BULLETIN
ARCHÉOLOGIQUE
DU
COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
ET SCIENTIFIQUES
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MINISTERE
DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS
BULLETIN
ARCHÉOLOGIQUE
DU
COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
ET SCIENTIFIQUES
ANNÉE 1896
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, RUE BONAPARTE, 28
M DCCC XCVI
î)6
Z
BULLETIN
ARCHÉOLOGIQUE
DU
COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES
ET SCIENTIFIQUES.
LISTE
DES MEMBRES DE LA SECTION D'AKCHEOLOGIE,
DE LA COMMISSION DE L'AFRIQUE DU NORD ,
DK LA COMMISSION DES MUSEES SCIENTIFIQUES ET ARCHEOLOGIQUES,
DES MEMBRES NON RESIDANT DU COMITE ,
DES CORRESPONDANTS HONORAIRES ET DES CORRESPONDANTS
DU COMITE.
MEMBRES DE LA SECTIOÎN D'ARCHEOLOGIE.
Président honoraire :
Le Blant (Edmond), membre de l'Institut, directeur honoraire
de l'Ecole française de Home, rue Leroux, 7.
Président :
Bertrand (Alexandre), membre de rinstitut, conservateur du Mu-
sée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.
Vice-président :
CiiABouiLLET (Auatole), conservateur honoraire du département
des médailles et antiques à la Bibliothèque nationale, boule-
vard Malesherbes, 65.
Archéologie. *
Secrétaire : ,
Lasteyrie (Robert de), membre de l'Institut, professeur à l'Ecole
des chartes, rue du Pré-aux-Clercs , lo bis.
Membres :
Babelon, conservateur du département des médailles et antiques
à la Bibliothèque nationale, rue de Verneuil, 3o.
Barthélémy (Anatole de), membre de l'Institut, rue d'Anjou, 9.
Berger (Philippe), membre de l'Institut, professeur au Collège de
France, quai Voltaire, 3.
Cagnat (René), membre de l'Institut, professeur au Collège de
France, rue Stanislas, 10,
CouRAJOD (Louis) , conservateur au Musée du Louvre, rue Vital, k'6.
Guiffrey (Jules), administrateur de la manufacture nationale des
Gobelins.
Héron de Villefosse (Antoine), membre de l'Institut, conservateur
au Musée du Louvre, rue Washington, i5.
La Blanchère (René de), inspecteur général des archives et biblio-
thèques, rue Poncelet, ^7.
LoNGNON (Auguste), membre de l'Institut, professeur au Collège de
France, rue de Bourgogne, 5o.
Maspero, membre de l'Institut, professeur au Collège de France,
avenue de l'Observatoire, 2 4.
MiJNTZ (Eugène), membre de l'Institut, bibliothécaire de l'Ecole
des beaux-arts, rue de Condé, ik.
Perrot( Georges), membre de l'Institut, directeur de l'École nor-
male supérieure, rue d'Ulm, /i5.
Rbinach (Salomon), conservateur adjoint du Musée des antiquités
nationales de Saint- Germain-en-Laye, rue de Lisbonne, 38,
ScHLUMBERGER (Gustavc), membre de l'Institut, avenue d'Antin, 27.
COMMISSION DE PUBLICATION
DES DOCUMENTS ARCHEOLOGIQUES DE L'AFRIQUE DU NORD.
Président honoraire :
Perrot (Georges), membre de Tlnstitut, directeur de TËcole nor-
male supérieure, rue d'Ulm, /i5.
Président :
Héron de Villefosse (Antoine), membre de l'Institut, conservateur
au Musée du Louvre, rue Washington, i5.
Secrétaire :
Cagnat (René), membre de l'Institut, professeur au Collège de
France, rue Stanislas, lo.
Membres :
Bahelon, conservateur du département des médailles et antiques
à la Bibliothèque nationale, rue de Verneuil, 3o.
Berger (Philippe), membre de l'Institut, professeur au Collège de
France , quai Voltaire , 3.
HouDAs, professeur à l'Ecole spéciale des langues orientales vi-
vantes, avenue de Wagram, 29.
La Blanchère (R. de), inspecteur général des archives et biblio-
thèques, rue Poncelet, k'].
La Martinière (H. de), secrétaire générai du Comité de TAiVique
française.
La Noë (Le général de), directeur du service géographique de l'ar-
mée, rue de Grenelle, i4o.
Lasteyrie (Robert de), membre de l'Institut, professeur à l'Ecole
des chartes , rue du Pré-aux-Clercs , 1 bis.
Maspero, membre de l'Institut, professeur au Collège de France,
avenue de l'Observatoire, a/i.
Milne-Edwards, membre de l'Institut, directeur du Muséum d'his-
toire naturelle, rue Guvier, 57.
IV
Périn (Georges), membre de la Société de géographie de Paris,
rue de Douai, 65,
Reinach (Salomon), conservateur adjoint du Musée des antiquités
nationales de Saint-Germain-en-Laye , rue de Lisbonne, 38.
Saladin, architecte diplômé du Gouvernement, rue du Faubourg-
Saint-Honoré, 2/10.
COMMISSION
DES MUSEES SCIENTIFIQUES ET ARCHEOLOGIQUES.
Président :
BoissiER (Gaston), secrétaire perpétuel de l'Académie française,
professeur au Collège de France, quai Couti, 28.
1 ice-président :
Lasteyrie (Robert de), membre de Tlnstitut, professeur à l'Ecole
des chartes, rue du Pré-aux-Clercs, 10 bis.
Secrétaire :
Babelo\, conservateur du département des médailles et antiques
à la Bibliothèque nationale, rue de Verneuil, 3o.
Membres :
Courajod (Louis), conservateur au Musée du Louvre, rue Vital, /i3.
FouQuÉ, membre de rinstitut, professeur au Collège de France,
rue de Humboldt, 28.
GuiMET, directeur du Musée Guimet, avenue d'Antin, ^g.
Hamy (Le docteur), membre de l'Institut, conservateur du Musée
d'ethnographie, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 36.
Héron de Villefosse (Antoine), membre de l'Institut, conservateur
au Musée du Louvre, rue Washington, i5.
La Blanchère (R. de), inspecteur géne'ral des archives et biblio-
thèques, rue Poncelet, 4 7.
Maspero, membre de l'Institut, professeur au Collège de France,
avenue de l'Observatoire, 2/1.
Milne-Edwards, membre de l'Institut, directeur du Muséum d'his-
toire naturelle, rue Guvier, 67.
OusTALET, docteur es sciences, assistant au Muséum d'histoire na-
turelle, rue de Buiïbn, 55.
Perrot (Georges), membre de l'Institut, directeur de l'Ecole nor-
male supérieure, rue d'Ulm, 45.
Reinach (Salomon), conservateur adjoint du Musée des antiquités
nationales do Saint-Germain-en-Laye, rue de Lisbonne, 38.
Le directeur du Secrétariat et de la comptabilité.
Le chef du i*'^ bureau de la direction du Secrétariat et de la comp-
tabilité.
MEMBRES NON RESIDANT DU COMITE.
Albanks (L'abbé), docteur en théologie, à Marseille.
Allmer (Auguste), correspondant de l'Institut, à Lyon.
Babeau (Albert), correspondant de l'Institut, à Troyes.
Baguenault de Puchesse, membre de la Société historique et ar-
chéologique de l'Orléanais, à Orléans.
Bayet, correspondant de l'Institut, recteur de l'Académie de Lille.
Beaurepaire (Charles de Robillard de), correspondant de l'Insti-
tut, archiviste du département de la Seine-Inférieure.
Blancard (Louis), correspondant de l'Institut, archiviste du 'dépar-
tement des Bouches-du-Rhône.
BouRiANT, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale, au
Caire.
Brun-Durand (.lustin), à Crest (Drôme).
BuHOT de Kersers, président de la Société des antiquaires du
Centre, à Bourges.
BuLLioT, président de la Société Eduenne, à Autun.
Caillemer, correspondant de l'Institut, doyen de la Faculté de
droit de Lyon.
Cartailhag, directeur de la Revue (T anthropologie, à Toulouse.
VI
Chantre (Ernest), sons-directeur du Muséum des sciences natu-
relles de Lyon.
Chevalier (Le chanoine Ulysse), correspondant de l'Institut, à
Romans.
CouRNAULT (Charles), conservateur du Musée lorrain, à Malzéville,
près Nancy.
Delattre (Le P.), correspondant de l'Institut, à Carthage.
Deloye, ancien conservateur du Musée Calvet, à Avignon.
Demaëght (Le commandant), président de la Société de géographie
et d'archéologie d'Oran.
Desnoyers (L'abbé), conservateur du Musée archéologique d'Orléans.
Dézeimeris (Reinhold), correspondant de l'Institut, à Bordeaux,
DuMOUTiER, directeur de l'enseignement, à Hanoi.
Garnier, archiviste du département de la Cote-d'Or.
Gasté (Armand), professeur à la Faculté des lettres de Caen.
Gauckler, chef du service des antiquités et des arts de la Régence,
à Tunis.
Harmand (Le docteur), ministre plénipotentiaire de France, à
Tokio.
Julien-Laferrière, évêque de Constantine.
JuLLiOT, membre de la Société archéologique de Sens.
Kerviler (René), ingénieur en chef des Ponts et chaussées, à
Saint-Nazaire.
La Borderie (Arthur de), membre de l'Institut, à Vitré.
Lennier, directeur du Muséum du Havre.
Lièvre, bibliothécaire de la ville de Poitiers.
Maître (Léon), archiviste du département de la Loire-Inférieure.
Marsy (Le comte de), directeur de la Société française d'archéo-
logie', à Compiègne.
Maxe-Werly (Léon), membre de la Société des lettres, sciences et
arts de Bar-le-Duc.
M ERLET (Lucien), correspondant de l'Institut, archiviste honoraire
du département d'Eure-et-Loir, à Chartres.
MiREUR, archiviste du département du Var.
OElhert, conservateur du musée d'histoire naturelle de Laval.
PiLLOY (Jules), ancien agent voyer d'arrondissement, à Saint-
Quentin.
Port (Célestin), membre de l'Institut, archiviste du département
de Maine-et-Loire.
PouLLE (Alexandre), ancien président de la Société archéologique
de Const^ntine, à Montauroux (Var).
Révoil (Henri), correspondant de l'Institut, architecte du Gouver*
nement, à Nimes.
RoNDOT (Natalis), correspondant de Tlnstitut, à Lyon.
Rostand (Eugène), publiciste, à Marseille.
Sabatier, doyen de la Faculté des sciences de Montpellier.
Saige (Gustave), correspondant de l'Institut, conservateur des ar-
chives et de la bibliothèque du Palais de Monaco.
Sauvage (Le docteur), conservateur du Musée de Boulogne-sur-
Mer.
Tamizey de Larroque, correspondant de l'Institut, à Gontaud (Lot-
et-Garonne).
Teissier (Octave), bibliothécaire de la ville de Draguignan.
Thiollier, membre de la Société historique et archéologique du
Forez la Diana, à Saint-Etienne, rue de la Bourse, 28.
ViLLBY, correspondant de l'Institut, doyen de la Faculté de droit
de Caen.
Zeys, premier président de la Cour d'appel d'Alger.
CORRESPONDANTS HONORAIRES DU COMITE.
Arbaumont (Jules d'), secrétaire de la Commission des antiquités
de la Côte-d'Or, à Dijon.
Arbellot (Le chanoine), président de la Société archéologique et
historique du Limousin, à Limoges.
Berthelet (Charles), à Arlay (Jura).
Bigarne (Charles), membre de la Société archéologique de Beaune ,
à Chorey (Côte-d'Or).
BouLARD (Gustave), directeur des contributions directes en retraite,
rue de la Bienfaisance , ^ , à Paris.
Brocard, membre de la Société historique et archéologique de
Langres.
Cerf (Le chanoine), membre de l'Académie nationale de Reims.
Chatel (Eugène), ancien archiviste du département du Calvados,
rue Vavin, 5, à Paris.
VIII
Chénon , agrégé de la Faculté de droit de Paris.
Chevreux , archiviste du département des Vosges.
GoNTADES (Le comte de), membre de la Société historique et ar-
chéologique de rOrne, à Magny-le-Désert.
CouRMEAux, conservateur de la bibliothèque et du musée de la ville
de Reims.
Dehaisnes (Le chanoine), ancien archiviste du département du
Nord, à Lille.
Dion (A. de), président de la Société archéologique de Rambouillet,
à Montfort-l'Amaury (Seine-et-Oise).
DissARD, conservateur des musées de la ville de Lyon.
DoMERGUE, géomètre, à Constantine.
Drouyn (Léo), membre de l'Académie des sciences, arts et belles-
lettres de Bordeaux.
Duhamel, archiviste du département de Vaucluse.
EsTAiNTOT (Le comte d'), avocat, à Rouen.
Frossard, pasteur de l'Eglise réformée, à Bagnères-de-Bigorre.
Garnier (Le chanoine), curé de Gorlée (Haute-Marne).
Gautier (L'abbé), curé de Saint-Gyr-l'Ecole (Seine-et-Oise).
Gide, professeur à la Faculté de droit de Montpellier.
GuESNON, professeur honoraire de l'Université, rue du Bac, 98, à
Paris.
Guignard, bibliothécaire de la ville de Dijon.
Hérelle , professeur au lycée de Cherbourg.
JuLLiAN (Camille), professeur à la Faculté des lettres de Bor-
deaux.
JussiEu (de), ancien archiviste du département de la Savoie, à
Chambéry.
Leblanc, ancien conservateur du Musée de Vienne, à Saint-Lau-
rent-de-Chamousset (Rhône).
Lechevalier-Chevignard, professeur à l'Ecole des arts décoratifs,
à Paris.
Ledain (Bélisaire), membre de la Société des antiquaires de
l'Ouest, à Poitiers.
Ledieu (Alcius), bibliothécaire de la ville d'Abbeville.
Lemire (Charles), ancien résident de France en Annam, boulevard
de Latour-Maubourg, lA, à Paris.
Leroy, bibliothécaire de la ville de Melun.
Lesc ARRET, correspondant de l'Institut, à Bordeaux.
IX
Leymarie (Camille), conservateur de la bibliothèque communale,
à Limoges.
Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancy.
LoisELEUR, bibliothécaire de la ville d'Orléans.
LoTTiN DE Laval, aux Trois-Yals, près Bernay (Eure).
Maignien, bibliothécaire de la ville de Grenoble.
Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille.
Marionneau, correspondant de l'Institut, à Bordeaux.
MoNTÉGUT (De), ancien magistrat, à La Rochefoucauld (Charente).
MoNTESsus (Le docteur de), à Chalon-sur-Saône.
MouGiNs DE Roquefort (Le docteur), conservateur du Musée d'An-
tibes.
Pacqueteau, syndic des gens de mer, à Ténès (département
d'Alger).
Paillard, au château de Charly, par Mazille (Saône-et-Loire).
Parrot (Armand), membre de la Société académique de Maine-
et-Loire, à Angers.
Poquet (Le chanoine), curé de Rerry-au-Bac (Aisne)»
PoTiiiER (Le général), rue de Bellechasse, i4, Paris.
Prarond (Ernest), membre de la Société d'émulation d'Abbe-
ville.
Privât, lieutenant-colonel du i û i "^ régiment d'infanterie, à Mar-
seille.
Revillout, professeur honoraire à la Faculté des lettres de Mont-
pellier.
Robert (Zéphirin), conservateur du Musée de Lons-le-Saunier.
RocHAMBEAu (Le marquis de), membre de la Société archéologique
du Vendômois, à Thoré (Loir-et-Cher).
Rouchier (Le chanoine), à Viviers (Ardèche).
Sabatier (Camille), conseiller de préfecture du département de la
Seine.
Saijjt-Genis (Flour de), ancien conservateur des hypothèques, rue
Gounod, 7, à Paris.
Saurel (L'abbé), membre de l'Académie des sciences et lettres de
Montpellier.
SouLicE, conservateur de la bibliothèque de la ville de Pau.
Tartière , archiviste du département des Landes.
Thomas, chargé de cours à la Faculté des lettres, boulevard Ras-
pail, 2i3, à Paris.
Vallkntin (Ludovic), juge au tribunal de Montélimar.
Verlaque (L'abbé), à Fréjus (Var).
Verneilh (Le baron Jules de), membre de la Société historique et
archéologique du Pe'rigord, à Puyraseau (Dordogne).
Vétault, bibliothécaire de la ville de Rennes.
VouLOT (Félix), conservateur du musée d'Épinal.
CORRESPONDANTS DU COMITE.
Allain (L'abbé), archiviste diocésain, à Bordeaux.
Alric, vice-consul de France, à Mossoul.
André (Edouard), archiviste du de'partement de l'Ardèche.
André (Ferdinand), ancien archiviste du département de la Lozère,
rue Rougier, lU, h Marseille.
André (Francisque), archiviste du département de l'Aube.
Arn-aud, notaire, à Barcelonnette,
AuBÉPiN, archiviste du département du Cantal.
AuDiAT (Louis), pre'sident de la Société des archives historiques de
la Saintonge et de l'Aunis, à Saintes.
AuTORDE, archiviste du département de la Creuse.
Barbaud , archiviste du département de la Vendée.
Barbier de Montault (Le chanoine), à Poitiers.
Barckhausen, professeur à la Faculté de droit de Bordeaux.
Bardon, receveur des domaines, à Nimes.
Basset, directeur de l'École supérieure des lettres d'Alger.
Baye (Le baron Joseph de), membre de la Société des antiquaires
de France, à Baye, par Montmort (Marne).
Bazin, proviseur du lycée de Reims.
Beauchet, professeur à la Faculté de droit de Nancy.
Beaune (Henri), avocat, à Lyon.
Beaurepaire (Eugène de Rorillard de), secrétaire de la Société
des antiquaires de Normandie, à Caen.
Reauvois, à Corberon (Côte-d'Or).
Berthelé (Joseph), archiviste du département de l'Hérault.
Bertholon (Le docteur), à Tunis.
Berthomieu, secrétaire de la Commission archéologique de Nar-
bonne.
Bertrand (Louis), conservateur du musée de Philippeville.
Bled (L'abbé), président de la Société des antiquaires de In Mo-
rinie, à Saint-Omer.
Bleigher , professeur à l'École supérieure de pharmacie de Nancy.
Bloch, archiviste du département du Loiret.
BoNDURAND (Bligny-), archiviste du département du Gard.
BoNNo (L'abbé), curé de Chenoise (Seine-et-Marne).
Bordier, contrôleur civil, à Maktar (Tunisie).
BoRREL, architecte, à Moutiers (Savoie).
BouRRON , archiviste du de'partement de l'Eure.
BouRDERY (Louis), avocat, à Limoges.
Bourgeois (Alfred), archiviste du de'partement de Loir-et-Cher.
Braquehaye, directeur de l'École municipale de dessin, à Bor-
deaux.
Bray (De), capitaine au 4" régiment de tirailleurs, à Sousse (Tu-
nisie).
Brocard (Le commandant), chef de bataillon du génie en retraite,
à Bar-le-Duc.
Brossaro , archiviste du département de i'Ain.
Bruchet (Max), archiviste du département de la Haute-Savoie.
Brune (L'abbé), curé de Baume-les-Messieurs (Jura).
Brutails, archiviste du de'partement de ia Gironde.
Caranès, membre de la Société' d'études des jsciences naturelles de
Nîmes.
Cardaillac (De), conseiller à la cour d'appel d'Agen.
Carrière , membre de la Société d'études des sciences naturelles de
Nimes.
Carsalade du Pont (Le chanoine de), président de la Société his-
torique de Gascogne, à Auch.
Carton (Le docteur), médecin-major de 2* classe au 19' régiment
de chasseurs, à Lille.
Cazalis de Fondouce, secrétaire général de l'Académie des sciences
et lettres de Montpellier.
Closmadeuc (Le docteur de), président de la Société polyniathique
du Morbihan, à Vannes.
CoLLiGNON, inspecteur du service des monuments historiques, à
Tlemcen (département d'Oran).
xu
CoMBARiEU, archiviste du département du Lot.
CoRNiLLON, conservateur du musée de Vienne (Isère).
CoRTEz (Fernand), à Saint-Maximin (Var).
Couard, archiviste du département de Seine-et-Oise.
Courant (Maurice), interprète au consulat de France, à Tien-Tsin
(Chine).
Dejeanne (Le docteur), à Bagnères-de-Bigorre.
Demaison, archiviste de la ville de Beims.
Des Méloizes (Le marquis), membre de la Société des antiquaires
du Centre, à Bourges.
Desplanque, archiviste du département des Pyrénées-Orientales.
Douais (Le chanoine), à Toulouse.
Du Chatellier (Paul), au château de Kernuz, par Pont -l'Abbé
(Finistère).
Dujarric-Desgombes, vice-président de la Société historique et ar-
chéologique du Périgord, à Périgueux.
Dunoyer de Segonzac (Jacques), archiviste du département de la
Sarthe.
Du Paty de Clam (Le comte), receveur des contributions directes,
à Gafsa (Tunisie).
Durand (Georges), archiviste du département de la Somme.
Dutilleux, chef de division à la préfecture de Versailles.
DuvAL, archiviste du département de rOrne,
DuvERNOY, archiviste du département de Meurthe-et-Moselle.
EcK (Th.), conservateur du Musée de Saint-Quentin.
EspÉRANDiEu, capitaine au 61" régiment d'infanterie, à Mar-
seille.
EsTiENNE, archiviste du département du Morbihan.
Fage (René), avocat, à Limoges.
Farges (Le capitaine), attaché aux affaires indigènes, à Constan-
tine.
Favier, conservateur de la bibliothèque de la ville de Nancy.
Ferrand (Gabriel), agent de la résidence de France, à Mananjary
(Madagascar).
FiLLET (L'abbé), curé d'Allex (Drôme).
FiNOT, archiviste du département du Nord.
Flamare (De), archiviste du département de la Nièvre.
Fleury (Paul de), archiviste du département de la Charente.
Fouquet (Le docteur), au Caire.
XIII
FoDREAu (Fernand), à Biskra.
FouRNiER, professeur à la Faculté de droit de Grenoble.
Fréminville (De), archiviste du département de la Loire.
Garrigou (Le docteur), président de l'Association pyrénéenne, à
Toulouse.
Gauthier (Jules), archiviste du département du Doubs.
Germain (Léon), membre de la Société française d'archéologie, à
Nancy.
GiRAUD, conservateur du Musée archéologique de Lyon.
Grandmaisoiv (Louis Loizeau de), archiviste du département d'Indre-
et-Loire.
Grasset (Le comte de), archiviste adjoint du département des
Bouches-du-Rhône , à la Tourelle, par Mazargues, près Mar-
seille.
GsELL , professeur à l'Ecole supérieure des lettres d'Alger.
Guesde, à la Pointe-à-Pître (Guadeloupe).
GuiBERT (Louis), membre de la Société archéologique et historique
du Limousin, à Limoges.
GuiGUE (Georges), archiviste du département du Rhône.
Guillaume (L'abbé), archiviste du département des Hautes-
Alpes.
GuYOT, professeur à l'Ecole nationale forestière de Nancy.
Habasque, conseiller à la Cour d'appel de Bordeaux.
Baillant, membre de la Société d'émulation, à Epinal.
Hannezo, capitaine au k^ régiment de tirailleurs, à Sousse (Tu-
nisie).
Héron, professeur libre, à Rouen.
Hugues, archiviste du département de Seine-et-Marne.
Imrault-Huart (Camille), consul de France, à Canton (Chine).
IsNARD, archiviste du département des Basses-Alpes.
Jadart, secrétaire général de l'Académie nationale de Reims.
Jarry (Louis), membre de la Société historique et archéologique
de l'Orléanais, à Orléans.
Jeannier, chancelier du consulat de France, à Bagdad.
JovY, professeur au collège de Vitry-le-François.
Labande, conservateur de la bibliothèque de la ville et du Musée
Calvet, à Avignon.
Labrouche, archiviste du département des Hautes-Pyrénées.
Lacroix , archiviste du département de la Drôme.
XIV —
La Croix (Le P. de), à Poitiers.
La Grasserie (Raoul de), juge au tribunal civil de Rennes.
Lahoxdès (De), membre de la Société archéologique du Midi de la
France, à Toulouse.
Laigue (De), consul général de France, à Rotterdam.
Laugardière (De), membre de la Société des antiquaires du Centre,
à Bourges.
Laurent, archiviste du département des Ardennes.
Le Breton ( Gaston ) , conservateur du Musée céramique de
Rouen.
Le Clert, conservateur du Musée archéologique de Troyes.
Lempereur, archiviste du département de TAveyron.
Leriche, chancelier du consulat de France, à Mogador.
Leroux, archiviste du département de la Haute -Vienne.
L'Espinasse-Langeac (Le vicomte de), président de la chamhie
consultative d'agriculture de Tunisie, à Sfax.
Letainturier (Gabriel), sous-préfet de Barcelonnelte.
Lex , archiviste du département de Saône-et-Loire.
Lhuillier, chef de division à la préfecture de Melun.
LiBOis, archiviste du département du Jura.
LTsLE DU Dreneuc (Pitre de), conservateur du Musée archéologique
de Nantes.
Loir (Le docteur), directeur du laboratoire de bactériologie et de
vinification, à Tunis.
LoRiQUET, archiviste du département du Pas-de-Calais.
Malavialle, secrétaire général de la Société languedocienne de
géographie, à Montpellier.
Mély (De), au château de Mesnil-Germain , par Fervacques (Cal-
vados).
Mercier (Ernest), président de la Société archéologique de Cons-
tantine.
Merlet (René), archiviste du département d'Eure-et-Loir.
Métais (L'abbé), secrétaire archiviste de Tévêché, à Chartres.
Michel, conservateur adjoint du Musée Saint-Jean à Angers.
Mingaud (Galien), secrétaire général de la Société d'études des
sciences naturelles de Nimes.
MoLARD (Francis), archiviste du déparlement de l'Yonne.
Monceaux, membre de la Société des études historiques et natu-
relles de l'Yonne, à Auxerre.
MoNLEzui\, lieulenaiil-colonel du régiment de sapeurs-pompiers, à
Paris.
MoREL (L'abbé), curé de Chevrières (Oise).
MoREL (Léon), receveur particulier des finances, en retraite, à
Reims.
MoRis, archiviste du département des Alpes-Maritimes.
MuGNiER, conseiller à la Cour d'appel de Chambéry.
Musset (Georges), bibliothécaire de la ville de la Rochelle.
Nie AISE (Auguste), membre de la Société d'agriculture, commerce,
sciences et arts de Châlons-sur-Marne.
Ottavi, vice-consul de France, à Mascate.
Pagart d'Hermansart, secrétaire général de la Société des anti-
quaires de la Morinie, à Saint-Omer.
Papier (Alexandre), président de l'Académie d'Hippone, à Bonc
(département de Constantine).
Parfouru, archiviste du département d'Ille-et-Vilaine.
Pascaud, conseiller à la Cour d'appel de Chambéry.
Pasquier, archiviste du département de la Haute-Garonne.
Pélicier, archiviste du département de la Marne.
Pélissier, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier.
Pérathon (Cyprien), à Aubusson (Creuse).
PiCHE (Albert), à Pau.
PicHOT, chef de bataillon d'infanterie, commandant supérieur du
cercle de Gafsa (Tunisie).
PiETTE, à Rumigny (Ardennes).
Pigeon (Le chanoine), membre de la Société académique de Cou-
tances.
PoRTAL (Charles), archiviste du département du Tarn.
PoTTiER (Le chanoine), président de la Société archéologique de
Montauban.
Pradère (Bertrand), conservateur du Musée du Bardo, à Tunis.
Prieur de Lacomble (E.), lieutenant-colonel du iio" régiment
d'infanterie, à Dunkerque.
Prudhomme, archiviste du département de l'Isère.
Rebillet, chef de bataillon au fi" régiment de zouaves, à Tunis.
Requin (L'abbé), à Avignon.
Reymond (Marcel), à Grenoble.
Richard (Alfred), archiviste du département de la Vienne.
Richard (Jules-Marie), archiviste-paléographe, à Laval.
RicHEMOND (Meschinet de), archiviste du département do la Cha-
rente-Inférieure.
RicouARD, président de la Commission des antiquités départemen-
tales du Pas-de-Calais, à Arras.
Rocher, consul de France, à Malte.
Roman (Joseph), au château de Picomtal, par Embrun (Hautes-
Alpes).
RoscHACH, archiviste de la ville, conservateur du Musée dé Tou-
louse.
Roserot, archiviste-paléographe, rue Saint-Placide, 60, à Paris.
RouGHON, archiviste du département du Puy-de-Dome.
Roussel, archiviste du déparlement de l'Oise.
RoussET, correspondant de la Société des antiquaires de France, à
Uzès.
Rupin (Ernest), président de la Société historique et archéologique
de la Corrèze, à Brive.
Sainte-Marie (De), consul de France, à Santander (Espagne).
Saint-Venant (De), inspecteur des forêls, à Uzès.
Saleilles, piolesseur à la Faculté de droit de Dijon.
ScHiRMER, professeur à la Faculté des lettres de Dijon.
SoucAiLLE (Antonin), ancien professeur de l'Université, à Béziers.
SoucHON, archiviste du département de l'Aisne.
Suisse (Charles), architecte diocésain, à Dijon.
SwARTE (Victor de), trésorier-payeur général des finances, à Me-
lun.
Tholin , archiviste du département de Lot-et-Garonne.
Thomas (L'abbé), curé do Tavcrny (Seine-et-Oise).
Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy.
Travers (Emile), archiviste-paléographe, à Caen.
Triger (Robert), membre de la Commission des monuments his-
toriques de la Sarthe , au Mans.
Trihidez (Le chanoine), président du Comité de géographie de la
Société industrielle de Reims.
Trutat, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.
Urseau (L'abbé), secrétaire de l'évêché, à Angers.
Veiinier, archiviste du département do la Savoie.
Vidal , bibliothécaire de la ville de Perpignan.
Vig\at (Gaston), membre de la Société historique et archéolo-
gique de l'Orléanais, à Orléans.
XVII
ViLLEPELET (Ferdinand), archiviste du département de la Dor-
dogne.
ViLLERs, membre de la Société des sciences, arts et belles-lettres
de Bayeux.
VissiÈRE, premier interprète de la légation de France, à Pékin.
Waille, professeur à rÉcole supérieure des lettres d'Alger.
Archkologik.
PROCES-VERBAUX
DES SÉANCES
DE LA SECTION D'ARCHÉOLOGIE.
PROCES-VERBAUX
DES SÉANCES
DE LA SECTION D'ARCHÉOLOGIE.
SÉANCE DU 13 JANVIER 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M . le Secrétaire donne lecture de la correspondance.
M. Henri Beaune, correspondant du Comité à Lyon, envoie une
note sur une figure de Charles le Téméraire empruntée à une tapis-
serie du Musée de Berne. — Renvoi à M. Guiffrey.
M. de Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, envoie
une note sur des objets faisant partie du Musée municipal de La
Haye et sur la prétendue découverte faite en Brabant d'un navire
romain avec ses chaînes et ses ancres. — Renvoi à M. Héron de
Villefosse.
M. Langiois, peintre et lithographe à Saint-Brieuc, adresse une
demande de subvention à Teffet de publier un ouvrage sur le cos-
tume et la coiffure des femmes en Bretagne. — Renvoi à M. de
Barthélémy.
M. de Lasteyrie communique de la part de M. Tabbé Bossebœuf,
président de la Société archéologique de Tours, une note sur la
découverte de bas-reliefs romains récemment faite à Yzeures (Indre-
et-Loire).
XXII
Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants, offerts au Co-
mité par leurs auteurs :
Antiquarisk Tidskrijt for Sverige utgifven af Kongl. — Vitterkets
historié och Antiquitets Akademien Genom Hans Hildebrand, XVI,
n"' 1 à 3.
Le congrès d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques de Seraïevo
[Bosnie) en août i8gâ, d'après M. Robert Munro, par M. Emile
Travers.
Ces ouvrages seront déposés à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés aux auteurs.
L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition de
M. Salomon Reinach relative aux moyens les plus pratiques de
porter à la connaissance du public le contenu des mémoires et
bulletins des Sociétés savantes, dont le dépouillement ne figure pas
dans les volumes déjà parus de la Bibliographie de M. de Lasteyrie.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Babelon,
Reinach, de Lasteyrie et autres membres, le Comité, considérant
que diverses revues, le Moyen âge notamment, donnent déjà de
nombreux comptes rendus de ces mémoires, estime quil n'y a pas
lieu pour le Comité d'entreprendre un travail du même genre.
M. GouRAJOD rend compte d'une communication de M. Jadart,
correspondant du Comité à Reims , relativement à une porte en fer
du moyen âge conservée au moulin de Sévigny-Waleppe (Ar-
dennes) :
tf La porte en fer du moulin de Sévigny-Waleppe , malgré le ca-
ractère très modeste affecté par elle , est un curieux spécimen d'un
art industriel spécial dont nous n'avons conservé que de trop rares
produits. Aux types déjà connus de décoration appliquée aux ou-
vrages de métal pendant le moyen âge , elle ajoute un type nouveau
non encore suffisamment représenté dans la série des modèles vul-
garisés de l'architecture gothique, celui de la décoration du fer
empruntée à l'art du huchier et de la menuiserie de bois. Je serais
porté à vieillir le monument plus que ne le fait M. Jadart. Je l'at-
tribuerais volontiers, sauf examen de l'original, au xiv% peut-être
même au xiii' siècle.
f Très courte, la communication de M. Jadart mérite , — comme
XXIII
d'ailleurs tout ce qui vient ordinairement de ce zélé et judicieux
correspondant, — d'être insérée an Bulletin Rvec une image (^).«
M. Héron deVillefosse, chargé de faire un rapport sur une note
de M. Tabbé Hamard relative aux nouvelles découvertes faites à
Hermès (Oise) par ce dévoué correspondant, propose de déposer
cette note aux archives. Elle renferme la copie de deux articles qui
ont paru dans le Journal de l'Oise, le 3o août et le i" septembre
dernier. — Adopté.
M. Héron de Villefosse rend compte d'une note de M. Jadart sur
une statue de l'époque romaine découverte à Reims; il propose
d'insérer cette note au Bulletin avec une reproduction du monument.
— Adopté (2).
M. Georges Perrot rend compte d'une communication de M. de
Laigue relative à un bas-relief en marbre de l'époque romaine
provenant de la région du Bas-Danube. Il ne se prononce pas sur
la signification de ce monument.
M. Héron de Villefosse émet l'avis que ce pourrait être un reste
de monument mithriaque; il propose d'en envoyer le croquis à
M. Cumont, à Bruxelles, qui s'occupe particulièrement de tout ce
qui a trait au culte de Mithra. Cette proposition est adoptée ^^K
M. Salomon Reinach rend compte d'une communication de
M. Paul Du Châtellier, relative à divers objets découverts dans une
hutte gauloise à Tronoën, en Saint-Jean-Trolimon (Finistère) :
tfDans les fondations d'une cabane construite en branchages
reliés par de l'argile, on a recueilli sous les yeux de M. Du Châ-
tellier, deux grands fers de lance ; à l'est de l'habitation se sont
rencontrés trois précieux fragments dont il nous envoie les pho-
tographies, à savoir : i° la partie supérieure d'un casque en fer
recouvert d'une feuille de bronze; celle-ci est décorée, au re-
poussé, de cercles et d'autres ornements en relief disposés par
zones; 9° la moitié d'une agrafe de ceinturon, en fer, recouverte
d'une feuille de bronze richement décorée de boutons de corail et
de cercles concentriques; 3° des fragments d'un objet en fer très
^') Voir ci-après, p. io, le texte de cette communication.
W Voir ci-après, p. 43, le texte de cette communication.
î'' Voir ci-après, p. ii, une notice de M. Cumont sur ce monument.
XXIV
mince, également recouvert d'une feuille de bronze estampée et
pourvue d'une décoration analogue à celle des objets précédents
(peut-être un ornement de bouclier).
cf Les grandes pointes de lance en fer et la décoration à l'aide de
cabochons de corail nous reportent à l'époque dite cr de la Marne ou
de la Tène^, qui précéda la conquête romaine, mais qui semble
postérieure à la civilisation que la nécropole de Hallstatt a fait
connaître. Il semble que les antiquités signalées par M. Paul Du
Chatellier doivent appartenir à une époque intermédiaire entre la
conquête romaine et l'apogée de la civilisation de Hallstatt. Dans
l'état de nos connaissances , il n'est pas encore possible de proposer
une date , même à un ou deux siècles près.
tfll y a quelque temps, M. Revelière a découvert près de Quibe-
ron un couteau avec sa gaine, dont l'ornementation ressemble
beaucoup à celle des objets décrits par M. Du Chatellier (^). JVous
commençons donc à entrevoir, dans l'ouest de la Gaule, une civi-
lisation analogue à celle qui florissait dans l'est, et il est remar-
quable que les rares objets de cette classe signalés jusqu'à présent
comprennent des pièces de choix, des armes de luxe ou de parade
comme les membres d'une aristocratie militaire pouvaient en pos-
séder.
rrJe demande l'insertion de la note de M. Paul Du Chatellier
dans le Bulletin et la reproduction de la photographie qui l'accom-
pagne (2'. V
M. ScHLUMBERGER rend compte d'une communication de M. Tho-
lin, correspondant du Comité à Agen, relative à deux acquisitions
récemment faites par le musée de cette ville.
tfll s'agit de deux intailles trouvées en 1880 à Bon-Encontre,
près d'Agen, dans une petite boîte en bronze ayant servi d'écrin.
Les intailles sont d'une grande finesse, une surtout représentant
Hercule portant la biche. Aux deux empreintes M. G. Tholin a
joint un dessin du petit écrin.
ft La note de M. Tholin se termine par la description d'un curieux
fragment de bijou gallo-romain en bronze trouvé à Vianne (Lot-et-
Garonne) et qui a été également acquis par le Musée d'Agen. Une
^'^ Revellière, Note sur un'couteau gaulois trouvé à Qmberon, Vannes, 1896;
cf. Revue archéoL, 1896, II, p. 371. ,
t'' Voir r,i-après, p. 21.
XXV
intaille est logée au centre de cette pièce , dont la patine est su-
perbe et qui paraît être une moitié de bracelet. Le type de Tin-
taille, une Minerve à la démarche rapide, paraît peu commun.
«La note de M. G. Tbolin est fort courte. Les objets sont inté-
ressants. Les reproductions sont bonnes. Il y a donc lieu de publier
cette note avec dessins à l'appui dans le Bulletin t^). -n
M. Eugène MOntz rend compte d'une publication pour laquelle
une souscription a été demandée au Ministère.
L'ordre du jour appelle l'examen des propositions à faire à
M. le Ministre de l'Instruction publique en vue des distinctions
honorifiques à accorder à l'occasion du Congrès de la Sorbonne.
La séance est levée à 5 heures.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
Voir ci-après, p, 53, le texte de cette cominunicalioii.
XXVI
SEANCE DU 10 FEVRIER 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. de Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, envoie
une note relative à la découverte récente dans la province de
Gueldre de pilotis paraissant avoir appartenu à l'enceinte d'une
station romaine. Le Comité décide qu'il y a lieu d'attendre des
renseignements plus exacts avant de faire examiner cette commu-
nication par un rapporteur.
Le même correspondant envoie une note sur les Vicani Nerioma-
genses. — Renvoi à M. Longnon.
M. Denis envoie une notice sur la tombe d'Antoine de Ville à
Domjuiien (Vosges). — Renvoi à. M. Edmond Le Riant.
M. Jules Guiffrey présente au Comité le second et dernier volume
des Inventaires du duc de Berry.
M. Collin fait hommage au Comité d'un ouvrage intitulé : Le
pont des Tourelles à Orléans [i lao-ijSo), publié par lui dans les
Mémoires de la Société archéologique et historique de l'Orléanais.
Cet ouvrage sera déposé à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés à l'auteur.
M. Guiffrey lit un rapport sur une communication de M. Henri
Reaune relative à un portrait de Charles le Téméraire, figurant
dans une tapisserie du Musée de Berne.
M. Héron de Villefosse rend compte sommairement de deux
communications de M. de Laigue, consul général de France à Rot-
terdam.
XXVII
Dans la première, accompagnée d'une photographie, M. de
Laigue signale une clef en bronze munie d'un anneau appartenant
au Musée municipal de la Haye et trouvée dans la tourbe, en
i863, au Zorgvliet sur la route de Schéveningue à la Haye. L'an-
neau est orné d'un cachet gravé sur onyx où se reconnaît très net-
tement un gouvernail entre deux épis. M. de Laigue pense que ce
sont les armes parlantes d'un négociant en grains.
La seconde communication est relative à la prétendue découverte
d'un navire romain, avec ses ancres, chaînes, etc., dans le Pagie-
vaart, près de Hoeven, localité voisine de Breder (province de
Noord Brabant). Il résulte d'informations recueillies par M. de
Laigue que la découverte du navire en question n'a jamais eu lieu.
On a simplement retrouvé en cet endroit les débris d'une écluse,
débris sans aucune valeur.
M. Héron de Villefosse propose de remercier M. de Laigue et de
déposer ses deux lettres aux Archives.
L'ordre du jour appelle l'examen de diverses questions relatives
à la tenue des séances du prochain Congrès des Sociétés savantes.
La séance est levée à U heures.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
R. DK Lasteyrie,
Membre du Comité.
XXVIII
SÉANCE DU 9 MARS 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Président donne lecture de l'arrêté ministériel nommant
M. Héron de Villefosse président de la Commission archéologique
de l'Afrique du Nord.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. Bertrand, conservateur du musée départemental à Moulins,
rend compte des fouilles exécutées à Monetay-sur-Allier par la So-
ciété d'émulation du Bourbonnais, et des fouilles par lui faites à
Moulins. — Renvoi à M. Héron de Villefosse.
M. J. Angerand propose la publication dans la Collection des in-
ventaires de l'inventaire général de la Couronne (1683-1799).
— Renvoi à l'examen de la Commission des inventaires.
M. l'abbé Fillet, correspondant du Comité à Allex (Drôme), en-
voie une notice sur l'ameublement au moyen âge dans le sud-ouest
de la France. — Renvoi à M. Eugène* Mûntz.
M. de Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, adresse
une lettre au sujet d'un petit monument chrétien conservé à Cadix.
— M. Le Biant fait observer que le monument .en question est très
connu , qu'il a déjà été signalé dans le Corpus inscriptionum latinarum.
En conséquence, le Comité est d'avis qu'il n'y a pas lieu de ren-
voyer cette lettre à un rapporteur.
Le même correspondant envoie une aquarelle représentant une
hache en diorite conservée au Musée d'Amsterdam. — Renvoi à
M. Alexandre Bertrand.
M. DE Lasteyrie transmet au Comité de la part de M. Paul La-
XXIX
fond une notice sur une église de la vallée de Barèges. — Renvoi
à M. Schiumberger.
M. DE Barthélémy communique une lettre de M. Bulliot relative
aux dernières fouilles du mont Beuvray.
Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants offerts au Co-
mité' par leurs auteurs :
Le cojfret émaiîlé de r église de Vaulmier (Cantal), par M. le cha-
noine Barbier de Montault.
1° Calculs sur le marc de Paris et ses subdivisions; a° La monnaie
d'Embrun [iùo6-iâi'j); 3° Les liards créés par Henri III en lôjj;
â" De la Moneta blaffardorum; 5° Du prétendu monnayage mixte de
Dieudonné d'Estaing, évêque de Saint-Paul et de Charles VI ; 6" Du
compte par livre, sol et denier synonymes respectifs des nombres aào,
la et i; j" La motmaie de Jovinzieu ou Saint-Donat {8gà-ioa5?);
8° De la circulation des Jlorins d'Utrecht en Dauphiné, à Avignon et
dans le Comtat; g" Du prétendu atelier carolingien de Venasque; io° De
la détermination des ïuonnaies du dauphin Louis I" {iàio-iài5), par
M. Roger Vallentin.
Ces ouvrages seront déposés à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés aux auteurs.
M. Edmond Le Blant rend compte d'une communication de
M. le lieutenant Charles Denis relative à la tombe d'Antoine de
Ville conservée à Domjulien (Vosges). Il propose l'insertion de cette
note dans le Bulletin du Comité t^l
M. Auguste LoNGNON rend compte d'une communication de M. de
Laigue sur la cité des Vicani ISeriomagenses. L'auteur ayant déjà
présenté ce mémoire à la Société des antiquaires de France , il n'y
a pas lieu de le retenir pour le Bulletin du Comité.
L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée à 4 heures.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie ,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
'') Voir ci-après, p. 17, le texte de cette commmiication.
XXX
REUNION ANNUELLE
DES
DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES
À LA SORBONNE.
SEANCE GENERALE D'OUVERTURE.
PRESIDENCE DE M. SCHEFER.
Le mardi 7 avril , le Congrès s'ouvre à 2 heures précises , dans
le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne ; sous la présidence
de M. Schefer, membre de l'Institut, président de la Section de
géographie historique et descriptive du Comité des travaux histo-
riques et scientifiques , administrateur de l'École spéciale des langues
orientales vivantes.
Sont présents : MM. Léopold Delisle, Himly, Milne-Edwards,
Xavier Charmes, Alexandre Bertrand, R. de Lasteyrie, Bouquet de
la Grye, docteur Hamy, général de La Noë, Troost, A. de Barthé-
lémy, Léon Vaillant, Lyon-Caen, Bufnoir, Ch. Tranchant, Davanne,
Henri Cordier, Babelon, Marcel, Gazier, Ernest Chantre, Charles
Lucas, René Fage, Couard-Luys, docteur Rouire, Ulysse Chevalier,
Lièvre, Julliot, Drapeyron, Le Breton, Eugène Chateï, Félix
Thiollier, Edgard Mareuse, Mowat, Alexandre Sorel, de Marsy,
Massillon-Rouvet, le P. Camille de La Croix, Textor de Ravisi,
Louis de l'Ëstourbeillon , Joret-Desclosières, Seré-Depoin, Camoin
de Vence, Léon Maître, Beiisaire Ledain, etc.
M. Schefer prend la parole en ces termes :
rt Messieurs, les savants éminents appelés, les années précé-
dentes, à l'honneur de présider le Congrès se sont fait un devoir
XXXI
de rappeler la pensée qui a présidé à sa création, et ils en ont fait
connaître les heureux résultats.
ff Je ne crois donc point utile de rappeler ce qu'ils ont exposé avec
tant d'autorité, et je me bornerai aujourd'hui à souhaiter la bien-
venue aux délégués qui ont répondu à notre appel , et à leur dire
combien est vif et sincère l'intérêt porté à leurs travaux.
?f La date fixée pour la réunion à Tunis de l'Association française
pour l'avancement des sciences prive le Congrès de certains de ses
membres les plus distingués. La certitude qu'ils feront, dans une
contrée rattachée à la France par des liens si étroits, une ample
moisson de renseignements économiques et archéologiques, peut
seule nous consoler de leur absence.
ff L'année qui vient de s'écouler n'a point été stérile. La même
bonne volonté , la même ardeur, le même dévouement à la science
ont animé les sociétés savantes formées dans les différentes villes
de la province. Leurs travaux ont porté sur les sciences économiques
et sociales, qui seront pendant longtemps l'objet des préoccupations
les plus sérieuses, et sur les sciences naturelles, dont les progrès
incessants font éclater chaque jour, à nos yeux, des surprises nou-
velles qui exercent sur l'humanité l'influence la plus bienfaisante.
L'histoire, l'archéologie et la philologie ont été aussi le sujet de
mémoires nombreux et intéressants, publiés soit dans des recueils
locaux, soit dans les Bulletins du Ministère de l'Instruction publique.
Le Comité de géographie historique a vu se clore, cette année, la
première période décennale de son existence. Elle a été féconde :
dix volumes de mémoires et de relations accompagnés de près de
cent planches et cartes ont vu le jour, et le Comité a surveillé, en
outre , la publication d'ouvrages importants consacrés à la géogra-
phie et à l'histoire de contrées peu connues de l'Asie. Tous les
travaux et tous les documents insérés dans les revues des sociétés
de géographie de la province ont été analysés dans ses séances,
et plusieurs d'entre eux ont été le sujet de comptes rendus dé-
taillés.
ffDeux explorations ont surtout, dans le cours de cette année,
excité un vif intérêt : l'une est celle qui a amené la découverte des
lacs qui s'étendent au nord de Tombouctou, l'autre est celle des pays
situés entre le Tonkin et le golfe du Bengale, menée à bien par
M. le prince Henri d'Orléans et ses deux compagnons. 11 nous faut
espérer que nous en aurons bientôt entre les mains des relations
XXXII
détaillées. Tels sont, très rapidement mentionnés, les faits qui ont
marqué Tannée qui vient de s'écouler. Il vous appartient. Messieurs,
de ne point laisser péricliter nos traditions et de soutenir l'éclat
des différentes branches de la science française. C'est à vous qu'est
dévolu le soin de lui imprimer un nouvel essor. Permettez-moi de
vous rappeler en terminant ce seul mot, dit par un empereur ro-
main à ceux qui l'entouraient : Laboremus ! Que ce mot soit, dans
toutes les circonstances , notre devise et notre cri de ralliement.
rt Messieurs , au nom de M. le Ministre de l'Instruction publique ,
des Beaux-arts et des Cultes , je déclare ouvert le Congrès des so-
ciétés savantes, et je vous donne lecture de l'arrêté qui constitue les
bureaux des sections, -n
M. le Président du Congrès donne ensuite lecture de l'arrêté
ministériel constituant les bureaux des sections du Congrès.
Le bureau de la Section d'archéologie est ainsi constitué :
Président : M. Alexandre Bertrand.
Secrétaire : M. Robert de Lasteyrie.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
XXXIII
SEANCE DU 7 AVRIL 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouveite à 2 heures un quart.
M. Tabbé Bonno rend compte de découvertes d'objets en silex de
nature variée, trouvés en Palestine par le Père Germer-Durand. Il
en montre la photographie et les attribue à Tépoque chelléenne.
Il décrit ensuite une trouvaille analogue faite dans une grotte voi-
sine de Nazareth, au milieu d'objets en verre, de poids en pierre,
de monnaies byzantines, etc. Une chapelle avait été installée dans
ce lieu. Dans une grotte toute voisine et du même genre, on a re-
cueilli des éclats de silex.
M. Alexandre Bertrand fait remarquer que ces éclats ne permet-
tent pas de dater, même d'une façon approximative, l'époque où
cette grotte a pu être habitée par l'homme.
M. Chauvet demande des renseignements sur la dimension et
les formes des silex trouvés par le Père Germer-Durand. Il serait
intéressant, en effet, de constater en Palestine une découverte de
silex du type chelléen; mais la photographie communiquée par
M. l'abbé Bonno ne suffit pas pour se prononcer.
M. Martial Imbert fait remarquer qu'on a trouvé en France bien
des ateliers où il ne restait que des éclats; ce ne serait donc point
une objection contre la découverte qui vient d'être relatée. Toute-
fois les éclats dont il s'agit ici ne semblent pas désigner l'époque
quaternaire. Ils paraissent plutôt de l'époque néolithique.
M. Cavalier entretient le Congrès des tombes nommées lauzas en
Languedoc et qui sont ordinairement composées de six pierres
brutes. Ces tombes se rencontrent généralement en nombre. Elles
forment des nécropoles. Elles sont quelquefois de très grandes di-
mensions, mais le plus souvent elles n'ont que im. /i5àim. 76
de long, et leur peu d'épaisseur ne permet pas de croire que le
corps ait été placé dans la tombe à son état naturel. Les lauzas ont
Archéologie. c
XXXIV
plutôt servi d'ossuaire, car on y trouve ordinairement plusieurs
corps. Les objets qu'on y a recueillis sont bien peu nombreux et ne
permettent guère de dater ces tombes. Dans l'une on a ramassé
une tête en jade ressemblant à une tête de Bouddha. Elle est au-
jourd'hui la propriété de M. Lapouge, bibliothécaire de Rennes.
Aucun objet de l'époque chrétienne ou romaine n'y a été trouvé;
il est donc probable que ces tombes sont de date fort ancienne.
C'est du moins l'opinion de M. Lapouge, qui y voit les sépultures
d'une race antérieure à l'époque romaine.
M. DE Marsy donne lecture d'un travail de M. le chanoine Cerf,
de Reims, sur les représentations d'instruments de métiers que l'on
rencontre à la cathédrale de Reims , dans les sculptures des diverses
parties du portail de ce fameux édifice. On y remarque, en parti-
culier, les travaux des mois; les instruments que tiennent les per-
sonnages figurés dans ces scènes offrent une assez grande analogie
avec les outils usités de nos jours.
M. Henry Corot, membre de la Société historique et archéolo-
gique du Châtillonnais , donne la description du mobilier funéraire
trouvé dans un tumulus, au bois des Vendus, commune de Frai-
gnot, près Minot (Côte-d'Or). Ce mobilier consiste en animaux, en
grains de collier en pâle de verre, en bracelets de bronze ornés
de boules ; le tout rappelle et confirme les trouvailles déjà faites
par M. Flouest dans le Châtillonnais.
M. DE Marsy donne lecture d'un mémoire envoyé par M. J.-B.
GiRAUD, conservateur du Musée de Lyon, sur les forges installées
dès le xiii' siècle dans la région de Rives en Dauphiné. Le premier
document qui les mentionne date de 1289. Au xv' et au xvi° siècle
ces forges se multiplièrent beaucoup, et nous possédons un assez
grand nombre de titres qui nous permettent de suivre les progrès
de cette industrie, en même temps que celle du papier. Dans une
région où la métallurgie était aussi répandue, on ne peut s'étonner
que la fabrication des armes ait eu une grande importance. Rives
était renommée pour son acier, et les épées qu'on y trempait jouis-
saient d'une grande réputation. M. Giraud pense que cette industrie
a pu remonter jusqu'à l'époque où les Sarrasins étaient maîtres du
pays; il expose les raisons de tout ordre qui lui ont permis de se
conserver d'âge en âge.
XXXV
M. Lièvre, membre non re'sidant du Comité, lit un mémoire sur
les transformations du menhir, qui fut sans doute un fétiche pour
nos ancêtres gaulois. C'est probablement ce fétiche en pierre brute
que Tacite désigne sous le nom de simulacrum. Mais de bonne
heure on songea à dégrossir, à retoucher là pierre pour lui donner
une forme plus régulière. Plus tard on chercha à lui donner un as-
pect rappelant la forme humaine. Enfin le dolmen de Kernuz nous
montre de vraies sculptures où l'on reconnaît Mars et Vénus. En
Poitou , on possède un dolmen célèbre sur lequel se trouve une in-
scription certainement postérieure au début de l'époque romaine.
Ces monuments ne sont donc pas tous d'une date très reculée. Il
est sûr qu'on a dû en élever après la conquête romaine et même
après la diffusion du christianisme. Seulement leur forme avait
changé , et il est à supposer que les grands monuments en pierre
désignés par nos archéologues sous le nom de pile romaine ne sont
autre chose qu'une imitation ou une transformation des anciens
menhirs. C'est le cas de la tour de Pi relonge, en Saintonge, qui
ne peut être antérieure au m* siècle de notre ère.
Plusieurs de ces piles ont porté au moyen âge le nom defanum,
ou autre de même signification. Sulpice Sévère raconte qu'il y avait
à Amboise une tour de ce genre terminée par un cône. Paulin de
Périgueux parle de la même construction en la désignant sous le
nom de fanum. Fortunat la décrit aussi, et l'on voit par ces textes
que ce monument n'était pas le temple d'un dieu, mais le dieu lui^
même. Le nom de ce dieu était Vememet chez les anciens Gaulois,
nous dit Fortunat. Les Saxons, au temps de Charlemagne , adoraient
aussi une colonne qu'ils nommaient Imiensul. Il est probable qu'il
y avait au sommet une statue. Plusieurs monuments de ce genre
furent détruits par saint Martin de Tours. Des fouilles récentes faites
autour de la pile de Pirelonge ont révélé l'existence d'une enceinte
extérieure. M. Lièvre croit que c'est là ce que les anciens textes
nommaient delubnim. Enfin les piles passèrent par une dernière
évolution : elles prirent de grandes dimensions, devinrent creuses,
furent munies d'une porte et devinrent ainsi de vrais temples. Tels
furent le temple du Vieux-Poitiers, le temple de Janus à Autun, le
temple de Sanxay, la fameuse tour de Vésone à Périgueux, etc.
Beaucoup de ces fana se conservèrent jusqu'au vi* ou vii^ siècle, et
les vies des saints mentionnent les actes d'idolâtrie dont ces monu-
ments étaient le siège. Les tours pleines ou creusées intérieurement
XXXVI
en forme de bouteille, que l'on nomme tonnelles dans l'Ouest,
sont sans doute des monuments du même genre.
M. Martial Imbert se demande si l'on peut voir des transforma-
tions du menhir dans les temples comme celui de Sanxay. M. Du
Chatellier, qui a découvert et qui possède le menhir de Kernuz, a
fouillé près de soixante-dix menhirs; sous la plupart, il a trouvé
des corps, ce qui prouverait que c'étaient des tombeaux.
M. DE Lasteyrie et M. l'abbé Bosseboeuf s'élèvent contre certaines
des conclusions de l'auteur et montrent ce qu'elles onl d'hypothé-
tique.
M. MossET rappelle que l'on a voulu parfois voir dans ces piles
des monuments funéraires. Il sérail peut-être possible de s'en assu-
rer en faisant des fouilles sur l'emplacement de deux piles de la
Charente -Inférieure, aujourd'hui détruites, mais dont l'emplace-
ment est parfaitement connu. Quant aux tonnelles dont a parlé
M. Lièvre, c'étaient probablement des tours destinées à faire des
signaux à l'aide du feu.
M. Pierre, de la Société académique du Centre, entretient le
Congrès de la guimbarde, ce petit instrument de musique dont les
enfants des campagnes ont conservé l'usage jusqu'à ces dernières
années. A Levroux, dans l'Indre, a été recueilli un instrument de
ce genre, en bronze, dont il ne manque que la languette. M. Pierre
le croit de l'époque gauloise, car une monnaie gauloise et un frag-
ment de poterie, probablement celtique, ont été trouvés à proxi-
mité.
M. Alexandre Bertrand fait remarquer que l'on ne peut con-
clure des conditions de la trouvaille à l'antiquité de l'objet. S'il est
certain que ce morceau de bronze est un reste de guimbarde, rien
n'indique à quelle date il a pu être fabriqué.
M. QuBSNÉ, de la Commission des antiquités de la Seine-Infé-
rieure, rend compte des dernières fouilles exécutées par lui et
M. de Vesly dans les forêts de Bord et de Louviers. Les restes
d'une construction de l'époque romaine y ont été reconnus; c'était
un petit édicule carré bâti en silex et en argile; on y a recueilli
une soixantaine de monnaies, un couteau, de petites haches de
bronze, quelques fragments de poteries, des bossettes de bronze
qui paraissent avoir servi à orner la porte d'entrée; enfin des lames
XXXVII
de verre à vitre. À l'angle nord-est des ruines, on a trouvé une hase
de colonne qui permet de restituer avec vraisemblance la forme et
la nature de ce petit édifice. Ce serait un petit temple formé d'une
salle carrée entourée d'une colonnade sans doute en bois, avec ar-
chitrave également en bois. On sait combien l'usage du bois était
répandu en Gaule pour les constructions religieuses comme pour
les constructions civiles.
Pendant la lecture de cette communication, M. de Vesly dessine
au tableau le plan et la restitution de ce monument.
La séance est levée à 5 heures un quart.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comilé.
XXXVIII
SEANCE DU 8 AVRIL 1896.
UATIN.
PRESIDENCE DE M, CHABODILLET.
M. DE Lasteyrie donne lecture, au nom de M. le chanoine Cerf,
d'un travail sur l'histoire du costume en Champagne, d'après la
sculpture et le mobilier de Notre-Dame de Reims. L'auteur décrit
successivement les costumes ecclésiastiques, militaires et civils des
principales statues. 11 signale une chasuble du xiii* siècle, conservée
dans le trésor, les reliquaires , les calices. Les sculpteurs ont repré-
senté dans les bas-relief des portails, des autels, des meubles, des
instruments, les vertus et les vices, le jugement dernier, et même
des scènes de la vie civile, telles que le jugement d'un marchand
de drap accusé d'avoir vendu à fausse mesure.
M. Martial Imbert donne lecture d'une notice de M. d'Abzac,
membre de la Société des amis des sciences et arts de Roche-
chouart, sur le JariîcAet, bonnet à grandes ailes orné de dentelles,
que les femmes du Limousin portent encore aujourd'hui. Il semble
probable que cette forme de bonnet était déjà en usage au xvii" et
au xviii* siècle. On se mit, au siècle dernier, à orner cette coiffure
de dentelles sur tulle ou sur mousseline, fabriquées dans le pays.
Turgot, qui fut, on le sait, intendant de Limoges, encouragea cette
industrie, qui prit un assez grand essor. Depuis, la fabrication de
ce genre de dentelles s'est concentrée à Aixe- sur- Vienne, petite
localité des environs de Limoges.
L'auteur a recueilli un assez grand nombre de spécimens de cette
industrie; il en présente un album au Congrès.
M. Plancouard, de la Commission des antiquités et des arts de
Seine-et-Oise , lit une note sur divers monuments des cantons de
Marines et de Magny-en-Vexin. 11 signale tout particulièrement
XXXIX
Téglise de Cléry, qui appartient au xiii'' et au xvi'' siècle, l'église
de Chars, œuvre très intéressante du xii* siècle, le retable de
Nucourt, qui remonte au xvi" siècle, le retable de l'église d'Epiais,
l'église de Saint-Gervais, dont le portail est un excellent modèle de
l'art de la Renaissance , le baptistère de Magny, sculpté à la même
époque.
M. DE Lasteyrie fait ressortir l'intérêt que présente le retable
de Nucourt; il félicite M. Plancouard de l'excellent exemple qu'il
donne à ses confrères des sociétés provinciales en signalant ainsi
des œuvres d'art trop peu connues, que la Commission des monu-
ments historiques ne manquera pas de classer.
M. J. Gauthier, archiviste du Doubs, et M. l'abbé Brune com-
muniquent au Congrès une série de photographies représentant
des objets d'orfèvrerie fabriqués en Franche-Comté, du xi* au xviii"
siècle. Ils rappellent que Charlemagne avait légué un parement
d'autel doré à la cathédrale de Besançon, et indiquent que la ville
de Dinant, en Belgique, fut le centre de fabrication d'un grand
nombre d'objets doonés aux églises de Franche-Comté pendant le
XIV* et le xv" siècle. Mais les orfèvres francs-comtois étaient capables
de ciseler des calices et des reliquaires. L'atelier principal se trou-
vait à Besançon et fut peut-être fondé par des arlistes lyonnais.
Ses premières productions furent deux reliquaires détruits aujour-
d'hui mais figurés sur des sceaux du xiii° siècle. Les orfèvres de
la région n'étaient pas inférieurs à ceux des provinces voisines.
M. Gauthier a relevé cinq cents noms d'orfèvres qui ont travaillé
en Franche-Comté depuis iiio jusqu'en 1789. Les artistes de
Besançon marquaient les objets d'orfèvrerie d'une main bénissante
et plus tard des armes de la ville. Malheureusement, on a fondu
plus de six cents objets d'orfèvrerie pendant la Révolution, mais
les églises du pays renferment encore des reliquaires, des mon-
strances, des croix processionnelles très remarquables.
M. Gauthier et M. l'abbé Brune ont pris la peine de photogra-
phier la plupart de ces objets. Ils en soumettent de nombreux
spécimens au Congrès.
M. Martial Imbert demande si M. Gauthier a trouvé, dans ses
recherches, des objets d'orfèvrerie où l'on pourrait retrouver des
traces de l'influence exercée par l'art de l'e'poque barbare.
M. Gauthier répond que non, ce qui ne doit point étonner,
XL
aucun des objets décrits par lui et son collaborateur n'étant anté-
rieur au XI* siècle, et la plupart n'appartenant qu'à la fin du moyen
âge ou même à une époque plus récente.
M. Thiollier, de la Société historique et archéologique du
Forez, lit une étude sur l'ancien clocher de la cathédrale de Va-
lence. Cette curieuse église, consacrée en logS, fut très remaniée
en i6o4, mais le clocher-porche s'était conservé intact jusqu'au
xix" siècle. Endommagé par la foudre en 1822, il fut démoli en
i838 et remplacé par une tour moderne. Le clocher de Valence
ressemblait par son principe de construction à ceux des cathédrales
du Puy et de Limoges. Il était divisé en quatre étages, percés de
baies en plein cintre, ornés de colonnes et d'élégants chapiteaux.
Le Musée de Valence conserve des moulages de ces chapiteaux.
La plupart sont décorés de feuillages ou d'animaux, quelques-uns
de têtes humaines. Les baies géminées étaient encadrées par des
colonnettes et subdivisées par un fût central. La tour carrée se
terminait à l'origine par un toit en pavillon remplacé plus tard
* par une flèche en charpente. L'auteur communique au Congrès
des photographies de ces chapiteaux et des dessins du clocher de
Valence, dont il doit la communication à l'obligeance de MM. Joan-
nis, Camille Rey, Villard et Romiguière.
M. DE Lasteyrie donne lecture d'une étude de M. Leymarie, cor-
respondant du Comité à Limoges, sur divers documents intéressant
l'histoire du costume dans la région du Haut-Limousin. Le premier
document où l'on trouve des détails relatifs au costume est le Testa-
ment de Saint-Yriex. Il y est question d'étoffes ornées de perles;
on en fit usage pendant tout le moyen âge; les émailleurs limou-
sins ont souvent représenté des personnages revêtus de riches vête-
ments, mais on n'a pas jusqu'ici étudié leurs œuvres au point de
vue spécial du costume. L'auteur termine par une dissertation sur le
sens du mot limogiatura que l'on rencontre dans divers textes anciens
et qui semble indiquer des applications de broderies.
M. DE Vesly, de la Commission des antiquités de la Seine-Infé-
rieure, communique au Congrès le résultat de ses observations sur
le catelier de Criquebeuf-sur-Seine. Il y a découvert un petit cha-
piteau d'albâtre, et les paysans ont trouvé de nombreux débris
XLl
gallo-romains en cet endroit. Ce cateiier défendait le col de Tour-
ville comme celui d'Oissel, situé de l'autre côté de la Seine.
La séance est levée à 1 1 heures et quart.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie ,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
XLIl
SÉANCE DU 8 AVRIL 1896.
SOIR.
PRÉSIDENCE DR M. EDMOND LE BLANT.
M. Tabbé Bosseboeuf, de la Société archéologique de Touraine,
lit une notice sur un sarcophage conservé dans l'église de Saint-
Pol-de-Léon (Finistère). C'est une tombe en forme d'auge, taillée
dans un bloc de granit. Des arcatures de faible saillie ornent les
grandes faces, et une croix de grande dimension occupe l'un des
petits côtés. L'autre extrémité est ornée d'un cep de vigne grossiè-
rement traité, dont les rameaux s'enroulent en forme de volutes.
On prétend que ce tombeau est celui du roi Conan Mériadec ; mais
l'auteur suppose que ce sarcophage renfermait le corps de saint
Pol. Il faudrait l'attribuer à la fin de l'époque mérovingienne.
M. DE Marsy fait remarquer que la Bretagne fut toujours en re-
tard sur les autres régions au point de vue artistique, et il se
demande s'il ne faudrait pas dater ce sarcophage de l'époque ro-
mane.
