés au 
culte religieux » : 

paix et liberté 1 . 

Jacques Pannier, 

Pasteur à Saint-Quentin. 



LA VIE DES PROTESTANTS 

AU XVIII e SIÈCLE DANS LE MARQUISAT D'AUBAIS 
(Sénéchaussée de Nîmes) 

L'histoire des communautés protestantes de France 
au xvm e siècle pose un certain nombre de questions qu'il 
n'est pas toujours facile de résoudre. Quelle était la vie 
de nos ancêtres pendant la période qui a précédé i'édit 
de Tolérance? Comment parvinrent-ils à maintenir leurs 
croyances et leurs traditions malgré une réglementation 
qui eût dû les conlraindre ou à la soumission ou à la 
fuite? Quels rapports avaient-ils avec leurs compatriotes 
catholiques? 

1. Pour plus amples détails, voir: 0. Dguen, Les Églises réformées de 
l'Aisne, Paris, 186U, et Bulletin de la Société d'histoire du protesla?itis?ne, 
1867 ; Registres des Églises de la Barrière, Le Cateau, 1894; A. Daullé, Chro- 
nique du Consistoire de Saint-Quentin, Paris, 1890 ; le même : la Réforme à 
Saint-Quentin et aux environs, 2 e édition, Le Gâteau, 190j ; France protes- 
tante, l ro éd., IV, 356 b; IX, 91 a: R. Duval, Histoire de Flavy-le-Martel, 
Saint-Quentin, Quégneaux, 1903 . Quelques pages étaient consacrées au « pro- 
testantisme à Flavy ». Nous avons reproduit les documents les plus intéres- 
sants, la plupart des exemplaires de cette monographie ayant été détruits 
pendant la guerre. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



La rencontre de plusieurs documents presque entière- 
ment inédits, de caractère très divers, me permet de 
tenter une réponse à ces questions en ce qui concerne 
les protestants du marquisat d'Aubais (département du 
Gard, canton de Sommières, autrefois sénéchaussée de 
Nîmes). 

L'un de ces documents est le registre d'état-ciyil de 
la communauté réformée d'Aubais tenu par les pas- 
teurs qui avaient, au xviii c siècle, la charge de cette 
église (Archives municipales GG 4). Très inégalement 
mis à jour, il contient surtout des mentions de baptême 
(au moins cent cinquante), allant de 4747 à 1775; une 
vingtaine de mariages, de 1744 à 1775, et environ 
quatre-vingts décès, survenus de 1773 à 1785, y sont 
pareillement notés. 

Les registres de l'état civil catholique conservés dans 
les mômes archives m'ont fourni des listes précieuses 
de baptêmes forcés et, pour l'année 1789, de « réhabi- 
tations » de mariages protestants. 

Non moins intéressantes, dans un tout autre genre, 
sont des annales du village rédigées, de 1745 à 1758, 
sous le titre de Chronologiette i par le greffier consulaire 
Prion, un rouergat très vain de sa discutable supériorité 
intellectuelle, peu favorable aux gens de la R. P. R., 
mais « reporter » assez exact, semble-t-il. 

Des pièces empruntées au fonds de l'intendance de 
Languedoc, des minutes de notaires et des papiers de 
famille m'ont également servi. 

* 

Le protestantisme, dominant dans le village au 
xvi° siècle, sous les premiers barons de Baschi, chefs 

1. Ces annales ont été signalées et utilisées partiellement pour la pre- 
mière fois par M. Louis Thomas, actuellement 'professeur à la Faculté des 
lettres de l'Université de Montpellier, dans un fort intéressant article de 
la Revue du Midi. Elles feront prochainement l'objet d'une publication de 
M. H. Sautel, à la grande obligeance de qui nous en devons la communica- 
tion, et de M. Clément, professeur à la Faculté des sciences de l'Université 
de Lyon. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



huguenots déterminés 1 , y était encore professé au 
xvm e siècle par près de la moitié des habitants 2 , propor- 
tion qui, de nos jours, s'est beaucoup affaiblie par suite 
de l'exode des familles réformées vers les villes et de 
l'immigration continue des montagnards catholiques. 

La plupart des membres de la communauté protes- 
tante d'Aubais vivaient de la terre, comme l'ensemble 
des gens de cette région. Mais, la culture du blé, de 
l'olivier et de la vigne étant sur ce sol peu fertile moins 
rémunératrice que dans les plaines de la Vaunage et du 
« pays-bas », les plus actifs d'entre eux y avaient joint 
l'industrie et le commerce des tissus de laine, en particu- 
lier du molleton et du cadis 3 . Aussi trouvons-nous assez 
souvent dans les listes de l'état civil protestant les qualités 
de « facturier, fabriquant, tisserand, carde ur de laine », 
les deux premiers noms désignant, suivant le cas, des 
patrons de petits ateliers, ayant chez eux plusieurs métiers 
ou des entrepreneurs de travail à façon. 

On ne s'étonnera pas de voir des protestants bou- 
chers, tailleurs, menuisiers, boulangers. Mais il est plus 
surprenant de trouver, parmi les notables de l'église 
réformée d'Aubais, dans la première partie du siècle, un 

1. Voir llaag, nouv. éd., v° Baschi. 

2. Aubais comptait en 1759, environ 170 feux, d'après les indications 
fournies parle curé aux éditeurs de ['Histoire du Languedoc (Bibl. Nat., Lan- 
guedoc, 19, pièce 112). 

« Dans le peuple d'Aubais, il y en a la moitié de catholiques », dit Prion. 
Des villages voisins, Junas, Aiguës- Vives, sans parler de ceux de la Vau- 
nage, étaient presque uniquement protestants. 

Les noms que nous trouvons dans l'état civil protestant sont les suivants ; 
Allier, Arnaud, Auguin, Benezet, Bilange, Blanage, Blanc, Blancher, Bosc, 
Chazot, Combe, Cosle, Duufès, Delbos, Delon, Delord, Delome, Dumas, 
Durand, Flavard, Giran, Giraud, Guérin, Guiraud, Lamarine, Lamotte, 
Lauzière, Mabelly, Maurel, Mathieu, Pattus, Privât, Rebuffat, Rigal, Biquet 
Robert, Roussel, Sagot, Salager, Savanier, Sipeire, Surguet, Trial, Valaniin, 
Valès, Viala, Viel. La plupart de ces noms étaient naturellement portés par 
plusieurs familles : on compte au même moment jusqu'à sept familles 
Mabelly. Les trois quarts de ces noms existent encore à Aubais. 

3. Cette industrie était si florissante dans la région de Sommières au 
xviii c siècle que l'on avait donné le nom de « sommières » au genre de tissu 
do hune que l'on y fabriquait principalement. Voir plusieurs règlements ou 
mesures intéressant les facturiers de cette région dans Y Inventaire analytique 
des procès verba.ux des Conseil et Bureau du Commerce conservés aux 
Archives Nationales. 



4. Octobre-Décembre 1922. 



14 



210 



ÉTUDES HISTORIQUES 



officier. Jean Mabelly 1 s'était engagé dans le Dauphin- 
dragons en 1687; vingt-sept ans après, il était nommé 
lieutenant réformé à la suite de ce régiment. Cette car- 
rière assez brillante, puisqu'il s'était élevé ainsi dans la 
hiérarchie militaire aussi haut qu'un roturier sans fortune 
pouvait le faire, ne fut pas sans pousser quelques jeunes 
protestants du pays à écouter les appels du sergent recru- 
teur 2 . Mais, dira-t-on, un religionnaire ne pouvait, 
d'après des règlements formels, devenir officier. Il faut 
croire que le roi avait trop besoin de soldats pour aller 
s'enquérir sur les champs de bataille si ceux qui y fai- 
saient leur devoir étaient de fidèles catholiques. Quant à 
eux, si le service les obligeait parfois, sans doute, à des 
actes de « conformisme 3 y, ils n'en demeuraient pas 
moins profondément attachés à leur foi, comme le 
prouve le testament que dicta Jean. Mabelly, le 27 décem- 
bre 1741 4 . 

l.On permettra au petit-neveu de cet officier de citer les états de service 
de Jean Mabelly, tels qu'il les avait dressés pour demander sa retraite. « f 
est entré audit régiment en qualité de dragon le 7 e juin 1687, a été l'ait 
brigadier en 1695, mareschal des logis en 1702, cornette le 6 mars 1707, 
lieutenant réformé le 6 octobre 1714. A été blessé au château de Crezenac en 
Allemagne, à Estinquerque en Flandre et à Castelnaut sur le Bormidat en 
Italie et il s est trouvé dans touttes les autres occasions ou ledit Régiment 
s'est trouvé, sans discontinuer d'un moment ». 

2. Nous donnerons ici, pour la curiosité du tableau, le passage suivant de 
la Chronologie tte, relatif à l'engagement, du fils Rebuffat. « Le samedy 
28 e novembre (1744), environ l'heure de une et demye après midy, tant 
hommes que filles au nombre de onze domestiques (du château) étant rangés 
à table pour diner, et tous, grâces au Seigneur, d'un très bon appétit, au 
même moment est entré dans la cuisine un homme de guerre et brigadier 
de la compagnie de dragons de Mr le marquis de Rochemore de Galargues le 
montueux. Ce preux guerrier, d'un air martial, a addressé la parole à 
Mr Rebufat père en ces termes : « Monsieur, de par le Roy et de mon 
« capitaine, Mr votre fils s'est engagé hier pour dragon dans notre compa- 
« gnie. Vous n'avés que tout à l'heure à amener votre ainé à Galargues pour 
« y prendre l'habit et un gros sabre d'ordonnance ». Sur la fermeté de cette 
nouvelle prononcée de la part de Sa Majesté, Mr Rebufat n'en a pu soutenir 
l'éclat; les larmes et les pleurs ont été sa seule réponse. L'épouse dudit 
Rebufat a également noyé ses yeux dans ses larmes. Toutes les personnes 
du château et de toute la bourgade à la vue de, cette alarme ont été jettés 
dans une grande consternation » (p. 23). 

3. Encore M. de Féliee (Hist. des protestants de France, 8 e éd., p. 473) 
remarque-t-il qu'à l'armée « on était plus accommodant qu'ailleurs sur les 
actes de catholicité ». 

4. « Premièrement a recomandé son âme à Dieu le Père tout puissant 
et prié, par les mérites de son fils Notre Seigneur Jésus-Christ, de luy 



ÉTUDES HISTORIQUES 



211 



Ainsi confinés, à de rares exceptions près, dans 
l'agriculture, l'industrie et le commerce, les proles- 
tants d'Aubais y réussissaient assez bien. Certes, tous 
n'étaient pas riches, mais la proportion des gens aisés 
était, semble-t-il, plus forte parmi eux que parmi leurs 
compatriotes catholiques. Lorsqu'il s'agit, en 1756, de 
dresser une liste des « plus forts et plus aisés contri- 
buables », on y inscrivit, sur trente notables, dix-neuf 
protestants 1 . L'on dira peut-être qu'il y avait là une 
vexation fiscale, d'autant plus que l'emprunt forcé que 
Ton préparait ainsi était destiné à la réfection de 
l'église. Mais il suffit de feuilleter le cadastre du temps, 
qui se trouve encore à la mairie, pour constater que la 
plus grande partie des terres, en dehors des propriétés 
du marquis, appartenait aux « nouveaux catholiques », 
tandis que les registres du 1 notaire royal, M. Chrestien, 
témoignent de la richesse mobilière de plusieurs d'entre 
eux. De 1746 à 1761 c'est, dix fois sur seize, un protes- 
tant qui afferme la levée des tailles 2 , et il ne fallait pas 
être sans ressources pour prendre la responsabilité de 
cette opération dont les risques étaient gros. Ne négli- 
geons pas enfin les « signes extérieurs de la richesse », 
comme Ton dit aujourd'hui. Le train de vie de cer- 
tains religion naires d'Aubais, était, pour un village, 
presque fastueux : nous montrerons le bon Prion 
béant devant les galas de Pierre Mabelly 3 ; il admire 

faire miséricorde, resevoir son âme, lorsqu'elle sera séparée de son corps 
dans son royaume de Paradis, voulant estre ensevely en la manière ordi- 
naire, laissant le soin de son enterrement à la discrétion de son héritière 
bas nommée. » (Papiers de famitle de Fauteur). 

1. Archives municipales, BB. 2, p. 115. Ces notables protestants sont : 
François Allier, Pierre Lauzière, Jean Mabelly, André et Antoine Salager, 
Jean Roussel, Jean Lauzière, Guillaume Auguin, Pierre et André Mabelly, 
Jacques Viel, autre Jean Mabelly, Louis Vialla, Antoine Chazot, François 
Mabelly, André et Jacques Delorl, Jacques Mabelly et Jean Valentin. 

2. lb., 1 et 2, passim. Les collecteurs des tailles protestants sont, pou» 
celte période : en 1746, Antoine Chazot ; en 1747, Guillaume Chazot : 
en 1749, Antoine Chazot; en 1750, Jean Allier; en 1752, Louis Viala; en 1753 
et 1754, Jean Lauzière ; de 1755 à 1757, François Allier. 

3. Mentionnons seulement ici le passage suivant (p. 223) qui se rapporte 
au mariage d'une nièce de ce personnage : « L'oncle de Fépouse, connu sous 
le nom de Pierre Mabelly, est riche et très libéral ; aussi est-il connu dans 
la renommée l'un des plus ay niables cavaliers de ce lieu. Pendant le cours 



ÉTUDES HISTORIQUES 



chez lui le premier buffet 1 que l'on eût vu hors du 
château. 

* * 

Nombreuse et assez fortunée, la communauté protes- 
tante d'Aubais était, d'autre part, fidèlement attachée à 
ses traditions. A une époque où il s'agissait beaucoup 
plus d'attendre, de maintenir et d'endurer que de lutter, 
son principal devoir était de se serrer autour de ses pas- 
teurs, de fréquenter les assemblées et de sauvegarder les 
droits civils et sociaux de l'Eglise en matière de mariages, 
de baptêmes et de sépultures. Nous pouvons lui rendre 
ce témoignage qu'elle n'y manqua pas. 

Neuf pasteurs ou proposants 2 en eurent, simultané- 
ment ou successivement le soin de 1744 à 1775 3 : Barthé- 
lémy Claris (de 1744 à 1748), Pierre Encontre (de 1750 
à 1757), Henri ou André Bastide (de 1751 à 1759), 
</. Mathieu (de 1757 à 1772),' "Verrier (en 1765), Puget 
(en 1767), Jean Gachon (en 1767 et 1768), Val an tin 
(de 1770 à 1775) et. Roux (de 1772 à 1774) 4 . De ces 
ministres, un seul, Perrier, prend, et une fois seulement, 

de ce mariage, il tint en faveur de sa nièce chez luy table ouverte où tous 
ceux de cette aymable noce furent magnifiquement gallatez par une chère 
la plus exquise ». 

1. lb., p. 193. « Le mardi 29 novembre (1752), le sieur (Pierre en marge) 
Mafoelly, l'un des plus aymables cavaliers de ce lieu, a donné à dix bourgeois 
de ses amis et dans son hôtel un superbe dîné. La bonne chère y fut tout a 
la fois très abondante et très exquise. L'on y vit un grand buffet couvert 
d'une riche nappe à la Venise. On n'avoit jusqu'ici jamais vu chez aucun 
autre bourgeois de buffet. L'on assure que c'est le premier qui s'en est servi 
dans le village à la réserve du seigneur ». 

2. Nous ne tenons compte ici que des noms que nous trouvons sur le 
registre de l'état civil protestant. Ainsi que nous le ^rapporterons, Prion 
mentionne quslques autres pasteurs comme ayant tenu des assemblées sur 
le terroir d'Aubais ou y ayant exercé leur ministère de quelque manière. 
Ce sont les ministres bien connus Boyer, Fléchier et Lasserre. 

3. On trouvera dans la pièce justificative n° I, tous les détails que le 
registre de l'état civil protestant donne sur l'activité de ces pasteurs à 
Aubais. 

4. Ces dates concordent avec les données de la nouvelle édition de la 
France Protestante, en ce qui concerne les trois premiers de ces ministres 
et Jean Gachon, .seuls compris dans cette édition. Claris vécut jusqu'en 
décembre 1748. Encontre, consacré dans un synode du Bas-Languedoc, en 
avril 1750, occupa, entre autres postes, celui de la Vaunage ; c'est en cette 
qualité que nous le trouvons ici. Bastide, reçu ministre en 1750, eut la charge 



ÉTUDES HISTORIQUES 



243 



le litre de « pasteur d'Aubais » ; incapable d'absorber 
toute leur activité, notre village était simplement une 
des paroisses de leur ressort. Les deux pasteurs dont le 
nom se retrouve le plus souvent sur le registre d'état civil, 
ceux qui semblent s'être particulièrement occupés de la 
communauté d'Aubais, sont Bastide et Valantin. 

La Chronologietle de Prion est remplie de détails sur 
les assemblées qui se tenaient à Aubais ou dans les envi- 
rons. Nous ne saurions mieux faire que de copier in 
extenso ces mentions, dont le style est un peu monotone, 
mais qui sont, comme on le verra, fort curieuses. 

1744. (P. 10). Dans chaque paroisse où il y a des protestants, 
ils s'assemblent à la campagne pour y prier Dieu publiquement l . 
M me la baronne de Galières, dame de Restinclières, honnora de 
sa présence celle qui se fit à la Roque d'Aubais le dimanche 
14 juin 1744. Elle écouta le ministre avec beaucoup d'attention, 
ce qui édifia beaucoup tout le peuple parpaillotin. 

(P. 15). Le dimanche 5 juillet 1744, les protestants se sont 
assemblés entre la ville de Sommières et le lieu d'Aubais, près le 
château de Grestin. Ils éloient en nombre de six mille. Plusieurs 
ministres y ont prêché et administré comme sacramentaires 1ns 
sacremens du mariage et de la cène. Le sieur Royer y a été 
réconcilié avec les autres ministres par la médiation d'un vieux 
ministre que les églises de Genève y ont envoyé exprès à ce 
sujet 2 . A leur retour de celte assemblée la poussière qui s'élevoit 
dessous leurs pas couvroit l'air. 1 

cl e l'église de Sommières, dont dépendait celle d'Aubais. Quant à Gachon, 
les nouveaux éditeurs de la France Protestante disent qu'il exerça à Nîmes 
dès le milieu du xviii 6 siècle; cf. aussi Borrel, Histoire de l'église de Nîmes. 
Le « Rolle des ministres, proposans et étudians du royaume de France, la 
courante année 1756 » inséré par Ch. Coquerel parmi les pièces justifica- 
tives de son Histoire des Églises du Désert (t. I, p. 537) mentionne Pierre 
Encontre, Henry Bastide et Jacques Mathieu comme pasteurs et Puget comme 
proposant dans la circonscription du Bas Languedoc. Puget avait passé un 
an au séminaire de Lausanne (ib. p. 539). Le « Rolle des ministres... année 1763 » 
(ib . 11, p. 597) porte les mêmes noms; mais Bastide s'y nomme André; 
Pierre Puget est compté parmi les ministres; enfin on y trouve, au nombre 
des proposants Jean Gachon, Louis Valentin et Perrier. 

1. On était alors à la fin de cette période de 1730 à 1744 qui « fut un 
temps de calme en comparaison de l'horrible tempête qui avait tout dis- 
persé quelques années auparavant » et au cours duquel « les assemblées 
se rapprochèrent des grands centres de population et se tinrent plus sou- 
vent de jour » (de Félice, p. 508). 

2. C'est au cours du Synode général de 1744, tenu le 18 août « dans une 
plaine du Vivarais » (Coquerel, Histoire des Églises du Désert, t. 1, P- 293) que 



ÉTUDES HISTORIQUES 



(P. 15). Le 15 aoust 1744, jour de samedy et Assomption- 
Notre-Dame, l'église protestante s'est assemblée au lieu appellé 
la Font du Travers où a été fait une célèbre prédication. 

(P. 19). Le 18 e octobre les protestants ont tenu une assem- 
blée générale pour le culte de leur religion près des murs du lieu 
d'Aubais au quartier appellé la Combe du bon temps l . Leurs cris 
musicaux s'entendoient à plain dans ledit heu d'Aubais. M 1 ' Flé- 
chier a été le pasteur. 

(P. 20). Le dimanche 8 e novembre, les protestans se sont 
assemblés au nombre de 1800 près du moulin de Corbière. 

Malheureusement, inquiétées par le synode national 
de 1744, les autorités se remettent à sévir 2 . On apprend 
à Au bai s que plusieurs personnalités de Nîmes 3 et 
d'Alais 4 ont été arrêtées pour crime d'assemblées illi- 
cites, nouvelle qui jette « le peuple de l'une et de l'autre 
croyance dans une grande consternation ». La menace 
se rapproche : 

le ministre Boyer fut définitivement « réconcilié ». Mais il nous semble permis 
de penser que c'est à l'assemblée de Cristin « qu'Antoine Court (on Je 
reconnaît assez dans le << vieux ministre » de la Chronologie lté) « obtient un 
compromis qui calme toutes les colères et par lequel les partis extrêmes 
se faisaient des concessions réciproques », concessions qui furent ratifiées 
par le Synode (ib., p. 292) et qui mirent fin à un véritable schisme, né 
d'une peine disciplinaire non acceptée par Boyer et vieux de plus de dix 
ans. Cf. aussi Haag, nouv. éd. v° Boyer. 

1. Enfoncement dans la « Roque », où avait eu lieu un combat entre 
Cavalier et les royaux, comme le rappelle fièrement le curé d'Aubais dans sa 
réponse au questionnaire "que les éditeurs de VHistoire de Languedoc lui 
avaient envoyé eu 17H9. « (Demande: Champ de bataille célèbre?) Combat 
des Camisards à la tête desquels étoit Cavalier, donné dans la Combe du bon 
tems contre un détachement des troupes du régiment de Fimarcon qui y fut 
fort maltraité ». v Bibl . Nat., Languedoc 19, pièce 112). 

2. Sur ces nouvelles rigueurs, voir histoire des Églises du Désert, t. ï, 
p. 312 et suivantes. 

3. « Le 29 décembre (1714) on a rapporté la nouvelle au château que 
Mrs Rey et sieur François Vierne de Nismes furent constitués prisonniers 
pour crime de lèze majesté divine et humaine, la divine pour assemblées 
illicites, l'humaine pour avoir proféré avec aigreur quelques paroles à ce que 
l'on prétend contre l'État. (Nous ne savons cela que par des ouy dire, ce qui 
ne se met pas dans un contract.) Cependant ils furent arrestés le samedy et, 
le lundy ensuivant, conduits par 2 détachements, sçavoir un de soldats et 
la maréchaussée, à la citadelle de Montpellier... Le même jour, Mr Rey, 
avocat de Nismes, fut arrêté. Toute la citoyenne Vannage en fut très 
surprise » (p. 28). 

4. « Le 4 (janvier 1745) Mr de La Liquière, mathématicien, et M. Lavabre, 
bourgeois de la ville d'Alais, par ordre du roy, pour fait du crime illicite 
d'assemblée, ont été constitués prisonniers dans la citadelle de cette ville ». 
(p. 29). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



215 



Le jour de l'Épiphanie, l'on a, de par le Roy, placcardé à l'hôtel 
de ville d'Aubais deux vigoureuses ordonnances pour les arron- 
dissements (?) et deffenses faites aux prolestans de s'assembler 
davantage à la campagne pour le culte de la R. P. R. pour quelque 
cause et prétexte que ce peut être, sur peine aux hommes de la 
hart, et aux femmes de la fustigation (p. 29). 

Les assemblées cessent donc, momentanément l . Un 
an passe et l'arrestation du pasteur Matthieu Majal, dit 
Désubas, soulève à nouveau l'émotion de toute la 
contrée 2 . Puis le calme renaît, les réunions au Désert 
reprennent, et Prion peut écrire, en avril 1748 : 

Depuis longtemps, le saint jour de dimanche, nombreuses 
assemblées du peuple de Dieu soy disant réformé autour de Junas 
et particulièrement dans les aires de ladite paroisse font retentir 

1. Les ordonnances de février 1745 renforcèrent les pénalités relatives aux 
assemblées : « Il n'était plus besoin d'y avoir assisté pour aller au bagne et 
perdre tous ses biens ; il suffisait de ne les avoir pas dénoncées » (de Félice, 
p. 512). 

2. « Le 11 (décembre 1745), mardy, Mr de Juba, ministre de la parole 
réformée, escorté de 800 hommes, fut conduit de Vernou en Vivarais dans 
la citadelle de Nismes. Il devoit être conduit à Montpellier. L'on a retardé de 
le transporter : le peuple reformé se préparoit à forcer l'escorte pour l'en- 
lever et par cette crainte on l'a fait séjourner dans cette dernière ville, et l'on 
a envoyé chercher de nouvelles troupes pour renforcer l'escorte, et pendant 
plusieurs jours les troupes du roy et les maréchaussées du pays, pour 
contenir la populace, ont parcouru par détachemens dans les tous lieux, depuis 
Nismes jusques à Montpellier, et fait dans les villages circonvoisins de pri- 
sonniers de nouveau. Tout le pays étoit dans la consternation. Les nouveaux 
convertis de Vergèze, plus sages, se sont enfermés plusieurs jours dans 
leurs maisons (p. 49). 

« Le 22 e décembre Mr Roux, médecin et ministre, fut conduit aux galères 
par cent soldats et deux escortes de la maréchaussée -> (p. 46 j. 

« Le 24 décembre la nouvelle de la révolte du Vivarais. Les bataillons de 
la Roche Aymont, celui des Lorrains sont partis de Montpellier avec des 
miquelets pour aller appaiser ou mettre à la raison les révoltez » (ib). Il 
s'agit ici des rassemblements qu'avait suscités la capture de Desubas. 

« Le samedy 15° janvier (1746) l'on a sorti de la citadelle de Nismes. 
Mr de Juba, ministre, et a été conduit à Montpellier avec huit autres prison- 
niers qui furent pris avec lui. Ils étoient montés sur un chariot, la chaîne 
au col. L'escorte étoit de 800 hommes de guerre, deux compagnies de dra- 
gons ; le prévôt général des maréchaussées de Languedoc, à la t<He d'une 
nombreuse compagnie de 52 d'archers. Trois piquets de 50 fusiliers chacun 
marchoient à travers les champs et les bois d'oliviers pour découvrir et en 
même temps pour assurer la marche de la petite armée qui conduisoient les 
criminels » (p. 49). Tous ces détails concordent avec le récit que fait, d*après 
le mémoire d'Antoine Court, l'Histoire* des Eglises du Désert (I, p. 378 
et suiv.) de la capture de Désubas et de son passage à travers le Bas 
Languedoc. 



2lt> 



ÉTUDES HISTORIQUES 



leurs airs psalmodieux jusques dans l'atmosphère. Les pasteurs 
de ce peuple sont accusés pour leur honnoraire d'être trop 
lucratifs, en ce qu'ils t'ont courir continuellement plusieurs 
capelets que l'auditoire est obligé de remplir d'argent pour servir 
à échauffer l'estomach des ministres. Leurs ouailles les accusent 
d'être trop avides. Toute religion murmurante ne feut jamais 
bonne. Les ministres de cette religion, lorsqu'ils ont consommé 
à table le revenu que leur fait pour cet entretien le pauvre peuple, 
ces premiers pour trouver une excuse les accusent d'avoir l'esprit 
caustique. Tels sont les fruits de telles infollerables missions 
champêtres (p. 69) 

Voici encore pour cette année 1748 : 

11 y a plus de cent ans que la dévotion n'avoit été grande 
comme cette année. Les églises champêtres étoient remplies. On 
a vu dans la paroisse d'Aubaïs jusqu'à trois sermons par jour. 
L'Église réformée faisoit partout retentir mille chants d'allé- 
gresse. Le nombreux peuple de cette admirable nouvelle créance, 
remplissoient à la campagne les plaines, montagnes, colines et 
déserts de dévots et principalement des dévotes. Jamais dans les 
déserts de la nouvelle et ancienne Thébaïde on n'y a jamais veu 
autant de moineaux, ny même dans les Alples, qu'il y a dans les 
colines de ces contrées de potirons de la nouvelle créance 
(p. 71 et 72). 

