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Full text of "Bulletin archéologique, historique et artistique de la Société archéologique ..."

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BULLETIN 
Archéologique, Historique et Artistique 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 






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BULLETIN 



ARCHÉOLOGIQUE 

HISTORiaUE ET ARTISTIQUE 



DB 



LA JOCIETE ARCHEOLOGIQUE 

DE TARN-&,-GARONNEj V^A..<y^^3C^^JULÎl^<^u^ 

Fondée en 1866 

RECONNUE DUTIinÉ PUBLIQUE LE 13 AOUT 1884 



TOME XXXVI — ANNÉE 1908 

(i Tli'>aiSii'C) 




MÔNTAÛBAN 
IMP. Et LITH. FORESTIÉ, RUE DE LA RÉPUBLIQUE, 23 

1908 



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SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE TA RN-ET- GARONNE 



Membres fondateurs survivants (1866) 



MM. 
Henry Calhiat. 
De Coustou-Goysbvox. 



M. 
Feroand Pottier. 



Membres du bureau 



MM. 



Chanoine F. Pottier, I. %f, Pré- 
sident. 

De Mbric de Bellefon, Vice- 
président. 

Conictl J'ndminitlralîon 

Marcel Sémézies. 

Paul FONTANIÉ. 

Comte DE Gironde. 
Léopold Mathbt. 



MM. 

Éd. Forestié, îji, Secret, gén, 
Auguste BuscoN, îjt, Secret. 
Jean Bourdbau, Trésorier. 



^eclion des Bcaux-Hrlt 

Comle DE Gironde, président. 

^ection de fRusique 

Chanoine CoNTENSOU,préstû?<rn/. 

^ection de PÇofograpÇie 

Léopold Mathet, président. 



Pierre Lespinasse, i), bibliothécaire. 



Membres honoraires -nés 



MM. 

Le Ministre de Tlnstruction publ. 
Le Général de division. 
Le Préfet du département. 



MM. 

Mgr rÉvèque de Montauban. 
Le Maire de Montauban. 
L'Inspecteur d'académie. 



Membres honoraires 



BoDiNîER, sénateur. 

Carsalade du Pont (Mgr de), ||, 
évêque de Perpignan. 

Chatellier (du), ^, correspon- 
dant de rinstitnt : Quimper. 

Delisle (L.), C. ^, L ^, mem- 
bre de l'Institut : Paris. 

Douais (Mgr), O, évêque de 
Beauvais. 

Gaillemin (R. R. dom Sympho- 
rien), abbé de Grandseive, 
H;iutecombe. 



Lasteyrie (comte Robert de), 
^, m, membre de Tlnstitut. 

Lefevre-Pontalis (Eugène), I. 
^>, secrétaire du Comité des 
Sociétés savantes. 

Forgemol de Bosquénard, sé- 
nateur. 

Maybury (William C), ^, ancien 
maire de Détroit (Michigan). 

Marie-Xavier (R. R. Dom). abbé 
de Fontfroide. 



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LISTE DES MEMBRES 

Membres titulaires 

Résidant à Moniauhan. 

Aladx, notaire. 

Alibert (docteur), II, médecin en chef de l'Hospice. 

Bardon (Adrien), *, capitaine au 10® dragons. 

Baron (le docteur), 10» IJragons. 

Barthe, ^, chef de bataillon en retraite. 

Bastoul, directeur au Grand Séminaire. 

Bazelaire (de), capitaine au 10« dragons. 

Bellerive (de), ^, capitaine au 11« de ligne. 

Bellerive (G. de), maire de THonor-de-Cos. 

Bermond d'Auriac (Comte de), ^, commandant au 10« dragons. 

Berthon, ^, capitaine au 17- escadron du train. 

BoRDERiE, notaire. 

Bouïs (Achille), conservateur du Musée de Montauban. 

BoDïssET (Félix), ii^, artiste peintre. 

Bourdeau (Jean) : Villebourbon. 

BOUYSSOD, chanoine, curé-doyon de Monlech. 

BuscoN (Auguste), ^Jt, avocat. 

Cabanes (Louis), I. 0, peintre d'histoire. 

Oaillemer, *, colonel en retraite. 

Calhiat (H.), IJ, chanoine titulaire, missionnaire apostolique. 

Caubère (Charles), directeur de la Bancjue. 

CÉLARiÉ (Gastoni, <|, professeur de dessin. 

Chatinières (aboé), professeur à TEcole Saint-Tlféodard. 

CoLiGNY (comte Guy de), lieutenant au 10* dragons. 

Chaulbt, archilecle du département. 

Olaverie (Louis). 

Contejssou (A.), chanoine hon., maître de chap. de la Cathédrale. 

Coste, O. *, C. t^, I. y, médecin principal en retraite. 

Cougoureux (Jules), docteur-médecin. 

Coustou-Coysevox (Gabriel de), O. fjt, ancien sous-préfet. 

Cruzy-Marcillac (baron Gaston de), ancien Conseiller général. 

Dagrand (Pol), ancien président du conseil d'arrondissement. 

Daïsse (Jacques), avoué. 

Dantin (Aristide), O. ^, capitaine de frégate de réserve. 

Dalqtjié (Marcellin), Montauban et Lauzerte. 

Daux (abbé Camille), missionnaire apostolique. 

Delbreil (comte Henri), C. tji, ancien sénateur. 

Delbru, chanoine honoraire, curé de Saint-Jacques. 

Delmas-Debia (Edmond), ancien sous-préfet. 

Delpey (Antoine), avocat. 

Desnous, ^, chef de bataillon au 132« territorial, Montauban. 

DoNNADiFU (Dieudonné), U, avocat. 

Dubois-Godin (G ), président de la Caisse d'épargne. 

DuFArR (Léon), receveur de l'Enregistrement en retraite. 

EscuDiÉ (François), substitut. 

Facrk (Alphonse), A. 1§, artiste-peintre. 

Faurê (Ernest), notaire. 



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DB LA SOCIÉTÉ 7 

FOREL (Henri), 0. ^, lieutenant-colonel de Tarmée territoriale. 
FoRESTiÉ (Ed), tjî, corr. du minist. des Beaux-Arts, laur. de Tlnst. 
FoRESTiÉ (Georges), licencié ès-lettres. 
FouRNiER (Henri), avoué. 
France (Henry de). 

Gardarens de Boisse (Jules de), juge au Tribunal civil. 
GxrjAC (Gabriel de), lieutenant au 10« dragons. 
GiBERT, cban. bon., chancelier de l'évêché de Montauban. 
GiBERT (Emile), architecte. 
GiNHOux (Paul), ^, capitaine au 11« d'infanterie. 
Gironde (comte Léopold de), ancien conseiller général. 
Granès (ae), avoué honoraire. 
HÉBRARD, lieutenant au !!• d'Infanterie 
Imbert (Léonce), avocat, archiviste du département. 
KoNNE, G. ^ (général). 

Lacger (baron Jean de), ^, chef de bataillon au 20« d'infanterie. 
La DE (Bernard). 
Lapierre (Louis), avocat. 
Laroche (Eugène), avoué. 
Larrieu (Biaise), notaire. 

Laurencin-Beai FORT (comle de), lieutenant au 10« dragons. 
Lavh RY (Victor), contrôleur des Contributions directes. 
Lespinasse (Pierre), ^>, juge suppliant au Tribunal civil. 
Lespine, directeur de la Société générale. 
Marre (Henri), tï, professeur de dessin. 
Marcel, capitaine au 10« dragons. 
Masson (Henri), docteur en droit. 
Masson (Paul), libraire. 
Mathet (Léopold), chimiste. 
Mauquié (Louis), ancien notaire. 
Maurou, L y, architecte de la ville. 
Maury, greffier en chef du Tribunal civil. 
MÊRic DE Bellefon (Aloys de), avocat, ancien magistrat. 
MÉRiG, ^, ofHcier de marine en retraite. 
MiLHAr (abbé), professeur à TEcole Saint-Théodard. 
MoissENET, ^, ingénieur en chef. 
MoMMAYOD (Anatole), avocat. 
MoNRiBOT, docteur- médecin. 

MORETTE, chanoine, Directeur de renseignement catholiiiuo. 
Naulet (Adalberl), Montauban. 
NÉGRiÉ (Auguste), pharmacien. 
Olivier (Germain), architecte diplômé ' 

PoTTiER (Fernand), L Mi chan., arcliiprêtre do la Cathédrale, vic^ 
gén., hon., corresp. du Minist. de Tlnstr. publ. et des Beaux- 
Arts, insp. de la Soc. franc. d'Archéol. 
Prax (René), notaire. 
Habastens (Paul), avocat. 

Raynadd, lieutenant de cavalerie démissionnaire. 
Ressayre (Gaétan). 

RÉVEILLADD, ^, Capitaine d'infanterie en retraite. 
Rivières (baron Edmond de), inspect. divis. de la Soc. fr. d'Arch. 
Rous (Germain), maire de Fenayrols. 
RozAT DE MAiSDREs, ^, Capitaine, off. d'ord. du général de caval. 



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8 LISTE DES MEMBRES 

RUELLR (de la), ^, colonel du 10« Dragons. 

Saint-Yves, C*, explorateur. 

Sanchoi.le (K.), avocat. 

Saint-Félix (J. de Cassaigneau de). 

ScoRBiAC (baron Bruno de), avocat. 

ScouBiAC (abbé Henri de), docteur en théologie. 

ScoRBiAC (comte Guichard de), avocat. 

SÊMÉziEs (Marcel), avocat. 

SÉVERAc (baron Jean de), ancien conseiller général, avocat. 

SiBiEN, ^, commandant en retraite. 

SouLEiL (Maurice). 

SouLiÉ (E), II, vicaire-général honoraire, chanoine. 

Stoumpff, chanoine, directeur au Grand Séminaire. 

Tampé, ^, lieutenant-colonel au 10* dragons. 

Teissié-Solier (Pierre), avocat, maire de Finhan. 

Thomas, (F.-X.), maître de chapelle et compositeur de musique. 

ToNNAC-Vii.LENEUvE (de), 0. ^. chef d'escadron en retraite. 

Tréf ind-d'Avancourt (Comte Paris de), capitaine au 10' Dragons, 

Treillard, directeur de la succursale du Crédit Lyonnais. 

Wallon (Jules), 0. ^, général de cavalerie. 

Vedeaux, C. ^, général : Montauriol. 

Vkrnhes, curé de Saint-Martial-Montauban. 

Vezins (comte Elle de Levezou de). 

Vlalette-d'Aignan, ^, capitaine de cavalerie. 

Vincent (Louis), ingénieur, direct, de la Compagnie d'Électricité. 

Villeneuve (comte de), lieutenant au 10* dragons. 

Vitteaut (Léon), caissier do la Bancjue de France 

ViviB DE RÉGIE (René de). 

ViviB DE RÉGIE (Roger de), avocat. 



Résidant hors de Montauban, 



Ablanc DE Labouyssb (Charles d') : chat, de Blauzac, par Vazerac. 

Alrig (Georges), avocat : Castelsarrasin. 

Anglas, curé de Montricoux. 

Arnal (Pierre), anc. député, château de Montesquieu, par Moissac. 

AuziLUs DE LA ToDR (Roger d*) : Castelsagrat. 

Ayral (Louis), avocat à la Cour d'appel : Paris; Saint- Nicolas. 

Bach, curé de Saint-Julien, par Montpezat. 

Barthb (Germain), curé-doyen de Villebrumier. 

Bastik (Eugène), peintre et sculpteur : Castelsarrasin. 

Beal'fort (comte de) : Castelsarrasin. 

Belbèze (général), C. ^ : Moissac, 

Belbèze (Raymond), docteur-médecin : Saint-Nicolas. ^ 

BRRiNoriBR, docteur-médecin : Grisolles. 

BoÉ, ducteur-médecia : Ta^telsarrasin. 

Boistel (Léo), peintre d'histoire : Dieupentale. 



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DE LA soatrt 

Boscus (Louis): Gaussade. 

BouïssET (Firmia), ^s^, artiste peintre : Paris. 

BouziNAC (Théophile), receveur de TEnregistreraent : Toulouse. 

BuzENAC (Auguste), curé de Gastanède : Gaussade. 

Gabadê, docteur-médecin : Valence. 

Cambon, y, conseiller gi^néral el maire d(î Monrlar. 

Garrere de Maynard (Paul) : chat de Bailard, par Grenade. Paris. 

Gatsigras (Georges) : M-irseille. 

Gayrou (Joseph), receveur de TEnregistremPut : Moissac. 

Ghalret du Rieu, anc. cons. gén. : chat, de Grancs, par Réalville. 

Clavel (Élie), artiste-peintre : Montech. 

Gonstans (docteur Adrien) : Saint-Autonin. 

GoNSTANS, docteur-médecin : Lafrançaise. 

GosTE (Arthur de) : château d'Andas, par Gastelsagrat. 

Grog (Gabriel), notaire : Gaussade. 

CuRZAY (baron de), château du Mesnil, par Monlech. 

Danglade, cipilaine de cavalerio, château de Sjiuvelerrc, par Lombez. 

Destarag, ^, capitaine au train des équipages, Paris. 

D'Elbrbil (Pierre) : château de Fonneuve. 

Dbpbyre (Etienne), conseiller général : Montpezat. 

DoMiNGON. Escatalens. 

DuGUÊ (Joseph) : Moissac. 

BscARD (François), t^i, bibl. du prince H. Bonaparte : Paris. 

Fontanié (Paul), docteur en droit: Oaslelsarrasin. 

FoNTENiLLEs (de), ïjï, %f : château des Auriols, Varennes. 

FoRESTiÉ (Bernard) : Aucamville, par Verdun. 

Galabeht (Firmin), curé doyen de Monclar. 

Qarread (Maurice), avocat : Castelsarrasin et Langon. 

Granié (Léonce), O, avocat : Gaussade. 

Greling (Fernand de), chat, de Laraothe-Bardigues et Marseille. 

Grèzr (Auguste), ||, Valence-d'Agen. 

Jamme (Louis), notaire à Caumont. 

Laborde (Antonin), anc. cons. général : Beaumont. 

Laborie (abbé), curé de Saint-Georges : Puylaroque. 

Lafitte (Paul), docteur en médecine : Verdun. 

Laffont (l'abbé), Toulouse. 

Lafon-Boutary (Jean df ), avocat, Montech. 

Lagausib (Pierre de), château de Fonlongue, Gaussade. 

La Hitte (vicomte Maurice de) : Montech. 

Linon, G. ^. docteur-médecin principal en retraite, Montpezat. 

Lassrrre (Albert) : Sainl-Ular et Saint-Nicolas. 

L\sskrre (Maurice), ancien député, maire de Saint-Nicolas. 

Lastig Saint Jal (comte H. de) : Saint-Antonin et Toulouse. 

Latreille (Robert), ^, notaire, anc. maire de Lafran;^aise. 

LuRY (Augustin), ancien vicaire général : Paris. 

Mailly, capitaine d'infant(M'ie, Bordeaux. 

Marigny (Jean de) : conseiller gc^néral de Villebrumier. 

Marveille (de) : chà'eau de Mauvers, par Verdun. 

Mauquie (docteur) : Mon*gaillard. 

Maury (R.), curé de Finhan. 

Mentqub (Robert de) : château de Lisle et Paris. 

Minoret (René), aucien ofBcier : château de Roujos, près Beaumont. 

MispouLET, H, membre de l'Institut : Montpezat et Paris-Passy. 



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10 LISTE DES MEMBRES 

MoMMÉJA (Jules), I. %f : Agen. 

MONBRisoN (Etienne de) : château de Saint-Roch, par Auvillar. 
MoNBRisON (Jacques de), ^, conseiller général, maire d'Auvillar. 
Montratier-Parazols (Cw p. de) : ch. de la Baronnie, p. Lafrançaise. 
NoNORGUES (Jean), notaire à Septfonds. 
OuLÈs, curé de Saint-Maurice, par Lafrançaise. 
Panât (marquis de) : Arcamville et Toulouse. 
PÉCHARMAN (Paul), auc. Conseiller d'arrondissement : Molières. 
PÉRiGNON (comle de), capilaine, château de Finhan. 
PuY DE GoYNE (Max du) : Gastelsarrasin et Villeneuve. 
QuiLHOT (Aubin), curé-doyen de Montpezat. 
Rambert, curé de Réalville. 
RÊBOUis, I. Il, arch. paléog. : Paris, 75, r. Pascal. 
RuBLE (M<n« la baronne de) : château de Ruble et Paris. 
Saint-Martin (Charles de) : Verdun. 

Saint- Vincent (baron Louis de), château de Boutary, Moutech. 
SouBiES (Albert), ^, I. M, ïJî : Beauraont-de-Lomagne ; Paris. 
SouBiES (Jacques), docteur en médecine : Beaumont et Paris. 
Taillefek, curé de Cazillac, par Lauzerte. 
Tholosany (de) : château de Laroque, par Bruniquel. 
Traversay (vicomte de Sansac de) : Castelsar^^osin et Agen. 
Trubert (Etienne), anc. député : château de Castels, par Valence. 
Trutat (Eugène), ^, I.||, corresp, du minist. : Bosgayrai et Foix. 
Vassal de la Barde (marquis de), 0. ^, colonel, ^'aint-Antonin. 
Vaissière (Victor), ^, anc. direct, des Postes, Sainl-Antonin. 
Vassilières (Paul) : Gastelsarrasin. 
Valmary, pharmacien : Lafrançaise. 
Vesins (comte Auguste de) : château de Caylus. 
Villèle (Comle Xavier de), cliâlcau de Merville et Montbeton, Tou- 
louse, rue Saint-Jacques, 8. 



Membres colrespondanta. 

Albe (Ed.), Il, chanoine honoraire : Cahors. 
Amade (Albert d'), O. ^, G. C. ^, général de di\ision. 
AuoÉ, ^, 0. îjî, Qj capi-aine en retraite, Paris. 
AuRiONiAC, architecte diocésain : Lavaur. 
Baccalerie, curé de Villeneuve-les-Bouloc (Haute-Garonne). 
Balandier, ^, ingénieur en chef des ponts et chaussées : Béziers. 
Batiffol (Pierre), recteur de Tlustitut catholique, prélat de 8. S. 
Baudon de Mony, de TÉcole des Chartes : Paris. 
Bfaughesne (marquis de) : Le Mans. 
Beaudemoulin, ^, colonel de cavalerie. 

Beaurepaire (Charles dft), ^, archiv., corr. de l'Institut : Rouen. 
Bellegarde (de), ^, colonel ; château de Boussère, par Port-Sainte- 
Marie. 
Belleud (Eugène do Saint-Jean de) : Castelnau de Montratier (Lot). 
Berc (Emmanuel de), docteur en droit : Clermout-Ferrand. 
BÊoriN, (J.-M,), chanoine de Fréjus. 
Bessêrie, Théodore : Lavaur. 



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DE LA SOCIÉTÉ 41 

Bethunb (baron), prélat de Sa Sainteté : Bruges. 

Bertier (Marquis de) château de Pinsaguel. 

BiAiSy bibliothécaire : Angoulème. 

BoissARiE, avocat : Paris. 

BoNNAY, architecte et inspecteur des monuments hisloriq. : Brive. 

Borde (La), 0. ^, conseiller à la Cour de cassation. 

BosBŒUF (l'abbé), président de la Société archéologique : Tours. 

BouET (Max), avocat, Saigon (Indo-Chine). 

BouGLON (baron de^ : Toulouse. 

Bouïc (Albert), ancien magistrat : Aiguillon (L.-ot-G.) 

Bouzinag de la Bastide, conser. des Hypoth. : Villefranche (Rhône). 

Boutelou (Emmanuel), O. tjj, directeur des Beaux-Arts : Séville. 

BOYER (Germain), docteur en droit : Béziers. 

BoYSSON (Jean de), avocat : Sarlat. 

BoYssoN (Jehan de), capitaine de cavalerie : Tarbes. 

BoYs<îON (Richard de), G. tjj : Cénac iDordogne). 

Braqdehaye, I. Il, membre de la Société archéologique de Bordeaux. 

Bry, président du Comité archéologique, Noyon. 

Brusson, ^, Villerau'*. 

Brodquié (l'abbé), professeur : Toulouse. 

Caballero Infantes, O. ^, de l'Académie de Séville. 

Cabié (Edmond), y, de l'Ecole des Chartes : Roqueserrière (H«-G«). 

Cabrol,- ancien directeur des Postes : Villefranche. 

Cailcat (Léon), Castillon-sur-Dordogne (Gironde). 

Caminel (de Bonafous de), 0. *, colonel en retraite, château de 

Charry (Lot). 
Capella (Arthur de) : Puylaurens (Tarn). 
Cartailhac (Emile), ^, C. î^, 1. 1|, correspondant de Tlnstitut : 

Toulouse. 
Castellane (de). ^, capitaine au 57** d'infanterie : Libourne. 
Oazaubon (de), ^, médccia-m'jor : Périgueux. 
Cazauran, chanoine honoraire, archiprètre de Mirande. 
CÉLESTE, if, bibliothécaire: Bordeaux. 
CÉZERAC, vicaire général, pré.sident de la Société historique de 

Gascogne : Auch. 
Chairou (François), caissier de la Banque de France, Troyes. 
Chamaison (Jules), ancien percepteur, Gronade-sur-Garonne 
Charvillat, docteur-médecin : Clermont-Ferrand. 
Chavanon, I. <>, archiviste honoraire, 23, rue de Varounes, Paris. 
Ohergé (Maurice de), Ncvers. 
Ghesneau, '^^ ingénieur en clief, professeur à TEcole des Mines, 

Paris. 
Chevalifk (Ulysse), ^, L y, chan. hon., cor. de Tlnstit. : Romans. 
Chevalier (Georges), ^, commandant au 114® d'Infanterie, Saint- 

Maixent. 
Clerval, chanoine : Chartres. 

Cloqubt (Louis), professeur d'archéologie à l'Université de Gand. 
Colin (R. P.), directeur de l'observatoire : Tananarive. 
CoNDAMiNAS. sous-imeudant, Gap. 
Connu, *, directeur des Postes en retraite : Pau. 
Contreras (Raphaël), 0. îJj, directeur de l'Alharabra : Grenade. 
Croix (le R. P. CamiUede la), *, memb. du Comité du M. : Poitiers. 
Crollalanza (Goffredi), 0. ^, secret, de l'Acad. héraldique : Bari. 



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42 LISTE DES MBMBRSS 

CuNY, Albert, architecte : Nancy. 

Daussargues (A.), ^, Q, agent-voyer en chef ea ret. : Montpellier. 

Daymard (docteur), *, médecin militaire: Paris. 

Delà VAL (Fernand), ^, commandant du génie : Grenoble. 

DiEui.AFOY (M""« Jane), ^, I. y, : Paris, rue Chardin, 1?. 

DiEULAFOY (Marcel), 0.^,1. y, memb. de Tlnst., ing. en chef: Paris. 

DuBARRY DE Lassalle, architecte : Agen. 

Dubois, ^, lieutenant-colonel au 142« de ligne : Lodève. 

DuBOR (Georges de), I. y, attaché à la Bibliothèque nationale : 

Paris. 
DuBOURG (dom), bénédictin : Baron ville, par Benuraing, Belgique. 
DroGAN (Jaraes-B.)i ^, esq., San Francisco (Californie) 
DupRK (Louis) : Poitiers. 

Durand (Georges). *, archiviste de la Somme : Amiens. 
Durand, président de la Société archéologique de Chartres. 
DuRiEU (comte Paul), I. y, O. t^, conserv. Musée du Louvre ; Paris. 
Elias, O. '^. colonel en retraite : Toulouse. 
Enlart, L y, O. ï^i, direcleur du Musée du TrocadcVo : Paris. 
Evans, O.tji, anc. président de la Société des antiquaires : Londres. 
EsQUiEu (Louis), membre de la Société des Études du Lot. 
Fabre (Prosper), directeur du Crédit Foncier : Carcassonne. 
FAKfjY (Louis de), ^ : Angers. 
FaurÉ, ^, ingénieur en clief : Piivas. 
Favé (abbé) : Quimper. 

Fayolle (marquis de), présidonl de la Société arcliéol. : Périgueux. 
Ferluc (de), ^, colonel de cavalerie, ChàlonVsnr-Marne. 
Ferreira, ^, C. ^, >t«, capitaine, aide de camp de S. M. le Roi 

de Portugal Porto. 
Florent (Gonzague), chanoine, curé de Conques (Aveyron). 
Fontenilles (de La Roche, marquis de) : Paris. 
FONTANiÉ (R. P.), missionnaire : Madagascar. 
Fourgade (Pierre), ^, colonel de cavalerie. 
FouKGOux (Jehan), docteur en droit, Paris. 
FouRNiER, 0. ^, général. 
Frère, 0. ^ colonel en relrailo, Poslel (Aude). 
Froment (dom), bénédictin : Saint- Wandrille (Seine-Inférieure). 
Gandilhon, y, archiviste du département du Cher: Bourges. 
Gastebois (Louis de), anc. officier d'artillerie : Lourdes. 
Oautier-Descottfs, notaire, secr. de la Com. arch. : Arles. 
Gestoso y Perez, 0. îjî, professeur k PAcadémie des arts : Séville. 
Graillot (Henri), I p, prof, à la Facullé des Lettres : Toulouse. 
Griolet, 0. ^, intendant : Nice. 

Guiral (Klie), ^, ingénieur en chef du déparlement : Montpellier, 
GuiGNARD, de Butteville : Am' oise. 
Guignard, président de la Société du Vendômois. 
GUYON, inspecteur-chef des bâtiments. Montréal, Canada. 
Hautpoul (comte d), t^, ^>, château de Serres, par Naious. 
Hautschamps (colonel baron Des), O. ^ : château de Griffoul 

(Dordogne). 
Hébert (docteur\ L p, président de la Société académique. 
HÈBRARD lE Saint-Sulpice (M»« d') : Paris, a^cuuc Bosqucl, 14. 
Jkanroy (A), L y, prof, à la Fac. des let. : Toulouse. 
Laboulbbne, Qj conseiller à la Cour d'appel : Agen. 



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ùB u âociÉTi 13 

LàHONDÈs (Se), président de la Société archéol. du Midi : Toulouse. 

L.\LANDE (P.), y, membre de la Société française d'archéol. : Brive. 

Lamperez y Bomea, professeur d*archéologie, Madrid. 

Lapal'ZE (H.), 0. ^, I. y, Conservateur du Petit-Palais : Paris. 

Lassalle (Xavier de), publiciste : A^en. 

Lassl's (baron Bertrand de) : Montrejeau (château de) (H.-G.). 

Latil (dom Augustin de), ^U', bénédictin au Mont-Cassin (Italie). 

Lauzun (Philippe), I. y. Valence-su r-Baïse (Gers). 

Laval, ^, docteur médecin-major de l'« classe : Avignon. 

Lavaur de Sainte-Fortunadb (v»« de), ^, G. tjï, ministre plénipot. 

Legrand (Maurice), (Franc-Nohain), homme de lettres : Paris. 

Leenhardt, I. p, ancien professeur : Montpellier. 

LÊvÈQUE, dir. de la suce, de la Banque de France : Saint-Quentin. 

LiSLB(Henri-Goqueiinde), rec. princ. des cont. ind.: Uhàlon-s/-Saôn*. 

Loches, capitaine au 10« dragons : Reims. 

LORENOB (Emile), ^, Q^ sous-intendanl militaire, Toulouse. 

Louis, directeur des chemins de fer de Médina à Salamanque. 

Maire (Albert), y, bibliothécaire de l'Université : Paris. 

Maîsonobe (Abel), ^, sous-préfet. 

Majorel, h., curé-archi prêtre de Villefranche (Aveyron). 

Malartk', {comte Gabriel de Maures de) : Paris, rue Vanneau, 55. 

Marbot, chanoine honoraire, membre do PAcadémie : Aix. 

Marquez (R. Dom), doyen du Chapitre, Burgos. 

Maubert, ^, Senlis, professeur de musique. 

MÉNEVAL (baron de), ^, 0. iji, ;Jt, diplomate : Versailles. 

Mensignac (de), || : Bordeaux. 

MÉRIMÉE (Henri), professeur agrégé. 

Merlet, L y, archiviste, de la Société archéologique de Chartres. 

MiLLERET (Henri de), Grenade-sur-Garonne, 

MoNTAZEL, vétérinaire de cavalerie, Senlis. 

MoNTMARiN (colonel comte de), * : Versailles. 

MoREL, U, i^î chanoine honoraire, curé de Chevrière (Oise). 

MouLENQ (François), (||, président à la cour d'appel : Aix. 

MuLLER, L y, chan. hon., aumôn. de l'hosp. de Chantilly. 

NicoLAÏ (Alexandre), I. i>, avocat : Bordeaux. 

Parfouru, L ^, archiviste départemental : Rennes. 

Pasquier, I. vS>, archiv. du départ, de la Haute-Garonne : Toulouse. 

Peillard, ^, lieutenant-colonel à Tétat- major : Besançon. 

PÉLissiÊ, curé de Castelnau-de-Montmirail. 

PÉRON, C. ^, intendant militaire en retraite : Auxerre. 

Pigache-Sainte-Marie (de), ^ , major du 10« d'infanterie : Auxonne. 

PiGANEAU (E), ly» : Saint-Emilion et Bordeaux. 

PoNViANNB DE JouvE (André), Léon (Espagne). 

PoRTAL, i>, archiviste : Albi. . 

PouGENs (Edmond), receveur des finances honoraire : Toulouse. 

PoDiLLOT, I. y, insp. d'Acad. : Melun. 

QuÉviLLON (Fernand), 0. ^, L y, général, gouverneur de Maubeuge. 

Ramkl (Fernand de), ^, ^, avoc. au Conseil d'État, député : Paris. 

Raynal, chanoine : Toulouse. 

RiCHEMOND (de), y, archiviste du département : La Rochelle. 

RiGAUD, ^, commandant, chef du génie en retraite, Toulouse. 

Rivières (baron J. de) : Toulouse, rue Vélane. 

Roques (Fernand), 0. *, chef de bataillon en retraite : Toulon. 



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H LtSTfi DES IIEMBBBS 

RoMESTiN, II, architecte: Toulouse. 

RoscHACH (E.)» *» secret, gén. de TAcad. des Sciences : Toulouse. 

Rossignol (Élie), ^ : Mon tans ^Tarn). 

RuMEAD (B.), I. i?, directeur d'école en retraite : Toulouse. 

Rupin (Ernest), ^, I. y, Brive. 

Saint-Bon (le comte Gustave de) : Marseille. 

Saint-Paul (Anthyme),y : Paris. 6, rue des Chartreux. 

Sarrête (Jean), curé : Torreillcs (Pyrénées-Orientales). 

ScHALL (Jules), chan. bon. : Paris. 

SçoRBiAC (Etienne de), C. ^, avocat : Toulouse, et Barbes (Gers). 

SÊRKS, *^, lieutenant de vaisseau. 

SiMONATY (P. André), O. ^ : Constanlinople. 

SiNOHËR : Le Mans. 

SoiL, directeur du musée : Tournay (Belgique). 

SoLANCiER (Raoul-Giral de\ Céret (Pyrénées-Orientales). 

Souvestre, 0. ^, général de division. 

Tachard (docteur Elie), 0. ^ : Toulouse. 

Taffanel de la Jonquière (vicomte de), O. ^, colonel : cliâieau 

do Guilalcns (Tarn). 
Tbissier, médecin militaire. 

Teyssier (colonel), 0. *, présid. de la Société des Sciences : Albi. 
Tholin, ^, I. y, archiviste : Concarneau (Finistère). 
TiERNY (Paul), y, archiviste. 

ToiZAUD, président de la Société archéologique d'Angoulème. 
Traversât (Guy de), capitaine de cavalerie, Versailles. 
Triger (Robert), Q, prés, de la Société archéologique du Maine. 
Trilles (D^), médecin-major : Castres. 
Vassal, capitaine. 

Véran, I. y, architecte, présid. de la Commis, archéol. : Arles. 
ViGUiÉ, conseiller d'arrondissement : Penne (Tarn). 
ViLLARET (de), ^, >|î, colonel, commandani le 88® de ligne, Aucli. 
Viré (Armand), ^, I. y, attaché au Muséum, Paris. 
ViviÈs (Paul de), château de Taiiriac, par Salvagnac (Tarn). 



^-Mj^ 



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bli LA SOCtRiE 13 



COMPOSITION DES DIVERSES SECTIONS 



Section de Photographie. 

MM. Eugène Trutat, président honoraire; L. Mathet, président; 
de Méric de Bellefoa, vice-président; abbé Milhau, secrétaire. 

Membres : MM. l'abbé Anglas, l'abbé Barthe, coramaadaQt 
Bartho, E.Bastié, Bastoul, de Bazelaire,de Berraond, Bouïs, Callhiat, 
Cartailhac, Chatiaièrei, Glavel, L. Claverie, docteur Co^te, k, de 
Costes, capitame Danglade, I). Donoadieu, A. Fauré, E. Fauré, 
de Fontenilles, Ed. Forestié, Georges Forestié, H. de France, 
Gibert, Granié, abbé Laborie, de Lacger, Lade, Lauzun, Leenhardt, 
Mailly, Marcel, abbé Milhau, Méric de B(?Ilefon, chanoine Morette, 
Mauquié, A. Négrié, G. Olivier, abbé Quilhot, Rabastens, abbé 
Rambert, Ressayre, Rozat de Mandres, de Séverac, Sibien, cha- 
noine Stoumpff, B. de Scorbiac, G. de Scorbiac, docteur Tachard, 
Valmary, Général Vedeaux, Vincent, Viré. 



Section de Musique. 

MM. Albert Soubies, présid, honor. ; chanoine A. Contensou, 
président; F.-X. Thomas, vice-président; Sancholle, secî^étaire. 

Mkmbrks : MM. Abadio, Arnoul, de Bazelaire, Bouïc, Bourdeau, 
Gaston Célarié, Daïsse, A. Fauré, Edouard Forestié, G. Forestié, 
Oinhoux, L. de Gironde, Haein, chef de musique, de Lacger, 
V. Lavitry, Maury, abbé Maury, de .Milleret, Miilot, R. Prax, 
Ressayre, Rougé, Rozat de Mandres, Duluc, chanoine Stoumpff, 
Victor Vaissières, général Wallon, 



Section des Beaux-Arts. 

MM. le comte de Gironde, président : Sémézies, secrétaire. 

Membres : MM. d'Ablanc, Bastié, le général Belbèze, comman- 
dant de Bermond, Boé, Boistel, Boscus, Bouïs, F.-F. Bouisset, 
F. Bouisset, Bourdeau, Buscon, Cabannes, chanoine Calhiat, 
Clavel, de Costes, Delbreil, Delpey, A. Fauré, L. Faure, colonel 
Forel, Ed. Forestié, H. de France, Fournier, Gibert, général Konne, 
d'Aignan, abbé Laborie, Lespinasse, Marre, Maurou, Moissenet, 
E. de Monbrison, Olivier, chanoine Pottier, René de Vivie, Rigaud, 
Rozat de Mandres, de Tonnac de Villeneuve, de Saint-Félix, de 
Séverac, commandant Sibien, Bruno de Scorbiac, Vaissières^ R. de 
Vezins, Vialelles-d'Aignan. 



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LA 

Création du Tarn-et-Garonne 

EIsT 1808 

ET LES POÉSIES DE CIRCONSTANCE 

PAR 

M. EDOUARD FORESTIÉ 

Lauréat de l'Institut 
Secrétaire général de la Société 



L'Assemblée Constituante, en djvisant la France en 86 dépar- 
tements, avait obéi à un sentiment général qui portait les 
Français intellectuels d'alors à une unité de lois et d'organi- 
sation administrative pour faire cesser les différences considéra- 
bles existant alors entre les coutumes des diverses provinces. 
Ce but, les législateurs, députés par les baillages, et surtout 
les nombreux procureurs et avocats dont se composait le Tiers- 
Etat, voulurent l'atteindre par la nouvelle division par dépar- 
tements. 

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si la mesure bonne et dé- 
sirable en principe fut comprise comme elle eût dû l'être par- 
tout et si en respectant mieux les anciennes divisions terri- 
toriales, et en les adaptant au système nouveau, on n'eût 
pas réalisé un progrès plus grand que celui qui a été obtenu. 
La question est de nouveau soulevée après plus d'un siècle 
d'expérience. Laissons donc les économistes la traiter et restons 
1908 2 



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2 LA CRÉATION DU TAftN-ET-ÔARONNE 

dans le domaine exclusif de Thistoire et de rarchéologie, en 
nous occupant seulement des événements qui ont précédé et 
suivi la création du département de Tarn-et-Garonne le der- 
nier né de tous les autres, celui qu'on a appelé le Benjamin, 
peut-être aussi parce que c'est le plus petit et parce qu'il a 
montré plus que les autres le défaut de la généralisation du 
système adopté en 1789. 

Nous ne ferons ensuite qu'effleurer les causes politiques qui 
ont empêché, en 1789, Montauban deconserver le rang qu'elle 
occupait dans le Midi. Ces causes sont multiples, mais une des 
principales était que certains voulaient faire payer à notre ville 
sa soumission trop officielle aux volontés royales après un de- 
n\\ siècle d'opposition irréductible. Louis XIII avait doté Mon- 
tauban de trop d'institutions importantes, augmentées par ses 
successeurs: Sénéchal, Présidial, Bureau des finances, Cour 
Souveraine des Aides, et avait ainsi peuplé la ville de familles 
que les autochtones ne voyaient pas de trop bon œil occuper le 
haut du pavé. Il fallait rabattre son orgueil : c'est là le secret 
de sa déchéance qui ne fut heureusement que d'une vingtaine 
d'années. 

Dans la division adoptée, et surtout dans la préparat^ion du 
travail définitif, des intérêts et des influences diverses furent 
constamment en jeu, et l'on put voir le Représentant du bail- 
liage de Montauban défendre ardemment sa ville natale, tandis 
qu'on voyait, ligués contre ses intérêts, tous les autres députés 
des bailliages voisins. 

Il faut dire aussi que ces derniers étaient admirablement se- 
condés par la situation particulière de Montauban; ville créée 
seulement au XI I* siècle, dans un lieu qui était l'extrême fron- 
tière du Quercy, et qui, par conséquent, se trouvait à cheval sur 
deux provinces, à tel point que lorsqu'on en fit le chef-lieu d'une 
Généralité et le siège d'une Intendance, on lui assigna un terri- 
toire qui allait des Quatre Vallées, du Comminges et du Nebou- 
zan aux environs de Millau, séjxîré en deux fragments que seul 
le chef-lieu reliait administrativement. Ce fait rendait difficile, 
il faut le reconnaître, aux créateurs des nouvelles divisions la 
constitution d'un groupement homogène autour d'une ville à 



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LA CREATION DO TAJ^N-ET-GARONNK 3 

laquelle manquait cette force si puissante d'être le chef lieu d'u- 
ne province. 

A la fin de novembre 1789 Poncet Delpech, député de Mon- 
tauban, ancien avocat à la Cour des Aides, jurisconsulte éme- 
rite qui avait joué un certain rôle dans des affaires retentissain- 
tes (i), Poncet Delpech écrivait aux officiers municipaux de 
Montauban, au Comité patriotique et au Comité de correspon- 
dance de la ville qu'il était à craindre que dans la division de la 
France en départements, Montauban, se trouvant sur la lisière 
de la province du Quercy ne fût sacrifié à Cahors qui en était le 
centre naturel, et que cette .dernière ville ne remp>ortât, l'inten- 
tion rmanifeste de l'Assemblée étant de rapprocher les villes et 
les cantons de chaque division d'un centre commun. 

Il annonçait qu'il avait cependant vivement combattu ce pro- 
jet et qu'il avait ardemment défendu Montauban. Pour lui don- 
ner le titre de chef-lieu, il proposait de prendre dans le Langue- 
doc, la Gascogne et une partie du Quercy, jusqu'à Caylus et 
Caussade, le territoire qui fut plus tard donné au Tarn-et-Ga- 
ronne (2). 

I>e Conseil général de la commune comprit la gravité de la 
situation et la nécessite de faire appuyer les revendications 
de Poncet en envoyant une adresse à l'Assemblée Nationale 
approuvant les propositions du député de Montauban. 

Le 5 décembre nouvelle lettre de Poncet à ses concitoyens 
insistant sur la nécessité d'agir au plus vite: 

« Il est inouï, Messieurs, écrivait Poncet, que dans un mo- 
ment où on va s'occuper définitivement de l'établisseimjent du 
département, vous négligiez de répH>ndre aux lettres que je n'ai 
cessé de vous écrire sur cet objet impH>rtant. 

« Vous ne considérez donc pas que le sort de Montauban 



(i) Le procès d'une jeune fille protestante mariée à un officier catho- 
lique, le vicomte de Bombelles, procès où il prépara les mémoires de 
Robert Lindet et qui amena Louis XVI à rendre l'état-civil aux 
protestants. 

(2) Voir la coirespondance échangée entre Poncet Delpech et ses 
commettants dans le Journal National de Tépoque. 



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4 LA CREATION DU TARX-ET-GARONNE 

tient à ces rép>onses que j'attends de vous? Quelques multi- 
ples que puissent être vos occupations, il n'en est pas qui doi- 
ve vous intéresser plus que celle-ci. Songez que je suis seul 
pour défendre notre patrie, que j'ai à lutter contre l'esprit 
dominant de l'Assemblée qui repousse, avec une sorte d'indi- 
gnation, tout ce qu'elle appelle l'esprit de province et à plus 
forte ra,ison l'esprit de ville, qui entend que tous les intérêts 
particuliers s'anéaintissent devant le grand intérêt de la na- 
tion, qui s'est fait un système de diminuer la grande impor- 
tance des villes florissantes pour en favoriser les villes en sous- 
ordre... » 

Nous citons textuellement cette lettre et nous soulignons la 
dernière phrase qui est d'autant plus grave que son auteur n'est 
pas suspect à l'égard du nouveau régime: Poncet donna tête 
baissée dans les idées nouvelles et fit l'éloge de Lepelletier et de 
Marat dans la chaire de la Cathédrale à une fête de la Raison, 
mais nous avons surtout eu pour but^ en faisant cette citation, 
de prouver la vérité de ce que nous avançons plus haut. 

Poncet Delpech éta,it avant tout Montaibanais et il se multi- 
plia pour faire réussir son projet, voyant chaque jour les mem- 
bres du comité d'organisation, leur remettant mémoires sur 
mémoires; et d'autre part pressant constamment les officiers 
municipaux « se plaignant, de leur inconcevable silence dans 
la cause d'une patrie que, disait-il, nous devons tous chérir et 
dont l'état prospère est en péril. » 

Son collègue de Moissac, Gouges-Cartou avait consenti, seul 
parmi là députation de la Région, à la jonction de ce district au 
département que l'on réclamait ; à la fin Raby de Saint Médard 
était arrivé de la même conclusfion p)our l'arrondissement de 
Castelsarrasin qu'il représentait. Mais les députés du Toulou- 
sain éUiient formellement opposants. 

On alla alors dans le sens des commissions jusqu'à proposer 
que le chef lieu serait alternativement Toulouse et Montauban, 
solution hybride qui ne pouva,it contenter personne. 

Au milieu de décembre enfin l'administration municipale 
montalbanaise s'était décidée à envoyer à Paris Doumerc et 
Combes-Dounous ; mais Toulouse et Cahors se remuèrent al- 



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LA CREATION DU TAR\-ET-GARONNE 5 

léguant toutes sortes de raisons, même les plus fausses, pour 
évincer Montauban. N'alla^-t-on pas jusqu'à prétendre que no- 
tre ville était souvent un foyer de maladies épidémiques ? 

Combes-Dounous et Doumerc remirent à Rabawd-Saint- 
Etienne un acte conservatoire d»isant que Montauban ne cesse- 
rait de réclamer dans tous les temps l'acte de justice qu'elle 
sollicitait. 

Mais, malgré tout leur dévouement, ils devaient mal plaider 
leur cause. Poncet écrit à ce sujet à ses concitoyens: <( J'ap- 
prends aujourd'hui que la mésintelligence s'établit parmi 
vous. Est-ce dans un moment où tous les concitoyens ne doivent 
avoir qu'un même esprit, qu'une égale tendresse vers le bien 
commun que vous voulez vous dévier? Songez que dans ce 
moment surtout il s'agit de s'oublier soi-même pour ne voir 
que la patrie qui est menacée de perdre son importance et les 
avantages précieux que j'ai désiré si vivement lui conserver. 
Nos voisins de Cahors se transportent dans les principales villes 
de notre sénéchaussée, pour les engager à se désunir de Mon- 
tauban ; déjà la ville de Caussade s'est laissée surprendre ; celle 
de Caylus est probablement dans le même cas. Et comment 
voulez-vous que nous puissions arriver à avoir un département, 
si les cantons qui auraient pu le former s'y refusent. Au nom de 
vos intérêts les plus chers travaillez de concert à empêcher ces 
séparations qui ruinent nos projets.... )> 

II est inutile d'insister sur ces mesqu^ines divisions qui eurent 
le résultat que l'on attendait. 

En janvier 1790 Poncet revient à la charge; il écrit qu'il dé- 
sespère d'obtenir gain de cause et que, faute de mieux, il s'est 
rangé à la solution du rattachement de Montauban à Toulouse, 
lequel il faut l'avouer était encore plus dangereux. 

« Il a fallu prendre, dit-il, un parti extrême, mais impérieuse- 
ment devenu nécessaire. Malgré le délai fatal qui nous a été 
prescrit, et qui expire absolument lundi, nous avons fait des 
tentatives pour éloigner de quelques heures la décision du Co- 
mité. Que n'êtes-vous ici, Messieurs, pour juger la réalité des 
obstacles et des difficultés sans nombre qui empêchent de les 
surmonter? » 



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6 LA. CREATION DU TARN-ET-GARONNE 

Le 12 janvier la municipalité se décide à une nouvelle démar- 
che pour repousser toutes les combinaisons même et surtout cel- 
le de Toulouse: elle disait que: « Montauban dominait 50 vil- 
les et 330 bourgs, villages et communautés soit plus de 300.000 
âmes sans y comprendre celles de Montauban qui a plus de 
25.000 âmes. L'octroi est plus fort que celui des principales vil- 
les du Quercy réunies; le commerce s*élève à plus de 20 mil- 
lions. » 

Il était déjà trop tard pour réussir, d'ailleurs le député de 
Toulouse, Viguier vint réclamer contre le rattachement de 
Montauban à la capitale du Quercy, prétendant qu'elle était 
rattachée à la capitale de Languedoc. . 

Lavalette-Parizot, le comte de Tanes, le duc de Biron, l'é- 
vêque Nicolaï, Lachèze, Faydel, l'abbé Ayrolle, l'abbé Martel, 
le médecin Durand, tous les députés du haut Quercy eurent plus 
d'influence; un suprême effort de Poncet obtint que: la ville 
de Montauban demeurerait provisoirement réunie au Quercy 
avec la faculté de se réunir au dépajtement de Toulouse après 
la formation des assemblées administratives. » 

L^ne lettre fut soumise au comité de Constitution dans laquel- 
le il était dit que (( Montauban parviendrait aisément avec sa 
supériorité et sa grande influence à s'approprier un jour des 
établissements qui leur sont dévolus. » 

Le département du Lot fut fondé et Montauban tomba au 
rang de District le 21 février 1790; « cette décision, dit un tle 
nos confrères (i) mécontenta Montauban, où naquit dès lors un 
fort parti contre-révolutionnaire, qu'excita plus vivement enco- 
re la constitution civile du clergé. » C'est là un des prodromes 
de la journée du 10 mai 1790. Cahors et Montauban restèrent ri- 
vales et souvent ennemies. On peut même affirmer que Montau- 
ban sembla mettre son plaisir à contrecarrer Cahors. Bientôt 
elle devint Jacobine avec* son représentant Jean Bon Saint-An- 
dré . Cahors fut accusé de fédéralisme. Il restait en réalité modé- 
ré (2) » 

(i) M. B. Paumes, dans un excellent article publié dans la Petite 
Gironde. 
(2) Ibid. 



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LA CRÉATION DU TAR\-ET-GARONNE 7 

Le mal était fait; Montauban, déchu de son ancienne splen- 
deur, perdant le plus clair des éléments de sa prospérité: la 
cour des Aides, le bureau des finances et TEvéché, pour tomber 
au rang de sous-préfecture, rongeait son frein avec dépit, sai- 
sissant toutes les occasions de réaliser ses désirs. - 

Lorsque Jean-Bon-Saint-André fut tout puissant on es«\ya 
de remettre la question sur le tapis. Il fut même question en co- 
mité de salut public de remanier la Division territoriale et de 
donner le titre de chef-lieu à Montauban avec C;aylus, Grisolles 
Moissac et Montpezat pour districts. 

Mais en Tan V, Montauban étant revenu aux royalistes, le$ 
projets furent enterrés: pendant ce temps l'antagonisme était 
à son apogée entre les deux villes. Entre temps Poncet qui avait 
été rendu à la vie civile après la Constituante fut nommé profes- 
seur de législation à l'Ecole centrale du département du Lot à 
Cahors et le 17 ventôse il y commença son cours. Sanglante 
ironie, professer dans la ville contre laquelle on a s,i longtemp^s 
bataillé! On juge que Taccueil fut plutôt froid, Poncet dans 
ses notes personnelles nous a. laissé l'impression qu'il en eut 
dans ces huit vers : 

Triste Cahors, vieille masure, 
Où Ton grelotte au milieu de Tété, 
Où Ton ne voit d'autre beauté, 
Que des horreurs de la nature, 
Ah ! si l'impérieuse loi 
Qui m'arracha des lieux qui m'ont vu naître 
Peut se lasser de tourmenter mon être, 
Mon plus grand bien sera de m'éloigner de toi. 

Aussi n'y fit-il qu'un séjour de quelques mois, jusqu'aux va- 
cances et s'empressa-t-il de se faire nommer au trjbunal de 
Montauban. 

Pendant le Consulat et dès le commencement de l'Empire, 
des Montalbnnais continuèrent leurs démarches : mais les 
cadurqiens ne négligèrent rien pour les rendre vaines : Cadeaux 
de truffes et de gibier aux grands dignitaires et à l'Empereur 



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8 LA CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE 

lui-même, intrigues auprès des généraux comme Bessières et 
Murât enfants du Lot ; ils employèrent tous les moyens pour 
empêcher leurs voisins d'aboutir. 

En juin 1806 une députation de Montauban fut présentée à 
remi>ereur à Saint Cloud (i). M. Jean Saint-Geniès aîné, mai- 
re, et M. Chaulet cadet furent reçus par NapK)léon, auquel ils 
firent part des aspirations de leurs concitoyens. L'empereur 
s'intéressc'i à leur requête et promit de s'arrêter dans notre ville, 
s'il allait dans le Midi. Cette nouvelle fit renaître l'espérance 
chez les Montalbanais. Pendant deux ans ils multiplièrent les 
démarches et M. Vialètes d'Aignan s'employa de tout son cré- 
dit pour fa,ire aboutir ce projet. 

A la fin de 1807 on apprit que l'empereur s'acheminerait vers 
le midi. L'espoir prit corps; on espérait que Napoléon passe- 
rait par Montauban. Cambacérès, prince archi-chancelier de 
l'empire, qui se rendait à Bordeaux, doit traverser Montauban 
le 16 novembre 1807. Celte nouvelle fait de nouveau luire l'es- 
]x>ir chez les Montalbanais ; le m<i,ire, le sous-préfet, organisent 
un corps de volontaires à cheval parmi les jeunes gens de la 
ville et une compagnie d'élite à pied pour former la garde 
d'honneur de son altesse. Hn quelques jours les cavaliers furent 
armés et équipés en uniforme de drap bleu, parements, collets 
revers et pantalons chamois: Il y avait deux escadrons de 100 
hommes commandés par un colonel, un lieutenant-colonel en 
second, un major, deux chefs d'escadron, le capitaine et les au- 
tres officiers ou sous-officiers néix^ssaires. L<i garde d'honneur 
à pied avait six St'ipeurs, 60 grenadiers tous pères de famille 
et la plupart anciens militaires. 

Un membre du conseil municipal fut dépêché à Toulouse et 
précéda le prince qui arriva le 16 à i heure. 

Le matin, 4 pièces d'artillerie furent m.ises en batterie sur le 
plateau par 60 canonniers en uniforme. 

A 10 heures, le maire et les adjoints, dans un c<'irosse, allè- 
rent au devant du prince, précédés de la gendarmerie et d'un 
des escadrons de la garde d'honneur, et suivis du second esca- 

(i) Cf. Paumes, loc. cit. 



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LA CRÉATION DU TARN-ET-GAROXNE 9 

dron et de la musique. Un superbe carosse fut offert au prince 
au nom de la ville. 

Le Préfet, le Secrétaire général et le Sous-Préfet se portè- 
rent en carosse, précédés d'un corps de réserve avec sa musique, 
jusqu'au bout du faubourg Toulousain où un arc de triomphe 
de 14 mètres et demie de haut avait été élevé. 11 était composé 
de trois portiques ; huit colonnes d'ordre corinthien en faisaient 
le plus bel ornement. L'aigle impérial domin^^it le tout. Sur 
les côtés, il y avait deux inscriptions emblématiques: <( Thémis 
sur les autels a placé son image » et c( Il vivra dans nos cœurs 
ainsi que dans l'histoire. )> Ingres le père en avait composé la 
maquette. 

A Bressols, le maire et les adjoints haranguèrent le prince 
qui monta dans son carosse. Son arrivée en ville fut saluée par 
une salve de 2 1 coups de canon : le cortège traversa la ville au 
milieu d'une population enthouî^iaste et le prince fut conduit 
à la Sous-Préfecture où il reçut les autorités. 

Un dîner lui fut offert à l'hôtel de ville dans la grande salle 
magnifiquement décorée. Il y avait 80 convives. 

M*, de Molières, colonel de la garde d'honneur, offrit à l'ar- 
chichancelier l'étendard de ce corps qui forma une voûte 
d'acier avec ses épées, au-dessous de laquelle passa Camba- 
cérès en quittant l'hôtel de ville, pour se rendre à Bordeaux 
par Mpissac. 

La pluie empêcha les illuminations du .soir, mais la journée 
se termina par un grand bal à la salle de spectacle. 

Cette visite était le prélude et pour ainsi dire une sorte de 
répétition de la visite impériale. Cambacérès était venu tâter 
le terrain. En janvier 1808, M. Vialètes de MortarieUj maire, 
réunit le conseil pour lui faire part de son espoir de la venue 
de l'empereur et de ses projets qui furent accueillis avec en- 
thousiasme. On vota aussitôt une somme de 8.000 fr. pour les 
premiers frais et l'organisation définitive de la garde d'hon- 
neur. Aussitôt sur l'initiative du Duc de la Force, ancien lieu- 
tenant colonel de carabiniers, rentré de l'émigration depuis 
peu de temps, le corps de volontaires se recruta vite parmi 
les jeunes gens de la bourgeoisie montalbanaise. Il y eut bien- 



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XO LA CREATION DU TARN-ET- GARONNE 

tôt une compagnie de cavalerie et deux d'infanterie. Le45 offi- 
ciers étaient d'anciens militaires. Toute cette jeunesse s'habilla 
à ses frais, la ville n'eut à fournir que l'équipement, l'arme- 
ment, les tambours et les trompettes; Un corps de musique fut 
constitué. 

Il y avait 54 cavaliers, un tambour major, 4 sapeurs, 41 gre- 
nadiers, 37 chasseyrs, 21 canonniers et 37 musiciens. 

Les cavaliers avaient une housse de drap bleu bordée de ga- 
lons d'argent avec crépine de soie ponceau ; ils portaient les 
bottes à la Souwaroff, leur guidon était de velours amaranthe 
bordé d'une crépine d'argent. 

L'infanterie portait l'habit bleu ; les parements, les revers et 
le collet amaranthe, les lx>utons et boutonnières d'argent, le 
pantalon blanc ; les pompons et les épaulettes étaient bordés 
d'argent. 

Le drapeau de l'infanterie était en soie avec un a^igle brodé 
d'or. 

On se prépara plusieurs mois à l'avance à la réception du 
souverain. Le conseil municipal, stimulé par M. Vialètes de 
Mortarieu, se tenait presque constamment en permanence; 
prenant délibération sur délibérations, parant à tout avec une 
activité fébrile en apprenant la nouvelle que l'empereur va 
arriver dans le midi. Tout est prêt pK)ur le recev'^oir, mais en- 
core viendra-t-il ? Telle est la question que se posent les Mon- 
talbanais. 

M. Vialètes de Mortarieu réunit de nouveau son conseil mu- 
nicipal, lui -fit part de ses projets, de ses démarches et, d'un 
commun accord, on approuva non seulement tou tce qui avait 
été f^it mais encore on prit les dernières mesures nécessaires 
pour recevoir dignement l'Empereur. 

On vota encore une somme importante: 8.000 fr. et tous les 
préparatifs furent faits. 

La porte du pont qui venait d'être restaurée, fut ornée d'un 
aigle immense aux ailes déployées dominant le monument dont 
les frontons étaient splendidement décorés. Une inscription — 



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LX CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE I I 

qui, par parenthèse, fut longuement discutée — portait simple- 
ment ces mots: A Napoléon (i). 

Un autre arc de triomphe fut élevé à l'extrémité du 
faubourg Toulousain, rappelant par ses lignes générales Tare 
de Titus, et large de 15 mètres 50 sur 16 mètres de haut, orné 
de 4 colonnes d'ordre corinthien et des statues de la Victoire 
et de la Paix. Au fronton on lisait : 

NAPOLEONE MAGNO 

Sur un des côtés on lisait: 

Hispaniarum legislatori, restauratori 

Rayonna redeunti, Mpntem Albanum transeunti ; 

et 

Hoc signum lœtitiœ, et amorLs posuere, Montalbanenses, 
Die 28 mensis julii, anno 1808. 

L'arc était formé de trophées, les statues de 3 mètres 40 en 
plâtre étaient l'œuvre d'Ingres le père, l'architecture était de 
M. Couderc, ingénieur de la ville. 

Toutes les maisons étaient pavoisées et ornées de guirlandes 
de feuillage. 

Le préfet du Lot fut avisé officiellement que LL. MM. L et 
R. arriveraient de Toulouse dans la nuit du 29 juillet, venant de 
Bayonne. M. de Mortarieu se rendit à Toulouse pour inviter 
officiellement au nom de la cité le couple impér.iaJ. M*, de Scor- 
biac, premier adjoint, dès qu'il eut la confirmation de la nou- 
velle la communiqua au conseil municipal et à la population : à 
9 heures la ville s'illumina spontanément ; partout on ne voyait 
que transparents portant Timage de Napoléon ou des aigles. 
M. de Champagny, ministre des relations extérieures et Mgr de 
Pradt, archevêque de M^ilines, grand Aumônier étaient arrivés 

(i) M. Vialètes de Mortarieu, très intelligent et connaissant l'esprit 
de la population, écrivait au préfet : « Faut-il mettre sur le marbre, en 
lettres d*or : A Napoléon, ou à Napoléon k Grand; je crois que le RiOt 
Grand serait inutile (25 mai 1808). » 



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12 LA CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE 

à 4 heures et logés à la mairie qui avait été meublée magnifi- 
quement a,insi que la sous-intendance. Mgr Maret, secrétaire 
d'Etat arriva à minuit. 

Enfin à i heure, une estafette parut précédant leurs majestés: 
la foule immense qui s'était portée à l'extrémité du faubourg 
jusqu'à Parages était dans une joie délirante. Napoléon entra 
à Bressols à i h. 1/2. Le Préfet, le sous-Préfet, le maire de 
Montauban et ses adjoints, avec le conseil municipal, en habit 
à la Française, l'épée au côté, chapeau à plumet noir, la garde 
d'honneur à cheval, et la gendarmerie l'attendaient et lui firent 
escorte. 

A l'entrée de la ville la musique et la garde d'honneur à pied 
reçurent leurs majestés à l'extrémité du faubourg Toulousain 
pendant que le canon tonnait au plateau des Carmes, et que 
toutes les cloches des églises sonnaient à la volée. 

La voiture impériale contenait leurs majestés; le maréchal 
Duroc, maréchal du palais, et le prince de Neufchâtel suivaient 
dans une autre. Aux portières caracolaient le duc de la Force, 
et M. de Xansouty, grand chambellan. 

Fatiguées, leurs majestés n'ava,ient pu écouter les harangues 
du maire ni recevoir les clefs dans un bassin d'argent. Elles 
avaient hâte de regagner leurs lits. La traversée de la ville se 
fit donc rapidement au milieu des acclamations de la popula- 
tion. 

Le lendemain nic'itin, de très lx)nne heure, l'empereur sortit 
à cheval accompagné du prince vice-Connétable, du Maréchal 
Duroc, du chambellan de Xansouty et du Duc de la Force. 

Il parcourut le faubourg Lacapelle, monta dans le petit che- 
min qui va de Saint-Michel à Beau-î>oleil et redescendit vers 
l'esplanade du faubourg du Moustier. Là sans) dalculer le 
danger il se précipita dans la pente du ravin qui aboutit au 
Tescou, le franchit, suivit le petit chemin qui mène au Tarn, 
traversa Sapiac et prenant le chemin dit des Butées arriva au 
quai Montmurat pour rentrer en ville; alla à la place Natio- 
nale, suivit la rue d'Auriol, la rue Saint-Louis qu'on dénomma 
aussitôt la rue Napoléon et rentra par la promenade à l'Inten- 
dance située dans la rue du Moustier aujourd'hui maison Oli- 
vier. 



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LA CREATION DU TAR^T-GARONNE i3 

A neuf heures il donna audience aux autorités; inutile de re- 
produire les discours qui sont consignés tout au long dans le 
procès-verbal officiel ; c'est là que se plaça l'épisode de la veuve 
Labruyère qui fit présenter, par le maréchal Duroc, au souve- 
rain le fusil de son fils. 

A la suite de ces réceptions l'empereur monta en voiture et 
partit par la route de Castelsarrasin ; il fut accompagné jus- 
qu'au Touron. 

Là, en réponse à la harangue de M. de Scorbiac, il dit : « Je 
suis satisfait de l'amour que m'ont témoigné mes fidèles sujets 
de ma bonne ville de Montauban. J'ai vu avec peine les pertes 
quelle a éprouvées. Je la rétablira^ dans ses droits. Vous pouvez 
la regarder comme chef-lieu de département et je la mettrai au 
rang des principales villes de mon royaume. » 

Inutile de dire que cette promesse impériale était attendue 
avec grande impatience par nos concitoyens et qu'elle causa 
une joie considérable dans toute la cité dès qu'elle fut rendue 
publique. 

Le conseil municipal réun,i aussitôt délégua M. Vialètes de 
Mortarieu, maire, de Scorbiac, adjoint. Château, Rîgal, Gar- 
risson, Rous aîné, du Moulinet de Granès, Duc Lachapelle, 
pour porter une adresse de remerciements à sa Majesté; (ces 
députés partirent les 25 août pour Paris.) Le soir la ville fut 
illuminée et l'on dansa fort avant dans la nuit. 

L'empereur avait fait cadeau à M. Vialètes de Mortarieu 
d'une boîte en or entourée de brillants à son chiffre et à M. le 
duc de la Force, commandant de la garde d'honneur, de son 
chiffre enrichi de diamants : par décret du 20 août il nomma- le 
Préfet du Lot, Bailiy, officier de la Légion d'honneur, et che- 
valiers MM. de Caumont La Force, Vialètes de Mortarieu et 
Duchêne, ingénieur en chef du Lot. 

On raconte, -- mais ceci touche à la légende, — que l'empe- 
reur, ayant voulu se rendre compte de l'étendue du nouveau 
département dont on sollicitait si ardemment la création, aurait 
fait apporter une carte de France et que le libraire Rethoré au- 
rait apporté la plus belle de sa boutique, et l'empereur prenant 
des ciseaux aurait découpé ainsi le périmètre du Tarn-et- 
Garonne. 



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14 LA CREATION DU TARN-ET-GARONNE 

Ce récit est peut-être vrai au fond, mais il est certain que ce 
n'est pas le 29 juillet seulement que la création du département 
fut décidée ainsi, elle était déjà préparée depuis près de six 
mois, et la visite de TEmpereur ne fit que consacrer définitive- 
ment un projet élaboré dans les bureaux du Ministère et pré- 
paré de longue main par les démarches de M. Vialètes de Mor- 
tarieu et des personnages influents de Montauban. 

Nous devons ajouter, que le décret déterminant la circons- 
cription du nouveau département est du 2 septembre et le séna- 
tus consulte du 2 novembre: le département était placé dans la 
quatrième série; la ville de Montauban était du nombre des 
bonnes villes dont les maires devaient assister au couronne- 
ment de TEmvpereur ; et le nombre des députés au corps législa- 
tif était de 2 pour la nouvelle circonscription. 

Le 15 novembre la municipalité, en reconnaissance de l'im- 
mense bienfait accordé par T Empereur, décida l'érection de 
son buste en bronze qui fut inauguré solennellement, le 4 dé- 
cembre devant les autorités assemblées et la garde d'honneur 
sous les armes. L'œuvre était due au sculpteur Chaudet et était 
placée sur un piédestal en marbre de Sartos et de Sarancolin 
portant cette simple dédicace : 

A s, M. l'empereur ET ROI, SA BONNE VILLE DE MONTAUBAN 
21 SEPTEMBRE I808 (l) 

Cet événement la,is5;a de profonds souvenirs dans l'esprit de 
la génération contemporaine, mais peu de documents sont res- 

(i) Nous ne savons ce qu'est devenu ce buste et son socle. C'est grand 
dommage qu'il se soit perdu car Antoine Denis Chaudet, son auteur, a 
occupé un très bon rang dans la sculpture française. Outre un superbe 
Belisaire et un admirable groupe de Paul et Virginie, Chaudet fit de 
Napoléon une belle statue qui fut placée au Corps Législatif. Il est 
regrettable que ce bronze n'ait pas été sauvé d'une destruction que nous 
estimons certaine, à moins que cet article ne vienne à le faire retrouver 
quelque part. Il avait été envoyé par ordre de l'Empereur le ii septem- 
bre (Lettre de Vivant- Denon, membre de l'Institut, directeur général du 
Musée Napoléon, au maire de Montauban) et il arriva le 5 novembre. 



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LA CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE |5 

tés soit dans les archives municipales sqit dans les gazettes du 
temps (i) ; mais les poètes ne manquèrent pas de se donner li- 
bre carrière pour vanter les bienfaits du créateur du Départe- 
ment. 

L'Abbé Aillaud, un de nos concitoyens, qui forma nendant 
longues années la jeunesse montalbanaise et qui était profes- 
seur d'éloquence à l'école communale de notre ville, composa 
une ode pindarique en l'honneur de Napoléon i". 

Nous ne citerons que le début de cette poésie : 

Célébrons tous le bienfaiteur du monde, 
Qui com-ne un Dieu, nous tirant du chaos, 
A devant lui chassé la nuit profonde 
Qui ressemblait à l'ombre des tombeaux. 

Et le dernier quatra,in : 

Montalbanais, offrez sur vos rivages 
Tous vos lauriers à d'illustres exploits; 
Offrez vos vœux au modèle des sages, 
Et votre encens au modèle des rois. 

La Société des sciences et belles-lettres de Montauban mit 
au Concours en 1810 une ode sur les bienfaits qui ont signalé 
le passage de S. M. l'empereur et roi dans la ville de Montau- 
ban en 1808. 

Parrni les pièces envoyées, la Société couronna, dans sa 
séance du 16 mai 1812, l'œuvre d'un poète, resté assez incon- 
nu, nommé B. B. Maison, et qui fut imprimée à Paris, chez 
Laurens et dédiée à son oncle qui devait lui-même cultiver les 
muses 

Toi qui dans l'art des vers enhardis mes talents, 
De mes travaux reçois l'hommage. 

(i) Il y avait à cela une raison : c'est qu'il n'y avait alors que le 
Journal du Lot et que ses rédacteurs ne voyaient pas de bon œil le 
démembrement de ce département. 



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\6 LX CRÉATION DU TARN-ET-GAftONNE 

De cette œuvre, d'ailleurs médiocre, nous ne citerons que 
quelques vers: 

Montauban, dépouillé de toute sa grandeur, 
Déplorait dès longtemps son antique splendeur. 
Ces temples, ces palais qu'ont habité nos princes, 
Abandonnés, déserts, périssaient dans Poubli. 
Et ces routes, jadis Torgueil de nos provinces. 
N'offraient aux voyageurs qu'un sol mal affermi. 



De ses arts autrefois cent villes tributaires 
Entretenait le cours de ses destins prospères. 
Tributaire à son tour de ces mêmes cités, 
Ses citoyens ont fui ses murs inhabités, 
Ses ateliers muets languissent solitaires. 
Tout s'éteint, tout périt dans un morne repos; 
Et le Tarn qui, jadis, enrichissait nos pères, 
Cherche en vain sur ses bords nos hardis matelots. 

Nos vœux sont accomplis, Napoléon prononce 

Et c'est par des bienfaits que ce héros s^annonce. . 

Puis l'auteur fait parler le héros 

. . .Sauvons cette antique cité, 
Rendons-lui son éclat et sa prospérité, 
Qu'ici, de mes décrets zélé dépositaire, 
Le magistrat commande à mes heureux sujets. 
Qu'en ce palais, des lois jadis le sanctuaire, 
Thémis prononce encore et dicte ses arrêtf. 

Il énumère les avantages procurés au département et ter- 
mine 

Ainsi Napoléon, par son vaste génie. 

Change tout, donne à tout une nouvelle vie. Etc., etc. 

L'œuvre est absolument médiocre et manque de souffle. Elle 
n'a d'autre intérêt pour nous que les notes explicatives; dates 



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LA CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE I7 

des décrets, notamment celui de la création de Tévêché qui est 
du 29 novembre 1808; de la faculté de théologie du 6 sep- 
tembre 1808; de TAveyron navigable du 29 juillet 1808, etc. 

Arrivons maintenant à la muse populaire. Personne ne con- 
teste aujourd'hui l'intérêt que présentent les poésies de cir- 
constance dans notre langue du peuple soit en vers, soit en 
prose, soit même par tradition orale: le folk-lore, à défaut 
d'autre, y gagne toujours quelque observation précieuse. Quel- 
quefois même on y trouve, pejinte sur le vif par une voix aussi 
véridique que naïve, des événements dont la mémoire eût été 
oubliée ou dont les détails auraient échappé aux annalistes. 

C'est ainsi qu'à propos du passage de Napoléon à Montau- 
ban nous avons une poésie écrite en vers patois par un con- 
tempK>rain de l'événement, récit anecdotique et pittoresque 
tout empreint d'enthousiasme et qui a dû être écrit sur le mo- 
ment même. Quelques courtes observations sont) îdi néoes- 
s<\ires avant de le publier. ^ 

Il y a quelques années, dix ans environ, un fin*lettré, dont la 
mort prématurée a causé dans le clergé montalbanais et parmi 
ses amis un deuil cruel, M. l'abbé Lagarrigue nous donna une 
pièce de vers sur le passage de Napoléon à Montauban en 1808, 
et provenant des papiers de l'abbé Marcellin, le prédicateur 
Motalbanais dont le nom est bien connu et qui était luji-mê- 
me un poète délicat à ses heures. Je me proposais de oublier 
cette pièce à l'époque de la célébration du centenaire de la cré- 
ation du Département lorsqu'il y a quelques mois M. le Prési- 
dent de la Société Archéologique me confia un manuscrit qu'il 
possédait depuis longtemps et qui lui avait été donné par le 
Colonel Puig alors en garnison à Montauban. 

Ce manuscrit portait le même titre que celui de M. l'abbé 
Marcellin, et dans une note il était dit qu'il parvenait d'une co- 
pie faite sur un cahier trouvé à Montauban. Il était en vers 
patois également. 

Je coUationnai aussiitôt les deux manuscrits et j'arrivai bien- 
tôt à cette constatation que le second devait être le premier 
en date car il présentait des différences notables provenant d'u- 
ne expurgation quelque peu savante; les négligences en 
1908 3 



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l8 LA CRÉATION DO TaRN-ET-GARONNE 

avaient disparu dans l'autre, en un mot, celui de Tabbé Marcel- 
lin était une 2" édition revue corrigée et... diminuée. 

Entre les deux le choix était difficile. Si d'un côté le premier 
jet avait quelques faiblesses, le second présentait des suppres- 
sions qui paraissent dues soit à un ennem,i du régime, soit à un 
aristarque bien scrupuleux. A mon point de vue, me plaçant 
dans le seul intérêt historique, j'ai préféré la première forme 
mais j'ai profité de la seconde pour corriger les vers défec- 
tueux. C'est donc une édition ne varietur que je donnerai c,i- 
après. 

Maintenant, il s'agissait de savoir quel était l'auteur du poè- 
me bon ou nmuvais, car ce nom servirait à donner à l'œuvre 
toute sa valeur historique. Le manuscrit de l'abbé Marcellin 
ne porte que des initiales B. C. M. le second nous donne tout 
au long la personnalité du ix)ète: c'est Jean-Baptiste Cons- 
tans-Manas. 

Celui-ci était né à Monta ubaa en 1775 d'une vieille famille 
montalbanaise, venue au XVP siècle de Cahors où elle occu- 
pait des fonctions judiciaires. Elle avg^it embrassé avec ardeur 
la cause de la Réforme, Jean Baptiste était avocat à Montau- 
ban et comme tous ses cotemporains d'alors, formés à VA- 
thénée de la Jeunesse par l'abbé Aiilaud, il charmait ses loi- 
sirs par la littérature. 

J. B. Constans Manas mourut à Montauban le 28 mai 1848 
à l'âge de 73 ans; il était fils de Jean-Baptiste Constans et de 
Marie Delon; il habitait rue du Greffe et était l'oncle de M. 
Léon Constans et le cousin de Augustin Constans-Tournier 
qui resta longtemps l'honneur du barreau de Montauban. 

Revenant maintenant à son poème, on constatera qu'il pré- 
sente un intérêt local tout particulier car il pejint une époque et 
un événement sur lequel un siècle a passé et dont nous le répé- 
tons, les détails sont peu connus. 

Le début est naturellement adéquat à l'époque où il a été 
écrit. C'est un mélange de romantique et de mythologie, aussi 
est-il à peu près supprimé dans le manuscrit Marcellin. Nous 
avons rétabli le coup de patte donné par l'auteur à la ville de 
Cahors, jalouse de voir le plus beau joyau détaché de sa couron- 



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Î.A CRÉATION DU TARN-ET-GARONNE IQ 

ne, et qui peint les sentiments de l'époque. Il en est de même de 
l'épisode cependant typique et très amusant de Duroc et des 
« bigarrés », c'ast-à-dire des musiciens de la garde d'honneur 
qui, vêtus de costumes bleus et jaunes, furent narquoisement 
surnommés « lous Cardis » les chardonnerets, pai' le peuple 
de Montauban. 

Une autre suppression, qui ne s'explique pas, c'est celle de 
l'épisode du royaliste Poutrou fuyant la cérémonie et se ren- 
contrant inopinément avec Napoléon. Il est probablement vrai 
quo|ique nous doutions que jamais un Montalbanais put avoir 
eu un seul instant la pensée que lui attribue le poète et que dé- 
ment son intervention premjlère. 

Il y avait sans doute quelque raison à gazer quelque peu l'é^ 
pisode de la rue Malcousinat; toujours est-il que dans le ma- 
nuscrit Marcellin il est fort atténué. Personnellement nous 
nous souvenons avoir entendu parler de ce détail par un té- 
moin oculaire. A cette épKXjue la batellerie du Tarn occupait 
un grand nombre de marins, quji étaient allés boire chez la pim^ 
parèlo (la marguerite) surnom d'une femme de la famille Es- 
card, qui s'est perpétuée dans cette auberge jusqu'à ces derniè- 
res années et que Conslans nomme Pampette. Lorsque l'empe- 
reur i>assa dans la rue, les marins trouvèrent pla,isant de mêler 
dans leurs vivats: la boute,ille, le cheval, l'empereur et tout le 
monde. La nuance fut, paraît-il, cormprise par Napjoléon qui eut 
le bon esprit d'en rire : (( Rien n'échappe à l'Empereur, dit-il. » 

L'épisode de la veuve I^abruyère est historique aînsî que le 
prouvent et la trad,ition et les renseignements que nous possé- 
dons à cet égard. 

Marguerite Labruyère, paysanne en service à Carnus parois- 
se du Fau, chez M*"* Sartre-Bagel, présenta à l'Empereur un 
fusil d'honneur gagné par son fils, lequel, parti conscrit, avait 
comme beaucoup de jeunes gens de cette épKXjue, quitté avec la 
plus vive peine le toit paternel, mais qui une fo)is incorporé 
avait vaillamment fait son devoir. Jean Labruyère était né à 
Montauban en 1770 ; il entra dans la 1 1* demi-brigade, fut nom- 
mé sergent à la 5*. Au mois de brumaire an IV, à Carcavello, il 
s'exposa à la mort pour sauver son capitaine; on le vit souvent 



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20 LA CREATION DU TARN-ET-GARONNE 

avec simplicité se priver du nécessaire pour soulager ses cama- 
rades. A l'affaire de la Carona^ sur Rivoli (thermidor an IV) 
sous Murât, il fit mettre bas les armes, lui et deux carabiniers, à 
plus de 80 Hongrois et ce jour là entra le premier dans les re- 
tranchenuents de l'ennemi, s'y battit longtemps et seul y fit plu- 
sieurs prisonn^iers, il était alors à la 11" légère; dans le même 
mois sous le général Dallemagne, à Borghetta, il passa le pre- 
mier le pont de Valeygio malgré une grêle de balles et la mi- 
traille autrichienne; à la bataille de Saint-Georges près Man- 
toue, sous Masséna, il s'empara seul d'un canon; en germinal 
an V dans le Tyrol, à Lambarda, il passa seul la rivière, surprit 
et combattit deux Autrichiens, les désarma et les ramena pri- 
sonniers avec leurs chevaux ; quelques jours après, à Brixeu, il 
livra S'^mI un combat à quelques Tyroliens et fut gravement 
blessé. Xom.mé caporal de grenadiers en l'an VII au passage de 
l'Adige près Rivoli, à la bataille de Vérone il fait des prodiges 
de valeur ; à la retraite d'Alexandrie il est félicité pair Gardanne ; 
à l'assaut de Segrello il monte le premier, et fut fait sergent sur 
le champ de bataille de la Trébia, pour avoir sabré plusieurs 
Russes et désarmé 6 ou 8 et les avoir ramené prisonniers sous 
le feu des deux armées. En Vendémiaire an VIII nouvelle bles- 
sure gagnée en sabrant des artilleurs autrichiens. 

Le 24 nivôse an IV à Hohenlinden il fit plusieurs prisonniers. 

Le premier consul lui acx:orda un des premiers fusils d'hon- 
neur. Il venait d'arriver à Florence avec son régiment lorsqu'il 
fut tué dans un duel. 

Les détails ci-dessus sont absolument authentiques et re- 
produisent les états de service de Jean Labruyère, qui, comme 
on le voit, fut un brave soldat. Napoléon récompensa sa mère 
par une pension de 300 francs dont il lui remit le premier quar- 
tier. 

L'épisode de la présentation à l'empereur des notables com- 
merçants de la ville, supprimé dans la copie Marcellin, est 
pourtant intéressant et donne certaine^s précisions. 

Quand à l'épisode de l'Etrangère il ne m'a point été possible 
de préciser quelle était cette personnalité. 

La fin du poème est comme le commencement: de l'amplifi- 



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LA CRCATION DU TARN-ET-GARONNE 



21 



catîon littéraire. Supprimée en partie dans la 2* copie j'ai cru 
devoir la maintenir pour laisser au poème toute sa contexture 
primitive. La copie expurgée est peut-être plus littéraire, mais 
celle que je publie ci-après est bien plus nature et peint plus 
exactement Tétat d'âme des contemporains d'un événement qui 
a eu les honneurs d'une commémoration solennelle dans les fê- 
tes du centenaire. 




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Napoleoun a Mountalba 

(1808) 

PAR 

J.-B. CONSTANS-MANAS 



A Vabbé Marcellin. 



ENVOI 



Etnboyi à Vamtc de la rimo^ 
Al Bourdalou deljoun^ en Franso sans égal! 
Un picfiou tros de moun trabal; 
Se lou troubabo so que cal, 
Per él s^abalis ranounimo, 
Autromen, m^apeli... un tal. 

Muso, qu'uno es toun encartado? 

Rebeillo te per clarom'în canta 

La tant fructuouso arribado 

De l'Anperur dins Mountalba. 

Oh ! pel sigur s'en parlara ! 

M'enjaouti, sarè pla pus fièro. 
Muso, saben bé pla que n'es pas afougado 

Per espeli tan bel trabal, 
Que toun lati es argnous, y manquo so que cal, 
Que d'empey pla lountems, d'esprit es abeouzado, 
Et lou sujet es naout, trop naout per ta pourtado. 

Mes pourtant, s'agis d'un renoum 

Quant s'agis de talo noubelo, 



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NAPOLEOUN A MOUNTAÎ.B\ 3 3 

Quand s'agis de Napoleoun, 

Uno muso, mémo sans noum, 

Pourrio pla se randre immourtèlo, 

Et sans se cruza la cerbèlo, 

En diguen so que s'es passât, 

Sio pla, sio mal aremousat, 

Quant et coussi s'es apariado 

Aquelo tant belo joumado. 

Eren a mitât de Tannado, 

De milo houeyt cent amaï houeyt, 

Mes de juilhet lou bint et houelt; 

Sio de cor, sio de poulitico, 

Per ne complaire â la suplico (i) 

Que Mountalba dempey lountems 

Y abio facho sans coumplimen, 

— Boun cor n'a cap de retourico. — 

Napoleoun s'es arrestat 

Dins sa triste sous-prêfecturo 

Que, per moyos! fasio pietat 

Sans aquelo bouno abanturo, 

Librado a cinq ou siès pelats, 

Toutis paoures coumo de rats... 

Amay per Cahors mal lecats. 



Enfin à méjo netch apares la boueturo 

Que porto lou bounhur proumes à Mountalba. 

Pel sigur es la desirado. 

Touto la bilo s'es cambiado 
Al barri Toulousenc, per ount dibio passa; 
Aqui, d'impey très jouns, nou y a que cants et danso, 
Mes déjà TEmperur occupo Tlntendanso, 
Que digus nou Ta bist ni pouscut saluda. 

La musico fabourizado 

Se trobo soulo descapado 

Dins la cour et bouldrio jouga. 
Per fa baie soun art, déjà cadun se pico; 

(i) Allusion à la démarche de M. de Mortarieu. — E. F. 



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^4 NAFOLRÔUN A MOUNIALBA 

A l*entour de lour chef, se souu agrumelats, 

Quand Duroc apares : « Que soun qu'es bigarrats? * (i) 

S'a dis en boun francès... Sul cop lou chef replico : 

« De la gardo d'aounou sen lou cors de mnsico. » 

€ L'Emperur alassat a besoun de repaous, 

« Que sortoun ! » dis Duroc, et sans aoutres prepaous, 

Toutis mougnets, sans bruts, gagnoun lour retirado. 



Uno netz de juillet es toujoun leou pasado, 
Amay, al gran despiech del trop hurous Titoun, 
Al gran despiech tabé de la filho del joun, 
De cale ta mati se trouba rebeillado, 

Sacrifica à sas amours 

Per se teni débarbouillado, 

La porto toujoun azurado 

D'ount sort Phébus per fa soun cours 

Et d'un cop d'el donna la bido 

A touto la terro agrupido, 

Mai de l'albo seca lous plours. 

Las campanos sounou malinos ; 

Napoleoun derebeilhat, 

Tout fresq, tout escarabilhat, 

A déjà mes sas bottos finos, 

Et sur soun chabal encrancat, 

Bol coumensa sa passejado 

Per joui de la matinado 

E proufita d'aquel bel joun. 
Acos aro qu'on pot beire Napoleoun ; 
Oh ! se besio tout pie, sans uno malbeillenso, 
Que nou se pot laissa dins l'oumbro del silenço, 

Digudo à nostris grenadiès 

Que coumando Moussu Mouleto (2). 
Al poste del Palays, plassadis lous prumiès, 
Armats de pe en cap, fusil et bayouneto, 
Diourioun esse alignats, per miliou saluda 
L'Emperur, al moumen que lou beyran passa, 

(i) C'est l'épisode racontée plus haut des Bigarrés ou Cardis, — E. F, 
(2) M. Molette de Morangiès, ancien officier, — E. F. 



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NAPOLEOUN A MOtNTALBA 25 

Et, coumo de troupiès, lour armo présentado. 
Mais acos pas atal que fan nostris souldats 

Improubisats. 
(Bertat es que maï d'un n'abio pas bist d'armado 

Qu'as embirous de Mountalba). 

Coussi que fès per Tempacha, 
Mouleto n'a mentit : soun à la débandade, 
Y ban toutis dessus, coumo per l'estoulTa. 
L'Emperur, estounat d'aquelo sscampissado, 

Nou sap qu'en creyre, qu'en pensa... 
Qu'un début! E malgrat soun sang frech, «oun couratge, 
Lous fusils attracats à rasis soun bisatge, 

E sans poude s'en despetra; 

Enquero mens se boulega, 
A la bountat de Diou, soun amo s'abandouno. 
Mes Duroc, qu^es aqui, Duroc que res estouno, 
A jujat bistomen, d'aquelo sotto action 
La part que y prenio lou foc d'admiratiou. 
Se facho d'un constat et de Taoutre perdouno : 
B'a tout repasimat d'un mot, et l'Emperur, 

Sans abê mal, et counten pel sigur, 
Part... soun chabal laugé que passo l'iroundèlo, 

Sieguit d'uno escorto noubelo. 
L'a nepourtat d'un traït à la Croux Sent-Miquel. (i) 



D'aqui n^a déjà bist la bilo touto en bel, 
Mes de sus aoutris punts la beira pla pus belo. 
Al cap del barri del Moustié, 
Drets et drets l'ancien Senienari (2), 
Nostre bezitur temerari 
Saouto Tescou coumo'n crabic. 
Car jamaï cap d'home à chabal 



(i) Il y avait jadis dans l'avenue Saint-Michel, dans la propriété Joly, 
une croix qui marquait l'emplacement de l'ancienne église Saint-Michel, 
détruite pendant les guerres de religion. — E. F. 

(2) Le Grand Séminaire, fondé par saint Vincent-de-Paul, était, avant 
la Révolution, au bout du Faubourg du Moustier, dans la partie voisine 
de l'ancien couvent des Dames Noires. — E. F. 



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20 NAPOLEOUN A MOUxNTALBA 

Per aquel coupo-col n'abio passât atal. (i) 
Atabe, pla d'abans que soun escorte arribo, 
Del Tarn, pla tout soulet se trobo sus la ribo ; 
Maï n'aourio pla lou tems de Tabe trabessat, 

Tant soun esprit tout afissat 
Bouldrio pressa lou pas per dintra dins la mino ! 
Quant uno ma de Diou lou tenguet arrestat! 

Car un home, que sonl camino, 
Lou bejen trasteja, dis à Napouleoun : 
« Ârrestas bous Moussu ! y a'aqui trop de bouilloun, 
« Bous perdrias... » Quai creirio qu'uno talo pensado 

Siosques ta francomen fourmado 
Dins Tesprit de Poutrou, ennemie passiounat 
De l'Emperur. Exprès, el s'ero acaminat 

Per fugi touto la journado, 

Per pas entendre un soûl bibat 

Per Napoleoun... € lou grand fat! » 
Tabe, sigur, sans reUiOrds et sanscrentc, 

Se Poutrou Pabio counescut, 

Napoleoun ero f...icut. 
Qu'un malhur!... Diou boulguet espragna TIlo Sento 

Et rtii proucura lou bounhur 

Que n'atendio pas pel sigur, 

De beire passa TEmperur. 