M. EuDE lit une étude sur l'influence française dans le style
manuélin en Portugal. Il montre que le style manuélin tient à la
fois de l'art gothique et de l'art de la Renaissance. Les meilleurs
exemples se rencontrent dans les abbayes de Santa Cruz, de
Coïmbre, de Belem et de Thomar. L'auteur préfère ces modèles
à l'église de Batalha, au point de vue de la pureté du style ma-
nuélin. Le monastère de Belem, commencé en i5oo, était en
pleine construction en 1517. A cette époque, les travaux étaient
encore peu avancés. Le portail du croisillon Sud de l'église, bâti
par un Français nommé maître Nicolas, est une œuvre très re-
marquable. Cet artiste travailla également à Coïmbre, comme le
prouve la chronique de l'abbaye. Il avait avec lui trois de ses con-
frères, nommés Jean de Rouen, Jacques Longuin et Philippe
Odoart. Dom Manuel avait donc fait venir de France des archi-
XLIII
tectes et des imagiers. L'e'cole de Rouen jouissait d'une grande ré-
putation à répoque de la Renaissance. H n'est donc pas étonnant
que cette région ait produit des architectes capables de bâtir des
monuments aussi remarquables que le cloître de Relera. Jean de
Rouen nous est connu par d'autres documents. Il avait commencé
à travailler à une statue du tombeau du cardinal d'Amboise ; mais il
laissa son œuvre inachevée pour émigrer en Portugal. Trois autres
Français travaillèrent pour les rois de Portugal à cette époque; ils
se nommaient Nicolas Chatranz, Jérôme et Simon de Rouen. La
salle du chapitre, à Thomar, marque une nouvelle étape dans
l'architecture manuéline; elle fut terminée par des artistes por-
tugais (^).
M. Jules Gauthier, archiviste du Doubs, donne lecture d'une
étude sur le couvent des Cordeliers de Salins (Jura). L'église de ce
monastère avait été commencée en 1280, mais il n'en reste plus
aucun débris. L'auteur essaye de restituer ce bel édifice gothique
à l'aide d'une description de Jules Chifflet , abbé de Ralerne en 1 6 48.
On y voyait le tombeau d'Isabelle de Courtenay, morte en 1267,
de Laure de Commercy, morte en 1276. Le plan présentait une
abside polygonale aux deux extrémités de la nef, coYnme dans les
églises rhénanes. Les fenêtres du chœur étaient ornées de beaux
vitraux du xiv" siècle. Le cloître était une œuvre de la même époque.
L'église des Cordeliers devait être plus remarquable par ses monu-
ments funéraires que par son architecture. Jean de Chalon y fut
enterré en 1809. ^^ possède le texte des inscriptions de la plupart
des tombeaux, qui furent détruits au xvi* siècle et pendant la Révo-
lution. M. Gauthier décrit les vitraux remarquables du sanctuaire,
dont quelques panneaux sont heureusement conservés. L'église était
ornée de peintures du xv" siècle.
M. Léon Maître, archiviste de la Loire-Inférieure, lit une étude
sur une église carolingienne à date certaine, celle de Saint-Phi-
libert de Grandlieu. Ce village se nommait anciennement Deas;
mais, en 836, les moines de Noirmoutier, chassés par les Nor-
mands, firent élever à Grandlieu une étroite confession voûtée
d'arêtes qui renferme le sarcophage monolithe de saint Philibert.
Au-dessus, l'abbé Imbold construisit une église encore à peu près
(') Voir ci-après, p. 2/4, le texte in extenso de cette communication.
intacte. L'appareil de l'église ne porte pas la trace de reprises et
se compose de lits de briques et de pierres alternés, comme dans
les monuments gallo-romains. Les claveaux des grandes arcades
présentent la même disposition. Les matériaux sont de dimension
moyenne, et le mélange de briques est plutôt employé comme
élément de décoration que pour maintenir l'appareil. Le plan de
l'édifice comprend une nef, deux bas-côtés, un transept flanqué de
deux absidioles et un chœur en hémicycle. M. Maître analyse les
divers éléments architectoniques de cette église et rappelle que
l'église de Yertou (Loire-Inférieure) présentait des restes d'appareil
identiques.
Le carré du transept est encadré par de grands arcs en plein
cintre isolés qui sont formés de claveaux de briques alternant avec
des claveaux de pierre. Au xi" siècle, on voulut réduire la largeur
de ces ouvertures, et on fut obligé de les remplir en ménageant
une porte au centre qui est soutenue par des colonnes provenant
de quelque édifice antique. Cette curieuse église, dont la longueur
est de 54 mètres, est transformée en halle. L'auteur espère que
l'ancienneté de l'édifice attirera l'attention et qu'on pourra la sauver
de la ruine dcoit elle est menacée.
M. DE Lasteyrie ne croit pas que toute la construction dont
M. Maître vient de parler ait été bâtie d'un seul jet. Comme
M. Marionneau l'avait fait remarquer jadis dans un mémoire lu à
un des Congrès de la Sorbonne, la crypte a di\ être bâtie peu
après 836, époque où les moines de Noirmoutier, fuyant les Nor-
mands, vinrent à Déas avec les reliques de leur patron. Or, l'église
qu'ils édifièrent au-dessus de la crypte fut détruite en 8 5 7, lors de
la grande invasion des Normands, qui obligea les moines à em-
porter les reliques de saint Philibert jusqu'à Tournus. Le plan
seul que M. Maître a communiqué au Congrès montre qu'il y a
deux ou trois époques différentes dans ce monument; il importe
donc d'en faire un examen minutieux pour pouvoir en bien dater
les diverses parties.
M. PiLLOY communique au Congrès une étude sur les objets
découverts dans le tombeau de Childéric I*"", trouvé à Tournai
en i653. Chifflet a décrit, au xvu' siècle, les objets renfermés dans
cette tombe. Depuis, l'abbé Cochet a étudié les mêmes pièces dans
un livre bien connu; enfin, en 1889, M. Lidenschmidt s'est occupé
XLV
de cette curieuse découverte. M. Pilloy rappelle toutes les circon-
stances des fouilles de Tournai. Il compare cette trouvaille à celle
d'une sépulture du même genre trouvée à Pouan (Aube). Il s'en
autorise pour corriger certaines inexactitudes de Chifllet. Ainsi,
Tépée du roi n'avait pas deux tranchants, mais un seul; elle était
dépourvue de pommeau , contrairement au dessin figuré par Chifflet,
et ne se trouvait pas suspendue à un baudrier, mais à une cein-
ture richement ornée. M. Pilloy compare Tépée de Pouan avec
celle de Childéric, pour montrer les inexactitudes des dessins de
Chifflet, oiî Ton voit des garnitures qui n'appartenaient pas à
l'épée, mais bien au fourreau, dont l'entrée était décorée de gre-
nats. Labarte ne croyait pas cette arme franque; il l'attribuait à un
artiste byzantin. Au contraire, M. Pilloy montre que les artistes
francs fabriquaient des épées du même genre et fait remarquer
que l'épée de Pouan avait exactement la même longueur.
Le scramasaxe de Childéric n'était pas garni de rainures, suivant
l'habitude constante du vu" siècle. Ce n'était pas un véritable scra-
masaxe, mais un long coutelas.
La fibule de Childéric a été mal représentée par le dessinateur
de Chifflet. Elle n'appartient pas à l'art franc, mais à l'art romain,
et les légionnaires en portaient de semblables au iv® siècle. On a
trouvé dans la tombe de Childéric un assez grand nombre de
boucles. M. Pilloy explique quel en devait être l'usage. Un second
corps, de petite taille, a été découvert à côté de celui du roi.
Chifflet a supposé que c'était un jeune serviteur du roi qui avait
été inhumé avec lui. Il est bien plus vraisemblable que c'était une
femme. A Pouan, de même, on a trouvé deux corps, dont l'un
devait être celui d'une femme. Il n'est pas invraisemblable que ce
fût le corps de la reine Basine, qui aura été ensevelie, à sa mort,
dans la même tombe que son mari. Une partie des bijoux attribués
à Childéric doit donc être restituée avec grande vraisemblance à
la compagne du roi.
M. l'abbé Puiseux communique au Congrès une notice sur l'église
de Notre -Dame -de -l'Epine, près de Châlons-sur-Marne. Au
xviii' siècle, on attribua la construction de l'église à un architecte
anglais nommé Patrice; mais c'est une légende inventée par Beau-
gier et reproduite par une foule d'auteurs modernes. L'église fut
commencée entre iAo5 et i/iio, et on n'y retrouve aucun carac-
XL VI
tère du style gothique anglais. Il est évident que le portail est
moins ancien que la nef. Charles VII avait donné une somme
d'argent pour élever les clochers en lUlib. En lAôg, Tédifice
n était pas encore terminé. L'auteur a retrouvé un inventaire du
XVII* siècle qui reproduit l'analyse d'un document de ikhB et qui
mentionne le nom d'Etienne Poutrise, maçon à Châlons. Cet artiste
avait travaillé à la construction de l'église de l'Epine; c'est évidem-
ment lui, dont le nom défiguré en celui de Patrice, par suite d'une
faute de lecture , a donné lieu à la légende d'un architecte anglais.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
R. DE LaSTEYRIE,
Membre du Coinilé.
XLVII
SEANCE DU 9 AVRIL 1896
MATIN.
PRESIDENCE DE M. BABELON.
M. Tabbé Brune lit une notice sur l'égiise de Ghissey (Jura).
Cette église appartenait au prieuré bénédictin de Château-sur-
Salins , qui dépendait de Tabbaye de Cluny. Elle a la forme d'une
croix latine et se termine par un chevet plat. On peut l'attribuer
à la seconde moitié du xiii* siècle. Les piles de la nef se composent
de colonnes isolées et les grandes arcades sont surmontées d'une
corniche dont les modillons présentent des masques bizarres. Cette
corniche supporte des dalles, et l'on peut ainsi circuler au-dessous
de l'appui des fenêtres. Toute l'église est voûtée d'ogives. A l'ex-
térieur, le portail se fait remarquer par son arc trilobé et par le
curieux bas-relief du tympan qui représente le Christ attaché à la
colonne de la flagellation, saint Pierre et saint Paul. L'église de
Chissey vient d'être restaurée par M. Boeswilwald.
M. Bertrand, professeur au lycée d'Alger, communique les ré-
sultats de ses fouilles dans la basilique de Castiglione en Algérie.
En plan, cet édifice comporte une nef entre deux collatéraux et une
abside en hémicycle flanquée de deux pièces latérales. Au-dessous
du chœur s'étend une crypte découverte par M. l'abbé Grandidier.
Cette crypte renfermait non pas un tombeau, mais une piscine en
forme de quatrefeuille oii l'on baptisait les catéchumènes. On a
trouvé une piscine du même genre dans l'île de Djerba, et Gré-
goire de Tours en décrit une semblable. Il est probable que la
basilique de Castiglione remonte au v' siècle. L'auteur fait re-
marquer que l'on n'a pas encore signalé de crypte dans les basi-
liques africaines.
M. Babelon rectifie cette dernière assertion en signalant une
crypte trouvée récemment à Carthage par le P. Delattre.
M. JuLLioT, président de la Société archéologique de Sens, lit un
travail sur le Musée archéologique de Sens. Ce musée contient de
XLVllI
nombreux et beaux débris gallo-romains. La ville renfermait deux
temples , un théâtre , un aqueduc et des thermes , dont il reste en-
core des bases de colonnes. M. Julliot donne une description de
ce dernier monument à l'aide des débris recueillis au musée. Ces
précieux restes avaient été utilisés dans les fondations de Tenceinte
gallo-romaine déjà construite en 356. L'auteur, en terminant, pré-
sente un exemplaire du dernier fascicule de sa publication sur le
Musée lapidaire de Sens. Ce travail est accompagné d'héliogravures
qui reproduisent les plus belles sculptures du musée et les inscrip-
tions récemment découvertes.
M. LE Président félicite M. Julliot des soins qu'il donne à cette
belle publication , tout à fait digne des richesses archéologiques que
contient le Musée de Sens.
M. Bélisaire Ledain donne lecture, au nom de M. Luguet, d'un
mémoire sur les caractères distinctifs de la stèle et du cippe. L'au-
teur montre que la plupart des auteurs ont confondu ces deux
mots, dont il indique l'étymologie. La stèle fut en usage en Assy-
rie, en Phénicie, à Garthage, en Grèce, depuis les temps héroïques.
Le cippe fut d'abord un pieu cylindrique, plus tard quadrangulaire,
puis une courte colonne tronquée avec ou sans inscription. Ge
furent d'abord des bornes agraires, des termes, des bornes milliaires.
La stèle et le cippe ne peuvent être confondus qu'à dater de l'asser-
vissement de la Grèce par les Romains, mais le cippe latin retint
quelque chose de son origine. A Rome, le cippe et la stèle sont
toujours lourds. A Athènes, la stèle est toujours svelte et élégante.
L'auteur signale un cippe très curieux, trouvé récemment près de
Givray (Vienne).
M. DE Lasteyrie donne lecture d'un mémoire présenté par
M. GoRCELLE, professeur au lycée d'Annecy, contenant la liste d'un
grand nombre de monuments anciens du Bugey et du Valromey,
aujourd'hui perdus ou dispersés. Gette région a été jadis assez riche
en monuments gallo-romains; Belley, Vieu-en-Valromey, Anglefort-
Seyssel, en particulier, ont été des centres assez importants au ii*
et au iii^ siècle, si l'on en juge par les inscriptions et les objets de
toute nature qui y ont été recueillis. Malheureusement, une grande
partie de ces objets ont .été se perdre dans de petites collections
privées formées par les habitants du pays. Le Musée de Genève en
a pu acquérir un assez grand nombre.
XLIX
M. Tabbé Bosseboeuk, de la Société archéologique de ïourainc,
lit une étude sur les découvertes de bas-reliefs antiques récemment
faites h Yzeures (Indre-et-Loire). L'auteur rappelle l'antiquité de
ce village , dont parle Grégoire de Tours. Eustache , archevêque de
Tours de Ail à i6i, construisit en ce lieu une église sur les ruines
d'un temple dédié à Minerve. Au xii* siècle, on la remplaça par
une construction très soignée qui s'est conservée en assez bon état
jusqu'à nos jours. On eut, l'an dernier, la fâcheuse idée de la
remplacer par une église neuve, et c'est en fouillant le sol pour
établir les fondations de ce nouvel édifice qu'on découvrit acciden-
tellement une dizaine de pierres sculptées représentant Minerve,
des géants, Léda et le cygne, etc. Un fragment d'inscription por-
tant une dédicace à Minerve est venue confirmer la tradition, qui
voulait que l'église dTzeures eût remplacé un temple à Minerve.
Depuis la découverte des blocs dont il vient d'être question, le
P. de La Croix a entrepris à Yzeures de nouvelles fouilles; il a trouvé
d'autres pierres sculptées et deux autres fragments de l'inscription.
Grâce à cet ensemble de découvertes , on peut restituer le temple
d'Yzeures. C'était probablement un monument polygonal. 11 a dû
être construit au ii" siècle environ.
Le R. P. DE L\ Croix raconte les fouilles qu'il a entreprises dans
les fondations de l'église d'Yzeures au mois de février 1896. 11
en a fait extraire quatre-vingts blocs sculptés, et a reconnu que
ces pierres avaient été employées dans les fondations de l'église
mérovingienne. L'église n'avait pas été consiruite sur l'emplacement
du temple, mais les assises romaines avaient été apportées de
ruines situées dans le voisinage. Le P. de La Croix attribue cette
construction au règne de Marc-Aurèle et de Lucius Verus. Les dé-
bris recueillis par lui ne proviennent peut-être pas tous du même
édifice. 11 serait fort important de faire de nouvelles fouilles, car
elles ne peuvent manquer d'être très productives.
Le Congrès émet le vœu qu'une entente intervienne entre qui
de droit pour que ces curieuses recherches soient reprises le plus
promptement possible.
La séance est levée à midi.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie ,
R. DE LaSTEYRIE,
Membre du Comité.
AUCIIKOLOGIE. D
SEANCE DU 9 AVRIL 1896.
SOIR.
PRESIDENCE DE M. DE BARTHELEMY.
M. Tabbo BoNNO lit une noie sur les monnaies gauloises trouvées
dans Tarrondisseiuent de Provins. Six monnaies en potin doivent
être attribuées aux Sénons, sept aux Leuques. Elles sont ornées
d'un sanglier. L'auteur communique une monnaie d'or décorée
d'un marteau et découverte à Jouy-le-Ghâtel (Seine-et-Marne) qui
présente un type très rare de monnaie gauloise.
M. Coutil fait l'inventaire des monnaies gauloises trouvées dans
le département de l'Eure. Les Aulerci Eburovices étaient la peu-
plade la plus importante de la région; leur capitale était près
d'Évreux, à Saint-Aubin. Le revers de leurs monnaies était orné
d'un cheval. On a trouvé dans l'Eure des monnaies des Santons,
des Séquanes, des Calètes, des Lexovii, des Carnutes, des AUobroges
et même des Arvernes. Les découvertes les plus intéressantes ont
été faites aux Andelys et à Verneuil. L'auteur signale encore des
monnaies des Bellovaques , des Atrébates , des Cenomani , des Morini ,
des Unelli, des Edui, des Meldi, des Catalauni. Toutes ces pièces
sont en potin, en argent ou en or. A Verneuil, on a trouvé en
abondance des monnaies gauloises de l'atelier de Nîmes.
M. Vauvillé lit une note sur les monnaies gauloises trouvées à
Verneuil (Eure). Il décrit chaque exemplaire de ces monnaies en
potin et en bronze, ornées d'animaux ou de têtes, et signale deux
pièces inédites faisant partie du même trésor.
M. DE Lasteyrie donne lecture d'une notice de M. Plancouard
sur quelques monnaies gauloises découvertes près de Magny-en-
Vexin (Seine-et-Oise). L'auteur attribue ces monnaies aux Vëlio-
casses. On y voit un buste de femme ailée qui porte la légende
LI
ATEVLA et au revers un cheval à pieds fourchus portant une
corne sur la tête avec la légende VLATOS.
M. DE Marsy donne lecture d'un travail de M. de Lahondès sur
les églises de TAriège. Cette région n'a pas produit une école spé-
ciale d'architecture : on y rencontre des églises rurales assez nom-
breuses bâties à l'époque romane, surtout dans la vallée de l'Ariège.
L'influence romane se fit sentir très tard dans cette région comme
dans toutes les vallées pyrénéennes. L'auteur montre l'influence
exercée dans l'Ariège par les moines de Gluny et de Gîteaux , qui
possédaient les ressources nécessaires à la construction des édifices
religieux. Les églises romanes se composent soit d'une simple nef
et d'un chœur en hémicycle, soit d'une nef dépourvue de bas-côtés,
d'un transept flanqué de deux absidioles et d'un sanctuaire arrondi.
Les nefs sont voûtées en berceau et tous les arcs décrivent une
courbe en plein cintre.
M. de Lahondès signale tout particulièrement les églises d'Axiat,
de Saint-Lizier, d'Unac, de Portes, de Castillan, de Vie, de Mer-
cus, de Salau et de Mérens. La décoration des chapiteaux se com-
pose de lourds rinceaux et d'animaux fantastiques, et les portails,
flanqués de colonnettes, ont des archivoltes moulurées. A Castillon,
on remarque une curieuse sculpture représentant saint Pierre
tenant un livre oii se trouve inscrit le nom du maître de l'œuvre.
Les clochers présentent des formes variées. L'auteur signale plu-
sieurs clochers-arcades et quelques tours centrales carrées, notam-
ment à Axiat, où le clocher, divisé en deux étages, est percé de trois
baies accouplées sur chaque face. Les clochers de Mérens, de Vic-
desos et de Sentein sont assez remarquables. Enfin le cloître de
Saint-Lizier est une belle œuvre de l'époque romane.
M. DE Lasteyrie lit, au nom de M. l'abbé Pigeon, une note sur
un prétendu tombeau d'un des défenseurs du Mont-Saint-Michel en
i43i. Cette pierre tombale se trouve dans l'église de Chasseguay
(Manche). Le défunt est représenté la tête nue, vêtu d'une cotte et
armé d'une épée. Ses jambes portent des cuissards, des genouillères
et des jambières. Deux écussons sont sculptés de chaque côté de la
figure du chevalier. L'archange saint Michel est représenté au-
dessus de la tête du défunt : il frappe le démon étendu à ses pieds.
Plus bas, on aperçoit un suaire, sorte de rouelle en cire que l'on
LU
porte dans l'Avranchin, aujourd'hui encore, dans les enterrements,
en même temps que le cierge mortuaire, et que Ton dépose dans
la tombe sur la poitrine du défunt '^l
M. Auguste Cavalier, au nom de M. Adrien Po.\s, fait une com-
munication sur un tombeau gallo-romain trouvé près des murs de
l'ancien Altimurium et contenant des urnes en verre, des fioles à
parfum, des aiguières et des lampes en bronze, etc. A cette com-
munication sont jointes des vues photofgraphiques de trois parties
des remparts, d'une portion de colonne et de divers objets funé-
raires trouvés par M. Nestor Grasset. L'auteur émet le vœu que
ces curieuses ruines gallo-romaines, situées à Murviel (Hérault),
soient protégées contre les déprédations. Il ajoute que des fouilles
méthodiques donneraient sans doute d'intéressants résultats , et que
les objets déjà recueillis sont déposés au Musée archéologique de
Montpellier.
L'ordre du jour étant épuisé, M. le Président, après avoir re-
mercié les délégués de leur assiduité aux séances, leur donne
rendez-vous à Tannée prochaine.
La séance est levée à U heures et demie.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie ,
R. DE Lastetrie,
Membre du Comitc.
^'^ Voir ci-après, p. i23, le lexle in extenso de celte coimiiunicalion.
LUI
SÉANCE GÉNÉRALE DU 11 AVRIL 1896.
PRESIDENCE DE M. GDIEYSSE,
MINISTRE DES COLONIES.
Le samedi 1 1 avril a eu lieu , dans h grand amphilhe'âtre de la
nouvelle Sorbonne, sous la présidence de M. Guieysse, ministre
des Colonies, ministre par intérim de l'Instruction publique, des
Beaux-arts et des Cultes, l'assemblée générale qui clôt chaque
année le Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départe-
ments.
Le Ministre est arrivé h 2 heures, accompagné de M. Xavier
Charmes, directeur du Secrétariat et de la comptabilité au Minis-
tère de l'Instruction publique, et de M. Bèze, chef du Secrétariat
du Ministre des Colonies.
Il a été reçu par MM. les membres du Comité des travaux his-
toriques et scientifiques, et parles hauts fonctionnaires de l'Uni-
versité.
M. Guieysse a pris place sur l'estrade, ayant à sa droite :
MM. Schefer, membre de l'Institut, président du Congrès; Tranchant,
vice-président de la Section des sciences économiques et sociales;
Léon Vaillant, secrétaire de la Section des sciences; Da vanne et
Grandidier, membres du Comité; à sa gauche : MM. Léopold Delisle,
membre de l'Institut, président de la Section d'histoire et de phi-
lologie; Alexandre Bertrand, de l'Institut, président de la Section
d'archéologie; Mascart, de l'Institut, vice -président de la Section
des sciences; Bouquet de la Grye, de l'Institut, vice -président
de la Section de géographie historique et descriptive; Glasson", de
l'Institut, membre du Comité; Lyon-Caen, de l'Institut, secrétaire
de la Section des sciences économiques et sociales.
MM. Gaston Paris, de l'Institut, vice-président de la Section
d'histoire et de philologie; A. de Barthélémy, de l'Institut, membre
du Comité; G. Servois, garde général des Archives nationales.
LIV
membre du Comité'; Buisson, directeur au Ministère de Tlnstruc-
tion publique; le ge'néral André, commandant l'Ecole polytech-
nique; le docteur Bergeron, secre'taire perpe'tuel de l'Académie de
me'decine ; Kaempfen, directeur des Musées nationaux; Himly,
membre de l'Institut, doyen de la Faculté des lettres, membre du
Comité; le docteur Hamy, de l'Institut, secrétaire de la Section
historique et descriptive du Comité; Gebhart, de l'Institut; Flach,
Henri Cordier, Babelon, Omont, Guiffrey, Angot, membres du
Comité, ont également pris place sur l'estrade.
Aux premiers rangs de l'hémicycle on remarquait : MM. Menant,
membre de l'Institut; Jules Finot, le marquis de Croizier, Ernest
Chantre, Georges Harmand, Léon Morel, le baron de Baye, Paul
Sédille, le marquis de l'Estourbeillon, Lièvre, l'abbé Brune, Couard,
René Fage, L. Drapeyron, Eugène Châtel, l'abbé Trihidez, Mas-
sillon-Rouvet, Emile Travers, le comte de Marsy, Henri Beaune,
le docteur Rouire, J. Gauthier, Thiollier, Fourdrignier, Edgard
Mareuse, Dufour, Dutilleux, etc.
La musique de la Garde républicaine prêtait son concours à
cette cérémonie.
M. le Ministre a ouvert la séance et donné la parole à M. Gran-
didier, de l'Académie des sciences, membre du Comité des travaux
historiques et scientifiques'^).
M. le Ministre a pris ensuite la parole en ces termes :
tf Messieurs,
ffVous venez d'entendre avec un bien vif intérêt M. Grandidier
vous parler de Madagascar et du français Mayeur, son précurseur
dans l'exploration sérieuse de la grande île. Le tableau qu'il vous en
a fait est vivant et plein d'actualité; il a particulièrement frappé le
Ministre qui a l'honneur de parler devant vous, puisque c'est lui
qui a la lourde tâche de tirer de notre nouvelle possession les avan-
tages que la France attend pour la cause générale de la civilisa-
tion et pour elle-même, en compensation des grands sacrifices
qu'elle s'est imposés. J'ai le ferme espoir que cette attente ne sera
pas déçue et qu'un vaste champ va s'ouvrir, je peux même dire
déjà est ouvert, à notre activité, à notre expansion coloniale.
« C'est à l'absence de mon collègue, M. Combes, reJDrésentant en
^'^ Le discours de M. Grandidier a été inséré au Journal officiel du 1 2 avril 1896.
LV
ce moment le Gouvernement en Algérie, qu'est dû le grand hon-
neur qui m'échoit de pre'sider la séance de clôture du Congrès des
Sociétés savantes. Cette réunion annuelle de délégués, symbolisant
notre esprit national et venant fusionner dans de trop courtes
séances ses diversités régionales avec leur caractère particulier, est
toujours une fête pour les esprits délicats. Chaque année voit se
développer davantage la sympathie qui s'attache avec tant de raison
aux œuvres réellement utiles, et leur succès même est la meilleure
preuve qu'elles répondent bien à un sentiment juste et vrai, celui
de ne laisser perdre aucune de nos forces intellectuelles.
ttLe savant, le chercheur, éprouvent des joies vives — les plus
pures en tout cas de l'existence, parce qu'elles ne produisent pas
de déceptions par elles-mêmes, — à se lancer à la recherche de
l'inconnu, à résoudre un problème, à creuser une question ardue.
Mais à côté de la jouissance personnelle, égoïste, à quoi -serviraient
ces travaux, ces labeurs, s'ils devaient rester ignorés? Ce n'est pas
tout que de tailler une pierre de notre édifice social, il faut la
mettre en place, il faut que chacun de nous coopère de toutes ses
forces, de toute son énergie à l'œuvre commune, et puisse profiter
de l'expérience d'autrui, en faisant profiter les autres de la sienne.
Et combien, avant la mise en commun de vos efforts, n'avons-
nous pas à regretter la perte de travaux intéressants, d'œuvres de
valeur réelle, faute des moyens matériels de les mettre en lumière!
Combien surtout de découragement et de lassitude chez des esprits
d'élite, dignes d'une meilleure destinée, combien de forces vives
mal dépensées et perdues!
ff C'est à vos Congrès qu'est dû particulièrement ce renouvelle-
ment de vie intellectuelle, si sain, si utile pour rapprocher des tra-
vailleurs qui s'ignorent; c'est à vos publications qu'est due cette
émulation si heureusement féconde qui nous donne chaque année
des mémoires si précieux. Et c'est ainsi que se produit cet échange
d'idées si indispensable, faisant pénétrer jusque dans les centres
les plus éloignés cette impulsion intellectuelle qui part de Paris et
de quelques grandes villes pour revenir sous une forme nouvelle,
véritable mouvement circulatoire qui crée et entretient la vie dans
notre noble pays de France, comme celui du sang la donne au
corps humain.
ffVos travaux. Messieurs, embrassent un champ de plus en plus
vaste dans le domaine des sciences et des arts; mais ce sont tou-
LVl
jours les Seclions historique et archéologique, bases originelles de
vos Congrès, qui tiennent la place la plus large, et n'est-ce pas
bien naturel? Ne sonl-ce pas elles, en effet, qui ont le plus de fa-
cilité pour se développer dans nos départements, qui ont le plus
d'éléments à mettre en lumière? Leurs efforts méthodiques et per-
sévérants se manifestent du reste par des résultats tous les jours
plus tangibles. A mesure que nous poursuivons notre marche en
avant d'un pas rapide, nous éprouvons le besoin, pour assurer
notre course, de jeter un regard derrière nous, de chercher dans
le miroir du passé des indications pour l'avenir. C'est de l'histoire
que nous devons tirer nos meilleures leçons, c'est dans l'étude des
sociétés disparues que nous devons trouver notre propre enseigne-
ment.
«Dans ces peuples antiques, dont les noms mêmes sont inconnus,
qui ont couvert notre vieille Europe, détruisant et fondant des
civilisations primitives dont notre sol conserve encore pieusement
de rares débris, dans ces peuples moins éloignés de nous, Chal-
déens. Egyptiens et autres, mais dont nous reconstituons les
mœurs par quelques documents, trop peu nombreux, comme un
naturaliste reconstruit un squelette complet au moyen de fragments
fossiles, dans ces peuples plus rapprochés auxquels nous nous rat-
tachons directement, Grecs, Romains, Gaulois, nous retrouvons
toujours les mêmes procédés d'action, d'organisation, d'existence
sociale. Et maintenant que les peuples européens se sont répandus
sur le sol entier du monde, que nos colonies se sont accrues dans
des proportions que personne ne pouvait naguère encore soup-
çonner, que la vieille Afrique n'est plus la terra incognita, et que
les nations européennes s'en disputent la surface avant même de
la connaître complètement, nous constatons que les mobiles humains
sont toujours les mêmes, qu'il s'agisse de notre civilisation raffinée
ou de celle de ces peuplades qui sont comme des témoins des états
primitifs de nos ancêtres.
ff Etudions donc l'homme en lui-même, isolé ou groupé dans la
famille, dans la tribu, dans la nation, dans la patrie. Suivons-le
dans son développement moral, dans son besoin inné des arts,
dans ses efforts créateurs des sciences, pour assurer la conserva-
tion de l'espèce. C'est un vaste cadre pour vos éludes, et c'est,
Messieurs, la lâche à laquelle vous n'avez pas manqué.
ffLe gouvernement de la République a voulu, cette année comme
les autres, témoigner de sa profonde sympathie pour le Congrès,
en décernant des récompenses à quelques-uns de ses membres qui
se sont parliculièrement distingués par une plus longue suite de
travaux. Le nombre de ces distinctions dans Tordre de la Légion
d'honneur est toujours trop restreint pour répondre véritablement
au sentiment de justice absolue, mais au moins je suis certain
d'avance que vous approuverez pleinement les noms auxquels il
a fallu malheureusement se limiter. Ce sont ceux de MM. Ernest
Chantre, Joseph Vallot, Delattre et de Boussès de Fourcaud.
ftVous connaissez tous les beaux travaux de M. Chantre sur l'ar-
chéologie préhistorique. Ses missions en Orient, parliculièrement
dans le Caucase, ont jeté un jour nouveau sur les civilisalions
préhistoriques et ont enrichi nos musées de documents précieux.
La distinction accordée aujourd'hui à M. Chantre n'est qu'un juste
témoignage rendu à ses mérites, qu'ont su si universellement ap-
précier les savants étrangers.
tf En dehors des travaux botaniques de M. Vallot, vous savez que
ce laborieux infatigable est le fondateur d'un observatoire au mont
Blanc, créé à ses frais en 1887 et entretenu par lui depuis cette
époque. Vous savez aussi qu'il a entrepris ce travail si important,
le lever complet de la chaîne du mont Blanc. L'énergie et la téna-
cité dont M. Vallot a fait preuve, son dévouement désintéressé à la
science, juslilient la distinction qui lui est accordée.
trLe père Delattre, correspondant de l'Institut et conservateur du
Musée archéologique de Carthage, se consacre depuis plus de vingt
ans à l'archéologie de l'Afrique du Nord; les résultats obtenus par
lui sont considérables et appréciés de tout le monde savant. La
découverte récente des nécropoles puniques de Carthage, dont l'ex-
ploration lui a été conflée par rx\cadémie des inscriptions et belles-
lettres, a jeté sur ses travaux un éclat qui le désignait particuliè-
rement à l'attention du Ministre de l'Instruction publique.
tf Enfin, M. de Boussès de Fourcaud, successeur de Taine à
l'École nationale des Beaux-arts, comme professeur d'esthétique et
d'histoire de l'art, s'est acquis par ses nombreuses et importantes
publications des titres incontestés à la haute distinction que lui
confère aujourd'hui le gouvernement de la République.
ffLe Ministre de l'Instruction publique ne fait, du reste, que
répondre au vœu émis à l'unanimité par le Comité des sociétés
des beaux-arts, heureux de pouvoir s'associer aux sentiments d'une
Lvm
assemblée qui donnait ainsi à l'un de ses membres une preuve de
l'estime que lui inspirent son caractère et son talent.
ffli me reste, maintenant, Messieurs, à accomplir un devoir dou-
loureux , celui de rendre un dernier et public hommage à ceux qui
ne sont plus et dont nous avons à déplorer la perte cette année.
tr Parmi ceux qui nous touchent de plus près par leurs travaux, je
dois citer en première ligne M. de Montaiglon, membre titulaire du
Comité des travaux historiques, qui s'est éteint en septembre dernier,
après une longue carrière laborieusement remplie. Professeur à
l'Ecole des Chartes et président de la Société de l'art français, M. de
Montaiglon était un de ces chercheurs qui aiment mieux faire pro-
fiter les autres de leurs remarques et de leurs études que d'en tirer
eux-mêmes un parti direct en les faisant connaître par des tra-
vaux d'ensemble.
K Comme écrivain, son œuvre, par sa variété et sa diffusion dans
cent publications diverses, est difficile à apprécier; en revanche,
comme professeur, peu d'hommes ont eu une action aussi pro-
fonde, aussi heureuse sur les nombreux élèves qu'il a formés.
ftM. de Montaiglon a donné un peu de lui-même à tous; c'est
pourquoi son souvenir restera toujours vivant dans le cœur de
ceux qui l'ont connu.
tf M. Bœswilwald, membre honoraire du Comité, était inspecteur
général des Monuments historiques. C'est à son initiative que nous
devons la conservation des beaux monuments de l'Algérie, de ce
pays si riche en souvenirs de l'époque romaine que des soins in-
telligents préservent maintenant de la destruction.
ff Ai-je besoin de vous rappeler les noms de l'éminent directeur
de l'École française de Rome, GefFroy; du savant commentateur
de Marc-Aurèle, Martha ; de La Villemarqué, qui a tiré d'un
oubli si immérité notre vieille littérature bretonne, et de tant
d'autres qui sont tombés sur le champ d'honneur du travail, après
une vie si laborieusement remplie : le vénérable Barthélémy Saint-
Hilaire; le savant orientaliste Derenbourg; les docteurs Verneuil,
Larrey, Sappey?
trll est peut-être peu d'années plus fertiles en tristes moissons,
dans le monde des sciences, des lettres et des arts. Il me suffit pour le
prouver de vous citer les noms des trois gloires françaises que l'année
a vues disparaître: Pasteur, Alexandre Dumas, Ambroise Thomas.
Je n'ai pas à en faire l'éloge; chacun de nous le fait dans son cœur
LIX
à des points de vue différents. La simple évocation de ces noms
éveille en nous bien des pensées diverses; mais nous sommes tous
pénétrés de ce sentiment bien vrai : c'est que chacun de ceux que
j'ai à peine eu besoin de rappeler à vos souvenirs, caractérisait
des idées scientifiques, littéraires et artistiques véritablement fran-
çaises.
cf Si la mort fauche à coups serrés dans nos rangs, une génération
nouvelle s'avance, fortement préparée par ceux qui ne sont plus.
M. Schefer, dans votre séance d'ouverture, constatait que le Congrès
de Tunis vous avait privés de plusieurs de vos membres les plus
distingués. Mais la France est heureusement assez riche en hommes
de talent pour qu'elle puisse essaimer et envoyer au dehors ses
missionnaires des sciences et des lettres sans s'appauvrir. La bonne
parole a été portée au dehors et votre prochain Congrès en recevra
sans doute les échos.
ffA l'an prochain. Messieurs! Portez à vos Sociétés les remer-
ciements du Ministre pour les travaux qu'elles ont produits, et les
vœux qu'il forme avec le monde savant tout entiei" pour leur pros-
périté, qui se lie par toutes les fibres intellectuelles à celle de la
France elle-même, r
M. le Ministre donne ensuite lecture de décrets conférant des
distinctions dans l'ordre de la Légion d'honneur, et d'arrêtés mi-
nistériels décernant des palmes d'officier de l'Instruction publi(jue
et d'officier d'Académie.
Sont nommés :
Chevaliers de la Légion dlionneur :
MM. Chantre (Ernest), sous-directeur du Muséum des sciences
naturelles de Lyon, membre non résidant du Comité des travaux
historiques et scientifiques.
Vallot (Joseph-Henry-Marie), membre de plusieurs sociétés sa-
vantes.
Le R. P. Delattre (Alfred-Louis), de la congrégation des Pères-
Blancs d'Afrique, correspondant de l'Institut de France (Académie
des inscriptions et belles-lettres), membre non résidant du Comité
des travaux historiques et scientifiques, conservateur du Musée
archéologique de Carthage.
LX
De Boussès de Fourcaud (Louis), professeur d'esthétique et
d'histoire de l'art à l'École nationale des beaux-arts, membre du
Comité des sociétés des beaux-arts des départements,
OJficiei's de l'Instruction publique :
MM. D'Anthouard de Wasservas (Albert), adjoint au service de
la résidence générale de France à Madagascar.
Buhot de Kersers (Alphonse-Louis-Marie), président de fa So-
ciété des antiquaires du Centre, à Bourges, membre non résidant
du Comité des travaux historiques et scientifiques.
Chauvigné (Auguste), secrétaire général adjoint de la Société
de géographie de Tours.
Cravoisier (Emile), secrétaire de la Société de géographie com-
merciale de Paris.
Drouët (Henri), membre de l'Académie des sciences, arts et
belles-lettres de Dijon.
Le docteur Duhourcau (Jean-Marie-François-Emile), membre
de l'Association pyrénéenne, lauréat de l'Académie de médecine et
de l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris.
Germain (Léon), secrétaire perpétuel de la Société d'archéologie
lorraine, correspondant du Ministère de l'Instruction publique.
Harmand (Georges), secrétaire de l'Association littéraire et artis-
tique internationale, secrétaire adjoint de la Section des sciences
économiques et sociales au Congrès des Sociétés savantes.
Jadart (Henri), secrétaire général de l'Académie nationale de
Reims, correspondant du Ministère de l'Instruction publique.
Lasne (Henri), membre des Sociétés géologique et météorolo-
gique, secrétaire adjoint du Congrès international de chimie.
Malavialle, secrétaire général de la Société languedocienne
de géographie ,, correspondant du Ministère de l'Instruction pu-
blique.
Malinvaud (Louis-Jules-Ernest), secrétaire général de la Société
botanique de France.
Mégemont (Jean), secrétaire de la Société de géographie com-
merciale de Paris.
Momméja (Jules), correspondant du Comité des sociétés des
beaux-arts des départements, membre de la Société archéologique
de Tarn-et-Garonne.
LXI
Pasquier (Étienne-Gliarles-Félix), secrétaire de la Société arié-
geoise des sciences, lettres et arts, correspondant du Ministère de
l'Instruction publique et de la Société nationale des antiquaires de
France.
L'abbé Porée (André-Adolpbe), membre correspondant du Co-
mité des beaux-arts des départements, à Bournainville (Eure).
Ranchot (Achille), consul de France, délaché auprès de M. le
général commandant en chef le corps expéditionnaire de Mada-
gascar.
Romieux (Albert -Marie -René), chef de bataillon du génie, au
service géographique de l'armée.
Rueff (Jules), membre de la Société académique indo-chinoise
de France, membre du Conseil supérieur des colonies.
Sauvaire (Henri-Joseph), correspondant de l'Académie des In-
scriptions et belles-lettres.
Vallot (Henri-Marie-Guillaume), collaborateur à la carte du
mont Blanc au 1/20000'.
Officiers d'Académie :
MM. Angot des Rotours (Marie-François-Jules), secrétaire de la
Société d'économie sociale.
Armagnat (Henri-Marie). Intéressants travaux d'électricité pra-
tique.
Bazin (Jean-Louis), membre de l'Académie des sciences, arts et
belles-lettres de Mâcon.
Béhal, docteur es sciences, secrétaire géne'ral de la Société' chi-
mique, lauréat de l'Institut.
Biaise (Louis-Nicolas-Désiré), lieutenant de vaisseau , comman-
dant la Cigogne au Congo français.
L'abbé Bonno (Alfred-Michel), secrétaire de la Société d'histoire
et d'archéologie de Provins, correspondant du Ministère de l'In-
struction publique.
Bontemps de Mensignac, conservateur du Musée archéologique
de Bordeaux.
Bourgeois (Paul), secrétaire général du Photo-Club de Paris.
Bousrez (Louis), membre de la Société archéologique de Tou-
raine.
Le docteur Chotard (Georges-Williara-Henri), membre de la
LXII
Société de médecine de Caeii et du Calvados, à Greuliy (Calva-
dos).
Le docteur Decaux (Charles), médecin aide-major de i" classe.
Delapoix de Fre'minville-Nugue (Marie-Joseph-Eugène-Frédé-
ric), docteur en droit, correspondant du Ministère de l'Instruction
publique, archiviste du département de la Loire.
Drake del Gastillo (Emmanuel), membre de la Société bota-
nique de France.
Dupont (Henri-Eugène), membre de la Société de topographie
de France.
Froideveaux (Henri-Léon-Marie), docteur es lettres, membre
de la Société de géographie de Paris.
Gautier (Emile-Félix), chargé de missions scientifiques à Mada-
gascar.
Girault (Arthur), membre de la Société d'économie politique et
de la Société des études coloniales.
Granger (Albert- Alexandre), membre de la Société chimique de
Paris.
Guilleminot (René), membre de la Société française de photo-
graphie.
Hélo, capitaine au 61" régiment d'infanterie.
Herrc-Wyn (Gustave- Jean-Edmond), secrétaire de la Société
académique indo-chinoise de France.
Lachouque (Marie-Honoré-Georges), capitaine d'infanterie, au
service géographique de l'armée, chef de brigade topographique.
Lallier (Pierre), docteur en droit, membre de la Société de lé-
gislation comparée.
Le Breton (Fernand- Joseph), capitaine d'infanterie , au service
géographique de l'armée, chef de brigade topographique.
Lefèvre (Léon), préparateur de chimie à l'Ecole polytechnique.
Longuemare (Paul de), membre de la Société des beaux-arts de
Caen.
Mabille (François- Alexandre), architecte de Port- Royal des
Champs.
xMahé (Pierre-Marie), membre de diverses sociétés savantes de
Paris et des départements.
Mangeant (Paul-Emile), membre de la Société des antiquités et
des arts de Seine-et-Oise.
Massillon-Rouvet, correspondant du Comité des sociétés des
LXIII
beaux-arts des de'partements , membre de ia Société académique du
Nivernais.
Molins (Louis), lieutenant au U^ régiment de tirailleurs algé-
riens.
Perrot (Emile-Constant), secrétaire général de la Société rayco-
logique de France.
Prudhommc (Henri-Dieudonné-Josepli-Marie) , docteur en droit,
membre de la Société de législation comparée.
Ransson (Georges-Antoni-Augustin), membre de l'Académie des
sciences , lettres et arts d'Amiens.
Roubv (Jean-Simon-Emmanuel-Georges), capitaine d'infante-
rie, attaché au service géographique de l'armée.
Rousseau (César-Philippe), membre de la Société française des
ingénieurs coloniaux.
L'abbé Sabarthès (Antoine-Auguste), membre de la Commission
archéologique de Narbonne et de la Société des sciences et arts de
Carcassonne.
Sordes, capitaine commandant l'atelier de travaux publics à
Orléansville.
Le docteur Suard (Marie -Eugène -Paul), médecin de i""" classe
de la marine.
Suricaud (Jean), membre de la Société des études historiques
et de la Société philotechnique.
Tinel (Edouard-Raoul), capitaine d'infanterie au service géo-
graphique de l'armée.
Le Secrétaire de la Section d'Archéologie,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comilé.
SEANCE DU 17 AVRIL 1895.
SOIR.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance.
M. Joseph Berthelb, correspondant du Comité à Montpellier,
demande à publier dans la collection des documents inédits un re-
cueil de textes relatifs à l'histoire de l'industrie campanaire en
France, du xiii* au xvi* siècle. L'examen de cette proposition est
renvoyé à une commission composée de MM. de Barthélémy, Cou-
rajod et Guiffrey.
M. DE Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, adresse
une lettre relative à des statuettes et à des fragments de groupes
en terre cuite , provenant des fouilles exécutées dans le Mar Piccolo
de Tarente, pour l'installation d'un arsenal militaire. — Renvoi
à M. Salomon Reinach.
Le Comité reçoit en communication une circulaire que M. le Mi-
nistre de l'Instruction publique vient de faire adresser aux insti-
tuteurs pour les aider dans les recherches des stations et des in-
struments préhistoriques. Le Comité, après avoir examiné le texte
de cette circulaire et les planches explicatives qui y sont annexées,
croit devoir émettre le regret qu'on ne l'ait pas consulté plus tôt ,
car des erreurs assez graves se sont glissées dans le texte de cette
circulaire ou dans les légendes qui accompagnent les planches.
Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants offerts au
Comité par leurs auteurs :
1° Une église rurale du moyen âge jusqu'à nos jours [Villers-devant-le-
Thour)\ 3° Les arquebusiers de Rethel, par M. Jadart.
LXV
1° Les Séguviens : la civitas Aregenuae; a" Les Coriosoliles , Reginea
Fano Martis et Coriallo; 3° Description des ruines romaines d'Oisseau-le-
Pelil [Sarthe); à" Le camp des Provenchères , son temple, sa citadelle, la
voie romaine de Juliomagus à Condate; 5" La civitas Ouagoriton à Ois-
seaii-Je-Petit ; 6° Les dalles tumnlaires de Rouessc-Vassé; j° La ville rouge
à Teunie; 8" Le temple romain de h, Fretinière; g" La vérité sur le cas-
tram de Juhlains, de M. F. Liger.
Histoire numismatique du Barrois : monnaies des comtes et des ducs
de Bar, par M. Maxe-Werly, membre non résidant du Comité.
Les médailleurs lyonnais, par M. Natalis Rondot, membre non ré-
sidant du Comité.
A propos d'une inscription angevine, par M. l'abbé LJrseau, corres-
pondant du Comité à Angers.
Ces ouvrages seront déposés à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés aux auteurs.
M. Alexandre Bertrand rend compte sommairement de deux com-
munications de M. de Laigue, relatives à une hache en diorite,
conservée au Musée municipal de Rotterdam, et à des balles de
(ronde. A la première de ces communications est jointe une aqua-
relle, dont le Comité décide le dépôt au Musée de Saint-Germain.
Quant à la seconde, il est difficile d'en juger sans avoir examiné
les objets eux-mêmes pour en apprécier l'authenticité.
M. GuiFFREY lit un rapport sur le projet de publication pre'senté
par M. F. Engrand, d'un inventaire des tableaux de la Couronne
(1683-1792).
Le Comité adopte cette idée en principe, mais attendra pour la
consacrer par un vote ferme que le plan de la publication ait été
examiné en détail par la Commission des inventaires.
M. DE Barthélémy rend compte des dernières fouilles exécutées
au mont Beuvray par M. Bulliot. M. Rolland, ingénieur des mines,
a examiné le conduit dans lequel M. Bulliot a cru reconnaître les
restes d'une installation métallurgique; mais les conclusions de
cet ingénieur ne sont point assez précises pour que l'on puisse
considérer comme acquises les hypothèses de M. Bulliot. 11 y a
donc lieu d'attendre de nouvelles constatations sur le terrain avant
de se prononcer.
Archéologie. e
— LXVI
M. Edmond Le Blam revient sur une communication faite au
Congrès des Sociétés savantes, en 189 5, par M. Auguste Nicaise.
Il s'agit d'un fragment de poterie rouge de l'époque galio-romàine
sur lequel sont représentés des condamnés livrés aux bêtes. M. Le
Blant remettra pour le Bulletin une note sur ce curieux frag-
ment (^l
M. Gustave Schlumberger rend compte d'une notice envoyée par
M. Paul Lafont sur deux églises des environs de Barèges. L'étude
dont il s'agit se recommande par beaucoup de conscience et de pré-
cision. Malheureusement les édifices auxquels elle se rapporte sont
de bien petite importance. Elle sera donc mieux à sa place dans
quelque revue locale que dans le BuUetin du Comité.
La séance est levée à li heures.
Le Secrétaire de lu Section d'archéulogie,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
(0
Voir ci-après, p. ^5, le lexle de celle communication.
LXVII
SEANCE DU 11 MAI 1896.
PRÉSIDENCE [DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heurcB,
■ Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Secre'taire donne lecture de la correspondance :
M. Le'on Plançouard, membre de la Commission départementale
des antiquités et arts de Seine-et-Oise , envoie une note sur le
château d'Artie-en-Vexin, avec cartes, plans et vues. — Renvoi à
M. Longnon.
M. de Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, envoie
deuK dessins, dont le Comité' décide, séance tenante, le dépôt au
Musée de Saint-Germain.
Le président de la Société archéologique de la Corrèze adresse
au Comité une demande de subvention pour Timpression d'un ou-
vrage sur l'abbaye de Moissac et son cloître. — Renvoi à M. de
Lasteyrie.
M. Maxe-Werly, membre non résidant du Comité, adresse un
travail intitulé : Inventaire de Yolande de Flatidre, duchesse de Bar. —
Renvoi à M. Guiffrey.
M. Rabelon, membre du Comité, dépose sur le bureau V Annuaire
des musées archéologiques des départements , dont il vient d'achever lu
publication.
Est offerte également au Comité, par M. de Raye, une brochure
intitulée : Sépulture du x^ siècle à Kiev.
Ces livres seront déposés à la Ribliothèque nationale.
MM. DE Rarthélemv, Courajod et Guiffrey rendent compte d'un
projet de publication de M. Berthelé intitulée Recueil de textes relatifs
à l'histoire de Vindustrie campanaire en France du xiif au xYiii' siècle.
Ils en reconnaissent l'utilité et seraient disposés à en proposer
l'impression à condition que l'auteur consentît à apporter certaines
LXVIII
modifications à son travail. Un extrait du rapport sera communiqué
à M. Berthele' parles soins de T Administration.
M. MûiNTz propose d'insérer au Bulletin une note de M. Tabbé
Fillet sur le mobilier du moyen âge dans le sud-est de la France;
mais il demande que lors de l'impression, les épreuves soient sou-
mises à un spécialiste pour la correction de certains termes tech-
niques^^'.
M. Salomon Reinach rend compte d'une note de M. de Laigue
sur deux terres cuites trouvées à Tarente dans le Mar Piccolo,
vers i885. Ce sont des poids de filet, affectant la forme de
demi-ellipses et percés à la partie supérieure , c'est-à-dire près du
bord convexe, de deux trous. L'un de ces poids présente, sur les
deux faces, l'image d'un dauphin; sur le second, on voit, d'une
part, Scylla tenant un gouvernail; de l'autre, deux têtes. Les
dessins communiqués par M. de Laigue ne se prêtent malheureu-
sement pas à la reproduction.
M. MiJNTz lit un rapport sur une demande de souscription adres-
sée au Ministère de l'Instruction publique.
Le Comité s'occupe ensuite de la rédaction du programme à en-
voyer aux Sociétés savantes en vue du Congrès de 1897. 11 en
décide l'insertion à la suite du procès-verbal de la séance.
La séance est levée à U heures.
Le Secrclairs de la Seclion d'aychéologie ,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
Voir ci-après, p. 55, le lexle de colle communication.
LXJX
PROGRAMME
DU
CONGRÈS DES SOCIÉTÉS SAVANTES
POUR 1897.
I. — ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.
1° Compléter la liste des monuments mégalithiques relevés dans
chaque département.
Deux listes de ces monuments ont déjà été dressées, la première par
la Commission de topographie des Gaules (Al. Bertrand, Archéologie
celtique et gauloise, a'e'dit., p. A3o), la seconde par la Société d'an-
thropologie {Bulletin de la Société, 1880, p. Qh). Prendre ces relevés
pour base des recherches nouvelles.
2° Dresser la liste des monuments mégalithiques, par régions,
pour les colonies françaises, en particulier pour l'Afrique et Mada-
gascar.
3° Faire, pour chaque département, un relevé des sépultures
préromaines en les divisant en deux catégories : sépultures par in-
humation, sépultures par incinération.
li° Signaler dans chaque arrondissement les monnaies gauloises
qu'on y recueille dispersées isolément sur le sol.
Il importe de relever. et de dt^crire non seulement les pièces rares ou
inédites, mais surtout celles qui sont connnunes, et qu'on connaît par
des exemplaires déjà publiés ou conservés dans les musées et les col-
lections. C'est en signalant les pièces qu'on trouve plus abondamment
et plus particulièrement dans telle ou telle région ou localité qu'on
parviendra à fixer et à préciser l'attribution de nombreux gi'oupes de
monnaies gauloises qu'on hésite à donner à des peuples voisins et
dont l'origine est encore plus ou moins incertaine. Ce relevé, fait avec
soin dans tous les départements, permettrait de dresser définitivement la
carte numismatique de la Gaule.
II. — ARCHÉOLOGIE ROMAINE.
5° Rechercher les sarcophages ou fragments de sarcophages
sculptés, d'origine chrétienne ou païenne, non encore signalés,
qui peuvent exister dans des collections publiques ou dans des pro-
priétés particulières.
6° Signaler en France et dans l'Afrique française les mosaïques
antiques ou du moyen âge non relevées jusqu'à cette heure et dont
on possède soit les originaux, soit d'anciens dessins.
7° Relever les documents épigraphiques ou archéologiques
(statues, statuettes, has-reliefs, bronzes, ustensiles, etc.) qui sont
signalés dans des livres ou des manuscrits comme existant dans
une collection publique ou privée et dont la trace est aujourd'hui
perdue.
8° Signaler en France ou en Afrique les découvertes récentes
de constructions d'époque romaine ( temples , théâtres , villas , fermes ,
édifices militaires, etc.).
9° Rechercher les centres de fabrication de la céramique dans la
Gaule et dans l'Afrique ancienne; voir si les anciens établissements
de potiers n'ont pas survécu à l'époque antique et persisté à travers
le moyen âge.
10° Etudier les pierres gravées inédites qui se trouvent, en
France, dans les musées ou les collections particulières. En faire
connaître les sujets, les inscriptions, les dimensions et la matière.
Comprendre dans ces relevés les pâtes de verre antique, qui étaient
des reproductions de pierres gravées. Etendre cette recherche au
moyen âge et à la renaissance.
Cette élude devra être accompagnée des empreintes des pierres gra-
vées, de préférence à des dessins ou à des images quelconques.
III. — ARCHÉOLOGIE DU MOYEN AGE.
11° Signaler, par département, les sources ou les fontaines qui
ont été au moyen âge ou sont encore de nos jours un objet de dé-
LXXl
votion ou un lieu de pèlerinage. Indiquer le saint sous le vocable
duquel elles sont placées, les jours et les cérémonies du culte qui
s'y pratique, etc. Examiner si ces coutumes pieuses ne sont pas
des survivances antiques.
1 9° Etudier les monnaies françaises inédites récemment décou-
vertes, qui appartiennent à la période comprise entre les temps
mérovingiens et le xvi' siècle. S'attacher surtout aux monnaies fe'o-
dales.
13° Dresser la liste, avec plans et dessins à l'appui, des édifices
chrétiens et des monuments sculptés d'une province ou d'un dépar-
tement réputés antérieurs à l'an looo.
t!i° Rechercher les documents concernant les ateliers moné-
taires de province, leur fonctionnement, leur organisation; recueil-
Hr les souvenirs archéologiques relatifs aux hôtels oii ils étaient
installés.
i5° Étudier les caractères qui distinguent les diverses écoles
d'architecture religieuse à l'époque romane, en s'altachant à
mettre en relief les éléments constitutifs des monuments (plans,
voûtes, etc.).
Cette question , pour la traiter dans son ensemble , suppose une con-
naissance générale des monuments de la France , qui ne peut s'acquérir
que par de longues éludes et de nombreux voyages. Aussi n'est-ce point
ainsi que le Comité la comprend. Ce qu'il désire, c'est provoquer des
monographies embrassant une circonscription donnée , par exemple un
département, un diocèse, un arrondissejnent , et dans lesquelles on pas-
serait en revue les principaux monuments compris dans cette circonscrip-
tion, non pas en donnant une description détaillée de chacun d'eux, mais
en cherchant à dégager les éléments caractéristiques qui les distinguent
et qui leur donnent un air de famille. Ainsi, on s'attacherait à recon-
naître quel est le plan le plus fréquemment adopté dans la région; de
quelle façon la nef est habituellement couverte (chai-penle apparente,
voûte en berceau plein cintre ou brisé, croisées d'ogives, coupoles);
comment les bas côtés sont construits; s'ils sont ou non surmontés de
tribunes, s'il y a des fenêtres éclairant directement la nef, ou si le jour
n'entre dans l'église que pai- les fenêtres des bas côtés; quelle est la
forme et la position des clochei's; quelle est la nainre des riiatériaux
— LXXIl
employés; enfin, s'il y a un style d'ornementation particulier, si certains
détails d'ornement sont employés d'une façon caractéristique et con-
stante, etc.
16° Rechercher, dans chaque département ou arrondissement,
les monuments de l'architecture militaire en France aux diverses
époques du moyen âge. Signaler les documents historiques qui peu-
vent servir à en déterminer la date. Accompagner les communica-
tions de ce genre de dessins et de plans.
17° Signaler, dans chaque région de la France, les centres de
fahrication de Torfèvrerie pendant le moyen âge. Indiquer les carac-
tères et tout spécialement les marques et poinçons qui permettent
d'en distinguer les produits.
Il existe encore dans un grand nombre d'églises , principalement dans
le Centre et le Midi, des reliquaires, des croix et autres objets d'orfè-
vrerie qui n'ont pas encore été étudiés convenablement, qui bien sou-
vent même n'ont jamais été signalés à l'attention des archéologues. Il
convient de rechercher ces objets, d'en dresser des listes raisonnées,
d'en retracer l'histoire, de découvrir où ils ont été fabriqués, et, en les
rapprochant les uns des autres, de reconnaître les caractères propres
aux différents centres de production artistique au moyen âge.
18° Recueillir des documents écrits ou figurés intéressant l'his-
oire du costume dans une région déterminée.
Au moyen âge, il y avait dans beaucoup de provinces des usages
spéciaux qui influaient sur les modes. Ce sont ces particularités locales
qu'on n'a guère étudiées jusqu'ici. Il serait intéressant d'en rechercher
la trace sur les rûonuments.
19° Dresser, pour un département, un arrondissement ou un
canton, la liste des objets intéressant l'histoire ou l'archéologie qu'il
conviendrait de mettre sous la sauvegarde de la loi du 3o mars
1887.
La loi du 3o mars 1887 a décidé qu'il serait fait un classement des
objets appartenant à l'Etal, aux communes, aux fabriques et autres éta-
blissements publics, dont la conservation présente un rr intérêt nationale
au point de vue de l'histoire ou de l'art. La Commission des monuments
historiques, chargée de faire ce classement, ne peut, par ses seuls
moyens, arriver à découvrir tous les objets curieux qui gisent ignorés
. clans le fond do nos campagnes, et chaque jour l'incurie de ceux qui en
LXXIU
ont la garde, la rapacité des brocanteurs, le mauvais goût de gens zélés
mais ignorants, font disparaître ou dénaturer les monuments les plus
précieux. C'est aux archéologues habitant la province de se faire les dé-
fenseurs de ces richesses, d'en dresser la liste, d'en apporter des photo-
graphies et des dessins au Comité , qui se fera un devoir de les publier
et qui sera heureux de servir d'intermédiaire entre la Commission des
monuments historiques et les personnes qui ont souci de sauvegarder
cette part trop peu connue du patrimoine national.
IV. — ARCHÉOLOGIE ORIENTALE ET HÉBRAÏQUE.
90° Rechercher les épitaphes, inscriptions de synagogues, graf-
fites en langue et en écriture hébraïques qui n'ont pas encore été
signalés ou ont été imparfaitement publiés jusqu'à présent.
91° Rechercher les inscriptions arabes, épitaphes, dédicaces de
mosquées, légendes de portes, de minbar, etc., antérieures à la
conquête turque, qui se trouvent dans nos colonies, en particulier
en Algérie et en Tunisie.
LXXIV
SÉANCE DU 8 JUIN 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Président rappelle en quelques mots la perte que le Co-
mité vient de faire en la personne de M. de La Blanchère.
M. Héron de Villefosse, président de la Commission de l'Afrique
du Nord , lit à ce propos la notice nécrologique suivante :
tt Messieurs ,
«La nouvelle de la mort de René de La Blanchère nous a surpris
comme un coup de foudre; elle nous a tous profondément émus et
attristés. Au nom de la Commission de l'Afrique du Nord, dont il
était un des membres les plus actifs, au nom de tous ceux qui s'in-
téressent aux études africaines, je tiens à lui adresser une parole
d'adieu.
ffEn sortant de l'École normale, René de La Blanchère fut en-
voyé à Rome. Les années passées à notre École française d'archéo-
logie développèrent en lui le goût des recherches pratiques : ses
travaux sur Terracine, sur les marais Pontins, sur les procédés
de drainage dans les campagnes latines, attirèrent l'attention de
ses maîtres. Un voyage dans la province d'Oran le mit en contact
avec l'Afrique. Il n'eut pas de peine à comprendre et à aimer ce
pays, où les Romains avaient laissé des marques encore si vivantes
de leur grandeur et de leur puissance. Il s'y attacha complètement;
il lui consacra toutes ses forces et toute son intelligence. Après
l'établissement du protectorat français en Tunisie, il eut l'honneur
d'être choisi pour organiser dans la Régence le service des anti-
quités et des arts. Investi de ces fonctions cT un âge où , d'ordinaire,
on connaît rarement les soucis et les dangers de la responsabilité,
il se montra à la hauteur de sa tâche et sut la remplir avec une
consciencieuse activité, sans se laisser surprendre parles difficultés,
LXXV
ni arrêter parles obstacles. L'inauguration solennelle du Musée du
Bardo, en 1888, en apporta la meilleure preuve. Le jour de cette
inauguration fut pour le jeune archéologue un jour de triomphe et
de joie : un de ses maîtres les plus aimés, un de ceux qui avaient
pu apprécier ses travaux avec le plus de compétence, lui appor-
tait, au nom du gouvernement français, la croix de la Légion
d'honneur.
rr Depuis cette époque, il ne vécut plus que pour les antiquités
africaines. Personne ne peut oublier les services qu il a rendus.
Dans les moments de calme que lui laissaient ses fonctions actives, il
rédigeait les relations de ses fouilles, il composait des mémoires
d'archéologie pratique dont les résultats devaient servir aux pro-
grès de la colonisation , il entreprenait la description des musées
organisés par ses soins et dont il connaissait si bien toutes les ri-
chesses. L'avenir lui souriait et s'ouvrait devant lui plein de pro-
messes et d'espérances. Il avait le droit de compter encore sur de
longs jours pour réaliser les projets qu'il avait conçus, lorsque la
mort est venue le frapper d'une façon tout à fait soudaine et pré-
maturée. A l'émotion que nous en éprouvons se joint le regret de
penser que René de La Blanchère emporte avec lui le secret des
nombreux travaux qu'il avait commencés.
ff Une mère désolée pour qui il s'est toujours montré le plus tendre
et le plus dévoué des fils, a la douleur de lui survivre. Si quelque
chose peut adoucir désormais l'amertume de sa vie, ce sera la
pensée que l'œuvre entreprise par son fils sera continuée comme
une œuvre patriotique et nécessaire. Que cette mère infortunée re-
çoive l'expression de nos plus respectueuses sympathies et l'assu-
rance du souvenir que nous consacrons à celui qui n'est plus.
Le nom de René de La Blanchère restera attaché à cette grande
publication des Musées de V Algérie dont il fut l'inspirateur et dont
il avait la direction; il restera également attaché à l'exploration
scientifique de l'Afrique dont il a été un des membres les plus la-
borieux, les plus actifs et les plus heureux, w
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. Maxe-Werly, membre non résidant du Comité, à Bar-le-Duc,
envoie une notice relative aux armes de France représentées sur
les portes de la ville de Bar et sur les vitraux de Saint-Pierre. —
Renvoi à M. de Barthélémy.
Sont déposés sur io bureau les ouvrages suivants offerts au Co-
mité par leurs auteurs :
V ancienne châsse de Saint-Remi , œuvre d'Antoine Lespicier, orfèvre
rémois (16^3-1798), par MM. Givelet, Jadart, Demaison, mem-
bres de l'académie de Reims.
V église de Larchant, par M. Eugène Thoison.
Ces ouvrages seront déposés à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés aux auteurs.
M. Anatole de Barthélémy lit un rapport sur une demande de
subvention formée par la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, à
Teffet de poursuivre dans ce département l'étude des monuments
mégalithiques. — Le Comité émet un avis favorable.
M. DE Barthélémy lit un autre rapport sur une communication
de M. Tabbé Bonno, relative à trois monnaies gauloises en bronze
trouvées dans la ville de Provins, et à une monnaie en argent dé-
couverte à Bray-sur-Seine.
ffM. l'abbé Bonno, au dernier Congrès des Sociétés savantes, a
apporté un inventaire descriptif des monnaies gauloises dont la
présence lui a été signalée dans le département de Seine-et-Marne.
C'est une très utile contribution qu'il a apportée pour faciliter le
classement de ces monnaies très souvent anépigraphes. Aussi le
président de la Section d'archéologie l'invita-t-il en termes pres-
sants à continuer ses recherches et à en informer le Comité.
«Déférant à ce vœu, M. Bonno a envoyé les originaux de quatre
pièces, trois en bronze, trouvées à Provins, et une en argent, prove-
nant de Bray-sur-Seine.
ff La monnaie en argent est un denier de la République romaine,
frappé par L. Mucius Censorinus, qui fut triumvir monétaire vers
l'an 8 k avant J.-C.
ffLa première pièce en bronze est, comme l'a très bien deviné
M. Bonno, de la série attribuée aux Véliocasses, sur le territoire
desquels on la rencontre fréquemment.
rrDes deux autres pièces en bronze, l'une est de Arpi, ville
d'Apulie ; l'autre de Paestum, ville de Lucanie. Ici je crois devoir
faire une observation sur ces deux monnaies qui sont très com-
munes.
LXXVII
ff Je ])ense qu'elles n'ont été trouvées à Pi'ovius qu'accidentelle-
ment. Maintes fois j'ai constaté que l'on se procurait quelquefois
sur les quais de Paris ou chez les marchands, des pièces antiques
communes que l'on débitait ensuite en province comme exhumées
dans une localité déterminée, afin d'exciter la convoitise des cu-
rieux.
tf Je me souviens qu'en Bretagne, on me montra un lot de pièces
en potin, d'empereurs romains, frappées à Alexandrie d'Egypte.