A la fin de l'année 1750 2 les rigueurs recommencent 3 . 
Les dragons de So minières parcourent le terroir du mar- 
quisat et y arrêtent un nommé Sales, toujours pour 

Les collectes qui se faisaient au cours des assemblées excitaient la 
malignité des populations catholiques et les inquiétudes des autorités. II est 
remarquable que Prion ne semble pas connaître l'imputation calomnieuse 
d'après laquelle l'argent ainsi recueilli était envoyé aux ennemis coalisés 
contre la France, imputation à. laquelle les Églises répondirent en ces termes 
Histoire des Ég lises du Désert, 1, p. 327) : « Et si nous faisons des collectes 
dans nos assemblées, outre"qu'elles sont trop modiques pour être acceptées 
des princes étrangers, Dieu nous est témoin qu'élles sont uniquement des- 
tinées au soulagement des pauvres, tant catholiques que protestants ». 

2. Ce redoublement de rigueurs fut amené par le remplacement, au poste 
d'intendant de Languedoc, de I^enain par Saint-Priest. Voir l'Histoire des 
Eglises du Désert, 11, chap. i, n et ni. 

3. « Le 1 juin le lieu du Cayla, où il y a une garnison de deux compagnies de 
dragons, ont été mis en contrainte à discrétion chez les habitans qui ont été 
forcés à payer l'amende de 600 livres pour n'avoir tapissé le jour de la Feste 
Dieu » (p. 119). 



ÉTUDES HISTORIQUES 



217 



crime d'assemblée*. Au début de mars 1751, un prêche 
au Désert est surpris dans les environs du Caila et six des 
assistants sont emmenés captifs 2 . Des amendess ont impo- 
sées aux communautés protestantes. 

Les paroisses d'Aubais, Junas, Gavernes et Aujargues, qui 
forment leur arrondissement, ont été taxées (avril 1751) à 
l'amende envers le Roi pour s'être assemblez à la campagne pour 
y avoir célébré le culte de leur Religion... ce qui est contre les 
ordonnances royales et deffenses du roy. Aubaïs a été taxé 
500 livres, sans à ce comprendre les fraix des procès verbaux. 
Cette collecte est levée au sol la livre par le collecteur royal de 
la communauté... à quoi ont été taxés ceux de la R. P. R. ainsi 
que les autres communautez dont le calcul général pour toutes se 
monte à la somme de quatorze cens livres (p. 138) 3 . 

Les assemblées reprirent pendant l'été. 

Les dimanches du 1°2 et 14 septembre 4 , note Prion, nos pro- 
testanz, toujours très zélés dans leur créance, se sont générale- 

1. « Le dimanche 29 e décembre 1750, les dragons de la garnison de 
Sommières ont été détachez sur les terres du marquisat. Le nommé Sales, 
surpris dans une assemblée religionnaire, a été par ce détachement à la 
tète des archers constitué prisonnier et mis à la citadelle dudit Sommières». 
(p. 128). 

2. « Le dimanche 14 mars 1751, six habitans du Caila ont été capturés. Le 
16 cent dragons armés comme de jacquemars les ont conduits à Nismes et 
enfermés dans la citadelle, tous lesdi six, protestans des plus zélés. Us furent 
surpris dans une assemblée généralle protestantanisme {sic), en outre 
accusez d'avoir épousé et fait baptiser leurs enfans dans le Désert. Dans le 
nombre desquels est le nommé Rouger, zélé catholique de naissance jusqu'à 
l'âge de cinquante-cinq ans. Il y avoit dix ans qu'il avoit apostasié. On a 
reconnu que de tous les six, il étoit le plus ardent. 11 exhortoit ses camarades 
avec courage, c 'étoit le seul qui entonna toujours et dans la prison et dans 
le voyage les Pseaumes de Marot, exhortant toujours ses camarades d'avoir 
de la fermeté. La fille de ce chantre marotique avoit fait de même apos- 
tasier son époux et sa fille ; cette dernière fit ce grand œuvre à l'âge de sa 
nubilité. On laisse à penser comme l'auguste corps Thémisien les jugera. 
Quelques-uns disent que leur jugement sera commué pour ne servir que de 
secrétaires à rames sur les galères royales de Sa Majesté » (p. 134-136). Voir 
à ce sujet Histoire des Églises du Désert, II, p. 60. Les six protestants capturés 
se nommaient Moinier, Maurel, Sautet, Irissac, Fraisse et Maroger (non 
Rouger). 

3. « Le 2 avril (1751), le lieu d'Aubaïs a appris par une lettre écrite de 
la ville d'Alais par Mr Bourgogne, frère de M. le curé d'Aubaïs, que les 
troupeg du roi avoient conduit en cette ville treize religionnaires constituez 
prisonniers conduits dans la forteresse de cette ville. Ils furent pris dans 
une assemblée très nombreuse, qu'il y eut un combat, qu'il y en eut de 
morts et de blessez. On espère dans recevoir une relation mieux circons- 
tanciée » (p. 436). I 

4. Le 12 septembre 1751 fut un dimanche. 



ÉTUDES HISTORIQUES 



ment assemblez à la campagne pour y prier Dieu avec ardeur. Ils 
ont pour pasteurs de très habiles ministres, quoique laïques, très 
sçavants. Le nombre des ouailles est toujours d'une multitude 
innombrable. On les a presque tous obligez d'y apprendre le 
plain chant à la façon de l'incomparable M. Marot. De plus d'une 
demy lieue le fredonnement des femmes et filles s'y fait entendre, 
et tout au moins d'une lieue l'entonnement marotique des 
hommes et des garçons. Combien que dans la paroisse d'Aubais 
il y ait autel contre autel, tandis que les Romains à pareil jour y 
remplissent leurs églises, les protestans dans les déserts y 
occupent dans leur culte de vastes campagnes (p. 153-154). 

A partir de ce moment, les mentions d'assemblées 
sont rares dans la Chronologiette , les protestants, 
inquiétés, ayant dû, à plusieurs reprises, suspendre 
l'exercice public de leur culte. 

11 en fut ainsi au début de l'année 1752 V Arrestations 
et exécutions de pasteurs 2 , baptêmes forcés 3 , dragon- 
nades avaient recommencé comme aux plus mauvais 
jours. 

: E. Léonard. 

(A suivre) . 

1. Voir Histoire des Églises du Désert, 11. 

2. « Le 13 mars (1752), trois compagnies de dragons et deux d'infanterie 
ont capturé dans Masilhargues le sieur Fléchier, ministre, la demoiselle son 
épouse et sa filiâtre. 

« Le 27 mars 1752, le sieur Benezet, ministre de la parole de Dieu dans les 
Cévennes, a été pendu à Montpellier. Sous l'espérance d'avoir sa grâce, il 
parla beaucoup contre les protestans et découvrit la menée, la conduite et 
i'azile de tous les ministres du Bas Languedoc. Mais enfin, conduit au 
supplice, ne pouvant se résigner à mourir, murmurant beaucoup de ce qu'il 
n'avoit pas été pardonné comme on le luy avoit fait espérer daus ses inter- 
gatoires, il est mort connue enragé dans sa créance de la R. P. R. » (p. 154). 

« Le 22 juin (1752), un protestant, jardinier, habitant de Beauvoisin, a été 
pendu à Nismes, accusé d'avoir afîusté avec son fusil un officier de dragons 
dans une assemblée dans le désert (p. 155). » 

« Le 16 juillet (1752) on apprit que le sieur Fléchier, ministre ou prédicant, 
prisonnier depuis trois mois dans la citadelle de Montpellier avoit, par son 
abjuration et totale conversion obtenu sa grùce. Il est natif du Pont-de- 
Montvert au diocèse d'Alaïs. 11 avoit été fait prisonnier dans la ville de 
Masilhargues, diocèse de Nismes, où il avoit exercé l'emploi de la prédi- 
cance avec l'applaudissement de ceux de cette secte » (p. 157). Cf. Histoire 
(tes Églises du Désert, 11, p. 50. Aucun document ne confirme ce que Prion 
rapporte d'un commencement d'apostasie du ministre Bénézet. 

?>. Voir infra. 



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MATHIEU BÉROALD A GENÈVE, !574 
(Quatre lettres de Théodore de Bèze) 

Mathieu Brouard dit Béroald 1 , né à Saint-Denis vers 
1520, vint à Genève à la fin de 1574 pour occuper la 
chaire de philosophie. C'est Théodore de Bèze qui fut le 
promoteur de l'appel adressé à ce savant. Il avait eu 
l'occasion d'apprécier le savoir de Béroald et s'était dit 
que cet homme rendrait de grands services à l'école 
genevoise. Aussi insista-t-il à plusieurs reprises auprès 
de Béroald pour lui faire prendre en considération les 
offres qu'il lui adressait au nom de la Compagnie. En 
premier lieu, elles n'étaient guère tentantes. On ne dispo- 
sait que de la place de régent de la première classe du 
collège. Charge fatigante, appointements des plus modi- 
ques, situation inférieure au mérite reconnu de Béroald; 
cela n'était rien moins que séduisant. Mais on désirait 
vivement attirer Béroald à Genève, et on lui promettait 
de faire son possible pour améliorer rapide menl sa situa- 
tion. Les lettres de Bèze, qui ont été conservées, mon- 
trent combien il avait à cœur le développement et la 
prospérité de l'Ecole de Genève, et témoignent de son 
zèle pour former un noyau de professeurs de talent. 
Néanmoins ces premières propositions ne réussirent pas 

. 

i. Cf. France protestante, 2" éd., t. II. On ne possède de Béroald qu'un 
seul ouvrage: Chronicon Scriplurœ sacrse autkorilate constitutum. Genève, 
Ant. Chouppin, 1 515, fol. (267 pages, plus une préface et un index). Une 
seconde édition, augmentée de la Chronologia d'Isidore de Séville, parut à 
Bàle en 1577 ; une troisième à Francfort en 1606. 



220 



DOCUMENTS 



à entraîner l'acceptation de Béroalch On ne le perdit pas 
de vue. Bientôt le départ de Joseph-Juste Scaliger rendit 
vacante la chaire de philosophie. Bèze se hâte de préve- 
nir Béroald qu'on peut désormais lui offrir une situation 
convenable. 

Nous n'avons pas la réponse de Béroald, ni d'ailleurs 
aucune lettre de lui à Bèze. Quoi qu'il en soif, il accepta 
et se mit promptement en route. Arrivé à Genève à la fin 
de l'automne 1574, il ouvrit aussitôt son cours 1 par 
l'explication de YOrganon d'Aristote. Mais son professo- 
rat ne devait pas être de longue durée : vingt mois plus 
tard, le 15 juillet 1576, il expirait 2 . 

Au sujet de la première lettre que nous possédions 
de Bèze à Béroald (sans doute avaient-ils déjà corres- 
pondu précédemment), une question assez curieuse se 
pose. Cette lettre existe, ou tout au moins a existé, en 
deux exemplaires soi-disant autographes, dont le texte 
^ diffère. Laquelle est la vraie, celle qui a été envoyée? 
Actuellement on a perdu la trace de è l'un de ces 
exemplaires, mais on en conserve une copie faite vers 

1. Écrivant à Christophe ïhretius, de Genève, le 1 er décembre 1574, Bèze 
mentionne l'arrivée de Béroald, qu'il qualifie : doctissimus philosophiœ pro. 
fessor. Le Diarium de Mathieu Béroald, dont une copie du commencement 
du xvm e siècle se trouve à la Bibl. Nat. (ffr. 23969, fol. 18-28), nous apprend 
qu'il partit avec sa femme et trois de ses filles de Sedan le 25 octobre 1514 
et arriva à Genève le 11 novembre. Le 18 novembre, Bèze et Pinaut le pré- 
sentèrent au Conseil qui l'admit au nombre des professeurs. « Loué soit 
Dieu, gpte-t-il, qui nous a conduits au port tranquille de son Église ». 11 
commença son cours sur YOrganon le 6 décembre, dans l'auditoire de droit, 
et le 12, dans l'auditoire public, il entreprit l'interprétation de la Sphœra de 
Sacrobosco. 

2. Le 2 août 1576, Bèze annonçait à son ami Lorenz Dùrnhofer, le pasteur 
crypto-calviniste de Nuremberg, la mort de Béroald, chez qui il avait 
placé comme pensionnaire le fils de Dùrnhofer. Au moment des troubles de 
la Saint-Barthélémy, Béroald avait rédigé son testament', à Sancerre, le 
18 septembre 1572 (liibl. Nat. f. Dupuy, fol. 157, autogr.). Béroald avait été 
marié trois fuis. Sa première femme Marie Blez, qu'il avait épousée en 1550 
et dont il avait eu un fils François, mourut à Orléans en juin .1562. Le 
10 janvier 1563, il se remaria avec Jeanne Pasquier, fille de N. Pasquier, 
notaire à Orléans, et de ce second mariage il eut quatre filles, Marie, Anne, 
Marthe et Renée. Jeanne Pasquier décéda à Genève le 27 septembre 1575. En 
troisièmes noces, Béroald épousa, le 13 janvier 1576, Gabrielle de Pestel, de 
Marie en Auvergne, veuve du s r de Benelle. 

Son fils François, né à Paris le 28 avril 1558, abjura la Réforme après la 
mort de son père. Il s'est fait connaître comme poète et écrivain libertin, 
sous le nom de Béroald de Verville. 



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1780 et un fac-similé partiel de la seconde moitié du 
xix c siècle. C'est celui-ci que nous tenons pour bon 1 . 
Tandis que le second, soi-disant original et autographe, 
nous paraît suspect. 

Si, comme on peut le supposer, c'est un faux, il est 
d'origine relativement ancienne. Car cette pièce a déjà 
passé en vente en 1845 et en 1 863 2 . Elle se trouve aujour- 
d'hui à la Bibliothèque de la Société de l'histoire du pro- 
testantisme français, où elle est entrée par le don du 
recueil d'autographes Labouchère. En la comparant avec 
la pièce que nous tenons pour authentique, et dont, à 
défaut de l'original aujourd'hui disparu, on peut juger 
par le fac-similé de Charavay, on constate que l'écriture 
du second document manque de fermeté et ne rappelle 
pas celle de Bèze à l'âge de 54 ans. L'appellation : Très 
cher frère Beroald par laquelle cette lettre commence, est 
d'une forme insolite. Elle est motivée par ce fait qu'on 
n'a pas reproduit l'adresse figurant sur la pièce authen- 
tique, et qu'il convenait pourtant de rappeler le nom du 
destinataire. On a supprimé toute la première partie de 
la lettre, traitant des affaires de Genève, des projets de 
Bèze, de ses propositions de collaboration, et l'on s'est 
borné à recopier, en abrégeant et en ar rageant le préam- 

1. Cette lettre a figuré dans la collection de Dupuy (aujourd'hui à la Bibl. 
Nationale), vol. 10 i, où elle était classée n° 19. Elle en a été enlevée sans doute 
par Libri, qui a tout particulièrement pillé le fonds Dupuy. En 1882, on la 
retrouve dans la collection d'autographes de Benjamin Fillon (Cf. Etienne 
Charavay, inventaire des autographes et des documents historiques compo- 
sant la collection de M. Benjamin Fillon, séries XI et XII. Paris, 1882, p. 52, 
et fac-similé p. 53. L'avocat Pithorre,qui a copié avec beaucoup d'exactitude 
vers 1780 toutes les pièces du vol. Dupuy 104, en a fait une transcription 
conservée à la Bibl. Nat ffr. 6520, p. 797-199. Il a noté le n° 19 de la pièce 
dans le vol. original. La présence de cette pièce, ainsi dûment constatée au 
xvni 6 siècle, dans le vol. Dupuy 104, est une preuve de son authenticité, car 
ce même volume a contenu quatre lettres et contient encore deux lettres ori- 
ginales de Bèze à Béroald. P. Dupuy avait réussi à se procurer tout ce qui 
subsistait de cette correspondance. D'ailleurs le fac-similé partiel que l'on 
doit à M. Etienne Charavay ne laisse aucun doute. C'est bien l'écriture de 
Bèze. Quant aux nouvelles et aux faits relatés dans ce texte, ils sont d'ure 
précision et d'une exactitude telles qu'il n'y a aucun doute sur l'origine de 
cette lettre et sa rédaction par Bèze lui-même. 

2. Cf. L'amateur d'autographes, 2 9 année, n° 25 (1" janvier 1863), p. 9: 
L. aut. s. à M. Béroald, 19 novembre 1573, 1 p. in-fol. 48 francs (n° 121, 
Charon, 1845). 



DOCUMENTS 



bille, les nouvelles de Franc e, d'un intérêt plus général 
et qui suffisaient pour assurer une certaine importance 
à ce document. Or ce sont précisément les passages 
supprimés qui expliquent l'envoi de cette missive. S'il 
n'avait pas eu dans l'idée d'amorcer une négociation 
pour attirer Béroald à Genève, Bèze n'aurait pas pris la 
plume seulement pour lui envoyer des nouvelles du parti 
huguenot. Enfin, probablement pour dérouter une iden- 
tification possible, on a modifié la date, en indiquant 
19 novembre 151 S au lieu de 39 décembre 1513. 

Ajoutons toutefois qu'il n'est pas absolument impos- 
sible que ce ne soit pas un faussaire qui ait ainsi arrangé 
celte pièce, mais que Bèze lui-même, dans ses vieux 
jours, en ait préparé une version abrégée, en vue 
d'une édition de ses lettres, et d'après une minute qu'il 
aurait conservée. Quoi qu'il en soit, la lettre envoyée par 
Bèze à Béroald, à la fin de 1573, est certainement celle 
du 29 décembre 1573, don! nous donnons ici le texte 
d'après le fac-similé de Charavay et la copie de Pithorre. 
11 serait intéressant de retrouver l'original de ce docu- 
ment, qui doit dormir dans quelque collection particulière. 

Quant à la lettre du 19 novembre 1573, elle a déjà 
été publiée dans ce Bulletin { . On peut , donc facilement 
se rendre compte à la fois des divergences des deux 
textes et des passages identiques. 

H. V. ÂUBERT. 

Th. de Bèze à Mathieu Béroald 

Genève, 29 décembre 1573. 

(Fac-similé du début publié par M. Charavay en 1882; copie de 1780 
environ par l'avocat Pithorre, Biblioth. nat., fïr. 6520, p. 797-799). 

Très cher frère. Loué soit nostre bon Dieu et Père de ce 
qu'il luy a pieu vous conserver au milieu de l'ombre de mort, et, 
qui plus est, vous en tirer si puissamment que mesmes il vous 

i. Bulletin, XXX VII (1888), p. 416-417, publ. par M. Weiss, d'après une 
copie faite par M. Ch. Read, probablement sur la pièce de la collection 
Labouchère qu'il connut avant qu'elle entrât à la Bibliothèque de la rue des 
Saints-Pères. 



DOCUMENTS 



donne le moyen de le servir en son Église avec liberté de corps et 
d'esprit, et moyen d'employer le temps qu'il vous a commis. 

Quant à nous, il a pieu à Dieu aussi nous garantir jusques à 
présent parmi ses visitations bien doulces et paternelles. De 
sorte que plusieurs mesmes de nos paourcs frères affligez y ont 
trouvé le couvert durant la tempeste, auxquels nous avons fait, 
soulagement, non pas à la vérité correspondant à la nécessité 
ni tel que nous avons voulu et désiré, mais tel que nous avons 
pu. Mais nostre Dieu a tellement béni le petit povoir qu'il nous 
a donné, que nonobstant la cherté plus grande, chascun est 
eschappé jusques à présent. Parmi ces tempestes, nous avons 
continué nostre petit train que nous continuons encores, tant en 
l'assemblée qu'en l'eschole. 

Et pour ce qu'entre autres charges il a pieu à nostre Gom- 
paignie que nostre professeur hébreu et moy revoyons le Vieil 
Testament en françois, auquel nostre intention est d'adjouster la 
Chronologie, selon la suite du contenu des textes, en quoy nous 
entendons que vous avez (la gloire soit à Dieu) longuement et 
heureusement travaillé, nous vous prions tous que nous fassiez 
participans de vostre labeur, lequel nous ferons fidellement im- 
primer, tant avec ladite Bible, qu'à part avec le tesmoignage 
qui vous en appartient et le salaire deu à vos labeurs. 

Il y a encores un point dont j'ay à vous requérir, si la chose 
est encore en son entier, c'est que quelque condition qui vous 
soit offerte par delà ou ailleurs, devant que l'accepter résolument 
ni refuser aussi, il vous plaise réserver quelque espace pour le 
nous faire entendre et ce, d'autant qu'ainsi que j'espère, il se 
pourra offrir quelque bonne occasion de vous employer par deçà, 
là où je présuppose, s'il plaist à Dieu, que vous aurez autant de 
moyen de servir an Seigneur et de vous consoler avec vos frères, 
attendant l'issue de vostre pérégrination, qu'en aucun autre lieu. 
Cette occasion s'offrant ne sera oubliée et pour ce qu'elle ne se 
présente du tout encore, je n'ay voulu faillir de vous advertir de 
nostre désir et intention, afin que selon qu'il plaira à Dieu con- 
duire le tout, l'effet s'en ensuive. 

Quant aux nouvelles de France, laissant à part celles que 
pouvez mieux savoir que nous ', je vous diray qu'en Daufiné et 
Languedoc les affaires continuent fort heureusement jusques à 
présent pour le faict des armes. Dieu vueille qu'il soit ainsi du 
reste, c'est-à-dire du principal sur lequel est faicte l'assemblée 
de Milîaud en Rouergue, dont je n'ai encor receu nouvelles aul- 
cunes, hors mis que la trefve est cependant continuée. La plus- 

1. A partir d'ici et jusqu'à : « vous tenir en sa saincte et digne garde, » le 
texte de la lettre dite du 19 novembre 1573 et de celle copiée par Pithorre 
sont identiques. 



DOCUMENTS 



part des frères retirés par deçà s'escoulent en leurs quartiers 
pour veoir s'ils pourront rassembler les paoures brebis effarous- 
chées. Plusieurs se promettent merveilles. Je désire ce qu'ils 
désirent, mais il s'en fault beaucoup que je puisse espérer la 
milliesme partie de ce que plusieurs tienent pour certain. Dieu 
vueille, di-je, que j'y sois plus trompé que je n'ay esté aux pré- 
cédentes dissimulations. En somme, laissant â Dieu ses conseils 
secrets et extraordinaires, je n'espéreray jamais, ni conseilleray 
d'espérer que l'assemblée de ceulx qui ne vivent que de proye, 
désirent la vie des brebis, encores moins qu'ils la leur octroyent. 
Le Seigneur vueille donner la prudence, la foy et l'espérance 
nécessaire aux siens, et s'opposer à ses adversaires dehors et 
dedans, comme je le prie, 

Monsieur et frère, vous tenir en sa saincte et digne garde 1 , 
m'assurant que nous ne sommes pas non plus oubliés en vos 
prières. D'autant que je n'ay loisir d'escrire à chascun de nos 
amys par delà, je vous prie de suppléer à ce défaut, présentant 
mes humbles recommandations à tous nos amis de par delà, que 
cognoistrez assez sans les nommer un par un. 

De Genève, ce 29 de décembre 1573. 

Vostre entier frère et amy, 

Tu. DE Bèze. 

[Th. de Bèze] à Mathieu Béroald. 

Genève, 4 août 1574. 
(Bibl. nat. f. Dupuy, vol. 104, fol. 29-30, autogr.) 

Monsieur et frère, j'ay esté bien fort marri, avec toute nostre 
compagnie, d'entendre ce qu'avez mandé à nostre frère Mon- 
sieur de Blesi touchant vostre remuement. Toutefois cela nous 
confermant en la bonne opinion que desjà nous avions conceue 
que volontiers vous viendriez vers nous, j'ay charge de la Compa- 
gnie de vous advertir que vous serez tousjours le très bien venu, 
et, combien que la condition qui s'offre maintenant ne soit digne 
de vous, à savoir la première classe de nostre collège, où il y a 
charge pénible, comme pourrez veoir par les ordonnances impri- 
mées, que pourrez trouver par delà, et gages bien bas, à savoir 

1. Ce dernier paragraphe n'existe pas dans la lettre dite du 19 novembre 
1573 de la collection Labouchère. Il y a lieu de remarquer que le fac-similé 
de la pièce du 29 décembre 1573 ne reproduit que le commencement. Pour 
le reste nous avons eu recours à la copie de l'avocat Pithorre, qui avait 
l'habitude de moderniser l'ortographe du xvi e siècle à la mode du xvni c . On 
remarque en particulier qu'il a transcrit la signature : Th. de Bèze, tandis que 
Bèze signait en français Th. de Besze. 



DOCUMENTS 



S25 



trois cens fleurins, revenans à cinquante un escu | s] et trente 
sols, à cinquante six sols tournois l'escu, et un logis assés beau 
et propre à tenir pensionaires. Mais oultre ce que nous serions 
bien marris de vous laisser là, l'occasion s'ofl'rant de vous 
employer aultrement, nous espérons que noz seigneurs, ayant 
esgard à vostre qualité, s'eslargiront en vostre endroict. 

Vous regarderez à vous résouldre sur cela et à nous en 
mander nouvelles par la première commodité. Geste commodité 
sera aisée, comme j'espère, par Strasbourg, là où désormais 
j'adresseray mes lettres à nostre frère Monsieur Grenon. Dont 
je vous prie d'advertir tant Monsieur du Pin, duquel j'ay receu 
lettres que ceux qui désirent d'avoir de noz nouvelles, comme 
nous riésirons d'en avoir des leurs. Il vous plaira aussi advertir 
Mademoiselle de la Roche, qui a ici une fille de feu son second 
mari, qu'elle se porte fort bien, et que nous l'avons logée en- 
cores mieux qu'elle n'a prétendu : ayans faict au surplus selon 
le contenu de ses lettres comme elle entendra, Dieu aydant, par 
la voye de Strasbourg, envoyant au dessus dict (ne luy ayant 
voulu escrire par ceste voye, qui m'a semblé trop longue et non 
si asseurée que l'aultre). C'est aussi la cause pour laquelle vous 
trouverez ceste-ci toute seule. Monsieur de Blesi et tous les amis 
se portent bien, Dieu merci, et commence à besongner en sa 
vocation avec nous, comme il vous mandera par la voye susdicte. 
Vostre fils se porte bien aussi, Dieu merci, et n'aura faulte de 
rien, s'il pîaist à Dieu, lequel je prie vous tenir en sa saincte 
garde. Priez continuellement pour nous. 

De Villefranche, ce 4 aoust 1574. 

De transitu illius, nihil usquam certi prorsus. Cœtera recte, 
nisi obslarel. à/ p-rj [j.atca^ malum cui frustra remedium quœrimus 1 .» 
Vostre entier frère et amy 

La Butte, par l'advis de la Compagnie. 

(Adresse ; 

A Monsieur et frère 
Monsieur Beroald 
aultrement de Sancerre (ou Sanceux)? 
A Sedan. 

(Traces du cachet, cire rouge). 

1. « Nous ne savons rien de certain du passage Jdu fameux personnage. 
Huant au reste, tout irait bien ici, si, nous n'étions pas en proie au mal de 
pauvreté, auquel nous cherchons en vain un remède ». Il s'agit d'abord du 
voyage d'Henri 111 qui s'était enfui de son royaume de Pologme, et avait, 
débarqué à Venise. 



4. Octobre-Décembre 1922. 



15 



226 



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| Th. de Bèzc\ à Mathieu Béroald. 

Strasbourg-, 27 août 1574 *. 

(Bibl. nat. f. Dupuy, vol. 104, fol. 28, orig. autogr., et copie par 
Pithorre, ffr. 6520, p. 802-803, fin xvin*. siècle). 

Très cher frère. Je vous ay cy devant escrit par la voye de 
Paris, vous advertissant d'une petite condition qui se présente, 
si elle vous venoit à gré, savoir est de nostre première classe, 
chose à la vérité indigne de vous, mais qui serviroit seulement 
comme de pont en attendant mieux. Le iabeur est tel que pouvez 
penser, les gages petits, avec un logis assez propre à tenir pen- 
sionaires, comme je vous ai mandé plus amplement. 

