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Full text of "Bulletin de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique"

s 7ûie 



BULLETINS 



DE 



L'ÀCÀDÉmE ROYALE DES SCIENCES 



BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 



^.joi.:b./L 



BULLETINS 



L'ACADÉMIE ROYALE 



SCIENCES ET BELLES-LETTRES 



DE BRUXELLES. 



TOME XI. — I ' PARTIE. - 1844. 



BRUXELLES, 

M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE LACADÉMIE ROYALE. 

1844. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES 

Et 

BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 

1844. — N» 1. 

Séance du 15 janvier. 

M. le baron de Slassart, directeur. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur adresse à l'académie un 
nouveau rapport de M. Guioth, ingénieur en chef de la 
province du Linibourg, sur une découverte numismatique 
faite dans le cimetière de la commune de Mopertingen. 
(Commissaires: MM. Roulez et De Reiffenberg. 

Trois communes envoient des réponses à la circulaire de 
l'académie, relative aux antiquités nationales. 

TOM. XI. 1 



^ 



(2 ) 

L'académie reçoit encore : 

r De M. le professeur Schvvanu, le 2" tableau des me- 
sures des organes internes de l'homme, pour faire suite 
à celui publié en 1842. 

2» Les résultats des observations de MM. Jenyns et 
J. Blancquaert sur la périodicité des phénomènes naturels 
en 1843. 

5° Les observations météorologiques horaires faites à 
Rennes par M. Aug. Morren, à l'époque du dernier sol- 
stice. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Observations météorologiques horaires des équinoxes et des 
solstices. 

Le secrétaire fait connaître que les faibles moyens dont 
il peut disposer pour mener de front les travaux relatifs 
aux observations horaires des équinoxes et des solstices, le 
mettent dans l'impossibilité de continuer la tâche difficile 
qu'il avait entreprise dans l'intérêt des sciences. Les nom- 
breux calculs de réduction et les travaux d'assemblage ont 
été faits jusqu'à présent à l'observatoire royal; mais cet 
établissement, avec le peu de ressources qu'il possède, ne 
saurait s'en charger à l'avenir , surtout depuis que les prin- 
cipales villes de l'Europe ont pris part au système d'obser- 
vation dont Bruxelles est le centre. 



(3 ) ' 
L'académie nomme une commission composée de 
MM. Crahay, Plateau, Stas et de Koninck, pour aviser 
avec le secrétaire aux moyens de continuer les travaux 
commencés. 



Remarques sur une réclamation de M. le professeur Vrolik, 
insérée dans le Bulletin de l'académie du 1 1 novembre 
dernier; par M. Martens, membre de l'académie. 

Dans le Bulletin de la séance du H novembre dernier 
(page 365), M. le professeur Vrolik d'Amsterdam a cru pou- 
voir réclamer la priorité relativement à quelques observa- 
lions de physiologie végétale, que j'ai consignées dans ma no- 
tice sur les causes de la mort naturelle. Il annonce avoir déjà 
publié des observations analogues à la fin du dernier siècle 
dans sa Dissertatio medico-botanica sistens observationes de 
foliatione vegetabilium , necnon de viribus plantarum ex 
principiis botanicis dijudicandis, publiée en 1796. N'ayant 
eu aucune connaissance de cet opuscule, je n'ai pu en faire 
mention dans mon travail , ni rendre au savant professeur 
hollandais la justice qui lui est due. Mais depuis que 
M. Vrolik a eu la bonté de transmettre à l'académie un 
exemplaire de sa dissertation, je me suis empressé de la 
lire, pour voir jusqu'à quel point les idées de notre hono- 
rable confrère s'accorderaient avec les miennes. Or cet 
examen m'a convaincu que le travail de M. Vrolik n'a que 
bien peu de points de contact avec le mien. Il admet à 
la vérité, comme moi et comme plusieurs autres physiolo- 
gistes, que la mort des feuilles de nos arbres précède leur 
chute; mais il ne s'explique pas sur les causes de cette 
mort naturelle, que j'ai eu seules en vue d'étudier dans 



( -î ) 

mon travail. Il pense aussi que la chute des feuilles est le 
résultat d'une opération vitale en vertu de laquelle les 
parties vivantes de l'arbre se débarrassent de la feuille 
morte, de la même manière que, dans le cas de grangrène 
partielle chez un animal , la partie vivante finit par s'isoler 
et se séparer de la partie morte par le travail de la suppu- 
ration. Je ne veux point ici discuter la valeur de cette opi- 
nion; mais il est évident qu'elle n'a aucun rapport avec celle 
que j'ai cru pouvoir adopter dans ma notice. D'après moi, 
la chute des feuilles peut n'être qu'un effet mécanique, 
suite de leur dessiccation et de la rétraction qui doit en 
résulter dans la surface immédiatement contiguë à l'arbre; 
car si ce dernier, aux points d'attache de la feuille, ne subit 
pas la même rétraction, ce qui est le cas dans un arbre 
vivant, il faut nécessairement qu'il s'établisse quelque 
solution de continuité entre la feuille morte et l'arbre; 
ce qui doit provoquer la chute de la première. Cette chute 
sera d'ailleurs d'autant plus prompte à se faire que les 
points d'attache de la feuille à l'arbre seront moins nom- 
breux, et que son tissu ou celui de son pétiole sera plus mou 
et plus susceptible de rétraction; et de là la chute précoce 
des feuilles articulées et celle tardive des feuilles coriaces 
de la plupart des chênes, qui ne perdent leurs feuilles 
mortes qu'au printemps suivant et même plus lard, lorsque 
la sève montante vient dilater leur tissu et provoquer ainsi 
une solution de continuité entre la branche qui grossit ou 
se distend et la base de la feuille morte qui ne peut la 
suivre dans cet accroissement. 

Quoi qu'il en soit des idées qu'on peut avoir sur les causes 
immédiates de la chute des feuilles, il est clair que ce 
n'est là qu'un point très-secondaire de mon travail, qui a 
eu principalement pour but de constater s'il existait des. 



( s ) 

différences entre les quantités proportionnelles de matières 
inorganiques contenues dans le tissu du cœur à différents 
âges, afin d'arriver ainsi à déterminer, mieux qu'on ne 
l'avait fait jusqu'ici , quelles peuvent être les causes de la 
mort naturelle chez l'homme. C'était pour pouvoir mieux 
apprécier la nature de ces causes, que j'ai cru pouvoir 
prendre mon point de départ dans le règne végétal, et 
si j'ai dit qu'on devait s'étonner que les physiologistes 
n'eussent guère fixé leur attention sur les causes de la 
mort naturelle dans les végétaux, c'est que dans la physio- 
logie végétale du célèbre P. Decandolle et dans celle plus 
récente de Meyen, que j'avais consultées à cet égard, je 
n'ai rien trouvé d'analogue à ce sujet. M. Vrolik lui-même, 
dans la dissertation qu'il a eu la bonté d'envoyer à l'aca- 
démie, n'a aucunement traité cette question, et encore 
moins celle de la mort naturelle de l'homme. Son travail 
est donc complètement différent du mien , et ne présente 
avec celui-ci que des points de contact tellement éloignés, 
que la lecture de l'intéressante dissertation du savant pro- 
fesseur hollandais n'aurait pas même pu me conduire à 
l'examen des faits que j'ai cherché à constater dans ma 
notice. 

Antiquités. — M. Crahay annonce qu'il y a eu méprise 
dans les indications qui lui ont été données au sujet des 
antiquités mentionnées à la page 377 du Bulletin d'octobre 
dernier. Ce n'est pas dans le voisinage de Trêves, mais près 
de Virton qu'elles ont été trouvées. 



(6 ) 



PALÉOGRAPHIE. — HISTOIRE LITTÉRAIRE. 



Suile des notices et extraits des manuscrits de la biblio- 
thèque royale. — Le dominicain Brochart et la Terre- 
Sainte. — Barlaam et Josaphat (addition). — Par le 
baron de Reiffenberg . 

En 1330, le roi de France, Philippe de Valois, s'était 
rendu à Avignon, et dans des conférences avec le pape 
Jean XXII, une nouvelle croisade fut projetée; mais la fer- 
veur s'était éteinte, et l'activité des esprits trouvait ail- 
leurs satisfaction : la prise de S'-Jean-d'Acre par le Soudan 
de Babylone, arrivée dès l'an 1291 , avait d'ailleurs ruiné 
la cause des croisés. 

Cependant le roi eut l'air de songer sérieusement à cette 
entreprise. Le jacobin Burcard, surnommé l'Allemand, 
appelé Brochart par les Français, et qui avait séjourné 
longtemps outre mer, essaya de lui venir en aide. Dans ce 
but il composa en latin deux ouvrages que l'on a quelque- 
fois confondus : l'un expose les motifs qui militaient en fa- 
veur de la croisade et les mesuresqu'il convenait de prendre; 
l'autre est une description de la Terre-Sainte. C'est celui-ci 
qui a été imprimé pour la première fois en 1475, dans le 
Rudimentum noviiiorum, et qui a été reproduit souvent 
depuis avec des différences plus ou moins considérables. 
Une des meilleures éditions est celle de Jean Romberch , 
publiée à Venise en 1519 : celle de Magdebourg, en 1595 , 
n'en est qu'une réimpression. Dans l'édition d'Anvers 1536, 



(7 ) 
on a suivi le texte remanié par Simon Grynaeus. L'édition 
d'Amsterdam 1707, in-fol., est de toutes la plus récente(l). 
C'est aussi le texte imprimé en 1555, àBâle, dans le iVovws 
orbis de Grynaeus. 

Si les imprimés furent nombreux, les copies manuscrites 
l'ont été davantage encore. La bibliothèque du Roi , à Paris, 
le British Muséum, le collège de la Madelaine, à Oxford, 
en possèdent de l'un des deux ouvrages ou des deux à la 
fois (2). Le catalogue de Gaignat, cité par MM, Villenave et 
Eyriès {Biogr. univ. VI, 2) , indique la traduction de l'avis 
directif sous le n° 2637. Le savant M .V. Le Clerc, qui s'en 
occupe pour r histoire littéraire de la France, a reçu en 
partie la collation des manuscrits de l'Escurial contenant 
le Libellus de Terra Sancta. 

Quand à la cour de Philippe-le-Bon, la politique du 
prince, afin de détourner l'attention, de distraire des esprits 
inquiets, et peut-être aussi d'autoriser certaines exigences 
financières, on voyait des plans chimériques de croisades se 
mêler aux plaisirs les plus mondains, il était tout simple 
que les écrits de Brochart eussent encore de la vogue, quoi- 
que la prise de Constantinople par les Turcs vînt rendre la 
situation des chrétiens en Orient encore plus désespérée. 



(1) Onomasticon urbium et locorum sacrae scriplurae seu liber de 
locis hebraicis , graece primum ab Eusebio caesariensi deinde latine 
scripttis ab Ilieronymo, in commodioremveroordinemredactus.... opéra 
Jacobi Bonfrcrii S.-J. Becensuit . . . J. Clericus. accessit huic editioni 
BaocAnoi mo.tACni obd. pbaeo. OEScniPTio Teurae-Sanctae. Amstei. 
Fr. Ilalma, 1707, in-fol. 

(2) Pertz, archiv., VII , C5, 81, 05. Dans la table on a confondu Bur- 
chardus teutonicus avec Burchardtis f^icedominus Gentinensis , comme 
Philippe Dosqiiier et Canisiiis ont confondu le jacobin allemand avec le cor- 
delier français Bonaventure Brochard. 



(8) 

Mais Brochart avait écrit en latin, et si le latin était la 
langue des clercs, il s'en fallait qu'il fût celle des gentils- 
hommes et des chevaliers. Philippe-le-Bon lit donc tra- 
duire en français le Directorium et la Description de la 
Terre-Sainte, par son translateur ordinaire, le bon Jean 
Mielot, chanoine de Lille en Flandre qui se qualifie hum- 
blement du moindre de ses secrétaires. 

Je vais faire connaître rapidement deux manuscrits de 
la bibliothèque royale. 



I. 



Le premier marqué à l'inventaire sous les n" 9110-9117 
( ancien 918 et 82"), est un grand in-fol. en papier, de 45 
feuillets, longues lignes, avec lettrines peintes et dorées, 
écriture de la fin du xiv* siècle. Il contient les deux écrits 
de Brochart. Voir le 2* vol. du Cat. des manuscrits (Réper- 
toire, I) , p. 80. Il provient de la librairie primitive des 
ducs de Bourgogne. 

Legrand d'Aussy, dans les mémoires de l'Institut 
(sciences morales et politiques , t. V, pp. 450-466), parle 
de Brochart, h propos de Bertrandon de la Brocquiere, et 
cite les manuscrits de Bruxelles. Il donne le n" 319 au ma- 
nuscrit latin qui est coté 46 dans le catalogue de Haenel 
(col. 767), et le n°352 au manuscrit français. 

Le volume latin commence ainsi : 

In nomine patris et filii et spiritus sancti. Incipit Directo- 
rium ad passagium faciendum, editum per quendam fratreni or- 
dinis praedicatoruni , scribentem experta et visa poliusquavi 
audita. ^4d serenissinium principcm et dominum dominum Phi- 
lippum regem Franconim , anno D"' AICCC XXXI 1 , Prologus. 



(9) 

Il De Celsitudinis Vestrae sancto proposito, Domine mi Rex, 
in Romanacuria fama celebri divulgato , exultât et jubilât orbis 
lotus, quod scilicet, tanquam aller provisus de superisMacha- 
beus , pro aemulatione legis, pro zelo Gdei, pro liberatione 
terrae Christi sanguine consecratae, sumitis bellum Dei. Et 
quia pauper ego non possura obsequiura Vestrae Regiae Majes- 
tatitribuere et in acquis , quod, Deo teste, libentius et uberius 
facerem si haberem , cum hoc opusculo ad passagium directo- 
rio, in nomine Domini qui in tabernaculo testimonii pelles 
arietum et caprarum praecepit et docuit offerendas , et plus 
quam divites larga munera exhibentes, pauperculam commen- 
davit duo tantum aéra minuta in gazophilacium ofFerentem , 
Vestrae Felicitatis pedibus humiliter me prosterno. In quo 
quidem Directorio non tam aliorum relatione audita quam ea 
quae per XXIIII annos et amplius, quibus fui in terris infi- 
delium commoratus , causa fidei praedicandae , visa refero et 

experta Inter haec, si mererer, tui, Domine mi, vestigia 

prosequi tam sanctum negotium exequentis, non sicut unus 
de mercenariis tuis, sed sicut unus de illis quae (qui) de micis 
quae cadunt de mensa tua cupiunt saturari , ut, sicut haec 
describo literis, sic digilo demonstrarem. 

Il Huic autem opusculo Directorium ad passagium faciendum 
nomen dedi quod ad significationem duorum gladiorum quo- 
rum Dominus sufficientias attestatur, et ad typum apostolorum 
quorum numerus in duodenario consummatur , in duos libellos 
et XII partes distinctum exhibeo et completum. Ut sicut pri- 
mus gladius vivus et efïicax verbi dei , ipsorum apostolorum 
ministerio, indurata corda gentium penetravit, eorumque colla 
indomita suavi subdidit jugo legis , sic secundus gladius 
Vestrae Invictae Potentiae ac Virtutis exemptus de pharetra 
Regni Vestri, velut alter gladius Gedeonis, tabernacula hosti- 
lium nationum dividat, dcjiciat, conterai et concuicct, amen.» 

Ainsi, d'après ce qui précède, Brochait était parti pour 
la Terrc-Sainlc et les contrées cnviroiinanles, vers l'an- 



( 10) 
née 1308, et y était resté au delà de vingt-quatre ans pour 
y prêcher la foi , ce qui s'accorde mal avec la date moyenne 
de 1240 marquée par Sax {Onomasticon , II, 504). 

A la suite de son prologue, Brochart fait connaître la 
division de son premier ouvrage, qui est encore inédit. 

Il est divisé en huit parties. 

Dans la première sont déclarés les quatre motifs qui de- 
vaient engager le roi de France à la croisade, c'est-à-dire, 
l'exemple de ses prédécesseurs, l'amour de la propagation 
de la foi, la compassion des populations chrétiennes 
exposées aux plus grands malheurs, enfin le désir de ré- 
cupérer la terre arrosée par le sang de Jésus-Christ. 

La seconde partie traite des conditions préalables de la 
croisade. 1° Que dans tout l'univers on ordonne des prières 
pour la prospérité de l'expédition ; 2° que ceux qui accom- 
pliront une œuvre si sainte se proposent surtout deux 
points, corriger et amender leur vie présente, la mieux 
régler à l'avenir ; s'exercer assiduement dans tout ce qui 
tient à la discipline et aux habitudes militaires; 3" que la 
paix et la concorde soient établies entre ceux qui ont 
quelque autorité sur la mer; 4° que l'on réunisse un 
nombre suffisant de galées et de nefs; 5° qu'au printemps 
prochain douze galées soient armées pour la garde de la 
mer. 

La troisième partie indique les routes à suivre, afin 
qu'on puisse choisir la meilleure; celle par l'Afrique doit 
être absolument évitée ; la seconde , directement par mer , 
a des inconvénients pour les troupes et les chevaux ; 
la troisième par l'Italie est sûre et bonne ; la qua- 
trième par l'Allemagne et la Hongrie , chemin facile et 
salubre. 

La quatrième partie roule sur le choix à faire entre ces 



( n ) 

routes pour le roi et sa suite , et pour les diverses fractions 
de l'armée, selon les nations qui les composent. Le roi doit 
préférer l'Allemagne et la Hongrie; aux populations ma- 
ritimes et aux convois, c'est la mer qui convient; les 
autres prendront par Aquilée, l'Istrie, la Dalmatie, le 
royaume de Rassie et Salonique. 

Robert, comte de Flandre, s'était dirigé à travers la 
Fouille, parOtrante, Corfou, etc. Godfroid de Bouillon, 
ses deux frères et Baudouin, comte de Hainaut, prirent par 
la Hongrie et la Bulgarie, tandis que Raimond, comte de 
S'-Gilles, et Ademar, évêque du Puy et légat du saint siège, 
traversèrent la Hongrie et l'Esclavonie, qui faisait partie du 
royaume de Rassie, quoique quelques auteurs prétendent 
qu'ils suivirent la route d'Aquilée et de Dalmatie. 

La cinquième partie apprend la conduite qu'il faut tenir 
en passant par la Rassije (Legrand d'Aussy rend ce mot 
par Servie) et l'empire grec. 

Le sixième montre les causes pour lesquelles il était facile 
de s'emparer de cet empire : 1" la dégradation morale et 
la décadence militaire des Grecs , depuis qu'ils s'étaient 
séparés de la foi catholique; 2" la déplorable dépopulation 
du pays, devenu désert en beaucoup d'endroits; 5" son 
mauvais gouvernement politique et religieux. 

La septième partie se subdivise en deux : la première 
subdivision expose les moyens de soumettre Thessalonique 
etConstanlinople, la seconde l'avantage qui devait résulter 
de l'asservissement de l'empire grec. 

La huitième partie enhn contient six règles de conduite 
pour conserver, sous l'autorité du roi de France, l'empire 
grec une fois subjugué. La première de ces règles est de 
brûler ou d'exiler tous les Latins qui ont abandonné la foi 
romaine pour le schisme des Grecs ; la deuxième de ren- 



( 1^) 

voyer en Occident les moines grecs qui n'auraient pas 
adopté la vraie foi ; la troisième d'obliger chaque famille 
grecque à livrer un fils pour être élevé dans les mœurs et 
les belles-lettres latines; la quatrième d'abandonner dili- 
gemment aux flammes tous les livres des Grecs; la cin- 
quième de rassembler les Grecs dans S'^-Sophie, où, après 
avoir fait leur profession de foi , ils se soumettront spon- 
tanément à la souveraineté des Francs ; la sixième consiste 
dans quelques réformes à introduire d'abord dans l'église 
grecque. Ce chapitre montre de plus avec quelle facilité 
on pouvait s'emparer du royaume de Rassye. Il n'aurait 
fallu pour la conquête de cette contrée que mille cheva- 
liers et six mille hommes d'infanterie. La guerre aujour-r 
d'hui n'est pas si modeste ni si parcimonieuse. 

En lisant ce traité il semble que la croisade soit plutôt 
dirigée contre les Grecs que contre ceux que l'on appelait 
Sarrazins, et qu'aux yeux de bien des gens les schisma- 
tiques fussent plus coupables que les infidèles. Quelques- 
unes des maximes politiques de l'excellent frère lirochart 
pourraient paraître aussi d'une certaine brutalité, mais 
avant de les juger sévèrement, nous aurions raison de 
faire quelque retour sur nous-mêmes. 

Le Directorium finit au verso du 24^ feuillet. Sequitur 
libellus de terra sancta editus a fratre Brochardo Theulonico 
ordinis fratrum praedicatorum. Rubrica. 

Incipit proîogus de situatione seu descriptione Terrae 
Sanctae. « Cum in veteribus historiis legamus, sicut dicit 
beatus Jeronymus. » 

Ce prologue , où rien n'annonce que l'ouvrage soit dédié 
au frère de l'auteur, religieux comme lui, suivant la Bio- 
graphie universelle, etc., manque dans l'édition de J. Le- 
clerc qui est intitulée : Locnrum Terrae Sanclae exaclissima 



( 13 ) 

liescriplio, auctore F. Brocardo monacho, et quï remplit les 
pp. 167-192 du volume dont j'ai donné le litre en com- 
mençant. 

Ce n'est pas la seule différence qu'on remarque entre 
notre manuscrit et celte leçon. D'abord les chapitres, dans 
le premier, ne sont point numérotés, et les sommaires 
de ces chapitres ne sont pas identiques; ensuite il y a des 
variantes très-nombreuses et même presque continues dans 
le texte. Je n'en donnerai qu'un exemple : 



Incipit divisio Terrae Sanctneper 
loca et per proi'incias. 

Sciendum tamen est in principio quod 
terra isla quam sanctam dicimus, quae 
cecidit in sortem duodecim tribuum 
Israël , pro parle aliqua dicebalur re- 
gnum Juda^ quaeerat duarum tribuam^ 
scilicet Jada et BeDJamyD, et er»t caput 
decem tribuum reliquariim quae dice- 
bantur Israël.... 



LECLERC OU GRYNJEUS. 

CAPUT I. 

De Syria, Phoenicia, Palaeslina et 

Arabia. 

Ista terra , quam sanctam vocamus , 
duodecim tribubus Israël funiculo dis- 
tributionis in possessiooem tradita , post 
tempus Salomonis in duo régna excre- 
vit : unum regnum Judae dicebalur, 
duas complectens tribus, nempe Judae 
et Benjamin : alterum vero regnum Sa- 
mariae vocabatur, a melropoli Sama- 
riae , quae nunc Sebast nomen habet, 
reliquas decem contiuens tribus. 



On s'aperçoit aisément que le texte de Grynaeus ou de 
Leclerc est un texte entièrement retouché. Le deuxième 
chapitre offre les mêmes dissemblances que le premier, 
mais il serait trop long de s'y appesantir. Je me contenterai 
de quelques courtes observations. Au verso du 51" feuillet, 
dans un chapitre intitulé : De Uriia divisione, quartae 
onen/a/«.s,Brochartditqu'il est faux qu'il ne tombe ni pluie 
ni rosée sur le mont Gciboe, puisque y étant allé le jour de 
S'-Marlin, de l'an MCCIII (cette date doit être mal écrite) 
il y fut mouillé jusqu'aux os : J\'ec est verum quod dicunl 



quidamquod nec ros necpluvia venianl super montes Gelboe , 
quia enim in die beati Martini CCIII ibi venit super me 
pluviaqua usque adcarneni fui madefactus. Or, Grynaeus, 
dans son VIP chapitre intitulé : Iter ab Acone versus Notum, 
donne une autre date plus probable et une leçon plus la- 
tine : « Nec est verum, ut quidam putant, neque rorem 
nequepluviam descendere super montes Gelboe, quum in me- 
metipso, anno Domini millesimo ducentesimo octuagesimo 
tertio (1283), et pluviam et rorem in illo monte fui ex- 
pertus. » Il est impossible, en effet, qu'un homme qui 
écrivait en 1352 , raconte une aventure qui lui est arrivée , 
au moins dans la force de sa jeunesse , 129 ans plus tôt. 

Au fol. 41 , dans le portrait très-peu flatteur que Bro- 
chart fait des Grecs, on lit ce qui suit : Inter Sarracenos ha^ 
bitant et, ulplurimum ofjiciis eorum fruunturet suntprocu- 
ratores terrae. Inhabitu fere concordant cum Sarracenis, 
nisi quod tamen per cingulum laneum discernuntur. Graeci 
similiter sunt christiani sed scismatici , nisi quod pro magna 
parte in concilio generali proximo , sub divo GregoriopapaV, 
ad obedientiam romanae ecclesiae redierunt. Cette dernière 
circonstance a disparu dans le texte de Leclerc : Inter 
Sarracenos habitant, et, ut plurimum , officiis eorum manci- 
pantur. In habitu a Sarracenis fere nihil differunt, nisi 
quod per cingulum laneum ab eis aliquid discriminis ha- 
bent. Graeci similiter christiani sunt, sed schismatici et 
a romanae ecclesiae obedientia alieni. 

Le manuscrit se termine par le douzième chapitre de 
Leclerc, dont la fin n'est cependant pas la même et a rap- 
port à la manière dont les Arméniens célébraient la messe. 
Il ne contient pas la description de l'Egypte. En voici la 
conclusion : Et cantant melodiam quandam valdedevotam 
et dulcissimam sibi alternisecus respondentes. Istud absque 



( lo ) 
dubio videre et audire devotissîmum est. Et haec de hiis 
dicta sufficiunt. 

Explicit libellus editus a fratre Brochardo Theutonico 
ordinis praedicatorum de discriptione (sic) et terminatione 
Terrae Sanctae, quam ipse terram perambulavit et vidit, et 
diu ibi stetit. Quem conscripsit Dominus Joannes Reginaldi, 
cameracensis ecclesiae canonicus , ob amorem illius qui in 
Terra Sanctamortuus est pro nobis. Cm sit laus et gloria in 
secula seculorum. Amen. 

Leclerc, qui a publié le traité fort modifié de Brochart 
sur la Terre-Sainte, dit quelques mots de cet auteur dans 
la préface de son édition de la Geographia sacra de Nie. 
Sanson, Amst., Halma, 1704, in-fol.,pp. 10, 12. Il y re- 
marque que Chrétien Adrichomius de Delft, faisait grand 
cas de Brochart , et qu'il l'a presque toujours suivi : Indicat 
diligentissimum et accuratissimum terrae Chananaeae per- 
lustratorem et descriptoreni fuisse Brochardum aut Bur- 
chardum illum antiquiorem : qui eam ad ventorumrationem 
exegit , nec volunlate aut facultate rei perficiendae desti- 
tutusfuit. Eum ergo fere seniper secutus est Adrichomius.... 
Busching, bon juge en ces matières , a été aussi très-favo- 
rable à Brochart ; en effet ce moine n'a cédé que rarement 
à ce penchant au merveilleux quia souvent égaré Mande- 
ville et d'autres voyageurs (1). C'est un observateur exact et 
judicieux. 



(1) Sur Mandcville et sa relation, dont je parlerai plus tard , voir le curieux 
recueil de MM. Fr. Jacobs et F. -A. Ukert : Beilraege zu aellern Litteratur 
oder Merkwurdigheiten der Herzogl. oeffentlichen Bibliothek zu Gotha ^ 
J B. 2 H. (18Ô3), pp. 420-429. On lit dans le même volume des détails inté- 
ressants sur les historiens ou romanciers d'Alexandre au mojen â(;e, sujet 
dont j'ai déjà parlé à propos du Guidonis liber. V. 1 B. 2 H. pp. 571-420, 
432-433, II B. 2 H. VIII-X ; on renvoie à F. Wecklicriin's Beitraegen zur 
Getchichtesaltdeutscher SprachexmdDichlkunst. Stuttf;. IHIt, 1-32. 



( 16) 

L'auleur de V Itinéraire de Paris à Jérusalem ne fait que 
nommer Brochart sous l'an 1283 (1), mais cette mention 
très-concise est aussi un éloge. 

Venons maintenant de l'original à la traduction. 



II. 



Sanderus, dans son informe catalogue des manuscrits 
des ducs de Bourgogne (Bibl. MSS, II, p. 7, n° 252), en 
signale un de cette manière : 

Livre du passage d'outre-mer que firent les chrestiens 
pour la conquesle de la Terre Sainte. 

Mais il est fort incertain qu'il soit ici question de la 
traduction de Brochart. 

M. J.-B. BsLnois,d3iïiS,saiBibliothèque protypographique , 
fournit ces indications : 

P. 220, n" 1554. Ung livre couvert de noire toille, àung 
crucifix, intitulé au dehors. Ce livre parle du passage 
d'oultre-mer. Començant ou second feuillet : d'icelle gent 
païenne et ennemie, et ou dernier : vestre sanitatis (sanc- 
titatis) pedes. 

P. 512, n° 2205. Même ouvrage finissant : Mahomet 
l'an MCCC et XXXIX. 

Ce manuscrit, comme celui de Sanderus, est peut-être 
l'ouvrage traduit par Jean de Vignay en 1333, et porté sur 
le catalogue de la bibliothèque du Louvre , du temps de 
Charles V, avec ce titre : 



(1) Œuv. de M. de Chateaubriand. Paris, Fournier, XV,221, Cf.Vossius, 
II, de Hist. lat. G. LX, pp. 446, 447, Giiill. Cave, II, 310, Fabricii 
Bibl. latina med. I, 773-775, Fabricii ffistor. bibl.'V, 201 , 202, etc. 



( 17 ) 
N° 550. Le passage de la Terre Sainte, nommé directoire 
ou adrecement de laconqueste d'oultremer (Van Praet, In- 
ventaire de l'ancienne bibl. du Louvre, p. 72). Ou bien 
encore est-ce l'ouvrage de Mamerot, chanoine et chantre de 
Troyes, cité par Legrand d'Aussy {ubi supra, p. 448). Mais 
le n° suivant ne laisse pas d'incertitude : 

P. 324, n° 2308. Advis directif pour faire le voyage 
d'oui tremer, par un religieux de l'ordre des prêcheurs, 
en 1332, translaté de latin en français y par J. Mielot, cha- 
noine de Lille en Flandre, en 1445 (lisez 1455) par ordre du 
duc de Bourgogne. In-folio , sur vélin. 

La Serna Santander place également ce manuscrit parmi 
ceux du duc Philippe-le-Bon, Mém. historique sur la bibl. 
de Bourg., p. 13, n" 4. Cette copie n'est pas la nôtre, qui 
n'est pas sur vélin, et qui est marquée plus bas par La 
Serna, p. 35, n°3. 

Legrand d'Aussy s'est servi d'un manuscrit qui renfer- 
mait non-seulement la traduction de Yadvis directif; mais 
encore celle deh description de la Terre Sainte, faite par le 
même Mielot en 145G, de plus le voyage outre-mer de 
Bertrandon de la Brocquière, en 1432, M, Van Praet qui 
renvoie également h ce manuscrit , fait observer que dans 
une traduction du Rudimentum novitiorum, sous le titre 
deMer des histoires, Paris, Pierre Lerouge 1488, et Paris, 
Antoine Verard , vers 1501 , la version du voyage de Bro- 
chart n'est pas celle de Mielot (1). 

Notre volume, inscrit à l'inventaire sous le n° 9095 
(ancien 1069 et 52") , est ungrand in-fol. à longues lignes, 
de cette large écriture du XV^ siècle ou de cette espèce de 



(1) Notice sur C'olard Mansion, pp. IIG, 117. 
TOM. XI. 



( 18 ) 
grosse adoptée par les calligraphes du duc Philippe. Il est 
orné de lettrines et de trois miniatures d'une bonne exécu- 
tion , dont la première représente l'auteur dans son cabinet, 
un cabinet de savants de ce temps-là, entouré de ban- 
quettes, toutparseméde livres et dont le meuble principal 
est un énorme pupitre sur pivot, sur lequel se projette la 
pâle lueur d'une lampe suspendue à une potence, comme 
un réverbère. 11 contient G8 feuillets. 

Aubert Le Mire a écrit de sa main au-dessus de la pre- 
mière miniature : 

224. 

Brocardus ordinis praedicatorum , cognomenlo Ale- 
mannus, scripsit latine , an. 1332. 

A. Miraeus, Bibliothecarius Regius. 

Au-dessous de l'aquarelle on lit : 

Rubriche du translateur. 

« Cy commence ung advis directif pour faire le passage 
d'oullremer, lequel advis frère Brochart, de l'ordre des pres- 
cheurs fist et composa en latin l'an mil CCCXXXH et le présenta 
à très-excellent prince et son souverain seigneur Phciippe de 
Valois , par la grâce de Dieu lors roy de France , septiesme de 
ce nom , en récitant les choses qu'il a veues et expérimentées 
snr les lieux , trop mieulx que celles qu'il a ouy dire par bouche 
d'aultrui. Et depuis, l'an mil CCCC cinquante V, par le com- 
mandement et ordonnance de très-hault et très-puissant et 
mon très-redoubté seigneur Phelippe par la grâce de Dieu duc 
de Bourgongne, de Brabant, de Lembourg et de Lothier, 
conte de Flandres , d'Artois et de Bourgongne palatin , de 
Haynnau, de Hollande, de Zélande et de Namur, marquis du 
saint Empire , seigneur de Frise , de Salins et de Malines , a esté 
translate en cler, françois par Jo. Mielol, chanoine de Lille en 
Flandres, en comprenant la substance selon son entendement, 



( 19 ) 

sans y adjouster rien du sien en la fourme et manière qui ci- 
après s'ensievent. » 

Charles Mielot , constamment appelé Melot par La Sema 
et Mielot par Paquot, est auteur d'un grand nombre de 
traductions (i). J'extrairai de celle-ci le chapitre relatif au 
Roy de Russie. On y trouvera des détails qu'on chercherait 
vainement ailleurs, du moins dans nos écrivains, sur des 
pays qui sont à peine entrés , même aujourd'hui , dans la 
grande famille politique européenne (2). 

Fol. 34 verso. S'ensieut du roy de Rassie (Servie). 

•i Certes je ne sçay que je doy dire du roy de Rassie pour 
ce qu'il n'a nul droit en ycellui royaume ne raison aussi , car 
il est noté et divulgué d'une semblable coulpe de infidélité, 
de trahison et de tirannie comme est l'empereur de Grèce, in- 
fâme par une chaine de péchiez qui se extent Çs'étend) depuis 
ses ancestres jusques à lui, laquelle se accroist continuelle- 
ment en lui et augmente de mal en pis. Et pour déclairier 
ceci, il fault savoir qu'il y eut jadis ungroy de Rassie nommé 
Estienne. Cestui ot ij filz dont l'un fu appelé Estienne et l'autre 
Orose. Après la mort du roy Estienne, père de ces II enfans-ci, 
Orose se drescha contre son frère Estienne jà fait roy de 
Rassie. Mais il advint que en champ de bataille ledit Orose fut 
vaincu. Mais depuis ledit Estienne ayant mercy du sang de 
son frère , le reçut en pitié et de son bon gré devisa le royaume 

(1) M. Van Praet , Notice sur Colard Mansion , pp. 52, 110, 117, 118, 
énumère quinze ouvrages de Mielot, dont l'un est incertain. Cf. Archiu. 
philoloy., I, 224 , et Van Praet , Recherches sur Louis de Bruges, seigneur 
de la Grulhuyse, p. 105. 

(2) V. S. Ciampi , Bibliografia critica délie antiche reciproche corris- 
pondenze politiche , ecclesiastiche , scientifiche , titteraric, nrtistiche delV 
llalia colla Russia , colla Polonia ed altre parti settentrionali , Firenze , 
1 854-1859 . 2 vol. in-8'. Cet ouvrage , encore inachevé , s'arrclc aux lettres 

P U A. 



(20) 

avec son frère Orose. Ceslui Eslienne joint à femme la fille du 
roy de Honguerie nommée Katherine, suer de madame Marie 
de bonne recordation , royue de Sicile et de Hongrie , qui fu 
mère de madame votre mère. 

» De ceste dame Katherine engendra ledit Eslienne 1 fil qui 
ol nom Vlatislaus, lequel il laissa à sa mort héritier de la par- 
tie du royaume qu'il avait retenu par tele condition que 
Orose recognoistrait soy tenir l'autre partie du royaume dudit 
Vlatislaus, son nepveu, si le print comme son vassal. Mais ledit 
Orose , après la mort dudit Eslienne , fit guerre contre Vlatis- 
laus, son nepveu , si le print et lui osta sa part du royaume , si 
le mist en prison, dont il ne peut oncques estre délivré, tant 
que le dit Orose vesquist. 

Cestui Orose print à femme madame Elizabette, suer de 
madame votre taye, laquelle il répudia, et, elle encoires vivant, 
il espousa la fille de l'empereur de Grèce qui lors estoit, c'est 
assavoir la suer de cestui qui est maintenant empereur. Or 
n'eut-il oncques enfant de ces II femmes-ci , mais il engendra 
Il fils de II concubines, dont l'un fu appelle Constantin et 
l'autre Eslienne, qui fu père de cestui qui ad présent occupe 
indeuement le royaume de Rassie. En la parfin il fut com- 
mandé par son père que on lui crevast les yeulx et fu envoie 
banny en Constantinoble avec ses II filz. Et pource que le bour- 
reau , corrompu par argent, ne lancha pas la flammette tout 
droit en la prunelle de l'œil, comme il avoit esté ordonné et 
commande par le père , touteffois il vey (ttV) depuis aucune- 
ment, jà soit ce que non pas plainement, par médecines que 
on lui fit aux yeulx. Et autant que son père vesquist il voult 
ceci estre tenu si secret que tantost de sa propre main il estran- 
glason propre fil pour ce qu'il avoit entendu que ceci avoit 
esté fait par la sagesse de l'enfant, en ressongnant qu'il ne le 
revelast à personne qui fust née. Et par ainsi cellui qui voult 
tuer son père ne espargna pas son propre fils. Puis après son 
père en ayant pilié , cuidant qu'il fust aveugle du tout, le rap- 
pclla après plusieurs ans qu'il avoit esté en exil. Et quand son 



(21 ) 

père Orose fu mort , il manifesta par lettres escrites de sa main 
et fist savoir à tous ceux du royaume qu'il veoit bien et cler, 
pour quoy il tira à soy par dons et par promesses une très- 
grande séquelle et priva et dechaça hors de son royaume 
Utislaus, le vray héritier qui estoit délivré hors de prison. Et 
puis il emprisonna son propre seul frère Constantin et le fist 
morir d'une manière de crudelité non ouye , car il le fist 
extendre sur une pièce de bois et le fist transpercher de doux 
par les bras et par les cuisses , et puis le partit en deux par le 
millieu. Telle est ceste progenie serpentine qui jette et espant 
telz beuvrages envenimez. 

i> Et s'il est aucun qui vueille oyr parler de ccllui qui règne 
maintenant en Rassie, fil de cest aveugle, pour certain il 
congnoistra que jà soit qu'il soit moindre de corps et d'eage 
plus bas , touteffois il sormonte ses ancestres ou venin de ma- 
lice non ouye en fait, et, par aventure, envoulenté, carilprint 
et loya et emprisonna et plus que cruellement mist à mort son 
propre père , comme dit est, bastart , illégitime, mal né , cruel 
tirant , occiant son fil et son frère , et quant en lui fu , son 
père mesme de Grèce. 

Ce volume ne contieot pas la traduction de la Descrip- 
tion de la Terre-Sainte dont nous avons parlé tout à 
l'heure. 

m. 

Parmi les manuscrits de la légende de Barlaam et de 
Josaphat, je n'ai point mentionné celui qui est indiqué 
dans l'inventaire de l'an 1373 des livres du roi de France 
Charles V, dit le Sage, inventaire publié par M. Van Praet, 
et où cette légende occupe le n° 347 (p. 72). 

M. Barrois place parmi les manuscrits de Charles-le- 
Témérairc, à Dijon, suivant une liste dressée en 1177, 
(n° 703) La vie Barlaam et Jozeplia. [Bibl.protyp., |». 119). 

M. Ad. Keller,àqui la lilléralureromanccsl si redevable. 



(22) 
note parmi les manuscrits du Vatican, un manuscrit en 
parchemin n" GGO, qui contient un texte français de cette 
légende. Romvart, Mannheim, 1844, p. 135. » 

M. le directeur, en levant la séance, a fixé l'époque de 
la prochaine réunion au samedi 5 février. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Population ; mouvement de l'état civil pendant l'année 1841 , 
publié par le Ministre de l'intérieur. Bruxelles, 1843, I vol. 
in-fol. — De la part de M. le Ministre de l'intérieur. 

Bulletin de la commission centrale de statistique , tora. I'"'. 
Bruxelles, 1843; 1 vol. in-4''. 

Programmes des questions proposées par l'académie royale de 
tnédecine de Belgique, pour leconcours de 1844 ; 3 feuillets in-S". 

Annuaire de l'observatoire royal de Bruxelles, par M. A. Que- 
telet. Bruxelles, 1843; l vol. in-18. 

Annuaire de l'université catholique de Louvain , 1844 , 8° an- 
née. Louvain ; 1 vol. in-18. 

Salon triennal de l'académie de dessin, sculpture et architec~ 
ture de la ville de Gand. Gand, 1844; in-8''. 

Journal vétérinaire et agricole de Belgique, tom. Il, feuilles 
44-51. Bruxelles, 1843; in-8°. 

Gazette médicale belge. Supplément de décembre 1843, 
2" année, janvier 1844,0°' 1 et2, avec supplément. Bruxelles; 
in-4°. 

Trésor national , 8° livr., décembre 1843. Bruxelles; ia-S". 

Annales delà Société médico-chirurgicale de Bruges, tom. IV, 
année 1843. Bruges ; in-8°. 

Annales de la société de médecine d'Anvers, feuille 13. 
Anvers , in-8". 



( 23 ) 

Archives de la Flore de France et d'Allemagne , par M. F.-G. 
Schuitz, feuilles 1 à § ; in-S". 

Mémoires de l'académie impériale des sciences de S'-Péters- 
botirg , VI" série. — Sciences politiques, histoire , philologie, 
tom. VI, livr. 1-â. S'-Pétersbourg , 1843; 1 vol. in-4°. — 
Sciences mathématiques, physiques et naturelles, tom. V, 
V^ partie. — Sciences mathématiques et physiques, tom. 111, 
livr. 1-3. S«-Pétersbourg , 1842-43; 2 vol. in-4"; tom. YII , 
2™* partie. — Sciences naturelles, tom. V, livr. 1 et 2. S'-Pcters- 
bourg, 1843; 1 vol. in-4''. 

Mémoires présentés à l'académie impériale des sciences de 
S^-Pélersbourg , par divers savants, tom. IV, B""" livr. S'-Pé- 
lersbourg, 1843; 1 vol. in-4°. 

Recueil des actes des séances publiques de l'académie impériale 
des sciences de S^-Pétersbourg , tenues le 31 décembre 1841 et 
le 30 décembre 1842. S'-Pétersbourg, 1843 ; 1 vol. in-4». , 

Correspondance mathématique et physique de quelques célèbres 
géomètres du XVIII'"^ siècle, par M. P. -H. Fuss, tom. I et II. 
S'-Pélersburg , 1843 ; 2 vol. in-8<'. 

Séance de l'académie du \'i janvier 1843. Discours prononcé 
par M. G.-H. Fuss, secrétaire perpétuel. S'-Pétersbourg, 1843 ; 
in-S". 

Annuaire magnétique et météorologique du corps des ingé- 
nieurs des mines de Russie, publié par M. A. -T. Kupffcr. 
Année 1841 , n<" 1 et 2. S*-Pétersbourg , 1843; 2 vol. in-4». 

Zweiter Zuzatz zu der Schrift, Ueber den Gahanismus als 
chemisches Heilmittel , von D' Gustav Crusell, mit einer Tafel. 
S'-Pétersburg , 1843; in-8». 

Ermittelung der absoluten Stôrungen in Ellipsen von belie- 
biger Escentricitàt und Neigung , von P. -A. Hansen , 1"'" 
Theil. Gotha, 1843; 1 vol. in-4". 

Flora, n"' 25-40. Regensburg , Juli-October 1843; in-8". 
Divers extraits du même ouvrage, 6 feuilles in- 8°. 

Archiv des Mathematik und Physik, herausgegcben von 
.l.-A. Grunnert, 4'" Theil, 1'"" und 2"-' Heft. Greifswald , 
1848; in-8". 



(24) 

Verzueh einer neuen Méthode sur Bestimmung der Polhôhe 
oder geographischen Breite bei geodàtischen Messungen , von 
J.-Â. Grunnert. Leipzig, 1844; in-S". 

Isis. Encyclopàdische Zeitschrift , von Oken, 18'43, Hefl XI 
(Taf. Il , IH, 1842), Leipzig; in-i». 

L'Investigateur, journal de l'institut historique , 1 0™° année, 
lome III, 2°"= série, I12"«livr. , nov. 18-43, Paris; in-8». 

La revue synthétique, tome IV, n» I, oct. 1843, Paris; 
1 vol. in-8°. 

Boutvkundige Bijdragen , uilgegeven door de Maalschappij 
lot bevorderiug der bouwkunst te Amsterdam , 6"*^ sluk , 
nov. 1843. Amsterdam, 1843; in-4<'. Met 3 losse platen , 
n"' 15-17. 

Kongl. Vetenskaps-Academiens , for Aer 1841. Stockholm, 
1842; 1 vol. in-8". 

Beràttelse om astronomiens Framsteg , for Aeren 1837-I84I , 
ofN.-H.Selander. Stockholm, 1842; in-8°. 

Aersberâttelse ont Fromstegen I Kemi, och Mitœralogi , afgi- 
ven den 31 Mars 1841 , den 31 Mars 1842, den 31 Mars 1843, 
af Jac. Berzelius. Stokholm , 1841-43 ; 3 vol. in-8°. 

Aersbeiàttelse om technologiens Framsteg. Aer 1841, of 
G.-E. Pasch. Stocholm, 1843; in-8°. 

Aersbei àttelseomzoologiens Framsteg under Aeren 1840-1842, 
af C.-H. Boheman. Stockholm, 1843;in-8°. 

Le leggi elettro-magnetiche del prof. Zantedeschi , con una 
tavola. Venezia, 1843; in-8". 

Dell' ieifluenza dei raggi solari rifratti dai vetri colorait sulla 
vegetazione délie piante en germinazione de' semi, memoria 
dell'ab. prof. F. Zantedeschi. Venezia, 1843; in-4°. 

Ossertazioni intorno alla Struttura dell' arillo fatte da 
G. Gasparrini. Napoli ; in-4°. 

Osservazioni intorno alla struttura del frutto deW opunzia , 
par le même; in-4°. 

Richerche sulla struttura degli stomi , parle même. Naples , 
1842:in-4". 



BULLETIIV 

DE 

L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES 

ET 

BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 

1844. — N° 2. 



Séance du 3 février. 

M. le baron de Stassart, directeur. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 



CORRESPONDANCE. 



L'académie reçoit les ouvrages manuscrits suivants : 
i" Notice géologique sur le département de l'Aveyron, par 
M. Marcel de Serres. (Commissaires : MM. d'Omalius et 
Dumont.) 

2" Note sur le mode de propagation des nédulaires, genre 
ToM. XI. 3 



( 26 ) . 
(le l'ordre desGastromyccs (cryplogamie), par M. G. D.Wes- 
tendorp. (Commissaires : MM. Kickx et Cantraine). 

5° Mémoire sur la non-existence du sulfate d'oxyde azo- 
tique, par M. le D'" Koene. (Commissaires : MM. Stas, de 
Koninck et de Hemptinne.) 

4° Mémoire de M. Vloeberghs sur la garance. (Commis- 
saires : MM. de Koninck et de Hemptinne.) 

M. Bergsma fait parvenir à l'académie les graines de 
dix espèces de plantes annuelles, pour être distribuées aux 
personnes qui s'occupent des phénomènes de la végétation. 

M. Staring communique ses observations sur la florai- 
son en 1843, et M. le baron de Selys-Longchamps ses 
observations sur les migrations des oiseaux pendant la 
même année. 

L'académie reçoit de M. Duprez les résultats des obser- 
vations météorologiques faites à Gand en 1843. 

M. Decloet fait hommage de son herbier de la Belgique, 
fruit de vingt années de recherches et d'études. Remercî- 
menls. 

M. Morren montre le dessin d'un cercle lunaire qu'il a 
observé à Bruxelles, le 2 février, entre 9 | et il heures 
du soir. 

M. le D' Gluge demande à l'académie, de la part de 
M. Zipser, s'il pourrait lui être agréable de recevoir une 
collection des minéraux de la Hongrie; ces ofl'res sont 
acceptées avec reconnaissance. 

M. de Koninck fait connaître qu'il a appris, par une 
lettre de M. Liebig, que ce savant chimiste a découvert 
de l'acide hyppurique dans toutes les urines humaines 
fraîchçs. Cet acide a disparu dans les urines putréfiées et 
y a été remplacé par de l'acide benzoïque. 



(27 ) 

CONCOURS DE 1844. 

L'académie avait proposé, pour le concours de 1844, 
sept questions dans la classe des lettres, et sept dans la 
classe des sciences. Le secrétaire annonce qu'il a reçu en 
réponse à ces questions , les mémoires suivants : 

CLASSE DES LETTRES. 

i" Sur la question : 

La famille des Berthout a joué , dans nos annales, un 
rôle important. On demande quels ont été l'origine de cette 
maison , les progrès de sa puissance et l'influence qu'elle a 
exercée sur les affaires du pays. 

Un mémoire portant l'inscription : 

Ausi. . . celebrare domesttca facta 

(HOBACE). 

Commissaires : MM. le baron de Reiffenberg, le chanoine 
de Ram et Willems. 

2" Sur la question : 

Les anciens Pays-Bas autrichiens ont produit des juris- 
consultes distingués qui ont publié des traités sur l'ancien 
droit belgique, mais qui sont, pour la plupart, peu 
connus ou négligés. Ces traités précieux , pour l'histoire de 
l'ancienne législation nationale, contiennent encore des 
notions intéressantes sur notre ancien droit politique; et, 
sous ce double rapport, le jurisconsulte et le publiciste y 
trouveront des documents utiles à l'histoire nationale. 



( 28) 
L'académie demande qu'on lui présente une analyse rai- 
sonnée et substantielle , par ordre chronologique et de ma- 
tières , de ce que ces divers ouvrages renferment de plus 
remarquable pour l'ancien droit civil et politique de la 
Belgique. 

Un mémoire portant l'épigraphe : 

Jurisprudentia aliarum scientiarum est dominatrix. 

Commissaires : MM. Sieur , le baron de Gerlache et 
Grandgaguage. 

CLASSE DES SCIENCES. 

1° Sur la question : 

Étendre aux surfaces la théorie des points singuliers des 
courbes. 

Trois mémoires : 

Le premier portant l'inscription : 

Tout se tient dans la chaîne des vérités. 

Le deuxième, sans devise. 

Le troisième , avec l'inscription : 

Les principes de la science mathématique sont imprescriptiblement 
stéréotypés et dans les lois de la gravitation et dans celles qui régis- 
sent les phénomènes de l'étendue , sans acception de forme , et dans 
le système décadère écrit par Dieu même dans l'organisation qu'il 
nous donna, pour nous révéler en même temps sa puissance et sa 
bonté. 

Commissaires : MM. Timmermans , Pagani et Verhulst. 



(29 ) 
2° Sur la question : 

Éclaircir par des observations nouvelles le phénomène de 
la circulation dans les insectes , en recherchant si on peut la 
reconnaître dans les larves des différents ordres de ces ani- 
maux. 

Un mémoire avec atlas , portant l'inscription : 

La vérité n'est que dans l'observation. 

Commissaires : MM. Morren, Wesmael et VanBeneden. 



RAPPORTS. 



Rapport de M. de Koninck sur le mémoire de M. Koene, 
intitulé : MÉMOIRE sur l'action réciproque de l'acide 

SULFUREUX ET DU ZINC OU DU FER , ET SUR LA CONSTITUTION 
DES PRODUITS QUI RÉSULTENT DE CETTE MÊME ACTION. 

Le travail de M. Koene est divisé en cinq parties : 
I. II commence par une introduction historique, dans 
laquelle il énumère les travaux des auteurs qui, depuis 
Stahl, ont successivement soumis l'acide sulfureux à leurs 
recherciies. Il termine celte première partie par l'exposi- 
tion des théories qu'a fait naître l'action réciproque des 
métaux et de l'acide sulfureux. 

Quelle que soit l'étendue de cette partie du travail de l'au- 
teur , nous y avons observé deux lacunes très-importantes : 
d'abord l'auteur ne fait aucune mention de la théorie 



( 30) 
d'Ampère, adoptée par M. Dumas (1) , sur la conslilution 
des hyposulfites. D'après cette théorie, les hyposulfites 
sont considérés comme des bisulfates de sulfure , et trois 
équivalents d'acide sulfureux et un équivalent de métal 
concourent à la réaction ; un équivalent d'acide sulfureux 
réagit sur le métal en lui cédant son soufre, pour former 
un équivalent de sulfure, tandis que ses deux équivalents 
d'oxygène se portent sur les deux autres équivalents d'a- 
cide sulfureux, et les transforment en acide sulfurique. 
Cette réaction peut être interprétée par la formule sui- 
vante : 

3 SO2 + M = MS,2S03. 

Cette théorie méritait cependant d'autant mieux d'être 
citée, quelle a été émise par un homme dont les idées 
spéculatives ont souvent reçu la sanction de l'expérience 
et qu'elle avait en sa faveur l'opinion de l'un des plus sa- 
vants chimistes de notre époque. 

La seconde lacune consiste dans l'omission de la cita- 
tion d'un travail assez court, à la vérité, et fait en 1826 
par M. Mitscherlich (2) , travail dans lequel la théorie de 
la formation des hyposulfites par l'action de l'acide sulfu- 
reux sur les métaux, se trouve cependant nettement for- 
mulée et appuyée sur des expériences précises, faites dans 
ce but , et que j'invoque depuis plusieurs années pour expo- 
ser cette même théorie à mes élèves. 

Cette théorie est la même que celle établie d'abord d'une 
manière générale par Fourcroy et Vauquel in, adoptée plus 



(1) Chimie appliquée aux arts , tom. II, p. 226. 

(2) Poggmdorff Ann. , tom. VIII, p. 442. 



( 31 ) 
lard par M. Berzélius, professée dans ces derniers temps 
par MM. Gay-Lussac et Pelouze (1) , et confirmée depuis 
par les expériences de MM. Fordos et Gélis, dont celles 
de M. Koene ne sont que le corollaire. 

En effet, M. Mitscherlich dit : « Lorsqu'on dissout du 
zinc dans de l'acide sulfureux , il se forme du sulfite et de 
l'hyposulfite zinciques ; aucun dégagement de gaz n'a lieu, 
et le zinc s'oxyde aux dépens de l'oxygène d'une partie de 
l'acide sulfureux ; la moitié de l'oxyde zincique formé se 
combine à l'acide hyposulfureux, et se transforme en sel 
neutre : l'autre moitié entre en combinaison avec l'acide 
sulfureux , pour donner un sulfite cristallisable. Il m'a été 
impossible de faire cristalliser l'hyposulfite. » 

II. La seconde partie du travail de M. Koene est con- 
sacrée à la discussion et à l'essai des divers réactifs propres 
à l'analyse des sulfites et des byposulfites , et ne contient 
rien qui nesoit déjà connu par les publications de MM. For- 
dos et Gélis, et par celles de l'auteur même. 

III. La troisième partie traite des produits de l'action 
de l'acide sulfureux sur le zinc. L'auteur y conclut à la 
formation simultanée de sulfite et d'hyposulfite zinciques, 
et ne nous apprend rien de nouveau à cet égard. Mais il y 
avance , que lorsqu'on fait arriver de l'acide sulfureux dans 
de l'eau au fond de laquelle se trouve du zinc, il se dégage de 
l'hydrogène. Je me bornerai à observer que l'auteur est 
ici en contradiction avec les expériences de MM. Fordos 
et Gélis et avec les miennes, et que ces habiles chimistes 
n'ont pu, ainsi que moi-même, constater le dégagement 
de la moindre trace de gaz hydrogène , en faisant agir un 



(I) Journal de Pharm. , 3'" série , loin. IV , p.247. 



(3â) 
courant continu de gaz acide sulfureux , sur de l'eau et du 
zinc , mais qu'ils ont pu au contraire en constater le dé- 
gagement, chaque fois que l'on plongeait des lames de 
zinc dans une dissolution aqueuse d'acide sulfureux, pré- 
parée d'avance , ou bien lorsqu'on interrompait le courant 
d'acide pendant quelque temps. Mes expériences confir- 
ment également ce second fait. J'ajouterai en outre, que 
M. Mitscherlich n'a pas remarqué non plus le moindre 
dégagement de gaz. 

A la fln de celte partie, l'auteur discute la théorie de la 
réaction par laquelle l'acide sulfureux et le zinc se trou- 
vent mutuellement transformés en sulfite et en hyposul- 
fite zinciques. La formation d'une petite quantité de sul- 
fure zincique, le conduit à émettre l'hypothèse que l'acide 
sulfureux subirait des changements très-complexes avant 
d'être transformé en acide hyposulfureux. 

En effet, d'après l'auteur, 9 équivalents d'acide sulfureux 
et 6 éq. de zinc entreraient en jeu, et « dans la première 
période de chaque intervalle de la réaction, le zinc en s oxy- 
dant réduit entièrement les f de l'acide sulfureux mis en 
activité et forme deux équivalents de sulfure , et par la com- 
binaison de l'oxyde avec | de l'acide, quatre éq. de sulfite. 
Dans la deuxième, le sulfure formé en s'associant les élé- 
ments des frfe l'acide qui reste, donne naissance à deux éq. 
d'hyposulfite et à un éq. de soufre. Ce dernier à son tour se 
combine avec le quart du sulfite formé, pour donner nais- 
sance à un éq. d'hyposulfile. » 

Avant de discuter les opinions de l'auteur du mémoire, 
je ferai remarquer : 1° que l'acide sulfureux n'est capable 
de produire des hyposulfites qu'avec des métaux qui opè- 
rent la décomposition de l'eau , circonstance qui fait déjà 
présumer l'intervention de l'hydrogène dans la réaction ; 



(33) 

2" que le sulfure zincique se produit toutes les lois qu'on 
ajoute à une dissolution d'acide sulfureux, dans laquelle 
le gaz ne peut pas se renouveler, un excès de zinc métal- 
lique ; 5° que si l'on remplace le zinc par le cadmium, on 
obtient , presque dès le début de l'opération , un précipité 
assez abondant de sulfure cadmique (I) ; 4° que le sulfîde 
hydrique ne précipite pas les sels ferreux, que les sels zin- 
ciques ne sont précipités par le même agent que lorsqu'ils 
sont entièrement neutres ou très-peu acides, et enfin que 
les sels cadmiques sont précipités par ce même sulfide , 
quel que soit leur degré de saturation. « Ces faits admis, 
disent MM. Fordos et Gélis (2) , nous allons expliquer les 
phénomènes. Aussitôt le contact établi entre l'eau, l'acide 
sulfureux et le métal , l'eau est décomposée , il se forme 
un sulfite et de l'hydrogène naissant. Cet hydrogène , au 
moment où il prend naissance, rencontre de l'acide sul- 
fureux; or, nous avons prouvé dans un autre mémoire 
publié en 1841 , que dans celte circonstance l'acide sulfu- 
reux est réduit, et que de l'hydrogène sulfuré est le pro- 
duit de cette réduction. Que va-t-il arriver? si le sulfite 
métallique contenu dans la liqueur peut être précipité à 
l'état de sulfure en présence d'un acide par le gaz sulphy- 
drique, il se précipitera du sulfure, et l'excès de sulfite 
restera dans la liqueur : c'est ce que nous avons observé 
avec le cadmium et l'étain. Si au contraire l'acide sulphy- 
drique est sans action sur la dissolution métallique, dans 
laquelle il a pris naissance, les décompositions suivent 
leur cours; il se trouve en présence d'un grand excès 
d'acide sulfureux, les deux gaz se décomposent mutuel le- 



(I ) Journal de Pharm. , 3"" série , loni IV, p. 339. 
(2) Id. il)i<l. 341. 



( 34) 
ment; il se forme de l'eau et du sou Ire.* Mais ce soufre ne 
peut se précipiter , car il rencontre un sulfite prêt à le dis- 
soudre pour former de l'hyposulfite. Tels sont aussi les 
résultats que nous avons obtenus avec les métaux alcalins, 
le zinc, le fer et le nickel. » 

Ces explications sont bien plus en harmonie avec tous 
les faits observés et même avec certaines expériences in- 
voquées par M. Koene, telles que la destruction du sulfide 
hydrique par l'acide sulfureux dans lequel on a dissout 
du sulfite zincique , aussi longtemps que cet acide s'y trouve 
en excès, et celle du soufre du persulfure potassique par 
cette même dissolution. 