De Tarn sourtic un troupelas de Doumaysélos 

Qu'apelon Nymphos Immourtelos 
Per tout besiadomeht randre à sa Majestat 
L^aounou que y dibio lou Diou de la Ribiero. 
Amay s'es dit d'empey que, tout pico plantât 

Sus sa caoiiquillo mariniero, 

(i) Entraîné par Tenvie de connaître la ville dans tous ses détails, 
l'Empereur se dirigea vers la rivière du Tarn en se précipitant pour 
ainsi dire dans le gouffre de la rivière du Tescou, au bout du Faubourg 
du Moustier. A cette époque, Thomme â pied avait peine à y descendre. 
L'Empereur aurait voulu traverser le Tarn, mais sur Tavis du danger 
qu'on lui fit connaître, il tourna bride dans Sapiac et rentra dans la 
ville après avoir suivi le chemin a de las Buttïos » par lu porte du quai 
Montmurat. — E. F. 



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NAPOLEOUN A MOUNTALBA 27 

Neptuho, Tagachen, bababo de gaytat. 

L'Ëmperur, dintrat dins la bilo, 

Per la porto de Montmurat (i) 

Souris de se beire arrestat 

Cado pas per lou pople en pilo 

Que crido : < Bibo TEmperur ! 

« Bibo sa fenno Josephino, 

€ Toutis dous fan nostre bounhur ! * 

Tout'al may pol bira Tesquino. 

Al pas ne marcho soun chabal, 

De plasé lou bel animal 

De soun mestre coumpren la joyo; 
De la nostro tabe toutis eren la proyo : 
Lou mero, sous adjouens et las outouritats, 
La coumpagno d'aounou per un duc coumandado (2) 

Sans oublida lous bigarrats. (3) 
L^oubrié de tout estât, remplit de la pensado 
De fa a TEmperur tant belo réception, 
Car per élis, aouey, es tant que lou Boun Diou. 
O toutis sur lour pe, dins touto la semano 

N'abiou pas perdut un moumen. 

Tout ero fresq agradomen 

Per la bilo rafistoulado : 

Clouquiès, carrieros, carreyrous, 

Catats de charmillos de flous; 

Ero^uno bilo endimenjado ; 

Lous bouyès an fugit Parado ; 
Lous bilages besis : Sent-Antouni, Caoussado, 
Lafranceso, Meouzac, Picocos, Mirabel, 
Rialbilo, Mountpezat, Mouricoux, Bourniquel, 



(i) En parcourant la rue Montmurat au pas du cheval. Napoléon fut 
ravi de Taccueil qu'il recevait d'une population immense ainsi que par 
la décoration de toutes les maisons garnies de fleurs, de feuillages et 
d'inscriptions. — E. F. 

(2) Le duc de la Force. 

(3) Bigarrats, bigarrés fut le nom que donna le maréchal Duroc aux 
musiciens de la garde urbaine qui devaient être, en effet, singulièrement 
chamarrés. J.-M. C. M. 



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28 NAPOLEOUN A MOUNTALBA 

Bioulo, Mouncla, Mountech, Âlbias, Ne^ropelisso, 

Bressols, Ragnès, Lou FaoU, Courbariou, Sent-Urcisso, 

Nibelo, Sans-Souci, tout ero désertât. 

Tabé, coumo toujoun cal dire la bertat, 

Oh! tout ero poulit, car, de fet, que pot estre 

Estalbiat pel plase quant de nous aous en mestre? 



Napoleoun se trouben arribat 

Dabant Minôs Tapouticayre, (i) 

Bé de Negrou, lou grand frascayre, 
Ne sourissio de se beyre arrestat 

P'raquelo bando de Pampeto 

Que sourtio de chez la Janneto (2) 

Amb'el goubelet à la ma, 

Toutis saoutan^ toutis quirda 

€ Bibo lou boun jus de la treilho! 

€ Bibo TEmperur, la boutelho ! 

€ A la santat del blanc chabal 

€ £ bibo toutis, à bel tal ! » 

Dins lours transports, nostris trinquaires 

S'abrassou toutis coumo frayres, 

Galopou groussi lou troupel. 

Al mets de la plasso impérialo ; 

Aqui la festo es natiounalo, 

Aqui se beï so de pus bel. 

L'Emperur jujo d'un cop d'el 

Lou plazé, la rejouissenço 

Que y procuro sa presenço, 

Del pople lou gaoujous bounhur. 

Oh ! re n'escapo à TEmperur ! 



De sul cantou d'Anglas, uno fenno sieguido 
Fer la foulo, pares, armado d'un fusil. 



(i) Rue Malcousinat, où se trouvait Tofficine de Minos, pharmacien, 
prédécesseur de M. Prax, aujourd'hui étude Prax, notaire. — E. F*. 

(2) La Janeto ou la Pimparelo, aubergiste chez qui se réunissaient les 
marins de la batçllerie du Tarn alors florissante. — E. F. 



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NAPOLEOUN A MOUNTALUA 29 

Efans, bous troubles pas, couneyssen Margarido, 

Bourdiero al Ff:ou, fenixo aberido ; 

Es un fusil d'aounou qu'a pla gagnât soun fil. 

Dins lous rambouls d'uno batailho 

Napoleoun Tabio dounat. 

Lou presento à sa majestat. (i) 

Entretan que cadun ne railho, 

Que fa bel e bou sa bersiou 

Sur aquelo gloriouso actiou, 
L'Emperur, del guerrié ne questiouno la mayre : 
4r En y dounan la crouts, abio la permission 
< De béni prendre halé al couffin de soun payre ; 
« Desempey qu'a partit, n'ey plus bist moun éfan ! 
4 Per yo, brabe moussu, n'es un diagrin pla gran ; 

« Nostre Jean ero ma ressourço. 
f Helas moun Diou ! l'ey perdut per toujoun ! » 
A lues mots an trumit Tel Je Napoleoun. 

Mougne, sul cop repren sa courso, 

-Mes entre dintran à Poustal, 

S'atendio pas, la Margarido, 

D'y trouba Tescrits que y bal 

Cent escuts per an per la bido. 
L'Emperur sap ploura sous brabes defensous. 
Qu'un rey moustrec jamay un cor pus pietadous ! 



Histouriens aberits bostro plumo sabento 
De l'unibers entier a countat la tourmento, 
A trassat de César, d'Alexandre lou Grand, 
D'Annibal, de Pompé, de Pyrrhus, Gengis Khan, 
De Charles Quint, d'Henric, lou sabe, lou couratge. 
Aouey bostre pincel nou sario qu'un maynatge 

Per pintra l'home sans parel, 

Cap n'a balgut soun det menel. 
Bou per sous ennemies, amo belo, sublimo, 
Grand per sous assassins, pertout grand, mes, ma rîmo. 



(I) Voir ci dessus les détails sur Marguerite Labruyère et son fils. 



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3o NAPOLEOUN A MOUNTALBA 

Que pot toun bantadis ? Planji toun pessomen! 
Que pot fa pel soulel un tros de bers... de terro? 



Digo nous doun tout soulomen 
Lou be qu^a Mountalba y a balgut un moumen 
Lou séjour tan precious del mestre de la terro! 
Lous bieillards qu^an perdut lours efans à la guerro 

Y trobou lour soulajomen; 
Lous joubes de trabal, t jutis Tagradomen 
De beyre lour citât ta lountems mespresado, 

Dins uno minuto cambiado 
De bilatge tout nut en bel départoment. 

Aro que me trobi lançado, 

Aro que souy enfaoufilado 

Dins lou cor de las receptious, 

Pouden jutga l'acul gracious 
De TEmperur a las Deputacious 

Que Mountalba — Ton pot ba dire 

Sans que digus trobe a redire — 
N'abio remous d'homes de tout estât, 
D*homes de cor, d'aounou, de probitat. 

Cadun a l'Emperur countabo 

Toutis sous afas impourtuns; 

A soun tour jamay s'alassabo 

D'apazima lours pessomens. 
La boues dels negoucians n'ero pas la derniero 

Albouy, Dubois^ Malroux, Sirac, 

Fournier, Brassac, Calhassou, Merignac, 

Couneyssou toutis l'empourtenço 

Que pot balé lour élouquenso 

Al coumerce de Mountalba. 
L'Emperur, que sentio soun cor pataqueja, 
Arresto lours discours : c Bounis Mountalbanéses, 
« Souy countent de Tamour que m'abes témoignât 

« A moun tour bous randrey hurouses 
« O poudes y counta. » A dits, es arrestat! 

Aques mots fan coumo l'esclayre, 
Cado Mountalbanès y recouneïs un payre. 



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NAPOLEOUN A MOUNTALBA 3l 

Un payre coumoul de bountat. 
Âques mots fan dins lour aoureillo 
Coumo lou gru dins la couteillo 
Que Diou fa naïsse, fa béni 
Per nou sta may per nous nouyri. 



Mes nou podi preca sa ta bello pensado, 
La secto de Calbin, ta lountems afachado, 

Y gagno uno Facultat. (i) 

Lous catoulics lour Âbescat (2) 

Desempey quinze ans abeouzat, 

Sans ne treboula la fiertat 

Del duc de la Forso, del mero, 
N'an pas perdut lour tems d^abé acounpagnat 
Lou gran Napoleoun de carriero en carriero 

Car se dis que Sa Maj estât, 

Touto rizento, touto fiero, 

Entre dintran lour a plantât 

Uno crouts à la boutouniero, 

Sans counta ço que s'es pas dits. 

Se saoura pus tard pes escrits 

Et se beyra sans maldisenço. 

Nostres messius proufitaran 

Maï que digus de sa presenço, 

Lours pichous fils s^en sentiran, 
Et jusquos al darnier, de clouquado en clouquado, 
Pouyran, à sa bountat, ouflFri la remerciado. 

Aro, muso, t'esperaïan 
Se boulios pla prendre halenado 
Per nous counta lou fet charman, 
La noubelo de TEstrangero 
Arrestado ayci per misero ; 
M'es abis que de toun récit 
Aysso n'es pas so mens poulit. 

(i) Création de la Faculté de Théologie protestante. — J.-B. C. M. 
(2) Rétablissement du diocèse. — J.-B. C. M. 



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32 NAPOLEOUN A MOUNTALBA 

L'Emperur, may sa grande armado, 

Pes quatres cantons redoutado, 

An recebut de tens en tens 

Calquo pichouno graoupignado, 

De trahisos et de tourmens, 

De mal de cap, de pessomens; 

Helas! que non fa pas la guerro? 

De souldats de Napoleoun, 

Troupo coumoulo de renoum, 

Se troubo facho prisouniero 

Et mezo à Testroup dins un fort. 

Lou coumandant, home sans cor, 

Sio maysantiso, sio bengenso, 

Lou lâché ! médito la mort 

De nostris guerries sans défenso; 

Dious boulguet qu'un ange del cel 

Parés aquel mal d'un cop d'el. 

Que nou pot l'amour quand nous charmo ! 

Lou tiran lou pus dur per soun foc se desarmo *, 
Soun pouder es unibersel. 
L'aoutou d'aquel trophée noubel. 
L'ange que ne salbec la bido 
A nostre millié de souldats, 
Per uno foun d'adbersitat. 
Que netch et joun Tan perseguido, 
Aprep cinq ans, touto traoupido 
De paurieretat, de malhur, 
Se trobo as pès de l'Emperur. 
Taleou bisto es recounescudo, 
May pel fier Duroc recebudo 
Ambe respet et distinction. 
Napoleoun^ dins sa joyo atengudo, 
Festo la noubelo bengudo 

Amb'un poutet, milo francs de pension (i) 



(i) Il serait facile, ce nous semble, de retrouver le nom de Théroïne 
de cette épisode dans la liste des pensions accordées par TEmpereur. 
L'auteur ne le connaissait pas, mais il dit dans une note que tout est 
vrai dans son récit auquel il n'a lait que donner la forme littéraire. 
L'accueil fait à cette dame par l'Empereur est parfaitement authentique. 



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NAPOLEOUN A MOUNTALBA 33 

Dire tout so que fec dins aquelo joumado 

Per nous aous ta rété pasado ; 

Tant de plasé cambiat en mal : 

S'en rampliyo'un grand journal, 

May lou seguirioy en detal 

Se noun eri pas trop chagrino. 

O Goudouli, adujo de toun art 

La paouro muso, ta besino ! 
Malopesto, lou se, quêta leou paresquet 
Poulit joun de juillet que ta leou finisquet, 
Qu'un grand bounhur toun buf abaliguet, 



Malgrat lous saluts, las courbetos, 

Del duc et de Moussu Bialetos (i) 

Re n'arresto Sa Majestat 

Dins sous proujets toujoun rigido. 

L'ordre de parti n'es donnât; 

La plasso Trimoun es garnido, (2) 

Boituros, chabals, poustillous, 

Gardo d'aounou, pople curions, 

Musico, tambours et fanfaros, 

Tout aqui se trobo apilat, 

Es partit, cinq ouros sounados, 

Lou clic clac del fouet a jougat, 

Las rodos bruUoun lou pabat — 

Car nostro impérialo bisito 

Nou bol ana qu'ai pichou pas 

Tout lou barri de Gassaras. 

Et per graciouzetat darniero 

Nous saludo per la pourtièro, 
Coumo que dis : « Amies, adissias ! adissias ! > 
Per tout Mountalbanès, bounhur s'es abalit, 
L'on n'entend plus qu'un mot : c Es partit ! es partit ! » 

(i) Le duc de la Force et M. Vialetes de Mortarieu firent tous leurs 
efforts pour retenir rempereur plus longtemps. — J.-B. C. M. 

(2) La place actuelle de la Préfecture, dénommée place Trémond, du 
nom du dernier intendant de Montauban. — E. K. 

1908 4 

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34 NAPOLEOUN A MOUIsrTALBA »^ 

Es partit, souy touto enjaourido; 

Moun esprit tout carobirat, 

Tal qu'un sounje besi passât 

Lou pus poulit joun de ma bido, 

Et tal qu'un coursier engarrat, 

Memomen me trobo engarrado. 

Se qu'ero tant gay ! tant poulit ! 

Lou clatis d'aquelo journado 

Coumo lou lions s'es abatit. 

Nou se bey plus qu'un grand brumatge 

E de plours sur cado bisatge. 

So que godi gagna de bou, 

L'esperi en tu, brabe lectou, 

S'as agut prou cor, prou couratge, 

De sieyre monn tros de trabal 

Sans abe fats cap de badal^ 

Pla sigur m'en saourépas mal. 

Me trobi pas mignardejado 

Per cap de sorre d'Apoulloun; 

Me creiré prou recoumpensado 

D'abe gagnât pitchou renoum 

En te canten : Napoleoun ! 




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ARMAND CAMBON 
Peint par lui-même, au Musée de Montauban 



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ARMAND CAMBON 

PAS 

M. Pierre LESPINASSE 

Membre de la Société 



I 



Au commencement de Tannée 1842, un jeune homme accom- 
pagné de son père se présentait à Tatelier d'Ingres et deman- 
dait à être admis au nombre de ses élèves. Ce jeune homme 
venait tout drQÎt de Montauban. Il se nommait Armand Cam- 
boffi et éfeit parent du maître. Ingres, souvent absent par 
suite de grands travaux qu'il exécutait alors aux environs de 
Paris l'adressa à Paul Delaroche. 

Henri-Joseph-Armand Cambon étatit né à Montauban le 22 
février 1819. Dès son plus jeune âge il avait manifesté une vé- 
ritable passion pour le dessin. Il s'emparait de tous les dossiers 
de l'étude de son père qui était notaire et y griffonnait des figu- 
res de sa composition. Chose bien rare, son père l'encouragea 
dans son {penchant, mais il voulut le mettre à même de pouvoir 
suivre une autre carrière au cas où il ne parviendrait pas par la 
pciinture à une notoriété suffisamment établie. En 1830, le jeune 
Armand entrait au collège de Montauban et son père exigea 
constamment qu'il apportât dans ses études classiques une assi- 
duité satisfaisante ; mais sa tâche de collégien accomplie, il pou- 
vait s'adonner tout à son aise à la pratique du dessin et de la 



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36 ARMANI) CAMHON 

peinture. II en avait appris les éléments d'un peintre nommé 
Combes (i). Une fois sorti du collège, Armand Cambon avait 
fait ses études de droit tout en courant à la recherche du paysa- 
ge à dessiiner ou à peindre. Après l'obtention du diplôme de 
licencié en droit, il était conduit à Paris par son père ^ui le pré- 
sentait à Mme de Saint- Yon dont le mari, le général de Saint- 
Yon, devenait peu après ministre de la guerre. Mme de Saint- 
Yon fit au jeune homme le plus charmant des accueils et lui fut 
toujours d'un précieux secours. 

Ingres étant revenu à Paris en 1843, Armand Cambon fré- 
quenta en ami l'atelier de son parent qui l'eut toujours en très 
haute estime et l'aima comme un de ses meilleurs élèves. Cepen- 
dant, il n'abandonna pas l'atelier Delaroche même lorsqu'il 
fréquenta, par à coups, l'atelier Picot. 

Cajinbon se lia avec Gérome, Millet, Yvon, Hamon, les Flan- 
drin, Nazon, montalbanais comme lui, Toulmouche, Harpi- 
gnies. Il ne tarda pas à les surprendre par sa virtuosié. Aussi, 
lorsque Cambon se présenta au concours p>our le prix de Rome, 
tous escomptaient-ils sa réusi^ite. Le désappointement fut géné- 
ral à la nouvelle de son échec. Découragé, il ne se représenta 
pas. Il avait été grisé des éloges que lui prodiguaient son maî- 
tre et ses condisciples, la confiance qu'il avait en lui s'en était 
accrue et il avait bien vite pris sa facilité pour du génie. Cette 
facilité était une promesse de grand talent, mais comme tous les 
artistes exceptionnellement doués, Cambon était paresseux. 
Sa confiance en lui aida sa paresse. Tandis que ses camarades 
s'opiniâtraient à la poursuite de leur vision, il se contentait de 
produire des œuvres pleines de charme, agréables et gracieuses, 
ma^is auxquelles manquèrent plus d'wne fois cette profondeur 
et cette vérité d'aspect qu'ont les œuvres longuement travaillées. 

(i) Combes, né à Montaubanen 17R6, mort dans la même ville en 1875. 
Il était peintre, dessinateur et excellent graveur en médailles. Il a laissé 
une très belle effigie de Napoléon 1"", ainsi qu'une excellente copie du 
portrait de M. de Mortarieu, par Ingres. Il a fait de nombreux élèves. 
M. Bernard de Gironde a commencé à peindre sous sa direction. En 
i83o, il professait à la Mairie un cours gratuit, dans la grande salle 
actuelle du Musée, qui était alors organisée en école de dessin avec des 
modèles en plâtre. 



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ARMAND CAMBON Sy 

II s'amusait à des tours de force, à des difficultés qui devaient 
étonner ses am,is et faire dire à Yvon : <( Ah ! Cambon, si j'a- 
vais votre talentj! » A celles-là seulement, il donnait sans 
compter ses journées et son application. 

Cambon parut à presque tous les Salons depuis 1846011 il ex- 
posait : La poésie de Gloire et la Poésie d'amour, jusqu'en 1884, 
année qui précéda celle de sa mort. II montra, pêle-mêle, des 
portraits, des Scènes tirées de la Bible, de la Fable antique ou de 
l'Arioste, et, enfin, des petites scènes anecdotiques : Femme ja- 
louse, le Billet, Trop tard, V Armoire, Oui ou non dans une 
heure. Il avait cet électisme indifférent des paresseux qui ne se 
passionnent pas pour un genre. 

En 1847, il subit un échec. Il est refusé au Salon. Il avait 
écrit à son père « Je ne suis ni assez mauvais ni assez bon pour 
n'être pas admis. » Ses camarades estimaient son envoi et M. 
Delécluze dans un article du journal des Débats en annonçant 
plusieurs toiles qui devaient figurer à l'exposition de peinture 
avait signalé le tableau de Cambon. Auss^i son refus d'admis- 
sion fut-il une surprise désagréable. 

Le jeune homme se consola vite en allant passer les mois 
d'été à Barbîzon et une partie du mois de novembre au châ- 
teau de Dampierre, où Ingres travaillait à restaurer des pein- 
tures. 

L'année suivante, après la Révolution, une composition de 
la République est mise au concours. Près de 400 esquisses sont 
présentées. Vingt d'entre-elles sont choisies pour être exécu- 
tées en '^rand. Celle de Cambon est du nombre. Il en est aver- 
ti dans les termes suivants: 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

Ministère de l'Intérieur^ Direction des Beaux-Arts 

(i*»" Bureau) 

Paris, le 17 juin 1848. 

i Tîtoyen, l'esquisse peinte de la République Française 
que vous avez envoyée au concours ouvert à l'Ecole Nationale 
des Ikîiuix arts et qui portait le n° 304 a été choisie par le jury 
institué pour le jugement de ce concours, pour être exécutée en 
grand, 2 mètres de proportion. 



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38 ARMAND CAMBON 

« Cette nouvelle figure devra être disposée sans être enca- 
drée à l'Ecole des Beaux^rts, avant le 15 septembre. Une som- 
me de 500 francs vous sera allouée pour prix de ce travail. Sa- 
lut et fraternité, 

« Le Directeur des Beaux-Arts. 
Charles Blanc. » 

Cambon se met à l'œuvre; malheureusement il modifie un 
peu l'ordonnance de sa composition, il peint vite et sa toile 
ne sera classée que la sixième. 

Il ne se décourage pas, et, en 1849, il expose son propre 
portrait. C'est déjà une oeuvre décisive, il est en pleine posses- 
sion de ses moyens. Il s^est représenté jusqu'à mi-jambes, sim- 
plement vêtu, la tête presque de face; l'attitude est naturelle, 
modeste, la figure tranquille et grave... Il ne fera jamais mieux. 
Cette toile p<'iraîtra de nouveau en public à rExp)osîtion de 1855 
et Ingres écrira à Cambon: <( J'ai vu aux Tuileries votre vi- 
.(( vaut portrait et je lui en ai fait un gros compliment. » 

Vers cette époque, l'Etat lui achète un Christ au jardin des 
Oliviers pour l'église de Saint-Etienne-de-Tulmont, près Mon- 
tauban (i). 

En 1852, Cambon expose deux tqiles, dont l'une « Le Christ 
servi par les anges, soulève l'enthousiasme de Théophile Gau- 
tier. 

« Une très remarquable toile de M. A. Cambon, dit-il, que 
nous nous empressons de signaler ici se cachait à tous les yeux 
dans nous ne savons quel recoin obscur d'une de ces salles per- 
dues où le public ne va jamais ; elle représente le Christ servi 
par les anges, sur la montagne, après le jeûne et la tentation. 
Ce moment n'est pas celui que les pe;intres choisissent habituel- 
lement ; ils prennent celui où le diable déroule sous les yeux du 
Sauveur la carte des royaumes de ce monde. C'est une idée in- 
génieuse d'avoir représenté la fin et non le commencement de 
l'épreuve. I^ démon, vaincu, s'enfuit en rugissant à travers 
les rochers, et le Christ, pâle, amaigri par cette mystérieuse abs- 

(i) Ce tableau est entré, par voie d'échange, au Musée de Montauban 



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LES SAINTS ANGES 
dans l'Eglise Si-Eustache à Paris 



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y , 



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ARMAND CAMBON Sg 

tinence de quarante jours que les chrétiens imitent et consa- 
crent autant qu'il est donné à la faiblesse humaine, par les jeû- 
nes et les mortifications du carême, est tombé sur une pierre, 
épuisé de son triomphe, et dans un état de prostration com- 
plète. 

(( Le Christ, émacîé, spiritualîsé jusqu'à l'évanouissement 
de la matière, est peint avec une çuavité délicate et une onction 
religieuse digne d'Overbeck, le peintre catholique. C'est la 
même tendre pâleur de coloris, la même placidité croyante de 
dessin, la même chasteté de pinceaux, et le tableau de A. Cam- 
bon pK)urrait figurer dan^ l'église de Saint-François d'Assises, 
à côté de la fresque du grand maître allemand. 

H Les anges, d'un type nouveau, ont une beauté vraiment 
céleste ; leurs formes allongées et sveltes, sans ridicule imita- 
tion gothique sont bien celles que peuvent revêtir des esprits 
célestes pour se rendre sensibles à l'œil charnel ; ces herma- 
phrodites du paradis flottent, incerta.ins entre la beauté de l'é- 
phèbe et celle de la jeune fille, n'empruntant à Tune et à l'autre 
que ce qu'elles ont de plus pur, de plus frais, de plus jeune, 
de plus virginal ; ces beaux anges reployant les ailes, s'age- 
nouillent dans leurs blanches tuniques et s'empressent autour 
de leur divin maître en défaillance, lui présentent avec une pi- 
tié respectueuse et une chasteté caressante le pain et le vin, 
symboles de la vie, leur pur visage attendri exprime l'éton- 
nement d'êtres immatériels à la vue de ces prostrations volon- 
taires de la nature humaine subies par le Fils de Dieu qui pour- 
rait se relever flamboyant au milieu de sa gloire et secouer com- 
me un haillon le voile charnel dont il accepte les souffrances 
et les misères. 

(( Ce tableau, dont les figures sont de grandeur naturelle, est 
assurément la plus belle toile religieuse du Salon. L'auteur 
semble avoir retrouvé la source pure où s'abreuvaient les Orca- 
gua, les Giotto, les anges de Fiesole, les Benosso Gozzoli et 
les- maîtres primitifs; et tout cela en dehors de tout archaïsme, 
de toute imitation des puérilités extérieures mais par le fond 
même des choses, par la pureté du sentiment et la sincérité de 
la croyance. M. Cambon n'a pas voulu balbutier dans un âge 



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40 ARMAND CAMBON 

OÙ l'on parle, il n'a pas fait des fautes d'anatomie pour avoir 
l'air naïf, et, quoique catholique (au point de vue de l'art, 
du moins) il ne néglige pas les emmanchements et soigne les 
extrémités de ses figures; il dessine et modèle très finement, 
et reste harmonieux dans sa sobriété et son coloris plein de 
renoncement. » 

Ainsi qu'on le voit, cet article n'est qu'un long et complet 
éloge. Il fut sans doute la cause qu'en 1855, Cambon exposa 
de nouveau cette tqile. 

Th. Gauthier qui s'était tant épris et à juste raison de cette 
œuvre ne remarqua pas en 1863 la Vision de Marguerite-Marie, 
religieuse de la Visitation. Pourtant les qualités louées par 
lui dans le Christ de 1852 se retrouvent au plus haut point 
dans cette seconde* toile qui orne maintenant une des chapelles 
•latérales de la Cathédrale de Montauban. L'abandon extatique 
de la prosternée, le regard du Christ d'une infin,îe douceur, où 
se mêlent un peu de la fierté du Dieu et de la mélancolie du 
Crucifié, la simplicité de son attitude dans laquelle on devine 
le geste qu,i va se tendre pour relever la sainte, la lumière d'or 
pâle qui baigne la scène, tout cela donne à l'œuvre une indénia- 
ble grandeur. 

Ce tableau fut d'ailleurs remarqué pmr le jury qui décerna 
une médaille à l'artiste. Ce succès et le talent de Cambon ne 
devaient pas tarder à être consacrés par les commandes offi- 
cielles. Deux ans après, en 1865, la Préfecture de la Seine lui 
commandait un tableau pour l'église Saint-Kustache à Paris. 
Cette commande parvint à Cambon le 3 août 1865. Elle était 
conçue en ces termes : 

« J'ai l'honneur de vous informer que par un arrêté en date 
du... de ce mois, je vous charge de rcxéculion d'un tableau 
pour la chapelle des vSaints Anges à riiglise Saint-Eustache. 
l^ne somme de 2.000 fr. nette de tous frais accessoires vous est 
allouée pour ce travail. » 

Trois mois après, Cnmbon présentait son esquisse a la com- 
mission chargée de l'examen. La décision de cette commission 
lui était notifiée le 22 novembre 1865: c'était l'acceptation ainsi 
qu'en témoigne l'extrait suivant du procès-verbal de la séance. 



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GALEL 
au Musée de Montauban 



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(£ 



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ARMAND CAMBON 4f 

(( ...une esquisse de M. Cambon pour un tableau destiné 
à réglise Saint-Eustache, chapelle des Saints Anges est ad- 
mise avec éloges. Cette composition est d'un bon sentiment reli- 
gieux... » Cambon ne s'était pas mis en frais d'imaeination 
pour composer son tableau. Il av^it simplement groupé — 
et cela, avec une simplicité pleine d'art et de poésie — quelques 
anges aux longues robes flottantes et aux grandes ailes à demi- 
replîées, se détachant sur le ciel. — Mais les anges sont d'ado- 
rables figures et d'adorables mains. On ne distingue i>as autre 
chose d'eux. Sous les draperies qui les vêtent, leurs corps sont 
idéalisés jusqu'à l'effacement. Seuls, les purs visages s'élèvent, 
fervents, avec leurs grands yeux qui semblent offrir au Créa- 
teur fbute l'immensjté des tristesses humaines, et les blanches 
mains d'adoration, de supplication et de pardon se joignent 
vers le ciel, ou retombent comme pour désigner à Dieu des 
foules prosternées. 

Le 28 novembre 187 1, l'Etat commandait à Cambon un 
Christ, ix>ur une des salles du Palais de Justice. La lettre était 
ainsi conçue: 

<( J'ai l'honneur de vous faire savoir que, par arrêté en date 
du 27 novembre 1871, je vous ai chargé de l'exécution d'un 
Christ en croix pour l'une des salles du Palais de Justice éta- 
blies provisoirement dans les bâtiments du Tribunal de Com- 
merce. Il vous est alloué pour ce travail une somme de 
2.000 fr. » 

Ce ne fut que deux ans après que Cambon ayant enfin ache- 
vé son tableau une commission vint l'examiner dans son ate- 
lier. Voici le procès-verbal qui fut dressé: 

« Une sous-commission de peinture, composée de MM. Duc, 
Jobbé-Duval, Hesse, Michaux et présidée par M. Baltard 
s'est réunie le 14 octobre à midi et demie. Il s'agissait d'exa- 
miner dans l'atelier de M. Cambon un Christ en croix destiné 
au Palais de Justice. Le Christ dont l'exécution est très per- 
sonnelle se détache en lumière sur un fond sombre qui repré- 
sente la ville de Jérusalem plongée dans une sorte de crépus- 
cule blafard d'un effet énergique. Peut-être certaines précisions 
de dessin dans l'anatomie des parties les plus claires du torse 



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42 ARMAND CAMBON 

et du ventre pourraient-enes être atténuées. La sous-comnivis- 
sion à fait à cet égard quelques observations de détail dont l'ar- 
tiste a promis de tenir compte. En conséquence, on propose 
l'acceptation du tableau. » 

Il m'a été impossible de retrouver l'œuvre et par conséquent 
d'estimer si les critiques de la sous-commission étaient fondées. 

Cambon était soutenu dans son travail par Ingres qu'il 
fréquentait presque journellement. Lorsqu'en 1848, une com- 
position de la République avait été mise au concours et que 
Cambon n'avait obtenu que le sixième rang, Ingres s'était 
empressé de le consoler en rappelant ses propres déboires. 

(( Mon cher Cambon, In carrière de l'artiste véritable n'est 
pas tout de rose, il s'en faut, il faut qu'il ait un cœur trempé, 
un force de volonté, en un mot, un courage à toute épreuve. 

« Vous commencez, mon cher ami, ces rudes épreuves, elles 
peuvent être salutaires et ce n'est jamais qu'à ses dépens qu'on 
apprend à se connaître soi-même, chose indispensable pour 
les hauts progrès et c'est pour cda que j'aurais désiré Que vous 
fussiez présent à ce concours... Vous deviez vous rappeler, 
mon cher, le plaisir qu'elle me fit (Vesquisse) et si vous vous 
étiez bien pénétré de mes avis, que je vous avais cependant bien 
intimés de ne faire que traduire en grand cette esquisse, je 
vous dis même qu'à cette condition, et je le crois encore, par une 
belle exécution vous deviez avoir la victoire ou bien la balan- 
cer... Vous ne devez cependant vous découragez de ce petit 
échec et malgré vos précédentes épreuves, vous avez du talent, 
vous êtes à la veille de le compléter, mais surtout il faut comp- 
ter beaucoup sur soi par tous les efforts imaginables pour bien 
faire, tout braver avec courage et dans ce temp)s-ci surtout, 
se contenter de travailler pour plaire d'abord à sa. bonne cons- 
cience, éclairée, et pour peu de monde, car l'art n'est pas tou- 
jours une profession mais un rude apostolat. C'est un peu ma 
vie que je viens de vous tracer, mon cher, et vous voyez cepen- 
dant que toutes ces peines courageuses ont tôt ou tard leur ré- 
compense... » 

La consolation avait été efficace. Nous avons vu de quelle fa- 
çon brillante, l'année d'après, Cambon faisait oublier ce que 
cette œuvre pouvait avoir d'imparfait. 



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AiVMANÛ GAMBON 43 

Cette intimité d*Ingres et de Cambon dura jusqu'à la mort 
de la première femme d'Ingres. Amaury Duval nous a dé- 
peint, (i) cette femme tranquille, qui avait pour son mari 
(( dont la pejinture ne la regardait pas » une tendresse quasi- 
matemelle. Elle ne prodiguait pas son amitié et était assez ja- 
louse de TafiFection du maître qu'elle voulait tout à elle. C'é- 
tait la compagne des mauvais jours quj avait supporté toutes 
les épreuves et soutenu le grand peiintre dans les heures de dé- 
couragement. Lorsqu'elle mourut, en 1849, Ingres en eut une 
grande douleur et c'est Cambon qui devint son confident: 

« ... Vous parlez de mon état, c'est trop triste, ce serait trap 
vous affliger pour moi car l'éloignement de cet affreux mal- 
heur me le rend plus effrayant encore, j'en mesure plus à 
présent l'abîme... Obligé de quitter le lieu où je l'ai perdue, 
hélas, je cherche à refaire un nouveau foyer : à mon âge, c'est 
bien dur... et pour ne pas quitter mes anges d'amis, de la rue 
Jacob... vous y viendrez vous aussi, mon cher, me consoler... » 

Cambon avait commencé dès ce moment une biographie 
d'Ingres, qui s'ouvrait à lui entièrement et qui a toujours eu 
en son jeune parent une confiance absolue. Ingres s'absentait- 
il de Paris, c'est Cambon qui venait coucher dans l'atelier; 
quand Ingres se décida à enrichir le musée de Montauban 
d'une partie de sa collection, c'est Cambon qui servit d'inter- 
médiaire, enfin, c'est Cambon qui fut l'exécuteur testamentaire 
de l'illustre artiste. 

Le musée de Montauban avait été fondé par M. de Mprtarieu, 
dans l'Hôtel-de- Ville, ancien palais épiscopal. Cambon classa 
lui-même avec une véritable piété filiale les admirables dessins 
d'Ingres, légués par le peintre, et donna dans la principale 
salle du musée la place d'honneur au Jésus au milieu des doc- 
teurs. Cette organisation du musée de Montauban fut la tâche 
à laquelle Cambon consacra le plus d'ardeur et le plus de con- 
tinuité. Le classement des dessins d'Ingres fut à lui seul un 
vrai travail de bénédictin qui l'a tenu pendant cinq ou six ans. 
Les dessins étaient collés sur des feuilles volantes et enfouis 

(i) Amaury Duval, V Atelier d'Ingres. 



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44 ARMANU CAMBON 

pêle-mêle dans de volumineux cartons sans aucune indication. 
Ingres, évidemment, devait s'y retrouver facilement quand il 
avait quelque recherche à faire, mais il n'avait pas donné la 
clef de cette méthode de classement en sorte qu'il a fallu de 
nombreuses études pour rapprocher les divers dessins se rap- 
portant au même tableau. Il a fallu que Cambon connut à fond 
les œuvres d'Ingres pour arriver au but et encore n'est-ce que 
grâce à une ténacité qu'expUque son affectueuse admiration 
pour le '-rand peintre. Comment, en effet, supposer qu'Ingres 
posant devant un de ses élèves avec son chapeau entre ses bras 
voulut bien déterminer le mouvement de la Vierge du Vœu de 
Louis XIII? Comment dev.iner que tel pied nu isolé au milieu 
de bien d'autres dessins est une étude ix)ur tel tableau plutôt 
que pour tel autre? Ces dessins faits sur un papier quelconque, 
SQÎt à l'encre, soit au crayon noir, soit à l'encre de chine ou 
à la sépia étaient tous collés par un coin sur des feuilles volantes 
de sorte qu'il a fallu les décoller avec soin, régulariser ou rem- 
placer les bouts écornés et les rapporter sur de nouvelles feuil- 
les pour pouvoir les placer dans des cadres. 

Bien des fois, quand Armand Cambon se livrait à ce travail 
méticuleux et fastidieux, on lui a dit qu'il employait mal son 
temps, que personne ne lui saurait le moindre gré de sa peine; 
il n'en a pas moins continué à poursuivre cette tâche ingrate. 
Ce miusée était vraiment son œuvre. Il avait incessamment 
poussé Ingres à des libéralités envers sa ville natale et l'avait 
décidé à un premier envoi en 1847. Ce premier envoi, peu im- 
portant, avait été installé dans l'ancienne chambre à couclier des 
évêques. Peu à peu, les chambres contiguës furent garnies.. 
vSans Cambon, Ingres aurait subi d'autres influences qui l'au- 
raient poiLSsé d'un autre côté et sa seconde femme n'aurait rien 
négligé pour le décider à vendre les dessins les plus impor- 
tants. La meilleure preuve, c'est qu'après la. mort de Cam- 
bon on fit à la ville des propositions plus ou moins acceptables 
pour échanger quelques-uns de ces dessins contre les décora- 
tions d'Ingres qui n'étaient, somme toute, que du clinquant. 
L'administration municipale s'était laissée prendre tout d'a- 
bord à ses propositions habilement présentées; heureusement 



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TROP TARD 
Collection de M. Gustave Cambon 



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ù 



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ARMAND CAMBOK 46 

elle se ressaisit et refusa. Les décorations déjà envoyées restè- 
rent à la ville sans que personne osât rien réclamer en retour. 
Cainbon rêvait de joindre à ce musée un i>alais de Beaux- 
Arts dont il avait lui-même dressé le plan et tracé l'orne- 
mentation. Ce rêve ne fut jama,is réalisé parce qu'il était 
vraiment trop ambitieux ; il n'en fut pas de même de son 
projet de musée des Arts décoratifs. Cambon avait toujours 
aimé à faire des excursions à l'hôtel des Ventes de la rue 
Drouot où il trouvait souvent l'occasion de faire des achats 
intéresssîints, particulièrement des achats d'étoffes ancien- 
nes (i). Dans les dernières années de sa vie, il fréquenta plus 
que jamais l'hôtel Drouot. Il avait entendu parler de la créa- 
tion, que l'on disait prochaine, d'un musée des Arts décoratifs, 
à Paris. C'est alors qu'il eut l'intention d'en organiser un 
à Montauban. A l'occasion du concours régional de 1877, la 
Société Archéologique, avec l'appui de l'administration fit des 
salles Berthier, affectées jusqu'alors à divers services, des 
salles d'exposition. Iilles furent ensuite laissées à la disposi- 
tion de Cambon qui put y installer ses vitrines. Comme pour 
lui les arts décoratifs devaient comprendre l'ensemble des 
objets usuels ornés avec une intention artistique, il groupa 
des armes, des bibelots, des éventails, des costumes, de toutes 
les époques et de tous les pays. Il profitait de ses passages de 
plus en plus fréquents à Montauban, pour doter la ville 
d'œuvres d'art ou pour y susciter des manifestations artisti- 
ques. C'est ainsi que séjournant durant toute l'année 1862, il 
organise une exposition. Ses camarades, sur sa demande, en- 
voient de leurs œuvres: P. Flandrin, un paysage; Hamon, 
r Amour aux bains de mer; Pichon, une Saînie-Famille (2). 

(i) Il les exhibait triomphalement, le soir, dans le salon de M. Gat- 
teaux, où le maître de maison réunissait plusieurs artistes, tels que 
Lehman, Pichon, R. Cazes, les Flandrin. Cambon était le bout- en-train 
de ces réunions, il faisait la joie des jeunes filles, dont il acfceptait très 
spirituellement les plaisanteries, qu'elles ne manquaient pas de lui déco- 
cher au sujet de ses acquisitions. 

(2} Les deux premiers de ces tableaux sont maintenant au Musée de 
Montauban. 



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46 ARMAND CAMBON 

Cambon donne une étude de Fleurs (i). Il va sans dire qu'il 
avait prié Ingres d'honorer ses concitoyens de la. présence de 
certaines de ses œuvres. Le maître y avait accédé avec plaisir 
ainsi que le prouve la lettre suivante qu'il adressait à Cambon 
le 22 avril: 

<( Que je vous remercie avant tout, cher ami, de tous les 
bons soins que vous me prodiguez pour notre Exposition de 
Montauban, et vous prie d'être un interprêtre auprès de mes 
chers et honorables compatriotes du beau rôle qu'ils veulent 
bien m'y faire jouer: enfin, vaincu par d'honorables devoirs^ je 
m'empresse, dès ce moment, de faire appeler M. Haro pour 
vous envoyer et emballer, avec le plus grand soin, mon'portrait, 
celui de Madame Ingres et le portrait de mon vénéré père que 
mes concitoyens veulent toujours honorer. Je suis heureux aus- 
si d'y vodr figurer le meilleur de mes portraits, notre cher Gili- 
bert. Monsieur de Monbrison qui vient d'acquérir la tête brune 
de mon Condottiere s'empresse de vous la prêter et vous la por- 
tera lui-même. » 

Cambon réserva la meilleure place de l'exposition au pan- 
neau du maître qu'il composa lui-même avec un soin jaloux. 
Ingres lui donnait également ses indications: 

<( Je suis ravi de savoir que Louis XIII est placé au même 
endroit où je l'avais placé moi-même et où il faisait bien. Je 
prje de donner la plus belle place au portrait de Gilibert... J'ai 
fait tout ce que j'ai pu pour y déterminer les artistes à y con- 
courir. Monsieur Paul Flandrin et Desgofîes. Je ne sais s'ils 
ont envoyé. » 

Ainsi qu'on le voit , Cambon se prodiguait pour augmenter 
la vje artistique de notre cité. 

Epris de sa ville natale et voulant concourir à son embellis- 
sement, il commença même de décorer la Cathédrale. Ses pein- 
tures, à la cire, se sont arrêtées au transept de gauche et don- 
nent l'idée de ce qu'aurait été l'ensemble de l'édifice. Au centre 
de la composition, il a placé sa toile: V Apparition du Sacré- 
Cœur, 

{i) Egalement au Muse'e. 



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AlïMAND CAMBON 47 

Il avait fini par habiter Montauban presque toute Tannée. 
Ses absences n'étaient plus guère motivées que par des recher- 
ches dues à son désir d'accroître le musée dont il avait été nom- 
mé conservateur. Il ne cessa cependant de peindre jusqu'à ses 
derniers moments, principalement des portraits qui appartien- 
nent à l'heure actuelle aux familles montalbanaises pour les- 
quelles ils ont été faits. En 1884, il exposait son dernier portrait 
au Salon. L'année suivante, il mourait à Miontauban, dans la 
maison paternelle, entouré des soins prodigués par son frère et 
sa bellensœur. 

En plus des portraits que Cambon fit de lui-même, Hyppo- 
lite Flandrin le fit poser pour un Saint-Bartholomé et l'on peut 
voir notre peintre montalbanais avec son front sérieux, sa belle 
figure calme, dans le chœur de l'église de Saânt-Germain-devS- 
Prés. 



II 



Cambon aima faire un tableau sur n'importe quel sujet, voire 
même sans sujet du tout, et il racheta souvent l'indigence du 
motif par le fini* de l'exécution. C'est là qu'il se févéle vraiment 
rélève d'Ingres. Car, chose curieuse, bien qu'il n'ait jamais 
suivi les leçons d'Ingres, il en a subi l'influence. La fréquenta- 
tion du maître, les conversations qu'ils avaient ensemble et qui 
devaient avoir si souvent l'art pour sujet, le caractère autoritai- 
re d'Ingres firent que Cambon, dont le naturel était assez flexi- 
ble, suivit les préceptes de son illustre parent. Ingres lui 
apprit ce qu'il appdait la probité de l'art, le dessin, et 
c'est pourquoi, tout inégal qu'il soit, Cambon nous mon- 
tre des œuvres remarquables et dignes du maître. Il est à noter 
que les bons élèves d'Ingres de par l'enseignement conscien- 
cieux qu'ils recevaient furent de remarquables portraitistes. 
Cambon, sous ce rapport, s'éleva au rang des meilleurs d'entre 
eux. La seule chose que je reprocherais à quelques-uns de ses 
portraits, c'est justement ce fini exagéré de l'exécution, ce fini 
qui procède à la fois de la conscience qui caractérise Ingres et 



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4j8 ARMAND CAMBON 

de cette habitude que Cambon avait contractée pour masquer 
le vide de ses compositions. Ainsi, l'admirable portrait de M. 
d'Audiffret frappe d*abord, et c'est là son défaut, par la robe de 
président à la Cour des Comptes, cette robe aux parements 
d'hermine, par les reflets de la moire, par la large ceinture dont 
le nœud saillie au-milieu de la toile. Ensuite, seulement, on est 
captivé par la face sérieuse et belle, remarquablement modelée 
et vivante, par la pose de la main, souple et nerveuse. En gé- 
néral', p)ourtant, Cambon, dans ses portraits a su amortir la cou- 
leur des |costumes, des robes, pour laisser ressortir la 
physionom^ie du modèle. Son propre portrait de 1877, qtii est 
au musée de Montauban et que nous reproduisons ici est typi- 
que. Sur fond vert sombre, l'homm-e se détache, vêtu de noir. 
Au-dessus du vêtement dans lequel il est drapé, au-milieu des 
te^intes assoupies du fond et du costume, la tête, seule tache lu- 
mineuse, s'éclaire. C'est le procédé de Rembrandt, repris avec 
une puissance égale presque à celle du vieux maître. L'intensité 
du visage, sorti de l'ombre est obsédante, et pourtant, rjien de 
fantomatique dans cette face grave et réfléchie, dans ces yeux 
profonds ; c'est une tête bien humaine et bien vivante, pensive 
étonnamment. 

Si, dans ses portraits, l'unité se révèle presque toujours par- 
faite entre toutes les parties de l'œuvre, il n'en est pas de même 
dans ses tableaux de genre. Je crois que le peintre a eu toute 
sa vie la hantise des étoffes. Il aima les collectionner, les ma- 
nier^ faire jouer la lumière sur leurs broderies et il esseya, avec 
une rare habileté, de faire revivre sur la toile l'harmonie de 
leurs plis et le chatoiement de leurs teintes. Dans son tableau : 
Roger dans les jardins d'Alcîne, l'œil est tout d'abord retenu 
et charmé par la robe somptueuse d'Alcine qui semble sortir du 
cadre. Trop tard est, plutôt qu'un tableau d'intérieur, la repro- 
duction merveilleuse d'une robe de satin blanc au-dessus de la- 
quelle la physionomie s'efface. De même pour bien d'autres. 
T^ Pénélope, pourtant si belle d'attitude, se maintient à peine 
au plan de la magnifique robe verte dont elle est vêtu. Cambon 
dût fréquenter assidûment le Louvre. C'était, pour sa facilité 
d'assimilation et sa nature, ennemie de Teffort, un moyen com- 



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ARMAND CAMBON 49 

mode et sûr de progresser. Cette robe verte doit être une rémi- 
niscence des italiens (i) et ses robes de satin blanc, car il en a 
ï>eint à diverses reprises, me rapellent invinciblement cette robe 
de satin blanc si chère à Metzu et que Camion sût rendre avec 
autant de fini surprenant que le maître hollandais. 

Prenons le tableau de Cambon représentant une femime nue 
vue de dos (Galel). C'est dans Tœuvre du peintre une toile ca- 
ractéristique. La ligne de la femme est tout à fait celle des Odti- 
lisques d'Ingres. La couleur, plus chaude que celle d'Ingres, ré- 
vèle rélève de Paul Delaroche, surtout dans les tons bruns. En- 
fin, sur le lit où se couche la femme, des satins verts et violets 
s'étalent, caressants, un peu secs à côté du velouté gras des 
chairs, indiquant la tendance personnelle de l'artiste. Dans ce 
tableau comme dans bien d'autres, le modèle et l'étofîe sont 
deux sujets également importants. 

L'intérêt des toiles de Cambon est toujours double: par la 
scène et par les étoffes ; l'attention se trouve sollicitée aussi bien 
par les costumes que par les êtres eux-mêmes, l'admiration hé- 
site et se partage, d'autant plus que Cambon n'aime pas à es- 
tomper d'ombres ses tableaux dont toutes les parties acquièrent 
ainsi une valeur presque identique. Voilà pourquqi l'impression 
que nous laissent^es portraits est plus puissante. Ils sont en gé- 
néral plus sobres, l'admiration est appelée sur un point unique, 
tandis que sur tout le reste de la toile sont distribuées des tona- 
lités discrètes et sombres. 

Quand on envisage l'œuvre de Cambon, on est frappé du 
calme des comix)sitions. Prenons les portraits: ils sont em- 
preints de pensées graves ou rêveuses, douces ou sévères, tou- 
jours sereines; prenons ses tableaux de genre, les sentiments 
dont les personnages sont animés sont en général une tristesse 
résignée et contenue, la mélancolie, ou bien une gaîté charmante 
et quasi-silencieuse. Si l'on rapproche de ses œuvres celles 
d'Ingres, celles de Flandrin, de Romain Cazes, on se rendra 
compte que c'est la caractéristique de l'école qui a constamment 

(i) On sait aussi que le vert plaisait à Ingres, tout imprégné de pein- 
ture italienne. 

1908 5 

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5o ARMAND CaMBON 

influencé Cambon et que bien souvent quand les élèves d'Ingres 
et Ingres lui-même ont voulu s'en écarter ils ont été au-dessous 
d'eux-même. C'est pour avoir compris cela que Cambon dans 
ses œuvres fait montre d'une grande parcimonie de mouve- 
ments; ses gestes s'éternisent en attitudes, ses physionomies 
n'expriment jamais de sentiments extrêmes, rarement le simple 
rire, mais bien la tranquillité; l'impression de ses toiles sans 
sécheresse et sans raideur est un rythme immobile, une émotion 
intime, plus attachante de ce qu'elle se révèle à peine. 



Grâce à la générosité de son frère, monsieur Gustave Cam- 
bon, et d'après le désir exprimé par l'artiste, le musée de Mon- 
tauban offre plusieurs toiles remarquables de ce peintre trop 
peu connu. 

Mentionnons : 

Galel (i), femme vue de dos, grandeur naturelle. 

Son Portrait (2), par lui-même. 

La Vengeance de Médée (3) : Médée qu,i vient d'égorger ses 
enfants, farouche, tient encore le glaive. 

Une Tête de femme, qui se détache, lum,ineuse, blonde et 
douce dans des voiles noirs. 

Monsieur Gustave Cambon conserve également plusieurs 
œuvres de son frère. 

L'Armoite (i). 

Trop tard (2). 

Pénélope considérant Varc d* Ulysse au moment de le donner 
aux prétendants (3) : elle est assise, tenant dans ses deux mains 
l'arc qui repose sur ses genoux ; on suit dans le regard attristé, 

(i) Salon de 1864. 

(2) Salon de 1877. 

(3) Salon de iSGS. 

(4) Salon de 1859. 

(5) Salon de 18.S9. 

(6) Salon de 1864. 



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ARMAND CAMBON 5l 

lointain, dans le pli du front» les pensées douloureuses qu'elle 
comprime et qui l'oppressent. 

Roger dans les jard"ns d'Alcine (i). où s'ébattent des couples 
amoureux vêtus des costumes de la Renaissance italienne. 

Comme on s'aime: le soir et le matin de la vie (2): sur un 
banc de marbre, deux couples drapés de costumes antiques sont 
assis: à droite, deux jeunes gens doucement rieurs, à gauche 
deux vieillards doucement pensifs. Comme fond, un paysage 
boisé, une terre ensoleillée. 

Des portraits hors de pair. 

Médaillé en i8r>3 et en 1873, Cambon avait été mis hors con- 
cours en 1874 • 

SALONS AUXQUELS EXPOSA CAMBON 

1846. La Poésie de Gloire et la Poésie d'Amour. 
1848. Christ au Jardm des Oliviers. 

Mimoïs. 
184c. Portrait de Monsieur C... 
7^50. Nymphe endormie. 

Le Printemps. 

Portrait de Mademoiselle C... 
18^2. Le Christ servi par les anges. 

Ce qu'on voit en mer en rêvant. 
rSjj. Portrait de Monsieur D... 
Exposition de iS^^iy. 

Le Christ servi par les anges (du salon de 1S52). 

Roger dans les jardins d'Armide (sic) 

Portrait de Monsieur C. (du salon de 1848) 
i8^Y Angélique retrouve Sacripan. 

Comment le soleil se levait autrefois. 

Femme Jalouse. 
j8sç Etude de Fleurs. 

Le Billet. 

(i) Exposition de i855, 
(2) Salon de 1864. 



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5 a ARMAND CAMKON 

L'armoire. 

j86i Diane et Actéon. 

Oui ou non dans une heure. 

i86j. Vision de Margùerite-Marie, religieuse de la Visita- 
tion. 

1864 Galel. 

Pénélope considère Tare d'Ulysse au moment de le 
livrer aux prétendants. 

186^' La Famille. 

1866. Les Saints Anges portant à Dieu les prières des hom- 
mes. 
• 1868 La vengeance de Médée. 

i86ç. La vérité sous un domino de bal. 

i^/o. Portrait de Madame N. C. 

18^2. Portrait du marquis d'A... ancien président de la cour 
des comptes. 
Portrait de Madame P. du R. 

187J. Portrait de Madame C. du R. 
Portrait du baron de H... 

/Sf4. Comme on s'aime: le soir et le matin de la vie. 

j^/j. Echo et Narcisse. 

18'^'/. Portrait de Monsieur C... 

/57S. Portrait de Monsieur C. du R. 

187g. Portrait de Mademoiselle L. B. 
Portrait de Mademoiselle L. H. 

1880. Roger dans les jardins d'Alcine. 
(Panneau décoratif 180x110) 

1882. Au printemps de la vie. 

1884. Portrait de Madame B... 




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NOTES 



SUR 

L'Établissement de la Cour des Aides 

A MONTAUBAN 

PAR 

M. HENRY DE FRANCE 

Membre de la Société 



La Cour des Aides de Montauban a fait Tobjet, en 1865, 
d'une très intéressiinte notice, œuvre de M. Taupiac, juge 
i'Instruction à Montauban. (Montauban, in-12. Forestié ne- 
veu). 

La compétence de Tauteur nous est un sûr garant de l'exac- 
titude des explications fournies par lui, sur la juridiction et les 
travaux de ce tribunal ci en même temps sur les nombreux tri- 
bunaux qui voisinaient avec lui à Montauban. 

Leur vitalité, les efforts pour empêcher l'établissement des 
autres tribunaux et la jalousie avec laquelle la Cour des Aides 
fût reçue à Montauban, expliquent la difficulté qu'elle trouva 
à se loger. 

M. Taupiac traite toute l'histoire de notre Cour avec un soin 
et une minutie fort intéressante, mais il ne dit que très peu de 
choses sur l'établissement matériel de la Compagnie. 

Contrainte à l'obéissance, La Cour des Aides, dit-il seule- 



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54 NOTES SUR l'établissement de la cour des aides 

ment, fut, le 3 février 1663 installée définitivement à Montau- 
ban. (( Elle y tint sa première audience dans une salie du Col- 
lège des Jésuites, où elle établit son siège en attendant que son 
palais fut prêt pour la recevoir. ^ Ce collège des Jésuites était 
celui-là même où, revenus à Montauban en 1634, ils s'étaient 
glissés pendant la nuit, et i>ar cette prise de possession un peu 
furtive, avaient contraint les professeurs protestants à leur en 
céder la moitié et puis le tout. Bientôt après, la Cour des Aides 
alla occu|>er le i>alais disposé dans une maison que les Consuls 
de la ville avaient prise à loyer, au prix de 700 livres par an... 
La Cour des Aides siégea plus tard dans les bâtiments où sont 
établis la Bourse et le Tribunal de commerce. )) 

Les maisons où s'établit la Cour des Aides, dans la rue du 
Temple-Neuf, traversant à la place des Nonnes (aujourd'hui de 
la Cathédrale) sont connues. M. Forestié, dans ses Ephéméri- 
des (p. 192), a donné les noms des propriétaires. 

La Cour y demeura de 1663 à 167 1, huit ans à peu près. Mais, 
ne se sentant pas chez elle, elle n'y fit jamais une installation 
définitive. Elle y manquait de jour et de place. C^la ressort 
des termes mêmes de l'Ordonnance par laquelle le Roy or- 
donna la construction d'un bâtiment spécialement aménagé 
pour elle, en 1671. 

Dans ce but, il avait ordonné de rechercher un emplacement, 
011 l'air et la lumière fussent en abondance. 

Précisément l'Evêque de Berthier, ancien coadjuteur de 
l'Evêque Anne de Murviel, de 163 1 à 1652, étant devenu Evê- 
que p>ar la mort de son prédécesseur, le 8 septembre 1652, 
s'était muni dès le 16 décembre de cette même année, par un 
achat d'une maison située à l'angle de la rue du Pont et de la 
me du Poids, sur la rivière, à l'entrée de la ville, pour y faire 
sa rés,idence. 

Depuis de longues années, les ICvêques de Montauban n'a- 
vaient plus de palais épiscx>pal en ville. Le Bret dit qu'en 
1476, l'anc^ien <( ostal de Tavtîscat, » avait été acheté par les 
Consuls qui en avaient fait une maison de ville, puis une école, 
enfin un temple protestant. (V. BuL Arch., IV, 153). 

Pendant toute la période si troublée des guerres de religion, 



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y 



A MONTA UB AN 55 

l'Evêque avait résidé à Montech. En 1652, M. de Berthier son- 
gea un instant à relever les ruines de l'ancienne Cathédrale au 
Moustier, pour y rétablir la demeure épiscopaJe. (Hist. de 
VEgL, Daux, II, ch. ///, f. 74.) 

C'est alors qu'il se décida à s'établir en ville à l'entrée du 
Pont, près de l'église Saint-Jacques, en décembre 1652, deux 
mois après la mort d'Anne de Murviel, et il y fit son établisse- 
ment, par de nombreuses réparations. Mais malgré tout, îl ne 
se trouva pas satisfait de cette maison épiscopale, sans doute 
trop modeste, et d'un accès assez difficile sur deux rues en 
pente rapide et fort étroites. 

Il ne paraît être resté dans ce logement que pendant dix-neuf 
années à peu près. Car c'est en 167 1 que commença sa démoli- 
tion pourra transformation. 

Dès 1658, l'Evêque ava^it décidé de l'abandonner. C'est alors 
qu'il forma le projet de construire un nouveau palais épiscopal, 
sur les fortes murailles et voûtes si solides, édifiées, à côté du 
pont, par les Anglais. Les Consuls, auxquels ces construc- 
tions avaient été cédées en 1528 par le Roi, n'en avaient tiré 
aucun parti, et l'Evêque de Berthier obtint du ministre Colbert 
et de l'Intendant, à trois reprises, des subventions considéra- 
bles, et il construisit en ce point, le superbe hôtel, où nous 
voyons, de nos jours, la maison commune de Montauban. 

Il fit l'acquisition des maisons construites sur le bâtiment 
d'origine anglaise, par divers actes du 2 janvieri657, du 11 jan- 
vier et du 22 février 1658. Toutes ces dépenses lui furent rem- 
boursées plus tard, comme on le verra. Il fit démolir aussitôt 
« tout ce qui estoit ruineux es dites mazures. » Ces opérations 
préliminaires coûtèrent 517 livres 10 sous. L'achat des dix 
maisons dans l'enceinte du château-neuf absorba 7.638 livres. 
(Devais, BuL Arch., I, 45). 

Quand les plans furent approuvés par lui, l'adjudication des 
travaux de construction du nouveau palais, fut faite en décem- 
bre 1658. (Devais. Bul. Arch.j I, 45). 

La construction fut assez avancée en 1670, pour que l'Evê- 
que pût s'y installer. 

Cependant les travaux étiûent inachevés encore en 1678, car le 



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56 NOTES SUR l'Établissement de l\ cour des aides 

12 juillet 1678 rintendant Foucault mandait au ministre Colbert 
que (c le bâtiment commencé par Monsieur Berthier pour son 
logement était inachevé. » Qu'il faudrait encore 200.000 livres 
(Histoire de VEglise^ Daux, II, chapitre IV, ti et 12). 
. L'évêque Berthier, du reste, était mort en 1674. 

Pendant la construction du nouveau palais le roi transféra la 
Cour des Aides, de Cahors à Montauban. La maison épiscopa- 
le qui allait être al>andonnée, devenant inutile à son propriétai- 
re, trouva son emploi, en la transformant en tribunal, donnant 
satisfaction à Messieurs de la Cour des Aides qui se trouvaient 
fort mal dans la maison louée pour eux au centre de la ville. 

C'est dans ce but que le roi décida ce qui suit: 

Arrest du Conseil concernant le bastiment du Palais de 
la Cour des Aides de Montauban, 

« Le Roy, ayant, en Tannée 1661, transféré la Cour des Ai- 
des de Caors, en la ville de Montauban, et n'y ayant aucun pa- 
laix, pour l'exercice de la justice, que les officiers seront obligés 
de rendre, dans une maison de laquelle, les Consuls de la ville, 
payent annuellement huit cent livres de loyers, ce qui est, non 
seulement à charge à la dite ville, mais de grande incommodité 
aux dits officiers, n\v ayant aucun appartement en la dite mai- 
son, de ceux qui sont nécess^iires pour un palais. » 

(( lù estant né< essnire pour la décence et dignité de la justice, 
qu'elle soit exercée dans un lieu propre à cet effet. » 

<( Kt sa majesté ayant esté informée qu'il n'y a point de loge- 
ment dans ladite ville de Montauban plus comode pour en faire 
un palais pour ladite Cour des Aides, que la maison apparte- 
nant en propre au Sieur Kvèque de Montauban, lequel en a 
fait bcîtir une autre, pour y faire sa demeure; » 

<( \\i voulant, sa majesté, pourvoira l'acquisition et rembour- 
sement du prix de ladite maison pour la convertir en un palais 
à l'uiKige de ladite Cour des Aydes, et pour ce fait, la faire exa- 
miner, etc.. Le sieur Pellot, commissaire départi par sa M:î 
jesté, avait, par son Ordre, fait la vFsite et estimation de cette 
maison, et dressé un devis, etc.... » 



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A MONTAUB\N Sj 

« Vu l'acte d'achat de la maison, du 6 décembre 1652, 2 jan- 
vier 1657, II janvier et 22 février 1658, au prix de 17.400 livres, 
et la note des réparations faites par le dit sieur Evesque, etc. 

c( Tout considéré, sa majesté, en son conseil ordonne que la 
maison épiscopale de Montauban sera acheptée, par le sieur 
Pellot, et deux Trésoriers de France de Montauban, etc.. pour 
la somme de 30.000 livres, sur les élections de la Généralité de 
Montauban, etc., sur lesquelles il sera payé 20*000 livres au 
sieur Evesque de Montauban, pour prix de la maison, et les 
10.000 livres restantes, seront omplovées pour réparer la dite 
maison, et la mettre en état de senâr de Palais à la Cour des 
Avdes..., etc.. » 

(( Faict au conseil d' Estât du Roy tenu à Saint Germain en 
Laye le 15^ jour de février 1666. » ^ 

<( Collationné par moji secrétaire de Mgr Pellot, Intendant 
es Généralités de Guienne. » 

(Dumons, notaire, 1671, f. 113.) 

En conséquence de cette décision, Monsieur Pellot, se rendit 
acquéreur de cette maison, par un acte passé devant maître Dti- 
mons, notaire, en octobre 1667. (Dumons, Protocolle, Anno 
1667 f. 637.) 

Ce n'est que le 11 mai 1671, qu'eut lieu l'adjudication du 
ba^il de construction du nouveau paJaib. On avait attendu, 
sans doute, que la construction commencée par Mgr Berthier, 
dès 1658, fût assez avancée pour pouvoir s'y loger provisoire- 
ment. 

Pour cette adjudication, vQ'ci son texte même: 

« Par devant le notaire, garde notte de la ville de Montau- 
ban et en présence des témoins soussignés, furent présents, 
en leurs personnes: 

(c Messire Guillaume de wSève, chevalier, seigneur de Chastil- 
lon, le Roy, Izi et Briqucville, conseiller du Roy en ses con- 
seils, maistre des requêtes ordinaires de son hostel et commis- 
saire desparty pour l'exécution des ordres de Sa Majesté en 
la Généralité du dit Montauban, et messires Jean de Tuillié 
et Nicolas de Campmas, chevaliers, aussi conseillers du Roy 



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58 NOTES SUR l'Établissement de l\ cour des aides 

en ses conseils, trésoriers de France et généraux des finances en 
la dite Généralité, lesquels, en conséquence de Tarrèt du con^ 
seil du quinsièsme février 1666, portant, etc. (comme ci-dessus.) 

« Ayant trotivé que le restant du fonds (10.000 livres) imposé 
n'estoit point suffisant pour la construction du dit i>alais, etc.. 
et le sieur Jacque Moisset, payeur des gages de nos seigneurs 
les officiers de la Cour des Aydes, ayant offert de fournir le sur- 
plus de ce qui seroit nécessaire ; les Dicts seigneurs Intendant et 
Trésoriers de France, après avoir fait faire la publication et affi- 
ches aux lieux ordinaires et accoustumés du bail au rabais de 
l'entreprise du bastiment du palais, suivant le devis, et de la 
démolition des maisons qui sont dans la place où ledit palais 
doit estre construit, ont fait l'adjudication du bail, à Estien- 
ne Vergnet, maistre masson, habitant dudit Montauban, icy 
présent et acceptant, qui a moins dict, à la somme des treize 
mille trois cents livres, etc.. 

«Les matériaux de démolition devant être utilisés par lui. En 
conséquence... le plan lui a esté délivré... Il a promis de faire en 
pierre, les marches du perron qui sur le devis estoient en bri- 
ques... plus de faire les murailes, etc. 

(( Moyennant quoi le dit entrepreneur a, promis avoir para- 
chevé, en tout et rendu le palais à la clef, conformément au de- 
vis, à la feste Saint-Martin de Tannée prochaine (1672), à peine 
de tous despans, etc 

(( Faict à Montauban le 11 may 167 1. 

(( Coffinal, Delmas, Garrison, Bebian, Dumons, notaire. 
« (Dumons, notaire. Liasses f. 112). (Côté 2.172.) » 

Le devis se trouve joint à cette pièce : 

(( Sera le dit Palais, faict et dispousé sur la plasse du vieux 
palais épiscopal deMontauban, etc. 

Sera faict dans la fa(,\'ide de la rue du |X)nt. « Le portai d'en- 
trée du palais, dimensions portées sur le plan, fait en corps de 
pilastres de Tordre dorique, avec bornes et impostes de pierre 
de tailhe, et les armes du Roy ornées d'un cartouche et ordre du 
Saint-Esprit. 



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A MONTAIBAN Sq 

Le bâtiment aura 21 canes trois pams, sur la rue du Pois. 

Sur un angle de la basse-cour du côté de la Rivière sera fai- 
te une tour, couverte en dôme, de brique taillée, et sera fait en 
ce point la porte d'entrée de la basse-cour. » 

Cette tour fut faite au coin de hi rue du Pont elle figure sur 
les dessins faits à l'époque par Parizot. 

Tous les planchers, celui de la chambre des conseils, celui 
de la chambre du parquet, celui de la chambre des manteaux 
seront faits en bois de sapin. 

Au troisième étage seront les appartements de Messieurs les 
gardes, facteurs, greffiers. 

Du côté de la rue du Pois et du côté de la rue du Pont, les 
toitures seront à demi tombants d'eau, eh tuile canal rouge 

On utilisera les planchers, en particulier celui de la chambre 
où couchoit Monsieur de Montauban, celui de la chapelle, celui 
de la Bibliothèque. 

Il sera fait dans la tour, le grand degré, pour Messieurs de la 
Cour à monter à leurs appartements et au tribunal. Le dedans 
de la tour portant deux canes en carré dans œuvre, le degré 
sera carré à lanterne, à marches massives, montant jusqu'en 
haut. 

Il sera fait une basse-cour sur le mur du côté de la rivière. 
Le mur s'arrêtera à hauteur d'appui. La salle d'audiance sera 
du côté de la rivière faisant face sur la basse-cour, sur laquelle 
on parviendra par un perron à fer à cheval et une porte sur ce 
grand degré. 

Au dessous de l'Audiance seront les prisons et les bûchers. 

Dans les salles d'Audiance p>our le tribunal seront placés les 
sièges de Messieurs les présidents et conseillers suivant leur 
ordre et dignité sur une estrade de trois jxims. 

Pour Messieurs les gens du R(v, au pied de l'estrade. 

Pour le bureau de Messieurs les advocats, il sera séparé 
du parquet de l'audiance. 

L'entrée du palais sera sur la rue de la descente du pont 
avec portai de bois de noyer à deux parties. Il y aura une por- 
te sur la rue du Pois, aussi à deux piu"ties. 

La chambre du buvetier sera sur la rue, ainsi que la cuj- 



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6^ NOTES SUR l'Établissement oe la cour des aides 

sine du garde du palais. Au-dessous sont de vieilles voûtes 
de caves, qui seront conservées. Tout le rez-de-chaussée sera 
voûté de briques. 

Dumons, notaire. Liasses, côté 2.172, f. 114-115. » 

Cette description du palais de la Cour des Aides, ne fait 
pas double emploi avec celle qui a déjà paru dans le Bulle- 
tin de r Académie de Montauhan (1898, f. 93.) C^s deux articles 
se complètent Tun l'autre. 

Au dessus de la porte du Palais qui avait été réservée dans la 
façade de la rue du Pont, se trouvait, comme nous Tavons vu 
plus haïut, une pierre portant les Armoiries du Roy. 

Ces sculptures ne furent faites qu'après l'achèvement de la 
construction, et nous possédons le nom de l'artiste qui les fit, 
grâce au traité qui fut passé avec lui,comme suit: 

« Bail à graver les Armes du Roy, fait par Pierre Delmas, 
mnîtje charpentier, à Jean Courdîé, sculpteur, le 24 mars 1^72, 
pour la Cour des Aydes. 

Il devra faire la sculpture en relief sur deux pierres de quatre 
pams et demy en carré, suivant le modèle, que les parties ont 
choisy, etc. » « pour être mises en place sur le frontispice du 
grand portail du dit palais, et ce, moyennant la somme de cin- 
quante livres. » 

Jean Courdié confia le travail à un ouvrier de Montricoux, 
ce qui indique que la pierre choisie pour cette sculpture était du 
marbre de Montricoux, lequel était très employé à Montauban à 
cette époque, pour les cheminées, les fontaines et les meubles 
divers qui avaient une tiible de marbre à leur partie supérieure. 

Ce fut donc, « l'ouvrier Jean Benech, sculpteur de Montri- 
coux )) qui sculpta les Armes du Roy (Dumons, notaire. Lias- 
ses 1672. Article 61.) 

Comme l'avait promis l'entrepreneur, les traivaux furent pous- 
sés rondement. Et dès la fin de l'année 167 1, on pouvait juger 
que tout serait prêt à la Saint-Martin. 

Aussi dès le 24 février de cette année, Messieurs de la Cour 
se mirent-ils en mesure de meubler le nouveau palais. 



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A MONTAUBAN 6\ 

A cet effet il commandèrent les tapisseries et meubles dont la 
description se trouve dans les actes notariés que nous donnons 
ci-<iprès, passés par Monsieur Dupin de Saint-André, Tun des 
conseillers de la Cour. 

« Vente de Tapisserie faite par Matheron à M. Dupin. 

« L'An mil six cent soixante douze, et le 24 février, après 
midi, à Montaubaji, régnant très chrestien prince Louis, par la 
grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, devant moi notaire 
et tesmoins bas nommés constitué en personne, Charles Mathe- 
ron, marchand tapissier de la ville d'Aubusson, en la Haute 
Marche, au diocèze de Limoges, lequel de gré a fait vente à 
M,^ George Timoléon Dupin, conseiller du Roy en la sou- 
veraine Cour des Aides de Montauban, icy présent et acceptant. 

<( Scavoir d'une tente de tapisserie à laine double dégraissée, 
de hauteur de quatre aulnes, et du nombre des pièces qui se- 
ront nécessaires, pour garnir entièrement la salle des Audian- 
ces, du palais de ladite Cour des Aydes dont le bastiment et 
construction se fait présentement dans la présente ville au lieu 
et place de la ma,ison épiscopale. 

« La dite salle estant desjà entièrement bastie hormis divers 
fenestrages et de l'endroit où sera l'autel. 

« Toutes lesquelles pièces de ladite tente de tapisserie seront 
de la même qualité et bonté que celles qu'il a déjà vendues audit 
Sieur Dupin et à Messieurs de Cabié et d'Autesserre. 

« Et dans la pièce qui sera à l'endroit du siège du Roy sera 
représenté un pavillon Royal, et les Armes de sa Majesté avec 
un écusson supporté par deux anges au naturel. 

c< Et dedans la bordure haute de chacune des grandes pièces 
sera représenté la justice avec une espée et la balance. Et toutes 
les bordures seront rehaussées de soye, représentant de trophées 
d'armes et de cris de guerre. 

n Dans les coins de chacune des grandes pièces seront aussi 
représentées deux lettres L. entrelassées, avec la Couronne au- 
dessus. 

(c La laine blue, sera d'une couleur enfonssée en vray blu tur- 
quin. 



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62 NOTES SUR L^ETABLISSEMENT DE LA COOft DES AtDES 

(( Comme aussi garnira de semblable tapisserie à fleurs de Lis 
les sièges du tribunal dudit palais et le banc de Messieurs les 
gens du Roy. lît fera un tapis pour la table de Messieurs les 
greffiers. 

« Laquelle vente, ledit Matheron a faite audit sieur Dupîn, 
moyennant le prix et somme de Dix sept cent livres sur laquelle 
le dit Sieur Dupin, lui a réellement payé la somme de cinq cent 
livres en louis d'or et d'argent, etc.. et les douze cent livres 
restantes, seront payées en recevant ladite tapisserie, posée dans 
la salle d'audiance, à la Toussaint prochaine, à peine de., etc.. 

« Signé: Dupin, Matheron, Valette, Bebian, Dumons. » 

(Dumons, Liassses, f. 44). 

Le nom de Matheron, négociant d'Aubusson, était connu 
par une vente de tapisseries faite en 1578 à Saint-Nicolas au sei- 
gneur de Goût, par F'ranjiois Matheron et François Meaulme 
tapisseurs de la ville d*Aubusson (Bul. Arch., XXXIV, i6ï.) 

Le nom que nous mettons aujourd'hui en lumière de Charles 
Matl^eron marchand de Limoges, en 167 1, est d'autant plus in- 
téressant, qu'il indique une véritable dynastie de négociants 
(( Maîtres Tapisseurs » de ce nom, puisque cent ans séparent 
les deux dates des deux ventes que nous connaissons- 
Nous ne tardons pas à faire la connaissance d'un autre mar- 
chand de tapisseries, car il manquait des tapisseries pour le 
parquet de la. Cour des Aides. C'est alors qu*eut lieu une nou- 
velle <c Vente de tapisserie faite à Messieurs les gens du Roy de 
la Cour des Aydes, par Matheron et de Chavaux. » 

<{ L*an mil six cent soixante douze, et le 23 novembre après 
midi, à Montauban, régnant, etc.. Constitués en personne, 
Charles Matheron et Pierre de Chavaux, marchands tapissiers 
de la ville d'Aubusson, etc., lesquels de gré solidairement l'un 
pK>ur l'autre, et un seul pour tous deux sans division, etc., ont 
fait vente à Messieurs Jean de Missel, seigneur du Roy (i), 

(i) Le nom de « Messire Jean de Missel, seigneur du Roc, > nous 
donne Toccasion de dire que la Notice de M. Taupiac, déjà citée, con- 
tient, à son sujet, une mention qui paraît fautive. 



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A MONTAUBAN 63 

conseiller du Roy en ses conseils et son procureur général en la 
souveraine Cour des Aides et finances de Montauhan, Estienne 
de Saux et Guillaume Lefranc, seigneur de Lisle, aussi conseil- 
lers du Rov en ses conseils et advocat de sa Majesté en ladite 
Cour des Aides, lesdits^ieurs du Rocq et de Lisle icy présents 
et acceptants, etc, savoir une tente de tapisserie pour le parquet 
quet desdits sieurs procureur et advocat du Roy, parsemée de 
fleurs de I^is, de la tirance de quatorze aulnes de Paris de tour, 
et de demi aulnes et demie de hautur, en cinq pièces à double 
fil de laine dégraissée de la même bonté et qualité que celle que 
ledit Matheron a fait pour la salle d'audience du palais, etc. 
dans chacune desquelles cinq pièces seront représentées les 
armes du Roy dans un écusson supporté par deux anges au na- 
turel, et les bordures desdites cinq pièces, etc. (comime pour les 
autres), ix)ur le prix et somme de quatre cent livres, etc, avant 
la Saint-Martin prochaine. 

Signé: Durocq. Lefranc E>elisle. 

Matheron. De Chazang. 

Valette le Blon. 

Dumons notaire, (liasses, f. 225.) 

Notons en passant la différence qui existe entre le nom du se- 

Nous y voyons, en effet : « Jacques-Michel Duroc, advocat au Parle- 
ment, » nommé substitut en la Cour, le i3 septembre 1654. 

Le même, sans doute, « Michel Duroc, substitut, 1 fut nommé Procu- 
reur général le 25 avril i656. 

Malgré la désinvolture bien connue, avec laquelle nos ancêtres trai- 
taient l'orthographe des noms propres, il semble difficile d'assimiler 
« Jean de Missel, seigneur du Rocq, Conseiller du Roy et Procureur 
général en la Cour, » en novembre 1672, aux précédents. Son prénom, 
qui ne concorde pas, est une raison pour empêcher la confusion. 

La durée de son emploi paraît aussi bien longue. Son successeur, 
« M*"** Antoine Dadine de Hautesserre, » fut nommé le 7 janvier 1684. 
Jacques-Michel Duroc serait donc demeuré en fonctions vingt-huit ans. 

D'autre part, il faut noter que M'**' d'Hautesserre serait lui-même resté 
en fonctions de Procureur général trente-un ans, si la Chronologie de 
M. Taupiac est exacte. N'y aurait-il pas là quelque lacune? 

Les autres fonctionnaires nommés dans cette Notice se retrouvent 
exactement chez M. Taupiac. 



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b4 NOTES SUR I. ETABLISSEMENT DE LA* COUR DES AIDES 

cond vendeur dans le texte et dans sa signature. Je pense que 
c'est la signature qu'on doit préférer (i). 

Grâce à ces divers documents nous pouvons nous faire une 
idée de la splendeur des diverses salles de la Cour des Aides de 
Montauban. 

Toutes ces tapisseries furent détruites sans doute à la Révo- 
lution. Car les Armoiries Royales, Fleurs de lis, Devises et 
Cris de guerre qu,i les ornaient ne purent que hâter leur des- 
truction. 

En tout cas nous n'avons aucun renseignement à leur sujet 
et elles ne paraissent pas avoir survécu. 

(i) Peut-êire faudrait-il lire dans le manuscrit • Pierre de Chavanx u 
ou d„ns la signature « de Chazaug. » 




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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président ; de Bellefon, vice-président ; 
Ed. Forestié, secrétaire général; chanoine Calhiat, général 
Wallon, Paul Fontanié, docteur Monribot, Victor Lavitry, Mathet, 
colonel Forel, capitaine de Bazelaire, Moissenet, Borderies, 
Ressayre, Lespinasse, colonel Caillemer, abbés Chatinières et 
Milhau, René de Vivie, Souleil, Laroche, Séméz-es, Gélarié, 
capitaine de Mandres, abbé de Scorbiac, lieutenant de Gaujac, 
Escudié, Pécharman, Donnadieu, Imbert, Bourdeau, secrétaire. 

La séance est ouverte par la lecture du dernier procès-verbal 
qui est adopté. 

Excusés : WA, de Bellerive, général Konne. 

M. le Président présente une collection de divers objets préhis- 
toriques qui furent offerts à la Société par le regretté M. Treilhard; 
ils avaient été confiés à M. Leenhardt. Ils proviennent de la 
grotte des Espelugues, à Lourdes; parmi eux, une tête de cheval, 
sculptée dans un fragment de corne de renne, compte parmi les 
objets rarissimes de ces époques; elle a été publiée par M. Piette. 
Bon nombre d'ossements gravés sont également dignes de remar- 
ques. 

M. Sémézies, donne communication des travaux de préparation 
de l'Exposition des Beaux-Arts qui ont été accomplis par la 
Commission et des dernières dispositions qui ont été prises. 
I908 6 



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66 PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

L'Exposition s'ouvrira le 15 novembre; à cette séance de vernis- 
sage seront seuls admis les invités, les membres de la Société, 
les abonnés et les exposants. (Voir le compte-rendu dans le 
Bulletin de 1907, p. 316.) 

M. le Président annonce avec regret le départ de Montauban 
de M. le professeur Leenhardt qui s'intéressait puissamment à la 
Société. Il prend sa retraite à Montpellier. M. Leenhardt s'occu- 
pait surtout de préhistoire, mais son esprit cultivé, familiarisé avec 
toutes les sciences, apportait d'utiles participations à tous nos 
travaux et les relations avec lui étaient on ne peut plus agréables. 
Malheureusement, l'état de sa santé l'avait depuis quelques temps 
empêché de venir à nos séances. 

M. le docteur Teyssier, du io<^ dragons, dont le talent musical 
avait été très apprécié, et M. le lieutenant Guilhot de Lagarde 
nous quittent également. La Société, par Torgane de son prési- 
dent, exprime les regrets que lui cause l'éloignement de ces trois 
confrères. 

M. Etienne de Moabrison fait don à la Société d'un magnifique 
ouvrage intitulé Les Grands Châteaux de France et dans lequel 
il y a une très belle série de vues du château de Saint-Roch. Ses 
notices, réunies sous la direction de M. Henri Fouquier, sont de 
divers auteurs. M. Et. de Monbrison a écrit avec autant de 
compétence que d'autorité celle qui est consacrée au beau château 
bâti par son père sur les plans de M. Olivier. (Les Grands Châ- 
teaux de France, Imprimé chez Lahure, 1907.) 

M. Pierre Lespinasse donne un aperçu artististique de ce bel 
ouvrage et se fait l'interprète des sentiments de gratitude de tous 
à l'égard du généreux donateur. 

• M. René de Vivie fait hommage de son dernier ouvrage, Quel- 
ques jours à Berlin^ qui contient de remarquables aperçus éco- 
nomiques sur l'état de l'empire germanique. Il en sera rendu compte. 

La Société a également reçu : 

La Cathédrale de Reims ^ par M. Louis Demaison; 

Lara et son église^ par M. Rumeau; 

Les Communications postales en Rouergue, par M. Cabrol. 

Des remerciements sont votés aux donateurs. 

M. le chanoine Galhiat rend compte d'un article de la Revue du 
Traditionalisme s\xv < le Folklore». 

La Société littéraire de La Rochelle annonce l'ouverture d'un 
conc:)urs littéraire pour l'année 1908. 



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PROCES-VERBAUX DES SEANCES 67 

M. le général Quévillon et M. Pougens envoient leur souvenir 
amical à la Société. 

M. le Président annonce qu'il s'est rendu, en compagnie de 
MM. Mathet et Lespînasse, au château de Saint-Etienne, chez 
notre confrère M. E. Depeyre, afin, de là, d'aller visiter à nouveau 
la curieuse église de Notre-Dame de Saux. Abandonné au milieu 
des bois, cet édifice est remarqable par des coupoles qui rappel- 
lent celles de Cahors ou de Souillac, dans la région, et leur sont 
cependant très postérieures. Il ne paraît pas possible de les faire 
remonter au-delà de la dernière période gothique, ce qui constitue 
une rareté dans tous les cas sans similaires dans le département. 
Le très mauvais état de la toiture amenant un danger pour les 
voûtes en partie à découvert, des réparations s'imposaient. Un mem- 
bre de la Société a bien voulu généreusement se charger des frais 
qu'elles entraîneront. 

M. le Président, d'accord avec la municipalité de Montpezat, a 
pu faire faire ce travail de préservation, en attendant que le monu- 
ment soit classé comme monument historique. (Voir p. 82.) 

Il fait circuler des photographies de l'église prises à ce dernier 
voyage par M. Mathet, et d'autres qu*a bien voulu envoyer 
M. Gabriel Depeyre. 

La Société remercie l'anonyme archéologue de cet acte de sau- 
vetage si méritoire. 

M. Paul Fontanié donne quelques détails biographiques sur une 
femme de Casîelsarrasin qui fit, comme volontaire, toute la cam- 
pagne d'Allemagne en 1813. 

M. le secrétaire général Forestié communique, de la part de 
M. l'abbé Oulès, des fragments d'un registre de notaire de 
Moliètes en 1385. Ces feuillets sont intéressants à plusieurs points 
de vue et seront publiées. 

Il signale à cette occasion comme une mine féconde en décou- 
vertes historiques, anecdotiques, biographiques, les registres 
anciens des notaires et il rappelle de combien de communications 
ces notulaires lui ont fourni la matière. A l'heure actuelle il 
dépouille les minutes des notaires de Saint-Nicolas de la Grave 
dans lesquelles il a découvert nombre de détails sur Lampthe- 
Cadillac et dont il est en train de tirer la matière intéressante 
d'une étude sur une famille bourgeoise à travers les âges. 

Entre autres citations, il mentionne un bail pour la régence des 



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68 PROCÈS-VERBAUX DES SKANCES 

écoles de Saint-Nicolas en 1635 : le régent recevait 150 livres par 
an et le logement. 

Il signale également de nombreux incidents du logement des 
troupes de la compagnie colonelle du duc d'Epernon à Saint- 
Nicolas, qui rappellent les tribulations des consuls d'Auvillars à la 
même époque, que M. Moulenq a racontées dans une plaquette 
intéressante. 

M. de Bellefon lit à ce sujet un extrait relatif aux étapes pen- 
dant le XVI® siècle publié dans l'ouvrage sur les guerres de 
religion, de M. Cabié. 

M. de Mandres fait observer qu'aux Invalides on trouve un 
certain nombre de sauf-conduits donnés par les Maréchaux de 
France pour éviter les exactions des gens de guerre. 

M. Fontanié parle des découvertes faites à Antinoë, publiées 
par M. Guyot dans les Annales du Mtisée Guimet. 

M. le chanoine Pottier qui possède des fragments d'étoffes 
trouvés dans les tombes de cette cité, les fait passer sous les 
yeux des membres de l'Assemblée. 

M. Pierre Lespinasse signale : 1^ dans la Revue de la Corrèze, 
une découverte archéologique d'anneaux d'or dans les environs 
de Pontgibaud ; 2^ dans la Revue de VOrléanais^ un article curieux 
sur les évantails révolutionnaires du Musée d'Orléans; 3° dans le 
Recueil de V Académie des Sciences de Toulouse^ une étude sur 
le groupement des races humaines, par M. Juppont; 4® dans la 
Revue archéologique de VOise. une étude sur le château d'Arti* 
mont et sur ses Tapisseries. 

M. le Président annonce, avec le plus profond regret, la mort 
du docteur Louis Guiraud, professeur à la Faculté de Médecine 
de Toulouse, décédé à Montauban, sa ville natale, le 21 septem- 
bre. Il fut un des premiers membres de notre Compagnie. 

