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Full text of "Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme"

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SOCIÉTÉ DÉPARTEMENTALE 

D'ARCHÉOLOGIE & de STATISTIQUE 

TtE LcA 'D'ROtME 



TOME XX. — 1886 



VALENCE, IMPRIMERIE JULES CÉAS ET HLS 



BULLETIN 

DE tA 

SOCIÉTÉ (^ÉPq4%TEMEV^Tc4LE) 

D'ARCHÉOLOGIE 

ET 

DE STATISTIQ.UE 

DE LA DROME 

CoUigile ne pereanl. 
TOME VINGTIÈME 



AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ 



M.DCCC.LXXXVI 



B.0.^ , 



ANTIQUITÉS DE PACT 



I 
LES CHARTES 

Les vestiges des civilisations antiques, mis chaque jour 
à découvert par la pioche du cultivateur, attirent depuis 
longtemps raitention des Sociétés d'archéologie, et quand 
les populations agricoles connaîtront l'importance pour 
notre histoire nationale des objets négligés, brisés ou 
vendus par elles à vil prix, elles appelleront, à la moin- 
dre trouvaille, la personne de leur village la plus capable 
d'apprécier les antiquités, lui en expliqueront les cir- ■ 
constances et. se feront gloire d'enrichir les musées com- 
munaux en voie de formation. De cette manière, l'étude 
du passé sera rendue facile et fructueuse. 

A Pact (Isère) et à Lapeyrouse-Mornay (Drôme), à d'au- 
tres époques déjà, divers objets avaient été remarqués, 
et, depuis 20 ou 3o ans, les collectionneurs y recueil^ 
laient des monnaies, des statuettes, des armes ; mais per- 
sonne n'avait songé à constater l'emplacement des tom- 
beaux, à rechercher les restes des monuments détruits, à 
étudier les débris de colonnes, les tessons de poteries, et 
les instruments des âges écoulés. 



2 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Les découvertes multiples faites à Pact en i885 nous 
ont inspiré le désir de combler cette lacune ; et nous Te- 
nons offrir les premiers résultats de nos recherches à la 
Société d'archéologie de la Drôme. 

Une précédente livraison de son Bulletin a déjà signalé 
quelques points, révélé quelques détails ; mais l'obscurité 
actuelle de la localité, mise en regard des richesses enfouies 
dans son sol, était de nature à soulever des objections, à 
susciter des doutes, à provoquer Tincrédulité. 

Il est de notre devoir d'exposer simplement les faits ; 
les conclusions ressortiront ensuite toutes seules. 

L'église et le village de Pact sont à 5 kilom. ouest 
de Beaurepaire, sur le chemin de cette ville à Sonnay. 
Un cimetière les sépare du plateau où se trouvaient 
jadis les églises de Notre-Dame d'Oceilat et de St- 
Martin de Tourdan. Ce plateau, le 2* de la Valloire, 
Lapeyrouse-Mornay se trouvant au bord du premier, 
permet d'embrasser d'un seul regard l'ensemble des plai- 
nes qui se déroulent de la Gôte-St- André à St-Rambert, 
entre trois degrés de coteaux étages les uns au dessus des 
autres, de manière à représenter la Valloire comme un 
immense amphithéâtre. La Déroie et le Dolon l'enfer- 
ment dans un cercle de profonds ravins ; mais l'Auron 
la fertilise par ses eaux bienfaisantes. Au nord, les coteaux 
de Revel, Moissieu, Bellegarde, Sonnay et Anjou, au midi 
ceux d'Albon, de Moras et de Beaufort en accentuent les 
gracieux contours. 

Pact est le centre principal de la partie septentrionale 
de la Valloire, et Moras avec Menthes et St-Sorlin, celui 
de la partie sud. 

Il est impossible, de l'un et l'autre de ces points, de 
contempler sans émotion un des plus splendides panora- 
mas du Dauphiné. 



ANTIQUITES DE PACT. 3 

Les premiers habitants de la région, descendus peu à 
peu des hauteurs voisines de Vienne, le comprirent à 
merveille : Gaulois, Allobroges, Romains, Bourguignons 
s'y établirent tour à tour, et le laboureur ne peut fendre 
le sol sans retrouver les traces de ses premiers occupants. 

Une aatre preuve de l'antiquité du pays se lire des 
noms de ses principaux quartiers. Ainsi, d'après M. de 
Coston, très versé dans l'étude des étymologies, (i) Pac, 
suivant l'orthographe des manuscrits jusqu'en 1789, 
Paccum^ se rapprocherait dtPacus pour pagus et signifie- 
rait territoire ou district, équivalent de diocèse, plus 
tard. (2) 

PoussiEU viendrait de possa^ domaine, territoire, en 
basse latinité ; Moissfeu, de maison, manse, dans le patois 
de plusieurs provinces; Ocellat, serait un diminutif 
d'oche, enclos, domaine; Mornay, au bord de la Valloire, 
se rapprocherait de morn^ hauteur et morne, falaise, en 
celtique ; Morelles, serait un diminutif de A/br, marais 
dans la même langue ; Puvilin rappellerait Pu et Puy 
hauteur en celtique et villa et villanus ; Tourelières sor- 
tirait de tor^ tour, hauteur en celtique ; Mauphié serait 
synonyme de Moffula^ coteau en bas latin ; enfin Tour- 
dan, Tordoniacus et Thordon indiquerait une origine 
celtique où se trouve le radical lor^ hauteur et tour. 

A ces premières preuves de l'antiquité de Pact, il est 
permis d'ajouter le témoignage de l'iiistoire. 



(1) Voir notamment ses Etymologies des noms de lieu de la Brome 
publiées dans le Bulletin àe la Société. 

(2) A cause de la ressemblance du T et du C dans les chartes, on 
peut aussi lire Pactum^ qui signifie tribut, redevance, et rappelle- 
rait la féodalité. 



4 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

En 1789, comme de nos jours, Pact et Moissieu sont à 
peu près inconnus, puisque MM. Macé et Joanne les 
passent sous silence dans leurs Guides; (i) avant 1681, ils 
faisaient partie du mandement de Bellegarde; alors, ils 
en furent séparés pour former un mandement distinct 
sur la demande de M. Reynaud, sieur de Darne, qui venait 
d'en acquérir la seigneurie. (2) Leurs églises dédiées à 
St Georges et à St Didier sont mentionnées dans un 
pouillé de 1 523, sans autre indication. Un autre pouillé 
du XIV* siècle signale un chapelain dans chacune d'elles 
et une maison de l'hôpital (de St Jean de Jérusalem) à 
Moissieu, au bord de la forêt de Taranne. (3) Les parcel- 
laires de 164g mentionnent la chapelle de cet hôpital sous 
le vocable de St Marcel-le-Couronné. Et c'est tout. 

Heureusement, grâce au secours des chartes inédites 
ou publiées, on peut suivre à travers les siècles les popu* 
lations agricoles de la contrée. 

Dès Tannée 882, Arnare donnait à l'église de St-Mau- 
rice de Vienne des biens situés dans le pagus viennois, 
dans Vager de Poussieu et dans la villa de Pociago^ au 
nord de Pact. (4) 

Huit ans plus tard, un nommé Siébod acquérait les 
églises dédiées à Ste-Marie d'Ocellat et St-Didier dans un 



(1) Ad. Joanne, Itinéraire du Dauphiné^ 2 vol. ia-12 et Antonin 
Macé : Les chemins de fer du Dauphiné : Guide itinéraire de St-Ram^ 
bert à Voiron, 

(2) Voir aussi Guy AUard, Dictionnaire historiqu£ au mot Belle- 
garde. 

(3) M. l'abbé Cheyalier, Documents inédits et Bulletin de la Société 
d'Archéologie de la Drame, T. IL 

(4) Cartulaire de Sl-André-le-Bas. 



ANTIQUITÉS DK PACT. 5 

manse voisin. La dernière est encore debout sur le bloc 
erratique énorme qui lui sert d'assise. Elle a dû faire par- 
tie d'une ancienne habitation convertie en maison forte, 
vers le XIV® siècle, par les Fromenton, seigneurs de Bres- 
son. Notre-Dame d'Ocellat a disparu depuis le XP siècle 
pour faire place à Pact, et les ruines de l'agglomération 
voisine s'échelonnent le long du Dolon, depuis le moulin 
de Luzy jusqu'au bois de M. Couchoud^ au hameau de 
Carta, (i) 

De 910 à 927, Eva donne à l'abbaye de Cluny un manse 
où demeure Witbert, dans \t pagus yl^nnois et la villa 
de Tourdan (Tordoniacus) et Moissieu (Moxiacus). {2) 

Le lévite Vualdo, de 920 à 948, enrichit le patrimoine 
de l'archevêque Sobon de l'église de Notre-Dame d'Ocellat 
au pagus précité, d'un manse en franc alleu {indominicatd) 
avec ses vignes, bois et terres, d'un autre manse sur Mois- 
sieu [Mosciatum) et d'un serf appelé Antulphe, avec sa 
femme et leur fils. (3) 

Vers 937, Teudel, son fils Pierre, Jean et Flodoare 
vendent à Dotbert et à Blismode, sa femme, un champ 
avec bois et bruyère dans la villa de Moissieu (Mossia- 
tis). (4) 

De 10 18 à 1019, Varnier et Etiennette sa femme aban- 
donnent à Constant, leur fils, à Méligroson, dans la villa 
de Moissieu, une vigne avec maison et curtil, limités à la 



(1) Communication obligeante de M. H. de Terrebasse, tirée Car- 
tulaire inédit de St-Maurice de Vienne. 
{2j Bruel, Cartulaire de Cluny, I, 140. 

(3) Cartulaire de St-Àndré-ïe-Bas. 

(4) Id. 



6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

partie supérieure par un ruisseau fluant, en long par la 
terre d'Humbert et de Guigues, et par un chemin {via), (i) 

Méligroson a , comme Ocellat, perdu son identité ; en 
retour, le ruisseau et le chemin peuvent servir de repères 
aux archéologues. En effet, le procès- verbal de révision 
des feux et limites du mandement de Bellegarde en 1447, 
1449 et 1701, mentionne un chemin de Vienne qui tra- 
versait la forêt de Taranne, où les commissaires d'alors 
s'étonnèrent de trouver une place publique et une grosse 
pierre, singulièrement travaillée. (2) 

De [088 à II 19, un Adhémar de Moissieu engageait 
une vigne dans le Val des Jardins, près de Vienne. Nous 
avons là une preuve que la féodalité s'était organisée dès 
lors. Peu après, Téglise de Vienne, à la mort de Rostaing, 
cédait à Guy de Bourgogne la pilla de Pact. Le même 
archevêque, déjà maître de la moitié de l'église, du cime- 
tière, du bourg et de la juridiction du même lieu, acheta 
l'autre moitié de plusieurs laïques, une maison de Drogon 
de Romanèches, le bois de Brue de Totbert de Moras, le 
quart de celui de Valcites de Jarcson Isiliard, une maison 
située dans son curtil, etc. (3) 

Cette charte présente une importance capitale pour 
l'histoire féodale de Pact et elle sera étudiée ailleurs. 

Constatons seulement que les bois ont conservé leurs 
noms et que la maison, longtemps curiale, est habitée 
actuellement par M. Marc Servoz, qui à fait subir une 
transformation à l'ancienne résidence des archevêques de 
Vienne, lorsqu'ils venaient à Pact; qu'en l'an 1000 Ror- 



(1) Cartulaire de St-André-îe-Bas. 

(2) Archives communiquées par M Chaste de Gallerands. 

(3) Cartulaire de St-André-le-Bas, 



ANTIQUITÉS DE PACT. 7 

gon et Teutberge donnèrent à St-Maurice l'église et le 
marché d'Epinouze; que vers 920, Dia et ses enfants dotè- 
rent l'église St-Maurice de Vienne de l'église de N.-D. de 
Puvilin sur le territoire de Pact et qu'en l'an 1 167 le pape 
lui confirma la possession de celles de Montseveroux et de 
Pact. (i) 

Mais, nous sommes déjà en plein moyen âge : les familles 
de Bellegarde, de Roussillon, d'Anjou et les comtes d'Aï- 
bon, maîtres de Moras et de Beaurepaire, étendent cha- 
que jour leur puissance autour des terres d'église qu'ils 
finissent par absorber. 

Tous ces actes révèlent évidemment une population 
agricole nombreuse, à en juger par les édifices religieux 
mentionnés dans un espace restreint de territoire. 

Avant le règne de Boson et de ses successeurs^ deux 
inscriptions modestes permettent de soupçonner les mêmes 
situations. L'une a déjà été publiée dans le Bulletin'^ 
Tautre rappelle un Valerinus mort à 26 ans. (2) 



(1) Cartuîaire de St^André-le-Bcu. 

(2) M. Allmer, dans sa Revue épigraphique du midi de la France^ 
la décrit ainsi : 

Pierre informe trouvée en août 1885, k Pact, dans les fouilles 
exécutées sous la direction de M. le curé de Pact, près de l'église, 
sur remplacement d'une localité antique appelée Les Ocellats. — 
hauteur 0™ 25, largeur 0™ 35 

HIC REQVIESCrr IN 
PAGE BONE MEMORI 
AE VALERINVS 
QVI VICXIT AN 
NLS XXVr 0- VI iT KLA 
A PRILES INDICTIONE 
XEXTA 



8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

L'absence de documents écrits ne permet pas de remon- 
ter plus haut dans le passe ; mais les découvertes archéolo- 
giques y suppléent heureusement et permettent de peu- 
pler le pays sous les Romains et sous les Gaulois de tri- 
bus agricoles laborieuses. 

Il suffira de rappeler ici, avant d'aborder directement 
notre sujet, que des thermes et un autel avec huit statues 
en marbre dédiées à Jupiter et aux autres dieux et déesses 
immortels, ainsi que les fondations de la riche habitation 
d'un romain dont le nom a été conservé sur une inscrip- 
tion, ont été trouvés à Golat, hameau de la paroisse d'A- 
gnin, deux mosaïques, une tête de femme en marbre, des 
briques et des médailles dans les ruines d'un édifice consi- 
dérable à St-Barthélemy de Beaurepaire, et enfin de nom- 
breusis inscriptions et antiquités à Tourdan, identifié avec 
la station de Turecionum^ indiquée dans la table de Peu- 
tinger. Un temple païen y fut remplacé par une église 
dédiée à St Martin, dès le V® siècle. Le manse de cette 
église et la voie romaine qui partait de St-Barthélemy, en 
passant par les quartiers du Chatelard et des Débats, sans 
toucher à Beaurepaire, prirent aussi le nom de St-Martin, 



Au commencement de la 1" ligne le chrisme en forme de croix ; 
à la 5« O. VIII ou OVIIT. 

Hic requiescit in pace honx memorix Valerinus gui vixit annis 
XXV f, (biil) VIII calendas (ou oviit caUndas) apriles, indiclione sexla. 
Ici repose en paix Valerinus de bonne mémoire, mort à 26 ans le 
8 des calendes d^avril (25 mars, ou le jour des calendes d*aYril, 
l" avril), indiction 6*. 

A cause du chrisme cruciforme, moins ancien que X grec, et du 
rappel de Tindiction, devenue habituelle peu d'années seulement 
avant la moitié du VI* siècle, l'épitaphe de Valerinus se rapporte 
probablement à cette époque . 



ANTIQUITÉS DE PACT. 

comme le constate, au XV^ siècle, le secrétaire delphinal 
Mathieu Thomassin. 

Or, Pact situé entre des villa romaines de trois côtés 
devait avoir aussi son contingent de cultivateurs et de 
patriciens, témoin les données de Phistoire, de la philolo- 
gie et de l'archéologie, et, malgré l'absence de livres et 
d'éléments d'instruction réunis sous nos yeux, nous allons 
essayer de distinguer, d'après les découvertes opérées, 
la période gauloise, la période romaine et la période féo- 
dale, en réclamant Tindulgence du lecteur. 



II 



TEMPS PRÉHISTORIQUES 



Au point de vue géologique, la Valloire et ses deux 
grandes lignes de coteaux élevés présentent un intérêt 
capital. M. Lory y voit le lit d'un cours d'eau considéra- 
ble, celui de l'Isère, avant que cette rivière se fût ouvert 
une issue entre Moirans et TuUins. 

Le soulèvement des Alpes avait refoulé dans les plaines 
de Bièvre et de la Côte-St-André un amas d'eau considé- 
rable qui, en s'écoulant, creusa la Valloire. Ainsi s'expli- 
que la présence de fossiles marins sur les deux rives de ce 
courant, des dépôts de glaises de Ghambaran, des pla- 
teaux de Bonnevaux, et des plateaux compris entre Cham- 
pier, Anjou et Jardin, antérieurs au creusement des val- 
lées qui découpent aujourd'hui le massif tertiaire et les 



10 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

alluvions anciennes, recouvertes de dépôts erratiques ou 
glaciaires, (c) 

Mais notre objet n'est pasj d'étudier |ces phénomènes 
géologiques ; nous nous bornerons à décrire les restes des 
civilisations anciennes dans la partie de la Valloire voisine 
de la Drôme. 

Si Ton entend par préhistoriques les temps antérieurs à 
la conquête romaine, la seule connue d'après les écrivains 
anciens, cette période se confond avec Tépoque gauloise ; 
si Ton veut au contraire remonter aux âges lointains de 
rhumanité, Pact ne saurait offrir de grandes ressources. 
Faudrait-il voir dans les cavernes de la Feyta (2) à Moissieu 
et dans celles de Mornay le refuge de quelque peuplade 
antique refoulée plus tard par la race aryenne^ venue des 
plateaux des Indes asiatiques et ne conservant comme 
souvenirs d'une primitive civilisation qu'une grossière in- 
dustrie ? Tout ce que nous pouvons établir c'est que la 
faune et la flore de Pact rappellent les transitions de son 
sol de la période torridienne à Tépoque glaciaire. Moissieu, 
Bellegarde et Çonnay nous ont fourni les dents et les 
ossements de deux mastodontes, d'un mammouth, d'un 
hipparion gracile conservés par MM. Chaste de Galle- 
rands, Eolde Berthin et M. le curé d'Agnin. Nous avons 
cédé à M. Maignien pour la vitrine de la bibliothèque de 
Grenoble une dent de mastodonte, trouvée en avril i885 
dans une carrière de sable appartenant à M. Craponne, 
Alphonse, une partie de l'avant bras d'un corps supposé 



(1) Lory, Description géologique du Dauphiné, 

(2) Feyta, en patois, signifie plateau d'une colline élevée. 



ANTIQUITÉS DE PACT. I I 

humain, recueilli au manse de la Feyta sur Moissieu, des 
bélemnites, des empreintes d'ammonites et d'autres fossi^ 
les, sur différents points. A Moissieu et à Mornay, dans 
les creux du poudingue et de la mollasse, on pourrait 
entrevoir l'idée grossière d'upe chambre, d'une cuisine, 
d'un couloir et d'un banc. En tout cas, ces cavités furent à 
une époque inconnue des foyers, ainsi que le prouvent 
les cendres et les tessons de poterie grise d'un travail bien 
primitif. 

Des éclats de silex désignés dans les Atlas de Caranda 
et des palaffites du Bourget sous le nom de pierres de jets, 
des grattoirs et un couteau en silex seraient les seuls indices 
de l'époque paléolithique. 

Des hachettes en serpentine et en jade, mesurant o".o5 
et o°*.i7, des pierres de fronde, des pierres grises ou 
blanches avec des signes ou dessins, un grès gris donné 
à la Bibliothèque de Grenoble et simulant une tête hu- 
maine, dont une gravure des Antiquités du département de 
r Aisne de M. Fleury fournit un similaire évident, tels sont 
les objets recueillis à Mauphié, en i885, qui rappellent 
l'époque préhistorique. 

Il en est d'autres peut-être que de plus habiles pourront 
reconnaître parmi les curiosités naturelles ramassées dans 
la contrée. 

Nous tenons à rester dans les limites de la science 
actuelle, sans vouloir imposer notre opinion sur le mérite 
de plusieurs pierres douteuses, malgré certaines apparen- 
ces de travail humain. 

Les recherches préhistoriques tentées sur divers points 
du globe ont donné lieu jusqu'ici à de nombreux travaux; 
elles n'ont pas été faites en Valloire. Cependant, les échan- 
tillons de Pact révèlent à n'en point douter le travail de 



12 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

rhomme, et, s^ils avaient été réellement trouvés dans des 
terrains tertiaires ou quaternaires bien reconnus, ils témoi* 
gneraient en faveur de ^antiquité des habitants de la 
région. 

Mais rien n'établit leur âge précis ni même leur présence 
dans les tombeaux, à côté d^outils en bronze, en cuivre ou 
en fer. (i) 

Il faut donc attendre de nouvelles révélations. Au temps 
d'Aimar du Rivail, c'est à dire à la fin du XV* siècle, on 
se contentait de reculer les origines de Romans, Valence, 
Tournon, etc., jusqu'aux Troyens, soit de 12 ou i3oo ans 
avant notre ère. 

Ce système n'est plus admis. Quant à celui de M. OUier 
de Marichard amenant sur la rive droite du Rhône vers 
Tan 600 avant J.-C. une colonie Lybio-Phénicienne à 
Liby, près du Bourg-St-Andéol, il n'a pas encore été 
adopté définitivement. 

Notre intention n^est pas de le combattre ni de l'ap- 
prouver, n'ayant pas étudié les crânes découverts à Pact. 

Un fait cependant nous a frappé : c'est la disposition des 
tombes de Mauphié identique à celle de Liby. (2) 

Le rapport authentique de M. Torgue, ancien maire de 
Pact, et ancien notaire, fait en i85^, avant les fouilles que 
nous avons surveillées et avant la publication de l'étude 
de M. OUier de Marichard, va démontrer notre assertion : 



(1) M. Millescamps, après examen du cimetière de Caranda, fait 
descendre jusqu'aux Méroyingiens, l'époque de la co-existence de 
J*usage des instruments de pierre avec ceux de bronze et de fer et 
voit un caractère votif dans les silex des tombes. 

(5i) Les Carthaginois en France: Colonie Libio^Phénicienne dff Liby. 
Montpellier 1870, broch. in-8*. 



ANTIQUITES DE PACT. 



l3 



DÉCOUVERTE FAITE EN 1854 

dans une terre appelée LES PISÏIRBIS, znas du Mofier, 

commune de Pact (Sud) 



0) 



(2) 



(îî 



(4) 



(5) 



(«) 



(7) 



(8) 



(9) 



(10 



0«) 



(H) (12) (IS) 



(15) (16) (17) 



(1« 




(IJ) (M) («) (2!) 



(Î8) (2«) (M) (11) Ï32) 



(24) (25) (20 (27) 



(34) (35) (36) (37) 




(88) ' ■ (39) 

(40) (4!) 



(42) 



(43) 



(1) Fondation d'un mur. 

(2 à ]3) Tombeaux entourés de pierres très dures ayant de 6 à 
7 centimètres d'épaisseur, de différentes dimensions. La pierre recou- 
vrant ces tombeaux était d'un seul bloc de deux mètres de long sur 
60 centimètres de large ; à l'exception de trois ou quatre tombeaux 
qui ne renfermaient qu'un cadavre, tous les autres en avaient deux. 
L'un avait les pieds du côté de la tôle de l'autre. — Sur l'estomac 
d'un, était placé un chien ; dans chaque tombe des traces de char- 
bon de bois, etc. 



14 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

(14J Fossé de 50 centfmêfTev de Itav^Bar et à*am mètre de profon- 
deur dans lequel étaient superposées trois rangées de tèles mi WMk- 
bre d'environ 75 à 80 très bien conservées et très propres. 

(23) Trou d'environ un mètre 30 cent, de profondeur, dans lequel 
on avait enfoui le reste de ces décapités. 

(32) Deux tuiles creuses renfermant chacune un enfant recouver- 
tes par deux autres. 

(33) Pierre taillée en creux, ayant environ quarante centimètres 
carrés. 

(38-39) Deux pierres taillées en creux ayant en longueur deux 
mètres, en largeur 60 centimètres et en hauteur 40 centimètres. 

(40-41-42-43.) Trous ayant en pi-ofondeur 40 centimètres, remplis 
de gros cailloux calcinés et de charbon de bois. 

Il y avait aussi à Liby un mur en pierres sèches, 4 ran- 
gées de tombes, une grande pierre brute avec rainure 
autour et déversoir et 2 bassins légèrement creusés, ainsi 
qu'une ovale (40-43) formée de gros blocs de rochers cal- 
cinés à la base. 

De telles analogies sont-elles purement accidentelles ? 
Les Berbères initièrent-ils réellement les Celtes du Vien- 
nois à la connaissance des arts et de Findustrie, leur 
apprenant à se vêtir de laine et à se bâtir des maisons plus 
solides que les cabanes de chaume ? Le nom de Sarra-- 
sin donné aux grandes tuiles plates dans le langage vul- 
gaire viendrait-il de là ? 

Voilà tout autant de questions intéressantes à élucider, 
et dont Tétude attentive des crânes et des objets en pierre 
ou en métal, placés dans les tombeaux, peut amener la so- 
lution. 

{A suivre.) 

L'abbé CHAPELLE. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. l5 



NUMISMATIQUE 

DU PARLEMENT 



"DE G%E^(yBLE. 



SuiTB. — Voir la yi*, 7a*, 73*, 74* et 75» livraison. 



JEAN-EMMANUEL DE GUIGNARD 
DE SAINT-PRIEST 

1770 



-|- S*^ PIERRE^'^ PRIEZ POVR NOVS lAI ETE FAITE ET 
BENITE EN I77O M^ ^'^ A -|- 

^Sr DVPLESSIS ETANT CVRE DE S^ PIERRE DE CHASSELAY 
lE MAPPELLE SOPHIE MON PARRAIN A 

Sr ETE HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR lEAN EMMANVEL 
DE GVIGNARD VICOMTE DE S^ PRIEST^*^ 

ar CONSEILLER DV ROI EN TOVS SES CONSEILS ETATS ET 
PRIVES^*^ SEIGNEVR DV D'' CHASSELAY 

or ET AVTRES PLACES ET MA MARRAINE A ETE HAVTE ET 
PVISSANTE DAME LOVISE 



lé SOCIÉTÉ D^ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

l^ lACQVELINE SOPHIE DE BARRAL ^*^ EPOVZE DV D"' 
SG" Î^J 

Au bas : f I B ancelle et i b picavdez — m* fondevr 

LORRAIN MONT — FAITE ®- 

2® cloche de Chasselay. — Diamètre : 62 centimètres. 



(1) Patron de l'église. — (2) Messire. — (3) Jean-Emmanuel de 
Guignard, vicomte de Saint-Priest, né à Paris en 1714, avocat en 
la Cour, Conseiller au Parlement (lettres du 12 mars 1733, — il 
n'avait pas 19 ans) en remplacement et sur la résignation de Nieekis 
de Briançon de Varces, son oncle ; reçu le 28 avril suivant. Devint 
Maître des requêtes, Président du Grand-Conseil du Roi, Intendant 
de Languedoc (1751), Conseiller d'Etat ordinaire (1764), et se si- 
gnala par des actes nombreux de bienfaisance. — (4) d'Etat et Privé. 
— (5) Fille de Joseph de Barrai, Président au Parlement. — (6) Du 
dit seigneur. 



FRANÇOIS-PIERRE DE ROUX-DEAGENT 

1772 



de. 

ST MAVRICE PATRON DE LA PAROISSE PARREIN M*^^ FRAN- 
ÇOIS PIERRE 

DE VAVX DEAGEVT^*^ COMTE DE MORGES CHEVALLIR^ DE 
L ORDRE ROYAL 

ET MILITAIRE DE SLOVIS^^' SEIGNEVR DE FONTAGNIEVX 
MARRIENNE DAME 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I7 

lANNE^*' FRANÇOISE DE LA RIVIERE EPOVSE DV DIT SEI- 

GNEVR COMTE DE 
MORGE 

Dans un cartouche rond formé par une couronne de 
laurier : 

I O s P E H^^^ 
VACHAT 
FECIT 
1772 

Cloche de Fontagnieu. — Diamètre : 65 centimètres. 



(1) Parrain M" François-Pierre de Roux Déagent. Le fondeur, par 
une distraction incroyable « a mis Vaux Déageut, 

Un édit de Louis XIV (juillet 1702) ayant créé deux Chevaliers 
d'honneur, à titre d'office héréditaire, près du Parlement de Gre- 
noble, Claude-Etienne de Roux Déagent de Morges en reçut le 
titre (lettres du 19 juillet 1719 — M. Pilot-Dethorey a écrit 1791 ; 
mais je pense qu'il y a là une simple transposition de chiffre et 
qu'il a Youlu dire 1719 - ), en remplacement et sur la résignation 
de Jean-François des Alrics de Cornillan de Rousset, et fut reçu 
le 9 août suivant. Il mourut le 6 avril 1756. 

François (de Salles) — Pierre de Roux Déagent, comte de Morges, 
né à Risset le 7 janvier 1734, succéda à son père, — il n'avait pas 
encore 18 ans, — (parlettres du 22 novembre 1751) et fut reçu le 14 
décembre suivant. Si les dates de V Inventaire-Sommaire sont exac- 
tes, il faut donc supposer que le fils succéda à son père environ 
cinq ans avant sa mort. Il était encore en fonction en J790. Il prit 
une part active aux agitations politiques du Dauphiné en 1787, 
année où il fut un des membres de l'Assemblée provinciale, et il 
présida, en 1788, les États de Vizille ; puis il fut nommé Député 
aux États Généraux. Mais il rentra bientôt dans la vie privée et 
émigra en 1792. Mort à Paladru, le 7 octobre 1801. 

(2) Chevalier. — (3) St-Louis). — (4) Marraine Dame Jeanne- 
Françoise, etc. — (5) Joseph. 

Tome XX. — 1886. 2 



l8 SOCIÉTÉ d'archéologie Et Ï)E STATISTIQUE. 

LAURENT DE GARNIER 
ET JEAN DE GARNIER 

1775 



f lE SERS A LA CONFRERIE DV CONFALON ET AV TIMBRE 
DE l'horloge de CE LIEV EN MAY ly-y-^' C^* 

f MON PARREIN M*= L- DE GARNIER^*' CONSEILLIER^*^ AV 
PARLEMENT DE DAVPHINE SEIGN^ DE ST lEAN DE 
BOVRNAY l^ 

f VILLENEVVEDE MARCH-^'^ ETC* MA MARR-^*' DAME ANNE 
DARMAND SA MERE YEVVE DE M^= lEAN DE GAR- 
NIER ïsr 

f AVSSI CONSEILLER- P^ f PARROCHVS DOMINVS ROBIN* 

Au bas : 

LES S^ I- B- PICAVDEZ & I- SOYER — MON FONDY^^^ 

Cloche de l'ancienne chapelle de St-Jean-de-Bournay. 
— Diamètre : 84 centimètres. 



(1) Laurent de Garnier, né à Grenoble le 27 février 1713, avocat 
en la Cour, Conseiller à 21 ans (lettres du 2 mai 1744 ; reçu le 20 
du même mois. — (2) Conseiller. — (3) Villeneuve-de-Marc. — 
(4) Marraine. — (5) Voir la cloche de 1738. — (6) M'ont fondu. — 
Un petit sceau se trouve sur la panse de cette cloche , mais 
tellement fruste, qu'il m'a été impossible de le reproduire. C'était 
sans doute celui de la Confrérie du Confalon. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I9 

LAURENT DE GARNIER 
ET JEAN DE GARNIER 

1775 



t MON PARRAIN HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR MESSIRE 
LAVRENT DE GARNIER CHEVALIER SEIGNEVR DE VIL- 
LENEVVE DE 

f MARC DE ST lEAN ET AVTKES PLACES. CONSEILLER DV 
ROY EN SON PARLEMENT^*^ DAVPHINE. MA MARRAINE 
HAVTE 

t ET PVISSANTE DAME ANNE DARMAND SA MERE VEVVE 
DE M^^ lEAN DE GARNIER AVSSI CONSEILLER. MP 
ANDRE 

t GOVDARD CVRE 

-f-LES S^ BLAIZE VIGNAT & BENOIT METRAL DE PVTE^^^ DE 
LA COMT^^Î MONT FAIT FONDRE^*^ 

Au bas : 

LES S? PICAVDEZ & SOYER MONT FONDV AN I -y-y- Ç 

Cloche de VilIeneuve-de-Marc. — Diam. : gS centim. 



(1) De, omis. — (2) Députés. — (3) Communauté. — (4} Cour les 
autres renseignements, voir l'inscription précédente. 



^O SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

ANDRÉ COPIN DE MIRIBEL 

1775 



— MARIE LAURENCE^*' MESIRE ANDRE DE 
MIRBEL PARRAIEN^^ 

— MADAME DISE MARRAEINE^^ M MARTINE^^^ CURE 

— ^775 

Croix ornée. Dessous : horiot^^^ fecit- 

Cloche de Château-Bernard {C^» du Monestier de 
Clermont). — Diam. : 56 centim. 

(I) Noms de la cloche. — (2) Messire André (un blanc qui était 
peut-être occupé par le nom générique de Copin) de Miribel, par- 
rain, seigneur de Miribel-PËnchâtre , Château- Bernard et autres 
lieux» avocat en la Cour, Conseiller au Parlement (lettres patentes 
du 26 juillet 1743, avec dispense d'alliance (P'*-J* de Barrin, Con- 
seiller en la Cour, était son beau-frère), en remplacement et sur la 
résignation de F'** Copin de Comiers, son père ; reçu le 6 mars sui- 
vant. Résigna ses fonctions en 1766, en faveur de son neveu J^- 
André de Barrin de la Buissière. Il avait épousé, le 14 août 1744, 
Françoise d'Ize de Rosans, fille de Jacques d'I/.e, seigneur de Ro- 
sans. Président à mortier au Parlement de Grenoble, et de Philip- 
pine de Gratet du Bouchage. Son beau-père avait été lui-même 
nommé Conseiller au Parlement (lettres patentes du 22 avril 1723) 
en remplacement de Y°^* de Gallien de Chàbons décédé, et reçu le 
1*' juin suivant; puis Président à la Cour (lettres patentes du 7 juin 
1730, avec dispense d'âge et de services (il avait seulement 6 ans et 
11 mois de services comme Conseiller en la Cour, et 32 ans et 7 
mois d'âge, étant né le 6 octobre 1697). en remplacement et sur la 
résignation de P'«-F*** de Gratet du Bouchage, et reçu le 17 du 
même mois. Il se démit de ses fonctions en 1764. -— (3) D'he^ 
marraine. Probablement une parente de sa femme. — (4) Martinet (?) 

— (5) Pour HorioL 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 21 



FRANÇOIS-JOSEPH DE MEFFRAY 

DE CÉSARGES 



1776 



-|- PARRAIN M" FRANÇOIS JOSEPH DE MEFFREY DE SE- 
ZARGES^*^ CONSEILLER AU PARLEMENT DE GRENOBLE 
CHEVALIER SEIGNEUR 

t^ DAUTEFORT ET AUTRES LIEUX MARRAINE DAME ANGE- 
LIQUE THERESE DE LEISSIN^^^ DAME DE MONTQUIN ET 

&^ MALATRAIT SON EPOUSE I776 

Au bas : f N L gerdolle f et écusson de joseph 
— BRETON, avec une cloche placée entre ces deux 
noms. 

Cloche de Voiron. — Diam. : loo centim. 



(1) Messire François-Joseph de Meffray de Cézarges d'Hautefort, 
avocat en la Cour, Conseiller (lettres du 11 juillet 1764; reçu le 31 
du même mois). — (2) Jeanne-Thérèse-Angélique de Leyssin, fille 
de François de Lejssin (baron de Domeyssin — Savoie — capitaine 
au régiment de Monaco, chevalier de St-Louis), et de Suzanne de 
Montquin, sa première femme, dont il n'eut que cette fille. 



22 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

LOUIS-FRANÇOIS DE VACHON 

1777 



41. 

7 PARRAIN ET MARRAINE LOUIS FRANÇOIS DE VACHON^*^ 

CHEVALLIER DHONNEUR AU »Sr 

PARLEMENT DU DAUPHINE SEIGNEUR DE REAUMONT ET 

MARIE VIOLENTE GILBERTE 

DE ROSTAING SON EPOUSE I777. 

Au bas : n l gerdolle f. 
Cloche de la Murette. — Diam. : 83 centim. 



(1) Seigneur de Réaumont et de la maison-forte de la Murette, 
Chevalier d'honneur au Parlement (lettres de Paris, du !•' février 
1748) en remplacement de L'-J** de la Poype de Saint-Julin-de- 
Grammont, décédé ; reçu le 12 du même mois. Il était encore en 
fonction en 1790. VArmorial du Dauphiné a confondu avec lui un 
H* de Vfichon à qui il donne à tort le titre de Chevalier d'honneur 
au Parlement, qu'il n'a jamais possédé. 



DENIS DU PRÉ 

1780 



or JE ME NOMME DENIS JULIENNE ELIZABETH ( fleur de 
lis) J AI EU POUR PARRAIN 

or MESSIRE DENIS DU PRE^*^ CHEVALIER SEIGNEUR DE 
FONTANIL GORNIL 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 23 

m^ LON^ CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS PRESI- 
DENT A LA CHAMBRE 

ï^ DES COMPTES DE DAUPHINE ET POUR MARAINE DAME 
JULIENME ELIZA 

BETH DE BOLLIOUD QUI MONT NOMME'^*^ (Jleur de UsJ 

FAITE PAR ANDRE BONNEVIE FONDEUR A GRENOBLE LAN 

1780 fjleur de lis) 
I" cloche du Fontanil. — Diam. : 56 centim. 

(A continuer,) G. VALLIER. 



(l) Denis Dupré, Maître ordinaire en la Chambre des Comptes , 
nommé Président en la même Chambre par lettres du 22 a^ril 1760, 
et reçu le 28 juillet suivant. Il était auparavant Référendaire on 
la Chancellerie du Dauphiné et avait été nommé Mattre ordinaire 
par lettres du 14 octobre 1754, en remplacement et sur la résigna- 
tion de Jacques-Denis Dupré de Plsle, son père, et leçu le 19 no- 
vembre suivant. — (2) V Armoriai donne encore à cette famille 
d'autres seigneuries, et entre autres celle de Toulévéon (sic), pour 
Tolvon, sans doute. — (3) M'ont nommée. 



Kotes et Documents 



POUR SERVIR A L HISTOIRE 



' A 



DES EVE0UE8 D'AVIGNON ET DE VALENCE 



DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIII* SIÈCLE 



L'histoire des événements, qui amenèrent en Tannée 1276 
la réunion des diocèses de Valence et de Die, est assurément 
une des parties les plus intéressantes, nous pouvons ajouter 
les moins connues, des annales ecclésiastiques de notre pro- 
vince. Conduit par la nature de nos travaux à étudier ce sujet, 
nous nous sommes trouvé presque à chaque pas en présence 
de problèmes historiques, demeurés jusqu'à ce jour sans ré- 
ponse. Réussirons-nous à répandre quelque lumière sur les 
graves et difficiles questions qui ont arrêté nos devanciers > Il 
ne nous appartient point de nous prononcer à cet égard. Ce 
que nous pouvons dire c'est que nos recherches nous ont per- 
mis de rassembler un nombre relativement considérable de do- 
cuments inédits sur cette époque. Avant d'affronter le juge- 
ment des critiques, en publiant le premier volume de notre 
Essai historique sur la ville de Die, où seront longuement ex- 
posées les causes de la réunion de ces deux diocèses et les cir- 
constances au milieu desquelles elle s'est produite, nous vou- 
drions présenter aux lecteurs du Bulletin une page tant soit 



ÉVÊQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. 25 

peu développée de notre travail, et leur signaler une seule de 
ces questions, qui ont tout particulièrement exercé notre pa- 
tience. Nous en choisirons une qui intéressera autant TEglise 
d'Avignon que celle de Valence. 

Philippe de Savoie, après avoir administré pendant plus de 
vingt-cinq ans le diocèse de Valence, s'était enfin démis de sa 
charge. Le 24 février 1267, jour de la fête de St Mathieu, les 
chanoines de Valence, assemblés capitulairement, sous la pré- 
sidence d'Henri de Suze, archevêque d'Embrun, délégué du 
souverain pontife, entendirent et approuvèrent le rapport que 
le prélat démissionnaire fit de sa gestion épiscopale (i). Ce se- 
rait une bien curieuse histoire que celle de ce singulier person- 
nage qui gouverna les Eglises de Lyon et de Valence durant 
de longues années, qui ne voulut jamais recevoir les saints 
ordres, afin de se ménager le moyen de regagner la vie sécu- 
lière, si de plus brillantes destinées l'y appelaient, et qui de fait 
abandonna enfin la cléricature et ses deux diocèses, à la veille 
de recueillir le riche héritage des comtes de Savoie (2). Nous 



(1) Archives départ, de l'Isère. Cartons du Valentinois. Liasse cotée 
Bénéfices étrangers^ n° 4. Les titres et les documents de la maison de Poi- 
tiers, conservés autrefois dans le château de Grane, furent portés en Savoie 
pendant la guerre, qui suivit la mort du dernier comte de Valentinois, 
Louis II de Poitiers, en 1419. Ils y furent sommairement inventoriés. Rendus 
à la France, à la suite du traité d'Ulrech, ils ont été déposés aux archives de 
la Chambre des Comptes. 

(3) Philippe de Savoie, né en 1207, ^tait le septième enfant de Thomas, 
comte de Savoie, et de Béatrix de Genève. Deux de ses frères ont porté avant 
lui le titre d'évéque-élu de Valence : Guillaume, qui figure dès Tannée 1226 
et qui mourut le i*'' novembre 1239, et Boniface, nommé archevêque de 
Cantorbery en 1240, sacré en 1245. Philippe unit à son titre d'év6que-élu 
de Valence, celui d'archev£que-élu de Lyon en 1246 ; il gouverna ces deux 
Eglises jusqu'en 1 266. Ces trois prélats administrèrent TEglise de Valence 
sans être dans les ordres sacrés. Guy de Montlaur, qui réussit à se maintenir 
à la tête du diocèse de Valence, depuis Tannée 1267 jusqu^à sa mort, en 
1275, n*avait pas non plus le caractère épiscopal. Cet état de choses, qui ne 



20 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

nous bornerons ici à constater qu'il laissa le diocèse de Valence 
dans une situation lamentable à tous les points de vue : les 
guerres incessantes, qu'il soutint contre le comte de Valentinois, 
avaient ruiné les campagnes, et la préoccupation d'étendre ses 
domaines temporels lui avait fait oublier les intérêts sacrés des 
âmes. 

Les chanoines de Valence, appelés à donner un successeur 
à Philippe de Savoie, réunirent leurs suffrages sur l'évêque qui 
siégeait à Avignon. Ce choix, inspiré sans doute par les qualités 
personnelles de l'élu, était aussi une mesure de conciliation, 
destinée à faire naître dans l'esprit du comte de Valentinois, de 
meilleurs sentiments à l'endroit de l'Eglise de Valence. Des 
liens de parenté unissaient en effet, l'évêque d'Avignon à la 
puissante maison de Poitiers. Il parait qu'il fallut quelque 
temps pour décider ce prélat à accepter la lourde charge qu'on 
voulait lui imposer. Le siège apostolique était alors occupé par 
un pontife vertueux et savant. Clément IV avait passé la plus 
grande partie de sa vie en Languedoc et en Provence, où il 
remplit les plus hautes fonctions séculières et ecclésiasti- 
ques (i) ; il avait été en relation avec les hommes importants 
de l'époque et connaissait parfaitement les maux qui désolaient 
le pays. Ayant appris l'élection faite à Valence, il écrivit trois 
lettres à l'évêque d'Avignon. Dans la première, après lui avoir 
enjoint d'accepter l'évêché de Valence, il le charge de veiller à 
la nomination de son successeur à Avignon, et de proposer aux 
chanoines de cette Eglise successivement ou simultanément les 
quatre candidats dont les noms suivent : R(obert}, archidiacre 



pouvait avoir que de désastreuses conséquences, dura donc une cinquantaine 
d'années. On trouve de très curieux détails sur la vie de ces trois évoques, 
donnés au siège de Valence par la maison de Savoie, dans : Wurstemberger, 
Peter der Zweite, Bern, 1856, 4 vol. in-8®. 

(i) Guy Fulcodi, né à Si-Gilles, avait été successivement conseiller du roi 
St Louis, évoque du Puy (1256), et archevêque de Narbonnc (1259). 
PoTTHAST, Regesta^ p. 1542. 



EVEQUES D AVIGNON ET DE VALENCE. 27 

de Nimds et prieur de Posquières ; B. de Gardis^ chanoine 
de Nîmes ; P. Gaucelin, chanoine de Marseille ; R(aymond)de 
Nlmcs, médecin et chapelain du pape, prévôt de Marseille (i). 
Dans la seconde, datée comme la précédente de Viterbe, le 6 
juillet 1267, Clément IV donne à ce prélat un avis confidentiel, 
concernant la candidature de Robert, archidiacre de Nîmes, 
qu'il voudrait à tout prix ne pas voir réussir. Robert était, il 
est vrai, parent de l'évêque d'Avignon, mais sa conduite passée 
semblait devoir l'écarter à tout jamais de l'épiscopat (2). La 
troisième de ces lettres est remplie de curieux détails sur l'état 
moral du diocèse de Valence et demande, croyons-nous, à être 
ici reproduite. 

« Comme vous êtes versé dans la science du droit canoni- 
« que, écrivait le pape à l'évêque d'Avignon, vous n'ignorez 
« pas qu'il y a deux sortes de divorce, dont l'un est décoré d'un 
« nom qui ne manque pas d'une certaine recherche ; on Tap- 
« pelle en effet le divorce de Bonne Grâce (3). Vous voilà donc 
« sur le point de passer à l'Eglise de Valence et ainsi vous 
« allez quitter votre première épouse l'Eglise d'Avignon. En 
« vous éloignant, songez (à faire un divorce de Bonne Grâce, 
« c'est-à-dire) à laisser de vous une bonne renommée, et gar- 
« dez-vous bien de dépouiller l'Eglise que vous quittez : ce 
« serait charger votre conscience de lourdes chaînes, et en 
« manquant à la foi jurée à votre première épouse, vous em- 
« porteriez avec vous le mépris ; ce serait une grave offense à 
« Dieu et à nous. Quand vous aurez pris possession de l'Eglise 
« que nous venons de nommer, nous ne voulons point sans 
« doute que vous négligiez ses intérêts temporels, mais nous 
« tenons à vous recommander de ne point perdre de vue 
« depuis combien de temps les intérêts sacrés des âmes y ont 



(i) Martène, Thésaurus, t. Il, col. 501. 

(3) Martène, 1. c. 

(3) Voir Du Cangb, Glossarium, verfoo : Bona Gratta. 



28 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« été laissés dans le plus grand abatidon. Aussi serons-nous 
« pénétré pour vous d'une grande affection, en vous voyant 
« vivre au milieu de vos clercs séculiers d'une vie qui ne sera 
« point celle du siècle, comme en vous voyant encore suppor- 
« ter avec condescendance leurs défauts, dans la mesure que 
« le permettra la dignité de votre caractère. Ce peuple en effet, 
c dont vous allez devenir le chef, manque de sens et ne sait se 
« fixer à rien de sérieux. Dans ses vêtements, comme dans les 
c selles et les harnais de ses chevaux quel luxe, quels abus 1 
« Dans les danses et dans les chansons, dans ses jeux et ses 
c amusements, il ne garde aucune mesure, ou s'il en a, elle est 
« bien petite (i). Mettez-vous à l'œuvre sans affectation. Mon- 
« trez-vous modeste dans votre tenue et votre démarche, gé- 
« néreux aussi bien envers les personnes de votre maison 
« qu'envers les étrangers, avec les pauvres et les affligés doux 
« et compatissant. Voilà comment vous gouvernerez votre 
« Eglise. Nous faisons des vœux pour que votre administration 
« procure à Dieu de la gloire, à vous du mérite, à vos fidèles 
« un salutaire exemple, et à nous-même une douce joie, en 
« sorte que nous nous félicitions toujours et que jamais nous 
« n'ayons à nous repentir de vous avoir fait ce que vous êtes. 
« Quant à votre parent le comte Adémar, il vous faudra user 
« envers lui d'une prudence éclairée : ne l'exaspérez point par 
« trop de rigueur ; ménagez son amour-propre, mais ne lui 
« donnez point l'occasion de s'enorgueillir et de triompher de 
votre faiblesse. Pour mener toutes choses à bien, nous ne 
« pouvons vous donner ici de règles absolues : ce sera tantôt 
« par votre habileté, tantôt en vous appuyant sur le droit que 
« vous parviendrez à vous faire respecter ; quelquefois aussi 
c vous réussirez mieux en employant la force. Enfin pour ce 



(i) Habet siquidem illa natio stultitiœ comitem UvitaUm. Hahet enim in 
vestibus, selUs et frenis indecenter excessum^ et in choreis et cantibus^ ludi" 
briis et cachinnis aut nullum aut débile frenum habet. 



ÉVÉQUES D'aVIGNON ET DE VALENCE. 29 

a qui concerne l'affaire du château de Crest (i), prenez cette 
« détermination : si la justice n'est pas évidemment de votre 
« côté, cherchez sincèrement la paix, car on doit toujours éloi- 
« gner le fléau de la guerre comme éviter un procès, quand on 
c ne peut appuyer ses revendications sur de fortes et solides 
a raisons. 

« Donné à Viterbe, aux nones de juillet, la troisième année 
« de notre pontificat (7 juillet 1267) (2). » 

Le même jour, Clément IV écrivait encore à Aymar de Poi- 
tiers (3). Il lui disait que 1 élection qui venait d'être faite répon- 
dait sans doute à ses meilleurs désirs, attendu que le nouvel 
évêque de Valence, homme sage et modéré, se rattachait par 
les liens du sang à la famille des comtes de Valentinois. On 
pouvait dès lors espérer que le comte n'aurait pour l'Eglise de 
Valence et son pasteur que du dévouement et du respect (4). 

Maintenant se pose le problème historique que nous avons 
à résoudre. 

Quel est cet évêque d'Avignon, parent de l'archidiacre de 
Nîmes et d'Aymar de Poitiers, que les chanoines de Valence 
appelaient au gouvernement de leur Eglise > 



(1) Au commencement du XIII* siècle, la ville de Crest, qui reconnaissait 
deux seigneurs, avait en mfime temps deux châteaux fortifiés. Les comtes de 
Valentinois, maîtres de Tune de ces paréries, aspiraient à posséder complè- 
tement cette importante position ; mais ils virent leurs espérances frustrées, 
lorsque Silvion de Crest, possesseur de la seconde parérie, sous la suzerai- 
neté de Tévêque de Die, entra dans les ordres sacrés et, devenu chanoine de 
Valence, vendit en 1226 à Guillaume de Savoie, évoque de cette ville, 
tous ses droits sur Crest, Aoste et Divajeu. Ce fut le signal d*une guerre 
acharnée entre les comtes et les évoques de Valence, guerre qui ne s'est 
terminée qu*en 135B, parle traité, qui reconnut au comte la pleine posses- 
sion de Crest et accorda à Tévêque la terre de Bezaudun et une indemnité 
pécuniaire. Columbi, Opuscula, p. 266, 318. 

(2) Martène, Thésaurus, t. Il, col. 501-2. 

(3) Aymar III de Poitiers, fils de Guillaume et de Flotte de Royans. 

(4) Martène, I. c; — Du Chesne, Hisi. ginéal. des comtes di Valentinois; 
preuves, p. 2. 



3o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Si nous consultons les différents auteurs, qui ont écrit sur 
rhistoire des évoques d'Avignon, nous constatons tout d*abord 
des erreurs manifestes, des contradictions nombreuses dans 
leur récit, durant la seconde moitié du XIII* siècle, et il devient 
impossible de trouver une réponse à la question que nous ve- 
nons de poser. Voici du reste le tableau des données histori- 
ques, qu'ils nous fournissent sur la succession chronologique 
des évoques, pendant cette époque. 



POLYC. DE LK RlVlÈRE (l): 

Bertrandus de Ucetia, 1263. 
Robertus de Ucetia, 1267. 
Andréas de Languisello^ 1 292 



FORNERY (2) : 
Bertrand lly 1264. 
Robert d'Unies, 1266. 
Jean V, 1268. 
Raymond II, 1271. 
Robert II, 1272. 
Benoît II, 1283. 
André de Lang^uisel, 1 292. 

Fant. Castrucci (3) : 
Stephano, 1261. 
Bertrando, 1264. 
Roberto /, 1267. 
Giovanni, 1270. 
Roberto II, 1273. 
Benedetto III, 1288. 
Andréa de Languisel, 1 29 1 



Gallia Christiana, m.dc.lvi. 

Bertrandus II. 

Robertus de Ucetia. 

Raimundus II. 

Robertus II. 

Benedictus II. 

Andréas de Languisello. 

Gallia Christiana, m.dcc.xv. 
Bertrandus II, i 264. 
Robertus de Ucetia, i 267. 
Raimundus I, 1 2 7 1 . 
Robertus II, 1272. 
Benedictus III, 1288. 
Andréas de Languisello, 1 292 

Fr. Nouguier (4). 
Bertrandus II, i 264. 
Robertus I, 1268. 
Joannes III, 1270. 
Raymundus, 1271. 
Robertus II, 1 282. 
Benedictus III, 1 2^7. 
Andréas de Languisello, 1 29 1 



(i) Polycarpe de la Rivière. Annales Ecclesix, Civitatis, et Comitatus 
Avenionensis. Mss. de la bibliothèque de Carpentras, p., 8 13-44. 

(2) FoRNÉRY. Histoire ecclésiastique du comté Venaissin et de la ville 
d^ Avignon. Mss. de la bibliothèque de Carpentras, p. 1 20 et suiv. 

(3) Sebastiano Fantoni Castrucci. Istoria délia citta d'Avignone» In 
Venetia, 1678, in-4% t. H, p. 310. 

{4) François Nouguier. Histoire chronologique de VEglise, evesques et 
archevesques d'Avignon. Avignon, 1660, in-4°, p. 89 et suiv. 



EVÉQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. 3l 

Retnard-Lespinasse (i). Gams (2). 

Bertrand Ilf \2b^. Bertrand 11^ 1264. 

Robert d'Usés, 1268. 'Robert d'Usés, 1267. 

Jean K, 1270. 'R.. CRobertl), 1271. 

Raymond II, 1271. ^Robert JI, 1272. 

Robert II, 1272. Benoit III, 1288. 

Benoît III, 1287. André de Languisel, 1292. 
André de Languisel, 1 29 1 . 

Sans entrer ici dans une discussion détaillée des erreurs que 
présentent ces diverses listes, nous nous contenterons, pour le 
but que nous nous proposons, d'établir à Taide de documents 
d'une incontestable authenticité les points suivants. 



I 



Du ç mars 1264 au 6 juillet 126^^ le siège épiscopal d* Avi- 
gnon a été occupé successivement par deux évêques. Le premier , 
qui a siégé du j mars 1264 au 11 octobre 1266, nest autre que 
Bertrand de St-Martin, devenu archevêque d'Arles et plus tard 
cardinal-évêque de Sabine. 

Zoen, évêque d*Avignon, mourut avant le 14 octobre 1263 (3)' 
Les chanoines de cette Eglise ne purent s'entendre sur le choix 
d'un nouveau pasteur ; ils se divisèrent : les uns donnèrent 
leurs voix à Rostaing, prévôt de l'Eglise d'Avignon (4), et les 
autres, à Jean, doyen de l'Eglise de Meaux. Ce dernier 
n'ayant point voulu, en de telles circonstances, la charge pas- 



Ci) Reynard-Lespinasse. Armoriai historique du diocèse et de l'Etat d^ Avi- 
gnon. Paris, 1874. 

(2) Gams (0. s. B.). Séries episcoporum ecclesiœ catholicœ. Ratisbons, 
1873, in-40, p. 504, 

(3) Gallia Christiana (édition Palmé), t. I«' (1870) , animadversioncs, 
col. IX 

(4) Gallia Christiana, t. I", col. 840. 



32 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

torale, la portion du chapitre qui Tavait nommé n'en persista 
pas moins dans son opposition et, protestant contre ce qui avait 
été fait, s'adressa à la cour romaine. Ce conflit menaçait de 
prolonger le veuvage de l'Eglise d'Avignon et pouvait avoir 
des suites déplorables. Rostaing fit, parait-il, de salutaires ré- 
flexions à ce sujet, et ne voulant point assumer devant Dieu la 
responsabilité des maux qui ne manqueraient pas de se pro- 
duire à l'occasion d'une lutte prolongée au sein du chapitre, 
renonça généreusement entre les mains du pape à tous les 
droits que pouvait lui donner une élection, que ses adhérents 
jugeaient canonique. Urbain IV occupait alors la chaire de St- 
Pierre et tenait sa cour à Orviéto. Il appela au siège épiscopal 
d'Avignon, Bertrand, évêque de Fréjus. 

Ces détails nous sont fournis par la lettre suivante, encore iné- 
dite, que nous empruntons aux Registres d'Urbain IV (anno III, 
tom. III y epist. 1/9), conservés aux archives du Vatican (i). 

Bertrando episcopo Avinionensi, 

Sollicitudînis apostolicae studium circa diversa quae nostris in- 
cumbunt humer is agenda distrahitur, et juxta pastoralis officii 
debitum ad singula nostrae diffundimus considerationis intuitum, 
sed erga curant ecclesiarum, nobis licet immeritis domino dispo- 
nente commissam, animum poiissime conv orientes , plena de ip' 
sarum solertta cogitamus ; illarum tamen specialius miser emur, 
quas inspicimus viduitatis incommoda deplorare, assiduae médita^ 
tionis excitati vigiliis, ut eis praeficere studeamus viros secundum 
cor nostrum ydoneos in pastores, Sane dudum Avinionensis ec- 
clesia pastoris solatio destituta, contigit in ea duas electiones, 
unam videlicet de dilecto filio Rostagno, praeposito ipsius eccle- 
siae. reliquam vero de magistro Johanne, Melden. decano^ in dis- 



(i) Nous devons la transcription de cette lettre et de la suivante à la 
bienveillante intervention de notre ami et ancien condisciple Mgr Hugues de 
Ragnau, référendaire de la signature papale. 



ÉVÊQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. 3^ 

cordia celebrari. Licet autem praedictus decanus electioni de se 
ialiter célébra tàe noluerit consentirez tamen electoribus ipsitis se 
opponentibus praepostto memorato et prosequentibus ipsum ne-- 
gocium contra eum apud sedem apostolicam^ ad cujus examen 
idem negotium ext itérai per appellationem légitime devoîatum^ 
tandem idem praepositus devota deliberatione considerans irrepa- 
rabilia dampna quae verisimiliter ex hoc ipsi ecclesiae contingere 
poterant, et nolens quod eadem ecclesia collaberetur occasione 
sui^ vel quaevis incurreret detrimenta, tus si quod sibi ex electione 
huiusmodi compelebai libère in nostris manibus resignavit. Nos 
igitur paterna volentes sollicitudine praecavere ne praefata ecclc 
sia prolixioris dispendia vacationis incurrat^ et cupientes ut ipsa 
ecclesia uiilis praesidio munita pastoris^ Deo propitio^ relevetur a 
noxiis et optatis proficiat incrementis, ad personam tuam, quam 
yirlutibus insignitam sincera in Domino caritate complectimur^ 
apostolicae direximus considerationis intuitum^ ipsam fore perw- 
tilem ad gerendum eiusdem ecclesiae regimen arbitrantes. Ad 
hoc siquidem gratiosifructus ex tuis provenientes operibus, ma^ 
xime quia Foroiulien, ecclesiam in spiritualibus et temporalibus 
tuarum virtutum exercitio laudabiliter gubernasti, nos multiplici* 
ter induxerunt, cum praeteritorum consideratio rationem proba» 
bilem soleat indicere de futuris. Hoc etiam sincerus quo te prO" 
sequimur suggessit affectus ut quod in votis de tui honoris pro^ 
motione geritnus per operis evidentiam intendamus. His itaque 
digna meditatione pensatis^ te olim Foroiulien. episcopum a vin" 
culo quo ecclesiae Foroiulien, tenebaris absolvimus, teque ad prae- 
dictam Avinionen, ecclesiam transjcr entes ^ illi de fratrum nos- 
trorum consilio et apostolicae plenitudine potestatis te pracficimus 
in episcopum et pastorem. Idcoque fralernitati tuae, in virtute 
obedientiae per apostolica scripta Jir miter praecipiendo^mandamus 
quatenus provide pensatis quod rem maioris laboris aggrediens 
potiora tibi apud Dcum proemia comparabis et patebit latius tuo^ 
rum clariias meritorum, absque difficultatis obstaculo transla- 
tionem huiusmodi de tefactam acceptes, sicque curam et admi" 
nistrationem praedictae Avinioncn. ecclesiae prudenter et utiliter 

Tome XX. — 1886 3 



34 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

exequàris^ quod ipsa tuo salitbri ministerio prospère dirigatur, et 
in, spiritualibus et temporalibus augmentetur iuque relut pastor 
sollicitudine pervigil, commissum tibi gregem gubernare studio^ 
so regimine comproberisy ac exinde nos tram et praefatae sedis 
gratiam uberius merearis, Datum apud Urbem veterem, III nonas 
martii anno IIL 

Dans le registre cité d*Urbain IV, à la suite de cette lettre 
s'en trouvent quatre autres, adressées au chapitre, au clergé, au 
peuple et aux vassaux de TEglise d'Avignon, pour leur faire 
connaître la nomination de Bertrand. 

Le nouvel évêque d'Avignon s'est montré constamment atta- 
ché aux intérêts de la maison d'Anjou, et Charles, comte dt 
Provence, sut apprécier ses services (i). Sous le pontificat de 
Clément IV, il joua un rôle important dans les affaires d'Italie, 
Par un bref, daté de Pérouse, le 14 juillet 1265, le pape le char- 
geait de faire arrêter et incarcérer tous ceux qui dans la ville 
de Rome osaient résister à l'autorité pontificale et se montrer 
liostile à Charles d'Anjou. C'est de concert avec l'archevêque 
de Consenza, que notre prélat devait s'acquitter de cette délicate 
mission (2). On voit par une autre lettre du pape que le 3 août 



(i) PoLYCABPE DE LA RiviÈRE. AtinalcSy Hb. IV, § LXXX, p. 813 : Eodem 
quippe electionis ejus annOy comperio Carolum Provinciœ comitem, mense de- 
cembrij controversa qua illi cum abbate Clusino interccdebantj ejus eonsilio et 
Vicedominif archiepiscopi Aquensis^ et GuUlelmi de Villanova^ jurisconsulU 
Tarasconensis, approbaiionei scribente Hugone Pena, commodis honorificiis- 
que condttiottibus composuisse apud Vapincum. Sed eo consecuto mox soecuti 
prœseniis anno sexagesinto quarto^ cum eodem principe^ Bertrandus épis- 
copus AvenionensiSf Aquiis Sextiis erat^ cum ad eum Simon de Bria, pres- 
byte r car dinalis tituli sanctae Cœcilio!, paulo anie renunciatuSf nomine Roma- 
nce ecclesiœ ad pacta firmanda venit^qucejam Urbanus papa cum. eo inierat su^ 
per regnum SicHiœ^ ducatum Apuliœ et Capuce principatum^ quœ illi ex con- 
sulta sacri collegii et hœredibus ejus usque in quartam generationem decreverat 
iraderCj ex suis si modo sumptibus et armis compararet, et quotannis sanctae 
sedis apostolicae persolveret quadragenta millia aureorum, 

(2) Marténe, Thésaurus, t. Il, col. 161, n** 98. 



ÉVÉQUF.S d' AVIGNON ET DK VALENCE. 35 

fie cette même année il avait déjà quitté Pérouse, où résidait la 
jcour pontificale, pour se rendre auprès de Charles d* Anjou, 
comte de Provence et roi de Sicile, qui était également investi 
de la dignité de sénateur de Rome (i). Nous retrouvons le nom 
de notre évêque parmi ceux des témoins du testament de Béa- 
trix, reine de Sicile (2), 

. Après avoir occupé le siège épiscopal d'Avignon deux ans, 
quatre mois et un jour, Bertrand prit en main le gouvernement 
de l'Eglise d'Arles, pour obéir aux ordres du pape. Les cha- 
noines de cette métropole l'avaient choisi pour remplacer l'ar- 
chevêque Florent, qui venait de mourir (3). Deux d'entre eux 
furent délégués pour aller à Viterbe, auprès de Clément IV, 
solliciter la sanction du choix qui avait été fait. 

Voici le texte inédit de la bulle qui transfère l'évcque Bertrand 
d'Avignon à l'Eglise métropolitaine d'Arles (Archives du Vati- 
can. Regist. Clementis IV, anno II, tom, III, epist, 12'j). 

Bertrando olim episcopo Avinionensi, electo Arelatensi. 

De variis innumerisque negotiis iugiter emergentibus et mul-' 
iarum diversitate causarum continua reddimur attentione solli- 
citi et profundis circa Ma vigiliis excitamur ne desit apostolicae 
sollicitudtnis studium, ubi pastorale tenemur iniunctum nobis 
qfficium exercerez sed in eo potissimum studiorum nostrorum se- 
dulitas officiosa versatur, ut ad curam ecclesiarum omnium qua- 
rum, licet immeriti, regimini praesidemus, et earum maxime^ quas 
viduitatis incommoda deplorare conspicimus, opportunam soler- 
tiam et solertem diligent iam impendentcs, studcamus eis praefi" 



(1) iMARTÔNE, Thésaurus, t. Il, col. 176, n* iiS.Pos/ recessum venerabilis 
fratris nostri Avenionensis episcopi, quem ad carissimum in Christo filtum 
mosirum Carolum Siciliœ regem prœmisitnus, consilium cum Jrairibus nostris 
acvtstris habuimus super possessionibus ecclesiarum urbis obligandis,.., 

(2) D'AcHERT. Spicilegiuntj in-4», t. VI, p. 480. — Archives des Bouches- 
du-Rhônc, B. 365. 

(3) Gallia Christiana, t !•', col. 571. 



i6 SOCIETE d'archéologie ET Î)E STATISTIQUE. 

cere viros secundum cor nostrum ydoneos in pastores. Sane Are- 
latensis ecclesia pastorts solatio destttuta, dilectus filius praepost'- 
tus et capitulum eiusdem ecclesiae pro futuri substitutione pasto- 
rts, sicut morts est, conv ententes in unum et vocatis omnibus^ qui 
soluerunty debuerunt, et potuerunt commode intervenire, ad per^ 
sonam tuam, quam multis conspiciebant virtutibus insignitam, 
oculos dirigentes, te Avinionensis ecclesiae regimini praesiden- 
tem, Spiritus sancti gratia invocata, in eorum et ecclesiae prae- 
dictae Arelatensis archiepiscopum unanimiter et concorditer pos^ 
tularunty et tandem postulationem huiusmodi per dilectum filium 
Petrum Andreae et Hugonem Florentii, eiusdem ecclesiae canoni- 
cos, procuratores eorum sollempnes ad nostram destinâtes, prae-^ 
sentiam admit ti, de gratia sedis apostolicae consueta, petierunt 
humiliter et instanter, tuos nichilominus nobis litteras exkibentes, 
inter cetera continentes quod tu, licet pluries requisitus, postula- 
tioni praedictae ex qua tibi ius quaesitum nonjuerat, non assen- 
seraSy in nostro beneplacito tuum ponebas assensum. N^os itaque 
praesentatam nobis postulationem huiusmodi, quia eam inveni- 
mus, utpote de viro quem novimus, fore perutilem ad regendum 
eiusdem ecclesiae regimen celebratam, defratrum nostrorum con- 
silio, duximus admittendam, sperantes quod eadem ecclesia tant 
utilis praesidio muniia pastoris, Deo propiiio, relevabitur a noxiis 
et optatis proficiet incrementis. Hoc siquidem sincerus quo te pro- 
sequimur suggessit affectiis, ad hoc etiam gratiosi fructus ex tuis 
provenienies operibus nostrum animum induxerunt, cum praete- 
ritorum consideratio rationem probabilem soleat inducere de fu- 
turis, Hiis igitur provida delibcratione pensatis, postulationi de 
tefactae per te nostrum imper tientes assensum, te a vinculo quo 
teneris Avinionensis ecclesiae absolventes et ad dictam Arelaten- 
sem transferentes ecclesiam, ipsi ecclesiae, de praedictorum fra- 
trum consilio et plenitudtne potestatis, te praefecimus in archie- 
piscopum et pastorem, tibi nichilominus concedentes ut ad eam- 
dem Arelatensem ecclesiam, admintstrationem eius et regimen 
suscepturus, cum gratia nostrae benedictionis valeas te transferre ^ 
Ideoque mandamus quatenus provide pensatis quod rem forte 



ÉVÈQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. 87 

maioris laboris aggredienSy potiora tibi apudDeum proemia com- 
parabisy et patebit îaiius tuorum clariias meritorum ut curam 
etusdem Arelatensis ecclesiae prudetiter et utiliter iuxta solitae 
probitatis tuae laudabile studium prosequaris^ quod ipsa tuo sa- 
lubri ministerio prospère dirigatur et in spirttualibus et tempora- 
libus augmentetur , tuque velut pastor sollicitudine pervigil corn- 
missutn tibi gregem gubernare studioso regimine comproberis, 
ac exinde nostram et praefatae sedis gratiam uberius merearis. 
Datum Viterbii, V idus octobris, anno secundo. 

Bertrand était donc transféré le 1 1 octobre 1 266 d'Avignon 
à la métropole d'Arles. Cette même année, il fit hommage à 
Barrai de Baux, pour la terre de Mouriès, que son Eglise te- 
nait en fief de ce seigneur (i). Nous le voyons l'année suivante 
à Tarascon, le 10 juin, recevant à son tour l'hommage de Ber- 
trand de Baux, fils de feu Guillaume de Baux, seigneur de 
Berre, pour diflércnts fiefs, entre autres pour les terres de la 
Crau (2). En cette même année 1267, Clément IV lui accorda, 
à lui et à ses successeurs, un privilège réservé au pape, celui 
de faire porter devant eux la croix dans la province d'Arles (3J. 
Le 5 avril 1270, Bertrand approuve en qualité de métropoli- 
tain la division des revenus de l'Eglise de Toulon en douze 
prébendes (4), et le 15 juillet suivant, il célèbre un synode à 



(i) Archives des Bouches-du-Rhône, B, 365. 

(2) Barthélémy, Inventaire des chartes de la maison de Baux, n^ 525. 

(3) Martène, Thésaurus, t. II, col. 521, n* 537 ; — Duchesne, Hist. de 
tous les cardinaux Jrançais de naissance. Paris, 1660, in-f*, t. II, p. 212. 

(4) Gallia Christiana, t. I", col. 571. — Labbe et Cossart, dans leur col- 
lection des conciles, t. XI (1681), col. 919-21, ont publié pour la première 
fois le texte des canons d*un concile d'Avignon, avec cette suscription : 
An. 12^0, id. juin. Concilium (Avenionense) /, per d. B. Male/errati, 
quondam Archiepiscopum Arelatensem, celebratum. Les auteurs du Gallia 
Christiana ont supposé que Bertrand de St-Marlin, avait peut-être le surnom 
de Mal ferrât ; Saxi (Pontificium Arelatense, Aquis Sextiis, 1629, in-^", p. 
388) fait de Bertrand de Malfcrrat le successeur de Bertrand de St-Martin. 
Ces différents historiens n'ont point remarqué que la date de ce concile est 



38 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Avignon, où se trouvèrent réunis avec l'évêque de cette ville, 
ccnx de Cavaillon et de Carpentras. Enfin le pape Grégoi- 
re X, appréciant ses rares qualités le nomma cardinal-évêquc 
de Sabine, en même temps qu'il honorait aussi de la pourpre 
romaine Pierre de Tarentaise, arciievêque de Lyon et S. Bo- 
naventurc, général de l'ordre des Frères mineurs. Bertrand fut 
le premier des archevêques d'Arles promu à cette haute dignité. 
Raynaldifi), d'après le témoignage de Ptoléméc de Luc, a 
placé cette création de cardinaux en 1272, tandis que Panvin 
et Ciaconius (2), veulent qu'elle ait eu lieu à Lyon aux fêtes de 
la Pentecôte de l'année 1274. Un auteur anonyme de la vie de 
Grégoire X (3), qui fut son contemporain, est plus exact, quand 
il écrit ces lignes : 

Post haeCy ordinatis quinque sedibus episcopalibus, quae Cardi- 

nalatus honorificentia decorantur, de ipsa Urbevetana civitate 

iturus Lugdunum recedens, pervenit Florenttam, ubi tnter partes 

discordes, non sine multo labore et diligenti sollicitudine, pacis 

foedera re/ormavit. 

Ce serait donc avant de quitter Orvieto pour aller à Florence 
et de là en France que Grégoire X aurait fait sa première 
création de cardinaux, parmi lesquels figurait l'archevêque 
' d'Arles. On est certain d'autre part que Grégoire arriva à Flo- 
rence le 5 juin 1273 (4). Nous trouvons pour la première fois 
le nom de Bertrand, évèque de Sabine, au bas d'une bulle de 
privilège, donnée à Lyon, le 7 mars 1274, en faveur du monas- 



évidemment fautive. On voit en effet figurer dans ce concile : Rostaing 
Belinger, évoque de Cavaillon, qui était mort dès Tannée 1262 ; Guillaume 
de Bar^'ols, mort lui aussi vers 12Ô2 ; enfin Zoen, évéque d^Avignon, mort en 
126^. 

(i) R.vYNALDi, Annales, ad an. 1272, n* 68. 

(2) Ciaconius, Viiœ et res gestce pontificum romanorum, Romœ, 1677, 
in-l°, t. I. 

(^) Cité par Luc Wadding, Annales minorum, t. II, p. 376. 

(4) PoTjdAST, Regesta, p. 1071. 



ÉVÉQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. Sg 

tère de la Fillc-Dieu, de Tordre de St Benoît, au diocèse de 
Lausanne (i). A cette époque déjà TEglise métropolitaine 
d'Arles avait un nouveau pasteur. En effet, le 24 janvier de 
cette même année, dans Téglise de Sorgues, Guillaume de St- 
Laurent, caméricr du pape, et Bernard de Languisel, archevê- 
que élu d* Arles, prenaient possession, au nom de la cour ro- 
maine, du Comtat Vcnaissin, que Philippe le Hardi venait 
d'abandonner au Saint Siège (2). 

Tous les documents historiques que nous venons de résumer 
et qui nous montrent Bertrand successivement évêque de Fré— 
jus et d'Avignon, archevêque d'Arles, puis cardinal, concor- 
dent à mci^vcille avec ce passage du Ma jus chronicon Lemovi- 
censé y qui avait singulièrement embarrassé les savants éditeurs 
du XXI' volume du Recueil des historiens des Gaules et de la 
France (3) : 

M.CCLXXIIL Ostiensis, Sabinensis, Albanensis, Penestri-^ 
nae, Tosculana dioeceses vacabant et cardinaliae, et infra octa» 
bas Pentecostes, fuerunt electi in episcopos et cardinales Jrater 
P. de Tar entai, ordinis fratrum Praedicatorum^ archiepiscopus 



(i) J. Grêuaud, Mémorial de Fribùurg, t. !•' (1854), p. 497. 

(2) Ai^moiVe cilé par Jouoou, Essai sur l'histoire de la ville, à" Avignon , 
Avignon, 1853, in-ia, p. 245. ^ Cf, Gallia Christiana, t. I", Animadv.^ 
col. LXVII. 

(3) Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XXI, p. 780. Voici 
la note des éditeurs : Bertrandum II ex archiepiscopo Arelatensi cardinalem 
episcopum Sabinensem renunciatum fuisse constat ; ipsum autem Avenione 
antea sedisse doctissimi Novœ Gallice Christianœ auctores nequaquam mémo- 
rant\ iidem Peireskio consentire non videntur qui hune antistitem ex Foro- 

juliensi ad Arelatensem seiem translatum fuisse docet (cf. Gallia Christiana^ 
t. !•', coll. 433 et 577). Prceterea Sammarthani episcopum Avenionensem 
nomine Bertrandum, anno circiter 1266, sede Valentinensi potitum fuisse et 
in hac ipsa sede anno 12^4 obiisse testantur (t. III, p. 11 14). Quae si vera 
habeantur nequaquam fieri potest ut Bertrandus primo Avenionensis, deinde 
Valentinensis episcopus idem sit atque Bertrandus a Sancto Martino, Ar- 
chiepiscopus Arelatensis, Hcec provido lectori dijuJicanda relinquiiiius. 



40 SOCIÉTÉ D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Lugdunensis ; Bonaventura^ generalis minisier et magister in 
theologia, ordinis fratrum Minorum ; archiepiscopus Arelatensis, 
monackus niger, qui fuerat episcopus Aviniensis et alterius civi" 
tatis ; Petrus Hyspanus^ magister in theologia. 

La fête de la Pentecôte fut célébrée, en 1273, le 28 mai, et 
c'est le dimanche suivant que Grégoire X faisait son entrée à 
Florence. La chronique de Limoges vient de nous dire que 
Tarchevêque d*Arles appartenait à Tordre de St Benoit, mona- 
ckus niger ; les moines de St-André-lès- Avignon nous ont ap- 
pris dans leur Nécrologe que le cardinal Bertrand de St-Martin 
avait autrefois pratiqué chez eux la vie religieuse, et que son 
souvenir y était pieusement conservé : 

V. Kalend. aprilis. Depositio domni Bertrandi de Sancto Mar^ 
tino cardinalis episcopi Sabinensis monacki nos tri, pro quo fiât 
sicut pro abbate (i). 

En quelle année mourut Bertrand de St-Martin > Le nécro- 
loge ne le dit point. 11 souscrivait, le 23 mars 1275 ^^^ bulle de 
privilège accordée aux religieuses de St Pierre, à Altenhohe- 
nawe, de Tordre de St Augustin, en Bohême (2). Saxi nous 
assure qu'il mourut pendant la vacance du siège apostolique, 
qui suivit le décès de Jean XXI (3), c'est-à-dire entre le 20 mai 
et le 25 novembre 1277. Cette donnée, si elle est exacte, rap- 
prochée de celle du Nécrologe de St-André-lès- Avignon fixe- 
rait donc la mort de Bertrand au 28 mars 1277. 

(A continuer.) 

Jules CHEVALIER. 



(1) Cité dans le Gallia Christiana, t. l*'i col. 571. — Le même ouvrage 
(animadversiones, col. VI) mentionne une charte dy 15 avril 1238, où figure 
Bertrand de St-Martin, doyen du monastère de St-André-lès-Avignon. 

(2) Monumenta Boica^ in-4®, t. XVII, p. iq. 

(3) Saxi, Pontificium ArelatensCy p. 355 : Bertrandus Gaîlus ex Arelatensi 
archiepiscopo cardinalis Sabinus obiit in interregr^o, post tnorUm Joannis 
XXlf anno isy;. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 41 



ESSAI HISTORIQUE 

SUR 

LE VËRGORS 

(Brôxue). 



(Voir les 67% 68«, 69% 70*, 7i«, 72% 73% 74» et 75» livraisons), 



CHAPITRE VII. 

SEIGNEURS SECONDAIRES, NOBLES ET NOTABLES. 

De Vercors. — Les seigneurs du XI" siècle, époque 
où se formèrent en Dauphiné les noms de famille, 
prirent généralement le nom de leurs terres, avec 
addition de la particule de, du, de la^ ou des^ indiquant 
un rapport de propriété, de domicile, d'origine. 

D'après cela, les de Vercors^ les de Rousset et les 
de Vassieux^ dont nous allons parler, avaient déjà des 
possessions dans la contrée au XI* siècle. Mais, avec 
les documents que nous possédons, il est impossible 
de reprendre d'aussi haut leur généalogie et celle des 
autres familles importantes qui ont habité ou possédé 
au Vercors. 

Et d'abord, pour les de Vercors^ le premier rensei- 



42 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

gnement que nous ayons est la reconnaissance faite 
au dauphin, antérieurement au 26 août 1277, après la 
mort de Ponce de Vercolp^ par. ses deux fils Guillau- 
me et Rodolphe. 

Ponce de Ver cors, témoin en 1293 ^® '^ protesta- 
tion du chapitre et des consuls de Die contre le concile 
de Vienne, paraît habiter le Vercors (i). 

Guillaume et Rodolphe étaient nobles et seigneurs 
au Vercors, dans le mandement de Rousset et de Ra- 
vel, en novembre 1301, comme nous l'avons vu plus 
haut; mais un acte de 1327, dont nous avons déjà 
donné la substance, en nous rappelant que les de 
Vercors étaient nobles et pariers de Rousset et des 
montagnes de Verneyson, coseigneurs avec Tévêque 
de Die des châteaux et mandements de Rousset et de 
Ravel, ne nomme de cette famille que Humbert et 
Poncet (2). 

La famille formait alors plusieurs branches ; car, tan- 
dis que Gilet de Vercors, du mandement de Pariset, fait 
en 1334 hommage lige au dauphin, Pierre de Vercors, 
fils de noble Humbert, vend en 1338, devant Pierre de 
Vercors notaire, quelques fonds situés en la paroisse 
de St-Agnan. On trouve encore Pierre de Vercors 
habitant du Villars et mari de Guillaumette du Gua, en 
1339, et Pierre de Vercors damoiseau, témoin à Pizan- 
çon, en 1349, d'un hommage rendu au dauphin par 



(i) U. Chevalier, Inventaire des arch. des dauph. en 1277, n<» 54 ; 
CartuU de Die, p. 139. 
(3) Arch. de la Dr., Livre blanc cit., f, 215-7; copie de vidim. de 1492. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 43 

Gaucher Adhémar (i). D'autre part, M. de Rivoire de 
la Bâtie mentionne comme membre de Tancienne famille 
seigneuriale de Vercors Pierre de Vercors qui vivait 
en ÏJ40 ; il lui donne pour frère Jean de Vercors, 
dominicain, chancelier du Dauphiné, évêque de Tivoli 
et confesseur du dauphin Humbert II, et le blasonne de 
gueules à trois vermisseaux d'argent (2). 

De son côté, Guy-AUard compte en 1339 dans le 
mandement de Varces 6 maisons-fortes, dont une, celle 
de Pellissières, était à Thibaud de Vercors, et dans le 
mandement de Sassenage 1 1 châteaux ou maisons-fortes 
possédés par autant de gentilshommes, parmi lesquels 
était Guillaume de Vercors. Il trouve alors dans le Grai- 
sivaudan 1 20 gentilshommes et plus, entre autres Thi- 
baud de Vercors et deux Guillaume de Vercors (}). 

En ij68, dans une revue à Grenoble figurent, à la 
suite de Didier de Sassenage, Pierre et Perret de Ver- 
cors, celui-là avec une monture de 25 florins, celui-ci 
avec une de 35. On connaît encore Pierre de Vercors, 
bailli du Gapençais en 1 370 ; Amédée de Vercors, alber- 
geanten 1370 des immeubles situés à Fontaines ; Pierre 
de Vercors, vivant en 1 389 ; Gillet de Vercors, prieur des 
CAtes de Sassenage en 1390 ; Pierre de Vercors, habi- 
tant Alixan vers 1470 ; Laurent et Barthélémy de Ver- 



(i) Arch. Morin-Pons» notes Moulinet, nobil. ms. en 6 tom., f. 969 ; — 
U. Chbvalier, Invent, des arch. des dauph. en 1J46, n'* 727; Cart. de 
MontéLf p. 132. 

(3] Armoriai du Daupkini^ mot Vercors. 

(3) Diction, du Dauphiné, t. 3, col. 5^^9-91 et 730-1. 



44 SOCIETE d'archéologie et de statistique. 

cors, vivant vers 1516; et Jean de Vercors, prieur de 
Ponet vers 1534 (i). 

Avec tous ces de Vercors, nous nous sonrjmes écar- 
tés du fief auquel ils doivent leur nom, et apparemment 
de la branche qui avait continué à le posséder. En tout 
cas, nous y voici. 

Le 14 mai 1378, Freysette, veuve de noble Pierre de 
Vercors, est constituée tutrice de Jean, Marguerite et 
Antoine, fils communs desd. Pierre et Freysette (2) ; 
et puis, noble Freysette, veuve de noble Pierre de Ver- 
cors, a une maison d'habitation dans la ville de Saillans 
en 1 395, et une terre à Chastel-Arnaud. Quant à ses 
<ieux fils ci-dessus, dont une maison et un chasal, con- 
frontant lad. maison de Freysette, étaient loués en 1395 
à Pierre Faure et à Guillaume son fils, pour la pension 
annuelle de 2 florins d'or, ils sont probablement les 
Jean et Pierre de Vercors notaires dans la même région, 
celui-là depuis 1397 jusqu'à 1447, celui-ci en 1403. Sur- 
tout, le premier doit être noble Jean de Vercors qui avait 
des droits au mandement de Chastel-Arnaud en 1441 et 
en 1447. 

De cette branche apparaît ensuite noble Jarenton de 
Vercors, héritier de Jean et recevant comme tel, à par- 
tir de 1457, des reconnaissances pour biens et droits à 
Aurel, à Chastel-Arnaud et au Vercors. Ainsi, Pierre 
Tronet, de Lossence fde Aiissencia)^ paroisse de la 



(i) U. Chc:valier, Coll. ds cart. dauph., vu, 169, 171, 299 ; Invent, ciu, 
n<» 988 ; — Arch. Monn-Pons, ubi sup. ; — Arch. de la Dr., E, 2125-7, 
2230, 3496 ; — PiLr.T DE Th., Prieurés cit., p. 85. 

(2) Arch. de la Drômc, E, 1875. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCOftS. * 4S 

Chapelle, se reconnaît tenu à i florin par an pour tous ses 
biens de Losscnce. En 1459, Guillaume de Vercors le 
Vieux {Senior)^ administrateur de Jean Juvcnis autrement 
Canhonet, reconnaît tenir du domaine direct de noble 
Gerenton de Vercors deux terres à Chastel-Arnaud. 

Gerenton, encore vivant en 1468, avait dès 1470 pour 
fils et héritier noble Pierre de Vercors, de Saillans, qua- 
lifié coseîgneur de Rousset et de Ravel dans les actes dé 
reconnaissances qu'il reçut en i486 et en 1491 pour 
biens à Aurel. 

Après Pierre, qui est peut-être le Pierre de Vercors 
compris au rôle de Tarrière-ban de la noblesse du Valen- 
tinois et Diois de 15 12 pour servir à l'armée (i), 
arrive noble Jean de Vercors. Celui-ci, dénombrant de- 
vant le visénéchal de Crest, le 30 mars 1540, déclarait 
posséder « sa part de juridiction aux montagnes de 
Vercors, au mandement de Riouset et de Revel ; plus, 
en censés directes aud. mandement, 6 quartes froment, 
4 sétiers 2 quartes seigle, 6 civayers avoine, 9 poules, 
4 florins, 1 livre 1/2 poivre ; et que, quand il faisait la 
recette desd. censés, les habitants lui devaient fournir 
Un lit, foin et avoine pour sa monture, et 2 arches à 
mettre ses grains ; plus, qu'il prenait sur lesd. habitants, 
lorsque sa femme était en couches, 6 quartes froment; 
etc. » Le 16 octobre 1540, en un autre dénombrement 
devant le même visénéchal, Jean de Vercors déclarait que 
lad. conseigneurie valait 8 livres de revenu, etc. » (2). 



(i) Ibid., fonds de révêché de Die, reg. de protoc. du not. de Piégroi^ 
coté «' 20 ; — Arch. .Morin-Pons, ubi sup. 

(2) Arch. Dr., Invent, de la Chambre des Comptes. 



40 SOCTÉTE D*ARCHÉ0L0GIE ET t)E STAtTSTlQtJË. 

Les de Vercors se défaisaient peu à peu de leurs 
biens dans la contrée. Un acte de 1550 concerne des 
censés y acquises antérieurement, de « noble Margarite 
de Vercors, » par les Faure de Vercors, qui avaient 
aussi acquis avant 1562, de « Jehan de Vercors, » des 
censés sur fonds à Lossence (i). 

Noble Jean de Vercors était mort avant le 1*' avril 
1581, jour où testa Béatrix de Lhers, sa veuve; et 
Louis, leur fils, marié à Françoise d'Arlandes, était en 
1 594 et 1595 seigneur en partie de Vercors. Il avait des 
censés à Saint-Agnan et tenait à Saint Martin plusieurs 
fonds près du village. Le vieux parcellaire de cette der- 
nière commune lui attribue 2 prés en Préfol^ i pré et 
I terre enJuchefol^ et i terre au mas de Si-Martin. 11 ha- 
bitait Saillans. 

Par testament fait le 20 novembre 1 586, du vivant de 
sa femme, il instituait pour ses héritières sa sœur Jeanne, 
qui fut femme de Jacques Chevalier, de Saillans, et son 
autre sœur. Bonne, qui fut femme de noble Martin 
Cony, originaire de Poyols. 

Bonne fut mère d'Henri et de Louis de Cony. Henri, 
(c sieur de Vercors, » donnait à mi-fruits en 1614 ses 
biens de Chalancon à Corbin. Mais à qui passèrent les 
droits de sa famille sur le Vercors ? Est-ce à sa fille 
Lucrèce, qui épousa Salomon de Chevalier, sieur de 
Hautecombe ? Il ne paraît pas. Quant à Louis de Cony, 
qui habitait Jonchères et figure dans un contrat en 1618, 



(i) Minutes cit., protoc. Lamit cot. 146, f. iij-iij ; et ^7, f. Ixxij. 



ESSAI Historique sur le vb^Cors. 47 

on ne lui trouve aucune possession au Vercors (i). 
Nous croyons que ses biens furent portés par Bonne 
Cony à son mari, Georges de Boniie, dont il sera 
question plus loin. 

En somme, on peut dire avec Guy-Allard qu'il y a eu 
au Vercors « une famille noble de ce nom, finie par Louis 
de Vercors qui vivait Tan 1590, » et que « ses biens, 
ont passé en celle de Faure (2), » du moins en partie. 

De Roussel. — On ne peut assurer que W. de Ruisec, 
témoin en 11 79 d'une transaction entre l'église de Die et 
Guiguesde Sassenage, et G. de Ruisec^ témoin en 1246 
d'une formalité faîte à Marignac, fussent de notre famille 
de Rousset (3) ; de sorte que les premiers membres con- 
nus et appartenant bien certainement à celle-ci sont no- 
bles Albert, Berlion et Humbertde Rousset, qui en i joi 
furent reconnus par l'évêque comme feudataires avec 
d'autres gentilhommes dans le mandement de Rousset 
et de Ravel. 

Après la reconnaissance d'Albert à l'évêque en 1 3 18, 
acte dont nous avons donné la substance plus haut, on 
trouve en 1327 l'important règlement que nous avons 
également analysé et où sont intéressés Albert et Berlion 
de Rousset, ainsi que les autres coseigneurs des mande- 
ments de Rousset et de Ravel ; puis, avant le 27 juillet 



(1) Arch. et Invent, cit ; — Minut. cit., passim ; — Arch. Morin-Pons, 
ubi sup, ; — Mairie de St-Martin-en-V.» parcellaire réJ. vers i 595, f. 98-1 18; 
— Arch." de la Dr., B, 761; £,2^55, 2360-1, 3444, 3447,4425* 4626-8; — 
CuoKLZRj Estât polit, f m, 238-9. 

(i) "DiV/.cit., II, 749. 

(3) U. Cmbvalier, CarU de Die^ |^ 3x î Cart, de Leone, p. 146. 



48 SOCrÉTÉ ô' ARCHÉOLOGIE ET DE STATTSTîQUE. 

IJJ7, Guillaume de Rousset, fils de Berlion, et Pierre 
de Rousset, fils de Guillaume, vendent à Guillaume 
Adhémar, chanoine de Die, des censés sur divers biens 
du Vercors, relevant du comte de Valentinois (i). 

Nous ignorons si Pierre de Rousset, chanoine de 
Die en 1 329 et prévôt de Crest en i J43, et Jarenton de 
Rousset, sindic de Die en 1383 (2), étaient de la famille 
dont nous venons de nous occuper. 

De Vassieux. — V. et Guigues de Vaciu furent té- 
moins, celui-là en 1200, celui-ci en 1202, d'actes faits à 
Die ; et Ton trouve témoins d'actes faits à Léoncel, en 
1228 Raimondûf^ Vac/a, en 1233 R. de Vaciui. 

En 1238, Ferrand de Vassieux fit à la Chartreuse de 
Bouvante remise de tout le droit qu'il pouvait avoir sur 
la montagne de Durbonose, soit dans l'alx du Royans, 
depuis la Se/a de Vassieux suivant la chute des eaux vers 
le bas Royans, et promit d'être le défenseur du monas- 
tère. En avril 1249, Guillaume et Pierre dé Vassieux, 
frères, vendirent à ce couvent la moitié de la montagne 
de Durbonose et tout ce que cette portion contenait 
suivantia chute des eaux vers Vassieux, au prix convenu 
entre eux. Puis, le 9 octobre 1292, Lantelme de Vas- 
sieux, fils et héritier de feu Raymond, fit reconnaissance 
de fief à Aimar de Poitiers, comte de Valentinois, pour 
tout ce qu'il possédait dans les châteaux de Quint, de 
Flandènes et le mandement de Vassieux. 



(i) Arch. de la Drôme, Livre blanc cit., f. 215-7 » fonds de Die, cop. ; 
Invent» cit. 

(2) CoLUMBi, op« cit., p. I 5 ) ; — * Chevalier, CarL de Die^ pp. ii6| 143 
i.^7« •• -• ■• 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 49 

Cette famille donna des religieux à Léoncel. Pierre de 
Vassieux y était convers de 1 244 à 1 2 5 5 . Giraud de Vas- 
sieux, sous-prieur en 1255, religieux en 1258 et 1266, 
prêtrç et religieux en 1 274, et abbé depuis 1 279 jusqu'à 
1295, était remplacé dans cette dignité dès février 1295. 

Flotte de Royans écrivait de Grane, le 25 janvier 1252, 
à P. de Vacioa d'avoir à rendre au monastère de Léoncel 
et à lui abandonner 12 deniers qu'Etienne Roux faisait à 
cette dame, mais qui revenaient au monastère. Le car- 
tulaire de Léoncel mentionne encore P* de Vassieux, 
damoiseau, en 1279 \ P. de Vassia^ bayle en 1285 ; 
Pierre de Vassieux, chevalier en 1295. 

Après cela, pas trace de la famille jusqu'au 12 mai 
1344, jour où Ponce de Vassieux, comme donataire 
d'Allemand du Pont, hommageait aux Poitiers sa part du 
fief de Vassieux. La dernière mention que nous en ayons 
est dans une vente par Gonet Chrîstianon, à noble Rey- 
naud de Vassieux, d'Etoile, d'un jardin audit lieu pour 6 
florins, en i}86 (i). 

Garin. — Ponce Garin, dit de Ver cors parce que 
lui ou sa famille était originaire de ce pays, fut notaire à 
Die de 1284 à 129} ; et Pierre Garin dit de Vercors y 
fut également notaire de 13 18 à 1337. C'est ce dernier 
qui, le 18 avril 13 18 instrumenta la reconnaissance d'Al- 
bert de Rousset à l'évêque, et il le fit à Die, dans la mai- 



(i) U. Chevalier, Cart, de Die, pp. 54-5 et 60 ; Cart. de Leone, pp. loo, 
Î14, 133-7, 142-8, 176-303 ; Journal de Die, 13 »ept. 1868 ; — Arch. de la 
Dr6me, fonds de rEyèché de Die, et E, 1867 ; — Id. de Tlsère, fonds des 
Poitiers. 

Tome XX. - 1886 4 



ho SOCIETE D* ARCHÉOLOGIE tT t)E STATISTIQUE. 

son de Ponce Garin, autrefois prêtre de Die, dit de 
Vercors. 

Un autre prêtre, du nom de Pierre Garin, passait re- 
connaissance en fief au comte de Valentinois, le 27 juillet 
I j 37,pour <c 4 sols 2 deniers de censé portant directe, au 
mas de St-Jullien de Vercors, dont il fut investi par lad. 
reconnaissance. ]> (i) 

Reynaud. — Cette famille ayant acheté un fief dans le 
Vercors, en fut investie entre 128J et 1297 par Jean de 
Genève, évêque de Die et de Valence. L'acte dMnvesti- 
ture, fait et signe de la main d'Etienne Pertuset, notaire 
public, fut muni du sceau de ce prélat. 

Le successeur de celui-ci, Guillaume de Roussillon, 
élu évêque en 1297, ne se contenta pas de confirmer les 
Reynaud dans la possession de ce fief, par acte écrit et 
signé de la main de Pierre Garin dit de Vercors, notaire 
public, acte muni du sceau de la cour de Die. En novem- 
bre ijoi, en confirmant, comme nous l'avons vu, aux de 
Vercors, aux de Rousset, aux de Varces et à Lantelme 
Reynaud, leurs droits au Vercors, il fit à ce dernier et à 
Amédée et Guillaume Reynaud, ses fils, pour le temps 
de leur vie et de la sienne, cession de la troisième part 
de juridiction, haute et basse justice, qu'il avait sur 18 
particuliers nommés dans l'acte et sur leurs héritiers et 
successeurs. La cession est faite en récompense des 
bons services rendus au prélat par ces trois gentilshom- 



(i) Arch. de la Dr.» fonds cit. et Invent. cit. ; — U. Chevalier, Invent.»*' 
dauph. en 7746,11» 589; Cart.de DU, pp. 1 39, 148; — B. Hauréau, Gallia.,», 
instrum. eccl. Diens., XXII. 



1 



ESSAI HISTORIQUE SUR tB VER'CORS. 5 1 

mes, ses chers et fidëles hommes Hges. Quant aux par- 
ticuliers, voici leurs noms : Morand Jourdan, Jeah^ 
Fermond, Lantelme Faure, Guigues Moret, Guigues 
Morand, Guillaume Faure, Lantelme, Humbert, Gui- 
gues et Mathieu Chevalier {Militis), Guillaume Albert, 
Pierre Peccat, Jean Branche, Lantelme Félix, Vincent 
Oligier, Pierre Arier, Pierre Abicel et Jean Faure. 
; Amédéé et Guillaume Reynaud, frères, de la Bâtie 
des montagnes de Vernaison, damoiseaux, sont témoins, 
à Die, d'une confirmation de libertés accordée à cette 
ville en 1313 par le juge épiscopal ; et ils figurent, com- 
me nous râvons vu, dans lé règlement de 1 3 27. 

Après eux, apparaissent noble Lantelme Reynaud 
Coseigneur de Vassîeux vers 1 378 et noble Guigues Rey- 
naud, de la Bâtie de Vercors, qui en 1393 passait à noble 
Pierre Chatard, delà Sône, obligation de 18 florins d'or 
poids delphinal. 

Un acte de 1399 mentionne à Saint-Agnan un grand 
nombre de terres relevant de la seigneurie des Reynaud 
[Reynaudorum], et à la Chapelle des terres relevant de la 
seigneurie soit des Reynaud seuls, soit des Reynaud et 
de Pierre: Bouvier, soit des Reynaud et de ceux de Vas- 
sîeux. Il y est aussi question de terres que Jeunet Arier 
a eues de Guigues Reynaud. 

Enfin, noble Amédée Reynaud fut témoin en 1433 ^® 
l'approbation donnée par l'évêque Jean de Poitiers aux 
statuts du Chapitre de Die (i). 



, (!) Arch. cit., Lwre cit., f. 215-7, fonds cit. et de St-Jean-en-R., et E, 
1573 ; — Ul. Chevalier, CarU de Die^ pp. loo-i, 155. 



52 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGÎE ET DE STATISTIQUE. 

De Varces. — Nous avons vu plus haut ce que pos- 
sédaient au Vercors noble seigneur Rodolphe de Var- 
ces en 1 301, et les nobles coseigneurs Aymar et Didier 
de Varces en i j 27. 

Après Humbert de Varces, coseigneur de Vassieux en 
1 3 j j , on ne trouve aucun membre de cette famille dans 
les actes relatifs au Vercors jusqu'à 1374, année où 
noble Guillaume de Varces, son fils, acheta des frères 
Borne, devant Guy Câpre notaire à Die, des censés, 
tâches, services et pensions sur les châteaux de Rousset, 
St-Agnan et la Bâtie de Vercors. 

En 1392, Guillaume reçoit comme coseigneur de 
Vassieux des reconnaissances de quelques particuliers 
du lieu, et lui-même fait, le 21 novembre 1393, devant 
Pierre Aulerî nof à Die, à Tévêque Jean de Poitiers, 
hommage avec dénombrement de ce qu'il a en Vercors, à 
St-Agnan, à Rousset. Un acte de 1399 indique comme 
relevant de la seigneurie des Reynaud et de Didier de 
Varces une terre à la Chapelle, et comme relevant de la 
seigneurie de ceux de Varces des fonds à lad. Chapelle 
vers le chemin de la Bâtie à Vassieux. 

Noble Philippe de Varces, frère de Guillaume, mou- 
rut, laissant avec Antoinette sa veuve, le fils qu'il en avait 
eu, nommé Guyot. Antoinette ayant à faire hommage à 
révêque pour les biens hérités de Guillaume, oncle pa- 
ternel de Guyot, chargea de ce soin Guillaume Roux, 
licenciées lois, qui rendit cet hommage conformément à 
celui de 1393. 

Les de Varces eurent à Vassieux les biens de Mon- 
don Bermond et de Pierre de Roussillon, et leur part du 
fief de ce lieu fut longtemps appelée laparerie des Varces^ 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 53 

Ils avaient celle-ci avant le 5 janvier 1429, Jour où 
noble Didier de Varces, coseigneur de Vassieux, se 
joignait à tous les habitants de ce lieu pour supplier 
Tévêque de a vouloir permettre ou acenser de nouveau 
un moulin aud. Vacieu.» Celui dont ils se servaient était 
vacant, disaient-ils, depuis plus de 18 ans, au grand pré- 
judice des habitants, contraints d'aller moudre leur grain 
hors du mandement, à plus d'une lieue. C'était aussi un 
préjudice pourl'évêque, qui perdait la censé de 4 sétiers 
annuels que led. moulin lui servait. L'évêque, après en- 
quête faite par noble Eynard Reynard, son châtelain de 
la Bâtie, et par Guigues Faure, son procureur fiscal, 
accensa de nouveau le moulin de Vassieux, à Etienne 
Félix, en réduisant la censé à 2 sétiers de seigle. L'acte, 
reçu par Nicolas Poudrel, not* de Vercors, Didier de 
Varces présent, était en parchemin. 

Noble Ponce de Varces, coseigneur de Vercors et de 
Vassieux, fit en 1465 à son parent noble Jean Alois, 
d'Etoile, donation entre vifs de tout ce qu'il possédait au 
Vercors, à Vassieux, Rousset, Ravel et Aouste. Il s'en 
réserva seulement l'usufruit jusqu'à sa mort, arrivée en 
1474(1). 

D*Urre. — Une branche de cette famille posséda une 
parerie à Vassieux. Le 24 juillet 1328, Pierre d'Urre 
hommage aux Poitiers la parerie qu'il a au mandement et 
château de Vassieux. En 1349 il hommage aux mêmes 
les mêmes biens. Sa parerie passa aux Artaud-Montau- 
ban (2). 



(i) Arch. de la Dr., fonds de Die et de St-Jean-en-R., et E, 3336 et 3497. 
(3) Arch. cit., fonds de PEv. de Die. 



b4 SOCIÉTÉ D* ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Ad/iémar. — Guillaume Adhémar, chanoine de Die, 
que nous croyons être le Guillaume Aymar délégué par 
Tévêque pour faire le règlement de 13^7, prêta hom- 
mage au comte de Valentinois, le 27 juillet i}}j^ pour 
« 8 sols une poule de censé, et 2 sols 6 deniers de plait 
qu'il prenoit sur le fief appelé Pellennîe, en là paroisse de 
St-Martin de Vercors ; » pour 17 deniers j quartaux et 
deiny avoine de censé sur le fief ou tènement de Soyeiere 
ou Rieonarie ; » pour 14 deniers i quarte d'avoine, 
I quartal froment, i émine seigle et 5 sols, qu'il prenait 
sur le fief appelé Bonjanha ; pour « i denier de plait sur 
un pré de Pierre Girin situé en la paroisse de St-Anian, 
qu'il avoit acquis de Guillaume de Riouset, fils de Ber- 
lion, » et pour « semblable quantité de censé qu'il avoit 
acquis de Pierre de Riouset, fils de Guillaume, dont il 
fut investi par led. s' comte par le même hominage (i). » 

De Flandènes. — - Nobles Perrachon et Berton de 
Flandènes, père et fils, de la paroisse de St-Martin-le- 
Colonel, vendirent à Chabertde Flandènes, pour le prix 
de 55 florins d'or, tout ce que lesd. nobles « avoient au 
mandement de la Bastie de Vercors ou aux montagnes 
de Vercors, soit hommes, censés, servis, taches, paquè- 
rages, "pulverages et autres biens quelconques. » Le tout 
était tenu en fief franc du comte de Valentinois. 

Avant que Chabert de Flandènes eût été investi de ces 
biens, Guillaume de Flandènes, dit Salvage, son frère, en 
hérita. Aussi fut-il, à sa prière, le 29 janvier IJ44, in- 
vesti par le comte de tout ce qu'il tenait de son fief et 



(i) Arch. de la Dr., Invent. cit. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 55 

pour l'hérédité de Chabert son frère. Le comte déclara 
avoir été payé dés lods à lui .dus, et Guillaume reconnut 
tenir du fief dudit sieur comte oc tout ce qu'il avait aux 
terroirs et mandements de St-Nazaire et de Flandénes, 
et à la Bâtie et montagnes de Vercors, soit hommes, 
hommages, maisons, prés, bois, terres, vignes, paque- 
rages, censés, quartons, taches et autres biens et 
droits. » Guillaume reconnut en outre devoir au comte, 
a pour les biens qu'il tenoit anciennement de son fief, 
4 livres 5 sols monnaie ancienne, à chaque mutation de 
seigneur et possesseur, déclarant n'avoir pu dénombrer 
ce qu'il avait au Vercors (i). » 

Du Pont. — En 1343, Allemand du Pont fit hommage 
aux Poitiers pour tout ce qu'il tenait par lui ou par d'au- 
tres au lieu de Vassieux. Ses biens en ce lieu passèrent 
à Ponce de Vassieux et à Mondon Bermond (2). 

Bermond, — Le 27 décembre 1345, Mondon Ber- 
mond hommage aux Poitiers tout ce qu'il a et tient, par 
lui ou par d'autres, à Vassieux, c'est-à-dire les biens à 
lui venus d'Allemand du Pont, et qui passèrent de lui aux 
deVarces (3). 

De Roussillon. — Le 22 décembre 1347, Pierre de 
Roussillon hommage aux Poitiers comme Ponce de 
Vassieux, auquel il a succédé dans ses biens de Vassieux, 
lesquels passent ensuite aux de Varces (4). 



(1) Arch. et Invent. cit. 
(3) Arch. et fonds cit. 

(3) Arch. et fonds cit. 

(4) Arch. et fonds cit. 



b() SOCIÉTÉ d'archéolagie et de statistique. 

De Chadron. — Le 8 décembre 1549, Ponce de 
Chadron, de Flandènes, hommage à Aimar de Poitiers, 
comte de Valentinois, sa maison d'habitation à St-Mar- 
tin-Ie-CoIonel, avec les fonds y contigus, et tout ce 
qu'il a en la montagne de Vercors (i). 

Borne. — Nobles Berton et Maret Borne, frères, de 
Die, avaient des censés, tâches, services et pensions sur 
les châteaux de Rousset, de St-Agnan, et de la Bâtie de 
Vercors. Ils les vendirent, en 1374, à noble Guillaume 
de Varces, pour le prix de 120 florins d'or, poids de 
Piémont. La même année, noble Berton Borne obtenait, 
moyennant payement des lods, ratification par le chapitre 
de Die, seigneur direct, de la vente d'une maison que ce 
noble avait achetée (2). 

Faurede Vercors. — Des nombreux Faure que l'on 
rencontre au Vercors dès le 14' siècle, nous ne mention- 
nerons ici que Jean Faure, notaire de la Bâtie de Ver- 
cors en I 578. 

Il en est parmi eux qui quittèrent le Vercors pour Die, 
et ajoutèrent dès lors à leur nom patronymique celui de 
Vercors. C'est ainsi que nous trouvons en 1427 Gui- 
gues Faure de Vercors, notaire et procureur des pauvres 
et des œuvres pies de la ville et du diocèse de Die, et 
Guillaume Faure de Vercors, aussi notaire ; et, un peu 
plus tard, Eynard Faure de Vercors, également notaire 
à Die. 

C'est sans doute des deux premiers de ces Faure de 



(i) Arch. et Invent. cit. 

(2) Arch. de la Drôme, E, 2226. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 67 

Vercors que Chorier veut parler, quand il raconte qu'en 
1450, révêque ayant fait hommage au dauphin, les habi- 
tants des terres épiscopales, notamment noble a Guigues 
Faure, seigneur en partie de Vercors, dont il était ori- 
ginaire », et Guillaume Faure, jurisconsulte de Die, en 
firent autant. Du reste, une révision des feux de Die, 
rédigée la même année, nous apprend que noble Gui- 
gues Faure de Vercors était alors notaire et chef d'une 
branche de la famille, tandis que l'autre branche était 
représentée par deux frères, nobles Aynard et Marcel 
Faure. 

Le 14 mars 1452, Jordan Faure de Vercors transige 
avec son frère Jean, au sujet des biens de leur famille, 
dont un membre, nommé aussi Jordan, religieux domi- 
nicain, fut prieur de St-Jean-d'Angely, puis aumônier de 
Charles, duc de Guyenne, fils de Charles VII. 

Le 19 mars 1453, Guill. F. de V., docteur es lois, 
épouse, dans l'église des Dominicains de Die, noble 
Claude Perdrix, fille de Pierre, dotée de 800 florins. 

Lantelme F. de V., chanoine de Die en 1478, proto- 
notaire apostolique et sacristain de Die en 1491, était le 
20 avril 1499 Oï^cle de Jordan F. de V., et certainement 
parent de noble Antoine Faure, sindic de Die en 1495, 
et de Jordan Faure le jeune, qui rendit des services à 
Die en 1495 ^^^^ ^^ passage de certaines troupes (i). 



(i) Arch. cit., et Livre cit. ; — Chevalier, Cart. de Die, p. 151-^ ; — 
Chorier, HisL du Dauph., II, 445* et 474-5 ; — Arch. de Die, CC, 26, f. 
III v« ; — Rochas, Biog. Dauph. I, 380-1 ; — Bull, d'hist, eccL., de Valence^ 
II, 131, 131-3. 



58 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Noble Guillaume F. de V. n'est connu que par un 
achat qu'il fit, vers 1536, de deux terres à Souchet et 
Lacondamine ; mais un dénombrement fourni le 1 2 août 
1Ç40, devant le viséaéchal de Crest, par noble Antoine 
Faure, coseigneur de Vercors, habitant à Die, nous 
révèle, au moins en partie, la fortune de la famille. An- 
toine y déclare posséder « ez mandement de Quint et 
Pontaix et Ste-Croix des censés directes, en grains, 
poules et argent, valant environ 25 florins de revenu, 
mouvantes du fief et hommage du roi dauphin ; plus, au 
mandement de Vercors, des censés en grains, poules et 
argent, indivises avec noble Jourdan Faure son cousin, 
valant, compris la juridiction et hommes justiciables 
qu'ils avaient audit lieu, pour sa part, environ 80 florins 
de revenu, qu'il tenait en fief de l'évêque de Valence, 
etc. » (i) 

Antoine et Jourdan Faure de Vercors, coseigneurs^ 
avaient alors au Vercors des « censés paternelles, » des 
censés a par eulx acquises de noble Margarite de Ver- 
cors, » et des censés « pour eulx acquises de Monsieur » 
ou « du seigneur de Vachières. » On trouvait de ces trois 
sortes de censés à la Chapelle, et des censés paternelles 
à St-Agnan et à St-Martin. 

Antoine portait le titre d'écuyer. Louise de Beauchas- 
tel, son épouse, lui avait donné une fille, nommée Made- 
leine, qui s'allia à la famille de Castillon, et un fils, nom- 



Ci) Arch. dé la Dr., Invent cit. ; — Lacroix, Invent. arch. de la Dr.^ Et 
3330. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 5g 

mé Gaspard, qui en novembre 1550 était également 
écuyer et gérait au Vercors les affaires de son père. 

Jourdan eut deux filles ; Tune, Louise, épousa Claude 
Cati, qui fut docteur et avocat à Die; Tautre, Jeanne, 
épousa Antoine Gay, de Die, qui en eut, le 8 septembre 
1560, un fils nommé Thomas, auquel on doit une histoi- 
re généalogique de sa famille (i). * 

L'histoire fait Téloge de ces trois Faure. Encouragé 
parle roi Henri II, Tévêque prit des mesures sérieuses 
pour conserver dans son troupeau la foi et la paix grave- 
ment en danger dès 1 5 5 1 . Or, parmi ceux qui vers 1552 
eurent le plus à cœur de conserver la religion à Die, 
figurent nobles Antoine, Jourdan et Gaspard Faure de 
Vercors, ce dernier fils d'Antoine. Au surplus, la charge 
donnée à Antoine en 1 556 par Diane de Poitiers prouve 
l'aptitude de ce gentilhomme pour les affaires {2). 

Mais ce dernier, qui avait testé le 2 janvier 1 5 5 1 , 
paraît décédé avant le 26 avril 1561 ; car son fils était 
alors Coseigneur de Vercors, ainsi que Jourdan son cou- 
sin. 

En ce temps-là, Jourdan et Gaspard Faure de Vercors 
avaient en propre une maison située au bourg de la Cha- 
pelle, près du cimetière, des chemin eiplassage publics, 
et de la cour de la cure du lieu. Ils avaient fait construire 
certains murs dans ce a plassage commun et au chemin 
publiq joignant leur maison. » Les consuls des diverses 



(1) Minutes cit., protoc. Lamit et Jan Chalvet, passim; — Bull, d'hist. 
ceci.,, de Valencef I, 59, III; 114-5, 263. 

(a) CoLUMBr, De reb.,., p. 213-4 ; — BtUL cit., III, ia-3 ; — ^ull. arch, 
de la Dr., IV, 133. 



6o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

communes du Vercors réclamèrent contre un empiéte- 
ment qui gênait le public. Les deux nobles transigèrent 
avec les consuls le 12 mai 1562. On décida de s'en rap- 
porter à l'arbitrage de Tévêque, la première fois qu'il 
monterait au Vercors. 

Ces deux coseigneurs figurent encore en 1561 dans 
des investitures qu'ils donnent d'une part de moulin, scie 
eiplassage situés à St-Agnan , à raison de « censés acqui- 
ses de Monsieur du Cheylart, » et d'une terre située à 
Lossence et sur laquelle leur droit leur venait m des 
censés acquises de Jehan de Vercors. » Jourdan, alors 
citoyen de Die, disparaît, et Gaspard, qui mourut sans 
postérité, est probablement ce « sieur de Vercors, de 
Dye, » qui, « blessé à la mort, » expira près d'Aouste 
le 4 novembre 1 574, comme le raconte Thomas Gay. 



(A continuer.) 



L'abbé FILLET. 



' t ' j^ ' |"|"|"|"H"l"l"l"l '' l 




L'EXPLOITATION 



DES 



MINES DANS LES ALPES 



AU MOYEN - AGE 



Les Alpes renferment nécessairement de grandes ri- 
chesses métallurgiques ; en bien des endroits des filons 
afiBeurent le sol et de temps immémorial les populations 
se sont préoccupées de les exploiter. 

Cependant ces exploitations ont toujours amené en 
dernière analyse la ruine de ceux qui les avaient entre- 
prises et cela pour deux raisons principales. La difficulté 
des transports est la première ; on peut remédier à cet 
inconvénient et la construction toute récente du chemin 
de fer de la Durance^ combinée avec Pachèvement du 
réseau des chemins vicinaux auquel on travaille si active- 
ment depuis quelques années, est déjà un grand pas fait 
dans cette voie. La composition géologique des montagnes 
des Alpes est la seconde ; Tinégalité des soulèvements qui 
les ont produites en a brisé et tordu les couches en tous 
sens. Contre cette difficulté il n'y a pas de remède et tel 
propriétaire de mines qui aura découvert un riche filon 
le verra, au moment où il commençait à espérer une juste 



Ôi ■ SOCIETE' d'ÀRCHEÔLÔGIE et bE STATIStl^iUE. » 

rémunération de ses travaux, remplacé subitement par 
une muraille de roc nu et improductif; il devra creuser â 
bien des mètres au dessus ou au dessous de la galerie com- 
mencée pour le retrouver, à moins qu'il ne préfère, comme 
la prudence le lui ordonnerait parfois, abandonner les 
travaux entrepris. 

Au moyen-âge, l'exploitation des mines dans les mon- 
tagnes, des Alpes a eu le fâcheux résultat de faire dispa- 
raître les forêts avec une excessive rapidité ; le plateau de 
Brandesen Oisans, par exemple, où se trouvaient des mi- 
nes jouissant d'une certaine célébrité, était jadis couvert de 
bois, il est absolument dénudé maintenant. Le mode très 
primitif d'exploitation usité à cette époque devait amener 
fatalement ce résultat ; les galeries se creusaient au pic dans 
lés endroits où la roche n'étaft pas trop dure, ailleurs on 
échauffait la paroi à entamer à l'aide d'un grand feu de 
bois, puis on l'inondait d'eau ce qui la faisait éclater ; on 
en recueillait les débris, on travaillait encore quelque 
temps au pic dans la roche désagrégée, puis on recom- 
mençait l'opération. La consommation du bois devint si 
effrayante au XIV* siècle que nos chartes sont pleines de 
réglementations à ce sujet «t que Humbert II fut obligé 
lui même d'intervenir et de mettre en défens certains 
quartiers à cause, dit-il, des chevauchées ; (i) c'est à dire 
pour permettre aux gens de guerre de trouver des che- 
mins passables lorsqu'ils parcouraient le pays ; soit que 
l'on fît usage de pièces de bois horizontales ou fichées 
dans le sol pour maintenir les talus qui s'éboulaient dans 



, (1) Arch. de Tlsère B, 3,010 enquête d« 1427 sur les forêts du 
Queyras. 



L^EXPLOITATION DES MIKES DANS LÉS ALPES. 63 

les endroits dangereux, soit que i^on eût remarqué com- 
bien les routes et les forêts étaient solidaires Tune de l'au- 
tre et que là où la forêt disparaissait, Les orages ne tatr: 
daient pas à détruire les routes. 

En vertu des droits régaliens concédés au Dauphin par 
les empereurs, nul ne pouvait exploiter une mine san$ 
Tautorisation de ce prince, et cette autorisation a affecté 
deux formes différentes, suivant qu'il s^agissait d'un con- 
cessionnaire demandant à avoir le droit exclusif de fouiller 
le sol dans une certaine région, ou d'ouvriers travaillant 
isolément et pour leur propre compte à une mine déjà 
exploitée. Prenons pour type de cette dernière hypothèse 
ks mines de l' Argentière, concédées au Dauphin par l'èm-^ 
pereur le i3 janvier 1 155 avec faculté de frapper monnaie 
à Cézanne avec l'argent qu'il 6n retirerait (i). En T220 
cette mine était en pleine exploitation, ainsi que nous 
l'apprend un document publié par Valbonnais (2) ; le Dau* 
phin ne la faisait pas exploiter par des ouvriers à sa solde, 
U ne l'avait pas concédée à un industriel moyennant une 
redevance annuelle, il autorisait seulement les ouvriers à 
s^établir dans certains endroits désignés à l'avance, à y« 
creuser des galeries, et se faisait payer six onces un quart 
d'argent par seize marcs recueillis ; de plus il se réservait 
le droit d'acquérir par préférence à tout autre les produits 
de la mine au prix courant. Si l'ouvrier autorisé à creuser 



(1) Cheyalier. Ordonnances des rois de France relatives au Daii^ 
phiné, p. 1.' 

(2) Valbonnais, T. I, p. 92. — Les mines de PArgenlière ne tar* 
dtrent pas du resté à Atre abandonnées ; Bouchu, Fontanieu tâchè- 
rent yainement de faire reprendre les travaux. En 1854 une compa- 
gnie en reprit Texploitation et ne s'jest pas enrichie, au contraire. 



64 SOCIETE d'archéologie ËT DE STATISTIQUE 

une galerie Tabandonnait, le Dauphin pouvait en repren- 
dre immédiatement la disposition et la concéder à un 
nouveau mineur. 

Voilà le mode d'exploitation le plus simple et également 
le plus juste, puisque la redevance était dans ce système 
toujours proportionelle au bénéfice obtenu, mais il ne 
pouvait satisfaire les esprits aventureux. Aussi voyons 
nous des individus demander le droit exclusif de fouille 
dans de très vastes territoires, tantôt pour les mines d'or^ 
tantôt pour celles d'argent, tantôt pour toute sorte de mé- 
taux, et cela dans des endroits qui ne renfermaient aucune 
richesse métallurgique et n'en pouvaient même pas con- 
tenir, ainsi que leur situation et la nature du sol l'indique 
suffisamment. 

Une mauvaise interprétation de certains noms de lieu 
a été parfois la cause de ces demandes : Pierre Disdier, 
Jacques Jordan et Clair obtiennent le 26 juillet 143 1 la 
concession des mines qu'ils pourront découvrir à Or- 
pierre (î), alléchés vraisemblablement par ce mot déce- 
vant, Orpierre, pierre d'or ! ne se rendant pas compte que 
ce bourg, nommé en patois Vaupeire (vallée pierreuse), 
tire son nom, non pas des richesses que recèlent les flancs 
des montagnes voisines, mais des cailloux qui en ont été 
détachés et encombrent les champs. Un autre demande 
le droit de chercher de l'or dans la Combe d'or, ne se 
doutant pas que ce ruisseau emprunte son nom, non à 
de l'or absolument absent, mais au vent qui y souffle 
[Cumba aure\ symbole désolant du résultat que doit pro- 
duire une exploitation minière dans ces parages. 



(1) Arch. de risère B, 3,248. 



l'exploitation des mines dans les ALPES. 65 

La plupart des entreprises métallurgiques commencées 
dans ces conditions furent certainement abandonnées 
après les premiers travaux de recherche. Le voyageur qui 
parcourt nos montagnes peut s^en rendre compte aisé* 
ment car il y rencontre à chaque pas des amorces de gale- 
ries presque aussitôt délaissées qu'entreprises. Depuis lors 
la légende a fait son œuvre ; les habitants du village voi- 
sin ne manquent pas d'affirmer que là était une mine d'or 
ou d'argent produisant des sommes énormes et l'un d'eux 
vient de temps en temps y perdre un jour ou plutôt une 
nuit, à la recherche d'un trésor imaginaire. 