Il en est de même de l'observation de M. Gay-Lussac , 
par laquelle ce savant a constaté, que la présence d'un hy- 
drosulfate était nécessaire pour qu'une dissolution de sul- 
fure alcalin soit capable de produire de l'hyposulfite au 
contact de l'air. 

Enfin, si la théorie de M. Koene était la véritable, on 
devrait pouvoir transformer les sulfures directement et 
uniquement en hyposulfites, en les traitant par l'acide 
sulfureux; mais, malheureusement pour lui, les expériences 
de MM. Fordos et Gélis semblent indiquer que les produits 
qu'ils ont obtenus par l'action de l'acide sulfureux sur le 
sulfure cadmique, sont très-différents de ce qu'ils devraient 
être suivant l'opinion de M. Koene, et ne se forment qu'en 
quantité variable et toujours assez faible (1). Si l'action se 
passait telle que le suppose l'auteur du mémoire, elle con- 
stituerait une véritable exception en faveur de l'acide sul- 
fureux, puisque tous les acides qui agissent directement sur 
les métaux capables de décomposer l'eau en présence de ce 
liquide , donnent des produits dans lesquels l'intervention 



(1) Journal de Pharmacie , Z' série , t. IV, p. 340. 



( 35) 
de l'hydrogène est manifeste , si ce gaz ne se dégage pas 
à 1 état de liberté. C'est ainsi que l'on voit se produire de 
l'ammoniaque par l'action de l'acide azotique sur le zinc, 
le fer, etc.; que se réduit l'acide chlorique et l'acide chro- 
mique, etc. 

C'est à la fin de cette même partie que l'auteur discute 
la constitution de l'acide hyposulfureux, et il profite de l'oc- 
casion pour y rattacher aussi celle des acides hyposulfu- 
rique sulfuré et bisulfure (acides dilhioneux, trithionique 
et tétrathionique de M. Berzélius). Tout en ne se basant que 
sur des analogies plus ou moins éloignées, il finit par con- 
clure que l'acide hyposulfureux véritable est encore à dé- 
couvrir, et que celui qui porte aujourd'hui ce nom, doit 
être considéré comme de l'acide sulfurique dans lequel un 
équivalent de soufre remplace un équivalent d'oxygène. 
En conséquence , il représente sa formule par S , et lui 
donne le nom d'acide oxysulfosulfurique. Pour lui , l'acide 
de M. Langlois résulte de la combinaison d'un équivalent 
d'acide hyposulfureux avec un équivalent d'acidesulfurique, 
tandis que l'acide du soufre de MM. Fordos et Gélis serait 
formé de la réunion d'un équivalent d'acide sulfureux bi- 
sulfure, lequel n'existe pas, et d'un équivalent d'acide sul- 
furique. L'un aurait pour formule S ,Set l'autre S ,S. 

Pour combattre les opinions de l'auteur à cet égard , je 
me contenterai de lui répondre par la bouche de deux de 
nos plus célèbres chimistes. Il ne serait pas plus absurde, 
dit M. Berzélius (1), d'avancer que le soufre n'est que de 
l'acide sulfureux dans lequel deux atomes d'oxygène sont 
remplacés par du soufre , qu'il ne l'est de considérer l'acide 
hyposulfureux comme de l'acide sulfurique, dans lequel un 
atome d'oxygène est remplacé par un atome de soufre; beau- 

(1 ) flcnclius , Lehrbiiclt der Chemie , S' tdit. , t. I , |). 503. 



( 36 ) 
coup de chimistes de ce temps-ci, ajoute M. Rose (1), mon- 
trent souvent dans le groupement des formules chimiques, 
plus de licence qu'il ne faut, seulement dans le but d'attirer 
l'attention en présentant des combinaisons ingénieuses. 

V. La dernière partie du mémoire comprend la descrip- 
tion et l'analyse de quelques sels zinciques, ferreux et fer- 
riques, dont l'auteur a déjà donné les formules dans le 
résumé de son travail publié dans le Bulletin de l'Académie. 

Je me bornerai à faire observer qu'il y rectifie la formule 
du sulfite ferreux cristallisé, qu'il dit contenir 5 éq. d'eau 
pour 2 éq. de sel , tandis que MM. Fordos et Gélis admet- 
tent 5 éq. d'eau pour \ éq. de sel. Ce sera à l'expérience à 
décider laquelle des deux formules devra être considérée 
comme la véritable. 

Conclusions. — En résumé, le travail de M. Koene 
ne contenant rien qui ne soit déjà connu , soit par les 
travaux de MM. Fordos et Gélis , soit par ceux d'autres 
chimistes, soit par le résumé même qui a été inséré au 
Bulletin de l'Académie, je propose à l'Académie d'ordonner 
le dépôt du mémoire dans ses archives et de remercier 
l'auteur de sa communication. 

Après avoir entendu ses deux autres commissaires, 
MM. Stas et de Hemptinne, l'Académie, conformément 
aux conclusions proposées, ordonne que le mémoire de 
M. Koene soit déposé aux archives et que des remercî- 
ments soient adressés à l'auteur. 

COMMISSION POUR LES ANTIQUITÉS NATIONALES, 

M. le Ministre de l'intérieur écrit que le sieur Toulmond, 
instituteur à Géronville, province de Luxembourg, a 

(I) Annales de Chimie et de Physique , Z' série , t. VIII , p. 572. 



(37) 

adressé une requête au Roi , tendante à ce qu'il soit fait des 
fouilles dans les ruines d'un ancien château, situé sur le 
territoire de la commune précitée. « 11 résulte d'un rapport 
du bourgmestre de ladite commune, ajoute M. le Ministre , 
que ces ruines sont à peine apparentes aujourd'hui , et 
qu'on découvre de temps en temps sur l'emplacement 
qu'elles occupent, des médailles romaines. Le sieur Toul- 
mond en possède quelques-unes. M. le gouverneur de la 
province, consultésur l'opportunité d'effectuer des fouilles , 
pense qu'il convient d'attendre les renseignements que 
vous avez demandés récemment par votre circulaire. Toute- 
fois j'ai cru. Messieurs, que les détails qui précèdent pour- 
raient vous offrir quelque intérêt. » 

— Le secrétaire annonce ensuite qu'il a reçu différentes 
réponses à la circulaire de l'Académie, relative aux anti- 
quités de la Belgique, savoir : des communes de Loo, 
Couckelaere, Zulte, Cherey, Fourron-Ie-Comte, Noville, 
Amay, Beauraing , Jauche, Laeken , Ocquier, Xhoris, Hou- 
^aerde. M. le baron de Reiffenberg dépose également une 
réponse qu'il a reçue de M. Gilen Lulsdorff, pour Maesyck. 



Rapport fait par MM. Roulez et le baron de Reiffenberg, 
sur les monnaies anciennes trouvées à Mopertingen. 

MM. Roulez et le baron de Reiffenberg font leur rapport 
sur les monnaies trouvées dans le cimetière de Mopertin- 
gen. Il en résulte que cette découverte, peu importante sous 
le rapport de l'histoire et même de la numismatique, mérite 
cependant les remercîments de l'académie, qui voit avec 
plaisir enregistrer les moindres faits archéologiques, et 
qui est convaincue que la science ne doit rien dédaigner. 
Les pièces venues au jour, au nombre de Go , et parmi les- 



( 38 ) 
quelles se irouvaient plusieurs bractéales, sont toutes 
étrangères à la Belgique; elles appartiennent à l'Allemagne, 
à la Suisse, à la Lorraine , à la Pologne , etc., et datent des 
XV* et XVP siècles. Quelques-unes, les polonaises, par 
exemple, sans être tout à fait rares, ne se rencontrent pas 
communément. 



ARCHÉOLOGIE. 

Note sur une statuette antique trouvée à Casterlé; par M. le 
chanoine de Ram , membre de l'académie. 

M. le chanoine de Ram présente à l'académie une sta- 
tuette de bronze, trouvée en 1841 , à Casterlé, par M.-J. Van 
Hal , de Turnhout (1), et communique à ce sujet les obser- 
vations suivantes : 

« Cette statuette, d'une parfaite conservation, est pres- 
qu'entièrement semblable à celle qui a été trouvée en 1839 , 
par des ouvriers occupés à creuser le chenal du port de 
Calais, et sur laquelle M. Pagard a donné une notice dans 
les Mémoires de la société des antiquaires de la Morinie, 
tom. V, p. 551, 

» La hauteur de la statuette de Calais est de 13 centi- 
mètres 2 millimètres (environ 5 pouces) ; celle de la sta- 
tuette de Casterlé est de 21 centimètres (environ 8 pouces). 

» L'une et l'autre représentent un vieillard nu et sans 
apparence de sexe. L'ensemble des traits, marqués d'une 
manière très -expressive dans la statuette de Casterlé, 
donne à la physionomie quelque chose de sauvage et de 
majestueux; de longues moustaches tressées descendent 

(1) Voycï la planche. 



( 39 ) 
des deux côtés de la lèvre supérieure et viennent enca- 
drer une barbe longue et épaisse , soigneusement peignée. 
Dans la statuette de Casterlé la barbe flotte largement sur 
la poitrine du côté droit; la partie supérieure des bras, 
le tronc et les cuisses sont couverts de poils. 

B Le front est ceint d'une corde tressée formant cou- 
ronne, laquelle dans sa partie inférieure, semble retenir 
les cheveux : ceux-ci, symétriquement disposés, tombent 
sur les épaules, 

» Toute la partie de la tête en dedans de la couronne est 
rase dans la statuette de Calais, et au milieu de celte 
large tonsure est une ouverture circulaire d'environ 4 cen- 
timètres de circonférence, dont la profondeur est celle 
de la hauteur de la tête. La statuette de Casterlé a la 
même ouverture dans cette partie de la tête qui est cou- 
verte de cheveux. 

» Le bras droit est levé, et la main, seulement indiquée 
dans le monument de Calais, est percée d'un trou qui 
très- vraisemblablement était traversé par une verge métal- 
lique faisant partie, soit d'une arme, soit d'un attribut 
quelconque. La pose du bras gauche , dont la main est fer- 
mée, paraît indiquer que la partie inférieure de ce que 
tenait la main droite était tenue dans la main gauche : 
la pose des bras de notre statuette semble devoir écarter 
cette conjecture. 

» Le corps, à la hauteur des reins, est entouré d'une 
corde, comme celle qui forme couronne à la tête; elle est 
seulement un peu plus grosse. Le monument de Casterlé a 
ceci de particulier, que la corde ou ceinture soutient une 
petite draperie ou tablier qui couvre une partie du bas- 
ventre et de la cuisse gauche. 

» La statuette ne semble pas avoir été faite pour être 



(40 ) 

posée droite sur les pieds; elle a dû être placée sur un 
support qui, peut-être, ressemblait à un cippe, c'est au 
moins ce qu'on peut conjecturer de la forme arrondie des 
rainures entaillées dans l'intérieur des cuisses. Ce cippe 
avait été surmonté d'une ligne de fer qui , introduite dans 
la partie inférieure du corps , le traversait de part en part 
et le fixait invariablement. 

» A en juger par la planche insérée dans les Mémoires 
de la société des antiquaires de la Morinie, le monument de 
Casterlé est travaillé avec plus de soin que celui de Calais. 
On pourrait en déduire qu'il serait peut être un peu moins 
ancien. 

» Sans aucun doute, l'une et l'autre statuette représen- 
tent la même divinité gauloise. 

» M. Pagart , auquel nous avons emprunté la descrip- 
tion du monument de Calais, croit que sa statuette est du 
siècle qui a précédé l'invasion romaine dans les Gaules, 
ou de la première moitié du siècle qui l'a suivie. Il ajoute 
qu'elle appartient à l'art gaulois pur; non pas si l'on 
veut à cet art dans son enfance et tel qu'il nous apparaît 
dans les médailles gauloises, qui offrent un travail vrai- 
ment barbare , et où les figures sont ce qu'on peut voir de 
plus informe et de plus disgracieux , mais à une époque 
où les artistes gaulois, sans faire beaucoup mieux que 
des ébauches grossières, avaient néanmoins eu connais- 
sance des produits de l'art romain , et cherchaient à 
l'imiter. 

» En outre, M. Pagart croit que la statuette est celle de 
l'Hercule gaulois ou de YHercule Ogmios. 

» Ogham , dont on fait Ogmios et Ogmius (^OyiJ.toi), ne 
nous est connu que par ce qu'en dit Lucien. Cet auteur 
en fait la description sur ce qu'il avait vu de ses propres 



( 41 ) 

yeux dans un voyage qu'il lit dans les Gaules , où il avait 
été témoin du culte qu'on rendait à cette divinité (1). 
« Les Gaulois, dit-il, appellent en leur langue Hercule 
» Ogmius, et lui donnent une figure tout à fait extraordi- 
» naire. C'est un vieillard décrépit et chauve, ayant le 
)> peu de cheveux qui lui restent blancs; il est ridé et 
» basané, comme le sont ordinairement les vieux nau- 
» tonniers. Vous le prendriez plutôt pour Caron, pour 
» Japhet ou pour quelqu'un de ceux qui sont au plus pro- 
» fond du Tartare que pour Hercule. Cependant si l'on 
» considère sa peau de lion , sa massue dans la main 
» droite , son carquois et son arc dans la gauche, il a tout 
» l'air d'un Hercule (2). » La description de Lucien con- 
vient presque en tous points aux statuettes trouvées à 
Calais et à Casterlé. 

» On explique le mot celtique Ogh-Am p^r puissant sur 
mer; l'Hercule gaulois, l'Hercule Ogmios, serait donc un 
dieu des mers, invoqué à ce titre pour toutes sortes de 
voyages qu'on faisait sur mer. Le culte de cette divinité 
marine a peut-être plus d'un rapport avec celui de VHer- 
cules Magusanus, trouvé en 1514 dans l'île de Walcheren, 
où l'on découvrit encore en 1646 des statues de la déesse 
Nehallenia (5). 

» Toutefois on peut soulever des doutes sur le vraicarac- 



(1) Les critiques ne sont pas d'accord sur l'époque où Lucien a vécu. 
Rcitziusie fait vivre depuis 120 de Jésus-Christ jusqu'à 200. Des passages de 
ses écrits prouvent non-seulement qu'il a voyagé dans les Gaules , mais aussi 
qu'il y fil un séjour de plusieurs années. 

(2) \oy. Luciani opéra, edit. lieitzii , t. III, p. 82. Amstelod., 1753, 
in-4''. 

(.3) Voy. le mémoire du marquis de Chasteler sur la déesse Nehallennin, 
dans le t. V des anciens Mémoires de l'académie. 

ToM. \i. 4 



(42) 
lère d'Ogmios. Dom Martin, dans son savant ouvrage sur 
la religion des Gaulois, t. I, p. 50G, prétend que Lucien 
s'est trompé en appliquant mal à propos à Hercule les 
attributs et les symboles que les Gaulois donnaient seule- 
ment à Mercure, leur dieu favori. Us avaient tant de véné- 
ration, dit-il, pour le visage d'Ogmius, c'est-à-dire de 
Mercure-vieux, qu'ils confondaient quelquefois leurs Mer- 
cures, et donnaient de temps en temps, même depuis 
l'entrée de César dans les Gaules , un visage vieux et barbu 
à Mercure : ce qui ne pouvait venir que de l'idée qu'Ogmios 
n'était autre chose que Mercure. 

» Il importerait d'examiner jusqu'à quel pointla théo- 
gonie gauloise est d'accord avec celle des Égyptiens , qui 
considère Hercule et Mercure comme le même dieu. 

» Dans mon rapport sur les antiquités trouvées dans l'an- 
cienne Campine brabançonne, je me propose de faire un 
examen des questions qui se rattachent à la statuettedécou- 
verte à Casterlé. Ce monument est d'autant plus précieux, 
puisque, selon le témoignage deMontfaucon ,on peut dire, 
généralement parlant , que, hors quelques médailles, nous 
n'avons pas de figures de dieux que nous puissions assurer 
être des anciens Gaulois, lorsqu'ils étaient en liberté et 
qu'ils vivaient selon leurs lois. » 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

M. le professeur Schwann dépose tm mémoire sur la 
bile, et donne sommairement les indications suivantes sur 
cet écrit : 

« J'ai l'honneur d'entretenir l'académie d'expériences 
que j'ai faites sur la bile, pour savoir si elle joue dans 
l'économie animale un rôle essentiel pour la vie. Pour 



/l„//.</r/:li;i,/..tt>"''<'' 



['iiiji> i'i. 




( ^3 ) 
couslater cela, j'ai fait sur des chiens la ligature du con- 
duit cholédoque, comme l'ont déjà fait plusieurs physio- 
logistes; mais j'ai établi en même temps une fistule de la 
vésicule du fiel, qui s'ouvrait à l'extérieur. Le but de celte 
modification est de ne pas empêcher la sécrétion de la bile , 
objection qui ôte aux expériences faites sur la ligature 
du conduit cholédoque, toute force de conclusion dans 
notre question. Le résultat de dix-huit expériences est 
que tous les chiens sont morts , à l'exception de deux , sur 
lesquels il y avait eu reproduction du conduit. Si on fait 
abstraction des chiens, qui sont morts par l'opération 
comme cause transi tique, il reste huit chiens opérés , dont 
la mort s'explique seulement parce que la bile joue un 
rôle essentiel pour la vie. » 

Commissaires : MM. Stas, Martens et Sauveur. 



f ALEOGRAPHIE. — HISTOIRE. 

Suite des notices et extraits des manuscrits de la bibliothè- 
que royale. — Turpin. — Prise de Jérusalem par Sala- 
din , et croisade de l'empereur Frédéric I" Barberousse. 
— Itinéraire de la Terre-Sainte , deBrochart (addition); 
par le baron de Reiffenberg. 

I. 

Le MS. 14,775-14,776 est un petit in-folio de huit feuil- 
lets sur parchemin , à longues lignes , écriture du XIl" ou 
du XIïP siècle. Le commencement et la lin en ont été 
arrachés avant sa reliure actuelle, aussi en parchemin et 
(|ui est déjà ancienne. De plus le relieur a interverti les 
feuillets qui restent , et qui sont placés dans cet ordre : 1 , 
2,(1,4,5, ?i. S, 7. 



(44) 

L'inventaire imprimé l'indique comme contenant : 

Turpini. — Fin de V histoire du règne de Charlemagne . 

De translationc corporis S. Jacobi ab Jerosolymis. 

Indépendamment de l'inexactitude de ce libellé, le 
MS. contient un autre morceau que je transcrirai ci-après. 

Ce volume a été signalé dans les Archives de M. Perlz , 
tom. VIII , p. 540. 

Le faux ïurpin, dont j'ai donné, par parenthèse, une 
édition, et qui m'a fourni une dissertation étendue sur 
laquelle M. Ideler a bien voulu s'appuyer, n'est pas ici en- 
tier. Il commence par ces mots ////■"■ plagas celi et 

sic digna morte discerptus interiit , passage qui a rapport 
au supplice de Ganélon , et qui se lit p. 514 de mon texte. 
Voici les intitulés des chapitres qui suivent : 

De corporibus morluorum aromalibus et sale conditorum 
(R. ch. XXVII). 

Decimeteriis sacro-sanctis, unum apud Arelatem, allerum 
apud Blavium (R, ch. XXVIII). 

De sepultura Rotolandi et ceterorum qui apud Blavium 
lacis sunt sepulti (R. ch. XXIX). 

De his qui sepulti sunt apud Arelatem in Aylis Campi 
(R. ch.XXX). 

De concilio quod apud stum Dionisium fecil Karolus 
(R.ch. XXXI). 

De septem ariibus quas Karolus in palatio suo depingi 
fecit (R. pp. C27-628 , tom. I de l'éd. de Ph. Mouskes). 

De morte Karoli (R. ch. XXXIÏ). 

De miraculo Rotolandi comilis quod apud urbem Grano- 
polim Deus per eum facere dignatus est (R. pp. 629-650 du 
tom. I de l'éd. de Ph. Mouskes). 

Cap. XXIIII explicuit. Calixlus PP. de invenlione corpo- 
ris beati (ib. 630). 



(45) 

De altumaiore Cordubœ. Quid pairie Galecie... (ib. 650- 
632). 

De hoc quod Navarri de vera prosapia non sunt geniti ; 
ce chapitre ne se trouve dans aucune édition de Turpin, 
et je le donnerai ailleurs ainsi que le suivant ; 

Incipit translalio soi Jacobi apostoli fralris Johannis 
evangeliste, qui III kl. januarii celehratur , qualiler ab Jero- 
solimis translatus est in Galetiam. Post salvatoris nostri 
passionem , etc. 

Je m'arrête pour le moment à une pièce plus impor- 
tante, qui reparaîtra dans les Mélanges de la société histo- 
rique de Stuttgart, et qui offre une relation de la croisade 
de Frédéric 1" Barberousse, précédée de celle de la prise 
de Jérusalem; relation écrite, en H87, par un témoin ocu- 
laire, probablement un prêtre ou un religieux, mais mal- 
heureusement incomplète. Elle commence au verso du 
quatrième feuillet, continue jusqu'à la fin du volume et 
s'arrête avec le passage du Danube par les croisés allemands. 
Les fautes du texte prouvent que nous n'avons qu'une copie. 

Ce morceau n'est ni dans Freher, ni dans Canisius, 
tom. III, P. II, ni dans Ansbert, éd. Dobrowsky; je le 
crois entièrement inédit. Le voici textuellement. 

Solet nonnunquam accidere ut res quantumlibet notas et 
cximie gestas tractus temporis vel fama languidior minuat , vel 
oblivio posterilalis extinguat. Sicregum quam pliirimumemar- 
cuit gloria , et ipsis consepultiim evanuit quod ab eis magni- 
ficc factura , et suis celebratum temporibus novitas excepit in 
favorem , fama in preconiura, populus in exemplura. Hoc 
Graï veleres divinitus altendentes, scripti remediura prudenter 
objecerunt, ac scriplorcs suos quos dixere bysloiiograpbos, ad 
conscribendas hislorias studiosius excivcrunt. Undc félicitée 
conligit ut Ydcis vive silcntium vox scripta snpplcret, ne ipsis 



(46 ) 

luorlalibus eorum coramorerentiir virlules. Romani vero, Gre- 
coriim emuli , perpetuam [peipetuum) île virlutis obtentu non 
solum stili assnmpserunt officium , seil et statuas adjecerunt ; et 
sic tam veteres representando quara provocando posteros, virtu- 
tisamorem tum peroculos, tumperaures, adinteriora miiltipli- 
citerdcmissum,imitaiitiumiTientibusOrmiiisimpresserunt. Quis 
iter Jasonis , labores Herculis , Alexaudri gloriam , Cesaris victo- 
rias nosset, si scriptoriim bénéficia defuissent? Et, utsanctortirn 
patrum ulamur exemplis, nec Job pacientia , nec Abraham li- 
beralitas , nec David mansuetudo fidelibus posteris ad exem- 
plum viveret, si conscia veritatis antiquilas le-jendam nobis 
historiam non reliquisset. Sane regcs antiqui cum variis exlol- 
lerentiir preconiis , id vel maxime in votis habebant ut ad 
posteritatis noticiam devenirent. Ceterum cum innumeri rerum 
gestarum scriptores extiterint, plurimi quod audierant, pauci 
quod viderant scripserunt. Quod si Frigio Dareti de Pergamo- 
rura eversione ideo pocius creditur, quia quod alii retulere 
auditum , ille presens conspexit ; nobis etiam non indigne fides 
debetur, quia quod vidimus testamur, et res gestas adhuc ca- 
Jente memoria stilo duximus designandas. At si cultiorem 
dicendi formam deliliosus exposcil auditor, noverit in casiris 
fuisse cum scripsimus , et bellicos strepitus tranquille medita- 
tionis ocius non admisisse. Ipsa sibi veritas ad gratiam sufficit ; 
et licet pomposo non expolita ornatu, quemcumque saltem se- 
creli sui alliciet auditorem. 

Anno incarnationis dominice MCLXXXVII (1). 

Apostolice sedis apicem obtinente Urbano tertio, imperante 
in Alemannia Frederico , apud Constantinopolim Ysaakio, Phi- 
lippe régnante in Francia, Henrico in Anglia , in Sicilia Wil- 
lelmo , aggravata est manus Domini super populum suum , si 
tamen recte dixerimus suum , quem conversationis immundi- 
cia , vite turpitudo, vitiorum feditas, fecerant alienum. Jam 
enim co usque flagitiorum consuetudo proruperat, ut omnes, 

(I) L'année 1 187 (1 I8H) est celle même de la (roisième croisade. 



( ^7 ) 

abjecto enibescenle vélo , palara et |)assiin ad turpia decliiia- 
rent. Cèdes, rapiiias, adulteria, loiigutn esset evolvere, ac 
proposito nostro contrariiim, quia res gestas delibare decrevi- 
mus non formare tractatum. Sed cum hostis ille antiqiis cor- 
ruptionis spem longe lateque difFutlisset , specialius taaien 
Syriam occupaverat, et unde regiones cetere susceperant reli- 
gionis principium , inde tocius immundicie sutnebant exem- 
plura. Hinc igitur Dominus terram nativitatis sue, locum pas- 
sionis sue, in abyssum turpitudinis decidisse conspiciens, 
hereditatem suam sprevit, et virgam furoris sui Salahadinuin 
ad obstinate gentis exterminium debacbari permisit. MaUiit 
enim terram sanctam per aliquantum tempus prophanis gen- 
lilium ritibus ancillari , quam illos florere diucius , quos ab 
illicitis nullius honestatis compescebat respectus. Hanc future 
demolicionis instanciam casus preloquebantur divers!, famés, 
terre motus, frequens tam lune quam solis defectus. Sed et 
ventus ille validus quemde planetarumconcursu proventurum 
astronomici prenuntiaverant , in hujus rei significationem 
commutatus migravit. Ventus vere validus, qui quatuor mundi 
cardines concussit, ac orbem totum in sediliones et prelia 
concitandum premonstravit. Salahadinus igilur, contraclis ar- 
matorum copiis , Palestinam "Wolenter aggressus ad miraculum 
Edesse,Mavafaradinura cum septeiii milibusTurcorum, qui ter- 
ram sacram depopularentur , permisit. Hic autem cum in partes 
ïyberiadis processisset, casu sibi obvios magistrum milicie 
templi Gerardum nomine de Rideffordia , et magistrum hospi- 
talisRogerumdeMolendinis, illumquidcm fugatum , istum vero 
interfectum inopino morte [marie) confecit. In quo conflictu cum 
nostrorum paucissimi ab immcnso concluderentur exercitu , in- 
signe quoddam et raemoria dignumcontigit.INam quidam tem- 
plariusodicio miles, natione turonicus, nomine Jakelinus de Mail- 
liaco , quadam virtutis preeminentia in se omnium provocabat 
insultus. Ceteris autem commilitionibus qui quingenti aesti- 
mabanlur, vol capitis (captis) vol interfectis , belli tocius im- 
pelum solus sustinuit, et pro Icgc Domini sui alhleta gloriosus 



( 48 ) 

effulsit. Hic hosliuni vallalus cuneis , et humano prorsus auxi- 
lio destitulus , ciim tôt milia hinc inde irruentia conspiceret , 
collegit in vires animum, et unus contra omnes bellum animo- 
sus suscepit. Virtus ejus ad graliam hostium commendanda 
enituit, ut ei plcrique compassi , ipsum ad dedilionem affec- 
luosius hortarentur. Quorum monila dissimulans, mori pro 
Christo non abhorruit, sed telis , lapidibus, lanceis oppressus 
magis quam victus, vix tandem occumbens, ad celos féliciter 
cum palma martyrii triumphator raigravit. Mors quidem mi- 
tior et ad sensum doloris non veneral, cum unius viri gladius 
tantam circumjacenlis turbe slruxisset coronam. Dulce viro sic 
occumbere, ubi victor ipse in medio et in circuitu impii (tV«- 
piorum) quosdextra viclrice consumpsit. Erant in locoubi pug- 
nabatur stipule, quas messor, post grana pauloautem decussa, 
reliquerat inconvulsas. Turcorum autem multitude tanta irrue- 
rat , et vir unions contra tôt acies tara diu conflixit , ut campus 
inquo stabant, totusresolveretur in pulvercm , nec ulla messis 
vestigia penitus comparèrent. Fuere,ut dicebatur, nonnulii qui 
corpus viri jam exanimum pulvere superjecto conspexerunt, et 
ipsum suisimponentesverticibus,virtutem ex contacta hausisse 
credebant. Quidam vero, ut famaferebat, ardentiusceterismove- 
batur, et abscisis viri genitalibus, ea tanquam in usum gignendi 
reservare disposuit, ut velmortua membra, si fieri posset, vir- 
tntis tante suscitarent heredem. Hac ergo suorum Victoria Sa- 
lahadinus impendio hilaratus, animum occupandi rcgni ambi- 
tione succensum ad majora intendit. Verum ut tantus chrisliani 
nominis persecutor cupide posteritati pletiius innotescat , de 
principiis ejus aliquid, quantum brevitas captata permiserit, 
premittemus. Fuit itaque de génère Mirmuraeni , parentum 
non ingenuorum proies, non tamen obscuri sanguinis humiii- 
tate plebcscens. Pater ejus Job, ipse vero Joseph nuncupatur. 
Nam, juxta Maburaeti traditionem, bec apud plerosque genti- 
lium viget observantia, ut cura caractère circumcisionis, etiam 
Hebreorum nomina circumcidendis imponant. Principes vero , 
ut nominibus suis ammoniti, Icgis mahumcticostudiosi dcfrn- 



( -'^9 ) 

sores existant , ab ipso legis vocabulo nomina sortiuntur. Lex 
siquidem lingiia gentili hadin clicitur. Unde et Salahadinus 
appellatus est , quod legis corrector interpretatiir. Et sic prin- 
cipes nostri vel imperatores dicuntur vel reges, sic apud illos 
qui prééminent, Soldani, quasi soli dominantes, nominanlur. 
Salahadinus itaque sub Soldano Damascenorum Noharadino 
hocprimura potestalis sue auspicium habuit, quod de puellis 
Damasci questuariis questum sibi coUigebat in famem. Eas 
enim non aliter licebat prostitui nisi ab ipso primitus libidinis 
exercende copiam precio impetrassent. Quicquid autem hujus- 
modi lenocinio lucrabatur, in usus histrionum prodigus refun- 
debat. Sicque largitionis obtentu , venalem vulgi gratiam tolis 
desideriis comparavit. Hic cujusdam Suriani vaticinio in spem 
regni adductus, ab illo futurum audierat, ut Damasci et Ba- 
bylonis dicione potiretur. Sic ergo ascensiones in corde suo 
disposuit, et jam cepit regno maiora sperare; cujus ambitus 
anguste possessionis limites non excedebat. Processu temporis 
cum jam etas robustior oflicium militare deposceret, ad Enfri- 
dura deTurone, illustrem Palestine principem, paludandus ac- 
cessit, et Francorum ritu milicie cingulum ab ipso suscepit. Eo 
temporegentilis quidam, Sevvarius (^Sevvarinus?) nomine,sub 
Calepho de Baldach Egyptiorum tenebat imperium, quem vic- 
toriosus Jorosolimorum rex, Airaaricus, ad tributum coegerat 
annuatim solvendum. Molanus siquidem 1er in anno tantum se 
visibilem, et adorandum exibebat Egyptiis, qui apud subditos 
credebaturtanlus ut ejus imperioNiiuseffluerediceretur. Porro 
gentilicie religionis statuta observanter adimplens, dies anni 
concubinarum numéro coequabat. Sicque inter mulierculas 
consenescens tractanda regni négocia Sevvarino comittebat. 
Hos Salahadinus cum palruo suo Sarracunotunc temporis apud 
Egyplios mililans prodiciosc pcremit incautos, et sic tocius 
Egypti obtinuit principatum. Postmodum vero non multo tem- 
poris interfluente Iractu , Noharadinus dieni clausitcxtrcmum. 
Cujus uxorem Salahadinus malrimonio sibi copulans, cum ipsa 
«cgni rogimcn fugatishercdibus occupavil . Hcc fortune ludenlis 



( '-^0 ) 

potentia has rerum vicissitudincs voluit , que de paupere divi- 
tem, dehumili sullimera (sublimen), deservo suscilatdominan- 
tem, Qiiod si rerum precia judicio non opinione melimur, quan- 
talibet lerrene felicilatis polencia vilis eslimanda est , quam 
pessimiet indignt sepius nasciscuntur (nanciscuntur). Lenoille 
cujus regnumin prostibiilis , militia in tabernis , studium in aleis 
etalliis, subito sunimatur(sMZ»/ma<Mr), sedelcumprincipibus, 
immo maior principibus , et, solium glorie tenens, Egyptiis 
imperat, Daniascenos subdit, terrain Roasie cum terra Gesire 
occupât, et ad intima certioris {certior is?) in die pénétrât regna- 
turus.Regnaitaquecircumiacentia nunc dolisnunc armis impu- 
gnans etexpugnans, de sceptrispluribus monarchiam efficit, et 
tôt regum solus vindicat principatum. Necbis contenta tyranni 
cupiditas, quo plura possidetad plura incenditur, et heredita- 
temdomini totis viribusoccupare conatur. Tempos autemvotis 
accomodumnactus, jamobtinere sperat quod nunquam obtare 
[optare) presumpserat, nara propter regnum dissidentibus tri- 
politano comité Raimundo et Guidone Latinorum rege octave, 
perniciosa sedicio populum distrahebat. Hec igitur oportunitas 
cupientemanimum acriusaccendit, ettamceleremquamcertum 
gerendi negocii pollicetur effectum, Ceterum non sua causa a 
Soldano bellum indicitur, nam princeps Antiochie Reginaldus 
fedus induciale ruperat, quod nostri cum genlilibus hinc inde 
sanxerant observandura. Quodam enim tempore cum plurimus 
et opulentus gentilium comitatus a Damasco in Egyptumtrans- 
iret , et prêter limites terre christianorum , ob induciarum fîdu- 
ciam, ilinerare non formidaret, in eos subito princeps predictus 
irruit , et ipsos cum universis sarcinis minus decenter captives 
abduxit. Soldanus igitur tum ambitione fervens , tum injuria 
sibi facta permotus, tocius imperiisui excito robore , Jerosoli- 
morum fines tam potenter quam violenter invadit. Si numerus 
bominum , dissimilitudo gentium , cerimoniarum diversitas, 
prout lex hystorie postulat , plenius describercntur , tractatus 
diffusior brevitatis propositum conturbarct. Parthi , Bcduini et 
Arabes, iVIedi etScordini , elEgyptii , sicul loco, ritu et nominc 



( 31 ) 

divers!, sic inexcidiiiDi terre sancle unanimileraccensi. Noslris 
obviam procedentibus,cuni jam fuiiesta dies instaret,camerario 
Régis visio tremenda contigit, quodquedaniaquilachrislianum 
transvolaret exerciliim, que seplem raissilia et balistam ges- 
tans in pedibus, voce terribili personabat : ve tibi Jérusalem! 
Ad hujus visionis elicieiidiim mysterium siifficere credimus 
quod scriptum iegilur : Tetendit Dominus arcura suum , et in 
eo paravit vasa morlis. Quid autem septem missilia , nisi sep- 
tem criminalia typice indicant, quibus infelix exercitiis erat 
in proximo periturus? Potest etiam illius septenarii nomine 
penarum universitas que christicolis immiuebant intelligi , 
sicut postmodum fidelis nimiiim et dirus interpres rerum de- 
claravit eventus. Conflictu nondum inito, cum non longe a 
Tyberiade hinc inde acies produxissent , conclusit Dominus in 
gladio populum suum , et hereditatem suam peccalis hominum 
in cedem tradidit et direptionem. Quid plura? Nec ténor pro- 
posili, nec ipsadoloris indulget immensitasadsingula trenos(?) 
aptare. Sed ut midta paucis claudantur, tôt ibi cesi , lot vulne- 
rati , tôt in vincula conjecti , quod ad hostiura miserationem 
gens nostra consurapta deperiit. Illud vivificum salutifere 
crucis lignum in quo Dominus ac Redemptor noster pependit, 
in cujus stipitem pius Chrisli sanguis defliixit, cujiis signum 
adorant angeli, venerantur homines, demones expavescunt, 
cujus presidio noslri semper in bellis victores extiterant, heu 
nec ab hoste capitur , et ipsius crucis baiulatores, duo episc. 
Acconensis, et episc. sancti Georgii, ille cesus, iste captus 
pariter cum ipsa succumbunt. Hanc alteram post Cosdroem 
regem Persarum crux sancla propter scelera nostra contume- 
liam pertulit, et que nos a veleri caplivitatis jugo absolvit, 
propter nos captiva ducitur, et prophanis gentiiium manibus 
contrectatur. Videat si est intelligens , que sit ira Domini, immo 
quanta servorum iniquitas, cum ad crucis custodiam genliles 
quam christiani minus reputenlur indigni. Nicbii eque lugen- 
dum etas anliqiia protulit, quia nec arclia Domini, nec reges 
Judeorum caplivali noslri casum temporis equiparare possit , 



(52) 

in quo gloriose crucis rex ducitur concaptivus. De caplivis au- 
tem quorum multitudo non minus miranda quam miseranda 
extitit , pars pro victoris arbitrio reservatur illesa , partem vero 
tam felici qnam festino compendio ad celum gladius mactator 
transmiltit. Inler ceteros princeps Antiochie Reginaldus Sol- 
dani conspcclibus presentatur , cui lyrannus ipse vel furorem 
suum secutus, vel viri tanti excellencie deferens, manu propria 
caputemeritum etlongevum abscidit. Templarios quoque quot- 
quot erant prêter magistrum milicie, decapitari precipiens, 
ipsos stirpitus exterminare statuit , quos in bello ceteris omni- 
bus noveral prevalere. O zelus fidei ! o fervor animi , quam 
plures. assumpta templariorum tonsura,certalim ad carnifices 
confluunt, et sub pio nove professionis mendatio letam ferien- 
lium gladiis cervicem dependunt. Hos inter Christi milites 
templarius quidam nomine Nicholaus ita ceteris subeunde mortis 
araorem persuaserat, quod jam aliis pervenire certantibus , 
ipse martyrii gloriara vix primus oblinere poterat, quod tamen 
summopere afFectabat. Nec defuit miraculosa divine misera- 
tionis potentia ; nam per très noctes proximas , cum sanctorum 
martyrum corpora adhuc insepulta jacerent , celestis radius 
ignisdesuper manifestus infulsit. Salahadinus itaque,cum jam 
belli fremitusconquiesceret, et bine captivos trabi , indecesos 
passim jacereconspiceret, ereclis ad celum oculis de adeptione 
victorie grates Domino reddidit ; sic enim facere in omnibus 
que accidebant consuevit. At inter cetera boc sepius dixisse 
fertur , quod non sua potentia , sed nostrorum iniquitas banc 
illi victoriam contulit, ethocipsum non insolitus rerum com- 
probabat eventns. In congressibus aliis nostrorum exercitus 
quantumiibet modicus, divino presidio semper prevaluerat; 
nuncautem quia nec nos cum Domino, necnobiscum Dominus, 
gens nostra penitus ante conflictum succubuit, cum tamen 
milites plusquam mille , et pedites plusquam viginti milia cen- 
serentur. Adeo sane locius regni robur ediclo regio ad bellum 
illud confluxerat : ut illi tantum in castrorum et urbium rési- 
dèrent cuslodia , quos etatis et sexus infirmilas armorum 



( 53 ) 

prorsus habebat immitnes. Hoc belliun die Iranslalionis Sancli 
Martini fato infelici commissum , siibunoactu temporis omuem 
regni gloriam transUilit et extinxit. Soldanus ergo munitiones 
terre cesis defensoribus faciles ad occupandum confisus, regem 
captivum Victor per castra Syrie circumducit , ut in ludibrium 
reservatns et capiendis ostendatur urbibus , et populum incitet 
ad deditionem. Accon itaque veniens , ipsam primum et quam 
primum absque insuitu recipit , civibus ex condicto libertatem 
habentibiJS se ac sua , qua mens duxerit, transferendi. Interea 
naute cursus solitos Accon dirigunt, qui ab ore christiano pro- 
fecti, alii merces , alii transvehnnt peregrinos, et heu! rerum 
gestarum inscii , ad portum hostilem applicant captivandi. Casus 
quidem mirabilis ! litus a longeconspectum salutant, etvincula 
parantur egressis , naufragia evasisse letantur, et in gladios 
iocidunt , pacem fatigati expectant , et inveniunt persequen- 
tem. Plerique reservantur captivi, quamplures habentur ludi- 
brio , pauci sinuntur reverti quos hostis ex industria nudos et 
inopes abire permittit, utillorumexemploexterreanturventuri. 
InterceterosMarchisus, a Constantinopoli veniens, extra portum 
Accon, sole in occasum vergente, velis dimissis subsistit. Urbis 
enim silentia suspicionem inducunt , cura alias semper jam 
adventu navium ad plausura soleat concitari. Vexilla Soldani 
per urbem conspecta majorera tiraendi causam incutiunt ac , 
céleris diflidentibus, tamen (cum) jam galeas gentilium adven- 
tare cernèrent, Marchisus omnes silere imperat, et se omnium 
prolocutoremopponit. Missis namque quiuamessentsciscitanti- 
bus , navem institoriara esse asserit , et se dominum navis rei 
geste non inscium , ac Soldano devolum ; die crastina illuces- 
cente ad urbem venturum cum mercibus conslanler promitlit. 
Nocte ipsa , vento favente , Tyrura secedens , ipsam defensurus 
suscipit, cujus advenlus et venturis christicoiis processit ad 
commodum, et ipsi cessisset ad gloriam , si qualis ceperat pres- 
titissct. Marchisus iste Conradus nominc, natione Italus, vir 
quidem singularis industrie et ad quevis aggredienda strenuus; 
sed quautumiibet insigne priucipium , si turpi claudatur cxitus , 



( 5-4 ) 

viliiperium pocius qnam laudem meretiir. Soldanus post Accon 
redditani, Beriliiin et Sydonum occupans, cum Tyrum eadeni 
facilitate vendicaresperaret, turpiter repuisusabscessil. Exinde 
re{je secuni perducto Ascalonem pervenit, et erectis petrariis 
iirbem impugnat , qiiam caplu faciiem rarus et Inermis defen- 
sor elTicit, licel loci niunilio multiplex invincibile robur pre- 
tendat. Urbem sibi reddi insaciabilis predo votis omnibus instat, 
prorsus ab expugnalione diflidens , rerum quidem inscius et sta- 
tiim urbis in armis, viris, victualibus inopem ac infirmum igno- 
raus. Pascitur [paciscihir) autem et cives cum rébus suis libère 
discessuros et regem cum aliis (XV) quindeciin elecloribus cap- 
tivis quam cicius absolvendum. Die ipsa qua pactio prescripta 
in urbis traditionem processit , sol quasi compatiens beneficium 
luminis defectu ecliptico urbi et orbi svibtraxit. Porro tyrannus 
perjurus et perfidus tenorem pacti ex parte transgreditur. Rex 
enim Damascum transmissus ibidem usque ad maium sequen- 
lem tenetur in vinculis nec aliter potest captivus absolvi , nisi 
regno primitus abjurato. Fatis itaque succensum urgentibus , 
ievo\iviiaxa[Jerosolimani) victor tam festinus quaminfestusaggre- 
ditur , urbem obsidet , machinas extruit , loca sacra sacrilegiis 
irreverenter invadil. Erat crux quedam lapidea quam olim mili- 
tes nostri cumhanc urbem post Antiochiam victoriosecepissent, 
in titulum facti super murum erexerant. Hanc iclu phalarice 
gens seva diruit et cum ipsa partem mûri non parvam proster- 
nit. Cives equidemquaspossunl defensionesobitiunt(oè/VcîMn/); 
sed quidquid temptatur a noslris efiTectu caret, profectum 
non invenit. Arcus, baliste , petrarie inutiliter tractantur, 
sicque tam arma quam machine iram Domini manifeste nun- 
tiant, et urbis excidium perlocuntur. Illuc undique quam 
plurimi e castris vicinis confluxerant, de loci pocius securitate 
quam de munitione confisi. Sed in tanta hominum multitudine, 
bis septem (Vil) milites poterant inveuiri.Ceterum sacerdotes et 
clerici,quamquamprofessionisueindebitum, protemporetamen 
ofTicium militandi assumunt , et pro domo Domini strenue di- 
micant , iliud tenentes meinoritcr quod vim ^i repellere, om- 



(55 ) 

nés leges et omnia jura permittunt. Vulgus vero tam igna- 
viim quam pavidum ad patriarcham et ad reginam, qui tune 
urbi preerant, fréquenter recurrit, flebiliter querilur, instan- 
ter supplicat, ut cum Soldano de urbe Iradenda quam cicius 
paciscantur. Verum flenda magis quam commendanda pactio 
intercedit. Nam siiiguli capitis sui censura dépendant. Vir 
quidem bizantios (X) deeem , mulier (V) quinque, infans unum ; 
et quisquis ad solvendum non sufQcit, tenetur captivus. Sic 
ergo contigit, ut cum plerique vel de rébus propriis , vel 
aliunde vindicato subsidio salutissue pensionem dédissent, reli- 
quorura qui sine redemptoresuperfuerantquatuordecim(XlIII) 
milia jugum perpétue servitulis subierunt [subierint), lUis au- 
tem qui libertatem emerant, bec optatio proposita fuit, ut vel 
Antiochiam pergerent, vel Alexandriam transfretandi gratia dato 
conduetu migrarent. Dies illa , dies amara valde, qua populus 
exul ab invicem discedit, in diversa iturus , urbemque tam sa- 
cram deserit , urbem que, domina urbium, in servitutem redi- 
gitur ; iirlDem que, fîliorum hereditas , aliegenis (alienigenis) 
subditur, a malicia habitantium in (en) eagloriosa civitas Domini 
Jérusalem, ubi Dominus passus, ubi sepullus , ubi gloriam res- 
surrectionis ostendit, hosti spurio subjicitur polluenda. Nec est 
doIorsicutdoloriste,cum hiisepulchrum possideanl, quisepul- 
tum persecunlur;crucemteneant, quicrucifixumconlempnunt. 
Hanc autem sacratissimam civitateQi circiter nonaginla et sex 
(Vl)annosgensnostratenueral, exquo ipsamparitercum Antio- 
chia , victoriosa cbrisliaiiorum recuperavil polentia , cum eam 
prius genliles per annos (XL) quadraginta possedissent. Urbe 
reddita, preco legis mahumetice eminenlem Calvarie rupem con- 
scendit , et ibi lex spuria declamatapersonuit,ubi legem morlis 
Christus in cruce consumpsit. Nefas aliud atrocissimi hosles 
aggressi , crucemquandam que super pinnaculumeclesie hospi- 
talariorumposilaeminebat,alligatisfunibus dejecerunt , et eam 
turpiler consputam et cesam per urbis sterquilinia in impro- 
prium (opprobriuiii) fidei nostre traxerunt. Sane regina régis 
Amalrici filia, Sibilla nomine, una cum patriarcha Eraclio, cum 



( S6 ) 

tempKiriis, hospilalariis et immense coexiilanlium celu versus 
Antiochiam iter direxit. Quod autem apud Neapolira cum rege 
raaritoet captivo coUoquium triste habuerit, qiiando riavem in 
qua Iransfretare disposuerat , Marchisus violenter Tyrum ab- 
duxerit, brevitatis studio siipersederaus. Illud qiiidem silentio 
supprimi omnino arbitramur indignum , quod Salahadinus, 
occupande urbis desiderio fervidus, Tyrum rursus totis viribus 
expugnare contendit. Nec terrestri obsidione comtemptus urbi 
qua mari cingitur , galeis obsidet, et undique molitur insultum. 
Nil vero intemptatum relinquens, patremMarchisi quera in belle 
superiori ceperat, sub bac fiducia présentât captivum, ut filius, 
necessitudinisaffeclupermotus, patrisconcambio civitateracon- 
tradat. Nuncergo reddendum offert, nunc perdendumminatur, 
varies contemptat accessus. Sed in omnibus fallitur , nara Mar- 
chiso [Marchisus) flecti nescius , offerentem irridet , minantem 
centempnit. Quetiens autem prevocande cempassienis intuitu , 
illi pater in vinculis vivendus ostenditur , cenfestim balistam 
corripit, eblicos in patrem ictus désignât, manum quidem 
aberrare velens , sed similis percussuro. Missis etiam Soldani 
qui patris interitum crebrius minitantur, id se vêtis omnibus 
expetere asserit , ut et maleficus ille post tôt flagitia bonos tan- 
deminveniat exitus, et ipse patrem habere martyrem mereatur. 
Hac igiturtyrannus obtinende urbis dehis (^delusus) fiducia for- 
tunam alio pertemptat aditu , et quia nichil arte perficit, quid 
arrais valeat experitur. Tyrus siquidem in corde maris sita , 
undique ambitur menibus et modica sui parte, qua ponte non 
clauditur, muro munitur multiplici , que suis olim famosa re- 
gibus Thebarum et Carthaginis peperit conditores^ hoc régnante 
in Judea Salemone , preprie rege gaudebat , et que regni sui 
tune caput extitit, traclu temporis règne Jerosolimorum in 
partem cencessit. Hane hostis cupidus terra marique aggredi- 
tur , et introrsus famé afflictam varia incursione lacessit. Cras- 
tina innocentum festo seu gleriesi martyris Thème celebrem 
cives nanciscuntur victoriam, nam , illucescente aurora, cum 
naviculis paucis et parvis egressi , obsidionem maris navali 



( S7 ) 

coiigressu dissolvunt. Ceteriim ad fugam pocius qiiam ad hél- 
ium prodire videntur, seu in primo impetii tota hostium classis 
ita virtute divina succubuit , quod pars in urbem cum remi- 
gibus ipsis abducitiir , pars vero refiiga ullro harenis (arenix) 
illiditur perilura. Gentiles, viso navali conflictu , urbem defen- 
soribus vacuam esse credunt, eteara, de Victoria certi, certatira 
impugnant. Jam menibus applicantur acies, et ad conscensum 
festinant quam plurimi, cum Marchio portas pandi percipit, 
quemHugo de Tyberiade cnm fratribus suis, et alio comitalu 
strenuo exeuntem secutus, innumeros rara manu prosternit. 
Salahadinus, facta sibi adversantia conspiciens , petrariis suis 
etgaleisque superstites fuerant, igné adipsius jussionem con- 
sumptis, recedit inglorius et Machomum [Machoinetum) exe- 
cratur infessus. Postmodum circa circa {sic) principium maii, 
regem a vinculis libérât, et, lésa pactione priori, novam etdu- 
ram conditionem imponit. Est insula que Atadosdicitur, cujus 
civitas Antbarados, vulgo Tortosa, nominatur. Hic in occursum 
régis regina procedit, miscenlur oscula , nectuntur amplexus , 
suas leticia lacrimas elicit, et casus quos incidisse dolent, eva- 
sisselelantur.Rexsiquidem per annum sequentem, nunc Antio- 
chie, nunc apud Tripolim commoratur, et transraarinos christi- 
colas in terre sancte subventionem venturos expectat. Sane hoc 
inler cetera nullatenus silendum censemus quod rex An^lorura 
Henricus pecuniam multam apud templarios et hospitalarios 
congesserat, qua et Tyrus defensa et cetera negotia regni 
utiUter expedita. Hanc autem pecuniam rex magnificus pia et 
necessaria provisione in terre subsidium per multos annorum 
circulos Jerosolimamtransmiserat, cujus summa, utdicitur, in 
triginta (XXX^) milia marcharum excrevit. Salahadinus igitur 
Tyro discedens,cum castra Palestine quam plurima occupassel, 
in parles Antiochie fcstinus secedit , et impetu potius quam 
obsidione Gabellura, Laodiciam et quasdam alias provincie mu- 
nitiones expugnat. Terrer quidem Christi urbi non parvus in- 
culitur,sed civium communi consilio patriarcha et princeps 
deditionem tyranno promitlunt, si cicius infra datum terminum 
TOM. XI. K 



( ^8 ) 

sperati {speratos) invenerintadiiilores. Meror qiiidem iiiconsola- 
hilis universos lurbasset chrislicolas, si urbs tam inclita que 
christiani nominis inventione letatur, riirsiim genlilibuscessis- 
setimmundis, quoslongoeldiro belloruin discrimine nostri du- 
dum expulere victores. Ceterum nova defensionis aiixilia iinde 
venient, quando venient, vel quomodo venient? terra non patel 
accessus, mare ab hostibus tenetur obsessum , christianorum 
a vcniendo tempérant, dum galeas genliliura que sedent in 
insidiis incidisse formidant. Verum perire non potest quod Do- 
minus salvaredisponit: ecceoptati veniunt, expectati accedunt', 
nam egregiusrex Siclorum (^Siculonim) Willelmus primos terre 
subsidiarios destinât , qui comités duos, milites quingentos, 
galeas quinquagintatransmittit. Ejusergo beneficium esse, quis 
dubitat, quod Antiochia reteuta, quod Tripolis defensa, quod 
Tyrus servata, qui harum urbium incolas a famé et gladio vi- 
ribus suis securos conservât. Margaritus classi régie regende 
preerat, vir admodum strenuus, qui cum galeis percurrens , 
ausus piralicos reprimit, et pertemptata veniendi fiducia se- 
quentes invitât. Hic insulas procul positas premens imperio , 
et lot casus equoreos fato felici expertus, victoriis multis ob- 
tinuit, ut rex maris, et a nonnullis aller diceretur Neptunus. 
Jam Tripolis navigantibus in prospectum occurrit , cives emi- 
nus vêla conspiciuut, et cum nuntii salutis adveniant, sinistra 
pronunciat pessimus in dubiis augur timor, nec mora muros 
coronant, propugnacula conscendunt; victori tamen an dedi- 
tionem offerant, an pugnam pretemptent? At cum propius in 
uminentiis puppium vexilla crucis et alia chrisliane religionis 
insignia conspicantur, clamor ingens toUitur, consalutantium 
voce résultant equora ; turbis occurrenlium litus impletur, 
et ineffabile gaudium cunctos accendit. Inter alios Hervicus de 
Danziaco , sed pre aliis faraa factorum insignis , maturum terre 
presidium commodat, sicque in brevi manu raulta et valida 
confluente , nostrorum maritima illesa servatur. Est castrum 
quod Cralhum dicunt, ubi civitas olim Petras nomine, nune 
vero raetropolis, sed loci autistes noraen antiquum retinet , 



( 39 ) 

el archiepiscopatuin petracensis appellatur. Caslrum illud in 
sinu regni penitiore consistens per adrairalios Solclani cludum 
tenebatur obsessuin. Locus quidem sisola recédât expugnatus- 
que tiita famés , ab omni securus insultu. Est et castrum quod 
MoDs Regalis dicitur, quod ab urbe jam dicta (XX") viginti leu- 
garum interjectu dislans, ulterius versus Egyptum secedit. Hue 
etiam admiralios suos a principio rerura tyrannus transmiserat, 
ut diutina obsidione famés vinceret quos loci munitio servabat 
invictos. Verum nec eriguntur machine, nec temptatur insul- 
tus. Ridiculum enim esset os in celum ponere, et ibi expu- 
gnandi habere fiduciam , ubi nec impugnandi dalur accessus. 
Cumque in duos annos fere protraheretur obsidio , nostri egere 
ceperunt , sed viclor animus adversis non frangitur , et ex vite 
periculo virlutis periculum enitescit. Quicquid autem triste 
vel durum apud Saguntum Hiberos, apud Perusium perlulisse 
Romanos, testis narrât antiquitas, nostrorum constantia susti- 
net , nec abhorret egestas edulium quod usus et natura con- 
dempnant. Suas insuper affectiones pietas abdicat , suas amor 
abjurât delicias, nam pater progeniem parvulam, filius pa- 
rentes decrepitos, nuptam maritus proscribit, et ejecti cura 
lacrymis hostibus exponuntur invalidi , ut alimentis residuis 
diutius militent pugnaturi. Tandem famé confecti et semiani- 
raes honeste tamen deditionis pactum ineunt, nam et sibi re- 
cessus liberos et domino suo Enfrido scilicet de Turone qui te- 
nebatur captivus, liberationem adquirunt. Pari fato magister 
milicie templi Gerardus de Rideffordia quarumdam munitionum 
deditione absolvitur. Sed et pater Marchisi quodam gentilium 
captivorum concambio liber abscedit. Salahadinus itaque jam 
toto fere regno politus, cum cuncta sibi ad nuptum (nututn) 
succédèrent, elationefastuosa lascivienslegemMachomi magni- 
ficentius extulit, et eam chrisliane religioni precellere, rerum 
gestarum probabat eventu. Cujus superbientis gloriara cum se 
viclor coram christicolis insolentius jactitaret, fatuus quidam , 
propter dicacitatem ipsi non incognilus, Domino quidem inspi- 
rante, tali responso delusit. « Deus, fidelium pater, delinquentes 



( 60) 

christicolas corripienJos et corrigendos indicans, te minislrum, 
o princeps, in hos assunipsil, siciit carnalis pater ira nonnun- 
quam accensus baculiim immundum e luto corripit, quocum 
filios excedentes pulsaverit, eundem rursus in sterquilinium 
unde assumptus erat demergit. » 

Taliadiim apudPalestinamaguntur, archiepiscopus Tyrinavi 
concensa tante cladis niintium jamad orbera christianum delu- 
Ierat,el terre tam modice vulnus terris omnibus intulit lesionem. 
Fama rerum ad aures principum illapsa decurrit, et universis 
fidelibus hereditatera christi agentibus occupatam uuntians , 
quosdam ad lacrimas concitat , alios ad vindictara accendit. 
Primus omnium magnanimus Pictavie cornes Ricardus, ob ul- 
ciscendam crucis injuriam cruce insignitur, etomnes precedit 
facto quos invital exemplo. Pater ejus rex Anglorumjamverge- 
bat in senium,ipse tamen et patriscaniliem et regnijussibi de- 
bitum et itineris tanti difficultantes (difficultates) dissimulât, 
necullisoccasionibus a ceptodeclinabat. Hanc viri constantiam 
Dominus remunerandam judicans, quem primum aliorum om- 
nium incentorem elegit, eum ceteris principibus vel regressis 
vel defunctis negotii sui executorem reservavavit [reservavit). 
Post aliquantum tempus rex Francorum Philippus et rex An- 
glie Henricus , apud Gizorcium crucizantur , quos utriusque 
regni principes et innumeri tam ecclesiastice quam secularis 
railicie viri voto pariter et effectu sequuntur. In tantum vero 
noveperegrinationis fervebat studium,ut jam nonessetquestio 
quis crucem susciperet, sed quis nondum suscepisset. Plerique 
coUim et pensa sibi mutuo transmiltebant , ut ad muliebres 
opéras turpiter demigraret quisquis hujus militie inveniretur 
inmunis. Ad tam insigne certamen et nuptie (nupte) vires, et 
matres incitabant filios quibus dolor unicus erat, propter sexus 
ignaviam conprofisci (conproficisci) non posse. Hac mililandi 
gloria vagante licentius, de claustris quam plures migrabant 
ad castra, et abjectts cucullis loricas induti, jam vere Christi 
milites, nonarmariissed armis studere gaudebant. Ecclesiarum 
veroprelatinutricem virtutum sobrietatem publice indicebant, 



( 61 ) 

exortantes attentius , ut omnes et mensarum et vestium nitore 
postposito , a luxu solilo temperarent. Instiluturn etiam com- 
muni consilio tam principum quara presulura fuit, quod ad 
susteutandos pauperes peregrinos, alii qui reraanebant rerum 
suarurn décimas impenderent. Sed malitiosa raultorum cupidi- 
tas hinc occasionem sumpsit ut graves et indebitas exactiones 
in subditos exercèrent. His diebus rex Siculorum Willelmus in 
fata concessit , cujus obitus universo fideli populo tanto flebi- 
lior erat , quanto ipse ad subsidium terre sancte propior et 
pronior exislebat. 