Il déplore également la mort de M. Auguste Lair, membre de 
l'Académie des Inscriptions et de nombreuses Sociétés savantes. 

La Société des sciences historiques et naturelles de Semur a 
tenu, en septembre une réunion à Alise et visité les fouilles 
d'Alésia sous la direction de M. le commandant Espérandieu. 

M. Gartailhac, en s'excusant de ne pas pouvoir venir donner une 
conférence pendant l'Exposition, envoie une carte postale don- 
nant la très curieuse réduction des dessins du plafond de la 
Grotte préhistorique d'Altamira de Santillane (Espagne), qui 
présente une très intéressante vision du tempérament artistique 



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PROCès-VERB\UX DES SÉANCES 69 

des habitants des cavernes. Il y a là des attitudes d'animaux que 
ne renieraient pas nos peintres contemporains. 

M. le lieutenant comte de Laurencin-Beaufort, présenté par 
MM. les capitaines de Bazelaire et de Mandres; 

M. Marcellin Dalquié, prétenté par MM. le chanoine Calhiat et 
Delpey ; 

M. le comte Xavier de Villèle, présenté par MM. le Président 
et Forestié, 

Sont élus membres titulaires à Tunanimité. 

Avant de lever la séance et pour répondre au vœu Je plusieurs 
membres, M. Sémézies prête le charme de sa diction à une amu- 
sante poésie du regretté chanoine Ferrand, Pour la veuve Poly- 
carpe, poésie publiée par l'Académie de Bordeaux. 

La séance est levée à 10 heures 3/4. 



SÉANCE DU 11 DÉCEMBRE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. XE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président ; de Bellefon, vice-président; 
Ed. Forestié, secrétaire général; général Appert, général Konne, 
général Wallon, chanoine Calhiat, Ressayre, Moissenet, colonel 
Caillemer, Vitteaut, Escudié, abbé Ghatinières, Mathet, abbé 
Milhau, Victor Lavitry, Dufaur, B. Forestié, Lespine, Souleil, 
abbé de Scorbiac, Laroche, Saint-Yves, Lespinasse, Teissié-Solier, 
Delpey, commandant de Lacger, Sémézies, commandant de Ber- 
mond, Bourdeau, secrétaire. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Le général Appert présenté par les généraux Konne et Wallon» 
est élu membre titulaire et prié de prendre place au sein de la 
Société. M. le Président lui souhaite une cordiale bienvenue à 
laquelle le général répond dans les meilleurs termes pour assurer 
ses nouveaux confrères de tout son dévouement à l'œuvre de la 
Société à laquelle il s'intéresse particulièrement. 

Le capitaine Paris de TréflFond d'Avancourt, présenté par M. le 
capitaine de Mandres et M. le Président; 



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70 PROCEi-VERBxVUX DES SEANCES 

M. Chaulet, architecte départemental, présenté par M. Bour- 
deau et M. le Président, 

Sont élus à Punanimité membres titulaires. 

M. Leenhardt, avant de quitter Montauban, a adressé à M. le 
Président un dossier contenant un plan à l'échelle approximative 
de i/iooo« de Toppidum de saint Clément qui se trouve situé 
dans la Grésigne; en môme temps plusieurs photographies de 
cette motte militaire prises en hiver et permettant d'en apercevoir 
le profil. Ces documents seront conservés dans nos archives ; ils 
seront joints au plan dressé par M. le docteur Alibert. 

A cette occasion, M. le Président répare un oubli qui s'est pro- 
duit dans le dernier procès-verbal. M. Leenhardt est passé dans 
la classe des membres correspondants. Il nous reste donc attaché 
et a bien voulu nous assurer qu'il garderait bien vivant le souve- 
nir de la Société dans sa nouvelle résidence. 

M. le Ministre de l'Instruction publique annonce que le 
Congrès des Sociétés des Beaux-Arts se réunira à Paris pendant 
la semaine de Pâques. 

De même pour le Congrès des Sociétés savantes auquel notre 
confrère, M. Saint-Yves, fera les communications suivantes : 

SECTION DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 

Le fonds Asie des archives du ministère des affaires étran- 
gères, 

A travers les mélanges Colbert, quelques notes pour servir à 
l'histoire de la marine et de la colonisation française au XVII® 
siècle 

Essai d^une géographie de VInde au XVII^ siècle^ pour servir 
à Vhistoire de la colonisation française et anglaise. 

Les Anglais en Indo-Chine au XVII^ siècle. 

A la demande de M. le Président, M. Lespinasse prépare, pour 
les Beaux-Arts une étude sur le peintre montalbanais Nazon. 

Deux membres nouvellement élus, M. le Comte Xavier de Villèle 
et M. de Laurencin-Beaufort ont adressé à la Société l'expression 
de leur gratitude. 

M. Louis Pages fait hommage, avant son départ pour Pau, de 
sa thèse de doctorat. 

M. l'Abbé Buzenac, curé de Castanède, adresse à la Société 
quelques notes sur l'abbaye de Saint-Pierre de Lacourt et une 



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l>ROCès-VERnAUX DES SÉANCES Jl 

empreinte du sceau de cette abbaye; il envoie un petit album 
d'aquarelles intéressantes. M. le Président rappelle que le sceau 
matrice a été trouvé, il y a quelques années suspendu au cordon 
destiné à soutenir la queue de la poêle devant une cheminée de 
métairie à Saint-Amans de Pellagal. Etrange destinée des choses 1 

M. le chanoine Pottier rappelle le succès obtenu par l'Exposi- 
tion des Beaux-Arts, dont le compte rendu, très intéressant, a été 
donné par M. le Secrétaire général, M. Ed. Forestié (voir 
tome XXXV, 4® trim. 1907, p. 205), et dont M. Marcel Sémézies a 
présenté les comptes et le résultat financier (Ibid. p. 319). M. le 
Président se fait l'interprète jde toute la Société pour remercier 
ses collaborateurs : MM. Sémézies, Lespinasse, Bouïs, Marre, Fauré, 
Célarié, Bouysset; la section de musique et son distingué prési- 
dent, M. le chanoine Gontensou; la Cigale et son dévoué direc- 
teur, M. Célarié; enfin les conférenciers, MM. de Gironde, Sémé- 
zies, Mathet, Lespinasse, Moissenet, Graillot. 

M. G. Saint-Yves offre à la Sopiété son dernier ouvrage en 
collaboration avec M. Chavanon : Le Pas-de-Calais de 1800 à 18 10, 
Etude sur le système administratif institué par Napoléon I^*^. 

Ce livre a obtenu un prix de l'Académie des sciences morales 
et politiques : fondation Raymond. 

L'auteur donne une rapide analyse de son œuvre. 

M. le chanoine Calhiat rend compte d'une conférence du Musée 
Guimet sur les Thibétains et résume en quelques mots la vie 
militaire, la vie judiciaire, la vie universitaire et la vie familiale 
de ce peuple très intéressant à connaître. Il s'étend notamment 
sur les particularités très curieuses qui regardent chez lui la nais- 
sance, l'éducation, le mariage, la nourriture, le* costume, la mort 
et les funérailles. Cette étude ethnographique amène M. Saint- 
Yves, qui a visilé le Thibet, à compléter la communication de 
M. Calhiat. Il fait gravir à sa suite les hauts plateaux des Pamirs 
et, dans des aperçus historiques, topographiques et scientifiques, 
captive l'Assemblée par sa brillante parole. C'est un retour vers 
une conférence sur son voyage au Thibet qu'il donna à la mairie 
il y a quelques années. 

M. Lespinasse dit quelques mots d'une étude publiée dans le 
Bulletin du Musée du Nord et de Stockholm sur les Corporations 
au Moyen-Age en Europe. On y relève la création à Toulouse, 
au XII® siècle, des Corporations de bouchers et de boulangers. 

A la fin de son travail, l'auteur indique quels .furent les débuts 



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72 PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

des corps de métiers dans les possessions danoises, notamment à 
Copenhague, à Malmoë et à Bergen. 

A propos d'une étude publiée dans le Recueil de la Société 
d'Archéologie, M. le chanoine Pottier présente une intéressante et 
nombreuse collection de pommeaux d'épées de toutes les époques; 
la plupart ont été, comme le sceau de l'abbaye du Mas-Grenier, 
trouvés attachés aux cordons des poêles dans la demeure des 
paysans. 

Les poêles, à queue très longues, étaient posées sur un trépied 
et maintenues d'aplomb à l'aide d'une ficelle munie d'un contre- 
poids; le pommeau étant la partie la plus forte et la plus résis- 
tante d'une épée peut plus facilement se retrouver dans le sol que 
la lame et, dès lors, offrir aux laboureurs, qui les recherchaient, 
ce contre-poids, objet de ménage ayant son utilité. 

M. Siréjol, curé de Lachapelle, qui est de Mirabel, a informé 
M. le Président que le tumulus de Notre-Dame des Misères vient 
d'être fouillé par suite d'un • éboulement. On y a découvert une 
vaste salle creusée de main d'homme dans le tuf; elle a 4 mètres 
de diamètre sur une hauteur de 3 mètres. Autour sont cinq silos ; 
puis une galerie de o m. 70 de large sur i m. 80 de haut conduit à 
une autre salle de même dimension que la première et offrant 
aussi cinq silos; au bout du couloir sont pratiquées deux rainures 
servant à mettre les pièces de bois qui maintenaient la porte 
fermée. Il y a encore plusieurs couloirs et plusieurs salles qu'on 
n'a pu explorer. Ces salles et ces couloirs sont absolument étan- 
ches. 

On se trouve en présence d'une de ces habitations troglodytiques 
décrites par M. Devais aîné. 

Conformément aux statuts, on procède au renouvellement des 
trois membres sortants du Conseil d'administration ; MM.Buscon, 
Mathet et Fontanié. Ces messieurs sont réélus à l'unanimité. 

La séance est levée à 10 h, 25. 

Le Secrétaire^ 

J. BOURDEAU. 



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PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

SÉANCE DU 8 JANVIER 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président; de Bellefon, vice-président; 
Ed. Forestié, secrétaire général ; général Konne, général Wallon, 
chanoine Calhiat, Sémézies, colonel Caillemer, de Saint-Félix, 
commandant Barthe, capitaine de Tréffond d'Avancourt, comman- 
dant de Lacger, Ressayre, SanchoUe, Imbert, Delpey, de Séverac, 
abbé Chatinières, Maury, Mommayou, abbé Milhau, Laroche, 
Lespinasse, capitaine Marcel, Souleil, de Laurencin-Beaufort, 
capitaine Reveillaud, Pécharmant, Latreille, commandant de 
Bermond, Saint-Yves, comte de Gironde, Baron de Scorbiac, 
Moissenet, Bourdeau, secrétaire. 

Excusés, MM. Mathet et Buscon. 

Le procès-verbal de la séance de décembre est lu et adopté. 

M. le Président adresse à ses collègues, pour l'année qui com- 
mence, des vœux empreints de la plus profonde cordialité. 

Sur l'invitation du président, M. le chanoine Calhiat donne lec- 
ture des vers latins qu'il a composés pour, suivant nos traditions, 
être envoyés aux membres et aux Sociétés correspondantes. 

Ces vers, ainsi que Ta écrit notre confrère le marquis de Panât, 
membre des Jeux Floraux, sont déclarés « dignes de Sadolet ou 
de Jérôme Vida ». 

Les voici : 

Allicii, o f rater (i), mentes humana vetustas : 

Ferventer calamo iempora prisca nota, 
Prœcipue veteris Patrice ntemoranda célébra^ 

Et dahitur scriptis splendida palma tuie! 
Hoc opuSt hic lahor est nostrœ telluris amantum : 

Quis francus posset non adamare suam ? 

M. le Président donne lecture de quelques-unes des réponses 
qu'il a déjà reçues à cette occasion. Plusieurs Académies ou 
Sociétés savantes ont, comme nous, emprunté la langue de Vir- 
gile ou d'Horace en sa forme poétique. 

C'est ainsi que s'exprime de la façon la plus heureuse, qui, du 

(1) Une variante pour les Sociétés \ Aima Soror. 

1908 7 



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74 PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

reste, lui est coutumière, la Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts d'Angers : 

Graia fuit nobts, anno nascente, sodales, 
Littera quœ sensus vestros et votaferebai. 
Spectatum dulcis patriœ sualetis amorem^ 
Et gnavum studiunt laudatis temporia acti. 
Et bene. Stultus enim qui veîlet mobilis horœ 
Vel secli spatio gentis concludere vitanty 
Nil, verèy pressens et lapsum dividit œvum, 
Arctaque cum proavis conjungunt vincla nepotes, 
Ut par^em nostri meliorem habeamus ab illis. 
Quid mirum si Priscorum cognoscere gesta 
Niiimur et tnores, usus, arcanaque cordis ! 
Ttisiia nimboso cœlo cernentibus, et rem 
Omnetn vastatam, sparsas et ubique ruinas, 
Utile tnajorutn prœclare facta referre^ 
Ut nova lassattis foveat fiducia mentes, 

E sociis unuSf vir acuta mentis et audax, 
Immensum suscepit opus. De pulvere chartas 
Oblitas prompsitt plures, prius igné perusias, 
Restituity doctaque notas simul addidit arte, 
Editus ille liber vesiram mox ibit in urbem. 

Ut vobis bona cuncla codant ex corde precamur^ 
Optamusque novus currat féliciter annus, 

L. Thibault. 

La Société d'Agriculture, Lettres et Sciences de la Haute- 
Saône, sous la plume de M. Monnier, professeur, répond en ces 
termes : 

^05 quoque, blanda soror^ jamdudum humana vetustas 

Sœpe dies totos allicit et retinet. 
Ut suades merito, nos tempora prisca notamus. 

Et veteris patriœ noscere facta^juvat. 
Ipse urbis Vesulanae annalia volvere conor, 

Et modicis scriptis splendida palma data es (i). 
MoM opus illud ego vsstris adfungere velim, 

Ut ntelius patriani possis amare meam ! 

M. Léopold Delisle, depuis longtemps Tami de notre Compa- 
gnie, a bien voulu écrire : 

« Très Honoré Chanoine et Confrère, 
€ Quand j'étais au Collège j'ai ânonné quelques vers latins, 
mais je serais bien incapable de mettre sur ses pieds un distique 
qui ressemblât à ceux dont vous m'avez honoré au nom de la 
Société Archéologique de Tarn-et-Garonne et dont je ne sais 
comment vous remercier. Je dois me borner à un simple accusé 
de réception, avec mes excuses et mes meilleurs vœux. 
« Votre tout dévoué. 

« L. Delisle. 
€ 30 décembre 1907. * 

(i) La Société de Vesoul a pris à sa charge l'impression de cet impor- 
tant ouvrage. 



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f»ROCÊS-VERBAUX DES SÉANCES jS 

A Toccasion de la réponse si aimable de M. Léopold Delisle, 
M. Sémézies donne lecture d'une partie de l'autobiographie que 
le vénérable membre de l'Institut a envoyé à la Société et qui est 
comme la préface de son œuvre. 

Une lettre du général Souvestre exprime ses regrets de n'avoir 
pu remercier ses confrères de l'accueil qu'il a reçu d'eux à 
Montauban. 

M. Moissenet, ingénieur en chef, ayant adressé ses vœux en 
langage Espéranto, que voici : 

Tut korUf sindona, kaj kunfrata saluio. 

M. Pierre Lespinasse en donne la traduction : 

Salut cordial, affectueux et confraternel. 

La Société archéologique de Béziers a paraphrasé en vers fran- 
çais nous souhaits, en un sonnet qui se termine par une aimable 
allusion à son président Laurès, un nom bien porté ': 

L'antique humanité captivant les esprits, 
Nous devons, chère sœur, sur le bronze transcrire 
Led dates du vieux temps où Vimmortelle lyre 
Charmait par ses accords les ancêtres surpris. 

Chercheurs montalbanais, derrière les cieux gris 
Trouvée Tor et Tazur. Le complaisant Zéphire 
Porte un pieux encens que nul ne veut proscrire, 
Parfum du souvenir de nos morts favpris. 

Défendre les tombeaux de la terre natale. 
Tel est Tunique but, Tœuvre fondamentale 
Des soldats du second siècle de Périclès. 

L'archéologue attend dans la paix la victoire. 
Les lauriers ont toujours commencé par Laurès. 
Ce nom remportera les palmes de la gloire I 

La Commission départementale des antiquités de la Gôte-d'Or, 
à la Société archéologique de Tarn-et-Garonne : 

Salve iterum atque iterunt, nobis longinque sodalis^ 

Cui faciles versus anima Musa dedU. 
Vin nivibus desuevit hiems, refugiique December, 

Ecce redit votis charta notata fuis. 
Quœ tua vota loquar^ mea sunt, nec plura remittam 

Sic labor usque tibi, sic quoque crescat honos. 

La Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du 
Lot à ses confrères de Montauban : 



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j6 PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

Frairibus hœcfratres justUsima vota remittunt, 

Sic Suivent mutuœ muttus amicitiœ. 
Ergo sit vobis Quœrculi fervidus ardor 

Quœ scriptura vêtus, quœ lapis ipse vêtus 
Veraferunt, frontemque simul decorate repertis 

Nos eadem /acimus, sed quis honos dahitur. 

Le Ministre de Tlnstruction publique annonce Touverture du 
Congrès de la Sorbonne, à Paris, pour le 22 avril prochain. 

M. le Président adresse un souvenir ému à la mémoire de notre 
confrère, M. Alphonse Sarrebayrous, décédé à Beaumont-de- 
Lomagne, le 7 décembre dernier, lettré et habile photographe. 

M. Etienne Depeyre, conseiller général de Montpezat, membre 
de la Société, adresse de très belles photographies de l'église de 
N.-D. de Saux. 

M. Tabbé Taillefer, curé de Cazillac, notre confrère, communi- 
que une étude très intéressante et très documentée sur un Sei- 
gneur Quercynois au XV® siècle. 

La Société des Archives historiques de la Gascogne propose 
une union des Sociétés savantes du Sud-Ouest, dont la première 
application aura lieu au Congrès de Pau, les 6, 7, 8, 9 et 10 sep- 
tembre 1908. Elle demanJe à notre Compagnie d'adhérer. Cette 
question est renvoyée au Conseil d'administration pour étudier les 
statuts proposés. 

M. le Président souhaite une cordiale bienvenue à deux nou- 
veaux membres : MM. de TréfFond d'Avancourt et de Laurencin- 
Beaufort. 

M. Sémézies expose, en quelques mots, le résultat définitif de la 
tombola de l'Exposition. Plusieurs lots, offerts par le ministre des 
Beaux-Arts, n'ont pu être tirés avec les autres. 

On procède sur l'heure à ce tirage supplémentaire. En voici le 
résultat : 

320, n° gagnant L'Homme au gant (gravure). 



697, 


— 


Agar et IsmaëL 


575, 


— 


Portrait de jeune homme. 


746, 


. — 


Portrait de femme. 


1.690, 


— 


Erato, 


1.623, 


— 


Biblis. 


982, 


— 


Vase de Sèvres, 



M. le comte de Gironde donne lecture de ses impressions de 
voyage à Parme et à Ravenne. 



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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 77 

M. Saint-Yves fournit un aperçu sommaire des deux communica- 
tions qu'il doit faire au Congrès des Sociétés savantes à la 
Sorbonne. 

M. le Président communique une lettre-circulaire adressée ces 
jours derniers aux membres du clergé. Plus que jamais celvici est 
assailli par les brocanteurs à Taffut de ce qui peut rester d'objets 
d'art dans nos églises. Les marchands cosmopolites sollicitent 
l'honneur de traiter d'intéressantes affaires, soit pour échange 
d'objets, soit pour vente à l'amiable; c'est ce que dit cette circu- 
laire dont l'auteur ajoute que « n'ayant trouvé que des satisfac" 
tions jusqu'ici dans cette branche de son commerce à laquelle il 
s'efforce d'apporter personnellement toute la loyauté désirable et 
toute la discrétion voulue, etc., etc. » 

Il était bon de signaler ces démarches qui ne tendent, ni plus ni 
moins, qu'à dépouiller une fois encore nos églises des objets d'art 
encore en place. 

A cette occasion, il cite un excellent article publié par M. H. 
de R. dans le Ralliement, article dans lequel l'auteur rend un 
juste hommage à l'Eglise qui a si bien su conserver les trésors 
artistiques qui lui sont advenus par la piété des catholiques et 
montre combien il est nécessaire de les laisser à la place où ils 
ont été mis par leurs donateurs et cela depuis des siècles. 

M. le Président annonce avec regret la mort de M. Louis 
Braquehaye, ancien directeur de l'Ecole des Beanx-Arts de Bor- 
deaux, décédé le 4 décembre dernier. Il était membre correspon- 
dant depuis sa venue à Montauban lors des noces d'argent de 
notre Compagnie. 

M. Karl von den Steineii, de Berlin, demande pour un travail 
monographique sur les Iles Marquises, si notre Musée contient 
des objets quelconques de ce pays pour venir les étudier. Il est 
répondu négativement. 

On procède ensuite à l'élection de divers membres titulaires. 

M. Domingon, maire d'Escatalens, présenté par MM. de Saint- 
Vincent et Sémézies ; 

M. Naulet (Adalbert), présenté par MM. Bourdeau et Forestié ; 

M. Léon de Bénazé, avoué à la Cour d'appel de Paris, présenté 
par MM. Olivier et le Président. 

Ces messieurs sont élus à l'unanimité. 

La séance est levée à lo h. 20. 



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78 PROCÈS- VERBAUX DES SEANCES 

SEANCE DU 5 FÉVRIER 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président ; Ed. Forestié, secrétaire 
général; général Konne, Sémézies, Ressayre, Mathet, abbé de 
Scorbiac, abbé Ghatinières, chanoine Galhiat, colonel Caillemer, 
commandant de Lacger, Lespinasse, de Marigny, capitaine Rozat 
de Mandres, Souleil, abbé Milhau, Escudié, Vitteaut, Moissenet, 
L. de Bénazé, Imbert, secrétaire, 

MM. de Bellefon, vice-président^ et Bourdeau, trésorier^ se 
font excuser. 

M. le Président souhaite une cordiale bienvenue à M. Léon de 
Bénazé, avoué à la Cour d'appel de Paris, en résidence pendant 
quelques semaines, chaque année, dans sa propriété du Tigné, 
près de Montauban. Il rappelle à notre confrère nouvellement élu 
sa participation au voyage en Espagne de 1891, entrepris à l'oc- 
casion des noces d'argent de notre Compagnie; sa place était, 
depuis lors, marquée dans ses rangs. M. de Bénazé répond en 
quelques mots exprimant sa reconnaissance à ses nouveaux con- 
frères. Il en est de même de M. Naulet, négociant à Montauban. 

M. le Président se faisant l'interprète des sentiments unanimes 
de la Société, exprime les très vifs regrets de tous à l'occasion de 
la mort du vénérable évêque de Montauban, Mgr Fiard, membre 
honoraire-né. Sa Grandeur témoigna toujours à notre Compagnie 
une extrême bienveillance, il assista souvent à nos séances où il 
voulait bien trouver charme et intérêt. L'Assemblée s'associe 
pleinement aux regrets dont son président s'est fait l'interprète 
profondément attristé. 

La perte d'un autre membre entouré de la sympathie générale, 
Tabbj Mathieu de Seguin, marquis de Reyniès, est aussi annoncée 
par M. le Président en termes émus qui trouvent un écho parmi 
les membres de la Société. M. l'abbé de Reyniès, qui s'était 
adonné au classement des riches archives de sa famille dont il 
nous avait communiqué plusieurs pièces a été subitement enlevé 
à la fleur de Tâge, 41 ans. 



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PROCès-VERBAUX DES SÉANCES 79 

< Il VOUS souvient, Messieurs, ajoute le Président, avec quelle 
bonne grâce ce parfait gentilhomme reçut, à deux reprises, notre 
Société dans le château de ses pères à Reyniès. Il fut fidèle à nos 
excursions archéologiques, durant lesquelles chacun le recherchait 
goûtant sa bonne humeur mise au service de son érudition. D'an- 
cienne race, les Reyniès ont joué un rôle important dans l'histoire 
de notre région, particulièrement lors des guerres de la Réforme. 
Le nom est aujourd'hui porté par un brillant capitaine d'infanterie, 
héritier de la valeur militaire et des qualités de cœur de ses 
aïeux; je fais des vœux pour que ce frère du défunt occupe un 
jour sa place parmi nous. > 

Trois de nos confrères ont reçu des distinctions, bien méritées 
par leurs services ou leurs travaux actuels, ce sont : M. Bouïs, 
conservateur du Musée Ingres à Montauban; M. l'abbé Taillefer 
et M. Pierre Lespinasse auxquels on doit d'intéressantes monogra- 
phies locales ou artistiques. Des félicitations sont adressées aux 
nouveaux officiers d'Académie. 

On annonce la découverte à La Roque près Bruniquel, d'un trésor, 
numismatique, composé de 150 à 200 douzains, monnaie de mau- 
vais titre, en cuivre à peine argenté, appartenant aux règnes de 
Charles VIII, François P' et Charles IX. Ces monnaies n'ont pas 
de valeur. 

A Sapiac on a trouvé un sceau orbiculaire du XIV« siècle por- 
tant au centre un griffon. M. le Président, qui l'a acquis, le soumet 
à l'Assemblée. 

Le président de la Société archéologique d'Angoulème envoie 
ses vœux en retour de ceux de la Société. 

M. Mispoulet, notre confrère, secrétaire de la Chambre des 
députés a accompagné sa carte du nouvel an des vœux suivants : 

PRiESIDI 

OPTIMO 

SODALIBUSQUE 

VOTA 

MULTA. 

M. le capitaine de Mandres, communique une bulle de Pie VI 
en faveur de M. de Rey, prêtre du diocèse de Chartres. 
M. l'abbé Taillefer envoie les communications suivantes : 
Etat-civil de Saint-Urcisse, commune de Tréjouli, 1667-1792; 



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8o PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 

Etat-civil de Tréjouls, 1625-1797. 

Le travail de M. Taillefer est d'un grand intérêt : il a dépouillé 
les registres paroissiaux avec l'intelligence et la sagacité qui dis- 
tinguent ses divers travaux. C'est l'inventaire complet de ces docu- 
ments précieux pour l'histoire des familles : il a relevé tous les 
noms de personnages ayant une fonction ou occupant des situations. 
Ces travaux donnent d'utiles précisions pour ceux qui s'occupent 
de ces recherches ; il y a notamment nombre d'actes d'état-civil 
de la famille de Charry qui avait joué un rôle important au XVI® 
et au XVll^ siècle. 

On note dans les registres de Tréjouls qu'il ne paraît pas y avoir 
eu d'interruption de l'exercice du culte pendant la période révo- 
lutionnaire puisque le dernier acte inscrit est du 3 janvier 1797. 

Il est donné lecture d'un passage du /ournal d'un prébende 
de Saint-Etienne d\4geny cité dans la Revtce de VAgenais^ qui 
écrivait en 1650. Ce passage est curieux et intéressant par un fait 
signalé par l'auteur. Il prétend que quelques temps avant sa mort, 
Tévêque d'Agen, Claude de Gelas, avait été comme prévenu par 
< des signes futurs qu'il ne devoit pas vivre longtemps, car le 
dimanche auparavant son bâton d'argent pastoral, sans effort 
aucun, se rompit, ce qui sembloit dire qu'il ne seroit pas lonc- 
temps pasteur; comme aussi il y eut un de ces oiseaux maritimes 
qui vint au-devant de sa chambre crier lonctemps lui disant tacite- 
ment qu'il se disposast pour mourir; comme aussi la chaise sur 
laquelle il estoit assiz se rompit et le 25® Décembre 1630, après 
avoir fait la procession et estant dans le chœur à son siège, après 
qu'il eust achevé le Gloria in excelsis^ l'apoplexie le saisist. > 

Ceux qui ont la croyance aux présages trouveront dans ces 
lignes une confirmation de leur opinion. 

M. Sémézies donne lecture d'une importante étude dans laquelle 
il a résumé très substantiellement et d'une manière aussi claire 
que vivante, les origines de TEspagne depuis les premiers temps 
jusqu'aux rois catholiques. Il a fort lumineusement expliqué et 
débrouillé le cahos confus des nationalités et des influences qui 
ont dominé ce pays pendant tout le haut moyen-âge jusqu'aux 
temps modernes. 

M. Edouard Forestié a continué ses recherches et ses décou- 
vertes au sujet de Lamothe-Cadillac, le fondateur de Détroit et le 
gouverneur, pour le roi, de la Louisiane. Il a mis la main sur de 
nombreux actes de notaire que ce personnage a passés à Castel- 



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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 8l 

sarrasin lorsque, rentré en France, il a été nommé gouverneur 
de cette ville et qu'il a dû régler ses affaires de famille. Sa signa- 
ture porte bien : Laumet de Lamothe-Cadillac, et les divers actes 
relevés prouvent bien que c'était là le personnage que les Cana- 
diens et les Yankees entourent d*un souvenir reconnaissant.. 
M. Forestié a le testament de Jean Laumet, père de Lamo- 
the-Cadillac, ses règlements d'affaires avec ses neveux, enfin il a 
réussi à mettre la main sur l'inventaire des biens meubles dépen- 
dant de sa succession et dans lequel sont mentionnés nommément 
les portraits de Lamothe-Cadillac, de sa femme et de son fils. 

M. Forestié a déjà un très gros dossier de pièces inédites et 
intéressantes sur ce personnage dont la vie est encore imparfaite- 
ment connue en France. Tandis qu'en Amérique de nombreux et 
importants travaux ont été publiés sur lui, en France on l'ignore 
presque et c'est un honneur pour notre Société de l'avoir glorifié 
comme il le méritait. 

M. Moissenet, ingénieur en chef, prend la parole et, dans une 
véritable conférence, montre le développement du mouvement 
espérantiste et expose l'utilité de fonder un groupe à Montauban 
pour la diffusion de cet idiome. Il voudrait voir les membres de la 
Société entrer dans ce mouvement et se mettre à sa tête en raison 
de la grande utilité de cette langue auxiliaire. Le triomphe de 
l'Espéranto empêcherait la prédominance d'une langue nationale 
autre que le français, et la pratique de TEspéranto et la lecture 
d'oeuvres traduites du français dans cette langue donnerait le 
goût des œuvres françaises et de l'esprit français. 

La séance se termine par des projections accompagnées d'une 
conférence très documentée de M. Tierre Lespinasse sur « l'En- 
fant sous le pinceau des Maîtres », qui est écoutée avec un très 
vif plaisir. 

La séance est levée à lo h. 3/4. 

Le Secrétaire^ 
Imbert. 




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N o tre -Dame-de-Saux 



ET 



M O N T P E Z A T 

(tarn-et-garonne) 



L'église de Notre-Dame-de-Saux, lieu ancien de pèleri- 
nage, aux environs de Montpezat, est classée parmi les 
monuments à coupoles et regardée par la plupart des 
archéologues comme remontant à Tépoque romane. Nous 
l'avons visitée avec notre confrère de la Société française 
d'archéologie, M. Paul de Fontenille? ; nous avons, après 
un examen attentif, une étude sérieuse de toutes ses par- 
ties, cru que Ton ne peut se permettre de la faire, en très 
grande partie, remonter plus haut que la fin du XV^ siècle 
ou plutôt le commencement du XVI®. 

En effet, si nous examinons l'extérieur, nous voyons que 
la porte d'entrée, les fenêtres, étroites il est vrai, mais 
carrées au sommet ou ogivales, les contre-forts portent 
l'empreinte de cette époque. Le clocher carré n'a qu'un 
étage percé de deux baies ogivales sur chaque face; il est 
accosté de contre-forts d'angle recouverts en bâtière et, 
sur la paroi correspondante à l'axe de l'église, est accolée 
une tourelle à pans contenant l'escalier; la porte d'entrée 
se trouve sur le côté sud du clocher : elle est ogivale, très 
simple, sans ornements. Il est certain que quelques parties 



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NOTRE-DAME-DE-SAUX 83 

des murs sont plus anciennes que le XV« siècle, car on 
remarque la trace de remaniements. 

A rintérieur, une seule nef à quatre travées, y compris 
celle qui se trouve sous le clocher; à droite et à gauche, 
troisième et quatrième travées, chapelles se faisant faces, 
un chœur à chevet droit, dont les ouvertures sont bouchées. 
La première travée a ses arcs et sa voûte en ogive surhaus- 
sée; les nervures ne s'appuient pas sur des colonnes, mais 
sur des culots en forme de rose qui en cachent la naissance. 
Les trois autres sont à plein-cintre, leurs voûtes cupuli- 
formes ont fait croire jusqu'à présent qu'elles étaient fort 
anciennes et contemporaines des coupoles dites byzantines. 
Pour nous, ces coupoles sont une œuvre du XV^ siècle ou 
du commencement du XVI®; elles se composent' d'assises 
concentriques s'appuyant sur des sortes de pendentifs 
formés par ces assises mêmes et se terminant à zéro dans 
les angles formés par le point de jonction des grands arcs 
et des murs latéraux. Nous devons ajouter que les grands 
arcs et les grandes baies des chapelles latérales, ainsi que 
les moulures à simple biseau des impostes, ont un aspect 
archaïque; nous pouvons donc admettre leur antiquité 
(XII® siècle), comme nous avons admis celle d'une partie 
des murs. A une époque que nous ne connaissons pas, les 
voûtes primitives se sont effondrées, peut-être même n'y 
avait-il qu'un lambris, et on les a remplacées vers la fin du 
XV® siècle, croyons-nous, par celles que nous voyons 
aujourd'hui. 

Ces coupoles, nous le répétons, ne sont pas byzantines, 
autant que nous pouvons en juger d'après les nombreux 
monuments de ce type que nous connaissons, leur base ne 
part pas des angles rentrants comme ici, mais elles ont 
pour directrices des lignes curvilignes qui naissent, au 
contraire, des angles saillants des pilliers : Saint-Front, 
Saint-Etienne de Périgueux, Saint-Etienne de Cahors, 



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84 NOTRE-DAME-DE-SAUX 

Solignac, etc., et forment les pendentifs sur lesquels est 
établie la coupole. A Saux, point de piliers; nous n'avons 
que des arcs jetés d'un mur à l'autre et dont les extrémités 
s'appliquent au nu du mur et se confondent avec lui au 
point juste de leur retombée. 

Nous ne pensons donc pas que ces coupoles soient 
byzantines, elles n'en ont pas le caractère; leur construction 
n'en est pas moins curieuse, mais nous nous refusons à les 
croire romanes, parce qu'elles sont construites à l'inverse 
de celles de cette époque ; jamais elles n'eussent pu se 
maintenir sur des bases aussi peu développées et sur un 
plan aussi défectueux. Ce sont des dômes plutôt que des 
coupoles. 

Des peintures murales, qui n'ont jamais été terminées et 
sont presque effacées, décoraient les chapelles au moins au 
nord ; sur une de leurs parois séparatives on distingue 
encore un S. Christophe portant son divin fardeau. 

En résumé, cette église est très petite, très étroite et 
n'offre d'intérêt que par ses coupoles et leur genre de cons- 
truction qui est très apparent et que l'on distingue parfai- 
tement, puisqu'elles n'ont jamais été crépies ni badigeon- 
nées, lorsque toutes les autres portions de l'église le sont. et 
l'ont été plusieurs fois; ce pourrait être une preuve de plus 
à l'appui de notre assertion, si nous voulions la déduire; ce 
serait trop long et c'est inutile. On peut encore voir un 
bénitier du XVI* siècle et des fragments de rétables en 
bois sculpté qui ont malheureusement subi les atteintes du 
temps, d'un abandon prolongé et aussi celles de l'homme. 



L'église de Montpezat date du XIV« siècle; elle fut cons- 
truite de 1334 à 1360. Nous n'en donnerons point la 
description, qui a paru dans le Compte- rerj du du Congrès 
archéologique de 1865. Il nous suffira de rappeler qu'elle 



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ET MONTPEZAT 85 

est des plus intéressantes par son unité et parce qu'on en 
connaît la date. Il en est certainement de plus vastes, de 
plus compliquées comme agencement, de plus ornementées, 
mais il n'en est peut-être pas beaucoup qui aient été ter- 
minées dans un laps de temps aussi court, ce qui n'a pas 
permis d'en modifier le plan : elle n'a qu'une nef percée 
de huit chapelles, et l'abside est heptagonale. Les chapi- 
teaux et les nervures du chœur ont seuls été terminés ; ils 
ne sont qu'épannelés dans la nef, ce qui donne à cette par- 
tie de l'église une apparence de lourdeur qu'elle n'aurait 
probablement pas si les nervures avaient été profilées et si 
la lumière jouait dans les feuillages des chapiteaux. 

Nous citerons encore pour mémoire les stales, qui sont 
très simples, les fonts baptismaux en bois sculpté, et enfin 
deux tombeaux, celui de droite, qui serait celui du cardinal 
Pierre Després de Montpezat, fondateur de l'église; ce 
prélat y ess représenté couché, revêtu de ses ornements 
sacerdotaux; ceux-ci mériteraient une étude spéciale que 
M. de Fontenilles devrait faire à cause de leur forme, de la 
délicatesse, de la richesse et de la variété des orfrois et des 
galons qui les décorent. Le second, à gauche, est moins 
intéressant, moins bien traité, ce serait celui de Jacques 
Després, évêque de Montauban, de 1556 à 1589. 

N'oublions pas d'admirer les belles tapisseries flamandes 
du commencement du XVI® siècle, que Jacques Després 
avait transportées de Montauban à Montpezat et qui y sont 
toujours restées; les membres du congrès archéologique de 
1865 ont pu les voir à Montauban, où on les avait trans- 
portées pour eux ; elles entourent le chœur d'une ceinture 
magnifique; les principaux actes de la vie de S. Martin y 
sont représentés avec mille détails du plus haut intérêt, 
costumes civils et religieux, autels avec ciboriums, vases 
sacrés de toute espèce, encensoirs, chandeliers, lampes, 
mîtres, crosses qu'il faudrait étudier autant au point de vue 



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86 NOTRE-DAME' DE-SAUX 

de la forme qu'au point de vue liturgique, et selon la place 
qu'ils occupent dans les phases du saint sacrifice de la 
messe, sujet plusieurs fois répété; nous ne croyons pas que 
ce travail ait été entrepris. 

M. le curé de Montpezat conserve tous ces trésors avec 
un soin jaloux, et il aime à les montrer, à en faire ressortir 
les beautés; sa complaisance est inépuisable; il nous a fait 
admirer dans la sacristie un reliquaire émaillé du XIII» siè- 
cle, assez bien conservé, de vieilles étoffer ayant servi à 
des sacs à reliques, une surtout du XIV® siècle, en soie et 
or, où sont figurés les douze mois et que nous considérons 
comme ayant une haute valeur artistique; les mois sont 
personnifiés et reconnaissables aux attributs de chaque 
personnage; la coiffure même est adaptée à chaque saison. 
Il faut voir cette œuvre pour se rendre compte de Part 
infini, du goût exquis, de l'habileté de main de la personne 
qui l'a brodée, en même temps que de la patience qu'il a 
fallu pour la mener à une aussi parfaite exécution (i). 

Citons enfin deux coffrets de mariage ou coffrets à bijoux, 
de la fin du XV« siècle ou des premières années du XVI«, 
en bois peint et doré sur pâte, très curieux par leurs détails 
et les costumes des personnages qui décorent leurs parois. 
Leur forme n'est point élégante, c'est une petite caisse 
oblongue, à couvercle bombé, porté sur quatre pieds des 
plus simples. Nous nous attacherons à décrire le mieux 
conservé : il mesure 27 centimètres de longueur sur 18 de 
largeur et 20 de hauteur; le couvercle, nous venons de le 
dire, est légèrement bombé, il porte encore sa serrure et 
sa poignée de cuivre ciselé et martelé. 

Sur la paroi antérieure, une dame richement vêtue, à robe 
à queue démesurément longue, ornée de bandes de four- 
rures, serrée à la taille par une ceinture à bouts flottants, 

(i) M. Tabbé Pouier a décrit ce sac à reliques dans le volume du 
Congrès archéologique tenu à .Vlontauban en i865, p. 32o. 



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ET M0NTPE2AT 87 

manches larges, coîflfée du hennin à double corne, mais dont 
la hauteur n'a plus les proportions exagérées des coiflFures 
du commencement du XV® siècle; de la main droite, elle 
semble maintenir les plis de sa robe; de la gauche elle tient 
une coupe en forme de calice, ou plutôt un gobelet évasé 
qu'elle offre au personnage qui est en face d'elle ; c'est un 
jeune seigneur, coiffé d'une toque, vêtu d'une casaque tom- 
bant à demi jambes et serrée par une ceinture à large nœud ; 
il tient de la main droite un long xuban, ce qu'on appelait 
alors un lac d'amour, qui va rejoindre la main gauche de 
la dame; sa main gauche est brisée; d'après le mouvement 
du bras, il est probable qu'il avait le poing sur la hanche. 
Des tiges feuillagées, teintes en rouge, peu élégantes du 
reste, garnissent les vides; des losanges légèrement indi- 
qués à la pointe, ornés de fleurettes, fornent le fond qui est 
doré ; cette ornementation est la même sur tous les côtés 
du coffret et les vêtements de tous les personnages sont 
aussi dorés avec des demi-teintes ou bleues ou rouges, très- 
fondues. 

Le côté opposé est orné d'un beau chiffre qui représente 
le J. H. S. Un des petits côtés porte une femme moiçs élé- 
gamment vêtue et coiffée d'une espèce de bonnet plat; 
l'autre, un personnage à toque ornée de plumes, vêtu d'une 
tunique serrée à la taille et bordée d'une large fourrure, 
aux manches très-larges; un de ses bras est levé et il fait 
un geste indicateur; deux boules sont placées à droite et à 
gauche de sa tête; c'est évidemment un jongleur. 

Le couvercle représente une dame coiffée comme la pre- 
mière avec le hennin à double corne, garni d'un voile qui 
lui couvre la nuque ; une robe serrée à la taille et ouverte 
en pointe sur la poitrine, richement décorée de quatre 
feuilles, bordée d'hermine dans le bas, recouvre une 
seconde robe ou jupe à queue, décorée de fleurettes et 
traine sur ses pieds qu'elle cache; elle tend la main vers un 



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88 NOT!^E-DAME-t)E-SAUX 

ménestrel qui joue de la harpe en face d'elle; il porte le 
petit chapeau de feutre. 

La casaque lâche, aux larges manches serrées aux poi- 
gnets, est ornée de fleurettes ; on croirait voir les plis d'une 
chemise entre le bas de la casaque et le haut des chausses, 
bouffantes et garnies de bandes de fourrures. Celles-ci des- 
cendent à peine aux genoux ; une escarcelle est attachée à 
sa ceinture ; ses pieds sont chaussés de souliers pointus, 
souvenir lointain de la poulaine. 

Le second coffret est un peu plus grand, mais il est plus 
détérioré ; sur le couvercle, un cavalier, au pourpoint serré 
à la taille, bombé sur la poitrine, aux manches très larges 
au coude, tient un faucon sur le poing gauche, pendant 
que de la droite il dirige son cheval ; ses cuisses sont cou- 
vertes par une culotte bouffante semblable au pourpoint, et 
ses jambes, par un tricot ou des jambières ajustées ; les 
pieds engagés dans les étriers portent des souliers larges au 
bout, comme il était de mode au commencement du 
XVI« siècle, sous François I®""; il est coiffé d'un chapeau à 
larges ailes, orné d'un énorme plumet. Tout semble exagéré 
dans le costume de ce personnage, qui cependant était à la 
mode dn. temps. Une dame très détériorée lui fait face. 
Nous n'avons pu relever les autres sujets. Cederniej coffret 
nous a paru être plus récent de quelques années; c'est-à- 
dire que le premier pourrait être attribué au règne de 
Louis XII, et le second à celui de François I«''. 

Malgré la forme semblable, mais peu élégante de ces 
coffrets, tous ces sujets sont peints et dorés avec goût ; 
quelques personnes veulent y voir des coffres à reliques : 
nous leur attribuons un usage plus profane, ne fût-ce qu'à 
cause des sujets qui y sont traités. Des coffres à reliques 
eussent porté des sujets religieux, et de ce qu'ils sont actuel- 
lement dans le trésor d'une église, il ne faat pas en conclure 
que cela a été leur destination première, et ceux-là en ont 



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ET MONTPEZAT 89 

certainemeut changé par suite de dons ou de toute autre 
circonstance que nous ignorons. 

Ne quittons pas Montpezat sans visiter, derrière Téglise, 
les anciens bâtiments du chapitre, qui ne manquent pas de 
pittoresque, et, dans l'intérieur de la ville, quelques vieilles 
maisons en brique et bois, à dispositidns originales, qu'il 
faut un peu chercher par les rues ; mais la ville n'est pas 
grande, et une promenade au grand air, après, une séance 
aussi longue dans la sacristie ou devant les tapisseries, 
remet le sang en mouvement et de l'ordre dans les idées ; 
nous étions saturés de poulaines, de casaques, de cavaliers, 
de hennins, d'encensoirs, de chapes, d'étoffes, d'évêques, 
de nervures, de chapiteaux, de notes, de dessins, de photo- 
graphies, et cependant six heures ne nous ont pas suffi, 
puisque, à notre grand regret, nous n'avons pu décrire 
entièrement le second coffret. 

A. DE ROUMBJOUX. 
(Extrait du Bulletin monumental^ n® 2, mars-avril 1885.) 

M^H 



Au moment où la curieuse église de Saux vient d'être 
Tobjet de quelques réparations, et en vue d'une prochaine 
visite de la Société archéologique il nous a paru utile de 
reproduire la description que l'on vient de lire, elle fut 
faite par un archéologue très compétent, dont la perte a été 
vivement ressentie par nous tous : M. Anatole de Roumejoux, 
président de la Société archéologique du Périgord, que 
notre Compagnie tenait à honneur de compter parmi ses 
membres correspondants. 

Avec lui nous croyons que les coupoles de Saux ne sort 
point les contemporaines de celles qui furent construites au 
1908 8 



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C)0 NOTRF.-DAME-DE-SAUX 

XII* on au XIII<5 siècle, sous l'influence de l'école périgour- 
dine, et que notre confrère, M. de Fontenilles, dénomme 
Aquitaniques. Nous croyons, même, que les pieds-droits 
qui les portent, tout comme elles, ne remontent pas au-delà 
du XV« siècle, un chanfrein qui se termine par un congé à 
leur naissance est caractéristique de cette époque. Nous 
reviendrons sur cette question en donnant le plan et des 
vues de cet édifice. 

Les peintures que M. de Roumejoux n'a pu voir que très 
rapidement ont convert les murs de l'église et les coupoles 
elles-mêmes; ce qui lui a fait croire qu'elles n'avaient pas 
été terminées c'est qu'elles ont été recouvertes par un badi- 
geon à l'époque où des rétables ont été élevés au-dessus des 
autels. Aujourd'hui les rétables ont malheureusement dis- 
paru, les boiseries ont été emportées, seuls, les tombeaux 
en pierre des autels sont restés en place, ceux-ci construits 
en maçonnerie ont pu, grâce à cela, échapper au pillage. 

Le lecteur ne sera pas surpris si M. de Roumejoux emploie 
le terme ogival pour l'appliquer aux arcs brisés des fenêtres 
ou de la porte, à l'époque où il a écrit cet article on n'était 
pas encore revenu d'une manière aussi absolue qu'à l'heure 
présente à l'application du mot ogive uniquement aux arcs 
diagonaux d'une voûte, et le style gothique s'appelait ogival. 
Ainsi, avions-nous parlé, nous, les disciples d'Arcisse de 
Caumont, nous devons désormais adopter la termilogie de 
l'école des Chartes. 

Nous ferons quelques réserves au sujet de l'église* de 
Montpezat, que M. de Roumejouy décrit après celle de 
Saux. 

Les chapiteaux dont le profil est très arrêté, semblent 
n'avoir pas été destinés à être sculptés, les nervures ont 
également dû, dans la pensée du constructeur, rester pris- 
matiques, ainsi que cela s'est beaucoup fait dans notre 
région au XIV® siècle. Il ne faut pas perdre de vue que 



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NOTRE-DAME-DE-SAUX ET MONTPEZAT (JI 

l'église, œuvçp du cardinal Pierre des Prez, fut bâtie pour 
la collégiale dont il était le fondateur, il avait hâte de voir 
le monument terminé. Plan et exécution sont très soignés, 
les proportions excellentes, mais la sculpture est bannie. 

Le trésor de l'église de Montpezat, si diminué lors des 
guerres de religion, depuis par la Révolution, et de nos jours 
par la convoitise des brocanteurs cosmopolites, offrait en 
1885 un intérêt plus vif que de nos jours. La châsse en 
émail champlevé de Limoges, confié à un envoyé de la maison 
Alavoine^ de Paris, aurait été volée? de ses magasins ; on 
dit qu'elle figure dans un Musée de New-York. 

Les coffrets de mariage ont également disparu à la suite 
d'une vente irrégulière, et ils ne sont pas restitués malgré 
un jugement du tribunal de la Seine (i). Ces objets étaient 
classés parmi les monuments historiques. 

Nous ferons remarquer que l'un des tombeaux, avec statue 
couchée, en marbre blanc, est celui de Jean des Prez, évo- 
que de Castres de 1336 à 1352, neveu du cardinal et non 
celui de Jacques des Prez, évêque de Montauban de 1556 à 
1589. 

Le curé-doyen de Montpezat qui fit les honneurs de son 

église à nos archéologue, MM. de Roumejoux et de Fonte- 

nilles, était le chanoine Barrié. 

Fernand Pottier. 

(i) Voir dans le Bulletin archéologique, passiniy divers travaux sur 
Montpezat. Le dernier de ces travaux a paru, en iqoS, sous ce titre: 
Le Trésor de Vancijnne église collégiale de Montpezat, par le chanoine 
Pottier. 




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COMMENT S'EXÉCUTAIT 

UN ARRÊT DE JUSTICE 

AU XVII« SIÈCLE 



M. EDOUARD FORESTIÉ 

Lauréat de Tlnstitut 
Secrétaire général de la Société 



La seigneurie d'Âucastels, ou de Haut Castel, près de 
Lauzerte, appartenait depuis le XIV^ siècle aux seigneurs 
de la maison de Castanier, ou Castagner, ou Chasteigner. 

Deux frères, Jean et Antoine, vivaient vers la fin du 
XVI« et Tun d'eux» Jean étant mort sans enfant, sa veuve 
Antoinette du Faur, fille du premier président du Parle- 
ment de Bordeaux, se remaria avec Gaston de Ferrand, 
baron de Mauvoisin, ou Mauvesin. 

Dès que ce second mariage fut accompli, Antoinette du 
Faur réclama à son beau-frère, héritier de Jean, sa légitime, 
et de là survînt un gros procès qui eut, comme on le verra 
tout à l'heure, un dénouement tragique et donna lieu à 
d'émouvants incidents. 

Nous trouvons d'abord une lettre du roi du 1 7 septembre 
161 2 par laquelle il est dit qu'Aymeric de Castagnier, sieur 
de Loubejac, père d'Antoine et partie au procès, gentil- 
I908 9 



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94 COMMENT S EXECUTAIT UN ARRÊT DR JUSTICE 

homme ordinaire de la Chambre du Roi, est autorisé à récuser 
au parlement de Toulouse devant lequel a été évoquée 
TafFaire : M. Jacques du Faur, sieur de Saint-Jory, frère de 
M. de Mauvesin, partie adverse ; M. du Faur, sieur de Gara- 
bet, conseiller, son cousin, issu de germain ; M. Jean d'As- 
sezat, etc., etc. 

Et le 20 septembre, suivant une requête d'Aymeric de 
Castagnier, sieur d'Aucastel, Loubejac, Sabatier, etc., celui- 
ci dit que son père Antoine, marié à Françoise de Felzins 
devaitàladamedeMauvezin 18,000 1. de sa dot mais qu'il ne 
voulait pas les payer, invoquant une substitution du contrat 
de mariage de son père. 

Mme de Mauvezin avait dû avoir gain de cause car nous 
avons mention d'une sentence condamnant les Castanier, 
datée du 11 août 1612. 

La dame de Mauvezin, d'après la requête, avait conduit 
certaines troupes de gens à cheval et à pied jusqu'au nom- 
bre de 3 à 400 personnes qui avaient commis de grands 
ravages dans la juridiction d'Aucastel, 

Et comme cette troupe voulait continuer ses ravages au 
mépris de l'autorité de la Cour et que la dame méditait de 
conduire de nouveau des canons avec d'autres troupes pour 
battre le château d'Aucastel, ce ne pouvait être toléré sans 
grands scandales. 

Cette requête fut présentée aux Capitouls de Toulouse, 
le 20 septembre, pour qu'ils ne délivrassent pas les canons 
qui auraient pu leur être demandés. 

Les Capitouls répondirent qu'ils ne savaient rien de cette 
affaire et la Cour ne prit pas en considération cette requête. 

Heureusement une transaction survint, dont voici la 
teneur : 

< Le 23 octobre 16 12, entre haut et puissant seigneur Pons 
de Themines, chevalier des ordres du roi, sénéchal et gou- 
verneur de Quercy, faisant pour noble Aymeric de Castai- 



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Alî XVII'* Sll-CLE y5 

gner, sieur de Loubejac ; noble Annet de Castaigner, sieur 
de Saint-Urcisse, faisant pour noble Antoine de Castagner, 
sieur d'Hautcastel, son frère, et autres fils et filles du 
dit Hautcastel, d'une part ; 

Et noble Michel de Cheverry, baron de la ReoUe, faisant 
pour noble Gaston de Ferran, sieur et baron de Mauvoisin, 
d'autre part. 

Lesquels disent que puisque le sieur d'Hautcastel et la 
dame de Paluel, sa femme, ne sont pas dans Hautcastel, ils 
arrêtent : 

10 La maison d'Hautcastel sera mise présentement en 
mains du baron de Flamarens, lequel a promis de la garder 
pour 2 mois ; 

a^Le baron de Flamarens, au nom du sieur d'Hautcastel, 
promet que celui-ci, sa femme et ses enfants n'entrepren- 
dront rien contre cette maison pendant 2 mois ; 

30 Les parties prendront chacun trois arbitres, 2 d'épée 
et I de robe longue et le comte de Carmaing est arrêté pour 
arbitre pour terminer les difficultés. 

L'affaire traîna en longueur et les parties se retrouvèrent 
de nouveau face à face deux ans après sans que les arbitres 
aient pu les accorder. Seulement le château de Hautcastels 
était toujours tenu en dehors du procès, 

Gaston de Ferran^ baron de Mauvoisin et sa femme 
Antoinette du Faur, dame de Mauvoisin, obtinrent en février 
1614 une nouvelle condamnation contre Antoine de Casta- 
nier, sieur d'Hautcastel et sa femme Antoinette de Paluel, 
procès qui avait déjà abouti le 11 août 1612 à la condam- 
nation de ces derniers. 

L'arrêt ordonnait entr'autres choses à tous prévôts, séné- 
chaux, leur lieutenant et à tous autres officiers de prêter 
la main aux arrêts et décrets obtenus par la dite dame de 
Mauvoisin, contre lesdits sieurs et dame d'Hautcastel, de 
Paluel et leurs complices, en quelque lieu qu'ils puissent 
être trouvés. 



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y6 COMMENT S^EXÉCUrAir UN ARRÊT DE JUSTICH! 

Et il ajoutait dans sa rigueur : « Ce faisant, iceux pren- 
dre morts ou vifs, les mener ou conduire en la conciergerie 
de la Cour et pour cet effect faire telle assemblée de gens 
armés que besoin sera et faire rouller et conduire le canon 
avec la permission du lieutenant du roy en la province et 
avec eux y procéder afin*que la force en demeure au roy et 
à la justice » . 

Le lieutenant du roi était en 1614 Nicolas Deymier, con-. 
seiller du roi, son lieutenant en la sénéchaussée d'Agenais, 
Condomois et Gascogne. 

Le seigneur d'Hautcastel et sa femme, ainsi que leurs amis 
s'étaient emparés d'une maison et d'un moulin, appelés de 
la Vallette, qu'ils avaient fortifiés en les entourant de fossés, 
palissades, casemates, guérites et autres fortifications de 
guerre en vue d'un siège. Cette maison et ce moulin étaient 
situés dans la juridiction de Lauzerte. 

Désireux d'obtenir coûte que coûte l'exécution de l'arrêt 
contre leurs adversaires, le sieur de Mauvoisin et sa femme 
s'adressèrent à M. de Roquelaure, lieutenant général, gou- 
verneur pour le roi en Guienne et obtinrent de celui-ci 
permission, en conformité des arrêts obtenus, de faire assem- 
bler leurs amis et gens de guerre armés. 

Par ordonnance du 8 décembre 161 3, le vice-sénéchal se 
mit en campagne, après avoir toutefois obtenu des époux 
de Mauvoisin la certitude qu'ils paieraient les dépenses et 
fourniraient les munitions de la troupe assaillante, le canon 
et le nombre de gens nécessaires. 

€ Comme aussy ils s'engageaient à y amener leurs 
parents et amys pour prester main forte et ayde en faveur 
de l'exécution dudit arrest ». 

Le 12 février 1614 le vicè-sénéchal, assisté de son greffier 
et de 12 hommes à cheval se met en route et le 15 il arrive 
devant le château d'Hautcastel. Là, le sieur de Mauvoisin 
exhibe de nouveau et donne lecture derechef du contenu 



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AU XVÏl' SIKCLE 97 

des % arrêts et ordonnances du sieur de Roquelaure, pour 
l'entière exécution desquels il aurait prié des parents, amis, 
seigneurs et gentilshommes de se vouloir rendre en ce lieu 
avec leurs amis, gendarmes et autres gens de guerre armés, 
chacun suivant sa qualité, ce que partie ont fait et notam- 
ment : M. Rogier de Cheverry^ sieur de La Reolle, accom- 
pagné du sieur du Vivier, son frère, et 25 gentilshommes ou 
gendarmes et 100 arquebusiers, le sieur de Jalenques, 
accompagné de 20 gentilshommes et de 100 arquebusiers, 
les sieurs de Gibersac et de Sauveterre, assistés de 30 
gentilshommes et gendarmes et de 80 arquebusiers ; le sieur 
de Coutures, accompagné de 12 gentilshommes ou gendar- 
mes et de 50 arquebusiers ; le sieur de Rougier, accom- 
pagné de 10 gentilshommes ou gendarmes et de 60 arque- 
busiers ; le sieur d'Arconques, accompagné de 8 gentils- 
hommes et autres gens à cheval ; le capitaine de Malgasc, 
de la ville de Castelsarrasin, accompagné de 30 arquebu- 
siers ; les sieurs de Lachapelle, de Pauliac, le vicomte de 
Paulin, aussi accompagnés de 10 gendarmes ; les sieurs de 
Favols, de Catus, Fontanges, les sieurs du Castera, de 
Pelois, Favas, Brobert, de Capelette, les sieurs de Teulet 
et de Lavales, gentilshommes de la suite de M. le comte de 
Carmaing ; les sieurs de Melonnes, de Gironde, son frère, 
deux commissaires d'artillerie et deux canonniers, et que de 
plus, le sieur de Mauvoisin ayant prié le sieur de Rotondy, 
de Castelsarrasin, de s'en venir avec ses amis pour l'eflfet 
susdit, il aurait fait avancer le sieur de Laboyssière, son 
frère, avec 25 arquebuziers et icelluy de Rotondy, venant 
en ce lieu, accompagné de 7 à 8 gendarmes passant la rivière 
de Garonne au port appelé de Mansou pour se rendre au 
lieu de la Pointe où estoit la pièce de canon, il se seroit 
mis avec Antoine de Puch, sieur Martin, bourgeois de la 
dite ville et autres deux de sa suite et croit le dit sieur de 
Mauvoisin avoir en nombre avec ce que est de son costé 



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98 COMMENT s'exécutait IJN ARRÊT DE JUSTICE 

400 arquebuziers et jusques 120 maîtres et plus, ce qui fait 
en tout le nombre de plus de 500 hommes. » 

C'était une véritable armée qui allait se mesurer avec les 
pauvres sires d'Hautcastels et leurs quelques partisans réfu- 
giés derrière leurs fortifications. C'était sans doute aussi 
une partie de plaisir pour tous ces gentilshommes partisans 
des Mauvoisins qui n'étaient pas fâchés d'aller faire une 
petite expédition contre d'autres gentilshommes, histoire de 
s'entretenir la main. 

Mauvoisin ayant passé sa troupe en revue, distribua à 
chaque soldat une livre 12 de poudre, 22 balles et des cannes 
de mèche, distribution dont le procès-verbal fit mention 
contre-signée par les gentilshommes présents. 

Pendant ce temps le sire d'Hautcastel et sa femme devaient 
faire d'amères réflexions ; ils n'avaient pas sans doute pensé 
à un tel déploiement de force et la gravité et le péril de 
leur situation ne laissait pas que de leur causer des angoisses. 

Néanmoins, ils résolurent de résister et prirent leurs dis- 
positions en conséquence. 

Pendant la journée du 16, la troupe assiégeante avait 
examiné le terrain, pris ses quartiers ; le lieutenant du 
roi s'était logé au château d'Hautcastel. 

Laissons la parole au dit lieutenant qui va nous raconter 
le mémorable siège : 

€ Le sieur de Saint-Urcisse, frère du sieur de Hautcastel, 
était dans une métairie appelée La Borde-Basse (alors que 
d'ordinaire il habitait Loubejac), depuis le 13 du mois de 
février et où il s'était fortifié, avec une grande assemblée de 
gens do guerre et fait faire autour d'icelle force barricades. 
Lesquels gens de guerre tiraient journellement des mous- 
quetades ou arquebusades et couraient sur les passants 
sous prétexte qu'ils les disaient être gens du dit sieur de 
Mauvoisin, au moyen de quoy, ils descandalisent, espou-. 
vantent et troublent le pays de voyes et fassons de fere 
illicites >. 



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AU xvn^ sièclf: qc) 

Aussi le lieutenant du roy, toujours respectueux des for- 
mes juridiques, pria-t-ilM. Etienne Fraysse, praticien, et 
M. Isaac, de Cahors, M^ apothicaire, consuls de Lauzerte 
(en l'absence des autres consuls), de venir lui prêter main 
forte ; avec eux il s'achemina vers la métairie pour sommer 
les délinquants de se rendre ; mais arrivés à une arquebu- 
zade les consuls déclarèrent qu'il n'était pas bon que le 
lieutenant du roy les accompagnât, qu'ils iraient seuls parler 
au sieur de Saint-Urcisse. 

Celui-ci leur fit la déclaration suivante : c Les consuls 
lui avaient fait un extrême plaisir de n'avoir point amené 
avec eux le lieutenant ; s'il y fust venu il s'en fust terminé 
mal. Il n'avait à faire d'aller lui parler et lui faire aucun 
commandement, ni injonction, ni autres choses ; s'il était 
assez osé d'y aller il l'en ferait [repentir]. » 

A la vue du lieutenant, le sieur de Saint-Urcisse avait 
même paru à côté de la métairie, en compagnie de plusieurs 
gens de guerre armés d'arquebuse ou mousquets, et le regar- 
dait pendant que les consuls lui transmettaient sa réponse. 

Voyant ces dispositions belliqueuses, le lieutenant et les . 
consuls se retirèrent, « bien que le dit Saint-Urcisse ait 
assuré et promis que quoique il fût assisté de plusieurs de 
ses amis et domestiques au nombre de 15, néanmoins il ne 
se mettait en aucune sorte en debvoir pour empêcher l'exé- 
cution de l'arrest, et qu'il n'estoit audit lieu que pour la 
conservation de ladite métairie afin que les soldats n'y allas- 
sent loger. » 

Malgré ces bonnes paroles, le lieutenant commença le 
siège. « Avons fait rouller, dit-il, et conduire un canon 
appelé Courtaud, tirant la balle de 14 livres et autres deux 
pièces de campagne tirant les balles d'environ 4 et 5 livres, 
droit au dit fort de Lavalette, et estant près et environ à 
une mousquetade dudit lieu, nous avons fait commande- 
ment au dit sieur et dame d'Hautcastels d'obéir au rçy et à 



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lOO COMMENT s' EXECUTAIT UN ARRET DE JUSTICE 

sa justice et de se rendre entre ses mains, en toute assu- 
rance, pour être menés en la conciergerie et respondre à ce 
que la cour ordonneroit. » 

Cette proposition peu engageante pour les rebelles fut 
assez mal accueillie. Protégés par leurs fossés, palissades, 
casemates, fortifications passagères et autres, les assiégés 
répondirent par une salve de coups de mousquet et d'arqué- 
buze qui eut pqur premier résultat de blesser un soldat, 
Jean Cavalier, de la suite du sieur de Rougier, habitant de 
Penne. Le malheureux, frappé au ventre fut tué ainsi qu'un 
autre nommé Pierre Touzet, de Terride, de la suite du sieur 
de Courtine, qui reçut un coup de mousquet à Téchine et 
mourut la nuit suivante. 

On mit alors les canons en batterie ainsi que les « man- 
tellets et autres, engins de guerre », mais comme la journée 
était avancée on remit encore au lendemain le commence- 
ment du siège. 

Le i8, au matin, le lieutenant essaya encore une dernière 
tentative. Accompagné d'un trompette il alla sommer les 
sieurs d'Hautcastels de se rendre ; mais cette ouverture fut 
comme les autres accueillie par des coups de mousquet. 

Aussi pendant toute la journée la métairie fut bombardée 
par le canon, mais sans grand résultat. 

4r Et advenant le 19 du même mois, voyant que le sieur 
et dame d'Hautcastel, persistans dans leur rébellion et malice 
disant par manière de mocquerie telles et semblables paro- 
les : « Tiro et tourno çargua, lou pagaras qu'aouren secours > 
et faisant battre un tambour et tirer plusieurs coups de 
mousquetades et arquebusades » le lieutenant fit de nou- 
veau et de plus près mettre en batterie son artillerie. 

Se voyant près d'être perdus, les époux d'Hautcastel et 
leurs amis s'esquivèrent par une porte dérobée et allèrent 
se réfugier à la Borde-Basse où était leur cousin de Saint- 
Urcisse. Les assiégeants s'en étant aperçus se mirent à leur 



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AU XVII* SIÈCLE lOI 

poursuite et arrivèrent jusqu'à 300 pas de la métairie, mais 
ils furent reçus par plusieurs coups d'arquebuses dont l'un 
atteignit noble Jacques de Voisins, sieur de Saint-Michel. Ce 
malheureux avait reçu une balle dans la tête au-dessus de 
l'œil gauche et une autre dans la bouche. Celle de Toeil lui 
avait fait une énorme plaie par où sa cervelle s'échappait. 
Les assiégés en furie coururent sur le blessé et lui coupè- 
rent la gorge et le lardèrent de coups d'épée et de halle- 
barde lui volant deux pistolets, son épée, son casque et sa 
cuirasse et rentrèrent dans la métairie ou se trouvaient déjà 
les sieurs de Saint-Urcisse, les sieurs de Sainte-Livrade et 
le chevalier frère du sieur d'Hautcastel. 

Ce que voyant, le lieutenant rentra précipitammeht àLau- 
zerte pour sommer les consuls de venir lui « prêter main- 
forte, faveur et assistance et servir de témoins oculaires dans 
l'exécution de sa commission, à peine de 10.000 1. d'amende 
et d'être déclarés rebelles à sa majesté et à sa justice » . 

Les consuls répondirent qu'ils n'osaient aller avec lui «de 
tant qu'ils croyaient qu'il leur serait tiré tant par les dits 
complices d'Hautcastels que par les soldats de Saint- 
Urcisse. > 

Le pauvre lieutenant, navré de cette réponse peu coura- 
geuse, revint àHautcastel où pendant ce temps Mauvoisin et 
des amis communs des deux partis, entr'autres M. de Cabriè- 
res, beau-fils de M. de Thémines, avaient négocié une capi- 
tulation au moyen de laquelle la dame d'Hautcastel et le 
meurtrier de M. de Gensac (M. de Voisins) seraient remis 
entre les mains du lieutenant pour être conduits et menés 
en la conciergerie du Parlement à Bordeaux et que le sieur 
d'Hautcastel serait conduit à M. de Roquelaure. M. de 
Saint-Urcisse et les autres gentilshommes et soldats s'en 
iraient pour l'exécution de la capitulation. 

On trouva le sieur d'Hautcastel malade dans la métairie. 
Les autres prisonniers furent conduits au nombre de cinq 



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102 COMMENT S EXECUTAIT UN ARRET DE JUSTICE 

dans le château d'Hautcastel ; mais l'un d'eux parvint à 
s'échapper. 

Le sieur d'Hautcastels fut remis aux consuls de Lauzerte, 
et conformément aux termes de la capitulation y resta trois 
semaines, puis fut conduit à M. de Roquelaure. Sa femme 
avait demandé qu'on ne la séparât pas de son mari et qu'on 
les conduisit tous deux au château de Mauvoisin pour y 
traiter de leurs différents avec sa belle-sœur, espérant que 
celle-ci lui procurerait un arrangement, bien que plaidant 
l'une contre l'autre. Après la guérison de d'Hautcastel, 
celui-ci serait conduit au duc de Roquelaure. Hautcastel et 
sa femme furent amenés le 24 au château de Marmande, 
mais là également les consuls du lieu prièrent le lieutenant 
de les laisser conduire à Mauvoisin, ce qui leur fut accordé. 

Les palissades et autres fortifications de Lavalette furent 
démolies par ordre du lieutenant du roi. 

Le seigneur d'Hautcastel, une fois gucri, fut transféré 
à Bordeaux, jugé et condamné à mort. 

Le cardinal de Sourdis, ami de la famille, s'interposa 
auprès de Louis XIII. Antoine de Castanier ne fut point 
exécuté ; il réussit même à s'évader, nous dit M. Tabbé 
Taillefer dans sa monographie de Lauzerte. Seulement notre 
confrère l'appelle René alors que nous avons vu qu'il s'agis- 
sait d'Antoine. 

Cette affaire devait avoir un épilogue: En 1645,1e 19 août, 
il y avait un procès au Parlement entre Messire Antoine II 
du Castaigner, chevalier seigneur et baron de Loubejac et 
dame Marguerite de Ferrand, dame de Mauvoisin, épouse 
de Messire Hector d'Escodeca de Boisse, chevalier mestre 
de camp d'un régiment d'infanterie servant le roi en Cata- 
logne, tant en son nom que comme héritier sous bénéfice 
d'inventaire de feu Antoinette du Faur, dame de Mauvoisin. 

Antoine de Castaigner II était fils d'autre Antoine I, sei- 
gneur des mêmes lieux et de Françoise de Felzins, lequel 



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AU XVII* SIECLE lo3 

fut marié par contrats du i8 décembre 1592 et 18 septem- 
bre 1601, et petit-fils d'Aimeric de Castagnier qui testa le 
26 août 1586. 

Antoine II n'était pas héritier de son père, mort avec des 
dettes, dont celle de Madame de Mauvoisin, mais il avait été 
substitué directement aux biens de son aïeul ; par consé- 
quent ses biens ne pouvaient être saisis et d'ailleurs la sai- 
sine était nulle, ledit sieur de Castagnier I étant mort civi- 
lement. 

A cette époque Anne d'Astorg était veuve d'Annet de 
Castagnier, sieur de Saint-Urcisse. 

Par suite de la présente transaction il est convenu que 
la terre et seigneurie d'Hautcastel sera acquise irrévoca- 
blement à la dite dame d'Hautcastel avec ses appartenances 
et dépendances à la charge par ledit Antoine de Castagnier 
de se faire payer des héritiers de Saint-Urcisse, 10.000 1. 
que ceux-ci devaient à la dame de Mauvoisin et celle-ci lui 
délaisse en outre les métairies de Sabatier. 

Cet acte fut passé à Bordeaux étant médiateurs : Pierre 
de Lamothe, Lambert, seigneur des Rouets, Pierre de Bri- 
nac, seigneur de Castels ; Gabriel de Ferrand, sieur de 
Montastruc et de Bellegarde. Dupeyrou et Savignac, notai- 
res, 9 août 1645. Il mit fin à cette dramatique querelle, 
qui avait duré 33 ans et donné lieu à tant de péripéties. 



Une réflexion s'impose en terminant le récit de cet épi- 
sode, c'est que l'amour des procès a été depuis longtemps 
l'apouage de notre race et que pour une misérable question 
d'argent on ne s'arrêtait pas devant les violences les plus 
désastreuses. 



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LIVRÉES CONSULAIRES 



M. l'Abbé FiRMiN GALABERT 

Membre de la Société 



Comme, pour être bien remplie, toute charge a besoin 
d'un insigne ou marque d'honneur, les consuls furent dotés 
d'un insigne distinctif, qui était une robe longue et un cha- 
peron. C'est ainsi qu'on voit représentés les quatre consuls 
de Beaumont dans la miniature qui orne le Livre juratoire^ 
publié naguère sous les auspices de notre Société. 

Robe et chaperon étaient mi-partie rouge et noir, sauf 
les nuances qu'admettent ces deux couleurs : le noir dégé- 
nérait quelquefois en bruneta ou brun noir ; ainsi à Séri- 
gnaç du Brulhois en 1503. A cette date les consuls Arnaud 
Drulhet et Bernard Castaing demandèrent d'avoir, comme 
les consuls de Laplume, Caudecpste, Layrac et Montesquieu 
chapperons entaylhés la moitié de drap rouge et Vautre 
ntoytié de drap de brunete (i). A Caussade la robe et le cha- 
peron étaient mi-parti écarlate et noir (2). 

Le 30 novembre 1586 le consuls de Dieupentale employè- 
rent pour leur livrée 6 palms drap rouge, 6 palms drap 
noir et 3 canes drap biiiet qui coûtèrent 12 écus 5 sols 
tournois. 

(1) Archivés des Basses- Pyrénées, E 286, 

(2) F. Gplabçrî çt J-, Poscys. La Ville de Caussade (T.-et-G.)^ p. 206, 



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UVREKS CONSULAIRES I o5 

 la même date les 3 consuls de Launac devaient à des 
marchands de Grenade, 3 écus sol un tiers, pour 3 canes 
drap limestre et migrene (i). 

C'est en costume que les consuls recevaient les princes 
et les grands personnages venant visiter leurs Villes. Quand 
Charles IX vint à Montauban le 20 mars 1565, les bourgeois 
allèrent l'attendre à la limite de la juridiction du côté de 
Bressols ; les 6 consuls vestus de leurs robes et chapairons 
consulaires Vattendaiént à l'extrémité du faubourg Toulou- 
sain, pour le recepvoir avec un paille qu'ils avoient faict 
faire ^ court et entouré de velours bleu, semé de fleurs de lys 
d'or avec une crespine à Ventour de soye blanche, bleue et 
incarnade; auquel baillèrent les clefs communes et ordinaires 
en signe de recognoissance et obeyssance (2). 

Les insignes étaient sensiblement les mêmes dans toutes 
les communautés. Les consuls de Campsas n'avaient de dif- 
férence avec ceux de Finhan, Monbéqui et Bourret que 
dans la beca ou guleron (2 d'écembre 1395). Item lor dona 
et autreja lo et setihor de Territa alsd habitans de Camsas\ 
que los cossols del dich lôc de horàs en avant puesquan et 
lor sia licite de porta caperos de mech partit am la liureyd 
de roge et nègre, am serta differensa al cap de la heca des 
caperos, coma fan los cossols de Finha, de Monbéqui he de 
Borret (3). 

C'était la ville ou la communauté qui faisait aux consuls 
les frais dé la livrée. La ville de Beaumont accordait à ses 
4 consuls la somme de 2O0 livres pour le port de robe ; 
dans les années de rhisère cette sommé était réduite à 10 



(i) Minutes de Jean Algayrès, not. de Grenade, f«* 534 et 536, chea 
M'" Coderch, not. de Grenade-sur-Garonne. 

V 

(2) Lebret, Histoire de Montauban, par Marceilin et Ruck, 11, 37a. 

(3) Notes de M. F. Moulenq. prises dans Aymeric d€ Porta, not. de 
Montauban. 



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lo6 LIVREES CONSULAIRES 

livres par consul, plus 4 livres pour un flambeau qu'ils por- 
taient aux processions (i). 

Le costume ou livrée devenait la propriété des consuls ; 
si plus tard le sort des élections les rappelait au consulat, la 
ville leur accordait, quand c'était nécessaire, une indemnité 
pour faire arranger ou réparer les robes reçues dès leur pre- 
mière magistrature (2). 

Dans l'exercice de leurs fonctions les consuls portaient 
le chaperon sur le col, comme nos maires et officiers de 
police portent l'écharpe à la ceinture ; ainsi à Grenade celui 
qui allait requérir le juge de prendre le serment des consuls 
entrant en charge, portait le chaperon sur l'épaule (3). 

Dans les campagnes les consuls semblent n'avoir porté, 
longtemps du moins, que le chaperon. Que le motif de cette 
carence fût pris de l'économie ou de la crainte de traîner 
la robe dans la boue, il est sûr que nous n'avons pas trouvé 
mention de robe. C'est seulement le chaperon qui est men- 
tionné dans la concession de décembre 1395, faite par Ber- 
trand, seigneur de Terride, Bourret et Campsas, où il con- 
firma aux consuls de ce dernier lieu la permission de porter 
chaperons mi-parti rouges et noirs, semblables à ceux des 
consuls de Finhan, Monbéqui et Bourret. 

Cependant les villes, même d'importance secondaire, 
comme nos chefs-lieux de canton, valaient à leurs consuls 
le pouvoir de porter les robes. C'est ainsi que le 31 mai 1480, 
Gaston de Foix, comte de Lavaur, vicomte de Castillon, 
Lomagne et Auvillar, seigneur de Terrebasse d'Albigeois et 
du pays Castrais, permit aux consuls d'Auvillar de porter 
chaperons, robes et autres insignes {4). 

{ I) Livre juratoire de BeaumoiU-de- Lomagne^ déjà cité, xxxvi. 

(2) Idem, XXXVI. 

(3) Arch. de Grenade- sur-Garonne. Délibérations communales^ ' 7-^4» 
{4) Arch. de Tarn-et-Garonne. Rei;. d'Ayn^eric de Porta, not. de Mon- 

tauban. 



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LIVREES CONSULAIRES I 07 

De même au mois de mars 1484, par lettres datées à 
Evreux, le roi accorda aux consuls de Lauzerte le droit de 
porter chaperons et robes mi-parti rouge et noir, comme 
les villes voisines (i). 

Le chaperon et les livrées consulaires furent accordés 
aux consuls de Montricoux en 161 8, par le duc de Sully, à 
qui la terre avait été adjugée Tannée précédente d'autorité 
du prévôt de Paris (2). 

On voit par ces diverses citations que le roi» dans son 
domaine et dans ses bonnes villes, les seigneurs dans leurs 
terres pouvaient accorder le droit de livrée. Cependant la 
permission expirait à la mort du seigneur ; il fallait adres- 
ser une supplique au nouveau seigneur. C'est pour cela que 
le 18 avril 1492 les consuls de Monbéqui, Finhan et Bourret 
qui avaient joui déjà du droit de livrée, en renouvelaient 
la demande, comme les habitants de Campsas, à leur nou- 
veau seigneur Odon de Lomagne, baron de Terride : que 
los cossols del dich loc de horas en avant poscan et lor sia 
licite de portar capayros de meg partit am la liureia de roge 
et negre^ am certa differensa al cap de la beca deh capayros, 
coma fan los cossols de Finlia he de Monbéqui he de Borret (3 ) . 

Nous avons vu les habitants d'Auvillar recevoir le droit 
de livrée consulaire de Gaston de Foix, leur seigneur, en 
1480 ; néanmoins le 15 juin 1501, Catherine de Foix, com- 
tesse d'Armagnac et de Rodez, vicomtesse de Lomagne et 
d'Auvillar, confirma la concession faite par ses prédéces- 
seurs ; de plus elle autorisa les consuls à doubler les robes 
et les chaperons d'étoffe de couleur convenable, mais sem- 
blable pour tous (4). 

(1) Arch. de Lauzerte AA i. Taillefer, Lauzerte, p. i65. 

(2) Devais aîné, Montricoux , broch. 42 p. Extrait des Mémoires de 
l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 1864. 

(3) Minutes d'Aymeric de Porta, déjà cité. 

(41 Communique par M. Bladé à M. F. Moulenq. 



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loS LIVRÉES COiNSULAlRES 

Quand la seigneurie d'un lieu était partagée entre plu- 
sieurs co-seigneurs, la permission de porter livrée devait 
être sollicitée de chacun d'entr'eux. Les consuls de Gargan- 
villar avaient demandé en 1501 à Odon de Lomagne, baron 
de Terride, leur seigneur, le droit de livrée (i) ; cependant 
le 21 juillet 1563 les consuls du même lieu demandèrent à 
George, cardinal d'Armagnac, seigneur de Belleperche, la 
permission de porter chaperon et livrée consulaire ; celui-ci 
leur accorda ce droit à condition d'obtenir semblable per- 
mission du baron de Terride, seigneur paréager. La per- 
mission fut en effet donnée par Antoine de Lomagne, celui 
que l'histoire nomme Terride tout court, le i" septem- 
bre 1563 (2). 

Pour aussi simple que fût la livrée, elle n'était guère 
séante à des manants mal habillés, aussi voyons-nous Ber- 
nard-Jourdain de risle exiger des consuls de ses terres un 
costume convenable quand ils revêtiraient la livrée. En 
effet, le l«r février 1507, les trois consuls d'Aucamville, 
assistés de quatre conseillers et les consuls de Merville, 
s'étant présentés devant lui au château de La Mothe, deman- 
dant qu'il leur fût permis de porter chaperons mi-partis 
rouge et noir à l'exemple des consuls de Grenade ; ils 
avouèrent ne poursuivre cette distinction honorifique que 
pour faire mieux respecter leurs ordonnances et augmenter 
leur prestige dans la perception des deniers royaux. Le 
seigneur agréa la demande et, tout en se réservant les droits 
de justice, il exigea que lorsque les consuls porteraient leurs 
insignes dans l'exercice de leurs fonctions, ils eussent soin 
de ne porter ni capes (comme les portent encore les monta- 
gnards de Massât, Ariège), ni sabots, ni guêtres qui étaient 
le costume de la classe pauvre, capas, galopodia fusiea^ 

(i) Arch. de la Société Archéologique. Noies Moulenq, 11, p. 35. 
(2) Idem. 



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LIVREES CONSULAIRES IO9 

garamachias y mais qu'ils eussent un costume convenable 
et des souliers, sed habeant vestem honestam^ galiguam et 
sotulares (i), 

(i) Arch. du château de Merville Cartulaire de la Seigneurie. 



Il y a quarante ans environ, en visitant ce qui reste des 
Archives municipales, à la mairie de Piquecos, j'ai trouvé 
dans le fond d'une armoire un chapeau de consul, en étoffe, 
de laine rouge et noire ; depuis je l'ai recherché en vain, 
il avait disparu malgré les recommandations faites. 

F. P. 




1908 10 



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LE 



Registre du Maximum 



DE LA 



comm:unb de larrazet 



M. J. DONAT 



La petite commune de Larrazet, dans le canton de Beau- 
mont-de-Lomagne fut, jusqu'à la Révolution, une dépen- 
dance de l'abbaye de Belleperche. 

Après la création des départements (15 janvier 1790), le 
territoire de Larrazet fut placé dans le département de 
Haute-Garonne ; il appartint au district de Grenade et au 
canton de Beaumont. ' 

Les archives que possède sa mairie ne sont pas anté- 
rieures au commencement du XVIII® siècle. L'explication 
s'en trouve dans un procès- verbal du 10 frimaire an II, 
établissant que les titres et documents féodaux furent brûlés 
publiquement sur la « place d'Armes > (i). 

Les actes que renferment ces archives concernant la 
période révolutionnaire méritent de fixer l'attention. Ils 

(i) Registre des délibérations du Conseil général de la commune, 
commencé le 28 août 1793. 



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LE REGISTRE DU MAXIMUM DK h\ COMMUNE DE LARRAZET I I I 

nous montrent, avec la grandeur et la violence du mouve- 
ment, la pénétration rapide des idées révolutionnaires jus- 
que dans les coins les plus reculés de nos campagnes. 

Il est seulement regrettable que ces précieux documents 
se trouvent dans un état de déplorable abandon. Négligem- 
ment relégués sur d'inaccessibles étagères, ils sont recou- 
verts d'une épaisse couche de poussière qui est loin de cons- 
tituer pour eux une enveloppe protectrice. 

J'en établis, il y a quelques années, pendant un court 
séjour, un classement rapide par ordre chronologique. Ce 
ne fut pas sans peine ; plus d'une fois il m'arriva de décou- 
vrir un acte de 1793 au milieu d'une liasse de circulaires 
du second Empire ! 

Peut-on dès lors s'étonner d'y trouver des lacérations et 
des manquants ? Tel registre des délibérations du conseil 
général de la commune a disparu. Et, à la lumière de l'inven- 
taire qui en fut fait en l'an VII, on constate combien ces 
pertes sont sérieuses et regrettables ! 

Quoi qu'il en soit, il reste dans la mairie de la petite 
commune un fonds important qui peut être consulté avec 
fruit et qu'il est bon d'amener au jour. 

Je signalerai seulement, pour aujourd'hui, le Registre du 
Maximum qui fut établi en vertu d'un arrêté du Comité de 
salut public, pour fixer le prix des denrées et des salaires. 
Ce document est assez bien conservé et j'en donne plus 
loin la copie textuelle. 

C'est une sorte de cahier grand format, protégé par une 
couverture sur laquelle on lit des inscriptions suggestives, 
vraies profession de foi qui ne détonnent ni avec le style ni 
avec les idées de l'époque. Voici quelques-unes de ces ins- 
criptions : 

PREMIÈRE PAGE DE LA COUVERTURE 

— « Gouvernement révolutionnaire, gouvernement révo- 



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112 LE REGISTRE DU MAXIMUM 

lutionnaire jusqu'à la paix >, en belle écriture haute et 
nette. 

Cette formule est entourée de la signature plusieurs fois 
répétée du citoyen Monastès, secrétaire de la commune, 
géomètre, qui, à en juger par les diverses pièces des archi- 
ves, fut un des chefs les plus influents du parti révolution- 
naire de Larrazet. 

DEUXIÈME PAGE DE LA COUVERTURE 

— « Vivre libre ou mourir > . 

— f Unité et indivisibilité de la République » . 

— « Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ». 

— « Guerre aux despotes, paix aux peuples ». 

— « Le peuple français reconnaît l'être supprême et 
rimortalité de Tâme ». 

— « Vive la République, vive la Montagne et vive (sic) 
nos représentants ». 

Aux quatre coins et en travers de la page s'étale encore, 
nette et ferme, la signature de Monastès. 

Au bas de la même page, la date : c A Larrazet, dans la 
maison commune, le 5™® thermidor, 2® année républicaine 
et démocratique, 23 juillet ». 

TROISIÈME PAGE DE LA COUVERTURE 

— f Mort aux (?) (i), paix aux peuples. » 

— « Jugement du tribunal révolutionnaire de Paris qui 
condamne à la peine de mort 68 conspirateurs du nombre 
desquels se trouve Pierre Guiringaud (2), natif de Castel- 
sarrasin, comme étant du nombre des conspirateurs. > 

« Il faut tout sacrifier pour l'aventage de la République, 

(.) Le mot tyrans a dû être oublié. 

(•/) Guiringaud avait été président du district de Grenade. 



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DE LA COMMUNE DE LARRAZET I I 3 

et nous verrons avec entousiasme que sa ira et sa ira. Vive 
à jamais la République, que celui qui y voudrait porter 
atteinte soit passé sur l'instant sous le glaive de la Loy. 
Vive à jamais la Montagne. 