Elles étaient censées trouvées au Coz Yeaudet, localité oij certains
savants du pays voulaient placer un port antique, et ces pièces
servaient d'argument pour prouver qu'il y avait eu un commerce
maritime entre Alexandrie et l'Ârmorique septentrionale. Or, ces
pièces avaient dû être achetées à Paris, au poids. En principe,
il faut se méfier, quant à la provenance, des monnaies antiques
des villes grecques et latines, présentées comme trouvées dans le
sol gaulois.
rM. Bonno rendra service à la science en signalant, comme il l'a
encore fait cette fois, les pièces antiques dont il aura connaissance.
Il serait à désirer qu'il eût beaucoup d'imitateurs.»
M. Babelon, chargé d'examiner une demande de subvention de
M. Tournière-Blondeau qui a l'intention de publier un catalogue du
Musée de Péronne, propose au Comité de rechercher les moyens de
publier les catalogues de tous les musées archéologiques et scienti-
fiques de province. Cette idée obtient l'assentiment du Comité, qui
décide de la soumettre à l'examen de la Commission des musées.
En attendant, le Comité estime qu'il y a lieu d'accueillir favorable-
ment la demande de subvention formée par M. Tournière-Blondeau.
M. CouRAJOD, revenant sur une publication projetée de M. Ber-
thelé relative à l'industrie des cloches, explique que l'auteur, se
rendant aux désirs du Comité, a modifié son plan dans le sens qui lui
a été indiqué et se prépare à refaire son ouvrage. Sur l'avis de plu-
sieurs membres, il est décidé qu'on priera M. Berthelé d'envoyer
un spécimen de son travail avant de le laisser s'y engager à fond.
M. GuiFFREY rend compte d'une communication de M. Maxe-
Werly, correspondant du Comité àBar-le-Duc, relative à un inven-
taire de Yolande de Flandre, comtesse de Bar, en iSgô :
«Cet inventaire offre peu d'intérêt; les objets qu'il mentionne
LXXVIIl
sont éuumérés sans description, sans aucun détail. Mais comme le
texte est court, convenablement annote' par un correspondant très
ze'lé, il y a lieu de l'insérer dans le BuUelin, où il n'occupera pas
plus de trois ou quatre pages. La notoriété du personnage en ques-
tion justifierait au besoin la mesure proposée -^ (^l
M. DE Lasteyrie lit un rapport sur une demande de subvention
formée par la Société' historique et archéologique de la Corrèze, à
l'effet de publier une monographie détaillée de l'abbaye de Moissac,
accompagnée de nombreuses planches. — Le Comité émet un avis
favorable.
M. DE Làsteybie Ht un autre rapport sur une demandé formée
par M. Perroud, recteur de l'Académie de Toulouse, à l'effet d'ob-
tenir du Ministère les fonds nécessaires pour la reprise des fouilles
de Martres-Tolosanes. — Le Comité estime qu'il y a lieu de laisser
à l'initiative des sociétés savantes de la région le soin de reprendre
ces fouilles; le Ministère ne manquera pas d'accorder une subven-
tion, si les recherches entreprises par ces sociétés amènent quel-
ques résultats.
M. Salomon Reinach donne lecture du rapport suivant sur une
communication de M. de Laigue, consul de France à Rotterdam :
«Notre infatigable correspondant, M. de Laigue, consul général
de France à Rotterdam, nous adresse un volumineux mémoire sur
les Friso-Rataves, que le département do l'Instruction publique l'a,
dit-il, encouragé à rédiger, par dépêche du lo mars 1895.
cfCe mémoire, rempli de faits intéressants et peu connus, ne se
prête cependant pas à la publication. Il faudrait, pour que l'im-
pression même partielle pût en être ordonnée, faire subir au ma-
nuscrit de M. de Laigue des modifications profondes, portant au-
tant sur la forme que sur le fond. On peut même se demander si
le Ministère de l'Instruction publique a raison d'encourager la ré-
daction de travaux aussi volumineux , touchant à des questions mul-
tiples, que l'auteur, même le plus consciencieux, ne pourrait pas
traiter toutes avec une égale compétence et sans emprunter, plus
que de raison, aux ouvrages de seconde main.
''* Voir ci-après, p. tiS, ie texte de cette comniuiiicatiou.
LXXIX
ffll convient donc de remercier M. de Laigue de son zèle, de
lui exprimer nos regrets de ne pouvoir publier son travail, et de lui
offrir, s'il ne désire pas l'éditer lui-même, de le conserver en ma-
nuscrit dans nos archives, où il pourra être utilement consulté. n
La séance est levée à h heures.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie,
H. DE Lasteyrie,
Membre du Coinilé.
LXXX
SÉANCE DU 20 JUILLET 1896.
PRESIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
En l'absence de M. de Lasteyrie, qui s'est fait excuser, M. Babeion
remplit les fonctions de secrétaire.
Le procès-verbal de la séance du 8 juin est lu et adopté.
M. le Président rappelle la perte cruelle faite par la Section
depuis sa dernière séance, dans la personne de notre confrère,
M. Louis Courajod. M. le Président retrace en quelques mots les
services rendus au Comité par notre confrère, la part active qu'il
prenait à nos travaux, et il se fait l'interprète des regrets de la
Section. M. Babeion est chargé de rédiger pour le Bulletin du Co-
mité une notice nécrologique sur Louis Courajod.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. Eugène Thoison, de Larchant (Seine-et-Marne), adresse une
note intitulé : Une curiosité numismatique. — Benvoi à M. Babeion.
M. l'abbé Urseau, correspondant du Comité à Angers, commu-
nique un manuscrit intitulé : Inscriptio7is trouvées sur les insignes
épiscopaux d'Ulger, évêque d'Angers. — Renvoi à M. Mûntz.
Sont déposés sur le bureau divers ouvrages offerts au Comité par
M. H. Bardy, M. l'abbé Bled, M. l'abbé Chevallier, M. le chanoine
Douais, M. Le Clert et M. J. Pilloy.
M. Babelon lit un rapport sur une demande de subvention formée
par la Société archéologique de Touraine, à l'eifet d'exécuter des
fouilles sur l'emplacement du temple gallo romain de Minerve, à
Izeures (Indre-et-Loire). Il conclut au rejet de cette demande de
subvention. Les conclusions du rapporteur sont adoptées à l'una-
nimité par le Comité.
LXXXI '
M. DE Barthélémy iit un rapport sur un mémoire de M. Maxe-
Werly, intitulé : Les armes de France sur les portes de la ville de Bar
et les vitraux de Saint-Pierre. M. de Barthélémy est invité à s'en-
tendre avec Tauteur pour la publication de ce mémoire.
M. LoNGNON lit un rapport sur un travail de M. Léon Plancouard,
intitulé : Les châteaux d'Arties en Vexin.
Conformément à Tavis du rapporteur, le Comité estime que ce
travail serait mieux à sa place dans une revue locale ou dans les
mémoires d'une de nos sociétés de province que dans le Bulletin
archéologique du Comité.
M. Salomon Reinach lit un rapport sur un travail de M. Blan-
cliot, instituteur du département de la Haute-Marne, intitulé :
Recherches archéologiques. Le rapporteur émet le vœu que quelque
ouvrage d'archéologie soit envoyé à M. Blanchot pour encourager
son zèle et faciliter ses recherches.
M. Reinach lit un second rapport sur deux notes de M. Louis
de Laigue , correspondant du Comité à Rotterdam ; l'une est rela-
tive à une épée de bronze trouvée récemment à Onnen, commune
d'Haren, dans la province de Groningue. M. Feith, directeur du
musée de cette ville , a reconnu que l'épée en question était de type
Scandinave. M. de Laigue penche à la considérer comme celtique,
mais cette attribution ne paraît pas admissible.
La seconde note a pour titre : Contribution à V histoire des Frisons
et des Bataves. Sur l'avis du rapporteur, la Section décide le dépôt
aux archives de ces deux mémoires.
M. Edmond Le Blant donne lecture de la note suivante relative
à un vase de terre cuite trouvé dans les fouilles de Vermand et
portant une inscription dont M. Pilloy, dans un travail récent, a
essayé de donner une interprétation :
trEn 1890, notre zélé correspondant, M. Eck, a communiqué au
Comité, pour lui en soumettre l'explication, cette inscription gravée
sur un petit vase de terre cuite trouvé dans les fouilles de Ver-
mand :
DONAVIT
lOVINVS AIlENARlVM(i).
''' Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1890, p. Lx, lxvi
et 4a8.
Archéologie. f
LXXXll
trCe vase vient d'être publié à nouveau par M. Pilloy dans le
troisième fascicule de son intéressant travail sur les lieux de sépul-
ture dans l'Aisne. L'auteur y enregistre, en même temps que la
sienne, les interprétations diverses dont cette légende a été l'ob-
jett'). Aucune n'a satisfait ceux qui les ont proposées et, bien qu'il
en soit autant de celle qui me vient à la pensée, on me permettra
de la joindre aux autres.
ffLe mot ARENAR.IVM me semble, je le dis sous toutes réserves,
pouvoir signifier ici rr poudrier 15 et désigner un récipient fait pour
contenir le sable fin que l'on verse sur l'écriture fraîche. Je confes-
serai tout d'abord que le mot n'existe, en ce sens, ni dans le
lexique du Père De Vit, ni dans celui de Du Gange, et qu'aucune
des miniatures du moyen âge représentant un écrivain à la besogne
ne m'a montré un poudrier à côté du calame, de l'encrier et du
canif-grattoir. Que les anciens aient, comme nous, séché leur écri-
ture avec du sable , on n'en saurait toutefois douter. Nous en avons
pour garant ce gracieux distique gravé sur une coupe de terre jaune
du musée de Cherchel :
Pulveris aurati pluvia sit sparsa papyrus.
Rescribet Danae soUicitata : Veni*^^
ffSi mon interprétation peut être admise, la légende du petit
vase de Vermand nous donnerait un mot inconnu aux lexico-
graphes. 75
M. LE Président présente un manuscrit de M. Rousset, cones-
pondant du Comité à Uzès; ce manuscrit est relatif à la découverte
d'un four de l'époque néolithique. — Renvoi à M. Salomon Rei-
nach.
M. Babelon entretient la Section d'un court voyage d'excursion
qu'il vient de faire dans le département de l'Eure, à Berthouville ,
auprès de Bernay, sur l'emplacement même du temple où eut lieu ,
en i83i, la découverte du fameux trésor d'argenterie dit de Ber-
nay, qui est conservé au Cabinet des médailles. Après avoir rappelé
que les fouilles pratiquées sur ce terrain , tant à l'époque de cette
(') Etudes sur d'anciens lieux de sépulture dans l'Aisne, t. Il, p. igA-aoi, et
pi. VIII, n° 11.
^*) Gauckler, Musée de Cherchel, p. 77.
«
LXXXIIl
découverte qu'en 1861 par les soins de M. Le Métayer-Masselin ,
ont été insuffisantes et incomplètes, M. Babelon insiste sur l'intérêt
qu'il y aurait à déblayer le terrain et à pratiquer de nouvelles
fouilles pour connaître, autant que cela est possible, ce qu'était le
temple de Mercure doté de si riches ex-voto. La découverte récente
d'un pied de vase en argent et de grands blocs architecturaux ornés
de moulures permet de supposer que de nouvelles recherches ne
seraient pas infructueuses. M. Babelon propose, en conséquence,
de demander à M. le Ministre d'encourager les efforts de la Société
archéologique de l'Eure, disposée à entreprendre ces recherches.
La Section émet un vœu favorable à la proposition de M. Babelon
en le chargeant toutefois pergonnellement de s'entendre avec la
Société archéologique de l'Eure pour la direction à donner aux
fouilles et pour la relation qui devra en être faite ultérieurement
à la Section.
La séance est levée à 5 heures.
Pour le secrétaire,
E. Babelon,
Membre du Comité.
LXXXIV
SEANCE DU 16 NOVEMBRE 189().
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND.
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. G. Barbaud, correspondant du Comité à la Roche-sur- Yon ,
envoie une notice sur la démolition du château de Talmord, en
1628. — Renvoi à M. de Barthélémy.
M. Dergny, membre de la Commission départementale des Anti-
quités de la Seine-Inférieure, envoie une note relative à diverses
inscriptions gothiques recueillies dans les environs de Grapdcourt
(Seine-Inférieure). — Renvoi à M. Chabouillet.
M. Théophile Eck, correspondant du Comité à Saint-Quentin,
envoie une notice sur une sépulture à incinération du m* siècle,
et sur des sépultures mérovingiennes découvertes à Aubigny-en-
Artois (Pas-de-Calais). — Renvoi à M. Salomon Reinach.
M. JuUiot, correspondant du Comité à Sens, envoie une note
sur des inscriptions romaines découvertes en août et septembre
1896 à Saint-Maurice-en-Valais (Suisse). — Renvoi à M. Héron
de Villefosse.
M. de Laigue, consul général de France à Rotterdam, envoie :
1° une note sur le pont romain de Zuylichem, sur le Wahal,
accompagnée d'une brochure de M, W. Pleyte, intitulé : Jets over
de oude Brug te Zuylichem; 2° des dessins représentant une figurine
de bronze trouvée en Toscane; 3° copie d'une inscription romaine
récemment découverte en Andalousie. — Renvoi à M. Cagnat.
M. Masfrand, président de la Société des Amis des sciences et
des arts de Rochechouart, envoie le procès-verbal des fouilles exécu-
tées sur l'emplacement du théâtre gallo-romain de Chassenon, à
l'aide d'une subvention accordée par M. le Ministre de l'Instruction
LXXXV
publique, à la demande du Comité. — Renvoi à M. Héron de ViHe-
Ibsse.
M. Jules Pilloy, membre non résidant du Comité à Saint-
Quentin, envoie une note sur une boucle avec inscription, décou-
verte à Anguilcourt-ie-Sarl, canton de La Fère, et une sur une
plaque de boucle avec emblème religieux. — Renvoi à M. Edmond
Le Blant.
M. Tabbé Urseau, correspondant du Comité à Angers, envoie
un mémoire sur les restes du roi René et d'Isabelle de Lorraine,
et sur le tombeau de l'évêque Ulger, retrouvés dans la cathédrale
d'Angers. — Renvoi à M. de Lasteyrie.
M. Villers, correspondant du Comité à Bayeux, envoie une note
sur une découverte de monnaies françaises faites à Tour, près
Bayeux. — Renvoi à M. Babelon.
Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants offerts au
Comité par leurs auteurs :
Starohrvatska Prosvjeta glasilo hrvatskoga starinarskog druztva u
Knime, ureduik joj Frans Radie.
Travaux anciens conservés dans quelques communautés et chapelles de
Beims, par M. Tabbé Cerf.
Le cimetière barbare de Saint-Germain, commune de Saint-Front
[Charente)^ par M. Gustave Chauvet.
Mémoire sur les marbres des Pyrénées, par M. Ch.-L. Frossard.
Le reliquaire de Saint-Victor-de-Montieramé. La bague d'Avitus et
les barbaricaires , par M. J.-B. Giraud.
Les sources de l'histoire du Bas-Bemj aux Archives nationales, par
M. Eugène Hubert.
Les tapissières français en Russie, par M. Veuclin.
L'ordre du jour appelle l'examen des titres des candidats à pro-
poser à M. le Ministre de l'Instruction publique pour deux places
vacantes de membre résidant de la Section d'archéologie du Co-
mité.
Deux listes de trois noms chacune sont dressées au scrutin et
seront soumises au Ministre.
Une commission composée de MM. Héron deVillefosse, Cagnat,
LXXXVI
Salomon Reinach et des membres du bureau est chargée de pré-
parer une liste de candidats au titre de correspondant, qui sera
soumise au Comité dans sa prochaine séance.
M. Babelon rend compte d'une note de M. Thoison, intitulée :
Une curiosité numismatique, et signalant un passage d'un manuscrit
français du xyf siècle, conservé à la Bibliothèque nationale, dans
lequel il est parlé de testons fabriqués sur l'ordre du prince de
CondéW.
M. Babelon lit un rapport sur les fouilles que la Société archéo-
logique de l'Eure a pu entreprendre, grâce à une subvention du
Ministère de l'Instruction publique, à Berthouville (Eure), sur
l'emplacement du temple où fut découvert en i83o le célèbre
trésor connu sous le nom de Trésor de Bernay. La Socie'té a confié
la direction de ces fouilles au P. de la Croix, si expert dans ce
genre de travail :
«Les fouilles sont en cours d'exécution en ce moment, et nous
n'avons encore que des résultats partiels. Néanmoins, voici ce qui
résulte jusqu'ici de cette intéressante exploration.
«Le P. de La Croix a déblayé les substructions de deux édifices
superposés, le second ayant été construit à l'aide des débris du
premier.
ff Le temple le plus ancien se composait d'une grande enceinte
enveloppant une aire de /i,6oo mètres carrés environ.
ff A l'ouest de cette enceinte s'élevaient deux temples : l'un com-
posé de deux rectangles enchâssés l'un dans l'autre. Le rectangle
intérieur (cella) avait près de loo mètres carrés. Un mur le séparait
en deux parties très inégales. La plus petite paraît avoir servi à
cacher les prêtres qui rendaient les oracles. Le rectangle extérieur
[pronaos) couvrait à peu près quatre ares. Il était flanqué, au nord
et au sud, de deux petites chambres qu'on suppose avoir été des
servitudes, et dans lesquelles, peut-être, on déposait les offrandes à
Mercure, telles que le beau trésor trouvé en i83o.
frCe premier sanctuaire était séparé d'un second par un préau de
trois ares.
(f Ce second temple , en forme de rectangle allongé , avait 2 k mètres
sur 6. Un mur séparait la cella du pronaos.
f'' Voir ci-apros le texte in extenso du rapport de M. Babelon.
LXXXVII
ff Autour de ces édifices régnaient des galeries pavées de dalles de
pierres blanches. Dans la partie Est des bâtiments, d'autres gale-
ries, ayant pour limites les murs du péribole, étaient également
pavées en pierre.
ff Toutes ces constructions furent détruites, probablement vers le
milieu ou dans la seconde moitié du m* siècle.
ff Plus tard , une reconstruction partielle eut lieu sur l'emplace-
ment du premier temple ; on éleva alors un nouveau temple plus
petit, avec des murs moins épais; il n'y a plus trace de chambre
ou couloir réservé aux oracles.
ff L'autre temple fut aussi réédifié, avec une cella carrée, à murs
extrêmement épais, et entourée du pronaos.
«Au nord-est de ce sanctuaire on rencontre une tourelle de 3 m. 3 o
de diamètre intérieur; cette tourelle dont la destination est in-
connue, se trouve à cheval sur le mur d'une galerie de première
époque; donc, les galeries n'existaient plus. Les preuves de leur
disparition sont, d'ailleurs, en dehors de celles-là, très nombreuses.
ff Au sud du second temple, et chevauchant sur les constructions
de première époque , on trouve deux hémicycles de seconde date :
s'agil-il d'un petit théâtre, c'est ce qu'on ne saurait dire encore.
En tout cas, les hémicycles coupant la galerie du péribole, ce der-
nier n'existait plus. Le P. de La Croix, dans les derniers jours
d'octobre, poussait activement ses recherches sur ce point.
ff A une distance de i5o mètres environ du temple, le P. de La
Croix a découvert le puits qui desservait ces édifices; il le fait ac-
tuellement déblayer dans l'espoir d'y trouver des débris archéolo-
giques.
ff Enfin, à une centaine de mètres du temple, il existe un petit
monticule rempli de débris antiques, et oiî des sondages ont révélé
des murs d'une certaine élévation, w
La Société archéologique de l'Eure demande au Ministère une
nouvelle subvention pour explorer ce monticule et achever ces
intéressantes fouilles de Berthouville. Le Comité est d'avis d'ac-
cueillir favorablement cette demande.
M. Eugène MïJiNtz rend compte de deux mémoires adressés au
Comité par M. G. Leroy, bibliothécaire de la ville de Meluu.
Le premier est relatif à la petite église de Villiers-en-Bierre, si
humble extérieurement, dit l'auteur, qu'elle se distingue à peine
LXXXVIII
des maisons qui l'entourent. C'est cependant un édifice de la fin du
xuf siècle, d'un fort bon style, et qui s'honore, en outre, de pos-
séder le tombeau de Destouches, l'auteur du Philosophe marié et du
Glorieux.
La description de M. Leroy, sobre et précise, mérite à tous
égards de prendre place dans le Bulletin^^\
Le second mémoire envoyé par M. Leroy est consacré à l'étude
des vitraux de l'ancienne collégiale Saint-Martin de Champeaux-en-
Brie. Il s'agit de vitraux des xv* et xvi" siècles, qui garnissaient
autrefois les cinquante -deux fenêtres de l'église et dont il ne sub-
siste que des fragments. Notre correspondant nous fait connaître
les noms des verriers à qui l'on doit cet important ensemble. En
s'aidant d'une description manuscrite, faite en i635, et de divers
travaux plus récents, il a pu reconstituer cette vitrerie telle qu'elle
était autrefois. Elle comprenait des scènes des évangiles, de la Vie
des saints et beaucoup de figures isolées, soit de saints, soit de
donateurs.
Ce mémoire , composé avec beaucoup de soin , mérite de prendre
place dans le Bulletin avec le plan que M. Leroy a pris soin d'y
joindre ^~\
M. MiJMz , chargé également de l'examen d'une note de M. l'abbé
Urseau, relative aux inscriptions gravées sur les insignes épisco-
paux trouvés dans le tombeau de l'évêque Ulger, à Angers , propose
le renvoi de cette note à M. de Lasteyrie, déjà chargé de l'examen
d'une autre communication émanant du même correspondant. —
Adopté.
M. Salomon Reinach lit un rapport sur une communication de
M. Rousset, correspondant du Comité à Uzès, relative à des anti-
quités découvertes auprès de cette ville (^l
M. Philippe Berger rend compte, au nom de la Commission de
l'Afrique du Nord, de la communication suivante :
M. Louis Bertrand a adressé au Comité le croquis et l'estampage
d'une inscription libyque découverte au lieu dit Praxbourg, à 18 ki-
lomètres de Philippeville.
'') Voir ci-après, p. 116, le texte de cette communication.
^'' Voir ci-après, p. 101, le texte de cette communication.
> W V^oir ci-après, p. 121, le texte de ce rapport.
LXXXIX
Cette inscription est gravée à la partie supérieure d'une stèle en
schiste gris jaunâtre très argileux; elle est aujourd'hui au Musée
de Philippeville. C'est une épitaphe composée des noms du défunt
et de son père, séparés par le mot ou rfils de; mais l'inscription
suit le contour de la pierre, el le sens dans lequel elle doit se lire
n'est pas certain à première vue. Il conviendrait d'attendre un meil-
leur estampage pour être fixé sur la valeur exacte des différents
caractères. Nous demandons qu'en atteudant, l'estampage et le cro-
quis soient transmis à la Commission du Corpus inscriptionum semi-
ticarum.
MM. de Lasteyrie et Mïjntz lisent des rapports sur des demandes
de souscription.
La séance est levée à 5 heures un quart.
Le Secrétaire de la Section d' archéolog'e ,
R. DE Lasteyrie,
Meml^re du Comilé.
xc
SÉANCE DU U DÉCEMBRE 1896.
PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND,
La séance est ouverte à 3 heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. le Secrétaire donne lecture de la correspondance :
M. de Grandmaison , correspondant du Comité à Tours, envoie
une notice sur Jean Papin , maître de l'œuvre de la cathédrale de
Tours (1^73). — Renvoi à M. Mûntz.
M. le capitaine Hannezo, correspondant du Comité à Bergerac,
envoie la photographie d'un fragment de monument en pierre pro-
venant de Montauban et d'un sceau trouvé dans une liasse de par-
chemins à Veynes (Hautes-Alpes). — Renvoi à M. Schlumberger.
M. des Méloizes, correspondant du Comité à Bourges, adresse
une note sur une œnochoé en bronze acquise par le Musée de
Bourges. — Renvoi à M. Saiomon Reinach.
M. Pitre de Lisle envoie un rapport sur des découvertes faites en
Loire pendant l'année 1896. — Renvoi à M. de Lasteyrie.
M. de Laigue, correspondant du Comité à Rotterdam, envoie une
note sur une inscription latine découverte dans la sierra de Hor-
tales. — Renvoi à M. Cagnat.
M. de Lasteyrie présente au Comité de la part de M. de Farcy, la
copie d'une lettre de Charles, duc d'Anjou et de Valois, contenant
engagement de divers bijoux, et une copie d'un inventaire du trésor
de la cathédrale de Bayeux. — Renvoi à la Commission des inven-
taires.
M. Parât envoie un rapport sur des fouilles faites dans les grottes
de la Cure (Yonne). — Renvoi à M. Reinach.
M. Tavoillot envoie un rapport sur la fouille d'une sépulture
préhistorique aux Boutards (Seine-et-Oise). — Renvoi à M. Ber-
trand.
XCI
La Société archéologique de Rochechouart sollicite une subven-
tion pour faire des fouilles à Chassenon. — Renvoi à M. Longnon.
M. Corot sollicite une subvention pour fouiller un tumuius à
Minot (Côle-d'Or). — Renvoi à M. Salomon Reinach.
Sont déposés sur le bureau les ouvrages suivants offerts au Comité
par leurs auteurs :
1° Carnet de voyage d'un antiquaire poitevin;
2° Notice sur les anciens inventaires des archives municipales de Mont-
pellier, par M. Joseph Berthelé.
A propos des notes archéologiques du /?. P. de la Croix sur l'église de
Saint-Florent près Niort, par M. Tabbé Largeauit.
Ces ouvrages seront déposés à la Bibliothèque nationale et des
remerciements seront adressés aux auteurs.
M. DE Barthélémy donne lecture du rapport suivant :
crM. Barbaud, archiviste du département de la Vendée et corres-
pondant du Ministère, a envoyé au Comité la copie de plusieurs
documents relatifs au démantèlement du château de Talmont, en
septembre 1628. Cette place appartenait alors à Henri de La Tré-
moille qui avait abjuré le protestantisme entre les mains du car-
dinal do Richelieu, pendant le siège de La Rochelle. Richelieu
paraît avoir pris cette mesure officiellement pour ne pas laisser en
état de défense une forteresse qui pouvait tomber au pouvoir des
Anglais. On peut croire aussi que la récente abjuration du duc de
ïhouars n'inspirait pas au cardinal une confiance assez complète
pour laisser une forteresse de cette importance aux mains du nou-
veau converti.
tf Des trois pièces transcrites par M. Barbaud , il y en a une qui me
paraît particulièrement intéressante : c'est le procès-verbal du 7 sep-
tembre 1628 constatant les travaux de démolition jugés nécessaires.
Il contient, par le fait, une description complète de l'ancien château
de Talmont et l'exposé des mesures prises pour le démantèlement.
Ce document pourrait être publié avec la notice que M. Barbaud a
placée en tête.
ffLes deux autres pièces méritent simplement d'être mentionnées
ici. L'une, du 27 février i63o, est la déclaration de la démolition
certifiée par le comte de Brassan, lieutenant général du roi en
Poitou; Taulre, sans date , est une roquéte par laquelle ie duc do
La Trémoille demande une indemnité de 100,000 francs que le
Conseil d'Etat lixe à 5o,ooo livres par un arj'êt du 8 avril i63/i
homologué par le Roi. »
M. Babelon donne lecture d'un rapport sur une découverte de
monnaies françaises par M. G. Villers :
ff A peu de distance du hameau de Fumiclion, commune de Tour,
près Bayeux (Calvados), au mois de juin 1896, un ouvrier tra-
vaillant à la démolition des fondations d'un vieux mur, rencontra
sous sa pince un petit corps rond métallique, oxydé. L'ayant re-
cueilli et examiné avec soin, il reconnut qu'il s'agissait d'un rouleau
do monnaies fort minces, dont le possesseur, en les confiant à sa
cachette, avait fait ce qu'on nomme une cartouche; l'étui ou l'enve-
loppe avait disparu. Les pièces d'argent composant ce petit lot de
monnaies étaient au nombre de vingt-sept, savoir : dix-sept blancs,
dits Guénards, de Charles VI, roi de France, et dix demi-blancs ou
demi-Giiénards du même règne. Ces monnaies sont communes dans
les collections et aucun des exemplaires de la trouvaille de Fu-
michon ne se signale par quelque particularité digne d'être men-
tionnée, -n
M. DE Barthélémy rend compte de la communication suivante :
«M. Maxe-Werly, correspondant du Comité, a envoyé une note
dans laquelle il fait connaître des détails curieux sur des souvenirs
se rattachant à l'occupation du Barrois par Louis XI, en 1A82,
alors qu'il voulait soutenir ses prétentions à l'héritage de Marie
d'Anjou.
ft II s'agit de l'écu de France placé au-dessus des portes de la ville
de Bar, et d'une statue du roi Louis XI, personnage placé sur le
parvis.
tr Une des portes, celle de V armurier, était surmontée de cet écusson
qui fut renversé en 1701, mais presque aussitôt restauré et rem-
placé. Ce fait donna naissance à une procédure qui est conservée
dans la collection Joly de Fleury, t. i35Zi.
frM. Maxe-Werly a extrait de ce dossier assez considérable tout ce
qui a rapport à cette instance , à la restauration de l'écusson mala-
droitement exécutée qui disparut seulement en 1792. C'est dans ce
même dossier que notre correspondant a retrouvé la reproduction
do la statue de Louis XI et la description avec dessin colorié du
XCIII
vitrail principal de Saint-Pierre, contenant les blasons de France
et de Lorraine.
«La note de M. Maxe-Werly mérite d'être publiée. «
M. Gagnât rend compte d'une communication de M. de Laigue,
qui complète une note précédente du même auteur sur le Walther-
burg, ouvrage romain découvert dans Tancien territoire des Frisii.
Il s'agit d'une chaussée, constituée par des traverses de bois, qui
fut reconnue à deux époques différentes, en 1818 et en 1892, dans
des tourbières.
L'analyse de la trouvaille et des détails qui s'y rapportent est inté-
ressante; malheureusement les dessins explicatifs sont trop som-
mairement exécutés pour pouvoir être reproduits. Il est fâcheux que
notre zélé correspondant ne nous ait pas envoyé la photographie
qui lui a servi à exécuter l'un d'entre eux.
Quant à l'assimilation faite par M, de Laigue entre cette chaus-
sée et les Pontes Longi cités par Tacite {Hist., IV, 53), elle est,
comme toutes les tentatives de ce genre, curieuse, mais tout à fait
conjecturale.
M. Chabouillet rend compte d'une comoiunication de M. Der-
gny relative à des inscriptions recueillies aux environs de Grand-
court (Seine-Inféiieure). Ces inscriptions appartenant au moyen
âge, il demande qu'elles soient renvoyées à M. de Barthélémy. —
Adopté.
M. Héron de Villefosse fait un rapport verbal sur les fouilles
exécutées à Bury (Oise), par M. l'abbé Hamard, dans une nécro-
pole romaine. Il propose l'insertion dans le Bulletin de la note
envoyée par M. l'abbé Hamard.
M. Héron de Villefosse rend compte d'un mémoire sur trois in-
scriptions romaines découvertes a Saint-M aurice-en- Valais , par M. G.
Julliot. Ge mémoire devant être imprimé dans les Mémoires de la
Société des Antiquaires de France, le rapporteur propose de déposer
le manus(yit de M. Julliot aux archives.
M. DE Lasteyrie rend compte d'une communication de M. Léon
Maître relative à l'église Sainl-Philbert de Grandlieu. Ge travail
avait été déjà présenté au printemps dernier au Gongrès des Socié-
tés savantes. Il donna lieu à une discussion intéressante, à la suite
XGIV
de laquelle M. Maître a repris son me'moire et en a remanié les
parties qui avaient soulevé le plus de critiques. En même temps il
dégageait l'intérieur de Tédifice des enduits qui le dénaturaient, il
en faisait exécuter un plan détaillé et de bonnes photographies,
bref il réunissait tous les éléments d'une monographie qui mérite
d'être publiée. Ce n'est pas que Ton puisse souscrire à toutes les
appréciations de l'auteur, ni trouver justes toutes les considéra-
tions qu'il présente. Mais s'il veut bien en supprimer quelques-unes
de particulièrement contestables, et ajouter quelques éclaircisse-
ments de détail qui permettront de mieux suivre ses observations,
il nous aura donné une description intéressante d'un monument
dont on a généralement méconnu l'importance et qui est, à n'en
pas douter, un des spécimens les plus complets de l'architecture
carolingienne que nous possédions dans notre pays.
M. DE Lasteyrie rend compte également d'une communication de
M. l'abbé Urseau sur les fouilles opérées dans la cathédrale d'An-
gers et qui ont amené la découverte des restes du roi René et d'Isa-
belle de Lorraine, et du tombeau de l'évêque Ulger. Dans ce der-
nier tombeau jiotamment on a recueilli la crosse de l'évêque, son
calice et un anneau qui porte deux inscriptions dont le sens reste à
trouver.
La première est ainsi conçue :
B.e.S.T.A.RA
La seconde, également très visible, porte la légende :
+ THGBIILG'VTG'VTTHJINI-
M. Babelon rappelle, à propos de cette communication, qu'on
a trouvé dans le fameux trésor de Petrossa un anneau portant une
inscription oh se lit le mol :
GVTANI
M. Odobesco, qui a publié avec tant de soin et d'érudition ce
trésor a proposé, d'accord avec divers savants allemands, de voir
dans le mot GVTANI le génitif du mot Wotan, qui est, on le sait,
le nom d'une divinité germanique. Faut-il voir quelque chose d'ana-
logue dans l'inscription de l'anneau d'Ulger? Comment expliquer la
xcv
présence d'une inscription germanique sur la bague d'un e'vêque
d'Angers? Il est difficile de répondre actuellement à ces questions.
Mais il y a peut-être là un rapprochement à signaler à l'attention
des érudits.
M. Edmond Le Blant rend compte de deux communications de
M. Pilloy relatives à des boucles de ceinturon de'couvertes dans le
département de l'Aisne. Il en propose l'insertion dans le Bulletin. ->-
Adopté.
M. Salomon Reinach rend compte d'un mémoire de M. Théophile
Eck sur des découvertes faites aux environs d'Aubigny-sur-Artois
(Pas-de-Calais). Dans une sépulture à incinération, on a recueilli
un magnifique vase en verre, d'un type fort rare et qui paraît jus-
qu'à présent unique en Gaule. Une tombe de guerrier, dans une
nécropole mérovingienne voisine, est remarquable par la présence
d'un objet en pierre blanche, servant de chevet à l'inhumé, oh
M. Eck reconnaît un cadran solaire. M. Salomon Reinach demande
l'insertion de ce mémoire dans le Bulletin.
MM. DE Lasteyrie et Maspéro rendent compte de divers ouvrages
pour lesquels des demandes de souscription ont été adressées au
Ministère.
L'ordre du jour appelle la discussion des titres des candidats qui
seront présentés à M. le Ministre de l'Instruction publique pour les
distinctions honorifiques à distribuer à l'occasion du Congrès de la
Sorbonne.
La séance est levée à 5 heures et demie.
Le Secrétaire de la Section d'archéologie ,
R. DE Lasteyrie,
Membre du Comité.
RAPPORTS
ET
COMMUNICATIONS
Ahchéologie.
L'EGLISE DE CHISSEY
(JURA),
PAR M. L'ABBÉ P. BRUNE,
Correspondant du Couiilé.
Dans la l'erlile cl vaste plaine de la Louo, appelée le Val-
d'Aniour, entre Dôle et Salins, s'élève un modeste village de
600 habitants, do :it l'origine est très ancienne. Chissey(^), au moyen
âge, était un petit bourg clos de murailles et de fossés. Son terri-
toire formait une prévôté domaniale des souverains de la Franche-
Comté. Sa maison-forte, bâtie sur une motte artificielle entourée
do fossés, était habitée par une famille prévôtale héréditaire, qui
avait pris, selon la coutume, le nom du village et tenait un rang
distingué dans la noblesse de la province.
Tout porte à croire que Chissey fut de très bonne heure un centre
paroissial. Toutefois, on n'en trouve aucune mention certaine dans
les titres avant le xii* siècle.
L'église fut apparemment comprise dans la dotation primitive
du prieuré bénédictin de Ghâteau-sur-Salins , fondé, selon l'opi-
nion commune de nos historiens, par Rodolphe lll, roi de Bour-
gogne, et donné par lui à saint Bernon, comme une dépendance
de son monastère de Gigny(-l Dès lors, le prieuré conventuel de
Château-sur-Salins appartint à l'ordre de Cluuy, en qualité de
membre immédiat de Gigny. Je n'ai pas à entrer ici dans le détail
de l'histoire mouvementée de ce prieuré. Il suffit de savoir que la
paroisse de Chissey le suivit dans les diverses phases de son exis-
(') Canton de Montbarrey (Jura).
^^' Celait la tradition de Gigny, qu'on trouve rapportée par D. Cliassignet,
dans son //isiot're du prieuré de Château-suv-SaUns (1707), publiée Aans \q Bulletin
de la Société d' agriculture y sciences et arts de Poligny, année 1867, p. Sa. — CI.
Histoire de Gigny, par Gaspard (i843), p. iaô-^Sg.
— Ix —
tence, jusques et y compiis son incorporation au collège Saint-
Jérôme, fondé à Dole en 1/.96 par D. Antoine de Roche, le célèbre
grand prieur de Cluny, pour servir de séminaire aux religieux de
son ordre.
son oroie.
Chissey possédait, conjointement avec la paroisse, un prieure ru-
ral, qui dut être fondé par les moines de Château. J'attribue éga-
lem'ent à ceux-ci la construction de Tintéressante église qui fait
l'objet de cette courte notice, bien que l'exploration minutieuse des
divers établissements auxquels elle a successivement appartenu ne
m'ait apporté aucun renseignement positif sur ce point ^>\
En l'absence de documents écrits, l'examen des caractères archi-
tectoniques de l'édifice me permettra de lui assigner une date-
approximative.
Bien que de dimensions modestes C^), l'église de Ghissey a ete
classée, en 18U, et jugée digne d^une restauration que M. Bœs-
wilwald a dirigée avec goût et exactitude.
Elle est régulièrement orientée et son plan, comprenant une
nef de quatre travées et deux bas côtés, rentre dans la série nom-
breuse des églises rurales en forme de croix latine et à sanctuaire
rectangulaire. De prime abord, il semble quelle se fasse remarquer
par une unité de style bien rare en nos régions tranc-comtoises,
si dévastées. Mais en l'étudiant de plus près , on y découvre , à partir
de la quatrième travée, un changement de l'ordonnance primitive,
qui annonce une interruption dans les travaux et autor.se a croii-e
le sanctuaire antérieur de quelques années à la nel, comme nous
allons le constater. .
Commençons donc notre description par la partie la plus an-
cienne. Le Sanctuaire est un rectangle formé d'une seule travée
peu élevée; son mur de fond est percé de trois fenêtres a plein
cintre, sans moulures, surmontées d'une rose à (|ualre lobes; les
côtés sont percés d'un oculus sous les formerets.
Le transept, plus élevé d'un mètre que le chœur, souvi-e sur
(1) Les archives départementales du Jura conservent, dans le fonds de Gigny,
nuelqts liasses concernant Chàteau-sur-Salins; un grand no.n re de documen.s
It en outre compris dans les fonds du collège Samt-Jerome et du chapitre d
Saïlt-Maurice de SaUns. L'exploration minutieuse de ces londs ne n. a nen fa,t
découvrir d'important sur Chissey.
(^) Longueu , 89 mètres; largeur, i5 mètres dans œuvre; hauteur, i.i mètres
sous clef.
• Plan de l'église de Chissey.
celui-ci par un arc brisé mouluré de deux filets et porte' par des
colonnes qui se terminent en cul-de-lampe, à mi-hauteur, comme
— 6 —
aussi celles de la croisée. Il se compose d'une travée centrale, flan-
quée de deux autres, qui s'ouvrent sur les bas côtés et les ter-
minent. Les murs qui ferment les extrémités du transept présentent
chacun une fenêtre romane, dont l'archivolte extérieure est brisée,
et une rose quadrilobée plus petite que celle du chœur. Un arc
triomphal très robuste masque la différence d'élévation entre le
transept et la nef (3 mètres). C'est ici que nous allons saisir l'inter-
ruption du projet primitif.
La travée de la nef, la plus voisine du transept, commence par
de gros piliers carrés, cantonnés de quatre colonnes à l'usage des
grands arcs et des doubleaux, et de quatre colonnettes pour les
croisées d'ogives. La moulure du tailloir des chapiteaux , qui forme
un bandeau autour du chœur et du transept, se continue dans
cette première travée sur le mur au-dessus de l'arcade; mais elle
s'arrête brusquement au bout d'un mètre. Cet arrêt vient de ce que
les arcades des autres travées sont plus élevées que la première, si
bien que la moulure n'en atteindrait plus le sommet. A sa place,
par une malheureuse réminiscence de l'époque romane, on a meu-
blé le plat des murs d'une énorme corniche, formée de dalles
plates très saillantes et soutenue par des corbeaux, la plupart orni'S
de personnages ou de masques grotesques (pi. I). Enfin, dernière
modification : alors que précédemment les nervures des voûtes s'ap-
puyaient sur une colonne partant du sol et se divisant en trois
colonnettes à la hauteur du chapiteau, qui est remplacé ici par un
anneau; dans les trois autres travées,- ces colonnettes partent d'une
triple base assise sur le tailloir des chapiteaux. Ces colonnettes tra-
versent la corniche pour aller supporter les voûtes. Les arcades
sont aussi moins élégantes que les premières et leurs arêtes sont
simplement abattues au lieu d'être ornées d'un tore; enfin les
piliers se changent en grosses colonnes rondes, avec chapiteaux et
bases îi huit pans.
Nous n'avons pas encore parlé des voûtes. Elles sont sur croisées
d'ogives. Deux tores séparés par une gorge composent les nervures
des croisées, tandis que les doubleaux, plus forts comme de cou-
tume, sont doublés et ornés de quatre tores.
Les nervures des bas côtés portent directemeilt sur le tailloir des
piliers et, du côté du mur, sur des pilastres flanqués de trois co-
lonnettes pour la travée supérieure, et d'une seule colonne pour
les autres. Leurs arcs-doubleaux sont à' angles abattus et les ogives
se composent d'un tore unique. Ajoutons, pour ne rien omettre d'es-
sentiel, que les bases des colonnes et colonnettes sont peu éleve'es,
les tores aplatis et débordants; les chapiteaux à crochets bien ou-
verts, excepté ceux du mur de façade, qui présentent des person-
nages; en un mot, l'art gothique règne ici en maître, aussi bien
dans les profils des moulures que dans l'ordonnance générale.
Passant à l'extérieur, nous trouvons d'abord le clocher, en saillie
sur le côté droit de la façade, à son extrémité occidentale. C'est
une tour carrée, munie de contreforts d'angles et percée de petits
jours en meurtrières aux deux étages inférieurs '^l Mais le dernier
étage, qu'un cordon sépare des autres, possède sur chaque face
d'élégantes fenêlres géminées, à colonnettes et archivoltes com-
posées de deux voussures en boudins, dont le point d'intersection
central est surmonté d'un corbeau à tête humaine. La corniche,
plate et peu saillante, offre un curieux découpage de petits arcs
trilobés, dont je ne connais pas d'autre exemple dans la région.
Un toit à quatre pans couvre la tour.
L'entrée esl précédée d'un porche, dont la voûte porte sur
quatre chapiteaux à crochets et des colonnes semblables à celles
de l'intérieur; cette voûte, reprise au xv® siècle, offre sur sa clef le
monogramme du (ihrist.
L'ordonnance de la façade est fort simple : une porte abritée
par le porche; au-dessus, une rose moulurée, sans meneaux, et
une meurtrière destinée à éclairer la charpente, ainsi qu'au tran-
sept. Mais la porte mérite un instant d'attention. Elle forme dans
son ébrasement quatre ressauts marqués par des colonnettes
monolithes de marbre gris, avec des bases carrées très élevées, à
tores aplatis et débordants. Les chapiteaux à crochets qui surmon-
tent les colonnes sont de facture élégante; sur les plus rapprochés
de la porte, les crochets sont remplacés par des personnages ou
des masques humains, de même que sur les corbeaux qui soutien-
nent les angles inférieurs du tympan. Des têtes humaines figurent
également dans les angles, entre les colonnes*^). Au-dessus des
^') On voit dans le clocher une chambre appelée la chambt-e des fous. Elle ser-
vait autrefois, selon la tradition recueillie par Roussel {Dict. des communes du
Jura, t. II, p. 1^7), à enfermer les malheureux que la dévotion à saint Chris-
tophe faisait amener de toute la contrée, pour implorer leur guérison.
(^) Ces angles sont aigus du côté gauche et évidés en quart de rond du côté
droit.
— 8 —
tailloirs, trois rangs de voussures émergent de bouquets de l'euiltes
de chêne; chacune d'elles se compose d'un gros tore, séparé de
deux plus petits par des gorges; une dernière voussure exte'rieure
repose sur des masques humains. Les saillies de cette porte sont
assez heureuses et donnent à l'ensemble un cachet d'élégance.
Mais le tympan est sa partie la plus curieuse. Il est circonscrit
par un tore à trois lobes évasés, sous lesquels se voient trois per-
sonnages assez grossièrement représentés; au centre, par une ano-
malie dont je ne connais pas d'autre exemple, le Sauveur attaché
à la colonne, les mains liées et les pieds croisés par devant; à ses
côtés, les apôtres saint Pierre et saint Paul, assis et revêtus de
chapes ornées; saint Pierre tient une clef de la main gauche et
bénit de la droite, tandis que saint Paul élève des deux mains un
livre sur sa poitrine'''. Entre le Christ et les apôtres sont deux
croix fleurdelisées; au-dessus, le soleil et la lune, comme dans la
scène du crucifiement; les autres vides sont remplis par une feuille
de chêne et de petits quintefeuilles. Il est à remarquer que, le
patron de l'église étant saint Christophe, la présence des deux
apôtres sur le tympan ne peut s'expliquer que par les relations de
notre église avec l'ordre de Cluny, dont on sait la dévotion envers
le prince des apôtres; c'est là une des raisons pour lesquelles j'at-
tribue l'érection du monument aux moines du prieuré de Chàteau-
sur-Salins.
A l'angle gauche de la façade, une petite tourelle renferme un
escalier donnant accès aux combles. Les fenêtres de la nef sont en
tiers-point et ornées d'une archivolte. De chaque côté de l'église,
trois contreforts, à demi engagés dans le mur des collatéraux,
buttent la poussée des voûtes au moyen d'un arc en quart de
cercle. A la partie supérieure des collatéraux, il y a une porte en
plein cintre, ornée en dehors de deux colonnettes de marbre gris
et d'une archivolte à boudin.
Les bras du transept et le sanctuaire forment des édicules sé-
parés de la nef par leur toiture moins élevée. L'élégante corniche
découpée du clocher en fait le tour, ainsi que des nefs , à l'excep-
^^) Et non saint Jean, comme on l'a cru à Ctiissçy. Cette erreur a été consacrée
par un ancien curé qui, dans les vitraux du cliœur, a fait placer saint Jean à côté
de saint IHerre. Quelques notions d'archéologie religieuse auraient fait éviter ce
contresens.
lion des rampants des pignons. Les fenêtres de cette partie plus
ancienne sont romanes, mais leurs archivoltes tirent au tiers-
point ^^l
Tels sont les caractères généraux de Téglise de Ghissey. Au
premier coup d'oeil, il est aisé de se rendre compte qu'on ne se
trouve pas en présence d'un de ces édifices transition de facture
hésitante, bien que quelques détails puissent le faire croire. Au
contraire, toute l'ossature est gothique : ainsi les arcs et leurs co-
lonnes, les fenêtres, les voûtes, la forme du chœur. On ne ren-
contre fie dissonances que dans les portes, qui suivent les tradi-
tions bourguignonnes dans le maintien persistant du plein cintre,
et surtout dans cette malencontreuse corniche, qui vient gâter les
heureuses proportions de la nef principale.
Il me semble donc être eu droit de conclure que l'église de
Chissey a été élevée non au xii' siècle, comme on l'a cru jusqu'ici,
mais au xiii*; et même ses caractères, surtout dans les chapiteaux
et les moulures, si je les compare à ceux des monuments analogues
de nos régions, me paraissent assez avancés pour m'autoriser à
" L'église de Cliissey, en fait d'œuvres d'art, ne possède que deux statues :
l'une, de la fin du xv" siècle, est ((^lle de saint Christophe, patron de l'église. I^a
seconde, moins ancienne, car elle me parait dater du milieu du xv!!' siècle, pré-
sente des particularités iconographiques intéressantes. C'est une jolie statue de la
Vierge, en pierre tendre (hauteur : cm. 85); la tête gracieusement penchée et
les mains jointes, la mère de Dieu semble adorer l'Enfant-Jésus, figuré sur son
sein, debout et entouré de rayons (pi. 11). On connaît des vierges ouvrnnles, ren-
fermant à l'intérieur Jésus-Christ, à Tàge d'enfant ou d'homme fait, comme celle
de Palau - del - Vidre , figurée dans le Bulletin archéologique du Comité (1898,
p. 368), ou bien une série de scènes, commo celle du Musée du Louvre
(xin° siècle), publiée parles Annales archéologiques (t. \X, p. 181, etc.). M. Pouy
a signalé deux statueltes de la Vierge porlatil dans son sein l'Enfanl-Jésus envi-
ronné de rayons. Dans la plus ancienne (xvi' siècle), qui est conservée au Musée
d'Amiens, l'Enfant-Jésus est placé debout au milieu d'une petite ouverture prati-
quée dans le ventre de sa mère et environnée de rayons. Dans notre slatue, l'idée
mystique est rendue avec une décence moins naïve. Cette statue est manifestement
inspirée d'une gravure de J. de Loisy, semblable de tout point, et cont';'nue dans
un ouvrage très rare, intitulé : Le livre des vertus de la Vierge, par Terrier; Pin-
l'Émagny, i635. La statue d'Amiens parait d'origine espagnole. Les graveurs
bisonlins Pierre et Jean de Loisy ont puisé les principes de leur art dans les
Pays-Bas; il est possible que les nouveaux exemples de cette représentation icono-
graphique que nous venons de signaler aient la même origine. (Cf. Y Iconographie
chrétienne de Didron , p. 287, note; Bulletin archéologique du Comité di's travaux
historiques, i885, p. .ti3; 1887, p. 18; 1898, p. 368.)
— 10 —
placer la construction de ce monument dans la seconde moitié' du
xiii" siècle, plutôt que dans la première (^l
L'église de Chissey n avait pas encore fait l'objet d'une descrip-
tion sérieuse; les particularités intéressantes qu'elle présente me
feront pardonner les détails trop arides de cette courte mono-
graphie.
L'abbé P. Brunk.
"> Si l'on veut bien se reporter à ma Notice sur l'archéologie religieuse dans le
Jura (Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1H9'?, n" 3), on
verra que i'égtise Saint-Anatoile de Salins, voisine de Ciiissey, prosente des ca-
ractères moins avancés que celle-ci, avec ses portes et fenêtres enlièreiueiit ro-
manes, et sa galerie également romane, à laquelle elle doit son cachet (rélégan(f>.
El pourtant il est incontestable que ce monument n'était pas encore commence
on la^tg.
NOTE
SUR
UN BAS-RELIEF DE LA MESIE INFERIEURE,
PAR M. FRANZ CUMONT.
Le petit monument dont nous donnons ici une reproduction ( pi. I II )
a été trouvé en 1880 par M. deLaigue, aujourd'hui consul général
de France à Rotterdam , entre les mains du cavnss de la chancellerie
de Galatz. Son origine exacte est inconnue, mais il est probable,
pour ne pas dire certain, qu'il a été découvert sur les bords du
Danube inférieur. Peut-être est-il originaire de Troesmis, dont
l'emplacement, reconnu autrefois par M. Engelhardt, est situé
quelques lieues en amont de Galatz (^l M. Héron de Villefosse
ayant attiré mon attention sur ce débris de sculpture antique,
M. de Laigue, avec une obligeance à laquelle je me plais à rendre
hommage, m'a non seulement donné tous les renseignements dé-
sirables sur cette pièce intéressante, mais il me l'a fait parvenir à
Bruxelles, afin que je pusse la photographier et l'étudier à loisir.
Je suis heureux de pouvoir le remercier de cette complaisance,
trop rare chez les collectionneurs pour ne pas être signalée.
Ce fragment, ou plutôt cette réunion de trois fragments de
marbre mesure 92 millimètres de haut sur i8l\ millimètres de long
et environ 20 millimètres d'épaisseur. La pierre blanche a pris une
teinte ambrée ou noirâtre, même aux cassures qui doivent être
fort anciennes. Sur ce fond mat, étincellent au revers de la plaque
un grand nombre de paillettes de mica dont la présence pourrait
n'être pas inutile pour déterminer la provenance du marbre. Cette
face postérieure, grossièrement épannelée, a été striée de rainures
'" Cf. Corp. insrr. laL, t. III, p. 999.
— 12 —
irrégulièies destinées manifestement à faire adhérer plus fortement
ce marbre à la paroi où il a dû être scellé.
Si l'on veut bien jeter les yeux sur la planche ci-jointe, on re-
marquera que le bas-relief qu'elle reproduit est divisé par des mou-
lures plates, formant cadre, en deux tableaux superposés. La partie
supérieure de la plaque a péri presque tout entière. On distingue
cependant encore à droite''' un homme imberbe, coiffé d'un bon-
net phrygien et vêtu d'une courte tunique, qui est étendu sur le
sol. La mutilation de la pierre l'a relativement épargné. Sa main
droite élevée et son genou gauche replié ont cependant disparu.
Au delà, dans l'angle du tableau, on remarque un sabot, propor-
tionnellement énorme, d'un cheval qui devait fouler aux pieds ce
cadavre. A l'autre extrémité de la moulure horizontale, on pourrait
voir dans deux saillies parallèles qui la surmontent, les extrémités
des pieds d'une table ou d'un siège, si une rainure semi-circulaire
qui se creuse entre elles ne restait alors inexpliquée.
Le registre inférieur est beaucoup mieux conservé, quoiqu'on
ue puisse déterminer quelle était la longueur du morceau perdu.
Dans le coin resté intact, un taureau et un bélier, reconnaissable à
ses cornes recourbées, bondissent tous deux vers la droite. Le tau-
reau retourne la tête comme pour regarder son compagnon visible
entièrement de profil. Plus loin, deux jeunes gens s'approchent
d'une sorte de table ou d'escabeau supportant un buste humain ('-'.
Coiffés d'un simple bonnet, vêtus d'une tunique courte et de pan-
talons collants, ils s'avancent l'un vers l'autre en se tendant la
main droite, et portent la gauche à la tête de l'idole. Un de'tail de
leur accoutrement facilitera peut-être l'identification de ces per-
sonnages e'nigmatiques : ils ont tous deux à la ceinture un glaive
dont on aperçoit le fourreau près de leur cuisse droite. A côte de
ces guerriers, une femme est debout : elle a le haut du corps cou-
vert d'un péplum atteignant les hanches; ses membres inférieurs
sont cachés par une robe traînante tombant jusqu'aux pieds en
trois larges plis; ses cheveux sont assemblés en une masse assez
lourde, mais on ne peut discerner une coiffure quelconque. Cette
femme, sans aucun attribut, applique simplement la main droite
^*^ J'emprunte une partie de la descriplion qui suit à une notice raanusci-ite
de ce monument, rédigée par M. de Laigue.
>-' Il se pourrait cependant que ce prétendu buste fût un troisième personnage
debout derrière la table, quoique rien n'indique une différence de plan.
— 13 —
sur sa poitrine; son bras fjauche, qui se dissimule sous le péplum,
est indistinct. Auprès d'elle, un homme h protome de lion se tient
appuyé sur la jambe gauche, la droite rejetée de côté. La tête du
fauve est assez soigneusement exécutée, et offre plus de relief qu'au-
cune autre partie de l'œuvre. Une chlamyde, agrafée sur l'épaule
droite de ce personnage leontocéphale, recouvre son bras gauche
replié. Au-dessous, il porte une tunique serrée à la ceinture et
coupée au-dessus du genou. Ses jambes semblent être nues. I^
bras droit étendu s'appuie sur un bâton épais, très mutilé aujour-
d'hui; il est impossible de dire si la main gauche tenait autrefois
quelque objet. Aux pieds de ce monstre, près de la cassure de la
plaque, est posé un grand cratère. Au-dessus du rebord saillant et
à gauche sur la panse, on remarque une saillie étrangère au galbe
du vase : ce sont sans doute les restes d'un serpent, qui se glissait
vers son orifice.
Cette description que nous nous sommes efforce d(^ rendre aussi
exacte que possible, n'a pu cependant atteindre une grande pré-
cision dans le détail. En effet, non seulement ce bas-relief est frag-
mentaire et soudé en son milieu, mais toute la surface en est assez
fruste et comme polie par les eaux. D'ailleurs la sculpture n'a cer-
tainement jamais eu aucun fini. Cette œuvre a dû être exécutée
dans quelque atelier provincial, oii l'on fabriquai! à bon mairhé
des ex-voto pour les fidèles de quelque temple voisin.
Aussi n'est-ce pas au point de vue artistique que ce fragment
offre une valeur, mais comme un représentant nouveau d'une fa-
mille de monuments, qui presque tous ont été mis au jour comme
lui dans les pays danubiens. En effet, des plaques de pierre ou de
métal, toutes de médiocre grandeur, où apparaissent régulièrement
un ou plus souvent deux cavaliers s'avançant au-dessus d'un per-
sonnage couché sur le sol, et accompagnés de représentatiojis ac-
cessoires de nature et de quantité très variables, ont été trouvées
en assez grand nombre dans les anciennes provinces de Mésie, de
Dacie, de Pannonie, de Dalmatie et aussi en Italie (^l Non seulement
(" Le recueil le pins complet de ces bas-reliefs est aujourd'liui celui de M. Ti o-
hari Antonescu, Cultul Cabirilor in Dacia. (Bucharesl, 1889, avec 12 pi. lithojji. )
Il faut y ajouter les monuments reproduits ou décrits par voii Schneider, Arch.
Epig. Mitth. ans Oester, XI (1887), p. i4 et s.; Hiilsen, Millli. ArcJi. Inst. in lioiit ,
t. m {1888), p. 3i5; Boionicic, Kroatische Revue, II (188G), p. iA5 et s.;
Nowotny, Wisseiischaftliche Mitteilungen aun Bosnien, t. IV (Vienne, 1896),
— u —
ie groupe mutilé du registre supérieur do notre marbre roumain
était évidemment une reproduction de la scène principale des
tablettes dont nous parlons, mais le taureau avec le bélier^^', les
jeunes gens à côté du trépied ou du guéridon (^', la femme debout,
la main appuyée sur sa poitrine^^^, le cratère avec le serpent'''^ se
retrouvent sur un certain nombre d'entre elles.
Si l'on peut sans peine ranger notre bas-relief dans cette caté-
gorie connue de sculptures, il est moins aisé d'en expliquer la si-
gnification. Ces représentations ont, en effet, provoqué les hypo-
thèses les plus diverses sans que les archéologues soient parvenus
à se mettre d'accord sur leur interprétation. Lenormant voyait dans
le dieu équestre un Mèn-Sabazios et rattachait le seul bronze de
ce genre qui lui fût connu, aux cultes phrygiens'^'. Gerhard C') et
après lui M. Antonescu^^' ont considéré ces divinités, qui chevau-
chent généralement par couples affrontés, comme les Dioscures ou
les Gabires. Le grand nombre de ces monuments, qui ont été
trouvés en Transylvanie, a fait supposer d'autre part qu'ils étaient
en relation avec les croyances des anciens Daces^^). Sans vouloir
discuter ici ces opinions discordantes, je me bornerai à appeler
l'attention sur les rapports étroits qui unissent la figure principale
p. 396-899. Voici comment se réparligsenl leurs lieux d'origine : Mésies (Rou-
manie) : Anionescu, fig. 1, 2, 7, 8, i5, 16; Serbie : Antonescu, fig. 6. —
Dacie, Transylvanie : Antonescu, fig. A, 5, 19, 31, 93, 3,3. — Pannomes, Es-
ciavonie : Antonescu, fig. 10; Sirmiuui : ibid., 9; Siscia : Boionicic, n° 1 ; Cibaiis,
ibid. , n° 3 ; Bassianae , ibid. , n"' 3 , /i ; Hongrie : Antonescu , fig. 1 7 ; Cai nuntum :
von Schneider, n"' 3, h; Virunum : Hiilsen, p. 817, note. — Dalmatie : Giauioc :
Nowotny, /. c. — Italie, Rome : Antonescu, fig. 3; Terracine : Hùlsen, /. c. —
Origine incertaine : Antonescu, fig. 11, 13, i3, i4; Hùlsen, /. c.
('^ Antonescu, n"' 8,7, 8.
(^^ Antonescu, n"' 9, 10; Boionicic, n" 1 et 3 : trDie mittlere Gruppe zeigl
drei bekieidete Gestalleii die einander zugekebrt sind, umd sich etwas vorbeu-
gend, die Hànde auf einenzwischen ihnen befindiichen, bis ùber ihre Knie hinaul-
reichenden Tisch oder Altnr legen.» Cf. Nowolny, /. c, p. 309.
'•^^ Antonescu, n° l\.
'*^ Antonescu, n"* 3, k, 6 et s.; Boionicic, n"" 1, 3 et 3; Nowotny, p. 3oo.
^^^ Lenormant, Revue archéologique, 1875, I, p. 5o.
(*^ Archaeoîogische Zeitung, XII, i85A, p. 309 et s.
^'^ Je regrette que M. Antonescu ait rédigé son ouvrage, qui témoigne de re-
cberches fort étendues, dans une langue qui le rend incompréhensible à la plupart
des archéologues.
^'' Hùlsen, /. c. ; «^La loro origine locale ci accorta che il culto al quaie si rife-
riscono, sia di origine Dacican.
— 15 —
de nos ex-voto avec le a cavalier thrace» si souvent reproduit par
la sculpture antique dans la région des Balkans (^l Je ne serais pas
éloigné de penser que c'est dans cette contrée, dont Tarchéologie
est encore si mal connue, qu'il faut chercher la patrie de ces
images mystérieuses. Elles auraient alors été propagées le long
des frontières de l'empire et introduites même dans sa capitale
par les soldats thraces, qui servaient eu grand nombre dans l'in-
fanterie et surtout dans la cavalerie romaine.
Mais, quelle que soit leur origiuQ, il est certain que ces bas-
reliefs trahissent des influences religieuses diverses. Pas plus que
les autres cultes, celui dont ils sont l'expression n'avait échappé
au syncrétisme désordonné qui caractérise le paganisme impérial.
Depuis longtemps, ou a remarqué les analogies que certains de ces
monuments présentent avec ceux des mystères de Mithra. Ainsi le
groupe du serpent, du cratère et du lion qui, dans le symbolisme
de ces mystères, représente la terre, l'eau et le feu, apparaît sur
quatre tablettes de plomb recueillies en Pannonie (■'^). Notre frag-
ment de Galalz nous fournit une preuve nouvelle de cette action
du mithriacisme sur les croyances des fidèles du dieu cavalier. Le
cratère avec le serpent s'y retrouve encore, mais à côté d'eux se
tient non pas un lion, mais le personnage lëontocéphale qui était,
• pour les mystes de la divinité perse, l'emblème du Temps infini.
La chlamyde et la tunique dont le monstre est ici affublé ne
peuvent nous faire méconnaître son identité t^l
Nous n'essayerons pas de donner un nom aux autres figures (|ui
occupent ce débris de marbre. 11 ne sera guère possible de déter-
miner leur nature tant que nous ne posséderons pas cette étude
'■' Toute une série de ces représentations a été put)iiéc par iM. Dobrusky clans
le Sbornik za narodni umotvorenija , uauka i kniznina, l.. XI (Sopliia, 189/I). l^a
ressemblance de la figure 9 , planche XIII, el de la figure t[ , planche XIV, avec nos
uionumenls, est manilesle.
^^^ Antonescu, n"' 9 el 10; Boionicic, n°' 1 et 3. Les dadophores (Antonescu,
fig. îi et 6), les bustes de Sol et de Luna, le corbeau, etc., sont probablement
empruntés aussi aux monuments mithriaques. Cf. Nowolny, p. 3oo et s., et mes
Monuments relatifs au culte de Mithra, p. Saô, n° 898''".
^'^ On rencontre ailleurs un dieu cynocéphale ou criocéphale (Antonescu, n"' 8 ,
9, 10, 13, 30; Nowotny, l. c. ), mais la tête de lion n'apparaît que sur notre
bas-relief. Cf. cependant Boionicic, p. 1^7 : wLinks steht nebeu einem Baume
ein bekleideter Mann, anscheinend mit einem Tbierkopf vielleichi ist dii's Aeon,
der in einzelnen Milhràen als besondere Statue gefunden wurde».
— 16 —
complète de tous les monuments analogues qu'un archéologue,
compétent entre tous'^^, a promise depuis plusieurs années. Il sul-
lîra à notre ambition d'avoir pu enrichir, grâce à M. de Laigue.
cette série intéressante d'un exemplaire nouveau, présentant au
moins une particularité unique.
Franz Cdmont.
''^ M. R. von Schneider, conservateur du Musée de Vienuf. — M. Xowolny
(p. 298) annonce aussi un article étendu sur les monuments hongrois.
LA TOMBE D'ANTOINE DE VILLE,
À DOMJULIEN (VOSGES),
PAR M. LE LIEUTENANT CH. DENIS.
La famille à laquelle appartient le personnage dont nous allons
décrire la tombe tire son nom du château qu'elle possédait à Ville-
sur-Illon, 8 92 kilomètres à l'ouest d'Épinal.
Son origine est très ancienne et il faut remonter au xi" siècle
pour trouver la première mention la concernant. A cette époque,
un Gilbert, seigneur de Ville, s'engage, par traité daté de 1097, à
défendre le monastère d'Épinal contre les aventuriers qui pillaient
ses terres, à condition qu'il aurait l'avouerie de Faverolles et le
titre de chevalier de Saint-Gœry(').
Elle tenait une des premières places parmi les familles nobles
du pays, car un siècle plus tard, nous voyons Errard de Ville, gou-
verneur du duché de Lorraine en 1220, épouser Isabelle de Bour-
gogne -Montaigu, petite -fille de Hugues III, duc de Bourgogne.
Dans un traité fait en i3/i3, avec Adhémar, évêque de Metz, le
duc de Lorraine , Baoul , qualifie Jean de Ville de cousin.
Deux de ses membres, Philippe et Henri de Ville, occupèrent
le siège épiscopal de Toul au xv* siècle; mais le plus illustre est
sans contredit Lacépède (Bernard-Germain-Etienne de la Ville,
comte de), le savant continuateur des œuvres de BufTon et l'admi-
rateur de Gluck. Ses passions pour l'histoire naturelle et la mu-
sique ne l'empêchèrent point de devenir successivement colonel in
partibus d'un régiment au service d'un prince allemand, conser-
vateur du Cabinet d'histoire naturelle du roi en 1786, président
de l'Assemblée législative, membre de l'Institut, sénateur, grand
^'' L'abbaye d'Epinal fondée dans la seconde moitié du x" siècle par Thierry de
Hamelant, évêque de Metz, avait la garde des reliques de Saint-Gœry ou Saint-
Goëric.