Les conditions faites à ces concessionnaires dans les 
vingt actes environ qui m'ont passé sous lesyeux (i) sont 
toujours à peu de chose près les mêmes. La durée de la 
concession est de lo ou 20 ans, elle comporte l'autorisa- 
tion de se servir des eaux et des forêts delphinales voisines 
et l'exemption de péage pour le transport du minerai et 
autres matières premières; le Dauphin se réserve le dixième, 
le quinzième ou le vingtième du métal trouvé ; la redevance 
est fixée dans un seul acte au quinzième pendant les trois 
premières années, au vingtième ensuite. Un autre exem- 
ple nous le présente également sous la forme d'une somme 
d'argent fixe et invariable. 

Voici un document sans date, mais probablement du 
milieu du XV*" siècle, qui nous donnera une idée exacte du 
contrat qui intervenait entre l'état et les industriels de cette 

(1) Voici les localités des Alpes pour lesquelles j'ai trouvé des 
oonoessions de mines, pour quelques-unes d*entre elles il y au a 
plusieurs de diverses époques : L'Argentière, Arvieux, Avançon, 
le Briançonnais en général, Ceillac, Châteauroux, Freyssinières, 
Guiiiestre, TOisans, Orpierre, la Piarre, le Queyras, Savines, Sigot- 
tier, Théus, la Vallouise et Valserres. 

TOMB XX. - 1886. 5 



6Ô SOCIÉTÉ dVrCHÉoLOGIE ET DE ÔTATlStlQUÊ. 

époque. C'est une requête présentée par Jean Bérard, de 
Val Pérouse, concessionnaire des mines de Sézane et de 
Valcluson(r). 

IlLA que REQUIRENTUR FIER! PER JOHANNEM BeRARDI, DE 

Perusia, super facto menarum Brianczonesii. 

Et primo habere omnimodam potestatem perquirendî 
seu perquiri faciendi menas cujuscumque generis sint in 
territoriis seu castellaniis Valiisclusonis et Sezane (2). 

Item quod si casus contingat reperire menas per dictuixi 
Johannem vel aiium ejus nomine cujuscumque metaili 
sint, etiam si reperirentur in possessionibus aliquarum 
personarum,ipsas menas habere possit et caveri facere^ 
satisfaciendo justum pretium et valorem dicte possession 
jiis illis personis quarum sunt sive erunt (3). 

Item quod illas menas quas reperiet seu reperiri faciet 
et poterit in dictis territoriis, quod prope possit poftare 
^t extrahi facere libère et quandocumque voluerit, sol- 
vendovicesimampartem menœ quod solvi consuetum est, 
•in Castro Dalphino seu de Bellenis, domino nostro Dal- 
phino seu officiariis suis, sine solutione seu exactione ali- 
cujus census vel gabellœ aut pedagii, vel alia exactione, 
prout in dicto Castro deBellinis consuetum est; nec etiam 
pro ferro crudo, de quo nihil solvi consuetum est in tota 
patria Pedemontium donec fuit fabricatum (4). 

(1) Àrch. de l'Isère^ B, 3,000 n» 14. Le style et Porthographe de oe 
document sont parfois assez singuliers ; je l'ai copié sans y rien 
changer. 

(2) Droit de recherche de toute espèce de mines. 

(3) Droit de recherche même dans les propriétés privées en in- 
demnisant les propriétaires. 

(4) Droit de ne payer aucune redevance sauf la vingtième paztie 
du métal trouvé. Droit de ne rien payer pour le minerai de fer tant 
qu^il li'a pas été mis en œuvre. 



l'exploitation des mines dans Les aLpes. 67 

Item quod ipse possit vendere et mercari suas menas 
predictas,ferrumcrudum et purum(?) ac calibem per quae- 
çumque loca Dalphinatus et extra Dalphinacum portari 
facere, non obstantibus quibuscumque marquis seu re- 
pressalliis concessis seu imposterum concedendis (i). 

Item quod quandocumque et quotienscumque ei vide- 
bitur et placebit, possit et valeat adducere seu venire fa- 
cere gentes cujuscumque patriœ, dummodo non sint re- 
belles et proditores dicto domino nostro Dalphino, pro ejus 
laboribusfaciendis et dictam artem exercendam, nonobstan- 
nbus quibuscumque marquis seu repressalliis, licite et 
sine impedimento quocumque (2). 

Item quod de nemoribus existentibus in dictis castella- 
niis et territoriis communibus existentibus, supradictus 
Johannes uti possit ex ipsis nemoribus pro carbonibus 
suis faciendis , salvis tamen nemoribus reservatis pro 
custodia itinerum domini nostri Dalphini, et quod possit 
uti aquis, ripperiis et bealeriis necessariis ad hoc, satisfa- 
ciendo de dampnis datis seu dandis eis quorum intere- 
rit (3). 

Item quod ipse possit facere fieri fusinam, fornellum, 
martinetos et alia artificia necessaria pro dicta arte ferra- 
terie exercenda, in locis congruis et habilibus ad hoc, 
quando videbitur expedite, satisfaciendo et solvendo de 
plateis et dampnis ut supra (4). 



(1) Droit de vendre ses produits en Dauphiné et hors du Dau- 
phiné sans pouvoir être saisi en vertu de droit de représailles. 

(2) Droit de se servir d'ouvriers de toute provenance sauf des 
ennemis du Dauphin. 

(3) Droit de se servir des eaux, canaux et bois voisins, sauf des 
parcelles mises en défens, en indemnisant les riverains s'il y a lieu. 

(4) Droit de construire des usines où il sera nécessaire en in- 
demnisant les propriétaires du terrain. 



68 SOCIÉTÉ d'archéologie et de STATISTÎQUÊ. 

Item pro mené reperte per ipsum vel nomine ipsius 
una cum aliis suis necessariis pro dicta arte exercenda, 
debeant eidem, suis que heredibus et successoribus ac 
causam habentibus ab eodem^per dominum nostrum Dal- 
phinum et officiarios suos manutenere, deffendere ac con- 
servare contra quamcumque personam et personas, ita 
quod ex ipsis menis et aliis necessariis pro dictis artificiis 
uti ac frui possit tanquam suis propriis sine impedimento 
et turbatione quibuscumque(i]. 

Item etiam pro exercicio dicte artis necessario opportet 
facere magnas expensas, et quandoque et ut plurimum 
fiunt expensas sine satisfatione et quod qullum fructum 
aut emolumentum afferunt, requirit ipse Johannes Berardi 
quod ipse possit associare sibi, pro predictis faciendis et 
complendis,alium vel alios quem vel quos volueritet sîbî 
videbitur expidere Juxta modum et formam pactionum 
supra scriptarum (2). 

Item quod ej.us ferramenta signanda ac calibem possit 
signare seu signari facere signo et signis uno et pluribus, 
scilicet taiibus qualibus ipse duxerit ordinandum vel alius 
ejus nomine (3), 

Item quod tandem quando predicta placuerunt vobis, 
domino gubernatorietdominis de consilio,dominus noster 
Dalphinus debeat ipsa capitula approbare et confirmare (4). 

Parfois, ainsi que le donne à entendre le document précé- 



(1) Droit de défense et de sauvegarde de la part du Dauphin et 
de ses officiers. 

(2) Droit de prendre des associés. 

(3) Droit de signer ses produits. 

(4) Approbation des demandes précédentes par le conseil delphi- 
nal, le gouverneur du Dauphiné et le Dauphin. 



l'exploitation des mines dans les ALPES. 69 

dent, de hauts fourneaux, des martinets étaient construits 
par les concessionnaires à proximité des mines elles mê- 
mes, pour en mettre en œuvre sur place les produits et 
faire l'économie des frais de transport si dispendieux à 
cette époque. Ces établissements industriels devaient avoir 
parfois une valeur considérable surtout à un moment de 
notre histoire où les capitaux n'étaient ni abondants ni 
audacieux. 

Un des établissements les plus importants de ce genre 
dans notre région existait au XIV* siècle dans les Combes 
du Queyras dans la paroisse d'Arvieux au lieu dit encore 
actuellement la Fusine {Fodina). J'ai trouvé un certain 
nombre de renseignements sur cette industrie; voici 
l'analyse des actes qui les contiennent, ils sont échelonnés 
de i3ii à 1621. 

Avant i3ii il y avait déjà sur la rive droite du Guil 
entre le pont nommé alors pons pvope Fustnam et main- 
tenant j[?owf de la Tête (i) et le ruisseau du Colombier (2) 
une usine comportant deux hauts fourneaux, deux marti- 
nets et quatre cheminées ; cet établissement était alimenté 
avec le minerai produit par une galerie ouverte de l'autre 
côté du Guil dans une vaste forêt nommé aujourd'hui en- 
core le bois de la Fusine. Vers cette époque, soit que les 
années de la concession antérieure fussent écoulées, soit 
par droit d'aubaine, le Dauphin en devint propriétaire. 

Le i**" avril i3ii (i 3 12) Jean II concède cet établissement 
industriel à Isnard Isoard, avec le droit d'en poursuivre 
l'exploitation, de le changer de place, si bon lui semble, de 



(1) Ce nom fut donné à ce pont à la suite d'une exécution capitale; 
la tôte d'un meurtrier fut clouée dans le rocher et une fleur de lis 
sculptée à côté. 

(2) Dtui foca, duo quthidi et quatuor horiij dit l'acte lui-môme. 



70 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

continuer à creuser la mine qui l'alimente, de se pourvoir, 
s'il le juge utile, de minerai en Italie, de se servir du 
bois des forêts delphinales environnantes, et d'utiliser les 
eaux voisines comme force motrice. Ses transports d'Em- 
brun en Queyras seront exempts de tout droit de péage (i). 
Cette concession, faite moyennant la redevance annuelle 
de 25 florins, est renouvelée le q septembre i3i3 (2). 

Isnard Isoard exploite huit ans ses hauts fourneaux. Le 
i3 janvier i32o (i32i) il les avait vendus à Confortinus 
Ferrari, de Saint-Eusèbe près de Château-Dauphin ; Tin" 
ventaire fait à cette occasion démontre que son industrie 
n'avait reçu aucun accroissement, l'outillage était resté le 
même. L'acheteur demande au Dauphin l'investiture de 
son acquisition avec confirmation des privilèges concédés 
à son prédécesseur ; il offre de payer comme par le passé 
la redevance annuelle de 25 florins. Ses demandes lui sont 
accordées (3). 

Puis à une époque indéterminée il se produit une crue 
énorme des eaux du Guil et les constructions élevées près 
de son lit sont anéanties. Le 2 mars 141 1 (141 2) le conseil 
delphinal ordonne une enquête sur les réclamations des 
descendants d'Isnard Isoard, premier concessionnaire de 
la Fusine, desquels on exigeait encore en vertu des 
conventions conclues par leur ascendant avec le Dauphin 
le I*' avril i3i i (i3r2) le paiement de 25 florins d'or cha- 
que année. Les bâtiments de la Fusine ayant disparu, les 
résultats de l'enquête ne pouvaient être douteux (4). 

Les constructions du XIV*' siècle n'ont pas été détruites 



(1) Ârch.derisèreB, 3,010. 

(2) Ibid. 

(3) Ârch. deVIsèreB,3fiiO. 

(4) Inventaire de la Chambre des Comptes, Queyras. 



l'exploitation des mines dans les ALPES. 7I 

sans laisser de trace ; il y a peu d'années, en rectifiant la 
route de Guillestre au Château-Queyras, on a mis à jour 
les substructions de vastes bâtiments, une masse de sco- 
ries, de minerai et une porte en pierre de taille qui gisait 
presque intacte sur le sol. 

La forêt de la Fusine, concédée par Jean II pour Tali- 
mentation des hauts fourneaux qui Tavoisinaient retomba 
donc en 141 1 dans le domaine delphinal et Béraud, dau- 
phin d'Auvergne, gouverneur du Dauphiné, enjoignit au 
châtelain du Queyras par une ordonnance du 5 juillet 
1426 de la vendre immédiatement aux enchères (i). 

Le 3 août suivant ses ordres furent exécutés; la vente 
eut lieu au Château-Queyras et Jean Gendre, syndic de 
la paroisse de Saint-Véran, se rendit adjudicataire de la 
forêt de la Fusine pour la durée de 29 ans moyennant la 
somme de dix florins de Gênes une fois payée et un florin 
de redevance annuelle (2). ' 

Le châtelain du Queyras fit approuver cette vente par 
le gouverneur et rédigea d'après ses ordres, le 3 octobre, un 
acte d'albergement régulier (3). 

A peine cette vente eut elle été consommée qu'il y eut 
un soulèvement parmi les communautés voisines qui n'a- 
vaient pas été aussi bien avisées que celle de Saint-Véran. 
Celle du Château-Queyras en particulier s'opposa de 
toutes ses forces à la prise de possession par les adjudica- 
taires de la forêt de la Fusine. 

Ses représentants alléguaient que les habitants du Châ- 
teau-Queyras avaient de temps immémorial le droit de 
mener paître leurs troupeaux et de faire du charbon dans 



(1) Arch. de r Isère B, 2,998. 

(2) Arch. de Vlsère B. 2,998 et 3,010. 

(3) Inventaire de la Chambre des Comptes, Queyras. 



72 SOCIÉTÉ d'aRCHÉOLOG[E ET DE STATISTIQUE. 

cette forêt ; que ces bois étaient indispensables pour main- 
tenir en bon état les huit ponts sur lesquels passait la 
route dans les Combes du Queyras; enfin qu'une ordon- 
nance de Humbert II, interdisait l'exploitation des forêts 
nécessaires à l'entretien des routes. Mathieu de Foix, comte 
de Comminges, gouverneur du Dauphiné, renvoya cette 
réclamation au juge majeur du Briançonnaîs le 3 mai 1437 
et lui prescrivit de faire une enquête sur les faits qui y 
étaient énoncés (i). 

L'enquête eut lieu et ne fut pas favorable à la requête 
des habitants du Château-Queyras. Le 2 juillet suivant 
le gouverneur du Dauphiné confirma la vente de la forêt 
de la Fusine à la paroisse de Saint- Véran en y ajoutant 
toutefois la condition que chaque concessionnaire d'une 
coupe de bois paierait vingt sous dont la moitié pour le 
roi et la moitié pour la paroisse de Saint- Véran (2). 

Depuis lors cette communauté renouvela d'abord tous 
les 29 ans son titre d'albergement, puis finit par ne plus 
le renouveler du tout et fut considérée comme légitime et 
indiscuté propriétaire de la forêt de la Fusine. En 162 1 
elle payait encore de ce chef une redevance de cinq florins 
par an au trésorier delphinal et ces florins étaient évalués 
à 3 livres, 8 sols, 6 deniers la pièce (3). 

Cette forêt, remplie de beaux arbres et suspendue au 
dessus des eaux limpides du Guil dans une position des 
plus pittoresques, est l'un des ornements des Combes du 
Queyras dans lesquelles se déroulent tant de sites mer- 
veilleux. 

J. ROMAN. 
i5 août j885. 



(1) Arch. de VIsère B 3,010. 

(2) Àrch. de VIsère B, 3,010. 

(3) luventaire de la Chambre des Comptes, Queyras, 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 78 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE 

(d'Aizbenas) 

MARÉCHAL DE BATAILLE 

Sa Famille, son Histoire et sa Correspondance. 

(1570-1681) 



Suite. — Voir les 68*, 69% 70*, yi*, 72*^ 73*, 74* et 75^ livraisons. 



On a vu, à la date de 1668, la généalogie de la famille 
d'Arlempdes de Mirabel (i) aujourd'hui représentée par 
M. Léonce de Watré, son descendant par les femmes, qui 
habite le château du Pradel. Il possède les archives de 
cette maison, dans lesquelles on trouverait sans doute les 
éléments d'une publication historique. On parle d'un 
membre de cette famille dans une lettre écrite à Lafaïsse, 
le mai 1676, par M. Laget, sur lequel je n'ai trouvé 
aucun renseignement; elle est- ainsi conçue : 

<c Ma charge, l'affection particulière que j'ai pour la 
maison de Mirabel, l'exemple des scandales arrivés en 
cette Eglise par des révoltes, m'obligent à vous conjurer. 



(1) Pour compléter une note qui sV trouTe, je ferai remarquer 
que M. le D. Mazon dit dans son Voyage dans le midi de VArdèche, 
1884, p. 386 qu'il avait mal lu dans le registre du notaire Brion, 
le nom d^; Marguerite, appelée ordinairement Clotide de Surville 
et qu'elle se nommait en réalité Marguerite Chalin et non pas Mar- 
guerite Chalis. 



74 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

au nom de Dieu, d'employer tout votre zèle pour éviter 
un coup qui va perdre cette famille. M... (i), procureurdu 
roi en ce siège, qui est depuis quelques années à Paris, a, 
de son mouvement, trouvé une place à Taîné (des fils) de 
feu M. de Mirabel, chez M. de Turenne (2). C'est vous en 
dire assez pour vous persuader que ce jeune gentilhomme 
s^expose à une tentation et à un danger infaillible, selon 
toutes les apparences, de quelque soin que le prince en 
dissuade M"*" de Mirabel, je travaillerais en vain : il n'est 
qu'un moyen, c'est que vous ayez la bon té. d'écrire au 
marquis de Saint-Privat (Faret de Fournès), auquel on 
s'est adressé pour avoir son sentiment. Priez-le de dissua- 
der M. de Vendrias (d'Arlempdes) et M'"'' de Mirabel 
d'envoyer ce jeune gentilhomme dans cette maison. Le 
danger n'est que trop visible pour obliger toutes les per- 
sonnes qui ont de la piété à réprouver cette affaire » (3). 



(1) Ce nom, qui est très mal écrite a de Tanalogie avec Cogère, ou 
Cogare. 

{^.) Turenne se décida, en 1668, à embrasser la religion catholi- 
que, après plusieurs entretiens avec divers évoques, et surtout avec 
Bossuet, qui écrivit pour lui son Exposition de la foi. Il ne voulut 
pas suivre l'exemple de Lesdiguières, et refusa la charge de con- 
nétable pour qu*on ne crût pas sa conversion intéressée. 

(3) Pendant Timpression, dans les huit numéros du Bulletin^ des 
pages qui précèdent, M. René Kerviler, auteur de divers ouvrages 
intéressants ^VaJentin Conrart \ Abel Servien; le chancelier Pierre 
Séguier, etc.), a acquis de M. Joseph de Miraval toutes les lettres 
adressées à Lafaïsse, ainsi que les papiers qui lui ont appartenu. 
Il a bien voulu m'autoriser à continuer cette publication, et il 
compte faire paraître au moyen de ces nombreux documents, un 
travail plus complet que celui que j*ai entrepris. Ses précédentes 
études et sa connaissance approfondie de tout ce qui se rattache à 
l'histoire du XVII* siècle lui faciliteront beaucoup cette tâche. 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. jb 

Les craintes de M. Laget, qui paraît être un ministre 
protestant, puisqu'il parle des devoirs de sa charge, ne 
tardèrent pas à se réaliser. Il est question de cet incident 
dans une lettre du lo octobre 1678, qu'on verra plus loin 
et qui est relative au jeune Ozil. On dit que le syndic du 
clergé obligea M™* de Mirabel à faire une pension à son 
fils^ et on ajoute ; a elle voit si les conseils donnés par ses 
amis étaient plus salutaires que ceux qu'elle prit au Mon- 
télimar, par l'adresse de M"** de Brison (i); il n'y a plus 
ni foi ni loi au monde. » 

D'après le registre consulaire de 1678, cité par l'abbé 
MoUier (2), il fut établi dans une discussion assez vive, 
qui eut lieu entre les consuls de Villeneuve et M"* de 
Mirabel, que dans la conversion de son fils il n'y avait eu, 
de la part des capucins, aucune subornation ; que le jeune 
homme s'était de lui même réfugié au couvent et que les 
protestants avaient tort d'injurier et de menacer les reli- 
gieux. Cet auteur ajoute que tous les autres membres de 
la famille se convertirent à la fin du XVII* siècle. 

Mais M, MoUier est, je crois, dans l'erreur lorsqu'il dit 
que le germe de la conversion avait été depuis longtemps 
déposé dans le cœur du jeune seigneur de Mirabel par le 
* cardinal de Richelieu lui-même et parle P.Joseph. Suivant 
ce qui précède, la mère à\i jeune Mirabel était déjà veuve 
' en 1675 et en 1678 puisqu'on la traite en chef de famille. 
En outre, un gentilhomme qui était jeune en 1678, ne 
pouvait pas avoir eu de relations avec Richelieu, mort en 



(1) Françoise, fille et héritière de François d*Urre, seigneur du 
Puy-Saint-Martin, protestante. Elle épousa, en 1654, Rostaing de 
Beaumont, baron de Brison, fils du Brave Brison, 

(2) Viller^euve de Berg, 1866, p. 232. 



76 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

1642, ni avec le P. Joseph, mort en i638. Si ces relations 
ont existé,c'était probablement avec Jacques d'Arlempdes, 
décédé dans la foi protestante et père de celui dont il vient 
d'être question. Ce dernier paraît être François Rostaing, 
fils aîné et neveu de M. deVendrias (Antoine d'Arlemp- 
des). 

Le 16 octobre 1674, le comte de Dona avait proposé à 
Lafaïsse, pour un des frères d'Antraigues, un mariage 
avec Esther Elisabeth Lect, fille d'un syndic ou d'un 
conseiller d'état de Genève, car on lui donne ces deux 
qualifications. « Il appartient, dit le comte de Dona, à une 
des meilleures et des plus anciennes familles qui vit noble- 
ment, et sans se mêler de rien qui déroge ni d'aucun tra- 
fic, » et qu'on dit avoir 40,000 écus, (1) outre une maison 
et un jardin dans le Plain-Palais. Le syndic a deux filles ; 
il donnera à chacune d'elles 10,000 écus et lui en assurera 
autant. Il ajoute dans une autre lettre : je crois que ce ne 
serait pas un parti assez considérable pour le comte d'An- 
traigues. 

Il veut parler sans doute d'Odet Lect, nommé conseiller 
d'Etat en 1649 ; il fut plus tard syndic et mourut en i685. 
Il appartenait à une famille patricienne, très ancienne à 
Genève représentée en ib2i par Jean, seigneur de Maté- 
gnin, reconnu noble par Charles- Quint. Barthélémy, son 
fils, vendit, en 1548, son fief à Henri de Livron. Jacques, 
seigneurdeConfignon,filsdu précédent, jurisconsulte,théo- 
logien, et auteur de divers ouvrages, fut père de Pierre et 
grand-père de Barthélémy. Ce dernier, paraît être oncle 
ou cousin germain d'Odet et grand-père de Jean Antoine, 



(1) D'après M. de Wailly, p. 175, la valeur intrinsèque de Técu 
était de 5 fr. 54, représentant à peu près le double en monnaie 
actuelle. 



ANDRE DE LAfAÏSSE. TJ 

colonel, tué en 1745 à la bataille de Fontenoy : la famille 
Lect s'est éteinte à la fin du XVIIP siècle, (i) 

Pendant un long séjour que Lafaïsse fit, en 1676, soit 
à Genève, soit à Saint-Gervais, chez M. Sarrasin ou Sara- 
sin (2), dit le Hollandais, il s'occupa, du mariage de M"* 
Lect avec un protestant Dauphinois, François de Bonne, 
marquis de VitroUeset seigneur de Rochefort, qui signait 
Rochefort de Bonne. 

Il résulte d'une note que M. Joseph Roman, le savant 
éditeur de la Correspondance de Lesdiguières^ a eu l'obli- 
geance de me communiquer, de la généalogie insérée dans 
cttte Correspondance^ t. III, p. 478, et de deux actes pas- 
sés à Montélimar en 1667 et en 1697, par les notaires 
Chalamel et Ripot, que l'auteur commun du connétable 
et des diverses branches de sa famille portant le nom de de 
Bonne, était François, dit le Vieux, notaire à Saint-Bon- 
net (3), qui vivait en li'jb et en 1 385 et avait épousé 
i® Marguerite Vieux -, 2* Alix de Laye. 

François laissa outre Raymond, évêque de Vaison, trois 
fils; I* Gabriel, notaire, duquel descend le connétable; 
2* Martin, de qui sont issus les seigneurs de Veynes, d'Oze 
et de Vitrolles ; 3® Jacques, dit Jamonet de Bonne, notaire 
à Saint-Etienne d'Avançon, déjà mort en 1469, époux de 
Catherine Boyssonnier, auteur des branches d'Auriac, de 
Tallard, de Lazer et de Vercors. Cette dernière s'est éteinte 
en 1848 dans la personne de Barthélémy Honoré Scipion 



(1) Grenus Documents biographxqites sur Genève^ 1815, p. 15, 60, 
157, 196, 314 ; Galiffe, Notices généalogiques, t. III. 

(2) Cette famille, dont il a déjà été question à la date de 1674, est 
représentée aujourd'hui par M. Albert Sarasin, qui est dans une 
belle position de fortune . 

(3) Les de Bonne étaient notaires de père en fils dans cette loca- 
lité depuis 1225 (Bulletin de V Académie Delphinale pour 1878, p. 53). 



78 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de Bonne, dit le marquis de Bonne-Lesdiguières, capitai- 
ne de dragons et chevalier de Saint-Louis, mais brave et 
irascible, quoique borgne et d^une taille lilliputienne : son 
père, Charles François, sVtait fixé à Montélimar par suite 
de son mariage avec Marie Françoise Bernard, veuve 
Vial, qui eut lieu en 1763. La famille de la Bruyère a 
hérité des biens de Scipion et de ceux de sa femme. 

Jean de Bonne, seigneur de VitroUes et d'Oze, gouver- 
neur d'Embrun, mort vers i63o, issu de Martin, ne laissa 
pas de fils. Jeanne, sa fille, épousa, en 160 5, Jacques de 
rOlivîer, fils de Claude, anobli en 1607, lequel fut substitué 
par son beau-père à son nom et à ses armes, et eut pour 
fils François et Joseph, connus sous le nom de de Bonne. 
François épousa, en 1647^ Justine d'Armand deLuzou 
de Lus, et plusieurs de ses descendants fixés à Sisteron, 
siégèrent aux Etats généraux en 1 789 : leur postérité s'est 
récemment éteinte. 

Joseph se maria avec Catherine Antoinette de Sillol ou 
de Silhol, de Montélimar, fille de Louis, veuve d'Alexan- 
dre de Rastel, seigneur de Rocheblave; il fut père de Fran- 
çois de l'Olivier de Bonne, qualifié de marquis de Vitrol* 
les et de seigneur de Rochefort, marié, avec M"* Lect. Il 
possédait des biens à Montélimar, du chef de sa mère et 
de celui de Gaspard Borel, avocat. Il mourut sans posté- 
rité, puîsqu'en 1697 Alexandre de Rastel, son frère utérin, 
en avait déjà hérité. 

En 1676 comme aujourd'hui, les mariages étaient sou- 
vent un marché financier ou vaniteux, plutôt qu'une 
affaire de cœur, (i) Si Furetière avait pu connaître la cor* 



(1) Votre fille vient d'échanger un oui pour un noiUf disait le 
musicien Paër à la mère d'une. de ses élèves, riche héritière de 
finance qui venait d'épouser un marquis. 



Al^DPÉ DE LAFAÏSSE. ^Q 

respondance du comte de Dona, il lui aurait certainement 
fait des emprunts, pour son Roman bourgeois^ premier 
ouvrage d'observation produit par la littérature française 
et publié en 1666. C'est dans ce volume (p. 53 de l'édition 
de 1854) que se trouve le tarif des dots, c'est-à-dire la posi- 
tion ou profession de l'époux à laquelle pouvait prétendre, 
à cette époque, une jeune fille suivant le chiffre de sa for- 
tune. Les possesseurs de charges ou offices, vendus en si 
grand nombre par Louis XIV pour faire face aux dépense» 
de la guerre, avaient alors la vogue. Quant aux bour- 
geois, que l'auteur appelle rentiers, ils étaient évalués 
par lui au denier six, comme les rentes de l'Etat si mal 
payées, c'est-à-dire qu'ils devaient avoir six fois plus de 
fortune que leur future. 

Voici les conseils essentiellement pratiques donnés par 
le comte, à Lafaïsse^ dans une lettre du 5 décembre 1676, 
écrite de Coppet : 

« Vous désirez que je vous dise ma pensée sur votre 
voyage seul ou accompagné (par M. de Bonne ?) je crois 
qui SI vous faites réflexion sur le stile[i) du pays, il ne 
faut point que les intéressés paraissent que l'on ne soit 
d'accord de tout, parceque si la personne elle-même à 
paru, il y va de votre réputation (2) que la chose aille en 



(1) StiUy usage, habitude, dans le XVII* siècle. A l'époque dont 
nous parlons, il j avait un singulier préjugé qui avait un caractère 
officiel, à Genève, ville protestante, qui aurait dû, plus que toute 
autre, en être exempte. D'après Grenus, Fragments biographiques ^ 
p. 173, comme on redoutait une guerre avec la Savoie, < on com- 
manda en 1667, mille balles de fonte, vu que celles de plomb ne 
font aucun effet sur le corps de ceux qui sont charmés, dont on dit 
qu'il 7 a bon nombre dans les troupes de Savoie. > 

(2) On prétend souvent aujourd'hui que celui qui arrange un ma- 
riage sacrifie, d'ordinaire^ une de ses connaissances à un de ses amis. 



8o SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

avant ; quand un ami non intéressé parait, ce sont leurs 
affaires de serrer le marché ou de laisser perdre l'occasion. 
Etant ici, vous verrez s'il est expédient que l'autorité de 
M. le D.de L. C. (i) paraisse d'abord, ou si vous donnez 
à connaître qu'on ne la veut point prostituer que l'on ne 
soit assuré de la chose ; cependant vous ferez voir en con- 
fidence que vous en êtes muni, mais que vous avez à la 
ménager. De l'autre affaire (?) ne la pressant point que 
vous ne soyez ici, vous en serez aussi le maître. Parlant 
du stile de votre lettre que je fis voir, les méditations d'une 
seule nuit produisirent des effets admirables ; chaque pays 
a ses coutumes, et assurément ceci n'est plus France. » 

Dans une autre lettre, le comte de Dona écrivait qu'on 
donnerait les 20,000 écus présentement, mais qu'on paie* 
rait à M. et à Mme Lect l'intérêt de la moitié, au quatre 
pour cent, jusqu'à leur mort. 

Diverses lettres, écrites en avril et en mai 1676 par 
Alexandre de Sillol, de Montélimar, qui paraît être l'on- 
cle du futur, sont relatives à des achats de robes, meu- 
bles, argenterie ; on mentionne une tapisserie de verdure, 
pour tenture, du prix de 900 livres (3,ooo ou 3,5oo francs 
de notre monnaie) ; une belle étoffe à fleurs noires qu'on 
nomme vénitienne avec des dentelles ; une robe de cham- 
bre d'un brocard nué à fleurs d'or ; une jupe longue de 
Mohère couleur paille, avec de la guipure ; un brocard 
rose et blanc à fleurs d'or ; du brocard nué de soie à colon- 



(1) C'était François Emmanuel de Bonne de Créquj, comte de 
Sault, duc de Lesdiguières, gouyerneur du Dauphiné, issu du 
connétable par les femmes : il épousa, en 1675, Paule Marguerite 
de Gondi, duchesse de Retz. Il était parent à un degré très éloigné 
du futur, descendant, comme lui, des de Bonne par les femmes. 



ANDRE DE LAFAÏSSE. 8l 

nés torses, pour une jupe, avec de la guipure pour le bas, 
un assortiment de points de France, etc. On voit ce qu'il 
faut penser de la simplicité de nos grand^mères. On ajoute : 
« La diligence met sept jours de Paris à Lyon. » 

Le mariage eut lieu bientôt après.Charles d'Arbalestier, 
dont il a été question à la date de 1646, cousin du futur, 
écrivit à Lafaïsse plusieurs lettres pour le remercier du 
service qu'il avait rendu à la famille. 

On se marie généralement avec des gens qu'on ne con- 
naît pas, parce qu'on trouve que ceux que Ton connaît 
ont déjà trop de défauts ; c'est pour cela qu'une douairière 
expérimentée répondait à une jeune dame qui lui an- 
nonçait le mariage de sa sœur et provoquait des félici- 
tations : ff ma chère amie, je ne fais jamais mon compli- 
ment que dix ans après le mariage. » 

Celui du marquis de Bonne ne tarda pas à donner lieu à 
des mécomptes et à des récriminations réciproques. Le futur 
n'avait pu faire face aux cadeaux et aux frais de noces 
qu'au moyen d'emprunts. Un neveu de M. Lect écrivit de 
Genève, à Lafaïsse, le 21 novembre 1676, une lettre de 
huit grandes pages dont voici des extraits : 

« J'aurais souhaité, pour rendre ma joie plus entière en 
recevant votre lettre qui a mis trois mois pour me parvenir, 
de ne point y trouver de plaintes de votre part contre au- 
cun membre de ma famille, mais il est assez difficile, dans 
les négociations de cette nature, qu'il ne se trouve quelque 
mécontent, même dans celles qui réussissent le mieux. 
Celle-ci n'ayant été faite que dans des intérêts d'alliance, 
d'un côté, et pécuniaires, de l'autre, il ne faut pas s'éton- 
ner s'il n'y a pas tout ce qu'on a prétendu (trouver) d'un 
côté et d'autre. Je pense que personne n'a raison de se 
plaindre de n'avoir pas assez examiné les choses, et 

Tome XX. — 1886. 6 



82 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de s'être laissé éblouir par l'éclat du nom et la vaine gloire 
du monde, puisqu'on a eu tout le temps nécessaire pour 
être informé ; qu'on l'a été et qu'on n'a pas voulu être 
désabusé par les avis qu'on recevait... » 

a Je suis revenu de Grenoble depuis huit ou dix jours; 
le séjour que j'y ai fait n'a pas été inutile aux uns et aux 
autres ; je trouve qu'on s'embarrasse à plaisir, sans sa- 
voir se tirer d'affaire... Le marquis de Bonne me fit ses 
plaintes ; je fus aussi dépositaire de celles de l'autre partie, 
et je trouvai que chacun avait quelque raison.... » 

« M. L. mon onc. (Lect, mon oncle ?) me représenta ses 
griefs : la douceur de vie qu'il a menée dès sa naissance 
lui a fait regarder cette affaire comme la plus fâcheuse et 
la plus chagrinante. Il se plaint de vous, mais sans em- 
portement : il me parla de ses codicilles qu'on ne devait 
pas lui cacher. Je lui rappelai que je lui avais dit plusieurs 
fois, à l'époque de cette négociation, qu'il ne fallait pas 
attendre qu'on lui montrât ni contrats de mariage, ni tes- 
taments, ni autres actes qui pourraient faire contre le bien 
des affaires du marquis de Bonne ; qu'on les lui supprime- 
rait jusqu'au moment où il ne serait plus à temps de 
choisir. » 

« Je lui dis qu'il vous devait considérer comme chargé 
d'une négociation qui vous avait été commise pour la faire 
réussir, et que tout ce qui venait de votre part lui devait 
être suspect; qu'on employait dans ces occasions les ap- 
parences pour des vérités ; que des cabanes on faisait des 
maisons ; des maisons, des châteaux ; des châteaux, des 
provinces ; des sols, des livres ; des livres, des louis d'or, 
et tout à proportion ; que c'était un véritable marché où 
chacun cherchait à farder sa marchandise et à la rendre 
de meilleur débit » 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 83 

« 

« On a fait courir le bruit, à Genève, que vous en étiez 
venu aux coups de poings; que vous aviez mis Tun et l'au- 
tre la main à Tépée, et que sans le secours des assistants, 
il y aurait eu quelque fin tragique. Je ne donnai pas dans 
cette nouvelle ; la sagesse de Tun et de l'autre me persuada 
du contraire : l'accommodement que l'on disait avoir été 
fait par l'autorité de M. le D. (le duc de Lesdiguières ?) 
dans le palais duquel on prétendait que la chose se serait 
passée, me parut un conte fait à plaisir » 

« Je décidai M. L. m. onc. (M. Lect, mon oncle?) à four- 
mi encore quelques sommes pour tirer M. de Bonne du 
mauvais pas où il était. Je ne puis concevoir sa conduite 
de se mettre à Grenoble en maison, carrosse sur pied, et 
d'avoir de nombreux domestiques et point d'argent. On 
faisait quelque fondement sur la vente du majorial d'Am- 
brun (i), pour recevoir quelque milliers de livres, mais le 
roi n'en a pas octroyé les provisions. Ceux qui les ont 
empêchées ont été très sages et très utiles à M. de Bonne, 
qui allait perdre ce fonds qui lui donne un revenu près- 
qu'au denier dix, lequel ne peut être saisi à cause de sa 
qualité d'office du roi.... » 

« Ce gentilhomme n'est guères propre à conduire ses 

affaires Celles qu'il a avec ses tantes, qui né veulent 

pas se prêter à des voies amiables, ne se pourront termi- 
ner que devant une cour souveraine, mais le parlement 
dé Grenoble ne pouvant en connaître, il faudra recourir à 
un autre » 



(1) Il veut parler sans doute de la charge de gouyerneur d'Em- 
brun, possédée de 1626 à 1635, par Jacques, grand père du mari de 
M"* Lect et de 1635 à 1670 par François son père (Correspondance de 
Lesdiguières t i. III, p. 489). 



84 SOCIETE D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Le 22 novembre 1676, Mme Marcombe écrivait à La- 
faîsse qu'on s'attendait à voir arriver à Genève, M. Lect, 
sa filie et son gendre en parfaite intelligence, et deux jours 
après, M. Sarrasin lui écrivait qu'il prenait toute la part 
qu'il devait aux peines qu'il avait eues dans Taffaire dont 
il s'était occupé avec tant de sollicitude. 

On voit d'après les pages de ce travail déjà imprimées 
tout le parti qu'on peut tirer d'une collection d^autogra*- 
phes. Les lettres sont un reflet de l'époque à laquelle elles 
ont été écrites et la font revivre à nos yeux; elles sont revê- 
tues des couleurs, des passions et des préjugés propres aux 
personnes dont elles émanent. Au milieu de détails, sou- 
vent inutiles, elles nous instruisent d'une foule de choses 
qui ne sont point passées dans l'histoire et qui méritent 
cependant d'être connues. Ce sont des conversations qui 
sautent d'une idée à l'autre, sèment les miettes de l'esprit 
de ceux qui les ont écrites et contiennent souvent une riche 
moisson de révélations inespérées. Une simple lettre en 
dira souvent plus qu'un volume (e). On sait quels services 
a rendu aux historiens la correspondance inimitable de 
Mme de Sévigné. 

Les autographes, reliques précieuses dont beaucoup ont 
atteint, dans les ventes, des prix très élevés,battent quel- 
quefois en brèche des erreurs historiques et finiront par 
les faire disparaître. Le nombre des ouvrages puisés à cette 
source est cependant assez limité, alors qu'il devrait être 



(1) Feuillet de Concbes, Causeries d'un curieux, 1. 1, p. 1 et XV ; 
t. III, p. 401. L'auteur possédait uae très belle collection d'auto- 
graphes, mais dans une brochure (70 p. in-8*) que M. Naudet a 
publiée eu 1851, il l'accusait de receler, sciemment, des autogra- 
phes Tolés dans des dépôts publics. 



ANDRÉ DE LAFAiSSE. 85 

considérable, à cause de la grande quantité des documents 
de cette nature qui existent dans les archives des familles 
et des dépôts publics. Ces réflexions sont complétées par 
celles qui précèdent deux intéressantes publications em- 
pruntées principalement à des lettres et qui sont dues à 
MM. de Gallier et Perrossier (i). 

Une missive adressée le 29 avril 1676, àLafaîsse, par 
Petit, personnage assez important dont il a été question à 
la date de 1Ô73, contient la phrase suivante: « le bruit 
court que Genève va avoir la guerre avec le duc de Savoie; 
si cela est, on pourrait donner à cet Etat un bon officier 
pour commander Tartillerie. Dans le cas où M. de Bal- 
thazard ou le comte de Dona ne songeraient point au géné- 
ralat, vous pourriez le proposer au duc de Gadagne. » 

La famille de Balthazard, originaire de la Transylva- 
nie, établie plus tard en Bohême, dans le Palatinat et en 
Suisse, a rendu des services à la France depuis le règne 
de Henri IV. Jean de Balthazard, baron de Prangins, 
lieutenant-général des armées de Louis XIV, est celui 
dont parle Petit : il était souvent désigné sous le simple 
titre de colonel, parce quil était propriétaire d^un régiment 
de cavalerie et d^un autre d'infanterie. Il épousa, en 1648, 
Magdeleine, fille de François de Brignac, baron de Montar- 
naud, de Montpellier et s'établit à Genève. Il eut plusieurs 
fils ; l'un d'eux, né en 1657, filleul de la République, re- 
çut les prénoms d'Isaac Genève, et fut colonel en Piémont, 
à Venise et en Angleterre. La ville où il naquit lui accorda 



(1) Elles ont été imprimées dans le BtUîetin archéologique^ 1875, 
p. 355 et 1885, p. 237. Signalons aussi les lettres de Hugues de 
Lionne, publiées par le B' Chevalier dans le môme Bulletin, 1877, 
p. 355. 



86 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

gratis, ainsi qu'à son père, le droit de bourgeoisie, qui 
coûtait 5o écus ordinairement (i). 

Quant au duc de Gadagne proposé par Petit, il était né 
à Avignon et se nommait Charles Félix de Galléan. Il était 
lieutenant-général au service de France : le pape Clément 
IX érigea en sa faveur, en 1669, la terre de Châteauneuf 
en duché sous le nom de Gadagne ; ce titre a été confirmé, 
à un de ses descendants, Louis Charles Henri, par Napo- 
léon III, en i86i (2). Charles Félix était fils de Georges 
de Galléan et de Louise de Gadagne, dont il joignit le 
nom à celui de son père. Louise descendait d'une famille 
de banquiers florentins appelés Guadagno (3), nom 
d'heureux augure pour des financiers. L'un d'eux, Tho- 
mas, s'établit à Lyon vers le milieu du XV* siècle. La fortu- 
ne de ses fils devint proverbiale, et on disait dans cette 
ville : riche comme Gadagne. Cette famille s'éteignit dans 
les la Baume d'Hostun, appelés aussi de Gadagne et 
tombés eux-mêmes en quenouille dans les marquis de 
Pons. 

Dans It Bulletin de P histoire du protestantisme^ 1862, 
p. 93, on cite le marquis de Venours, député du Poitou 
auprès des puissances protestantes. Il écrivit à Lafaïsse, 
les 8 avril et 16 août 1676, deux lettres fermées avec un 
cachet à ses armes (4) ; la première est ainsi conçue : 



(1) Grenus, Documents biographiques sur Genève, 1815, p. 155, 161; 
— Pithon-Curt, t. IV, p. 211. 

(2) Barjavel, Biographie, t. II, p. 2 ; — Armoriaî du Dauphiné 
p. 248 et 311 ; — Monfalcoii, Livre d'or du Lyonnais, p. 210. 

(3) Guadagno gain, bénéfice en italien ; ce nom est synonyme de 
Gagne j Gagneur, Gagnaire, Gagnereau, etc. 

(4) Elles étaient, mi-parti, au 1, a trois bourdons de pèlerin posés 
en pal : aux 2, écartelé, savoir, au 1 et 4 à des fasces ondées ; au 
2 et 3 une croix avec un château en chefi 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 87 

« Sans les afiSixions terribles dont il a plu à Dieu de me 
visiter, ayant perdu ma femme et deux de mes enfants, 
l'un en Allemagne et l'autre à Senef (i), j'aurais continué 
le commerce (des lettres) que vous aviez trouvé bon que 
nous eussions ensemble... Depuis le temps que j'ai eu 
l'honneur de vous voir à Paris, ma province m'a ordon- 
né de continuer à paraître à la cour, à la sollicitation des 
choses qui regardent notre religion, mais avec si peu de 
succès, que j'ai eu le déplaisir, comme ceux des autres 
provinces, de voir que dans un an notre condition s'est 
encore empirée. » 

« Vous avez su le pitoyable état où on a réduit notre 
pays : de 63 lieux de services (2), on ne nous en a laissé 
que 1 3. Dans cette désolation, nos peuples, n'ayant pu 
vivre sans exercice de religion, avaient contraint leurs 
ministres à leur donner les consolations dont ils avaient 
besoin, ce qui leur a attiré quelques persécutions. Nous 
avons eu jusqu'à trente ou plus de ministres ou anciens, 
prisonniers à la fois, qui ont été enfin mis en liberté. Il y 
a trois ou quatre ans on nous laissait jouir de quelque 



(I) Le marquis de Venours montre iiae grande résignation, bien 
que ses deux fils se soient fait tuer pour défendre Louis XIV, qui 
persécutait cependant leur père et leurs coreligionnaires. Ceux qui 
ayant à opter pour ce qu'ils avaient de plus cher au monde, dit M. 
Albert Sorel, optèrent pour leur conscience, emportèrent à l'étran- 
ger, avec eux, des trésors d'héroïsme, de constance et de désintéres- 
sement. 

Le plus éloquent des récits se rapportant à la révocation de l'Edit 
de Nantes {Les plaintes des protestants, cruellement persécutés) vient 
d'être réimprimé (1885) avec de nombreuses additions, puisées par 
M. Frank Puaux, dans les archives nationales. 

(^) C'est-à-dire des localités dans lesquelles l'exercice du culte 
était permis. 



88 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

tranquillité, mais depuis quatre mois, on a encore arrêté 
prisonnier un des ministres de nos églises, qu^on a fait 
conduire au château de Nantes, dans la pensée que les 
autres cesseraient leurs eiiercices, mais Dieu leur a mis au 
cœur de continuer. Vous savez aussi les diverses vexations 
qu'on nous fait de toutes parts, aussi s'est-îl trouvé des 
députés de presque toutes les provinces, pour tâcher 
d'obtenir de la justice du roi quelques relâchements aux 
maux que le clergé continue à nous faire pour nous acca- 
bler entièrement. » 

« Il a plu au roi de nous donner des commissaires pour 
examiner nos griefs ; comme un des principaux regarde 
particulièrement la noblesse, ceux qui s'intéressent dans 
nos affaires ont jugé nécessaire qu'il parût, de toutes les 
provinces, des gentilshommes pour soutenir un intérêt 
qui les doit toucher sensiblement. •.. Il faut qu'ils se trou- 
vent ici quand il sera temps de demander la révocation 
des arrêts rendus au conseil contre nous. Je suis persuadé 
que dans votre province, où votre zèle est si connu, on 
vous chargera de cet emploi.... J'ai pris part à votre 
affliction de la perte que vous avez faite de M. d'Antrai- 
gues. J'appris hier avec douleur que son frère, blessé à la 
même occasion, est mort de ses blessures. » 

1/autre lettre du marquis de Venours, datée du i6 août 
1676, est ainsi conçue : « On retarde la réunion des syno- 
des jusqu'à ce que Vaffaire des fiefs (i) soit réglée : j'étais 



(1) Le roi voulait priver les ministres habitant les communes 
possédées à titre de fief par des seigneurs, du droit d'exercer publi- 
quement leur culte et d'assister aux synodes, Un long mémoire 
juridique contre l'arrêt du conseil du 9 février 1671, décidant que 
les ministres des fi.efs seraient exclus des synodes, était joint k la 
lettre du marquis de Venours . 



ANDRE DE LAFAÏSSE. 8g 

un des intéressés.... Il y a déjà longtemps que lorsque 
nous avons à prendre parti dans ce qui nous regarde, c^est 

presque toujours entre deux maux extrêmes Il y a du 

danger, comme vous le dites, que nous ne fournissions un 
prétexte à l'avenir pour nous faire refuser de nos assem- 
blées, mais je crois encore le péril plus grand si nous nous 
réunissons avec la clause de l'exclusion des ministres des 
fiefs de rentrée de nos synodes. Il y a des provinces, com- 
me celles de (Flsle de) France, Picardie et Champagne 
dont le synode est composé de 70 ou 72 églises, dont il 
n'y a que 7 ou 8 églises de droit réel. La nôtre a les deux 
tiers de ses églises de divers fiefs ; aussi de soixante et tant 
on ne nous en a laissé que treize Ces droits des sei- 
gneurs ont été Torigine de tous les droits qui nous ont été 
donnés par les édits, et dès qu'on nous les aura ôtés, les 
autres suivront bientôt ; il y a des provinces, comme en 

Bourgogne, où Ton n'en laisse plus un seul On a pensé 

que le refus de tenir un synode ne serait pas si préjudicia- 
ble que de s'assembler avec cette clause. Si les gentils- 
hommes ne paraissent pas dans une affaire qui leur est si 
importante, je ne doute pas qu'on ne leur ôte toute liberté 
d'avoir aucun exercice chez eux.... » 

« Il s'était offert une ouverture qui nous avait fait espé- 
rer que nous aurions cet avantage, mais M. de Bais (i) et 
quelques uns du Vivarais ayant écrit sur l'arrêt qu'on a 
donné contre eux, on leur conseilla de députer en cour 
quelque personne de mérite qui fut gentilhomme, parce 
qu'on avait remarqué que les gens de qualité avaient été 
écoutés plus favorablement que d'autres. De plus, on 



(1) Isaac de Chabrières, seigneur de Baiz, doat il a été question 
à la date de 1668. 



go SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

voyait que sur l'affaire des fiefs cette cause était plus 
favorable dans la bouche d'un gentilhomme qu'en toute 
autre... «> 

a L'affaire de Baix (i) ne se réglera pas par les voies de 
la justice ordinaire : nous en avons eu une de la même 
nature dans cette province, où nous n'avons trouvé aucune 
difi&culté... M. Letellier écrivit à l'intendant que l'inten- 
tion du roi n'était pas qu'on nous inquiétât pour cela. 
Avant mon départ, M. du Roure, un gentilhomme et moi,, 
vîmes M. Letellier sur l'affaire de Bais ; il trouva la 
demande juste..., si M. de Baix n'est point encore envoyé 
à Paris, on prendra certainement un méchant parti de ne 
pas employer un gentilhomme. Si vous avez la charité, 
comme je n'en doute pas, de jrendre vos bons offices à vos 
coreligionnaires, je suis assuré que vous ferez leur affaire, 
car la nôtre était toute semblable » 

Lafaïsse n'était pas gentilhomme, comme le croyait le 
marquis de Venours, mais son intelligence, sa position et 
son influence étaient supérieures à celles de la plupart des 
personnes qui jouissaient alors de ce privilège dû à la 
naissance seule. 

Une lettre écrite le 22 septembre 1676 par du Roure 
des Bonnauds, (ou Duroure des Bonnaus), de Nîmes dont 
il a déjà été question à propos de la mort de MM. d'An- 
traigues, contient les phrases suivantes, relatives à la 
même affaire : 

« Nous avons vu ici les députés des églises interdites de 
notre pays ; on ne peut concevoir comment, après avoir 



(1) C'était une des places de sûreté donaées aux protestants: les 
-villes et les' bourgs appelés de ce nom, ayaient, pour gourerneur, 
un officier protestant . 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. QI 

consulté les trois villes du bas Languedoc, ils n'ont rien 

fait de ce qu'on y avait arrêté On s'étonne qu'après la 

résolution prise par toutes les églises de ne demander 
aucun synode, que le roi ne nous ait fait justice sur l'in- 
terdiction des ministres de fiefs, vos Messieurs du Viva- 
rais, ou plutôt M. 0...1, avec sa cabale, veuillent faire 
schisme et demandent la tenue de leur synode; si cela 
arrive^ ce sera un sujet de scandale. . » 

Jean Saurin, avocat à Nîmes, écrivait le i3 octobre 
lôyô.a Je ne doute point que vous n'ayez été surpris ainsi 
que moi de ma députation. Je n'y pensais pas et mes amis 
m'y ont engagé sans me donner le temps de me reconnaî- 
tre. Je n'eus pas plus tôt accepté l'emploi, que M. Dumou- 
lin de Saint-Paul, m'assura que vous seriez député des 
églises du Vivarais...J'ai su, depuis, que le comte d'Antrai- 
gues paraîtrait à Paris comme député de votre synode... » 

Le 1 1 décembre 1676, Saurin, écrivit de Paris : « Je ne 
fus pas plus tôt arrivé qu'un secrétaire du roi, qui est de 
notre religion, me vint avertir que deux députés du bas 
Languedoc, qui étaient déjà ici, avaient écrit à Nîmes par 
ordre de M. de Ruvigny, sur ce que MM. Letellier (i) et 
de Ghâteauneuf (2) et le roi même lui avaient déclaré que 
la volonté de S. M. était qu'il n'y eût pas à Paris d'autres 
députés de notre religion que ceux de l'année passée : M. 
de Ghâteauneuf s'est même expliqué nommément à mon 
égard. » 



(1) Michel Letellier, ministre, était âgé de 82 ans en 1685; il sup- 
plia le roi de lui accorder la consolation de signer, avant de mourir 
la révocation de l'Edit de Nantes, et il expira quelques jours après 
l'avoir signée . 

(2) 11 était secrétaire d* Etat et fort habile rapporteur dans les 
affaires soumises au conseil, dit Saint-Simon : il mourut en 1700. 



92 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« Dès que M. de Ruvigny fut arrivé, M. Claude (i) lui 
parla de moi, et lui fit espérer que je travaillerais avec les 
autres députés, pourvu que je ne parusse point devant les 
ministres d'Etat que le roi nous a donnés pour commis- 
saires. Quand les députés voulurent savoir s'il approuvait 
que je fusse de leurs assemblées, il leur répondit quUl ne 
fallait pas m'y appeler ; qu^étant à la veille de faire des 
demandes au roi, il serait trop dangereux de commencer 
par une désobéissance qui les ferait tous chasser, qu'il 
était bien aise que je ne le visse point, pour pouvoir dire 
qu'il ne m'avait pas vu, et que j'étais sans doute à Paris 

pour d'autres affaires Chacun des députés m^a fait 

l'honneur de me visiter... On ne veut pas même laisser à 
ceux de notre religion la liberté de se plaindre, ni d'em- 
ployer ceux qu'il leur plaît de choisir pour faire connaître 
les maux qu'ils souffrent. » 

« Nos affaires sont dans le plus pitoyable état ; on ne 
veut point répondre à nos requêtes que les instances qui 
sont à vider au conseil pour les Eglises de Bourgogne ne 
soient jugées ; on a commencé à y travailler. De six exer- 
cices (dans les temples) dont il s'agit nous en avons perdu 
deux, et Ton a permis à Tévêque d'Autun de ne juger point 
les autres qu'il ne fût revenu des Etats de cette province... 
Nous avons su ce qui s'est passé en Vivarais touchant les 
légats (legs) de nos pauvres ; il parait qu'on en veut faire 
de même partout... M. de Venours n'est point à Paris. .• » 

Saurin écrivit de Paris, le 28 avril 1677 : « On ne tra- 
vaille point à nos affaires pendant l'absence du roi, et le 
temps de son retour est incertain. Si je l'attendais davan- 



(Ij Jean Claude, célèbre contro persiste protestant, ministre à 
Nîmes et à Montaaban U619-1687), auteur de Touvrage que vient de 
rééditer M. Puauz. 



ANDRÉ DE LAFÀÏSSE. gS 

tage, je m^engagerais ici pour tout Tété, et ma santé veut 

que je parte, car j^ai été malade Je laisse à Paris quinze 

députés qui travailleront bien sans moi quand il en sera 
temps. Je vous écris tout ceci pour vous rendre raison de 
ma conduite, car, comme je vous estime infiniment, je 
serais inconsolable si vous aviez sujet de me blâmer. » 

Saurin retarda son départ de Paris, car une lettre du 
20 juillet 1677 ^^ ^^^^^ conçue: « L'afFaire des Ministres 
des fiefs fut examinée le i3 de ce mois, à Versailles, par 
les commissaires, chez le maréchal de Villeroi, où ils 
dînèrent ainsi que M. de Ruvigny. Après le repas, M. de 
Ruvigny sortit : ces messieurs restèrent deux heures à 
conférer ensemble et chargèrent M. de Châteauneuf de 
rapporter cette affaire au conseil devant le roi, le vendredi 
suivant. Le lendemain, nous députâmes M. du Bosc(() 
à Chaville où était M. Letellier, pour tâcher de découvrir 
ses sentiments, et pour le prier de proposer ses difficultés, 
sll en avait, afin qu'on pût lui donner les éclaircissements 
nécessaires. M. Letellier, ne voulut point l'écouter, lui dit 
que l'affaire était assez connue et que les difficultés seraient 
proposées devant le roi » 

« S. M. ayant oui le rapport, déclara qu'elle voulait 
qu'on ne lui parlât plus de cette affaire, et que les commis- 
sions pour la tenue des synodes fussent expédiées par les 
secrétaires d'Etat, en la forme ordinaire, excluant néan- 
moins les députés de l'académie (2) de Saumur d'entrer 
dans ces assemblées, mais on ne nous a point voulu donner 



(1) C'était Pierre Thomines du Bosc, théologien protestant, doué 
d'un grand talent de parole. Louis XIV qui Tentendit comme dé- 
puté, en 1668, disait que c'était le plus beau parleur de son royaume. 

(3) Maison d'instruction supérieure pour les protestants. 



94 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

d'arrêt là dessus, et Ton nous a fait dire par M. de Ruvi- 
gny que nous devions nous contenter de la parole du roi. » 

« L'évêque de Rennes avait donné une ordonnance par 
laquelle il enjoignait aux catholiques servant ceux de la 
religion, de quitter leur service après leur terme fini, et 
défendait aux autres de s'y engager dorénavant. Cette dé- 
fense avait été publiée dans tous les prônes et portait pour 
peine, Texcommunication. Nous nous en sommes plaints, 
et le roi a dit ^*on eirrerraft des ordres en Bretagne pour 
défendre aux évêques de donner de pareilles ordonnances, 
et aux curés de les publier, mais on n'a pas voulu donner 
d'arrêt pour cela » 

Je n'ai pas trouvé d'autres lettres relatives à cette ques- 
tion des Ministres des fiefs \ elle fut sans doute suspendue 
pendant quelque temps, mais suivant les expressions 
d'Henri Martin (t. XIV, p. 37), Louis XIV ayant agi 
vis-à-vis de la Réforme comme d'une proie qu'on enferme 
dans un cercle qui va toujours se resserrant, jusqu'à ce 
qu'on la saisisse corps à corps et qu'on l'étoufFe, des me- 
sures plus tyranniques reléguèrent cette affaire au second 
plan. Ces extraits m'ont paru intéressants pour l'histoire du 
protestantisme dans les années qui ont précédé la révo- 
cation de l'édit de Nantes. 

{A continuer.) 

Bon DE COSTON. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. gS 



CORRESPONDANCE O'ACHABD OE GERINE 

avec M. de la Coste 

L'I DES DEHNIERS PRESIDENTS A MORTIER DO PARIEHENT DE DADPBIliE 

pendant les deux premières années de VEmigration 

1791-179J. 



(Suite. — Voir les 74* et 75* livraisons). 

4«' 



VII 



[Fragment sans date). 



... Les gardes nationales s'assemblent, soupçonnent 
quelque contre-révolution, et viennent les saisir à six heu- 
res du matin. Ils les trouvent couchés ensemble et les gar- 
dent à vue. Le courrier arrive. En tête de la lettre, il y 
avait : Pour vous seul. Cela confirme Tidée d'une contre- 
révolution. Il parlait en termes énigmatiques, et disait 
de se défier des Argus. Il annonçait qu'il viendrait à leur 
rencontre deux cents pas avant d'arriver à Gap. La garde 
nationale conduit les deux prisonniers à Gap et saisit 
M. de Revigliasc (i) lui-même à deux cents pas de Gap. 



(1) Il s*agit vraisemblablement ici de M. le Comte de Reyillasc, 
lieutenant des maréchaux de France à Grenoble, dont la famille 
possédait la seigneurie de Yeynes, non loin de Gap. Il est bien re- 
grettable que la mutilation subie par cette lettre laisse ce curieux 



96 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

On le mène à l'hôtel de ville ; le peuple s'assemble, crie : 
à la lanterne'^ on les interroge jusqu'à 1 1 heures du soir. 
Cette aventure est d'autant plus mortifiante, qu'elle s'est 
passée sous les yeux de toute la famille et de Tévêque de 
Gap(i). On a parlé d'une séparation entre M. et Mad* de 
Revigliasc ; mais quelques personnes sages préviennent 
sans doute cette démarche, qui ajouterait encore plus au 



épisode à l*état d*énigme. Nous n'en trouvons aucune mention dans 
les écrits et les journaux deTépoque. Guj Allard a écrit la généa- 
logie de cette famille, qui est originaire de la Normandie. (Y.Edm. 
Maionibn, Bibliographie Grenobloise ^ n^ 694). 

(1) François-Henri de la Broue de Yareilles, d'une noble et an- 
cienne famille du Poitou, qui avait produit le célèbre Pierre do la 
Broue, éyéque de Mirepoiz, était né au château de Sommières, près 
Poitiers, le 4 septembre 1734. D'abord chanoine et ricaire général 
de Metz, il fut sacré érèque de Gap le 25 juillet 1784. Dans la cé- 
lèbre assemblée des trois ordres de la proTiDce, tenue à Romans 
en décembre 1788, il fut chargé du rapport sur le mandat impératif 
proposé par Meunier aux futurs députés aux Etats généraux, et en 
approuya le projet ; mais plus tard, il unit ses efforts à ceux de 
rarchevéque d'Embrun, son Toisin, pour enrayer la Révolution et 
protester contre ses yiolences. Il refusa de prêter le serment schis- 
matique, et adhéra pleinement à l'Exposition des principes des 
évéques membres de l'Assemblée nationale sur la Constitution ci- 
vile du clergé, publiée par Tarcheyèque d'Aix, son métropolitain. 
U protesta contre l'intrusion de l'abbé Cazeneuve, qui lui ayait été 
donné pour successeur par les électeurs des Hautes-Alpes. A l'é- 
poque du Concordat, Mgr de Yareilles refusa la démission de son 
siège, qu'il ne donna qu'en 1815, au retour de l'émigration. Il fut 
alors nommé chanoine de Saint-Denjs, et se retira k Poitiers, où il 
est mort dans un âge avancé, en 1826. Nous ne savons d'où M. 
Rochas a tiré que, tout en excommuniant l'abbé Cazeneuve, il lui 
faibait passer secrètement les ornements nécessaires à son sacre. 
Cette anecdote, admise sur la foi de quelque pamphlétaire, ne sau- 
rait être prise au sérieux. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 97 

scandale. II aurait mieux valu un projet de contre-révo- 
lution, qui du moins ne Taurait pas voué au ridicule. 

Il paraît que M. de B. (i) prend à grippe MM. Sadin (2) 
et Angles. Ils sont en état de se bien défendre. Quelques 
personnes, qui veulent chercher le principe de toutes cho- 
ses, ont dit quUl craignait de vous avoir pour concurrent 
dans Tachât des biens nationaux, et qu'il voulait vous 
éloigner. Cest un bruit qui a couru dans le temps. Les 
démagogues ont nié avec effronterie l'histoire des deux 
prisonniers ; on s'est aperçu que cette aventure, qui a 
mortifié les municipaux, les a rendus plus circonspects. 
Toutes les personnes sensées ont bien vu qu'on voulait 
profiter de la fermentation contre le club projeté, pour la 
diriger contre vous. 

Le Directoire de département a reçu réponse du prési- 
dent du comité des recherches, au sujet de la dénoncia- 
tion de M. révêque et des vicaires généraux (3); elle porte 
qu'il se réunira avec le comité ecclésiastique et un autre, 
dont je ne me rappelle pas le nom, pour prendre en consi- 
dération la dénonciation. Le tribunal n'a pas été en avant. 
On a craint vraisemblablement de n'indisposer {sic) les 
esprits, qui sont déjà portés à s'émouvoir relativement à 
l'expulsion des deux curés (4). On m'est venu trouver pour 



(1) De Barrai, le célèbre marquis de Montferrat. 
~ (3) Vlbailli du bailliage de Graisivaudan . 

(3) Le Directoire du départemeut avait dénoncé à TAssemblée le 
mandement de Mgr Dulau relatif à la constitution civile du clergé. 
Un exemplaire de oe document fut porté à Paris par les soins 
des dénonciateurs. 

(4) Les deux curés de Grenoble qui furent expulsés étaient MM. 
Sadin, curé de S. Louis, et Gigard, curé de S. Joseph. Ce dernier 
fut remplacé par l'abbé Baudot, prêtre habitué du Chapitre de 

Tome XX. - 1886. 7 



98 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

adresser un mémoire à TAssemblée nationale à l'efifet de 
demander M. Tabbé Sadin (i). Je promis de le faire, d^au- 
tant plus que M. de Chaléon (2) et plusieurs autres étaient 
de cet avis. Mais quelques personnes prudentes m'en ont 
détourné, parce qu'elles ont prévu que cette pétition opé- 
rerait des troubles, et accroîtrait peut-être encore plus la 
force de la démagogie dans cette ville. 

Je suis étonné comment il peut y avoir des esprits in- 
quiets en Savoie. Nous devrions bien servir d'exemple. 
Nos malheurs sont assez sensibles. 

Je vous remercie de l'intérêt que vous voulez bien 
prendre à ma santé. J'en prendrai toujours un très vif à la 
vôtre et à celle de Madame. 

Mercredi soir. 



VIII 

Monsieur, 

J'ai reçu avec bien du plaisir votre lettre. Vos amis et 
moi étions dans la peine de ne pas recevoir de vos nou- 



Notre-Dame, qui fut Fun des notables de la commune de Grenoble, 
de 1790 à 1793, puis juge de paix de Tarrondissement occidental de 
cette ville, en l'an IL Les abbés Hélie et Lemaltre, curés des deux 
autres paroisses, S. Hugues et S. Laurent, étaient acquis au schis- 
me constitutionnel. L'abbé Lemaltre devint vicaire-général de Di- 
jon à la suite d*Henri Reymond, à l'époque du Concordat. 

(1) L'abbé Sadin, frère du vibailli, né à Grenoble le 25 juillet 
1737, était curé de St-Louis dès 1762. Ayant refusé de prêter le 
serment schismatique, il émigra, et on le trouve en 1795 auprès de 
Mgr Dulau, son évéque. Le 4 août 1797, il était de retour à Greno- 
ble, et il y est mort, curé de St-Louis, le 4 octobre 1809. 

(2) Beau-frère de M. de la Coste. (Voir l'introduction). 



CORRESPONDANCE. D^âCHARD DE GERMANE. 99 

Telles. Je ne suis pas surpris que les chaleurs de Rome 
ayent un peu éprouvé Madame de la Coste, et j'apprends 
avec satisfaction son rétablissement. 

M. Dupuy de St- Vincent est revenu pour demander si 
j'accepterais le principal de sa créance ; je lui ai répondu 
que j'étais bien assuré que ce remboursement ne vous 
ferait pas plaisir. Je ne lui ai pas montré votre lettre. Il 
n'a pas insisté. Il a placé son argent, ou plutôt son papier 
chez M Périer. — Leytellet a appris vraisemblablement 
que je recherchais vos titres, ou bien, pour vous faire 
pièce, il a offert de vous payer en assignats. J'ai dit que 
j'étais prêt à recevoir. J'ai fait tirer le compte par Durif, 
votre procureur, sur les pièces que j'ai découvertes chez 
M. Desgranges. Votre créance arrive à 8000 et quelques- 
cents livres. Je présume qu'il payera demain ou après 
demain. Je me propose de faire signifier un appel au 
commissaire du Roi, du jugemefit de M. le magistrat 
Pâques (i).Les injures que le procureur de la commune (2) 
3e permit de dire ne firent qu'un peu de bruit à l'époque 
de ce jugement. Quelques-uns de vos amis vinrent me 
voir à ce sujet, pour s'informer avec exactitude des faits, 
et témoigner leur sensibilité. Le Journal patriotique 
annonça qu'il donneroit des détails sur cette affaire (3). Je 



(1) Pâques (Charles) fils, cordonnier, fut l'un des vingt-six no- 
tables élus en 1791. Il était en même temps officier de la garde na- 
tionale, régisseur^ de l'hôpital militaire, administrateur de l'hôpital 
général. Il fut aussi administrateur du dépôt de mendicité de Gre- 
noble, du l*'août 1790 au V" août 1792. 

(2) Jean-Baptiste Delhors. (V. une note de la lettre YI). M. Mai- 
gnien a publié une petite notice sur ce personnage (Grenoble, Bre- 
vet 1881, 8 pp. in-12). 

(3) On lit dans le Journal patriotique du 16 juillet 1791 (n' 65) : 
« Dans le prochain numéro, je raconterai le jugement rendu contre 



100 SOaÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

m^attendois à une diatribe violente, dans le n* suivant, et 
il n'en a pas été question. Leytellet m'a fait annoncer qu'il 
allait vous former une action en dommages-intérêts de 
3 ou 4000 livres, sous le prétexte que vous aviez fait délo- 
ger ses inquilins (i) pour bâtir, et qu'il avait été privé de 
ses loyers pendant un ou deux ans. Comme nous aurons 
le temps de réfléchir lorsque l'assignation aura été donnée, 
je vous parlerai de cette action. — J'ai loué tout l'apparte- 
ment de la rue des Clercs, sauf une boutique que vous 
aviez laissée gratuitement à un faiseur de paniers. C'est à 
un assez bas prix que j'ai passé les conventions aux per- 
sonnes que Saint-Claude (2) m'a amenées; mais j'ai pré- 
féré de retirer une vingtaine de louis, parce que les 
appartements non loués se dégradent. J'ai mis dans toutes 
les conventions que, si vous jugiez à propos de bâtir, les 
inquilins partiraient sous un mois. 

M. votre frère m'a écrit pour demander ses intérêts. Je 
lui ai fait passer, par lettre de change que M. Périer m'a 
remise, la somme qu'il demandait, c'est-à-dire 4,o5 1 livres 
12 sols. 

On est fort troublé dans cette ville. Avant-hier, on 
arrêta une sœur de Ste-Marie et un frère ignorantin au 
sujet de certaines litanies, où on demande que Dieu nous 
délivre des assignats, etc. M. Dupuy,sur le quai (3), qui se 



« M. Lacoste, ci-devant Président au Parlement. Ce jugement 
« mérite d'être connu. > Mais, ni dans le n' 66, ni dans aucun des 
suivants, il n'est question de ceite affaire. 

(1) Locataires. 

(2) Domestique de M. de La Coste, dont il sera plusieurs fois 
fait mention dans la suite de cette correspondance. 

(3) M. Dupuy, rue du Quai, était changeur et attaché à la juridic- 
tion des monnaies. ^Aîmanach du Dauphinépour 1790, p. 36). 



CORRESPONDANCE D^ACHARD DE GERMANE. 10 ( 

trouvait compromis on ne sait comment, en fut quitte 
pour un long interrogatoire à Thôtel-de-ville. — Hier, on 
arrêta le messager de Chambéri, c'est-à-dire le domes- 
tique de Bertrand et le domestique du doyen (i). Le pre- 
mier avait remis au second un paquet en rue St-Laurent ; 
il y avait des lettres pour plusieurs ecclésiastiques, et pour 
Mad* de Châteaudouble (2). On a décacheté et lu publi- 
quement toutes ces lettres. L'abbé Pison (3), à qui Mgr 



{h L'abbé de Courtois-Minut. 

(2) Anne-Françoise du Puy-de- Saint-Vincent, ayant perdu, en 
1775, son mari, Joachim Pasquet de Yalbonne, sieur de Château- 
double, lieutenant du roi en la citadelle de Grenoble, consacra le 
reste de ses jours aux œurres de la charité la plus éminente. Son 
titre de noble Payant obligée d'émigrer peu après Pépoque où nous 
sommes parvenus, elle se retira à Chambéry, où elle continua la 
yie d'abnégation et de déyouement qu'elle menait à Grenoble. A 
son retour dans cette ville, elle trouva tous ses biens confisqués et 
vendus ; mais la ruine complète de sa fortune ne ralentit point sa 
charité. Devenue pauvre elle-même, elle se fit quêteuse, afin de 
pouvoir subvenir encore aux besoins des malheureux. Cette fem- 
me admirable mourut victime de son dévouement, ayant contracté 
auprès des prisonniers qu'elle allait visiter une maladie conta- 
gieuse, qui l'emporta au bout de quelques jours, le 25 décembre 
1803. L'évêque de Grenoble et toutes les autorités de la ville assis- 
tèrent à ses funérailles, qui furent honorées d'un immense con- 
cours de peuple, et surtout des larmes amères d'une multitude de 
pauvres et de malheureux. La vie de Madame de Châteaudouble a 
été écrite par l'abbé J. -Cl au de Martin. On en trouve un abrégé 
dans la Biographie du Dauphiné. 

(3) Jean-Baptiste Pison , chanoine de Saint-André et vicaire- 
général de Grenoble, était né dans cette ville en 1725. Il ne prêta 
aucun serment. Arrêté le 20 juin précédent, il fut incarcéré avec 
l'abbé Brochier, son collègue. Ayant été relâché, il ne tarda pas à 
émigrer, et se retira en Savoie. On ignore l'époque de son retour à 
Grenoble, où il est mort le 19 mars 1805. Son grand âge ne lui 
Avait pas permis d'y reprendre aucune fonction. 



102 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE- 

Tévêque écrivait pour lui donner des pouvoirs, fut con- 
duit à la municipalité, où il resta pour son interrogatoire 
fort avant dans la nuit. On est indigné de ce qui se passe* 
On présume que toutes ces lettres feront emprisonner 
beaucoup d'ecclésiastiques. Mad*" de Châteaudouble excita 
la vénération des officiers municipaux, qui vinrent la voir 
à ce sujet. La famille de Sayve a obtenu une sorte de satis- 
faction de l'arrestation de M. le Président, lorsqu'il vou- 
lait passer avec ses enfants en Savoie. L'Assemblée natio- 
nale a décidé qu'on devoit empêcher son passage, mais 
non pas le ramener comme s'il avait été prisonnier. Il est 
à Lyon, avec MM. de Vaux, de Raynaud (i), etc. Mad« de 
Sayve est ici fort inquiète, surtout à cause de ses enfants. 
Le Journal patriotique est devenu fort audacieux; i^ 
nomme les personnes. On souffre tout cela. — Je vous 
prie de ménager votre santé ; je fais des vœux pour le 
parfait rétablissement de celle de Madame. 
25 août. 

A Monsieur, Monsieur de La Coste, président à mortief 
au Parlement de Grenoble. 

A Rome. Poste restante. 

Recommandé à M. l'abbé Nicolet, chez Mgr de Bayanne, 
auditeur de Rote (2). 

A Rome. — Italie. 



(1) Jean-Baptiste de Reynaud, procureur général en suryirance 
au Parlement, fut incarcéré comme suspect, puis émigra. Il figure 
encore sur la liste des notoirement suspects arrêtée par les com- 
missaires de la Convention pour le département de l'Isère, en avril et 
mai 1793. L'abbé de Rejnaud^son frère, était ricaire-général et cha- 
noine de la cathédrale ; il fut député du clergé aux Etats de Romans. 

(2) Alphonse Hubert de Lattier de B&yanne, né à Valence, le 30 
octobre 1789, fut d'abord chanoine de cette ville (1770), puis vicaire 



CORRESPONDANCE d'aCHÂRD DE GERMANE. Io3 



IX 



Monsieur, 

Quelques-uns de vos débiteurs proposent le rembour- 
sement des capitaux. J^évite autant quMl est possible les 
remboursements. Il y en a un cependant auquel il a été 
impossible de résister : c'est celui de 20,000 fr. dû par 
M. de la Vallonné, (i) et primitivement par M. Boufier. — 
M. d'Orbanne et M. Desgranges ont cru que cette créance 
devenant une dette à jour par la suppression de la charge 
de trésorier, sur laquelle on l'avait affectée, et dont elle était 
le prix, on ne pouvait résister à ce remboursement. 
D'ailleurs il y avait à gagner, parce que la créance était au 
4 pour cent, sous la retenue ordinaire. En conséquence, 
j'ai reçu le capital, qui a été sur le champ remis chez 
M. Périer. 

J'ai écrit à M. votre frère, pour lui proposer le rem- 
boursement des 100,000 fr. qui lui sont dus, parce que 
M. Périer m'a dit qu'il fournirait le déficit. J'ai observé à 



général de Rodez, et fut nommé, en 1777, auditeur de rote pour la 
France et cheralier de Malte. Il prit une part active à la conclusion 
du Concordat, et fut, par suite, élevé à la dignité de cardinal, le 21 
thermidor an X (9 août 1802] . Il fut comblé des faveurs de PEmpire, 
mais n'en demeura pas moins fidèle à Pie VII, jusqu'à sa mort, sur- 
venue à Paris, le 26 juillet 1818. L'auteur du Dictionnaire des Car- 
dinaux lui attribue une brochure sur la Malaria^ qu'il composa 
pendant son séjour en Italie. 

(1) Antoine Hébrard du Mas de la Yalonne, chevalier, conseiller 
du roi, trésorier général de France en Dauphiné dès 1777, est mort 
sans postérité en 1809. Il figure sur la liste des suspects mention- 
née à ]a note précédente. 



104 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

M. votre frère que vos fonds étaient placés sans intérêts, 
qu'il aurait des ressources dans la capitale, pour placer 
ses assignats, que s'il ne voulait compter que la moitié de 
son capital, je lui ferais passer une lettre de change de 
5o,ooo fr. que M. Périer tirerait, que si cependant ce 
remboursenent du capital ou de la moitié lui déplaisait, 
fe continuerais à placer vos fonds sans intérêts ; mais qu'il 
me paraissait un peu dur de n'en pas exiger et d'en payer. 
Il ne m'a pas encore répondu. Je lui ai fait passer des 
lettres de change pour 4,iooet quelques livres, qui font 
les intérêts d'un an. J'ai suivi ses propres calculs. 

Madame de Sayve part demain pour Lyon. Elle m'a 
remis ce petit billet pour Madame de la Coste. Elle s'inté- 
resse vivement pour M*^* de Montgenis : c'est une des 
victimes de la Révolution. Cette demoiselle a de l'éduca- 
tion ; mais elle est sans fortune. Elle désirerait entrer dans 
la maison d'un grand seigneur comme femme de compa- 
gnie. Elle ne sait pas l'italien; mais elle parle très-bien le 
français. M. Barthélémy d'Orbanne, qui vous présente ses 
hommages et à Madame de la Coste, vous prie, de même 
que moi, de prendre à cœur les intérêts de cette demoi- 
selle. Je prévois que, dans des temps de réforme, il sera 
difficile de réussir. 

Madame de Sayve jouit de la santé, malgré des inquié- 
tudes qu'elle a eues. Son mari a passé à Chambéry par 
Lyon. Ses deux enfants sont parvenus aussi en Savoie; 
mais ce n'a pas été sans peine. On a été obligé de les por- 
ter par les bois et les montagnes ; ils ont couché sur des 
tas de pierres, en plein air, accablés de faim, de soif et de 
froid. Enfin, ils sont parvenus bien portants. C'est tout ce 
qu'on voulait. On a été pendant quelques jours fort en 
peine. Les émigrations sont toujours considérables, mal- 



I 



CORRESPONDANCE d'âCHARD DE GERMANE. loS 

gré une foule de surTeillants. On procède à force aux 
élections. On a député à la législative MM. du Bayet(i), 
Vallier, de S. Marcellin (2), Guilloud, avocat et notaire (3), 
Bravet, de Chapareillan (4), Michou (5), de Brandes (sic)^ 



(1) Voir sur Aubert-Dubajetune note de la lettre II. On trouve 
un mot très curieux sur lui dans la Revue du Dauphiné et du Viva^ 
raiit T. P% p. 201. — Madame du Bajet, sa tante, était supérieure 
de la maison des Filles de la Présentation, à Grenoble. 

(2) Yallier-Colombier, maître particulier des Eaux et Forêts au 
département de Saint-Marcellin, avait déjà été député de cette ville 
aux Etats de Romans pour le Tiers-Etat. 

(3) Jean-Baptiste Guilloud, né le 20 novembre 1757, aux Abrets, 
où son père était notaire ; lui-même était avocat au Parlement 
lorsque la Révolutiou éclata. Il fut l'un des administrateurs du 
département de l'Isère en 1790 ; ce qui amena son élection à l'As- 
semblée législative. Mais il n'y fit qu'une bien médiocre figure, et 
après la session, il vint reprendre les fonctions de juge de paix de 
son canton, dont il était déjà investi. Il passa de là par différents 
degrés jusqu'au titre de conseiller à la cour de Grenoble (1811], et 
mourut au village de Longe-Chenal (Isère), en octobre 1823. — 
C'était le frère de l'abbé Joseph Guilloud, mort curé de St-André 
de Grenoble, le 24 avril 1810, et auteur de Poési&t chrétiennes qui 
ont été l'objet d'une notice, par M. Gustave Yallier. 

(4) Avait été député de Grenoble aux Etats de Romans, où il fit 
partie du second bureau, chargé des routes et travaux publics. C'é- 
tait, croyons-nous, un parent du député Bravet, qui vient de mourir. 

(5) Jean-Claude-Luc Mïchoud, né à Brangues (Isère), était négo- 
ciant à Grenoble lorsque la Révolution éclata. Il en embrassa les 
principes avec ardeur, et fut l'un des administrateurs du départe- 
ment. H ne brilla pas à la Législative. Rentré dans ses foyers après 
la session, il devint juge de paix de Morestel, membre du conseil 
général de l'Isère, puis conseiller à la cour impériale de Grenoble 
en 1811. Il suivait pour ainsi dire pas à pas son ex-collégue Guil- 
loud. En novembre 1827, il fut de nouveau député dans l'arrondis- 
sement électoral de Crémieu; mais il mourut avant d'avoir siégé, le 
13 mars 1828. fBjochaeJ. 

è 



io6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

la Condamine, médecin; il en est resté encore trois (i). 
Les campagnes ont fait la loi ; les patriotes se sont décriés 
réciproquement pour se faire nommer. Les aristocrates 
ont un moment de gaîté. On vexe et on fatigue toujours 
les honnêtes gens. Il ne reste presque plus de noblesse ici. 
Beaucoup d'honnêtes citoyens ont aussi décampé. Je vous 
renouvelle toujours avec plaisir l'assurance de mon très 
respectueux attachement. 

a septembre. 

Mad^® de Montgenis a eu un procès contre Madame 
Martout. Vous pourrez peut-être vous rappeler de l'avoir 
vue lorsqu'elle allait solliciter le jugement. Elle a environ 
3o ans. Elle jouit d'une bonne santé ; elle est d'une belle 
taille. 

{Même adresse que la lettre précédente). 



8 septembre 179t. 

Monsieur, 

J'ai reçu votre lettre n" 2. Je ne suis pas étonné qu'il 
vous manque le n* 5 des miennes. Ce sera celle où je vous 
annonçais la mort de Madame de St- Roman (2); elle devait 



(1) Les trois citoyens élus quelques jours plus tRrd pour complé- 
ter la députation de l'Isàre furent Rogniat (Jean-Baptiste), Dumo- 
lard (Joseph-Vincent} et Danthon {alias d'Anthon^ . Ce dernier était 
avocat à Vienne, et avait fait partie des Etats de Romans. 

(2) Veuve de Claude-Daniel Canel de Saint-Roman, conseiller 
au Parlement de Grenoble en 1771 ; elle demeurait place Grenette. 



CORRESPONDANCE d'ACHARD DE GERMANE. IO7 

être datée du 14 ou du t5 juillet. Je vous racontais notre 
fédération de Grenoble, notamment celle des femmes, qui 
prêta beaucoup à rire (i). Sans doute, les décacheteurs de 
lettres, dont on se plaint généralement ici, n^auront pas 
jugé à propos de la faire parvenir. Cette manie munici- 
pale de décacheter les lettres et de fouiller chez le citoyen 
vient d'être blâmée par le ministre de la justice, à Tégard 
de Tabbé Pison et de Tabbé Brochîer. Ils sont sortis de 
prison ; ce dernier n'a été élargi que hier. Toute la ville a 
été lui rendre visite, et aujourd'hui, les débris des hon- 
nêtes gens qui restent ici iront en corps lui faire visite et 
lui faire un cômplimeiit où on transcrira quelques expres- 
sions du ministre de la justice ; on se propose ensuite de 
le faire insérer dans les papiers publics. 

La commission relative aux Affiches a été faite (2). Vous 
recevrez probablement les w^ de septembre avec la pré- 
sente. J'ai aussi fait passer la seconde lettre pour M. de St* 
Gratien. La première avait dû lui parvenir dans son temps. 



(1) La lettre qai précède porte en effet la date du 14 juillet ; 
mais elle ne contient pas tout ce que son auteur indique ici : il n'j 
est en particulier fait aucune mention de la mort de Madame de 
Saiot-Roman. Sans doute qu*à deux mois d'interyalle les souve- 
nirs d'Achard de Germane étaient un peu brouillés. 

(2) Les Affiches du Dauphinéy la plus ancienne des publications 
périodiques de Grenoble, s*imprimaient chez la veuve Giroud , 
puis chez ses fils. Cette feuille a paru depuis le 6 mai 1774 jus* 
qu*au 17 juillet 1792, époque où elle fut supprimée, comme peu 
sympathique au nouvel ordre de choses. Elle avait pour principaux 
rédacteurs!. Vallet, D. Villard. Bilon père, Virard, les docteurs 
J. Nicolas et J. J. Menuret (de Montélimar), etc. On y trouve des 
renseignements fort intéressants pour l'histoire de la province, 
principalement pendant la période de sa durée. (Edm. Maionibn, 
Bibliographie Grenobloise^ n» 1294). 



ïo8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

J'ai convenu avec Vial de lui passer un nouveau bail'de 
Bouquéron, sous une augmentation de 3oo fr., et lo louis 
d'épingles pour Madame de La Coste. Le bail aurait dû 
éprouver une augmentation plus forte ; mais la récolte de 
cette année sera absolument mauvaise, à cause de Texces- 
sive sécheresse. 

S*il faut en croire les placards qui furent mis il y a 
quelques jours, Dieu veut se venger de ce que Ton persé- 
cute ses ministres et que Ton ferme les églises catholiques. 
En e£fet, depuis longtemps, nous n'entendons plus de 
messes. — Je croyais remplacer l'Amodru, fermière de 
Simiane (i); des raisons bien fortes m'y déterminaient. 
Mais il est des considérations qui m'engagent à ne pas la 
mettre dehors. Elle a fait des pertes considérables de bes- 
tiaux. J'ai voulu en rechercher la cause, et il a paru vrai- 
semblable que l'on peut l'attribuer à la suppression de la 
fontaine et au mauvais état des écuries. J'ai cru qu'il était 
d'une sorte d'équité de fournir à cette femme l'occasîan de 
se dédommager d'une perte qu'on ne pouvait reprocher à 
elle. J'irai à Jarrie sur la fin de la semaine, et vraisembla- 
blement, je donnerai le prix-fait de cette fontaine. M. 
Teyssier m'a dit qu'il en coûterait peu. Je me propose 
aussi de faire rétablir celles de Bouquéron et de la Tron- 
che, pour que les fermiers puissent mieux faire leurs affai- 
res. Il paraît, par les renseignements que j'ai pris, que ces 



(1) Le domaine de Simiane est situé sur la paroisse de la Basse- 
Jarrie, et tire yraisemblablement son nom d*un membre de la fa- 
mille de Simiane allié aux La Coste, l'auteur peut-être de la brancbe 
des Simiane-La-Coste. Marie-Anne Pourroy de Yoissanc, femme 
de François de Simiane-La-Coste, président au Parlement, mourut 
en odeur de sainteté vers 1670. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. tOg 

fontaines ne coûteront pas 20 ou 25 louis. M. d^Ântour(i) 
m'a dit, l'on m'a encore assuré d'ailleurs, que les habi- 
tants de Champagnier ont jugé à propos de s'emparer 
d'un de vos fonds par délibération, sous prétexte qu'il est 
nécessaire pour un chemin. Il me presse d'aller sur les 
lieux pour vendre ce fonds, qui est de modique valeur, 
afin de ne pas laisser prendre un pareil usage de s'em- 
parer des biens des particuliers. Je profiterai de la même 
occasion pour voir vos biens de Brié, Jarrie, etc., et pour 
les baux, s'il y a lieu. J'ai reçu la quittance de la somme 
envoyée à M. votre frère. J'ai envoyé à Madame de La 
Rolière ses intérêts, suivant son compte. Ces payements 
ont été faits en assignats, parce que c'est la seule monnaie 
qui ait cours. Quoique j'aie reçu une somme importante 
pour vous, il n'y aurait pas eu de quoi payer Madame de 
La Rolière en argent. Les assignats perdent le 20 ,pour 
100. Je les place toujours de la même manière chez M. 
Périer. — Ley tellet n'est pas en état de payer les 8, 200 
et quelques livres qu'il vous doit en capitaux et acces- 
soires. Il m'a proposé de recevoir à compte 6,000 fr. Je 
ne voulais pas morceler cette créance ; cependant, réfle- 
xion faite, il m'a paru plus expédient de la recevoir. M. 
Barthélémy est du même avis. Les 6,000 fr. sont à peu 
près des intérêts ou des frais qui ne produisent rien, et il 



(1) Abel d*Antour, conseiller au Parlement, fut le dernier repré- 
sentant d'une ancienne famille, connue à Saint-Marcellin dès le 
XVP siècle. On contestait ses prétentions à la noblesse, qu'elle ne 
manifesta, du reste que vers la fin du dernier siècle. Abel d'Autour 
avait épousé une de la Tour-du-Pin-Montauban, de laquelle il n'a 
pas eu d'enfant. Il avait deux sœurs religieuses à Montfleury ; la 
plus jeune fut la dernière prieure de ce monastère. Elle est morte à 
Saint-Marcellin en 1842, à Tàge de 81 ans. 



flO SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

n'est peut-être pas hors de propos de laisser un petit ca- 
pital sur le s^ Leytellet, et de se réserver la continuatioa 
des poursuites. Vous n'auriez pas raison de croire avoir 
seul la distinction glorieuse d'être condamné à une aumô- 
ne, avec contrainte par corps : MM, de Vaux, de Reynaud 
et de St-Ferriol(i) viennent d'être assignés, à la requête 
de l'accusateur public devant le tribunal, pour avoir pris 
la qualité de procureur général, de président et de député 
de la noblesse. J'ai consolé tant que j'ai pu Madame de 
Reynaud (2) et Madame de Vourey (3). On demande à cts^ 
Messieurs 1,400 fr. d'aumône, savoir 3oo aux deux pre- 
miers et 800 au troisième. J'ai cité votre exemple. Ces 
Messieurs sont à Lyon, où on est moins persécuté. Ils 
n'ont pas encore pu sortir. 



(1) Armand-Joseph de Sibeud de St-FerrioI| né le 15 octobre 
1750, décédé le 21 novombre 1837, avait épousé Emilie de Plan de 
Sièjes. Il fut député aux Etats de Romans, en 1788, C'est le grand- 
père de M. Armand de Saint-Ferriol, bibliophile distingué, mort en 
1878, et de M. Jacques-Louis-Xavier, fondateur des bains d'UriagCr 
Le P. Gabriel de Saint-Ferriol, leur frère, jésuite, est mort mission- 
naire au Maduré en 1847. 

(2) Marguerite-Françoise de Gallien de Cléret, femme de Jean- 
Baptiste de Reynaud, conseille!^ au Parlement. (Voir ravant-dernière 
note d0 la lettre VIII). 

(3) Anne-Françoise de Reynaud , fille des précédents , avait 
épousé, le 21 janvier 1778, Gabriel-Jean-Baptiste-Claude Bouvier 
de Saint-Julien, comte de Vourey, ancien conseiller au Parlement 
de Grenoble, capitaine au régiment de Bourgogne. Son fils, Jean- 
Baptiste Bouvier de Saint-Julien, comte de Vourey, devait être le 
dernier de la famille ; il mourut sans alliance en 1812, laissant à 
son ami le comte Achille-Louis de Meffray de Césarges la terre de 
Vourey, que son oncle, Balthasar-Victor Bouvier de Saint-Julien, 
dit le Chevalier de Salvaing, ancien chevalier d'honneur à la 
Chambre des Comptes de Grenoble, avait réussi à lui conserver en 
l'achetant pendant la Terreur* 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. ttï 

Le minéralogiste auquel vous voulez bien prendre inté- 
rêt est sorti avec peine, et il est allé offrir ses services, 
avec les autres, pour le retour de la paix. L'ordre reve- 
nant, il peut espérer, et on lui a promis qu'il sera placé 
dans les gardes du corps (i). 

On a fait en Angleterre le relevé des sommes que 
nos législateurs y ont fait passer. M. Barnave y a 
placé quatre millions (2). On rit beaucoup ici du choix 
de nos futurs législateurs. Les campagnes ont dominé. 
Il y a eu des placards contre les trois districts qui 



(1) Le minéralogiste dont il est fait mention ici est peut-être 
Mathieu-Antoine de La Croix de Sayre, qui possédait une belle 
collection d'histoire naturelle, et en parliculier de minéraux. Elle 
fut saisie au moment de son départ pour l'émigration, et la garde 
en fut confiée prorisoirement à Jean-Denys-René de La Croix de 
Saintp-Yallier, cheyalier de Malte, son parent, jusqu^à ce que l'As- 
semblée législative eût décidé si les cheyaliers de Malte devaient 
être considérés comme émigrés. 

(2) Antoine-Pierre-Joseph-Marie Barnaye, né à Grenoble, le 22 
octobre 1761, exécuté à Paris, le 29 novembre 1793. On sait que le 
célèbre orateur de l'Assemblée constituante était originaire du 
tillage de Verchenj (Drôme), où son père était né le 20 mai 1709. 
Un de ses oncles, notaire à Saillans, fut député du district de Crest 
Aux États de Romans pour le tiers-état. M. Maignien signale dans 
sa Bibliograpkie Grenobloise (n* 1233) une plaquette fort rare relative 
à ce personnage. Cette branche de la famille Barnave, la seule qui 
subsiste encore, est représentée aujourd'hui par trois frères > 
Tun desquels est chartreux, et un autre chef de bataillon en re- 
traite. Le second, M. Charles Barnave, ancien élève de l'école nor- 
male, ancien professeur de rhétorique au lycée de Marseille, direo* 
ieur de l'école Salvien, l'un des pensionnats les plus importants 
de cette ville, vient d'entrer dans les ordres, à l'âge d^environ soi- 
xante ans. 



tï2 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

s'étaient coalisés. On a déjoué les Génissieu (i), Pâques, 



(1) Jean-Joseph-Victor Génissiea, avocat au Parlement de Gre- 
noble, était pour lors juge au tribunal du district. Il fut, l'année 
suivante, député à la Convention, dont il présida la dernière séance, 
le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795). Il devint ministre de la Jus- 
tice la même année, et il était juge à la Cour d'appel de la Seine, 
lorsqu'il mourut à Paris, le 27 octobre 1804. Il fut toute sa vie un 
démagogue exalté, c On prétend, dit Rochas, que ses jours furent 
abrégés par le chagrin qu'il ressentit de voir relever le trône.> C'est 
par erreur que ce môme auteur le fait naître le 2 juin 1751; cette 
date est celle de la naissance de son frère Charles-François. Voici 
l'acte de baptême du conventionnel, relevé dans *es registres de la 
paroisse St-Jean de Chabeuil : c Le 30 octobre 1749 a été baptisé 
« Jean-Joseph- Victor Génissieu z, fils légitime de M. Joseph Génis- 
c sieux, notaire et procureur, et de demoiselle Dominique Faure, 
c né hier. Le parrain a été sieur Jean Carichon, praticien, et la 
c marraine, demoiselle Elisabeth Savary. . . . Signés : Génissieux, 
c Carichon, Faure, Elisabeth Savary, Rey, curé. » 

La famille du dernier président de la Convention était originaire 
de Parnans, près Romans. Clément Génissieu, que nous croyons 
être son grand-père, avait quitté ce village vers la fin du siècle pré- 
cédent, pour aller s'établir à Chabeuil, où il exerçait le commerce. 
Etienne Génissieu, frère de celui-ci, était, vers cette époque, curé 
de la petite paroisse de Gillon, limitrophe de Parnans (actuelle* 
ment supprimée), et on l'y trouve encore en 1726. Cette famille était 
l'une des plus notables du pays. Le 19 novembre 1671, Jacques 
Génissieu affermait de M* Alexandre Barbier de Bonrepos, avocat 
en la Cour , tuteur de noble Pierre Béatrix» Robert de Saint- 
Germain, seigneur de St-Jean-d'Aultavéon, Clérivauz et autres 
places, tous les revenus de la terre de Clérivaux et généralement 
tout ce qui en dépend, pour six ans, au prix annuel de 2,000 livres. 
Le seigneur de Parnans, ayant payé certaines sommes au monas- 
tère de la Visitation de Romans pour le compte du même Jacques 
Génissieu, par suite d'une dette contractée par celui-ci en 1635 et 
en 1643, Clément Génissieu, jnarchand de Chaheuilf petit^fils de 
Jacques et tuteur des enfants de Joseph, son neveu, fut assigné le 
8 mai 1708, puis le 4 septembre 1709, en payement desdites sommes, 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. Il3 

Duport (i), Tabbé Hélie (2), etc., qui ont beaucoup 
intrigué pour arriver à cette place sublime. — Royer 



à la requête de noble François de Boffin, seigneur de Parnans, 
Pont-de-BeauToisin (où il résidait) et autres lieux, fils et héritier 
du premier créancier. Jacques Génissieu, troisième du nom, son 
cousin germain, était de oonniyence avec lui pour ne vouloir pas 
reconnaître cette dette. 

La famille Génissieu de Parnans, s*est éteinte en la personne de 
François - Romain Génissieu , ancien conseiller municipal de 
cette commune, décédé le 17 avril 1871, à Tàge de 71 ans. 

(1) Trois personnages de ce nom ont joué un rôle à Grenoble 
pendant la période révolutionnaire : 1^ Alexandre-Joseph, avocat, 
procureur de la commune en 1790, où il fut peu après remplacé par 
Delhors. Il fut depuis juge à la Cour d'appel, jusqu'en 1821; 2* Jean- 
Victor, avoué à Grenoble, secrétaire général de l*Administration du 
département de l'Isère en 1790, suspendu de ces fonctions comme 
fédéraliste, le 27 juin 1793 ; et enfin, 3<^ Jean-Pierre Duport-Lavillette, 
avocat, le plus célèbre des trois. Nous pensons que c'est de celui-ci 
qu'Achard de Germane veut parler. Il était officier municipal de sa 
ville natale en 1791 et 1792. Duport-Lavillette est mort à Grenoble, 
le 19 avril 1827, à l'âge de 70 ans, avec la réputation d'un juriscon- 
sulte consommé. (Voir sa notice dans la Biographie du Dauphiné.) 

(2) Jean-Baptiste-Pierre-Amédée Hélie, d'une ancienne famille 
de Grenoble qui a figuré à la Chambre des Comptes de 1779 à 1789, 
naquit dans cette ville, le 24 juin 1747. Nommé curé de St-Hugues 
en 1773, il fut chargé, par le Conseil de ville, de prononcer l'orai- 
son funèbre du duc d'Orléans, ce dont il s'acquitta avec succès 
dans l'église de St-André, le 22 février 1786. L*abbé Hélie se lança 
dans le parti de la Révolution, et fut choisi par Pouchot pour vi- 
caire épiscopal en 1791. Il fut notable de la commune de Grenoble 
de décembre 1792 à juillet 1793 ; ce fut lui qui rédigea l'adresse de 
la municipalité à la Convention à l'occasion de la mort de Louis 
XVI. Rochas vante sa charité et son patriotisme. Outre son orai- 
son funèbre du duc d'Orléans, on a de l'abbé Hélie quelques dis- 
cours patriotiques. On lui attribue la paternité des deux pamphlets 
rarissimes qui furent publiés à l'occasion de la déplorable mort de 

Tome XX. — 1886. 8 



1 14 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

des Granges dépérit d'une manière sensible (i). Il a été 
fort affecté de n'avoir rien dans cette révolution, dont il 
est fort partisan. Il a composé plusieurs ouvrages sur 
la justice de paix, qui auraient dû le faire préférer; mais 
il n'a pas été heureux. Pupin a été mis hors de cours par 
jugement en dernier ressort du tribunal de Gap (2). 



révoque Hay de Bonteville en 1788. C'était ropinion 'de M. Pilot 
père, qui avait connu plusieurs intimes de Pabbé Hélie. (Y. Biogr. 
du Dauphiné; E. Maignibn, Bibliogr, Grenobloise, n* 1403 ; Albin Gras, 
Deiuc ans de Vhisioire de Grenoble^ p. 29, et au Dictionnaire biogr.) 

(1) Jean-François Royer des Granges , d'abord procureur au 
baillage de Graisivaudan, se démit de son office vers 1770, et se 
consacra tout entier aux fonctions d'avocat consultant. Il est mort 
à Grenoble, rers la fin de 1800. — Des ouvrages auxquels Achard 
fait allusion, nous ne connaissons que le suivant : Instruction sur 
les bureaux de paix et sur les actes judiciaires de la Justice de paix, Gre- 
noble, 1791. (In-8* de 224 pp.) D'autres ont paru postérieurement à 
la date de cette lettre, et n'ont pas rapport au môme objet. Les 
œuvres de cet auteur sont remarquables par la prolixité de leur 
titre, qui présente un sommaire détaillé, une vraie table des ma- 
tières contenues dans le volume. En voici un que nous citons à titre 
de curiosité, tout en l'abrégeant, et que M. Rochas énonce en deux 
lignes, avouant ne l'avoir jamais vu : Instruction sur la contribution 
foncière, dans laquelle on a exprimé comment les impositions étaient per- 
çues sous Vancien régime. . . . (etc. : dix autres sous-titres de ce 
genre ; la page entière en est remplie.) — L'ouvrage est terminé par 
Vexamen de cette question : Les impositions étaient déduites sur les fonds 
taillablest lors de leur estimation dans les compositions de masse pour le 
règlement des légitimes» Aujourd'hui que tous les privilèges sont abolis, 
la déduction de la contribution foncière doit^lle être faite ? — Par M. 
Royer Desgranges, homme de loi; et M, Guédy, ci-devant procureur. — 
— Imprimé et se vend à Grenoble, chez F« Giroud et fils, impr,-libr., 
place aux Herbes. — Se vend aussi chez tous les libraires de ladite ville 
et du département de VIsère. — Et chez les principaux libraires du 
royaume. M.DCC.XCII. (1 vol. in-8» de xxiv, — 271 pp.) 

(2) Charles-Alexandre- Abel Pupin, procureur héréditaire au 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANË. I I 5 

Vous aurez sans doute reçu ma dernière lettre ; je vous 
envoyai aussi un billet pour Madame de La Coste, de la 
part de Madame de Sayve. Son mari et ses enfants sont à 
Chambéry. 

Voici une note de M. Duchadoz. Il m'a assuré qu'il n'y 
avait rien de sérieux dans l'indisposition de Madame de 
La Coste, ce qui seul pourrait m'en consoler. Je vous prie 
l'un et l'autre d'agréer l'assurance de mon très-respec- 
tueux attachement. 

Grenoble, 8 septembre. 

Je crois vous avoir écrit la mort de M. de La Val- 
lone (i). Il a institué M. d'Arce fils (2). M°* de Fonte- 
nay veut faire casser le testament ab irato (3). Je fis un 



baillage de Graisivaudan, aTait acquis de M* Delacour la charge 
de secrétaire. Il demeurait rue de Créqui, près la place Saint-Louis. 
Un de ses frères était juge au tribunal de Gap à la môme époque. 

(1) Guillaume«AJexis Hébrard de La Valonne, fils de Charles- 
Louis Hébrard de Pallières, . commissaire des guerres pour Texé- 
cution des ordres du Roi au département du Bas-Dauphiné. Les Hé- 
brard possédaient de grands biens dans le Champsaur, où ils 
étaient seigneurs de la Valonne, Villeneure, Pisançon (près St- 
Bonnet-en-Champsaur), Pallières et le Mas. Cette opulente famille 
aTait aussi une résidence principale à Sassenage. Elle s'est éteinte 
en la personne d'Antoine Hébrard de La Valonne, décédé en 1809, 
sans ascendants ni descendants légitimes. [Armoriai du Dauphiné, 
art. Hébrard.) 

(2) Louis d'Arces, ancien page du comte d'Artois et capitaine au 
régiment d'Artois-Cavalerie, né à Domône en 1766, mort à Moirans 
en 1745. Il était iils de Louis- Antoine d'Arces, seigneur de Domène, 
colonel de cavalerie au régiment des volontaires du Dauphiné 
(1758), chevalier de St-Louis, et de Catherine-Denise Rousset, dont 
le père était avocat au Parlement et premier échevin de la ville de 
Grenoble, et la mère, une de La Valonne. (Note due à l'obligeance de 
K . le marquis d'Àrces, de Blanchelaine, son petite fils.) 

(3) Henriette-Elisabeth Hébrard de La Valonne , femme de 



ïi6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

voyage à Villeneuve (i) avec elle et son mari, pour l'inven- 
taire. Nous cherchons les papiers qui constatent la colère 
du père. Nous en avons trouvé beaucoup. Ils m'ont 
chargé très-souvent de vous présenter leurs hommages. 

{A continuer.) 



Il s'est glissé une regrettable erreur dans la note rela- 
tive aux abbés Brochier. Le dernier a été confondu avec 
un abbé Daniel, que nous aurons à mentionner plus loin. 
Victor-Amédée Brochier, le plus jeune des trois frères, 
était né à Grenoble, le 17 septembre 1741. Il entra de 
bonne heure dans la congrégation des Augustins, et il 
faisait partie de la communauté de Notre-Dame-de- 
rOsier, lorsque la Révolution éclata. Ayant refusé tout 
serment, on lui supprima la pension à laquelle il avait 
droit, comme ancien religieux. Il fut emprisonné à Gre- 
noble, le 21 frimaire an vl (11 décembre 1797). Traduit 
à Toulon, le i" nivôse suivant, par ordre du commissaire 
près l'Administration centrale du département, il fut 
transféré de là à Rochefort, le 24 pluviôse, par décision 
du ministre de la police générale. Il allait être embarqué 
sur la Bayonnaise^ pour être déporté à Cayenne, lorsqu'il 
tomba dangereusement malade. Il mourut à rhôpital de 
Rochefort, le 3 messidor an VI (21 juillet 1797), victime 
de sa fidélité à la foi et de son attachement à l'Église. 

[Note de Ai''« de Franclieu.) 



Jacques-François Pavin de FoDtenaj de La Farge, était la nièce 
directe du «léfunt, dont M. d*Arces n'était que le petit-neveu, par sa 
mère. M"* de Fontenay était réputée pour son humeur chicanière ; 
elle soutint des procès toute sa vie. Sa mort j mit un terme, le 90 
mars 1797. 

(1) Villeneuve-en-Champsaur , l'un des fiefs dont les La Ya^ 
lonne étaient seigneurs, et qui parait avoir été l'apanage de M** de 
Fontenaj. C'est un petit hameau de la commune de Poligny (Hau- 
tes-Alpes). On y Toit encore de beaux restes de Tancien château. 



NUMISMATIQUE MÉROVINGIENNE 

UN TIERS DE SOL D'OR 

FRAPPÉ A DIE 



Notre honorable collègue, M. le comte de la Si\eranne, ancien 
député de la Drdme, ayant acquis récemment un tiers de sol d'or 
de Die, nous adresse, au sujet de cette monnaie inédite, un article 
que nous sommes heureux de publier. 



Les monnaies des Rois de France, rares et recherchées, sont 
actuellement l'objet d'une étude particulière, qui s'est manifes- 
tée déjà par de très remarquables travaux. 

A une époque comme la nôtre, où l'érudition s'attache à pui- 
ser les éléments sérieux de l'histoire aux sources les plus pures, 
la numismatique mérovingienne devait captiver ces délicats qui 
ont ta passion de la vérité. C'est ce qui a eu lieu ; une pha- 
lange d'élite, subissant les attraits de cette science, s'est mise à 
l'œuvre et, grâce aux publications de plusieurs des hommes 
distingués qui la composent, nous commençons à savoir inter- 
préter le langage des monuments métalliques de cet âge. 11 
reste beaucoup à apprendre, sans doute, mais l'élan est donné 
et chaque jour fait son œuvre. 

Si les monnaies du peuple qui vint conquérir la Gaule et lui 



ii8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

imposer son nom ne nous donnent pas une succession fidèle 
de chefs et d'événements, elles nous fournissent, du moins, des 
renseignements précieux aux divers points de vue de la géo- 
graphie, de la linguistique, de l'art, de l'économie politique, 

etc Ceux qui ont consulté la Revue de numismatique et les 

Annuaires et les comptes-rendus de la Société française de Nu- 
mismatique et d*Archéolop;ie, n'ignorent ni les noms, ni la haute 
compétence des savants qui ont ainsi ouvert de nouveaux hori- 
zons à la numismatique nationale. 

Les uns ont fait connaître les véritables divisions du terri- 
toire, les appellations des cités, sous les successeurs de Clovis ; 
les autres ont suivi la marche progressive ou rétrograde de la 
civilisation, en se guidant sur le degré plus ou moins grand 
de perfection des types ; d'autres enfin, se sont attachés à dé- 
montrer le rôle et l'importance du numéraire dans la destinée 
d'un peuple. En sorte que l'on peut dire avec l'un des maîtres 
de la Numismatique mérovingienne : « Une monnaie tirée des 
cendres ou des ruines, c'est souvent une page d'histoire, c'est 
quelquefois un volume de faits sauvés de l'oubli (i). 

M. Charles Robert, membre de l'Institut (2) ; MM. G. Com- 



(i) Ponton d'Amécourt (V" de), Essai sur la Numismatique Mérovin- 
gienne comparée à la Géographe de Grégoire de Tours^ Paris, 1864, broch. 
in-8®, p. 3. 

On a encore du même auteur : Excursion numismatique dans la BourgO' 
gne au VII* siècle et sur les frontières de VAustrasie ; Annuaire de la Société 
Française de Numismatique^ 1866, 123 pages. — Recherches sur les mon^ 
naies Mérovingiennes de la Tourraine, Paris, 1870, grand in-8» avec cartes 
géographiques et 92 vignettes ; — Numismatique Mérovingienne ; Origine 
et filiation des types Carlovingiens^ Paris, 1873, broch. in-8®, avec figures. 

— Le Cenomannicum^ publié dans les Mémoires de la Société de la Sarthe. 

— Les monnaies du Gévaudan, (Annuaire). 

(a) La numismatique Mérovingienne considérée dans ses rapports avec la 
géographie^ broch. in-S", 1846. — Considération sur la monnaie à C époque 
romaine^ Metz, 1851, broch. in-8S avec planches. 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPE A DIE. I ig 

brousse (i) ; B. FiUon (a) ; A. de Barthélémy (3) ; de Saulcy (4) ; 
de Longperricr (5) ; Berry (6) ; Duchalais (7) ; B. Guerard (8) ; 
Guillemot (9) ; Lenormand(io) ; J. de Petigny (11), etc., etc., 
tous ces savants ont fait de l'époque Gallo-franque, l'objet de 
leurs constantes investigations, et porté la lumière sur des 
questions restées jusqu'à eux fort obscures. « Les collections 



(i) Les Monnaies de France depuis V époque Gauloise jusqu^à nos jours, 
Paris, 1839-40, 5 vol. in-4<*, avec 204 planches. — Catalogue raisonné des 
Monnaies nationales de France, depuis C antiquité jusqu'à nos jours, Paris, 
1839-43, 5 ^0^' i""4*t ûvcc 230 planches. — Monétaires des ^ois Mérovin- 
giens, recueil de 920 monnaies en 62 planches, Paris, 1843, in-40. — Entre 
nous ou le Décaméron numismatique, Paris, 1844, in-4^. 

(2) Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France, 
Fontenay (Vendée), 1850, in-8^, avec vignettes et 4 planches. — Lettres à 
Dugast-Matifeux, sur quelques monnaies françaises inédites, Paris, 1853, 
in -8**, avec 10 planches. — Etudes numismatiques, Paris, 1856, in-8% avec 
5 planches et gravures dans le texte. 

(3) Manuel de Numismatique du moyen-âge et moderne, i vol. in- 12, avec 
atlas (Manuel Roret), — Noms de lieux sur les monnaies Mérovingiennes, — 
Noms des Monétaires sur les monnaies Mérovingiennes. — Nombreux arti- 
cles, en la lievue numismatique et Mélanges de numismatique. 

(4) De Saulct et Peyre : Nouvelles observations sur le prix des denrées, 
sous la première et la seconde race, broch. in-8^. 

(5) Notices des monnaies Mérovingiennes composant la collection de M. /. 
fRousseau, Paris, 1847, in-8s avec vignettes et planches. 

(6) Etudes et recherches historiques sur les monnaies de France, Paris, 
1832, 2 volumes in-S^ avec 90 planches. 

(7) Observations sur quelques monnaies Mérovingiennes, in 8°, avec plan- 
ches. — Observations sur quelques monnaies Mérovingiennes, publiées en 
Belgique et en 'Russie, broch. in-8^, 18 pp. avec une planche. 

(8) Du système monétaire de la France sous les deux premières races, 
broch. in-8*. 

(9) Catalogue des légendes Mérovingiennes, La Rochelle, 1845, în-S". 

(10) Diverses Notices insérées dans les Mémoires de la Société d'Histoire et 
d Archéologie de Genève, 1841, et dans la lievue de Numismatique de 1848, 
pp. 1 06 et suivantes et pp. 1 8 1 et suivantes . 

(11) Continuation de la discussion sur la valeur des monnaies courantes au 
temps de la première race, broch. in-8'. — Monnaies attribuées aux premiers 
rois Mérovingiens, broch. in-8^, avec une planche. 



I20 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« de M. le vicomte d*Amécourt, président de la Société fran-- 
« çaise de Numismatique, dit son biographe, aux expositions de 
« 1867, et de 1878, laissèrent dans Tétonnement le plus légîti- 
« me, les visiteurs attentifs et charmés par ce rare spectacle. 
« Au nombre de ces merveilles figurait la collection des mé- 
« dailles mérovingiennes qui est d'une telle richesse qu'on ne 
« saurait en former une semblable, en puisant dans tous les 
« cabinets publics ou privés du monde entier (i). » 

D'autres numismatistes se constituant les sauveteurs des an-- 
tiquités de nos provinces, ont plus spécialement étudié les mon- 
naies mérovingiennes frappées dans leur pays. C'est qu'en 
e£fet les pièces de ce temps ont un caractère essentiellement 
local, qui a fait adopter pour leur classement, Tordre géogra- 
phique. Nous citerons parmi les érudits, dont les travaux ont 
été surtout inspirés par l'amour du sol natal : MM. Cartier (2) ; 
L. de Coster (3) ; Deloche (4) ; J. Gréau (5) ; marquis de 
Lagoy (6) ; Lecointre-Dupont (7) ; marquis de Pina (8) ; Ri- 



(i) AntiaUs historiques, nobiliaires et biographiques de F année i880'8i, 
page 6. 

(2) Tiecherches sur les monnaies au type chartraini Paris, 1846-49, 2 vol., 
avec 19 planches.— Notes sur les monnaies du Mans^ broch. in-8<*, avec une 
planche. — Table des Monétaires Mérovingiens, ^evue Numismatique, tome 
XXI, page a 13. 

(3) Notice sur les monnaies Mérovingiennes et Carlovingiennes frappées à 
Huy, Bruxelles, 1850, broch. avec pi. et figures. 

(4) Description des monnaies Mérovingiennes du Limousin, Paris, 1863, 
grand in-8^, avec 8 planches. 

(5) Etudes sur quelques monnaies en or et en argent de V époque Mérovin- 
gienne portant le nom de la ville de Troyes, broch. in-8®. 

(6) Description de quelques monnaies Mérovingiennes découvertes en Pro- 
vence, Âix, 1839, broch. in-4^, avec planches. 

(7) Essai sur les monnaies du Poitou, Poitiers, 1840, in-8° avec figures 
et 4 planches. — Essai sur Vhistoire monétaire de la Normandie et du Per- 
che, Paris, 1 846, in-8<*, avec 3 planches. — Essai sur deux tiers de sol Méro- 
vingien, broch. in-8^, avec 2 figures. 

(8) Monnaies du Valentinois, broch. in-8^, avec une planche. 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPÉ A DIE. 12 C 

goUot (i) ; le savant Dauphinois, J. Roman (a) ; le Comte de 
Soultrait(3) ; enfin notre honorable collègue, G. Vallier (4), 
qui n*est ni le moins infatigable ni le moins connu. 

La numismatique, comme toutes les sciences, du reste, ré- 
clame particulièrement cette grande aptitude à la patience que 
Bu£Fon avait pu confondre avec le génie. Génie ou vertu, la pa- 
tience à qui revient une infinité de conquêtes utiles, semble 
être dans lopinion publique, peu appréciée. On est plus porté 
à ladmiration pour les moyens rapides : la vapeur, Télectricité, 
voilà les symboles du jour. Il ne faut pas oublier cependant 
qu*il est une multitude de grands résultats qui ne 6*obtiennent 
qu'avec les années, les siècles même. Ce n'est qu'à la longue 
qu'on parvient à former d'importantes collections, à compléter 
les séries des monnaies d'une période, à réunir tous les mots 
des légendes incertaines. Que d'énigmes restent à déchi£frer ! 
Combien d'années encore la terre dérobera-t-cUe à notre im- 
patiente curiosité les trésors archéologiques qu'elle recouvre > 
Il faut donc savoir attendre (rien ne peut en dispenser) le mo- 
ment imprévu où sera remué l'endroit qui les recèle depuis des 



(i) Essai sur une monnaie (for Mérovingienne portant le nom de V église 
de S. Martin aux Jumeaux d'Amiens^ broch. avec 3 planches. 

(a) Monnaies Mérovingiennes des cités d*Embrun et de Gap, Tievue Numis- 
matique, 3"^ série, 1883, tome I, pp. 149-15 i, avec fig. dans le texte. 

(3) Essai sur la Numismatique Nivernaise, Paris, 1854, in-S**, avec fig. 
dans le texte. — Essai sur la Numismatique Bourbonnaise, Paris, 1858, 
avec vignettes et planches. 

(4) Numismatique Mérovingienne de Grenoble, Lettre à M. le V** de Pon- 
ton d'Amécourt, broch. extraite de la 'Revue de la Société Française de Nu- 
mism. etd'Archéol., 1870, broch. grand in-8S une planche. — Numismati- 
que Mérovingienne de la Maurienne (Savoie), St-Jean de Maurienne, 1878, 
broch. in-8®, avec pi. — Numismatique de la Maurienne, a"* Lettre à M. 
Vincenzo Promis, à Turin» St-Jean de Maurienne, 1879, broch. in-8« avec 
pi. — Numismatique Mérovingienne de la Tarentaise (Savoie), Moutiers, 
1880, broch. in-8*, avec a planches. — Un nouveau tiers de sol (TAtre (Lan- 
des), en collaboration avec M. le V" de Ponton d'Amécourt, extrait de V An- 
nuaire de la Société de Numismatique et d'Archéologie, Paris, 1885. 



I 22 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

siècles. Alors quelques uns de ces précieux vestiges du passé 
sont mis au jour et excitent notre sagacité. C*est à un de ces 
heureux hasards que nous devons la pièce unique qui fait Tob- 
jet de cette notice. Voici dans quelles circonstances cette décou- 
verte à été faite : 

Au mois de novembre 1883, un propriétaire de Clansayes 
(Drôme), trouva une petite pièce d or dans le fond de la vallée 
de la Combe, en nettoyant un fossé. Elle gisait à 50 centimè- 
tres environ du sol, dans des terres et détritus charriés par la 
Riaille, petit ruisseau souvent grossi par les eaux pluviales 
descendant de la montagne de Thérone et de la côte du Serre. 
On a recueilli dans ces deux dernières localités une foule 
d objets, tels que hacher ou coins celtiques, monnaies, bouts 
de flèches en fer, poteries, fragments de mosaïques et même des 
sarcophages. Tant de vestiges de diverses époques révèlent 
l'existence sur les hauteurs que nous venons de nommer, 
d'établissements d'une certaine importance, dès la plus haute 
antiquité (i). Tout porte donc à croire que cette monnaie en- 
fouie dans un des lieux cités, à une époque sans doute très 
réculée, aura été, assez récemment, entraînée par une pluie 
d'orage dans l'endroit où elle a été découverte, car le fossé 
étant facilement comblé par les alluvions, nécessite de fréquents 
curages. 11 est bien évident que cette médaille avait été appor- 
tée là par les eaux ; car les cultivateurs de la Combe ne ren- 
contrent jamais sous le soc de leurs charrues le moindre débris 
ancien. 

Devenue la propriété d'une personne qui cherchait à en tirer 
profit, la petite pièce d'or fut proposée à un membre de la 
société d'Archéologie de la Drôme qui eut l'obligeance de 
demander qu'elle nous fût communiquée. On nous l'envoya 
dans le mois de juin dernier. C'était bel et bien un tiers de 
sol d'or frappé à Die. On s'étonnait, depuis longtemps et à 



(i) Thérone avait, à une époque plus récente, une commanderie de Malte. 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPE A DIE. 123 

bon droit, de n'avoir pu constater Texistence d'un atelier 
monétaire dans cette ville, l'antique Dea Augusta Vocontiorum, 
qui fut plus tard la métropole d'un diocèse important. Une 
question pendante était résolue. On avait désormais la 
preuve irrécusable que cette cité avait émis de l'or comme la 
plupart des diocèses voisins, sous les successeurs de Clovis. 
Nous fîmes bien vite l'acquisition d'une monnaie inédite, in- 
téressant à un si haut point notre histoire locale ; et nous 
sommes heureux aujourd'hui d'offrir la primeur de sa descrip- 
tion à notre Bulletin de statistique et d'archéologie. 

CDV.. IDMTMP. Buste impérial à droite, avec le paluda- 
mentum et un diadème perlé, d'une exécution très barbare. 
^. ^ ITAOIVIV^ITV Exergue CIII ; croix haussée sur un 
globe et un degré dans un grénetis, cantonnée du mot DIA., 
Poids. I gr. 20. 