Decurso tempore Romanoruni iraperator Fredericus sacre 
peregrinalionis assurait insignia, et veri formam peregrini tara 
exteriore habitu quam inleriore depromit affectu. Vir tantus 
cujus imperium hinc mare mediterraneum, hinc borealis claude 
[claudit) occeanus, cujus gloria continuis crevitvictoriis, cujus 
félicitas non sensit offensam , omnem blandientis seculi post- 
ponit illecebram et humilis pro Christo accingitur pugnaturus. 
Ejus slrenuitas presertim in annis vigentibus non minus stu- 
penda quam laudanda est, nam cum senior esset, et filios 
haberet quibus et etas et virtus ad militandum aptior videba- 
lur, eos tamen tanquam insuflicientes reputans , te [ipse?) 
chrislianissimi negotium procurandum suscepit. Filiis autem 
instantibus ut vel pro illo vel cum illo suscepte milicie munus 
implorent [implerent) , illum qui natu major erat regnantem 
reliquid [reliquit), alium vero quem ducem Suauorum fecerat, 
secum assumpsit. Et quia imperialis majestas neminem subito 
impetens, hostibus suis bella semper indicit, destinatur ab 
imperatore ad Salahadinum nuntius ut vel christianorum uni- 
versilati quam lesit satisfacial in plénum , vel disfiduciatus se 
preparet ad congressum. Epistolam Soldani responsoriam li- 
bello nostro inserendara duximus, nam superba tyranni fidu- 
cia quam ad resistendum conceperat, et ipsius tenorc clarescit. 
Eam quidam in ipsa simplicitate verborum in qua conscripla 
fuerat, recitando proponimus, nichil penitus immulantes. « Illi 
régi sincero amico, raagno, cxcelso Frederico, régi Aleman- 



( 6â ) 
nie. In nomine Domini raiserenlis , per gratiatn Domini unius 
potenlis, exuperantis, vicloris, perhennis, cujus regni non 
est finis. Grates ei agimus perhennes , cujus gratia est super 
totum mundum. Deprecamur eum ut infundat orationem 
suam super prophetas suos , et maxime super inslructo- 
rem nostrum nuntium suum Mahumeth prophetam, quem 
misit pro correclione recte legis , quam faciet apparere 
super cunctas leges. At tamen notum facimus régi sincero , 
poteuli , magno, amico, amicabili régi Alemannie, quod 
quidam homo Henricus nomine, venit ad nos, dicens se nun- 
cium vestrum esse , et detulit nobis quandam cartam quam 
dixit esse vestram. Nos legi fecimus cartam et audivimus 
eum viva voce loquentem, et verbis que ore dixit, verbis 
respondimus, sed hoc est responsum carte. Quod si compu- 
latis eos qui vobiscura concordant veniendi super nos , et no- 
minatis eos et dicitis : Rex lalis terre, et rex alterius terre, et 
comes talis, et taies archiepiscopi, et marchiones , et milites; 
et si nos vellemus enuntiare eos qui sunt in nostro servitio , 
et qui sunt intendentes nostro precepto , et promti nostro ser- 
moni, et qui dimicarent coram nostris manibus , non posset 
hoc in scriptis redigi. Et si christianorum computatis nomina, 
Sarracenorum sunt plura et plura habundantius quam chris- 
tianorum. Et si intcr nos et eos quos nominastis christianos, 
mare est, inter Sarracenos qui non possunt estimari, non est, 
mare inter eos et nos, nec ullum impedimentum veniendi ad 
nos. Et nobiscum habenlur Beduini, quos si opponeremus, ini- 
micis nostris suflicerent, Turkemanni, quos si effunderemus 
super hostes noslros , destruerent eos; etruslici nostri qui di- 
micarent strenue, si juberemus, contra gentes que venture sunt 
super terram noslram , et ditarentur de eis , et exterminarent 
eas. Et quomodo? Nos habemus nobiscum soldarios bellicosos 
per quos terram apertam habemus et adquisitam, et expu- 
gnatos inimicos. Et hii et omnes reges paganisrai nec tardabunt 
cura eos submonuerimus , nec morabuntur eum eos vocaveri- 
mus , et vos congregati fueritis, sicut carta veslra dicit, et du- 



( 63 ) 

cetis, sicut nunlius vesler narrât; obviabimus vobis per poleu- 
tiam Dei. Nec suflicit nobis terra ista que est in maritima , sed 
transibimus voluntate Dei et obtinebiraus terras vestras univer- 
sas fortitudine Dei. Nain si veneritis , cum toto posse vestro 
venielis, et présentes eritis cum omni gente vestra, et scimus 
quod in terra vestra nullus remanebit , qui se defendere possit, 
nec terrain tueri. Et quoniam victoriam nobis Dominus sua 
fortitudine de vobis donaverit, nichil amplius erit quam ut 
Irans vestras libère capiamus fortitudine sua et voluntate. Adu- 
natio enim legis cbristianorum bis venit super nos in Baby- 
lone. Una vice apud Damiatam , et altéra apud Alexandriam , 
et erat maritima Jérusalem cbristianorum et in terra Damasci, 
et in terra Sarracenorum, in singulis castellis singuli erant do- 
mini sibi proficientcs. Nostis qualiter cbristiani utraque vice 
redierunt , et ad qualem exitum venerunt, et hee gentes 
nostre refecte sunt cum regionibus suis, et Deus adunavit 
regiones afflnenlius et coadunavit eas longe lateque in potestate 
nostra, et Babyloniam cum pertinentiis suis, et terram Da- 
masci et maritimam Jérusalem et terram Gesire, etcastellasua 
et terram Roasie cum pertinentiis suis; et per graliam Domini 
hoc totum in manibus nostris est, et residuum regum Sarra- 
cenorum nostro est iraperio. Nam si raandaremus excellentis- 
simis regibus Sarracenorum, non retraherent se a nobis. Et si 
submoneremus Calephum de Baldach , quem Dominus salvet, 
veniendi ad nos, de sede excelsi imperii sui assurgeret, et ve- 
nirel in auxilium excellentie nostre. Et nos obtinuimus per vir- 
tutem Domini et potentiam Jérusalem et terram ejus, et réma- 
nent in manibus cbristianorum très civitates :Tyrus , Tripolis, 
et Antiochia; et de bis non est aliudnisi utoccupentur. Attamen 
si bellum vultis et si Dominus voluerit, ut sit per voluntateni 
suam quod tolam terram cbristianorum adquiramus, obviabi- 
mus per virtutem Domini sicut scriptum est in lilteris vestris. 
Veruni si nosde bono pacis vec\v\sieùs(requisieiilts) , mandabitis 
jii'ocuratoribus islorum trium locorum prcdictorum ut nobis 
ca sine contradictionc assignent, et vobis sanctam cruccm red- 



( 64) 

demus, et liberabimus omnes caplivos christianos qui siint in 
tola terra nostra , et habebimus pacem vobiscum et permit- 
lemus vobis ad sepulchrum unum sacerdotem , et reddemus 
abbatias que solebaat esse in tempore paganismi , et bonum 
eJs faciemus , et permittemus venire peregrinos in tota vita 
uostra , et babebimus vobiscum pacem. Quod si carta que ad 
nos venit per manum Henrici, nominatim sit caria régis, scrip- 
simus cartam islam pro respouso , et Dominus erigat nos ad 
consilium suura sua voluntate. Carta hec scripta fuit anno 
adventus propbete nostri Mabumeth , DLXXXHII , gratia Dei 
solius. Et Dominus salvet prophelam noslrum Mabumeth, 
et suam progeniem , et salvet salvationem salvatoris domini 
exceisi régis , victoriosi adunatoris, veridici verbi comptoris , 
vexiili veritalis, correptoris orbis et legis, Soldani Sarraceno- 
rum et paganorum , servitoris duarum sanctarum domorum 
et sancte domus Jérusalem palris victorum. Joseph filii Job 
suscitatoris progeniei Mirmureni. » 

Hauc superbi et inCdelis tyranni epistolam cum nugis suis 
magnificus Imperalor contempnens dignas principe iras conci- 
pit, et ad bellum totis afifectibus exardescit. Eum tolius imperii 
sequulur magnâtes et apud Magunliam ubi ex ediclo imperiali 
convenerant, una omnes et uuanimiter omnes in votum eximie 
tara peregrinationis proclamant. A Domino factura est istud, 
qui spirat ubi vult, et corda omnium inclinât quo vult, nam 
principes tanti non inanis glorie appelitu illecti, non inducti 
precio, non precibus exciti , sed solo superne retributionis de- 
siderio, per Dominum et propter Dominum, ad miliciam accin- 
guntur. Providerat quidem celeslis altitudo consilii ut et ipsi 
sponte vocati obsequium Domino gratum dependerent etimpe- 
rialis magnificentia comitatus condignos haberet. Sic ergo in- 
centore spiritu undique confluunt et qui tôt génies , tôt prin- 
cipes, sub uno imperante consfjiceret , antiquam romane 
potestalis gloriam non crederet deflixisse {deflexisse). In hoc 
Christi exercitu erant pontiGces, duces, comités, marchiones et 
principes alii quam plurimi , quos si norainibus et locis distin- 



(65) 

guerenius , incurreret pariter et scriplor molestiatu, et leclor 
lediuin, et ténor brevitatis offensam. Decretiim sane prudeii- 
tum fuit consilio qiiod hoc iter duHus arriperet, cujiis facilitas 
adsumptum annuuminsufficiens videretiir. Véhicula veroquam 
plura propler ilinerarios egrotanles constructa fuerant , ne vel 
sano inGrmus moram necteret , vel ianguentium turba ob iter 
destiluta perirel. Dudum quidem in discussionem venerat an 
mari , an terra potius tanta belli moles incederet. Sed quanta- 
libel navium muititudo tôt milibus transvehendis minus suffi- 
cere videbatur. Imperator itaque opus propositura instanter 
acceleraus , per Uugariam iler instiluil, et qui regum ultimus 
peregrinandi votum emiserat, primus ad solvendum festinat. 
Rex Ungarorum Bêla nomine, stalura eminens, vultu insignis, 
cujus profectio a cumulo incipit, cujus preconium ad summa 
progreditur, oui et si cetera non suppeterent, sola imperiosi 
vullus elegantia regno dignissima censeretur. Hic exercitum 
Cbristi hospitaliter recipit , ovanler occurrit, bénigne perse- 
quitur, et operum exhibitione devotionis fervorem testatur. 
Indigène vero quam plurimi, eximio calentes exemplo, vident 
aciera sanctam, et commilitare gestiunt, attendunt certanlium 
premia , et labores non metuunt, simulque et volunt et vovent, 
et sequntur, ut jara liquide constet quod tarda molimina spi- 
rilus sancti gratia non novit. Danubio transite , cum ad ulte- 
riores Bulgarie fauces deventum esset, Huni, Alani , Bulgares 
et Piucenates 

Certes, il est à regretter que ce morceau soit mutilé, et 
les savants membres de l'Institut de France, occupés de 
recueillir les historiens des croisades, le regretteront 
comme nous. Ce récit, écrit au milieu du bruit des armes, 
comme le dit l'auteur, semble, je le répète, par les citations 
de la Bible, les réflexions pieuses et une certaine érudition, 
être dû à la plume d'un clerc, prèlrc ou religieux. Parmi 
les anecdotes singulières ou aura sans doute remarqué celle 



( 66 ) 
de ce croisé qui , par une obscénilé sublime, avait imaginé 
un singulier moyen de perpétuer la bravoure héroïque du 
templier Jakelin de Mailly. 



II. 



Le répertoire du catalogue imprimé des MSS. de la bi- 
bliothèque royale indique , p. 79 , comme distinct de l'ou- 
vrage de Brochart, un Itinerarius terrac sanctae (inven- 
taire, n" 759), qui n'est cependant autre que son ouvrage. 

Cette copie, qui fait partie d'un recueil entièrement 
copié au XV" siècle (deux colonnes, in-fol., papier mêlé 
de quelques feuillets en parchemin) , diffère beaucoup de 
celle dont j'ai déjà parlé. Elle occupe, dans le volume , les 
feuillets 145 à 173, et se termine par une description de 
l'Egypte comme l'édition de Le Clerc. 

Au verso du feuillet 154 se trouve le passage relatif au 
mont Gelboc , et sur lequel se fixe l'attention, parce qu'il 
peut servir à déterminer l'époque où Brochart était en Pa- 
lestine. Mais, ici , l'année a été omise et on lit simplement 
ces mots : Nec est verum quod dicunt quidam quod nec 
vos nec pruina veniat super monles Gelboc, quia cum in 
die beati Martini essem ibi, venit super me pluvia qua 
usque ad carnem fui madefactus. 

Telle est, après le prologue, la division des chapitres : 

Divisio terrarum adjacentium terre sancte. 

Divisio contra Aquilonem. 

Divisio contra Boreani id est Septentrionem. 

Divisio contra Subsolonum. 

Divisio contra Eurum. 

Divisio contra Nolhum. 



( 67 ) 

De urbe SancCe Ihrlem. 

Divisio contra austrum directe. 

De îongitudine et latitudine terre sancle. 

Summa longitudinis et latitudinis. 

De Divisione habitantium in terra sancta. 

De gentibus christianis que idtra mare sunt et de cultu 
et uxoribus eoritm. 

Descriptio Egipti. 

Explicit itinerarius {et non pas itinerarium comme dans 
le répertoire imprimé). 



ARCHEOLOGIE. 

Combat de Thésée et de l'amazone Molpadie; peinture de 
vase, expliquée par M. Roulez. 

La défaite des Amazones par Thésée était regardée 
comme un des principaux exploits de ce héros, et comme 
un des événements les plus glorieux de l'histoire primitive 
d'Athènes. Célébrée par la poésie épique (1), elle devint 
un sujet de prédilection pour l'art, qui le trouva si favo- 
rable au développement de son génie. Les chefs-d'œuvre de 



(1) On cite une Amazouidc attribuée à Homère (Suidas voc. O/xtjpoi), et 
une Attliide d'IIegcsinoiis (Pausanias, IX, 29, 1), lesquelles faisaient peut- 
être partie d'une Théséide. Voy. Welcker, Der epische Cyclus , S. 515 f^f;. 
Cf. Millier , de Cyclo Graecor. Epico et poct. CycL, p. Ci , sq. 



( 68) 
Phidias (1) et de Micoii (2) , lixèrent la forme des repré- 
sentations de ce sujet, et servirent de modèles aux artistes 
des siècles suivants. Leur iniluence sur la céramographie 
est attestée aujourd'hui encore par un grand nombre de 
vases peints, qui la plupart sont remarquables, du moins 
sous le rapport de la composition. L'amphore inédite de la 
collection Pizzati , dont je donne ici un dessin , tient une 
place distinguée parmi ces monuments, 

La peinture du côté principal du vase, ofl're une ama- 
zone placée entre deux guerriers, dont l'un la poursuit 
et l'autre court au devant d'elle pour l'arrêter dans sa 
fuite. Le premier l'a atteinte déjà et lui porte un coup de 
lance, au moment où, se retournant sur lui, elle lève le 
bras pour le frapper de sa bipenne. Ce guerrier, à la figure 
juvénile, est sans aucun doute Thésée. Il a la tête coiffée 
de l'espèce de casque appelé aulopis (5) ; on remarque sur 



(1) Le combat des Athéniens contre les Amazones était représenté sur les 
bas-reliefs de la frise du temple de Thésée , dont plusieurs fragments se trou- 
vent au Musée britannique, ainsi que sur ceux des métopes du Parthénon. 
Voy. Millier, Handbuch der Archeolog., §118,2. S. 103 fg. Il avait été 
reproduit également, peut-être par Alcamène, élève de Phidias, sur les bas- 
reliefs du temple de Phigalie, que possède aujourd'hui le Musée britannique. 
Voy . Combe , A description of the collection ofancient Marbles in the Bri- 
tish Muséum, P. IV. London , 1821. 0. M. Baron von Stackelberg , Der 
Apollo's Tempel zu Bassae in Arcadien. Rom., 1826, in- fol. Ph. Lebas, 
Monuments d'antiquité figurée , recueillis en Grèce par la commission de 
Morée , cah. I, in-8o. — Phidias avait encore retracé le même sujet sur le 
trône de Jupiter à Olympie (Pausan., V, 11 , 2) et sur la partie convexe du 
bouclier de la Minerve Parthenos. (Plin., Hist. nat., XXXVI, 4 , 4.) 

(2) Micon avait peint la lutte des Amazones contre les Grecs dans le Pœcile 
(Pausanias , 1 , 15,2, Schol. ad Aristoph. Lysistr., 079) et sur les murs de la 
cella du temple de Thésée (Pausan., 1, 17, 2). 

(3) Hesychius, voc. Ai/Aw»-/;, tora. l,p. 618. Cf. le duc de Luy nés, ^nna/e« 
de l'inst. arch., tom. V. p. 240. 



( 69) 
la visière relevée de grandes ouvertures pour les yeux. Sa 
tunique courte (filoj^t;) et succincte laisse à découvert l'é- 
paule droite et le sein droit (1). On aperçoit à la hanche 
gauche le bout de son parazonium suspendu à un cordon 
qui passe sur l'épaule droite; un vaste bouclier rond couvre 
une partie de son corps. L'armure de l'autre guerrier est 
plus complète que celle de Thésée. Outre la lance, l'épée, 
le casque (2) et le bouclier, il porte encore une cuirasse 
et des cnémides. Aucun emblème particulier ne décore le 
bouclier; on remarque seulement, au milieu de deux cer- 
cles concentriques, des ornements lancéolés de différentes 
dimensions et disposés en forme d'étoile. 

Pindare rapporte que Thésée était accompagné de Piri- 
thoiis, lorsqu'il enleva Antiope (5) , et en effet deux pein- 
tures de vases, munies d'inscriptions et représentant cet 
enlèvement (4) , donnent ce nom au compagnon du héros 
athénien. Il ne saurait donc y avoir d'invraisemblance à 
reconnaître le chef des Lapithes dans le guerrier qui, sur 
notre vase, de même que sur plusieurs autres (5), combat 
à côté du fils d'Egée. Cependant il serait plus rationnel 
peut-être, surtout dans ces scènes de bataille, d'appeler 



(1) Pollux, VII, 13. Schol. Aristoph., T'esp., 442. Cf. Lcbas, Monuments 
d'antiquité figurée^ p. 57 sv. 

(2) C'est le casque appelé cranos; les généiastères ou couvre-joues en sont 
retroussés. Voy. Pollux , 1 , 136. Cf. leduc de Luynes, ouv. c, p. 240. 

(3) Pindare ap. Pausan., 1.2,1. 

(4) Vase du prince de Canino, décrit par M. de Witte , Catalogue étrusque, 
n» 115. Cf. Gerhard, Rapporta volcente , p. 152 (386), et le Musée étrusque 
de Lucien Bonaparte, n" 500; revers du célèbre vase de Crésus du cabinet 
Durand, publié par le duc de Luynes, dans les Monum. inédits de l'inst. 
arch.,\o\. I, pi. LV, et reproduit par Inghirami, Fasi Filtili, Tav. CCCXX. 

(5) Un vase publié chez Millin , Peintures de vases, tom. II , pi. XXV. 
In antre décrit par do Witte . Catalogue Durand, n" 345. 



(70 ) 

le guerrier en question Phalére (<ï>AAEP02), nom qui 
nous est fourni par le fragment d'un beau cratère, appar- 
tenant à M. le (lue de Luynes (1). Il est naturel de ren- 
contrer dans les premiers rangs des défenseurs d'Athènes 
contre les guerrières redoutables des bords du Thermodon, 
le héros qui donna son nom à l'un des ports (2) et à un dème 
de celte ville (3), et qui avait, ainsi que Thésée, fait partie 
de l'expédition des Argonautes (4). 

Les armes offensives de l'amazone sont la bipenne et 
l'arc; un carquois est suspendu à sa ceinture (5). Elle porte 
le costume national ou scythique, consistant en une tu- 
nique à manches et en une espèce de pentalons appelés 
anaxyrides. Ces vêtements sont mouchetés de taches et de 
raies en zig-zag, qui imitent la peau de la panthère et du 
zèbre. Le bonnet phrygien ou mitre , qui coiffe la tête de la 
guerrière, est d'une forme particulière et manque des trois 
pointes qui recouvrent ordinairement la nuque et les joues. 

Le nom à donner à cette amazone (6) ne peut pas être 



(1) Publié par l'illustre possesseur dans sa Description de quelques vases 
peints, etc., p. 24, pi. XLIII. — Peut-être l'amour-propre des Athéniens 
ne voulait-il reconnaître aucune assistance étrangère pour la défense de leurs 
foyers; et l'on sait que Pirithoûs n'était pas d'Athènes. 

(2) Pausan., I, 1,4. Dans ce port même, le héros avait un autel à côté de 
ceux qui étaient consacrés aux fds de Thésée, Pausan. , ibid. 

(.5) Xénoph., De re equest., c. 3, 1. Stephan. B^'zant. voc. i>dXi]po-/ , 
p. 293, éd. Westermann. — Une des douze peuplades sur lesquelles régna Cé- 
crops, portait aussi le nom de ^ia^tfpô;. Voy. Strabon , IX, 20, p. 397. 
(Tom. II, p. 100, Coray.) 

(4) Pausan., l. c. Orphei , Argonautic, 145. Apollon. Rhod., I, 96. 
Schol. Hygin, Fab., 14. 

(5) Succincta pharetra. Voy. Virgile, yEn., 1,323. 
(0) L'inscription qui accompagne la figure est illisible. 



(71 ) 
délermiué avec le même degré de certitude que ceux des 
guerriers. Sur le vase de l'ancienne collection Durand, 
aujourd'hui au cabinet de M. le comte de Pour talés (1) , 
l'amazone à cheval qui est aux prises avec Thésée , est ap- 
pelée Hippolyte. Si nous ne connaissions que cette seule 
inscription , nous pourrions admettre que ce nom est appli- 
cable à toutes l^s peintures où l'amazone qui combat l'her- 
cule athénien se trouve à cheval; et cela avec d'autant 
plus de raison que le nom même (2) est indiqué symbolique- 
ment par la ligure équestre. Mais un autre vase à inscrip- 
tions, le cratère précité de M. le duc de Luynes, s'il ne 
détruit pas cette règle, y jette au moins de l'incertitude. 
Sur ce monument, l'amazone à cheval s'appelle Antiope. 
Cette différence de noms sur deux compositions qui offrent 
beaucoup de ressemblance entre elles, s'explique par la 
diversité des opinions des Anciens sur l'épouse de Thésée , 
que les uns (3) appellent Hippolyte et les autres (4) An- 



(1) Publié par Millin, Monum. inédits , tom. I, pi. XXXV, et par Pa- 
nofka (avec les explications inédiles de Visconti). antiques du cabinet du 
comte de Pourtalès-Gorgier , pi. XXXV. 

(2) Hippolyte ^ c'est-à-dire celle qui monte un coursier sans frein, la 
cavalière intrépide. Les allusions aux noms propres dans les ouvrages de l'art 
(jrec sont très-fréquentes : ainsi un demi-cbeval avec les brides abandonnées 
sur le cou est le symbole de Lysippe, sur les monnaies de Tarente. Voir une 
foule d'autres exemples produits par Visconti dans sa dissertation précitée 
(voy. la note précédente), p. 17. 

(.j) Clidcmus, ap. Plut., Fit. Thés., 'il. Schol. Euripid., Hippolyt., v, 
10, éd. Malthiae. Schol. Aristophan , Ran., 873. Athen., XllI, i, p. 557. 
Tzetzcs ad Lycophr., 1329, p. 1004. Millier. Serviusad jEn., VII, 761, t. I. 
p. 443, éd. Lion. Justin, Jlist., il, 4. Inscr. du bas-relief farnésien de l'a- 
potbéose d'Hercule, Marini, Jscriz Jlbane , p. 153. 

(4) Plut,, l. c, 20. Isocrat,, Panathen., c. 78, p. 273, Coray. Diodor. 
Sic, IV, 10. Hygin., Fab., 30. Seneca, Hippolyt., 227. Pausan., 1,2, 
1 . 41 , 7. Scrvius ad /En., XI, 661 , t. II, p. 45. Cf. Bachet de Meziriac, 



(72) 
tiope. Mais là n'est pas toute la difficulté; il s'agit encore 
de savoir si l'adversaire du héros athénien est bien celle 
qui devint ensuite sa femme. Pour pouvoir prendre une 
décision sur ce point, il faut rechercher d'abord de quel 
événement de la guerre des Amazones il est question sur 
ces peintures. 

Lorsqu'Hercule, par l'ordre d'Eurysthée, alla conquérir 
le baudrier de la reine des Amazones, Thésée l'accompa- 
gna dans cette expédition et reçut pour prix de sa valeur, 
Antiope ou Hippolyte, qui se trouvait au nombre des pri- 
sonnières (1). Une autre légende parlait d'une expédition 
particulière entreprise par Thésée dans le pays des Ama- 
zones (2). D'après le poète Hégias (3), Antiope étant de- 
venue amoureuse du héros athénien pendant le siège de 
Thémiscyre, lui livra la ville (4), puis le suivit dans l'At- 
tique et l'épousa. Mais selon Pindare (5), elle aurait été 
ravie par le fils d'Egée et son compagnon Pirilhoiis. Cet 
enlèvement est retracé sur deux peintures de vases prove- 
nant de Vulci (6). 



Comment, sur les épistres d'Ovide, (ora. 1, p. 517 sv. Ed. Most. de ffip- 
pohjlo Thesei filio , Marburg. 1840, p. 1. 

(1) Philocbore.ap. Plut., l. ?., 26. Diodor. Sic, IV, 28. Justin.. II , 4 . 
26. Hygin., 30. EtymoL, Magn., voc. "Efsasi , Tzetzes ad Lycopliron. /. c. 

(2) Plut., l. /., c. 26, sq. Statius, Theb.. XII, S19, sqq. Cf. Bachet de 
Mezeriac, ouv- c, p. 318, et Ludolf. Stephani , I>er Kampf swischen 
Thesexis rmd Minatitoros , Leipzig, 1842, in-fol., S. 12. 

(3) Ap. Pausan., 1,2, 1 . Cf. Isocrat, Panathen., § 78. 

(4) Un vase peint du Musée britannique parait représenter l'amazoue 
introduisant Tiiésée dans la ville. Voy. Millingen , rendent unedited monu- 
ments , p. 32, pi. XIX. Cf. Welcker, dans les Hyperboreisch . Rom. Stu- 
dien von Gerhard, S. 503 fg. 

(5) y/p. Pausan., l. c. 

(6) Revers du vase représentant Crésus : Thésée emporte dans ses bras 



(73 ) 

Quoi qu'il en soit, l'arrivée d'Antiope à Athènes devint 
le prétexte de l'invasion des Amazones dans l'Attique. Une 
bataille sanglante fut livrée dans la ville même (1), et la 
victoire resta à l'armée de Thésée. Cette défense glorieuse, 
qui avec Athènes, avait sauvé la Grèce entière (2) , intéres- 
sait bien plus vivement la vanité nationale des Athéniens 
que les combats livrés par leur chef sur les bords du Ther- 
modon. Ce sont ces succès qui avaient été chantés par les 
poètes, vantés par les historiens (5), et qui étaient devenus 
en quelque sorte un lieu commun oratoire (4). Il n'est 
donc pas permis de douter que ce ne soit ce même fait 
d'armes que retracèrent le pinceau de Micon et le ciseau 
de Phidias. De même que le sculpteur des bas-reliefs de 
Phigalie (5) , ces grands maîtres , dans la plupart de leurs 
compositions, avaient probablement montré aux prises les 
chefs des deux armées, et les peintres de vases, limités par 
l'espace, auront choisi de préférence ce groupe pour leurs 
tableaux. 

C'est donc la reine des Amazones que, sur les vases peints, 
il convient de reconnaître dans l'adversaire de Thésée. 
Or, cette reine est pour les uns Hippolyte (6), pour les 



l'amazone , Pirithoûs les suit. Vase du prince de Canino (de Witte, Catalo- 
gue étrusque, 115) : Thésée monté sur un quadrige, enlève entre ses bras 
Antiope. A la suite du char , marchent Pirithoiis et Phorbas. 

(1) Plut., Fit. Thés., c. 27. Sur le lieu du combat, Voy. Th. Benfey , 
dans les lYeueJahrbiich. fur Philologie. Vol. X. S. 4SI . 

(2) On considérait en effet cette invasion comme étant dirigée contre la 
Grèce entière. Voy. Isocral., Panegyric, § 19, pag. SO, Coray. Welckcr, 
Der epische Cyclus, S. 317. 

(3) Uerodot,IX,27. 

(4) Voy. Platon , Menexen., p. 239 B. 

(5) Voy. chez Lebas la plaque n" 8. 

(0) Pausan. , 1 , 4 1 , 7 . Le vase de Nota au cabinet de M. le comte de Pourtalés. 

ToM. XI. 6 



(74) 

autres Antioi)e (4) , selon que, dans leur opinion , le nom 
opposé appartient à l'épouse du fils d'Egée. Mais alors qu'on 
admet que la lutte souvent acharnée qu'offrent ces repré- 
sentations a pour théâtre l'Attique, rien n'autorise plus à 
supposer qu'elle se passe entre Thésée et l'Amazone qu'il a 
enlevée. Le poème même de la ïhéséïde , dont la légende 
du reste ne paraît pas avoir eu beaucoup de vogue (2) , tout 
en donnant pouf cause de l'invasion la jalousie d'Antiope 
répudiée par Thésée, ne dit nullement que celle-ci se soit 
mise à la tête des Amazones et qu'elle ait péri dans la mêlée 
par la main de son mari (3). Enfin , dans la tradilion, à 
mon avis d'origine tragique, que nous a conservée Hy- 
gin (4) et d'après laquelle Thésée immola Antiope pour 
obéir à un oracle d'Apollon , il ne peut pas être question 
d'une mort sur le champ de bataille. 

En jetant un coup d'œil sur les bas-reliefs de Phigalie, 
on remarque que l'artiste a distingué les chefs des Amazones 
des autres guerrières en les représentant à cheval. Cette 
distinction se sera rencontrée probablement sur d'autres 
compositions de l'époque de la grande splendeur de l'art, et 
aura été transportée de là aux imitations reproduites sur 
les monuments de la céramographie. Les vases de MM. de 



(1) Le fragment de cratère de M. le duc de Luynes. 

(2) Plut., Fit. Thés., c. 28 : "Hv yàp 6 rîji @yj(j\ijï(foc, 7rot\jTiji' Afici,l!,o- 
vuv è7ra,vâ:(TTa,<jtv yéypafE,... frEpifccvwi Ëcdce /u.6du xxi 7rXdcTf^,xri. 

(3) Voy, Ph. Lebas , Monuments dCantiq. figurée , p. SI , not. 12iO. 

(4) Pàb. 241. On lit dans Plut., l. l., c. 26 : TéAoî Je ©i^o-eùç, Kuzd 
ri Xôyiov rù tfôliu (M. Lebas corr. «toZ/Sw) acfO.'ytKadfx.evoi; awl^\pEv aù- 
zûîiq. Si , dans ce passage , il est réellement question du sacrifice d'Antiope , 
comme le conjecture très-ingénieusement M. Lebas {ouv. c, p. 32, not. 12G), 
il n'en est pas moins vrai que ce sacrifice a eu lieu avant le combat. 



( 75 ) 
Pourtalès et de Luynes, où se lisent les noms d'Hippolyte 
et d'Antiope viennent à l'appui de cette hypothèse. Une 
autre conjecture qui n'est que le corollaire de la précédente, 
c'est que ni l'une ni l'autre de ces princesses ne figure sur 
les peintures où Thésée combat une amazone à pied. Par 
conséquent, sur le vase qui fait l'objet de la présente 
notice, je suis porté à croire que l'amazone est Molpadie, 
qui, après avoir tué Antiope d'un coup de flèche (1), reçoit 
à son tour la mort de la main de Thésée (2), On montrait 
h Athènes le tombeau de cette amazone. 

La peinture du revers de notre vase montre au centre de 
la composition, un personnage barbu, enveloppé dans son 
himalion, et s'appuyant de la main gauche sur un long 
sceptre. Il se trouve au milieu de deux femmes vêtues de 
tuniques et de longs péplus, et coiffées du bonnet nommé 
cecryphale. Toutes deux tiennent la main droite levée. Un 
vase de la collection Durand, aujourd'hui au musée bri- 
tannique , représentant le combat de Thésée et d'Hippolyte, 
offre au revers une composition analogue à la nôtre, avec 
l'inscription 2INI2, placée à côté du personnage barbu et 
drapé (3). Selon la tradition (4) , Sinis occupait l'isthme de 



(1) Pausan.,!, 21 : kvTii7r\^v (jihv Ùtto MoAtiXc^/*; , ro^nubî^vat. 
Plut. , Fit. Thés. , 27 : "Evioi dé fXGi fjuxk tzïi Q^aiuç, (jicux^ix.évviv tth- 
aeiv Tjiv kv^pwTTov ùtto '^lo^.TTci.dix; ànov - i a dula av. Cf. Herodoi-us, 
ap. Tztez. ad Lycophron., 1532, p, 1010. Mullep, où, au lieu de MoA- 
T/cT;; , rûdileur aurait dû rétablir dans le texte McAt«c//^; , pom simplement 
défiguré dans la leçon vicieuse MaAs-cuJâ; des codd. Vit. 1 , etCiz. 

(2) Héjçias, ap. Pausan., l.c. 

(3) De Witte , Catalogue Durand , p. 1 21 , n» ô'iQ. 

(4) Apoliodor, III, 10, 2. Diodor Sic., IV, !3i). Sclioi. Pind., htlim. 
Xtfr. Pausan., II , 1 , 4. 0\\d.,Metam., VII, 440. Hyyin. Fab.,ô8. 



( 76 ) 
Corinthe et y écartelait les voyageurs en les attachant aux 
cimes de deux pins, qu'il avait courbés et qu'il abandonnait 
ensuite à eux-mêmes. Thésée, en passant parla, vainquit 
le brigand, et lui fit subir le supplice auquel il condamnait 
ses victimes. Plutarque (1) raconte que Sinis avait une fille 
nommée Périgune, d'une beauté remarquable. Après sa 
mort, elle prit la fuite, et alla se cacher dans un lieu cou- 
vert de broussailles. Mais rassurée bientôt sur les inten- 
tions du héros athénien, qui s'était mis à sa poursuite, 
elle se livra à lui et en eut un fils, appelé Mélanippe. Nous 
devons supposer que, sur notre tableau, les filles de Sinis 
viennent annoncer à leur père l'approche d'un étranger, 
notamment de Thésée. Il faut avouer cependant que la 
manière dont ce personnage est figuré ne convient guère 
pour caractériser le brigand inhumain de l'isthme de Co- 
rinthe, et ne répond pas non plus aux représentations que 
nous avons de lui sur d'autres monuments (2) , où nous le 
voyons nu ou bien couvert d'une peau d'animal. 

En l'absence de l'inscription du vase Durand, on eût 
plutôt reconnu dans ces compositions Cécrops au milieu 
de deux de ses filles, ou Minos avec Phèdre et Ariadne. 



(1) Fit. Thés., c. 8. 

(2) Trois vases peints publiés l'un par Winckelmann , Monumenti an- 
tichi imditi , n" 98 ; l'autre par Tisclibein ,1, 6 , et le troisième par Mil- 
lin, Peintures de vases, tom. I, pi. XXXIV. Sur ce dernier monument le 
lieu (le la scène est caractérisé par la présence de Neptune Isthmius. Sur notre 
vase, Sinis, son fils, s'identifierait-il avec lui ? ou bien le dieu prcndrait-il lui- 
même le nom de Sinis , et recevrait-il sous sa protection ses petites-filles qui 
se réfugient vers lui après la mort de leur père ? 



'''""■■'■^'■'''l''i'-lU-.paije-o: 




( 77 ) 
M. le Directeur, en levant la séance, a fixé l'époque de 
la prochaine réunion au samedi 2 mars. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Bulletin de l'académie royale de médecine de Belgique. Année 
1841-42, n'"2et8;annéel842-4g, n"» 8 à 1 1; année 1843-44, 
tome III, n" 1. Bruxelles, 1843-44; 7 brochures in-8''. 

Notice historique surF.-C.-E. Vottem. Par M. le docteur De 
Lavacherie. Bruxelles, 1843 5 in-8°. 

Belgisch muséum, Uitgegeven door M. J.-F. Willems, 1848, 
4'^"= aflevering. Gent; in-S". 

Gazette médicale belge. 2^ année, n° 3. Bruxelles; in-4''. 

Essai historique de la révolution brabançonne, suivi de la 
joyeuse entrée de Joseph II. Par M. Le Grand. Bruxelles , 184B ; 
1 vol. in-8». 

Essai sur les gangrènes spontanées. Par M. Victor François. 
Paris et Mons, 1832; 1 vol. in-8°. 

Essai sur les convulsions idiopathiques de la face. Par le 
même. Bruxelles, 1843; in-8°. 

annuaire de l'académie royale des sciences et belles-lettres de 
Bruxelles, 10^ année. Bruxelles, 1844; 1 volin-18. 

Recherches sur les polypiers flexibles de Ja Belgique, et parti- 
culièrement des environs d'Ostende. Par M. G.-D. Westendorp. 
Bruges, 1843; in-8". 

Catalogue de livres anciens et modernes de M. A. Vandale. 
V' catalogue de 184'4. Bruxelles, 1844; in-8°. 

Note sur quelques libellules d'Europe. Par M. E. de Selys-Long- 
champs; feuille in-S". 

WoDAi^A. Muséum voor Nederduitsche Oudheidskundc . Uil- 



(78 ) 

gegeven door M. J.-VV. Wolf, 2-^^ aflevering. Cent, 1R43; 
ia-8«. 

Catalogus pJantarum horti botanici Antwerpiensis, Ânno 
18-4-4. Antwerpiae, 184-4 ;in-8". 

Annales de la société de médecine d'Anvers. Année 1843 , 
feuilles 2 et 3. Anvers; in-S». 

Journal historique et littéraire de Liège, Tome X, livr. 10. 
Liège ; in- 8". 

Histoire politique, civile et tnonumentale de la ville de 
Bruxelles. Par MM. Alex. Henné et Alph. Wauters, livr. 37 à 
70. Bruxelles , in-8°. 

Messager des sciences historiques de Belgique. Année 1843, 
4Mivr. Gand, 1844; in-8°. 

Annales et Bulletin de la société de médecine de Gand. Année 
1844, janvier, XIV vol., 1" livr. Gand; in-8''. 

Annales d'oculistique. Publiées par le docteur FI. Cunier, 
Vli^ année, tome XI , l"livr. Bruxelles, ln44; in.8°. 

Du danger de l'emploi de quelgiies collyres mal formulés ou 
mal préparés, dans les cas d'ulcération de la cornée. Par le 
même. Bruxelles, 1844; in-S". 

Bulletin de lasociété géologique de France. TomeXIV, feuilles 
41-42, septembre 1843; 2° série, tome I"', feuilles 1 à 3, no- 
vembre 184'B. Paris; in-S». 

La revue synthétique. Tome IV, n" 2. Paris, 1843; in-8". 

Revue zoologique. Par la société cuviérienne, 1843, n» 11. 
Paris, 1843; in-8°. 

Journal d'agriculture pratique et de jardinage. Public sous la 
direction du docteur Bixio , 2" série, tome 1"^% n° 6. Paris; 
in-8°. 

Journal de la société de la morale chrétienne. Tome XXIV, 
n° 6. Paris ; in-8". 

ISouveutix mémoires de la société impériale des naturalistes 
de Moscou. Tome Vil. Moscou, 1841 ; 1 vol. in-4". 

Bulletin de la société impériale des naturalistes de Moscou. 
Année 1843, n"' 2 et 3. Moscou, 1843; in-8". 



( 79 ) 

Ohspvvations astronomiques faites à l'observatoite de Genève, 
dans l'année 18-42. Par M. E. Plantamoiir , 2'= série. Genève, 
1848; in4». 

Remarques sur les anthracites des .4lpes. Par M. Alpli. Favre. 
Genève ; in-^". 

Considérations géologiques sur le mont Salète et sur les ter- 
rains des environs de Genève. Par le même. Genève, 1843; 
in-i". 

Observations sur les Diceras. Par le même. Genève, 1843; 
in 4°. 

Mémoires de la société de physique et d'histoire naturelle de 
Genève. Tome X, P" partie. Genève , 1843 ; 1 vol. in-4°. 

Mémoires de la société royale des sciences, lettres et arts de 
Nancy. 1842. Nancy; 1 vol. in-8°. 

Astronomical observations niade at the Radcliffe observatory. 
Oxford, in ihe year 1841, by Manuel J. Johnson, vol. II. 
Oxford, 1843; 1 vol. in-8". 

Programma certatninis poetici ab Instituto Regio Belgico pro- 
positi. Anno CD13CCCXLIV ; feuillet in^". 



ERRATUM. 



Pag. 7, Ijg. 18 el 19, on voyait.... .se indlcr, lisez se mciaienl 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉIIE ROYALE DES SClErVCES 

ET 

BELLES-LETTRES DE BRDXELLES. 

1844. — No 3 
Séance du 2 mars. 



M. le baron de Stassart, directeur. 
M. le baron de Reiffenberg, faisant les fonctions de se- 
crétaire. 



CORRESPONDANCE. 

Le secrétaire perpétuel écrit qu'une indisposition l'em- 
pêche de se rendre à la séance; il prie en même temps 
M. le directeur de vouloir bien prévenir l'académie que 
Munich remplacera désormais Bruxelles, comme centre 

TOM. XI. 7 



( 82 ) 
des observations météorologiques horaires des équinoxes 
et des solstices. C'est M. Lamont, le savant continuateur 
des Éphémérides palatines , qui a consenti à reprendre la 
direction de celte entreprise. Le secrétaire prie également 
l'académie de vouloir bien le considérer désormais comme 
déchargé de la direction des travaux relatifs aux phéno- 
mènes de la floraison , des migrations des oiseaux , etc. , et 
joint à sa lettre toutes les communications sur les phéno- 
mènes périodiques qu'il a reçues jusqu'à présent pour 1845. 
Ces communications sont les suivantes. 

I. Observations botaniques. 

Belgique. Bruxelles, par M. Quetelet; environs de Bruxel- 
les , par M. Galeotti ; Vinderhaute , près de Gand , par 
M. Blanquart; Bruges, par M. le docteur Forster. 

Néerlande. Lochem, en Gueldre, par M. Slaring; Vucht , 
par A. Cartini Van Geffe. 

Bavière. Munich, par M. G. Lommier (communiqué par 
M. deMartius). 

Duché d'oldenbourg. Jever , par M. le docteur Brennecke. 

Angleterre. Newmarket , par M. Jenyns. 

Ecosse. Makerstoun, par M. Bronn (communiqué par Sir 
Dugald Brisbane). 

Italie. Panne, par M. Scherer ; Fenise , par M. Zantedeschi . 

II. Observations zoologiques. 

Belgique, Bruxelles, par M. Vincent; Liège, par M. de 
Selys-Longchamps; Louvain, par M. Schwann (1); 
Bruges, par M. le docteur Forster. 

(I ) Ces observations se rapportent à Thomme. 



(83 ) 
Angleterhe. Neiomarkel , par M. Jeiiyns. 
lïKus.. Parme , M. Camille Rondani. 

III. Observations des équinoxes et des solstices. 

^ Le secrétaire a reçu, de plus, pour le dernier solstice 
d'hiver, les observations météorologiques horaires des sta- 
tions suivantes : Bruxelles, Gand, Lille, Luxembourg, 
Francfort, Valenciennes, Paris, Greenwich, Makerstoun,' 
en Ecosse, York , Utrecht, Amsterdam, Leuwaardeu , De- 
venter, Groningue, Angers, Thouarcé, Rennes, Marseille, 
Toulouse, Lausanne, Lucerne, Genève, Aosle, l'hospice 
du grand Saint-Bernard, Gênes, Parme, Bologne, Flo- 
rence, Naples, Venise, Trieste, Milan , Vienne, Munich, 
Prague, Varsovie, Cracovie, Lemberg en Galicie. 

— Les villes de Nivelles, Malines et Turnhout , envoient 
des réponses à la circulaire de l'académie sur les antiquités 
nationales. MM. Piot et Hanssens adressent également des 
renseignements sur des tombelles et d'autres objets remar- 
quables. 



RAPPORTS. 



Notice géologique sur le département de l'Aveyron, par 
M. Marcel de Serres (rapport de M. d'Omalius 
d'Halloy). 

La notice géologique sur le déparlement de CAveyron, 
louchant laquelle l'académie a demandé un rapport, est 
une nouvelle production de la plimie , si féconde, de 



(84) 

M. Marcel de Serres. Ce travail conlient une bonne des- 
cription géognostique d'une des contrées les plus inté- 
ressantes de la France. Il est écrit avec facilité, d'une 
lecture agréable, mérite assez difficile pour une matière 
aussi aride; mais on y aperçoit quelquefois l'extrême 
rapidité avec laquelle l'auteur est habitué à produire ses 
ouvrages. 

Le mémoire est terminé par quelques considérations 
sur les phénomènes géogéniques qui se sont passés dans la 
contrée qui en fait le sujet. Ces considérations, comme 
toutes celles de même nature, pourraient donner lieu à 
des observations; mais, comme l'auteur a eu le bon esprit 
de les reléguer dans l'explication de sa planche, qu'elles 
n'influent aucunement sur la partie géognostique, et que 
d'ailleurs elles sont assez conformes aux opinions admises 
dans la science , il n'y a pas lieu d'établir ici de discussion 
sur cette matière. 

L'auteur traite avec beaucoup de détail du phénomène 
si remarquable et si difficile à expliquer, des caves de 
Roquefort, qui ont la propriété de donner au fromage des 
qualités si estimées des amateurs. Je ne me permettrai pas 
de juger l'explication que l'auteur donne de ce singulier 
phénomène, et j'émettrai, à cet égard, le vœu que l'aca- 
démie fasse examiner cette partie du travail par ceux de 
nos confrères qui ont fait une étude plus approfondie des 
causes des variations de température. 

Passant maintenant à la question de l'impression, dans 
les recueils de l'académie, du mémoire dont il s'agit, im- 
pression qui est, sans doute , le motif pour lequel ce travail 
nous a été adressé, je dirai qu'une bonne description 
géognostique étant toujours quelque chose d'utile à la 
science, je conclurais à l'impression , si l'état des finances 



(8.5) 
de l'académie ne la force pas de faire des restrictions à ses 
publications ; mais, dans le cas contraire, comme il s'agit 
d'une contrée éloignée de notre pays et que ce mémoire 
ne contient pas de faits nouveaux au point de vue général , 
je conclurais à ce que, en remerciant l'auteur de son in- 
téressante communication, on lui témoignât le regret que 
les moyens dont l'académie dispose ne lui permettent pas 
de publier des descriptions de pays étrangers. 

L'académie , conformément aux conclusions de ce rap- 
port, auxquelles adhère M. Dumont, second commissaire , 
ordonne l'impression de la notice de M. Marcel de Serres 
dans le prochain volume des mémoires des savants 
étrangers. 

— L'académie, sur les rapports de ses commissaires, 
MM. Cornelissen, Willeras et Grandgagnage , ordonne 
également l'impression du mémoire de M. le chanoine 
De Smet, Sur la guerre de la Zélande, 1504-1305. 



Rapport sur un travail de M. le D' Koene, intitulé : 
Mémoire sur la non-existence du sulfate d'oxyde azo- 
tique , par M. Stas. 

L'objet de ce mémoire est de démontrer que la combi- 
naison de l'acide sulfurique avec la deutoxyde d'azote, que 
MM. H. et Adolphe Rose avaient cru observer, et dont ils 
avaient môme décrit les propriétés , n'existe pas. 

La lecture de ce travail nous a surpris, par la raison que 
le fait avancé par M. A. Rose paraissait avoir été vérifié par 
un chimiste distingué de France, M. Pelouzc. En effet. 



(86) 
celui-ci , dans un mémoire récent (1) , dit positivement : 
« J'ai préparé celte combinaison , » et d'un autre côté il a 
basé un procédé de préparation de l'azote sur l'existence 
même de cette combinaison. 

Il est bien évident que l'une ou l'autre de ces assertions 
doit être erronée. Comme il n'y a que l'expérience seule 
qui puisse résoudre la question , nous y avons eu recours, 
et nous avons reconnu l'exactitude des données du mé- 
moire qui nous est présenté. 

En effet, quand nous avons éliminé, comme l'a fait 
M. Koene, l'oxygène des appareils , ni le deutoxyde d'azote, 
ni aucune combinaison oxydée de ce corps ne s'unit à l'a- 
cide sulfurique. 

L'acide sulfurique au travers duquel a passé de l'oxyde 
azotique pur ne donne pas , comme le prétend M. Pelouze, 
de l'azote, quand on le chauffe avec du sulfate d'ammo- 
niaque. 

Cet acide, au contraire, dans lequel on a fait barboter 
de l'oxyde azotique, mais sans exclure l'air des appareils, 
contient toujours des combinaisons oxydées de l'azote; ce- 
lui-là, chauffé avec du sulfate d'ammoniaque, donne con- 
stamment de l'azote. Ce qui prouve que l'intervention de 
l'oxygène de l'air, comme l'observe M. Koene, est indis- 
pensable à la formation de la combinaison nitrosulfurique 
que l'on avait observée et décrite depuis quelque temps. 

En conséquence de ceci, nous avons l'honneur de pro- 
poser à l'académie de voter des remercîments à l'auteur 
pour sa communication et d'insérer son travail dans le 
prochain numéro des Bulletins. 

Conformément aux conclusions de ce rapport, aux- 



(1) y/nn. de PU. ctde Ch.. Iroisièmf séi-ir, (om. H. |>. 4'». 



( 87 ) 
quelles ont adhéré les deux autres commissaires, MM. de 
Hemptinne et de Koninck, l'académie a ordonné l'impres- 
sion du mémoire de M. le docteur Koene. 



Mémoire sur la non-existence du sulfate d'oxyde azo- 
tique, par le docteur Koene, professeur à l'uni- 
versité de Bruxelles. 

Dans un travail que j'ai entrepris il y a quelques semai- 
nes, il m'était indispensable de connaître la nature du sul- 
fate d'oxyde azotique que M. Henri Rose a décrit. Comme 
cette nouvelle combinaison se forme, d'après M. Adolphe 
Rose, aussi bien par l'action de l'oxyde azotique sec sur 
l'acide sulfurique anglais, que sur l'acide sulfurique anhy- 
dre, et plus aisément encore si l'on fait arriver le gaz 
humide dans de l'acide sulfurique concentré, on a procédé 
de la manière suivante pour le préparer. 

Dans une petite cornue tubulée , à col effilé et courbé à 
angle droit, on a chauffé de l'acide sulfurique pur et con- 
centré. Lorsque l'acide était en pleine ébullition, on a 
introduit le col dans un vase où il se dégageait constam- 
ment de l'acide carbonique. Ensuite on a diminué la 
llamme de la lampe à esprit-de-vin, que l'on a éteinte quel- 
ques moments après. 

L'acide étant arrivé à la température ambiante , on a 
adapté à la tubulure de la cornue un tube recourbé plon- 
geant dans l'acide, et se trouvant en communication avec 
un llacon de Wouiff contenant de l'eau , et dont l'air avait 
été expulsé préalablement par un courant d'acide carboni- 
que. A l'autre tubulure du llacon se trouvait adapte un 



( 88 ) 
tube qui se rendait dans un vase contenant du cuivre et 
de l'acide azotique dilué. 

L'oxyde azotique, après avoir abandonné dans l'eau du 
flacon de Woulff les oxacides de l'azote qu'il avait en- 
traînés, passait dans l'acide sulfuriqueet de là dans l'air, 
où il formait des vapeurs rutilantes. L'acide sulfurique ne 
paraissait pas absorber de gaz. Il ne se formait pas non 
plus de cristaux de sulfate d'oxyde azotique ; même une 
heure après que le gaz eut passé constamment à travers 
l'acide , il ne s'y était présenté aucun phénomène autre 
que celui qui résulte du passage d'un gaz humide à travers 
un liquide qui est avide d'eau. 

L'opération ayant été prolongée suffisamment pour 
qu'une combinaison eût pu se former, on a enlevé de la 
cornue le tube de décharge pour y en introduire un autre , 
se trouvant en communication avec un vase où il se déga- 
geait de l'acide carbonique , destiné à chasser l'oxyde azo- 
tique gazeux de la cornue. A l'instant où le bouchon se 
trouvait détaché de la tubulure de la cornue , l'oxygène de 
l'air, en venant en contact avec l'oxyde azotique, produi- 
sait des vapeurs rutilantes. L'acide sulfurique qui s'était 
condensé pendant l'ébullition contre les parois de la 
cornue, absorbait ces vapeurs en formant des cristaux 
dans le voisinage de la tubulure. 

L'oxyde azotique gazeux ayant été chassé par l'acide 
carbonique, on a examiné l'acide sulfurique au moyen 
d'une solution de sulfate ferreux , laquelle s'en était co- 
lorée en brun rougeâtre. Avec l'eau purgée d'air il ne se 
formait point d'effervescence, et il ne se dégageait qu'une 
quantité si petite d'oxyde azotique, qu'on ne pouvait pres- 
que pas s'en apercevoir par l'odeur; tandis qu'avec l'alcool 
bouilli et refroidi dans une atmosphère d'acide carbonique. 



( 89 ) 
l'acide donnait lieu à la formation d'une quantité, à la 
vérité fort petite, d'azotite éthylique, mais perceptible par 
l'adorât. 

Or, si l'acide sulfurique était susceptible de contracter 
une combinaison avec l'oxyde azotique, il faudrait que ces 
deux composés formassent entre eux une combinaison 
définie, cristalline même, si l'on a égard aux assertions 
de M. A. Rose; que cette combinaison colorât en noir une 
solution de sulfate ferreux, et qu'elle formât une forte 
effervescence avec l'eau purgée d'air. L'expérience n'étant 
conforme à aucune de ces conditions, il est permis d'en 
conclure que le sulfate d'oxyde azotique ne peut se former 
dans les circonstances ci-dessus indiquées, et que le corps 
cristallin sur lequel M. A. Rose a expérimenté, est une 
combinaison d'une nature autre que ce sulfate. 

En considérant les circonstances dans lesquelles M. A. 
Rose a placé l'acide sulfurique et l'oxyde azotique, on ob- 
serve tout d'abord que l'oxygène de l'air n'a point été 
étranger à la formation de la combinaison cristalline. Loin 
d'opérer à l'abri de l'action de ce gaz, le chimiste allemand 
a fait arriver l'oxyde azotique dans un vase spacieux, con- 
tenant de l'air et de l'acide sulfurique concentré. L'oxyde 
azotique, en traversant l'acide sulfurique et en venant en 
contact avec l'air de l'appareil, a formé de l'acide azoteux 
qui s'était condensé contre les parois mouillées d'acide 
sulfurique en formant une combinaison cristalline, ana- 
logue à celle qui se forme pendant la fabrication de l'acide 
sulfurique. Au lieu d'isoler celte combinaison, on a agité 
le vase. Les cristaux s'étant dissous dans l'acide sulfurique, 
on a continué l'opération; bientôt après l'acide s'était pris 
en masse, ce qui permet de supposer que M. A. Rose n'a 
pas même lavé à l'eau l'oxyde azotique, avant de le faire 
réagir sur l'acide sulfurique. 



(90) 

Le chimiste allemand attache une grande importance à 
la réaction de la combinaison cristalline sur une solution 
d'hypermauganate potassique. Il a même cru résoudre avec 
ce sel différentes autres questions relativement à la pré- 
sence ou à l'absence de l'oxyde azotique. On sait cependant 
que l'acide azoteux, aussi bien que l'oxyde azotique, détruit 
l'acide hypermanganique ; qu'une combinaison d'acide 
sulfurique et d'acide azoteux forme , dans l'eau , de l'acide 
azotique et de l'oxyde du même radical, et que conséquem- 
ment l'acide azoteux, en supposant qu'il ne soit point 
susceptible de désoxyder immédiatement l'acide hyper- 
manganique, réagirait immédiatement sur cet acide. Or, 
M. A. Rose, dans toutes ses expériences, avait affaire avec 
de l'acide azoteux (1) ; les essais qu'il a tentés ne sauraient 
donc conduire à une conclusion décisive. 

Il y a un réactif qui conduit à des résultats autrement 
concluants que l'hypermanganate potassique. Ce réactif 
est le cuivre. Ce métal, comme on sait, n'a pas d'action 
sur l'oxyde azotique à la température ordinaire. Lors donc 
qu'on introduit quelques ûls de cuivre dans de l'acide sul- 
furique, contenant un degré quelconque d'oxydation de 
l'azote, il y aura ou il n'y aura pas d'action, suivant que 
l'acide sulfurique contient un degré d'oxydation de l'azote 
supérieur à l'oxyde azotique, ou qu'il n'en contient point. 
Dans le cas où il y a réaction, l'acide prend une couleur 
pourpre plus ou moins foncée, qui s'approche même du 
violet si cette réaction est quelque peu intense. Il se forme 
en même temps une infinité de petites bulles de gaz , qui 



(1) Je ferai voir incessamment que l'acide sulfurique bouillanl trans- 
forme de petites quantités d'acide azotique en oxygène qui se dégage, et 
f-n acide azoteux qui reste en combinaison avec l'acide sulfurique. 



( 91 ) 
viennent crever à la surface de l'acide et qui , si le tiacon 
n'est pas plein d'acide sulfurique, vicient l'air qui s'y trouve 
enfermé; autre preuve que l'oxyde azotique ne contracte 
pas de combinaison avec l'acide sulfurique. 

C'est par ce moyen qu'on a constaté la présence d'un 
degré d'oxydation supérieur à l'oxyde azotique, dans l'acide 
sulfurique qui avait été soumis à l'action de cet oxyde ; et 
c'est par le même moyen qu'on a pu se rendre compte de 
la coloration du sulfate ferreux, du dégagement d'un peu 
d'oxyde azotique en traitant l'acide par de l'eau pure, et de 
la formation de quelques traces d'éther azoteux, en le trai- 
tant par de l'alcool bouilli et refroidi dans une atmosphère 
d'acide carbonique. 

Afin de savoir si ces phénomènes étaient dus unique- 
ment à l'action de l'oxygène de l'air, pendant qu'on sub- 
stituait au tube de décharge de l'oxyde azotique celui qui 
devait conduire de l'acide carbonique dans la cornue , et 
s'assurer en même temps si la vapeur d'eau ne nuisait 
point à la réussite de l'opération, on a répété l'expérience 
avec de l'oxyde azotique sec; mais au lieu de changer de 
tube de décharge pour chasser après l'opération cet oxyde 
au moyen d'un courant d'acide carbonique, on a substi- 
tué au vase contenant du cuivre et de l'acide azotique 
dilué un appareil propre à faire dégager de l'acide carbo- 
nique, et rempli d'avance de cet acide. De cette manière 
on se mettait à l'abri de l'action de l'oxygène de l'air, et 
l'on empêchait la formation de la matière cristalline que 
ce contact avait occasionnée dans la première expérience. 

On pense bien que le produit de la réaction a dû con- 
tenir moins d'acide azoteux, et que les réactifs n'ont pu 
produire des eflcls aussi prononcés que dans le premier 
tas. Toutefois , quoiqu'avec l'alcool l'acide ne donnât pas 



(92) 

lieu à la foinialioii d'élher azoteux, la solution de sulfate 
ferreux se colorait encore sensiblement, etavec l'eau pure, 
l'acide produisait non-seulement un faible dégagement 
d'oxyde azotique, mais il se formait même une légère 
efl'ervescence. De ce dernier phénomène on serait tenté de 
conclure à l'existence de la combinaison dont il est ques- 
tion ; mais qu'on ne s'y méprenne point. L'effervescence 
occasionnée par l'addition de l'acide à l'eau , n'était que le 
résultat de la solubilité de l'acide carbonique dans l'acide 
sulfurique qu'il avait traversé dans cette seconde expérience 
pendant plusieurs minutes; et ce qui le prouve, c'est qu'à 
la première addition de quelques gouttes d'acide à un peu 
d'eau , alors précisément qu'il aurait dû se dégager du gaz 
si l'efFervescence avait eu pour cause la formation d'oxyde 
azotique, on ne voyait naître que quelques bulles d'une 
petitesse extrême, là où le mélange de l'eau et de l'acide 
s'opérait, c'est-à-dire au fond du vase. Ces bulles disparais- 
saient presqu'en totalité dans leur mouvement ascendant. 
Par l'addition d'une nouvelle quantité d'acide, les bulles 
disparaissaient moins bien ; et en y ajoutant une bonne 
quantité d'acide à la fois, il se formait une légère efferves- 
cence. C'est que par l'élévation de la température l'acide 
carbonique, dont l'eau s'était saturée au premier moment, 
se dégageait spontanément ainsi que celui qu'apportait 
l'acide qu'on y avait ajouté en dernier lieu. Ajoulail-on 
l'acide à une solution de sulfate ferreux, l'effervescence 
était au moins aussi forte; mais dans cet essai elle était 
due, tant au dégagement de l'acide carbonique qu'à celui 
d'un tant soit peu d'oxyde azoteux qui se forme , comme 
on sait, par la réaction de l'oxyde ferreux sur l'oxyde 
azotique pendant l'élévation de la température. Aussi la 
solution se décolorait-elle dans ce cas. 