« A Larrazet, le 5« thermidor, 2« année républiquaine et 
démocratique ». 

Signé : Monastès. 

QUATRIÈME PAGE DE LA COUVERTURE 

« Monastès, de Larrazet, secrétaire de la commune ditte. 

« Guerre aux Tirans, Paix au peuple. Périssent tous les 

esclaves qui tanteraient d'avoir la guerre avec la France >. 



Voici maintenant la copie dudit registre. (Le texte et 
l'orthographe en sont scrupuleusement respectés). 

« Maximum du prix des journées, de celui du transport 
de récolte, de la location journalière des animaux, voiture 
et instruments et outils oratoires (sic) ou autres, fait et 
arrêté par le Conseil général de la commune de Larrazet, 
le premier messidor an deux de la République française 
une et indivisible en exécution de l'arrêté du Comité de 
salut public du onze prairial dernier *. 

Une journée de laboureur 4 1. lo s. 

Ou autrement trente-cinq sols la journée en 

terrefort, cy i 1. 15 s. 

Et dans la boulbène il. 

Journée des brassiers et travailleurs de terre. . I 1. 

Pendant les mois de brumaire, frimaire et nivôse . o 1. 1 5 s. 

Journée de charpantiers et maçons i 1. 10 s. 

Aux faucheurs des preds 2 1. 

Ou par poignerée (i) il. 4 s. 

(i) La poignerée représente à Larrazet une contenance d*environ 
10 ares 64. 



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114 ^^ REGISTRE DU MAXIMUM 

Journées de femmes o 1. 12 s. 

Les femmes et enfants aux mois de brumaire, 

frimaire et nivôse o l. 9 s. 

Prix des transports des récoltes de Textrémité de 
la commune au centre pour un voyage avec 
charrette et bœuf 2 l. 10 s. 

Du milieu du territoire au centre i l. lo s. 

Et dans une distance moins éloignée il. 

La même gradation sera observée pour le transport des 
chaumes et foins et de la vendange. 

Nota, — On n*a pas fixé le pris du loyer des instruments 
servant aux travaux de la campagne parce que chaque 
ouvrier a ceux qui luy sont nécessaires et que dans le cas 
contraire ils se les prétoint mutuellement et très volontiers. 

La journée pour couper les grains, serrer les gerbes et 
les batre demurent fixées dans le cas ou Ton n'aura pas fait 
de conventions en grains, savoir : 

Pour les hommes 2 1. 

Et pour les femmes 1 1. 10 s. 

Journée de laboureur 4 l. 10 s. 

Autrement trente sols la poignerée i 1. 10 s. 

FAÇON DES TOILES 

Bot ( i) la canne de huit pans (2) o l. Os. 

E-palmette (3) de cinq par moins au quart. . . o 1. 9 s. 

B inné commune (4) o 1. 12 s. 

Brinne première qualité o 1. |3 s. 

(i) Li bot était un tissu grossier cii lin et cot^n dont on faisait 
souvent des vêtements. 

(2) La longueur de Li canne était d'eiviron i m. 80. 

(3) L'espalmette était plus fine que le bot, mais plus grossière que la 
toile ordinaire. 

(4) La filasse fine. 



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DE LA COMMUNE DE LARRAZET I I 5 

FASSON DES ENTRELIS 

Bot la canne o l. i8 s. 

Trelis de palmette, la canne o 1. 15 s. 

Trelis de brinne, la canne il. 4 s. 

Trelis pour cotte, tirant cinq cannes en grossier 

d'espalmette 6 1. 

Trelis pour cotte, tirant cinq cannes en grossier 

d'espalmette, première qualité 9 1. 

Garniment de lit de bot o 1. 18 s. 

Id. à carraux o 1. 18 s. 

FASSON DES MOUCHOIRS 

Mouchoirs de quatre pans de fil de lin o 1. 18 s. 

Mouchoirs de trois pans et demy o 1. 15 s. 

FASSON DU BASIN 

Basin rayé i 1. 10 s. 

Basin toille de coton o 1. 18 s. 

JOURNÉE POUR FAUCHER LES PRÉS 

La journée 2 1. 

La poignerée il. 4 s. 

RÉPARATION ET ÉGUISAGE DES OUTILS ARATOIRES ET AUTRES 
NÉCESSAIRES A LA CULTURE 

Pour chausser la pioche chez le forgeron comme une journée 

d'un ouvrier il. 

Pour éguiser les dites pioches cl. i s. 6 d. 

Pour éguiser les bêches cl. 3 s. 

Pour les fers de chevaux : 

Un grand fer de cheval o 1. 18 s. 

Id un petit o 1. 15 s. 

Jd. d'annesse o 1. 12 s. 



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Il6 LE REGISTRE DU MAXIMUM 

LA FASSON DE FAIRE LA BARBE CHEZ LE CHIRURGIEN ET AUTRES 
CHOSES QUI REGARDENT LA CHIRURGIE 

Chaque barbe - o 1. i s. 6 d. 

Une saignée au bras o 1. 7 s. 6 d. 

Une saignée au pied o 1. 1 5 s. 

Une saignée au cou o 1. 15 s. 

Pour les accouchemens 6 1. 

A la sage-femme 2 1. 

FASSON DES COUTURIÈRES 

Fasson d'une chemise d'home o 1. 12s. 

Fasson d'une chemise de femme cl. 9s. 

FASSON DES SERCLES 

Fasson d'une mule de sercles cl. 6s. 

Fasson d'une mule de sercles petits o 1. 6 s. 

FASSON DES CHATREURS 

Pour châtrer le cochon cl. 7 s. 6 d. 

Id. les chevaux 4 1. 10 s. 

Id. les moutons cl. i s. 

Id. les braux (i) o 1. 15 s. 

FASSON POUR LES FAISEURS D'ARNOlS ARATOIRES 

Pour un haray (2) 2 1. 5 s. 

Pour un joug de bœufs 2 1. 

Pour une manègue (3) cl. 7 s. 6 d. 

Uiiè mousse o 1, 10 s. 

POUR LE CHARRON 

Pour faire un lit de charrette (nourri). ... 4 1. 10 s. 

Sans nourriture 6 1. 

Pour un essieu , o 1. 15 s. 

(i) Les taureaux. 

(2) Une charrue. 

(3) Mancheron de charrue. 



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DE LA COMMUNR DE LARRAZET II7 

FASSON DU ÏUILLE CRU 

Le cent sera payé il. 4 s. 

Le millier 12 1. 

Le barrou 6 1. 

FASSON DE BARRIQUES ET COMPORTES 

Une barrique 3 1. 10 s. 

Une demy-barrique i 1. 15 s. 

Une comporte il. 2 s. 6 d. 

Sig)ié : 

DOMERC, M. ROUSSEL, off. municip. 

DOUSTIN, Notaple Gambedouzou, off. municip. 

MONASTÈS, S^^ FiLsAC, agent national. 

Tels sont les renseignements que nous fournit le reo^istre 
du maximum de Larrazet. Il est, certes, bien incomplet. On 
peut cependant, en ce qui concerne la progressivité des 
salaires depuis plus de cent ans, y puiser d'utiles indica- 
tions. 

D'autre part, il nous montre, par les détails dans les- 
quels il entre, quelle était alors l'importance de certaines 
professions exercées par de petits artisans qui n'ont pu 
lutter contre la monopolisation industrielle produite au 
XIX® siècle par le développement du machinisme. 

P. S. — Cet article était déjà composé, lorsque, au cours d'un très 
court séjour que j'y ai fait récemment, j'ai découvert dans les archives 
de Larrazet une feuille du même registre qui a\ait échappé à mes recher- 
ches antérieures, ainsi qu'un « état des objets de première nécessite » 
du 20 octobre 179'^. J'en ferai Tobjet d'un nouvel article. J. D. 




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UN MOT 



SUR 



La Cathédrale de Palma 



ET 



L'ILE ENCHANTÉE DE MAJORQUE 



M. le Comte Léopold de GIRONDE 

Membre de la Société. 



Palma, comme Palerme, en Sicile, est dans un des plus 
beaux sites de la zone méditerranéenne. 

La capitale de Majorque possède un joyau : sa cathédrale. 
On peut dire qu'il n'est pas de monument qui tienne mieux 
sa place dans le paysage. Quand, du pont du bateau venant 
de Barcelone, on voit se dresser très haut à l'horizon, sa 
grande masse aux tons de cuivre rouge, soudain sont 
oubliées les traîtrises des vagues qui se sont jouées de votre 
repos pendant la nuit. 

Au-dessous de ce fier profil s'enlevant sur un ciel matinal 
où l'émeraude et le saphir doucement se confondent, des 
trainées de maisons blanches et jaunes, aux tons très enve- 
loppés, déferlent, comme une onde glissante, épousant la 



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UN MOT SUR LA CATHEDRALE DE PALM A II9 

forme du rivage et ne s'arrêtant qu'à la mer d'un bleu in- 
tense, pur et profond. C'est une église rectangulaire ; elle 
prend rang à côté des plus belles de l'Espagne, ne ressem- 
ble, d'ailleurs, ni à la cathédrale de Séville, ni à Burgps, ni 
à Tolède, mais plutôt — uniquement en ce qui concerne 
son plan — au duonio de Milan. 

Ses clochers sont très peu proéminents ; elle est exempte 
de ces fantaisies asymétriques et géniales qui donnent à la 
plupart de nos belles cathédrales gothiques françaises tant 
de personnalité. Quand même, elle est pittoresque et gran- 
diose, avec ses lignes perdues dans les jets multipliés de 
ses contreforts perpendiculaires terminés tous par de fins 
pinacles gothiques. Son caractère dominant est une grande 
simplicité. Cette qualité éclate surtout au-dedans. Là, ce 
qui vous frappe, avant tout, c'est la grande hardiesse et 
sveltesse de ses piliers octogonaux, sans stylobates, ni cha- 
piteaux. Comme un bois de grands hêtres, ils s'élancent ; 
leur aboutissement, leur frondaison naturelle, c'est la voûte, 
une voûte aux nervures saillantes et fines qui leur fait hon* 
neur. Ils la portent, suspendue à 45 mètres de hauteur, (la 
hauteur de Saint-Pierre, de Rome, à peu près) ; les petites 
voûtes légères des bas cotés ne sont pas d'un niveau très 
inférieur, en sorte que cet ensemble aérien est plutôt uni 
que divisé par les quatorze fûts héroïques sur lesquels il 
repose. Une harmonie résulte de la simplicité très caracté- 
ristique de cette église ; toute froideur en est bannie, rele- 
vée qu'elle est par le piment tout espagnol de ses chapelles 
latérales qu'on entrevoit dans l'ombre, riches de leurs reta- 
bles en or sculpté et patiné, si éminemment décoratifs. 

Le choeur était enclos dans le centre de la nef. On l'a 
supprimé et l'église y a gagné en majesté. Une autre réforme 
a été moins heureuse : tout au fond de l'abside, dans l'axe 
même de l'édifice, est un siège épiscopal en marbre blanc 
ciselé ; il se trouvait masqué par un haut retable d'une élé- 



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120 UN MOT SUR LA CATHÉDRALE DE PALMA 

gance suprême, sans colonnes torses, n'ayant plus rien du 
style dit espagnol, fait de trois zones superposées de den- 
telles gothiques très pures, merveilleusement agencées 
entr'elles, avec, à la base, une grande masse de figures 
humaines sculptées en un gras, puissant et pittoresque 
fouillis. 

Cet écran d'or, mis au point par les siècles, était le para- 
chèvement de la cathédrale à l'intérieur, le Mihrab catho- 
lique vers lequel convergeaient les trois nefs ; au devant 
de lui était placé le maitre-autel. Or, voici que, pour être 
constamment en vue de l'assemblée des fidèles dans les 
cérémonies où il pontifie, l'évêque de Majorque a fait enle- 
ver autel et retable. Le premier a été transporté tout en 
avant, au premier plan du grand sanctuaire dont il coupe 
la profondeur et amoindrit l'effet, le second s'est vu arbi- 
trairement appliqué contre la muraille d'un bas-coté. 
Immense bibelot, il apparaît là, à une certaine hauteur', 
indépendant de son entourage, n'ayant d'autre raison d'être 
que de provoquer l'admiration. Pour les chanoines, oppo" 
sants platoniques, et pour tous les gens de goût, cette admi- 
ration reste mêlée de regrets. O Monseigneur, pourquoi 
*avez-vous sacrifié la cathédrale à votre cathedra !... 

Edifiée par Jaime (I d'Aragon, au commencement du 
XIV« siècle, à la suite d'un vœu qu'il fit, en pleine mer, 
alors que sa flotte, venant pour conquérir Majorque, était 
menacée d'être engloutie par les flots, cette belle cathé- 
drale, éprouvée par un tremblement de terre, eut à subir, 
plus tard, dans sa façade, une restauration un peu lourde. 
Mais au sud, donnant sur la mer, une belle porte sculptée, 
€ portai del mirador >, est restée intacte. Chef d'œuvre 
d'élégance sobre, elle a un arc en plein cintre divisé en 
trois parties ; les voussures présentent comme une broderie 
de petites niches abritant des saints, tandis que des griffes, 
des polygones et d'autres menus ornements occupent les 



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UN MOT SUR LA CATHEDRALE DE PALMA 121 

parties supérieures ; un globe triangulaire les domine, sur 
le champ uni duquel se combinent avec une grâce char- 
mante des entrelacs. Ils ont beau être gothiques, ces entre- 
lacs, ils font penser à cet art arabe si fin, si délié, qui a 
laissé des traces dans tous les pays où il a passé. 

J'ai prononcé le nom de Jacques II. Avant de quitter la 
cathédrale, prenons congé de -lui. 

Au fond de l'abside, dans une chapelle élevée, est un 
sarcophage surmonté d'un sceptre, d'une épée et d'une cou- 
ronne royale. Don Alcover, vicaire général, ami de Mon- 
seigneur l'évêque de' Perpignan, a bien voulu, à notre 
intention, faire introduire une petite clé dans la paroi de 
marbre. 

Le dessus du sarcorphage a été enlevé et nous avons eu 
sous les yeux la momie noire, habillée d'hermine, du pre- 
mier roi de Majorque. Le spectacle n'est pas des plus atti- 
rants, il est plutôt triste et un peu farouche ; accordons lui 
cependant, largement, les circonstances atténuantes : en 
somme, le conquistador est là, devant nous : son âme a fui 
mais sa dépouille mortelle brave le temps, rivée à sa con- 
quête, pour ainsi dire enfermée dans un acte de foi dans 

cette cathédrale, fruit de son vœu et devenue son tombeau. 

Les vœux que, dans son ardent prosélytisme religieux, 
le conquérant avait formés pour son île, paraissent s'être 
réalisés au-delà des limites de temps habituelles en ce 
monde. 

Marjorque est restée, de nos jours encore, immuablement 
attachée au catholicisme. A de très rares exceptions près 
tous les noms de rue de cette grande ville de 65.000 habi- 
tants sont des noms religieux ; ceux de la Ptireza^ del san 
Cristo^ de la Pietad^ del ecce Homo^ et toute la litanie des 
saints, saintes, bienheureux et bienheureuses, protecteurs 
de la cité, d'un métier ou d'une confrérie. Dans nos pays 
catholiques du continent, les fidèles, au jour des rameaux, 



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122 UN MOT SUR L\ CATHEDRALE DE PALMA 

décorent d'une discrète brindille de buis, leur bénitier. Les 
Palmezans, eux, en masse, balafrent la partie la plus en 
évidence de leurs maisons, leurs balcons, leurs miradores^ 
d'une grande palme qui restera là, toute Tannée. Et c'est 
comme le blason des foules, — un blason collectif mille 
fois répété, — sur toute la ville de Palma, la bien nommée. 

Les insulaires ont gardé leur foi. Grâce à elle, grâce 
aussi, il faut le dire, à un très heureux naturel, ils mon- 
trent des qualités qui, de nos jours, se font rares : une 
honnêteté proverbiale, de la cordialité, de la gaieté. Leur 
type, non sans beauté, est assez différent du type espagnol; 
ils ont, surtout, beaucoup de physionomie. Dans la cam- 
pagne, ils vont au devant de l'étranger, le saluent d'un mot 
éclairé, d'un aimable sourire. Vous voyez jusqu'aux petits 
soldats (que n'entraîne aucune consigne), esquisser, quand 
ils passent auprès de vous, de leurs yeux rieurs et doux, 
un vale amical. Enfin, — et ceci, à mon avis, est la suprême 
attraction, la perle, — errant dans les plaines de l'île que 
couvrent, à perte de vue, sous l'abri de ses belles monta- 
gnes, tantôt la gaze blanche de sos amandiers en fleurs, 
tantôt la houle de ses oliviers tortus, vieux de plusieurs 
siècles et pourtant encore vigoureux, vous rencontrez des 
paysans qui chantent. Ils chantent, tandis que leur main 
maintient dans la terre rouge le soc de leur charrue trainée 
par des mules, et que, sur leur tête, l'alouette leur répond, 
fusant dans le ciel bleu. 

Puis, dans les bois d'oliviers, ce sont des jeunes filles, des 
Mireilles^ accroupies en des poses de Vénus antiques, qui, 
de leurs voix fredonnantes et douces, accompagnent la 
cueillette du petit fruit noir. 

La gaité, fille du boi^heur, est partout. Gravissez les hau- 
teurs, dans la région des pins d'Alep, des chênes-verts et 
des caroubiers géants, au-dessous des grands rochers épi- 
ques qui saillissent de ce velours nuancé et paraissent tout 



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UN MOT SUR LA. CATHEDRALE DE PALMA 123 

soupoudrés de corail rose, vous entendrez encore, glisser 
le long des pentes ombragées, les ondes de la voix humaine. 
Cette fois, ce sont des pâtres, dont la jeunesse redit, 
pour la centième fois, les joies du sol natal, en des stances 
rythmées et aériennes ; mélodies simples, en mineur, qui 
évoquent encore, après sept cents ans, l'ancêtre arabe 
disparu. 




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Pierres Tombales effigiées 



DANS 



LE DIOCÈSE DE MONTAUBAN 



M, le Chanoine Fernand POTTIER 

Président de la Société 



La coutume anciennement pratiquée d'ensevelir les fidèles 
dans la nef des églises, amena Tusage de dalles de pierre 
ou de marbre, parfois de lames de cuivre et d'émaux, voire 
même de mosaïques ou de terre cuite, destinées à mar- 
quer les tombes sans dépasser le niveau du pavé. 

Ce fut là comme la simplification et la réduction de tom- 
beaux, en forme de sacorphage, sur lesquels le gisant était 
représenté étendu ainsi que sur un lit de parade, sorte 
d'exposition continuée du mort sur sa couche funèbre ; le 
coussin sur lequel repose la tête est souvent soutenu par 
^ des anges thuriféraires, d'autrefois ceux-ci (comme à la 
cathédrale de Limoges) soulèvent des rideaux qui ferment 
l'édicule et un dais surmonte le monument. 

Les églises abbatiales, collégiales et autres ; les cathé- 
drales, surtout, reçurent des cénotaphes de ce genre, 
offrant une sépulture d'honneur aux fondateurs, aux bien- 



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Buîlefin Archéologique 




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PIERRE TOMBALE ÉGUSE DE BEAUMOMT-DE - lOMACNE 



oogle 



?f Trimestre 1903 



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PIERRE TOMBALE DANS LES RVIHE8 DE L'ABBAIE Iffi BELLE-PERCHE 




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PIERRES TOMBALES EFFIGIÉES 125 

% 

faiteurs, aux personnages marquants : abbés, évêques, sei- 
gneurs, princes et rois. 

Laissant de côté ces sépultures monumentales plus que 
rares dans notre département (i) et dont la place fut mar- 
quée, surtout le long des murs latéraux et dans les déam- 
bulatoires comme clôture de chœur, arrêtons-nous aux pla- 
tes-tombes gravées. 

Elles vinrent à la suite de dalles funéraires ornées de bas- 
reliefs, peu accusés le plus souvent, mais dépassant le sol 
par leur saillie ou le modelé des personnages représentés et 
rendant, dès lors, la circulation difficile (2). 

Dès le début du XII^ siècle (3), au XIII^ beaucoup, et 
dans la suite, on se contenta de tracer au ciseau ou au burin 
l'effigie de la personne ensevelie, entourée de motifs d'archi- 
tectures et d'inscriptions (4). 

(i) Le Musée lapidaire possède les débris du sarcophage de Jean 
d*Auriolle, évêque de Montaubande 1491 à iSiq. Ils proviennent de Tan- 
cienne cathédrale détruite dans les guerres de religion. Ce fragment qui 
représente sous une arcature renaissance à pilastres et à coquilles Tapôtre 
Saint Jean, patron de l'évêque, a été retrouvé sous nos yeux parmi des 
déblais faits lors de fouilles entreprises dans la cour de THôtel-de-Ville 
(ancien évêché) pour assainir les salles basses, transformées en musée. 

Dans l'église de Goudourville (canton de Valence-d'Agen) la table de 
communion présente une série d'arcatures gothiques, en pierre, garnies 
de statuettes de saints, elle me paraît avoir appartenue à un tombeau 
dont elle formait les parois. Nous en avons obtenu le classement parmi 
les monuments historiques. 

(2) On peut facilement se rendre compte de Taspect offert alors par le 
sol de nos églises en France lorsq e l'on visite Téglise de VAra cœîi à 
Rome. Dans la nef, les tombes, dont plusieurs en ronde bosse, occupent 
toute la surface. Nous y avons relevé" le nom de personnages français 
morts dans la ville des Papes. 

(3) Dans son bel ouvrage sur les Antiquités et Monuments du départe- 
ment de V Aisne, M. Edouard Fleury a démontré que dans cette région 
qui, plus que toute autre, avait possédé et garde encore des dalles 
gravées, plusieurs remontaient (3« partie, page 259) aux premières 
années du XII*" siècle. 

(4) Les traits gravés en creux étaient parfois niellés en couleur dessi- 

1908 II 



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12b PIERRES TOMBALES EFFIGIEES 

Ce genre de dessin au trait, familier à nos pères qui 
l'employaient dans les peintures murales, les émaux, les 
vitraux, témoigne, la plus part du temps, d'une réelle 
habileté ; la physionomie, l'attitude, la perspective même, 
sont souvent rendues avec une grande vérité. 

On ne voit pas alors les figures grimaçantes exprimant 
les terreurs ou la réalité de la mort par un rictus sinistre, 
des têtes décharnées ou des squelettes. Ce réalisme fut œuvre 
de la Renaissance. Les visages tout au contraire indiquent 
le repos et portent comme un reflet de béatitude. 

Trois de ces plates-tombes nous restent, mince épave 
échappée à la ruine de nos édifices religieux détruits par 
les guerres et les révolutions. 



La première en date est celle de Guillaume Gaufridi ou 
Jauffre, le douzième et de l'un des plus célèbres abbés 
de Belleperche, monastère cistercien, fondé en 1143, dont 
les murs de soutènement, baignés par la Garonne, sem- 
blent défier le temps (i). 

En marbre blanc d'une grande épaisseur, cette plaque 
tombale fut, dit le Gallia christiatia^ retrouvée dans les 
décombres de l'église après la dévastation de l'abbaye par 
les Huguenots en 1572. Les religieux, survivants au mas- 
sacre fait par les troupes de Terride, reprirent peu d'années 

nant à Paide de plomb ou de mastic brun, rouge ou noir Teffigie et 
rinscription. 

Ce mode de gravure était observé encore au XVÏI» siècle. Depuis, le 
centre de la dalle ne portait que Tépitaphe, une croix, un écu ou un 
emblème. 

(i) Belleperche est situé non loin de Castelsarrasin ; une station de la 
voie ferrée, qui relie cette ville à Beaumont-Je-Lomagne, permet au 
voyageur de s'y arrêter. Des bâtiments considérables élevés au XVII*' 
siècle sur les restes de l'ancienne abbaye sont encore debout. 



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DANS LE DIOCK'^F DE MONTAUBAN I27 

après, possession de leur monastère, ils relevèrent les 
bâtiments renversés et rendirent à la tombe de leur ancien 
abbé sa place primitive au pied du maître-autel. De nou- 
veau celle-ci disparut du sol lors d'une démolition métho- 
dique qui après la Révolution fit, sauf un mur des bas côtés, 
disparaître l'église. 

Il y a 30 ans, la retrouvant rangée c'ans l'un des corri- 
dors des anciens bâtiments, nous en avons obtenu de 
M. de Thèze, propriétaire de Belleperche à cette époque, le 
don pour la Société archéologique. 

Elle prit place, alors, dans notre musée lapidaire et occupe 
dans le sol le centre de la salle du Prince Noir. 

Comme il dut en être autrefois, elle est encadrée par des 
carreaux vernissés, marqués des armes de Jauffre. 

Dans des fouilles faites en 1875 nous avons eu la bonne 
fortune de retrouver ce carrelage posé encore là même où 
s'élevait la belle église abbatiale dont notre abbé pour- 
suivit et acheva la construction et à la consécration de 
laquelle il convia les fidèles le 7 mai J263 (i). 

Guillaume Jauffre eut un abbatiat des plus féconds; après 
avoir, pendant plus de 30 ans, gouverné Belleperche il 
fut mêlé aux grands événements du royaume. Conseil 
de Philippe-le-Hardi, il le suivit à Foix en 1272, octroya 
des coutumes et des privilèges et mourut évêque de Bazas 
en 1296 (2). 

(i) Nous rendions à cette époque, sous l'administration de .M. Isidore 
Delbreil, maire de Mcntauban, la salle du Prince noir à son aspect 
ancien et ce reste si important du château bâti par les Anglais au XIV« 
siècle devenait le Musée lapidaire. C'est grâce à une allocation de mille 
francs votée par le conseil municipal, que nous avons pu pratiquer h 
Belleperche les fouilles qui nous ont permis de retrouver l'ancien carre- 
lage et d'en placer une partie dans la salle sur laquelle fut bâti, au 
XVII» siècle, la demeure des évêques, aujourd'hui, encore, Hôtel-de- ville 
et bientôt palais des Beaui-Arts. 

(2) Il avait été pourvu de ce siège en 1293. 



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J28 PIERRES TOMBALES EFFIGIÉES 

Le marbre qui recouvrait ses cendres, car il voulut reposer 
dans son ancienne abbaye, le représente revêtu des orne- 
ments pontificaux, ses mains sont couvertes par des gants à 
manchettes, sans plaques; de la droite il porte un livre muni 
de deux fermoirs et de la gauche il tient la crosse, dont la 
volute à crochets se termine par une tête de serpent ; la 
mître basse à orfrois est garnie de pierreries, un amict à la 
riche bordure laisse le cou dégagé et un pli retombe sur la 
chasuble ; celle-ci a la forme ample du moyen-âge ; dans le 
bas on voit la dalmatique frangée, et sur l'aube traînante, 
une de ces pièces d'orfèvrerie ou de broderie à rinceaux 
que Ton désignait sous le nom éeparura o\x paratura. 

Les cheveux coupés sur le front de façon à l'encadrer 
s'arrondissent épais de chaque côté de la tête ; le visage 
allongé est rasé selon la coutume des Cisterciens ; les pau- 
pières sont abaissées ; c'est le calme sommeil acquis par 
une vie noblement et utilement remplie. 

Une arcature à trois lobes, appuyée sur des colonnettes, 
est accompagnée de chaque côté des armes de Guillaume 
JauflFre. Celles-ci portent une croix pleine et une orle 
chargée de 14 besans. Cet écu, nous l'avons dit, est entré 
dans la décoration du carrelage vernissé combiné de façon 
à former, dans un cercle, une rosace à l'aide de quatre car- 
reaux. 

Le pied gauche du prélat est seul apparent ; la sandale 
pontificale est marquée d'un galon qui la partage dans la 
longueur du pied. 

L'inscription, gravée entre deux filets, offre quelques 
abréviations indiquées par le signe habituel ; une seule 
partie, la plus essentielle, il est vrai, est peu lisible par suite 
de l'usure du marbre. 

Dans Tangle supérieur de gauche elle portait la date de 
la mort ; on devait lire 1296 et non 1293 comme cela a été 
écrit par erreur. Pourquoi, quand nous ne pouvons voir 



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DANS LE DIOCÈSE DE MONTAUBAN 1 2q 

1293 sur notre pierre tombale, ne pas admettre l'opinion 
des auteurs du Gallia Christiana^ confirmée par la série 
des évêques de Bazas qui porte sans hésitation 1296. 

Voici l'inscription : 

ANNO DOMINI, MCC DXXX..., ANTE CINERES, 

OBIIT DOMINUS GUILHELMUS GAUFREDI 

PETRAGORICENSIS DIŒCESIS ET CASTRI DE GOTA 

OLTM ABBAS HUJUS DOMUS 

POSTMODUM DEI GRATIA FACTUS EPISCOPUS VASATENSIS 

CUJUS ANIMA REQUIESCAt IN PAGE, AMEN. 

Une seconde pierre tombale effigiée a été retrouvée par 
nous, à Belleperche, lors des fouilles que nous y fîmes. La 
partie supérieure manque, l'inscription en bordure formée de 
lettres onciales est malheureusement illisible et du person- 
nage on ne voit que quelques traits gravés, indiquant le bas 
du vêtement qui était une robe ; Técu, du moins, répété qua- 
tre fois est très apparent ; il porte une fleur de lis. Telles 
furent les armes de Gautier Levert de Clarens, qui gouverna 
l'abbaye dans les dernières années du XIII^^ siècle et figure 
encore comme abbé en 1317. Il fut enseveli dans le chœur 
de l'église abbatiale (Gallia, ch. XIII, col. 263) où 15 lampes 
par suite d'une donation de 33 livres tournois, faite par 
lui en 1299, brûlaient devant l'autel jour et nuit. Son 
sceau, qui le représente revêtu des vêtements pontificaux, 
porte, de même que la pierre tombale, un écu à fleur de lis 
placé de chaque côté. 

Les ruines de Belleperche ont fourni la pierre tombale 
d'un autre de ses abbés, Jean III de Cardaillac mort en 1543, 
elle était placée dans le sanctuaire du côté de l'épitre et 
off*re une longue inscription publiée par nous dans le BuU 
letin Archéologique (tome XVI, p. 59), le défunt n'est point 
représenté, on voit seulement ses armes timbrées de deux 



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l3o PIERRES TOMBALES EFFfGtÉES 

mitres et de deux crosses, indiquant qu'il avait été abbé 
d'Aurillac et de Belleperche. Cette-plate tombe, non entière 
fait partie de nos collections au Musée Lapidaire. 



La petite ville de Beaumont-de-Lomagne est une bastide 
fondée en 1275 par les moines cisterciens de Grandselve, son 
église, bel édifice de la seconde période gothique a conservé 
la pierre tombale d'un personnage laïque qui fut probable- 
ment l'un des bienfaiteurs de l'église (i). 

A l'époque de sa mort, 1336, la construction de l'église 
se poursuivait, mais les quatre chapelles du chevet 
devaient être terminées ; c'est dans l'une d'elles, dédiée 
alors à saint Biaise, que Martin Rassi fut enseveli. Cette 
chapelle est située au côté gauche du chevet qui est rectan- 
gulaire suivant l'usage des cisterciens dont l'influence devait 
se faire sentir à Beaumont comme à Grenade, autre bastide 
fondée par les religieux de Grandselve. 

Sous un arctfilobé appuyé sur colonnettes à chapiteaux est 
étendu le personnage portant la barbe et les cheveux longs, 
dans l'attitude de la prière ; ses mains sont jointes et les 
paupières sont abaissées ; vêtu d'une robe à manches étroi- 
tes, il porte, retenu sur l'épaule gauche par trois boutons, 
le manteau dit à la royale fort en usage au XIV*^ siècle ; ses 
pieds, chaussés à la poulaine, sont appuyés sur un chien 
couché. Au-dessus de sa tête nue, un ange reçoit son âme 
représ .ntée par un corps humaîn à peine formé et qui se.n- 
ble sortir du cerveau. 



(I) Le nom de Rassi ne figure p-)int dans les longues listes des pre- 
miers habitants de Beaumont, que Ton retrouve dans les pièces consti- 
tutives de la nouvelle bastide. Voir le Livre juratoire de Beaumont-dc- 
Lomagne, publié par les soins de notre Société, en 1888. (Imprimerie 
Forestié.) 



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DANS LE DIOCÈSE DE MONTAUBAN l3l 

On lit rinscription suivante gra\ ée en bordure et tracée 
en lettres onciales : 

ANNO DOMINI, MCCC XXXVI 

DIE MERCURII ANTE FESTUM BI LUGE EVANGELISTE OBIIT 

MARTINUS RASSI 

CUJUS ANIMA REQUIESCAT IN PAGE, AMEN 

Van du seigneur y i }S6y le mercredi avant la fête de saint 
LuCy Evangeliste^ est mort Martin Rassi ; que son âme 
repose en paix. Ainsi soit-il. 

Beaumont; de même que d'autres bastides relevant direc- 
tement du Roi, alors même qu'il y eut paréage avec les 
fondateurs, attira dès le début des personnes notables parmi 
ses habitants ; des fils de famille, cadets de seigneurs, trou- 
vaient dans ces villes nouvelles des franchises et remplis- 
saient facilement des offices royaux et ou bien dédai- 
gnaient point de devenir consuls. 

Plusieurs chapelles de l'église de Beaumont furent éle- 
vées par ces familles, ajoutées au plan primitif. C'est ainsi 
que l'une d'elle dut sa construction aux de Vernhes, gen- 
tilshommes venus du Rouergue dès les premières années du 
XV« siècle, qui se continuèrent jusqu'après la Révolution. 
Joseph de Vernhes était sous Louis XVI conseiller du Roi 
pour la ville de Beaumont. 

Quelques fragments de dalles mêlés au carrelage actuel 
• de l'église sont les seuls témoins, malheureusement restés 
muets, de sépultures anciennes. 



L'église de Castelferrus, située non loin de Belleperche, 
conserve dans le dallage de sa nef, mais changée de place 
lors de sa reconstruction assez récente, la pierre tombale delà 
femme de l'un de ses seigneurs, Hélin deCardailhac, décédée 



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l32 



PIERRES TOMBALES EFFIGIEES 



et ensevelie en même temp.< que son fils, petit enfant, qu'elle 
tient par la main et semble présenter aux récompenses 
accordées par le juge suprême. 

Le dessin qui devait accompagner cette mention nous 
manque en ce moment ; nous le donnerons prochainement 
avec quelques notes supplémentaires relatives aux sépultu- 
res dans nos anciennes églises. 




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HOTEL DES MONNAIES 

A MONTAUBAN 

PAR 

M. Hhnry de FRANCE 

Membre de la Société 



Le Bulletin de la Société Archéologique de Tarn-et- 
Garonne n'a jamais parlé des divers ateliers qui ont frappé 
la monnaie à Montauban. 

Il me semble qu'il est bon de dire en quelques mots ce 
que nous savons à ce sujet ; et ainsi, peut-être, aurons-nous 
l'occasion d'avoir des renseignements plus complets sur 
les officiers attachés à ces ateliers, tous étrangers à notre ville. 

La trouvaille faite tout récemment dans les notulaires de 
Montauban, de deux actes importants qui jettent un jour 
complet sur une des périodes les plus obscures de la frappe 
des monnaies dans notre ville, nous donne l'organisation de 
l'atelier en 1587. En la joignant aux documents déjà publiés 
par M. Devais en ses brochures, et par M. Em. Forestié en 
ses Ephémérides^ le Bulletin donnera l'ensemble de ce que 
nous possédons sur la question, restée dans le mystère si 
longtemps. 

M. Devais, notre ancien collègue, archiviste et chercheur 
infatigable, a publié jadis une brochure intitulée ; Notice 



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i:>4 UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN 

historique sur la Monnaie frappée à Montauban pendant les 
Guerres de religion. 

Ce sujet qui était jusques-là, resté dans Toubli, fut une 
véritable révélation. 

Il est fort curieux, même, de constater que nos Consuls 
furent très mystérieux toutes les fois qu'ils eurent à s'occu- 
per des différentes installations à faire pour ces diverses 
frappes de monnaies. Et cependant, chaque fois, ils étaient 
couverts par des ordres supérieurs. 

Le 14 décembre 1568, Henry, prince de Navarre et Louis 
de Bourbon, Prince de Condé, donnèrent mission au sieur 
de Rapin, Gouverneur de Montauban, pour frapper de la 
Monnaie à Montauban. (Ephémérides, Em. Forestié,fol.27i) 
Les Lettres-patentes furent publiées et enregistrées à Mon- 
tauban le 5 janvier 1569. 

En 1587, Henry, roi de Navarre, donna à M, de Scor- 
biac, conseiller au Parlement de Toulouse et chambre de 
TEdit, par une lettre du 24 juillet 1587, Tordre de trans- 
mettre « commission et pouvoir au sieur Durand de la Sar- 
rete, dé Villefranche-de-Rouergue, pour être maistre de la 
Monnoie audit flontauban et la battre, et faire battre. > 
Cette lettre a été publiée dans le Recueil des lettres missives 
du Roy de Navarre et l'original est la propriété de M. le 
Baron de Scorbiac, dans ses Archives de famille. 

Enfin, en 1628, une troisième fois, on frappa des Mon- 
naies à Montauban. 

Le 15 juillet 1628, c le Duc de Rohan, chef et général 
des Eglises réformées de ce Royaume », donna mission 
aux sieurs de Valada, de Du Jau et Bourguet, de faire battre 
Monnaie, de nouveau à Montauban, toujours au coin de 
France, au titre, poids et alloy observés pour les Monnaies 
de Sa Majesté. (EphémérideSy Em. Forestié, fol. 103.) 

M. Devais fit insérer sa notice dans le Moniteur de l'Ar- 
chéologue (1868, p. 376). Il nous prouve, par des citations, 



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UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN l35 

des délibérations consulaires, que les Consuls de Montau- 
ban, au moins en 1628, avaient une grande crainte de se 
compromettre en parlant de la Monnaie frappée par ordre 
du Duc de Rohan. 

La situation, en effet, ne laissait pas place à Téquivoque 
et paraît être franchement du domaine de la rébellion. Mais 
les Consuls de l'époque ne paraissent pas s'être embar- 
rassés de grands remords dans cet ordre d'idée, pour les 
choses de la Guerre. 

Quoi qu'il en soit nous ne pensons pas qu'ils aient eu de 
semblables ménagements pour les deux premières frappes 
de Monnaie en 1569, et en 1587 où l'autorité Royale d'Henry 
de Navarre couvrait leur responsabilité. 

Les délibérations consulaires pour cette période n'exis- 
tent plus dans nos archives. C'est ce qui explique, sans 
doute, l'obscurité qui enveloppa si longtemps cette circon- 
stance de la vie Montalbanaise. 

Aucun des historiens de notre ville n'en a parlé, tous se 
sont contentés de mentionner la Monnaie « Monda Reipn- 
blicûe MontiS'Albani >, qui aurait été frappée à Montauban 
pendant les trois sièges de I361. Cette monnaie est introu- 
vable, tout au moins introuvée, et nul n'en connaît un spéci- 
men. Elle n'a jamais existé, et c'est sans doute du souve- 
nir de la frappe faite au coin du Roy par Rapin en 1569, 
que la tradition populaire a tiré cette légende, insérée dès 
1580, dans l'édition de V Histoire de Théodore de Bèze, 

On ne connaît pas les ouvriers qui frappèrent la Monnaie 
à Montauban en 1569 sous le gouvernement de Rapin. 
Nous n'avons, d'ailleurs, à ce sujet qu'un seul document 
qui a été copié par M. Raoul de Cazenave dans les Archives 
particulières de l'Empereur Guillaume, en Allemagne. 

C'est l'original des Lettres-patentes envoyées à Rapin à 
Montauban, et restées dans la famille de Rapin, dont un des- 
cendant se réfugia dans le Brandebourg à la révocation de 



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l36 UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN 

TEdit de Nantes. M. de Cazenove Ta publié dans son 
Histoire de Rapin-Thoyras. 

Mais il n'en est pas de même en 1587. Grâce à la décou- 
verte de deux documents notariés, dans les protocoles du 
notaire, Jean Rey {alias Derey), nous connaissons l'orga- 
nisation de € la maistrize de la Monnoye establie en la dite 
ville de Montâuban. » 

Voici le document dans toute son étendue : 

« Comme ainsi soit que Messire Durand de La Sarrette 
ayt obtenu concession du Roy de Navarre et premier prince 
du sang et premier pair de France, ôouverneur et Lieute- 
nant général pour le Roy, nostre sire en Guyenne, pour 
faire battre en la présente ville de Montâuban toutes espè- 
ces de monnoyes permises et quy ont cours en ce Royaulme, 
sbubz les coings et armoyries de Sa Majesté et du poids et 
tiltre et alloy portés par ses ordonnances ainsy que a pieu 
que seroit porté par sa commission en datte du 24 de juillet 
dernier, signé Henry, et plus bas, par le Roy de Navarre, 
premier prince du sang et premier pair de France, gouver- 
neur et lieutenant général : Lallier, et scellée du petit sceau 
et armoyries dudict seigneur Roy de Navarre. 

« Et que pour exercer ladicte charge -et estât soit besoing 
avoir d'autres officiers, comme tailheur, garde de la Mon- 
^noye, et essayeur, lesquels offices et estats, auroient estes 
obtenus savoir, par Messire Jean de Lalauze, dudict Mon- 
taulban, Testât de garde de la dicte Monnoye, Messire Fran- 
çois de la Barre, orphèvre, la charge et estât et office de 
tailheur en la dicte Monoyeet par Robert Chaubin(i), aussi 

(i) Le sieur Robert Chaubin était l'époux d'Anne de Raffi. Cest la 
naissance de leur fille Marthe, baptisée à Montâuban, à Téglise réformée 
le 5 octobre i595,qui nous l'apprend. Elle eut pour parrain Ysaac Brun 
et pour marraine Anne de Tournié. (Baptêmes 1595, f. 176). Le mariage 
de ces époux n'est pas inscrit a Tçtat civil dç Montâuban. 



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UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN iSy 

maistre orphèvre Testât et office de essayeur, pour en jouir 
aux honneurs authorités droicts, proficts, gaiges et esmoleu- 
ments accoustumfez ou qui seroient plus particulièrement 
declairez en faisant le contract avec eulx. 

€ Par quoy est à scavoir que aujourd'hui septiesme de 
octobre mil cinq cent quatre-vingt-sept, après midy, à Mon- 
taulban, régnant Henry et en présence demoyaestè estably 
en personne, le dict de la Sarrette lequel de son gré a pro- 
mis aux dict sieurs de Lalauze, la Barre et Ghaubin pour 
Texercisse de leurs estats et offices scavoir, audict de la 
Lauze trois escuz sol et ung tiers pour mois à commencer 
le premier jour de septembre dernier passé. Audict Labarre 
six escus sol et deux tiers aussy pour moys commençant 
ledict jour premier de septembre , et audict Ghaubin deux 
escus par moys, sans y comprendre ses autres droicts et 
sans conséquence, à commencer le mesme jour premier de 
septembre aux quels ledict de la Sarrette sera tenu, comme 
a promis leur payer pour le temps que vacqueront en 
ladicte charge et office, ce quy sera loisible audict de la Sar- 
rette quitter quand bon luy semblera^ sans que lesdicts de la 
Lauze, Labarre et Chauvin, le puissent contraindre^ à conti- 
nuer ladicte charge si bon ne luy semble. Batonné et rem- 
placé par : et non aultrement ; 

« Lesquels de la Lauze, Labarre et Ghaubin ont promis 
audict Lassarrette ce acceptant, faire leur debvoir chascung 
en leur dicte charge sur peyne de tous despens domaigeset 
interest et a ce faire tenir garder et observer chascun pour 
luy en tant que le conserne ou oblige, se sont soubsignés. 

« Présents syre Elie Lacoste et Jean Pellot tysseran 
dudict Montauban habitants et moy Jean Rey notaire royal 
soubsigné avec les partyes et Lacoste. 

Delasarrette, Delalauze, Delabarre, 
P. Ghauvin, J. Rey, Lacoste. 

(Liasses de Rey, E. 2002, à la date). 



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l3.8 UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN 

Un autre document nous donnera bientôt le nom des 
ouvriers qui faisaient le travail manuel dans l'atelier moné- 
taire. 

Ainsi nous voyons parfaitement l'organisation de cet ate- 
lier monétaire. Henri de Navarre avait pris comme garde 
un Montalbanais, Jean de Lalauze, mais tous les autres offi- 
ciers et les ouvriers eux-mêmes que nous verrons plus loin, 
étaient étrangers. François de la Barre était de Blois, où il 
avait quelques biens et où il avait laissé sa femme, demoi- 
selle Marye de Meurier, comme on le voit par une procu- 
ration qu'il lui donne pour la gestion de ses affaires à Blois, 
et pour faire rentrer diverses sommes que lui devaient, 
des habitants de cette ville nommés dans sa procuration. 
Voici un abrégé de cet acte fait à Piquecos, près de Mon- 
tauban, quelques jours avant de s'engager définitivement 
avec le directeur de l'atelier monétaire établi par le R03' de 
Navarre. 

€ L'an mil cinq cens quatre-vingt-sept et le 29 du mois de 
septembre avant midy, en la paroisse de Saint-Jacques les 
Picquecos en Quercy, régnant nostre souverain prince 
Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Poloigne, 
en présence de moy notaire royal et tesmoins sous nommés 
a esté estably en personne Françoys de Labarre orphèvre 
de Bloys, à présent se tenant en ce pays de Quercy et 
n'ayant moyen pour le présent s'en retourner en son domi- 
cile audict Bloys, a fait constituer sa procuratrice, Marye 
de Meurier, sa femme, demeurant audict Bloys... pour rece- 
voir de Rochette, la somme... et administrer tous ses biens, 

f Présent : M.Jean de Natalis, doct. en droits ; Tyssen- 

dier, hab. de Montauban, et Mestre Jean Rey, notaire 

royal. > 

Natalis, Delabarre. 

(Liasses de De Rey : E. 2002, à la date). 



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UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN 1 3<) 

Dès Tannée suivante « M. Durand de la Sarrette, secré- 
taire des finances du Roy de Navarre » épousa à Montau- 
ban demoiselle « Judith de Parrisson, fille à feu le capitaine 
Légier » (i). (Mariages 1588, f. 75). 

Cette demoiselle était fille de Anthoine Parrisson et de 
Jeanne de Noals de Cos. 

Durand de la Sarrette eut une fille, nommée Jeanne qui 
fut baptisée en 1589 au temple à Montauban (Bapt. 1589, 
fol. 281). Le père ne porte pas de qualificatif, mais en la 
même année cependant nous le trouvons qualifié du titre 
de conseiller du Roy. 

f Messire Durand de la Sarrette, conseiller et secrétaire 
ordinaire du dit sieur, Roy de Navarre et commis par Sa 
Majesté à la maistrize de la Monnoie establie en ladite ville 
de Montauban » emprunta le 18 mars 1589 à c Honneste 
femme Catherine de Sornac, femme de Messire Anthoine 
de Manducat, conseiller et mathématicien du Roy de 
Navarre > (2) une petite somme. La pièce porte une belle 
signature « De la Sarrete » (Boigion, 776). 

Ce mathématicien, était sans doute aussi, occupé à la 
Monnoie de Montauban, comme deux autres personnes dont 
le nom est étranger à la ville et qui sont nommés à titre de 
serviteurs de La Sarrete. C'était c Denys de la Mayne et 
Louys Larchier. » 

(i) Le capitaine Légier se nommait en réalité Anthoine Parrisson, 
qui était Tépoux de dame Jeanne de Noals. (Contrat de mariage Boi- 
gion i588, E. 774, f. 385.) 

Dans cette pièce Durand de la Sarrette est qualifié « secrétaire des 
finances dû Roy de Navarre ». 

(2) On trouve, le i5 novembre 1589, « Messire Anthoine de Manducat, 
habitant à la maison dicte de Sornac avec sa fille Esther de Manducat •, 
qualifié de « Docteur en Médecine ». C'était bien le même personnage, 
sans doute^ mais il avait plusieurs titres et les variait suivant les cir- 
constances (Archives de Mont., E. 2oo5. Liasses de Rey, à la date). 



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140 UN HOTEL DES MONNAIES A MONTAUBAN 

Au mois de décembre 1589, Durand de la Sarrette fit 
son testament qu'il déposa scellé de six cachets de cire 
rouge à ses armes. Malheureusement elles sont peu visibles. 
On y voit, serable-t-il, trois lettres S. A. R. et une ancre de 
navire dans le bas (Boigion liasses, 776). 

Dans son testament, il se dit fils de Hugues de la Sar- 
rette, marchand, de Villefranche-de-Rouergue. Il lègue son 
office à ses héritiers. 

Il mourut, le 8 février 1590, pendant un voyage qu'il fit 
avec ses deux serviteurs à Lectoure. Son testament fut 
ouvert le 13 février, ainsi qu'on le voit par le procès-verbal 
de cette cérémonie, dressé à Montauban et signé par tous 
les témoins. (Boigion, notaire protocole, 767, et Liasses 
776). Chez ce même notaire on trouve son contrat de 
mariage (Boigion 1588, f. 385). 

Ses héritiers étaient désignés par lui. Si l'enfant qui devait 
naître prochainement, après la date de son testament, était 
un garçon, il serait son héritier universel. Si c'était une 
fille elle partagerait avec sa sœur Jeanne. 

L'état-civil de Montauban ne nous donne pas la nais- 
sance de cet enfant. 

Ainsi se termine, à Montauban, l'histoire de cette famille 
en même temps que celle de la « Maistrise de la Monnoye » . 

Il me paraît que toute cette affaire disparut de notre his- 
toire en même temps que disparaissait c le Grand Maistre > 
qui la dirigeait. 

Et nous pouvons en trouver la preuve dans un dernier 
document des mêmes archives notariales de Jean Rey, qui 
montre en quelque sorte la clôture des comptes de la Mon- 
naie de Montauban. 

c L'an mil cinq cens quatre-vingt-dix et le quatrième 
jour du mois de may, avant midy, à Montaulban, etc. > 
comparurent en personne : « Les sires Pierre du Causse 



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UN hotel des monnaies a montauban 141 

borgeois et Arnauld Solinhac merchant, celui-ci faisant, 
pour Anthoine Solinhac son frère » et, c dressant leurs 
paroles à Maistre Jean de la Lauze, garde de la Monnoie 
de Montaulban, lui auroient remonstré, qu'ils auroient ci- 
devant cautionné pour la somme de mil livres pour feu 
maistre Durand de la Sarrette, jadis maistre de la Monnoye, 
décédé depuis deux mois et qu'ils désireraient savoir dudit 
de la Lauze si ledict feu de la Sarrette, est demeuré redep- 
vable envers aulcune personne, soyent merchants, ouvriers 
ou aultre pour raison de son dict estât de mestre de la 
Monnoye. » 

« A ceste cause ont pryé, sommé et requis le dict sieur 
de la Lauze garde susdict. de leur déclairer s'il saict poinct 
qu'il soict deu aulcune chose, afin qu'ils puissent faire pour- 
voir à leur payement et à leur indempnité. » 

Ces deux riches bourgeois dont la caution avait paru 
nécessaire pour inspirer confiance aux fournisseurs des 
métaux précieux de la Monnaie, semblent se méprendre sur 
leur responsabilité, en offrant de payer ce que le sire de la 
Sarrette aurait pu devoir aux fournisseurs. Maistre de la 
Lauze, leur montre leur erreur : 

« Sur quoy, par ledict de la Lauze, auroict esté respondu 
que la cause pour quoy les dicts Causse et Solinhac entrè- 
rent en caution, ne feut pour aultre occasion que pour asseu- 
rer les merchants du bilhon, tant d'or que d'argent qu'ils 
apporteroient à la Monnoye, et de tant que ledict de la 
Lauze, comme garde, sa charge est de faire payer les dicts 
merchants à tour de roUe, comme il a faict pendant la vye 
et exercisse dudict de la Sarrette maistre de la Monnoye, 
dict que ledict de la Sarrette ne doibt rien à aulcungs mer- 
chants, ouvriers ny monnayeurs et que s'il estoit deu, 
ledict de la Lauze le sauroit, et les aiiroit faicts payer, 
1908 iz 



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142 Ï^N HOTEL DES MONNAIES A MONTaUBAN 

ayant le despart du sieur de la Sarrette. De quoy les dicts 
Causse et Solinhac auroient requis acte estre retenu, par 
moy notaire royal soubsigné,. en présence de Estienne 
Duroy et Pierre de la Faige, soubsignés ». 

Signé : Lalauze, Jean Rey, Causse, Solinhac, 
Duroy, Lafage. 

(Archives de Tarn-et-Garonne, E. 2007. Liasses de Rey. 

De ce document, il semble résulter que la garde de la 
Monnaie était encore en fonctions. Mais ce devait être dans 
le but de régler tous les comptes et donner quittance comme 
il le fait dans cet acte. 

En tout cas on peut affirmer que la. frappe des Monnaies a 
continué à Montauban pendant trois ans, du mois d'octo- 
bre 1587 au mois de mars 1590, et qu'on y fabriquait des 
monnaies d'or et d'argent. 

Toutefois, il est bien possible que cette fabrication ait 
duré tout le temps des troubles de la Ligue, qui eii étaient 
la cause occasionnelle, et ainsi se soit poursuivie encore 
durant l'espace de deux ou trois ans. 




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^^^ ^^^ ^^^ ^ft^ ^ft^ ^^^ ^^^* ^^^ N^^ ^ft^ ^F' ^ft^ *^^ ^^^ ^v^ ^^^' ^^^ 



COUTUMES 
Du lieu de Belfort (Beaufort) 

A GANDALOD (JMIIUCTION DE CASTELSAilRASiK) 

(DU 30 SEPTEMBRE 1316) 
PAR 

M. LE Docteur BOÉ 

Membre de la Société 



La seigneurie de Belfort, à Gandalou, était limitée : au 
nord par le chemin de Moissac à Montauban, au sud par le 
chemin de Leyraguet à Castelsarrasin, à Touest par le terri- 
toire de Labroue, à Test par le chemin de Gandalou à Ley- 
raguet. Elle comprenait une grande partie de la plaine et 
de la forêt de Gandalou. Elle n'a pas changé de maîtres 
depuis huit siècles et est toujours la propriété de la famille 
de Pages qui en a pris le nom : de Pages de Beaufort. 

Les coutumes du lieu de Belfort ont été octroyées, le 
30 septembre 13 16, par noble Pierre de Pages, seigneur du 
dit lieu. Comme il est indiqué dans le préambule, elles 
étaient destinées à remplacer des coutumes plus anciennes 
qui avaient disparu pendant l'occupation du pays par les 
nombreuses troupes de gens d'armes qui y avaient séjourné. 

L'origine de la famille de Pages (dans les actes de l'épo- 



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144 COUIUMES DU \AEV DE BELFORT 

que : Pagesius, Pagesie, de Pagesio) remonte au-delà du 
Xlle siècle. 

Jean de Pages donna à l'abbé de Moissac, au mois de 
mai 1160, pour le repos de son âme et de celles de ses ancê- 
tres, huit pièces de terre qu'il tenait en franc-alleu dans le 
territoire de Belfort. (Charles de Mézamat de Lisle. Variétés 
Historiques.) 

Dans les archives très riches de la famille de Pages, nous 
trouvons à la date du 10 juin 1227, unacte d'achat de cen- 
sives dans le territoire de Belfort en faveur de Gérard de 
Pages et de Catherine sa femme, par Arnaud de Torre : 

€ Anno Domini J. C. nativitatis m. ce. xx. vu, rege 
régnante Ludovico, x. kl. junii, ego Arnaldus de Torre, 
pro me et pro omnes présentes successores et futuros, 
cedo, dono, et trado et mitto et laudo, bona fide et absque 
omni inganno Geraldo de Pagesio, militi et Catharine, 
uxori ejus, et vestre posteritati, et cui vel quibusdam dare, 
laxare, vendere, tradere et mittere, sive impignorare volu- 
entis, videlicet omnia quod habeo in teriuinis de Bello 
forte... 1 

Au mois d'août 1271, Bernard de Pages, seigneur de Bel- 
fort, élut sa sépulture en l'église de Belfort. (Charles de 
Mézamat de Lisle, idem.) 

Au XIV® siècle, les de Pages prenaient le titre de sei- 
gneurs de Belfort, Je Porcayres et de Roquedols. (Trésor 
généalogique de dom Villevieille.) Ils étaient aussi seigneurs 
de Cumont. 

Les nombreuses archives de la famille nous conduisent 
jusqu'à l'époque moderne. Nous ne retiendrons, pour le 
moment, que deux testaments, au sujet de la sépulture des 
de Pages qui, dans le XIV^ siècle, fut transportée dans le 
couvent des Carmes de Castelsarrasin, exemple suivi par 
toutes les familles nobles de cette ville. 



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COUTUMES DU LIEU DE BELFORT 146 

Dans le premier de ces testaments, texte latin, le nom 
donné à la ville de Castelsarrasin est à remarquer : c'est la 
confirmation de Pétymologie que, suivant Catel, les habi- 
tants attribuaient au nom de leur cité, fiers de pouvoir faire 
remonter son origine à un camp romain : Castrocœsarea. 

20 août 1392. Testament de noble Jean de Pages, seigneur 
de Belfort et autres lieux, en faveur de noble Antoine de 
Pages, son fils aîné seigneur de Belfort. . 

Extrait : c Dictus Dominus Joannes Pagesius ordi- 

navit, disposuit et eligit pro se et suis liberis, ubicumque 
se et illos mori contingat, sepulturam in capellaSa«c/i/oa«- 
nh Pagesii in conventu fratrum carmelitarum urbis Castro- 
cœsareœ^ quam pater suus construi fecit item Dominuâ Page- 
sius dédit et legavit pro sepultura sua et anima fratribus 

monasterii supra dicti duos campos juxta flumen Garumnae 

in termino de Pagesio et in bajula urbis Castrocœsarœ » 

(Copie sur parchemin. Archives du comte de Pages de 
Beaufort.) 

31 septembre 1787. Testament nuncupatif de Messire 
Etienne de Pages. Extrait : 

« Et après avoir recommandé son âme à son créateur 

a dit vouloir que, venant à se séparer de son corps, sondit 
corps soit inhumé dans le couvent des R.R. P.P. Carmes de 
la présent ville dans le caveau de ses ancêtres, dont l'ou- 
verture donne dans le cloître des R.R. P.P. Carmes , 

chargeant son héritier bas nommé de faire célébrer à sa 
piété des messes pour le repos de son âme dans la chapelle 
bâtie et fondée par ses ancêtres, sous le vocable de Saint- 
Jean de Pages ^ et qui est contigue au caveau > (Archi- 
ves du comte de Pages de Beaufort). 

L'église de Belfort et la première sépulture de la famille 
de Pages ont été détruites pendant la guerre de Cent ans. 



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I4<3 COUTUMES DU LIEU DE BELRORT 

Les cloîtres, chapelles et tombeaux du Couvent des Car- 
mes ont disparu dans la tourmente révolutionnaire. 

Mais l'arbre huit fois séculaire, profondément enraciné 
dans le sol ancestral, est debout et toujours vert. Les géné- 
rations ont succédé aux générations, et les descendants 
actuels de Bernard de Pages, inhumé dtins la petite église de 
Belfort, de Jean de Pages et de ses héritiers, inhumés dans 
la chapelle du couvent des Carmes, continuent les nobles 
traditions et les vertus de leurs aïeux. 

Coutumes du lieu de Belfort^ octroyées par noble Pierre 
de Pages ^ seigneur dudit lieu (i). 

Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. 

Al nom de la sancta Trinitat no devesibla et unitat del 
Pay et del Filh et del Sant Esprit, amen. Causa conoguda sia 
a tots et sengles tant presens quam endevenedors que com 
trop dias a el commeasament de la fondation del loc de 
Belfort algunas costumas et libertats scritas dadas fossent et 
autreyadas as cossols labets et als habitans deldit loc et de 
sas pertenensas per los seignors de Pages, fondadors deldit 
loc, aisy com foc dit, et com lasditas costumas et libertats 
sian estadas perdudas els temps passats per los alochamens (2) 
de las grands multituts de las gens d'armas que son alocha- 
das el dit loc et sobet las autras costumas et libertats ana- 
ciadoras(3) per lo noble seignor Pierre de Pages, seignor del 
dit loc de Belfort, als cossols et als habitans que aro son 
deldit loc et a la universitat et a causa publica deldit loc 

(1) La copie de ces coutumes est de 1777, il y a par conséquent mau- 
vaise lecture de la part du copiste. Nous avons essayé de rétablir autant 
que possible les mots mal lus et Torthographe très défectueuse (Edouard 
Forestié). 

(2) Luttes, guerres. 

(3) Probablement auirejados. 



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COUTUMES DU MEU DE BELFORT I47 

necessarias et utils per la augmentation de la population 
deldit loc ; tractât sîa stat entre lodit seignor d'una part et 
los cossols habitans et singulars que aro soun deudît loc de 
l'autra part a los mediches cossols, habitans et singulars ?u 
plicans meliores et plus utils lib ertats et costumas a lor libe- 
ramen et autreja en meliora forma per lodit seigno; per amor 
d'aiso lod. susdit seigno atendem de son bon grats et libe- 
rabla volontat non decebuts per negun aisi corn era dit hoc 
et al délibérât per pensament, per si et sos hereters et suc- 
cessors donec et autrejec volontariomen et liberalomen as 
cossols et als habitans deldit loc de Belfort,so esàsaber an 
Johan de Labens et an Guillem de Fita, cossols deldit loc de 
Belfort, et notement an Domeng de Taffi, Johan de Gleise, 
Johan Deluc, Arnaud Deltil, Guillem Caillau, Arnaud de 
Luppe, Johan Dedirat et Jacques de Guichard, singulars et 
habitans deldit loc aqui presens, stipulans et recebens per 
los mediches et per las singulars personas et l'universitad 
deldit loc et en nom de lors heretes et successors et aisy 
methis a totas las autras personas habitans et que els temps 
endevenidors estaran audit loc et en sas pertenensas mi en 
per os notari dessus escritchs com persona publiqua per los 
dits absens stipulem et recebem las libertats, costumas et 
franquesas que sensegon et en las manieras, formas et condi- 
tios déjos scritas. 

Et tôt premieramen que si alcun hom o alcuna temna 
de dias entra en horts et pren alcuna causa ses volontat 
d'aquel de qui sera Tort, sia tengut de paga bint dines 
toisas al dit seignor de Pages o al seignor que sara. 

Item si alcun hom o alcuna femna de dias entra en vinas 
o en prat d'autruy ses mandament d'aquel de qui sera, 
pesque de mandament deldit seignor o del seigno que sera 
o de son baille quascun an sera defendut et cridat en lo dit 
loc pague dex dines toisas en la maneira que dessus. 

Item qualque bestia que sara trobat en malafaita pague 



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À 



148 COUTUMES nu LIEU DE BELFORT 

al seigno un diner toisa, exceptât porc o treja et oueilla que 
no pague mas un dînîe toisa, et auca et autre ausel sem- 
blant un dine poges et aquel de qui sera led. bestia o ausel 
sera tengut de estima la tala a la connocensa des cossols. 

Item que los manans que passaran lo die defFendomen no 
seran tenguts de nulla pena si no que clamor y aja. 

Item qui de neitcha entrara en orts o en vignias d'aucun, 
per prendre degun frut ses mandamen et sesvolontat d'aquel 
de qui sera sia entengut aldit seigno en cinq sols toisas per 
aquel forfait peisque de par deldit seignor cascun an aldit 
loc sera defendut. 

Item tota bestia boina et cavalina que sara trobada de 
neichts en malafacha per lo messeguer operlos jurats, pague 
aldit seignor sept dines toisas et qui lou gardara en ladita 
malafaita pague aldit seigno sept dines toisas. 

Item tôt hom o tota femna que en lodit loc o en sas par- 
tenensas tendra falspes et falsas mesuras o falsa aulna o falsa 
cana sia encourregut al seigno de sies sols toisas. 

Item. Los maseres que sen vendran en lo dit loc o en sas 
pertenensas, bonas cars et loials tendran, et si non eran bonas 
et loials sion presas per lo baille del seigno et sian donadas 
als paures et los prêts sian renduts en aquels que auran 
crompadas atals cart aulas. 

Item tôt maselé que bendra en lo dit loc o en sas perte- 
nensa boueu o baccap lo seignor y âge lo puech et de porc 
les lois (i). 

Item Los cossols del dit loc juraran al seigno o a son 
baille a deffendre et a garda fidelomen la cort els bes els 
membres del seigno et son dretch, et que en lo fait del 
cossolat se donaran be et leyaloment atant quant tendran lo 
offici et no prendan serbici d'hom ny de femna per raso de 
lor offici per lor no per autre, si no en so que es autrejat a 
cascun en son offici. 

(i) Les filets* 



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COUTUMES DU LrÈU DE BELFORT 1 49 

Item, La communitat deldit loc jurara en presentia desdits 
cossols al dit seignor o a son baille de dona bous cosseils 
als dits cossole selon lor poder et a lor sabent quant lor sera 
requerit sauf lo dreit del seigno en totas causas. 

Item des instrumens faits de publiq notary creats per lo 
dit seignor ajan aquella fermessa que divon aver publiq 
notary de son sagrament. 

Item testamens faits en la darrera volentot de hom o de 
femna davan los testimonis aian lor fermetat, salvat lo dreitx 
del seignor. 

Item si alcun o alcuna mor ses herete, que noy aja que 
dia esse heret et no aja fait testomen, los cossols deldit loc 
del mundamen del seignor garden los bes de la, per un an et 
un dia erape que los bes sian escripx et sabuts per lo dit 
seignor o per son baille, et si a bout de l'an et del dia rio 
es bengut hereté o heretera, los dits cossols rendran aldit 
seignor los dits bes a far totas sas volontats. 

Item, Lo seignor tenga sos forestes in sas proprias forests 
que ajan a jurar en las mas del seignor en presentia dels 
cossols, que ben et legalamen serbiran en lor offici et que 
aquels siau cresuts de las peitchas que auran trobadas per 
lor paraula, per bertut del sagromen que fayt auran en 
las mas del seignor en presentia delsdits cossols. 

Item qui dira paraulas cortumaliosas alsdits cossols fasen 
lor offici del cossolat et lor toldra peignoras, sian tenguts de 
paga al dit seignor cinq sols toisas, la mitât als cossols per 
la injuria. 

Item si alcun hom o alcuna femna a dit paraulas contu- 
meliosas o autrajosas a nuls, en re no es tengut al seignor 
en nulla causa, si sober so clam no ero fayt, et si tant es que 
clam ne sia faix et tengut en cinq sols toisas, et per \\ 
estima de la injuria en dex sols toisas per libra. 

Item qui traira cotel contre autre (ja sia so que non), s-i 
era en terra, sia encoregut al seignor en deux sois toisas, et 
1908 12* 



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l50 COUTUMES DU LIKU DE "DEUFORT 

si fier en tal maneira que sang no y esta, sia encorregut en 
vingt sols toisas et emendada al naufrat, o s'il fa plaga légal, 
sio encorregut en soixante sols toisas et en may si aldit 
seignor platz, et satisfassa al naufrat, et si lo ferit mor per 
lo cop, sia punit segon dreitx. 

Item tôt hom et tota femna que ferira a autre o a autra 
am basto o am peira, en quna maneira, excepta glavi en tal 
maneira que sang ny esta, sian tenguts de pagar al dit sei 
gnor soixante sols toisas abque clamor sia facta. 

Item qualque sia condemnat a mort o a perdre ses bes o 
per qualque condemnation tôt sos bes seran près a la ma 
deldit seignor, empero d'aquels tout premieramen sian 
pagats tous los deutes et lo remanet sia deldit seignor per 
fa totas sas volentatx. 

Item los lairoux et los homicidas que auran faict layronici 
o homicidy dins lo cossolat olas pertenensas deldit loc, sian 
punitx per lo jutjament deldit seignor o de son baille et des 
cossols. 

Item si alcun hom pren molher et recep d'elh mil sols 
etlo dara per nopcesla tersa part, etaisio segon may o segon 
menchs, si autres accordis no y eron faits entre lor; et si lo 
marit biou mays que la molher a tota sa bida tengera tout 
son dot et après la mort de luy touts sous parens reco- 
braran tôt ledit dot sobredit si labets no y auja dat a son 
marit per tôt temps, si no y auja enfans del matrimony. 

Item si lo marit mor prumier et avant que la molher aja 
recobrat son dot et sa donation per las nossas et en après 
la mort de la los parens del marit et els enfans recrobaran 
la donation et soque lo marit aura laissât en son testament 
darre. 

Item tôt hom et tota femna que aura commes adulteri 
correra per lo dit loc tôt nud, o que pague soixante sols 
toisas al dit seignor et sobre so ajan penna Ijcita de causir 
de prenne ou de laissa. 



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coiTUMKs m: uiu de belfo^^t i5i 

Item si negun afieusatat per aucun, si lo principal deutor 
no pot paguar la fermenta, pague si a de que paga. 

Item qui en lo dit loc boldra bénir habitar o fa sa maison 
sia franc aisi com les autres habitadors si o pot far ses pre- 
judîcy dautruy. 

Item. Los cossols se mudaran cade an en la festa de Na ial, 
et si labetx no eron mudax donne lor poder entro que d'au- 
tres no y ajon statuitx per lo seignor o per so mandomen 
per un mes, si no que leyalomen fossen impediax et d'aqui 
en avan no ajen a elegir. 

Item que tôt hom no puesca tenir son propi four et que 
sia tengut a la servitut deldit seignor. 

Item. Lo seignor deu tenir la frontera davant lo castel 
clausa de clausura segon las antiquas forças et lo commu 
prep del castel, et los cossols degon tenir las claux de la porta 
del castel et per lor esta régit de goeytat de goeyt et de 
bada et de porta quant mestres noj-aura, et si per aventura 
lo seignor estava aldit castel que puescat tenir las claux 
deldit castel, et aprep tôt tems que tornen en las mas dels 
dits cossols et que nul autre officier deldit seignor no puisca 
per si prene ny occupar las claux predichas. 

Item que las gens deudit loc poscan cassar et prengue 
totas salvatges et touts ausels, exceptât lous que de dreit 
son deifenduts segon l'usatge deu pays, salvaque no puscan 
cassar en las forestatges deu seignor, et si per aventura 
prenon porc salvatge o treija, que aquel que le prendra sia 
tengut de dar al seignor le cap am lo carte de davan, et de 
servi et de cabirol la testa et lo carte de darrè, et que no 
puescan cassar nul en ville. 

Item que lous homs deudit loc devon dar al seignor per 
lo forestage très fromatges d'oeilles et d'autra beslia no 
re, et si non fan d'oeilles no re. 

Item que tout hom que arrompra am un pareil de buous, 
o de bestias, o d'ases, o ab tout autre aray, sia tengut cas- 



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l52 COUTUMES DU LIEU DE BEI.rORT 

cun, an de dar al seignor un journau, et si laura ab duos 
que paga deux journaux et aychi en sus au forts métis. 

Hem que si lo dit seignor vol fa lo passage d'outre mar, 
que los habitans deudit loc sian tenguts de ly ajudar. 

Item que si lo dit seignor era presoner en nulla part, per 
causa o per guerre deu rey de Fransa, que los habitans del 
dit loc sian tenguts à pagar sa finansa. 

Hem que si lo seignor auja fillas a maridar, que los dits 
habitans sian tenguts as niaritdatges. 

Item que si lo dit seignor no ave de que sustenta los 
habitans, lo sian tenguts d'ajuda a viure. 

Item tôt hom et tota femna que tenga foc en dit loc o en 
sas pertenensas, sian tenguts de pagar cascun an en la festa 
de Marterot per fogatge una cartera vendabla de civada. 

Lasquallas costumas et libertats et totas las autras causas 
desus expressadas lasditas partidas en nom que dessus la 
una a lautra, my notary dejus scrit, stipulam com dessus 
volerunt et expressament consantiront et perdurablement 
obtenir fermetat per vertu del sagrament dejus prestadot, 
et las causas dejus ditas autrejadas \o dit noble Pierre de 
Pages de Belfort aux dits cossols et habitans deudit loc 
salvant en totas causas son dreit et de tôt autre et la una 
partida a l'autre per las causas dessus ditas tenedoras et 
observadoras, obligeront et hypotequeront, so es a saberlo 
dit seignor sos bes propis et los dits cossols los bes propis 
et de la Universitat deldit loc de Belfort presens et ende- 
vendors, et renoucion a tôt los dreix per que en nulla 
maneira contra las causas dejus ditas tenir et observer pro- 
metront et als quattre sants evangelis de Dieu jureront et 
de las causas susditas las ditas partidas demanderont estre 
faits dos instrumens un per cado partida per my notary 
dejus scrits ab cossolls de savy, si mestres et ordonats ; et 
aiso foc fait inloco de Belfort lo trentièmejour de septembre 
sub Tan mil très cens saise ; Mossen Philippe, par la grâce de 



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COUTUMES nu LIEU DE BEI.FORT 1 53 

diou, rey de Fransa, régnant, et Mossen Gaillar, évêque, de 
Tolose, estant en presentia et in testimoni de Johan Rouix, 
de Lardena, Domini de Castia, Guilhem de Cahusaco, Amant 
Verdi, deLautrico, Antoni Pouy, de Tolosa, Johan de Lar- 
roca, de Caraman, Amant Simon, de Rabastens, periti en 
dreix de Tolosa, et mei Arnaldi Cruya, notari publici loci 
d'Arènes, qui hoc instrumentum duplicatum retinui scripsi 
et signo meo consueto signavi. 

(Archives du comte de Pages de Beaufort ; 
copie sur parchemin.) 




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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU 1" AVRIL 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président; Ed. Forestié, secrétaire 
général; colonel Caillemer, Moissenet, de Saint-Félix, Vitteaut, 
Escudié, Pécharman, Ressayre, capitaine de Bazelaire, Souleil, 
Borderies, chanoine Calhiat, Bourdeau, Mommayou, Monribot, 
Naulet, Raynaud, Lespinasse; Imbert, secrétaire. 

Le procès-verbal de la séance de Mars est lu et adopté. 

M. le Président a le regret d'annoncer la mort de notre confrère 
toulousain, M. Félix Regnault, dont les travaux spéléologiques 
et préhistoriques font autorité. M. Regnault fit partie de plu- 
sieurs de nos excursions et il s'était acquis parmi nous de solides 
amitiés. 

M. l'abbé Breuil, le collaborateurs compétent de notre éminent 
confrère M. Cartaillhac, doit venir prochainement pour visiter 
Bruniquel. Nous espérons de lui une conférence dans une séance 
spéciale de la Société, dans laquelle il fera passer devant nos 
yerx de nombreux clichés représentant des peintures préhistori- 
ques relevées sur les parois des grottes jadis habitées. 

M. le Président est heureux d'annoncer à la Société que l'ancien 
collège Payroles, de Bruniquel, est sur le p^jint d'être acheté par 
la Municipalité. Les sculptures du XV^ siècle, la belle cheminée 
et la salle de cette maison si curiei.se, seront ainsi conservées ; 
cela répondra à des efforts tentés depuis des années par notre 



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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 1 55 

Compagnie, et qui avaient échoué devant les prétentions exagérées 
du propiétaire. 

La Société reçoit l'annonce d'un Congrès qui est sur le point 
de s'ouvrir à Saragosse. Un autre Congrès se réunira à La Flèche 
à l'occasion du cinquantenaire de la fondation de la Société des 
Sciences, Lettres et Arts de cette ville. 

Remerciements pour l'invitation reçue. 

L'inventaire de la maison Bromet, à Saint- Antonin. — On 
sait que cette curieuse demeure décrite et dessinée par Viollet-le- 
Duc, dans son Dictionnaire d'Architecture est Tune des plus 
curieuses de notre département, il en sera parlé lorsque sera 
publié l'inventaire dressé au XVIII'* siècle, par un membre de la 
famille de notre confrère, M. de Tholosany, qui doit ajouter des 
notes au texte. 

M. Ed. Forestié donne lecture d'une note sur une des associa- 
tions fantaisistes, fort en usage au XVIII» siècle : l'Ordre de la 
Boisson de l'Etroite observance; qui fait pendant à celui dont 
M. Vitteaut a entretenu la Société précédemment. Il présente un 
diplôme de cet ordre, timbré d'un sceau. Le texte est en vers. 

La séance se termine par une communication de M. l'ingénieur 
Moissenet, qui donne lecture de plusieurs pièces de poésies Je son 
frèr3, éditées par Lemerre, en un élégant volume, dont il fait 
hommage à la Société. 

Cette lecture est précédée de quelques notes biographiques sur 
Tautejir, homme d'une rare distinction, qui était non moins artiste 
que poète. 

La séance est levée à lO h. 1/2. 

Le Secrétaire^ 

IMBERT. 



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[56 PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 



SÉANCE DU 6 MAI 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. le chanoine Pottier, président ; de Bellefon, 
vice-président: Ed. F orestiéy secrétaire général ; général Konne, 
général Wallon, colonel Caillemer, Sémézies, Souleîl, abbé 
de Scorbiac, Ressayre, Delpey> commandant Desnoux, capitaine 
de Tréffond d'Avancourt, Pécharman, Escudié, Vittcaut, capitaine 
de Mandres, Moissenet, de Séverac, Bourdeau, Mathet, Mauquié, 
Bouïs, Lespinasse, Mommayou ; Buscon, secrétaire. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le lieutenan, Hébrard, du ii« d'infanterie, présenté par MM. 
le Président et le Secrétaire général, est nommé membre titulaire 
à l'unanimité. 

M. le Président donne lecture de la lettre suivante de M. Burton, 
président de la Société des Pionniers de Détroit, qui vint naguère 
à Montauban et à Saint-Nicolas, faire un pèlerinage de souvenir 
au berceau de Lamothe-Gadillac. 

Détroit, Mich, April 7, 1908. 

« Cher Monsieur le Président, 

« L'autre jour, j'ai envoyé à M. Forestié, une vue de Détroit, 
sur front de la rivière et à présent je lui envoie deux petits por- 
traits pris à la lanterne magique (projection), une de Détroit en 
1819, et l'autre en 1907. Nous ne pouvons pas voir toute la ville 
dans un de ces portraits, c'est seulement le centre. 

« La population est de quatre cent mille habitants dans la Cité, 
qui couvre une étendue de quarante mille pieds carrés de terri- 
toire. Nous avons quatre-vingt-cinq grandes écoles du gouverne- 
ment, chacune contenant 600 élèves. Nous avons aussi de soixante- 
dix à quatre-vingt écoles privées, qui appartiennent aux Paroisses 
et Sociétés et qui ont de vingt à trente milles élèves qui les fré- 
quentant, Je ne puis pas vous dire tout dans une lettre, de toutes 



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PROCES-VERBAUX DES SEANCES iSj 

les grandes choses que nous avons ici. Ce que je peux dire et qui 
.intéressera M. Forestié. C'est qu'il y a plus d'automobiles faits ici, 
à Détroit, que tout autre partie du monde. Les Vaisseaux qui 
transportent les cargaisons, qui passent dans le détroit de notre 
ville, sont trois fois plus grands que ceux qui traversent le canal 
de Suez, et sont deux fois plus larges que ceux qui vont à 
Liverpool. 

<( Vous pouvez dire aux chers gens de Montauban et de Saint- 
Nicolas qu'ils doivent être fiers de cette si grande et si belle ville 
de l'C'uest qui a commencé si petite, sous Cadillac, en 1701. 
« Je suis, avec le plus profond respect. Révérend Père, votre 

très dévoué, 

M C.-M. BURTON. )) 

M. Edouard Forestié, continuant ses recherches sur le fonda- 
teur de Détroit, a découvert la date et le nom du notaire de 
Québec, qui passa le contrat de mariage de Antoine Laumet de 
Lamothe-Cadillac, avec Marie-Thérèze Guyon; il a écrit aussitôt 
à M. Guyon, de Montréal, collatéral de la femme de l'illustre 
pionnier, et il en a reçu la copie certifiée et timbrée de ce contrat 
dont il est donné lecture. 

M le comte de Gironde écrit la lettre suivante, de Paris, à 
Monsieur le Président : 

Paris, 27 Avril 1908. 

« Cher Chanoine Ami, 

« Grâce à vous j'ai été, samedi dernier, rêver délicieusement 
devant la belle fresque de Pavis de Chavanne; ce n'est pas trop 
de la revoir une fois par an. 

La grande séance de clôture battait son plein. Un Monsieur, 
très sérieux et qu'on n'entendait pas, lisait des choses fort inté- 
ressantes sur l'Asie archéologique; j'ai pu m'en rendre compte, 
car, descendant de mes hauteurs, je suis venu, à la fin, me planter 
sous son nez au premier rang. L'orateur avait trop de grandes 
lignes à tracer, il négligeait les détails; mais une érudition sûre 
saluait, à ce moment, l'inoculation de l'art grec sur Part boudhiste, 
ce qui produisit en ces époques lointaines, un art greco-boudhique 
très heureux. 

€ Les influences occidentales pénétraient donc, dès lors, dans 
cet empire qui passe pour immobilisé. Les Nippons n'ont pas été 



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î58 PROCès-VERBAlX DES SÉANCES 

si figés que ça, et il est entendu aujourd'hui que cette immobilité, 
plutôt apparente, de l'Empire du Milieu, n'est qu'une légende. 
Quand il nous tombera dessus nous le verrons encore mieux. 

« Une musique parfaite^ des Gardes municipaux, nous donne 
criair de poule, avec du Rossini, et autres classiques démodés, 
qu'un personnage, au centre, sous VAlnta matera de Puvis, 
s'apprête à nous donner un discours présidentiel, fort pondéré et 
fort convenable ... 

€ Vous m'avez encore, cher Président, procuré le plaisir de 
revoir le Panthéon, cet hymne à l'idée religieuse ! cet hymne à la 
France ! c'est tout un !! Quelle cacophonie quand Zola y sera ! . . . 

€ Deux chefs-d'œuvre modernes à faire pâlir toutes les nations 
rivales : Le Saint-Vincent-de-Paul^ de Falguières, portant deux 
petits enfants dans ses bras, figure d'une simplicité, d'une bonté 
et d'une beauté morale admirable, d'un sentiment exquis. La Mali- 
bran vivait ses rôles, se mourait de ses rôles, nous dit Musset, 
mais notre grand sculpteur, qui a fait Tersitius le petit martyr, 
et Saint- Vincent'de-Paul^ ne croyait pas! Un incroyant qui, par 
amour du beau, intensifie la croyance, se fait apôtre ! Comme 
c'est bizarre ! Les grands artistes peuvent être mystiques de deux 
manières : avoir la fièvre du mysticisme : VAngeHco ; ou une 
adhésion mentale leur suffit : Léonard. Exemple encore : notre 
Falguières. 

« Enfin, le deuxième chef-d'œuvre qui aurait pu, aurait dû, en 
se développant sur toute sa surface intérieure, idéaliser le Panthéon, 
ce sont les fresques de Puvis, les dernières surtout. Oh ! comme 
cette simplification est architecturale ! 

« Comme ce sentiment archaïque, biblique, quasi préhistorique, 
que dégage son humanité, donne au temple ampleur et majesté ! 
Comme l'harmonie douce et sereine de coloris plat, en fondant la 
lumière autour de ces grandes colonnes cannelées, fait ressortir 
les belles lignes et l'enrythmie générale du monument! 

« Uart ne vit que dHdéalisation, Et c'est maintenant que je 
ne vous promènerai pas à travers l'Exposition de peintres indé- 
pendants!! Ils sont là 7.000, dont un centième a du vrai talent, 
dont les quatre-vingt-dix-neuf centièmes se permet tout, ose tout. 
< La faim, la soif et la volupté, dans je désert. » Un rébus, — 
pas indevinable^ — représenté par une femme indignement nue,,.. 



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PROCES-VERBAUK DES SÉANCES I 69 

puis rien. C'est un des plus convenables, parmi les inconve- 
nants... 

c Recevez, etc. > 



La 75* session du Congrès de la Société française d'archéologie 
s'ouvrira le 23 juin 1908, à Caen. 

M. le Docteur de Sardac, de Lectoure, remercie de sa nommi- 
nation comme correspondant. 

L'excursion du 15 juin dans le Couseran et le Pays de Foix a 
donné lieu à un copieux échange de correspondance entre les 
présidents des Sociétés. Nous pouvons compter sur une réception 
cordiale et empressée de nos confrères, ec surtout une aimable 
hospitalité au château de Prat, par le capitaine et la comtesse 
de Treffond d'Avancourt. 

M. Tabbé Buzenac a envoyé une étude très intéressante sur le 
Montpezat de la fin du XVIII® siècle, et en particulier sur la 
famille Depeyre. M. Ressayre en donne lecture. (Voir t. XXXV.) 

M. le Président a reçu et présente un trébuchet allemand de 
1652, avec tous ses poids de diverses nations. 

Il fait circuler également un cadran solaire portatif, en bronze, 
portant les armes de Comminges, Laroche et Béarn. 

Ce curieux objet provient du château de Sainl-Salvy (canton 
de Verdun), il a été étudié et publié dans le Recueil de la Société 
archéologique du Midi de la France, par M. de Rey-Paillade. 

Dix lots de la loterie du Salon d'automne n'ayant pas été reti- 
rés, et en particulier le beau cachet artistique d'Oury père, la 
Société est unanime à l'offrir au Président, qui déclare, en remer- 
ciant ses confrères, ne pouvoir mieux l'utiliser qu'en y faisant 
graver les armes de la Société, à l'usage de laquelle il sera 
affecté. 

La gravure de Delzers : Le fil de la Vierge, étant également 
parmi les lots non réclamés, il est décidé qu'on l'offrira au Musée 
de Montauban. 

M. Delpey communique quelques notes sur son récent voyage 
en Italie, en particulier sur la ville d'Assise ; il parle con amore 
du Saint-François du Fioreiti, 

M. l'abbé Taillefer envoie des notes généalogiques importantes 
sur la seigneurie de Autcastel. A ce sujet M. Edouard Forestié 
donne lecture d'une curieuse étude, intitulée : Comment on exé- 



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l6o PROCES-VERBAUX DES SEANCES 

cutait une décision de justice au XVIP siècle. C'est le siège 
judiciaire du château de Autcastel par une troupe de 500 gentils- 
hommes avec des canons, en 1614. 

M. Buzenac communique un curieux itinéraire pour aller à 
Rome au XV** siècle, trouvé dans un registre de notaire. Il est 
curieux de le comparer avec celui que M. Edouard Forestié a 
trouvé et publié dans le Livre de comptes des frères Bonis au 
XIV« siècle. 

M. le Secrétaire général fait hommage au nom de M. Tabbé 
Camille Daux de deux Monographies : Le chemin de Saint- 
Jacques et VHistoire d'un scholastique au XII^ siècle. 

MM. Mathet et Escudié présentent la candidature de M. Cambon, 
conseiller général de Monclar, qui est élu à l'unanimité. 

La séance se termine par lespiojections de la ville de Détroit, 
envoyées par M. Burton, en même temps que plusieurs volumes 
de la Société des Pionniers de cette ville, dont plusieurs il est 
question de Cadillac. 

Le Secrétaire^ 
A. BuscoN. 




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DARIAT 



M. Henry DE FRANCE 

Membre de la SDciétc. 



La vSociété archéologique possède dans ses archives un 
gros volume in-4°, recouvert en parchemin, qui contient Un 
inventaire fort curieux des biens composant Thérédité de sire 
Pierre de Tieys, sieur de,Dariat. 

Il lui a été donné par le dernier descendant de cette famille, 
M. Henri-Dominique Tieys, secrétaire général de la mairie 
de Montauban, que plusieurs d'entre nous ont connu et es- 
timé. 

Son père et son grand-père avant lui avaient consacré com- 
me lui, toute leur existence, par un labeur souvent ingrat au 
service de leur f)etite patrie dans ces mêmes fonctions, pen- 
dant une période d'une centaine d'années. 