AncHÉoLOGiE. 3
— 18 —
chancelier de ia Légion d'honneur, ministre d'Etat en 1809, pair
de France en 181 4.
La principale seigneurie des sires de Ville était la terre de Dom-
julien (^); aussi i église de ce dernier village fut-elle choisie par
l'un d'eux comme lieu de sépulture.
La tombe de ce personnage est en calcaire jaunâtre et mesure
2 m. 35 sur o m. 98 ; elle a été enlevée de sa place primitive et
sert maintenant de pavé. Le défunt est représenté couché, tête
nue, les mains jointes et armé de toutes pièces; la figure est celle
d'un homme jeune encore, d'une trentaine d'années au maximum.
Le trait net et fermement accusé dénote , de la part du graveur,
une grande habileté (^'. Les armoiries de la famille, ff d'or à la croix
de gueules rt , occupent le tiers supérieur de la dalle ; elles sont en
partie effacées. L'inscription suivante, en caractères gothiques, est
gravée dans l'encadrement de la tombe :
O^^cccc • t\ ' xxni • U • Hvitx • imx • H - mag • ^ -jattttwt • ptm -
L'histoire est muette sur ce seigneur, mais nous avons retrouvé
aux archives de Meurthe-et-Moselle une pièce datée de mars 1^23
dans laquelle il est qualifié de cr baillif du Bassigny 75 , et qui l'accré-
dite avec Jean d'Haussonville pour représenter le duc de Lorraine
dans le règlement de différends avec les seigneurs de Gommercy.
Une autre pièce, insérée dans le tome VllI des Documents rares
ou inédits de l'histoire des Vosges, nous fait connaître les noms de sa
femme et de ses enfants :
rrJe Mahault de Joinville, vesve de noble homme feu Anthoine de ViUe,
signour de Dompjullien , ou dyocèse de Toulz, faiz savoir à touz ceuk qui
(') Domjulien, village du canlon de Viltel et de rarrondissemeut de Mirecourl.
W Mon excellent camarade, M. Alfred Baujard, officier de réserve au a" batail-
lon de chasseurs, a eu l'obligeance de m'envoyer une fidèle reproduction de la
tombe d'Antoine de Ville. Qu'il reçoive ici tous mes remerciements, ainsi que
M. Léon Le Brun, avocat à Lunéville, qui a bien voulu me fournir, avec son obli-
geance habituelle, la plupart des renseignements généalogiques qui m'ont servi ù
composer cette notice.
— 19 —
ces présentes lettres voiront , que comme ledit Anthoine nion çspouz , à son
vivant mehu en dévotion , desurant acroistre le divin service , tant pour le
remède et salut de son âme comme de ses predecessours , heist par propo-
setz de fonder une chappeile perpétuelle en l'église parrochiaul de la dicte
ville de Dompjullien , et icelle dower de rentes et revenues soffîsanz à la
sustantation d'un chappellain. Et jay à son vivant eust fait faire et édifier
ung aultel en l'onneur du benoit sainct Anthoine en ycelle église. Et il soit
ensit que ledit Anthoine soit esté prévenu de mort et alez de vie à trespas-
sement avant que la dicte chappeile soit fondée entièrement et que les rentes
dehues y fah-e assignation à la sustantacion d'un chappellain , devant lequel
autel ledit s" Anthoine à son vivant par plusieurs foiz at ordonné sa sépul-
ture, et en iceilui lieu est enseveUt son corps
Estant en ma pleine, franche et pure voluntey, ayant la mainburnie
de Andreu , Ahx , loland , Jehanne et Agnelz , mes enfanz naturelz et ioyaulz ,
procrez dudit Anthoine mon espouz , moindres d'aige , et tant en mon nom
comme ou nom et mainburnesse de mesditz enfanz , ausit par le consoil des
genz et amis charnelz de my et de mesdits enfanz , en remission des péchiez
de mondit mary et de my, et pour le salut de son âme et de la mienne et
de sez prédécesseurs et dez mienz , en ensuiant le saint et boin propos de
mondit espouz , faiz , dispose , et ai donné , fondé et institué une chappeile
perpétuelle audit autel du benoit sainct Anthoine, ja édifiée par mondit
mary en la dicte église parrochiaul de Dompjullien, comme dit est
et ay supplié et supplie humblement et dévotement révérend peire en Dieu
et signour mondit signour l'evesque de Toulz (Henri de Ville), oncle ger-
main ^^^ de mesdiz enfanz , que les chouses dessusdictes de son auctorité or-
donnaire veuUe lower, ratiffier, confirmer et aggriier, et en ycelle mettre
son decrest et auctoritey ourdonnaire
En tesmoings de veritey de toutes et singuleires chouses dessusdictes , je
Mahault devant dicte, ay miz mon seel à cez présentes et priey à mes chiers
et bien araez Anthoine, sire de Ville, et Arnoul, vouez d'Espinaul, nepvous
plux prochains de mesdiz enfanz , que à cez présentes veullent mettre leurs
seelz avec le mien
Lesquellez cez présentes furent faites, creantéez et ourdonnées au lieu de
Dompjullien l'an de grâce Nostre Signour, mil quatre cent vingt cinqz , le
premier jour de février.
La chapelle dont il est question existe encore, mais elle a subi
'" D'après cela, les deux évêques mentionnés plus haut étaient frères d'Antoine
de Ville.
— 20 —
des modifications importantes; c'est une petite pièce contiguë au
chœur. Les habitants du pays l'appellent encore la chapelle des sei-
gneurs.
A première vue, on serait tenté de croire que le rédacteur de
l'acte ci-dessus a commis une erreur en le datant. Il n'en est rien :
en Lorraine, on avait l'habitude de faire commencer l'année, les
uns à Noël, les autres à l'Annonciation, et c'est ce dernier style qui
était suivi par la chancellerie lorraine '^l C'est donc bien le 3i jan-
vier 1/126 qu'Antoine de Ville a rendu son âme à Dieu.
Ch. Denis.
t') Ce renseignement m'a été fourni par M. Duvernoy, archivislo de Meurthe-et-
Moseile.
UNE HABITATION GAULOISE,
À TROÎSGËN EN SAINT-JEAN-TROLIMON
(FINISTÈRE).
Communication de M. Paul Du Chatellier.
En faisant les cultures d'automne, au village de Tronoën, le soc
de la charrue heurta un amoncellement de pierres. Prévenu par
mes fermiers, je me rendis immédiatement sur les lieux, et prenant
quelques travailleurs, nous nous mîmes à fouiller le sol à Tendroit
indiqué.
Bientôt nous pûmes nous rendre compte que les pierres heurtées
par la charrue provenaient d'une habitation dont les soubassements
étaient encore en partie en place. En suivant leurs contours, nous
reconnûmes qu'elle avait intérieurement h m. 80 de long sur
h mètres de large et qu'elle était orientée sensiblement Est-Ouest.
Sa construction semble avoir été celle-ci. Légèrement enfouie
dans le sol, ses futurs habitants avaient d'abord élevé un soubas-
sement en pierres, large de o m. ^5 et haut de o m. 60, puis
avaient terminé l'édifice avec des branchages entre-croisés sur les-
quels ils avaient appliqué un enduit d'argile. Cette habitation ayant
été détruite par le feu, l'argile a cuit et nous a laissé des morceaux
de clayonnage, sortes de briques portant l'empreinte des bran-
chages ayant servi à sa construction ; quelques-uns ont même con-
servé des parties de bois à l'intérieur.
Le foyer était au milieu de l'édifice; deux pierres plates et le
sol fortement calciné en cet endroit ne laissaient place à aucun
doute à ce sujet.
Lors de l'incendie de cette hutte, les décombres tombèrent à l'in-
térieur et recouvrirent ce que ses habitants, probablement surpris,
y laissèrent après eux.
— 22 —
Parmi ces objets, il en est quelques-uns qui me'ritent qu'on s'y
arrête un instant.
Près du foyer nous avons recueilli de nombreux fragments de po-
teries faites sans le secours du tour, quelques-unes ornées de cercles
concentriques, ornementation fréquente à l'époque gauloise, et
non loin de ce point, dans la direction de l'Ouest, deux pointes
de lance en fer, longues l'une de o m. 1 3 et l'autre de o m. i5. Rien
autre dans cette partie de l'habitation.
C'est dans la partie Est qu'il nous était réservé de faire la trouvaille
des objets intéressants dont nous joignons la photographie à cette
note (pi. IV). Ces objets, au nombre de trois, étaient malheureu-
sement écrasés sous des pierres et par les décombres de l'incendie,
aussi n'avons-nous pu en avoir que des fragments, dont nous avons
reproduit les plus grands.
Le n° 1 est un fragment de casque, sa partie supérieure. Ce
casque, fait d'une feuille de fer de trois quarts de millimètre
d'épaisseur, avec bourrelet au bord, était recouvert d'une mince
feuille de bronze décorée d'une succession de zones concentriques,
richement ornées au repoussé. Le sommet est surmonté d'un bou-
ton en fer terminé par un grain de corail.
La première zone, à partir du sommet, est décorée de cercles
en relief avec un point au milieu.
La seconde zone , large de o m. o i , a pour ornement une série
de reliefs qui ont assez l'air de représenter des casques. Au-dessous
de cette zone en est une troisième identique à la première.
Enfin en vient une quatrième, large de o m. oi5 , ornée de re-
liefs dont la détermination m'embarrasse.
Ces quatre zones, séparées l'une de l'autre par un trait en relief,
se répétaient, je crois, sur le reste de la surface du casque avec la
même ornementation.
Le n° 2 représente la moitié d'une agrafe de ceinturon, large
de o m. 074. Elle est également en fer recouvert d'une mince feuille
de bronze richement décorée de boutons de corail et de cercles
concentriques, formés de grènetis. Les trois grands cercles ont in-
térieurement des ornements ayant une extrême analogie avec ceux
de la quatrième zone du casque.
Le n° 3 représente les fragments d'un objet encore en fer, de
o m. 001 d'épaisseur, recouvert d'une mince feuille de bronze
estampée. Malheureusement ici le bronze est beaucoup plus oxydé.
— 23 —
L'ornemenlation de la partie inférieure se compose de trois cercles,
entourant une sorte d'étoile en relief, et d'une palmette, au-dessus
de laquelle on voit une bande circulaire limitée par deux traits
concentriques en relief, tracés au pointillé. Cette bande est décorée
d'ornements semblables à ceux de la quatrième zone du casque (le
morceau a o m. o53 dans sa plus grande largeur). Enfin la partie
supérieure de cet objet est ornée de points en relief entourés d'un
gracieux enroulement formé par une ligne de grènetis.
Quelle pouvait être la destination de cet objet, d'une forme très
élégante ? A-t-il été l'ornement d'un bouclier ou celui d'une cui-
rasse ? Nous laissons à d'autres plus autorisés que nous le soin de
décider.
Les trois objets que nous venons de décrire, d'une ornementa-
tion très habile et très décorative, nous reportent à une époque
vraisemblablement 1res antérieure à la conquête romaine, et dont
les restes se sont surtout rencontrés jusqu'ici sur les bords du Rhin,
aux sources du Danube ou en Champagne; recueillis au fond de
la presqu'île Armoricaine, sur les bords de l'Océan, ils nous pa-
raissent d'un grand intérêt.
P. DU Chatellter.
ETUDES D'ARCHITECTURE
EN PORTUGAL.
DE L'INFLUENCE FRANÇAISE DANS LE STYLE MANUÉLIN,
PAR M. EMILE EUDE,
Architecte.
Ce que les artistes appellent style n'est pas toujours facile à dé-
terminer. Il y a le style et les styles, deux choses différentes, mais
qui découlent d'un même principe et qu'il faut tâcher de faire
rentrer dans une même définition.
tf Chaque peuple, dit fort bien M. Léon Labrouste, chaque
peuple, à un moment de sa vie, suivant son idéal, a cherché la
représentation d'un thème qui lui devient favori. Ce thème, à ce
moment, s'est traduit d'une manière remarquable dans ses œuvres.
Aussi devons-nous en rechercher le caractère et pouvons-nous con-
clure que :
tfLe style (^' est l'expression caractéristique propre au besoin
d'une époque.
ttLe besoin dominant d'un peuple s'est modifié avec ses idées
suivant les époques et a engendré des œuvres qui, toutes, con-
tiennent les vertus du style, mais qui sont très dissemblables entre
elles. Alors on a , par extension , donné le nom de styles à ces diffé-
rentes expressions caractéristiques.»
Ainsi, puisqu'il faut toujours en revenir à l'étymologie , le style,
c'est le coup de burin qu'un siècle (ou qu'un règne) sait incruster
dans ses œuvres. Inversement, quand on parle de certaines époques
'" U ne faut pas confondre le style avec la mode, qui n'est qu'une fantaisie
passagère, sans liaison avec ce qui l'entoure.
— 25 —
sans caractère, qui n'ont pas su donner ce coup de burin, on dit
quelles nont pas de style ; et cela n'est pas moins vrai dans les
lettres que dans les arts, dans l'architecture en particulier.
Le Portugal, durant le règne du roi D. Manoel le Fortuné,
c'est-à-dire pendant le premier quart du xvi" siècle ^^\ a-t-il eu
réellement un style, ce que, dans la pe'ninsule ibérique, on ap-
pelle le style manuélin? Nous allons l'examiner rapidement.
D'abord , le règne glorieux de D. Manoel fut une époque ; ensuite,
cette époque eut un besoin dominant; enfin, elle a su trouver une
expression caracte'ristique de ce besoin. Ces trois propositions ré-
pondent aux trois termes de la définition que nous avons posée.
Il suffit de rappeler que sous le règne de D. Manoel eut lieu la
découverte du cap de Bonne-Espérance et de la nouvelle route des
Indes orientales par des marins portugais (1^98). Une richesse
inouïe se répandit aussitôt chez un peuple jusque-là pauvre, sobre
et guerrier. C'est alors, suivant le récit de deux ambassadeurs
vénitiens, que les plus minces artisans de Lisbonne avaient un
nègre pour les servir. C'est alors aussi qu'on vit dans l'architecture,
ou pour mieux dire dans l'art ornemental, le plus extraordinaire
mouvement, la plus étonnante efflorescence qu'on puisse imaginer,
et qui se traduisit par des monuments nombreux et d'un caractère
parfaitement déterminé, quoique procédant d'éléments très multiples.
Nous sommes donc en présence d'un style, justement nommé
style de Manoel, puisqu'il commence, on peut le dire, avec ce prince
et qu'il dévie après lui.
C'est un style créé par des gens (ou mieux : pour des gens)
f pressés de jouir et prenant leur bien partout, mélangeant sans
ordre le mauresque, l'italien, l'indou et le gothique flamboyant,
sur une construction, une carcasse essentiellement ogivale î^. (H.
Nodet.) Ajoutons à ces influences diverses celle de la Renaissance
française et nous aurons une idée de la variété du style manuélin.
Lisbonne fut, au xvi* siècle, le carrefour des nations : ce fut aussi
le carrefour des architectures.
Certains esprits chagrins sont partis de là pour protester contre
la dénomination de style donnée à l'art du temps de D. Manoel.
Entre autres, un Portugais, d'ailleurs doué de sens critique, chose
rare dans son pays, M. Joaquim de Vasconcellos, qui m'a l'air d'un
''5 Plus exaclement, de ligS à iSai.
— 26 —
enragé rt classique r , et qui (je le crains) a dû se faire bien des
ennemis parmi ses compatriotes. Vasconcellos^^) conclut ainsi :
tr 1° Nous admettons le mot manuélin comme terme uniquement
chronologique.
K 2° Le système de construction ne présente aucune originalité
ni dans les plans, ni dans les façades, ni dans le tracé général. Il
n'y a qu'un groupement plus ou moins pittoresque.
ff 3° Par suite de ce vague dans la conception du projet''^', aucun
des éléments architectoniques n'accuse sa fonction. Les éléments
constitutifs sont réduits au rôle d'accessoires purement décoratifs,
qui simulent les éléments constructifs.
ff 4° Il n'y a pas de système d'ornementation. Les motifs vont
chacun pour soi, sans aucune liaison entre eux. Ce sont comme
des superpositions étrangères les unes aux autres.
cf 5° Ignorance complète de la figure humaine en sculpture ^^\ v
Parmi ces critiques, d'ailleurs excessives, il y a du vrai. Mais,
fussent-elles toutes et complètement exactes, en quoi donc empê-
cheraient-elles qu'il n'y eût un style manuélin? Vous pouvez dire
que ce style n'est pas d'une qualité supérieure , que le goût peut-
être n'est pas sa caractéristique ; je vais plus loin, je dirai, surtout
pour ses productions les plus frappantes pour le voyageur vulgaire ,
et qui datent non de D. Manoel mais de son successeur, D. Joao III :
le manque de goût est souvent leur caractéristique. Mais je main-
tiens qu'il y a style, dans le sens absolu du mot. Le rncoco n'est-il
pas un style? Je fais ce rapprochement avec intention, quoiqu'il
soit peu flatteur pour les œuvres du xvi^ siècle portugais.
J'ajoute que le style manuélin est plutôt ornemental, décoratif,
sculptural, que proprement architectonique. Le sculpteur y a la plus
grande pari (*\ ne l'oublions pas. Et c'est ce qui me fait accepter
(') Arte em Portugal, Goimbra, i885.
W Combien pourrait-on citer de monuments de la Renaissance, en tous pays,
qui fussent à l'abri de la plupart de ces critiques ? On sait , en ce qui regarde la
pensée directrice, à quel point les architectes de la Renaissance sont inférieurs à
ceux de l'époque gothique. Si cependant la Renaissance n'est pas un style?. . .
(') Comment appeler «ignorant de la figure humaine» le sculpteur de la chaire
(pulpito) de l'éghse Santa Cruz, à Coïmbre? Nous y reviendrons tout à l'heure.
'*) Comme dans beaucoup des édifices de la Renaissance, quelle que soit leur
patrie.
— 27 —
sans trop de chagrin les lignes maussades de Vasconcellos, par
lesquelles il termine sa diatribe :
ffUn éclectisme acceptant le vieux et le neuf, sans critique! Une
accumulation d'éléments contradictoires ! Une vaine ostentation ,
parce qu'il n'y a aucun principe directeur ! . . . Le caprice du
sculpteur là où devrait seulement prévaloir l'idée de l'architecte !
l'indiscipline de l'art, résultat de l'indiscipline dans nos mœurs! . . .
Effet général pittoresque ? soit ; comme celui d'une végétation para-
site qui recouvre toutes les lignes essentielles, tous les profils,
toutes les proportions, — véritable poussée de lierre qui s'enroule
autour du tronc du chêne et finit pas l'étouffer ! v
Cette dernière phrase est charmante et spécifie à merveille , dans
son fort comme dans son faible , ce que nous appelons le style ma-
nuélin. Les Portugais ont un proverbe qui rappelle une des périodes
les plus agitées de leur histoire, l'année 16^0, qui vit la chute de
la domination espagnole et le relèvement de la monarchie natio-
nale, — grâce à l'appui du cardinal de Richelieu, nous ne saurions
l'oubliei'. Or, le dernier ministre de la tyrannie espagnole, ce fut un
Portugais nommé Vasconcellos; d'oiî le proverbe suivant : Plus
traître que Vasconcellos ! . . . Je crains bien qu'après sa publication
contre le style manuélin, que les Portugais appellent non sans
raison leur style national, M. Joaquim de Vasconcellos ne se soit
souvent entendu redire le proverbe : Plus traître que Vasconcellos!
Donc , le style manuélin , que nous venons de définir d'une ma-
nière assez nette, d'après les attaques mêmes de l'un de ses en-
nemis , tient à la fois du moyen âge par la distribution architecturale
des ff masses w, et de la Renaissance par la composition des détails de
l'ornementation. Assez surchargée, quelquefois très surchargée,
cette architecture , comme celle de la Renaissance espagnole , con-
serve dans quelques parties un parfum de l'art des Arabes, si
longtemps dominateurs de ces pays. Et malgré toutes les influences
diverses dont elle est la résultante, elle reste assez particulièrement
accentuée pour que l'œil exercé la reconnaisse du premier coup.
Le Portugal possède un grand nombre de monuments se rap-
portant au style manuélin. Nous choisirons parmi ces ouvrages
trois exemples qui semblent marquer les trois étapes du type , j'en-
tends du type complètement formé : ce sont les monastères de
Santa Cruz à Coïmbre , des Jerdnymos à Relem , près Lisbonne , et
des Chevaliers du Christ à Thomar. Ce dernier, surtout dans la
chapelle du Chapitre''', présente Texpression la plus désordonnée
du style : ce n'est plus du caprice, c'est évidemment du désordre.
Nous ne parlerons pas aujourd'hui de Batalha, parce que ce
célèbre monastère est, pour sa presque totalité, très antérieur à
l'époque de D. Manoel. Les trois autres monuments paraissent
beaucoup plus propres à l'étude du style qui nous occupe.
Je pourrai développer quelque jour mes recherches, qui remontent
déjà loin, sur les origines premières de ce style, origines pour les-
quelles, à mon avis, il faut rebrousser chemin jusque sous les pré-
décesseurs du roi Fortuné. Quelque spontanée que nous semble
l'apparition de l'architecture manuéline, cette architecture est
comme toutes les choses de ce monde, elle ne peut pas dire d'elle-
même : Prolem sine maire creaiam.
A ces origines premières notre patrie pourrait bien ne pas être
étrangère; mais, je le répète, ce n'est pas là ce que je veux exa-
miner aujourd'hui. Je veux, passant rapidement en revue les trois
remarquables monuments ci-dessus désignés , rechercher l'influence
de notre art national français sur le style brillant qui caractérise
l'époque du roi D. Manoel.
Quel est le plus ancien des deux monuments, Santa Gruz de
Coïmbre ou Belem? Bien qu'il soit certain que les travaux aient
commencé d'abord à Belem, en ce qui concerne le gros oeuvre,
nous avons tout lieu de croire que pour la partie ornementale,
décorative, véritablement spécifique du style manuélin, les deux
édifices sont absolument contemporains, pour la bonne raison
qu'ils sont l'ouvrage des mêmes arlistes.
Nous savons que le monastère de Belem, monument de la dé-
couverte des Indes, fut commencé pendant l'année i5oo('^l C'était
l'accomphssement d'un vœu du roi, lors du départ de Vasco da
Gama. Lorsque Vasco fut revenu , le roi voulut qu'à l'endroit même
011 s'était embarqué le grand découvreur, sur la plage des Larmes ^^\
un édifice admirable s'élevât, remplaçant la petite chapelle du Tage
oi!i les marins allaient jadis prier la Vierge avant de lever l'ancre.
Nous avons la date du commencement des travaux : i5oo. Mais
étant donné que l'église est construite sur pilotis, ce qui dut exiger
des précautions d'infrastructure toutes particulières et des pertes de
(') Elle est du règne de D. Joâo III.
^'> Archives royales de Lisbonne {Torre do Tomba), caza da Coroa, arm. 96*.
^'^ Praia das lagrimas.
— -29 —
temps considérables, il est évident que l'on fut plusieurs années
avant de sortir de terre les maçonneries, et Ton ne paraît guère
avoir travaillé d'une manière active aux œuvres extérieures avant
l'année 1617, date à laquelle nous possédons un document pré-
cieux qui fait connaître le peu d'avancement desdites œuvres exté-
rieures à ladite époque.
Durant ce temps, on démolissait l'ancien monastère de Santa
Cruz, sépulture des premiers rois de Portugal, pour en construire
un plus somptueux, et nous savons que les travaux étaient pous-
sés avec activité vers l'année 1617, époque à laquelle D. Manoel
avait appelé de l'étranger des artistes habiles, sur lesquels nous
aurons à revenir (''.
Bien qu'il importe assez médiocrement, au point de vue du
style manuélin, de savoir quel fut l'auteur du plan de Belem,
puisque ce plan, tout gothique, n'a rien de particulier, nous pou-
vons dire que la tradition en fait honneur à Boytaca. Mais au-
cun document contemporain ne permet de fixer ce point. On sait
seulement, d'après les savantes recherches du vicomte de Juro-
menha dans les Archives royales de Lisbonne, que Boytaca fut
l'un des maîtres des œuvres du monument.
En tout cas, il ne l'était plus en i5i6, où nous le trouvons en
Afrique, ainsi que nous l'indiquent les Recettes et dépenses du roi à
Cafim^'^\ pas plus qu'en 1617, où son nom ne figure pas sur Y Ac-
cord des maîtres des œuvres de Belem. Pendant longtemps on a donné
ce Boytaca pour Italien (^>; mais c'est une erreur évidente. Le nom
''' Chronique des chanoines réguliers de saint Augustin.
<^) Torre do Tombo, Paquet 11° 1 1 : Ce livre est celui des mesurages que Butaca
et Bastiào Luiz émvain allèrent faire à Arzilla, Alcacei', Ceiita et Tatiger, en i5iâ.
Cliacun des mesurages est signé par le maître (archifecle) et par récrivain.
('^ On sait que l'archilecto italien Andréa Contucci, dit Sansovino, paf^sa quel-
ques années en Portugal, vers la fin du xv' siècle, appelé par le roi D. Joâo II.
C'est peut-être ce qui fut cause quon prit Boytaca pour un Italien, venu dans la
suite de Sansovino. Disons en passant que ce dernier ne put avoir qu'une action
bien faible sur l'architecture portugaise. La façon dont en parle Vasari ( Vies des
peintres, sculpteurs, etc., trad. Leclanché, t. VI, p. 5a) ne donne pas une très
grande confiance dans les assertions de l'écrivain. Aucun document conini ne fait
mention du Sansovino. D. Joâo II n'habitait pas Lisbonne, mais tanlôt Selûbal,
tantôt Evora. Peut-être est-ce dans celte dernière ville que l'Italion avait construit
le tf superbe palais flanqué de quatre toursn signalé par Vasari. rr Personne ne sait
de quel palais il est question n , disait jadis Loureiro, directeur de l'Académie de
Lisbonne (18^6).
— 30 —
n'est pas italien; ce ne peut pas être une corruption de Potassi,
comme le disent les deux ouvrages qui prêtent au maître une ori-
gine italienne (^l On sait qu'au xvn* siècle, tout artiste, en Portugal
comme en France, venait fatalement d'Italie. D'autre part, le nom
de Boytaca n'est pas non plus portugais; et D. Frey Francisco de
Sam Luiz, l'archéologue distingué du commencement du siècle,
eût été plus prudent, après avoir écrit : rll n'est pas certain que
Boytaca fût étranger» ('^), de ne pas ajouter : «Nous le tenons pour
Portugais. 75 Qu'on me montre un autre mot portugais, un seul,
ayant cette tournure, et je prendrai condamnation. Je crois, pour
mon compte , que Boytaca (c'est ainsi qu'il signait, malgré la diversité
des orthographes données à ce nom) n'est que la forme portugaise
d'un nom français : Boitac, analogue à Boitard, Boitel, Boiton, etc.
D'ailleurs je n'attache aucune importance à la chose ; car je ne crois
pas que Boytaca, Français, Italien ou Portugais, ait eu grande
influence sur le développement de l'art manuélin à Belem.
V Accord des maîtres des œuvres ^^^ de ce monument, de 1617,
spécifie les portions de l'édifice attribuées «à l'entreprise w à cha-
cun des maîtres maçons (c'était le titre modeste dont se conten-
taient alors les artistes les plus remarquables). Cet Accord prouve,
je l'ai dit, combien peu les travaux étaient avancés à cette époque.
Jean de Gastilho est chargé d'une des parties les plus notables :
il était cependant bien jeune à cette époque, car il est mort en
i58i; peut-être n'est-ce pas le même Jean de Gastilho que nous
retrouverons à Thomar. Quoi qu'il en soit, on voit qu'à la date
de 102 2 il avait la construction des voûtes et colonnes de la nef
de l'église (*l Divers artistes aux noms portugais sont mentionnés
comme entreprenant diverses chapelles, le réfectoire, la sacristie.
De toutes ces parties de l'édifice, il faut répéter, avec M. Nodet :
trLa complication des nervures n'empêche point les voûtes de
l'église de paraître trop aplaties; et les piliers semblent grêles,
malgré les ornements qui les couvrent. Le cloître, si admiré par
les voyageurs, montre des bases gothiques supportant des rinceaux
et des feuillages Renaissance, et, sauf le réfectoire, dont l'aspect
(*) Manuscrit de l'Abbesse, i63o; Chronica serafica, 1753.
(^^ Mém. de VAcad. de Lisbonne, 1827.
'^' Le Panorama (i8i3) d'après ies Archives royales. L'article est, je crois, du
célèbre Herculano.
W Corpo chron., partie I, paq. 28, doc. 90.
— 31 —
est sévère , on peut dire qu'un peu moins de fioritures n'aurait pas
nui au monument.»
Reste le portail principal de l'église (pi. V), celui du transept
Sud, l'œuvre la moins critiquable et la plus importante de tout le
monastère, celle pour laquelle on a dû choisir le plus savant et le
plus distingué des artistes présents à Lisbonne. Or, c'est là ce qui
nous intéresse directement, cet artiste est maître Nicolas le Fran-
çais^^\ C'est lui, sans aucun doute, l'introducteur de la Renais-
sance française, de notre admirable Renaissance nationale en Por-
tugal, ou, si vous voulez, le promoteur du style manuélin, qui
n'apparaît pas avant lui sous sa forme pure et vraie, et qui bien-
tôt, transformé par les artistes portugais façonnés à l'école du
maître français, perdit sa pondération native pour tomber dans tous
les excès de la fantaisie, delà redondance méridionale.
Ceci n'est pas une affirmation gratuite, c'est un fait appuyé sur
des textes, car nous trouvons, dans le même temps, s'occupant de
la seule des œuvres portugaises qu'on puisse mettre en parallèle
avec le grand portail de E^elem, nous trouvons le même maître
Nicolas à Santa Cruz do Coïmbre, en train d'exécuter le portail de
la nouvelle église (pi. YI). C'est spécialement pour les travaux de
Coïmbre que D. Manoel avait fait' venir de France maître Nicolas
et quelques autres que nous allons nommer. Mais il est à penser
qu'ayant sous la main un artiste de cette taille, le roi l'avait chargé
simultanément des portails de Relem et de Santa-Cruz.
Nous empruntons ces détails à l'un des documents les plus in-
discutables qui se puissent rencontrer, à la Description de Véglise
et du monastère de Santa Cruz, insérée dans la Chronica da ordem dos
conegos regrantes de Santo Agostinho, de Coïmbre. Cette description
est de l'année ihho. Elle fut traduite de l'italien, car elle avait
d'abord été composée dans cette langue à l'intention du pape
Paul ni, par D. Francisco de Mendanha, prieur du monastère de
Sam Vicente de Fora à Lisbonne.
Or D. Francisco vivait sous les règnes de D. Manoel et de
D. JoSo III; il avait assiste', dans le monastère même en reconstruc-
tion, à tous les travaux y pratiqués. Non seulement il avait été le
contemporain des artistes étrangers ou nationaux qui les avaient
conduits, mais il avait vu journellement s'élever leur œuvre. Il
^'^ Accord des maîtres des œuiTes de Belem.
— 32 —
est donc impossible d'avoir un plus irrévocable témoin. El c'est
qui nous dit, en parlant du riche portail de l'église Santa Cruz :
tfEste portai fez mestre Nicolau Francez; e trabalharam n'elle
os très Francezes, tambem grandes mestres, a saber : Joâo de
Ruao, Jacques Longuim e Filippe Uduarte, que, pera esta obra e
pera a das sepulturas dos primeiros reis d'esté reino, mandouvir
de França o senhor rey D. Manuel, de gloriosa memoria.w
( Ce portail fut fait par maître Nicolas le Français. Y travaillèrent aussi
les trois Français, également habiles maîtres, à savoir : Jean de Rouen,
Jacques Longuin et Philippe Odoart (?) , que , pour cette œuvre et pour
celle des tombeaux des anciens rois de ce royaume, avait fait venir de
France le seigneur roi D. Manoel, de glorieuse mémoire.)
Il est difficile d'être plus clair. C'est bien l'art français que
D. Manoel appelle en Portugal, en la personne de quatre artistes
des plus distingués. L'architecture et la sculpture ornementale fran-
çaise font irruption à Belem en même temps qu'à Santa Cruz. La
coïncidence est parfaite, et nous ne connaissons guère de questions
archéologiques offrant aussi peu de place au doute. Nous verrons
combien les textes sont confirmés par l'examen architectonique des
œuvres.
Nicolas et ses compagnons apportent des formes nouvelles; eux-
mêmes et les artistes portugais du temps les modifient suivant le
génie propre de la nation, et le style manuélin est cre'e'.
D'après le propre texte de D. Francisco de Mendanha, Nicolas
était sans doute le maître des œuvres de Santa Cruz, c'est-à-dire
celui qui dessina le portail. Les trois autres Français , bien qu'éga-
lement architectes (comme nous dirions aujourd'hui )(^', doivent
avoir surtout travaillé comme sculpteurs de figures ou d'orne-
ments.
Les constructions furent menées à Santa Cruz avec une telle
activité, que, dès iSsi, date de la mort de D. Manoel, l'église ('^' du
monastère, le cloître principal, appelé cloître du Silence, et la salle
du Chapitre étaient déjà terminés.
Le cloître da Manga, d'une exécution absolument inférieure, est
du temps de D. Joâo III, 1527. Les Français n'étaient plus là^^'.
('^ Nicolas était architecte et sculpteur.
'^) Il manquait cppcndinl encore quelques statues : voyez un pou plus loin.
'^^ Je veux dire : à Coïmbre.
— 33 —
Notons un détail prouvant combien ii est difficile de retrouver
les traces de nos compatriotes à l'étranger, et combien les rensei-
gnements certains que nous avons sur eux sont des mininia. Par les
citations ci-dessus, on a vu quel rôle ont joué maître Nicolas et ses
compagnons dans la construction de Santa Cruz, Qui croirait que,
pendant ce temps-là même , il y eût à Coïmbre un « architecte des
travaux royaux», personnage officiel, sous la main duquel devait
être maître Nicolas, et qui passerait aux yeux de la postérité pour
avoir tout fait à Coïmbre dans la période qui nous occupe, sans la
précieuse Description de Mendanha?... Cet architecte officiel se
nommait Jacques de Castilho; c'était, dit-on, le frère de Jean. On
trouve pourtant dans les Lettres missives'^^^ un ordre du roi (D.
Joâo IIl) qui nomme M*^ Nicolas : ordre de rr payer à Jacques de
Castilho et à maître Nicolas (^^ cent cruzades d'or pour prix des
statues qui manquaient au portail de l'église du monastère de
Santa Cruz de Coïmbre. Ladite somme, jointe à ce qu'ils avaient
déjà reçu, devait compléter ce qu'on était convenu pour la con-
struction dudit frontispice n.
Nous pouvons penser que si Jean de Rouen, Jacques Longuin
et Philippe Odoart ne sont pas mentionnés parmi les sculpteurs du
grand portail de Belem, ce n'est pas une raison absolue pour qu'ils
n'y aient pas travaillé.
Donc, pour résumer, l'influence française est incontestable dans
le style manuélin. Mais on peut aller plus loin encore et dire :
l'influence de l'e'cole de Rouen, qu'on doit, à cette époque, con-
fondre avec t'école de Gaillon,
L'école de Rouen jouissait dans l'art français, au xv^ siècle et
durant la première moitié du xvi^ d'une incontestable renommée,
d'ailleurs parfaitement le'gititime. C'e'tait l'un des centres les plus
actifs de cette transformation, éminemment nationale, de l'art
gothique, qu'on nomme la Renaissance française, plus belle, plus
pure de style, plus originale, à coup sûr, que toutes les autres
manifestations du mouvement artistique appelé Renaissance.
rrNous voyons, a dit le regretté Léon Palustre '^^, que le point
de départ de la Renaissance dans la Haute-Normandie, en ce qui
(1) Tnrre do Tombo, Paq. i I, n° SgS. Année iSa/î.
^*' Ce document prouve que Nicolas était sculpteur en môme temps qu'archi-
tecte , fait commun à l'époque de la Renaissance.
*'' La Renaissance en France (1879), t. II, p. 195.
Archéologie. 3
— U —
concerne les monuments religieux, se trouve à la Tour de Beurre ^^\
de Rouen. C'est là, sous l'influence des grandes constructions de
Gaillon et à l'instigation du cardinal d'Amboise (Georges P"), que
l'architecture dévia tout à coup de ses anciennes traditions. . . Un
esprit nouveau pénétra l'ornementation, qui n'est plus gothique
qu'en apparence. Une fois sur cette pente, naturellement on devait
aller vite; et nous voyons qu'à la façade les arabesques ont déjà
fait leur apparition, v
A quoi s'appliquent les dernières lignes? A l'école normande? au
style manuéliu? Elles seraient également justes pour l'une et pour
l'autre : il n'est pas jusqu'au mot d'arabesques, qui ne complète
l'illusion. C'est qu'en effet les deux choses procèdent non seule-
ment des mêmes principes, mais, bien plusl des mêmes hommes.
H est difficile qu'une identification soit plus complète.
Dans son précieux ouvrage sur les Comptes des dépenses de la
construction du château de Gaillon, Deville nous apprend que les
travaux du château furent commencés en i5o2 et terminés, ou
peu s'en faut, en i5io. tf Ce château, suivant l'expression de l'ar-
chitecte Ducerceau, l'une de nos gloires, est fort bien bâti, de
bonne manière et d'un riche artifice, toutefois moderne, sans tenir
de l'antique sinon en quelques particularités qui depuis ont été
faites. 75 A quoi Palustre ajoute (^^ : «Les architectes appelés par
Georges d'Amboise s'occupaient peu des règles formulées par Vi-
truve, que peut-être ils ne connaissaient pas. Pour eux, l'invention
était la règle , et tout tendait à trouver des combinaisons nouvelles ,
à obtenir des effets décoratifs aussi étrangers à l'antiquité qu'au
moyen âge. Le mot de modernes appliqué à leurs productions est donc
parfaitement exact. Ils ne sont pas encore entrés dans la période
d'imitation, qui aura pour résultat de semer partout l'uniformité.
La variété la plus grande règne à cette heure; et si parfois l'or-
nementation est un peu touffue, on pardonne à cet excès, qui n'ar-
rive jamais à exclure la grâce et la naïveté, v
Telle est la caractéristique de l'école de Gaillon ou de la pre-
mière Renaissance française. Telle est aussi celle du style manuélin
de la bonne marque, du style de maître Nicolas et de Jean de Rouen.
Nous avons parcouru les Comptes de Gaillon sans y trouver, au
^'^ Le projet de la tour date de i5oG.
('> La Renaiss., etc., t. Il, p. 37a.
— 35 —
moins d'une manière patente , les noms de nos artistes émigrés en
Portugal (^l II n'en est pas de même pour les documents relatifs au
tombeau du cardinal d'Amboise à Rouen, œuvre née de Gaillon,
et cela plus belle architecture françaises, comme disait, d'une ma-
nière trop absolue sans doute , feu mon cher maître , Gabriel Da-
vioud.
Là, nous rencontrons Jean de Rouen, avec des rapprochements
de dates fort particuliers. D'après les «Comptes de la maison
d'Amboise w et les registres capitulaires de Rouen, Deville a fait
connaître '^^ que , bien que la première pierre du célèbre tombeau
n'ait été posée officiellement qu'en l'année iBao ^^î, on commença
dès i5i6 à travailler, dans les ateliers, à la confection des diflfé-
rentes parties du monument. Or, parmi les ymagiers ou sculpteurs,
Jean de Rouen est cité comme ayant ébauché seulement une statue.
La chose paraîtrait assez étrange, si nous ne savions la suite. En
i5i6, Jean ébauchait sa statue; s'il ne l'a pas achevée, c'est qu'il
fut, à la même époque, enrôlé par le roi de Portugal pour les
travaux de Coïmbre, où. nous le trouvons en iBiy.
Il semble impossible de dénier à Jean de Rouen la paternité
de l'admirable chaire {pidpiio) de Santa Cruz, œuvre de premier
ordre, et que l'œil du connaisseur rapproche immédiatement du
tombeau du cardinal d'Amboise. Quand nous ne saurions pas de
maître Jean ce que nous en savons, le rapprochement se ferait
de soi. Cette chaire, d'après les documents de la Chronique^^\ devait
être terminée en iBaa, ce qui concorde parfaitement, même en
admettant que maître Jean ait pu d'ailleurs travailler au grand
portail de Belem. Mais le plus curieux en tout ceci, c'est que,
dans une frise de la chaire, se montre un monogramme qui vient
changer les conjectures en quasi-certitude. Ce monogramme, assez
détérioré, présente, d'après V. Barbosa'^^, les initiales I. R. — Bar-
bosa fut le premier (si je ne me trompe) à signaler ce fait curieux.
Je suis absolument de son avis : je tiens que les initiales sont celles
''' Rieu d'étonnant à cela. Vers le commencement du x\f siècle, on travaillait
beaucoup à Rouen même ; et s'il y eut beaucoup d'artistes de Rouen occupés à
Gaillon, il y en eut certainement beaucoup dans le cas contraire.
(* Tombeaux de la cathédrale de Rouen, p. 80.
(^' Le premier cardinal d'Amboise était mort en i5io.
Chronica dos coiiegos regrantes, etc., Coïmbre.
(" Monumentos , etc. , 1886.
3.
— 36 —
qu'il a lues. Cette preuve, jointe à ce que Jean de Rouen, nommé
le premier dans tous les documents, devait être le plus habile des
sculpteurs appelés par le roi Fortuné, ne laissent, je le répote,
que bien peu de place au doute. Pour moi , l'attribution est cer-
taine.
Pour quiconque a regardé la chaire de Santa Cruzt^', une compa-
raison s'impose avec le monument de Georges d'Amboise. Je trouve la
même impression dans un ouvrage allemand récent de M. Albrecht
Haupt ('-', ou l'auteur a le bon goût de reconnaître que la colonie
d'artistes français de Coïmbre exerça l'influence la plus sensible
sur l'art portugais, et que ffl'on peut voir dans maître Nicolas le
premier importateur des formes de la Renaissance à Relem, tandis
que Castilho s'y conformait tardivement, quoique le premier parmi
ses compatriotes (^^ w. Cette confirmation de nos vues, venant d'un
pays où les influences françaises n'ont généralement pas grand
succès, nous a paru digne d'être rapportée.
Suivant les probabilités, Nicolas rie Française, qui semble
avoir eu la fonction la plus élevée parmi les artistes appelés par
D. Manoel, était déjà depuis quelques années, ou du moins depuis
quelque temps en Portugal, lorsque les autres y vinrent (1617),
sur sa recommandation évidemment. Nous n'avons jusqu'ici décou-
vert aucune trace de Longuin ni d'Odoart dans les documents fran-
çais. Avons-nous été plus heureux pour maître Nicolas? Nous l'es-
pérons. Mais la question a besoin d'être éclaircie; et d'ailleurs, ce
mémoire étant long déjà , nous estimons qu'il est temps de penser
à le terminer.
Avant d'en finir avec l'école sculpturale française de Coïmbre,
fille de l'école française de Rouen et de Gaillon, nous voulons
nommer encore trois artistes, nos compatriotes, que Ton ren-
contre dans les documents portugais. L'un est Nicolas Chatranez,
sculpteur, qu'il ne faut pas, à notre avis, confondre avec l'illustre
maître Nicolas, architecte et sculpteur, dont nous avons si souvent
parlé dans le présent mémoire. Ce Chatranez ('*), artiste de grand
^'' II en existe un moulage au musée du Trocadoro à Paris.
^^' Die Bauhunst der Renaissance , iSgû.
^■'' cfWir di'irfen demnach in Nicolaus wohi den crsten Importcur der Renais-
sancefoimon in Belem erblicken, wœhrend Casiilho sich densolben crst langsam
anbequemlo.n
'"' Voici ce que dit de lui Fr. Francisco do Siini Luiz : rDuarte Nuncs de Loâo,
— 37 —
talent, sculpta Tautel de la chapelle de la Peîia, près Cintra.
L'autel est non seulement signé, mais daté i532. (Test une fort
belle œuvre.
Le second artiste est Jérôme de Rouen, à qui doîia Maria, fille
du roi iManoel, confia la construction de l'église de Luz, près Lis-
bonne ^^'.
Le troisième est Simon de Rouen, dont nous ne savons que le
nom (-).
Tous ces artistes sont ou les compagnons ou les successeurs des
Français de 1517. La série est complète : on rencontre ces noms
jusque dans la seconde moitié du xvi" siècle, alors que l'architec-
ture manuéline était en pleine décadence.
De cette époque de décadence date la partie la plus célèbre du
monastère de Thomar (pi. VII), la salle du Chapitre (^), dont un
seul mot, nous l'avons dit, peut exprimer l'architecture, le mot
rr Désordre n. Dans le beau portail Sud, qui remonte au règne de
D. Manool, je reconnais le crayon de maître Nicolas et le coup de
ciseau de Jean de Rouen : c'est une sorte de compromis entre le
portail de Belem et celui de Santa Cruz (*l Mais dans la façade
Ouest, dans cette fenêtre du chapitre qui fait tomber en |)âmoison
certains voyageurs, nous sommes en plein style portugais; ce
n'est plus l'admirable style manuélin de la première heure, manié
par des artistes d'une délicatesse exquise; c'en est une grossière
contrefaçon, par des hommes de second ou de troisième ordre,
chez qui la richesse est devenue fouillis, et l'originalité bizarrerie.
Ce n'est plus maître Nicolas; ce n'est plus même Jean de Castilho :
c'est Ayres do Quintal! Ici commence la « période d'imitations?
dans sa Descvipl. du Portugal, ch. xxiii, appelle ce Chalrauez , grand sculpteur. —
Luiz Mendes de Vasconcellos lui attribue l'autel do la Pena, près de Cintra {Sitio
de Lisboa, p. 909.) — Faria-e-Sousa, dans son Etirop. portugueza, caractérise
ainsi l'ouvrage : Somptuosité merveilleuse. — Enfin, Jorge Cardoso, l'auteur du
célèbre Agiologio , dit que c'est Jean III qui fit faire l'ouvrage par l'insigne sculp-
teur maître Nicolas, Italien. n Cardoso s'est certainement trompé : les gens de son
époque (xvii° siècle) voyaient partout des artistes italiens. Mais Fr. Francisco de
Sam Luiz, qui ne manquait pas de critique, restitue à Chatranez son nom de iVt-
colao Francez.
(1) et (2) Torre de Tomba.
(^^ Cette salle estdu temps de D. Joào TII (t5^o).
^''' Je croirais volontiers que ce portail est, sinon de nos Français, au moins de
Joào de Castilho, qui fut architecte de Thomar.
-• 38 —
dont parle Léon Palustre, et dont le résultat sera de ff semer par-
tout l'uniformité».
Si nous avons mis en relief — nous l'espérons, du moins —
non seulement l'influence française sur le style manuélin, mais
mieux encore la formation de ce style par une école française,
nous n'avons nullement eu l'intention de ravir aux Portugais un
style qu'ils regardent avec quelque raison comme national. Na-
tional? il l'est évidemment; car, bien que venant du dehors (^), il
caractérise de la façon la plus heureuse et la plus expressive la na-
tion portugaise, telle qu'elle était à l'époque du roi Manoel. Et
c'est là qu'il faut admirer le génie des grands artistes, français, ne
l'oublions pas, qui sont les véritables pères de ce style portugais!
Au lieu de transplanter simplement leur art sous un autre ciel , où
(tout plaisant qu'il fût en France) il eût été malheureux et déplacé,
ces hommes ont modifié leur manière suivant les mœurs et les be-
soins de leur patrie adoptive. Ils ont ainsi créé, par une assimila-
tion pour ainsi dire inconsciente, un art nouveau, complet, et si
bien approprié, que la terre portugaise le reconnut aussitôt pour
sien et le crut né de ses entrailles ; elle put s'étonner de cette fron-
daison éflrangère, mais elle en fut charmée et l'adopta ;
Miraturque novas frondes et non sua poma.
Puisque je viens de citer un poète, je veux finir sur une page en
prose, mais en prose poétique, d'un maître écrivain f^), laquelle
donne une vive impression de l'architecture manuéline en général,
et du monastère de Belem en particulier, qu'on croirait avoir sous
les yeux, à la lecture de ces phrases, aussi scintillantes que le
style de l'édifice :
«Je vis, dit l'auteur, un monument d'une sublimité si naïve, si
originale, que toute la pense'e du peuple portugais semble s'y être
(" «Ce style, dit avec franchise le Portugais V. Barbosa {Monumentos , etc.,
p. ix), que beaucoup de gens chez nous regardent comme étant nalional, nous
vint du dehors , comme tous les autres ; et nous restâmes en retard , — malgré les
relations que les différentes nations de l'Europe entretenaient avec Lisbonne, de-
venue, par la découverte de Vasco de Gama, l'entrepôt des marchandises de
l'Orient : si bien que le monastère de Notre-Dame de Belem , ce monument de la
victoire des Indes, ce pieux type architectural, est en réalité le dernier édifice go-
thique qu'on ait construit en Europe. n
W Mes vacances, etc., i846, par Edgar Quinet.
— 39 —
renfermée. . . Ce monument parle : Tâme marine du Portugal vit
dans chaque pierre.
tr Au bord même du Tage , sur cette plage . . . qui a vu tant
d'émotions de crainte, d'espérance, de douleur, tant de départs,
d'embrassements , d'adieux, et tant de retours triomphants, le roi
Emmanuel a fait élever une église. L'architecture en est gothique;
mais le trait de génie est d'y avoir- mêle' tous les caractères de la
vie de mer. Des câbles de pierre [cordôes), qui lient les piliers go-
thiques les uns aux autres; de hauts mâts qui soutiennent les
ogives, les rosaces, les voûtes, pendant que la voile de l'Humanité
s'enfle sous l'haleine du Ciel. C'est la maison de Dieu, mais appa-
reillée comme un vaisseau en partance . . .
cf Si vous entrez dans l'intérieur du cloître, déjà les fruits et les
plantes des continents nouvellement révélés, les cocos, les ananas,
les pamplemousses, sont cueillis et appendus dans les bas-reliefs.
ff L'esprit d'aventure , de danger, de science , de découverte , res-
pire dans ces murailles plus que dans aucune chronique. C'est l'im-
pression de ce sentiment indicible d'enthousiasme, où Vasco, Ma-
gellan, Jean de Castro entonnent, à genoux, le Gloria in excelsis, en
serrant les voiles devant des terres inconnues.
fflci, des sirènes gothiques, etc. . . Ajoutez des sphères armil-
laires en marbre, des astrolabes, deséquerres mariées aux crucifix,
des haches d'abordage, des boucliers, des échelles; partout des agrès,
des nœuds de cordes roulées qui amarrent les piliers. Vous sentirez,
dans le moindre détail , une église marine , la barque pavoisée du
Christ, qui, au milieu des angoisses de l'homme, cingle en paix,
vent arrière, sur des océans non encore visités. n
Trop de fioritures ! direz-vous. Trop de fanfare et de feu d'arti-
fice ! . . . — Sans doute ; mais c'est la peinture même du style ma-
nuélin.
Emile Eude ,
Membre correspondant des Antiquaires de France.
PORTE EN FER
DU MOULIN DE SÉVIGNY-WALEPPE
(ARDENNES).
Communication de M. Jadart, correspondant du Comité à Reims.
La commune de Sévigny-Waleppc (canton de Château-Porcien ,
Ardennes ) possède une église du moyen âge restaurée au xvii" siècle,
un château de cette dernière époque, et un ancien moulin banal
(moulin à vent), construit en forme de tour de fortes dimensions
et pouvant remonter au xv" ou au xvi° siècle. Ses épaisses murailles
en craie et ses ouvertures n'ont aucune décoration architecturale.
On y entre par deux portes, l'une au Nord, garnie de deux van-
taux fort simples, en bois; l'autre au Sud, plus étroite et munie
d'une clôture en fer très solide, remontant au moyen âge. Cette
porte a pu être ajustée au moulin postérieurement à sa construc-
tion, si l'on en juge par le remplissage intérieur de la baie sur
un côté. Pour découvrir tout l'ensemble de cette belle œuvre de
l'époque gothique, il a fallu la sortir de l'ouverluro et la dresser
comme on la voit sur la gravure ci-jointe.
On ne possède aucun document sur le moulin banal dont la
tradition affirme la destination , et qui ne fut aliéné des biens de
l'ancienne seigneurie qu'après la Révolution. Le propriétaire ac-
tuel, M. Yverneau, ne connaît rien de plus sur l'origine de la porte
qui se trouve à cet endroit de temps immémorial. 11 la conserve
d'ailleurs avec curiosité, et c'est à ce titre qu'elle vient d'être si-
gnalée, mais non reproduite, dans la Revue historique ardennaise^^K
Elle ne court donc aucun péril de destruction, mais il est inté-
ressant de la décrire et d'en offrir l'image en la rapprochant des
(" Revue historique ardennnise, nov.-déc. 1896, p. 287.
— à\ —
trois portes on fer, d'un dessiji différent, qu'a données Violiet-ie-
Duc^*^ Elles offrent des figures en losange ou des garnitures en forme
d'écaillés , tandis que celle de Sévigny a une décoration d'un type archi-
tectural, avec trois arcatures superposées et des montants du même
style. Ces arcatures sont trilobées, d'un dessin très correct et d'une
bonne exécution; à l'intersection des montants, on distingue des
clous fleuronnés et des têtes saillantes de physionomies variées.
les unes coiffées, les autres nues; au milieu du panneau central,
au-dessous de la poignée, se trouve une figure en pied, délicate-
ment forgée et représentant un guerrier, dont les jambes et le
corps sont intacts; le bras droit est mutilé. Quelques portions de
panneaux sont aussi mutilées, et trois trilobés enlevés du côté de
la serrure, qui a été refaite; mais l'aspect général est conservé
C' Dictionnaire de Varchileclure française , t. IV; verho vantail, p. 352, 353 et
35/ï.
— 1x2 —
d'une manière assez satisfaisante pour permettre de donner cette
porte comme un modèle à reproduire.
Les dimensions sont moyennes (i m. 76 de hauteur sur
o m, 90 de largeur) et peuvent s'adapter à une porte en fer à un
ou deux vantaux. La décoration est très pure de style; les lignes
d'assemblage sont fines et délicates; tout révèle la main d'un habile
ouvrier, peut-être d'un maître forgeron de passage dans une loca-
lité très éloignée des villes et de tout centre artistique. La porte,
si elle n'apparlenait pas primitivement au moulin, a pu être exé-
cutée sur place pour l'ancien château de Sévigny ou pour l'abbaye
toute voisine de La Val-Roy (ordre de Cîteaux), dont les bâtiments
et même les dernières ruines ont totalement disparu depuis quel-
ques années.
H. Jadart,
Correspondant du Comité.
STATUE
DE L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE,
TROUVÉE À REIMS, FAUBOURG DE LAON,
ET ACQUISE PAR LE MUSÉE.
Communication de M. Jadart, correspondant du Comité à Reims.
Le Musée lapidaire de Reims vient d'acquérir à la vente de la
maison Bulteau (sculpture et vitraux) un lot d'antiquités et de dé-
bris du moyen âge assez intéressants. Parmi ces objets, recueillis
dans les fouilles voisines de son établissement par M. Hippolyte
Bulteau, frère de M. l'abbé Bulteau, historien de la cathédrale de
Chartres, on remarque principalement la statue en pied d'un per-
sonnage debout, sculpture taillée en plein relief et au ciseau, pro-
venant sans doute d'un monument funéraire de l'époque gallo-
romaine (pi. VIII).
Aucune trace d'inscription n'accompagne ce morceau complet en
lui-même, trouvé en terre vers i885, et reconstitué dans son en-
semble sans lésion. Seule la main gauche du personnage a été re-
faite; toutes les autres parties du corps sont antiques, ainsi que
le massif contre lequel il s'appuie. Le haut de la tête est mutilé;
le visage est intact.
La tête est nue, le corps vêtu de la tunique; les jambes et les
pieds paraissent recouverts de chausses ou de bas montants; de la
main gauche, le personnage tient un bâton, dont la partie supé-
rieure est brisée, ce qui empêche d'y reconnaître un attribut, s'il
en existait un ; de la main droite, il porte un objet indéterminé,
de forme triangulaire, qui pourrait être un instrument de métier,
un polissoir, par exemple, à l'usage des peaussiers. Lors de la dé-
couverte, on avait cru reconnaître une flûte de Pan et une houlette
— kh —
dans ces deux pièces, et Ton avait qualifié ie personnage deberger.
Mais cette attribution nous paraît fausse, et nous préférons sou-
mettre cette figure, assez caractéristique en elle-même, à l'appré-
ciation du Comité, sans prétendre lui proposer une explication qui
nous échappe.
H. Jadart,
Correspondant du Gomilé.
ni '.l
FRAGMENTS DE VASES
AVEC REPRÉSENTATION DES COMBATS DU CIRQUE
Rapport de M. Edmond Le Blaiit
sur une communication de M. Auguste Nicaise.
Dans une note qui nous a été adressée avec deux dessins et
une photographie, notre correspondant, M. Auguste Nicaise, s'ex-
prime ainsi :
«J'ai l'honneur de transmettre au Comité deux dessins représen-
tant, grand(!ur nature, des fragments de vases en terj-c rouge à'
reliefs découverts à Reims, à la fosse Jean-Fat en i883. Ces déhris
de vases, qui figurent depuis longtemps déjà dans ma collection,
sont d'une couleur rouge foncé, d'une terre fine, d'un grain dur
et serré. Ils sont enduits d'un vernis brillant, que leur long séjour
dans le sol n'a point altéré.
f Le fragment n" i représente une Tauromachie. Sous un cordon
formant une ligne chevronnée surmonté d'une ornementation en
forme de lambrequins, un taureau projette en l'air deux hommes,
dont les mains sont liées derrière le dos, et qui t:ont vêtus seule-
ment d'un pagne soutenu par une bande d'étoffe passant sur l'épaule
droite. L'une des victimes est enlevée la tête en bas; l'autre les
jambes en l'air, dans la position d'une personne à demi couchée.
Le taureau montre un garrot vigoureux et paraît avoir conscience
de la force qu'il déploie en jonglant avec ses victimes.
«A gauche, on voit apparaître des branches revêtues de feuilles
à leur extrémité.
«Le fragment n° 2 représente sous une ligne de lambrequins
des combats d'hommes et d'animaux. Ces divers sujets sont séparés
par compartiments ou registres, que limitent des lignes en grè-
netis.
«Le registre supérieur montre à gauche un lion, la queue relevée
sur le dos, la crinière hérissée, se portant en avant par un mou-
_ 46 —
vement d'une belle allure qui fait saillir les muscles de ses épaules
et de son encolure.
crDans le registre suivant, un guerrier casqué et cuirassé, placé
sur un trépied entouré en son milieu d'une écharpe. Ce guerrier a
la main gauche posée sur la cuisse et lève le bras droit d'un geste
plein de noblesse'^). Plus loin, on aperçoit le casque, le dos et la
jambe droite étendue en arrière d'un gladiateur combattant.
fr Le registre inférieur montre , entre deux enseignes ou guidons ,
deux mirmillons combattant l'un contre l'autre. Leur tête est cou-
verte d'un casque à grillage, muni d'un haut cimier. r)
A cette communication de notre correspondant, il y a lieu
d'ajouter les observations suivantes :
Les monuments qui, jusqu'à cette heure, nous retracent le plus
complètement l'aspect des jeux de l'amphithéâtre, les dyptiques,
les mosaïques et d'autres encore n'offrent guère à nos yeux que des
courses de chars, des gladiateurs combattant entre eux ou contre
des bêtes féroces , des tours d'agilité exécutés au son de l'orgue. Il
était encore, dans les cirques, d'autres spectacles : l'exécution des
condamnés qui devaient périr devant le peuple dans quelque drame
mythologique, ou seulement sous l'assaut des bêtes féroces. D'une
partie de ces traits de la cruauté des temps antiques, certains bas-
reliefs de terre cuite nous ont gardé le souvenir. Plusieurs, oiî l'on
voit un fauve s'élançant sur le condamné lié au poteau de l'amphi-
théâtre, ont été signalés par M. Lafaye sur des tessons de vases en
terre rouge trouvés en Bavière, à Tours et à Paris '^K
De même sorte est cet autre fragment trouvé à Reims par M. Ni-
caise, et dont les reliefs représentent un sujet nouveau : deux
hommes garrottés que jette en l'air un taureau furieux.
Les documents relatifs à l'histoire des persécutions païennes sont,
que je sache, les seuls qui parlent de ce genre de supplice,
fréquemment employé sans doute pour des condamnés de toute
sorte. Le plus célèbre de ces textes est la Passion de sainte Perpétue,
qui, enlevée dans le cirque par une vache furieuse, retomba sur le
dos, comme l'un des malheureux que représente le fragment de
Reims : tdacta est, dit le texte, et concidit in lumbosv t^). Autre men-
(') Cette figure ne serait-elle point la représentation d'une statue de héros ou
d'empereur romain ?
^*) Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 1899, p. 99 à 106.
('^ 8 XX, Ruinart, Acta sincera, p. 101.
— àl —
lion de ce supplice pour la martyre de Lyon , sainte Biandine. Dans
son Histoire ecclésiastique, Eusèbe parle encore de chrétiens ex-
posés de même aux attaques d'un taureau dont la fureur se tourna
contre les païens qui l'avaient lancé ^^\
Une autre ëpave des temps anciens nous apportera peut-être
l'image de ces malheureuses, les Dircées, comme les appelait saint
Clément le Romain ^'^\ et que, dans les représentations du cirque,
on attachait par les cheveux, ainsi que la Dircé de la fable, aux
cornes d'un taureau indompté '-^i.
(') L. V., c. i; elL. VIII, c. 7.
(■^' Epist. ad Cortnth., I, 6.
'^) Hygin., Fab., VIII.
INVENTAIRE
DRESSÉ EN 1395,
AU DÉCÈS DE YOLANDE DE FLANDRE,
COMTESSE DE BAR.
Communication de M. Maxe -Weriy.
Dans les Annales historiques du Barrois de i35a à iâii^^\où sont
consignés tant de précieux documents extraits du Trésor de nos
Archives, notre regretté confrère Victor Servais donne quelques
détails sur la mort de Yolande de Flandre , arrivée le 12 décembre
de Tannée iSgô; il rapporte que cette princesse avait exprimé la
volonté' d'être inhumée dans l'église de Thérouanne à laquelle,
entre autres legs, elle laissait, par son testament du 12 octobre
i388, toutes les pièces et ornements de sa chapelle particulière.
Or comme , depuis cette époque , Yolande avait manifesté le désir
de reposer dans la collégiale de Saint-Maxe , oii son premier mari ,
le comte Henri, avait reçu la sépulture, Robert, à la nouvelle de
la mort de sa mère, s'empressa de négocier avec le chapitre de
Tlîérouanne la translation du corps de la comtesse de Bar, en of-
frant une somme considérable tant pour obtenir le consentement
des chanoines que pour l'abandon des objets précieux légués par
Yolande à cette église.
Notre annaliste n'ayant pas fait connaître quels étaient ces ob-
jets précieux, nous croyons utile de rapporter le passage du tes-
tament de Yolande relatif au legs en question , puis de soumettre
à l'attention du Comité le document suivant, demeuré inédit, que
^*' Oti Histoire politique, civile, militaire cl ecclésiastique du duché de Bar sout
le règne de Robert, duc de Bar, par Victor Servais. Bar-le-Duc, i865, 2 vol. in-S".
— A9 —
nous avons rencontre à la Bibliothèque nationale parmi les pièces
originales du Cabinet des Titres.
EXTRAIT DU TESTAMENT DE LA COMTESSE DE BAR.
Item , donnons , laissons et devisons à ladicte égiise de Thé-
rouanne nostre image d'argent de Nostre Dame, avec les sanctuaires qui y
sont et les adoremens de nostre chapelle qui sont eschaquftez^'^ en tant de
pièces comme ils seront , et auxi les deux draps de parement d'autel , dos-
sier et devancier, qui sont yndes, ouverës à angeles qui tiennent noz armes,
et l'estroit parement vermeil à franges et à perles à mectre sur la quarré
de l'autel au devant des nappes , et auxi les meilleurs et plus déliés nappes
d'autel que nous avons, que on mect aux bons jours.
Item , ordenons , laissons et devisons à la dicte église de Thérouane les
adoruemens noirs de chasubles , chappes et autres vestemens ad ce appar-
lenans , se auchuns en avons noirs au jour de nostre trespas , telz et en tant
de pièces comme il seront ; et se auchuns n'en avons lors , voulons et or-
denons que du nostre en soient acheteis uns noirs par l'ordenance de noz
exécuteurs , poui- vestir et mectre quant on fera nostredit anniversaire , et
avec ce une chasuble noire pour mectre et vestir ledit chappelain quant il
dira chacune sepmaine les quatre messes de Requiem pour nostredicte
chapellenie, comme ordené l'avons, ainsi que dessus est dit'*'.
INVENTAIRE DE LA VAISSELLE DE FEU MADAME LA COMTESSE DE BAR
M. III* un" ET XV.
Inventaire fait en la présence de mons. le Duc de la vaixelle appartenant
à feue Madame la contesse de Bar, que Dieux absoille, laquelle vaixelle
avoit esté aportée de Flandres à Bar et fu baillée et délivrée à Mess. Jehan
deLor et Jehan de Ghastiilon'*' en exécution du testament d'icelle Madame
par bénéfice d'inventoire le xvu* jour de mars l'an de grâce mil m'' nu" et
XV, présents Messire Liebault de Baudrecourt et Jehan d'Aunoy chevalier,
maistre Glairin , Humbelet de Burey, messire Jehan de S' Thiebault et Jehan
Vinchon.
^*^ Du verbe eschaquei; qui signifie répartir également, dulribuer et convient
parfaitement avec le sens générai de ia phrase.
(*' Trésor des chartes de Lorraine. Cartulaire : Mariages et Testamenlt, î" 396
et suivants; de Sniyltère : Ensai histonque sur lolande de Flandre, etc., 1877,
p. a^a.
('' Jehan de Lor, chevalier et conseiller de Yolande, Jean do Châliilon, son
secrétaire; tous deux exécuteurs testamentaires.
Abcuéologie. &
— 50 —
Premièrement. Vaixelle de bouteillerie laquele avoit este rendue par
Olivier Foulhier bouteiHier avec les coffres et ies escrinz :
xiui pos d'argent chacun d'un lot tous commis , et en y a deux dorez ;
VI demi los et ii tiercerons , dont l'un est sans couvecle ;
xxnii hanaps d'argent plains qui courroient en sale;
I godet d'argent dore et estoit pour essay ;
une bouteille d'argent à biberon et courroie.
Pesans tout au poix de Bar, à vni onces pour le marc, vn" xii marcs.
Item , un godet d'or hachié et une esguière d'or pesans m marcs vi onces
et demi.
Vaixelle de cusine rendue par Maillequan queux, avec les coffres et
linge pour envelopper :
VI grans plas d'argent dorez ;
XII autres plas moiens dorez ;
XXVIII escueles d'argent dorées ;
XII grans plas d'argent;
XII autres moiens d'argent;
II escuelles grandes d'argent ;
XI escuelles mainres d'argent.
Tout pesant au poix dessus dit m'' xxviii mars et i once.
Vaixelle de fructerie rendue par Mulior fructier avec les escrins :
II plas d'argent esmailliez au fons pour laver ;
Il autres bassins d'argent pour laver et ii esguières ;
un chandelliers pour mettre flambeaux à table ;
XI pelis platelés d'argent pour servir de fruict ;
Tout pesans comme dessus lvi marcs m onces.