( 93 ) 

Quant à la coloration du sel ferreux au moyen du pro- 
duit de cette seconde expérience, elle est essentiellement 
due à la présence de l'acide azoteux ; car le cuivre métal- 
lique communiquait une couleur pourpre intense à une 
partie de ce produit, tout en donnant lieu à la formation 
d'une infinité de bulles gazeuses d'une petitesse extrême. 

La présence de l'acide azoteux peut être attribuée à 
l'existence de quelques traces d'air dans l'appareil. Il se 
peut aussi que cet acide ait été entraîné par l'oxyde azo- 
tique, dont il est assez difficile de régulariser le courant. 
Enfin de l'oxyde azotique peut s'être dissous dans l'acide 
sulfurique , et avoir contribué aux phénomènes qui ont été 
décrits. Mais d'une solution de quelques traces de cet 
oxyde à une combinaison, et surtout à une combinaison 
cristalline tellement stable qu'elle ne prend l'état de va- 
peur qu'à une haute température, il y a une limite, et 
cette limite, l'oxyde azotique ne l'a pu franchir dans les 
circonstances où nous l'avons placé. 

Considérons actuellement la combinaison que M. Henri 
Rose a formée en faisant passer de l'oxyde azotique sur 
de l'acide sulfurique anhydre. Les propriétés que possède 
ce composé sont : d'être solide, de ne point fumer à l'air, 
de ne prendre l'état de vapeur qu'à une haute température, 
de contenir de l'acide sulfurique tout formé et de former 
néanmoins de l'azotite éthylique avec l'alcool (1). 

D'après cela l'acide sulfurique anhydre, entouré d'une 
atmosphère d'oxyde azotique, perdra la propriété de fu- 
mer à l'air, tout en absorbant le gaz avec lequel il forme 



(1) l'oijg.Ann.B . 47. S. (iO!>. 



(94) 

une combinaison solide et très-stable. Il ne peut donc 
point se dégager de l'acide sulfurique anhydre, quand on 
l'ait passer de l'oxyde azotique sur cet acide. Une partie du 
premier pourrait échappera l'action du dernier, si le cou- 
rant gazeux en était trop fort, mais l'acide ne saurait être 
entraîné en quantité sensible, par cela seul qu'il forme 
avec l'oxyde azotique une combinaison solide , non vola- 
tile à une température inférieure à 300 degrés. 

Mais il faut pour que ces phénomènes aient pour cause 
essentielle l'afiinilé de l'oxyde azotique pour l'acide sulfu- 
rique anhydre, il faut, dis-je, que cet oxyde soit aussi pur 
que possible, attendu que l'acide azoteux forme égale- 
ment avec l'acide sulfurique une combinaison possédant 
les mêmes proprfétés que nous connaissons au composé 
de M. H. Rose. 

Pour préparer le sulfate d'oxyde azotique, on a fait arri- 
ver de l'oxyde azotique sec et lavé sur de l'acide sulfurique 
anhydre, renfermé dans un tube de 0",01o de diamètre. 
A ce tube en était adapté un autre d'un pied de long et 
de O'^jOOâ de diamètre. Ce dernier servait d'issue au gaz 
que l'acide sulfurique n'absorberait point. 

Dès que le gaz se dégageait, il s'échappait à l'ouverture 
du tube d'épaisses vapeurs blanches d'acide sulfurique. 
Ces vapeurs étaient entraînées par l'acide carbonique qui 
avait servi à chasser Kair de l'appareil. Bientôt après 
l'oxyde azotique arrivait dans le tube contenant l'acide 
sulfurique anhydre, et dès lors les vapeurs blanches, qui 
ne cessaient de se former, étaient accompagnées de va- 
peurs rutilantes. Cet état de choses a duré jusqu'à ce que 
les trois quarts de l'acide eussent disparu , moment auquel 
on se voyait obligé de terminer l'opération afin d'avoir de 
quoi expérimenter. 



( 9o) 

Pendaul que l'oxyde azotique traversait le tube conte- 
nant l'acide sulfurique, on n'observait d'abord rien de 
particulier , si ce n'est la formation constante des vapeurs 
blanches que le gaz entraînait. Lorsque la moitié de l'acide 
avait disparu , les parois du tube se trouvaient çà et là 
enduites d'un liquide oléagineux au sein duquel ou voyait 
se former distinctement, quoique fort lentement, de petites 
aiguilles cristallines. 

Après avoir chassé l'oxyde azotique gazeux au moyen 
d'un courant d'acide carbonique , on a détaché de l'appa- 
reil le tube contenant l'acide sulfurique. Ce composé ne 
paraissait pas avoir éprouvé la moindre altération par son 
contact avec l'oxyde azotique, car il répandait dans l'air 
des vapeurs blanches aussi épaisses qu'avant l'opération. 
Pour éviter autant que possible le contact de l'air, on a 
détaché l'acide du tube et on l'a immédiatement après in- 
troduit dans un flacon plein d'acide sulfurique pur. L'acide 
s'étant dissous, on l'a soumis aux mêmes épreuves que 
précédemment , et il s'est comporté à l'égard des réactifs 
absolument de la même manière que celui de la seconde 
expérience; ce à quoi l'on devait s'attendre en ayant égard 
aux phénomènes qui accompagnaient le dégagement de 
l'oxyde azotique, ainsi qu'à la propriété qu'avait le résidu 
de l'opération de fumer fortement à l'air avant qu'il fût dé- 
taché du tube qui le contenait. 

Il n'y a donc aucune analogie entre cette substance 
acide et le composé que M, H. Rose a décrit, lequel com- 
posé possédait d'ailleurs la propriété de former avec l'al- 
cool del'azotite élhylique; ce qui permet de supposer que 
ce chimiste, n'ayant point lavé à l'eau l'oxyde azotique 
pour le débarrasser de l'acide azoteux , a eu affaire avec un 
composé d'acide sulfurique et d'acide azoteux, et non avec 



( 96) 
du sulfate d oxyde azotique; car une pareille combinaison 
ne se forme, d'après ce qui précède, ni par le contact de 
l'oxyde azotique avec l'acide sulfurique anglais , ni par celui 
du même corps gazeux avec l'acide sulfurique anhydre. 
Dans ce dernier cas, il se forme à la vérité quelques aiguil- 
les cristallines, mais cette formation ne peut être attribuée 
qu'à des traces d'acide azoteux qui échappent à l'action de 
l'eau par le courant constant d'oxyde azotique qui les en- 
traîne , et dont la présence est facile à constater au moyen 
du cuivre métallique. Avant de donner naissance à ces 
quelques cristaux, l'acide sulfurique devient liquide, avons- 
nous dit. C'est qu'alors il se trouve dans les circonstances 
les plus favorables à sa combinaison avec l'acide azoteux. 
L'acide sulfurique anhydre s'est liquéfié en partie , parce 
que le chlorure calcique n'enlève pas toute la quantité d'eau 
à un gaz qui se dégage d'un courant continu. 

Pour arrêter l'acide azoteux, on a délayé dans une se- 
conde expérience du carbonate calcique dans l'eau de 
lavage, aGn de saturer l'acide azotique qui s'y forme cons- 
tamment. Cette addition n'ayant pas eu d'influence sen- 
sible sur les résultats de l'opération , on peut en conclure 
qu'une bulle gazeuse ne se débarrasse complètement d'une 
autre substance également gazeuse, que par son contact 
quelque peu prolongé avec un solide ou avec un liquide 
qui tend h se combiner avecl'une d'entre elles. 

Que l'on permette en effet à l'air d'arriver dans une 
éprouvette contenant de l'eau et de l'oxyde azotique, et 
l'on s'apercevra , tant aux rayons solaires qu'à la lumière 
artificielle, que les vapeurs blanches qui succèdent aux 
vapeurs rutilantes ne se dissolvent dans l'eau que par un 
repos de quelques minutes. Même en agitant l'eau de 
l'éprouvetle, les vapeurs blanches persistent pendant quel- 



( 97 ) 
ques moments, parce que l'acide azotique gazeux, dont 
l'allinilé pour l'eau est dans cette circonstance en grande 
partie satisfaite, a à vaincre une certaine tension avant 
qu'il puisse se dissoudre dans ce liquide. C'est pour la même 
raison que l'acide chlorhydrique gazeux mélangé d'air hu- 
mide n'abandonne pas complètement ce gaz pendant que 
celui-ci passe à travers une colonne d'eau de quelques 
centimètres de hauteur. 

Ce sont ces circonstances auxquelles on doit avoir 
égard, si l'on veut se rendre compte de la formation d'une 
combinaison cristalline pendant le passage de l'oxyde azo- 
tique sur de l'acide sulfurique anhydre, Noublions point 
d'y ajouter que l'air enfermé dans les pores des bouchons, 
du chlorure calcique et de l'acide sulfurique anhydre, peu- 
vent aussi avoir contribuée la formation d'un peu d'acide 
azoteux. 



NOTICES ET COMMUNICATIONS. 



ETHNOGRAPHIE. 

Deuxième note sur la classification des races humaines (1); 
par J. J. d'Omalius d'IIalloy. 

J'ai entretenu l'académie, en 1859, de la classification 
des races humaines, et je lui ai présenté un aperçu de 

(1) Voir le tome VI, paffe 279, du Bulletin. 

ToM. xï. 8 



(98) 
leurs populations respectives; mais j'ai fait remarquer en 
même temps que l'on ne devait pas mettre trop d'impor- 
tance à cet essai, parce que la science à laquelle il se rat- 
tache est encore fort peu avancée, et que je ne puis me 
flatter d'y être assez versé pour lui faire faire des progrès. 
Toutefois, quelque imparfait que soit ce travail, l'intérêt 
du sujet me fait espérer que l'académie ne trouvera pas 
mauvais que je lui fasse connaître les changements que 
j'ai été conduit, depuis lors, à opérer dans mes tableaux. 
On conçoit que ces changements doivent être de deux ca- 
tégories, selon qu'ils résultent de la marche des choses 
pendant le temps qui s'est écoulé, ou des modiûcalions 
apportées dans les idées par la marche de la science. Or, 
pour que l'on puisse apprécier, sous ce dernier point de 
vue, les motifs qui m'ont porté à persister dans le mode 
général de classification que j'avais adopté, et à opérer 
dans les détails quelques changements que j'avais déjà 
fait pressentir, il est nécessaire que je revienne sur quel- 
ques considérations générales. 

La classification des modifications que présente le genre 
humain peut, sans contredit, se faire d'une manière 
tout à fait indépendante des causes qui ont produit ces 
modifications, puisqu'une classification naturelle ne con- 
siste, en réalité, qu'à ranger les êtres qui en font le sujet 
en divers groupes, de manière que les êtres qui forment 
un de ces groupes présentent dans leur ensemble plus de 
rapports entre eux qu'avec ceux des autres groupes , quelles 
que soient d'ailleurs les causes qui ont produit ces diffé- 
rences. Mais il n'en est pas moins vrai que les opinions 
sur ces causes ont toujours exercé une grande influence 
sur les auteurs des classifications, surtout en ce qui con- 
cerne le genre humain, car on conçoit que l'on doit être 



( 99 ) 
porté à donner plus d'importance aux considérations so- 
ciales de langage et de filiation historique , ou bien aux 
caractères naturels de forme ou de couleurs (1), selon que 
l'on considère ces dernières modilications comme un sim- 
ple résultat de l'action, telle qu'elle s'exerce actuellement, 
du climat et de la manière de vivre, ou selon qu'on les 
attribue à des causes plus énergiques que celles qui se 
passent actuellement.* 

Je n'ai nullement envie de rechercher ici quelles ont pu 
être les causes originaires de ces différences, questions 
dont l'esprit de parti s'est souvent emparé parce que l'on a 
cru y trouver des moyens d'attaquer ou de défendre des 
croyances religieuses, comme si ces croyances ne se rap- 
portaient pas à un ordre de choses trop élevé pour être at' 
teintes par des hypothèses de naturalistes. 

Tout ce que je veux dire à ce sujet, c'est que je pense 
avec Cuvier que les différences qui existent entre les prin- 
cipales modifications du genre humain sont trop profondes 
pour pouvoir être attribuées à l'action des causes qui ont 



(1) Les deux catégories de caractères que je dislingue ici par lesépithètes 
de naturels et de sociaux sont ordinairement désignés par celles de physi- 
ques et de moraux. Mais cette manière de s'exprimer me paraît défectueuse , 
parce que, d'un côté, le mot physique étant spécialement affecté à l'élude 
de certains phénomènes de la nature inorganique , ne devrait pas être ratta- 
ché à des résultats de la vie , et , d'un autre côté, parce que les caractères de 
la seconde catégorie ne sont pas toujours en rapport avec les mœurs ou avec 
la morale ; mais comme ces caractères sont toujours produits par des rela- 
tions sociales, tandis que ceux de la première catégorie sont une consé- 
quence de la nature de l'individu qui en est doué, il me semble que les 
dénominations de caractères naturels et sociaux sont les plus convenables. 
Si on objectait que la sociabilité est un caractère naturel , je répondrais que 
ce n'est point la sociabilité que je range dans les caractères sociaux, mais 
Mulemcnt les effets de cette propriété. 



( 100 ) 
agi depuis les dernières grandes révolutions géologiques. 
Eu effet, si c'était à la chaleur du climat et au défaut de 
civilisation que l'on dût attribuer le museau allongé et les 
cheveux laineux des Nègres, pourquoi ces formes ne se 
sont-elles pas développées dans d'autres contrées tout aussi 
chaudes, tout aussi barbares? Si c'était au climat froid que 
l'on dût attribuer le teint blanc, les cheveux blonds, les 
yeux bleus des Scandinaves, pourquoi leurs voisins, les 
Lapons ont-ils un teint basané, des cheveux noirs, etc. ? 
Aucune observation positive, aucune donnée historique 
ne nous autorise à admettre que l'influence du climat, de 
la nourriture, des mœurs, puisse, dans l'état actuel du 
globe, produire des modifications semblables à celles que 
l'on observe dans le genre humain. Mais l'étude des effets 
de cette influence, tant chez l'homme que dans la série 
animale, nous montre qu'elle s'exerce dans des limites 
beaucoup plus étroites, et d'une manière différente de 
celle des changements les plus marquants que nous voyons 
s'opérer chez l'homme et chez les animaux. 

On sait que les changements les plus importants que 
l'on peut obtenir chez les animaux dérivent des croise- 
ments, et l'on sait également que les produits de ces croi- 
sements n'ont point la fixité de formes qui caractérisent 
les espèces ou variétés bien établies, et, quoiqu'en général 
les produits des croisements, c'est-à-dire les hybrides, 
présentent un intermédiaire entre les caractères du père 
et ceux de la mère, on voit qu'il y a souvent des exceptions 
à cette règle, et que certains petits participent plus de l'un 
que de l'autre, comme si la nature ne se prêtait qu'à re- 
gret à l'établissement d'une forme nouvelle. Qui ne sait, 
par exemple, que les produits de l'accouplement d'un 
chien noir et d'un chien blanc ne seront pas toujours des 



( 101 ) 

pelils tachetés de uoir et de blanc, mais qu'il pourra en 
venir de tout noir et de tout blanc. On sait également que 
cette tendance à reproduire les types originaires, ne se 
borne pas à la première génération, mais se retrouve, au 
contraire, dans les générations suivantes; c'est ainsi que 
deux chiens blancs pourront donner quelques petits de 
couleur noire si, comme dans l'exemple précédent, ils 
descendent d'un chien noir. Or, ce sont précisément des 
phénomènes de cette nature que nous présente le genre 
humain, et qui nous montrent quelquefois dans une même 
famille des enfants à cheveux noirs et d'autres à cheveux 
blonds, tandis que si ces couleurs étaient le résultat de 
l'influence du climat, on verrait chaque famille tendre uni- 
formément à prendre la teinte en harmonie avec le climat 
qu'elle habile. 

Il résulte, selon moi, de cette tendance qu'ont actuelle- 
ment les êtres vivants à conserver leurs types , que dans la 
classilication des races humaines ce sont les caractères na- 
turels qui doivent l'emporter sur tous les autres, ces carac- 
tères étant dans le fait les seuls qui ne peuvent pas induire 
en erreur, puisqu'ils expriment un fait positif, que l'on 
peut même dire immuable dans l'état actuel du globe; car 
lorsque ces caractères nous paraissent changés , c'est que 
la chose elle-même est changée, soit qu'un croisement ait 
formé un peuple nouveau, soit que ce peuple, résultant 
déjà de croisement, ait tendu à reprendre l'un de ses carac- 
tères originaires, parce que sa nouvelle forme n'était pas 
encore sullisamment fixée. 

Si nous examinons, d'un autre côté, quelle peut être la 
valeur des caractères tirés du langage, des renseignements 
historiques et des autres considérations sociales, nous ver- 
rions qu'ils peuvent très-facilement nous induire en erreur. 



( 102 ) 

Car, quelles que soient les difficultés qu'il y a de changer 
la langue d'un peuple, il y a beaucoup d'exemples de ce 
fait, et, sans sortir de ce qui s'est passé de nos jours, 
n'avons-nous pas vu des hommes de race nègre et origi- 
naires d'Afrique, constituer, en Amérique, une nation 
dont la langue est le français? Or, si cette nation prenait 
un grand développement et que de violentes révolutions 
anéantissent tous les monuments écrits de notre civilisa- 
lion, en même temps qu'elles détruiraient le peuple fran- 
çais à l'exception des habitants de quelques hautes vallées 
des Alpes, on conçoit que dans les temps futurs des ethno- 
graphes, qui ne s'appuyeraient que sur les caractères 
linguistiques, considéreraient la petite peuplade française 
des hautes Alpes comme des Haïtiens, dont un climat 
plus froid aurait modifié les caractères naturels. 

Les renseignements historiques sont dans le cas de nous 
induire encore plus facilement en erreur, car combien de 
fois n'est-il pas arrivé qu'un peuple conquérant, après avoir 
donné son nom à un peuple conquis, plus nombreux, a 
fini par se fondre dans ce dernier, dont le sang s'est intro- 
duit dans toutes les familles des conquérants, quelles que 
soient les mesures que l'esprit de caste leur ait inspirées 
pour maintenir la pureté de leur sang. 

Le désir de mettre mes tableaux plus en harmonie avec 
les considérations qui précèdent, m'a porté à faire dans la 
répartition des peuples entre les cinq grandes divisions 
que j'ai adoptées d'après l'illustre auteur du Règne animal , 
quelques changements dont je m'étais borné à indiquer la 
convenance, aûn de ne point m'écarter des idées les plus 
communément reçues. 

Le principal de ces changements est relatif aux Hin- 
dous, dont on s'est plu à faire la souche des Européens, 



( 103 ) 

parce qu'ils réunissent à des analogies linguistiques des 
preuves de civilisation plus ancienne. Mais, outre qu'il est 
reconnu maintenant que les ancêtres des Européens étaient 
déjà séparés de ceux des Hindous, lorsque ceux-ci ont 
acquis leur civilisation, il n'est nullement prouvé que cette 
civilisation doive son origine à un peuple semblable aux 
Hindous d'aujourd'hui. Les variétés de couleur que l'on 
rencontre chez ces derniers, leur division en caste, la co- 
loration des castes inférieures plus foncée que celles des 
castes supérieures, l'existence pour les livres sacrés d'une 
langue différente des langues usuelles, les rapports de cette 
langue des livres sacrés avec les langues européennes, sont 
autant de circonstances qui semblent annoncer qu'un peu- 
ple noir, habitant antérieur de l'Hindouslan, a été conquis 
par un peuple blanc, venu du Nord-Ouest, qui a apporté sa 
civilisation, et qui, tout en réduisant le peuple conquis à 
un certain état de servage, a fini par se mêler plus ou moins 
avec lui. 

On a invoqué en faveur de l'opinion que l'Hindoustan 
aurait été le berceau de la race blanche , des rapports de 
coloration entre les anciens Égyptiens et les Hindous, ainsi 
que des rapprochements dans les institutions et les arts de 
ces deux peuples. Mais en admettant que l'Egypte aurait 
été anciennement colonisée et civilisée par les Hindous, 
ce fait, bien loin d'annoncer que les Européens et les 
Perses descendent aussi des Hindous, est précisément une 
présomption en faveur de l'opinion contraire, puisque ces 
peuples n'avaient pas le teint rougeâlre ou basané que l'on 
suppose avoir caractérisé les anciens Égyptiens. 

D'autres ethnographes, qui admettent également l'opi- 
nion que les Hindous sont le résultat du mélange d'anciens 
habitants noirs avec des blancs qui les auraient conquis. 



( 104) 
supposent que ces conquérants sont originaires de l'Hima- 
laya , et font également partir de cette chaîne de monta- 
gnes les peuples des familles Teutonnes et Slaves, de 
même qu'à la fin du siècle dernier on les faisait descendre 
du Caucase. Sans avoir la prétention d'établir à ce sujet 
une discussion régulière, pour laquelle je n'ai pas les con- 
naissances nécessaires, je me permettrai de faire les ob- 
servations suivantes. D'abord, c'est qu'il n'est pas probable 
que les premiers peuples se soient développés dans des 
montagnes qui leur offraient moins de ressources pour 
subsister que les pays plus unis et plus fertiles. D'un autre 
côté , les rapports des langues teutonnes et slaves , avec 
celles des conquérants de l'Hindoustan ne suffisent pas, 
comme je l'ai dit ailleurs, pour prouver que les Slaves et les 
Teutons sont originaires de l'Himalaya, car il estplus proba- 
ble, dans l'hypothèse d'une origine commune, que le point 
de départ est intermédiaire entre les lieux où les temps 
historiques ont trouvé ces divers peuples. 

Je n'ai nullement envie de combattre l'origine asiatique 
que l'on se plaît assez généralement à attribuer aux Euro- 
péens, car je n'ai aucun moyen positif pour soutenir cette 
controverse, mais je trouve que ceux qui adoptent l'opinion 
que les premiers Germains, les premiers Celtes, les pre- 
miers Slaves sont originaires de l'Asie , ne peuvent aussi 
s'appuyer que sur des hypothèses ou sur des textes histo- 
riques qui peuvent s'interpréter de diverses manières. C'est 
ainsi que l'on a invoqué à l'appui de cette opinion la cir- 
constance rapportée par le père Ruisbroek , plus connu 
sous le nom de Rubruquis, qu'au XHP siècle les habitants 
d'un château de Crimée parlaient un dialecte teuton, 
comme si, à une époque aussi peu éloignée de celle où les 
Normands avaient poussé leurs conquêtes jusqu'au centre 



( 105) 
de la Russie et jusqu'à l'exlrémité de l'Italie, il n'était pas 
plus probable que les ancêtres des Teutons, que Rubruquis 
a rencontrés eu Crimée, y fussent venus du Nord-Ouest 
plutôt que d'être les traces d'une migration antérieure 
aux temps historiques? 

Une considération d'un autre genre vient encore ap- 
puyer le classement des Hindous hors de la race blanche: 
c'est que les linguistes reconnaissent maintenant qu'une 
grande partie des peuples de l'Hindoustan, c'est-à-dire les 
Malabars, les Telingas, les ïamouls, les Cingalais, etc., 
parient des langues tout à fait étrangères à la famille des 
langues sanskritiques. Or, on sait qu'il y a les plus grands 
rapports naturels entre ces peuples et les Hindous propre- 
ment dits, et que les différences se réduisent à ce que 
ceux-ci ont le teint moins foncé. Or, en maintenant ces 
divers peuples dans un même groupe , je ne fais que con- 
server une réunion qui était généralement admise avant 
que l'on connût mieux la langue lamoule, et si je sépare 
des peuples qui parlent des langues sanskritiques , je con- 
serve un groupe d'hommes semblables par leurs caractères 
naturels, ce qui me paraît préférable à la réunion, dans 
un même groupe, d'hommes à peu près noirs avec les peu- 
ples les plus blancs du genre humain. 

D'un autre côté, comme j'admets une race brune qui, 
par la variété de ses caractères, paraît, ainsi que les Hindous, 
n'être qu'une race hybride, il me semble qu'en plaçant 
aussi les Hindous dans cette race, on obtient un résultai 
beaucoup plus naturel. 

Des considérations du même genre m'ont aussi porté à 
retirer les Abyssiniens de la race blanche, pour les placer 
dans la race brune; mais je dois avouer que, loin de 
pouvoir appuyer ce changcnient sur <les faits nouveaux, 



( 106 ) 
la plupart des voyageurs de ces derniers temps partagent 
l'opinion que les Abyssiniens sont originaires de l'Arabie. 
Je suis bien éloigné de contester que l'Abyssinie ait été con- 
quise, peut-être plusieurs fois, par des peuples asiatiques, 
mais la couleur des Abyssiniens, beaucoup plus foncée que 
celle des peuples Araméens , annonce aussi que les con- 
quérants blancs de l'Abyssinie ont éprouvé ce qui est 
arrivé à tant d'autres conquérants, c'est-à-dire qu'ils se 
sont mêlés avec le peuple conquis. Peut-être, envoyant 
combien la civilisation abyssinienne rétrograde, pourrait- 
on supposer que ce résultat social est dû à ce que la con- 
tinuation de ce mélange parmi les descendants des con- 
quérants les a rendus moins propres à maintenir l'ordre 
établi par leurs ancêtres, et ramène jusqu'à un certain 
point la société abyssinienne vers un état de choses plus 
analogue à ce qui a lieu chez les peuples noirs. 

A côté des Abyssiniens se trouvent quelques peuplades, 
telles que les Barabras, les Gallas, etc., dont les unes se 
placent ordinairement dans la race blanche et les autres 
dans la race noire, mais qui, dans le fait, ont trop de 
rapports avec les Abyssiniens pour en être séparés. Or, le 
nouveau classement que je propose pour ces derniers 
permet de réunir tous ces peuples dans un même groupe, 
que je considère provisoirement comme une même famille 
ethnographique, quoiqu'ils parlent des langues différen- 
tes (i). 

L'application des principes énoncés ci-dessus à une 



(1) On considère ordinairement les Barabras comme une subdivision des 
Berbères, à cause de la ressemblance des noms et parce que l'on suppose qu'il 
existe des rapports entre les langues. Mais en admettant que ces rapports, 
dont l'existence n'est pas démontrée , prouveraient que des Berbères font 
partie) des ancêtres des Barabras, le teint plus foncé de ces derniers annon- 



( 107 ) 
autre famille africaine très-importante , celle des Fellans, 
conduit aussi à la retirer de la race noire pour la placer 
dans celle intermédiaire entre les noirs et les blancs, dont 
elle se rapproche par son visage analogue à celui des 
blancs, par son teint moins foncé que celui des nègres, 
par ses cheveux non laineux, par le commencement de 
civilisation qu'elle a atteint, par les grands états qu'elle 
a fondés depuis un siècle. Or, il est bien remarquable que 
des considérations linguistiques aient porté, dans ces der- 
niers temps, M. d'Eichlal à rapprocher les Fellans de la 
famille malaise, c'est-à-dire de la race brune. 

Cette race, ainsi augmentée, forme trois groupes géo- 
graphiques respectivement séparés par la mer d'Oman et 
par le golfe de Bengale , et que l'on peut désigner par les 
dénominations de rameaux hindou , éthiopien et malais. 
Les deux premiers de ces groupes présentent des formes 
analogues à celles de la race blanche , tandis que le rameau 
malais rappelle davantage la race jaune, comme s'il 
était le résultat d'un croisement de cette race avec la race 
noire, tandis que les Hindous et les Éthiopiens résulte- 
raient du croisement des blancs avec les noirs. 

D'un autre côté, la race blanche débarrassée des Hin- 
dous et des Abyssiniens forme un groupe beaucoup plus 
naturel, plus en harmonie avec sa dénomination, et ne 
présente pour ainsi dire plus de difficultés qu'en ce qui 
concerne les rapports du rameau scythique avec la race 
jaune, ce qui m'a permis, sans m'écarter de mes princi- 



ccrail également qu'ils sont le résultat du mélange de ces Berbères avec de» 
peuples noirs, et M. Ruppel a reconnu que ce mélange est également indiqué, 
par la circonstance qu'une partie des Barabras parlent le Nuba , c'est-à-diro 
la langue des peuples nègres qui les avoitinent. 



( 108 ) 
pes, de reporter ce rameau à la lin de la série ainsi que le 
faisait Cuvier, 

Ces rapports du rameau scythique avec la race jaune, 
sont tels qu'il y a des elhnohraphes qui ne font qu'un 
même groupe des Turcs et des Mongols, et il est effective- 
ment difficile de faire autrement, lorsque l'on ne s'atta- 
che qu'aux caractères linguistiques, car il y a entre ces 
peuples de telles liaisons, que la langue turque est non- 
seulement parlée par des peuples d'origine turque qui ont 
plus ou moins pris les caractères naturels des Mongols, 
mais aussi par de véritables Mongols, qui ont toujours été 
considérés comme tels (1). Dans cet état de choses, pour 
être conséquent avec les principes que j'ai posés ci-dessus, 
il faudrait retirer de la famille turque tous les peuples où 
les caractères naturels de la race jaune peuvent être con- 
sidérés comme dominants, mais on ne possède pas en- 
core des notions suffisantes pour se flatter de pouvoir 
opérer ce triage d'une manière complète, et je me suis 
borné à reporter les Iakoutes dans la race jaune. 

J'ai cru aussi devoir placer dans la famille Finnoise les 
Bachkirs, les Téléoutes et quelques autres petites peu- 
plades voisines de l'Oural et de l'Altaï, qui parlent des 
langues turques, mais qui, d'après une manière devoir 
qui fait journellement des progrès, doivent être considérés 
comme Finnois (2). 

Je ferai remarquer, au surplus, que si l'usage, les liai- 
sons dont je viens de parler et l'état d'infériorité actuelle 

(1) Celte circonstance (le véritables Mongols parlant la langue turque m'a 
été communiquée dernièrement par M. dcTchicatcheiïqui s'occupe de la pu- 
blication d'un voyage scientifique qui l'a conduit jusque sur le territoire 
chinois. 

(2) Voici notamment comme M. Ilelmcrzen s'exprime à l'occasion des Té- 
léoutes : i<llne faut d'ailleurs point oublier qu'on s'expose à de graves erreurs 



( 109 ) 
de la plupart des peuples scythiques, m'ont porté à repla- 
cer ce rameau auprès de la race jaune, ce n'est nullement 
i|ue je partage l'opinion des personnes qui voient une 
même souche chez les Scythes et les Mongols. Je pense , au 
contraire, que ce sont deux types très-différents, car les 
Finnois, qui se sontconservéspurs,etles Turcs des temps 
anciens , tels que les ont décrits les historiens chinois , pré- 
sentent par leurs cheveux roussâtres et leurs yeux bleuâ- 
tres ou verdàtres, des caractères extrêmement éloignés de 
ceux des peuples de larace jaune,qui ont toujours les yeux 
et les cheveux noirs. Au surplus, soit que les personnes 
qui entrent dans le champ des hypothèses voient dans le 
rameau scythique une dégénération de la race blonde pro- 
prement dite, ou la souche primitive de cette race, ou une 
souche particulière, tout semble annoncer que ce type est 
un de ceux qui tendent à s'éteindre ; car si , comme nous 
venons de le dire, il y a chez les Turcs orientaux une ten- 
dance apprendre les caractères des Mongols, les Turcs occi- 
dentaux, tout en conservant encore leur indépendance 
politique, sont frappés d'un état de dépérissement bien 
sensible; aussi, malgré l'oppression et les exactions de 
tous genres qu'ils font peser sur les Européens qui leurs 
sontsoumis,le nombre de ces derniers tend à augmenter, 
tandis que celui de leurs dominateurs tend continuelle- 
ment à diminuer (1). D'un autre côté, les Finnois se fon- 
dent parmi les Russes, mais il faut remarquer que cette 



" en établissant roiifjine d'un peuple par sa langue. Ainsi les Dachkirs parlent 
n turc, et cepenilant celui qui les a vus chez eux, dans l'Oural m<îridional, ne 
» dira point qu'ils sont d'origine turque, mais les rapportera |)lutôt aux 
n Finnois ( Ougors). Aussi les Kirgliis ne les nomment-ils pas Bachkirs, mais 
» Itiaks ouOsliakes. » {Jitnuaire des mines de liussie, 1840, p. 84). 

(1) On peut notamment consulter les belles pages que M. Blanqiii a écrites 
dernièrement sur ce sujet. 



( HO ) 
fusion, considérée sous le rapport naturel , n'est pas aussi 
rapide qu'elle le paraît sous le rapport social , car le type 
finnois se présente encore fréquemment parmi les hommes 
de la Russie septentrionale qui ont le langage et les mœurs 
des Russes. 

Ceci nous conduit à examiner les changements qui se 
sont produits dans le genre humain depuis les époques 
auxquelles remontent les matériaux qui ont servi à mes 
premiers tableaux, et nous verrons que le rameau européen 
a non-seulement continué à gagner en puissance et en ter- 
ritoire, mais que les recensements y constatent un accrois- 
sement de population de plusieurs millions, tandis que 
les renseignements des voyageurs annoncent en général 
que les autres peuples présentent un état stationnaire ou 
rétrograde. Si nous poussons cet examen plus loin, nous 
verrons, en outre, que, si c'est seulement dans le rameau 
le plus blanc de la race blanche que ce progrès a lieu , c'est 
aussi la division la plus blanche, c'est-à-dire la famille 
teutonne, qui présente le plus de développement, et que, si 
ce développement s'est fait sentir dans la famille latine, 
c'est chez les peuples qui, comme les Français, les Italiens 
et les Valaques, se rapprochent le plus des Teutons et des 
Slaves, par leurs caractères naturels et par les rapports 
d'origine. 

Il est bien remarquable, en effet, que, tandis que l'é- 
mancipation des colonies anglaises de l'Amérique du Nord 
a donné lieu à un si prodigieux développement de la race 
blanche dans cette partie de la terre, les mêmes circon- 
slances politiques produisent assez généralement un ré- 
sultat contraire dans l'Amérique espagnole. Cette différence 
n'aurait-clle pas quelques rapports avec ce préjugé, si for- 
teraenlenracinéchezles Américains, de ne pas s'unir avec 
les races colorées, et de rejeter, en quelque manière, les 



( 111 ) 

produits de ces unions hors de leur société, tandis que les 
Espagnols, plus libéraux sur cette question, admettent les 
gens de couleur à la participation des droits politiques? Ne 
pourrait-on pas aller plus loin, et se demander si la circon- 
stance que les Espagnols n'occupent plus maintenant dans 
la civilisation européenne la position relative qu'ils y avaient 
il y a trois siècles , ne viendrait pas de ce que les anciens 
habitants de l'Espagne auraientété d'originearaméenne, et 
que l'effet produit par les conquêtes des Romains , des Goths 
et des autres Européens, aurait en quelque manière cessé 
de se faire sentir, parsuitede la prépondérance reprise par 
le sang des peuples conquis à l'aide du temps et de l'in- 
fluence de l'occupation maure? Cette manière de voir se- 
rait pour moi un motif d'adopter l'opinion , assez générale- 
ment en faveur maintenant parmi les ethnographes, de 
placer dans le rameau araméen le petit peuple Basque, qui 
est probablement un reste des anciens habitants du sud- 
ouest de l'Europe, lequel aurait pu conserver sa langue à 
l'aide de ses montagnes et de son courage ; je n'ai cepen- 
dant pas voulu faire à mon premier tableau un changement 
fondé sur une considération aussi hypothétique, et j'ai 
encore laissé provisoirement la famille basque à la suite du 
rameau européen. 

11 est bien remarquable que le temps qui s'est écoulé de 
nos jours, temps si minime par rapport à la série des 
siècles , suilît pour nous faire apercevoir le mouvement 
progressif des variétés humaines lesplus blanches, et la mar- 
che rétrograde des autres races. On dirait que malgré l'état 
de stabilité imprimé maintenant à la nature organique, 
il se passe encore un phénomène analogue à celui que nous 
révèle l'élude paléontologiquc del'écorce dugiobe terrestre, 
où nous voyons paraître successivement des espèces de plus 



( 112 ) 

on plus pert'eclioiinées , de telle manière que les poissons 
ont précédé les reptiles, que les reptiles ont précédé les 
mammifères didelphes , que les mammifères didelphes ont 
précédé les mammifères monodelphes, et que Thorame n'a 
paru que pour couronner la série. 

Il me reste , avant de terminer cette note, à dire quel- 
ques mots sur le chiffre que j'ai adopté pour exprimer la 
population totale de la terre. Dans les tableaux que j'ai pré- 
sentés à l'académie en 1839, j'ai restreint toutes mes divi- 
sions dans le chiffre de 759 millions adopté par M. Balbi, 
l'un des auteurs qui me paraissent avoir discuté cette ques- 
tion de la manière la plus judicieuse. Cependant lorsque 
j'ai reproduit ces tableaux , dans mes Notions élémentaires 
de statistique, j'ai élevé ce chiffre à 750 millions; d'abord, 
parce que les évaluations de M. Balbi se rapportaient à 
l'année 1826, et qu'il était constaté que les peuples euro- 
péens avaient augmenté de plusieurs millions pendant les 
quatorze années de 4826 à 1840, ensuite, parce que le 
nombre rond de 750 me semble mieux exprimer l'état 
incertain de nos connaissances qu'un chiffre plus précis. 
Cette dernière considération est cause que , quoique les 
populations européennes aient encore augmenté sensible- 
ment depuis 1840, j'ai cru devoir maintenir le chiffre de 
750 millions , ce qui présente d'autant moins d'inconvé- 
nients que, outre que les évaluations de toutes les autres 
populations ne reposent que sur de simples conjectures, 
presque tous les renseignements recueillis dans ces der- 
nières années tendent, ainsi que je viens de l'indiquer, à 
diminuer le chiffre de ces populations, et que j'ai tout lieu 
de croire que les évaluations de M. Balbi, pour le sud- 
ouest de l'Asie , sont trop élevées. 



( 113 ) 
TABLEAUX 

DE r,V DIVISION DU GENRE HUMAIN EN RACES, RAMEAUX ET PEUPLES, AVEC 
l'indication approximative de la POPULATION. 



I. Division en races et en rameaux. 



RACE BLANCHE. 



Rameau euroi)éen .... 260,000,000 

arame'en .... 26,000,000 

— persique .... 23,000,000 

scythique .... 21,000,000 



1: 



330,000,000 



i Rameau kyperboréen . 250,000 

— mongol 2,000,000 ) 218,000,000 
— sinique 216,000,000 



RACE BittSiE. 



Rameau hindou 124,000,000 

— éthiopien .... 6,000,000 ) 146,000,000 

— malais 16,000,000 



RACE nOUGE. 



Rameau septentrional 



t — méridional. 



500,000 
4,500,000 



RACE NOIRE. 



Rameau occidental 
— oriental. 



40,000,000 



41,000,000 



HYBRIDES. 



. . 1,000,000 

Tels que méti», mulâtres , zambos, etc. . . 10,000,000 



Total 750,000,000 



TOM. XI, 



( 114) 

M. Subdivision du Rameau Européen en familles et en peuples. 



F. TEIIT0NME.\ Germains. 
Anglais . 
Kimrys 



F. CELTIQUE. 



F. L4TIWE.. 



F. GRECQUE. 



Galls . 



Français 



Suédois . 
Norvégiens . 
Danois 

i Allemands . 
Néerlandais . 

I Anglais p. Hits 
( Ecossais . 

( Gallois . . 
/ Bas-Bretons. 

l Irlandais. 
\ Higlilanders. 

Français p. dits 
Wallons . . 
Romans . . 



\ Espagnols 
Hispaniens . '. 

( Portugais 



Italiens 
Valaques. 

Grecs . 
Albanais . 



dits 



Busses p 

Bousniaques 

Cosaques 



Bulgares 



Carniens 
Wendes 



Serviens . 
Bosniens. 
{ Dalmates , etc 



Tchèkhes. 



Bohèmes. 
Slovakes. 
Hanakes, etc. 



Lithuaniens . 
F. BASQUE. I Basques. . 



Lithuaniens p. d 
Lettons . 



3,000,000 \ 
1,000,000 j 
1,500,000 / 

45,500,000 i 

31,500,000 / 

500,000 \ 
1,000,000 t 

8,000,000 1 
500,000 ' 

35,000,000 



82,500,000 



( 22,500,000 ) 86,500,000 



4,000,000 



22,500,000 
6,500,000 

2,500,000 
1,500,000 

47,000,000 

4,000,000 

3,500,000 



2,000,000 \ 76,600,000 
200,000 



8,500,000 

9,000,000 
2,400,000 



4,000 



Total 260,000,000 



( 115) 

III. Subdivision du Rameau Araméen en familles et en peuples. 

!A>^^^es 16,000,000 
Juifs 4,000,000 ^ 20,500,000 
Syriens 500,000 

/ Kabyles 1,000,000 

/nu / Amazyrghs .... 4,000,000 

1 Berbers . \ ' ' 

I Touariks .... 300,000 ) 5,500,000 

\ Tibbous 100,000 

Coptes 150,000 

Total 26,000,000 



F. ATLANTIODEJ 



rV. Subdivision du Rameau Persique en familles et en peuples. 

Tadjiks 9,500,000 \ 

Afghans p. dits. . . 3,500,000 
Beloutchis . . . . ) 

A ri. / ,, I . i 2,000,000 

Alghans . ^ Brahouis ) 

Rohillas ) 

P. PERSANNE.../ \ Palans, etc. | 5,000,000 ^ 22,500,000 

( Kurdes p. dits . ■ ■) 

Kurdes . ( \ 1,500,000 

\ Loures ) 

Arméniens 1,000,000 

Ossètes .50,000 

Géorgiens 

V. GÉORKIENINE.^ Mingréliens ^ 500,000 

Lazes 

Total 23,000,000 



( 116 ) 



V. SiAdivision du Rameau Scythiquc en familles et en peuples. 



1 Tclieikesses 

F. CIRCASSIEKKE ', Tcbelschinzcs 

f LesgUieas 



F. FINNOISE. 



Finnois delà 
Hongrie. 



Finnois de Ii 
Baltique. 



Finnois de la 
Russie orien 
taie. 



Finnois de la 
Sibérie . 



TURQUE 



Magiai'S 
Szeeklers 

Lives . 
Estlies . 
fscbores 
Karèles, 
Ynies . 
Quaines 

Perniiakes 
Sirianes. 
Votiakes 
Tchouvaebes 
Tcberemisses 
IMorduans . 
Bacbkirs . 
Teptiaires . 
\ Metscbériakes 

Vogouls . 
Ostiakes 
Téléoutes . 
Sngaïtses . 
Katchinzes. 
Etc. . . 

Osmanlis . 

Turcomans 

Usbecks 

Karakalpaks 

Kirghiz. . 

Koumykes 

Basians. 

Nogaïs . 

Touraniens 

Etc. . . 



34,000 

30,000 
141,000 
370,O00| 
190,000 

92,000 
140,000 
103,000 

10,000 



000,000 
200,000 
400,000 

4,500,000 



1,870,000 



1,110,0001 



20,000 



4,000,000\ 
1,600,000 



2,000,000| 



1,600,000 



1,200,000 



7,600,000 



12,200,000 



Total 21,000,000 



J 



117 ) 



VI. Subdivision de la Race Jaune en rameaux, familles et peuples. 



F. LAPONNE . 

F. SAMOIÈDE 

F. lÉNlSSÉEKNE. 

I F. IAKOÏTE . 

I F. KAMTCHADALE 

HAMEAU ,' F- KOBIAQUE . 

!«.\ F. 



IIÏPEnBOREE!V. 



HAMEAU 
MO^CO I.. 



liAMBAU 
>i:«lQ t£. 



JUKAGIBE 



F. ESKIMALE 



?F. KOURILIENNE 



F. TOUNGOUSE . 

F. CHINOISE . . 

F. CORÉENNE . 

F. JAPONNAISE . 

F. INDOCHINOISE 

F. TIBÉTAINE . 




Mongols . 
Éleulhs . 
Bouriats . 
Toiingouses 
Mandclious 

Chinois 
Coréens . 
Japoonais 
Annamites 
Siamois 
Péguans . 
Birmans . 
Tibétains . 



16,000 

20,000 

38,000 

88,000 j 

9,000f 

8,00oi 

3,000/ 

50,000 I 

50,000 



500,000^ 
1,000,0001 

120,000/ 2,000,000 
60,000\ 
600,000/ 




Total 218,000,000 



( H8 ) 



VII. Subdivision de la Race Brune en rameaux, familles el peuples. 



RAMEAU 
HINDOU. 



RAUEAt 
ÉTHIOPlEBi. 



F. MALABARE 



iF. ABYSSINIENNE 



!F. FELLANNE 



R A M E A t' 



I Seiks . . 
l Radjepoules 
r Mar.itles . 
. Bengalis 
I Zigeunes 
I Etc., etc 

Malabars 
Tamouls 
Telingas 
Cingalais 
Etc., elc 

Barabias 
\ Abyssiniens 
I Gallas . 

Etc. , etc. 

' Fellans 
I Ovas . 
lEtc., elc, 

Malais. 

Battas. 

Javanais 

Macassars 

Bugis . 

Turajas 

Dayaks 

Binayos 

Tagals. 

Etc., etc 

Mariannais 



(f. micronÉsienne.' Caroliniens 



F. TABOl'ENNE 



( Mulgraviens 

, Néozélandais 
Tongas 
\ Bougainvilliens 
'Cookiens . 

iTaïtiens 
Pomotouens 
Marquesans 
' Sandwickois 



Total. 



74,000,OOO\ 



124,000,OU() 



50,000,000/ 



5,000,000 



3,000,000/ 



6,000,000 



100,000) 16,000,000 



1,000,000 



146,000,000 



( 119 ) 

VIII. Subdivision de la Race Rouge en rameaux , fam 



t Koliouges 
. < Baidas . 

( Etc., etc. 

/Knistenaux 

\ Cliippewais 
■ \ Algonq 



rah.septe;«- 
TRio^.ir, . . . 



F. KOLIOUGE 

F. LENNAPE . 
F. IROQUOISE 

F. SIOUE . 

F. APACHE . 

Etc., etc 

i Astègues 
F. ASTEQUE . . . ) 

( Etc., etc. 

/ Mayas . 

F. QL'ICHE . . . < Quiches . 

( Etc., etc. 

I Quichuas 

F. QUICHUENNE . ? Aymaras. 

' Etc., etc. 

Tacanas . 

Etc., etc. 

Aucas 




RAMEAU 
MÉRIDIOKAI. 



F. ANTISIENNE . 
F. ARAUCANIEKNE 



( Fuégiens. 
/ Patagons 
< Mocobis . 
' Etc., etc. 

i' Chiquilos 
Etc., etc. 
( Moxos 
( Etc., etc. 
i Guaranis 
F. GUARANIENHE . < Botécudis 
( Etc., etc. 
Etc., ETC 



F. PAMpiENNE . 
F. CHiyUITIÔENNE 
F. MOXÉENNE . 



Total. 



Iles et peuples 



2,500,000 
100,000 

1,315,000 

15,000 
34,000 

32,000 

19,000 
27,000 

242,000 
216,000 



4,500,000 



5,000,000 



( 12<> ) 



IX. Subdivision de la Race Noire en rameaux , familles et peuples. 

i F. CÂFRE . . . J Une immense quantité de peu- 
( F. HOTTEMOTE. ' plades , dont plusieurs sont ^ 40,000,000 
OCCIDENTAL. I p^^g^^ \ encore inconnues . . . . 

Fitljiens 

Néocalédoniens 

F. PAPOUENNE . \ Néoliébridiens 

Salomoaicns 

, , papous 

ORIENTAL.] , A. des Andaman . . . .) ',000,000 

A. de l'Indochine .... 

A . de Luzon 

F. ANDAMÈHE. . { , j , », ^^ r' ■ ■ 

A. delà Nouvelle-Gumce . 

A. de la Nouvelle -Hollande. 

A. de Van Dienien .... 

Total 41,000,000 



M. Van Beneden, membre de l'académie, présente en- 
suite des Reclierclies sur l'onjanisalion des Lagenella el les 
di^éroits polypes Bnjozaires qui habilenl la côte d'Oslende. 
(Commissaires : MiVI. Wesmael, Cantraine et Dumortier.) 



( 121 ) 



Enumeralio synoplica planlarum plianeroganicaniin ab 
Henrico Caleotti, in regionibus Mexicanis collectariim. 
Aucloribus M. Marlens, et H. Galeotti. 

VALERIANE.^. (Dec.) 

VALERiArsA. Linné. Neck. 

1. Valeriama f.AciniiosA. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N" 2548.) 

Herbacea, erecla, glabra; foliis radicalibus pinnalificlo-pin- 
nalis, pinnis clistanlibiis profunde laciniato-pinnalifidis, laci- 
niis linearibus oblusis, caule caespitoso simplici siiliaphyllo , 
foliis caulinis semi-amplexicaulibus laciniato-pinnalis, floribus 
siibcapitatocorymbosis, corollis 9-fidis. — Caulis ^-pedalis; 
folia radicalia multa, petiolata , petiolis sub 2-polIicaribus, 
limbo sub 3-pollicari , pinnis sessilibus siibpollicaribus laci- 
niato-pinnatifidis, laciniis integerrimis linearibus 3-3 lineas 
longis. 

0. — Croît sur les rochers trachytiqiies de Santa-Maria, 
près de Morelia de Michoacan, de G,oOO à 7,000 pieds. 
FI. lilas. Août. 

2. VAI,ERIA^A Mt.MCASiA? Dec. 

(Coll. H. Gai. N" 254fi.) 

Obs. Propter specimiaa imperfecta species dubia. 

(-). — Croit dans les champs de Morelia, de Michoacan, 
à (),(MJO ijieds. FI. lilas. Août. 

3. \Ar.lIl!\\\ lEAI-.IIAI'.KEFUMA. Nubis. 

iColI. II. G.il. N°« :i549 et 2.1.53.) 

Caule herbaceo erecto glabro sulcalo , foliis pinnatis i)olio- 
lalis, pinnis biju.gis dislaiitibus obovatis sessilibus répandis, 



( im ) 

foliolo lerminali majori ovato-rotundato , petiolis alatis subco- 
natis, floribus tricliotomo-paniculatis 5-ficlis , staminibus inclu- 
sis. — Aflinis P^alerianae Mexicanae , Dec. — Caulis ingula- 
tus, foliorum pinnae repaudo-deutatae, saepius basi auriculatae, 
panicula laxa elongata , ramis lateralibus trichotomis , sligma 
trifidum exsertiim. 

0. — Croît dans les bois et sur les rochers de Real del 
Monte et de Moran, au nord de Mexico, de 7,500 à 8,500 
pieds. FI. rosées. Août-octobre. 

4. Vaieriana ramosissima. Nohis. 

(Coll. H. Gai. N" 2552.) 

Caille herbaceo erecto tereti pubescenli a basi trichotome- 
ramoso, foliis longé petiolalis pinnalis, pinnis 3-5-partitis, 
laciniis linearibus , corymbis terminalibus coarclatis Irichoto- 
mis, bracteis oppositis linearibus basi ciliato-pilosis. — CoroJla 
extus glabra albo-rosea. 

4. — Croît sur les rochers porphyriques du Cerro Ven- 
loso, entre Pachuca et Real del Monte (20 lieues au nord 
de Mexico), à 8,000 pieds. FI. blanc-rosé. Août. 

5. VaI.ERIANA URTIC.ErOLIA. HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 2554.) 

0. — Croît dans les champs et près des rivières d'Ario, 
dans le Michoacan , de 4 à 5,000 pieds. FI. blanches. 
Août. 

6. Valeriabia l'iLOSiiscuLA. Nohis. 

(Coll. H. Gai. N°2551.) 

Caule herbaceo ereclo subquadrangitlo pubescenli-hirlo, 
simpliciusculo, nodis incrassatis pilosis, foliis pinnalis glabris 
rachialato, pinnis 2-8-jugis adnatis ovato-lanceolatis repando- 
denlalis acuminatis, coryrabo bis vel ter trichotomo dense 
longe pedunculalo, corolla infundibuliformi glabra b-fida, 



( 123 ) 

staminibiis exsertis, fructii piloso-hirto , bracteis lineari-subu- 
latis. — Caulis subbipedalis, folia pollicaria, superiora sessilia 
subconnata , inferiora in petiolum alatum amplexicaulern atte- 
nuata, pinnae subpollicnres ab apice ad basin folii decrescenles. 
— Âfliais Falerianae sorbifoliae , HBK. 

0. — Se trouve près de Morelia de Michoacau , dans les 
endroits humides, à 6,000 pieds. FI. blanc-rosé. Août. 

7. Vai.eriasa affinis. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N0 2555.) 

Caule herbaceo elongato glabro nodis pilosiusculis , foliis 
peliolatis pinnatis, peliolis alatis connatis piloso-ciliatis , pin- 
nis lanceolatis subinciso-serratis , racbi alato ciliato , corymbis 
densis tricholomis pilosulis , corolla glabra , staminibus indu- 
sis, fruclu ovato pubescenti-piloso. — Proxiraè accedit ad 
priorem specieni a quâ pinnis inciso-serratis slaminibusque 
inclusis praecipuè differt. 

'"*• — Croît dans les forêts de chênes du Cerro de S. Fe- 
lipe, près d'Oaxaca, de 8 à 9,000 pieds, et sur les rochers 
gneissiques de Juquila (cordillère occidentale d'Oaxaca), 
de 5 à 6,000 pieds. FI. blanches. Mai-septembre. 

8. Yaleriaka pk.chu.i.a. Nobis. 

(Coll. H. Gai. No 2560.) 

Caule herbaceo humiii erecto glabro subsimplici , foliis ra- 
dicalibus longé peliolatis lyrato-pinnalis glabris, pinnis dis- 
tantibus obovatis sinuato-denlalis subpeliolatis, terminali 
ovato-rotundatoinaequaliter sinuato-inciso, foliis caulinis pin- 
natis, pinnis lanceolato-oblongis subinciso-dentatis , corymbis 
densis dicholomis longé pedunculatis , bracteis linearibiis elon- 
jjalis oppositis, floribus majusculis infundibuliformibus 3-fidis 
glabris, staminibus exsertis. — Folia radicalia cmn peliolo 
-J-o-j)ollicaies, flores roseo-aibi magni. 

«. - On (roiivo «otte belle espèce dans les forêts de la 



( 124 ) 
Sierra de Yavezia, à 7,5(X) pieds. FI. blanc-rosé. Juin. 

9. Yaleriana latifoi.ia. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 2558.) 

Caule herbaceo erecto sulcato pubescenti , foiiis omnibus pe- 
tiolatis glabris subcordato-ovatis obtusis apiculatis répandis 
utrinque nigro-punctatis, panicula laxa dichotoma, floribus 
glabris 5-fidis, fructu obovato angulato glabro. 

e. — Croit dans les champs de la Anligua , près Vera- 
Cruz. FI. violâtres. Juin. 

10. Vai.eria\a scasdk>s. HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 7068.) 

e-o. — Croît dans les bois et dans les endroits humides, 
près de Xalapa , de 3 à 4,000 pieds. FI. blanches. Mai. 

11. VALEniAKA Galeottia.xa. Martens. 

(Coll. H. G;il. N" 2547.) 

Glabra; caule herbaceo tereti erecto, foiiis radicalibus lon- 
gissimè petiolatis, caulinis sessilibus omnibus profundè pinna- 
tifidis , laciniis approximalis obovalo-cuneatis apice 2-3-Gdis 
obtusis, corymbo dichotomo , bracleis linearibus oblusis , flo- 
ribus longé tubuloso-infundibuliformibus S-fidis glabris fauce 
piloso, stamiuibus exsertis. Caulis sub 2-pedalis, pelioli folio- 
rum radicalium 8-10-pollicares, folia duos pollices longa , pol- 
licem et amplius lata, laciniae 8-10-lineares. 

0. — Croît dans les endroits humides et dans les champs 
de Jésus del Monte, village près Morelia de Michoacan , à 
7,000 pieds. FI. rosées. Août. 

12. Yai.eriana. 

(Coll. U.Gal. NO 2250.) 

Obs. Spécimen incorapletiim. 

0. — Sur les rochers basaltiquos de Régla, près Iloal 
del Monte, à r),;iOO pieds. FI. blanc-rosé. Août. 



( 



( 12o ) 

(Coll. H. Gai. N» 2559.) 

Obs. Speeies propter specimina incorapleta non delei-niinari potest. — 
Folia cauiina integerrima pctiolata lanceolata, pellucido-punclata . panicnla 
cfTusa gracilis dichotomè-ramosissima. 

0. — Croît dans les endroits humides et dans les dunes 
de l'Antigua et de Vera-Cruz. FI. blanc-rosé. 



RUBIACE.*. (.IcssiEc.) 
I. G.iLIUM. L. 

1. G.VI.IUM MEXIC.INL'M. HBK. 

(Coll. H. Gai. No 2616.) 

GO. — Se trouve dans les bois de Xalapa et de Mirador, 
de 2,500 à 4,000 pieds. FI. blanches. Juillet. 

2. Gai.ii'.m cask.scens. HBK. 

(CoU. H. Gai. No» 2598 et 261G bis.) 

0O. — Se trouve dans les bois de chênes du district de 
Real del Monte, à 8,000 pieds, et près de Xalapa , à 4,000 
pieds. FI. blanches. Juillet. 

3. Gaijim obovatum. HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 2656.) 

feo. — Dans les bois de Yavezia dans la cordillère orien- 
tale d'Oaxaca, de 7 à 8,000 pieds. FI. blanches. Sep- 
tembre. 

fi. Galium caripense. HBK. 

(CoU. H. Gai N» 2651.) 

eu. — Se trouve dans les haies de Tehuacan (région 
cactifère) , à o,000 pieds. FI. blanches. Août. 



( 126 ) 

s. Gai.ium FUStUM. Nobis. 

(Coll. H. Gai, N» 2633.) 

Gaule telragono scaberrimo, foliis quaternis ovalis acutis 
supra glabris niliclis sublus pilosulis margine cilialis, floribus 
terminalibus didiolomo-cymosis fiiscis, fructu albo-pilosis- 
simo, pilis elongatis mollibu.s non uncinatis. — Folia semi- 
pollicaria subtus trinervia. — Affinis Galio obovato HBK. 

0O. — Se trouve dans les endroits humides et dans les 
forêts humides du Cerro de San Felipe, près Oaxaca, à 
8,500 pieds, et du Cerro de Juquila, de 7,000 à 8,500 
pieds. FI. brunes. Septembre. 

6. G.»MUH niRSDTUM? Ruiz et Pavon. 

(Coll. H. Gai. N° 2650.) 

Hirsuto-pilosum ; caule debili telragono ramosissimo , foliis 
quaternis sessilibus reflexis lineari-lanceolatis margine subre- 
volutis nndique hirtis, pedunculis axiilaribus unifloris folio 
brevioribus, involucro 4-phylIo foliis simili, fructu ignoto. — - 
Folia 8-linearia, internodia '-l-pollicaria. Fruclus deest. — 
Affinis Rubiae hirtae, HBK. 

©. — Croît sur les rochers de Mirador (département de 
Vera-Cruz) , à 3,000 pieds. FI. blanches. Septembre. 

7. GaI.IVM IMVOIACliATl'M. HBK. 

Syn. Rubia ciliala. Dec. 

(CoU. H. Gai. N" 2590.) 

eu. — Se trouve dans les bois de El Sabino , au nord 
de Mexico, à G,o00 pieds. FI. brunes. Août. 

8. Gai.il'm GEMiniiFi.or.iJM. Nobis. 

(CoU. H. Gai. N° 2604.) 

Caule diffuso ramoso hispido , foliis quaternis lanccolatis 
acuminalis glabris margine hispidis , floribus geminis pedun- 
culatis in apice raraorum, fructu glabro. — Folia | pollicaria. 



( 127 ) 

0. — Croît dans les régions alpines du pic d'Orizaba, 
vers 9,500 pieds. FI. brunes. Août. 



11. RUBIA. Tourn. 

9. RuniA HYPOCARPiA? Dec. 

(Coll. H. Gai. Ni'2622.) 

Caille 4gono piloso hispidiusculo , foliis qualernis ovalis 
subacuminalis utrinque piloso-subhispidis margine reflexis , 
pédunculis axillaribiis unifloris folium aequanlibus , flore in 
involucro 4phyIlo sessili, bacca pilosiuscula magniludine pisi 
minoris. — Folia |-polbcaiia, pedunculi uniflori. 

r-.c_;. — Croît dans les forêts de Xalapa, à 4,000 pieds. 
FI. blanches. Mai. 

10. RuBIA ACCMIMATA. Nobis. 
(Coll. H. Gai. N"s 2631 et 2632.) 

Glabra; caule tetragono debib scabro secus angulos relror- 
SLira subaculeolato , foliis quaternis nitidis lanceolatis acumi- 
nato-mucronulatis , floribus in ramulis termiiiabbus subternis 
pedunculati.s , corolla stellala , laciniis lanceolatis longe acn- 
minatis, baccis glabris rotimdatis. — Folia subsessilia â-4 li- 
neas longa; laciniae corollae in acumcn longum productae, — 
Aflinis Bubiae Scabrae, HBK. 