Il nous a paru juste, tout en donnant des extraits de cet 
inventaire, où on retrouve l'intérieur a le home » de nos pè- 
res, de faire revivre la mémoire de leur famille, qui occupa 
dans notre ville un rang assez important. 

(( Noble Pierre de Tieys, de Dariat », décéda le 19 
iTitirs 1637, en sa maison de Dariat, sise dans le consulat de 
Fontneuve. 

11 avait épousa en avril 161 8, et laissa veuve, <( Damoyselle 
Marguerite de Corneilhan », fille de noble Antoine de Cor- 
1908 13 



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162 dariat 

neilhan, sieur de Puybelon (i). Elle avait eu plusieurs enfants. 

Il fut procédé de suite à l'inventaire « et cachetement de 
tous les coffres » avec un tel empressement que les commissai- 
res trouvèrent dans sa chambre le corps du défunt qui n'avait 
pas encore été enseveli. 

(( Le sieur de Villemade et la Damoyselle de Tappie, sa 
femme et mère dudit feu sieur de Dariat », ayant des inté- 
rêts dans l'hérédité, assistèrent à l'inventaire. Cette dame 
(( veuve de Jean Tieys, escuyer, fils d'autre Jean Tieys » s'é- 
tait remariée le 23 avril 1603, avec Isaac de Bar, seigneur de 
Villemade, de Salit et autres places, par contrat passé devant 
M* Maturin Feutrier, Notaire Royal. 

Son premier mariage avec Jean de Tieys, écuyer fut contrac- 
té en 1579 et est inscrit à TEtat civil protestant de Montauban. 
(Mariages f. 109.) Elle se nommait Anne de Tappie. Son pre- 
mier mari mourut le 30 novembre 1589. L'ouverture du tes- 
tament eut lieu le i" décembre, sa date est du 2 juillet 1588. 
( E>e Rey. not. E. 2004. f. 477.) 

L'aîné des garçons Jean- de Tieys qui naquit vers 1585 à Da- 
riat sans doute (car il n'est pas inscrit à l'Etat civil), fit son 
testament le 22 avril 1610 et mourut peu après. 

Son frère Pierre, né en 1589, baptisé le 19 février, eut pour 
parrain noble de Saint-Pierre et pour marraine Dame Jehan- 
ne de Brassac. (B. f. 268.) Il épousa en 1618 Damoiselle Mar- 
guerite de Corneilhan. Ils eurent plusieurs enfants. Dans l'in- 
ventaire on ne cite qu'Isaac fils aîné et Guyon. Leur père étant 
tuteur des enfants de Bonencontre, ses neveux, on fut obligé 
de poser les scellés, « Le cachet du Roy », sur tous les meu- 
bles. 

Le bien de Dariat comprenait le château avec deux petites 
métairies contiguës puis deux métairies nommées Cassaing et 
Beraud, à deux cents pas, l'une de l'autre. Une troisième mé- 
tairie se trouvait près de Réalville. 

Dans ces divers lieux, les grains, le blé froment et le seigle 

(i) Antoine de Corneilhan hérita de son père. Le testament de noble 
Paul de Corneilhan, sieur de Puybelon, en faveur d*Antoine, son fils, 
25 Janvier 1577, fut retenu par maître Fournier, notaire royal. 



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DARfAT l63 

se mettatent dans <( des creux » que nous nommons au- 
jourd'hui des silos. On ne connaissait pas leur capacité exac- 
te. Il y avait a trois creux remplis », à Cassaignes et « qua- 
tre creux remplis n, à Béraud. 

Ce château a été entièrement démoli. Il n'en reste q u'une 
petite porte des communs et un pigeonnier, qui a ceci de par- 
ticulier, que sa base est beaucoup plus petite que sa partie 
supérieure. Il est carré, et depuis la terre jusqu'au plancher 
il va en s'évasant par une flexion gracieuse. On est surpris 
de cette forme singulière, évidemment destinée à empêcher 
les rats de monter. 

Ce château, comme nous le verrons plus loin, avait deux 
tours du côté du Midi, et des fossés. La chambre du maître 
était sur la façade du couchant. Si la légende qui prétend, que 
le Roy Henri de Navarre favorisait souvent ce logis de sa 
présence est exacte, il faut croire que c'est dans la grande salle 
à manger de l'aile du côté d'Orient, qu'on le recevait. 

lîn tout cas on ne voit que cette <( salle basse dudit Dariat », 
qui avec « son antichambre » puisse remplir l'office de salle 
de réception. 

La légende dit aussi que le bon roi Henri avait su plaire à 
la châtelaine du dit lieu. (Voir Bulletin archéoL XXXIV, 123.) 
C'est une légende qui me paraît bien téméraire. En lui prê- 
tant créance ce serait « Noble dame Anne de Tappie » qui se 
trouverait très compromise^ car, mariée, à noblei Johan de 
Tieys sieur de Dariat écuyer, elle était forcément en situa- 
tion de se trouver exposée à toutes les attaques audacieuses du 
Roi vert galant, pendant ses séjours à Montauban. 

Elle était dans une situation de fortune des plus conforta- 
bles. 

Le défunt avait, en outre, un appartement en ville « dans 
la maison des héritiers de feu Bonencontre, dans laquelle la 
plus grande partie était tenue en arrantement par le sieur 
Evesque de Montauban ». 

Cette maison doit être celle dont il est déjà question au Ca- 
dastre de Fossat, en 1582, en ces termes : « Maison dicte lo 



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164 b\R{xr 

trel de TAvesque au Darnatge » (i) appartenant à Tieys Da- 
riat. Mais Tl^vêque en jouissait et il ne payait pas impôt, (f. 
117 et 162.) Il est dit qu'elle confrontait du Midi à la rue al- 
lant de la grande rue au coin du Darnatge <( et du Nord au 
Carrayrou dict de blanc » (ibid. f. loi). Elle était devenue en 
1600, la propriété de Samuel de Bonencontre, Conseiller du 
Roy à la chambre de TEdit, paj- suite de son mariage avec 
Demoiselle Marguerite de Tieys Dariat. (Contrat chez Rey, 
not.) Marguerite devint veuve en 1627. L'inventaire des biens 
de son mari fut fait le 10 août 1627, 

La maison principale des Dariat, dont nous reparlerons 
plus loin, était dans la rue de TEcole, allant de la porte du 
Griffoul au château des Consuls, aujourd'hui rue de la Comé- 
die. 

Le défunt Pierre de Tieys avait dans la maison Bonencon- 
tre (( ung cabinet de bois, rempli de titres et papiers ». dans 
une chambre au rez de chaussée qui prend son entrée ce à la 
basse cour dicelle, par le degré de la dicte maison, » et com- 
me le défunt jouissait d'une autre chambre dans la dite mai- 
son, (( à l'avers d'icelle, )> on s'y transporta aussi, et on consta- 
ta la présence « de deux coffres de l'hérédité, l'ung bois no- 
guier et l'autre à bahut recouvert de cuir, fort beaux. » 

Plus loin, dans une autre chambre du corps de logis regar- 
dant à la rue « deux autres bahuts trcs vieux. » Tous 
ces coffres, comme d'ailleurs toutes les portes de l'hérédité fu- 
rent scellés par un cachet de cire rouge avec le cachet du Roy 
sur le trou de la serrure. 

l.e 26 mars 1637, l'inventaire fut commencé en détail, dans 
le château de Dariat, et on reprit, une à une toutes les parties 

(i) ï.e trel, c'esi-à-dire pressoir do l'Evêquc, pressoir où on allait 
moyennant une redevance, sans doute, presser les noix, Ijs raisins du 
pays, se trouvait très voisin ds la to ir d'Angle qui flanquait les remparts 
de la ville au Nord-Est. 

Cette tour se nommait « la tour du Darnat^^e. » Le sens de cette 
appellation m'échapp2. l.e mot patois « Darnat » signifie vermoulu, 
Y'i jué des vers. Cette tour paraît être, d'ailleurs, l'une des tours de la 
primitive enceinte. 



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DARrAT l65 

qui avaient été scellées du cachet du Roy>, les premiers jours. 

On commença (c dans une salle haute du corps de logis de 
derrière, du côté du couchant, ou le sieur de Dariat faisait sii 
demeure ordinaire. » 

Etaient présents, « Dame de Tappie, noble Ysaac de Tieys 
r,îeur de Fontneuve, fils ayné dudit défunt, noble Sébastian de 
Chasteau Verdun, sieur de la Coudoumyne, parent de la dicte 
de Corneilhan. » 

Nous y trouvons, au milieu de quantité de choses (ordinai- 
res, la plupart (( très uzées » divers objets à noter, comme 
pouvant nous dépeindre un peu la vie et les habitudes de cette 
famille Montalbanaise. 

Dans la pièce où le défunt couchait on voit (( une table en 
noyer avec son pied en menuiserie ». Cette expression se re- 
produit pour indiquer un meuble soigné et travaillé. « Trois 
chaises de menuiserie garnyes de cadis bleu, avec clous de 
laiton, demy uzées, » <( ung grand pair landiers de fern à 
Tung desquels y a une poume de leton, » (c plus trois chaises 
de menuiserie fort uzées. » 

(( Ung miroir avec sa couverture uzé. » <( Ung chelit bois 
noguier avec son sursel aussi de bois. 

« Lequel chelit est entourné de deu linseulz presque neufs 
toille prime de maison, » auquel il faut ajouter : 

(( Une chaire en bois de menuiserie, garnie de cuir, rom- 
peue et un coffre à bahut. 

On y trouve aussi <( une robe de chambre rase grise à usa- 
ge d*homme fort uzée et rompue. » 

(( V^ingt boutons d'argent demy-uzés servant à mettre à 
une cazaque, 

<( Une paire de jarratières de soye coleur bleu et noir demy 
uzées. 

(( Une paire de bas soye verte, demy uzés» 

« Une aliette fermée à clef, garnie de velours bleu » de la- 
dite dame, dans laquelle on trouva : u une bourse de femme 
garnie de broderie à fil d'or, dans laquelle estoit un miroir 
garny de mat doré et deux cuillières d'argent, plus un car- 
can d'or garny dç cinq diamants et de seitze grosses perles 



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l66 DARIAT 

qui avait été donné à ladite, damie veuve par son mari. Plus 
une chayne garnie d*agate, garnie de gerbes d*or et -d'olivier 
garnie de petits roubies, qui luy avoit esté donnée par la de- 
moiselle de Tappie. Plus un petit coffret servant à tenir ba- 
gues lequel ouvert, y a esté truvé dedans, ung anneau d'or 
enchâssé d'un diamant, ung autre anneau d'or enchâssé d'une 
émeraude, ung pendant d'oreille garny d'un diamant (i). 

« Une petite alayette fermée à clef et un coffret bois no- 
quets de rets, demy uzé. 

« Ung garniment de lict, fait à parquets en cinq pièces, 
garni de franges et filets. » Un autre en six pièces de même. 

« Plus un linseul servant à mettre sur le lict, garny de par- 
quets de verts, demy uzé. 

(( Un linsul de toile garny de parquets et dantelle autour, 
servant pour mettre au devant de la cheminée. 

(( Deux pistolets, avec leurs rouets et fourreau, 

(( Six grandes napes for fines à fasson des flandres, » plu- 
sieurs napes grossières et « trois petits tableaux ou napc 
demy usés. 

(( Ung baudrier en satin noir demy uzé. 

(( Ung poignard avec sa guayne garny velours fort uzé. 

(i) Madame de Tappie possédait de nombreux bijoux. On est surpris 
de la quantité de bijoux que possédaient les bourgeois de Montauban à 
cette époque. On peut citer l'exemple de « Demoiselle A?adeleine de 
Colom, veufve de feu sire Ramoi\ Coffinhal, borgeois. » Elle testa le 
12 mai i585. Elle possédait « une chayne d'or pesant environ dix escus, 
une bague d'or, la plus belle qu'elle a, une robe de Fleurance et une 
gonellc de Damas qu'elle lègue à sa fille aynée, Suzanne, avec un coffre 
à bahut. 

A sa fille Marie elle lègue « ses seintures, l'une des gerbes d'or avec 
des grains de argent et l'autre aussi de gerbes d'or avec de petits grains 
de corailh. Ensemble une robe de serge et ung cotilhon de camelot de 
soye rouge et à elles deux, à despartir esgallement ses aultres accous- 
trements et toutes ses bagues et autres joyaulx. Sauf de une bague d'or 
portant la marque dudict feu sieur Cofiinhal, son mary, qu'elle lègue à 
Jean Cofiinhal, son fils, disant que ses bagues d'or, sans comprendre 
ladicte marque, consistent en une jacynthe, une turquoyse, ung rubin, 
ung granat et ung solheil et une mariage, et quelques aultres de petites 
valeur, i (De Rey, notaire, E. 2000, f. 175.) 



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DARtAT 167 

« Ung haut de chausses de satin verd obscur doublé d'un 
taffetas incarnat fort uzé, » 

Et dans un coffre à bahut fermé à ' lef , des chemises de toi- 
le fine {x>ur le défunt et ses enfants, Guyon de Tieys et Ysaac, 
sieur de Fontneuve, fils ayné. 

Puis les enquêteurs se dirigèrent vers :« une gallerye qui 
est à costé regardant sur le fossé » on y trouve des barricots 
contenant des graines de chanvre. Puis ils vont (( dans une pe- 
tite chambrette regardant sur la petite basse cour, avec une châ- 
lit et sa couverture tl'Aix autour duquel châlit il y a un garni- 
ment de cadis bleu garny de passemant party de soye et filet 
bleu* et incarnat avec petite frange tout autour, uzé et rom- 
peu. » 

(( Plus un châlit et couchette couvert d'ung rideau de cadis 
Jinjolin, (i) garny de passement coleur verte partye de soye 
et partie de layne. 

« Ung garniment de lict de raze colleur Jinjolin avec pas- 
sement partie de soye et partie de layne colleur vert et orange 
avec frange et frangeon de fillet de layne en sept pièces. 

« Un haut de chausses escarlate avec un perpoîn de fustai- 
ne blanc fort uzé» 

« Ung perpoint et haut de chausses de tabis colleur ama- 
rante doublé d'un bourrassin fort uzé, 

« Un manteau de tabis, doublé d'un taffetas damassé noir, 
ung perpoint et haut de chausses en drap noir fort vieux. Ung 
perpoint et haut de chausses sarge drapade noir. 

(( Ung collet de buffle sans manches. 

« Une toilette de damas et une escharpe de soye colleur in- 
carnat, appartenant à la dite damoyselle. 

« Un roguet avec un gallon d'argent sur le devant, et dix 
sept boutons aussi d'argent. 

« Ung Blonet à l'angloize de taffetas fassonné à l'usage 
d'ung des enfants. 

Il) La couleur zinzolin est un violet rougeâtre. Cette teinte et celles 
des autres parties des rideaux, avec celles des passementeries qui s'y 
trouvaient jointes, ne donne pas une idée très favorable sur Tharmonie 
de toutes ces tentures. 



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l68 DARIAT 

« Une royale de drap gris, avec sa doublure de frize à usa- 
ge dudit défunt. 

<( Une petite robe de rase grise à usage d'une des filles. 

(( Une petite robe de satin fassoné colleur orange pour une 
des filles. 

(( Ung cotilhon de satin blanc découpé à usage de la dite 
veuve. Ung autre cotilhon de velours à la turque de diverses 
colleurs. 

<( Ung autre cotilhon de satin colleur feuille morte, un au- 
tre cotilhon de satin bleu avec des bandes de satin incarnat 
découpé. 

« Ung bas de robe satin noir découpé. )> 

(( Ung autre bas de sarge de soye noire avec le corset, gar- 
ny de boutons. 

« Ung autre bas de robe de satin noir découpé. » 

On visita ensuite « le grenier de la dite maison qui est au 
de bas d'icelle, du coste du corps de la dite maison aboutissant 
sur le fossé au costé d'Oriant. » 

On y trouva « un chalit bois noguier presque neuf avec 
son surcel d'aix. Ung mathelas garny de pailhe. Ung garni- 
ment de trénet colleur Jinjolin avec frange et frangeon de fil- 
let de layne colleur bleu fort vieux et rompeu » divers objets 
forts vieux sans intérêt et une pile de blé. 

« Kt dudit grenier ils montèrent, à ung chambre boutée 
qui est au-dessus d'icelle, appelée la tour, dans laquelle on 
ne trouva rien. 

« Kt de ladite tour serions dessandus et remontés à ung 
petit cabinet, alK>utissant sur la petite basse cour et au cousté 
du jardin » dans laquelle on trouva divers matelas et couver- 
tures ou autres choses sii.is intérêt, parmi lescjuelles : 

« Une lampe dite caleil avec sa queue de fer. 

« Une cazaque de raze grize avec des boutons à Tusage 
d'un des enfants. » 

On monta ensuite àunechambrette qui donnait sur (t lesdeux 
basse cour de ladite maison. » On y trouva <( une chaire à 
bras de noguier fort vieille, la garniture d'icelle estant rom- 
pue. » 



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DARIAT 169 

Des landiers de fer. Un châlit avec son surcel «et ung garni- 
mant de cadis bleu garny de passement Jinjolin et bleu, party 
filiet et partye layne demy uzé. » On y voit aussi des couver- 
tures et des linseuils. 

Et dans un cabinet tout voisin on trouva <( une arquebuze 
à mèche. » Une table, un coffre à bahut vieux et rompu et des 
pots de graisse. 

Dans un cabinet voisin « regardant sur la grande basse- 
cour de la maison » on trouva quatre mousquets à mèche, avec 
leurs bois et une fourchette, des ciseaux servant au jardi- 
nage etc. » 

L'inventaire repris le 27 mars au château de Dariat, en 
commençant par « la siiPe basse dudit Dariat regardant et 
prenanbson entrée sur la bassecourt petite » dans laquelle on 
trouva « une table bois noguier avec son siège de menuiserie 
un grand banc fait de menuiserie, six chaires à bras garnyes 
de mouquette avec doux, une autre chaire à bras, la garni- 
ture de laquelle est toute rompue, et un conque de cuivre. » 

Tout cela parait indiquer une saille à manger ou un salon 
« et à coste d'icelle une entichambre et de la dicte enticham- 
bre serions entrés dans la cuisine regardant aussi sur la basse- 
cour » où on trouva une grande table vieilhe avec son siège, 
deux grands bancs, un archibanc bois noguier, une paire de 
landiers » et tous les objets nécessaires à la cuisine, en outre 
« une lampe dite caleil, une romane du pois de quatre vingt 
livres, deux couvertures de fer. Six grands plats et une dout- 
zaines d'assietes presque neufves d'estain, pesant quarante 
deux livres. Quatre grands plats dVstan rompus, quatre cue!- 
hières d'argent, une aiguelle d'argent. » 

De la cuisine on passa à la cuisine vieille et au chai, où il 
y avait quantité de vin, et à coté, <( dans la grange », où se 
trouvaient les cuves à faire le vin. 

De la grange on passa au « Fournial » puis dans « ung 
seruvert (i) joignant le fournial » ung grand cuveau plus un 
tonneau, une pipe etc. 

(i) Le mol est bien : Sjruvert la première fois et : Deseruvert la 
seconde fois. Il est difficile à identifier. Est-ce : Ciel-ouvert ?? 



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1 70 DARIAT 

« Et dudict de seruvert serions montés par une échelle dans 
une tour respondant sur la grande façade du chasteau. » On 
y trouva du lard et des têtes de pourceau. 

Dans la cour était une ruche à miel et récurie, où étaient, 
une jument poil rouge avec la selle et bride fort vieille. « Ung 
cheval ongre poil bai avec la selle et bride fort vieux, un au- 
tre cheval ongre poil bay obscur, et ung jeune polin poil rou- 
ge de Vàge de trois ans. » 

On alla ensuite à la métairie appelée : La Barôir tout pro- 
che le château puis au moulin tout voisin, enfin à la mé- 
tairie des Vallès. 

Puis à la métairie de Bruguières distant de la précédente 
« ung quart de lieue. » 

On alla ensuite à la métairie de Cassaing, puis à celle de 
Beraud. 

Le 28 mars l'inventaire reprit au lieu de Réalville a où le 
feu sieur de Dariat a une maison et métairie. » 

La maison en cette ville était fort petite (( et ruineuse » et 
la métairie bien peu importante. 

I^ 14 avril suivant on fit l'inventaire des papiers et titres 
contenus dans les coffres de Dariat. 

En présence du sieur de Bonencontre fils et dans la maison 
des « héritiers Bonencontre », on trouva pendant l'inventai- 
re « dans une petite tirette attachée à une grande table, une 
petite boitte » où estoit « Deux pendans d'oreilhe d'or dans 
lesquels y a de enchâssés trente deux petits diamans et deux 
quy sont au milieu quy sont plus grands. 

« Plus ung pouison d'or auquel y a d'enchâssés cinq dia 
mans. 

« Plus autres bagues d'or appelées Roze où il y a d'enchâs- 
sés sept diamans. 

« Plus une pierre de Ruby. 

« Plus une petite corde de perles meslées avec de graines 
noires ou y a ung petit diamant d'enchâssé. 

« Plus une pierre ronde grise. 

Le 2 mai dans une autre pièce de cette maison on trouva : 
« E>eux plats d'estain. 



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DARIAT 171 

(( Quatre assistes d'estain et un morceau d'estain de douze 
livres. 

« Quatre livres de plom. 

(( Ung pot de fer les brassalz avec les aussalz et un gante- 
let, le tout de fer avec de petits clous jaulnes a parties des 
armes. » Tout cela fut trouvé le second jour de Tinventaire dans, 
la maison des hoirs de Bonencontre, en présence de noble 
Jiean de CaJbet, sieur de Pratmayou, cousîjn de la. demoi- 
selle de Corneilhan et la dite demoiselle qui, du reste fut pré- 
sente à toutes les séances. 

Et le même jour (2 may) dans la maison des hoirs de 
Bonencontre environ l'heure de doutze après midy (sic.) (i) 
et dans une chambre haulte regardant sur la grand rue, on 
trouva : 

(( Ung coffre à bahut cloué avec de clous blancs » et dans 
ce coffre : 

(( Un garniment de lin faict à parquetz en quatre pans. 

c( Ung garniment de lit de damas vert avec de grand frange 
..le soye tout au tour en dix parts de grand ou petites. 

(( Ung tapis de canabas (canevas) avec frange de soye 
vert tout au tour. 

(( Un garnim/ent de lict de raze jinjolin en cinq parts avec 
frange de mesure colleur tout au tour. 

(( Ung coutilhon vert de velours à fon d'argant. 

(( Ung autre cotilhon de satin jaune tout et des- 

coupé à fleurs. 

rît dans un autre coffre 

<( Deux lais de toille d'argant incarnat, des napes, des ser- 
viettes des flandres. Quatre tableaux (petites napes). 

« Ung garniment de lict rose vert brun et rouge en vingt 
parties avec franges tout au tour et frangon encore à coudre. 

(( Deux lais de damas viollet. 

« Quatre cotilhons de tafetas à gros grain. 

(1) Une autre fois on dit : à Theure de doutze de midy, qui paraît 
plus admissible. 



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172 DARIAT 

(( Ung aultre de satin amarante et blanc, l'aultre de be- 
lours noir figuré, et Taultre de satin noir descoupé. 

« Un aultre de satin bleu descoupé doublé de satin incar- 
nat. 

Tout cela étant de Thérédité de Bonencontre, affirmé sous 
serment. 

(( Et le même jour, 2 may , heure de quatre heures du soir», 
la demoiselle de Corneilhan dit aux commissaires qui fai- 
saient l'inventaire <( qu'il y a au pouvoir du sieur Marc de Jean 
bourgeois certains coffres » appartenant à l'hérédité. On 
se transporta alors <( chez le sieur De Jean qui dit que depuis 
vingt ans ou plus, il fust apporté dans sa maison deux coffres 
fermés à clef par ledit feu sieur de Dariat, sans qu'il en soit 
chargé, ne sachant ce qu'il y a dedans. » 

L'un contenait des dccumehts, l'autre du linge des Flan- 
dres. On les ferma avec le cachet du Roy et on remit au lundi 
leur inventaire. 

Et le lundi, 4 may en effet, on reprit en détail le contenu 
de ces coffres. Parmi lesquels je relèverai : 

(( Ije testament de Jean de Tieys Dariat, retenu le 7 juin 
1516, par Pegorery. (i) 

« Le mariage passé entre noble Jean Dandrieu, seigneur 
de Morville et Louyse de Tieys, retenu par Brieude le 10 juin 

Ï579- 

« Achat fait en 1568 par Ramond de Tieys et Barthélémy 
de Tieys. (16 juin). Domefcy not; un autre Jean Tieys 
4 juillet 1560. Laix>rte not; autre par Jean Tieys de Jean de 
Jean, mai 1509. Viguery. LTn grand nombre d'achats faits par 
Jean Tieys à divers, 150Q-1512, etc. 

(1) Les noms du notaire Pegorery et celui de Vignery quelques lignes 
plus loin, nous donneront l'occasion de faire remarquer une habitude 
singulière qu'avaient nos devanciers Ils e'crivaient indifféremment Pego- 
rery ou de Pegorier, Viguery ou de Vijuier. Domercy de Doumerc, Ar- 
bussy ou d'Arbus, Lugandy ou l.ugand, Guilhelmy ou de Guilhem, 
Benedicli ou de Benoist. On pourrait en citer d'autres exemples. C'est 
en somme le génitif du latin, qui vers la fin du XVl« siècle sç traduit 
en français. 



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DARÎAT 173 

Enfin on trouva dans ce même coffre deux livres. 
« Ung livre en latin. Le livre de la fisique ; couvert en bajan- 
ne verthe. 

« Plus un autre livre : Les Guilhades d^Erasme, couvert de 
bajanne rouge.' (i) » 

Et en faisant la clôture de l'inventaire on donne une légère 
description du château de Dariat « consistant, en salles, 
chambres, entechambre, estables, granges, galleries; bassc- 
courtx et en deux corps de logis avec tours. Le tout basti de 
briques, couvert de tuilhe canal, et environ duquel château 
y a ung bois a hault fustage. » 
On ne parle pas du pigeonnier. 

L'inventaire se termine par la nomenclature des nombreu- 
ses pièces de terre composant les métairies indiquées plus haut. 
Il n'y est donc pas question de la grande maison des Da- 
riat, dans la ville de Montauban, maison citée au cadastre 
de 1582 (( rue tendant du Griffoul au chasteau Consular. » La 
troisième maison en venant de la porte du Griffoul se trouve 
appartenir à « sire Nicolas Tieys marchand, f. 117 v*.) ». 

Cette maison passa en 1604 à sire Jacques Tieys, greffier, 
fils de Nicolas, et en 1624 à M* Jacques Tieys, notaire. C'é- 
tait la branche cadette. 

A la suite de cette maison se trouve celle de « noble Jehan 
de Tieys Dariat escuyer. » (f. 118 v**) qui confronte d'aquilon 
à Nicolas Tieys. Peu après il se charge de quatre articles des 
biens dudit Ni :olas. Cette dernière n'est pas citée en 1637, elle 
avait été donnée au fils d'Isaac de Tieys, sieur de Fontneuve 
par son père Pierre. 

C'est dans cet immeuble que le Roy fut reçu en 1565. 
Le Roy Charles IX, arrivé à Montauban le 20 mars 1565, 
fut reçu solennellement, et fut logé dans la maison de noble 

^1) Le mot patois guilhar signifie tromper, duper faire des farces. On 
peut croire que ce titre se rapporte soit à réloge de la Foiicy par Erasme, 
soit plutôt aux colloques d'Erasme, qui étaient des ouvrages contenant 
des plaisanteries, souvent outrées, quelquefois pleines d'esprit. Tous les 
autres ouvrages de cet auteur, dont les sujets sont religieux, paraissent 
étrangers au titre lan^ucdjcien cité dans notre inventaire. 



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1 74 DARIAT 

Jean de Tieys, sieur de Dariat, bourgeois de Montauban (Le- 
bret. II, not. 371.) 

Elle avait été choisie comme étant Tune des plus belles. 
Elle était dans la rue de TEscolle voisine de la porte du Grif- 
foul. 

Le choix de ce logis pourrait aussi provenir de la religion 
que professait encore le sire Jean de Tieys, sieur de Dariat, 
à cette date, car la branche noble de Tieys Dariat, n'avait 
pas encore embrassé le protestantisme en 1565. 

La branche collatérale des Tieys, bourgeois de Montauban 
au contraire, figure sur les registres de TEtat civil, dès Tannée 
1566 pour le baptêm.? du premier enfant d'un mariage con- 
tracté en 1564. 

Pour la branche dos Dariat, on ne trouve leur trace dans 
les registres, ix>ur la première fois, qu'en 1568, par la mort 
de « Guillhaume Tieys dict Dariat, lieutenant du capitaine 
I>anis » qui mourut le 6 novembre 1568 (Décès, f. 14.) 

La seconde mention de cette branche est le mariage, surve- 
nu en 1579, entre « noble Jehan de Tieys, seigneur de Dariat, 
escuyer et damoyselle Anne de Tappie » (M. 157g. f. 109.) 

Cette branche n'avait adopté la Réforme qu'après les sièges 
de Montauban par Burie et Monluc. Et Jean de Tieys, dit Da- 
riat même, à l'époque de ce5 guerres civiles, chercha à se ren- 
dre utile à sa patrie en servant de parlementaire entre les 
deux partis. Le 20 avril 1562, après les premiers troubles cau- 
sés p^ir les prédications de la Réforme, l'approche de l'armée de 
Burie et de Monluc causa une panique à Montauban ; les con- 
suls et quelques officiers du sénéchal demeurèrent en ville avec 
les femmes, les hommes s'armèrent et allèrent rejoindre les 
troupes qui tenaient la campagne autour de la ville pour en dé- 
fendre les abords. 

Jean de Tieys dit Dariat, bourgeois, et Jean de la Porte, 
syndic du pays de Quercy, tous deux de la religion romaine 
furent envoyés à Burie et Monluc pour présenter les clefs de 
la ville. 

Heureusement ces seigneurs furent obligés de se diriger vers 
Agen, ce qui débloqua Montauban. 



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DAFIAT 175 

Malgré œla le siège eut lieu au mois d'octobre, et la maison 
Dariat, qui était sur le rempart, fut exposée chaque jour aux 
coups de canon. Jean de Tieys, dit Dariat, bourgeois de Mon- 
tauban, et receveur de Quercy, s'étant absenté de la ville dès 
le début fut envoyé par Monluc, le 24 décembre, en parlemen- 
taire à Montauban. Mais « il fut respondu à Dariat, que 
Monluc ni Terride, ni le cardinal d'Armagnac n'auraient 
l'honneur de la délivrance de Montauban, mais Dieu seul, qui 
Tavoiti jusques alors préservée, contre toute esf>érance hu- 
maine. » (Hist. Eclesiast. de Bèze.) 

Dariat, receveur du Quercy, fit une nouvelle tentative, le 13 
février 1563, pour ramener le calme dans les esprits, à Mon- 
tauban. Il se présenta devant la porte des Cordeliers avec le ca- 
pitaine Malicy, et parlementa. « Ayant tiré à part, les con- 
suls syndics, et quelques uns du conseil, il n'oublia rien à dire 
de ce qui pouvoit les intimider et induire à rendre la ville. » 
Il leur dit qu'un second siège allait commencer. Il employa 
même les larmes, mais ce fut en vain. Il ne fit pas fléchir le 
courage des Montalbanais. Le premier consul, Hugues Cal- 
vet, fut chargé de lui apporter la réponse du Conseil de ville. 
Montauban ne tarda pas a être attaqué de nouveau. 

Ce rôle de pacificateur attira sur lui l'attention du souve- 
rain. Et, malg'-é le peu de succès de ses ambassades auprès de 
ses concitoyens, le roi lui en sut gré. Nous ne savons pas 
s'il y eutf ajioblissement par lettres patentes, mais c'est la 
la suite de ces affaires qu'on voit le chef de la famille, se qua- 
lifier de noble et d'escuyer. 

Ainsi quand Charles IX entra à Montauban il trouva tout 
naturel de loger chez son bon sujet et ami qui portait déjà 
la qualification de noble, et non plus celle de bourgeois, qu'il 
était fier de porter en 1562. 

Mais peu après, dès 1568, on voit cette famille passer à la 
Réforme comme la branche cadette établie dans la ville. Un 
de ses membres, Guilhaume, lieutenant dans les troupes hu- 
guenotes dans la compagnie du capitaine Lanis, meurt dans 
la religion réformée, en 1568. Son frère, le capitaine Tieys, 
sieur Dariat, fit toutes les guerres civiles dans le parti du 



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Iy6 DARIAT 

roi de Navarre et, en 1592, il joua un rôle important, à la ba- 
taille de Villemur où le duc de Joyeuse fut battu et trouva la 
mort dans sa fuite en se noyant dans le Tarn. 

Voici le récit de cet événement tel que le porte le duc de 
Sully en ses mémoires. 

Le duc de Joyeuse, zélé partisan de la ligue en Languedoc, 
ayant rassemblé cinq ou six mille hommes de pied et huit à 
neuf cent chevaux, aux environs de Toulouse, s'avança le 15 
juin 1592 vers Montauban, pillant les bourgades et le plat 
pays. Il mit le siège devant Villemur. 

Le sieur Dariat et les bourgeois de Villemur eurent recours 
à Thémines qui tenait pour le roi. Le duc d'Epernon et Thé- 
mines vinrent soutenir Villemur. 

I^e seigneur de Dariat se retira dans Villemur avec deux 
cent cinquante arquebusiers et environ cent ou cent vingt ca- 
valiers. 

Il en fit sortir Reyniès, devenu trop infirme, et résolut de s'y 
défendre jusqu'à l'extrémité, comptant sur un secours du roy. 

C'est ce qui arriva, et Montmorency fit partir I^cques et 
Chambaut avec de fort bonnes troupes protestantes. 

Joyeuse kssuya devant Villemur une défaite complète. 
(Mem. de Sully. I.v. V.) Son frère Jean de Tieys, escuyer, 
sieur de Dariat, avait épousé damoiselle Lizette de Viguier, 
vers 1550. Il en eut quatre filles et un fils Jehan, dont les 
baptêmes sont inscrits à l'Etat civil protestant de Montauban. 

C'est le fils de Lizette de Viguier, Jean, qui avait épousé 
Anne de Tappie. Cette dame fit, en juillet 1597, « l'achat des 
sceaux royaux des cours de Monsieur le Sénéchal et juge ordi- 
naire de Quercy, de noble Pierre de Gourgues, seigneur de 
Roquecor. » (De Rey, not. 1597 ; f. 288.) 

Elle était déjà veuve à ce moment. Elle paya cet achat 
d'une somme de « 600 escus sol. » Cette vente ayant été faite 
avec pacte de rachat, il est probable que le rachat ne tarda pas 
a être opéré car, on ne trouve plus aucune trace de la gestion 
des sceaux royaux par ladite dame. 

Dame Anne de Tappie était très fortunée. Elle possédait 
une quantité de biens et fit, en 1581, des achats sans nombre. 



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DARrAT 177 

Elle possédait aussi une partie du moulin des Albarèdes à 
Monta uban, et, par acte du 5 mars 1597 puasse devant De Rey, 
notaire royal à Montauban, elle vendit sa part, à Messîre Jean 
de Viçose, lieutenant. En même temps ses copropriétaires!, 
qui étaient sire Pierre de France et Sire Ramond de Tresrieux, 
lui vendaient leurs parts. Jean de Viçose paraît donc avoir 
été, à cette date, propriétaire de l'entier moulin des Albarèdes. 
Peu après, sa fille, demoiselle Marguerite de Tieys Da- 
riat, épousa M. Maistre Samuel de Bonencontre, conseiller 
du roy en sa cour de Parlement de Toulouse et chambre de 
TEdit, par contrat du 8 juillet 1600. (De Rey, not.) 

De ce mariage naquirent plusieurs enfants. C'est de ces 
enfants que le défunt Pierre de Tieys était tuteur. 

« Messire noble Jean de Tieys, sieur de Dariat et de Font- 
neuve » acheta le 10 mai 1610, par acte passé devant M* Rey, 
notaire, les deux tiers de la place et de la seigneurie de 
Cami>arnaud, à Messire de Faudoas. 

Il ne la conserva que jusqu'en 161 1, et la vendit au sire 
de Bar qui était déjà possesseur du troisième tiers de cette 
seigneurie. ( Moulenq. III. 80.) 

Pendant les guerres de religion de 1621 « M. de Dariat. » 
prit les armes dans le parti huguenot. A la veille du siège que 
le roy Louis XIII dressa contre la ville de Montauban, pen- 
dant une escarmouche aux environs de la ville, à Corbarieu, 
le 30 juillet 162 1 « M. de Dariat, » fut blessé et fait prison- 
nier par un officier catholique. Son vainqueur, auquel il fut 
obligé, suivant les coutumes du temps de payer une rançon, 
se nommait <( Monsieur de Lestang, gentilhomme du pays de 
Rouergue. » 

La famille de Tieys jouait un rôle important dans le pays. 
Elle était sortie de Fontneuve où on la trouve déjà au quin- 
zième siècle. 

C'est même une chose assez intéressante à noter que le pro- 
grès par lequel cette famille s'éleva par elle-même, sans avoir 
occupé cependant aucune qharge importante. 

En 1457 (( Barthélémy Tieys, alias Dariat, laborator Fon- 
tisnovi », traite avec un marchand de brebis de Bressols, (ac- 
te chez Déporta Notaire.) 

1908 14 



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178 DARIAT 

C'est le premier que nous connaissions, il était le |>ère de 
Pierre Tieys alias Dariat, qui vivait de 1440 à 1465 époque 
où il fut père de deux fils, tous les deux dénommés Johan, et 
de deux filles Maria et Johanna. 

L'un deux plus tard connu sous le nom de « Johan Tieys 
alias Labat de Fontneuve » et l'autre « Johan Tieys alias 
Dariat, filius Pétris mercator Montisalbani. » Celui-ci, qui 
paraît être l'aîné, succédait au commerce de son père. Johan 
Tieys alias Labat de Fontneuve -était « Laboureur ». 

Ce n'est pas le seul exemple que nous connaissions de si- 
tuation sociales aussi dissemblables à cette époque là à Mon- 
tauban. En particulier une famille Lescure qui arriva plus 
tard à une situation très élevée était dans le même cas. 

(( Johan Tieys alias Dariat, mercator civitatis Montisalba- 
ni, filius Pétri », occupait en 1495, une situation des plus en 
vue dans le commerce Montalbanais. Il faisait de nombreux 
voyages à Bordeaux et devait gagner beaucoup d'argent, car 
fl achète des terres en quantité, et des maisons, pour agran- 
dir la maison paternelle. 

Un achat fait par lui le 10 janvier 1515 nous intéresse par- 
ticulièrement en ce qu'il nous montre que tous ces Tieys for- 
maient une seule famille puisqu'ils étaient tous copropriétai- 
res de la maison de la rue du Griffoul. 

(( Ramundus Tieys, Jacobus et Geraldus Tieys, laborato- 
res, pater et filii, habitatores Fontis novi », vendent à <( Johan 
Tieys, mercator montisiilbani, domum sitam in carriera de la 
gulharia sive del GrifTol, confrontant ab una parte cùm domo 
altéra. ipsius emptoris et ab altéra cum domo alterius Johan- 
nis Tieys ». Problablement le frère surnommé Labat. La 
maison vendue était une partie de la maison de la famille; 
d'un autre côté elle touchait par devant <( a parte ante cum car- 
riera publica )) et par derrière (( a parte rétro cum muro vil- 
lae ». Et dans la vente était comprise une cour (( comprehen- 
do in venditione ayrale cum obliis. » Ce dernier mot paraît 
indiquer que la maison vendue était chargée d'une rente pour 
le repos des âmes de la famille. L'acquéreur l'acceptait. 

Ainsi se reconstituait « l'hostal payral » la maison des an- 



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DARIAT 1 79 

cêtres, cette maison qui allait prochainement abriter un mo- 
narque. 

Dès Tannée suivante nous découvrons un nouveau copro- 
priétaire |X)ur cet immeuble. 

Monsieur le Prince de Condé, y fut logé en 1611. 

Après avoir acheté en 15 15, « Johan Tieys, filius Pétri, mer- 
cator civitatis montisalbani », ne tarda pas à avoir des diffi- 
cultés avec Tun de ses cousins copropriétaires, un autre 
Johan Tieys <( Johan Tieys alias Johan, mercator civitatis 
montisalbani. » Quand on se trouve au milieu d'un si 
grand nombre de Tieys portant le même prénom de 
Johan, dont deux au moins, sont frères, on comprend la né- 
cessité de tous ces surnoms, pour les distinguer l'un de l'au- 
tre. Ce dernier Johan avait fait édifier « édificaverat unam 
cameram valetum, (1) sive galeria, supra menia (2) dictae ci- 
viatis contigua domi sue » et en marge on explique que cette 
galerie couverte (valetum) dominait la porte de Fossat « me- 
nia » la « porta de fossat. » Le nouvel acquéreur se plaint. 

Cette galerie couverte, certainement agréable, exposée au 
Nord, lui nuit. <( Johan Tieys alias Johan » le reconnait et 
s'engage à la modifier si c'est nécessaire. (Pegoreri 14 mai 
15 16 f. 248). Dariat ne tarda i>as à tomber malade. Le 7 
juin 15 16 il fait son testament qui nous montre l'importance 
de sa famille. Il débute comme le faisaient tous les testateurs, 
par l'invocation de Dieu, de la Vierge et de tous les saints du 
Paradis, soit qu'il meure en ville ou à la campagne distante de 
deux lieues de la ville « O aJs camps a doas legas » (c'est bien 
la distance de Dariat) il ordonne que son corps "<( sia portât 



(i) « Valetum. » On nomme encore dans la campagne, l'auvent d'une 
toiture, qui abrite la porte de la métairie « Un balet. v Je crois que l'ori- 
gine du mot qui désigne l'entrée d'une maison vient de l'habitude latine 
de graver au seuil le mot « Vale. » Souhait pleinde cordialité demandant 
la santé de l'hôte qui va entrer. 

(2) « Menia. » F<etranchement. C'est le boulevard du Gtiffoul, en- 
ceinte fortifiée, qui couvrait la porte du même nom et facilitait le pas- 
sage entre la Ville et le fort du Conseil ou des Jacobins. 



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i8o ÛAKlAT 

et sepulturat à l'Ecclesia et voli que sia portât am sîes torchas 
alucadas cascuna de una liura. » 

Il prescrit, s'il meurt à Montauban, de pK>rter son corps à Té- 
glise des frères Prêcheurs, s'il meurt dans un autre lieu il . 
veut que le service se fasse dans la paroisse du dit lieu, et s'il 
vient à mourir à Bordeaux, où son commerce l'attirait souvent, 
il demande que sa dépouille mortelle soit portée à l'Obser- 
vance de Bordeaux. 

Puis il ordonne à ses héritiers de faire dire des messes pour 
le repos de son âme. « Item voli esser ditas lo jorn de ma sé- 
pulturai cent messas de requiem. Lo lendema ay tan tas. A la 
novena aytantas, et al cap de l'an aytantas. Et a cada capela 
per cada messa layssy vingt dénies. » (( Item leguy et doni al 
acapte del pugatory de Saint Jacmes de Montalba, detz liuras 
tornesas, pagadoyres una vegada. » Payables une fois seule- 
ment. Cette prescription se reproduit à chaque legs. C'était 
prudent 

« Item doni et leguy a cascuna autra luminaria del sainct 
Jacmes cinq sols tornes pagatz une vegada. » 

Le mot « sols » est difficile à lire et ne me paraît pas être 
le véritable mot à accepter. Mais je ne peux en identifier au- 
cun autre avec le texte. 

Il donne aux frères Prêcheurs douze livres tlournois, au 
Couvent de l'Observance de Montauban, et clx livres, <( à la fa- 
brica del covent ( de saint Théodard sans doute). Item al co- 
vent dels Carmes et de suint Augusti à cadum una pipa de 
vy, à la gleysa de sant Blazy de Fontne\'a une capa missal (cha- 
suble) de très livras tornesas. » et aux Ladres <( une barrica 
de vy. » 

Il nous nomme sa femme « Dona Guilhalma de Johan » et 
son fils Johan. Il ne nomme pas d'autre enfant, mais prévoit 
prochainement la naissance d'un enfant dont sa femme est 
grosse en ce moment. (Pegoreri E. 3102. f. 281.) 

De ce fils Johan, descendit toute la lignée des Dariat. 

Il fut d'abord notaire jusqu'à la mort de son père survenue, 
croyons nous,en 1535. Puis, en 1537, on le trouve qualifié de 
« Providus vir Johan nés de Tieys, alias Dariat, mercator mon- 
tisalbani. » (achat Saint-Just, notaire 1537 f. 339.) 



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DAR[AT l8r 

C'est son fils « Johan de Tieys sieur de Darîat, receveur du 
Quercy, qui en 1565, reçut dans sa grande maison de la rue 
du Griffoul le roy Charles IX, comime le raconte Le Bret, his- 
torien de notre ville. 

A la suite de cet événement toute cette branche prit la qua- 
lification de noblesse, on en voit la trace dans les documents 
officiels. 

La première trace officielle que nous en trouvons se voit 
dans l'acte de mariage de son fils, noble Jehan de Tieys, sei- 
gneur de Dariat, escuyer, avec Demoiselle Anne de Tappie » 
en 1579. (Etat civil f. 109.) 

Le mariage contracté en la même année le 10 juin <( entre 
noble Jean d'Andrieu, sieur de Morville, et Damoiselle Louise 
de Tieys » indique bien aussi la situation de la famille. 

Depuis cette date toute cette branche prit la qualification 
de noblesse. Deux de ses membres furent officiers dans les 
troupes d'Henri de Navarre plus tard d'Henri IV. Le service 
militaire anoblissait, et les enfants du « capitaine Dariat » 
par exemple, qui contribua en 1592 à la défaite de Joyeuse à 
Villemur, se qualifiaient de nobles, d'une façon fort légiti- 
mement admise à cette époque. 

On est donc un p>eu surpris de voir que le Nobiliaire de la 
généralité de Montauban, par Laine, ne donne à la noblesse de 
cette famille, comme date reconnue, que celle de 1638. Ce ne 
serait donc qu'après le décès de Pierre de Tieys, époux de 
Damoyselle Marguerite de Corneilhan, que la noblesse aurait 
été acquise à la famille. 

La branche cadetitje des Dariat, issue de Nicolas • Tieys, 
marchand de Montauban, fils de Jehan, continua le commerce. 
Nicolas épousa Demoiselle Peyronne Delsol, et leur fils Jac- 
ques, qui eut pour marraine sa cousine, Anne de Tappie, en 
1580 devint notaire, et épousa Demoiselle Anne de Preyssac, 
en 1605. 

Les enfants de ce mariage furent tous qualifiés : Bourgeois 
de Montauban et prirent des alliances dans les familles de la 
meilleure bourgeoisie montalbanaise. 

La branche Tieys de Fontneuve resté attachée à la campa- 



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l82 DARIAT 

gne, était très fortement apparentée à la branche Dariat. Ain- 
si qu'on le voit en 1516 par les achats des diverses parties de 
la maison de lai famille, à la rue du Griffoul, que Johan Tieys 
Dariat réunit sous sa main en les rachetant à ses cousins Ra- 
mond, Jacob et Geraud. 

Le dernier des Dariat, légua ses biens à Jean Tieys né vers 
1665 qui épousa Demoiselle de Serres. Ils eurent Laurens et 
François. La petite fille de Laurens, Elisabeth épousa le petit- 
fils de François nommé Dominique Tieys, qui en 1793, déjà 
depuis nombre d'années, était secrétaire en chef à la mairie de 
Montauban. 

Leur fils Jean Mathieu né le 19 septembre 1793, rue de l'Ho- 
tel-de^ Ville, ancienne rue du Griffoul, fut, comme son père, 
chef du bureau d'administration générale à la mairie. Il épK>usa 
le 23 juin 1823, demoiselle Anne Herment. 

Leur fils, I>omi nique Tieys, connu sous le nom de Henri 
Tieys, né vers 1828, fut aussi pendant toute sa vie chef de Bu- 
reau d'administration générale à la mairie. Il mourut le 29 
juillet 1874, âgé de 46 ans, entouré de l'estime de tous les Mon- 
talbanais. 

Pendant une centaine d'années, cette famille s'était dévouée 
modestement au service de ses concitoyens. Il est juste de fai- 
re revivre sa mémoire. 




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LE SIEGE D'ALUZE 

Par Jules César 

[Plaquette par Emile Bonneau^ offerte par M. Moissemt 
à la Société archéologique de Tarn-ct-Garonne) 

COMPTE RENDU 

PAR M. MOISSENET 

Membre de la Société. 



Messieurs et chers Confrères, 

J'ai rhonneur de faire hommage à notre Compagnie d'une 
plaquette 'ntitulée Siège d*Aïuze par Jules César, et écrite par 
un de mes compatriotes, M. Bonneau, et, avec l'autorisation 
de notre bureau, je me propose de vous en soumettre, ce soir, 
le compte rendu. 

Vous remarquerez immédiatenuent que l'auteur parle du 
Siège d'Aluze et non d'Alise. C'est qu'en effet il place Alésia 
de Vercingétorix non pas à Alise-Ste-Reine dans l'Auxois, 
mais à Aluze, sur la route d'Autun à Chalon-sur-Saône et sur 
les collines qui bordent au Sud la vallée de la Dheune. 

Qu'il me soit permis de vous dire que mon père possédait 
en Bourgogne une petite propriété à deux kilomètres du villa- 
ge actuel d'Aluze, et que, pour nous y rendre aux vacances de- 



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184 LE SIÈGE d'aLUZR PAR JULES CÉSAR 

puis Paris, nous passions dans notre enfance deux fois par an 
devant Alise-Ste-Reine, où venait d'être édifiée la statue mo- 
numentale de Vercingétorix parfaitement visible du chemin 
de fer au sommet du mont Auxois, où je l'ai encore vue cette 
année à mon retour du congrès de la Route, en allant de Paris 
à Nice. L'attente de la statue de Vercingétorix nous aidait 
même à passer sagement une partie des heures du trajet, si 
longues pour des enfants et si réellement longues da.ns les 
trains d'il y a quarante ans et plus. 

Aussi saisirez-vous l'intérêt tout particulier que je porte aux 
deux localités ! et ne serez-vous point surpris d'apprendre que 
cet intérêt se double du fait que l'auteur de la plaquette place 
la citadelle de Vercingétorix exactement à l'emplacement de 
notre maison paternelle ! enfin m'excuserez-vous de me croire 
plus qualifié que qui que ce soit, pour soumettre à votre bien- 
veillance la théorie nouvelle sur la situation d'Alésia 1 

Après ce préambule un peu long, dont je m'excuse égale- 
ment, passons au compte rendu de la plaquette. 

Je n'insisterai pas avec détail sur les 45 premières pages 
de la plaquette, et cependant je ne saurais trop attirer votre 
attention sur les considérations générales d'un haut intérêt 
qu'elles contiennent. 

Elles expliquent qu'il y avait, en Gaule, la race belliqueuse 
des anciens Brenns, dans les hautes terres formant sept bas- 
tilles autour de la grande citadelle du plateau central, et la race 
pacifique, agricole, industrielle et commerçante des plaines et 
des vallées; comment cette race pacifique avait pour centre 
les Eduens, habitant à la jonction des trois bassins de la Seine, 
du Rhône et de la Loire, à la jonction des routes reliant ces bas- 
sins et desservant tout le mouvement commercial des deux tiers 
de la Gaule; comment les Brenns, confinés sur leurs territoires 
quand les Romains les eurent dépossédés de leurs colonies 
d'Italie et d'Esj>agne, se rejetèrent sur les Gaulois des vallées, 
pour y exercer leur humeur belliqueuse et pillarde ; comment 
les deux races firent appel à l'étranger, et comment les Eduens, 
pour défendre leur confédération et se défendre eux-mêmes 
contre les sauvages Helvètes, demandèrent le secours de Ro- 
me. 



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LE SIÈGE d'aLUZE PAR JULES CESAR l85 

César, que le Sénat envoya en Gaule avec le secret espoir 
qu'il y trouverait la mort, se chargea de délivrer la Gaule des 
envahisseurs, d'y rétablir Tordre, et d'assurer la prédominence 
de la ligue Eduenne, à condition que cette lig^e reconnaîtrait 
la dictature de César, et mettrait à sa disposition toutes ses 
ressources en hommes, matières et argent. Dans son trésor, 
César puisa de quoi entretenir dix légions pendant dix ans, 
et, en même temps, de quoi acheter Rome. 

César tint parole: successivement, il détruisit ou repoussa 
défiaitivemeat les envahisseurs: Helvètes, Germains, Ner- 
viens, Aduatuques et Suèves ; il soumit du même coup, dans 
ses campagnes contre ces envahisseurs, les Brenns de Sept 
Bastilles des Terres Hautes autour du plateau central. 

Restait ce dernier. Les Brenns n'avaient plus rien à faire, 
ni contre les envahisseurs détruits par César, ni contre la rare 
pacifique, protégée {xir César ; et comme ils vivaient essentiel- 
lement de l'épée, c'était une dégradation ix>ur eux de cesser 
de s'en servir. 

De là la révolte des Brenns 1 

En Auvergne, un certain Celtil avait, à un moment donné, 
groupé sous son influence presque toute la Gaule militaire. Mais 
ses clients eux-mêmes l'avaient mis à mort, parce qu'il avait 
voulu se faire roi. Son fils Vercingétorix, n'a pas de peine à 
reconstituer conire les Romains le groupement préparé par 
son père. La révolte s'étend rapidement dans les régions mon- 
tagneuses, et César est menacé d'être coupé de ses légions. Il 
accourt en hâte malgré l'hiver, se multiplie; il enferme les 
rebelles aans l'Auvergne. Alors Vercingétorix, dont les trou- 
pes avaient été malheureuses dans quelques combats ou ba- 
tailles rangées, ravage méthodiquement la contrée, comme les 
Russes lors de la campagne de Russie, et se fait poursuivre 
par César, jusque devant sa capitale, Gergovie, où avec l'aide 
des frimas et de la famine, il espère bien venir à bout de lui. 
Pendant le siège, gracie, dit César, à de fausses nouvelles, on 
ébranle !a fidélité des Eduens, et lorsque César se décide à le- 
ver le siège et à battre en retraite pour hiverner dans des ré- 
gions plus riches et plus sûres, il est obligé d'éviter Bibracte, 
la capitale des Eduens, déjà en pleine révolte. 



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l86 LE SIÈGE d'aLUZE PAR JULES CESAR 

Il rejoint les légions de Labiénus dans le bassin de la Seine. 

C'est maintenant que commence à se poser la question qui 
nous intéresse plus particulièrement. 

Pour vous en parler avec plus de certitude, j'ai demandé à 
notre collègue M. Masson, une traduction des Commentaires 
de César, et M. Masson m'a, sur ma demande, donné un li- 
vre en solde, c'est à dire une édition de la Bibliothèque Char- 
pentier, d'un âge déjà respectable, et nullement préparée pour 
les besoins de la cause. Or quelle n'a pas été ma surprise de 
trouver dans le texte latin, dans la traduction, dans les notes 
du traducteur, et dans les Commentaires de Napoléon III des 
arguments, en faveur de notre thèse, qui s'ajoutent à ceux que 
contient la plaquette de mon compatriote 1 

En effet et tout d'abord, il est dit que Labiénus, après avoir 
défait Camulogène à Lutèce, revint à Agendicum où il avait 
laissé ses bagages, et, de là se rendit avec ses troupes au de- 
vant de César. D'après Jules Quicherat, Agendicum s'identifie 
avec Sens ; (je trouve ce renseignement dans la traduction 
Charpentier). César venait de l'Auvergne par Nevers. C'est 
donc nécessairement au Sud de Sens que Labiénus rejoint Cé- 
sar. Aussi sommes nous, M. Bonneau et moi, tout disposés à 
croire que c'est précisément au mont Auxois, au sein d'une po- 
pulation encore fidcle, sur la route reliant le Nord à la Proven- 
ce, (la province Romaine par excellence), dans une position 
éminemment forte et spécialement fortifiée par lui même en 
cette circonstance, que César prit ses quartiers d'hiver. Ainsi 
s'expliquerait tout naturellement la richesse du mont Auxois 
et des environs d'Alise Sainte-Reine en souvenirs Gaulois et 
Romains, alors que, il convient de le remarquer, des souvenirs 
des Romains n'ont pas raison d'être dans une ville assiégée 
par eux et détruite tant par ce siège qu'après ce siège. 

Pendant ce temps, et pnDur couper les comimunications de son 
ennemi avec la Provence, de même que p>our mieux tenir en 
main l'ensemble de ses forces, surveiller les Eduens, et empê- 
cher des défections, Vercingétorix hivernait à Bibracte. 

A la fin de l'hiver, la Provence, travaillée par les émissai- 
res de Vercingétorix, commence à se soulever. César se met en 



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LE SIÈGE d'alUZE PAR JULES CESAR I 87 

marche pour la ramener. Et Vercingétorîx, informé de cette 
circonstance par ses espions et éclaireurs, va au devant de lui 
pour lui coui>er la route. Il se fait battre en une localité non 
spécifiée dans les Commntaires et se retire à Alésia, au pied 
de laquelle César arrive le lendemain de la bataille. Ainsi Alé- 
spécifiée dans les Commentaires et se retire à Alésia, au pied 
de l'emplacement du combat. 

Si Alésia était à Alise, il faudrait que Ton trouvât à une 
journée de marche du mont Auxois vers le Nord ou le Nord- 
Ouest, un emplacement répondant à celui de la bataillé. Or, 
d'après la description du champ de bataille, cet emplacement 
ne peut se reconnaître dans la région. 

Ensuite il faudrait que pendant que César se rendait de ses 
quartiers d'hiver au Sud de Sens (Joigny, par exemple) au lieu 
du combat, situé à moins dé 60 km. Vercingétorix eût pu 
être prévenu à Bibracte (180 km) et faire faire à ses troupes un 
parcours de iio km, en terrain très accidenté. 

Mettre Alésia à Alise-Sainte-Reine, conduit donc, à cet 
égard, à unç série d'invraisemblances. 

Il n'en est pas de même, si, comme le fait M. Bonneau on 
met Alésia à Aluze, et le champ de bataille à Ecutigny. Ecu- 
tigny se trouve, en effet, sur le trajet le plus direct qui permît 
à César de se rendre en Provence, à deux jours de marche au 
moins (60 km. et par terrain difficile) depuis le mont Auxois, 
à un jour de marche de Bibracte au plus, (30 km.), en suivant 
la vallée de l'Arroux et celle de la Canche, son affluent, et à 
30 km., soit un jour de marche, du pied d 'Aluze. Toutes ces 
données et considérations concordent donc alors parfaitement. 

Revenons à Vercingétorix défait à Ecutigny. « Il prend 
immédiatement la route d'Alésia, Ville des Mandubes ». Que 
sont et où sont les Mandubes. I^ traducteur de Charjjentier 
n'est pas embarrassé. Puisqu'il place Alésia sur le mont Au- 
xoiSj il indique en renvoi: « Mandubes, peuple de l'Auxois ». 
M. Bonneau y regarde de plus près ; il cherche dans le nom 
même une indication sur la situation probable de la résidence, 
et il la trouve : (( Men dub » veut dire, en Gaulois, (( Pierre 
noire ». Or, au mont Auxois les calcaires jurassiques sont une 



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l88 LE SIÈGE D*ALUZE PAR JULES CESAR 

pierre blanche. Au contraire, sur le plateau où M. Bonneau pla- 
ce la ville des « Mandubes », le calcaire à gryphées arquées a, 
à rétat naturel, une teinte d'un gris sombre, et poli, il donne 
une sorte de marbre noir légèrement veiné par le blanc des 
coquilles : l'encadrement de la cheminée de notre maison fami- 
liale, en pierre du pays, fait ressortir cette couleur. Aluze est 
donc bien la ville des Roches noires. 

D'autre part on lit dans les Notes de Napoléon III la surpri- 
se de ce dernier de constater que Vercingétorix, assiégé, n'ait 
pas, en même temps que sa cavalerie, licencié les trois quarts 
de son infanterie. Il dit excellemment : (( Est-il vrai que Ver- 
ce cingétorix s'était renfermé aivec 80.000 hommes dans la ville 
« qui était d'une médiocre étendue ? 20.000 hommies étaient 
« plus que suffisants pour renforcer la garnison d'Alise, qui 
« est un mamelon élevé, et qui (ajoute-t-il), contenait d'ailleurs 
« une population nombreuse et aguerrie ». Cette remarque peut 
être parfaitement exacte si Alésia est à Alise sur le mont Au- 
xois ; mais elle cesse d'être justifiée si l'on adopte pour Alésia 
le territoire des Pierres Noires. Aluze, en effet, .recouvrait un 
plateau relativement vaste, et était habité par un peuple dont 
César se borne 4 dire : <( Les Mandubes, qui s'étaient retirés 
« dans la ville, essayèrent de sortir avec leurs femmes et leurs 
« enfants. Quand ils arrivèrent devant nos lignes, ils deman- 
« dèrent en pleurant qu'on les reçût comme esclaves ». 

Non, la ville des Mandubes n'était pas qu'une place de guer- 
re ; elle était surtout l'entrepôt commercial du pays des 
Eduens, une sorte de Nijni Novgorod, à la jonction des voies 
qui reliaient par le plus court la vallée de la Saône avec celle 
de la Loire, la vallée du Rhône, la Provence et l'Italie, avec la 
vallée de la Seine ; Cabillonum (Chalon-sur-Saône) avec Bi- 
bracte. Il y reste les traces d'une voie romaine, venant de Châ- 
lon, qui atteste son importance et confirme nos dires. C'était 
la célèbre Aluese ou Aléuse qui était, avant César, connue au 
moins autant que Bibracte, et dont parlent des auteurs tels que 
Diodore de Sicile. 

L'Alise du mont Auxois, place forte sur son petit mamelon 
abrupt, point quelconque d'une vallée d'un sous affluent de la 



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Seine, n'a rien de oe qu'il faut pour être une place de commer- 
ce, capable de posséder, sans préparatifs, plus de 30 jours de 
vivres pK>ur plus de 80.000 hommes et pour sa population pro- 
pre, soit près de trois millions de rations. 

Il semble donc qu'une fois aiguillé dans la bonne voie, on 
trouve à chaque pas des arguments qui s'étayent les uns les 
autres, et l'on peut, sans hésiter, affirmer que Vercingétorix 
n'aj pas commis la faute de tactique qui étonnait Napoléon III. 
La véritable Alésia avec sa vaste étendue, et sa population for- 
mée en majorité de riches marchands et d'esclaves, admettait, 
exigeait même, une garnison de 80.000 hommes. 

L'oppidum des Mandubes s'étendait donc sur le plateau lé- 
gèrement déclive vers le Nord, qui sans crêtes à pic comme cel- 
les du mont Auxois, auxquelles César n'aurait pas pu ne pas 
faire allusion, mais avec des versants argileux très raides, do- 
mine de 160 m. le fond des vallées. Cette dénivellation, à la- 
quelle César se heurte en arrivant, suffisait à rendre la place 
inexpugnable. Il est peu de places, sinon de forts, en France, 
qui dominent d'autant leurs abords. Au contraire du côté de 
l'Est, une vallée sèche, partant du pied du bourg actuel d'Alu- 
ze, seul reste de la cité, n'offre que peu de profondeur en con- 
trebas du plateau. Aussi César signale-t-il tout spécialement 
que les troupes Gauloises avaient fortifié par un mur en pierres 
sèches (différant du type normal des murs Gaulois), la rampe 
qui regardait le soleil levant. Et les restes de ce mur, sur une 
grande longueur où rien dans les cultures ne motivait leur pré^ 
sence, ont-ils toujours, du plus loin qu'il nous souvienne, ex- 
cité notre étonnement j>ersonnel, aujourd'hui dissipé. 

Signalerai-je encore la citadelle, d'où il est expliqué que 
Vercingétorix apei;çoit la manœuvre de contre attaque tentée 
contre les lignes Romaines par Vergasillaun ? Sur toute la 
partie supérieure du plateau, la vue est limitée par les bords 
de celui-ci, et l'on n'aperçoit ni les versants, ni leur pied où se 
trouvait la circonvallation de César ; un seul point au Sud- 
Ouest, tout en restant élevé, se détache en forme de bastion, 
et flanque les versants du côté desquels est arrivée l'armée de 
secours : c'est bien là la citadelle des Commentaires. 



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19^ LE SIÈGE d'aLUZE PAR JULES CESAR 

Je n'insisterai pas sur l'existence des cours d'eau qui bai- 
gnent Aluze de deux côtés, comme disent les Commentaires, et 
non des deux côtés, comme au mont Auxoîs ; sur la longueur 
des lignes de circonvallation, (la première, dont on ne trouve 
même pas le développement autour du mont Auxois, et qui 
est nécessaire pour entourer Aluze ; la seconde que César in- 
dique comme continue, et dont les partisans du mont Auxoîs 
ont été obligés de faire des camps séparés). Je ne m'arrêterai 
pas sur l'existence de plusieurs portes mentionnées par César 
pour les sorties des Gaulois, alors que la crête du mont Au- 
xois n'est accessible qu'en un seul point ; sur l'emplacement 
tout désigné pour qui connaît les lieux, d'où César pouvait 
presque d'un seul coup d'œil, surveiller l'ensemble de la place 
et de ses abords, et où il reçut la capitulation de Vercingétorix. 

Je me bornerai à appeler votre attention sur le fait le plus 
saillant des manœuvres de l'armée de secours, qui ne s'expli- 
que pas à Alise, et qui est un des arguments essentiels en fa- 
veur d' Aluze. César consacre six paragraphes de ses Commen- 
taires à expliquer qu'il y avait, au Nord, une colline que son 
trop grand développement avait empêché de comprendre dans 
la circonvallation ; qu'en ce ix>int sa ligne extérieure était, 
quoique élevée elle-même, dans une situation défavorable ; 
que 60.000 hommes de l'armée de secours gravissent cette col- 
line en se défilant des vues de Tarmée Romaine sur un ver- 
sant opposé, et une fois en haut, profitent de leur position do- 
minante pour accabler de traits lancés d'en haut, les défen- 
seurs des retranchements romains, et pour se précipiter sur 
ceux-ci avec un élan irrésistible. Il fallut que César, après avoir 
concentré sur ce point toutes les légions disponibles^ donnât 
de sa personne. D'ailleurs l'échec de cette tentative de contre 
assaut découragea à tel point les Gaulois, que l'armée de se- 
cours se débanda, et que, dès le lendemain, Vercingétorix fai- 
sait décider la capitulation. 

Or, au nord du mont Auxois, il n'existe que le mont Réa, 
le plus petit des sommets situés autour de la place, celui que 
César aurait non seulement pu, mais même dû occuper en pre- 
mier lieu, si Ton admet, comme le veulent les partisans du mont 



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LE SIEGE DALUZE PAR JULES CESAR I9I 

Auxois, que la seconde enceinte fût formiée de camps sur les 
sommets. Au contraire la colline au Nord d'Aluze, qui est dé- 
nommée Garenne de Chantilly, ou plus pittoresquement <( Ca- 
lotte du Diable », et qui se poursuit par un éperon calcaire ap- 
pelé camp de Chassey, le tout sur plus de 5 km, de long, ré- 
pond mot pK)ur mot à la description de César. 

Je ne puis mieux faire, Messieurs, que de vous lire en son 
texte l'argumentation même de M. Bonneau pour démontrer 
que le mont Réa ne peut être la colline d*où est partie la contre 
attaque, et que de terminer ce trop long exposé par la lecture 
de la belle page dans laquelle M. Bonneau décrit et raconte cet- 
te contre attaque dont T insuccès fut si décisif. 

« Enfin César aurait omis d'occuper le sommet du mont 

(( Réa ! mais puisque l'armée de secours devait nécessairement 

(( arriver par la plaine des Laumes, César devait armer avant 

(( tous les autres, et formidablement, les deux monts, j'allais 

« dire les deux môles, qui s'avancent de chaque côté de la ville 

« dans cette plaine : le mont de Ffavigny et le mont Réa. Le 

(( premier avait son camp sur son sommet, dit-on, et c'est 

« bien ,- pourquoi le second avait-il le sien à ses pieds ? Et puis, 

« que de discordances entre le site et le récit ! César dit que 

« ce mont, où va se livrer l'assaut suprême était au Nord, et le 

« mont Réa est au Nord-Ouest. Passons, si l'on veut, sur ce 

« détail, mais en voici d'autres où il faut bien s'arrêter. César 

« appelle ce camp du Nord (( un camp d'en haut » sv/periora 

« castra, et on le place au bord de l'eau ! César dit qu'il n'a- 

« vait pu enfermer ce mont dans ses lignes « à cause de la 

« grandeur de son contour » et c'est justement le plus étroit 

« des monts qui entourent la cité 1 César dit que les chefs de 

(( l'armée de secours consultèrent les gens du lieu sur la confi- 

« gunation du mont et la position du camp romain, et ces 

(( chefs, campés à Mussy et à Venarey, avaient le mont et le 

« camp en plein sous les yeux, à trois kilomètres de leurs 

(( tentes ! Et ils auraient mis trois jours à s'apercevoir que son 

« faîte n'était pas gardé ! César dit que l'armée qui alla pren- 

« dre ce mont par derrière eut besoin de bons guides et de pres- 

(( que toute une nuit d'automne pour s'y rendre, et, sur place, 



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ig^ 1-E SIÈGE d'aLUZE par JULES CESAR 

« ce trajet se trouve être tout en plaine, et d'une lieue ! César, 
(( au dernier moment, nous montre une grosse armée gauloise 
« sur la pente du mont près du sommet, et plus de la moitié 
« de l'armée romaine au dessous, et il y monte lui-même avec 
« de la cavalerie, et tout cela, vu d'en haut, était encore au des- 
<( sus de la plaine, « de locis siipenoriburs haec declivia et de- 
(( vexa cernebantur » ; et ce serait le versant du petit mont 
« Réa, ce serait le flanc d'une butte qui aurait porté tout 
« cela ? » 

Passons maintenant à l'échec final de l'armée de secours : 
« Les chefs de cette armée méditaient dans leur conseil une 
« attaque mieux calculée, et de plein jour, et sur un point où 
(( les cavaliers de César ne sauraient les suivre. Impuissants 
« contre les retranchements de la Dheune, ils transporteront 
<( de nuit 60.000 hommes, choisis parmi les plus braves, sur le 
« revers de la Garenne de Chamilly, que César a dû laisser en 
« dehors de ses lignes, et de cette aire, à midi, heure convenue, 
« les précipiteront sur le camp de Reginus, camp assis devant 
« le faîte de cette montagne à califourchon sur le col qui relie 
{( Chamilly à Saint-Gilles. A la même heure, toutes les autres 
(( forces gauloises, du dedans et du dehors, donneront partout 
(( l'assaut : il faudra bien que la double chaîne se rompe enfin. 
« Ainsi fut fait ; les troupes choisies, sitôt la nuit bien close, 
« se mirent en marche, guidées par des gens du pays, sous les 
« ordres de Vergasillaun. Elles côtoyèrent l'autre versant de la 
« Dheune par Nion, Mercey et Cheilly, passèrent le fleuve, 
(( escaladèrent à revers le dos de la montagne et s'arrêtèrent 
(( sur le plateau — le camp de Chassey — derrière le petit faî- 
<( te qui les cachait aux deux légions de Reginus postées sur 
(( le devant, de l'autre côté. C'était à peine l'aube : nos braves 
(( respirèrent un moment sous les étoiles, puis, en attendant 
(( midi, aiguisèrent leurs ép>ées, assis sur les tombes innom- 
« brables de l'enclos sacré ou sur la redoute élevée au commen- 
ce cément du siège puis abandonnée par les Ramains. Les tom- 
« bes couvrent encore ce sommet ; la redoute est encore là, en 
(( proue de navire, tournée vers le Sud ; là aussi se dresse, en- 
« core tout vierge, le mur de pierre sèche, le dernier rempart 



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LE SIÈGE D*ALUZE PAR JULES CÉSAR \g3 

« de la dernière armée gauloise, maintenant escaladé par les 
(( ronces et disjoint par les chênes qui jaillissent de ses flancs. 
« Midi vient. En quelques minutes les Gaulois s'élancent 
« vers le petit faîte de la Garenne, et bientôt le mont comme 
(( un château d'eau qui crève, verse ses cataractes sur le camp 
{( romain. En même temps, les troupes laissées en bas, de 
« l'autre côté de la Dheune, descendent les coteaux et s'ap- 
« prochent des lignes de la plaine, et les cavaliers survivants 
« du dernier désastre s'avancent encore pour les protéger. Ver- 
ce cingétorix, du sommet de la citadelle, observait les mouve- 
(( ments de ses compatriotes. Le combat engagé, il s'élance 
(( hors de la place et en fait tirer l'attirail préparé pour l'assaut 
« intérieur : galeries roulantes, fascines, faulx, harponst. échel- 
« les, et Aluze précipite aussi ses torrents armés vers la vallée. 
(( Du dedans, du dehors, une foule furieuse déferle sur la 
« double digue, tantôt ici, tantôt là, cherchant un point faible 
(( pK>ur y faire sa trouée et se ruer au travers. Des deux côtés 
« les Romains, ayant devant les yeux le tumulte d'une batail- 
le le, entendent encore une autre bataille rugir derrière eux. 

<( César, monté d'abord tout au haut de sa montagne du 
« Sud, suivait tout des yeux. Bien loin et tout en face, le mont 
« de la Garenne, au Nord, lui apparaissait tout fourmillant 
<( d'hommes : les enseignes, les cuirasses, les casques des Gau- 
(( lois étinceiaient sur la cîme ; sur la pente, les deux légions 
« bordaient l'enceinte de leur camp de leur lignes plus som- 
« bres. Peut-être voyait-il les Romains fléchir déjà. Il donne 
« un ordre, et Labiénus y court, car Labiénus et Fabius, et 
« Bru tus, avec presque toutes les forces de l'Est étaient là, 
« au dessus où le long de la Dheune, prêts à porter la défense 
(( où se porterait l'attaque. Il descend lui-même entre les li- 
ce gnes de la plaine et encourage à droite et à gauche les siens. 
« Sa voix un peu grêle, mais vibrante, perce cet orage : « Te- 
« nez bon ! criait-il. Encore ce jour ! Encore cette heure ! La 
« grande victoire dépend de cet instant ! » 

(( Il s'avance plus loin. Tout le long de la vallée les lignes 
<( sont si fortes qu'il ne craint rien pour elles, mais sitôt qu'el- 
« les la quittent pour gravir les pentes de Saint-Gilles, moins 
1908 15 



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194 ^^ Siège d'aluze par jules cesar 

« hautes et moins défendues, elles courent quelque danger. 
<c Les assiégés, Vercingétorix à leur tête sans doute, renon- 
« çant à les forcer dans la vallée, viennent de grimper avec leur 
« attirail jusqu'au palier qui coupe en deux le versant du Ma- 
te melon. Déjà la terrasse est balayée, les fossés comblés, les 
« pieux arrachés ; le remp>art cède, une brèche s'ouvre, mais 
(( César, d'en bas, envoie des renforts, puis il monte et en amè- 
« ne d'autres lui-même et les prisonniers sont rejetés dans leur 
<( geôle : c'en est fait, ils ne s'évaderont j>as. Sitôt cette issue 
(( fermée, il appelle de la Dheune, des cavaliers, qui attendent, 
« chevaux sellés depuis midi, et prêts à partir, il se met à leur 
(( tête et se hâte, en tournant le Mamelon, vers le col où Régi- 
(( nus, déjà secouru par Labiénus, attend de nouveaux secours. 
« Il est temps. 

« C'est là que la lutte est surtout ardente. Adossés au faîte 
<( de la Garenne, dont la pente aide leur élan, Vergasillaun et 
« les siens donnent au quadrilatère romain des secousses terri- 
<( blés, l'accablent de flèches, de dards, de souches, de pier- 
« res et de mottes de gazon, coupées au sabre et passées de 
<( mains en mains, piétinent les pointes, nivellent les huit 
« rangs de trappes, fracassent et déracinent lec cinq haies : les 
(( deux fossés sont comblés et la terre amoncelée permet l'as- 
« ces du rempart. Une tortue d'hommes tasris sous leurs bou- 
te cliers unis en carapace, en approche, en sape les pierres, 
(( en arrache les pieux ; fatiguée, la tortue guerrière s'écarte 
« et une autre prend sa place, et une autre encore. Les Gaulois 
(( sont si nombreux qu'ils peuvent se relayer pour combattre, 
(( mais les Romains, toujours sur la brèche, sont à bout de 
(( forces, n'ont plus de traits ; la trouée est faite dans l'en- 
(( ceinte qu'ils défendent et c'est le moment où, derrière eux, 
« l'autre enceinte vient de craquer aussi. Est-ce la victoire ? 
« Les assiégés et leurs libérateurs vont-ils se rejoindre et les 
« deux cousins marcher au-devant l'un de l'autre, Vercingéto- 
« rix criant : « A moi d'Auvergne ! » et Vergasillaïun répon- 
« dant : « Courage, me voici ? » Non, ils n'ont conquis que 
(( l'accès d'un champ de bataille, car plus de la moitié de l'ar- 
mée romaine est là. 



(( 



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LE STÈGE d'aLUZE PAR JULES CÉSAR igS 

« Aux deux légions du camp s'étaient jointes d'abord les 
cohortes amenées par Labiénus, puis tirente neuf autres cohor- 
tes apf>elées à la hâte des deux côtés. La paJissade de chênes 
avait disparu, mais il y avait à sa place des palissades d'hom- 
mes. Les Gaulois trépfgnaient, bondissaient, mais hésitaient 
encore à foncer sur ces lignes acérées, qui s'épaississaient 
toujours. C'est alors qu'apparut, montant la pente à cheval 
et suivi de cavaliers, flambant dans son manteau de pourpre, 
sous, l'éclair du casque posé sur sa tête chauve, l'homme 
formidable que la plupart n'avait jamais vu encore, mais 
dont le nom seul donnait le vertige au monde. César : César 
qui, pour assister au dénouement d'une journée qui lui va- 
lait la Gaule et la terre, venait se placer derrière ses légion- 
naires haletants, peut-être à l'endroit même où s'élève au- 
jourd'hui, près d'une aubépine, sur un socle trapu, l'image 
vaguement taillée d'un vainqueur plus doux ! 
(( A cette vue, les Gaulois n'hésitant plus, chargèrent, les 
Romains dégainèrent, les deux fronts se heurtèrent, une dou- 
ble clameur retentit, cri de victoire et d'agonie, qui courut et 
se prolongea tout autour de la place et de la citadelle, sur 
la double enceinte, sur tous les camps, sur tous les bastions 
et sur toutes les tours. Mais le jour — le quatrième de la lut- 
te — touchait à sa fin et le combat allait finir avant lui. Déjà 
d'autres cavaliers, longeant par dehors les retranchements 
extérieurs montaient aussi de la Dheune et allaient prendre 
à dos les Gaulois. Ceux-ci se rejetèrent sur les pentes ; le 
camp romain débonda, les balaya, les broya ; le carnage fut 
immense. Vergasillaun fut pris vivant dans la débâcle ; le 
chef des Limousins, tué ; soixante-quatorze enseignes, ra- 
massées sur la terre sanglante tombèrent aux pieds de César. 
Témoins de cette déroute, des assiégés qui étaient restés 
sur les murs de la place, malades ou blessés sans doute, rap- 
pelèrent leurs compagnons qui, n'ayant rien vu, s'axîhar- 
naient encore contre la ligne intérieure. Partout au dedans, 
au dehors, l'attaque cessa : toute cette tempête, après avoir 
éclaté à midi en trombe, se dissipa avant le coucher du soleil, 
et, si les Romains ne se mirent pas sur l'heure à la poursuite 



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ig6 LE SIEGE D'aLUZE PAR JULES CESAR 

(( des fugitifs, ce fut la fatigue qui les retint et non la nuit. A 
<( Tannonoe de la défaite, le camp gaulois des Battées s'était 
(( vidé ; les vainqueurs de la plaine y montèrent et en rappor- 
te tèrent bientôt en triomphe les riches cuirasses, les beaux cas- 
te ques, les coupes d*or, et jusqu'au tentes des chefs vaincus. 
(( A cette vue les femmes gauloises qui espéraient encore le ma- 
« tin verser à boire dans ces coupes, sous ces tentes, à leurs 
(( libérateurs, se frappèrent le sein avec des cris déchirants, 
(( comme à la mort d'Hector les Troyennes sur les remparts 
(( d'Ilion ; et ces cris apprirent aux légionnaires de la première 
(( enceinte, dont la plupart n'avaient rien pu voir de la ba- 
« taille, que César était maître d'Aluze, de Tarmée et de Ver- 
te cingétorix. » 

J'espère, Messieurs et chers Confrères, que ces textes dont, 
pour l'un, la précision égale le pittoresque, dont pour l'autre, 
le style s'élève à la hauteur de l'épopée qu'il décrit, et qui sont 
écrits avec une si grande conviction, vous donneront le désir 
de lire en son entier la plaquette de M. Bonneau et de vous 
laisser séduire par l'emplacement qu'il attribue à Alésia, em- 
placement que je voudrais ix)ur l'amour de la vérité comme 
pour l'amour de mon pays et de mon département d'origine, 
voir adopter définitivement. 




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MONTBÉQUI 



Notes monographiques et Charte de reconstruction 

d" MARS 1382) 

PAR 

M. EDOUARD FORESTIÉ 

Lauréat de rinstitut 
Secrétaire général de la Société archéologique 



Le petit village de Montbéqui, situé dans la vallée de la Ga- 
ronne sur la rive droite entre Grisolles et Montech, est une lo- 
calité dont l'antiquité se perd dans le haut moyen-âge. Il est 
plus que probable qu*il fut fondé par les religieux de Grand- 
selve, ces admirables moines civilisateurs et défricheurs de 
terre qui savaient si bien choisir les emplacements des villages 
et des agglomérations.. L'extrême fertilité de la terre en cet 
endroit ne pouvait les laisser indifférents. 

L'histoire écrite de Montbéqui remonte au X* siècle, mais 
il est certain qu'arvant cette époque un centre d'agglomération 
existait sur ce point, puisque, vers l'an 940, l'église de ce lieu 
fut rétablie par les moines de Grandselve qui la possédèrent 
jusqu'à la Révolution et dont ils avaient le droit de présen- 
tation. 

(i) Nous écrivons A^ontbéqui et non Monbéqui parce que dans tous 
les titres du Moyen-Age ce nom est ainsi orthographié : De Monte 
Bequina, 



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1 9^ MONTBÉQUI 

Le village dépendait des comtes de Toulouse. Il était cons- 
titué en communauté et avait des consuls puisque lorsque le 
domaine d'Alfonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse fut 
réuni à la couronne de France, Thommage fut rendu par les 
magistrats de Monbéqui et Rayssac en novembre 1271 (La- 
faille, Annales Sasimentum) à Philippe-le-Hardy, dams 
réglise de Verdun. Ils reconnurent devoir au roi 20 sols tour- 
nois d'albergue, neuf setiers mixture, une journée de labour, et 
une de charroi par feu et un fromage i>ar troupeau, une gé- 
nisse à Noël, 20 œufs à Pâques par feu. 

Le 13 septembre 1317, Philippe-le-Long accorda 500 livres 
de rente à Pierre de Galard, sur la justice de Grisolles, Fin- 
han, Montech et autres lieux dont Montbéqui et Rayssac, pe- 
tite localité qui formait comme une annexe de Montbéqui. 
(Arch. nat. J. j. 56, p. 511, f. 221). 

Avant 131 1, Philippe-le-Bel aivait donné une part de la sei- 
gneurie de Montbéqui à Pierre de Galard, grand maître des 
arbalétriers de France, cela résulte d'une ordonnance de Jean 
de Blayville, sénéchal de Toulouse, datée du 24 mai 131 1, qui 
dit que Montbéqui et les villes voisines avaient été cédées 
récemment à Pierre de Galard. (Arch. com. do Verdun, AA. 3). 

Cette donation fut confirmée en mai et en décembre 1318. 

Arriva la guerre de Cent Ans qui jeta dans notre pays la dé- 
solation et la ruine et dans les consciences un trouble considé- 
rable dont on ne tient pas assez compte dans le jugement sur 
les personnages de cette époque. Jean de Galard, héritier et 
successeur de Pierre, combattait naturellement pour son suze- 
rain, le roi de France, qui s'était montré généreux pour lui. 
Il fut fait prisonnier en 1345 à Bergerac par les Anglais et 
comme tant d'autres passa à leur service. Le roi Jean-le-Bon, 
outré de ce procédé, le déclara son ennemi parce qu'il s'était 
rendu sous l'obéissance de son adversaire le roi d'Angleterre, 
et confisqua ses biens. Jean de Galard re\ânt alors à son premier 
maître en 1348. Deux ans après il faisait de nouveau volte- 
face et passait encore aux Anglais en 1350. Cet éternel palino- 
diste prêta serment quelques mois après, le 24 juin 1350. Mais 
comme les Anglais le firent une fois encore prisonnier à Ber- 



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MONTBEQUI igy 

gerac où il s'était enfermé, il passa sous leur bannière ; ce qui 
ne l'empêcha pas, quelque temps après, de retourner ensuite 
aux fleurs de lys de France. C'est là un exemple typique du 
désarroi qui régna à cette époque dans les esprits. 

A ce jeu de bascule, Jean de Galard perdit de belles sei- 
gneuries: Finhan, DieupentaJe, Pompignan, Bourret, Bres- 
sols, Lapeyrière, Labastide^Saint-Pierre et Montbéqui. Le roi 
de France en fit don, le 17 mars 1356, à Jean Le Meingre, dit 
Boucicaut, son maréchal, qui s'en défit en partie l'année sui- 
vante en faveur de Bertrand de Terride, autre Bertrand de 
Terride, seigneur de Penenville ; de Bertrand Ra;ymond d'Isal- 
guier, de P. Raymond de Aula (i), ou de La Salle, chevalier; 
de Jean de Aula et de Aymeric de Grimoard. 

Le Roi de France ne possédait pas toute la seigneurie de 
Montbéqui et des autres villes: Bessens, Lapeyrière et Mont- 
béqui appartenaient en paréage à Philippe de Barrau et à Ber- 
nerius Bernardi. 

En 1341, Philippe de Barrau vendit à Pierre Raymond de 
la Salle ou de Aula, tous ses droits sur Bessens, Montbéqui, 
Rayssac et Montfourcaud, sous la réserve de la forge bannière 
de Lapeyrière et P. R. de Aula, seigneur de La Graulet, acheta 
en 1351 à Bernerius Bernardi, sa part desdites seigneuries avec 
la directe et la justice. (Invent, de la maison de Terride, Mont- 
béqui.) 

Le 7 mars 1372, Garcie Arnaud de Aula, héritier de Pierre 
Raymond, étant mort, sa veuve, Bernarde de Montastruc, 
co-seigneuresse de Campsas, Lapeyrière, Bessens, Dîeupentale 
et Monbéqui prêta l'hommage entre les mains de Marayde de 
Landorre, mère et tutrice de Raymond Jourdain, vicomte de 
Gimoës, seigneur de Terride, qui était en même temps co^fiei- 
gneur de Montbéqui. 

Il y avait donc à Montbéqui deux seigneurs à la fin du XIV* 
siècle : les Aula et les seigneurs de Terride, vicomtes de Gi- 
moës. 

(i) Les de Aula ou de la Sala étaient seigneurs directs de Fabas, Gri- 
solles, La Peyrière, etc. Ils rendaient hommage aux Terride comme 
haut seigneur. Ils avaient rendu de grands services aui Galard. 