Vaixelle de chapelle rendue par Montlivaut avecques les esciins :
Une grant croix d'argent dorée à pié;
II grans chandelliers d'argent;
I grant benoilier et l'asperges d'argent;
I ensencier d'argent ;
II possonnuez [burettes] d'argent pour mettre vin et yaiie;
I petit platelet d'argent pour donner à laver ;
I paix d'argent;
I clochète d'argent,
I petit calice et la cuillier ;
II petis chandelliers à vice d'argent ;
la pierre de l'autel bordée d'argent;
la boîte au pain à chanter d'argent.
Pesans xli marcs vu onces.
1
— 51 —
Somme toute du poix de la vaixelie d'ai"gent dessus nommée, tant de
plaine comme dorée et tant boutiiierie , cusine et fructerie comme de chap-
pelle , v° Lxxviii marcs m onces.
Somme de l'or m marcs vi onces et demi,
Ornemens de chappelle qui furent aportez en chemin avecque le corps
de feue Madame , baillez aux dits messires les exécuteurs à Bar le xix* jour
de mars , l'an nu" et xv dessus dit , et rendus par ledit Montiivaut , pré-
sents Regnart de Brailly et Jacquet Henriet :
Une chasuble de veloux inde brun, sengie, à grans orfrois, tunique et
dalmatique de mesme di-ap, sengie, à petis orfrois, parées devant et dar-
rière , et la dalmatique par les manches , de drap d'or ;
Une chappe de mesme drap doublé de toile noire ;
II estolles et un fanons de mesme drap ;
II aubes parées de mesme drap;
I autre aube parée parée de drap de soie noir;
H saints de soie rouge et i de fil;
une grande nappe d'autel à i parement inde ouvré de brodeure d'oi-
seaulx ;
II admis parez ;
m petites nappes d'autel ;
et une aumusse de gris fourré de menue vair ;
le petit messel à pipète et fermoirs d'argent ;
uns petis corporaulx ;
et le livret des vigiles des mors;
et I coffi'e de chappelle ou quel sont lesdits ornements.
Et est assavoir que quant le corps de feu madite Dame parti de messe
il y avoit ii draps d'or, l'un nuef qui avoit este prins en la taillerie par
messire Jehan d'Aulnoy, et l'autre vieux qui estoit de la chappelle , dont le
nuef fri donné à l'abbaie de Lisle en Barrois où le corps reposa xv jours,
et l'autre fii donné à l'église de S' Maxe quant le corps fu descendu, sur
lequel on mit de grands draps d'or à armes que Monsieur le Duc avoit fait
ordonner pour haeque.
Le xi° jour de mars lan un" et xv, en la présence de Jehan de Ghas-
tillon, Milet de la Mothe, maistre Jehan d' Aubreville , Simonet Petitpas et
Oudinet , furent prisées à Glermont en Argonne les choses cy après declai-
rées appartenant à feue madite Dame et baillées au grant Jehan et à Jehan
Vinchon pour porter à Bar.
La chambre blanche à compas d'or, aux armes de feue madite Dame,
contenant xii pièces, c'est assavoir :
le ciel de soie à goutières frangées , doublé de toile noire ;
4.
— 5-2 —
Le dossier de soie, la contrepointe de mesme, ii elles de mesme, dou-
blëes de toiUe et bougueran rouge ;
III courtines blanches de drap de soie ouvré ;
II grans tappiz de laine :
II autres petis de mesmes ;
I petit tappiz nommé le drap au chapelet à x personnages ;
I autre tappiz de l'istoire de Lancelot du Lac:
I autre tappiz de la royne esprouvée au Lyon ;
une pièce de nuefve toile, une corde et une serpillier, pour faire une
trousse.
La chambre verde contenant xvi pièces armorée des armes que dessus :
Le ciel de soye à goutières frangées, doublé de toile noire;
le dossier de mesme, la coutepoinle de mesme, m elles, c'est assavoir
II grandes et i petite, doublées de toile rouge;
III courtines de samit vert;
iiii grans tappiz de laine ;
m autres petis de mesme.
(Pièces originales du Cabinet dos Tilres. Bar, i8.3, f" ôi et sulvanls.)
BIJOUX ET INTAILLES
DU MUSÉE D'AGEN.
Communication de M. Tholin, correspondant du Comité.
La collection d'objets gallo-romains du Muse'e d'Agen, déjà for
importante, a été jusqu'à présent peu étudie'e. Parmi les pièces
les moins connues de ce fonds très varie, trois pierres gravées, qui
ont été trouvées associées à de curieux objets de bronze, méritent,
je crois, d'être signalées.
Vers 1880, M. Biaise, propriétaire à Bon-Encontre près Agen,
remit à M. G. Marraud, un des secrétaires de la Comm'ission du
musée, une petite boite en bronze trouvée par lui sur ses terres,
au milieu de substructions antiques. L'oxyde avait scellé les parois
de cette boîte, qui formait un seul bloc. Elle était cependant lé-
gère et, la curiosité étant éveillée sur son contenu possible, la
tentation de l'ouvrir était forte. On y céda. L'opération entraîna
la rupture d'une charnière, dont la tige en fer était réduite à de
minces écailles. Il n'y avait pas à se repentir d'un accident inévi-
table : deux intailles très fines étaient tirées de cet écrin.
Les deux moitiés de l'écrin s'emboîtent exactement; leur épais-
seur est celle d'un carton; on remarque, sur les deux côtés, deux
trous carrés et, dans un compartiment de couverture, trois trous
ronds, les uns et les autres trop petits pour qu'il fût possible non
seulement d'apprécier mais même de deviner le contenu.
Les intailles, sur cornaline, ont les dimensions d'un cachet ordi-
naire. L'une paraît représenter Hercule, nu, portant sur l'épaule
la biche du mont Ménale; la seconde, un génie de la paix ou de>la
concorde, dont le prototype doit se trouver sur des monnaies : le
personnage, ailé, tient de la main droite une branche d'olivier et
de l;i main gauche une corne d'abondance.
L'exécution de ces gravures est parfîiite.
— 54
Tout rëcemment, un cultivateur apportait un bijou antique,
trouve' sur ses terres, àVianne (Lot-et-Garonne). M. Donibrowski,
conservateur du Musée d'Agen, s'empressait d'acque'rir cet objet
pour quelques francs.
1-2. Bijou
trouvé près de
Vianne (£ -ef-G.J
.-119!.
g<;g— *^
C'est une pièce de bronze, en forme de croissant, renflée et flan-
quée de deux ailerons en tiges plates vers le centre, terminée par
des liges rondes. L'extrémité des quatre tiges est perforée. Une in-
taille est logée au centre de cette pièce, dont la patine est superbe
et qui paraît être la moitié d'un bracelet. Sans doute une chaînette
se rattachait aux pointes du croissant, et des pendeloques, aux
pointes des croisillons. Le type, s'il est connu, doit être pour le
moins peu commun.
L'intaille, sur cornaline, représente Minerve, casquée, tenant de
la main droite une lance appuyée sur l'épaule; de la main gauche,
la déesse retient l'extrémité de son péplum, d'une dimension inu-
sitée, et qui, soulevé par l'eff'et d'une marche rapide, forme une
traîne.
Je joins à cette communication des dessins de l'écrin et du bra-
celet, exécutés par M. Dombrowski, ainsi que des empreintes des
trois intailles.
G. Tholin.
LE MOBILIER AU MOYEN AGE
DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE,
PAR M. L'ABBÉ FILLET,
Correspondant du Comité, à Allex (Dromo).
Les meubles et les effets mobiliers peuvent facilement être trans-
portés d'un lieu à un autre; ils ont aussi une facilité spéciale à
changer de propriétaire; ils peuvent, disait Charles Dumoulin, unâ
horâ transire per centum tnanus.
De là, dans la législation, des dispositions qui ne leur sont pas
communes avec les immeubles; de là, cette règle du droit qu'en
fait de meubles la possession vaut titre.
Mais de là aussi la rareté et le peu d'étendue des notions qu'offrent
pour l'histoire du mobilier, et surtout pour celle de l'ameublement,
les documents antérieurs au xiii* siècle. Au xiii* siècle même, lés
actes capables de nous renseigner sur ce sujet sont encore d'une
valeur bien médiocre. Quelques contrats de mariage et quelques
testaments mentionnent en passant certains joyaux, certains vête-
ments et d'autres objets mobiliers; mais ces actes ne nous pré-
sentent guère plus que les autres de ces listes et séries d'effets mo-
biliers qui permettraient de savoir au juste le contenu des maisons
à ces âges reculés.
Nous n'avons rencontré pour l'époque antérieure au xiv^ siècle
aucun de ces précieux inventaires qui, pour les temps suivants,
nous fournissent de si intéressants détails et nous aident si puis-
samment à classer, par ordre d'âge , de provenance et de pays , les
objets antiques de nos musées. On comprend aisément, d'autre
part, de quelle utilité cette classification et les synthèses qui en
résultent, sont pour l'histoire de la vie privée de nos pères, pour
leur histoire religieuse, militaire, artistique et industrielle. Par
— 56 —
suite, il faut regretter que ces sortes d'actes ou d'autres équivalents
n'aient pas été rédigés ou que, s'ils l'ont été, on ne les ait pas
conservés.
Avec le XIV* siècle s'ouvre une ère plus heureuse à ce point de
vue. Non seulement désormais les notaires rédigent les contrats de
mariage, les testaments, des inventaires après décès en vue de la
tutelle et des comptes à rendre, et d'autres inventaires encore,
mais leurs minutes et notes, leurs protocoles, commencent à être
conservés. Par suite, là où le temps, l'incurie, les rats, l'humidité
ou d'autres causes destructives ne les ont pas anéantis, ces précieux
documents suppléent au silence , à l'insuflisance et à la disparition
des archives de famille, de commune ou de tout autre corps social.
C'est précisément ce qui est arrivé en diverses localités de notre
province du Dauphiné. Au fond d'un bon nombre d'études de no-
taire, ou sur les étagères des archives départementales, se trouvent
actuellement de vieux registres des notaires de la région. Aux archives
départementales de la Drôme, le plus ancien registre de cette sorte
va de l'année i335 à l'année i345 (^). Les registres restés dans les
études ne sont pas moins importants par le nombre et l'époque à
laquelle ils remontent. Ainsi, il nous a été donné d'en compter et
d'en parcourir, chez un notaire de Grignan (Drôme), une série très
considérable dont le plus ancien commence à l'année 1387 et
dont quantité d'actes contiennent d'autres actes des années précé-
dentes, voire même du xiii° siècle. Il n'est pas jusqu'aux feuilles de
parchemin dont la plupart des registres sont couverts, qui ne con-
tiennent parfois des actes plus anciens et d'un véritable intérêt.
Parmi les actes que nous avons recueillis dans les registres en
question se trouve un nombre assez grand d'inventaires et divers
contrats de mariage, testaments et autres documents utiles pour
l'histoire du mobilier dans nos contrées.
L'importance de la plupart d'entre eux est trop faible pour que
nous ayons pu songer à les publier intégralement.
Mais nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de donner
les parties essentielles de ces actes, ainsi que le texte complet des
plus curieux. Nous y avons joint un acte du même genre trouvé
dans le Cartuhire de Saint-Paul-Trois-Châteaux.
^'^ Arcli. (léparicm. de la Drôme, E. 3987.
I
— 57 —
1
i3io, 3 janvier.
[Instrumentum dolis Amancii Barastt, de Graynhano] ^'^.
. . . Anno Domini m° ccc° x°, scilicet tercia die mensis januarii , dominus
Guichardus de Nantono , capellanus de Salis ''', et Johannes Novelli fdiiis
condam Raymundi Novelli, et Poncius filius condam Michaeliis Novelli de
Salis omnes , iiicimul et quilibet eorum . . . promiserunt bona fide et sine
dolo Amancio Barasti , de Graynhano , fdio condam Pétri Barasti , presenti
... et inlerroganti , se dictes dominum Guichardum et Johannem et Pon-
cium Novelli facturos quod Alasia , fdia condam dicti Raymundi Novelli , con-
traet matrimonium cum dicto Amancio ad . . . i*equisitionem dicti Amancii
seu amicorumsuorum...; et versa visse dictas Amancius Barasti promisit...
quod ipse Amancius contraet dictum matrimonium cum dicta Alasia ... ad
requisitionem dicte Alasie et amicorum suorum , et dicti dominus Guichar-
dus et Johannes et Poncius Novelli dederunt , constituerunt et accignave-
runt et dare et solvere promiserunt dicto Amancio , presenti ac nomine suo
et dicte Alasie , uxoris sue future , recipienti et interroganti , in dottem , no-
mine et ex causa dottis, cum dicta Alasia, soror dicti Johannis consan-
guineaque domini Guichardi et Poncii Novelli, quinquaginta libras monete
currentis ad panem et vinum tempore solutionum pro uno d(enario?);
item, quandam terram et quoddam pratum contiguum. Que terra et pra-
tum predictum sunt in teratorio de Graynhano ... ; item , quoddam virida-
rium , quod est in teratorio de Salis ... ; item , quoddam ortum , quod est
in dicto teratorio de Salis ... ; item , xnii oves precio c solidorum , et indu-
menta de panno viridi vel brunete , scilicet tunicham et mantellum cum
pena cunicuiorum in dicto mantello , et très lectos pannorum com})lectos ,
et unam garlandam argenti, et unum scrineum: quam quidem dottem
dicti dominus Guichardus et Johannes et Poncius Novelli promiserunt sol-
vere et reddere dicto Amancio vel ejus certo nuncio seu procuratori . . .
per solutiones infrascriptas : videlicet de dictis l libris monete predicte
c solidos dicte monete facto et completo dicto matrimonio , et dictas pesse-
ciones et omnia alia supradicta et nominata ad voluntatem et requisitionem
dicti Amancii, et de dicto feslo Carniprivii in unum annum proximum
alios c solidos dicte monete, et sic de anno in annum quolibet anno in
dicto festo Carniprivii c solidos dicte monete, quousque de dictis l libris
monete supradicte eidem Amancio fuerit. . . plenarie satisfactum. . . Acta
('î Étude de M' Misson, notaire à Grignan, orig. parch. (couvrant le reg. coté
Nostrum des protocoles de Pierre BarasI , i38o), avec traces de sceau appendu.
^'^ Salles, commune du canton do Grignan.
— 58 —
fuerunl hec apud Faysas , in quadani tera Johannis Ruphi de Salis , testi-
bus presentibus domino Petro Laugerii capellano, Raymondo Larocha,
Alsiario Rermondi, Guiilelmo Bermondi, Berlrando de Gastronovo domi-
cellis de Graynhano, et me Bernardo de Graynhano juniore, notario pu-
blico nobiiis viri Guiraudi Ademarii de Montilio domini Graynhani , cpii
banc cartam publicam et mandamentum publicum feci, scripci et bulla
dicti nobilis bullari feci et signo meo signavi.
1 337, 7 mai.
Extrait du testament de Bertrand Rostaing, de Grignan'^^\
. . . Item , confiteor et recognosco me babuisse et récépissé de dote et
pro dote Alasie predicte uxoris mee , et in meum comodum ac utilitatem
convertisse et posuisse , bona que inferius describuntur ut ecce : Et primo
videlicet très saumatas et quatuor eminas anone qualis ievatur de areis, et
très saumatas cum tribus eminis ordei; item et tringinta solides, valente
uno turone argenti duos solidos sex denarios et econversso ; item et duos
lodices; item, tria linteamina et unum pulvinar; item, unum cacobum;
item, unum pestribin; item, unum scrinium; item, unam menssam; item,
quamdam taravellam; item, quamdam rasdoyram ad radendum mastras
sive mayst'^^; item quamdam bacbaciam ^■''' ; item, quamdam cassam de
ferro (addition: cupratam sive) covratam ^'^ ; item et unam garlandam
argenti : que omnia et singula eidem uxori mee volo , jubeo et precipio
reddi et reslitui per beredes meos infrascriptos ...
3
Vers i34o.
Extrait du testament d'un habitant de Grignan '^'.
. . .Item, confiteor et recognosco me babuisse et récépissé, de dote et
pro dote et nomine et ex causa dotis Guillelme uxoris mee xx" quinque
libras et vigenti duas saumatas bladi , videbcet de monela et blado con-
tentis in instrumente dotis; item et très cannas virid(is) cum una penna
cuniculorum; item, duos lectos panorum complètes; item, unum scrinium
^'' Etude cite'e, reg. G. Richardi, fol. i.
(^' Racloir pour arches à pétrir le pain.
^'^ Petit réservoir ; en patois dauphinois, bâchasse.
(*) Caisse en fer couverte.
W Etude citée, reg. cit., fol. vi.
— 59 —
et unam garlandam argent! ; item, unum mantelium de bruneta cum penna
cuniculorum : que omnia sibi volo et precipio ac jubeo reddi et restitiii per
heredes meos universales infrascriplos • . •
4
i34/i, i3 janvier.
Nota dotium nobilis Pétri de Grahano, Dalmacti ejusfilii, et nobilis Morgoni,
jilii nobilis Artaudi de Ayguedine ''\
Anno domini m" iif xliii , videlicet xviii' die mensis januarii , fiiit trac-
tatum de matrimonio contrahendo inter nobiiem Petrum de Grahano et
Dalmacium ejus filium de Grahano , ex una parte , et Belinam ac Beatris-
sem fiiias nobilis Artaudi de Ayguedine , ex altéra , ac etiam inter nobiiem
Morgonum , filium dicti nobiiis Artaudi , et Barastam iiliam dicti nobilis Pé-
tri, etc. Super vero mat(er)iis fuit ordinatiun et arrestatum quod dictas
Artaudus débet constituere in dot(e8) dictis fdiabus suis cum dictis Petro
et Dalmacio videlicet vin" florenos auri de Pedimonte et cuilibet ipsarum
tunicam et gardacorcium de camelino de Melinis seu de Brucellis cum pena
de Vaciis et unum cappellum de Parizius competentem. Et idem Petinis dé-
bet constituere in dotem dicte Baraste cum dicto Morgono v° florenos auri
de Pedimonte, et vestes ut supra cum pena, et chappellum. Que omnia
solvi debent ut sequilur : videlicet quod v° floreni auri debeanl remanere
dicto Artaudo pro dote dicti Morgoni, et sic computare debeant reliques
in'^ florenos auri in quibus dictus Artaudus dictis Petro et Dalmacio tene-
tur, et dictus Artaudus solvi debeat per solutiones que secuntur : videlicet
incontinenti copulatis matrimoniis lx florenos et facere dicte Beiine vestes
dotales et chappellum , et a festo Carnisprivii in uno anno solvere xxx flo-
renos, et sic de anno in annum in dicto festo xxx florenos, quousque fuerit
eisdem Petro et Dalmacio de dictis in" florenis satisfactum; hoc acto , quod a
dicta die in duobus annis idem Artaudus teneatur facere dicte Beatrissi suos
vestes dotales et chapellum. Item, fuit de pacto inter ipsos quod, si casus
restitutionis eveniret de dotibus predictis, quod dictus Artaudus teneatur
pro restitulione dotis dicte Baraste annuatim a dicto festo dicto Petro vel
suis xxx florenis , et e conversso quod dicti Petrus et Dalmacius teneantur
pro restitutione dictarum dotium lx florenis etc. Et, sic dicte partes pro-
miserunt atendere et compiere et incartare et fidejubere quelibet pars juxta
eorum voluntat(es). Hoc acto etc., quod, anno quo faceret idem Arnaudus
vestes et chappellum dicte Beatrissi , non teneatm* facere iilo anno solutio-
nem.
('> Étude citée, orig. feuille volante entre les ff. ii et Aa du reg. coté Nottrum.
60 —
iS/iG, 17 janvier.
Nota dotis Hugoneti Audracii'-'K
. . . Anno incarnalionis Domini u" ccc" xl quinlo , videlicet die décima
septima mensis januarii. Gum tractaretur de matrimonio contrahendo inler
Hugonetum , filium Roddfi Audracii, de Rosassio '^' condam, ex una parte,
et Rayniundam , fdiam Pétri Pascalis , de Graynhano , ex altéra : hinc est
quod . . . diclus Petrus Pascalis constitnit . . . et . . . solvere promisit eidem
Hugoneto, marito future dicte Raymunde, presenti et solempniter stipu-
lanti , nomine et vice dicte uxoris sue future et cum ea ac pro ea , ac pro
honere dicti matrimonii subportando , et pro ipsis futuris conjugibus ac
eorum comunibus liberis aiendis et nutriendis, res et bona inferius nomi-
natas et nominata , quorum aliqua fuerunt matris ipsius Raymunde et aii-
qua sunt ipsius Pétri :
I. Et primo videlicet, quamdam ouchiam citam in territorio dicti loci. . .
9. Item, quamdam terram citam in dicte territorio. . .
3. Item, aiiam terram citam ut supra. . .
II. Item, aliam terram citam ut supra. . .
5. Item, aliam terram. . .
6. Item , et taschiam fructuum quam percipit in eysarto Guillelmi de
Vergerio. . .
7. Item, et taschiam quam percipit in terra Joliannis Bergundionis. . .
8. Item, et taschiam quam percipit in terra Pétri filii Joliannis Rufi
condam . . .
9. Item, quamdam vineam. . .
10. Item, quemdam ortum. . .
1 1 . Item , quoddam hospicium , in quo sunt quatuor staria , confronta-
tum cum hospiciis mei notarii infrastripti et Pétri Gorennhi.
12. Item et quamdam arquam denuce, tenenlem circa duodecim sau-
matas bladi.
i3. Item, unum lectum pannorum completum.
ih. Item, unam garlandam argenli usque ad valorem unius floreni
auri.
i5. Item, unum scrinium.
16. Item, très cannas de viridi pro tunica et mantello dotalibus, cum
una penna cuniculoi'um ad opus dicti mantelli.
Quas quidam res. . . dictus Petrus. . . eidem Hugoneto. . . vel alii ejus
'') Elude citée, reg. G. Richardi, fol. xv.
^'' Roussas, commune du canton de Grignan.
— 61 —
nuncio et procuratori . . . solvere et expedii-e promisit . . . incontinenti
dicto matrinionio . . . selebrato inter futures conjuges supradictos, prêter
vestes cum penna cunicuiorum predict(as) , quas solvere ut , supra promisit ,
infra duos aiinos proximos post predicti matrimonii selebrationem . . .
6
l'Sliij, 8 mai et a décembre.
Tuleta Peyronetejitie magistri Hugonis Ruffi. notant condam de Salis '''.
. . .Anno dominice Incarnationis millesimo tricentesimo quadragesimo
nono , videlicet die octava mensis madii , existons apud Salas , in curia dicti
ioci, coram discrète vire Sysraondo Ruffi, filio condam Michaelis Ruffi de
Salis , bajulo nobilis Armandeti de Vaesco , condomini de Recona ^'^ et dicti
Ioci de Salis, Guillelmus Ruffi de Salis . . . signifficans eidem domino bijulo
Peyronetam, filiam magistri Hugonis Ruffi de Salis condam notarii, fore
pupillam et in pupillari etate existentem. Propter que idem dominus baju-
lus . . . dictum Guillelmum Ruffi . . . dédit seu decrevit tutorem pupille
predictc, decernendo sibi administrationem ipsius et rerum ac bonorum
suorum, lanquam magis utilera inventum. Qui dictus Guillelmus tutor
promisit dictam Peyronetam pupillam , ejus personam , res et bona , bene ,
fideliter et iegaliter regere , gubernare et administrare ... et de bonis ,
rébus et juribus pupille predicte mox facere inventarium incipere ut ci-
cius poterit complere. . . Acta fuerunt hec apud Salas, in hospicio dicti
Guillelmi, ubi jus reddebat dictus dominus bajulus, testibus prescntibus
nobilibus Guillelmo de Vaesco condomino de Recon, Dragoneto de Pla-
ziano condomino de Salis , domino Raymundo de Audefredo monaco . . .
et me nolario publico [infrascripto.
Post que, anno quo supra et die secunda mensis decerabris, dictus
Guillelmus tutor, volens et cupiens de rébus, juribus et bonis dicte pupille
suum inventarium facere et incipere, in presentia dicii domini bajuli et
mei notarii infrascripti ac testium subscriptorum facto primittu;> per eum
venerabili signo sancte crucis -{-, dixit. . . se invenisse de dictis bonis
dicte pupille.
1. Et primo, quoddam hospicium, scitum in Castro de Salis.. . . in quo
quidem hospicio . . . fuerunt invente res mobiles que secuntur :
2. Primo, una archia tenens circa septem saumatas.
3. Item, unum scrinhium tenens circa unam saumatam.
II. Item , unum scrinhium.
'•' Élude citée, reg. coté Magnam, fol. xxxvii.
^*' Bécomie, commune du canton de Dieulefit (Drôme).
— 62
5. Item, una tina de rcyre^^ tenens circa viginti quinque saumatas.
6. Item, tria vasa de sapo, tenentia quodiibet circa quatuor saumalas.
7. Item, de vino mero quinque saumatas et unum sestarium.
8. Item, circa quatuor viginti pecias d'oyle ^^K
9. Item, sex trabes de royre comunes.
10. Item, octo panas de royre.
1 1 . Item , très chabruos de royre.
12. Item, Iresdecira saumatas de blado equa(rum).
i3. Item, circa quinque eminas anone.
1 h. Item, duas saumatas et très eminas bladi.
i5. Item , unam saumatam bladi.
16. Item, très eminas anone pro iogerio uuius bovis.
17. Item, unum sestarium ordei.
. Item , quatuor rasa anone.
. Item, unum sestarium bladi quem débet Petrus Hotberti.
. Item, quatuor rasa anone.
. Item , viginti quintalia feni.
. Item , septeni lodices magnos videlicet duos parâtes et quinque non
parâtes , in quibus sunt duo coloris.
18
19
20
21
22
23.
2/1.
25.
36.
27.
28.
29.
3o.
3i.
32.
33.
34.
35.
36.
37.
38.
39.
ko.
Uu
42.
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
très lodices strictos.
quatuor culcitras.
tria pulvinaria.
sex linteamina comunia.
duas mapas obratas.
duo banchalia.
dimidium quarteyronum quintalis lane.
unum crumalh.
quasdam chananas.
unum cacobum.
unam sartaginem.
unum gral de nuce.
duas cornutas.
unum cadum parvum.
unam garlandam de perlhis.
unam belspam.
unam balistam.
unum bancinum.
unam gorgeriam.
duas simaysas parvas pondérantes inter ambas circa quatuor
libras, de stanho.
i''^ Cuve en chêne. Roure est un terme patois signifiant « chêne».
(«) D'huile.
— 63 —
li3. Item, unam sectirim.
hli. Item, unam picham bene parvam.
U5. Item , unam maydetam.
46. Item, unam breulam.
47. Item, unum cofreclum.
48. Item, ununi corsetum de jasent de rosseta.
ûg. Item, unam burssam magnam de serico.
50. Item, unum candelabrum et unum cnicibolum de ferro.
5 1 . Item , decem animalia equina grossa.
52. Item, unum cort femellum.
53. Item, sex polinos tam masculos quam femellos.
54. Item, unum bovem.
55. Item, unam vachiam.
56. Item , sex oves blales.
57. Item , 1res anoyes.
58. Item, quamdam terrain scitam in territorio de ïurretis''' que con-
frontatur cum terris et pratis circumcirca prioraluni de Turretis.
69. Item. . . [encore à vignes, a prés, 1 jardin et â terres à Grignan;
1 pré et a terres à Salles; 1 maison, 1 pré, a vignes et 3 terres à Tauli-
gnan '^' ...).. .
Actum fuit hoc apud Salas, in hospicio supradicli GuiHelmi Rufli
dree apostoli. Item Sleplianus Fabri unam saumatam bladi ad legalem
mensiiram dicti loci Gx*aynhani, solvendam ut sequitur: primo videiicet
in messibus proxime venientibus, unum sestarium bladi boni et receptibilis
ad dictam mensm-am, et a dictis messibus in unum annum proxime futu-
rum revoiutum unum alium sestarium bladi, et ab illo secundo aniio in
aliuni imediate sequentem anno revoiuto aiterum sestarium , donec ... de
dicta saumata fuerit integraliter persolutum. Item, Poncius Gayardi, unum
sestarium bladi solvendum in messibus proxime venientibus. . . Pio qui-
busquidem. . . dicti promissores. . . se et omnia bona sua. . . obligave-
runt. . . Actum Graynhani. . . ^'^.
7
1378, 10 juin.
Extrait d'un acte de partage entre Ponce et Raymond Roux,
Jils de feu Jean Roux de Salles, habitants de Grignan^^\
Postque incontinenti cum oiim, tempore quo Poncius RulFi predictus
('> Tourreles, quartier nord du territoire de Grignan. U y avait alors un prieuré
dépendant de Tournas.
W Etude citée, reg. coté Lava, fol. 8 v'-io r".
'•') Etude citée, reg. Lava, foi. xv, avec supplément au fol. xxi.
— 64 —
coutraxit matrimonium cum Guilielmeta ejus uxore, habuerit et receperit
ab eadem bona et res mobiles et crédita infrascripta et que secuntur :
I . Primo videlicet quindesim llorenos auri , videlicet septem cunio et
pondère camere domini nostri pape , et octo boni ponderis grayleti.
9. Item, unum alium florenum auri dicti ponderis grayleti habito et
recepto a Garina condam.
3. Item, a Guichardo Ruffi xvm grossos nomine Bertrandi Duranti
soceri sui.
h. Item, a Beratholomeo de Serra alias Popo xvni grossos ratione ven-
ditionis cujusdam orti dicte Guillelmete.
5. Item, pro trallia de stagno unam ovem cum agno a (blanc à l'ori-
ginal).
6. Item , a Guillelmo Ghaycii sex florenos auri in quibus tenebatur eidem
Guillelmete cum publico mandamento.
7. Item, a Lanberto de Monbrando dimidium florenum et aliqua uteu-
cilia in soiutionem tradita nomine ipsius Guillelmete, videlicet aliquam
breuletam rotundam cum pede , aliquam maydetam , duas perticas longas ,
aliquam [)ostem de sapo.
8. Item, duo vasa, tenentia quodlibet xxni cados vini plena viuo mero.
9. Item, unum aliud vas tenens xv cados, plénum eciam vino mero.
1 o. Item , quatuor saumatas et unam eminam anone.
I I . Item , unam saumatam polente anone.
1 a. Item, unam saumatam bladi.
i3. Item, quinque brochellos olei.
\lx. Item, dimidium quintale candelarum cini.
i5. Item, ini" ramos tele lane albe.
16. Item, duos ramos cum dimidio tele brune.
17. Item, unam porseiam.
1 8. Item , très mapas , unam longeriam :
Que omnia in utilitate comuni dictorum Poncii et Raynmndi Uuflîi fra-
trum posita et expedita fuerunt et que de bonis et rébus eorumdem
comunibus eidem Guillelmete restitui et al(ias) per ipsum Poncium eidem
si offerret, quod absit, oleum vero apreciatum est ad xv solidos nionete
nunc currentis , dimidium quintale sini candelarum ad 11 florenos cum
dimidio auri , sex rami tele albe et brune et dimidium ad sex florenos , que
ascendunt in universso xxxv florenos ix grossos, de et pro quibus resti-
tuendis ad partem cujuslibet dictorum fratrum pertinent restituere et sol-
vere ipsi Guillelmete ut convenit xvii florenos x grossos et m patatos.
Verum persoue infrascripte tenentur predictis fratribus in quantitatibus
infrascriptis ut asserunt :
19. Primo, nobilis Dalmacius de Rupe très florenos cum dimidio auri.
20. Item , Johannes Lauberti de Grilhone , lu florenos.
a 1 . Item , Guillelmus Raschacii de Vab*eaco , 1res florenos.
— 65 —
2 9. Item, Guillelmus Mayfredi, xx grosses.
9 3. Item, Amancins Bonoti, n florenos cum dimidio.
96. Item, habet ipse Poncius peues se très lloreuos comunes.
2 5. Item, Raymundus Rocini de Salis, xxi grosses.
26. Summa debitorum dictorum fratrum in moneta vei auro xxiii llo-
reui V gross . . .
8
1873, 1" et 20 décembre.
Tutela liberorum Pétri Gauterii de RegaU villa '■■\ videlicet Viticentii, Stephani
et Bertrandi pupillorum, data et décréta Bertrando et Anlhonio Gauterii
dicti loci'-^K
. . . Anne Incarnationis ejusdem [Christi] miilesimo tricentesimo septua-
gesimo tercio, videlicet die prima mensis decembris, illustrissima domina
Johanna Dei gracia Jberusalem et Cicilie regina , Provincie et Forcalquerii
comitissa régnante et existente, in loco et curia regali Regalis ville, Ber-
trandus Gauterii..., et Anthonius Gauterii, dicti loci, habilatores Vaili-
sam^ee Tricastrineusis diocesis, cilati in dlcto loco et curia et coram no-
bili viro Johanne de Litono, judice et bajulo dicte curie per Johannem
Fancheti servientem dicti loci et curie. . . videlicet ad recipiendum seu
videndum dationem tutele. . . Vincentii, Stephani et Bertrandi Gauterii,
fratrum, liberorum pupillorum Pétri Gauterii, dicti loci Regalis ville
condam. . . Et incontinenti dicli Bertrandus et Anthonius, tutores. . .
cupientes de bonis dictorum pupillorum suorum inventarium inci})ere in
presentia dicti domini bajuli et judicis ac mei notarii et testium. . . facto
primitus per eosdem signo venerabili sancte crucis t dixerunt ... de bonis
dictorum pupillorum factum sive affayre quoddam scitum infra lerritorium
loci predicti Regalis ville. . . vulgariter nominatum Moncharier, quod fac-
tum . . . comuue est et iudivismn inter ipsos fratres ... et Giraudum eorum
fratrem adultum . . . Acta fuerunt hec in Regali villa , in coperto ubi tene-
tur curia. . .
Postque, anno quo supra et die vicesima mensis predicti desembris,
constituti in presentia mei supradicti et infrascripti notarii et testium infra-
scriptorum ...
(1) Réauville, commune du canton de Grignan.
'•^^ Elude citée, reg. P. Barasti coté Lava, fol. l\o. — Outre la copie du registre
Lava, nous avons de l'acte du 90 décembre la minute sur feuille volante , d'où fut
tiré l'acte du registre, et en tête de laquelle nous lisons les mots : fosila est in car-
tulario. Ce cartularium est le registre Lava.
ÂnCUKOLOGlË. 5
— 66 —
. . . Bertrandus et Anthonius Gauterii tutores et nomine lutorio predicto ,
videlicet Vincencii, Stephani et Bertrand! Gauterii fratrum pupilloruin ,
dixerunt et confessi fuerunt reperiisse seu invenisse, de bonis et rébus mo-
biiibus et immobilibus ipsorum pupilioruni comunibus et indivisis inter
ipsos fratres pupilles et Giraudum eorum fratrem, que secuntur :
1. Et primo, quoddam bospicium scitum in loco Regalis ville, quod
confrontatur cum portali dicto seu noniinato de Aquabella''^ et cum hos-
picio R. Acbardi et cum carreria publica. {Ici la minute sur feuille volante
ajoute : in quo sunt bona que secuntur :
2. Primo quedam folanoyra, et le reste comme au registre.)
3. Item quandam folanoyram de quercore tenentem circa quinque sau-
matas rasemoruni.
II. Item, unum vas de quercore tenentem circa octo cados vini.
5. Item, unam arcbiam de quercore tenentem circa quinque saumatas
bladi.
6. Item, aliam archiam modicam tenentem circa unam saumatam.
7. Item, duo pistrinia.
8. Item, très seletas ad sedendum, longas.
g. Item, unum drayetum (minute : dray) de coreo modicum et modici
vaioris.
10. Item, unum cantarum.
1 1 . Item , unam bugaderiam de lapide.
13. Item , unum morterium de lapide.
i3. Item, unum ignipendium.
i/j. Item, abquas chanenas de ferro.
i5. Item, unum graponum de ferro.
16. Item, unum cacobum tenentem unam cornutam aque perforatum
in tribus partibus (minute : in duabus vel tribus partibns).
17. Item, unum crucibolum de ferro.
18. Item, unum broquetum de fiista.
19. Item, unum cloquear pro olla.
90. Item, aliquam serram ad metend^m blada.
2 1 . Item , unam bachassiam.
92. Item, unum archonum modici vaioris.
28. Item, unam nolam sive sbnalham dictam plata (minute : unam
nolam sive sonalha videlicet platàm).
2 4. Item, unam olam dictam clocha (minute : item, unam clocham);
25. Item, très platonos grossos,
26. Item, quinque platonos modicos.
27. Item, unam taravellam et unum eschalpre de ferro.
28. Item, unum gladium trenchayre.
U)
Portail situé du côlé d'Aiguebelie , alors abbaye de Cisterciens.
— 67 —
99- Item, quamdam vineam, modice valons ut dicuut, scitam iu teiri-
torio dicti loci , iu loco dicto aus Bergouhos.
30. Item, quamdam terram Stephaui Laugerii, scitam in dicto terri-
lorio in loco dicto ad Stanhetum , seminatam anone , in qua semiuate sunt
quinque saumate anone et unum sestarium ordei.
3 1 . Item , unum casale prope supradictum hospicium quod confrontât
cum casali R. Rotberti.
32. Item, duos aysaonos ferri modicos.
33. Item, unam asellam.
3h. Item, duos bovcs comunes.
35. Item, unum alium bovem veterem.
36. Item, unum sonalhonum modicum sive cloclio.
87. Item, unam sus sive troyam.
38. Item, unum porsellum valoris quinque grossorum vel ciica (/«/-
nute : Hii""" grossorum).
39. Item, duas botetas sive barlets de fusta.
ho. Item, unum postem in quo fiebat menssa [minute : in quo faciuut
menssam) modici valoris.
lit. Item, quatuor saumatas bladi prout portatum exlitit de area.
h 9 . Item , septem eminas ordei.
Ii3. Item, unam archiam, que est in loco VaUisauree, tenentem circa
septem saumatas.
kli. Item, aliquam justetam fuste modicam.
45. Item , unam sarlaginem.
46. Item, unum lodicem color(is) modici valopis. (Addit. dans (a mi-
nute : item, duo pulvinaria modici valoris.)
47. Item, unum linteamen quasi nullius valoris.
48. Item, aliquas andecas ferri fractas.
49. Item, alia duo linteamina quasi etiam nullius valoris.
50. Item, unam lisclaram.
5i. Item, unum coutrile [minute : coytrile).
53. Item, unum alium lodicem modici valoris.
53. Item, unum far neyrolum.
54. Item, unam aysetam et unam aysolam feri'i.
55. Item, unam vachiam pili vermelli quinque annorum,
56. Item, unum veylacium duornm annorum.
57. Item, unam jungam dicti temporis.
58. Item, unam securim sive destral.
59. Item, unum socum de ferro ponderantem circa novem libras.
60. Item, duas quartas canapis.
6 1 . Item , circa septem libras lane.
62. Item, unum eminale.
63. Item, duas alias nolas sive sonalhas bonas.
— 68 —
64. Item, dimidiam iibram fdi stoparum.
65. Item, quinque cissoria.
66. Item, quinque paraccides in quibus sunl due intègre et aiie as-
clate.
67. Item, quatuor gallinas et unumgallum.
68. Item , très eminas anone.
69. Item, duo cestaria milhii.
70. Item, sex rasos avene.
Et protestantur seu protestati sunt soUempniter dicti Bertrandus et An-
thonius Gauterii tutores predicti. . .
Actum ut supra ...
9
id']U, 7 janvier.
Constitution de dot en faveur de André Goyrand, de Grignah,
et Burgette , fille de Crespin Garciii, de Vinsobres.
. . . Primo triginta et quinque florenos auri boni et fini domine nostre
regine Cicilie currentes nunc et taies quod unus ex dictis florenis valeat
viginti quatuor solidos monete nunc currentis domini nostri pape vel
econversso , unam gariandam , unum scrinium , unam mapam , unum ma-
nutergium , solvenda ipsa bona et dictos xxxv florenos soivendos ut sequi-
tur : et primo , incontinenti copulato dicto matrimonio , scrinium , mapam ,
manutergium , gariandam , juxta facuitatem dotis et decenciam persona-
rum contrabencium , et ipsam Burgetam indutam cota una nova usque ad
valorem trium florenorum am'i , et in festo proxime futuro Omnimn Sanc-
torum quinque florenos auri legis et ponderis predicti , et a dicto festo
proxime venturo in alio festo Sanctorum Omnium imediate sequenli anno
revoluto très florenos aiu*i. . . , et deinde in alio festo Omnium Sanctorum. . .
alios très florenos auri , et sic de anno in annum quolibet anno très flore-
nos auri, donec. . . de dicta tota dote et aliis bonis dotalibus. . . fuerit
integraliter persolutum . . , '■^K
10
187^, a6 janvier.
Extrait d'une constitution de dot en faveur de Bealriseta,
fille de Pierre Bonefidei, de Grignan.
. . . Unam gariandam argenti competentem juxta facuitatem dotis pre-
W Etude citée, reg. coté Lava, fol. Uk.
— 69 —
sentis et qualitatem personarura et decentiam ad arbitrium si necesse fiierit
et ordinationem domini nostri Graynhani, et ipsam induere de presenti
duobus cotis panni decentis juxta facultatem et decentiam predictas , sol-
vendos diclos lx florenos . . . ac dictam gariandam argenti in modum qui
sequitur et per soiutiones et termines . . . infrascriptos , videlicet : inconti-
nenli dictam garlendam argenti et desem florenos auri iegis et ponderis
predictoriim , et a die presenti in unum annmn anno revoluto et complète
quinque florenos auri ... et ab illo die in unum annmn tune proxime se-
quentem et revoiutum imediate aiios quinque florenos etc. . . ^*^
11
1874, 6 juin.
Tutcla, data et décréta Giraudo Rascacii, Pétri pupillt,
fdii Guichardi Marini condam'^^K
. . .Anno Incarnafionis ejusdem [Domini] millésime tricentesimo sep-
tuagesimo quarto, videlicet die sexta mensis junii, ad quam diem citati
extiterant in curia Graynhani viri magniflici et potentis domini Giraudi
Ademarii militis , domini Graynhani et de Alpibus , et coram nobili vire
Bernardo Dalphini bajule dicti loci, Giraudus Raschacii, habitator Gray-
nhani et Raymundus Berengarii, dicti Ipci, per Guiilelmum Meruli ser-
vientem dicte curie , agnati et cognati Pétri fdii pupilli Guichardi Marini ,
dicti loci de Graynhani condam, . . .videlicet ad recipiendum tutelam et
administrationem persone et benerum dicti Pétri . . . Qui quidem domi-
nus bajulus . . . dictum Giraudum declaravit ac dédit et decrevit tutorem
pupille predicte , decernendo eidem Giraudo tutelam et administrationem
ipsius pupilli et rerum suarum. . . Qui quidem Giraudus promisit. . .
dictum Petrum pupillum , ejus personam et bena bene et fidehter et lega-
ter regere, gubernare et adminislrare, utilia faciendo et inutilia pretermi-
lendo pro pesse, ipsumque pupillum bonis moribus imbuere et decere
tamquam bonus paterfamilias sive tutor, et de bonis, rébus et juribus
dicti pupilli mox facere incipere inventarium et quam scicius pelerit com-
plere, et de ipsis sue loco et tempère rationem reddere. . . Et incontinenti
dictus Giraudus tutor volens et cupiens de bonis et rébus pupilli predicti
suum inventarium incipere in presentia dicti domini bajidi ac mei notarii
infrascripti et testium infra scriptorum , facto primilus per eum signe ven(e-
rabili) sancte crucis t, dixit et nominavit idem tutor invenisse de bonis dicti
pupilli :
1 . Quoddam hespicium scitum infra lecum Grayhani ...
^^' Etude et reg. cités, foi. A 6.
'"^' Etude citée, reg. Tuarum, fol. 9 v°-io r° et ^5 r°.
— 70 —
9 . Item , quamdam vineam . . .
Acta fuerunt hec Graynhani in domo curie dicti ioci, testibus p!resen-
tibus nobiii Dalmacio de Rupe . . . Jacobo Turrini donato Sancti Antho-
nii ... et me Petro Barasti , etc.
3. Item, quamdam archiam de querquore tenentem circa vu saumatas.
h. Item, unam aiiam tenentem circa ini"' saumatas.
5. Item, quamdam tinam tenentem circa xx" saumatas rasemorum,
quam habet dominus Amancius Talabossi.
6. Item, unum bachacium lapideum pro porcis.
7. Item, duo scrinia bona.
8. Item , duas seietas modicas de fusta ad sedendum.
9. Item , très culcitras.
10. Item , quinque pravas.
1 1 . Item , sex pulvinaria.
12. Item, sex iodices comunes.
i3. Item, duo orelheria.
1 4. Item , aiiquas gipas modici valoris.
i5. Item, septem iinteamina tam bona quam prava.
16. Item, unam mapam.
17. Item, unam fi'ocham ferri.
18. Item, duas gorgerias et(iam) malhe modici valoris.
ig. Item, copam unius cacobi modici valoris, tenentem unum can-
tarum.
9 0. Item, unam cassiam de cupro modicam.
21. Item, unum bancinum.
99. Item, duo ignipendia ferri sive crumalhs.
23. Item, aiiquem copertorium olle de ferro.
a^. Item, aiiquam secmim sive destral modicam.
95. Item, unum gladium poares ''^ modici valoris.
96. Item, unum gladium rotundum scamellatoris.
97. Item, aiiquas chanenas de ferro.
98. Item, aiiquem graponum de ferro.
99. Item, aiiquam aysetam de ferro modicam.
3o. Item, aiiquas torq(ue)sas de ferro.
3i. Item, aiiquem ferrum de esplieu.
39. Item, aiiquam cossetam modicam de fusta.
33. Item, aiiquam aliam pichetam de ferro.
34. Item, aiiquem alium modicum ferrum d'esplieu.
35. Item, aiiquem marcipium cum i zona modici valoris obratum.
36. Item, aliam pichetam.
37. Item, alium modicum ferrum d'esplieu.
(1)
Un couteau crochu pour tailler la vigne.
— 71 —
38. Item, aliquam rasdayi'am de ferro pro pasta.
89. Item, aliquas forfices sive tésoyras modicas.
ho. Item, aliquem barbos de ferro.
hi. Item, duos marteletos ad ferrandum.
/lu. Item, aliquas alias torq(ue)sas de ferro.
Zi3. Item , alium grapomim de ferro cum paieta.
44. Item, aliquem gladium modicum.
45 . Item , aliquam caysetani modicam et modici valoris de liista.
46. Item , alicjiiadi aysolam de ferro.
47. Item, aliquam tauletam de pasta modicam et modici valoris.
48. Item , unum morterium iapidis.
49. Item, unam bachassiam.
50. Item, duo vasa nullius valoris et sine fuudis.
5i. Item, aliquod doyamenlum vasorum antiquorum.
59. Item , aliquod doyamentum unius gerle modice et sine fundo.
53. Item, unum alium morterium Iapidis.
54. Item, aliquem lapidem bugaderium ^''.
55. Item, aliquem escutum modicum.
56. Item, unam eminam cumulam bladi grossi et nilosi.
57. Item, débet pro uno indumento viridi et clamidi emto per Pon-
cium Gayardi idem Poncius Gayardi xv grossos.
58. Item, habet et recuperavit dictus Giraudus tutor alios xv grossos
a Johanne Mathei pro logerio vinee supradicte de Pratis.
59. Item, de instrumentis antiquis et nullius eficacie xxini".
60. Item, très cossas ordei.
61. Item , quemdam ortum . . .
62. Item, unum ortum. . .
63. Item, unum ortum ad portale Costecalide^^^.
64. Item, quamdam terram. . .
65. Item, aliquod juncherium scitum in Cordio '•^K
66. Item, quoddam gresum scitum ad Serrum. . .
12
i38o, 99 mars.
Trnnsaclio Lnurencii Audeberti et Johatmis Gaslonis genèris sui^'^K
In nomine Domini, Amen. Noverint quod anno Incarnationis ejus-
Une pierre de lessive.
Côtechaude, partie méridionale de la ville de Grignan.
(^^ Quartier du territoire de Grignan.
(4)
Étude citée, reg. Nostrutn, fol. i-3 r".
(»
— 72 —
dem millesimo tricentesimo octuagesimo , videlicet die xxix mensis mardi.
Gum lis , questio . . . seu rancura verteretur essetque diucius ventilata et
ultra nimium verti speraretur inter Laurencium Audiberti de Graynhano
ex una parte, et Joliannem Gastonis notarium, generumsuum et maritum
Antboniete uxoris sue, fdiam (sic) dicti Laurencii, et nomine suo ac An-
thoniete predicte uxoris sue, et ut conjuncta persona ejusdern et dominus
rei dotalis , ex altéra , super eo videlicet quod unus alteti et quilibet per se
et alter ipsorum alteri petebat, et dictus Johannes, suo et quo supra no-
mine dicte uxoris sue, res, bona, jura et actiones infrascriptas et que se-
cunlur: Et primo dictus Jobannes Gastonis, suo et quo supra nomine dicte
uxoris sue, petit sibi dari, tradi, deliberari et restitui bona omnia mobilia
et res que secuntur per Laurencium supradictum socerum suum et patrem
dicte Antboniete , et que continentur in quadam sedula scripta :
1 . Et primo duas capras.
2. Item, sexagenta bruscos^'^ et très apium.
3. Item, tria modia vini meri.
U. Item, dimidium modium vini linphati.
5. Item, duodesim parium sotularium novorum.
6. Item, unum coreum bovinum ablatum caiqueriis.
7. Item, mi" duodenas pellium pelozarum.
8. Item , unum florenum pro francme(n)t. operatorii.
9. Item, esparayre.
10. Item, cavalletum fuste.
11. Item, scagnum in quo sinditur.
12. Item, duas postes de sapo.
i3. Item, novem vasa vinateria.
ih. Item, unam vegetem sive galeya.
i5. Item, unam sartaginem.
16. Item, duas chanenas de ferro.
17. Item, unam cassetam de ferro.
18. Item, duasmensas longas.
19. Item, unam eminam cum dimidia salis.
90. Item , decem postes de nuce.
2 1 . Item , circa unum quintale de canbe.
22. Item, unum cestarium seminis canabis.
28. Item, unam gorgeriam de ferro.
2 4. Item, duos esplyeus de ferro.
26. Item, unam paneriam.
26. Item, unam lanceam de fusta.
27. Item, quatuor lodices.
28. Item, quinque pulvinaria.
''^ Brusc, en patois dauphinois, désigne une ruche d'abeilles.
•>
— 73 —
•2 9- Item, unum aurclherium.
3o. Ilem, decem l nteamina.
3i. Item, iinam mapam operalam.
32. Item, unum almatrassium.
33. Item, unum pic de ferro.
3/i. Item , duas secures.
35. Item, duodecim bachasinos.
36. Item, unam vomerem sive relha.
37. Item , alia frangme(ii)ta sint apreciata ad duos florenos cum dimidio.
38. Item, quatuor aunas tele linee, et una auna lane sive ianie.
39. Item, de lana fîlata profaciendo unum ramum.
ho. Item, viginti rasos amicdalarum.
4i. Item, unam lanternam.
49. Item, unam selam ad equitandum.
43. Item, unum cadumfuste.
44. Item , septem corn utas fiiste.
45. Item, quodam breviarium.
46. Item, duas plenas fenerias feni.
47. Item, duodecim saumatas anone.
Et econversso dictus Laurencius dixit quod solvit et expendidit pro usi-
bus, esplecbis, funeralibus, piis causis, legatis, sainte anime et corpom
Raynumde uxoris sue condam et matris supradicte Anthoniete, iîlie sue et
dicte condam Raymunde' ac heredis , ac cantaribus et reparatione ac susten-
tatione bospiciorum, prediorum et bonorum dicte condam Raymunde As-
térie uxoris sue, ea que secuntur et que omnia infrascripta petit et reqm'rit
sibi solvi, tradi et restitui per dictos conjuges Johannem et Anthonietam
et de bonis ejusdem Anthoniete :
1. Et primo [pro sejpultura Raymunde uxoris sue, . . . matris dicte An-
[thojniete, pro sex [sajcerdotibus , pro quolibet unum grossum, pro clericis
eorum sex patatatos [ad] sumptus . . . dictorum presbiterorum et clerico-
rum.
9. Item, solvit nona die proximo post obitum ejusdem Raymunde [pro]
canta[ri] ipso d[ie, pro] duodecim sacerdotibus mandaiis et qui interfue-
runt ipso die in cantari, pro quobbet unum grossum, et clericis eorum-
dem sex soludos et prandium ipsorum presbiterorum et clericorum.
3. Item, solvit in et pro cantari tresezimi seu trenteni pro duodesim
sacerdotibus xn grossos , et pro clericis ipsorum sex soludos.
4. Item, solvit pro una noale panis legata per ipsam Raymundam , quin-
que sestaria bladi.
5. Item, solvit idem Laurencius Raymunde Flaude pro luminari unura
seslarium bladi.
6. Item, solvit Monelo Garcini pro sereo pasquali unum sestarium
bladi.
— 74 —
7- Item, solvit unam eminam bladi filiole sue filie Michel Treguin-
hani.
8. Item, solvit idem Laurencius miam eminam bladi filie Pétri Roverii
filiole sue.
9. Item, petit et requirit sibi solvi et tradi medietatem fructuum et ob-
ventionum prediorum, bonorum, rerum , et jurium mobilium et inmobi-
lium sive animalium quorumcumque dotalium dicti Johannis sive conjugum
ipsorum, perceptorum per ipsum Johannem et in futurum percipiendorum ,
et prout costat publico instrumento sumpto, facto et signato. . . per magis-
trum Johannem Bernardi de Taulinliano notarium , continentem constitu-
tionem dicte dotis dictorum Johannis Gastonis et Anthoniele.
10. Item, petit et requirit sibi, suo et quo supra nomine dicte Antho-
niete, idem Laurencius filie sue recognosci per ipsum Johannem Gastonis,
et cum débita auctoritate et licentia Pétri Gastonis patris sui, omnia uni-
verssa et singula bona et res mobiles et inmobiles ipsius Anthoniele etc. ,
sibi in dote constitutos ac fructus per eumdem perccptos primi anni et
preteriti, prout convenit et promisit ac justum est et rationabile, pro uti-
litate ipsius Anthoniete et suorum, petitque idem Laurencius sibi solvi
ot tradi per ipsum Johannem Gastonis nomine dicte Anthoniete, causa et
nomine terragiorum nonnuliorum prediorum, et pro parte sibi dicto Lau-
rencio tangente ex dictis terragiis quam aliis de causis usque ad quan-
titatem decem et septem saumatarum et duorum sestariorum bladi et duo
modia vini pro vineis et fructibus vinearum et tralliarum ejusdem An-
thoniete, necnon cerlam pecimie quantitatem ratione constructionis raer-
latorum et muiorum constructorum in ospiciis et supra domibus dicte
Anthoniete tempore dudum lapsso et quo vivebat dicta R(aymu)nda, et
aliam pecunie quantitatem ratione cujusdam compositionis facte cum
domino nostro Graynhani pro dicta Raymunda et criminibus seu delictis
per eam , ut dictus dominus pretendebat , per eandem commissis , necnon
aliam quantitatem pecunie expendite in prosequtione cujusdam litis contra
universitatem de GolonzelUs ''^, et pro deffentione jurium hereditatis ipsius
Raymunde etc. , .
1 1 . Item , et octo saumatas oi-dei quas habebat dictus Laurencius tem-
pore contraclus matrimonii selebrati inter ipsos conjuges Johannem et \n-
thonietam in hospicia dicte Anthoniete.
Tandem partes ipse. . . volentes. . . omnem materiam litium. . . evi-
tare. . . finierunt. . . per modum transactionis et amicabilis compositionis
. . . tractante venerabili et circumspecto viro domino Pelro Beguini, utri-
usque juris baquallario, judice baronie Graynhani,. . . cui dicti domini
Pétri ordinationi. . . ipse partes. . . stare voluerunt. . . sub pena centum
') Culoiizelles , commune du canton de Grigan.
— 75 —
librarum . . . qui quidem dominus Petrus . . . ordinavit ... ut infra se-
quilur :
Et primo quod supradictus Laurencius . . . tradat . . . infra decem
dies proxime futuros, dicto Johanni Gastoni, suo et dicte uxoris sue no-
mine petenti. . . omnia. . . bona et res infrascripta et infrascriplas dotales
et dotaiia etc. , que secuntur :
1. Et primo, duas capras.
2. Item, Lxni bruscos sive alveos apium.
3. Item, duodesim paria sotularium novorum.
k. Item, unum coreum buinum abtatum in chaucherii.
5. Item, iiii" duodenas pellium pelozariim.
6. Item, unum florenum auri pro franme(n)t. operatorii.
7 . Item , unum esparayre.
8. Item, unum scagnum in quo sinditur.
9. Item, duas postes de sapo.
10. Item, novem vasa vinateria.
11. Item, unam sartaginem.
12. Item, duas chanenas de ferro.
i3. Item, unam cassetam de ferro.
i4. Item, duas mensas iongas.
i5. Item, decem postes de nuce.
16. Item, aliquam gorgeriam de ferro.
17. Item , un" lodices.
1 8. Item , quinque puivinaria.
19. Item, unum aurelherium.
20. Item, decem linteamina.
2 1 . Item , unam mapam operatam.
22. Item , unum almatrassium.
28. Item, duos florenos cum dimidio auri pro apreciamento aliquarum
franmentarum.
2/1. Item, iin°' aunas tele linee et unam aunamlanie tele.
2 5. Item, de filo iane filate ad quantitatem unius rami tele.
26. Item, unam selam ad equitandum.
27. Item, unum cadum et septem cornutas.
28. Item, quemdam librum dictum breviarium.
29. Item, duas plenas fenerias feni.
30. Item,. . . ordinavit. . . supradictus dominus Petrus arbiter
quatinus dictus Laurencius de duodecim saumatis anoiie in supradicta [le-
titione supradicti Joliannis Gastonis contentis et supradescriptis solvat diclo
Johanni . . . très saumatas et in messibus proxime venientibus novem sau-
matas anone.
3i. Item, de quatuor modiis vini superius petitis et in petitione dicti
Johannis contentis. . . dominus Petrus. . . ordinavit. . . tradi per ipsum
— 76 —
Laurencium dicto Johanni. . . in proximis vindemiis venienlibus acdelibe-
rari^ex causis predictis et superius contentis duo niodia vini piiri seu meri
et alia duo modia in aliis vindemiis ex tune seu in alio anno proxime ve-
nienli et i médiate sequenti in vindemiis ut est dictum. . .
Acta fuerunt hec Graynhaiii, ia fortalicio dicli ioci, testibus presentibus
Berirando deBlacozio, Garino Aymarii, Bernardo Daiphini. . . etmePetro
Barosti publiée imperyali auctoritate notario.
13
i38o, 16 juin.
Laurentim Attdiberti, recognitio sibtfacta per Johannem Gastonis
ejus generum ^'^.
. . . Anno Incarnationis ejusdem millesimo Iricentesimo octuagesimo
videlicet die sextadecima mensis junii , constitutus magister Joliannes Gas-
tonis de Valreaco, notarius habitator Graynhani, in presentia mei no-
larii et testium infrascriptorum ... ac in presentia Laurencii Audiberti
patris Anthoniete uxoris dieti magistri Johannis, petentis et requirentis
nomine suc et dicte Anthoniete et suoruiii , sibi ])er dictum Johannem bona
fide recognosci res et bona mobiiia et immobilia ac jura per ipsum Johan-
nem a dicto Laurencio habita et sibi dieto Johanni in dotem et pro dote
constituta et assignata. . . prout. . . constare. . . asserunt quodam publico
instrumente facto et signato manu et signo magistri Johannis Bernardi de
TauUnhano , notarii publici , tradita , dehberata et nominata ; qui quidem
magister Johannes Gastonis... publiée recognovit. . . récépissé a dicto
liaureneio ... et pênes se habuisse ac in suum comodum et utilitatem
convertisse et exposuisse res et bona dotalia infrascripta seu que secun-
tur :
I . Et primo quatuor vachias.
3. Item, unum veylassium trium annorum.
3. Item, unum alium veylassium duorum annorum.
h. Item, Ires boysses sive veylaces unius anni.
5. Item, unum vitulum iactantem.
6. Item, unam jungam unius anni.
7. Item, duas capras.
8. Item, unam equam sive roncinam competentem.
9. Item, unum roneinum trium annorum.
10. Item sex saumatas bladi.
I I . Item , de vino mero sive puro viginti cados sive barralia.
^') Éliule citée, reg. Nostrnm, foi. 11 v'-iS r°.
— 77
13. 1
lem ,
i3. ]
tem,
i4. ]
lem ,
i5. ]
tem,
i6. ]
tem ,
17. ]
tem ,
18. ]
tem,
19.]
tem,
20.
tem,
magua (
[uam
21. ]
tem,
22.
tem,
23. ]
tem,
24.
tem.
25.
tem.
26.
tem ,
27.]
tem s
28.
tem,
29. ]
tem ,
3o.
tem ,
3i.
tem ,
32.
tem ,
33.
tem.
34.
tem ,
35.
tem,
36.
Stem ,
37.
tem ,
38.
tem,
39.
lem,
4o.
[tem ,
4i.
[tem,
42.
tem.
43.
[tem,
44.
[tem ,
45.
[tem ,
46.
[tem ,
47.
[tem,
48.
[tem ,
^.
[tem ,
5o.
[tem,
5i.
[tem.
52.
[tem,
53.
[tem ,
septem duodenas formarum fuste.
duos gladios rotundos.
unum gladium sive trenchet.
unum esparayre de ferro.
unum chavalletum fuste.
unam conchiam iapideam.
unum doyre.
unum bancum fuste in quo sindilur.
decem et octo vasa vinateria tam bona quam prava et lam
pai'va.
duas tinas sufficientes.
duas gerias chauchanoyras.
quatuor cada sive barrais.
sex cornutas.
duo cantara competentia.
unum lapidem olei.
septem arcas , in quibus seu inler quas est una prava.
undecim scrinea.
duos cacobos.
duas sartagines.
quatuor coquipendia sive crumahis.
ali([uas cbanenas de ferro.
quasdam crumalherias de ferro.
unum cloquear ferri sive culhiera.
unum graponum ferri.
unam gratusam ferri.
unam ollam metaili esberchalam.
duos pitalphos stanhi parvos.
duo scagna sive archibanca cum una taula de sapo.
unam taulam rotundam.
très taulas iongas.
septem seias Iongas.
X sellas parvas.
duodecim paraccides fuste.
sex cissoria sive talhayres.
duas saierias fuste.
unum sestarium iiguminis. ' .
unam tunicam ferri.
unam gorgeriam ferri.
unum bancinium ferri ad antiquum modum.
unum espiyeu ferri.
unam pereriam ferri.
très lanceas.
— 78
54. Item, quasdam sive aliquas dispioydes.
55. Item, unum scutum fuste.
56. Item, tresdesim flasatas tam bonas quam pravas.
57. Item, quindecim puivinaria.
Item , très culcitras.
Item , duo aurelheria modici vaioiis.
Item , viginti scx linteamina tam bona quam prava.
Item , duas mapas operatas.
Item , duas mapas parvas.
Item , unam longeriam.
Item, duo almatrassia.
Item, unam eyssetam parvam.
Item, unam securim.
Item , duas pichas ferri ad interfodendum.
Item , duos barletos magnos et duos parvos.
Item , unum gladium fausenc cum manibrio ferri.
Item , unmn ferrum vocatum uina.
Item, unum sive aliquod instrumentum dictum suvent. munituni.
Item, unum sive aliquod aliud instrumentum dictum piano munitnni.
Item , aiiquam serram traverseriam.
Item , unam aysetam ferri.
Item, unam doladoyram ferri.
Item, unam molam lapidis niunitam.
Item, unum sive aliquod tarayre ferri.
Item , unam sarpam pravam.
Item , unam aysolam ferri.
Item , duas jafFas ferri.
Item , quatuor aunas tele linee.
Item , unum eminale pravum.
Item, duo morteria lapidis.
Item duas saumatas bladi.
Item triginta et quatuor florenos auri boni et fini, ad quos xxxiiii'"
florenos fuerunt apreciate, per nonnullos viros amicos communes parcium
predictarum, videlicet Johannem Gastonis et Laurencium Audiberti, res
que secuntur, videlicet sexaginta brusci sive alvei apium, pro duodecim
paribus sotularium novorum pro quatuor duodenis pellium pelozarum,
pro fracmentis operatorii, pro duabus chanenis ferri, pro decem posti-
bus de nuce, pro franmetis alterius cujusdam operatorii, pro filo fdato
unius rami , pro duabus feneriis plenis feni ...
Acta fuerunt hec et condita apud Graynhanum, in domo quo tenetur
curia dieti loci, testibus presentibus Poncio et Giraudo de Graynhano
fratribus, Guillelmo Meruli, Poncio Ferrandi, dicti loci, Lanberto de Mon-
brando domicello de Montesecuro , et me Petro Barasti publico etc.
58.
59.
60.
61.
62.
63.
64.
65.
66.
67.
68.
69.
70.
71-
72.
73.
74.
75.
76.
77-
78.
79-
80.
81.
82.
83.
84.
85.
— 79 —
\^
i38o, 3o septembre.
Johannete uxoris Anthonii Aulanherii recognùio
bonorum dotalium^^\
. . . Anno Incarnationis ejusdem miilesimo trecentesinio octuagesimo ,
videlicet die ultima mensis septembris , . . . Anlhonius Aulanherii, de. . . ,
Vasionensis diocesis, habitatoi' nunc Graynhaui, Diensis diocesis. . . confes-
sus fuit. . et. . publiée recognovit. . . ipsuni Anthonium habuisse et rea-
liter récépissé de bonis et rébus dotalibus ipsius Johannete et in suum
comodum et utiUtatem convertisse. . . res et bona et animalia ^^' mobilia et
inmobilia infrascripta et infrascriptas que secunlur :
I . Et primo quinque saii matas bladi.
9. Item, très eniinas leguminis fabarum et cizerum.
3. Item, très cados vini puri.
4. Item, unum partitorium de ferro competentem et bomim pio ina-
cello.
5. Item, unum ligonem bonum et competentem.
6. Item, unam securim.
7. Item, unam tinam tenentem circa viginti saumatas racemorum.
8. Item, duo vasa conipetentia et tenentia quodlibet circa xii cados ses-
teyrales.
9. Item, duas cornutas.
10. Item, duo scrinia competentia tenentia quodlibet circa unam sau-
matam.
II. Item, unum pisirinium.
1 2. Item, unum ai-chibancuni.
i3. Item, duo coquipendia sive crumahls de ferro.
1 U. Item , aliquas chanenas de ferro.
i5. Item, aliquas crumalherias de ferro.
16. Item, aliquam gratusam ferri.
17. Item, unum cacobum tenente(m) plénum cautarum aque.
18. Item, aliquam peyrola(m) cupri competentem et bonam.
19. Item, unam sartaginem bonam.
20. Item, unam aliam perfor[a]tam pro castaneis abtandis.
21. Item, unum morteriuin lapidis cum politrigerio sive pello.
22. Item, aliquam taulam sive nienssam.
"1 Etude citée, reg. Nostrum, fol. 35 v°.
-' Addit. du temps dans l'original.
2 3. Item
26. Item
lam vini.
2 5. Item
26. Item
— 80 —
très seias iongas.
quatuor pitaiphos stanhi leuentes quiiibet diinidiam quai--
duos alios parviores.
duos porcos comunes.
27. Item, duas vachas juvenes et compétentes.
28. Item, unam jungam duorum annorum.
29. Item, umim veyiacium trium annorum competentem.
30. Item, decem oves blales et compétentes.
3 1 . Item , quatuor capras compétentes et blaies.