0. — Se trouve avec le Galium geminiflorum , au pied 
des pins, dans les forêts du pic d'Orizaba, à 9,000 pieds; 
dans la plaine de Tehuacau, à 5,000 pieds, et dans les 
forêts de Juquila et de Sola (cordillère occid'" d'Oaxaca), 
de 4 à 0,000 pieds. FI. blanchâtres. Août. 

III. BORRERIA. Mey. 

11. BOKRRRIA SUnUI;ATA. Dec. 

(Coll. II. Gai. N0 2654.) 

Ob$. la gpeciniinibus nostris stipularuni sctae vagina longiores. 



( 1-^8 ) 
9. — Croît dans les bois humides de la cordillère orien- 
tale d'Oaxaca, près de Yavezia, de G à 7,000 pieds. FI. 
blanches. Juin. 

12. B0RRER14 VERTicii-LATA. Mey. 

(Coll. II. Gai. No 2560.) 

0. — Se trouve avec l'espèce précédente. FI. blanc-rose. 
Juin. 

J3. BoRRERi.\ viRGAT.A. Clinm. et Schleclit. 

(Coll. H. Gai. N" 2618.) 

©. — Croît dans les bois de Xalapa et de la colonie 
allemande de Mirador, de 3 à 4,000 pieds. FI. blanches. 
Juin. 

14. BORRERI.V FERRDGIIMtA. DeC. 

(Coll. H. Gai. N» 2607.) 

0. — Se trouve dans les champs et près des endroits 
habités, à la colonie de Mirador, à 3,000 pieds. FI. blan- 
ches. Février. 

liî. BORRERIA PAILLA. lYobiS . 
(Coll. H. Gai. N" 2608.) 

Glabra, caule heibaceo tetragono flaccido laevi ranioso, 
ramis palentibus elongalis, foliis sessilibus oblongis acutis 
margine asperis ac revoKitis, slipularum setis vagina longio- 
ribus , verlicillis multifloris subglobosis , calycis dentibus 4 
subulatis allernatim nainoribus. — Caulis pedalis decuiubens , 
ramis subpedalibus , folia pollicaria , verlicilli densi magnitu- 
dine pisi majoris. 

0. — Croît avec l'espèce précédente. FI. blanches. Fé- 
vrier. 

16. BORRERIA LONGISETA. ffobis. 
(Coll. H. Gai. N» 2611.) 

Flavescens ; caule herbaceo subhexagono simpliciusculo 
erecto pubescenti, foUis sessilibus lineari-lanceolatis rigidis 



( 129 ) 

supra pubescentibus subtus villosis scabris, stipularuni setis 
rigidis vagina quintuplé longioribus, verticillis capilalis glo- 
bosis , foliis -4 inaequalibus involucratis, coroUa glabriuscula 
lobis ovatis obtusis, slaminibus exsertis, capsula oblonga vil- 
losa calycis dentibus -4 elongalis ciliato-pilosis coronata. — 
Folia 2 poUices longa ; verticilli axiUares pauci , terminalis 
major. 

0. — Se trouve dans les savanes de Zacuapan et de Mi- 
rador, à 3,000 pieds. FI. violettes. Octobre. 

17. Bor.REBiA GRAMiNiFOiJâ. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N° 2599.) 

Caule herbaceo tetragono folioso glabro apice pubescenti , 
foliis angustè linearibus laevibus oppositis et falso-verticillatis 
margine revolutis, stipularum setis vaginâ pubescenti longio- 
ribus, capitulis semiglobosis terminalibus quasi pedunculatis, 
foliis floralibus 4 involucratis, capsula oblonga glabra dentibus 
calycinis 2 subulatis coronata. — Caulis 4-3pollicaris, folia 
graminea 1-1 |-pollicares, capitulum magnum hemisphaeri- 
cum. — Affinis Borreriue podocephalae , Dec. 

0. — Croît dans les bois de chênes de El Sabino, près 
de Zimapan (au nord de Mexico), à 6,500 pieds. Cette 
espèce se plaît dans les endroits humides. FI. blanches. 
Août. 

18. BOKRERIA OVAI.IFOLIA. NobtS. 
(CoU. H. Gai. N» 2606.) 

Glabra ; caule herbaceo erecto tetragono , foliis ovatis obtu- 
siusculis subsessilibus, stipularum setis reflexis vaginâ sub- 
longioribus, verticillis axillaribus multifloris sessilibus , cap- 
sula ovata subpubcscenti-hirta dentibus 4 lineari-subulatis 
elongatis coronata. — Caulis ^-pedalis, folia 6-8-Iinearia. Aflînis 
liorreriae ocyinoides, Dec. 

0. — On trouve cette espèce dans les savanes et dans les 
ToM. XI. 10 

j 



( 130 ) 

endroits humides de la colonie de Mirador , à 3,000 pieds. 
FI, blanches. Février. 

19. BORRERIA LJSVIGATA. NoUs. 
(CoU.H. Gai. N« 2586.) 

Glabra ; caule herbaceo tetragono laevi , foliis oblongis acu- 
tis uninerviis laevigatis, stipularum setis S vagina sublongio- 
ribus , floribus capitalis terminalibus ses.silibus, calycis den- 
tibus 4 linearibus elongatis glabris oblusis , capitulo denso 
hemisphaerico foliis 2-10 inaequalibus suffulto , anlheris exser- 
tis. — Folia poUicaria; flores albi. 

0. — Croît dans la vallée de Morelia (Valladolid de 
Michoacan), à 5,000 pieds, et dans la plaine de la Jor- 
dana, près Toluca, à 8,000 pieds. FI. blanches. Août. 

20. BoRRERiA Haekkeana. Dec. 

(Coll. H. Gai. N" 2585.) 

0, — Se trouve avec l'espèce précédente. FI. blanches. 
Août. 

21. BoRRERiA Oaxacasa. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 2629.) 

Glabra ; caule herbaceo tetragono ramosissimo, foliis oblongo- 
linearibus acutis oppositis et falso-verticillatis , stipularum 
setis flavidis 7-9 vaginâ pubescenli paulum longioribus , capi- 
tulo globoso terminali multifloro, involucro -4-6-phyIIo reflexo, 
calycis dentibus 4 linearibus obtusis. — Caulis -4-5-pollicaris 
ramis patulis , folia semipollicaria. — Affinis Borreriae Haen- 
kaeanae Dec. 

0. — Se trouve près de la ville d'Oaxaca , à 5,000 pieds, 
dans les champs cultivés et sur les rochers de las Gan- 
teras. FI. blanches. Septembre. 

22. BORRERIA ASPERA NobiS. 
(Coll. H. Gai. N" 2625.) 

Caule herbaceo ereclo simplici pubescenli asperiusculo , 



( 131 ) 

foliis subternis sessilibus lanceolato-linearibus ulrinque asper- 
rirnis flavescentibiis , selis 7-9 flavidis rigidis vaginà diiplo 
loQgioribus , capitulis globosis crassis terminalibus involucro 
8-10-phy!lo cinctis, calycis dentibus A lineari-Ianceolatis ci- 
liatis. — Folia 1-2-pollicaria. 

e- — Croît daos les endroits humides et sur les rochers 
gneissiques de Juquila, près de la côte d'Oaxaca, baignée 
par l'Océan Pacifique, à 4,000 pieds. FI. blanches. Septem- 
bre-octobre. 

23. BoRRERiA SETOSA. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N" 2627.) 

Gaule herbaceo erecto tetragono setoso aspero patenlim ra- 
moso parum folioso, stipularum setis multipartitis vagina lon- 
gioribus, foliis oppositis lanceolato-linearibus elongatis acu- 
minatis utrinque piloso-asperis margine revolulis scaberrimis , 
floribus subcapitatis terminalibus involucro 4-phylIo patenti 
cinctis, capsulis ovatis, calycis dentibus 4 lineari-Ianceolatis 
basi longé setosis. — Caulis elongatas, internodii 5-pollicares, 
folia 2-3-pollicaria , bracteae inaequales 1-2-pollicares foliis 
simillimae ciliatae. 

Obs. Species distinctissima propter setos byaliaos albos 2-ô-Iineares in 
capsulis et ad margines dentium caljcis. 

e. — Se trouve dans les forêts de palmiers et sur les 
dunes de la côte d'Oaxaca, baignée par l'Océan Pacifique, 
près du Rancho du Rio Grande. FI. blanches. Septembre. 

IV. SPERM.\COCE. L. 

24. Spermacoce ecbioïdes? BBK. 

(Con. U. Gai. N» 2611 l)is.) 

Caule herbaceo erecto tetragono hispidu angulis retrorsura 
aculeolatis , foliis lanceolatis acuminatis subpetiolatis utrinque 
piloso-hispidis, stipulis hispidis longe ciliato-setosis, verli- 



( 13â) 

cillis axillaribus terminalibusque subgiobosis , capsulis ovoi- 
deis hirtis brève -i-dentatis. — Folia 2-pollicaria , verticilli raa- 
gnitudine pisi. 

0. — Se trouve dans les savanes de Zacuapan , à 3,000 
pieds. FI. violettes. Septembre. 

23. Spermacoce tenviob. L. Far. Latifolia. 

(CoU. H. Gai. N»2600.) 

4. — Croît dans les ravins de Zacuapan , à 2,000 pieds. 
FI. Avril. 

26. Spermacoce asperifolia. Nobis. 

(Coll. H. Gai. No 2626.) 

Caule herbaceo erecto pubescenti-hirto scabriusculo , foliis 
subsessilibus ovato-lanceolatis integerrimis supra et margine 
asperrimis subtus pubescentibus scabriusculis , stipularum 
setis vagina longioribus, floribus axillaribus subverticillatis , 
staminibus exserlis, capsula ignota. — Affinis Spermacoce te- 
nuiori, L. 

0. — Se trouve dans les endroits humides, près de 
l'Océan Pacifique, dans l'État d'Oaxaca. FI. blanches. Sep- 
tembre. 

27. Spermacoce? Tetracocca. NoMs. 

(Coll. H. Gai. N»2587.) 

Caule humifuso telragono a basi dichotome-ramosissimo , 
foliis lauceolato-linearibus acuminatis subciliatis , stipularum 
setis vagina vix longioribus , floribus axillaribus 1-2 , calicis 
dentibus 4 ciliatis, minoribus interjectis, capsula 4partibili 
glabra , coculis monosperrais. — {An genus novum?) 

0. — Se trouve sur les rochers trachytiques de Santa 
Maria, près de Morelia de Michoacan, à 6,000 pieds. FI. 
blanches. Aoiît. 

N. B. N" 2595 est Spermacoceae , spécimen incompletum : in sylvis 
Ario (Michoacan), ad 5,000 ped. gall. invenitur. Floribus albis. Aiig. 



( 133 ) 

V. TRIODON. Dec. 

28. Triodon AsiGur.ATUM. Benth. 

(Coll. J. Linden. N" 615.) 

0. — Se trouve dans les bois de Xalapa et de Mirador , à 
3,000 pieds. FI. Août. 

VI. CRUSEA. Cham. et Schlecht. 

29. Crusea brachtphvlla. Cham. et Schlecht. 

(Coll. H. Gai. N° 2605.) 

e. — Croît dans les forêts de Coscomatepeque et de To- 
tozinapa, sur la déclivité orientale du pic d'Orizaba, de 
S à 7,000 pieds. FI. blanches. Août. 

30. Crusea calocephala. Dec. 

(Coll. H. Gai. N» 2580 et 2591.) 

e- — Cette espèce croît dans les endroits humides et 
dans les bois des régions tempérées du Mexique , près de 
Mirador et de Xalapa ( Vera-Cruz) , de 5,000 à 4,500 pieds ; 
dans le Rincon et la Chinantla (Oaxaca) , de 2,300 à 4,500; 
dans les ravins d'Arumbaro et de Tzitzio, près de Morelia 
(Michoacan) , de 3 à 5,000 pieds, etc. FI. violettes. Juil- 
let-septembre. 

31. Crusea bispidula Bartling. (Index sem. hort. bot. Gotting. 1839.) 

(Coll. H. Gai, N» 2628.1 

0. — Se trouve dans les forêts et sur les rochers humi- 
des de Juquila (cordillère occidentale d'Oaxaca), de G à 
7,000 pieds. FI. blanches. Septembre-novembre. 



( 134 ) 

VII. RICHARDSONIA. Kunth. 
Syn. RicBARDiA. L. 

32. RicHARDSONiA scASHA. Lin. et Dec. 

(Coll. H. Gai. N°» 2588, 2590 et 2G55.) 

0. — On trouve cette espèce dans les ravins du Rio 
Grande de Lerma, près de Guadalaxara, à 3,000 pieds, 
dans les ravins d'Arumbaro, près Morelia deMichoacan, 
à 3,000 pieds, et dans les forêts du Rincon (cordillère 
occidentale d'Oaxaca), à 4,000 pieds. FI. blanches. Août. 

53. RiCHARDSONIA PILOSA. Dec. 

(Coll. H, Gai. N" 2582.) 

0. — Croît dans les endroits humides et dans les bois 
de Xalapa, Mirador et de toute la région tempérée atlanti- 
que, de 2,800 à 4,500 pieds. FI. blanches. Juin-octobre. 

VIII. MACHAONIA. IfBK. 

54. Machaonia VELiiTiNA. JYobis. 

(Coll. II. Giil. ^7104.) 

Frulex spinulosus, ramulis villosiusculis, foliis brève pe- 
tiolatis ovatis acumiDatis supra glabriusculis , subtus velutinis 
pubescenti-viliosis, stipulis ovatis setaceo-acuminatis minutis, 
panicula terminali laxa pubescenti-hirla bracteolala, coccis 
dense pubescenti-hirtis. — Petioli 2-3-lineares hirli, folia 
2-pollicaria, bracleolae subulatae , cocci trigoni 2-3-lineares. 

4 . — Se trouve dans les ravins de Puente Nacional, dans 
la région chaude, près Vera-Cruz. FI. blanc-fauve. Juin. 

IX. CEPHALANTHUS. L. 
53. Cephalanxhus samcifolics. ffBK. 

(Coll. H. Gai. N» 2593.) 

t. — ^ On trouve ce joli arbrisseau dans les ravins d'A- 



( 133 ) 
rumbaro, au bord des ruisseaux, près de Morelia de Mi- 
choacan , à 3,000 pieds. FI. blauches odorantes. Août. 

X. GEOPHILA. Don. 
36. Geophila reniforuis. Cham. et Schlecht. 

(CoU. H. Gai. No 2630.) 

0. — Croît dans les forêts de hauts palmiers et sur les 
dunes de la côte de l'Océan Pacifique, dans le département 
d'Oaxaca. FI. blanches. Septembre. 

XI. CEPHAELIS. Sw. 

57. Ceph.4ems HinsuTA. Nobis. (§ Tapogomea. Dec.) 

(Coll. H. Gai. N» 7185.) 

Caule inferne glabro , ramis petiolis pedunculis foliis invo- 
lucrisque flavo-hirsutis , stipulis connatis vaginantibus apice 
in lacinias duas iineari-subulatas elongatas abeuntibus, foliis 
ovato-lanceolatis acuminatis in petiolutn brevem attenuatis , 
capitulo terminali longe pedunculato , involucri foliolis basi 
lata ovato-lanceolatis acutis puniceis. — Folia S-4-pollicaria 
foliolae involucri 1 ^ poUices longa , apice attenuata. — AfTinis 
Cephaelis tomentosae , Dec. 

i . — Se trouve dans les bois humides et au bord des 
ruisseaux de la Chinantla, dans la cordillère orientale 
d'Oaxaca, de 4,000 pieds. FI. jaunes. Juin, 

XII. PALICOUREA. Jublel. et Dec. 
(PsYciioTBiA. Jussieu et Willd) 

58. Palicoiiika afTinis P. GtiAKEKSi. Auhl. 

(Coll. H. Gai. N" 2640.) 

Obs. Proptcr spécimen incompleliim nobis olivium non <lc(ei'minanila 
spccic!). — AfTinis /'alicunreae Cuianensi , Juht. 



( 136 ) 
^ . — On trouve cette belle plante au bord des rivières 
de la Chinantia (département d'Oaxaca), près de Tepi- 
napa, à 2,000 pieds. FI. orangées. Juin. 

39. Pamcourea Galeottiawa. Martens. 

(Coll. H. Gai. N"s 2602 et 2636.) 

Glabra; foliis petiolatis lanceolatis utrinque attenuatis longe 
acurainatis , stipulis ovatis bipartitis acutis persislentibus , pa- 
nicula laxa subtrichotoma terminaU foliis breviore, floribus 
tubuloso-infiindibuliformibus albis , pedicellis bracteolatis , 
bracteolis parvulis lineari-subulalis , stigmate exserlo bifldo, 
calyce minuto campanulato 5-fido. — Folia membranacea sub- 
lucida 8-4 poUices longa, poUiGem et amplius lata , flores 
semipoUicares , antberae inclusae. 

4 . — Se trouve dans les forêts épaisses et humides, 
entre Llano Verde et le Rincon (département d'Oaxaca), 
et dans la Chinantia , au delà des monts élevés de la Sierra 
de Yavesia, de 5 à 6,000 pieds. FI. blanches. Mars-août. 

40. Palicourea i\iigrescens. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N" 2653.) 

Glabra ; ramulis subtetragonis, foliis petiolatis ovalo-lanceo- 
latis nitidis longé acuminatis basi attenuatis, siccitate nigres- 
centibus, stipulis bipartitis, laciniis lineari-lanceolatis,panicula 
trichotoraa laxa subsessili foliis multo breviore, calyce tubuloso- 
campanulato, limbo circumscisso subintegro, corolla cylin- 
drica limbo 3-veI 6-fido , staminibus exsertis. — Folia 5-6 pol- 
lices longa, 2 poUices lata, petioli semipoUicares, panicula 
sesquipollicaris , flores rosei 4 lineas longi. 

"S. — Croît au bord des ruisseaux, près de Xalapa 
(département de Vera-Cruz), à i,(X)0 pieds. FI. blanc- 
rosé. Juin. 



( 137 ) 

41. Pamcoi'REA cnocEA. Rom etSchult. (Syn. Psycholria crocea. Sw.) 

(Coll. H. Gai. No 2617,) 

$ . — Croît dans les forêts humides de Xalapa, de Mira- 
dor et de toute la région tempérée atlantique, de 3,000 à 
4,200 pieds. FI. jaunes. Juin-octobre. Bois Jaune très- 
amer. 



Notice sur les armoiries des chevaliers de la Toison d'Or, 
qui sont conservées dans la cathédrale de Saint-Bavon à 
Gand ; par le chanoine J. J. De Smet, membre de l'Aca- 
démie. 

Nous nous plaignons assez souvent de l'indifférence de 
nos compatriotes pour les monuments des arts et les beau- 
tés naturelles que la Belgique peut citer avec un juste or- 
gueil. Cette apathie pour les merveilles que nous avons , 
pour ainsi dire, sous la main , n'est malheureusement que 
trop réelle, mais avons-nous en effet le droit de nous en 
plaindre si vivement? 

Remarquons d'abord, que ce mal existe dans les autres 
pays autant que dans les provinces belges , et que nos voi- 
sins ne s'en plaignent pas moins que nous. Ce n'est pas 
l'enfant de l'Ecosse qui franchit le court espace qui le sé- 
pare de l'ilot de Staffa , pour admirer ces colonnes magni- 
fiques de basalte, dont se forment les paroisde cette grotte, 
si célèbre dans l'Europe entière; ce n'est pas le Florentin 
qui s'extasie à la vue des tableaux et des statues de tant de 
grands maîtres, que les Médicis ont accumulés dans sa ville 
natale, comme ce n'est pas l'habitant de Paris qu'on voit 
empressé à connaître les monuments qui ennoblissent la 



( 138 ) 

capitale de la France. Le mal est donc général, et peut-être 
n'est-il pas difficile d'en découvrir la cause. Dieu a fait du 
travail une obligation rigoureuse à l'homme, mais il a voulu 
lui faire trouver dans le travail même une récompense : 
c'est donc par une vue toute providentielle que tout ce 
que nous pouvons obtenir sans peine et sans effort perd 
par là même ses charmes, et que la fleur la plus brillante 
devient sans prix quand elle est commune. 

Je ne veux pas conclure de là qu'on peut dédaigner ce 
que le sol de la patrie présente de curiosités naturelles ou 
de monuments; j'en déduirai plutôt que, sans nous laisser 
arrêter par l'indifférence populaire, nous devons appeler 
l'attention sur nos antiquités nationales, et faire pour elles 
ce que nos honorables confrères, MM. Kickx et Quetelet 
ont fait pour la grotte de Han-sur-Lesse : dès-lors que ces 
restes d'un autre âge ou ces curiosités naturelles devien- 
dront des objets de sérieuses études, l'indifférence dont 
nous nous plaignons ne tardera pas à disparaître. 

Ce préambule est peut-être un peu trop grave et hors de 
proportion avec l'objet de cette note, mais s'il renferme, 
comme je le pense, une réflexion vraie , l'Académie me 
pardonnera sans doute, d'en avoir ici fait usage. 

Plusieurs de nos villes principales avaient vu célébrer 
dans leurs murs ces chapitres de l'ordre de la Toison d'Or, 
où les ducs de Bourgogne et leurs successeurs étalaient tant 
de pompe; mais peu d'entre elles ont eu soin d'en immor- 
taliser le souvenir, ou celles qui y avaient songé ont eu le 
malheur d'en perdre les monuments dans les bouleverse- 
ments successifs qui ont désolé le pays. Ainsi la magnifique 
cathédrale de Tournay ne possède plus rien qui rappelle 
le chapitre de l'ordre que Charles-Quint y réunit les 5, 
4 et 5 décembre de l'an 1551 , quoiqu'on eût placé les 



I 



( 139) 
écussons des chevaliers au-dessus des formes des cha- 
noines (1). 

La cathédrale de Saint-Bavon, à Gand, a eu plus de bon- 
heur. Deux chapitres de l'ordre y furent tenus , l'un par 
le bon duc lui-même, et l'autre par Philippe II , roi d'Es- 
pagne; les armoiries des chevaliers, peintes à cette occasion 
et suspendues dans le chœur, échappèrent à la fureur des 
iconoclastes du XVP siècle, et à celle des Vandales français. 
Elles eurent cependant leurs jours de danger, aussi bien 
que les braves guerriers qu'elles décoraient aux champs de 
Buligneville et de Luxembourg, de Pavie, de Muhlberg et 
de Saint-Quentin. Pendant la durée de l'espèce de républi- 
que que Jean d'Hembyse et Pierre Dathenus avaient établie 
à Gand , on n'aurait pu les découvrir, sans les exposer à 
être lacérées et brûlées par la main du bourreau , comme 
rappelant le souverain qu'on surnommait le Démon du 
Midi, le terrible duc d'Albe,et tant d'autres courtisans dé- 
testés. Le chapitre parvint à sauver les tableaux , quoi- 
qu'avec peine; et quand le règne d'Albert et Isabelle eut 
ramené le calme dans nos provinces, il les fil replacer dans 
la boiserie, immédiatement au-dessus des sièges des cha- 
noines. Il y manquait toutefois seize écussons, ce qui fut 
cause, apparemment, qu'on ne se mit pas en peine de les 
placer tous dans un ordre nécessaire. 

On y remédia en 1771, quand on fit au chœur ces em- 
bellissements somptueux , mais malheureusement peu en 
harmonie avec l'architecture de la majestueuse cathédrale. 
Les blasons furent complétés et placés dans leur ordre 



(1) Recherches sur l'é(/lisc cathédrale de Tournay, par Le Maisliu d'An»- 
laing. loin. Il, p. 2ôï). 



( 1^0) 
primitifdevantles hautes galeries, où ils se trouvent encore 
aujourd'hui. A l'occupation française, le marteau révolu- 
tionnaire, qui avait démoli les antiques églises de Saint- 
Lambert à Liège et deSaint-Donat à Bruges, s'arrêta devant 
celle de Saint-Bavon. Mais quand le concordat permit 
d'en rouvrir les portes aux fidèles, il fallut cacher avec soin 
des armoiries que proscrivaient les lois républicaines, aussi 
longtemps que Bonaparte crut qu'il était de son intérêt d'en 
caresser les utopies. Depuis lors les blasons demeurèrent 
dans le même état , si l'on en excepte quelques-uns qui fu- 
rent brûlés dans l'incendie qui faillit détruire de fond en 
comble un des plus beaux monuments religieux de Belgi- 
que : ils ont été remplacés plus tard. 

En les parcourant des yeux on ne peut s'empêcher de 
remarquer qu'un assez grand nombre ne portent ni casque, 
ni cimier, mais à leur place le collier de l'ordre passé au 
nœud, et que trois blasons du dernier chapitre sont de- 
meurés en blanc. Les premiers appartiennent aux cheva- 
liers morts depuis le dernier chapitre. Les autres ont donné 
lieu à une méprise assez généralement admise, quoiqu'elle 
n'ait aucun fondement, comme l'a remarqué dans une de 
nos séances de l'année passée, notre honorable confrère , 
M. Cornelissen. On s'est imaginé, on a même écrit plus 
d'une fois, que ces armoiries étaient celles du prince d'O- 
range et des comtes d'Egmont et de Bornes , qui avaient 
été effacées, à cause de la rébellion de ces seigneurs contre 
le roi d'Espagne. Rien de plus faux que cette supposition : 
les armoiries de ces trois personnages, devenus si fameux 
plus tard, se trouvent intactes à leur place; elles écussons 
en blanc, mais entourés du collier , sont ceux des cheva- 
liers absents qui n'avaient pas été reçus avec les formalités 
requises. 



( 141 ) 

Dans son Histoire chronologique des évéques et du cha- 
pitre de Saint-Bavon (1), M. le chanoine Hellin (2) a donné 
la liste des chevaliers dans leur ordre actuel , mais comme 
il l'a fait confusément et en différents endroits de son ou- 
vrage , on ne me saura pas mauvais gré, j'espère, de la re- 
produire ici d'une manière plus suivie. 

Les blasons des chevaliers du chapitre que Philippe-le- 
Bon célébra dans l'église, dédiée alors à saint Jean-Baptiste, 
les 6, 7 et 8 novembre, 1445, sont placés à l'entour du 
sanctuaire; ceux du chapitre, tenu les 23, 24 et 25 juillet 
1559 (3) , par le roi Philippe II, se trouvent au-dessus des 
stalles qu'occupent les chanoines. Deux inscriptions, pla- 
cées au-dessus des portes latérales du chœur, séparent les 
uns des autres. La première, du côté de l'Évangile, a au 
milieu les armoiries du chapitre (4), et porte d'une part : 

AUREI VELLERIS 
INCOMITIIS GANDAVl CELEBRATIS 

(1) Tom. I, pag. 403 et suiv. ; tom. II<, pag. 9 etsuiv. 

(2) Emmanuel-Auguste Hellin, né à Anvers, le 11 février 1724, d'une fa- 
mille de robe, était notaire apostolique, quand l'impératrice Marie-Thérèse 
le nomma, en 1753, à la troisième prébende royale de Saint-Bavon, où il de- 
vint depuis écolâtre. Il ne fit point partie du chapitre institué après le con- 
cordat, et mourut paisiblement à Gand, au commencement du siècle. Sous des 
formes peu agréables , son livre présente beaucoup de recherches curieuses. 

(3) Ce fut le dernier chapitre de l'ordre. 

(4) Elles étaient d'abord d'azur, à un phénix essorant sur des flammes et 
une crosse d'abbé posée en pal derrière le phénix , le tout d'or, et pour de- 
vise : Goddoetmeer. Depuis le phénix fut chargé sur la poitrine de l'écusson 
aux armes de Saint-Bavon , qui sontd'azur , au lion d'argent chargé de quatre 
faces de gueules, armé, lampassé et couronné d'or, l'écusson timbré d'une 
couronne de comte. C'est sans doute à ces armoiries qu'on doit le distique , 
placé sur le tombeau des deux premiers évéques de Gand , qui furent réellement 
des hommes de mérite : 

Vnicus est , phoenix , cineies liaec luiiiba iliioriim 
Plwcnicum veine relliginnis habet. 



( 1-42 ) 

MONUMENTA , ET TORQUATORUM 

DE GENTIBUS HEROUM PIGMATA, 

TEMPORUM INJURIIS LACESSITA, 

ILLUSTRE QUONDAM PRjEDECESSORUM 

EXEMPLAR : 

et de l'autre : 

PRO DIGNITATE AD POSTE ROS 
transmittendo et PERENNITATI 

VOVENDO EXEMPLUM , HUJUS 

CATHEDRALIS ECCLESIjE capitulum 

IN MEL10REM FORMAM RESTITUIT 

ET RENOVAVIT, 

ANNO SAL. MDCCLXXI. 

Sur un panneau semblable, vis-à-vis du premier, qui 
porte au milieu la croix de Bourgogne, entourée du colier 
de la Toison d'Or, sur le manteau de l'ordre et sommée d'une 
couronne impériale, on lit à droite : 

PHILIPPE-LE-BON , 

DUC DE BOURGOGNE, FONDATEUR 

ET CHEF DE LA TOISON d'or, 

AYANT CONVOQUÉ A GAND LE CHAPITRE 

DE l'ordre , VII* DEPUIS SON 

INSTITUTION, Y PRÉSIDA ET EN CÉLÉBRA 

LA FÊTE EN CETTE ÉGLISE 
LE 6, 7 ET 8* JOUR DE NOVEMBRE, 1445. 



et à gauche 



PHILIPPE II , ROI D ESPAGNE , 
CHEF DE l'ordre, AVANT SON DÉPART 

POUR l'espagne , 



( 1^3) 

TINT SOLENNELLEMENT EN CETTE 

ÉGLISE LE CHAPITRE DE L A T OISON d'oR , 

QUI FUT LE XXIIl" ET LE DERNIER DE 

l'ordre, LE 23, 24 et 25^ de juillet, 1559. 

En tête des deux côtés du chapitre du bon duc se pré- 
sentent deux emblèmes : le premier est un caillou entouré 
de quatre fusils ou briquets, d'où jaillissent des étincelles 
et au-dessous la devise : 

Ante ferit quam flamma mical; 

le second porte le collier de la toison d'or, avec cette 
autre devise : 

Pretium non vile laborum. 

A droite du maître-autel sont placées les armoiries sui- 
vantes : 

De très-haut et puissant prince Philippe, duc de Bour- 
gogne , etc. 

De messire Charles, duc d'Orléans et de Valois. 

De messire iîo?and d'Uutkerlie, seigneur de Hemsterode 
et de Herstruut. Décédé. 

De messire Daniel de Brimeu, seigneur de Ligny. 

De messire Jean de la Clyte, seigneur de Commines. 
Décédé. 

De messire Guilbert de Lannoy , seigneur de Willerval 
et de Tronchiennes. 

De messire Antoine, seigneur de Croxj , comte de Por- 
cien , seigneur de Renty. 

De messire Jacques de Brimeu , seigneur de Grigny. 

De messire Philippe, seigneur de Ternaut et de La Motte. 

De messire Jean, seigneur de Créquiel de Canaples. 



( 144) 

De inessire Frédéric, dit Waleram, comte (^îe Meurs. 

De messire Jean de Melun, seigneur d'Anloing et d'Es- 
pinoy. 

De messire Baudot de Noyelles, seigneur de Casteau. 

De messire Jean, bâtard de Luxembourg, seigneur de 
Hautbourdin. 

De messire Jean, seigneur de Neufchâtel et de Châtel- 
sur-Moselle. 

De messire /eaw, duc d^4/enpon, comte de Perche. 

De messire François de Borsele, comte d'Ostrevant (1). 

De messire Henri de Borsele, seigneur de Vere, comte 
de Grand-Pré. 

De messire Drieu, seigneur d'Humières. 

A gauche du maître-autel se trouvent celles : 

De très-haut, très-excellent et très-puissant prince. Don 
Alphonse, roi d'Arragon , V^ du nom. 

De messire Jean, seigneur de Boubaix et de Herselles. 

De messire Antoine de Vergy, comte de Dampmarlin, 
seigneur de Champlyte et de Rigney. Décédé. 

De messire Hugues de Lannoy, seigneur de Santés. 

De messire Jean de la Trémouille , seigneur de Jon- 
velle. 

De messire Jean de Luxembourg, comte de Ligney, 
seigneur de Beaurevoir et de Bouhaing. Décédé. 

De messire Florimond de Brimeu, seigneur de MassiU' 
court. Décédé. 

De messire Baudouin de Lannoy , dit le Bègue , seigneur 
de Molembais. 



(1) Mari de Jacqueline de Bavière. 



( 1^^ ) 

De messire Pierre de beaufremont , seigneur de Charny 
et de Montfort, 

De messire Jean de Croy , seigneur de Tour-sur-Marne. 

De missire Simon de Lalaing, seigneur de Hantes. 

De missire Jean de Vergy, seigneur de Jonves et de 
Vignorry. 

De messire Charles de Bourgogne, comte de Charolais. 

De messire Rupert, comte de Werneburg. Décédé. 

De messire Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort. 
Décédé. 

De messire Mathieu de Foix, comte de Comminges. 

De missire Regnauld , seigneur de Brederode et de 
Viane. 

De messire Jean , seigneur et ber d'Auxi. 

Les armoiries du chapitre que présidait Philippe II 
commencent d'une manière opposée à celle dans laquelle 
sont rangées celles du précédent, les premières se trou- 
vent ainsi au-dessus des stalles de MM. le doyen et l'ar- 
chiprétre. 

Du côté droit, en entrant au chœur, on trouve celles : 

De très-haut, très -excellent, très-magnanime et très- 
puissant prince Charles, empereur des Romains, V* du 
nom. Décédé. 

De très-haut, très-excellent, très-magnanime et très- 
puissant prince Philippe, roi de Castille, de Léon, etc. chef 
et souverain de l'ordre. 

De très-haut, très-excellent et très-puissant prince 
Christierne, roi de Danemarck. Décédé. 

De très-haut, très-excellent, et très-puissant prince 
Maximilien, roi de Bohême, archiduc d'Autriche. 

TOM. XI. il 



( 146 ) 

De messire Pedro Antonio de San-Severino , de S'-Marc, 
prince de Visignano. Décédé. 

De Don Bertrand de la Cueva, duc d'Albuquerque. 

De messire Regnauld, seigneur de Brederode et de 
Viane. Décédé. 

De messire Charles , comte de Lalaing. Décédé. 

De don Inigo Lopez de Mendoça , duc de l'Infantado. 

De messire Côme de Medicis, duc de Florence. 

De haut et puissant prince, messire Emmanuel Phili- 
bert, duc de Savoie , prince de Piémont. 

De don Manrique de Lara, duc de Najara. Décédé. 

De messire Joachim , seigneur de Bye. Décédé. 

De messire Lamoral , comte d'Egmont, prince de Gavre, 
seigneur de Fiennes. 

De messire Maximiiien de Bourgogne, marquis de la 
Vere, seigneur de Beveren. Décédé. 

De messire Jean de Ligne, comte d'Aremberg , baron de 
Barbançon. 

De messire Jean de Lannoy, seigneur de Molembais. 

De haut et puissant prince Ferdinand, archiduc d'Au- 
triche, comte de Tirol. 

De don Consalve Fernandcz de Cordova , duc de Sesa 
et Terranova, comte de Cabra. 

Pour le duc de Médina del Bio seco (1). 

De messire Charles, baron de Berlaimont, seigneur de 
Perweis. 

De messire Charles de Brimeu, comte de Meghen , sei- 
gneur de Humbercourt. 

De messire Jean , marquis de Berghes , comte de Wal- 
hain. 

(1) Ce blason est en blanc. 



C I^'7 ) 

De messire Jean de Montmorenctj , seigneur de Cou- 
rières. 

De messire Vladislas , baron de Bernstein. 

De messire Antonio Doria, marquis de S*-Etienne, sei- 
gneur de Gynosa, 

Du côté gauche, celles : 

Du très-haut, très-excellent, très-magnanime et très- 
puissant prince, Ferdinand, empereur des Romains, roi 
de Hongrie et archiduc d'Autriche. 

De très-haut, très-excellent et très-puissant prince Jean, 
roi de Portugal. Décédé. 

De haut et puissant prince, messire Frédéric , comte 
palatin, électeur, duc de Bavière. Décédé. 

De don Pedro Hernandez de Velasco, duc de Frias, con- 
nétable de Castille. 

De don Ferrante Gonzaga, prince de Molsetta, duc 
d'Ariano. Décédé. 

De messire Jean de Hennin, comte de Boussu. 

De messire André Doria, prince de Melfi. 

De messire Ferdinand Alvarez de Toledo, duc d'Albe. 

De haut et puissant prince messire Albert, duc de Ba- 
vière, prince d'empire. 

De messire Octavio Farnèse , duc de Parme et de Plai- 
sance. 

De messire Frédéric, comte de Furstembergh. Décédé. 

De messire Ponthus de Lalaing, seigneur deBugnicourt. 
Décédé. 

De messire Claude de Vergy, baron de Champlite. 

De messire Pierre Ernest, comte de Mansfeld. 

De messire Pierre, seigneur de Werchin, sénéchal du 
Hainaut. Décédé, 



( 1^8 ) 

De haut et puissant prince Henri-le- Jeune , duc de 
Brunswick. 

De messire Philippe de Croy, duc d'Arschot, prince de 
Chimay, comte de Porcien et de Sinneghem. 

Pour don Carlos, prince d'Espagne (1). 

Pour le duc de Cordoue et Ségorbe (1). 

De messire Philippe de Stavele, baron de Chaumont, sei- 
gneur de Glyan. 

De messire Philippe, baron de Montmorency, comte de 
Hornes. 

De messire Guillaume de Nassau, prince d'Orange, ba- 
ron de Breda. 

De messire Jean, comte d'Oost-Frise, seigneur de Dur- 
buy. 

De messire François- Ferdinand d'Avalos, de Aquino, 
marquis de Pescara et de Guasto. 

De messire s' Força s' Força, comte de Santa Fiora 
marquis de Varzy, seigneur de Castello-Arquato. 

Cf. de Reiffenberg, Hist. de la toison d'or, pp. 28, 469, etc. 



Note sur la technologie archéologique, par M. Fabry 
Rossius, de Liège. 

Si l'on peut encore admirer dans notre pays ces nom- 
breux monuments d'architecture ogivale, que leur masse 
imposante a souvent sauvés de la destruction, il n'en est 
malheureusement pas de même pour cette multitude de 
menus objets, qui tous avaient leur but d'utilité ou d'em- 



(1) Blasons en blanc. 



( 149 ) 
bellissement. Ils ont disparu presque partout par l'effet des 
guerres ou des caprices de la mode. C'est donc un bon- 
heur inespéré, lorsque la terre, fidèle dépositaire de ces 
curieuses reliques, les rend inopinément aux regrets des 
archéologues. C'est ce qui est arrivé à Liège , au mois 
d'octobre 1842. Des ouvriers , en creusant les fondements 
d'un mur de jardin , découvrirent les débris plus ou moins 
complets de niches en terre émaillée de couleur verte. 
Quoiqu'aucune ne soit entière, cependant si l'on en com- 
bine les fragments, on parvient aisément à une restaura- 
tion certaine. Cela étant, nous allons décrire une de ces 
niches, qui du reste se ressemblent toutes. La hauteur est 
de 2 décimètres 1 4 centimètres , la largeur de 1 décimètre , 4 
centimètres, G millimètres, et la profondeur de 4 centimè- 
tres. La devanture offre un encadrement rectangulaire con- 
sistant en deux baguettes séparées par des gorges, puis par 
un tore qui se bifurque pour former une arcade en mitre, 
ornée in lërieurement d'un appendice tricurviligne composé 
d'une baguette qui descend le long du tore qui sert de support 
à l'arcade. Les cavités, produites par les trois détachements 
triangulaires de l'appendice tricurviligne, sont pleines et 
enjolivées de trèfles à lobes aigus. L'espace , compris entre 
chaque côté de l'arcade et chaque angle de la partie supé- 
rieure de la devanture de la niche, forme deux triangles 
rectangles cernés d'une baguette. Chacun de ces triangles 
présente un enfoncement sur lequel s'étend élégamment 
une branche d'arbre couverte en partie d'un blason; celui 
()ui esta gauche appartient à Érard de la Marck, LV* évé- 
quc de Liège, et celui qui est à droite, à la noble cité de 
Liège. Le fond de la niche est paré d'arabesques italiques 
en forme de rubans légèrement végétalisés, et se terminant 
à leur extrémilé supérieure |)ar deux têtes de satyres 



( 150) 
affrontées. Immédiatement dessous et au milieu, se montre 
un blason dont l'appartenance est inconnue. Le dos de la 
niche laissé brut et sans émail , indique évidemment 
qu'elle a dû être enchâssée dans un mur. Ce qui rend cette 
terre cuite remarquable, c'est moins son exécution assez 
peu soignée et floue , que son style simple et gracieux. Les 
vrais principes de l'architecture gothique y apparaissent 
d'une manière si éclatante , qu'en n'examinant que la de- 
vanture, on serait presque tentéde lui assigner le commen- 
cement du XV* siècle , si un des blasons qui la décorent 
ainsi que les arabesques qui en ornent le fond, ne la rat- 
tachaient indubitablement à la première moitié du XVP 
(1506-1538). Ce système parachronistique démontre que 
l'artiste qui a composé le dessin de ce petit monument 
réprouvait la multiplicité de lignes contournées, et la luxu- 
riance végétale qui caractérisent le style quartaire , celui 
de la décadence de l'architecture ogivale. 



NOTES. 

1. ...d'un mur de jardin Celui de M. Monard , silué le 

long de la partie aujourd'hui comblée de l'ancien canal de Notger 
(quai de la Sauvenière), près des substructions du rempart qui 
s'étendait de la porte d'Avroi jusqu'à Rolangouffre. Ce rempart 
avait été bâli enISbO, sous George d'Autriche, LVII" évêque 
de Liège , et pendant la magistrature des bourgmestres Edmond de 
Schwartzemberg et Guillaume de MeefF-Loyens. Recueil héraldique 
des bourgmestres de la noble cité de Liège, etc., p. 279. 

2. ...puis par un tore Ce tore devrait être prismatique, 

mais le flou de l'exécution ne permet pas de s'en assurer. 

3. ...Celui qui est à gauche appartient à Erard de la Mardi 

Le blason d'Érard de la Marck porte d'or à la fasce échiquelée 
d'argent et de gueules, de trois traits, au lion naissant des gueules. 



( 151 ) 

Le blasuii de la noble cilé de Liège porte de gueules à un perron 
soutenu de trois lionceaux et accompagné de deux lettres L. G., le 
tout d'or. Loyens , Recueil he'raldique , etc. , pp. 1, 226. Le Trésor 
héraldique ou Mercure armoriai, par M. Charles Ségoing , advocat 
au parlement et es conseils d'état et privé du Roy. A Paris , 
MDCLVII, in-fol. pp. 97, 10b. Jules Pautet, Manuel du blason 
(Encyclopédie Roret). 

Le perron figuré sur notre niche n'est pas soutenu par des 
lions, ni accompagné des lettres L. G., mais il est surmonté d'une 
croix d'une dimension assez forte pour corroborer l'opinion du 
pseudonyme Léodinus, lequel a avancé, dans une savante disser- 
tation insérée dans la Revue numismatique de Tirlemont, 2" livraison, 
que le perron était une croix de pierre, semblable à celles qu'on 
rencontre si fréquemment en Bretagne. Emile Souvestre , le Léo- 
nais , son aspect, ses monuments ; article inséré dans le Magasin 
pittoresque, tom. IV (1836), p. 83-84. 

4 appendice frjcitrpjYi^ne.... L'expression ordinaire , arcade 

trilobée , me paraît entachée d'erreur ; quoiqu'elle ait été et qu'elle 
soit encore employée par les archéologues de la France et de la 
Belgique. 

Trilobé signifie muni de trois lobes; or, dans les arcades dites 
trilobées (fig. 1), on ne pourra jamais voir qu'un seul lobe, celui 
qui touche à la partie supérieure de l'intrados de l'arcads à la- 
quelle il appartient. Pour qu'une arcade pût recevoir l'épilhète de 
trilobée avec quelqu'apparence de raison , il faudrait qu'elle comp- 
tât réellement trois lobes (fig. 2). Dans cette supposition même, le 
trilobé n'existerait que dans le vide. Qu'arriverail-il si une arcade 
était ornée de trois lobes véritables? 

(/Ig. 3.) Il résulte de tout ceci : que l'expression arcade à ap- 
pendice tricurviligne, a l'avantage de présenter une image em- 
pruntée à la géométrie, et quel que soit le sens qu'on voudra don- 
ner au mot tricurviligne , il exprimera toujours un ensemble de 
trois lignes courbes. En supposant que l'appendice soit formé de 
cpialre lignes courbes , ce qui arrive fréquemment lorsque la 
courbe supérieure et médiale étant rompue , elle forme une espèce 
d'ogive, par son adhérence à l'intrados de l'arcade (fig. 4). Dans 
ce cas , moyennant une légère calachrèse et un correctif, on peut 



( 152 ) 

conserver l'expression proposée, en disant : appendice Iricurvi- 
ligue au sommet faussé. 

Le mot détachement (en allemand , Spaltùiig) m'a été indiqué 
par M. Mengé , ce savant el modeste artiste qui a composé et exé- 
cuté toute la partie architectonique de la nouvelle chaire de 
S*-Paul , à Liège, 

Dans un appendice trieurviligne appartenant à une arcade ogi- 
vale , les détachements sont au nombre de trois. 

Dans un appendice trieurviligne au sommet faussé et apparte- 
nant à une arcade ogivale, les détachements sont au nombre de 
deux. 

Dans l'un et l'autre cas, les détachements sont toujours trian- 
gulaires ; ils peuvent être pleins ou vides. Leur forme détermine 
d'une manière certaine le sens du mot trieurviligne. 

Leur sommet extérieur est quelquefois végétalisé. (flg. 5.) 



HISTOIRE NATIONALE. 

Notice sur les relations commerciales des Flamands avec le 
port d'Alexandrie d'Egypte, avant la découverte du cap 
de Bonne-Espérance ; par M. Marchai, Lue en la séance 
(lu 3 février 1844. 

Qu'il me soit permis, à la suite d'un rapport que j'ai ré- 
digé pour l'académie, au mois de décembre dernier, con- 
cernant différentes réponses adressées par M. Zizinnia, 
consul de Belgique à Alexandrie d'Egypte, d'ajouter une 
notice sur les relations commerciales des Flamands avec 
Alexandrie d'Egypte, avant la découverte du cap de Bonne- 
Espérance. J'y démontrerai, malgré l'opinion vulgaire, que 
les Vénitiens n'avaient point le monopole de ce commerce. 

Ce n'est pas seulement sous le ministère du duc de Choi- 



£>l7l.,f,-rÀr„,/. 



Ttuiir \l, 1 ''' ' p/ir/ir , pcl£fe j j 




( 1S3 ) 
seul , pendant les dernières années du règne de Louis XV, 
après l'apparition, sur les rivages méditerranéens de la 
Turquie, d'une flotte russe envoyée par Catherine II, que les 
princes chrétiens jetèrent des regards de convoitise sur 
l'Egypte , dont la conquête fut réalisée par Napoléon; mais 
plusieurs siècles avant cette époque , pendant les dernières 
croisades de Palestine , les chrétiens voulurent plusieurs 
fois s'en emparer , d'abord pour défendre ou reconquérir 
leurs possessions de la Terre-Sainte, plus lard pour l'avan- 
tage de leur commerce. 

On apprend, par les écrivains des croisades, qu'à leur 
entrée en Palestine, les chrétiens, dont Godefroid de Bouil- 
lon était le principal chef, avaient voulu conquérir l'Egypte 
avant de faire le siège de Jérusalem , parce que c'était un 
acte de prudence d'anéantir la domination des califes fati- 
mitesdu Caire. Cette prévision, exposée dans le conseil des 
chefs de la première croisade, était fondée; l'expérience l'a 
démontré un grand nombre de fois, surtout lorsqu'en 1175, 
Saladin fut sultan de Damas, d'Alep et d'Egypte. Mais 
bornons-nous à ce qui concerne les Flamands. 

Aussitôt après que la première croisade eut été résolue, 
au concile de Clermont en 1093, les Flamands envoyèrent 
des expéditions navales pour secourir les croisés, conjoin- 
tement avec la marine des Pisans, des Génois et des Véni- 
tiens; car le passage suivant de l'Histoire de Jérusalem, 
par l'archevêque Baldric, ne peut se rapporter qu'à la Bel- 
gique, d'où étaient partis le duc de Lothier dit de Bouillon, 
les comtes de Flandres, de Ilainaut et l'élite de la cheva- 
lerie : Qui vel Oceani , vel maris Mediterranei litlus, navibus 
onustis armis ethominibus, machinis et victualibus , mare 
sidcantes operuerinl. 

En l'année 1097, Baudouin de Boulogne ou du Bourg, 



( 134 ) 
frère de Godefroid de Bouillon (leur père était Euslache , 
comte de Boulogne), avait traverse l' Asie-Mineure; il venait 
d'entrer en vainqueur dans la ville de Tarse, sur le Cydnus, 
où s'était baigné Alexandre le grand ; le port était à 5 stades 
de la mer Méditerranée, selon Strabon, et à 5 milles selon 
Albert d'Aix , l'un des historiens des croisades. Baudouin 
aperçut une embarcation qui s'approchait du rivage; c'était 
un navire flamand. Laissons parler de préférence à Albert 
d'Aix, Guillaume de Tyr, parce que celui-ci était très- 
instruit des affaires d'Orient, comme l'atteste M. de Gui- 
gnes : Mémoires de r Académie des Inscriptions, tome XXXVII, 
p. 479. Voici la copie du texte de Guillaume de Tyr, tra- 
duction française ou peut-être texte primitif; Manuscrit 
9492 de la Bibliothèque de Bourgogne. 

a En celte ville de Tarse, Baudouin et sa troupe si dé- 
fi mourèrentasseoir, ne sai quant jors, un matin, virent en 
» la mer une nave, qui estoit bien à trois mil de la côte. Ils 
n) oissirent hors de la ville et dessendirent à la mer; cil se 
» rapprochèrent, ce que ils parloient ensemble; bien di- 
y> soient cil del nef qu'ils estoient chrétiens. Lan leur dé- 
fi manda de quelle terre", ils répondirent de Flandre, de 
» Hollande, de Frise, et ce estoit voir que ils avoient été 
» galiot de mer (c'est-à-dire, pirates, selon Boquefort, 
» p. G60, 1. 1), et vagues depuis bien VIII ans. Or sestoient 
» repenti et venoient par pénitence en pèlerinage en Jhéru- 
» salem. Ils sénoncerent à venir à terre, et ilz y furent et 
» orent grant joie que il i avoit el maître d'entre eux, qui 
» avoit nom Cumeniers, et estoit nez en Boulogne-sur-Mer, 
» del terre au comte Hustace {Eustache), le père au duc 
» Godefroi. Quant il oi que Baudouin, le frère à Godefroi 
» son seigneur, estoit illec, il laissa ses nef et dit qu'il iroit 
» en Jhérusalem (Guill. Tyr, t. III, p. 2>). » 



( 1S5 ) 

Celle anecdote u'esl rapportée, ni dans Meyerus, ni dans 
Brando (MS. 18,180 de la Bibliothèque de Bourgogne, et 
qui est la base de la chronique de Meyerus), ni dans la belle 
dissertation , trop peu connue, que M. Mortier publia en 
1825 , à Gand, et qui a pour objet, la part que les Belges 
ont prise aux croisades. C'est, selon mon opinion , un des 
meilleurs ouvrages sur cette matière. 

Les pirates flamands, c'est ainsi que M. Michaud les 
appelle, furent, un peu plus lard, faits prisonniers des 
Sarrazins; ils furent délivrés en 1099, à la prise d'Arcas, 
forteresse au nord delà Palestine , et ils rendirent d'impor- 
tants services aux croisés, par leurs connaissances nau- 
tiques. 

Cet arrivage, au fond des parages orientaux de la mer 
Méditerranée, est la plus ancienne expédition maritime de 
long cours, que je connaisse, des Flamands; mais la ma- 
nière dont elle est racontée par les historiens contempo- 
rains, fait conjecturer que les navigateurs de nos provinces 
avaient passé le détroit de Gibraltar et pénétré jusqu'en 
Asie, dans les temps antérieurs à la première croisade. 

Nous occupant spécialement des relations commerciales 
et maritimes des Flamands, dans cette notice , nous ferons 
connaître uniquement, pour la clarté chronologique , que 
Godefroid de Bouillon, 1" roi de Jérusalem, mourut le 18 
juillet 1100, que Baudouin, son frère, dont nous venons 
de parler, lui succéda; que le5*roi,en 1118, est Baudouin 
d'Édesse; que le 4" roi, en 1151, est Foulques, comte 
d'Anjou, appelé Foucault, par Oudegerst, et qu'il mourut 
en 1144. 

Les auteurs de Yu4rl de vérifier les dates font un reproche 
à Guillaume de Tyr, d'avoir placé cet événement en l'année 
1 142; mais si le texte latin, imprime de la collection Cesta 



( 1S6 ) 
Dei per Francos, que j'ai consulté, porte effectivement la 
date de 1 14-i, la version de Guillaume de Tyr, au manuscrit 
9492 de la Bibliothèque de Bourgogne, texte français , ne 
porte point de date d'année. La mort de Foulques y est ra- 
contée très-succinctement. Ainsi tout porte à croire que 
Guillaume de Tyr n'a point fait d'erreur, c'est l'éditeur latin 
qui aura voulu améliorer son texte, par une interpollation, 
faite sans fondement. 

Si les trois premiers rois de Jérusalem appartiennent à 
la dynastie lotharingienne de la maison de Boulogne, le 
quatrième, de la maison d'Anjou, est allié à la dynastie 
comtale flamande de la maison de Bitche ou d'Alsace, car 
Thierry d'Alsace, comte de Flandre, pendant son premier 
voyage en Palestine, en 1138, ayant fait des prodiges de va- 
leur avec ses 300 chevaliers flamands, le roi Foulques lui 
donna en mariage Sybille, sa fille, née d'une première femme 
qu'il avait épousée en Anjou, et qui était morte avant qu'il 
fût roi de Jérusalem. Foulques était débarqué en Palestine, 
en 1129, il avait fait aussi des prodiges de valeur; il avait 
épousé la fille du roi Baudouin II ; ce second mariage fut la 
cause de son élévation, en 1131 , au trône de Jérusalem. 

Thierry emmena Sybille en Flandre; il en était reparti en 
1158, selon les conseils de saint Bernard. Ce niémedocteur de 
l'Église, auteur d'un traité De lande novae mUiliae Templi, 
à l'usage de l'ordre nouvellement institué des Templiers, 
fut apôtre de la deuxième croisade , il conseilla de nouveau 
à Thierry d'Alsace en 1146, de partir pour la Palestine, et 
d'y accompagner son suzerain, le roi Louis-le-Jeune, en 
laissant le gouvernement de la Flandre à Sybille, sa femme. 

Nous sortirions du cadre de cette notice, si nous expli- 
quions ce voyage de Thierry, par Constantinople , sa capa- 
cité et ses talents pour préserver d'une destruction totale les 



( 157 ) 
malheureux débris de l'armée française dans les défilés de 
la Cilicie. 11 avait fait plus encore, une flotte de 200 voiles 
était sortie par son ordre des ports de Flandre, en 1147 ; 
elle contribua essentiellement à la conquête de la ville de 
Lisbonne, sur les Maures de la Péninsule espagnole. Celle 
flotte traversa ensuite le détroit de Gibraltar et arriva en 
Palestine avec des renforts. 

Cette expédition est la preuve la plus formelle, que dès 
le milieu du XII' siècle, les Flamands naviguaient jusque 
dans les parages les plus éloignés pour eux, du monde 
connu des anciens. Je ne trouve, pendant ce même dou- 
zième siècle, que la marine des républiques Lombardes, 
celles de Venise et d'Amalfi , qui aient porté des secours à 
la Terre-Sainte. Sans doute, les relations commerciales en- 
trèrent pour beaucoup dans ces expéditions; il y avait 
plus de facilité et plus de brièveté pour le voyage des pèle- 
rins en traversant la France et l'Italie et en s'embarquant 
dans le golfe de Tarente. Il y a dans la Bibliothèque de 
Bourgogne, un grand nombre de ces itinéraires, en manus- 
crit, tels que celui de Bochard; leurs détails sont connus 
depuis longtemps. 

En 1157, Thierry d'Alsace fit un troisième voyage en 
Palestine; il y conduisit Sybille, sa femme. Le roi Foul- 
ques était mort depuis 1144, comme nous l'avons dit. 
Baudouin III, son fils, 6" roi de Jérusalem, était frère con- 
sanguin de Sybille. On sait qu'elle mourut à Jérusalem. 

Thierry d'Alsace était débarqué au port de Berythe. In 
porlu lierythensium applicuisse , dit Guillaume de Tyr, 
liv. XVIII, ch. 1 G et 17, amenant des renforts de troupes 
comme aux deux voyages précédents. 

J'ignore s'il fit la traversée par le détroit de Gibraltar, 
ce qui est assez probable, à cause de la désignation du port 



( 1S8) 
(le son débarquement et du nombre d'hommes qu'il con- 
duisait; la route de terre était ordinairement par Antioche. 

En 1 1G2 , Amaury, frère et successeur de Baudouin III , 
fut le sixième roi de Jérusalem. L'année suivante , Thierry 
d'Alsace fit un quatrième voyage en Palestine , pour l'aider 
dans une guerre contre le dernier calife fatimite d'Egypte, 
dont la dynastie s'éteignait par la faiblesse d'un mauvais 
gouvernement. 

L'historien Jacques de Vitry nous apprend (ch. XLVIII) 
qu'oulre le siège du Caire, le roi Amaury fit celui d'Alexan- 
drie, à l'extrémité occidentale de l'Egypte la plus éloignée 
de la Palestine. Amalricus prius Alexandriam , egregiam 
JEgypti civitatem, obséderai. Le texte deMeyerus dit: Bal- 
duinoregisespoponderant Alexandrini. C'est la première fois 
que les Francs essayèrent la conquête totale de l'Egypte. 
Guillaume de Tyr , dont le témoignage est prépondérant 
comme nous l'avons dit, fait ressorti r en cet endroit les avan- 
tages de la conquête d'Alexandrie. Il décrit cette place; voici 
l'extrait de son texte : F'erum et de regionibus transmarinis 
navigio omnis opulentia ministratur, unde amplius quoli- 
bet urbe maritima commoditatibus dicilur abundare. Estque 
eadem civitas forum publicum utriusque orbis. (Guill. Tyr, 
liv. XL) 

Amaury fut le plus grand roi de Jérusalem après Gode- 
froid de Bouillon. Il mourut en 1175. Baudouin IV, son 
fils, enfant de 15 ans, fut le 7" roi; en il85 , Baudouin V, 
enfant de 5 ans, neveu de Baudouin IV, fut le 8® roi. En 
4186, Gui de Lusignan, beau-père de Baudouin IV, fut le 
9' roi, malgré l'opposition du comte de Tripoli, qui avait 
des droits à la couronne. 

L'année suivante, il fut fait prisonnier de Saladin, à la 
funeste bataille de Tibériade. La ville de Jérusalem ouvrit 
ses portes aux Musulmans. 



( 1S9 ) 

On ne peut lire le récit de cet événement sans faire de 
pénibles réflexions sur l'inutilité de tant de combats et de 
sang répandu, pour consolider la domination des chrétiens 
dans la Palestine. Le reste de l'histoire des croisades est 
une suite de catastrophes, après des succès brillants et 
toujours éphémères, après des actes innombrables de bra- 
voure qui étonnent l'imagination. 

Les historiens modernes, tels que Vertot, Michaud; les 
écrivains contemporains, tels que saint Bernard, Guillaume 
de Tyr, Jacques de Vilry, Joinville et d'autres, attribuent 
les revers des croisés, généralement et incontestablement 
supérieurs aux Musulmans par le courage et les talents mi- 
litaires, à leur insubordination et à leur immoralité; mais il 
y avait une cause fondamentale, plus forte de beaucoup que 
la multiplicité des chefs militaires, qui nuisaient à l'unité 
de commandement. Les historiens n'ont point considéré 
que les croisés transportèrent en Orient, le système de la 
féodalité, qui morcelait l'autorité supérieure dans chaque 
ville, dans chaque forteresse et même dans chaque terri- 
toire. Le roi était le suzerain, il est vrai, mais l'on sait 
combien la puissance royale était alors bornée. Les Francs 
étaient désunis, les Mahométans étaient unis. Voilà l'ex- 
plication de tous leurs revers. Si les croisades avaient com- 
mencé au siècle où Pelage régnait en Espagne , lorsque la 
féodalité des grands vassaux n'existait pas encore, ou si elles 
avaient commencé sous le règne de Philippe-le-Bel, lorsque 
la féodalité commençait à décliner, l'empire des Francs, 
à Jérusalem, à Edesse, à Antioche, à Constantinople, au- 
rait été durable. 