Selon toutes les probabilités, cette pièce a été frappée à Die 
sous Justin II, entre la mort de Justinien I"(565) et l'avène- 
ment de Maurice Tibère (582). Le Dauphiné faisait alors partie 
du royaume de Bourgogne et d'Orléans, où régnait Contran 
second fils de Clotaire !•' (i). Le^iége épiscopal de Die était 
occupé par Lucrétius, disciple de Marins fondateur de l'abbaye 
de Bodon. Lucrétius disparaît vers 573. A partir de cette date 
on ne connaît plus le nom de ses successeurs jusqu'en 788, 
c'est-à-dire pendant une période de plus de deux siècles (2). 
C'est donc dans l'intervalle de 17 ans signalé plus haut, 
que ce triens a été frappé. A cette époque, c'était l'usage cons- 
tant, dans le sud-est de la Gaule, de graver le nom de l'atelier 



(i) Ce souverain fit la guerre à son frère Sigebert pour la succession 
d'Arles (567), et vit ses Etats ravagés par les Lombards, que le patrice 
Ennîus, plus connu sous le nom de Mommolus, extermina près d'Embrum 

(57a). 

(3) Cependant l'existence d*un St-Maxime, év&que de Die, au VI* siècle, 
est révélée par cette inscription sur un ancien inventaire des reliques de St- 
Martin d'Ainay à Lyon : Item est quoddam caput ar^enteum mitratum in quo 
est caput Sancti Maximi Diensis episcopi. 



124 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

monétaire à droite et à gauche de la croix. Ainsi pour Valence, 
ce sont les lettres de la première syllabe VA ; il en est de même 
pour Vienne VI ; pour Arles AR, pour Marseille MA ; EB pour 
Ebredunum ; GR pour Gracianopolis ; LV pour Lugdunum ; 
VEN pour Vendisca (i). 

Il faut bien le reconnaître, ce sont les seules lettres du revers, 
cantonnant la croix, qui offrent de l'intérêt. Dans les triens de 
Die, les légendes circulaires des deux côtés ne sont pas autre 
chose que des imitations rendues inintelligibles, avec intention, 
croyons-nous. Il semble qu'on ait simplement cherché 
à donner à ces légendes une apparente similitude pour l'œil 
avec celles qui se lisaient sur les sous d'or de l'Empire, afin de 
faciliter le cours des monnaies mérovingiennes. En effet, au 
temps de Justinien I*% les légendes étaient assez exactement 
reproduites. Les vainqueurs s'étaient bien substitués aux La- 
tins; mais ils se reconnaissaient impuissants à toucher aux 
moindres de leurs usages, encore moins à tout ce qui tenait 
aux arts. C'est avec respect qu'ils s'inclinaient devant leur civi- 
lisation. Aussi tout se faisait-il par imitation. Comme les em- 
pereurs, les Rois, ou plutôt les Konings Francs, se rendirent 
héréditaires, eurent une cour, de grands et de petits officiers, 
parmi lesquels se trouvaient les Monetarii, c'est-à-dire, ceux 
qui étaient chargés de l'émission du numéraire. Mais sous les 
fils de Clovis, et pendant que régnaient en Orient les succes- 
seurs immédiats de Justinien I", Justin II et Tibère II, les 
légendes deviennent excessivement barbares. Les monétaires 
Mérovingiens substituent aux lettres formant les noms et les 
titres des Princes, des lettres prises au hasard. Qui reconnaî- 
trait dans le tiers de sol de Die la légende ordinaire de l'avers : 
D. N. IVSTINVS IMP.> Comment cette légende a-t-elle pu 
être transformée en celle-ci : CDV.IDMTMP ? D'un côté on 



(i) M. A. de Barthélémy vient de décrire le triens de cette cité, quia 
donné son nom au Comtat Venaissin : Annales de la Société de Numismati- 
que, 1885, page 263. 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPÉ A DIE. 125 

compte 1 3 lettres et de l'autre 9 seulement. C'est à peine si 
l'on pourrait voir dans MP l'intention de reproduire le dernier 
mot IMP, de la légende impériale. Au revers le type consacré 
était celui de la Victoire : un génie ailé, tenant une palme et 
une couronne, posé de profil, avec cette inscription : VICTVRIA 
AVGVSTV. Il semble que le monétaire de Die ait voulu renver- 
ser et même altérer la forme des lettres : ^ ITAOIVIV""!! V 
Les deux lettres finales TV sont encore ici les mêmes que dans 
le modèle. De la formule COMOB placée à l'exergue des 
monnies romaines le copiste n'a conservé que CIII. 

Nous pensons donc que c'est à dessein que les légendes circu- 
laires des pièces mérovingiennes ont été rendues incompréhen- 
sibles ; la maladresse des copistes n'allait pas jusque là. Re- 
marquons en effet que le monnayeur, quand il s'agit d'inscrire 
son nom et celui de la ville, sait employer les lettres nécessai- 
res. Ainsi tout porte à croire qu'en défigurant d'une certaine 
manière des légendes qui n'avaient pas de raison d'être, puis- 
qu'elles ne servaient qu'à reproduire le nom d'un souverain 
étranger, il ait voulu obtenir l'effet d'un simple trompe-l'œil, 
afin d'assurer le cours de sa monnaie. C'est là un fait à signaler 
tout particulièrement; il est certain que sur les monnaies méro- 
vingiennes, les noms des ateliers et des monétaires sont assez 
régulièrement inscrits, même sur les pièces aux types les plus 
barbares ; les mots reproduits au contraire, sont complètement 
dénaturés et sans signification. On ne peut donc voir dans 
cette manière de procéder qu'une intention bien arrêtée de ren- 
dre indéchiffrables des légendes sans intérêt pour les Gallo- 
Francs. 

Procope (i) indique l'année à laquelle les rois barbares n'a- 
vaient encore émis aucune monnaie à leur effigie : 544. Il 
constate qu'à partir de cette époque a les Francs frappaient 
« avec l'or des Gaules des monnaies sur lesquelles on gravait, 
< non plus le profil de l'Empereur, comme cela s'était toujours 



(i) Bella Goth. III cap, xxxiii. 



I2() SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

a fait ; mais leur propre image ; » et il ajoute : « Ni le roi des 
« Perses, dont on acceptait la monnaie d'argent, ni les autres 
« chefs barbares, ne pourraient, quoique propriétaires du mé- 
« tal, mettre sur la monnaie d*or l'empreinte de leur propre 
« visage ; et, en effet, ils ne pourraient faire accepter cette 
« monnaie de ceux avec lesquels ils font le commerce, fût-ce 
« même avec les Barbares. » D'un autre côté, on trouve dans 
la loi Gombctte, code Bourguignon promulgué antérieurement, 
la confirmation de ce fait bien avéré, que la monnaie d'or n'au- 
rait pu avoir cours dans tous les pays, si elle avait offert une 
autre eflSgie que celle de l'Empereur. Aussi les premières inno- 
vations ^ui furent faites sut l'or ne portèrent que sur les légen- 
des : on ajoutait à la fin des inscriptions circulaires des mono- 
grammes rappelant le nom du roi barbare et celui de l'atelier. 
Plus tard ils osèrent en graver de complètement franques. 
Des 10 pièces frappées à Grenoble, sous les successeurs de 
Clovis, il n'en est pas une qui offre une imitation de légende 
romaine. Il en est de même des 5 triens connus d'Embrun ; 
des M de la Maurienne, des 21 de la Tarentaise. Ces monnaies 
ne présentent également que des noms d'ateliers et de moné- 
taires. Nous pouvons en dire autant de ceux d'Aouste, frappés 
vers 650: AVSTA FIT. — AVSTA GALL FIT; pour celui 
de Donzère : DVSERA MO (nasterium) ; pour celui de Valence 
(600-650); VALENTIA. Un des triens de Gap reproduit, il est 
vrai, la légende consacrée du revers : VICTORIA AVSTON ; 
mais comme celui de Die, il remonte aux premiers temps de 
Tépoque Mérovingienne. 

Après l'effondrement de l'Empire, après les conquêtes de 
"Clovis (i), les corporations de monétaires d'Arles, de Lyon, de 



(i) Clovis, à l'exemple des Wisi-Goths et des Buhr-Gondes fit le partage 
du territoire de sa domination. Il ne laissa aux Gallo-Romains qu'un tiers de 
leurs propriétés ; attacha le colon à la glèbe afin de ne pas assujétir ses 
compagnons de gloire à cultiver le sol dont ils s'étaient si vaillamment em- 
paré. Mais ce conquérant de vingt ans, chez qui le génie avait devancé T&ge, 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPE A DIE. 127 

Trêves ne pouvaient suflSre aux besoins des vainqueurs. Elles 
se multiplièrent, se répandirent dans toute la Gaule. Sous les 
successeurs de Clovis, ces corporations allaient chercher fortune 
un peu partout. A Tépoque où fut frappé le tiers de sol de Die, 
c'est-à-dire vers la fin du VI* siècle, un double courant se pro- 
duisit dans la fabrication du numéraire. Ceux des monnayeurs 
qui avaient du goût et quelques lueurs du sentiment de Tart, 
ne se contentaient plus d'imiter ; ils cherchaient au contraire 
à s'affranchir heureusement des formes romaines. Alors on voit 
•apparaître de nouveaux types ; ce n'est plus le génie de la vic- 
toire, mais le grand symbole de la foi chrétienne qui est figuré 
au revers, avec le nom de la métropole dans le champ. Ce sont 
eux qui créèrent le véritable monnayage mérovingien. Ceux au 
contraire qui n'avaient pas su sortir de la routine, continuaient 
à imiter, en les dénaturant de plus en plus, les anciens types ; 
ceux-là laissèrent tomber l'art jusqu'au dernier degré de la 
barbarie. Ce double courant est facile à reconnaître, il suffit de 
comparer les productions des initiateurs avec celles des mon- 
nayeurs esclaves de l'usage consacré. Les premiers opéraient 
une véritable renaissance de l'art, tandis que les derniers l'a- 
menaient à la plus grossière dégénérescence. Nous ne croyons 
mieux faire pour confirmer cette observation que de reproduire 
le paragraphe suivant d'une lettre du savant qui a su se conci- 
lier d'universelles sympathies, et qui est en même temps la plus 
haute autorité en matière de numismatique Mérovingienne ; 
nous avons nommé M. le V** de Ponton d'Amécourt ; voici ce 
qu'il nous écrivait à la date du 26 septembre 1885 : « Pendant 
« que les monnayeurs de Vienne, fidèles aux traditions de leur 
« corporation recopiaient les vieux types sans en comprendre 



respecta les possessions de ITglise et m6me celles des cités soumises à Tau- 
torité épiscopale. En sorte que les Graafs^ ou chefs militaires, les évêques, 
les monastères et les municipalités ecclésiastiques firent frapper monnaie. Ce 
^roit paraît toutefois n'avoir été concédé régulièrement qu'au clergé par les 
Mérovingiens. Il n'en fut pas de même plus tard. 



128 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

a la signification et aboutissaient au type dégénéré dont le 
« triens : VIÇENIANA CIVI (TAS) vous offre un exemple, 
« d^autres plus intelligents s'insurgèrent contre les traditions 
« et créèrent des types nouveaux qui permettaient déjà de voir 
« la supériorité de l'art occidental sur l'art byzantin. C'est 
< alors que Laurentius de Vienne émettait ses jolis tiers de 
« sols avec les légendes : VIENNA FIT. DE OFFICINA 
« LAVRENTI. » 

Le monnayer de Die ne peut être rangé que parmi ces opé^ 
rateurs routiniers qui faisaient peu d'honneur à la corporation. 
Il n'avait pas osé rompre complètement avec les traditions 
romaines. Tout ce qu'il s'était permis c'était de substituer, sans 
doute sur l'ordre de lévcque, la croix au génie ailé personni- 
fiant la victoire, et d'inscrire le nom de Die dans le champ de 
sa monnaie. C'étaient bien, il faut le reconnaître, des inno- 
vations, mais il ne s'était nullement préoccupé de donner 
au symbole, choisi ou imposé, une forme artistique. Pour l'a- 
vers il continuait à reproduire l'éternelle eflSgie de l'Empereur 
d'Orient. 

Pendant la période Gallo-franque, il paraît y avoir eu deux 
classes de monnayers : les uns étaient à résidence fixe dans 
les grandes métropoles ; les autres se transportaient dans les 
cités de moindre importance, aux époques de la levée des 
impôts. Le métal remis par les colons ou les serfs, soumis 
seuls aux charges fiscales, était converti en monnaie par ces 
officiers ambulants. Ils y inscrivaient leur nom, pour inspirer 
toute confiance. C'était en quelque sorte une signature de 
garantie. 

Comme nous l'avons vu, il ne suffisait pas d'assurer le 
cours des monnaies dans les pays d'émission, il fallait encore 
les faire accepter de tous les peuples avec lesquels les Francs 
étaient en relation d'affaires et de négoce. De là, la nécessité 
où ils se trouvaient d'avoir un monnayage identique à celui de 
l'Empire. 

Le nombre des ateliers monétaires révélé par la numismati- 



UN TIERS DE SOL d'oR FRAPPÉ A DlÊ. I29 

que des Rois Francs, dépasse de beaucoup le chî£Ere de mille, 
et tous les jours des découvertes viennent ajouter de nouveaux 
noms à cette liste, comme à celle des monnayers, qui n*est pas 
moins considérable. Les monnaies mérovingiennes, si rares, 
présentent cependant une infinité de types. Il en est peu de 
semblables, même parmi celles qui sortent du même atelier, et 
portent le nom du même monétaire. En sorte qu'il est difficile 
de localiser les types, de leur assigner des caractères distinctifs 
par régions. Les monétaires semblent s'être servis de coins 
nouveaux à chaque émission de pièces. 

Mais une préférence marquée était donnée à Tor. Les Ripuai- 
res, en efiet, n'avaient pour l'argent que le denier ou saiga, 
pesant 31 grains et représentant la quarantième partie du sou 
d'or. Tandis que cette dernière monnaie, le Solidus se subdivi- 
sait en semis et en triens (demi et tiers de sou d'or). Le denier 
franc qui parait n'avoir été en usage que pour la comptabilité, 
était la seule espèce d'origine germanique. Ce fut le premier 
essai du système que les Carlovingiens adoptèrent. On sait que 
Pépin abolit la monnaie d'or. Quant aux pièces de billon et de 
bronze, les empereurs qui avaient régné dans les Gaules en 
avaient fait frapper une telle profusion, que les nouveaux con- 
quérants n'eurent nullement besoin d'émettre de la menue 
monnaie. Celle qui existait en si grande quantité avait cours 
partout, et semble n'avoir jamais donné lieu aux difficultés dont 
nous ne sommes pas exempts de nos jours, bien que les diffé- 
rents Etats européens soient liés par une convention monétaire 
assez récente. Le bronze et le billon des Romains sont encore 
actuellement si communs, qu'on s'étonne, après 15 siècles, d'en 
rencontrer en aussi prodigieuse abondance. Partout où Rome 
eut le moindre établissement le sol semble en avoir été saturé. 
C'est chaque jour que la pioche du terrassier découvre d» ces 
pièces isolées ou en tas. 

Il n'en est pas de même de la monnaie d'or mérovingienne, 
toujours si rare, mais beaucoup moins pourtant que la mon- 
naie d'argent. Le creuset de l'orfèvre en a, sans doute, ravi un 

Tome XX. — 1886 9 



i3o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

nombre considérable à la science, car on compte celles qui 
restent. On peut donc considérer comme une bonne fortune la 
découverte d*une de ces pièces, surtout lorsqu'elle est inédite 
et qu'elle révèle l'existence d'un nouvel atelier monétaire. Au- 
cune collection publique ou particulière ne possédait ce triens 
de Die, aucun ouvrage, aucune Revue numismatique ne l'avait 
encore signalé. Du moins si cela avait été fait, c'était certaine- 
ment par erreur. Effectivement, les formes du nom de cette 
ville sont nombreuses et ont donné lieu à de fausses attribu- 
tions : Dea, civitas Deentium; Dia, Diva, Divia, Ecclesia Deensis, 
Diensis, Dyensis, Dintensis. Il y avait en Macédoine le diocèse 
de Dio, ville située sur la mer de Thessalie. Dans l'Hérault se 
trouvait une autre ville de Dio, à laquelle paraît se rapporter 
le triens frappé vers 650, et présentant cette légende : DEAS 
VICO FIT{i). On a confondu encore Dia avec Dun, ecclesia 
Dimensts CarnotensiSy qui n'était autre que Châteaudun, du 
diocèse de Chartres ; avec Dinia, ecclesia Dinensis^ Digne ; 
enfin avec Divio, Dijon. 

Quelques détails sur la ville de Die ne seront pas, nous 
Tespérons, trouvés hors de propos. M. le D^ Long (2) et après 
lui M. E. Desjardins (3), pensent que le nom gaulois aurait 
été, à l'origine, celui d'une divinité topique. Dea Andarta dont 
le culte local est attesté par huit inscriptions sur des autels ou 
fragments d'autels existant encore, soit dans cette ville, soit 
dans les environs. C'est à des divinités de ce genre que Nîmes 
{Nemausus)y Autun (Bibracte), Vaison {Vasio), etc., doivent 
leur appellation. Pour d'autres érudits Dea viendrait de Dia, 
déesse de la jeunesse. Pour Adrien de Valois, Dea Augusta 
rappellerait le nom de l'Impératrice Livie, mais ces deux der- 
nières opinions sont peu acceptées. 



(1) Annuaire de la Société Française de Numismatique, 1868, page 186. 

(2) 'Recherches sur les antiquités du pays des Voconces pp. 25, 105 
et 107. 

(3) Géographie de la Gaule, page 406. 



UN TIERS DE SOL d'OR FRAPPE A DIE. l3l 

Dea Augîista Vocontiorum, à égale distance de Valentia et de 
Vapincum (Gap), était à l*époque de la domination romaine une 
colonie de TEmpire, jouissant, à ce titre, du droit le plus large. 
Située dans une contrée fertile, bien qu'au milieu d'un groupe 
de montagnes que domine le Glandaz (i), cette cité vit sa 
prospérité s'accroître rapidement, grâce sans doute, aux diffé- 
rentes voies qui la traversaient. 

Selon Strabon, les Voconces étaient un des principaux 
peuples de la Provincia ou Gaule Narbonnaise, ensuite de la 
deuxième Narbonnaise, dont Aquœ Sextiœ (Aix) était la métro- 
pole et cette gens fut enfin attachée à la Viennoise. Les Vocon- 
ces avaient deux capitales : l'opulente Vasio et Luctis Augusti 
(Luc) ainsi que 19 petites villes, oppida ignobilia, parmi les- 
quelles il faut compter Die. Quant à son territoire, il présentait 
une superficie de 840,000 hectares, plus allongée que large. Du 
nord au sud elle avait environ 150 kilomètres et seulement 100 
de*rest à l'ouest. Les géographes de l'antiquité font rarement 
connaître les limites des peuples. On est obligé de prendre celles 
des diocèses, qui représentent, sauf de rares exceptions, assez 
exactement les anciennes civitates ou Etats, Les Voconces 
étaient limités, au levant, par les Ségalauniens, et plus bas par 
les Tricastins ; au midi, par les dernières ramifications des 
Alpes s'étendant jusqu'au Ventoux et bien au delà jusqu'à la 
Durance, au couchant par les Caturiges et les Tricoricns ; enfin 
l'Isère, au nord, les séparait des AUobroges. Ce vaste domaine 
comprenait la moitié du Dauphiné et plusieurs cantons de la 
Provence. Vasio et Lucus^ bien avant la chute de l'empire 
romain étaient tout-à-fait déchues de leur ancienne splen- 
deur. Die, au contraire, sous les Philippe, était en pleine 
prospérité. C'est à cette époque, selon le D^ Long, qu'elle 
devint l'unique capitale des Voconces. Elle avait un Flamine, 
un collège de Sénateurs, une corporation pour les jeux, des 
arènes. Les sacrifices tauroboliques qui étaient faits en l'hon- 



(i) L*altitude du Glandaz e6tde2048 mètres. 



l32 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

neur des princes, y rassemblaient les prêtres des villes voisines, 
Valentia, Arausio, Alba Augusta, etc.; Die était un centre pour 
le culte de la Grande Déesse (Cybèlé); elle se gouvernait par ses 
propres lois et disposait du droit latin. D'après Pline, c'était 
une civitas fœderata. L'ethnique placée devant son nom indi- 
quait « qu'elle était la ville des Voconces et leur capitale (i). » 

Nous savons que les empereurs, suivant qu'ils avaient à se 
louer ou à se plaindre des populations accordaient ou retiraient 
les privilèges aux cités. Une ville peut donc avoir été colonie, 
puis capitale, et être tombée ensuite dans un rang inférieur. 
Les empereurs décernaient également des titres honorifiques 
aux princes étrangers, comme les souverains accordent aujour- 
d'hui des distinctions nobiliaires ou des décorations. On sait 
que Clovis vers la fin de sa vie, se trouvant à Tours, reçut un 
envoyé de l'Empereur Anastase qui venait lui apporter la robe 
et la chlamyde, insignes des dignités de Patrice et de consul. 
De plus le monarque d'Orient lui décernait le titre d'Auguste 
ou d'associé honoraire à l'Empire. Tous les Barbares avaient 
une considération et un respect profond pour la puissance 
romaine. Aussi Clovis, dans la joie que lui causèrent ces fa- 
veurs, parcourait les rues de Tours, monté sur un cheval su- 
perbe, la tête ceinte du diadème, les épaules couvertes du man- 
teau de pourpre, et en jetant au peuple des poignées d'or et 
d'argent. Il prit dès lors le titre d'Auguste, que conservèrent 
quelques uns de ses successeurs. Un triens frappé à Lyon du 
temps de Sigismond portait ce mot : COS (consul). 

Dans toutes les villes de l'Empire où les Romains avaient un 
flamine, qui était le plus haut dignitaire dans l'ordre hiératique, 
les chrétiens placèrent un évêque. Ces prélats étendirent leur 
autorité sur les circonscriptions territoriales qu'ils trouvèrent 
établies. Ces circonscriptions furent si bien maintenues qu'elles 
subsistaient sous les rois des deux premières races, et servirent 
même de base aux divisions féodales. Il est propable que sous 



(i) J. D. Long, page 131. 



UN TIERS DE SOL d'OR FRAPPÉ A DIE. l33 

Constantin, le diocèse de Die représentait déjà la plus grande 
partie du Vocontium. Les métropoles ecclésiastiques rempla- 
çaient les métropoles romaines. Les institutions de TEglise 
survécurent à la grande débâcle de 410, et ce n'est même qu'ap- 
puyés sur elles, que, plus tard, les successeurs de Clovis pu- 
rent assurer leur hérédité. Du partage de la Gaule s'élèvent 
plusieurs souverainetés. On abandonne les noms celtiques et 
les noms gallo-romains pour adopter ceux des nouveaux maî- 
tres ; les noms des Saints, premiers apôtres des diocèses, rem- 
placent également un grand nombre de noms de localités. Tout 
ce qui rappelait les vaincus disparait. Le sentiment national 
semble éteint et la lutte ne s'engage qu'entre les vainqueurs. 

Nous avons dit que les diocèses représentaient assez exacte- 
ment les anciennes circonscriptions territoriales. Celui de Die 
qui avait été maintenu jusqu'à la première Révolution, n'avait 
subi aucun changement depuis son origine. Il était resté un des 
plus étendus, parce qu'à l'époque de sa formation, Die était 
la ville la plus importante des Voconces ; tandis que Vaîson 
déchue devint le siège d'un petit diocèse, formé d'une faible 
portion du Vocontium, qui ne comprenait pas plus de 40 pa- 
roisses. 

Die, à l'époque de la formation des diocèses, sous Constan- 
tin-le-Grand, jouissait de privilèges et de libertés, que les rois 
Buhr-Gondes respectèrent. L'évêché releva d'abord de Vienne, 
puis la préfecture du Prétoire ayant été placée à Arles, on l'atta- 
cha à cette métropole, et en 1 120, on le rendit suffragant de la 
première. Enfin, réuni à l'évêché de Valence en 1274, on l'en 
sépara de nouveau et définitivement en 1688. Ses évêques 
étaient comtes de Die et princes de l'Empire. Ils avaient con- 
servé le droit de frapper monnaie. Les comtes du Valentinois 
et du Diois leur devaient l'hommage. 

Ce diocèse comprenait encore, en 1790, cent soixante-huit 
paroisses, possédait de nombreuses terres domaniales, beau- 
coup de fiefs, avait 12 lieues de long sur 10 de large, et sa su- 
perficie était de 80 lieues carrées. On l'avait attaché au premier 



i34 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

royaume de Bourgogne, fondé en 414 et détruit par les Francs 
en 534. Moins barbares que les autres peuples envahisseurs, 
les Buhr-Gondes laissèrent subsister les traces du régime mu- 
nicipal dans les provinces de leur domination. Un code mêlé 
de lois romaines fut promulgué par Gondebaud, dit loi Gom- 
bette, et sanctionné par ses successeurs qui donnèrent Texem- 
ple de la tolérance religieuse. Du reste le christianisme ne 
devait-il pas préserver de l'effondrement où disparut la société 
romaine, les restes de Tan tique civilisation qui devait enfanter 
l'ère nouvelle ? Son avènement a été la plus heureuse et la plus 
grande révolution qui ait jamais existé. Son action bienfaisante 
plane sur toute notre histoire ; et la France, en aucun temps, 
ne fut plus grande et plus respectée que lorsqu'elle s'honorait 
d'être la fille aînée de l'Eglise. 




SÉANCE. l35 



SEANCE DU 26 NOVEMBRE Ï885 



PKiSIDEMB >l I. TAllINTIII, 



MM. de Gâllier et Brun-Durand s'excusent par lettres 
de ne pouvoir assister à la séance. 

Lecture est donnée d'une circulaire de M. le Ministre 
de rinstruction publique et du programme du Congrès 
des Sociétés savantes en 1886, comprenant cinq parties 
distinctes : Histoire et philologie ; archéologie ; sciences 
économiques et sociales ; sciences mathématiques, physi- 
ques, chimiques et météorologiques; sciences naturelles et 
sciences géographiques. 

Ce programme, déposé au secrétariat, sera communi- 
qué à tous les membres qui désireraient traiter un ou plu- 
sieurs des points indiqués. 

M. Morel, d'Andancette, 

Et M. Emblard, ancien magistrat, de Valence, présen- 
tés par MM. Colomb, Tabbé Mazet et Lacroix^ sont pro- 
clamés membres titulaires^ 

Et M. Eolde Berthin, de Beaurepaire, 
M. Petit, curé de St-Antoine, 
M. Battendier, chanoine, directeur de la Semaine 
religieuse^ de Viviers, présentés par MM. Blanchard, 
Vallier et Lacroix, sont proclamés membres correspond 
dants. 

Une lettre de M. Tabbé Jassoud renferme la description 
de Roussas, de son château et de ses églises ou chapelles ; 



l36 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

notre collègue a été frappé surtout du caractère roman 
de l'ancienne église du château et d'un bas-relief sur pierre 
blanche, représentant un lion entre deux cerfs, — qu'il 
croit du IX* ou du X* siècle. 

Village, château, paysage, bas-relief et église méritent 
d'être étudiés avec soin, et nos collègues ne manqueront 
pas, à l'occasion, d'en décrire en détail les points saillants. 

La lettre parle ensuite du château des Tourrettes, dé- 
pendance de Cruas, et appelle l'attention sur cet édifice 
curieux. 

Le secrétaire fournit quelques renseignements histori- 
ques inédits sur Valence et sur Guillaume de Lavoulte, 
dont un gros d'argent a été décrit dans le Bulletin^ et 
énumère les publications reçues, en signalant les travaux 
des Sociétés correspondantes relatifs à notre région. 

U Académie delphinale a, dans un gros volume, réuni les 
titres des livres imprimés à Grenoble et esquissé l'histoire 
des imprimeurs et libraires de la même ville; par ses 
curieuses révélations, M. Edmond Maignien a rendu un 
véritable service aux bibliophiles. 

Dans le volume que publie Y Académie d^Aix, M. Gus- 
tave Vallier a étudié de nouveau l'iconographie du roi 
René et M. Laugier, les monnaies du même prince. 

M. le chanoine Trépier a fourni à V Académie de Savoie 
des recherches historiques sur le décanat de St-André et 
sur la ville de ce nom, ensevelie, au XIIP siècle, sous les 
éboulis du mont Granier. 

Deins la Société d'éludés des Hautes- Alpes, M. de Bon- 
niot fait connaître la règle imposée par l'abbé d'Aurillac 
aux moines et clercs ou frères lais des prieurés de Saillans 
(Drôme) et d'Aspres-sur-Buëch (Hautes-Alpes), en i3o3. 
Outre le prieur, chet souverain, il y avait à Saillans pour 



SÉANCE. îZj 

le service divin : le sacristain, ou curé, les prieurs d'Au- 
benas et de Mouvens (St-Moirand), le moine claustral et le 
clerc. On voit par ce document quelle était la manière de 
vivre de ces petites communautés et quelles étaient leurs 
occupations, et à ce titre il offre un réel intérêt. 

La même Société publie une savante note de M. Tabbé 
Guillaume et de Vallon-C^orse sur une inscription inédite 
d^Embrun, relative à un flamine augustal. 

M. Chabouillet rend compte dans le Bulletin archiolo-- 
gique du Comité des travaux historiques et scientifiques 
d'une communication faite par M. Joseph Vallentin, de 
Mirabel aux Baronnies. Il s'agit d'une monnaie en bronze 
de la colonie de Nimes, avec les têtes adossées d'Auguste 
et d'A grippa. « C'est tout ce qu'il y a de plus commun. » 

On lit dans la Romania une charte romane qui ^e rap- 
pone aux Mévouillon et aux de Baux, princes d'Orange. 
Elle doit regarder Raymond I, mort dans l'abbaye de 
Sénanque, avant] 1208; ce document sera utilisé pour la 
monographie de Mévouillon. 

Enfin, la Société des architectes de la Drôme^ dans le 
2* n* de son Bulletin expose les moyens de restaurer le 
théâtre de Valence. 

Il est aussi rendu compte de plusieurs brochures dont 
les titres seront donnés dans la chronique, et la Société 
loue particulièrement le beau et savant mémoire de 
M. L. Morel sur le Temple du Châtelet d'Andance. (i) 



(1) Lyon, Mougîn-Rusand, 1875, broch. iQ-4* de 57 pp. 



x38 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

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CHRONIQUE 



En commençant le vingtième volume du Bulletin^ le 
secrétaire est heureux d'offrir ses félicitations aux collègues 
bienveillants et érudits qui ont su rendre cette publication 
intéressante, et qui l'ont soutenue de leurs sympathies. 

Voici les ouvrages reçus pendant le trimestre : 

Histoire des enfants abandonnés et délaissés. Etudes 
sur la protection de Venfance au^ diverses époques de la 
civilisation^ par Léon Lallemand. (Paris, Alph. Picard, 
x885. I vol. in-S'^de 790 pp. Cet ouvrage intéressant est 
muet sur nos provinces. 

Notice sur la vie et les œuvres d'Achille Gamon et de 
Çhristophle de Gamon d'^Annonay en Vivarais, par 
A. Mazon, Paris, Lemerre i885. i vol. in-8% de i36 pp. 
consciencieuse et savante étude sur un poète qui fut 
l'émule de du Bartas et sur un chroniqueur du XVI* siècle, 
dont le Bulletin va publier les Mémoires complets, an- 
notés par M. Brun-Durand. 

Du même auteur : Voyage au pays helvien^ par le doc- 
teur Francus, Privas i885, imprimerie du Patriote^ i vol. 
in- 12, de 532 pp. M. Mazon parcourt ainsi peu à peu tout 
le Vivarais et charme le lecteur par son esprit et son éru- 
dition. 

Les mobiles secrets de la politique européenne sous 
le règne de Louis- Philippe et de Napoléon III, par M. 
Bertrand, Paris, Bloud et Barrai 1886, br. in-8% de 47 p. 

Chartes et coutumes seigneuriales de Chapteuil et de 
Léont oing {Haute-Loire), (1253-1264), publiées par Au- 



CHRONIQUE. r39 

gustin Chassaing (Paris, Larose et Forcel, i882),br. în-8% 
de i5 pp. — Du même auteur : Ordonnance de Louis XI 
sanctionnant des articles arrêtés entre les consuls et les 
habitants du Puy-en-Velay. Paris, mêmes librairies, 1884. 
Br. in-8% de i5 pp. ; — et Cartulaire des Templiers du 
Pujr^en^Velajr. Paris, Champion 1882. Broch. in-8*, de 
83 pp. 

M. Chassaing est un magistrat de talent et un érudit de 
mérite dont les écrits sont fort recherchés. 

Armagna dotifinen per lou bel an de Diou 1886. Va- 
lence, Lantheaume, br. in-12, de 80 pp. C'est un véritable 
recueil de poésies patoises de nos plus habiles félibres de 
la Drôme, et de contes intéressants en prose. 

Rimes à temps perdu (1833-1878) par Jules Ferrand, 
Paris, Lemerre, 1879, i vol. in-12, de 271 pp. Il y a là 
des vers à M. Clément, l'habile artiste de Donzère, d'au- 
tres sur le rocher de Pierrelatte,sur les Trois Donzelles etc., 
et surtout la charmante idylle intitulée : Le Creux-du« 
Merle. 

Du même auteur : Le mariage de don Juan, conte 
espagnol. Paris, Lemerre i883, i vol. in-12, de 162 pp. 

Rapport sur les archives départementales, communales 
et hospitalières de V Isère ^ en 1884-1885, par A. Prud- 
homme, Grenoble, Allier, i885, br. On y trouve le cata- 
logue des manuscrits conservés dans le dépôt des archives 
dePIsère. 

Rapport sur les archives des Hautes-Alpes^ par M. 
Tabbé Guillaume pour l'exercice 1 884-1 885. 

Jacques de Lamotte-Brion, Episode des guerres reli- 
gieuses du XVIP siècle par M"*« E.-C. Lascombes. Privas, 
imprimerie du Patriote^ i885, br. de 32 pp. Intéressante 
chronique. 



140 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Succession Florian Malgras. Arguments sur les nulli- 
tés connexes du testament^ avec codicille^et de la prétendue 
transaction qui en a été le corollaire par Martial Malgras. 
Marseille, Cayer, 1881, br. in-8% de 47 pp. Curieuse 
dissertation. 

Les brigands. Episodes inédits de la réaction thermi- 
dorienne (1794- 1804) dans le canton de Valréas et dans 
la ville de Bollène^ par Louis Devès, Avignon, Gros, i885, 
br. in-8% de 76 pp. 

M. H. Vaschalde avec son Guide nous conduit dans 
Vais et autour de Vais en érudit et en archéologue. 

ValS'les 'Bains en igoo ; — et les Félihres à Vals-les- 
Bains^ par le même. 

Recherches sur les eaux potables de Vals-les-Bains, 
par Albert Vaschalde, pharmacien. 

Terminons cette revue par l'annonce d'une nouvelle 
édition des Essais historiques sur la ville de Valence de 
J. OUivier, Javec d'importantes additions. Valence, Che- 
nevier et Pessieux, 1886, i vol. in-8**. 

M. de Coston nous signale, en outre, une brochure de 
M. le comte Paul du Chastel de La Howardière , de 
Kain lès Tournay, intitulée : Preuve des extravagantes 
prétentions de la famille roturière Chanel^ dite de Crouy- 
Chanel de Hongrie^ et de la légitimité de la maison prin- 
cière de Croy-Dulmen. Tournay, Vasseur-Delmée, 3opp. 
in-4^ A. L. 

ERRATA 

Corriger dans la livraison] 75% page 365, ligne i3, le 
mot écouté qui doit être écrit écoutée, — et à la ligne 16, 
attribuer à' Lamartine, les quatre vers cités comme une 
rectification adressée directement aux membres de la So- 
ciété, les en a avertis déjà. 



MEMOIRES 

DE 

Achille GAMON 

Avocat d'Annonay 
J. 'B'RUV^ - 'DU'R'-ANT». 

INTRODUCTION 



Prétendre publier pour la première fois les Mémoires 
d'Achille Gamon, est d'autant plus surprenant que 
toutes les grandes collections de mémoires historiques 
comprennent ceux de l'avocat annonéen, et que ces 
Mémoires font également partie du Recueil de pièces 
fugitives pour servir à l'histoire de France, publié en 
17^9 par le marquis d'Aubais (1). Seulement il ne faut 
pas oublier que sous le titre de Mémoires sur tes guer- 
res civiles du Haut-Vivarais, ce dernier n'a donné en 
somme qu'un résumé des Mémoires de Gamon et que tous 
les éditeurs de Collections l'ont simplement copié. Avec 

(1) PiriB. 3 Tolume» in-quarto. 

Tome XX. — 188G. 10 



142 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

cette différence toutefois, que les éclaircissements et 
les notes, dont Térudit grand seigneur languedocien a 
accompagné son texte, ne se retrouvent que dans la 
Collection universelle de Perrin (i), tandis que les 
erreurs par lui commises dans la lecture de certains 
noms de lieu, ont été fidèlement reproduites par tous 
indistinctement. 

Or, si de semblables publications étaient suffisantes au 
temps de d'Aubais, il n'en est plus de même aujour- 
d'hui, que le goût en matière d'histoire s'est tout à la 
fois épuré et fortifié. Autrement exigeants que nos 
devanciers, nous ne nous contentons point comme eux 
de résumés ou d'extraits, lorsqu'il s'agit de mémoires, 
c'est le texte original qu'il nous faut ; qui plus est nous 
le voulons avec tous ses archaïsmes d'orthographe et de 
style, et pour ce qui regarde les Mémoires de Gamon, il y 
a d'autant plus de raison de rechercher le texte primitif, 
que le résumé qui en a tenu lieu jusqu'ici, est d'une 
concision souvent excessive et quelquefois incomplet. 
Non content de réduire le récit de certains faits à une 
simple mention, d'Aubais a complètement supprimé ce 
qui se rapporte à certains autres ; ce qui s'explique d'au- 
tant moins que le même d'Aubais ne craint pas de pro- 
fesser dans le même recueil, « que ce qui est minime 
pour l'un est un fait essentiel pour l'autre (2) ; » puis 
encore, parce que la plupart des faits négligés par lui, 
sont de ceux qui ont une place marquée dans toute his^ 
toire locale. 



(i) Paris. 1785-1 791. 73 volumes in-octavo, 
(a) Recueil de pièces Jugiiivesm \, 5. 



MEMOIRES D^ ACHILLE GAMON. l^H 

Généralement parlant, ces Mémoires ont du reste 
une importance bien supérieure à leur étendue, car 
ils forment à peu de chose près les seuls matériaux 
de l'histoire du Haut-Vivarais pendant la plus gran- 
de partie des guerres de religion ; — de 1558 à 
1Ç76 et encore en 1585 et ij86. — Ce qui équivaut 
à dire qu'ils constituent une des intéressantes pages 
de notre histoire nationale à cette époque tourmentée ; 
aucun pays n'ayant été plus profondément bouleversé 
par les guerres civiles du XVI"' siècle, que le Haut- 
Vivarais, nulle part ces abominables guerres n'ont 
fait plus de ruines et de victimes qu'à Annonay, ville 
qui après avoir été l'une des premières à recevoir 
la Réforme, fut pendant longtemps un des boulevards 
du parti huguenot. Aussi la découverte faite, il y a 
quelques années, d'une copie authentique des Mémoires 
cT Achille Gamorij dans les papiers de l'un de ses derniers 
descendants, M. de La Lombardière, de Montmey- 
ran, fut-elle considérée comme une heureuse trouvaille, 
et les hommes les plus compétents manifestèrent-ils 
aussitôt le désir de les voir publier. « Une édition 
intégrale de ces mémoires si précieux pour la pro- 
vince, serait aujourd'hui une tâche facile, bien capable 
de tenter l'ambition d'un érudit, » écrivait peu de temps 
après le savant et sympathique président de la Société 
d'archéologie et de statistique de la Drôme, M. de 
Gallier, dans ses Tournonnais dignes de mémoire (i) ; 
et la phrase a été textuellement reproduite par M. 



(1) Tournon. 1878 in-8*. 



^ 



144 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Auguste Mazon, écrivain des plus distingués, dans la 
substantielle étude, par laquelle il prélude à la publica- 
tion de certaines œuvres de Christophe Gamon, un des 
fils de notre mémorialiste (i). 

Il n'en fallait pas autant pour nous inspirer la pensée 
d'éditer les Mémoires de Gamon ^ tout ce qui touche à 
l'histoire si souvent écrite et selon nous toujours à 
écrire des guerres de religion, nous intéressant au 
plus haut degré. Malheureusement le manuscrit des 
La Lombardière ne se retrouvait plus, lorsqu'il nous 
fut permis de nous en occuper, et nous en serions 
par suite aux stériles regrets, sans l'intervention de 
notre vieil ami et maître M. Lacroix, qui obligeant 
comme toujours, mit alors à notre disposition une co- 
pie du manuscrit égaré ; nous lui en sommes d'autant 
plus reconnaissant, que prise avec la plus scrupuleuse 
exactitude, par le savant archiviste de la Drôme lui- 
même, cette copie est assurément de celles qui peuvent 
tenir de l'original. Quant au manuscrit dont cette copie 
est la fidèle reproduction, c'est vraisemblablement le 
même qui servit au marquis d'Aubais pour ses Pièces 
fugitives^ cdiT il porte à sa dernière page, la signature 
de « Jean- Armand Fourel, procureur du Roy, » et ce 
magistrat est précisément celui, qui, nous le savons par 
la préface du cinquième tome de l'Histoire du Languedoc^ 
prêta le manuscrit des Mémoires de Gamon à Dom Vais- 
sette ; tandis que d'Aubais nous apprend de son coté, 
que ces Mémoires lui furent communiqués par le sa- 



(i) Notice sur la vie et les œuvres cT Achille Gamon et de Christophe de 
Gamottf d'cAnnonay en Vivarais. — Lyon. 1885 grand in-octavo. 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. J/^5 

vant bénédictin. Il y a même quelques raisons de croire 
que ce manuscrit, qui est de la fin du XVII"' siècle, 
suivant M. Lacroix, est en dépit de sa date le manus- 
crit original des Mémoires de Gamon ; ou pour mieux 
dire que l'avocat annonéen n'a pas à proprement 
parler laissé des mémoires, mais seulement des frag- 
ments et des notes, qui ne furent recueillis et rassemblés 
que longtemps après sa mort, par Fourel peut-être. Et 
ce qui nous autorise à le penser, ce sont tout à la fois 
les grandes et nombreuses lacunes qu'on remarque dans 
ces Mémoires^ et additions également nombreuses qui 
y ont été faites, en marge du manuscrit des La Lombar- 
dière ; car on ne voit pas que celles de ces additions, 
qui se rapportent à des événements contemporains de 
notre mémorialiste, puissent être autre chose que le 
résultat de nouvelles recherches faites dans ses pa- 
piers, et d'autre part certaines lacunes ont très pro- 
bablement pour cause, la perte d'une partie de ces 
mêmes papiers. 

Quoi qu'il en soit, nous publions intégralement ce 
manuscrit, en distinguant bien entendu, ainsi qu'il con- 
vient, du texte original, les additions marginales, et 
nous l'accompagnons en outre de notes, qui singu- 
lièrement plus fréquentes et plus étendues que celles 
de d'Aubais, ont non seulement pour but d'identifier 
les noms de personne et de lieu, qui se trouvent dans 
les Mémoires de Gamoriy mais encore d'expliquer, de 
compléter et quelquefois même de rectifier dans cer- 
tains détails, les récits de l'avocat annonéen. Notes 
pour la confection desquelles, nous avons utilisé conçu- 



146 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

remment avec le résultat de nos propres recherches, 
quantité de renseignements précieux, obligeamment 
mis à notre disposition par M. Tabbé Oriol, d'Anno- 
nay, à qui nous sommes heureux de pouvoir témoigner 
ici notre profonde gratitude. 

Cela dit, comme il en est en définitive des mémoires, 
ce qu*il en est de tout témoignage, dont on ne saurait 
apprécier exactement la valeur et la portée, sans con- 
naître celles du témoin lui-même, nous allons essayer 
d'établir le degré de confiance que méritent ceux-ci, 
en groupant et résumant ici ce que Ton sait d'Achille 
Gamon et de sa famille, de son caractère, de ses ten- 
dances, du milieu dans lequel il vécut et du rôle qu'il 
y joua. 

Les Gamon étaient une famille du hameau des Cham- 
bons, paroisse de Vocance, à quelques lieues d'An- 
nonay, dont le premier membre connu avait nom Claude 
et vivait en 1468 et 1 481. Ce Claude eut un fils du 
même nom que lui et comme lui notaire à Vocance, de 
qui il est question en 148} et en 1508, et qui d'Antoi- 
nette Carron, fille de Laurent, juge seigneurial du lieu, 
laissa cinq fils et deux filles : François, Antoine, Lau- 
rent, André, Pierre, Blanche et Marie. Celle-ci se fit 
religieuse, et sa sœur épousa en 1508, noble Julien de 
Gléon, juge de la terre du Monestier en Vocance. 
Quant aux fils, François, l'aîné, mourut à Bourg-Argental 
sans avoir été marié ; Antoine, le cadet, de qui nous au- 
rons à reparler plus d'une fois, après avoir été quelque 
temps notaire comme ses aïeux, devint en 1529 juge- 
royal du Vivarais, Laurent qualifié « sire du Chambon», 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 147 

dans le contrat de mariage de sa sœur, se contenta de 
cultiver sa part de l'héritage paternel ; André fut tabel- 
lionner à Saint-Péray ; enfin Pierre, le plus jeune^ étant 
allé se fixer à Tournon, pour y pratiquer lui aussi le 
notariat, y épousa en 1529 Louise Boulot, qui le rendit 
père d'Achille, l'auteur de ces Mémoires (i). 

Achille Gamon naquit donc à Tournon (Ardèche), le 
1 5 août 1530, et c'est dans le collège de cette ville qu'il 
fit ses premières études ; seulement la mort presque 
simultanée de ses père et mère, aux mois de mai et 
de juin 1547, l'ayant fait passer sous la tutelle de son 
oncle Antoine, celui-ci l'envoya étudier le droit à l'uni- 
versité de Valence, puis à celle de Toulouse, et c'est 
dans cette dernière ville qu'il fut reçu licencié en droit 
le II février 155 1. Trois jours après, le nouvel avo- 
cat épousait a demoiselle Jehanne de Massabeuf, âgée 
de dix-neuf ans, fille de M* Estienne Massabeuf et de 
honneste femme Anne Rome ». Or comme les Mas- 
sabeuf, gens anoblis sous Louis XI, étaient alors une 
famille de notaires d'Annonay, ce mariage fixa d'au- 
tant plus facilement notre mémorialiste dans cette ville, 
que c'était en réalité là qu'habitait son oncle et tuteur 
le juge-royal du Vivarais, dont la résidence officielle 
était à Boucieu-le-Roi (2), et que cet oncle n'avait pas 
d'héritiers directs ; trois filles nées d'un premier ma- 
riage avec Françoise de Combes, sœur de Martin, 



(i) Arch. de la Dr.j B. 26. — A. Mazon. Notice sur Achille Gamon,p,i6 18. 
(2) Commune du canton de Saint-Félicien (Ardèche), qui fut ju8qQ*en 
1565 le chef-lieu du bailliage du Vivarais. 



148 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE' STATISTIQUE. 

juge d'appeaux de l'évêché de Valence, étant toutes 
les trois mortes sans postérité, et Blanche de La Ri- 
voire, sa seconde femme, ne lui ayant pas donné d'en- 
fants (i). 

Indépendamment de cela, Achille Gamon avait du 
reste tout avantage à s'établir auprès de son oncle, car 
il ne pouvait que gagner au contact d'un homme, qui 
premier magistrat de robe du Vivarais depuis long- 
temps, était tout naturellement porté à le faire bénéficier 
de son influence et de ses relations, aussi bien que de 
son expérience et de ses conseils. Et de fait il en pro- 
fita dans une si large mesure, qu'âgé de vingt-neuf ans à 
peine, il fut élu premier consul d'Annonay pour l'année 
1559, et continué dans cette charge l'année suivante; 
fait d'autant plus digne de remarque, que les Annoné- 
ens étaient alors profondément divisés sur la question 
religieuse. Initiés dès 1527 ou 1528 aux doctrines luthé- 
riennes, et vers 1546 à celles de Calvin, ils comptaient 
en effet, depuis quelques années surtout, beaucoup de 
partisans de ces doctrines parmi eux, et les doctrines 
catholiques ayant naturellement aussi leurs champions, 
il en résultait pour tous un état permanent d'agitation 
et de trouble. Au moment de l'élection de Gamon, 
les choses en étaient même arrivées à un tel degré 
d'acuité, que le lieutenant du roi en Languedoc, crut 
devoir faire occuper militairement Annonay, et comme 
il arrive si souvent hélas ! en pareille circonstance, 
cette intervention n'avait fait qu'ajouter à l'irritation des 



(1) Mazon: Notice 18-19. — Fillol. Ilist. d'Annonay. 1,624. — DeGallier. 
Les Tournonnais, 33. — Archives de la Drâme^ E 2575. 



MÉMOIRES D^ ACHILLE GAMON. I49 

esprits. Aussi Tun des premiers soins du nouveau con- 
sul, lorsqu'il eut été investi de sa charge, fut-il de sol- 
liciter le retrait des troupes royales, et l'ayant obtenu 
par l'intermédiaire de l'abbé de Thiers, — un des frères 
de Marillac archevêque de Vienne et chef du Conseil 
privé, qu'il avait connu à l'université de Toulouse, — il 
tint à l'hôtel-de-ville une assemblée générale des habi- 
tants d'Ânnonay, dans laquelle on résolut de s'opposer 
à la propagation des nouvelles doctrines religieuses. 
Seulement ce ne furent là encore que des mesures vaines ; 
car quelques jours après ces mêmes Annonéens subissant 
d'autres influences, demandèrent à Genève un ministre, 
et les passions se donnèrent ensuite telle carrière, que 
le parlement de Toulouse ayant enjoint au juge-mage 
de Nimes, puis au bailli du Vivarais, Just de Tournon, 
comte de Roussillon, de se rendre à Annonay pour y réta- 
blir l'ordre, ce dernier ne fut pas plutôt arrivé sur les lieux 
qu'il dut s'en éloigner, sous peine d'y perdre la vie (i). 

Voyant cela, Achille Gamon se désintéressa dès lors 
des querelles de ses concitoyens, pour se consacrer à la 
défense de leurs intérêts matériels, et dans ce but prit part 
à toutes les délibérations des Etats du Vivarais et des 
Etats-généraux du Languedoc, qui furent tenus pendant 
son consulat. Il assista notamment à cette orageuse ses- 
sion de mars 1560, sur laquelle il donne plus de détails 
qu'aucun autre historien ou mémorialiste, et dans laquelle 
les chefs du parti huguenot en Languedoc, attaquèrent 
si violemment le clergé catholique. « Dans l'ignorance 



(i) Mémoires de Gamon. — Hist. gén. du Languedoc^ édition du Mège. 
VIII, 260 et 307. 



i5o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

de la religion catholique et de la religion réformée 
où on estoit, — dit-il — on ne sçavoit à quelle des 
deux on debvoit s'attacher, quels pasteurs il falloit sui* 
vre ; » et c'est, croit-on, à la suite de cette session, 
que notre mémorialiste se fit huguenot. Car bien que 
les auteurs de la France protestante^ s'accordent avec 
ceux de VHistoire générale du Languedoc^ pour dire 
que Gamon resta catholique, on est généralement d'avis 
qu'il embrassa le protestantisme, et les historiens an- 
nonéens en particulier, sont unanimes sur ce point. 
Mais ce qu'il importe de constater surtout, c'est que 
quelle que soit leur opinion touchant les croyances reli- 
gieuses de Gamon, tous ceux qui se sont occupés de 
ses Mémoires^ y voient un témoignage dont la sincérité 
ne saurait être suspectée, et qui plus est, des histo- 
riens de religion différente, concluant en sens inverse 
pour ce qui regarde celle de notre mémorialiste, s'ac- 
cordent à reconnaître sa sincérité et sa bonne foi, en 
n'y voyant qu'un fait anormal. « Quoiqu'il fût attaché 
malheureusement à la nouvelle hérésie de Calvin, Gamon 
ne cesse pas de rapporter les choses fidèlement », disent 
en effet les Annales de la ville d'Annonay, œuvre manus- 
crite d'un protestant converti au catholicisme, — Louis 
Chomel dit le Béat — et d'une religieuse sa tante (i) ; 
et les frères Haag confessent de leur côté, que « mal- 
gré l'esprit de modération et d'impartialité qui règne 
dans cette petite chronique, rien ne prouve que l'au- 



(i) L*original de ce manuscrit fait partie de la bibliothèque d'Annonay ; 
mais il y en a des copies dans d'autres bibliothèques, notamment une dans 
celle de M. A. de Bouffier. 



MÉMOIRES d'ACHILLE GÂMON. i5i 

teur des Mémoires de Gamon « ait embrassé lui-même 
la Réforme. ]> Aussi peu bienveillants les uns que les 
autres pour leurs adversaires, chacun d'eux s'étonne 
qu'un écrivain d'une autre religion que la sienne, soit 
impartial et modéré ; et nous devons reconnaître que 
leur étonnement à tous s'explique, l'impartialité et la 
modération qui ne sont pas assurément qualités com- 
munes de nos jours, chez ceux qui s'occupent des 
guerres civiles du XVP* siècle, étant à peu près com- 
plètement étrangères aux écrivains de cette époque (i). 
Mais pour en revenir à notre sujet, la religion de 
Gamon, il est extrêmement vraisemblable que suivant 
la remarque de M. de Gallier, notre mémorialiste en 
arriva « à une sorte d'indifférence en une aussi grave 
matière ; » conclusion qui est également celle de M. 
Mazon. Seulement il ne nous est pas possible de voir 
comme ce dernier, dans cette indifférence, le décou- 
ragement et la lassitude d'un esprit sage, en présence des 
épouvantables excès dont tous les partis se rendirent 
alors coupables ; car il ne faut pas oublier que Gamon, 
qui ne se montra pas tout d'abord favorable aux nou- 
velles doctrines religieuses, ainsi que le prouvent les 
résolutions prises sous son inspiration, dans une as- 
semblée générale des habitants d'Annonay, (mars 1559,) 
dont nous avons parlé tout à l'heure, inclina du côté de 
ces doctrines, au moment même où ceux qui en étaient 
les champions, cessèrent d'être d'intéressantes victimes, 



(x) Mémoires de Gamon, —- Hist. gin. du Languedoc, VIII. — Haag. La 
Famce protestante V" Gamon. — Poncer. Mémoires historiques sur Annonay, 
II, ao. » FiLHOL. Hist, d'Annonay, l, 634. 



l52 SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

pour devenir d'ambitieux et menaçants révoltés, d'op- 
primés, oppresseurs. Mais nous sommes du reste 
amplement fixés, sur les véritables sentiments de notre 
mémorialiste, par son Livre de raison^ une sorte de 
registre dans lequel Gamon a consigné le souvenir 
de ses plus importantes affaires domestiques et de ses 
principaux événements de famille, acquisitions, ventes, 
échanges, naissances, mariages et morts, en un mot, 
tout ce qui Tintéressa le plus ici bas (i). 

Instruit et lettré comme l'étaient généralement alors 
les hommes de sa condition, Gamon a effectivement 
émaillé ce recueil de citations et de sentences, dont 
quelques-unes sont caractéristiques. Par exemple celle- 
ci, qui placée en tête du registre, indique suffisamment 
la pensée qui a présidé à sa confection : Ùivitiarum 
quœrendarum non solum rationem habere oportet^ sed etiam 
collocandarum^ ut perpétuas sumptus suppeditent nec so- 
lum necessarios sed etiam libérales ; ou bien encore cette 
autre, qui n'est, christianisée dans sa forme, qu'une re- 
production du Salve lucro des Romains de la décadence : 
Benedidus Dominus qui servat et auget. Béni soit le Sei- 
gneur qui conserve et qui enrichit. Et de fait, il n'y a 
qu'à parcourir ce registre, pour se convaincre que Ga- 
mon était par excellence, ce que l'on appellerait de 
nos jours un homme pratique, autrement un homme qui 
ne se laissa jamais distraire du soin d'augmenter sa for- 



(i) Ce registre qui passa des Gamon aux du Pont de Munas, dans les 
commencements du XVIII* siècle, a été donné à la bibliothèque publique 
d*Annonajr, par M. le baron de La Roque, dont les ancêtres étaient seigneurs 
de Munas avant la Réroluiion. 



MÉMOIRES D*ACHILLE GAMON. l53 

tune ; car il y est question pour ainsi dire à chaque 
page, d'acquisitions d'immeubles ou de rentes fonciè- 
res. Au modeste héritage de ses parents, augmenté 
des sept cents livres tournois formant la dot de sa fem- 
me, et de l'héritage de son oncle et tuteur, le juge-royal 
Antoine Gamon, qui mourant en 1564 a rempli de jours 
et d'âge », lui légua une maison dans Annonayet la moi- 
tié du port d'Andance, notre avocat ajouta en effet dès 
1 57 1 une moitié du domaine de La Lombardière, acquise 
moyennant 1400 livres, de noble Antoine deCriveKde 
Chambaran, et l'année suivante l'autre moitié, payée 
1521, livres à Balthazard de Crivel, qui ayant ensuite 
demandé la résiliation du contrat pour cause de lésion, 
obtint un supplément de 300 livres. Il arrondit ensuite le 
domaine d'Esteyses, qui lui venait des Massabeuf et 
qui comprenait en fin de compte cinquante pièces de 
terre ; puis acheta le domaine de Fourany qui en com- 
prenait dix-neuf ; puis celui de Brunieu formé de onze ; 
puis les moulins de Faya, qui revendus en 1636, par un 
de ses petits-fils, à Barthélémy et Mathieu Johannot, 
d'Ambert en Auvergne, furent alors convertis en une 
papeterie ; et nous n'en finirions pas si nous voulions 
énumérer toutes ces acquisitions. En pleine guerre 
civile, alors qu'il n'y avait pas en quelque sorte de mai- 
son qui ne s'appauvrît, lui s'enrichissait ; et ce qu'il im- 
porte de remarquer encore, c'est que non moins prudent 
que thésaurisateur, il s'efforça toujours de dissimuler 
son florissant état de fortune. Tellement, que mariant 
en 1574 sa fille Blanche, un tiers de la dot, soit mille 
livres, furent portées dans le contrat comme étant don- 



i54 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

nées par Blanche de La Rivoîre, veuve Gamon, grand'- 
tante de la future, tandis qu'il résulte des renseigne- 
ments fournis par le Livre de raison^ que cette somme 
fut en réalité donnée par le père, qui « pour éviter tout 
bruyt envîeulx ne vouloit estre veu, si grande dote excé- 
dant sa portée ». Le trait peint l'homme (i). 

En tout cas, déchargé du consulat le 24 mars 1561, 
qui est le dernier jour de l'année 1560, suivant l'ancien 
calendrier, c'est-à-dire au moment même où le pays 
devenait décidément et pour longtemps la proie des 
factions, il s'inspira assez de l'une de ses sentences : 
Bene qui latuil bene vixit, pour qu'on ne le trouve que 
quatre ou cinq fois mêlé, et cela encore d'une ma- 
nière tout à fait incidente, aux affaires publiques, pen- 
dant les trente sept années qui précédèrent sa mort. 
La première fois c'est en 1568. Ayant employé les 
trop nombreux loisirs que lui firent les guerres civiles, 
en suspendant le cours de la justice, à déchiffrer et tra- 
duire les chartes de libertés, concédées aux habitants 
d'Annonay par leurs différents seigneurs, il fit hommage 
de ce travail aux consuls d'alors, en l'accompagnant 
d'une lettre, dont au moins un passage mérite d'être 
cité, parcequ'il est une nouvelle preuve de sa modéra- 
tion. « Recevez — dit-il — recevez donc Messieurs 
« vosdites libertés, droits et usances, comme l'une 
(( des singularités dont votre ville et baronnie se peut 
<K dire douée. Si en les lisant elles semblent à quelqu'un 



(i) De Gallier. Les Toumonnaist 41 et 38. — A. Mazon. Notice 30. 
«- Mémoires de Gamon. 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. lb5 

« ne s'estendre aussi loing qu'il pourroit le désirer, 
« dites avec Platon que subjection et liberté excédant 
a le moyen, toutes deux sont mauvaises, et estant mo- 
« dérées Tune et l'autre sont sages. » Huit ans plus 
tard (1576), les protestants annonéens ayant acquis 
une maison particulière pour la convertir en temple, 
Gamon fut un de leurs prête-noms, en attendant qu'ils 
pussent Tacquérir légalement ; et c'est douze ans après, 
autrement en i«588, que notre homme fut chargé de 
refaire le cadastre de la communauté d'Annonay, tra- 
vail pour lequel il était préparé plus que personne par 
ses recherches dans les archives municipales, et au ter- 
me duquel il fut appelé pour les mêmes raisons, a com- 
plimenter publiquement le duc de Ventadour, qui nou- 
vellement reconnu seigneur d'Annonay, par arrêt du 
parlement de Paris, vint prendre possession de cette 
seigneurie le 9 avril 1590. Enfin nous trouvons sa signa- 
ture et celles de ses deux fils aînés, au bas d'une lettre 
que le Procureur du Roi et les avocats d'Annonay, 
adressèrent le 2 mai 1591 au Juge-royal, pour se plain- 
dre de l'inexactitude des magistrats du bailliage et des 
lenteurs qui en résultaient pour le public, de la mau- 
vaise tenue des registres du greffe et de l'augmenta- 
tion des frais de justice, le priant enfin de remédier 
à tous ces abus, en restaurant les anciens règlements 
des cours royales (1). 

Abstration faite de ce que Gamon nous raconte lui- 
même, le concernant, dans ses Mémoires, et de quelques 



(i) Poncer. Mémoires historiques sur Annonay, I, 1 18 et II, 34.^ Filhol. 
II« 16. — Mazon* 33. 



i56 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

détails sans intérêt touchant ses affaires domestiques, 
nous ne savons rien de plus sur notre mémorialiste; sinon 
qu'il mourut à Annonay le 22 décembre 1 597, et qu'il fut 
enterré dans le cimetière protestant de cette ville. Ajou- 
tons que de son mariage avec Jeanne Massabeuf, Achille 
Gamon n'eut pas moins de quatorze enfants dont quatre 
seulement lui survécurent : Blanche qui n'étant encore 
âgée que de quatorze ans, épousa en 1574 M* Pierre 
Gautier, sie\ir de Gourdanel ; Mondon, Théodore et 
Christophe (i). 

Mondon Gamon qui se disait, sieur de la Collange, 
du nom d'un petit fief sur Eclassan (2), était en 1596 
syndic des avocats d'Annonay, et fut de plus juge sei- 
gneurial des terres de Revirand et d'Oriol. Marié le 
14 janvier 1588 avec Catherine de La Rivoire, fille de 
Claude et nièce de Blanche de La Rivoire, sa grand'- 
tante, il eut : r Achille, autre avocat, né le 27 avril 
1597 et marié le 5 novembre 1634 avec Jeanne de Bré- 
nas, fille de feu Christophe, seigneur d'Oriol et de 
Madeleine de Montchenu, dont les descendants con- 
damnés en 1698 pour usurpation de titres de noblesse, 
se sont vraisemblablement éteints au commencement du 
XVI II"* siècle, chez les du Pont de Munas, qui héritè- 
rent ainsi du Livre de raison de son aïeul. 2° Jeanne 
dont le mari Jean Etoile, fut premier consul d'Annonay 
en 1626. j** Catherine qui naquit en 1 599 et fut femme de 
l'avocat Jean Primet. 4** et 5** Pierre et Jean. Ce der- 



(l) MaZON. 31. — FiLHOL. II, 48. 

(2) Commune du canton de Tournon (Ardèche). 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. 167 

nier n'est eonnu que par le contrat de mariage de son 
frère aîné, dans lequel il figure comme témoin, et nous 
parlerons de Pierre après avoir fait connaître ses on- 
cles ((). 

Théodore Gamon, sieur de La Lombardière, avocat 
comme son père et son frère aîné, et premier consul 
d'Annonay en 1607, épousa le 30 mars 1596 Madeleine 
de Gurin, fille d'André, seigneur de Matré , qui lui 
donna entr' autres enfants : 1° André , mort jeune, 
2° Une fille qui tour à tour appelée Anne et Madeleine, 
naquit le 27 juin 1599 et fut femme de Balthazard de 
Cusson, exempt des gardes du corps du Roi, demeurant 
à Monistrol. }° Enfin Antoine, un avocat encore, qui 
s'étant fait catholique, vendit sous réserve du nom, la 
terre de La Lombardière aux Barou et fut ensuite s'établir 
à Valence ; attiré qu'il y était par un petit-cousin, Claude 
Gamon, petit-fils d'André, notaire à Saint-Péray, de 
qui il est question dans divers actes de l'an 1Ô09. Cet 
Antoine Gamon mourut avocat du Roi au Présidial de 
cette ville en 1669(2). 

Christophe ou Christophle Gamon, qui se qualifiait en 
1617 sieur de Chomenas, est le poète, dont le principal 
mérite à nos yeux, est d'avoir donné lieu à l'intéres- 
sante et substantielle étude de M. Mazon. Première- 
ment mis en pension chez un pédagogue de Boulieu, 
moyennant dix livres tournois par an ; puis à Tournon, à 



(i) Db Gallier. Lês Toumonnaist ^9. — Archives de VArdèche^ B 4. *- 
Ma2on, 28. 

(3) Arch, de VArdèche. B 3. — id. ie la Drômet B 3 et E 3587 et 3509. 
— A. Mazon. 39, 36. 

Tome XX.- 1886. 11 



i58 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

raison de trois écus vingt sols par mois ; ensuite à 
Nîmes, ayant reçu de son père « dix escus pour sa 
pension de troys mois et deux escus pour sa despence 
en chemin et autres menus affaires, » il fut enfin envoyé 
à Montpellier au mois de septembre 1 590 pour y étudier 
» la pratique des finances. » Mais abandonnant bient6t 
le culte de Plutus pour celui des Muses, comme il au- 
rait dit lui-même, il publia dès 1598 un recueil de vers, 
intitulé Pescheries (i), en tête duquel se trouve sa por- 
traiture, et ne paraît s'être distrait de ses poétiques 
occupations, que pour aller représenter l'église protes- 
tante d'Annonay, au synode de la Rochelle en 1607. 
CoUetet et le docteur Duret, cités par M. Mazon, disent 
qu'il mourut à Annonay en 1621, et qu'il ne laissa pas 
de postérité (2). 

Disons maintenant quelques mots de celui des petits 
fils de notre mémorialiste, dont la descendance s'est 
continuée jusqu'à nos jours. 

Pierre Gamon, deuxième fils de Mondon et de Ca- 
therine de La Rivoire, que nous voyons figurer avec le 
titre de docteur es droits, dans le contrat de mariage de 
son frère aîné (5 novembre 1634), voulant aller en 
Hollande, pour y compléter son éducation, afferma 
le 19 octobre 1622, toutes ses terres à sieur Jac- 
ques Fressenel, qui lui avança la somme de 400 li- 
vres sur le prix convenu, pour se pourvoir d'habits et 



(1) Les Pescheries, divisées en deux parties, où sont contenues par un 
nouveau genre d'écrire et sous des aussi beaux que divers enseignements, les 
plaisirs de la mer et de Veau douce, — A Lyon, chez Thibaud Ancelin, 1 598 
in-ia. 

(2) A. Mazon. 39 et suiv. 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. iSq 

de chausses. Revenu en France il se fixa auprès de son 
cousin Antoine, qui venait de quitter Annonay pour 
Valence, et d'abord avocat consistorial près le parlement 
de Dauphiné, obtint ensuite une charge d'avocat du Roi 
au Présidial,dont il était pourvu dès 1640, date à laquelle 
il lui fut permis d'exercer en même temps celle de 
juge seigneurial d^AUex et de la Baume-Cornillanne, et 
qu'il remplissait encore en 1661. C'est peut-être le 
même, qui en sa qualité de substitut du Procureur géné- 
ral du Roi en la Cour des monnaies, poursuivait en 165 1 
des muletiers arrêtés à Châteaubourg (Ardèche), con- 
duisant des bêtes de somme chargées de deniers au 
coin d'Orange, falsifiés et contrefaits à l'imitation des 
deniers tournois de France. « Frauduleux commerce, 
« qui enlève — dit-il dans sa procédure, — toutes les 
« bonnes espèces et remplit les provinces de monnaies 
« altérées, contrefaites et défectueuses; dont le décri 
« ruineroit en un jour plusieurs familles » (i). 

Ce Pierre Gamon qui joignait dès 1659 à son nom 
patronymique celui de La Lombardière, qu'ont porté tous 
ses descendants, est selon toutes probabilités l'auteur 
de Pierre- François et de Charles, qui était en 1699 
prêtre habitué de la cathédrale de Valence (2). 

Pierre- François Gamon de La Lombardière, con- 
seiller du Roi en la Sénéchaussée et siège présidial de 
Valence, ayant résigné son office en faveur de son fils 
aîné, obtint en 1730 des lettres patentes, l'autorisant à 



(i) Arch, de V Ardèche, B 4. — Mazon. — Arch, de la Drâme,B ^, 73, 153. 
(3) Arch. de la Drame, B 45J. 



i6o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

conserver nonobstant cela, le titre de conseiller. Il laissa 
entr'autres enfants : Louis-Claude et Pierre, major de 
la citadelle de Valence, qui mourut en 1750, laissant 
tous ses biens à son frère aîné (i). 

Louis-Claude Gamon de La Lombardière, conseiller 
au Présidial de Valence ensuite de la résignation de son 
père (1730), épousa vers 1738 Elisabeth de Marquet, 
fille de Louis et d'Hyppolite Fornet de Fontenille, de 
laquelle il eut T Pierre-Marie, 2° Louis-Claude Gamon 
de La Lombardière de Gournier, qui nommé major de la 
citadelle de Valence, le 13 octobre 1762, vivait encore 
en 1769 (2), 

Pierre-Marie de La Lombardière, capitaine au régi- 
ment de la Couronne, en faveur de qui Claude-Just de 
Marquet son grand-oncle maternel, testa le 12 septem- 
bre 1762, épousa à Montmeyran, le 14 .février 1774, 
Marie-Suzanne-Elisabeth de Ban, fille de Charles, châ- 
telain du lieu et de Madeleine-Catherine de Bruno. Il 
fut probablement le père du dernier La Lombardière, 
décédé à Montmeyran il y a une vingtaine d'années, 
sans enfants mâles ; celui qui avait dans ses papiers le 
manuscrit des Mémoires de Gamon (3). 



(i) Arch, de la Drâmet B 537 et 562. 
(3) Arch. de la Drames B 535 et 578. 
(3) Arch, de la Drame. B 56a — A. Lacroix, La maison des têtes, — 



:^s>ç^^Ê^^ 



SOMhfeAI*RE DlSCOimS "D'tAUCUNES CHOSES ^EMCyRA'BLES 
^ARRIVÉES EN L<A VILLE 'D'cAnNONcAY ET LIEUX 
CmCONVOISINS, 'DESTUIS VtANNÉE (MIL CINQ CENS 
CINQUANTE UNG, TA*R cACHILLE GtAV^ON, LICENTIÉ. 

Et hoec olim meuinissb juvabit. 

Afin que parmy les négoces domestiques, il soit laissé à 
la postérité quelque mémoire de ceux qui touchent le 
public, comme aussy chascun de nous doibt rendre 
ce debvoir à son propre pays, de luy estre utile en tant 
que faire se peut, et ne permette pas que Testât des affai- 
res publiques demeure esteinct et ensevely par oubliance ; 
est icy recuilli, partie des choses mémorables arrivées de 
mon temps en la ville d'Annonay et ez environs, desquel- 
les je n'ay voulu parler (par) crédit ny soubs la foy d'au- 
truy, (mais) asseurées pour les (avoir) ouy et endu- 
rées comme l'ung (des) habitans de la ville, que ne (se 
peut) mettre en doubte de la vérité des choses suivantes. 
Mais considérant le (nombre des) evenemens et conti- 
nuelles mutations des choses humaines, rapporte le 
tout à la puissance de Dieu, pour luy en rendre honneur 
et gloire en tous siècles 

Estât de la ville d'Annonay. 

La ville d'Annonay en l'hault pays de Vivarois, d'an- 
cieneté fut ornée de trois prieurés (i), trois clochers de 



(i) Le prieuré de Notre-Dame, dont Téglise servait de paroisse, et qui 
fondé en 1095, était de Tordre de St-Ruf ; le prieuré de St-Jacques et St- 
Philippe de Trachin, qui fut fondé en 1320 par Guigues Trachin, bourgeois 
d'Annonay; en6n le prieuré de St-Denis, qui n'était à proprement parier 
qu'une chapelle, de la dépendance du prieuré de Notre-Dame, et qui était 
bâti sur les rochers de ce nom au levant d'Annonay. 



102 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

grande manufacture, trois hospitaux (i), trois portes 
principales (2), trois ponts (3), trois faulxbourgs (4), deux 
monastères (5), deux rivières (6), une commanderie (7), 
un chasteau, un marché très fréquent et un vignoble fort 
ample et excellent. Elle fut du domaine des comtes de 
Villars, seigneurs de Roussillon, Roche en Régnier et 
plusieurs aultres places, de la maison de Levi ; après des 
ducs de Bourbonnois, comtes de Forest, et despuîs la 
révolte du duc Charles de Bourbon, connestable de Fran- 



(i) L'hôpital de Notre-Dame de TAumône, connu dès 1320, et dont Téglise 
reconstruite en 1655, sert aujourd'hui de temple protestant; Thôpital de 
Notre-Dame la Belle, fondé en 1336 par le cardinal Pierre Bertrand et l'hô- 
pital ou commanderie de St-Antoine, fondé en 1330 par Louis de Langhac. 

(3) Suivant un plan de l'an 1560, Annonay avait alors treize portes, qui 
étaient celles de St-Jean, de Peupailloux, de Maleton, du Petit-Maleton, de 
Ste-Marie, du Château, de Bourgville, des Martins, de Valgela, de Cancc, du 
pont de Cance, du pont de Valgela et du pont de Déome. 

(3) Le pont de Cance sur la rivière de ce nom et ceux de Déome et de 
Valgela sur la Déome. 

(4) Les faubourgs de Cance, de Déome et des Paras. 

(5) Le monastère de Ste-Claire, fondé en 1338 par le cardinal Pierre Ber- 
trand, et le couvent des Cordeliers dont il est question dès 1 266. 

(6) La Cance qui a sa source au col de St-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire) 
et se jette dans le Rhône à Pied-de-Bœuf, après un cours d'environ 50 kilo- 
mètres. La Déome qui vient des hauteurs de St-Sauveur-en-Rue (Loire) et se 
jette dans la Cance au dessous d'Annonay après un cours d'environ 29 kilomè- 
tres. 

(7) Cette commanderie dont les bâtiments furent acquis en 1777 par la 
famille Blachier, était de l'ordre de St-Jean de Jérusalem et sous le vocable 
de St-Geor^es. Fondée dit-on en 1350 par la famille de Roussillon, elle était 
appelée au XIV™* siècle la maison de Doix. — Domus de Doix Annoniaci — 
et dépendait de la commanderie de Devesset près St-Agrève (Ardèche). Les 
protestants la ruinèrent en 1574, ^^ ^i^^ ^"^ après une enquête ayant été 
faite sur l'état de ses bâtiments, il y est dit que a la maison est vacante et 
exposée à tous les manans et habitans, pour y jouer et exercer plusieurs in- 
solences, blasphèmes, batteries pour raison de jeu ; les pourceaux et autres 
bestes y depaissent et on y fait des immondices et vilenies comme dans une 
Cstablç.9 — Archives du Rhône, fds. de Malte, 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. l63 

ce, en Tan mil cinq cens vingt trois, unie avec le surplus 
de ses terres et sei-gneuries au domaine du Roy (i). Deux 
nobles et illustres familles, du Peloux et Jarnieu, l'ont 
choisie pour leur habitation et y ont encore leurs domi- 
ciles ordinaires (2). Le reste des habitans est composé 
de gens de lettres, ecclésiastiques et de justice, bourgeois, 
marchands, artisans et laboureurs en grand nombre. 
Puis quelque temps, le siège royal d'Annonay en tiltre de 
bailliage, y a esté transféré du lieu de Bocieu (3) ou il 
avoit demeuré environ neuf vingt ans (4). Plusieurs 



(i) Fief des Dauphins de Viennois et arriêre-fief des archevêques de Lyon, 
la seigneurie d'Annonay appartenait dès i ao6 aux Roussillon, famille cheva- 
leresque du Dauphiné, dont une branche ainée, dite de Roussillon-Annonay» 
s'éteignit en 1364 chez les Villars-Thoire, qui eurent en 1434 pour héritiers 
les Lévis. Ceux-ci vendirent en 1473 Annonay aux ducs de Bourbon, mais 
les biens de ces derniers ayant été confisqués, en 1523, ils revendiquèrent 
alors cette seigneurie, en vertu de certaines substitutions, et de longs procès 
s'en étant tout naturellement suivis, ils obtinrent finalement gain de cause 
devant le parlement de Paris, le 15 février 1594. Redevenus ainsi seigneurs 
d'Annonay, les Lévis le furent jusqu'en 1694, qu'un mariage fit passer celte 
terre chez les Rohan-Soubise, qui furent eux-mêmes remplacés en 1753 
par les Bourbons-Condé, derniers marquis d'Annonay. 

(a) Les du Peloux de Gourdan, que l'on croit être une branche de la famille 
dauphinoise du même nom, et qui s'éteignirent au XVII'"* siècle chez les 
Vogûé et les Beaufort-Canillac, étaient fixés à Annonay dès 1353, date à 
laquelle Jean du Peloux acquit une moitié du poids public de cette ville. 
Leur maison qui fut ensuite acquise par les de Serres, est celle qui appartient 
aujourd'hui aux Giraud. Quant aux Boulieu de Jarnieu, de qui il est question 
dès 1 346, dans les annales d'Annonay, ils habitaient rue Seyssel, une maison 
flanquée d'une tour qui leur ^l apportée en mariage, vers 1540, par Jeanne 
de Pelet, fille d'Etienne, seigneur de Chai et femme de Méraud de Boulieu, 
bailli d'Annonay. 

(3) Boucieu-le-Roi, commune du canton de St-Félicien (Ardèche), dont le 
village fut bâti par ordre de Philippe-le-Bcl, sur un emplacement acquis le 
34 octobre 1291, du seigneur de St-Romain-Valmordanc. 

(4) Ce bailliage qui était un des six dont se composait le ressort de la séné- 
chaussée de Beaucaire et de Nimes, fut créé dit-on en 1285 par le roi Phi- 
lippe-le-Bel, qui en fixa peu après le siège à Boucieu, d'où il fut transféré U 



164 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

privilèges et libertez ont esté octroyés a ladicte ville, par 
ceux qui en ont esté les seigneurs, dont elle use encores 
aujourd'huy. En charges, contributions et grandeur, elle 
est tenue pour la seconde du Vivarois. 

Les habitans de ladicte ville, ayant dez longtemps pre- 
veu la ruine imminente du clocher de leur grande église 
parrochialle, avoient appelle plusieurs maistres massons 
pour la faire abbattre, affin que par sa cheute les maisons 
voisines ne feussent endommagées et aulcuns hommes 
tuez, comme il estoit à craindre ; pour estre ledict clo- 
cher sur la grande rue, de grande et haute structure, fort 
pesant et mal fondé; mais il advint que Tan i552 et le 
20"* jour de décembre, environ les trois heures du matin, 
il tomba de soy mesme jusques aux fondemens, sans aul- 
cun mal ny dommage de personne. Seulement furent 
quelques cloches, rompues et le couvert de deux maisons 
enfoncé (1). Ainsy Dieu par sa bonté deslivra la ville en 
ung instant, de frais, de crainte, et de péril, estans consuls 
M" Guillaume de Sauzéa, notaire (2) et Jehan Therode. 

{A continuer.) J. BRUN-DURAND. 



Annonay dans les premiers jours du mois de juin 1565. Sa juridiction s'é- 
tendait alors sur tout le Vivarais ; mais un semblable tribunal ayant été établi 
en 1606, à VilIeneuve-de-Berg, pour les pays de la rive droite de TErieux, 
il y eut dès lors deux bailliages, Tun du Haut et l'autre du Bas-Vivarais, sous 
un seul bailli, qui n*était du reste qu'un magistrat d'épée se faisant remplacer 
dans chaque siège par un juge-mage ou lieutenant-général, magistrat de robe. 

(i) L'emplacement de ce clocher, dit de S t- Jean, à cause de la chapelle 
qui était au-dessous, fut d'abord converti en un cimetière pour les enfants» 
puis devint une sorte d'avant-cour pour Téglise. 

(2) Né en 1515, ainsi qu'il résulte d'une enquête faite en 1565, ce no- 
taire était probablement le père d'Antoine de Sauzéa, lieutenant du juge 
d'Ânnonay en 161 5, et fut par suite l'aïeul d'André de Sauzéa, évêque de 
Bethléem et recteur du collège d'Autun à Paris, qui fonda en 1641 un collè- 
ge dans Annonay sa ville natale et mourut en 1644. 



ÉVÉQUES d' AVIGNON ET DE VALENCE. l65 



Hôtes et Documents 



POUR SERVIR A L HISTOIRE 



' A 



DES EVEOUES D'AVIGNON ET DE VALENCE 



DANS LA SECONDE MOITIÉ DU Xffl' SIÈCLE 



•-i^» 



II 



Le successeur de Bertrand de Saint-Martin sur le ^ège épisco- 
pal d* Avignon fut Robert y de la famille des seigneurs d'Uzès, 
chapelain du pape Clément IV, Il ne gouverna que quelques mois 
r Eglise d* Avignon j car le 6 juillet 1267 il était transféré à Va- 
lence etf par une lettre du 2'] du même mois, l'élection de son suc- 
cesseur était confirmée. Ce dernier appartenait lui aussi à la fa- 
mille des seigneurs d'Usés et se nommait également Robert : il 
avait été archidiacre de Nîmes et prieur de Posquières, 

Que Tévêque d'Avignon, successeur immédiat de Bertrand 
de Saint-Martin, appartienne à la famille des seigneurs d'Uzès, 
nous en trouvons la preuve dans un document pontifical daté 
de Viterbe, le 13 juin 1267. Clément IV écrivait à i'évcquc 
d'Avignon et à Décan, seigneur d'Uzès, son frère (^ermano ejus) 
les priant, leur enjoignant au besoin de s'en remettre à la dé- 
cision de frère Raymond de Mévouillon, de l'ordre des Frères 
Prêcheurs, et à celle de C. de Melgueil, chevalier, touchant leur 



i66 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

différend avec Dracontict de Montauban (i). Ce Décan, sei- 
gneur d*Uzès, est mentionné dans d'autres pièces que nous 
rappellerons ici, comme pouvant fournir quelques renseigne- 
ments sur l'évêque, son frère. Décan était fils de Bèrmond II, 
seigneur d*Uzès (2). En 1254, il confirme à la demande de 
révoque d*Uzès et du prévôt de la cathédrale un accord, fait 
en II 44, entre leurs prédécesseurs. Dix années plus tard, en 
1264, agissant comme fondé de pouvoirs de Robert, son frère, 
chapelain du pape, il cède au roi de Sicile et comte de Proven- 
ce, les droits que ledit Robert avait sur le château de Calvis- 
son. Il était à la cour pontificale au commencement de Tannée 
1267, car une lettre de Clément IV, datée de Viterbe 22 jan- 
vier, nous apprend que le pape a confié quelques reliques à 
Décan, seigneur d*Uzès, qui s*est chargé de les remettre à Tabbé 
de Saint-Gilles (3). 

Sur Tépiscopat de Robert I" d'Uzès, à Avignon, nous n'a- 
vons pour le moment d'autres données que la lettre pontificale 
du 13 juin 1267. Quelques jours après, 6 juillet, il devenait 
évêque de Valence. 

On a vu plus haut qu'en cette circonstance le pape écrivit à 
Aymar de Poitiers, comte de Valcntinois, pour lui dire que le 
choix de ce nouveau prélat ne pouvait manquer de lui être 



(i) Cette lettre se retrouve dans trois des Registres de Clément IV, au 

Vatican. Reg. xxxiv, f* lxxxviii (verso) : Venerabili fratri (sic), episco- 

po Avinionen. et dU. filio no(bili) vi(ro) Decano, dno Utrecie germano eius. 

Licet pacis consilia generaliter nobis placeant Datum ViUrbiij idibusjunii, 

anno tertio. — Reg. xxxv, f» 65 (verso) : Epo Aviton. (sic.) et nobtli viro 
Decano dno Utrerie (sic), germano eius. Licet... (ut supra). — Reg. xxxvi, 
f" CCI (recto) : Venerabili fratri epo Avinionen . et dilecto filio nobili viro De- 
cano et dno Utecie germano eius. Licet pacis (ut supra). Datum Viterbii VIII 
Kal. junii, anno IlL 

(3) Vaissittb. /ftsi. gén. du Languedoc, t. iv (187a), p. 228; — (Marquis 
D*AuBMs). Pièces fugitives j Paris, 1759, t. I, p. 320. 

(3) Ces diverses pièces sont analysées dans : G. Charvet. Généalogie de la 
première maison oCU:{ès^ travail publié par les Annales de la Société littéraire 
(CAlais. 



ÉVÊQUES d' AVIGNON ET DE VALENCE. l6j 

agrréable, attendu qu'il était son parent. Quels étaient ces liens 
de parenté, qui unissaient Tévêque et le comte, et sur lesquels 
le souverain pontife fondait de si belles espérances pour la 
tranquillité de notre diocèse ? Cette parenté venait probable- 
ment par l'intermédiaire des Adhémar, seigneurs de Roche- 
maure. Pithon-Curt nous apprend qu'un Bermond d'Uzès 
avait épousé Giraudc Adhémar, fille du seigneur de Roche- 
maure. D'autre part, une charte de l'année laio nous apprend 
aussi que Giraudet Adhémar, fils de Giraud, seigneur de Ro- 
chemaure, et probablement frère de Giraude, était neveu ou 
petit-fils (nepos) d'Aymar de Poitiers, comte de Valentinois (i). 
La candidature de Robert, archidiacre de Nîmes et prieur de 
Posquières (2), rencontra une vive opposition dans les rangs 
des chanoines d'Avignon, appelés à donner un successeur à 
Robert i" d'Uzès ; leurs suffrages semblaient vouloir se réunir 
de préférence sur le prévôt de Marseille (3). Nous avons appris, 



(i) Chevalier. Documents inédits relatifs au Dauphiné, Grenoble, 1868; 
sixième livraison, p. 38-9. 

(3] Le prieuré de N.-D. de Posqoières, aujourd'hui Vauvert, au dioc. de 
Nîmes. — Teulet. Layettes du trésor des chartes, t. 11, col. 311, n" 4272 : 
en 1356 Robert Décan, archidiacre de Nîmes et prieur de Posquières, figure 
comme témoin. Nous écrivons Robert Décan ; M. Teulet a écrit : fresenti- 
bus testibus R, decano, archidiacono Nemausensi, priore de Poscheriis. — Une 
branche de la famille d'Uzès possédait alors la seigneurie de Posquières. 
Rostaing, seigneur de Posquières et de Marguerites, avait épousé Aigline, 
dame de Castries, qui testa le 7 octobre 1353 ; il fut père de Douce, dame 
de Posquières, qui épousa Héracle, seigneur de Montlaur et d*Âubenas, au 
diocèse de Viviers. Pièces fugitives, t. I, p. 331. 

(3) Ce prévôt de Marseille était Raymond de Nîmes. Il avait été médecin 
et chapelain d'Urbain IV, qui le ch^gea de visiter Pierre de Rossel, célèbre 
professeur de théologie de Paris, soupçonné d'avoir la lèpre ; il déclara qu'il 
était sain et sa déclaration est consignée dans une bulle du 37 février 1364. 
Nommé à la prévOié de Marseille, au mois de juillet 1363, il résigna, au 
mois de décembre suivant, sa charge de recteur de l'église de St-Gilles de 
Seraco, au diocèse de Nîmes, en faveur de son neveu Pons Senerio. Il ne per- 
dit rien en n'obtenant pas l'évéché d'Avignon, car il était appelé le 33 dé- 
cembre 1 367 au siège épiscopal de Marseille, vacant par la mort de Benoit. 



i68 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

par une lettre pontificale mentionnée plus haut, que la conduite 
antérieure de Tarchidiacre de Nîmes inspirait à tous des crain- 
tes légitimes. Au témoignage de Polycarpe de la Rivière, ce fut 
Tévèque de Valence qui triompha de toutes les hésitations du 
chapitre et réussit à faire asseoir sur le siège épiscopal d*Avi- 
giion son parent Robert, qui appartenait comme lui à la mai- 
son d'Uzès (i). Clément IV se résigna à confirmer cette élec- 
tion et écrivit à Robert la lettre suivante, que Polycarpe de la 
Rivière donne dans ses Annales Ecclesiœ civitatis et comiiaius 
Aventonensts (lib. iv, § lxxxi), mais que nous avons vainement 
recherchée dans les sept volumes des Regestes de Clément IV, 
conservés aux archives du Vatican. 



Dans la bulle qui lui fut adressée à cette occasion, il est ainsi qualifié par le 
Pape : Virum muUiplicium decoratum varietate virtutum^ eminentium rêdi- 
mitum insigniis meritorum, in spiritualibus quoque ac iemporalibus cireuns- 
pectum, prout diuturna Jamiliaris experientia nos instruxit. (Archives du Va- 
tican. Registre de Clément IV, 3* année, lettre ti8). En 1274» il était au 
concile de Lyon, et en ia86 à Rome. Le 6 août 1286, le pape Tautorisait à 
avoir un coadjuteur, pourvu que le chapitre y consentit. Il mourut le 1 5 juil- 
let 1288, et eut pour successeur, le 17 avril de Tannée suivante, Durand, 
précenteur de Marseille. 

(i) Cette élection est ainsi racontée par Polycarpe de la Rivière, dans ses 
AnnaleSf lib. iv, § lxx^i. Ad Valentinensem vero priusquam urbem et sedem 
discederêtf Bertrandus (il faut lire Rebertus) fopuli elerique Aventonensts 
favorem omni studio captare adlaboravit gente ut e sua Ucetica, communs 
omnium consensu et voto^ Robertus praesul designaretur ; sed hac in re, 
praeter spem et voluntatem, quamplurimos etiam domus suae studiosos, si non 
plane adversarios, tergiversantes ad modum et parum faventes invenit, quod 
quempiam alium designari episcopum praeoptarent, et facta neutri parti 
adhaerentium auctoritate et opera^ ut Massiliensi praeposito in quem potioris 
partis suffragia propendebant post habitOt Robertus ab Ucetica^ archidiaconus 
Nemausensis et prier ecclesiae Poscheriarum^ non citra multorum invidiam 
ullam^ etsi citra seditionem, pontificatum urbis, mutata in melius cleri ac po^ 
puli voluntatej ascenderet. — Nous devons la transcription des nombreux 
passages des Annales de Polycarpe de la Rivière, que nous citons dans ce 
travail, à Textrftme obligeance de M. Barrés, conservateur delà bibliothèque 
de Carpentras. 



ÉVÉQUES D* AVIGNON ET DE VALENCE. 169 

Cletnens episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri Ro^ 
berto, electo episcopo Aventonensi, salutem et aposlolicam hene» 
dtcttonem. 

Cuniy juxta mandatum et contineniiam litterarum nostrarunif 
canontci Avenionensis ecclesiae per translationem venerabilis fra^ 
tris nostri Bertrandi (lisez Roberti) (i), tune Avenionensis épis- 
copij ad Valentinensem ecclesiam^ pastoris solatio destituae, die 
statuta convenientes in unum, praesentibus omnibus qui debe-- 
bant et poterant commode intéresse, ex quattuor quos praesenta^ 
vimus, te videlicet archidiaconum Nemausensem etpriorem eccle^ 
siae Poscheriariim, G. de Gardiis, canonicum Nemausensem, P. 
Galcelmij Massiliensem canonicum, et magistrum R, de Nemauso^ 
physicum etcapellanum nostrum, Massiliensem praepositum, con- 
corditer et canonice in suum te elegerint episcopum et pastorem, 
et praesentato nobis decreto suae electionis, conjirmari ipsam 
electionem humiliter et instanter petierint : Nos, dictorum cano- 
nicorum supplicationibus inclinati, et de personae luae, ad quam 
speciaïis benevolentiae affectum jam olim direximus, merito certi^ 
defratrum nostrorum consilio et apostolicae plenitudine potesta-^ 
tis, electionem ipsam attente perspectam et tanquam canonice ha-* 
bitam confirmantes, te ipsum electum praedictae Avenionensis 
ecclesiae praeficimus in episcopum et pastorem, curam et admi* 
nistrationem illius in spiritualibus et temporalibus committentes, 
firma ductifiducia quod eadem ecclesia per tuam solertiam, in-^ 
dustriam et providentiam, divina in omnibus coopérante clemeti" 
Ha, votivis proficiet incrementis, et tam clerus quam populus, tuo 
commissus regimini, tua salubri doctrina et piae aciionis exemplo 
ad salutem aedificabitur et prospère dirigetur, nosque exinde te* 
nebimur praecipui favoris gratia personam tuam prosequi, in tuis 
laudibus non immerito exultantes, Datum Viterbii, sexto calendas 
Augusti, anno tertio (2). 



(i) Le texte original, que Polycarpe de la Rivière avait sous les yeux, por- 
tait probablement : R, R(oherti) qu'on aura lu B(ertrandi), la translation de 
Bertrand de St-Martîn à Arles, faite le 11 octobre 1266, n'étant point con-* 
nue à cet historien. 

(2) Polycarpe de la Rivière. Ibid. 



170 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Le 8 août 1267, Robert, cvêquc d'Avignon, transigeait avec 
Alfant, prieur de la chartreuse de Bonpas, au sujet des droits 
de son Eglise sur le pont de la Durance, et au sujet d'autres 
prétentions réciproques. Cet acte fut passé en présence de Gi- 
raud, évêque de Cavaillon, dans le diocèse duquel se trouvait 
le monastère de Bonpas (i). Des difficultés plus sérieuses ne 
tardèrent pas à s'élever entre le nouvel évêque et les officiers de 
Charles, roi de Sicile et comte de Provence, au sujet de la ju* 
ridiction sur le château de Noves, sur les terres de Barbentane 
et de Verquières (2). Ce prince pour éviter une guerre, dont les 
suites ne pouvaient être que déplorables, accepta que l'affaire 
fût soumise à l'arbitrage de deux cardinaux. Les parties choisi* 
rent Visdomini, qui avait été archevêque d'Aix et qui venait 
d'être nommé cardinal-évêque de Palestrina, et Bertrand de 
St-Martin, l'ancien évêque d'Avignon. Celui-ci reçut bientôt 
de son collègue, avec l'agrément de Charles d'Anjou, plein 
pouvoir pour juger seul ce différend. L'acte délivré à cette occa- 
sion par le cardinal Visdomini a été en partie reproduit dans 
le manuscrit de Polycarpe de la Rivière ; il est daté de la se- 
conde année du pontificat de Grégoire X (3). Le jugement dé- 
finitif fut rendu le 25 mai 1274 : la juridiction du château de 
Noves demeurait à l'évêque d'Avignon, sous la majeure sei- 
gneurie du roi de Sicile et comte de Provence (4). 

Nous ne poursuivrons pas plus loin l'histoire de Robert !!• 
d'Uzès, que Polycarpe de la Rivière fait siéger à Avignon jus- 
qu'en 1291, se fondant sur diverses pièces, entre autres sur 



(1) FoRNÉRY. Hist, eccl, dC Avignon. Ms.,p. 120. 

(2) Inventaire des archives des Bouches-du~Rhânej B, 373. 

(3) Polycarpe de la Rivière. Ibid. Secundum quod compromissum Vice- 
dominus, cardinalis Praenesiinus, collegae suo Bertrando Sabinensi episcopo 
partes suas praetnittit eo ipso anno, datis ad eum his litteris quas subnectimus 
ex archivas regiis Aquensibus, subministratas ab eruditissimo humanissimo' 
que domino de Petrisco, ejusdem senatus consiliario. 

(4) Trichaud. Hist. de la Sainte Eglise d* Arles. Paris, 1859, in-8«, t. 
IV, p. 182. — Inventaire des arch, des Bouches-du-Rhôney B, 373. 



ÉVEQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. X^l 

l'acte de 1 élection d'André de Languisel, successeur. Revenons 
à Robert, évêque de Valence. 



III 



Robert na laissé aucune trace de son passage sur le siège de 
Valence. L'année 126J ne s'était point encore complètement écou- 
lée que les chanoines de cette Eglise se réunissaient pour procéder 
à une nouvelle élection. Une partie du chapitre élut Guy de Mont- 
laur, parent de Robert, tandis quune autre partie ne cessa de lui 
faire opposition jusquen I2j2, époque oii cet énergique prélat 
finit par triompher de toutes les résistances et réussit à /aire con- 
firmer son élection par Grégoire X. 

Nous ne sommes point en mesure de dire ce qu'est devenu 
Tévêque Robert, mais ce qui est certain, c'est que vers la fin 
de Tannée 1367 les chanoines de Valence s'occupaient de lui 
donner un successeur. Comme ils ne parvenaient point à s'en- 
tendre, ils firent entre eux un compromis, et remirent l'élection 
à trois membres de leur chapitre. Le doyen Guillaume de Hau- 
teville, le prévôt Guillaume de Monteil, et Bernard, abbé de 
St-Félix, qui étaient les premiers dignitaires, avaient été dési- 
gnés à cet effet par leurs collègues. Que se passa-t-il en réalité 
dans la conférence qu'ils eurent ensemble? nous l'ignorons ; 
mais le doyen, au sortir de la réunion, s'empressa d'annoncer 
officiellement en plein chapitre qu'ils venaient d'élire Guy de 
Montlaur, doyen de l'Eglise du Puy (1). Une énergique pro- 



(i) Il appartenait à une ancienne famille du Languedoc. Il existe à la bi- 
bliothèque de Grenoble une généalogie manuscrite de cette famille, dan» le 
volume B, 80 (t. iz, p. 555, n** 77). Elle commence avec Pons de Montlaur, 
qui prit part à la première croisade. Pons IV de Montlaur épousa Agnès de 
Posquières de la maison d'Uzès, et eut : Eracle de Montlaur, et Pierre, évft- 
que de Marseille. Eracle fui le père de Guy de Montlaur, élu de Valence.— 
D'après la généalogie de la famille d'Uzès (Hist. du Languedoc, t. iv, p. 238) 
Eracle de Montlaur aurait épousé Douce de Posquières, fille de Rostaing. 



172 SOCIETE d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

testatîon s'élève aussitôt des rangs des chanoines et quelques- 
uns d'entre eux» ayant à leur tête le prévôt lui-même, refusent 
d'accepter l'élection, se fondant sur ce qu'elle a été faite con 
trairement aux règles canoniques, contrairement aux clauses 
du compromis et enfin par une minorité. Ils en appellent du 
reste au jugement du siège apostolique. 

Cependant le doyen et les chanoines, qui tiennent pour Guy 
de Montlaur, demandent au chapitre de Vienne, le siège mé- 
tropolitain étant alors vacant, de vouloir bien confirmer l'élec- 
tion, ce qui fut accordé, malgré Tappel interjeté. Le différend 
entra alors dans une phase aigûe. Le prévôt Guillaume de 
Monteil et le chanoine Pierre de la Laupie, qui paraissent les 
plus acharnés contre Guy de Montlaur, cherchent à se faire un 
appui d'Aymar de Poitiers, qui n'avait jamais travaillé qu'à 
s'enrichir aux dépens de l'Eglise de Valence. Le 16 décembre 
1267, à Montélimar, ils concluent avec lui une alliance, dans 
laquelle entra Lambert de Monteil, coseigneur de Montélimar. 
Les contractants s'engagent à se soutenir mutuellement, au be- 
soin les armes à la main, et ad invicem nos juvare de guerra. 
Le comte et Lambert promettent de seconder le prévôt, dans 
les démarches qu'il va faire en cour de Rome,pour obtenir que 
l'élection de Guy soit annulée (i). 

Quelques jours après, le 28 décembre, Guillaume de Monteil 
protestait à la cathédrale, devant tous les chanoines, contre la 
nomination, ou plutôt contre ce qu'il appelait la postulation de 
Guy de Montlaur (2). Le i" janvier 1268 (n. s.) Guillaume et 
les chanoines ses adhérents se trouvent à Etoile, où ils s'ér 
taient donné rendez-vous avec Aymar de Poitiers, Raymond de 
Mévouillon, Pierre, prieur de Vaulnavey, et le notaire Ber- 
mond. Ils passent procuration à maître Nicolas Anglicus d'Ey- 



(i) Archives du départ, de Tlsère. Cartons du Valentinois, paquet J, n** 5. 

(2) Archives du départ, de l'Isère. Ibid., n» 6. — Cum presens appellatio 
factafuitf et eiiam presentata, et etiam cum fuit posita super majori altari 
ecclesie cathedralis Valentie. 



ÉVÊQUES d'aVIGNON ET DE VALENCE. lyS 

meux {de Eismtaco)^ pour faire une seconde protestation devant 
le doyen du Puy, devant Hugues, évêque de Viviers, ou devant 
tout autre personne constituée en dignité (i). Le lundi après la 
fête de l'Epiphanie (9 janvier) 1268, nouvelle protestation à 
Valence, en plein chapitre, par Guillaume de Chandeyrol (2). 

De son côté, comme on le pense bien, Guy de Montlaur ne 
demeurait point inactif. Il avait envoyé auprès du pape, qui te- 
nait alors sa cour à Orviéto, deux fondés de pouvoirs, hier, cha- 
noine de Brives, et Jourdan Ferrol, avec mission de défendre 
sa cause. Ces députés trouvèrent à Orviéto Guillaume de Mon- 
teil, qui était venu lui-même dénoncer au pape les irrégulari- 
tés commises dans la prétendue élection de Guy. Les débats 
s'engagèrent bientôt, et Ton y mit de part et d'autre cette ai- 
greur, cette opiniâtreté, qui signalent d'ordinaire les divi- 
sions entre frères. Ce fut le 6 octobre 1268 que Clément IV se 
prononça dans cette délicate affaire. Guillaume de Monteil 
triomphait ; l'élection de Guy était annuUée, tous les actes faits 
par lui jusqu'à ce jour étaient cassés, et on lui défendait sous 
peine d'anathème de s'ingérer plus longtemps dans l'adminis- 
tration du diocèse de Valence (3). 

Energiquement soutenu par les chanoines de sa faction, Guy 



(i) Archives du dép. de Tlsère. Ibid., n® 3. — Notum sU omnibus,., quoi 
anno M.cc.Lzvn^, infesto circumsiscionis domini nostrii Guillelmus de Mon- 
Hlio prepositus ecclesie Valent. t nomine nostro et omnium concanonicorum 
nobis adherenciumt constituimus , . . procuratorem nostrum... magistrum 
Nicolaum Anglicum de Eismiaco, presentatorem hujus procurationiSf ad ap^ 
pellandum et presentandum venerabili viro Guidoni de Montelauro decano 
Aniciensi appellaiionemf quam fecimus et/acimus.,. ab ipso venerabili viro 
decano Aniciensi et ab electione^ que dicitur esse facta de ipso in episcopum 
etpastorem ecclesie Valent, per Guillelmum de Altavilla,decanum Valent, et 
per quosdam alios canonicos, ei adhérentes, contra firmam canonicam, et 
contra formam compromissi, auctoritate cujus processisse dicuntur, et a mi- 
nore parte capituli... Acta suntapud Stellam, infomello quondam Bertrandi 
de Valler.... 

(3) Archives du dép. de Tlsère. Ibid., n* 6. 

(3) Archives du dép. de l'Isère. Ibid., n« 9. — Cette bulle a été publiée 
dans le Gallia christiana, t. xvi, instrumenta, p. 119. 

Tome XX. - 1886. 12 



174 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

de Montlaur refusa d'abandonner le siège épiscopal : la mort 
de Clément IV, arrivée sur ces entrefaites, le 29 novembre, et la 
longue vacance du saint siège qui la suivit, ne favorisèrent que 
trop la révolte de lorgueilleux prélat. La lutte continua au sein 
du chapitre de Valence. Par un acte du 12 février 1269 (n. s.), 
les chanoines Roger de Clérieux et Pierre de la Laupie passè- 
rent procuration au prévôt Guillaume de Monteil, pour dénon- 
cer aux cardinaux la conduite scandaleuse de Guy de Mont- 
laur et lui intenter un nouveau procès (i). Mais les cardinaux, 
divisés entre eux, avaient autre chose à faire que de s'occuper 
des querelles du chapitre de Valence. Il fallut attendre des jours 
meilleurs. 

Guy de Montlaur, nous devons le reconnaître, gouverna le 
diocèse avec habileté et énergie. Il voulut réprimer les violences 
d*Aymar de Poitiers, et faisant droit aux réclamations des moi- 
nes de St-Chaffre, qui avaient à se plaindre de ce terrible com- 
te, il n'hésita pas à l'excommunier et à mettre en interdit tou- 
tes ses terres (2). Ce n'était rien moins que lui déclarer la guer- 
re. Il sut la soutenir, et le comte fut bientôt réduit à deman- 
der une suspension d'armes. Le prélat lui accorda une trêve qui 
ne devait durer que quelques jours, depuis le mercredi après 
la fctc de S. Luc 1269(23 octobre) jusqu'au i" novembre (3). 



(i) Archives du dép. de Tlsère. Ibid., n** 4. — Constituimus , , . Guillelmum 
de Moniilio.», procuratorem nostrurtif ad prosequendum in curia romana 
appellationeniiquam facimus contra venerabilem virum Guillelmum de Monte- 
lauro, decanum Aniciensem qui se gerit pro electo Valent. ^ eo quod ingeritse 
contra justiciam administrationi eccleste Valent., cum ejus confirmatio per 
sedem apostolicam sit cassata 

(2) Chevalier. Documents inédits relatifs au Dauphini, Grenoble, 1868. 
Sixième livraison, p. 46. 

(3) Archives du dép. de Tlsère. Ibid., n*> 10. — Nos G., miseratione divina 
tlectus Valentinensis, notum facimus , . . quod nos pro nobis, hominibus coad- 
jutoribus, valitoribus nostris, omnibus et singulis, et tota terra nostra, da~ 
mus bonas treugas^ fidèles etfirmas nobili viro Ademari de Pictavia jusque 
subjectis homtnibus , , , usque ad Jestum omnium sanctorum proxime ventu-^ 
rum . . . Actum die mercurii, post festum beati Luce evangeliste^ anno domini 
Af» CO LX*nono... 



ÉVÊQUES d'AVIGNON ET DE VALENCE. îyS 

Grégoire X ayant été élu le i" septembre 1271, après une 
vacance du siège apostolique de deux ans et neuf mois, les cha- 
noines de Valence, qui persistaient à considérer Guy de Mont- 
laur comme un intrus, reprirent courage et choisirent, le 29 
novembre 1271, Guillaume de Monteil, pour aller à Viterbe 
faire entendre leurs plaintes auprès du nouveau pontife (i). 
Guy de Monllaur sut avec habileté conjurer le danger. Pensant 
avec raison que sa présence à la cour pontificale serait consi- 
dérée comme une marque de sa déférence à Tautorité du saint 
siège et ne pourrait avoir que de bons résultats, il prit la route 
de ritalie. Ses démarches auprès du pape eurent tout le succès 
qu*il s'était promis. Grégoire X était un vertueux pontife, qui 
inclinait toujours à la conciliation, à la paix. Il se rendit aux 
raisons que fit valoir Guy de Montlaur et, le 6 août 1272, à 
Orviéto, confirma solennellement son élection (2). 

Fort de Tappui que venait de lui accorder la cour romaine, 
Télu de Valence reprit avec vigueur la lutte contre Aymar de 
Poitiers. Quelque temps après, le Pape étant venu en France 
pour présider le concile œcuménique de Lyon, qui s'ouvrit le 
!•' mai 1274, reçut les plaintes réciproques de l'évêque et du 
comte. Résolu de mettre un terme à leur longue querelle, il 
chargea deux cardinaux de régler les conditions d'une paix dé- 
finitive : c'étaient Visdomini, évêque de Palestrina et Bertrand 
de St-Martin, l'ancien archevêque d'Arles. Les cardinaux dé- 
légués se mirent aussitôt à l'œuvre, et le jour même où se tint 
la cinquième session du concile, 16 juillet 1274, ^Is relevaient 
provisoirement le comte de l'excommunication qu'avait lancée 
contre lui l'évêque de Valence, et faisaient cesser partout l'in- 
terdit qui pesait sur ses domaines (3). 



(i) Archives du dép. de Tlsère. Ibid., n^ 13. — Super quadam eUctione 
que de ipso decano dicitur esse/acta. 

(a) Gallia christiana, t. XVI, col. 316. 

(3) Archives du dép. de Tlsère, Ibid. n" 16. — Ut auttm tutius, absque 
animarum nostrarum periculo, possimus in predictis questionibus procedere 



176 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Les choses en étaient là et rien n*avait encore été décidé, 
lorsque le pape se rendant en Provence, où il avait donné 
rendez- vous au roi de Castille et de Léon (i), passait à Valence 
vers la fin d'avril 1275 (2). Il put alors constater de ses pro- 
pres yeux les désordres de toute espèce qu'avait engendré Tétat 
d'hostilité et cTanarchie dans lequel vivaient depuis si long- 
temps le clergé et le peuple de ce malheureux diocèse. Profon- 
dément aiBigé d'un pareil spectacle, il résolut de se porter lui- 
même médiateur entre Tévêque et le comte de Valentinois (3). 

Comme il était attendu dans le midi, il invita Guy de Mont- 
laur et Aymar de Poitiers à ne point s'éloigner, afin qu'il pût à 
son retour les entendre et vider leurs querelles. Aymar qui re- 
doutait l'issue du procès, chercha un prétexte pour ne pas 
comparaître devant le pape ; il prétendit être appelé à la cour 
de France. Grégoire X écrivit alors à Philippe le Hardi pour 
le prier d'accorder au comte un sursis et par là faciliter la con- 
clusion d'un traité de paix. Cette lettre pontificale a été publiée 
pour la première fois par M. Léopold Delisle, dans le XXVII* 



cum eodem {Ademaro), ex potestate in compromisso a partibus nobis data ac 
eiiam ex voluniate et mandata domini pape speciali, eumdem A(demarum) 
sub forma certa absolvimus ad cautelam et predictam interdicti sententiam 
duximus relaxandam. Unde mandamus vobis universis et singulis ac districte 
precipimus quatenus predictam absolutionem et interdicti relaxationem in ves- 
tris ecclesiis publicetis seu publicari faciatis, dum ibidem populus convenerit 
ad divina, et corpora defunctorum tempore interdicti hujusmodi in vestris 
parrochiis extra cymeterium sepulta exhumari faciatis et in vestris cymeteriis, 
in aliqua ipsorum parte, eadem corpora tumulari. Reddite litteras in signum 
hujusmodi mandati nostri fideliter executi sigillorum vestrorum munimine 
communitas. Et nos predicti cardinales in testimon*'um predictorum présentes 
litteras sigillis nostris fecimus roborari. Datum Lugduni, kal. augusti, anno 
domini M*. CC^. LXX^ quarto, pontificatus domini Gregorii pape decimi 
anno III^. 
(i) Ratnaldi. Annales, ad an. 1^74» n^ 54. 

(2) P0TTHA8T. Regesta, p. 1696. 

(3) Grégoire X s'intéressait tout particulièrement à TEglise de Valence. 
Dans sa jeunesse il avait servi parmi les clercs de cette Eglise. Ce détail nous 



EVÉQUES d' AVIGNON ET DE VALENCE. I77 

volume (2* partie) des Notices des manuscrits (1) ; comme elle 
a une réelle importance pour établir la chronologie de nos évê- 
ques de Valence et que du reste elle est peu connue, nous 
avons pensé qu'on serait bien aise d en retrouver le texte dans 
le Bulletin. 

Idem, régi Francorum illustri, Nuper, dum per Valenciam et 
Valentinam dyocesim transitum faceremus, sic in aures nostras 
clamor pauperum, post annosam guerrarum inquietudinem^ pacis 
quietem implorantium, introivit ut ad concordiam inter dilectum 
filium electum et ecclesiam Valentinam, ex parte una, et nohilem 
virum Ademarum de Pictaviafaciendam, quorum inveterata diS' 
cordia jamdiu toti patrie tranquillitatis commoda desideranda 
subtraxit, ejjicaciter nostrum excitaret animum et invitaret affec- 
tum ; propter quod deliberavimus quod dicti electus et Ademarus 
nequaquam se ad presens de illis partibus absentarent, ut in nos- 
tro reditu per easdem, quod de hujusmodi concordia facienda 
concepimus ad effectum, previo rege pacifico, deducamus. Et licet 
idem Ademarus pro licentia veniendi, prout in mandatis se récé- 
pissé dicebat, ad presentiam régie serenitatis instaret, nos tamen 
eum sub confidentia tue démentie duximus retinendum, sperantes 
quod idf ne tam pium opus, quod de nostra presentia consumma^- 
tionem/acilius, Deo favente, recipiet, per ipsius absentiam impe- 
diri contingatj benignus sustinebis, imitaturus in hoc clore me- 
morie Ludovici, régis Francorum, genitoris tui, recolenda vesti^ 



est révélé par la lettre qtt*il écrivit de Vienne, le 30 septembre ia75f à Amé- 

dée de Roussillon pour confirmer son élection à Tévéché de Valence 

Forenamque non valemus immemoreSt quin imo fréquenter ad memoriam re- 
vocamuSf quod prœjata nos olim eeclesia fovity ut filium maternis pertractavit 
affectibus suorumque nobis uberum pocula propinavit. Ideoque cutn jam reeo^ 

gnoscat in patrem quem in filium cognocebat 

(i) Le travail de M. Delisle, où se trouve le texte de ce document, a eu 
un tirage à part. Notice sur cinq manuscrits de la bibliothèque nationale et 
sur un manuscrit de la bibliothèque de Bordeaux, contenant des recueils épis- 
tolaires de Bérard de Naples. Paris, 1877, in-4*, 87 pp. 



178 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

gia, qtiem talibus vacare non piguit fréquenter^ propriis etiam 
negotiis tntermissis. Ideoque serenitaiem regiam rogamus ethor^ 
tamur in Domino quatinus^ illius intuitu cujus in premissis bener 
placitis placere studemus, et oh reverentiam apostolice sedis ac 
nosiram memoratum nobilem in hoc habeatis exctisatum, preser- 
tim cum paratus sit, hujus modi concordie in proximo^ sicut va- 
rie conjecture promittunt^ expedito tractatu, in termino compe- 
tenti, de quo excellentie tue mandare placuerit, regio se conspec^ 
tui presentare. 

Guy de Montlaur accompagna le pape dans le midi, et il 
était encore à la cour pontificale, lorsque la mort vint le sur- 
prendre à Tarascon (i). 

Grégoire X, de retour de son voyage, repassait à Valence le 
13 septembre de cette même année 1275 (3). Ce fut alors qu'il 
résolut d'unir les deux diocèses de Valence et de Die, mais la 
bulle qui devait consommer cette union ne fut promulguée qu'à 
Vienne, le 25 septembre suivant (3). Cinq jours après, Grégoire 
écrivait à Amédée de Roussillon, abbé de Savigny, pour lui 
annoncer qu'il le nommait évêque de Valence (4). Ce prélat, 
comme on le sait, recueillit la succession épiscopale de son 



(1) Vita Amedei Rossilonœi episcopi Valentini et Diensis primi, dans Go* 
LUMBi, Opuscula variaf Lugduni, 1668, in-f», p. 355 : Per idem tempus^ an- 
no incarnaiionis domini millesimo ducentesimo septuagesimo quarto^ dominus 
Guido de Montelauro sanctce memoricKf electus Valentiœ, apud Bellicastrum 
a GregOTio decimo conJirmatuSj adhuc exislens in curia apud Tarasconem, 
migravit ad Dominum. Comme il est facile de le constater, il y a dans ce 
passage deux erreurs : l'élection de Guy de Montlaur avait été confirmée 
déjà, le 6 août 1272, à Orviéto ; la mort de ce prélat, ainsi que le voyage 
de Grégoire X à Beaucaire, doit fttre placée non en 1274, mais Tannée sui- 
vante. Tous les historiens ont accepté sans le contrôler le témoignage sur ce 
point de Tauteur anonyme de cette Vie d'Amédée de Roussillon. 

(2) PoTTHAST. Regesta^ p. 1699. 

(3) Gallia christiana, t. XVI, inst., col. 120-2 ; — Gampi, Historia eccl. 
di Piacenza, 165 1, in-f», t. Il, p. 479, n° 212 ; — Golumbi, Opuscula^ p, 

273-4- 

(4) Gallia Christiana, t. XVI, inst. col. 122. 



EVEQUES D AVIGNON ET DE VALENCE, I79 

oncle, Amédée de Genève, qui mourut à Die, le 22 janvier 
1276 (i), après avoir gouverné cette Eglise avec sagesse pen- 
dant plus de vingt-neuf ans. 



(i) Amédée de Genève fit son testament'le 31 janvier 1276 (Mémoires et 
documents publiés par la Société d*hist, et d'Arch. de Genève, t. XIV, (1862), 
p. 405-6). Il moarut le lendemain. Vita Amedei, dans Columbi, p. 356 :.... 
Mense januarii in festo Saneti Vencentii, venerabilis pater Amedeus de Ge- 
benna, Diensis episcopus, vir plus et pacificus migravit ad Dominum. — 
VObituaire de P église cathédrale de St-Pierre de Genève, publié par M. Sa- 
rasin dans les Mémoires et doc... de Genève, t. XX (188 ), p* 31, donne la 
date du 2 1 janvier : XII Kal. februariù Obiit Hamedeus, Dyensis episcopus, 
pro cujus anniversario X solidi. 

Jules CHEVALIER. 



i8o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

ESSAI HISTORIQUE 

SUR 

LE VERGORS 

(Drôme). 



(Voir les 67% 68% 69*, 70% yi*, 73% jy, 74% 75* et 76» livraisons). 



En 1574, noble Antoine Faure de Vercors reçoit di- 
verses reconnaissances de pensions, dont Tune avait été 
constituée en 1 5 1 2 en faveur de noble Jourdan Faure ; 
noble Pierre Faure de Vercors, coseigneur de Vercors, 
en reçoit d'autres en 1583. 

Noble Antoine Faure de Vercors paraît décédé en 
1594, quand son fils, Jean, coseigneur de Vercors, 
charge Mourier, notaire, de recouvrer ses droits en ce 
lieu. Jean habitait Die et était en 1615 un des person- 
nages chargés de rédiger l'inventaire général des archi- 
ves de cette ville. Il avait épousé depuis plusieurs années 
Melchionne de Reynier, lorsque, le 22 juin 1616, Phi- 
lippe de Sauvain du Cheylar, sa mère, veuve d'Antoine, 
lui fit donation entre vifs de tous ses droits sur la maison 
du Cheylar. 

Il décéda de 1641 à 1650, laissant pour enfants Gas- 
pard, Jean, Louis-Antoine, Daniel, Alexandre, et une 
fille nommée Hortense, 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. l8l 

Sa veuve et héritière, Melchionne de Rey nier, dame 
de Vercors, fut condamnée en 1650 à prouver son droit 
de franchise du fournage réclamé à Aouste par Louise 
de Sauvain, fille et héritière de Pierre, et eut en 1652 un 
procès avec Tévêque au sujet des bois du Vercors. 

Noble Gaspard du Faure, son fils, sieur de St-Agnan, 
plaide à son tour avec Tévêque, en 165 j, sur le même 
sujet. 

Jean, son second fils, est apparemment le coseigneur 
du Vercors de ce nom à qui, vers le même temps, Louise 
Sauvain du Cheylard, fut condamnée à payer les lods et 
censés auxquels il avait droit. 

Louis-Antoine épousa Françoise Hugon. Celle-ci, 
qui habitait Die, est en 1703 qualifiée veuve de noble 
Louis- Antoine Faure, coseigneur de Saint-Martin-en- 
Vercors. Elle eut pour héritier Hercule de Sibeud, sei- 
gneur de St-Ferréol. 

Daniel, sieur de la Chapelle, donne 4 bœufs à mi- 
croît à des habitants de St-Julien-en- Vercors, en 1652. 
Il reçoit, avec Verancy de Villeneuve, des reconnaissan- 
ces de pensions pour biens situés vers Aouste, en 1662, 
et est qualifié « seigneur de Charens et Chamel, cosei- 
gneur de Vercors, » dans une procuration qu'il donna 
vers 1675 pour consentir au mariage d'Alexandre, son 
frère, avec Hélène de Rozet, de Genève. 

Alexandre épousa en effet cette dernière, et en eut 
Daniel et 5 autres fils, ainsi qu'une fille nommée Marthe- 
Sara. Il était mort dès 1688, après avoir, étant cosei- 
gneur de Vercors, institué pour son héritier Daniel son 
fils aîné, avec substitution, en cas de mort de ses fils 



l82 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

sans enfants légitimes, en faveur de sa fille Marthe-Sara. 
Bientôt sa veuve épousait noble Jean de Cluzel, capitai- 
ne au régiment de Castres ; et Légier, tuteur du jeune 
Daniel, lequel avait également hérité des biens de son 
oncle Daniel, était obligé de plaider pour obtenir des 
mariés de Cluzel restitution des effets ayant appartenu à 
Alexandre Faure. Cette revendication eut lieu vers 1689 
et fut suivie d'un bail judiciaire des biens de Daniel, 
qualifié sieur de Charens. Le compte de curatelle de ce 
jeune homme, fourni par Hélène sa mère vers 169 1 , accu- 
se 32,849 livres de recettes et 2,444 livres ^® dépen- 
ses. Après la « curatelle de noble Daniel Faure, sieur 
de Vercors, déférée à Isoard, procureur, » on trouve 
des procès de Daniel contre Roussin, en 1704 ; contre 
des habitants d'Aouste et autres dévastant ses bois, vers 
171 5 ; contre Bec, son fermier, vers 1720. Il mourut vers 
17} j et, ses trois frères étant morts, ses biens échurent 
à Marthe-Sara, leur sœur, qui avait épousé César de 
Jouven, sieur de la Blachette, et était alors dame du 
Monestier-de-Percy. En prenant possession des biens de 
son frère, Marthe-Sara constata que ce dernier en avait 
aliéné une partie, malgré la substitution qui le lui interdi- 
sait. Ainsi, il avait vendu en 17 ji une terre au grand pré, 
terroir de St-Martin-en- Vercors. Aussi, le ji août 
1739, Claude- Alexandre de Jouven, chevalier, capitaine 
au régiment de Tallard-Infanterie, fils de feu César, tran- 
sigeait, au nom de sa mère, avec l'acquéreur. On a des 
arrentements de 1736 et 1744, passés à des particuliers 
par Mad* de la Blachette, de son domaine de St-Martin,^ 
qu'elle avait encore en 1746 et qui passa ensuite à « M. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. l83 

de Jouven de la Blachette, » puis à Jean-Jacques Rigot 
de Montjoux. Avant 1783, le fils et héritier de celui-ci, 
Claude-Esprit de Rigot, marquis de Montjoux, seigneur 
de ce lieu, « de Bâtie-la- Lance, Teyssières, Odefret, 
La Penne-sur-Vesc, Monestier-du-Percy, Charnel, Ro- 
chegude et autres places, ancien capitaine au régiment 
de Flandre, lieutenant des maréchaux de France au 
département de Montélimar, avait ce domaine, qu'on 
trouve encore à « M. de Rigot de Monjoux » le 4 décem- 
bre 1793, et qui, après avoir passé à M. Revol et à son 
possesseur actuel, M. Eymard, porte aujourd'hui le nom 
de la Blachette. 