32. Item, octo florenos am-i.
33. Item , unum bancinetum aibarionatum.
34. Item , aliquos gaudeletos.
35. Item, unum ensem et unum enchile sive bloquier.
36. Item, unam culcitram lane competentem cum piunia.
37. Item, unum almatracium.
38. Item, tria pulvinaria competentia.
39. Item, très lodices albos.
Ao. Item, unum alium lodicem de coloribus.
4 1 . Item , unum alium lodicem modicum.
liù. Item, quindesim linteamina quorum novem sunt magna.
43. Item, très mapas operatas, duas scilicet magnas.
44. Item, unam aliam mapam planotgam.
45. Item, unam eminam grane canapucii.
46. Item, de canpe ad faciendum nii" ranios tele.
47. Item, de fdo lane ad faciendum très aunas tele :
Que quidem omnia . . . bona et res dotales et dolalia supradictas et supra-
dicta dictus Anthonius confessus fuit habuisse et realiter récépissé et.nume-
rasse, et in suum comodum... et utilitatem convertisse et exposuisse, et
de quibus quidem bonis et rébus dotalibus supradictis ipse Anthonius
et ratione dicte dotis se bene habuit et tenuit pro pagato et contento . . .
Actum Graynhani, in hospicio habitationis. dictorum conjugura. . . et
me Petro Barasti etc. . .
15
i38o, 6 novembre, et i38i, 1" août.
Dacio tulele Guillelmete filie Raymundi Gilberni^^\
Et inContinenti dictus Johannes tutor volens et cupiens . . . inventarium
facere et incipere. . . dixit. . . se invenisse de bonis comunibus dicte pu-
^'^ Étude citée, reg. Nosirmn, foi. 87 v°.
— 81 —
piile et ipsius Johannis : quoddani hospicium suum scitum in Castro Gray-
uhani . . . Aclum fuit hoc Graynhani . . . Postque , anno Incarnationis Do-
milii m" m' lxxï primo , et die prima mensis aiigusti , supradictus Johannes
voiens et cupiens de bonis et rébus dictorum Johannis et Guillelmete mo-
bilibus et immobihbus suum inventai'ium inceptum perficere et com-
jdere . . . confessus fuit . . . invenisse de bonis predictis ea que sequntui" :
I . Et primo , quamdam arcam sine cubriss.
9. Item, una tina capacitatis circa xvm somataruni.
3. Item , aha tina capacitatis trium somatarum.
h. Item una arca capacitatis circa sex somatarum.
5. Item, aiia minor arca capacitatis circa duas somalas.
6. Item , aiia arca capacitatis circa unani saumatani.
7. Item, unum vas capacitatis circa x baraliium.
8. Item , unum vas capacitatis circa duorum baraliium.
9. Item, alia duo vasa vinaria modici valoris.
10. Item, unam cornuam plenam ordeo.
I I . Item , unum eminale.
12. Item, bachaciam plenam instrumentis.
i3. Item, unum saculum plénum instrumentis.
1 II. Item , unam sartaginem.
i5. Item, unum vas vinarium capacitatis circa quinque baraliium.
16. Item, unimi quoquipendium garnitum.
17. Item, unum parvum barellinum.
18. Item, due serre.
19. Item, unum llagelium.
20. Item, unam secm'im.
9 1 . Item , duas flazatas liquoris rubeis.
99. Item, alia llazata diversorum colorum liquat. '. . .
9 3. Item, alia bona llazata rubea.
ai. Item, aliam bonam flazatam albam liquat. et rubeis.
25. Item, unam culcitram plumeam bonam.
96. Item, unam aliam cidcitram plumeam modici valoris.
27. Ileiu quinque cussinos plumeos.
•iS. Item, unam tualiam.
îjg. Item , una ayssata.
3 G. Item, una rilia.
32. Item , duo barallia modici valoris.
33. Item , duas picherias.
dli. Item , unus caletus ferri.
35. Item, unus scripneus capacitatis quinque eminarum.
36. Item, alius scripneus capacitatis unius sestarii.
37. Item, duo brocherii fem.
38. Item , scripneus modici valoris.
AnCHKOLOGIE. ■ 6
— 82 —
Sq. Item, alius scripueus modici valons,
ho. Item, unum scanum pro sedendo.
h 1 . Item , unus rqorterius cum pesteilq,
42. Item, una ovis alha.
43. Item, unus cacabus.
A4. Item, aiiud hospiciuni scitum ibidem in platea juxta hospicium
Bertrandi Mirapelli ab una parte et ab alia via qua itur ad ecclesiam.
Actum Graynhani , in'domo ipsoruw pupillorum . . .
16
i383, 11 et 19 septembre.
Liberorum pupilloimm Guiilehni Gachonis et bonoi'um eorumdem dacio tutele
Bile relicte dicti Guillelmi Gachonis condam et Qirando corumfilio^^'.
Anno quo supra et die in crastina que fuit dies xii dicti mengis septembris ,
supradicti Biia et Giraudus . . . voientes , . . inventarium inceptum perficere
et complere . . . confessi fuerunt . . . invenisse de bonis prediclis ea que
sequntur :
1 . Et primo unum cumacle.
9. Item , quasdam chenenes.
3. Item, una s(ar)tago.
4. Item, unum cacabum.
5. Item, unum veru.
6. Item, duas essas.
7. Item , una securis.
8. Item , una rilia.
9. Item , unum marteilum scindent.
10. Item, unum testu.
1 1 . Item , una tibia.
1 9 . Item , una serra.
i3. Item, unum estare ferri.
i4. Item , unum albernins.
i5. Item, una s(er)valeri.
16. Item, una moia.
1 7 . Item , unum tenebrum grossu ni .
1 8 . Item , duas parvas cereval.
19. Item, una arbaiesta cum suo torno.
9 0. Item, unum ovmeuni.
'■' Étude citée, reg. Nostrum, P laS v° h.
— 83 —
2 1. hem, ununi boclier.
aa. Item, unum paneis''^.
aS. Itoin, très serras pro blado.
9.h. Item , unum scanum.
95. Item, unum scrineum.
96. Item, unum aliud scrineum sine coperto.
97. Item, unum bastum.
98. Item, una briola.
9y. Item, una sella.
30. Item, una arca sine coperto.
3 1 . Item , aiia arca capacitatis circa ix sauraatarum.
39. Item, alia arca capacitatis circa quinque saumatarum.
33. Item, aliud scrineum sine coperto.
34. Item , duas flazatas.
35. Item , una culcitra.
36. Item , duo pulvinaria. *
3y. Item, unum [vas] vinarium capacitatis circa xn barallium.
38. Item, aliud vas vinarium capacitatis circa xii barallium.
89. Item, una mosteria capacitatis circa v barallium.
ko. Item, alia minor musteria capacitatis circa nn" barallium.
ki. Item, alia mosteria capacitatis circa ni barallium.
49. Item, unum dolium capacitatis circa xvni barallium.
43. Item, una tina calcadoire.
Uk. Item, duas cornuas.
45. Item, una tina magna.
46. Item, una langeria.
47. Item, una china [sic) pro vino.
48. Item, una aiia mola.
49. Item, una alia briola pai-va.
5 G. Item, alia briola.
lu coquina :
5i. P(rim)o, una briola.
52. Item, una salla.
53. Item, unum morterium.
54. Item, unum picherum stagneum.
55. Item , nnas chananès.
56. Item, una gierla pauci valoris.
57. Item , unum pistrinum.
58. Item, una asilla cum auo pullo.
59. Item, unum magnum pullum assininum.
60. Item, circa octo saumatas bladi.
<') Panéa, mot patois dauphinois, veut dire panier.
— 8/1
Bona inmobilia :
Actum Greynliani iu domo dicti Giraudi etipsorum piipillorurn , testibus
presentibus . . . Michel de Arendar de Bellicio , Johanne Arm. , G" de Gre-
nhano mo(ii)alco, Petro Begererii, Jacobo Roseti clerico, et me Petro
Barasti etc. . .
17
1890, 34 octobre et 28 novembre.
Processus et inventarium bonorum nobilis Pétri Castrinovi'^^' .
Anno Doraini m" ccc" nonagesimo , et die xxiiif mensis oclobris , qaa die
nobilis Giiiota filia et hères ex testamento nobihs Pétri Castrinovi de Ca[n-
tajmeruhs, Tricastrinensis diocesis, citari fecit legatarios et creditpres
dicti nobilig Pétri patris sui condam , comparituros hoc die , hora tercia-
rum, in presenti curia et coram nobili viro Petro Barasti, bayllivo tocius
baronie Granhani, visuros incoari inventarium quod facere intendit ipsa
nobihs Guiota de bonis hereditatis dicti nobilis Pétri patris sui condam, et
ejus perfexionem si comode fieri possit, cum cominatione quod, sive ve-
uerint sive non, ad incoationera dicti inventarii ejusque continuationein et
perfectionem procedetur ut ordo juris dictaverit , ipsorum vel alterius eorum
absentia, si que fuerit, in aliquo non obstante, et hoc voce preconia in
dicto loco de Gantamerulis facta pubhce, ubi dictus nobilis Pelrus de-
cessit.
Postque, paulo post,... coram... domino bayllivo dicta nobilis Guiola
dicens et requirens . . .
. . . Illico dicta nobilis Guiota. . . cum auctoritate, hcentia nobilis
Poncii de Monte Ruffo viri sui presentis. . . in quantum indiget, dicens
se primo invenisse de bonis et hereditate predicte :
I. Queddam hospicia cum curte et orto sibi contiguis sita infra locum
de Gantamerulis, confrontata a parte orientis cum carreria publica ethos-
piciis Giraudi Danielhis et a parte occidentis cum via publica qua itur versus
ecclesiam sancti Mauricii , a parte vero bore cum hospiciis Poncii Vincencii
et quadam androna , et a parte venti cum barrio.
9. Item, in caméra que est a parte venti fuit reperta aliqua canlitas
avene infrascripta videlicet xxxxv ras , item de ordeo vu*"" eminas , item
xxnii" sestaria anone.
3. Item plus , tradidit nobihs Guillelmus Raymundi castellanus xxin ses-
taria cum dimidio anone.
II. Item plus, VI sestaria bladi.
^'^ Etude citée, reg. coté Melliora, ï" i-3.
— . 85 —
5. Itom, iinum bancinelum cum caramalho et viseria.
6. Item, duo paria cantelletorum talium qualium.
7. Item, I glaviurn sive lansam.
8. Item , I ignipendum.
9. Item , iiaam tabulam de sapo.
10. Item, I slaiinum ad sedendum,
1 1 . Item , unam cornutam debiiem.
1 2. Item, I eminam cum dimidia grane canapis.
i3. Itemj I barletum olerium.
ih. Item, I piantatoriam cum acumine feri.
i5. Item, balastonum viginuimm taie quale.
1 6. Item , unum panerium modici valoris.
17. Item, duas bachacetas parvas.
18. Item, I diayonum ad pasandum bladum taie quaie.
19. Item, I scrineum de nuce cum cubersello taie quale.
20. Item, unam palam.
9 1 . Item , XI rassos amicdolorum.
92. Item, de nucibus ix rasa taUa qualia.
93. Item, unum coble sive catenam feri ad estachandum canes.
2/j. Item, 1 librum calcerium taie quale.
95. Item, I candelabrum fieri (lisez ferri) cum tribus dueUiis.
26. Item, I cotam raria(m) malhe sine manicis talem qualem.
97. Item, I espiout.
98. Item, I drayetum de coreo taie quale.
99. Item, I médium glavium.
30. Item, I rete piscatoris vocatum chapays taie quale.
3 1 . Item , in parva caméra, i magnum pistrinum anticum modici valoris.
39. Item, II cofros antiquos feratos, quorum i est modici valoris et
aller taie quale.
33. Item, unam mayt talem qualem ad pastandum.
3/i. Item, quanddam percbes ad piccendum canapum, parvi valoris.
35. Item , I eslordier cujus tela est nullius valoris.
36. Item, v nolas sive sonaihas tam bonas quam pravas.
37. Item, unam archam farneriam antiquam sine copercelio.
38. Item, i seslarium de mes cum dimidia emina.
39. Item, II manoli deseparati.
ho. Item, medietatem unius porte sive uyserie.
hi. Item, H saumatas bladi.
^2. Item, I tuelam tele perforatam.
43. Item, i circulum cum de racemis'^'.
('J En Danphiné, on conserve souvent les raisins en les attachant à un cercle
suspendu au plancher.
klx.
Item ,
45.
Item ]
46.
Item ,
47.
Item ,
48.
Item,
^9-
Item ,
5o.
Item,
5i.
Item,
52.
Item,
53.
Item,
anulos
fuste.
54.
Item,
55.
Item,
56.
Item,
57.
Item ,
grossa
sive d(
58.
Item,
59.
Item,
60.
Itfem,
61.
Item,
62.
Item,
63.
Item,
64.
Item,
65.
Item,
66.
Item c
67.
Item,
68.
Item,
69.
Item,
70.
Item,
71-
Item ,
72.
Item,
73.
Item,
74.
Item,
75.
Item,
76.
Item,
77-
Item,
78.
Item,
79-
Item,
80.
Item,
81.
Item,
82.
Item,
83.
Item ,
84.
Item ,
1 scirouc ferri.
tem plus, de anona xxxii sestaria et eminam.
omne summes anone, avené et bladi ordei sunt sine gietis.
I emiua sisera.
I escodiam f( . . . ).
I aysetam.
ni eminas tam de fabis quam danàtolis qtiam de pissa,
m tauleyronos modici valoris.
II porcos comunes et 11 parvos et unam suim.
unam magnam tinam de corquofe cum un" enchaines sive
unam tinam parvam cum t\ serculis.
unam folayoram.
II cados vinatarios.
I vas querquoris plénum vini meri capientem xix baralia
îschandil.
II vasa vinaria, capiente quolibet i modium.
I alium vas capientem xv vel xvi baralia.
VI vasa vacua comunis forme et i mosteriam vacuam.
viii'" trabes in quo sUstentantur vassa apellata pontilii.
II barietos taies quales.
i tarayre et ti tat-avelhas.
unam tauleta petita.
unam cornutam.
quasdam binas munitas de cordis.
L tegulas.
iinatti cellam basti talem qualem.
II cbavilharios fiiste taies quales.
I siveriam ad portandum fimum.
m furcas palherossàs.
I bonum bast et unam bonain basleriam.
XX pecias poldie, iriter quds est iihus gnalhus.
I eschaletam.
I tauleriuiïi pSrvi valoris.
I palam feni.
I aysatam feri.
I morterium lapidis cUm ii pistellis.
I seram.
II maydes per pastanduiii.
II maydetas parvas taleiS quales.
IX bachasestas cum 11 paUiaconis.
unam securim.
I halansas parvi valoris.
— 87 —
85. Item, i pellem mutonis et i coreum vituH.
86. Item, m quicenia, i bancinam cupri.
87. Item, I parvum .cocobum lalem quaiem.
88. Item, i cassetam parvam.
8q. Item, i ferrum assignandum scutellas et un" graponos.
90. Item, I gratussam.
91. Item, I cornutam in quà tènëlUf eptiltliri pot-coruiiâ.
92. Item, I verum.
98. Item, II candelabros.
96. Item, I martellum ferratorem cum tenÉtCuIis et bota âd parâtidum
pedes equorum.
96. Item, I sarpam talem quaiem.
96. Item, II securim sine manubrio.
97. Item, I cantarium in quo tenetut àqiia.
98. Item, II sartagines.
99. Item, 1 ignipendium.
100. Item, I chaifa fuenc.
101 . Item, I culheriam cura quà scumatiil* rilla.
109. Item, I tabulam cUm it tablilariis.
io3. Item, I tabulam rotondam.
10 4. Item, n scannos.
io5. Itetil, II gladios modici valoris.
1 06. Item , II parkccides stagneàs.
107. Item, V quathinos stagnéOs.
108. Item, II platellos stagneos.
109. Item, V pitalphos stagni tam pal^^Os ^atn ttlïlgnbs.
110. Item , I aygaderiam.
111. Item, V sellas ad sedendum. ■
119. Item, I cbanenas.
1 13. Item, II rasda mayt.
il h. Item, I parvum veru ferri sine pedibus.
11 5. Item, I tirabrasa.
116. Item, I saleriam sine cubersélla.
117. item, il citberêellas ferri.
Item, secuntur designationes instrumentorum :
118. Et primo, quoddam instrumenlum emptiottis CUJUsdam prati cum
terra factura et sigiiatum, ut in eo légitui*, manU et sigiio Johâhnis Glavelli
notarii, sub anno Domini m" ccc° lvi ëi die xvî tîiensls dfecembfis. . .
1 1 9. Item , I partes in qua addiscuntur plieri.
19 0. Itenl, I côfrë.
191. Item , I escrinerium modicum tëtiëfitëiii circa it sestafia.
12 2. Item, II aliud scrineatam modica quam magna.
123. Item, I cornutam.
88
194.
95.
96.
[27.
99.
i3o.
;3i.
32.
i33.
yU.
35.
i36.
37.
38.
.39.
ko.
Mi.
43.
.44.
45.
46.
.47.
48.
.49.
i5o.
5i.
[52.
[53.
[54.
55.
Item,
.56.
[57.
[58.
159.
.60.
161.
[6-2.
[63.
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
Item
II faycerias.
I cadum.
I mensam.
I cannum.
I postem.
I saleriam fuste.
iiii modicos massonos canapis.
I encem.
I mataias.
i lodicem paratam.
I treslis diversis coloribus.
II puivinaria.
I serram.
XIII lintieamina taiia qualia.
m mapas taies quales.
très manitergia talia quaiia.
II lodices paratas.
I iodicem talem quaiem.
II cuicitras tam bonas quam pravas.
V puivinaria.
I esciiania.
m sedas ad pasandam farinam tam modica quam magna.
VII grumeselios fdi lane tam magnos quam modicos.
I maydetum taiem quaiem.
XVIII catinos fusteos.
XXII paraccides fuste.
II plateiios fuste.
I culcitram.
I iodicem paratam.
I copertorium diversis coloribus modici valoris.
I eminale.
ni boves, quorum duo sunt boreti et alter saur.
sequtlur de animalihus bovinis.
Et primo sex vaxsas portancia vituia quorum una est saura.
Item, est una alla yermelha.
Item, unam aliam est quod est borassa.
Item, I aliam pili gruelha seu piii nigri vel pili rubei.
Item , I unam aliam sauram.
Item , I aliam maurinam seu quasi nigram.
Item , II vitulos unius anni quorum unus habet ventrem album.
Item , alter est maurinus.
Le Pèffue, commune du canton de Grignan.
— 89 —
i64. Item, II vitulos anni presentis, quorum ambo sunt rubei et unns
est masculiis et alius ferneHus.
18
1891, 98 février.
Prise en charge par noble Philippe Armand de Montségur,
des biens des filles de Dalmatius de Novaysano, ses pupilles '^'K
1. Quoddam hospicium in quo est quedara turis, scilum infra locum
presentem Montissecuri , quod confrontalur a diiabus parti bus cum car-
reriis publicis. . . Et incontinenti . . . uobilis Philipus tutoi-. . . confessus
fuit reperiisse de bonis mobiiibus dictarum pupillarum bona et res mobiles
que secuntur ;
2. El primo , unus iodex modici valoris.
3. Item, unam vanoyam modici valoris.
h. Item, tria pulvinaria talia qualia.
5. Item, unus aureUierius Alexandrii.
6. Item, quator banchalia talia qualia,
7. Iteiu, unam culcitram.
8. Item, unum mataiassium.
9. Item, duos carrellos, unum fractum et aiium bonum.
10. Item, unam archiam talem qualem, tenentem circa quator sau-
matas.
1 1 . Item , unum barrale.
19. Item, unam caxiam pai*vam.
i3. Item, unum parvum scrineum sine copercello.
1 4. Item , VII cormiou.
i5. Item, unum cantai'um sive broc.
16. Item, unum veru sive astil cum pecoUo.
17. Item, unum tirabrasier ferreum.
18. Item, unam padeilam.
19. Item, VII andes.
9 0. Item , unam destralem.
2 1 . Item , una eysa sive fessor.
22. Item, duas chanenas taies quales.
28. Item, unum cloquear ferreum pertusatuin.
^h. Item , unum grapo de ferro.
25, Item, quasdam brustias.
^'' Etudo citée, reg. MeUiora, foi. 36-().
— 90 —
26. Item, linum candelabrum feri'i.
27. Item, VII trenchayre ferri,
98. Item, duos marteilos ad ferrandum,
29. Item , unum eschaipre.
30. Item, unam rosoyram de ferro.
3i. Item, umim guionetum'^'.
82. Item, unum crucibalum sive chaielh ferri,
33. Item, unum crumalh magnum terri.
34. Itetil , ftiés copercelias ferH.
35. Item, unum multrale sive tnorliér iapidéunl ciint pestëllo ftiStis.
36. Item, très barlets taies quales.
87. îtem, uiiura barlelum oley, tetienlëm quatuor brôcheilos.
38. Item, unum magnum piatéHum fustis.
39. Item, VI talhayres et très pàrâcldes fiistë sivè sCûeylas.
/lo. Item, v' scuylos.
kl. Item, duas feycellas.
42. Item, unum parvum cofredum viride sine copercello.
43. Item, unum tabularium de chaquis.
44. Item unam escalam.
45. Item, unum eyborderium.
46. Item , duas sellas in quibus hoMo cedet.
47. Item, très bachassias, unam magnam et duâs pafvàs modici va-
loris.
48. Item , duos tabubires in quibus pohitUi* pastà.
49. Item, unam palam fuste fractam.
50. Item, unum bonum scrineum quod est ad incantum.
5i. Item, u nus gladius poares**'.
52. Item, duo vasa quorum quiUibèt non habët nisi unum bodium sive
buey modici valoris.
53. Item, unam mensam nucis sive tabulam.
54. Item, unum pistrinhum sine copercello tenentem unum Sèste-
rium paste.
55. Item, unum panem.
56. Item, unum peyrol tenentem dos brocs, quod Hàbet Giiilhelmus
Roberti, de Sancto Restituto '^\ in loco Monlissecuri.
Item, dixit dicta Margarila quod nobilis Dalmacius traspoltavit bona
mobilia inlrascripta in loco de Glansays et quod ipsa ittlpigtloravit pro
funeralibus et mortalagio dicli Dalmacii condam divetsiâ persoUis , et quod
[ea] vel pai'tem eoruni pênes se habet in diclo locO.
^'^ En dauphinois, un goiiyet ost une potite serpotte.
(^î Un couteau à taiiler (pouer, en patois dauphinois) la vigne, les arbres.
^•'') Saint-Restitut , commune du canton de Saint-Paul-Trots-Châleaux.
— 91 —
5 y. Et primo quatuor lodices modicos, très diversorum colorum et
unam albam.
58. Item, tria pulvinaria, unum de lunello et duo îane.
69. Item, unam vanoyam parvam.
60. Item, unum coper(orium sthacatum.
61. Item , quatuor linteamina.
62. Item, unam mapam operatam.
63. Item, unum fiscuium.
64. Item, unam cossam.
65. Item, aliquas piétines de ferre pro lana.
66. Item, unam palam ferri.
67. Item, unum carrellum sthacatum.
68. Item, unum fiscuium plénum instrumentis.
69. Item, de filo canipis cirea x libras.
70. Item, VII rami teie linee.
71. Item, unum pitalphum stanlii.
Protestans insuper dictus nobilis Philipus tutor quod, si et quando-
cumque et quocienscumqiie ipsum aiia bona aliqua mobilia et inmobilia
dictarum pupillarnm ad ejus noticiam pervenire contingerit , quod ea
omnia in hoc presenti instrumento et inventario. . . scribi faciet. . .
Actum etc . . .
19
1399, 99 octobre et It novembre.
Inventartum benorum Lantelmt Puelli^^K
Anno Domini miliesimo ccc° nonagesimo seconde et die xxîx octoljris ,
cum Lantelmus Puelli de Graynhano condam dies suos clSuserit extrêmes
incondito testamento, relictis sibi Bertrana uxore sua et Johannn, Ber-
trando, Andrineto ac Durono liberis suispupiliis et inpuberibus ac comu-
nibus ipsorum Lantelmi et Bertrande , et , cum bona et hereditas mobilia
et inmobilia dicti condam Lantelmi et pupillorum suorum predictorum
sint et remaneant indefenssa , Petrus Barasti bayllivus baronie Graynhani
tam pro interesse suo et sue curie quam pro asservatione dictorum bo-
norum et jurium dictorum pUpillorum, habite prius a dicta Bertrana
juramento ad sancta Dei euvangelia per eamdem prestito corporali quali-
mis pro utilitate predicta ac premissorum eccasiene ^t omnein sùspitionem
('' Etude citée, note orig. sur pap. inséré entre les fol. a a et a 3 du reg.
coté Beus. — Un acte des k et 8 nov. 1893, de tutela liberorum Lantelmi Puelli
condam data et décréta Stephano Puelli, inscrit au folio ai de ce registre, répète
cet inventaire et fournil les variantes marquées que nous indiquons par la lettre B.
— 92 —
apud eam et aiios quoscumque removendam , sub pena x flor(enorum) auri
cur(ie) seu fisco domini nostri Graynhani si secus faceret applicanda, dicat,
nominet et revelet orania universsa et singula bona mobilia et iiimobilia
dictorum pupiilorum et eidempertinencia,ac scribi faciat per me notarium
seu scribam dicte cur(ie).
1- Et p(rim)o, hospicium. . . in quo est.
2. Unus escrineus.
3. Item, una sartago.
à. Item, unum cucupendiurn.
5. Item , unus iodex.
6. Item, VI linteamina.
y. Item, unum barrale sive cadus.
8. Item, duo cantaria.
9. Item, unam sarpam.
1 o. Item , due taravelle , una magna et una pana.
1 1. Item, unum bansi.
19. Item, una cou [B. unam cutem sive cou].
i3. Item, un guionet.
i/fi. Item, unum clucbo sive sonaiho (B. duo sonaihoni sive cluchos).
i5. Item, due raydoyre [B. duo rasoraria sive raydoyre].
16. Item, unum ligonem |R. unus bgo sive fessor].
17. Item , unam securim.
i8. Item, duo barleti tenentes quemlibet dimidiam quartam.
19. Item, duas copercellas.
20. Item, una sera [B. serra] ad metendum biada.
21. Item, unum aratrum munitum sive garnitum ()ro animalibus
azininis.
2 3. Item, unum eyborderium.
28. Item , unum tamis.
ûli. Item, una picha.
90. Item, quinque bachassias tam magnas quam parvas.
26. Item, v* paihassonos.
27. Item, unam mayt.
28. Item, unam paiam fiiste.
29. Item, due fiscl(ar)e prave.
30. Item, duo fisclari beroerii [B. duos fisclaros beroyers].
3i. Item, unum flagellum sive escossors*''^
32. Item, unus lapis buiaerius.
33. Item, duo quaiquaria [B. calcaria] maie garnita.
'dh. Item, unum doyre terre tenentem v' brochellos.
35. Item, una emina ordei palmo.
'' Esroure on dauphinois veut dire balti-o. du lalin soulevé.
— 93 —
36. Item, dimidia emina fabarum.
37. Item, una emina milii.
38. Item, una mapa et ununi manutergium operala.
39. Item, una lancea.
40. Item, unum multrale cuni turribulo [B. cum pesleiloj.
lii. Item, unum plateilum fuste.
Aa. Item, una cossia jaysiarum.
63. Item, unum modicum chandelabrum [B. candeiabrum].
hd. Item, unum cornet [B. un cornet].
i5i5. Item, una eschanha.
/i6. Item, una cella ionga.
hj. Item, VI para pcides.
48. Item, duo cissoria.
4c). Item, unum cloquear,
5o. Item, duos cumulos breni '*'.
5i. Item, duo belsoni.
.52. Item, unum rastellum ad rastellandum.
53. Item, unum congienh [B. un congienh in quoponuntur t'urchej.
bh. Item, duo basti [B. duos bastos].
55. Item, de fdo canipis nii libre.
56. Item, una libra fili lane.
57. Item, una gipa [B. quasdam gipas].
58. Item, una mosteria tenens n cados, qui est in Colunzellis.
59. Item, un coble alliorum'"'.
60. Item, débet Jobannes Driveti dictis pueris m eminas biadi | B.
débet dictis pueris Jobannes Driveti moiendinator m eminas bladi]. . .
20
1899, avant ie 18 décembre.
Inventarium bonorum Raymundi Pasqualis condam '*'.
1 . Et primo quoddam bospicium scitum infra iocum Grayiihani.
2 . Item , quasdam terram et tralhiam scitas ad Prata.
3. Item , quamdam tralhiam scitara in dicto loco ad Prala.
h. Item, quamdam terram.
5. Item, una azella.
('' Deux tas de son. Bren, mot dauphinois signiliant le son, partie grossière
du blé moulu.
'^^ Un crible d'ails. Cuble , mot patois dauphinois signifiant crible.
''' Etude citée, note du temps et de la main de P. Barast, Intercalée entre les
loi. -jo et 31 du registre cote Dms.
— 94 —
6. Itéra , tria scrinea cum copercellis.
7. Item, unam archam tenentem v' saumatas.
8. Item, I archibanc.
9. Item, una tina tenens xx" saumalas de quercore,
10. Item, très mosterie, quarum due tenent vi cados queiibet, el una
est in hospicio Ay, de Graynhano et altéra teqet uii"' cados.
1 1. Item, una sarpa.
12. Item, unus iigo.
i3. Item, due celle ad cedendum*'' niodicum longe,
lû. Item, unum raultrale cum pestello.
i5. Item, unus lapis oieerius.
16. Item , una fiirca fuste.
17. Item, una targia sive scutum.
18. Item, una pereria.
19. Item, duo lodices quorum unus est in ecclesia.
9 0. Item , unum pulvinar.
-21. Item, una cuicitra.
2 9. Item, duo iinteamina praya.
93. Item, unum panier album.
2 4. Item, unum cuccipendium.
95. Item, unaschanenas.
96. Item, una olla terre.
97. Item, unum parvum platellum.
98. Item, due parcides.
29. Item, unum cloquear.
30. Item , una emina biadi.
3i. Item, très cadi vini linphati sive trempe.
21
ittob , h février.
Inventarium bcaiorum Guillelmi Mayfredi condam de Salis,
ab iiitestato dcffuncti^^\
Et |)rimo , fuit repertum iu quodam hospicio dicti condam Guillelmi ,
scito in burgo dicti loci, quod confrontatur cum carreria publica et cum
arels de Salis et cum porticu hospicii Jacobi de Boteria dotali, videlicet :
In quadam caméra dicti Guillelmi :
1 . Duo lodices.
''^ Lire selle ad sedeuduni.
'■-) Étude citée, reg. coté Antea, fol. xvin-xx r°. — En marge : Satisfactum est
de inventario, cur non extralialur.
— 95 —
a. Unura almatrassium.
3. Unura pulvinar.
II. Unum emiuaie.
Item, infocanea dicti hospicii :
5. Una cayssia sive escrineum.
6. Item, unum tamis.
7. Item, unam raydoyram de ferro.
8. Item, très paraccides de fusta, tria cissoria.
9. Item, unam botelliam sive crucham ad teneudum oleum, de tefra.
10. Item, un eschalfayre de terra.
1 1 . Item , unum pitalphum de terra.
19. Item, duas sellas longas ad sedendum.
i3. Item, duas sellas modicum longas.
lU. Item, unam tabulam sive menssam de nuce pecoliatam.
i5. Item, unum morterium lapidis.
16. Item, duas modicas mapas.
17. Item, inestabulo, unum almatrassium.
18. Item , unum pulvinar,
1 9. item , unam cornutam fuste.
20. Item, unum pestellum sive turribuluni.
ii 1 . Item , plus , duo cissoria fuste et unum platellum.
•i2. Item, unum fisculum cum aiiquantulo de polenta circa dimidiam
cminam.
2 3. Item, unum broquelum de fust?i ad mcnsurandum vinum.
2^. Item, unam bachassiam de fusta.
25. Item, unum alium broquetum de fusta.
26. Item, unum candeiabrum de ferro.
27. Item, unam copercellam olie de ferro. *
28. Item, circa unam eminam nucum.
29. Item, unum multrale lapidis modicum.
30. Item, unum banastonuip.
3i. Item, unam mayt.
32. Item, unam aliam mayt, in doœo Moudoni.
33. Item, unum Uuteamen.
34. Item, unas chanenas de ferro.
35. Item, unum cnicibolum de ferro.
36. Item, unmu cloquear de ferro, perforatum.
37. Item, unum ligonem.
38. Item, unum tai'ayre.
39. Ilem, unum modicum taravellum despuchatum.
ho. Item , unum cutellum poares.
hi. Item, unam securim.
Item , in fortalitio , in penore dicti coiu^im Guillehiii.
— 96 —
A2, Uiia culcilra de laiia et de pluma.
A3. Item, quatuor iinleamina.
44. Item, duo pulvinaria talia qualia.
65. Item, unum lodicem modici vaioris.
46. Item, unam sartaginem.
47. Item, unam furcham fustc.
48. Item, unam cayssiam de l'usta.
49. Item, unum cacobum pertusatum.
50. Item, unum ignipendium sive crumaili.
5i. Item, unum veru de ferro cum peccoUis, licet sint separata.
Sa. Item, duas piétines de ferro.
53. Item, unum candeiabrum de ferro.
54. Item, unam mosteriam de sapo, lenens circa vu barrailia.
55. Item, aliquantulum de lana, que fuit alias in almatrassio.
56. Item, unum chap securis.
57. Item, unum catnum stagni.
58. Item, xxxvn doyas tine.
59. Item, très pessias fuste grossas, quarum due sunt puntis de tina.
Item , duos lundaria defusta que erant ante januam penoris.
60. Item, très serras sive faucilhas.
61. Item, unum crucibolum de feri-o :
Queomnia. . . sunt tradila in custodiam. . . supradicto Mondono bajuio
dicti loci, ad tuicionem Pétri fiiii pupilli dicti deffuncti, |)er me Bernarduni
predictum, per traditionem clavis hospicii prcdicti deffuncti, presentibus
venerabili et reiigioso viro domino Guillelmo de Manso priore de Turretis,
Amancii Meruii, et Berl. Roncini anno et die predictis.
22
i/i6H , 20 juin.
Inveiitarium bonorum inobilium repertoruin in ecclesta Sancti Micaelis de
CUansays, diocesis Tricastinensis , post obttum venerande memorie viri
domini Martini Teœtoris, ultimi curati ejiisdem loci^^\
Anno Domini m" iin° xxvni", die autem vicesima mensis junii, nove-
rint etc. quod appiicatus dominus Guiilelmus Alberti, curatus Griihonis,
utvicarius R. P. domini Guioti Adhemarii, commendatarii prioratus Sancti
Amancii Tricastrinensis diocesis, sibi assistentibus discretis viris Ynardo
Faverge, Johanne Le Saibus, Reymundo Berengarii castellano, et pluribus
'') Etude cit., reg. coté Probus, foi. cxxiii-iui.
— 97 —
aliis in ecclosia Sancti Micaelis ejusdem loci, ad boiiorum ipsius ecclesie
mobilium inventarizationem processerunt modo et forma sequentibus :
Et primo dixerunt idem sindici reperisse de bonis ejusdem ecclesie mo-
bilibus :
1. Quatuor graduales, quorum unus est liltere antique, qui coperiun-
tur postibus''^ aiii autem duo desuper pellibus, quorum ununi ad usuni
Sancti Pauli, reliquum autem ad usum Romanum.
2. Item, unum missale novum.
3. Ilem, unuai aliud missale vêtus, orationes iiecessarias continens.
II. Item, unum responsorium ad usum Sancti Pauli, completum, mag-
num.
5. Item plus, parvum missale non complelum.
6. hem plus, unum aliud missale liltere antique.
7. Item, exposiliones Evangeliorum parve.
8. Item , unum baptisterium.
(). Item, unum prosarium.
10. Item, unum responsorium litière antique.
11. Item, unum orationatorium parvum.
12. Item, unum psalterium pergameui.
i3. Item, unum magnum breviaiium cum cerlis orationibus.
ih. Item, unum aliud orationatorium cum cerlis aliis appelalum
(ornes.
10. Item, unum bbrum evangeliorum.
16. Item, quemdam librum oflicium Corporis Christi continentem cum
cerlis aliis.
17. Item, alios duos libros epistolas continentes religalos de novo.
18. Item plus, unum aliud epislolarium anliquum et liltere antique.
19. Item, unum alium librum vilam sancte Margarile continentem.
Sequntur veslimenta ejusdem ecclesie lune per quos supra reperta :
9 0. Et primo, unam casulam rubeam saiFralam ymaginibus aposlolo-
rum, cum sua alba, amiclo , slola, manupulo ac cordono rubeo, bonis et
sulTicientibus.
21. Item plus unam aliam casulam viridem, cum slola ejusdem coloris,
albam, amictum et manupulum alterius coloris , et cordono, bonis elsufli-
cienlibus, ligalis cum cbabelheriis.
9 2. Item plus, unam aliam casulam percicam piscibus depictam circa
pedem de rétro, de anle de cirico viridi barratam, cum alba et amiclo ac
cordono.
28. Item plus, unam aliam casulam fulveam modici valoris, cum alba,
amiclo , slola et manipule ac eliam cordono.
(') Ici on a rayé les mois pelle desuper, duo primt antiqui, ce qui explique les
mots alii nulein duo ... du texte.
ARCHÉOLOGIE. 7
— 9S —
2i. Item, duo amicla nova.
25. Item, unum aiiud modici valons.
26. Item plus, unum aliud vêtus modici valoris.
27. Item, imum calicem argenteum cum sua patena et estoecode corio,
bonum et sufficientem.
28. Item plus, unam stolam et unum cordonum.
29. Item, unam raapam altaris.
30. Item, unum scapuJare telle.
3i. Item, unum tersonum seu unam longeriam.
82. Item, unam cuspidem albe.
33. Item plus, unam albam modici valoris.
36. Item plus, unam aliam cuspidem albe.
35. Item, unum superlicium curtum modici valoris.
36. Item, unam mappani altaris.
37. Item plus, unam aliam mappam altaris.
38. Item plus, unam aliam mappam perforatam per mures, modici
valoris.
39. Item plus, unam aliam mappam modici valoris.
60. Item plus, unam aliam ejusdem valoris.
h 1 . Item , unam mappam novam altaris.
^2. Item, unum amictum médiocre.
à'd. Item, unam aliam mapam altaris modici valoris.
àh. Item, unam aliam mapam altaris modici valoris.
45. Item, unam aliam mapam novam altaris quamvis ruptam.
46. Item plus, unam aliam mapam antiquam.
47. Item plus, unam aliam modici valoris.
48. Item, unam aliam modici valoris.
49. Item, certos pannos ad coperiendum ymagines de xl'.
50. Item, pslalerium papireum '''.
5i. Item, unum parvum alabastrum, in quo sunt reliquie sanctorum
Fereoli et Georgii martyrum.
52. Item plus, unum panum in quo involvuntur reliquie Sancti Blasii
et plures alie.
53. Item, duos tersonos rugatos de rubeo, modici valoris.
54. Item, mi°' corporalia bona.
55. Item, très mapas super magnum altare.
56. Item, unum copertorium telle desuper ipsum altare.
De quibus quelibet ipsarum partium peliit instrumentum.
Acta fuerunt bec in ecclesia Sancti Micaelis , testibus presentibus teslibus
quibus supra et me Nicolao Fi-eraeti.
^'' Article ajouté après coup.
— 99 —
23
iA68, 29 août.
Pro universitate loci de Cliansays '''.
M° iirf Lxvni , die autem xxix" raensis augusti , venerabilis vir dominus
Silvester, arrendator ecclesie presentis loci, confessus fuit habuisse a sin-
dicis presentis loci predia cura sequentibus bonis ecclesie de Cliansays vide-
licet :
1 . Et primo duo sellieta ad reponendum aquam benedictam , quorum
unum est stani et aliud cupri.
2. Item, unum scapularium telle.
3. Item, unum vexillum.
h. Item, panum nigrum corporum mortuorum faciens coperturam.
5. Item, nii" ydrias stani.
6. Item, una custodia cupri.
7. Item, unum magnum candelabrum ferri, et unum aliud parvum
ejusdem metalli.
8. Item, duas capsas fusteas cum seris fereis ac clavibus.
9. Item, panus ad portandum Corpus Christi in die Eucaristie.
10. Item , assenserium cupri.
11. Item, una custodia Gorporis Christi magna.
19. Item, duas cruces.
i3. Item, unum candelabrum fereum.
\k. Item, duo candelabra cupri altaris.
De quibus, etc.
Actum Cliansays , in ecclesia ejusdem loci , testibus presentibus Armando
Bruni, Johanne Garnerii, Johanne Arnulphi.
i468, 10 août.
Datio ad custodiendum castrum presentis loci, facta Petro Ti'uclierii et aUeri
Petro patri et jilio, de presenti loco, de anno Domini m" nu' Lxvnf , die
autem décima mensis augusti, per magnificum Bertrandum, dominum pre-
sentis loci de Cliansays '^'.
Noverint etc. . . quod constitutus magnificus dominus Bertrandus Adhe-
marii de Cliansays dominus gratis etc. , dédit quibus supra castrum et turrim
presentis loci ac castri pro uno anno hodie incipiendo et simili die termi-
(*) Etude citée, reg. cité, toi. cxuiii v°.
(*' Étude citée, reg. cité, fol. cxui r° et cxlliui r°.
— 100 —
nando, çuni paclo quod ab eisdem custodibus idem dominus non auferal
oflîcium dictorum castri et turris nisi suam conditionein faceret meliorem
vel ad suam manum tenere veilet; qui custodes jurarunt ad sancta Dei
evangelia ipsas turrim et castrura custodire bene et iegaliter ad honorem
comodura et utilitatem ejusdem domini Actum Cliansays. . .
Inventarium bonorum repertorum in Castro, tradiiorum per manus
Reymundi Berengarii et mei notarii infrascripti expeditorum per Johan-
nem Le Salhus alias Pauc, de anno Domini m° iiii° lxviu", die autem x° meu-
sis augusli, Petro Trucherii.
1. Et primo tradidit idem Saihus et expediri fecit eidem Trucherii unum
gorgierum nialliarum.
2. Item, mia sallada.
3. Item, una cota de malhe.
k. Item, una brigandina.
5. Item, unum arnesium appelatum garde cors.
6. Item, unus ensis,
7. Item , unum cornu cupreum ad cornandum.
8. Item, una cassis.
9. Item, unum pavetum.
10. Item, una letheria.
Que omnia sunt in calmera ant eranL tune supra gradus turris, média
videlicet.
In introitu autem turris sunt sequentia :
11. Et primo, tria vasa vinea pauci valoris.
12. Item, unus ensis.
10. Item, unum venabulum velus.
1^. Item plus, aiia duo venabula veiiationis.
i5. Item, una cassis.
16. Item, unum arnesium armorum quantum ad lalera.
17. Item, duo avanbrachia.
18. Item , una letheria.
19. Item, quasdam scalas cordeas.
20. Item , duo forulli.
21. Item, una letheria
Item , de rétro :
29. Una bomberdella.
28. Item, unus balteus ad extendendum balisla.
Cetera remanserunt inventarizanda , quia dominus misit pro nobis que
sunt in quoquina et supremo turris predicte et in caméra quoquine.
Acium ubi proxime, testibus presentibus Reymundo Berengarii, Pelro
Trucherii, Johanne Le Salhus, et me Nicoiao Fremeti, notario.
LES VITRAUX
DE LA COLLÉGLILE SAINT-MARTIN
À CHAMPEAUX-EN-BRTE,
RESTITUÉS D'APRÈS D'ANCIENS DOCUMENTS,
PAR M. G. LEROY,
Correspondant honoraire du Comité, à Melun.
L'église Saint-Martin de Champeaux-en-Brie , ancienne collégiale
de chanoines séculiers, classée au nombre des monuments histo-
riques, est connue par la beauté de son architecture, qui appar-
tient au style gothique du xiii" siècle. La régularité de son plan,
Télégance et Theureuse disposition de sa nef, où les piliers simples
alternent avec de sveltes colonnettes géminées pour recevoir les
arcs qui la séparent des bas côtés; le transept, le chœur, l'abside,
toutes les parties do l'édifice enfin, constituent un ensemble har-
monieux qui excite l'admiration des artistes, des amateurs et des
archéologues.
Les dalles funéraires qu'on y trouve, dont plusieurs appartien-
nent aux premières années du xiii* siècle; les stalles du chœur,
exécutées en 1527, sur lesquelles la verve et l'esprit satirique de leur
auteur se donnèrent libre carrière; les vitraux datant des xv* et
xvi" siècles, disposés dans les cinquante-deux fenêtres qui répan-
dent des flots de lumière dans l'édifice; tout ce précieux mobilier
d'autrefois ajoute à l'intérêt d'une église qui, comprise et appréciée
comme elle le mérite, devrait être un but de pèlerinage pour tous
ceux qui ne sont point indifférents aux douces émotions de l'art et
des souvenirs du passé.
Le temps, les révolutions humaines ont imprime' des traces fâ-
cheuses sur l'œuvre de l'architecte inconnu, contemporain de Phi-
lippe Auguste et de saint Louis, qui édifia ce monument. La vétusté
— 102 —
et les dégradations, favorisées par le défaut d'entretien, ont com-
promis sa conservation , malgré les efforts du Comité des Monuments
historiques qui, de temps à autre ^ exécute les plus urgentes des ré-
parations, aidé dans ce soin par les faibles subventions de la com-
mune et de la fabrique.
L'œuvre lapidaire s'est à peu près maintenue; les stalles sont
restées intactes, quoique sérieusement menacées un jour, sous la
Restauration , par un vandale qui parlait de les raboter pour effacer
leurs sujets rabelaisiens. Mais les vitraux, plus fragiles, jamais en-
tretenus, exposés aux intempéries, aux convoitises des amateurs,
n'existent plus qu'à l'état de débris. Leurs sujets sont le plus
souvent incompréhensibles; aucune scène n'existe entière, à moins
de ne comprendre qu'un panneau de petite dimension ; les plombs ,
perdus de vétusté, ne suffisent plus à les tenir. Le moindre vent
leur devient une cause d'irrémédiable destruction.
Des cinquante-deux fenêtres de la collégiale, une quarantaine
étaient enluminées à l'époque de la Révolution. Aujourd'hui, moins
de vingt conservent des débris plus ou moins complets, des frag-
ments dont il est parfois impossible de deviner les motifs.
La plupart de ces vitraux étaient d'une bonne facture. Quelques-
uns dataient de la fin du xv'' siècle , mais le plus grand nombre appar-
tenait au xvi^ siècle, à l'époque de la Renaissance. En conservant
la grâce naïve , l'expression de foi des figures du moyen âge , dont
la tradition n'était point encore oubliée, les compositions, plus
réalistes, prenaient un charme exquis par des détails, profanes ou
mythologiques, dans lesquels excellaient les artistes du temps des
Valois. Les débris des verrières de Champeaux abondent en spé-
cimens de ce genre; la tentation des amateurs se comprend sans
être excusable. Mais toutes n'avaient pas ce fini, ce mérite, attes-
tant le talent de leurs auteurs. D'aucunes sont médiocres, sans cou-
leur et sans dessin.
Il est probable que la communauté dota son église d'une partie
de ses vitraux. Mais aussi, comme de nos jours, pour l'acquit des
dépenses qu'ils entraînaient, il y eut des donateurs, des chanoines
principalement et des personnages laïques , dont les portraits et les
armoiries se retrouvent sur les panneaux qu'ils offrirent. Ces ori-
gines différentes expliquent la diversité de valeur artistique de
chacun d'eux. Le plus ou moins de ressources du donateur se laisse
deviner sur l'objet de son don.
— 103 —
Les comptes du Chapitre, de 1619 à 1628, conservés aux ar-
chives départementales de Seine-et-Marne, mentionnent dans les
termes suivants des dépenses relatives aux vitraux de la collé-
giale :
1619. Item, à Nicolas Maçon et Ailain Gouijon, verriers, pour avoir
fait deux verrières toutes neufves, refait et mis en plomb les autres, et aussy
avoir paint l'ymage saint Martin en la porte de l'esgliseet le portail d'ycelle,
a este' payé pour tout xvi 1. v s.
1621 . Item, à Nicolas Maçon et Ailain Courjon, verriers, demourans h
Meleun , pour cinq verrières , par marché faict avecques eux , a esté payé
la somme de xxvi 1. p.
Item, à Denis Bellinet, maçon, pour sa peine d'avoir faict les eschalfaux
pour attacher les dictes cinq verrières , que la gresle avoit rompues et pour
sceller ycelles , a esté payé xx s. p.
1622. Item, à Nicolas Maçon, verrier, deraourant à Melun, pour deux
verrières qu'il a faictes à la chapelle Sainct-Lienard , comprins vingt sols
que M. Sauvaige avait laissez à la dicte chapelle par son testament, a esté
payé de surplus xvi s, p.
On trouvera également plus loin des détails sur le coût de la
verrière de la chapelle Saint-Nicolas, donnée en i5o8 par le cha-
noine Nicolas Sauvaige, nommé ci-dessus, et dont la dépense, en
verre, fer et mise en place, fut de U livres 19 sous k deniers.
D'après ces indications, chacune des verrières aurait coûté en
moyenne k a b livres.
Nicolas Maçon et Ailain Courjon, cités comme verriers à Melun,
en furent-ils réellement les auteurs ou servirent-ils seulement d'in-
termédiaires pour les fournir aux chanoines de Champeaux, en
les demandant à des peintres verriers de Paris ou d'ailleurs?
Melun était une bien petite ville, un centre bien modeste pour
l'exercice de la profession de fabricants de vitraux.
Nous laisserons la solution de cette observation à l'appréciation
du lecteur, en ajoutant toutefois qu'à la même époque le chevet et
le chœur de l'église Saint-Aspais de Melun, récemment construits
par l'architecte Jean de Félin, étaient garnis de vitraux, dont
quelques sujets se retrouvent à Champeaux, entre autres : Jésus-
Christ en jardinier apparaissant à la Madeleine (fenêtre 27). Plusieurs
églises de villages des environs conservent des débris de vitraux du
même temps et qui paraissent être de même facture, Boissise-le-
Roi, Savigny-le-Temple , Vaux-le-Pénil et autres. Momentanément,
— 10/i —
pour des travaux relativement importants, Maçon et Courjon
avaient-ils transporté leur atelier à Melun?
Avec les seuls fragments actuels, il serait difficile de reconstituer
les scènes des vitraux de Champeaux, dont quelques-uns même ont
entièrement disparu. Mais, à plusieurs époques, des amateurs et
des artistes les ont décrits ou dessinés, constituant ainsi d'utiles
renseignements pour obvier à la destruction incessante qu'ils su-
bissaient.
La plus complète de ces descriptions est celle qu'en a faite Mar-
tin Sonnet, notaire du chapitre, chanoine, de i635 à 1679, qui
écrivait à une époque où les verrières de la collégiale étaient à peu
près intactes. Elle est contenue dans un registre in-8°, écrit en en-
tier de sa main , intitulé : Martinet ou registre des antiquités de l'église
collégiale Saint-Martin de Champeaux en Bnje, diocèse de Paris, 1 653 (^^.
En 1862, M. Lucien de Rosny, fonctionnaire à Melun, que ses
goûts portaient aux études archéologiques, fit exécuter de bons
dessins de l'église de Champeaux, avec les parties encore subsis-
tantes de ses vitraux, avec ses dalles funéraires et ses stalles. Ces
œuvres composent un album offert, en mars 1877, à la bibliothèque
de la ville de Melun, par M. Horace de Choiseul, qui l'avait acquis
à la vente des livres de M. de Rosny.
MM. Âufauvre et Fichot, dans leur bel ouvrage : Les monuments
de Seine-et-Marne (in-folio, i858), ont décrit sommairement ce qu'il
leur a été possible de constater des restes des verrières.
Enfin M. Eugène Liébert, dans le V" volume du Bulletin de la
Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Melun (in-8°, 1869),
a fait l'inventaire de la vitrerie de Champeaux, dont la destruction
s'accentuait chaque jour avec une désolante rapidité, faisant pré-
voir, dans un délai rapproché, la disparition complète de cette in-
téressante imagerie de la vieille collégiale.
Avant !çe dénouement fatal et à l'aide des documents précités,
autant qu'avec l'examen des débris encore existants, essayons de
dire ce que furent les vitraux de Champeaux, quand ils rayonnaient,
étincelants de lumière et de couleur, faisant l'admiration des fidèles
d'autrefois, qui, à défaut de livres ou de connaissances suffisantes,
lisaient, en scènes parlantes aux yeux, les mystères de l'Ancien et
du Nouveau Testament, dont elles offraient la représentation.
(') Archives municipales de Melun. Fonds do Cliampcanx, série G. G.
— 105 —
NEF.
Les fenêtres des bas côtés de la nef, numérotées i à 5, 2^ à 98
sur le plan ci-joint (pi. IX), consistent en une simple baie, sans
divisions ni meneaux.
Originairement, elles étaient toutes garnies de vitraux peints.
Celles du côté Sud, 2/1328, n'en conservent plus traces; celles du
bas côté Nord, 1 à i5, n'en ont plus que des débris, quelques-
unes mêmes sont blanches ou bouchées.
Avant les dévastations qu'elles ont subies, par suite de la sup-
pression de la collégiale en 1790, et qui se continuent chaque
jour par l'effet des intempéries ou de la vétusté de leurs plombs,
elles offraient les sujets que nous allons décrire.
Pour cette description, qui nécessite un ordre méthodique, nous
commençons par le bas côté Nord, à partir du porche de l'église,
à proximité de la tour, pour finir par le bas côté Sud, à la ren-
contre du magasin — sacristie actuelle dans sa partie supérieure
— opposé à la tour.
BAS CÔTÉ NORD.
1. Saint Martin guérit un ladre en le baisant. Sur un phylac-
tère : Martinus oscuJo leprosum curavit. Deux chanoines donateurs en
prières. Cette composition a disparu.
La fenêtre de verre blanc, en mauvais état, est bouchée par des
planches.
2. Saint Martin, évêque, crosse, mitre, tenant un livre ouvert.
Sainte Madeleine et sainte Catherine avec deux chanoines et ces
mots : Messires Odain et Guillaume Hatteau, chanoines, ont donné
cette verrière.
Armoiries : D'azur à 3 gerbes d'or, 2 en chef, i en 'pointe.
De cette composition, il reste seulement la partie supérieure de
saint Martin, enchâssée au centre d'un vitrail de verre blanc. Bon
dessin du xvi" siècle.
M'' Odain ou Oudin, originaire de Troyes, chanoine, vivait en
1/191, d'après une indication du Martinet.
— 106 —
3. Un prêtre, probablement l'un des donateurs, sacrifiant, au
moment de rélévation. A sa droite, en haut. Dieu le père bénis-
sant; au-dessus, un ange apportant une étole; au bas, à droite, un
autre donateur priant. Derrière , un clerc tenant un cierge , et plu-
sieurs assistants. — Légende : Messires Macé Comnault et Louis
Vierne, chanoines, ont donné cette verrière.
Curieuse composition, dont les personnages sont représentés à
mi-corps.
Macé Comnault est mentionné comme chanoine de Champeaux
dans un registre de Tan 1^91.
H. La Vierge, saint Michel terrassant le Dragon, sainte Gene-
viève tenant un livre ouvert et un cierge, qu'un démon s'efforce
d'éteindre avec un soufflet. La sainte pose la main gauche sur
l'épaule d'un chanoine agenouillé et priant.
Au-dessous du saint Michel on lit ces mots en caractères go-
thiques :
Messire Michiel Païen chanoine de Champeaux a fait faire ceste verrière.
Dieu ayt l'ame de luy.
5. Saint Martin à cheval, partageant son manteau avec un pauvre.
Dans le haut , Dieu le père prononçant ces paroles : Martinus adhuc
cathecumenus hac me veste conterit. C'est la paraphrase du proverbe :
cr Qui donne aux pauvres donne àDieu 11. Autrement on ne compren-
drait pas que Dieu prononçât lui-même ces paroles, qui devraient
être mises dans la bouche du pauvre qui reçoit le manteau. — Un
chanoine priant, avec son nom : Etienne Garnier, saint Julien le tenant
sous sa protection.
Actuellement, vitre entièrement blanche.
BAS CÔTE SUD.
24. La Vierge Marie tient le corps mort de Notre-Seigneur entre
ses bras. Groupe de personnages dans l'attitude de la douleur.
25. La mise au tombeau, d'après le récit de l'Evangile.
26. Notre-Seigneur et ses gardes. Scène de la Résurrection. Les
gardes, effrayés, sont comme foudroyés à la vue du Christ qui sort
glorieusement de son tombeau.
— 107 —
27. Jésus-Christ, en jardinier, apparaît à la Madeleine, qui s'hu-
milie devant lui. Légende : Noli me tangere.
28. Celte fenêtre, voisine du magasin parallèle à la tour, n'a
jamais été garnie de vitraux peints.
Toutes les fenêtres cotées 2^, 26, 26 et 27 ne conservent aucun
vestige de leur ancienne décoration. Leurs verrières blanches sont
les mieux conservées de toute la vitrerie de la collégiale. Vraisem-
blablement, elles ont été substituées aux anciens vitraux peints
dont nous venons d'indiquer les sujets, à l'époque de la restaura-
tion de cette partie de l'édifice, il y a une soixantaine d'années , res-
tauration spécialisée aux murs et contreforts du bas côté Sud.
TRANSEPT.
6 et 23. Fenêtres blanches. Même en i653, à l'époque où Mar-
tin Sonet rédigeait le Martinet de Champeaux, elles ne portaient point
de traces d'anciens vitraux peints. S'il en avait existé, ce qui est
douteux, ils avaient disparu antérieurement.
CHOEUR.
BAS CÔTÉ NORD, À LA SUITE DU TRANSEPT.
Les fenêtres des bas côtés du chœur diffèrent de celles de la nef.
Elles sont divisées en deux formes par un meneau. Le haut de la
haie est occupé par une rose à six lobes, inscrite dans un cercle
accompagné de segments qui remplissent les parties libres de l'arc
principal. C'est dans cette disposition qu'on voyait jadis une suite
de vitraux dont il ne subsiste plus que des débris , peu de scènes
complètes, quelquefois même aucun vestige.
7. [Fenêtre suivant immédiatement le transept.) — Forme de droite.
— Un évêque bénissant une sainte femme, qui porte un vase pré-
cieux. Un chanoine priant, avec les lettres T. S., inscrites dans un
écusson. Bordure de fleurs de lys, de couronnes et d'hermines. —
Le chanoine et les armes n'existent plus.
Forme de gauche. — Saint Nicolas et un chanoine priant, avec
les lettres L E. dans un écusson. — On ne retrouve plus que le
— 108 —
chanoine, au bas du vitrail, avec un pèie-niêle de débris. La main
de restaurateurs maladroits, vitriers de campagne, à coup sûr, a
passe' par là.
Au centre de la rose, Charles VIII jeune, tenant la main de jus-
tice et le sceptre royal et vêtu d'un manteau fleurdelisé' avec les
hermines de Bretagne. Diamètre : o m. 48. Tous les lobes fleur-
delise's.
La présence des hermines de Bretagne, associées aux lys, et le por-
trait de Charles VIII dans cette partie de la vitrerie de Cliampeaux
permettent d'attribuer son exécution à l'époque où ce monarque
épousait Anne de Bretagne, c'est-à-dire vers l'année 1^91. Le
dessin, le style et la couleur ne démentent point cette probabilité.
8. Forme de droite. — Saint Georges à cheval, en costume
de chevalier, avec casque empanaché , terrassant le dragon. Dans
le haut, à droite, sainte Agnès priant, accompagnée d'un petit
agneau.
Forme de gauche. — Saint Nicolas avec ses attributs; cha-
noine vêtu d'une robe rouge, agenouillé, avec les armoiries sui-
vantes, qui se retrouvent sur plusieurs autres vitraux : «D'azur, au
tronc d'arbre naturel en pal, accosté à sénestre d'un gland et d'une feuille
de chêne de sinople; à dextre, d'un croissant de gueules et d'une feuille
de chêne de sinople. v
Dans la rose : le sacre d'un évêque (peut-être saint Nicolas),
assisté de deux prélats et autres ecclésiastiques. Dans les lobes, des
anges chantant.
Bordures de France et de Bretagne. Le sujet de la rose n'existe
plus.
cfCe vitrail fut donné en t5o8, — sous Louis XII, après son
mariage avec Anne de Bretagne, ce qui explique les bordures de
lys et d'hermines, — par Nicolas Sauvaige, chanoine de Cham-
peaux, dont il reproduit les armes, mort le 7 septembre 1622, et
inhumé dans la chapelle Saint-Nicolas, existant originairement
dans la travée où se trouve la verrière qui vient d'être décrite.
rrUn article du Compte de la Collégiale, année i5o8, fournit
l'indication suivante :
ttLa vitre de la chapelle Saint-Nicolas a esté faicte l'an mil cinq
cens huit, par M. Sauvaige, estant procureur, et a cousté en verre
ti 1., en fer 16 sols, en piastre troys boysseaux de 12 deniers pa-
— 109 —
risis, au maçon pour une journée de luy et de son varlet, 2 sols
U deniers parisis. Total : ^ i. 1 9 sous k deniers parisis. »
9. Forme de droite. — Jésus en croix entre les deux larrons,
la vierge Marie, saint Jean, les trois Maries et les Juifs. Un cha-
noine priant, avec cette armoirie : Fascé d'azur et d'argent de six
pièces.
Forme de gauche. — Jésus-Christ avec ses attributs mystiques,
assis sur un arc-en-ciel, les pieds appuyés sur le monde, les bras
levés, la tête nimbée, à droite un glaive, à gauche un lis. A ses
côtés deux anges, sonnant de la trompette, appellent au Jugement
dernier : Surgite mortui, venite ad judicium. Dans le bas, de chaque
côté, figures de donateurs priant : In te Domine speravi non confundar
in œternum.
Dans la rose, Dieu le père, sujet qui se retrouve plusieurs fois
dans les vitraux de Champeaux, mais avec variantes dans la repré-
sentation; dans les lobes, six chérubins.
Dans les segments, à gauche, la lune et les étoiles; à droite, le
soleil , avec ces armes : D'or, au sautoir engreslé de sable , cantonné de
quatre arbalètes de gueules. Jean et Nicolas Arbalète , frères , i5i3. Ces
personnages appartenaient à la famille des Arbalète, vicomtes de
Melun en partie , seigneurs de la Borde , localité voisine de Cham-
peaux, dans laquelle se voient encore des restes de leur ancien
manoir féodal, édifié au xiv" siècle, par un cadet de la maison de
Melun.
10. Dans les deux formes. — Adoration des Mages, avec tous
les détails ordinaires du sujet. Importante composition de bon style,
xvi* siècle.
Dans la rose, la Fuite en Egypte.
Segments , anges en chapes.
1 1 . Dans les deux formes. — Plusieurs mystères de la vie de
la vierge Marie :
A droite, la Conception, la Présentation au Temple. Boutique
de changeur : deux personnages assis à un comptoir; l'un d'eux
tient une bourse, Tautre compte des pièces de monnaie. Au-des-
sous, ce blason : Parti, au premier, d'azur, à la face d'argent,
accompagnée de cinq losanges d'or, trois en chef, deux en pointe; au
second, de gueules, à trois croissants d'or, deux en chef, un en pointe.
— 110 —
A gauche , la naissance de la Vierge , son mariage. Composition
d'une quinzaine de personnages , remarquable par le fini et l'expres-
sion des figures; les femmes avec les coiffures de la Renaissance.
Concert angélique. Ornementation avec personnages mythologiques.
Dans la rose, le couronnement de la Rose (a disparu). Anges
dans les lobes.
Dans les segments, donateurs priant. L'homme tête nue, en
costume de chevalier, portant une tunique blasonnée : D'azur à la
fasce d'argent, accompagnée de cinq losanges d'or.
BAS CÔTÉ DU MIDI, RETOUR VERS LE TRANSEPT.
18. La vie de l'Enfant prodigue. Il quitte la maison paternelle.
Ses débauches. Sa misère, qui le contraint à garder des pourceaux.
Son retour. Le banquet de sa réception. Ces scènes occupaient les
deux grandes divisions de la verrière. Il n'en reste aucun vestige.
On y lisait cette légende, dont on voyait encore quelques débris en
8k'.
Le Prodigue , sa portion et part
Des biens son père lui départ.
Ses biens dépend promptement ,
Aveques garses trop gallament. .
Icelles l'ont si bien desceu
Qu'il se despart mevré et nud.
Par pauvreté martyr de tous maulx ,
Depuys se loue à garder les pourceaulx.
Les pourceaulx garde le pauvre abandonné
Et sou Père veu sa nécessité
Grâce et pardon lui a voulu donner.
De joye qu'il eust , un gras veau fit tuer.
L'aisné frère murmure par envie.
Envieux meurt et jamais meurt envie.
Dans la rose : Jésus-Christ au Jugement dernier. Dans les lobes,
la Résurrection des morts. Deux anges sonnant de la trompette, la
Vierge et saint Jean priant pour les trépassés.
19. Forme de droite. — Jésus prêchant au Temple devant les
docteurs. Un chanoine priant, avec ces mots : Nicolaus Foucquet.
— 111 —
Forme de gauche. — Le Baptême du Christ par saint Jean.
Dieu le père, le Saint-Esprit. Sainte Barhe. Débris informes.
Dans la rose et les segments : saint Nicolas, les symboles des
Evangélistes , la Tentation d'Adam et d'Eve. Leur expulsion du
Paradis. Deux anges tenant un chandelier.
20. Forme de droite. — Saint François recevant les stigmates
de Jésus crucifié. Un chanoine priant, en robe violette, avec ces
mots : Carolm Baille.
Forme de gauche. — Saint Jérôme faisant pénitence. Chanoine
vêtu d'une robe rouge : Johannes Défasse, humilis theologia doctor et
canonicus , avec ces armes : Ecarielé aux i et à à trois marguerites d'or
renversées : aux a et 3 au château de sable , sommé de trois tours de même.
Dans la rose et les lobes, la Vierge Marie, avec des anges qui
l'adorent.
Des sujets principaux, il ne reste que des fragments.
21. Forme de droite. — Les religieux de saint Victor faisant
la procession, l'abbé les suivant. Un évêque de Paris, à genoux,
avec ces mots : Epiis Parisiensis. A droite, saint Victor, debout, en
costume de chevalier, la tête nimbée. Composition de treize per-
sonnages.
ff Cette scène a un caractère historique. Elle se rattache à la
prébende de chanoine que l'abbaye de Saint-Victor possédait à
Champeaux, en vertu de la donation de l'évêque de Paris, Etienne,
en 11 34, approuvée par le roi Louis VII, en ii38.
ffCe vitrail, d'une bonne facture, n'existe plus qu'à l'état de
débris informes. 11 avait dû être donné par l'abbaye de Saint-
Victor, à la fin du xv** siècle, v
Forme de gauche. — Saint Martin à cheval (a disparu).
Dans la rose et les lobes, saint Victor aussi à cheval.
Dieu le père , avec ces paroles : Vicisti Béate Victor. Vicisti.
Anges avec ces mots : Vicit camem. Vieil mundum. Vicit hostemfu-
ribundum. Fide vicit omnia.
Dans les segments, un homme priant, avec des instruments de
tonnelier. Une femme également en prières.
22. Fenêtre blanche. Était murée au xvii" siècle, lorsque la
sacristie , dont on aperçoit des traces de la porte dans le mur, était
adossée à cette partie de l'église.