Cependant tous les princes de l'Occident, ayant appris 
qucSaladin avait reconquis Jérusalem , en 4187 , s'étaient 
mis en mouvement à cette fatale nouvelle. Frédéric Bar- 



( 160 ) 
bérousse, empereur d'Allemagne, Philippe-Auguste, roi 
(le France, Ricliard Cœur-de-Lion , roi d'Angleterre, 
étaient partis par la voie de Conslantinople, avec de nom- 
breuses armées pour la Terre-Sainte. Philippe d'Alsace, 
comte de Flandre, accompagnait les deux rois. Il fit 
mettre à la voile, en H88, une flotte de 57 navires de 
guerre flamands, selon Meyerus, de 27, selon Oudegherst, 
qui sortirent des ports de Flandre et se joignirent à 50 na- 
vires danois et hollandais. Philippe d'Alsace, ayant épousé 
en 1184, Thérèse ou Mahault, fille du roi de Portugal, 
l'escadre eut ordre de prendre, pendant le voyage , la ville 
de Silves dans le royaume des Algarves , sur les Maures 
d'Espagne, ce qui fut heureusement exécuté. Nous repro- 
duisons cet événement parce que M. Michaud dit seule- 
ment : « Des guerriers français, anglais et flamands avaient 
devancé Philippe et Richard, conduit par Jacques d'A- 
vesnes, l'un des plus grands capitaines de son siècle- » 

Le gouvernement du royaume , après la prise de Jérusa- 
lem en 1187,fuldansranarchiejusqu'à l'arrivée de Jean de 
Brienne, envoyé par Philippe-Auguste, à S'-Jean-d'Acre; 
il fut le 13' roi, en 1210. Six ans auparavant, Baudouin IX, 
comte de Flandre, qui fut empereur d'Orient et qui s'était 
embarqué à Venise, avait envoyé à S*-Jean-d' Acre, Marie de 
Champagne, sa femme. Elle s'était embarquée sur une flotte 
commandée par Jean de Neelle, prévôt de Bruges. Cette 
flotte traversa l'Océan. « Oceano et mari Mediterraneo 
» emerso (Miraeus). » Les navires relâchèrent à Marseille, 
selon d'Outreman {Hist.de Valenciennes , p. loi); Marie y 
attendit les instructions de Baudouin, son époux, qui donna 
l'ordre qu'elle continuât la route par mer jusqu'à S*-Jean- 
d'Acre. Post varias jactationes , multaque pericula, Ptole- 
maïda pervenerat. (Meyerus, ad annum 1203). Elle y 



(161 ) 

mourut le 1" septembre ou le 27 août de la même année. 

Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem, réguait 
seulement sur quelques ports du rivage , tels que S*-Jean- 
d'Acre, Tyr et Sidon : il reconnut l'utilité qui résulterait 
de la conquête de l'Egypte, selon les projets d'Amaury I", 
l'un de ses prédécesseurs. 

En conséquence, pendant les années 1215 et i216, il 
obtint de grands secours des princes d'Occident , pour faire 
le siège du vieux Damietle, à l'extrémité orientale de 
rÉgvpte, le plus près de la Palestine. Je dis le vieux Da- 
miette, car celte place de guerre, dont nous allons parler, 
fut détruite à la fin des croisades; le nouveau Damiette est 
dans une autre localité. Une lettre d'Oliverius Scholasticus 
de Cologne , témoin oculaire , à Engelbert , sou archevêque, 
renferme les détails de ce siège fameux, oîi s'illustrèrent les 
Flamands, les Frisons et les Allemands du Bas-Rhin, 
Teiitonicos et Frisiones. Il y eut entre autres douze vais- 
seaux sortis des bouches de la Meuse et commandés par 
Guillaume I", comte de Hollande; ils se joignirent à une 
(lotte anglaise. De graaf stak met twaalf schepen uit de 
Maas, naar Engeland, enz. (Vaderlandsche historié). 

Si deux Tournaisiens , frères, escaladèrent les premiers 
les murs de Jérusalem en 1099 , Ludolfus et Gisleberlus, 
l'ratres, viri nobiles orlum habentes de civitate Tornaco, 
(Guill. Tyr, liv. VIII, ch. 18), un Liégeois, et ensuite un 
Frison , escaladèrent les premiers, en quittant leur na- 
vire, la fameuse tour de la ville de Damiette. Primus 
militari clavd irrupit juvenis Leodiensis, Henricus nomine, 
(juem mox Frisus, Ilaijo Triveligius in agroprope Gronin- 
gam nalus, subsecutus est. {Mori'iev, Dissert, p. 12i, ) 

Pendant le siège de Damiette, les chrétiens d'Alexandrie, 
à l'autre extrémité du Delta du Nil , ne cessaient d'implorer 
ToM. XI. 12 



( 16â ) 

le secours du pape Innocent III, pour les délivrer de l'op- 
pression des Musulmans ; le patriarche Melquite d'Alexan- 
drie, c'est-à-dire, qui suivait l'obédience de la cour de 
Rome, car il y avait un autre patriarche appelé Jacobite, 
qui était schismatique , adressa lui-même les lettres les 
plus pressantes. Le souverain pontife lui répondit, par un 
bref que nous citons d'après le texte de YHistoire des Con- 
ciles de Labbe. Il l'exhorte à supporter, avec une résigna- 
tion chrétienne , les persécutions des infidèles. Il l'invite à 
se rendre au concile écuménique convoqué à S'-Jean-de- 
Latran. Il ajoute : Quia igilur in tanto negocio tuam desi- 
deramns habere praesentiam , si fieri potcrit, pcrsonaliter 
ad praesentiam nostram accédas. 

Le patriarche envoya le diacre Germain. En 1223, 
Honorius III, l'un des successeurs d'Innocent III, assembla 
un autre concile en Campanie (m Campania) , pour le 
recouvrement de la Terre-Sainte , et il écrivit des lettres 
affligeantes au roi Philippe-Auguste, Le patriarche écrivit 
de nouvelles lettres ; il traça la route que les croisés devaient 
suivre par mer pour assiéger Alexandrie. Il ajoute, que 
depuis la reprise de Damiette , par les infidèles, 115 églises 
avaient été anéanties en Egypte; une partie de ces détails 
se trouve dans l'ouvrage de M. Michaud et dans la conti- 
nuation deBaronius, 1. 1, p. 515, etc. 

Voici l'extrait de la lettre du pape au roi des Francs : 
Quantum illuxisse credebatur fidelibus felicium aurora suc- 
cessuum, quando cruce signatorum exercitus Egyptum ag- 
grediens , j)ost turrim captam , castra fuerint in Damieta , 
quae robur censehatur Mgijpti. 

Mais la discorde entre l'empereur Frédéric II, de la mai- 
son de Souabe, et le saint-siége , paralysa les opérations des 
chrétiens en Palestine. Enfin , en 1248, saint Louis prit la 



( 163 ) 
croix, La conquête de l'Egypte fut le premier objet de ses 
opérations : « Le bon roi , dit Joinville , avoit dessein d'aller 
» de Chypre en Egypte sans séjourner. » La prise de Da- 
niiette fut sa première opération. Damiette était, robur 
■^gypii, Ja principale forteresse du côté de la Palestine. 
On doit regretter de ne trouver, dans les descriptions de 
Joinville, de Geoffroi de Beaulieu, confesseur du roi, et au 
texte du MS. 9492 de la Bibliothèque de Bourgogne, ayant 
des extraits de Joinville, aucun détail commercial. Mais 
détournons les yeux des opérations subséquentes et du 
tableau déchirant de la captivité du roi et de son armée, 
résultat de l'imprudence du comte d'Artois, frère du roi. 
Tous les projets de saint Louis, pour la colonisation fran- 
çaise de l'Egypte , furent anéantis. 

Cependant les croisés avaient pris possession de deux 
grandes îles, Chypre, érigée en royaume en H 90, et Rhodes, 
où s'établirent les chevaliers de S'-Jean-de- Jérusalem , en 
1307 et 1310. 

Parmi les rois de Chypre , Pierre I", qui régna depuis 
13C1 jusqu'en 13G8 , est incontestablement le plus célèbre. 
Il forma le projet de conquérir l'Egypte. Il parcourut l'Eu- 
rope pour avoir des secours, mais il n'obtint que ceux des 
chevaliers de Rhodes. Néanmoins, il commença son expé- 
dition en 1305, avec une faible escadre de 50 galères. 
M. le comte de Caylus en a donné les détails dans un Mé- 
moire de l'académie des inscriptions, tom. XX, p. 415, 
« Pour tromper ses ennemis, dit ce mémoire, le roi 
» Pierre I" mit à la voile sans déclarer le lieu qu'il voulait 
» attacjuer. Il l'ignorait lui-même, mais avant de prendre 
» sa résolution, il consulta Perceval de Cologne, chevalier 
» sage et courageux, qui connaissait parfaitement l'Egypte, 
» et qui avait été longtemps prisonnier à Alexandrie; celui- 



( 164 ) 
» ci lui conseilla d'attaquer la ville et lui promit un plein 
» succès, s'il prenait ses mesures pour arriver un vendredi. » 

C'est en effet le jour de repos hebdomadaire des Maho- 
métans. La ville fut prise avec la plus grande facilité; les 
Sarrazins en furent expulsés ; mais après quatre jours d'oc- 
cupation militaire, les chrétiens trop peu nombreux pour 
résister aux ennemis, dont la multitude s'accroissait de 
moment en moment , durent se rembarquer. 

M, de Caylus dit ensuite : « La prise d'Alexandrie irrita 
» les Sarrazins; ils saisirent les effets des Chrétiens et mi- 
» rent dans les fers tous ceux qu'ils trouvèrent dans le pays. 
» Les Vénitiens portèrent leur plainte au Soudan, dont le 
» conseil leur répondit que c'était une représaille à l'insulte 
» et au dommage qu'on lui avait faits. » 

Cependant il y eut un traité de paix qui fut favorable 
aux Chrétiens; par ce traité, ceux qui étaient munis d'un 
passeport du roi de Chypre , ne payaient que cinq florins 
de Florence pour visiter les saints lieux ; mais ce traité fut 
rompu après quelques mois. 

Le 18 juillet 1368, Pierre I" , dont les vues supérieures 
à son siècle n'avaient pas été comprises, fut assassiné de 
SO coups de poignard, dans son palais , la nuit, pendant 
son sommeil , à côté de la reine. 

Après ces détails historiques, je vais donner quelques 
renseignements statistiques concernant le commerce des 
Flamands à Alexandrie. J'ai dit que les Vénitiens n'en 
avaient pas le monopole , je vais le démontrer. 

Je cite d'abord une liste des marchandises importées en 
Flandre au XIII" et au XIV" siècle. Cette liste est imprimée 
dans l'histoire de Flandre de M. Warnkœnig , tom. II , 
p. 512. 

« Ce sont li royaume et terre desquels les marchandises 



( 163 ) 
» viengnent à Bruges et en la terre de Flandre; c'est assa- 
* voir les choses qui ensuivent ci-après. » 

Il y a aux dernières lignes : 

« Dou royaume de Constantinople vient alun de glace; 

» Dou royaume de Jhérusalem , dou royaume d'Egypte , 
de la terre de Soudan (d'Egypte), vient poivre et autre épi- 
cerie et brésis. » C'est-à-dire , bois de teinture, selon l'in- 
terprétation de M. Warnkœnig, d'où serait venu le nom 
du Brésil ; Roquefort ne donne point ce mot. 

On va voir, par le paragraphe final de cette liste , que ces 
objets étaient importés directement en Flandre et non par 
l'intermédiaire des Vénitiens. 

« Et de tous les royaumes, et terres dessus dites, vien- 
» nent marchants et marchandises en la terre de Flandre , 
» par coi nulle terre n'est conparable, en marchandises, à 
» la terre de Flandre. » 

Cela est si vrai , que dans le tarif il y a des articles des 
royaumes de Fez, de Maroc, de Segelmesse, de Bougie, 
de Tunis, c'est-à-dire, de toute la côte de Barbarie. 

Ce n'était pas uniquement la religion qui avait été la 
cause des croisades, M. de Guignes {Mém. académ. inscrip., 
tom. XXXVII, p. 496) le fait observer : « Quoique nos 
» historiens , dit-il, qui étaient ou des prêtres ou des reli- 
» gieux, n'ont parlé de cette guerre que comme d'une 
» guerre sainte. » 

Mais le mémoire de M. de Guignes est spécialement 
rédigé pour démontrer l'existence antique du commerce 
de Marseille avec l'Egypte et la Syrie, et celui des provinces 
françaises de Normandie, de l'Ile de France, d'Anjou, 
de Poitou et de Gascogne vers ces mêmes contrées, sans 
faire mention de la Belgique. J'ai pensé (ju'il m'était per- 
mis de suppléer à cette lacune, par la présente notice qui 
en est un appendice. 



( 166 ) 

M. de Guignes nous apprend que dès le temps des Méro- 
vingiens, il y avait des marchands syriens, parlant leur 
langue, à Orléans et à Paris, et que les habitants de Verdun 
avaient aussi des relations commerciales chez les Musul- 
mans. Je regrette de n'avoir rien trouvé concernant les 
draperies d'Arras et de Flandre, qui se vendaient jusques 
en Italie, dès le temps de l'empire Romain. Tout porte à 
croire que ce commerce , qui prit un grand développement 
sous les Carlovingiens , n'avait pas cessé d'exister, et qu'il 
s'était étendu jusques outre-mer, dans Alexandrie. 

Il nous reste, pour ce commerce, trois documents à 
consulter : le premier, en termes généraux, est de la fin du 
XII* et du commencement du XIIP siècle; les deux autres , 
plus spéciaux, sont du XIV* et du XV* siècle. 

Guillaume de Tyr, qui donne le premier de ces documents, 
est incontestablement l'écrivain le mieux instruit de la fin 
du XII*" siècle; il dit (liv. XIX, ch. 26) : « Civitas sitaest 
» autem quantum ad celebranda commercia commodissimè 
» verum et de regionibus iransmarinis , si qua sunt quae 
» JEgyptus non habet , navigio omnis opulentia ministra- 
» tur.... Ad haec ex utraque India, Saba , Arabia, ex 
» utraque etiam nihilommus jEthopia, sed et de Persià 
» quiquid aromatum, margaritarum orientalium, gazarum 
» et peregrinarum mercium, quibus noster indigel orbis, per 
» mare Rubrûm et Adeb in Alexandriam,per Nilum, descen- 
» dit; sic ergo orientalium et occidentalium illuc fit con- 
» cursus populorum, estque eadem civitas forum publicum 
» utrique orbi. » 

Ce passage exclut incontestablement l'idée du monopole 
des Vénitiens au XIIP siècle. 

Le meilleur écrivain du XIV* siècle , sur cette matière, 
est incontestablement Marino Sanuto Torzello, qui rédigea 



( 167 ) 
et fit transcrire, depuis l'au 1306 jusqu'en 1331 , eu un 
grand nombre de copies, le manuscrit intitulé : Secretum 
fidelium crucis. Deux magnifiques exemplaires de ce ma- 
nuscrit, sont dans la bibliothèque de Bourgogne; ils sont 
datés de 1531. L'on y voit des cartes géographiques et de 
nombreuses miniatures. Le texte est imprimé dans la col- 
lection : Gesta Deiper Francos. Le grand conseil ou sénat de 
Venise fit expédier cet ouvrage à tous les princes de la chré- 
tienté, pour ranimer le zèle des croisades et surtout pour 
établir la domination des Latins, en Egypte. La famille 
Sanito ou Sanuto, et l'auteur lui-même, connaissaient par- 
faitement l'Orient ; cette famille avait des possessions dans 
l'Archipel. 

Cet ouvrage, à la fois historique, statistique, stratégique 
et commercial , était à l'usage de toute la chrétienté; 
l'auteur donne des renseignements sur l'utilité des services 
de toutes les nations pour la croisade d'Egypte. A l'indi- 
cation des forces navales et des marins, il fait une mention 
spéciale de ceux de Flandre, malgré sa partialité pour 
les Italiens. Il cite entre autres le port de l'Écluse, près de 
Bruges. Il ajoute, qu'il a vu, par lui-même, que la marine 
flamande est égale à celle des Vénitiens, ce qui fait conjec- 
turer qu'il aurait voyagé dans nos contrées comme Villani, 
Pétrarque et d'autres hommes célèbres de l'Italie. Etpro 
parle oculis meis vidi , quod maritima Alamaniae, in quâ 
dictus portas Clusae cxislil , valde noslrae marilimae Vene- 
tae conformis. Il fait ensuite l'éloge du courage , de l'in- 
dustrie et de la dévotion du peuple de nos contrées. 

Il décrit les deux routes d'arrivage des marchandises du 
Levant (lib. I, part. I), l'une par l'Asie, à travers la Haute- 
Asie et la Chaldéc. On y reconnaît les traces des antiques 
caravanes de la Colchide et du mythe de la Toison-d'Or, 



( 168) 
enlevée par les Argonautes; l'autre route est celle qu'Alexan- 
dre de Macédoine, l'élève immortel d'Aristole , a tracée par 
la route de la ville d'Egypte qu'il a fondée, et qui porte son 
nom. Sanuto donne la liste des marchandises importées 
par l'une et par l'autre route. Il fait observer que la voie de 
ïarlarie est moins dispendieuse, parce que les marchands 
y éprouvent moins d'avanies , et doivent payer moins de 
droits de douanes. Les plus précieuses marchandises ve- 
naient par la Tartarie; il les indique: Ciibebe, spicum, 
gariofile, nucae miiscatae, maci. » Ce qui démontre 
que ce commerce avait ses ramifications jusque dans les 
îles Moluques et de la Sonde. 

Parmi les arrivages d'Egypte, il dit : « Alla mercimo- 
nia gravions ponderis et minons praetii est piper, cinziber, 
thus, canella et similia iis, descendunt per viam Haadan in 
Alexandriam. On comprend aisément que les articles les 
plus pondéreux étaient importés par mer et par le Nil, à 
cause de l'économie des frais de la navigation sur le portage. 

M. de Guignes, dans le mémoire dont nous faisons l'ap- 
pendice, nous apprend qu'il n'y avait, par la roule de la 
mer des Indes et de la mer Rouge , depuis le port d'Aden , 
sur la mer Rouge, jusques à Cous sur le Nil que neuf 
journées de portage sur des chameaux; 13 journées de navi- 
gation en aval du Nil jusqu'au Caire , et que là on attendait 
lu crue du fleuve, en octobre, pour faire descendre des 
embarcations jusqu'à Alexandrie. 

Sanuto donne un conseil qui d'abord paraîtra bizarre; il 
propose que les princes et les marchands de l'Occident 
cessent, avant l'expédition, tout commerce quelconque 
avec l'Egypte, et que l'on communique uniquement avec 
l'Asie par l'embouchure du Phase; il en résultera, dit-il, 
l'appauvrissement des états du Soudan et la facilité de les 



( 169 ) 
conquérir. Aussitôt après la conquête, le commerce repren- 
drait son ancien cours. Quod magna pars honoris reddi- 
tur, pareniis et exactionum Soldani et genthim illi sub- 
jectarum, est propter speciariam et alla multa mercimonia. 
On dirait que Napoléon , en donnant ses décrets de Milan 
cl de Berlin pour le blocus continental et la séquestration 
des Iles Britanniques, avait pris conseil dans les livres de 
Sanuto Torzello. 

Selon M. de Guignes, l'on exportait aussi de l'Egypte, des 
dates, de la casse et du lin. M. Daru, auteur d'une excellente 
histoire de Venise , nous apprend que le soudan avait le mo- 
nopole du poivre et d'énormes droits de douanes. On y im- 
portait d'Europe de l'or, de l'argent, du cuivre, de l'étain, du 
plomb, etc. Si l'on compare ces indications avec la liste don- 
née par M. Warnkœnig, qui désigne les arrivages des mar- 
chandises dans la rivière de Bruges, on verra : « Dou royaume 
» d'Angleterre viennent laine, etc., plomb, estain; dou 
B royaume de Behainghe (Bohême) , vient or, argent, estain ; 
» dou royaume de Polone, or et argent en plate, et cuivre.» 
Ainsi, tout porte à croire que les Brugeois, outre les 
objets de draperie, exportaient en Egypte plusieurs sortes 
de métaux. 

Le manuscrit publié au XV* siècle, par Emmanuel 
Piloli Cratensis ou Cretensis (n° 13,701 de la bibliothèque 
de Bourgogne, collection Van Hulthem ) , en donne les dé- 
tails. Son livre porte pour titre : Emmanuelis Piloti Cra- 
tensis, de modo, progressù et ordine in passagio christia- 
norum , pro conquesta Terrae-Sanclae. 

L'auteur, né comme Sanuto , dans les états de la seigneu- 
rie de Venise, écrivait en 1420, précisément un siècle 
:iprès Sanuto. La traduction française de son ouvrage est 
de l'année 1411 {iranslatum in francigenam linguam); c'est 



( 170 ) 
eflectivement l'âge de l'exemplaire de la bibliothèque de 
Bourgogne, et l'époque où le duc Philippe-le-Bou était à 
l'apogée de sa prospérité, de sa puissance et de sa magni- 
ficence. On sait qu'il était connu en Asie, sous la désigna- 
lion de grand Duc de l'Occident, et que les princes chré- 
tiens de l'Orient et même le roi de Perse lui adressèrent 
des lettres et des ambassades, selon plusieurs manuscrits 
de la provenance du prieuré de Rouge-Cloître dans la forêt 
de Soigne, près de Bruxelles, qui sont en la bibliothèque de 
Bourgogne. Il méditait une croisade pour délivrer Cons- 
tantinople de l'importun voisinage du sultan ottoman 
d'Andrinople; il assembla pour cet objet, en 1451, un 
chapitre de la Toison -d'Or à Mous. Il avait envoyé au se- 
cours de Constautinople, en 1444, des navires flamands 
dont le payement ne fut liquidé qu'en 1480; j'en ai vu les 
pièces aux archives de l'état , à Bruxelles. Il fit un long sé- 
jour en Allemagne pour projeter la croisade et il corres- 
pondit avec le pape Pie II; c'est pour lui que les copies du 
manuscrit de Brochard sur le passage d'outre-mer ou d'au- 
tres furent rédigées. Mais revenons au manuscrit de Piloti , 
du pilote Cretois, au lieu de divaguer dans des anecdotes 
et des singularités bibliographiques qui sont superflues au 
dix-neuvième siècle. 

Piloti, après avoir donné des détails sur les premières 
croisades, porte un jugement, trop sévère peut-être, sur 
l'expédition de saint Louis en Egypte. « Le second passage, 
ï dit-il, pour acquiert de la Terre-Sainte, fust celui que 
» fist l'illustre roy saint Loys de France, et soit entendu ce 
» que je dis, que qui veult tirer la Terre-Sainte des mains 
» des payens, fault acquester premièrement le siège du 
» Soudan , c'est le Cayre, et avec elle on aura tout. » 

Guillaume de Tyr avait fait aussi mention du Caire, au 



( 171 ) 
XIP siècle, il avait avancé à peu près les mêmes maximes, 
dans le récit de la guerre d'Amaury, roi de Jérusalem. 

Le pilote Cretois dit ensuite que saint Louis a eu tort de 
commencer son expédition trop peu de temps avant le dé- 
bordement annuel du Nil. C'était, selon mon opinion, une 
chose bien facile à dire; mais il faut observer que l'expédi- 
tion française de saint Louis n'a pas échoué à cause de ce 
phénomène périodique. L'imprudence du comte d'Artois, 
qui laissa couper en deux l'armée française, au passage du 
Nil, fut la cause véritable de tous les malheurs arrivés à 
saint Louis ; d'ailleurs ce roi , si sage, si prévoyant, n'est pas 
arrivé directement en Egypte; il avait séjourné pendant 
plusieurs mois dans le royaume de Chypre, c'était égale- 
ment pour y réunir ses forces et pour s'instruire des affaires 
de l'Orient. 

Piloti décrit dans de grands détails, la ville du Caire, qui 
était alors, selon lui , la plus grande cité qui soit au monde. 
En effet , Constantinople languissait sous les derniers Pa- 
léologues, Paris avait à peine 200,000 habitants. « Cette 
» cité du Cayre, dit-il, si merveilleuse et si prospéreuse, 
» tant du vivre des gens comme de ses traûc et richesses 
» sans nombre et sans mesures. » 

Après avoir fait connaître la fertilité de l'Egypte, les 
principes et les usages des sectateurs de Mahomet , il dé- 
crit la province de Syrie. Il revient en Egypte et il dit que 
la voie d'Alexandrie est préférable à celle de Damiette pour 
les arrivages au Caire. 

Il rend compte des différentes nations de l'Asie et de 
l'Europe, dontonvoitdes marchands dans la ville d'Alexan- 
drie, ce qui est une des preuves formelles que les Véni- 
tiens n'en avaient point le monopole et que les Flamands 
y trafiquaient. « Messeigneurs, ajoute-til, en s'adrcssant à 



( 172 ) 

» ses lecleurs (quoique l'ouvrage soit dédié au pape), la 
» cité d'Alexandrie est édifiée loiog du fleuve XXXV milles, 
laquelle est un lieu sur. 

» Par ce devront, ajoule-t-il , des marchandises qui vien- 
» nent de pouent en Alexandrie , au Caire, en Baruth et à 
» Damasque. Si noterons les principales, lesquelles vont 
» avec la caravanne à la Mecque dessus des camels et 
» prennent draps de laine de Flandre, de Catalogne, de 
» Barcelone et de Venise. » 

L'auteur , comme on le voit , place les draps de Flandre 
au commencement de cette liste. « Seigneurs Chrétiens, 
» dit-il, la conquête d'Alexandrie requiert et si demande 
» ung grand seigneur puissant, lequel soit fameux et bien 
» aimé de tous les princes et seigneurs de la chrétienté. » 
Ce passage semble désigner le duc Philippe-le-Bon. » 

Il ajoute : « La cité d'Alexandrie est de telle nature et 
» condition, que toute nation de chrétiens et toute nation 
>> de payens ne peuvent vivre sans cette cité. Quant Alexan- 
» drie, dit-il plus loin, sera terre de chrétiens, toutes na- 
» lions chrétiennes y viendront pour vendre leurs mar- 
» chandiseset pour tirer les espices, et seront seurs comme 
» en leur maison propre, et par cette occasion, Damasque 
» serait abandonnée. » 

Ce passage concorde avec le texte du voyage de Mande- 
ville , manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne , qui fait 
connaître la situation avantageuse et la force d'Alexandrie. 

L'auteur désigne ensuite les diverses nations commer- 
çantes. Voici ce qu'il dit de nos provinces belgiques : 

« De la Flandre, fameuse et gentille, se tirent drap de 
» laine, une très-grant quantité d'une grant valeur. Après 
» se tirent ambre , estain , fer et beaucoup d'autres mar- 
» chandises menues, lesquelles marchandises se chargent 



( 173 ) 
» sur naves et sur galées et viennent de ports en ports en 
» cité d'Alexandrie. » 

Ce passage est entièrement en concordance avec la liste 
ci-dessus donnée pour le port de Bruges , concernant les 
pays où les Flamands faisaient le commerce de cabotage en 
Espagne, en Portugal et Afrique : « Dou royaume d'Ente- 
» louse (Andalousie) deSebille (Séville), de Cordoue, de 
» Grenade, de Fez , de Maroc, de Segelmesse, de Bugie, de 
» Tunis , etc., etc. (voir t. II , p. 514 et 515 de Y Histoire de 
» Flandre, par Warnkœnig), » Quant aux marchandises, 
on voit qu'il en provenait, à Bruges, de Suède, de Dane- 
marck , d'Ecosse, etc., etc. , etc. 

L'auteur donne ensuite la liste des arrivages de Catalo- 
gne, de Sicile, de Gênes, de Venise, à Alexandrie. Si les 
Vénitiens avaient eu chez eux la concentration du com- 
merce flamand en Orient, comme on le pense vulgaire- 
ment, Piloti, leur régnicole, aurait-il fait une distinction 
en classifiant séparément les Flamands , les Catalans et 
d'autres peuples, et en faisant une mention spéciale de 
Venise ? 

On ne peut en douter, car à l'article où il traite plus par- 
ticulièrement de Venise, il fait une seconde mention du 
commerce des Flamands qui avaient d'autres relations avec 
la ville de Venise; il y dit: «Et aussi vient (dans ladite ville) 
» des draps de laine de Flandreet labeurs d'argent, savon, 
» labeur de cristal; encore de Flandre se porte ambre, 
» estai n, etc., etc. » 

Enfin voici la péroraison du pilote crétois. «r Seigneurs 
» chrétiens, dit-il, tenez-vous seurs et certains que quant il 
» plaira au bcnoit Dieu, qu'Alexandrie soit en puissance de 
» chrétiens, que par l'espace de deux ou trois ans, elle 
» sera pleine et si habitée de toute nation chrétienne; je dis 



( 17-4) 
i> que ils iront pour deniourer avec leurs femmes et enfants 
» pour tant qu'elle est terre fructueuse. » 

L'auteur connaissait également bien les îles de l'archi- 
pel , ainsi que Candie, Rhodes et Chypre. Il vante le port 
de Famagouste en Chypre, pour être la clef de la navigation 
d'Europe en Egypte. En effet, cette navigation étant subor- 
donnée au vent, on sait, si j'ai bon souvenir de ce que j'ai 
appris dans mes voyages maritimes, que pendant une partie 
de l'année, la navigation de Marseille à Alexandrie est en- 
travée par des vents contraires, il faut louvoyer souvent 80 
jours, tandis que dans d'autres saisons, il faut un cours de 
13 jours; mais cet inconvénient n'existe point en rangeant 
la côte d'Italie, de Candie, de Rhodes et de Chypre , parce 
que la traversée de Rhodes et de Chypre vers l'Egypte peut 
se faire pendant toute l'année. 

C'est par ce motif que les Phéniciens et ensuite les rois 
Lagides, successeurs d'Alexandre et souverains de l'Egypte, 
recherchèrent particulièrement l'alliance des Rhodiens et 
des Cypriotes, et qu'ils soumirent plusieurs fois à leur domi- 
nation le royaume de Chypre au milieu de la redoutable 
mare Myrloum, au débouquement des eaux de l'Archipel. 

De là les richesses de ces deux îles; c'est par ces 
motifs qu'à la décadence la puissance des Lagides, les Ro- 
mains jetèrent un œil de convoitise sur la succession du 
roi de Chypre, et que Caton alla recueillir; de là, redisons- 
nous, le passage d'Horace : Myrtoum pavidus nautasecet 
mare. 

Les Vénitiens ayant reconnu tous ces avantages, em- 
ployèrent tous les moyens de l'intrigue, au XV^ siècle, dans 
l'apogée de leur puissance, pour forcer la malheureuse 
reine Catherine, couronnée en 1489, de leur faire la dona- 
tion de son royaume de Chypre. M. Daru , l'un des plus 



( 175 ) 
habiles administrateurs du grand Napoléon, a dénoué les 
ressorts secrets de celte abominable intrigue, dans son his- 
toire de Venise. Il leur manquait l'ile de Rhodes , mais la 
corporation chevaleresque qui la possédait depuis l'année 
1310 ne leur donnait aucun prétexte d'usurpation. 

Nous n'en dirons pas davantage, le régime féodal importé 
par les croisés, fut la cause principale qui fit avorter toutes 
les croisades; l'antipathie réciproque des communions 
grecque et latine combla la mesure des discordes civiles. 
L'Egypte, Chypre, Rhodes, l'antique Phénicie et tout le 
monde hellénique, d'où est sortie la civilisation euro- 
péenne, ont passé sous le joug des Ottomans. Les Musul- 
mans furent toujours unis , les chrétiens étaient désunis. 
C'est ainsi que se vérifia l'adage de Salluste : Concordia 
resparvœ crescunt, discordia maximae dilabuntur. 

Cependant l'expédition française de Napoléon avait fait 
connaître que l'Egypte étant au milieu des deux hémis- 
phères, le port d'Alexandrie peut redevenir comme aux 
temps des Ptolémées, l'entrepôt des deux mondes. Aujour- 
d'hui la navigation régulière à la vapeur a fait disparaître 
les relards et les autres inconvénients provenant des vents 
contraires. Celte invention contemporaine est aussi supé- 
rieure aux trirèmes des anciens, que notre artillerie l'est 
à leurs armes de jet. 

Un vice-roi d'une haute capacité règne en ce moment. 
La ville fondée par Alexandre de Macédoine est dans un 
état progressif fort supérieur à Odessa, fondée de nos jours, 
par un autre Alexandre. Les importations et les exporta- 
tions d'Égjpte, par les seuls navires d'Europe, y augmen- 
tent tellement d'année en année, que le dictionnaire de 
commerce et de navigation commerciale, publié à Londres, 
en 1855, par J.-B.-M. Culloch , est déjà un ouvrage su- 
ranné. 



( 176 ) 
Selon des documents olliciels, le mouvement du port 
d'Alexandrie pendant l'année 1841, fut de "2,0^21 bâtiments 
européens, j'ignore leur tonnage, sans compter les navires 
ottomans. Selon d'autres documents, la Belgique, qui avait 
cessé depuis plus de trois siècles toute relation maritime 
avec le Levant, importa, pendant le premier semestre de 
1842, au port d'Alexandrie d'Egypte, pour 414,400 fr. de 
marchandises diverses, et en exporta pour 2,079,400 fr. 



PALEOGRAPHIE. — HISTOIRE LITTERAIRE. 

Suite des notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque 
royale. — Addition au faux Turpin. — Légende relative 
à S^-Jacques le mineur. — Voyage de Guillaume Bolun- 
zeleàla Terre-Sainte. Par le baron de Reiffenberg. 

I. 

L'ouvrage fabuleux, connu sous le nom de Chronique de 
Turpin , est un des monuments littéraires les plus curieux 
du moyen âge. Il résume la plupart des traditions roma- 
nesques ou du moins en contient le germe. Et cependant, 
malgré les textes donnés par Schardius et Reuberus, que 
j'ai reproduits avec les additions publiées par Lambecius 
et KoUarius , malgré la publication de Ciampi , on n'en a 
pas encore une édition telle que la science philologique a 
le droit d'en exiger une aujourd'hui. M. Ideler et d'autres 
érudits de l'Allemagne ont bien voulu reconnaître que nous 
avions jeléquelque jour sur les questions qui se rattachent 



( 177 ) 
à ce sujet, mais il s'en faut que la besogne soit achevée, et 
il serait à désirer que M. Monmerqué, dont la littéra- 
ture est si étendue et si exquise , eût tenu la promesse qu'il 
avait faite, il y a longtemps, d'une édition critique. 

Ce travail présente de nombreuses difficultés, d'abord 
pour établir un texte qui réunît les variantes essentielles, 
attendu la quantité de manuscrits qui se trouvent dans les 
différentes bibliothèques de l'Europe. 

Ensuite il faudrait, comme le profond et ingénieux 
M. Massmann , rechercher les sources où le pseudo-Turpin 
a pu puiser, les secours qu'il a procurés aux autres écrivains, 
et les analogies qui se rencontrent entre eux et cet auteur! 
Enfin , éclaircir par des notes ou commentaires tout ce 
qui, dans ce livre, tient à l'histoire, à la fable , à la géo- 
graphie, aux idées religieuses, etc. , etc. 

Pour contribuer encore à ce travail, j'extrairai du ma- 
nuscrit n- 14775-76 (XIIP siècle) , qui contient un texte 
de Turpin, avec les chapitres supplémentaires que j'ai 
placés à la fin du premier volume de Philippe Mouskes , 
un morceau que j'ai annoncé précédemment. 

Après le chapitre : De allumajore Cordubae, on lit ce 
qui suit (fol. 3) : . 

De hoc quod ISavarri de veraprosapia non sint geniti. 

Julius Caesar, ut tradilnr, très gentes , Vubilianos scilicet et 
Scotos et Cornubiandos caudatos ad expugnandi.ni Hispano- 
rum populos , eo quod tributum ei reddere nolebant , ad His- 
paniam misit, praecipiens eis ut omnem sexum mas'culinum 
interficerent, femineum tantum ad vitam reservarent. Quicum 
per mare illam terram ingressi essent, confractis navibus suis, 
ab urbe Barcinona usque ad Caesaraugustam et ab urbè 
TOM. XI. |- 



( 178) 

Bariona [Baionam) usque ad monteni Oque , igiii et gladio 
devastaverunl. Hos fines transire nequieriint , quum Caslellani 
coadiinali illos expiignantes a finibus suis ejecerunt. Illi autem 
fuegientes [fugientes) venerunl ad montes raarinos qui sunt 
inter Vageram et Pampiloniam et Baionam , scilicel versus 
maritimam , in terra Biscagie et Alavae, ubi habitantes multa 
castra aedificaverunl et interfecerunt omnes masculos quorum 
uxores vi sibi rapuerant, e quibus natos genuerunt, qui postea 
a sequentibus Navarri vocantur. Unde Navarrus interpretatur 
non verus , idem non vera progenie aut légitima prosapia ge- 
neratus. Navarri et a quadam urbe quae Nadaver dicitur pri- 
mum noraen sumpserunt, quae est in illis horis {oiis) e quibus 
primitus advenerunt , quum scilicet urbem in primis tempori- 
bus beatus Matheus apostolus et evangelista sua praedicatione 
ad Dcum convertit. 



Jncipit translatio Sancti Jacobi apostoli fratris Johannis evan- 
gelistae, qui iii kl. januarii celebratiir, qualiter a Jerosolimis 
translatus est. 

Post Salvatoris nostri passionem, ejusdem gloriosissimum re- 
surrectionistropheummirabilemqueascensionemquapaternum 
usque scandit ad solium nec non et paraclyti neumatis (pneuma- 
tis) flammivomam super apostolos efiFusionem, sapientiae radio 
irradialiaccoelesti gratia illustrati passim gentibus nationibus- 
que quos idem elegerat Christi nomen sua praedicatione pate- 
fecerunt discipuli. Quorum praecluenti numéro rairae virtitus 
sanctus extitit Jacobus vita beatus , virtute mirificus , ingenio 
clarus, sermone luculentus , cujus uterinus Johannes habetur 
evangelista. Huic nempe gratia tanta fuit concessa divinitus , 
nt etiam idem dominus inaestimabilis gloriaecoram ejus usibus 
super montem Thabor transfigurari non sit dedignatus, astan- 
tibus cum eo Petro et Johanne, veridicis teslibus. Hic vero 
aliis diversa cosmi climata adcuntibus, nutu Dei Hiberiae horis 



( 179 ) 

(or»«) appulsiis,h(>minibus ibi de gentibiis palriamqiie incolen- 
tibiis verbum Dei praedicando disserit intrepidus. Ubi dum 
parva adtnodum seges quae tune excoli vellet, inter spinas 
fructiûca inveniretur, paululum commoratus , fertur septem 
clienUilos perelegisse, Christo subnixus, quorum nomina haec 
sunt: Torquatus, Secundus, Indaletius, Tysephons, Eufrasius, 
Ceciiius, Esicius; quorum collegio lolium evellendo extyrparet 
{extirparel) radicibus , ubique semina telluri diu sterili perma- 
nent! comraitteret propensius. Cumque dies immineret sup- 
premus [supremus), Jerosolimam tendit festinus,, a cujus 
contubcrnali solatio praedictorum vernularum nullus exlilit 
subtractus. Quem saducea ac farisiaca dum stipat manus im- 
proba, antiqua serpenlis illecla versutia innumera apponit 
problemata. Verum sancti spiritus debriatus {est ebrialus) gra- 
tia;ejus eloquentia a nemineest superata ; unde eorum fremens 
ira furilin eum acrius concitata. Quae in tantum, invidiae sti- 
mulante zelo, succenditur atque baccatur {bacchatur) , ut im- 
portunitate saeva violentorum impetu caperetur, Herodisquc 
praesentiaenecem percepturustraderctur.Qui capitaliacdigla- 
diabili senlentia plexus, rosei craore {cruoris) quoque sui unda 
perfusus, triumphali marlyrio coronatus ad coelum evolat, im- 
marccssibili laurea laureatus. Exanime vero corpus magistri 
sui discipuli arripientes , summo cum labore haec percita fesli- 
natione ad lictora (Jittora) devehunt, navim sibi paralam invc- 
niunt, quam ascendentes alto pelago comniiltunt atque die 
septima ad portum Hyriae, qui est in Gallicia, perveniunt rerais- 
que desiderabile solura carpunt. Non est haesitandum rerum 
aulori eos tune temporis copiosissimas grates ac digna persol- 
visse praeconia, tum pro tanto munere sibi a Deo concesso , 
lum eo quod nune piratarum insidias , nunc vitabundas sco- 
pulurum allisiones , nunc biantium caecas vorticum absque 
ullius detrimento transegerunl fauces. Igilur tanti [tanto) ac 
lali subnixi patrono, ad caetera suis usibus profutura animos 
intenduntquemque suo magistri (inaj^/siro) requiescendi locum 
Dominus darc perelegeril, explorare portemptanl. (taquc iti- 



( 180 ) 

nere ad orienlem directo, in cujusdaai matronae, Luparia no- 
inine, praediolum fere quinqiie miliariis ah urbe seraotum, 
sanctum coraponuntatque deponunt loculuin. Quisautem illius 
fundi possessor haberelurscicitanles(scîsc2Vaw<es), quorum cum 
provincialium oslensu comperiunt, suaeque indaginis com- 
potes efficivehemeiitissimeatqueardenlissimegestiunt. Demum 
quippefeminaeadeuntescolloquium narrantes que per ordinem 
rei eventum , sibi impendi quoddara expetunt delubrum , vibi 
ad adorandum statuerai simulaclirum atque illic regio quoque 
gentilitatis errore frequentabatur forum. Quae clarissimis na- 
talibus orta ac etiam, suprema interveniente sorte, viro viduata, 
tamctsi sacrilegae fuisset supersticioni dedita , non suae nobi- 
litatis oblila , juxla nobiiium ac ignobilium sese appetentium , 
abdicaret [abdicabat) conjugium, ne tanquara scortum priorem 
pollueret raaritalem ihorum. Haec quidem eorum petilionem 
et verbasaepiusrevolvendo, priusquamresponsumdaret omni- 
modo cogitât cordis in imo , quonam modo eos traderet ferali 
exterminio, ac tandem sermonem reciprocat, saeviens in dolo. 
>i Ite, inquil, petite regem qui moratur in Dugio , locumque 
postulate ab eo, in quo vestro parelis sepulturam mortuo. » 
Cujus diclis parendo , pars exequiarum ritu apostolicum cor-» 
pus uno excubat in loco, parsque ocissime ad regale palatium 
callepervenit citato. Anleque ejusducti praesentiam, eum qui- 
dem more salutant regio; qui et undesint et quamobrem adve- 
nerint apperiunl (aperiunt) narrando. Rex autem, licet inexor- 
dicionis initio, libenter eorum adverteret assertionem attentus 
atque benivolus, tamen incredibili stupore attonitus, haesitans 
quid sit aucturus {acturus), daemoniaco jaculo jaculatus, clam 
insidias tendi atque Christicolas necarijubet, admodum efferus, 
Ast enim vero , hoc velle Dei comperto , clanculum diver- 
tendo prope absceduntfugitando. Ut aulem est régi intimatum 
de eorum fuga, accerrima [acerrima) commotusira, rabidi qui- 
tlem leonis imitatus ferociam , cum his qui in ejus erantcuria , 
fugientiumdeicolarum pertinaciter insequiturvestigia. Cumque 
jam ad id foret véntum, quo pêne crudelium manibus caederen- 



] 



( 181 ) 

tur , cujusdam fluminis isli trépidantes, illi confidentes una 
subeunt ponlera; uno eodemque momento , cum subito Del 
omnipotentis judicio , quem gradiebantur pons dissolvitur 
caeniento ac fiinditiis diruitur in iinum ablato; sicque decrevit 
deliberata judicis aeterni censura, quatinus ex omni insecuto- 
rum turba ne unus quidem superesset qui ea quae erant gesla 
renunciaret régis in aula. 

Sancti autem ad armorum lapidumve corruentiura sonitum 
sua vertentes capita, Dei praeconanda insonant magnalia, pers- 
pectando magnatum corpora equosque et railitai-ia arnaa mise- 
rabiliter rotata sub fluminis unda , haut (haud) secus quam 
quondam exercitus acceperat Canopica. Igitur Dei auxiliante 
dextera adjuti atque erepti ac reanimali ac accensi , salubrem 
usqueadpraefatae matronae dooium peragunt caliera, edocent- 
que quemadmodum régis sententia exasperata eos perditum 
ire voluerit in necem, et quid Deus in eum egerit ad sui ultio- 
nem. Insuper efllagitando instant uti domum praedictam dae- 
moniis dicatam Dec concédât dicandam, idola manufacta quae 
nec sibi prodesse nec aliis possunt obesse quaeque oculis non 
videre nec auribus audire, nec naribus odorare et quae penitus 
nullo membrorum ofQcio utuntuntur [ututitur), respuat horlari 
insisse (inscite ?). Cujus mens, quum in régis dimersione 
de propinquorura aut affinium morte verebatur , commota , 
ideoque salubris consilii, uti saepe fieri in humanis solitum est 
rébus, ignara, longe aliter quam dicebantur fraudiilenti (/oM^/e 
aliter quam dicebatur frauduletite) acfrivola machinabatur raa- 
chinatione cassa. Dum vero adhuc vehementius eam urgerent 
precibusutvelpraediolialiquaatulumadsanctissimivirimembra 
praeberet humanda , nova et inusitala meditala praelia , pu tans 
eos aliquo posse interirc dolo, hujusce modi sententia [senten 
tiam) est cxorsa. « Quando qui<lem, inquit, vestram taraeffica 
citer intentionemadhoccernointenlam fore, ncqueabeavosde 
sipere (rfes«5/ere) velle, sunt mihidomiti bovesqnodam in monte 
quos euntes assumite et quicquil [quidquid) vobis visumfuerit 
utilitatisque necessaria [utililatiscl necessaria quae) exislunt cum 



( 182) 

eis déférentes , aediGcate. Si quid viclus defuerit propense 
vobis et illis imperlire ciirabo. » Hoc apostolici viri audientes, 
neque muliebria (igmenla perpendentes, gratanter adeunt , ad 
montem usqueperveniunt, at aliud quod non merebanlur cer- 
nunt. Dura enim montis confinia gressibus calcant, ex proviso 
(^ex improviso) ingens draco, cujus frequenti incursu villarum 
habitacula circum circa vicina eadçm tempestate agebantur 
déserta, proprio digrediens ab antro in sanctos Dei flammivo- 
nios ignés evoraendo , quasi impetum faclurus, evolat exitium 
niinando. Qiiem contra , fidei dogmata recolendo impavide , 
crucis muniraina inlentando, illum propulsant resistendo, do- 
minicique signum stigmatis ferre non valens ventris runopitur 
medio. 

Quo bello peracto oculorum figentes lumina coelo , régi 
suramo vola reddunt cordis ab imo. Demum ut daemonum il- 
linc omnino esset explosa frequentia, aquam exorcizant, quam 
super tolum montem undique aspergunt. Is autem raons antea 
vocitalus lilicinus, quasi diceretur Illiciens quod plures, ante 
id temporis , mortalium maie illecti , ibi rilum daemonibus 
exibebant [exhibebant) , ab bis Mons sacer , id est Mons sacratus 
appellatus est. Inde quoscumque boves dolose sibi pollicito 
[pollicitos) perlustrando , habeuntes (abeuntes) procul contem- 
platur (con/e«j^/aw/Mr) indomitos ac mugientes, cornibus summa 
fronte aggerem [aerem) ventilantes pedumque ungulis fortiter 
terram terenles. Quos sese per montes (niontium) devexa se- 
quendo, morlis crudelitatem cursu infestissimo niinitandotanta 
examplo [exemplo) ienitatis irrepsit mansuetudo ut qui prius 
praecipites atroci ferocitate ad inferandam [inferendam] cladem 
properabant currendo, summissa colla {^summisso collo) sancto- 
rum manibus cornua deponunt ultro. Sancti vero corporis dela- 
tores mulcendo animati , ex immitibus mitia facta absque mora 
super imponunt juga ac recta incendendo (t«ce</endo)semita ju- 
gatisbobus intrant mulierispalatia. llla quidem stupefacta mira 
videns miracula, bis tribus evidentibus signis excita, eorura ob- 
temperans peticioni, ex prava obediens facta, illis domuncula 



(183) 

tradita et trino fidei Domine regenerata, sua cum familia Christi 
nominis efficilur credula, sicque, inspirante Deo, fidei dogmate 
imbuta quae prius fantastico errore delusa efflagitaret humilis et 
prona, supererecta protrahit ac frangit simulachra , quaeque 
subejus fuerant dominatu, funditus diruitfana. Quibus obrutis 
atque minutatim in pulverem redactis , cavato in altum solo , 
construit sepulchrum mire opère lapideo , ubi aposlolicum re- 
conditur corpus arlificiali ingenio, cujus quantilatis ecclesia 
eodem super aedificatur in loco , quae allari exornata divo , 
Rliceai (f'elicetn) devolo pandit aditum populo, 

Postaliquantum vero temporis ab ejusdem alumpnis apostoli 
fidei agnitione plebibus scalentibus (squalentibus) edoctis , 
prius campis coelesti rore roratis , brevi adolevit fecunda ac 
Deo multiplicata messis. Duo autem magistri pedissequi , prae 
reverentia illius dura summo cum affectu ad praefatum sepul- 
chrum indesinenter pervigilarent , definito dubio termino vitae, 
naturae debilum persolventes , felici excessu spiritum exala- 
runt [exhalarunt) , coelisque animas gaudendo intulerunt : 
quos praeceplor non deserens egregius , coelo terraque secum 
collocariobtinuitdivinitus , stolaquepurpurea purpuratus , in 
aetherea curia suis cum aseclis [asseclis) micat redimitus co- 
rona , miseris se poscentibus iadicto suffragio patrociuatus , 
auxiiiante domino nostro Jesu Christo , cujus reguum et impe- 
rium cum pâtre et spiritu sancto perhenniler (perenniter) 
manet in saecula saeculorum , amen. 

(Ici vient le fragment sur les croisades que j'ai fait im- 
primer précédemment). 

Le premier de ces chapitres ne s'éloigne pas du ton gé- 
néral du faux Turpin, ni pour le fond ni pour la forme; 
mais le second s'en distingue par une certaine nuance de 
caractère. Il me semble que j'y reconnais quelque chose 
«l'espagnol , à ce besoin de transporter dans la légende 
sacrée le merveilleux et les émotions du roman profane, 
l'.nfiii, on croirait ipie l'auteur a consiilté un poëte ou du 



( 184 ) 
moins un versilicateur, aux disjecti membra poetae , c'est- 
à-dire aux bouts d'hémistiches que l'on rencontre dans 
son récit, dont la fin rappelle celle d'une homélie. 

II. 

Voici encore un voyageur allemand qui , de même que 
Brochart, a visité la Terre-Sainte, mais plus tard que lui. 
Sa relation est contenue dans un petit in-quarto en par- 
chemin de 28 feuillets à longues lignes (n°8779). Elle* est 
précédée de ces cinq vers, qui forment une espèce de dédi- 
cace à Engelbert de Nassau (I) , seigneur de Breda, mort 
dans celte ville en 1504. 

Huic licet exiguo cum magnus lu cornes altiis 

Nassouwenque Vianden , cum dominusque Breda (Bredae) sis , 

Quaeso, vir illustris, dono , Ingelberte , favelo 

Ipse tuae Jacobus Wortels quod nobilitati 

Offero , canonicus, cum perpeti servicioque. 

Ce n'est donc point l'auteur qui fait hommage de sa re- 
lation au comte de Nassau , mais le chanoine Jacques Wor- 
tels, qui s'était probablement réduit au rôle modeste de 
copiste. Quant à Bolunzele, c'est au cardinal de Tallayrand 
Périgord qu'il avait offert son ouvrage, ainsi que l'indique 
le prologue, c'est-à-dire à Hélie de Talleyrand, né en 1301 , 
évéque de Limoges en 1524, et d'Auxerre en 1329, créé 
cardinal en 1331 . 

Incipit prologusnobilis viri domini Guilhelmi Bolunzele in H 
brum departibus quibusdam uUramarinis, etpraecipue de Terra 
Sancta, quem compilavit ad instantiam domini Tallayrandi 
Petragoricensis , tune sancti Pétri ad vincula cardinalis. 

Ce prologue n'apprend rien, et ne contient que des ré- 
flexions pieuses. Au premier chapitre l'auteur raconte 

(1) OtXtrs , Genealogia comitum Nassoviae . \t . 28. 



à 



( 185 ) 
qu'ayant quitté l'Allemagne , son pays natal, il alla s'em- 
barquer dans un port génois, sur une galère bien armée. 
Il fait en peu de mots la description de la Méditerranée et 
dit que le détroit que nous nommons aujourd'hui de Gi- 
braltar, portait de son temps , le nom de détroit de Maroth. 
Il se rend à Constantinople, qui n'était pas encore sous la 
domination ottomane, et où l'empereur (Andronic II Pa- 
léologue) donna l'ordre de lui exhiber les choses les plus 
précieuses. Je transcris ses paroles mêmes : 

Haec civitas solemnissima in oplimo mundiloco , tam ratione 
aeris, maris quamterrae conslructa est, portuni habens maxi- 
mum et optimum. Mûris fortissimis cingitur, figuram habens 
trianguli , cujus duo latera versus mare sunt , lertium versus 
terram. In bac civitate muUae sunt ecclesiae et fuerunt plures 
supra modum pulchrae opère musayco , marmoribus et singu- 
lari modo construendi mirabiles , pluraque pailacia pulcher- 
rima in eadem. Tenet tamen principatum in ipsa civitate 
ecclesia Sanctae Sophiae , Sapientiae qui [quae) Christusest, 
quam Justinianus, sanctissimus iraperator, fundavit, etmira- 
bililer singularibus praerogativis ac praeconiis decoravit. Credo 
quod sub coelo, postquam mundus crealus est, non fecit taie 
officium completum quod huic poterit in nobilitate et magni- 
tudine caeteris paribus comparari. Coram ista preciosissima 
ecclesia stat imago Justiniani imperatoris eques , de impérial! 
diadematecoronata, tota deaurala, maximae quantilatis, manu 
sinistra pomum quod orbem repraesentat , cruce superposita , 
tenens , dextramque contra orientem levans, ad modum prin- 
cipis minas rebellibus intentantis. Statua super quam imago 
posila est, altissima est, ex pétris raagnis et caemenlo fortis- 
simo glutinata. In bac sancta urbc vidi , ex mandalo domini 
imperatoris, magnam partem crucis dominicae , tunicam Do- 
raini inconsutilem, spongiam, caiamum et unum clavum Do- 
mini corpusque beali Joliannis Cbrysostomi et plures alios 
sanctorum reliqiiias vencrandas. 



( 186) 

On peut comparer ces lignes sur Constanlinople à la 
description plus étendue de Bertrandon de la Broquière , 
qui n'oublie pas non plus la statue équestre de Justinien, 
qui voyageait en 1452 et parcourut les mêmes contrées que 
notre pèlerin allemand (1). Après ce passage consacré à 
Constantinople , Bolunzele nous montre les champs où fut 
Troie. 

Ubi vero hoc bracchium maris dirivari incipil a mari Medi- 
terraneo, supra littus Asiae minoris fuit Troya, illa antiqua 
civitas et potens constilula. Pulchrum locum habebat et pla- 
num aspectu versus mare, et latitudinem gratiosam ; portum 
vero bonum non videtur habuisse. Sed in quodara fluvio mari 
circa ipsam influente, aliqua navigia poterant conservari ; 
propter vetustatem temporis tantae civitatis vestigia vix ap- 
parent. 

Il parcourt ensuite les îles de la Méditerranée, Syo , 
Pathmos, Ephèse , Crète , Rhodes, elc. Ces îles jadis popu- 
leuses et opulentes étaient alors presque désertes à cause 
des Turcs : Nimc per Turcos phirimum desertae. 

Rhodes servait de siège aux chevaliers de S*-Jean, 

Rodum insulam fralres Jherosolymitani vi armurum Cons- 
tantinopolitanis abstulerunt , ubi nunc majorem convenlum 
teneut etipsum caput ordinis statuerunt. 

Ce passage rappelle nécessairement à des Belges les Mo- 
numents de Rhodes du colonel Bottiers, et aux littérateurs 



(1) Voy. le mémoiie de Legiand d'Aiissj dans le recueil de l'inslitm de 
France , Sciences morales et politiques , t. VI . p. 548 et siiiv. 



( 187 ) 
de tous les pays, l'ouvrage de M. le vicomte de Villeneuve- 
Bargemont, sur les grands-maîtres de Malte. 

On sait que le grand-maître Foulque de Villaret s'em- 
para de l'île de Rhodes, en 1309, ce qui servirait à déter- 
miner l'époque où vécut Belunzele, si on l'ignorait, et que 
les chevaliers chrétiens prirent cette île non pas sur les 
Grecs de Constantinople, mais sur les Musulmans. 

Le deuxième chapitre porte cette rubrique : De Siria 
Phenicis et terra Philistiniet civitatibus niarilimis usque ad 
desertum quod dividit Siriam et Aegyptum. 

Dans ce chapitre, l'auteur poursuit sa route parla ville 
de Tyr ou Sur qui était presqu'entièrement détruite et dé- 
serte, quoique les Sarrasins veillassent sur son port avec 
soin. Il traverse Acon et Gaza dont Samson emporta les 
portes, et salue le Mont Carrael , Césarée , Joppé, Rama , 
Dispolis, Saffram, où naquirent, dit-on, saint Jacques et 
saint Jean. Il termine ce chapitre par ces mots : 

Post haec veui ad castrum Darum, quod ultimum occurrit 
procedenlibus de Syria ad Aegyptum. Et notandum quodeundo 
de Acon per hanc viam, diraisi civitatem sanclani Jhrusalem a 
sinistris vix ad viginti iniliaria , volens videra prius Aegyptum 
et Arabiam , ut , obtentis Soldani litteris , possem in regressu 
commodiosius et securius terrae promissionis loca sanclissima 
visitare. 

Le chapitre troisième a pour objet ce qui suit : De deserto 
quod dividit Syriam et Aegyptum. — De Aegypto. 

E Castro ergo Darum processi versus Aegyptum per deser- 
tum arenosum in septem diebus. In quo deserto est aquao 
penuria , portaviquc victualia et alia necessaria in camelis. 
Sunt tamen ordinata per Sarracenos certa secundum dietas 
hospilia, ubi etiam inveniuntur necessaria compctcnler. Post 
hoc vcni in Aegyptum, ubi sunt casalia pulchcrrima infinila 



( 188 ) 

omnibus bonis lemporalibus abundanlia — Perveni ad Ca- 
drum (le Caire) et Babiloniam [le vieux Caire), melropolim 
Aegypti, ubi estsedes Soldani in uno castre pulcherrimoprope 
Cadnun. Hoccastriim in monte est non alto sed petroso; lon- 
gum est valde, pulchris palatiis decoralum. Dicitur quod pro 
diversis ip§ius Soldani serviciis et custodia ejus, in ipso Castro 
coramorantur circa sex milia personarum, quibus continue de 
curia viclualia ministrantur, caeleri vero amirali, id est capi- 
tanei, et gentes armorum équités in maxima multitudine sub 
Castro in civitatibus commoranlur, ordinati sub millenariis , 
centenariis , quinquagenariiset decanis, secundum quod visum 
fuerit expedire, quibus per Soldanum secundum gradus suos 
stipendia ministrantur. 

Plus loin Bolunzele fait une sortie contre Maiiomel et 
glisse quelques mots sur son tombeau à la Mecque, dislanle 
de la Babylone d'Égyple de vingt-cinq journées : 

Corpusqueipsius perditissimi.... pro maximo sanctuariocon- 
servatur in pulchra ipsorum ecclesia quam Nusquet [Mosquée) 
vulgariter dicunt, non quod pendeat in aère per virtutem pe- 
trae quae ferrum trahit, ut falsa divulgatum est, sed alias in 
tumba praecisa et elevata ad majorera ipsius mortui danipna- 
tionem perpetuam posilum est. 

Bolunzele passe de là à Bagdad , qu'il considère comme 
l'ancienne Babylone , près de laquelle fut élevée la tour 
de Babel. 