Quant à Hortense, sœur d'Alexandre Faure de Ver- 
cors, elle fut mariée vers 1660 à noble Jean de Reynard, 
sieur de St-Auban, et figure vers 1664 dans une quit- 
tance de 200 liv. par Jean de Reynard à Daniel Faure 
son beau-frère. On a une procédure faite vers 1745 
pour Joseph de Gallien de Chabons, seigneur de St- 
Auban, héritier d'Hortense Faure de Vercors, contre 
Laurent de Philibert de Perdeyer. Les biens hérités 
d'Hortense par M. de Chabons, comprenaient sans 
doute des prés que M. de Bonniot avait acquis de ce 
dernier et donnait à ferme, avec d'autres biens au Ver- 
cors, en 1750 (i). 

En bons patriotes, nos Faure avaient pour cri : Tou- 



(0 Minutes cit., protoc. /. Chalvet, n« 47, ff.xxxvij, xl, Ixxij-lxxxij ; n« ot- 

«X XX 

ff. XV, vij vj-viij, xij iiij ; protoc. P. Gauthier, reg. //, f. 103-4, Ferlin, 
reg. de 1749-50, f. 45-7, etc. passim ; — Arch. de la Dr., B, 143, 86a, 



184 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

jours Vercors. » Quant à leur devise, elle était : Pour 
rien (i). 

Artaud'Montauban. — Guigues Artaud, coseigneur 
de Vassieux pour la parerie dans laquelle il y avait suc* 
cédé aux d'Urre, reçut en 1392 et en 1397 la recon- 
naissance de divers particuliers de ce lieu. Cette bran- 
che des Artaud prit le nom de Montauban, à cause de 
l'alliance de Guillaume Artaud avec Isoarde de Mon- 
tauban, l'an 1405 ; et Jean de Montauban- Artaud, sei- 
gneur d'Aix, rendit hommage en 1449, à l'évèque Louis 
de Poitiers, pour sa parerie de Vassieux, qu'il vendait 
en 1452 à Jacques Penchinat. 

Cependant « Reynaud de Montauban, escuyer, sei- 
gneur de Rycobel, » vendait plus tard à Gauthier un 
pré situé à Vassieux, et dont « Mons' de Piégon » 
donnait en 1561, l'investiture à l'acheteur (2). 

D'Hostun. — Noble Guillaume d'Hostun avait des 
biens au Vercors. Le 2 mars 1 596, il en jfit hommage à 
l'évèque, et un acte de 1399 nous signale à St-Agnan, 
lieu dit al SireY\ier, un fonds tenu de la seigneurie de 
noble Guillaume d'Hostun. 

Antoine son frère renouvela cet hommage en 1441. 

Puis viennent Jacques d'Hostun, seigneur d'Hostun, 



1043-5, *o63, 1073, 1084, 1091, iioo, 1118, 1127-9, 1130-3, 1140-1, 
1149, 1153, 1158, 1170 ; D. 66-7 ; E, 787, 1436, 2237, 2^51-2, 
3343, 2646,2649, 4034; — Ul. Chevalier, Cart. de Die, not prélim., 
p. xxiv ; — Chorier, Estât polit,, III, p. 143 ; — Bull, d'hist... de Valence^ 
III, 219-20 ; IV, 14 1-2. 
(i) G. DE RivoiRE DE LA Batie, ArmoHal du Dauphiné^ p. 220 
(2) Arch. Dr., fonds de TEv. de Die; — Gut-Allaro, op. cit., I, 78-9 ; — 
Chorixr Estât polit., III, 36-7; — Minutes cit., reg. n* 47, f. Ixzxj. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. l85 

Claveyson, la Laupie et Vercors ; Geoffroy, fils de Jac- 
ques, et seigneur d'Hostun, Claveyson, la Bâtie et 
Vercors ; et Gilet d'Hostun (frère de Geoffroy), qui 
renouvelle en 1475 l'hommage à Tévêque pour les biens 
du Vercors. 

« Noble Mérault d'Autun, » seigneur de la Baume 
d'Autun, » ayant acquis « du sieur de Claveson » la 
conseigneurie de Vercors, fournit, le 2} septembre 
1540, devant le visénéchal de Crest « un dénombre- 
ment où il déclara tenir en fief du roi dauphin le château, 
terre et seigneurie d'Egluy avec ses appartenances et 
dépendances, valant 100 livres de revenu; plus en fief de 
Tévêque de Valence et de Die la conseigneurie de 
Vercors, » valant « environ 1 5 livres de revenu, etc. » 

Cette conseigneurie avait passé avant le 5 juin 1594 
aux Odde de Bonniot, aux de Chypre et aux Faure de 
Vercors ; car ceux-ci avaient alors au Vercors « la direc- 
te seigneurie des censés apellées de Claveyzon, » et en 
percevaient les revenus (i). 

Bouvier. — En 1399 plusieurs fonds delà Chapelle et 
de Saint-Agnan relevaient de la seigneurie de Pierre 
Bouvier. 

Vers 1480, noble Claude Bouvier, de Fontaines, 
rendit hommage devant Dileri, notaire à Valence, à Té- 
vêque de Die et de Valence pour ses biens situés à la 
Bâtie de Vercors. Ces biens passèrent ensuite aux 



(i) Arch. de la Dr. fonds et Invent, cit., et E, 3123 ; — Columbi, op. cit., 
p. 171 ; Opusc. variit p. 318; — Minutes cit., protoc. P. Chalvetj n^ ç'jt 

XX 

f. vij xviij-xjx; — Bull, arch, de la Dr,, xvi, 218-34. 



i86 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Faure de Vercors et à d'autres pariers ; car vers i ç6o 
nobles Jourdan et Gaspard Faure de Vercors, citoyens 
de Die et coseigneurs de Vercors, donnaient l'investi- 
ture de fonds situés à la Chapelle et en vertu des « cen- 
sés acquises des Boyers, » et, en 1 594, les sieurs de 
Soubreroche et de Bonniot, et noble Jean Faure de 
Vercors, coseigneur de Vercors, investissaient aussi 
d'une terre située à la Chapelle, « à raison des censés 
acquizes des Boviers » (i). 

Penchinat. — Noble Jacques Penchinat, receveur en 
1449 et 145 1 de révèque de Die et Valence, acquit en 
1452 de Jean de Montauban la terre de ce dernier au 
mandement de Vassieux, avec les hommes censés, ser- 
vices, revenus, droits et actions y attachés, la haute et 
basse justice, et tous les droits du vendeur audit lieu. 

Aussi, le 22 juillet 1452, Jacques Penchinat était à 
Vassieux, où, « après avoir appelé cinq habitants qui 
relevaient et dépendaient auparavant dudit noble Jean 
Artaud, il se mit en possession réelle et corporelle tant 
desdits habitans, que des censés, services, émoluments 
et jurisdiction » de lad. terre, « lesquels habitans luy 
prêtèrent hommage et luy reconnurent les censés et 
services qu'ils faisoient audit Artaud. » Acte en fut dres- 
sé par Falcon, notaire. 

En 1475, ^' prêta lui-même hommage pour cette pare- 
rie à l'évêque Antoine de Bï4$ac. 

Le mariage de Marguerite, fitt^ de Gaspard Penchi- 



(1) Arch. cit., fonds de St-Jean-en-R., et E, 2557;— Minutes cit., 
passim. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 187 

nat, avec François Planchette, en 1501, porta la cosei • 
gneurie de Vassieux dans la famille de ce dernier (i). 

Alois. — A la mort de Ponce de Varces, son dona- 
taire, noble Jean Alois, d'une famille déjà noble et éta- 
blie à Etoile en 1420, prit possession des biens donnés. 
Mais, sous prétexte que Ponce s'en était réservé l'usu- 
fruit jusqu'à sa mort, Alois omit d'en payer les lods et 
d'en prêter hommage à l'évèque. En 1475, ^^^ furent 
réduits entre les mains du prélat, à la requête du pro- 
cureur patrimonial de Tévêché. Alois en appela au 
parlement, auquel il réclama « la main levée, avec cau- 
tion qu'il donna pour satisfere à tous les droits dus 
aud. seigneur évêque. » Voici comment il s'explique 
lui-même au sujet des biens en question : « Lui, noble 
Jean Alois, est^coseigneur de Vassieux, des châteaux 
de Rousset et Ravel, et des montagnes de Vercors ; 
il a la juridiction haute, basse, pure et mixte sur hommes, 
les revenus, maisons, prés, terres cultivées et incultes, 
et tous les biens que noble Ponce de Varces a eus aux- 
dits lieux. Ce dernier, son parent, lui en a fait donation 
entre vifs légitime. » 

Jean Alois finit par être mis en possession du tout 
et en prêta hommage à Tévêque en 1475 n>ême. Il eut 
pour héritier Louis, son fils, seigneur de Vassieux en 
149}. Puis, le mariage de Françoise Alois, fille de Louis, 
avec Pierre de La Baume-Suze, porta quelques années 
après, dans la maison de ce dernier, les biens dont nous 
parlons (2). 



(1) Arch. cit., fonds de TEv. de Die. 

(a) Arch. cit., fonds cit., E, ai 19 ; — Arch. de Die, FF, 3. 



l88 SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Rome/. — Robert Romey, notaire de la Bâtie de 
Vercors en 1488, voulant honorer Dieu et la Ste Vierge, 
donne le 6 février 15 14, à chacun des couvents de St- 
François et de St-Dominique de Die une rente perpé- 
tuelle de 2 quartaux de blé, le quartal étant de 2 mesu- 
res de la Bâtie. Le blé sera remis aux frères quêteurs en 
tournée au Vercors. Chaque année, le jour de St-Ro- 
bert^ on célébrera pour le donateur et ses parents une 
messe dans ces deux couvents. A chacun des quêteurs 
on donnera 5 liards petite monnaie, pour que ces frères 
célèbrent à la Bâtie une messe pour le donateur, qui 
stipule que ses héritiers feront dîner ce jour-là les reli- 
gieux qui auront ainsi prié pour lui. 

Robert, encore notaire en i Ç 19, eut de noble Louise 
Sève, sa femme, Guichard et une fille nommée Claude. 

Celle-ci épousa honorable Louis Gautier de la Tour, 
de St-Agnan. Elle en était veuve en 1561, date où elle 
fit à Pierre, son fils, donation entre vifs de tous les biens 
à elle provenus par la mort de « feu honorable M* Pierre 
Romey, en son vivant de la cité de Vallence, fils et 
héritier à feu Mons' Andrée Romey, advocat en son 
vivant de la cité de Vallence. » 

Guichard était notaire à la Chapelle de 1550 à 1569 
et co-rentier des émoluments de la châtellenie de la Bâ- 
tie de Vercors en 1 5 5 1 . 

Un des siens, Pierre Romey, épousa Rose de Jonne, 
fille de noble Pierre de Jonne et de Louise Silve. Il en 
avait eu Louis, Pierre, Jaine et Claude, et Rose était 
morte, quand, le 22 janvier 1593, il recevait de noble 
Guigues <( de Jone, » son beau-frère, sieur d'Olanières 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. ïSg 

en Trièves, 50 écus « en pinateles royaux », à compte 
de la dot de Rose. 

Pierre Romey contractait mariage, deux mois après, 
avec Thonie Dorchus, veuve à M* George Alègre d'Au- 
trans, et figure ensuite comme négociant et exacteur des 
droits de seigneurs du Vercors. 

Louis Romey fut notaire à St-Agnan de 1644 à 1652. 
Il avait une grange à la Breytière (i). 

Arier. — Cette famille, représentée au Vercors en 
1301 par Pierre Arier, un des 18 hommes sur lesquels 
révêque céda aux Reynaud sa troisième part de juri- 
diction, Tétait en 1599, tant à la Chapelle qu'à Saint- 
Agnan, par diverses personnes parmi lesquelles il serait 
bien difficile de discerner Tauteur de noble Michel Arier, 
de la Chapelle, vivant vers i çoo. 

Ce dernier épousa Madeleine, fille de Christophe de 
Lapra, de Piégros, et d'Antonie de Sauvain, fille elle- 
même de Claude et de Belline de Geys. 

Noble Reymond de Lapra, fils et cohéritier de Chris- 
tophe, fit en 1519^ devant Barrés, notaire à Saillans, un 
testament en faveur de Madeleine, sa sœur, déjà femme 
de Michel Arier, avec substitution au profit d' Armicende, 
son autre sœur. 

Le 9 septembre 1540, noble Michel Arier, à son nom 
et à celui d'Etienne son frère, fit dénombrement devant 
le visénéchal de Crest. Il déclara posséder, avec sondit 
frère, au mandement de Vercors des censés directes 
valant environ 25 florins de revenu ; de plus, « à son 



(i) Arch. et minutes cit., passim. 

Tome XX. - 1886 13 



igO SOCIÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Dom et de Magdeleine de la Pra sa femme, ez mande- 
ments du Puygros, Espenel, Pontaix, Quint, Beaufort, 
Montclar, Mirabel, Saillans, Saou et Francillon, des 
censés directes valant environ 1 5 florins de revenu. » Le 
12 septembre 1541, il fit hommage entre les « mains 
de Messieurs des Comptes de Dauphiné, à son nom et 
de Louis Arier son fils » et d'Etienne son frère, pour 
des « censés et rentes qu'ils possédaient à Espenel, à 
Vercors et autres lieux. » Michel Arier habitait alors 
Piégros. 

Outre son fils Louis, il avait eu de Madeleine de La- 
pra, Barthélémy, qui fut prêtre et mourut avant 1569, et 
Dauphiné, qui fut mariée à Guillaume Gail de Luc. 

Guillaume eut de Dauphiné Arier un fils nommé Bar- 
thélémy, et deux filles, Marguerite et Jeanne. Cette der- 
nière épousa, avant 1569, Nicolas A Igo dit Peallalon^ 
qui habitait le bourg de la Chapelle et testait le 1 5 sep- 
tembre 1569. 

Quant à Jeanne, née à Luc, elle avait perdu son père 
et sa mère, et habitait la Chapelle, quand, le 7 août de 
la même année, elle épousa Pierre Guiboud, de St-Jean- 
en-Royans. Barthélémy, son frère, par procuration de 
noble Louis Arier, écuyer, son oncle, lui constitua en 
dot, une somme de joo florins. Cette somme se compo- 
sait de 200 florins parvenus à la future de Dauphiné sa 
mère, de 50 légués par Barthélémy Arier son oncle, de 
25 légués par Madeleine de Lapra sa grand'mère, et de 
25 constitués par Louis son oncle, écuyer. 

Quant aux censés des a nobles Arier » au Vercors, 
nous en trouvons à là Chapelle en 1 5 50, à St-Agnan en 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. IQ! 

1551 et à Saint-Julien en 1561. Mais celles de Saint- 
Julien étaient alors possédées par un seul, « noble Loys 
Arier, dict de la Franconnière, » et mentionnées au 
« terrier des segneurs de la Franconière. » Ce noble, 
dont il avait déjà été question plus haut, habitait la Cha- 
pelle. Il disparait après 1 569 (i). 

La Baume-Su{e. — Noble Françoise Alois, fille de 
Louis, épousait vers 1500 Pierre de la Baume, qui fut 
seigneur de Suze, et de son chef les biens des Alois à 
Vassieux et au Vercors échurent aux La Baume. 

En 1507, le seigneur de Suze transigeait avec les ha- 
bitants de Vassieux au sujet des « prés, herbages, pâ- 
turages et hermes cédant de la montagne de St-Genys 
et TEyglette. » On partagea « les privilèges et pâturages 
dudit terroir en deux lots pour en jouir chacun endroit 
soy depuis la my may jusqu'à la fin de juillet^ passé lequçl 
et dez le i*' aoust ils jouiront en commun de tous lesd. 
terroirs comme ils avoient accoutumé cy devant ; chacune 
desd. parties payera ses censés et aura passage Tun 
dans l'autre, pour aller abreuver à la fonteyne ditte Dou 
Plainet ; lesd. de Vacieu auront la faculté de fere fau- 
cher les herbes et foins en croissans dans les prés du 
sieur de Suze, de les emporter pour leur usage, pourvu 
que cella soit fait » avant la St-Pierre. L'acte fut fait à 
Vassieux, devant la maison de M. de Suze. 

Le 28 septembre 15 ij, Pierre de la Baume, seigneur 
de Suze, par acte reçu Romey, notaire du Vercors, 



(i) Arch. de la Dr., fonds cit., E, 2335, 2346, et Invent. cit. ; — Minutes 
cit., passim. 



192 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

acheta, au prix de 5 1 5 florins et 8 gros petite monnaie, 
des prés qu'il avait lui-même précédemment cédés en 
échange à 5 ou 6 particuliers. Ils étaient situés entre 
St-Genis, Chironne, le bois du Pié-de-Mayosset, et 
Marignac. 

Des actes de 1549, ijji, 1561, 157J, 1594 et 1595 
parlent des droits et de quelques fonds possédés en pro- 
pre par les de Suze à Vassieux. Mais les détails sont sans 
intérêt. 

En 1 597, la coseigneurie passa aux de Lattier (i). 

Planchette. — Une branche de cette famille eut la 
seigneurie de Piégon et une parerie à Vassieux, par le 
mariage, en ïçoi, de François Planchette avec Mar- 
guerite Penchinat. 

De ce mariage naquirent François, qui épousa Marie 
(}e TEspine ; et Guillaume, qui épousa Marguerite de 
Draguignan. 

Un acte de 1539 dit François Planchette seigneur de 
Piégon et coseigneur de Vassieux. 

Hercule de Gironde, procureur de Monsieur de 
Piégon, investit d'un pré à Vassieux en 1561, et permet 
à un particulier en 1570 de faire des ais et du charbon 
au bois de Vassieux. 

En 1574, François de Planchette écuyer, sieur de 
Piégon, teste en faveur de son fils Louis, avec des legs 
de 500 écus d'or sol à Scipion, à Henri-Charles-Maxi- 
milien-César et à Annibal, ses autres enfants; de 50 écus 
à Lucrèce, sa fille, femme de noble Marin de Colom- 



(i) Arch. et fonds cit. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. igi 

baud, outre les looo livres de sa dot; et à Marie de 
TEspine, sa femme, des juridictions de Piégon, Vas- 
sieux et Aureaux, et de la censé de Valréas. 

Louis Planchette étant mort sans enfants, ses droits 
passèrent en vertu de substitution, à Scipion son frère, 
qui, ayant épousé Marguerite de Seguins, en eut Jean- 
Marie et Marie Planchette. 

Scipion vendit, le 14 décembre 1589, devant Alexan- 
dre Curti, notaire à Carpentras, sa coseigneurie de 
Vassieux à Gabriel-Marie de Seguins, gentilhomme de 
la chambre du roi, citoyen de Carpentras, dont les 
descendants ont continué à porter le nom de Vassieux 
et sont représentés actuellement par le marquis de 
Seguins- Vassieux. 

Mais les de Seguins ne devaient pas garder longtemps 
leurs droits à Vassieux. 

Dès 1 577, le testament de noble Pierre de Raffin 
et de Catherine Planchette, mariés, qualifiait celle-ci 
dame en partie de Piégon, Vassieux, les Aureaux et 
Mialons. En 1604, furent faites des procédures pour 
Catherine de Raffin, fille de Pierre et de Catherine 
Planchette, en répétition de ses droits légitimaires à 
Piégon, Mialons, Vassieux et les Aureaux. Ces com- 
pétitions furent peut-être la cause pour laquelle les 
de Seguins abandonnèrent Vassieux. En tout cas, ils y 
étaient remplacés dès 1602 par François de Gironde (i). 



(i) Arch. et fonds cit. ; — Arch. Morin-Pons, doss. généal., n«« 436 et 
654 ; — Minutes cit., passim ; — Lacroix, Invenl. arch. Dr.» E, 1468, 3^38, 
4610 et 4621. 



194 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Abicel. — Cette famille déjà au Vercors par Pierre 
Abicel vers i joi, y était représentée en 1 550 par Jean 
Abicel, de St-Martin-en-Vercors, dont le testament, du 
5 décembre de ladite année, suppose une fortune consi- 
dérable. 

En 1 5 5 1 , <K les Abiceaulx de Sainct-Martin aud. 
Vercors » avaient directe sur une maison de « la Matras- 
sière, y> à St-Julien-en-Vercors, proche de fonds tenus 
des Faure de Vercors. 

Ils paraissent avoir quitté depuis longtemps Saint- 
Martin. Dès mars 155 1, Guillaume Abicel, de ce lieu, 
était investi de biens à St-Agnan, et, 8 mois après, « Mar- 
tin Abicel, de St-Martin-en-V., » était établi à Châtelus. 
Mais le quartier qu'ils habitaient, à 900 mètres au nord 
de Téglise de St-Martin, était à la fin du i6' siècle, 
comme aujourd'hui, « le mas des Abisseaulx. » 

Les biens de Jean Abicel, testateur de 15Ç0, en ce 
lieu, passèrent à son gendre, Gabriel Bonnet, et 50 ans 
plus tard nous y trouvons des biens à M* Claude Bonnet 
notaire (i). 

De Piégros. — Cette famille était représentée en 
1496 par noble Antoine de Piégros, qui avait alors un 
moulin à Die. 

Par dénombrement fourni, le 20 mars 1539, devant le 
visénéchal de Crest, « Jean et Guillaume de Piégros, 
cousins, déclarèrent posséder à Pontaix etc. ; plus, au 
Vercors, en la paroisse St-Agnan, lieu dit à la Bretière, 



. (i) Arch. Dr., fonds cit. ; — Minutes cit., passim ; — Mairie de St-Martin, 
parcellaire, f. 93. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. igS 

12 hommes justiciables dont leurs auteurs avaient fait 
hommage à Tévêque de Die et de Valence, et estoient 
francs de leyde à Die ; plus, qu'ils prenaient audit lieu 
en censés directes 8 sestiers i quarte i coupe 1/2 sei- 
gle, 6 sestiers 1 quarte j coupes et 1/2 avoine, 6 florins 
9 sols 2 deniers et 4 poules, etc. » 

Plusieurs actes de 1551 prouvent que Guillaume de 
Piégros, écuyer de Piégros, et Jean de Piégros, son 
cousin, écuyer de Pontaix, étaient alors seigneurs di- 
rects d'une terre située à Saint-Agnan, en Rîousec, et de 
divers fonds et maisons situés à la Breytière. Le premier 
avait un fils, Jean, écuyer, qui agissait pour lui. Cepen- 
dant Louis Rochas fut à plusieurs reprises gérant des 
deux cousins au Vercors. 

<c Noble François de Puy gros, de Barsac, » sei- 
gneur direct d'immeubles à la Breytière en 164c, était 
au Vercors en 1650 et 1652 (i). 

Chalvet. — Dès 1550, « M* Jean Chalvet^ natif de 
Mens enTriesves, »> comme il l'a écrit lui-même, était 
notaire et habitait « la Bastie de Vercors, » tandis que 
Michel Lamit, son collègue de notariat, habitait le bourg 
même de la Chapelle. 

Le 19 novembre de ladite année,Marcellin Pezet, éga- 
lement habitant « de la Bastie de Vercors, » dont il était 
« vibalhe, » passa une quittance à notre Jean Chalvet, 
qui était a son beaufilz. » Par cet acte, Pezet reconnais- 
sait avoir reçu de ce dernier la somme de joo florins 



(i) Guy-Allaro» op. cit., II, 336; — Bull, d'hist. eccl... Valence^ II, 131- 
2 ; — Arch. Dr., Invent, cit.; — Minutes cit., passim. 



igô SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

petite monnaie, et ce tant en 60 écus d*or sol qu'en une 
cédule de 70 florins a en laquelle Bontoux Chalvet, frère 
dud. M* Jehan Chalvet, por et au nom dud. M* Jehan, 
soy est soubmis aud. M* Marcellin Pezet ; et ce en 
déduction et par la première paye de la verchière que 
led. M* Jehan Chalvet se seroit constitué en verchière 
avec Margarite Pezete, fille dud. Marcellin, » en contrat 
de mariage reçu Lamit. (i) 

On ne trouve plus Marcellin Pezet après janvier i Ç 5 1 , 
mais son gendre et sa fille achètent vers 1556 une pro- 
priété considérable, dont les bâtiments étaient au lieu dit 
en Lalamende^ au couchant du chemin de la Chapelle à 
la Rivière (2). Cependant, pendant les années 1561 et 
1569, les deux seules pour lesquelles nous ayons se$ 
registres de protocoles, Jean Chalvet instrumentait le 
plus souvent au chasteau de la Bastie et dans sa maison. 
Ainsi, c'est là qu'il reçut, le 27 juin 1 569, une quittance 
faite par « M' Claude Chalvet, marchand et habitant de 
Romans, » au notaire même et à un frère de celui-ci, 
nommé Claude comme le créancier, lesquels payaient 
au nom a de Bontous Chalvet, marchant » de Mens en 
Trièves, delà somme de 120 florins, à compte de plus 
forte somme due par ce dernier à Claude Chalvet, sui- 
vant acte reçu Claude Magnan, notaire à Mens. 

(i) Minut. cit., protoc. Lamit àt 15 50-1, f. xxxviii et Ivii, et Jan Chalvet, 
n« 47, fol, j. 
(a) Ibid., parch. orig. couvrant un reg. de Sagnol àc 1719-25. 

(A continuer,) 

L'abbé FILLET. 



ANDRE DE LAFAÏSSE. I97 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE 

( d' Avibenas ) 

MARÉCHAL DE BATAILLE 
Sa Famille, son Histoire et sa Correspondance. 

(1570-1681) 



Suite. — Voir les 68«, ôç», 70*, 7i*, ya*, 73% 74*, 75* et 76* livraisons. 



Le prieuré de Cabrières, près de Nîmes, a eu pendant 
une quarantaine d^années, pour titulaire, Charles Tri- 
mond, né en 1620 et mort en 1686. Louis, son père, 
avocat à Nîmes, appartenait à une famille noble, origi- 
naire de Provence, et Léon, son frère, avait été consul 
de cette ville en i655. Le Prieur Charles donna de la 
célébrité au village où il passa une partie de sa vie, et 
dans lequel il attirait sans cesse une grande affluence de 
monde. 

C'était un homme très-charitable, s'occupant avec suc- 
cès de médecine, donnant ses consultations et ses remèdes 
pour la composition desquels il était cependant très mys- 
térieux. Ses succès portaient principalement sur le trai- 
tement des hernies, alors fort communes, et qui, faute de 
connaissances pour les bien traiter, faisaient périr beau- 
coup de monde. 

Louis XIV le fit venir deux fois à Paris; d'abord en 
1680, pour donner ses soins à la duchesse de Fontanges, 
qui mourut Tannée suivante, et en 1686. Il lui fit connaî- 



igS SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

tre ses recettes, le priant de ne les rendre publiques qu'a- 
près sa mort, qui eut lieu bientôt après. Le roi faisait 
préparer et distribuer, par son valet de chambre de ser- 
vice, les remèdes à ceux qui en demandaient (i). 

M. Guiran, conseiller au parlement d'Orange, écrivait 
à Lafaisse, le 24 juin 1676 : « Si le syndic Lulin (2) vient 
à Cabrières^ je ne manquerai pas de Palier recommander 
à M. le Prieur. Vous ne sauriez croire quelle foule il y a 
près de cet excellent et apostolique maître ; on y accourt 
de toute part ; on y loge dans les écuries, et tous y recou- 
vrent leur santé. J'appréhende que nous le perdrons, soit 
parce qu'il succombera sous un si grand travail ; soit parce 
qu'on l'obligera d'aller à Paris, pour y traiter la reine, 
qui est incommodée de vapeurs, et il est à craindre que 
les médecins royaux ne se défassent d'un tel maître > 

Une lettre du comte de Dona, datée du 8 juillet 1677, 
porte ce qui suit : « mes appréhensions pour la santé de 
ma femme durent toujours. Je vous supplie de faire tenir 
cette consulte au Prieur de Cabrières. afin qu'il lui plaise 
de nous dire ses sentiments d'un mal qui nous tient dans 
des extrêmes peines, et s'il croit avoir des remèdes pour 
les maux de cette nature ». 

Une lettre non signée, écrite de Paris le 23 décembre 



(1) Madame de Sévigné, parle plusieurs fois, dans ses lettres, du 
Prieur de Cabrières ; — Voir aussi: Dionis, Cours d'opérations de chi- 
rurgie, p. 314; — Ménard, Histoire de Nîmes, 2* édition, t. VII, 
p. 620 ; — Rivoire, StaiUtique du Gard, t. I, p. 609 ; — Baudry, 
Mémoires de FoucaxM, p. 153, etc. 

(2) Jean Lulin ou Lullin, né en 1619, et Jean Antoine, son frère, 
ont été tous deux syndics de Genèv^e ; ils appartenaient à la même 
famille que Jean Lullin, syndic de cette TÎlle en 1538 (Grenus, 
Fragments sur Genève, 1815, p. 450). 



ANDRÉ DE LAFÂÎSSE. igQ 

1676, est relative à un projet formé par Charles de Grolce, 
comte de Viri ville, gouverneur de Montélimar (i), marié 
en i65i, à Catherine de Dorgeoise de la Tivolière; elle 
est ainsi conçue : « Le comte de Viriville ne peut songer 
à la lieutenance de roi du Languedoc (2), à moins de vou- 
loir ruiner sa maison et emprunter pour cela quatre- 
vingts ou cent mille écus (3) ; et pour celle du Dauphiné^ 
quand même le comte de Tallard (4), agissant en amant 



(1) Voir de Coston, Histoire de Montélimar, t. III, p. 47 et 333. 

(2) Il 7 avait simultanément trois lieutenants-généraux en Lan- 
guedoc, à Cause de la grande étendue de cette province. 

(3) La livre ayait alors une yeleur intrinsèque de 1 fr. 88, el Técu 
de 5 fr. 64^ représentant environ le double en monnaie actuelle 
(de Wailly, Mémoire, etc., p. 228). On trouve dans les Mémoires de 
Dangeau, du marquis de Sourches, du duc de Saint-Simon, etc., 
Tindication des prix énormes des charges de cette époque. En 1685, 
le marquis de Vérac paya une des lieutenances de roi en Poitou, 
80,000 livres ; en 1692, le comte de Médavy paya 150,000 livres le 
petit gouvernement de Dunkerque ; en 1704, les enfants du mar- 
quis de Pracomtal (de Montélimar), tué en 1703, vendirent 142,000 
livres le gouvernement de la ville de Menin. En 1716, le maréchal 
de Matignon paya 230,000 livres celui de l'Aunis et en 1717, le duc 
d*Albret acheta 100,000 écus, celui de TAuvergne, mais alors Ti^cu 
n*avait plus qu'une valeur intrinsèque de 4 fr. 44. 

Le gouvernement de la Basse Navarre rapportait près de 150,000 
livres par an; celui de TAlsace, près de 100,000 ; celui de la 
Picardie, 80,000; celui du Dauphiné, 60,000, sans compter les 
subventions, les cadeaux et autres accessoires. 

(4) Camille d'Hostun, comte de Tallard, devenu maréchal, duc 
et pair, était fils de Roger, sénéchal de Lyon et de Catherine de 
Bonne d'Auriac, dame de Tallard, cousine de Lesdiguières, et nièce 
du maréchal de Villeroy, gouverneur du Lyonnais et de Camille, 
frère de ce dernier, archevêque de Lyon, l'un et l'autre tout puis- 
sants à la cour. N'ayant pas encore 25 ans, il était simple colonel ; 
l'influence de sa famille lui avait valu cette charge, vacante par 



200 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

désintéressé^ la lui voudrait céder, et prendre celle d'Au- 
vergne, il ne faut pas croire que Mgr. l'archevêque de 
Lyon y consentit. Il faut donc songer à quelqu'autre 
chose qui puisse contenter la comtesse de Viriville, et il 
me semble que ce serait à elle à nous en faire ouver- 
ture Elle ne veut pas de charge à la cour, sa santé ne 

lui permettant point de s'y attacher, et dans les provinces 
on n'en voit point qui lui puisse convenir. L'on donnerait 
bien parole pour V ordre de chevalier du St '^Esprit à la 
première promotion, mais on n'en donne point le brevet. » 

« Si cela s'était pu je crois qu'elle s'en serait contentée 
avec divers autres avantages qu'on propose pour la fa- 
mille ; il me semble qu'on ne devrait pas les rejeter, de peur 

de s'attirer les puissances sur les bras » Le comte de 

Viriville n'obtint pas la croix du Saint-Esprit, accordée 
seulement, en général, aux plus grands personnages, et il 
mourut vers lyoS, simple gouverneur de Montélimar. 

Il a déjà été question, à la date de i65i et à celle 
de 1660, de la famille de Faret de Fournès, marquis 
de Saint- Privât, des environs d'Uzès. Alexandre, avait 
épousé, en i652, Isabeau, fille de (Charles René du Puy, 
marquis de Montbrun, général, et de Diane de C^aumont, 
dont il eut une fille unique, Isabeau-Marguerite. Comme 
elle perdit sa mère de très-bonne heure, elle fut élevée 
par sa grand mère paternelle, Jeanne de Launai d'An- 
traigues, qui contribua à en faire une des merveilles 



le décès qui eut lieu en 1674, de Charles Nicolas do Créquy de 
Bonne, marquis de Ragny, frère cadet de François Emmanuel, 
gouverneur du Dauphiné. Il épousa plus tard Marie Catherine, fille 
du comte de Viriville, les mots : Amard désintéressé, employés par 
l'auteur de la lettre, semblent indiquer que Tallard songeait déjà 
à ce mariage. 



ANDRE DE LAFAISSE. 201 

de son temps, aussi célèbre par sa beauté que par son 
esprit (i), mais dont le caractère parait avoir été assez 
excentrique. 

Le 24 mars 1677, M- Delaborie (ou de la Borie ?), 
pasteur à Uzès, écrivit à Lafaïsse la lettre suivante : 
« J'embrasse avec un extrême plaisir la charge que notre 
consistoire m'a donné de vous informer d'une affaire très- 
importante et très délicate, pour remédier aux suites fu- 
nestes qu'elle peut avoir Je vous supplie donc d'é- 
crire à M. de Saint- Privât, pour lui faire connaître qu'il 
doit prendre un peu plus de soin de la conduite de sa fille, 
qui a un grand commerce avec un gentilhomme de la 
religion contraire. Nous avons fait inutilement plusieurs 
démarches, pour le rompre. M™' de Barnier (il en a été 
parlé à la date de 1666) ne s'y est pas épargnée, mais elle 
n'a pas mieux réussi que nous, parce que M°' de Fournès 

a trop de complaisance pour cette demoiselle Il est 

nécessaire de presser M. de Saint-Privat de mettre à cette 
affaire Tordre que lui seul peut y apporter ». 

Il faut éloigner d'ici le plus-tôt possible M"* de Saint- 
Privat, ajoute la Borie ; son père « contribuerait au dan- 
ger par le retardement qu'il apporterait. Le gentilhomme 
en question est le fils de M. de Robiac (2), qui demeure â 
Golias. 11 est bien en toutes manières, mais il n'appartient 
pas à notre religion, et c'est la seule vue qui nous fait 
agir ». 



(1) Mémoires de madame du Noyer, 1741, p. 49. 

(2) D'après V Armoriai du Languedoc, t. 1, p. 505, Pierre de Trè- 
molet-Montpezat, seigneur de Roubiac et de Colias, me&tre de 
camp, marié en 1651 avec Catherine de Rignac eut huit fils : c'est 
probablement l'alné qui courtisait M"' de Saint-Privat. Louis XIII 
coucha dans le château de Colias, le 2 juillet 1629. 



202 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Lafaîsse prévint le marquis ; il lui répondit de Paris, le 
17 avril 1677, la lettre suivante : « Je suis persuadé aussi 
que ma fille serait beaucoup mieux avec M"*' de Mombnin ; 
mais elle est à présent au château de fa Nocle (i). Toutes 
ces raisons jointes à celles que vous me marquez, que la 
chose presse, m^engagent à vous conjurer de me faire la 
grâce d'aller à Saint-Privat (près d'Uzès), sous prétexte 
d'y voir ma mère, et sur l'avis qu'on vous a donné, que 
j'allais arriver, et d'avoir la bonté de m'y attendre. Je ne 
doute pas que vous soyez mieux que personne capable de 
lui inspirer les sentiments qu'elle doit avoir, et de l'empê- 
cher de prendre ceux que l'on vous a fait craindre ». 

Lafaîsse paraît avoir échoué dans sa mission et le mar- 
quis fit peu de cas des avis qu'il^ avait reçus. 

Une lettre écrite deTarascon, par M. Doucet,le27 juillet 
1677, est ainsi conçue : « M"* de Saint-Privat, a été à la 
foire de Beaucaire toute seule et sans être accompagnée 
d'aucune parente ni femme de qualité. De là elle ira pren- 
dre les eaux de Meynes (Gard), et elle se rendra ensuite en 
Dauphiné, chez ses parents, son père a de grands torts 
envers elle, et si, par malheur, il lui arrivait quelque 
chose, il en serait responsable devant Dieu et devant les 
hommes : toute la terre le condamne et murmure contre 
lui. » 



(1) Ce château, qui est près de Neyers, appartenait à Louise de 
la Fin de Salins, femme d'Alexandre du Puj-Montbrun, marquis de 
Saint-André, grand-oncle de M"» de Saint-Privat, dont j'ai parlé à 
la date de 1667. 

Tallemant des Réaux (Histonettes, 1840, t. IX, p. 229) dit : M"** de 
la Fin étaient deux filles de condition et héritières. La cadette étant 
accordée avec Saint-André, sa sœur aînée vint à mourir. La voila 
un grand parti; Saint-André n'espérait plus l'épouser, elle fut gé- 
néreuse et lui tint ce qu'elle lui avait promis. 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 2o3 

Le marquis et sa fille moururent peu d'années après 
d'une manière tragique. M"' du Noyer (i) fait un long 
récit de ce double événement. M. de Saint-Privat, con- 
damné à mort pour crime de fausse monnaie (2), fut exé- 
cuté à Paris le 16 novembre 1680, Charles, son frère, 
seigneur de Montfrin et marquis de Saint-Privat, après 
la mort de ses quatre frères aînés, fit tout ce qu'il put 
pour le sauver. Il offrit inutilement 5o,ooo livres au geô- 
lier pour laisser évader son prisonnier, et se jeta en pleu- 
rant aux pieds de Louis XIV, Le roi lui répondit qu'il 
avait juré de ne jamais accorder la grâce aux duellistes et 
aux faux-monnayeurs ; que les fautes étaient personnelles, 
et qu'il lui donnait les biens confisqués contre son frère. 

M"'' du Noyer ajoute que Charles fut si charmé du mé- 
rite de sa nièce, qu'il résolut de ne se jamais marier (3), 
pour lui conserver sa fortune, mais cette pauvre demoiselle 
prit de Téloignement pour lui (4). Elle écrivit à son on- 
cle consanguin, Jacques du Puy, marquis de Montbrun, 
pour le prier de la conduire chez lui, en Dauphiné, où il 
possédait divers fiefs dans les Baronnies ; elle passa une 
transaction avec son oncle de Saint-Privat et partit de 
suite après. 



(1) Mémoires, 1741, t. 1, p, 51 ; — Voir aussi : Charvet, château de 
Saint'Privat'dU'Gard, 1867, p. 29. 

(2) Ce crime était relativement commun chez les gentilshommes 
de cette époque : Moreau, marquis de Mazière (de Normandie), fut 
décapité en 1721 pour le même fait. Tallemant des Réaux en cite 
divers exemples dans ses Historiettes. 

(3) L*auteur a sans doute voulu dire : de l'épouser, 

(4) MM. Haag (La France protestante) ajoutent qu'elle ne voulut pas 
habiter avec un homme enrichi des dépouilles de son frère le 
condamné. 



# 



204 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

A peine arrivée chez du Puy-Montbrun, elle fut atta- 
quée d'un mal violent et fit un testament par lequel elle 
léguait tous ses biens à Louise du Puy-Montbrun, sa 
cousine germaine (i). Elle ne tarda pas à mourir le i3 no- 
vembre 1681, à rage de 22 ans. L'autopsie constata qu'elle 
avait succombé à un empoisonnement ; ses deux oncles 
s'accusèrent réciproquement de ce crime. L'un disait 
qu'elle était morte chez M. de Montbrun et qu'elle avait 
laissé sa fortune à sa fille; l'autre répondait qu'elle était 
partie très-mécontente des procédés de M. de Saint-Pri- 
vat et qu'elle était tombée malade en chemin. 

Tous deux furent incarcérés ; l'affaire fut longuement 
plaidée et la Sénéchaussée de Nîmes finit par mettre les 
deux parties hors de cour et de procès, ce qui semble indi- 
quer qu'au lieu de crime il y avait eu simplement suicide ; 
l'animosité des deux parties avait déplacé la question, 
pour satisfaire une vengeance. 

Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que peu de 
temps après la mort de sa nièce, Charles de Saint-Privat 
épousa une riche héritière, Anne de Ginestous, dame de 
Moissac. Jean, son fils aîné, ne laissa qu'une fille, morte à 
l'âge de deux ans. Jean Henri de Faret, comte de Fournès, 
son fils cadet, brigadier, épousa M"^ de Gabriac, du 
Bourg-Saint-Andéol, dont il eut une fille unique, Marie 
Anne, mariée en 1773 avec Jean Louis Charles François, 
comte de Marsanne, de Montélimar, député aux Etats- 
généraux, mort sans enfant en 181 5. 



(1) Cette riche héritière épousa, comme on l*a tu, M. de Pontevès, 
marquis de Fucus ou de Buoux (de Provence). Elle renonça au 
protestantisme, mais comme on disait qu'elle s'était convertie par 
politique f l'évéque d*Âpt, exigea qu'elle fît imprimer les motifs de 
sa conversion, ce qui eut lieu en 1724, sous forme de Lettre à une 
dame de ses amies. 



ANDRÉ DE LAFAÎSSE. 205 

Jean Henri avait eu, en outre, d'une personne que 
M. Charvet ne nomme pas, trois filles et un fils. Ce der- 
nier, né à Toulouse en 1762, adopté par la veuve de son 
père naturel, devint, sous les noms et titres de Jules- 
Marie-Henri, comte de Faret, marquis de Fournès et 
seigneur de St-Privat, maréchal de camp, sénéchal de 
Beaucaire et de Nîmes et député de la noblesse aux Etats- 
généraux ; il épousa Philippine de Broglie. 

Un de ses petits-fils, cousin de la duchesse de Magenta, 
née de la Croix de Castries, était préfet de la Savoie au 
mois d'avril 1876. M. Ricard, ministre de l'intérieur, 
exigea pendant son court passage aux afiaires, la destitu- 
tion de l'allié du maréchal de Mac-Mahon, à cause de ses 
opinions anti-républicaines très accentuées : le maréchal 
la lui accorda, dan$ la crainte de faire de cet incident une 
question de Cabinet. 

M. Arnaud ( i) donne divers détails sur Louis Rambaud, 
de Die, qui embrassa le protestantisme, fut condamné à 
mort, par contumace, en 1675, par le parlement de Gre- 
noble, et se réfugia à Genève, ainsi que sa femme qui se 
convertit à son tour. C'est de lui que veut parler M. Sar- 
rasin (ou Sarasin), syndic de Genève, dont il a été ques- 
tion à la date de 1674. 

Il écrit, dans une longue lettre du 19 juin 1677, V^^ 
Rambaud est réfugié chez M. de Duilliers (2). Par déli- 



(1) Histoire des protestants du Dauphiné, t. II, p. 92 ; sur les Ram- 
baud, de Die, Toir aussi le Bulletin ecclésiastique , 1874, p. 152 ; à la 
même famille appartenait Antoine Rambaud, aTocat, qui joua un 
fd beau rôle dans le fameux procès des tailles. Voir VHistoire de Mon- 
tHimar, t. U, p. 40*2. 

(2) La famille Fatio de Duilliers avait alors plusieurs représen- 
tants, entr'autres Jean Baptiste, Jean Christophe, Nicolas (mathé- 

TOME XX - 1886. 14 



2o6 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

catesse, ajoute-t-il, il n'a rien voulu accepter encore sur 
les sommes qui sont dans la caisse de M. (Alexandre ?) de 
SilloI, et sur laquelle M. (Jacques ?) Chamier (avocat ?) est 
autorisé à tirer des mandats. « M. Rambaud n'est incom- 
mode à personne; il a trouvé un asyle chez M. de Duilliers, 
il en trouvera un aussi chez moi, quand il lui plaira, et je 
ne compterai pas pour une charge, ce que je pourrai avoir 
le bonheur d'employer pour un homme de cette sorte ». 

Le syndic Sarrasin écrivait le 25 décembre 1677 : 
<c nous avons Thonneur de posséder le pieux et savant 
M. Rambaud avec sa chère femme. Elle va lui donner la 
consolation qu'il s'est promise, car Dieu lui a touché le 
coeur pour lui faire remarquer la vérité de notre religion. 
Il a reçu de M. de Sillol des lettres pleines de cor- 
dialité, car quoiqu^il n'assigne que 5o écus par an à ce 
bon prosélyte, il lui fait connaître qu'il est prêt, avec ses 
autres amis, d'aller au delà, c'est à dire à tout ce qu'il leur 
faudra. Comme ces 5o écus, et les 2b qu'ils tirent de 
M. du Bœuf (i) ne paraissent pas sufl5sants, il semble 
que quand la dose de Montélimar serait doublée et au delà, 
il n'y aurait rien de trop » 

D'après Grenus, p. 468, Jacques Sarrasin, né en 1641, 
était pasteur à Genève ; le 19 juin 1677, il écrivit la lettre 
suivante : « le sieur de la Faye (2) loge chez le s*" Mercet, 



maticien distingué), et Pierre, condamné à mort en 1707, pour rai- 
son d'Etat »• Son fils, appelé aussi Pierre, deyint général dansl'ar* 
mée du roi de Sardaigne (Grenus, p. 234). 

(1) Suzanne, fille et héritière de Louis Rambaud, avocat k Die, 
épousa Hugues du Bœuf, avocat dans la même ville. 

(2) Jean de la Faye, ministre et controversiste, né à Loriol en 
1610, mourut à Genève, en 1679 (Biographie du Dauphiné, t. II, p. 8 ; 
— M. Arnaud, t. II, p. 407 ; Archives, E, 2262 et 2263;. Il était fils 



ANDRÉ DE LAFAÎSSE. 2O7 

qui tient des pensionnaires pour 6 ou 7 écus(r), mais vous 
pouvez penser qu'on y est assez mal entretenu. Les pen- 
sions où Ton est bien sont de lo à 12 écus ; j'ai chez moi 
quelques messieurs à ces deux derniers prix, qui ne com- 
prennent que la chambre, le dîner et le souper, tout le 
reste se paie en sus. J'ai parmi mes pensionnaires le fils 
de M. Amieu (2), de Montélimar, que vous connaissez ; si 
M. de Fontjuliane (3), veut m'envoyer le sien, je le pren- 
drai bien volontiers chez moi ». On voit que beaucoup de 
protestants envoyaient leurs fils faire leurs études à Ge- 
nève. 

En 1677, une partie de l'Europe était en guerre; les 
Suédois, alliés de la France, furent battus par les Danois, 
unis aux Norwégiens ; ils perdirent l'embouchure de 
l'Oder par la chute de Stettin, rendue à PElecieur de 
Brandebourg après six mois de siège. 



diautre Jean, ministre à Loriol, et de Marthe Charnier, et épousa 
Jeanne Thomas, dont il eut notamment Paul, ministre à Valdrôme, 
et Théodore, pasteur é Aoste marié en 1658, ayec Isabeau Tron- 
chin de Genève, qui le rendit père d*André de la Faye. 

(1) Par mois ; Técu avait alors une valeur intrinsèqtie de 5 fr. 64, 
d'après de Wailly. 

(9) Jean Amieu, de yinsobres,'*caQton de Nyons, avocat, épousa 
en 1656, Suzanne, fille de Pierre Feautrier ou Feutrier, de Monté* 
limar. Ses filles se marièrent avec MM. de Marsanne et Caritat de 
Condorcet. Son fils^ élevé chez M. Sarrasin, se nommait Daniel 
Amieu; il laissa une fille unique, qui épousa: l^ Hector Samson 
d^Agoult, marquis de Montmaur ; 2^ Bernard de Blégier, marquis 
de Taulignan. 

(3) Pierre de Marsanne-Fontjulianne, de Montélimar, lieutenant- 
colonel, épousa en 1655, Jeanne, fille de Pierre Berlhe, avocat ; il 
laissa Gédéon et Louis, émigrés en 1685, et Charles qui lui succéda. 
Voir d'autres détails dans l'Histoire de Monlélimar, t. I, p. 438 ; t. Il, 
p. 376. 



208 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Le comte de Dona, qui parait avoir eu de hautes rela- 
tions diplomatiques, écrivait d'Espessoles, le 9 février 
1678, la lettre suivante : « Si on prenait des pensées de 
paix peut-être n'y serai-je pas inutile. Je considère avec 
vous la prise de Stettin comme une chose qui porte coup 
sur la gloire de la France, si cela devait mettre absolument 
les Suédois hors de TEmpire. Comme pourtant il leur 
reste deux ou trois bonnes places, je crois que la chose 
n'est pas sans remède. Si mon entremise est agréable de 
ce côté là, vos amis, et encore votre grand monarque, 
pourront disposer de moi. Pour ce qui est de la Suisse, il 
est mille fois plus facile de servir le roi, en ce pays, que 
de le desservir. Si Pun et l'autre s'est pratiqué, c'est selon 
les gens que Ton y emploie » 

Le Comté du Pont de Veyle (Ain) fut vendu judiciaire- 
ment en 161 5, après la mort de Christophe d'Urfé et 
acheté par le connétable de Lesdiguières, Françoise, sa 
fille, duchesse de Créquy-Lesdiguières, le vendit à Jean 
du Puy-Montbrun, seigneur de Ferrassières, qui le reven- 
dit, en 1678, à Pierre Jean Bouchu (i). Le comte Frédéric 
de Dona possédait ou croyait posséder d'anciens droits 
sur ce fief important: il écrivit d' Espessoles, le 14 juin 
1678, la lettre suivante : « Puisque M. Bouchu, inten- 
dant du Dauphiné, vient d'acheter la Comté du Pont de 
Veyle du duc de Lesdiguières, et que, des personnes lui 
font accroire que nous possédons quelques pièces sans 
lesquelles le seigneur du lieu n'en peut jamais jouir com- 



(1) M. Gaigue, Topographie du département de l'Ain^ 1873, p. 901, 
dit que le Comté fut acheté par Claude Bouchu, (intendant de Bour- 
gogne et père du dit Pierre Jean): Voir aussi Guichenon, Histoire 
de la Bresse, 1650, p. 94. Ce fief appartint plus tard aux familles de 
Ferréol et d'Esclignac. 



ANDRE DE LAFÂÏSSE^ 20g 

modément, il faut donc être sur les lieux afin que tout se 
fasse de gré à gré et civilement, s'il plaît à Dieu, en cas 
quMl ait envie de s'entendre » 

Lafaïsse, comme on l'a vu, avait une sœur, nommée 
Marguerite, mariée à Dupuy, des Vans, dont le fils se 
maria en Hollande, où il servait, comme officier, sous le 
nom de du Puy de Saint-Leydier. Il écrivit de Bruxelles, 
le 2 décembre 1677, la lettre suivante: « J'arrive d'Angle- 
terre, où j'ai accompagné Son Altesse Royale (i) qui m'a 
donné ma grâce d'un combat que nous avons fait, deux 
contre deux, et dont un capitaine, de qui j'étais le second, 
est demeuré mort sur la place, c'était une fort méchante 
affaire, y ayant des coups de main donnés au neveu du 
vicomte ûanré Le marquis de Monpouillan, lieutenant- 
général, et M. de Créderode me disent tous les jours qu'ils 
ne veulent pas me laisser capitaine et m'ont promis la 
première compagnie de cavalerie vacante dans leur régi- 
ment ». Dupuy offre ses bons offices dans le cas où un 
de ses jeunes parents voudrait prendre du service en 
Hollande. 

Il écrivit à son oncle, le 25 mars 1678 : que sa femme 
était accouchée d'une fille, dont le parrain avait été le 
marquis d'Haucourt, « capitaine dans son régiment et son 
ami sans réserve », parent de la comtesse d'Antraigues, et 
la marraine M"® d'Aumale, sa sœur. Il mentionne la mort 
du comte de Dona dont il avait été page, et l'abjuration 
de sa sœur en ces termes : « j'ai du déplaisir d'apprendre 
la perversion de cette misérable sœur que désormais je ne 



(1) Guillaume III de Nassau, prince d'Orange, qui épousa, en 
1677, Marie Stuart, fille de Jacques II, et fut proclamé, roi d* An- 
gleterre en 1688. 



2IO SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

nommerai plus, puisqu'elle a fait honte à toute sa famille, 
je voudrais de tout mon cœur avoir appris sa mort, plutôt 
que le déplaisir de voir qu'elle a renié la foi dans laquelle 

Dieu lui avait fait la grâce de naître M. Berckoffer (i) 

après avoir traîné long-temps dans la misère a obtenu du 
prince une compagnie marine qui est assurée sur mer, et 
où il n'est pas obligé d'être ». 

Dupuy de Saint- Leydier écrivait le 12 octobre 1678 : 
« Je n'ai pas été tué à la bataille de Saint-Denis pour 
secourir Mons. J'ai eu tout le bonheur imaginable à cette 
journée ». Il décrit les différentes phases du combat; sa 
compagnie, composée de cent fusiliers eut vingt hommes 
tués et douze blessés. « Le comte de Nassau, ajoute-t-il, 
me mena le lendemain à la cour et dit, à Son Altesse cent 
belles choses à mon avantage, que j'avais forcé un poste 
devant lequel deux ou trois bataillons devaient périr et 
que j'avais sauvé la cavalerie. Son Altesse était résolue 
de me donner une compagnie dans ses gardes ; elle en fut 
empêchée par le comte de Sol (ou de Fol ?), qui en était 
colonel et avait un favori auquel il la fit donner ». Le 
25 novembre suivant, le comte de Dona, écrivait que le 
prince était très-bien disposé « à faire accorder quelque 
bel établissement à M. du Puy ». 

Au nombre des familles protestantes qui habitaient 
Villeneuve-de-Berg, se trouvait celle des Jeune ou Lejeune 
de Chambeson. François Jeune de Chambeson, seigneur 
de Barry et juge en la Viguerie, tint en 1720, dans sa 
maison (2), comme remplaçant Joachim de Montagut, 



(1) Il avait été gouverneur d^Orange, comme on l'a vu à la date 
de 1671. 

(2) Elle avait appartenu à une branche de la famille des Astards 
et Louis XIII 7 coucha en 1629. Elle a été achetée et reconstruite 



ANDRÉ DE LAFAISSE. 2 ( I 

comte d'Aps, les Etats du Vivarais. De même que ses deux 
fils, nouveaux convertis comme lui, il se signala par son 
exaltation à l'époque de la guerre des Camisards. Cest de 
lui qu'était issu le général François Lejeune, né en 1770, 
un des plus beaux hommes de Parmée Française, tué en 
Egypte et dont la famille est éteinte. Il était fils de Fran- 
çois, avocat au bailliage, et avait un frère officier, tué 
en Hollande; sa fille Anne Gabrielle, épousa, en 1723, 
Joachim Scipion de la Garde, procureur du roi en la maî- 
trise des eaux et forêts dont Tarrière-petit-fils, M. Henri 
de la Garde, ancien capitaine, qui habite Romans, a publié, 
en 1 884, Le duc de Rohan et les protestants sous Louis 
XÎTI, volume couronné par Tlnstitut. 

Jeune de Chambeson, probablement le père de François 
écrivait le 10 octobre 1678, qu'il venait d'être l'objet d'une 
tentative d'assassinat. Romegouse, de Montpezat, L'avait 
attendu, la nuit, près de sa porte, et lui avait tiré deux 
coups de pistolet sans l'atteindre. 

Dans une lettre assez obscure, écrite vers la même épo* 
que. Jeune parle d'un enfant de quatorze ans, son parent, 
qu'on voulait enlever à sa famille pour le faire élever dans 
la religion catholique. Les lois de cette époque, qui allaient 



il 7 a une cinquantaine d'années par M. Hejraud (L'abbé Mollier, 
ViUeneuve'de-Berg, 1866, p. 266 et 361) ; Archives C. 540 et 1230. 

Le plancher orné d'écussons coloriés du X7I* siècle, qui se 
trouvait à Villeneuve, dans la maison de Barruel, et dont j'ai parlé 
à la date de 1667, vient d*étre endommagé par la foudre, enlevé et 
brûlé. Elle avait appartenu à une branche de la famille de la Roche 
des Astards ou de Laudun. On trouve dans les plaidoyers de Guy^ 
Basset, 1668, p. 84 : dans le BtUletin archéologique, 188?, p. 390, et dans 
V Armoriai du Dauphiné, des détails très curieux et assez longs sur 
divers membres de cette famille. 



212 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE, 

beaucoup plus loin que celle du 29 mars 1882, sur ren- 
seignement obligatoire, permettaient d'arracher à leurs 
parents des enfants qui demandaient à être instruits dans 
la religion catholique et d'obliger leur père à payer une 
pension à la personne ou au couvent qui se chargeait de 
leur éducation. 
Jeune ajoute ce qui suit : « le valet de M. Ozil (i), qui 



(I) On a TU qu*en 1734, Alexandre d'Antraigues épousa Thérèse 
d*Ozil ; Simon d'Ozil était seigneur de Saint-Vincent- de-Barrès en 
1717 et avait épousé Marie, fille de Jean d*André^ seigneur de Mont^ 
fort, du Gévaudan. Louis XIII donna, en 1629, à Jean de Surville, 
les biens confisqués contre Pierre Ozil, de la Gorce, protestant 
rebelle. 

Puisque le nom d'Antraigues revient sous ma plume, il conrient 
de mentionner un document que je ne connaissais pas et qui aurait 
dû trouver place dans la première partie de la généalogie de cette 
famille, donnée à la date de 1646. 

Il est emprunté aux lettres missives d'Henri IV, t. II, p. 398, pu- 
bliées par Berger de Xivrej. Cette lettre, datée du 25 octobre 1588, 
adressée k VL. de Launey, baron d^Entraigues, me parait apocryphe, 
comme beaucoup d'autres attribuées à Henri lY : elles ont été fa- 
briquées, en général, dans le but d'obtenir plus facilement un 
jugement de maintenue de noblesse à l'ëpoque des recherches or- 
données en 1666. 

On a Yu que Trophime de Launai épousa en 1601 seulement 
Marie de Cajres, qui lui apporta la seigneurie d'Entraigues en 1605. 
De Launai ne pouvait donc pas être baron d'Entraigues en 1588. 

Cette missive contient le passage suivant. « Sans doute vous 
n*aurés manqué ainsi que vous l'avez annoncé à Moruay de vendre 
vos bois de Mezilhac et Cuze, et ils auront produit quelques milles 
pistoles. Si ce est, ne faite faulte de m'apporter tout ce que vous 
pourrès, et je ne scais quand, ni d*où, si jamais je pourra]^ tous les 
rendre », etc. 

Henri lY, alors simple roi de Navarre, était trop fin pour préve- 
nir d'avance les personnes auxquelles il voulait emprunter, qu'il 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 2l3 

VOUS remettra cette lettre, va chercher ce jeune garçon : 
nous voulions le faire conduire en Languedoc, mais le 
malheur qui l'accompagne ne le veut pas permettre. 

Essayez de lui faire parler par les filles de M. Ozil Si 

vous pouviez l'enlever de Tendroit où il est, nous le ferions 

conduire à Genève ce qui augmentera la douleur de 

son père, c'est que le syndic du clergé lui fera payer, 
comme on Ta fait pour le fils de madame de Mirabel, une 
pension de 3oo livres pour aliments et éducation, bien 
que le pauvre homme ne soit pas en état de donner cinq 
sols x>. 

De i66o à 1697, la principauté d'Orange fut, à trois 
reprises différentes, et pendant 26 ans, occupée parles 
troupes de Louis XIV. La domination momentanée du 
comte d'Auvergne cessa en 1679 ^^ M- ^^ Riomal reprit 
possession de la ville au nom du prince, à qui les habi* 
tants, pour lui témoigner leur affection, firent don de 
3o,ooo livres. 

Le comte de Dona écrivit, à cette occasion, au mois d'a- 
vril 1679, à M. du Bois, d'Orange, une lettre très flatteuse 
pour Lafaïsse* Il disait que si les habitants de cette ville ne 
pouvaient pas s'entendre sur le choix d'un député auprès 
du prince souverain, ils devraient songer à lui. Il rappe- 
lait les missions dont il avait été chargé et louait son désin- 
téressement et sa probité. Une note jointe à la copie de la 
lettre du comte, annonçait qu'il était question d'envoyer 



ne les rembourserait probablement jamais. Il n'était pas le régis- 
seur ou l'intendant de Trophime pour savoir quels étaient les biens 
les plus faciles à vendre. Le rédacteur de cette lettre, qui se ter- 
mine d'une manière assez burlesque, a eu le tort de vouloir trop 
bien préciser, et on peut lui appliquer cet adage : Nimia precauHo 
dolus. 



214 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

en Hollande, comme député, M. de Beaucastel (ou de Bel* 
castel). 

Sa famille était originaire du Rouergue ; une branche 
se fixa à Montpellier et une autre à Orange, Jacques de 
Beaucastel, marié vers i6i5 avec Isabeau, fille de Jacques 
de Vesc de la Lo, de Montélimar, avait eu cinq fils : 
Alexandre, Pierre, Henri, Gédéon et Jacques, et c'est 
sans doute de Tun d'eux que parle cette note. 

Charles de Faret, comte de Fournès et seigneur de 
Saint- Privât, écrivit le 24 mars 1680 la lettre suivante : 
« comme vous avez parlé à M. de Brison (i) pour ache- 
ter ma compagnie, je vous dirai qu'il est très difficile d'a- 
voir l'agrément de la Cour, attendu qu'on ne veut que 
10,000 chevaux en France, formant 400 compagnies. Les 
capitaines sont presque tous colonels, ou majors au moins, 
et commandent à tous les capitaines réformés, et on met 
difficilement des jeunes gens à la tête de la cavalerie. Je 
crois cependant que je pourrais faire agréer M. de Brison. 
La compagnie est une des plus belles et des meilleures 
du royaume, et le prix serait de 10,000 livres ». Une 
compagnie de chevau-légers composée de 25 cavaliers 
coûtait donc alors environ 40,000 francs de notre mon- 
naie : d'après Roussel, (Etat des régiments)^ dans les ré- 
giments de cavaler/e, le nombre des maîtres (cavaliers) 
d'une compagnie, a varié, sous Louis XIV, de vingt à cin- 
quante. 

Presque toutes les autres lettres écrites en 1679 ^^ ^^ 
1680 concernent l'abbaye de Saint-André-des-Ramières, 



(1) C'était sans doute François (fils aîné de Rostaing de Beau- 
mont de Brison, du Vivarais), marié en 1688 avec Françoise du 

* 

Bosc de Salignac. 



ANDRE DE LAFAISSE. 2l5 

près de Gigondas (Vaucluse) ; elles feront le sujet d'un ap- 
pendice. 

Il résulte d'une quittance du 19 juin 1681 (Chalamel, 
notaire) que Paul Gresse, chirurgien, reçut de Jean La- 
faisse, de Meysse, héritier bénéficiaire d'André, son oncle, 
demeurant à Montélimar, 126 livres. Cette somme fut 
payée pour soins et médicaments donnés à André, pen- 
dant sa dernière maladie d'hydropisie, compliquée de fiè- 
vre et d'ulcères aux jambes, depuis le] 3 novembre jus- 
qu'au i5 décembre 1680. Le malade paraît donc avoir 
succombé à une maladie au cœur : il était âgé de Sg ans, 
et ne laissa pas de postérité. 

J'ai cherché inutilement son acte de décès dans les regis- 
tres qui sont à la mairie de Montélimar. J'ai fini par le 
trouver au greffe du tribunal civil, où il existe dix-sept 
registres concernant l'Etat civil des protestants. On les y a 
laissés par la raison assez peu plausible qu'ils proviennent 
du greffe de la visénéchaussée où Ton était obligé de dé- 
poser un des doubles de ces volumes. 

Cet acte est ainsi conçu : ce Le 23 décembre 1680 a esté 
enterré au cimetière proche du Temple (1) noble André 
de la Faysse, décédé le 22 du courant ; et ont assisté au 
convoi Pierre Chiron, ministre, Alexandre de Sillol, sei- 
gneur de Saint- Vincent et de Cléon-d'Andran, et Pierre 
de la Faïsse, nepvcu du défunt ». 

Lafaisse mourut cinq ans environ avant la révocation 
de l'Edit de Nantes : il n'eut pas la douleur d'être témoin 



(1) Ce cimetière occupait une partie de la place du Temple et la 
cour de rancienne maison Rochas qui est affectée aujourd'hui à 
récole des Frères de la Doctrine Chrétienne. On a cessé d*j en- 
terrer en 1684, à l'époque de la démolition du Temple par suite 
d'un arrêt rendu par le parlement de Grenoble. 



2i6 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

des persécutions si rigoureuses exercées par ordre de 
Louis XIV contre les protestants. Il put donc finir ses 
jours tranquillement dans son lit, au lieu de mourir en 
prison ou en exil, dans le cas où il serait parvenu à quitter 
la France^ malgré les mesures si arbitraires prises pour 
empêcher les Religionnaires de se réfugier à l'étranger. 
On leur défendait d'y chercher la liberté de conscience et 
la tranquillité dont ils ne pouvaient pas jouir dans leur 
patrie. 



(A continuer.) 



Bon DE COSTON. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 217 



NUMISMATIQUE 

DU PARLEMENT 



-DE G%BV<iOmLB. 



Suite. — Voir )a 71% 7a*, 73*, 74* 75* et 76* livraison. 

ENNEMOND FRANÇOIS DE LA COSTE 
ET JOSEPH DE CHATELARD DE GARCIN 

1781 



+ MON PARRAIN MESSIRE ENNEMOND FRANÇOIS DE LA 
COSTE^*^ ANCIEN PRESIDENT A 

G^ MORTIER DU PARLEMENT DE GRENOBLE CONSEI- 
GNBUR PATRIMONIAL DU MANDEMENT 

DE PARISET ET MA MARRNE^*' ANTOINETTE PATRAS DE 
LANGE EPOUSE DE MESSIRE 

l^ JOSEPH DE CHATELARD DE GARCIN^*^ CONSEILLER 
AU DIT PARLEMENT »> 

Au bas : 

ANDRE BONNEVIE MA FAITE LAN I781 )e> 



2l8 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Cloche de Seyssinet. — Diamètre : 72 centimètres. 



(1) Ennemond-François de La Coste de Saint-Nizier, aTocat en la 
Cour, Conseiller au Parlement, en remplacemeni et sur la résigna* 
tion de François de La Coste, son père (lettres du 4 juin 1734 ; reçu 
le 30 du même mois) ; Président (lettres du 12 juin 1750 ; reçu le 
19 du même mois). — (2) Marraine. — (3) Joseph de Garcin de 
Cbâtelard, avocat en la Cour, Conseiller (lettres du 6 octobre 1756 : 
reçu le 26 novembre suivant). Décédé le 25 juillet 1785. 



JACQ. FOIS CHEVALIER DE SINARD 

1781 



MARIA SUSANNA NOMEN ET ANTEA SOCIAM DEDERE 
NOBILSSIMUS POTENTISSIMUS^*' UIR 

lAC FARN^^^ DE CHEVALLIER SINARDI DOMINnS^*^ IN SUP^*' 
CURIA DELPH^'^ SENATOR ET DE 

SUSANNE DE PLAN DES SIEGE^^ lEUS^' UXOR^ OLLO- 
GNE^^'CURE I781 

Au bas : 
aAVRiG ra aNARaHDAvp^^^ dechemin chain^"^ f 
Cloche de Sinard. — Diamètre : 77 centimètres. 



(1) Nohilissimw potentissimusque. — (2) FARN pour FRAN. — 
(3) Dominus. — Jacques-François de Chevalier Distras de Sinard, 
né à Grenoble, le 29 juillet 1743, avocat en la Cour, Conseiller au 
Parlement à 22 ans et demi (lettres du 12 février 1766 ; reçu le 10 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 219 

mars suivant). — (4) Supremà. — «S) Delphinatùs. — (6) De, mot 
parasite. — (7) De Sieyès, (VArmorial l'appelle Victoire, par erreur 
sans doute.) — (8) E^jw. — (9) Marie Susanne sont les noms que 
m'ont donnés le très-noble et très-puissant homme Jacques-Fran- 
çois de Chevalier de Sinard, Seigneur, Sénateur (Conseiller) à la 
Cour suprême de Dauphiné, et Suzanne de Plan de Sieyès, son 
épouse. — (10) Ollagnié, curé. (Rectification faite sur les registres 
de la paroisse.) — (11) Les caractères R, 6, R et F sont à rebours 
comme les autres, mais n'ont pu être imprimés de la sorte, faute de 
caractères spéciaux. 11 faut donc lire ces deux noms : FAVCHË- 
RAND BJ GIRAVD, en commençant par la fin. — (12; Châtelain. 



BARTHÉLÉMY ARTUS DE SAYVE 

1785 



Deo juvante^ auspice^^^ Dei parâ^ et sanctis Levitis 
Laurentio^^^ et Stephano, sumptibus publicis ^ Renovaia sum, 
anno Dni 1785*, et ammente^*'^ altissimo et potentissimo 
Dno Bartholomeo Artus a Souaevo^^ cum altissimâ et 
potentîssimâ Dnd Adlaidâ-Rosâ-Vidoriâ, nomen accepi 
Adlaide^^ Laurence. Sedente parrocho magistro Joan. 
Bapt. Fouilluj multum juvante Dno Andr. Chu:[el^, 

Ancienne cloche d'Arzai^î. 



(1) Pour auspicihus, — (2) Pour pare, — (3) St Laurent est le 
patron de la paroisse. — (4) Pour eminente altissimo. — (5) Barthé- 
lemy-Artus de La Croix de Sayve, avocat en la Cour, Avocat gé- 
néral au Parlement de Grenoble (lettres du 5 août 1767, avec dis- 
pense d'âge et de parenté, en remplacement et sur la résignation de 
Jean-Jacques Vidaud de la Tour ; reçu le 22 du même mois). Né à 



220 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Grenoble le 29 ayril 1756, il lui manquait donc 8 ans, 9 mois et 
quelques jours pour avoir les 30 ans d'âge exigés par les ordon- 
nances. Son père, Artus-Joseph de la Croix de Cheynères de 
Sajve^ marquis d'Omacieux, était en même temps Président à 
mortier au Parlement. Il résigna ses fonctions en 1780. — (6) Pré- 
nom écrit comme il se prononce encore dans nos campagnes. — 
(7) Ayec l'aide de Dieu, sous les auspices de l'égale de Dieu et des 
saints Lévites Laurent et Etienne, aux frais publics, j'ai été refon- 
due l'an du Seigneur 1785'» et, par Téminent, très-haut et très- 
puissant Seigneur Barthélemy-Artus de Sayye, avec la très-haute 
et très-puissante Dame Adélaïde-Rose-Yictoire, j'ai été nommée 
Adélaïde-Laurence. Etant curé Maître Jean-Baptiste Fouillu, arec 
le concours efficace de Messire André Chuzel. — (8) Je dois la 
communication de cette légende de l'ancienne cloche d'Arzai à M. 
G^ Bouchardon, maire de la localité, qui a bien touIu me la 
montrer dans les anciens registres de la commune. Cetle cloche 
avait été placée dans le clocher, le 1*' dimanche de l'Ayent de 
l'année 1785. Transportée à Balbin, j'ignore à quelle époque, elle 
fut prise, un jour, pour point de mire par un chasseur, qui la brisa 
d'un coup de fusil. 



PIERRE-L.-C. PASCALIS DE LONGPRA 

1786 



+ J. M. J. S" PAULE^*^ MON PARRAIN NOBLE PIERRE L. C. 

ï^ PASCALIS DE LONGPRA. MARRAINE DEMOISELLE 
LAURENCE PLANELLI DE LA VALETTE^ ENFANS DE MESSI 
EURS LES DIRECTEURS DE LA MAISON. 

Au bas : 

A. BONNEVIE MA FAITE LAN I786. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 221 

2*' cloche de Theys. — Diamètre : 46 centimètres. 



(1) Jésus. Marie. Joseph. Saint Paul (sous-enteudu : prie pour 
nous. — (2) Il 7 a eu un Joseph-Jean-Baptiste-Claude Planelli de 
la Valette, Chevalier d^honneur à la Chambre des Comptes (lettres 
du 15 janvier 1766 ; reçu le 29 du même mois). Il exerçait encore en 
1790. Je le crois père de Laurence, marraine de notre cloche. 

Il 7 avait quelque chose de fort obscur pour moi dans cette ins- 
cription, trouvée sur une cloche de Téglise de The7S,.... et ces 
mfants de Messieurs les Directeurs de la maison me faisaient rêver.... 
A force de recherches pourtant, je finis par apprendre, — mais je 
le donne pour ce qu'on me l'a donné à moi-même et sans avoir pu 
le vérifier, que M" Pascalis de Longpra et Planelli de la Va- 
lette, pères des parrain et marraine de la cloche, avaient été Direc- 
teurs de l*Hospice de Grenoble, et que cette cloche, enlevée par la 
Révolution à cet établissement , avait , plus tard^ été donnée à 
réglise de The7s. Je ne garantis rien pourtant, n*a7ant pu vérifier 
ces assertions. Je me contente de mettre sur la voie ceux que ce 
petit problème pourrait tenter. 



DAVID DE BLOSSET DE ROCHEVIVE 

1787 



Le 22 mai 1787, le conseil général de la Communauté 
de Mens vote la refonte de la grosse cloche, cassée 
depuis quelques mois. Elle fut coulée le 17 juillet. Le 22 
du même mois, cette cloche « fut solennellement bap- 
tisée par M. Bac, en présence de Monsieur Joseph- 
Armand Sibeud de St-FerréoH*', parrain, résident à 
Cornillon ; de Dame Magdeleine-Thérèse Achard de la 
I^oche, épouse de Messire David de Blosset de Roche- 
ToME XX. — 1886 15 



222 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE* 

vive^, conseiller au Parlement, marraine; » en pré- 
sence encore d'une nombreuse réunion de personnes 
marquantes et des prêtres des environs. 

( Note extraite du Registre des Délibérations de la pa- 
roisse de Mens par M. l'abbé Lagier, curé de Tréminis, 
et communiquée par lui). 

(A continuer.) G. VALLIER. 



(I) Sans doute l'Armand-Joseph de V Armoriai du Dauphini, né en 
1750 et décédé en 1837, car son fils Joseph-Armand-Gaspard- 
Vincent de Paule, n'étant né qu'en 1785, n'aurait eu que deux ans 
k cette époque. — (3) Conseiller au Parlement, suivant VArmorial, 
de 1779 à 1789 ; ce qui est une erreur, attendu que, selon Vlnven- 
taire-sommaire des archives départementales, Dayid (X^Àrmorial dit 
Danielf autre erreur) de Blosset, avocat en la Cour, fut nommé 
Conseiller au Parlement par lettres du 15 juillet 1754 et regu le 9 
août suivant. Il exerçait encore sa charge, lors de la suppression 
du Parlement en 1789. 



-••*•« 




m:^: 



UNE OBOLE INÉDITE 

DES 

ARCHEVÊQUES D'ARLES 



La ville d'Arles, Arelate Constantina^ à laquelle Cons- 
tantin donna son nom et qu'il affectionnait tout particu- 
lièrement, ne fut d'abord qu'un évêché sufTragant de Téglise 
de Vienne et ne devint métropole qu'à la fin du IV* siècle. 
Ses archevêques battirent monnaie depuis le IX* siècle 
jusque dans les premières années du XVP^. (]e privilège 
leur fut confirmé en 92 1 par Louis l'Aveugle, fils de Boson, 
roi d'Arles, et renouvelé successivement en 1143 par 
l'empereur Conrad III, en T164 par Frédéric Barbe- 
rousse et en 1 186 par le pape Urbain III. 

« Par suite de cette prolongation du monnayage, » dit 
Poey d'Avant (i), « le type des espèces d'Arles a dû être 
« très variable. Les évêques prirent d'abord celui du 
« temple Carlovingien. Ensuite naquit l'empreinte que 
« j'ai appelée spontanée â savoir la crosse semblable à 
« celle de Viviers et la main bénissante. Puis vient le 
« type de St-Trophime assis ou debout; c'est celui qui 
« persiste le plus. Employé d'abord par les évêques dont 
« les monnaies sont anonymes, il fut ensuite gardé assez 
« longtemps par ceux qui les signèrent. Malgré quelques 
€( tentatives momentanées de changement de type, on y 



(1) PoBT d'Avàmt. Monn. féod. de France. Tom. Il p. 337. 



224 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

a revint à différentes fois. Les évêques d'Arles ont mis 
« sur leurs espèces le titre de princeps et plus tard celui de 
« presuL Comme ils relevaient du serment de l'empire 
<( ils y ont aussi fait figurer des aigles. » 

A la série assez étendue des monnaies des archevêques 
d'Arles vient s'ajouter une obole inédite d'Eustache de 
Levis (1476- 1489), trouvée depuis un an à Andancetie, au 
lieu dit des Petits-Prés, où j'avais, il y a quatre ans déjà, 
constaté la présence de nombreuses incinérations et recueil- 
li des ossuaires brisés et différentes monnaies romaines. 
L'intéressante médaille qui va nous occuper, était enfouie 
dans le sol, ainsi qu'un denier d'argent des archevêques de 
Vienne, au type de St-Maurice et à la légende MAXCIMA 
GALLIARVM, croix flieuronnée cantonnée des lettres 
VIEN ; toutes deux étaient à une soixantaine de mètres de 
l'emplacement d'une petite église ogivale dont les derniers 
vestiges ont disparu par suite des travaux d'agrandissement 
du cimetière en 1871. 




Au droit : une mitre au-dessous de laquelle est un anne- 
let et autour la légende 

m EVSTACIVS DE LHEV. 

Au revers : une croix pattée cantonnée d'un point au 
3«« et autour la légende 

-|- EPISCOPUS. AREL. {episcopus arelatensis) 

Obole de cuivre d'un diamètre de 9 millimètres et du 
poids de 76 centigrammes. 



UNE OBOLE INÉDITE DES ARCHEVEQUES d'aRLES. 225 

Le mot episcopus a été employé de préférence au mot 
archieptscopus afin de pouvoir indiquer à la suite le nom 
de la métropole d'Arles. Deux variétés de cette obole exis- 
tent au musée de Marseille (voir Caron, Monn. féod, fran- 
çaises n* 407 à 410, PL XVII., i5 à i8). Mais on lit au 
revers la légende archiepiscopus contrairement à celle de 
la nôtre qui se rapproche, par ce caractère spécial, d'une 
monnaie de Nicolas Cibo, archevêque d'Arles et succes- 
seur d'Eustache de Levis (1489-1499) laquelle porte éga- 
lement au revers AREL EPISGOPVS. (Numism. Bar- 
thélémy n* 463). Nous nous croyons donc autorisé à 
considérer cette obole comme inédite. 

L'atelier de fabrication dut d'abord être établi à Arles ; 
sous Michel de Moriez qui siégeait de i2o3 à 12 17, il fut 
placé au château de Beaucaire, enfin en 1483, c'est-à-dire 
sous l'épiscopat d'Eustache de Levis, il y eut une officine 
à Mondragon. L'obole de Nicolas Cibo dont nous avons 
parlé tout à l'heure doit sortir de cet atelier et nous 
pouvons émettre la conjecture que celle qui fait l'objet de 
ces lignes doit également en provenir. Ce serait du moins 
une explication du changement survenu dans la légende 
du revers, mentionnant le nom de la ville d'Arles, et le 
délaissement du mot archiepiscopus pour celui plus 
court dCepiscopus^ à la suite duquel on pût inscrire le nom 
de cette cité. 

Eustache de Levis et son frère Philippe, appelé le car- 
dinal d'Arles, furent tous deux archevêques de cette ville. 
Ils étaient issus de très nobles ancêtres aussi bien en ligne 
paternelle qu'en ligne maternelle. 

Ils eurent pour père Eustache de Levis, baron de Qué- 
lus, et pour mère Adélaïde de Couzan fille de Guidon, 
grand maître de la maison du roi Charles VI. 

Philippe, âgé de dix-huit ans de moins que son frère. 



226 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

eut une carrière ecclésiastique plus illustre bien que plus 
courte. Après avoir été pendant quelques années évêque 
d'Agde, il occupa le siège épiscopal de la métropole d'Auch. 
Il déposa cette dignité en faveur de son neveu et fut don- 
né pour successeur à Pierre, cardinal de Foix et nommé 
archevêque d^ Arles en 1463 par une bulle du pape Pie II, 
conservée dans les archives de cette ville. Elu dans la 
suite membre du Sénat Sacré et du collège des cardinaux, 
sous le pontificat de Sixte IV aux nones de mai 1473, il 
dut confier l'administration de son diocèse à Tévêque de 
Digne. Il mourut en 1475 à Rome, où il est enseveli avec 
son frère, près la porte de Ste-Marie Majeure ; on lit sur 
son tombeau Tépitaphe suivante : 

PHILIPPVS DE LEVIS. 

it Tituli sanctorum Pétri et Marcellini, cardinalis Are- 
« latensis, e Gallia ortus, illustris natalibus, virtute illus- 
« trior, Romanis pontificibus et christianissimis Franco- 
« rum regibus magno in pretio habitus, in senatum apos- 
<c tolicum probitate adscitus. Obiit suo natali, magno sui 
« relicto desiderio, quippè qui corporis et animi bonis 
» prœditus, summaque auctoritate pollens, profuit quibus 
« potuit, obfuit nemini. Vixit annos XL, obiit anno 
« MCCCCLXXV, pridie nonas novembris. Duo fratres 
« jacent hic eodem clausi sepulcro : Philippus et Eusta- 
cc chius; primus cardinalis fuit,sed uterque archiepiscopus 
« arelatensis. (i) > 

Eustache de Levis, abbé du monastère de St-Pierre de 
Montmajeur fut, en Tannée 1476, proclamé à Rome, 
archevêque d'Arles par Sixte IV. Il fit son entrée solennel- 



(I; GalLChrùt.Tom. I, col. 587. 



UNE OBOLE INEDITE DES ARCHEVÊQUES d' ARLES. 227 

le dans cette ville et peu après, le 19 juin de la même 
année, reçut Thommage de Mondragon. Ce fut sous son 
épiscopat que René, roi de Jérusalem et comte de Pro- 
vence cpnfirma en 1478 les libertés de St-Trophime et que 
la Provence, léguée en 148 1 à Louis XI par Charles III, 
comte du Maine, neveu et héritier de René d'Anjou, fut 
réunie à la couronne en 1487, sous le règne de Charles 
VIII. 

Eustache de Levis mourut en 1489 et voulut être ense- 
veli dans le même tombeau que son frère Philippe le 
cardinal : sur le double sépulcre on lit cette autre épita- 
phe : 

a Sedente Innocentio VIII (i) pontifice maximo, Eus- 
« tachius natione Gallus, nobili Levorum gente, Arela- 
« tensis archiepiscopus, hic situs est. O quanta fuit in hoc 
« antistite fides, pietas, religio, sanctitas ; ob quse eum 
« merito pontifex maximus inter sacro-sanctos sibi divi- 
ne narum ceremoniarum antistites connumerari voluerit : 
« qui cum fratrem Philippum S. R. E. cardinalem, qui 
« juxta se cubât unice dilexisset in vita, in morte quoque, 
« ut tumulo illi jungeretur, mandavit. Vixit annos XLII. 
« Obiit MCCCCLXXXIXdie 22 mensis aprilis.. » (2) 

L. B. MOREL. 



(1) Innocent VIII. — Jean -Baptiste Cibo, cardinal de Melphe, 
oncle de Tarchevâque Nicolas Cibo, d*une illustre famille Génoise, 
successeur d'Eustache de Levis. 

(2) GoU. CArirt.Tom. 1, col. 583. 



tm ■» 



228 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



œRRESPONDiCE D'ACHARD DE GERNIANE 

avec M. de la Coste 

L'UN DES DKRNKKS PKtSIDElITS à MORTIEB DO PAKLEHENT DK DiOPBDIt 

pendant Us deux premières mnnies de VEmigraiion 

1791-1793. 



(Suite. — Voir les 74*, 75* et 76' livraisons). 

XI 

Monsieur le Président, 

Leytellet m'a remis 55oo fr. qu'on lui a prêtés, et dont 
il payera l'intérêt, tandis qu'à peu près cette somme n'en 
supportait point dans ses mains, puisqu'elle procédait 
presque entièrement d'intérêts arréragés ou de dépens. — 
Il reste devoir 1787 fr. en capital, qu'il a promis de payer 
avec intérêt. On impose dans les communautés la moitié 
des charges de l'année dernière; j'ai été d'avis de les payer; 
mais je ne me presse pas de payer la contribution patrio- 
tique. 

M. de Virieu-Faverges (i) fut mis en prison avant-hier 



(1) Le texte parait contredire Tassertioa de M. Rivoire de la Bâ- 
tie, qui fait éteindre la famille de Virieu-Faverges en la personne 
de Marguerite de Virieu, fille de Pierre-Jacques de Virieu-Beauvoir» 
baron de Faverges et seigneur de Villeneuve, qui épousa, le 8 fé- 
vrier 1660, André de Virieu-Beauvoir, de Varacieux, son cousin au 



> 



CORRESPONDANCE D ACHARD DE GERMANE. 229 

pour n^avoir pas été assez respectueux envers M. Pâques, 
faisant une visite chez Rivière, traiteur. Il est sorti hier. 
— La Rivière, pour même cause, a été condamnée à huit 
jours de prison et à 3oo fr. d'aumône. — Dans ce moment, 
M. i'Evêque de Sisteron (de St-Tropez), qui a été arrêté 
à Voiron, est conduit avec éclat par les gardes nationales 
à la municipalité, où il va être interrogé. On le dit chargé 
d^or (i). Il voulait émigrer, à ce qu^on assure. Je doute si 



4* degré. Le personnage dont il est fait ici mention est peut-être 
celui que le même auteur désigne sous le nom de Nicolas- Alexandre 
de Yirieu-BeauToir, vicomte de Yirieu-Beauyoir, premier gentil- 
homme d'honneur de Monsieur, comte de Provence, maréchal de 
camp des armées du roi, commandeur de Tordre de S Lazare et du 
Mont-Carmel, élu de la noblesse de Bourgogne en 1731, qui avait 
épousé, en mai 1773, Claudine de Malatesta. 

(1) Louis-Jérôme de Suffren de Saint-Tropez, né en 1732 au 
château de St-Cannat, en Provence, était le frère aîné du célèbre 
bailli de Suffren. Il était prévôt du chapitre de St-Vincent de 
Marseille, lorsqu'il fut nommé évêque de Sisteron. et sacré en cette 
qualité, le 30 septembre 1764. Ce prélat a attaché son nom au canal 
de la Durance, qu'il fît commencer en 1780, et qui a centuplé la 
valeur des terres sur cinq lieues carrées aux environs de Sisteron. 
c Les pères me maudiront, disait-il, en faisant exécuter ce gigan- 
tesque travail ;mais les enfants béniront ma mémoire. » Cette pré- 
diction s'est réalisée dans ses deux parties. En revenant des Etats 
de Provence, le 29 janvier 1789, il fut assailli aux portes de Ma- 
nosque par une populace en fureur ; sa voiture fut brisée, ses gens 
maltraités, et lui-même blessé au visage d'un coup de pierre. Il 
eût perdu la vie dans cette échaufourrée sans l'intervention énergi- 
que des consuls et de quelques jeunes gens courageux. Cet inci- 
dent détermina le prélat à quitter un diocèse qui reconnaissait si 
mal ses bienfaits et oii sa vie n'était même plus en sûreté. Le roi 
le transféra, au mois de mai de la même année,àl'évêché de Nevers, 
dont il prit possession par procureur le 7 septembre suivant,et il y fit 
son entrée solennelle deux mois après. C'est donc à tort qu'Achard 
le qualifie d'évéque de Sisteron ; à la date de cette lettre, il était 



230 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

on le mettra en prison. Toujours les émigrations conti* 
nuent. La nuit dernière, 27 ont passé par les montagnes, 
ou plutôt durent passer ; car six, par erreur, ont été ou- 
bliés à un rendez-vous convenu ; les autres ont filé. On 
annonce le tocsin pour le 14 dans cette ville. Ce n'est 
vraisemblablement que pour effrayer. On a averti le 
maire que Ton voulait faire tapage. — M. Giroud m'a fait 
signifier un acte pour annoncer le remboursement des 
1 3,000 fr. qu'il vous doit. Tout ce qu'on peut faire, c'est 
de profiter des délais stipulés dans les actes de constitu- 
tion. Plusieurs personnes ont demandé des assignats à 
emprunter. J'ai répondu que vous m'aviez indiqué la 
destination des fonds qui rentreraient. M. Coton (i) vou- 
drait i5 ou 20,000 fr. Il m'a pressé. Je lui ai dit que je 
vous écrirais. Je pense qu'il est encore plus prudent de 
suivre le premier parti, qui est de remettre à M. Péricr 
les fonds sans intérêt. M. votre frère n'a pas encore ré- 



remplacé depuis près de deux ans dans ce dernier siège par Mgr. 
François de Boyet (de Grenoble), qui deyint archevêque de Tou- 
louse sous la Restauration. 

Monseigneur de Stp-Tropez partait pour l'eiil, lorsqu'il fut arrêté 
à Yoiron dans les circonstances relatées ci-dessus. Il fut dirigé de 
là, ainsi que ses malles, sur Grenoble ; les administrateurs envoyé* 
rent son argenterie à la monnaie, et lui-même en prison ; toutefois 
il fut relâché quelques jours après, mais allégé de sa bourse. Il 
profita de la liberté qui lui était rendue pour émigrer au plus vite ; 
il se retira à Turin, et c'est dans cette ville qu'il est mort en 1796. 
Son corps fut inhumé dans la cathédrale . Par un sentiment de 
tardive reconnaissance, la ville de Sisteron a fait ériger, en 1824, 
un obélisque à la mémoire de ce vertueux et bienfaisant prélat. 

(1) M. Gotton était trésorier de France à Grenoble et directeur 
des économats ; il habitait rue des Vieux-Jésuites. Ow trouve 
son nom, ainsi que celui de son fils, sur la liste des suspects arrêtée 
par les commissaires de la Convention en avril et mai 1793. 



CORRESPONDANCE D^ACHARD DE GERMANE. 23 1 

pondu à ma lettre. Vous comprendrez que je vous écris 
un peu précipitamment. Je vous renouvelle toujours avec 
empressement Tassurance de mon respectueux dévoue- 
ment. 

II septembre. 

(A Monsieur, Monsieur de la Costc, Président au Par- 
lement de Dauphiné, rue Condotte, à Rome.) 



XII. 

Monsieur, 

M. Dupuy de St- Vincent m'avait dit qu'il n'insistait 
plus *à vous offrir votre remboursement ; et en effet, il 
avait placé tous les assignats, qui étaient le prix de sa 
charge ; mais depuis lors, il a reçu le remboursement 
d'une créance, et il a placé 10,000 fr. chez M. Périer, 
qui sont destinés à votre payement. Il m'a fort pressé de 
les recevoir, et il m'a chargé expressément de vous écrire 
à ce sujet. Cependant, j'ai compris qu'il ne voulait pas 
d'hostilité judiciaire. Je ne lui ai pas montré votre lettre, 
où vous me parliez de lui ; mais je lui ai observé que ce 
remboursement ne vous faisait pas plaisir, et que je n'avais 
pas le titre pour savoir s'il y avait un délai d'avertisse- 
ment, comme dans presque tous vos contrats. Il m'a 
offert de payer d'avance les intérêts pendant ce délai, s'il 
existait ; car il m'a dit qu'il ne connaissait pas ce contrat. 
Si vous preniez la peine de m*écrire à ce sujet, je lui 
montrerais cette partie de votre lettre pour qu'il puisse 
se déterminer ainsi qu'il avisera. 

M. votre frère m'a répondu d'une manière à me per- 
suader qu'il ne recevrait pas son remboursement avec 



232 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

plaisir, qu'il était exposé à perdre un quart ou un cinquiè- 
me de la somme, etc. ; mais que cependant, comme il ne 
pouvait refuser son remboursement, il l'accepterait en to- 
talité. MM. Périer et Revol étaient assez d'avis de le payer ; 
cependant, M. Barthélémy a cru que dans le moment 
critique où nous sommes, peut-être on pourrait regarder 
comme dur ce procédé. En conséquence, j'ai écrit à M. vo- 
tre frère que puisqu'il était exposé à faire une perte aussi 
considérable, je n'insistais pas sur son remboursement ; 
que je lui avais fait la proposition de payer la totalité ou 
la moitié de la créance dans le cas seulement où il pour- 
rait les placer avantageusement ; que M. de Montalban, 
son ami, m'avait dit que son objet était de placer sur des 
maisons à Paris cette somme, et que ce placement me 
paraissant avoir des dangers, j'aurais peut-être lieu de 
regretter d'avoir fait ce remboursement. 

Au reste, dans votre caisse, il y a environ 5o,ooo fr. en 
assignats, outre les payements faits à M. votre frère et à 
Mad* votre sœur. Mais il est plusieurs personnes qui 
pressent fort de recevoir les capitaux, tels que Hache (i). 



(1) On trouve plusieurs personnes de ce nom à Grenoble pen- 
dant la Révolution. Il s'agit très- vraisemblablement ici de Jean- 
François Hache, dit Hache aîné, ébéniste. Il fit partie du conseil 
municipal de Grenoble , lors de sa première organisation en no- 
vembre 1791, et il y fut maintenu lors de son renouvellement 
l'année d'après ; mais il ne tarda pas à devenir suspect à cette 
assemblée, qui déclara, dans sa séance du 26 avril 1794, que 
Hache et quelques autres ne possédaient plus sa confiance. Il fut 
inscrit dès lors sur la liste des suspects, avec cette mention : «Agé 
de 65 ans, d'un caractère vif et impérieux, ne pouvant qu'être 
ennemi de la Révolution, parce qu'il tenait sa fortune des ci-devant 
nobles. » Il fut arrêté et incarcéré ; mais le vrai motif de sa déten- 
tion fut un procès qu'il voulait intenter à la commune. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE OERMANE. 233 

Giroud, etc. J'éloigne autant que je puis. Giroud m^a 
signifié un acte d'avertissement qu'il payerait dans trois 
mois. Il voulait absolument que je reçusse le capital, avec 
trois mois d'intérêts, qu'il offrait de payer d'avance. M. 
de Besson (i) m'a donné une déclaration de la part de 
M. de Biosset (2), portant qu'il payerait une partie de la 
créance dans les trois mois, et je lui en ai donné une am- 
pliation pour lui éviter les frais d'un acte. 

Leytellet a achevé de payer. Il demandait des grâces. 
Je lui ai dit qu'il ne s'agissait pas de mon bien, que le 



Un autre membre de cette famille, Hache-Dumirail, receveur 
des domaines nationaux, se comporta aussi avec honneur et dignité 
pendant les mauvais jours de la Révolution. Chargé par l'adminis- 
tration du département de pourvoir au logement du Pape Pie VI, 
lors de son passage et de son séjour à Grenoble, en juillet 1799, il 
s'acquitta de cette mission avec la plus parfaite convenance, et 
rendit de signalés services, tant à Tauguste Pontife qu'aux person- 
nes qui désiraient le voir. (M"* db Franclibu, Pie VI dans îêt prisons 
du Dauphiné, pp. 141 et 314.) — Nous croyons devoir observer ici 
que ce fut sur la désignation de Hache-Dumirail que l'hôtel de 
Yaulx fut choisi pour servir de pied-à-terre au Saint-Pére. Comme 
il était régisseur des biens de la famille de Yaulx, il ne pouvait 
témoigner d'une manière plus délicate sa reconnaissance envers la 
baronne de Yaulx, sa bienfaitrice. 

(1) Paul Bertrand de Besson, né à Grenoble, le 1*' décembre 
1757, était avocat et conseiller au Parlement depuis le 16 mars 1781. 
11 devint plus tard conseiller de préfecture de l'Isère (1811-1820), 
puis secrétaire général de la même préfecture, jusqu'en 1830. On 
le trouve avec sa femme porté comme émigré sur la liste des 
notoirement suspects arrêtée en avril et mai 1793. 

(2) David de Biosset était conseiller au parlement depuis le 15 
juillet 1754. 11 ^vait épousé Magdeleine-Thérèse Achard de la 
Roche, qui mourut en 1828. — Marie-Oljmpe-Catherine de Biosset 
sa sœur, veuve en 1780 de noble N . . . Bertrand de Besson, était la 
mère ou la tante du précédent. 



234 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

genre de payement et ses procédés ne devaient pas lui en 
faire espérer. Sa créance s'est trouvée monter à 8287 fr., 
qu'il a payés et empruntés. Il ne gagnera pas beaucoup ; 
car la plus grande partie de cette somme procédait d'inté- 
rêts qui n'en produisaient point. 

M. de Montferrat est ici. On dit que Pantin des 
Odoards (i), son confrère, le vexe et le tourmente à Paris. 

Les émigrations continuent toujours. On a beau garder 
les passages ; il passe par les montagnes quarante ou cin- 
quante personnes toutes les nuits. Quelquefois la garde 
nationale des frontières en ramène. Hier elle en a conduit 
treize à Grenoble ; ce sont des officiers ou jeunes gens de 
Grenoble. Il y avait de plus le cocher de M. de Sayve^ 
avec ses deux chevaux. On m'a dit que ces émigrants sont 
en prison. Les chevaux sont séquestrés et nous sommes 
fort embarrassés pour en avoir la main levée. Notre ville 
est à peu près déserte ; il n'y a plus de noblesse ; les jeu- 
nes gens vont tous à l'étranger, sans consulter leurs pa- 



(1) Antoine-Etienne-Nicolas Fantin des Odoards, né au Pont- 
de-BeauToisin le 26 décembre 1738, fut d'abord jésuite ; mais cet 
ordre ayant été supprimé ayant qu'il eût fait ses vœux, il entra 
dans le clergé séculier. U était yicaire-général d*Embrun et cha- 
noine de la Ste-Chapelle de Paris lorsque la Révolution éclata. Il 
en adopta les principes avec ardeur, et se lança dans la démagogie 
la plus avancée. Il se lia avec Marat, Chaumette et Collot-d'Herbois 
et fréquenta le club des Jacobins. Il ne réussit point cependant à 
parvenir à une situation politique, et ce n'est qu'à titre de renégat 
que Achard le qualifie ici de confrère du fameux marquis de Mont- 
ferrat, qui était pour lors (1791) juge au tribunal de cassation* — 
L*ex-grand-vicaire d'Embrun est l'auteur d'une Histoire de France 
conçue dans le sens révolutionnaire, et d'une foule d'autres écrits. 
Il est mort obscurément à Paris, dans un état voisin de la misère, le 
25 septembre 1820. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 235 

rents. Il règne un enthousiasme singulier dans les esprits. 
Mad* de Sayve est parvenue heureusement à Chambéry. 
— Un courrier extraordinaire nous a appris hier la sanc- 
tion libre du Roi, de la constitution (i),la suppression des 
passeports et la liberté de voyager. C'est peut-être le seul 
moyen d'arrêter les émigrations. 

Le 14 du courant, il y eut quelques mouvements dans 
le peuple ; on n'a pas pu savoir quel en était le prétexte ; 
mais le but était bien connu : c'était de piller. Les précau- 
tions qui ont été prises ont prévenu tout désordre. Per- 
sonne ne veut venir commander à Grenoble ; c'est tou- 
jours M. Beylié (2), comme plus ancien officier, qui com- 
mande. 

18 septembre. 

On vient de faire une fouille dans l'appartement qu'oc- 
cupe l'abbé Daniel (3) dans votre maison. C'est la munici- 
palité qui a fait cette incursion ; elle s'est emparée de la 
clef. Madame Normand présume que quelques-uns des 
émigrants arrêtés, et qui sont en prison, portaient des let- 



(1) Cette phrase incorrecte doit être rétablie ainsi : « la sanction 
libre de la constitution par le roi. » 

(2) Claude Beylié, né à Grenoble, le 6 juin 17'29, avait fait la 
campagne d'Allemagne en 1758. Nommé directeur des fortifications 
de Grenoble le l**" janvier 1791 « il fut mis à la retraite avec le grade 
de maréchal de camp, le 16 décembre 1793. Cet officier supérieur 
est mort à Grenoble en J8I8. (Rochas, Biographie du Dauphiné). 

[d] Jean-Jacques Daniel, né à Grenoble en 1758, était pour lors 
vicaire à St-Ferjus de la Tronche. 11 émigra en i792,et étant rentré 
à Grenoble deux ans après, il fut incarcéré du 30 thermidor an 111 
(17 août 1795) au 2 pluviôse an V (21 janvier 1797). A l'époque du 
Concordat» il fut nommé curé de S. Pierre d'Allevard, et transféré 
de là à Tarchiprétré du Villard de Lans, où il est mort en 1810. 



Ji!iS^ SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

très qui ont opéré (i) cette incursion. — Vial (2) m'est venu 
dire que Ton avait pris vos canons par ordre de la muni- 
cipalité. Je lui ai dit tie se procurer copie du verbal, pour 
sa décharge. On m'a dit que la même opération avait été 
faite à Jarrie. 

(A continuer). 



{1} Autre mot inexact. Cette lettre est singulièrement négligée. 

(2) Yial était fermier de Bouquéron. Udeyint, peu après, conseil- 
ler municipal de sa commune, et s'associa en cette qualité à toutes 
les injustices commises contre son maître. Nous retrouverons 
encore plus loin ce peu intéressant personnage. 



••« 




, t , t . » , » , t . H-M-M- t«'»t»'>"»»»'t<"t'»'l"l"^t»»» 
UN SCEAU DES ADHÉMAR 



Un de nos bienveillants et irudîts collègues, M. Flachaire de 
Roustan, nous avait confié un sceau dauphinois, pour le pu- 
blier dans le Bulletin, avec promesse d'un article explicatif. 

D'autres préoccupations et d'autres travaux ne lui ont pas 
permis de réaliser son projet et il nous a fait prier gracieuse- 
ment de le suppléer. 

Comme il y aurait eu injustice à refuser une gravure excco- 
"téc sur les dessins d'un héraldistc des plus habiles, M. Stcyert', 
nous avons accepté la proposition. 

Isolé de sa charte, ce sceau ne révèle aucune date et aucun 
nom de famille, mais ses armes sont celles des Adhéhar; 
-(d'azur d trots bandes d'or) et la légende (Bulh Domini Grai- 
gnika) la branche de Grignan, 

Or, il est aujourd'hui prouvé par des titres certains qu'il y a 
eu à Grignan. 

i' Giràud, mari de Mabille de Marseille en 1212; 2" Aimar 
en 1357; 3° Guillaurae-le-Gros et Garccnde de la Tour d'Ai- 
guës en 1281 : 4''Giraud et Blonde des Deux-Chiens, de 1294 
à i J08 ; s" Giraud et Dalmas d'Uzès de 1 î 16 à 1 328 ; 6° Giraud 
et Décanc d'Uzès vers 1 342; 7° Giraud et Jeanne de Joyeuse et 
Philippine de Morges, vers 1357; 8" Giraud avec Jeanne de 
Tome XX. — 1886 16 



238 sociÉTi d'archéologie et de statistique. 

Prohîns et Marie de la Boîssîère ; 9® Guyot et Miracle de Com- 
brct ; 10® Giraud et Blanche de Ganges, vers 1420 ; 11® Giraud 
et Aglac de Lestrange, vers 1473 ; 12** Gaucher et Diane de 
Montfort, vers 1500 et 13** enfin Louis et Anne de St-Chamond. 

Comment reconnaître dans cette liste lie seigneur de Grignan 
du sceau de M. Flachaire de Roustan > 

< La plus ancienne bulle dauphinoise (sceau en plomb), à 
laquelle on puisse assigner une date certaine, dit M. Em. Pilot 
de Thorey, est celle de Gérald Adémar, seigneur de Montéli- 
mar et vicomte de Marseille ; elle est appendue à un acte de 
vente passé en 1210, par ce seigneur à Aimar III, comte de 
Valentinois, de tous les droits qu*il possédait dans la localité 
de Cleu (Cléond'Andran). Le dernier exemple de Temploi d'une 
bulle en plomb est celui qui nous est encore fourni par un au- 
tre membre de cette puissante famille, Louis Adémar, baron 
de Grignan, en Tannée 1500. La bulle de ce seigneur offre à 
Tavers le type équestre avec armoiries, sans légende, et au 
revers un écu sur lequel se voient les trois bandes de la famille 
Adémar avec la légende Bulla Domini Grtnhiact.(i) » 

Si la légende citée par notre savant collègue eût ressemblé 
à la nôtre, la question était résolue : mais le mot Graigniha 
au lieu de Grinhiaci maintient la difficulté. Or, le mélange des 
lettres onciales g, m, a, n, e, avec des capitales romaines indi- 
quant le XIII^ siècle, et les rosaces à lobes dans lesquelles on 
inscrivait l'écu, la fin du même siècle, on arrive à Aimar, à Guil- 
laume-le-Gros ou à Giraud, mari de Blonde des Deux-Chiens. 
Toutefois ce sceau avec le nom seul de la seigneurie a dû ser- 
vir à tous ses possesseurs et le problème demeurera insoluble 
jusqu'à la découverte d'une charte portant la même légende, 
le même chevalier et les mêmes caractères. 

Deux chartes de Salles de 146 1 et 147 1 présentent des bulles 
semblables, sauf la légende Bulla Dni Graignani. 

A. LACROIX. 



(1) Etude sur la sigillographie du Dauphiné dans le Bulletin de la Société 
de Statistique de Vlsère^ >S79i P* 49, 50. 



ANTIQUITÉS DE PACT, 239 



ANTIQUITÉS DE PACT 



Suite. — Voir la 76^ livraison. 

Ba 

Des lecteurs bienveillants et instruits, en nous signa- 
lant Terreur commise dans Tattribution du territoire d'un 
diocèse au pagus^ qui en est seulement une division, nous 
ont exprimé le désir d'avoir des renseignements plus éten- 
dus sur la période préhistorique à Pact. 

A la vérité, il nous aurait été fort agréable d'étudier 
rhomme primitif, s'ingéniant à vaincre les obstacles sans 
nombre accumulés autour de lui pour se nourrir et se 
défendre, d'abord avec la pierre taillée, puis avec la pierre 
polie et en dernier lieu avec le bronze et le fer (i) ; mais 
la culture des coteaux élevés de Moissieu, Bellegarde et 
Poussieu, a dispersé et] détruit les restes d'un hypogée, 
que M. Honoré Rigaudy avait conservés jusqu'en novem- 
bre i885 et les grottes de Lapeyrouse-Mornay sont en- 
vahies par les buissons et comblées par les éboulis. Des 
têts de poterie grise, très épaisse et cependant d'un poids 
très léger, des mollusques, des charbons de bois, des os 
d'animaux ouvragés et des silex nous y avaient révélé, 
en avril et août i885, des foyers, dont les traces ont été 



(1) « Aux temps qui n'ont pas d^histoire, l'homme ne possédant 
pas la connaissance et l'usage des métaux, fabriquait des armes 
et des outils de pierre et habitait des cayern es. » Pline, le jeune, 
R%$t, nat. VII, 54. 



i4û SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

suivies par M. Eugène Jourdan jusque sous le poudingue 
de Golat, où il a recueilli la même poterie et les mêmes 
mollusques. Bien plus, à Layat (Moissieu) i5 squelettes, 
offraht les mêmes caractères que ceux de Mauphié et de 
Mornay, ont été trouvés dans le sable nu, tout près du 
trou où fut ramassée par M, Alphonse Craponne la dent 
et où nous avons recueilli les ossements fossiles que Ton 
peut voir aujourd'hui au musée de Grenoble (i). 

Mais les propriétaires en général se défient des archéo- 
k>guès, et craignent toujours qu'on leur enlève quelque 
trésor mystérieux ; ils préfèrent tout détruire que de fa- 
voriser les études de la civilisation primitive, dont ils 
n^apprécient pas l'importance. 

Ainsi à Moissieu, lorsque le 4 mars 1886, nous avons 
visité avec M. le Secrétaire de la Société d'archéologie de 
la Drôme, la sablière à grottes sépulturales préhistori- 
ques, la pioche avait tout démoli, et à Lapeyrouse-Mor- 
nay, on en fera autant, le jour où nous chercherons les 
éclats de silex de Tâge de la pierre taillée et les outils en 
pierre ou en os de la période néolithique. 

Faire comprendre à la foule que des savants s'intéres- 
sent à des objets semblables, c'est peine perdue. 
- Dans ces conditions, il ne serait possible que de réédi- 
ter des faits déjà connus des archéologues ; nous y renon- 
çons, pour aborder directement l'époque gauloise. 

Le Viennois (2), on le sait, avait pour habitants Jes 
Allobroges, ainsi nommés, d'après Ch. Lagrange, de la 
Variété de leurs idiomes et de la multiplicité de leurs 



(1) Don fait le 27 février 1886. 
' (2) Ce nom remplaça celui d'AIlobrogie, 27 ans environ avant 
J.-C, — AU mer. Inscriptions de Vienne^ 1. 17. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 24 1 

collines et vallées (i). Plus commerçants qu'agriculteurs, 
ils égalaient cependant en richesse et en puissance les tri- 
bus voisines, et plus d'une fois, ils franchirent les 
Alpes (2). 

M. Allmer leur donne une origine celtique, les fait 
descendre du nord au midi, au commencement du VI^ 
siècle avant notre ère, et les présente, lors du passage de 
Bellovèse, viaorieusement établis sur les deux rives du 
Rhône (3). 

Au dire de Strabon, les Romains auraient les premiers 
défriché les vallées: affirmation invraisemblable pour la 
Valloire, à cause des vivres fournis par elle aux régions 
montagneuses. 

C'est en Tan i53 avant J.-C. que les Romains pénétrè- 
rent pour la première fois dans les Gaules et en 122 et 
121 qu'ils en battirent les habitants à Vindalium et au 
confluent de l'Isère et du Rhône. 

La période gauloise aurait ainsi duré de 5 à 600 ans.. 

Un mot sur le^ armes, la poterie, les tombeaux et les 
monnaies de cette époque démontrera la présence des 
AUobroges à Pact. 

Les armes défensives comprenaient le bouclier, la cui- 
rasse, etc.. et les armes offensives l'épée, le sabre, le 
poignard, la hache, la masse, le couteau, Tépieu ferré 
(gœsum^ d'où Gésates), la javeline, la hallebarde et enfin 



(1) Stylus cvrie majoris Viennensit etc. 

(2) Âllcbroges, swperiortbus annis, muHù admodum hominibus expe- 

ditiones susceperunt : hoc atate rei nuticœ dediti Reliqui tane vica- 

tim (BtcUem agunt, clarissimi vero Viennam prius quidem vicum habi- 
tantes, gentîs tamen metropolim appellatam in civiMis formam appara- 
runt, — Strabon, livre IV. 

(3) Inscriptions de Vienne. ; 



24^ SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Tare et les flèches, la frondé et les balles de pierre et de 
métal (i). 

Jusqu'à rinvention de la poudre, ces armes se modifie- 
ront fort peu et nous les retrouvons déjà en grand nombre 
à l'époque de la pierre polie. 

Ainsi, à Pact, quatre hachettes en bronze (2) rappellent 
des hachettes en pierres, six armes à dos épais avec tran- 
chant se rapprochent d'un long couteau (3). D'autres tron- 
çons ont été mis à la vitrine de la bibliothèque de Gre- 
noble. 

La poterie noire ou très brune paraît avoir été cuite au 
four, polie et décorée à la main avec des pointes sèches ; 
les dessins en sont rudimentaires. 

II est assez rare de trouver des pots entiers : cependant^ 
en avril et août i885, nous en avons recueilli trois à Puvi- 
lin et Mauphié. Un couvercle, ramassé aux Morelles, 
révèle un certain art, puisque pour Tenlever, il fallait le 
tourner par côté (4). 

On reconnaît dans les monnaies trouvées à Pact les types 
à tête de Pallas à droite, avec le casque aîlé ; devant : 
LOVV ; au revers, un cavalier au galop ; une tète bar- 
bare avec ornements aux oreilles, devant : DVRNAC...; 
au revers, un cavalier au galop, à droite, au dessous : 
DVRN... Ce sont des imitations de deniers consulaires ; à 



(1) Des échantillons des principaux objets décrits dans ce travail, 
grâce à Pobligeante entremise de M. Je comte de la Sizeranne, ont 
été étudiés par une commission du Ministère de l'Instruction pu- 
blique, présidée par M. le comte de Lasteyrie. 

(3) Musée de M. Chaste de Gallerands. 

(3) Couteau à douille, musée de M. Chaste de Gallerands. 

(4) Propriété de M. le secrétaire de la Société d'archéologie de la 
Dr6me, 



ANTIQUITÉS DK PACT. 243 

tête laurée d'Apollon, à gauche ; au revers, cheval libre, 
au dessus, une branche à 5 baies, au dessous parfois un 
rond, et même sans rend : imitation des deniers romains 
par les Volkes Arécomiques ; à tête de Pallas avec cas- 
que ailé ; au revers, cavalier au galop, à droite ; même 
type, tourné à gauche. D'autres types sont au musée de 
MM. Chaste de Gallerands et Berthin Eolde; ils provien- 
nent de deux trésors renfermés dans des urnes trouvées à 
la Tourelîère par MM. Nicaise Joseph et Couchoud Sil- 
vain. M. Chaste en possède encore 60 autres attachées 
ensemble par Faction du feu. 

Les auteurs attribuent aux Gaulois Vinhumation par 
incinération et Tinhumation des corps entiers : leurs tom- 
beaux présentent avec des ossements calcinés, des trophées 
de chasse, des os d'animaux domestiques ou sauvages. 

A Pact, sur la petite colline de Mauphié, le long de la 
route de Beaurepaire à Sonnay, au 7* kilomètre, des 
fouilles ont été reprises, le 22 février i885, 3o ans après 
celles de M. Torgue, déjà signalées dans la précédente 
livraison. 

La pioche n'amena d'abord que des fragments de bri- 
ques à crochets, en terre jaune et en terre rouge ; puis 
quelques ossements apprirent que cette première tombe 
avait déjà été fouillée. Quand le fossé eut atteint i mètre 
de profondeur, on remarqua un entassement d'énormes 
cailloux qui furent aussitôt enlevés. Une dalle en grès gris 
brute, mesurant 2™. o5 de longueur, o". 60 de largeur, 
apparut, et au-dessous, une tombe construite avec des 
quartiers de roches de même matière que la dalle, me- 
surant en hauteur o"*. 25, en largeur 0°. 3o ; elle renfer- 
mait 2 cadavres, la tête de l'un touchant les pieds de 
l'autre. Sur la poitrine du corps placé à droite se trou- 
vait une tête de cheval. Des débris de vase en terre noire, 



244 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

d'un grossier travail, excluant Tidée de l'usage du tour, 
deux petites hachettes en serpentine mesurant o". o5 et 
o". 04, des dents de mouton, de porc, des charbons de 
bois, des cendres et une médaille gauloise en complétaient 
le mobilier. Elle était orientée du couchant au midi ; les 
crânes mesuraient o". 008 millimètres d'épaisseur. Une 
seconde tombe fut rencontrée à une distance de o " 25, 
sous un amas de tuiles jaunes et bleues, et d'ossements 
mêlés à des débris de poterie en terre grise, D'énorines 
cailloux avaient été jetés sur la dalle en grès gris, mesurant 
en longueur 2". en largeur o". 60, posée sur le tombeau 
dont les 4 côtés étaient formés par de gros cailloux joints 
ensemble au moyen de la terre sèche. Deux corps, mesu- 
rant i". 90, reposaient sur du sable fin répandu au fond* 
A côté du corps de droite gisaient à terre les fragments 
d'un vase en terre grise, une hachette en serpentine, me- 
surant o". 08, une pierre en grès gris et en silex blanc pré- 
sentant la forme d'une jumelle, des dents de mouton et de. 
bœuf, des charbons de bois ; à gauche, les morceaux de 
deux vases en terre grise, d'un poids très léger et d'un 
travail primitif, un couteau à douille en bronze, une petite 
pierre en grès gris ayant une parfaite ressemblance avec 
les meules dont M. Duruy a publié le dessin, dans le 
tome II de Vhistoire des Romains. L'orientation du tom- 
beau était encore du couchant au midi. Les ossements 
ont révélé des crânes brachicéphales mesurant en épais- 
seur o". 008. Les tibia présentaient une proéminence qui 
n'existe plus chez les races d'aujourd'hui. D'autre part, les 
rotules et les autres membres accusent chez les premiers 
habitants de Mauphié une haute stature. 
* La troisième tombe avait également une dalle en grès 
gris sur laquelle étaient entassés des cailloux. Construite 
en quartiers de roches grises mesurant en longueur o". 20^ 



ANTIQUITÉS DE PACT. 246 

en hauteur o". oi5, les débris de deux vases grossiers en 
terre noire, des dents de mouton et de bœuf, des charbons 
de bois. 

La quatrième tombe terminant la première rangée, si* 
tuée au delà des fouilles faites par M. Torgue, n^offrit de 
particulier que des silex jaunes arrondis comme les pierres 
à jets et les grattoirs de Tâge préhistorique, dessinés par 
M. Fleury, dans son grand travail sur le département de 
TAisne, et par MM. Perrin et Rabut dans V Album du lac 
du Bourget. Au dessus de la dalle en grès gris étaient 
amoncelés des fragments de tuiles jaunes et bleues, de po- 
terie en terre grise et des ossements. Dans le tombeau 
reposaient deux corps mesurant i". yS, de longueur, en- 
tourés des débris de trois vases à formes diverses en terre 
grise, d'une hachette mesurant o™. 042, des éclats de silex 
jaune, d^une pierre] grise représentant une tête humaine, 
déposée à la vitrine de la bibliothèque de Grenoble, ayant 
son similaire dans Tatlas de Caranda (i). 

Les deux premières tombes d'une seconde rangée furent 
visitées superficiellement et abandonnées à la nuit ton!'* 
bante. ^ 

Le 7 mai, nous reprîmes les fouilles de Mauphié, vers 
les trous dans lesquels étaient fichés les quartiers de ro- 
chers calcinés à leur base et décrivant sur le sol une jfigur< 
ovale. M. Torgue voulut bien se charger de surveiller les 
travaux. Deux rangées de tombes allant du couchant au 
midi ne nous apprirent rien de nouveau. Mais une dalle 
dirigée du nord au midi nous fit soupçonner que les 
tombeaux placés dans Tovale avaient une direction diffé- 
rente de celles des tombeaux étudiés précédemment. Notre 
attente^ fut-bien déçue,-- quaad le -déblaiement achevé ,. 

(1) Page 78, figure 45. 



246 SOCIÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

nous reconnûmes que d^autres visiteurs nous avaient de- 
vancés. Le soir, un ouvrier ouvrit la tombe du troisième 
rang, orienté du nord au midi, et nous aperçûmes une 
pierre ne ressemblant aux autres' ni par la forme, ni par 
la matière première. Des précautions plus minutieuses 
furent prises et les recherches anxieusement suivies. A 
I mètre et demi de profondeur, la pierre se trouva com- 
plètement dégagée. Trois énormes cailloux roulés sur la 
dalle d^une tombe lui servaient d^assises. Sous la pierre 
nous trouvâmes les morceaux d'un vase à anses, en pierre 
gris-noire, des conglomérats de bronze fondu, mêlés à 
des ossements humains, des dents de bœuf et de mouton, 
discernées les unes des autres par M. Ernest Chantre, des 
charbons de bois et un amas de cendres. 

La pierre en grès gris mesure o"'. 55 de longueur, 0"^. 
44 de largeur. Elle est légèrement creusée à une profon- 
deur de o". 04 pour recevoir une table de marbre blanc 
à grains très fins, qui mesure en épaisseur o™. 07, en lon- 
gueur o". 36, en largeur o". 20. Cette table de pierre et 
de marbre, établie sur trois cailloux reposant eux-mêmes 
sur la dalle d'un tombeau n'aurait-elle aucune analogie 
avec les autels trouvés dans les tumuli de la province 
russe de Norogorod par M. Iwanowski, professeur à 
l'Université de Varsovie, et plus près de Pact, dans ceux 
du Liby par M. OUier de Marichard ?(i). Sous la dalle 
servant d'assise aux cailloux qui portent la table en grès 
gris et en marbre, nous avons remarqué deux corps éten- 
dus sur le sable du fond du tombeau. Vers la poitrine du 
squelette de droite était un vase en terre noire, assez 
bien conservé, une médaille à tête barbare avec ornements 



(1) Rapport de M. Tanongi à la Société de sicUittique de Marseille. 
1875, imprimé en 1876, page 27, — Les Carthaginois en France, im- 
primé en 1870, par M. Ollier de Marichard, page 11. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 247 

aux oreilles, au revers, un cheval libre, un couteau à 
douille en bronze, un ornement difficile à déterminer à 
cause de son oxidation et déposé à la vitrine de la biblio- 
thèque de Grenoble, des dents de bœuf, de mouton et de 
porc^ des charbons de bois. 