112
FENETRES HAUTES DU CHOTUR.
Dans sa partie supérieure, ie chœur est éclairé par vingt-quatre
fenêtres :
Quatre à i'abside, au-dessus du triforium. Dix dans le mur sep-
tentrional. Pareil nombre dans le mur méridional.
Quelques-unes, à Tabside et au Nord, étaient garnies de vitraux,
dont il reste des vestiges, épargnés par les intempéries ou par les
amateurs, qui n'ont pu les atteindre à cause de leur élévation.
Les fenêtres du Sud , entièrement blanches , n'en ont jamais pos-
sédé.
MUR SEPTENTRIONAL.
Fenêtres cotées sur le plan : A. B. CD. E. F., vitrées à l'antique
de vieux verre peint. Aujourd'hui en verre blanc.
G. Sainte Barbe, avec Tarmoirie déjà décrite, fenêtre 8 : d'azur
au tronc d'arbre naturel en pal, accosté à sénestre dun gland et dune
feuille de chêne de sinople, à dextre dun croissant de gueules et dune
feuille de chêne de sinople.
H. Sainte Geneviève paissant des moutons.
I. Sainte Catherine.
J. Saint Denis.
MUR DU CHEVET.
Au-dessus du triforium.
K. Saint Martin à cheval, en costume de chevalier, la tête nim-
bée, coiffée d'une toque à rebords. Il partage son manteau avec un
pauvre homme agenouillé. — Blason : de France, a la double crosse
dor.
L. Le Christ en croix, la Vierge et saint Jean à ses côtés. Au-
dessous, ce blason, reproduit à l'une des fenêtres inférieures (cotée
1 h ) de l'abside : D'argent , au chef d'azur, chargé de 3 étoiles d'or,
et à la bande de sinople, chargée de 3 coquilles d'or, accompagnée de
3 roses de gueules.
— 113 —
M. La Vierge à ia chaise. Au-dessous, ce blason : Ecartelé, au 1 et
au U , d^azur, à la crosse d'or accompagnée de à hesans de même , au 2
et au U, d'argent. — Ce sont probablement les armes d'un évêque
de Paris, donateur du vitrail, au xvi* siècle.
Toute cette décoration a disparu. On a enchâssé, dans le vitrail
blanc qui Ta remplacée, un fragment de panneau provenant d'une
autre verrière de Champeaux et représentant un roi mage.
N. Saint Nicolas accomplissant le miracle de la résurrection des
enfants coupés en morceaux dans le saloir. A gauche, un chanoine
agenouillé. Au-dessous, le même blason qu'aux fenêtres i4 et L. ,
vraisemblablement celui du donateur. Ce sujet était bordé d'une
décoration de style Renaissance. 11 n'en reste que des fragments.
Les quatre verrières du mur de l'abside, qui viennent d'être dé-
crites K. L. M.N., étaient bordées de fleurs de lis fleuronnées dont
on retrouve quelques débris.
MLR MÉRIDIONAL.
Les dix fenêtres de ce côté, 0. P. Q. R. S. T. U. V. X. Y. du plan ,
sont blanches et n'ont jamais été garnies de vitraux peints.
Ces vingt-quatre fenêtres supérieures du chœur y répandent une
lumière abondante, qui fait valoir l'architecture de cette partie de
l'édifice. Baudot a signalé cette heureuse disposition.
BAS CÔTÉ DU CHEVET.
12. (Ancienne chapelle du Rosaire.) Fenêtre à la suite du bas
côté nord, sans meneaux ni divisions. En partie remplie par l'An-
nonciation de la Vierge, avec les armoiries de l'homme et de la
femme du vitrail coté 1 1 : D'azur à lafasce d'argent, accompagnée de
cinq losanges d'or.
13. (Ancienne chapelle du Rosaire.) — Vitrail en partie caché
par le retable, fenêtre géminée avec rose :
A droite, saint Denis. Un cavalier, dans l'attitude de la prière,
disant : Jésus flli David , miserere met. A ses côtés, cinq enfants; der-
rière lui, une femme priant accompagnée de six filles.
A gauche, l'arbre de Jessé.
ARCHÉOLOGIE. H
— lU —
Dans la rose, un crucifix, la Vierge et saint Jean. Dans deux des
lobes, saint Martin et saint Nicolas. Dans les quatre autres, les
symboles des Evangélistes.
Bordure de fleurs de lis fleuronnées rappelant celles des ver-
rières supérieures du chœur.
l/j. (Ancienne chapelle de Saint-Nicaise.) — Fenêtre blanche,
portant autrefois ce blason qui a disparu : D'argetit, au chef d'azur,
chargé de 3 étoiles d'or, et à la bande de sinople chargée de 3 coquilles
d'or, accompagnée de 3 roses de gueules.
15. (Ancienne chapelle de Saint-Denis.) — Même disposition
qu'à la fenêtre cotée i k , avec le même blason , également disparu.
16. (Ancienne chapelle de Saint-Pierre. — Elle a deux fenêtres,
l'une cotée i, l'autre cotée 17.) — Fenêtre à deux formes, avec
rose, comme la fenêtre cotée i3, à laquelle elle fait pendant.
Forme de droite : saint Jean rÉvangéliste, un genou en terre.
De sa bouche sort un phylactère portant ces mots : Johês. septem
eccliis. Campell. gratia et pax. Devant lui son aigle portant une écri-
toire.
A son côté, un chanoine priant, avec ces armes : lïazur, a 6 lé-
sants d'or, au chef de même. Légende : Le Monde me plaist.
Forme de gauche : Saint Michel archange terrassant le dragon, et
le frappant d'une lance terminée par une croix.
Dans la rose : une église plus grande que six autres qui gar-
nissent les lobes.
«C'est une allusion à l'ancienne collégiale Saint-Martin et aux
six églises ou paroisses qui en dépendaient, appartenant au dio-
cèse de Paris et formant enclave dans l'ancien diocèse de Sens :
Notre-Dame de Champeaux et la Magdeleine de Fouju, érigées en
paroisses par Guillaume, évêque de Paris, en novembre 12 ia.
Saint-Merry, Saint-Martin de Quiers, Saint-Martin de la Chapelle-
Gauthier, déjà unies à la collégiale en 1 187, comme le témoigne un
privilège du pape Innocent IIl, ratifiant la convention de l'évéque
K tien ne avec le roi Louis VII, au sujet de la prébende de l'abbaye
de Saint-Victor à Champeaux. Enfin, Saint-Jean d'Andrezelle, dé-
pendant de la collégiale antérieurement à i936, comme il résulte
de l'acte de fondation de la chapelle de Saint-Eloy de la Borde,
proche Andrezelle.
— 115 —
ftLa septième paroisse relevant de Saint Martin de Champeaux,
à l'époque de la Révolution, n'avait été érigée qu'en 1G67, après
l'exécution du vitrail de ia chapelle Saint-Pierre, sur lequel figurent
seulement six paroisses accompagnant la collégiale, qui occupe le
centre de la rose, v
Ce vitrail, un des mieux conservés de ceux qui restent, et qui
offre un intérêt historique, est d'une valeur tout à fait secondaire
au point de vue de l'exécution.
17. Les apôtres, et Jésus-Christ disant à saint Pierre : Tibi dabo
claves regni cœlorum. Il ne reste plus rien de cette composition. La
fenêtre est entièrement blanche.
Et maintenant, puisque l'action destructive du temps ne peut
être conjurée , puisque chaque jour voit tomber à Champeaux de
précieux débris de l'art de la Renaissance, qu'il reste au moins, par
ces pages, un dernier souvenir des pieuses offrandes de la com-
munauté, du chapitre, des chanoines, des personnages (|ui concou-
rurent à la décoration d'une église si intéressante à tant d'autres
points de vue. L'édifice est restauré dans la mesure du possible, —
nous l'avons dit, — il subsistera longtemps encore. Ses stalles et ses
dalles funéraires seront respectées, il faut l'espérer. Mais plus jamais
il n'aura, que par les écrits qui leur ont été consacrés, une trace
tangible de ses vitraux.
G. Leroy,
Bibiiotiiccaire de la ville de Melun.
NOTE
SUR
L'ÉGLISE DE YILLIERS-EN-BIERRE
(SEINE-ET-MARNE),
PAR M. G. LEROY,
Correspondant honoraire du Comité, à Moluu.
Villiers-eii-Bierre est une toute petite commune du canton sud
de Melun, sur la lisière de la forêt de Fontainebleau, et qui n'a dû
qu'aux domaines du Bréau, de Fortoiseau et d'Orsonville, situés
sur son territoire, de ne pas être supprimée en tant que commune
et rattachée aux localités voisines, soit à Dammarie-les-Lys, soit à
Chailly-en-Bierre. Son nom dit que ce fut autrefois, dans les temps
carolingiens, mérovingiens et antérieurement, une villa, un grand
domaine rural, possédant probablement ses hommes libres, ses
colons, ses lides et ses serfs. Orsonville était la villa ou le manse
domanial d'Ursio ou Orson, dont le nom révèle l'origine germa-
nique. En des temps plus modernes, la seigneurie appartint aux
Ferru ou Ferry, alliés aux Fusée, de la famille du fameux abbé de
Voisenon, aux Chateauvillard, aux Barré de Saint-Venant, et puis
aussi à Rouillé du Goudray, ministre d'Etat sous Louis XV, et à
l'académicien Néricault Destouches, auteur du Glorietix et du Philo-
sophe marié.
Laissons ces souvenirs pour borner nos observations à la toute
petite église du pays, si humble extérieurement qu'elle se distingue
à peine des quelques maisons qui forment le groupe principal de
la commune de Villiers.
C'est un simple oratoire, construit, à la fin du xiii* siècle, sur un
plan rectangulaire de trois travées , la travée centrale plus spacieuse
que les deux autres, plus élevée, voûtée d'ogives avec nervures
— 117 —
à boudins, dont les retombées s'appuient sur des colonnettes en-
gagées, qui ont leurs chapiteaux ornés de feuilles d'eau et de cro-
chets. C'est d'une grande simplicité et aussi d'un goût parfait.
A la clef de voûte de la nef, les armes des Ferrut : Bandé cVor et
de gueides.
Des fenêtres gothiques, sans meneaux, celles de la nef en forme
de grandes lancettes, éclairent l'édifice.
Tous ces caractères appartiennent à l'architecture du xiii* siècle,
durant lequel l'église de Villiers fut construite. C'est un type
commun à la plupart des églises rurales des environs de Melun.
Cela ne suffirait pas pour la signaler particulièrement, si l'on n'y
trouvait plusieurs épitaphes intéressantes :
D'abord, une inscription latine du xvi* siècle, consacrée par
Jacques Ferrut à la mémoire de Claude Fusée, femme d'Ktienne
Ferrut, sa mère, dont il était le septième enfant et qui mourut en
lui donnant le jour. Cette inscription sur marbre noir offre à sa
partie supérieure la figure de la défunte, debout, les mains jointes.
A ses côtés, en différentes attitudes, six saintes mariées : sainte
Paule, sainte Monique, sainte Anne, sainte Elisabeth, sainte
Suzanne, sainte Bathilde. Au-dessus, l'indication du sujet : Nup-
tarum celebris chorus. Au-dessous, l'expression du bonheur de la dé-
funte, qui partage avec les saintes épouses qui l'assistent la béati-
tude d'un séjour de lumière : Congaudete mecum et congratulamini
quia cutn his omnibus lucidas sedes accepi.
Il faut citer ensuite les épitaphes de Néricault Destouches et de
sa fille. Madame de Bourgmarie, moins originales que la précé-
dente, puisqu'elles ne relatent que des noms et des dates, mais
utiles à reproduire à titre de document concernant le célèbre aca-
démicien et sa famille.
I
ÉPITAPHE DE CLAUDE FUSEE.
NDPTARDM CELEBRIS CHORUS.
( Figures de la défunte et de saintes mariées. )
S. Paula, s. Monica, s. Anna, S. Elisabeth, S. Susanxa, S. Rathildis.
Congaudete mecum et congratulamini quia
cum liis omnibus lucidas séries accepi.
— 118 —
" Claudiae Fusée Stephani Fernitii
uxoris epitaphium.
Nota satis terris , habito celestia , dum
Munere virtutis conscia mens bene liabel,
Claudia Fusei quondam licet uifeima partns
Filia, Ferrutio nota pu dore fui.
Seplem natorum uumerus me pulchoi- obibal ,
Taatus honor noslri spes quoque coiinubii.
Sorte mea folix mundo : tamen atria parvis
Gommulota sibi quis velis esse calis.
Gaudia pertuierit quis non eterna caducis.
Sede Jovis digne terra pusiUa fuit.
Ad lectorem tetrasticum endecasyliabum.
Non hic delicias venustioris
Musse lector habes : pro levamus
Dofunctam ofïlcio : Juvat sepultam
Non mo talibus extulisse nug-is.
Vole.
Jacobus Ferruliiis faciebal.
Non in tibiis viri
bene placitum erit ei.
Il .
ÉPITAPHE DE DESTOUCHF-S.
DOM
Cy gist Philippe Nericault
Destouches , ec°'', seig"" de Vosves et
Fortoiseau, cy devant mini'ître du
Roy en Angleterre, gouverneur
de Mekm, l'un des /io de i'acadëmie
frariçoise, décédë en son chatcaii de
'*'oi'toiâeau le k juillet lyS/l, âgée {sic)
de 7/1 ans.
Priez Dieu pour le repos de son âme.
— 119 —
Un écusson placé en tête de cette inscription a été effacé à la
Révolution. Il en a été de même de celui qui, accolé aux armes de
Bourgmarie, se trouvait sur Tépitaphe de sa fille ci-après repro-
duite. Cependant celui-ci, un peu moins maltraité, nous permet
de croire que les armoiries de Destouches étaient : De. . . au sautoir
de. . . , accompagné de trois étoiles posées en chef.
Il y ajoutait cette fière devise : Nunquam non paratus.
Au commencement du siècle actuel, un affouillement se produisit
sur la sépulture de Destouches. C'était la simple bière de bois dans
laquelle il avait été inhumé qui s'effondrait. Les réparations néces-
saires rétablirent la régularité du niveau du sol en cet endroit.
m
ÉPITAPHE DE MADAME DE BOURGMARIE, FILLE DE DESTOUCHES.
DOM
Icy repose le corps de D° Marie
Tlu^rèse-Gabrielle Nëricol (s/e) Dcs-
Touches, épouse de M'" François
Henry de Thiersant de Bourgm-
Arie, eh' de l'ordre Boyal el
militaire de S' Louis, B' ries
armées du Roy, etc. décédée au
château de Fortoiseau le i " avril
1755, âgée de î8 ans.
Priez Dieu pour le repos de son
Ame.
Le modeste oratoire de Villiers, dans un village ignoré, sur la
lisière de la forêt do Fontainebleau, n'éveille-t-il pas mille souve-
nirs et par son architecture et par les dalles funéraires qu'il pos-
sède? Sa solitude, son délaissement, y portent au recueillement et
l'imagination peut se donner carrière, si toutefois une visite pure-
ment archéologique le permet.
Il serait facile de s'y rappeler le xiii* siècle, l'époque de foi par
excellence durant lequel il fut construit; les temps de la Renais-
sance oij le sentiment chrétien était si facilement allié, par Jacques
Ferrut, dans l'épitaphe de sa mère, à l'Olympe mythologique, —
— VIO —
sa mère, qui mérila d'être transportée de cette terre vers le siège
de Jupiter :
Sede Jovis digne terra pusillafuit.
Et puis encore, l'Académie du xviii' siècle avec Destouches, les
armoes de Louis XV avec leur officier général, Henri de Thiersant
de Bourgniarie.
Mais l'archéologie ne permet pas de semblables incursions dans
le domaine des souvenirs et de l'imagination; elle est plus se'vère et
plus positive. Bornons-nous donc à constater l'intérêt relatif d'une
toute petite église de village dans laquelle, lorsque nous y mîmes
le pied pour la première fois, nous n'espe'rions pas rencontrer les
diverses particularite's mentionnées dans la pre'senle note.
G. Leuoy,
Bililiolhccniro de la ville do Melnii.
DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES
PRÉS D'UZÈS.
Rapport de M. Salomon Reinach, sur des communications de M. Roussel.
En 1898, M. Roussel apprit qu'on avait découvert trois vases
grossiers et quelques objets en os et en silex dans un terrain situé
sur la rive gauche de la rivière d'Eure, un peu au-dessus du mou-
lin de Bargeton (lieu dit de Carrignargue). S'étant rendu sur les
lieux, il constata que les vases venaient d'être brisés, mais il put
recueillir dans le champ un grand nombre de débris de poteries et
d'objets divers. H remarqua, en outre, près du même champ, les
restes d'une construction en molasse coquillière du pays, oij il crut
reconnaître un four. M. llousset la décrit comme il suit :
tfCe four est renfermé dans une petite enceinte dont les murs
n'ont pas moins de o m. 5o d'épaisseur; celui du midi a 5 mètres
de long, 3 mètres de haut; celui du nord a Ix m. 20 de long,
2 mètres de haut, dont 1 mètre environ entaillé dans le rocher.
Celui du levant, devant lequel est construit le four, a 7 mètres de
long et 2 mètres de haut; il n'y a pas de mur au couchant. L'es-
pace qui sépare ce mur du nord de celui du midi a 7 m. 5o de long;
dans le mur il existe un montant en bâtisse où se trouvent cinq
trous , ce qui fait supposer qu'il pouvait y avoir une porte fermant
l'espace de 7 m. 5o qui s'étend entre le mur du nord et celui du
midi. La hauteur de ce four devait être de 1 m. 5o; le pavé devait
avoir 2 m. 10 de long de la porte au fond du four, ce qui lui donne
près de 7 mètres de circonférence. La portion du mur circulaire
encore existante a 3 m. 10; les pierres restantes forment trois rangs ;
elles ont m. 60 de longueur sur o m. 33 d'épaisseur. . . L'action
du feu a changé la couleur de la pierre : de jaune elle est devenue
rouge. Une bande noirâtre et cendreuse d'environ m. i5 de large
fait le tour du four près du pavé, n
M. Rousset, qui avait tout d'abord qualifié cette construction de
ffnir romain , s'est ravisé dans la suite et a cru y voir un four néoli-
thique, servant à la crémation des morts. D'après une photographie
— 12-2 —
qu'il nous a adressée, reproduisant la partie bien conservée du mur
circulaire, en bel appareil, il n y a pas de doute que cet établisse-
ment, quel qu'en pût être l'objet, appartienne a l'époque romaine.
D'autre part, les objets découverts dans le terrain environnant sont
incontestablement beaucoup plus anciens et M. Rousset a raison de
les faire remonter à l'époque néolithique ou au début de l'ère des
métaux. Il n'y a donc pas, à notre avis, de connexion à chercher
entre la construction décrite plus haut et les trouvailles fort inté-
ressantes dont il nous reste à parler.
M. Rousset dit qu'il a recueilli plus de 60 kilogrammes de pote-
ries diverses dans un champ mesurant 5,ooo mètres carrés, qui est
à 5o mètres du four. Parmi ces poteries, rouges ou noires sans cou-
verte et fabriquées à la main, il y a des anses de vases perforées,
des couvercles d'urnes et plusieurs cuillers en argile, d'un type qui
s'est déjà rencontré dans divers gisements néolithiques. Les frag-
ments de poteries sont décorés de saillies, de gravures et d'impres-
sions grossières qui les rattachent à des types néolithiques connus.
En fait de silex, il y a des percuteurs, des haclies préparées pour le
polissage, des couteaux, etc.; signalons encore une très jolie pointe
de flèche amygdaloïde , finement retaillée. Le métal fait complète-
ment défaut; du moins ne puis-je considérer comme antique le seul
objet en bronze que M. Rousset m'ait communiqué.
Au mois de mars 1896, M. Rousset découvrit dans lé même
champ une urne plus grande que les autres, contenant 2 à 3 kilo-
grammes de cendres durcies. Cette urne, de forme ovoïde, munie
de quatre petites anses sur le col, est ornée de festons en relief;
elle a o m. 54 de haut. C'est un spécimen fort intéressant et qui
mérite d'être publié. (PI. X.)
Le champ qui a fourni les poteries contient une grande quantité
de cendres, qui en rendent le sol exceptionnellement fertile; on a
souvent constaté que des cendres durcies adhéraient aux fragments
de vases découverts en cet endroit. Il ne paraît donc pas douteux
que M. Rousset ait eu raison de reconnaître à Carrignargue les restes
d'une nécropole à incinération de l'époque néolithique. Mais ce
cr champ d'nrnesi5 est tout à fait indépendant, répétons-le, de la
ruine romaine située à 5o mètres plus loin.
Salomon Reinach,
Memliie du Comité.
NOTE
SUR
UNE TOMBE CONSERVÉE
DANS L'ÉGLISE DE CHASSEGUAY
(MANCHE),
PAR M. LE CHANOINE PIGEON.
La potilo é'jliso de Chasscguay, canton de Juvigny-le-Tcrtre, ar-
rondissement (le Mortain (Manche), possède une pierre tombale
avec effigie et symboles funéraires qui ont intrigué plus d'un visi-
leur. Sur la foi de M. Descliamps de Vadeville, on a cru que le
défunt, gravé au trait, représentait un des glorieux défenseurs du
Mont-Saint-Michel, au xv*= siècle. Nous avons voulu vérifier cette
assertion, et nous avons fi\it une assez longue course pour contem-
pler les traits de ce mort qui devait nous rappeler un de ces héros
qui, pendant trente-trois ans, surent conserver à la France et à leur
roi cette place du Mont-Saint-Michel, entourée alors de provinces
soumises aux Anglais.
Cette pierre tumulaire de Chasseguay, jadis au milieu du chœur
de l'église, est aujourd'hui déposée au bas de la nef. La partie in-
férieure a même été brisée en deux morceaux. En réunissant les
fragments, nous avons pu étudier à l'aise ce tombeau en pierre
calcaire. Il mesure 9 m. 3o de longueur sur t m. o5 de largeur.
Deux portions de l'inscription ont été coupées, soit pour placer
d'autres pierres tombales ou même quelque nouveau pavage. Les
pieds des passants ont aussi usé les lettres et altéré bien des traits,
mais ce qui reste suffit pour donner une idée assez exacte du dessin
primitif.
Cette pierre est divisée en deux compartiments bien distincts :
l'un plus petit, l'autre plus grand et enveloppant le premier sur
_ 124 —
deux côtés. (PI. XI.) Des torsades légèrement courbées à la partie
supérieure forment les divisions. Le moindre des compartiments,
à gauche du tombeau, représente un chevalier de la fin du xv® siècle,
armé de pied en cap. La tête nue est ornée de cheveux longs et
bouclés, qui ombragent une noble figure. Un casque fermé, sur-
monté d'un panache, est aux pieds du défunt. Le buste, jusqu'aux
cuisses, est recouvert d'une cuirasse ou cotte ornée de quinte-
feuilles , qui sont les armoiries du chevalier. Une ceinture soutient
une longue épe'e et un certain objet qui ressemble à un petit écu.
La main gauche est posée sur la poitrine, et la droite tient une
lance. Les jambes sont couvertes de cuissards, de genouillères et
de jambières; le talon des chaussures est armé d'éperons. Des deux
côtés de la tête du chevalier existent deux écussons : l'un fruste,
l'autre bien conservé. Ce dernier est parti d'or et d'azur à trois
quintefeuilles de gueules 2. 1., et d'or à six fers à cheval d'azur,
posés 3. 9. 1.
Le grand compartiment, semé de larmes ou de flammes, repré-
sente quatre autres signes emblématiques qui méritent d'être si-
gnalés. Au sommet, au-dessus de la tête du défunt, apparaît l'ar-
change Saint-Michel, debout, les ailes déployées. H est vêtu d'une
simple cotte et, abaissant son bouclier, il brandit l'épée pour
frapper le démon palpitant sous ses pieds. Un peu plus bas, à
droite, on voit une sorte de suaire qui a la grandeur et un peu la
forme de cette croix en cire qu'on appelle également un suaire et
que, dans l'Avranchin, on porte sur un plat, le jour des funérailles,
pour le déposer ensuite sur la poitrine du mort. Le suaire du
chevalier présente une large bande circulaire, chargée de onze pe-
tits polygones renfermant une croix. L'extérieur de la bande est
hérissé de larmes ou de flammes qui ressemblent assez aux dents
d'une roue. Dans l'intérieur de cette même bande, les larmes re-
paraissent des deux côtés d'une barre horizontale, en forme de vis.
On pourrait la prendre pour l'ardillon d'une boucle ronde, et ce
n'est peut-être qu'une torche ou cierge d'honneur sur lequel repose
la bande.
Au-dessous de ce que nous croyons un suaire est une branche
coupée, une branche de laurier-rose, et, au bas du compartiment,
un ver de terre longuement étendu.
Ces objets sont tous des symboles, des signes allégoriques et
funéraires. Saint Michel est l'ange du dernier combat et du juge-
— 125 —
ment; le suaire est ce qui reste au défunt dans la tombe ; la branche
de laurier-rose est le signe de la mort dans la cryptographie ou le
langage de flore; les larmes témoignent du deuil profond que le
défunt a causé et le ver rappelle la décomposition du corps, selon
ces paroles du psalmiste : «Ego sum vermis et non homo.w — w Je
ne suis plus un homme, mais un verre de terre. ^^
Quant à Tinscription qui encadrait tout le tombeau, on ne lit
bien que ces mots : « Gist ycy le corps ... qui . . . avant Tan mil
cinq cents et après longue vie . . . Charles et Louis . . . pries Dieu ... -n
Maintenant, quel est le défunt qui dormait sous cette dalle?
Était-il vraiment un chevalier du Mont-Saint-Michel?
M. de Beaurepaire ne le pense pas, et il a cru y reconnaître sim-
plement un sire de Carbonnel , seigneur de Chasseguay et vicomte
de Vire. Les Carbonnel furent, en effet, seigneurs de Chasseguay
pendant plusieurs siècles, et cette famille porte pour armes :
fT Coupé d'azur et de gueules à trois besans d'hermines posés 2. 1.75
Mais le chevalier représenté sur la pierre ne peut être un Carbon-
nel, car il porte sur sa cotte et sur son blason : trlJn écartelé d'or
et d'azur à trois quintefeuilles de gueules 2. 1. qui sont les armes
de la famille d'Argouges. ri Nous savons que Jean d'Argouges de
Gratot (canton de Saint-Malo-de-la-Lande, arrondissement de
Coutances, Manche) épousa une demoiselle delà Champagne, mais
il ne prit pas le nom de cette dame et ne figura jamais dans la
liste des cent dix-neuf. Jean d'Argouges ne peut, à aucun titre, être
rangé parmi ces héros restés fidèles à leur patrie. Pour conserver
ses propriétés, il fut un des premiers à se soumettre aux Anglais;
il leur vendit même le fief et roc de Lihou, oii l'ennemi, en lUko,
éleva la ville et forteresse de Granville.
Jean d'Argouges épousa en secondes noces Charlotte de Car-
bonnel de Chasseguay, qui décéda en 1^7 A. Elle repose dans la
nef de l'église de Gratot, oiî elle est représentée sous une arcade
avec une inscription en caractères gothiques. Le d'Argouges de Chas-
seguay est donc le jeune fils de Jean et de Charlotte de Carbonnel,
lequel se retira dans le manoir de sa mère. Il épousa une demoi-
selle de La Perrière, dont il unit les armes aux siennes, c'est-à-
dire l'écusson d'or à six fers à cheval d'azur 3. 2. 1., à l'écartelé
d'or et d'azur à trois quintefeuilles de gueules 2. 1.
Les d'Argouges s'étant reconciliés avec leurs princes légitimes,
celui de Chasseguay servit fidèlement les rois Charles VIII et
— 126 —
Louis XII, mais il ne peut, en aucune façon, être regardé comme
un chevalier du Mont-Saint-Michel, comme un des héros de i^3/i.
Quoi qu'il en soit, ce défunt appartient à une des puissantes fa-
milles du département delà Manche, et sa pierre tombale, en dehors
de ses symboles mortuaires, évoque encore un des grands souve-
nirs de notre histoire nationale.
E.-A. PlOEON.
LE COUVENT DES CORDELIERS
DE SALINS,
SOIN ÉGLISE ET SES MONUMENTS,
PAR M. JULES GAUTHIER,
Archiviste dii Doubs, correspondant du Ministère.
La petite ville de Salins (Jura), dont les sites pittoresques et les
eaux bienfaisantes attirent et retiennent nombre de touristes et de
baigneurs, fut, durant une longue suite de siècles, grâce au trésor
inépuisable de ses sources salées, le principal centre commercial et
financier du comté de Bourgogne. L'or y foisonnait, et dans son
enceinte renforcée de plusieurs châteaux ou bastilles pullulaient
les fondations pieuses : chapitres, couvents d'hommes et de femmes,
hôpitaux et chapelles, dus aux libéralités des sires de Salins, des
comtes de Bourgogne ou de leurs officiers. Mais de toutes les églises
que le xiii* siècle y avait bâties, l'une des plus célèbres, sinon la
plus vaste, était celle des frères Mineurs ou Gordeliei*s. Créé et
doté en 1280 par le comte Jean de Chalon, surnommé l'Antique,
leur monastère abrita la seconde colonie franciscaine qui ait franchi
la Saône, quatre ans après la fondation des Cordeliers de Besançon.
Opulents héritiers de la maison de Salins, les Cbalon, jusqu'à
l'extinction de leur race , demeurèrent les protecteurs attitrés de ces
moines mendiants, qui prenaient dans toute la chrétienté, auprès
du peuple comme auprès des princes, une faveur extraordinaire.
Ce fut au pied de leur château de Bracon, sur la rive gauche de
la Furieuse, que le nouveau cloître s'éleva au sud et non loin des
portes du Bourg-Dessus. Dès 1257, l'église commencée recevait la
sépulture d'Isabelle de Courtenay, seconde femme du comte Jean;
lui-même, en 1267; Perriu, dit le Bouvier, son fils, en 1279;
Laure de Commercy, sa troisième femme, en 1276; plusieurs de
— 128 —
leurs enfants et petits-enfants vinrent successivement reposer au-
tour de ce tombeau, non sans avoir assuré par d'amples largesses
l'achèvement de l'édifice qui devenait leur dernier gîte. A l'exemple
des princes, de nombreux nobles et bourgeois se firent inhumer
soit dans les deux nefs de l'église et dans ses quatre chapelles laté-
rales, soit dans le cloître, oii déambulaient et priaient plus de cin-
quante religieux. A la fin du xiv* siècle, la maison de Chalon cessa
d'inhumer ces morts chez les frères Mineurs salinois pour leur
consacrer dans leurs propres terres, à l'abbaye du Mont-Sainte-
Marie et aux Gordeliers de Lons-le-Saunier, de magnifiques mau-
solées sculptés par Jean de la Huerta, Conrad Meyt et le Mariotto.
Mais les Gordeliers de Salins continuèrent à entourer de prières les
tombes des fondateurs dont les bienfaits les faisaient vivre et dont
le nom les protégeait auprès des rois, des papes et des empereurs.
Durant plus de cinq cents ans leur couvent subsista presque intact
malgré les guerres , les fléaux de toute sorte , les bombardements ;
les lois de 1790 et 1791 lui donnèrent le coup de grâce. Comme
la ville regorgeait de couvents supprimés, sans emploi, l'église
et le cloître des Gordeliers furent, à vil prix, livrés aux démolis-
seurs et, depuis un siècle, une promenade nivelée, plantée de
maigres ombrages et servant de champ de foire, marque l'emplace-
ment d'un édifice que Philippe le Bon, Charles-Quint et Louis XIV
avaient comblé de privilèges, en mémoire de k leurs prédécesseurs
sepulturez dans cette belle et notable église t?.
De cet anéantissement peu de choses ont survécu; des archives,
il ne subsiste qu'un registre compilé en 1672 et renfermant heu-
reusement dans une sorte de cartulaire la copie de quelques docu-
ments; les débris d'architecture ou de sculpture consistent en une
vingtaine de fragments de colonnettes, de nervures ou de chapi-
teaux disséminés dans la clôture des vignes voisines. Quelques
historiens locaux ont consacré à nos Gordeliers des notices variant
de cinq lignes à deux pages; enfin les plans topographiques salinois
de i55o à 1789 conservent les contours et la perspective cavalière
du monastère disparu. Tout cela réuni pourrait suffire à retracer
sommairement son histoire, mais reste insuffisant pour esquisser
la moindre monographie de son église, de son architecture et de
son décor.
Heureusement qu'en i6/i8 l'érudit abbé de Balerne, Jules Chif-
flet, chancelier de la Toison d'or, visitant, avec l'esprit critique
— 129 —
héréditaire dans sa iamille, les trésors amassés sous les voûtes des
frères Mineurs de Salins, pressentit que tout cela s'effondrerait un
jour et essaya de sauver au moins les pièces capitales parla plume
et par le crayon. Les dessins précieux de Chifflet, mêlés de notes
judicieuses et d'inscriptions semées dans ses portefeuilles inédits,
vont nous permettre, combinés avec d'autres sources, de restituer
en quelques pages, appuyées de preuves convaincantes, la descrip-
tion archéologique de l'église des Cordeliers de Salins et de ses
principaux monuments.
Dans l'enclos des Cordeliers, resserré entre un chemin public et
la Furieuse, qui baigne le verger, traversé par les eaux de la fon-
taine de l'Ours qui arrosent le jardin, les constructions occupent
moitié de la surface. L'église est orientée; sur son flanc gauche
s'appuie le cloître carré, entouré par le chapitre, le réfectoire, la
bibliothèque, et à l'étage supérieur par les cellules des religieux.
Au nord du cloître deux autres cours de dimensions presque égales,
entourées également de bâtiments à deux étages, se font vis-à-vis
l'une à l'est, l'autre à l'ouest, cette dernière ouvrant par un large
couloir et une grande porte cintrée sur le chemin public, du côté
opposé à la rivière. Quand on franchit la porterie, on trouve à
gauche, dans le corps de logis côtoyant le jardin, et au rez-de-
chaussée, une grande salle éclairée de six croisées de pierre oiî se
tenaient les Etats généraux de la province quand ils étaient convoqués
à Salins. La façade oiJ est percée la porte d'entrée du monastère
ne mesure pas moins de 90 mètres de largeur, non compris les
deux tours rectangulaires de 8 mètres de côté que le duc Philippe
le Bon a fait bâtir en 1^89 pour la défense du couvent. Au temps
de Jules Chifflet, toutes ces bâtisses dataient en moyenne du xv* et
du XVI* siècle, moins le chapitre et le cloître qui remontent au
xiv° siècle. Les quatre allées du cloître sont longues de 28 mètres
chacune et couvertes d'une simple charpente en appentis; chacune
d'elles compte, outre les travées d'angle, quatre travées ajourées du
côté du préau d'une triple arcature trilobée avec colonnettes repo-
sant sur un bahut à hauteur d'appui. Dès i/i34, une confrérie
pieuse a obtenu des franciscains de placer dans le cloître un autel
que surmonte la statue de saint Claude, né, prétend la tradition,
dans le château voisin de Bracon; le sol est principalement dallé
de pierres tombales portant le nom et les armes de nombreux bour-
geois de Salins et de quelques gardiens, vicaires ou custodes.
Archéologie. q
— 130 —
Pénétrons dans l'église par la porte latérale ouvrant sur le
cloître, débouchant à la hauteur du chœur des religieux près d'un
autel dédié à la Trinité, Notre-Dame, saint Pierre et saint Paul.
Elle a deux nefs de largeur et de hauteur inégales, divisées par
une rangée de cinq piliers rectangulaires, communiquant par six
arcades en tiers-point et irréguliëres ; mais, par une anomalie tout
à fait extraordinaire dans une église entièrement bâtie de laBo
à i36/i, aux extrémités de la grande nef, précédées chacune d'une
travée plus étroite et moins profonde, deux absides terminées eu
cinq pans coupés se font vis-à-vis. Vérification faite, cette anomalie
de plan n'est qu'apparente; l'abside nord n'a été construite qu'en
i53o en prolongeant l'édifice d'environ 7 mètres (ce qui porte la
longueur totale à 52 mètres dans œuvre), probablement pour pla-
cer le maître autel et le chœur nouveau des religieux à l'abri des
inondations de la Furieuse. En effet, le niveau de cette abside est
surhaussé de cinq degrés (environ 1 mètre) au-dessus du niveau
des nefs et de l'ancien chevet. Une des conséquences de cette modi-
fication a été de supprimer la porte d'entrée de l'église , percée dans
un épais renfort de muraille, et de la remplacer par une troisième
porte latérale ouvrant indirectement sur le cloître à la hauteur
du nouveau maître autel. Dans son état primitif l'église ne mesu-
rait donc en sa plus grande longueur, c'est-à-dire dans l'axe de la
grande nef, que kb mètres, la largeur étant de 8 m. 70 hors œuvre
et le nombre de travées de sept, outre l'abside à cinq pans. La
grande nef atteint la hauteur de 1 3 mètres sous clef; neuf fenêtres
avec rose et meneau unique l'éclairent, une dans la façade, huit
sur les flancs; sept grandes baies de même forme, mais de dimen-
sions presque doubles, ajourent l'abside, garnies de vitraux à per-
sonnages sur lesquels nous reviendrons. Les piliers carrés qui sup-
portent les doubleaux des voûtes engagés sur le flanc gauche de la
nef, dégagés sur le flanc droit où sont percées des arcades, sont
irrégulièrement munis de colonnettes saillantes; deux groupes de
trois colonnettes existent à l'entrée du chœur pour recevoir les for-
merets et les arcs des voûtes; ailleurs les retombées sont reçues sans
doute sur de simples culs-de-lampe ou sur les angles des piliers.
Au dehors, la corniche qui règne sous la toiture de la grande nef
est uniformément soutenue par des modillons carrés. Sur le flanc
gauche de l'édifice, au-dessus de la sacristie, un petit clocher de
pierre, hexagone, reposant moitié sur le mur de l'église, moitié sur
— 131 —
un oncorbeilement, s'élève jusqu'à deux étages, percé d'un unique
rang de baies cintrées et surmonté d'une flèche aiguë, sommée
d'une girouette.
Passons à la nef latérale, haute seulement de 8 à 9 mètres,
large de 5 mètres, longue de ko mètres; ses quatre dernières tra-
vées, en partant du chevet à trois pans de sa chapelle absidale,
ouvrent latéralement sur autant de petites chapelles également à
trois pans, éclairées d'une, deux ou trois fenêtres. La largeur de
ces chapelles est de 5 mètres en moyenne, leur profondeur de
2 mètres seulement. Sauf deux fenêtres en tiers-point qui se font
vis-à-vis aux deux extrémités de la petite nef, celle-ci n'a d'autre
jour que celui qui lui vient des chapelles latérales, fort éclairées
d'ailleurs, quoique ouvrant à l'ouest.
Telle est l'architecture peu complexe du double vaisseau des Cor-
deliers de Salins, dont on peut retrouver presque l'équivalent,
comme disposition et comme style, dans certaines travées de l'église
des Cordeliers de Lons-le-Saunier, la seule des seize églises francis-
caines de Franche-Comté qui ait partiellement survécu.
Si les dimensions de l'édifice sont restreintes; si, excepté dans
l'abside, ses membres d'architecture sont dépourvus d'ornements,
les vitraux colorés du chœur, les reliefs des tombeaux qui partout
s'étalent le rehaussent singulièrement. Sous les sept fenêtres du
chœur, ouvrant à k mètres du sol, sont pratiquées autant d'ar-
cades aveugles, d'une certaine profondeur, dont le tiers-point chan-
freiné est entouré d'archivoltes retombant sur des têtes humaines.
Les deux premières de ces arcades sont transformées en enfeux par
l'adjonction d'un bahut de pierre dont la partie antérieure n'a
d'autre ornement qu'un socle et une corniche moulurés flanqués
de deux pilastres. Celle de gauche renferme , les pieds tournés vers
le luaître autel, la tête reposant sur un coussin avec glands et
floches aux quatre coins, une statue de pierre blanche représen-
tant une femme couchée , la tète couverte d'une voilette ou couvre-
chef entouré d'une broderie, le col muni d'une courte guimpe. Les
bras, émergeant des courtes manches d'une robe de dessus ou
surcot à jupe traînante et à longs plis recouvrant complètement la
robe de dessous, sont vêtus de manches très collantes, boutonnées
sur toute leur longueur, et croisent leurs mains ouvertes sur la
poitrine. Malgré la longueur des robes drapées etplissées, les pieds
apparaissent, cherchant un appui disparu, vraisemblablement un
— 132 —
chien couché. Aucune inscription, ni sur le lit funèbre, ni dans la
cavité de Tenfeu; mais la tradition veut que cette statue soit celle
d'Isabelle de Courtenay, morte en 1267, et rien dans les détails du
costume n'infirme la tradition.
L'enfeu symétrique qui s'ouvre à gauche contient une seconde
statue funéraire regardant également le maître autel; elle repré-
sente un homme dont la tête à figure imberbe, à longs cheveux
bouclés, repose également sur un coussin. Il porte une robe assez
longue, descendant un peu plus bas que le genou; les manches de
cette robe sont collantes et de leur poignet à parement sortent
deux mains qui se joignent comme pour la prière. Les jambes du
personnage, emprisonnées dans des bas de chausses, appuient
leurs pieds chaussés de bottines àretroussis sur les reins d'un lion-
ceau dont le mufle se retourne du côté du spectateur. Cette statue
sans inscription est, dit-on, l'image de Jean de Chalon, fils de
Jean l'Antique; cette qualité ne peut convenir qu'à Jean, comte
d'Auxerre, seigneur de Châtelbelin, mort le i3 décembre i3o9,
dont la piété filiale a dû élever le tombeau d'Isabelle de Courtenay,
en se choisissant en face et tout auprès d'elle une tombe qu'il a
dû préparer de son vivant même, car la facture et la disposition
des deux figures est identique. Un sentiment analogue, justifié
cette fois par une inscription, a dicté l'érection du superbe monu-
ment consacré, non loin de là, dans la nef latérale, à la mémoire
de Laure de Commercy, veuve du comte Jean, par Jean de Chalon-
Arlay, son fils. Placé vis-à-vis de l'arcade qui fait communiquer
les nefs à la jonction de l'abside latérale et du chevet, la construc-
tion du tombeau de Laure de Commercy a dû coïncider avec la
bâtisse de la diapelle absidale, élevée entre i3o7 et i3t5, date
de sa mort, par les soins et aux frais du grand baron.
Qu'on se représente un lit de parade en maçonnerie revêtue de
pierre blanche finement taillée, appuyé contre la paroi droite
de la nef et mesurant îx m. 80 de long sur 1 m. 3 de large et de
haut. Les trois côte's visibles de ce dé, que couronne une dalle
monolithe, sont couverts de bas-reliefs formant douze caissons ou
compartiments quadrangulaires disposés trois par trois, six dans le
sens de la longueur, six dans le sens de la lai'geur du bahut. Un
socle et une corniche sertissent en bas et en haut ces douze cais-
sons séparés par de légers pilastres. Dans chaque panneau, un mé-
daillon à huit lobes, évidé, contient une figure d'opante ou de
— 133 —
pleureur debout, en léger relief. Sur le lit est étendue, les mains
jointes, la tête à demi perdue dans les profondeurs d'un couvre-
chef en forme de voile, le corps enseveli dans les plis multiples
d'une robe et d'un manteau artistement drapés, les pieds posés
sur deux petits chiens adossés, la statue en ronde bosse d'une
femme qui semble âgée et dont la nuque repose sur un coussin
tandis que ses regards sont dirigés vers l'autel de la chapelle absi-
dale. Au-dessus de la couche funèbre s'élève, à 3 ou /i mètres de
hauteur, une voûte en pierre, formée de deux croisées d'ogives;
les retombées de ces arcs portent sur trois pilastres appuyés au
mur et sur trois piliers quadrangulaires qui leur font face en avant
du soubassement. Ces piliers supportent, deux à deux, quatre ar-
cades trilobées inscrites chacune dans un pignon aigu dont les ram-
pants sont couverts de choux frisés, dont le sommet porte un pinacle
épanoui. Notons que chacun des trois piliers est surmonté d'un
clocheton dont les flancs sont pénétrés de fenestrelles aveugles et
dont la pyramide à quatre pans est couronnée d'un trèfle, et que
les deux arcades parallèles à l'axe principal de la nef, moins éle-
vées que les deux arcades latérales , possèdent un tympan triangu-
laire, illustré de bas-reliefs aussi bien que le remplage intérieur
des arcades aveugles. De ces deux tympans, le plus voisin de la
tête de Laure de Gommercy la représente elle et son époux aux
pieds du Christ, qui les reçoit au ciel, en présence de deux anges
dont l'un porte une croix et l'autre un encensoir. Le second tympan
est rempli par la scène traditionnelle du couronnement de la Vierge,
au-dessus de deux anges adorateurs portant un encensoir et un
calice. D'autres bas-reliefs, comprenant une trentaine de petites
ligures disposées sur deux étages, couvrent la paroi interne. Le
premier sujet, en commençant aux pieds, représente le Crucifie-
ment, la Vierge et saint Jean se tenant auprès de la croix; le
reste, apôtree et saints tous debout, est difficile à interpre'ter, vu
la petite dimension du dessin. Il nous a permis, du moins, de
constater l'élégance extrême et la richesse de l'édicule élevé par
Jean de Chalon-Arlay'^^. En i6i8, on lisait encore à côté cette in-
scription, qu'il convient de rappeler :
Anno Dotnini mcclxxv in habilu D. Francisci obiit excellenlissima domina
Laura quondam comitissa Burgundie et domina de Salinis que in hoc sépulcre
(') Voir le dessin original conservé dans le ms. la du fonds Chifllot, fol. 17.
(Bibl. de Besançon.) ;
— 13â —
solemni est sepulta. Banc autem capellam cum sepulcro edificari fecit famosus
et inclytus princeps D. Joannes de Cabtlone, D. de Arlato jllius ejus, frater
domim Hugonis comitis Burgundie palatini et frater D. Joannis comitis Autis-
siodore)isis^^\
Aux pieds de Laure de Commercy, une tombe plate porte i'épi-
taphe de sa fille Marguerite, épouse de Hugues de Montréal, fils
d'un duc de Bourgogne, morte à Paris au mois de mars 1288 et
dont les cendres ont été longtemps après rapportées à Salins.
Anno Dommi McaLxxx[vii]. . . martii ohiit Pnrkim nohil. dfia Marga-
retade Cabilone uxor quondam nobilis viri dm Hugonis [filiiducis] Burgundie
dni Montis Regalis [que fuit] translata ad pedes matris sue anno Dhi
MCCC. . .
Inutile de chercher le tombeau de Jean de Chalon l'Antique ni
celui de son fils Pierrin, dit Bouvier, enterrés cependant aux Cor-
deliers en 1267 et 1272; ils devaient être placés pourtant dans
Thémicycle de l'abside; peut-être le canon français de Bracon, ti-
rant sur l'église où s'étaient retranchés, en i^gB, les soldats de
Maximilien d'Autriche, les a-t-il pulvérisés en détruisant, nous le
savons, une partie du monastère ^'^).
Heureusement il n'a pas ane'anti les superbes vitraux qui rem-
plissaient les fenêtres du chœur et dont une partie au moins a sur-
vécu à la canonnade. Ces vitraux, dus aux bienfaits collectifs de la
reine Jeanne de France, fille d'Othon iV et de Mahaut d'Artois, de
sa fille Jeanne, mariée au duc de Bourgogne Eudes IV, auquel elle
apporta en i33o le comté de ses aïeux, de Jean de Ghalon-Arlay,
e'vêque de Langres et de Bâle, enfin de Jean II de Chalon-Châtel-
belin, comte d'Auxerre, doivent, cela résulte de la concordance
des dates, remonter à 1899 ou i33o. Dans une des fenêtres du
côté droit est peinte la figure agenouillée et priante de la femme
de Philippe le Long, Jeanne, fille du comte Othon IV. Une cou-
ronne d'or est posée sur sa coiffe blanche; par-dessus sa robe de
même couleur, parementée d'or, agrémentée de manches rouges
et collantes, flotte un ample manteau rose carmin. La reine est
'^' Ms. 13 du fonds Chifflet, fol. 17. (Bibl. de Besançon.)
^*) Patentes de Maximiiien d'Autriche, comte de Bourgogne, accordant entre
autres faveurs 200 francs aux Cordeliers pour réparer leur église considérablement
endommagée, Malines, 20 septembre tk^k. Cartul. des Cordeliers de Salins, fol. iG.
(Arch. du Jura.)
— 135 —
placée sur un socle orné de rinceaux et de quadrilobes, armorié
d'un écu parti au premier de France : treillissé d'azur et semé de
Jleurs de lis d'or; au second de Franche-Comté : d'azur billeté d'or
au lion de même^^K
En regard de sa mère, du côté opposé, Jeanne de France, du-
rliesse et comtesse de Bourgogne, est également à genoux sur un
socle semblable, armorié d'un écu parti : Bourgogne-Ddché, qui est
d'azur à trois bandes d'or, avec bordure de gueules, et Bourgogne-
Comté. Ses cheveux bruns et coupés courts dégagent son cou nu et
la naissance de son épaule; sa robe blanche apparaît, bordée d'or
à l'échancrure d'un grand manteau rouge avec épaulière et capu-
chon ; vêtus de manches vert-olive , ses bras joignent leurs mains à
la hauteur du visage (^).
Un troisième portrait dont nous n'avons que la description occu-
pait, derrière l'autel, la fenêtre du fond; un évêque vêtu d'orne-
ments pontificaux priait agenouillé devant un prélat franciscain,
saint Louis, de la maison de France. Les armes du personnage :
de guetdes à la bande d'or chargée de trois molettes percées d'azur, sur-^
chargée d'une croix d'or mise en pal, suffiraient pour le faire recon-t
naître, si l'on ne lisait au bas de la vitre cette inscription en capi-
tales gothiques : Dominus Johannes Kabilone epischopus Lingonen.
ET ADMINISTRATOR BaSILENSIS FECIT FIERI I8TAM FITREAM. AmHE . . .
, Il s'agit ici de Jean de Chalon-Arlay, seigneur de Vitteaux, qui fut
évêque de Langres en iSaS, administrateur de Bâle en iSag^-^)
et qui mourut le 99 juin i335. Certaines consonances : epischopus ^
fitream, laissent à penser qu'un peintre verrier tudesque, venu sans
doute de Bâle, dut être l'auteur de nos vitraux.
Une quatrième vitre '*' reproduit les traits d'un chevalier de
35 ans; la tête, expressive, est couverte de cheveux bruns et bou-
clés; le menton porte toute sa barbe, de teinte claire. Vêtu de
mailles et d'un justaucorps de tanné, ayant par-dessus une cotte
d'armes rouge avec bande d'or dont les couleurs sont reproduites
sur deux ailettes attachées à l'épaule, ses genoux et ses jambes sont
') Bibl. de Besançon, nis I du fonds^Chifllet , fol.îiti.
^^' Iltid., fol. 120.
t'') Tonio XLIX des mss Chifflet, fol. 16/4. {Ihid.) Jean ne prend celle qualité
(Tadmiiiistrator qu'en iSap-iSSo. (Fonds de l'al)baye du Mont Sainte-Marie,
Al cil. du Doubs.)
^*' Bibt. de Besançon, tome I des mss Gbifîlot,|fol. 39/1.
— 136 —
couverts de plates de fer; son épée au côté, réperon au talon, il a
les mains jointes. Le socle, orné de deux fenêtres trilobées et de
rinceaux, est orné d'un écu aux armes de Glialon, sans nulle bri-
sure. Jules Ghifflet a cru reconnaître Jean de Chalon l'Antique; l'âge
et le costume du personnage s'y opposent; ce doit être Jean 11 de
Chalon-Auxerre, mort à Crécy en i345, à l'âge de 5o ans.
Pour comple'ter jusqu'à sept cette se'rie de porlrails, dont nous
devons nous féliciter de posséder une moitié, il faut supposer dans
les trois autres fenêtres, escortés de leurs patrons comme l'était
l'évêque de Langres et Baie, Jean de Chalon l'Antique, son petit-
fils Othon IV et sa petite-fille par alliance, Mahaut d'Artois, mère
de la reine Jeanne. On aura groupé ainsi les figures qui devaient le
mieux représenter dans le couvent franciscain de Salins toutes les
branches d'une illustre famille à laquelle il devait sa fondation,
ses embellissements et sa dotation.
Ici s'arrêtent les dessins de Jules Ghifflet, dont le président Clerc
n'avait donné jusqu'ici que quelques reproductions insuffisantes, et
avec eux s'épuisent nos renseignements archéologiques. Ne quittons
pas le choeur sans examiner le maître autel tr enrichi de menuiserie
dorée», où sont sculptées et peintes les armoiries suivantes : parti
de gueules à un demi-aigle d'or, et d'azur fretté d'or. Cet écusson, oii
se combinent les armes des maisons de Vienne et de Joux, ne peut
convenir qu'à Vauthier ou Gauthier de Vienne, marié vers i366 à
Jeanne de Joux et mort en iSgo; tout en nous renseignant sur un
bienfaiteur inconnu du couvent des Gordeliers, il nous aide à pré-
ciser l'époque de l'achèvement de l'église en la limitant aux deux
dates que nous venons d'indiquer.
Devant la balustrade du maître autel, sur une grande dalle dont
l'inscription est effacée, sont gravées deux figures : celle de droite
est un chevalier en armure, celle de gauche un évêque, tous deux
inconnus. A côté, voici la tombe d'un médecin sicilien, de la suite
de Charles le Téméraire, qui vint mourir à Salins le 92 juillet 1/176
dans la retraite lamentable qui suivit l'échec de Granson.
^ Matheus de Clavicus de... regni Cicilie, artiiim medicum doctor... ris ac
illustrissimi domini Caroli ducis Burgundie qui ohiit die xxjijulii mcccglxivi.
Cujus anima in pace requiescat.
Tout auprès du tombeau d'Isabelle de Courtenay, dans le colla-
téral , voici encore quelques tombes intéressantes. La première re-
— 137 —
laie la fondation d'une messe hebdomadaire en l'honneur de saint
Yves par le tabellion ge'ne'ral Michel Brouillar, originaire de Metz,
et Alix Farod, sa femme, en i'anne'e iAqS, date de la reprise de
Salins sur les Français.
En l'honneur de sainct Yve advocat des pauvres la présente chappelle [et]
autel kl messe disant tous les mecredys de lan , perpétuellement sont esiezfondez
par Michiel Brouillar de la cité de Mess, tabellion gênerai au comté de Bour-
gongne, et damoiselle Alix Faro sa femme en l'an mil ccca nu" et treze, dont
Dieu ait leurs âmes.
Dans la première chapelle qui suit, dédiée à saint Paul, deux
autres textes sont à relever. Le premier mentionne que cette cha-
pelle a été construite avant i3/i3 par frère Richard d'Usier, pro-
vincial des frères Mineurs, qui y repose au milieu des siens.
ANNO DOMINI M" CCC XL", XXIir DIE APRILIS OBIIT REVE-
RENDVS IN XPO PATER RICHARDVS D. HVSIER QVI FVIT MA-
GISTER FRATRVM MINORVM IN PROVINCIA BVRGVNDIE ANNIS
VNDECIM ET FECIT ISTAM CAPELLAM ET MVNIIT EAM OMNIBVS
NECESSARIIS SVFFICIENTISSIME IN QVA SEPVLTI SVNT IPSE ET
PATER EIVS DOM- PETRVS D- HVSIER MILES AC FRATRES EIVS
REGINALDVS ET HVGO MILITES.
Le blason de cette vieille race d'Usier, illustrée par maintes charges
auprès des comtes et ducs de Bourgogne, est peint sur les vitraux
et les murs de la chapelle , oii des fresques à la détrempe représen-
tent un certain nombre de ses membres, en costume de guerre, les
chevaliers caractérisés par les éperons d'or, les simples écuyers par
les éperons d'argent. Sur une grande tombe sont figurés Louis
d'Usier, seigneur de Villette et de Vaudrey, chevalier fait à Jéru-
salem, mort en 1/^67, et Antoine, son fils, décédé avant i5oo, les
pieds posés sur des lévriers. Voici leur épitaphe :
Ci git messire Louis d'Husie, seigneur de Villette et de Vatildrey en partie,
quifust chevallier en Jérusalem, qui trespassa l'an lâôj, dont Dieu ay l'asme.
Amen. Et a fait faire ceste sépulture Antoine d'Htisie sonfls^
Une autre chapelle porte dans ses vitres les armes de Loyte :
d'azur à l'agneau pascal ongle d'or, et en regard celles d'une famille
alliée, les Estavayer : pallé dor et de gueules de 6 pièces, a la bande
d'argent chargée de trois roses de gueules brochant sur le tout, souvenirs
d'un officier de la saunerie. Une troisième a appartenu aux Du
— 138 —
Solier, riches banquiers venus de Milan au xi\' siècle; deux d'entre
eux, Barlhe'lemi et Jeannot, son fils, sont inhume's auprès de l'autel
Sainl-Laurent, fondé après leur mort, en iiii3, par le curé de
Boujailles, Guillaume de la Perrière. Une dernière contient le char-
nier des Merceret, bourgeois de Salins enrichis par le ne'goce, puis
anoblis.
En i646, l'église des Cordeliers, remaniée comme nous l'avons
vu en i53o par l'adjonction d'une seconde abside, comptait en
tout sept autels dédiés à Notre-Dame et à saint Georges (maître
autel), à saint François et à la sainte Croix (chapelle de Chalon-
Arlay), à saint Bonaventure (ancienne chapelle Saint-Paul ou des
Usier), à sainte Anne, à l'Annonciation (chapelle des Merceret), à
la sainte Trinité et à l'Immaculée Conception. En 1789, le nombre
des aulels était porté à dix; on eut à ce moment besoin de relever
l'emplacement des bancs et des sépultures concédées à des habitants
de Salins. Cette mesure administrative a fourni inconsciemment à
l'archéologie une base précieuse pour restituer en son entier la
description et le plan d'une des plus curieuses nécropoles des
comtes de Bourgogne, de la maison de Chalon, que l'abbé Guil-
laume, l'historien voleur et faussaire des sires de Salins, avait,
malgré sa compétence incontestable, négligé de relever au siècle
dernier.
Jules Gauthier.
NOTE
SUR
LA BASILIQUE DE CASTIGLIONE,
PAR M. BERTRAND,
Professeur au lycée d'Alfyer.
Le village de Castiglione (^', situé sur la côte de l'Algérie à kk ki-
lomètres à Touest d'Alger et à 2/1 k. 1/2 à l'est de Tipasa, s'élève
sur l'emplacement d'un bourg antique, dont les ruines ont été
sommairement signalées par Berbrugger'^' et M. Cat'^l Les con-
structions modernes les ont fait disparaître presque entièrement.
Cependant un mamelon, situé au nord-ouest du village et domi-
nant la mer, porte encore les vestiges de deux édifices assez im-
portants. Le premier est un établissement de bains, oiî l'on a fait
quelques fouilles; on y reconnaît une piscine rectangulaire [U m. 3o
X 8 m. 80), dans laquelle on descend par trois marches et qui
est précédée d'une salle de 1 1 mètres de long; à côté se trouvent
de petites chambres dont le sous-sol pouvait être chauffé.
A 100 mètres environ au sud-est de ces thermes est une basilique
chrétienne, dont nous donnons le plan ci-joint. Orientée selon
l'usage (porte à l'ouest, abside à l'est), elle mesure 2 4 mètres de
long sur 1 3 de large. La construction était en mauvais blocage avec
des harpes en pierre de taille de distance en distance. En avant
s'étend un vestibule, remplaçant le narthex à colonnade ordinaire
dans les églises primitives; une fouille serait nécessaire pour dé-
terminer la place exacte de son entrée, qui ne paraît pas avoir été
située au milieu; peut-être y avait-il deux entrées symétriques. A
l'intérieur, la nef était séparée des bas côtés par deux rangées de
colonnes dont les fûts, en granit ou en pierre, émergent çà et là.
^'' Le lieu était appelé par les Arabes, Bou-hmaïl.
^^' Revue Africaine, t. V (1861), p. 36i.
^■'' Essai sur la province de Mauritanie Césarienne.
— UO —
Au fond et, autant qu'il semble, à un niveau plus élevé, labside,
dont le mur ne fait pas saillie au dehors et les deux sacristies qui
la flanquent.
Cette église n'aurait pas grand intérêt si elle ne présentait que
ces dispositions banales; mais
des fouilles, faites jadis, à une
époque que nous ne pouvons
fixer, et complétées en 189 4
par M. l'abbé Grandidier, curé
de Tipasa, ont prouvé l'exis-
tence d'une crypte, au-dessous
de l'abside et des sacristies.
Cette crypte, en partie bâtie,
en partie creusée dans le tuf
de la colline, est partagée en
trois salles qui répondent exac-
tement par leur plan et leurs
dimensions aux trois pièces
supérieures. Elles communi-
quaient entre elles par deux
portes placées aux points A et
B de notre plan.
On descendait dans la salle
du milieu par un escalier C,
disposé dans l'axe de l'église,
en avant de l'abside, et limité
par deux massifs de maçonne-
rie D et E. De l'autre côté de
chacun de ces massifs devait
être placé le petit escalier la-
téral menant à l'abside. Aucune trace n'a été retrouvée de ces esca-
liers; ils étaient sans doute en bois (nous avons indiqué leur em-
placement par les lettres F et G).
Les trois salles de la crypte étaient couvertes par des voûtes en
forme de berceau très surbaissé, dont les amorces subsistent.
A notre connaissance , on n'a pas encore signalé de crypte dans
les édifices chrétiens d'Afrique '^l Ce qui surtout rend la notre in-
I
I
I
I
ri
Basilique do Castiglione.
(" M. Gsell {Recherches archMogiques en Algérie, p. 181) signale au-dessous
— l/il —
léressante, c'est ia destination qu'elle a reçue. Elle ne représente
pas, en effet, comme les plus anciennes cryptes connues, un amé-
nagement fait pour faciliter la visite du tombeau d'un saint. Au
milieu de la salle centrale, M. l'abbé Grandidier a constaté l'exis-
tence d'une construction en pierres de taille délimitant une cuve
en forme de croix aux branches arrondies.
Ce sont là, sans nul doute, des fonts baptismaux. On voit une
cuve de forme analogue au Musée de Tunis; elle a été trouvée dans
l'île de Djerbat^^. Grégoire de Tours en décrit'^) une semblable :
rrPiscina est apud Osen campum (en Lusitanie) antiquitus sculpta
et ex marmore vario in modum crucis miro composita opère, n Cette
forme pouvait être donnée au baptistère lui-même; tel était celui
que M. Gavault a tout récemment retrouvé dans ses fouilles de Tig-
zirt. Dans noire église, les deux pièces latérales de la crypte étaient
évidemment des dépendances de la salle où l'on baptisait; c'est là
sans doute que les catéchumènes se dépouillaient de leurs vêtements.
La manière dont les murs de l'abside et des sacristies s'agencent
avec ceux de la crypte prouve qu'ils appartiennent à une seule et
même construction. Malheureusement, pour déterminer l'époque
de celte basilique, nous manquons d'éléments, que des fouilles
dans la nef nous donneraient peul-être.
Il existe pourtant au Musée d'Alger une clef d'arcade, en pierre
jaunâtre (largeur en haut, cm. 69; hauteur, o m. 28), que l'on dit
provenir de Castiglione et qui a peut-être été trouvée dans notre
église, lors des premières fouilles. On y voit un monogramme
conslantinien enferme' dans une couronne tressée, et flanqué de
deux oiseaux, sans doute des colombes, le tout d'un travail très
grossier. Celte pierre a pu servir de clef à l'arc d'une abside, plu-
tôt qu'à une arcade de porte ou à une archivolte appartenant à
une des deux colonnades intérieures, car la taille de sa partie infé-
rieure indique une large baie. Le monogramme présente, non
pas un rhô grec, mais un r latin. De Rossi a prouvé que cette
d'uno basilique à Kherbet-bou-Addoufen , l'existence d'un souterrain qu'il n'a pas
pu visiter lui-même. 11 consisterait en un long couloir flanqué à droite et à gauclie
de Inculi. Cette disposition rappelle moins une crypte que des catacombes. Quant à
la crypte de la basilique de Damous-el-Karita , à Carthage, elle n'est qu'un amé-
nagement d'une construction antérieure à celte basilique.
^'' Collections du Musée Alaoui, p. 5i-5a.
'^' De Gloria martyrum, l, ait.
— U2 —
substitution s'est faite tout d'abord en Orient, k la fin du iv* siècle
ou au commencement du ¥^^). En Afrique, iV latin apparaît dès
l'année hhk^'^\ puis sur des monuments de la fin du v° siècle et
du début du vi*. Mais il faut remarquer qu'il y figure dans des
croix monogrammatiques et non dans des monogrammes constanti-
niens. Or, on sait que le monogramme est une forme plus ancienne
que la croix. Nous ne nous tromperons sans doute guère en attri-
buant notre clef d'arcade au second tiers environ du v^ siècle. Si
elle a été réellement trouvée dans la basilique, elle peut servir à
en déterminer l'époque.
Signalons encore à Castiglione des sarcophages en pierre qui ont
été trouvés, il y a quelques années, à 200 mètres environ au sud-
est de la basilique. 11 semble qu'un cimetière assez étendu ait existé
à cet endroit (■*'. C'est aussi à Castiglione qu'a été trouvée l'inscrip-
tion n" 9273 du Corpus, actuellement au Muse'e d'Alger : épitaplie
chrétienne qui, d'après la forme des lettres, date du v'' siècle.
L'Itinéraire d'Antonin indique, sur la route du littoral, entre
ïipasa et Icosium (Alger), la station de Casae Calbenti, à i5 milles
(22 kilomètres 1/2) de Tipasa et à 33 milles (/19 kilomètres) d'Ico-
sium. Ces distances conviennent à peu près k la position de Casti-
glione, beaucoup plus exactement en tout cas qu'aux autres ruines
de la côte'*). Le nom de Casae Calbenti paraît indiquer un bourg
construit sur le domaine d'un grand propriétaire (^'.
Bërtrjind,
Protosseiir au lycée d'Algor.
'') La capsella argeniea Africana, p. la.
(•') Gseli, Revue Africaine, t. XXXVll (jXg.S), p. 117-118.
(•''> D'autres tombes antiques de Castiglione onl déjà été signalées : Revue Ajri-
caine, t. I, p. 56; t. II, p. Sa 9.
W Cf. Mélanges de l'École de Rome, t. XIV (1 89/1 ), p. Zii3.
''5 Depuis l'envoi de cette note au Ministère, M. l'abbé G/-andidier a publié,
dans le Bulletin d'archéologie du diocèse d'Alger, une élude plus complète que la
nôtre et à laquelle on fera bien de se référer.
DECOUVERTE
D'UN
TOMBEAU NÉO-PUNIQUE
DANS LE CAMP DE TÉBOURSOUK,
PAR M. LE CAPITAINE RAVARD.
Le canii) de ïéboursouk est situé sur la pente nord -est du
Kef-Arras, cuire le pic de ce nom et rOued-Zebbès, à environ
5oo mètres à Touest du village de Téboursouk. Les pavillons d'of-
ficiers sont placés au point culminant du camp, près du chemin
qui relie le contrôle à la route de Medjez-el-Bab en contournant
la partie sud-ouest du village.
Le tombeau qui fait l'objet de cet article se trouve près des pa-
villons des officiers et à l'est à moitié chemin entre les pavillons
et la poudrière du camp.