Prenez seulement cest advertissement pour gage et tesmoi- 
gnage du désir que nous avons de vous veoir et jouir des grâces 
que Dieu vous a faictes, incoutinant que Dieu nous en donnera 
les moyens dignes de vous. Je suis; venu en ce lieu pour deux 
jours seulement, ayant laissé nos quartiers en bonne disposition, 
Dieu merci, se tenant sur ses gardes pour la venue du Roy, 
qu'on disoit debvoir arriver à Chamberi le °23 du présent, et de là 
tirer en Champagne. Dieu lui face la grâce d'aporter une bonne 
et ferme paix à ses paovres subjects. 

Et sur ce, je prie nostre Seigneur vous ten'r en sa saincte 
garde, m'estant bien fort recommandé à voz prières. 

De Strasbourg, ce "27 aoust 1574. 

Adressant voz lettres en ce lieu à nostre frère Monsieur Gre- 
non, il me les fera tenir seureinent. 

Vostre entier frère et amy 
La Butte. 

(Adresse :) A Monsieur et bon amy 

Monsieur Beroald 

A Sedan. 

(Traces du cachet, cire rouge). 

\l. Sur la demande du prince de Condé, Bèze vint le trouver â Strasbourg, 
d'où il se rendit à Heidelberg. 



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227 



Th. de Uèze à Mathieu Béroald. 

Genève, 29 septembre 1574. 

[/original de cette lettre a aussi été volé à la Bibliothèque Impé- 
riale où il figurait dans le vol. 1(H, pièce 25. Pithorre l'a transcrite, et 
nous donnons le texte d'après sa copie, Bibl. Nat. fïr. 6520, p. 803-804, 
lin xvm e siècle.) 

Monsieur et frère, je crois qu'aurez reçu mes lettres que vous 
ay envoyées de Strasbourg par ceste mesme voye, auxquelles 
n'ay receu aulcune response. 

Ce pendant estant advenu que la profession de philosophie 
est vaquante en ceste Ëscole par le département de Monsieur Sca- 
nner, qui a esté contraint pour ses très urgens affaires de deman- 
der congé, j'ay charge de nostre Gompaignie de vous advertir 
que si Dieu 'vous a mis en cœur de travailler icy à son œuvre 
avec nous, vous y serez le très bien venu, comme nous vous en 
prions de bon cœur. Quant aux gaiges, encores qu'elles soyent 
petites au prix de ce que mériteriez, si avons-nous espérance 
qu'estant par deçà et, entendant le tout par le menu, vous y 
trouverez contentement. 

Sur quoy nous vous prions nous faire response le plus tost 
que vous pourrez, ou plus tôt vous mettre en chemin devant les 
neiges et autres incommodités de l'hyver, tant nous nous assu- 
rons déjà de voslre bonne volonté. 

Notre bon Dieu et père vous tienne en sa saincte garde. 

De Genève, le 29 septembre 1574, 

Vostre entier frère et amy 

Théodore de Besze, 
Au nom et par l'advis de la Gompaignie. 

(En tête, Pithorre a consigné cette note : Autre lettre de Bèze à 
Monsieur Béroald à Sedan. En date de Genève, le 29* septembre 1574. 
Signée de Bcsze, de même écriture que la précédente [du 27 août 1574].) 



228 



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LES PRISONNIERS D'AIGUES-MORTES ET LES NOTAIRES 

Documenis Falgairolle (1) 

7. — Donation d'Isaac Nicolas 

Le 2 avril 1704 avant midi, dans la Tour de Constance, Isaac 
Nicolas natif de Nîmes, fils de feu Isaac Nicolas, jardinier de Nîmes 
« étant détenu prisonnier dans ladite Tour et étant à la veille d'en 
sortir pour entrer au service de Sa Majesté dans ses troupes » fait en 
faveur de sa sœur Isabeau Nicolas femme de Pierre Billard jardinier 
de Nîmes une « donation à cause de mort » de tous ses biens, préle- 
vant, en cas qu'il meure au service, 50 livres sur ses biens en faveur 
de sa nièce Suzanne Nicolas fille de Pierre Nicolas aussi jardinier h 
Nîmes. Témoins : un chirurgien, un praticien, quatre habitants 
d'Aigues-Mortes, et Jean Durand sergent dans la compagnie de M. de 
Ségur capitaine au régiment de Normandie en garnison à Aigues- 
Mortes. Notaire : Guillaume Agoust. Nicolas ne sait pas écrire. 

Le père du prisonnier, Isaac Nicolas, fut marié à Nîmes le 
10 octobre 1652 par le pasteur Baudan, avec Anne Nicolas. 
Le prisonnier était né à Nîmes le 8 août 1878. Fils, frère et beau- 
frère de jardiniers, il était sans doute apparenté à une Marie 
Nicolas, tille également d'un jardinier de Nîmes qui montra dans 
l'été de 1 706 un extraordinaire sang-froid dans une av* nture où 
les dragons auraient pu sévir durement {Mémoires de Bombon- 
noux. Ed. Vielles p. 95). Un Moïse Nicolas d'Uzès que Bâville 
condamna le 8 juin 1706 à être rompu vif comme Camisard et 
prophète, était également fils d'un jardinier. Un Gui, dit Billard, 
jardinier de Nîmes que La Baume appelle Bernard Billard fut 
pendu à Nîmes le 4 mai 1705 pour l'affaire de la Ligue des 
Enfants de Dieu (La Baume, Relat. historique... Ed. 1875, p. 381 
corrigée par la p. 311). Notre prisonnier était sans doute accusé 
d'avoir eu des relations avec les Gamisards. Nous ne savons rien 
de plus sur lui que ce que nous fournit l'acte résumé ci-dessus. 

8. — Testament de Catherine Cîavel 

Le 27 octobre 1705 avant midi, Catherine Clavelle veuve de Jean 
Rocoplan, menuisier de Montpellier teste malade dans les prisons de 
la Tour Saint-Antoine. 



1. Voy. plus haut (Bull. 1922), p. 144-152. 



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229 



Elle lègue à Jean et Jean Pierre Rocoplan ses deux enfants « leur 
légitime, telle que leur peut compéter de droit sur ses biens » et insti- 
tue son héritière universelle Diane Beaumesse, fille de Théophile 
Beaumez du Vigan, jusqu'à ce que les deux enfants susnommés aient 
atteint vingt-cinq ans, époque où ladite Beaumesse leur partagera les 
biens. Au cas où les deux enfants décéderaient avant cet âge, la testa- 
trice lègue à sa sœur Catherine Clavel, femme de Joseph Isnard, ton- 
deur, de Pont-en-Royans en Dauphiné la somme de 200 livres, le reste 
de l'héritage allant a Diane Beaumesse. Elle nomme comme tuteur de 
ses deux enfants M e Laurent Durranc, docteur en médecine à l'Univer- 
sité de la Ville de Montpellier. 

Fait « dans une des prisons de la Tour Saint-Antoine ». Témoins : 
sept habitants d'Aigues-Mortes dont un chirurgien et deux hôtes (auber- 
gistes). Notaire : Pierre Lagarde. Signé (entre autres) : « Ciavelle vefe 
de Roqueplant ». 

* 

Catherine Clavel, baptisée à Montpellier le 26 juin 1668 par le 
pasteur Dubourdieu avait été mariée devant le prêtre, à Notre- 
Dame des Tables le 19 octobre 1694, avec Jean Roqueplat, maître 
menuisier,*qui demeurait au devant du Logis de la Croix d'or. 
Veuve en 1705 elle fut arrêtée en juin pour avoir logé des Cami- 
sards et des protestants qui complotaient, affiliés à la Ligue des 
Enfants de Dieu. Bombonnoux avait reçu chez elle l'hospitalité 
avec Claris (Mém. p. 71); il parle d'elle sans la nommer. Les 
pièces qui restent du procès aux Archives de l'Hérault (C 187, 
188, 189) ne disent rien des condamnations qui atteignirent les 
nombreux protestants qui furent alors arrêtés à Montpellier. 
L'acte ci-dessus nous apprend que Bâville envoya quelques 
femmes à Aigues-Mortes, et dans la Tour Saint-Antoine qui était 
alors réservée aux « femmes fanatiques ». La Tour avait deux 
chambres basses et une chambre supérieure. 

Un des noms de ce Testament nous ramène à l'époque 
des premiers prédicants. Diane Beaumesse (Beaumès), fille de 
Théophile Beaumès du Vigan, et cousine de Roqueplate est très 
probablement de la famille de « Jean Baumès dit Théophile », 
meunier de Saint-Véran, pendu au Vigan, à vingt-cinq ans, le 
12 octobre 1686, pour avoir assisté à l'Assemblée de Roquedur 
(Préd. Prot. ï, 1 61, 167). La veuve est appelée à Montpellier 
« Roqueplate ». Elle avait signé ses confrontations : « La veuve 
de Roquplan ». Nous ignorons si elle mourut à la Tour Saint- 
Antoine ou si elle fut libérée. 

9. — Testament d'Antoinette Boisset 

Le il août 1720 avant midi, Antoinette Boissette veuve du s r 
Pierre Quissac bourgeois de Nîmes, dicte son testament « dans le sallon 



230 



DOCUMENTS 



qui est à l'entrée de la Tour de Constance et proche ia salle basse de 
ladite Tour où la testatrice est détenue prisonnière ». Si M. Falgairolle 
a bien lu le mot « sallon » il faut entendre par là une « petite salle », 
un réduit, et il s'agit de l'espace compris entre les deux portes de la 
Tour, lieu qui sera ailleurs désigné par l'expression : « entre les deux 
guichets ». La prisonnière a été pour un moment séparée de ses 
compagnes afin d'être mise en présence du notaire. 

La testatrice « avancée en âge et indisposée de sa personne » lègue 
à Catherine Àndrigue, femme de Gilly, ménager de Calvisson, sa 
cousine issue de germain, 500 livres ; 500 livres à Antoinette Chasote 
femme de Roussel, charron d'Aubais, sa cousine issue de germain. 
A sa cousine germaine Ferrière, femme d'André Bétrine ménager de 
Saint Chaptes,elle lègue toutes les sommes que celle-ci peut lui devoir, 
et en outre 100 livres ; au fils aîné du s r Lautier ménager de Sauzet, 
qui est son cousin issu de germain, elle donne les sommes qu'il peut 
lui devoir, et 100 livres en plus; à un autre cousin Simon Béchard, 
ménager du lien de Grémont elle laisse 200 livres ; à Pierre Tourtin 
ouvrier en bas de Nîmes, son neveu par alliance, 300 livres et une 
pièce de vigne située au terroir de Nîmes derrière les moulins à vent; 
à chacun des deux enfants (frère et sœur) de Simon Béchard 50 livres; 
à Chasot, cordonnier d'Aubais, son cousin issu de germain, 100 livres ; 
à Louise Tourtin, troisième fille de Pierre Tourtin, 50 livres. 

Elle institue héritière universelle Catherine Guidés, fille de feus 
Jean Guidais et de Jeanne Mathurine, de la ville de Montpellier « sa 
bonne amie ». 

Témoins : M* Antoine [de Saint-] Aulas, major et commandant en 
la garnison d'Aigues-Mortes, M e Fauville docteur en médecine, Jean 
Parriot « sonneur et avertisseur aux Salins de Peccais », un apothi- 
caire, un ouvrier en bas, un cordier et un praticien d'Aigues-M^rtes: 
Notaire : Jean Dassar. Signé (entre autres noms) : «v Anthoinette Bois- 
sette, veuve du Sieur Quisac ». 

* 

* ■* 

Antoinette Boisset, fille de Jacques Boisset et de Catherine 
Michel, née à Nîmes le 18 juin 1658 avait été baptisée le 11 juillet 
par le pasteur Barthélémy Roure (elle avait donc 62 ans en 1720). 
Elle avait été mariée le dimanche 20 septembre 1076 par un 
pasteur, à Pierre Quissac facturier en bas, qui était de Nîmes, 
comme elle. 

Catherine Guidés ou Guidais, née le 8 octobre 1679 à Montpel- 
lier et baptisée le 22 par le pasteur Gaultier de Saint Blancard, 
était (suivant l'acte baptistaire qui ne s'accorde pas avec les 
données du précédent testament) fille de Jean Guidez maître 
menuisier et de Jeanne Tibaud. En 1720 elle avait donc quarante 
et un ans, et elle était prisonnière dans la Tour de Constance 
en même temps que celle qui l'institue sa légataire universelle. 

Les deux femmes avaient été arrêtées en 1705, pour l'affaire 



DOCUMENTS 



23 î 



de la Ligue des Enfants de Dieu. « La veuve de Quissac » dans sa 
maison de la rue de la Ferrage à Nîmes, avait logé en particulier 
des amis du Camisard Catinat. Quant à Catherine Guidés, elle 
s'était employée à Montpellier pour loger les Camisards Claris, 
Flaissières et l'Allemand, et comme Flaissières avait eu besoin 
d'une perruque pour se déguiser, la huguenote s'était fait couper 
les cheveux pour les donner à l'ancien dragon. Bâville avait 
alors envoyé pour un temps Catherine Guidés dans les prisons 
d'Aigues-Mortes (Arch. Hérault C. 188, 197), puis il l'avait fait 
transférer dans le donjon de Carcassonne où elle s'était trouvée 
avec la Veuve de Quissac, et elles avaient vécu ensemble près de 
dix ans dans cette même geôle [Bull., XXVIII, 78). Libérées en 
avril 1715, il semble qu'elles soient venues ensemble vivre à 
Nîmes. A l'occasion des enquêtes qui suivirent en 1720 la sur- 
prise de l'Assemblée tenue à la Baume des Fées, toutes deux 
furent arrêtées pour avoir tenu des réunions pieuses dans leurs 
maisons, et elles furent envoyées à Aigues-Mortes, sans juge- 
ment, en même temps qu'une autre femme de Nîmes, Marguerite 
Forestier, veuve de Pierre Prunet. Les trois femmes, auxquelles 
on adjoignit une prisonnière tirée de la citadelle de Montpellier, 
furent écrouées à la Tour de Constance le 18 mars 1720 (Ch. 
Sagnier. L'Assemblée de la Baume des Fées, notamment p. 53; 
Arch. Hérault, C. 197). 

Antoinette Boisset qui testa le 11 août était morte avant le 
9 septembre, date où son testament, recopié judiciairement fut 
contrôlé sur le registre du notaire. Sa légataire universelle eut à 
passer elle-même un acte nouveau que nous allons résumer. 

10. — Conversion d'une dette 
en faveur de Catherine Guidés 

Le 3 octobre 1720, avant midi, Catherine Guidais prisonnière dans 
la Tour de Constance, est conduite, par permission de M r Antoine de 
Saint-Aulas Major et commandant à Aigues-Mortes, dans l'étude du 
notaire Jean D;issas, pour y rencontrer D lle Anne de Paradès, fille de 
noble Pierre de Paradès Sgr de Sauzet et de Gajan au diocèse d'Uzès, 
qui est procuratrice de son père et de Noble Jean de Paradès Sgr de 
Gajan son frère. Le S r de Sauzet est débiteur de 3300 livres à la suc- 
cession d'Antoinette Bois c et, veuve Quissac. Cette dette est convertie, 
d'accord avec l'héritière universelle de cette dernière, en une rente 
perpétuelle; Catherine Guidés consent à la réduire à 99 livres 
annuelles, que le S r de Sauzet lui payera à chaque fin d'année. Témoins : 
M 8 Péan, greffier d'Aigues-Mortes, et un praticien, et aussi le major 
Saint-Aulas. Signés (entre autres) : Anne de Sauzet, « Catherine 
Guidés ». 



232 



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Catherine Guidés et Marguerite Forestier apparaissent encore 
comme prisonnières sur une liste de 1723. En 1736 elles ne sont 
plus dans la Tour, il est très probable qu'elles y sont mortes. 

il. — Testament de Jeanne Estaque 

Le 25 octobre 1724 avant midi Jeanne Estaque, femme de Pierre 
Delort, ménager de la ville de Lunel, prisonnière dans la Tour de Cons- 
tance est conduite, en santé, dans l'étude du notaire Antoine Agoust 
« par une garde », et y dicte son testament. 

Elle lègue 50 livres aux pauvres de l'hôpital de Lunel; à Suzanne 
Delort « sa fillastre aînée » une pièce de terre située à Lunel au terroir 
du mas de Béraud, une autre située au terroir de Taquevin, et deux 
pièces de vigne au quartier Degrelz ; à Françoise Delort « sa jeune fil- 
làtre » une maison située à Lunel à la rue du Tiradour et une pièce de 
terre vers les Fourches de Saint-Julien. File institue légataire universel 
son mari, Pierre Delort. 

Témoins : sept habitants d'Aigues-Mortes. La testatrice ne sait pas 
signer. 

Jeanne Estaque née à Lunel le 27 juillet 1665, baptisée par le 
pasteur Brun le 9 août, avait été mariée devant le prêtre le 
27 octobre 1706 avec Pierre Delord, qui d'après l'acte que nous 
avons résumé, avait déjà deux filles : Suzanne et Françoise. Elle 
fut arrêtée en 1721 pour avoir abrité des réunions pieuses dans 
sa maison. C'étaient les premières assemblées des « Multipliants », 
dont la secte, comme on sait, s'amassa particulièrement à Mont- 
pellier. Quand les assemblées de Montpellier furent découvertes, 
de nouvelles inquisitions furent faites à Lunel, et les deux « fil- 
lâtres » de Jeanne Estaque furent arrêtées, et conduites à la Tour 
de Constance à la fin d'avril 1723 en même temps qu'une autre 
protestante de Lunel, Victoire Boulet (femme du cordonnier 
François Comte, envoyé aux galères), et quatre femmes prises à 
Montpellier. Ces quatre dernières étaient condamnées par un 
jugement régulier, par contre Victoire Boulet, et les deux jeunes 
Delort (24 et 22 ans), comme Jeanne Estaque d'ailleurs, n'étaient 
enfermées que par lettre de cachet. Les deux filles Delort sor- 
tirent de la Tour à ce qu'il semble, après trois mois de détention. 
La femme de leur père, qui teste après leur libération le 25 oc- 
tobre 1724, mourut à la Tour avant le 20 août 1726, date où son 
testament est contrôlé sur le registre notarié. Le ministre Saint 



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233 



Florentin, qui venait de succéder à son père, sollicité en faveur 
de la prisonnière, envoya un ordre du Roi qui la libérait, le 8 sep- 
tembre 1726; la lettre arriva trop tard (Arch. Hérault G. 96). 



12. — Testament de Marie Béraud 

Le 24 juillet 1725 avant midi Marie Béraud, native du lieu de 
Gluras (Gluyras) diocèse de Viviers prisonnière dans la Tour de Cons- 
tance dicte son testament. Elle est « détenue de maladie, néanmoins 
en ses bons sens (à l'exception de la vue qu'elle a perdue depuis son bas 
âge) mémoire et jugement »,et pour passer l'acte qu'elle veut faire 
dresser, elle a été conduite « le long de la galerie de la Tour de Cons- 
tance », c'est-à-dire sur le pont actuel qui relie la Tour aux murailles de 
la ville. Le pont était alors surmonté d'un toit que soutenaient des 
piliers de bois. 

Marie Béraud lègue aux pauvres de Gluyras 10 quartes de blé et 
une quarte de sel, mesure de Vernet(au hameau de Gluyras). Elle lègue 
à Jeanne Béraud sa sœur, femme d'Elie Thune facturier en laines à 
présent à Genève « en cas elle revienne sous l'obéissance du roi, et non 
autrement », 5 livres de rente viagère; à Jean Chirouze son petit- 
neveu, de Saint-Genieys-la-Ghamp, fils de Jacques Chirouze et de Marie 
Roche, 30 livres; à Antoinette Blacher du lieu de Vernet (Gluyras) 
6 livres; 

Elle donne à Jeanne Rieufort, veuve de Jean Serpint, de la paroisse 
de Gluyras, détenue prisonnière dans la Tour de Constance deux brebis 
âgées de deux ans, et à Madeleine Marion, du lieu de Saint-Julien 
Bontières, prisonnière dans ladite Tour, deux cannes de toile de maison 
blanchie. 

Elle institue son légataire universel Jacques Roche son neveu, fils 
de Jean Roche et de Catherine Béraud sa sœur, travailleur de Vernet 
(Gluyras). 

Témoins : M. Antoine de Saint-Aulas, Major du Gouvernement 
d'Aigues-Mortes, quatre chirurgiens, deux autres habitants d'Aigues- 
Mortes et un praticien. Notaire : Guillaume Agoust, la testatrice natu- 
rellement, ne sachant pas signer. 

La prisonnière Marie Béraud, originaire du hameau de Mours 
(Gluyras Ardèche) est connue depuis longtemps. Des listes de 
prisonnières la donnent comme ayant été incarcérée en 1723, 
mais il y a là une erreur, qui prouve d'abord que le registre 
d'écrou pour les années 1720-1736 était mal tenu, et ensuite que 
certaines prisonnières finirent par oublier depuis quelle date 
elles étaient enfermées. C'est en 1725 que Marie Béraud et les 
deux compagnes qu'elle nomme ont été conduites du Vivarais à 



Î34 



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Àigues-Mortes, comme le montre une délibération du Synode du 
Vivarais tenu le 23 août 1725 (E. Hugues Syn. du Désert l, 50, 
lire : Saint Barthélémy le Meil). Elles étaient coupables évidem- 
ment d'avoir assisté à une assemblée du Désert. Marie Béraud 
semble donc avoir dicté son testament très peu de temps après 
son incarcération. Elle était aveugle depuis l'âge de 4- ans et en 
avait alors environ 45. Dans la Tour elle fut connue sous le 
surnom de « Marie ». Elle mourut dans la prison entre les années 
1755 et 1756, ayant subi au moins 30 ans de captivité. 

Jeanne Rieufort, veuve Serpint ne nous est connue que par 
l'acte qui précède. Elle disparaît de la Tour avant l'année 1736. 
Quant à Madeleine Mari on, une liste du 31 décembre 1736 fait 
suivre son nom de l'indication : « Morte de cette année ». Une 
liste antérieure de quelques mois portait : « 11 y a une douzaine 
d'années que cette femme est à la Tour de Constance, ne sachant 
point par quel ordre » (Arc h. Hérault C. 1455). C'était le marquis 
de la Fare, commandant en Languedoc, qui avait obtenu les lettres 
de cachet nécessaires. 



13. — Premier testament de Suzanne Vassas 

Le 31 août 1727après midi, D lle Suzanne Vassas native de Marvéjols 
en Gévaudan, prisonnière dans la Tour de Constance, et malade, dicte 
son testament « entre les deux guichets de la prison de la Tour e 
Constance ». 

Elle lègue « aux prisonnières qui seront après son décès dans la 
Tour de Constance la somme de 300 livres »; à l'hôpital de Marvéjols 
100 livres; à l'hôpital d'Aigues-Mortes 50 livres ; à la Maison de la Miséri- 
corde établie dans Aigues-Mortes, 50 livres. 

Elle lègue à Victoire Boulette, prisonnière dans la Tour de Cons- 
tance, femme de François Comte, maître cordonnier de Lunel 
3 000 livres « pour les bons et agréables services que la testatrice a 
reçus d'elle, et espère de recevoir », le susdit legs, comme les précé- 
dents, devant être prélevé sur les biens tant en fonds qu'en argent 
qu'elle a à la ville de Berlen (Berlin) dans le Brandebourg en Allemagne, 
sans que les légataires puissent prétendre être payés sur les biens que 
la testatrice possède à Marvéjols. 

Elle institue légataire universelle Anne Gaussen, prisonnière dans 
la Tour de Constance, femme d'André Gros, matelassier, habitante de 
Montpellier. 

Témoins : S r François Dasté, ingénieur de la ville de Cette, Jean 
Houssel, entrepreneur des ouvrages du Roi de Villeneuve-Jes-Mague- 
lonne, Louis Pellissier, de Montpellier, Hierle, bourgeois d'Aigues- 
Mortes, un chirurgien et deux autres habitants de la ville. Notaire ; 
Antoine Agoust. Signé (entre autres) : « Susette Vassas ». 



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Suzanne Vassas fille d'un boulanger de Marvéjols, passée en 
Brandebourg avait été arrêtée, déguisée en homme, comme elle 
revenait en France quérir une de ses sœurs, et enfermée à la 
Tour de Constance le 7 février 1727 sur un ordre dont nous igno- 
rons la provenance exacte. Eile avait alors 26 ou 27 ans. Elle teste 
six mois après son incarcération, et à ce qu'il semble dans toute 
l'exaltation que lui ont communiquée certaines prisonnières. 
Elle n'a pas un mot pour ses parents de Marvéjols, et n'a de 
souci que pour ses compagnes de captivité. Victoire Boulet- 
Comte et Anne G au s sent- Gros sont deux femmes de la secte des 
multipliants. C'est chez elles que Suzanne Vassas a trouvé la 
piété la plus ardente, et par conséquent le meilleur réconfort. 

Victoire Boulet, de Lunel, née le 25 décembre 1663 et baptisée 
le 4 janvier suivant par le pasteur Thomas, avait été mariée 
devant le prêtre le 23 avril 1686. En 1727 elle avait donc 6 i ans. 
Entrée à la Tour en 1723 sans jugement, elle avait cru d'abord ne 
devoir être retenue que trois mois. Elle était encore prisonnière 
à la fin de 1745, et mourut entre cette date et 1755. 

Anne Gaussent, femme du matelassier André Gros, était née à 
Villevieille (Gard) vers 1678. Elle avait donc 49 ans environ en 
1727. Son jeune fils Pierre (13 ans) avait été arrêté avec elle en 
1723, et il avait été libéré, tandis qu'un jugement régulier con- 
damnait la mère à «être rasée et enfermée le reste de ses jours ». 
Elle ne devait mourir dans la Tour qu'au milieu de 1763, ayant 
subi quarante ans de détention. 

Victoire Boulet et Anne Gaussent étaient donc encore prison- 
nières quand Suzanne Vassas en 1736 rédigea à Aigues-Mortes 
un second testament dont nous allons parler. 

14. — Second testament de Suzanne Vassas. 

Le 4 septembre 1736 après midi Suzanne Vassas « détenue prisonnière 
dans la Tour de Constance » est amenée dans l'étude du notaire 
Antoine Crouzet, en parfaite santé, et dicte un testament qui annule 
le précédent. 

Elle lègue à Jacquette Vigne, de la ville dAlais « aussi détenue dans 
lad. Tour de Constance », « ses bardes, nippes, chemises, meubles et 
effets et généralement tout ce qu'elle pourra avoir au temps de son 
décès el qui se trouvera dans ladite Tour, même l'argent monnayé »..., 
et constitue ses héritiers universels S r Louis Vassas, teinturier de Mar- 
véjols, son frère et l) elle Elisabeth Vassas, épouse du S r Raymondon, 
boulanger de Marvéjols, sa sœur. 

Témoins : un menuisier, un cordonnier, deux praticiens et trois 
autres habitants de la ville. Signé (entre autre) : « Susanne Vassas ». , 



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* 

■H- * 

Pourquoi Suzanne Vassas a-t-elle jugé bon de déshériter Vic- 
toire Boulet et Anne Gaussent et, d'une manière générale, l'ensem- 
ble des prisonnières, qui par son premier testament recevaient 
d'elle "200 livres ? Peut-être faut-il penser à quelques discordes 
qui dans la Tour ont séparé les captives, peut-être simplement 
faut-il noter que les protestantes de la Tour recevaient du dehors 
en 1736 des secours réguliers, qui leur manquaient en 1727. 
Suzanne Vassas, qui a renoué avec sa famille, depuis son arresta- 
tion, des liens qu'elle croyait rompus, sanctionne cette nouvelle 
amitié par les stipulations de 1736. 11 est possible aussi que les 
23 prisonnières qu'enfermait la Tour au début de 1736 aient été 
partagées entre la salle du haut et celle du bas, et que Suzanne 
Vassas se trouvàtalors séparée de Victoire Boulet et d'Anne Gaus- 
sent, et au contraire rapprochée de la prisonnière nouvelle qu'elle 
nomme Jacquette Vigne. 