D^autres fouilles furent ordonnées par M. Clément 
Jourdan, les 26, 27 et 28 août, en présence de MM. de 
Canson, de Jerphanion et de Grosbos. Durant les deux 
premiers jours on ne réussit à ouvrir que des tombes déjà 
visitées à une époque inconnue. Les dalles de trois ran- 
gées étaient déplacées, les ossements mêlés aux cailloux. 
Une tête même avait été replacée la face contre terre. 

Le 28 août on revint aux tombeaux situés dans Tovale, 
et qu'on avait abandonnés le 7 mai, au soir. Des tuiles jau- 
nes et rouges, à rebords, des ossements mêlés aux cailloux 
et aux débris de verre irisé, annoncèrent de nouveau que 
le premier étage avait été fouillé autrefois. La première 
dalle placée au-dessous des cailloux parut avoir été re- 
muée. Toutefois le cadavre d'une femme, étudié par M. It 
docteur Rey, était encore couché sur le sable, entouré des 
fragments d'un vase en terre noire, d'une petite hachette 
en serpentine mesurant o"*. og, d'une petite pierre sur 
laquelle étaient taillés les rayons solaires, le tout recueilli 
par M. Clément Jourdan. 

Vers les six heures du soir, il fut résolu de terminer les 
fouilles de Mauphié par l'examen attentif de deux tom- 
beaux dont les dalles avaient été aperçues. Après le dé- 
blaiement d'un tas considérable de débris de tuiles jaunes 
et rouges, à rebords, d'ossements mêlés à des cailloux et 
à des fragments de poterie grise, on trouva sur les deux 
dalles une pierre en craie blanche, taillée comme la petite 
table en marbre que recevait une plus grande table en grès 
gris, mais brisée à Tune de ses extrémités. Elle mesure 



248 SOCIÉTÉ d\rchéologie et de statistique. 

en épaisseur o". 12, en largeur o". 20, en longueur o". 
29. LWaissement des dalles et le déplacement des autres 
cadavres nous dirent que là devaient se borner nos obser- 
tions, car d^autres visiteurs nous avaient précédés au 
cimetière gaulois. 

. Remarquons, en terminant, la persistance des traditions 
et des usages funèbres chez les Gaulois,ensevelissant leurs 
morts avec des hachettes de Tâge de la pierre polie et de 
fa pierre taillée, usages qui dérouteraient les archéologues 
si des faits pareils n^avaient été signalés ailleurs. . 
. La présence de dents d^animaux domestiques à côté 
des cadavres, rappelle aussi Thabitudede Page de la pierre 
polie, perpétuée chez les Gaulois. 

Sous ce deuxième étage des tombes gauloises était 
placé, à une profondeur de deux mètres et demi, un troi- 
sième étage où la crémation était évidente. La couverture 
du tombeau était formée par deux pierres en grès gris 
mesurant chacune en longueur o"*. 40, en largeur o". 25. 
Les 4 côtés étaient en blocs de roches grises mesurant en 
hauteur o". 45, en largeur o™. 20, en longueur o". 25. 
Sur la dalle étaient entassés des cailloux, surmontés d^une 
tombe gauloise. Au fond nous remarquâmes un sable très 
fin sur lequel étaient des cendres, des conglomérats d'osse- 
ments humains et de bronze fondu, des débris de métal, 
des fragments d'armes, deux médailles gauloises, un vase 
en terre noire et d'autres têts de poterie en terre grise, 
une tête de cheval, des dents de mouton, de porc et de 
bœuf avec des charbons de bois. Une distance de deux 
mètres séparait ce tombeau d'un puits mis à jour par 
M. Girard Henri. Dans ce puits, en pierres sèches mesu- 
rant un mètre et demi de diamètre et trois mètres de 
profondeur, ont été recueillis deux cadavres humains, la 
tête d'un cheval et trois médailles gauloises. 



ÀNTlQUiTES DÉ PACT. ^49 



IV 



PÉRIODE GALLO-ROMAINE OU PLUTOT ROMAINE 



Une fois maîtres du Viennois, les Romains y établirent 
une colonie, souvent agitée par les exactions des Fontéius 
et des Clodîus, jusqu'à la défaîte de Catughat devant Vett" 
lia et Solonium^ 61 ans avant l'ère chrétienne. 

M. Âllmér, qui a très habilement résumé l'histoire de 
cette période, ne signale jamais le passage de César en 
Valloire ; est-ce à dire que les armées romaines n'y 
soient jamais venues ? nous n'oserions l'afBrmer. Les au«- 
leurs latins et grecs ne se sont pas occupés de la région^ 
voilà tout. Cependant la description de TAUobrogie par 
lès historiens du passage d'Annibal paraît à M. AUmer 
répondre au panorama dont jouit le savant égaré sur l'une 
des montagnes dominant les plaines de la Vallbire. 

Afin dé procéder avec méthode, nous étudierons sépa* 
rément et avec toute concision les camps, les routes, les 
villas, les mosaïques, les statuettes, les bijoux, objets d^e 
luxe et camées, la poterie, les sépultures, les armes et 
les inscriptions, négligeant à dessein les enceintes de villes 
et les théâtres, inconnus dans notre région, ainsi que (es 
palais, les bains et les peintures murales dont M. AUnier 
a toutefois distingué quelques traces parmi les débris pro'- 
Venant des Ocellats, de Piivilin et de Môrnay. 

i^ Camps. — Le plateau de Tourelière, immédiatement 
au-dessus du village actuel de Pact et .même le 2* plateau 
.des Ocellats, séparé de Tourelière par le torrent de Royon, 
mesurant, l'un et l'autre, depuis le moulin de M. Margarit 



250 SOCIÉTÉ d'aRCHÉOLOGTE ET DE STATISTIQUE. 

Louis jusqu'au chemin de l'ancienne forêt de Valcites (i), 
600 m.^ ont pu servir de camp ou de châtelet à Thomme 
de la pierre polie, aux Gaulois et aux Romains, à cause 
de leur situation exceptionnelle au dessus de la plaine, et 
des ravins qui en remplacent les fossés. On pourrait recon- 
naître une tour gauloise utilisée par les Romains dans une 
enceinte carrée, légèrement arrondie aux deux extrémités 
regardant Moras ; elle mesure en longueur gS mètres, en 
largeur 100 mètres et précède les plateaux deTourelière 
et des Ocellats (2); Joseph Nicaise travaillant à la vigne de 
M"* Givord y découvrit naguères des murs en cailloux et 
en ciment romain. Parmi, les débris de tuiles à rebords et 
de vases en terre grise se rencontra une urne remplie de 
médailles gauloises. Au dessous de ces murs romains, 
M. Bitz Antoine, en 1884, a découvert un mur en pierres 
sèches et en arbres abattus et étendus dans toute leur 
longueur (3). Des tuiles à rebords et des fn^ments de 
vases en terre grise sont entassés le long des murs du ci- 
metière où M. Maurice Couchoud a ramassé des pièces 
romaines. Au quartier des Ocellats, présentement désigné 
sous le nom de Carta, le 12 mars 1886, M. Rémy Delay 
en creusant des fossés pour y mettre des plants de vignes, 
a rencontré des entassements de moulins domestiques, de 
tuiles à rebords, avec des urnes et des vases en terre 



(1) La forêt de Valcites, citée dans la charte de Guy de fiourgo^ 
gne, archevêque de Vienne en 1060, porte aujourd'hui le nom de 
Varilies. 

(!Q Le tracé de l'Oppidum ne doit être ni carré, ni formé d'angles 
saillants, il doit être circulaire, afin que l'ennemi soit en vue de 
plus de points possible. Il est essentiel que les accès soient obli- 
ques. — Vitruve. De Architectural lib. 1, cap. 1. 

(3) Bulletin de la Société tT Archéologie de la Drôme^ juillet 1885. — 
Voir les Commentaires de César ^ VII, 23. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 25 1 

grise, etc. Enfin nous rappellerons aussi des pierres vi- 
trifiées qui s^y rencontrent même dans le béton romain en 
ciment blanc et de gros cailloux entièrement revêtus d^une 
couche de vitrification mesurant o". oo3. 

2'' Les Routes ne favorisaient pas seulement le com-^ 
merce et Tagriculture ; elles servaient aussi avantageuse- 
ment à la guerre. La marche rapide des armées de César 
démontre clairement Texistence de voies antérieures à cel- 
les des Romains, contemporaines d^ Auguste et d^ Agrippa. 

M. Ed. Fleury a dit avec raison que Tensemble de la 
vicinalité gauloise répondait à celui de nos jours, reliant 
les bourgades aux villes et les villages aux villages. Si les 
chemins n^étaient ni dressés, ni empierrés, ils étaient ce- 
pendant entretenus avec un certain soin. Généralement le 
tracé était rectiligne, sauf au passage des rivières quMl fal- 
lait traverser à gué. 

Les Romains utilisèrent ces voies et leur œuvre spéciale 
réside dans les routes de Lyon à Arles et de Vienne à 
Grenoble par la forêt de Taranne, Tourdan, St-Barthéle- 
my d'Eygabuse, Marcilloles, Rives et Moirans. Cest là 
un point démontré (i). 

Mais à côté de cette route, un raccordement avec la voie 
de Lyon à Arles n'avait-il pas sa raison d'être ? et la Vie- 
Arlot allant de Beaurepaire à Sablons ne répond-elle pas 
merveilleusement à cette destination ? 

Un fait positif démontre cette attribution, c'est l'exis- 
tence de tombeaux et de ruines le long de la Vie-Arlot de- 
puis la Guillotière (Beaurepaire), Montanet et les Morelles 
jusqu'à Golat, au-dessous de Chambalud. Il est facile en- 



(1) Le Prieuré de Tourdan dont le style primitif de l'église est 
identique à celui de l'église de Pact fut construit près l'ancienne 
voie romaine sur les ruines d'une riche villa. 



252 SOCIETE D^ARCHÉOLOGIÈ ET DE STATISTIQUE. 

core aujourd'hui de reconndître à la Verne (Beaurepaire), 
à Montanet, aux Morelles et à Golat des restes de colonnes 
avec soubassement et chapiteaux, du béton en briques 
rouges pilées, du ciment blanc orné de peintures romai- 
nes, etc. 

- Cependant, comme on retrouve ces tombeaux et ces 
mêmes ruines le long des chemins de Vienne à Die par 
Taranne, les Ocellats, Lens-Lestang, Grand-Serre, St- 
Anioine, et le Vercors, et de Vienne à Valence par Taran- 
te, les Morelles, Moras, Hauterives, Romans, ou par St- 
Sorlin et Anneyron, il est permis de regarder ces chemins 
secondaires pour la province comme très importants pour 
Ja colonie. 

3® Villas. — Pendant le premier siècle qui suivit la 
conquête, les Romains ne construisirent pas encore de 
villas ; ils habitaient Vienne où la sécurité était plus gran«^ 
de. Mais au 2* siècle de notre ère, le maintien de la paix 
autorisa la construction d^édifices plus ou moins somp* 
tueux dans la plaine de Pact, où les riches habitants de la 
cité venaient passer la belle saison. 

Ces villas en plaine ou à mi-coteau offraient au milieu 
une habitation isolée pour le maître, beaucoup plus élé- 
gante, et sur les côtés des constructions pour les esclaves, 
pour le cheptel et les récoltes. 

La propriété, aux mains de quelques familles, était 
exploitée par des esclaves ou des colons,. assez nombreux, 
il en juger par les sépultures rencontrées le long desche^ 
mins principaux. 

. JusquMci nous n^avons pu constater l'emplacement 
complet de villa quelque peu somptueuse qu^autour de 
réglisede Pact, à l'ancien château delphinal de Bellegarde, 
depuis la maison de M. Alphonse Craponne jusqu'à celle 
de M. Rey qui vient d'enlever les derniers débris de mpr 



ANTIQUITÉS DE PACT. 253 

salques, enfin à St-Sulpice chez M. Dupuy, près du châ- 
teau des Gallerands. Les nombreux poids de tisserands en 
brique rouge ou en plomb trouvés à Connet, derrière le 
château Vert de Pact, aux Morelles et à Montanet, prou- 
vent, suivant la remarque de M. le comte de la Sizeranne, 
Texistence de quelques fabriques d^étoffes. 

4^. — Quant aux mosaïques, des fragments seuls en ont 
afiBrmé Texistence, et, en faisant une réserve pour les 
Ocellatset la maison somptueuse dont Téglise de Pactet 
les dépendances occupent remplacement, il n^est pas pos- 
sible d'affirmer s'ils révèlent des bains ou des villas. 

b"* Une idée du luxe comme aussi de Tesprit religieux 
de cette population nous est donnée par le nombre assez 
grand de statuettes découvertes dans le sol et aussitôt 
vendues aux brocanteurs de passage, véritables fléaux de 
l'archéologie locale. 

Parmi les statuettes demeurées dans les musées de la 
localité, nous remarquons i* un Mercure, mutilé d'un 
bras et d^une jambe, d'un assez bon style, mais avec des 
détails peu soignés. Comme ce Dieu était la divinité topi- 
que des Gaules on la retrouve fréquemment ailleurs ; 
2® un danseur à longue et abondante chevelure, à la tuni- 
que écourtée tenant de la main droite un rhython et de la 
gauche une patère ou coupe. La patine et les draperies 
flottantes sont assez bonnes et la statuette assez bien trai- 
tée ; y le bras d'une statue de plus grande dimension et 
d'un bon style ; ce qui fait regretter la perte du sujet 
complet ; 4® une statuette en fer d'un style barbare avec 
draperie singulière, que l'on a prise pour une Hygie. 
Toutefois, la déesse de la santé n'est pas représentée de la 
sorte ordinairement, car ici la femme est à genoux avec 
un long serpent enroulé autour du bras gauche et du cou, 
tandis que la main droite tient le reptile par la queue : 

TOMB XX - 1886. 17 



254 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

5*" une Vénus dont la laideur et la forme sont loin de 
rappeler celle de Milo ; 6^ une autre statuette, plus mal 
travaillée, ayant peut-être servie de poignée à une épée et 
prise pour un Hercule gaulois ; 7* un morceau de frise en 
plomb sur lequel on voit un cavalier tête nue, armé d'un 
bouclier rond et terrassant avec une lance un ennemi 
renversé à terre ; 8* une hampe en bronze représentant 
une Minerve, d'un assez mauvais travail ; g"" une applique 
en plomb figurant une Vénus ; 10" un crocodile en 
plomb (i) ; T i" la partie supérieure d'une tête de fauve, en 
marbre ; 1 2® une tête de victoire, en bronze, ayant servi 
d'anse à un vase bleu (2). 

Cette énumération est loin d'être complète, les mar- 
chands d'antiquités et les collectionneurs ayant acheté les 
plus beaux types. 

Nous ajouterons ici qu'un autel octogone en marbre 
blanc avec inscription a été découvert à Golat et que les 
bustes de haut relief de Jupiter, Junon, Mars, Neptune, 
Diane, Mercure, Minerve et une déesse inconnue en déco- 
rent le pourtour. 

{A suivre.) 

L'abbé CHAPELLE. 



(1) Nous TaTons donné à la yitrine de la bibliothèque de Greno- 
ble.. . Plumbum album incoquitur œreis operibus, Galliarum in^en- 
to, ita ut vir discerni possitab argento,.. Pline XXXIV, 47 II. 

(2) Donnée à la vitrine de Grenoble . Les autres statuettes sont 
aux Musées de MM. Jourdan, Chaste de Gallerands.Berthin, Eolde, 
et Jouffroy de Vienne. 



COMPTE-RENDU DU TRESORIER. 255 



COMPTE-RENDU DU TRÉSORIER 



ANNÉE ^88A 



L'encaisse au i*' février 1884 était de . . . 3,355 72 

Le montant des recettes effectuées en 1 884 
pour cotisations et abonnements a été de. . . 2,5 18 » 

La vente de livraisons du Bulletin de la 
Société a produit 24 » 

L'intérêt des 5,174 francs que la Société a 
placés en rentes 3 p. 7o a été de 180 » 



Total de l'encaisse et des recettes 6,077 73 

DÉPENSES. 

Frais d'impression et d'affran- 
chissement des 68* 69" 70* et 71* li- 
vraisons du Bulletin de la Société . 2,144 ^' 

Abonnement aux deux années 
i883 et 1884 du Bulletin épigra- 
phique et acquisition du Cartulaire 
de Lérins 5o » 

Gravures, lettres de convocation, 
frais de bureau et de recouvrement 
d'une partie des cotisations .... 253 80 

Total des dépenses ..... 2,447 80 2,447 80 



Reste en caisse au i*' février i885 3,629 9^ 



256 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique* 



ANNÉE ^885 



Recettes. 

Le montant des cotisations et des abonne- 
ments recouvrés en i885aétéde 2,^64 » 

La vente de livraisons et d'ouvrages de la 
Société a produit la somme de 397 » 

L'intérêt du capital placé a été de 180 » , 

1» 

Total des recettes 3,141 » 

 ajouter ce qui était en caisse au 1" février 
i885 3,62g 92 

Total 6,770 92 

Dépenses. 

Frais d'impression et d'affrafi- 
chissement des 72* 73* 74* 75* et 76* 
livraisons du Bulletin de la Société 2,833 » 

Payement d'à-comptes sur le 
montant de l'impression des M^- 
woire^ d'Eustache Piémond. . . . 2,000 » 

Impression de lettres de convo- 
cation et de circulaires, frais de bu- 
reau et de recouvrement d'une par- 
tie des cotisations 1 5 1 60 

Total 4^984 60 4,984 60 

Reste en caisse au 1 5 mars 1886 1,786 32 



NÉCROLOGIE. 25^ 



NÉCROLOGIE 



M. GILLY (Louis), 

Cmbvalier de s. Grégoire-le-Grànd 



Né à Valence, en i8i3, notre regretté collègue fit ses 
études de droit à Paris et, en 1843, s'établit comme avo- 
cat dans sa ville natale. C'est là qu'il a prodigué ses œu- 
vres de charité, d'humilité et de piété chrétiennes. Mem- 
bre de la Société d'Archéologie, il s'intéressa à ses travaux 
sans y prendre part : les soucis de la bienfaisance l'absor- 
baient, et sa mort a été un véritable deuil public. Il appar- 
tenait à ce chrétien véritable de montrer l'emploi de la 
fortune, se confinant dans sa maison en une petite pièce 
modestement meublée, et consacrant ses économies à sou- 
lager toutes les misères. Comme le génie, la richesse est 
un don du ciel ; il s'en servit plus pour ses semblables 
que pour lui-même, et on a pu dire sur sa tombe, sans 
crainte d'un démenti, qu'il se voua, dans le monde, au 
service de Dieu et des pauvres. De tels exemples méritent 
d'être signalés et donnent une haute idée des vertus de 
notre collègue défunt. 



258 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE, 



SÉANCE DU l""' FÉVRIER 1886 



PKfsDiiiei II I. TiiiiHin, 



Lecture est donnée des circulaires ministérielles sur le 
congrès des sociétés savantes et sur l'étude de Torganisa- 
tion municipale des communautés. 

M. le Président expose que les pouvoirs du bureau 
étant expirés, il y aura lieu de procéder incessamment à 
de nouvelles élections ; il ajoute que M. de Gallier, à la 
suite d'un deuil récent, a exprimé le désir de n'être plus 
réélu, ^e qui serait pour la société une dure épreuve. 
Après une discussion sur les voies et moyens d'exprimer 
à notre sympathique président les regrets causés par sa 
détermination, il est résolu d'ajourner l'élection prochaine 
et de déléguer M. le Secrétaire auprès de M. de Gallier 
pour le prier de rester à la tête d'une œuvre qu'il a su 
rendre prospère. 

Sont ensuite proclamés membres titulaires : 

M. Colomb, ancien négociant à Valence. 

M. Patan-Dumoulin, ancien conseiller à la cour d'Aix. 

M. l'abbé Chevalier, désirant publier un Régest Dau- 
phinois, dems^nde l'avis de la société sur le mode à adopter 
dans ce travail et, après discussion, il est décidé que l'ana- 
lyse devra être en français et conforme à l'œuvre du même 
savant, intitulée Inventaire des archives dauphinoises de 
M, Morin-Pons^ et que son expérience lui indiquera les 
modifications de détail et les réformes à introduire. 

M. le Secrétaire réclame à son tour l'avis de la Société 
sur les fouilles de Pact, et toute décision est ajournée jus- 
qu'à l'examen attentif des lieux par MM. Alphonse Nugues 
et Lacroix, 



CHRONIQUE. 259 



CHRONIQUE 



Nous avons reçu pendant ce trimestre de fort intéressantes 
études sur divers sujets et notamment : 

I. Notes sur les thèses illustrées dauphinoises, par un vieux 
bibliophile dauphinois (M. Eugène Chaper) ; Grenoble, Allier, 
1886, br. in-8% 48 pp. 

II. Emigrés dauphinois secourus par la bourse française de 
Genève de 1680 d /770. Liste publiée pour la première /ois, 
par M. E. Arnaud, pasteur, président du consistoire de Crest, 
officier d* Académie; Grenoble, Allier, 1885, br. in-8'*, 68 pp. 

III. Quel est le destinataire d'une lettre du cardinal Le Camus 
écrite à Grenoble le 28 octobre iyo$, par M. Tabbé Bellet ; 
Grenoble, Dardelet, br. in-8'*, 10 pp. 

IV. La charte communale de Veynes {Hautes^Alpes) ly novem^ 
bre i2g6, publiée par A. Prudhomme, archiviste de l'Isère, 
correspondant du ministère de Tlnstruction publique pour les 
travaux historiques ; Paris, Larose et Forcel, 1886, br. in-8% 
31 pp. 

V. Histoire généalogique de la maison de Rabot, par Jean de 
Rabot, conseiller au Parlement de Grenoble, annotée et publiée 
par Jules Chevalier, professeur d*histoire au grand-séminaire 
de Romans ; Valence, Céas, 1886, br. in-8'*, iio pp. (tirage à 
part du Bulletin). 

VI. Succession Florian Malgras, Consultation de M, Chirol de 
Labrousse, bâtonnier en exercice de Tordre des avocats à Riom, 

conseiller honoraire près la cour de cette ville, etc. ; Lyon, 
1885, in-4% 16 pp. 



26o SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

VII. Hommage aux membres du barreau de Rtom, par M. 
Chirol de Labrousse, bâtonnier; Riom, 1885. in-8®. (Notice 
sur les avocats de Riom) ; Riom, Jouvet, 1885, br. in-4^ 103 
pages. 

VIII. Dilemme résultant des termes mêmes comparés de F acte 
de prétendue transaction des 79 et 21 janvier 1880, notaire MeS" 
trallet, à Lyon, entaché de nullité pour cause d'erreur de /ait, 
par Martial Malgras ; Marseille, 1883, br. in-8", 43 pp. 

IX. Numismatique mérovingienne. Un tiers de sol d* or frappé 
à Die. (Tirage à part du Bulletin) ; Valence, Céas, 1886, br. 
in•8^ 18 pp. 

X. Notice sur la vie de Daniel de Cosnac, évêque et comte de 
Valence et Die, archevêque d'Aix, commandeur de F ordre du 
Saint-Esprit, par le comte de Cosnac (Gabriel-Jules), chevalier 
de la Légion d'honneur, officier de la Couronne de chêne des 
Pays-Bas, suivie d'une relation inédite des obsèques de ce prélat; 
Brive, M. Roche, 1886, br. in-8*, 63 pp. 

XI. Le plus ancien document synodal connu de F époque du dé- 
sert, ou actes du premier synode du Dauphiné du XVIII^ siècle, 
publié pour la première fois à {occasion de t anniversaire de la 
révocation de tédit de Nantes, par M. E. Arnaud, pasteur, pré- 
sident du consistoire de Crest, officier d'académie ; Paris, Gra- 
pard, 1885, br. in-8®, 10 pp. 

XII. Inventaire sommaire des archives départementales de la 
Drôme, tome IV (série E, supplément, communes), par A. La- 
croix ; Valence, Chenevier et Pessieux, in-4', 460 pp. 

M. Baratier (Emile), libraire à Grenoble, se propose de com- 
mencer prochainement la publication d'une Petite Revue dau- 
phinoise tout à la fois bibliographique et historique, paraissant 
chaque mois par livraison de 16 à 32 pages, au prix de 3 fr. 50 
par an (papier ordinaire) et de 6 fr. (papier Hollande). 

A. L. 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 26 1 



TABLEAU DES MEMBRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

ET DE STATISTIQUE 

DE LA DROME 



Président d'honneur. 
M. le Préfet de la Drôme. 

Président honoraire. 
Mgr. l'Evoque de Valence. 

Membres fondateurs. 

Messieurs 

Lacroix Saint-Pierre, ancien député, à Chabeuil. 
Marquis de Pisançon, à Pisançon. 

M0NTLUI8ANT (de), général d'artillerie en retraite, à Marsanne. 
MoRiN, ancien député, à Oieulefit. 

Membres titulaires. 

Messieurs 

Allemand fFabbé), supérieur du petit-séminaire, à Valence. 
Arces fle marqu'S o'), à Mercurol. 
Arnaud, pasteur, à Crest. 

Tome XX. - 1886 18 



202 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Baboin (Henri), ancien député, au château d' Alivct, près Renage. 

Bégou (l'abbé), supérieur du grand-séminaire, à Romans. 

Bellet (l'abbéj, à Tain. 

Bellier du Charmeil, avocat, à Valence. 

Bernon (le baron Prudent de), ancien maître des requêtes, à 
Saint-Sorlin. 

Bernon (J. de), docteur en droit, à Paris. 

Berger, président au conseil d'Etat, à Paris. 

Boisson, ancien percepteur, architecte, au Pont-Saint-Esprit. 

Bonnet, docteur en médecine, vice-président de la Société, à 
Valence. 

Bordas (Joseph-Michel), à Saint-Martin-d'Août. 

BoREL de Soubéran (Louis), à Crest. 

BoREL de Soubéran (Charles), à Crest. 

BoTTU DE Verchères, à Saint- Jean-de-Muzols. 

BoucoD (Auguste), à Saint-Vallier. 

BovET, notaire, à Crest. 
BoYER DE BouiLLANE, avocat, à Valence. 
Bourg (Contran du), au château de l'Ile- Vieille, près Mont- 
dragon. 
BouFFiER (Amédée de), à Livron. 
Brun-Durand (Justin), ancien juge de paix, vice-président, à 

Crest. 
Bruyas (Emile), à Lyon. 

ChabriIlRes-Arlès, trésorier-payeur-général, à Lyon. 
Chabrillan (le comte Fortuné de), à Paris. 
Chabrillan (le comte Paul de), à Saint-Vallier. 
Chaix, ancien notaire, à Lyon. 
Chakras (Edouardj, négoc ant, à Nyons. 
Chcnevier, imprimeur, à Valence. 
Chevalier (Ulysse), docteur en médecine, à Romans. 
Chevali r (l'abbé C. U. J.^, correspondant du Ministère de 

l'instruction publique, à Romans. 
Chevalier (l'abbé Jules), aumônier, à Romans. 
Clément, directeur de la Société générale des eaux minérales 
de Vais, à Valence. 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 203 

Clément (Emile), à Romans. 

Colomb (Victor), directeur de l'Assurance La France, secrétaire 

adjoint de la Société, à Valence. 
Colomb (Antoine), ancien négociant, à Valence. 
CosTON (le baron de), à Montélimar. 
Dériard, directeur de la Verrerie, à Rive-de-Gier. 
DiDELOT (l'abbé), curé de la cathédrale, à Valence. 
DuMONTEL (l'abbé). Chanoine, secrétaire-général de TEvêché, 

à Valence. 
Du Port-Roux, à Romans. 

DuvERNET, secrétaire général de la préfecture, à Valence. 
Emblard, ancien magistrat, à Valence. 
Epailly, architecte, trésorier de la Société, à Valence. 
Faure-Biguet, président à la cour d'appel, à Paris. 
Faure, ancien président du tribunal, à Valence. 
Feugier, ancien avoué, à Valence. 
FiLLET (l'abbé), curé d'Allex. 

Florans (le marquis de), à La Roque, par Lambesc. 
Fontgalland (Anatole de), à Die. 
FoRCHERON (Emile), juge, à Valence. 

FoRQUET DE DoRNE, président de la Cour d'appel d'Angers. 
François (Eugène), avocat, à Valence. 
Galliër (Anatole de), président de la Société, à Tain. 
GiRARDON, avocat, à Valence. 
GuiLLEMiNET, profcsscur au collège d'Arles. 
Hectorne (Emile), receveur de l'hôpital, à Valence. 
IsNARD (l'abbé), curé, à Suze-la-Rousse. 
Jassoud (l'abbé), curé, à Mureils. 
JuLLiAN (Johannis), peintre, à Montélimar. 
Labareyre (de), ancien juge, à Valence. 
La Baume (le comte de), marquis de Puy-Montbrun, à la 

Garde-Adhémar. 
Lacroix (André), archiviste départemental, secrétaire de la 

Société, à Valence. 
Lalande, avoué, à Valence. 
Laman, ancien notaire, à Valence. 



264 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Lambert, ancien maire de Combovin. 

Larnaoe (le comte Vincent de Garcin de), à Paris. 

Latune (Gustave), à Crest. 

Latune (Henri), à Crest. 

Malens, premier Président à la Cour d appel, à Grenoble. 

Marcieu (le marquis de), à Crépol. 

Maurin CAlcide), docteur en médecine, à Crest. 

Mazet (labbé), aumônier, à Valence. 

Messié, avocat, à Montélimar. 

Meynot (Adrien), à Donzère. 

Monier de La SizERANNE(le comte Fernand), à Beausemblant. 

MoNTCHENU (le marquis de), à Montchenu. 

MoNTEYNARD (1© comte de), àMontelicr. 

MoREL, archéologue, à Andancette. 

MoRiN-PoNS, auteur de la Numismatique féodale du Dauphinéi 

à Lyon. 
MoRiN (Henri), négociant, à Dieulefit. 
MoRiN (Adolphe), à Dieulefit. 
NuGUES (Félix), à Orange. 
Nuques (^Alphonse), à Romans. 
Payan du Moulin (de), ancien conseiller à la Cour d*Aix, à 

Fiancey-Bressac. 
Peloux (Jules), inspecteur général des ponts et chaussées à 

Valence. 
Perrossier (l'abbé Cyprien), curé, à Parnans. 
PoMPÉi, avocat, à Valence. 
Reboul de La Juillière, ancien auditeur au conseil d*Etat, à 

Paris. 
Rey, architecte, à Valence. 
Romain, docteur en médecine, à Valence. 
Sayn (Gustave,, à Montvendre 
Sollier, avocat, à Valence. 
SouBEYRAN, architcctc, à Lachamp-Condillac. 
Sièyes 'le marquis de), au château du Valentin, Bourg-lès- 

Valence. 
Soulier (l'abbé), curé, à Vesc. 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCiÉTE. 205 

Tracol, architecte, trésorier adjoint, à Valence. 
Urtin TMarc), avocat, à Valence. 

Vallentin, juge, vice-président de la Société, à Montélimar. 
Vertupier (Louis), à Crest. 
Veyrenc (labbéj, curé, à MoUans. 
Vigne (Mgr.), archevêque d'Avignon. 

Villard (Marins), chef de la direction du service vicinal, à 
Valence. 

Membres correspondants. 

Messieurs 

Accarias, ancien conseiller à la Cour d*appel de Grenoble. 

Adhémar (le comte Victor d'), à Toulouse. 

Allmer, ancien conservateur du musée d'épigraphie de la ville 

de Lyon. 
Andigné (le marquis d'), général et sénateur, à Paris. 
AuziAS (Théodore), avocat à la Cour d'appel de Grenoble. 
Barrés, bibliothécaire de la ville de Carpentras. 
Battendier (le chanoine), directeur de la Semaine religieuse, 

à Viviers. 
Baume-Pluvinel (le marquis de la), à Paris. 
Belmont, à Lyon. 

Berger (Emile), conseiller à la Cour d'appel d'Aix. 
Bernard, conseiller à la Cour d'appel de Grenoble. 
Berthin (Eoldc), à Beaurepaire. 
Bertrand (Isidore), ancien directeur de l'imprimerie des Célcs- 

tins, à Bar-le-Duc. 
Bethoux (l'abbé), à la Motte-d'Aveillans (Isère). 
Besset, architecte, à Tournon. 
Blanchard (l'abbé), archiprêtre, à St-Péray. 
Blanchet (Augustin), manufacturier, à Rives. 
Blanchet (Paul), manufacturier, à Rives. 
BoissiEU (Maurice de), à Lyon. 

BoissiN (Firmin), rédacteur en chef du Messager de Toulouse. 
BoucHARDON (Gustavc), à Bonnevaux, près la Côte-St-André. 



266 SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Brouchoud, avocat à la Cour d'appel de Lyon. 

BuLOT, architecte départemental, à Melun. 

Caize (Albert), à Louveciennes. 

Caize, ancien inspecteur divisionnaire des douanes, à Louve- 
ciennes. 

Chaper (Eugène), ancien député, à Grenoble. 

Chabrand, docteur en médecine, à Grenoble. 

Champavier (Maurice), à Paris. 

Chapelle (l'abbé), curé de Pact, près Beaurepaire. 

Charpin-Feugerolles (le comte de), ancien député, au château 
de Feugerolles. 

CosNAC (le comte de) au château du Pin, par Salon La Tour. 

Delloye, conservateur du musée Calvet, à Avignon. 

Dubois, ancien magistrat, à Thueyts. 

Dufour (Louis), aide archiviste d'Etat, à Genève. 

Dupré-Latour, ancien magistrat, à Paris. 

Falavel, notaire, à Saint-Marcellin. 

Falsan, géologue, à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, près Lyon. 

Faucher (Paul de), à BoUène. 

Faure, maréchal des logis au i8"' dragons, à Lunévillc. 

Fayard, conseillera la Cour d'appel de Lyon. 

Flachaire de Roustan (Marcel), à Lyon. 

Flasseur, à Grenoble. 

Franclieu (M"* Aimée de), au château de Longpra sur Saint- 
Geoirs. 

Gallet (Louis), directeur de Thôpital Lariboissière, à Paris. 

Gap (Lucien), instituteur, à Sainte-Cécile. 

Genthon, juge, à Saint-Marcellin. 

Gréau (Julien), à Paris. 

Gueyffier, juge de paix, à Saint-Etienne de Saint-Geoirs. 

Guillaume (l'abbé), archiviste des Hautes-Alpes, à Gap. 

Guiremand, avocat, à Paris. 

Helme, vice- président du tribunal, à Saint-Etienne (Loire). 

JouFFRAY (A.), capitaine d'Artillerie au 2* régiment, à Grenoble. 

Lafayolle, juge de paix, au Cheylard. 

Lamotte, docteur en médecine, au Pouzin. 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCIETE. 267 

Lascombe (M"*), née Comte, à Saint-Pierrcville. 

Lavauden, ancien préfet, avocat à Grenoble, 

Leblanc, bibliothécaire et conservateur du musée de Vienne. 

Lombard, avocat, à Grenoble. 

Macé, doyen de la Faculté de Grenoble. 

Masimbert, avocat, à Grenoble. 

Maignien (Edmond), bibliothécaire de la ville, à Grenoble. 

Mazon, publiciste, à Paris. 

MoLiN (Joseph), négociant, à Lyon. 

MoNTALivET (Gcorgcs de), à Paris. 

MoNTRAVEL (le vicomtc de), à Joyeuse. 

Monts (le comte de), au château d'Armanais, à Balbin, près 
la Côte-Saint-André. 

MoREL, receveur des finances, à Carpentras. 

Ollier de Marichard, à. Vallon. 

Oriol rrabbé), à Annonay. 

Pallias (Honoré), ancien membre du conseil général des Hau- 
tes-Alpes, à Lyon. 

Parisot de Laboisse (Jules de), à Montpellier. 

Perrossier (Ernest), lieutenant-colonel au 9* de iigne,à Agen. 

Petit (l'abbé), curé de St-Antoine. 

Peyrot, chef de division retraité de la préfecture de l'Isère, à 
Grenoble, 

PiLOT DE Thorey (Emmanuel), vice-consul d'Italie, à Grenoble. 

PiOLLET, substitut à la Cour d'appel de Grenoble. 

PoiNçoT, à Hericy (Seine-et-Marne). 

PoNCiNS (le comte de), à Feurs. 

Prunières (le comte de), au château de la Baume-Seyssins, 
près Grenoble. 

Reynaud (Horace), avocat à la Cour d'appel de Lyon. 

Robert-Gentil (Charles), à la Ferté-sur-Aube, par Clairvaux. 

Rocher (Henri de), à BoUène. 

Roman (Joseph), avocat, au château de Picomtal, par Embrun. 

RouiN (Flavien), receveur principal des postes, à Gap. 

Saint-Ferréol (le vicomte de), à Uriage. 

Saint-Genis (Victor de), à Corbeil, près Paris. 



268 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Saint- Victor (Ch. dej, à Lyon. 

Saurel (le chanoine), membre de T Académie de Montpellier. 

Taillas (de), à Grenoble. 

Terrebasse (de), à Ville-sous- Anjou. 

Tour-du-Pin-Chambly (le baron de La), à Nantes. 

Tour-du-Pin-la-Charce (le comte de La), à BezonviUe. 

Vallier (Gustave), à Grenoble. 

Vaschalde, directeur de l'établissement thermal de Vais. 

Vaschalde (Albert), pharmacien, à Vais, (Ardèche) 

Vellot (A.), avocat, à Grenoble. 

Vossier, lieutenant au 68* de ligne, à Issoudun. 

Communes abonnées, 

Aouste. — Bourg-du-Péage. — Crest. — Montélimar. 
— Montrigaud. — Bibliothèque de Grenoble. — 
Archives de Grenoble. — Bibliothèque de Romans. 

Membres du Bureau réélus le 10 mai 1886. 

Messieurs 

De GalheRj Président. 

Vallentin (Ludovic), Brun-Durand et Bonnet, vice-Présidents 

Epailly, Trésorier. 

Tracol, vice-Trésorier, 

Lacroix, Secrétaire. 

Colomb (Victor), vice-Secrétaire. 

Membres du comité de publication. 

Messieurs 
Peloux, de Labareyre, Pompéi et Sollier. 



ANDRE DE LAFAÏSSE. 26g 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE 

( d' Aiobenas ) 

MARÉCHAL DE BATAILLE 

Sa Famille, son Histoire et sa Correspondance. 

(1570-1681) 



SuiTf.— Voir les 68*, 69*, 70% 71; ya*, 73% 74*, 75*, 76* et 77» ItTraisoai. 



-««<aa«<*- 



Le monastère des femmes de Prébayon {Pratum Baio- 
nis\ appelé vulgairement Prévalon, était situé à cinq ou 
six kilomètres au levant du village de Sablet (Vaucluse) 
et dans le diocèse de Vaison. Construit en 6i i, dans une 
gorge reculée et sauvage, dominée par de hautes monta- 
gnes, il fut détruit par les Sarrasins et reconstruit vers 
85o. Dans le siècle suivant, le torrent de Trignon emporta 
une partie des bâtiments, dont il ne reste plus que des 
ruines, et les remplit de boue. Ce couvent occupait le 
fond d'une gorge profonde, souvent inondée, ce qui 
occasionnait de fréquentes épidémies. 

A sept ou huit kilomètres au couchant de Prébayon, 
sur la rive gauche de TOuvèze, et à trois ou quatre kilo- 
mètres au nord-ouest de Gigondas, se trouvait le vaste 
domaine de Ramière ou des Ramières. Il avait été donné 
aux moines de Montmajour, par le comte de Provence. 
Le prieur de ce monastère le visita en gSS et apprit que 
les religieuses de Prébayon étaient victimes d'une épidé- 
mie. 



270 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Il leur proposa de leur céder Ramières ainsi que la 
chapelle érigée sous le vocable de Saint-André : leur 
installation dans ce nouveau local eut lieu en 963. Cet 
albergement fut consenti moyennant une redevance de 
soixante sétîers de froment et de sept de pois chiches ; 
mais le cens ayant paru trop fort, fut réduit plus tard à 
une obole d'or, La règle de Saint-Benoît fut observée à 
Saint- André jusqu'en 1268; à cette époque, Clément IV 
accorda aux religieuses les privilèges des Chartreux aux- 
quels il portait une affection particulière, et les exempta 
de la juridiction de l'évêque de leur diocèse. En i563, les 
protestants brûlèrent ce couvent dont la supérieure était 
alors Catherine, fille de Pierre de la Baume, seigneur de 
Suze-la- Rousse et de Françoise-Aloyse de Vassieux (r). 

D'après YHistoire des guerres du Comté Venaissin 
écrite par Louis de Pérussis et publiée en 1769 par le 
marquis d'Aubaîs, p. 253, la famille de Chabrillan a fourni 
au couvent de Saint-André-des-Ramières, qu'elle regar- 
dait presque comme un héritage,quatre abbesses. C'étaient 
Claire, fille de François de Moreton, seigneur de Cha- 
brillan et de Sauzet, coseigneur de Châteauneuf-de-Ma- 
zenc, marié en 1 5o6 avec Dauphine de Seytres ; Louise, 
nièce de la précédente, Ragonde ou Racdegonde et enfin 
Charlotte. 

Une notice manuscrite, composée par Lafaïsse vers 
1675, et un Mémoire contenant huit pages, imprimé vers 



(1) Courtet, Bictionnam des communes de Vaucliise 1857. p. 278 et 
312; — L'abbé Bruyère, Notice sur Prébayon et Vàbbaye de Satnf- 
André-<leS'Ramières, 1869 ; —Bulletin des travaux historiques , 1882, p. 
234 ; — M. Lucien Gap, Bulletin archéologique, 1875, p. 97. Il existe 
dans les archives de Vaucluse divers dossiers, et M. Raspail, de 
Gigondas, possède un manuscrit concernant ce couvent. 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 27 1 

i656, que M. Lacroix a eu Tobligeance de me signaler (î)i 
donnent divers renseignements sur Saint-André. Le fac- 
tum imprimé a pour titre : Mémoire pour Gasparde de 
Moreton de Saint -Gervats^ coadfutrice au monastère de 
Saint-André et les religieuses, contre le procureur-géné- 
ral du parlement d'Orange, agissant au nom du prince 
d'Orange, qui se prétend jus-patron et fondateur de leur 
maison. 

L'abbé de Montmajour (près d'Arles), disait de son 
côté pouvoir disposer du prieuré de Saint-André, comme 
on l'avait fait en faveur des religieuses qui en avaient joui 
paisiblement et sous la protection des papes. D'après la 
bulle de 1268 l'élection de la prieure appartenait aux reli- 
gieuses, et sa confirmation, aux Souverains pontifes. Jus- 
qu'en ibyg, les princes d'Orange n'avaient jamais reven- 
diqué le droit de nommer les prieures. A cette époque 
Jeanne de Chabot, abbesse du Paraclet, obtint par sur- 
prise, un brevet du prince, malgré l'élection faite, par les 
religieuses, de Claire de Chabrillan. 

Un procès relatif à cette double nomination fut cause 
du séquestre des biens du prieuré. Un jugement rendu 
par le cardinal d'Armagnac, co-légat d'Avignon, et par le 
duc de Montmorency, gouverneur de la principauté 
d'Orange, donna gain de cause à Claire. 

Ragonde ou Racdegonde, sa nièce, qui lui succéda, fut 
condamnée, en ibgS, par le parlement d'Orange, à rendre 
hommage au prince pour les biens du prieuré, mais les 
religieuses protestèrent. Charlotte de Chabrillan, qui suc- 
céda à Ragonde, se pourvut contre un arrêt rendu en 



(1) Archives E. 1233 ; Voir aussi l'abbé Granget, Histoire du diocèse 
d'Avignon, t. Il, p. 326. — Les larmes de Pineton de Chambrtm, p. 62. 



17* SOCŒTÉ D*AXGHÉOLOGI£ IT DE STATlSTtQUt. 

i634y qai Tobliçeaft ao mctnc hotnmagt- D f cor, en 1639, 
on arrêt de partage poar drader si ou non le poorroi 
derah être admis, et quatre fours après, an secood arrêt 
décida que celui de 1634 derait être ctœDté, sauf aux 
rdigîeases à se pourroîr deram le prixKe. Elles œ tooIo- 
reot pas le Cure, soit a cause de la distance, soit parce que 
ie cooseii do prince était composé de proicsiants. D*aprcs 
M. Gap, Frédéric Henri de Nassau fut plus heureux en 
f6|i et triompha, par des mesures arbitraires de Toppo- 
sinon de Tabbcsse et de son Chapitre. 

En i655, Charlotte de Chabrillan, trcs-arancn en âge, 
fit nommer coadjutrice Gasparde, sa nièce, connue soos 
le nom de M*"" de Saint-Gerrais, emprunté i un fief qui 
appartenait a son père. Le procureur'-général dX)rangc 
s*opp<isa à {^enregistrement des bulles et menaçait de saisir 
les biens, parce qu*on aTait méconnu les droits du prince. 

Les religieuses disaient que la qualité de Souverain, 
appartenant à ce dernier, lui donnait seulement un droit 
de souveraineté sur Tabhaye, mais qu'il ne possédait pas 
celui de patronage ou de fondation, ni de nomination ; que 
depuis i36o dles avaient toutes été pourvues par élec- 
tion on résignation, et que le prince ne pouvait pas leur 
refuser de plaider à Orange, devant un tribunal composé 
de juges mi-partie catholiques et protestants. 

Le Mémoire de Lafaisse donne quelques autres détails : 
depuis la bulle de 1268, les évêques de Vaison, n'avaient 
jamais entrepris de troubler les religieuses. Le dernier 
prélat (i) sWorça de leur enlever leurs privilèges, soit 



(l) Loais Alphonse de Soarès d'Anlan, né en 1642. sacré éTêqne 
de Taison en 1671 (à 29 ans), en remplacement de Cliaries Joseph 
de Soarès, son oncle. 



ANDRÉ DE LAFAISSE. 2ji 

pour satisfaire son caprice, soit dans Tespoir d^obtenir 
des chartreux une récompense dans le cas où il obligerait 
ces religieuses à leur remettre les biens appartenant à leur 
couvent. 

Pour parvenir à son but, il chercha à s'attribuer des 
privilèges que ses prédécesseurs n^avaient jamais réclamés, 
et il profita de la vieillesse de la supérieure pour empiéter 
sur le temporel du couvent. Afin de se rendre favorables 
les conseillers du prince d*Orange, il diffama les religieu- 
ses, mais craignant que Topinion publique ne se déclarât 
contre lui, il se désista de ses poursuites, en 1673, abu- 
sant de son autorité, il interdit les religieuses sous pré- 
texte qu^elles avaient manqué de soumission à ses ordon- 
nances, ferma leur église et tint sur leur compte des pro- 
pos calomnieux. 

D'après Courtet, précité, et Boyer de Sainte-Marthe (i). 
Ces mesures avaient été prises pour mettre un terme au 
relâchement introduit depuis long-temps parmi les reli- 
gieuses. Elles appelèrent de cet interdit comme d'abus 
devant le parlement de Grenoble, qui les renvoya devant 
le premier évêque voisin. Celui-ci ne voulut pas se confor- 
mer à cet arrêt et renvoya les religieuses à leur évêque 
ordinaire. 

Ce dernier étant absent, son grand-vicaire refusa de 
lever Tinterdit, sous prétexte qu'il se conformait aux ordres 
du prélat. Le parlement le menaça de la saisie de son 
temporel, et même de la prison, s'il n'obéissait pas à 
Tarrêc rendu contre lui. 



(1) Hùroire de l'Bglise d$ Va%s<m, p. 246. Il est aussi question de 
tous ces tiraillements dans le tome V de la collection des Procès^ 
verbaux des assemblées générales du clergé de France, 



^74 SOCIÉTÉ d'archéologie et de stattstiqûe. 

La principauté d'Orange ayant changé de maître, Tévê* 
que réclama l'intervention de Louis XIV ; de leur côté, 
les religieuses prièrent le roi de désigner le parlement 
devant lequel elles devaient porter leur demande, celui 
d'Orange ayant été supprimé, et d'ordonner au comte de 
Grignan, de suspendre, jusqu'à plus ample informé, l'exé- 
cution des mesures qui lui avaient été prescrites. 

L'affaire fut portée devant le Grand Conseil, sous pré- 
texte que le roi était jus-patron, ou représentant du fon- 
dateur ou du donateur du couvent, mais il la renvoya 
devant le parlement de Grenoble. D'après Pineton de 
Chambrun, précité, Moran, intendant de la Provence, qui 
paraît être le même personnage que le conseiller d'Etat 
de ce nom chargé, en 1649, de diriger des poursuites en 
Guienne, contre Lafaïsse, vint à Orange au mois de dé- 
cembre 1682 pour exécuter les ordres de la Cour. Accom- 
pagné d'un prévôt et de ses archers, il se rendit à Saint- 
André pour enlever les archives. Les religieuses furent 
obligées d'ouvrir les portes et de livrer tous leurs papiers. 
Elles protestèrent et déclarèrent qu'elles reconnaissaient 
le prince d'Orange seul, et non pas le roi pour leur jus- 
patron (i). 



(1) Ces intrigues et ces désordres rappellent ceux qui avaient 
lieu dans la célèbre abbaye de Remiremont. Pour en faire partie, 
il fallait prouver neuf générations de noblesse chevaleresque, tant 
du côté du père que du côté de la mère. Fières de leur haute 
naissance, les dames de Remiremont ont presque toujours été en 
querelle, soit entre elles, soit avec les ducs de Lorraine, leurs sei- 
gneurs. Elles se sont révoltées plusieurs fois contre eux ne voulant 
relever que de TEmpire, et ne cédant le plus souvent qu*à Temploi 
de la force, lorsqu'on envoyait une garnison dans leur couvent. 
(Comte d*Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la 
France f t. I^ p. 455). 



ANDRÉ DE LAFAiSSE. 2jb 

Dans l'espoir d'empêcher de pareils désordres à l'avenir, 
Louis XIV se déclara jus-patron du couvent : il nomma 
pour abbesse M"* de Tressan, et après elle, en 1708 
M°* de Dreuiller, de Toulouse. Cette dernière fut accusée 
de dilapider les revenus du monastère et de repousser les 
personnes qui voulaient faire profession. Pour se défen- 
dre, elle adressa au vice-légat d'Avignon un Mémoire que 
M. Paul de Faucher a eu Tobligeance de me signaler, et 
dont on trouve une copie dans le vingtième volume de la 
Collection Tissot^ à la bibliothèque de Carpentras. 

Ce couvent tomba dans un tel discrédit qu'aucune 
jeune fille ne venait plus s'y consacrer à Dieu ; Tévêque 
fit de vains efforts pour reconstituer le couvent. En 1710, 
il y installa une religieuse Bénédictine chargée d'y intro- 
duire la réforme de saint Benoit, mais elle ne put y par- 
venir. Elle offrit, en 17 14, de résigner ses fonctions entre 
les mains du général des chartreux, à condition qu'il éta- 
blirait une communauté de son ordre ; les bâtiments 
cessant d'être entretenus s'écroulèrent en partie en 1720. 

Les deux religieuses qui s'y trouvaient encore en 1766, 
désespérant de relever le couvent, faute de sujets, se reti- 
rèrent à Toulouse, avec une pension. Roussel de Tilly, 
évêque d'Orange, voulant augmenter son revenu qui était 
de 14,000 livres seulement, réunit alors, avec l'approba- 
bation du roi et celle du pape, les biens du couvent à la 
manse épiscopale, et mourut, en 1774, à Saint- André, où 
il s'était retiré à cause de son grand âge. L'immeuble fut 
vendu par le gouvernement révolutionnaire. 



Il y avait en AlIemagDe des Chapitres protestants : les dames qui 
en faisaient partie jouissaient, sous les rapports nobiliaires, des 
mêmes avantages que dans les Chapitres catholiques. {Mémoires de 
la baronne d'Oijerkirch, 1869, t. I, p. 16, 37, 54; t. II, p. 358). 



276 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Les bâtiments actuels n^ont conservé aucune trace d^ar- 
chitecture féodale, ou religieuse : ils servent à Texploita- 
tion d'une vaste ferme, contenant environ 168 hectares, 
dans laquelle se trouve une maison de campagne. Elle 
appartient à MM. Henri et Edmond Corrcnson, frères. 
Les allées ombragées et les bouquets de verdure qu'on y 
rencontre justifient encore son nom de Ramières, 

L'exposition de ces faits généraux se rattachant à un 
couvent, dont les religieuses ont tant fait parler d'elles, 
était nécessaire pour bien comprendre les lettres adressées 
à Lafaïsse. Celles-ci serviront en outre à combler les lacu- 
nes du récit qui précède, en nous révélant de nouveaux 
incidents inconnus jusqu'à ce jour. Je dois la communica- 
tion d'une partie de ces lenres à l'obligeance de M. Paul 
Maignot, conseiller général de l'Ardèche, dont j'ai déjà 
parlé au commencement de cette publication, et qui les 
tient de M. Joseph de Miraval. Le surplus appanient à 
M. Kerviler qui a bien voulu m'autoriser à terminer ce 
volume. Quelques uns de ces épisodes font peut être dou- 
ble emploi, ce qui est difficile à préciser. 

Charles de Grolée, comte de Viriville, gouverneur de 
Moniélimar, écrivit le i** avril 1667, la lettre suivante à 
Lafaïsse, qui se trouvait alors à Meysse : « Je suis de 
vos amis depuis trop long-temps pour ne pas vous faire 
connaître les grands sujets de plaintes que le comte de 
Chabrillan (i) et sa famille prétendent avoir contre vous, 



(1) C*était Joseph de Moreton, lieutenant de roi dans le VaJen* 
tinois : Il obtint, au mois 'Tuctobre 1674, Térection en marquisat 
du fief de Chabrillan que sa famille possédait depuis plus de deux 
siècles. Il avait quinze frères ou sœurs, et Antoine, son père, en 
avait douze. Les couvents offraient, en pareil cas, une grande res-- 
source : las demoiselles nobles qui avaient une légitime peu consi- 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 277 

de ce que vous vous êtes mêlé des affaires de Pabbaye de 
Saint-André. Mesdames de Chabrillan, ses tantes, lui ont 
protesté qu'elles ne vous avaient jamais fait aucune prière 
à cet égard. Je vous conjure de me faire savoir pour quel 
motif vous avez agi de la sorte, etc. » 

Lafaisse répondit, le (4 juin 1667, d'une façon assez 
obscure et diplomatique : « Je n'aurais jamais cru que le 
marquis de Chabrillan, de qui j'aurais plutôt attendu des 
remercîments que des plaintes, dût être le premier à en 

former contre moi Mais puisque vous voulez avoir la 

bonté d'assoupir ses plaintes qui ont fait un peu trop de 
bruit, je vous supplie de me donner le temps d'apprendre 
le sujet que je puis avoir de me plaindre de lui. Je ne 
m'en serais point mis en peine, si l'on ne m'avait écrit 
qu'on voulait m'entretenir de violences et de semblables 
choses qui se sont passées à Saint-André, et qu'on ne 
pouvait mettre sur le papier. 

« J'espère en être informé à la St-Jean. Je ne vous 
demande pas ce délai à dessein d'en tirer un prétexte de 
résister à vos volontés. Quand je serais d'une humeur 
aussi opposée que portée à la paix, et que nous serions 
encore au temps où il était permis de se faire rendre rai- 
son de ceux de qui on avait reçu des offenses Vous 

auriez toujours le même pouvoir sur moi Comme le 

marquis de Chabrillan a été informé de tout et qu'il est 



dérable et ne voulaient pas se mésallier, y trouvaient une retraite 
convenable. 

Joseph de Moreton épousa en 1668 Antoinette fille de Gaspard 
de Vichy, comte de Chamrond, maréchal de camp, et mourut, à 
Montélimar, en 1706. Pour les détails généalogiques sur les Cha- 
brillan, Voir : de Coston. Histoire de Montéhmar, U I, p. 75 et 187 ; 
t. II, p, 14 et 151; t. III. p 26 et 284. 

TOMB XX. - 1886. 19 



îyS SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

désabusé de ce qu'il aurait voulu croire, il est juste que je 
le sois aussi, et que je sache l'intérêt que moi et mes pa- 
rents pouvons avoir en ces procédures ». 

Il a été question à la date de 1672, de M. Sausin, 
greffier du prince, à Orange ; il adressa, au sujet des 
événements qui se passaient dans cette ville, au comte de 
Dona, une note que celui-ci envoya le 22 octobre, avec 
une lettre. Il y est dit en substance que le procès survenu 
entre le prince et les religieuses est pendant devant le par- 
lement ; que s'il n'était pas jugé prochainement, les lettres 
de survie accordées par le prince à M°* de Saint-Gervais 
(de Chabrillan) seraient surannées; qu'on a tort de lui 
contester les droits qu'il invoque ; que les religieuses n'ob- 
tiendront pas la faveur de plaider gratis, parce qu'il y a 
beaucoup de vieux actes à examiner et qu'il faudra faire 
venir des magistrais étrangers pour juger sur l'arrêt de 
partage, si ceux qui y avaient pris part ne pouvaient plus 
connaître de l'affaire et que le prince était seulement libre 
d'engager son parlement à modérer les éptces le plus pos- 
sible. 

Pierre Louis de Veynes(i), seigneur du Prayet, conseil- 



(1) Il épousa Isabeau de Moreton de Chabrillan ; Claude son fils, 
fit ériger en marquisat, en 1695, son fief du Bourg-lès-Valence. 
Jean Frédéric François, dernier marquis de Veines, épousa, en 
1769, Catherine Charlotte Françoise, fille de Louis François, comte 
de Maugiron. lieutenant-général, et de Marie-Françoise de Sasse- 
nage. Elle avait une immense fortune, mais M. de la Bâtie ^ArmO" 
rialj p. 397) en fait un portrait peu flatteur. 

Marguerite Emilie Esther, sœur du dernier marquis de Veynes, 
épousa vers 1747 Jean de Plan, seigneur de Siejès, près de Digne, 
conseiller au parlement de Grenoble de 1743 i 1781 dont les descen- 
dants habitent Valence. Le père de Tabbé comte Sieyès, conyen- 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 279 

1er au parlement de Grenoble en i663 et mort en 1671, 
beau-frère de M. de Chabrillan, écrivit le 3 septembre 
1667 ^^ comte de Dona : « Quelqu'embarras que les 
ennemis des dames de Saint-André leur aient donné, j'y 
trouve des avantages considérables, puisque cela m'a pro- 
curé Thonneur d'être connu de vous. 

« J'ai su la bonté que vous avez d'employer votre cré- 
dit en Hollande afin d'obtenir un brevet pour M"* d'Our- 
ches (de Chabrillan), et de procurer en même temps un 
brevet pour M"' de Saint-Gervais (de Chabrillan) nommée 
coadjutrice. Déjà M. de Lafaïsse avait négocié quelque 

chose à rinsu de toute notre famille J'ai de la peine 

à croire que M. Dupré, après m'a voir donné sa parole, 

puisse avoir eu d'autres pensées que de vivre en repos 

Nous attendons donc sans appréhender cette personne, ni 
M. de Causans, quoique plus puissant, et qui menace de 
sa faveur à la Cour de Hollande, ce que vous aurez la bonté 
de nous procurer ». 

Le comte de Dona répondit a cette lettre, assez obscure 
par une autre aussi énigmatique. Il dit qu'il a toujours 
agi franchement ; qu'il n'y avait qu'une voie à prendre; 
que si on l'eut suivie, cela aurait sauvé du chagrin à bien 
du monde. « J'enverrai en Hollande, ajoute-t-il, la lettre 
de M. de Chabrillan et la votre, bien que depuis quelque 
temps il soit arrivé à Orange quantité de choses qui m'ont 
obligé à supplier Son Altesse de ne m'y employer que 
dans la dernière extrémité de son service. » 



tioDnel, était, dit-OD, fils naturel de Jean-Louis de Plan, seigneur 
de Sieyès, trésorier-général de France à Aiz. 

M. de VayneM^Van-Bràhel, lieutenant-colonel, qui habitait Does- 
burg-sur-Tssel, demandait en 18il, au maire de Montélimar des 
renseignements sur la famille de Veynes, connue depuis 1302, 
dont il se disait issu 



280 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Le comte écrivit de Genève, à Lafaïsse, le 20 septembre 
1667: « J'ai envoyé votre lettre en Hollande, jointe à 

tous les raisonnements dont j'ai été capable Sausin y 

est fort cru et agira comme il doit pour vous ». 

Lafaisse, bien que protestant, avait été amené une autre 
fois à intervenir en faveur d'un couvent, car en 1662 
M°" de Baronnat, abbesse de Ste-Claire d'Aubenas, Tavait 
prié de la protéger contre Tévêque de Viviers. Gasparde 
de Chabrillan, qui signe de St-Gervais^ coadjutrice de St- 
André, lui écrivit de Valence, le i5 août 1667, une lettre 
dont l'orthographe est très-fantaisiste, et dont la teneur 
paraît être en contradiction avec celle du marquis de Viri- 
ville. « J'ai appris par M. Dupré que vous avez reçu mes 
provisions (brevet de nomination.) Vous aurez la gloire 
de finir cette affaire, puisque vous avez eu la bonté de la 
commencer Je suis tout à fait sensible aux obliga- 
tions que je vous ai, etc. » 

La supérieure, Charlotte de Chabrillan (M"* d'Ourches), 
remerciait aussi, en 1668, celui qui, disait-elle, avait pro- 
curé le bien et le repos de sa maison. Elle lui adressait 
encore le 19 août 1669, une lettre ainsi conçue : « Vous 
m'avez toujours témoigné beaucoup de bonté Per- 
mettez-moi de vous demander la grâce de vous employer 
pour ma nièce. Elle est fort revenue de tous ses emporte- 
ments qui paraissent assez légitimes, imaginant que des 
filles qui sont entrées depuis peu en religion l'emportent 
sur elle. Vous n'obligerez pas une petite famille qui a assez 
de puissance pour reconnaître les services qu'on lui rend. » 

La lettre suivante écrite de la Haye par le comte de 
Dona, le 24 avril 16(59, est encore relative au droit de pa- 
tronage réclamé par le prince d'Orange. « Le chevalier 
de Chabrillan, dit-il, est en ce pays avec des lettres de 
Madame Royale d'Orléans pour S. A. qui me Ta renvoyé. 



ANDRÉ DE LAFÂlSSE. 28 1 

J^ai dit à S. Â. que si ceux de la maison de Chabrillan 
avaient offert de la reconnaître comme il faut, on n'aurait 

pas mis un mot entre deux Le chevalier, se targuant 

du roi, du pape et de l'ambassadeur, je lui conseillai de 
voir ce dernier, homme de robe et fort habile. Il le fit et 
me dit le lendemain qu'il allait partir. » 

Les longues luttes soutenues par les religieuses contre 
l'évêque de Vaison étaient déjà commencées en lôyS. 
François de Castellane-Âdhémar, comte de Grignan, ma- 
rié en troisièmes noces avec la fille de la marquise de 
Sévigné, était alors lieutenant-général au gouvernement 
de Provence et à la veille de s'emparer d'Orange et d'en 
prendre possession au nom de Louis XIV. Celui-ci lui 
envoya, le 24 octobre lôyS, Tordre suivant : 

« Monsieur le comte de Grignan, la vie si scandaleuse 
que mènent depuis long-temps les religieuses Chartreuses 
établies dans la principauté d'Orange, et le peu de respect 
qu'elles ont eu jusqu'à présent pour les ordres des Pères 
Chartreux, leurs supérieurs, les ayant forcés d'en aban- 
donner la conduite comme des filles incorrigibles, et en- 
tièrement incapables de discipline et de régularité, le 
S*" évêque de Vaison, leur supérieur, a cru qu'il était du 
devoir pastoral que lui impose son caractère, d'employer 
la sévérité des lois et des constitutions ecclésiastiques pour 
tâcher de remédier à cet extrême désordre, et il a en 
même temps, recouru à mon autorité pour favoriser l'exé- 
cution de ses ordonnances. 

(c J'ai voulu vous faire cette lettre pour vous dire que 
mon intention est que vous ayez à donner au dit S' évêque 
de Vaison toute l'aide, main forte, faveur et assistance 
dont vous serez par lui requis, et de laquelle il pourra 
avoir besoin pour faire exécuter ses ordonnances contre 
les susdites religieuses, sur ce je prie Dieu qu'il vous aie^ 



282 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Monsieur le comte de Grignan, en sa sainte garde. Ecrit 
à Versailles, le 24* jour d'octobre 1673, signé: Louis. » 

Avant d'employer la violence, le comte de Grignan écri- 
vit à la supérieure une lettre ainsi conçue : « Vous savez 
la part que je prends dans tout ce qui regarde votre mai- 
son et le respect que j'ai pour vous. Il n'en faut pas davan- 
tage pour vous persuader que vos intérêts me sont extrê- 
mement chers, et que je ferai toujours tout ce qui dépen- 
dra de moi pour vous rendre mes très-humbles services. 
Le roi désire que vous vous conformiez au règlement que 
l'évêque de Vaison veut établir dans votre monastère. 
S. M. m'a envoyé ses ordres pour faire exécuter ceux de 
ce prélat. Je serais bien malheureux, Madanie, si j'étais 
obligé, en cette occasion, de servir l'autorité du roi, mais 
je suis persuadé que la considération que vous avez pour 
votre évêque, et la prière que je vous fais de détérer à ses 
sentiments, vous porteront à faire sans répugnance, ce 
que S. M. souhaite de vous. Je vous en supplie, très-hum- 
blement. Madame, et croyez, qu'on ne peut pas vous 
honorer plus que je le fais, ni être plus parfaitement que 
je suis votre très-humble et obéissant serviteur, Grignan. » 

De son côté, la supérieure de Saint- André, M"* de Cha- 
brillan, adressa le 8 janvier 1674, ^ Simon Arnauld, mar- 
quis de Pomponne, ministre, la lettre suivante : « Dans 
l'extrême déplaisir que mes sœurs et moi avons reçu en 
apprenant que l'évêque de Vaison s'est porté à nous ca- 
lomnier auprès de S. M., ce qui est une action indigne de 
la part d'un prélat, nous avons tiré quelque consolation 
d'apprendre que S. M. a voulu que cette affaire passât 
par vos mains. Nous savons que vous êtes sorti d'une 
famille aussi illustre par ses vertus que par sa noblesse : 
nous espérons que vous ne nous refuserez pas votre pro- 
tection lorsque notre innocence vous sera connue Le 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 283 

comte de Grignan sait très-bien que nous ne soufiFrons 
rien. dans notre monastère qui puisse choquer la régularité 
de notre ordre, etc. » 

Le Conseil d'Etat renvoya le t6 avril 1674 l'affaire 
devant le parlement de Grenoble, et ordonna au comte de 
Grignan de suspendre l'exécution des ordres de la Cour. 
Voici des extraits de cet arrêt : 

«i Sur ce qui a été représenté au roi, étant en son 

conseil, par les religieuses que encore que depuis 

plusieurs siècles elles aient vécu sous la mitigation de 
Tordre de Saint-Bruno, suivant les règles du dit monas- 
tère approuvées par les évêques de Vaison, néanmoins le 
S*" évêque, ayant prétendu que les suppliantes menaient 
une vie trop licencieuse, il aurait, sous ce prétexte fait 
une ordonnance pastorale par laquelle il veut les obliger 
à la clôture, dont elles sont exemptes par privilège du 
Saint-Siège 

« Mais bien que les suppliantes aient interjeté appel 
comme d'abus de cette ordonnance et que l'effet en doive 
être suspendu, et les suppliantes maintenues par provision 

dans leurs privilèges le ditS''évêque,au préjudice de la 

pratique générale de tous les tribunaux de l'Europe, sans 
s'arrêter au dit appel, et sans avoir aucun égard à l'extrac- 
tion noble des suppliantes, ni à l'intégrité de leur vie et de 
leurs mœurs^ les aurait excommuniées, et les traitant d'in- 
fâmes et rebelles, aurait ôté le très-saint sacrement de leur 
église, et mis l'interdit à leur porte 

« Cette procédure si extraordinaire ayant mu la piété 
de révêque de Carpentras à s'entremettre, l'évêque de 
Vaison a pris une voie toute contraire, et a recouru à la 
protection de S. M. Sous un vain prétexte de libertinage 
prétendu des suppliantes, il a obtenu de S. M. un ordre 
par lequel il enjoint au comte de Grignan de tenir la main 



284 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

à Texécution de la dite ordonnance pastorale, dont Peffet 

doit être suspendu en vertu de Tappel comme d^abus 

Le parlement d'Orange ayant été supprimé, Sa Majesté 
renvoie les parties devant le parlement de Grenoble pour 
prononcer sur le dit appel, et ordonne de surseoir l'exécu- 
tion de l'ordre envoyé au sieur de Grignan A Ver- 

sailleSy le i&^ jour d'avril 1674. » 

• 
(A continuer.) 

Bon DE COSTON. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 285 



NUMISMATIQUE 

DU PARLEMENT 



'DE G%EtK(yBLE. 



SuiTB. — Voir la 71*, 73% 73*, 74*, 75% 76» et 77» livraison. 

LAURENT-CÉSAR DE CHALÉON 

1788 



J. ^ MON PARRAIN MESSIRE LAURENT CESAR DE CHA- 



? 



LEON DE CHAMBRIER^*^ 

BARON DE CHATEAUNEUF ET DE LALBENC CONSEIL- 
LIER AU PARLEMENT 

MA MARRAINE DEMOISELLE JUSTINE DE LA GACHE 
DAME DU FIEF DE 
ROUSSI ERES 

Sur la panse : 

Ecusson de Bonnevie, sous lequel on lit : 1788 
3* cloche de Vif. — Diamètre : 47 centimètres. 



(1) Laurent-César de Chaléon, né à Grenoble, le iô noTembre 
1729, arocat en la Cour, n'avait que 20 ans, lorsqu'il fut nommé 



286 soaÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Conseiller au Parlement (lettres du 4 aTril 1750, en remplacement 
de Sébastien de Guilliet de Lejssins, décédé, et reçu le 18 du 
même mois) ; son père, Laurent de Cbaléon, seigneur de Saint- 
Romand (Armoriai du DauphinéJ, Conseiller au Parlement en 1680, 
arait épousé Marguerite de Chambrier de l'Isle. M. Pilot-Dethorey 
nomme le fils tantôt Laurent, tantôt Louis : notre cloche, d'accord 
avec VArmariàl^ rétablit son véritable prénom. Laurent César, 
baron de Cbaléon de Chambrier, fut député de la Noblesse aux 
États-Généraux de 1788. 



CH.-ÉTNE LE CLET 

1789 



+ MON PARRAIN EST TRES HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR 
CHARLES ETIENNE LE CLET^*' CHEVALIER 

ar SEIGNEUR d'eybens conseigneur de SEYSSINS. 

SEYSSINET. PARIZET. S'f NIZIER. ET AUTRES 

ar PLACES CONSEILLER AU PARLEMENT DE DAUPHINE 
MA MARRAINE HAUTE ET PUISSANTE DAME 

fir MARGUERITE JULIE DE JOANNIE SON EPOUSE QUI 
MONT NOMMEE CHARLOTTE JULIE Sa^ M^ ROBER- 
TIERRE 

SIEURS ANTOINE RAVANNAT ET lOSEPH MURAILLAT DE- 
PUTES DE LA COM"^ DEYBENS m* 



('loche d'Eybens^î. — Diamètre : 94 centimètres. 



(1) Charles-Etienne Leclet, avocat en la Cour, Conseiller au Par- 
lement par lettres du 23 juillet 1777 ; reçu le 27 août suivant. Né 
à Grenoble le 21 juin 1754, il avait donc 23 ans, lorsqu'il remplaça 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 287 

son père, Pierre*Charles Leclet, décédé le 29 octobre 1773, et Con- 
seiller depuis le 1*' septembre 1741. — (2) Communauté. — (3) Cette 
cloche ajant été mutilée, cisaillée complètement, à Tépoque de la 
Révolution, c'est avec beaucoup de peine que j'ai réussi à en faire 
revivre la légende. Je ne puis en dire autant pour les sujets qui 
lui servaient d'ornement ; j'y ai complètement échoué. 



FOIS.JH DE MEFFRAY 
DE CÉSARGES D'HAUTEFORT 

1804 



SIX NOMEN DOMINI BENEDICTUM^*^ SAINT MAURICE 
PATRON DE CHESENEUVE' 

Mî FRANÇOIS JOSEPH DE MEFFRAY DE SEZARGE D ÏIAU- 
TEFOR^*^ PARRAIN- 

M9 ENGELIQUE JEANNE THERESE DE LESSIN^^ MARRAINE- 
1804- V. ST^*^ 

& SOUS LA MAIRIE DE JAQUES JAIQUIER- LAN- 12- D- L- 
R- F-W 

Cloche de Chèseneuve. — Diamètre : Sy centimètres. 



(l)/o6, I, V. 21. — Psaume CXII. ▼. 2. —(2) Ancien officier de 
dragons, puis avocat en la Cour ; Conseiller par lettres de Com- 
piègne du 1*' août 1764, avec dispense de parenté (en remplacement 
et sur la résignation de J^-M^ de Barrai de Montferra, nommé 
Président) ; reçu le 31 du même mois. Il fut maintenu dans ses 
fonctions par TEdit d'octobre 1771 ; puis réintégré, lors du rétablis- 
sement du Parlement par Pordonnance royale du 10 avril 1775. Il 
exerçait encore en 1790. — (3/ Sa femme, iille de F**' de Lejssin, 



288 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

baron de DomejssiDf en Savoie, capitaine au régiment de Monaco, 
chevalier de St-Louis, et de Suzanne de Montquin. Elle était nièce 
de P^-L* de Lejssin, qui fut le dernier archevêque d'Embrun. — 
(4) Vieux style. — (5) Uan \2dela République française. 



LAURENT-CÉSAR DE CHALÉON 

1811 



»1. 

+ SOUS LE REGNE DE LEMPEREUR NAPOLEON l"^ LE VO- 
CABLE DE S^ PIERRE^J A CROLLES ET LA 



MAIRIE DE M- BOUVRET ROCOUR ON MA NOMME 
MARIE •:• MON PARRAIN A ETE M? LAVRENT CESAR 

ÏT DE CHALEON DOYEN DES MAGISTRATS DE LANCIEN 
PARLEMENT DE GRENOBLE^*^ •• ET MA MARRAINE 

\3r MADAME CHARLES JOSEPHE DE BARRAL NEE BARNAVE 
DE BOUDRA^*^ .. JAI ETE BENITE PAR 



M"^ JACQUES CATHIARD RECTEUR DE LA SUCCURSALE 

EN 8"» i8ii .;• 

Sur la panse, marque du fondeur Bonnevie, un Cru- 
cifix, la Vierge au prie-Dieu et Y Ange Gabriel. 

Cloche de Crolles. — Diamètre : 1 14 centimètres. 



(1) L'un des patrons du lieu. — (2) V. la note 1 de l'inscription 
campaoaire de Vif de 1788 — (3) Boudrat était une famille de Gre- 
noble qui a donné un Trésorier général de Dauphiné en 1770. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 289 



AUS-FOis DE GAUTERON D'HURTIÈRES 

1818 



f- FIDELES VOCO MORTUOS PLORO FUL- * 

CURA^^ PELLO 

— ly» ALEXIS FRANCISCUS II DE GAUTERON^^ DONAVIT 

MAGDALENA JOANNA DE 

i^ LANGON UXOR EJUS NOMINAVIT ANNO 1818 

Au bas, marque de Bonnevie et écusson aux armes 
de Langon^'î. 

Cloche de Tullins. — Diamètre : 78 centimètres. 

Cette cloche, qui était la deuxième, a été vendue au fon- 
deur en 1869 et remplacée, la même année, par une cloche 
nouvelle. Je me félicite d'en avoir relevé l'inscription en 
temps utile. 



(1) Pour FULGURA. — (2) Alexis-François II de Gauteron 
d'Hurtière, Président en la Chambre des Comptes de Dauphiné 
par lettres patentes du 1*' août 1781, en remplacement d* Alexis- 
François 1*' de Gauteron, son père ; reçu le 23 mars 1782. Il est 
mort sans enfants de sa femme, Magdeleine-Jeanne de Langon. — 
(3) Parti au 1 : Bcartelé aux i ei \ de gueules au lion d'or ; au 2 et 3, 
d'azur à trois fasces d*or^ et, sur le tout, l'écusson est chargé en c(Bur 
d'une coquille de méme^ qui est de Gauteron ; au 2 : de gxàeuUs, à la 
tour d'argent, crénelée de quatre piices, maçonnée, feneslrée et portiUée 
desa^le, qui est de Langon. Le tout sous une couronne de marquis 
sommée d'un lion, et soutenue par deux autres lions. 



jt -^^ 



290 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



jQUES.pRE DE BARRI N DE CHAMPROND 

1818 



(Croix de Lorraine) dediee a la s^* vierge marie en 

SEPTEMBRE 1818 PARRAIN JACQUES PIERRE DE 

(Croix de LorraineJ barrin champron conseiller^*' 

MARRAINE JOSEPHINE EUGENIE DE BARRIN CHAMBONAS 
DE PERAU. 

Au bas, F VALETTE (^murque de Rosier fondeur) fecit 

Sur la panse, un crucifix^ entre saint pierre et s^ 
MICHEL avec ces deux légendes, figurées à gauche pour 
le premier et à droite pour le second. 

Cloche de Beaurepaire. — Diamètre : 82 centimètres. 



(1) Jfl^w-pw de Barrin de Champrond, ayocat en la Cour, Con- 
seiller par lettres du SO oct. 1784, en remplacement d'Amable- 
Pierre- Albert de Bérulle, nommé Président ; reçu le 28 déc suivant. 
Il exerçait encore en 1790, lors de la suppression du Parlement; 
mais, nommé Conseiller à la Cour impériale et, successivement, à 
la Cour royale de Grenoble, il y mourut en 1834 11 est auteur de 
diverses traductions et de nombreux opuscules poétiques, publiés 
sous le voile de l'anonyme et portant ordinairement cette indica- 
tion : par un Conseiller honoraire à la Cour de Grenoble ou par un 
ancien Conseiller au Parlement, 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 2g{ 

JH-GAB. DE POURROY DE L'AUBERIVIÈRE 

DE QUINSONNAS 

1819 



f LAN 1819 DOM^*^ SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM 
EGO SUM CATHARINA CLAUDIA lESU 

f REDEMPTORI NOSTRO DICATA JAI ETE BENIE PAR 
M* F*^^ VIALLET CURE DE S'' BAUDILLE 

f MON PARRAIN M*^ CLAUDE ABEL BERGER DE S^ BAU- 
DILLE BT MA MARREINE D^ CATHERINE 

f C= DE CHAPONAY V= DE M^ DE QUINSONNAS^^ 1^ M"^ 
GABRIEL BERGER MAIRE 

i^ M" A" GOUMAND ADJOINT M*^ LOUIS ROSE BERT M» 
PIERRE HENRY GRIOT M» LAURENT MARQUE 

ar M*^ PIERRE FAVIE 

Au bas : joseph jean b" les rosier frere mon 
FAIT, et leur marque de fondeurs. 

Cloche de St-Baudille (canton de Crémieux). — Dia- 
mètre : 88 centimètres. 



(1) Deo opiimo maximo. — (3) Catherine-Claudine de Chaponaj, 
yeuTe de M. Gabriel Pourroy de l'Auberivière de Quinsonnas, 
avocat en la Cour. — Président par lettres de Compiègne du 16 
juillet 1757, en remplacement de Maro-J** Pourroy de TAuberivière, 
son père, décédé en 1750 ; — reçu le 8 août suivant. — Démission- 
naire en 1771 et mort en 1786. 



2g2 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

La Chesnaje-Desbois l'appelle Horace^ m** de Qainsonnas, sei» 
gneur du comté de Sève, des terre et château de Villion (Dombes), 
baron de Mérieu, Morestel, etc. 



ALïS-FOis DE GAUTERON D'HURTIÈRES 

1820 



t SONUS CAMPANAE, VOX DEI. SIT NOMEN DOMINI BE- 
NEDICTUM. cette cloche a ETE AUGMENTEE ET RE- 
FNODUE^*^ 

t PAR LES SOINS DE M* BARBIER, MAIRE DE VIRIEU, 
15 JUILLET 1820. LE PARRAIN A ETE M"^ LE MARQUIS DE 
GAUTERON^^ 

f ET LA MARRAINE MADAME LA MARQUISE DE GAUTERON 
NEE DE LANGON 

Au bas, marque de Rosier fondeur. 

i" cloche de Virieu. — Diamètre : 99 centimètres. 

(1) Pour refondue. — (2) V. la note 2 de ^inscription de la cloche 
de TuUins de 1818. 



CHARLES-ETIENNE LE CLET 

1821 



t>¥9m LUDOVICO DECIMO OCTAVO REGE NOSTRO ET 
OMNIBUS PRINCIPIBUS FAMILIΠEJUS AMOR ET FIDE- 
LITAS 182I 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 293 

PARRAIN M** CHARLES ETIENNE LE CLET ANCIEN 
MAGISTRAT AU PARLEMENT^*^ DU DAUPHINE MARRAINE 
M' MAGDELEINE 

— JEANNE DE LAUZON^*^ V^ DE GAUTERON 

Au bas, marque de l*. frerejean — a — lyon 

r* cloche de St-Louis, de Grenoble. — Diamètre : 
145 centimètres. 



(1) V. la note 1 de la cloche de 1789. — (2) Coquille du fondeur, 
qui a lu Lauzon au lieu de Lançon, (Y. les inscriptions des cloches 
de Tullins (1818) et de Virieu (1820). 



MICHEL-LUC-ANDRE BARGES DE CERTEAU 

1823 



»7. 

— f EN 1823 lAI ETE BENITE PAR M-"^ I- P- MENTHAZ 
BERTHON CURE DE VIGNEUX lAI EU POUR PARRAIN 

M-^ MICHEL LUC ANDRE 

— t BARGE DE CERTEAU^'^ CONSEILLER HONORAIRE A 
LA COUR ROYALE DE LYON ET POUR MARRAINE M" 
CATHERINE VICTOIRE 

— fUne ligne de draperies relevées par des nœuds.) 

— f PALERNE DE SAVY SON EPOUSE GABRIEL PEY 
MAIRE 

Sur la panse, Crucifix entre les marques de Vallette 
et Rosier. 

Tome XX - 1886. 20 



294 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Dessous : ecce ancilla domini fiât mihi secundum 
VERBUM tuum ; — Evêque ; — Set^^^ (la Vierge) marie 

Cloche de Vignieux. — Diamètre : 97 centimètres. 



(1) Michel-André-Z^uif-«/ac9u«5 (suiYant V Inventaire-Sommaire des 
Archives du Dauphiné), Barges de Certeau, avocat au Parlement, fut 
nommé Avocat général en la Chambre des Comptes en remplace- 
ment et sur la résignation de Gabriel Bozonier de TEspinace et 
reçu le 27 novembre 1784. Il était encore en exercice en 1790. Lors 
de la Restauration, il fut nommé Conseiller honoraire à la Cour 
royale de Lyon. Il décéda en octobre 182-A. — (2) Ste. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 296 



ANTIQUITÉS DE PACT 



Suite. — Voir les ^(i* et 77» livraisons. 

-ea 



En 1842, on trouva près des fondations d^une habitation 
romaine à Tourdan un vase en argent orné de deux regis- 
tres de figures ciselées en très bas relief et du travail le 
plus parfait. Des femmes demi-nues, couchées ou assises 
sur des animaux, dans des attitudes gracieuses, accompa- 
gnées de génies ailés qui marchent ou voltigent autour 
d^elles en tenant des emblèmes, représentent les saisons 
dans Tordre de leur succession naturelle. Au-dessous, une 
zone plus étroite retrace Timage de la mer, avec des mons- 
tres marins sur les flots portant sur le dos des petits génies. 
Une ancre, un aviron, des poissons, des coquillages com- 
plètent les attributs de l'empire de Neptune. « Rien n'est 
suave, dit M. Allmer, comme l'ensemble de cette compo- 
sition dont l'exécution, d'une excellente pureté de lignes 
et d'une exquise perfection de modelé, révèle dans son 
auteur un artiste de l'habileté la plus grande. » 

Ce vase précieux de o™ i6 de haut, de forpe ovoïde, 
enrichi d'une anse mobile en torsade a passé de la collec- 
tion Girard au British Muséum de Londres dont il fait 
l'ornement principal. 

Pact, situé entre Revel-Tourdan et Golat, ne pouvait 
manquer de fournir son contingent d'antiquités. Bien des 
personnes, et notamment MM. Jourdan, Chaste de Galle- 



296 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

rands, H. de Terrebasse, Eolde Berthin, ont favorisé nos 
recherches ; mais l'exiguité de nos ressources ne nous a 
pas permis de disputer aux brocanteurs un certain nom- 
bre d'objets dont la description aurait rendu notre faible 
travail beaucoup plus intéressant. 

Nous n'avons trouvé jusqu'ici ni bijoux ni camées, 
mais simplement des fibules, des agrafes et quelques objets 
de toilette peu importants. Les tombeaux gallo-romains 
du Château- Vert ont fourni des bracelets en argent, un 
ornement retenant un voile sur la tête, passés au musée de 
M. Berthin (i). 

Quant aux monnaies en argent elles rappellent Jules 
César, grand prêtre. César Auguste, Tibère, Claude, 
Néron, Galba, Vespasien, Titus, Domitien, Nerva, Tra- 
jan, Adrien, Antonin-le-Pieux, Marc-Aurèle, Commode, 
Alexandre-Sévère, Gordien I, Gordien II, Trébonianus, 
(]laude-Tacite, Constance-Chlore, outre plusieurs pièces 
de familles romaines. Les monnaies en bronze sont en 
nombre considérable : on les compte par milliers à Pact 
et Mornay. Celles qui se retrouvent le plus fréquemment 
sont des colonies de Marseille, de Nîmes, de Vienne et de 
Lyon (2). 

De la poterie en terre rouge, avec dessins et médaillons, 
ainsi que de celle en terre noire avec fleurs et feuillages, 
nous n'avons jusqu'à ce jour pu recueillir que six vases 
cassés, dont deux présentent des scènes mythologiques. 
Un vase noir à fleurs et feuillages nous a paru assez rare. 



(1) Bulletin de la Société d^archéologie de la Drôme, juillet 1885. 

(2) MM. Chaste de Gallerauds, Berthin de Beaurepaire, Delav 
de Jarcieu ont formé des médailliers avec les pièces trouvées en 
notre localité. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 297 

Enfin la marque OFI. PRIM. se lit sur un tesson recueilli 
aux Morelles. 

Dans un numéro précédent de ce Bulletin nous avons 
donné la description de deux tombeaux romains trouvés à 
Château-Vert. Le 8 mars i885 nous en avons étudié 
deux autres au cimetière de Pact, devant la nouvelle porte 
d'entrée. Les débris d'un vase en terre rouge et un glaive 
dont la pointe était en fer et la poignée en bronze, une 
médaille à Teffigie de César-Auguste, portant au revers 
l'inscription : ob civis servatos^ sont les seuls objets que 
nous ayons jugé dignes d'être signalés. Trouvés isolément 
au fur et à mesure des travaux de la culture, les tombeaux 
romains des Morelles et de Montanet n'ont pu être étudiés 
avec toute l'attention nécessaire. Toutefois dans la plu- 
part on a recueilli des médailles de Constance-Chlore et 
des glaives semblables à celui du cimetière de Pact, sauf 
la forme de la poignée en bronze. 

Trois fragments d'inscriptions provenant des Ocellats, 
et deux autres inscriptions déjà publiées, du V au VP 
siècle, ne sont plus romaines, mais déjà Burgondes ; ces 
peuples ayant envahi le Viennois de 407 à 436 pour y 
fonder un royaume qui 'échut aux Francs en 6i3. 

Depuis cette époque jusqu'à la féodalité le territoire de 
Pact se couvre de ténèbres, éclairées un instant par les 
chartes déjà citées. 

La multiplicité des églises, comme Moissieu, les Ocel- 
lats, Pact, Puvilin, St-Sulpice, et St- Vincent de Golat (1), 
dans un espace assez restreint de territoire démontre clai- 



(1) M. Eugène Jourdan possr de deux fragments d'inscriptions 
chrétiennes du V* au VI* siècle, suivant M. Allmer, et trouvés à 
Golat. 



298 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

rement l'esprit religieux de cette population, devenue 
chrétienne très vraisemblablement dès les premiers siècles 
delà domination romaine, et demeurant dans l'orthodoxie 
alors que les Burgondes introduisaient Tarianisme. C'est 
ce que nous apprennent les inscriptions sur lesquelles se 
trouvent répétés les mots conventionnels : bonœ memoriœ^ 
au V' siècle. 

Il nous resterait à parler des amulettes et notamment 
d'un morceau de stéatite de forme ovale ; de perles en 
émail bleu, imitation des perles égyptiennes, ou à points 
jaunes entourées d'un œil blanc ou ovale ; d'un calcaire 
rond, convexe sur ses deux faces, acuminées au centre ; 
d'une empreinte d'ammonite percée; d'une moitié de pierre 
d'aigle, provenant d'une géode de fer hydraté et d'autres 
jeux de la nature à formes étranges, recueillis avec soin 
par les Gaulois. 

Enfin un débris d'inscription romaine d'une bonne 
époque, peut-être du 2* siècle, semble indiquer un temple 
aux Ocellats, entouré de quelques habitations. 

M. AUmer qui a vu l'estampage de cette insciption 
malheureusement incomplète, a lu le nom de 

MAIAE. 

« C'est suivant toute vraisemblance, dit Thabîle épi- 
graphiste, une dédicace à Maïa, la mère de Mercure. 

a II devait y avoir Maiae AucusTiE sacrum, puis les 
noms du dévot qui a élevé l'auiel, sans doute d'après un 
vœu (i). 

« Il existe à Chatte, près Saint-Marcellin, deux autels, 
l'un à Mercure, l'autre à Maïa... » 

(1) Voir la Revue épigraphtque de M Allmer, juin 1886. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 299 

Ce serait donc là le débris le plus significatif de nos 
fouilles. 

Mais nous en avons dit assez pour démontrer les riches- 
ses de notre région et appeler sur elle l'attention des 
archéologues, dans Tespoir de trouver plus tard, grâce au 
concours bienveillant de là population, des objets plus 
remarquables encore. 

Les Archives du Mandement de Bellegarde, dont Pact 
relevait, furent détruites au temps de la Ligue ou peu 
après, par « des soldats qui en rompirent le coffre dans 
« la maison Laurens^ emportèrent des papiers^ brûlèrent 
a ou gettèrent les autres par les champs » et ce qui res- 
tait disparut a en temps de contagion », c'est-à-dire de 
1629 à i63o. Alors un procès du Mandement contraignit 
les consuls de déléguer M. Sébastien Dubois pour copier 
à Grenoble et à Vienne les actes concernant les. paroisses 
de Pact, Bellegarde, Poussieu et Moissieu (i). 

Devant l'impossibilité d'offrir une étude suivie des vi- 
cissitudes de la seigneurie, de la paroisse et de la com- 
mune, nous nous bornerons à quelques notes sur le clergé, 
la noblesse et le tiers-état. 



I 
CLERGÉ 



Chez les Gaulois et les Romains, les prêtres jouissaient 
d'une grande autorité, et si la hiérarchie ecclésiastique 
se montra de bonne heure dans ses degrés divers, au dio- 



(1) Archives déposées dans une arche ds la chapelle du château 
des Gallerands 1666, et retrouvées intactes en 1885. Un inventaire 
accompagne ce dépôt. 



3oo SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

cèse de Vienne, on ne connaît cependant pas exactement 
la condition sociale du clergé paroissial durant les pre- 
miers siècles chrétiens. xMais, d'après les canons des con- 
ciles d'Albon, en 5ii, et de Valence, en 855, les biens des 
églises provenus de dotations, d'aumônes et d'offrandes, 
se trouvaient entourés de garanties suffisantes de conser- 
vation. 

Les ravages des Sarrazins, des Hongres et d'autres en- 
vahisseurs ont fait disparaître en grande partie non seule- 
ment les titres de propriété des églises et des monastères 
contemporains des Bourguignons et des Francs, mais en- 
core jusqu'aux traces de leurs édifices (i). D'autre part, les 
Maires du palais et Charles-Martel, pour s'attacher les 
grands avaient dépouillé le clergé. Les enfants de Louis- 
le-Débonnaire suivirent leur politique, et quand, sous 
Charles-le-Chauve, l'hérédité des bénéfices organisa la 
féodalité, l'église, en conservant son patrimoine, fut in- 
vestie du pouvoir civil et judiciaire. 

Malgré les restitutions déjà connues, laïques et clercs 
avaient encore simultanément, au XV siècle, des droits 
sur les églises, sur les cimetières, sur les oblations et les 
dîmes de Pact et du voisinage. 

Ainsi, vers 1090, Guy de Bourgogne, archevêque de 
Vienne, qui s'était fait céder par le chapitre de St-Mau- 
rice (2) la moitié de l'église, des offrandes, du cimetière. 



(1) Une exception serait peut-être à faire pour les église<! de 
Bougé et de Chambalud qui furent primitivement des chapelles de 
prieurés. 

(2) Baluze, Cartuîaire de Vienne ^ folio 90 : « Notum sit cunctis quod 
Viennensis Ecclesia, mortuo Rostagnn preposito^ de benefictis que ah 
Ecclesia possidebat concessit Guidoni Archieptscopo villam de Pac. » 
(Bienveillante communication de M H. Je Terrebasse). 



ANTIQUITÉS DE PACT. 3o I 

de la justice et du bourg de Pact (r), racheta l'autre moitié 
de Berlion, fils de Bernard (2), d'Isard, de ses fils Falcon 
et Ademar (3) et de Hugon, fils d'Otmar. A ces premières 
acquisitions Guy de Bourgogne en ajouta d'autres qui le 
rendirent maître des terres et des hommes de Pact. DeTot- 
bert deMoras il acheta les mas du Fer et de Brue, ainsi ap- 
pelés encore aujourd'hui ; mais cette vente faite par Totbert 
dut être approuvée par Nantelme d'Anjou, seigneur de 
Roussillon, qui reçut 10 sols en sa qualité de suzerain (4). 
Drogon de Romanèche lui vendit près de l'église de Pact 
une maison qu'habitèrent jusqu'en 1789 les archevêques 
de Vienne, lorsqu'ils venaient en cette contrée. Drogon de 
Romanèche et son neveu Humbert cédèrent à l'archevê- 
que une autre maison voisine a de celle qui appartenait 
au chanoine faisant le service religieux de Pact et pour le- 
quel il recevait du chapitre de St-Maurice des terres dont 
fait mention la charte inédite déjà citée (5). » Le mas de 
Batailhouze, au dessous de Pact, et le bois de Valcites (6) 
furent encore acquis par Guy de Bourgogne. Parmi les 
témoins de ces ventes, nous remarquons Rorgon Alleman 



(1) Cartulairede St-André-h-Bas, Appendice, charte 124. Charvet, 
dans soQ Histoire de l'Eglise de Vienne, fait remarquer Timportance 
de la ville de Pact à cette époque. 

(2) Les familles ne prenaient alors que les noms donnés au bap- 
tême et bientôt après ils ajoutèrent celui de leur terre patrimoniale. 

(3) A la condition que Falcon serait reçu chanoine de Vienne. 

(4) Charvet fait remarquer que cette charte est le document le plus 
ancien jusqu'à ce jour faisant mention des droits réels de la suze- 
raineté. 

(5) Baluzb, Cartulaire de Vienne, folio 90 : « Exceptis trtbus cano^ 
nids »... Trois parts des fruits dont jouissait le dit chanoine. 

(6) Appelé aujourd'hui Varilles. 



3o2 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

dont la sœur avait épousé Totbert de Moras (i), Hum- 
bert et Falcon de Bellegarde, Hugues de Chanas et Fal- 
que de Revel. 

Or, à cette date, les églises de St-Martin de Tourdan, 
de St-Didier de Moissieu (2), de Notre-Dame des Ocel- 
lats (3), de Notre-Dame de Puvilin (4) et de St- Vincent de 
Golat, avaient été renversées et incendiées par la tour- 
mente survenue de 927 àgbo, et la population rurale dont 
les flammes avaient détruit les maisons (5), était venue se 
grouper à Pact, au pied d'un coteau protecteur. 

Le 23 mai 1 167, suivant un usage féodal consigné dans 
un canon du concile de Valence, en 855, et prescrivant 
de placer sous la garde de VEglise-Mère les églises pa- 
roissiales et leurs biens dotaux, le Pape Adrien prit sous 
sa haute protection les propriétés de l'Eglise de Vienne (6), 
au nombre desquelles se trouvent en umérés Pact et Mont- 
severoux (7), 

En 1184, le chapitre de Vienne racheta de Ponce 



(1) Au-dessus de Puyilin un manse est encore nommé Alemane. 
Une branche des Alleman posséda au XV* siècle, à Chatte, une 
maison-forte appelée Puyilin fChamhre des ComptesJ, 

(2) Cartuîaire de Cluny, par Brubl, t.l. et Cartulaire de St-Maurice, 

(3) Baluzb, Cartuîaire de Vienne, charte datée d'un vendredi de 
Tannée où le roi Louis fut bénit. — Voir aussi Cartuîaire de St^ 
André'le-Bas, Appendice, page 21. — Cartulaire de St-Maurice, char- 
te 85. — Communication de M. de Terrebasse. 

(4) Cartuîaire de St-Maurice, charte 117, folio 47, verso. — Chi.r- 
VBT, Histoire de îa sainte Egîise de Vienne, page 243, note A. 

(5) Parmi les ruines amoncelées depuis Pact jusqu*à Golat, M. 
AUmer a constaté les traces d'un immense incendie. 

(6) Les Cartulaires et les Déclarations des biens d'églises con- 
tiennent les noms des bienfaiteurs et l'énumération des biens don- 
nés aux églises. 

(7) St-André-le-Bas, charte 84. 



ANTIQUITÉS DK PACT. 3o3 

de Roussillon toute la dîme de Bellegarde quMl tenait 
de ses parents (i), en réservant les droits de l'abbaye 
de St-Pierre : aussi une transaction attribua-t-elle à cha- 
cun la nomination du curé de Bellegarde-Poussieu (2). 

Un acte de 1244 "^^s montre le chapitre de St-Maurice, 
seigneur direct du mandement de Bellegarde, et, en i283, 
le Dauphin lui renouvela Thommage de Jacerand et de 
Martin de Bellegarde auxquels il succédait (3). 

Grâce à l'accomplissement de ce devoir, les Dauphins, 
maîtres de Moras, Beureapaire et Albon, possédaient la 
Valloire, le chapitre ou Tarchevêque n'y conservant que 
la dîme et quelques biens (4). Le prélat jusqu'en 1789 
afferma la dîme et les biens dotaux des églises de Pact et 
de Jarcieux (5) et vers la fin du XVIIP siècle, les i3i i li- 



(1) Manuscrit de Baluze, Cartulaire de Vienne^ folio 80 . c In l)ei 
nomine . . prasidente Domno Stephano Viennensis Eccletim^ per manum 
Wilelmi decdni émit Communia Fratrum de Poncio de Rossillone iotum 
decimum de Bellagarda quod libère suum erat et in partem hereditatis ei 
contigerat, » Manuscrit de M. de Terrebasse. 

(2) Archives de Tlsère, Inventaire des Titres de St-Pierre de 
Vienne, et Cartulaire de St-Maurice. 

(3) Extrait d'un manuscrit de Mme veuve Chaptal, publié par M. 
Ulysse Chevalier. Documents inédits relatifs au Bauphiné, tome I, — 
et Inventaire des Archives des Dauphins. 

(4) Le 21 octobre 1460, après la conclusion du traité de pariage, 
le Dauphin donna à l'Archevêque, Jean de Poitiers, les châteaux de 
Revel, Azieu et Gênas. Les nécessités créées par les guerres de re- 
ligion obligèrent l'archevêque d'aliéner, avec droit de rachat, les 
fiefs d'Azieu et Gênas à la famille Gandil. Pour terminer un long 
procès avec les habitants de Revel qui refusaient de payer les droits 
seigneuriaux, le cardinal de la Tour d'Auvergne, vendit Revel à 
M. Dupuy de Murinais (Charvbt, Fastês de Vienne^ p. 116). 

(Ô) Jarcieu possédait un château antique où coucha le roi Char- 
les IX, le mardi 15 août 1564, venant des châteaux d'Anjou et de 
Roussillon. 



3o4 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

vres du bail ne comprenaient ni la portion congrue des 
curés, ni la 24* partie due aux pauvres, ni les réparations 
du chœur des églises (i). 

De leur côté, les moines de (]luny, prieurs de Manthes 
et Tourdan, adoptèrent le même système sous l'adminis- 
tration d'abbés commandataires résidant à Paris ou à 
Grenoble, et les populations largement desservies par les 
religieux finirent par contester la dîme à des mandataires 
peu dévoués (2). 

La Réforme profita de ces dispositions et fit des prosé- 
lytes en Valloire. 

Pendant les guerres désastreuses qui de i56o à iSgS 
troublèrent la province, l'église de Pact fut en partie dé- 
truite et dut être réparée en 1609, grâce aux dons des 
Fromenton et des fidèles ; cependant les travaux de la 
nef(3)nese terminèrent qu'en 1654, et près d'un siècle 
plus tard, le 3i juillet 1761, la foudre l'endommagea avec 
le clocher (4). 



(1) Archives de l'Isère, Déclaration des biens ecclésiastiques aux 
assemblées générales du clergé. — Canton de Beaurepaire. 

Le 27 mars 1791, malgré la protestation des Administrateurs de la 
commune, les biens ecclésiastiques de Pact furent vendus au prix 
de 12,1^52 livres (Archives de Tlsère). 

(2) Archives de Plsère, Déclarations des biens ecclésiastiques. 

(3) Archives du mandement de Bellegarde communiquées par 
M. Chaste de Gallerands. L'Inventaire de 1666 résume tous les 
actes. — La nef ne répond plus à l'ancien style du chœur, et les 
ressources ne permirent pas de laisser à l'église ses dimensions 
premières. 

(4) En 1731, eut lieu la bénédiction de la grosse cloche dont M'* 
Joachim Dupuy de Murinais, seigneur de Bellegarde fut parrain et 
Dame Françoise de Chàtelard, épouse de noble Henri de Pelissac, 
marraine. — En 1732, Antoine Chapuis, châtelain de Pact, et son 
épouse Marie de la Cour furent parrain et marraine de la seconde 
cloche. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 3o5 

Quelques chapelles avaient une dotation immobiliè- 
re (i) et Ton y trouve des reinages en 1607, comme en 
d'autres paroisses du Viennois. (>es royautés éphémères 
donnaient lieu à des fêtes et s'adjugeaient à ceux qui 
offraient le plus de cire pour le luminaire de Téglise (2). 

Le Fouillé de 1774 nous donne les renseignements sui- 
vants : 

Pact : vocable, St-Georges ; curé, Badin (Charles), 
âgé de 5o ans (3), pourvu en 1762 ; communiants, 3oo ; 
patron, monseigneur l'archevêque, qui a visité l'église. 

Bellegarde-Poussieu : vocable, Notre-Dame ; curé, 
Antoine Givord, âgé de 53 ans, pourvu en 1753 ; commu- 
niants 5oo ; revenus 800 livres; décimes 5o; patron, l'ar- 
chevêque et le chapitre de Si- Pierre. Un vicaire qui n'est 
pas dû a été accordé à cause de l'état de santé du curé. 

MoissiEu : vocable, St-Didier ; curé, Benoît Giroud ; âgé 
de 54 ans, pourvu en 1762 ; communiants 260 ; revenus 
55o ; décimes 3o ; patron, le chapitre de St-Pierre (4). 



(1) La chapelle de la S** Vierge fondée parla famille de Fromen- 
ton, la chapelle des Cinq-Plaies, fondée par Melchior Pillon qui 
avait épousé une D"* de Fromenton, la chapelle de S. Roch, fon- 
dée par Hugues de Barbier, de Moras, la chapelle de S**-Marguerite 
fondée par la famille de Luzy de Pélissac. 

(2) Archives de la cure. 

(3) M. Badin signa les registres de Pact jusqu'au 4 juillet 1791. Il 
fut remplacé par un nommé Jey, de Bellegarde, intrus de Pact, qui 
nommé membre du Conseil général, signa les registres et remplit 
le rôle de secrétaire pour baptêmes et mariages jusqu'au 21 décem- 
bre 1792. Les fêtes de la constitution, de la jeunesse et autres eu- 
rent lieu dans l'église de Pact et l'autel, aujourd'hui caché sous le 
marbre, fut badigeonné pour la circonstance. M. Chalavon fut en- 
voyé à Pact. 

(4) Manuscrit grand in-folio de M. H. de Terrebasse. 



3o6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

II 

NOBLESSE 

D'après César, il y avait en Gaule des chevaliers ou no- 
bles, chez les Gallo-Romains des patriciens et des séna- 
teurs, et sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, des 
gouverneurs civils et militaires, devenus seigneurs indé- 
pendants, grâce à l'hérédité des bénéfices, sous Charles- 
le-Chauve. Les familles de Roussillon, d'Anjou et de 
Bellegarde au nord, et les comtes d'Albon au midi, s'attri- 
buèrent la Valloire. 

Un exposé, même succinct, des faits et gestes de ces 
familles, nous entraînerait loin de notre sujet: il sufiBrade 
rappeler que les Roussillon et les Bellegarde figurent dans 
la charte de 1090, portant aliénation de divers biens en 
faveur de l'Archevêque de Vienne, qui acquit les droits de 
seigneurie et de justice à Pact et à Jarcieu. 

Les Bellegarde devinrent de bonne heure (i) vassaux des 
Dauphins, leur rendirent hommage en 1289, 1260 et 
s'éteignirent au XV* siècle, chez les Rachais, les d'Eschal- 
lier, les Doncicu, les Noir et les Coste St-Béron. 

On voit encore les ruines de leur château entre Moissieu 
et Poussieu, sur un coteau coupé par un val étroit débou- 
chant dans la Valloire (2). 

Les Montluel échangèrent, en i33i, deux fiefs de la 
Bresse contre Bellegarde et St-Donat avec Henri, Dau- 



(1) Inventaire des Archives des Dauphins ^ publié par M. U. Chbva- 
LiBR, p. 73 et 89. 

(2) L'ancienne chapelle sert encore aujourd'hui au serTioe reli- 
gieux pour la section de Bellegarde. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 3oj 

phin (i), et en 1 343, Chabert de Morestel en fit autant avec 
Humbert II ; mais le fils de Chabert aliéna Bellegarde à 
Chabert Bues, de Vinay, en i36o (2). 

Comment la seigneurie échut-elle à Leuzon de Lemps 
qui en vendait un huitième, en 1435, à noble Antoine de 
Lay, fils d'Eynard, pour 200 florins d'or fin ? Nos docu- 
ments ne le disent pas. 

Un descendant de l'acquéreur, Claude de Lay, transmit 
ses droits, le 20 avril 1529, à Guillaume Garnier de St- 
Symphorien d'Ozon, moyennant 2,000 livres, les moulins 
exceptés. Celui-ci, en 1640, évaluait à 200 livres ses reve- 
nus annuels de Pact et de Moissieu (3). 

Cent ans plus tard, Louis de Vachon et Claude de Mau- 
giron aliénaient leurs droits à Balthazard de Murinais 
(r65o), et Jean de Dorgeoise (4) à Antoine-François de 
Murinais pour 29,367 livres (1654) (5). 

« Le 29 mars i685, noble Abel Dupuy, seigneur de 



(1) En 1311 le Dauphia avait mis uq châtelain à Bellegarde, uni 
aux domaines delphioaux par suite de la mort de la veuye du sei- 
gneur. — Archives de la Chambre des Comptes. 

(2) Chambre des Comptes. 

(3) Chambre des Comptes de Grenoble. 

(4) Seigneur de Voiron, etc. 

(5) Jean Balthazard de Murinais, à qui le cardinal de la Tour 
d'Auvergne vendit le château et la seigneurie de Revel, où l'on 
voit son tombeau qui devint celui de ses descendants, épousa Fran- 
çoise d'Auberjon Buissonrond. Il en eut : 

Jean Buffevent de Murinais, procureur syndic des Etats généraux 
du Dauphiné, marié avec Léonore Servien. fille d*Abel. 

Leur fils, An tome-François, seigneur de Bellegarde et Montse- 
veroux, aussi procureur syndic des Etats, épousa, en 1648, Anne- 
Barbe d'AvriJly, dont naquit Abel, seigneur de Bosancieu, Revel, 
Bellegarde, tige des Dupuy de Murinais. 



3o8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Murinais, Moras, Bellegarde (i), etc., déclarait posséder 
la terre et seigneurie de Bellegarde-Poussieu, dont Pact et 
Moissieu avaient été détachés depuis 1681, pour former 
un niandement distinct, Reynaud de Revilliasc, sieur de 
Darne, en ayant acheté la juridiction (2). » 

Parmi les ancêtres de ce dernier, suivant Chorier, figu- 
rent Gabriel et Michel. Un descendant de Gabriel eut 
deux fils ; Jean et Girard. Le 26 mai 16 19, Girard de Re- 
villiasc, coseigneur de Gap, avec la famille Angles de 
Sainte-Guitte et de Perceval, était nommé gouverneur de 
Moras et épousait Bonne-Marguerite de Gandil, qui lui 
apporta les seigneuries de Gênas et d'Azieu (3). Il laissa 
deux fils, Pierre, d'abord capitaine d'une compagnie de 
chevau-légers, 4puis prieur de St- Laurent (4), Reynaud, 
qui acquit de Jean - Armand de St-Chamond , comte 
d'Anjou, la terre de Beaurepaire, le 18 juin i65i, et les 
seigneuries de Pact et Moissieu de M°* de Murinais, au 
prix de 41^175 livres, plus i,5oo d'étrennes (5). 



(1) Claude Laurent de Murât Lestang Dupuy, comte de Muri- 
nais, major du régiment royal-Dragon, naquit le 29 novembre 1729, 
du mariage de Claude de Murât, conseiller au Parlement, avec 
Louise-Gabrielle de Falcoz. Ayant épousé à Paris Pierrette de 
Bectoz, il fit son entrée solennelle é Pact et Revel, le 28 mai 1764. 
Vers 1780, il hérita de son parent, le seigneur de Revel, à la con- 
dition de prendre son nom. 

Le 28 novembre 1754, Françoise Dupuy Murinais épousa Victor 
Falcoz, comte de la Blache, fils d'Alexandre-François-Laurent de 
la Blache, comte d'Anjou, et de Dame Gabrielle de Lay. 

(2) Archives de la Chambre des Comptes de Grenoble. 

(3) Aliénés avec droit de rachat par Tarchevéque de Vienne. 

(4} Il légua 8,000 livres au grand séminaire de Grenoble, par tes- 
tament du 12 juillet 1676. 
(5) Archives des familles Chapuis et Craponne (Alphonse). 



ANTIQUITÉS DE PACT. SoQ 

Son fils, Jean-François Colonne de Revilliasc, ancien 
lieutenant au royal -Dragon et conseiller au Parlement, 
vendit la seigneurie de Pact et Moissieu, avec justice haute, 
moyenne et basse, au prix de 27,600 livres, plus 1,000 
livres d'étrennes, à Jean Dupuy, conseiller du Roi, rece- 
veur de TElection de Vienne et résidapt à Gallerands, sur 
Poussieu, le 27 février 1714(1). 

A côté des seigneurs du mandement, on trouve, en 
i335, Hugues d'Anjou, et en 1348, Aimar d'Anjou, vas- 
saux du Dauphin pour leurs biens de Bellegarde ; en 
1429, Jordane de Roussillon, qui institua héritiers Jacques 
et Louis de Miolans, devenus ainsi comtes d'Anjou et sei- 
gneurs de Bellegarde (2). En 1684, les Miolans Alitte St- 
Chamond se qualifient barons d'Anjou et marquis de Gal- 
lerands (3). 

En 1430, la famille de Fromenton est établie dans la 
maison-forte de Bresson sur Moissieu. En 1664 et le 6 
mars, Anne de Fromenton, fille de Girard, épousa Fran- 
çois de Langon (4), et son frère Girard, Florette de Cha- 
ponnay, en 1571. De ce mariage naquirent: Izabeau de 
Fromenton, mariée à Ghapuis, (Antoine,) bourgeois de 
Revel (ï6o5), Françoise, alliée àMelchiorde Pillon (5), et 
Claude qui épousa Louise d'Arvillard, en avril i665. Il 
eut deux filles : Claudine, mariée à Alphonse de Simiane, 
le 16 avril i665, et Françoise, qui porta la maison-forte 



(1) Archives des mêmes familles. 

(2) Chambre des Comptes de Grenoble, (St-Marcellin). 

(3) Titres du mandement de Bellegarde, dossier du procès de 
Champuis et Taranne. — Notice sur Serves^ par M. Tabbé Vincent. 

(4) Nous parlerons de cette famille dans notre notice sur Chélieu, 
au mandement de Yirieu sur Bourbre. 

(5) Fondateur de la chapelle des cinq Plaies. 

Tome XX. - 1886 21 



3(0 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

et le château de Bresson à son époux Claude de Luzy, sei- 
gneur de Largentière, fils du marquis de Pélissac (i). 

En 1702, le 8 octobre, Antoine Chapuis, bourgeois de 
Revel, acquit des terres nobles (2) à Pact et se fit céder 
par M'" Claude Dubois, notaire et châtelain d'Anjou, la 
partie de l'office de secrétaire greffier et châtelain pour la 
communauté de Pact et Moissieu. Marié en premières 
noces à Françoise Richard, et en secondes noces à Marie 
de la Cour, il eut cinq filles, et deux fils : Antoine, mari 
d'Antoinette Joubert de Revel (3), et Jacques, avocat au 
Parlement, qui épousa Virginie de Luzy de Bresson. De 
ce mariage naquirent Antoine et Virginie. Cette dernière 
s'allia à Gaspard de Montfort, officier de cavalerie. 

Lié d'amitié avec le général de Montchoisy, M* Cha- 
puis Antoine, avocat au Parlement de Grenoble, et nota- 
ble de Pact, reçut du commandant en chef de Lyon, des 
lettres fort sympathiques et fort élogieuses, étrangères à 



(1) Le 13 janvier 1733 fut bénite dans l'église de St-Georges de 
Pact la chapelle de Ste-Margueritei fondée par Henri de Pélissac. 
Les membres de sa famille y furent ensevelis ; entre autres Enne- 
mond-Séraphin de Luzy de Pélissac, âgé de 20 ans, chanoine de 
St-Chef, mort le 26 février 1738, et Louis de Luzy, chevalier de St- 
Louis, capitaine au régiment de Bretagne. 

(2) Le domaine du Mollard, portant lods avec seigneurie directe, 
fut acquis de M"* Guillet, veuve du conseiller de Barrin, à qui M** 
Barbe d'Avrilly, mariée à messire de Murinais Tavait vendu. — Le 
domaine de Bellegarde, où sont les écoles dirigées par des Frères 
Maristes, fut vendu par M. de Revilliasc. — Les domaines des Ta- 
nins, des Moulins et de Vie Marchère furent acquis des Revilliasc 
et des Fromenton. 

(3) Les bourgeois de la Valloire avaient droit de porter des ar^ 
moiries, et la famille Chapuis portait de... au chevron de... ac- 
compagné 3 trèûes de... 2 et 1, surmonté d'une rose de... 



ANTIQUITÉS DE PACT. 3ll 

notre su jet (i), et des certificats de civisme signés par les 
membres du conseil général de la commune. 



m 

LE TIERS-ÉTAT 

Ne pouvant, faute de titres, étudier ici la condition des 
habitants du mandement de Bellegarde, sous les Gaulois 
et sous les Romains, ni même sous la féodalité, nous nous 
bornerons à constater leur passage successif de l'esclavage 
au servage, du servage à la main-morte et de la main- 
morte à la liberté (2). 

Une insurrection au X" siècle semble accuser en Val- 
loire un malaise général, dont profitèrent quelques agita- 
teurs pour armer la foule. La reine Mathilde, femme de 
Conrad, poursuivit les rebelles jusqu'au château de Mont- 
breton qu'elle détruisit, après avoir reçu la soumission 
des seigneurs qui s'y étaient réfugiés. Une charte rappelle 
cette victoire par cette fière suscription : « Vannée où Ma- 
thilde détruisit le château de Montbreton (3). » 

Les Dauphins devenus possesseurs du château de Belle- 
garde vers i3ii (4) soumirent les habitants du mande- 
ment aux coutumes générales de leurs domaines (5). Plu- 



(1) Elles seront publiées ailleurs. 

(2) Les chartes des Cartulaires de Cluny et de St-Maurice font 
mention des terres et des serfs cédés en dotation aux églises de 
Moissieu, des Ocellatd et de Tourdan^par les propriétaires de francs 
alleux en ces contrées. 

(3) FoNTANiEu, Cartulaire du BawplmU^ année 973. 

(4) Chambre des Comptes de Grenoble. 

(5) Avant les Dauphins, les habitants du mandement étaient pla- 
cés sous la haute suzeraineté des seigneurs d'Anjou, dont M. H. de 
Terrebasse se propose de publier les coutumes. 



3 12 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

sieurs documents nous prouvent qu'au XVIIP siècle, les 
usages du mandement de Beaurepaire servirent de règle 
aux habitants de Pact et de Moissieu (i). 

Au XVI« siècle, la population du mandement et du 
reste de la Valloire se laissa entraîner jusqu'à Moirans où 
elle fut taillée en pièces. Ce fait lamentable, se rattachant 
au procès des tailles, dont Claude Brosse, châtelain d'An- 
jou, fut le héros, se trouve exposé dans les auteurs con- 
temporains, comme Eustache Piémont (2). 

Qui pourra jamais connaître l'étendue des maux des 
invasions barbares, des compagnies franches et même des 
bandes armées du XVP siècle surtout à Pact où la tradition 
a confondu dans un même anathème les Sarrazins et les 
guerriers de toutes les époques ? Pour s'en convaincre, il 
suffit de regarder les parcellaires (3) et le plan cadastral de 
la commune (4). 

La meilleure preuve des souffrances populaires de i56o 
à 1694, se tire des emprunts contractés pour nourrir les 



(1) M. Eolde Berthin a fait traduire les coutumes de Beaure- 
paire, d'après un moaument du XIV* siècle. 

(2) Voir aussi VEtude sur le canton du Grand-Serre^ par M. Lacroix. 
Bulletin d'Archéologie de la Brome, 

(3) En 164J, le parcellaire fut refait par ordre de rinteiidaiit,puis 
corrigé en 1656. Sur la demande des consuls les commissaires de la 
Révision des feux, en firent rédiger un nouveau, qui fut visé par 
l'Intendant Bouchu, le 21 mars 1705. On j remarque le mas des 
Maures, dont les confins se trouvent désignés dans l'inventaire des 
biens du châtelain Chapuis Antoine, page 35. — Ses limites au 
couchant sont le petit Rival, au vent et levant, petit chemin de 
Pact à Poussieu et bois de noble Dijon, ancien juge de Beaurepaire, 
levant et bize, terre et bois de M. Giraud, notaire. 

(4) Le plan cadastral a été fait le 31 octobre 1835, par M. Ro- 
mand, géomètre. On 7 voit Puvilin et au dessus le bois des Soldats. 



ANTIQUITÉS DE PACT. 3j3 

soldats des chefs catholiques et des capitaines réfor- 
més (i). 

Toutefois, le rétablissement de la paix sous Henri IV 
n'arrêta pas les logements militaires, puisqu'on en trouve 
à Pact et à Moissieu en i635, en i636, en 1649, ^" '65o 
et en i6i)i. Cette dernière année la dépense atteignit 
12,647 livres et en '638 l'affluence des gens de guerre 
ne permit pas aux consuls de dresser l'inventaire des 
archives, déposées dans la chapelle du château des Galle- 
rands (2). 

A ces dépenses s'ajoutèrent celles de plusieurs procé- 
dures pour délimiter le mandement avec Jarcieu, Revel, 
Montseveroux, Anjou et Moras en i6o5, pour vérifier et 
liquider les dettes communales. Un procès contre le sei- 
gneur Charles de la Tour Gouvernet et les habitants de 
la Chapelle qui voulaient usurper les forêts de Taran- 
ne (3) et de Champuis, commencé en 1609, se perpétua 
pendant 40 ans, et le mandement de Bellegarde finit par 
obtenir justice des prétentions contraires. 

D'après une légende, certaine dame en réparation d'ac- 
tes coupables aurait au temps jadis donné ces forêts aux 
quatre paroisses. 

Mais l'histoire explique aisément ces droits par la pos- 
session indivise des bois à l'origine de la féodalité. 



(1) Délibérations consulaires. Ar îh. de M. Chaste de Gallerands. 

(2) Sébastien Dubois, notaire de Sonnay, acquit en 1631, de Joa- 
chim Ducros, seigneur de Mantaille, la terre seigneuriale des Gal- 
lerands où il construisit un château. En 1741, Michel André, tréso- 
rier de France, un de ses descendants, s*en qualifiait seigneur. Il 
fit héritier, en 1771, son neveu Chaste, lieutenant du roi à Crest, à 
la condition de prendre son nom et ses armes. 

(3) A la fin du XVII* siècle, le mot Taranne fut traduit dans les 
actes consulaires par Taravas. 



3 14 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Quoi qu'il en soit, les frais dus à noble Michel Dubois, 
pour ce dernier procès, arrivaient en 1660 à 6,328 li- 
vres (i). 

Pour subvenir aux charges royales et communales il fut 
dressé des parcellaires ou cadastres à diverses époques et 
de iSgô à 1699, sur 9 feux et demi les fonds nobles et ec- 
clésiastiques arrivaient de la moitié aux deux tiers et sous 
Bochard de Champigny, intendant de la province, ces 
feux furent réduits à 6. 

Nous savons par l'inventaire de 1666, que les tailles de 
i582 à 1699 s'élevaient à 26,175 écus, soit 88,525 livres, 
et en 16 16 à 1 3,268 livres pour les fonds taillables et 588 
pour les fonds nobles. 

La communauté était régie par un consul, élu en 
assemblée générale des chefs de familles, assisté d'un con- 
seil élu chaque année. 