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200 MONTBÉQUl 

A ce moment la guerre de Cent Ans battait son plein, et no- 
tre pays était désolé par les conflagrations continuelles; Mont- 
béqui se trouvait à moitié détruit, et le i"* mars 1382, Raymond 
Jourdain accorda aux consuls du lieu, par un acte passé de- 
vant M* Fortanié du Puy, notaire de Montech, divers avan- 
tages à la condition de fortifier leur village ; il est donc à suppo- 
ser que les de Aula n'avaient qu'une très petite portion de la 
seigneurie, puisque le seul seigneur de Terride comparaît. 

Nous avons eu la bonne fortune de découvrir cet acte dans 
les riches minutes de M. Deoux, notaire à Montech, qui re- 
montent au XIV* siècle, et c'est ce document qui a motivé la 
présente notice. 

Il est très intéressant (parce qu'il donne la physionomie 
d'une petite ville à demi ruinée par la guerre, et montre la sol- 
licitude des seigneurs pour leurs vassaux malheureux. 

Il débute par l'invocation : Ave Maria, inscrite avant le som- 
maire de l'acte, écrit en latin. Voici la traduction du titre qui 
indique que cette pièce est une concession nouvelle: Acte de 
la nouvelle cor^cession du nouveau fort du lieu de Montbéqui, 

Il est ensuite rappelé dans le protocole que, par suite des 
périls que fait courir la guerre du duché d'Aquitaine et des 
autres parties du royaume contre le roi de France, ses sujets et 
alliés, i>ar le Roi d'Angleterre, son ennemi et ses partisans, 
et aussi à cause des incursions de brigands, de voleurs et 
de pillards qui sont la plaie du pays, et chaque jour pillent, 
saisissent les biens et emprisonnent les habitants, il y a une 
nécessité urgente à faire des forts, et réparer les lieux fortifiés 
pour permettre aux vassaux de défendre leurs familles et leurs 
biens, et en cas de nécessité s'y enfermer, et ainsi pouvoir dé- 
fendre et suivre les droits royaux. La petite ville de Montbéqui 
est très peu sûre, très éparse, et dépourvue de tout fort, sauf 
une église très petite dans laquelle les habitants ont l'habitude 
de se réfugier en .:as de péril avec leur famille et leurs biens 
mais est trop exiguë, de sorte que ce lieu devient inhabitable 
en temps de guerre et les habitants se verraient forcés d'émi- 
grer si le seigneur ne leur venait en aide. Il faut établir auprès 
de cette église un fort pour la commodiié et l'utilité desdils 



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MONTBEQUI iOI 

habitants et la conservation des droits du ]^oi, résister aux bri- 
gands et y vivre en sécurité et en fidèles sujets, prêts à acquit- 
ter leurs droits. 

Le vicomte de Gimoës, touché des doléances du peuple, ému 
de la désolation et de la ruine dudit lieu et de tant d'autres 
que lai guerre avait démoli et qui ont été fortifiés ; après 
une enquête sérieuse (de cpmmodo 'et incommodo) afin de 
permettre aux habitants de payer leurs redevances sans être 
rançonnés, accorde aux Consuls du lieu: Bernard d'Ysarn, 
fils d'autre feu Bernard, et Bernard de Boissière, ainsi qu'aux 
habitants, dont plusieurs sont nommés : Raymond Coxe, Jean 
Vasconis; Germain Borel, Clément Bonnet, Bernard et Jean 
d'Ysarn, fils de feu Arnaud-Jean Charbonnier, Pierre de 
Arnaradie, Arnaud Fumarot, Jean Reygnault, Jean d'Arnara- 
die, Géraud Lormand, Guillaume Borel, Guillaume Rotqn- 
dy, dit Bisquet, et Bernard d'Ysarn, dit Venant, fils de feu 
Arnaud Ysarn ; le droit d'augmenter ledit fort. 

Les cx)nsuls feront faire murailles, fossés, ambans et autres 
fortifications de défense et cela sur une longueur de 25 brasses 
de chaque coté. A l'intérieur du fort seront concédés des es- 
paces ayant chacun 25 brasses où les habitants feront cons- 
truire leur maison et leurs dépendances. La construction de- 
vra être faite le plus vite possible. 

Et comme les cx)nsuls et les habitants sont très pauvres, le 
seigneur les dispense pendant dix années des oublies qui lui 
sont dues, leur donne le droit de la baillie et de ses émolu- 
ments, l'exemption des leudes et des rentes et des neuf setiers 
moitié et avoine et 20 sols toulousains qu'ils étaient tenus 
de lui payer pour l'albergue et le cens annuel, de six sols 
dûs pvour la reconnaissance d'une pièce de terre où étaient 
bâties des murailles de la ville, la maison commune et le four 
du lieu, de la rente d'une pvoule par maison et autres services. 

Le montant des droits précités sera levé i>ar les consuls et 
appliqué à la construction du fort. 

Chaque habitant, habitant dans le fort, devait recevoir un 
emplacement destiné à construire une maison sur 2 brassées 
de largeur et 8 de longueur ; et il sera loisible aux consuls et 
1908 16 



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^Oi MONTBKQlJt 

habitants d'édifier sur ks dites murailles et les coursières des 
soliers ou autres bâtiments à leur volonté, à la condition de 
ne pas gêner les guets et allées et venues nécessaires à la dé- 
fense, ainsi que des chapelles devant leur maison sur la rue 
quand ce sera possible, et gêner la circulation des personnes 
et des animaux. 

Chaque emplacement paiera, tant pour les 2 brasses de 
large et les 8 brasses de long, que pour les chapelles et les 
murailles chaque année à la fête de Toussaint, 2 deniers tol- 
zas de cens ou oublie et acapte et réacapte autres droits féo- 
daux. Si quelqu'un tient un emplacement plus ou moins 
grand il paiera sur cette base. 

Les habitants pourront prendre de la briqueterie de Mont- 
fovrcaud les briques nécessaires pou* construire la porte et 
Tarceau du pont-levis une seule fois. 

La justice des loyers de maison telle qu'elle est de coutume 
dans les autres juridictions du seigneur est abandonnée aux 
consuls, ainsi que la connaissance des affaires de travail et de 
bâtiment et autres dommages de maison. 

Le seigneur exempte également les habitants de Montbéqui 
de tout leude ou péage dans l'étendue de ses possessions en- 
tre le Tarn et la Garonne et au delà, où qu'elles soient, pour 
toutes leurs marchandises ou leurs biens propres qu'ils tran- 
siteront par eux-mêmes ou par d'autres. 

En revanche tout habitant qui viendra dans la ville devra le 
guet de jour et de nuit sous i>eine de 5 sols tournois petits 
applicable aux fortifications, et les consuls sont autorisés à 
saisir les biens des délinquants, emprisonner leurs personnes 
et en faire à leur volonté après avoir appelé le baile. Ils auront 
par conséquent le droit d'ordonner le guet à la porte, aux 
murailles, aux aubans, à la barbacfane, au pontJevis, aux 
fossés ou ailleurs où besoin sera : le sergent excepté. 

Cet acte, qui est uns sorte de coutume assez originale dans 
sa teneur et ses dispositions indique exactement les redevan- 
ces auquelles, après les dix ans, les habitants de Montbéqui 
étaients astreints. On remarquera., en outre, le fait de la cons- 
truction de petites chapelles votives dans les rues, sur la fa^ça- 
de des maisons. 



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MONTHÉQUI 203 

Après la guerre de Cent Ans» Monbéqui subit le sort des 
autres possessions de la maison de Terride ; mais en 1478, Odon 
de Lomagne, vicomte de Gimoës, baron de Terride et son 
fils vendirent le 12 mai à Antoine Pelegrini les lieux de Res- 
sens, Finhan et celui de Montbéqui avec toute juridiction (ac- 
te retenu par J. de Saint-Geniès, notaire de Montauban.) 

Les guerres de religion renouvelèrent pour Montbéqui les 
vicissitudes de la guerre de Cent Ans. Cette petite localité fut 
plus que toute autre, mais en même temps que Ressens et 
Finhan, ses voisines, l'objectif des divers partis. 

Au mois de janvier 1587 les protestants s'emparèrent de 
Montbéqui, Ressens et Dieupentale ; les consuls de Grenade 
envoyèrent à leurs secours des soldats, et les consuls de Grisol- 
les demandèrent des renforts à Grenade en prévision d'une 
attaque des Réformés. 

Le duc de Joyeuse en 1592, s'empara de Montbéqui. 
L'histoire du Languedoc dit à ce sujet : 
(( Montmorency partit de Castres le 24 janvier 1588 pour- 
aller conférer à Montauban avtn: le roi de Navarre qui» après 
avoir pris Montbéqui et Dieupentale comptant se trouver à 
Montauban au jour marqué » (l xli-xxviiij 

(( La. prise de Dieupentale et de Montbéqui affecta beau- 
coup les Toulousains qui craignaient fort qu'Henri de Navar- 
re ne se rendit maître de leur ville ». 

C'était à la fin de juin au lendemain de sa victoire sur les 
royalistes, à la prière des Toulousains qui voulaient se débar- 
rasser, en l'occupant, de la garnison de Montauban, il fit le 
dégât autour de cette ville et avec Montbéqui, il prit Montbar- 
tier, vSaint-Maurice, Ls Rarthes, Meauzac, et alla mettre le 
siège devant Villemur. 

Le 26 juin 1628 le duc d'Hpernon, faisant le dégât autour de 
Montauban, Saint-Michel, gouverneur de cette ville, fit une 
incursion dans les environs et à Toulouse, brûla Labastide, 
Nohic, Orgueil, Lapeyrière et le faubourg de Montbéqui, ce 
lieu dit Rayssac. L'église et le village furent détruits. 

Un jugement des commissaires du roi du 25 septembre 1687 
réunit au domaine du roi les terres de Finhan, Ressens et 



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i04 MONTBEQUI 

Montbéqui, les mêmes que Odon de Lomagne avait aliénées 
à Antoine Pelegrini (voir ci-dessus) mais un arrêt du Conseil 
d'Etat du II janvier 1693 condamna le fermier du domaine 
à laisser Gaston-Jean-Baptiste de Levis, marquis de Mire{X)ix, 
baron de Terride, en |X)Ssession libre des terres et seigneuries 
de Finhan, Bessens, Montbéqui, et Montfourcaud alors enga- 
gés avec toute la baronnie de Terride à J. Georges de Caulet, 
président à mortier du parlement de Toulouse. 

Au mois de septembre 1727, la grande inondation de la Ga- 
ronne qui fut désastruse pour toute la contrée, et dont les som- 
mages furent évalués à i million 846.891 livres, causa d'énor- 
mes p>ertes dans la communauté de Montbéqui, et ruina nom- 
bre de maisons bâties en torchis. 

Jusqu'à la révolution Montbéqui resta dans cette maison; 
et son histoire est celle de tous nos petits villages. 

En terminant les notes qui accompagnent le texte de l'acte 
de 1382, nous devons dire que les Documents historiques sur 
le Tarn-et-Garonne de notre regretté confrère et ami François 
Moulenq, nous ont été d'un grand secours. 



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MONTBÉQUI 305 

CHARTE DE RECONSTRUCTION 

OCTROYÉE PAR 

Raymond-Jourdain de Terride, chevalier, vicomte de Gimoes, seigneur 
de Terride et de MontDéqu! {]'' mars 1382) 



In nomine domini nostri Jhesu Christi, amen. 

Noverint universi, noscantque présentes et discant posteriores 
hoc presens publicum instrumentum visuri, lecturi, ac etiam 
audituri, quod cum urgente necessitate propter evidentia peri- 
cula guerrarum presentium ducatus Aquitannie que fulminan- 
tur in partibus istis et in pluribus aliis partibus regni Francie, 
contra dominum nostrum regem et suorum subditorum, collete- 
ralinm et alliguatorum, per regem Anglie, ejus inimicum, et 
suorum alligatorum, et propter discurssum latrunculorum, 
depredatorum ef pilhatorum, patriam présentera distruentium, de 
die in diem et fréquenter gentes et subditos regios capiendo, 
apresonando et captivando, et de bonis eoruradem depredando, 
et opporteat de necessitate facere loca fortia et incepta fortiffi- 
cari et reparare adeo nt fidèles et subditi dicti domini nostri 
Francie régis et suorum parieriorum atque vassallorum in locis 
fortibus.cum familiis, bonis et rébus eorumdem valeant se 
recludere casu necessitatis et perinde vivere ad prestandum et 
serviendum predicto domino nostro régi et aliis ejus vassallis 
jura regalia et feudalia prout de jure sunt astricti et de facto 
obligati prout quemlibet ipsorum tangit. 

Adeo et in tantum et ita fréquenter quod habitatores loci de 
Montebequino, qui locus est insolidum nobilis et potentis 
viri domini Ramundi Jordani de Tarita, militis, vicecomitis 
Gimoesii, dominique de Tarita et dicti loci de Montebequino, 
ut ibidem fuit dictum, qui locus est sparssus, carens omni 
fortalicia, excepto de quadam parvissima ccclesia ejusdem loci 
in qua, cum casus contingit, habitatores dicti loci se auffugere, 
retrahere et includere consueverunt, propter paucitatem dicte 
ecclesie habent se retrahere et cum bonis et familia suis àd 



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206 MONTBÉQUI 

alia loca fortia, remota, transportare, propter quod habent et 
habere actenus consueverunt omnem laborantiam et culturam 
terrarum, possessionum et vinearum suarum deserere et deve- 
nerunt ad inopiam et paupertatem, et dubitatur plus quod dimi- 
tant ex toto dictum locum, quod si fieret, quod Deus avertat, 
locus predictus remaneret inhabitabilis, et oporteret habitatores 
ejusdem loci alibi querere vitam suam, et forssan aliquos pro 
majori parte mendicare, nisi divinum auxiliuni, et dominas 
predictus eis subveniat, quod fiât ibi quoddam congruum forta- 
licium atinentem dicte ecclesie pro comodo et utilitate domini 
nostri Francie régis et rei publiée et domini vicecomitis predicti, 
cum-ecclesia loci predicti sit adeo stricta, carens bastimentis, 
quod habitatores loci ejusdem cum familia, bonis et rébus 
eorumdem inibi minime recepi possunt, in quo dicti habitatores 
et singulares ejusdem loci habeant se cum familia et bonis 
atque animalibus suis retrahere et includere casu necessitatis 
pro conservatione ipsorum habitatorum ejusdem loci et bono- 
rum suorum et in eo habitare volentium ad conservandum 
se, bona, res, uxores, et familiam totam et per inde defFensare, 
dictisque inimicis dicti domini nostro régis, latrunculis et 
pilhatoribus resistere et intus vivere in securitate, subsequenter 
continuare laborantias ex quibus acquirere possint vitam suam 
et reservare domino predicto jura sua et per inde jura débita 
et que debebuntur in futurum domino antedicto et ejus ordinio 
et successoribus suis universis reddere. 

Tandem anno et die infra scriptis, dictus dominus vicecomes 
Gimoesii dominusque de Tarita et dicti loci de Montebequino, 
audito clamore populi et habitatorum ejusdem loci, et de pre- 
dictis omnibus et singulis ad plénum informatus ut dixit, atten- 
dens et videns desolationem dicti populi et destructionem dicti 
loci, et quod plura alia loca circumvicina propter dictas guerras 
sunt fortifficata, quodque dicta ecclesia est inabilis ad colligen- 
dum dictos habitatores dicti loci cum familiis, bonis, rébus et 
animalibus eorumdem, facta que etiam aprisia et informatione 
sufficienti inquantum ad eum pertinet de comodo et incomodo 
habitatorum predictorum atque suo et totius rey publiée per 
quam constat, ut ibidem fuit dictum, quod si dictum fortalicium 
parvissimum dicte ecclesie augmentatur et circa dictam eccle- 
siam fiant parietes, valla, ambanna et alia opéra defFenssabilia 
intus locum cujus dicti habitatores cum familia, bonis et rébus 



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MONTBIiiQUI 207 

suis valeant se retrahere, erit magnum comodum domino nostro 
régi cujus dicti consules et singulares dicti loci sunt subcidiarii 
et sibi et dictis habitatoribus et aliis locis circumvicinis, quia 
dicti habitatores dicti loci continuabunt suas iaborantias terra- 
rum, pocessionum et vinearum suarum, ex quibus cum Dei adju- 
torio vitam acquirere poterunt, et etiam loca circumvicina tam 
regalia quam alia que etiam ex fructibus dicte laborantie dicti 
loci se depassi consueverunt in maxima parte, et pluribus aliis 
atentis comodum universale tangentibus, dictis consulibus de 
Montebequino, videlicet Bernardo Ysarni, filio Bernardi quon- 
dam, et Bertrando de Boycheria, consulibus, et Ramundo Coxe, 
Johan Vasconis, Germano Borrelli, Laurencio Boneli, Bernardo 
et Johanni Izarnis, filii Arnaldi Izarni quondam, Johanni Car- 
bonerii, Petro de Arnarada, Arnaldo Fumaroti, Johanni Rigaldi, 
Johanni Darnarada, Geraldo Lormandi, Guillelmo Borelli, 
Guillelmo Guitardi, Petro de Fumo, Guillelmo Rotundi, alias 
Bisquet, et Bernardo Isarni, alias Lenant, filio Arnaldi Isarni 
quondam, singularibus et habitatoribus ejusdem loci de Monte- 
bequino in quantum ad eum pertinet et pertinere potest et 
débet, licenciam concessit et eciam concedit per tenorem hujus 
presentis publici instrument! dictum fortalicium parvulum aug- 
mentandi quod se teneat cum ecclesia predicta modo et forma 
proxime sapientibus : Primo, videlicet quod dicti consules et 
singulares faciant ibi parietes, vallata et ambanna (i) et alia 
fortalicia deffensabilia, et continebit dictum fortalicium ab uno- 
quoque latere viginti quinque brachiatas de latitudine, ita quod 
intus erunt' platée que continebunt dictas viginti quinque bra- 
chiatas in quibus dicti habitatores faciant domos et alia habita- 
cula sua, taliter quod predictus locus valeat populum condecen- 
teret ita dicti consules et singulares promiserunt domino predicto 
facere et hedefficare dictum fortalicium quam primum potuerunt 
et habere diligentiam in edifficando expensis suis propriis ; sed 
quia dominus vicecomes predictus dominusque de Tarita et de 
Montebequino predicto sciebat et videbat dictos consules et 
singulares adeo pauperes quod de eorum bonis propriis; forte 
dictum fortalicium facere non possent, cupiens dictus dominus 
dictum fortalicium festinare et accelerare, quod subito fiât, 
dictisque consulibus et singularibus qui nunc sunt et erunt 

(i) Ambans, porches, galeries couverres. 



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208 MONTBÉQUI 

sequentibus temporibus infrascriptis videlicet per decem annos 

continues et complètes a receptione hujusdem presentis publici 

instrumenti in anthea computandos subvenire in operibus pre- 

dictis, dédit, cessit, remisit et absolvit predictis consulibus et 

singularibus presentibus stipulantibus et recipientibus ibidem 

pro se ipsis et tota universitate dicti loci per dictos decem 

annos : 

Omnes et singulas oblias quas dictas dominas vicecomes, 

dominusque dicti loci, habet in dicto loco de Montebequino et 

pertinentiis suis, que oblie fîunt sibi per habitatores dicti loci, 

qui nunc sunt et etiam erunt, toto durante tempore decem 

annorum dumtaxat, et non per forensses. 

Item plus modo ante dicto, dédit, cessit, remisit et transtulit 
dictis consulibus et singularibus emolumenta baylivie ejusdem 
loci de Montebequino prout vendi et arendari consueverunt, per 
tempus predictum dictorum decem annorum. 

Item plus modo simili dictus dominus vicecomes dominusque 
de Montebequino predicto, dédit, cessit, remisit et absolvit 
consulibus et singularibus antedictis novem sextaria bladi 
videlicet medietatem frumenti et aliam medietatem avene, per 
dictum tempus predictorum decem annorum, quodquidem bla- 
dum dicti consules et singulares eidem domino vicecomiti 
dominoque dicti loci et suis predecessoribus anno quolibet 
dare et solvere consueverunt in dicto loco de Montebequino 
pro alberga et de annuo censsu sive redditu. 

Item plus modo predicto dictus dominus vicecomes dominus- 
que dicti loci de Montebequino dédit, cessit, remisit et trans- 
tulit prenominatis consulibus et singularibus viginti solides 
tolosanos per tempus predictum dictorum decem annorum, 
quos dicti consules et singulares sibi solvere consueverunt 
anno quoque in dicto loco pro dicta alberga. 

Item etiam dédit, cessit, remisit, et quitavit dictus dominus 
vice:omes dominusque predicti loci de Montebequino consu- 
libus et singularibus antedictis per dictum tempus dictorum 
decem annorum sex solides tolosanorum quos anno quolibet 
dicti consules et singulares faciunt sibi et suis predecessoribus 
facere consueverunt in dicto loco de Montebequino in festo 
Omnium Sancterum pro obliis sive recognitione pro quadam 
pecia terre cum parietib:is in ea existentibus, in qua dudum 
demus cemmunis et furnum commune dicti loci solebant esse 
situata in pertinentiis dicti loci inter henorem Guilhelmi 



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MONTBÉQUI 209 

Menescalqui, ex una parte, et inter duas carrerias publicas ex 
aliis duabus partibus. 

Item plus modo simili dictus dominus vicecomes dominusque 
loci predicti dédit, cessit, remisit, et transtulit consulibus et 
singularibus predictis gallinas seu redditus gallinarum per 
tempus supradictum predictorum decem annorum quos consules 
et singulares loci ejusdem in dicto loco sibi faciunt et facere 
consueverunt de redditu quoqiie anno, videlicet pro quolibet 
hospicio unam gallinam. 

Item etiammodo simili dictus dominus vicecomes dédit, cessit, 
remisit et absolvit dictis consulibus et singularibus, per viginti 
annos a die receptionis hujus presenti publici instrument! 
proxime computandos ova sibi solvere consueta quoque anno 
in dicto loco per consules et singulares loci predicti de redditu 
et usu antiquitus observato. Que quidem omnia et singula pre- 
dicti consules et singulares qui nunc sunt et erunt temporibus 
predictis levabunt et récipient, levare et recipere, et contradi- 
centes solvere, compellere, et compelli facere potuerunt pro 
convertendo in operibusfortalicii predicti*, et de hiis omnibus et 
singulis et eorum quolibet conjunctim et divisim dictus 
dominus vicecomes Gimœsii dominusque de Tarrita et dicti loci 
de Monteberterio dictos consules et singulares présentes stipu- 
lantes et recipientes pro se et eorum heredibus ac successoribus 
universis nunc per tune et tune per nunc, per tempora predicta 
penitus absolvit, liberavit et quitavit, faciendo eisdem pactum 
expressum, firma, solempni ac valida stipulatione interve- 
niente vallatum, de aliquid non petendo ab eis de predictis 
rébus datis et assignatis in operibus fortalicii predicti. 

Preterea fuit actum, pactum et expresse conventum inter 
dictas partes, videlicet inter dictum dominum vicecomitem, 
dominumque dicti loci, promitentem pro se et suis heredibus ac 
successoribus universis, et etiam dictos consules et singulares, 
pro se et eorum heredibus ac successoribus universis, quod cui- 
cumque habitatori dicti loci et alii extraneo volenti hedifficare 
intus dictum fortalicium dicti loci de Montebequino dabitur 
locus sive platea pro doraibus construendis continens duas bra- 
chiatas de amplitudine, et de longitudine octo brachiatas, pariete 
murali seu fortalicii rémanente soluto in pede suo; eritque 
etiam licitum per pactum expressum predictum dictis consulibus 
et singularibus hedifficare supra dictos parietes et supra corce- 



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210 MONTBEQUI 

rias dictarum parietum facere soleria, aut alla bastimenta sive 
hedifficia si velint ad usus eorundem, absque tamen prejudicio 
et impedimento gaytus et eundi et redeundi de supra et infra 
pro custodia dicti loci et deffensione ejusdem, et etiam erit eis 
licitum facere, construere et hedifficare capellas ante domum 
suam supra carreriam quantum continebit amplitude dpmus 
predicte absque impedimento tamen transsitus personarum et 
animalium suarum. 

Et solvent et solvere tenebuntur de obliis et pro obliis domino 
predicto et ejus successoribus hàbentes plateam continentem 
duas brachiatas de amplitudine et octo brachiatas de longitudine 
et etiam pro hedifficiis capellarum et parietum anno quoque in 
dicto loco de Montebequino in festo Omnium Sanctorum duos 
denarios tolosanos annui censsus seu obliarum, et de acapitibus 
et retroacapitibus tantunmodo quando evenerint et alia feudalia 
jura. Si vero aliqui majorem plateam tenebunt vel minorem 
quam sit amplitudo duarum brachiatarum et longitudo octo 
brachiatarum, fuit actum quod ille plus tenens et etiam minus 
tenens solvat videlicet plus tenens pro pluri et minus tenens 
pro minori, habito respectu ad dictos duos denarios tolosanos 
obliarum. 

Item plus predictus dominus vicecomes et dominus dicti loci 
dédit et concessit predictis consulibus et singularibus licentiam 
et potestatem recipiendi de tegulis planis loci sui de Monte 
folcaudo pro faciendo et construendo portam et arcum pontis 
levadissii fortalicii dicti loci de Montebequino libère et impune 
uno semel duntaxat et <ionec et quousque dicta porta et dictus 
pons levadissius fuerint constructi, hedifficati, et deffensabiles 
positi. 

Item predictus dominus vicecomes dominusque dicti loci, 
voluit et concessit dictis consulibus et eorum successoribus et 
in anthea per in perpetuum eis juridictionem attribuit cognos- 
sendi et judicandi de loquerio domorum, animalium et aliis 
laboribus familiarum et operibus opéra sua locantium, de talis 
dandis quoquomodo in dicto loco et juridictione ejusdem sive 
pertinentiis et similibus, talasque judicandi et de eis excequtio- 
nem fieri, mandandi eorum arbitrio per servientem suum dicti loci 
de mejanis hospitiorum et eorum artifficia seu bastimenta et 
aliis impedimentis et dampnis dandis in hospitiis et meganis et 
aliis partibus eorumdem summarie et de piano prout eorum 



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MONTBKQUI 2 I I 

discretioni videbitur faciendum absque aliquo clamore, de quibus 
possint cognossere et judicare, partibus vocatis coram ipsis, 
bajulo suo sive régente bajuliam dicti loci minime vocato set 
suo servienti duntaxat, et dicta megana et bastimenta facere 
reducere, et ponere ad statum prestinum et reparatum in primo 
statu propris sumptibus et expenssis illorum qui premissa 
facere tenebuntur, summarie et de piano absque aliquo clamore, 
bajulo suo minime vocato nec alio ofïîciario dicti domini nisi 
dicto serviente dicti loci ut superius est dictum. 

Item predictus dominus vicecomes dominus dicti loci, dédit 
et concessit perpetuo predictis consulibus et habitatoribus de 
Montebequino et ejus pertinentiis et eorum successoribus, 
franchesiam et libertatem non solvendi leudam neque pedagium 
eundo vel redeundo in toia terra sua scituata inter duo Humina 
Tarni et Garone et ultra Garonum, vel alias, ubicumque sit 
scituata, de aliquibus mercaturis vel bonis suis propriis quas 
transsibunt per se vel alium seu alios neque etiam pareabunt 
in tota terra sua predicta. 

Item plus dictus dominus vicecomes, dominusque dicti loci, 
dédit consulibus dicti loci qui nunc sunt et erunt durante 
termino decem annorumpost receptionem hujuspresentispublici 
instrumenti proxime computandi, faciendi facere in dicto loco 
de Montebequino et ejus pertinentiis quod quilibet habitator 
ejusdem loci et pertinentiis ejusdem veniat ad opéra dicti forta- 
licii et manobriam ad gachium et deifencionem ejusdem de die 
et de nocte, et contra inhobedientes penam quinque solidorum 
turonensium parvorum imponere et ab eisdem levare aplicando- 
rum operibus fortalitii predicti, et ad predicta inhobedientes com- 
pelli, captione, venditione bonorum suorum et personarum 
arestatione si sit opus quas possint impuhe disarestare et rela- 
xare si et quando eis videbitur faciendum, bajulo suo minime 
vocato sed dicto servienti dicti loci. 

Et plus'voluit et eis concessit quod perpetuo sit eis licitum 
mandare et ordinare gaitum nocturnum et diuturnum dicti loci 
et etiam porte dicti fortalicii, et inhobedientes compellere ac 
compelli facere per servientem dicti loci ad veniendum ad 
dictum gaitum et custodiendum dictam portam et etiam ad 
opéra dicti fortalicii cum fuerit necessarium et opportunum, 
tam in parietibus, clausure, ambanis, porta, barbacana, ponte 
levadissio, fossatis, quam in aliis causis ad dictum fortalicium 



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2 I 2 MONTRÉQUI 

necessariis ; quoquomodo per captionem bonorum snorum, 
venditionem, distractionem, et multarum sive penarum, de qui- 
bus eis videbitur faciendum, impositionem et earum exactionem, 
personarumque suorum arrestationem, quas relaxare valeant, 
si et cnm eis videbitur faciendum et successoribus suis, et quod 
ad predicta procedere valeant impune, judice, bajulo, procura- 
tore et aliis officiaris suis minime vocatis nec requisitis, excepto 
servienti dicti loci duntaxat. 

Item fuit ibidem actum et in pactum forma solempni ac 
valida stipulatione interveniente vallatum interdictumdominum 
vicecomitem Gimoesii, dorainumque de Tarita et dicti loci de 
Montebequino, et dictos consules et singulares ejusdem loci de 
Montebequino, quod dicti consules et singulares fecerint et com- 
pleverunt vel saltim in deffencione seu statu deifendendi posue- 
rint fortalitium predictum dicti loci de Montebequino de festo 
proximo Nativitatis Sancti Johannis Baptiste ad duos annos 
continuos et completos, alioquin tenebuntur dicto domino vice- 
comiti dominoque dicti loci et suis successoribus omnia et 
singula superius eis data et remissa per eundem reddere et res- 
tituere ad satisfactionem omnium dampnorum et expensa- 
rum, nisi taraen dicti consules et singulares justas causas et 
rationabiles et juxta impedimenta pretendere possent ex quibus 
predictum fortalicium infra dictum terminum minime complere 
potuissent. 

Hec autem omnia et singula supra dicta fuerunt facta 
et concessa inter duas partes videlicet inter dictum nobilem 
dominum Ramundum [ordani de Tarita, militem, et vicecomitem 
Gimoesii, dominumque de Tarita et dicti loci de Montebe- 
quino, promittentemea tenere et servarepro se et suis heredibus 
et successoribus universis bona fide, ex una parte, quantum ad 
eum pertiiîet, et inter dictos consules et singulares promittentes 
tenere, complere, facere et servare predicta omnia et singula 
pro se et eorum successoribus universis quantum ad eos pertinet, 
ex alia parte. Hoc plus addito et acumulato quod voluit dictus 
dominus vicecomes et dominus dicti loci et concessit dictis 
consulibus et singularibus et eorum successoribus quantum ad 
eum pertinet et pertinere potest duntaxat quod eis sit licitum 
faciendi dirui et soloceiidi alogiamenta sive alia hedifficia que 
sunt in dicto loco et pertinentiis suis extra dictum fortalicium 
eorum arbitrio nossiva dicto fortalicio, et contradicentes et 



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MONTBÉQUl 2 1 3 

rebelles compelli ac facere compelli ad diruendum si sit opus, 
expensis propriis rebellium predictorum, recipiendiquf* pré- 
cédente légitima satisfactione et excitatione J.e fustibus et tegu- 
lis et aliis seraentis dictarum domorum existentium extra forta- 
licia predicta pro convertendo et ponendo in fortalicio ante- 
dicto. 

De quibus omnibus et singulis predictis dicte partes quibus 
supra nominibus volunt fieri et retineri publica instrumenta 
unius et ejusdem tenoris per me notarium infra scriptum pro 
qualibet parte unum. 

Et ad majorem omnium et singulorum premissorum roboris 
fitmitatem habendam dictus dominus Ramundus Jordani de 
Tarita, miles, vicecoraes Gimoesii, dominusque de Tarita et 
dicti loci de Montebequino, juravit super sancta quatuor Dei 
euangelia, manu sua dextra corporaliter tacta, gratis quodomnia 
et singula predicta tenebit et observabit et per suos heredes 
et successores teneri et observari et compleri faciet nec contra 
predicta veniet insolidum vel in parte, nec dictos consules et 
singulares dicti loci et eorum successores impediet, perturbabit, 
impedire vel perturbare faciet in eisdem vel perturbabit directe 
vel indirecte aliquo modo ratione sue minoris etatis vel aliter. 
Acta fuerunt hec apud locum predictum de Montebequino, die 
prima mensis martis, régnante domino Karolo, Dei gratia, Fran- 
corum rege, et domino Bertrando, episcopo Montis Albani 
existente, anno ab incarnatione Domini domini millesimo tre- 
centesimo octuagesimo secundo. Hujus rei sunt testes : nobilis 
dominusjohannes de Gardia, miles, condominus de Vigarone, ut 
asseruit ; Bernardus de Spaonio ; Johannes Maurandi, domicelli 
de Pompinhano ; Bernardus Gaythieti de Ponis, scutiffer, 
conmorans cum dicto domino vicecomite, et Petrus de Yspania, 
conmorans cum dicto domino Johanne de Gardia. 

Et Fortanerius de Podio, publicus dominorum de Capitulo 
Tholose notarius, et de Montegio habitator, qui requisitus de 
premissis cartam istam Juplicatam recepit. 

Grossatum est pro parte dictorum consulum et singularium. 



• @ ■ ■ (§) ^ 



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LES 

DEUILS ET USAGES FUNÈBRES 

Aux environs de Gaillac ''^ 

PAR 

M. le Baron de RIVIÈRES 

Membre de la Société. 



La lecture de l'intéressant travail (2) de notre ami le 
chanoine Calhiat nous a suggéré la pensée de résumer nos 
souvenirs sur les coutumes adoptées dans le département 
du Tarn, et notamment aux environs de Gaillac, lors des 
deuils et des funérailles (3). Ces vieilles traditions tendent 
à disparaître. Il nous a semblé bon d'en conserver l'ensem- 
ble en les fixant sur le papier. Ces usages sont pieux, tou- 
chants et imprégnés de respect pour la majesté de la mort 
et le culte des parents, que la grande faucheuse a couchés 
dans la tombe. 

^i) Le baron de Rivières, rërudit confrère que nous avons eu le 
malheur de perdre naguère, nous avait envoyé, durant la maladie qui l'a 
emporté, l'étude que nous publions ici, sur les Coutumes funèbres. Nous 
l'insérons dans notre Bulletin, comme un hommage à sa chère mémoire. 

(2) Ce travail avait pour but de faire connaître les principaux usages 
funèbres de Montricoux et des environs qui touchent au département 
du Tarn. 

(3) C'est surtout dans la classe du peuple qu'existaient ces usages. 



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LES DEUÏLS ET USAGES FUNEBRES î I 5 



I 



Aussitôt que le mort a rendu le dernier soupir, les parents 
ne s'occupent plus de rien chez eux. Tout entiers livrés à 
leur douleur, ils se regardent comme des étrangers et 
cessent toute occupation. Les travaux des champs sont 
interrompus, les ouvriers, s'il y en a, sont congédiés, les 
troupeaux et les animaux de labour rentrent à Tétable (i). 
Puis on va en toute hâte appeler les plus proches voisins. 
Ceux-ci se chargent d'avertir les parents du mort et de faire 
tout ce que réclame une sépulture. Les hommes partent 
deux par deux, un bâton à la main. On les appelle lous 
amprayres^ et l'acte de porter ce secours funèbre se nomme 
antpra. Ils vont avertir le curé et les prêtres du voisinage 
pour l'assistance à la sépulture, et font la déclaration du 
décès à la mairie. Puis ils font les emplettes de provisions 
pour le repas funèbre, achètent les cierges, commandent le 
cercueil. Les femmes préparent les repas. 

Il y a quelques années encore les morts étaient ensevelis 
par un homme ou une femme qu'on appelait lou plegayre^ 
et qui fesait, moyennant finance, cette suprême toilette. On 
lui donnait une somme de 3 à lo francs, suivant l'aisance 
de la famille, et il avait droit aussi au linge que portait sur 
lui le défunt. Aujourd'hui ce triste métier a disparu, et les 
voisins s'acquittent de ce dernier devoir. Ils veillent aussi 
le mort pendant la nuit qui précède la sépulture. Autrefois 
au lieu de cierges, chez les gens pauvres, on allumait un 
calfl dans la chambre mortuaire. 

Ce sont aussi les voisins qui mettent le corps dans la bière 
et le portent à l'église et au cimetière. Le cercueil est porté 
sur des échevaux de fil de chanvre, où l'on passe deux 

(i) Ailleurs on voile et on arrête les pendules. 



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2\6 LES DEUILS ET USAGES FUNEBRES 

grosses barres de bois ; les porteurs sont des jeunes gens 
vigoureux ou des hommes dans la force de Tâge ; ils aident 
le fossoyeur à descendre la bière dans la tombe et à combler 
la fosse. Ces services se rendent bénévolement, avec charité 
et complaisance, et ce serait une grave injure que d'offrir 
une rétribution quelconque pour payer ces tristes devoirs de 
bon voisinage. Les voisins chargés de ces diverses occupa- 
tions partagent le repas funèbre avec la famille du défunt. 

Le repas est copieux et soigné, et toujours apprêté avec 
de la viande les jours gras (i). Les gens les plus pauvres 
tiennent à honneur de bien traiter leurs invités ; on y sert 
toujours du potage de bœuf ou de volaille, et quand le vin 
manque dans la maison on s'en procure pour ce jour-là. A 
la fin du repas la prière des grâces est remplacée par le De 
profundis. Chacun se met à genoux devant sa chaise, et le 
plus âgé de la famille récite le psaume, auquel tous les assis- 
tants répondent. Quand il y a un prêtre parmi les convives 
c'est lui, naturellement, qui récite cette prière, suivie de 
l'oraison : Fidelium Deus^ etc. 

Cette prière ainsi récitée est particulièrement saisissante. 



II 



Dans la paroisse de Rivières on habille les morts d'une 
façon très convenable. Naguère encore on mettait entre les 
mains du défunt un cierge; c'était sans nul doute un sym- 
bole d'immortalité. Cet usage a disparu, seulement on met 
aux mains des femmes ou des jeunes filles un chapelet ou un 
petit livre de prières.. Ces objets demeurent dans le cercueil. 

Le nombre des messes est proportionné à l'aisance du 
mort. On en dit au moins deux et quelquefois jusqu'à dix 

(i) Dans d'autres conirées les repas funèbres sont apprêtés au maigre, 
avec des haricots et de la morue. Le fromage complète le menu. 



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AtJX ENVIRONS DH GAILLAC 217 

OU douze. Il y a toujours au moins une messe chantée. Les 
parents vont à Toffrande, un petit cierge à la main, et met- 
tent dans le bassin une aumône facultative. A Albi et à 
Gaillac les plus proches donnent au moins une pièce d'ar- 
gent, parfois même une pièce d'or. Ailleurs, on distribue à 
l'assistance le contenu d'un bassin plein de sous. Chacun en 
prend un et le remet à l'offrande. La famille du défunt fait 
les frais de cette distribution. 

Naguère les cercueils des paysans étaient plats par dessus, 
et l'on clouait le couvercle avec de gros clous. Le bruit du 
marteau sur la bière avait quelque chose de sinistre. Aujour- 
d'hui les cercueils sont faits comme dans la ville avec un 
couvercle bombé, et on les ferme avec des vis ou des cro- 
chets. De même pour les croix des tombes. Elles ne se com- 
posaient que de deux morceaux de bois à peine équarri ; le 
charron ou le charpentier qui fournissait le cercueil fesait 
aussi la croix. Maintenant les croix ont leurs bouts décou- 
pés et portent le nom du mort, la date du décès et cette 
légende menteuse : Regrets éternels. Elles sont peintes en 
noir pour les hommes, en blanc pour les jeunes filles. 

Les couronnes de fleurs naturelles sont très usitées aux 
enterrements des jeunes gens ou des jeunes filles, indépen- 
damment des couronnes d'immortelles ou de perles noires. 
Au cimetière on jette souvent les couronnes de fleurs dans 
la fosse avec le cercueil. Une fois le corps dans la tombe, 
les assistants, quand l'église est voisine du cimetière, ren- 
trent dans le temple pour y prier quelques instants. 



III 



Le deuil se porte, pour les femmes, avec une robe de 
laine noire. Les veuves mettent autour de leur coiffe un 
ruban de soie noire et endossent un parlement^ sorte de 
1908 17 



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2l8 L€S DEUILS ET USAGES FUNEBRES 

capuchon en étoflfe noire, avec une pèlerine retombant sur 
les épaules et attachée à la taille par des cordons de même 
étoffe. Autrefois, le parlement se nommait minute^ et était 
fait d'une étoffe en cotonnade mauve à petites fleurs. Les 
jeunes femmes et les jeunes filles remplacent maintenant le 
parlement par un voile de tulle noir ou de crêpe. Les hom- 
mes s'habillent de noir. Autrefois ils continuaient à porter 
leur veste de laine burèle ou de toile ; un gilet noir, une 
cravate noire et un crêpe au chapeau^ constituaient leur 
deuil. 

Pendant la période du deuil les jeunes gens s'abstiennent 
d'aller danser aux fêtes votives, et l'on ne fait pas d'invita- 
tion aux parents et aux amis pour les jours de fêtes patro- 
nales. 

De même que dans le Quercy on met un morceau d'étoffe 
noire aux ruches d'abeilles, à la mort du chef de famille. 
On en place aussi quelquefois aux couvées de volailles. Il y 
a quelques années une métayère attribuait la non réussite 
d'une couvée de dindons à ce qu'elle avait négligé, ayant 
perdu sa belle-mère, de mettre un morceau d'étoffe noire au 
cou de la couveuse. 



IV 



L'usage du service de neuvaine n'existe pas aux environs 
de Gaillac (i). Mais au premier anniversaire de la mort on 
fait un service funèbre, qui porte le nom de bout de l'an, 
cap de Van (2). Les parents seuls y sont conviés. On dit 

(i) Il existe dans la ville de Gaillac. 

(2) Le bout de l'an est également très en honneur dans le Quercy, la 
Gascogne, etc. Cet usage est conforme à la liturgie catholique. Le Missel 
contient une messe spéciale pour l'anniversaire. 



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AUX ENVIRONS DE GAILLAC 2ig 

plusieurs messes hautes, et puis a lieu le repas funèbre (i). 
Dans quelques paroisses il y a pour les cortèges funèbres 
un itinéraire (ordinairement un ancien chemin), que Ton 
nomme chemin des morts. Ne point le suivre porterait 
malheur aux survivants, et malgré la boue ou les fondrières, 
les porteurs s'y tiennent et charrient bravement le mort sur 
leurs épaules, tandis que le prêtre ou les parents suivent 
parfois un sentier moins boueux au bord du champ. 

La douleur des paysans est bruyante et expansive. Hom- 
mes et femmes pleurent sans contrainte, surtout à la fin de 
la messe d'enterrement ; au cimetière, non seulement les 
parents mais les voisins invités pleurent aussi, et les excla- 
mations, parfois même les hurlements de regrets accompa- 
gnent les sanglots. Dans le dialecte roman de l'Albigeois, 
le mot paure, pauvre, s'applique à toute personne défunte, 
et équivaut au mot français : feu. 



Il y a environ 30 ans les caveaux de famille étaient chose 
inconnue dans les cimetières de campagne. Maintenant on 
en voit presque partout. 

A Gaillac, il n'est pas d'usage, dans la classe élevée, que 
les femmes aillent aux enterrements. Elles y assistent à 
Albi, ainsi qu'à Rabastens. A Albi, le vicaire de semaine 
accompagne seul le mort au cimetière, tandis qu'à Gaillac 
tous les prêtres y vont, et à la sortie du cimetière le célé- 



(3) Un usage très pieux consiste dans une messe de mort chantée, que 
Ton célèbre le lendemain d'un mariage pour les parents défunts des 
mariés. Tous les invités à la noce y assistent ; les chantres de la paroisse 
prêtent leur concours, et après la messe on va au cimetière prier sur la 
tombe des vieux parents. 



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220 



LES DEUILS Et USAGES FUNEBRES 



brant se place à la porte du champ de repos, et fait baiser 
la croix de l'étole aux assistants. 

Tels sont les vieux usages funèbres d'une partie de l'Al- 
bigeois, Ils tendent à se perdre, à s'effacer. Et cependant 
ils avaient pour eux le prestige de l'antiquité, le respect et 
le culte des ancêtres; ils étaient imprégnés de la pensée 
chrétienne et de la crainte du souverain Juge. A ce titre 
nous avons cru utile d'en conserver le souvenir dans une 
Société vouée à l'étude du passé. 




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CONSULTATION MÉDICALE 



DU 



Docteur TRONCHIN 



MM, DE SCORAILLE et Docteur MONRIBOT 

Membres de la Société archéologique 



Messieurs, 

Je suis chargé de vous rendre compte d'un document médi- 
cal du XVIII* siècle découvert par Monsieur Françoisi de 
Scorailles dans les archives de la famille de Lomagtie au châ- 
teau de Bruka (Gers). 

Il s'agit d'une ordonnance de Tronchin, le médecin à la 
mode d'alors, et, avant de vous donner connaissance de l'or- 
donnance, je vous demande la permission de vous dire quel- 
ques mots de son auteur. 

Théodore Tronchin est né à Genève en 170g et mort à Pa- 
ris en 1781. L'ordonnance dont il s'agit est datée de 1758: il 
avait donc 49 ans quand il l'a rédigée ; il était par consé- 
quent dans toute la maturité de son talent. 

Tronchin étudia la médecine à Leyde et devint le disciple pré- 
féré de Boerhaave. Il s'installa à Amsterdam et y réunit une 
brillante clientèle; il devint par son mariage le petit neveu du 
grand pensionnaire Jean de Witt* 



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222 CONSULTATION MEDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 

Il quitta la Hollande à la chute de celui-ci et revint dans sa 
ville natale, à Genève. 

Sa renommée était universelle. Aussi, le duc d'Orléans le 
nomma-t-il, en 1766, son premier médecin, et dès ce moment 
toutes les sommités le consultèrent. 

Son caractère est tellement bien décrit dans un article jus- 
tement paru le 28 novembre 1908 dans le Journal des Prati- 
ciens, que je ne résiste pas au plaisir de vous donner lecture 
de cet article: 

<( Les médecins, au XVIII* siècle, adjoignaient à l'art de 
guérir une profession bien délicate: ils s'érigeaient en direc- 
teurs de conscience auprès des clientes troublées. Celles-ci raf- 
folèrent de leurs médecins à tel point qu'elles demandèrent 
comme une faveur insigne d'étudier, inspirées de leurs con- 
seils, qui la médecine, qui la chirurgie, qui l'anatomie. La jeu- 
ne comtesse de Cognait emportait en voyage, dans le coffre de 
sa voiture, un cadavre à disséquer. Le duc d'Epernon s'était 
pris de passion pour la chirurgie. Un cocher, un jour, se cassa 
la tête; il le trépana. Une autre fois il fit offrir cent écus à un 
jeune marié à seule fin que cehii-ci se laissât saigner par le duc, 
la nuit de ses noces. Avec Mme de Genlis, les prix étaient 
plus doux ; aussi ne s'adressait-elle p^is aux jeunes mariés. C'é- 
taient les malades qui aœouraient chez elle; le prix de la sai- 
gnée était de trente sous; mais ce n'était pas le malade, c'était 
l'opérateur qui payait. Mme de Genlis multipliait ses dons 
de trente sous ; la clientèle accourait, tendait le bras et empo- 
chait l'argent (i). 

(( Avant Jean-Jacques, Tronchin recommandait aux mères 
l'allaitement de leurs enfants. Les iDeiles mondaines se fai- 
saient apporter leur dernier-né au théiâtre et les lorgnetties 
de se braquer sur les poitrines offertes aux lèvres des nourris- 
sons. Mis à la mode par Voltaire, Tronchin réussit d'autant 
mieux qu'il était très bel homme. « LTne si belle chevelure 
doit faire perdre bien du temps », avait dit de lui Boerhaave, 

il) La Société' française du XVI' au XX^ siècle, par Victor du Bled. 
XI» série, XVIII» siècle, Perrin et C'°, édil. 1908, p. 68. 



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CONSULTATION MEDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 223 

quand il le vit pour la première fois parmi les assistants de 
son cours. Plus tard, maître et élève devinrent les meilleurs 
amis du monde. La régularité des traits ne nuit pas forcé- 
ment à rintelligence, et Tronchin avait la répartie vive, la pa- 
role pittoresque, le don de symi>athie qui, au bout d'une 
demi-heure de conversation avec une femme, faisait croire à 
la cliente sous le charme, qu'une intimité très sûre et très 
douce était nouée depuis des années entre elle et son médecin. 
Notre médecin adopta Tun des premiers l'inoculation de la 
petite vérole; seulement, la méthode ne se répandit pas sans 
obstacles. En 1763, le Parlement de Paris suspendait l'inocula- 
tion jusqu'après avis des Facultés de théologie et de méde- 
cine. Ceite dernière s'était partagée par moitié; le roi autorisa 
la pratique de la nouvelle méthode à l'Ecole militaire. 

(( N'appartenant pas à la Faculté, Tronchin, qui avait tout 
d'abord opéré à Genève, ameutait contre lui ses confrères 
parisiens. Leurs attaques ne l'émouvaient guère; au contraire 
il en profitait pour décocher à leur endroit des ripostes acérées: 
« Mieux vaudrait, écrit-il à un ami, qu'il n'y eût pas de mé- 
decins. La preuve en est dans tout ce que la bonne nature a 
fait pour conserver la vie des hommes malgré Tétourderie et 
les erreurs des médecins. » Un autre jour: « La marche tran- 
quille de la nature, déclare-t-il, vaut mieux que la course des 
médecins. C'est souvent le comble de la sagesse de ne rien 
faire. » 

« C'était un excellent hygiéniste que Tronchin. Au hasard 
des malades, il avait diverses cordes à son arc. Tour à tour, 
il recommandait la diète lactée, la diète blanche, la diète sè- 
che, l'eau et le travail du matin... Sur Voltaire qui le con- 
sultait sans cCsSse, il émet .un jugement sévère: « Il est bien 
mortifiant, écrit-il, à son ami Jaucourt, en 1739, pour l'esprit 
humain de f)enser que, malgré qu'on en ait. Voltaire est ui. 
fripon, un étourdi, un homme sans jugement et sans condui- 
te. » Rousseau n'est pas mieux ménagé : « Cet écrivain pourra 
se vanter, affirme Tronchin, d'avoir fait bien du mal et d'avoir 
poignardé l'humanité en l'embrassant... Il a mis sa mèche sur 
nos barils de poudre... Cet homme est un charlatan de vertu. » 



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224 CONSULTATION MEDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 

Ce double jugement de Tronchin, accepté de Télite, sort quel- 
que peu des formules accréditées par la légende. Nous regret- 
tons que le médecin de Genève ne soit plus de nos contem- 
porains ; il reproduirait, appuyé de son autorité, les raisons 
convaincantes qui avaient motivé de sa part ces appréciations 
peu flatteuses. A l'occasion d'une des innombrables inaugura- 
tions de statues élevées à Voltaire et à Rousseau, il serait d'une 
jolie ironie d'entendre leur éloge prononcé par un homme qui 
les connaissait aussi bien, puisqu'il avait été médecin de l'un 
d'eux. Ce jour, la cérémonie inaugurale perdrait de sa fadeur 
coutumière. <( Voltaire, que j'ai soigné, était un fripon dou- 
blé d'un homme sans jugement et sans conduite. » Tel débu- 
terait ce morceau d'éloquence. Non, voyez-vous d'ici le froid 
qu'un pareil prélude jetterait dans le monde officiel! » 

Dans l'ordonnance qui nous occupe, on remarque surtout 
la clarté de l'exposition. Elle est écrite, dit Monsieur de Sco- 
railles d'une écriture ferme, posée, serrée, d'une de ces écri- 
tures qui vSont l'expression d*une pensée précise et maîtresse 
d'elle-même. 

Tronchin commence par établir clairement son diagnostic, 
et, ensuite, très méthodiquement, il expose, en indiquant leur 
raison d'être, les diverses prescriptions qu'il ordonne à son 
client. Il ne dédaigne pas, lui, un prince de la science, de s'at- 
tacher aux pliLS petits détails, tels que ceux relatifs à la chaus- 
sure qui doit être chaude et au col qui doit être libre." 

Nous reconnaissons, dans cette consultation le grand hygié- 
niste que fut Tronchin, car il s'attache surtout à donner des 
conseils d'hygiène à son client, à lui imposer un régime ali- 
mentaire, et, la prescription médichmenteuse semble n'être 
donnée qu'accessoirement. 

Xous remarquons aussi son souci de donner la raison anato- 
mique et physiologique de ison traitement, et il est intéressant 
de voir l'exposé de la théorie de l'action du froid et du chaud 
sur la vaso-constriction et la vaso-dilatation. 

Au point de vue médical, il n*y a qu'une chose que nous au- 
rions à discuter: c'est au sujet de la 2* partie de sa 3® prescrip- 



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CONSUL! ATION MEDICALE DU DOCTEUR TRONCHEN 225 

tion, quand il condamne Tusage des délayants en général danvS 
les hémorrhagies. Il ne savait pas que le golbule rouge du sang 
se reproduit avec une telle rapidité dans un milieu isotonique 
au sérum sanguin que nous n'hésitons pas en pareil cas à 
faire à nos malades de grandes injections soius-cutanées de sé- 
rum chirurgical qui se compose d'eau distillée et de sel. D'au- 
tre [xirt, nous suivons ses conseils quand nous ajoutons à ce 
sérum de la gélatine. 

Voici, d'ailleurs, le texte de cette consultation que nous 
pourrions signer aujourd'hui sans grandes modifications. 

Le cas dont il s'agit, très bien décrit et fort bien traité, 
n'est pas aussi dangereux qu'effrayant. Si son siège est dans 
la trachée artère, ce qui paraît même assez douteux, il doit 
être dans sa partie supérieure, peut-être est-il dans le larynx, 
le sang qui s'échappe par le nez ne permet pas de croire 
qu'il vienne de plus bas. Quoi qu'il en soit, il est à l'abri 
des suites funestes de l'hémoptysie ; la cause paraît être la 
rupture de quelque petit vaisseau variqueux et c'est ce qui 
doit rendre la guérison difficile, bien que le mal en lui- 
même ne soit pas dangereux. Ce qu'il y a à faire dans le cas 
dont il s'agit se réduit : 

1° A prévenir par tous les moyens la turgescence du sang 
dans les parties supérieures. Pour cet effet il faut que les 
parties inférieures du corps soyent constamment tenues 
plus chaudement que les supérieures. On pourra y réussir 
au moyen des lave-pieds tièdes, des frictions sèches des 
pieds, des jambes et des cuisses. Il faut pendant plusieurs 
semaines répéter les lave-pieds au moins tous les deux jours 
et les frictions matin et soir. La chaussure doit être telle 
que les jambes et les pieds soyent toujours plus chauds que 
la tête. Celle-ci et tous les alentours du col doivent être 
tenus aussi fraîchement qu'il se peut ; on doit avoir cette 
attention la nuit ainsi que le jour, mais ce qui paraît être 
dans tous les moments da la dernière importance c'est que 



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226 CONSULTATION MEDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 

le col de la cravate ne soit jamais serré. Sans cette précau- 
tion, tout ce qu'on ferait serait inutile ; 

ao Tous les irritants, le tabac surtout est absolument 
défendu ; 

30 Les boissons tièdes ou chaudes le sont aussi. Elles ont 
deux mauvais effets : le premier d'augmenter la dilatation 
des vaisseaux en relâchant leurs membranes ; le deuxième 
de donner plus de fluidité au sang et de le rendre par consé- 
quent plus susceptible de s'échapper. Et dans le cas dont il 
s'agit on doit tacher de fortifier les vaisseaux et de donner 
plus.de consistance à toute la masse du sang ; 

4* Il s'ensuit de là que les délayants en général seraient 
très contraires et que la nourriture doit être plus solide que 
liquide ; mais alors elle doit être telle qu'en diminuant la 
partie lymphatique du sang, elle rende la rouge plus plas- 
tique et plus onctueuse. Les farineux et les aliments adou- 
cissants, lubricants et mucilagineux, sans être colants, réus- 
sissent très bien dans le cas dont il s'agit. Les fondants et 
les savoneux iraient à fin contraire. Les fruits par consé- 
quent, crus ou cuits, et les légumes succulents doivent être 
défendus ; 

50 Tout acre quelconque l'est aussi ; 

6° Si au régime qu'on doit former sur ce qui a été dit, on 
ajoute l'usage constant des remèdes légèrement astringents, 
qui, en fortifiant insensiblement les solides, donnent plus 
d'épaisseur et de consistance, on peut espérer guérir. Pour 
cet effet, mon avis serait que, pendant trois mois entiers, 
on prit à 7 heures et à ii heures du matin, à 5 heures et 
à 8 heures du soir, chaque fois 3 pilules A et une tasse de 
la boisson B par dessus. 

Tout mouvement violent de l'âme ou du corps est dange- 
reux. Le changement d'air n'y fera rien. 

Voici maintenant l'ordonnance que nous présentons à la 



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CONSULTATION MÉDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 227 

sagacité des lecteurs. Il est du reste, nous semble-t-il, facile 
d'en rétablir le sens intégral. 



A. R : Terr. Catechm. 

Lapid. hœmatit. p p. à à drachm. j. B. 
Mastich. drachm. iij. 
Conserv. rosar. rubrar. une B. 
M : f : s : a : cum sirup symphyt. 
major. Pilul. gran : iv : 
D : in pulv : 
mastich : 

B. R. Rad. Symphyt. maj. une j. B. 

cum aq. f. decoct. cui infund : 

flo. balaupt. n« ij 

terr. catech. ser. ij 

flor. rosar. rubrar. pug. j. 

huic gr. Liqnoris j. B. add. 

Sirup. menth, une. j. B. 

Je crois avoir reconstitué ces deux formules: nos anciens 
formulaient en latin et par abréviatons. Les poids et les vo- 
lumes étaient indiqués par des lettres : ainsi i ou j veut dire 
T. B 1/2. Voici cette traduction. 

A Cachou pilé V parties égales 

Pierre hématite (i) / de chaque i drachme 1/2. 

Mastic, 3 drachmes. 

Conserves de roses rouges, 1/2 once. 

Mêler, faites selon Tart avec du sirop de grande 

Consoude, des pilules de 4 grains. 
Divisez dans poudre de mastic. 



(i) î-a pierre hématite très employée en ce temps-là, est un sesqui 
oxyde de fer. En outre de la propriété d'arrêter du sang, elle avait, au 
XVII« siècle, la réputation de faciliter Taccouchement. 



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228 CONSULTATION MÉDICALE DU DOCTEUR TRONCHIN 

B Racines de grande consoude, i once 1/2. 

Faites une décoction dans Teau dans laquelle vous 

ferez infuser : 
Fleurs de grenadiers, n* 2. 
Cachou pulvérisé, 2. 
Fleurs de roses rouges, i poignée. 
Faites évaporer la moitié de la liqueur et ajoutez 
I once 1/2 de sirop de menthe. 

En terminant, je remercie Monsieur le Président et Monsieur 
François de Scorailles, de nous avoir donné roccasion de cons- 
tater que les praticiens du XVIIP siècle étaient loin d'être 
des empiriques, qu'ils se préoccupaient de faire découler leur 
thérapeutique des données de l'anatomie et de la physiologie, 
qu'en un mot, ils envisageaient surtout le côté scientifique 
de leur profession, ce qui est le seul moyen d'arriver à soula- 
ger les maux qui accablent notre pauvre humanité. 




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NOTES 



POUR 



SERVIR A L'HISTOIRE DU DÉPARTEMENT 



M. Tabbé Oulès, curé de Saint-Maurice, membre titulaire 
de la Société, qui a dépouillé plusieurs registres de notaires 
du XIV* siècle nous communique les notes suivantes : 

Monsieur le Président, 

J'ai eu la bonne fortune de trouver un ancien registre d'ac- 
tes de Notaire de Molières dans une vieille masure de campa- 
gne, et j'ai mis aussitôt en pratique ces paroles évangéliques 
colligite fragmenta ne pereant. Il était temps : sauvé d'une 
destruction prochaine, sa conservation est dès maintenant as- 
surée pour longtemps. 

Ce reg'stre offre un réel intérêt pour l'époque lointaine de 
sa composition en même temps qu'il nous donne les noms de 
personnages historiques, oubliés ou inconnus, et met sous nos 
v'.nix des détails curieux de mœurs et de coutumes disparu s. 

Jean de Lapoujade, tabellion de Molières, inscrit au jour le 
jour, — de 1385, 17 juin, jusqu'au 17 octobre 1396 — mais avec 
des lacunes opérées par la reliure, les intérêts divers qui lui 
sont confiés. La fameuse guerre de Cent Ans bat alors son 
plein et il y est fait souvent allusion. 

Dans le mêifte ordre, je note tout ce qui peut offrir un inté- 
rêt local et particulier. 



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23o NOTES POUR SERVrR A l'hiSTOÎRE DU DÉPARTEMENT 

1385. — Le 17 juin, Philippe de Godolar, procureur des moi- 
nes de TEgKse cathédrale de Montauuban, de Tordre de Saint- 
Benoît, afferme jusqu'à la Toussaint tous et chacun des fruits 
de la dîme, des blés et légumes appartenant aux dits moines 
clans le prieuré de Saint-Maurice, à Arnaud de Soliis, notaire 
royal, à Guillaume Fabri et Jean Fabri, tous de Lafrançaise, 
moyennant 46 setiers de blé mesure de Montauban, une livre 
poivre (piperis) une livre ginsembre (gingeberis), et chaus- 
ses de bon drap {auos caligas boni panni). 

1391. — Le 4 juin, Benarde de Payrolac, Arnaud Sabathier 
et Jacques de Cruzel, consuls de Molières, patrons de la cha- 
pellenie fondée par Arnaud Rulh de Molières, et Arnalde del 
Crozet, son épouse, dans Tégiise de Molières la confèrent à 
M' Gerbert de A Ilia (de Tlsle) prêtre. 

Le 4 juillet, R. Père Bertrand Laurens^ abbé de la Garde- 
Dieu, fait une donation à Pierre de Cruzel, moyenni*ait 12 de- 
niers d'or de cens annuel. (Cet abbé ne figure point dans la 
liste donnée par M. Moulenq dans ses Documents historiques 
sur le Tam-et-Garonne.) 

Le 28 octobre, accord entre Galhard de Saint-André, don- 
zel et M* Bernard de Captenac, prieur du prieuré de Saint- 
Victor (église, près Molières, aujourd'hui détruite). 

1392. — Le 16 avril, Raymond Bargas de Gibiniargues, 
reconnaît avoir reçu à gazailhe de Jean de Mondenard, de Ga- 
zes: 2 anesses, i truie, 6 porcs, moyennant i florin et 12 sous 
tournois. 

Le 21 avril, Bertrand de Tlsle, donzel, fils de Guillaume de 
Gibiniargues donne à gazailhe à Raymond Pécharman, de 
Puycornet: i jument et i poaliche, i truie, i porc, moyennant 
5 florins et demi d'or. 

Le 4 mai, Raymond de Caussade, seigneur de Puycornet, 
hypothèque ses biens pour le jugement de cetaines marchandi- 
hypothèque ses biens pour le jugement de certaines marchandi- 

Le 22 mai, accord entre Arnaud Raymond de Dayrac, frè- 
re et héritier de Fauré de Dayrac, donzel. — Il y est question 



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NOTES POUR SERVIR A l'hîSTOIRÊ DU DEPARTEMENT 23 I 

des religieuses du Pouget (qui tenaient des fiefs à Vazerac, pro- 
duit de fondations pieuses et charitables). 

Le lundi après la Saint-André, Jean Guarnier, lieutenant de 
la baronnie de Caussade, Fournier de Marsa, comte (d'Arma- 
gnac), reçoivent d'Arnaud Du Puy, de Guillaume de Mon- 
delhs et de Bertrand de Rance, consuls de Molières, la pro- 
messe de garder leur ville pour le comte, et de la fortifier à cet 
effet. Témoins : Jean de Peyralade et Raymond de Carit, don- 
zels. 

1393. — 20 juillet, testament de Raymond Senhorel, de 
Molières. Il veut 4 prêtres, disant messe le jour de sa sépul- 
ture, le lendemain et le jour de la neuvaine, à chacun, 12 de- 
niers caorcins; il laisse au luminaire de Castelnau 12 deniers; 
au luminaire et à la chandelle de Notre-Dame de Molières, à 
chacun 6 deniers; à la charité de la Pentecôte, une quarterée 
de froment payable en 8 ans (i). 

8 septembre, mercredi. Testament de Gvilhalme Déjean, 
épouse de Hugues de la Sicardia, laisse à chacun des prêtres 
qui diront messe le jour des sépulture, lendemain et neuvai- 
ne: 10 deniers caorcins (2); au luminaire et à la chandelle de 
Notre-Dame de Molières, à chacun 12 deniers caorcins; aux 
luminaires des sept églises les plus voisines de Molières, à 

(i) Bertrand du Pouget y neveu du pape Jean XXII, nommé cardinal 
en i3io, fonda, en i32i, au château du Pouget, près de Castelnau, 
berceau de sa famille, un couvent de Clarisses. Tout près, au lieu de 
Sainte-Quitterie, il fonda aussi un établissement charitable, où les sœurs 
du Pouget avaient un dispensaire pour les vieillards, les orphelins et une 
école pour les jeunes filles indigentes, que le couvent maintint jusqu'à la 
Révolution... L'instruction. gratuite était donc en vigueur avant 1789. 

(2) Le lumiuaire proprement dit était la lampe du sanctuaire ; le lumi- 
naire de la chandelle était celui du plat, surmonté d'une lumière que 
les marguilliers font circuler encore dans certaines localités pendant la 
quête pour les âmes du Purgatoire, en disant : Per las paouros amos, si 
bous plet.. . 

(3) Nos pères paraissent très avisés en cela. Ces détails des frais funè- 
bres sont très pratiques et de nature à éviter des discussions pénibles 
avec des héritiers liardeurs. 



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2Î2 NOTES POUR SERVIR A L*HISTOIftE DU DEPARTEMENT 

chacune 6 deniers caorcins; il veut trente messes dans'i'année. 
Témoin : Etienne Delpérié, recteur de Molières. 

Vendredi après la Nativité de la Vierge. Testament de Cé- 
cile Del Périé, épouse de Jean Bessonis, de Castelnau, dans 
la maison d'Etienne Delpérié, recteur de Molières; elle laisse 
au luminaire de Notre-Dame de Castelnau 12 deniers tour- 
nois; à l'hôpital de Castelnau, 6 deniers tournois; aux mala- 
des de la maladrerie de Castelnau, 6 deniers tournois ; à cha- 
que prêtres célébrant messe le jour de la sépulture, le lende- 
main et le jour de la neuvaine, 12 deniers tournois; au lumi- 
naire et à la chandelle de Notre-Dame de Molières, à chacun 
6 deniers tournois ; à chacune des 12 églises les plus voisines de 
Castelnau et de Molières, 6 deniers tournois; aux charités de 
Castelnau et de Molières, à chacune 2 quartes de froment pa- 
yables par deux ans. Elle institue héritier universel, son frère 
Etienne Etelpérié, recteur de Molières. 

1394. — 9 janvier. Testament de Ricairde de Lamolière, 
épouse de Jean Blanc, de Molières; elle donne à chaque prêtre 
disant messe: 10 deniers tournois; 12 deniers caorcins au lu- 
minaire de Notre-Dame de Molières; 6 deniers, au luminaire 
de Saint Biaise de Molières; à la chandelle de Notre-Dame, 
6 deniers à chacun des luminaires de Saint-Arthémie, de Saint- 
Amans de Nevèges, de Saint-Germain et de Saint-Victor (égli- 
se disparue) ; 6 deniers caorcins, à la charité de la Pentecôte 
de Molières ; i éminée de froment payable en 8 ans à la messe 
qui se dit chaque mercredi dans Téglise de Molières pour les 
âmes des trépassés: 10 livres tournoises. — Raymond Saba- 
tier, prêtre, témoin. 

14 janvier. Mariage de Guiraud Delpech qui reçoit de Ray- 
monde de Prestand, sa mère, 10 livres tournoises, valant 10 
francs d'or i lit, habit nuptial, le lit avec la couverture de la 
valeur de i franc d*pr, i couète, i traversin de plume, i cotar- 
dia de bon drap (boni panni) neuf de la valeur de i franc et 
demi d'or; 4 draps de bri. 

13 juillet. Arnaud de Folies, lieutenant de Guillaume Ar- 



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NôtES POUR SERVIR A L^HIbTOIRE DU DB^ARTEMENT 233 

chambaud, licencié-es-lois, juge ordinaire de la baronnie de 
Caussade, est arbitre pour un différend entre noble Jean de 
Mondenardy de Vazerac et Arnaud de Mondenard^ prêtre et Gé- 
rald de Saint-Aramps, de Lafrançaise, tuteurs de X. de Cam- 
lx>n, fils et héritier de Jean de Cambon, de Lafrançaise. 

Dintanche après rAssomption. Raymond Boyer de Mo 
lières, au nom du Comte (d'Armagnac) signifie à Bernard de 
Peyrolac, à Arnald Latreille, à Jacques de Cluzel, à Jean de 
ClevageraSf consuls de Moilières, qu'ils ont à garder et à fai- 
re garder sûrement de nuit et de jour la dite ville de Molières 
pour la remettre au Roi et au Comte le jour où ils pourront 
la prendre ou l'occuper, et ce, sur les |>eines ordinaires. 

i6 avril. M* Guillaume de Archambaudj lic^encié es-lois, 
juge ordinaire de la baronnie de Caussade au nom du Comte 
et aussi seigneur de Molières, signifie à Arnaud de Lacombe, 
Jacques de Cluzel, à Bernard de Peyrolac, consuls de Moliè- 
res, qu'ils aient à former et à .réparer les murs, fossés de la 
ville ainsi que la barbacane qui est devant la porte appelée 
de Bonne Combe {de pallis bene capilhatis) d'ici à la mi-carê- 
me à peine de 9 marcs d'or applicables au seigneur Comte. Ils 
auront aussi à s'occuper du Pont de la Guitardia et de celui 
appelé de l'Hôpital de Saint-Amans. 

D'ici à l'Assomption, soas les mêmes peines, sans prolon- 
gation possible. 

Ils devront encore refaire les fortifications de la ville de Mo- 
lières devant la maison de Jean Blanc et de Combelongue, jus- 
qu'à la barbacane de Bonne Combe (i). 

29 octobre. Mariage entre Arnaud, dit Pechméja, fils de Jean, 
de Molières et de Jeanne de Gimmier, fille de Hugues, de 

(i) Le pays était alors en pleine anarchie et envahi par des bandes 
d'aventuriers qui le mettait en coupe réglée. Ces compagnies anglaises 
occupaient les principales places fortes, et il fallait transiger avec elles. 
Pendant ce temps le roi Charles Vl était dément, sa mère dénaturée, 
Isabeau de Bavière, était de connivence avec l'Anglais, Henri V, à qui 
il offrait la main de sa fille, pour lui faciliter l'occasion d'arriver au 
trône de France. 

Les Bourguignons et les Armagnacs divisaient la France. 

1908 18 



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2^4 NOTES POUR SERVIR A L*HISTOIRÉ DU DEPARTEMENT 

■Montauban. — Jeanne reçoit 8 livres d'or, i lit, i habit nup- 
tial — unam cuhcrtam, unum phimarium cum flagenals vetaiz. 
4 draps et unam coperturam lane Tholosa, unam cotardiavi 
boni panni, — valant 2 florins d*or. 

1395. — 8 avril à Lafrançaise. Testament de noble Guillau- 
me Bernard de Cantemerle^ donzel, habitant Lafrançaise, mais 
natif de Saint-Sernin de Francou, veut être enterré au monas- 
tère de Francou. A chaque prêtre disant messe le jour de sa 
sépulture 15 deniers tournois et la réfection. Il fonde, 
au monastère de Francou un obit perpétuel de 5 livres lour- 
noises payables annuellement le jour de la Fête de Saint-Ju- 
lien ; laisse à chacun des luminaires de Lafrançaise, Saint- 
Sernin de Francou (Rouzet), Cougournac et Albernac, 2 sols ; 
veut qu'une messe soit dite chaque semaine à son intention à 
Lafrançaise et laisse jx>ur cela 12 livres tournoises; donne à 
Bertrand, son fils, 100 livres tournoises ; institue son héritière 
universelle Jeanne de Gazelles, son épouse. 

8 avril. Testament de Jeanne de Gazelles, veuve en premières 
noces de Géraud de Lascouts et maintenant éix>use de noble 
Guillaume Bernard de Cantemerle, veut être enterrée dans 
réglise de Lafrançaise au tombeau de son premier mari, laisse 
au luminaire de Lafrançaise 12 deniers tournois; 12 sous tour- 
nois pour une messe à dire dans Tan de son décès; aux lumi- 
naires de Notre-Dame de Lapeyrouse, Saint-Sernin de Fran- 
cou, Cougournac, Alvernac, Saint-Maurice à chacun 12 de- 
niers annuellement 10 sois caorcins aux prêtres de Lafran- 
çaise — aux prêtres de Lafrançaise 4 sols caorcins et le reste 
aux autres prêtres à raison de 12 deniers à chacun. Ils devront 
dire 10 messes à son intention. Aux religieux de Notre-Dame 
de Gahors 100 deniers appelés florins d'or, payables 2 par an 
à la fête de Saint-Hilaire, la première année après son décès 
et ensuite 5 deniers i>ar an pK>ur prières et messes à son inten- 
tion et à l'intention de son premier mari. — Son héritier de^ 
vra donner chaque jour dans l'an du décès au recteur de La- 
française, demi-quart de vin sans eau et un paiement de la 
valeur de 8 sols caorcins pour chanter Vabsoute sur son tom- 



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NOTES f^OUR àERVIR A L*HlSTOIRE DU DEPARTEMENT 2^5 

beau par lui-même ou un autre prêtre. Lègue à Bernard de Ga- 
zelles son frère, loo sols tournois, — institue pour héritier uni- 
versel son mari, noble Guillaume Bernard de Cantemerle, 
donzel. 

8 mai. TestajTiient de Béairix de Lagorsse, épouse de Guil- 
laume Sabatier, bachelier ès-lois de Molières, veut être enter- 
rée dans réglise de Molières au tombeau de feu son maxi. 

Laisse à la table de Notre-Dame de Molières, 5 sols tour- 
nois, à la chandelle de Notre-Dame de Molières, i denier d'or ; 
aux messes pour les âmes des trépassés i franc d*or, payable 
en 8 ans — au luminaire de Molières 2 sols; à chacun des lu- 
minaires des 12 églises plus voisines de Molières 12 deniers, 
à la charité de la Pentecôte i setier froment, payable en 16 
ans — savoir : i quarton par an — aux prêtres du Monastère 
de Montpezat, i quarterée de froment de rente j>erpétuelle par 
an et 4 deniers d'or payables annuellement par son héritier, 
(iuillaume Sabatier son fils. 

II mai. Apud ecclesiam de Vazerac^ mariage entre Bernard 
de Mondenard^ fils de Jean, de Vazerac et Arnal de Loubéjac, 
fille de Bernard de Mariisson, et autrefois habitant Saint-Lau- 
rent près de Lolmie. Bertrand donne à sa fille 25 livres — té- 
moins : Raymond del Laco, de Sauveterre, Bertrand de Guar- 
nel, donzel, Raymond de Narcès, seigneur de I^ Otura j(Lau- 
ture). 

20 septembre. Gératid de CosteSj recteur d'Espanel, muni 
d'une procuration, se présente pour la collation de l'archiprê- 
tré de Névèges, vacant par le décès de Raymond Desprès, de 
Raymond de Buffet, clerc de Cahors. 

25 octobre. Testament de Peyronne del Noguier, épouse de 
Jean de Clavageras fait à la maison d'Etienne Delperier, rec- 
teur de Molières, laisse 5 tournois à la messe du Purgatoire 
du mercredi, à la chandelle, au luminaire de Notre-Dame de 
Molières, à la chandelle del bé de la terra mayre, de ladite E- 
glise, à la chandelle grosse de Notre-Dame, 5 sols, aux lumi- 
naires des 12 églises plus proches de Molières, i gros à cha- 
cune, à la charité de Molières, i setier de froment payable, en 
4 ans après son décès à l'hôpital de Molières, i lit garni avec 



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à 36 NOtES POtJR SERVIR A L^HISTOIRE DU DEPARTEMENT 

couvertures blanches ; aux pauvres i pièce de drap blanc ,de 
Saint-Antonin. Laisse i marc d'argent pour faire un calice 
et une patène per tôt temps, au service de Tégflise de Moliè- 
res. 

1396. — i6 mars. Testament de Arnaud Fauré, veut i6 prê- 
tres à son enterrement, le lendemain et le jour de la neuvaine 
à raison de lo deniers par messe veut que son héritier fas- 
se faire un coussin de la valeur de i8 blancs et le porte à Té- 
glise de Saint-Jean de Casula en Thonneur de No^re-Seigneur 
Jésus-Christ. 

15 mai. Le marc d'argent pour calice et patène, légué par 
Peyronne del Noguier est payé à Jean Ratier et à Jacques Cru-^ 
zel, gardiatores de Téglise de Molières en présence de Pierre 
de Cruzelf de Guillaume de Corbon^ d'Almaric de Lhiora, de 
Géraud Lapeyre, consuls de Molières. 

17 novermbre. Testament de W. Delpas, de Gibiniargues, 
veut être enterré au cimetière de Gibiniargues, veut 3 prêtres 
disant messe le jour de sa sépulture, à chacun, i gros avec les 
despans (le repas), de même le lendemain et le jour de la neu- 
vaine à chacun 3 gros et les despans. Laisse au luminaire et à 
la chandelle de Gibiniargues 12 deniers caorcins. — aux lumi- 
naires de Molières, de Saint-Romain, de Saint-Arthémie 6 de- 
niers caorcins, 6 francs d'or payables en 5 ans pour prières 
pour lui et les siens id est, 6 messes par an. 




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BIBLIOGRAPHIE 



Diocèses et ateliers monétaires de Tempire romain sous 
le règne de Dioolétien, par M. J.-B. Mispoulet. 

Là réorganisation administrative de l'Empire Romain a eu 
lieu sous Dioclétien (284 à 305 après J.-C.) et Constantin (306 
*^^ 3r7)y €t il n*est pas toujours facile, paraît-il, de distinguer 
les actes des deux empereurs à ce sujet. 

Cela résulte notamment de la communication faite p>ar no- 
tre confrère, compatriote et condisciple, M. J.-B. Mispoulet, 
membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

Dans une séance dont il a bien voulu adresser un extrait à 
notre Président, M. Mispoulet entretient l'Académie de la 
fameuse « Liste de Vérone » qui contient les cadres de l'or- 
ganisation administrative de l'Empire, au IV' siècle. 

Ce document, d'après un mémoire publié par Mommsen en 
1862, remonterait à l'année 297 ; et, par conséquent, la réfor- 
me administrtdve qui y est contenue devrfait être attribuée 
à l'empereur Dioclétien. 

Or, M. Mispoulet a acquis, dit-il, par des études approfon- 
dies, la coviction que la Liste de Vérone n'est pas antérieure 
h la fin du règne de Constantin ; ce qu'il s'efforce d'établir. 

Dans ce but, il soumet à une rigoureuse critique un article 
de Mommsen paru en 1887 dans la Revue numismatique 
de Berlin, sous le titre: Les quinze ateliers monétaires des 
quinze Diocèses de Dioclétien. 

Il prouve, par une savante discussion que, contrairement 
aux affirmations de Mommsen, il n'y a aucune concordance 
entre les 15 ateliers monétaires du temps de Dioclétien et les 
Diocèses (circonscriptions administratives) énumérées dans la 



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238 BrnLIOGRAPHlE 

Liste de Vérone, ces diocèses n'étant d'ailleurs qu'au nombre 
de 12 au lieu de 15. 

L'^issertion de Mommsen, simple affiiTnation dénuée de 
preuves, et entachée d'erreur matérielle, ne peut donc infir- 
mer en rien la démonstration de M. Mispoulet tendant à repor- 
ter au règne de Constantin la date de la Liste de Vérone, 

Mais M. Mispoulet ne s'en tient pas à cette constatation. 

Il étudie consciencieusement les 15 ateliers monétaires de 
l'empire Romain; établit, tant par divers documents que par 
les monaies émises et les dates d'émission, que 8 de ces ateliers 
fonctionnent à l'époque qui a précédé l'avènement de Dioclé- 
tien, tandis que 7 autres ont été ouverts par cet em'pereur entre 
291 et 300 ou 305 et non h une seule et même date ; que la pré- 
tendue règle, établie par Mommsen, d'après laquelle il y au- 
rait un atelier monétaire par diocèse, n'est nullement justifi(V'; 
et qu'il est impossible, en présence des dates de création et 
autres faits, d'imaginer une combinaison quelconque qui 
puisse faire concorder la distribution des ateliers existant sous 
Dioclétien avec les 12 diocèses de la Liste de Péroné. 

Même en supposant exacte la date de 297 attribuée pnr 
Mommsen à ce document, la concordance entre les divisions 
administratives et les établissements monétaires n'existe pas; 
et le désiiccord est encx>re plus profond si, comme le dit M. 
Mispoulet, la Liste date de la fin du règne de Constantin. 

Au surplus, pourquoi vouloir identifier l'organis^ition finan- 
cière à l'organisation administrative; cela n'a pu entrer, dit 
M. Mispoulet, dans la pensée de l'empereur Dioclétien qui 
était un esprit trop positif pour faire de la symétrie pour 
l'amour de l'art; il était plus naturel, et il n'y a pas manqué, 
de placer ses établissements monétaires là où ils étaient néces- 
Sc'iires pour les besoins économiques et politiques de l'Empire. 

La lecture de la brochure communiquée est pleine d'intérêt ; 
et il y a lieu de féliciter l'auteur de ses savantes recherches qui 
rétablissent la vérité historique sur un point intéressant, à 
rencontre de l'opinion d'un historien numismate aussi auto- 
risé que Mommsen. , . .r 

Tyouis Mauqui^. 



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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU 4 JUIN 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président ; Edouard Forestié, secrétaire 
général; Moissenet, Mathet, Borderies, Souleil, Naulet, Vitteaut, 
Ressayre, commandant Desnous, comma.idant Dantin, colonel 
Caillemer, capitaine Réveillaud, Delpey, Lespinasse, général 
Vedeaux. 

Le procès-verbal de la séance de mai est lu et adopté. 

Se font excuser : MM. Bourdeau, Buscon, de Mandres, d'Avan- 
court, Fontanié. Ce dernier avait esp<^ré lire à cette séance un travail 
sur lès Moulins flottants de la Garonne^ situés sur le territoire 
de Castelsarrasin ; ce sera pour une prochaine réunion. 

M. le Président donne lecture de plusieurs lettres relatives à 
l'excursion dans l'Ariège ; parmi ces lettre? il convient de citer 
celles de M. le docteur Dresch, président de la Société ariégeoise 
des sciences; de M. le baron de Bardies, président de a Société du 
Couzeran, de M. le Directeur de l'asile des aliénés, établi sur l'em- 
placement de l'ancien palais épiscopal de Saint-Lizier. Ces Mes- 
sieurs réservent le meilleur accueil à notre Compagnie. Il en est 
de même de MM. les Archiprêtres de Foix, de Mirepoix et de 
MM. les chanoines Cau-Durban et Ferran. 

A la suite du procès-verbal on pourra lire en quels termes le 
Président a i^nnoncé l'excursion à ses confrères. 

Lettre de M., le Président de la Fédération des Commerçants de 
xMontauban, demandant que la Société soit représentée au sein de 



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^40 PROCES-VERBAUX DES SEANCES. 

la Commission des fêtes du Centenaire du département. M. Bour- 
deau est délégué à cet effet. 

M. le Président a le très vif regret d'annoncer la mort de 
M. Alphonse Couget, vice-président et membre fondateur de la 
Société des Etudes de Comminges, Membre correspondant de 
notre Compagnie, M. Couget en avait été membre titulaire lors 
de son séjour à Montauban, alors qu'il y remplissait les fonctions 
de substitut. Depuis lors nos relations avaient été constantes avec 
ce savant d'un rare mérite ; dans plusieurs circonstances il s'était 
joint à nous dans les excursions, et avait, en particulier, pris une 
large part à l'organisation de celle qui nous conduisit à Saint- 
Bertrand de Comminges et à Luchon. Passionné pour son pays, 
dont il connaissait à merveille l'histoire et les monuments, il s'est 
appliqué à le faire connaître ; la Revue de Comminges^ excellent 
recueil, toujours riche de travaux inédits, ne paraissait jamais 
sans quelques pages de lui. 

Resté sur la brèche jusqu'à ces derniers mois, il est mort à l'âge 
de 74 ans, fidèle à la foi catholique qu'il servit et défendit durant 
sa vie entière. M. le chanoine Pottier, qui s'honora de son amitié, 
a, dès le lendemain de sa mort, survenue le lo mai^ transmis à sa 
famille les vives condoléances de la Société et les siennes. L'As- 
semblée s'associe aux regrets exprimés. 

MM. le général Konne et le docteur Tachard envoient des cartes 
postales de la Lorraine et de l'Angoumois. 

M. le Président, et la Société avec lui, déplorent l'achat fait par 
un antiquaire de Toulouse de chapiteaux provenant de l'ancienne 
abbaye cistercienne de Lagarde-Diéu. Prévenu, trop tard, M. le 
Président a éprouvé une vrai peine de n'avoir pu enrichir notre 
Musée lapidaire de ces sculptures ; il les connaissait pour avoir 
étudié avec soin les restes de ce monastère, qu'il avait acheté, en 
1864, au nom des religieux de Sénanques. Ces moines blancs, 
comme on les désignaient au Moyen -Age, pour les distinguer des 
Bénédictins, vêtus de noir, avaient entrepris la restauration de 
Lagarde-Dieu, fondée au XII® siècle par Saint-Etienne d'Obasine, 
sur les bords de l'Emboulas ; ils ne purent malheureusement y 
demeurer sous prétexte que la Congrégation n'était pas reconnue. 

Les bâtiments réguliers^ après la dévastation par les protestants, 
avaient été relevés par un évêque de Cahors, Henri de Briqueville 
delà Luzerne, abbé commandataire en [710. Les chapiteaux ven- 
dus, ainsi que des clefs de voûte, appartenaient à l'époque gothi- ' 



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PROCES-VERBAUX DES SEANCES 24 f 

que, et provenaient d'une belle salle capitulaire et des restes de 
la grande église. 

Aujourd'hui, ajoute le Président, la cupidité des brocanteurs 
se porte sur les sculptures du Moyen-Age, très convoitées par les 
Américains. On achète pour les démolir nos anciens monuments : 
églises, maisons, monastères, châteaux, et nos provinces se voient 
chaque jour dépouillées de leur patrimoine d*art. Il y a peu de 
mois un admirable chapiteaux provenant d'une ancienne demeure 
montalbanaise était, à chers deniers, vendu pour l'étranger. Une 
photographie qu'a bien voulu faire pour la Société, M"*® Viguier, 
est remise de sa part à l'Assemblée, qui exprime sa reconnais- 
sance. Ce chapiteau, dont le tailloir est orné de rinceaux, et la 
corbeille, tapissée d'animaux, dont les cous, réunis en une seule 
tête, formant crochets d'angle, et les corps enlacés, rappellent les 
dragons de la légende. On retrouve souvent, les similaires dans 
notre pays. Ils oppartenaient à l'architecture civile. 