Jacquette Vigne, native de Saint-Privat-les- Vieux, près d'Alais, 
et résidant dans cette paroisse, avait été écrouée dans la Tour- de 
Constance le 22 septembre 1726. En 1736 on déclarait à la Tour 
« qu'aucun ordre n'avait été remis;lors de son entrée ». Elle se 
disait fille d'un ménager et arrêtée dans sa maison pour fait de 
religion à l'âge d'environ 30 ans. Elle mourut dans la Tour entre 
la fin de 1745 et 1755. 

Suzanne Vassas mourut également dans la prison, et entre les 
mêmes dates. 

15. — Testament de Marie Vernès 

Le 14 septembre 1729, après midi Marie Vernet « détenue prison- 
nière dans la Tour de Constance pour fait de religion », fille de feu 
S r Alexandre Vernet du lieu de Saint Fortunat en Vivarais, teste, en 
parfaite santé, « dans la Tour de Constance. » 

Elle lègue c< à la personne charitable qui la servira du temps de son 
décès, son entière dépouille » , et institue son légataire universel Alexan- 
dre Vernet son neveu, fils du S r Antoine Vernet résidant au Monteuil 
(Saint Fortunat). 

Témoins : sept habitants d'Aiguës Mortes. Notaire : Antoine Crouzet 
La testatrice ne sait pas signer. 

-* 

Marie Vernet (ou plutôt Vernes, ou Vernès; son cousin, négo- 
ciant à Genève, écrivait son nom Jean Georges Vernes, et on l'ap- 
pelle elle-même soit Vernette, soit la Vernèse), de la Traverse, 



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près Saint-Fortunat (Ardèche) était entrée à Aigues-Mortes par un 
jugement du 23 octobre 1728 qui la condamnait à la prison perpé- 
tuelle comme « fanatique », c'est-à-dire comme « inspirée ». Elle 
avait alors 48 ans. Elle mourut dans la Tour entre 1745 et 1755. 



16. — Testament de Suzanne Tracol. 

Le 25 avril 1730, Suzanne Troque femme de Jean Pierre Jullian, 
travailleur (de terre) habitant de Vernoux, diocèse de Viviers, « détenue 
prisonnière dans la Tour de Constance pour fait du Prince », teste en 
santé, « dans la Tour de Constance ». 

Elle lègue à Mathieu Giran, fils de Jacques Giran, tisserant de toiles 
de Vernoux 30 livres, au cas où elle viendrait à décéder sans enfants 
(ce Giran est mineur); à sa mère Marie Ponce elle lègue « la légitime 
.telle qu'elle pourra avoir droit de prétendre sur ses biens au cas où la 
testatrice viendrait à décéder sans enfants ». 

« Aux posthums ou posthumes dont la testatrice peut être enceinte, 
soit un ou plusieurs vivants en lumière, et à chacun d'eux, elle donne 
leur légitime telle que de droit... », et institue héritier universel Jullian 
son mari. 

Témoins : M r G. Mellon procureur à Aigues-Mortes, deux chirurgiens, 
un praticien et trois habitants de la ville. Notaire : Antoine Crouzet. La 
testatrice ne sait signer. 



Le notaire, trompé par la prononciation montagnarde de la 
prisonnière, a m?,l transcrit son nom. 11 s'agit de Suzanne Tracol, 
du hameau de Tracol (Vernoux, Ardèche). Avec une autre protes- 
tante de Vernoux, nommée Marie Guéraut elle avait exhorté à 
la mort une femme de Vernoux, que le prêtre allait décider à 
mourir catholique. Le marquis de la Fare informé, les fit aussitôt 
conduire à Aigues-Mortes (Mars 1740). Le roi, avisé des faits 
ordonna immédiatement à l'intendant Bernage d'ouvrir contre les 
deux prisonnières une instruction régulière qu'il devait clore par 
un jugement en forme. Mais Bernage demanda vainement à 
La Fare de lui communiquer unè^pièce qui pût lui fournir un 
point de départ pour l'instruction, La Fare répondit qu'il ne savait 
rien, et qu'on n'avait rien retrouvé dans ses bureaux (juillet 1730). 
Suzanne Tracol restadonc enfermée « pour fait du Prince », c'est- 
à-dire en vertu d'une simple lettre de cachet. Elle teste un mois 
à peine après son entrée à la Tour, et comme l'acte l'indique, elle 
est alors enceinte. Elle accoucha d'une fille le 8 mai, et l'enfant 
fut baptisé par le curé d'Aigues-Mortes. Elle disparaît de la Tour 
entre 1730 et 1736, de même que Marie Guéraut. 



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17. — Rémission d'héritage, par Isabeau Sautei 

isabeau Sautel Rouvier est la belle-mère du pasteur du Désert 
Pierre Durand, auquel revient l'honneur d'avoir réorganisé les 
Eglises du Vivarais. L'autorité militaire, ne pouvant saisir le pas- 
teur, arrêta son père qui fut conduit au Fort de Brescou près 
d'Agde, puis sa sœur Marie Durand et le mari (nous reviendrons 
sur ce mot) de celle-ci, Mathieu Serres, enfin ayant manqué la 
femme du pasteur, qui s'enfuit à Genève, elle emprisonna sa 
belle-mère, qui fut écrouée à la Tour de Constance à 46 ans 
en avril 1731, par lettre de cachet. Isabeau Sautel était la veuve 
d'un notaire, et elle administra soigneusement sa fortune depuis 
la Tour de Constance, comme le prouvent divers actes que ious 
allons mentionner. Elle était originaire du hameau de Mageronand 
près de Pranles (Ardèche) et avait vécu avec son mari au hameau 
de Praux (Saint- Etienne de Serres, Ardèche). 

Le 25 novembre 1731, Isabeau Sautel veuve, héritière et fidéi-com- 
missaire et M r Jacques Rouvier, notaire royal du lieu de Graux... à pré- 
sent détenue dans les prisons de la Tour de Constance par ordre de 
Sa Majesté, sachant que par le testament de son mari, icelui lui aurait 
donné le choix d'élire à la succession de ladite hérédité l'un de ses 
deux enfants mâles Marc et Jean Pierre, de l'avis et conseil de Maîtres 
André Chazal et Espy, notaires de Chalançon — ladite D elle Sautel dési- 
rant faire cette élection, ayant ''ait sa procuration au S r Noé Puaux, 
habitant du lieu de Craux, par devant le notaire Crouzet d'Aiguës Mortes 
le 14 juillet 1731 , pour qu'il pût conférer à ce sujet avec lesdits notaires 
Chazal et Espy, ledit Puaux ayant consulté lesdits notaires comme il 
paraît par un acte passé en Vivarais le 9 septembre 1731, Isabeau 
Sautel conformément à cet acte établit l'aîné de ses deux enfants mâles, 
Marc Rouvier, pour succéder à son père dans les fonctions de notaire. 

Marc Rouvier est présent à Aigues-Mortes, et sa mère lui remet 
l'héritage « y compris le droit de quarte qu'elle aurait droit de pré- 
tendre sur l'hérédité de son mari ». La mère se réserve une pension 
annuelle et viagère de 100 livres argent et deux charges de vjn que le 
lils lui paiera par moitié à la Saint-Michel et six mois après, et elle se 
réserve également « l'habitation dans la maison de sondit feu mari ». 
Elle reconnaît que les sommes qui ont été empruntées de divers parti- 
culiers par son fils Marc Rouvier ne l'ont été qu'à sa prière et réquisi- 
tion « attendu qu'elle est illettrée et que son fils lui remettait de la 
main à la main lesdites sommes qu'il empruntait, qu'elle employait à 
son profit ». 

L'acte est passé « dans la maison de Monsieur de Saint-Aulas, major 
d'Aigues-Mortes », c'est-à-dire dans la maison à laquelle on aboutissait 
quand on traversait le pont qui joint Tour de Constance à la ville. 
Témoins : deux habitants d'Aigues-Mortes, qui signent avec Marc Rou- 
vier et le notaire Etienne Fauque. 



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18. — Testament d'Isabeau Sautel 

Le fils aîné d'Isabeau Sautel-Rouvier, Pierre Rouvier avait été 
condamné aux galères à 19 ans en l'année 1719, pour avoir tenu 
dans le Vivarais des assemblées religieuses, en môme temps que 
Pierre Durand, qui devait' devenir son beau-frère. Il fut libéré en 
juillet 1736, à la charge de sortir aussitôt du royaume, et il s'em- 
barqua à Marseille pour passer en Hollande. Le pasteur Durand 
avait été pendu à Montpellier en 173:2, et sa femme devait vivre à 
Lausanne jusqu'en l'année 1747 (Pap. Court 7, Vill p. 238; cor- 
riger D. Benoît. Marie Durand... p. 185). Isabeau Sautel, toujours 
captive, jugea utile en 1739 de régler sa succession. Elle dicta 
son testament dont certaines clauses sont particulièrement inté- 
ressantes, en ce qu'elles montrent de quelles précautions les 
protestants savaient user, pour éviter la coniiscation de leurs 
biens. 

Le 6 février 1739 avant midi, D lle Elisabeth Sautel, veuve du 
S 1 ' Jacques Rouvier, notaire royal de Craux... détenue dans la Tour de 
Constance, teste dans l'étude du notaire Antoine Crouzet où elle a été 
amenée. Elle est en parfaite santé. 

Elle lègue 30 livres « à des pauvres nécessiteux tels que son héritier 
trouvera a propos ». 

A Aune Rouvier ( — Durand, qui est à Lausanne) sa fille aînée, elle 
lègue 200 livres pour la légitime qu'elle a droit de prétendre sur ses 
biens « à la charge par elle de les venir recueillir, et résider en 
France ». 

A Marie Judith Rouvier, sa plus jeune fille, elle lègue 1 100 livres, 
pour la légitime qu'elle a droit de prétendre tant sur les biens de la 
testatrice que sur ceux de l'eu Rouvier son père, ces 1 100 livres 
payables à Marie Judith quand elle aura 25 ans ou plus tôt si elle 
venait à se marier. 

« Et dans le cas que sesdites filles viendraient à commettre quelque 
crime (c'est à un délit de religion qu'elle pense, naturellement), la 
testatrice leur réduit, leur légitime ci-dessus à 5 sols (il ne faut pas que 
la régie, en cas de condamnation, saisisse les biens). 

Elle institue son légataire universel Jean-Pierre Rouvier, son plus 
jeune fils, habitant du lieu de Craux, dans le cas que Pierre Rouvier 
son lils aîné (l'ancien galérien, alors en Hollande) resterait au pays 
étranger où il est passé. Et supposé qu'il revint en France pour s'y 
établir et demeurer, pour lors la testatrice veut que Jean-Pierre 
remette son héritage audit Pierre, sans pourtant que Jean-Pierre soit 
tenu de lui rendre aucun compte. Auquel Jean-Pierre Rouvier, ledit 
cas arrivant, la testatrice lui donne le domaine de Majuran (Mage- 
rouand) et tout ce qu'il contient, et une charge de vin annuelle à 
prendre sur son frère Pierre. 

«. Voulant la testatrice, en cas aucun de ses fils fût coupable de 



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quelque crime, que tout ce qu'elle leur donne fût réduit à o sols, et que 
son héritage passât à celui qui n'aurait aucun crime ni reproche à se 
faire » (même observation que ci-dessus). 

Témoins : deux chirurgiens, un charron, un « capoulier », un tail- 
leur, un employé dans les fermes, et un autre habitant d'Aigues- 
Mortes. 

19. — Ratification de vente par Isabeau Sautel 

Le 17 novembre 1739 Isabeau Sautel-Rouvier passa procuration à 
Aigues-Mort.es devant le notaire Crouzet pour autoriser son fils Jean- 
Pierre avec l'assistance de son cousin le S r Noé Puaux, à vendre pour 
elle une terre, ou des récoltes à Pierre Mourier, de Verdus ( ? Vendins) 
paroisse de Freyssenet (sur Coiron). La vente ayant été effectuée le 
11 mars à Privas, Isabeau Sautel, le 1 er avril 1739, la ratifie dans l'étude 
du notaire Crouzet où elle a été amenée, devant deux témoins. , 

* 
* * 

Isabeau Sautel-Rouvier mourut dans la Tour de Constance le 
27 novembre 1754 après vingt-trois ans de captivité (voir sur elle 
D. Benoît. Marie Durand... en particulier, 86, 226, 227). 

20. — Testament de Marie de la Roche 
dame de la Chabannerie 

Le 7 février 1734 après midi, D ,le Marie de la Roche native du lieu 
d'Albon, paroisse de Marcors (Marcère) en Vivarais, prisonnière dans la 
Tour de Constance, fait dresser son testament, malade, « dans la 
galerie qui conduit à la Tour de Constance », c'est-à-dire (nous l'avons 
dit à l'occasion de Marie Béraud en 1725) sur le pont qui joint la Tour 
à la ville. 

La plupart, des testaments que nous avons résumés jusqu'ici 
débutaient par une formule religieuse que nous avons omise, 
car elle était la même pour tous, ou du moins la même pour 
chaque notaire. Le testateur << recommandait son âme à Dieu, le 
priant par sa divine ^bonté lui faire miséricorde de ses péchés, et 
orsque son âme sera séparée de son corps, vouloir la recevoir 
dans son royaume de Paradis ». Nous n'avons trouvé nulle part 
un mot qui provînt d'une formule ou d'un usage spécialement 
catholiques, aucune mention de « saints et saintes »>, pas d'indi- 
cation d'un « signe de la croix » dont le testateur se serait 
« muni ». Ni David Vivent (1690) ni Suzanne de Claris (1694) qui 
veulent mourir catholiques s'ils décèdent dans leur prison n'ont 



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à cet égard contrevenu aux habitudes de l'Église qui les a élevés. 
La D lle de la Roche fera un léger pas de plus, et elle marquera sa 
piété par deux menues adjonctions qui ont leur valeur. Elle 
recommande son âme «à Dieu le Père Tout Puissant, le suppliant 
par les mérites infinis de la mort et passion de son cher fils Notre 
Seigneur Jésus-Christ, vouloir lui pardonner ses péchés et 
offenses, et après son décès placer son âme parmi les bienheu- 
reux de son Saint Paradis ». Les expressions «Père Tout Puis- 
sant « et « offenses » sont manifestement empruntées à la « con- 
fession des péchés » liturgique, qui ouvrait le culte calviniste, 
prière que les huguenots savaient tous réciter, et qu'on désignait 
couramment, par ses premiers mots, comme « la prière de : Mes 
frères » ( Préd. Prot, II, 26). Un autre trait nous permet de nous 
rapprocher plus intimement de cette prisonnière; elle parle des 
biens « qu'il a plu à Dieu lui donner », et c'est évidemment sur 
sa demande que le notaire a ajouté cette phrase d'humilité et de 
reconnaissance. 

La testatrice lègue « aux pauvres de Jésus-Christ» de sa paroisse 
(de Marcols) 100 livres qui seront distribuées en argent ou en pain, et 
en plus, « aux pauvres de Jésus-Christ » de la paroisse de Fay (Fay-le- 
Froid, Haute-Loire) ou à ceux que bon semblera à Jacques Guillot son 
Granger (fermier) habitant de la Chabannerie (au nord de Fay, vers 
Champclause) 15 setiers de blé. mesure de Fay, pour être distribués 
par ledit Guillot en grain ou en pain « en présence du nommé Maison- 
neuve, Montbuzat paroisse d'Araules. Elle lègue, en outre, auxdits 
pauvres de Fay un setier blé mesure de Fay, que ledit Guillot leur 
délivrera annuellement pendant huit années consécutives en pain ou 
en grain. 

A Marie Perrin sa filleule, du lieu de Jouvent (Jouanvins) paroisse 
de Saini-Genest la champ, 30 livres; à Jacques Sauzid (?) son filleul du 
lieu d'Alboti (Marcols) 20 livres; à Marie Blanc, d'Albon, 23 livres; à 
Jean Sauzide (sic) frère dudit Jacques, une salmée de blé, mesure de 
Marcols; à Marguerite Grilhac également une salmée de blé (à 12 livres 
la salmée). Tous les legs qui précèdent, sauf celui de 100 livres aux 
pauvres de Marcols seront payés par le granger Jacques Guilhot. 

Fn considération des services que led. Guilhot lui a ci-devant rendus, 
de ceux qu'd lui rend, de même que de ceux qu'elle espère en rece 
voir, et pour la tendre amitié et reconnaissance que ledit Guilhot a- 
toujours eu pour elle, la testatrice lui lègue la jouissance pendant huit 
ans et huit récoltes successives de son domaine de la Chabannerie que 
ledit Guilhot lui tient en arrentement, ensemble de deux maisons 
dépendant dudit domaine, sans que ledit Guilhot soit tenu pendant les 
huit années, de payer aucune rente, à charge d'entretenir le domaine 
et les maisons en bon père de famille, et de payer les tailles et les 
droits seigneuriaux. 

A D lle Suzanne Descons sa parente, veuve de M e Barriol, notaire de 
la ville de Privas, 300 livres, à prendre sur le domaine de la Terrasse, 

4. Octobre-Décembre 1922. 16 



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appartenant à la testatrice, et en plus un collier de quatre tours de 
perles fines et un de grains (? grenats) fins mêlé de perles blanches, 
une paire bracelets argent maillé avec du corail, une bourse d'un 
time (?) d'or garnie d'un petit ruban bleu, un corps (corset, ou corsage) 
avec un galon d'or attaché à i celui, un habit gris blanc d'un gros de 
Naples à petites fleurs (étoffe de soie), une jupe satin noir avec une 
ménagère (?) d'amarante à laquelle il règne tout autour une frange 
d'argent, une belle de nuit (?) avec parements d'un taffetas noir, une 
jupe couleur de cerise à fleurs blanches, un habit de burate (bure) 
avec dentelles d'or, une mésagère (?) bleue avec une campanette (?) 
d'argent, une de ses plus grandes glaces, toute sa vaisselle d'argent fin 
y compris les flambeaux et écuelles couvertes, cinq grandes nappes et 
une pièce serviettes sans couper (non coupée) le tour à la Vaini/.e 
(Venise), priant ladite l) lle testatrice le S r Soubeiran Serrepuis de 
délivrer le tout, d'abord qu'elle sera déce'dée, à la D ,le Descons- 
Barriol sa parente. 

A Marie Vernes, de Saint Fortunat, et à Suzanne Loubière de 
Nîmes, prisonnières dans la Tour de Constance, elle lègue les entiers 
effets, hardes, dépouille et généralement tout ce qu'elle a en son 
pouvoir dans la Tour en reconnaissance des bons et agréables services 
que fesdites Vernes et Coubière lui ont rendus depuis qu'elle est pri- 
sonnière dans la Tour et de ceux qu'elles lui rendent journellement. 

Elle institue ses héritiers universels Messieurs Jacques et Jean 
Souilhot (Soulhol) frères, ses neveux, habitants du lieu de La Rouvière 
en Vivarais (La Rouveyre) paroisse de Saint Gènest (la Champ). 

Témoins : M e Claude Demoutier marchand, un cordonnier, et cinq 
autres habitants d'Aigues-Mortes. Notaire : Étienne Fauque. « La testa- 
trice a dit ne pouvoir signer à cause de ses indispositions. » 

-* * 

La maison de la lioche était représentée dans le Vivarais, 
en 1699 d'une part par Jean de la Roche S r du Fournet et Charles 
de la Roche S 1 ' du Gros, père et fils, habitants du Bas Vivarais, et 
d'autre part par deux frères Jacques Antoine de la Roche S r de 
la Saigne et de la Chabannerie, du lieu d'Albon (Marcols) et Jean 
de la Roche S r du Tourdet (ou Gourdet) qui semble avoir habité 
la paroisse de Burzet 1 . En 1699 un jugement de Bâville les 
déclare tous les quatre usurpateurs du titre de noblesse {Notes, 
A. Mazon aux Archives du Vivarais à Privas). Nous avons dit que 
La Chabannerie était un domaine des environs de Fa} r le Froid. 
11 constituait une enclave du Vivarais dans le Veiay. La prison- 
nière Marie de la Roche, sous son nom de M lle de la Chabannerie, 
était connue déjà. Le 19 septembre 1730 le mari de Marie Durand 
écrivait de Brescou à sa jeune femme, alors enfermée à Aigues- 
Mortes, qu'il la priait d'écouter M Ue de la Chabannerie comme si 

1. La Roche est un hameau de la Paroisse de Marcols. 



DOCUMENTS 



elle était sa mère (D. Benoît, p. 62). Nous ne savons à quelle 
occasion cette femme considérée et riche avait été conduite à 
Aigues-Mortes. Son incarcération date sans doute de 1730. 

Le Granger Jacques Guilhot que la prisonnière nomme, et 
traite avec tant d'affection pourrait être un Jacques Guilhot, né 
aux Vastres (près de Fay) vers 1670 et qui fut prédicant dans 
« la montagne » du Vivarais, c'est-à-dire précisément sur le pla- 
teau où se trouve La Chabannerie. Les témoignages contempo- 
rains nous apprennent que ce prédicant était « travailleur de 
terre » et que « souvent après avoir été à la journée, il allait 
prêcher la nuit ». Il aurait donc été un prédicateur sédentaire, 
et aurait pu être « Granger ». Il vaut la peine de noter que le 
prédicateur Guilhot donnait, à ce qu'il semble, dans le « fana- 
tisme » ; tout au moins il refusa d'accepter la discipline que les 
Synodes restauraient dans le Vivarais. Avec Montéil et Dortial 
il défendait les privilèges de 1' « inspiration ». On ne s'étonnerait 
donc pas s'il est le même que le fermier de M lle de la Roche, que 
celle-ci ait été particulièrement attirée à la Tour par les « inspi- 
rées » qu'elle y trouva; et ainsi s'expliquerait son legs à Marie 
Vernès, de la Traverse près Saint Fortunat, que nous avons 
nommée déjà, et à Suzanne Loubière. Cette dernière, née le 
11 juin 1682, avait été baptisée à Nîmes le 14, par le pasteur 
Paulhan; elle était la fille d'Élie Loubier ouvrier en soie et 
d'Isabeau Droubiesse (Dourbie) originaire d'Anduze. Suzanne 
Loubier taffetatière devenue prophétesse itinérante avait été 
arrêtée en 1705 et enfermée à Carcassonne où jusqu'en 1712 elle 
avait partagé la captivité de Catherine Guidés et d'Antoinette 
Roisset-Quissac. Reprise à Montpellier en 1723 au milieu des 
Multipliants, un jugement m forme l'avait conduite à Aigues- 
Mortes, où elle ret ouva ses deux compagnes de Carcassonne, 
condamnées depuis 1720. (Bull. XXVIII, 77). Elle mourut à la 
Tour en l'année 17 45. 

La D lle de la Chabannerie qui teste en 1734, ne figure plus 
parmi les prisonnières de la Tour en 1736. Il ne paraît pas cepen- 
dant qu'elle soit morte dans la Tour de Constance, car le 
testament porte au bas : « Contrôlé et insinué à Aigues-Mortes 
le 3 octobre 1741, gratis, en exécution de l'ordonnance de l'inten- 
dant du 17 août 1741, attendu le paiement qui en a été fait au 
commis du bureau de Saint Pierreville [Ardèche |. » Les testaments 
devant être enregistrés par les receveurs du domaine dans les 
six mois qui suivaient la mort du testateur, Marie de la Roche 
semble donc être morte en 1741, et donc en Vivarais. Elle aurait 
été libérée dans des conditions que nous ignorons. 



(A suivre.) 



Ch. Bost. 



DOCUMENTS 



RELATION SUR LA PRISE DU MINISTRE DESHUBAS 
(11-12 décembre 1745) 

Le Bulletin a publié (1890, 196) des mémoires inédits 
sur ce qui s'est passé aux Vans en 1734. M. A. Mazon les 
a reproduits en 1893 en y joignant des relations inédites, 
catholiques, sur le massacre de Vernoux (1745), pro- 
voqué par la tentative des protestants de délivrer le pas- 
teur Désubas. On trouvera dans le Bulletin de 1894, 
p. 667, quelques réflexions sur les appréciations de 
M. Mazon qui, dans ce lamentable épisode^, blâme surtout 
les protestants. Voici, sur ce qui se passa tout près de 
Saint-Agrève où Désubas, s'était retiré, dans la nuit du 
11 au 12 décembre 1745, une relation que ne semblent 
avoir connue, ni M. Mazon ni M. D. Benoit, le biographe 
de Désubas (voy. 2 e éd. 1883, p. 148 ss.). 

Cette relation très précise quant aux détails et qui 
semble avoir été écrite pendant l'événement, pourra être 
utilement confrontée avec celles qu'on possède déjà du 
même événement. Elle a été copiée par notre collabo- 
rateur M. R. Garreta à la Bibliothèque de Bouen, collec- 
tion de Montbret, dossier manuscrit coté 837 et tout ré- 
cemment inscrit à l'inventaire. 

N. W. 

H y a en Vivarais le bataillon de Bourges dispersé par com- 
pagnies en différents endroits. 

La compagnie, en cartier à Saint-Agrève, ayant eu avis que 
Deshubas étoit à une lieue de là dans un endroit appelé Mon- 
tual 1 , 38 hommes furent détachés pour l'arrêter. Ce fut sur les 
6 heures du matin qu'ils arrivèrent. On demanda un voleur 
qu'on disoit s'être réfugié dans la maison où Deshubas étoit 
couché; l'hôte répondit qu'il n'y en avoit point. Les soldais 

1. M. D. Benoit dit, p. 148, au hameau du Mazel. 



DOCUMENTS 



245 



allèrent toujours en avant et entrèrent dans la chambre où Des- 
hubas étoit couché, qui, sur le bruit, s'étoit levé et s'habilloit. 
On luy dit qu'il (lisez on) cherchoit un voleur; il répondit qu'il 
voyoit bien que ce n'étoit pas un voleur, mais à luy qu'on en 
vouloit. C'étoit dimanche matin 12 décembre; il fut de suite 
traduit à Vernoux; mais voyez ce qui s'y passa avant que d'y 
arriver. 

Deshubas devoit prêcher ce jour-là dans une paroisse appellée 
Sainte-Bazille 1 , dont M. le marquis de Chévrières est seigneur. 
Le ministre Perrot 2 étoit assemblé avec sa trouppe près de 
Boffre, dont M. le prince de Rouhan 3 est seigneur. Le brait de la 
prise de Deshubas s'étoit répandu dans les deux différents 
endroits dont on vient de parler. Perrot dit tout haut à sa 
trouppe, en interrompant son prêche : « Deshubas est pris; au 
secours » ! A ces mots, cette trouppe court en foule et se joint à 
celle à qui Deshubas devoit prêcher à un demi quart de lieue de 
Vernoux. Deshubas arrive le moment d'après; les soldats atta- 
qués se déffendent; ils crient : « au secours, à la garde »! De 
Vernoux on les entend; on avertit l'officier à haute voix qui 
étoit à l'église. Tout court et on arrive assez à temps pour 
dissiper les religionaires et prendre le ministre qui comme n- 
çoit à s'échaper. Dans ce choq il y eut cinq hommes religionaires 
tués et quelques blessés. 

Le ministre arrive à Vernoux, il est mis en seureté; peu 
de temps après, la troupe des religionaires augmentant en 
nombre, les bourgois (sic) prirent les armes et on gardoit les 
avenues. 

Les religionaires s'avancèrent pour demander leur ministre, 
en criant que si on ne le relâchoit point, on metroit tout à feu et 
à sang. Ils ne furent point écoutés, et, étant revenus à la charge, 
on leur fit feu dessus; il en resta alors sur la place vingt trois 
morts sans compter les blessés. La nuit survint, le reste se 
retira. Pendant ces intervalles, on dépêcha des exprès à M. de 
Ghatauneuf, commandant en Vivarais et auxtrouppes qui étoient 
dans les autres car tiers. Le lendemain lundy, les trouppes re- 
vinrent à la charge pour demander leur ministre. Leur nombre 
augmentoit toujours; il en venoit de toutes parts, presque tous 
armés. Leur demande fut égallement refusée; les trouppes vou- 
loient aller sur eux mais on les empêcha. 