Tel est le tableau succinct du passé féodal d'une région 
habitée par les Gaulois, les Romains, les Bourguignons 
et les Francs. Des débris curieux de plusieurs époques et 
les archives (2) nous y ont révélé déjà des faits inconnus 
et de nouvelles découvertes permettront un jour de com- 
pléter cet essai (3). 



fl) Archiyes de MM. Chaste de Gallerands et Guillon, ancien 
châtelain de Bellegarde. 

(2) A partir de 1400 elles sont complètes. 

(3) Nos lecteurs nous pardonneront quelques affirmations peut- 
être un peu hasardées et notamment le titre colonie appliqué au 
Viennois avant Auguste, l'existence de camps aux Ocellats et de 
tour romaine au nord du village. Une étude embrassant à la 
fois plus de dix-huit siècles exigeait des connaissances trop variées; 
nous Tavons esquissée, de plus habiles la compléteront. 

L'abbé CHAPELLE. 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. 3lb 



MEMOIRES 

DE 



Achille GAMON 

Avocat d'Annonay 

PAR 

J. 'B'RUV^-T>U'R(A3^T>. 



Suite. — Voir la yj* livraison. 



EsTiENNE Massabeuf. i555. 

M* Estienne Massabeuf rendit l'esprit à Dieu, le penul- 
tienne novembre i555, dans sa maison d'habitation, au 
bourg de Déome, et fut enterré le lendemain dans le tem- 
ple des Cordeliers, en la tombe de feu M* Hector Massa- 
beuf, son oncle, Tan de son aage 65°"^ Je doibs cest hon- 
neur à sa mémoire louable et très honorable, et estant 
mon beau-pere (i). 

Le jour St-Jean evangeliste, 27 décembre 1 558, prins au 
ib mars jour de l'Incarnation, furent créés consuls de la 
dicte ville pour Tannée suivante. M" Achilles Gamon, 
licentié et André Marcland, marchand (2) ; et au jour 



(i) Ce paragraphe est en marge dans le manuscrit. 

(a) Marc de Marcland était consul d'Annonay en i435t Mathieu Marcland 
le fut en 1542, et nous voyons encore revêtus de cette charge, André Mar^ 
cland en 1626 et Antoine Marcland Tan d'après. 



3i6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

semblable i559, furent encores continuez en ladicte char- 
ge pour l'année i56o (i). La première des dictes années 
fut assez paisible et tranquille, mais en la seconde com- 
mencèrent les troubles et esmotions pour le faict de la 
religion. La compagnie de gens d'armes pour Mgr. le 
comte de Villars, lieutenant de gouverneur en Langue- 
doc (2), fut logée en garnison audict Annonay, dont elle 
deslogea bientost par le moien et ayde de Mgr. de 
Marillac, abbé de Thiers (3). Durant ce consulat, fut 
basty de nouveau un pont en la Coste latine (4), pour 
accommoder le chemin de Velay, passant par la Coste 
latine, auparadvant fort rude et difficile ; et y furent em- 
ployées deux cens livres, à ces fins octroyées par les 
Estats du Vivarois. 



(i) Les prédécesseurs immédiats d^Achille Gamon et d^André Marcland, 
furent Jacques Laurent et Etienne Chomel de Varagnes et leurs successeurs 
en 1561, Jean Indy et Flory Lefévre. Ces magistrats étaient élus pour un an, 
mais on renouvelait quelquefois leur mandat. 

(3) Honnorat de Savoie, marquis de Villars, comte de Tende et de 
Sommerive, fils puîné de René, comte de Villars et d'Anne Lascaris, com- 
tesse de Tende, qui devenu en 1548 lieutenant du connétable Anne de 
Montmorency, son beau-frère, dans le gouvernement du Languedoc, en 
remplit les fonctions jusqu'au mois de mars 1561, date à laquelle il fut rem- 
placé par le vicomte de Joyeuse. Créé maréchal et amiral de France en 157a, 
et chevalier du St-Esprit en 1579, il mourut Tannée suivante. Brantôme qui 
le dit (r bon et sage seigneur et capitaine, u ajoute qu'ayant été nommé 
gouverneur de Guyenne en quittant le Languedoc, il y « érigea et mesmes a 
Bourdeaux, certaine confrairie contre les huguenots, laquelle la Royne 
venant en Guyenne, mener sa fille au roy de Navarre rabroua fort et ren- 
versa du tout. Mais M. le Marquis de Villars estoit mort, » remarque-t-il. 

(^) D'Aubais estime que cet abbé est Bertrand de Marillac, cinquième fils 
de Guillaume, seigneur de St-Genest, qui devint en 1565 évèque de Rennes 
et mourut en 1573. Seulement il oublie que ce Bertrand était cordelier lors- 
qu'il fut élevé à l'épiscopal ; ce qui nous amène à croire qu'il s'agit plutôt 
d'Antoine, dixième fils du même Guillaume de Marillac, que les généalogis- 
tes disent avoir embrassé la vie religieuse dans l'abbaye de Thiers. 

(4) Sur le chemin de Vocancc et du Puy-en-Velay. 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. ilj 

Ledict Gamon au nom de la ville, ayant le tour ceste 
année (i), adsista deux fois aux Estats généraux de Lan- 
guedoc, la première à Beaucaire en octobre iSSg (2) et 
l'aultre en mars r 56o (3) à Montpellier, où lesdicts Estats 
furent extraordinairement convoquez, après l'assemblée 
générale de ceux de toute la France, tenue à Orléans, sur 
le commencement du règne de Charles IX. La cause fut 
pour donner advis, ayde et moîen au Roy d'acquitter ses 
debtes, qu'on disoit monter quarante deux millions 
d'argent et plus ; surquoy courroient diverses opinions. 
Les ecclésiastiques et la suite de tout le clergé de France, 
offrirent 17 millions et le reste rejeté sur le peuple.La No- 
blesse trouvoit bon ceste offre, et aulcuns d'eulx adjous- 
toient de vendre les cloches, calices, argenterie et aultres 
joyaux d'église superflus ; mais le Tiers estât pour lequel 
M* Terlon, advocat et capitoul de Toulouse (4), portoit la 



(i) Annonay était une des huit villes du Vivarais, dont les premiers con- 
suls siégeaient à tour de r6le dans les Etats-généraux du Languedoc ; les 
sept autres étant : Largentière, Joyeuse, Montlaur, Le Bourg-St-Andéol, 
Tournon, Viviers et Boulogne. 

(2) Ces Etats qui se tinrent dans Téglise des Cordeliers de Beaucaire, du 
1 1 au 23 octobre, eurent lieu en 1560 et non en 1559, comme le fait dire 
à Gamon, probablement une erreur de copiste ; car les Etats de 1559 se tin- 
rent à Nimes, et nous savons du reste que Tune des questions qui furent agi- 
tées dans les Etats de Beaucaire, est celle de la représentation de la province 
aux Etats-généraux d'Orléans, lesquels ne furent convoqués que le 26 août 
1560, pour le 10 décembre suivant. 

(3) Gamon commençant Tannée le 35 mars, cette seconde date est exacte, 
car c'est du 20 au 33 mars que les Etats du Languedoc se tinrent à Mont- 
pellier, sous la présidence de Guillaume Pellissier, évèque de cette ville ; 
seulement il ne faut pas oublier que pour nous qui faisons commencer l'an- 
née [le i*"" janvier, c'est en l'an 1561. 

(4) Claude Terlon, avocat et ancien capitoul de Toulouse, qui de concert 
avec Guy du Faur, juge-mage de celte ville, représenta la sénéchaussée de 
Toulouse, aux Etats-généraux d'Orléans, puis aux assemblées de Melun et 
de Pontoise. Il est appelé Claude Ternon ou de Thermion dans la liste des 
députés aux Etats-généraux, donnée par M. Augustin Thierry. 



3i8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

parole, ne trouva moien prompt et suffisant que de faire 
vendre par Sa Majesté le temporel de l'Eglise, reservant 
aux beneficiers la principalle maison de leurs bénéfices et 
les terres adjacentes, avec une pension equipolente à leurs 
revenus, que Sa Majesté leur assigneroit sur aulcunes 
bonnes villes de son royaume, ou seroit mis argent suffi- 
sant à cest eflFect. Du reste, le Roy acquitteroit ses debtes, 
et si en demeuroit bonne quantité, (seroit) pour soulager 
le peuple de tant de tailles et de charges qu'il soufTroit. A 
ce,l'evesque d'Usez (2) pour le Clergé, s'opposa vivement, 
jusques à s'attaquer de parole avec ledict Terlon ; si que 
le reste fut traicté assez tumultuairement. Sur la fin Mons' 
Chabot, advocat de Nisme (3), demanda d'estre ouy sur 
certaines propositions qu'il avoit à faire, et après que 
audiance luy fut par trois fois desniée, les sieurs du Clergé 
et de la Noblesse estans descendus de leurs places, fut veu 
au devant la maison appellée la Loge, où se tenoit l'assem- 
blée, un grand amas de peuple sans armes, murmurant, 
duquel plusieurs avoient rempli les degrez jusques à la 
porte de la salle, demandant qu'on donnât audiance 
audict Chabot, qui fit que chascun reprit sa place pour 
l'ouyr. Il harangua assez longuement sur la corruption. 



(j) Jean de St-Gelais, qui nommé en 1531 évêque d'Uzès, sur la résigna- 
tion de son oncle, fiit déposé en 1566 pour cause de calvinisme. Maintenu 
quand même par le roi Charles IX, il se démit volontairement dans la suite 
et fut remplacé dès 1570 par Robert Girard, tandis que sa mort n'arriva 
qu'en 1574. 

(3) Pierre Chabot, avocat de Nimes et syndic des églises réformées du 
Languedoc, qui siégea à ce titre dans les Etats-généraux du Languedoc 
tenus à Beziers du 32 novembre au 3 décembre 1561. Ne serait-ce pas le 
même personnage, qu'un Philippe Chabot, également de Nimes, qui était 
suivant le chroniqueur Jacques de Montagne, un des chefs des insurgés des 
Cévennes, lorsqu'ils furent battus au mois de novembre 1560 par le marquis 
de Villars ? 



MÉMOCRES d'achille gâmon. 3ig 

mœurs, et doctrine des gens d^Eglise, qui avoient, ainsy 
qu'il disoît, nourris les hommes à ignorance et remply le 
monde d'erreurs et d'illusions, aucthorisant le mensonge 
au lieu de la vérité ; laquelle Dieu ayant faict reluire en 
ces derniers temps, plusieurs Tavoient receue avec grand 
zelle, se retirans des abus et superstitions,qu'il disoit estre 
en l'Eglise romaine, et reprenant la pure doctrine evan- 
gelique et apostolique. Mais le monde qui n'a pu souf- 
frir la lumière, conduict par le prince des ténèbres s'y 
estoit opposé, de façon que tant en la ville de Nismes que 
ez environs, ceux qui suivoient la religion reformée 
avoient esté deschassez, pillez et saccagez avec grandes 
injures, jusques à faire rebaptiser leurs enfans. Suppliant 
très humblement la majesté du Roy, leur octroyer liberté 
de conscience et temples, pour exercer en public ladicte 
religion, affin que chascun peut veoir si les calomnies et 
impostures dont on charge leurs assemblées sont vérita- 
bles, et cognoistre avec quelle impudence, on les a vouleu 
blasmer d'infinis crimes et desloyautez, à l'exemple de ce 
que les payens ont faict contre les premiers chrestiens. 
Neantmoins qu'il plaise à Sa Majesté faire recompense de 
leurs pertes sur les ecclésiastiques, qu'il disoit estre cause 
de tout le desordre ; requérant aussy MM. des Estats 
insérer leurs doléances en leurs cayers, pour avec icelluy 
estre présenté au Roy, proposant à ces fins trente deux 
syndicats des villes de Nismes, Montpellier, Usez et 
aultres lieux circonvoisins, attachez à la requeste qu'ils 
dressoient à Sa Majesté pour ce que dessus. Les Estats ne 
le vouleurent recepvoir, mais le seigneur de Crussol, duc 
d'Usez 0)î se chargea de présenter au Roy ladicte re- 



(i) Antoine de Crussol, vicomte d'Uzès, conseiller au Conseil privé du 
Roi, qui nommé le lo décembre 1561 commandant en Languedoc, Dau- 



320 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

queste et syndicats, et comme ledict Chabot fut sorty,tout 
le peuple qui Pavoit attendu en la place et sur les degrez, 
s'escoula sans aulcun bruict (i). 

Le mardy 6 janvier 1 56 1, jour des Roys, toutes les 
croix de pierre dressées tant dans la ville d'Annonay, que 
dans les faulxbourgs et aux environs, à demie lieue, 
qu'estoient en bien grand nombre, furent de nuict rom- 
pues et abbattues. La justice fit dilligente perquisition, 
mais rien n'en fut trouvé ny descouvert. (2) 



phiné et Provence, avec mission de pacifier ces provinces, inclina bientôt 
du côté des huguenots languedociens, qui le choisirent pour chef dans une 
assemblée tenue à Nimes le 2 novembre 156a. Rallié ensuite au parti ca- 
tholique, il obtint au mois de mai 1565 l'érection de la vicomte d'Uzès en 
duché, et sept ans après l'érection de ce duché en duché-pairie ; enfin il 
mourut en 1 5 73, ne laissant pas d'enfants de son mariage avec Louise de Cler- 
mont-Tallart. 

(i) Dans le résumé de d'Aubais, le court alinéa qui suit, est remplacé par 
cet autre, qui n'est évidemment pas de Gamon : n La crainte d'exciter une 
a sédition parmi le peuple, empêcha les prélats, les barons, et les autres* 
a qui composoient l'assemblée des Etats, de faire arrêter cet avocat : ils vou- 
d loient le faire punir comme un perturbateur du repos public. Leurs senti- 
a mens étoient d'ailleurs si partagés sur la religion, ils se deffioient telle- 
« ment les uns des autres, que personne n'osa proposer sa punition. Un air 
a de réforme, dont les prédicateurs de la nouvelle religion faisoient voir la né- 
a cessité, séduisoit les uns*, la liberté qu'elle favorisoit corrompoit les autres, 
« et dans l'incertitude ou pour mieux dire l'ignorance de la religion catholi- 
«t que et de la religion reformée, où on étoit, on ne sçavoit à quelle des 
et deux on devoit s'attacher et quels pasteurs il falloit suivre. La nouvelle 
a religion fit en peu de tems des progrès étonnans dans la ville d'Annonai 
a et dans tous autres lieux voisins, d'où elle communiqua et se répandit de 
« l'un à l'autre. Quelques uns touchés du discours de l'avocat, dont nous 
a avons parlé, se firent protestants ; leur exemple en entraîna d'autres, et 
d le nombre de ceux qui les suivirent s'accrut tellement, et leur parti devint 
a si supérieur à celui des catholiques, qu'ils abbattirent pendant la nuit du 
a 6 de mars 1561, toutes les croix de la ville, du faulxbourg et des lieux 
or circonvoisins. » 

(3) En marge de cet alinéa se trouve la note suivante, qui est naturelle- 
ment d'un continuateur de Gamon. a Le samedy 13 juillet 1698, la croix 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. 321 

Aussy audict an (i) et le dimanche i5 mars sur les neuf 



« de la place des Cordelliers fut dressée. Le mercredy 8* juillet 1699, elle fut 
a bénie par Mgr. Armand de Montmorin, arche vesque de Vienne, lequel ac- 
a corda quarante jours d'indulgence, à tous ceux qui prieroient devant icelle 
« pour la paix entre les princes chrestiens, la propagation de la foy et Tex- 
« tirpation de l'hérésie. Nota que quoyquc M. de Vogué du Peloux ait fait 
« mettre ses armes sur icelle, la vérité est que la province luy avoit remis 
a 400 livres pour le payement du raccommodage des chemins, qu'il a em- 
(i ployé là, et luy en couste de surplus plus de 200 livres. Quelqu'un fit ces 
« vers : 

(i L'honneur qu'il tirera de ceste pierre, 

a Augmentera par le nombre des ans, 

« Car l'on ne sçaura pas que l'assiette 

a En a payé trois ou quatre cents francs. 9 

(i) Gamon ne donnant pas de détails sur les désordres qui se commirent 
alors à Annonay, nous croyons devoir donner ici d'après la copie de Chomel 
le journal du bailli Jarnieu, qui complète sur ce point les récits de notre 
mémorialiste: a Le premier jour d'octobre 1561, je fiis adverty que les hu- 
a guenots vouloient faire prescher ung ministre de Genève en ceste ville, 
a pourquoy s'assemblèrent les gens de bien, de ceste ville, ou fust conclud 
ff de les engarder par toutes voyes. Genod receut les actes et fust dict que 
M* Jehan Crottier vouloit faire baptiser un enfant à la mode de Genève. 
a Le premier octobre je fis venir en la maison du lieutenant de ceste ville 
< ledict Crottier, ou luy fust remonstré que l'on m'avoit adverty qu'il vouloit 
« baptiser un sien enfant à la mode de Genève, et fit responce qu'il n'avoit en- 
a core résolu comme il le feroit baptiser, mais que s'il le fesoit baptiser à la 
a façon aultre que nous avons accoustume de ce faire, qu'il ne le feroit point 
a baptiser dans ceste ville ; ce que dessus fust faict et dict l'an et jour susdicts, 
« en la maison dudict lieutenant, en la présence de moy, dudict lieutenant, 
« des deux consuls, de M. Mondon Chomel et de Rousset, de Boulieu. 

a Item le mesme jour, moy estant dans la boutique du greffe de ceste 
a ville, avec le susdict lieutenant, examinant certains tesmoings sur le crimi- 
« nel, vint ung nommé M. de Fournier, lequel vint me demander licence de 
a faire prescher en ceste ville ; je luy fis responce qui le mouvoit à faire la 
ff dicte enqueste. Il me respondit que beaucoup de gens de ceste ville, luy 
« avoient prié de le faire, qu'il l'avouoit bien. Je luy dis qu'il s'estoit bien 
a oublié de me tenir un tel propos, et quand les aultres viendroient pour 
a me le demander, je leur feroy responce telle qui leur appartient, et que 
« j'en avois que faire de parler à eulx ; mais luy defFendant à luy et aux 



322 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

heures du soir, tous les autels furent abbattus et les 



a aultres de ne faire aulcune assemblée ny presche, et ce en présence de 
ff M'* Gilbert Faure, Jehan Boiron, Christophe Chastaing, Jehan Vincent 
a dict de Vergne. Item environ un quart d'heure, moy estant tousjours en la 
a susdicte boutique, continuant ladicte inquisition, vinrentM* Jehan Crottier, 
a Antoine Faure, procureur, Pierre Cussonnel, juge d'appeaux; André Du- 
« cros, Estienne Chomel, Antoine son frère, Pierre Mosnier dict Chastinais, 
« Jehan Faure dict Bonhomme, Jehan Chomel de Varagne, le vieux et plus 
< de quarante aultres avec Mathieu Indy leur advocat, qui par resolution 
ff demandoit licence, au nom des susnommez, de faire prescher la parole de 
ff Dieu, disant qu'ils avoient longuement erré d'avoir tenu les anciennes cons- 
ff titutions de nostre Eglise et qu'ils avoient esté idolastres, de quoy ils 
c crioient mercy à Dieu, et plusieurs aultres propos, sy fascheux, que je luy 
c dis qu'il bailhat son dire par escript et que je luy feroy responce. En 
c présence de M* Jehan Faure, de Boulieu. 

< Le a octobre, lendemain du susdict jour, les huguenots de ceste ville alla- 
ff rent à leur presche près de Roiffieu, auprès de la maison de Philibert 
a Magnol. 

ff Le 37 du mesme mois d'octobre 1561, j'envoyay à M. de Tournon toutes 
ff les inquisitions faictes par les huguenots de ceste ville, que M* Sebastien 
ff et mon fils Meraud luy portèrent le susdict jour. Depuis les huguenots 
ff firent venir ung ministre, il prescha et baptisa deux enfants : MM. de 
ff Changy et de Perault estoient presens. 

ff Item bientost ils se reunirent en la maison de M* Hugues Morin, située 
« aux champs, pour y faire leurs assemblées et dans la dicte maison il faict 
« prescher, baptiser et marier à la mode de Genève, et tousjours enterrer plu- 
ff sieurs personnes en ladicte façon ; et qui pis est le 15 janvier 1561, à 
ff l'Incarnation (1563), ils vindrent en l'Eglise parrochialle de ceste ville et la 
ff trouvant ouverte à la mode accoustumée, entrèrent dedans, la ou ils firent 
ff prescher ledict jour et y firent leur cène. 

' ff Le 10 du mois de janvier, les gens de bien estant l'après disnée en l'egli- 
ff se des Cordelliers, pour ouyr le presche d'ung prédicateur, docteur en 
ff théologie, de bonne et sincère doctrine, lesdicts huguenots de ceste ville, 
ff firent mille insolences, jusques à faire mener ung bœuf à la porte dudict 
ff couvent et de le faire entrer dedans. 

ff Du depuis, ledict jour, deux heures de nuict, vindrent en la maison de 
ff M. Androl, prebstre et prebendier de l'église de ceste ville, lesdicts hu- 
ff guenots, qui par force et violence luy voulurent rompre sa porte, luy don* 
ff nerent ung coup de pierre qui faillit le tuer. Et audict jour, mesme envi- 
ff ron vespres, l'on maria deux filles de ceste ville, l'une fiist espousée à la 



MÉMOIRES D^ ACHILLE GAMON. 323 

images brisées et brusiées par les églises de la ville et 



« façon accoustumée et Taultre à la mode de Genève, et elles sortoient des 
a deux églises, c'est-à-dire celle de Genève du prieuré de Trachy et Taultre, 
a c'est celle de Tancienne religion, de nostre église parrochialle ; remontant 
ff en la rue, ung huguenot voyant celle de l'ancienne religion qui menoit un 
a tambourin^ comme on avoit accoustumé anciennement, voulut rompre le 
ff tambourin et battit celuy qui le portoit et voulut outrager M"* Dupeloux. 
« Le petit Noé, beau-fils de Verne, fust celuy qui vouloit rompre le tambou- 
c rin, tesmoings Biaise de Brosses et aultres. Beilias et Guillaume Couchet 
a dict Garry menèrent ledict bœuf jusques à la porte du couvent, tesmoings 
<! le cordellier Pierre Bourre, Jehan jobert et aultres. Pour le faict de M. 
a Androl, faull examiner Jehan la Couture, sa fille, Meyraud de Boulieu, le 
c jeune Carpe, Jehan Valet, Jehan Androl et aultres. 

a Le dimanche i8 janvier 156a, environ deux heures après midy, ceulx de 
a l'ancienne religion sortant du presche, du couvent des Cordelliers, trouva- 
« rent ceulx de la nouvelle religion au devant des portes de l'ancienne église, 
a qui rompirent les dictes portes et quand M° Mondon Chomel, commis au 
« faict de la justice leur voulut remonstrer qu'ils faisoient mal, lesdicts hugue- 
a nots le jetterent par terre, aussy Claude Chabert, marchand, M"* de Gour- 
« dan, son fils, Meyraud de Boulieu, ung que l'on nomme Camet et ung 
(i grand nombre de personnes tant hommes que femmes. 

« Le 8 mars 1562, le sieur Dupeloux eut question contre Moyne, hugue- 
a not, qui sur les neuf heures du soir fit esmouvoir la plus grande partie 
« des huguenots, et s'esmeurent de si grande fureur qu'ils estoient plus de 
a cinq cens, qui de grande colère vindrent dans la maison du juge du Viva- 
« rois, vouleurent entrer par force dedans et y ruèrent des coups de pierres 
a dedans, tant qu'ils brisèrent toutes les vistres et fenestres et vouleurent 
« brusier la porte de la maison. Plus, non contens de cela, voyant que ledict 
« seigneur Dupeloux n'y estoit pas, ils s'en allarent en une des maisons de 
« M. le Régent pour Mgr. de Vienne, là ou ils assiégèrent le sieur Dupeloux, 
a là ou M*"" Dupeloux sa mère, alla le quenr et par belles paroles s'en 
a retourna a sa maison. Encores qui pis est, lesdicts huguenots au mesme 
a instant s'en allarent en la maison ou se tient ledict Régent, hurterent à la 
a porte la voulant rompre, et luy sortant à la fenestre pour voir qui corn- 
et mandoit, lesdicts huguenots luy deschargerent deux coups de pierres, forts 
« grands. Et pour achever leur entreprinse, voulant tuer tous les magistrats 
« de laville, sept ou huict des huguenots vindrent demander justice au baillif 
a de ceste ville, le requérant de se transporter en la maison du juge du Vi- 
ff varois, là ou estoit la plus grande partie de leur troupe, pour esviter un 
a escandalle ; ce que ledict baillif fit, tendant à bonne fin, ne se doublant 



324 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 
faulxbourgs, non sans grand estonnement de plusieurs et 



ff nullement de leur trahison, s'en alla trouver le procureur et le greffier et 
c tous ensemble allarent trouver ladicte troupe qui estoit encore dans la 
« maison dudict juge, et ledict baillif leur voulant monstrer qu'ils faisoient 
« mal, tous le chargèrent de grands coups d'allebarde. 

a Le 8 mars, le sieur Dupeloux voulut battre Moyne, dequoy la sédition 
« vint. Depuis ils ont continué leurs maulvaises opinions, et non obstant les 
a edicts du Roy, journellement ils s'assemblent de jour et de nuict et portent 
c toutes les armes dans leur presche. 

ff Le I 5 mars ils ruinèrent Teglise parrochialle et bruslerent la porte de 
a Feglise des Cordelliers de ceste ville, les huguenots ont faict des désignées 
c et font le guet toute la nuict avec toutes armes. Ils ont faict les consuls de 
ff ceste ville à leur portée, qu'ils veulent avoir les clefs de la ville. 

t Ils ont contrainct les dames religieuses de Ste-Claire et les recteurs de 
ff toutes les commanderies et chapelles de ceste ville, d'oster les images de 
ff leurs chapelles ; ont pillé cinq ou six paroisses autour de ceste ville, n'y 
c ayant laissé aulcune image n'y aultres biens meubles, le tout rompu et em- 
ff porté. 

ff Le a I du mois de mars, l'an susdict, les consuls ont faict vendre le fer 
ff et le plomb qui estoient aux croix, aux environs de ceste ville, que lesdicts 
« avoient abbatues, n'y ayant laissé aulcune image n'y aultres biens meu- 
ff blés, le tout rompu et emporté. 

ff Ils n'ont voulu obeyr aux edicts du Roy, touchant de mettre leurs ar- 
ff quebuses au chasteau de ceste ville, comme leur avoit esté commandé par 
ff la justice ; ains au mespris des criées en ont faict venir de St-Estienne de 
c Furan, grand nombre et de allebardes aussy qu'ils ont toutes vendues. 

a Du 33 mars, les consuls de leur aucthorité, sans congé du baillif, capi- 
ff taine de ceste ville, ont faict lever les serrures des portes de la ville, pour 
c faire des clefs, ne daignant les demander audict baillif et capitaine, et qui 
ff pis est, ont faict faire des chaisnes pour les carrefours de ceste ville, sans 
ff permission dudict capitaine, qui est ung grand cousrange et frais à la ville, 
ff sans aulcune occasion ny affaire qui se présentât, et ont faict faire lesditcs 
ff chaisnes du fer des croix. 

ff Le jeudy sainct, les huguenots relournarent en toutes les églises de la 
c ville et achevèrent de ruiner le tout, surtout au couvent de Ste-Claire. 

ff Le vendredy sainct, lesdicts huguenots gardoient pour empescher de 
ff prescher la passion, comme on a accoustumé de faire au couvent ^t St- 
ff François, en ceste ville, et plusieurs gens qui vouloient faire leur pasques 
ff en ceste ville ledict jour, ne trouvant personne qui leur administrât, parce- 
ff qu'ils avoient dict que le premier presbtre qui diroit la messe, ils le feroient 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. 326 

tout après on commencea de prescher de jour par les 
places et lieux publics. 

Après le massacre de Vassy (i), comme les armes furent 
levées en ce royaume pour le faict de la religion, les 
villes de Lyon, Tournon, Romans et Valence, reduictes 
sous l'obéissance de ceux de ladicte religion (2), qu'on 



a mourir, de nuict ou de jour et en feroient aultant à tous ceux qui iroient 
a recepvoir les sacremens. 

a Le sabmedy sainct, voyant les affaires de la religion nouvelle ainsy et 
a ceulx de la ville ainsy désolez, j'envoyais quérir M. Jehan Crottier, aux 
a fins de trouver moyens que ceulx de la nouvelle religion n'empeschassent 
a ceulx de l'ancienne de faire leur pasque au jour que TEglise militante 
« Tavoit ordonné, ce qu'ils firent. 

ff Lesdicts huguenots continuent de porter toutes les armes en leur pres- 
a che, publicquement et en plain jour, et tiennent leur sinode et s'assemblent 
ff sans permission de personne. Depuis huict jours, ils ont faict porter trois 
ff charges d'arquebuzes ou allebardes qui ont toutes esté vendues, et les font 
a tirer en plain jour. Le lieutenant les favorise, le procureur est l'autheur et 
t conducteur des dicts huguenots, et le chef de toutes leurs criminelles en- 
te treprinses. Lesdicts huguenots ont faict imposition sur le peuple, de de- 
« niers, et les font lever sans qu'ils ayent demandé permission de ce faire 
a à aulcung magistrat. 

t Item quand quelqu'ung de leur religion a faict quelque offense, soit cri- 
« minelle, soit civile, ils le font venir devant le ministre et ils font crier 
« mercy Tung à Taultre, et condamnent celuy qu'on dict qu'il a tort à une 
t amende pécuniaire, eulx disant vouloir Tappiicquer aux pauvres, et Ton 
t croit que c'est pour faire porter le mefaictà la femme du ihinistre, ce qu'elle 
ff faict les bons jours que leur église observe. 

ff Item, ont faict desmonter les tables et bancs de l'escole du Sainct- 
ff Esprit, et les bois et fers qui y estoient emportez et vendus . 

« Item, le tout ce que dessus ont faict de leur aucthorité sans permission 
«du magistrat. i> 

(i) i«mars 1563. 

(a) Des Adrets ayant levé l'étendard de la révolte, s'empara de Valence le 
35 avril 1562, de Tournon le !•' mai, de Vienne le 2, de Lyon le 3 et de 
Grenoble le 1 1 . Pour ce qui est de Romans où le farouche baron n'alla que 
plus tard, les huguenots y commandaient en maîtres dès le 18 avril. 

TOMB XX, - 1886. 22 



326 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

commencea de nommer huguenots, fut aussi ladicte ville 
d'Annonay saisie par ceux des habitans qui estoient de 
ce party, en may i562, sans qu'il y eut tumulte ni sédition 
pour ce faict ; d'autant que ceux-cy estoient dans ladicte 
ville en beaucoup plus grand nombre que ceux de la 
religion romaine. A Tinstant fut suspendue et en son 
lieu le presche estably et les temples, et y furent appel- 
iez pour ministres maistre Pierre Railhei(i)et Pierre 



(i) Ce ministre qui était un ancien maître d'école, fut pendant assez long- 
temps seul à Annonay, ainsi que le prouve la lettre suivante, qui nous a été 
signalée par M. le pasteur Arnaud : 

« A Monsieur Calvin à Genève. 

< Monsieur, l'Eglise de ceste ville d'Annonay, a receu un tel fhiict du mi- 
« nistere des ministres, que le Seigneur par sa main y a dressé, que toute 
c ceste dicte ville est refformé, bien peu s'en fault. La louange en demeure à 
ff l'Eternel. 11 est vray que Monsieur Maistre Pierre Railhet ne faict que se 
ff plaindre à nous, veoyant ung si grand troupeau devant luy. Jaçoit que par 
« la grâce de Dieu, nous ayons grande occasion de nous contenter de sa 
ff doctrine et bonnes mœurs ; enfin veoyant encores son troupeau accroistre, 
t mesme des habitants des montaignes du Velay, prochains à ceste ville, 
< descendants icy à grand nombre pour ouyr sa parole, s' Pierre Railhet a 
t demandé tems pour aller estudier d'advantaige par devers vous, pour se 
« mieulx façonner, ou bien que nous eussions ung aultre ministre avec luy, 
a plus exercé, qui luy aydat à subvenir à une si grande assemblée, estant de 
« dix à douze mil, et avec lequel il peut proficter. Nous veoyant qu'il est im- 
a possible qu'il puisse satisfere à une si plantureuse assemblée du Seigneur, 
t laquelle d'icy en ça, ez jours de dimenche il fauldra diviser en deux à mes- 
(I me heure, avons à vous supplier qu'il vous plaise en continuant à nous bien 
9 faire, de nous pourveoir d'ung aullrc ministre de la parole de Dieu et ses 
a saincts sacremcns, affin de les garder tous deux, ou bien si ccluy qu'il vous 
a plaira nous envoyer, pcult mieux suffire à tout le peuple, acquiescer à ce 
« que ledict sieur Railhet demande pour ung tems, de s'en aller exercer d'ad- 
a vantaige à l'estude. Et nous avons à prier le Seigneur Dieu et père, qu'il 
« luy plaise faire prospérer en vous ses grâces de plus en plus, nous recom- 
a mandant très humblement à vos prières et oraisons. D'Annonai ce dernier 
« apvril, an 1562. Vos très humbles et obeyssants serviteurs, les consuls 
ff d'Annonai. » 
Or, il est bon de dire que le ministre Railhet, écrivant de son côté à Cal- 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 327 

Boullod, estant la ville soubs la charge des consuls et des 
habitans seulement, combien que noble Pierre Guerry, 
s' de Prost, y fut appelle de Lion et y demeura quelques 
jours pour commander, (i) 

Durant ce gouvernement toutes les chapes, calices et 
joyaux des églises, de grande valeur furent prins et dissi- 
pez, entre aultres les reliques jadis tant renommées en 
ladicte ville et qu'on souloit avec grande vénération por- 
ter aux jours de Rogations, furent ouvertes, visitées et 
bruslées publicquement en la place vieille. La grande 
chasse d'argent doré où Ton les tenoit,fut portée à Lion et 
vendue pour achepter des armes (2). Aulcuns ont voulu 



vin, deux jours auparavant (29 avril 156a), n'exprimait nullement le désir, 
soit d'avoir un collègue, soit d'aller étudier à Genève, mais se bornait à de- 
mander des conseils, après avoir exposé l'état d'Annonay, où l'exercice du 
culte catholique ayant cessé, et le petit nombre de ceux qui sont restés papis- 
tes n'osant pratiquer ouvertement leur religion, il y aurait tout lieu de se féli- 
citer, s'il ne s'était glissé dans le troupeau huguenot, nombre de fouibes qui 
compromettent la religion et le ministre par leur conduite. — Opéra Calvini, 
XIX. 3773 et 3778. 

(i) Ce personnage qui est appelé noble Pierre Garnicr de Prost, capitaine 
des églises réformées du Vivarais, dans les manuscrits de Chomel, est proba- 
blement le même qu'un sieur Pierre Guérin, écuyer, habitant à Prost paroisse 
de Félines, qui le 18 octobre 1 547, fit en qualité de mandataire des habitants 
de cette paroisse, un accord avec le syndic du couvent des Célestins de Co- 
lombier, touchant les droits et obligations des religieux de ce couvent dans 
ladite paroisse. 

(a) Le chapitre de l'église collégiale d'Annonay, ayant fait faire trois ans 
plus tard, une enquête judiciaire, pour établir les pertes par lui subies en 
1563, nous relevons parmi les nombreuses dépositions qui furent alors reçues 
par le juge-royal du Vivarais, commis à cet effet, celle du notaire Guillaume 
de Sauzéa qui est confirmée par toutes les autres : c II dict estre chose vraie 
ff et notoire, que pour raison de la religion, tant en la présente ville d'Anno- 
< nay que lieux circonvoisins, les troubles furent grands en l'année 1563, 
a tellement que les églises, trésors et meubles d'icelles furent pillés et dero- 
c bés, et mes me l'église collégiale de Nostre-Dame d'Annonay, au dedans 



'i'iH ^^j^ji,T^ t>'xiCHirjLryrAE ET HE ST ATI STT v-: I - 

dire q^'ii en prliit aai cor. Juacurs, de ce ^ct. coghhb: 
d ^l. Ctp«trj it i or Je Tno.oze., car dans ino:::is d'-irrr on 
tou.v moarj^rert ; les aultre* prennent aulcread^l*. Le jll- 
gtw^ent en %rAz a Dieu seuL 



l'^'jtLrt Au: pjir if*tit,»r« .-*« popai.n:^ rompoi- ^;iù ::inE* ^çair •uia ^ue ie» 
trta/.i.i.ixv» tJ c.«'ir»:r.i:«trt p^r la'M .r:« le i.tîL:c «7--.er:i aLi.eur^ reiiquai- 

^n-wt.ii '-tr. . •.;i.'> :r,.*j.«:;r.^ er lu.'rz» .,' 1.1 1 * iTi:t icç.iriiTand. rirrsa. papiers- 
tr. t4i./t4 d*i«'.i*.Ti «•..•.?,♦ ^nt an« :r..ip<..d d l*:d*.e t^- ac. TTor^e. temee i 
*iu*i/t Jrtî-t <»T .ft* t<,ri»tir/^ -4 'rti....i -le fer, acce-.ie iej» 'iist:rî.':er«, v ivant 
f/ .n^t Kj .t..itV.« 'ft.'vii*.'» 4 .ii.i!4. Oi* .&:tC.:'.i • " î^i tsci.ent rennes N-rs ^uc 
.A*:.. M* jf'*,-.*;^.* •►.. .'^*c.i i ir/îr.!u ^*» ie-a-.a.'Xjîr:: -'.ri '.eKiictis orchei 

'.yi^,X.'.<t .rt* .w.û <Ut .;* portfi 'ic Liqiii.z, L une rit "ï.i. ' i& k >L le lieiitinaiic 
OjAm.'. dit l..4/1.».TA 'i..er une m pr.curiur du. R ;7 d ueile. M* .Vjitnofne 
f *aj"t. i*.nrt. \alTrs. * Vt* F.<*r*«;nr4e Ch.„rneL ^xcaol :1c laiiicLî vr le, et Li qii*- 
f/ r.««i!iA îi-.mAuri ^r.'.'» le^ ni.î:r.t da ■iy.lic de Iddicte c^'iâe. M' Hoçues 
f) .rrui If \^ftA .»>'-.jr itraii. cha.i.:un retira sa clef et s'ea aliarenC- Bien 
p<ii -Ir, tA,"nt ap«-«, a ir^-^u '•^■le ia corn ai -me p«-paUcc, a heure aoctume et 
4. </: ir,(Ui, fôfjt tf 7i<'jt ince rompirent le treiLid de ter d une tcnestre de la- 
/l..-Ti*. f.tAç,r-A.<t, ;»y m' ;iHpect 4ur U pUce vieille, et sçait ce qae dessus pour 
Âf ,if ^Aif. prt«:nt, rr.->y«nt lor» et îuiicttenij qae lesdictâ jovatu et papiers 
furtnr mi-* ^t frtrme/ ^n ladi^te chapeiie et vea de la maiâ^jQ de S4>a habica- 
'i/^rt la '-.'.mmiir^r. p/^r- .i..î.ie rompre lei tr^iliià de Ladisite tenestre et entrer 
rl.irt* U ..h.if:,<it;':, p/^iur ce que tai.toit Ii>rs çnnd clair de lune, et estant co- 
\t^ j ^.f^^r^\l^ feu VÎ.Ktf.^nne B.iud, Pitei^n, Iai'':ert, Ranchon et divers aul- 
rrt*, ^îr.*/|«j/tU n-* ♦e recorde ; Ic-squel» emportèrent ce que bon leur sembla 
f\r<f\.. 1* f>\i iiji ou papier», et le lendemain le résidu desdicts papiers, sç»- 
tf,\f Ir* \r.rr\f.T\ furent portez par Ictlizt Faure et plusieurs aultres papiers, 
>n*fri»mrn« rftojgnoii<«<inces et obliçations, furent portez par plusieurs de 
U/liMA Ville, et ia plut part raiàe par les rues et la place, de iaçoa qu'on y 
rhAfthf,t\ dr.<%UH puhlicquement en allant et venant, et les trésors, reliques 
011 chrtppr-.A et ferremcns estans dans bdicte chapelle, portez en la place 
vit.iWr. nt pftr levdicrA consuls de la ville, et procureur du Roy, vendus an 
^>lii« offrant et dernier enchérisseur, et de l'argent proveneu desdicts joyaux 
Uu.t it leur plaUir, s.tnà qu'on ait jamais s jeu que ledici argent ou partie 

d'urlny ntt aie min au profict ou utilité de ladicte église Dict aussy cs- 

irn (\n,<ir. vr/iyc et notoire que tant lesdicts chanoines demandeurs que 
pluQir.iifs» ftulirc», ne peuvent avoir n'y recouvrer à présent les titres, pa- 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. Sîg 

Au mois d^âoust dudict an i562, Jean de Montluc, 
evesque de Valence, (i) conseiller du Roy, en son privé 
conseil, personnage de grande authorité, de maison illus- 
tre et de bonnes lettres, venant de la cour pour ainsy 
qu'il disoit se retirer audict Valence, fut poursuivi par le 
gouverneur de Vienne, (2) tenant le party de la Religion, 
jusques à Sablon (3) où il passa le Rosne et se vint rendre 



a piers et documens des notaires de la présente ville d'Annonay, d'aultant 
ff que lors des troubles de ladictc année ou par deux saccagemens faicts à la 
c dicte ville, la plus grande partie des papiers et con tracts desdicts notaires 
« ont esté pillez, saccagez, bruslez, ensemble les maisons mesmes de M" Fran- 

« çois Faurie et aultres notaires de ladicte ville Dict qu'il a ouj dire pu- 

« blicquement que pendant lesdicts troubles lesdicts chanoines demandeurs 
a estoient tellement craintifs audict Estienne Chomel et aultres de ladicte 
a ville, qu'ils bailloient leur consentement et confessoient avoir receu argent 
a des ungs aux aultres, comme bon sembloit auxdicts consuls et aultres 
a créanciers desdicts chanoines et sans en rien recepvoir....» — Manuscrit de 
Chomel. 

(i) Jean de Montesquiou de Lasseran de Marcencosme de Montluc^ qui 
nommé évêque de Valence et de Die le 9 octobre 1553, ^^ démit vers 1576 
et mourut en 1379- Frère cadet du fameux maréchal Biaise de Montluc, ce 
peu orthodoxe prélat est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en parler plus 
longuement ; rappelons seulement que Brantôme dit de lui, qu'il était « fin, 
c deslié, trinquât, rompu et corrompu autant pour son sçavoir que pour sa 
c pratique... et qu'on le tenoit luthérien au commanccment et puis calviniste 
c contre sa profession episcopalle ; mais il s'y comporta modestement par 
c bonne mine et beau semblant. > 

(a) François du Terrail, seigneur de Bernin, gentilhomme de la famille de 
Bayard, qui nommé lieutenant-général des terres du chapitre métropolitain 
de Lyon en 1 5 30, fit vingt-cinq ans après la campagne de Piémont sous Bris- 
sac, à la tôte d'une compagnie de chevau-légers, puis ayant embrassé le pro- 
testantisme devint un des plus fougueux lieutenants de des Adrets. Chargé 
par ce dernier du gouvernement de la ville de Vienne, le 3 mai 1563, il en 
pilla et dévasta presque tous les monuments religieux et non content de vou- 
loir imposer par la force les doctrines calvinistes à ses habitants, les accabla 
de réquisitions et de vexations, jusqu'à ce qu'il fut chassé de cette ville par 
Maugiron, le 4 octobre suivant. 

(3) Sablon, commune du canton de Roussillon (Isère). 



33o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

audict Ânnonay. Les habitans le receurent fort humaine- 
ment pour la bonne opinion qu'on avoit de luy et pour 
autant que la ville estoit journellement menassée par ceux 
du contraire party ; il promit s'employer envers eux, de 
façon que de leur part elle n'auroit rien a creindre, comme 
aussy les habitans luy donnoient seureté de sa personne 
tant qu'il seroit avec eux. Il fréquentoit journellement 
les presches, combien que les ministres luy donnassent plu- 
sieurs atteinctes manifestes, dont il n'estoit guères content. 
Sur ces entrefaictes les consuls receurent une lettre signée 
par le baron des Adrets, (i) qui se disoit commander en 
Languedoc, Daulphiné et Provence pour le service de 
Dieu et du Roy, où il mandoit aux consuls et habitans de 
bien garder ledict sieur de Valence et ne le rendre à 
aultre qu'à luy, aultrement qu'il rempliroit ladicte 
ville de corps morts, qu'il y mettroit le feu et la raseroit. 
La dessus fut prins délibération par lesdicts habitans, qui 
se résolurent de tenir parole ; mais cependant le sieur de 
Valence adverti desdicts rigoureux mandemenset craignant 
estre plus estroitement arresté, ainsy qu'on disoit le pres- 
che un dimanche matin, monta à cheval avec tous ses 
gens et passant par la porte du Champ, au millieu de la 
garde, comme s'il alloit esbattre selon sa coustume, pre- 



(i) François de Beaumont, baron des Adrets, un des fameux hommes de 
guerre de Tépoque, qui s'étant mis à la tête des protestants dauphinois au 
commencement de Tannée 156a, « fit trembler le Lyonnois, le Forest, Viva- 
a rest, TAuvergne, le Dauphiné, le Languedoc, la Provence un peu, bref, ce 
« pays de par delà, — dit Brantôme, — et le craignoit on plus que la tem- 
a peste qui passe par de grands champs de bled, jusques là que dans Rome 
« on appréhenda qu'il armast sur mer, qu'il la vint visiter, tant sa renommée, 
a sa fortune et sa cruauté volloient partout. » Né en 15 16, des Adrets mou- 
rut en 1587, ayant eut de son mariage avec Isabeau de Gumin^ deux fils et 
trois filles. 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 33 I 

noit le chemin du Bourg quand trois de la ville envoyez 
pour luy faire entendre la resolution susdicte, le suivirent 
jusques au lieu appelle la Croisette, entre les vignes, où 
il descendit de cheval, les ouyt fort benignement et après 
long discours de leur instante prière, contre l'advis de 
ses gens retourna dans la ville et dans la maison du sei- 
gneur du Peloux (i) où il estoit logé. Toutesfois le lende- 
main devant jour. Ton trouva que luy et toute sa suite 
avec leurs chevaux, estoient esvadez par un trou de nou- 
veau faict en la muraille de la dicte maison, joignant aux 
fossez, dont toute la ville fut fort effrayée craignant les 
menaces du sieur des Adrets. 

Les consuls defians de pouvoir garder la ville, pour les 
diversitez d'opinions qu'il voyoient au dedans, moienne- 
rent que le sieur de Sarras, François du Buisson, (2) y 



(i) François du Peloux, fils aîné d'autre François et de Claudine de Bo- 
théon, qui marié le 3 mai 1543, avec Claudine de Lucinge, en eut entre au- 
tres enfants, Nicolas, seigneur de Gourdan et Charles, seigneur des Coulaux et 
de Bayard, de qui il sera parlé plus loin. Ancien capitaine de chevau-légers, 
qui s*étant distingué à la prise de Metz en 15511 puis en Flandre (1555)1 
obtint en 1 5 5 7 du roi Henri II, le don des revenus de la baronnie d^Annonay , 
sa vie durant pour récompense de ses services, et fut ensuite gouverneur de 
Mondovi en Piémont ; François du Peloux s'était alors retiré depuis peu à 
Annonay sa ville natale, où il mourut en 1 564. 

(3) François du Buisson, écuyer, seigneur de Sarras, était le fils aîné d*un 
autre François Buisson ou du Buisson, bourgeois de Sarras, vivant en 1544, 
et d'Isabeau de Chambaud, tante de Jacques, seigneur de VacheyroUes et 
baron de Privas, le fameux capitaine protestant. Marié en 1545 avec Cathe- 
rine de jonas ou de jonac, fille et héritière de Pierre et de Bonaventure 
dePracomtal, dame de Sarras, il en était veuf dès le 31 mars 1565, date à 
laquelle il fit un testament aux termes duquel, après avoir fait quelques legs 
à sa mère et à Pierre et Blonde ou Bellande du Buisson ses frère et sœur, il 
institue héritier universel Siméon du Buisson, son frère cadet, sous condition 
de vivre a tousjours chrestiennement dans Péglise réformée et de ne faire 
aucune aliénation de terres excédant cent livres, sans Tavis et consentement 



l 

J 



332 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

vint pour commander avec commission du baron des 
Adrets, et comme il estoit homme hautain et superbe, il 
offensa par son desportement plusieurs gentilshommes 
voisins, outre ce qu'il commencea de contreindre ceux de 
la Religion romaine de bailler deniers pour les frais de la 
guerre. 



du seigneur de Chambaud ton oncle. Seulement il y a lieu de croire que la 
plupart de ces dispositions furent sans effet, car nous savons par d*autres 
actes, qu'en cette même année 1565 François du Buisson était poursuivi 
pour dettes, et qu'il vendit en 1 569 la seigneurie de Sarras à Jean de Chalen- 
con de Brion, grand-oncle de sa femme, puis qu'ayant assassiné Jean du 
Faure de Fougeyrolles, son beau-frère, avec lequel il était en procès, il fut 
condamné à mort pour ce crime, au mois de mars 1 5 70, et comme il s'était 
enfui, exécuté en effigie. On ne sait ni quand ni où il mourut. 



{A continuer.) 



J. BRUN-DURAND. 



rriHÊRAIRE 



du 



DAUPHIN HUMBERT II 



Le règne du dernier souverain indépendant du Dau- 
phiné a une importance exceptionnelle dans les annales de 
notre province : il serait superflu d'insister auprès des 
érudits sur Tutilité qu'il y avait à dresser l'itinéraire suivi 
dans ses voyages par Humbert II. La masse considérable 
de documents mis en oeuvre pour l'établir, d'une manière 
à peu près complète, donnera peut-être l'idée d'une étude 
plus approfondie du gouvernement de ce prince, sur 
lequel les historiens les plus récents ont trop négligé une 
source incomparablement précieuse d'informations : les 
registres de sa chancellerie, en très grande partie con- 
servés aux archives de la préfecture de l'Isère. 

Fils du dauphin Jean II et de la dauphine Béatrix de 
Hongrie, Humbert naquit àlafihde i3i2; il devint baron 
de Faucigny à la mort de son oncle Hugues, en i328, et 
succéda comme dauphin de Viennois à son frère Guigues 
VIII (VII), le 29 juillet i333. Il résidait alors à la cour de 
Naples : son pèlerinage aux églises de Rome et son retour 
en Dauphine sont assurément la partie la plus curieuse 
. de ce travail. Pour la période correspondant à la croisade 
de 1346-7, il m'a semblé utile de donner, au-dessous de 



334 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

l'itinéraire — forcément incomplet — d'Humbert II, 
celui du régent du Dauphiné en son absence, l'arche- 
vêque de Lyon Henri de Villars. 

Deux sortes de documents ont servi à la rédaction de 
cet essai : les chartes du dauphin, les comptes des tréso- 
riers et des châtelains. Ceux-ci, souvent féconds en 
renseignements, ne sont pas toujours suffisamment précis 
pour les dates et rendent la chronologie incertaine. Il en 
est tout autrement des lettres patentes d'Humbert : sa 
chancellerie n'a jamais cessé de prendre le commencement 
de Tannée à Noël (a Nativitaté), comput d'après lequel 
le millésime des sept derniers jours de chaque année est 
en avance d'une unité ; les pièces renferment, presque 
toutes, l'indication du lieu où elles ont été données, ordi- 
nairement aussi celle du palais, château, église, couvent, 
maison, chambre, etc. que j'omets pour abréger ; les lettres 
closes sont excessivement rares. 

Ce n'est pas que je n'aie été plus d'une fois embarrassé: 
certaines juxtapositions de lieux éloignés à des dates trop 
rapprochées mettront le doute dans l'esprit du' lecteur ; il 
ne m'a pas toujours été loisible de remonter à la source 
même de ces contradictions et de préciser les causes 
d'erreur. Elles doivent, pour la plupart, provenir de fautes 
de transcription. Je n'en citerai qu'un exemple, qui sera 
la meilleure justification de cette aride monographie : 
Valbonnais a publié [Hist, de Dauph.^ t. II, p. 359- 
62), un traité d'alliance entre le dauphin et le comte de 
Savoie, q-ui aurait été passé à Charentonay, le 7 décembre 
1337, époque où Humbert ne semble pas avoir quitté 
Grenoble : vérification faite dans le registre du notaire 
Humbert Pilât (arch. de l'Isère, B. 26 11, f 220), d'où 
l'éditeur l'a extrait, j'ai constaté que cet acte y porte la 
date du 7 septembre^ qui concorde avec le reste de l'itiné- 



ITINÉRAIRE D^HUMBERT II. 335 

raire ; cette même date est encore donnée par le t. II de 
l'inventaire Generalia. 

Quand le nom de lieu manque à Toriginal d'une pièce 
ou à l'inventaire qui en fournit l'analyse, le jour du mois 
est inscrit entre deux points-virgules ; si ce nom peut être 
légitimement conjecturé, le chiffre du jour est placé entre 
parenthèses. 

J'adresse, en terminant, à mes confrères en érudition 
le souhait de recevoir des compléments à cet essai ; ils 
seront fructueusement utilisés dans le Régeste dauphinois^ 
dont l'itinéraire de nos dauphins n'est que le préambule. 

es 



1828 

Juin 24, en Faucigny. 

Décembre S, Saint-Robert; 47, Romans. 

1329 

Juin 40, Crémieu (Augustins). 

1330 

Août 8, Moirans; 40, Saint-Paul(-lès-Romans); 44, Beauvoir 
en Royans ; 24, Grenoble. 
Fin, part pour la Hongrie (*). 

1332 

Juillet 26, Casasana^ près Castellamare (castrurn Maris de 
Stabia), 

(1) Il n'y a pas lieu de tenir compte d'une pièce du 10 octobre 
1330, donnée à Naples par Humbert comme dauphin fReg, instrum. 
baron. Medull. et MonHs Albani. f^ IlH ^*'J; elle me parait suspecte, 
même en admettant une erreur de millésime (1333 au lieu de 1330.) 



336 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Septembre %%, Naples (tournoi). 
Octobre 9, Naples (nocesj. 
Noyembre 2, Naples. 
Décembre \S, Naples. 

1833 

Janvier 45, Naples. 

Février % Naples. 

Mars, Naples ; A versa, Pons ad Silicem, Capoue ; Teano(rya- 
num), Mignano (Minianum), Mont-Cassin (égl. de St-Benoît) ; 
A langia, — Romb : Saint-Pierre (du Vatican) ; St-Jacques (au 
Borgo); St-Sébastien, Domine quo vadis, St-Paul-hors-les- 
Murs, ubi aures s' Pauli (St-Paul-aux-Trois-Fontaines ?), St- 
Barthélemy, St- Sauveur (in Onda), Arméniens (Ste-Marie- 
TEgyptienne ?); Ste-Croix (de Jérusalem); Sl-Paul, St-Laurent 
(in Paneperna) ; Ste-Praxède ; Ste-Marie-de-la-Rotonde (Pan- 
théon) ; Ste-Marie-Majeure ; (St-Pierre du Vatican). St-Pierre 
(-aux-Liens); Ste- Agnès (moniales); Ste-Suzanne; près du Tibre. 
St-Sébastien; St-Ceorges (in Velabro), St- Alexis, 5" Sacco, 
Ste -Marie de Manu; Sle-Marie-de-la-Minerve, Ste -Sabine, 
St-Cyriaque, St-Jean-de-Latran. St-Pierre (s'-Suaire), Ste- 
Euphémie, Ste-Marie-la-Neuve (Ste-Françoise Romaine), St- 
Jean devant la Porte-Latine, St-Sixte, St-Sauveur. St-Pierre 
(confession). — Sermonela (Sulmoneta), Fossanuova (Fossa 
Nova), Scaulwriy Mola près Gaête (Moleta Gayetœ), Sessa 
(Suessa). 

Avril 4 (jeudi s»), 2 (vend, s*, égl. de Piedigrotta, 5. Maria 
de Pedegroce)y 4 (Pâques), Naples. 

Mai, (Naples). 

Juin, (Naples); 26. 

Juillet 49, va en Pouille {Apulia); 28, Barletta (Barolum)] 
29, Bisceglia { VigUia, Ste-Trinilé) ; Bari (St-Nicolas) . 

Août 5, Barletta ; Andria ; 15, Melfi (Melphia) ; 49, S* Maria 
de Uliolo ; Naples ; 24, 25, 30. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT II. 337 

Septembre 5; égl. de Piedigrotta (5. Maria de Padigrotte); 7, 
8, 40, 44, Naples (naiss. et bapt. d'André). 

Octobre 45, Naples; 47 ; Pouzzoles (Puteolum), Ischia (Iscla^ 
Yscla); Gaête (Gay<?/a), Sta-Restituta; 23; Porto- Venere (Portits 
Veneris) ; 28, Portoflno (Porlus Dalphini) ; 28, 29, 30, 34 , 
Gênes (Janua). 

Novembre 1, 2, Gênes ; 4 ; 5, Villefranche (portus Olibani) ; 
5, 6, 7, 8, 9, Nice (Nicia, Niczia) ; 40, passe le Var (flum^n 
Nicziae)\ 14, Villeneuve-Loubet {Villa Nova), passe le Loup 
(flumen V. iV.), Valbonne {collis de Verbon,); 42, Grasse {Gras- 
sia); 43; 44, Garonne (pons Garo, de Garrono), Draguignan 
{Drachinianum, Dragui-m)) 45, Brignoles (Bonica, Briniola); 
46; 47, 48, 49, Saint- Maximin (5. Massiminus), la Sainte-Baume 
(Balma) ; 20, Saint -Zacharie (S. Zaccarias) ; 20, 24, Aubagne 
(Balneum, Albanea)'; 24, 22,23,24, Marseille (Mam/ia, St- 
Louis, St- Victor); 24, Les Pennes [Peniiae), Berre (Berra) ; 25, 
Salon {Sallonum) ; 26, Orgon {Urgo), Noves {Novae) ; 27, 28, 29, 
30, Avignon. 

Décembre 4, 2, 3, 4, 5, 6, Avignon (SteClaire d'Arles); 
Valence; 44, 46, 48, 22, 24, 34 , 'Beauvoir. 

1334 

Janvier 4, Beauvoir; 2, 3, Saint -Marcellin; 4; 5, (6,) 7, 8, 9,40» 
44, 42, 43, 44, 15, 46, 47, 48, 49, (20,22,) 23, 24, 25, Grenoble. 

Février 4, 6, 7, 8, 9, 40, 44, 42, Grenoble ; Beauvoir; 45, 46, 
47, 48, Montluel ; 20, Meximieux ; 24, 22, Montluel; 23, (24,) 
25, La Balme ; 27, 28, Crémieu. 



Août 4, 5, La Perrière {in acie ante caslrum Pererie); 7, 
Graisivaudan; 44; 46, Montfleury; 23, 26, Beauvoir. 
Septembre 5, Graisivaudan. 
Octobre 5, 44, Beauvoir. 



338 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Mars 1 , Jallieu près Bourgoîn ; 3, Bourgoin ; i, Morestel ; 6, 
Neyrieu ; 9, Saint-Aadré de Briord; 10, Lagnieu ; 42, 44, 45, 
16, (24,) 22, (23, 27,) 30, 34, La Balme. 

Avril 4, 4, 44, 42, (43,) 45, La Balme; 46, Salettes; 47, 48, 
La Balme; 22, Crémieu; 26, La Balme; 27, Saint-Chef (S. 
Theodorus). 

Mai 2^ Vienne; 3 (43 1), Horas; 5, Grenoble; 6; 7, près du pont 
du Glandon entre Chapareillan et Montmélian ; 8, Frayata ; 4 4, 
Briançon (en Maurienne?) ; 46; 48, La Grave ; 49, Briançon; 49, 
20, Césane ; 24 , 23, 24, Oulx ; 29 (49 I), Exilles. 

Juin, Suse; Pragelas, Yalcluson; Pignerol; 44, bois des 
Ayes; 43, 44, Césane ; 46, Château-Queyras ; 20, 24, Le Pont 
en Briançonnais; 27, Château-Queyras. 

Juillet 2, 5 ; 9, 42, Upaix ; 43 ; 48, (24,) 23, Mévouillon; 24, 
25, 27, 28, 29, 30, Le Buis (-les-Baronnies). 

Août 4 , 2, Mérindol; 3, Mirabel (-aux-Bar.); 4, Châteauneuf- 
de-Bordette; 7, 42, Visan (Avisanum) ; 46, 20, 24, 26, (27,) 29 
34, Avignon. 

Septembre 4, 3, 7, 45, (47,) 26, 29, Avignon. 

Octobre 2, Avignon; 6,7, 9, 42, 44, Visan; 47, 49, Nyons; 20, 
24, 22, Briançon; 23, La Bessée {Beceya), Embrun; 24, 25, Mens? 

Novembre 3, 4, 5, 7, (8, 47,) 48, 22, (24,) 29, La Balme. 

Décembre (4,) 5, 6, La Balme; 7; 9, Salettes; 42, Vienne; 44, 
Valence; 20, 25, 27, Avignon. 

1335 

Janvier 8, 44, 45, 47, 48, Avignon; 25. 

Février 43; 44, Ballons?; 45, La Balme; 49, 24. 

Mars 2, 4,5,6, (8,40,) 44, 47, 48, Crémieu; Morestel; 22, 
24, 31, Quirieu. 

Avril 9; 44, 46, La Balme; 47, 

Mai cS Vienne; 3, 4, 5, 41, 42, 43, 14, Avignon; 49, 20, 
Langeac; 20, Brioude; 22, Pont-du-Château; 23, Aigueperse. 

Juin 48, Le Plessis en Normandie; 49, Mainneville. 

Juillet 42, 30, Paris. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT U. 33g 

Août, bois de Vincennes ?; 3; 8, 40, 17, Paris; 49, Saint- 
Germain-des-Prés près Paris; 20, Paris. 

Septembre 3; retour de France; 7, 8; 44, 43, 46, 47, Grenoble; 
22, Cornillon en Graisivaudan; 22, (23,) 26, 27, (30,) Grenoble.^ 

Octobre 4, Grenoble; 8, 40, 42, Beauvoir; 29, Roche-de-Glun; 
29, 30, Beauvoir. 

Novembre 3, 4, 5, 6, Moirans; 7, chartreuse de la Silve 
(-Bénite;; 7, 8, 9, 40, Moirans; 13, 14, 15, 16, Saint-Sorlin 
(Ain); 19, 20, Quirieu; 21, 22, 23, 24, 25, 26,27, 28, La Balmé; 
29, Crémiea. 

Décembre 1 , 2, Colombier (-et-Saugnieu); 3, 4, Saint-Laurent 
(-de-Mure) en Viennois ; Meximieux ; Pont-d'Ain (Ponzinum) ; 
14, Nantua ; 19, en Faucigny; 21 , Bonneville. 

1336 

Janvier 3, 9, 16, (22,) 24, 28, Cluses (dioc. de Genève). 

Février 6, Châtillon en Faucigny; Bonneville; 12, Bonne; 
13, AUinge Vieux ; 15, 16, Hermance ; 16, 17, Coppet ; 17, La 
Balme de Sillingy (Cousengie) ; 20, Salettes ; 22; 24, La Bal- 
me ; 25; 29, Crémieu, 

Mars 1, 2, 3, 4, Crémieu; 10, 11,12, 13,14, 15, 16, 17, 
Avignon ; Marseille (St-Louis) ; 22, 27, Avignon ; Orange ? ; 29, 
Le Buis. 

Avril 8; 12, La Balme de Viennois; 20, 26; 29, Crémieu. 

Mai 4, Crémieu; 10, 11, 12, La Balme; 19, Beauvoir; 23, 25 
Saint-Marcellin ; 26, Beauvoir. ' 

Juin 1, Beauvoir; Chambéry ; 10, Avalon ; 11, Bellecombe ; 
12, Barraux; Grenoble; 17, 18, La SÔne {Clauczonia, Sonna) ; 
19; 20, (23,) 24, 26, Beauvoir. 

Juillet 5, La Sône ; 16, Mouthier-en-Bresse (près la Brenne) ; 
Châlon. 

Août 2, 3, Pagny-le-Château en Bourgogne;4, Chaussin. 
Septembre 3, 8, 9, La Balme; 18, Lagnieu?; 21; 26, Grenoble. 
Octobre 1,2, 4, La Balme; 8; 18, Ordonnas (Ordenacum); 19, 
Portes ; 20, 23, Ordonnas ; 29, La Balme, 31 . 



340 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Novembre 2, Lompnas iLonruts); 3, 4, Ordonnas; 5.; 9, 
Lompnas; 12, Ordonnas; 43/4, Lompnas; 15, 16, 17, Ordonnas; 
17, Lompnas; 18, La Balme; 22, Salettes; 23, 24, 26, La Balme. 

Décembre 13, Crémieu ; 19, 21, La Balme; 26, Crémieu ; 31, 
La Balme. 

1337 

Janvier 2, La Balme; 20; 22, Lyon; 24, Vaulx-en-Velin 
[casirum de Vallibus prope Lugdunum) ; 25, Colombier (-et- 
Saugnieu); 27, Saint-Laurent (-de-Mure) en Viennois, Chandieu; 
30; 31, La Tour-du-Pin. 

Février 2, 4, La Balme ; 7, 8, Crémieu ; 9, 10, La Balme ; 16, 
Beauvoir ; 21, Pinel ; 22, Saint-Marcellin. 

Mars 2 ; 5, 8, 15, Avignon ; 20, Saint-Ruf prés Avignon ; 24, 
26, territ. de Visan ; 31, Le Buis. 

Avril (3,) 6, 7, 10, 24, Le Buis ; 26, Le Pilhon (Arpihon.), 

Mai 5, 13, 14, Avignon; 22, Le Buis. 

Juin 2, 4, 6, 7, 16, 17, 20, 28, Le Buis (baronnie de 
Mévouillon). 

Juillet 2, Le Buis; 5, Mévouillon; 7, Roche (-sur-le-Buis, 
Ruppis) ; 8, Le Buis; 15, Vienne; 15, 17, Beauvoir; 21, Saint- 
Donat; 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, (31,) Vienne. 

Août 2, 7, 14, 15, Vienne ; 20, Beaurepaire; 21, 28, 29. 

Septembre 7, camp, près Charentonnay, C-y; 10, 11,14, 15, 
17, 18, 19, Vienne; 20; 24, 25, Grenoble; 25, Barraux; 29, (la 
grande) Chartreuse. 

Octobre 4, Grenoble ; 18; 23, Vienne ; 27, Crémieu. 

Novembre 4, La Balme; 8, 9, Crémieu ; 10; 18, 22, 25, 27, 
28, Grenoble. 

Décembre 2, 4, Grenoble ; 0, Montbonnot ; 6, Grenoble ; 13; 
14, AUevard ; 16, 17, 18, Grenoble; 20, 26, 30, Beauvoir. 

1338 

Janvier 2, La Sône {Sonna) ; 5, 30, 31, Beauvoir. 
Février 4, 7, 8, 10, 14, 16, Beauvoir; 21, La Tour-du-Pin 
(Turris) ; 26, 27, Crémieu. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT II. 341 

Mars 1, 2, 3, 7, 8, Crémieu; 9, 41, Montluel en Valbonne; 
43, Qairieu; 44, Lagnieu; 48, Salettes; 24, Crémieu; 26, La 
Balme ; 30, Montluel ; 34 , Lyon. 

Avril 4, 2, Lyon; 9, Grenoble; 9, 43, 46, Beauvoir; 49, 24, 

23, 25, Chabeuil ; 26, 27, Pisançon ; 29, Romans (St-BarnardJ. 
Mai 3, 5, 6, 7, 40, 44, 44, 45, 19, 24, Beauvoir. 

Juin 4, 42, 45, Beauvoir; 46, 47; 20, 24, 25, (27,) 30, Moirans. 
Juillet 2, Moirans; 7, 9, 40, 44, Rives ; 42, 43, 44, 45, 48, 20, 

24 , Beauvoir ; 29; 34 , Beauvoir. 

Août 6, Saint-Alban (-du-Rhône); abbaye de Saint-Pierre hors 
Vienne; Saint-Just; -42, chat, de Pipet; 48; 49, Vienne; 20, 
Pipet; 22, 23, 27, 29, Vienne. 

Septembre 40, (43,) 24, 25, Avignon; la Sainte-Baume? 

Octobre 12, 46, (49,) 27, 30, 34, Avignon. 

Novembre 4, 2, 3, 4, 7, Avignon; 40, 42, 43, 44, 16, 47, 49, 
24, 23. 24, Pont-de-Sorgues; 30, Avignon. 

Décembre 2, 4, 8, 41, 44, Avignon; 20, 22, (29,) Pont- de- 

Sorgues. 

1339 

Janvier 4,2, 4, 6, 10, 12, 44, 46, (47, 23,) 27, 28, Pont-de- 
Sorgues. 

Février 4, Avignon; 5, 8, 42, 43,45, 49, 20, 22, Pont-de- 
Sorgues. 

Mars 4 , (Pont-de-Sorgues) mon. de Romette ; 3, Grenoble, 
Sainte-Colombe près Vienne ; 4, Avignon ; 8, (9,) 40, (44,) 46, 
47, 48, (49, 20,) 22, 27, Pont-de-Sorgues. 

Avril 6, 9, Avignon; 42, 43, Pont-de-Sorgues; 46, 47, 48, 49, 
22, 27, Avignon; 30, Pont-de-Sorgues. 

Mai (4, 3,) 4, (44,) 12, (22,) Avignon; 30, Pont-de-Sorgues. 

Juin 7,8, 42, 46, 47, 48, 19, 22, 23, 28, 29, Pont-de-Sorgues. 

Juillet 1, 2, Pont-de-Sorgues; 17 ?, (49,) 23, 24, Beauvoir; 25, 
Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs; 26, Saint-Marcellin; 27, Saint- 
Etienne; 28; 31 , camp, près L'Albenc. 

Août 1, Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs; 2, Beauvoir; 7, (22, 
26,) 34 , Pont-de-Sorgues. 

Tome XX. - 1886 23 



342 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Septembre 1, Pont-de-Sorgues ; 7; 45, 24, 25, Avignon ; 29, 
30, Villeneuve près Avignon. 
Octobre 9, Le Puy (égl. Notre-Dame). 
Novembreli, (5,) 6, (9,) 44, 42, 19, Paris. 
Décembre 40, 44, Paris. 

1340 

Janvier 7, Paris. 

Février 2, 4, 5, (45,) 24, Beauvoir (40, 42, 44, 46, 27, Saint- 
Marcellin?). 

Mars 4, Beauvoir; 4, Saint-Marcellin; 6, 8, Beauvoir; 40, La 
Sône; 42, Grenoble; 42, 43, Beauvoir; 46, Saint -Vallier; 47, 
Beauvoir, Grenoble. 

Avril 3; 6, 9, 40, 44, 42, Grenoble; 42, a ap. Sanctum Love- 
tum»; 46,22,29. 

Mai 3, Beauvoir; 4, 8, 9, 40, La Sône; 43, Beauvoir; 49, 
Roche-de-Glun; 22; 24, 26, 27, Beauvoir. 

Juin 3, 43, 46, 20, 24, (23,) 24, (26,) 29, Beauvoir; 29, Gre- 
noble. 

Juillet (4,) 2, (3, 4, 5,) Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs; 8, 
Rives; 44, 49, 24, Grenoble; 30, La Balme. 

Août 4, 3, 4, Grenoble; 42, Montluel; 48; 24, La Balme; 29. 

Septembre 3, 4, La Balme; 47, Visan; 49, Saint-Bonnet; 23. 

Octobre 2, 9, 44, (44,) 24, 28, Avignon. 

Novembre 1, 2, 4, Nyons; 4, Curnier, Sahune {Asseduna); 5, 
La Charce (casL Carceris)\ 6, Montmorin; 9; 44, Monlmaur; 
44, Chorges [ap, Caiuricas)\ 45, 47, Embrun; 48, Saint-Bonnet 
en Champsaur; 28, Grenoble. 

Décembre 2, Grenoble; 4; 5, 8, (25,) 29, 34, Beauvoir en 
Royans. 

1341 

Janvier 3, Beauvoir; 9; 40, Saint-Marcellin; 46^ Beauvoir; 29. 

Février 42, 48, 20, 24, 26, Grenoble, 

Mars 5, 6, (8,) 9, 40, 12, 13, 14, 17,26,(29,) 30, 31, Grenoble. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT II î^i 

Avril 4, 10, (46,) 47, 23, Grenoble. 

Mai 4, 4, Beauvoir; 44, Grenoble; 42, Sainl-Lattier (op. 5" 
Laterium); 46, 25, (28,) Peyrins. 

Juin 6, 7, Peyrins; 9, Saint-Donat; 40, 45, Beauvoir; 23, Gre- 
noble; 30, Montfleury. 

Juillets, 7, (9,) 42, MontOeury; 47, 49, Vizille; 49, 20, Vif; 
24 , rive du Drac près du port de Claix; 29, 30, La Balme. 

Août 5, Antlion; 7, 8. (9,) Loyettes; 44, Crémieu; 42, 43, 
(45,) 46, Loyettes; 24, 22, 23, 24, 26, La Balme; 28, Lyon. 

Septembre 4, 6, (7,) 40, 44, (43, 49,) 20, 22, 25, 29, 
Beauvoir en Royans. 

Octobre (3,) 4, (7,) 8, Beauvoir; 34, Saint Lattier (S. EuU- 
theriuSy S, Heleuterius, S. HeubetiuSy S. Heuleterius). 

Novembre 6 ? Grenoble; 7, 8, Beauvoir; 8, Seyssins; 43, Saint- 
Alban (-du Rhône); 47, Peyrins; 24, 26, La Balme. 

Décembre 8; 40, Pinet; 44, Beaurepaire; 44, Beauvoir; 20, 
24 , 25, 98; 30, 34 , Beauvoir. 



La fin au prochain numéro. 



Ulysse CHEVALIER. 



w* • ) ((■ w 



344 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



ESSAI HISTORIQUE 

SUR 

LE VERGORS 

(Dr6xne}. 



(Voir les 67; 68«, ôç", yo; 7i«, 7a*, 73", 74% 75», 76« et 77» livraisons). 



Depuis l'achat dont nous avons parlé, Marguerite 
Pezet ne paraît plus, et nous allons voir que Jean Chal- 
vet fut marié deux fois. Quant à Tépoque précise de la 
mort de celui-ci, nous ne la savons pas ; mais il est cer- 
tainement le « Jehan Chalvet de Vercors » qui fut té- 
moin, au château de Morges, d'une quittance passée, 
le 29 janvier 1587, par « noble Christofle Blosset, du 
Monestier-de-Clermont, comme mary de damoyselle 
Marguerite Chalvette, » à la veuve du « Cappitainede 
Mens. » Or, il était mort le 4 avril 1 587, jour du contrat 
de mariage de son fils Claude avec Suzanne Magnan- 
Chabert, veuve d'Etienne Bernard. 

L'acte de ce contrat fut dressé à la Chapelle-en- Ver- 
cors, dans la maison de Pierre, autre fils, et successeur 
comme notaire en ce lieu, de Jean Chalvet, mais par 
Antoine Liourat, notaire royal delphinal à Die. Claude, 
le futur, y est qualifié de « filz à feu M* Jehan Chalvet, 
notaire en son vivant de Vercors. » Les futurs épouse- 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 345 

ront « en Tesglîze refformée. » Pierre Chalvet notaire 
de la Chapelle, « filz et héritier universel de feu mestre 
Jehan Chalvet et AnthonyeVallensan, ses père et mère» 
intervient au contrat pour constituer en « docte audict 
futur espoux son frère et comptant la somme de cent 
escutz sol, » pour lui « tenir lieu des légats à lui faicts 
par ses père et mère dans leurs testaments et des droits 
à lui écheus dans la succession de ses frère et sœur 
décédés ab intestat. » 

Dans ce contrat est relaté un acte du lo avril 1584, 
reçu par le notaire Pierre Chalvet, dont on n'a conservé 
les protocoles que de 1593 à 1595 inclusivement. 

Pierre était remplacé comme notaire au Vercors par 
son fils Daniel dès 1605, et sa veuve Isabeau Barbier, 
établie à Die avec son fils David, y mourait protestante 
le 9 décembre 1560. 

Daniel, testant le 30 juin 165 1, élit sépulture « au 
cimetière de ceux de la religion reformée, » dont il fait 
profession. Il lègue à son petit-fils Jean Sagnol, fils 
d'Isaac, « son office de notaire avec toutes ces nottes 
et contractz par lui receus, ensemble par feu M* Pierre 
Chalvet son père. M* Jean Chalvet son grand'père. M'** 
Michel et Etienne Lamit, aussi notaires, » pour en ajuyr 
estant en aage compétant et capable, laissant néantmoins 
la paysible possession du tout aud. s' Sagnol son père, 
et beau fils du testateur. » Il lègue à Louis, Pierre et 
Jacques Sagnol, ses petits-fils, enfants dud. Isaac, 100 
livres tournois à chacun ; à chacune de ses petites-filles, 
Anne et Suzanne Sagnol, aussi filles dud. Isaac, 300 
livres tournois ; à Jeanne, sa fille naturelle, 3 livres tour- 
nois, outre ce qu'il lui constitua en mariage ; et à Jeanne 



346 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Gautier, sa femme, l'usufruit de la moitié de l'héritage 
qu'il a eu de feu Jean Chalvet son frère. Il fait son héri- 
tière universelle Louise Chalvet, sa fille,épouse Sagnol. 
L'acte fut fait à la Chapelle, chez le testateur malade, 
qui mourut peu de jours après et que remplacèrent comme 
notaire aud. lieu, de i66j à 1710 son petit-fils Jean 
Sagnol, et de 171 5 à 1735 Claude, fils de ce dernier. 

Mais David, frère de Daniel, avait épousé en 161 } 
Marie d'Armand, fille d'un conseiller à la Chambre de 
l'Edit, et acquérait une haute influence, comme réfor- 
mé et comme avocat, à Die, où il mourait en 1649, 
laissant ^ fils et 3 filles. 

L'aîné de ceux-là, Pierre, né à Die vers 1614, doc- 
teur en droit depuis 1635, avocat à Die, puis conseiller 
au parlement de Grenoble, fut héritier universel de son 
oncle Claude Chalvet, négociant à la Chapelle en 1649. 
Il eut des biens à St-Martin, des prairies à St-Julien-en- 
Vercors, et le domaine des Chaberts à la Chapelle, ce 
qui l'attira souvent au Vercors. Il mourut en 1682, lais- 
sant 10 enfants, dont l'aîné Pierre fut son héritier univer- 
sel, et dont le puîné, Alexandre, hérita du domaine de 
St-Martin-en- Vercors. 

Le deuxième fils de Daniel, Alexandre Chalvet, de 
Die, sieur de la Jarjatteen 1653, co-rentier des dîmes, 
rentes et revenus épiscopaux au Vercors en 1654, s'éta- 
blit à Pont-en-Royans vers 1656, par suite de son 
mariage avec Alix Pourroy. Il eut, comme son frère 
Pierre, une nombreuse famille, et continua de se quali- 
fier sieur de la Jarjatte, du nom d'un quartier de la Cha- 
pelle auquel il avait une propriété. Son fils Jean eut 
plusieurs enfants, dont le dernier était Isabeau. M. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 347 

Accarias, dans son excellente notice sur les Chalvet, se 
demande ce que devint Isabeau, née le 3 janvier 1700. 
Or, le 31 août 1734, « demoiselle Elisabeth Chalvet » 
contractait mariage, devant Archinard notaire à Saillans, 
avec s' Paul Sauvion, « marchand dud. Saillans. En 1738 
elle avait à la Jarjatte un domaine qui en 1741 compre- 
nait un moulin, et que Sauvion affermait en 1750 pour 
340 livres, 20 livres beurre et 20 livres fromage par an. 

En 1775, ce moulin était encore au s' Sauvion de 
Saillans (i). 

Faure de Chipre. — Par son testament fait le 2 jan- 
vier 1 5 5 1 , Antoine Faure de Vercors avait institué pour 
son héritier universel Gaspard Faure de Vercors, son 
fils. Mais, outre ce fils, il avait eu de safemme Louise de 
Beauchastel une fille qui fut nommée Madeleine, s'allia 
à la famille de Castillon et fut mère de Jeanne et de Char- 
lotte de Castillon. Jeanne épousa Claude de Chipre, 
seigneur de Soubreroche, et en eut Jacques de Chipre. 
Charlotte, déjà morte en 1551, avait eu de son mari 
François de Chipre, un fils et une fille, nommés Jean et 
Claude. Or, par son testament du 2 janvier 1551, An- 
toine Faure de Vercors avait substitué à Gaspard, son 
héritier universel, Jacques de Chipre, fils de Claude, 
écuyer et de Jeanne de Castillon, avec charge de venir 
habiter la maison du testateur à Die et de « porter les 
surnoms et armes dudit de Vercors, » sans quoi la 
substitution n'aurait pas lieu. Au cas où Claude et Jac- 
ques n'auraient pas de postérité, Jean de Chipre, fils de 



(i) Minutes cit., protoc. Chalvet de 1569, f. cviij ; etc, ^ pas sim ; — Acca- 
rias, Notice sur les Chalvet, passim ; — Arch. de la Dr., fonds cit. 



348 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

François et de Charlotte de Castillon, leur était substi- 
tué. Gaspard Faure étant mort sans enfants, la première 
substitution ressortit son effet, et ainsi, comme le disent 
Guy-Allard et Chorier, une branche de la famille de 
Chipre prit le nom et hérita des biens des Faure de Ver- 
cors. Dès 1 580 on trouve noble Jacques Faure de Ver- 
cors dit de Chypre, qui guerroie fort, prend une part 
très-active au siège de la Mure, et est chargé par Buis, 
prieur de Recoubeau, d'affermer les dîmes de ce prieur. 
En 1 583, il est dit coseigneur de Vercors dans la vente 
que lui et noble Claude de Chipre, sieur de Soubreroche, 
firent de bâtiments situés à Die. Vers 1584, il est sei- 
gneur de Soubreroche et de Vercors et mari de Justine 
de Montauban. En 1589, il fait un accord avec Baltha- 
zard Flotte-Montauban, à raison de la vente de la terre 
de Soubreroche. Enfin, Jacques de Chipre eut le gou- 
vernement de Bricherasio en Piémont, et fut tué en 
défendant cette place, antérieurement au 5 juin 1594, 
jour avant lequel son fils, noble Claude de Chipre, qu'il 
avait eu de sa femme Justine de Montauban, lui avait 
succédé comme coseigneur de Vercors. Au surplus, un 
acte de 1 595, parlant des droits de cette famille au Ver- 
cors, les attribue simplement aux « hoirs à noble Jac- 
ques Faure de Vercors ; » et on sait que Claude, après 
avoir, comme son père passé dans les camps une grande 
partie de sa vie, périt de la suite des blessures qu'il reçut 
au siège de Gavi, où il commandait le régiment de son 
beau-frère, le vicomte deTallard. 

Justine de Montauban, sa mère, dame de Soubreroche, 
habitait en janvier 1625, à Châtillon en Diois, avec un 
autre fils noble Charles Faure de Chipre , sieur de 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 349 

Soubreroche. Celui-ci fut coseigneur de Vercors, et 
eut de Philippe de Bonne son épouse, 4 enfants, nom- 
més François, Etienne, Charles et Alexandre. Il mourut 
avant décembre 1633, date où ceux-ci étaient sous la 
tutelle de leur mère. 

François était coseigneur de Vercors en 16} j. Quant 
à Charles, qui testait vers 1647 en faveur de Philippe, sa 
mère, remariée à noble Albert de Gaillard, seigneur de 
Bayons, il fut seigneur de Soubreroche et de Vercors, et 
ce titre passa à Louis, son. fils. Celui-ci, qu'il avait eu 
de Claire de Dorne, sa femme, fut marié en 1687, après 
la mort de ses père et mère, à Anne de Benoît, fille de 
Jean et de Louise de Planta. 

En 1725 Tévêque de Die retirait une ferme de « 150 
livres pour les 6 portions acquises par mondit seigneur 
du s' de Soubreroche. » (i) 

Gauthier de la Tour. — Pierre Gauthier de la Tour, 
fils et héritier universel de Louis, dès 1561, était, comme 
son père, de St-Agnan, où il habitait apparemment la 
maison dite de la Tour, 

En 159}, il était vichâtelain du Vercors, et possédait 
avec cette dernière maison et des fonds à St-Agnan, un 
domaine à St-Julien-en-Vercors, et de nombreuses terres 
avec un moulin à St-Martin. Ses biens en ce dernier lieu 
consistaient en « un tènement de maison, grange, pré et 
terre au mas de Michallon, » contenant 41 sétérées j 



(i) Minutes cit., />osstm; — Arch. cit., fonds cit., et B, 1170 ; E., 1875. 
2234, 2242, 2584, 2596, 2606 ; — Arch. Morin-Pons, notes Moulinet ; — 
Cmorier, Hist. gén., H, 702 ; Estât polit. ^ III, 107 ; — Lacroix, UArrond, 
de Montai., III, 310 cl 320; — Bull, archéol. de la Dr., III, 434. 



35o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

quartes ; 2 prés et j terres aud. mas ; « un mollins, 
faurye, plassage, jardin, pré, terre, chenevyer » aud. 
mas, et « ayant la rivière de Tourtres du levant et du vent, 
et celle cf de Bues » du couchant ; 1 pré aux « Abis- 
seaulx, » I à Tourtres, i à « Revolz. » 

Capitaine châtelain des coseigneurs de Vercors en 
160^, il laissa ses biens avant 161 1 à Louis, qui épousa 
noble Anne de Margaillan, en eut Jean, Louis, Jacques, 
François et Jeanne Gauthier, et mourut vers 1658. 

Jean^ son fils, dit sieur de la Tour, fut exacteur des 
tailles de plusieurs communes, capitaine châtelain du 
Vercors, et possesseur du domaine de la Tour. Il fut 
qualifié noble à partir de 1662, et mourut vers 1676, 
ayant institué Marguerite Odde de Bonniot, son épouse, 
pour héritière universelle avec fidéicommis pour César 
Odde de Bonniot, son neveu, lequel recueillit en effet 
l'héritage postérieurement à 1681. Ainsi la maison delà 
Tour passa aux Odde de Bonniot. 

Louis fut appelé sieur de Larenier, du nom d'un quar- 
tier des biens paternels situé à St-Agnan. Il était en 
1652 capitaine au régiment d'Aiguebonne, et eut la 
propriété de St-Martin, où il habita dès 1662 avec la 
qualification de noble. C'est lui qui fit donner à la mai- 
son située au levant et à 800 mètres du village de St- 
Martin, cette forme ample qui, avec les deux fenêtres 
jumelées du couchant et une tour au nord-ouest, aujour- 
d'hui cachée par une addition de bâtiment, lui a valu 
le nom de château de Larenier, Il mourut vers 1669, 
laissant pour héritière universelle Madeleine Martinon 
sa femme, native de Grenoble, qui en 1685 habitait la 
propriété héritée et en retirait un revenu annuel de 435 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 35 I 

livres, outre quelques victuailles et bons services. Made- 
leine mourut elle-même vers 1709, ainsi que Marguerite 
Martinon, sa nièce et donataire universelle, épouse de 
noble Pierre de Beaumont sieur de Montaud, habitant 
la Rivière près St-Quentin. 

Jacques, dit sieur de LachaUy habita St-Agnan, et y 
mourut vers 1694, laissant pour héritière Suzanne Faure 
sa femme. 

François, sieur du Barry, était à St-Agnan en 1645 et 
i6ço. 

Jeanne fut mariée en 1644 a Michel Ravix, fils d'un 
notaire du Villard,et lui porta 2000 livres tournois de dot. 
Au contrat de mariage, passé à la Tour,assistèrent noble 
Salomon du Rochas, noble Félicien de Margaillan (fils 
de noble Jacques de Margaillan, seigneur de Miribel), 
noble Jean de Margaillan, et s' Abraham de Gros (i). 

De Gironde. — Après « Herculles de Gironde,» agis- 
sant comme procureur de M. de Piégon à propos de la 
parerie de celui-ci à Vassieux, dès 1561, et François de 
Gironde, qui lui succéda, on voit noble Maximilien de 
Gironde coseigneur de Vassieux, antérieurement au 22 
juin 1602, pour la parerie venue des Planchette de Pié- 
gon. A cette date, ce Gironde albergea aux habitants de 
Marignac la faculté de faire paître les bestiaux et couper 
du bois de haute futaie et autre dans les hermes, bois 
et montagne de St-Genis et de Vassieux, et ce moyen- 
nant 6 livres de censé annuelle. L'acte fut reçu Plante, 
notaire de Die. 



(i) Minutes cit., /xjssi'w ; — Arch. Dr., B, 1076 ; — Parcellaire de St- 
Martin-en-V. 



352 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Maximilien avait encore en 1607 la coseigneurie de 
Vassieux, laquelle en 161 ç comprenait 17 hommes ou 
sujets et fut peu après cédée aux Engilboud pour 60 
écus (l). 

Odde de Bonniot. — Noble Jean Odde de Bonniot, 
coseigneur de Vercors en 1593 et 1595, avait aux 
Bayles des « mollins et seyte. » Ils les affermait, pour 
le prix annuel de 10 sétiers moitié froment et moitié 
seigle, à un fermier auquel le « granger de la Franco- 
nière » dud. Bonniot aiderait de 2 journées de bœufs, 
et, moyennant ce, ferait moudre gratuitement pour sa 
famille. Le 20 août 1595, ce noble achetait de Magnan- 
Chabert le passage pour conduire l'eau de Vernaison 
à ces moulins et scie, et donnait le prix fait du pont illard 
pour faire passer Teau sur Vernaison. Il payait le pas- 
sage 10 écus, le pontillard autant. 

En 1633 et 1660, noble François Odde de Bonniot, 
sieur de Prébois, avait la coseigneurie de Vercors, qui 
en 1652 consistait a en rentes, laoudz et autres devoirs 
seigneuriaulx, » affermés 237 livres. 

Noble César Odde de Bonniot, sieur de Salières, 
présenta la Tour en 1673, avait dès 1662 la cosei- 
gneurie, à laquelle il joignit la maison de la Tour, héri- 
tée de Gauthier son oncle. Il vint même fixer sa demeure 
dans cette maison. Il y résidait déjà en 171 3, époque 
où elle est appelée château de la Tour, Il avait des 
moulins, scie et battoir, et diverses propriétés à St- 
Agnan, la propriété de Ladomaraire et les moulins et 



(i) Minutes cit., reg. de 1561, f. Ixxxj ; — Arch. et fonds cit. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 353 

scie de Chanonik St-Julien, les domaines de la Berthui- 
nière et de Larenier à St-Martin. 

Ce dernier était échu à Madeleine Martinon, veuve 
du sieur de Larenier, à sa nièce, épouse de noble Pierre 
de Beaumont, et aux enfants de ceux-ci, notamment à 
Marie-Anne de Beaumont, née vers 1693. Aussi Pierre 
de Beaumont l'administrait en 1714. Cependant César 
Odde de Bonniot était en possession de Larenier en 
1721, année où il achetait de Denis Bonnard les sour- 
ces de pré-Michon^ pour les conduire dans la basse- 
cour de ses domaine et château de Larenier. Des actes 
de 1724, 1728 et 1734 l'en disent encore le posses- 
seur. Toutefois les de Beaumont avaient conservé des 
droits à St-Martin, et un partage des domaine et châ 
teau de Larenier en attribua la moitié à Jean-Michel, 
de la Rivière, mari de Josèphe de Beaumont, fille de 
Pierre et de sa seconde femme Marie Charvin, et ces- 
sionnaire des droits de Marie-Anne de Beaumont sa 
belle-sœur. Les Michel y étaient en 1747. 

Quant à M. de Bonniot, qui avait eu dans le partage 
de Larenier la moitié des bâtiments, la tête des champs 
et le pied des prés, il souffrait, dit-on, devoir le domaine 
ainsi divisé, et François-César, son fils et héritier, finit 
par en vendre sa part en 1749 à Etienne Gauthier, ori- 
ginaire de St-Julien-en-Vercors, et son fermier dans 
cette part. Le prix fut de 7,400 livres de TEdit et 43 
livres d'étrenne. Le vendeur se réserva seulement les 
droits seigneuriaux sur les fonds vendus. 

Jean Michel, Marie-Anne et Josèphe de Beaumont 
moururent tous à Larenier en 1779, et, le 4 janvier 1782, 
Etienne Michel, héritier bénéficiaire de Marie-Anne 



354 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

de Beaumont sa tante, vendait à Joseph Gauthier, son 
voisin, pour 170 livres, un plassage et une partie des 
bâtiments de Larenier (i). 

Revenons aux Odde de Bonniot. 

Leur château de la Tour fut incendié vers 1720, et 
rincendie, qui avait brûlé ou dispersé des titres, fut 
l'objet d*une enquête. César se hâta de faire restaurer 
cette demeure, et Thabitait de nouveau en 1724. 

Ce même César, qui le 18 août 1726 acquit de M. de 
Bressieu une conseigneurie au Vercors, avait épousé 
Marthe Arnoux, fille de Jean, rentier à Die, et en avait 
eu avant 1734 plusieurs enfants bien connus. Ainsi, le 
16 octobre 1737, Marthe léguait à noble René Odde de 
Bonniot, sieur de Saint- Agnan, lieutenant dans le régi- 
ment de Conti-Infanterie, et à noble René- Alexandre- 
César Odde de Bonniot, sieur de la Chapelle, « lieute- 
nant dans le régiment de Royal-des-Vaisseaux aussi 
Infanterie,)) ses fils, à chacun 7,000 livres; à noble Jean 
Odde de Bonniot, sieur de Saint-Julien, aussi son fils, 
qui n'avait pas encore 25 ans, 7,000 livres, à Marianne- 
Marthe et Marie-Virgine Odde de Bonniot, ses filles, 
qui n'avaient pas encore 25 ans, à chacune 9,000 livres. 
Elle fait César usufruitier, et noble François-César 
Odde de Bonniot, sieur de la Bâtie, leur autre fils, 
héritier universel. 

Le 4 janvier 1745, César teste à son tour. Il lègue à 
René, alors capitaine d'infanterie au régiment de Conti, 



(i) Minutes cit., />^s5tm; — Reg. de cathol. de St-Martin-en-V. ; 
Arch. de M. Jos. Gauthier, de St-Martiiii orig. parch. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 355 

le domaine de la Berthuiniére, avec les moulin et autres 
artifices en dépendants, mais à charge de payer, à la 
décharge de l'héritier universel, 5,000 livres à l'un des 
autres légataires ci-dessous ; à René-Alexandre-César, 
capitaine d'infanterie au régiment de Royal-des-Vays- 
seaux, la somme de 5,000 livres; à Jean, pareille 
somme, et un appartement meublé dans le château de 
la Tour, et du bois pour son chauffage, s'il ne peut vivre 
avec l'héritier ci-dessous, tant qu'il ne sera pas marié ; 
à Marianne-Marthe, épouse de M. de Clermont, d'Or- 
pierre, 10 livres en sus de sa dot ; à Marie-Virgine, qui 
n'a pas encore 25 ans, 5,000 livres. Il fait héritier univer- 
sel François-César, et il veut qu'on fasse un drap mor- 
tuaire où seront les armes de la maison et qui restera à 
l'église où il sera enseveli. 

César meurt en 1767, et est remplacé à la Tour par 
François-César, son fils, lequel épousa Marie-Made- 
leine de Durand de la Molinière. 

François-César a, avec ses propriétés, 8 parts de la 
coseigneurie de St-Agnan indivise avec l'Evèque, qui en 
a 6, et avec MM. de Lamorte et Malsang, qui en ont 
chacun i. En 1750, Rochas prend de lui à ferme pour 
8 ans les domaines de la Tour, Larnaud, Fauron, la 
Molle, Rochas de Lardy, Foulettier et leurs dépendan- 
ces, ainsi que « le château de la Tour, la partie du jar- 
din de bize y attenant, le vergier, le pré de la Sagne, les 
prés acquis de M. de Chabon, la sie au dessus du grand 
pré de la Tour, les droits seigneuriaux que led. sei- 
gneur perçoit au Vercors et qui consistent en censés, 
lods, pâturages et pulvérages des montagnes dud. Ver- 
cors, droit de châtellenie, et « le pigonnier attenant 



35b SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

aud. château, composé d'environ soixante paires pi- 
geons. » Il doit payer î,ioo livres de rente par an, 
et fournir à M. de la Tour le bois de chauffage et pour 
cuire le pain, lui nourrir ses chevaux et ceux de ses 
amis lorqu'ils viendront aud. château, et tout le temps 
qu'ils y resteront, sans rien prétendre, et lui nourrir 
« son cheval foin et paille annuellement dans le cas 
qu'il en tienne un à la Tour. » 

Encore vivant en 1778, François-César était mort 
dès 1780, année où sa veuve, Marie-Madeleine de 
Durand plaidait contre Gauthier. Celle-ci avait hé- 
rité du domaine de la Tour et le possédait en 1780 ; 
car on a les lettres de ratification, accordées depuis, 
par la sénéchaussée de Valence, de la vente de ce do- 
maine passée, avant 1790, par cette dame, à Jean-An- 
toine de Gueymard, sieur de Saint-Ferréol, au prix de 
18,200 livres. 

La propriété et le château de la Tour ont passé plus 
tard à M. Chapays. 

René Odde de Bonniot, sieur de Saint- Agnan, capi- 
taine de grenadiers vers 1766 et lieutenant-colonel d'in- 
fanterie avant 1775, fut possesseur de la Berthuinière. Il 
testa en 1782 en faveur de son neveu noble François- 
René de Taxis de Clermont, avec des legs à Margue- 
rite-Marie-Anne de Taxis, sa nièce. Il signait : le Che- 
valier de Saint- A gnan. Il était mort dès 179J, ainsi que 
René- Alexandre-César, sieur de la Chapelle. 

Jean, ' sieur de St-Julien, dont nous avons parlé à 
propos de l'hôpital de St-Agnan, vivait encore en 1793. 

Marie- Virgine testa le 18 septembre 1749 devant 
Charpenel notaire à TuUins, en faveur de François- 



ESSxVI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 367 

César, son frère aîné, avec substitution, faute d'enfants, 
âe René-Alexandre et, successivement, de Jean, ses 
frères. 

Marie- Anne-Marthe, qui avait épousé M. de Taxis 
de Clermont vers 1741, en eut plusieurs enfants. Un 
d'eux fut François-René, qui avait recueilli Théritage 
de René et René-Alexandre-César, ses oncles, et était 
débiteur à Jean, autre oncle, de Théritage de Marie- 
Virgine, quand, le ij avril 1793, ce dernier songea à 
utiliser en partie les droits de celle-ci, qui lui reve- 
naient par substitution. Jean donna en effet à Rochas, 
notaire de la Chapelle, un acte de délégation pour aller 
réclamer « au citoyen René-François Taxis, résidant à 
Orpierre » (Hautes-Alpes), 5,000 francs, sur 8,000 aux- 
quels il prétendait. 

On voit enfin « François-René Taxil » vendre le 
10 prairial an 5, devant Guillot, notaire à Tourtres, à 
Joseph Marcon, de St-Martin, une terre située au Brias 
et un pré avec terre au pré du Perier^ territoire de 
St-Martin. Sur le prix de 1,800 livres, 600 livres sont 
payées comptant, et les 1,200 autres seront payées, le 
5 germinal suivant, à Odde de Bonniot du Roux, habi- 
tant à Tourre, hameau de St-Jean d'Hérans près Mens 
(Isère), à la décharge de Taxis (i). 



(i) Minutes cit., ^a55»m ; — Arch. de la Dr., fonds cit. et B, 593, 648, 
1098, 1144, 1148, 1161, 1173, 1198, I3I3, 1359, 1366, 1380, 1313; 
C, 136 ; E, 3094, 4659 ; — Mairie de St-Agnan, Terrier de 1778. 

(A continuer.) 

L'abbé FILLET. 
Tome XX. — 1886. 24 



358 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



CORRESPONDANCE D'ACHARD DE GERMANE 

avec M. de la Coste 

LU DES DISNMS PBISIDENTS A lORTUR DO PARUIIQIT DK DiOPHINl 

pendant Us deux premiirts années de VBmigraiion 

I79I-I79J. 



(Suite. — Voir les 74% 75% 76% et 77» livraisons). 

XIII (i). 

Grenoble, le 25 septembre 1791. 
Monsieur le Président, 

J'ai reçu avec beaucoup de plaisir votre lettre n** 3. Elle 
m'annonce le rétablissement de Mad" de la Coste. Je ne 
sais comment il s'était répandu un bruit alarmant sur sa 
santé ; on citait une lettre écrite par vous à Madame Tou- 
pet. Je fus la voir, et elle n'en avait point reçu. Je fus 
chez M. Duchadoz, pour lui demander si, sur les symp- 
tômes rapportés dans votre lettre, il y avait à craindre une 
maladie sérieuse. Il me rassura fort, en ajoutant qu'il eût 
mieux valu voyager en été du côté du nord, mais qu'il ne 



(1) Cdttd lettre porte, comme la précédente, le n® 12, sans doute 
par une inadvertance de son auteur. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 3 69 

s'agissait que de légères maladies, qu'il fallait sçavoir sup- 
porter. Votre lettre est venue fort à propos. Je jouis moi- 
même d'une bonne santé. Je vous remercie de l'intérêt 
que vous voulez bien y prendre. — M. le chevalier {sic) 
de Bouchage (i), qui a fait liquider sa charge de pre- 
mier président à la chambre des comptes, voudrait vous 
rembourser avec des assignats,' dont on lui a rempli ses 
poches à Paris. Il m'a pressé à plusieurs reprises de rece- 
voir les 5,000 fr. qu'il vous doit en principal. Je lui ai 
représenté qu'il était nécessaire de voir le titre qui le cons- 



(1) Marc-Joseph de Gratot du Bouchage, fils de Claude-François 
eheyalier d'honneur au parlement de Dauphiné, et de Françoise de 
Bally de Montcarra, naquit à Grenoble, le 18 septembre 1746. Il fut 
successivement capitaine du génie et procureur général syndic de 
la noblesse aux assemblées de Vizille et de Romans en 1788 et 1789. 
Il avait été reçu chevalier de Malte le 27 mai 1763. Héritier du 
marquis de Bourchenu, son oncle, il prit possession, en 1790, de la 
terre et du magnifique château de Triors, près Romans, qui avait 
été bâti en 1677 parle célèbre abbé de Leyssin, gouverneur de cntte 
ville. M. du Bouchage devint membre de la commission départe- 
mestelft de Tlsère sous le Directoire et le consulat, conseiller de 
préfecture d« Tlsère en 1802, préfet des Alpes- Maritimes en 1803, 
et de la Drôme de 1815 à fin 1822. Bonaparte, premier consul, ap- 
préciant son caractère conciliant et ferme, le créa, en 1804, baron 
de rSmpire et l'un des premiers membres de la Légion d'honneur. 
Il fut aussi chevalier de Saint-Louis et conseiller d'Etat en 1822. 
Il fit partie, jusqu'à sa mort, du conseil général de l'Isère, dont il 
était, chaque année, élu président. Lorsque le comte de Nice fut 
rendu au roi de Sardaigne, le conseil municipal, par une délibé- 
ration eu date du 5 mai 1H14, vota l'érection d'un monument 
commémoratif de son administration. L'ancien préfet de la Drôme 
est mort à Grenoble en 1829. ^Notice généalogique sur la famille 
de Gratet (complément de d'Hozier). — Paris, Firmin Didof, 1869. 
In-4^, p. 11. — 7oir aussi la Biographie du Dauphiné, art. Du Bou- 
cha^ge.J 



36o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

tituait débiteur; que s'il y avait un terme d'avertissement, 
j'étais obligé de m'en prévaloir, malgré le désir que j'avais 
de faire ce qui pouvait lui être agréable. Ni lui ni moi 
ne connaissons ce titre. 11 m'a proposé M. Barthélémy 
pour arbitre ; mais j'ai persisté à demander le titre, en lui 
ajoutant que, s'il s'agissait d'une dette à jour, et ne pou- 
vant pas refuser Toffre, je l'accepterais. Je vous observe 
en effet que lorsque une créance est exigible, on aurait 
lieu de se plaindre si vous ne receviez pas ; tandis que les 
autres reçoivent en pareille circonstance, quoique en mur- 
murant. D'ailleurs, si on consignait la somme, il serait à 
craindre qu'elle ne pérît dans le dépôt public, et que la 
perte ne tombât sur vous. Car, si ma procuration ne me 

• 

permet pas d'exiger les capitaux,on refuserait de me la re- 
mettre. J'ai promis à M. le chevalier de Bouchage de vous 
écrire à ce sujet. Je n'ai pas été aussi difficile pour un rem- 
boursement qu'il voulait faire à xM. de Saint-Didier ; mais 
il m'avait fait connaître ses intentions. — M. de Saint- 
Gratien a écrit à M. de la Minière, mon ami, de se concer- 
ter avec moi pour le transport des 6,000 fr. déposés. Il 
dit qu'il est difficile de faire compter la somme en Suisse. 
M. Périer nous a dit qu'il était plus expédient de voir un 
banquier ou négociant à Rome, qui vous remettra les 
6,000 fr. en écus romains sans aucune perte^ et en même 
temps vous lui donnerez une lettre de change sur Lyon. 
Il m'a remis la note ci-jointe. Il y a encore 1,908 fr. en 
dépôt chez M. Périer, dont vous pouvez vous prévaloir 
en même temps, si vous le jugez à propos. En ce cas, il 
faut donner 8 jours d'intervalle, et écrire afin que M. Pé- 
rier puisse avertir son banquier à Lyon, de compter les 
espèces. Si ce moyen ne peut avoir lieu, je pourrai faire 
porter la somme à Chambcry, et alors, il serait plus facile 
d'avoir une lettre de change. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 36 1 

Dom Basile (i) m'a écrit pour m'annoncer que M. Du- 
pasquier avait fait quelques avances, et qu'il désirerait fort 
les lui rembourser, ou une partie. Il n'a pas été possible, 
jusqu'à présent, de faire passer de l'argent à Chambéry ; 
tout est retenu sur la frontière, parce que le dernier décret 
n'est pas encore publié. Je mis à la poste un assignat de 
5oo fr. et j'annonçai à M. Dupasquier que lorsque je 
pourrais faire passer de l'argent, je lui adresserais la pe- 
tite somme qui reste due. Votre lettre est venue confirmer 
ce que j'avais prévu, relativement à vos dispositions. L'ab- 
bé Daniel, qui est toujours prisonnier, et qui est accusé 
d'avoir enseigné dans une lettre à uit ami, le secret de la 
poudre sympathique pour écrire, lettre qui a été ouverte 
par l'auguste municipalité ; l'abbé Daniel m'a dit que ce 
religieux et ses compagnons édifient tout le pays. On leur 
a envoyé de la Trappe des effets de sacristie et. autres. Ils 
sont contents. Ils voudraient acquérir le domaine où ils 
sont. Outre les raisons excellentes que vous donnez con- 
tre cette opération, l'abbé Daniel m'a dit que la Savoie est 
dans un état de fermentation qui fait craindre, et que 
malheureusement, le gouvernement n'est pas assez robus- 
te. La municipalité a toujours les clés de l'appartement 
que vous lui avez cédé. Elle a fait décrocheter les serrures 
des malles, armoires, etc. — JMad" de la Rolière m'écrit 
qu'on a voulu attaquer votre maison à Barbières ; mais 
que le maire l'a sauvée. Je n'ai rien su d'ailleurs à ce su- 



(1) Nous n'avons pu trouver aucune donnée sur ce religieux, ni 
sur Tordre auquel il appartenait. Nous voyons seulement qu'il était 
réfugié en Savoie, et que M. Dupasquier, correspondant et agent 
de M. de la Coste à Chambéry, lui fournissait de sa part des se- 
cours en nature et en argent. Sans doute que Pasile choisi par ce 
religieux ne devait pas être éloigné de Chambéry. 



302 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

jet. Je m'adresserai aux personnes que vous m'indiquez. 
Je n'ai pas vu les fermiers. — Notre ville et les environs 
sont fort inquiets. Nous voyons dans l'avenir une famine 
affreuse. La récolte en blé et en vin a totalement manqué 
dans le département des Hautes-Alpes ; dans les départe- 
ments voisins, elle a été très petite. Le directoire des 
Hautes-Alpes a fait acheter ici une quantité considérable 
de blé ; on refuse de le laisser passer. Notre directoire 
n'a pas voulu donner des ordres pour la circulation libre. 
On s'est plaint à l'Assemblée nationale. Je me propose de 
mettre en réserve des grains pour deux ans dans vos gre- 
niers, et ensuite défaire vendre avec publicité les grains 
surabondants. Il règne ici une sécheresse qui ne permet ni 
de labourer, ni de semer, pour avoir une récolte l'année 
prochaine. Les hommes qui pensent tremblent sur les 
événements futurs. Je ne serais pas éloigné de faire mettre 
dans des malles vos papiers et de* les envoyer à Chambéry, 
lorsque le dernier décret sera publié ici. UAmi du Roy 
et la Galette de Paris le conseillent. J'en écris aussi à M. 
de St-Disdier, qui est en Suisse dans ce moment. — Pour 
égayer un peu cette triste matière, je vous dirai qu'on a cru 
devoir recourir à St- Victor. On devait le porter en pro- 
cession. Mais quelques nationaux avaient annoncé que si 
la pluie n'arrivait pas au moment de la procession, on le 
jetterait dans l'Isère. M. Pouchot, craignant qu'on ne dou- 
tât du mérite de ses prières, si elles n'étaient pas exaucées, 
s'est contenté de faire découvrir la châsse du saint. Le bas 
peuple assure que le saint s'est levé à demi, qu'il a fait 
une grimace à M. Pouchot, et qu'il lui a tourné le dos. 
Même grimace à M. l'abbé Helli. 

Quant à Tobjet qui me concerne dans votre lettre, je 
vous observe que la municipalité voulut me mortifier, il 
y a un ou deux mois, en délibérant si on m'imposerait à 



CORRESPONDANCE D'aCHARD DE GERMANE. 363 

la patente^ comme agent. Je fis dire à cette auguste com- 
pagnie que j^étais procureur fondé, que je remplissais gra- 
tuitement ce ministère de confiance, que j'avais cru, dans 
les circonstances, devoir vous donner et à M. de St-Dis- 
dier cette marque d'attachement, et que si on voulait me 
soumettre à la patente, je me défendrais avec courage. On 
m'a laissé tranquille. Vous voyez que je ne dois pas me 
mettre en contradiction avec moi-même. Cependant lors- 
que vous serez de retour, nous verrons si je ne puis accep- 
ter cet acte de générosité de votre part(i). 

Je vous prie, de même que Madame, d'agréer l'assu- 
rance de mon respectueux dévouement. 

J'oubliais de vous dire que vous ne devez pas craindre la 
perte des assignats placés chez M. Périer. Vous ne per- 
drez que l'intérêt ; mais il ne vous payera pas, si la chute 
arrive. Il préférera de payer ceux à qui il doit des intérêts. 
D'ailleurs, il ne conserve jamais qu'environ 80 ou 100 
mille livres en assignats, qu'il s'est résigné à perdre, 
après s'être bien vengé de la Révolution ; car il a acheté 
des denrées et des marchandises pour une grosse somme, 
et il y gagne la moitié. Si vous êtes bien aise de placer 
votre argent sur le pied du 3 ou du 3 et demi, comme la 
plupart de vos confrères, on pourrait le placer ; mais, 
malgré mille demandes, j'ai préféré de remettre le tout à 
M. Périer sans intérêt; car j'espère qu'il n'y a dans cet 
arrangement qu'un intérêt de six mois ou d'un an à perdre, 
et dans un grand ébranlement, les grands propriétaires 



(1) Od Yoit par là que M. de la Coste offrait une rétribution à 
A.chard de Germane pour rintendance et la gestion de ses biens. 
Celui ci refuse, provisoirement du moins^ allégant les motifs qu'il 
a fait yaloir à la municipalité pour résister à sa prétention de l'im- 
poser à la patente. 



364 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

doivent se résigner à des pertes, surtout à celles qui sont 
aussi petites. 

25 septembre. 

(A Monsieur, Monsieur de la Coste, Président à mortier 
au Parlement de Grenoble, actuellement à Rome, 
rue Condotte, à Rome, poste restante. 



XIV 

Monsieur, 

J'ai reçu une lettre de M. votre frère, dans laquelle il 
me marque que, malgré les réflexions de M. de Montal- 
ban et les miennes, il préfère son remboursement. En 
conséquence, je lui réponds aujourd'hui que j'acquitterai 
une lettre de change qu'il a tirée sur moi, et qu'il pourra 
retirer le surplus de son capital de MM.Sabatier, qui sont 
les banquiers de M. Périer à Paris. Ce dernier écrira en 
conséquence demain à MM. Sabatier de payer. 

J'ai lieu de présumer que M. votre frère a fait une 
acquisition à Paris. Je me détermine en conséquence à 
recevoir les capitaux de M. Dupuy de St- Vincent, de Bou- 
chage et Giroud, puisqu'ils sont déposés pour vous payer. 
Cette opération me paraît plus avantageuse pour vous. 
Vous vous libérez d'un capital considérable. M. Périer 
sera encore obligé d'avancer une somme quelconque pour 
faire l'appoint des 100,000 livres; mais les intérêts ou prix 
de ferme qui écherront dans peu de temps combleront 
cette dette. Je lui ai promis verbalement que si les assi- 
gnats éprouvaient une perte notable, je ne les lui remettrais 
pas ; mais aussi, de mon côté, je ne les recevrais pas, si je 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 365 

n^étais pas assuré qu'il les prît. En prenant la détermi- 
nation ci-dessus, vos débiteurs ne pourront pas se plain- 
dre que vous refusiez le principal de votre créance pour 
vous soustraire à une perte que les autres souffrent. Le 
tribunal a pris la jurisprudence de ne pas s'arrêter aux 
délais stipulés dans les actes pour le remboursement, à la 
charge par le débiteur de payer d'avance les intérêts pen- 
dant le terme donné pour en éviter le chômage. Je ne 
crois pas cette jurisprudence juste ; on permet de violer 
un contrat. Le terme stipulé dans une constitution de 
rente peut avoir pour objet non-seulement d'éviter le 
chômage des intérêts, mais encore la perte du capital 
dans l'intermédiaire. 

Le directoire de département a fait le calcul des imposi- 
tions de cette année. Elles seront doubles de l'année der- 
nière, sauf un douzième ; c'est-à-dire que celui qui payait 
1,200 livres, payera cette année 2,3oo livres; ce qui est 
bien propre à dégriser les campagnes. On a fait, cette an- 
née, des impositions provisoires, qui étaient la moitié de 
celles de l'année dernière, et qui se trouveront le quart de 
l'imposition définitive. J'ai cru devoir payer les imposi- 
tions provisoires sur les rôles des communautés ; mais, 
d'après le conseil de M. votre frère, je payerai lentement 
les autres trois quarts. Il en sera de même du quart patrio- 
tique. On ne le touchera pas encore. Je me propose d'aller 
bientôt à Jarrie pour passer les baux. 

L'abbé Daniel a été élargi. Il paraît que la manie d'em- 
prisonner et de persécuter passe un peu. On commence 
à ouvrir les yeux. On a dévasté les bois de M. de Marcieu, 
au Touvet (i). Le tribunal a prononcé des décrets de prise 



(l) Pierre-Louis Emé de Marcieu, lieutenaDt-général des armées 
du Roi, gouverneur de la ville et citadelle de Grenoble et du bail- 



366 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

de corps. Les cavaliers ont été repoussés. On y a envoyé 
5o Corses ; on a sonné le tocsin dans la communauté et 
les voisines. Les Corses ont été obligés de s'en retourner 
sans rien faire. Notre tribunal est irrité ; mais il a été 
obligé de céder, — On a su ici, et j'ai appris avec plaisir, 
que les dames de France avaient la plus grande amitié 
pour Madame de laCoste, et que sa société leur avait 
extrêmement plu. Je vous prie Tun et Tautre d'agréer 
mes hommages. 

2 octobre. 

J'ai oublié le dernier numéro de mes lettres. Dans la 
dernière, je vous parlais de S. Victor (i). 

J'ai reçu une lettre de deux receveurs des consigna- 
tions, qui vous écrivent de vous adresser à un avocat aux 
conseils qu'ils nomment pour faire liquider votre charge, 
conformément au dernier décret de l'Assemblée natio- 
nale. 

CA continuer). 



lage de Graisivaudan, était né dans cette yille, le 13 février 1728. 
Il avait été chargé, en 1760, de faire enregistrer de force au parle- 
ment de Dauphiné deux édits du roi établissant un nouveau ving- 
tième et le doublement de la capitation : ce dont il s'acquitta avec 
une roideur toute militaire. Le peuple, et surtout les paysans, ne 
Pavaient pas oublié. Ils s*en vengèrent lorsqu'ils se crurent affran- 
chis de tout joug. 

(1) Déjà pour la lettre précédente, Achard s'était trompé de nu- 
méro Aussi, avec celle-ci recommence-t-il une nouvelle série ; 
elle est cotée n*^ 1. 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. SÔy 



LES DERNIERS COMTES 



DE DIE 



ET 



LA FAMILLE ARTAUD DE MONTAUBAN 



Parmi les familles chevaleresques du Diois et du Ga- 
pençais, celle d'Artaud de Montauban a une importance 
toute particulière : le nombre et la valeur des fiefs qu'elle 
possédait, le titre de quatrième baron du Dauphiné que 
la branche aînée avait par la seigneurie de Montmaur, les 
prélats qu'elle a donnés aux sièges épiscopaux voisins et, 
par dessus tout, la manière encore inexpliquée dont elle 
succéda aux comtes de Die dans la plupart de leurs terres, 
tout cela contribue à faire désirer de connaître un peu 
mieux son histoire, et surtout son origine, qu'elles ne le 
sont aujourd'hui. 

Si on consulte les ouvrages des généalogistes, on cons- 
tate que chaque auteur a sur la famille Artaud son opinion 
particulière et sa théorie différente de celle de son voisin. 
La Chenaye-Desbois, avec une prudence que l'on ne sau- 
rait blâmer, consacre seulement une demie colonne à la 
famille Artaud sans souffler mot de son origine ni de son 
ancienneté. 

Rivoire de la Bâtie qualifie cette maison d'illustre et 
enregistre, sans l'approuver ni la combattre, l'opinion qui 



368 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

la fait descendre des comtes de Die. Il pense qu'elle suc- 
céda en i338 seulement dans la baronnie de Montmaur à 
une branche de la famille de Montauban des Baronnies, 
ce en quoi du reste il se trompe. 

Chorier(i) croit que les Artaud sont une branche ca- 
dette des comtes de Forcalquier; il ne paraît pas attacher 
une bien grande valeur à l'opinion qui les fait issus des 
comtes de Die , opinion qui reposerait principalement 
d'après lui sur la fréquence du prénom d'Isoard dans 
Tune et l'autre famille. Dans le Supplément de VEstat 
politique (2), il donne des Artaud les degrés suivants : 

Guillaume Artaud 1 1 78, mari de la fille de 
Guillaume, seig' de TEstoille. 

I 
Guillaume Artaud, seig' d'Aix et de 
Montclar, épouse Flotte, 1368. 

I 

Isoard, 1298. 

I 

Raymond, seigneur de Montmaur 
et du Beauchaine, teste en 131 2. 

Dans Guy-AUard nous trouvons une généalogie com- 
plète et de toutes pièces de la famille Artaud de Mon- 
tauban et des comtes de Die (3). D'après ce généalogiste 
plus fécond que scrupuleux, les Artaud descendaient in- 
contestablement des comtes de Die, lesquels étaient eux- 



(1) Estât politique, t. III, p. 61. 

(2) Supplément à V Estât politique, p. J04. 

(3) Histoire généalogique des familles de Bonne^ de Crequi^ de Blanche- 
fort^ d'Agoult, de Vesc, de Montlaur, de Maubec, de Montauban, Gre- 
noble, Jean Nicolas. 1672, et Bibl. nation., cabinet des titres, 
pièces originales, vol. 107, n" 2228, pièce 13. 



LKS DERNIERS COMTES DE DIE. 3^9 

mêmes une branche cadette des comtes de Provence, et 
ils auraient succédé en i334 seulement dans la baronnie 
de Montmaur« à une branche de la famille de Môntauban 
dont ils auraient pris le nom. Voici du reste la généalogie 
des Artaud telle que l'établit cet auteur; je ferai toutefois, 
grâce à mes lecteurs, de celle des comtes de Provence que 
Guy-Allard place en tête et qu'il rattache directement au 
roi Boson. 



Guillaume, comte de Forcalquier et 
de Die, fils de Ratbod, 992. 

I 

Geoffroy dit Ponce, c*« de Die, 1027. 

I 

Isoard I, c*« de Die, 1098. 

I 

Isoard II, c*^' de Die, 1 1 5 5 . 

I 

Isoard III, c^* de Die. 



I 



I 



N . épouse Guillaume de Jausserand, bâtard, seig'' 
Poitiers et lui porte le d'Âix, LucetBcllegarde, 



comté de Die. 



vivait en 1140, épousa 
Béatrix. 

1 

Hugues Artaud, seig** 
d'Aix, Châtillon, Tru- 
chenu, Establet, Belle- 
garde, Glandage, porta 
le premier le nom d'Ar- 
taud, 1167. 



I 

Isoard, seig' 
de Luc. 



I 

Guigues, seig' de Val- 
drôme , Châtillon et 
Glandage, 1230. 

1 

Hugues 



I 

Guillaume qui Isoarde 
fait branche. 



I 

Guigues, prieur 
d*Aspres 



ijO SOCIÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Voici, à mon tour, comment je crois devoir établir 
cette généalogie de la maison Artaud de Montauban â 
partir des derniers comtes de Die. 



Uoard, c*« de Die, 1 149-1 166. 



I 

Pierre-Isoard, 1166. 



I 

Roais, femme de Hugues 
d*Aix, 1 176-1 190. 

I 



I 

Guillaume Artaud, seig' 
d'Aiz, Montmaur , du 
Beauchaine, du Dévo- 
luy, Glandage» du Col- 
let, Grimone, Bonabel- 
le, Lus, Montbrand, de 
la Baume, de la Cluse, 
etc., 1 190-1230. 