A propos du voyage dans l'Ariége le Président prie M. Lespi- 
nasse de lire la pièce de vers de notre regretté confrère, le chanoine 
Ferran, ayant pour titre : En face des Pyrénées, Elle fut compo- 
sée lors du voyage de notre Société au pays de Comminges, et 
lue par l'auteur dans la séance publique de Luchon. 

M. Delpey donne lecture d'une étude de M. de Gironde à propos 
de l'exposition d'œuvres appartenant à l'art religieux de l'école 
Ingres. Exposition organisée par la Socété de Saint-Jean. (Voir 
le Bulletin, tome XXXV.) 

M. le colonel Caillemer fait don d'une photographie représen- 
tant le donjon du Capitole de Toulouse dans son état ancien. 

Est nommé membre titulaire, à l'unanimité, M. le colonel de 
la Ruelle, commandant le lO* dragons, présenté par le général 
Vedeaux et le Président. 

La séance se termine par des projections de photographies en 
couleur, de M. Mathet. On constate que ce mode nouveau de 
reproduction de nos monuments ou de nos paysages, fait des pro- 
grès incessants, grâce à l'habileté de M. Mathet. 

La séance est levée à lo h. 1/2* 

Le Secrétaire, 

Lespinassr. 



1908 i8* 



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242 PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 

SÉANCE DU 9 JUILLET 190S 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présent?: MM. Pottier, président ; de Bellefon, vice- prés ident ; 
de Séverac, Pécharman, colonel Caillemer, Naulet, Renaud, Es- 
cudié, Lespine, Sémézîes, capitaine de Mandres, Dufaur. 

Excusés: MM. Edouard Forestié, capitaine d'Avancourt, Mois- 
senet, lieutenant Hébrard, 

La lecture du procès-verbal de juin ne donne lieu à aucune 
observation. 

Sur la demande du Président, M. Sémézies donne lecture de la 
pièce de vers qu^l a écrite à l'occasion du voyage dans PAriège 
et de la réception au château de Prat. Ses vers, adressés à M"*« la 
comtesse d'Avancourt, et qui avaient été fort appréciés, sont en- 
tendus avec un vif plaisir par TAssemblée. 

M, le Président, en attendant le compte rendu de cette excur- 
sion qui sera fait par M. de Marigny, rappelle en quelques mots 
le charme des diverses étapes parcourues par la Société et l'accueil 
aimable qu'elle a reçu partout. 

Le capitaine de Mandres déclare avoir vu au château de Léran, 
où la Société n'a pu se rendre dans cette excursion, des tableaux 
et des dessins représentant le château de Lagarde à diverses épo- 
ques. La Société a visité avec intérêt ces superbes ruines, dont 
^mo Vigarosy, trop souffrante, n'a malheureusement pas pu faire 
les honneurs, mais qui nous ont été montrées par son régisseur. 

Le château de Léran, l'une des demeures actuelles du duc de 
Levis-Mirepoix, où sont conservées ses précieuses archives, a été 
complètement reconstitué d'après les anciens documents. 

M. le Président lit un article du journal de Foix rendant compte 
de notre excursion. 

M. le Président donne également lecture de lettres de M. le 
Curé-doyen de Montpezat et de M. Meuret, maire de cette com- 
mune. 

Dans ces lettres ces Messieurs demandent au Président de la 
Société de vouloir bien accepter la mission de se rendre à Paris 



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PR0Gès-VER3AUX DES SÉANCRS 243 

pour reconnaître si les coffrets induement achetés par M. Alavoine, 
et que celui-ci est tenu de restituer, sont bien les coffrets authen- 
tiques qui lui ont été livrés et non des copies. M. le Président 
avait prié M de Fcntenilles, en ce moment à Paris, de faire cette 
expertise, notre confrère se récuse, ne voulant pas assumer seul la 
responsabilité de cette récognition. 

M. le Président demande à la Société s'il doit l'accepter lui- 
même. L'Assemblée, considérant d'une part que M, le chanoine 
Pottier a eu plusieurs fois l'occasion de voir et d'étudier ces 
coffrets, qu'il a fait photographier et sur lesquels il a écrit une 
Notice très détaillée, est tout indiqué pour faire cette expertise, 
et qu'il devait, en effet, en accepter la mission. M. le Président 
partira donc prochainement pour la capitale. 

M. Cartailhac, notre distingué correspondant, en envoyant ses 
regrets de ne pouvoir être des nôtres dans l'excursion de Foix, 
signale à notre attention deux pièces de premier ordre dans le 
musée : Un ours gravé sur galet, et un phoque gravé sur os. « Nous 
avons, dit-il, deux autres dessins de phoque dans nos gravures de 
l'âge du renne, tous deux de la Dordogne. Cet animal, le phoque 
Groenlandica, descendait alors sur nos rivages, qui devaient être 
bien au-delà de la rive actuelle, et les artistes paléolithiques le 
connaissaient bien. Ces gravures sont très suggestives. » 

M. Cartailhac annonce en même temps que le Musée d'histoire 
naturelle de Toulouse a eu la bonne fortune d'hériter, grâce à 
la libéralité de M™® Félix Regnault, des collections archéologiques 
et préhistoriques de son regretté mari. Il avait de très précieuses 
séries. 

M. Cartailhac nous invite à aller visiter ces collections, tout en 
regrettant que dans notre Midi toulousain le préhistorique ne 
passionne pas comme il conviendrait les archéologues. 

M. le Président rappelle que la Société archéologique de Tarn- 
et-Garonne a été une des premières, avec le concours de MM. Brun, 
Nonorgues,curé de ^Bruniquel ', Devais et autres, à s'occuper de 
cette science, alors au berceau. Il avait lui-même, dès 1862, fait des 
fouilles dans les abris de Bruniquel, en ompagnie de M. Trutat, 
et, en 1863, il faisait une communication, à ce sujet, au Congrès 
tenu à Rodez sous la présidence de M. de Caumont. 

M. l'abbé Taillefer adresse une note relative à la découverte, 
aux environs de Cazillac, canton de Lauzerte, de trois souterrains 
ainsi décrits : 



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244 PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 

No I 

Habitation souterraine du Tuquel de Leygue-Bas à Cazillac 

A. Entrée-escalier venant de la direction de l'Ouest, 3 mètres. 

B. Première chambre, en partie comblée, 1 m. 80. 

C. Entrée du corridor en ogive, abaissé et étroit, dès l'entrée, 
mais remontant presque aussi: ôt à 2 mètres, et s'élargissant jus- 
qu'à 0,76 c L'entrée simule un encadrement, moulé, de porte. De 
chaque côié, en bas et en haut, des ouv«.rtures perdes dans les 
parois indiquent Templac* ment des pièces de bois servant à fermer 
rentrée. L'ensemble du corridor G D mesure 5 m. 60. 

E. Corridor donnant entrée dans la chambre F, très bien conser- 
vée, avec tious et niches pour ustensiles, voire même un semblant 
de dressoir. Les points marqués par le signe X indiquent une 
ouverture donnant communication entre la chambre et le corridor. 
Celui-ci a 3 m. 81, et les dimensions de la chambre sont : 2 m. 
de hauteur, i m. 84 de largeur et 2 m. O3 de longueur. 

Q. Continuation du passage ou corridor principal, 4 m. 50. A 
l'entrée, même observation que pour la partie C. Il y avait deux 
autres passages donnant accès dans de nouvelles chambres, mais 
ils sont obstrués, points G' et G'. 

H. Troisième chambre, vue, mais non visitée en détail, à cause 
d'un éboulement récent. Dans le fond, le passage se continue. Il 
y avait au-delà un four et un réservoir à eau. 

Observation qui s'appliquera aux deux autres habitations. Cette 
caverne est toute entière creusée de la main de l'homme avec un 
outil à double face formant pic et gouge, dans le tuf ou le sable 
marneux. Les corridors et les chambres sont tous en arc brisé. 
Le plan est pour celle-ci horizontal. 

N° 2 

Habitation souterraine de Larimé à Cazillac 

K. Soupirail débouchant dans un champ de luzerne (diamètre en 
haut, 0,06 c; en bas, 0,15 c; hauteur totale, 6 mètres). Ce soupi- 
rail ayant éveillé l'attention, un puits a été creusé dans le sable 
et la chambre I a été mise à jour (2 m. haut, 3 m. long, i m. 45 
large). Les points J, au bas de la salle ogivale présentent deux 
ouvertures de 0,20 c, servant probablement à l'aération des salles; 
on a pu mesurer 3 m. 63 de longueur, ce qui fait supposer adroite 
de I l'existence d'une autre salle. 



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Bulletin Archéologique 31 Tbimesôpe 1908 

Habitations Souterraines 




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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 246 

H. Le passage ou corridor remonte jnsqu'à F, pour redescendre 
dans la salle G, dont la base doit être au niveau de la salle I (ce 
point ne peut être établi à cause du sable éboulé). Au point de 
jonction des corridors H et F (l'un a 3 m. 60 x 0,60 x 2, et l'au- 
tre 0,80) est percé à i m. 60 un trou triangulaire de 0,22 de côté 
et de profondeur, destiné à recevoir la € lampe d'éclairage. » Il 
y a au-dessus une forte couche de fumée. 

La salle G est plutôt actuellement de forme ronde avec voûte 
en berceau. 

Les salles B. et G sont en partie comblées de sable et de pierres, 
lancées du point A, entrée de la grotte non visible à Textérieur, 
par le propriétaire du champ, il y a relativement peu de temps. Le 
passage D se continuait dans la direciion de l'Est vers les silos et 
le four récemment mis à jour à 20 mètres du point D'. Le proprié- 
taire en a répandu les cendres, environ deux charretées, dans un 
champ voisin, en forme d'engrais. 

NO 3 
Habitation souterraine de Larénal à Cazillac 

A est un vieux puits délaissé taillé dans le tuf, sauf dans le haut 
qui présente i m. de maçonnerie en pierre de taille. A 2 m. 50 de 
profondeur s'ouvre une voûte qui forme une première salle B, de 

2 m. 20. 

Au point G était une poutre d'un usage indéfini, à moins qu'elle 
n'ait servi à assujettir une clôture. 

GG indique différents corridors, dont deux sont comblés de 
sable, le premier dans la direction Nord et l'autre dans la direc- 
tion Sud. 

L'axe du verstibule B monte insensiblement dans la direction des 
salles E et D. 

Le corridor qui donne accès dans la salle F est d'un accès peu 
commode. 11 a 2 mètres environ, ainsi que les deux autres. 

Les trois salles sont à peu près d'égale grandeur, 2 m. 50 à 

3 mètres de long, 2 mètres de large et 2 mètres de haut. 
Ghaque salle porte au milieu de la voûte, en plein cintre, un 

soupirail ou bouche à air. 

Le puits a uniformément i mètre d'eau et le niveau en est à 
m, 30 au-dessous du sol du vestibule. 

L'ancien propriétaire du puits prétendait avoir trouvé, en visi- 



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246 PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 

tant ces grottes, un squelette humain, une meule à moudre des 
grains et plusieurs silos où étaient des ossements. 

Les corridors ont la voûte à angle équilatéral. 

M. de Séverac fait part également de la découverte faite dans 
les marnes des coteaux de la propriété de son beau-père, M. Ph-i 
lippe d'Elbreil, à Saint-Etienne de Tulmont, de sépultures ovoïdes 
et d^une habitation souterraine de grande dimension. 

M. le Président décrit une de celles qui sont le plus connues 
dans le département, celle de Léojac ; toutes les autres sont creu- 
sées à peu près dans les mêmes dimensions et de la même manière : 
des corridors étroits avec systèmes de défenses, conduisant à des 
salles creusées dans le tuf. 

Les souterrains de Cazillac portent des preuves non douteuses 
d'habitation s'étant poursuivie jusqu'à une époque relativement 
peu reculée, il existe entre elles et celles de Léojac une particu- 
lière analogie. Ce groupement de plusieurs habitations dans un 
même rayon indique un centre de population, il sera intéressant de 
suivre cette découverte de plus près, et M. Taillefer mérite toute 
la reconnaissance de la Société pour sa communication. 

M. de Mandres annonce qu'on a découvert depuis peu des sépul- 
tures Scandinaves dans TAveyron. 

M. le commandant Espérandieu, l'archéologue bien connu, 
demande, par lettre, s'il n'existe pas au Musée de Montauban 
des sculptures gallo-romaines. La Société constate avec regret qu'il 
n'y en a pas d'imporiantes. 

M.Sémézies rend compte d'un très beau livre de notre confrère, 
M. Alfred Gandilhon, archiviste du Cher, ancien archiviste à Mon- 
tauban, sur la Vie privée de Louis XL 

M. de Mandres y ajoute quelques détails intéressants. 

M. Domingon, maire d'Escatalens, remercie, par lettre, de sa 
réception comme membre de la Société. 

M. le docteur Linon, de Montpezat, notre confrère, écrit au 
sujet de l'église de Saux ; il se félicite de constater que cet inté- 
rcîssant vestige des églises à coupole est désormais à l'abri des 
injures du temps, grâce à M. le Président. 

M. le chanoine Pottier fait remarquer qu'il s'est, sans doute, 
occupé de l'exécution des travaux de conservation avec le très 
utile concours de M. Depeyre, mais que les fonds employés sont 
dûs à la générosité d'un membre de la Société qui désire rester 
inconnu. 



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PROCES-VERBAUX DES SEANCES 24.7 

D'une lettre de M. François de Scoraille, M. le Président extrait 
ce qui suit : c Au milieu des liasses de papiers de la famille de 
Lomagne, conservées au château du Brucka, nous avons découvert 
un manuscrit, sorte de journal de bord d'un officier de marine, à 
bord de V Hercule pendant la croisière sur les côtes d'Angleterre, 
des flottes combinées de France et d'Espagne, en 1778, sous le 
commandement d'Orvilliers et de Guichen pour la France, de Cor- 
dova et de Darzé pour l'Espagne. Ce manuscrit suit la campagne 
jour par jour, et il occupe environ 40 pages. Quel peut être cet 
officier? » 

« Les traditions de la famille de Lomagne n'ont pas conservé le 
souvenir d'officier de marine à cette époque, mais seulement celui 
de deux gardes du corps et d'un troisième officier, du nom d'Ale- 
xandre, beau-père du baron de Ruble. Serait-ce M. Puget de 
Lassalle ou un de Lurde, alliés aux Lomagne. » 

€ Il serait utile de savoir le nom des officiers qui faisaient partie 
de l'équipage de VHercnle pendant la campagne de 1778. Mais 
s'agit-il bien d'un officier de marine ou bien d'un simple commis- 
saire. L'auteur du manuscrit se dit à Camaret « écrivain, tenant 
les registres de l'hôpital et de la compagnie, » il s'indique comme 
ayant au cours de la campagne signalé des voiles ennemis. Ce n'est 
pas un officier supérieur, son nom ne figurant pas dans l'état-major 
du comte d'Amblemont, commandant de VHercule, » 

« En tête du manuscrit se trouve l'état général de la flotte portant 
le nom des commandants de navire. » 

€ Il faudrait retrouver aux Archives du ministère de la marine 
certains documents qui sont simplement si<jnalés, ainsi que la liste 
des officiers composant l'état major .du comte d'Orvillier. » 

M. de Scoraille annoivre également qu'on a trouvé dans les 
mêmes archives une consultation mt'îdicale autographe de Tronchin, 
qu'il veut bien nous communiquer. (Voir p. 221.) 

M. Paul Fontanié devait lire à cette séance son étude sur les 
moulins flottants de la Garonne. Malheureusement l'état de sa 
santé ne lui a pas permis de réaliser son projet. Il s'en excuse, et 
la Société espère que bientôt il pourra y donner suite. 

M. Sémézies annonce pour le printemps prochain que les mem- 
bres d'un Congrès visiterront la vallée du Nil. 

M. Lespinasse cite un article de la Revue de la Corrèze sur les 
peintres du Limouzin. 

M. de Bellefon complète cet article par des observations person- 
nelles. 



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248 PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 

Notre distingué confrère, M. Albert Soubies, fait hommage à la 
Société de VAlmanach des spectacles pour 1907, qu'il vient de faire 
paraître. Ce volume est comme tous ceux qui Tont précédé dans 
cette précieuse collection, un vade-mecum très utile et en même 
temps un charmant petit livre, illustré d'une jolie eau-forte. Des 
remerciements sont votés à M. Albert Soubies. 

M. le docteur Baron, médecin-major du io« dragons, présenté 
comme membre titulaire par M. le commandant de Bermond et 
M. le capitaine Marcel, est nommé à l'unanimité. 

Sont nommés membres correspondants à la suite du voyage 
dans l'Ariège : M. le docteur Dresch, président de la Société arié- 
geoise ; M. le baron de Bardies, président de la Société des Etudes 
du Comminges, et MM. Roger et Ferran, membres de ces Sociétés. 

La séance est levée à 10 h. 1/2. 

Le Secrétaire^ 

iMBERT, archiviste. 



Excursion dans TAriège (château de Praf^ Saint-Lizier, 
Saint-Girons, Foix, Pamiers, Mirepoix^ ruines du châ- 
teau de Lagarde)^ 15 et 16 juin 1908. 

Plusieurs fois, dans ses < Manœuvres d'Automne, » notre Com- 
pagnie a remonté le cours de la Garonne. Ce même chemin^ 
marqué de tours à signaux, va lui offrir, à nouveau, la séduction 
de ses c Royales Montagnes, » elles seront, pour lors, vêtues de leur 
printanière parure. 

Il est vrai, loin des glaciers et des forêts de pins, nous verrons, 
à distance seulement, leurs cimes neigeuses. Pourtant quels aspects 
tour à tour riants ou grandioses, lorsque l'on pénètre par Bous- 
sens dans la région p3Ténéenne de l'Ariège ! Quelle série de mo- 
numents dans la traversée de Prat et Saint-Lizier à Mirepoix et 
Lagarde, par Saint-Girons, Foix et Pamiers ! 

En vérité, ce sera pour nous, en deux jours, la réalisation d'un 
rêve d'Archéologue : une Capitale Antique avec son acropole, trois 
évêchés, leurs palais et leurs cathédrales, salles Capitulaires et 
cloîtres, des monastères, des forteresses féodales, des châteaux, 
des bastides .. Edifices debout, pour la plupart, si quelques-uns 



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t>ROCES-VERBAtJX DES SEANCES 249 

renversés se complaisent dans la majesté des ruines, ou bien se 
dissimulent dans leur poésie. 

Oui ! Prat d'abord : 

Sur un piton, qui domine la voie ferrée au confluent du Salât 
et de la Gouarège, château fortifié par les Comminges au XIII® 
siècle, transformé en partie, de 1529 à 1543, par Henry de Mau- 
léon, Tévêque de Saint-Bertrand, qui fut si épris de la Renaissance. 

Après les trois enceintes franchies, la porte François I", due à 
ce prélat, nous sera très aimablement ouverte par les châtelains, 
la Comtesse et le capitaine Comte d'Avancourt. Ils veulent bien 
me charger de vous convier à leur table, largement dressée. 

Ainsi sera, en face des Pyrénées, dans le charme d'un confra- 
ternel accueil, notre première halte. 

Des voitures, mises gracieusement à notre disposition par la 
Société des Etudes du Couserans, permettront d'arriver rapide- 
ment à Saint-Lizier et, de là, à Saint-Girons. 

Dès lors, nous avons l'heur d'appartenir à nos confrères de 
l'Ariège, maintenant sous la présidence éclairée de MM. le baron 
de Bardies, Signorel et le comte Bégouen. 

Puis, à Foix, M. le docteur Dresch, à la tête de sa Société 
ariégeoise des Sciences^ Lettres et Arts^ le secrétaire général 
M. Pasquier, le savant Archiviste de la Haute-Garonne, d'autres 
encore, feront revivre pour nous la réception si appréciée en 1901. 

Dieu veuille que M. Eugène Trutat, un ami, qui est des nôtres 
à tant de titres, souffrant en ce moment, soit assez bien pour que 
nous puissions lui serrer la main. 

A partir de Pamiers, nouvelle aubaine, le chanoine Cau-Durban 
nous guidera en fief archéologique dont il est, a dit avec raison, 
M. de Lahondès, u suzerain. » 

Mais revenons vers la première étape : 

Après Prat, voici Saint-Lizier. ^ws/Wa, Toppidum gaulois, est 
devenu au temps de Rome la Givitas consorannoruni. C'est bien 
là, sur la hauteur, la place d'une cité dominatrice ; les remparts, 
d'un pourtour de 740 mètres, les tours d'enceinte au nombre de 
douze, demeurent, en partie, avec leur appareil à chaînages de 
briques . 

Sous les évêques de Couserans (le premier est du V« sièclel un 
donjon a défendu la forteresse devenue la demeure épiscopale, 
reconstruite en majeure partie en 1655 par Bernard de Marmiesse. 

Un asile d'aliénés occupe les bâtiments, dont le directeur, 
M. Malfilatfre, veut bien nous faire les honneurs. 



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2 5o PROCKS-VERBAUX DES SEANCES 

Saint-Lizier eut deux cathédrales, la plus ancienne Notre-Dame 
de la Sède ou de Siège, fût appuyée sur les murs d'Austria, et son 
chevet, fatt en partie avec des marbres arrachés aux monuments 
païens. Des restaurations commencées au XIV® siècle se termi- 
nèrent vers 1478, de belles boiseries du XVII® siècle Tornent 
encore. Tout à côté, une remarquable salle capitulaire occupe sa 
place régulière *, elle est restée intacte, tandis que le cloître a 
disparu laissant seulement un en feu qui abrite un Christ de Pitié, 

La seconde cathédrale dédiée à saint Lizier, est située dans la 
ville basse, comme à Notre-Dame de la Sède, des matériaux anti- 
ques sont entrés dans la construction de la belle abside, élevée 
au XII® siècle entre deux tours de défense de Tune des entrées de 
la ville, à l'époque Visigothe, ces tours devinrent des absidioles. 

Cette opinion fut émise par M. de Dion, au Congrès de 18S4, 
toutefois un archéologue du pays, M. Roger, verrait là les restes 
d'une basilique élevée au VI® siècle, par Tévêque Théodore. 
Quoi qu'il en soit d'un problème digne d'étude, Téglise romane 
fut consacrée en 11 18. Sa croisée fut remaniée au siècle suivant 
pour supporter une tour centrale, que le XIV® siècle remplaça par 
un de ces clochers de brique polygonaux, au type toulousain, si 
acclimatés autour de nous. La nef, dont l'axe est déviée d'une 
étrange façon, appartient par sa voûte, à croisées d'ogives, à la 
seconde période gothique. 

Le trésor renferme encore une crosse en ivoire du XI® siècle, 
une mître du siècle suivant, un coffret de la même époque, une 
croix reliquaire en argent du temps de Louis XIII, avec cabochons, 
des chandeliers aux armes de Bernard de Marmiesse et, surtout, 
le buste en vermeil de saint Lizier, merveilleuse pièce d'orfèvrerie 
espagnole du XVI® siècle. 

On distingue à la voûte de l'absidiole du Nord, une Vierge 
allaitant l'Enfant Jésus, entre deux anges céroféraires. peinture 
remontant à l'évêque Auger de Monfaucon (i 274-1 303). 

Le cloître du Chapitre, de la fin du XII® siècle, est resté irès 
complet, les chapiteaux des colonnettes de marbre montrent toute 
« la variété féconde et la puissance de création de Tart roman de 
la région » (de Lahondès). Cqmme cela est fréquent en Espagne, 
ce cloître est à deux étages, la galerie supérieure, en charpente, 
date du XV® siècle seulement. 

La ville de Saint-Girons, baignée par deux rivières, est d'un 
^bord séduisant dans son beau cadre pyrénéen, on y arrive après, 



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PROCES-VÊRBAUX DES SEANCES 25 ( 

avoir franchi le Salât sur un pont du Moyen-Age (modifié au 
XVIl*^ siècle), et suivi pendant quinze cents mètres les bords 
verdoyants de cette rivière. 

Nos hôtes du Couserans nous guidant, la visite de leur cité, le 
Bourg et Villefrvnche^ pourra se faire rapidement. 

Foix, après une heure de chemin de fer, nous fournira le gîte 
du soir. Le dîner sera suivi d'une soirée offerte avec la meilleure 
grâce par la Soâiété ariégeoise^ pour nous permettre de fusionner 
avec l'élément fuxéen ; de mieux apprendre l'histoire de la vieille 
abbaye, fondée sous Charles-le-Ghauve, sur le tombeau du mar- 
tyr saint Volusien ; puis comment les comtes vinrent en I0D2, de 
Carcassonne, et retrouver, enfin, dans leur lignée le légendaire 
Gaston Phœbus. 

La matinée du mardi suffira à peine pour examiner l'église 
abbatiale, reconstruite de 1104 à 1123, allongée à la fin de la 
période gothique, dévastée en 1581, restaurée peu d'années après. 
Il faudra monter au château dont les trois tours dominent si fière- 
ment la vallée, visiter le musée et, trop tôt, partir. Deux villes 
encore nous attendant : 

Pamiers ne sera guère que traversé. Il y a sept ans, cathédrale, 
anciens couvents, et promenade élevée du Castella nous retinrent 
quelques heuras. 

MiREPOix. Entièrement détruite par une inondation, cette ville 
a été reconstruite en 1286 dans le plan régulier des bastides : rues 
droites, place centrale avec de curieux et artistiques couverts de 
bois aux maisons en encorbellement. Le pape Jean XXII en fît le 
siège d'un évêché, dont la cathédrale, avec ses 21 mètres 50 de 
largeur présente la plus large église à une seule nef du Midi, 
sinon de la France entière. La flèche d'un clocher octogonal porte 
à 60 mètres de hauteur la croix terminale. 

Le Château de Lagarde est assis sur un monticule qui 
domine la rive gauche de THers. M. de Lahondès, dont les appré- 
ciations sont d'une si haute autorité, a dit de lui : 

« Il montrait, à la fois, les dispositions militaires des temps 
féodaux, les élégances délicates de la Renaissance et les somptuo- 
sités du grand siècle. » 

Le château fut démantelé en 1795, et ses ruines arrachent l'admi- 
ration. 



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252 



t^ROCES-VERBAUX DES SEANCES 



Après cette dernière halte, permettez-moi de dire, à nos habiles 
photographes, qu'ils auront à faire ample moisson ; c'est l'excuse 
de ma trop longue lettre, dans laquelle, tout au moins. Monsieur 
et cher Confrère, vous voudrez bien trouver les assurances d'une 
inaltérable amitié. 

Le Président^ 
Chan. Fernand POTTIER. 




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NOTICE BIOGRAPHIQUE 



SUR 



Pierre-Alexandre de PARISOT de DURAND 

PAR 

M. Jules CLAVERIE 

Membre de la Société. 



Pierre- Alexandre de Parisot de Durand, né à Paris en 
octobre 1750, était fils d'Alexandre Parisot, un des neuf 
enfants de Louis de Parisot, trésorier de France à Lyon, 
et d'Elisabeth de Jordan de Durand, d'une très ancienne 
famille du Dauphiné. 

Sous l'ancien régime, les cadets avaient par nécessité 
l'humeur voyageuse ; aussi retrouvons-nous, sans surprise, 
après son mariage à Paris, le père de notre artiste, résidant, 
en 1763, à Heidelberg. 

Quelle fonction y remplissait-il ? nous l'ignorons ; mais 
il est probable que ce fût à cette université célèbre que le 
jeune Alexandre, son fils, commença cette brillante éduca- 
tion qui le dota de tous les talents. Il était, en effet, à un 
degré également remarquable, peintre, musicien, architecte, 
et sa correspondance nous le montre mathématicien, litté- 
rateur et philosophe. Resté orphelin de bonne heure, il 
revient à Paris, auprès d'une tante maternelle, et entre 
1908 19 



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2^4 PlEfeRË-AlkXANbfeE bfe PÀRt?Ot Dfe DtjftAMD 

dans l'atelier d'un peintre qu'il appellera plus tard, dans 
ses souvenirs, mon cher Maître (i), et dont il a négligé 
malheureusement de nous dire le nom. 

A quelques années de là, nous le voyons attaché pendant 
quelque temps aux bureaux de l'ingénieur à Montauban. Il 
se marie avec Mademoiselle Barthe, fille d'un négociant de 
cette ville, en 1777, et se consacre à nouveau au dessin 
qui devient son occupation définitive. 

C'est à cette période que se rattachent les deux encres de 
Chine qui représentent la promenade du cours Foucault, et 
une vue de la ville prise de la rive gauche du Tarn. Ces 
dessins appartiennent à notre érudit confrère, Henri de 
France, si versé dans les annales de notre ville, qui a bien 
voulu en autoriser la reproduction. Il existe aussi, de cette 
époque, une halte de chasse à la sépia, une soirée de musi- 
que, en société très parée, une vue de l'intendance, et une 
série de sujets tirés de l'Enéide! 

Entre temps, Alexandre faisait quelques voyages à Paris, 
tantôt pour acheter des estampes nécessaires à ses études 
et se tenir au courant, une autre fois pour faire confec- 
tionner des presses de graveur, à son usage. Ses lettres 
parlent des choses du temps ; de la visite du roi de Suède 
qui se montre à l'Opéra, de Mesmer qui moyennant cent 
louis initie à ses secrets, du Parlement de Paris qui cher- 
che noise aux convulsionnaires. 

Cependant, l'activité de son esprit ne pouvait s'accom 
moder d'une résidence aussi tranquille. 

En 1785, son talent ayant acquis de ia notoriété, il es 
nommé directeur de l'Ecole royale de peinture à Grenoble 
On voit en quelle considération il était tenu, par l'accuei 
que lui firent le premier Président du Parlement, Tlnten 



(1) M. Ephrussi, directeur de la Galette des Beaux-Arts, le supposait 
élève de Moreau. 



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HEftRE-ALEiAkDRE bE t>ARtSOt DE DbttANb ^hh 

dant de la province, l'Ingénieur en chef et les autorités de 
la ville. Qu'est devenue la collection à laquelle Parisot a 
travaillé pendant cinq ans, et dont une faible partie seule- 
ment a été emportée en Russie et vendue plus tard au 
prince Dolgorouki ? Le Musée de Grenoble, si attentionné 
pour ses gloires locales, n'en contient aucun spécimen. 

La Révolution arrive ; Parisot émigré en Russie à la fin 
de 1792. Il y a été appelé par un ami qui a trouvé pour lui 
une place d'ingénieur à Moscou. Déjà quantité de Français 
ayant abandonné leur patrie, affluent dans cette ville. 
Malheureusement, un décret de l'Impératrice Catherine 
interdit toute correspondance sous peine de bannissement 
en Sibérie. On reçoit cependant de rares nouvelles par des 
lettres sous trois enveloppes ouvertes successivement par 
des personnes situées en pays neutre. 

Avec l'empereur Paul, la situation s'améliore ; la noblesse 
Russe fait aux émigrés le meilleur accueil. Parisot qui n'a 
pas trouvé dans sa position d'ingénieur les avantages qu'il 
espérait en retirer, voit son talent de dessinateur très appré- 
cié, car il écrit à cette époque : t Je suis le premier dans 
mon art ». Il se perfectionne dans la miniature, et envoie 
à un de ses amis de Montauban, son portrait peint par lui- 
même, qui est un petit chef-d'œuvre. Il vend au prince Dol- 
gorouki, ce qu'il appelle la fête champêtre, au prix de 400 
roubles. Il a pour élèves les seigneurs les plus distingués, le 
prince Galitzin entre autres, et se rend chez eux dans une 
voiture à deux chevaux qui lui appartient. Sa fortune aug- 
mente. Quelques années après la mort de sa première 
femme, il se remarie avec une émigrée en 1801. 

Il y a alors toute une société française, aimable et intel- 
ligente : le chevalier d'Izarn, M. Godin, le peintre de La 
Perche, M. de Ladevèze, M. de Tauriac, l'abbé Surugues, 
ancien chef d'institution à Toulouse, et curé de Saint-Louis 
des Français à Moscou, dont les lettres ont été publiées 



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i^6 PlËRRfe-ALnXANDRE DM PARIsDT bfe DÙRAfift 

dans le Correspondant^ par Tabbé Le Rebours, curé de la 
Madeleine. 

Pendant ces jours heureux, la correspondance de Parisot 
devient plus abondante, son génie semble se développer, 
et les jugements qu'il porte sur toutes choses : histoire, 
beaux-arts, philosophie, ont une telle sûreté, qu'il n'en est 
pas un que la suite des temps n'ait pleinement justifié. 

Cependant il n'oubliait pas sa chère patrie, parvenue alors 
à l'apogée de son incomparable grandeur, et songeait au 
retour, mais deux créances considérables, difficiles à recou 
vrer, le retenaient encore et le retinrent, malheureusement 
jusqu'au moment ou l'alliance conclue à Tilsitt et à Erfurth 
venant à chanceler, la baisse du change prit de telles pro 
portions, que se décidant à rester, il crut bien faire en pla 
çant toute sa fortune en maisons. Un an plus tard les mai 
sons de Parisot disparaissaient dans l'incendie de Moscou 

Dans ces moments d'horreur, l'énergie et la présence 
d'esprit de sa femme lui rendirent les plus grands services 
elle soutint son courage et réussit au milieu de ce désastre, 
à mettre en lieu sûr les collections de son mari. Tout était 
à recommencer, et l'âge arrivait ; il touchait à sa soixante- 
deuxième année. 

Sur la recommandation d'un de ses anciens élèves, le 
prince Galitzin et de M. de Markoff, autrefois ambassadeur 
en France, sous le Consulat, il entra comme précepteur dans 
la maison du prince Boris de Cherkasky. Ce grand person- 
nage, dont les ancêtres avaient occupé le trône, avant la 
dynastie des Romanoff, habitait au milieu de ses vastes 
domaines de Tcherkisowa, à 20 lieues de Moscou . La 
situation de précepteur, à cette époque, où la grande 
noblesse russe tenait à recevoir une éducation toute fran- 
çaise, avait une importance considérable. Logé avec sa 
femme et son fils dans un pavillon séparé, avec des domes- 
tiques attachés à sa personne, et une voiture pour son 



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PfERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND îSy 

usage particulier, il menait une vie relativement indépen- 
dante, qui lui permettait de se livrer à son art favori devenu 
pour lui une véritable passion. Mais la secousse de 1812 
avait été trop forte ; l'idée que son retour en France était 
désormais impossible, le désolait. En outre, ses nouvelles 
fonctions étaient peu à son gré. Il lui était dur à son âge de 
faire son occupation principale, de sciences et d'études, qui 
n'avaient été jusques-là qu'une sorte de délassement. Cepen- 
dant soutenu par ses sentiments chrétiens, il se résignait, 
heureux de consacrer le prix de ses travaux à l'éducation 
brillante qu'il faisait donner à son fils, lorsqu'une attaque 
soudaine vint le frapper à la table même du Prince. Malgré 
les soins du médecin allemand de la maison, et des deux 
premiers médecins de Moscou, mandés en toute hâte, il 
succombait le 17 mars 1820, à l'âge de 69 ans. 

Peu de mois après, sa veuve, se conformant aux désirs 
qu'il avait souvent exprimés, chargeait M. de la Perche, 
peintre distingué et vieil ami de Parisot, de choisir dans les 
cartons, deux de ses principales œuvres, pour être adres- 
sées à la fille de sa première femme restée à Montauban. Ces 
deux ouvrages importants, représentent, l'un le retour de 
Marcus Sextus après son exil. Traité d'une manière diffé- 
rente de celle du célèbre tableau de Guérin, qui est au Lou- 
vre, ce dessin dont la photographie est jointe aux vues de 
Montauban, est fait d'après nature, à la pierre noire de 
Conté, relevée de blanc, sur papier gros bistré. Il a 72 cent, 
sur 59. L'autre est une aquarelle de grande dimension, 
88 cent, sur 58 ; elle représente une fête champêtre en 
Russie. C'est une œuvre très admirée. 

Je ne saurais finir sans dire un mot sur la famille de Pari- 
sot devenue russe. Son fils, après avoir passé deux ans à 
l'institut impérial du génie de Saint-Pétersbourg, fondé 
par l'empereur Alexandre, sort sous-lieutenant à l'âge de 
17 ans. L'avancement le plus rapide le conduit à 28 ans au 



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258 PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND 

grade de lieutenant-colonel. Il épouse Mademoiselle de 
Sakaloff et meurt à Tâge de 35 ans en 1838, laissant 
5 enfants en bas âge. 

Après un demi-siècle d'oubli réciproque, les souvenirs se 
réveillent sous l'impulsion de l'élan des deux nations, l'une 
vers l'autre. Des recherches heureuses font retrouver aux 
parents de Montauban leurs cousins de Russie. On se recon- 
naît au travers du temps et de l'espace. 

On apprend que les deux fils du colonel, sous le nom de 
Parisot de la Valette, ont servi brillamment dans la cava- 
lerie, pendant la guerre des Balkans, et que l'un d'eux, 
Michel, retiré du service, a été pendant plusieurs années, 
maire de la grande ville de NicolaïeflF. 

C'est un ami passionné de la France. 



-^<^i)@^(^fl^>^- 



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Pierre. Alexandre PARIZOT 



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Parisot et son OEuvre 

PAR 

M. le Marquis de PANAT 

Membre de la Société. 



Le XVIII* siècle ne nous a pas laissé « d'instantanés » et 
pour cause. Nos bons aïeux de cette époque reculée n'appelè- 
rent jamais Phébus, le dieu blond et triomphant, à l'honneur 
de collaborer avec eux. L'art de fixer les images sur une sur- 
face polie au moyen de rayons lumineux comme par autant de 
clous d'or demeura lettre close pour nos prédécesseurs d'avant 
la Révolution. Devons-nous les plaindre de cette impuissance 
relative ? Devons-nous la regretter pxour nous-mêmes, au point 
de vue de l'intérêt historique ? Je ne le crois que modérément. 
Si l'ancien régime manqua de photographes, il ne chôma ja- 
mais de dessinateurs, aussi adroits que sincères, aussi em- 
pressés à connaître les milieux où leur activité se mouvait, à 
contempler sous ses aspects variés la vie courante, qu'habiles 
à tout traduire sur le vélin, de la fine pointe de leur crayon ou 
des barbes déliées de leur pinceau. 

Et d'une si heureuse réunion de bonnes volontés et de ta- 
lents, combien de chefs-d'œuvre naquirent ! Il faut vraiment 
peu de chose au génie pour qu'il se révèle dans sa puissance 
ou dans sa grâce. L^ne mère distribuant à sa jeune famille le 
déjeuner du matin, une voiture publique vidant sur le pavé 
son contenu de voyageurs plus ou moins fripés par leur trajet 
nocturne, un tréteau de chiens savants ou de marionnettes 



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200 PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND 

dans quelque coin de jardin public ; moins encore : un buvejr 
agenouillé tétant les illusions de Tivresse au goulot de sa fias- 
que enveloppée de paille, un jambon qui s'empanache d'un 
brin de laurier comme d'un plumet, à côté d'une assiette d'huî- 
tres et d'une bouteille de Sauternes, en voilà assez pour nous 
révéler une civilisation, pour assurer la gloire d'un Chardin, 
d'un Boilly ou d'un Debucourt, pK>ur renouveler l'intérêt de 
siècle en siècle et captiver l'admiration de l'Avenir. 

C'est que la curiosité esthétique de l'homme, naturellement 
enclin à la vérité sans laquelle il n'est rien de beau, porte no- 
tre esprit d'instinct, vers les spectacles du réel. C'est que la 
même curiosité ne se lasse jamais de ce réel, à la condition 
qu'il soit dexfrement et -fidèlement rendu, entendons-nous, 
tel que notre faculté visuelle est capable de le percevoir. Les 
chevaux de course de Théodore Géricault, en leur galop aux 
longues et majestueuses foulées, plairont toujours mieux que 
ces espèces de monstres recroquevillés dont, aujourd'hui, sous 
couleur de retracer les épisodes d'une épreuve sensationnelle, 
des objectifs rapides et perfectionnés assurent l'exact mais dé- 
plaisant souvenir. 

De telles réflexions, et bien d'autres, me venaient naguère, 
tandis qu'une bonne volonté obligeante étalait pour mon édifi- 
cation et pour ma joie les trop rares pages que nous ait lais- 
sées Parisot ; m,iniatures, aquarelles, dessins à la sépia ou 
à la mine de plomb. Parisot, c'est un artiste dont Montauban 
s'honore, et qui appartient à Montauban, sinon par droit de 
naissance, au moins, si j'ose m'exprimer ainsi, par droit d'é- 
lection et de famille. 

Sollicité par de trop flatteuses instances, je dirai quelques 
mots sur ce talent si fin, si universel et si distingué. Je n'es- 
St'iierai pas de vous raconter l'homme, de tracer sa biogra- 
phie. D'autres entièrement qualifiés pour une tâche qui leur 
incombait en vertu de la parenté, se sont chargés de ce soin et 
s'en acquittèrent à merveille. 

Je profiterai simplement de leur travail pour jalonner le 
mien qui ne portera que sur des ouvrages. Cependant nous 
jetterons un regard rapide et discret sur la correspondance de 



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PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND 26 1 

notre héros. Par un coup de fortune aussi heureux que rare, 
nombres des lettres, datées de Grenoble où de Moscou, que 
Parisot écrivait à sa famille, sont arrivées jusqu'à nous. On 
y peut suivre la marche d'un labeur, d'abord motivé par un 
juste besoin de renommée, puis imposé par les nécessités de 
l'existence, y démêler des opinions d'artiste et de philosophe, 
y relever enfin, touchant des peintres ou des graveurs con- 
temporains, des jugements inspirés à un confrère par le seul 
amour de la vérité. 

Pierre-Alexandre de Parisot de Durand naquit à Paris, en 
novembre 1750. Il était le petit-flls d'un trésorier de France, 
à Lyon. Sa mère, Elisabeth de Jordan de Durand, apparte- 
nait à une très ancienne famille du Dauphiné. Le futur aqua- 
relliste vécut à Paris une partie de son enfance. Puis ses pa- 
rents se fixèrent en Allemagne, à Heidelberg, ville si fameuse 
par son Université. L'adolescent ne manqua pas de profiter 
de sa résidence, dans cet Hden intellectuel, pour s'initier à 
la philosophie qu'il aima jusqu'à la fin et qui se fit chez lui 
de plus en plus religieuse et croyante, et pour entreprendre 
les matlîématiques, où nous le verrons exceller. 

Cependant, devenu orphelin, Parisot rentre dans la capitale 
de la France, auprès d'une tante, désormais son seul guide et 
son seul appui. Alors son .goût se manifeste irrésistible pour 
la peinture. Il se fait recevoir dans l'atelier d'un maître, dont 
il ne nous a pas donné le nom, ce qui est dommage, maisà pro- 
pos duquel on l'entendra discourir en élève respectueux et re- 
connaissant, (i) 

Notez ce retour à Paris, à l'heure de la formation psychique. 
Il nous révélera pyeut-être le secTet de l'élégance qui caractérise 
certaines productions de Parisot. Peut-être aussi, l'artiste de- 
vra-t-il au souvenir qu'il garde de son nouveau passage dans 
le centre de toutes les déh'catesses et de toutes les élégances 
d'éviter la lourdeur et la gaucherie. 

Nous retrouvons notre jeune homme à Montauban, vers 

(i) Quelques-uns conjecturent que ce maître fut Moreavi le Jeune, Iç 
fameux graveur, 



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î63 PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE I>URAND 

1775. Il est attaché au bureau de Tlngénieur. Il se marie. Il 
épouse Mademoiselle Barthe qui appartient à une famille du 
pays et consacre désormais au dessin ce qu'il peut se réser- 
ver de loisirs. 

Montauban, sans doute, ne possède pas de Cannebière, mais 
jouit de beaucoup d'autres avantaiges. Que d'édifices intéres- 
sants, que de coins pittoresques dans l'enceinte même de la 
cité aussi bien que dans les environs. Place monumentale et 
rutilante dont les arcades surbaissées favorisent les jeux de 
la lumière et du clair obscur ; fantastique écroulement de toi- 
tures et de murailles aux pentes d'une ravine urbaine ; profon- 
deur d'ombre, rayonnement de surfaces claires ; dégradation 
des nuances de la pierre et de la brique, depuis le rose le plus 
doux jusqu'au gris de fer le plus accusé ; esplanade domi- 
nante d'où l'œil se pose avec ravissement sur les lointains 
d'une riante et fertile plaine ; et surtout, ah ! surtout, la ri- 
vière, ce Tarn étalé comme un lac dont les transparences 
cha-ngeant^es reflètent^ un merveilleux hôtiel de ville, et qui 
va se perdant à l'horizon en une coulée d'argent ; ce Tarn, 
avec son ruisseau tributaire qui flue mollement sous les bran- 
ches, avec ses rives exquises, ici toutes complantées de saules 
ou d'ormeaux ; là, bordées de fabriques lépreuses, de pans de 
bois d'un autre âge, masures déplorables pour l'hygiène, soit! 
mais si réjouissantes à la vue ; en vérité, c'est de quoi tenter 
le pinceau le plus habile aussi bien que le crayon le plus ingé- 
nu, et nous nous expliquons que les paysages locaux abon- 
dent dans les salons de 'peinture ouverts à Montauban. Il de- 
vrait exister une école montalbanaise comme il y avait, naguère 
encore, sous les auspices des deux Rousseau et de Millet, 
une école de Fontainebleau, dont les membres, d'ailleurs, ré- 
sidaient à Barbizon. 

Pourtant, les magnificences que je viens d'énumérer ne ten- 
tèrent pas d'entrée de jeu notre Parisot. Il entreprit des il- 
lustraitions pour le quatrième livre de V Enéide. Il représenta 
le départ de Didon et d'Enée pour la chasse, et l'orage susci- 
té par la volonté des Dieux, dans le but de changer le cours 
des destinées. Ce sont tous des épisodes immortalisés une pre- 



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PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND 203 

mière fois par les vers de Virgile et, dix-huit cents ans plus 
tard, par la musique de Berlioz. Je Tavoueraî dans la sincé- 
rité, comme dans l'humilité de ma conscience : les deux des- 
sins à Tencre de Chine dont le jeune ingénieur emprunta 
l'inspiration aux chants du poète de Mantoue ne me sem- 
blent pas devoir ajouter grand chose au renom de volage du 
pieux Enée, non plus qu'à la déplorable réputation de sa trop 
sensible amante, non plus surtout qu'à la gloire artistique de 
Parisot. Ces corfipositions, sans doute, ont belle ordonnance. 
Mais on y relève aussi tout rimjxitientant convenu du style 
classique. Vous diriez de deux projets de maquette établis 
pour fixer la mise en scène et brosser les décors d'un opéra. 

Mais à côté de ces œuvres d'une originalité plus que dou- 
teuse il en est d'autres que je n'hésite pas à déclarer infiniment 
remarquables et précieuses : d'abord la vue d'un superbe hôtel 
de la Cour des Aides ; sorte de dessin linéaire traité avec grand 
goût et qui nous montre sous un nouvel angle les rares apti- 
tudes arqliitiecturales de l'autieur ainsi que son habileté de 
main ; ensuite une halte de chausse de la plus ingénieuse dis- 
position. Autour d'un moulin planté dans un site boisé, des 
femmes de qualité sur leurs haquenées, des gentilshommes 
sur leurs genêts d'Esjxigne se rassemblent. Lesl valets de 
chiens sont là, conduisant la meute prête à découpler et de 
toute part des manants accourent à la contemplation de ce 
beau spectacle. C'est une évocation de la vie de château, telle 
qu'on la menait alors dans nos provinces méridionales ; mé- 
lange de luxe rustique et de bonhomie champêtre. 

Et nous allons retrouver les personnages de la « halte » ou 
leurs proches cousins dans la belle vue du cours Foucaud 
qu'on p>eut, en lui joignant son pendant, le crayon pris de 
l'autre rive du Tarn, considérer, ce me semble, comme le maî- 
tre ouvrage du dessinateur, en sa première manière. 

Vers 1777, Montauban demeurait une ville riche, malgré 
bien des crises, et la scx'ic^té y était nombreuse. Parisot nous 
en offre la synthèse : belles dames, parées, dont la mode ac- 
tuelle ne désavouerait p<us les vastes chapeaux, beaux officiers 
de noble désinvolture, abbés confits en la coquetterie de leurs 



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•264 PIERRE-ALEXANDRE DE PARISOT DE DURAND 

manières, personnages étalant leur importance administrative 
ou la carrure de leur opulence ; puis la jeunesse jouissant de 
ses loisirs, les joueurs de boule opérant dans un espace sin- 
gulièrement restreint, sous l'œil d*un entourage de curieux, 
tandis que quelques couples s'isolent au lointain, qu'un men- 
diant besacier cause avec un oisif, assis sur le parapet du quai, 
et qu'on promène des enfants sous les quinconces. Pour le fond 
du tableau, il est formé de l'horizon qu'on peut contempler 
encore de nos jours ; si les édifices apparaissent moins nom- 
breux dans le dessin de Parisot qu'ils ne le sont dans la réali- 
té d'aujourd'hui, si la forme s'est modifiée des tours de la 
cathédrale, si une chapelle protectrice surmontait autrefois la 
pile centrale du pont, l'hôtel de ville se présente à notre ad- 
miration tel que l'a vu et reproduit le témoin éminent du temps 
jadis. 

On a voulu mettr edes noms sur les figures groupées par 
notre dessinateur en tout souci du naturel et en toute science 
de l'Harmonie. On a parlé de la comtesse de 
et de Madame d'Esparbès, qui résidaient à Montauban. Peut- 
être y avait-il là aussi ce Simon Le Franc de Pompignan dont 
les sarcasmes de Voltaire, trop outrés pour nous sembler spi- 
rituels, n'entamèrent ni la dignité, ni la valeur poétique. Dans 
tous les cas, j'insiste sur l'aisance et sur l'élégance du style 
de Parisot. Son œil avait contemplé de près les grâces de la 
Ville et de la Cour, les habitués de Paris et de Versailles. Et 
ces belles visions lointaines subsistaient inoubliables, dans 
sa mémoire. 

Au surplus, la vie mondaine et aristocratique ne captivait 
pas exclusivement le peintre des mœurs et des ambiances. 
Il se transporte sur la rive oppyosée du Tarn, de l'autre côté 
de Montauban, juste en face du cours Foucault. Et voici un 
nouvel aspect du municipe qui se révèle par ses soins, l'aspect 
de la cilé dans ses manifestations laborieuses. Au bord de la 
rivière large et coulant entre des clayonnages d'arbres véri- 
tablement un peu épais, des paysannes arrivent, chargées des 
produits de la campagne ; des blanchisseuses rapportent sur 
leur tête les paquets de la lessive ; d'humbles ménagères traî- 



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PlERfeÈ-AtEXA^^bRË DE PAkiSOt DE DtJRANb 2(l5 

nent'leur progéniture par la main ; mais surtout des équipes 
de mariniers peinent au halage de lourdes gabarres. Le trans- 
port par bateaux tirés à force de bras ou plutôt à renfort de 
poitrines d'hommes sur les cours d'eau, voilà encore une in- 
dustrie disparue. 

Mais il résulte de ce document dessiné que Parisot ne bor- 
nait pas son attention et son étude au beau monde, aux heu- 
reux qui goûtaient, pour si peu d'heures encore, la joie de 
vivre. L'artiste se plaisait à reproduire aussi des types pris 
dans le p>euple qui ne semble pas s'être jugé lui-même aussi 
misérable aussi opprimé, aussi exploité que d'aucuns veulent 
bien le prétendre ; dans ce peuple ardent et fort qui, s'il fit 
une révolution, opéra exclusivement au profit de quelques me- 
neurs. 

Cette Révolution, Parisot en vit les nrodromes à Grenoble. 
Il s'était transporté dans la capitale du Dauphiné où des 
influenças l'avaient appelé pKnir y diriger l'Académie Royale 
de dessin. Les premières lettres qu'on ait du nouveau di- 
recteur remontent à cette période encore brillante. Elles sont 
intéressantes à consulter. L'ingénieur du district fait le meil- 
leur accueil à l'artiste qui arrive. On le présente au gouver- 
neur de la Province, M, de Bérulle, jeune homme doué de 
cent cinquante mille livres de rente. Parisot entre en fonctions, 
s'entoure d'élèves et travaille pK>ur son compte à des ouvrages 
dont aucun, malheureusement, ne parviendra jusqu'à nous. 
On fête pour sa belle voix de basse taille M. le directeur de 
l'Académie. Il figure sur le programme de certains concerts 
qui sont le grand plaisir des honnêtes gens et la Gazette Dau- 
phinoise signale le chanteur, hier encore ignoré, comme une 
précieuse recrue. 

Mais déjà grondent quelques orages partiels, précurseurs 
de la tempête générale, qui ébranlera la vieille société fran- 
çaise. Kn juillet 1788, une émeute prélude à l'Assemblée des 
notables qui se doit tenir à Vizille. Les ferments accumulés de- 
puis trop de siècles, lèvent de toute part dans les couches in- 
férieures de la Nation. Sous prétexte de maintenir les préro- 
gatives de son Parlement, poussée,* comme Taine robserve. 



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î65 PIERRË-aLE^ANDRË bE È>ARISOt bE buftANÔ 

par d'occultes agitateurs, les seuls intéressés à l'aventure, la 
populace de Grenoble envahit le palais du gouverneur, dévo- 
re le repas préparé pour les invités que ce seigneur attendait, 
saccage et vide les caves. Puis, des ordres arrivant de Ver- 
satiles,, l'autorité capitule devant les factieux et Parisot juge 
sévèrement cet acte de faiblesse, dont il tire de tristes présa- 
ges pour l'avenir. Toutefois» le lion décharné se contenta de 
la mince proie qu'on lui jetait : les clés de son Parlement. Il 
rentra ses griffes dont il venait d'essayer, et dont il connais» 
sait désormais la puissance. 

Nous voici à Vizille, résidence magnifique, déjà possédée 
par la dynastie des Périer. Ceux-ci avaient acquis le domaine 
du duc de Lesdiguières au prix de onze cent mille livres. Le 
Périer de 1788 ne s'appelait pas Casimir; mais il se mêlait déjà 
de {X)litique. C'était un traitant opulent et fastueux, frère du 
directeur de la Compagnie des Indes. Il reçut les membres de 
rassemblée de la noblesse, y compris ces quatre paysans à lon- 
que rapière, hirsutes, mais qui gardaient grand air, tout de 
même, sous leur perruque mal peignée et sous leur bure. Per- 
sonne, au premier abord, ne voulant croire à la qualité dont 
ils se réclamaient, ils tirèrent de leur poche des parchemins 
entamés par les rats, et force fut de reconnaître que leur no- 
blesse datait au moins du règne de Louis XL Alors chacun 
tint à les avoir, à se parer d'eux comme d'objets de curio- 
sité ; tels cet L'^sbeck et ce Rhédi des « lettres de Montes- 
quieu », à propos desquels les Parisiens se demandaient : 
« Peut-on être Persan. » 

Hélas ! des lendemains terribles succédaient à ces journées 
encore heureuses. En 1792, Parisot perdait ses fonctions. On 
le trouvait tiède; il n'était plus <( persona grata » et la place 
qu'il ocx:upait {convenait vraisemblablement à quelque con- 
viction plus ferme, à quelque conscience mieux pensante. Un 
de ses amis lui propose un poste d'ingénieur vacant à Mos- 
cou. Il accepte et part pour la Russie, la collection qu'il avait 
formée si patiemment, dispersée aux quatre vents du ciel ou 
abandonnée aux horreurs du pillage. 

Catherine II aimait peu les Français, et sa police était soup- 



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MERRfe-ALEÎCANbRE Dfe PÀfelSOt DE bURANb îbj 

çonneuse. Il en coûtait de quatre à quinze livres pour expé- 
dier une lettre de Moscou à Montauban ; encore fallait-il en- 
voyer la correspondance sous triple enveloppe et la confier 
aux soins de trois intermédiaires, Parisot vécut d'abord sous 
un nom d'emprunt. 

On a dit des Etats-Unis de l'Amérique du Nord que leur 
civilisation était en avance de soixante années sur la nôtre. Il 
serait encore plus juste, paraît-il, d'affirmer que la Russie 
de 1793 retardait d'un siècle ou de deux sur le reste de l'Eu- 
rope. Dans l'empire des Czars, l'extrême raffinement des 
mœurs côtoyait l'extrême barbarie. Une classe dirigeante cor- 
rompue détenait toutes les richesses. Entre elle et le peuple 
évoluait une nuée d'intermédiaires, marchands, artistes, his- 
trions, ouvriers de luxe et d'art, qui vivaient de tout le mon- 
de. Parmi eux beaucoup de juifs et d'étrangers. Il faut lire 
dans les mémoires autobiographiques de Tolstoï les détails 
des existences moscovites en ces époques singulières et tour- 
mentées. Quand le solitaire d'Rsnaïa-Povlionia renonce à sup- 
planter Jésus-Christ et à refaire les Saints Evangiles, quand 
il daigne abandormer pour un instant l'idée de reconstruire la 
société sur de nouvelles bases, il devient tout à fait un maître 
écrivain. Rien de plus clair, de plus saisissa.nt, de plus ins- 
tructif que les tableaux qu'il trace des événements publics ou 
privés qui se déroulèrent sous ses yeux. Peu de chose lui échap- 
j>e des qualités qui distinguent sa nation et des tares qui l'affli- 
gent. Ce livre où il se peint en pied sous le nom de Nicolas 
Couprine constitue une étude achevée de la Société Moscovite, 
telle qu'elle se révélait et se développait sous les règnes de 
Paul et d'Alexandre I*'. 

Or, il est curieux de constater quelle concordance exis- 
te entre les récits du grand romancier russe et les affir- 
mations du modeste émigré Français, en sa correspondance. 
Cette construction de la famille moscovite si semblable à l'édi- 
fice de la <( gens » Romaine, avec le père de famille au som- 
met et des nuées d'esclaves à la base, les frappe l'un et l'autre 
de la même manière et leur inspire des réflexions identiques. 

Encore un coup, je n'extrairai rien des lettres de Parisot, 



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2&^ PirRftE-.VÎ.EXANbRE btt t»\RlioT hE huRANb 

Je craindrais trop dVmpiéter sur l'œuvre d'un autre. Mais je si- 
gnalerai que ces lettres révèlent, chez celui qui les écrivit, une 
grande netteté de vision, qualité précieuse entre toutes pour 
un artiste. L'esthétique de Parisot s'affirme également au cours 
des épitres qu'il envoyait en France, à intervalles trop rares. 
Il relève cette tendance de nos comfxatriotes d'alors, à n'ad- 
mette aucune supériorité hors des limites de leur pays. Il si- 
gnale combien les Allemands et les ItcUiens traitent ironique- 
ment cet aveuglement d'amour-propre national dont nos gé- 
nérations se sont guéries jusqu'à l'excès. 

En art, Parisot préfère Poussin et le Sueur aux maîtres ve- 
nus plus tard, a.ux David, aux Guérin, aux Girodet, aux te- 
nants de la Grèce antique. Il juge sévèrement les graveurs pa- 
risiens du jour. Il leur préfère un allemand dont le nom 
m'échappe et son admiration reste entière pous ceux d'au- 
trefois, pour les Edelinck, les Eisen, les Moreau. Le nom 
d'Ingres se rencontre de temps en temps sous sa plume, soit 
qu'il s'agisse d'Ingres le père, avec qui Parisot semble lié 
d'amitié, soit que le fils vienne en question ; ce fils dont notre 
dessinateur ne paraît pas soupçonner l'immense avenir. Il est 
vrai que le jeune Ingres déjà parti pour Rome ne s'était pas 
encore révélé par « l'apothéose d'Homère ». 

Mais c'est assez parler de la mentalité de Parizot. Parlons 
des œuvres qu'il exécuta en Russie. Voilà donc l'artiste ins^ 
tallé et acclimaté dans ce singulier et vaste Moscou. Il y don- 
ne des leçons de dessin, moins bien rétribuées: que des leçons 
de danse, mais qui pourtant lui permettent de vivre honorable- 
ment, de courir le cachet en voiture, de doter sa fille demeurée 
à Montauban, de se préparer .une modeste aisance pourlses vieux 
jours. Il forme da.ns la haute société du pays quelques élèves 
dont plusieurs sont excellents ; veuf, il contracte un second 
mariage avec une Française émigrée comme lui et comme lui 
vouée à des fonctions d'enseignement auprès des grandes 
familles Moscovites. Parmi les artistes fixés là-bas, — on ne 
parle pas des illustrations de passage, de Madame Vigée-Le- 
brun, par exemple, — Parisot se déclare le premier. On aime 
C€tte franchise. Elle sied au véritable talent. 



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PLANCHE II 




/>/•; /. iioim. m. 



'■■-. 'W 

AUJOURD'HUI ClRCLI MILITAIRE 

Collection dc M. Edouaud Fokestiè. 




Halte de Chasse, dessinée en itss 



Collection de M»' Claverie 



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PLANCHE 




I Ml. ,H- I.WIII.K I>K MOMAIIIA.N l'Kl.SK Dl COrH> FOILCAIT 




Ces deux Dessins font partie de la Collection de M. de France 



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PlEftRE-AtËXANDKfe DE PARtàOt DE feERNAkD 269 

Ce talent, chez Parisot, s'affirmera notamment par deux 
ouvrages : « Le retour de Marcus Sextus et la danse Russe ». 

Parlons de la Danse russe. C'est une aquarelle de grande 
importance et je n'hésite pas à la qualifier chef d'œuvre. Dans 
une clairière, à Tombre de groupes d'arbres, chênes et bou- 
leaux, qui, entre la double masse de leurs frondaisons laissent 
apercevoir une persp>ective de vallée, une rivière qui fuit, des 
coteaux qui s'estompent à l'horizon, et peut être une ville dont 
on croit deviner les clochers, sur ce fond traité avec ampleur, 
justesse et liberté, tout ensemble, se développe une assemblée 
champêtre. Au centre, un groupe de danseurs, un personnage 
appartenant à la classe des hommes libres fait vis-à-vis à 
quelque moujick revêtu d'une longue blouse bleue. Ces 
deux hommes ont pour partenaires deux belles filles en cos- 
tume national : robes vermiculées de fils d'or et constellées 
de paillettes avec, sur la tête, le traditionnel cacoschnick, 
semblable au bandeau royal dont les sculpteurs grecs cou- 
ronnent leurs statues. Ce groupe esquisse un pas de danse 
qui doit ressembler fort à notre pas de bourrée, cepen- 
dant qu'en arrière des musiciens, un tambourin, un flageolet, 
une guitare s'escriment de leur mieux, et que tout un petit 
monde de paysans et de bonnes d'enfants, avec les babies con- 
fiés à leur vigilance, — nous sommes manifestement aux alen- 
tours d'un château, — contemple ces ébats chorégraphiques 
et champêtres. 

Des mots ne sauraient rendre la satisfaction qu'on éprouve 
à contempler ce magnifique morceau, l'intérêt puissant qui 
se dégage de lui. C'est du réalisme au meilleur sens du mot. 
C'est une page de mœurs écrite avec une sincérité qui n'exclut 
nullement la poésie. A travers ce beau et profond paysage 
rayonne, on le sent, un beau jour de la saison estivale, au sein 
d'une nature du Nord. En ces êtres qui tressautent, jouent des 
instruments ou regardent, s'affirme une mentalité déterminée, 
lit il faut s'incliner avec admiration devant la qualité suprê- 
me où puisse atteindre un ouvrage, qualité qui déborde en 
celui-ci : la vie. 

Les raisons qui me font priser si haut la Danse Ru$se, me 
1908 ao 



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I70 WEèRE-AtEXANDRE DE PARiSOt DE bEfe^^ARii 

portent à moins aimer la composition intitulée, je crois, /?«- 
tour de Marcus Sexttis. C'est un dessin à la sépia auquel son 
auteur semblait attacher beaucoup de prix. Pour moi, je n'y 
puis voir qu'un travail d'école où tout est factice, apprêté, 
symétrique, où les personnages paraissent des mannequins, 
les draperies des rideaux d'atelier, les accessoires des vases 
de pharmacie. Je ne peux pas savoir quel épisode de l'his- 
toire Romaine fabriquée par Quinte Gurce, cette image a 
la prétention de mettre en scène. Et, d'ailleurs qu'importe! 
l'ouvrage prouve du moins que Parisot cultivait tous les gen- 
res, puisque nous avons aussi son portrait, fait par lui-même, 
alors qu'il comptait vingt-huit printemps. 

Mais il nous reste un autre portrait de Parisot, à l'âge de 
soixante années. C'est une aquarelle exécutée par son con- 
frère, son compatriote et son ami, M. de la Perche, fixé 
comme lui à Moscou. On peut lire dans cette charmante 
miniature, aussi bien que dans la correspondance de Parisot, 
toutes les qualités du modèle. L'homme est poudré. Il 
porte double collet et cravate de fine dentelle. Mais étudions 
surtout la physionomie. Comme le front est vaste, le nez 
hardi et l'œil intelligent ! La bouche paraîtrait dédaigneuse 
à première vue; ce n'est là qu'une apparence. Cette moue 
est celle de l'observateur, du critique, de l'analyste. Car 
l'artiste, si spontané soit-il, doit s'analyser lui-même. 

Parisot retenu par des intérêts, par des malheurs, par les 
fonctions de sa charge, peut-être aussi par l'âge et par un 
sentiment de gratitude qui l'honore; demeura jusqu'au bout 
dans l'asile qui s'était ouvert à sa maturité. Il y fonda une 
famille nouvelle, et le noble tronc des Parisot de France, des 
Parisot de Jordan de Durand, se greffa d'un rameau exotique 
lequel n'a cessé de croître et de fleurir sur le territoire hos- 
pitalier de la Russie. C'est la branche des Parisot de la Va- 
lette qui adonné des chefs de distinction à l'armée du Czar. 
Le plus récent d'entre eux, parvenu au grade de colonel, 



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• t^lElîRr^ALEÎCANbRfe: DE PAfelSOt ,DE DURA^^t) 1^1 

prit une part active à la guerre des Balkans. On assure qu'il 
gardait mémoire de ses origines et conservait un grand 
amour au pays de ses ancêtres. La descendance de Parisot, 
demeurée française, doit à la bonne grâce et à l'affection de 
ce lointain cousin quelques-unes des œuvres si intéressantes 
à tant de titres, dont j'ai essayé de parler. Ainsi, l'alliance 
des deux peuples s'est une fois de plus, fortifiée d'alliances 
particulières. Et, en vérité, il est beau, il est salutaire 
que les choses se passent de la sorte. L'âme slave et l'âme 
française se joignent par bien des points. Il y a entre elles 
des affinités qui n'existent guère avec l'âme de certains autres 
peuples. Souhaitons pour la paix du monde et pour le bien 
de l'humanité qu'elle se maintienne, qu'elle aille resserrant 
ses liens de plus en plus, cette Union de la « Sainte Russie » 
avec la c douce France >. 



La première partie de cette étude est posthume. Elle fut 
communiquée à notre Compagnie, par son auteui, en 1900, 
et, depuis, attendait l'un de nos écrivains d'art afin de 
mettre en lumière l'œuvre de Parisot. Le lecteur a pu 
juger de quelle magistrale façon M. le marquis de Panât 
s'est acquitté de cette tâche. 

Notre toujours regretté confrère, M. Jules Claverie, 
avait pu, mieux que tout autre, faire connaître la vie d'un 
peintre, grand-père de Madame Claverie ; à son talent 
d'écrivain, à son érudition, il joignait le culte delà famille, 
pieuseinent continué par sa veuve et son fils. Celle-ci est 
aujourd'hui la gardienne intelligente des cartons, des pein- 
tures, des gravures du Maître, à la mémoire duquel nous 
sommes heureux de rendre hommage. 



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i^2 WERRË-ALkkANbRE DE PAkÉSOt bE bUftANb 

Nous donnons l'un des portraits de Parisot, d'après une 
aquarelle envoyée de Russie, à la famille, réduction d'une 
peinture à l'huile, de La Perche. Madame Claverie possède 
deux autres portraits de son aïeul, l'un au pastel, et l'autre 
une délicieuse miniature, dûs tous deux, à Parisot lui- 
même. Dans la miniature, montée en broche, l'auteur est 
jeune, poudré, il porte habit vert et jabot de dentelles. 

F. P. 



Nota., — On peut se procurer des photographies, grand format, de 
bon nombre des œuvres de Parisot, chez M. Bouïs, photographe de la 
Société, rue du Vieux-Poids. 




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àèèàèèàààèààà 



UN COIN 



DE 



La Société Montalbanaise 

A LA FIN DU XVlir SIÈCLE 



M. l'Abbé FiRMiN GALABERT, 

Membre de la Société. 



Le copie-lettres de Jacques de Molières, président à la Cour 
des Aides à Montauban, nous offre quelques traits intéressants 
sur la société montalbanaise à la fin du dix-huitième siècle ; 
une de ses lettres, touchant le généalogiste d'Hozier de Seri- 
gny, est d'un intérêt plus général et déborde le cadre du sujet 
où nous nous sommes renfermé, une autre a trait aux Assem- 
blées du désert, et nous dépeint comme très tolérants les pou- 
voirs civil et ecclésiastique à l'égard des mariages mixtes. Nous 
publions ces deux lettres, les autres ne méritent qu'une analyse 
ou quelques extraits à l'ocaision. 

Quelques détails sur Jacques de Molières et sa famille. 

De sa femme Anne de Garrisson, le président avait eu les 
enfants qui suivent: 

I** Anne-Olympe avait épousé N. Delbreil, conseiller à la 
Cour des Aides, en 1762. 

3** Marguerite, dite de Sainte-Croix, devint religieuse à la 



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274 UN COIN DE LA SOCIETE MONT ALBANAISE 

maison royale de TEnfant-Jésus, où elle était entrée pour faire 
son éducation en janvier 1746, elle ne i>ayait que la modique 
pension de 50 livres. Quand cette maison, qui n'était dotée que 
de 20.000 livres de rente, dut licencier partie de ses pension- 
naires, Marguerite fut réservée, grâce à la recommandation de 
la marquise de Beaurepaire, amie de la famille ; grâce aussi à 
l'intervention de milady Melfort auprès de l'archevêque de 
Sens, en décembre 1751. 

3** Anne-Suzanne, dite Dourdas en famille, entra à l'école 
de Saint-Cyr le 9 janvier 1756, par grande faveur; en effet, il 
était en 1746 inouï qu'une fille de robe y eût été admise. Ces 
places étaient du reste fort briguées et, à la date susdite, Ma- 
dame de Pompadour en avait sollicité une sans l'obtenir. Anne- 
Suzanne épousa en 1773 M. de la Capelle-Sénégas, du pays 
castrais, qui avait dépassé la quarantaine, qui aimait fort le 
jeu, à cause de quoi il ne lui restait plus que 12.000 livres de 
rente. 

4** Le premier fils, Jean-Jacob, après avoir commencé ses 
études a.u collège des Jésuites à Toulouse, était entré au collège 
Louis-le-Grand, pour aller de là aux Pages de la Reine. C'était 
une faveur tout exceptionnelle: Parisot, écuyer du maréchal 
de Duras, écrivait de Paris, le 28 mai 1749, pour enlever toute 
hésitation au père de l'enfant: Il n'y a point d'homme de robe 
de la première volée qui ne donnât une grosse somme pour y 
placer son aîné et ses cadets..., qu'il profite donc d'une éduca- 
tion si précieuse; et Galabert d'Aumon, autre robin montalba- 
nais (i), eût été très flatté, disait-il, s'il avait eu un garçon au 
lieu d'une fille, de lui faire donner une telle éducation. 

Ce n'était pas en effet, une école ordinaire. Le service d'hon- 
neur auprès de la reine était accompagné d'exercices du corps, 
de l'équitation, de l'étude des mathématiques, de la géogra- 
phie, etc. Dans les galeries de Versailles, les jeunes gentilhom- 
mes portaient bellement l'habit bleu et argent, la culotte et la 
veste rouges avec la bandouillère blanche ou verte, bleue ou 



(i) En 1721 Galabert d'Aumon était receveur général des Domaines 
de la Généralité' dç Montauban, 



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A LA FIN DU XVm« SIECLE. 2'jb 

jaune suivant les compagnies. Au bout de trois ans (quelques 
uns, fort rares, obtenant de servir une quatrième année), les 
pages sortaient avec le grade de cornette ou de garde-marine, 
ou bien ils entraient dans le corps royal d'artillerie. 
• Jean-Jacob fut conduit à Versailles par son oncle, M. de 
Garrisson de Latour, aide-major aux Mousquetaires gris ; il fut 
reçu grâce à la recommandation du maréchal de Duras, avec 
qui M. de Molières avait entretenu les meilleures relations à 
Montauban. C'était le 5 juillet 1751. Après avoir revêtu son 
habit de campagne et son épée pour ne point passer pour 
homme de robe, Parîsot le mena à M. de Doînvîlle, gouverneur 
des pages ; il paya le droit d'entrée qui s'élevait à 800 ou 900 li- 
vres, sans compter 100 livres dues à d'Hozier, juge d'ar- 
mes. Ce dernier envoya, visées par lui, les preuves de noblesse, 
les armes blasonnées, avec l'extrait baptistaire, non le billet 
de confession. Nous disons non le billet de confession, pour re- 
dresser la confusion où, involontairement peut-être, sont tom- 
bés quelques-uns qui n'ont pas su entendre le terme de confes- 
sion dans une acception plus large qu'à l'ordinaire, et qui ont 
pris l'extrait baptistaire pour le billet de confession. 

Le gouverneur donna au nouveau page 8 paires de souliers, 
8 paires de bas de soie ; le page apportait 12 chemises, 9 cols, 
2 vestes de basin, i de soie. Son père lui fit remettre une petite 
pension mensuelle de 15 livres, chiffre suffisant au dire du gou- 
verneur, et qui néanmoins fut élevé au bout de quelques mois à 
18 livres, puis enfin à un louis. 

Le 22 décembre un envoi de deux fromages de Roquefort k 
M. de Doinville appuyait la demande de protection faite par 
la marquise de Beaurepaire. 

Peu après, sur l'ordre de son père, le jeune page se présen- 
tait chez le maréchal de Duras, avec cette recommandation de 
ne rester qu'un demi-quart d'heure, à moins d'un désir du ma- 
réchal : Pour aller chez lui, ajoutait-il, passer par la Cour des 
Princes; monter le grand escalier à moitié galerie. Allez voir 
aussi le confesseur -de la reine à qui vous avez été recommandé 
et aussi M, de Montfaucon, écuyer-cavalcadour à la Fetite^Ecu- 
rie... Allez chez le duc de Béthune; dites-lui que vourS êtes le 
page qu'a recommandé le maréchal de Duras. 



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2^6 UN COIM DE LV SOCIÉTÉ MONTALBANAISE 

Il y avait un droit de bienvenue que payaient les jeunes pa • 
ges ; le 22 août M. de Molières écrivait à son fils: Dites à vos ca- 
marades qu'ils veuiVent attendre, que vous avec vos parents à 
200 lieues et quils (les pages) seront contents de la réception 
que vous leur jerez. Peu après, en effet, M. de Garrisson fut 
chargé d'avancer 100 livres pour régaler les camarades. 

Outre les messages dont ils étaient quelquefois chargés, les 
pages suivaient la Cour dans ses déplacements, et il semble 
que les études ne souffraient pas trop de ces distractions: il y 
en avait qui trouvaient le moyen de prendre des leçons de mu- 
sique et de se livrer à des lectures instructives. Tel notre Jean- 
Jacob. 

Au bout de trois ans il fut nommé garde-marine à la demande 
de la Reine, ainsi qu'en témoigne une lettre de M. de Rouille, 
ministre de la marine, au maréchal de la Mothe, chevalier 
d'honneur de la reine. Au milieu de la vie de plaisirs que me- 
naient beaucoup d'officiers à Toulon, Jean-Jacob eut une con- 
duite très digne, il songea même un moment à embrasser la 
règle des Chartreux. Durant une campagne qu'il fit aux Echel- 
les du I^evant, sur la frégate La Friponne, la chaloupe qui le 
ramenait à bord fut submergée par un coup de vent et le jeune 
homme fut englouti. C'était ou mois de janvier 1736. On ap- 
prit à Montauban la nouvelle par une lettre de M. de Saint- 
Laurent à M. de Scorbiac; le père en conçut une douleur qui 
ne devait finir qu'avec la vie. 

Toutefois il lui restait un autre fils, Jacques-Antoine, qui, 
lui aussi fut reçu aux pages en juillet 1762, par la protection du 
duc de Duras et du comte d'Kstaing. Studieux au point de fuir 
ses camarades pour se livrer a Tétudedes mathématiques, il était 
au bout de deux amf promu premier page, non à l'ancienneté, 
mais au choix du comte de Tessé, et sans exciter la jalousie de 
ses camarades. La reine l'envoya au devant de s(m père, le roi 
de Pologne, jusqu'à Luzancy au-delà de Meaux. Après que le 
page eut remis le message dont il était chargé, le duc de Ges- 
vres que, à la Cour, on app.elait le diable boiteux, lui demanda 
quel était son pays. Comme il répondit: Près des bords de la 
Garonne, Montauban! M, de la C.alaisière, chancelier du roi 



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A L\ FIN DU XVTll« SIECLE. 277 

Stanislas, lui rappela que son fils, ancien intendant, y avait 
laissé de bons souvenirs. Il fut retenu à dîner chez le maréchal 
de Berchini, à qui appartenait le château de Luzancy. Il rentra 
à Versailles à toute allure ayant mené grand train et donné de 
bonnes étrennes, rapportant de bonnes nouvelles à la reine qui 
fut étonnée de la rapidité de la course. Au départ du roi de Po- 
logne, il raccompagna jusqu'à Meaux, d'où il repartit le len- 
demain, portant un message à la reine qui était à Fontainebleau. 

Jacques-Antoine choisît aussi la carrière de la marine. Le 24 
mai 1771 il écrivait de Malte, que le grand-maître, vieillard âgé 
de 91 ans, gai, en bonne santé, promettait d'enterrer tous ses 
grand-croix. Il terminait sa lettre en recommandant son avan- 
cement aux ducs de Duras et de Richelieu. 

Comme pour son fils aîné, M. de Molières avait dû fournir les 
preuves nobiliaires à partir de 1550, ainsi qu'elles étaient récla- 
mées pour l'entrée aux pages. Il avait profité de l'occasion, 
pour demander à M. d'Hozier l'insertion de sa généalogie 
dans V Armoriai de France, où toute famille noble avait l'ambi- 
tion de figurer. Cette notice, conservée dans le copie-lettres, et 
qui a la prétention de remonter à 1399, nous laisse quelque peu 
rêveur. Tout le monde sait que, à la fin de l'ancien régime, le 
pouvoir n'était guère regardant sur les preuves nobiliaires à 
fournir pour entrer dans l'armée: sans cela, nombre d'officiers, 
et Latour d'Auvergne lui-même, eussent été exclus. Nous avons 
rencontré, en effet, dans diverses archives, plus d'une pièce fnj. 
sifiée, raturée et même viciée de façon notoire et qui avait pour- 
tant reçu le visa de Chérin. Dans les unes, des notaires complai- 
sants avaient aff'ublé de titres nobiliaires des bourgeois aussi 
prétentieux que cossus; dans d'autres, on avait grossièrement 
effacé la qualification de sire et marchand pour la remplacer par 
celle de capitaine ou seigneur de... Quoi qu'il en soit, les Mo- 
lières, dont Antoine était conseiller à la Cour des Aides à Ca- 
hors en 1642, avaient suivi ce tribunal à Montauban ; ils nous 
paraissent descendre de N... Molieras, que le cadastre de 1459 a 
Caussade, mentionne comme bourgeois de cette ville. 

Au sujet de la notice, le père du page écrivit à son frère 
François-Xavier de Molière^ de Sainte-Croix, ancien officier du 



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278 UN COIN DE EA SOCIÉTÉ MONTALBANAlSE 

régiment de Champagne, des détails qui peignent le dernier des 
généalogistes oHiciels sous un jour quelque peu défavorable. 
d'Hozier de Sérigny, déjà vieux et aveugle, mais resté gour- 
met, demeurait vieille rue du Temple ; il y avait ses bureaux et 
ses secrétaires ; bien que subventionné par le roi, il semble qu*il 
battait discrètement monnaie sur le dos des nobles. Cette accu- 
sation est grave, mais si Ton remarque qu'elle est formulée 
dans une lettre non destinée à la publicité et qui ne devait pas 
sortir du cercle de la famille, elle nous j>araît mériter plus de 
créance que des mémoires destinés à la postérité. La voici : 

(( Montauban ce 30 septembre 1764. 

<( Mon cher frère, je vis M. d'Hozier qui existe toujours et 
(t se porte à merveille malgré son grand âge. Après les pre- 
(( miers compliments, je lui dis que je souhaiterais bien qu'il fit 
(( mention de ma famille et en fît un article dans son livre de 
« l'Armoriai de France. Il me répondit que je pensois fort bien 
a qu'il le feroit, qu'il y avait quelques frais qu'il bornerait par 
(( rapport à moi à 200 écus et à quelques grosses perdrix du 
« Quercy. Je lui marquoy combien j'étais surpris de la demande 
(( de 200 écus, puisque par une de ses lettres il ne m'en deman- 
« dait que 100; il me répartit avec vivacité que cela n'était pas 
<( possible ou qu'il s'était trompé. Je le priai d'appeler un de ses 
« commis, car il est aveugle, pour faire lecture de cette lettre 
« que j'avais sur moi; il me dit qu'il me croyait, mais que je 
(( lusse l'article. Après la lecture il me demanda la date, et 
« ayant entendu qu'elle était du 15 novembre 1755: (( Oh, re- 
« prit-il, je n'en suis pas surpris; dans ce temps-là les articles 
« étaient fort imparfaits, ils étaient par petits extraits, que beau- 
ce coup de personnes de la noblesse en faisoint des plaintes qui 
(( luy étoint revenues, de sorte qu'à présent tous les articles 
« étoint dans tout le détail qu'ils pouvoînt avoir, et que ainsi 
(( les frais en étoint à présent plus considérables et qui seroint 
« bien à lui si, pour servir cette noblesse et lui faciliter le 
« moyen de se faire cognoitre et ses services (car le Roy se fait 
(( lire mon Armoriai), il n'avait renoncé à ses honoraires, ce 
« que je ne crois du tout (car ce n'est uniquement que pour les 
(( frais de bureau et mes secrétaires). » 



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A LA FIN DU XVin« SfECLE. 279 

« Je lui témoignay rimpossibilité où j*étais de faire cette dé- 
« pense, que j'avais même eu beaucoup de peine, attendu la 
(( médiocrité de ma fortune, à la faire lorsque je la croyais moin- 
<( dre de la moitié ; que je le priais de se contenter de loo écus, 
« et qu'il composât mon article comme il le faisait lorsqu'il ne 
« me demanda en 1755 que cette somme. Il me répondit que cela 
« n'était pas possible et feroit une bigarrure avec les autres* ar- 
« ticles qui lui feroit tort, mais que peut-être un jour je serais 
« plus en état de faire cette dépense, qu'en quelque temps que 
(( je vinsse il com'poseroit mon article lui ou son fils. 

« Je fus très mortifié de ne pouvoir pas employer à cet objet 
(( 200 écus, mais j'ai tant d'autres dépenses à faire que je serois 
(( à blâmer de les y avoir sacrifiées ; d'autant plus que je sus que 
{( j'aurois encore quelque nouvelle discussion avec lui, parce 
(( que dans quelque visite que je lui ai rendue du depuis, il me 
« lâcha qu'il ne ferait la généalogie que depuis 1550, n'étant 
<( payé pour celle des pages que depuis ce temps-là, et que dans 
« les mémoires imprimés il était annoncé que ceux qui vou- 
(( draint porter leur généalogie au delà du temps requis pour les 
« entrées, le feraint à leurs dépens, par où je vois qu'il ne vou- 
(( dra point faire mention des hommages et dénombrement de... 
(( à 1399, ^t -autres pièces antérieures à 1550, ou qu'il augmen- 
(( tera la demande de je ne sais combien ; car il prétend qu'il y 
<( a des articles dont les frais ont été jusqu'à 6.000 livres. 

« J'ai parlé en particulier à un commis qui paraît avoir sa con- 
« fiance, pour engager M. d'Hozier à se contenter de 300 livres, 
« lui faisant entendre que je lui donnerais une gratification de 
c( deux louis, qui m'a répondu qu'il n'en pouvait obtenir aucune 
c( diminution. Je vous fais ce grand détail pour vous convain- 
t< cre que je m'y suis pris de toutes le^ façons, et que je me vois 
t< forcé d'y renoncer, et qu'il n'y faut plus penser jusqu'à un 
« meilleur temps. » 

Une autre lettre nous ramène à Montauban. Elle nous fait 
voir un M. Bonhomme, qui gardait dans sa cassette 30.000 li- 
vres, sans se rendre compte qu'il y en avait 6.000 de plus ; volé 
par un garçon déluré, il s'estima très heureux de recouvrer la 
dite somme. Après cette aventure assez banale et un mariage 



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28o UN COIN DE LA SOCIÉTÉ MONTALBANAISE 

de caprice, la lettre nous montre un de ces mariages mixtes fré- 
quents à cette date. Un vicaire de la paroisse Saint-Jacques 
unissant les époux à Tinsu du curé, et congédié pour ce fait, 
dénonça les tendances du curé à Madame Louise, fille de 
Louis XV, religieuse au Carmel de Saint-Denis. L'interven- 
tion du roi appela des réponses du duc de Duras et de l'inten- 
dant Terray ; de l'ensemble il résulte qu'une ère d'apaisement 
religieux était commencée ; les assemblées protestantes se te- 
naient au grand jour, et, au lieu d'être réprim^ées violemment 
comme aux dernières années, elles obtenaient le silence des of- 
ficiers royaux, du gouverneur de la province et de l'intendant. 
L'évêque, le curé, la société montalbanaise voyaient d'un œil 
assez placide les unions mixtes; l'officier Bombelles lui-même, 
dont le mariage avec une protestante avait fait grand bruit, 
avait ses grandes et petites entrées dans les salons, et son avan- 
cenïent était loin d'en souffrir. 

Glanons encore quelques traits. Le président écrit à son frère 
le 13 février 1749: « La défense de l'intendant de porter les 
ï( grains hors 'de la province, a si fort tombé les graîns que 
(( personne n'en veut, et j'en ai fait porter inutilement au mar- 
ché. » Le 10 mai le blé ne valait encore que 50 sols. Au mois 
de mai 1773, à la suite d'une révolte populaire qui avait eu 
lieu presque simultanément à Moissac, Nègrepelisse et Mon- 
tauban, à cause de la cherté, le pain valait 21, 28 et 31 de- 
niers la livre, suivant qualité. 

A la date du 11 juin, l'évêque (Mgr de Verthamon) est ma- 
lade; (( on ne croit pas qu'il puisse aller loin. Il a fait venir un 
<( frater de campagne qui a ordonné les bains. L'archidiacre 
(( Verthamon a fait appeler les médecins malgré lui et a eu 
« toutes les peines à faire suspendre les bains. » 

Le 2 août 1761, le président écrit encore : <( M. de Gourgues 
(( (intendant) arriva mardi 22, à 10 heures du soir ; je soupai 
« chez lui hier au soir ; il paraît plein de bons, sentiments et 
(( désireux de procurer en tout ce qu'il pourra le bien de la pro- 
« vince. Il partira dans le mois d'avril et reviendra avec Ma- 
« dame de Gourgues, ce qui ne sera apparemment qu'en sep- 
" icmbre de Tan prochain. On ne parle plus dç l'affaire de Cau3,. 
ti 3ade. » 



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À La fin du XVIIl* 5IECLÈ. ÎÎOI 

Il s'agit du pasteur Rochette, qui fut pris par la garde bour- 
geoise de cette ville, et dont la détention donna lieu à une vive 
échauffourée que nous n'avons pas à raconter ici; quelques 
jours auparavant, le président avait écrit : (( L'affaire de Caus- 
sade a été exagérée. » 

L*usage du patois était encore général dans la bonne société ; 
nombre de lettres sont émaillées' de citations dans la langue de 
nos aïeux, et elles ne sont pas sans saveur. La fiancée du jeune 
Molières, Geneviève Dubruelh, sans nouvelles fraîches de son 
futur, alitée i>ar mal d'amour au château d'Esi>anel, disait : 
Qu'un nobi que ieu ei, que nou m'escriu pas soulomen ! 