Il ne se borne pas à parler des lieux, il mentionne aussi 
leurs productions et les animaux qui les habitent; ainsi il 
parlede l'aloès (1) , et dit avoir vu au Caire trois éléphants 

(1) Joinville, le naïf Joinville, qui croit que le Nil sort du paradis terrestre, 
dit qu'on y trouve des (ilets où l'on pêche Vnloès , la rhubarbe , le girolle et 
la cannelle que le veut abat dans ce paradis, d'où ils viennent en droite ligne 
par le fleuve. 



( 1«9 ) 
vivants , merveille dont il fait cette tlescription , qu'il est 
curieux de comparer avec les anciens traités appelés Phy- 
siologus : 

Est aulem animal valde magnum , pellem habens duram ad 
inodum squammarum piscis, valde disciplinabile, ad sonum 
instrument! chorizat etsaltat. Dentés de ore exeuntad modum 
apri valde longi. Supra os habet promuscidam longam ad mo- 
dum nasi , rotundam , praeacutam , carlilaginosam, ad omnem 
partem flexibilem quautitur loco manus. Cibumpeream sumil 
et incurvando infra sublus in os mittit eaque plura recipit et 
distribuit. Solatiatur et ludit , se prosternit et se levât. Unde 
verum non est quod jacens se denuo erigere non possit. Ad 
praeceptum magistri sui advenientibus ailudit , caput incli- 
nando, genua flectendo , terramque osculando , quia hic raodus 
honorandi in illa patria communiter est assuetus. 

Puis il décrit en abrégé la girafe, que Levailiant a fait 
connaître pertinemment en Europe : 

Vidi etiam in Cadro animal Indiae Jeraffh uomine , in ante- 
riori parte raultum longissimum habens coUum , ita ut de tecto 
altitudinis domus posset comedere ; relro ita dimissum est ut 
dorsum ejus manu hominis tangi possit. Non est ferox animal , 
sed ad modum jumenti paciGcum, colore albo et rubeo pellem 
habens ordinatissime decoralam. 

Le manceau Pierre Belon, imprimé plusieurs fois à An- 
vers par Plantin, et notamment en 15S5, donne le portrait 
gravé sur bois et la description de la girafe, fol. 209 — 210 
verso. Il l'avait examinée dans la ménagerie du Caire (I). 



(1) Les observations de plusieurs singutaritez et choses mémorables, 
trouvées en Grèce, Asie, Judée, f^'jyfle, Arabie, et autres pays étrangers. 



( 190 ) 
Description d'un four à poiilels vu par Bolunzele au 
Caire. Les pyramides : 

Ultra Babyloniara , ad fluvium paradysi , versus desertum 
quodestinter Aegyptiim et Africum, sunt plura anliquorum 
nionumenta Ggurae pyramidalis, inter quae sunt mirae magni- 
tudinis et altitudinis de maximis lapidibus , in quibus inveni 
scripluras diversorum idiomalum. In uno inveni hos versus 
lalinos pétri inscriptos. 

Vidi pyraraiilas sine te, dulcissime fralcr. 
Et libi qiio potui lacrymas hic moesta profudi. 
Sit nomen decimi anni pyramide alla (1) 
Pontificis comitisque tuis, tyranne, triuinphas 
Lustra sex intra censoris consulis esse. 

Horumversiuim obscura expositioaliquanlulum me tenebat. 

Notre voyageur se moque ensuite de ceux qui croyaient 
que ces monuments étaient les magasins de blé des Pha- 
raon , puisqu'il ne se trouvait dans les pyramides que des 
salles fort petites. 

Le chapitre quatrième offre cette rubrique : De ilinere 
versus montem Sxjnaï in Arabia ac locis sanctis usque ini- 
tium terrae promissîonis. 

Monastère situé au pied du mont Sinaï, dans l'enceinte 
duquel il ne pouvait y avoir ni mouches, ni vermine. 

Intra septa hujus clauslrl nec muscae nec pulices aut hujus 
modi immunditiae possunt esse, cum tamen extra per desertum 
undique molestent plurimum transeuntes et non minus utique 
habitantes, de quo mirarer si non oculis meis vidissem quod 
hujusmodi animalia importuna moriebantur. Informatus fui 



(1) Il manque un pied à ce vers. 



( 191 ) 

qiiud uliii) oratiouibus sanclorum ia eudem locu comnioran- 
liuin, qui in tanliim hujusmodi animalibus vexabantur , quod 
etiam locum cogitabanl dimitlere , a pio Deo impetratum esse 
ul nuUus tali taedio deinceps in diclo loco sanclissimo gra- 
varetur. 

Chapitre cinquième : De initio (errae promissionis quod 
est Bersabee versus Arabiam et locis sanctis usque ad Jheru- 
salem. 

Chapitre sixième : De civitate sancta Jherusatem et locis 
sanclis in ea et primo de templo Domini. 

Ce temple n'était pas celui de Salomon , quum hoc peni- 
tus dirulum est. 

Rotundum figura , satis longum et altutn , plumbo cooper- 
tum , ex magnis lapidibus et politis , habens atrium longum 
et lalum incircuitu 

La description du temple est détaillée et curieuse. On 
peut la comparer avec celles des voyageurs des époques voi- 
sines, et de nos jours, avec celle de M. de Chateaubriand. 

Chapitre septième : De monte Calvariae et sepulchro 
Clirisli et sancta ecclesia sepulchri. 

Chapitre huitième : De locis sanctis in circuitu Jherusa- 
lem usque fluvium Jordanis. 

Chapitre neuvième : De fluvio Jordanis et locis sanctis 
quae sunt in itinere versus Galileam ac in Galilea et de ma- 
ritimis. Le voyage se termine par un tableau abrégé du 
Liban. 

Bolunzcleest appelé Guillaume de Boldensel par le Colo- 
nial Magasine (1). Son voyage , commencé en i518 , a été 



(t) Des ambassades européennes en Chine , Irad.de l'anfilaii . pp. 257— 
309 des Nouvelles annales des voyages. A' série, 4 année, 1845; 
décembre. 



( 192 ) 
imprimé, mais cette impression est assez rare pour qu6 
nous ayons donné un extrait du manuscrit , bien que le 
iHagasm assure qu'elle ne contient rien de remarquable. 



M. le directeur, en levant la séance, a fixé l'époque de 
la prochaine réunion au samedi 6 avril. 



OUVRAGES PRÉSENTES. 



Bulletin de Vacadémie royale de médecine de Belgique. Année 
-1844, tome IH, n° è. Bruxelles, 1844, ia-8°. 

Mémoire et observations sur quelques maladies des os maxil- 
laires. Par M. le docteur De Lavacherie. Bruxelles, 184S, in-8". 

De la ténotomie appliquée au traitement des luxations et des 
fractures. Par le même. Bruxelles, 1843, in-S". 

Observations de calculs vésicaux. Par M. Louis Dujardin. 
Bruges, 1843, in-8". 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , pu- 
blié par la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. 
2« année, cahier de février 1844. Bruxelles , in-8°. 

Gazette médicale belge. 2« année, n°' 4 et G. Bruxelles, in-fol. 

Annales d'oculistique. Publiées par M. le docteur FI. Cunier, 
tome X, 6« liv., décembre 1843. Bruxelles, in-8". 

Annales de la société de médecine d'Anvers. Année 1843, 
feuilles 4 à 6. Anvers , in-8''. 

Journal historique et littéraire de Liège, Tome X, livr. 11. 
Liège, in-8°. 



( 193 ) 

La revue de Liège. 1"= et 2*^ livr., février 18-4-4. Liège, in-S". 
Essai sur la statistique générale de la Belgique, composé sur 
des documents publics et particuliers. Par M. X. Heuschling. 
Supplément à la 2° édition. Bruxelles, 18-44, in-8"'. 

Histoire politique , civile et monumentale de la ville de 
Bruxelles. Par MM. Alex. Henné et Alph. Wauters, livr. 71 à 
80. Bruxelles, 184-4, in-S". 

Compte rendu de la séance solennelle du II février 1844, 
tenue par les sociétés de littérature flamande du pays. Par M. le 
docteur Ch. Van Swygenlioven , 2" édition. Bruxelles, 184-4, 
in-8°. 

Trésor national. 2* série, 9" livr., janvier 1844. Bruxelles, 
in-B". 

annales et bulletin de la Société de médecine de Gand, Année 
1844, février, 14« vol., 1" livr. Gand, in-8». 

f^erzeichniss der Bûcher und Landka rf en , u. s. w., welchevom 
Juli bis December 1843 neu erschienen oder neu aufgelegt tcor- 
den sind. Zu findenbeiC. Muquardt, 1843, in-12. 

Comptes rendus des séances de V académie des sciences de Paris. 
Tome XV, 2« sem. 18-42, ïi°' 17-26 et la table; tome XVI, 
l"^-- sem. 1843, n°» 2-23 et la table; tome XVII, 2« sera. 184«3, 
n"» 1-26; tome XVlll, 1" sem. 1844, n" 1-8 , in-4°. 

Bulletin de la société géologique de France. 2° série, tome I"", 
feuilles 4 à 7. Paris, 1843-44, in-8°. 

Journal d'agrictilture pratique et de jardinage. Publié sous 
la direction de M. le docteur Bixio; 2" série, tome 1", n" 7 , 
janvier 1844. Paris, in-8°. 

L'investigateur , journal de l'institut historique. 10" année, 
tome III, 2" série, 113" livr., déc. 1843. Paris, in-S". 

Revue zoologique , par la société cuviérienne. 1838, n°' 1 et 
2; 1843, n" 12; 1844, n" 1. Paris, in-8". 

Journal de la société de la morale chrétienne. 3" série , tome 
I"} n°" 1 et 2. Paris, 1844, in-8". 

Études chimiques, physiologiques et médicales, faites de 1838 
ToM. XI. 14 



( 194 ) 

k 1840, sur fes matières albumineusss . Par M. P. -S. Denis. 
Commercy, 1842, 1 vol. in-B". 

Recueil de médecine vétérinaire pratique. %^ série, n" 1, jan- 
vier 1844. Paris, in-B". 

Transactions of the médical societij ofthe state of Neto-York. 
Vol. V, 1841-43. Albany, 1843, in-B». 

Fifltj-fifth and fifty-sixth annual report of the régents of 
the Jtnicersitij ofthe state of JSew-Vork, mode to the législature , 
march 1, 1842-43. Albany , 1842-43,2 vol. in-S". 

Collectanea antiqua, n° 111, Etchings ofancient remains, etc. 
By Ch. Roach Smith. London , 1843, in-8°. 

The nnmismatic chronicle and journal of the numismatic So- 
ciety, ecliled by .lohn Yonge Akerman , January 1844, no 23. 
London, in-8°. 

The electrical magazine, conducted by Ch. V. VValker , vol. 
l,n''3,jan. 1844. London, in-8°. 

Jahrbuch fUr praktische Pharmacie und verwandte Fâcher. 
Herausgegeben von D"^ J.-E. Herbcrger und D"^ F.-L. Winckler, 
Band VII, Heft 6. Landau, 1843, in-8°. 

yinnalen fur Météorologie und Erdmagnetismus, Jahrgang 
1843, 6"=' und 7«'=' Heft. Mùnchen, 1843, in-8°. 

Isis. Encyclopàdische Zeitschrift von Oken , 1843, Heft XH. 
Leipzig, in-4°. 

31 ittheilungen der nattirforschenden Gesellschaft in Bern , 
aus dent Jahre 1843. N"' 7-12, titre et table des matières. Bern, 
1843, in-8». 

Beschrijving van eenen vertvarmingstoestel in de tcarmekassen 
ran den kruidtuin der hoogeschool te Utrecht, Door C. -A. 
Bergsuia. Utrecht , in-4°. 

Belazione istorica degli atti e sludj deW 1. e B. accadeiina 
y4retina di scienze, lettere ed arti, appartenente aW esercizio 
1840-41. Firenze, 1841, in-8" 

Opère deW abate Teodore Monticelli, segretario perp. délia B, 
accademia délie scienze di Napoli. Vol. II. Napoli , 1841 , 1 vol. 
in-4". 



( 19'-^ ) 

Elogio del conte di Camaldoli Fr. Ricciardi, letto nella so- 
lenne adunanza delta reale accademia délie scienze de di' 11 
Gingno 1843. dal socio ord. G. Ceva Grimaldi. Napoli , 1843, 
in-4''. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES 

ET 

BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 

1844. — N» 4. 

Séance du 6 avril. 

M. le baron de Stassart, directeur; 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

CORRESPONDANCE. 



Le secrétaire communique le programme d'une nouvelle 
association qui , à l'instar de celle organisée par l'académie 
de Bruxelles, vient de s'établir à Florence, par les soins 
de M. Aulinori, directeur du musée; le but de l'association 
est l'étude de la météorologie, de la physique du globe, 
et en particulier des phénomènes périodiques, tels que la 
floraison , les migrations des oiseaux, etc. 

— M. Bravais communique quelques observations de M. le 
ToM. xr. 15 



( 198 ) 
doclcurLortetdeLyon, sur les déparlsdesoiseaux voyageurs. 

M. le professeur Matlhes transmet également des ob- 
servations ornilhologiques, faites dans les environs de 
Deventer, par M. Brants. 

M. Kickx communique les observations sur la floraison 
faites à Gand , et celles faites à Ostende par M. Mac-Leod. 

— Le secrétaire dépose sur le bureau un grand nombre 
de réponses à la circulaire de l'académie , sur les antiquités 
nationales; ces réponses lui ont été transmises par l'inter- 
médiaire de MM. les ministres de l'intérieur et de la justice. 

— M. J. Wiener fait hommage d'un exemplaire de la mé- 
daille qu'il vient de consacrer à la mémoire de M. Falck, 
membre honoraire de l'académie. 

— Le secrétaire présente les deux ouvrages manuscrits 
suivants : 

1° Mémoire sur les tremblements de terre ressentis en 
France et en Belgique, depuis le IV siècle jusqu'à nos jours 
(1845), par M. Alexis Perrey, professeur supplémen- 
taire à la faculté des sciences de Dijon. Commissaires : 
MM. Quetelet et Crahay. 

2° Essai de coordination des causes qui précèdent , pro- 
duisent et accompagnent les phénomènes électriques, par 
M. Ath. Peltier. Commissaires: MM. Crahay et Quetelet. 

— M. Koene, professeur à l'université de Bruxelles, 
demande à pouvoir déposer un paquet cacheté ; le dépôt 
est accepté. 

— L'académie reçoit encore un supplément au mémoire 
envoyé au concours de 1844, sur la circulation chez les 
insectes. Ce supplément est envoyé aux commissaires 
chargés de l'examen du mémoire. 



( 199 ) 
RAPPORTS. 



Rapport de M. Kickx sur une note de M. Westendorp , 
concernant le mode de propagation des Nidulaires. 

La note que M. Westendorp a adressée à l'académie , et 
sur laquelle nous avons été chargé de faire un rapport, est 
relative au mode de propagation des champignons du 
genre Nidulaire, et plus particulièrement de la section des 
Cyathus. 

Le Cyathus suhiculosus , espèce mexicaine, est celui dont 
la propagation a été étudiée en premier lieu. Nous y avons 
constaté : 1° que le sporange, après s'être aplati , donne 
naissance à une sorte de carcithe (mycélium Alior.J, qui a 
tout l'aspect d'une mucédinée et en qui il finit par se ré- 
soudre entièrement; 2" que du milieu de ce mycélium on 
voit poindre, au bout de deux ou trois jours, un corps de 
la grosseur d'une petite tête d'épingle qui grandit et de- 
vient ensuite le peridium (I). 

Quelques mois plus tard, au commencement de 1842, 
parut dans le Linnea de Schlechtendal un mémoire (2) 
dans lequel M. Schmitz rend compte des observations qu'il 
a recueillies sur le Cyathus slriatus. L'auteur n'assista 



(1) Notice sur quelques champignons du Jtfexique dans les Builetiss de 
rAcadémie du mois d'août 1841. 

(2) Mycolofjische Beobachtungen ah Beilràge sur Lebens-und Entwick- 
lungsgtschichte einiger Gasteromyceten und Hymenomyceten. 



( 200 ) 

point à l'évolution dn sporange même, mais bien à celle 
du peridium déjà formé et choisi à des âges très-différents. 
En explorant en outre des localités où croissaient de nom- 
breux individus de ce gastéromyce, il découvrit sur le 
mycélium qui en est toujours le premier développement, 
des points jaunâtres et tloconneux , formés de fds raccour- 
cis, entrecroisés et convergents. De ces points il vit sortir 
des corpuscules qui produisirent chacun un peridium. Il 
crut de prime abord reconnaître en eux des sporanges, 
mais il en vint bientôt à les envisager comme des pousses 
immédiates de la matière byssoïde , des espèces de stolons 
ou de propagules , par l'entremise desquels celte matière , 
vivace selon lui, peut annuellement faire reparaître un 
peridium nouveau. 

Il est assez vraisemblable que les mycélium obsei-vés 
dans cette circonstance étaient (quoi qu'en dise M. Schmitz, 
qui a prévu en partie cette objection sans la détruire) les 
produits du développement antérieur de sporanges déjà 
changés en byssus. Les corpuscules mentionnés plus haut 
seraient-ils dans cette hypothèse autre chose que les pre- 
miers rudiments du jeune pmdmm, à la formation duquel 
interviennent peut-être les grains amylacés que l'on a 
décrits sous le nom de spores? 

Un fait qui n'en résulte pas moins des observations de 
M. Schmitz, comme des nôtres, c'est que le peridium se 
développe toujours aux dépens du tissu byssoïde. Aussi 
M. Schmitz, qui a vu d'ailleurs ce tissu passer immédiate- 
ment dans la substance du^endîwm, regarde-t-il le Cyathus 
dans son état primitif, comme une vraie byssoïdée. Le 
peridium n'est pour lui que le mycélium même, parvenu à 
un plus haut degré d'évolution. 

Nous venons de résumer tout ce que l'on sait jus- 



( 201 ) 
qu'ici (i) sur le mode de propagation des Nidulaires. Exa- 
minons maintenant le travail qui nous est soumis. 

L'espèce qui a fait l'objet des recherches de M. Weslen- 
dorp est le Cyathus crucibulum. Placé dans les conditions 
requises, le sporange, dit cet observateur, s'attache d'abord 
indifféremment par l'une de ses faces, au moyen d'une 
sorte de moisissure ou de mycélium. Il s'affaisse ensuite', 
puis s'élève au centre , et de lenticulaire qu'il était devient 
globuleux. Les deux membranes (2) dont le carpoderme 
se compose s'épaississent dans leur partie inférieure aux 
dépens de la partie supérieure, laquelle, ainsi amincie, 
constituera plus tard Fépiphragme. La jeune plante s'al- 
longe, grossit et achève enfin son évolution complète, 
qui aura duré en tout une douzaine de jours. 

En même temps que ces changements ont lieu, la 
matière blanche et sporulifère renfermée dans l'intérieur 
du sporange en subit d'autres, qui ne sont pas moins 
remarquables. De dure qu'elle était, elle devient liquide 
pour reprendre successivement une partie de sa consistance 
et redevenir de plus en plus visqueuse. Les globules ou les 
spores nageant dans ce liquide augmentent de volume sur 
ces entrefaites, acquièrent un filet ombilical qui va s'in- 
sérer au fond du peridium , et passent ainsi à l'état de spo- 
ranges. Ceux-ci contiennent à leur tour un nombre plus 
ou moins considérable de globules ou de spores élémentai- 



(1) Ce r.ipi)ort a été remis à l'Académie le 2 mars , époque où le numéro 
lies annales des sciences naturelles, qui contient les recherches de M. Tu- 
lasne sur le même sujet, ne m'était pas encore parvenu. 

(2) Dans le Cyathus subiculosus existent trois membranes, deux cellu- 
laires et une autre formée de vaisseaux fibreux à parois épaisses. M. .Sehmitz 
a retrouvé une structure analogue dans le Cyalkus slriatus (voir Lirinea , 
XVLp. 150). 



( 202 ) 
res, sur l'origine desquels l'auteur se tait , et sont destinés à 
présenter plus tard les mêmes phases de développement. 

Il résulte de là : 

V Que ce n'est point le mycélium, mais bien au contraire 
l'enveloppe sporangienne qui forme le peridium nouveau. 
Toutefois comment se fait-il alors que celui-ci, au moment 
de sa première apparition , se montre sous un volume in- 
finiment moindre que celui du sporange qui le produit? Et 
pourquoi est-il à cette même époque stipité, au moins dans 
le Cyathus subiculosus? Il n'est cependant guère probable 
que le phénomène s'accomplisse différemment chez les di- 
verses espèces d'un genre aussi naturel. 

2° Que les corps lenticulaires habituellement pris pour des 
sporanges sont les véritables svo^es, puisque ce sont eux qui 
produisent le nouvel individu. Aussi l'auteur les désigne-t-il 
partout sous ce nom, bien qu'à la page 6 il les considère 
comme étant chez les champignons les représentants des 
bulbilles des phanérogames « lesquels, y est-il dit, con- 
» tiennent également à l'état rudimentaire toutes les par- 
9 lies qui doivent constituer une plante parfaite. » Nous 
devons faire remarquer que s'il en était ainsi, les bul- 
billes des phanérogames ne différeraient en rien des grai- 
nes. Dans celles-ci en effet ou dans leur embryon, pré- 
et co-existent les différentes parties du végétal complet, 
tandis que le bulbille , simple bourgeon , doit former lui- 
même les parties qui lui manquent. La comparaison de 
l'auteur est-elle d'ailleurs compatible avec ses conclusions 
et surtout avec la suivante? Nous ne le pensons pas. 

Z" Que les globules internes du sporange ou les spores des 
auteurs , ne sont pas aptes en cet état à reproduire la plante , 
mais qu'ils le deviennent à la seconde génération , et après 
avoir été soumis encore une fois à l'action de la matière gé- 



( 203 ) 
lalineuse. Il y aurait donc dans les Cyathus une sorte d'em- 
boîtement du germe (en prenant ce mot dans le sens le 
plus large) ou de ses rudiments. Les globules primitifs y 
subiraient une espèce de métamorphose progressive, qui 
tendrait à eu faire des centres d'individualisation, autour 
desquels les jeunes globules, procréés entretemps par 
l'acte végétatif, viendraient se grouper. Certains auteurs 
y verraient peut-être des triades se surorganisant et mon- 
tant, sans autre préambule, à la fructification. 

M. Westendorp parle aussi de la dissémination , et em- 
brasse à cet égard la manière de voir de Nées , qui est aussi 
celle deSchmitz. Il admet que la pluie remplissant le j5er«- 
diuni, les sporanges surnagent et sont entraînés par l'eau qui 
déborde ; d'autres fois encore les vapeurs d'eau répandues 
dans l'atmosphère sont absorbées par les filets ombilicaux 
qui , à raison du plus d'espace qu'il leur faut lorsqu'ils sont 
gonflés , élèvent les sporanges et les poussent hors du pe- 
ridium, d'où la moindre brise les fait tomber. Nous avons 
cependant sous les yeux, en ce moment même, deusperi- 
dium frais et fructifères du Cyathus vernicosus, dont l'un 
a passé 24 heures dans une immersion complète, et dont 
l'autre a été rempli d'eau pendant le même espace de temps, 
sans qu'un seul sporange se soit déplacé. Nous avons coupé 
vers le milieu de sa longueur le filet ombilical de quel- 
ques-uns de ceux qui étaient mûrs, et nous les avons vus 
alors gagner le fond du liquide , le filet tourné vers le haut, 
comme Bulliard l'avait déjà expérimenté. 

Il existe, croyons-nous, dans le travail de M. Westendorp 
relativement à l'origine de ce cordon ombilical une con- 
tradiclion, plus apparente peut-être que réelle, mais que 
nous devons cependant relever. L'auteur semble le consi- 



( 204 ) 

dérer d'abord (page 5), comme produit par lemycelium, 
car il l'appelle « un prolongement filamentoso-spongieux 
« formé par la réunion de plusieurs fibres capillaires, » 
tandis qu'un peu plus loin (page 8) , il paraît le décrire 
comme se formant aux dépens de la matière gélatineuse. 
Cette dernière opinion s'accorde avec celle de Schmitz. 

Sans entrer eu plus de détails, nous ferons une remarque 
finale. Lorsque plusieurs observateurs, s'occupant d'un 
même sujet d'étude, arrivent à des résultats différents, et 
surtout lorsque les observations de l'un d'eux conduisent 
à des faits inconnus ou insolites dans la série des êtres 
dont il s'agit, il est permis de se renfermer dans le doute. 
Nous ne partageons donc pas jusqu'ici l'opinion de M. Wes- 
tendorp, sur le mode de propagation desNidulaires. Mais 
ceci ne nous empêche point de croire que son travail est 
consciencieux et propre à provoquer de nouvelles recher- 
ches. Nous en proposons par conséquent l'impression. 

Conformément à ces conclusions et à celles de M. Can- 
traine , second commissaire , l'académie a ordonné l'im- 
pression de la note de M. Westendorp. 



Note sur le mode de propagation des Nidulaires, genre de 
l'ordre des Gastromyces (cryplogaraie) ; par G. D. Wes- 
tendorp , médecin à l'hôpital militaire de Bruges. 

Vers la fin de 1856, nous eûmes, pendant plusieurs mois 
consécutifs , occasion d'observer, sur une poutre de chêne 
à moitié pourrie et en partie enterrée, qui se trouvait 
dans la cour de l'hôpital militaire d'Anvers, le développe- 
ment successif d'un grand nombre d'individus du Cya- 



( 205 ) 
ihus crucibulum, Hoffm. ; ce qui nous donna la facullé de 
suivre dans toutes ses phases le mode de propagation , 
l'accroissement, etc., d'une plante sur laquelle l'opinion 
des auteurs, relativement à la place qu'elle doit occuper 
dans la grande famille cryptogamique, sont encore loin 
d'être d'accord, et cela probablement parce que la plu- 
part jugent plutôt la question par l'analogie de formes 
que les Nidulaires peuvent avoir avec d'autres genres de 
champignons mieux connus, que sur des bases certaines, 
fondées sur l'organisation intime des organes de la pro- 
pagation, qui ont servi à établir presque toutes les autres 
familles et genres de la cryptogamie. 

D'autres occupations nous avaient fait perdre de vue 
les notes que nous avions réunies sur ce sujet, et même 
nous ne pensions plus à les publier, lorsqu'une intéres- 
sante publication, intitulée : Notes sur quelques champi- 
gnons du Mexique , par M. Kickx, professeur à l'université 
de Gand , insérée dans le tome VIII , n" 8 , pag. 72 et sui- 
vantes , des Bulletins de l'académie royale des sciences et 
belles -lettres de Bruxelles, vint nous faire connaître la 
manière dont s'était développée dans les serres du jardin 
botanique de Gand, une nouvelle espèce de Nidulaire, 
qu'il nomma Cyatims subiculosus , et nous rappeler ce que 
le hasard nous avait aussi permis d'observer dans le temps. 

Nos propres observations différant, sous plusieurs rap- 
ports, avec ce que le savant professeur de Gand a observé, 
nous croyons que, dans l'intérêt de la science, il est de 
notre devoir de les faire connaître, d'autant plus qu'elles 
tendent aussi à éclaircir l'histoire de ce genre, et surtout à 
confirmer ce que M. Kickx avait déjà supposé, lorsqu'il 
disait (Loc. cit., pag. 81) : « Peut être devra-t-on en rcve- 
» nir un jour à regarder les prétendus sporanges comme 



( 206 ) 
» (les spores, et les spores d'aujourd'hui comme des 
» grains amylacés, comparables à ceux que Hugo Mohl a 
» observés dans les spores de l'Anlhoceros et de plusieurs 
» autres cryptogames. » En effet , nous avons obervé que 
chaque spore (sporanges, péridioles et orbicules des au- 
teurs) ne produisait jamais qu'un seul individu ; que son 
enveloppe ou carpoderme persistait et devenait, du mo- 
ment que la graine était placée dans des circonstances 
favorables à son développement , le nouveau peridium ; et 
enfin qu'une partie des globules contenus dans le spore 
(grains amylacés? spores et sporules des auteurs) chan- 
geaient de nature, à une certaine époque de l'existence de 
la plante , et devenaient à leur tour des spores à globules 
qui, plus tard, jouèrent le même rôle que la plante mère; 
de manière qu'on pourrait presque dire que cette plante 
passe successivement par trois métamorphoses, savoir : 
1" l'état de globule, où elle est réduite à sa plus simple 
expression ; 2° l'état de spore, contenant lui-môme des 
globules et enfin ; o° l'état de peridium ou de plante par- 
faite, donnant naissance aux spores; et tout cela rien 
que par le développement successif des différentes parties 
qui préexistaient déjà lorsque ces globules se trouvaient en- 
core à l'état rudimentaire, nageant dans le liquide visqueux 
qui remplit les spores longtemps avant leur maturité. 

Ce qui avait d'abord fixé notre attention fut la manière 
dont s'opérait la dissémination dans ce genre. Depuis 
longtemps nous avions cru que , comme dans le genre 
Carbobolus, les lentilles des Nidulaires étaient projetées 
hors des cupules par une force élastique; toutes nos 
recherches ont eu pour résultat de nous démontrer jus- 
qu'à l'évidence qu'aucun organe contenu dans le peri- 
dium n'était en état de produire cette projection; en 



( 207 ) 

effet le cordon ombilical , qui est le seul intermédiaire qui 
existe entre la cupule et les graines, est beaucoup trop 
long et trop lâche, pour pouvoir faire l'office de ressort; et 
les lentilles elles-mêmes ne peuvent pas produire cet effet 
par leur propre élasticité , car dans ce cas la projection 
devrait se produire au moment où l'épiphragme se rompt, 
ce qu'on n'observe jamais : la dissémination n'ayant lieu que 
du troisième au dixième jour après la déhiscence, suivant 
le degré de chaleur et d'humidité de l'atmosphère. D'ail- 
leurs d'autres moyens que nous ferons connaître à l'in- 
stant, suffisent, suivant nous, pour qu'on ne doive pas 
recourir à la projection pour expliquer la sortie des lentilles 
du peridium. Voici ce que nous avons observé à cet égard : 
on sait que chaque spore est attaché au fond de la cupule, 
au moyen d'un filet ou prolongement filamentoso-spon- 
gieux , formé par la réunion de plusieurs fibres capillaires 
assez longs, plusieurs fois repliés sur eux-mêmes pour oc- 
cuper le moins de place possible, et susceptibles de se 
gonfler, en absorbant une certaine quantité d'eau , lorsque 
l'atmosphère est chargée de beaucoup d'humidité. Ceci posé, 
on concevra facilement pourquoi, pendant le jour, lorsque 
le temps est beau et sec , toutes les lentilles restent immo- 
biles au fond de la cupule; tandis que pendant les jours 
brumeux, et le soir, quant les vapeurs se condensent vers la 
terre, ces filets spongieux se gonflent par les molécules 
aqueuses qui s'interposent entre leurs fibres, remplissent de 
plus en plus \c peridium, et forcent les lentilles à s'élever; 
bientôt leur niveau dépasse les bords , et dans ce moment 
la moindre brise suflit pour faire tomber quelques-unes de 
ces graines sur le côté, où elles restent quelquefois sus- 
pendues par le cordon ombilical. D'autres fois cett<; 
dissémination est favorisée par la pluie, au point qu'il 



( 208 ) 
n'est pas rare de trouver après une averse la cupule en- 
tièrement vidée ; en eÛet , le peridium par sa forme évasée 
et sa position est très-propre à recueillir l'eau qui tombe 
du ciel; dans ce cas, la cupule se remplit bientôt et les 
lentilles, par leur légèreté, surnagent et sont entraînées 
par l'eau qui déborde. Il nous semble que ces deux causes 
sont plus que suflisantes pour expliquer pour quoi Nées 
avait attribué, non sans raison, la dispersion des grains à 
la pluie, tandis que le docteur Paulet et M. le professeur 
Kickx l'attribuent à une projection ou éruption, agissant 
plus particulièrement la nuit. 

Maintenant passons aux résultats de la seconde série 
d'observations que nous avons été à même de faire, c'est-à- 
dire à celles qui étaient relatives à la germination (si je puis 
m'exprimer ainsi) des lentilles, à leur développement, à 
leur croissance, etc. ; observations qui nous permettraient 
de considérer les lentilles, non pas justement comme des 
véritables semences , mais comme représentant en quelque 
sorte, pour l'ordre des champignons, les bulbilles des pha- 
nérogames, qui en effet contiennent aussi , à l'état rudi- 
men taire, toutes les parties qui doivent constituer une 
plante parfaite. 

Potir être aussi clair que possible dans l'exposé des 
faits, nous suivrons pas à pas les évolutions d'une len- 
tille qui vient de tomber par une cause quelconque au 
pied de la plante-mère, et sur le bois pourri qui doit lui 
servir de base. 

Ainsi supposons une lentille, tombée indifleremment 
sur la face supérieure ou sur la face ombilicale, ce qui ar- 
rive plus souvent ; elle y reste tant que l'état hygrométrique 
de l'air et du bois , sur lequel elle est couchée n'est pas con- 
venable au travail préparatoire; mais du moment qu'une 



( 209 ) 

quanlité sulïisante d'humidité l'entoure pour ramollir ses 
enveloppes (carpoderme), alors on voit naître sur les dé- 
bris du cordon ombilical ou sur la face du spore qui re- 
garde la terre, ime sorte de subiculum ou de moisissure 
rousse, jaune ou blanchâtre, rayonnant et se dirigeant 
vers le bois pour s'y attacher et faire l'office de racines; au 
bout de deux jours la graine adhère déjà assez fortement 
pour qu'on doive employer une certaine force pour la déta- 
tacher. Si alors on rompt ces adhérences et qu'on retourne 
la lentille, on voit que ce duvet disparaît promptement; 
si les circonstances sont favorables, elle ne tarde pas à 
reproduire un nouveau subiculum, par la face qui alors 
est tournée vers le bois, pour s'y attacher de nouveau. Ce 
n'est que quand ces adhérences sont bien établies, que la 
lentille elle-même commence à donner quelques signes de 
vie ; le centre qui s'était légèrement affaissé pendant la for- 
mation du subiculum, commence à s'élever; les deux mem- 
branes dont le carpoderme est formé deviennent plus 
épaisses; la matière blanchâtre et dure, contenue dans 
l'intérieur, se ramollit au point dedevenir presque liquide, 
un peu visqueuse et transparente; vue au microscope, on 
remarque que cette matière est formée par une agglomé- 
ration de globules très-petits et arrondis, dont quelques- 
uns paraissent un peu plus gros. 

Du 4"'* au o"" jour le spore grossit, perd sa forme pri- 
mitive lenticulaire pour devenir globuleux; la partie in- 
férieure du carpoderme, qui constituera \q peridium , con- 
tinue à s'épaissir, mais aux dépens du segment supérieur 
(épiphragme); elle a déjà i à 5 millimètres de hauteur; le 
liquide intérieur devient plus consistant, plus visqueux 
et d'un aspect laiteux; au microscope, on voit un certain 
nombre de globules beaucoup plus gros que les autres. 



( 210 ) 
presqu'opaques , arrondis, et dont quelques-uns sont mu- 
nis d'un prolongement séfacé à peine visible; ce sont ces 
globules qui formeront les nouvelles lenlilles ou spores, 
dont le cordon ombilical est déjà représenté par cet appen- 
dice sétacé. 

Du 5""* au 8™° jour la forme générale de la plante s'al- 
longe, devient ovalaire tout en continuant de grossir; sa 
surface extérieure, qui était assez lisse, devient tomen- 
teuse et d'un jaune plus ou moins vif; sa hauteur a atteint 
de 6 à 8 millimètres; le liquide intérieur continue à s'é- 
paissir et devient entièrement blanc et très-visqueux; les 
spores ont au moins triplé de volume; les appendices sé- 
tacés se prononcent davantage et se dirigent vers la partie 
inférieure de la cawilé au peridium, pour y prendre des adhé- 
rences; le liquide visqueux étant placé sous le microscope, 
on y voit toujours une masse de petits globules arrondis, 
en tout semblables à ceux qu'on trouve maintenant aussi 
dans l'intérieur des nouvelles graines, et qu'on peut bien 
observer quand on en écrase une avec la pointe d'un canif. 

Du 8™* au 12"* jour le peridium a atteint toute sa hau- 
teur (9 à 10 millimètres) ; ses parois , qui sont d'un brun 
ferrugineux, sont comme subéreux et ont à peu près un 
demi-millimètre d'épaisseur; le bord est bien dessiné et 
donne attache au pourtour à l'épiphragme, qui s'amincit 
de plus en plus vers le centre; les spores ont atteint un à 
un et demi millimètre de largeur, mais il se sont aplatis, 
comme s'ils avaient été soumis à une certaine pression ; les 
cordons ombilicaux ont tous pris leur attache au fond de 
la cupule. 

Si maintenant une belle journée se montre , alors l'épi- 
phragme ne tarde pas à se rompre au centre en plusieurs 
lambeaux, qui se roulent en dehors, se dessèchent et tom- 



(âll ) 

benl ; les bords du peridium n'étant plus retenus par ce 
frein , se déjetlent un peu en dehors, et donnent à la cu- 
pule la forme évasée qu'on lui connaît ; le peu de liquide 
qui entourait encore les lentilles s'évapore promptement , 
et on voit, remplissant au moins les trois quarts de la 
cavité, 7 à 13 spores lenticulaires, opaques et jaunâtres, 
disposés comme des œufs dans un nid ; les parois internes 
sont lisses, comme vernissées et d'une couleur légèrement 
plombée. Enfin, après la déhiscence ou destruction de l'é- 
piphragme, c'est une des causes dont nous avons parlé 
plus haut qui détermine la sortie des spores du peri- 
dium , ce qui arrive ordinairement du 42"^ au 20"° jour , 
pour recommencer les évolutions d'une nouvelle généra- 
tion , en passant par les différentes phases que nous venons 
de faire connaître. 

De ce qui précède, nous pouvons conclure : 
i° Que les globules contenus dans les lentilles, et que 
plusieurs auteurs ont considérés comme les spores, ne le 
sont pas, dans ce sens, qu'ils ne peuvent produire im- 
médiatement de nouveaux individus; seulement ils ont 
la faculté de devenir de véritables spores à la deuxième 
génération. 

2° Que les lentilles auxquelles nous avons préféré donner 
dans le cours de ce travail le nom de spores, et que les 
auteurs avaient regardées comme des sporanges, ne peu- 
ventplus être considérées comme telles; parce que ce sont 
elles qui produisent immédiatement les nouveaux indi- 
vidus, et non pas les globules contenus dans leur inté- 
rieur , qui ne sont que les rudiments de spores d'une autre 
génération. 



( 212 ) 



LECTURES. 



PHYSIQUE. 

Quelques considérations sur le psychromélre, par J.-G. Cra- 
hay, professeur de physique à l'université catholique. 

Pour déterminer la force élastique de la vapeur d'eau 
contenue dans l'atmosphère , par les indications d'un ther- 
momètre à réservoir mouillé de ce liquide , on fait usage 
de formules dont la forme générale est déduite de considé- 
rations théoriques , mais dont les coefficients numériques 
sont modifiés de manière à satisfaire le mieux à des cas 
particuliers pour lesquels les résultats sont connus. 

Pour établir les formules , on part du principe connu 
en physique d'après le(iuel la vapeur , pour se former, a 
besoin de rendre latente une certaine quantité de chaleur, 
laquelle est en raison de la masse de vapeur qui se pro- 
duit, cette dernière étant proportionnelle à la fois à la 
température du liquide dont elle émane et au degré de 
sécheresse de l'air qui environne l'appareil; tellement que 
si l'air était saturé de vapeur, l'évaporation du liquide qui 
aurait la température de cet air serait nulle, par suite 
qu'il n'y aurait point de chaleur rendue latente, et ainsi 
point d'abaissement de température. Si l'atmosphère n'est 
pas saturée de vapeur , le réservoir mouillé du thermo- 
mètre en fournit, ce qui fait baisser sa température en 
même temps que celle de la couche d'air adjacente 5 à me- 



(âl3 ) 
sure du refroidissement, la vapeur se forme avec moins 
d'abondance , tandis que la couche d'air adjacente à l'enve- 
loppe humide se rapproche du pointdesaturation. A cause 
du mouvement inévitable de l'air, ne fût-ce qu'en raison de 
la diminution de densité par l'admission d'une plus grande 
quantité de vapeur, la couche humide est incessamment 
remplacée par du nouvel air, qui vient à son tour se char- 
ger de vapeur; par conséquent levaporation continue à 
avoir lieu à la surface du thermomètre. Cependant, lors 
même que la couche d'air humide ne serait pas déplacée, 
l'évaporation devrait encore continuer à se faire, pour 
remplacer la vapeur qui , de la couche immédiatement 
adjacente, se communique au reste de la masse, laquelle 
est supposée indéfinie, et par suite incapable d'éprouver 
un changement dans son état hygrométrique à cause de 
l'évaporation qui a lieu à la surface du thermomètre. 
Celui-ci continue à baisser jusqu'à un certain minimum, 
auquel il reste stationnaire tant que les circonstances 
extérieures, l'état hygrométrique, la température de l'at- 
mosphère, etc., restent les mêmes. 

Cet état de chose arrivé , la chaleur nécessaire pour la 
continuation de l'évaporation ne peut être fournie que 
par le rayonnement des corps environnants, mais princi- 
palement par le contact de l'air adjacent; soit que la 
couche de celui-ci se renouvelle sans cesse, et, dans ce 
cas, c'est la chaleur propre à cet air qui passe dans lava- 
peur; soit que la couche humide reste fixe, dans quel cas , 
c'est la chaleur des couches plus éloignées qu'elle trans- 
met à la vapeur à travers sa masse ; car nécessairement 
la première couche ayant été abaissée en température par 
le contact de la surface évaporante, les couches plus éloi- 
gnées qui l'enveloppent doivent lui céder de leur excès de 
ToM. XI. 16 



( 214 ) 
chaleur qui , au fur et à mesure, devient latente dans la 
nouvelle vapeur qui se forme. 

Que le thermomètre à réservoir mouillé doive s'arrêter 
à un certain minimum de température, et y rester statioa- 
naire tant que les circonstances demeurent les mêmes, cela 
résulte de ce que , à mesure que sa température baisse au- 
dessous de celle des corps environnants, il s'approprie des 
portions croissantes de la chaleur que ceux-ci lui envoient 
en quantité constante, soit par contact, soit par rayon- 
nement; tandis que, d'un autre côté, l'évaporation sur la 
même surface diminuant avec la température du liquide, 
la chaleur rendue latente va en décroissant; d'où il suit 
que la différence entre les quantités de chaleur reçues et 
dépensées dans le même temps doit aller en diminuant 
jusqu'à s'effacer entièrement. D'après cela, quand l'état 
stationnaire du thermomètre à réservoir mouillé est 
arrivé, la quantité de chaleur rendue latente dans la 
vapeur qui se forme incessamment est évidemment égale 
à celle qui est fournie dans le même temps par le rayon- 
nement et par le contact de l'air environnant, il y a com- 
pensation. A partir delà, le thermomètre mouillé ne peut 
pas descendre davantage , car à une moindre température 
l'évaporation serait moins abondante, la quantité de 
chaleur serait inférieure à celle apportée par le rayonne- 
ment et par le contact de l'air, le thermomètre devrait 
remonter. De même il ne peut pas s'élever au-dessus du 
point de compensation, parce qu'alors la formation plus 
abondante de vapeurs enlèverait plus de chaleur qu'il 
n'en est restitué dans le même temps; le thermomètre ne 
tarderait pas à redescendre. Ceci suppose que toutes les 
circonstances extérieures restent les mêmes. 

Cela posé, admettons avec les physiciens allemands que 



( 215) 
la couche d'air adjacente immédiatement au réservoir 
mouillé , en cédant de son excès de chaleur à celui-ci , soit 
descendue précisément à la température t' de ce réservoir, 
laquelle est indiquée par le mercure dans le tube du 
thermomètre. Admettons encore que la vapeur émanée de 
ce réservoir, en s'ajoutant à celle que la couche d'air 
contenait, et dont la tension est représentée par e, ait 
porté cette couche jusqu'à la saturation complète, et par 
conséquent ait amené la tension de la somme des vapeurs 
à e', maximum de tension correspondante à la tempéra- 
ture t'; il s'en suivra que la vapeur fournie par le réservoir 
aura une tension e' — e. La couche d'air soumise à la 
pression;}, mesurée par le baromètre, étant formée d'un 
mélange d'air sec avec de la vapeur dont la tension est e', 
la force élastique de l'air seul sera exprimée par p — e'. 

Avec ces données , on pourra calculer le poids d'un vo- 
lume d'air sec de la force élastique p — e, et celui d'un 
pareil volume de vapeur d'eau delatensione, l'un et l'autre 
volume à la température t'. Connaissant aussi la chaleur 
spécifique y de l'air, celle k de la vapeur d'eau y contenue 
primitivement, on peut trouver la quantité totale de cha- 
leur abandonnée par la couche formée du mélange, en 
descendant de la température t de l'atmosphère à celle 
t' du thermomètre mouillé. Et comme celte quantité 
est égale à celle rendue latente par la vapeur émanée 
de la surface du réservoir en même volume que celui du 
mélange ci-dessus , avec une tension e'- — e et une tempé- 
rature l', on aura une équation formée par l'égalité des 
quantités de chaleur cédée d'un côté et absorbée de l'au- 
tre. Celte écpiation est 

(p — e') {t—t')r-^ ae(l — t')k= a(e' — e) [x — t'), 



( 216 ) 
y. étant la chaleur latente dans la vapeur d'eau à 0°, a le 
poids spécifique de la vapeur d'eau comparé à celui de 
l'air à égalité de force élastique et de température (*). 

On tire de l'équation, pour la tension de la vapeur con- 
tenue primitivement dans l'air : 



a{X — t' 



k 

Ces valeurs numériques sont y = 0,2669, ft = 0,857 
:\ = 650°, a = 0,62349. 

Quelques physiciens, entre autres Stierlin, au lieu du 
terme X — t' , qui est la chaleur latente de la vapeur d'eau 
à la température t', se bornent au nombre 550°, qui est celle 
de la même vapeur à i 00" ; en adoptant cette valeur, on a 

_ e' — 0,000778 32 (p — e') jt — t') 
^ ^ l -H 0,00T5218 (< — <') ' • • • ( ) 

Il est des auteurs qui considèrent le dénominateur comme 
sensiblement égal à l'unité, qui en outre négligent e' par 
rapport à p, et qui posent par conséquent 

e = e' — 0,00077832 jo(< — i'). 

Stierlin arrive à une approximation plus grande en opé- 
rant la division indiquée par f équation (A) , en se bor- 
nant cependant aux termes où le facteur 0,0015218 ne 
dépasse pas la 2" puissance; représentons ce facteur parn, 
celui 0,00077832 par m, la division conduira à 

c = [e' — m{p — e') [t - t')] [1— (< — />» -f- {t — t')'^n^]. 



C) Voyez, pour de plus amples renseignemcnls sur cette équation, la 
page 280 de ce Bulletin. 



( 217 ) 
et en lin 

e = e' — p{i _ /') I „, ^\ ^ n^i^t— t' f — n{l ~ <')] 
— - n[n(t -<')_ I ^ __ ,„ ft-t')-i- mn(t~f ^ [ . 

Maintenant , afin de pouvoir réduire cette formule en 
tableaux, Stierlin adopte pour t—t' et pour e' placés en- 
tre les grandes parenthèses, des valeurs moyennes four- 
nies par les observations continuées pendant un certain 
temps;ilpose<— f' = -t.2%3et|=0'"-,016, et comme 
p =760--, il s'ensuit que e'= 12""", 16, tension qui répond 
à t'= -t- U°,i; par suite t = + 16<',6 pour température 
moyenne. Ce dernier chiffre est évidemment trop fort 
pour notre climat, il eût été plus convenable de prendre 
t= H- 10°, alors t'= 10°— 2'',5=7°,5, en supposant que 
l'expérience ai t donné moyennement 2",5 pourf— r;on au- 
rait eu ensuite c' = 8™™,6o8 et '- = 0,0114. Dans le 
fait cela revient au même, puisque M. Stierlin se borne à 
prendre simplement 0,01 pour ^ Effectuant avec cette va- 
leur le calcul indiqué, on arrive finalement à 

e = e' — 0,000782776 {t — t'). p. . . . (B) 

Si le thermomètre mouillé était plus bas que 0°, l'eau 
serait congelée dans l'enveloppe; alors la chaleur néces- 
saire pour la formation des vapeurs qui en émanent se 
composerait d'abord de IW" pour le passage de l'état solide 
au liquide, et ensuite de 550" pour le passage à l'état de 
vapeur, donc en somme de 625° (plus exactement ce 
chiffre déviait être 725" — <). Substituant ce chiffre pour 
À dans la formule et la transformant comme ci-dessus 



( 218 ) 



Stierlin arrive à 



e=e' — 0,000689432 {t — t')p. 



(C) 



Les deux formules (B) et (C) ont été réduites en tables, 
tant en mesures métriques et en degrés du thermomètre 
centigrade, qu'en lignes de l'ancienne mesure de Paris 
et en degrés de l'échelle de Réaumur (*) , et Stierlin les a 



(*) Il ne règne pas un accord complet entre les tables I et III de Stierlin, 
qui donnent le maximum de tension de la vapeur d'eau . la première en 
lignes de Paris et en degrés de Réaumur , la seconde en millimètres et en 
degrés centésimaux ; toutes deux fondées sur les observations de Dalton. 
L'une déduite directement des travaux du physicien anglais, après avoir fait 
subir à la température une correction du chef de la différence de pression 
atmosphérique sous laquelle le thermomètre avait reçu le point d'eau bouil- 
lante , et avoir réduit les mesures anglaises en anciennes mesures de Paris; 
l'autre table fondée sur les calculs par lesquels Biot a réduit les mêmes tra- 
vaux en mesures nouvelles. Ces tables I et III ne conduisent pas l'une à 
l'autre par simple réduction des mesures linéaires et des divisions des échelles 
ibermomélriques. La comparaison des tensions des vapeurs à des degrés 
correspondants sur les deux échelles , attribue une valeur trop grande à la 
ligne de Paris réduite en millimètres, et cette valeur n'est pas la même aux 
divers points de l'échelle. Les nombres suivants le prouvent. 



TEMPERATCnE 
Réaumur. 



TENSrON 
en lignes. 



TABLE III. 



TEMPER. 
centigrade. 



TEPiSIOPf 
en millimèt. 



VALEUR 

qui s'en déduit 

pour 

la ligne en millim. 



1. 

2,168 

4,071 
9,966 
22,935 
29,859 



9,475 
23,089 
52,891 
68,751 



2,3335 
2,3274 
2,3168 
2,3061 
2,3025 



Or , il est bien établi que la ligne de Paris vaut réellement a""", 25583. 



( 219 ) 
vérifiées par la comparaison avec des observations faites 
simultanément sur le psychromètre et sur l'hygromètre de 
Daniell ; il les a soumises également à l'épreuve en cal- 
culant par leur moyen quatre des expériences de Gay- 
Lussac , consistant à faire arriver un courant d'air des- 
séché sur la boule d'un thermomètre enveloppé d'un linge 
mouillé d'eau (*). Les résultats de cette comparaison sont 
assez satisfaisants (**). 

J'ai été conduit à étendre la comparaison à la série 
entière des expériences de Gay-Lussac, en me servant des 
tables III et VI de Stierlin. Soit t la température du cou- 
rant d'air dirigé sur le thermomètre mouillé, t' la tempé- 
rature minimum à laquelle celui-ci descendait , la pression 
du baromètre étant de 760 millimètres ; puisque le cou- 
rant d'air était sec , les formules (B) et (G) doivent donner, 
en mettant e=o: 

= e' — 0,000782776 (*—*'). 760 . . . . (R) 
o = e' - 0,000689432 {t — t').lQO. . . . (C) 

Je représente par E le 2® terme de chacune de ces équa- 
tions dont la première a été employée pour les cas où t est 
au-dessus de 0, la seconde pour ceux où t' est plus bas que 
ce point. 



C) annales de chimie et de physique, tom. XXI, p. 82. Elles sont 
rapportées dans tous les traités de physique. 

(") Pour ces comparaisons , Stierlin s'est servi des tables I et IV en lig- 
nes de Paris et à degrés île Réaumur ; les valeurs numériques sont un 
peu plus faibles que celles des tables III et VI qui ont pour base le millimè- 
tre et l'éclielle centésimale. Aussi les écarts que Stierlin obtient de cette 
comparaison sont plus petits que s'il avait employé les tables citées en der- 
nier lieu. 



( 220 ) 



- 
1 

2 
5 
4 
5 
6 
7 
8 
9 
10 
11 
12 
15 
14 
15 
16 
17 
18 
19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 



5;82 
5.09 
4,57 

■ 3,66 
2,96 

■ 2,27 
1,59 
0,92 
0,20 

- 0,39 
1,03 
1,65 
2,30 
2,95 
3.56 
4,18 
4,80 
5,42 
6,04 
0,66 
7,27 
7,88 
8,49 
9,10 
9,70 
10,30 



5;82 
6,09 
6,37 
6,66 
6,96 
7,27 
7,59 
7,92 
8,26 
8,61 
8,97 
9,37 
9,70 
10,07 
10,44 
10,82 
11,20 
11,58 
11,96 
12,34 
12,73 
15,12 
13,51 
13,90 
14,30 
14,70 



3,469 
3,658 
3,814 
3,994 
4,180 
4,371 
4,567 
4,769 
4,975 
5,187 
5,404 
5,614 
5,858 
6,097 
6,345 
6,598 
0,860 
7,132 
7,414 
7,706 
8,004 
8,313 
8,633 
8,964 
9,302 
9.651 



3,050 
3,191 

3,358 
5,490 
3,647 
3,809 
3,977 
4,150 
4,328 
5,123 
5,357 
5,575 
5,771 
5,991 
6/211 
6,457 
6,663 
6,890 
7,116 
7,342 
7,574 
7,805 
8,037 
8,269 
8,507 
8,745 



e'-E. 



-4-0,419 
0,447 
0,476 
0,504 
0,555 
0,562 
0,590 
0,619 
0,647 
0,064 
0,067 
0,059 C 
0,087 
0,106 
0,134 
0,101 
0,197 
0,242 
0,298 
0,564 
0,430 
0,508 
0,596 
0,695 
0,795 
0,906 



(*) Tout porte à croire ({ii'il faut lire /' = l'',B7 i — r = 9", 33 , ce qui don- 
nerait «'= 5,628 E = 5.351 d'où e'— E = 0,077. 



1 



(221 ) 

Ce tableau nous montre, en premier lieu, que la diffé- 
rence e' — E a toujours le même signe; e' l'emporte con- 
stamment sur E, el d'autant plus que la température am- 
biante est plus élevée. Or, comme ce terme e' exprime la 
tension de la vapeur d'eau dans la couche qui entoure le 
réservoir mouillé du thermomètre, couche que l'on a 
supposé être descendue exactement à la température t' 
du réservoir, et s'être saturée par la vapeur émanée de 
la couche humide; il résulte de cette comparaison que 
l'hypothèse est inexacte, et que dans la réalité la couche 
reste au-dessous du point de saturation; ce qui d'ailleurs 
paraît évident quand on considère la lenteur avec laquelle 
une masse d'air renfermée dans un vase avec de l'eau 
arrive au point de saturation; à plus forte raison, la 
couche qui entoure la boule mouillée du thermomètre, et 
qui n'y reste toujours que peu de temps, doit elle ditlicile- 
mentpouvoir s'y charger de vapeur au maximum ùc tension. 

La supposition par rapport à la température à laquelle 
cette couche descend, n'est pas probable non plus, car il 
est contraire à la théorie d'admettre que l'air ambiant qui 
vient en contact avec le thermomètre cède aux vapeurs qui 
s'y forment tout son excès de chaleur. En outre, on ne tient 
pas compte de la chaleur arrivée par voie de rayonnement 
des corps environnants; la quantité en est beaucoup plus 
petite; il est vrai , que celle due au contact de l'air libre 
toujours plus ou moins agité; elle n'est cependant pas tel- 
lement minime qu'il serait inutiled'en tenir compte, mais 
il n'est guère possible d'y avoir égard dans la circonstance 
actuelle, puisque sa valeur dépend d'une foule de particu- 
larités , qui sont même variables pour une exposition don- 
née derinslruinenl. 

Ainsi, la couche d'air adjacente à la boule mouillée ne 



( 22â ) 

descend pas à la température de celle-ci, les vapeurs n'y 
atteignent pas la tension maximum; cette tension ne s'y 
élève qu'à la valeur de E. Il s'ensuit aussi que la formule 
attribue à la vapeur d'eau préexistante dans l'atmosphère 
une tension trop grande, et il faudrait pour la rendre 
exacte, diminuer la tension e attribuée à la couche adja- 
cente au thermomètre, ou modifier le coefficient du 2™* 
terme delà formule, en le multipliant par quelque facteur 
tel que | déduit des expériences de Gay-Lussac , et dont 
la valeur devrait varier avec la température t. Mais se- 
lon toute apparence la valeur de ce facteur devrait dé- 
pendre aussi de la quantité de vapeur contenue primi- 
tivement dans l'air, car il est à croire que plus celte 
quantité est grande, plus la couche d'air adjacente au 
thermomètre mouillé s'approchera du point de saturation. 
Cette dernière influence ne pourrait être évaluée que par de 
nouvelles expériences analogues à celles de Gay-Lussac, et 
dans lesquelles l'air, amené sur le thermomètre mouillé 
à divers degrés de température, serait chargé de quantités 
connues de vapeur. Ces expériences présenteraient des dif- 
ficultés bien plus grandes que celles que Gay-Lussac a eues 
à surmonter. Des observations comparatives du psychro- 
mètre et de l'hygromètre de Daniell pourraient conduire 
au même but. Au reste, les diflerences signalées dans le 
tableau entre l'observation et le calcul sont assez faibles, 
du moins dans les environs de la température moyenne, 
pour qu'on puisse les négliger. 

Un autre fait signalé dans le tableau, consiste en ce que 
les diflerences e' — E sont généralement plus fortes depuis 
«=0° jusqu'à t=S° que pour les degrés suivants; il y a 
un changement brusque dans leur valeur en passant de 
/ = 8" kt= 9°. C'est que pour les huit premiers degrés 



(223 ) 

Je ihermomètre mouillé était descendu au-dessous delà 
glace fondante, et que par conséquent il a fallu se servir 
de la formule (C), dont le coefiieient numérique est plus 
faible que celui de la formule (B), à cause qu'on y a sup- 
posé qu'outre les 550 degrés de chaleur rendue latente 
dans la vapeur, 75 degrés l'étaient par la liquéfaction de 
la glace, qui a précédé l'évaporation. Comme le principe est 
incontestable, l'excès plus grand de e' sur E, qui indique 
que la couche d'air adjacente à la glace qui recouvre le 
réservoir du thermomètre est encore plus éloignée du 
point de saturation que lorsque ce réservoir est enveloppé 
d'eau liquide, doit être attribué à ce que les vapeurs se 
séparent plus difficilement de la glace que du liquide. — 
En calculant les 8 premières expériences par la formule 
(B), qui s'applique au cas où la température du thermo- 
mètre mouillé est supérieure à celle de la congélation , 
j'obtiens les résultats suivants : 



t. 


t'. 


t-f. 


e' 


E. 


e'-E. 





— 5:82 


5;82 


3,469 


3,462 


-+- o"'Ô67 


1 


— 5,09 


6,09 


3,638 


3,624 


0,014 


2 


- 4,37 


6,37 


3,814 


3,791 


0,023 


3 


— 3,66 


6,66 


3,994 


3,963 


0,031 


4 


— 2,96 


6,96 


4,180 


4,142 


0,058 


5 


— 2,27 


7,27 


4,371 


4,526 


0,045 





— 1,59 


7,59 


4,567 


4,517 


0,050 


7 


— 0,92 


7,92 


4,769 


4,713 


0,056 


8 


— 0,26 


8,26 


4,975 


4,915 


0,060 





-»- 0,59 


8,01 


r.,187 


5,123 


0,064 



( 224 ) 

Maintenant les diflérences sont bien plus petites, le 
changement brusque signalé plus haut disparaît aussi, et 
l'ensemble forme une série régulièrement croissante. 

Il semblerait d'après cela que la formule (C) soit inutile , 
et qu'il soit préférable d'employer uniquement la formule 
(B) tant pour le cas où la boule du thermomètre est envi- 
ronnée d'une couche de glace, que pour celui où la couche 
est liquide. 