Le mardy, ils étoient encore assemblés, ils faisoient grand 
feu aux environs; mais, ayant tombé un peu de neige et y aïant 
gros brouillard, ils se retirèrent dans un bois à un quart de 

1. Saint-Bauzille. 

2. Lisez Peirot. 

3. Rohan. 



DOCUMENTS 



lieue de Vernoux. En attendant, les trouppes dispersées arrivè- 
rent et M. de Chatauneuf, s'étant rendu le mercredy à Vernoux 
sur le midy avec cent hommes du régiment d'Anjou, qui étoit à 
Valence et quelque Bourgois, il en partit une heure après avec 
les autres trouppes à l'exception de ce qu'il falloit pour garder 
Vernoux en cas de quelque tentative tumultueuse des religio- 
naires. 

M. de Chatauneuf ne prit pas la routte ordinaire pour traduire 
le ministre à Beauregard, ce qui a dû déconcerter touttes les 
mesures que pouvoient avoir pris les religionaires pour enlever 
le ministre, du moins s'ils avoient pu. 

M. de Chatauneuf passa par le pays et il a dû arriver à Beau- 
regard le mercredy sur les dix ou onze heures du soir. 

On doit observer que la compagnie qui étoit au Chelard 1 et 
qui venoit au secours de Vernoux fut attaquée par environ 
60 hommes de la montagne armés jusqu'aux dents. On leur en 
tua trois et on fit trois prisonniers; on ne scait point le nombre 
des blessés, il n'y eut point de soldats tués ny blessés. 

Les religionaires avoient fait convier des exprès et ils comp- 
toient que, sur la fin de la semaine, ils seroient un si grand 
nombre qu'ils seroient en état d'attaquer Vernoux et enlever 
leur ministre. Mais, à présent qu'il est en lieu de seureté par 
la vigilance de M. de Chatauneuf, il est à présumer que tout se 
dissipera avec le regret de s'être mis si fort à découvert. 



LES CHIFFRES DE IL L'ABBÉ ROUQUETTE 
Étude sur les Fugitifs du Languedoc (Uzès) ~ 



Liste Rouquette, 1685-16X8. 
Ginhoux Pierre, Pierre Ginhoux naquit à Uzùs et y fut 

Ginhoux femme, baptisé le 4 0 décembre 1655, il était fils 
née d'Estienne Ginhoux, maître menuisier et de 

Jeanne Gazaye, Jeanne Blasine. 
onze enfants. « Le 21 juin 1676, dans le temple d'Uzès, a 

esté bény par monsieur de Laborie, ministre, 
le mariage d'entre Pierre Gignoux menuisier, 
âgé de 21 ans, fils de M. Estienne Gignoux 
aussi menuisier et de feue Jeanne Blasine de 



1. Le Cheylard. 

2. Voy. plus haut p. 96-112. 



DOCUMENTS 



247 



la ville d'Uzès et Jeanne Gazay fille de Jacques 
Gazay cardeur et d'Anne Chapellière dudit 
Uzès, ladite épouse âgée de 23 ans ». Le 
15 juin 1677 est baptisé leur fils Étienne, le 
28 octobre 1678, leur fille Marguerite et 
chaque année nouvelle naissance. 

A la Révocation Pierre partit sans sa 
famille, on saisit leur maison au Masbour- 
guet estimée 200 livres. 

Nous les trouvons en 1698 à Lausanne où. 
ils sont ainsi désignés : Pierre Giohoux, 
42 ans, faiseur d'indienne avec sa femme 
Jeanne Gazaye 1 et onze enfants de 14 à 
3 ans. Estienne Ginhoux resta à Uzès avec 
une seule fille Anne. Il fit son testament le 
le 23 août 1694 dans lequel il dit : « Quant à 
Pierre Ginhoux mon fils, Antoinette et Isa- 
beau Ginhoux, je les as eschidés pour s'estre 
retirés à mon insu contre les deffenses du 
Roy; mais dans le cas où ils reviendraient 
dans le royaume ils auroient la part d'héri- 
tage qui leur revient; lui, une maison à Uzès 
et la vigne, quant aux filles une somme 
d'argent » (A.N.TT, 141-xxi). 

Dans la liste des nouveaux convertis morts 
sans sacrements, tenue par Marre prêtre de 
de la paroisse Saint- Étienne à Uzès, il est 
écrit : « Le 24 octobre 1694 est mort Estienne 
Gignoux âgé de 70 ans, sans qu'il m'ait fait 
appeler ». Estienne Ginhoux mort, on prévint 
un des fils de Pierre, le second nommé 
Siméon, l'engageant à venir pour recueillir 
l'héritage de son grand-frère; il quitta ses 
parents, n'osa pas aller à Uzès et crut pru- 
dent de s'arrêter à Avignon' et de là adressa 
cette requête à M. de Bas vil le intendant du 
Languedoc : 

Siméon Ginhoux fils de Pierre et petit-fils 
d'Estienne, menuisier de la ville d'Uzès re- 
montre qu'Estienne Ginhoux, son grand-père 
ayant légué par son testament du 23 août 1694 à 
Pierre Ginhoux son père une maison située dans 
le faubourg d'Uzès et une vigne au terroir de 

1. Elle ne dut pas partir en môme temps que son mari car il est dit 
qu'elle jouit des biens de son mari, serrurier (A. H. C 274). 



248 



DOCUMENTS 



Saint-Firmin, ayant institué son héritière univer- 
selle Anne Ginhoux, mariée à Pierre Reynaud du 
lieu de Saint Ghaptes, le dit Reynaud se seroit 
emparé de la maison d'autant que le père du sup- 
pliant s'estoit retiré dans les pays estrangers avec 
sa famille; mais le suppliant est rentré dans le 
giron de l'Église duquel il n'étoit sorti que parce 
qu'estant encore enfant il n'estoit pas en estât de 
résister aux volontés de son père, et a fait abjura- 
tion entre les mains de l'inquisiteur général 
d'Avignon 1 . Il professe actuellement avec sincérité 
la religion catholique et plaize à vostre grandeur, 
Monseigneur, de la maintenir dans la propriété et 
jouissance de la dite maison et vigne avec deffense 
au dit Reynaud et à tout autre de lui-donner aucun 
trouble. 

Monsieur, de Basville ne voulut rien 
accorder prétextant que le requérant habi- 
tait les pays étrangers. 

L'archevêque, sollicité par le révérend 
père d'Albert écrivit lui-même à l'intendant 
de Bas ville : 

Avignon, 1 er mars 1713. 

Monsieur, 

La charité que les évêques doivent exercer 
envers tout le monde, mais d'une manière parti- 
culière envers les nouveaux convertis m'engage 
aujourd'hui à vous importuner en faveur de 
Siméon Ginhoux, teinturieur de la ville d'Uzès. Il 
a déjà présenté un placet auquel on a répondu 
qu'il habitait les pays estrangers; cependant il 
demeure en cette ville dont les habitants furent 
de tout temps régnicoles, jouissant des mêmes 
privilèges que les autres sujets du Roy. Il a fait 
abjuration entre mes mains; c'est mon ouvrage 
et la charité qui me presse de le soulager, m'est 
un sûr garand que la vostre dont j'ai plus d'une 
fois connu l'étendue vous obligera à lui estre 
favorable. Il demande à entrer dans des biens 
paternels. Je vous supplie de lui faciliter la 
réussite de son dessein, la chose dépend de vous. 
Le sujet lui-même mérite quelques gracieusetés 

i. Siméon Gignoux originaire d'Uzès âgé de 24 à 25 ans fds de Pierre 
Gignoux et d'Isabeau Gazaye abjure entre les mains du révérend père Joseph 
d'Albert, inquisiteur général, dans la salle haute du palais de l'office à Avi- 
gnon. Né le 7 juin 1683, baptisé à Uzès par Laborie, Ministre, fils de Pierre 
Gignoux menuisier et d'Isabeau Gazaye. 



DOCUMENTS 



249 



là-dessus, par son retour sincère à l'Église et par 
la bonne conduite qu'il tient en ce pays. 

J'ai l'honneur d'être avec une respectueuse 
confiance, 

Monsieur, votre très humble et très obéissant 
serviteur, 

f S r Maurice, Archevêque d'Avignon. 

Basville au reçu de cette lettre écrivit à 
Monsieur de Chateauneuf en la lui envoyant : 

Montpellier, 10 mars 1713. 

Monsieur, 

Monseigneur l'archevêque d'Avignon m'a écrit 
la lettre cy jointe par laquelle il demande que 
Simon Ginhoux revenu des pays estrangers et à 
qui il a faict faire abjuration pourra rentier dans 
son bien. Je lui ay marqué les difficultés qu'il 
peut y avoir sur cette demande et il seroit en 
effet assés dangereux que les religionnaires 
prennent l'habitude de revenir des pays estran- 
gers pour demeurer à Avignon et qu'ils puissent 
rentrer dans leurs biens sous prétexte que les 
habitants d'Avignon sont régnicoles. J'espère 
devoir vous rendre compte de cette affaire dont 
l'espèce peut revenir souvent, pour savoir quelle est 
la volonté du Roy. Je suis avec respect, Monsieur, 
vostre très humble et très obéissant serviteur. 

de la Moignon Basville. 

La lettre peu favorable de Basville décou- 
ragea Siméon Gignoux qui repartit pour 
l'exil et les biens d'Estienne restèrent entre 
les mains de son gendre Raynaud. 

Les deux filles d'Estienne Gignoux par- 
tirent avec leur frère René, mais restèrent à 
Genève, avec d'autres membres de leur 
famille. 

« Agée de °25 ans est avec un fils de 3 ans » 
réfugiée à Lausanne en 1698. (F. B.). Elle 
est probablement la fille d'Estienne, la sœur 
de Pierre, d'Antoinette et d'isabeau, puisque 
les biens de son frère restent entre les mains 
de son gendre Reynaud et qu'il n'est pas fait 
mention de sa femme, l'héritière naturelle. 

gonue de CUARNISAY. 

1. Sur 16 membres fugitifs de cette famille Pierre est le seul cité parles 
fiches Rouquette. 



Ginhoux 
Antoinette, 
Ginhoux 
Isabeau . 
Ginhoux Anne, 
un fils 1 . 



SÉANCES DU COMITÉ 



21 juin 1922 

Assistent à la séance sous la vice-présidence de M. John 
Viénot, MM. R. Allier, R. Garreta, A. Lods, J. Pannier, H. de 
Peyster, René Puaux, H. Reuss, E. Rott, A. Yalès et N. Weiss. — 
MM. Cornélis de Witt et Maurice Vernes se font excuser. 

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la dernière 
séance, M. H. de Peyster offre une brochure intitulée : France 
after the war, renfermant un aperçu de notre situation écono- 
mique, présenté à la requête du ministre, aux banquiers améri- 
cains. — M. R. Reuss dépose un exemplaire de son volume 
publié par la Faculté des Lettres de l'Université de Strasbourg, 
sur la Constitution civile du clergé et la Crise religieuse en Alsace, 
1 790-1795, et reçoit les félicitations de tous ses collègues à l'occa- 
sion du grand prix Gobert que l'Académie française a décerné 
à juste titre à son Histoire de Strasbourg. 

M. John Viénot adresse des paroles de cordiale bienvenue à 
M. René Puaux que le Comité a décidé de s'adjoindre en sou- 
venir de son père dont il ne tardera sans doute pas à partager 
l'intérêt pour nos travaux. En remerciant le comité, M. René 
Puaux l'informe qu'il a été chargé par son père de choisir dans 
sa bibliothèque tous les livres ou brochures qui ne se trouve- 
raient pas dans la nôtre. Ce don de deux à trois cents unités est. 
reçu avec reconnaissance. 

Des réunions commémoratives organisées par le Musée du 
Désert doivent avoir lieu au Mas-Roux, au Mas-Soubeiran et à 
Font-Mort les 5, 6 et 13 août. Notre Société y sera représentée 
par M. le pasteur Ch. Bost et par M. René Puaux. D'autre part on 
nous demande de nous faire représenter au Congrès pour V Edu- 
cation morale convoqué à Genève pour la fin de juillet et le 
commencement, d'août. Le secrétaire est chargé de s'y rendre au 
nom de la Société. 

M. Pannier signale l'intérêt qu'il y aurait à déterminer le lieu 
où Calvin écrivit la première lettre qui ait été conservée, et la 



SÉANCES DU COMITE 



251 



raison pour laquelle il se trouvait en ce lieu. La copie conservée 
à la bibliothèque de Berne (ms. 450, n° 48) porte : 

Melliani/Idus Septembr. Anno M. D. XXIX 

et en marge : deest in archetypo. 

On s'accorde généralement à dater cette lettre de 1530, et à 
dire qu'il s'agit d'une localité de « Meillan », dans le Cher, sur 
laquelle on n'insiste pas davantage *. 

Il y a en effet entre Dun-le-Roi et Saint-Amand un village de 
Meillant, avec un château bâti vers 1500, par le cardinal Georges 
d'Amboise pour son neveu Charles de Chaumont d'Amboise. Le 
fils unique de celui-ci, prénommé Georges également, ayant été 
tué à Pavie, eut pour héritière sa cousine Antoinette d'Amboise. 
Or elle avait épousé Antoine de la Rochefoucauld, sieur de Bar- 
bezieux, et c'est de leur temps que Calvin a pu venir à Meillant. 
Aurait-il été leur hôte? Etaient-ils partisans des idées de la Ré- 
forme qui commençaient à se répandre en Berry ? A la demande 
de M. Pannier, le propriétaire actuel du château, M. le marquis 
de Mortemart a fait des recherches dans les archives de Meillant, 
et écrit : « Je n'ai rien trouvé qui m'autorise à croire que Calvin 
y soit venu en 1530 ». 

Cependant on n'a pas encore rapproché du séjour de Calvin 
à Meillant le fait que les deux fils d'Antoine de la Rochefoucauld 
figurèrent parmi les gentilshommes s' étant joints à d'Andelot 
(d'après A. d'Aubigné). L'aîné, Antoine, sieur de Chaumont, 
assista à la bataille de Jarnac. De nombreux personnages de 
diverses branches de la famille de la Rochefoucauld furent pro- 
testants aux xvi e et xvn c siècles (France protestante, l re édition, 
t. VI). Cette adhésion à la Réforme aurait-elle été déjà le fait des 
contemporains de Calvin, étudiant à Bourges? 

Le scrutin est ensuite ouvert pour la nomination d'un prési- 
dent et d'un vice-président. Le dépouillement des voix recueillies 
donne la majorité pour la présidence à M. John Viénot et, sur la 
proposition du président, à M. Edouard Rott pour la vice-prési- 
dence. M. John Viénot remercie ses collègues de cette marque 1 
de confiance dont il apprécie toute l'importance et la haute 
valeur. 

Bibliothèque 2 . — Elle a reçu, de M. de Quatrefages de Bréau, 
le registre original du Consistoire de Sauve de 1627 à 1654, qui 

t. tl y a d'autre part, à 20 km. au sud-ouest de Blois au village de Mes- 
land dont Je nom était porté par une famille apparentée aux |Daniel, amis 
de Calvin : ce pourrait aussi avoir été le lieu où Calvin se trouvait en séjour 
vers 1530. 

2. Le Mespris du monde, édition de 1614 dont un exemplaire a été men- 
tionné plus haut, p. 154 est, non de Nicole qui naquit; en 1625, mais d'Isaac 
Arnauld (voir la Bibliographie dans l'Église de Paris sous Louis XIII par 
M. Jacques Pannier. 



SÉANCES DU COMITÉ 



était conservé dans sa famille; — de la part de M lle Meny, un 
dossier de papiers concernant la situation des Protestants de la 
Somme en 1819 et 1820; — de M. René Puaux deux volumes 
renfermant les lettres du professeur Dominique Baudius, Ams- 
terdam, 1639 et 1650; — enfin de M. B. Garreta un beau portrait 
gravé par Wille en 1755, du peintre Jean-Baptiste Massé. Il sera 
placé à côté du portrait au crayon que J.-B. Massé âgé de 78 ans, 
le 29 décembre 1764, exécuta, de sa petite nièce Marie-Anne 
Massé. 

47 octobre 1922- 

Assistent à la séance, sous la présidence de M. John Viénot, 
MM. E. Chatoney, R. Garreta, J. Pannier, René Puaux, E. Rott, 
A. Valès et N. Weiss. MM. Ch. Bost, Gornélis de Witt, E. Morel, 
H. de Peyster, R. Reuss et M. Vernes se font excuser. Le 
comité apprend avec peine que notre collègue M. Reuss a été 
gravement malade pendant les vacances. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté, puis 
le secrétaire rend compte du troisième Congrès d'Education 
morale auquel il a été délégué à la fin de juillet à Genève, et 
dépose deux volumes renfermant les rapports et mémoires pré- 
sentés au Congrès. Plusieurs insistèrent sur la valeur de l'en- 
seignement de l'histoire dans l'éducation. Le D r Siegfried Kawe- 
rau a même proposé la rédaction d'un manuel d'histoire interna- 
tionale. Celui-ci ne pourrait être vraiment utile que si les auteurs 
appartenant à divers pays étaient animés, non seulement d'un 
esprit de sereine impartialité, mais encore du désir de ne dissi- 
muler ou passer sous silence aucun fait ou document défavo- 
rable pour tel ou tel peuple ou nation. 

Le président rappelle que nous sommes convoqués pour dis- 
cuter l'opportunité de tenir notre assemblée générale encore 
cette année à Mazamet où nous a cordialement invités M. Gaston 
Tournier. D'après une lettre qu'il a adressée au secrétaire il ne 
serait plus guère possible de faire coïncider la date de cette 
assemblée avec celle de la Fête de la Réformation. La présence, 
à Mazamet, de plusieurs Églises et la multiplicité d'autres réu- 
nions obligent à s'organiser longtemps à l'avance pour des 
assemblées qui s'adressent à tous les protestants et, vu les sou- 
venirs évoqués, à tous les habitants d'une région. Le président 
ajoute que nous sommes aussi invités à nous rendre en Vivarais, 
où, autour de la maison de Marie-Durand, ou de Désubas, on 
pourrait compter sur une imposante manifestation. L'Alsace qui 
nous a aussi été proposée a été si saturée de réunions de tout 
genre que notre visite peut, sans inconvénient, être remise à 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



253 



plus tard. — Après un échange d'observations, le président pro- 
pose de correspondre avec quelques pasteurs de Mazamet et de 
convoquer pour le 14 novembre à 4 h. 1/2 une nouvelle réunion 
où nous prendrons une décision ferme. Cette proposition est 
adoptée. 

Bibliothèque. — M. René Puaux y a déposé les papiers Boissy 
d'Anglas qui ont fourni la matière de l'article inséré dans le Bul- 
letin de juillet-septembre 1921. —M. Viénot dépose de la part du 
G te H. de Pourtalès un volume qui a fait sans doute partie de la 
Bibliothèque de M. de Schickler : Histoire des nouveaux presby- 
tériens anglois et escossois où est montré la différence de leur Doc- 
trine et Discipline en Religion d'avec celle de France et autres Pro- 
testants... seconde édition, s. 1. n. d. 1660. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 

ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 



L'histoire de la Réforme en Pologne et en Bohême 

Le Bulletin a signalé (1921, 183) la première livraison d'une 
revue trimestrielle consacrée à l'Histoire du Protestantisme en 
Pologne (lieformacya w Polsce). Depuis lors nous avons reçu les 
livraisons 2 à 4 (p. 81-320) de l'année 1921, pourvues d'une table 
de xvi pages. Il y a là toute une série d'articles instructifs. 
M. A. Briïckner nous apprend que c'est une paraphrase en vers 
polonais du Mercator seu judicium (Marchand ou figure du juge- 
ment dernier, 1530) de Naogeorgus destiné à montrer que le 
salut ne dépend que de la foi, qui est considéré comme le chef- 
d'œuvre de la langue polonaise au xvi 9 siècle. Elle a pour auteur 
Nicolas Rey et parut en 1543 ou 1549. — D'après M. Stanislas Kot, 
les étudiants polonais qui fréquentèrent l'Université de Bâle de 
1551 à 1571 exercèrent une grande influence sur le développe- 
ment de la Réforme en Pologne ; — d'après M. J. Klodek, c'est un 
polonais, Samuel Hartlib, qui contribua fortement au développe- 
ment de l'agriculture en Angleterre à l'époque de Cromwell. — 
M. K. Kolbuszewski nous renseigne sur le mouvement hussite en 
Pologne, M. J. Plasnik sur les imprimeurs protestants et 
M. Stanislas Zachorowski, sur les débuts du mouvement anti- 
trinitaire 1560-1565. — M.Wachholz résume l'histoire de l'Église 
protestante de Cracovie. Fondée en 1557, elle fut, en 1570, dotée 



CHROJN [QUE LITTERAIRE 



d'un temple, d'une école et d'un hôpital qui furent détruits eu 
1591. Obligée dès lors de se réfugier à la campagne, elle n'obtint 
qu'en i S 1 6 la jouissance de l'église désaffectée Saint-Martin dont 
la congrégation actuelle est en majorité luthérienne. — M. Wed- 
kiewicz étudie l'influence exercée sur les origines de la littéra- 
ture roumaine par des protestants polonais, en particulier par 
un étudiant de l'Université de Cracovie Jean Honter et par un 
imprimeur, en Transylvanie. — Enfin M. Budka publie le texte de 
la Confédération de Varsovie de 1573, base légale de la tolérance 
religieuse en Pologne. Elle tut signée par 57 protestants et 41 ca- 
tholiques, alors beaucoup moins intransigeants qu'ils ne le furent 
plus tard. 

Dans les deux premières livraisons de 1922, l'abbé Fijalek, 
après Zakwerski et A. Brtlckner, précise plusieurs points de 
l'histoire religieuse de Jean de Lasco, notamment la confession 
catholique signée par lui devant l'évêque de Cracovie en 1542. — 
M. Sobieski raconte comment Jean Zborowski, l'un des promo- 
teurs de l'élection au trône de Pologne de Henri III, le força, 
malgré sa résistance, à la diète de 1573, de garantir aux diverses 
confessions l'égalité des droits (Si non jurabis, non regnabis 1 ). 
M. J. Plokarz évoque la figure de Jan, Niemojewski anabaptiste 
en 1562, qui se rattacha ensuite aux Frères Moraves et, de 1570 
à 1598, répandit les doctrines unitaires à Lublin. — M. le profes- 
seur Bidlo, de Prague, raconte comment, de 1587 à 1609, grâce 
à l'évêque polonais Simon Théophile Tarnowski, un groupe de 
Frères tchèques, réfugiés en Pologne dès 1549, s'allièrent à 
l'Unité des frères polonais, etc. 

Après la Pologne, la Bohême. — Sous le titre de Me for - 
macni Sbornik (Comenium V . Praze), il a paru à Prague, II, °22, un 
volume de Travaux relatifs à l'histoire de la vie religieuse en 
Tchécoslovaquie (1, 1921,316 pages in-4°). M. G. A. Skalsky y 
parle de l'Eglise avant J. Mus; — M. J. J. Krabec, du culte de 
Jean Hus à Kœniggriitz avant la Montagne blanche; — M.B. So- 
nèck, d'une f chronique de l'Unité des Frères, de 1541-1546 dans 
le manuscrit XVII, G. 3, de la Bibliothèque de l'Université de 
Prague; — M. F. Hrejsa, des hérétiques tchèques qu'on décou- 
vrit en Bohème 20 ans avant l'édit de Tolérance de Joseph II 
(1780); — M. F. Bednar, pasteur à Prague, de l'Eglise réformée 
de Moravie en 1548, etc. etc. 

Nous ne pouvons que féliciter nos confrères polonais et 
tchèques d'avoir compris qu'un groupement religieux ne peut 
se développer et même se maintenir que lorsqu'il prend cons- 
cience du rôle qui lui a été assigné et qu'il a joué dans le passé. 

N. W. 

1. Si tu ne promets pas cela par serment, tu ne régneras pas. 



CHRONIQUE LIT TE RAI R E 



2r>5 



Un chapitre de l'histoire des Jésuites. 

M. J. de Récalde continue avec énergie sa campagne antijé- 
suitique inaugurée si brillamment par son Clément XIV et le 
Bref Dominus ac Redemptor (1920), dont nous avons parlé ici l'an 
dernier. Laissant pour aujourd'hui de côté Le message du Sacré- 
Cœur à Louis XIV et le P. de La Chaise. (Excommunication de 
Louis XIV par Innocent XI), nous voudrions dire quelques mots 
de ses deux autres publications nouvelles : 

Ecrits des Curés de Paris contre la politique et la morale des 
Jésuites (1658-1659) avec une étude sur La querelle du Laxisme 
(u Éditions et Librairie », 1921, 405 p. Prix : 7 fr.). 

Abbé de Margon : Lettres sur le Confessorat du P. Le Tuilier 
avec une Introduction et des Notes sur La Politique des Jésuites 
et l'Oratoire. (Librairie Moderne, 1922, 309 p. Prix : 5 fr.) 

1 

Il convient d'abord de bien distinguer la querelle du Jansé- 
nisme et celle du Laxisme, que les Jésuites ont eu le plus grand 
intérêt à confondre et à faire confondre par le public. La 2 e date 
« de la première introduction de la Compagnie L'Université de 
Paris, dès 1 643, critiquait vivement, par la plume d'Hermant, la 
morale relâchée de ces Pères. François Hallier, syndic de la 
Faculté de théologie, dressait presqu'en même temps, au nom 
de la Sorbonne, un court Mémoire » dont « le plan a été repris 
dans un gros volume »,. La Morale des Jésuites (mars '1647), où, 
« très probablement Pascal, dix ans plus tard, prit l'idée, pour 
ses 4 e et 5 e Provinciales, de la formidable digression qui détourna 
soudain contre les Jésuites et leur casuistique sa polémique 
difficul tueuse sur la question de la grâce ». On sait peu « l'im- 
pression profonde produite sur l'opinion ecclésiastique » par 
ces Petites Lettres de Montalte l . Or, « trois mois à peine après... 
le curé de Saint-Roch, syndic du clergé' de Paris, proposait 
à ses confrères d'entreprendre l'examen des pernicieuses 
maximes dénoncées »... L'affaire du cardinal de Retz avait arrêté 
toute juridiction régulière, de sorte qu'il fallut surseoir à la pro- 
cédure. Mais les curés de Rouen s'émurent à leur tour et prièrent 
ceux de Paris d'appuyer leur démarche. Ces derniers, ainsi 

1. Ce nom avait déjà — singulière coïncidence — été pris par Félix Per~ 
retti, qui se fit appeler cardinal de Montalte avant de devenir Sixte-Quint. Il 
l'avait emprunté au château voisin de son village natal des Grottes, dans la 
Marche d'Ancône. 



256 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



encouragés, adressèrent à tout le clergé de France un Avis l'invi- 
tant à poursuivre en commun la condamnation d'un certain 
nombre d'opinions relâchées, et une. Remontrance signée par 
tous les syndics fut présentée à l'Assemblée générale de no- 
vembre 1656. Les Jésuites ripostèrent par une Apologie rédigée 
par le P. Pirot. Les curés de Paris voulurent alors porter le débat 
devant le Parlement. t Mais le roi, influencé par son confesseur, 
qui était un Jésuite depuis Henri IV, le leur interdit. La 'discus- 
sion menaçant de s'éterniser ainsi, ils crurent devoir éclairer 
l'Administration diocésaine en publiant d'abord un Factum, puis 
huit autres Écrits, dont précisément |M. de Récalde donne une 
nouvelle édition dans le livre que nous analysons. 