Jacques-Antoine de Molières, enseigne de vaisseau, épousa 
en 1773 la dite Geneviève, âgée de seize ans, dernière héritière 
de la seigneurie d'Espanel ; une condition de son mariage fut 
que répoux quitterait le service. En 1784, il acheta la terre de 
Monteils, en la baronnie de Caussade, avec la justice haute, 
moyenne et basse et autres droits, au prix de 160.000 livres, 
plus I louis par i.ooo d'épingles, plus 17.000 livres de loyaux 
coûts et 24.000 livres de réparation. Il ne devait pas en jouir 
longtemps. 

Suspect à la Révolution, il se réfugia à Paris avec sa famille ; 
caché longtemps dans la demeure de Robespierre, rue Saint- 
Honoréj il passa le temps de la Terreur à Rouen, puis à Bou- 
logne-sur-Mer. A la demande et sur la signature de 25 habi- 
tants pauvres d'Esi>anel, il obtint du Comité de législation, 
le 18 vendémiaire an 3, sa radiation de la liste des émigrés. 

Jacques, le dernier de ses fils, était candidat à la députatîon 
en 1842, en concurrence avec Mary-Lafon, le romancier bien 
connu. Sa famille s'est éteinte avec lui, 

La famille de Gaulejac portait : Écartelé aux i et 4 d'azur à 
trois besanls d'or; au 2 et 3 de gueules, à trois cloches d'argent 
bataillées de sable. 




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UNK 



VENTE A LA CRIÉE 

A Castelnau-de-Montratier (Lot) 



EI>r 1324 



M. l'Abbé Barthélémy TAILLEFER 

Membre de la Société. 



L'étude attentive du passé découvre tous les jours des 
ressources nouvelles, et l'ensemble de ces documents cons- 
titue un véritable trésor de richesses longtemps inconnues. 

Il ne nous paraît pas téméraire de classer ainsi le docu- 
ment suivant, car il renferme toute la procédure, en usage 
au XIV« siècle, pour les ventes à l'encan. Le nom du crieur 
public, l'endroit de la ville où se font les enchères, la raison 
qui détermine la vente, les différents enchérisseurs, avec le 
montant de leurs offres, enfin l'adjudication au plus offrant, 
tout y est spécifié. Nous pensons que la lecture de ce docu- 
ment, aussi complet que possible, intéressera la Société; 
c'est dans cet espoir que nous le communiquons. 

PREMIÈRE CRIÉE 

Notum sit quod anno ab incar- Connu soit que Tan de Tlncar- 

natione Domini m. ccc. xx iiii, nation du Seigneur 1324, régnant 
régnante illustrissime principi illustrissime prince seigneur 



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Une vkNTÈ 

domino Carolo Francorum et Na- 
varre rege, penuliimadie mensis 
octobris, P. Guilhol, crida com- 
munal de Castelnuo, cridet e su- 
bastet publicament el mercat pu- 
blic de Castelnuo la terra deiotz 
sad dizen en la maniera que ex- 
près s'tnsec ; Una pessa de terra 
franca e quitia de tota feuzal 
senhoria que es del heretier del 
senhorSicart de Belpug, ees en 
la perroquia de Sanh-Aurelh, el 
terrador dejla Condamina, e te se 
de doas partz ab la terra d'en 
Bertran Descayrac, filh que fo al 
senhor Bernât Descayrac, e d'au- 
tra part ab la terra e ab la vinha 
d'en Wuilhem Descayrac, e pel 
fons ab lo valat del pesquier del 
dig heretier, ung cami en meg ; 
vol hom vendre e vol i hom donar 
quaranta Ihs de tomes. Et qui 
mai i voira donar quen vengua 
parlar ab en Ramon Bernât de 
la Olmia, tutor del dig here- 
tier. £ fa se la dicha subastacio 
per paguar los deudes que dévia 
lo dig senhor Sicart an Arn. 
Bernât Tichendier, mercadier 
de Caussada, e al thesaurier de 
Caortz. De las quais cauzas lo 
dig en R. B. requerec mi, notari 
deiots escrig, quelh fes carta. 
Quod feci. Actum in dicto mer- 
cato, anno die et régnante qui- 
bus supra. Testibus presentibus : 
Arnaldo de Piru, als de Gordo, 
G**» Bartes, Arnaldo Maynada, et 
me R[amu]ndo de Cruce, auctori- 
tate regia, notario publico, qui 



A LA CRIEE 



i8i 



Charles, roi de France et de Na 
varre, le pénultième jour du mois 
d'octobre, P. Guilhot, crieur 
communal de Castelnau, cria 
et mit publiquement à l'encan, 
au marché public de Castelnau, 
la terre ci-dessous exprimée, di- 
sant ainsi qu'il suit : une terre 
franche et quitte de tous droits 
seigneuriaux, qui est de l'héri- 
tier du seigneur Sicart de Bel- 
pug, sise en la paroisse Je Saint- 
Aureil, au terroir de la Conda- 
mine, et confronte de deux côtés 
à la terre de Bertrand d'Escay- 
rac, fils du seigneur Bernard 
d'Escayrac, d'autre part à la 
terre et à la vigne de Guillem 
d'Escayrac; du fond : au fossé de 
l'étang du dit héritier, un che- 
min passant au milieu; qu'on 
veut vendre et on veut en donner 
40 livres tournois. Si quelqu'un 
veut donner davantage, qu'il 
aille parler à Ramond-Bernard 
de Lolmie, tuteur du dit héritier. 
Ladite mise à l'encan est faite 
pour payer ce que devait ledit 
seigneur Sicart à Arnaud-Ber- 
nard Tissendié, marchand, de 
CaussaJe, et au trésorier de 
Cahors. De tout quoi ledit Ra- 
mond-Bernard a requis moi, no- 
taire soussigné, de lui dresser 
acte ; ce que j'ai fait. Fait au dit 
marché, l'an, le jour et régnant 
que dessus. Témoins présents : 
Arnaud de Piru, dit de Gordon, 
Gasbert Bartés, Arnaud May- 
nada, et moi Raymond de 1^ 



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284 iJNfe VENtE 

ad dicti R[amu]ndi B[ern]ardire- 
quisitionem hanc cartam recepi 
et signo meo signavi consiieto. 



A IX CRIEE 

Croix, par l'autorité royale, no- 
taire public, qui, à la réquisition 
de Ramond-Bernard, ai dressé 
l'acte et l'ai signé de mon para- 
phe accoutumé. 



DECXIÈME CRIÉE 



Kotum sit quod anno ab incar- 
natione Domini m. ccc. xx iiii., 
régnante domino Carolo, rege 
Francorum et Navarre, sexta die 
mensis novembris, P. Guilhot, 
crida communal de Castelnuo, 
cridet e subastet publicament, 
el mercat public de Castelnuo, 
la terra deiots escricha dizen en 
la maniera que sensée : una pessa 
de terra... (comme ci-dessus),,, 
vol hom vendre e vol i hom 
donar xllill Ihs de tor. petits, et 
qui mai i voira donar qu'en ven- 
gua parlar ab en R. B[erjnat de la 
Olmia, tutor del dig heretier. E 
aisso es la segonda crida, e la 
prumiera ad aquesta suma, la- 
quai soma de pecunia ufore si 
donador e paguador en presen- 
cia de mi not. e dels testimonis 
deiots escrigs en Btran Descay- 
rac, filh que fo al senhor Guis- 
cart, coma percuraire que dih 
que era d'en W., so fraire, e tots 
los bes del dig W., coma per- 
curaire de Ihui sobre aisso obli- 
guan. Actum. .. Testibus : Dno 
Geraldo de Sancto Privato, pres- 
bitero, ArnaldoCalvet, R[amu]n- 
do Guilhelmi de Bêla Costa, et me 



Connu soit que l'an de l'In- 
carnation du Seigneur 1324, ré- 
gnant le seigneur Charles, roi 
de France et de Navarre, le 
6 novembre, P. Guilhot, crieur 
public de Castelnau, cria et mit 
publiquement à l'encan, au mar- 
ché public de Castelnau, la terre 
ci-dessous écrite, disant ainsi 
qu'il suit : une pièce de terre. . . 
(comme ci-dessus) on veut ven- 
dre et on veut en donner 43 li- 
vres, petits tournois, et si quel- 
qu'un veut en donner davantage, 
qu'il aille parler à R. -Bernard 
de Lolmie, tuteur dudit héritier. 
Ceci est la seconde criée, mais 
la première pour cette somme, 
qu'offre de donner et de payer 
en présence de moi et des témoins 
bas nommés, Bertrand d'Escay- 
rac, fils du seigneur Guiscard, 
comme procureur de Guillem, 
son frère, et à cet effet, en sa 
qualité de procureur, oblige tous 
les biens de Guillem. Fait... 
Témoins : Maître Géraud de 
Saint-Privat, prêtre, Arnaud 
Calvet, Raymond-Guillaume de 
Belle Coste, et moi , . . 



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A CAStÈLNAU-bE-MONtRATlER 



i86 



TROISIÈME CRIÉE 



Notum sit quod anno ab incar- 
natione Domini m. ccc°. xx IIIP, 
régnante domino Carolo, rege 
Francorum et Navarre, die mar- 
tis post yemale festum sancti 
Martini, P. Guilhot, crida com- 
munal de Castelnuo, cridet e 
subastet el mercat public de 
Castelnuo la terra deiots expres- 
sada en la maniera que sensée : 
una pessa de terra... (comme 
ci'dessîisj , . . vol hom vendre e 
vol i hom donar xlllll Ihs de tor- 
nes. E qui mai i voira donar 
qu'en vengua parlar ab en R. 
Bnat de la Olmia, tutor del dig 
heretier. E aissoea la tersa crida, 
e la prumiera crida ad aquesta 
soma, laquai soma avia ufert en 
la dicha terra segon que dih lo 
digtutor, lo dig en B[er[tran Des- 
cayrac, filh que fo al senh. B. 
Actum... Testes : Bernardus 
Hugonis de Frumento, Joh[an- 
n]es Pilo, et ego. . . 



Connu soit que Tan de l'In- 
carnation du Seigneur 1324, ré- 
gnant prince Charles, roi de 
France et de Navarre, le mardi 
après la fête de Saint-Martin 
d'hiver, P. Guilhot, crieur pu- 
blic de Gastelnau, cria et mit à 
l'encan, au marché public de 
Castelnau, la terre ci-dessous 
exprimée en la manière sui- 
vante : une pièce de terre. . . on 
veut vendre et on veut en don- 
ner 44 livres tournois. Si quel- 
qu'un veut en donner davantage, 
qu'il aille parler à Raymond- 
Bernard de Lolmie, tuteur du- 
dit héritier. Ceci est la troisième 
criée, mais la première pour 
cette somme, qu'avait offerte, 
ainsi que le dit le tuteur, Ber- 
trand d'EscajTac, fils du seigneur 
Bernard. Fait. . . Témoins : Ber- 
nard d'Hugues de Froment, Jean 
Pilo, et moi. . 



ÛCATRIÈNE CRIÉE 



Notum sit quod anno ab incar- 
natione Domini m. ccc°. xx IIII°, 
régnante domino Carolo, rege 
Francorum et Navarre, die xx 
mensis novembris, P. Guilhot, 
crida communal de Castelnuo, 
cridet e subastet el mercat pu- 
blic de Castelnuo la terra deiots 
confrontada, dizens en la ma- 
1908 



Connu soit que Tan de Pin- 
carnation du Seigneur 1324, ré- 
gnant prince Charles, roi de 
France et de Navarre, le 20 no- 
vembre, P. Guilhot, crieur pu- 
blic de Castelnau, cria et mit à 
l'encan, au marché public de 
Castelnau, la terre ci-dessous 
confrontée, disant en la manière 

ai 



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286 



Une VENtE A La cri^e 



niera que sensée : una pessa de 
terra... fcomtne ci-dessus). , 
vol hom vendre e vol i hom do- 
nar cinquanta e uua Ihs de ter- 
nes. E qui mai il voira donar 
qu'en vengua parlar ab en Ra- 
mon Bernât de la Olmia, tutor 
del dig heretier. E aisso es la 
quarta crida, fasia aisso que la 
premiera ad aquesta soma, la- 
quai soma de pecunia ufert si 
donador e paguador en la dicha 
terra en Bertran Descayrac , 
coma percuraire que dih que 
era d'en W. Descayrac, sofraire, 
e permes que el fara e percon- 
tara quel dig W. la dicha obla- 
tio e uferta aura per bona e per 
acha e o ratifiara a la requesta 
del dig tutor, tots sos bes els 
bes del dig so fraire coma per- 
curaire de Ihui, sobre aisso obli- 
guam. . . Actum. . . in presencia 
et testimonio magistrorum Ber- 
nardi de Mota in decretis periti 
et Hugonis de Boscorotundo, 
not., Arnaldi Jordani, fabri, de 
Fraiches, et mei Ramundi de 
Cruce . . . 



qui suit : une pièce de terre . . . 
on veut vendre et on veut en 
donner 51 livres tournois. Si 
quelqu'un veut en donner da- 
vantage, qu'il aille parler à 
Raymond-Bernard de Lolmie, 
tuteur du dit héritier. Ceci est 
la quatrième criée, mais la pre- 
mière pour cette somm j, qu'offre 
de donner et de payer, pour 
cette tene, Bertrand d'Escayrac, 
comme procureur de Guillem 
d'Escayrac, son frère, et promet 
de l'appointer et précompter, et 
affirme que ledit Guilhem ac- 
ceptera cette offre, la regardera 
comme bonne et Ja ratifiera à la 
requête dudit tuteur; ses biens 
et ceux de son frère, comme 
procureur, sont obligés... Fait... 
en présence des témoins : Maî- 
tre Bernard de la Mote, juris- 
consulte, maître Hugues de Bor- 
redon, notaire, Arnaud Jordan, 
forgeron, du lieu de Frayssé, et 
moi Raymond de la Croix, par 
l'autorité royale notaire public 
qui ai dressé . . . 



Cinquième Criée et Adjudication 



Notum sit quod anno ab incar- 
natione Domini m. ccc°. xx nn». 
lUustrissimo principe domino 
Carolo Francorum et Navarre 
rege, quarta die in exitu mensis 
novembris, Peire Guilhot, crida 
communal dé Castelnuo, cridet, 



Connu soit que Tan de l'In- 
carnation du Seigneur 1324, ré- 
gnant l'illustrissime prince Char- 
les, roi de France et de Navarre, 
le 4'' jour sur la fin du mois de 
novembre, Pierre Guilhot, crieur 
public de Castelnau, cria, mit 



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A CAStEtNAtJ-DE-.VlONTRATlER 

subastet et encantet publica- 
ment, el mercat public de Cas- 
telnuo, la terre deiots confron- 
tada, dizen en auto vots en la 
maniera que sensée : una pessa 
de terra franca e quitia de tota 
feuzal senhoria (e suittitf que 
es del heretier del senhor Sicart 
de Belpug, et es en laperroquia 
de Sanh-Aurelh, el terrador de 
la Condamina, et te se de doas 
parts ab la terra d'en Bertran 
Descayrac, filh que fo al senhor 
Bernât, e d'autra part ab la terra 
et ab la vinha den W. Descay- 
rac, e pel fons ab lo valat del 
pesquier del dig heretier, i cami 
en meg. Vol hom vendre e vol 
i hom donar cinquanta e doas 
Ihs de tomes. E qui mai i voira 
donar qu'en vengua parlar aben 
Ramon-Bernat de la Olmia, tutor 
del dig heretier. E aisso es la 
quinta subastacio, laquai soma 
ûfert si donador en la dicha 
terra en Bertran Descayrac, filh 
que fo al senhor Bernât. E aqui 
mezeih la dicha terra fo cridada 
e subastada a diversas somas de 
pecunia, las quais i ufrio en 
aquela en Bertran Descayrac, 
filh que fo al senhor Guiscart, 
coma percuraire que dizia que 
era de W. Descayrac, so fraire, 
tant lo dig Ihiorant receben 
quant lo diz en Bertran Des- 
cayrac, filh que fo al senhor 
Bernât, per si mezeih fa u après 
l'autre totas vetz en poian e a la 
perfi lo dig Bertran, filh que fo 



287 



en vente et annonça publique- 
ment, au marché public de Cas- 
telnau, la terre ci-dessous con- 
frontée, disant à haute voix de 
la manière suivante : une pièce 
de terre franche de tous droits 
seigneuriaux tet la suite)^ qui 
appartient à l'héritier du sei- 
gneur Sicard de Belpug, et sise 
en la paroisse de Saint-Aureil, 
au terroir de la Condamine, et 
tient de deux parts à la terre de 
Bertrand d'Escayrac, fils du sei- 
gneur Bernard, d'autre part à la 
terre et à la vigne de Guillem 
d'Escayrac, du fond au fossé de 
l'étang dudit héritier, un che- 
min au milieu ; qu'on veut ven- 
dre, et on en donne 52 livres 
tournois Si quelqu'un veut en 
donner davantage, qu'il vienne 
parler à Ramond-Bernard de 
Lolmie, tuteur dudit héritier. 
Ceci est la cinquième criée ; la- 
quelle oifre de donner, pour la- 
dite terre, Bertrand d'Escayrac, 
fils du seigneur Bernard. Aussi- 
tôt après, ladite terre lut criée 
et mise à l'encan à diverses 
sommes qu'offrait Bertrand d'Es- 
cayrac, fils du seigneur Guis- 
card, comme procureur de Guil- 
lem d'Escayrac, son frère, tant 
le livrant que ledit Bertrand 
d'Escayrac, fils du seigneur Ber- 
nard, pour eux-mêmes, l'un après 
l'autre chaque fois. A la fin, le- 
dit Bertrand, fils du seigneur 
Bernard, offre de donner pour la 
dite pièce de terre quatre-vingt 



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208 UNfi VENTE A LA CRIEE A CASTELNAU-DË-MONlRAtlÊR 



al senhor Bernât, ufert si dona- 
dor en la dicha pessa de terra 
quatre vings e nou Ihioras de 
tomes petits a laquai soma de 
pecunia lo dig P. Guilhot la 
cridet e subastet una vetz e doas 
e manhtas, aqui mezeihs presen 
loidigs en Bernât, en Bertran 
e gran [nombre] dautras perso- 
nas dizen se i avia home ni fenna 
qui plus en la dicha terra vol- 
gues donar. £ cum non apa- 
regues que en la dicha terra 
plus de la soma derieramen. 
dicha volgues donar, e fos una 
vetz, doa?, très, llll" et sine 
subastada, e per deguts entre- 
vais lo dig P. Guilhot dih que 
la Ihiorava e la Ihioret al dig 
Bertran Descayrac, filh que fo al 
senhor Bernât, coma a plus ufren 
per las dichas un. e ix Ihs, de 
las quais cauzas lo dig tutor 
requerec mi notari deiots escrig 
quelh fes carta. Acta fuerunt 
hœc in mercato predicto, anno 
die et régnante quibus supra, in 
presencia et testimonio magistri 
Hugonis de Boscorotundo, nota- 
rii, Guilhelmi Pilo, Joannis de 
Sancto-Johanne, Hugonis de 
Ginebreda, Augerii Descayraco, 
Guilhelmi de Fabrica, plurimo- 
rum aliorum, et mei Ramundi 
de Cruce, auctoritate regia no- 
tarii publici, qui ad requisitio- 
nem predictam hanc cartam re- 
cepi, scripsi et signo meo signavi 
consueto. 



neuf livres de petits tournois, à 
laquelle dite somme d'argent, le- 
dit Pierre Guilhot la cria et mit 
en l'encan une fois, deux et 
plus, étant là présents lesdits 
Bernard, Bertrand et grand nom- 
bre d'autres personnes, disant 
(demandant) s'il y avait homme 
ou femme qui voulût donner 
davantage de la dite terre. Et 
comme nul ne se présentait, qui 
voulût donner, de la dite terre, 
plus que la somme dernièrement 
émise, et qu'elle eût été procla- 
mée une, deux, trois, quatre et 
cinq fois, par intervalles, ledit 
Pierre Guilhot dit qu'il la livrait, 
et la livra audit Bertrand d'Es- 
cayrac, fils du seigneur Bernard, 
comme au plus offrant, pour les 
dites quatre-vingt-neuf livres. 
Desquelles choses Ledit tuteur 
m'a requis, moi notaire soussi- 
gné, de lui en dresser acte. Fait 
audit marché l'an, le jour et 
régnant que dessus, en présence 
des témoins : Maître Hugues 
de Borredon, notaire, Guillaume 
Pilo, Jean de Saint-Jean, Hugues 
de Ginibrède, Augier d'Escay- 
rac, Guillaume de Fabrica, de 
plusieurs autres, et de moi, Ray- 
mond de la Croix, par l'autorité 
royale, notaire public, qui, à la 
susdite réquisition, ai reçu cet 
acte, l'ai écrit et signé de mon 
paraphe accoutumé. 



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LE 

Registre du Maximum 

DE LA 

COMMUJSTB DE IjARRAZiST^»^ 

PAR 

M. J. DON AT. 



Comme je Tai déjà indiqué, mon premier article sur le 
« Registre du Maximum de la commune de Larrazet, > était 
composé lorsque de nouvelles recherches m'ont fait décou- 
vrir une feuille dudit registre qui avait échappé à mes inves- 
tigations. 

Je la transcris ci-dessous : 

Journée de tailleur : 

Une journée nourri o^ 9" 

La fasson d'une veste d'étoife 2* 

La fasson d'une paire culotte 1* 7* 

La fasson d'une paire culotte longue o^ 9* 

La fasson d'une veste de toille i^ 

La fasson d'une camisolle doublée i^ 

La fasson d'un gillet o^ 15» 

(1) Voir Bulletin archéologique de Tarn-et-Garonne^ 2® trimestre 1908, 
p. I 10. 



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290 LE REGISTRE DU MAXIMUM 

Jourfiée de femme : 

Une journée sans être nourrie o^ I2" 

Une journée nourrie o^ 6**» 

Fasson de filler : 

Le bot, la livre o' 5* 

Espalmette o^ 8* 

Brinne o^ 12» 

Fasson des bas : 

Bas de laine fine 3I 

Bas de fil fin 4^ 

Bas de couton 4I 

Fasson de filler le couton et le poil de lin 
et la lenne : 

Fasson de six pour livre o* 6®6<* 

Fasson pour le couton, la livre i* io« 

Pour tondre les brebis ou moutons, par tête d^ o^g^ 

La fasson de faire cuire le pain 

Le boullanger ne pourra tirer de faire cuire le pain que de 
vingt livres une. 

Pour apprécier exactement la valeur des renseignements 
ci-dessus, il faut rappeler que le maximum^ établi les 3, 1 1 
et 29 septembre 1793, fut fixé d'après des règles précises 
contenues dans un décret de la Convention du 1 1 brumaire 
(2 novembre). 

D'après ce décret, le prix maximum était obtenu : pour 
les marchandises, en ajoutant aux prix de 1790 un tiers de 
ces mêmes prix ; — pour les journées de travail et la main- 
d'œuvre, en ajoutant aux prix de 1790, une moitié de ces 
prix. 



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DE LA COMMUNE DE LARRAZET 2qi 

Les chiffres que contient le registre de Larrazet ont été 
obtenus en ajoutant uniformément aux prix de 1790 leur 
propre moitié. 

Cela ressort clairement des faits suivants. 

Le cahier dont j'ai publié le contenu, d'abord envoyé au 
< district > de Beaumont (t), fut retourné par celui-ci à la 
commune de Larrazet, parce que sa disposition n'était pas 
conforme aux indications prescrites. Il est, en effet, accom- 
pagné de la note suivante : 

« Renvoyé à la municipalité de Larrazet pour présenter 
un tableau en quatre colonnes, dont la première indiquera 
le genre des ouvrages, la seconde, le prix des journées en 
1790, la troisième la moitié en sus à ajouter à ce prix, la 
quatrième le maximum additionné de la seconde et troisième 
colonne. 

f A Beaumont, ce 2 messidor an 2® de la République 
française, une et indivisible. 

« Dast^ agent national ; Pérignon, Laborde. » 

Conformément aux instructions reçues le secrétaire pro- 
céda à la réfection du registre qui fut disposé sous la forme 
d'un tableau en quatre colonnes, portant les suscriptio.ns 
suivantes : 

I" colonne : Dénomination des genres d'ouvrages ; 

2« colonne : Prix des journées en 1790; 

3« colonne : Moitié en sus du prix cy- contre; 

4« colonne : Réduction du prix d'unejournéecy-contre (2). 

(1) Lors de la création des départements, Larrazet appartint au district 
de Grenade et au canton de Beaumont ; cette dernière localité reven- 
diqua rhonneur de devenir chef-lieu de district et finit même, semble-t-il, 
par obtenir cette faveur vers 1793. 

(2) Ce sont les prix portés dans la quatrième colonne qui constituent 
le prix maximum. 



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292 LE REGISTRE DU MAXIMUM 

Mais, trouvant, sans doute, la besogne un peu longue, il 
releva seulement dans cette seconde expédition une partie 
des articles que contenait la première. 

Les deux expéditions existent dans les archives de Lar- 
razet. 

La première en date - la plus complète — est celle que 
je publie ici ; j'estime, en effet, que la seule chose qui 
importe c'est de connaître, avec les chiffres, les règles selon 
lesquelles ils ont été établis. 

Le prix du Maximum est identique dans Tune et dans 
l'autre : le calcul en a été fait selon les prescriptions du 
décret du 11 brumaire. 

Dans mon précédent article, j'exprimais le regret que les 
renseignements fournis par le cahier dont je publiais le 
contenu fussent incomplets. J'ai eu la bonne fortune de 
découvrir dans les archives de Larrazet, un acte qui, bien 
qu'étant d'une époque antérieure, se rapporte à la même 
question et complète utilement les renseignemants précé- 
demment produits. 

Il s'agit d'un « Etat des objets qui sont taxés de première 
€ nécessité par le conseil général de la commune. » 

Il fut dressé le 20 octobre 1793, c'est-à-dire vers l'époque 
même où la Convention rendait obligatoire l'établissement 
du Maximum (i) 

Dans quel but et pour répondre à quelle nécessité du 
moment cet acte fut-il établi ? La date du 20 octobre 1793 
est comprise entre le moment où la Convention décréta le 
Maximum (3, il et 29 septembre) et celui où elle fixa les 
règles selon lesquelles il devait être établi (2 novembre). 

Ce fut donc antérieurement à la promulgation du deuxième 

(i) Je rappelle pour mémoire que le tableau définitif du maximum ne 
fut dressé à I.arrazet que le i'*'" messidor an II (k) juin 1794), c'est-à-dire 
huit mois après. 



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DE LA COMMUNE DE LARRAZET 2g?> 

décret, et sans doute sur un ordre venu du département, 
que l'arrêté fut pris par le conseil général de la commune. 

D'ailleurs, le Maximum était une mesure préconisée 
depuis longtemps ; les administrateurs, les comités de sur- 
veillance, les sociétés populaires étaient familiarisés avec 
cette idée d'une taye des denrées. Dès le i8 avril 1793, la 
Convention avait reçu des pétitions en ce sens, et la com- 
mune de Paris, dont les manifestations avaient si souvent 
en province une profonde répercussion, après avoir, sur la 
motion de Chaumette, déclaré qu'elle « sera en état de 
révolution tant que les subsistances ne seront pas assurées, » 
décrète le 4 mai 1793 un maximum du prix des grains. 

La mesure ne fut pas plutôt prise qu'elle dut être mise à 
exécution. C'est pour cette raison certainement que fut 
dressé cet < état des objets de première nécessité. » Une 
note d'une ligne placée au dos de l'acte suffit à lever tous 
les doutes à ce sujet. Elle est ainsi libellée : c Maximum 
fait par le conseil général de la commune de Larrazet. » 

Les chiffres qu'il contient doivent se rapprocher de la 
réalité: le décret du 11 brumaire qui prescrivait de fixer le 
maximum, en ajoutaet aux prix de 17901e tiers ou la moitié 
de leur valeur n'a point encore été voté ; aucun texte n'im- 
posait de majoration. 

Voici donc ce document en entier : 

État des objets qui sont taxés de première nécessité 
par le Conseil général de la commune : 

Le bœuf, la livre carnassère o^ 16^ 

Mouton, — o^ 18* 

Veau, — , oU8« 

Vache, — o^ lO'* 

Brebis, — o* 12® 

Cochon frais, la livre i» 

Lard frais, poids de table o^ 15s 

Bois à bruUçr, la canne (i) ; i8i 



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294 LE REGISTRE DU MAXIMUM 

Charbon de bois, le quintal de ceijt vingt livres 2' 15* 

Lard salé, poids de table 0U8* 

Burre, poids de table '. o^ 16® 

Huille fine, poids de marc i^ 

Sucre blanc, — * i^ 12^ 

Miel, — Qi S^s* 

Papier blanc, la rame 4I 12® 

Fer, le quintal poids de table 20^ 

Plomb, — 27I 

Cuivre, — 2110» 

Chanvre, — o^ 8» 

Linet, — o^ 8^ 

Le bon vin, le picher (2) o^ y 

La chandelle, poids de table o^ 1 5» 

Huille pour la lampe o* I2« 

Laine, le quintal poids de table 50* 

Toille finne de maison de maison de cinq pans de lar- 
geur, la canne (3) 6* 

La paire de sabos, les plus grands 0^12^ 

La paire des moyens o^ 8» 

La paire des petits 0^ 5' 

La paire des souliers, les plus grands 6^ 

La paire des moyens 4I 

La paire des petits 3^ 

La paire des plus petits i^ 10* 

Savon, la livre poids de marc i^ 

La potase, poids de table o^ 10* 

Les cruches & y 

Les cruchons o* 3* 

Les pots pour faire la soupe, les plus grands o^ 8« 

Le poivre, la livre poids de marc 2^ lo^ 

Le cadis beau, la canne 6* 

Le gros tuille, le cent 6^ 10® 

(i) La canne de bois avait pour dimensions approximatives i™2oXi™8o 
Xi '"80. 

(2) Le picher était une sorte de broc en terre à goulot court et étroit, 
à large panse dont la contenance variait de 3 à 4 litres. 

(3) Le pan mesurait environ 0^22, et la canne, mesure de lon- 
gueur, i^nSo, 



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DE LA COMMUNE DE LARRAZET 295 

La tuille carrelle, le cent 5' 

La tuille barrot, — 4^ 

La tuille canal, — 6^ 

La tuille à carreller de 12 pouces en quarré (i) 9* (2) 

La journée des laboureurs avec son pair de bœuf par 

pôignerée et il sera noury i^ 5* 

Idem pour aller à la charrette toute la journée 5^* 

La journée des tailleurs nourris o^ 7^ 

Les officiers de santé pour se faire razer o^ i* 

Les médecins i^ 5* 

Pour faire chausser la pioche, le montant d'une journée 

d'un ouvrier o^ 15* 

La journée d'un charpentier, à commencer du i*^*^ novem- 
bre jusques au i®' février i^ 

Idem le reste de Tannée 1^ 10* 

La journée d'un travailleur de terre, à commencer du 

1" novembre jusques au i*^' février o^ 15* 

Idem le reste de l'année i^ 

La journée d'une femme nourrie o^ 5« 

La journée sans être nourrie o^ 10* 

Les ouvriers, s'ils sont nourris, gagneront la moitié 
moins de la journée. 

La fasson de la belle toille, par canne o^ 12'' 

La toille Bot o^ 5« 

Arrêté en Conseil général de la commune, présents les 
citoyens Doumerc, maire ; Roussel, Combedouzou, Del- 
pech, Caillau, Delpont, officiers municipaux ; Roussel, Lou- 
magne, Majourel, Mouchet, notables ; Carrié, Bruguières, 
Delpech,, sociétaires (2); pour servir ainsy qu'il appartien- 
dra, pour être exécuté suivant sa forme. 

(i) Les prix, de ces quatre derniers articles ont été surchargés : « la 
tuille carrelle » avait été d'abord portée à 4' ; — « la tuille barrot » à 
3' 10* ; « la tuille canal » à 5* 10* ; il semble donc qu'il y ait tendance à 
l'exagération des prix. 

(•2) Larrazet possédait une Société populaire dont je possède une copie 
de Tun des registres des délibérations. 



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296 LE REGISTRE DU MAXIMUM DE LA COMMUNE DE LARRAZET 

Dans la maison commune le 20 octobre 1793, Tan II de 
la République une et indivisible. 

Chit signé: Roussel, officiciermunicipal ; Mouchet, nota- 
ble; Carrié, sossitiaire {sic). 

On remarquera que certains articles sont communs à la 
liste dressée le 20 octobre 1793 et à celle du i**" messidor 
an II (19 juin 1794) ; il est facile de constater que les prix 
correspondent approximativement si Ton tient compte de 
la majoration prescrite pour la fixation de cette dernière. 




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Bibliothèque et un Vestiaire 



DE 



CURÉ DE CAMPAGNE AU XVIIP SIÈCLE 

PAR 

M. l'Abbé Barthélémy TAILLEFER 

Membre de la Société. 



M. Jean Jaubertou était curé de Saint-Félix, près Montcuq, 
diocèse de Cahors. Après avoir administré cette paroisse 
durant douze ans (i), il mourut, en 1773, laissant à 
M. Pierre Laborie, curé de Bouloc, le soin de régler sa 
succession. En conséquence, celui-ci, par acte du 22 octobre 
de la même année (2), requit M® Pons, notaire à Lauzerte, 
pour l'apposition des scellés, et, quelques jours après, 
€ pour éviter le dépérissement des meubles », fit dresser 
l'inventaire. Voici la liste des ouvrages qui composaient la 
bibliothèque : 

(i) La mise en possession est du 11 décembre 1771, précédemment il 
avait longtemps administré une autre paroisse. 

(2) Acte extrait de la liasse 1773. — Étude de M^ Pons, notaire à 
Lauzerte 



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49^ UNE BIBLIOTHEQUE ET UN VEStiaIrÉ 

Un dictionnaire théologique portatif. 

Les vies des Saints pour tous les jours de Tannée, t. i®'. 

Roberty Bellarmini, societatis Jesu. 

Méditations sur les principales vérités chrétiennes et ecclésiasti- 
ques. 

Biblia Sacra. 

Le vray thrésor de la doctrine chrétienne. 

Discours sur l'histoire universelle, en 2 tomes. 

Un relié écrit de main privée, intitulé : « Des libertés de TEglise 
gallicane, par M. Boutaric. 

Le missionnaire paroissial, en 4 tomes. 

Sermons sur les plus importantes matières de la morale chré- 
tienne, en 8 tomes. 

Géographie universelle. 

L'éloquence de la chaire et du barreau. 

Jérusalem délivrée. 

Histoire de Thamas Koulikan. 

La dévotion réconciliée avec l'esprit. 

La religion naturelle, en 6 tomes. 

Le paradis perdu de Milton, en 3 tomes. 

Œuvres diverses du sieur Boileau, en 2 tomes. 

La jouissance de soi-même, en 2 tomes. 

Traité des études, de M. Rollain, en 4 tomes. 

Rhétorique française. 

Connaissance de la mythologie. 

De arte rhetorica, libri quinque. 

Sinonimes françois. 

Histoire du peuple de Dieu, en 10 tomes. 

Theologia moralis universa, en 4 tomes. 

Theologia universa speculativa et dogmatica, en 7 tomes. 

Avertissement de Mgr TEvêque de Sois.ons. 

Les satyres de Juvénal. 

Homère, Odyssée, libri viginti quatuor. 

Le directeur dans les voies du salut. 

Essais d'exhortations avant et après l'administration du Très-Saint 
Viatique. 

Instruction sur l'Histoire de France et romaine, par M. leRagois. 

Pensées ou réflexions chrétiennes, par M. Nepveu, en 4 tomes. 

Le véritable esprit des nouveaux disciples de Saint-Augustin, en 
2 tomes. 



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D*UN CURE DE CaMpAGNÉ i§0 

Preuves de la religion, en 4 tomes. 
Histoire et pratique des sacrements, en 3 tomes. 
Le catéchisme du Concile de Trente, en 2 tomes. 
Le Saint Evangile de Jésus-Christ, par M. Boissieu, en 4 tomes. 
Essais de moraîe, contenant deux traités. 
L'anti-Lucrèce, poème, en 2 tomes. 
Le petit catéchisme théologique. 
Catéchisme ou instruction de la doctrine chrétienne. 
Despotaire (?).(Despantère, grammaire ?) 
Les aventures de Télémaque. 
Pensées de M. Pascal. 
Tableau du siècle. 

Traité de la confiance en la miséricorde de Dieu, par M. de 
Soissons. 

Les confessions de Saint-Augustin. 

Manuel des méditations dévotes. 

Le sens propre et littéral des psaumes de David. 

Instructions sur les matières controversées. 

Connaissance de la géographie. 

Novus candidatus. 

Le pasteur apostolique, en 2 tomes. 

Le saint exercice de l'Adoration perpétuelle. 

Histoire de l'hérésie de Wiclef. 

Cathechismus ad ordinandos. 

La dévotion au Sacré-Cœur de N. S. J. C. 

La vérité de la religion chrétienne. 

Introduction à la vie dévote. 

Conduite des confesseurs dans le tribunal de la pénitence. 

Le devoir du chrétien. 

Le combat spirituel. 

Les sages entretiens d'une âme dévote. 

Pratique de l'oraison mentale. 

Pratique du Sacrement de Pénitence. 

L'imitation de J. C, livre 4®. 

Propre du diocèse de Cahors. 

Abrégé du catéchisme d'Agen. 

Avertissement du clergé de France. 

Règlement de vie. 

Prônes de M. Joly, évoque d'Agen, tomes 2® et y. 



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?00 UNE BIBLIOTHÈQUE ET UN VESTIAIRE 

Panég^'riques, sermons, harangues et autres pièces, par M. de la 
Parissière, en 2 tomes. 

L'univers énigmatique, par le marquis Caraccioli. 

Réponse au mémoire des protestants. 

Avis des évêques de France. 

Brochure concernant les jésuites. 

Brochure en réponse à un libelle diffamatoire, par le P. Griffct. 

Observations sur Tinstitut de la Société de Jésus. 

Recueil des préceptes de remèdes, par M™* Fouquet. 

Oraison quarante-troisième de Cicéron. 

Sermons de la Colombière. 

Remarques sur la pureté et l'élégance de la langue latine. 

Claris theologicae praticse, par M. Dumets. 

Aristides. 

Brochure et remarques sur le livre de Tite-Live. 

Les fables de Phèdre. 

Les oraisons de Cicéron. 

Flores doctorum. 

Instruction chrétienne contenant la méthode de catéchiser le 
peuple. 

Examen théologique sur la société du prêt à rente entre Bail et 
Pontas. 

Essais d'exhortations pour les états différents des malades. 

Epître familière de Cicéron. 

Autre ouvrage de Cicéron. 

Ars metriqua. 

Petite brochure intitulée : Réponse de Mgr TEvêque d'Angers à 
un docteur de théologie de Paris. 

Nouvelle méthode pour apprendre facilement la langue italienne. 

Le nouveau testament. 

Cantiques à l'usage des missions. 

Extrait du rituel romain. 

Le Concile de Trente. 

Traité : de universa theologia morali, tome i^f. 

L'histoire pratique. 

Formulaire d'instruction, par M. Nicolas Cochois. 

Catéchisme, en latin. 

De ofîicio pastorum, 

La manière d'administrer les sacrements. 

Statuts et règlements du diocèse de Cahors. 



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n*UN CURE DÉ CAMPAGNE ^O! 

Lettres sur Tadministration du Sacrement de Pénitence, en 
2 tomes. 

Instruction pastorale de Mgr Parchevêque de Tours. 

Dissertation théologique sur le péché du confesseur avec sa 
pénitente. 

Heures à Tusage du diocèse de Cahors. 

Manuel des cérémonies romaines. 

Exercice de la préparation à la mort. 

Catéchisme à Tusage du diocèse de Cahors. 

Les caractères de Theophraste, en 2 tomes. 

Catéchisme historique, par M, Fleury. 

Les pensées du P. Bourdaloue, en 2 tomes. 

Mœurs des israélites et chrétiens. 

L'histoire du vieux et nouveau Testament. 

Busseus (?). 

Retraite spirituelle. 

Instructions courtes et familières, par M. Lambert, tome 2«. 

Réflexions chrétiennes, par M. Croisoit, tome 2«. 

Valerius Maximinus, livre 19. 

Instruction sur les sujets de la piété et de la morale chrétienne. 

Histoire des croisades, par M. Maimbourg, tome i*'. 

Méditation des prêtres. 

Les essais de Michel, s' de Montaigne. 

Instructions générales, par M. Colbert, tomes 2*, y, 4® et 5«. 

Sermons des plus célèbres prédicateurs, tome i*'. 

Discours moraux, tomes i«', 4® et 6«. 

Instructions générales en forme de catéchisme, par M. Colbert, 
tome 1*'. 

Essais d'exhortations, par M. Blanchard, tome i®'. 

Pratique de la vie chrétienne, tome i®'. 

Discours de piété, tome i". 

L'exercice de piété, tome 2«- 

Discours moraux, tome 6®. 

Histoire de la Ligue, par M. Maimbourg. 

Œuvres mêlées de M. de Saint-Evremont, tome 2«. 

Selectae e profanis scriptoribus historiae. 

Pantheum mysticum. 

L'homme criminel ou la corruption de la nature par le péché. 

Compendium manualis controvers carium hujus temporis. 

De fide ac religione, dissertatio theologica. 

1908 22 



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Soi UNE BIBLIOTHEQUE ET VU VEStlAtftfe 

Un vieux traité de théologie, 

Autre traité de théologie, par Dumets. 

Catéchisme de M. de la Luzerne. 

Exercices ou Manuel pour les étudiants. 

Histoire de la vie des papes. 

Bréviaire cadurcien, partie de Tété. 

Justini historia. 

Théologie morale, en français. 

Le tombeau des hérétiques. 

Le bréviaire romain, en 4 volumes. 

L'inventaire fut dressé, les 23, 24 et 25 novembre 1773, 
par Me Pons, notaire, en présence de M. Jean Bories, prêtre 
et vicaire de Bouloc, et de Jean- Antoine Pons, praticien, de 
Lauzerte, signés à Toriginal avec le curé de Bouloc et le 
notaire, et contrôlé à Lauzerte, le 4 décembre, par Lafaye, 
qui reçut en paiement 8 livres 8 sols. 

Un porte-manteau de cadis avec sa chaîne cadenes 

demi usé. 

Plus une soutanelle d'étamine noire avec sa veste de la même 
étoffe. 

Plus une culotte de raze de Gênes presque neuve. 

Plus une autre culotte raze de maison plus que demi usée. 

Une autre culotte de calamendre aussi demi usée. 

Plus une veste, le devant de drap, plus que demi usée. 

Une soutane de raz de mareaud demi usée. 

Une redingote de ratine grise de la bruyère. 

Plus un mauvais manteau noir de cadis. 

Deux paires de guêtres, Tune de ratine et Tautre de coutonade 

Un éperon. 

Deux chapeaux demi usés. 

Deux perruques très usées. 

Deux calottes usées. 

Un bonnet carré. 

Une paire de bas de fil blu et blanc demi usés. 

Plus une antre paire bas fil blu de ciel très usis. 

Plus un surplis de cambri ; 



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D*UN CURE DE CAMt»AGNË ioî 

Deux portes colets. 

Trois petits colets. 

Plus deux paires bas de trame. 

Une paire de brs de laine demi usés. 

Plus deux paires boucles acier, petites et grandes. 

Les deux pièces que Ton vient de lire nous font pénétrer 
dans un presbytère du Quercy ; elles nous indiquent : Tune, 
le degré de culture intellectuelle, ainsi que le bagage théo- 
logique de l'un de nos curés de campagne peu avant la 
Révolution française ; l'autre, son vestiaire. Si ce bon prêtre 
consacrait ses ressources à Tachât d'ouvrages dont quel- 
ques-uns soiit importants, il sacrifiait peu au luxe de ses 
costumes. 




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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU 4 NOVEMBRE 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F. POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président; Ed. Forestié, secrétaire 
général; comte de Gironde, colonel Caillemer, Ressayre, Lespi- 
nasse, Mathet, Souleil, Escudié, Imbert, commandant Desnous, 
Pécharman, Mauquié, Maury, docteur Monribot, Moissenet, 
Chaulet; J. Bourdeau, secrétaire. 

Excusés : MM. de Marigny, Buscon, Lespine, chanoine Cailhat, 
chanoine Contensou. 

I-e procès- verbal de la dernière réunion est lu et adopté, 

M. Ed. Forestié donne lecture d'une lettre de M. le docteur 
de Sardac, de Lectoure, correspondant de la Société, s'excusant 
de n'avoir pu encore venir assister* à une de ses séances. 

MM. Alphonse et Ernest Fauré quittent Montauban et deman- 
dent à être nommés membres correspondants, ce qui leur est 
accordé avec empressement et l'espoir qu'ils continueront leurs 
excellents rapports avec la Compagnie. 

M. Ernest Fauré a souvent mis son talent de dessinateur au 
service de notre a Bulletin » et prêté un utile concours à l'orga- 
nisation de nos Expositions artistiques. Des regrets sont exprimés 
au sujet de ce départ. 

M. le président rappelle comment deux coffrets de mariage du 
XV« siècle, qui faisaient partie du trésor de Montpezat, et prove- 
naient de dons faits à Téglise, par des châtelains, pour y renfer- 
mer des reliques, avaient été induement achetés par un agent de 



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PROCès-VERBAUX DES SÉANCES 3o5 

la maison Alavoine, de Paris. Ces coffrets étaient classés comme 
monuments historisques, ce qui a permis des revendications. Le 
tribunal de la Seine taisant droit aux plaintes déposées par le 
maire de Montpezat et l'ancien conseil de fabrique a condamné 
le sieur Alavoine, à les restituer contre remboursement de la somme 
de 2,000 francs versée pour leur acquisition. Au mois de Juillet 
dernier. Sur la demande de M. le Maire et de M. le Doyen de 
Montpezat, munis d'une procuration, M. le chanoine Pottier, qui 
avait demandé, en qualité de correspondant de la commission des 
monuments historiques, le classement de ces objets et les avait 
étudiés et fait connaître (voir Bulletin archéologique y t. XXXII, 
1904, p. 242), s'est rendu à Paris pour en prendre possession après 
en avoir reconnu l'authenticité. 

Il s'est trouvé pour cela dans l'étude de M® Aron, avoué; il 
était assisté par MM. de Fontenilles et Fourgons, membres de la 
Société Archéologique, qui, tous deux avaient vu et photographie 
lesdits coffrets, à Montpezat même, et C2mme conseil par M. de 
Ramel avocat. 

Après un mûr examen, ces Messieurs n'ont pu voir, dans ceux 
qui ont été présentés, que des imitations; en conséquence, ils 
n'ont pas cru devoir les accepter et la question reste pendante. 

M. le président a le vif regret d'annoncer la mort du capitaine 
Galinier, qui habitait le château de Fonlongue. Homme d'étude 
et de savoir, il faisait partie de notre Société depuis plusieurs 
années et avait toujours porté le plus vif intérêt à ses travaux. 

La Société, lors de son excursion dans TAriège, avait pu cons- 
tater avec peine, que M. le chanoine Cau-Durban était gravement 
malade. Il vient de succomber laissant un vide considérable dans 
le monde savant de notre région. A plusieurs reprises il avait 
pris part à nos excursions où il apportait son esprit charmant et sa 
vaste érudition. 

La Société s'associe au deuil des familles Galinier et Cau- 
Durban. 

M. Emile Cartailhac propose la Fédération des diverses Sociétés 
archéologiques du Sud-Ouest. Dans sa lettre, il exprime l'idée 
que la première exposition de cette Fédération pourrait avoir lieu 
à Montauban. 

La Société, tout en reconnaissant Texcellente idée de la Fédé- 
ration et y adhérant, regrette de ne pouvoir accepter la seconde 
partie de la proposition ; en effet, elle vient d'organiser une expo- 



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3o6 PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 

sition artistique, ce qui l'empêche de recommencer à bref délai 
une pareille entreprise. Elle fait des vœux cependant en faveur de 
la réussite de l'initiative de M. Cartailhac. 

Le Ministre de l'Instruction publique annonce que le Congrès 
des Sociétés savantes se tiendra l'an prochain, à Rennes, le 
II avril. 

Au lieu dit de « la Plagné », commune de Mansonville, M. Mau- 
rice Gendre vient de découvrir, dans sa propriété, une habitation 
troglodytique ofiFrant tous les caractères que l'on retrouve dans les 
souterrains de ce genre signalés dans le Tarn-et-Garonne. D'après 
les fouilles faites, sous la direction de M. Gendre lui-même, on se 
trouve en présence de plusieurs couloirs aboutissant à une vaste 
chambre creusée dans le tuf. On n'y a découvert aucun objet. 

M. le docteur Belbèze, de Saint-Nicolas, annonce qu'il a trouvé 
des documents relatifs aux fabriques de poteries d'Auvillars, dont 
M. Ed. Forestié a publié l'histoire. 

M. Belbèze en fera l'objet d'une communication. 

M. Pierre Lespinasse vient de publier, dans le Cor rts pondant y 
un article remarquable sur un sujet dont il a déjà entretenu la 
Société : TJ" Arrivée en Suède de divers arti6tes français^ et sur 
les Origines transmises de l*Art suédois. 

M. le Président félicite MM. Donnadieu, avocat, et Maurou, 
architecte, de leurs décorations académiques. 

M. Galabert envoie le récit d'un combat entre les troupes 
françaises et celles du prince d'Orange en 1693. 

Cette pièce a été trouvée dans des archives privées. 

M. Lespinasse donne une vue d'ensemble sur les diverses publi- 
cations reçues par la Société depuis la dernière séance. 

M. le Président annonçant le dernier volume de M. Antonin 
Perbosc, couronné par les Jeux-Floraux de Toulouse, prie M. Ed. 
Forestié de lire l'appréciation qu'il a faite de ce remarquable 
ouvrage. 

UN TROUBADOUR DU XX« SIÈCLE, ANTONIN PERBOSC 

Parmi la pléiade, aujourd'hui bien nombreuse» des fervents de la 
langue populaire d"u Midi de la France, qui marche sous le magis- 
tère incontesté de Mistral ; au milieu de la foule des poetœ minores 
qui, à défaut d'autre mérite, ont celui d'entretenir le feu sacré, le 



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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES ÎOJ 

culte d*un îdîôme que la centralisation est en train de faire disparaî- 
tre, nous sommes heureux de saluer un véritable troubadour, égaré 
dans notre société moderne. Digne émule et successeur des sept fon- 
dateurs de r Académie toulousaine du Gai Savoir, compatriote de 
Tun d'eux et non des moindres, M. Antonin Perbosc, dédaignant 
les faciles succès de la muse vulgaire assure à ses adeptes, a consa- 
cré sa vie à remettre en honneur la langue, le pur îdîônfie des poètes 
languedociens des quatorzième et quinzième siècle, et, savant fol- 
kloriste, traditionaliste avisé, en même temps qu'historisn disert et 
documenté, il chante nos gloires méridionales ou fait vibrer notre 
fibre patriotique. 

Déjà, dans plusieurs ouvrages, le Got occitan, VArada, il nous 
avait donné un avant goût de son talent de poète, de conteur, et ré- 
cemment l'Académie de Montauban, après nombre d'autres Socié- 
tés savantes, lui décernait une de ses plus belles couronnes. 

Mais nous savions que M. Antonin Perbosc ne s'en tenait pas à 
ces premiers succès et qu'il consacrait ses loisirs à une œuvre de 
longue haleine, à une sorte de chanson de geste, célébrant une de 
nos gloires méridionales, Guilhem de Toulouse, qui vit dans le 
souvenir à la fois légendaire, historique et hagiographique, car 
l'histoire nous dit qu'il « fut un des hommes- de guerre les plus illus- 
tres » de l'époque carlovingienne ; la légende lui prête de nombreux 
exploits, et il est réputé pour u être mort en odeur de sainteté » à 
l'abbaye Saint-Guilhem du Désert, où il s'était retiré pour mourir. 

De ces trois sources, M. Perbosc a tiré son poème et a voulu lui 
obtenir une consécration particulière. Il l'a présenté à l'Académie 
des Jeux Floraux de Toulouse, cette fille des sept mainteneurs du 
Gai Savoir, qui a repris l'antique tradition en consacrant plusieurs 
de ses importantes couronnes à la poésie romane : et l'Académie 
s'est montrée bon juge en la matière. Elle a placé au premier rang 
le poème « Guilhem de Tolosa » en lui décernant le prix Pujol de 
1.500 francs. 

M. le baron Desazars de Montgaillard, un bon juge en la matière, 
a apprécié dans son lumineux rapport l'œuvre de M. Perbosc d'une 
façon telle que nul éloge ne vaudrait les lignes suivantes : 

« Il faut lire ce poème ou l'entendre récité d'une voix claire et 
bien timbrée pour en saisir toute l'élévation morale et toute la va- 
leur historique. C'est une œuvre puissante qui rap]>elle les meilleurs 
poèmes nationaux empruntés par les Trouvères du Nord à nos Trou- 



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3o8 PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 

badours mëridioiiaux et devenus au treizième siècle les plus célè- 
bres romans de chevalerie. Elle est saine et vigoureuse, mâle et fière, ' 
susceptible d'agrandir les âmes et de leur donner un sursum à la 
fois héroïque et national... » 

A cet éloge nous nous associons pleinement et d'autant plus volon- 
tiers que la tendance des poètes, ou soi-disant poètes romanisants 
est de chercher leurs sujets dans la banalité ordinaire de la vie rurale, 
imitant en oela certains précurseurs qui briguèrent la popularité et 
y parvinrent par la vulgarité..., pour ne pas dire la grossièreté de 
leurs écrits. Nous pourrions en citer auxquels un snobisme ridicule 
a vilu des triomphes posthumes et qui ne sont dignes que d'un 
complet oubli. Parce que les Goudouli, les Valès et autres ont glissé 
dans leurs œuvres quelques vers burlesques ou trop libres, ils se 
sont crus autorisés à ne cultiver que ce genre, certains d'obtenir des 
succès ix>pulaires, mais en même temps éphémères. M. Perbosc 
comprend autrement le rôle de poète ; il suit en cela la vraie, la saine 
tradition des grands maîtres» et, « fidèle à la tradition troubadou- 
resque », il présente « des types humains assurément supérieurs à 
ceux de l'antiquité païenne ». 

On a pu reprocher au début à M. Perbosc ses tendances que nous 
pourrions appeler archéo-romantiques, à propos de la langue qu'il 
a employée dans ses poèmes, langue qui présente le phénomène spé- 
cial aux idiomes littéraires dont l'orthographe est demeurée fixe et 
que l'usage et les siècles ont défigurés dans leur aspect extérieur. 
C'est là, à propos du langage romano-provcnçal, une observation 
que nous avons faite depuis longtemps. Si on lit les troubadours 
en donnant aux syllabes leur valeur actuelle, on arrive à ne point 
comprendre le sens des mots. Et nous écrivions en 1890, au sujet 
de la langue parlée au quatorzième siècle dans nos contrées : « A 
notre avis, l'orthographe a changé et non la prononciation et nous 
pensons que les contemporains de Bonis marchand montalbanais 
du quatorzième siècle, qui écrivaient Dio, covent, monedas. pro- 
nonçaient comme nous Diou, coubent, mounedos, et disaient abio 
et non avia, abiou et non avio, etc. Et cela est si vrai que nous 
avons fait Texpérience de lire devant des paysans un adie du qua- 
torzième siècle avec la pronociation actuelle qu'ils ont parfaitement 
compris ; et par contre, il nous a été facile de donner une forme ar- 
chaïque à une poésie pa toise en adoptant l'orthc^raphe du manus- 
crit. 

M. Dçsazars de Montgaillard a du reste fort biçn caractérisé la 



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PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES Sog 

langue employée par M. Perbosc : « Savamment retrempée aux pu- 
res formes classiques, et cependant modernisée, évoluée» rajeunie 
au contact des parlers vîvanlts, en communion consciente et ardente 
avec la tradition : elle peut servir de type comme forme et comme 
fond à nos meilleurs poètes languedociens. » 

Quant au sujet du poème, ij est habilement choisi ; « ce n*est pas 
la Chanson de Roland avec ses rudes et sauvages accents, ce n*est 
pas non plus VEnéïde de Virgile avec la haute perfection de l'art 
antique, mais c'est comme un chant de T Iliade d'Homère. La grande 
ire du héros qui chante rappelle celle d'Achille, tout à la fois fami- 
lière et épique, dans une cause noble et avec des sentiments plus éle- 
vés ». 

Guilhem de Toulouse apprend que Louis le Débonnaire a oublié 
ses services éminenlts, lorsqu'il a distribué à ses familiers les nou- 
veaux fiefs de son royaume ; il en est outré et adresse au faible em- 
pereur ses sanglants reproches, lui rappelant tout ce qu'il a fait 
pour son père et pour lui. Le prince, troublé, ne sait que lui offrir. 
Alors Guilhem, fier et superbe, lui parle de la contrée « aux pommes 
d'or et aux odorants boutons blancs », qui est en la puissance des 
Maures. 

« C'est un pays en butte aux bouleversements et aux désarrois, 
emmantelé de gloire empourprée par des fleuves de sang, généreuse 
contrée où, malgré tant de catastrophes fatales, vit palpitant d'en- 
thousiastes ardeurs un peuple toujours exalté d'énergie nouvelle. » 

Et c'est une magique description de Toulouse, d'Agde, de Car- 
cassonne, de Béziers, de Nîmes, d ' Aigues-Mbrtes, de Maguelonne. 
de Beaucaire, du Rhône, de la Provence. 

« Donne-la moi : par été, par hiver, je n'aurai repos qu'elle soit 
délivrée. De ces Arlots, dont le museau païen se lève vers le ciel 
en invoquant, sous les coups d'épée Mahons et Tarvagant, voilà 
longtemps je n'ai occis le moindre. » 

Et le roi dit : 

a Guillaume, voici mon gant, cette terre est à toi. Va la pren- 
dre ! » 

Ainsi finit cette belle œuvre. Nous n'hésitons pas à dire qu'elle 
prendra place au premier rang des productions littéraires méridio- 
nales et que si, comme le lui conseille Téminent rapporteur des Jeux 
Floraux, M. Perbosc continue « à traiter toute la geste des méri- 
dionaux, il y trouvera certainement le sujet d'une vaste poème », 



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3 10 PROCES-VERBAUX DES SÉANCES 

de nouveaux succès et le mérite d'avoir « restauré nos gloires na- 
tionales dans la langue retrouvée de leur patrie. » 

M. Tabbé Camille Daux a offert une brochure sur les Chemins 
de Satnt-Jacqtiesy M. Taillefer sur des Coutumes de I4ç7, 
M. Armand Viré un Inventaire des camps et enceintes du Lot, 
Il sera rendu compte de ces ouvrages^ 

M. Moissenet offre un travail imprimé sur V Assiette et choix du 
revêtement des chaussées^ qu'il a présenté au Congrès interna- 
tional de la Route. 

M. Mauquié donne lecture de quelques notes sur une étude de 
notre confrère M. Mispoulet, relative à l'organisation des cadres 
de l'Empire romain au IV" siècle, appelés les Listes de Vérone. 

M. Ed. Forestié communique un document curieux : 

Etat des dépenses faites à la Préfecture à l'occasion du passage 
de S. A, R. Mgr le duc d'Angouiême^ le 6 mai 1814. 

No I. Bonhamme. — Travaux faits pour garniture de 
fleurs dans l'hôtel de la Préfecture 40j 10 

N® 2. J. Margonteau. — 150 cannes de buis et de 
guirlandes pour le compte de M. Hinard, tapissier, pour 
l'hôtel de la Préfecture 70 » 

N° 3. Hinard, tapissier. — Compte de diverses four- 
nitures, comme écharpes, crochets, drapeaux, arrange- 
ment des appartements, etc 114 55 

N° 4. Bassoul. — Compte pour la fourniture et pla- 
cement des fleurs de \^ et avoir dressé la table 52 10 

N® 5. Rey Moulet. — Fourniture de 20 livres de 
bougies de table à 3 fr. 25 la livre 65 » 

N° 6. Coustou. — Pour loyer de six pendules à 
5 francs pièce 30 » 

N® 7. Millet. — Fourni et mis en place 1,030 lam- 
pions à 0,20 centimes chaque 206 » 

N^ 8. Rhetoré aîné. — Louage de diverses gravures 
à 6 francs 24 > 

N° 9. Daydou. — Fourniture de verres, faïences, etc. 24 30 

N" 10. Gay. — Pour le dîner : 35 couverts à 24 francs 
et déboursé d'un fromage glacé i .046 » 

Total 2.035 05 



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PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 3 i l 

Certifié d'après les comptes à nous remis par les divers ouvriers 
et fournisseurs. 

Montauban, le 14 juin 1814. 

M. Edouard Forestié fait hommage de cette pièce à la Société. 

Il s'occupe en ce moment de la créatioH du département de 
Tarn-et- Garonne et des poèmes populaires écrits à cette occasion. 
Le Bulletin archéologique les publiera (voir i»' trimestre 1908). 

M. de Gironde donne lecture de quelques pages de son étude 
sur V Architecture relîj^euse. Ces fragments sont de belles pages 
où l'auteur a mis au service d'une profonde érudition un art 
remarquable d'écrivain et de penseur. 

MM. Galabert et Louis Boscus viennent de publier un beau 
volume qui a été couronné par la vSociété archéologique du Midi 
de la France (prix Ourgaud). M. Ed. Forestié est chargé d'en ren- 
dre compte. 

Ce volume est la monographie de la ville de Caussade. Il est 
accompagné de très belles phototypies. 

La séance se termine par des projections de photographies en 
couleur, par M. Mathet. 



Elle est levée à lo h. 1/2. 



Le Secrétaire^ 
J. Bourde AU. 



«<i' g>»<g « Cfr « 



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3 12 PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES 



SÉANCE DU 3 DÉCEMBRE 1908 



PRÉSIDENCE DE M. LE CHANOINE F, POTTIER 



Présents : MM. Pottier, président; de BMtf on^ vice-président ; 
Ed,Forestiéy secrétaire général; comte de Gironde, Sémezies, 
chanoine Calhiat, colonel Caillemer, Escudié, capitaine Berthon, 
abbé Milhau, de Séverac, Naulet, abbé Châtinières, Lade, abbé 
de Scorbiac, Du Faur, Delpey, de Saint-Félix, Lespine, Laroche, 
Ressayre, Lespinasse, secrétaire. 

Excusés : MM. le général Konne, Mathet, Buscon. 

Le procès-verbal de la séance de novembre est adopté. 

M, le chanoine Pottier, dépose sur le bureau, des programmes 
du congrès des Sociétés Savantes, qui se tiendra Tannée prochaine 
à Rennes ; il souhaite vivement que selon sa louable habitude, la 
Société y figure par des travaux des ses membres. 

M. l'abbé Galabert, envoie une note très intéressante, extraite 
d'archives particulières donnant un aperçu de la vie de Province 
sous Tancien régime. Cette étude est institutée : Un coin de la 
Société Montalbanaise à la fin du XVIII'^ siècle (voir Bulletin 
archéologique^ IV« trimestre 1908, p. 273). 

M. le chanoine Stoumpff, dans les papiers du regretté M. Tabbé 
Lagarrigue, curé de Saint -Nauphary, a trouvé quelques fragments 
d'un livre de Voyage de M. l'abbé Marcellin, relative à l'aspect de 
Maguelonne, en 1845. Il en est donné lecture. 

M. lePrésident annonce qu'un buste de Monseigneur Fiard, de 
vénéné mémoire, vient d'être déposé par son héritier et neveu, 
M, le chanoine Claudius Fiard, ancien vicaire général, dans la 
grande sacristie de la Cathédrale. Cette œuvre fait grand honneur 
au talent du sculpteur Louis Oury. Celui-ci n'ayant pu, pour son 
travail, avoir sous les yeux le regretté prélat, s'est inspiré d'un 
masque moulé après le décès ; il n'en a pas moins donné une vie 
intense çt une ressemblance saisissante à son sujet. Monseigneur 



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t»ftOCES-VF.RBAtjk bES séANCËS 3 I 3 

est en costume pontifical : chape sur les épaules, mitre en tête, 
dans l'attitude digne et presque sévère, qui était la sienne lors- 
qu'il officiait et contrastait avec la bonté de son cœur et la simpli- 
cité de sa vie. 

M. Paul Fontanié, écrit qu'il espère que sa santé lui permettra 
de venir lire à la prochaine séance la légende de N.-D. du Gaba- 
chous^ recueillie de la bouche d'un ancien serviteur de sa famille, 
il compte étudier la réglementation des Métiers, à Caste 1 sarrasin . 

M. Marcel Charroi, secrétaire général de la Société Archéolo- 
gique de Bordeaux^ avec laquelle notre Compagnie a les plus 
cordiales relations, adresse la lettre suivante : 

Monsieur et Cher Confrère, 

Dans le troisième fascicule du Bulletin de la Société archéolo- 
gique de Tarn-et-Garonne (if^oj) qui m'est parvenu récemment 
et que je viens de lire; je vois que vous avez eu l'occasion ines- 
pérée de parler de l'Ordre des trois Toisons d'Or, que Napoléon 
voulait instituer au-dessus de celui de Philippe le Bon. 

En vous félicitant d'avoir publié la si curieuse pièce relative à 
cet ordre peu connu, je tiens à rectifier auprès de vous, l'idée 
qu'aucun ouvrage n'en fait mention. En effet, il est annoncé dans 
la Collection historique des Ordres de Chevalerie Civils et 
Militaires, par MM. Perrot et FayoUe. Paris — 1846 — Aillaud, 
éditeur — in-4» avec planches, mais malheureusement l'auteur 
n'en a pas donné le bijou, de sorte que nous ne pouvons savoir la 
forme qu'il avait, et probablement le dossier relatif à cette créa- 
tion a été brûlé, soit aux Tuileries, soit à la Légion d'Honneur, en 
1871. 

Je ne possède pas le livre en question, mais il existe à la biblio- 
thèque de Bordeaux, où j'ai relevé cette note il y a quelques 
années, au moment où je m'oc:upais de quelques ordres disparus. 

Je profite de cette occasion, Monsieur et cher Confrère, pour 
vous présenter mes meilleurs sentiments. 

Le Secrétaire Général, 

Marcel Charrol. 

M. le docteur Montribot donne lecture de son travail sur l'or- 



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s 14 PftOcfes-VERBAbX DfeS S^ANCfeâ 

donnance du docteur Tronchin, communiquée par M. François de 
Scoraille (voir Bulletin archéologique 1908, p. 220-240). 

M. Philippe Lauzun, envoie en hommage à la Société, un exem- 
plaire de son dernier ouvrage, sur la correspondance de Bory de 
Saint-Vincent. Des remerciements lui seront adressés. 

Le Congrès annuel de la Société française d'archéologie se 
réunira Tannée prochaine à Périgueux. La proximité de cette ville 
et l'intérêt puissant que présentent ses monuments inciteront plu- 
sieurs membres à prendre part à ces assises. 

M. le Président propose, pour les beaux jours, une excursion à 
Puylaroque, où suivant le projet déjà arrêté, une plaque sera 
posée par les soins de la Société, pour commémorer le souvenir 
de Bérenger Fernand, éminent jurisconsulte du XVI® siècle, né 
dans cette ville. Une halte serait faite à Cayriech, qui présente 
quelque intérêt. 

M. de Gironde donne lecture de ses impressions de voyage à 
Avignon et sur le palais de Papes, que des restaurations vont 
rendre à son ancien aspect. 

M. Marcel Sémezies, de retour d'un voyage en Italie, commu- 
nique quelques pages de sensations artistiques sur la ville de 
Sienne. 

M. Boyer, d'Agen, prépare un volume sur Ingres, dans lequel 
seront insérées des lettres du peintre, à MM. Débia et Gilibert, 
en 1840 et 1841. 

M. Léopold Delisle, Téminent membre de l'Institut, qui a tou- 
jours témoigné à notre Société et à plusieurs de ses membres en 
particulier, sa vive sympathie, a eu l'occasion de voir M. le Prési- 
dent à son dernier voyage à Paris et l'a chargé de le rappeler a 
leur bon souvenir. Notre Compagnie est très sensible à cette 
délicate attention de l'illustre académicien. 

M. le Président en rappelant la mort récente du général 
Altmaycr, se fait l'interprète des sentiments de regrets que cette 
mort, d'un officier général aussi distingué, cause aux membres de 
la Société à laquelle il témoigna sa sympathie pendant son séjour 
à Montauban. 

M. Herment, présenté par MM. Sémezies et Forestié est élu 
pEiembre résidant. 



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{>ftOCES-VERBAUX DES SEANCES 3 I è 

Mm. Delzers, graveur, et Oury, sculpteur, sont élus membres 
correspondants. 

L'ordre du jour appelle le renouvellement du tiers du bureau. 
MM. Forestié, Bourdeau et Sémezies, membres sortants, sont 
réélus, à Tunanimité membres du conseil d'administration. 
Lb séance est levée à lo h. 1/2. 

Le Secrétaire, 
Lespinasse. 




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TABLE PAR ORDRE DES MATIÈRES 



PREMIER TRIMESTRE 

Pages. 
Liste des Membres de la Société v 

Composition des diverses sections xv 

La Création du Tarn-et-Garonne en 1808 et les poésies de 
circonstance, par M. Edouard FORESTIÉ i 

Napouleoun à Mountalba (iSoSj, par M. J.-B. CONSTANS- 
Manas 22 

Armand-Cambon, par M. Pierre Lespinasse 34 

Notes sur l'établissement de la Cour des Aides à Montauban, 
par M. Henry DE France 53 

Procès-verbal de la séance du 6 novembre 1907 64 

Notre-Dame de Saux, par M. le Piésident. — Registres 
de notaires du xiv« siècle, par MM. Oulé et Forestié. 

Procès-verbal de la séance du 11 décembre 1907 69 

Communication de M. Saint- Yves. — L'abbaye de 
Saint-Pierre de Lacourt, par M. BuzenaC. — Compte- 
rendu de l'exposition des beaux-arts, par M. E. Forestié. 
Le Thibet, par M. Calhiat. — Pommeaux d'épée, par 
M. le Président. — Tumulus de Notre-Dame des misères ; 
Habitation troglody tique, par M. SiRÉJOL. 

Procès- verbal de la séance du 8 janvier 1908 73 

Vœux envoyés et reçus. — Objets d'art des églises, par 
M. le Chanoine Pottier. 

Procès-verbal de la séance du 5 février 1908 78 

Mort de Mgr Fiard et de M. de Reyniès, p. M. le Président . 
1908 23 



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3l8 tAÔLE PAk ORbRË DES MATIERE^ 

Pages. 
— Vœux. — Etat civil de Saint-Urcisse et de Tréjouls 
(xviP siècle), par M. Taillefer. —Journal d'un pré- 
bende d*Agen (1659). — Les origines de l'Espagne, par 
M. SÉMÉZIES. — Lamothe-Cadillac, par M. E. FoRES- 
TIÉ. — L'Espéranto, par M. Moissenet. 

Notre-Dame de Saux et Montpezat. par M. A. DE ROUMÉ- 

JOUX et F. POTTIER • 82 

DEUXIÈME TRIMESTRE 

Comment s'exécutait un arrêt de justice au XVII« siècle, par 
M. Edouard FORESTIÉ , 93 

Livrées consulaires, par M. l'abbé Firmin Galabert ... 104 

Le registre du Maximum de la commune de Larrazet, par 
M. J. Donat. . -. no 

Un mot sur la cathédraù de Palma et l'île enchantée de 
Majorque, par M. le comte Léopold DE Gironde 118 

Pierres tombales effigiées dans le diocèse de Montauban, par 
M. le chanoine Fernand POTTIER 124 

Un hôtel des Monnaies à Montauban, par M. Henry de 
France 133 

Coutumes du lieu de Belfort (Beaufort), à Gandalou (juridic- 
tion de Castelsarrasin), du 30 septembre 1316, par M. le 
docteur BoÉ 142 

Procès-verbal de la séance du i-' avril 1908. 154 

Mort de M. Félix Regnault. — Conservation du collège 
Pa3^roles, à Bruniquel. — Congrès à Saragosse et à La 
Flèche. — L'inventaire de la maison Bromet, à Saint- 
Antonin. — Communication de M. Moissenet. 

Procès-verbal de la séance du 6 mai 1908 156 

Réception du lieutenant Hébrard. — Lettre de M. Burton, 
président de la Société de3 Pionniers de Détroit. — Com- 
munication de M. le comte de Gironde. — Trébuchet 
allemand. — Notes de M. Delpey sur son récent voyage 
en Italie. — Notes généalogiques importantes sur la sei- 
gneurie de Autcastel. — Itinéraire pour aller à Rome au 
XV" siècle. — Hommage fait à la Société, par M. Tabbé 



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TABLE PAR ORDRE DES MATIERES SlQ 

Camille Daux, de deux Monographies. — Réception de 
M. Cambon, conseiller général de Monclar. — Projec- 
tions de la ville de Détroit, envoyées par M. Burton. 



TROISIÈME TRIMESTRE 

Dariat, par M. Henry DE FRANCE i6i 

Le Siège d'AlUze par Jules César. — (Plaquette par Emile 
Bonneau, offerte par M. Moissenet à la Société archéo- 
logique de Tarn-et-Garonne). — Compte-rendu par 
M. Moissenet 183 

Montbéqui. — Notes monographiques et Charte de recons- 
truction (r' mars 1382), par M. Edouard FORESTIÉ . . . 197 

Les deuils et usages funèbres aux environs de Gaillac, par 

M. le baron DE Rivière 214 

Consultation médicale du docteur Tronchin, par MM. 

DE SCORAILLE et docteur Monribot 221 

Notes pour servir à l'histoire du département (M. OULÈS). 229 

Bibliographie. — Diocèses et ateliers monétaires de l'Em- 
pire romain sous le règne de Dioclétien, par M. J.-B. 
Mispoulet ; 233 

Procês-verbal de la séance de Juin . ' 239 

Mort et éloge de M. Couget. — Vente des chapiteaux 
provenant de Lagarde-Dieu. — Nomination, comme 
Membre titulaire, du colonel DE LA Ruelle. 

Procès-verbal de la séance de Juillet 242 

Excursion dans TAriège. — Gravures préhistoriques au 
Musée de Foix. — Habitation souterraine à Cazillac, par 
M. Taillefer (Tuquel de Leygue-Bas. — Larimé. — Laré- 
nal) — Travaux de conservation à N.-D. de Saux. — 
Journal de bord d'un officier de marine gascon/ signalé par 
M. François DE Scoraille. — M. le docteur Baron 
nommé Membre titulaire. 

Programme de l'excursion dans TAriège, par M. le Chanoine 

Pottier 248 



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320 TABLE PAR ORl»RE DES MATIERES 

QUATRIÈME TRIMESTRE 

Notice biographique sur Pierre- Alexandre de Parisot de 
Durand, par M. Jules Claverie • 253 

Parisot et son œuvre, par M. le Marquis de Panât 259 

Un coin de la Société montalbanaise à la tin du XVIII® siè- 
cle, par M. l'abbé Firmin Galabert 273 

Une Vente à la criée à Castelnau-de-Montratier (Lot), en 

1324, par M. l'abbé Barthélémy Taillefer 282 

Le Registre du Maximum de la commune de Larrazet, par 
M. J. Don AT 289 

Une Bibliothèque et un Vestiaire de curé de campagne au 
XVIII« siècle, par M. l'abbé Barthélémy Taillefer 297 

Procès- verbal de la séance de Novembre 304 

Les Coffrets de mariage de Montpezat. — Mort du capi- 
taine Galinier et du chanoine Cau-Durban. — Une habi- 
tation troglodytique à Mansonville. — Guilhem de Tou- 
louse, par M. Perbosc, Bibliographie par M. Edouard 
Forçstié. — Dépenses faites à l'occasion du passage du 
duc d'Angoulême en 1624. 

Procès-verbal de la séance de Décembre 312 

Buste de Mgr Wàl^, par M. L. Oury. - • L'Ordre des 
trois Toisons d'or. 



^^*^o@(©<K^o.e- 



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TABLE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 



Pages. 

Alix (fouilles d') 68 

Almanach des spectacles, par M. Albert Soubies 248 

Allamira (grotte de). — Communication de M. Cartaillac. 68 
Alise (le siège d'), par M. Emile Bonneau. — Compte 

rendu par M. Moissenet 183 

Altmayer (mort du général) 316 

Antinoë (étoffes découvertes à) 68 

Arrêt de justice (comment s'exécutait un) au XVII® siècle, 
Art (1') suédois et les artistes français en Suède — Com- 
munication de M. Lespinasse 308 

par M. Ed. Forestié 93, 155 

Autcastel (notes généalogiques sur), par M. l'abbé Taillefer. 159 
Assiette (F) et le choix du revêtement des chaussées, par 

M. Moissenet 312 

Assise (notes sur un voyage à), par M. Delpey 159 



Belfort (coutumes du lieu), par M. le docteur Boé 143 

Bibliothèque (une) et un vestiaire de curé de campagne au 

XV1II« siècle, par M. Pabbé Taillefer 299 

Braquehaye (Mort de M.) 77 

Breuil (l'abbé). — Visite à Bruniquel 154 

Bory de Saint- Vincent. — Sa correspondance, publiée par 

M. Ph. Lauzun ' 316 

Bulle de Pie VI, communiquée par M. de Mandres 79 

IQ08 23* 



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322 TABLE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

Pages. 

Cadran solaire en bronze 159 

Cadres (les) de l'Empire romain » par M. Mispoulet. Notes 

par M. Mauquié 312 

Cambon (Armand), peintre d'histoire. — Biographie par 

M. Pierre Leôpinasse 35 

Cathédrale de Reims (la), de M. Demaison. — Don de 

Tauteur 66 

Caudiirban (mort de M. Pabbé) 307 

Caussade, par MM. l'abbé Galabert et Boscus 313 

Centenaire du département 239 

Châteaux (les grands) de France, don de M. Et. de Mon- 

brison. — Compte rendu par M. Lespinasse 66 

Chemins (les) de Saint-Jacques, par M. l'abbé Camille Daux. 312 
Création (la) du Tarn-et-Garonne en 1808, par M. Ed. 

Forestié I 

Coffrets de Montpezat 242 

Coin (un) de la Société montalbanaise à la fin du XVIII* siè- 
cle, par M. Tabbé Galabert 273, 31 \ 

Communications (les) postales en Rouergue, par M. Cabrol. 

— Don de Tauteur 66 

Concours littéraire de La Rochelle 66 

Congrès des Sociétés savantes 70 

Congrès des Sociétés savantes du Sud-Ouest à Pau 76 

Congrès à Saragosse 155 

Congrès de la Société française d'archéologie 159 

Consultation médicale du docteur Tronchin, par M. Fran- 
çois de Scoraille et M. le docteur Monribot 220, 247 

Couget (mort de M. Alphonse) 240 

Cour des Aides (notes sur l'établissement de la) à Montau- 

ban, par M. H. de France 53 

Coutumes de 1494, par M. l'abbé Taillefer 312 



Dariat, par M. H. de France l6i 

Décorations à des membres de la Société 79 

Delisle (souvenir de M. Léopold) 316 

Deuils et usages funèbres aux environs de Gaillac, par 

M. le baron de Rivières 214 



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TABLE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE Î2$ 



Diocèses et ateliers monétaires de l'empire romain, par 
M. J.-B. Mispoulet. — Compte rendu 237 

Donjon du Capitole de Toulouse (ancien état). — Photogra- 
phie donnée par M. le colonel Caillemer 241 

Duc d'Ângoulôme (passage du) à Montauban en 1814; 
dépenses faîtes à la préfecture. — Communication de 
M. Ed. Forestié : 312 



Enfant (V) sous le pinceau des mitres, par M. Le^pinasse. 81 

Espagne (les origines de T), par M. Marcel Sémézies 80 

Espéranto (Mouvement de T), par M. Moissenet 81 

Etat civil (registres de V) de Tréjouls et de Saint -Urcisse, 

,par M. Tabbé Taillefer 79 

Excursion à Puylaroque et Cayriech 316 

Exposition des beaux-arts à Montauban. 65, 71, 76, 159 



Fauré (départ de MM. Alphonse et Ernest) 306 

Fédération des Sociétés du Sud-Ouest 307 

Ferrand (poésie du chanoine) 69, 241 

Fiard (mort de Mgr) . 78 

Foix et Couzeran. — Excursion de la Société 159, 239 

Pièce de vers à cette occasion, par M. Marcel Sémé- 
zies 242 

Lettre de M. Cartaillac 243 

Programme de l'excursion, par M. le chanoine Pot- 

tier 248 

Folklore (le). — Communication du chanoine Calhiat 66 



Galinier (mort du capitaine) 307 

Gironde (comte de). — Lettre au Président 157 

Grésigne (notes et plans de la motte de la) 70 

Guiraud (mort du docteur) •. 68 

Guilhot de Lagarde (départ du lieutenant) 66 



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324 TABLE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

Habitations troyladyliques à Cazillac. — Communication 
de M. Tabbé Taiilefer 243. 

Hercule (journal de bord d'un oflScier de 1') en 1778. — 

Communication de M. de Scoraille 249 

Histoire d'un scholastique du XII® siècle, par M. Fabbé 

Camille Daux 16a 

Hôtel des monnaies (un) à Montauban, par M. H. de France, 133 



Iles Marquises (objets des) 77 

Impressions de voyage à Avignon, par M. le comte de 

Gironde 316 

Impressions de voyage en It^alief par M. Marcel Sémézies.. . 316 

Ingres, par M. Boyer-d'Agen 316 

Inventaire des camps et enceintes du Lot, par M. Armand 

Viré 312 

Inventaire de la maison Bromet à Saint- Antonin i5S 

Itinéraire pour aller à Rome au XV® siècle, par M. Tabbé 

Buzenac i6a 



Journal d'un prébende de Saint-Etienne d'Agen 79 



Lagarde-Dieu (chapiteaux de l'abbaye de) 240 

Lair (mort de M. Auguste) 68 

Lamothe-Cadillac (documents nouveaux sur), par M. Ed. 

Forestié 80 

Lettre de M. Burton, de Détroit 156 

Contrat de mariage de Lamothe-Cadillac, par M. Ed. 

Forestié 157 

Lara et son église, par M. Rumeau. — Don de l'auteur. . . 66 

Larazet (les registres du maximum de), par M. J. Donat. . . 110 

Leenhardt (départ du professeur) 66, 70 

Leran (le château de) 242 

Liste des membres de la Société 5 

Livrées consulaires, par M. l'abbé Galabert 104 

Logement de troupes au XVII® siècle à Saint-Nicolas et 

Auvillar 68 



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TABLE PAR ORDRE ALPHABETIQUE 3^^ 

Pages. 
Montbéqui, notes monographiques et charte de reconstruc- 
tion en 1383, par M. Ed. Forestié 197 

Montpezat au XVIII® siècle, par M. l'abbé Buzenac 159 

Moulins flottants de la Garonne, par M. P. Fontanié. . 239, 247 

Moissenet (poésies de M.) 155 

Musée Guimet. - Compte rendu par M. le chanoine Calhiat. 71 

Musées du Nord et de Stockholm, par M. Lespinasse 71 

Napoleoun aMountalba(i8o8), poème patois par J.-B. Cons- 

tans-Manas 22 

Nazon (le peintre), étude par M. Lespinasse 70 

Notre-Dame-des-Misères (tumulus de) 72 

Notaire de Molières (registre de), par M. Oulès 67 

Notaires de Saint-Nicolas. — Communication de M. Ed. 

Forestié 67 

Notes pour servir à Thistoire du département, par M. l'abbé 

Oulès 229 

Notes de voyages de M. Tabbé Marcellin 31.4 

Notre-Dame des Gabachons. — Légende par M. Paul Fon- 
tanié 315 



Objets préhistoriques, trouvés aux grottes des Espehigues, 
à Lourdes, donnés par M. Treilhard 65 

Ordre de la Boisson de la Stute Observance. — Diplôme 
communiqué par M. Ed. Forestié 155 

Ordre des Trois-Toisons-d'Or. — Lettre à ce sujet 315 



Parizot (notice biographique sur Pierre-Alexandre de), par 

M. J. Claverie . . 153 

Parizot et son œuvre, par M. le marquis de Panât 259 

Palma (un mot sur la cathédrale de), par M. le comte 

de Gironde.. 118 

Parme et Ravenne (voyage à), par M. le comte de Gironde. 76 

Peintres du Limousin 2.^7 

Perbosc (Antonin), — Guilhem de Tolosa. — Compte rendu 

par M. Ed. Forestié 308 

Pierres tombales effigiées dans U* diocèse de Montauban, 

par M. le chanoine Pottier. . . , lît' 



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326 TABLE PAR ORDRE ALPHABETIQUE 

Paflfes. 

Pommeaux d'épée, par M. le chanoine Pottier 72. 

Poteries d'Auvillar. — Documents signalés par M. le doc- 
teur Belbèze 308 

Préhistoriques (fouilles) de Bruniquel ... 243 

Procès -verbaux des séances : 

6 novembre 1907 65 

1 1 décembre 1907 69 

8 janvier 1908 73 

5 février 1908 78 

1" avril 1908 151 

6 mai 1908 156 

4 juin 1908 239 

9 juillet 1908 ' 242 

4 novembre 1908 30 [ 

3 décembre 1908 312 



Quelques jours à Berlin, par M. René de Vivie. — Don de 
Tauteur 66 



Regnault (mort de M. Félix) 154 

Ses dons au musée de Toulouse 243 

Reyniès (mort de M. Tabbé de) 78 



Saint-Pierre de Lacourt, note par M. l'abbé Buzenac 70 

Saint-Yves. — Communications au Congrès des Sociétés 
savantes , 70, 78 

Le Pas-de-Calais de i8d3 à 1810 71 

Sarrebayrous (mort de M.). 76 

Saux (visite à Notre-Dame de), par M. le Président 67 

Photographies Je Notre-Dame de Saux 76 

Notice sur Notre-Dame, par MM. de Rouméjoux et 

Pottier 82 

Etat de ce monument 246 

Sceau orbiculaire du XIV'' siècle trouvé à Sapiac 79 

Seigneur quercynois du XV* siècle, par M. l'abbé Taillefer. 76 



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tABLE PAft ORDRE ALt>HABETIQUE Î'I') 



Sépultures ovoïdes à Saint-Etienne-de-Tulmont, par M. de 

Séverac 2.|6 

Sépultures Scandinaves dans l'Aveyron . . . ., 246 

Société de Saint-Jean (exposition de la), par M. le comte 
de Gironde 241 



Teyssier (départ du docteur) 66 

Trébuchet allemand du XVII® siècle 159 

Trésor numismatique trouvé à La Roque Bruniquel 79 

Trésors des églises 77 



Vente à la criée (une) à Castelnau-de-Montratier en 1324, 
par M. l'abbé Taillefer 282 

Vie privée de Louis XI, par Alfred Gandilhon. — Compte 

rendu par M. Sémézies • 246 

Vœux adressés par la Société ou reçus par elle à l'occasion 
du nouvel An 73> 79 

Volontaire (une femme), par M. Paul Fontanié 67 




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