I 

Isoard d^Aix , eeig' des 
mêmes terres, époux de 
Dragonette de Montau- 
ban, 1305, mort pro- 
bablement en 1244. 



I 

Hugues, 1 190. 



Hugues, 1305. 



I 

Raymond de Montau- 
ban, seig' des mêmes 
terres, 1339-1264. 

1 

Raynaud de Montau- 
ban, baron de Mont- 
maur, s' du Dévoluy, de 
la Cluse, de la Baume- 
Noire et en partie du 
Beauchaine, isSi. 



1 

Malberione, 1344, 



I 

Guillaume Artaud, seig' 
en partie du Beauchai- 
ne, d*Aix, Aspres, etc., 
1281. 



I 
Isoarde, dame de la 

Baume , épouse Ray- 
mond d*Agoult. 



i 

Guillaume, 1348. 



Clomme on peut en juger, les différences entre cet arbre 
généalogique et celui de Guy-AUard sont assez nombreu- 
ses; il s'agit maintenant d'en prouver l'exactitude, de 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. îj l 

passer successivement en revue chacun des personnages 
qui y paraissent et de prouver par des actes authentiques 
leur existence, leurs alliances et les degrés qui les ratta- 
chent à leurs prédécesseurs et à leurs successeurs. 



I 



IsoARD, comte de Die. Isoard, comte de Die, concède 
en 1 149 à la chartreuse de Durbon tout ce quMl possède 
dans les quartiers de Rioufroid et du Garnaisier (i). En 
1 166 il vend à la même maison religieuse, moyennant 5o 
sous, le bois de Ramail et la montagne de Chamousset (2). 
La même année, pour la somme de 200 sous il accorde 
également à Durbon les pâturages de la Jarjatte et le 
droit de prendre du bois et de vaine pâture dans les man- 
dements deToréne,du Pilhon, Lesches, Luc et Quini(3). 
Il eut deux enfants : Pterre-hoard et Roais, 

PiERRE-IsoARD. Ce seigneur mourut probablement avant 
son père; il ne laissa aucun héritier. Il paraît dans les 
deux chartes de i (66 citées dans Tarticle précédent, pour 
approuver les concessions faites par Isoard, son père, à 
la chartreuse de Durbon. 



II 



Roais. Dans une charte de 1 176, confirmative des libé- 
ralités précédentes, Roais est dite fille d'Isoard, comte, et 
sœur de Pierre-Isoard. Le même document nous apprend 



(1) Cart. de Durbon, charte 135. 

(2) Ibid., charte 126. 

(3) IWd., charte 136. 



372 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

qu'elle avait épousé Hugues, seigneur d'Aix (i). Elle 
hérita de la plus grande partie des biens de son père ; en 
efi'et nous allons voir ses descendants posséder de nom- 
breuses seigneuries dans les comtés de Die et de Gap. 
Elle eut deux enfants, peut être même trois : Guillaume^ 
Hugues et Isoarde, 

Hugues. Ce personnage parait comme approbateur 
avec son frère Guillaume, dans une charte de 1 190 ou 
1191 par laquelle Hugues d'Aix, son père, confirme, 
moyennant 40 sous à la chartreuse de Durbon tous ses 
droits sur le Ramail, Chamousset et la Jarjatte (2). Il 
laissa un fils nommé Hugues, comme lui. 

L'existence de cet Hugues, fils du précédent, nous est 
démontrée par une charte du 21 octobre (12 des kalendes 
de novembre) i2o5, par laquelle Guillaume Artaud, dont 
il va être question à l'article IH, vend pour 25 livres à la 
chartreuse de Durbon, en son nom et en celui d'Isoard, son 
fils, et de Hugues, son neveu, tout ce qu'il possédait dans 
le tènement de Vaux, à Montmaur, entre la Font-vineuse 
et la roche Molière (3). C'est à cet Hugues que Guy-Allard 
dans sa généalogie parait avoir rattaché toute la série des 
Artaud, seigneurs d'Aix, Châtillon, Establet, Glandage, 
etc., mais il y a lieu de rejeter cette opinion. Nous allons 
voir en effet toutes ces seigneuries possédées encore en 
1244 par les descendants authentiques de Guillaume 
Artaud, oncle de Hugues, dont il va être question tout à 
l'heure. La division de la famille Artaud en plusieurs 



(1) Cart. de Durbon, charte 137. Autre copie. Arch. des Hautes- 
Alpes, fonds de Durbon. 

(2) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon. Deux copies datées 
Tune de 1190 et l'autre de 1191. 

(3) lînd, charte originale. 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. SyS 

branches, qui se sont partagé Théritage des comtes de 
Die, a donc eu lieu, non à la fin du XII^ mais au milieu 
du XIIP siècle. 

IsoARDE. Il est à croire que Roais et Hugues, son mari, 
eurent une fille nommée Isoarde. En effet le 12 décembre 
(2 des ides de décembre) 1220, Raymond d^Agoult confir- 
me à la chartreuse de Durbon et à la maison des Tem- 
pliers de Lus les donations qui leur ont été faites par 
Isoard, comte de Die, Pierre-Isoard, son fils, et Ray- 
mond d^Agoult et Isoarde, père et mère du confirmant (i). 
Cette Isoarde était donc incontestablement de la famille 
des comtes de Die, elle était ou la fille du comte Isoard ou 
sa petite-fille par Roais, femme de Hugues d'Aîx. Je pen- 
cherais plutôt vers cette dernière opinion. En effet si 
Isoarde avait été sœur de Roais, elle aurait partagé sans 
doute avec elle les biens paternels avec une certaine égalité, 
tandis qu'il n'en fut rien, elle et ses descendants n'ayant 
eu pour tout apanage qu'une portion de la petite seigneu- 
rie de la Baume. Fille de Roais au contraire, on com- 
prend à merveille qu'elle ait été sacrifiée à Guillaume 
Artaud, son frère aîné, auquel fut dévolu l'héritage pres- 
que tout entier de ses parents. Quoi qu'il en soit, la bran- 
che de la famille d'Agoult issue de Raymond d'Agoult et 
d'Isoarde a possédé pendant tout le moyen âge et jusqu'au 
XVII* siècle la coseigneurie de la Baume. 

J. ROMAN. 
(La fin à la prochaine livraison) 



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LE TEMPLE DU CHATELET 



4»i-*«a 



Je fais appel à la bienveillance des Lecteurs du bulletin de la 
Société d'Archéologie et de statistique de la Drôme pour me 
permettre de leur communiquer un passage du compte-rendu des 
séances de l'Académie des inscriptions et belles lettres de l'année 
i8S^ f^* série, tome ij, bulletin d'octobre, novembre et décem- 
bre) , lu à la séance du 6 novembre par M, Alex. Bertrand qui y a 
présenté en mon nom la brochure que fai publiée sur le temple 
du Châtelet, et leur soumettre ensuite de courtes observations à 
ce sujet : 

Séance du 6 novembre. 

« M. Bertrand présente au nom de M. L. B. Morel, une bro- 
« chure de 53 pages, 2 plans et 19 bois concernant les fouilles 
« faites en 1882, 1883 sous sa surveillance au Châtelet d'An- 
« dance (Ardèche). » 

« On soupçonnait depuis longtemps, dit-il, qu'un temple 
« romain avait existé sur cette hauteur; une borne milliairc 
« de Constantin, un chapiteau d'ordre composite, de nom*- 
« breuses médailles impériales y avaient été découvertes en 
« 1822. La borne milliaire et le chapiteau peuvent se voir en- 
« core à St-Sorlin de Moras dans la cour du vieux château : 
« M. Morel qui habite Andancette a voulu avoir la solution 
« du problème archéologique que la présence de ces antiqui- 
a tés soulevait naturellement. Depuis deux ans, il faisait des 
« recherches ; les fouilles ont donné des résultats intéressants. 
« L'existence d'un temple au Châtelet, sous la domination 
« romaine du I" au IV* siècle, parait aujourd'hui à peu près 
« certaine. Malheureusement rien n indique encore en l'honneur 
« de quelle divinité ce temple avait été érigé. On ne peut faire 
« à cet égard que des conjectures. La probabilité est que la 
« divinité était Mercure, le dieu le plus généralement adoré 
a dans les Gaules ; mais il est prématuré de rien affirmer à 
« cet égard. Nous trouvons là en tous cas un exemple de plus 



LE TEMPLE DU CHATELET. SyS 

< de Férection de temples sur les hauts lieux de la Gaule, où ils 
a remplaçaient, selon toute vraisemblance, les divinités loca- 
« les. Il faut espérer qu'avant peu nous pourrons dresser 
« une carte des localités où lès petits centres religieux ou buts 
« de pèlerinage ont laissé des traces, carte dont l'intérêt sera 
c d'autant plus grand que la majeure partie de ces temples 
€ ont été à partir du V* siècle, remplacés par des églises ou 

< des chapelles. » 

Ce compte-rendu contient des inexactitudes capables de dé- 
naturer le résultat du travail et il est un point qui a particu- 
lièrement frappé mon attention, c'est le fait de passer com- 
plètement sous silence des conclusions qui ont un caractère 
de certitude et dont je tiens les preuves à la disposition de 
qui veut en prendre connaissance. 

Voici ces conclusions : 

« En résumé, s'élevait sur le plateau qui forme le sommet de 
« la montagne du Châtelet : 

« Un temple romain, orienté conformément aux prescriptions 
€ de Vitruve, bâti à la mesure romaine et ayant la forme d'un 
« carré parfait; il était entouré d'un portique également carré, 
« dont la face occidentale était garni de colonnes cannelées, 
« surmontées de chapiteaux corinthiens. 

« Le pourtour de cet édifice n'avait pas sept mètres de moins 
t que celui de la maison carrée de Nîmes. 

<t Ce temple occupait le milieu d'une enceinte rectangulaire, 
t fermée par un mur de clôture, auquel était attenante une 
« galerie ou cryptoportique enveloppant toute la cour. Cette 
a galerie était interrompue, au couchant par un porche ou 
« pavillon d'entrée et par deux pavillons aux angles nord-est et 
« sud-est. 

« Le niveau du temple était supérieur à celui de la cour, et le 
« niveau de celle-ci supérieur lui-même au niveau du terrain 
« extérieur, sur lequel s'élevaient différentes constructions on 
c dépendances séparées de l'enceinte Sacrée. 

€ Au !•' et au II* siècle, Apollon était en honneur au temple 
€ du Châtelet ; ainsi que l'atteste un ex-voto, et c'est probable- 
« ment à ce dieu qu'était consacré le temple. 






376 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« A la fin du IV* siècle ou dans les premières années du V*, 
< les statues, les ejc-vo/o, les vases sacrés, les revêtements de 
« marbre précieux qui décoraient la cellay ont été brisés et 
« leurs fragments dispersés. 

« Au VI' siècle, le temple était transformé en oratoire chré- 
€ tien et peut-être aussi son enceinte en monastère ; il fut, plus 
a tard, détruit de fond en comble à une époque que l'on ne 
« peut préciser. 

« Au XI* siècle, on utilisa certains matériaux pour la cons- 
« truction de l'église de Saint-Pierre de Champagne, située à 
a 3 kilom. au nord et notamment les deux chapiteaux corin- 
c thiens, qui décorent l'intérieur du chœur de cette église. » 

Cet oubli permet à M. Alex. Bertrand d'émettre la conjec- 
ture invraisemblable de l'attribution du temple du Châtelet à 
Mercure. 

La découverte d'un ex-voto à Apollon, plusieurs fragments 
de statues ramenés au jour et surtout celui découvert récem- 
ment encore, représentant la partie droite et supérieure d'une 
statue en marbre blanc ; (Dans ce dernier, le sein droit drapé, 
la partie dorsale revêtue d'une seconde draperie, l'amorce du 
bras droit, la courroie avec son agrafe passant sous le sein et 
qui devait servir à retenir un carquois, tout porte à croire à 
une statue de Diane, divinité dont le culte était le plus souvent 
associé à celui d'Apollon) ; enfin les cornes de taureaux trou- 
vées en abondance ne sont guères de nature à faire supposer 
que le temple fût dédié à Mercure ; on sacrifiait à ce dieu non 
pas un taureau mais le plus souvent un bouc tandis que la 
victime ordinairement offerte à Apollon était au contraire le 
taureau. (V. Marquardt. Romische Staatsverswaltung Dritter 
band. p. 168.). 

Ce ne serait donc que fort inutilement que j'aurais consacré 
non pas deux ans, comme le dit M. Bertrand, mais bien qua- 
tre années à cette question d'archéologie locale, que j'aurais 
sacrifié pour cela, une importante somme d'argent et que j'aurais 
levé aussi exactement que possible le plan du monument qui 
n'était pas d'une médiocre importance et dont il n'est pas dit 
un mot dans le compte-rendu. Rien ne peut autoriser M. Ber- 
trand à émettre une semblable opinion, si ce n'est sans aucun 



LE TEMPLE DU CHATELET. Syy 

doute, le désir d'augmenter le nombre assez considérable déjà 
des temples dédiés à Mercure. 

Il nous dit du reste, qu'avant peu il espère pouvoir dresser 
une carte des localités où les petits centres religieux ou buts de 
pèlerinage ont laissé des traces, et probablement, dans cette 
carte. Mercure ne sera pas sans avoir une belle résidence au 
Châtelet. 

M. Bertrand dit encore qu'on ne peut faire à l'égard du dieu 
adoré au Châtelet que des conjectures, aussi s'empresse-t-il 
d'en faire abondamment au profit de son dieu gaulois. Enfin 
quelle que soit l'importance donnée au culte de Mercure, dans 
les Gaules, son ubiquité ne doit pas s'établir au détriment des 
autres dieux qui ne tarderaient pas à exercer de justes revendi- 
cations et à accourir en foule au Châtelet d'où on en a déjà fait 
descendre un certain nombre, notamment Mars et Bacchus et 
avec plus de vraisemblance, Apollon et Diane. 

Ce ne serait plus un temple qui aurait existé dans l'antiquité 
sur cette colline mais bien un Panthéon ! 

Je dois aussi signaler une erreur dont je me suis involon- 
tairement fait l'écho dans la publication de mon travail. Il s'a- 
git d'une borne milliaire de l'empereur Constantin II, au sujet 
de laquelle j'avais cru devoir publier un erratum devenu inutile 
aujourd'hui. Depuis, en effet, M. Emm. de Berlhe ayant eu 
l'obligeance de mettre sous mes yeux des notes manuscrites, 
j'y trouvais que le susdit milliaire avait été vu et copié par 
M. Magnard le 12 décembre [825 à Roussillon dans la cour de 
la propriété de M. Albert. Cette rectification a été faite par 
M. AUmer, dans le n** 37 § 579, p. 164 et 165 de la Revue épi- 
graphique du midi de la France, d'après une note que je lui ai 
fournie. « Cette inscription, y est-il dit, n'a donc pas été dé- 
€ couverte à Andance sur le plateau du Châtelet et elle n'ap- 
« partient pas à la voie romaine de la rive droite du Rhône. 
€ Elle provient de la grande voie de Lyon à Arles et au littoral 
« Marseillais, sur la rive opposée du fleuve, voie sur laquelle 
c sa place exacte devait être à 6 kilomètres ou 4 kilomètres et 
« demi, au nord de Roussillon. » 

L. B. MOREL. 

Andancette, le 12 mai 1886. 



378 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

UNE FAMILLE VALENTINOISE : 

LES DE CONCHES 



•« 



On croit généralement que les villes et villages laissaient 
jadis complète liberté à chacun de leurs habitants de pren- 
dre des qualifications nobiliaires : c'est là une erreur dé- 
mentie par les faits. 

Sans doute, l'opposition eût été purement platonique 
si la noblesse avait eu pour unique résultat d'élever un 
homme au dessus des autres; mais elle octroyait l'exemp- 
tion des tailles et du logement militaire : aussi le tiers-état 
résistait-il avec énergie aux anoblissements. 

Parmi les nombreux exemples à citer, le procès engagé 
par les consuls de Valence contre les de Conches suffira à 
notre thèse. 

Cette famille, d'après le savant travail de M. de Coston, 
remontait au XIV* siècle, à Montélimar, où vivaient Phi- 
lippe, orfèvre, en 1 3 5o, François et Antoine en 1874 et 
1378, Jean, notaire, en 1627, et Antoine, fils de ce dernier 
vers i55o. 

Jean, notaire, frère d'Antoine, devint contrôleur et 
secrétaire de la ville de Valence, acquit en 1643, des com- 
missaires du roi, la seigneurie de Montmeyran, dont il 
garda une moitié jusqu'en 1574, Charles IX lui en ayant 
alors remboursé le prix pour la rendre à Sébastienne de 
Clermond-Tallard (i). 

Or, l'acquisition d'un fief et la qualification d'écuyer n'é- 
taient pas les seules raisons favorables au maintien de la 
noblesse de Jean de Conches ; il produisait en outre quel- 
ques pièces dignes d'être connues, comme les lettres sui- 
vantes : 

« François de Bourbon, comte d'Enghien, général pour 



(1) lovent, de la Chambre des Comptes, au mot Montmeyran. 
Histoire de Montélimar^ 



LES DE CONCHES. 379 

a le roy deçà les monts scavoir faisons que désirant 

« gratiner et bénéficier en quelque degré d'honneur ceux 
^ qui ont esté en la batalhe que nous avons dernièrement 

(c gaignée contre l'armée de Charles quint soubs le 

(c marquis del Vast (Alphonse d'Avalos, marquis de 
« Vasto)en la plaine de Cerizolles le 14 avril 1644, et 
(C entre autres nostre ires cher et très ame secrétaire 
« ordinaire Jehan de Gonches, seigneur de Montmey- 
« ran en Daulphiné, s'estant trouvé en icelle avec nous et 
« soubs nostre comète et faict le debvoir d'un gentil- 
ce homme digne de bonne estimation et recommandation, 
a nous avons à icelluy, après la victoire, donné l'ordre de 
« chevallerie en luy balhant l'accolade et puis de nostre 
(C espée d'armes Tavons faict chevalier de M. St Geor- 
« ges ([). » Donné « à Garmaignolle le i5* jour d'a- 
« vril 1544. » 

Le 16 juin suivant, le même François de Bourbon 
accordait à de Gonches pour l'exonérer de l'arrière ban un 
certificat établissant la nécessité de sa présence auprès de 
lui. 

Après la campagne d'Italie, le seigneur de Montmeyran, 
archer d'armes « esleu pour le service de Tarrière ban », 
était chargé par Félix Bourjac, sénéchal du Valentinois 
et Diois du recouvrement de certaines sommes (24 juil- 
let i555-) 

En i568, le 28 mars, le seigneur de St-Chamond, capi- 
taine de 5o hommes d'armes, lui accordait comme soldat 
de sa compagnie une sauvegarde pour lui et sa famille. 

Enfin, le 26 février ïSyy, Jean de Montluc, comte de 
Valentinois et conseiller du roi en son conseil privé, trou- 
vant sur le rôle des bourgeois, marchands et aisés de Va- 
lence dressé en vue d'un emprunt pour la conservation de 
la ville, « noble Jehan de Gonches, chevallier, seigneur de 
« la maison noble de La Condamine à Montmeyran (2), 



(1) Le Dictionnaire de la France de M. Ludovic Lalanne fait créer 
cet ordre de chevalerie, à la fin du XIV* siècle en faveur des 
Francs-Comtois catholiques, nobles de 16 quartiers. 

(2) Le 23 octobre 1543, les Commissaires du roi avaient aliéné 
pour 1,500 livres à Jean de Conches, contrôleur de Valence, les 
châtellenie et terre de Montmeyran, rendues en 1574 à Sébastienne 
de Clermont-Tallard par Charles IX. — (Invent, de la Chambre des 
Comptes). 



38o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

et jadis secrétaire de feu très illustre prince le comte d'An- 
« ghien....», Ten fit « rayer, bifFer et canceller, en sa prê- 
te sence, « selon le debvoir et raison. » 

Il semble que ces documents étaient de nature à désar- 
mer les Valentinois et le Parlement de Grenoble, et pour- 
tant, cette cour, par deux arrêts, débouta Jean-Antoine de 
Conches, fils de noble Jean, « de Teffect ei entherinement 
« des lettres royaulx tendant à rehabilitation de no- 
ce blesse », le 3 août i6i5 et de sa noblesse prétendue, en 
1619, bien qu'il eût produit une infinité de quittances de 
Farrière-ban, depuis 1546. 

Jean avait eu d'Isabeau de Sassenage : Jean, Charlotte, 
mariée avec d'Izerand, seigneur de la Fontoule, sur St- 
Donatet ensuite avec Humbert Perréon, notaire de Loriol 
et Jean-Antoine, conseiller au Présidial, possesseur d'une 
maison à Montelimar en 1625. Ce dernier laissa une fille 
unique, Marie-Marguerite, qui épousa Charles Calvin, 
seigneur de St-Marcel, président du Présidial, dont le 
petit-fils, Charles, brigadier des armées du roi, mourut 
en odeur de sainteté, en 1755. (i) 

Déjà la famille de Conches avait eu une pieuse fille, 
amie et compagne de Marie Teyssonnier et son émule 
en dévotion. 

Tout en perdant leur noblesse les de Conches ont donc 
conservé des titres au souvenir des habitants de Valence. 



A. L. 



(1) Mémoires de Michel Forest. 



GUILLAUME DE LAVOULTE 38 1 



GUILLAUME DE LAVOULTE 



I lawi I ■ 



Dans la description scientifique du gros d^argent de 
Guillaume de Lavoulte, appartenant à M. Lalande, avoué 
à Valence, l'auteur s'est exclusivement borné à la partie 
numismatique, où il excelle, sans toucher à Thistoire du 
prélat. A la vérité, les excuses ne manquaient pas pour 
négliger cette biographie, si Ton ne consultait que le 
P. Columbi et le continuateur érudit du Gallia Chris- 
tiana (i). Mais, le classement des archives municipales et 
quelques autres publications récentes permettent de révé- 
ler plus d'un détail intéressant sur Tépîscopat de Guil- 
laume. 

D'après un travail succinct et très exact de M. de Gallier, 
le prélat descendait d'une très ancienne famille du Lan- 
guedoc, qui porta les titres de prince, de marquis et 
même de satrape, en souvenir des Croisades, et il était 
le 2' fils de Bermond III d'Anduze, seigneur de Lavoulte, 
et d'Aliénor de Poitiers (2). 

D'abord abbé de St-Vincent et ensuite vice-camérier 
du pape Urbain IV, il fut nommé administrateur de l'é- 
vêché de Toulon, en i364 et évêque de Marseille en r368. 
Urbain VI, le 28 avril 1378, dix jours après son couron- 
nement à Rome, et six mois avant celui de Clément VII 



(1) De rébus gestis episcùp. VeUerU. et Diens. — Hauréau, Gallia Chris- 
tiana T. XVI. 

(2) Revue du Dauphiné et du Vivarais, pp. 40 et 80 de la 1'* année. 



38-2 soctÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

à Fondi, le transféra sur le siège épiscopal de Valence et 
Die, à la prière des chanoines des deux églises, et en con- 
sidération de ses grandes vertus (t). 

Selon M. Hauréau, Guillaume de Lavoulte aurait con- 
firmé en 1 38o les libertés de Valence, fait dont nous ne 
trouvons pas de preuves, et Columbi rappelle un hommage 
que lui prêta pour Beauchastel Odon de Retourtour, et 
un appel au roi et au pape de certaine décision dont il 
nMndique ni la cause, ni la nature (2). 

A cela près se réduisent les détails connus jusqu'ici sur 
son épiscopat. 

Mais les archives de Valence renferment deux chartes 
intéressantes pour l'histoire de cette époque troublée par 
les incursions des Compagnies Franches. 

Le premier document se rapporte à des difficultés sur- 
venues entre noble et magnifique Jean de Roussillon, sei- 
gneur d'Anjou, Guillaume de Lavoulte [Guillelmum de 
Voutà)^ évêque et comte de Valence et Die, et la commune 
de Valence, et dont la solution avait été confiée à Hum- 
bert de Ternay [de Temial]^ dit Cornu, damoiseau. 

Appelé au secours de la ville, en r38r, Jean de Rous- 
sillon était venu résider à Valence, à cause de la guerre 
de ceux qui occupaient Soyons [guerre illorum qui erant 
in Subdioné) et n'ayant touché ni ses appointements, ni 
le prix des vivres fournis à ses hommes d'armes, il était 
rentré dans son château en laissant en gages un cheval 
bai avec ses harnais chez un aubergiste et chez un four- 
bisseur. 



(1) M. Tabbé Chevalier, Choix de documents inédits : Carlulaire de 
Die, pp. 145-146. 

(2) Ouvrages déjà cités. 



GUILLAUME DE LAVOULTE 383 

Ces derniers voulurent être payés et de Ternay vint 
réclamer Texécution d'engagements solennels pris avec le 
sire de Roussillon. Les habitants de Valence reconnurent 
leur dette et donnèrent satisfaction complète à son man- 
dataire. Ils étaient représentés alors par d'Eschalon, 
Ardenc, de Lachau, Brunet, Clair etc. et la quittance 
donnée fut lue dans la chapelle des Frères-Mineurs, dédiée 
à St- Etienne (i). 

Chorier nous apprend que des troupes de cavalerie, 
licenciées par le duc de Bretagne, au nombre de 6000 
hommes, avaient été appelées en Italie par le pape et 
s'accageaient sur leur chemin tous les villages où elles 
passaient. 

Le gouverneur du Dauphiné, Boville, « tâcha de se 
« mettre en estât de les pouvoir contenir et réprimer leurs 
« violences. Si est-ce qu'elles forcèrent le bourg de Soyons 
« dans le Valentinois, et il fallut pour les en chasser trai- 
« ter avec leurs chefs » (2). 

L'historien ne précise pas autrement les faits et la 
charte citée plus haut permet seule de les reporter à 
Tannée i38i, la quittance d'Humbert de Ternay étant du 
• 1 1 novembre. 

Ce n'était pas la première fois, d'ailleurs, que des sol- 
dats errants semaient l'épouvante dans Valence : dès i3Ô2, 
Louis de Villars, évêque de la ville avait autorisé une im- 
position sur le vin pour réparer ses murs d'enceinte, et ce 
tribut appelé commune du vin^ forma dans la suite avec 
le pesage et le sesterage des grains, le trahut ou sortie des 
marchandises, le fonds des indits ou octrois (3). 



(1) Archives municipales de Valence £E. 

(2) Histoire abrégée du Dauphiné^ 11* part., p. 17. 

(3) Archives de la ville, série C. 



384 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Les Compagnies Franches en se succédant les unes aux 
autres nécessitèrent plus d'une fois le renouvellement de 
rimposition dite Commune du vin et en i383, le 14 juin, 
Guillaume de Lavoulte l'autorisa à son tour et elle fut 
mise immédiatement en adjudication ; Bochon en prit la 
recette et se substitua Duclaux, qui s'engagea à construire 
260 toises de murailles, conformément à un cahier des 
charges en langage vulgaire, utile à consulter pour les 
philologues (i). 

Là s'arrêtent nos renseignements. Au surplus, cette 
même année Guillaume de Lavoulte était transféré sur le 
siège d'Albi, et mourut dans cette ville en iSgy. 

Il a paru intéressant de rappeler ces faits pour mon- 
trer les rapports intimes de la numismatique avec l'his- 
toire. 

A. L. 



(1) Archiyes municipales de Valence EE, 



•••4^>H»'^S«-»**- 



CHRONIQUE. 385 



CHRONIQUE 



Nous espérons pouvoir rendre compte prochainement 
de fouilles intéressantes. Pour le moment, les nouvelles 
se réduisent à des publications : 

I ® Ymbert de Batarnay^ seigneur du Bouchage^ con^ 
seiller des rois Louis X/, Charles VIIL Louis XII et 
François I^^ (1438-1 523), par Bernard de Mandrot. Paris, 
Alph. Picard, i vol. in-8 de 404 pp. avec héliogravure et 
tableau généalogique : excellente monographie, sur preu- 
ves, d'un personnage important pour l'histoire de France 
et celle de la Province. 

2" Histoire et description de la tour de Crest en Dau- 
phiné^ par G. Arnaud, directeur de la restauration histo- 
rique du monument, officier d'académie. Paris, Grassart, 
1886 br. in-8 de 64 pp. 

3® Les antiquités de Pact^près de Beaurepaire [Isère] 
par l'abbé Chapelle, Valence, J. Céas, 1886 br. in-8* 16 
pp. (tirage à part du Bulletin). 

4® Description de Beausemblant et de Creure^ Boresse 
et St-Philibert qui en dépendent^ canton de St- Vallier 
(Drôme)^ par Joseph Bordas Valence, imprimerie Valenti- 
noise 1886, br. in-8s 8 pp. 

5* Une promenade à Bathernay canton de St-Donat 
(Drôme) par le même auteur br. in-S** pp. 

6" Notice sur la chapelle de St- Joseph de Vals^ canton 
de St' Vallier (Drame) br. in-8 pp. 

7» La petite revue dauphinoise bibliographique et litté- 



?86 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

raire publiée par la librairie Emile Baratier continue ses 
utiles renseignements dans les n** 3 et 4. 

8® Itinéraire de Louis XI dauphin^ par M- le chanoine. 
Ulysse Chevalier, br. in-8% de 8 pp. 1866. 

9* Orthographe des dialectes de la Drôme par Tabbé 
L. Moutier — Valence, imprimerie Valentinoise, br. in-8 
de 2 1 pp. 

10® Recherches sur un ouvrage de S. François de Sales 
{T Etendard de la Ste Croix\ par Eugène Ritter, — Ge- 
nève Georg. 1884 br. in-8% 23 pp. 

II* Mentionnons aussi le Bibliophile de Dauphiné^ 
revue des livres anciens et modernes, rares, neufs, d'oc- 
casion et sur le Dauphiné et folklore du Dauphiné, diri- 
gée par M. L. Xavier Drevet, licencié en droit. 

12** Nécrologie, le comte Henri de La Tour-du-Pinde 
La Charce^ par Tabbé Lesbros. — Nantes, 1886, br. in-8®, 
1 1 pp. 

La prochaine séance aura lieu en septembre. 

La nouvelle de la mort de M. l'abbé Soulier nous arrive 
à rinstant. Nous parlerons de ses travaux géologiques. 

A. L. 



«•- 



SÉANCE. ^87 



SÉANCE DU 10 MAI 1886 



nismm n i. tauptir. 



L'assemblée est nombreuse et 37 membres y sont pré- 
sents ou représentés. On procède au renouvellement du 
bureau et du comité de publication et 36 voix maintiennent 
à leur poste les anciens titulaires : (i) Après la proclama- 
tion de ce résultat, M. Vallentin, en interprète éloquent de 
la Société, remercie M. de Gallier d'avoir bien voulu, 
faisant trêve à sa douleur, accepter de nouveau la prési- 
dence d'une société qui apprécie son érudition profonde et 
sa bienveillance exquise. 

MM. Vallentin et Lacroix présentent ensuite M. Jullian 
artiste peintre, à Montélimar, comme membre titulaire 
et M. Vaschalde, Albert, pharmacien de i" classe à Vais, 
Flasseur et Lavauden ancien préfet, avocat à Grenoble, 
comme membres correspondants. 

Ils sont proclamés à Tunanimité. 

M. Tabbé Jassoud demande par lettre que chaque mem- 
bre envoie au Bulletin des notes sur sa localité : c'est bien 
là, en effet, la raison d'être de la Société, et jusqu'ici elle 
a assez rigoureusement suivi son programme. 

Toutefois, l'utilité des informations prises sur place 



{1) Voir les noms à la fin du tableau des Membres. 



2^*5 vxr-lTi ^'jLi":HE.'.LVi-£ ET :« ^^a-^st- .:t£- 



et la coc^iita* :,:; d« trai-t ^n.5 Ivcila. H:r$ ie li« ce 



Cjcç!c:AiC\ zfjTr.-zyt des q^estloris îvo.écs posées d'avasce 
pc'^rra:e::t fere uzi'.tsitnt résolues par les iDc=:brrs de la 
Société, \'^%%cxr»t\ét, ^iciic^ k titre d essaie de dec:;5::-ier 
!• la sig-iifiraîi'^n d j mot roman to::s$A. iouiissa^ coiissa 
oj couiitta^ lc%i ctlcs c ic confondant aisémest ; 

}* la bio-blbjographîe de Jules Pacius, professeur de 
l'université de Valence ou de tojt autre juriscoasulte 
éminent, son prédécesseur ou son successeur ; 

3* la biographie de Nicolas, médecin, né à Châtilloo-en- 
Diois, confondu par les auteurs arec un autre Nicolas, 
médecin à Nanc^' : 

4* une étude sur Layolle, musicien du XV* siècle, né à 
St'Rambert d'Albon ; 

3* des recherches sur Nicolas Pinson etTreillard Jac- 
ques-André, artistes Valentinois ; 

6^* des états de charges de la propriété foncière avant 

L'assemblée décide aussi qu'en présence de Tabondance 
des matériaux envo3'és pour la composition du Bulletin^ 
le même auteur ne pourra provisoirement obtenir plus de 
16 à 20 pages de composition dans chaque Bulletin. 

Une lecture sur les libertés communales aux Baronnies 
termine la séance. 



>— »»^ M ^5#— 



ANDRÉ DE LAFâÎSSE. 3Sq 



ANDRÉ DE LAFAISSE 

( d' A\ibenas ) 

MARÉCHAL DE BATAILLE 
Sa Famille, son Histoire et sa Correspondance. 

(1570-1681) 



StJiTB. — Voiries 68«,69% 70», 71*, 73», 73% 74% 75% 76» 77* et ^%^ livraisons. 



Le ministre François Michel Le Tellier, marquis de 
Louvois, écrivit le 27 septembre 1674, par ordre du roi, 
à Jean de Rouillé, comte de Meslay, intendant de ia Pro- 
vence, d'entendre Tévêque et les religieuses et de lui adres- 
ser un rapport permettant au roi de prendre les mesures 
nécessaires. Les dames de Saint-André mirent très peu 
de bonne volonté à fournir des explications, bien qu'elles 
eussent déjà assigné l'évêque devant le parlement de Gre- 
noble. 

On voit apparaître, pour la première fois, en 1674,1e 
nom de Jacqueline du Pré ou Dupré, cousine de Lafaîsse 
religieuse dans le couvent de Saint- André, et dont la no- 
mination^ comme coadjutrice, donna lieu à un si grand 
nombre d'incidents. 

Elle écrivit le 8 février 1674, à son cousin, alors en 
visite chez M. de Barcelone (de Marsanne), les lettres 

suivantes : « Nos affaires avec l'évêque sont à peu près 
dans le même état : nous n'avons point de messe ; nos 
habitants ont donné une requête devant le juge d'Orange 

Tome XX - 1886. 26 



?90 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

pour la demander, et nous, une autre, pour le dégât que 
révêque de Vaison a fait dans nos bois. On doit enten- 
dre demain des témoins.... M. de Causans nous a fait 
faire une requête à M. de Grignan, qui engage Tabbesse à 
s'arranger avec l'évêque.. . » 

« Juillet 1674 : M. de Grignan est de retour de Paris, le 
roi ne sait rien de toute cette affaire. Le Père chartreux 
nous a fait une visite aujourd'hui, et paraît être dans nos 
intérêts. Nous venons d'apprendre d'un de ses amis que si 
nous voulions remettre nos biens à son couvent, il nous 
donnerait 3oo écus (i) de pension à chacune, et 400 à 
Tabbesse, et notre logement dans le couvent. » 

9 novembre 1674: l'abbesse a reçu une lettre de 

M. de Rouillé, intendant, mais elle est d'avis de poursui- 
vre l'affaire devant le parlement de Grenoble. Le marquis 
de Chabrillan nous offre d'aller solliciter pour nous dans 
cette ville... M. de Simiane voulait arranger notre affaire, 
mais il refusa après avoir reçu la copie de la lettre de 
Louvois. » Jacqueline Dupré mentionne son frère qui était 
prieur et chanoine de Saint-Ruf, à Valence. 

C'est vers cette époque que parait écrite une lettre assez 
obscure, incomplète, sans signature, sans date et sans 
adresse, ainsi conçue : « J'ai appris par M. de Chabrillan 
que les désordres de votre monastère durent encore... 
M"* de Chabrillan et moi en avons parlé, et nous jugeons 
que la trop grande protection que vous et madame l'ab- 
besse donnez à M"* Dupré, et la vanité qu'elle a de vou- 
loir persuader à ces gens qu'elle nourrit des espérances 



(1) L'écu avait alors une valeur intrinsèque de 5 fr. 59 (de Wailly, 
Mémoire, etc., p. 174) représentant environ le double en monnaie 
actuelle. 



ANDRÉ DE LAFAISSE. 3qt 

pour l^abbaye, causent tout le mal... Je m'étoane de ce 
que vous ne la désabusez pas vous même, puisque cela 
vous jette toutes les religieuses sur les bras ; elles se por- 
teraient assurément dans vos intérêts si on levait cet obs- 
tacle. M. de Chabrillan est très résolu de ne rien épargner 
pour rendre les démarches de M™' Dupré inutiles... J'ai 
jusqu'à présent retenu bien des choses d'éclater, mais si 
elle se moque de moi, comme les autres, vous jugez bien 
qu'il faudra travailler à des extrêmes remèdes. Cela me 
fâchera, parceque j'ai de l'estime pour elle et que je sais 
que vous l'aimez... » 

On a vu à la date de 1671, que lorsque la Hollande con- 
fisqua le fief de Berg-Op-Zoom, qui appartenait au comte 
d'Auvergne (i), Louis XIV lui donna, à titre de rcpré- 



(1) C'était Frédéric Maurice de la Tour, comte d'Âuyergne, mar- 
quis de Berg-Op-Zoom, petit-fils d'Henri et d'Elisabeth de Nassau, 
fille elle-même de Guillaume I", prince d'Orange. Il avait épousé, 
en 1662, Henriette -Françoi:$e de Hohenzollern, fille et héritière de 
la marquise de Berg-Op-Zoom. Il mourut en 1707, laissant ce 
marquisat à Egon, dit le prince d'Auvergne, son fils unique, dont 
la fille l'apporta au prince de Bavière, qu'elle épousa en 1722. 

Frédéric Maurice était neveu de Turenne et frère de Godefroy 
Maurice, comte d'Auvergne, prince de Bouillon, duc d'Albret, dont 
le dernier descendant est mort en 1802 et d'Emmanuel-Théodore, 
cardinal de Bouillon, connu par ses prétentions généalogiques exa- 
gérées en vertu des quelles il se disait issu des ducs de Guyenne 
et des anciens comtes d'Auvergne (dont la postérité était éteinte de- 
puis long-temps). Ces prétentions lui valurent, en 1710, la disgrâce 
de Louis XIV (Moreri, t. X p. 281 ; — Etat de la France, 1698,t. II, 
p, 177 ; — Borel d*Hauterive, Anntuiire de la noblesse, 1853, p. 183 ; 
— de Coston, Origine et étymologie des noms propres, p. 140., 

Lorsque la principauté d'Orange fut définitivement réunie à la 
France en 1713, par le traité d'Utrecht, le marquis de Nesle la re« 
vendiquait comme héritier de la maison de Chalons : elle fut don- 



392 SRCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

sailles, la principauté d'Orange, dont le comte de Gri- 
gnan prit possession en lôyS, au nom du nouveau sei- 
gneur, qui avait pour représentant M. de Richard. Petit, 
maréchal-général des logis, dont il a été question à la date 
de 1673, écrivait de Paris, le 26 août 1676, une lettre qui 
paraît relative à la nomination de Jacqueline Dupré, com- 
me coadjutrice, et à la pension sur Tabbaye promise à 
Lafaïsse. Elle est ainsi conçue : 

<c J'ai prié encore M. (de) Richard de ne se point rebu- 
ter... Le cardinal de Bouillon nous a fort traversés ; nous 
tâcherons de nous prévaloir de son absence pendant qu'il 
sera à Rome. Nous n'avons pas encore vu le prieur de 
Thein (i) et nous serions bien aise qu'il agisse de son côté. 
Pour votre pension de 3oo livres (la livre avait alors une 
valeur intrinsèque de i fr, 88), M. de Richard appréhende 
fort qu'elle tombe entre les mains de quelque créature du 
comte d'Auvergne, pourtant, on tâchera de vous la con- 



née au prince de Conti et réunie à la proyince de Dauphiné quelques 
années plus tard; pendant long-temps les Orangeois furent hostiles 
à la domination française. (M. Champollion-Figeac, chroniques 
dauphinoises 1884, p. 48). 

Le marquis de Mailly porte actuellement, en vertu d'une substitu- 
tion de 1704, les titres de marquis de Nesle et de prince d'Orange. 

(1) Tain: d'après une note que je dois à l'obligeance de M. de 
Gallier, le prieuré de Taio, de l'ordre de Cluny, fut réuni au collège 
de St-Martial d'Avignon, par bulle du pape, du 2 des calendes de 
mai 1378. Il n'y eut plus sur les lieux qu'un prieur claustral. L'abbé 
commendataire était le reclenr de St-Martial. Cette fonction fut 
remplie de 1648 à 1686 par Gaspard de Simiane de la Coste, prieur 
de Bonnieuz [Histoire des recteurs du collège de Saint-Martial d'Avis 
gnon, in-folio, p. 81). Gaspard était fils de François de Simiane, 
et frère de Joachim, marié à Gabrielle de Brancas : Ces deux famil- 
les avaient beaucoup d'influence dans le Comtat. 



ANDRÉ DE LAFAÎSSE. SgS 

server !... Je lui remettrai les copies des deux brevets et le 
prierai de vous servir vigoureusement auprès du comte. » 

Le modèle d'un de ces brevets est rédigé en ces termes : 
t Aujourd'hui... du mois de..., 1671, Mgr. le prince 
d'Orange, mémoratif d'avoir par son brevet du 11 mai 
1667, accordé à sœur Jacqueline Dupré, religieuse en 
l'abbaye de Saint-André-des-Ramières, la survivance de 
cette abbaye, avec pouvoir de l'exercer même pendant la 
vie de sœur Gasparde de Moreton, coadjutrice, et en son 
absence en la dite qualité de coadjutrice, et après sa mort 
et celle de dame Charlotte de Moreton, abbesse, en qualité 
d'abbesse, à la charge de 3oo livres de pension que Son 

Altesse aurait accordées à pendant sa vie, sur les 

revenus de l'abbaye, confirme le susdit brevet, et veut 
qu'il produise tout son effet, bien qu'il ne se trouve pas 
enregistré dans son parlement, dans l'an et jour » 

L'authenticité et la validité du brevet accordé à Jac- 
queline Dupré étaient constestées ; elles donnèrent lieu à 
une active correspondance. Du Puy de Saint-Leydier, 
capitaine en Hollande et neveu de Lafaisse, dont il a été 
question, écrivait à ce dernier, de la Haye, le 19 janvier 
1679 : « Je n'ai pu m'empêcher de parler à M. de Beau- 
fain (0 de l'abbaye de St-André : il m'a juré qu'il ne savait 



(1) PinetOD de Chambrun, Larmes, p. 73, parle de M. de Beau- 
fain qui habitait Orange. Jean Jacques d'Obeilh, évèque de cette 
ville avait écrit à la cour de France pour les faire pendre tous les 
deux comme complices des protestants qui cherchaient à se soule- 
ver. L'affaire n*eut pas de suite fâcheuse parce que le maréchal 
duc de Villeroy, « à qui Beaufain avait l'honneur d'appartenir, » 
employa son influence en sa faveur. Beaufain parait être le même 
personnage que Pierre Bérenger, baron de Violés, seigneur de 
Beaufain et de Pipet en Triéves (Isère) , marié vers 1680 avec 



394 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

pas que M™' Dupré eût un brevet depuis la majorité de 
Son Altesse ; qu'il n'en aurait pas pris la commission s'il 
en eût su la moindre chose, et qu'il ne ferait jamais la 
moindre démarche qui lui fut préjudiciable... Il serait uti- 
le d'envoyer une copie des brevets que vous avez, princi- 
palement de celui qui est postérieur à la majorité de Son 
Altesse... 9 

Du Puy écrivait de la Haye, le 24 mars 1679 : « J'ai 
reçu les copies des brevets. S. A. voyant qu'on l'avait 
abusée, insinua aussitôt ma requête dans son greffe... 
On n'a pu trouver les originaux des brevets : tous les 
clercs du greffe disent qu'il n'y en a jamais eu conçus en 
ces termes, et qu'ils sont tous d'un autre style. Il faut donc 
envoyer les originaux pour vérifier si le sceau et le seing 
de S. A. s'y trouvent, et en obtenir d'autres. J'ai instruit 
S. A. de la manière dont vous avez obligé ces dames à le 
reconnaître pour juspatron de cette abbaye. M. de Beau- 
fain l'avait abusée, attribuant tout ce que vous avez fait à 
M. de Causans, de sorte que la chose a été donnée à sa 
fille, mais ce sera à sa confusion, pourvu que vous m'en- 
voyez au plus tôt tout ce qu'il faut. » 

« La Haye le 6 avril 1679, j'ai reçu une lettre du comte 
de Dona pour M. de Busero (i) ; c'est un ivrogne fort né- 
gligent... La lettre du Comte de Dona au prince est extrê- 
mement forte. S.A. après l'avoir entendue lire, a répondu 



Louise de Langes, et qui était sans doute le père de Frédéric, 
procureur-général au parlement d*Orange , mort sans postérité 
(Pithon-Curt, t. IV, p. 496). 

(1) Dans d^autres lettres, on le nomme de Buisero et de Buysero; 
il avait remplacé son père comme secrétaire des commandements 
du prince d'Orange ; il v avait, en Flandre, une famille de Buisero. 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. '5g5 

que le comte était mal informé et qu'EUe n'avait rien re- 
tracté de ce qu'EUe avait fait. Il faut envoyer sa signature, 
car Busero m'a dit qu'EUe croyait qu'on la trompait... » 

Les nombreuses lettres adressées par Du Puy à Lafaïsse 
prouvent que le désordre qui régnait dans la chanceUerie 
du prince de Nassau ne le cédait en rien à celui qu'on 
reprochait aux religieuses de St- André. Il écrivait le i5 
mai 1679 : « M. de Saint-Clément m'a averti qu'on croit 
à la cour que vos brevets sont falsifiés, et que le prince ne 

vous en a jamais donné, non plus qu'à M"' Dupré J'ai 

produit la déclaration que le visénéchal (de MontéUmar) 
vous a donnée. On a répondu que quand même toute la 
France s'intéresserait pour cette affaire, Son Altesse n'en 
fera rien sans voir sa main : On croit que vous ou ceux 
qui y sont intéressés l'avez contrefaite... S. A. a été extrê- 
mement emportée contre ceux de son greffe, car avant 
d'accorder la chose à M. de Beaufain, il leur a demandé 
si cela était vacant à quoi on n'a répondu qu'il n'y avait 
rien d'enregistré dans le grefife... Elle tiendra sa parole à 
M°** Dupré, pourvu qu'elle voie son seing. Depuis sa 
majorité Elle a tant signé de choses, qu'il est bien difficile 
qu'EUe puisse se ressouvenir de tout. » 

Le comte de Dona, ancien gouverneur d'Orange, 
adressa à Lafaïsse, le 8 mars 1679, la copie d'un mémoire 
qu'U envoya au prince : il jette un peu de jour sur cette 
affaire si obscure de brevets vrais ou contrefaits. Il fait 
voir aussi à quelles intrigues donnaient souvent lieu, et 
le juspatronat d'un couvent, et la dignité d'abbesse qui pro- 
curait une influence et un revenu considérables à la reli- 
gieuse qui l'obtenait. Il est ainsi conçu : 

« Bien que le misérable état de ma santé m'empêche de 
rendre le service actuel que je devrais à Votre Altesse, je 
serais inexcusable si je ne l'avertissais des choses contrai- 



396 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

res à ses intétêts, telles que pourrait être un changement 
en ce qu'il lui a plu de déclarer es-années 1667 ^^ ^^7^ ^^ 
sujet de l'abbaye de Saint-André-des-Ramières. Lors- 
qu'une fois Ton a tiré quelqu'aveu volontaire d'un corps 
ecclésiastique on est bien conseillé de s'y tenir, quand 
même l'observation d'une parole donnée n'y engagerait 
pas; si on se dégage, on dégage le monastère. » 

« Cette soumission (du couvent) est la première qui a été 
faite de gré à gré. L'hommage que fit prêter ma mère au 
prince Henry passe pour une action violente, puisque l'on 
avait fait saisir les revenus de l'abbesse pour l'y obliger... 
On a de la peine à donner le même esprit à douze filles 
qui sont ordinairement fort changeantes. L'abbesse d'au- 
jourd'ui était la coadjutrice de sa sœur défunte, et consen- 
tait à tout ce qui s'est fait pour le prince : aujourd'hui elle 
voudrait tout rompre en refusant M™* Dupré pour sa 
coadjutrice. » 

« Si les officiers du prince rétractent sa parole, la mai- 
son de Chabrillan et M°® Dupré, avec leurs cabales dans 
le monastère, s'uniront pour contrarier V. A, M"* de Cau- 
sans, peut-être, en faisant voir au Pape que c'est par l'in- 
dustrie de ses parents que l'on a détruit un traité désavan- 
tageux à l'Eglise, pourra leur donner de la peine et rendre 
la chose douteuse à leur égard, mais le droit de V. A. sera 
perdu sans ressource. Si M. de Causans se donne patien- 
ce, puisque M"*® Dupré a beaucoup plus d'âge que sa fille, 
on établira un exemple en conservant M™* Dupré, et les 
parents de M™' de Causans ayant soin de bien mériter de 
V. A. par de bon services, Elle les préférera sans doute à 
tous autres v 

Le comte de Dona adressa le même jour la lettre suivan- 
te à M. de Buisero, susnommé : « Ayant appris que l'on 
travaille à faire rétracter deux brevets que Son Altesse 



ANDRÉ DE LAFAÎSSE. igj 

octroya à M"* Dupré en 1667 et en 1671, qui 'décidèrent 
en faveur du prince un procès de près de cent ans, et ter- 
minèrent heureusement les travaux de feus ses père et 
mère et les miens, je vous supplie de considérer cette af- 
faire comme des plus importantes que S. A. puisse avoir 
dans la principauté d'Orange » 

Lafaïsse envoya les brevets à son neveu du Puy, qui lui 
écrivit en ces termes le 14 décembre 1679 : « Vendredi 
dernier, me trouvant au lever de S. A., je lui fis voir les 
brevets de M"* Dupré : Elle les lut, et me dit qu'ils étaient 
bons mais sans date. L'ayant fait souvenir que la date était 
au commencement, je lui racontai que M. de Buisero, 
son défunt secrétaire, vous avait prié de lui envoyer un 
modèle de France, que vous eûtes du secrétaire du cardi- 
nal Mazarin. Le prince me répondit qu'il n'y avait rien à 
dire à ces brevets ; qu'il entendait qu^ils continuassent^ et 
que ceux de M"** de Causans fussent annulés et cassés, 
comme ayant été obtenus par surprise... » • 

(( Il a trouvé que les considérations du comte de Dona 
pour les quelles il avait accordé à M™' Dupré la survivan- 
ce de l'abbaye sont extrêmement bonnes J'ai fait con- 
naître à toute la cour le peu de bonne foi que M. de Beau- 
fain a témoigné en ceci, après même que je l'eus prié de 
ne pas se mêler d'une affaire dont il ne sortirait jamais 
honnêtement.. . J'ai dit à S. A. que l'expédition des brevets 
avait coûté 1,600 francs. Je vous enverrai le tout dès que 
j'en aurait l'expédition que je ferai enregistrer au greffe... 
Je m'étonne que le comte de Dona emploie M. d'Ivoy ; il 
ne manque pas de bonne volonté, mais il sait si peu ce 
qu'il dit quand il parle à S. A. que bien loin de l'informer 
de la chose, il se fourre lui-même dans un labyrinthe de 
paroles dont il ne sait jamais sortir... » 

On a dit qu'un solliciteur devait manger tous les matins 



398 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

un crapaud pour s'accoutumer aux ennuis et aux affronts 
qu'il éprouvait dans le courant de la journée. Les promes- 
ses si positives faites à Lafaïsse et à sa cousine ne tardèrent 
pas à aller à vau-Peau. Du Puy lui écrivit le 2 1 décembre 
1679, ^ La partie (adverse) de M°*' Dupré, que je crois 
être Vercofer (i), a présenté requête au conseil de S. A. et 
lui a demandé du temps, ce qui empêche encore l'expé- 
dition de nos affaires. M. de Zuylicon (2), président du 
conseil, m'a dit qu'on représentait dans la requête qu'on 
avait obtenu les brevets par surprise : il serait bon de le 
faire connaître au comte de Dona en l'informant du pro- 
cédé de ce petit misérable qui reconnaît mal, par son in- 
gratitude, le pain qu'il a mangé si longtemps chez lui. » 

« On a fait courir le bruit que M™* Dupré n'est pas 
femme de qualité, et que c'est un bénéfice qui ne saurait 
déchoir en succession à une personne du commun. Je vois 
que cette affaire tournera en procès... On dit qu'il dépend 
de M. de (>âusans de faire déchoir Son Altesse du patrona- 
ge de l'abbaye. Je crois que le prince fera examiner l'affaire 
par son parlement d'Orange: il dit pourtant toujours qu'il 
faut que les premiers brevets demeurent... » 

Lafaïsse adressa alors au prince de Nassau une suppli- 
que dans laquelle il lui disait que l'affaire des brevets 
devait être soumise à trois conseillers du parlement ; qu'il 
ne s'agissait pas d'un procès, mais bien d'un fait dépen- 



(1) Ou plus exactement Berckhoffer, gouverneur d'Orange dont 
il a été question à la date de 1671. 

(2) Constantin Huygens, seigneur de ZuUychem (1596-1687), con- 
seiller et secrétaire des trois princes d'Orange. Lorsque Louis XIV 
restitua cette principauté en 1665^ Zuilvchem en prit possession au 
nom du prince, qui le nomma ensuite chef de son conseil, en 
Hollande : le mathématicien Christian Huygens était son fils. 



ANDRÉ DE LAFAÏSSE. 899 

dant uniquement de la volonté du prince ; que si cepen- 
dant il persiste à faire vider ce différent par ses conseillers, 
il serait juste que chacune des deux parties choisit son 
expert, parceque M. de Causans avait pour parents, alliés 
ou amis intimes la plupart des conseillers. Lafaïsse ajou- 
tait quMl avait un intérêt dans TafTaire, à cause de la pen- 
sion de 3oo livres, accordée « pour récompenses de ses 
services sur le monastère. » 

L'influence de la famille de Causans l'emporta sur des 
promesses formelles, sanctionnées par des brevets. Les 
deux compétitions rivales se terminèrent probablement 
par une transaction accordant à Lafaïsse et à sa cousine 
une assez mince satisfaction sous la forme d'une petite 
pension à prendre sur les revenus du couvent. Une lettre 
écrite d'Orange, par du Bois, le 19 juin 1680, à Lafaïsse 
qui se trouvait alors dans le couvent de Saint-André, est 
ainsi conçue : « Je n'attendais que votre valet pour vous 
envoyer les actes qui me furent remis hier par les com- 
missaires... M. de Causans ne saurait trop se louer de 
toutes vos bontés... Tous les actes que je vous envoie ont 
été examinés et signés... M™« Dupré et vous signerez sur 
la même ligne que M. de Causans... Elle recevra une pen- 
sion de cent livres, sa vie durant, quand M*"* de Causans 
sera abbesse... » 

La dernière lettre relative à cette affaire^ a été écrite par 
le comte de Dona, le 10 avril 1680, quatre mois seulement 
avant la more de Lafaïsse : elle contient la phrase suivante 
« Je vous prie de me dire comment vous avez terminé 
avec M. de Causans... Je voyais qu'en Hollande on ne 
cherchait que des prétextes pour sauver les apparences. » 

Ces lettres nous ont initié à quelques unes des nom- 
breuses intrigues auxquelles a donné lieu l'administration 
du couvent de Saint-André-des-Ramières, qui aurait dû 



400 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

être un séjour de prière, de paix et de tranquillité, et 
nous ont fait voir jusqu'où pouvaient s'étendre les con- 
séquences d'un droit de patronage et les tiraillements qu'il 
produisait. 

La famille de Vincens de Causans dont il vient d'être 
question, est connue dans leComtat depuis le XIII* siècle, 
époque à laquelle elle possédait, près d'Orange, le fief et 
la terre de Causans. C'était dans le XVII* siècle, une des 
maisons les plus influentes et les mieux alliées de la ré- 
gion ; elle était alors représentée par Claude, dont le père, 
appelé Philippe, conserva, en 1629, par son courage et 
son dévouement, la ville d'Orange à son souverain. Claude, 
qui possédait plusieurs fiefs, avait pour mère Marguerite 
d'Autric de Vintimille, et pour femme, Louise de Cambis 
d'Orsan dont il eut sept enfants. Il obtint, le 28 août 
1667, de Guillaume Henri de Nassau, l'éreaion de la 
terre de Causans en marquisat. Jeanne, sa fille, futabbesse 
de Saint-André et se retira plus tard à Carpentras, où elle 
mourut. 

La dignité de prieure du couvent de Saint-Césaire de 
Nyons, de l'ordre de Saint-Benoît, fut presque héréditaire 
dans le XVII® siècle pour les dames de Causans, comme 
celle du couvent de Saint- André pour les dames de Cha- 
brillan. Très florissant avant les guerres de religion, à 
cause de ses richesses et de la haute position des familles 
des religieuses, ce prieuré avait beaucoup souffert des 
désordres de cette époque, et il eut aussi bien des vicissi- 
tudes. 

Gabriel Martin, abbé de Clausonne et prieur de Nyons, 
obtint, en 1606, un arrêt l'autorisant d'après ses bulles à 
convertir ce prieuré de femmes en un prieuré d'hommes. 
Il rencontra une vive résistance de la part de Claudine de 
Causans, grande tante de Claude et les biens du couvent 



ANDRÉ DE LAFÂÎSSE. 4OI 

furent séquestrés et administrés par les consuls de Nyons 
pendant ce long procès. Suarès, nommé évêque de Vaison 
en i633, contribua beaucoup à faire rendre aux religieuses 
leurs immeubles usurpés. Elles obtinrent, enfin, en [636, 
un arrêt favorable dont les épices ou frais de justice arri- 
vèrent à la somme de 2,106 livres, qui représenteraient 
environ 10,000 francs de notre monnaie, la livre ayant à 
cette époque une valeur intrinsèque de 2 fr. 5o. Claudine 
de Causans transmit sa dignité de prieure à Jeanne, sa 
sœur cadette, à laquelle succéda Marie, sa nièce (i). 



(1) Pithon-Cart, t, III. p. m^.-^ Archives de la BrômelË, 4885; 4893; 
4922 : — Histoire de l'Eglise de Vaison ; — Tabbé Vincent, Histoire 
de Nyons p. 64 et 115. 

Le chef de nom et d'armes de la famille de Causans, M. Joseph 
Bernard de Yincens, marquis de Causans, demeurant au château 
de la Bertraie (Maine et Loire), a fait appliquer dans toutes leurs 
rigueurs, en 1874, à ses deux cousins germains, MM. Armand et 
Maxime de Causans, demeurant à Causans et au Puy, les principes 
des anciennes lois féodales, tombées en désuétude depuis une 
soixantaine d'années. 

M. Adhémar était froissé, dit-on, de ce que son grand-père, Jac- 
ques, marquis de Causans, colonel et député aux Etats-généraux en 
1789, nommé lieutenant-général en 1814, et mort en 1824, avait 
transmis à son fils cadet, Paul François Joseph né vers 1790, mort 
en 1873, et nommé pair de France en 1827, les terre et marquisat 
de Causans, ainsi que la quotité disponible de ses biens, au lieu de 
les laisser à son fils atné^ Louis Philippe. 

Paul avait épousé, en 1813, la fille unique de M. Renoyer, con- 
seiller à la cour des Aides de Montpellier en 1789, et maire du 
Pont-Saint-Esprit en 1815, époque à laquelle le duc d'Angoulème 
resta cinq jours prisonnier dans sa maison. On a donné pour rai- 
son de cette préférence, faite en sa faveur par son père, et contraire 
aux anciens usages nobiliaires que par suite de son mariage il était 
seul à môme de racheter les portions de la terre de Causans vendues 



402 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

par suite d'embarras financiers, tandis que son frère aîné arait 
contracté an mariage qui n'avait pas eu l'approbation paternelle. 
Un jugement longuement motivé, rendu par le tribunal d'Orange 
le 27 mai 1874, et confirmé par la cour de Nîmes le 21 décembre 
suivant, a décidé que le titre de marquis devait être transmis par 
ordre de primogéniture, et que la possession d'une terre ancienne- 
ment titrée ne donnait pas le droit à celui qui la possédait, d'en 
porter le titre. 11 a donc défendu à MM. Armand et Maxime de pren- 
dre le titre de marquis de Causans, qui appartenait seulement à 
M. Adhémar, leur cousin. Ce dernier pourra difficilement faire exé- 
cuter cet arrêt qui ne contient aucune sanction pénale. 



Bon DE COSTON. 



F/CM. 




MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 4o3 



MEMOIRES 

DE 

Achille GAMON 

Avocat d'Annonay 

PAR 

J. "B "Russe- 'DU'RcAV\CT>, 

Suite. — Voir les 77» et 78» livraisons. 



Voyage de St-Estienne de Furan. (i) 

Sur la fin d'octobre du mesme an i562, le s' de Sarras 
disant en avoir commandement du seigneur des Adrets, 
fit marcher en armes six ou sept vingts hommes de ladicte 
ville, la plupart artisans ou laboureurs assez mal aguerris, 
et par force et contreincte les achemina toute la nuict en la 
ville de St-Estienne de Furan : où arrivé sur le poinctdu 
jour brusla les portes et la print sans résistance. Ce faict, 
assembla toutes les armes qu'il trouva dans les boutiques, 
dont ladicte ville est fort abondante, et les fit ambaler, 
se pouvant retirer à son advantage et assez ample butin, 
si le désir d'en avoir ne Tavoit retenu ; mais cependant 
qu'il attendoit de faire composer ceux de ladicte ville à 
quelques sommes de deniers, les communes d'alentour 



(i) St-Étienne (Loire). 



404 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

s^assemblerent de tous costés et comcne il sortoit de la 
ville avec sa troupe pour se retirer, fut chargé et defaict 
par lesdictes communes. Ceux dudict Annonay y demeu- 
rèrent presque tous, le frère dudict sieur de Sarras (i) 
bien blessé se saulva par la fuitte, luy fut retenu prison- 
nier et après quelques jours deslivré par rançon (2)* 
Auicungs ont voulu dire que c'estoit des premiers traicts de 
la révolte du baron des Adrets, dans peu de jours après 
descouverte, non sans soubçon d'intelligence dudict sieur 
de Sarras. 

Première prinse et sâgcagement d' Annonay, i562. 

Geste présomption demeura confirmée, par ce que le 
sabmedy suivant dernier dudict mois d'octobre, le sei- 



(i) Siméon ou Simon du Buisson, seigneur de Burianne, près le Chey- 
lard, fils putné de François et d'Isabeau de Chambaud, qui, ayant épousé 
Paale de Presles de Vaulsèche, fille de Louis, seigneur de la Tourette, eut 
de ce mariage Alix du Buisson, mariée l'an 1595 avec Jacques du Bay. 
Champion résolu de la cause protestante, il se prévalut en 1589, de ce que 
les ligueurs Balazuc et Montlaur refusaient de rendre la place d'Aubenas, 
ainsi que cela avait été convenu, pour s^emparer du chflteau de la Tourette, 
appartenant alors h, Gilbert de Presles de Vaulsèche, son beau-frère, et ce 
dernier s'en étant plaint dans une assemblée des États du Vivarais tenue à 
Annonay, le 12 avril 1590, Siméon du Buisson répondit fièrement que la 
Tourette ne serait rendu que quand Aubenas l'aurait été. Seulement il est 
très-probable qu'au fond de cela, il y avait quelque querelle de famille, car 
les du Buisson furent constamment en procès avec leurs parents, et Siméon 
en eut notamment un avec Jean du Faure de FougeyroUes, fils de la victime 
de son frère François et neveu de ce dernier, qui, ayant obtenu gain de cause 
contre lui, fut mis en possession de la seigneurie de Burianne le 5 septembre 
1570 et transigea ensuite à ce sujet, présent Gilbert de Lévis, duc de Ven- 
tadour, le 7 février 1584, 

(2) Dans cette expédition qui eut lieu le 37 octobre, du Buisson ne perdit 
pas moins de 120 hommes suivant Théodore de Bèze (Hist. ecclés., III, 186), 
et l'auteur des Commentarii, Jean de Serres, ajoute (p. 26) que les Annonéens 



MÉMOIRES D^CHILLE GAMON. 4o5 

gneur de St-Chaumont (i) accompagné de douze ou 
quinze cens hommes de pié, ramassez de Forez et aultres 
lieux prochains, avec quelques gens de cheval, se trouva 
bon matin au devant dudict Ânnonay, quMl sçavoit estre 
desnué d'armes et de gens et effrayée de la perte receue, et 
après quelques sommations et petite résistance faictes par 
ceux de dedans,ayant faict brusler la porte du pont de Deo- 
me et rompu le mur auprès du pont de Valgela, entra faci- 
lement dedans avec ses troupes, sur les deux heures après 
midy. (2) Les hommes qu'on trouva furent inhumaine- 
ment tuez, les ungs précipitez et jettez des plus hauts 



ne furent ainsi surpris par les soldats de St-Chamond, que parce que après 
aToir pillé les magasins d*armes, ils s'attardèrent à fouiller les maisons et à 
chercher de faciles amours : Sed dum prœfecti error exemplo militis/erre in 
pervestigandis domibus muliercularum quœ amoribus confidentiut immo- 
rantur. 

(i) Christophe de St-Priest, seigneur de St-Chamond, un des person- 
nages les plus souvent nommés dans ces Mémoires, était le fila aîné d'autre 
Jean et de Jeanne de Tournon. Vétéran des guerres du Piémont, il joua, dès 
sa rentrée en France, un rôle considérable dans les guerres civiles et fut un 
des plus solides champions du parti catholique dans le Lyonnais, le Forez, 
le Vivarais et le Dauphiné ; ce qui ne veut pas dire qu'il fut d'un catholicisme 
fervent, car le fait suivant prouve le contraire. Marié premièrement avec Gas- 
parde des Prez, fille d'Antoine, seigneur de Montpezat et maréchal de France, 
a quelques mauvais discours l'ayant mis mal avec cette dame, — dit Le La- 
boureur {Masures de VUe-Barhe, II, 388), — a il désespéra la mère et les 
enfans ; 9 tellement que ceux-ci, dont un fils, durent tous chercher un asile 
dans le cloître. Seulement un second mariage contracté avec Louise d'An- 
cezune ayant été stérile, St-Chamond voulut alors faire sortir son fils de 
l'abbaye de St-Antoine, où il avait pris l'habit religieux, pour le marier, et ce 
dernier s'y étant refusé, il contraignit alors sa fille aînée, qui était abbesse de 
Clavas et âgée de plus de trente ans à quitter le voile, pour épouser le 1 5 
avril 1577, Jacques Milte de Chevrières, qui n'en avait que dix-huit. 

(3) Théodore de Dèze (Hist. ecclés., IIL 187) dit que les soldats de St- 
Chamond entrèrent dans Annonay, « les uns par une vieille poterne joignant 
« la rivière, les autres par une porte appelée la Déome. » 

Tome XX. - 1886. 27 



4o6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

lieux (i) et les aultres arquebuzés et laissé les corps nuds 
par les rues à la mercy des chiens. Entre aultres, Ton 
tient que aulcuns pauvres laboureurs vieux et caducs, 
pressez de se donner au diable et renier Dieu, pour ne 
ravoir voulu faire furent cruellement tuez. La ville fut 
universellement pillée et saccagée, jusques aux gonds et 
ferrements qu'on arrachoit des murailles à grande force; 
vingt deux maisons autour de la porte de Deome furent 
entièrement bruslées et eut le feu consomé une grande 
partie de la ville à cause du vent impétueux, sans Tayde 
du seigneur de Jarnieu, bailly dudict Annonay, (2) et de 
certains aultres qui y donnèrent secours avec grande peine. 
Les femmes et aulcuns des hommes s'estoient retirez 
chez les seigneurs du Peloux et Jarnieu avec partie de 
leurs meubles, où ils furent préservez, ayant abandonné 
leurs maisons à la discrétion des soldats, qui après avoir 
pillé tout ce qu'ils pouvoient desplacer, brisé et rompu le 
reste, mettoient le feu dedans et ayant continué le pillage 
jusques au lundi 2 novembre, environ midy, et faict abat- 
tre quelques tours, se retirèrent la pluspart en leurs mai- 
sons et les aultres avec ledict seigneur de St-Chaumond au 



(i) En marge du manuscrit, se trouve cette note : « Un nommé Breciacon 
« et un nommé Chabert furent précipitez avec plusieurs aultres, ainsy qu'a 
a remarqué en ce temps un nommé M. le chastelain Faure. » 

(a) Fions ou Fleury de Boulieu, sieur de Jarnieu et de Chai, fils puîné de 
Méraud, seigneur de Charlieu, bailli d'Annonay dès 1541, et de Jeanne de 
Pelet. Successeur de son père dans la charge de bailli d' Annonay dès 1561, 
il fut remplacé vers 1570 par autre Fleury de Boulieu-Jarnieu, son fils aîné, 
et eut encore pour fils Christophe de Boulieu, seigneur de Jarnieu, de Plats, 
de Solignac et du Buisson, qui épousa Louise de St-Gérand, veuve de Jac- 
ques de Conday, et que les généalogistes disent par erreur être le fils de 
Méraud de Boulieu-Charlieu, bailli de Tournon, alors qu'il n'était que son 
neveu. 



MÉMOIRES d'aCHILLE GAMON. 407 

camp du seigneur duc de Nemours (i) qui sesjournoit à 
Vienne en Daulphiné ou ils furent mandez. (2) 

Le sieur de St-Martin vient a Annonay. 

Trois ou quatre de ceux de la ville, auxquels on en 
vouloit le plus, (3) ne s'y osant asseurer s'estoient retirez 
a Tournon et Valence, où ils soUicitoient tous les jours 
les capitaines de la Religion d'envoyer quelques troupes 
audict Annonay, pour s'en saisir de rechef, firent tant, 
que par desliberaiion d'une assemblée tenue à Bays, (4) 
le seigneur de St-Martin (5) qui se disoit commander en 
Vivarest pour le service de Dieu et du Roy, y eut la char- 
ge, et pour l'exécuter ung lundy 28 décembre jour des 
Innocens, sur le poinct du jour, arriva audict Annonay 
avec trois où quatre cens hommes, où estoient aussy les 
capitaines Prost, Lespine, Montgros et certains aultres, et 
d'arrivée fit reparer les murailles, refaire les portes et 



(i) Jacques de Savoie, duc de Nemours, qui s'êtant emparé de Vienne sur 
Bernin le 4 octobre, avait fait de cette ville son quartier général, d*où il 
exerçait son action sur le Dauphiné, le Forez et le Vivarais, en même temps 
qu'il surveillait Lyon son principal objectif. 

(3) D*Âubais ajoute que St-Chamond mil Jarnieu en garnison dans le 
château de Colombier, et que a pendant le pillage d'Annonay, le chevalier 
a d*Apchon faisoit piller de son coté, par ses hommes, les lieux voisins, où 
« les religionnaires s'étoient fortifiés. » 

(3) Cest-à-dire le procureur du roi, Antoine Faure, le lieutenant de juge 
Jean Colomb, et les consuls Etienne Chomel et Jean Chabert, qui avaient 
été les instigateurs ou les complices des violences commises au mois de mars 
précédent. b'Aubais parle d*un nommé a Pierre Peichon^ successeur de 
a Pierre Fourel » et des consuls. 

(4) Baix ou Bayes, commune du canton de Chomérac (Ard&che). 

(5) N. de St-Martin, seigneur de Cournonterrail, qui tenait garnison à 
Privas Tannée suivante. — Arch, de VArdêche, C, 2452. 



4o8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

mettre en defence les lieux les plus foibles, pour se forti- 
fier. Il fut mis en avant de ruiner et desmolir les faulx- 
bourgs, mais telle chose pour son importance ne fut exé- 
cutée, seulement on abattit une maison plus voisine de la 
porte au bourg de Cance, et le couvert du colombier de 
Picquet, sur le front dudict Cance fut bruslé. 

Second siège et pillage d'Annonay, i563. 

• 
Le dimanche lo janvier an suivant, sur le poinct du 
jour, le seigneur de St-Chaumont vint de rechef assiesger 
ladicte ville, avec deux pièces de batterie amenées devien- 
ne et environ trois mile hommes de pié et de cheval, (i) 
la pluspart assemblez du pays de Forest, qui saisirent 
incontinant les faulxbourgs et mirent leur camp tout au- 
tour de la ville et par les villages prochains, pour empes- 
cher la sortie des assiégez, laissez en assez petit nombre 
par le sieur de St-Martin, qui deux ou trois jours devant 
s'estoit retiré à Tournon avec sa compagnie, soubs pro- 
messe d^amener secours. On posa Tartillerie dans le clos 
et devant la porte du monastère de Ste-Claire, au bourg 
de Deome, et fut faicte batterie et bresche par cinquante 
coups de canon, tirez dudict jour oii du lendemain contre 
la muraille et colombier du jardin de Mezane, sur le che- 
min de Recurson, mais pour Passiette du lieu qui est 



(i) « Quatre mille hommes ramassés de tous les pays d*alentour.... et 
a deux pièces de canon, i» suivant Théodore de Bèze (Hist. ecclés., III, i88), 
qui ajoute que « Sainct Martin ayant entendu cest appresl, s'estoit retiré à 
a Tournon, avec la plus part de ses gens à cheval, ayant laissé le reste et 
c la garde de la ville sous la charge des capitaines Prost, le Mas et Mont- 
« gros. » 



MÉMOIRES D^ ACHILLE GAMON. 40g 

despendant de soy et de difficile accès, la bresche n'estoit 
raisonnable, joinct que le capitaine Montgros avec quelque 
nombre de soldats fesoit grand debvoir de la remparer et 
garder, et là furent veûes plusieurs femmes de la ville en 
diligence admirable, secourant lesdicts soldats de vivres, 
munitions et aultres choses nécessaires avec plus de force 
et vertu que ne porte la condiction de leur sexe. Plusieurs 
de ceux du dehors furent tuez et entre aultres un des cano- 
niers ; les boulets et pouldre leur défaillirent et estoit une 
de leurs pièces esventée. D'ailleurs n'estoit possible qu'ils 
vinssent à Tassault, si que Ton tient pour certain qu'ils 
avoient pris desliberation de lever le siège, mais sur la 
nuict du lendemain unzieme dudict mois, les capitaines 
Prost, Lespine et autres assiégez, sollicités de composition 
après plusieurs allées et venues d'une femme de la Reclu- 
siere, servant de trompette, l'accordèrent enfin, aux con- 
ditions comme l'on dict, que les gens de guerre estrangers 
sortiroient avec leurs armes pour se retirer où bon leur 
sembleroit, la ville ne seroit pillée ni saccagée, seulement 
les gens de cheval iogeroient pour une disnée. Soubs ceste 
promesse accomplie en foy grecque, estant la ville rendue 
environ deux heures avant le jour, la garnison estrangere 
sortit par la porte de Cance, parmy laquelle on choisissoit 
ceux de la ville qui furent retenus et après jettez des 
hautes tours et cruellement tuez. Sur le poinct du jour, 
on suivit ladicte garnison à la queue et furent plusieurs 
tuez en chemin. Toutes les troupes du seigneur de St- 
Chaumont tant de cheval que de pié entrèrent dans la 
ville, où fut exercé toute cruauté, tuerie, pillage et inhu- 
manitezque la force de la guerre et l'insolence de l'ennemy 
victorieux peut excogiter;Ie sac dura cinq jours et n'y 
eust maison si petite qui ne fut esmantelée et fouragée a 



410 SOCIÉTÉ D^ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

toute extrémité, (i) Tout le bourg de Deome et de Reclu- 
siere fut bruslé, fors quatre ou cinq maisons entre lesquel- 
les Dieu préserva celle de Gamon, encores qu'on eust mis 
le feu. Le mesme mal s^espandit dans la ville, principal- 
ement en la rue de TEscole, si que à ce coup fust bruslé, 
environ six vingts maisons. Cependant ceux des femmes 
et des hommes qui n'avoient pu gaigner la fuitte, estoient 
retirez en seureté comme la première fois, aux maisons des 
seigneurs du Peloux et de Jarnieu, où ils furent humaine- 
ment recueillis avec leurs biens, en toute asseurance com* 
me en un asile que Dieu leur avoit réservé ; de sorte que la 
mémoire de ce singulier bienfait doibt estre recommandée 
à la postérité, pour célébrer à jamais lesdictes deux maisons 
comme conservatrices de la vie et des biens de ceux qui 
vivoient lors. Le reste des habitans s'estoient jettez partie 
devers les gentilhommes voisins, qui leur firent beaucoup 
de secours et courtoisie et les aulcuns par les bois pro- 
chains, attendant plus d'accueil et privante des bestes 
sauvages, qu'ils ne pouvoient avoir de seureté parmy ces 
gens furieux, quoiqu'elle fut ramassée pour la pluspart de 
leurs proches voisins, lesquels après avoir bruslé les 
portes, abbatu les tours ec murailles en dix-huict ou vingt 
lieux, se retirent chez eux remplis de sang et chargez de 
pillage. 

Tost après chascun se print à visiter ses portes, reparer 
et remettre sa maison, ou il fallut commencer par les 
portes et serrures et se pourvoir de nouveaux ustensiles, 
et plusieurs furent contraincts se servir longuement de 



(i) On lit en marge : a Luce restituta, Gallia civili marte commota, Lug' 
« duno obstssa, Annoneorum urbs machinis expugnata arcot, mceniis, dotni" 
<r bus, vi,/erro,flamma dirupiisfidt Icesa, iterum tristissima clade depredatur. 
Il Sancta Chamond duce y idus januarii r$6j m Christo incarnato. » 



MÉMOIRES D^ACHILLE GAMON. 4I I 

vaisselle de bois et de terre, lesquels auparadvant mes- 
prisoient Tabondance de celle d^estain ; aulcuns passèrent 
le reste de Thyver sans licts ny couvertures. Ceux qui 
avoient réservé quelques meubles en lieu de seureté, n'osè- 
rent les retirer, creignans encore de les perdre par sem- 
blable occasion ; et toutesfois ceste nue de misère estoit 
supportée avec bon visage et patience admirable, sans 
aigreur ni désir de vengeance manifeste contre aulcun. 

Cependant fut publié Tedict de pacification du 19 
mars, (i) audict an i562, (i563) à Tincarnation, permet- 
tant à chascun liberté de conscience aux deux religions, 
qu'on nomme romaine et reformée, avec l'exercice de 
ladicte religion reformée en certaines villes de tous les 
bailliages, seneschaussées et gouvernemens et en toutes 
aultres, où elle avoit esté exercée jusqu'au 7 dudit mois ; 
que fut cause que ceux dudict Annonay commencèrent à 
se remettre, et quelque temps après obtindrent lettres du 
Roy, par laquelle ladicte ville estoit nommée pour la 
seneschaussée de Beaucaire et Nisraes, pour aux faulx- 
bourgs d'icelle et en tel lieu que leur seroit baillé par le 
bailly ou son lieutenant, faire exercice libre de ladicte 
religion (2). Ce que fut paisiblement exécuté et le pres- 



(i) L'édit cTAm boise fut enregistré au parlement de Toulouse, le i6 avril 
1563, par les soins du cardinal d'Armagnac, archevêque de cette ville et du 
baron de Caylus, commissaires nommés à cet effet. 

(2) Théodore de Bézc, (III, 189) dit que Texercice du culte réformé ayant 
été autorisé à Annonay, par le maréchal de Vieilleville, commissaire chargé 
de faire exécuter en Languedoc Tédit d'Amboise, il fut ensuite interdit par 
Damville ; mais que c finalement Dieu leur fit ceste grace^ que la ville de 
a Nonnay, le ao aoust 1 564, fust assignée par le Roy estant à Romans, 

« pour lieu destiné à l'exercice public de la religion En quoy leur ayda 

c grandement envers le Roy, Montluc, evesque de Valence, se souvenant du 
« gracieux traictement qu'il y avoit receu lorsqu'il y estoit prisonnier par le 
« commandement de des Adrets. » 



412 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

che continué au faulxbourg de la Reclusiere, maison de 
feu Gonnet Merle jusques aux seconds troubles. 

Exemption de taille pour un an, i563. 

Par lettres patentes du Roy, données à Paris le premier 
janvier i563, auxquelles fut donné attache par le seigneur 
de Malras (i), trésorier de France et gênerai des finances 
à Lion, du 9 dudict mois, les habitans de ladicte ville et 
baronnie d'Annonay, en considération des pertes, ruines, 
saccagemens et outrages par eux soufferts durant les 
troubles, furent quittes, affranchis et exempts du paye- 
ment de toutes tailles et impositions mises et à mettre sus, 
pour quelque cause que ce fut, pour un an à commencer 
audict i*' janvier ; de l'effect de laquelle exemption ils 
jouirent. 

Trespas de M^ Anthoine Gamon, juge de Vivarez. 

M* Anthoine Gamon, licentié en chascun droict, juge 
royal de Thault et bas Vivarez , habitant d'Annonay, 
homme digne de sa charge, qu'il avoit exercée en toute 
intégrité plus de trente-cinq ans, deceda de ce siècle, le 
.... juillet 1564, rempli de jours etd'aage et grandement 
regretté de tous. Son corps fut ensepulturé dans le temple 
des Cordelliers, en lieu de longtems destiné à ceste fin. 
Quelques années devant, il avoit resigné sondict office à 
M* Jehan Le Blanc, son beau-fils, personnage craignant 
Dieu, bien versé en bonnes lettres et amateur de jus- 
tice (2). 



(i) François Rougier, seigneur de Malras» général des finances. 
(2) Ce paragraphe est en marge du manuscrit. 



MEMOIRES d'aCHILLE GAMON. 4i3 

Translation du bailliage de Bocieu a Annonay. 

Audict an i563, après longue poursuite commencée 
plus de soixancte ans devant, parties à plain ouyes et en- 
questes faictes^ suivant Tadvis donné par nosseigneurs du 
Grand Conseil, fut prononcé arrest au privé ('onseil du 
Roy, lors estant à Tholoze, par lequel le siège du bailliage 
de Fhault Vivarez fut transféré du lieu de Bocieu à ladicte 
ville d' Annonay (i), et en juin i565 (2) fut ledict arrest 
exécuté par M* Jacques Baillet, sieur de Vaugrenand (3), 
conseiller au Grand Conseil, à ce commis, qui tint et 
establit la première cour audict Annonay le 7^ dudict 
mois , adsistant M* Jehan Josserand , lieutenant de 
bailly (4). Le seigneur evesque de Valence se resouvenant 



(i) Une note de Chomel, nous apprend que les habitants d*Annonay firent 
en 1564 un traité avec sieur Jean Demeure, de Vocance, ce dernier s'enga- 
géant, moyennant 660 livres, à ce obtenir la translation du bailliage de Bou- 
« cieu à Annonay »; mais bien que la phrase puisse être interprétée dans un 
autre sens, il ne s'agit évidemment que du transport de» archives et du 
mobilier du bailliage, Jean Demeure n*étant pas un personnage à pouvoir 
vendre son crédit auprès des détenteurs du pouvoir, ainsi que cela se pra* 
tiquait si ouvertement alors. 

(2) En marge : a Cest le 21 may 1563. 1» 

(3) Le docteur Duret qui a laissé un volumineux recueil de notes sur 
Annonay, appelle ce conseiller Jacques Boulot, ce qui a donné lieu de sup- 
poser qu*il s'agissait d'un parent de notre mémorialiste dont la mère était 
une Boulot, de Tournon, tandis que les Baillet étaient une famille de Nor- 
mandie. 

(4) Cet événement est raconté d'une manière un peu différente dans le 
Livre de raison d'Achille Gamon : a En juing 1 564 — y est-il dit ^ le siège 
« royal de la justice de l'hault Vivarois, fust transmué du lieu de Boucieu 
« ou il avoit demeuré plus de deux cens ans, et estably en la ville d'Anno- 
c nai, ou fust tenue la première audiance par M. M* Jacques Baillet, sieur de 
c Vaulgrenant, conseiller au Grand Conseil, depputé par le Roy pour l'exe- 
c cution de l'arrest sur ce donné au premier conseil de Sa Magesté, parties 



414 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

du refuge qu'il avoit trouvé à Annonay au temps des 
troubles, ayda grandement à ceste poursultte. Est icy 
digne de remarquer qu^aprés une iliade de misères et de 
calamités, ladicte ville en mesme temps receut soulage- 
ment des charges ordinaires, avec plus grande favition de 
pieté et de justice et oultre cette grande grâce et faveur du 
ciel et contre Topinion de ceux qui pensoient l'avoir des- 
truite et ruinée à jamais. Elle fut dans peu de temps autant 
peuplée, florissante et abondante en tous biens que aupa- 
radvant, qu'elle doibt recognoistre comme venant de la 
main de Dieu, pour en toute humilité luy en rendre 
grâce (i). 

Seconds troubles, 1567. 

Le jour St Michel 1667, furent les armes levées pour la 
seconde fois à cause de la religion, par le royaume de 
France, la ville de Vienne en Daulphiné prinse par ceux 



« ouyes^ enquestes faictes et heu l'advis de Nos Seigneurs dudict Grand 
c Conseil ; et despuis la justice dudict hault bailliage a esté exercée en la- 
« dicte ville d'Annonay, avecq plus de fruict, d*integnté et de soulagement 
(I de tous, que ne pouvoit estre faict audict lieu de Bocieu, pour sa natu- 
« relie incommodité, a 

(i) En marge de ce paragraphe, se trouve cette note : c Le bailliage est 
c Tun des plus anciens sièges du royaume* Il fut créé pour tout le Vivarois 
a au lieu de Boucieu le Roy, sur le Doux, k la sollicitation du sieur de 
« Boucieu qui en estoit seigneur, et qui estoit lieutenant gênerai des armées 
« de Sa Majesté, et ce par le roy Philippe le Bel en Tannée 1285 ; et pour 
c lors furent créées les charges de juge et de lieutenant et de procureur du 
«r Roy. En Tannée 1490 furent créées les charges de lieutenant gênerai et 
a de lieutenant particulier. En Tannée i6aa furent créés les offices de con- 
• seiller. En Tannée 1645 fut créée la charge d'avocat du Roy au bailliage 
« d' Annonay, et fiit levée aux parties casuelles pour 400 livres seulement; 
« par un avocat nommé Odin, qui la donna en mourant à sieur Jean Volo- 
« zan, avocat d*Annonai 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 4l5 

de ladicte religion et bientost après abandonnée, Romans, 
la Coste et Valence furent aussy saisies (i). L'on tient 
que rimpetuosité des pluies et inondations excessives des 
rivieres,donnerent empeschement à plusieurs entreprinses. 

Premier déluge a Annonay et ez environs, 1567. 

Lemardy i*' octobre, jour de St Remy, audict an ibôy, 
après une longue et forte pluie, les rivières de Deome et 
de Cance et aultres traversieres de ce pays despuis Tour- 
non en hault, furent si excessivement desbordées que 
jamais on avoit ouy parler de si grandes inondations. 
Celle de Deome, environ le midy, s'accrut peu après, de 
façon qu'elle entra bien advant dans Teglise des Corde- 
liers, remplit les basses cours de feu M* Estienne Masse- 
bœuf au bourg de Deome et s'advança au derrière par tous 
les jardins d^un pied d'haulteur, jetta hors des gonds la 
grand porte d'icelle bien qu'elle fut fermée et emporta la 
petite part de la porte aux prés ruraux et la mena dans le 
Rhosne jusques aux isles du seigneur du Port soubs 
Sarras(2), où elle fut prinse; emmena plusieurs meubles 
et tonneaux, aulcuns vuides les autres plains de vin, et fit 
incroyable degast tout le long de son cours et de celuy de 
Cance, jusques à la bouche du Rhosne, vis à vis des Bor- 
des en Dauphiné, où par une estrange roideur et impé- 
tuosité elle traversoit d'un bord à l'autre ledit fleuve, qui 



(i) Les protestants commandés par Mouvant, s*emparèrent par surprise 
de Vienne, le 4 octobre, et ils en furent chassés par Nemours le 1 3 novem- 
bre suivant. La prise de Romans eut lieu le 30 septembre. 

(a) Iles dans le Rhône appartenant alors à Amieu de Monteil, seigneur du 
Port-St-Vallier etd'Ozon. 



4î6 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

n'estoit lors desbordé que par Taccroissement desdictes ri- 
vières traversieres, lesquelles avoient couvert son estendue 
jusqu'au dessoubs de Tournon, d'infinie quantité de bois, 
meubles et bagage. Les rivières d'Ay et de Doux (i) en 
firent de mesme aux lieux de Satillieu et du Savel de La- 
mastre (2), ou cent ou six vingts maisons furent abbatues 
et ruinées avec plusieurs moulins et grand nombre de 
prez. 

Second déluge, iSôy. 

Cela pouvait sufire, pour donner matière aux curieux 
d'en parler comme de choses admirables et non encore 
ouyes, si ce qui advint peu après n'eust surpassé de beau- 
coup la grandeur de cet événement, car le lundy 27 du- 
dict mois veille de St Simon et St Jude, les susdictes 
rivières d'Ay, de Cance et de Deome avec les aultres ruis- 
seaux de ce pays, desborderent derechef si pi-odigieuse- 
ment, que beaucoup de personnes pensèrent que les jours 
de Nohé estoient revenus; et de faict, comme les hommes 
ne se sont tellement tenus à la malice de prévarication de 
leurs prédécesseurs, mais ont adjousté mal sur mal et 
assemblé nouveaux peschés, aussi la justice de Dieu ne se . 
peult contenter aujourdhuy de ces chastimens ordinaires 
et communs, mais en adjousté de non accoustumez et 
extraordinaires. Tesmoins en sont les tumultes, séditions 
et guerres civiles, ruines et désolations des villes et pro- 



(i) L'Ay, rivière qui a sa source au dessus de Satillieu et se jette dans le 
Rhône à Sarras. Le Doux qui vient des montagnes de St-Bonnet-le-Froid, 
se jette dans le m6me fleuve un peu au dessus de Touraon. 

(a) Satillieu et la Mastre sont deux chefs^lieux de canton de l'arrondisse- 
ment de Touraon (Ardèche). 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 417 

vinces, les pestes et contagions, tremblemens de terre et 
orages et tempestes, sterilitez des saisons, chertez exces- 
sives de toutes choses et autres infinies calamitez, que ce 
royaume a souffertes despuis quelques ans et encore 
souffre journellement ; parmy lesquelles ce déluge est à 
observer, tant pour estre advenu oultre le moyen ordi- 
naire, sans pluie excessive, que pour sa grandeur, car la 
rivière de Deome fut demie toise plus haulte qu'elle 
n'avoit esté autres fois, passa par dessus le pont et trou- 
vant la porte de la ville fermée, rompit la barre du dernier 
et l'enfonça de sa roideur^ entrant dans la ville plus de 
grande quantité d'arbres et aultres bois, s'arresta au 
devant le petit arc dudict pont, de manière que Peau ne 
pouvant avoir cours que par dessoubs le grand arc et se 
répandant par la plaine du Bourg inonda, tous les basti- 
mens des Cordeliers de la hauteur de quatre pieds et plus/ 
tomba presque toute la muraille des jardins et mesme 
celle jdes basses cours de la maison de Massebœuf, que 
M* Achilles Gamon auroit faict redresser et bastir à chaux 
et sable l'année précédente. Dans icelle avoit un pié d'eau 
sur les premiers planchers,t€llement que parmy les cham- 
bres nageoient coffres et licts et par dehors les ondes 
s'eslevoient jusques à demy pié soubs la coudiere des fe* 
nestres. Ledict Gamon et toute sa famille s'estant retirez 
dans le colombier du jardin, furent contraintes l'aban- 
donner, voyant que l'estage bas estoit déjà saisy de l'eau, 
et si tost qu'ils furent hors des jardins se retirans à la 
Reclusiere, ledict colombier fut environné d'eau de toutes 
parts, de quatre pieds d'haulteur pour le moins, si que 
deux chambrières avec certains aultres furent arrestez 
dedans, attendans le bon plaisir de Dieu. Cecy advint la 
nuict, sur les 8 heures et dura environ demye heure, pen- 
dant laquelle furent ruinées plusieurs maisons auxdicts 



41 8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

bourgs de Deome, la Vallette et le Savel et entre aultres 
celle de André Manson, au bout du pont, bastie tout à 
neuf puis trois ou quatre ans auparadvant. Tous les mou- 
lins despuis Boulieu jusques au dessoubs d'Annonay, et 
ceux des Gordeliers soubs les Roches St- Denis (0, furent 
ruinez et ne demeura pierre sur pierre ni apparence 
d^edifice. Les prez et arbres demeurez de reste le long 
desdictes rivières, furent cette fois emmenez et ce qu'on 
trouvoit plus estrange,le jour devant n'avoit plu que bien 
peu, encores que durant l'inondation, l'air fut remply 
d'esclairs continuels et horribles tonnerres. L'on sceut 
après que en quelques montagnes prochaines, ez endroicis 
ou jamais source d'eau n'avoit esté veiie, estoit sorti de 
la terre comme gros ruisseaux, emmenant par leur ravine 
impestueuse tout ce qui se rencontroit devant eux (2). 



(i) Rochers au sud-est de la ville d'Annonay et sur la rive droite* de la 
Déome. 

(2) En marge de ces paragraphes, se trouvent les additions suivantes : 

Troisième déluge, — Le 30 juillet 1691, la rivière de Deome se déborda 
si prodigieusement tout à coup, qu'elle entraîna toutes les chaussées, les 
moulins, prez et terres qui se trouvèrent prés de cette rivière. L'eau se re- 
pandit par toute la place des Cordeliers, tout le long du quaj, entra dans 
toutes les caves voisines et mit tout à la nage. D'abord la rivière fut couverte 
d'arbres, de tonneaux, de grosses poutres et de meubles qu'elle entraîna 
partie dans le Rhosne, en laissa beaucoup dans la place des R. P. Cordeliers, 
n'ayant pu passer sous les ponts, à cause que l'eau alloit jusques à la cime 
des arches . Le desgat que ce déluge causa en cinq heures de temps depuis 
le Bourg -Argental jusqu'au Rhosne a esté estimé cinq cens mille escus. 

Quatrième déluge. — Le vendredy 2 juillet 1700, jour de la Visitation 
Nostre-Dame, la rivière de Deome se desborda si prodigieusement, qu'elle 
entra sous lès tillots des pères Cordeliers, douze pas, par la porte inonda le 
quay et ravagea tout le long de son courant jusques au Rhosne ; en sorte 
qu'elle emporta les chaussées, arbres, prez et terres et noya dans sa boutique 
la nommée Berger, marchande sur le quay de Deome, l'eau allant jusques 
au dessous de l'accoudoir de la fenestre de sa maison; perdit toutes les 



mémoires d achille gamon. 419 

Union jurée entre ceux d'Annonay , aux seconds 
troubles, 1668. 

La guerre cependant s'alluma de toutes parts, durant la- 
quelle ceux dudict Annonay de Tune et Tautre religion 
firent ensemble confédération et promesse de vivre en 
paix les ungs avec les aultres, soubs Tobeissance du Roy 
et observation de ses edicts, sans se entre injurier ni 
offenser; et ainsi se comportèrent gardans leur ville paisi- 
blement bien qu'elle fut desmantelée, jusques au second 
edict de pacification du 23 mars i568 (i). Ce nonobstant, 
par commission des gouverneurs pour le Roy, ceux de 



blancherics et tanneries, et le lendemain un pauvre habitant fut emmené par 
Teau, estant prés de la porte des Martins, au bord de la rivière, et lavant de 
la paille que Teau avoit saly, il voulut arrester un paquet de linge qui avoit 
eschappé à une femme qui lavoit, il s'avancea dans Teau qui Temmena et le 
noya sans secours. Cette inondation vint par une grande pluie. 

Cinquième déluge. — Le mardy 6* juillet 1706, sur les trois heures après 
midy, il a plu avec tant de force, meslé d*une gresle prodigieusement abon- 
dante, qui ravagea les vignes et la moisson, et la rivière de Deome enfla 
d'une manière qu'elle entra dans les maisons le long de son cours et fit un 
ravage seulement dans la ville, qui monte plus de cent mille escus. Et ce qu'il 
y eut de merveilleux, c'est que l'eau des chemins des croix de Lhosme et du 
Fer, s'esiant jointes à la place de la Reclusiere, entra si abondamment dans 
toutes les maisons, de la hauteur de plus de cinq pieds, qu'elle ravagea tous 
les jardins et creusa la rue jusques à la rivière de la hauteur de cinq pieds, 
et l'eau du chemin de la Croisette entra dans la ville par la porte du champ 
et remplit partie des caves, et s'estant partagée, partie ravagea le faulbourg 
de Cance, passant le long des fossés, et l'autre partie inonda Lavalette. 
Pareil cas estoit desja arrivée une fois dans le mois de juin de ceste année, 
sçavoir le 7 dudit, ce qui surprit tout le monde. Le 1 7* de juillet, la gresle 
et l'inondation commencèrent de nouveau avec plus de force. Le 1 7 aoust, 
la gresle et l'inondation ravagèrent entièrement. 

(i) Édit qui, sanctionnant le traité fait k Longjumeau, trois jours aupara- 
vant, confirmait l'édit d*Amboise. 



420 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

la religion de ladicte ville furent contreincts de payer par 
forme d'emprunt environ trois mil livres. 

Et comme Ton commenceoit de perdre Tasseurance du- 
dict second edict de pacification, par les occasions divul- 
guées, deux jeunes gentilshommes puisnez des maisons de 
la Condamine (i) et de Bayas (2), avec dix huict ou vingt 
soldats, sur la fin de juillet, audict an i b68, se vindrent 
jetter en ladicte ville d'Annonay, se saisirent des portes et 
commencèrent y mestre gardes, faisant bruict qu'ils 
attendoient cinq ou six cens hommes conduicts par les 
seigneurs de Virieu (3) et de Changy (4), dont ceux de la 



(i) André de Harenc, seigneur de la Condamine^ qui devint plus tard 
gentilhomme de la chambre du roi et commandant de Virieu et d*Annonay. 
II épousa le 1 1 mars 1574 Michelle de Fay-Malleval et mourut après le 
•j octobre t6oo. 

(3) Charles du Peloux, seigneur de Bayas ou Bayard et des Colaux, fils 
puîné de François, seigneur de Gourdan et de Claudine de Lucinge, qui 
épousa Louise d'Hostun-Claveyson suivant d*Aubais, Madeleine de Bayard 
de Brézenaud, héritière de sa maison, selon M. Filhol, et qui mourut en 
tout cas en 1 631. Il sera question de ce personnage sous le nom de des 
Coulaux, qu*il prit dans la suite. 

(3) Jean de Fay, seigneur de Malleval en Forez, fils putné de Noèl, sei- 
gneur de Peyraud, et de Françoise de St-Gelais, qui était devenu seigneur 
de Virieu par son mariage avec Louise de Varey, dame de cette terre, et quj 
ne laissa qu'une fille, Jeanne de Fay-Virieu, mariée le ;o juillet 1581 avec 
Claude de Villars, bisaïeul du maréchal de ce nom. Neveu de la femme de 
St-Romain, et comme lui enrôlé dans le parti huguenot, il leva conjointe- 
ment avec lui, au mois d*août 1568, un régiment de dix-sept enseignes ou 
compagnies en Dauphiné, et fit à sa tftte cette désastreuse campagne de Sain- 
tonge (août 1568-octobre 1569), dans laquelle les protestants dauphinois, 
languedociens et provençaux, menés au secours de Condé par d'Acier, furent 
littéralement écrasés. Revenu de cette expédition^ il se trouvait à Paris, à 
l'époque de la St-Barthélemy et n'échappa au massacre que grâce à son 
parent Louis de St-Gelais-Lansac, qui le fit évader. Ayant alors embrassé 
le catholicisme, il devint plus tard commandant de l'artillerie en Languedoc. 

(4) Jacques de Fay, seigneur de Changy, dont le nom ne se sépare guère 
de celui de son frère Michel, était le cousin germain de St-Chamond et de 



MÉMOIRES D^ACHILLE GAMON. 42 1 

ville furent fort estonnez ; mais sçachant que lesdicts de la 
Condamine et Bayas estoient seuls et desadvouez, firent 



St-Romain, et fut un des premiers et des plus chauds partisans de la Ré- 
forme dans notre région. Persécuté k cause de cela par le maréchal de St- 
André, gouverneur de Lyon, il se réfugia en Dauphiné et de concert avec 
quelques gentilshommes des environs de Romans , s'empara d^une des 
églises paroissiales de cette ville, celle de St-Romain, pour y établir un 
prêche le 17 avril 1561. Compromis peu de temps après dans un complot 
tendant à livrer la ville de Lyon à Condé, il fut arrêté ainsi que son frère, 
par St-Chamond lui-même , parce qu'on « esperoit tirer beaucoup de 
preuves, d'autant qu'ils faisoyent profession de la religion et qu'ils estoyent 
gens d'esprit et de menées, • dii Régnier de la Planche ; mais relâchés 
ensuite faute de preuves, ils figurèrent simplement comme témoins à dé- 
charge dans le procès intenté à Condé ; lequel récompensa leurs services, 
en nommant au mois de mai 1562, Jacques de Changy, commandant de l'in- 
fanterie de des Adrets. Seulement cette nomination ayant excité les suscepti- 
bilités de Blacons, qui prétendait au même commandement, Changy se retira 
à Valence, pour y commander dans le Valentinois au nom des princes, et prit 
en même temps le commandement d'une compagnie de aoo hommes, à la 
tête de laquelle il coopéra à la prise de Grenoble le 34 juin suivant. S'as- 
socia-t-il ensuite à l'opposition que fit à des AdretH son frère Michel, dans 
les États de Moi^télimar ^ Ce qu'il y a de certain, c'est que le farouche ba- 
ron enveloppant les deux frères dans sa rancune, réduisit de 100 hommes la 
compagnie de Changy le jeune, tandis qu'il cassa purement celle de l'atné. 
C'était dans les derniers de l'année 1562, et le 10 janvier suivant des Adrets 
fut arrêté à Romans par ses principaux lieutenants, au nombre desquels se 
trouvait Jacques de Changy, à qui le parlement de Grenoble ordonna deux ans 
plus tard (11 mai 1565) de restituer une somme de 2,311 livres, 17 sols, 6 
deniers, prise dans les coffres de des Adrets. 

Membre du Conseil politique institué par les États de Montélimar, sous 
des Adrets, Changy l'aîné le fut encore sous Montbrun, son successeur 
dans la charge de chef suprême du parti huguenot en Dauphiné ; mais 
ce n'est qu'au mois d'août 1568 qu'on le retrouve activement mêlé aux 
entreprises armées de son parti. St-Romain et Virieu ayant levé un régi- 
ment Dauphinois pour le mener à Condé, en Saintonge, il s'empara 
audacieusement du château de Peyraud, pour leur faciliter le passage du 
Rhône, et ce fleuve passé les accompagna à Annonay et de là à Aubenas. 
Là s'arrêtent les renseignements que nous avons sur lui. — Régnier de la 
Planche, Hist, de V estât de France, I, a 06, II, 18. — Mém. de Condé, I, 

Tome XX. —1886. 28 



4^2 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

tant que le lendemain ils partirent de ladicte ville prenant 
le chemin de Privas et Aubenas (i), avec quelques-uns de 
ceux qui les avoient favorisez à ceste entreprise. Le sei- 
gneur de Jarnieu, bailly dudict Annonay et quelques aul- 
tres gentilshommes les suivirent environ demie lieue, 
mais s'estans rencontrez chascun tira sa voye. 

Tierce eslevation. 

Despuis s'augmenta le bruict quelque temps devant 
commencé, qu'on estoit derechef en guerre et en furent 
veus les effects en ce pays, sur le commencement de sep- 
tembre audict an 1 568, quand soudain les seigneurs de 
St- Romain^ de la maison de St-Chaumond, qui fut arche- 
vesque d'Aix (2), de Virieu et de Changy ayant prins les 



393. — Di Thod, Hist. univ., III, 540, 554, IV, 289, V, 540. — Choriek, 
Hist. gin. du Dauphiné, II, 566, 578. — Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., 
\, 172. — Chevalier, Ann. de Romans, 33, 37. — Là Popelinière, Hist. de 
France, I. 70, etc. 

(i) Privas, chef-lieu du département, et Aubenas, chef-lieu de canton de 
rarrondissement de Largentière (Ardèche). 

(3) Jean de St-Priest, deuxième fils d'autre Jean, seigneur de St-Chamond 
et conséquemment le frère puîné du fameux capitaine catholique St-Chamond, 
que nous avons déjà fait connaître, entra premièrement dans les ordres et 
fut élu archevêque d'Aix en 1551; msiis ses doctrines hétérodoxes Tayant 
ensuite fait déposer par le pape Pie II (octobre 1563), il épousa Claude ou 
Claudine de Fay, fille de Noël, seigneur d'Estables, et sous le nom de capi- 
taine St-Romain, qui était celui d'une terre appartenant à sa femme, devint 
un des principaux chefs du parti huguenot en Languedoc. Associé tout 
d'abord au provençal Mouvans, il tenta mais en vain de s'emparer de Lyon 
au mois d'octobre 1567, et cette entreprise manquée, surprit Vienne dont il 
incendia les monuments. L'an suivant, il leva de concert avec son parent 
Virieu, un régiment en Dauphiné, pour le mener au secours de Condé ; 
mais après lui avoir fait traverser le Rhône et accompagné jusqu'à Alais, 
il en laissa. le commandement à Virieu, qui le conduisît en Saintonge, 
tandis que lui St-Romain restait en Languedoc pour y surveiller les intérêts 



MÉMOIRES D'aCHILLE GAMON. 423 

armes pour le party de la religion, se trouvèrent à Pe- 



de son parti. C'était au mois d'août 1568. Trois ans après l'ancien arche- 
vêque d*Aix, qui, se trouvant à Paris au moment de la St Barthélémy, avait 
été sauvé du massacre par le duc de Guise, fut élu chef des protestants de 
Nîmes, de rUzège, des Cévennes et du Vivarais, de nouveau soulevés (octo- 
bre 1373); et cette élection ayant été confirmée quelque temps après, dans 
une assemblée générale tenue à Milhau, St-Romain joua dès lors un rOle 
considérable dans toutes les affaires des protestants languedociens. On le vit 
notamment tenir tète au dauphin d'Auvergne lorsqu'il assiégea Privas et dé- 
gager celte ville au mois d'octobre 15731 assister l'année suivante (novem- 
bre 1573) à la conférence que Damville eut à Montpellier, avec un envoyé 
du roi Henri III, puis défiant à l'endroit de celui-là, s'emparer tout à coup 
de la ville d'Aigues-Mortes, qui était une des plus fortes places du Langue- 
doc, au mois de février 1577; enfin provoquer aussitôt après, une assemblée 
générale des principaux de son parti à Lunel, pour s'entendre sur la conduite 
à suivre en prévision de certaines éventualités. Cette assemblée fut suivie 
d'une antre qui eut lieu à Montpellier le 1 7 mars, et dans laquelle les chefs 
protestants du Bas-Languedoc, arrêtèrent les conditions auxquelles ils con- 
sentiraient à déposer les armes, et ces conditions ayant été repoussées par 
Damville, il y eut quelques jours après, à Pézenas, une nouvelle assemblée, 
dans laquelle fut enfin signé (8 avril) un traité, aux termes duquel St-Romain 
devait conserver le gouvernement d'Aig^es-Mortes, avec une pension an- 
nuelle de a, 000 livres, et de plus jouir a des fruicts et revenus de l'evesché 
ff de Beziers, ores et k l'avenir, ensemble des maisons dudict evesché à Ca- 
c zouls et à Gabian, pour la réduction des fruicts et pour l'habitation de 
ff son économe et autres serviteurs et négociation de ses afEsires. » La plu- 
part de ces avantages lui furent conservés, dans les arrangements qui précé- 
dèrent et suivirent la paix de Bergerac, des lettres royales du 3 octobre 
1577, lui ayant assuré le gouvernement d'Aigues-Mortes pendant six ans; 
seulement l'ancien archevêque d'Aix n'en profita guère, car c'est le 3 5 juin 
I 578 qu'il mourut, « non sans soupçon de poison » suivant Pérussis, c ayant 
« receu une blessure mortelle dans une rencontre, » dit Le Laboureur. 
Quant à sa veuve dont la remarquable beauté ne fut probablement pas étran- 
gère h son changement de religion, promptement consolée, elle se remaria le 
7 juillet 1579 avec Antoine de Bron, comte de la Liègue et seigneur de 
Bellegarde^ qu'elle rendit père de cinq enfants. — Mas. de FIsU -Barbe, II, 
386. — Delphinalia, 115, 133-138. — Hist. gin. du Languedoc, IX, 46, 58 
78, 87, 139, 143, 558. — Vachez, Bellegarde et la Liègue, 35-36 et 65-66. 
— Spondanus, Ann. ecclés., 435, 430. — Pièces fugitives, I, 343. — Aiém, 
d'Eustache Pièmond, 597-598, etc. 



4^4 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

raud (i) avec grand nombre de gens de guerre et de la 
vindrent à Andance (2) et aux environs, où estans un 
jour de sabmedy, ledict seigneur de Virieu accompagné 
de quelques chevaux vint audict Annonay et à la réquisi- 
tion de ceux de la ville leur donna espérance que ses 
troupes n'y viendroient point, pourveu qu'on leur envoya 
munition de pains et vivres. Mais cependant que ladicte 
munition se preparoit, le lundy suivant sur le disner, 
toutes lesdîctes compagnies arrivèrent, faisant nombre de 
six ou sept cens hommes, conduicts par les seigneurs sus- 
nommez et certains aultres gentilshommes du Daulphiné. 
Ils y sesjournerent environ huict jours, durant lesquels 
les églises et bastimens des Cordeliers et de Ste-Claire 
furent bruslez, la grande église abattue avec partie du 
prieuré et toutes les cloches de la ville rompues et ven- 
dues par les soldats, quoique les habitans fissent tout leur 
possible pour les conserver. Ung soldat de la ville qui 
s'estoit enrôlé avec lesdicts sieurs, par malveillance tua de 
nuict une femme de la religion romaine, mais le lende- 
main estant prins prisonnier, son procès faict par lesdicts 
sieurs, mis en desliberation avec les gens de lettres qui se 
trouvèrent en ville, il se trouva le matin suivant pendu et 
estranglé en ung poteau au milieu de la place nouvelle. 
Tost après lesdictes troupes partirent, prenant par les 



(i) Peyraud, commune du canton de Serrières (Ardèche), dont le chAteau 
commande le cours du Rhône. Gordes qui commandait alors en Dauphiné 
pour le roi, ayant donné des ordres pour empescher que les troupes levées 
dans cette province, pour le compte du parti huguenot, traversassent le 
Rhône, Changy 6*empara du château de Peyraud pour faciliter ce passage et 
en avertit St-Romatn, qui se hâta tellement que « devant la Diane, il passe 
« en une heure et demie sur le pont, avec plus de mille hommes de pied et 
« cent chevaux de selle, » dit la Popelinière (Hist. de France, I, 70). 

(a) Commune du canton de Serrières (Ardèche). 



MÉMOIRES d' ACHILLE GAMON. 426 

montagnes le chemin de Poictou (i) et avec eux plus de 
200 hommes de ladicte ville, persuadez que demeurans 
chez eux, ils seroient en danger de leurs vies (2). 



(i) D'Annonay ces troupes furent à Aubenas et de là à Alaîs, où était le 
rendez-vous de Tarmée huguenote, -dont le baron d'Acier prit alors le com- 
mandement en chef. 

(2) En marge de ce paragraphe se trouve la note suivante : « Le jeudy 
« 19 avril 1714, le feu ayant pris à la classe de philosophie du couvent des 
« Cordelters, qu'est la première en entrant, dans ledit couvent, environ 
ff rheure de neuf du soir, enflamma dans un instant tout le corps de logis 
c qui est sur le devant dudit couvent, et sans un prompt secours auroit 
« consommé le clocher et l'église, qui furent préservés, aussi bien que le 
« corps de logis et la tour, qui foule dans la basse-cour dudit couvent. » 

{A continuer.) 

J. BRUN-DURAND. 



426 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



KEIS DERKIKRS COMTES 



DE DIE 



ET 



LA FAMILLE ARTAUD DE MONTAUBAN 



Suite. — Voir la 78* livraison. 



III. 



Guillaume Artaud. Ce personnage est le premier qui 
porte le nom d'Artaud. Il vivait déjà en 1 190 ou 1 191 ; 
en effet Hugues d'Aix, confirme à cette date, à la char- 
treuse de Durbon, moyennant 40 sous, et avec l'approba- 
tion de Guillaume et Hugues, ses fils, ses possessions à 
Chamousset, au Ramail et à la Jarjatte (i). Un second 
acte est encore plus formel ; daté du 4 novembre (2 des 
nones de novembre) 1224 (2) il contient la confirmation 



(1) Arch. des Hautes-Alpes ; fonds du Durbon. Deux copies de 
1190 et 1191. 

(2) Cet acte, conservé en copie dans les archives des Hautes- Alpes, 
fonds de Durbon, est daté par erreur de 1254, Guillaume Artaud, 
qui mourut probablement peu après 1230, ne peut en effet paraître 
dans une charte de 1254. Je propose donc de la dater de 1224 ; du 
reste les termes de l'acte sont importants, mais non la date. 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. 427 

par Guillaume Artaud, de tout ce que son aieul Isoard, 
comte de Die, et Pierre-Isoard, fils de ce comte, ont donne 
à la maison du Temple de Lus, à la Jarjatte, au Gar- 
naisier, à (]hamoussei et à Peyre-Gaudemar à Montmaur. 
En 1199 il avait hérité de Hugues d'Aix, son père, et 
assiste en qualité de seigneur à une enquête sur les pro- 
priétés de la maison de Durbon (i) ; il parait pour la der- 
nière fois dans une charte du 20 mai (i3 kalendes de juin) 
i23o par laquelle il vend moyennant 96 livres à la char- 
treuse de Durbon tous ses droits depuis les étroits de 
Montmaur jusqu'au Tombarel et la montagne de Char- 
gaie (2). Chorier lui donne pour femme une fille de 
Guillaume, seigneur de TEtoile, dont il ne connaît pas le 
prénom (3) ; je n'ai pas trouvé la confirmation de cette 
assertion. Guillaume Artaud n'eut qu'un fils nommé 
Isoard. 



IV 



IsoARD d'Aix ou Artaud. Ce personnage est nommé 
quelquefois Isoard Artaud, mais beaucoup plus souvent 
Isoard d'Aix. l,e 21 octobre (12 des kalendes de novem- 
dre) i2o5, Guillaume Artaud, son père, avec son appro- 
bation et celle de Hugues son neveu, vend pour 25 livres 
à la chartreuse de Durbon tout ce qu'il possède dans le 
tènement de Vaux à Montmaur (4). Cette charte est la 
première où paraisse Isoard. De i2o5à i23o il souscrit 
conjointement avec son père un certain nombre d'actes 



(1) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon, original. 

(2) Ibid., original. — Bouches-du-Rhône, B, 1,I0'2. copie. 

(3) Estai j^olitique ; rupplémerUy p. 104. 

(4) Arch. des Hautes Alpes, fonds de Durbon, original. 



428 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

portant donation aux chartreuses de Durbon et de Ber- 
thaud de terres à Montmaur, la Cluse et le Dévoluy (i). 
En 1239 il avait hérité des biens paternels et moyennant 
3o livres, il confirme solennellement à Durbon les dona- 
tions de son père et ce que les moines avaient acquis à la 
Piarre et à la Cluse (2). Il paraît ensuite seul ou avec son 
fils Raymond, dans plusieurs autres actes de 1239 ^ 
1243 (3) et enfin le 29 mars (4 des kalendes d'avril) 1244 (4) 
il fait donation entière à Raymond de Montauban, son 
fils, de ses seigneuries de Montmaur, d'Aix, du Dévoluy, 
du Bauchaine, de la Cluse, du Collet, Lus, Glandage, 
Grimone, Bonabcrlle, Châtillon, Montbrand et de la Beau- 
me, se réservant seulement sa vie durant l'usufruit de 
celles de Montmaur, de la Cluse et du Dévoluy. Il avait 
épousé Dragonette de Montauban qui le 3 mai (5 des 
nones de mai) 1244 (5), en vertu d^une sentence arbitrale 



(1) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Berthaud et de Durbon, 
chartes ori^nales. — Cartulaire de Durbon, charte 312. — Arch. 
des Bouches-du-Rhône, B, 1,102. 

(2) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon, dans lequel cette 
charte existe en double original. 

(3) Ibtd, fonds de Durbon et de Berthaud, chartes onginales. 

(4) Cet acte existe en copie dans le fonds de la Chartreuse de 
Berthaud aux arch. des Hautes-Alpes et y est daté par erreur de 
1248. 11 est nécessairement postérieur aux 23 octobre 1243 date à 
laquelle Isoard nous apparaît encore administrant ses biens et en 
Tendant des parcelles, ce qu*il n'eut pu faire s'il en a-vait été 
simplement usufruitier ; il est nécessairement antérieur à 1245, 
car nous voyons Raymond, fils d'Isoard, confirmer les donations 
faites par son père et son grand père à la chartreuse de Durbon et 
administrer ses seigneuries sans la participation de celui-ci, pendant 
l'année 1244. Je crois donc être dans le vrai en datant cet acte de 1244. 

(5) Comme la précédente cette charte est mal datée et la mention 
unique qu'on en trouve dans l'Inventaire de la Chambre des Comptes, 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. 429 

prononcée par Raymond de Mévouillon, entre elle, repré- 
sentée par Dragonet de MontauBan, qui était peut-être 
son frère, et Raymond de Baux, seigneur d'Orange, céda 
audit Raymond de Baux plusieurs terres dans les Baron- 
nies entre autres Montjay (i). Ses deux enfants Raymond 
et Malberjonne interviennent dans cet acte où elle est 
qualifiée de veuve d'Isoard d'Aix. Ce dernier fut donc 
père de ces deux enfants et peut être d'un troisième 
nommé Guillaume. 

Malberjonne. Elle ne nous est connue que par la tran- 
saction passée par sa mère avec Raymond de Baux citée 
à l'article précédent. 

Guillaume. Ce personnage nommé Guillaume Artaud, 
nous est connu seulement par des lettres de sauvegarde 
accordées. par le Dauphin à la chartreuse de Durbon le 
4 mai (4 des nones de mai) 1 248, contre les entreprises de 
Raymond de Montauban et de Guillaume Artaud (2). Ces 
deux personnages étaient-ils frères ? Je l'ignore et la rai- 
son d'en douter c'est que Guillaume ne paraît pas à côté 
de son frère Raymond et de sa sœur Malberjonne dans la 
transaction passée par leur mère Dragonette de Montau- 
ban en 1244 et dont j'ai parlé plus haut. 



car je n'en connais ni original ni copie, fourmille d'erreurs. Elle est 

datée de 1242. date impossible puisque Dragonette j est qualifiée de 

yeuve d'Isoard que des documents originaux nous montrent vivant ! 

encore le 23 octobre 1243.11 7 est dit que Dragonette cède plusieurs * 1 

terres à Dragonet de Montauban, son mandataire, tandis que cette 

cession fut certainement faite en faveur de Raymond de Baux, sa 

partie. Cet acte est au plus tôt de 1244, c'est la date que je lui donne 

jusqu'à preuve du contraire. 

(1) Une vente est passée par Isoard Artaud, mari de Dragonette, 
à Montjay daru le uerger près la voûté de Végîise, le 23 octobre 1243. 
Il possédait cette terre du chef de sa femme. 

(2) Bibl. nation, mss. lat. 10,954 p. 219, anaiyse. 



43o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



Raymond de Montauban. Raymond porta le premier 
le nom de Montauban, qui lui venait évidemment de Dra- 
gonette de Montauban, sa mère ; il paraît pour la pre- 
mière fois dans une charte de 1289 par laquelle Isoard, fils 
de Guillaume Artaud, approuvé par Raymond de Mon- 
tauban, son fils, confirme les possessions de la chartreuse 
de Durbon à la Piarre, la Cluse et Vaux près de Mont- 
maur (i) Le 29 mars 1244, comme je l'ai dit ci-dessus, 
il reçut de son père un abandon général de toutes 
ses seigneuries. La même année il confirme à la maison 
de Durbon les libéralités de son père et de son grand 
père (2). Il parait dans des actes assez nombreux ; le der- 
nier qui, à ma connaissance, émane de lui, est daté du 1 1 
mai (5 des ides de mai) i263 (3). Il était certainement mort 
en 1281, laissant deux fils Raymond et Guillaume qui se 
partagèrent son héritage. 

Il n'est pas douteux qu'il n'y ait eu un partage entre 
les enfants de Raymond de Montauban ; en effet nous 
avons vu que son père Isoard lui fît une donation entre vifs 
de treize terres, que nous ne retrouvons plus intégralement 
entre les mains de Raynaud, son fils aîné, mais divisées 
entre lui et une autre branche des Artaud de Montauban, 
qui se subdivisa bientôt elle-même en plusieurs rameaux. 



(1) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon et Arch. des Bou- 
ches-du-Rhône, B, 1»102, copies. Il est cité avec le litre de baron 
dans une charte qui n'émane pas de lui et est datée du 26 décembre 
1264 (Arch. de l'Isère, B, 2,992). 

^2) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon et Arch. des Bou- 
ches-du-Rhône, B, 1,102 ; copies. 