Arnauld, Nicole et surtout Pascal y ont mis la main, mais la 
signature des Syndics et du Bureau leur assure un caractère 
officiel. Le 7 e Écrit donne tout l'exposé des faits qui forment ce 
grand débat. Celui-ci déborde même les frontières de France et 
agite les universités flamandes. Bref, la querelle du Laxisme fut 
beaucoup plus importante et eut un tout autre caractère que les 
manuels d'Histoire de l'Église ne permettent de le supposer. 
« Ils l'esquivent ou l'étouffent », car « c'est pour tout écrivain 
une question brûlante >;. Seuls, les Écrits « fournissent les plus 
abondantes lumières » ; car, au contraire des Provinciales, ils 
« n'ont jamais été censurés ». Et l'auteur invite, en terminant son 
Introduction, les aspirants au Doctorat dans les Instituts catho- 
liques à y puiser leur sujet de thèse, puisque lui-même n'a « pu 
qu'indiquer les points de départ d'une recherche vraiment libre 
et fournir les éléments d'une discussion plus complète ». 

Des 3 Appendices, le premier analyse et critique Y Apologie du 
P. Pirot mentionnée ci-dessus, le deuxième décrit dans le détail 
la déroute des Casuistes, le troisième complète l'histoire de la 
Controverse du Probabilisme à l'aide des articles du P, Mandonnet 
[Revue Thomiste de 1901 et 1902). 

II 

Dans son Introduction aux Lettres sur le Confessorat du P. Le 
Tellier, l'auteur raconte d'abord comment « une série d'incidents 
contemporains peu à peu dessillèrent ses yeux » longtemps 
aveuglés par ses sympathies et sa fréquentation intime des 
Jésuites : « Dans ces soi-disant grenadiers du Pape, nous décou- 
vrions au jour le jour les banquiers les plus avisés d'un crédit 
truqué, moins soucieux d'honneur que d'autres avantages... La 
vérité ne peut se faire jour que par éclairs ; elle s'étend par taches 
claires, peu à peu élargies sur ce fond noirci d'encre ». C'est ainsi 
qu'un document révélateur lui apparut dans ces Lettres de l'abbé 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



"257 



de Margon aux P. P. de Tournemine et Lallemand qu'il publie 
maintenant in extenso d'après l'original et qui « éclairent d'un jour 
redoutable l'apogée et la chute de cette étrange dictature exercée 
par la Compagnie de Jésus sur la Maison de France : le Confes- 
sorat ». Car « jamais ministère entouré d'un tel prestige ne s'est 
trouvé tout à coup à la merci d'une indiscrétion plus clairvoyante 
et plus enragée ». En effet, l'abbé de Margon n'était rien moins 
qu'un agent secret du P. Le Tellier, successeur du P. de la Chaise 
comme confesseur du roi. Or, jamais « le Confessorat, comme tel, 
n'a encore été l'objet d'une monographie suffisante » depuis qu'il 
« fut confié à un membre d'une société permanente par Henri IV ». 
Celui-ci pensait que si m Paris valait bien une messe, qu'impor- 
tait par surcroit un Jésuite à la Cour, pourvu qu'on eût la main 
sur lui ». 

L'auteur retrace éloquemment le chemin parcouru par le 
Confessorat « depuis le temps où le P. Cotton arrivait à la Cour... 
en guise d'otage pour sa Compagnie » jusqu'à son apogée, alors 
qu ' « aucune autre charge ne saurait lui être comparée ». Mais 
il n'oublie pas que « cette face splendide de la médaille a son 
revers » et que « le P. de la Chaise, pour les siens, pour l'Église, 
pour la France, est l'une des ombres les plus noires que le Malin 
ait jetées dans le resplendissant tableau du grand siècle ». C'est 
le P. Le Tellier qui a payé la rançon des méfaits de son prédé- 
cesseur. 

Un chapitre est consacré à l'abbé de Margon, ce Cadet de 
Gascogne de la famille des Plantavit de la Pause que les Jésuites 
avaient fait venir de Béziers à Paris pour l'utiliser à de louches 
intrigues et qui, s'apercevant qu'il n'était que leur jouet, diffama 
en 1716 « la Compagnie qui lui avait fait l'honneur de l'appeler à 
se ruiner pour elle ». 

L'auteur modernise son récit et le rend actuel en comparant 
les faits qu'il relate à des événements contemporains : « Autour 
d'un Le Tellier, il faut se représenter toute une clientèle de 
scribes à tout faire, publicistes semi-officieux, comme chacun en 
a pu voir tourner autour d'un Combes ou d'un Clemenceau ».:. 

Sans avoir la profondeur de Pascal, Margon « est un voltairien 
avant la lettre » et sait « conter avec malice ». Fort habilement, 
il a glissé dans ses lettres « d'irréfutables pièces à conviction... 
qui expliquent pourquoi la Compagnie a moins cherché à 
répandre qu'à étouffer l'affaire ». Car « ces gens prudents avaient 
eu l'imprudence de trop armer leur ancien auxiliaire ». Sans 
doute, s'ils étaient restés « maîtres de la situation comme ils y 
comptaient », il est probable que Margon ne les eût pas quittés. 
N'oublions pas de mentionner que, pendant tout son développe- 
ment, l'auteur polémise, avec une ardeur souvent heureuse, 



4. Octobre-Décembre 1920, 



17 



258 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



contre le P. Brucker, le défenseur de la Compagnie, dans lequel il 
se plaît à reconnaître « le Jésuite éternel » en comparant « au 
Jésuite qui s'agite en ce moment sous nos yeux le Jésuite de 
Margon ». 

La première Lettre est une Réponse au P. de ïournemine sur 
son extrait (au Journal de Trévoux, sept. 1715) d'un livre intitulé 
Le Jansénisme démasqué. Dans la deuxième, adressée au même, 
Margon désavoue une fausse édition qui a paru de sa première 
Lettre et donne une idée de la politique et des intrigues des 
Jésuites. La troisième, au P. Lallemand, Jésuite, est une Réplique 
aux trois Réponses que lui ont faites les Jésuites et dont la der- 
nière est signée du P. Lallemant, tandis que les deux autres sont 
anonymes. 

Cette très curieuse brochure se complète par trois Appendices, 
dont le premier donne le document assassin « qui est le Mémoire 
écrit par Margon à l'instigation du P. Le ïellier pour obtenir la 
suppression de 1" Oratoire ». Le deuxième offre un Mémoire du 
futur cardinal de Bérulle à Richelieu sur les Jésuites; le troisième 
reproduit, en les commentant, des extraits tirés des Mémoires de 
l'abbé Le Gendre sur le P. Le Tellier et empruntés à une bro- 
chure de Léon Séché (1891). Tout cela mérite fort d'être connu. 

Th. Sch. 



J. de Récalde : Une victime des Jésuites. Saint Joseph Calasanz. 
Le P. Pietrasanta, S. J., contre les Écoles pies, d'après le 
chanoine Timon-David. Paris, librairie moderne, 1922, 168 p., 
k francs. 

L'auteur continue, inlassable, non pas sa campagne, comme 
il le dit lui-même (p. 14), mais sa « série de recherches et d'études 
à travers le passé » des Jésuites. Il débute ici par une épître 
fort courtoise adressée au Révérend Père Enrico Rosa, S. J., 
directeur de la Civiltà catlolica, qui l'avait aimablement traité 
de voyou, d'esprit immonde, de pamphlétaire à gages, de 
loup enragé sous une peau de brebis, d'arien, etc. Cette épitre est 
à lire, c'est un petit chef-d'œuvre de persiflage sain et mesuré. 
Mais voyons la matière du livre lui-même. Qui était Calasanz? 

« Cet Espagnol, d'une race plus illustre que celle de- saint 
Ignace, son quasi-contemporain, s'est permis de fonder à Rome, 
en 1617, les clercs réguliers des Écoles pies de la Mère de Dieu, 
plus connus sous la dénomination abrégée des Piaristes dans le 
Nord de l'Europe et de Scolopes en Italie. C'était élever contre 
les collèges de la Compagnie une concurrence intolérable. 



CHRONIQUE LITTÉRAIRE 



259 



Encore si ces écoles s'étaient contentées de répandre l'instruc- 
tion primaire, comme firent plus tard saint Jean-Baptiste de la 
Salle et nos frères des Écoles chrétiennes... Ce n'est pas cet 
humble apostolat qui tenta jamais les Jésuites, et le peuple alors 
n'était pas leur affaire, n'étant pas encore souverain. Mais les 
nouveaux venus prétendaient enseigner aussi bien — sans rétri- 
bution — les humanités. Crime impardonnable! On le leur fit 
bien voir. Une disposition imprudente de leur Chapitre général 
ayant occasionné chez eux certaines divisions entre prêtres et 
frères lais 7 une vilaine intrigue en profita pour leur jeter dans 
les jambes un Vicaire apostolique à tout faire, le jésuite Pietra- 
santa, qui obtient d'Innocent X la dissolution de cet Institut 
florissant et déjà riche de mérites. Le fondateur, déposé, mal- 
traité, mourut à la peine, en 1648, âgé de quatre-vingt-douze ans, 
avant d'avoir pu se faire rendre justice. Et sa légende au Bré- 
viaire compare sa patience dans le malheur à celle de Job sur 
son fumier. Le fumier abonde, en effet, dans cette histoire... » 

Nous avons cru devoir reproduire tout ce passage, d'abord pour 
donner un échantillon du style de M. de Récalde, puis surtout 
parce que ces lignes donnent comme le sommaire de tout l'ou- 
vrage qui n'en est que le développement, et nous dispenseront 
d'entrer plus avant dans le détail de l'argumentation. Mais il nous 
reste à faire connaissance avec le chanoine Timon-David. 

Né en 1823, à Marseille, il y fonda en 1846, « à peine ordonné 
prêtre, une de ces premières Œuvres de la Jeunesse ouvrière, qui 
depuis lors sont passées presque toutes, en France, aux mains 
rancunières de la Compagnie pour tourner au démochristianisme 
social, antichambre de l'Internationale blanche ». Il a écrit aussi 
« divers ouvrages de direction et de piété universellement appré- 
ciés » et « nul doute que l'Église n'eût reconnu ses mérites d'une 
façon plus éclatante encore, s'il ne s'était heurté, par candeur, 
aux Jésuites. Il avait été leur élève à Fribourg» et aimait leur 
Société. Mais « un beau jour, la similitude de destinée le porta à 
écrire la vie de saint Calasanz (Marseille, 1884), qui n'existait pas 
en français ». Il se contenta d'ailleurs « de traduire, serrer et 
mettre en ordre » celle du Scolope Talenti, qui « parle avec une 
telle réserve qu'il est difficile de deviner, sans en être averti... 
quel fut le rôle des Jésuites dans cette affaire » et Timon-David 
« observe la même discrétion ». Mais ayant eu ensuite connais- 
sance d'un écrit du Jésuite Boéro, « archiviste du Gesù et bio- 
graphe officiel des premiers Pères de sa Société », qui dénaturait 
les faits au point de faire de Pietrasanta, persécuteur de Calasanz, 
le premier panégyriste de sa victime, il recourut aux sources et 
« le résultat de cette confrontation fut accablant pour Pietra- 
santa ». On lui imposa silence et il se tut docilement. Mais la 



260 



CORRESPONDANCE 



Compagnie « abusa, comme à l'ordinaire de sa victoire » et. le 
taxa de bêtise et de mauvaise foi. C'était dépasser la mesure et il 
se rebiffa en publiant sa Réponse à une brochure anonyme (Mar- 
seille, 1890). Comme elle est épuisée, l'auteur en donne quelques 
extraits dans le premier appendice (les autres reproduisent le 
mémoire de Pietrasanta sur les Écoles pies, quelques extraits de 
Tosetti et la Protestation du général des Écoles pies, publiée par 
la Gazette de Florence, le 19 septembre 1847). 

Glanons encore dans cet ouvrage la rétractation du mot 
fameux de Chateaubriand sur les Provinciales (p. 18), l'allusion 
(p. 19) aux lettres de saint Charles Borromée sur les Jésuites, 
« dont personne aujourd'hui ne conteste plus l'authenticité », et 
à la biographie récente, de Mary Ward (p. 21). la polémique contre 
M. Fernand Mourret, professeur d'histoire de l'Église au grand 
Séminaire de Paris (p. 25, note), le parallèle de Loyola avec Cala- 
sanz, dont « la vocation très normale, les dons complets de l'in- 
telligence et du cœur diffèrent, dès l'abord, du génie mystérieux, 
de la figure pleine de contrastes violents, de lacumes et de para- 
doxes que présente » Loyola, « demeuré le type légendaire du 
brasseur d'hommes, plutôt que celui de l'homme d'Église, régu- 
lièrement formé ». 

Errata : p. 27, 8 e 1, d'en bas, lire 164 7. — P. 58, U<* 1. d'en 
bas, que signifie ce mot somasque ? Faut-il le mettre en rapport 
avec Tomasco (p. 31,1. 5), qui n'est pas expliqué non plus, aussi 
peu que Tosetti, cité à la même ligne et dont l'appendice III 
donne des Extraits « triés dans // Gesuita moderno de Gioberti. 
D'après la page 142, Tosetti serait l'auteur de la Vie la plus auto- 
risée de Calasanz. La page 31 cite Talenti comme tel. Une expli- 
cation serait bien nécessaire. 

Th. Sch. 



CORRESPONDANCE 



A propos de la Fête de la Réformation 

Il semble que l'intérêt pour notre histoire, que la Fête de la 
Réformation est destinée à éveiller ou à maintenir, ne se mani- 
feste plus seulement par les discours ou, plus rarement, les confé- 
rences historiques, prononcées, ou données à cette occasion. Nous 
avons relevé avec plaisir, dans quelques feuilles régionales, des 
articles destinés à préciser quelques faits intéressants pour les 
habitants de ces régions. 



CORRESPONDANCE 



Dans Christ et France des l" r et 15 nov. (à suivre), le D r Albert 
Doumergue groupe autour des noms d'Alexandre Roussel pris le 
10 octobre et exécuté le 30 novembre 1728, — de Bénézet dit La 
Treille (1752) ; — de M lle de Caîadon qui avait épousé au Désert, le 
16 juin 1732, le prédicant Maroger, — de Louise Guichard qui 
délivra Jean Roman au château de Monvaillant, quelques épisodes 
dont furent témoins les vallées d'Aulas et d'Arphy. 

Dans la Bonne Semence de novembre 1922, M. Albert Pagès 
raconte l'histoire du temple parisien de Sainte-Marie, construit 
de 1632 à 1634 par François Mansard sous le nom de Notre-Dame 
des Anges, pour les Filles de la Visitation de Sainte-Marie, com- 
munauté instituée à Annecy en 1610, par François de Sales — ■ 
dont la première supérieure, sœur Eugénie avait été protestante, 
— et où furent enfermées plusieurs religieuses de Port Royal, 
parmi lesquelles la mère Angélique. — Sainte-Marie fut affectée 
au culte protestant en 1802. 

Notre collègue, M. Ch. Bost raconte, dans la Fraternité du 
Nord-Ouest, la tentative d'évangélisation du pasteur Cousin, de 
Caen, à la foire de Guibray , en août 1561, d'après la lettre adressée 
à Calvin, qu'a publiée le Bulletin (XXVIII, 456). 

Dans le Bulletin évangélique de V Ouest (1 er novembre), notre 
correspondant M. B. Sarazin énumère unejsérie de persécutions 
dont furent victimes, de 1689 à 1730, les familles Majou, Dela- 
douespe, Guyard, Chappeau, toutes de Mouchamps en Vendée, 
où, déjà en 1904, M. Sarrazin avait relevé sur les registres tenus 
par le clergé avant la Révolution, les noms de 930 personnes 
décédées hors la communion de l'Église catholique (môme 
Bulletin, 15 novembre 1904). 

M. A. Atger a donné au Foyer protestant des 1 er et 15 novem- 
bre 1922, quelques détails sur le culte protestant au XVIII e siècle 
dans la région du Pont de Montvert (Lozère). 

Enfin, last, but not least, dans Evangile et Liberté, des 8 et 
15 novembre 1922, M. Ch. Bost, sous le titre, La prétendue 
trahison de Cavalier, raconte comment, grâce à Jacques Jacob, 
baron d'Aigaliers, qui trouvait qu'un sujet n'a pas le droit de 
s'insurger contre le roi, Cavalier qui avait commencé par 
demander, pour prix de sa soumission, la libération des galé- 
riens, des prisonniers et l'exil autorisé de tous les protestants 
désireux de sortir du royaume, finit par se rendre sans condi- 
tion et s'en remettre à la miséricorde de Louis XIV ! 

Ajoutons que, grâce à la plume infatigable de notre collègue, il 
vient de paraître pour les Éditions de la Cause (33, rue des Saints- 
Pères, Paris, VI e ) un volume bien imprimé et illustré intitulé : 
Les martyrs d'Aiguesmortes, résumant tout ce qu'on peut savoir 



CORRESPONDANCE 



à ce jour sur les prisonniers et prisonnières protestants enfermés 
dans les tours d'Aiguesmortes et particulièrement dans la Tour 
de Constance. Nul doule que ce volume de 150 pages in-18 qui se 
termine par quelques lettres écrites de la Tour et par la liste de 
tous les prisonniers actuellement connus, ne soit bientôt dans 
toutes les bibliothèques scolaires et paroissiales (prix 3 francs). 

L'Église réformée en Russie. Avant la guerre, elle y était 
représentée par des groupements importants à Pétrograd, 
Odessa et Moscou. L'histoire de cette dernière Église dont l'ori- 
gine remonte à l'année 1629 a été résumée par M. le professeur 
Lucien Gautier dans les premières pages du Bulletin de 1907. — 
On n'a pas de nouvelles de l'Église de Pétrograd, qui fut des- 
servie de 1865 à 1903 par le pasteur Eugène Crottct, originaire 
d'Yverdon (1838) et décédé le 8 juillet 1909. 

Mais les Églises d'Odessa et de Moscou existent encore. Cette 
dernière a été desservie de 1894 à 1919 par le pasteur Paul 
Brûschweiler dont le successeur est mort du typhus et est actuel- 
lement desservie par un M. Assmus qui était antérieurement à 
Tiflis. Les fonds de l'Église ayant été confisqués par les soviets, 
le pasteur et les quelques ouailles qui ont survécu au régime 
bolchevik ne subsistent que grâce à l'administration de secours 
américaine. On essaie de les secourir par l'intermédiaire de la 
Croix Rouge et des banques de Riga et Revel. 

Quant à Odessa, il résulte d'une correspondance adressée au 
Conseil de la Fédération des Églises protestantes, que l'Église 
réformée qui y fut fondée en 1842 et dont l'École du Dimanche 
est la plus ancienne en Russie, a, elle aussi, été entièrement 
dépouillée : « Notre maison de rendement et nos capitaux ont 
été confisqués, les institutions de bienfaisance (asile de vieil- 
lards, home pour gouvernantes, etc.), ont été fermées et leur 
mobilier exproprié. L'Église seule nous a été rendue, sous condi- 
tion d'en payer les impôts et de l'entretenir. 11 faut ajouter qu'il 
y a eu des membres de notre paroisse et de notre Conseil qui 
ont été fusillés. Beaucoup sont morts des épidémies ou des priva- 
tions et beaucoup ont émigré ou sont rentrés dans leur patrie. 
En ce moment (6 août) nous restons deux cents à deux cent 
cinquante personnes, tous pauvres, parce que tous ayant perdu 
leur fortune. Comme notre pasteur est mort en 1917 et n'a pu 
être remplacé, les membres du Conseil lisent chaque dimanche 
un sermon en français et en allemand à tour de rôle. Et nous 
aimerions avoir quelques recueils de sermons français, car ce 
que nous avons a été lu et relu plusieurs fois et est de date 
ancienne »... 

Le Conseil de la Fédération a déjà fait un envoi de vivres par 



CORRESPONDANCE °263 

V American Relief Administration (18, rue de Tilsitt) et conti- 
nuera dans la mesure des ressources qu'on lui remettra. Les 
adresser à M. le pasteur E. Bonnet, 8, rue de la Victoire, chèques 
postaux, Paris, n° 396-60. 

N. W. 



Pasteurs de Mouchamps. — {Bull. 1909, p. 5S4). L'article 
Loubat pourrait être complété de la manière suivante : Le pre- 
mier pasteur de Mouchamps connu est Jean Loubat, dit Baptiste, 
originaire du Midi. Il était présent au contrat de mariage de 
Catherine de Parthenay et de Charles Quellenec, baron de Pont 
et de Rostrenen, fait au château du Parc-Soubise (par. de Mou- 
champs) le 4 juin 1568. A la nouvelle de la Saint-Barthélemy, 
Loubat se réfugia dans ce château où il mourut le 8 avril 1573 *. 



Le Mespris du Monde (édition de 1614) dont parle le Bulletin 
(p. 154) est d'Isaac Arnauld (voir ma bibliographie dans l'Église 
de Paris sous Louis XIII, p. 303). Nicole est né en 1625. 



NÉCROLOGIE 



M. Théophile Dufour 

Après Philippe Godet, me voici, non sans un douloureux ser- 
rement de cœur, contraint d'annoncer la mort, à Genève, le 
13 novembre, de notre collègue Théophile Dufour. Il y était né le 
4 octobre 18-44. Après avoir obtenu à l'École des chartes le di- 
plôme d'archiviste paléographe, il avait exercé les fonctions de 
juge à la cour de justice, puis de cassation de Genève, ensuite 
celles de directeur des Archives d'État et, de 1885 à 1900, celles de 
directeur de la Bibliothèque publique. Ses publications sur le Caté- 
chisme de Calvin, sur les livres imprimés à Genève etàNeuchâtel de 
1533 à 1540, sur J.-J. Rousseau, sont connues de tous les histo- 
riens, ainsi que le service décisif qu'il rendit à Genève en dévoilant 

1. Bibl. de la Suc. de l'hist. du protestantisme français : Contrat de 
mariage de Cath. de Parthenay et de Ch. de Quellenec ; — Benjamen Fillon : 
Lettres écrites de la Vendée à Anatole de Montaiglon, 1861 ; — Lièvre : Hist. 
des prot. du Poitou, I, 186. 



NÉCROLOGIE 



le faux introduit par les Civry dans les documents grâce auxquels 
ils contestaient à la ville l'héritage du duc de Brunswick. 

Lorsqu'au mois de septembre dernier, après une longue sépa- 
ration, je pus de nouveau m'entretenir avec lui, je retrouvai, nul- 
lement atteinte, son étonnante mémoire, son érudition aussi pré- 
cise qu'étendue et variée, ses dossiers où il mettait instantanément 
le doigt sur le renseignement cherché, — et par-dessus tout la 
même inaltérable obligeance que j'avais si souvent éprouvée. S'il 
se déplaçait plus difficilement, s'il avait renoncé à la publication 
de la correspondance de Rousseau qu'il paraissait seul capable 
d'annoter — il conservait encore le projet de publier dans notre 
bulletin, en reprenant une note importante insérée dans les Mé- 
langes d'Emile Picot, une série d'articles intitulés Calviniana. Il 
nous les avait, promis avant la guerre, n'attendant, pour les mettre 
au point, que de pouvoir compléter une recherche à Paris. Il n'a 
jamais pu y revenir et cette promesse est à son tour restée à l'état 
de projet. Ceux qui connaissaient sa grande valeur — qui ne 
sera pas remplacée — regrettaient qu'il parût garder pour lui tant 
de travaux dont il n'a cessé d'accumuler les matériaux. Qui de 
nous ne l'a entendu dire et répéter qu'on se pressait trop de pu- 
blier et d'ajouter ainsi à celles qui encombrent les livres et les 
revues, de nouvelles erreurs ! Cette répugnance provenait uni- 
quement du souci de ne rien faire paraître qui ne fût définitif. Il 
avait horreur de l'inexactitude au point de mettre spontanément 
à la disposition de quiconque publiait un ouvrage intéressant 
Genève, non seulement son érudition mais encore son temps. Il a 
couvert de notes marginales, après le Calvin de M. E. Doumergue, 
beaucoup d'autres travaux, en dernier lieu les Registres du Conseil 
de Genève et le volume de H. de Vries, Genève pépinière du Calvi- 
nisme. Le reproche d'avoir été trop exigeant pour lui-même se 
retourne ainsi en partie contre ceux qui ont largement usé d'une 
complaisance parfois un peu ombrageuse, mais qui ne ménageait 
ni son temps ni sa peine Que sa veuve et ses enfants veuillent 
bien trouver ici la nouvelle assurance de notre sympathie 
attristée. 

N. Weiss. 

1. Cf. le Journal de Genève des 14 et 16 nov. el la Pairie Suisse du 22 no- 
vembre 1922, 



Le gérant : Fiscqbagheh. 



Pans. — Typ. Ph. Rknouard, 19, rue des Saints-Pères. — 56648. 



Société de l'Histoire du Protestantisme Français 



TABLES 



i. TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES NOMS DE PERSONNES, 
DE LIEUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 

QUE RENFERME LE TOME LXXI (ANNÉE I922) 

du Bulletin historique et littéraire de la Société de l 'Histoire 
du Protestantisme français 



i beille (François), 100 n. 
Abjuration en Provence (1641-1684), 
31 ss. 

Icadémie des sciences de Berlin, 122. 

kdenbirch (Jean de Peyster, sei- 
gneur d'...), 48 n. 

ligalier (Jacques Jacob baron d'...), 
261. 

iigues (vallée d'...), 18. 
iigues mortes (Les Martyrs), 261. 
Lillaud (Théophile), 31. 
Lilly (Marguerite d'...), belle-sœur de 

Coligny, 187. 
Uavoine (Isaac) et famille, 196, 101, 

198 n. 202, 205. 
ilbret (Jeanne d'...), 118, 193. 
ilbon (Marcors, Vivarais), 240, 241. 
idéandre, 133. 

dlemand (F), camisard, 231. 
illier (Raoul), 14 n., 113, 153, 250. 

Hier (François) et famille, 10O n. 

209, 211 n.' 
Umanach catholique pour 1921, 5. 
Usace, 168. 

ilteirac (Anthoineï, 100. 
naboise (card . Georges d'...). — 
Charles de Chaumond d'...) Georges 
son fils, 251. 

mboix (d'...) de Larbont, 153, 154. 
ndrigue (Catherine), f. Gilly, 230. 
Ingers, 151. 

ngouléme (Marguerite d'...), 61. 

4. Octobre-Décembre 1922. 



Antibes, 9. 

Arbalestier (Charles d ), sieur de 
Montclar et de Beaufort, 19. 

Arbaud de Mathcron (Antoine d'} ou 
de Bargemont 1648-1666, 12. 

Arches (Jean Jacques de Mesmes 
sieur d'...), 1. 

Arène (Ftienne), 102 et 102 n. 

Armand (chapelain), 8'/. 

Arnaud d'Arnaud, syndic (1662), 21. 

Arnaud (famille), 209 n. 

Arnauld (Isaac), 181. 

Arphy { vallée d'...), 261. 

Arras, 164. 

Assemblées (Les) du désert dans les 

montagnes du Castrais, 118 n. 
Assmus (past.), 262. 
Atger (A.), 261. 
Al his, 70. 

Atkinson (Ernest), 90 n. 
Aubais, 230 (marquisat d'...) Gard, 
201 ss. 

Aubert (llippolyte), 154, 222. 

Aubonne, 160. 

Aulard, 122. 

Aulas (vallée d ), 261. 

Aulnis (J. L. D'..,\ ancien, 198. 

An?wis, 193 ss. 

Ausèbe (Marie Madeleine), f. Walet, 
203. 

Autheville (Suzanne d'...), f. Courtin, 
187. 



18 



266 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



Autriche (Ilist. du prot. en) depuis 
le début jusqu'à ce jour, 114. 

Autriche (Société de l'Histoire du 
Protestantisme en), 154. 

Avenelles, (des), 161. 

Azay proche St. Maixent, 72. 



m\an de la Roche (Description geo- 
I) gnostique œconomique et médi- 
cale du), 51. 

Barbot (Jehan), 42. — Mathieu, 44. 

Barboyre, 61. 

Bargemon (Antoine d'Arbaud de), 12. 
Barr, 170. 

Barre (Estienne), 100. 
Barrière (la) 197. 
Bartholmess, 123. 
Bas (Daniel), joailler, 147. 
Baschi (barons de), 208 ss. 
Bastide (Henri ou André), past. 1751- 
1759, 212. 