Le 28 octobre 1896, on de'blayait le camp des monceaux de
[lierres qui l'encombraient; arrivés au rocher, les hommes de
corve'e firent tomber une grande pierre triangulaire qui découvrit
un trou. Je fis déblayer la partie situe'e au-dessus du trou et je
de'couvris la porte forme'e de deux montants place's sur un seuil et
reliés eu haut par une pierre formant dessus de porte. La porte
était fermée par quatre pierres superposées, plates du côté visible,
en demi-cintre à l'intérieur '^l
A droite de la porte se trouvait une stèle de o m. 70 de hau-
teur et représentant une femme debout que je crois être la figura-
tion de la déesse Tanit. (Fig. i.)
'■i Les dimensions de la porte sont les suivantes :
Montants : hauteur, o m. 90; largeur, o m. 3o; épaisseur, o lu. Uh. Largeur
— \àli —
La porte, débarrassée des pierres qui renlouraient, laissa voir à
l'intérieur un pilier central semblant soutenir la voûte et, autour
de ce pilier, un banc de pierre occupant le pourtour de la cavité
et sur lequel on voyait des poteries. (Fig. q.)
Fig. 1.
Je constatai que le tombeau était creusé dans le roc même et que,
après l'avoir fermé d'une manière sommaire, c'est-à-dire avec
des pierres sèches seulement, on avait fait ébouler des terres pour
en cacher l'entrée. Cette précaution a dû être prise au moment de
l'abandon du pays par les constructeurs du tombeau.
La stèle et les pierres composant la porte et bouchant les trous
à droite et à gauche enlevées, après avoir dégagé le seuil de la
terre qui le recouvrait, je pénétrai dans le tombeau.
La figure n" 2 montre le tombeau ouvert et sa disposition au
moment où il a été découvert.
de f ouverture, o m. 5o. Dessus : largeur, m. io; longueur, 1 mèlrc; épaisseur,
m. 10.
— U5 —
La cavité a la (orme d'une moitié d'œiil"; elle est creuse'e dans
le roc (^).
Au centre, un pilier formé de trois pierres superposées, les
deux du dessous de mêmes dimensions, taillées devant et sur les
côtés, brutes à l'arrière. La troisième pierre formant chapiteau
touche à peine à la voûte ''^l
Fig. 2.
Autoui- du pilier règne un banc formé de quatre pierres plates
dont le côté intérieur est taillé en ligne droite et le côté extérieur
suit la (orme de la cavité (-^^
Sur ce banc des poteries de diverses formes, les unes en terre
(') Hauteur à l'entrée, i m. 75; liauteur au fond, 1 m. aS; largeur de l'on-
trée, 2 m. 20; largeur au centre, a m. 5o.
W Hauteur du pilier, 1 m. 60; largeur du pilier, m. 3o; épaisseur du pilier
m. 45.
'•■^^ Dimensions du banc : langueur de chaque dalle, 1 m. aS ; épaisseur, o ni. 1 ;
largeur, m. 60; hauteur au-dessus du sol intérieur, o ni. 70.
Akciikologie.
— U6 —
blanche, d'autres en terre rouge, massives, d'autres encore en terre
vernissée rouge et noir ou tout noir.
£n fouillant le sol, j'ai trouvé deux cadavres en pleine terre,
placés à droite et à gauche du pilier central et tournant le dos à ce
pilier. Les deux cadavres avaient les jambes repliées, les genoux
touchant les coudes, les mains semblant soutenir la tête. Je n'ai pu
retirer qu'une partie d'un crâne dans lequel le médecin du poste
a cru reconnaître un crâne de femme, sans pouvoir lui attribuer
d'époque. Les cadavres étaient en pleine terre, sans enduit d'au-
cune sorte. Près du cadavre de droite se trouvait un petit morceau
d'os travaillé qui doit être un manche de poinçon ou d'outil de
travail de femme et les restes d'un miroir en métal.
Des poteries de formes diverses ont été trouvées dans ce tom-
beau et dans un tombeau contigu mais déjà ouvert; elles ne portent
aucune marque pouvant indiquer l'époque de la fabrication.
Quatre pièces de monnaie, trois de Garthage et la quatrième
représentant : un buste de Diane à droite, avec l'arc et le carquois
sur l'épaule; au revers, un lévrier courant à toute vitesse à droite;
au-dessous, un épieu de chasse séparant le lévrier de l'inscription
C-POSTVMI; à l'exergue, le monogramme A^^l Elle a été remise
ainsi que les pièces de Garthage et quelques poteries, parmi les-
quelles une lampe avec la marque de Tanit, à M. le Directeur des
antiquités et des arts à Tunis.
J'ai aussi trouvé des restes d'un miroir en métal, un petit objet
en os qui semble être un morceau de poinçon ou d'objet de travail
de femme et des quantités de noyaux d'olives desséchées; quelques
vases conservent des traces de feu.
A côté du premier tombeau et séparé par une épaisseur de ro-
cher de o m. 60 se trouve un autre tombeau, de même forme que
le premier, mais qui avait déjà été fouillé. Le banc et le pilier
avaient été enlevés; en le fouillant j'ai trouvé des poteries et deux
cadavres, ces derniers placés d'une façon identique aux premiers;
les poteries étaient de même forme que celles qui ont été trouvées
dans le premier tombeau.
Gapitaine Ravard.
(') Ci'. Babelon, Monnaies de la Bépuhliqiie romaine, p. 882, 383 (année 6Zi
av. J.-C).
STATUE DE FEMME
DÉCOUVERTE À CARTHAGE
ET BAS-RELIEF DÉCOUVERT À SIDISALAH-EL-BALTHI.
(Communication de M. Gauckier.)
M. Gauckier, inspecteur des antiquite's et des arts à Tunis, nous
a adressé d'excellentes photographies d'après deux œuvres antiques
dont s'est re'cemment enrichi le Musée du Bardo.
I.
La première est une statue de femme (pi. XII), que M. Gauckier
a exhumée, au mois de janvier 1896, à Douar-ech-Chott (Car-
thage). L'état de conservation est fort satisfaisant. M. Gauckier
pense qu'on pourra facilement rajuster les nombreux fragments de
draperie trouvés à côté de la statue, et il ajoute : cr Seul, l'attribut
soutenu par le baudrier, peut-être une cithare, manque complète-
ment, n
L'absence de cet attribut est assurément fâcheuse, car il nous
aurait permis de désigner avec certitude un des marbres les plus
imjjortants qu'ait encore fournis le sol de Carthage, Le costume de
notre figure, avec sa laige ceintuie et iion baudrier, est cependant
assez caractéristique pour qu'on puisse espérer en découvrir le
pendant parmi les statues romaines de nos musées. Mais c'est en
vain qu'on le chercherait, comme j'ai pu m'en assurer, parmi les
milliers de statues antiques publiées jusqu'à ce jour. Seule, à ma
connaissance, une statue acéphale du Louvre, encore inédite '^),
dont un dessin paraîtra dans mon Répertoire de la statuaire, présente
la même disposition et la même attitude, si ce n'est qu'elle porte
sur la jambe droite et non sur la jambe gauche. Cette figure est
^') Salle de Psyché, ancien fonds, ancien n° 1710.
— U8 —
vêtue, comme celle de Carthage, d'une tunique talaire, serrée à la
taille par une ceinture et traverse'e par un baudrier qui passe sur
Te'paule droite. Or, la statue du Louvre est certainement une Muse ,
car on distingue, entre le bras gauche ei le corps, les restes
d'une lyre. M. Gauckler a donc e'té très heureusement inspiré lors-
que, au seul aspect du baudrier, il a conjecturé que la statue
carthaginoise pouvait avoir une cithare comme attribut.
Le rapprochement que nous venons d'instituer ne paraît pas
laisser de place au doute; il suffit à faire écarter la dénomination
de rr prêtresse de Caelestisw qui avait d'abord été proposée pour la
femme drapée de Douar-ech-Chott.
L'appendice mutilé qui surmonte la coiffure est difficile à déter-
miner; peut-être faut-il y voir seulement le reste d'un très petit
diadème, pareil à celui que porte Julia Domna dans le bas-relief
de l'arc dos Orfèvres à Rome ''K Le rapprochement de cette tête et
des autres portraits de Julia — entre autres ceux de Gabies et de
Markouna qui sont au Louvre (-' — conduit à la conclusion inat-
tendue que les traits de la Muse de Carthage sont bien ceux de la
seconde femme de Septime Sévère. L'analogie, avec le buste de
Markouna surtout, est trop complète pour qu'on puisse songer à
l'attribuer au hasard. En supposant donc, comme nous y autorise
M. Gauckler, que la tête appartienne incontestablement à la statue,
il faudra conclure de ce qui précède qu'un sculpteur romain a re-
présenté une Muse sous les traits de Julia Domna, ou, ce qui
revient au même, l'impératrice sous les traits d'une Muse. On sait
assez que la sculpture impériale aimait à représenter les impéra-
trices en Junon, en Cérès, en Diane, en Vénus, comme les empe-
reurs en Jupiter, en Apollon ou en Mars ^^l Je ne connaissais ce-
pendant pas encore d'exemple certain d'une impératrice représentée
en Erato.
La statue dont M. Gauckler a enrichi le Musée du Bardo est
une œuvre fort importante de la seconde moitié du n" siècle après
J.-C. Elle l'est par le sujet et le motif, l'un et l'autre à peu près
uniques; elle l'est aussi par le lieu de la découverte. En effet, les
statues de marbre bien conservées, rares partout, le sont particu-
lièrement à Carthage. Je ne connais, de cet emplacement, que
'" Rernoulii, Rom. Ikonographie , t. IV, pi. W.
C^) Ibid.,^1 XVt, fl et i; pi. XVII.
''^' Cf. 0. Millier, Handbuch, éd. Welcker, p. a3o.
— l/i9 —
huit figures à peu près entières qui puissent supporter in compa-
raison avec celle de Douar-ech-Chott. En voici rénumération :
1° Une Victoire récemment découverte par le P. DelaltreC;
2" La Vénus trouvée dans un puits à El-Marsa, autrefois chez
Charles Tissot, aujourd'hui à Paris chez M. Lecomte (publiée seu-
lement dans le catalogue de la vente des meubles et des livres de
M. Tissot, le 1 1 novembre i88/i);
3° La Vénus de l'ancienne collection Ange de Saint-Quentin , qui
a passé en vente, à Paris, le 9. juin 1896 (pi. IV du catalogue de
la vente):
U° Le Dionysos actuellement au Musée de Vienne, en Autriche
(publié par moi dans la Gazette des beaux-aris, 1886, II, p. 2/i5);
5° Le Dioscure, découvert en deux fois par MM. d'Hérisson,
Babelon et S. Heinach, actuellement au Louvre et encore inédit
(mentionné en dernier lieu par M. Furtwaengler, Masterpieces of
Greek sculpture, p. 281);
6° L'impératrice découverte par M. de Sainte-Marie o( publiée
par lui dans sa Mission à Carthage (p. 28); l'original est aujourd'hui
au Louvre, moins la tête qui a péri dans l'explosion du Magenta;
7° Une médiocre statue de femme drapée publiée dans le Bul-
letin archéologique du Comité, 1890, p. fili^'-.
S° Une statuette d'Hercule, actuellement à Pise, que Lasinio a
publiée [Baccolta di sarcofagi, Pise, 181/1, pi. CXXVl), avec la
notice : La tradizione ascrive l'origine di questo Ercole da Cartagine,
acquistato dagli anlichi Pisani nelle loro scorrerie faite in Ajfrica. Cette
statuette aurait besoin d'être étudiée (voir Diitschke, HiJdwerke zu
Pisa, n° 95).
J'ai entendu parler d'autres statues de Carthage ayant appartenu
au Khasnadar et qui auraient été exposées, en 1873. à Vienne;
mais je ne sais rien de précis à leur sujet.
La statue découverte par M. Gauckler, qui est la neuvième de
notre liste , est certainement une des trois plus remarquables.
IL
Le bas-relief que M. Gauckler a fait transporter au Musée du
Bardo provient de Sidi-Salah-el-Balthi, localité à lU kilomètres
•'i Viiillior. La Tunisie, gravure à la pagf> 8 A. C'est un très haut relief.
— 150 —
au nord de Souk-el-Khemis; il a été découvert par M. Chenal,
contrôleur civil de Souk-el-Arba. Je ne puis mieux faire que
de transcrire, à ce sujet, la notice qui accompagne l'envoi de
M. Gauckler :
tf Cette sculpture semble remonter à l'époque numide; à la fois
très grossière et très soignée comme exécution, elle ne peut être
comparée pour le style qu'à certains bas-reliefs proto-puniques ou,
mieux encore, à la stèle d'Abizar et aux sculptures rupestres du
Souf et de Sahna.
rfEUe est gravée sur deux blocs massifs de calcaire jaunâtre qui
se rejoignent exactement; ils ont chacun les dimensions suivantes :
longueur, i m. lo; hauteur, o m. -jo; épaisseur, o m. 3o. 11 semble
que le bas-relief ait occupé quatre blocs de mêmes dimensions su-
perposés deux à deux. Nous n'avons conservé que ceux de la partie
inférieure.
ff Au milieu du tableau (pi. XIII) est figuré un cavalier armé de
toutes pièces, tenant de la main gauche un bouclier oblong et bran-
dissant sans doute une lance du bras droit levé. Il manque la tête du
personnage et le bras droit, qui devaient être sculptés au registre
supérieur. Le cavalier terrasse un ennemi gisant à terre, tenani
également un bouclier oblong. A droite et à gauche se tiennent
debout, les mains enchaînées derrière le dos, deux prisonniers
barbares, à la barbe inculte, aux cheveux longs tombant sur les
épaules. Leur costume mérite d'attirer l'attention. Ils sont nus jus-
qu'à la ceinture. Le bas du corps est revêtu de braies aux plis multi-
ples, qui semblent fixées aux jambes par des lanières entre-croisées
et descendent jusqu'aux pieds, qui sont nus.
ffSur la tranche de la pierre, à droite, est représentée une tête
de divinité, Baal Hâmon probablement.
ffCe bas-relief a été trouvé dans les ruines, très confuses au-
jourd'hui, d'une antique citadelle, dont les débris ont été utilisés
dès l'antiquité pour construire la forteresse byzantine de Sidi Salah.
.le suppose qu'il ornait le jambage gauche de la porte d'entrée de
ce monument, qui doit rem^onter à l'époque numide. 75
Le seul point sur lequel je ne voudrais pas être aussi affirmatif
que M. Gauckler, c'est la date de ce curieux monument. Quelque
grossier qu'en soit le travail, les motifs qu'il présente sont J)ien
ceux qu'on voit sur les stèles funéraires de cavaliers romains, si
nombreuses, par exemple, dans la vallée du Rhin, et qui remon-
— 151 —
tent, pour ia plupart, au ii'' siècle après J.-C. Les figures de bar-
bares captifs se retrouvent, presque identiques, dans les métopes
du monument d'Adam-Klissi , élevé sous Trajan ^i'. Or, ce monu-
ment, comme les sculptures qui le décorent, est Tœuvre de soldats
romains. De même qu'il y avait des architectes dans l'armée ro-
maine, il s'y trouvait des tailleurs de pierres, qui, familiers avec
certains motifs plastiques dont l'origine remonte à l'art grec, té-
moignaient d'une inexpérience enfantine quand il s'agissait de les
reproduire. Je suis donc tenté de considérer le bas-relief de Sidi-
Salah comme l'œuvre de soldats romains et j'incline à le placer vers
le II* ou le m" siècle de l'ère chrétienne.
Salomon Rkinach,
Membre dn Comité.
(') Voir Tocilesco, Bomidorf, Niemann, Das Monument von Aânmklisxi , Vienne,
1895, pi. II, p. 67, 93, 9^1.
DÉCOUVERTES FAITES À LA MALGA,
PAR M. GAUCKLER,
Membre non résidant du Comité.
J'avais autorisé au mois de novembre 1896 le cheik de la Malga
à chercher de la pierre dans un terrain situé en face de la gare, à
Carthage.
Les recherches, que je surveillais attentivement, ont pris bien-
tôt un caractère d'intérêt tel, que je me suis décidé à intervenii-
moi-même pour me substituer au cheik dans son contrat de loca-
tion avec le propriétaire du champ, et poursuivre, au bénéfice du
Musée du Bardo, les travaux commencés avec un tout autre but.
Je me trouvais effectivement en présence de ce premier cimetière
des officiales dont l'existence a été signalée, il y a quinze ans déjà,
par le P. Delattre. Ce cimetière n'a jamais été fouillé méthodi-
quement, mais il a été bouleversé, de fond en comble, par les re-
cherches souterraines d'Arabes chercheurs de pierres et d'antiquités,
qui ont arraché presque toutes les inscriptions des tombeaux. Un
assez grand nombre de monuments funéraires ont été éventrés et
pillés; mais il en reste d'autres, dans les espaces compris entre les
fouilles des premiers explorateurs , qui n'ont pas été atteints ou n'ont
subi que de faibles dommages. Ce sont ces tombeaux que j'ai fait
dégager, assuré d'avance que les dépenses faites seraient ample-
ment rémunérées par les résultats acquis.
L'un de ces monuments présente une forme particulièrement
intéressante : c'est un autel à table plate, percée au centre d'un trou
recouvert d'un dégorgeoir à petits trous et communiquant avec un
tube libatoire, long de i m. 20, qui aboutit à une grande am-
phore cinéraire à deux anses. Dans l'amphore, rien que des osse-
ments brûlés et quelques pastilles de verre. L'autel proprement dit
est surmonté d'une niche rectangulaire, ouverte en avant; elle est
ornée sur les trois autres côtés de bas-reliefs en plâtre, modelés
— 153 —
sommairement à la main, et applique's sur une surface unie de
stuc encore humide, sur laquelle on avait préalablement indiqué
en quelques traits la silhouette ge'ne'rale de la composition. La
niche et les bas-reliefs ont été démolis aux trois quarts par les
coups de pioche des premiers fouilleurs: mais les sujets représentés
sont encore reconnaissables. A gauche, un lit funéraire avec trois
personnages couchés; à droite, un homme nu tenant à la main
une cravache, à côté d'un cheval; au fond, peut-être une Diane
chasseresse, dont il ne reste plus que les jambes revêtues d'en-
dromides, et le bas de la courte tunique. L'inscription du tombeau
a été arrachée.
Un autre monument funéraire se compose d'un massif de ma-
çonnerie en forme d'autel carré de i m. 5o de côté. Sur la face
principale, au-dessus de l'inscription, absente aujourd'hui, sont
pratiquées deux niches, où débouchent les tubes libatoires qui tra-
versent toute l'épaisseur du tombeau, et aboutissent à deux urnes
cinéraires de belle hauteur (o m. 5o) en plomb, à couvercle percé
d'un trou pour le passage des libations. Ces deux urnes renfermaient
deux magnifiques amphores de verre remplies d'ossements, l'une
intacte, l'autre brisée, mais qui a pu être entièrement recollée.
L'amphore, au col largement ouvert pour permettre le dépôt des
cendres à l'intérieur du vase, est bouchée par un couvercle mobile,
également en verre, d'une forme très intéressante : c'est une sorte
d'entonnoir, percé au centre d'un trou qui correspond exactement
à celui de l'enveloppe en plomb et du tube libatoire. Les liquides
versés sur l'autel arrivaient ainsi directement aux cendres qu'ils
arrosaient. Ces deux verreries sont les plus belles qui aient encore
été découvertes, à ma connaissance, à Carlhage et en Tunisie.
Elles peuvent être comparées à celles qui sont conservées au Musée
Saint-Louis, au vase du Coudiat-Aty (collection Vital) à Constantine,
et aux deux urnes cinéraires découvertes dans la nécropole Archam-
beau à Cherche!. Toutes étaient renfermées dans des chapes de
plomb. A côté de ces deux urnes s'en trouvait nue troisième en
poterie renfermant une tabella devotionis et divers bibelots.
En résumé, la nécropole que j'ai commencé à explorer m'a
fourni jusqu'ici : une centaine de lampes, presque toutes signées et
dont quelques-unes sont de toute beauté. Je n'en citerai qu'une
qui représente une scène de pêche dans un décor alexandrin, et qui
porte sur la panse le graffite inédit : PVLLAENMANVARI,
— 15/i —
Un petit moule de disque, en terre cuite, représentant Tanit
Caelestis.
Deux fragments d'un grand moule d'amphore, avec un Amour
chevauchant, une panthère, une autre panthère enchaînée et des
pampres.
De nombreux spécimens de mobilier funéraire, de terre fine et
de formes élégantes, souvent signés.
Trois tabellae devotmiis, deux écrites en grec. Tune do Sa lignes,
la seconde de 18 lignes; la troisième, mutilée, ne renferme que
quelques caractères latins.
Quelques verreries, plusieurs monnaies, du règne de Domitien,
ce qui date la nécropole, et des bijoux de peu d'inlérêt.
Une dizaine d'épitaphes d'esclaves et d'affranchis de l'empereur.
J'ai découvert, en outre, deux petites mosaïques qui ornaient
sans doute un caveau funéraire postérieur à la nécropole des offi-
ciâtes : elles ont été mutilées également par les premiers fouilleurs,
et cela est d'autant plus regrettable que le sujet de l'une d'elles se
rencontre pour la première fois en Afrique : elle représente un
fleuve, couché à demi, le Tibre ou plutôt le Nil, ayant à ses côtés
une outarde (la tête manque), et entouré d'amours portant des
corbeilles de fruits et d'épis. La seconde représente simplement
un calathus rempli de fleurs et de fruits.
A quelques centaines de mètres de mon chantier de fouilles, et
de l'autre côté de l'amphithéâtre, dans la direction de Douar-ech-
chott, j'ai fait pratiquer un sondage dans un terrain rempli de
ruines informes, d'oii l'on a retiré dans ces dernières années un
grand nombre de débris de sculptures. Mes recherches ont amené
la découverte d'une belle statue de femme, un peu moins grande
que nature (1 m. ko), et presque intacte. Il ne manque que les
mains et les attributs qu'elles tenaient (^).
C'est une statue de l'impératrice Julia Domna, vêtue en Muse, à
ce qu'il semble (pi. XII). Le portrait est nettement caractérisé par
la coiffure et par la ressemblance des traits du visage avec les nom-
breuses représentations figurées déjà comme de l'impératrice. Elle
est vêtue d'une longue robe tombant jusqu'aux pieds et ceinte à la
'') Voir ci-dessus, p. 1/17, ce qui a été dit de cette découverle par M. Salomnu
Reinach.
— 155 —
taille d'une large ceinture avec le croissant; elle porte en écharpe un
baudrier, analogue à celui de la prêtresse d'Isis que figure un bas-
relief du Muse'e de Chorchel; il soutenait sans doute une cithare.
La tête est surmontée d'une sorte d'aigrette, mutilée aujourd'hui,
caractéristique des Muses dans la sculpture impériale. La statue
est dès à présent installée dans la chambre des femmes au Musée
du Bardo.
Presque à côté de cette œuvre d'art se trouvait un masque de
théâtre en marbre blanc, tenu par une main de femme. C'est sans
doute un fragment d'une autre statue de Muse, comique ou tra-
gique. Ces deux statues ornaient peut-être les abords de l'amphi-
théâtre, qui est très rapproché du terrain des fouilles.
P. Gauckler.
INSCRIPTIONS INÉDITES
DE L'ALGÉRIE,
PAR M. S. GSELL,
Professeur à T École des lettres d'Alger.
Presque toutes les inscriptions publie'es ci-après ont été copiées
au cours d'un voyage que j'ai fait, en 1896, dans les départements
d'Alger et de Constantine. Ma tâche a été beaucoup facilitée par la
bienveillance que j'ai trouvée partout; je dois en particulier ex-
primer ma reconnaissance à M. l'abbé Delapard, curé de Tébessa,
qui, outre de nombreuses indications sur les antiquités de cette
ville et de la région environnante, m'a donné quelques copies d'in-
scriptions encore inédites.
1. — Fragment que M. l'abbé Delapard m'a dit provenir des en-
virons de Tébessa, actuellement dans la cour de l'église. La pierre
est brisée après la seconde ligne. Hauteur des lettres, o m. 0^.
SATVRNO • AVG
VMBVBALIO
Saturno Aug{usto) Umhuhalio. . .
Ce dernier nom paraît être géographique. Cf. les qualificatifs
de Sobarensis, Neapolitanus , Balcaranensis donnés au même dieu (^'.
2. — Tébessa. Fragment conservé au musée. Hauteur des lettres,
o m. 9 et o m. o3. La pierre est brisée en haut et à gauche.
SiSENT IV S
SV-S-L-A-
•DONATVS-ID
CR
. . . Senlius . . . v(otum) s{plvit) l{tbens) n{nimo) . . . donaitis ,
id\emque conse]cr{avit?)
"' Toutain, Do Satnrni dei cultu , p. 3i.
— 157 —
3. — Tébessa. Dans la cour de l'ëglise. Hauteur, i m. 60; lar-
geur, o m. 58; hauteur des lettres, o m. 06.
QJ^ LVTATIVS ^ Q^F
QVIR ^ VIATOR <ï> AVT
MIL ^ LEG y III AVG
.)PLAETORI ^ VIX
AN ^ XXV ^ MIL AN III
T ^ FLAVIVS ^ ) NASbl
ET0C^IVLQt')BRVTlîN
HER M ^ P
(J[umlu.s) Lutatim, Q{uinti) /(ilius), Quh-iina), Viator, Aut(rico), inU{es)
lcg{ionis) ni Aug{ustae), (centuria) Plaetor{(f) ; vixijt) an(nts) XXV, mit(i-
tavit) aii(im) III. T(iius) Flavius, (ceiiltirin) Nnstdi(t) et C(aius) Jul{ius),
(cenluria) BruUieni, hcr{edes) m{onumentum) p{ostierunt).
On connaît un assez grand nombre de soldats de la 3" légion,
au i'^'" siècle, qui e'taient originaires de Gaule ^^K L'un d'eux , Q. Julius
Dioratus, dont Tépitaphe est certainement contemporaine de la
nôtre ('^), e'tait à'Autr{iciim). Cette ville (Chartres) était peut-être
aussi la patrie de Q. Lutatius Viator.
4. — Tébessa. Acluellemenl dans la cour del'e'glise. Inscription
très mai gravée sur un fragment de corniche. Hauteur, o m. 60;
largeur, o m. 21.
C • IVLIVS • C
• FILIVS
C^V I K I N A •
L VGV
D V NO LVS
• A V
G V S T I D
V N
) VALIIRI FIDIILIS
VIXIT • ANIS • LV
MILITAVIT
•ANIS
XII-HIIRIIS
•IIIVS
SFATIVS POPIVS
SATVRNINVS
) IIAOIIM-LM-T-C
i'J Cf. Corp. iiiscr. lat. , t. VIII, n" iGSig et suiv. ; Cagnat, L'armée romaine
d'Afrique , p. 353.
(-' Cf. Corp. iusa: lut., l. VIII, a" 1876. La rédaction est ia luénie et le même
centurion Nasidius y est nommé.
— 158 —
C{aius) JuHus, C{ait) filius , Quirina, Lugudunoks, Augustiduno, (centuria)
Valen{i) Fidelis; vixit an{n)is LV, militavk an(n)is XXII. Hères ejus Sta-
tius (?) Popius Saturninus, (centuria) eadem, l{ibens) m{ento) t[ilulum)
c{onsecravit).
L'interprétation des dernières lettres n'est pas certaine. On con-
naît déjà un autre légionnaire de la IIP Augusta originaire d'Au-
gustodunum (Autun) (^'.
5. — Tébessa''^*. Actuellement dans la ferme de M. Cambon,
en dehors de la porte de Constantine.
D M S
M • I V L I V S
\ S T AT l AN V Wm
VETRANVS Q
5 VI M I L I T AVI T
IN PAN N O N I A
IN P R r M A I V I R
CE OVl PRESVSIs (sic)
T ANN XXV IVLIA
10 ilLIA SECVPA H El F (sic)
iCIT H S E
D{is) m{anibus) s{acrum). M(arcus) JuHus Istatia7iu\s], veteranus, qui viili-
tavit in Pannonia in prim{a) A{d)iu{t)r[t)ce , (q)ui. . . ann(is) XXV. Julia
[f?]ilia, Secu{r)a, h{eres) ei {1)f[e\cit. H{ic) s[itus) e{st).
Le vétéran nommé dans cette inscription incorrecte avait servi
en Pannonie, dans la I" Adiutrix, qui séjourna à Brigetio (Panno-
nie supérieure), à partir du ii" siècle de notre ère. Je ne comprends
pas la ligne 8. A la fin il faut peut-être admettre une interversion
et expliquer : Julia Secura Jîlia (et) li(eres).
6. — Tébessa. Fragment déposé au musée.
. Qjf» ALAn Qi- L
X TEST<ï'
. . .[e\q{ues) alae[. - .e]x tesl(amento).
t') Corp. inscr. lat., t. VIII, n° i655o.
'^) Suivant un autre renseignement, cette inscription proviendrait du vieux Té-
bessa ou Tébessa-Khellia. {Corp. inscr. lat., t. VIII, p. i590.)
— 159 —
7. — Tébessa. Fragment de stèle, au muse'e. Au-dessus de
l'inscription , un banquet funèbre , où le mort est représenté couché
sur un lit.
MVS • VITA
R A N V S
V-A-LXXX
R.IA- MA
GRAVIT
. . .ius Vita[lis , vete\mjius . . . v{ixii) a(nnis) LXXX . . .ria
Ma. . . \conse\a'av{l.
8. — Tébessa. Encastré dans une maison appartenant à
M. Cambon, en dehors de la porte dite de Solomon.
^î M ^ S <5!'
wMmmmmA\.\y'=> gae
[\mMCVS QVI ET PISTCR
V A XXIIII M VIIII L CAECI
LIVS GAETVLVS PATER ET
CAECILIA SPESINA MATER
FILIO PlISSIMO FECER
H Ç!' S «^ E
[Z)(ts)] m{anibus) s{acrum) [. . . Caec]ilius Gae[t\u[li\cus , qui et Pistor, v{ixit)
aimm) XXIIII , m[cusibus) VIIII. L[ucius) Caecilius Gaetulus pater et
Caecilia Spesina mater jîlio piissimo feceiiiint). H{ic) s{itm) e(st).
9. — Téjbessa. A la basilique. Au-dessus de l'inscription , buste
d'homme. La pierre est brise'e en bas.
M • EGNATIVS
M F Qî)^^IM^Pv•^^
Miarcus) Egnatim , M[ai'ci) /(ilius) , V index, v[ixit'l). . .
10. — Tébessa. Fragment d'un autel, à la basilique. Pierre
brise'e à gauche et en bas.
D M S
ERVCIVS
XliANN
Dits) m(anibus) s{iicrum) . . . Erucius , [m\xi\t\ ann[is\ . . .
— 160 —
11. — Tébessa. Caisson, au musée.
D M S
F-FEIX-V-A-XIIII
M-V D-X-VIIII
F • LiXESTINVS ^
FILIO-KARISIMO
FECITç^
D(is) laiaidbus) s{acrum). F[lavius?) Fe{l)ix , v{ixit) u[nms) XII II, Véii'nsi-
bus) V, d{iehus) XVIIIl. F{lavius?) Lixestinus (?) — ou F{e)Ux . . —
jilio hans(s)imo fecit.
12. — Tébessa. Stèle, dans la cour de l'église.
DyMySACRÇî'
Q^'HELVIVS-SA
TVRNINVS PIVS
VIXIT • ANNIS L HSE
HELVI ' F ' OMNES • CV
RA CORNELI • OPTATI • F C
D[is) m[anibus) sacr(um). Q(uinlus) Hekius Saturninus pius vixit anuis l..
H{ic) s{tlus) e{st). Hek{{{) f{ilti) omnes, cura Corneli{i) Optati, J\acien-
dum) c[uravei'unt).
13. — Tébessa. Caisson, dans la cour de l'église.
ilIliA-XXXX-HOR
^ESIVS- GEME
LLVS • V • K • F •
[D(ts) m[ambus) sÇacrum) . . . ]sia Quin[ta v{txit)] a{nnis) XXXX.
Hor\t\e{n)sim Gemellus n[xori)h[arissimae) f{ecit).
— 161 —
14. — Tébessa. Chez M. Gambon. Petit autel.
D M S
IVLIVS ELI
ANVS PVC
N E V S VI
XI T AN O
S FELI
CITAS
A/VOS XXXV (sic)
D{is) m[anibus) siacrnm). Julius [A\cltatius Pu{g)neus (?) vixit an{n)os.
Félicitas (yixit) aH(n)os XXXV.
L'âge do l'homme n'a jamais été gravé et les mots Félicitas, etc.
ont été ajoutés après coup.
15. — Tébessa. Caisson, dans la cour de l'église.
D M S
C IVLIVS lA
NVAR IVS
V A XXXX PRI
MA VXOR FEC
D{is) m(anibus) s{acmm). C{aius) Julius Januarius v{{j;it) a(nnis) XXXX.
Prima uxorfec[it).
16. — Tébessa. Caisson, dans la cour de l'église.
D M S
M IVNIVS Vie
TOR V A LXXX
lANVARIA CON
I V G I F hSE
D{is) m{anihus) s{acrum). M{arcus) Junius Victor v{ixil) a{Huis) LXXX.
Januaria coniugif(ccit). B[ic) siilus) e{sl).
ARoiiiîouxii::. i i
— 162 —
17. — Tébessà. Caisson, dans la cour de l'église.
D M S
IVNIA OPTA
TVLAV-AXXXV
hERENNIA lANV
ARIA FILI FEC {sic)
h S E
D{{s) m{anibus) s{acrum). Junia Optatula v{txit) a{nnis) XXXV.
Herennia Januaria Jili{a) fec{it). H{ic) s{ita) e(si).
18. — Tébessa. Plaque de o m. 65 de longueur et o m. h^ de
hauteur, au musée. L'inscription est enferme'e dans un cej-cle.
D M S
MECATIA
VIXIT A
NNOS
XXXII
D{{s) m{anibus) s{acrum). Me{g)atia (?) vixitannos XXXI I.
19. — Tébessa. Dans la cour de l'église. Au-dessus de l'in-
scription, un enfant debout; un autel à sa droite.
P-SCï IBONIVS D ^ F
(sic) HhESTVS<J!>PIVS<2' VIXIT
ANN (Î^VU^M^V ^
(sic) H S H Qt- S <J^ E
P{ubhus) Sc[r]{bonius , D{ecmi)f{ilius), Festus pins vixit ann{is) VU,
m[ensîbus) V. H{ic) s[{tus) e{sl).
Au début de la ligne U, les lettres H et S sont sans doute le
commencement de la formule H S E, répétée ensuite tout entière
par erreur.
— 163 —
20. — Tébessa. Stèle, dans la cour de féglise. Au-dessus de
i inscription, guirlande.
D M SS
C • VALQi>VALE
Ri A N VS-V I
X t A N NI S
LX V AL E RI
V S V A L E
N S P A T R I
K ARI S S I M
O F E C I T
H S E D
D{is) m{anibus) <«>''■ s{acrum). C{ams) Val(erius) Valerianm vixit annk LX.
Valemis Valens patri karissimo feciu H{ic) sÇitus) e{st) . . .
21. — Tébessa. Dans la cour de l'église.
D M S
V E L L E I A
RESPECTA
VIXIT ANNIS
L H S E NOVE
LLIANVS F MATR P F
D{is) m{anibus) s{acrum). Vellcia Respecta vixit annis L. H{ic) s{ila) e{st).
Novellianusf{ilius) matr{î) p{iissimae)f{ecit).
22. — Tébessa. Caisson, dans le jardin du camp des zouaves (^).
D M S
C V I B I V S
CELER
V I X I T A N
XX H S E C VIBI
VS NOVELLVS FR P
FECIT
D{is) m{anibus) s{acrum). C{aius) Vibius Celer vixit an{nis) XX..
H{ic) s{itus) e{st). C{aius) Vibius Novellus fr{atri) p{iissimo) fecil.
C) On a seulement commencé ia gravure de cette lettre , puis on Ta reportée
plus à droite.
W Cf. Corp. inscr. lut., t. VJII, n° i6566.
— 164 —
23. — Tébessa. Fragment, dans la cour de l'église. Hauteur des
lettres, o m. 026.
+ IN AEO V
C A 2 T I MCI
Ll^ V I C T
In Deo v[was\, casttmo\n{a]Us Vtct\oria\l
24. — Tébessa. L'inscription est gravée sur deux dalles du pa-
vement de l'atrium de la basilique. Hauteur des lettres, o m. 11.
'^mmi:miiis EXTI^c
mm^t GRATi ssi
^i^ / I R G o e»
^i^ B 1 C A O V O D
NOMEN SEMPeR
U i ASTRA VIGET0
yWDES IN EXCEL
SIS TALIBVS EREP
TA TENEBRIS ^
CVM TIBI PERPE
TVA REDDITVR
ALMA DIES -<<gc-'-
\Hic {ac\es eœttnc[ta , Patr?\i gmtisst\ma\ virgn ,
[U\rbtca, quodnomen semper [in\ astra vigct!
Laudes in excelsis talibus ercpta tencbris,
fjum tibi perpétua redditur aima dies !
La forme des lettres indique plutôt le V siècle que le vl^ Les
mots Laudes in eœcelsis semblent bien être une réminiscence de la
formule Gloria in excelsis, début du Cantique des anges, qui fut in-
troduit dans la liturgie romaine vers le second tiers du v^ siècle (^l
Si la date que nous assignons à notre inscription est exacte, ce
cantique se serait répandu en Afrique très peu de temps après.
('^ Voir Duchesne, Culleciion du Musée Alaoui, p. A7.
— 165
25. — Tébessa. Dallage de l'atrium de la basilique. Inscription
oisine de la préce'dente. Hauteur des lettres, o m. ik.
III C REOVIE
BII IN PAGE
M A R T I I I A
N A V I RGO
D I O S A C R
TA DP II K I
Hic requiebit in pace Marti{a)liana , virgo Deo sacr[a)ta, d(e)p{oslta)
II k[alendas) i[anuartas ou untas ou ulias).
26. — Tébessa. Dans la cour de l'église. Largeur, o m. 70;
hauteur, o m. 89; hauteur des lettres, o m. o5.
+ IC REQyiEVIT AXIDO
CVM XPÔ QVE VIXIT
IN PACE ANNIS XIIII
AEPS XSI KL IVLIAS
INAICTIONE SEC W
AA
{H)ic requievit Axido cum (Christ)o, que [=qui) vLvit in pace annis XIIII.
Dep{ositu)s XVII k{a)l{endas) Iulias, i)idiciione secunda.
Ce nom d'Axido était aussi porte' par un des chefs des circoncei-
lionst^'.
27. — Tébessa. Dans la cour de l'église. Hauteur, o m. 65;
largeur, o m. 61; hauteur des lettres, o m. 06.
+ HIC RE QV I E B I T
BONE MEMORE NO (-s/c)
NNVS • IN PACE BIXIT
ANNOS-V-MENSES-
OECE • DEPOSITVS
XII KUAVGVSTASÇ&
Hic requiebit bon{ti)e memor{ia)e Nonnus; in pace biaàt annos V,
menses dece{^ni); depositus Xll k(a)l(endas) augmtas'-\
'^' Opiat, De schismate donatistarutn , III, li.
'-^ (il., pour les formules, C<:rp. inscr. Int., t. VIII, n°' i6656 et suiv.
— 166 —
28. — Tébessa. Dans la cour de l'église. Hauteur, o m. 65;
largeur, o m. 27; hauteur des lettres, m. o3. Au-dessus de Tin-
scription, croix monogrammatique dans une couronne.
PET ROI A
VICSIT
QVADEIV {sic)
1 PAC E (sic)
DIES
"x ^
Petro(n)ia (?) vicsit. . . (in) pace dies X.
A la fin, la feuille de lierre est douteuse.
29. — Tébessa. Dans la cour de l'église. Console (longueur,
1 m. 4o; largeur, o m. 55), sur laquelle on a ensuite grave' cette
inscription chrétienne. Elle est enfermée dans une couronne, et au-
dessous se voit une rosace. Hauteur des lettres, o m. o^.
t
ERIT
IN PACE
SEPVLTV
R/ EIVS
Erit in pace sepultura eius.
Cette inscription était peut-être comple'te'e par une autre pierre,
donnant le nom du mort.
30. — Tébessa-Khellia (^'. Inscription dont la copie m'a été'
donnée par M. l'abbé Delapard.
D M S
M • ANNIVS • M •
F • PAT • SERAN
VS-V-A XVIII- M-
XI -D-XIIH-S-E
DÇisi) m{anihus) s{acrum). M{arcus) Annius, M{arci)' /{ilius), Pa[p{iria)],
M Cf. Corp. inscr. ht., t. VITI, p. 1.590.
— 167 —
Semnus v{ixit) a{nnis) XVIII, m{ensibus) XI, d{iebus) XII. H{ic) s{itus)
e{st).
31. — Ksar-Gourai (^'. Copie de M. Tabbe' Delapard.
S
VITELIA lA
NVARIA V
A XC FECE
RVNT CINITIVS ET
SECVNDVS FH
[D{i*)] m{anibus) s{acrum). Vitel{I}ia lamaria v{ta:it) ainnia) XC.
Fecerunt Cinitius et Secundus Ji[l{ii)\ '^'.
32. — Henchir-Kissa'^^.
D M S
CAMER.I
VS'DATVS ■ f.0(\
VIXIT-
ANIS • LX •
C RVSTICA
{sic) VXOXOR FE
D{is) in{anibus) s{acrum). Camerius Datus vixit an{n)ts LX.
C. . . Rustica u(xoyxorfe{c{t).
33. — Henchir-Kissa. Copie qui m'a été remise par M. l'abbé
Delapard.
D M S
E L A V I A I A N (sic)
IANVARIA<¥.VAQ&
XXI ^ H Çf' S «Jf» E
D{{s) m{anibus) s{acrum). [F]lavta <^Ian) lanuaria v(ixit) a{nnis) XXI.
H{ic) s{tta) e{st),
(') Cf. Corp. inscr. lat., t. VIIT, p. iSgs,
(^' Pour le cognomen du premier des fils, cf. Corp. inscr. lat. , t. VIII, n" '4807,
ligne 4 , où il faut lire CHINITHI (génitif).
^'' Cf. Corp. inscr. lat., p. 1598.
— 168 —
34. — Henchir-Kissa. Caisson.
D M S
miVLivs
lANVARI
VSVIXAI
XXXVIWl
D{is) m{amhus) s{acrum) . . Iulius îanuarius vi{xit) a[n(n{s)\ XXXVI. . .
35. — Henchir-Kissa. Copie communiquée par M. Delapard.
D M S
IVL MAM
' ARl VIX
IT XXXI
D(is) in{amhus) s{acrum) Iul{n) Mam{m)an{t) ; vixit (cmnis) XXXI.
36. — Henchir-Kissa. Copie communiquée par M. Delapard.
D M S
IV LIA
SATV
R N I N A s,
V X A L«X {sic) ' ""
D{is) m(anibus) s{acrwn). Iiilia Satumina v(i)x{it) a(nnts) L[X]X.
37. — Henchir-Kissa. Caisson,
D M S'
OLIA RVS
TICAVALXXI
M X D XI
H S E
D{is) minnibus) s{acrum). Olia Rustica v(ixit) a[nnis) LXXI, m{enstbus) X,
ddebus) XL H(tc) ii(ita) e(st).
— 169 —
38. — Henchir-Kissa. Copie de M. Delapard.
D M S
P O P I L I {sic)
S E CVN
D E <ï> V
IXIT ANI
XLV
D{{s) m{anihus) s(acrum) Popilt{ae) Secund{a)e ; vixit an{n)i{s) XLV.
39. — Gastal'^^ Pierre brisée à gauche.
D yM V S Y
GALLAQ&
CLiANAvVI
ANyXIIIv
yIvPARESTES
^OSVERVNT
mis) m(anibus) niacrum). GiiUa \Eu?\cliana rtf.r(?V)] an[nis) XIII,
\in(ense)] I. Parentes posuerunt.
40. — Henchir-Torrecha'-). Caisson.
D M S
GEMI
NIA D
O N A
TA VI
XIT AN
L X V
D M S
A 1
VIX- A
N-LXX
D{is) m{anibus) s(acrum). Geminia Donata vixit an{nis) LXV.
D{is) m{anibus) s(acrum) . . . vix(it) an[nis) LXX .
t'^ Cf. Corp.imcr. laU, l. VIII, p. aZia.
W Ihid., p. iSgS.
— 170 —
41. — Henchir-Torreoha. Stèle.
D M S
I V L I V S
D I O N I
SIVS VIXS
IT ANNIS
LXXX
D(is) m{anibus) s{acrurn). Iulius Dion[y)sius vix^syit annts LXXX.
42. — Hencbir-Torrecha. (laisson.
D M S
SAL LV STI
VS BARIC
VIXIT AN
NIS LXXV
H • F E C
D(is) m[anibm) s(acrum) , SaKusttus Bartc vixit annis LXXV.
H[eres) feciit).
43. — Henchir-Torrecha. Borne miiliaire, haute de i m. 5o.
Hauteur des lettres, o m. o5.
D N i'«AV
lO CLA^^DI
O CONSTA
NTIO NOB
AV G
D{omino) n{ostro) [Fl]avio Cla[u]dio (lonstantio, mhiilissimo) Aug(usto).
Inscription de Constance II, fils de Constantin le Grand. Cet
empereur se nommait Flavius Julim Constantius, mais le nom de
Claudius lui est parfois attribué par erreur*^).
A côté de cette borne en gît une autre , illisible. Elles apparte-
naient à une route qui, partant de Tlieveste, prenait la direction
du Nord, vers Tipasa et Hippone. La table de Peutinger indique la
(" Voir GspH, Recherches archéologiques en Algérie, p. 9 5fi fil 288.
— 171 —
première partie de cette route jusqu'à Vatari (Fedj-Souioud) : The-
vesie, XV; Mova, xii; Vasampus, xx; Flavia Marci, xvi; Vatari. Les
stations de Mova, de Vasampus et de Flavia Marci n'ont pas encore
e'te' identifie'es avec certitude. Unç bifurcation conduisait à Madaura
et à Thagaste.
44. — Henchir-Fouagha'*'. Bas d'un autel.
X • PRIMV
S COIVG
F E C I T
. . . \via;it annts] ... X. Primus co(n)iug[t\ fecit.
45. — Petit autel (hauteur, o m, 34), trouvé à 6 kilomètres de
Tébessa sur la route de Constantine, maintenant au Musée.
I V L I A
BON OSA
VOTVM
SO«VIT
Julia Boivom votum so\l]vit.
46. — Yoiiks {Aquae Caesaris) (^K Trois fragments. Le troisième
est brisé à droite. Copie communiquée par M. l'abbé Delapard.
a b c
BEATISSIMIS
SIMORVM AVG STOR QVE NOSTRORVM
FASCALIS TRO'^ /INCU \E NVMIDIAF IN
OPERAM SVMT IBVS SV S PRAEBENTES E
Beatissimis \teinpnribus dominorum? . . . principum? invictis?]siînorum Au-
g[u\stor{uni)que nostrorutn. . . [coiisularis sex] fascalis provineiae Numi-
diae . . . operam sum{p)tibus su\i]s praebentes . . .
Inscription qui appartient à peu près au dernier tiers du
IV* siècle. Elle prouve qu'à cette époque la ville d' Aquae Caesaris,
située à i8 kilomètres à l'ouest de Théveste, faisait partie de la
(') Cf. Corp. imcr. lat., t. VIII, p. 159/4.
(-' Ibid., p. 1 597.
— 172 —
province de Numidie, tandis que Theveste était en Proconsu-
laire. Henchir-Metkidès , situé au sud-ouest de Youks, se trouvait
aussi en Numidie '^l
47. — Youks. Table.
u M :>
INNOCENS EMILIA
NVS VIXIT MENSES
OCTO DIES TREDECI»
DECESSIT OCTAV IDVS
APRILES
D(is) rn{anibus) s{acrum). Innocens [A)em{lianus vLvit menses octo,
dtes tredect\în]. Decessit (die) octav{a) idus apvilea.
48. — Youks. Autel.
D M S
L • P O N T I V S
lAHIN VIXIT
ANNIS ^ LVIIII <?>
MENSES III DI
ES <;^ XX
L PONTIVS SI
L V A' V S F I LI
VS FECIT
D(is) m(anibm) s(acrum). L(ucius) Pontiiis Iahm(us) vixitannis[=annos)LÎX,
mensesIII, dies XX. L{ucius) Pontius Silvanusflius fecit.
49. — Youks. Fragment, dans la porte du fortin byzantin.
VALENS viAU A
I I
. . . Valens vixit a\nnis\. . .
>'' Corp. inscr. lat., I. VIII, n" 9196.
— 173 —
50. — Youks. Table longue de o m. ()6, large de o m. 60.
ONORATA BENE
V I X E R E
P E R
A N N Z
I I IX
SEPVLTA IIII KL
M A
I A S
ANNO SI
[H)onorala bene vixere [! = vixit) per annos VII;
scpuha IV k[a)l(endas) matas , anno VIL
J'ignore quelle est cette ère; peut-être celle de la leprise de
l'Afrique parles Byzantins, en 53/i(^', ou quelque année du règne
d'un prince vandale (^^, — à moins que ce ne soit une nouvelle
indication de l'âge de la morte.
51. — Yoïiks. Table. L'inscription est enferme'e dans un cercle.
MEMORIA DVLCIS
IMAIS riLIAIS MEA PL
ABANA PATER FECIT BIC
SIX ANIS un MEN XII D
lES XVII ORE VII
Memoria dulcis{s)imais filiats mea(is) Flab{i)ana(is) ''' (= Flavianae). Paler
fecit. Bicsit [=vixît) an(n)is IV, men[sibtis) XII, dies (=diebus) XVII,
ore (= horis) VIL
'1' Cf. Corp. inscr. lut., t. VIII, n° 59 09.
1-' Voir aussi Corp. inscr. lat., n" 11198 (inscr. de Lamta), où ou lit anno
XXVIin. M. Moramsen y voit la vingt-neuvième année du règne de Valenti-
nien III(Zi53).
(^' Pour celte forme de génitif en nis, cf., par exemple, Mélanges de l'Ecole de
Rome, t. XIV (1894), p. 58o, n"' /17 et k%.
— 17/1 —
52. — Henchir-el-Hamacha(^'. Actuellement chez M. Camboii,
à Tébessa. Table longue de o m. 5o, haute de o m. 32. Hauteui'
des lettres, o m, o35. Dans un cadre à queues d'aronde.
SATVRNO DM
N AVG SVRDIVS
SOLVTOR DE SV
N TEMPLVM
RENOVAIT
BOB
Salurno D{o)tn(t)n{p) Aug(usto). Surdius Solutor de sun(tu? = sumptu sm?)
templum renova{v)it. Bob . . .
Je ne comprends pas les dernières lettres.
53. — Bas d'une borne milliaire, entre Youks el Aïn-Gaga, à
6 kilomètres de Youks, direction de rOuest'^l
\V G
XVI
Cette borne était placée sur la route qui allait de Theveste à
Thamugadi et qui est indiquée par la table de Peutinger : Theveste,
VII (corr. \n); Ad aquas Caesaris, xvi; Ad Mercurium, ix; Ruglata,
x; Ad Germani, vi; Ad Cazalis, x; Zyrnas Maseli, xiv; Vico Aureli,
XVIII ; Livimia, v; Popleto, ix; Thamugadi ^^\ La route est encore
parfaitement visible en plusieurs endroits, entre Youks et Aïn-
Gaga.
Nous avons parlé ailleurs de la partie de cette route qui avoi-
sine Thamugadi t'). Entre Theveste et Youks, elle passait par Aïn-
Ghabrou, comme Wilmanns Ta pensé avec raison, et les milliaires
n"' 10166-10172 du Corpus lui appartiennent. Il est très probable
'■' Cf. Corp. inscr. lat., t. VIII, p. 1697.
--) Ibid., n°" 1017.3 et 10174, trouvées au même endroit.
(s) Voir Tissot, Géographie de la province d'Afrique, t. II, p. ^79 et suiv.
W Voir Mélanges de V Ecole française de Rome, t. XIV (1894). p. 3o-33.
— 175 —
du reste que, dans ie voisinage immédiat de Theveste, elle se con-
fondait avec la route de Theveste à Cirta. La bifurcation devait se
faire à quelque distance au nord-est de Youks.
Une autre route entre Theveste et Thamugadi est indiquée par
l'Itinéraire d'Antonin : Theveste, xxii; Tinfadi, xx; Vegeseîa, xviii;
Mascula, etc.
Nous pensons qu'elle passait par ie Trik-el-Karreta, par Hen-
chir-Gosset et au-dessous de Ksar-Tibinet, lieux que nous avons
visités. Les vestiges d'une route y sont très apparents el nous ne
croyons pas, quoi qu'on en ait dit'^^, qu'il faille y voir un chemin
d'exploitation. Nous avons, en effet, retrouvé des restes de bornes
miiliaires à Henchir-Gosset et au-dessous, près de la source d'Aïn-
Saharidj ('^' ; l'existence de ces bornes indique naturellement une
voie de grande communication.
A Ksar-Tibinet, il y avait une forteresse romaine, de bonne
époque, transformée plus tard en huilerie; elle surveillait la route.
Au delà de Ksar-Tibinet, le tracé serait à étudier (^'.
54. — Aïn-Gaga (*l Dans un fort byzantin. Fragment de borne
milliaire.
D N FL VALENTl
i\NOi
lU
AVG
XVII
D{omino) n{ostro) Fl(avio) Va(enti[ni\am [Pio Felice] . . .
Aug{mto) — XVII.
<^' Moli, Annuaire de Consluntine , 1 858-1 869, p. 87-88; Seriziat, Bulletin de
r Académie d'Hippone, t. XXII, p. 3i. Bosredon, Rec. de Constantine, 1876-1877,
p. 887, y voit, comme nous, la route de Theveste à Thamugadi. (Cf. Tissot, t. II,
p. 5o5.)
^^' Malheureusement l'un de ces miiliaires est fruste; les deux autres sont en-
terrés et nous n'avions pas les instruments nécessaires pour les dégager.
(') Voiries observations de Bosredon, Rec. de Consluntine, 1876-1877, p. 888
elsuiv. (Cf. Tissol, l. II, p. 5o5.)
W Dans la montagne , à 7 kilomètres et demi à l'ouest de Youks. »
— 176 —
La seconde moitié de ia première ligne et les lignes 2 et 3 ont
e'té gravées sur une inscription antérieure martelée.
55. — Halloufa (^). Inscription dont la copie m'a été communi-
quée p^r M. l'abbé Delapard.
D M S
O C T A V I A
C E L S I N A
V I X I T A^ N k
SECVNDvS C S P
D{is) m{anibus) s(acrum). Octavia Celstna vixil ann{is) LX.
Secundus c{oniugt) s(uae) pipsuit).
56. — Taoura ( Tagura). Actuellement au bordj d'Aïn-Guettar.
Croissant.
Femme.
D M
PRIMA ZABO
N I S S I LA NI
F V IX I T • A N
N IS • XXXV
I I S E
M • L A E LI V S
Croissant.
Homme en toge.
S
M N A M P H'«?
M O N I S R O
G A T I • F ■ VI
XIT • ANNI^
L- H S E
• M A R TI A LI S
HERES CARISSI
D[is) m[ambus) s{(icrum). Prima, Zabonis Silani f{ilia) , vixil annis XXXV.
[Hic) s(ila) e(st).
M. . ., ]^ amph\a\monis Rogati /(ilius) , vixit anm\if\ L.
H(ic) s(itus) e(st).
M(arcus) Laelius Martialis hères carissim[is\.
, '') Cf. Corp. inscr. lat., t. Vlll, p. lâçjS.
— 177 —
57. — Mdaourouch [Madaura). Actuellement au bordj de Se-
drata ^^\ La pierre est brise'e à droite.
D M(^)
QUISQUIS ES iNh \J\L
CUIUS HOC NmMEN WMm,0
CAT PERBREUI DISCES HOC MORA E>
EXCELLEWMTl GENERE mT ADmiCMDlJWM
SEDESQ^CUSTODIENS QUAS SI QUIS \ / iE^
C/\ICUPID1NE CmCOSTM-^mE QUOS PATER BKEim
ii.ULLI IliC lUUENES NUTRIUIT ET ARTE POLLE^
ELYSIOS CELEBRES CAMPOS CARi CONIUNGI AM
SEXIES HUIC DECIMUM SPATIUM COM"
(s«c) TUTATO HEC MONIMEN^ ^ ;^^n
M U î C ;
Épitaphe en quasi versus.
58. — Mdaourouch. Inscription dépose'e au bordj de Sedrata (^).
La piei're est brisée eu haut. A la cinquième ligne, il y a un trou
antérieur à la gravure.
WM^^imiO:> :>ERVAKh LAVUtivi SIBI
wmmm&'^E parare bis geminis na
Mi!iIII«MVS PATER SEXSVS VTER
illVS ETENIM TRANS ALPES ET
iNSIIlERIN^ ^'WM>. AD
iS OBITERl^i ;iiviivCORI\ «
M^RIIS QVINQyAGINTA FERE
^.S SI PIRA VIDIT QVAE COLVI
r^lNQVE DEOS DIGESTA PER
rj^^IIVICLPI^IMVS LIBERTVS
m.\.\ONE PATRONO QVEM TE
mmm/lT ISTVI STATVIT MO
mvMM^^myM NOMEN VITE PAG AT HO
WMmmm. w^E K'x QiN E per aevom
''' Un essai de lecture en a été donné dans les Comptes rendus de l'Académie
d'Hippone, 1899, p. xxiv.
^*) Cet M manque actuelleraont, mais je l'ai lu en 1891, lorsque l'on m'a mon-
tré l'inscription dans un champ , au sud des ruines de Mdaourouch.
''' Un essai de lecture en a été donné dans le Rec. de Constanliuc, t. XX VU,
p. 376 et 3i6.
AnClIKOLOGlE. 13
— 178 —
Inscription en quasi versus, qui, si elle était complète, aurait
peut-être Tintérêt de celle du moissonneur de Maktar.
59. — Mdaourouch. A quelques pas derrière Téglise. Table
longue de i m. o5, large de o m. 96, de'couverte par M. le capi-
taine Toussaint, qui a bien voulu me laisser le soin de la de'chif-
frer. L'inscription est dans une couronne, flanquée : en haut, à
droite, d'un rameau; à gauche, d'un plat; en bas, à droite, d'une
aiguière; à gauche, d'un autre plat. Le tout est encadré par des
bandes de palmeltes. Inscription très fruste. Hauteur des lettres,
o m. o/i.
IP]^ AM
FELIX PATER HABES
DIGNA TUAE PREMIA
UI^iOPTIMA CUM RESON/ "^
PERPETUO NOMINE PAMA PRE
(m-j CONIUMQ^TVM MERITO COMMU
i^ ORE ^mmiMKPEK BENIGNA TIBI Q_
mm^mMmrMM\ pectora du m
'wmmmM'm. \ndo cuntis amo
^^^^^M^il P o N I A N U s
Q_FELIX UIX AN
LXXIIII
/ p(er) (Chnstum) a{d) m{e/iora) [???] '^'.
Félix, pater, habes digna tuae pr(a)emta vi[tae],
Optima cum resonat perpétua nomine fama ,
Pr[a)econiumq[ue) tu{u)m mérita commiini are \^probatu\r.
Per benigna tibi q
Pectara dum anda cun{c)iis amo[rem].
. . . \Poin\pomanus , q(^ui)felix vixit an{nis) LXXIIII.
D'après le style des reliefs et la forme des lettres, celte inscrip-
tion n'est pas postérieure au iv^ siècle.
^') Cf. Coip. inseï: lat., t. VIII, n° aaao, p. 9^8 : [C]ur homo miraris{?) D{e)o
juvante meîiora videbis?
— 179 —
60. — Tifech ( Tipasa) '^'.
M D h\ I
SANCtSSIME
PRO SALVTE ET
I N C OLVMITA"E D N
IMP CAES
PII FEL
AVG ET
AVG TCLD D EORVM
P CAECILIVS FELIX
iaC ex ORDINE poN cko
ï\/METTAVRIBO
iDIDIT
M[atri) d{eum) m(agnaé) l{daeae) sancttssm{a)e , pro salule et incolumitate
d{omini) n(ostrt) Itnp{eratoris) Caes(aris) [Severi Alexandri?] Pu Fel{icis)
Augiusti) et [Iuliae Mamaeae?] Aug(uslaé) t{otius)q{ue) d{omus) d(ivinac)
eorum, P{uhlius) Caecilius Félix, sac(erdos), ex ordine poni crio[bo]liwn
et tauribo[lium] . . .
61. — Tifech ('^l La pierre était un dessus de porte; l'inscription
est dans un cadre à queues d'aronde.
CVLTORES • CERERVj
H I Q_y I • I • S • S:
c • I V L I V s • «i,
L-IVLIVS • SATVRNINVS • MARCVS-SaJ
P-IVLIVS-VINDEX-FRONTO-IV|
(lultores Cereru[m] ... Hi qui i[nfra) s[cripti) s(unt). C{aius) Iulius ... ,
L(ucius) Iulius Satuminus, Marcus Sa. . . , P(ubliiis) Iulius Vitideœ,
Fronto, lu. . .
^'' Publiée iiicomplèlement dans le Cùrp. insa-. lat., t. VIII, n° i846.
(^ Publiée incomplètement dans le Corp. inscr. lat., t. VIII, n" 48/17.
— 180 —
62. — Tifech. Stèle , brisée en haut et à gauche.
inVS • MAR
• S A C E R
^ lO VI-VIXIT-
TX • H • S • E •
. . . ilius Mar[t{alis ?] , sacer[dos] Iovi{s) , vixit \annis L'\X.
H{ic) s(itus) e{st).
63. — Tilech. Stèle.
FRONTO
MVTTHVNIS
? ? V A Im
H S E
Fronto, Mutthunisf {ilius) , p[ius) v{ixit) a{nms) LXXXV. H{ic) s{itus) e{st)
64. — Tiiech. Stèle.
F O R T V N i
TA P V B L I /
H S E
Furlun[a\ta Publila\ p{ia) v{ixit) a{nnis) LXXV. H{ic) s(ita) e{st).
65. — Tifech. Stèle, brisée à droite.
DIS MAN
IVLIA TIL
PIA VIXIT
IS • Lxv
H S
Dis man[ibus\. lulia. , . pia vixit \ann]is LXV. H{ic) s{ita) [e]{st).
66. — Tifech. Stèle.
D M S
I V L I A ^
VICTORIA
PI A ^
D[is) in[anibus) s(acrum). lulia Victoria pia. . .
— 181 —
67. — Tilech. Bas de stèle.
PIVS VIXIT
ANNIS-V-
H • S • E
L(ucius) Junius . . . pins vixit annis V. H(ic) s({tus) est).
68. — Tifech. Fragment de stèle.
D M S
MARISA C
T I I
D(t«) m{anibus) s(acrum). Marisa . . .
69. — Tifech. Stèle, brisée en haut et en bas.
S
L Ç> M A
XIMILLAE^
PQi>V^AÇî'XX0HQ&S^E
M A R I V S m O
N O RA
D{{s) m{anihus) s[acmm) . . . Maximillae; pi{a) v{tant) a{nnis) XX.
H{ic) s{{ta) e{st). Marins [H]onora\tus coni{ugt) f{ecit)f\.
70. — Tifech. Stèle , brisée en bas.
D M S
M
PORCIVS
D{is) m{antbus) s(acrum). M{arcus) Porcius . .
D{is) m[anihiis) s(acrum). Sextilta . . .
71. — Kef-Bezioun (Zattara) '^l Fragment. Hauteur des lettres,
o m. i5.
|/1ENTIA DDDJ
[ Cle]mentia d{ominorum) \n{pstrorum triuni)] .
'" Cf. Corp. inm: lat., t. VIII, p. 1689.
— 182 —
Inscription du iv* siècle. C'est peut-être celle qui est publiée au
Corpus, sous le n° 17275.
72. — Kef-Bezioun. Bas d'un autel. Largeur, m. 38; hauteur
des lettres, m. o5.
ORDINE
POSVIT
D D
. . .[afférente?] ordine posuit. D{ecreto) d{ecurionum).
73. — Kef-Bezioun. Bel autel, haut de 1 m. 10, large de
o m. 5o. Hauteur des lettres, o m. o4.
D • M • S •
C • A Q_y I L I
V S TELE
SINVS VIX •
ANNis -cm
EX-ISSACER
DOTIVMGES
GENI-PAT-AN
XXXXIIX • H • S
EST
CASTA-SATV
RA-VXOR-S-S-
VIX • ANNIS
^ L X X • H • S
EST
D{is) m(anibi(fi) s(acrum). C[aius) Aquilius Telesinus vix{it) annis CIII ; e,r
{h)is sacerdotium ges{sii) Geni{i) Pat{rii) an{nis) XLVIII. H{ic) s({tus) est.
— (hstn Satura, uœnr s{upra?) s{cripti?), vix(it) annis LXX. H{ic) s(ita)
est.
— 183 —
74. — Kef-Bezioun. Autel. Sur la face :
D M S
Q_ ASMV
NIVS QVNl
T I A N V S
P I V S
V I X AN
XXXII MT
D VI n
H
D{ts) tn{anibus) s(acrum). Q{u{ntus) Asmunius '"' Quintianus pius vix{tl)
an{ms) XXXII, m{emé) I, d{iehus) VI, [h{oris)\. . . H{lc) [s{itus) e(s/)].
75. — Sur le côte' droit du même autel :
m
m
Wmm.
wwm
D M
iASMVNI
«lATVS PI»
SVS VIX
s
76. — Kef-Bezioun. Fragment de stèle.
D M S
CASSIA
^ICA
D
M VALERIVS
D[is) m(anibus) s{acrum). Cassia [Ur\bica ...
D(ts) mianibm) \s(acrum)\. M{arcus) Valerius Vttal[{s] . . .
■'' Pour le nom propre Asmunius, dérivé du nom d'une divinité punique, ri.
Corp. illier, lût., t. VIII, n" .^3o6 (inscription de Guelma) : Anno sufetatus As-
mutiis.
77.
— 18/» —
Kef-Bezioun. Stèle , brisée à droite.
CORNE
LIA MAX
IM A V
A X X V
H S E
C
E L
N
V-A-
H
Comelia Maxima v{ixit) a{nn{s) XXV. H(ic) s{{ta) e{st) . .
78. Kef-Bezioun. — Fragment d'autel.
ISES VIII
S E
VS- HONORA
VS-EIIVS-PIVS
NIS-XXII
ES II
. .[men]8es VIII. [H{ic)] s{itus) e(sl). — . . .us Honora[tus , filt\us eius,
pius \vixit an]nis XXII, [mens\es IL
79. — Kef-Bezioun. Petite stèle.
HONORATA
CLEMENTIS
F • VIX • AN
XXVIII H S E
Honorata, Clementis f(ilia) , vix{it) an{nis) XXVIII. H{{c) s{ila) e{st).
80. — Kef-Bezioun. Stèle.
M A R C V S
LI CI N IVS
QVINTIANV
S VIXIT A
N I S L
H S E
L I C I N I A
Q_V I N TA
VIXIT ANIS
XXXV
H S E
Mnrcus Lïcimus Quintianus vixit an{n)is L. H{ic) s[{tus) e{st).
Lic'min Quinta vixit. an{n)is XXXV. E{ic) s{ita) e{st).
— 185 —
81. — Kef-Bezioun. Stèle, brisée en bas.
PA
VA LXX
PRISCVS
CLEMEN
. . . v{ix{t) a{nnis) LXX.
Prisca. . .
Priscus, Clemen[tt]s /{tltus) .
186 —
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