(3) Arch. des Hautes-Alpes, fonds de Durbon, deux originaux. 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. 4$ I 

Guillaume Artaud. Ce personnage nous est connu par 
plusieurs actes dont le premier date du 2g mars 1281 
c'est-à-dire de plusieurs années, sans doute, après 
la'mort de son père. C'est un compromis entre lui, son 
frère Raynaud de Montauban et la maison de Durbon, 
décidant de s'en rapporter à deux arbitres pour régler les 
questions qui les divisaient (i). Ce Guillaume Artaud fut 
l'origine d'une branche qui prit tantôt le nom d'Artaud, 
tantôt celui d'Artaud de Montauban, qui se subdivisa 
elle-même en plusieurs rameaux et posséda les terres 
d'Aix, la Motte-Chalancon, le Collet, Lus, Glandage, Gri- 
mone,Bonabelle, Châtillon, partie d'Aspres, de la Beaume, 
de St- André, et du Bauchaine.Les branches qui possédaient 
Aix et la Motte-Chalancon existaient encore au XV* siè- 
cle ; celle du Bauchaine et de la Baronnie de Saint- André 
s'éteignit à la fin du XVI* dans la famille de Créqui ; une 
quatrième branche issue au XV* siècle d'un bâtard de 
celle qui possédait le Bauchaine rejeta le nom d'Artaud 
pour prendre celui de Montauban du Villard (2); elle 
hérita au milieu du XVI* siècle de la terre de Jarjayes en 
Gapençais, par une alliance avec la famille de Flotte, dont 
elle unit le nom au sien. Les Montauban de Flotte du 
Villard eurent beaucoup d'autorité dans le parti protes- 
tant du Gapençais ; cette famille s'éteignit au commen- 
cement du XVI II* siècle. 

VI 

Raynaud de Montauban. II avait déjà succédé à son 
père en 1282 dans la baronnie de Montmaur, les seigneu- 



(1) Arch. des Bouches-du-Rhône, fi, 1,102, copie. 

(2) Notre-Dame du Villard est un hameau du Bauchaine. 



432 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

ries du Dévoiuy^ de la Cluse, de la Baume-Noire et partie 
du Bauchaine. Dans une charte du 29 mars 1281 
que j^ai déjà citée plus haut, il paraît avec Guillaume 
Artaud, son frère, et porte le titre de damoiseau et de 
seigneur de Montmaur. Il donna naissance à la branche 
des barons de Montmaur qui s^éteignit au commencement 
du XVI* siècle, dans la famille des Flotte, seigneurs de la 
Roche, dont les descendants joignirent à cette occasion à 
leur nom celui de Montauban. Les Flotte-Montauban 
(qu'il ne faut pas confondre avec les Montauban de Flotte 
du Villard dont j'ai parlé à l'article précédent) se sont 
éteints pendant l'émigration (i). 

J'arrêterai ici cette généalogie que j'ai voulu conduire 
seulement jusqu'au moment où la famille Artaud, issue 
directement des comtes de Die par les femmes, se divise 
en plusieurs branches. 

On a donné généralement des armoiries différentes à la 
famille Artaud et à la famille de Montauban quoiqu'elles 
soient une seule et même race. A la première de gueules 
au château à trois tours rf'or,. anciennes armoiries, a-t-on 
dit, des comtes de Die ; à la seconde <Va:{ur à trois châ- 
teaux à trois tours d^or 2 et i. J'ignore quelles armoi- 
ries avaient les comtes de Die et même s'ils avaient des 
armoiries, et sur quel monument authentique on se base 
pour leur en octroyer, mais il est certain que leurs descen- 
dants les Artaud^ qu'ils aient été Artaud tout court, ou 
Artaud de Montauban, ou Montauban du Villard n'ont 
jamais eu pour armoiries que trois châteaux à trois tours 
posés deux et un. Pour les barons de Montmaur il n'y a 



(1) On m'a assuré, cependant, qu'un dernier de Flotte-Montau- 
ban, né pendant l'émigration, vivait encore à Marseille. 



LES DERNIERS COMTES DE DIE. 433 

aucun doute, puisque nous possédons encore les sceaux 
de Guillaume Artaud, dlsoard d'Aix son fils, de Raymond 
son petit-fils, etc., sur lesquels sont gravées ces armoi- 
ries (i). Pour la branche de la Motte-Chalancon les armoi- 
ries étaient les mêmes, car Jacques Artaud qui fut évêque 
successivement de Saint- Pau 1-trois-Châteaux et de Gap 
(1354-1399), les portait sur son sceau que j'ai publié 
jadis (2) et il était frère du seigneur de la Motte-Chalancon. 
La branche des seigneurs d^Aix, ne différait pas des pré- 
cédentes par ses armoiries que nous voyons reproduites 
sur les sceaux de Guillaume Artaud, seigneur d'Aix en 
1424 et 1426 (3). Il n'est pas jusqu'à la branche bâtarde 
des Montauban du Villard qui n'ait eu ces mêmes armoi- 
ries sans aucune brisure (4). 

Les couleurs des armoiries des branches des barons de 
Montmaur, et des seigneurs d'Aix et de la Motte-Chalan- 
con ne me sont pas connuea. Les Montauban du Villard 
portaient de gueules à trois châteaux à trois tour cVor. 

J. ROMAN. 



(1) Voir ma Sigillographie du diocèse de Gap, 
(3) Sigillographie du diocèse de Gap* 

(3) fiibl. nation. Cab. de titres, pièces orig. toI. 107, n* 2^28. 

(4) Ce sont celles que donne la GénécUogie de cette famille impri- 
mée par son ordre au milieu du XVIP siècle. (S. 1. n. d., 4 p. in-4^). 



434 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



CORRESPONDANCE D'ACHARD DE GERINE 

avec M. de la Coste 

L'DH DES DEIUQERS PRESIDENTS A MORTIER DO PARLEMENT DE DAOPHINE 

pendant les deux premières années de VEmigration 

m 

1791-179J. 



(Suite. — Voir les 74*, 75*, 76*, 77* et 78* livraisons). 



XVI. 



Monsieur le Président, 

I 

J'ai reçu hier votre lettre du 28 septembre ; elle est 
cottée n® 5. Je n'ai pas reçu le n''4. Je ne tarde pas à vous 
répondre, pour vous envoyer la note ci-jointe de M. Du- 
chados. Il est désolant que ce &1. Cornet ait conseillé un 
remède qui produisait d'aussi tristes effets. Le succès de 
celui proposé par M. Duchados annonce, comme vous le 
dites, qu'il a mieux saisi le principe de la maladie. 

Voici une lettre que Madame de Chaléon (i)ma envoyée 
de Vif pour vous faire parvenir. 



(1) Anne-Pierrette delà Coste, femme de Laurent-César de Chaléon- 
Chambrier, conseiller au parlement de Grenoble, était la sœur 
du président de la Coste. Nous la trouvons portée, avec son mari 
et son fils, sur la liste des notoirement suspects dressée par les 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 435 

M. votre frère m'a accusé la réception de la lettre de 
change de 95,600 livres que je lui ai envoyée. Il me mar- 
que qu'il enverra la quittance finale lorsque la somme 
portée par cette lettre, et celle de io5o livres, montant 
des intérêts échus depuis le dernier paiement que je lui ai 
fait, seront acquittées. Je remettrai cette dernière somme 
à M. de Moydieu (i), comme il me le marque. 

M. de Blosset proposa le remboursement des 3o,ooo 
livres; mais je dis à M. de Besson que je ne connaissais pas 
les titres de la créance. Après plusieurs visites, nous fîmes 
pour ainsi dire une transaction. Je lui donnai une décla- 
ration portant qu'il m'avait averti qu'il vous rembour- 
serait 5ooo livres dans trois mois. Je crois qu'il y en a un 
d'expiré. Soyez très-persuadé que je me défends autant 
que je le puis contre les remboursements de capitaux. 

M. de Miribel ne m'a rien fait signifier. Je l'embarras- 
serai en lui disant qu'il s'exposait à faire une offre nulle, 
s'il ne connaissait pas le titre qui vous constituait créan- 
cier, parce qu'il serait difiicile de faire une offre juste. 



représentants du peuple Albitte et Gauthier. Arrêtés tous ensemble 
le 28 avril 1793, ils furent incarcérés à Sainte-Marie-d*en-Haut, 
avec trente autres, dont plusieurs figurent dans cette correspon- 
dance. 

(1) Gaspard-François Berger de Mojdxeu, conseiller au parle- 
ment depuis 1775, est l'auteur d'un ouvrage important qui est 
demeuré en manuscrit ; on le trouve mentionné dans le Catalogue 
de la Bibliothèque lyonnaise de M. Cotte sous ce titre ; Tableau hisio- 
riqtœ de VaJbhaye royale de Saint-Pierre^ second manuscrit^ revu^ corrigé 
et augmenté, ÏIBB, — 3 vol. in-f. Nous croyons qu'il est aussi l'auteur 
d'un Mémoire sur la circulation des grains, mentionné par Rochas. 
IjC conseiller de Moytiieu avait un frère qui fut incarcéré avec 
lui comme suspect en mai 1793. L'un des deux frères est mort à 
la Verpillière, le 23 novembre 1807. 



436 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Giroud a sur le champ écrit pour votre renouvellement 
au Mercure {i). 

J'ai reçu 3ooo et quelques livres de M. de Viennois (2), 
que j'ai aussitôt remis à M. Périer. Il a remboursé 67,000 
livres à M. de Montferrat ; mais, quoiqu'il ait reçu beau- 



(1) Le Mercure de France peut être considéré comme le plus 
ancien journal qui ait été publié en France. 

(2) Jean-Jacques, marquis de Viennois, seigneur de Septême, 
Ojtier, etc., fut député de la noblesse aux Etats de Romans en 
1788; il j fit partie de la commission intermédiaire chargée d^étudier 
les questions qui deyaient être soumises aux délibérations de 
l'assemblée ; il fut aussi Tun des commissaires nommés « pour 
préparer les pouvoirs des députés aux Etats généraux du Royau- 
me. » Délégué auprès du Roi avec MM. Falcoz de la Blacbe et de 
Virieu pour solliciter de S. M. le rétablissement des Etats géné- 
raux, sa mission fut couronnée du plus heureux succès. Dans la 
séance du 7 janvier 1789, il donna lecture d*une lettre à lui adressée 
et signée par vingt-huit dauphinois résidant à Paris, dans laquelle 
ils exprimaient leur adhésion aux principes des Etats de Romans, 
et c rendaient hommage au zèle et au courage avec lesquels MM. 
« le marquis de Viennois, le comte de la Blache et le comte de 
€ Virieu, députés de la noblesse, ont soutenu les intérêts de la 
€ province pendant leur séjour dans la Capitale.» ^Procès^verbal des 
Etait de Dauphiné asteniblés à Romans. — Grenoble, 1788-In-4®, p. J30. 
— Voir. aussi p. 39.) — Le marquis de Viennois ne pouvait man- 
quer d'être rangé dans la classe des suspects et traité en consé- 
quence. Arrêté avec sa femme et sa fille en mai 1793, en même 
temps que M. de Chaléon et sa famille, il fut incarcéré à la Propa- 
gation de la foi, d'où il fut transféré, l'année suivante (messidor 
an 11 -juin 1794), avec quelques-uns de ces compagnons de déten- 
tion, dans la prison de la place S. André appelée la Conciergerie. 
De ce nombre étaient les deux frères de Moydieu, MM. de Bardo- 
nenche, Angles, Pex-constituant Revol, Pévôque constitutionnel 
Raymond, et plusieurs ecclésiastiques C'étaient ceux qui étaient 
le plus compromis. (Albin Gras, deux ans de l'Histoire de Grenoble, 
p. 103.) Le marquis de Viennois est mort à Septême en 1818. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 487 

coup d'assignats par le moyen des ventes qu'il a passées, 
il n'a pas voulu vous rembourser avec cette monnaie. Il 
m'a même dit de vous témoigner combien il était fâché de 
vous payer les intérêts avec des assignats, et de vous 
assurer de son respectueux attachement. Il part pour la 
Suisse. 

Deux receveurs des consignations vous ont écrit deux 
lettres imprimées, où ils vous conseillent de faire liquider 
votre charge et de vous adresser à un avocat au conseil 
qu'ils nomment, pour l'expédition de cette affaire. Quand la 
liquidation serait faite, je ne pourrais pas exiger le capital, 
parce qu'à Paris, on est fort scrupuleux sur les titres et les 
pouvoirs. Je crois d'ailleurs qu'il manque quelques titres. 

J'aurais bien désiré faire liquider la charge de premier 
président au bureau des finances. Je vous avais écrit à ce 
sujet, pour savoir où étaient les titres. 

Un fermier de Barbières est venu aujourd'hui payer 
590 livres en assignats; car on ne paye qu'avec cette 
monnaie. Il m'a dit qu'on était tranquille, et qu'on n'avait 
pas pensé à attaquer votre maison ; c'était un faux bruit, 
auquel Madame de la RoUière avait ajouté foi. 

Les émigrations sont toujours plus fréquentes. L'argent 
est d'une rareté extrême. On ne voit plus que des assignats. 
La pluie est venue depuis deux jours rassurer les habi- 
tants de la ville et des campagnes. 

Vous avez beaucoup de rentes à Seissins, Fontaine, etc. 
Vous aviez chargé Rancurel de les exiger. Il en a reçu, 
il en convient, et il n'en rend pas compte. Il serait à 
propos de savoir où sont les titres. J'ai fait avertir les 
particuliers qui payent ordinairement, et ils ont demandé 
les titres, pour savoir comment ils doivent et ce qu'ils 
doivent. La plupart de ces rentes prescrivent, à ce qu'on 
m'assure. 

Tome XX. - 1886. 29 



438 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Durif(i) m'avait promis de chercher les papiers qu'il 
a, vous appartenant. J'aurais pu y trouver peut-être 
ceux dont il s'agit. Il est en campagne. Je lui écrirai pour 
me les remettre. 

Je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à ma 
santé; elle est fort bonne. Je désire ardemment le rétablis- 
sement de celle de Madame de la Coste, et la conser- 
vation de la vôtre. 

12 octobre. 

{Sur une petite feuille volante :) Les loo^ooo livres ne 
sont pas encore remboursées à M. Périer; mais si le règne 
des assignats dure encore longtemps, et que, malgré ma 
résistance, je sois obligé d'en recevoir après ce rembour- 
sement, je serais d'avis de racheter les rentes qui existent 
sur vos biens. Je m'aperçois quelles sont assez considéra- 
bles. Je ne crois pas prudent de racheter celles qui sont 
dues au clergé ; mais on pourrait racheter les autres. 
Jouvin ma dit que vous aviez un journal sur lequel vous 
aviez écrit ces rentes. Comme vous ne pouvez faire de 
placement plus avantageux que sur vous-même, il vau- 
drait mieux faire ce rachat. Je vous prie de m'écrire 
votre intention à cet égard. En attendant votre réponse, si 
M. Périer était payé, je ferais en sorte d'effectuer quel- 
que rachat, parce que je crois cette opération fort avan- 
tageuse. 



(1) Jean Turc-Durif, procureur de M. de la Coste. était le dojea 
des procureurs héréditaires au balliage de Graisiraudan. Il avait 
acquis son office de M. Allemand-Duyerger,etdemeurait rue Vieuc 
Jésuites, près la rue Ste-Claire. 



CORRESPONDANCE D^ACHÂRD DE GERMANE. 43g 



XVII. 

Grenoble, le 19 octobre, 

Monsieur le Président, 

J'ai cru devoir vous dire les nouvelles de notre yille. 
M. Cftaboud (i) et M. Chièse (2) arrivent de Coblentz. Le 



(1) Joseph-Just-André de Chaboud, conseiller au parlement 
de Orenoble^ appartenait à une ancienne famille de la Côte-Saint- 
André anoblie en 1577, d'après Guy Allard. Nous croyons qu'elle 
subsiste encore à Chambéry, où elle s'est rendue recommandable 
dans la magistrature. 

(2) Gabriel-Prosper de Chièze, né à Grenoble, le 19 avril 1760, 
devint conseiller au parlement le 31 mars 1787. Il épousa, en 1801, 
Adélaïde de Sucy, sœur ainée de l'infortuné ordonnateur en chef 
de l'armée d'Egypte. Les relations et les intérêts que cette alliance 
lui créèrent dans la Drôme l'attirèrent à Valence, où il exerça 
différentes fonctions administratives sous l'Empire et la Restau- 
ration. 11 y devint entreposeur général des tabacs en mars 1811, 
par la faveur de Montalivet, alors ministre de l'intérieur. Il ne 
cessa de revendiquer auprès des gouvernements qui se succé- 
dèrent jusqu'à sa mort, des indemnités pour les pertes énormes 
qu'avait fait subir à sa famille la un tragique de son beau-frère et 
les pillages et déprédations qui l'accompagnèrent. M. de Chièze 
mourut à Valence (paroisse Saint-Jean), en novembre 1840, sans 
postérité. Sa veuve lui survécut jusqu'au 1*' février 1847. L'ex- 
cooseiller au parlement de Grenoble était le frère de Jérôme- 
Frédéric de Cbièze, vicaire général de Carcassonne, nommé arche-* 
véque deNarbonne en 1817, et le neveu des deux abbés de Chièze, 
qui périrent sur l'échafaud révolutionnaire d'Orange en 1793. La 
famille de Chièze (de. Chiesa), originaire d'Italie, était venue se fixer 
dans le Comtat à la suite des Papes ; elle habitait Orange, d'où le 



44Û SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

premier est venu à Grenoble; Pautre s'est arrrêté à Cham- 
béry. Ils ont été chargés d'une commission importante. 
M. Chaboud n'a vu que deux amis qui m'en ont fait la 
confidence. Il a dit qu'après des explications, ils ont été 

■ 

reçus des princes avec la distinction accordée aux prési- 
dents du parlement de Paris. On avait exagéré les périls 
qu'ils avaient couru lorsqu'ils passèrent la frontière. Ils 
ont parlé à M. de Narbonne-Fritzlard (i) à Chambéry. 
On ne sait l'objet de leur mission ; mais nous avons pré- 
sumé qu'il s'agit de ramasser le plus grand nombre pos- 
sible de magistrats, pour passer à Coblentz. M. d'An tour. 



père du conseiller Tint s'établir à Grenoble, y ayant acquis une 
charge au parlement. Prosper de Chièze fut le dernier de sa race 
et de son nom; sa sœur avait épousé M. Duporlrouz, de Romans, 
ayocat au parlement f^Annuatre de la noblesse p<nir 1862, p. 153. 
Biographie du Dauph,, art. de Chièze et de Sucy,) 

(1) Lieutenant général des armées du roi et commandant pour 
son service en Dauphiné. Il était fils unique de Jean*François, 
comte de Narbonne-Pelet, qui, en 1761, étant colonel d'un régi- 
ment de grenadiers royaux, défendit le poste de Fritzlar, où il 
arrêta pendant trois jours les efforts des Prussiens et donna le 
temps au maréchal de Broglie de dégager l'armée. En souvenir de 
ce beau fait d'armes, Louis XV voulu qu'il ajoutât à son nom celui 
de Fritzlar, qui demeurerait comme un titre de gloire à ses descen- 
dants. Le commandeur militaire du Dauphiné, était grand'croiz de 
l'ordre de S. Louis et commandant de l'Ordre de S. Lazare ; il avait 
été créé lieutenant-général le 1*' janvier 1784. Le roi le nomma, 
avec le bar«n de la Bove, son commissaire aux £tats de Romans, 
et en cette qualité, il y porta le premier la parole dans la séance 
d'ouverture du 1" décembre 1788. Le comte de Narbonne-Fritzlar 
avait déjà émigré à la date de cette lettre ; il ne resta pas en 
France. Albéric, son fils aîné, demeura au service de l'empereur 
d'Allemagne ; son unique fille fut mariée à l'héritier de la maison 
de Luynes, et porta le titre de duchesse de Chevreuse. 



CORRESPONDANCE D^ACHARD DE GERMANE. 44 1 

qui a vu AJ. Chaboud, part demain ; M. de Valserre, 
après-demain (i). Ils ne sont pas arrêtés par la considéra- 
tion de la maladie de leurs pères. M. des Adrets (2) a 
fait une chute. Sa voiture versa. M. du Bois (3) les accom- 
pagne. On assure que MM. de Sayve, de Vaux, présidents, 
et Angles, partiront aussi. On en cite d^autres. Je vous 
écrirai dès que je serai instruit s'ils sont partis. On comp- 
te onze magistrats qui y vont. M. (Chaboud part en poste 
demain, pour s'en retourner à Coblentz, M. d'An tour 
m'a dit qu'après avoir resté quelques jours à Coblentz, 
il irait à Worms. Si vous voulez lui écrire, vous pourrez 
recommander la lettre à M. de Virieu. C'est l'adresse 
qu'il m'a donnée lorsque je lui écrirai. Il a échappé de 



(1) Apollinaire-Louis-EHsabeth de Yaulserre des Adrets, conseil- 
ler au parlement. Il était capitaine commandant de la compagnie 
des grenadiers de la garde nationale de Grenoble, et habitait la 
rue NeuTe. 

(2) Père du précédent (?). 

(3) Gaspard-Marie du Boys, né à Grenoble en octobre 1761, fut 
nommé conseiller au Parlement de Grenoble arec dispense d*âge 
en 1782; il épousa, en août 1792, Mademoiselle de la Porterici 
entra en qualité de conseiller à la cour impériale de Grenoble en 
1811, et en devint président en 1816. Il fut élu député de l'Isère en 
1815, et se retira de la magistrature en 1848. Il est mort le l*' avril 
1860, dans sa 99* année. M, Revillout, alors professeur d'histoire 
au lycée de Grenoble, a publié une notice sur ce vénérable doyen' 
de la magistrature française. Il est le père de M. Albert du Boys, 
si honorablement connu dans le monde des lettres et de l'érudition. 
Celui-ci veut bien nous apprendre que Gaspard - Marie du Boys 
n'effectua pas le voyage projeté de Coblentz, sans doute parce 
que le Comte de Provence demeura peu de temps dans cette ville, 
et fut obligé d'en partir précipitamment vers cette époque-là. — Voir 
sur cette épisode de l'émigration les articles publiés par Alphonse 
Daudet dans la Revue des deux Mondes. 



442 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

dire à M. Chaboud que M. de Sayve avait été blâmé de 
ce qu'il n'avait pas convoqué le parlement, tandis qu'il en 
avait reçu l'ordre écrit de la main des princes. J'ai bien 
de la peine à croire que M. de Sayve eût négligé cet 
ordre. Il a dit encore qu'on était plus près du dénouement 
que l'on ne pensait. — Cependant deux lettres de Co- 
blentz, arrivées hier, ne parlent que du printemps. 

La commission intermédiaire va faire une protestation 
ronflante. M. le chevalier de {sic) Bouchage s'en occupe. 
La Constitution a été publiée dimanche dernier par les 
officiers municipaux à cheval et en écharpe. Le secrétaire 
de la municipalité portait sur sa poitrine la divine Consti- 
tution. M. Marcel (() fut jeté à terre par son cheval, qui 
se cabra. On crut qu'il s'était tué ; mais il ne se fit aucun 
mal. Deux autres municipaux éprouvèrent le même acci- 
dent, et sans recevoir plus de mal. Point d'applaudisse- 
ments ; un silence morne. La nouvelle imposition, qui 
est double de l'année dernière, commence à faire crier. 
On ne donne pas d'argent. On est ici fort mécontent: 
L'opinion du bas peuple change ; la misère le poursuit 
et l'accable. Les assignats perdent le 20, c'est-à-dire un 
cinquième. Pour avoir 80 louis en argent, on donne loo 
louis en assignats. Les louis d'or se vendent communé- 
ment i5 ou 20 s. ; bien entendu que l'échange se fait en 
argent. Pour avoir des louis, on perd le 23 sur les assi- 
gnats. — La faction des monarchistes s'agite beaucoup. 
Barnave est à Lyon, à ce qu'on dit ; Lafayette en Auver- 
gne ; Rabaud-St- Etienne, M. de Maubourg, du côté 



(J) Un personnage de ce nom était conseryateur des hypothèques 
à Grenoble (Grande-Rue) en 1790. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 443 

d'Orange, etc. (i) Ils intriguent pour se faire des partisans 
et s'approprier l'autorité, en conservant un fantôme de 
royauté. M. de Langon, (2) qui est arrivé, paraît affecté 
de cette faction. Il dit, et on écrit de Paris, que l'assem- 
blée actuelle est dans le mépris. Le directoire de départe- 
ment a eu une alerte. Il s'en fallut de peu qu'il ne fût en 
pièces l'autre jour. On distribuait des petits assignats. 
L'armée des sans-culottes leur dit mille horreurs. La 
garde nationale t>rit la fuite. II survint des Corses, qui 
en imposèrent. Une femme mit le poing sous le nez de 
Duport. Si elle l'avait frappé, il aurait été mis en pièces, 
de même que les autres ; car il suffit de commencer. Aussi 
a-t-on écrit pour faire venir l'autre bataillon des Suisses, 
qui est à Montdauphin. 

Si vous voulez que je fasse passer les 6,000 livres déposées 
chez M. Perier, à Chambéry, je les adresserai à Madame 
de Sayve, qui les fera parvenir facilement à Worms ou à 
Coblentz. Tous les jours, il part des personnes bien 
sûres. Je ferais passer la somme par la Chartreuse ; car 



(1) Ces quatre personnag^is sont trop connus pour que nous 
ayons à nous j arrêter ici. Sans être partisans de la royauté, ils 
étaient pleins de déférence pour la personne de Louis XVI, et 
n'admettaient pas les principes ni la direction de la démagogie. 
Deux d'entre eux ne tardèrent pas à être immolés à ses fureurs, 
et les deux autres, Lafayette et César de la Tour-Maubourg, n'y 
échappèrent qu'en passant à T.étranger. La communauté de senti- 
ments et d'infortune ne fît que resserrer davantage les liens de 
mutuelle amitié qui les unissaient déjà ; ils partagèrent la même 
captivité et endurèrent dans les prisons d'Olmùtz de dures priva- 
tions. Charles, le troisième des fils du marquis de la Tour-Mau- 
bourg, épousa sur la terre étrangère la fille aînée de Lafayette, et 
ils ne rentrèrent en France tous ensemble qu'à la fin du siècle. 

(2) Voir sur le marquis de Langon une note de la lettre YL 



444 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

on arrête sur les frontières, non les personnes, mais l'ar- 
gent. C'est ce qui rend si chers les louis. Aussi, n'en voit- 
on plus ; on est fort en peine pour en trouver. 

Je n'ose pas vous dire que je n'ai pas été encore à 
Jarrie, etc., quoiqu'on soit venu dire à ma domestique 
qu'il est à propos que Je voie comment les choses se 
passent. Je ne sais pas ce qu'on veut dire. Je m'en ins- 
truirai, s'il est possible, en interrogeant ceux qui ont dit 
cela, notamment le collecteur, qui vint dans un moment 
où j'étais sorti. Au reste, je ne crois pas qu'il s'agisse 
d'objets essentiels, parce que d'autres m'en auraient ins- 
truit. — Madame de Fontenay arrive de Chambéry, où 
elle est allée voir les demoiselles du Chilleau. Ses chevaux 
prirent le mors aux dents ; elle à fait une chute ; heureu- 
sement elle n'a eu que des meutrissures légères. M. de 
Besson a remboursé 5ooo et quelques livres, c'est-à-dire 
5ooo livres et les intérêts de cette somme, en sorte que le 
capital est réduit à 25,ooo. Le délai de la déclaration 
qu'il m'avait donnée, et dont il avait une ampliation, 
était expiré. Cette somme fut remise sur le champ à 
M. Périer, sauf 5oo livres, parce qu'il y avait des impo- 
sitions provisoires à payer. La nouvelle que m'avait 
donnée Madame de la Rolière, touchant votre maison a 
Barbière, n'est pas exacte. Un fermier vint apporter une 
somme à compte des arrérages, et il m'assura qu'il n'en 
avait pas été question.... 

Je vous réitère toujours l'assurance de mon respectueux 
dévouement. 

J'ouvre ma lettre pour vous dire que j'ai prié M. d'An- 
tour de vous écrire à Rome tout ce qui intéresse votre 
compagnie, parce que je crois important que vous sachiez 
ce qui se passe. Il me l'a promis^ et il m'a dit qu'il vous 
écrirait les détails avec plaisir. 



CORRESPONDANCE d'ACHARD DE GERMANE. 446 

M. le Chevalier de Sayve m'a dit que son frère ne lui 
avait pas fait part de son projet d'aller à Worms ou à 
Coblentz ; ce qui pourrait faire douter quMl parte. 

Je ne refais pas ma lettre. Je vous prie d'excuser ma 
paresse. 

(A Monsieur Monsieur de la Coste, Président à mortier 
du Parlement de Grenoble, rue Condotte, à Rome, en 
Italie.) 

(A continuer,) 



446 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



ESSAI HISTORIQUE 

SUR 

LE VERGORS 

(Brôxne). 



(Voir les 67», 68% 69*, 70% 71*, 72", 73", 74", 75", 76% 77* et 78^ livraisons) 



Perdeyer. — En 1595, « noble Fran. Perdeyer, filz 
à noble Claude Perdeyer, » habitait Die et achetait 
des biens à St-Agnan, notamment une terre dite la 
Reynaudière (i). 

De Laitier, — En 1597, Claude de Lattier, seigneur 
de Charpey, ayant fait « saisir et inquanter » la parerie 
de Vassieux qui avait appartenu au comte de Suze, 
Tacheta lui-même et s'en mit en possession. Comme il 
ne s'inquiétait pas assez de payer lés lods dus pour cette 
acquisition, Tévêque de Die et de Valence le fit assi- 
gner en payement de ces lods. Du reste, M. de Char- 
pey vendit la parerie, le 2 avril 1602, à Jacques Muret, 
avocat de Montélimar, devant Raymond d'Estret, no- 
taire à Valence. (2). 

Muret, — Jacques Muret ^ avocat de Montélimar, 



SX 



(1) Minutes cit., reg. n*^ 97, f. xiiij. 
(a) Arch. et fonds cit 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 447 

acquit en 1602 les droits des Lattier à Vassieux. Le 
22 septembre de la même année, par acte reçu Guillet, 
notaire à Die, il albergea tous les droits de pacage et 
de coupage de bo-is qu^il pouvait avoir à St-Genys et au 
mandement de Vassieux, aux habitants de Marignac, 
qui^ pour ce, devaient lui payer annuellement : ceux 
n'ayant pas de bœufs, i quarte froment; les autres, i 
émine froment ; la communauté en corps, 4 chapons et 
4 poules, outre les introges de 50 écus. 

En 1604, Muret prêta hommage, devant Bertrand 
notaire à Die, à Tévêque de Die et Valence, pour la 
coseigneurie de Vassieux, avec les maisons, granges, 
chazaux, domaines, bois, terres, prés, hermes, censés, 
chasses, revenus et pensions dépendants de cette cosei- 
gneurie. Mais, malgré cet hommage obligé. Muret se 
posait à Vassieux comme un maître. Un « extrait du 
conseil épiscopal » du ij janvier 1607 '^ P^"*" informer 
des excès et entreprise du s' Muret, » représente celui- 
ci comme « prenant la qualité de seul seigneur de. Va- 
cieu, faisant assembler les hommes à la place dud. lieu 
pour leur commander de l'appeler M. de Vacieu, avec 
menaces, et darda son épée contre un habitant, et fÈti- 
sant reconnoître tout plain d'habitant pour ses jurisdicia- 
bles, jurant qu'il tueroit quelqu'un quand il le devroit 
faire sur l'autel. » De plus, l'albergement de 1602 par 
Muret aux habitants de Marignac vexait ceux.de Vas- 
sieux, qui se prétendaient en possession immémoriale 
de bûcherer et faire paître dans les bois de Vassieux et à 
Saint-Genys. Enfin, ce ne fut qu'après avoir fait, le 2 
septembre 1608, avec le sieur Reboul un traité d'après 
lequel celui-ci et ses successeurs pouvaient jouir libre- 



448 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

ment des montagnes. et forêts de Vassieux, moyennant 
67 liv. 10 sols d'introges, qu'il songea à dénier aux 
habitants de Marignac les droits de bûchefage et de 
pacage auxdites montagnes, au moyen de la clause de 
1602 d'après laquelle il n'albergeait qu'autant qu'il le 
pouvait. Au surplus, il ne céda pas pour cela aux gens 
de Vassieux. Le 9 décembre 1614, il présenta au parle- 
ment une requête pour obtenir l'interdiction contre eux 
de faire paître ou bûcherer à Saint-Genys. 

C'était trop violent aux yeux des habitants de Vas- 
sieux. Après des formalités inutiles, ils jugèrent que le 
mieux pour eux était de se défaire de la personne même 
du tracassier avocat. Un d'eux voit un jour ce dernier, 
monté sur son cheval, prendre le chemin de Quint. Il 
lui offre de l'accompagner. Arrivés à un passage étroit 
et abrupt, surmontant un horrible abîme, nos voyageurs 
marchaient avec la plus grande précaution, quand le 
compagnon de Muret, feignant d'aider cheval et cava- 
lier à franchir sûrement l'affreux escarpement, les pous- 
se dans l'abîme, où leurs corps en lambeaux ne tardèrent 
pas à servir de pâture aux aigles et aux vautours. C'est 
ce que rapporte la tradition locale, et ce que relatent des 
documents disant que Muret « fut assassiné dans la 
montagne par un habitant de Vacieu. » 

Cette mort ne termina pas les difficultés. Après une 
transaction entre les héritiers de Muret et Vassieux, 
qui accorda aux habitants quelque satisfaction, et une 
reprise d'instance par l'évêque en 16 19, Louise de Vesc, 
veuve Muret, finit par vendre la parerie, dans une en- 
chère devant le visénéchai de Montélimar. L'acquisition 
fut faite, en 1622, au prix de 1200 écus, par Hercule 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 449 

Engilboud, par acte reçu Chabanas notaire à Montéli- 
mar (i). 

Lamorte. — Cette famille était représentée à Die 
avant 1626 par Jacques de Lamorte, écolier de l'acadé- 
mie protestante du lieu, qui, en 1633, docteur et avocat, 
constituait au consistoire local 7 livres 10 sols de pen- 
sion (2). 

Jacques eut des biens à Vassieux et à St-Martin. Il 
mourut vers 1660, et eut pour héritier François, greffier 
de la judicature mage de Die en 1673, notaire et procu- 
reur aux cours de Die en 1683, lequel avait à St-Martin 
dès 1673 le domaine dit des Algouds, affermé 300 livres 
tournois, 50 livres chanvre, 6 chapons, i pot beurre 
fondu, 100 œufs, i quartal pois et i quartal lentilles 
mesure du Vercors, tous les ans. 

Ce domaine appartenait dès 1738a son descendant 
Jean-François de Lamorte-Félines, procureur à Die en 
1738, notaire en cette ville vers 1740. Celui-ci laissa, à 
sa mort, arrivée avant 1775, l'usufruit du domaine des 
Algouds à sa veuve, Françoise Gueymard, qui en avait 
eu Jean- François, notaire et procureur à Die en 1777, 
et Joseph, officier au régiment des grenadiers royaux 
de Dauphiné, et résidant à Die en 1775. 

Jean-François eut deux fils, dont Tun, du même nom 
que lui, était dès 1790 également notaire et procureur à 
Die, et l'autre, Pierre, y fut praticien. Ce dernier est 
légataire pour 600 livres dans le testament du 30 août 



(i) Arch. et fonds cit. 

(a) Arch* de la DrOme, D. 5 a et 68. 



45o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

1790 de Joseph de Lamorte, son oncle, ancien officier, 
chevalier de Tordre de St-Louis, tandis que son frère y 
est légataire universel. Du reste, leur père et leur oncle 
figurent encore dans un bail à ferme de Tan 6 passé pour 
8 ans et au prix de 450 livres, 40 sétiers froment et 
quelques fournitures chaque année, du domaine des Al- 
goudsy acquis plus tard par M. Bellier notaire à Saint- 
Martin, et dont la maison est encore appelée le château 
des Algouds, (1) 

Mais il y avait encore à Die une autre branche de 
Lamorte, dont il faut nous occuper. 

Après Jean-François de Lamorte, habitant Die vers 
16 16, et un bourgeois de Die du même nom, ayant des 
biens à St-Agnan en 1644 et en 165 1, apparaît Jean- 
François de Lamorte ayant en 1689 et 1700 des biens 
à la Chapelle. 

Ce dernier eut pour héritier Charles de Lamorte, co- 
seigneur de Ver cors en 1716 et 17J7, ayant un petit 
domaine à la Bessée et dès 17 17 un grand à la Francon- 
nière, capitaine au régiment d'Auvergne, et décédé 
avant septembre 1739. 

A Charles succéda son frère Jean-François, encore 
coseigneur du Vercors, en 1759. 

Celui-ci avait épousé avant 1745 la fille d'Etienne 
Guilletde Tlsle, négociant de Die, qui avait acheté des 
Sagnol en 17 18 la maison dite le château^ située au 
nord-est et au pied du rocher de la Bâtie^ et acquis dès 
17JO la seigneurie de Charens près' Luc. 



(i) Minutes cit., poMsim. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 45 I 

Après la mort de Guillet, arrivée de 1750 à 1759, ses 
biens et titre passèrent à son gendre, puis à son petit- 
fils Etienne deLamorte-Charens, coseigneur du Vercors 
(pour 1 part sur 16) avec Tévêque, les Bonniot et Mal- 
sang, et seigneur de Charens dès 1765, conseiller 
maître ordinaire en la Chambre des Comptes de Dau- 
phiné dès la même année, ce qui lui valut la noblesse. 
Il résidait à Die en 1765 et 1777. Il fut marié à Diane- 
Olympe Isoard et siégea aux Etats-généraux de 1788. 
Un de ses fils prit le nom de la propriété de la Fran- 
connière, sous lequel est connu son fils unique à lui, 
Paul-Etienne-Charles de Lamorte-Charens, né en 1808, 
grand officier de la Légion d'honneur, général depuis 
1864, décédé à Saint-Marcel-lès-Valence le 12 juin 
1874 (I). 

Engilboud, — Ennobli par lettre d'octobre 1608, vé- 
rifiées par arrêt du 12 décembre 161 1, HerculeEngil- 
boud, de Die, porta de gueules au lion d'argent, traversé 
d'une fasce chargée de j coquilles de sinople (2). 

Hercule, ayant acquis en 1622 la parerie de Muret à 
Vassieux, en fut investi par l'évèque et en paya les lods 
le 16 novembre 1624, devant Masseron notaire à Die. 
Par suite de cette acquisition, à laquelle fut jointe celle 
de la parerie des Gironde, ce noble donna, le 9 novem- 
bre 1625 , à la commune de Die la faculté de prendre du 



(1) Minutes cit., pa$sim ; — Arch. de la Drôme, B, 1063, 1089, 113a, 
1135, 1167, iaia-3, I3i6, 1267; G, 95, ioi3;D. 56 ; E, 2252; — 
Arch. de St-Agnan, terrier; — BuUet. cit., VIII, 379-80 et 451-2. 

(2) Guy-All4rd, op. cit., I, 422-3 ; — Chômer, Estât polit. ^ III, 135. 



452 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

bois à Vassieux pour le chauffage et les bâtiments, à pro- 
portion de sa part et sous la censé de 6 livres par an (i). 

Après avoir aussi acquis la seigneurie de Boule et des 
droits à Soubreroche, il mourut, laissant, avec sa veuve, 
Hélène Artaud de Montauban, qui en 1633 constituait 
une pension de 12 livres au consistoire de Die, son fils, 
« noble René d'Engilboud, seigneur de Boule, cosei- 
gneur de Vassieu^ » qui en constituait une de 20 livres 
en même temps et au même consistoire (2). 

« René d'Engilboud, » même après avoir vendu une 
maison dans le bourg de Vassieux, avait encore dans ce 
lieu, en 16^1 et 1668, un domaine consistant en bâti- 
ments, terres et prés, et affermé 240 livres, i sétier 
pois, i sétier lentilles, 2 quartes orge pilé, 2 quartes 
avoine pilée, le tout à la mesure de Die, et i quintal 
fromage. 

Quant à sa coseigneurie audit lieu, dont il fit hom- 
mage à révoque, le 15 octobre 1658, devant Brunel 
notaire, elle était tenue, comme la seigneurie de Boule, 
en fief franc et ancien de l'évêque et comte de Die. Elle 
consistait dans la propriété et la jouissance de parts de 
la seigueurie de Vassieux avec le seigneur évêque, et 
dans la montagne, Therbage et les prairies de Saint- 
Genys. René avait environ 100 habitants qui étaient « ses 
hommes liges et jurisdiciables, séparés de ceux de Tévê- 
que. » Les jurisdiciables qui menaient du bétail étranger 
en été dans le terroir de Vassieux, lui faisaient un fro- 



(i) Arch. et fonds cit. 

(2) Arch. cit.; D, 53, 68; E, 759. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 453 

mage à proportion du bétail. Tous les bois, hernies 
vacants, herbages et pulvérages de Vassieux lui appar- 
tenaient par indivis avec l'évèque, sauf Tusage des 
habitants. Il y possédait des censés, lods, corvées, 
tâches, 30 livres de censé sur un moulin, 19 sétiers de 
censé des habitants de M arignac pour l'usage et le 
pâturage des bois de Vassieux, à proportion du nombre 
des habitants et de la quantité des bœufs, outre 4 cha- 
pons et 4 poules. L^évêque reçoit cet hommage sans 
préjudice de son droit sur Saint-Genys et de celui de 
haut seigneur sur le tout. 

René, qui renouvelait en 1 669 aux habitants de Die la 
faculté de bûcherer à Vassieux pour leur chauffage et 
leurs bâtiments, testa en 1668. Il fit son héritier pour 
Vassieux, non son frère Jacques, sieur de Vassieux en 
1661, mais son petit-fils, René de Bardonnenche(i). 

De Bonne. — D'Alexis de Bonne et dlsàbeau d'Au- 
riac, qui vivaient en 1500, descendait Georges de 
Bonne, qui épousa Bonne Cony et en eut François de 
Bonne, coseigneurde Vercors dès 1647, et habitant de 
Saillans. Depuis lors jusqu'au milieu du 18' siècle, nous 
trouvons un François de Bonne conseigneur, sans savoir 
autre chose sur la généalogie de cette branche, sinon 
que noble François, coseigneur en 1662 et 1685, était 
père de celui de 17 J7. Mais le testament de François de 
Bonne, coseigneur en 1750, fait à la Chapelle le 24 



(i) Min. cit., protoc. Gauthier F, f. 113-6; H, f, 75-80; protoc. Sagnol 
de 1668-70, f. 31 ; — Ârch. Dr., fonds cit. et B. 1065 ; — Choriir, op. et 
t. cit., p. 135. 

Tome XX. — 1886. 30 



454 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

novembre de ladite année, bien que le testateur fût 
résidant à Saillans, nous fournit les détails suivants. 
François lègue à « Françoise Dupillon de Dône, » son 
épouse, son entretien durant sa vie dans la maison de 
noble Charles de Bonne, son fils et héritier universel. Il 
lègue à Josep, Honoré, Françoise et Bonne de Bonne, à 
chacun 2000 livres, et à Anne de Bonne, « attendu ses 
infirmités, » son entretien sa vie durant et 200 livres (i). 

Vers 1763, Charles de Bonne, de Saillans, fils de 
François et de Françoise du Pilhon, était comte de 
Bonne- Lesdiguièr es, coseigneur de Vercors et ancien 
capitaine au régiment de Navarre, et épousait Marie 
Bernard, veuve de Jacques Vial, grand voyer en Dau- 
phiné, trésorier général de France, dotée de 12,250 
livres, de 7,000 pour ses joyaux, et de tous ses autres 
biens. 

Peu après, Charles et son épouse avaient des biens à 
St-Donat, près de THerbasse, et plus tard, demeurant à 
Montélimar, ils vendaient pour 20,000 livres et 192 livres 
d'étrenne, à Nicolas Paul, bourgeois de Saint-Donat, 
les domaines de la Garde, Grange-Neuve et Pangot sur 
Marges. Puis vient le testament de Charles, en faveur 
d'Auguste, son fils aîné, lieutenant d'infanterie au régi- 
ment de Guyenne, avec le legs de son mobilier à Marie 
Bernard, sa femme ; testament suivi de l'acte d'inhuma- 
tion à Montélimar du testateur, décédé vers 1786, à 
l'âge d'environ 59 ans (2). 



(i) Chorier, op. et t. cit., p, 74; — Minutes cit., passim ; — Arch. de II 
DrOtne, B, 903, 1054, 11 12, ii37t 11 47 ^^ ^3^9* ^ 355i* 
(a) Lacroix, Invent, cit., B, 1833 ; £, 1998. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 455 

De Bardonnenche. — Cette famille est originaire de 
Bardonnèche en Briançonnais. Elle portait cT argent 
au treillis de gueules cloué dor, au chef de même chargé 
d'un aigle éplo/é naissant de sable, et avait pour devise : 
Tutum forti prœsidium virtus (i). 

Le mariage de Melchionne, fille de René Engilboud, 
avec noble Alexandre de Bardonnenche fit passer dans 
la famille de ce dernier les biens de celui-là à Vassieux, 
à sa mort, arrivée avant septembre 1681. 

Aussi on a une requête présentée vers ce temps à la 
Chambre des vacations par Alexandre de Bardonnen- 
che seigneur de Vassieux, comme « père et légitime 
administrateur de noble René de Bardonnanche, héritier 
avec inventaire de noble René d'Engilboud. » Le sup- 
pliant y « remontre la qualité de seigneur de Vacieu » 
appartenant précédemment à René d'Engilboud, et la 
propriété que celui-ci avait de la montagne de Saint- 
Genys et même des deux tiers de la montagne propre- 
ment dite de Vassieux, Tautre tiers étant à Tévêque. Il 
conclut en demandant inhibition à toute sorte de per- 
sonnes de couper ni faire couper du bois dans ces forêts 
pour voitures ou faire du charbon, sans son consente- 
ment, sous peine de j,ooo livres d'amende; ce qui lui 
fut accordé par la cour le 25 septembre 1681, suivant 
arrêt signé Prunier de Beauchêne et Gondoin. 

Cet arrêt devait provoquer l'ardeur d'un évêque jus- 
tement jaloux de conserver à son siège les débris de 
ses biens d'autrefois. En effet, il s'en suivit devant la 



(i) Gitv-Allaro, op. cit., I, 116-7 > "~ Choribr, op. et t. cit., p. 48. 



456 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

cour un procès pour le soutien duquel furent rédigés 
en 1689 deux mémoires, Tun pour M. de Bardonnen- 
che, l'autre pour Tévêque, dont nous avons tiré la plu- 
part de nos détails sur Vassieux, et qui ont pour objet 
les chefs de cette concession. Il paraît que la cour ré- 
duisit en partie la concession accordée aux Bardonnen- 
che. Toutefois on voit Alexandre de Bardonnenche 
établir Jean Perrinet juge de Vassieux vers 1668, et 
Serre greffier des judicatures de Boule, Sérionne et 
Vassieux vers 1706 ; César de Bardonnenche pourvoir 
Aubert de la lieutenance du juge de Vassieux vers 171 1, 
et Alexandre- René nommer Reynaud à la judicature 
dudit lieu vers 1718 (i). 

A René de Bardonnenche, seigneur de Vassieux, 
mort avant 1745, succéda Antoine-César. Celui-ci avait 
Vassieux vers 1770 ; mais cette terre fut aliénée bientôt 
après. Le 26 juillet 1787, M. de Bardonnenche vendait 
à M. Vignon, pour le prix de },6oo livres, tous ses 
droits sur la seigneurie de Vassieux, les propriétés et 
privilèges qu'il pouvait avoir aux terroir et forêts du lieu. 

En vertu de cette acquisition, faite par un de ses au- 
teurs, M. Vignon-Laversanne, avocat et juge à Monté- 
limar, plaidait en 1834, contre les communes de Die, 
Marignac et Vassieux, à propos des bois de Vas- 
sieux (2). 

Malsang. — Noël Malsang, négociant à la Chapelle- 



(i) Arch. de la Drôme, B., 1084, 1089, 1 100, 1 13 1-2, 1 138, 1 150, 1167, 
et fonds cit. 

(a) Arch. de la Drôme, B, 12 12, 1268, 1362 ; E, 1439, 144801 4085 ; — 
Mémoire imprimé de 1834. 



. ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 467 

en-Vercors, décédé entre 1718 et 17^4» laissa trois 
enfants, Jean, Philippe et Marie-Anne, mariée à Jean 
Bec, le 16 août 17 14. 

Jean était coseigneur de Vercors dès 1754 et à sa 
mort, arrivée le ij.février 1754. Il avait i part sur 16 de 
la coseigneurie partagée avec Tévêque, M. de Bonniot 
et M. de Lamorte. Son héritage fut recueilli par les fils 
de son frère. 

Celui-ci, Philippe, était bourgeois à la Chapelle, en 
1 743 et 1760, et avait épousé Marie-Claudine Magnan- 
Chabert, dont il eut 7 enfants, tous indiqués dans le 
testament de celle-ci, fait le 28 février 1760, savoir: 
Jean, Joseph, Louis, Philippe, André, Jean-Baptiste, et 
Marianne. 

L'aîné de ceux-ci, Jean, émancipé en 1741, recueillit 
la coseigneurie de Vercors. Marié à Louise Grand, il en 
avait eu, antérieurement à août 1752, deux enfants : 
Jean-Philippe, coseigneur de Vercors, résidant aux Cha- 
berts en 1769 et en 1778, et Joseph-Marie, dit Duclot, 
tonsuré, quoique mineur, en 1772. Veuf, il épousait en 
1750, Marie Bellier, qui épousait elle-même le 5 février 
1760, M* Joseph Guillot, notaire à St-Martin-en- Ver- 
cors. 

Joseph, 2* fils de Philippe et de Marie-Claudine, fut 
prêtre, secrétaire et aumônier de Tévêque de Die de- 
puis 1752 jusqu'à 1760, prieur de St-Just-de-Claix 
depuis 1754 jusqu'à 1767, coseigneur de Vercors et 
habitant de la Chapelle, où il possédait le domaine des 
Chaberts, en 1766 et 1767, puis curé d'Aouste, et 
décédé le 6 janvier 1772. 

Louis, le j* était clerc tonsuré habitant la Chapelle 



458 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

en 1755, vicaire à Vassieux en 1758 et 1760, prieur- 
curé de Chichiliane en 1772 et 1775, de plus prieur de 
St-Just-de-Claix en 1775. 

Philippe, André et Jean-Baptiste vivaient en 1760, 
ainsi que leur soeur, précédemment mariée à Charles 
Voulet (i). 

La Roque^Pluvinel. — Entre 1735 et 1742, le marquis 
de la Roque-Pluvinel déclarait, devant l'élection de 
M ontélimar, avoir des biens ou droits seigneuriaux à 
Saint-Andéol, Saint- Etienne, Saint-Croix, Saint-Julien- 
en-Quint, Saint-Julien et Saint-Martin-en-Vercors (2). 

Et c'est tout ce que nous savons sur les grandes famil- 
les se rattachant au Vercors antérieurement au XIX* 
siècle. 



CHAPITRE VIII. 

ÉMANCIPATION DES COMMUNES; LEUR ADMINISTRATION 
ancienne ; LEURS FORÊTS ET BOIS ; STATISTIC^E 

actuelle. 

La conquête romaine et les invasions des barbares 
avaient mis nos populations en un rang d'infériorité dont 
nous ne pouvons guère nous faire une idée complète. 
Seule la vue des nations barbares d'aujourd'hui, de ces 



(i) Arch. de la Drôme, B, 1143, 121 1-2, 1259, 1268; C, 95 ; — Mairie 
de St-Agnan, terrier; — Minutes cit., passim; — Reg. de catholic. de St- 
Martin de 1752 et 60. 

(2) Lacroix, Invent, cit., C, 105. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERGORS. 469 

peuples encore assis dans les ténèbres et à V ombre de la 
mort, pourrait nous révéler les misères auxquelles nos 
pères furent en proie. La lumière et les préceptes de 
l'Evangile réagirent puissamment contre la double ser- 
vitude temporelle et spirituelle. L'Eglise, chargée par son 
divin fondateur de procurer aux hommes la liberté des 
ftmes et celle des corps, réussit assez vite à leur donner 
la première qui dépendait de leur volonté personnelle. 
Mais la seconde, fruit d'une régénération sociale, exigea 
un travail plusieurs fois séculaire, et au XI* siècle on 
trouvait encore des populations taillables et exploitables 
à merci. 

Cependant, dès la fin de ce même siècle l'esprit évan- 
gélique prévalait dans les masses sur le règne exclusif 
et abusif de la force, et bientôt son action doublement 
civilisatrice réalisa de tout point cette parole du Libéra- 
teur : « Si le Fils de Dieu vous met en liberté, vous 
serez véritablement libres (i). » 

Au XI r siècle furent signées les premières chartes 
constatant et sauvegardant la liberté corporelle et maté- 
rielle ajoutée à celle des âmes ; et cette œuvre, dont 
les populations agglomérées, les villes et les gros 
bourgs, profitèrent les premiers, se développa pendant 
le siècle suivant, pour se compléter à peu près au XIV*. 
Seules quelques localités faibles, isolées, et où parfois 
la bonté des maîtres et seigneurs rendait l'affranchisse- 
ment moins désirable, ne participèrent que plus tard à 
l'émancipation sociale. Du reste, ce renvoi s'entend 



(i) Ev. s. Joan., VIII, 36. 



460 SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

moins de rémancipation sociale proprement dite, que 
d'une certaine autonomie temporelle des paroisses de- 
venues par elle des communes, laquelle ne fut pas tou- 
jours la condition indispensable ni l'expression complète 
de celle-là. 

Mais venons-en spécialement à nos localités. 

La ville de Die, ancien municipe et seigneurie épis- 
copale, obtint de bonne heure des libertés municipales, 
qu'elle conserva avec un soin jaloux. Dès 12 17 com- 
mençait en sa faveur cette série de chartes épiscopales 
qui devait se compléter en 1441 (i). 

Les paroisses du Vercors, à cause de leur isolement 
et du mince chiffre de leur population, furent longtemps 
privées de municipalités et d'autonomie. 

Les intérêts de l'ensemble des habitants de chaque 
paroisse et du mandement n'avaient d'autre défenseur 
commun que le seigneur ou ses officiers, surtout le 
châtelain entretenu par le seigneur dans la localité. Si 
les habitants figuraient dans les affaires communes où ils 
étaient directement intéressés, ce n'était que subsidiai- 
rement, à un titre secondaire ; car ils n'étaient que les 
hommes et tenanciers de leurs seigneurs. Quelquefois 
cependant, dès le XIV* siècle du moins, un ou plu- 
sieurs syndics ou procureurs furent élus par la popula- 
tion, au sortir de la messe et sur la place publique, pour 
gérer certaines affaires spéciales. Mais tout cela avait 
lieu avec Tassistance et sous l'autorité du châtelain ou 
d'un autre officier seigneurial, et rien dans ces procu- 

(i) Ul. Chevalier, Cartui diens.f pp. 75-168. 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 46 1 

reurs ou syndics n'était permanent et n'approchait sérieu- 
sement d'une autorité vraiment municipale. 

Ainsi, un document rédigé entre 1250 et 1276, par 
« Peire Siblets, correers de Mon seinuor Amieu de 
Geneva, esvesque de Dia,» nous prouve manifestement 
qu'il n'y avait alors au Vercors aucune forme de commu- 
ne. On y voit que les gens de l'évêché appelaient du 
nom générique de la montagna ce pays, qui n'était di- 
visé, au point de vue civil, que par fiefs. Il y avait no- 
tamment el feus de la Correardeira^ qui fut engagé à 
l'évêque. Pierre de Nosec, membre de la famille qui 
avait possédé ce fief, vendit au prélat tout ce qu'il avait 
« en la Bastia de la montagna, e dens lo champ de la 
gleisa de la Chapella de la montagna, tôt so que avia 
ves la 6astia,e laleida(i). » Bien plus, le règlement des 
droits de justice et autres au Vercors fait le i j octobre 
1327, par les commissaires épiscopaux , ne parle 
ni de communauté civile ni même de syndics cons- 
titués pour l'affaire en question. Du reste, des actes du 
même temps relatifs au prieuré des Ecouges et à Ren- 
curel, paroisse limitrophe au Vercors et d'une position 
analogue , montrent Rencurel non moins dépourvu 
d'autorité municipale. Ainsi, une transaction de 1268, 
entre ledit prieuré, d'une part, le seigneur et les habi- 
tants de Rencurel, de l'autre, avait réglé des droits fon- 
ciers et Tusage des bois réclamé par ces derniers. En 
1297, des difficultés qui avaient surgi sur le même sujet, 



(i) Biblioth. de la ville de Nîmes, mss. n*' 154, fol. 33 v*. 
(2) Arch. de la Dr., Livre blanc cit., fol. 215-7. 



462 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

furent réglées par une nouvelle transaction où nous 
voyons faire cause commune contre le prieuré à Aymar 
Bérenger, seigneur de Pont-en-Royans et de Rencu- 
rel, et à Guigues Payen, Guiguonet Bayle, un Jaubert, 
Etienne Pouyet, Barthélémy Pascal, Jean Glénat, Pero- 
net Bayle et Lantelme Jaubert, agissant pour eux et au 
nom de l'université des hommes de Rencurel. Plus tard, 
les hommes, gens et habitants des château, mandement 
et paroisse de Rencurel, dépassaient sensiblement les 
droits que leur avaient attribués les actes et transactions 
d'autrefois. Sur la plainte portée par le prieur des Ecou- 
ges devant Jean Pellicier, juge de la terre de noble 
Henri Bérenger, seigneur de Pont-en-Royans, ce juge 
prescrivit au châtelain et au mistral de Rencurel de faire 
observer à ces hommes et habitants, par tous les moyens 
de droit, les transactions et actes antérieurs. Pellicier 
prescrivit même de faire publier en l'église paroissiale 
de Rencurel, à toute requête du prieur, la défense, sous 
peine de 20 sous d'amende, de blesser de nouveau les 
droits du prieuré. Les habitants ne tinrent aucun compte 
des prescriptions du juge, et la cause fut portée devant 
le juge mage de la cour du Dauphiné. Celui-ci fit citer 
ces habitants à comparaître devant lui aux assises de 
Saint-Marcellin le mardi après TAssomption 1330. Mais 
il n'y parut que le châtelain de Rencurel, qui ne put justi- 
fier son monde, et ordre fut donné au châtelain et au 
mistral de faire observer les prescriptions de Pellicier. 
Instances inutiles : le châtelain négligea tout, et il fallut 
que le dauphin en personne écrivît de Beauvoir, le ii 
septembre suivant, une lettre de réprimandes et d'injonc- 



ESSAI HISTORIQUE SUR LE VERCORS. 403 

lions aussi sévères que formelles (i). Evidemment, si 
Rencurel avait eu alors des syndics, il en serait question 
dans ces actes et procédures. 



(i) Auvergne, CartuL des Ecoug es ^ ch. 28, 34, 44-5- 



(A continuer.) 



L'abbé FILLET. 



' O - J t C - C »- 



464 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

RECHERCHES SUR LES ÉVÊQUES 

Originaires du Diocèse de Valence 

(Suite. — Voir les livraisons 51 à 62 du 'Bulletin). 



11. GoNTARD, Evêque de Valence (1063-1099 ?). 

Gontard était le neveu d'Odon et le petit-neveu de Pons, 
auxquels il succéda immédiatement sur le siège de Valence. Il 
appartenait par conséquent, comme ceux-ci, à la famille des 
premiers comtes de Yalentinois, dont Geilin II, son grand 
père, et surtout Geilin P', qui vivait au commencement du 
siècle précédent, sont les personnages les plus connus. Il était 
fils de Hugues, le quatrième des enfants de Geilin II, et frère 
de Guillaume !•% comte de Valentinois, que Ton trouve men- 
tionné dans plusieurs auteurs (1). Il avait un autre frère 
nommé Hugues, comme son père, que nous voyons figurer dans 
le cartulaire de S. Barnard comme vassal d'Adon, frère de 
Léger, archevêque de Vienne (2). 



(1) Nous avons suivi, pour fixer la généalogie de Gontard, l'opinion 
de M. Lacroix, dont les conclusions concordent le mieux avec les 
données positives que l'on peut trouver dans les trop rares documents 
contemporains, et dont les travaux résument toutes les rdcherches 
faites avant lui sur ce point, l'un des plus obscurs de nos annales. 
(U Arrondissement de Montélimar, T. V, p. 54.) C'est aussi l'opinion de 
Ghorier ; celle de Guy AUard s'en écarte en retranchant un degré de 
la généalogie de Gontard, qu'il fait fi's de Geilin et frère d'Odon. 
Cette opinion ne parait pas admissible Voir aussi sur les premiers 
Poitiers Brun-Durand le Dauphiné en 1698, p. 20, et H. db Pisançon, 
De Vallodialité dans la Drame, notamment, pp. 159 et sui\. 

(2) GiRAUD, Essai historique sur l'ahboye de S Barnard. Preuves. /'* parlt> 
p. 46. (Note 9 de la Ch. bU.) 



RECHERCHÉS SUR LES ÉVÊQUES. 466 

Les auteurs anciens n*ont guère connu Gontard que par ses 
rapports avec le pape Urbain II, et tous ont ignoré Tépoque 
précise de son élévation à Tépiscopat. Mgr. de Catellan, après 
Columbi (1), ne la fait remonter qu'à 1082, plaçant mal à pro- 
pos avant lui un certain Ranachaire, qu'il suppose avoir occupé 
le siège épiscopal de Valence depuis 1060 jusqu'au delà de 1080, 
et auquel il attribue quelques actes appartenant authentique- 
ment à Gontard (2). Columbi ne fait pas mention de ce person- 
nage, non plus que Tancienne chronique des évéques de Valence 
publiée par M. l'abbé Ul. Chevalier ; le Gallia Christiana le 
considère comme apocryphe, et croit que son nom a été inséré 
par confusion avec celui de Rémégaire, qui vivait plus d*up 
siècle auparavant (3). Lu publication du Cartulaire de S. Bar- 
nard, où Gontard figure dans des actes et transactions passées 
de concert avec Léger, archevêque de Vienne, mort en 1070, 
avait permis de reculer de douze ans le commencement de son 
épiscopat, et c'est à cette date que s'arrêtait le Gallia Chris- 
tiana^ dont le volume relatif à la province de Vienne n'a paru 
qu'en 1865. Enfin, un acte du cartulaire inédit de S. Félix de 
Valence de Tan 1066, que nous allons analyser tout à l'heure, 
permet de fixer d'une manière précise l'époque de la promotion 
de Gontard, puisque cet acte fut passé la troisième année de 
son épiscopat 4). Ce fut donc en 1063, ou au plus tard vers le 
commencement de 1064 que notre prélat fut élevé sur le siège 
de Valence. 

Dès la deuxième année de son pontificat, Gontard est nommé 
dans une bulle du pape Alexandre II adressée aux chanoines 



(i) GoLUHBi, De féhuigettU episcoporum Valeniinentiumt dans les Opiu* 
€ula wi/ria, p. 253. 
(t) Catellan, Les antiquités de l'Eglise de Valence, p. 219, 226 et soiv. 

(3) Gallia Christiana, tome XVI, ubi de provinci Viennensi agitur, col. 
308. 

(4) Noverint .. quod anno Incamationis Domini nostri Jhesu mellesifno 
sexagesimo sexto, anno lit episeopatûs Gontardi, gratia Dei, episeopi V<Uei^ 
tint. 



4b6 SOCIÉTÉ d'archéologie et' de statistique. 

de l'Eglise de S. Pierre du Bourg-lès- Valence, le 27 janvier 
1065, dans laquelle sont approuvées et confirmées toutes les 
donations faites à cette église par Gontard et par ses prédéces- 
seurs (1). Ce fut Tannée d'après, qui est désignée formellement 
comme la troisième de son épiscopat, que nous le voyons figu- 
rer dans un acte intéressant de Tabbaye de S. Félix. Voici dans 
quelles circonstanc-es : une discussion s'était élevée entre Hum- 
bert, abbé, et Lancelme, prieur de la maison de S. Félix, au su- 
jet des droits de pâturages et de bans ; l'abbé prétendait que ces 
pâturages et ces bans lui appartenaient au nom de son abbaye, 
par tout le domaine de l'abbaye et par tout le domaine de la 
maison de S. Félix ; mais le prieur n admettait pas cette pré- 
tention, et affirmait que la maison de S. Félix avait ses pâtura 
ges et ses bans indépendants, de telle sorte que lui, prieur, 
pouvait louer ou vendre lesdits pâturages et lever les bans, 
en un mot, disposer des uns et des autres â sa plus entière vo- 
lonté. Le prieur déclarait encore que la maison de S. Félix était 
en droit de vendre ou de donner ses pâturages à qui bon lui 
semblait, comme aussi de lever et de percevoir les bans qui lui 
appartenaient. L'abbé le niait et prétendait que tout cela était 
plutôt de sa juridiction. C'est alors que Gontard intervint, 
pour régler ce différend. L'acte ne nous dit pas qu'il eût été 
appelé comme arbitre ; il agissait plutôt en vertu de son 
autorité épiscopale, et comme juge de toutes les causes religieu- 
ses ou ecclésiastiques de son diocèse. C'est ce qui parait ressor- 
tir des termes môme de la charte en question : « Moi, Gontard, 
par la grâce de Dieu, susdit évêque, à qui appartient la con- 
naissance et le jugement de cette cause, j'ai assigné un jour 
aux parties, afin de prouver leurs dires. Au jour fixé, Lancel- 
me, susdit prieur, a prouvé devant nous la légitimité de ses 
assertions, et il nous a demandé d'imposer silence â l'abbé 
Humbert et de l'obliger â cesser toutes ses réclamations au 
sujet du domaine de la maison de S. FeJix. Moi donc, susdit 

(1) C.-U.-J. Chevalier, ChartulaHum S. Fetri de Burgo Valentiœ, Gli. II. 



RECHERCHES SUR LES ÉVÉQUES. 467 

Gontard, par la grâce de Dieu évèque de Valence, du conseil de 
mes chanoines et d'autres personnes notables et éolairées, 
j*adjuge à perpétuité^ par cette sentence, les susdits pâturages 
et bans à la maison de S. Félix par toute l'étendue de son 
domaine, et, sur tout cela, Jlmpose silence au susdit Humbert, 
abbé de S. Félix, au nom de son abbaye, et pour perpétuelle 
mémoire de ce, je revâts de mon sceau la présente charte, et je 
confirme â tout jamais la possession des susdits pâturages et 
bans à la maison de S. Félix. » Suivent les signatures ou 
sceaux {signum) de Gontard, évéque de Valence, de Guigues, 
doyen de Valence, dBtienne Arnulphe, de Ponce, d'Aymin, 
laïque, et de Jean (1). 

Un autre acte non moins important de Tadministration tem- 
porelle de Gontard est l'échange qu*il fit de la forêt de Bayanne 
contrôle château et le territoire d'Alixan, avec Léger, archevê- 
que de Vienne, en qualité d'abbé de S. Barnard, et la création 
d'une foire à Valence en faveur des habitants de Romans. Les 
textes authentiques de cette double transaction nous ont été 
conservés dans le Gartulaire de S. Barnard. Mgr de Catellan, 
qui relate ce fait, dit en avoir eu connaissance par la commu- 
nication qui lui fut faite de ce document par le célèbre P. dom 
de Sainte-Marthe, alors supérieur général de la congrégation 
de Saint'Maur (2). Il fut donc convenu entre les deux prélats 
que, en échange des droits de pacage, de bûcherage et de chas- 
se dans la forêt de Bayanne et de l'établissement d'un marché 
par an dans la cité de Valence pour les gens de l'abbaye et de 
la ville de Romans, l'archevêque Léger devra rendre â Gontard 
le château d'Alixan et toutes ses dépendances ; les chanoines 
en partageront la jouissance par moitié avec l'évêque, sa vie 



(1) Cette charte inédite nous a été obligeamment communiquée par 
M. Tabbé Ulysse Ciievaiier, qui en a, le premier, signalé Texistence 
pour fixer le commencement de Tépiscopat de Gontard. (Chartulafium 
9celisia S. Pétri de Burgo ValenUs, p 7 note de la charte II), 

(3) Aniiqtiitéi àe Véglite de Valence, p. 237. 



468 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

durant (1) ; mais après la mort de Gontard, la terre d'AUxan 
reviendra intégralement en la possession du chapitre de Va- 
lence. L^évéque ne pourra en distraire ni en aliéner aucune 
partie, pour ne pas porter préjudice aux chanoines : il ne devra 
nommer aucun châtelain sans qu'il soit agréé par l'archevêque 
Léger^ par Adon son frère, chanoine de S. Barnard, et par 
Pontion Malet, chanoine de Valence. Après la mort de Léger, 
cet agrément devra être demandé aux chanoines de S. Bar- 
nard. L'évéque ou les chanoines de Valence n*auront pas le 
droit de transférer ailleurs cette forteresse d'AUxan, et ils 
n*en construiront aucune autre dans le pays compris entre 
Valence et les Baumes de Royans (2) d'un côté, et depuis les 
montagnes de Muison et de Torone jusqu'à l'Isère et au Rhône, 
de l'autre ; et s'il s'élève dans cet intervalle quelque château 
fort, ils se tiendront en dehors de toute alliance et de toute rela- 
tion avec celui qui l'aura fait ériger. Gontard devra remettre 
Léger en possession de toutes les terres que Guillaume, père de 
celui-ci, tenait de ses prédécesseurs, sauf du susdit château 
d'Alixan, dont l'archevêque lui fait cession, ainsi qu'à ses cha- 
noines. L'évéque de Valence devra de plus faire convenir Hu- 
gues, son frère, avec Tarchevêque Léger, pour qu'il se déclare 
son homme lige et son vassal, et lui fiasse les mêmes soumis- 
sions qu'il avait faites à Âdon, son frère ; et si quelqu'un, hom- 
me ou femme s'avise de soulever quelque dirticulté ou de fomen- 
ter quelque guerre contre l'archevêque Léger au sujet de ce 
traité, qu'ils n'aient aucun rapport avec lui jusqu'à ce que ce- 



ci) Propter hoe éonUtiua Leudegarius archiepiseoptu dehet reddere ad ecde- 
tiatn de Valeniia, et ad iptum Gontardum et ad camonicos ejut, eatteUum de 
Àlexiano, eum omnibiu appeiuUms tuis, pro amore Dei et redemptione anime 
tue et fratrum tuorum, ita tamen ut canonici de falencia Saneti ApoUinarù 
medietatem omnium rerum que ibi tunt, habeant in tua communiât et epi<eo- 
pus jam dictut hàbeat alteram medietatem (Loeo cit p. 44.) 

(2) A Valeneia ad Balmat de Hoianis. ^ M . Giraud pense que ce nom 
désigne la Baume-d'Hostun, près rie Saint-Nazaire-en-Hoyans. 



RECHERCHES SUR LES ÉVÉQUES. 469 

lui-là ait obtena l'absolution, soit de Tarchevêque, soit de celui 
auquel il aura porté préjudice (!}• 

Un diplôme spécial devait être rédigé pour régler et axer les 
conditions de rétablissement du marché de Valence, qui ne sont 
que sommairement énoncées dans Tacte ci-dessus. Il fut dressé 
sans doute peu après, quoiqu'il soit à une certaine distance du 
précédent dans le Cartulaire, où du reste, Tordre chronologique 
n'est nullement observé ; mais l'un et l'autre sont sans date. 
La mort de Léger en 1070 limite cet acte mémorable aux sept 
premières années de l'épiscopat de Gontard. A cause de son 
importance et de rintérét qu'il présente, tant par lui-même 
que par la forme dans laquelle il est libellé, nous le reprodui- 
sons ici in extenso : « A la sainte Eglise de Dieu que saint 
Barnard a construite à Romans, sur la rivière dlsère,en Thon- 
neur des douze Apôtres et des trois saints martyrs Séverin» 
Exupère et Félicien, où le seigneur Léger, archevêque de Vien- 
ne, préside ; moi, Gontard , évêque de la vénérable église de 
Valence, je donne, de l'avis et avec Tapprobation des chanoines 
de notre église, et de quelques nobles de nos âdèles, toute la 
ville accueillant avec faveur et acclamation cet acte de notre 
autorité, aux saints Apôtres et martyrs et au B. Barnard, aux 
chanoines, aux clercs et à tous les habitants de Tabbaye appelée 
Romaine, tant à ceux qui s'y trouvent présentement qu'à ceux 
qui y seront à l'avenir, le droit d'usage et de passage dans la 
forêt qui est appelée de Bayanne, parmi les herbes et les arbres 
fruitiers ou autres, le droit d'y chasser et d'y prendre tout ce 
qui sera nécessaire, afin qu'ils en jouissent dès maintenant et 
pour toujours, sous le patronnage de notre autorité et de celle 
de nos successeurs, sans qu'ils aient à fetire pour ce ni présent 
ni compensation. Nous accordons de plus dans notre cité de 
Valence un marché, depuis le mercredi, à l'aube du jour, jus- 
qu'au vendredi, à la nuit close, pour l'époque qu'il préféreront, 

' (f) Essai h'tlor. sur Vabhaye de S. Barnard, preuves \*» partie pp. 43-46, 
(charte 16 bis). 

Tome XX. - 1886 31 



47<^ SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

excepté les deux semaines pendant lesquelles on célèbre la fête 
de S. Apollinaire et son octave ; de telle sorte qu'ils aient le 
droit d'entrée qui se perçoit aux portes, et tous les autres droits 
attachés aux marchés, sauf un droit de cinq mesures de sel, 
que Ton appelle Javaidam, qui appartient à d'autres, et qui 
est le bénéfice des chanoines du Bourg. Je conjure, devant 
Dieu et tous ses saints, tous mes successeurs de conserver, 
sans y contrevenir ni y porter atteinte, cette donation que je 
fais, et de ne jamais l'abolir, comme ils voudraient eux-mêmes 
que leurs propres actes et donations demeurassent immuables* 
Que si quelqu'un, ce que nous ne pensons pas, portait la sacri- 
lège audace jusqu'à déchirer notre présent décret, qu'il coit 
frappé sans délai des traits de l'anathéme, à moins qu'il ne 
Tienne à se repentir. Moi, Grontard, évéque de la sainte éffllse 
de Valence, j'approuve et je confirme de ma propre main le 
don de ce privilège. Moi, Léger, archevêque de Téglise de Vien- 
ne, ayant juridiction sur l'église de Valence et sur l'abbaye de 
Romans après le seigneur pape, je l'approuve et le confirme. 
Moi, Guiniman, archevêi^ue de la sainte église d'Embrun, je 
l'approuve et je le corrobore ; et comme dans cette église de 
Valence, le prévôt étant décédé n'est pas encore remplacé, 
nous tous, chanoines, nous approuvons et nous confirmons : 
moi, Gontard, doyen ; Humbert, abbé de l'église de St-Félix 
Arnulphe, premier chancelier; Bernard, capiscol {primtis 
scholx) ; Etienne, Ponce, Lambert, et tous les autres (1). » 

Après la mort de Léger, Gontard eut des difilcultés avec les 
chanoines de S. Barnard relativement à la possession du châ- 
teau de Pisançon. Pour mettre fin à ce différend, qui durait 
depuis longtemps, Giraud, cardinal évêque d'Ostie, légat du 
Saint-Siège^ cita les parties à comparaître devant un concile 
qu'il avait réuni à Chalon-sur-Saône. Toutes les dispositions, 
les preuves et les témoignages descontendants ayant été recueil- 



Ci) Cariulaire de S. Barnard, charte 66, (Essai hisior. sur V abbaye de S, 
Barnard, Preuves du T. !•'. p. 1J8.) 



RECHERCHES SUR LES EVEQUES. 471 

lis, examinés et débattus, le légat donna droit aux religieux de 
S. Barnard contre Tévèque de Valence, et débouta celui-ci de 
toutes ses prétentions ; il fut jugé qu'il n'avait aucun droit sur 
le château ni sur le mandement de Pisançon et qu'il eût à l'a- 
bandonner, à moins quMl ne prouvât, par des témoins irrécu- 
sables, que Tarchevéque Léger le lui avait cédé in placitOy 
c'est-à-dire moyennant certaines conditions, comme il avait fait 
du château d'Alixan et de son mandement. Ce jugement fut 
prononcé solennellement en séance du concile, le 2 mars 1072, 
en présence de Raimbaud, maître du sacré palais, de Humbert, 
archevêque de Lyon, d'Ëriman, archevêque de Vienne, de 
Hugues, archevêque de Besançon, de Roclen,évéque de Ghâlon- 
sur-Saône, d*Àganon, évéqne d'Autun, d'Armanfred, évéque de 
Sion, de Gausserand, évêque de Belley, d'Aimé, évéque, de 
Hugues, abbé de Cluny, de Béraud, abbé do S. Gilles, de Gérard 
abbé de S. Pierre de Vienne, de Humbert, abbé de S. André de 
Vienne, et d'un très grand nombre d'autres abbés, qui tous 
souscrivirent à la décision du légat, et à l'acte authentique qui 
en fut dressé (1). 

L'évêque de Valence souscrivit à son tour aux lettres qui 
furent délivrées par le Pape Alexandre Jî en faveur de l'église 
de Chalon-sur-Saône, pendant la tenue du même concile (2). 



(1) Ibidem^ charte 84, p. 13S. — Thesaunu novus aniUectorum, T. IV, 
pp. 97-98. 
(t) GalUa ChrUtùma, T. XVI, col 304. 



(A continuer.) 



Cypkien PERROSSIER 



GS 



47^ SOCIETE D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



ITIKÉRAIRE 



dxa 



DAUPHIN HUMBERT II 



Suite. — Voir la yS^ livraison. 



1342 

Janviers, Grenoble; 4, (5,) 6, 7, 44, 43, 44, Beauvoir; 46, 
Saint-Marcellin ; 24, 22, 23, 25, 27, Beauvoir. 

Févriers, inobsedio ante Romans ;(*) 43, Pejrins; 44, 49, 
in acieante Romans; 49, bastide de Beau-Secours près R.; 22, 
23, 24, 26, 27, Romans. 

Mars 2, 4, Pisançon ; 4, Romans ; 7, 42, 44, 17, 48, Pisançon; 
49, bastide de Beau-Secours près du pont de Romans; 49, 20, 
Pisançon; 26, Saint-Saturnin du (Pont-) Saint-Esprit sur 
Rhône ; 28, Avignon. 

Avril 4, 40, 46; 48, 20, 24, Villeneuve -Saint -André près 
Avignon. 

Mai 3, Gentilly (près du Pont-de-Sorgues); 5, palais d'Orange; 
8, Visan; iO, 44, 49, 20, 22, (25,) Avignon. 

Juin 9, Gentilly; 45, Beauvoir; 24, Romans; 28, Avignon. 

Juillet 45, 4 6, Visan (Avisanum). 



(1) Une note du reg. Refformaciones curie majorù Viennesii et Va* 
lentin. (cabinet de M. P.-E. Giraud} fixe au 10 févr. 1341 (v. st.) la 
prise de Romans par le dauphin (f<> 58) ; il est certain, d'après la 
capitulation du 14, que la ville ne dut ouvrir ses portes que le 20. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT II 473 

Août 2, Grenoble ; 9, Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs ; 16; 48, 
Grenoble, Tullins; 49, 90, Beauvoir; 25, Haute-Pierre (Alla 
Petra) près Crémieu ; 27, La Balme. 

Septembre 4, Saint-Denis (Ain); 15, 46, 47, Salettes; 49, 20, 
Jarcieu. 

Octobre 7, 8, Vienne; 20, 27, Beauvoir; 29, Iseron; Peyrins. 

Novembre 3, Iseron; 7; 46, 48, f2l,) 22, 24, 26, 27, 29, 
Grenoble. 

De'cembre 4, 4, 8, 44, 42, 43, 44, 46, 47, 48, 20, Grenoble; 
23, Montfleury; 24, (25, 29,) 30, 34 , Grenoble. 

1343 

Janvier 4, (irenoble;7. Le Buis; 8?, 40, Valence; 47, 48, 
Roquemaure (Ruppes Mauray Avinion. dioc); 24; 30, Ville- 
neuve-Saint-André. 

Février 6, 14, 23, 24, 25, Villeneuve-Saint- André près Avi- 
gnon. 

Mars 3, Villeneuve près Avignon ; 44; 20, Nîmes {Nemausum); 

25, 29, Villeneuve-Saint- André près Avignon. 

Avril 3, Nîmes; 9; 46, Nîmes; 47; 23, bois de Vincennes; 25, 28, 
Mai 44, Nîmes ; 45, 48, 25 ; 28, 29, 34, Beauvoir en Royans. 
Juin 3, (42,) 45, 49, 20, 24, 22, 27, 29, Beauvoir en Royans, 
Juillet 4, Beauvoir; 4, 40, 44, 44, Saint-Marcellin ; 46, Beau- 
voir; 47, Saint-Marcellin ; 48, Saint- Antoine ; 23, Vienne; 24, 

26, 27, Saint-Marcellin; 28, Vienne; 29, Sainte-Colombe près 
Vienne; 30 ; 34, abb.de Saint-Pierre hors la porte de Vienne. 

Août 4 , 2, abb. de Saint-Pierre hors la porte de Vienne ; 3, 
Vienne ; 4, abb. de Saint-Pierre ; 5, Vienne ; 7, 8, 9, Sainte- 
Colombe près Vienne; 9, 40, 44, abb. de Saint-Pierre; 44, 42, 
Vienne; 42, 43, abb. de St-Pierre ; 43, Sainte-Colombe; 45, 47, 
48, abb. de Saint-Pierre; 48, 49, Vienne; 20, Sainte-Colombe 
de Vienne; 20, 24, abb. de Saint-Pierre ; 24, 23, Vienne ; 24, 
abb. de Saint-Pierre; 24, 25, Sainte-Colombe p. V.; 27, Roche- 
de-Glun. 

Septembre 2, Roche-de-Glun ; 7, Saint-André de Vienne ; 8, 



474 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

9, 44, 42, (46,) 47, 48, 20, 24, 22, AvigQon ; 25, Villeneuve 
près A.; 27, Avigaon. 

Octobre 4 ; 40, Avignon ; 42 ; 49, 20, 24, 24, 26, 27, 28, 34, 
Villeneuve-Saint-André. 

Novembre 5, (40,) 42, 43, Villeneuve-Saint-André; 47, 20, 
Grenoble?; 23,24, Montpellier (Anton., Hospit.) 

Décembre 4, 4, 8, 40,44, Montpellier; 45, Bourgoin?; 46, 
47, (49,) 28, Avignon. 

1344 

Janvier 2, (3,) 44, (42,) 44, 46, 47, (27,) 34, Avignon. 

Février 7, 9, 43, 47, 20, 25, 26, 27, Avignon. 

Mars 2, 3, 4, 40, (44,) 42, 45, 20, 22, 23, 25, Avignon. 

Avril 7, 40, 42, 44, 45, 29, Avignon. 

Mai 2, 4, 5, (44,) 46, (18, 49,) 20, 25, Avignon. 

Juin 3, 7, 8, 14, 45, 47, Avignon ; 48, Villeneuve près A.; 49, 
27, Avignon. 

Juillet 6, Carpentras ; 40, 44, 47, 49, 23, Avignon ; Apt ; 27; 
30, Avignon ; 34, Villeneuve (dioc. d'Avignon). 

Août 2, (3,) 6,7, Avignon; 48, Romans ; 22, 23, (26,) 34, 
Beauvoir. 

Septembre 3, 6, Beauvoir; 7, Grenoble; 9, 40, 44, Saint- 
Marcellin; 48, 22, 25, Grenoble. 

Octobre 2, Montfleury; 6, 8, 9, (40,) 43, 45, 48, 20, 22, 27, 28, 
29, 30, Grenoble. 

Novembre 3, 4, (9,) 42, 45, 46, 24, (24,) 25, 26, Grenoble. 

Décembre 7, 8, 9, (10,) 42, 43, 46, 24, (22,) 26, (27,) 28, 
Grenoble. 

1345 

Janvier 3, (40,) 44, 42, 44, 45, 22, 23, 24, 25, 29, 30, 34, 
Grenoble. 

Février 3, 5, 6, 8, 9, 44, 42, 46, 47, 48, 20, 24, 23,24, 25, 
26, (27,) 28, Grenoble. 

Mars 4, 2, 3, 4, 7, Grenoble ; 43, Vizille ; 44, 45, 46, 47, 48, 
49, 24 , 22, 23, 24, Grenoble ; 27, Beauvoir; 27, 28, 30, Grenoble. 



ITINÉRAIRE D'hUMBERT II. 476 

Avril 6, 8, 10, il, 42, 13, U, 15, 16, 24, Romans ; 28, Avignon. 
Mai 4, 5, 11,12,13, 14,15, 16, 17,18,20. 21,22,23,24,25, 

26, 27, 28, 29, Avignon ; 31, Pont-de-Sorgues, Avignon. 

Juin 1,2, 5, 6, 11, 12, 13, 14, 15,18,20,22,23,24,25,28, 
29, 30, Avignon. 

Juillet 1, 6, 9, 10, 12, 13, Avignon ; 13, 14, 15, 16, 17, mon. 
de Bon-Repos hors-près Avignon ; 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 

27, 29, Avignon ; 30, abb. de Bon-Repos; 31, Avignon. 

HEMRI DE VII^I^/IlAS 

1345 

Juillet 13, 14, mon. de Bon-Repos près Avignon. 

Août 1, Marseille ; 2, 3, Avignon; 4^, Lauczonum; 8, 10, 11, 
15, 16, 17, 18, 19, 22, 24, 26, 27, 28, 29, 30, Marseille; 30, port 
de mer de Marseille, in galea S. Crucis ; 31, Marseille. 

Septembre 1 , Marseille ; 1 , 2, près du port de M.; 2, in galea 
S, Crucis, in g, supra mare près de M., in insula maris à 
Torient du port de M. (If); 3, Marseille; 14, 15, Gênes; Li- 
vourne ; Florence ; Venise ; Trévise ? 

Octobre, Céphalonie (Same)^\ Négrepont. 

Novembre, Mitylène (Lesbos); 24, Rhodes. 

1346 

Février 13, Smyrne. 

Juin 8, Négrepont.; 24, combat prés Smyrne. 

Juillet, autre dans Tile dlmbro ? 

Août 2, Avignon ; 30, Marseille. 

Septembre 1, Marseille; 2, à Torient de M.; 5; 7, 8, Avignon; 
15, 19, 20, 22, 23, 24, (28,) 29, 30, Romans. 

Octobre 1 ; 3, « cast. de Hermiis » (Eymeux). 

Novembre 17, 19, 20, 22, 23, 24, 27, 28, 29, 30, Romans. 

Décembre 1, 4, 8, 9, tO, 11, 12, 13, 14, 16, 17, 18, 23, 24, 28, 
29, Romans. 



476 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

1346 

Janvier 2, 40, 45, 46, 47, 19, 21, 22, 23, 24, 25, (28,) 30, 
Avignon. 

Février 4, 4, 6, 7, 9, 44, 13, Avignon; 44, Orange; 48, Avi- 
gnon ; 24, Saint-Lattier (S. Heuleterius) \ 28. 

Mars 2, 3, 41, 42, 45, 48, 20, 24, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 
Grenoble; 34, La Tour-du-Pin. 

Avril 3, La Tour-du-Pin. 

Mai 4; Corbelin. 

Juin 5, Pierre-Scise (prés Lyon) ; 24 ; 26, Grenoble ; 28, 30, 
Romans. 

Juillet 4, 2, 7, 9. Romans ; 4.6, 20, 22. 24, Moirans ; 27. 

Août V. 27, pillé en mpr par les Génois. 

Octobre 42, Rhodes (in vilLa nova de insula R.), 

Novembre, Rhodes. 

1347 

Janvier 6, 29, Rhodes. 
Février 40. 
Mars 2, Rhodes. 

Mai 27, Venise (SS. Jean et Paul). 
Août 46, Milan {Medulani, palais) ; Mortara. 
Septembre 4, Saluées ; 4, Briançon; Vizille ; Grenoble, 8 ; 44, 
Bourg-d'Oisans {cast, Oijsen.)\ 47, 25, Grenoble. 



Août 45, Poncin ; 49; 29, Lagnieu. 

Septembre 2, 4, 6, 7, 42, 44, 48, 49, 20, 22, 23, 24, 25, 26, 

27, Grenoble ; 28, Moirans. 

Octobre, Moras, Revel, Auberive; 5, 6, 7, Vienne ; 7, mon. de 
St-Pierre hors V.; 44, 46, 47, 48, 20, 24, 22, 24, 25, (26,) 27, 

28, Romans. 

Novembre 5, Grenoble ; 7, Auberive (-en-Royans) ; 7, 17, 18, 
49, 20, 23, 24, 25, 28, Romans. 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT 11. 477 

Décembre 2, 4, 5, 8, 9, 40, 42, 43, 45, 46, 47, 49, 20, 24, 23, 

24, 25, 27, 29, 30, Romans. 

1347 

Janvier 2, 3, 4, 5, Romans; Lyonnais. 

Février 6, Romans?; Valence, Chabeuil 

Mars (2,) 3, 5, 6, 8, 40, 45, 46, 22, ?8, Romans. 

Avril, Grenoble ; 7, Romans ; Peyrins ; 22, Montfleary ; 24, 
28, 29, Grenoble 

Mai 3, entre Bellecombe et les Marches ; 5 ; 44. 

Juin 4, 43, Grenoble ; 49, La Tour-du-Pin ; 22, Grenoble ; 24, 
Vizille. 

Juillet 3 ; 44, Moirans ; 47, Valence. 

Août S, Embrun ; 4 ; 46, Bardonnèche. 

Octobre 6 ; 42, 44, Beauvoir ; 22, 23, 24, Romans. 

Novembre 6, Saint-MarcelUn ; (40,) 44, 46, 49, 20, 25, 
Avignon. 

Décembre 2, 5, 6, 7, 8, 40, 44, 45, 16, 47, 48, Avignon ; 19, 
20, 24, Villeneuve-Saint-André près Avignon ; 26, 27, Avignon; 
28, 29, 31 , Villeneuve près A. 

1348 

Janvier 2, 5, 7, 8, 40, 12, 43, 44, 46, 20, 24, 23, 25, 28, 
Villeneuve-Saint-André près Avignon. 

Février 3, 4, 6, 7, Villeneuve ; 8, Bez (Bercium) ; 44, 42, 43, 
Pont-Saint-Esprit (5. Saiuryiinus de Ponte, S, Spirilus) ; 20, 24, 

25, 28, Beauvoir en Royans. 

Mars 4, 2, 5, 6, 7, 8, 9, 44, 44, 45, 46, 47, 49, 20, 24, 22, 
Beauvoir ; 27. 

Avril 4, 42, Beauvoir (*); 26,27, 28, 29, 30, Lyon, chat, de 
Pierre-Scise. 



(1) Cette date a donné lieu, au siècle dernier, à une intermi- 
nable discussion entre le chapitre et les consuls de Romans, dans 



478 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Mai 4, Lafialme; 12, 13, Créraiea ; 16, Anthon, port d'A.; 
17, 18, 19, Montluel ; 23, Miribel ; 27, Montluel ; 28, abb. N.-D. 
de Salettes ; 30. 

Juin 2, Crémieu ; â, 3, 5, La Balme ; 11 , Saint-Georges-d*Espé- 
ranche ; 23, 25, 26, Quirieu ; 27, Crémieu, Lyon ; 30, Crémieu. 

Juillet 1, Crémieu; 4, 8, 16, Beauvoir; 20, La Balme; 23, 
Quirieu ; 27, Crémieu ; 29, Tnllins ; 30. 

Août 5, 6, 8, 9, La Balme ; 11, Quirieu ; 17, La Balme ; 28, 
30, Salettes. 

Septembre 3, Salettes ; 5, Grenoble; 10, La Balme; 11. 

Octobre 8, Grenoble ; 14, 28, Beauvoir. 

Novembre 1; 3, Beauvoir ; 6, Grenoble ; 9, Beauvoir ; 9, 10, 
Grenoble; 15, 17, 18, 19, 22, Beauvoir; 24, Grenoble; 25, 
Crémieu ; 29, 30, Romans. 

Décembre 1, 3, 4, 5, 6, 9, 10, Romans ; Avignon ; 17, 18, 22, 
29, (30,) 31, Romans. 

1349 

Janvier 4, 6, 7, Chabeuil; 9, 10, 12, Romans; 18, 19, 20, 22, 
24, 28, Beauvoir ; 29, Chabeuil ; 29, (30,) 31, Beauvoir. 

Février 1, 3, Beauvoir; 14, 17, Tain ; iO, 28, Romans. 

Mars 3,4, 6, 7, 10, 11, 13, 14, 17, 18, Romans; 19, Beauvoir; 
20, 21, 22, 23, 26, (29,) 30, (31,) Romans. 

Avril (1 ,) 3, 4, 6, 7, 22, Romans ; 23, Grenoble. 

Mai 3, Beauvoir; 4, Montpellier?; 28, Lyon? 

Juin 1, Lyon; 8 ; H, Lyon ; 12, Pierre-Scise. 

Juillet 1 ; 2, Pierre-Scise; 6, 10, 11, 12, 13, 16, 17, (18, 19, 
21,) 27, 28, Lyon. 



laquelle Térudition de ces derniers ne brilla pas par la loyauté. 
L'armée du dauphin se réunit à Montluel le 6 ayril, vint le même 
jour devant Miribel et prit le bourg; le château se rendit le 22. 
La lettre d'Humbert II, datée du 12 in burgo Miribelli^ in exercitu 
nostro, émanait de ses officiers : de gênerait mandato domini (au lieu 
de per dominum orethenut). 



ITINÉRAIRE d'hUMBERT II. 479 

Août 21 , 26, Romans ; 28, Beauvoir. 
Septembre 5, 10, 46, (47,) 25, Beauvoir. 
Octobre 8, 47, (24,) 25, Beauvoir en Royans. 
Novembre 46, 23, Beauvoir. 
Décembre 4 , Beauvoir; 6, 20, 22, Grenoble. 

1350 

Janvier 4, Montfleury; 28, (30,) Grenoble. 
Février 4, 3, 4, 5, (6,) Grenoble. 
Mars 43, Villeneuve (dioc. d'Avignon). 
Juin 2, Villeneuve-Saint- And ré ; 44 ; 22. 
Décembre 25, Avignon (ordonné^. 

1351 

Janvier 2 (sacré), 22, Avignon ; 34 , Villeneuve près A. 

Février 4, 8, 23,4iflÊnoble. 

Avril 4 5. 

Septembre 4, Beauvoir; 8, 40, Grenoble ; 46, Beauvoir. 

Octobre 49, monast. de Salettes. 

Novembre 4 . 

Décembre 6, mon. de Salettes. 

1352 

Février. 

Mars 40, Porte de Mars à Reims. 

Juillet 24, 24, Paris. 

Août 42, Paris. 

Novembre 7, Paris. 

Décembre 7, Paris ; 44. 

1353 

Avril 24. 

Mai 7. 

Août 3, Chartreuse près Paris. 



480 SOCIÉTÉ, d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

1364 

Mars 26, Porte de Mars à Reims. 
Juillet 11, Paris (Couv. des Dominicains). 
Septembre 18, Paris (Dominicains). 
Novembre 3. 

1356 

Janvier 25. 

Février 22, Paris (Dominic.) 

Mai 16 ; 21, 22, Clermont (-Ferrand). 



Romans, 2 mai 1886. 



Ulysse CHEVALIER. 









JULES PACIUS 



♦■ 



L'utilité pour Thistoire du secours des archives pu- 
bliques est clairement démontrée par la Notice (i) de 
M. Berryat-Saint-Prix sur Julius Pacius, professeur de 
droit en l'Université de Valence au XVII* siècle. Ce tra- 
vail, vrai modèle de critique et d'érudition, a cependant 
laissé dans l'ombre quelques points faciles à élucider 
aujourd'hui avec l'aide des papiers du département et 
des communes. 

Tout le monde sait que Julius Pacius, en Italien Pace^ 
et en français Passieux, naquit à,Vicence le 3 avril i55o 
de nobles Paul et de Lucrèce Angioletta, et qu'après 
d'excellentes études à Padoue, il vint enseigner à Genève, 
puis à Eidelberg, de i585 à jSgS ; à Sedan, en 1596-97, 
à Nîmes, à Montpellier, à Padoue et à Valence, de i6oc 
à i635. De ses nombreux ouvrages de philosophie et de 
jurisprudence, la traduction latine de YOrganon d'Aris- 
tote, l'édition du Corpus juris civilis^ VArs Lulliana, 
etnendata^ Valence 1618, des tableaux et des commentai- 
res de droit ont longtemps joui et conservent encore 
l'estime des savants. 



(1) Notice sur Julius PcLcius à Beriga^ iuritconsuîtc, et philosophe des 
XVI' et XVIP siècleSj lue à la Société des Antiquaires de France le 
9 novembre 1839. Paris. Langlois 1840, br. in-8® de 30 pages avec 
les Dotes. 



482 SOCIÉTÉ d'aBCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Mais coMiait-on aussi exactement sa famille et son 
séjour à Valence ? 

Nous ne le pensons pas» 



I 



Le savant professeur a dit lui-même que sa famille, 
illustre par dUnnombrables ancêtres, a porté les noms 
de Pace et de Beriga (i). 

Or, diaprés les pièces d^un procès des consuls de Die 
contre Jacques Pacius au sujet de sa noblesse, noble 
François fut père de Jean-Donat, celui-ci de Melchior, 
Melchior de Paul, Paul de Julius, et Julius de Jacques ; 
ce qui nMndique pas une bien longue suite d'aïeux. 

Toutefois, une enquête judiciaire et Antonio Riccoboni, 
de Gymnasio patavino comment ariorum libri F/, attes- 
tent la noblesse ancienne des Pacius à Vicence, à Padoue 
et dans Tétat de Venise. 

Angioletta quitta Tltalie avec Julius et Cécilia, ses en- 
fants pour cause de religion et s^établit à Genève, où elle, 
mourut en 1608. 

Le professeur épousa dans la même ville Elisabeth 
Venturini, de Lucques, qui lui donna une nombreuse 
postérité. 



(1 ) Pacii ubi et Beriga nottrœ cognomina gentis 

claraper innumerot inveniuntur avos. — Beriga est le nom d*un coteau 
Yoisin de Vicence où les Pacius avaient une maison, ou d'un 
quartier de Vicence. ^Notice de M. Berryat-Saint-Priz.) 



JULES PACIUS. 483 

De leurs dix enfants, Paul et Jacques sont les seuls 
connus. 

Paul étudia et professa le droit, laissant d^Anne de 
Clausel : Alexandre et Pierre. 

Le 25 juin 1669, Alexandre contractait mariage avec 
Françoise Duglat, fille de feu Antoine, avocat à Montpel- 
lier et de Gervaise d'Estienne de Carlencas, de la religion 
réformée. On le trouve, le i5 juillet 1671, à Valence, avec 
la qualification d'écuyer, de Montpellier, réclamant une 
expertise pour « se conserver les sommes à luy deubes 
« sur le logis du Petit-Louvre^ proche et hors la porte 
« Saulnière, ou pour empescher la ruyne d'icelluy. » 

Nous le croyons père de Pierre, qui testa à Montpellier 
en 1589, de Gervaise, d'Anne et de Marguerite (i). 

Jacques, auteur de la branche cadette, avocat à Die, 
eut Jules-César et Louis. 

Jules-César, capitaine au régiment de la marine, laissa 
de Marguerite de La Place, un fils de mêmes prénoms, 
cordonnier à Die, marié Je 4 juin 1699, avec Jeanne Di- 
dier. Plus tard, le 3 février 1728, Pierre de Gilbert, fils 
de Louis, juge mage, épousait Elisabeth Pacius <c fille 
« unique » de Jules-César et d'Olympe de Durand (2). 

Enfin, un des descendants de Louis, frère de Jules- 
César, habitait Londres en 1839, et y possédait une 
tannerie; il s'appelait Joseph-Marie-Louis et demanda 



(1) ArohiTes de la Dr6mo B. 174 et Chaiz, notaire. — Notes de 
Moulinet. Françoise Duglat vendit en 1694 le domaine de Marion 
près Soyons, à Baille pour 2400 livres (Drôme E. 1349.) 

(2) Armoriai du Dauphiné. — Etat civil de Die. 



484 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

une notice à M. Berryat-Saint-Prix sur Julius, un de ses 
ancêtres. 

A vrai dire, dans la biographie d'un homme qui mérita 
le titre de citoyen de plusieurs nations, comme devant à 
ritalie, son berceau, à rAUemagne, sa renommée et à la 
France sa science juridique (i), de pareils détails ont une 
bien faible importance ; mais ils montrent les rapports de 
la famille de Julius Pacius avec le Dauphiné et la Drôme. 



II 



Les guerres du XVI* siècle avaient considérablement 
nui au progrès de l'Université de Valence, si prospère 
au temps de Cujas. 

Déjà le 16 janvier iSgg, le conseil de ville avait résolu, 
a pour la restaurer », de rechercher <c un docteur ultra- 
montain fameux » et, les 24 novembre 1609 et 6 février 
16 10, Lesdiguières avait proposé Godefroy, pour premier 
régent, choix ratifié par les Etats de la province le 12 mars 
1611. 

Deux ans plus tard, le 12 février 16 r 3, le conseil décida 
d'appeler Pacius, « l'un des plus fameux jurisconsultes 
« du temps, » par suite des empêchements survenus à 
Godefroy (2). 



* (1) Ilala dcU cunas, dedil et Germania /arnam, 
GalUa jutf civis d^'c mihi qus patria ? 

Distique écrit sur un portrait de Julius avec ses deux enfants. 
(Notice inédite dans les papiers de Chorier.) 

(2) Denis Godefroy, né à Paris le 17 octobre 1549 et décédé à 
Strasbourg, le 7 septembre 1621. 



JULES PACIUS. 485 

La perte des délibérations consulaires de 1614 a 16 19 
est imparfaitement compensée par un acte notarié du 
i3 mars 16 16 où Charles Guilheton, marchand de la 
ville, promet aux consuls a de faire et fournir tous les 
« frais nécessaires pour faire venir et conduyre de la ville 
« de Montpellier à Valence M. Pacius, premier docteur 
« régent, à présent estant audit Montpellier, avec sa 
« femme, famille et domestiques de sa maison, ensemble 
« tous ses meubles et livres, au contentement dudit sieur 
tf Pacius, soit par eau ou par terre, et rendre le tout dans 
« son logis audit Valence, aux despens dudit Guilheton, 
« et ce moyennant le pris et somme de 5oo livres tour- 
te nois. » 

Cette somme est payée à Guilheton qui se réserve de 
réclamer le remboursement « des péages, foraine et 
« autres droits pour les meubles et livres » du professeur 
et il reçoit un passeport de Lesdiguières et du duc de 
Montmorency. (1) 

Dans le compte de Jean Roux, consul, du 25 avril i6i5 
au même jour 16 16, figure une allocation de 162 livres à 
Louis Roux, délégué pour traiter avec Pacius; dans celui 
de Claude OUivier, en 161 7- 18, les gages du professeur 
sont de 3ooo livres; dans celui de (Charles-Gaspard en 
1620-21, de pareille somme; dans celui de Desboscs, en 
1626-26, de 6000 livres pour deux ans ; dans celui de 
Jacques de Corbières en 1626-27, de 3ooo et dans celui 
de Monier, notaire, en 1 632-33, de 6000 pour deux ans (2). 
Il existe aussi un ordre de Lesdiguières du 26 février 
1616 pour le paiement à Pacius de 3ooo livres, à Le More 



(1) Archives de la ville de Valence séries BB, CC et GG. 

Tome XX. - 1886 32 



486 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de 800, à des Blains de 700, à Froment de 600 et à Ro- 
chettede 5oo(i). 

M. Berryat-Saint-Prix, tout en avouant que du 2 mars 
1616 au i3 août 1617, il perd de vue le professeur, le 
fait arriver à Valence au moins au commencement de 
16 17, le montre installé à Padoue en 1620, avec. un de 
ses fils, et à Valence l'année suivante, au printemps, lors 
du passage en cette ville du légat Barberin qui lui fit un 
excellent accueil. De cette époque à i635, Julius continua 
ses leçons témoin son acte de décès, que Ton n^avait pas 
su trouver : 

(c Le II janvier i635, aesté enseveli dans l'esglize de 
a St-Jehan de Valence noble Jules Pascius, premier pro- 
« fesseur roial de TUniversité de Valence. » 

Une notice inédite sur les professeurs de l'Université, 
conservée par Chorier, affirme qu'en 161 3, Lesdiguières 
prit soin d'appeler Julius Pacius, « natif de Beriga, petite 
ville soubs la domination de Testât de Venise, dont la 
réputation estoit générale par toute l'Europe. » 

Videl, historien de Lesdiguières rapporte le même fait 
à Tannée 1616: L'Université dit-il, avoit besoin d'un 
docteur qui remplît dignement sa première chaire, vacante 
par la mort de Froment, jurisconsulte, qui Tavoit tenue 
longtemps avec honneur. Lesdiguières « prit un soin par- 
ce ticulier d'y establir Jules Pacius, gentilhomme italien, 
« grand docteur entre les plus renommez, autant pour 
ce Testude de la philosophie et des autres sciences, où il 
ce estoit profondément versé, que pour celle du droict, 
ce qui estoit sa principale profession. » (2) 



(1) Comptes consulaires de Valence . 

(2) Edit. in-fol. p. 291. 



JULES PACIUS. 487 

Un témoignage contemporain permet d'établir les faits 
dans leur ordre chronologique et dans toute leur exacti- 
tude; il est tiré d'une histoire succincte de^P Université de 
Valence placée sous forme d'avis au lecteur dans un livre 
d'Antoine Faure des Blains, intitulé In theoriam et 
praxim beneficiorum ecclesiasticorum methodica et fami'- 
liaris introduction lurnoni sumptibus Guillelmi Linoce- 
rii 16 16, petit in-4^) et nous en donnons la traduction et 
l'analyse : 

Après le départ de Charles du Bonnet Fine, Denis Go- 
defroy, dont la renommée ne le cédait à aucun ancien ni 
moderne professeur, fut invité à le remplacer. La poli- 
tesse, le caractère et Taflabilité du candidat plaisaient 
surtout aux habitants de Valence, enclins de leur nature à 
la mansuétude {suapte natura mansueti). Grâce au con- 
cours de Lesdiguières, ils traitèrent avec lui le 7 novembre 
1609 et l'attendaient Tannée suivante ; mais des affaires 
privées ou publiques retinrent Godefroy, qui rendit l'ar- 
gent reçu pour son voyage. Dans cette situation, tous les 
regards se tournèrent vers le soleil de notre jurisprudence, 
l'honneur des lettres et l'ornement de la philosophie, 
Julius Pacius de Beriga, et vers i6i3, il fut décidé de 
traiter avec lui. Sous les auspices de Lesdiguières, des 
délégués furent envoyés à cet effet, après la fête de Noël, 
à Montpellier, où il enseignait et l'on attend sous peu son 
arrivée à Valence. 

Des Blains s'exprimait ainsi au commencement de jan- 
vier 16 16. 

M. Berryat-Saint-Prix reporte à l'année 1619 la conver- 
sion de Pacius, attribuée par les uns à ses collègues de 
l'Université, par les autres au célèbre Peiresc, son ancien 
disciple et pensionnaire, ou à la mort de deux de ses fils. 



488 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Les archives sont muettes à cet égard. Quant aux diffi- 
cultés du professeur illustre avec les autres professeurs au 
sujet du partage des droits universitaires, elles sont expo- 
sées dans VHîsloire de P Université de Valence par M. 
Nadal (i). 

Tel est le résultat de nos premières rechercher et si elles 
agréent aux lecteurs du Bulletin^ nous serons heureux 
d'étudier d'autrefois les professeurs de l'ancienne Uni- 
versité. 



(1) 11 existe un portrait de Julius Pacius dans une salle du tribu- 
nal de Valence et M. Aimé Brisset, de Pierrelatte en possédait 
un autre. Les manuscrits de Peiresc à Carpentras renferment le 
catalogue des manuscrits grecs de Pacius et une lettre de lui, écrite 
de Val once en 1630,. {"Catalogue des manuscrits II, 9. 

A. Lacroix. ' 





LAYOLLE 



♦- 



Guy-Allard, dans son Dictionnaire historique du Dau- 
phiné, fait naître à Saint- Rambert , « au dessous de 
« Vienne », Aleman Layolle. « excellent musicien et or- 
« ganiste, Tan 1461 », et lui attribue « plusieurs chansons 
« en musique pour les quatre parties. » 

Aucun biographe, M. Fétis excepté (i), n'a contrôlé 
jusqu'ici les affirmations de Guy-Allard et il n'existe « au 
« dessous de Vienne », aucun autre Saint-Ramberf que 
Saint- Rambert-d'Albon, érigé en commune par décret du 
20 mai iSSg et tête de ligne des chemins de fer d'Anno- 
nay et de Grenoble par la Valloire. 

Or, d'après les savantes recherches de M. Fétis, Guy- 
Allard a confondu Aleman avec François de Layolle, 
c'est-à-dire probablement le père avec le fils, et le lieu 
d'origine de l'un avec celui de l'autre. 

François de Layolle, Francesco Ajolla et Francesco 
delV Aiolle fut maître de chant et c^e composition du célè- 
bre artiste Benvenuto Cellini et jouit d'une grande répu- 
tation d'organiste à Florence, au commencement du XVI* 
siècle. 

Toutefois, l'auteur de la Biogi^aphie universelle des 
Musiciens (2) le croit d'origine française plutôt que Flo- 



(1) Indication et communication dues à la bienveillance et à l'éru- 
ditiou de M Adolphe Rochas, auteur de la Biographie du Dauphiné. 

(2) Paris, 1875, Firm. Didot, ^ édition, t. V, p. 234-35, 



490 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

rentine, et il en donne pour raisons : i* que delP Aiolle 
n'est pas une forme italienne de nom propre (i), mais 
une altération de nom étranger ; 2" qu'il n'existe aucun 
ouvrage dans les bibliothèques d'Italie et dans les recueils 
publiés à Venise , Milan et Rome , sous le nom de 
DelV Aiolle^ tandis que les compositions de François de 
LayoUe ont été imprimées à Lyon, Venise, Nuremberg 
et Wittenberg ; 3* enfin qu'aucun musicien italien n'est 
venu se fixer en France dans la première moitié du XVP 
siècle, l'art musical à cette époque étant moins avancé 
en Italie qu'en France et en Belgique. 

Il reste à donner, d'après M. Fétis, les titres de Fran- 
çois de Layolle à la célébrité, en attendant que son origine 
dauphinoise soit démontrée clairement : 

1® Motelli del Jiore cum quatuor vocibus liber primus. 
Tmpressum Lugduni per Jacobum Modernum de Pin- 
guento, i532, in-4* oblong ; 2" Tertius liber (idem)^ ibid., 
1539; 3** Tertius liber Motellorum ad quinque et sex 
voces. Opéra et solertia Jacobi Moderni alias dicti 

Grand Jaques in unum coactorum et Lugduni ab 

eodem impressorum^ i538, in-4** obi.; 4" Quartus liber, 
Motettorum ad quinque et sex voces^ etc.^ ibid., i539 
5" Liber quindecim missarum a prœstantissimis musicis 
compositarum^ etc., Noribergœ^ apud Joh, Petreium^ 
f 538, petit in-4" obi. On y trouve la messe de Layolle, 
Adieu mes amours^ à 4 voix; 6** Liber decem missarum^ 
à prœclaris et maximi nominis musicis textus^ etc.^ 
Jacobus Modernus à Pinguento excudebat Lugduni, 
1640, petit in-fol. Ce recueil renferme les trois messes de 



(1) Il existe sous le nom d*Ayol une chanson de geste contem- 
poraine de Girard de Roustillon. 



LAYOLLE. 491 

LayolJe intitulées : Adieu mes amours^ O salutaris hos- 
/l'a; ces fâcheux sot :{\ 7® Select issimarum motelarum^ 
partim quinque^ partim quatuor vocum^ tomus I, Nori- 
bergœ^ apud JoK Petretum, 1640, in-4*; 8" Tomus 
tertius psalmorum selectorum, quatuor et quinque, et 
quidam plurium vocum^ Noribergœ^ apud Joh. Petreium^ 
1542, in-4® obi.; 9" 5fcmia^a//ica, latina et germanica 
et quœdam fugœ. Tomi duo. Vitebergœ^ Georg. Rhau, 
1545, petit 10-4** oblong; lo'' Le Parangon des chansons, 
contenant plusieurs nouvelles et délectables chansons à 
deux, trois et quatre voix^ livres i à 10, Lyon, par Jac- 
ques Moderne, dit Grand Jacques, 1540-1543, m-4* obi. 
« Les livres i, 2, 3, 4 et 5 contiennent des chansons de 
ce LayoUe à deux, trois et quatre parties. Ici se trouve 
« encore une preuve que ce musicien était né en France, 
« car jamais, au XVI* siècle, musicien italien n^a com- 
c( posé de chansons françaises ; » 11" Madrigali a quattro 
voci del Arcadelt insieme con alcuni madrigali da altri 
autori, conogni diligenia stampate et corrette; libri i, 
2. 3, 4 et b. In Venetia nella stampa d'* Antonio Cardans^ 
1 538- 1543, in-4*^ obi., et de i55o à i56o, ih-4* obi. Il y 
a, au I*' livre, un madrigal à 4 voix et un Agnus Dei à 
trois voix par François LayoUe, et au 2* livre deux ma- 
drigaux à 4 voix du même, dont le nom est écrit tour à 
tour Layole et LayoUe; f2* enfin Le librollamado silva 
de Sirenas de Enrique^ de Valderavano , Valladolid, 
1547, S^- îï^"4**5 contient aussi des morceaux du même 
artiste avec des motets, villancicos, romances, etc., mis en 
tablature de guitare. 

Ajoutons q}!* Andréa del Sarto a placé le portrait de 
LayoUe dans le tableau de TAdoration des Mages, pein- 
ture à fresque du cloître de VAnnunciata à Florence. 

Ce ne fut pas le seul avantage que la famille de LayoUe 



4gi SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

retira de ses relations avec Benvenuto Cellini : Aleman, 
fils de François et organiste comme lui (i), prenait l'enga- 
gement, le i5 janvier 1569, de donner au moins une fois 
par jour une leçon de clavecin à Liperata, fille du célèbre 
orfèvre sculpteur, alors âgée de 6 ans, à raison d'un demi 
écu par mois. 

On ne connaît d' Aleman Layolle que l'ouvrage suivant : 
Chansons et Vaux de pilles à quatre voix^ Lyon, Simon 
Gorlier, i56i, in-4^. A cette date, l'auteur était organiste 
à Saint-Nizier de Lyon. 

Grâce aux renseignements précieux de M. Fétis, il sera 
possible désormais de faire de nouvelles recherches sur 
les deux artistes, et si Tun d'eux au moins est dauphinois, 
la Valloire pourra s'enorgueillir d'avoir vu naître Layolle 
et Hector Berlioz. 

A. LACROIX. 



(1) M. Fétis croit Alemano Ayolle, ûls de Francesco, et le fait 
oaltre à Florence ; ce qui est assez vraisemblable . 



SÉANCE. 493 



SÉANCE DU 23 SEPTE/VlBï\E 1886 



PKisniiici II I. Il «uun. 



•¥9 



MM. de Gallier et Lacroix présentent comme membre titulaire 
M. Thomé, avocat à Romans ; 

MM. de Gallier et Vallentin, M. le marquis de Boisgelin, 
d'Aix, et MM. de Gallier et Lacroix, M. Maurice Faure, député 
de la Drôme, comme membres correspondants. 

Ces Messieurs sont admis à l'unanimité. 

Profondément touché des démarches faites auprès de lui 
pour rester à la tète de la Société, M. de Gallier remercie les 
membres présents de leur sympathique bienveillance et leur 
exprime sa gratitude. 

De son côté, M. Vallentin rend justice au savoir, à l'esprit 
conciliant, à la droiture et à l'aménité de M. le Président et le 
félicite d'avoir bien voulu, malgré son deuil, conserver la direc- 
tion de nos travaux communs, l'assurant du concours de cha- 
cun des membres. 

M. Bouvier demande des renseignements pour les travaux 
sur l'histoire naturelle et offre une brochure sur les vertébrés. 

Lecture est donnée de notes archéologiques sur le canton de 
St-Vallier, par M. l'abbé Jassoud. 

Il est décidé de presser la publication du 7* volume de l'ar- 
rondtssement de Montélimar dont un exemplaire sera offert à 
chaque membre titulaire et de rechercher les voies et moyens 
de préparer celle du Régeste dauphinois de M. l'abbé Chevalier 
et de la table des vingts volumes parus du Bulletin de la So- 
ciété. 

M. Villard ayant offert à la Société un assez grand nombre 



494 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

de photographies d'objets d art, de vues, d'édifices de la Drô- 
me, M. le Président lui adresse ses plus vives félicitations pour 
son initiative qui permettra d'enrichir le Bulletin d'illustrations 
intéressantes. 

Une table des vingt volumes du Bulletin sera publiée dans le 
cours de l'année 1887, et MM. les membres de la Société qui 
désireraient l'annexer au 20' volume, sont priés de ne pas le faire 
relier avant la réception de cet utile travail. 

Malgré plusieurs lettres écrites à Vesc, les renseignements 
nécessaires pour la notice nécrologique sur M. l'abbé Soulier, 
ne sont pas encore parvenus au secrétariat. 

M. le Secrétaire rend ensuite compte des publications reçues. 

DONS DE M. LE MiNISTRE DE l'InSTRUCTION PUBLIQUE : 

Le Journal des Savants (1886). 

La Romania (janvier 1886). 

Le Bulletin archéologique du comité des travaux historiques 
(4 numéros de 1885 et 2 de 1886). 

Le Bulletin historique et philologique du même comité (1885, 
n*« I, 2, 3 et 4). 

Le Bulletin du même comité : section des sciences économi- 
ques et sociales (1884 et 1885). 

Le Répertoire des travaux historiques contenant l'analyse des 
publications de 1883 (t. 3. n** 4). 

Discours prononcé par M. René Goblet le i" mai 1886 à la 
Sorbonne (1886). 

Dons des Auteurs : 

Les Antiquités de Pact près Beaurepaire (Isère), par l'abbé 
Chapelle. Valence, Céas, 1886, in-8°. Tirage à part du Bulletin, 

Cartulaire lyonnais, documents inédits pour servir à thistoire 
des anciennes provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais , Dombes, 
Bresse et Bugey,,,. recueillis et publiés par M.. Guigue. Lyon, 
1885. — I vol. in-4** de 655 à 1254. — 507 chartes. 

C'est là une mine de renseignements sur les familles et sur 
les localités. L'Académie de Lyon a rendu un véritable service 
aux chercheurs. 



SEANCE. 4q5 

Collection des guides — Joanne. — Guides Diamant, — ^ Dau'- 
phiné et Savoie, par P. Jeanne. 6 cartes, 4 plans, 4 panoramas. 
Paris, Hachette, 1886. i vol. in-i8. 

Il y a là condensés tous les renseignements utiles aux voya- 
geurs, et toutes les découvertes archéologiques les plus ré- 
centes, comme le temple de Maïa à Pact, y sont rappelées. 
Exactitude rigoureuse et science profonde ; voilà les deux bases 
de ce livre commode et indispensable. 

Histoire du cardinal Le Camus, évêque et prince de Grenoble, 
par Tabbé Charles Bellet. — Paris, 1886, Alph. Picard. — 
I vol. in-8" avec portraits et pièces justificatives. — Travail 
consciencieux et complet sur un remarquable prélat. 

Margot de Laye qui sauva Monté limar au XVI* siècle, par 
Adèle Souchier. Valence, Crémilleux, 1886, in-S» de 28 pages; 
légende poétiquement racontée et dramatisée. 

Supplément à la notice historique et bibliographique sur les 
controverses religieuses en Dauphiné pendant la période de tèdit 
de Nantes, psLV E. Arnaud, pasteur. — Grenoble, J. Allier, 1886. 
— 14 pp. in-8®. 

Supplément à la notice historique et bibliographique sur les 
imprimeurs de l* Académie protestante de Die, parle même au- 
teur. — Grenoble, 1886, J. Allier. — 10 pp. in-8*. 

Malgré de sérieuses recherches, les deux sujets ne sont pas 
encore épuisés. 

Une excursion nocturne à St'Andéol sur Clav^son, par Joseph 
Bordas.— Valence, imprimerie Valentinoise, 1886. — i2pp.în-8*. 

Voyage au Bourg-St-Andéol, par le docteur Francus ; Privas, 
1886. L'esprit, la science et la littérature des voyages précé- 
dents se retrouvent dans celui-ci au même degré et la lecture 
en est aussi agréable qu'instructive. 

Académie de Besançon, 

— de Tarn-et-Garonne, — Recueil. 

— * Delphinale, — Bulletin. 

— de Dijon, — Mémoires. 

— de Savoie, — Id. 
' — d'Aix. - Id. 



496 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de Lyon. — Id. 

— de Nîmes. — Id. 

— Nationale. — Journal mensuel. 
Société d'émulation des Vosges. — Annales. 

— des archives historiques de la Saintonge. 

— des antiquaires de Picardie. — Bulletin. 

— — flfe Morinie. — Id. 

— d* études des Hautes- Alpes. — Id. 

— — du Lot. — Id. 

— d* histoire naturelle de Toulouse. — Id. 

— de la Diana, — Id. 

— archéologique dû. Tarn^-et-Garonne. — Id. 

— — du midi de la France. — Id. 

— historique et archéologique du Perigord. — Id. 

— — — de r Orléanais. — Id. et 

Mémoires. 

— — — de la Charente. — Id. 

— des sciences, lettres et arts de Pau. ^ Id. 

— de statistique^ sciences et arts des DeuX'Sèvres. — Id. 

— pour la conservation des monuments hist. d* Alsace. — 

Bulletin. 

— d'agriculture de la Seine-Inférieure. — Extrait des 

travaux. 

— Savoisienne d'archéologie et d'histoire. — Mémoires 

et documents. 

— Nationale d' agriculture , sciences et arts d'Angers. — 

Mémoires. 

— Royale des antiquaires du Nord. — Id. 

— d'agriculture, commerce, sciences et arts de la Marne. 

— Mémoires. 

— scientifique et littéraire d' A lais. — Mémoires et 

comptes rendus. 
d'agriculture , d'archéologie, etc, de la Manche. — 
Mémoires, notices. 

— des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. — Procès- 

verbaux des séances. 



SÉANCE. 497 

La Controverse et le Contemporain, revue mensuelle publiée à 
Lyon, i886. 

Le Gratin, petite gaiette dauphinoise, n® i (26 juin i886)« 

Petite revue des bibliophiles dauphinois, n° 7 (1886). 

Recueil d*hommages, aveux et dénombrements de fiefs relevant 
du comté de For e^ par André Barban, édité par la Diana. 

Revue épigraphique du midi de la France (1885-86). 

Revue Savoisienne (1886). 

Revue des langues romanes (1886). 



-A»-«&ÏH»-