Bastide {la) des Gros ou des Jour- 
dans, lin. 

Baudan (past.), 228. 

Baudet (Jacques), 47. 

Baudries (Dominique), 252. 

Haudrillart (Mgr), 5, 172. 

Baudry (Jean), 199 n. Charles. — 203- 

Bauduin, Baudoin (François), 155, 163. 

Baume des fées (La), 231. 

Baumelle (Antboine et Jacob), 100. 

Bauquemare (Nicolas de), 40 n. 

Bausset (Pierre de) prévôt de la 
cathédrale de Marseille, 15. 

Bà ville, 145. 

Bayonne (Louis et Marguerite), 38. 
Beaufort (de Montclar de) 28. — 

Charles d'Arbalestier sieur de...), 1 9, 

55. 

Beauniesse (Diane), 229. 

Beaumez (Théophile), 229. 

Beauregard, 246. 

Beau vais, 157. 

Beauvoir (sieur de), 157. 

Becdelièvre (Charles de). 41 n. 

Béchard (Simon) , 230. 

Bednar (F.), 1548, 254. 

Belin ou Belles (Noël), 42 n. 

Bellanger (past.), 202. 

Bembo (Pietro), 132. 

Bonedetto (moine), 134. 

Beneficio délia morte di Gristo, 134. 

Benelle (sieur de), 220 n. 

Benezet (famille), 209 n. — ministre 

dit La Treille), 218 n., 261. 
Benoit (Alexandrine), f. Gide, 112 n. 



Béraud (Marie), f. Thune et famille, 
233. 

Berjou (Normandie), 75. 
Berlin, 234. 

Bernard (Jean) past., 22. 
Bertrand (Marthe), 1680, 97. 
Bè/.e (Théodore de), 161, 219. 
Bicbi (card.), légat du Pape, 17. 
Bidlo (prof.), 254. 

Bigars (Guillaume), sire delà Londe, 

42 n. 
Bi lange, 209 n. 

Billard (Pierre) et famille, 229. 
Biliy (Pereeval de) et famille, 188 
Bismark, nationaliste, 126 n. 
Blacher (Antoinette), 233. 
Blanage, famille, 209 n. 
Blanc, 209 n. Marie, — 241. 
Blanchard (François), 188. 
Blancher, famille," 209 n. 
Blaneoulier (Nicolas) — changé de 

religion, 199 n. 
Blasine (Jeanne), f. G inhoux, 246. 
Blesi (M r de), 225. 

Blez (Marie) f. Beroald min., 220 n. 
Blissonne, 105. 

Blumortier (Marie Jeanne), 199 n. 
Bochart de Champigny (François^ 

sieur de Saron, 19. 
Bo/J're (Vivarais), 245. 
Bohême (protestantisme en), 254. 
Boinet (Madeleine), f. Jean St Léger, 

198, 205. 

Boisset (Jacques, (Antoinette), f. Quis- 

sac, 229 et 230. 
Boissy d'Anglas (famille), 180, 253. 
Bombonnoux, camisard, 229. 
Bonnemère, 147. 
Bordeaux au xvni e siècle, 165. 
Borelly, médecin, 100 n. 
Borromeo (Carlo), 138. 
Bosc, 209 n. 

Bosse (Pierre) et famille, 95, 187, 

187 n. 
Bossert (A.), 127 

Bost (Charles), 127, 152, 153, 182,243, 

250, 252, 261. 
Botha (Graham), 50. 
Boucher, 96 n. 
Boudet, dit Gautier, 71. 
Bouillon (maréchal de), 193. 
Boulet (Victoire), f. Comte, 232. 
Bourbon (famille), (Antoine de) et 

Bauduin (François), 156 et 164. 
Bourcbenin (Daniel), 184. 
Bourdon (François), 161 . 
Bourgeon (Gédéon), past., nécrol., 127 



DE LIEUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 267 



Bourges, 164. 

Bourguet, 148. 

Bournonvilte (M. de), 199. 

liourrilly (V. L.), 

Bocage normand, 70. 

Bonzone prés Colognac, 148. 

Moycr (past.), 212 n., 213. 

Bozenti (Jaquette), f. Favenline, 37. 

'Brassac, 17 4. 

Broun (hôtelier à Strasbourg), 112. 
Bréban (Elisabeth , ('. Uoy Uaulphiné, 
94. 

Brcscou (fort de) près Agile, 258. 
Bresle, 90. 

Brèvcdenl (lieutenant général de), 43. 
Brieu (Jean Louis), 197 n. 
Brignoles, S.) 

Broche (Catherine), f. Gide, 103. 
Brouard dit Béroald (Mathieu) 219, et 

famille, 220 n. 
Brousson (Claude), 127, 149. 
Bruekner (A.), 253. 
Brueis (Pierre), 100. 
Brun (past.), 232. 
Brunei (Pierre), 100. 
Brunei (Médard). 203. 
Bruschweiler (Paul), past,. 262. 
Bry (Théodore de), 120. 
Buffet (signe de richesse), 212. 
Buire (Jean Louis de), 199 n. 
Burzel (Vivarais), 199 n. 



Cabrière & Cabrière (F Aiguës, 38. 
adabuech (Baisse/, Gard), 147. 
Cadenet, 11. 

Cadier ou Capdur (Marie de) et fa- 
mille, 14!). 
Cadix (past.), 181. 
Caen, 70. 
Cahors, 157. 

Caladon (M lle de), f. de Maroger, 261. 
Calais, 157. 

Calasanz (Saint-Joseph), 258. 

Caligny (Basse Normandie), 72. 

Calvin (maison de), 50. — et la Théo- 
logie germanique, 116. — Jeunesse 
de, 159. — cl, la Benaudie, 161. — 
1 re lettre conservée de...), 2. : i0. 

Calviniana, 264. 

Calvisson, 230. 

Camisards (guerre des , 178. 

Gampredon (dit Duthil), 71. — dit 
aussi Le Blaquière ou Dutil, 82. 

Canisius, 138. 

Cailler bury , 90. 

Caponne (Gentille), 102. 



Capellc (Louis), s r de Montgembert 
94 n. 

Caraflfa (Giampietro), 133. 

Carcassonne, 231. 

Cardaillac (Pierre de), dit Saint-Mar- 
tin, 96. 

Carnesechi (Pietro), 134. 

Caron (Angélique). 197 n. 

Cartier (Alfred), nécrologie, 127. 

Cassander, 164. 

Caspar-Jordan, 126. 

Cateau Cambi-ésis (Traité de), 157, 193. 

Catinat, camisard, 231 . 

Catherine de Médicis ( Le rogaume de), 
La France à la veille des guerres 
de religion, 126. 

Catherinot, 164. 

Cause v Au service de la), 118. 

Caux (M. M. de), 84. 

Cavalier (Jean), 177 — La prétendue 
trahison de..., 261. 

Cavour, 51 (paix de 1561), 51. 

C a za ri ls, 175. 

Cazenove (Arthur de), nécrol., 191. 
Ceillaf, lire Silhac, 147. 
Cervini (card.), 135. 
Chabdnnerie la, (Vivarais), 241. 
Chahrière (M. de), 17. 
Chalançon, 238. 

Chambon (subdélégué), 103. — minis- 
tre, 127. 

Chambre de l'Edit de Grenoble, 9, 16. 
Chambrier (baron de), min. plénip. 

du roi de Prusse à Paris, 110. 
Champigny (François Bochart de...), 

sieur de Saxon, 19, 22. 
Chappeau, 261. 
Ghapellière (Anne), 247. 
Chaponnière (Francis), 154. 
Charbonnel (past.) 181. 
Charmuzy (François), past. 1770,200. 
Charnisay (baronne de), 112, 249. 
Charreau (Daniel), 92. 
Charrier (Suzanne), 145. 
Chasofe (Antoinette), P Roussel, 230. 
Ghatillon (Odet de...), 88. — cardinal, 

156. 

Cbatoney, 113. 252. 
Chauvin (pas!.), 1 6, 32.— 122 ; — (Jean), 
37. 

Chazot, famille, 209 n. — Antoine et 

Guillaume, 211 n. 
Chelard {Le Chey/ard), 246. 
C/tefrène (Le), 82. 
Chirouze (Jean), 233. 
Chronologiette, 208. 
Cisneros (card.), 132. 



268 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



Claris (Barthélémy), 1744-1748, past, 
212. — camisard, 231 — Suzanne de, 
r. Soulier, 149, 240. 

(tavelle ou Glavel (Catherine) et fa- 
mille, 228. 

Clef (La) des Champs, 1586, 120. 

Clément J.ouis), 100 n. 

Clémence (Jeanne), f. Gandille, 101. 

Cohen (Gustave), 52 ss\, 121. 

Coligny, 156 (Odet de), 186. 

Collège français de Merlin, 122. 

Colloque de Poissy, 156. 

Colognac, 148. 

Colombe (Jean le Bachellé, s r de...), 45. 
Combe, famille, 209 n. 
Commentaire des lois ecclésiastiques 

et civiles de Constantin, 164. 
Compagnie du S'-Sacrement à Aix, 

13. 

Compreville (Iloland de), Combreville 
ou Cobreville de Hottencourl, 193. 

Comte (Auguste). 183. — François, 
232, 234. 

Condé (prince de), 1560, 156, 160. 

Condé-sur-Noireau, 70. 

Confédération de Varsovie (1573), 254. 

Congrès pour l'Education morale, 
250. 

Constance [Tour de), 228. 
Constant (abbé G.), 142. 
Constantin (Louis Charles), 203. 
Constitution civile du clergé en 

Alsace, 1790-1795, par II. Beuss, 250. 
Contarini (Gaspard), 132. 
Corbière (dit la Picardié), 118 n. — 

Moulin de..., 214. 
Costard d'Ifs (Eugène), 70. 
Coste, famille, 209 n. 
Cotentin, (Le), 1754, 82. 
Cottens (M. de), 50. 
Cotliu (J.), ancien 105 et famille, 106. 
Cotton (Nofd), '.0. — P., 207. 
Couderc (David), prédicant, de Yiel- 

jouvès, 148. 
Goulet, famille, 98 n. 
Couptrin ou Couptrain (Renée de), 

93, 180. 

Courciilon (Marie, et famille, 188. 
Court (Antoine), 69, 114, 119. — de 

Gébelin, 83. 
Courlin (Pierre), 93. — et famille, 187. 
Cracovie (Église protestanle de), 253. 
Crampon (abbé), 57. 
Craux, 238. 

Confessorat du P. Le Tellier (Lettres 

sur le), par l'abbé Margon, 255. 
Cousin (pasteur), 261; 



Gouthaud de Reinbey, 125. 
Gros (André) et famille, 234. 
Gros (Gard), 139. 
Crottet (Eugène) past., 262. 
Cugny, 194. 

■ v anice, 187. 

Uaniel, amis de Calvin, 251 n. 
Dardier (Charles), 56. 
Dauchel (Louis), 196. 
Daufès, 209 n. 

Daulheville (Louys), (Paul), sr. des 
Costes, 92. 

Débuire (Jean Louis), 202. 

De Haye (Jean Pierre), 199 n. — Fran- 
çois, 203. 

Dejours (Gahrielle), f. Moulard, 147. 
• Deladouespe, 261. 
Delaigle (Angélique), f. Debuire. 202. 
Delbos, 209 n. 
Deleuze, 108. 

Delivet (Jacques), 70. — Jean et Pierre, 
87. 

Delome, 209 n. 
Delon, 20?. 

Delord (André), 209 n. — et famille, 

211 n., 232. 
Delorte (Marie), f. Gautier, 102. 
Denis (Ernest), 129. 
De Peyster (IL), 50. 
Descaries, 53, 121. 

Deschamps (Marie Jeanne), changé de 

religion, 19!) n. 
Dcscons 'Suzanne), f. Ijarriol, 241. 
Désert (Cultes du...), 1 18 n. et 207 ss. 
Desgueryne, 94. 
Desubas, 215, 244. 

Dezon ou Deshons (Suzanne) et fa- 
mille, 148. 

Diane de France (duchesse d'Angou- 
lèmej, 93. 

Diane do Poitiers et Catherine de Mé- 

dicis, 156. 
Dictrich (Dominique), 170. 
Dordonne (Balthazar de Villeneuve, 

sieur de...), 8. 
Dornholz ha usen , 125. 
Dortial, 243. 

Doumergue (Doyen Emile), 177. — 

(D r Albert, 261. 
Dubarat (abbé), 119 n. 
Dubourdieu (pas!.), 229. 
Ducellier (Marie Catherine) et famille, 

1!)'.) n., 201. 
Du Chaîne (J.-B.), 17. 
Duchaisne (Louis), 17. 
Duclé (Sarah), f. Garel, 101. 



DE LIEUX, ET DES 



PRINCIPALES MATIÈRES 



269 



Duclos, past., 84. 

Du Fay, s r de la Taillée d'Eschiré, 183. 
Dufour (Jehan), 40 n. — Nicolas, 41 n. 

— Théophile, néerologie, 5 2S3. 
Duhan (capitaine), 122. 
Dumas, 20'.) n. 

Dumez (Marguerile), f. de Saint-Lé- 
ger, 197. 
Du Moulin (Pierre) avocat, 187. 
Dupin (.M.), 1 i 7 4 , 225. 
Duplessis Docagne, 87. 
Duprez (André), curé, 109. 
Ducpiesne (Joseph), 151 n., 163. 
Durade (Jean), 112. 
Duraud, famille, 209 n. — Marie, 238. 
Duroeq (Th.), 59. 
Diirnhofer (Lorcnz), 220 n. 
Du Sellier (Louis), 199 n. 
Dussillier (Marguerite), 199 n. 

■ -yauplel-les-Houen^ 48; 

Hibruy, prédieant, 152. 

Bckbolsheim (Alsace), 170. 

Edits (d'Amboise), 158. — de Janvier; 

1562, 157. — de Nantes, 7. 
Eglise française de Berlin, 122. 
Elisabeth (reine d'Angleterre), 90, 157. 

— de France, duchesse de Berry et 
de Savoie, 88. 

Emmanuel-Philibert, duc de Savoie et 

Cal h. de Médicis, 157. 
Encontre (Daniel;, 183. — et famille, 

184, 212. 
Enschédé (A. J.), 46. 
Esmangart (intendant), 86. 
Eseoflier (les pasteurs), voy. Scoffier 

et famille, 126, 127. 
E spinas.se s, 21. 

Estaque (Jeanne), f. Delort, 232. 
Estienne, 28. 

Estouleville (Marie d), f. Bigars de 

la Londe, 12 n. 
Etampcs de Valançay (Jean-Baptiste 

d', 1680-1684), 12.' 
Ei/quièreS) 10. 

1 Tibre (J.), 50, 113, 153. 
^ abre (Jacques), 37. 
Falgairolle (Prosper), 144. 
Farjon, loi . 
Faueré (Chai les), 199 n. 
Faventine (Antoine) et famille, 37. 
Favier (Robert (, 07. 
Félix (Catherine), 37. 
Ferdinand, roi des Romains, 133. 
Feriïère, 230. 
Verrières (Eglise de). 171. 



Ferry (Jérémie et Suzanne), 45. 
Fesquet (Jean), 97.— et famille, 102. 
Fijalek (abbé), 254. 
Flaissières, 231. 
Flamend (Thérèse), 1!)9 n. 
Flavard. 209 n. 
Flavy le Martel, 193. 
Fléchicr (past.), 212 n., 214. 
Folcher (Jean), s r de Montaren, 102. 
Fonbrune-Berbinau, 144, 153. 
Fontanieu (Eve) 101. 
Font-Mort, 177. 

Forbin (Jean-Baptiste de), seigneur 
de la Roque d'Anthéron, 10. 

Forbin-Janson (Toussaint de), 12. 

Forcalquîer, 9. 

Forçat (congé de), 180. 

Foj'esta (Jean-Augustin de), marquis 
de la Roquette, 18. 

Forestier (Marguerile), f. Prunet, 231. 

Fonney, 122. 

Foueard, famille, 107 (Charlotte), 196. 

Fournière ou Fornière (Jeanne), f. 
Gervais dit Capon, 149. 

Fraisse, prisonnier, 217. 

Franc fort-sur-le-Mei n (Eglise fran- 
çaise de...), 122. 

François (not. prot. 1605), 186. 

Frédéric (1,11 et... Guillaume, 122. 

Fresne, 70. 

Friedrichsdorf, 12 4. 

Frière (Picar) 199 n. — et famille. 201. 

Froment, 96 n. 

pachon (Jean) 1767, 1768, past. 212. 

' Jalafrès (Jacques) et famille, 96. 

Galapes, famille, 96 n., 101 n. 

Galdy (Pierre), 101. 

Galières (baronne de) dame de R es- 
tin chière s, 213, 

Galland (A.), 87, 154. 

Gamart (Marguerite), 199 n. 

Gandille (Pierre), 101. 

Garde (Catherine et Antoinette), 1 01 . 

Gardies (Anthoine) et famille, 101. 

Garel (Thomas), etc., 101. 

Garreta (Raphaël), 48 n., 113, 133, 
190, 24 4, 250, 252. 

Gaspar (Jean), 102. 

Gauherl, 151. 

Gaultier de Saint Blancard (past.), 
230. 

Gaussen (Anne), f. Gros, 231. 
Gautier (Lucien), proless. 121, 151. 
Gautier (past.), 70. — et famille, 102. 
Gautier (Gentille), 102. 
Gazan (David) dit La Jeunesse, 148. 



-270 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



Gazaye (Jeanne) f. G inhoux, 240. 
Gazeite (Nouvelle) des Savants, 122- 
tîelin (IL), 185. 

Genève, et la conjuration d'Arnboise, 

1,;-)^ '_ 1574, 220. 
Genlis (François de I langest, seigneur 

de...), 193. ' 
Gential dit Lassaigne ou LaSagne, 85. 
Genty (Monsieur), 98. 
Georgeau, 187, 

Cervais (Pernette Louise), f. Gide, 

112. — et famille, 151. 
Geslacht-Register des Oude Kaapshe 

Familien Kaapstad, 1893-1894,51. 
Gex {pays ( ^')> 25. 
Ghislicri (card. Pie V), 136. 
Gide (Etienne) et famille, 102, ss.112. 
Gignac, 1 1 . 

Gilbert (Thomas), 93. 
Gilly, 13. 

Ginhoux (Pierre) et famille, 240 ss. 

Giran 209 n. — et famille, 237. 

Giraud, 20!» n. 

Gluras ou Gluyras, 23:5. 

Gobert (grand prix), 126, 159, 2:30. 

Godeau, évoque, 10. 

Godefroy, dit Lebas, 74. 

Godet (Philippe), nécrol., 191. 

Gonzaga (Ereole), card., 131. 

Gordes, 10. 

Gosselin (Nicolas), 41 n. 
Goulin (Pierre), 37. 
Grasse, 9. 

Grave {Hollande), if». 

Grenoble (Chambre de l'Edit), 16. 

Grenon, 225. 

Grucbet de Soquenee, 41 n. 
Guéret, 170. 
Guérin, 209 n. 

Guérine (Isabeau). — et famille, 38. 
Guès, 107. 

Guibal (Théophile), past. 182. 
Guimond (Etienne Modeste), prieur 
cure, 190. 

Guiraude (Catherine),!. Galafrès, 99. 
Guiraud (Théophile), 102 n. — Jean, 
153. 

Guise (les) et Cath. de Médieis, 156. 
Ounzer, 170. 

Grilbac (Marguerite), 241. 
Groeeaux (Claude et Jacques), 199 n., 
203. 

G uéraut (Marie), 237. 
Guibray (foire de...;, 201. 
Guicbard (Louise], 201. 
Guidez (Catherine) Guidés ouGuidais 
et famille, 230. 



Guillot (Jacques), 241. 
Guiof (Marguerite), 11)9 n. 
Guyard, famille, 261. 
Guirauld, famille, 20'.) n. 

Hagombard (.Madeleine), 196. 
allier (François), 255. 
Ham, 193. 
Hambourg', 154. 
Hamptoncourt (Traité de), 137. 
llangest (François de), seign. de G en- 
lis, 193. 

llareourt (maréchal d\..)86.— et fa- 
mille, 92. 
llargicourt, 204. 
Hartlib (Samuel), 253. 
Ilautevijlc (Elisabeth d'...) 88 ss, 180. 
Ilaulevil/e en Charchigné, 88. 
Hébert (Jean-Pierre), 203. 
Henry (Ernest), 90. 
Henri 111 eu Pologne, 25 i. 
llerzog (past.), 51. 
liesse, 124. 

Ilesse-Hombourg (landgrave de...) 
* 125. 

lieu (Gaspard de...), 100. 
Hirtsï (past.), 170. 

Histoire des nouveaux presbyté- 
riens anglois et écossois 1660, 253. 
Hollande (Ecrivains fiançais en), 52. 
I Ion 1er (Jean), 254. 
Hrejsa (F. ), 251. 
Hugues (Edmond), 178. 
Hus (Jean), 120, 254. 

Icard (ministre), 127. 
Ilwickersheim, 170. 
lfs-sur-Laizon,ckàleau deCoslardJU. 
Irissac, 217. 

Isnard (Joseph), f. Clavel, 22 . 

Jalabert (veuve), 103 n. 
alla Jean), 51, 02, 120. 
Jansénisme (Le) démasqué, 258. 
Janvré (Charles), sieur de Lestortière 

et famille, 183. 
Jaubert (abbé), 107. 
Jaynie (Pierre), 37. 1 
Jeansène ou Jansen (Jean), 37. 
Jésuites (La Morale «les, et Ecrits des 
(aires de Paris, etc. 1658-59), 255. 
Jonquière (François), 100. 
Jonquières (terre de) près Compiègne, 

190. 
Joucas, 10. 

Jouvenl (Jouanvins), paroisse de Saint- 
Gencst-la-Champ, 241. 



DE LIEUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 



Julian (Claude), 100. 
Jnllian (Jean Pierre), 237. 
.lu n as, 215. 

Kawerau (Siegfried), professeur, 252. 
iéfer, pas t., 110. 
Klodek (J.), 253. 
Knoderer (past.), 170. 
Ka'niggriltz, 251. 
Kolbuszewski (K.), 253. 
Ivut (Stanislas), 253. 
Krabec (J. J.), 254. 

Iabite (Jacques), 92. 
ja Blaquière, 71. 
Laborie (de) ministre, 97, 240. 
La Boulaye, i8. 
Labouraire (Tristan), 100. 
La liréo/e, 9. 

La Butte, (Th. de Bèze), 225. 

Lacaze, 175. 

La Croze, 122. 

La Chaise (le P. de), 257. 

La Cliarce, 1 1 . 

La Caste, 10. 

Lacrouzetle, 171. 

Lacroix (.M. et M 11 -), 108. 

La Fayette, 124. 

La F ère (de), past., 194. 

La Ferlé (Jacques et Louis de) 75. 

La Fontaine, 61. 

La Force duc de), 1 1!). 

llotière (château de) par Cérisy- 

la-SalIc, 83. 
Lainez (jésuite), 13 l. 
La Liquière (M. de...), 214 n. 
La Louve tière, 85. 
La Manière (curé), 195. 
Lamarine, famille, 209 n. 
Lamotte, famille, 21)9 n. 
La Molle d'Aiguës, 9. 
Lamy 'Charles) et famille, 197, 199 n. 
Laneufvilie (M.), 85. 
Laon el la Fève (Eglise de), 195. 
La Picardié (Corbière dit...), prédi- 

cant, 174. 

La Planche (Jacques de), pasteur, 31. 
La Porte (de) (Philippine), f. Alavoine, 
198 n. 

La Renaudie (Jeandu Barry, srde) et 

famille. 160. 
La Rochelle (1770) 80. — and Ihe mars 

of religion, 154. 
La Roque d'Aubais, 213. 
La Roche loucaud (Antoine de) et 

famille, 251. 
La Roque d'A/tthéron, 10. 



Larroche (past ), 177. 

La Rouvière ou La Rouveyre (Vi va- 
rais), 212. 

Lasco (Jean de), 254. 

La Salière (Jean de), 87. 

Lasalle ((Lard), 149. 

La Sauvagère (M"" de), 183. 

Lasserre (past.), 212 n. 

La Taillée (de)'famille, 183. 

La Traverse, près Saint-Fortunat, 
243. 

Laudonnière (expédition de...), 120. 
Laurence (Magdeleine), 99. 
Laurent (Louis), f. Rieude, 99. 
Lauris, 37. 

Lausanne (Refuge à), 239. 
Lautier (le sr), 230. 
Lauzière 209 n. — et famille, 211 n. 
Lavabre, 214 n. 

Lavaur (damoiselle) et ses tilles, 103 n 
Lavergne (abbé de), 33. 
La visse, 53 n. 

Lavoye (Catherine de) et famille, 48. 

Lavy (Jean Pierre), 199 n. 

Law (John), 61. 

Laxisme (La querelle du), 255. 

Le Bachellé (Jean), s r de Colombé, 45. 

Lecoq, 93. 

Le Cordier (Pierre), 41 n. 

Le Doux (Marie Anne Martine), 199 n. 

Lefèvre (Quentin), 199. 

Leide, 53. 

Lelicur (Catherine), f. Cappel, 94. 
Lemarchant (Jacques), 93. • 
Lemercier (Thymoté), esc. sr de la 

Ilérodière, 94. 
Le Moyne (Jacques), peintre, 120. 
Lenfant, 122. 
Léonard (E.), 218 ss. 
Le Parquier (K.), 40 ss. 
Le Rat centenier, 42. 
Le Quesne (Jacques) et famille, 48. 
Lequeux (Marie), f. Watbot, 197 n. 
Leroux (Alfred), 154, 165. 
Le Roy (Marie Anne), 198 n. 
Lesdiguières (M. de), 13. 
Lettes (Jean de), ex-évèque de Béziers 

et Montauban, 100. 
Lettre sur les Assemblées des reli- 

gionnaires du Languedoc (1745), 

114. 

Lévrier (Pierre), 80. 
Lewis (D r ), 182. 
Lisbot (Daniel), 197. 
Lisle (Rachel ou Rachelle de), 92, 
186. 

Lods (Armand), 50, 64, 153, 250. 



272 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



Loesche (D r Georg), 114, 154. 
Loise ou Loire (Nicolas), 199 n., 203. 
Lombard (past.), 86. 
Londc (Guillaume Bigars s r de la...), 42. 
Loré (Ambroise de) et famille, 88. 
Lorraine (eard. de) à Trente, 137. 
Loubat (Jean) dit Baptiste (past.), 
263. 

Loubière (Suzanne) et Camille, 242. 

Louis XIII, S. — XIV 10, 122. — à Stras- 
bourg 110. — et le message du 
Sacré-Cœur, 255. 

Lourmarin, 8, 10 24. 

Loyola (Ignace de\ 1TÏ39, 134. 

Liiblin [Pologne), 254. 

Luc [Var), S. 

Luna (comte de), à Trente, 139. 
Lune/, 232. 
Lussan, 102. 

Luther. 114. — L'évolution religieuse 

de..., jusqu'en 1515, 1 16. 
Luzeux (Antoine), 199 n. 
Lyeura (Philippe), 196. 

Mabelly (Jean) et famille, 209 n., 
210 n. 

.Maillard (Th.). 59. — past., 184. 
Maisonneuve, 241. 

Majal (Matthieu), past. dit Désubas, 

215. 
Majou, 265. 

Malet Pierre, past., 88. 

Mallie (Jacques), 100. 

Ma?ios t que (Basses-Alpes ), 8, 9, 11. 

Mans [le), 157. 

Manson ( Pierre), 75. 

Manuel (ministre), 101. 

Mappe, diacre, 198. 

Margon (abbé de), 257. 

Marguerite de France, duchesse de 

Savoie, 52. 
Mariéjol (Jean-IL), 155 ss. 
Marion (Madeleine), 233, 234. 
Maroger, 217. 
Marseille, 14. 

Martel (Nicolas) 96. — famille, 183. 
Martin (Jean), 71. — Josepb, 182. — 
legs, 50. 

Martinenche (Suzanne) et famille, 102- 
Martyrs Les) d'Aiguës Mortes, 144. 
Marvéjols en Gévaudan, 234, 235. 
Mary (Pierre), f. Ducellier, 202. 
Mas Courgnet, 247. 
Mascarene (Antoine), avocat, 149. 
Mas-Roux, 177 . 

Massé (Jean Baptiste et Marie Anne), 
(portraits), 252. 



Mas Soubeyran, 177. 

Matheron (Antoine d'Arbaud de...), 12 

Mathieu (Anthoine), 101. — J. pasteur 

1775-1772, 212. — famille, 209 n. 
Mauclerc, 122. 
Maupertuis, 122. 
Maure I, 217. 

Maurin (dénonciateur), 103 n. 
Maurisset (Marguerite), 94. 
Maximilien, roi des Romains, 141. 
Mazamet,iï3, 117, 252. — Histoire «le 

l'Église reformée de.. . , 117. 
Mazaryk, 129. 
Mazel, 24 4. 
Mazon (A.), 24 4. 
Méaune (Ambroise de), 96». 
Meaux, 1567, J 58. 

Médicis (Catherine de) et les proles- 
tants, 90 n., 155, 162. 
Meilhin ou Meillant (Cher), 251. 
Meilleret (Jean), 38. 
Méjan (Honoré), 100. 
Méjanel (Jacques) et famille, 146. 
Mende. 150. 
Meny (M""), 252. 

Mercator seu judicium, 1530, 253. 

Mercier (Marguerite), 183. 

Mcrcœur (duc de), 17. 

Merlemonl château de), 88. 

Mesland (lUesois), 251 n. 

Mesmes (Jean-Jacques de), sieur 

d'Arches, 7. 
Mesnil (Pierre), 87. 
Mesnîl-Huberl, 75. 
Mespris (le) du monde, 154. 
Mettayer (past.), 194. 
Meynier (Père), 33. 
Michel (past.), 84. 
Migault (André) dit PreneuT, 72. 
Michelet, 123. 
Milherines [Gard), 151. 
Millet (Charles), s r du Boisblondel. 92. 
Mimata (Jean Nicolas de), 17. 
Minille, hôtelier à Strasbourg, 112. 
Moine (Louis et Pierre), 199 n. 
Moinier, 217. 
Monheiwt, 118. 
Monne.auxj 204. 

Monod (Albert), nécrologie, 191. 
Montalte (Petites lettres de), 255. 
Monlaux, 102. 

Montbuzat {Haute- Loire), 241. 
Muni aboi, 82. 
Mojilagne noire, 174. 
Monlagnol (bois de), 174. 
Montaren (Folcher, Jean) (Sgr de...), 
102. 



DE LIEUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 



Monlalaire (château de), Oise, 88. 
Montclar et de Beaufort (Charles 

d'A r baies tier de), 19 et 28. 
Monleil, 243, (François Adhémar 

de...) de Grignan et famille, 12. 
Munleuil (Saint-For tunal), 230. 
Montferrand (Guillonnet de) Sgr de 

Beaulieu en Périgord, 160. 
Montigny (daine de) et famille, 188. 
Momplezant (M. de), 33. 
M<> ni ual, 244. 

Munvaillant (château île), 261. 

Moranl (Thomas Alexandre), inten- 
dant, 38. 
"Moraves (Frères), 166. 

.Mord (Emile), 50, 113, 153, 252. 

Morely (Jean;, 161. 

Morin (Pierre), dit l'Épine, 71. 

Morone (La légation du cardinal) 
près l'empereur et le Concile de 
Trenlc, 131 ss. 

Mouchamps (Vendée), 201. 

Moulard ou Moulla (Jacques) et l'a* 
mille, 1 47. 

Mours (Ardèche), 233. 

Mourier (Pierre), 240. 

Mossmann (Xavier), 168. 

Moyne (Isabelle), 1!)'.). 

Multipliants (Secte de), 232, 235. 

Mullequins et mulquiniers, 201. 

Naef (Henri), 155 n. 
ancy, 158. 
Nanleuil-les-Meaux, 200. 
Naogeorgus, 253. 
Napoléon 1 er , 55, 123, 
Naudé, 122. 
Nauroy, 205. 

Navarre (Antoine et Henri de^, 100, 
103. 

Nicolas (Michel), professeur, 114. 
Niemojewski (Jan), 254. 
Nicolas (Isaac) et famille, 228. 
Niort, 185. 

Nocque, curé de St. Rémi de 

St Quentin, 106. 
Normandie (Basse), 1743-1789, 69. 
Noyon, 50, 159. 

Oberlin (Henri GottMed), 51. 
berl (Françoise), 199 n. 
Obrecht, 170." 
Olivet (past.), 179. 
O'Uivier (Jean), fils de Mathieu, 38. 
Onr/les, il. 
Oppedette, 11. 

Orange, Nassau (Henriette d'), 122. 



Orange (Les Protestants de Provence 
et d'...), sous Louis XIV, 7 ss. 

Oratoire de l'amour divin., 132. 

Oratoire (La politique des Jésuites 
et 1'...), 255. 

Ouchy, 99. 

images (Albert), 261. 
. annier (.).), 50, 62, 153, 183, 188, 
207, 250. 

Papilion (Antoine) Cl. — Papillon Ri- 
chard), conseiller, 4 0. 

Parlement-Semestre (Les prolestants 
pendant le) en Fiance, 11. 

Parthenay (Catherine de) et famille, 
263. 

Pascal, 255. 

Pasquier (Jeanne), f. M. Béroald, 

220 n. 
Patins, 209 n. 
Paulhan (past.), 243. 
Paussan, près Mialet, 148. 
Pavyot (Jean), 41 n. 
Pelloutier, 122. 

Perinere (Antoine et Anna), 38. 

Perretti (Félix), 255 n. 

Perrier (past.), 1765, 21.2. 

Perrin (Marie), 241. 

Perrotat (M. de), seigneur de Saint 

Viclor des (Jules, 97. 
Ver Luis (conférences de), 21. 
Peschaire (M r ), 108. 
Pestel (Gabrielle de) el famille, 220 n 
Pelreinol (président), 41. 
Peypin d'Aiyues, \ 1 , 38. 
IVyrol (ou Perol), ministre, 127, 245. 
Peysler ou Pcystere (Samuel), 47. — 

et famille 48, 49. — (Henry de), 155, 

250, 252. 

Philibert (Emmanuel), duc de Savoie 
51. 

Philip (sénateur), 182. 
Philippe II et Catherine de Médieis, 
1.57. 

Picardie (Réforme en.), 159, 193 ss. 
Picot, 173. 
Pie V, 1568, 158. 
Piémont (La Réforme en), 51. 
Pierre Plantée (la), 118 n., 17 4. 
Pietrasante (le P.), 258, 
Pinaut, 220 n. 
Pintard (Marguerite), 149. 
Pisseleu (Charlotte de) et famille, 
91 n. 

Plantavit de la Pause (famille de) 
257. 

Planish (J.). 253. 



274 TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DE PEBSONNES 



Plokarz 254. 

Poehetti, 1 er consul de Manosque, 20. 

Pologne (Histoire du Prot. en), 253. 

Pommery (château de), 194. 

Ponce (Marie) et famille, 237. 

Poucet (Michel), 12. 

Pons (J a ) et P. Rabaut, 55. 

Pont (G.), 93. 

Pont-en-Royans [Dauphiné), 229. 

Pou l de Moiivert, 261 . 

Pon toise (assemblée de), 1661, 19. 

Potier (Jacques), évêque, 12. 

Poujol (pasteur), 180. 

Pourlalès (G lB II. de), 253. 

Praden (mesnager), 105. 

P ranles {Ardèche), 238. • 

Praux (Ardèche), 238. 

Prelles près Desaigne, 150. 

Provence (Prot. en), 8 ss. 

Prunel (chanoine), 172. 

Prusse (La) et le Refuge, 122. 

Puaux (Noé), 238. — Frank, 50, 55, 

58, 65, 113, 153, 179, 180. — René, 

151, 1 79, 250, 252. 
Puech (François) , 127. 
Puget (past/), 1767, 212, — Etienne 

de évêque, 12. 
Pôle i Reginald), 132. 
Pourtalès (Guy de), 50, 113. 
Prion, greflier consulaire, 208. 
Privât famille), 209 n. 
Provinciales (Les), 255. 

Ouatrefages de Préau, 251. 
^uellence (Charles), baron de Pont 
et de Rostrenen), et famille, 265. 
Quévilbji 1546, 41 n. 

Habaut (Paul), 55. — Pomier, 56. 
ainbouillet (Nicolas Antoine et la 
Folie de), 60. 
Raynier (Pierre) et famille, 37. 
Rebelliau, 1 \ n. 
Rebuflat, famille. 209-210. 
Récalde M. tir , 255, 25s. 
Redourtière ou Redostière, Izabeau) 
1 PJ. 

Refuge en Allemagne, 122. 
Réfugiés du Pays Castrais, 1 f S n. 
Beituag pour Gautier, alias Poudet, 71. 
Religionis et Régis adversus exitio- 

sas Galvini, el defensio prima, 

1502, 163. 
Renia (Jacques). 

Remia :Marie-Josèphe), f. Constan- 
tin, 203. 
Remollon, 21. 



Renaudet (Augustin), 132 ss. 
Reuss(U.), 113,126, 153, 168, 250, 252. 
Revel, 11!). 

Révocation (Vers la) en Provence, 7 ss. 
Key (Marie) et famille, 101, 211 n. 

— Nicolas, 253* 
Rey-Lescure, 1 18 n., 104, 101. 
Reynaud 98. — (Pierre) et famille, 248. 
Richard (Anthoine), 100 n. 
Richelieu, 53. 
Richier de Cérisy, 8!!. 
Pieu, 98. 

Rieude (Françoise), 99. 

Rieul'orl (Jeanne), f. Serpint, 233. 

Riez-Romou/es, 10. 

Rigal, famille, 20 f J n. 

Riquet, 209 n. 

Ritter (Raymond), 1 1 9 n. 

Rivière (Cuelîroy), 41 n. 

Robert, 209 n. — Henry, mission- 
naire, 37 n. 

Roberte (Marie), f. Mcilleret, 38. 

Roberlsau (église de la), 170. 

Roberty (pas!.), 50. 

Roche ' v M ,le de la), 157 i, 225. — de la 
Chabannerie et famille, 1734, 242. 

Rocheblave (Samuel), 153. 

Roekel'eller Roquefeuil, 190. 

Rocoplan (Jean) et famille, 228. 

Rocoules 'M ,n * de), 122 

Roehricli (Henri), M. le pr. et M me , 154. 

Rolian (duc de), 119. 

Rolland, camisard, 180. 

Roman (Jean) prédicanl, 261. 

Roniier (Lucien,), 126, 156 ss. 

Roque (Pierre), 41 n. 

Roqueleuille, 1 ( 0. 

Roque/'ure, 11, 21 . 

Rott (Edouard), 50, 113, 153, 250, 252. 
Rouen (assemblées 1560, etc), 40, 48, 
70. 

Rouquette (abbé). 96, 246. 

Roure (Barthélémy), 230. 

Roussel Jean). 209 n., 211 n. — 

Alexandre. 201 : 
Rouvergal (Jacques), 100 n. 
Rouvier (Aima), f. Durand et famille. 

230. 

Rouvière (Jean Pierre) guide, 147. 
Rouvray (hois de), 41 n. 
Houx 108. — et famille, 215, 212. 
Roy (Olivier), 90. — et famille, 91. 
Russie (l'Église réformée en...), 262. 

r^ablayrolles (Église de), 174. 
Oade (Michel de...), sieur de la Goy 
et de Romany, 8. 



DE LIEUX, ET DES PRINCIPALES MATIÈRES 



Sadoleto (Jacopo), 132. 
Sagot (l'ami 11c), 20!) n. 
Saigneauberte (Marie), prisonnière, 
149. 

Saillens (past.), 182. 

Saint- Ag rêve (Ardèche), 244. 

Saint Amour voy : Jean Vêtus (Jean 

le Vieil), 163. 
Saint- An tiré de Lancize (Lozère), 148. 
Saint-Bar thélem?j-le-Meil, 234. 
Saint -Blancard, 230. 
Saint-Chaples, 96, 2:iO. 
Saint- V or lunal en Vivarais, 236, 237. 
Saint-Fronl-la-Bivière, 160. 
Sai nl-Genie;/s-la-C/i,amp, 233. 
Sainl-Jean-del-Frech, 1 75. 
Sainl-Jean-du-Gard, 152. 
Saint-Julien Boutières, 233. 
Saint Léger (Jacques de) 197. — et 

Camille, 197 n., 198, 199 n. 
Saint-Martin d'Aiguës 11. — de la 

Bras(jue, 11 n. 
Saint Office (fondation du), romain 

(21 juillet, 1542), 133. 
Saint-l J aul-la-Coste , 147. 
Saint-Pierre Ayghem, 48. 
Sainl-Pierreville (Ardèche), 243. 
Saint-Prioat les-Vieux près d'Alais, 

236. 

Saint-(juirin voy : Cazenove (Arthur 
de), 192. 

Saint- Véran, 22!). 

Sainle-iiazille ou Bauzille,2Vî. 

Sai nte-llo no ri ne- la -Chardon ne, 70. 

Salage r (André et Antoine), 209 n., 
211 n. 

Salenc (Jeanne), 98. 

Sales, prisonnier, 1750, 21G, 217. 

Salmeron (Alfonso), 1511, 134. 

Saluées (La Réforme dans le marqui- 
sat de), 51. 

Saron (François Bochart de Champi- 
gny sieur de), 19. 

Saulnière, famille, 238. 

Saumaise, 53. 

Sautel (Isabeau) et famille, 48. 
Saulel, prisonnier, 1751, 217. 
Sauve 371, 49. — Registre du Consis- 
toire de... 1627-1654, 251. 
Sauzet, 230. 

Sauzid (Jacques et Jean), 241. 
Savanier famille, 209 n. 
Savon, 103 n. 

Scaliger (Joseph Juste), 53, 220. 
Schelandre (Jean de), 53. 
Schœll (Th.), 51, 116, 168, 172, 174, 
258, 260. 



27. f i 

Scoffier (les pasteurs), voy. Escof- 

fier, 126. 
Sedan, 90, 187. 
Séderon, 10. 

Scgnol (Claude de), évêque, 52. 
Seguicr (past.), 182. 
Selonnet, 9. 

Selve (Odet de), ambassadeur, 139. 
Sémery (Jacques de) et famille, 194. 
Sens, 1562, 157. 

Séripando (Girolamo) légat, 134, 137. 
Serpint (Jean), 233. 
Serrcpuis Soubeiran, 212. 
Se;/ ne les Alpes, 9. 
Sibiville (P. de), 62. 
Sidney (Mary , mère de Sir Philip, 
120. 

Silhac (Ceillat), 147. 
Sipeire, famille, 209 n. 
Sisteron, 9. 
Si vergues, 10. 
Skalsky (G. A.), 254. 
Sobieski, 251. 
Solliès, 11. 

Somme (Protestants de la) en 1819- 

1920, 252. 
Sommières, tissu de laine, 209 n. 
Soneck (M. IL), 254. : 
Sonnet (P.), 95. 

Sons (M mo de), dame de Vaux, Douilly, 

Jussy, Camas, etc. 194. 
Soulier (Jean) et famille, 149. 
Souilhot (Jacques et Jean) ou Soul- 

hol, 242. 

Souvré (Mariede), f. d'Ilarcourt, 92n. 
Spanheim (Frédéric) et famille 45. 
Stasquin, notaire, 95. 
Strasbourg 168. — Histoire de... 

depuis ses origines jusqu'à nos 

jours, 126 ss. 
Strohl (Henri), 116. 
Surguet famille, 209 n. 
Swaenenburgh (Catherine van) 

f. Peyster, 48 n. 

ri^alon, 98. 

Laquevin (Lunel), 232. 
Tarnowski (Simon Théophile), 254. 
Tavernes (Var), 37. 
Tavernier (Claude), 195. 
Théatins (Ordre des...), 133. 
Théologie germanique, 114. 
Thiène (Gaetano de...), 133. 
Thoard, (Basses^Alpes), 11. 
Thomas (pas!.), 1663, 235. 
Thretius (Christophe), 220 n. 
Thune (Elie), facturier, 233. 



276 TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS DE PERSONNES 



Thuret (Marie Barbe), 199 n. 

Tibaud Jeanne). I". Guidez, 230. 

Tillet (Louis du), 160. 

Tilsilt (traité de) 1807, 123. 

Tour de Constance (prisonniers do 

La), 1 45 ss, 228 ss. 
Tournai/, 191. 

Tournier Gaston ), I 13. 117. 177, -252. 

Tourtin Pierre et Louise), 230. 

Toussainl (Hubert), 199 n. 

Tournes (Var), 8, 37. 

Tracol (Suzanne), f. Jullian, 237. 

Travecy, 194. 

Trerol '(Ardèche), 132. 

Trente (Concile de) 131 ss. 

Trial, famille. 20!) n. 

Tiicotel ou Tricotelle (Marie Isabel). 

et famille, 199, 202. 
Tringuelague, notaire, 104. 
Triumvirat (le), 150. 
Tronson D 11 Loyse de), f. Desgue- 

ryne, 91. 
Troquënié (Charles), 203, 205. 
Trouehaud (général), 178. 
Trouillard Pierre , 92. 
Turc André), 147. 
Turye ou Targe Marie Barbe), 200. 

Ijnité des Frères (Chron.l, 254. 
I rsulines de Niort, 1 83. 
Usages funéraires, dans l'Ouest de 

la France, 58. 
Uzès, 96 ss. 

» j ahre, église de, 17 4. 

\ alantin, famille, 200 n, 211 n. 212. 
Valès Albert), 50, 113, 153, 209 n.. 

250, 252. 
Valleraugue, 1 40. 
Valis, 108. 

Vanassière (Antoine) et famille, 37. 
Vans (Les) (Ardèche), 2 4 4. 
Vastres i Les . Ardèche, 243. 
Vaulx ma rquise des), 92. 
Vannier Jeanne), f. Gide, 102. 
Vassas (Suzanne) et famille, 23 4. 
Vassy, 157. 

Vclaux (Bouches-du-Bhône), 8. 
Verdier (Jacques), 100 n. — notaire, 
102 n. 



Vernes (Louis), past., 205. — Maurice 

50, 113, 153, 252. 
Verne (Marie) ou Vernes et famille, 

230. 

Verne l [Glu y ras) f 233. 

Vernoux, 2 45. 

Vêtus (Jean), 103. 

Viala (Antoine), tonnelier 149. 

Louis, 20!» n., 21 1 n. 
Viénot (John), 50, 08, 113, 153, 250, 

Vierne (François), prisonnier, 214 n. 
Vigne (Jaquette), 235. 
Vignolles (des), 122. 
Vilain (Jean), prédicant, 190* 
Villebon (M. de;, bailli de Bouen, 
42 n. 

Villeneuve (Baltbazar de), sieur de 
Dordonne 8. — et famille, 12. 

Villers (Marie Anne Angélique de), 
199 n. 

Villiers (GhristoH'el Coetzel de;, 51. 
Vincent (Anlhoine, François, Jacques) 
101).: 

Vivent (David), et famille, 140. 241). 
Voltaire a Berlin, 12::. 
Vouel (Église de), 191. 

Walchholz, 253. 
alet (André), mulquinier et fa- 
mille, 203. ! 
VVatbol (Louis), 197 n., 199 n. — et 

famille, 202. 
Weber (Auguste), pasteur, nécrolo- 
gie, 02. 
Wedkiéwieez, 25 4 . 

Weiss (N.) 0, 41 n., '46, 50, 96, 113, 
117, 118, 120, 121, 120, 128, 130, 
144, 153, 100, 180, 191, 244, 250, 
252, 254, 203, 20 4. 

Wille, graveur, 1755, 252. 

WindstOsser (Maria , 114. 

W itt (Cornélis de), 50, 1 13, 118, 152, 
250, 252. 

Wurtemberg (Refuge en), 124. 

Zborowski (Jean), 251. 
achorovvski (Stanislas), 253. 
Zak we rsk i, 25 4.' 
Zell (duchesse de), 183. 



TABLE GÉNÉRALE ET CHRONOLOGIQUE 



277 



2. TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES COLLABORATEURS AU TOME LXXI 



Àubert (Hippolyte), 219. 
Bost (Charles), 127, 1-44, 228. 
Bourchenin (Daniel), 183. 
Bourrilly (V. L), 7. 
Caspar-Jordan (J. .).), 122. 
Cbarnisay (baronne de), 90, 246. 
Enschédé (A. J.), 45. 
Falgairolle (P.), 144. 
Galland (Alfred), 69, 
Carrela (Raphaël), 60, 188, 21 
Gelin (IL), 185. 
Léonard (E. Q.), 207. 
Lods (Armand), 62. 



Le Parquier (E.), -40. 
Maillard (Th ), 58. 
Pannier (Jacques), 186, 193. 
Puaux (Frank), 55, 57. 
Puaux René), 177. 
Peystjr (de), 47. 
Renandet (Auguste), 131. 
Schoell (Th.), 51, 114, 165, 255. 
Tournier (Gaston), 174. 
Viénot (John), 65. 

Weiss N.), 5, 45, ."12. (il, 8s, 116, 
] 18, 120 ss, 127, 129, 155 ss, 185 
185, 191, 244, 253, 2(10, 2(13. 



3. TABLE 

GÉNÉRALE ET CH RON O LOG 10 U E 



N. Weiss. — A nos lecteurs 5 

— Pour la fête de la Uél'ormation 129 

— Séances du Comité : l" r décembre, 2 mars, 23 mai, 27 juin, 

17 octobre 1922 50, 113, 151, 250, 242 

ÉTUDttS HISTORIQUES 

V. L. Bouriully. — Les Protestants de Provence et d'Orange sous 

Louis XIV. Vers la H évocation 7 

Alfishu G \ and. — Les Pasteurs du Désert en Basse Normandie de 1743- 

1781 69 

Augustin Bunaudkt. — La légation du cardinal Morone près l'Empereur 
cl le Concile de Trente (avril-décembre 1562) d'après une publication 
récente 131 

Jacques Pannier. — L' « opiniâtreté »> d'une petite Église. — Notes 
historiques sur Annois et Flavy-le-Martel, 1560-1921 193 



278 TABLE GÉNÉRALE ET CHRONOLOGIQUE 

DOCUMENTS classés par ordre chronologique. 
Voy. aussi la Correspondance. 

XVI e SIÈCLE 

E. le Pauquiek. — A Rouen, mars-avril 1560. Assemblées nocturnes 

des protestants. Mesures de police d*après le journal des échevins . 40 

11. Aubbht. — Mathieu Béroald à (îenève 1511 (Quatre lettres de Théo- 
dore de Bèze) 2111 

X. Wkiss. — Testament d'Elisabeth d'Haute ville, veuve du cardinal de 
Chatillon (13 janvier-6 juillet 1615) 88 

Cn. lîosr et P. Falgaiuolle. — Les prisonniers d'Aigucs-Mortes et les 
Notaires (Documents Falgairolle). N" 1-20. — 1690-1734. . . . 144 et 22X 

Bahonxk de Chabnisay. — Les chilTres de M. l'abbé Rouquette, 

Étude sur les fugitifs du Languedoc (Uzès), Galafres à Gide 96 

Famille Ginhoux. 2lb 

A. J. ExsciiEmo et N. VV. — Requête de Suzanne Ferry-le-Bachellé à. 

LL. 1111. PP., les États Généraux de Hollande, 12 juin 1702 45 

R. G \ n iî et a et N. VV. — Relation sur la prise du ministre Deshubas, 

11-12 décembre 1745 211 

MÉLANGES 

De Peystf.h. — Samuel (h 1 Peysler 47 

CHRONIQUE LITTÉRAIRE ET COMPTES RENDUS CRITIQUES 

Tu. Sciiœll. — Les débuts de la Réforme en Piémont, par Jean .Talla . 51 
N. Wkiss. — Ecrivains français en Hollande dans la première moitié du 

xvii e siècle, par G. Cohen 52 

Tu. Scuokll. — Etude sur la Théologie germanique 114 

X. Weiss. — L'évolution religieuse de Luther jusqu'en 1515 (IL Strohl). 116 

— Histoire de l'Eglise réformée de Ma/ame": (G. Tournier) ....... 117 

— Au service.de la Cause, 1621 (C. de Witt) US 

— Catherine de Médicis, par J. Mariéjol. — Le royaume de Catherine 
de Médicis, par L. Boulier. — La conjuration d'Amboise et Genève, 

par H. Naef. — François Bauduîn et la Réforme, par .1. Duquesne. 155 
Tu. Sciiokll. — Bordeaux au xvm e siècle, par A. Leroux. — Histoire 

religieuse de Strasbourg, par M. R. Reuss. — La renaissance calho- 

lique en France au xvn e sièle, par le chanoine Prunel 165 

N. Weiss. — L'histoire de la Réforme en Pologne et en Bohême .... 25:5 
Tu. Scuokll. — Fn chapitre de l'histoire des Jésuites (publications de 

J. de H ce, -d de) 255 

CORRESPONDANCE ET NOTICES D1VFRSES 

F. Puaux. — Une prophétie attribuée à Paul llabaut • 55 

— Les plaintes des Protestants de France jugées par un catholique . . 57 

Tu. Maillard. — Les sépultures huguenotes en plein champ 5N 

R. Gabheta. — La folie Rambouillet 60 

N. Wfiss. — Le Bibliothèque d'Antoine Papillon. — Sibiville. — Bar- 
boy re 61 

— Un artiste huguenot du xvi° siècle. — Jacques Le Moyne 120 

— Calvin et Descartes, réponse à MM. L. Gautier et G. Cohen 121 



TABLE GÉNÉRALE ET CHRONOLOGIQUE 279 

J. J. Caspar-Joudan. — Un recul de la culture française 122 

N. VV. — Le grand prix Gobcrt 126 

Gii Bosi. — Les pasteurs Scoffier ou Escol'fier 127 

G. ToiîRNiEit. — Inauguration du monument huguenot de la Pierre 

Plantée (Tarn). . ." 174 

René 1*1) a rx. — Les réunions du Musée du Désert, 5, 6, 13 août 1922 . . 177 

N. VV. — Mademoiselle de la Taillée expulsée en 1688 183 

Daniel Bouiîciuînin. — Témoignages d'Auguste Comte à la mémoire de 

Daniel Énrontre 183 

II. Gélin et N. W. — Sépultures huguenotes ea plein champ 1S5 

.1. Pannieh. — Un autre testament d'Elisabeth d'IIauteville 186 

R. Gahueta. — La baronne de Courville et la dame de Montigny sa mère. 188 

N. W'kiss — Rockefeller-Roquofeuil ' 191 

— A propos de la Fête de la Rôformation, notes diverses 260 

IL Saha/in. — Pasteurs de Mouchamps, 1568-1573 26.3 

NÉCROLOGIE 

Aiuiand Lons. — Le pasteur Auguste Weber, 1841-1922 62 

N. W. — MM. Alfred Cartier, Gédéon Bourgeon, A. Bossert 127 

— Arthur de Cazenove. — Albert Monod. — Philippe Godet 192 

— M. Théophile Dufour 263 

ILLUSTRATIONS 

Portrait de M. Frank Puaux d'après une photographie 127 

Portrait d'Elisabeth d'IIauteville d'après un crayon de Clouet 8!) 

La Pierre Plantée, p. 175. — La plaque dédiée à Jean Cavalier, p. 178, 

rassemblée du Mas-Roux, p. 180 et le Musée du Désert, p. 181, 

d'après des photographies. 



ERRATA 

P. 37, 1. 16 lisez Languedoc; — p. 92, I. 38, I. Charrcaw ; — p. 137, 1. 18, 
1. hiérarchie ; — p. 174, I. 18, 1. Vabre ; — p. 203, 1. 33, 1. Croceaux ; — p. 205, 
1. 27, 1. iVauroy; — p. 255, 1. 13, 1. Tellier. 



Paris. — Typ. Pu. Hknouard, 19, rue des Sainis-Pcres. — 56744.