L'écart de la formule provenant, ainsi que je l'ai fait 
remarquer plus haut, de l'impossibilité de connaître la 
tension e' qu'acquiert la vapeur dans la couche d'air adja- 
cente au thermomètre, il ne reste d'autre moyen que de 
modifier le coefficient numérique de manière que l'équation 
représente le mieux possible les expériences; et d'après 
cela, on s'éloignerait du but si, pour rester fidèle à la théo- 
rie, on voulait maintenir dans la formule (A) la valeur 
C50 — l' pour la chaleur latente de la vapeur à l' degrés, 
plutôt que d'adopter avec Stierlinet quelques autres physi- 
ciens, simplement le nombre 550°; car par l'introduction 
du premier nombre, le coefficient numérique serait plus 
petit que celui adopté, par suite la différence e! — E plus 
grande que celle que donne la formule de Stierlin. Je me 
suis plus particulièrement attaché à cette dernière comme 
donnant les résultats les plus satisfaisants. 

Quelques physiciens sont d'opinion que lorsque l'état 
stationnaire du thermomètre mouillé est arrivé, le mouve- 
ment plus ou moins rapide de l'air environnant ne peut 
pas le faire changer; d'après eux, si , à ce terme , une aug- 
mentation dans la vitesse du courant rend l'évaporation 
plus abondante, par suite fait passer plus de chaleur à 
l'état latent, ce même courant, dont la température est 
supérieure à celle de la surface mouillée, amène h celle-ci 



( ââo ) 
une plus grande quanlité de chaleur, et précisément dans 
le même rapport que l'absorption a été augmentée par 
l'évaporation. La compensation paraît n'être pas exacte, 
du moins pas dans tous les cas. J'ai observé constamment 
que le thermomètre à boule mouillée, exposé à l'air sta- 
tionnairedans une vaste salle, descendait de près de | degré 
quand l'air était agité dans ses environs, soit par le mou- 
vement d'un plan, soit par un balancement imprimé à 
l'instrument suspendu à une corde. J'ai vu même qu'en 
plein air, quand le vent était faible, sans être nul Je ther- 
momètre mouillé baissait encore plus ou moins quand 
j'augmentai l'agitation. La cessation du mouvement im- 
primé le faisait revenir à son point primitif. J'ai remarqué 
quelquefois que dans ces circonstances le thermomètre à 
boule sèche éprouvait une variation en sens contraire de 
celle indiquée par l'autre thermomètre. Quand le vent était 
l)lus fort, l'augmentation de mouvement imprimée à l'air 
ne produisait pas d'effet sur les thermomètres. Il faut con- 
clure de là que lorsque l'agitation est faible, la couche 
d'air adjacente au thermomètre peut arriver à un état plus 
voisin de la saturation , et que la diflusion de sa vapeur 
dans le reste de la masse d'air se fait plus lentement que 
lorsque le renouvellement de l'air est plus rapide; consé- 
quemment que dans cet air moins agité l'évaporation, et par 
suite l'absorption de chaleur, est dans un rapport moindre 
avec la chaleur venue du dehors, que lorsque le mou- 
vement est plus rapide. Si la diffusion était nulle, l'éva- 
poration serait arrêtée, et la température remonterait à 
celle du thermomètre sec. — Pour atteindre sûrement le 
minimwn de température, il est donc utile d'agiter l'air 
dans les environs du psychromètre, si lèvent est très- 
faible. 



( È16 ) 

Il est d'usage de n'envelopper d'un linge mouillé que 
la boule seule du Ihermomèlre, et cependant ou regarde 
comme température de celte boule celle marquée par le 
thermomètre auquel elle appartient, sans tenir compte 
de ce que la colonne de mercure renfermée dans le tube 
ne participe pas à cette température, d'où il résulte que 
l'instrument indique un point trop élevé. L'erreur qui 
provient de là n'est pas à négliger, surtout lorsque la 
colonne hors de la boule est longue, comme c'est l'ordi- 
naire dans les psychromèlres où cette colonne a souvent 
une étendue de GO degrés. 

Pour tenir compte de cette circonstance, on peut ad- 
mettre que toute la colonne renfermée dans le tube, et 
dont le volume se compose de m degrés ou unités compris 
depuis la naissance de la boule jusqu'au point de la glace 
fondante, plus des r degrés contenus dans la tige au- 
dessus du zéro, que toute cette colonne possède la tempé- 
rature / de l'air libre, tandis que ce volume ou cette 
longueur serait m-hx s'il était à la température x de la 
boule. Or si k désigne le coefficient de dilatation appa- 
rente du mercure dans le verre ou g^ on a , 

m -t- X l -i- kx 



m •+■ t' \ -t- kt 

de là on tire 

t' — tnkl 



1 -i- k{t — m - t') 

Effectuant la division, en se bornant aux termes dans les- 
quels k ne dépasse pas la première puissance , on trouve 

x = t' — k {t — t') {m -+- t'). 

Prenons pour exemple l'observation faite le 12 juin 1845 
à l'aide d'un psychromètre pour lequel m=52°; le thermo- 



( ââ7 ) 

mètre à boule sèche marquait t = + 31°, 7 cenligrade, 
celui à boule humide f = -t- 18,2, avec ces données 
j! = 18^20 — 0^15 = 18?0o , 

delà/ — a; = 13,65, tandis que sans la correction, t — 1' = 
13°, 50; si avec ces deux valeurs on calcule la tension ede 
la vapeur contenue dans l'atmosphère, on trouve ; 

Après la correction det' e z= 7°"°,22o 
Sans e = 7""°,452 

Et pour l'humidité relative y, , on aura 0,22 pour l'un, 
0,21 pour l'autre cas. 



BOTANIQUE. 

Enumeralio synoptica plantarum phanerogamicarum in 
regionibits mexicanh ah Henrico Caleotii coUcctarum , 
auctoribus M. Martens et H. Galeolti. 

RUBIACE^. (CONTINUATIO.) 

XIII. PSYCHOTRIA. L. 

42. PSÏCHOTRIA TRICHOTOMA. NobiS. 
(Coll. H. Gai. N« 7092.) 

Glabra, ratnulis compressis , foliis peliolatis ovalis acutni- 
nalis parallèle venosis utrinque alteniiatis, stipulis caducis , 
panicnlis terrainalibus subsessilibus fo!io multiim brevioribus 
trichotomo-subcymosis , calycis Umbo ilenticulato , corolla in- 
fundibuliformi Sfida glabra calyce duplo majori , laciniis 
oblongis patubs, slaminibiis brève exsertis, floribus confertis. 
— Pelioli poilicares, folia 5 pollices longa, 3poll. lata, apice 
longe altcnuata, flores albi 2 lincas longi. — Affinis Psijcho- 
triae micranthae, HBK, 



( 228 ) 
j . — ^ Se trouve dans les forcis de cliênes de Xalapa et 
de la colonie de Mirador, de 3 à 4,000 pieds de hauteur 
absolue. FI. blanches. Août. 

45. PSYCHOTniA BRACTEOLATA. NobtS . 
(Coll. H. Gai. N° 7226.) 

Herbacea, pubescenli-hirta; foHis brève petiolatis ovalo- 
lanceolatis acuminatis submembranaceis supra glabriusculis 
subtus, praeserlim in nervi.s, pubescenlibus , slipulis hberis bi- 
parlitis, laciniis lanceolato-bnearibus apice longe filiformi-acu- 
minatis, panicula ovala densa terminali pedunculata folio du- 
plo breviori ramis patenlibus suboppositis pubescenti-birtis , 
floribus basi bracteolatis, calycis 5fidi laciniis lanceolato- 
linearibus aculis reflexis pilosis, corolla tubuloso-infundibuli- 
formi glabriuscula , laciniis limbi ovatis reflexis, staminibus 
incîusis , stigmate exserto bifido. — Folia tenuia 4-5pollices 
longa , 2poll. circiter lata, pelioli |-pollicares , flores dense 
congesti 3-4lineas longi basi bracteolis duabiis lineari-filifor- 
mibus persistenlibus donati. — Aftinis Pnychotriae reticulatae, 
Ruiz et Pavon. 

0. — On trouve cette espèce dans les bois et près du 
ruisseau de la Sierra de Capulalpan, dans la cordillère 
orientale d'Oaxaca, de 7 à 8,000 pieds. FI. blanches. 
Août. 

44. PSYCHOTRIA EXCEI.isA? HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 7072.) 

Obs. Spccimina sine fructu. 

* . — Habite les forêts de Xalapa , de 4 à 5,000 pieds. 
FI. blanc-rosé. Juin. 

45. PsYCHOTRIA SESSILIFOMA. NobiS. 
(Coll. H. Gui. N" 7078.) 

Ramulis subletragonis pedunculisque pubescenlibus , foliis 
sessilibus obovalo-lanceolalis utrinque atlenuatis supra gla- 



( 229 ) 

briusculis subliis puberulis, stipulis caducis lalo-ovalis pro- 
ductis in acumen bisetaceum, cymis terminalibus sessilibus 
trichotomis folio multuni brevioribus, calyce tridentato pu- 
bescenti, corolla glabra infundibuliformi Sfida fauce pilosa , 
staminibus inclusis, anlheris subsessilibus. — Folia 3-4 pol- 
lices longa, 1-1 ^ pollices lata acuta, cyma in ramis terminalis 
brevis. — Affinis Psijchotriae aureolae, Bartl. 

©. — Habite les bois humides de la colonie de Mirador 
et Zacuapao (état de Vera-Cruz) , de 2,500 à 5,500 pieds. 
FI. blanches. Juin. 

46. PSYCHOTRIA ? MCOTIASE.EFOMA. Nobis. 
(Coll. U. Gai. No 7066.) 

Arborea glabra , ramulis apice subquadrangulatis compres- 
sisque, foliis brève petiolalis obovato-lanceolatis utrinque 
attenuatis subacuminatis, stipulis latè ovatis caducis, peduncu- 
lis axillaribus fasciculatis coryrabosis petiolo vix longioribus, 
floribus laxè corymboso-congestis, calycis limbo intègre cir- 
cumscisso, corolla subtubulosa quadrifida, lobis aestivatione 
valvalis tubo coroUae subaequalibus lineari-oblongis , stami- 
nibus 4 inclusis, stigmate simplici? — Habitus Psycholriae; 
sed stigmate non manifeste bifido , corollis quadriûdis recedit. 
— An genus novum? 

Obs. Petioli 4-pollicares, folia 6-8 pollices longa, 2-3 pollices lata ulrin- 
que glabra apice longe attenuata , flores axillares corymboso-congesti brève 
pediccllatii 5 lineas longi, fructus immaturus calycis lirabo coronatus. — 
Fructum maturum non vidimus. 

4 . — Se trouve avec l'espèce précédente dans les bois 
humides de Mirador, à 3,000 pieds. FI. verdâtres. Sep- 
tembre-novembre. 

47. P.SYCHOTRIA BIARISTATA. Bartl. 
(Coll. H. Gai. NO7180.) 

^. — Habite les forêls de la Chinanlla, près du bourg 
ToM. XI. i7 



( 230 ) - 
de Teotalcingo , sur le versant océanique de la cordillère 
orientale d'Oaxaca , à 3,000 pieds. FI. blanches. Juin. 

XIV. COFFEA. L. 

48. COFFEA ARAniCA. L. 

(Coll. H. Gai. N» 2623.) 

t . — Cultivé dans plusieurs localités du département 
de Vera-Cruz, entre autres à la colonie allemande de Mira- 
dor et de Zacuapan , à Cordoba, etc., dans les régions 
tempérées et chaudes tempérées, de 2,000 à 3,500 pieds. 
Cet arbuste se plaît sur les versants des collines. FI. blan- 
ches. Juillet. 

XV. FARAMEA. Jublet. 
Tetramerium. Gaert. 

49. FARAMEA ODORATISSI.MA. Dec. 

Syn. Coffea occidentalis. L. 
JasDiin incolarum. 
(Coll. H.Gal. N» 1578.) 

t . — On trouve cette belle plante dans les ravins som- 
bres et rocailleux de Consoquitla , près de Zacuapan (dé- 
partement de Vera-Cruz), à 2,000 pieds. FI. blanches 
très-odorantes. Août. 

XVI. CHIOCOCCA. L. 

50. ClIIOCOCCA RACEMOSA. L. 

(Coll. H. Gai. N" 7055.1 

4. — Se trouve avec l'espèce précédente. FI. blanches. 
Août. 

51. Chiococca macrocarpa. Nobis. 

(Coll. H. Gai. No 7064.) 

Stipulis basi latis apiculo breviusculo, foliis ovato-oblongis 
apice attenuatis obtusis , racemis compositis folio brevioribus , 



( 231 ) 

fruclu rolundato corapresso didymo diametro 2-8-lineari _ 
Flores perfectos non vidiraus. - Affinis CIdococcae racemo- 
sae, Dec, a qua foliis longioribus apice attenuatis fructibi.s- 
que raajoribus manifeste didymis, nec non racemis compositis 
differt. 

*. — Habile les bois de Mirador, à 5,000 pieds. FI. 
blanches. Août. 

32. Chiococca coriacea. Nobis. 

(Coll. Linden. N» 423.) 

Foliis petiolatis coriaceis ovato-oblongis ulrinqiie attenuatis, 
stipulis latè ovatis apiciilatis, racemis simplicibus subsecundis 
folio dimidio brevioribus , corolla subcampanulata calyce qua- 
druple longiore , limbo breviter quinquefido laciniis ovatis, 
starainum fdamentis pilosulis basi corollae insertis. — Corolla 
subcampanulata Sdentata nec usque ad médium fissa, a caete- 
ris speciebus distinguitur. 

4. — Se trouve dans les environs de Vera-Cruz. FI. 
blanches. 

aô. ClIIOCOCCA STA.MIXLA. Nobis. 

(CoU. J.Liudea. N" 48.) Plantes non classées. 

Foliis brève petiolatis ovato-oblongis utrinque attenuatis , 
racemis axillaribus multifloris folio vix brevioribus, corolla 
profunde Sfida, laciniis lineaii-oblongis obtusis , calyce ur- 
ceolato corolla quadruplo minore, limbo profunde bdentato, 
antberis linearibus elongatis exsertis. — A Chiococca race- 
mosa corollis profunde incisis, staminibus exsertis praesertim 
diversa. 

4 . — On trouve cette espèce dans les environs de Xa- 
lapa, à 4,000 pieds. FI. blanches. 

XVII. DECLIEUXIA. ffBK. 
m. Ukcmelxia Galeottii. Marlens. 

(Coll. H. Gai. No 2603.) 

Glabra; cauie suffruticoso sublereti, foliis brève petiolatis 



( 232 ) 

ovalo-lanceolatis acuminatis laevigatis, stipulis parvis ovalls 
cuspidatis, cyma terminali laevi trichotoma subumbellata pu- 
bescenti-pulverulenta foliis longiore, bracleolis subulatisoppo- 
sitis, calyce ultra médium ^fido, laciniis lanceolatis , corollis 
infundibuliformibus calyce triplo longioribus , limbo 4fido 
intus barbato, genitalibus inclusis , fructu didyaio calyce co- 
ronato. — Flores albi 3 lineas longi , folia sesquipollicaria basi 
breviter attenuata. — AfBnis Declieuxiae psychotrioides , Dec. 

^ . — On trouve celte jolie petite plante dans les forêts 
et sur les versants rocailleux de Llano-Verde, du Cerro 
del Malacale, près du Rincon, dans la cordillère orien- 
tale d'Oaxaca, de 5 à 7,000 pieds. FI. blanc pur. Mars. 

XVIII. GUETTARDA. Fent. 

85. GOETTARDA PROTRACTA? Burtl. 

(Coll. H. Gai. N° 7175.) 

Foliis ovato- lanceolatis acuminatis supra glabris subtus 
nervo venisque sericeis, petiolis pedunculis cymisque sericeo- 
pilosis , pedunculis axillaribus petiolo triplo longioribus cy- 
moso-bifidis, floribus sessilibus unilateralibus, calycis limbo 
4fido laciniis parvulis ovatis, corolla-tubuloso-hypocrateri- 
formi extus sericea limbo 4partito. — Folia 3--4-pollicaria 
apice attenuata, petioli |-pollicares, corolla |-pollicaris gra- 
cilis. — Affinis Guettardae dichotomae nobis; sed foliis majori- 
bus subtus magis pilosis, floribus sessilibus, calyce villoso 4- 
dentalo diversa. 

$. — Dans les bois de Tonaguia et près de Villa-Alta 
(cordillère orientale d'Oaxaca) , de 3 à 4,000 pieds. FI. 
blanchâtres. Juin. 

86. GUETTABDA DEAI.BATA. NoMs. 
(Coll. H. Gai. N° 7131.) 

Foliis brève petiolalis lanceolatis acuminatis marginc revo- 
lutis supra glabris viridibus nitidis subtus niveo-velutinis, 



( 233 ) 

slipulis lanceolatis acuminatis cleciduis, cymis pedunculati* 
oppositis bis bifidis in apice caiilis racemoso-spicatis , pedun- 
culis caiycibusque albo-piilverulentis , calycis limbi laciniis 4 
lineari-lanceolatis inaequalibus reflexis, corolla hypocrateri- 
morpha tiibo elongato pubescenti, limbi 4fidi laciniis rotun- 
datis crispis patentibus, stigmate bifido exserto, staminibus 
■4 inclusis linearibus in fauce corollae sessilibus. — Folia â-pol- 
licaria parallèle venosa , pedunculi basi bracteolati in cymam 
bindam vel dichotomam divisi, flores ^-pollicares albidi secus 
cymae ramos secundi sessiles couferti. 

"5. — Dans les forêts épaisses el humides de Llano- 
Verde et de Tanetze, dans le Rincon (cordillère orientale 
d'Oaxaca), de 4 à 6,000 pieds. FI. blanches. Août. 

S7. GCETTARDA DICHOTOMA. IVobtS. 
(Coll. H. Gai. Ni'2601.) 

Foliis brève petiolatis ovatis aciitiiisculis supra glabris sub- 
tus in nervis pubescentibus , raraulis pedunculisque villosius- 
culis, cymis axillaribus terminalibusque dichotomo-cymosis, 
calycis pubescentis limbo truncato integro , corolla extus seri- 
cea hypocraterimorpha limbo -4-fido laciniis ovatis obtusis. — 
Folia bipollicaria integerrima subtus in nervis adpressè pilo- 
siuscula, stipulae ovalae obtusae parvae deciduae, pedunculo 
pétiole triple longiore, antherae A lineares ad faucem sessi- 
les, stigma capitatum simplex inclusum, flores '3-Â lineas 
longi. — Fructus deest. 

*, . — Habite les savanes de Consoquitla , près la colonie 
de Zacuapan et Mirador, de 1,500 à 2,000 pieds. FI. ver- 
dâtres nombreuses. Mai. 

XIX. HAMJiLlA. L. 
u8. IIamkma i.a^l'gihosa. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 261.5.) 

Caulc ramoso rufo-pubescenli hirla, foliis ternis petiolatis 



(234) 

ovalo-oblongis subaculis siibtus petiolisque molliter lanu,o;i- 
nosis supra pubescenti-hirtis , floribus cymoso-paniculatis ter- 
miualibus, panicula stricta sublrichotoma miiltiflora dense 
riifo pubescenti-hirta, floribus brève pedicellalis, corollis tu- 
bulosis pubescentibus laciniis subulatis, antberis exsertis. — 
Folia Spollicaria. 

5 . — On trouve cette plante à Xalapa , à Mirador et 
dans plusieurs localités de la région tempérée atlantique, 
de 2 à 4,000 pieds. FI. rouges. Juillet. 

59. lÏAMEr.lA NODOSA. Nobts. 
(Coll. U. Gai. N" 2581.) 

Gaule frulicoso nodoso glabro, foliis quaternis petiolatis 
ovato-Ianceolatis acuminalis glabris, cymis dichotomis in um- 
bellam terminalem dispositis, corollis tubulosis miuiatis, bacca 
globosa laevi. — Folia 3 pollices longa pollicein et amplius 
lata, petioli --pollicares , cymae terminales quatuor longe pe- 
dunculatae apice caulis insertae ac subumbellatae multiflorae, 
coroUae |-pollicares, stamina 5 exserta , laciniae corollae ovato- 
rolundatae. 

6 . — Se trouve avec l'espèce précédente dans les sava- 
nes de Mirador, à 5,000 pieds. FI. vermillon. Juillet. 

60. Hamei.ia pal'ciflora? Willd. 

(CoU. H. Gai. N» 2612.) 

Caule subquadrangulo glabriusculo , foliis quaternis in pe- 
tiolum brevem atlenuatis obovalo-lanceolatis obtuse acumina- 
lis integerrimis glabris, stipulis minutis subulatis, panicula 
cymosa pauciflora terrainali, ramis leretibus pubescentibus, 
floribus sessilibus , corollis glabriusculis ovario Stuplo lon- 
gioribus , staminibus exsertis, fructu pyramidali, — Folia 2-3 
pollices longa , poUicem lata , corolla lubulo.sa rubra subpol- 
Jicaris. 

4. — Croît sur les dunes de Vera-Crnz. FI. rouges. Oc- 
tobre. 



( â35 ) 

XX. GONZALEA. Pers. 

61. GONZALEA SPICATA. Dec. 

Syn. Coccocypselum spicatum. HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 1756.) 

t . — On trouve ce joli arbrisseau dans les bois de Za- 
cuapan, à 2,500 pieds. FI. blanches. Août. 

62. GoxzALEA? SEci'xoA. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 7077.) 

Caule suffrutico.so, raraulis pubescentibus, foliis brève pe- 
tiolatis ovato-lanceolatis acuminatis glabris, stipulis ovatis 
acutis deciduis, spica terminal! secunda gracili, floribus soli- 
tariis, calycis laciniis -4 subulatis, floribus glabris tubuioso- 
iafiindibuliformibus , limbi lobis ovatis obtusis; fructu ignoto, 

G. — Se trouve dans les bois humides de Xalapa, à 
4,000 pieds. FI. blanches. Juin. 

XXI. OLDENLANDIA. L. 

63. Oldeslandia latifolia. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 2556.) 

Glabra ; caule herbaceo adscendeule subquadrangulo basi 
radicante, foliis subsessilibus ovato-oblongis utrinque atte- 
nuatis oblusiusculis membranaceis laevibus subciliolatis, sti- 
pulis setoso-laciniatis, floribus laxe dicholomo paniculatis, 
pedicellis 2-3-floris, floribus infundibuliformibus calyce quin- 
tuplo majoribus. — Caulis pedalis , folia subpollicaria. — Affî- 
nis Oldenlandiae inicrothecae, Dec. 

©. — Se trouve dans les bois et sur les rochers de Mi- 
rador , à 3,000 pieds. FI. blanc-rosé. Mai. 

XXII. BOUVARDIA. Salisb. 

64. BOUVAROIA I.ONGIFLOnA. HBK. 

(Coll. ». Gai. N"' 2637 cl 2652.) 

5. — On trouve cette belle plante sur les rochers cal- 



( 236 ) 
caires de Tehuacan de las Granadas, de u à 7,000 pieds, 
et sur le mont basaltique du Cerro de Quinzeo, près de 
Morelia de Michoacan, à 7,000 pieds. FI. blanches très- 
odorantes. Juin-septembre. 

63. lîoiVAitDiA i,Oi\GiFLORA var. L.VTirOI.IA. 

(Coll. H. Gai. N" 2659.) 

Obs. Foliis ovatis obtusiusculis. 

$ . — Habite les montagnes de Capulalpan , dans la cor- 
dillère orientale d'Oaxaca, de 7 à 8,000 pieds. 

66. BoivAnoiA trifi.ora. HBK. 

(Coll. H. Gai. No 2658.) 

î . — Se trouve dans les montagnes du Rincon ( cordil- 
lère orientale d'Oaxaca) , à 5,000 pieds. FI. rouge-orangé. 
Juin. 

67. BODVARDIA TRIFI.ORA '\3ar . HlRSUTA. 
(CoU. H. Gai. N" 2658 bis.) 

Ohs. Calycis tubo hirsuto. 

$ . — Se trouve avec l'espèce précédente , de 5 à 5,000 
pieds. FI. rouges. Juin. 

68. BOIVARDIA QUATERSirOMA. Dec. 
(Coll. H. Gai. N0 2597.) 

Syn. Trompetilla incolarum. 

t . — Dans les bois de chênes du Cerro de Quinzeo , 
près de Morelia de Michoacan, à 7,500 pieds. FI. rouge- 
vif. Août. 

69. BouvARDiA i,.EVis. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N° 2600.) 

Glabra; foliis brève petiolatis ovalo-acuminatis subtus pal- 
lidis , stipulis subulatis longitudine petioli, pedunculis termi- 
nalibus trifloris , pedicellis calyce corollaque glabris , stigmate 
ÎDcluso, calycis laciniis liaeari-subulatis corolla quadrupla 



(237 ) 

brevioribus. — Corolla coccinea poUicaris lobis limbi ovatis 
obtusis, stamina inlra faiicem corollae sessilia, stigma bila- 
mellatum tubo corollae inclusum, pedicelli |-pollicares graci- 
les, pedunculus sesquipollicaris , petioli bilineares, folia 2 
pollices longa, pollicem et ultra iata, subtus pallida. — Âffinis 
Bouvardiae triflorae, Dec. 

4 . — Se trouve au bord des ravins de la colonie de Za- 
cuapan , à 5,000 pieds. FI. vermillonnées. Avril. 

70. BotVARDIA CORDIFOLIA. DeC. 

(Coll. H. Gai. NO 2584.) 

Frutex; foliis oppositis brevissime petiolatis subcordatis 
ovato-acuminatis ciliolatis supra pubescenti-pilosulis subtus 
glabriusculis, corymbis terrainalibus paucifloris, corolla tubu- 
losa extus puberula calycis lobis lineari-subulatis quintuple 
longiore, stylo incluso. — Folia subpollicaria , corolla poUi- 
caris. 

^ . — Dans les bois de Jésus del Monte , près Morelia 
de Michoacan, à 6,300 pieds. FI. blanches odorantes. Août. 

71. BOt'VARDIA HIRTELLA. UBK. 

(Coll. H. Gai. N<" 2621 et 2640 B.) 

î. — Habite les bois de Zacuapan, à 5,000 pieds, et 
les rochers gnéissiques de Penoles , dans la Misteca Alla 
(déparlement d'Oaxaca), de 6 à 7,000 pieds. FI. rouge- 
vif. Avril-août. 

72. BOL'VARDIA ANGUSTIFOMA. HBK. 

(Coll. H. Gai. N» 2650 C.) 

4 . — Dans les bois, et sur les rochers de la Misteca Alta 
et de la Sierra de Yavezia, près d'Oaxaca, de o,500 à 
7,300 pieds. FI. rouge-vif. Avril. 

73. ItOCVARDIA SCAliRIDA. NobiS. 
(CoU. II. Gai. No 2624.) 

Kamis lerelibus , jutiioribus pubesccnli-hirlollis , foliis ternis 
subsessilibus lanceolatis acumiuatis inargine rcvolulis supra cl 



( 238 ) 

margine scabris glabriusculis subtus dense pubesceuti-villosis 
canescentibus , corymbls subtrichotomis , calyce tubo corollae 
hirtello sextuplo breviore, bracteis subulatis. — Folia 2 pol- 
lices longa, ~ poUicem lata , corolla pollicaris. — Affinis Bou- 
vardiae triflorae , HBK. 

é . — On trouve cette jolie espèce sur les rochers cal- 
caires et porphyriques du ravin de Yavezia (cordillère 
orientale d'Oaxaca) , de 6 à 7,000 pieds. FI. rouge-carminé. 
Décembre. 

74. BoivinniA Jacqiim. Dec. 

(Coll. H. Gai. KO 2620.) 

Ixora americana. Jacq. 

*. — Dans les bois de Xalapa, à 4,000 pieds. FI. rou- 
ges. Juin. 

XXIII. MANETTIA. L. 

75. Manettia niRTEi-f.A. Nobîs. 

(Coll. H. Gai. N» 2635.) 

Gaule herbaceo gracili tetragono volubili glabro, foliis pe- 
tiolatis basi attenuatis ovatis acutis supra hirtellis subtùs palli- 
dioribus glabris , nervis pilosiusculis, floribus termiualibus 
agglomeratis subsessilibus foliis quatuor suffultis,calycis lobis 
■4 lineari-Ciiformibus hirtis tubo corollae quadruple breviori- 
bus. — Corolla coccinea 1 ^-pollicaris tubuloso-infundibuli- 
formis basi hirtella , limbi laciniis ovato lanceolalis 3 lineas 
longis, stamina exserta fauci corollae iuserta, folia 1^ poUi- 
cem longa , I poUicem lata. 

^o. — Au bord des rivières, dans les forêts de Toua- 
guia (cordillère orientale d'Oaxaca) , de 4 à 5,000 pieds. 
FI. carminées. Juin. 

XXIV. COCCOCYPSELUM. P. Broivn. 

76. CoccocïPSELt'.M NU.M.Mi'LARiFOLiiJM. Chaiii. et Schlccht. 

(CoU. U. Gai. N" 2614.) 

4. — Se trouve dans les bois humides de Mirador et de 



( 239 ) 
Xalapa, et, en général, de toute la région tempérée hu- 
mide du versant atlantique de la cordillère, de 5 h 4,000 
pieds. FI. bleues. Mai-août. 

XXV. RANDIA. L. 

77. Randia XAL.4PE51SIS. Nohis. 

(Coll. H. Gai. N" 7116.) 

Glabra ; ramulis teretibus apice bispinosis , foliis oppositis 
sessiiibiis siibfasciculatis ovato-lanceolatis nitidis , floribus axil- 
laribus et termiiialibus geminis , calycis campanulati laciniis 
lineari-subulatis reflexis, corollae tubo calyce quintuple lon- 
giori , fauce dilatato , limbi laciniis ovatis acuminatis. — Folia 
pollicaria subgemina utrinque attenuata , corolla |-poUicaris 
alba, antherae lineares in fauce corollae sessiles. — Affinis 
Randiae nitidae , Dec. 

4 • — On trouve cette espèce dans tous les environs de 
Xalapa et du Puente Nacional , près Vera-Cruz, de 1 ,000 à 
4,000 pieds. FI. blanches. Juin. 

78. RâNDIA? 

(Coll. H. Gai. Ko 7115.) 

Spécimen incompletum affine priori. 

4 . — Se trouve dans les forêts du Puente Nacional , 
près Vera-Cruz, de 500 à 1,000 pieds. FI. blanches. Juin. 

XXVI. GARDENIA. Ellis. 

79. Gardénia Scbiedeana. Schlecht. 

(Coll. II. Gai. N» 1592.) 

^. — Dans les bois de Zacuapan, de Consoquitla et du 
Puente Nacional, <lc 1,000 à 2,000 pieds. FI. blanches odo- 
rantes. Juin. 



( 240 ) 

XXVIl. POSOQUERIA. .Jublet. 

80. Posooi'Er.i.v coRiACEA. IVobis. 

(Coll. H. Gai. N» 1580.) 

Foliis brève petiolatis amplis coriaceis ovato-oblongis aou- 
minalis subiategerrimis basi attenualis , slipulis triangulari- 
bus appressis , corollae tubo gracili elongato lirabo patenti , la- 
ciuiis ovatis coriaceis , fauce villoso. — Affinis Posoquertae 
lati/bliae, Dec. 

5 • — On trouve cette belle espèce dans les forêts hu- 
mides de la Chinanlla, près des bourgs indiens de Teotal- 
cingo et Choapam (cordillère orientale d'Oaxaca) , de 2,000 
à 3,500 pieds. Elle est généralement épiph} te sur de grands 
Ficus, Mimosa, etc. FI. blanches très-odorantes. Juin. 
Rare. 

XXVIII. LINDENIA (1). Hooker. {Icônes plantarum.) 

81. LnoEMV .\ciTiFi.or..v. Hooker. (Icon. plant.) 

(Coll. H. Gai. Nos 1572 el 1573.) 

5 . — Jolie plante qui se trouve au bord des rivières des 
régions chaudes de Vera-Cruz et d'Oaxaca, au Puente Na- 
cional , dans la Chinantia (Jocotepeque, Teotalcingo , etc.), 
de 800 h 2,000 pieds. FI. blanc-rosé odorantes. Juin. 



(1) Ce nouveau genre ayant été dédié à notre insçu par M. W. Hooker au 
naturaliste-voyageur Linden, nous sommes obligés, pour prévenir toute con- 
fusion , de revenir sur la dénomination que nous avions donnée à un nouveau 
genre de la famille des Nyctaginées , avant d'avoir eu connaissance du genre 
Lindenia de M. Hooker. — Nous proposons, en conséquence , de rempla- 
cer la dénomination de notre genre Xinde/u'o par celle de Tinantia,en 
l'honneur du botaniste belge, Tinant . auteur de la Flore Luxembourgeoise. 



C â-ii ) 

(Coll. H. Gai. No 1581.) 

Spécimen incompletum. an Thileodona? Cham. et Schlecht.) 
Frutex ramosus glaber , ramuli subteretes , folia brève pe- 
tiolata ovato-elliptica aitida 4pollices longa , 2 poil, lata, sti- 
pulae magnae basi connatae ovato-Janceolatae longe acumina- 
tae, flores axillares sessiles subcongesti , calix ovatiis parvus 
truncatus margine denticulato , corolla hypocraleriformis tubo 
f-pollicari, limbi Sparliti laciniis ovato-oblongis subreflexis 
semipollicaribus, stamina 5 inclusa. 

j. — Dans les forêts de la Chinanlla , près Jocotepe- 
que (cordillère orientale d'Oaxaca), de 2,500 à 3,000 
pieds. FI. blanches odorantes. Juin. 

XXIX. SOMMER.\. Cham. et Schlecht. 
85. SoM.«ERA ARBor.ESCESis. Cham. et Schlecht. 

(Coll. H. Gai. N" 7112.) 

t . — Dans les bois ~de Mirador et de Zaciiapan , et sur 
les versants des ravins de l'Hacienda de la Laguna, près 
de Xalapa, de 1,500 à 3,000 pieds. FI. blanchâtres.' Mai- 
août. 

L0NICER.Ï. Endi. 

I. VESALEA (1). lYov. gen. 

Car. Gen. Calix tubo cum ovario connato ovalo hinc sulcato 
subulato indè quinquervi basi bracteolato , apice in coUum an- 
gustato, limbi superi quinquepartiti laciniis foliaceis oblongis 
persistentibus, corolla supera tubuloso-infundibuliformis elon- 
gata, limbi quinquefidi laciniis ovatis oblnsis subaequalibus. 



(1) Nomen imposimu^ in honorem celeberrimi belgict anatomici Fe- 
talei. 



( 242 ) 

slamina -4 subdidynama basi corollae inserta subexserla an- 
theris oblongis subsagittalis , stylus longitudine slaminum 
stigmate capitale , ovariura unilociilarc, friictus baccatus ex- 
succus 1-2-spermus calycis limbo coronatiis. — Frutices ra- 
mosi, ramis oppositis , foliis oppositis integerrimis subpetiola- 
tis, pedunculis l-^-floris a.villaribus tenninalibusque, bracteolis 
4 minimis subulatis calyculum mentienlibus. — Affine Abeliae , 
R. Brown. 

1. Vesai.ea floribusda. Nohis (1). 

(Coll. H. Gai, N» 2641.) 

Frutex glabriusculus , foliis ovatis obtusis integerrimis ci- 
liatis subsessilibus , pedunculis brevibus unifloris , calycis 
limbo patenli, corolla elongata subcylindrica. — Folia pollica- 
ria , flores multi ad apicem ramuloriun axillares et terminales, 
corollae bipollicares purpureae, laciuiae calycinae oblongaevi- 
rides 4-ë lineas longae , 2 lineas latae. 

5 . — On trouve ce bel arbrisseau dans les forêts alpines 
du pic d'Orizaba, à 10,000 pieds d'élévation absolue. FI. 
pourpres. Août. 

2. Vesalea hirsuta. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N° 2640 bis.) 

Gaule fruticoso pubescenti-hirsuto , foliis petiolatis ovatis 
oblongis ciliatis , pedunculis axillaribus elongatis subbifloris , 
calycis laciniis ovato-oblongis coloratis, staminum (ilamentis 
pilosis. — Differt a priori specie foliis longius petiolatis , pe- 
dunculis lougioribus subbifloris pubesceutibus, calycis limbo 
majori purpurascente. 



(1) Celte espèce et la suivante ont été introduites en Belgique par M. Ghies- 
breght, en 1842; elles sont connues des horticulteurs belges sous le nom de 
Fuchsia sp. JUexici. 



( ^43 ) 
4 . — On trouve cette seconde espèce avec la précédente 
et sur les rochers porphyriques du Cerro de San Felipe,' 
près d'Oaxaca, et dans les montagnes de Yavezia (cordil- 
lère orientale d'Oaxaca), de 7,500 à 9,000 pieds. FI 
pourpres. Mai-septembre. 

II. SYMPHORICARPUS. Dillen. 
5. SiMPnoRicAnpis MicnopiiiLLis. Bec 

(Coll. H. Gai. No 2642.) 

î. — Sur les rochers de Moran , près Real del Monte 
et sur les versants du Popocatepetl , près de Mexico, dé 
/,000 a 8,o00 pieds. FI. roses. Juin. 

III. VIBURNUM. L. 

^. VlBlRSt'M AClTIFOf.IlM. Betltll. 
(Coll. H. Gai. No 3095.) 

é . — Se trouve dans les montagnes de Castrasana et 
de Yalina, près de Yavezia (cordillère orientale d'Oaxaca) 
de 7 à 9,000 pieds. FI. blanches odorantes. Juin. 

a. VlBrR>t'JI PARVIFLOKL'M. TfoblS. 
(Coll. H. Gai. No 7138.) 

Foiiis petiolatis integerrimis oblongis i.trinque attenualis 
margine subulatis , axillis venarum subtus barbalis , ramulis 
apice pedunculisque adpresse piiosulis. — Affine Fiburno 
imus, L., secl flores multo minores. An Viburnum timides? 
Dec. 

S . — Habite les bois humides de Zacatepeque, sur la 
côte pacifique du département d'Oaxaca, de 5,000 à 4,500 
pieds. FI. blanches très-odorantes. Octobre. 



( 244 ) 



ARCHÉOLOGIE, 

Notice sur l'ouvrage Muséum etruscum GregoriaiSum (1), 
par M. de Witte, correspondant de l'académie. 

11 y a environ deux ans, j'eus l'honneur d'adresser à 
M. le Ministre de l'intérieur un rapport sur un voyage 
entrepris dans le but d'étudier les monuments anciens de 
l'Italie et de la Grèce. Dans ce rapport, que l'académie fit 
insérer dans son bulletin mensuel (2), j'ai donné une des- 
cription assez détaillée du nouveau musée étrusque ajouté 
aux riches collections du Vatican, et dont la création ap- 
partient au pape régnant S. S. Grégoire XVI. J'ai parlé 
aussi de la publication que le gouvernement pontifical pré- 
parait, en faisant dessiner et graver les précieux monu- 
ments du musée étrusque, déclarant que cette publication 
devait intéresser au plus haut degré tous ceux qui s'occu- 
pent d'études archéologiques. Maintenant, je viens de re- 
cevoir de Rome un exemplaire du bel ouvrage que le 
monde savant attendait avec impatience, et comme j'ai tout 
lieu de croire que ce livre, à peine connu en France, est 
entièrement inconnu en Belgique, je m'empresse d'adres- 
ser à l'académie une courte notice sur les monuments qui 
s'y trouvent reproduits. 

Le Muséum etruscum Gregorianum est divisé en deux 
volumes in-folio , composés chacun de 107 planches, ac- 
compagnées d'un texte explicatif en italien , rédigé par 



(1) Deux vol. in-folio, Rome, 1842. 
(2J Tom. IX, n» 7, juillet 1842. 



( 243 ) 

M. Achille Gennarelli, sous la direclion du révérend père 
Marchi , un des savants auteurs de YAes grave , ouvrage 
estimé à juste titre par tous les numismatistes. Ce texte, 
fort court, ne donne qu'une explication succincte des mo- 
numents, avec une indication précise des endroits où ils 
ont été trouvés. 

Quant aux planches, elles reproduisent, avec une grande 
exactitude, presque tous les monuments du nouveau mu- 
sée. Le premier volume, consacré aux bronzes , aux objets 
d'or et d'argent, aux urnes et sarcophages et aux peintures 
qui décorent les chambres sépulcrales, contient les plan- 
ches qui montrent les ustensiles, vases, miroirs, armes, 
statues, figurines de bronze: bracelets, colliers, bagues, 
couronnes et autres objets d'or : coupes d'argent, ciselées 
et enrichies de bas-reliefs : sarcophages et urnes de terre 
cuite et de pierre : fragments divers : peintures , etc. Tous 
ces monuments ont été dessinés avec le plus grand soin; 
plusieurs des bronzes et des objets d'orfèvrerie sont repro- 
duits de la grandeur des originaux , avantage que les ar- 
chéologues aussi bien que les artistes sauront apprécier. 

Les planches I à XI représentent des ustensiles et des 
instruments de toute espèce, des cueillers, des vases, 
plusieurs avec des manches ou des anses ciselés. Ces ob- 
jets sont tous de bronze. Sur la planche VIII, on voit des 
anses ornées à leur extrémité inférieure de masques de 
Silène d'un caractère sévère. On remarque dans plusieurs 
collections d'antiquités des masques analogues exécutés 
en bronze (1). A la bibliothèque publique de Cité La Va- 
lette, à Malte, on conserve un vase de style phénicien. 



(1) Voir mon Catalogue Durand , n"' 1861 et 1863. 

ToM. XI. 18 



( 246 ) 

n'ayant d'autres ornements que des zones d'une teinte 
rougeàtre, qui ressort sur un fond jaune pâle. Les anses 
de ce vase sont décorées de deux masques de Silène en 
relief, qui offrent une ressemblance frappante avec les 
masques de bronze qu'on voit sur plusieurs monuments 
lires des hypogées étrusques (I). 

La planche XI 'montre un vase supporté par un pied en 
forme de candélabre, vase qu'on présume avoir servi à 
brûler des parfums. Ce vase, trouvé dans le grand tombeau 
de Csere (2) , est d'un travail tout particulier; il est orné 
de lions et de taureaux exécutés en très bas-relief, dans 
un style qui rappelle les monuments d'origine asiatique (5). 

Nous aurons souvent occasion , dans cette notice , de 
parler des monuments trouvés dans le fameux tombeau de 
Caere (Cervelri), découvert en avril 1856 , monuments qui 
remontent à une époque fort reculée (4). Cette importante 
découverte, qui eut un grand retentissement dans lemonde 
savant, est due aux soins du général Galassi et de l'archi- 
prêtre Regolini. Aucun des monuments renfermés dans ce 
tombeau ne porte l'empreinte des idées helléniques; tout 
accuse dans le travail un art d'origine asiatique (5). 

Les planches XII et XIII montrent de grandes patères 
creuses auxquelles s'adaptent des figurines servant de 
manches. Sur la planche XII, c'est une idole de Vénus, 



(1) Bulletin de l'inst. arch., 1842, p. 43. 

(2) Em. Braun, Bulletinde l'inst. arch., 1836 , p. 56 et suiv. ; Canina , 
Descrizione di Ckre antica; L. Griû , Mon. di Cere antica. 

(5) L. Grifi, L.cit., tav.XI, 2. 

(4) Ctxa'iaa , Descrizione di Cere antica; Raoul Rochelle, Journal des 
savayits, juin 1843, p. 348. 

(5) Raoul Rochelle, l. cit., p. 334 el 353. 



] 



( 247 ) 

tenant un miroir qui est employée à une semblable desti- 
nation. 

Sur la planche XIV sont gravés deux braziers de bronze, 
trouvés à Vulci. Dans l'un on voit encore des cendres et les 
instruments nécessaires à entretenir le feu. La planche 
XV, montre un thuribulum, ou vase servant à brûler des 
parfums, porté sur des roulettes (1) , et un grand réchaud 
posé sur un trépied de fer {2). Ces monuments provien- 
nent du tombeau de Coere. 

Sur la planche XVI, on voit un autre réchaud orné d'a- 
nimaux dans le style asiatique. Sur la même planche est 
gravé le lit funèbre de bronze (3) , sur lequel reposait le 
corps d'un des personnages ensevelis dans la tombe de 
Caere. C'est un des monuments les plus rares qui existent. 
On sait qu'ordinairement, chez les Étrusques, les corps 
étaient placés dans les sépultures sur un lit taillé dans le 
tuf ou bien dans un sarcophage, creusé dans le même 
tuf ou rapporté en une autre matière. 

La planche XVII reproduit plusieurs fragments ciselés, 
qui ont appartenu à un char. 

Les planches XVIII à XX , montrent des boucliers de 
bronze, enrichis d'ornements et de figures d'animaux (4). 

La planche XXI est destinée aux casques, cuirasses, 
cnémides et autres armes. On remarque surtout une trom- 



(1) Grifi , Mon. di Cereantica, tav. VI, 2 et ô. J'ai décrit {Cat. étrusque, 
n"261) un candélabre étrusque porté sur des roues. Voir Micali, Storia 
degli ant. pop. italiani, tav. XL, 4. 

(2) Le trépied est moderne et imité du trépied antique de fer , qui avait été 
détruit par l'oxydation. 

{3) Grifi , Mon. di Cere ant., tav. IV, 0. Cf. Raoul Rochettc . /ournai 
des savants , juin 1843, p. 357. 
{A) Grifi , Mon. di Cere ant., tav. XF, 1 c ô. 



( 248 ) 
petfe (lo bronze. Plusieurs peintures de vases montrent 
des guerriers qui embouchent la trompette (1). On sait 
que l'invcnlion de cet instrument de musique est attri- 
buée à Tyrsmus (!2). 

Maintenant nous arrivons à une classe de monuments, 
fort importante sous tous les rapports, je veux parler des 
miroirs étrusques. 

Le musée Grégorien possède une suite raagnilique de 
miroirs (5), à laquelle on ne peut comparer, dans aucun 
musée d'Europe, que celle du cabinet des médailles à 
Paris, augmentée, il y a peu d'années, de la riche col- 
lection de miroirs qui faisait partie du cabinet Durand. 
Les miroirs du musée étrusque mériteraient chacun un 
examen particulier , tant à cause des sujets qui s'y trou- 
vent représentés qu'à cause des inscriptions qui accompa- 
gnent les gravures. Je me contenterai de signaler ici les 
principaux de ces miroirs. 

Ce sont les planches XXII à XXXVI , qui sont consa- 
crées à ces disques métalliques. 

Sur la planche XXIII, on voit un sujet accompagné 
d'inscriptions peu lisibles, dans lequel on a voulu recon- 
naître la résurrection d'Adonis. M. Achille Gennarelli 
explique cette composition par l'enlèvement de Thétis, ce 
qui me semble beaucoup plus probable. A la naissance du 



(1) Voir mon Catalogue Durand, n"=380, 8G7. Cf. Micali , Storia dcgti 
afit. pop. italiani , tav. G, 4. 

(2) Paus. II, 21, 5. Cf. K. 0. UuWftr , die Etrusker, III, 1, 4. 

(3) Cuire les miroirs du musée étrusque, on conserve encore quelques 
autres miroirs à la bibliothèque du Vatican. Ces derniers n'ont point été pu- 
blics dans le Muséum elvuscum Gregorianum. M. Gerhard {Etrtiskische 
Spiegel , taf. LXIV) a fait connaître un très-curieux miroir de la bibliothèque 
du Vatican ; on y voit Neptune et j4mymone. 



( 249 ) 
manche de ce miroir, on voit une Muse, ainsi que l'indi- 
que l'inscription étrusque Mus. Or, on sait que les muses 
assistèrent aux noces de Pelée et de Thétis, et y chantèrent 
répithalame(l). 

Sur la planche XXIV est gravé le magnifique miroir 
qui représente le soleil (Usil), entre Neptune (Nelhuns) 
et l'aurore (ThesanJ (2). 

Planche XXV. Le célèbre miroir de la dispute de Vénus 
(Eulttrpa) et de Proserpine {Alpnu), pour la possession 
d'Adonis (Thamu), sujet dans lequel M. Gennarelli veut 
reconnaître Phanés (Apollon) couronné par les Muses. Je 
ne reviendrai point ici sur cette explication; je me con- 
tente de renvoyer le lecteur aux remarques que j'ai insé- 
rées dans le Bulletin de l'institut archéologique de 1842, 
p. 149 et suivantes. Du reste c'est un des miroirs les plus 
importants que les fouilles de l'Étrurie aient fait con- 
naître (5). 

Planche XXIX. Calchas (Chalchas) ailé, qui inspecte les 
entrailles d'une victime, sujet du plus haut intérêt et qui 
donne la véritable explication de plusieurs peintures de 
vases, où l'on voit un petit éphèbe qui présente à un ou à 
deux guerriers un objet informe, peint en rouge, avec une 
enveloppe ou peau noire, sur les vases à figures noires (4). 



(1) Pindar, Pyth. , III , 159. Cf. mon article sur Pelée et Thétis, dans 
Rs Annales de l'inst. arch., IV, p. 96. 

(2) Monuments inédits de l'inst. arcli., Il, pi. LX; Annales, p. 270 
cl suiv. Cf. K. 0. Millier, Bull, de l'inst. arch., 1840, p. 11 ; Gerhard, 
Elrukische Spieijel , taf. LXXVl. 

(5) Voyez aussi raa Lettre à M. Gerhard sur quelques miroirs étrusques , 
dans les lYouv. annales, I , p. 507 et suiv. 

(4) Cf. Roulez , Annales de l'inst. arch., XV ; Mémoire sur uno peinlun- 
de vase qui représente Jmphiarniis 



( 250 ) 

Planche XXXI. Jupiter {Tinia) entre Thétis (Thethis) et 
l'Aurore (Thcsan) qui viennent chacune implorer le sou- 
verain de l'Olympe en faveur de son fils (1). Près de l'Au- 
rore se tient Minerve {Menrva). 

Planche XXXII. Hercule (Herce) qui étouffe le lion; 
près de ce groupe Minerve {Menrfa). On sait que ce sujet se 
reproduit fréquemment sur les vases; il est très-rare au 
contraire sur les miroirs. 

Mean ailée, comme la victoire, couronne Hercule 
{Hercle). Auprès de ces deux personnages se tient lolas 
(Vilaé) (2). 

Planche XXXIII. Ulysse ( Uthuxe) qui consulte l'ombre 
des Tirésias {Hinthial Terasias) , fameux miroir qui a fourni 
au R. P. Secchi la matière d'une savante dissertation in- 
sérée au VIII" volume des Annales de l'institut archéologi- 
que, p. 65 et suivantes (5). 

Planche XXXV. La lutte de Pelée (Pelé) et d'Atalante 
{Atlnta) , un des miroirs les plus curieux de cette magni- 
fique collection. Ce sujet se retrouve sur quelques vases 
peints (4). 

Planche XXXVI. Hercule {Calanice) au jardin des Hes- 
pérides et Atlas {Aril) portant le globe. Ce précieux miroir 



(1) Cf. Etn. Braun, Bull, de l'inst. arch., 1837, p. 73etsuiv. 

(2) Nous adoptons l'interprétation de M. l'abbé Cavedoni (Bull, de l'inst. 
arch., 1841 , p. 141) de préférence à celle de M. Migliarini {Bull., 1837, 
p. 41) , qui reconnaissait ici Hylas. 

(o) Cf. Mon. inédits, II , pi. XXIX et Bull., 1836, p. 81 . 

(4) Em. Braun, Bull, de l'inst. arch., 1837, p. 213 etsuiv. M. le duc de 
Luynes possède une coupe inédite à figures rouges sur laquelle on voit Péléc 
et Atalante qui se disposent à lutter ensemble. 



(251 ) 

a été publié par M. Micali (1); plusieurs explications oui 
été proposées du nom Aril (2). 

L'Aurore qui enlève Céphaie, miroir avec sujet en re- 
lief (5). On sait combien sont rares les rairoires étrusques 
avec bas-reliefs. 

Avec la planche XXXVI Unissent les miroirs. 

Sur la planche XXXVII est gravée une ciste de bronze, 
autrefois conservée à l'académie de S' -Luc à Rome (4). 

Planche XXXVIII. Grandes plaques rondes ornées de 
mufles de lion ou de têtes de Bacchus lauriforme, ser- 
vant d'ornements aux portes. Plusieurs de ces plaques de 
bronze sont enrichies d'incrustations en ivoire. Les plus 
belles plaques de ce genre que j'ai vues appartiennent à 
M, le chevalier Maler, qui, en 1842, était ministre du grand 
duc de Bade à Rome. 

Planche XXXIX. Lames de bronze fort minces avec su- 
jets estampés. 

Sur les planches XL-XLII est représentée une ciste de 
bronze, trouvée à Vulci en 1834. 

Autour de celte ciste sont ciselés des combats de Grecs 
et d'Amazones. Sur le couvercle s'élèvent deux cygnes 
montés par un éphèbe et une jeune fille (5) . 

Planche XLIII. Plusieurs statues de bronze avec inscrip- 
tions étrusques. On y remarque la fameuse statue trouvée 



(1) Storia degli ant. pop. italiani, tav. XXXVI , 3. 

(2) Voyez ce que j'ai dit moi-même de ce nom , qui se rapproclie d'Ariel , 
dans les Nouv. annales, I, p. 540, note 4. M. l'abijé Cavedoni (Bull, de 
l'inst. arch., 1841 , p. 130) y reconnaît la racine étrusque ril, annus. 

(3) Mon. inéd. de l'inst. arch., III , pi. XXIII. Cf. Em, Draun. annales, 
Xll, p. 149 et suiv. 

(4) Gerhard, Etruskische Spiefjcl , taf. Vl-VU. 

(5) Idem, i6«d., taf. IX-XI. 



( 252 ) 

à Tarquioies et représentant un enfant accroupi, le cou 
orné de la bulla (1). Cette statue était autrefois conservée à 
la bibliothèque du Vatican. 

Planches XLIV et XLV. Statue de Mars trouvée à Todi 
en 1833; une inscription étrusque est tracée sur une des 
lanières qui pendent de la cuirasse (2). 

Planches XLVI et XLVII. Divers petits instruments de 
bronze, tels que styles à écrire, épingles servante la coif- 
fure des femmes, strigiles, etc. 

Les planches XLVIII à LV inclusivement représentent 
des candélabres de formes variées. Plusieurs de ces candé- 
labres sont surmontés de curieuses figurines. 

Planche LVI. Beau trépied de bronze trouvé à Vulci (3). 
Des groupes de figures enrichissent les montants : on y 
voit Hercule, lole, Marsyas et Midas, et deux autres per- 
sonnages dans lesquels M. Secondiano Campanari (4) re- 
connaît Castor et PoUux, mais qui nous semblent être un 
personnage mâle et une femme, peut-être Apollon et 
Diane. 

Les pieds de ce monument posent sur des grenouilles, 
ce qui rappellerait la fable lycienne des paysans changés 
par Latone en grenouilles (5). 

Planche LVIL Autre trépied de bronze d'un travail plus 
simple, décoré de têtes de taureau. 



(1 ) Winckelmann , Histoire de l'art, tome I , p. 445 ; Micali , Storia degli 
ont. pop. ital., tav. XLIV , 1 . 

(2) Bull, del'inst. arch., 1835, p. 150 el suiv. 

(3) Mon. inéd. de l'inst. arch., II, pi. XLII, c. 

(4) Ann,. del'inst. arch., IX, p. 163. 

(5) Antonin. Lib. Metam, XXXV. Voir les réflexions de M. le tluc de 
Luynes, Nouv. ann., U , p. 240. Cf. Mon. inéd. de l'inst. arch., III, 
pi. XLHI. 



( 253 ) 

Flabella trouvés dans la grande tombe de Caire. 

Grande main de bronze d'un travail grossier. M. Gen- 
narelli regarde cette main comme une main vollive. Nous 
croyons plutôt que c'est une enseigne militaire , destinée 
aux manipules. 

Sur les planches LVIII à LXI, sont gravés des anses, 
des manches, des pieds de vases de bronze. On remarque 
plusieurs anses ornées de sujets, par exemple, planche LX, 
Actéon dévoré par ses chiens; planche LXI, Hercule et lolas 
qui combattent Vhydre. 

A la planche LXII, commence la série des objets d'ar- 
gent et d'or. La plus grande partie vient du tombeau de 
Caere, où ces bijoux se trouvaient dans la seconde chambre 
sépulcrale. Quelques archéologues ont cru que dans cette 
seconde pièce avait été enseveli un pontife, que les plaques 
d'or et les ornements dont nous parlerons tout à l'heure, 
ainsi que les vases d'argent enrichis de figures en bas-re- 
lief, étaient les uns les insignes du sacerdoce, les autres 
les vases consacrés aux cérémonies du culte (1). Mais il 
nous paraît plus probable, et c'est l'opinion de M. Raoul 
Rochette (:2), que le personnage enseveli dans la seconde 
chambre du tombeau de Caere était une femme, portant 
le nom deLarthia, nom qui s'est trouvé tracé sur quelques- 
uns des objets renfermés dans cette tombe (3). 

La planche LXII nous offre plusieurs vases et fragments 
d'argent enrichis de ciselures. 

Planche LXIII. Coupe d'argent en forme de demi-œuf, 



(1) Grifi, Mon. di C'ereant. 

(2) Journal des savants , juin , p. 350. 

(5) /bid. et juillet 1843, p. 418 et 430. Sur deux vases (rarRcnl. L. Grifi . 
.Von. di Cere ant , lav. VII , 3 c 4 



( 254 ) 
ornée au dehors et au dedans de deux rangs de figures, re- 
présentant des guerriers en marche, les uns à pied, les 
autres à cheval , ou montés sur des chars. Cette scène pa- 
raît représenter un départ pour la chasse ; le lion accroupi , 
les arbres qui se voient dans le champ et l'épervier qui 
vole entre les personnages armés , ainsi que le chariot rus- 
tique attelé d'un seul mulet, tout cela semble bien se rap- 
porter à une chasse (1). M. Raoul Rochette (2) a signalé 
la présence de la croix ansée, symbole asiatique aussi bien 
qu'égyptien, imprimée sur la croupe de tous les chevaux 
qui figurent dans cette curieuse composition. La bande 
supérieure qui décore l'intérieur du vase, rappelle les scènes 
des coupes noires de Chiusi aussi bien que celles des mo- 
numents égyptiens. Deux hommes vêtus d'un simple cale- 
çon sont assis sur des pierres carrées ; une femme nue verse 
à boire à l'un d'eux , et le vase qu'elle tient est surmonté de 
la croix ansée. Trois autres femmes nues se trouvent debout 
derrière un des personnages mâles assis; elles portent sur 
leur tête un grand cratère d'une forme très-évasée (5). Le 
médaillon placé à l'intérieur de la coupe, offre le groupe 
d'une vache allaitant un veau, image qui appartient au 
culte de la Vénus asiatique (4). Le médaillon qui décore 
l'extérieur sous le pied du vase , est très-fragmenté : on y 
voit un lion accroupi au-dessus duquel paraît un épervier ; 



(1) L. Grifî , Mon. di Cere anl., tav. VIII e IX. 

(2) Journal des savants, sept. 1843, p. 5G1. 

(ô) Raoul ^ochelie , Journal des savants, sept. 1843, p. 562, 

(4) Opinion souvent exprimée par M. Félix Lajard. Voir son Mémoire sur 

une urne cinéraire du musée de Rouen, p. 20, noie 0. .l'ai décrit (Çat. 

étrusque, n" 195) un charmant vase qui nous offre le même groupe, type 

(les médailles de Dvrracliiuni. 



.1 



■ ( 255 ) 
deux hommes, dont l'action est indéterminée, sont placés 
de chaque côté de ces animaux. 

Sur la planche LXIV, on voit une coupe d'un travail 
analogue et divers fragments. 

La planche LXV nous offre deux coupes d'argent (1). On 
y voit encore un départ pour la chasse; la présence du 
lotus et du cyprès nous reportent à l'Asie ainsi que tous les 
détails du costume. Le médaillon du milieu d'une de ces 
coupes a pour type la vache allaitant un veau , et ce groupe 
est placé ici dans un bois de lotus. Le second médaillon 
est presque entièrement détruit; on y distingue pourtant 
encore un éphèbe, qui est sur le point de percer de sa lance 
un captif qu'on lui amène les mains liées en avant du corps, 
sujet, comme le fait remarquer M. Raoul Rochette (2) , qui 
rappelle les sacrifices humains usités chez les Phéniciens. 
Des sujets de même nature sont peints sur quelques vases 
grecs (5) , sans parler de la magnifique ciste de bronze , 
autrefois de la collection de M. Revil , aujourd'hui en la pos- 
session de M. Williams Hope, sur laquelle on voit Achille 
qui immole aux mânes de Patrocle les prisonniers 
troyens (4). 

La planche LXVI nous offre une des coupes les plus 
belles et les mieux conservées du trésor de Caere (3). C'est 
une large phiale, ornée à l'intérieur de deux bandes de 
figures qui nous montrent encore, l'un des chasseurs en 
marche, à pied , à cheval et deux personnages sur un char. 



(1) Grifi , Mon. di Cere ant., lav. X. 

(2) Journal des savants, sept. 1843 , p. 563. 

(3) C'at. Durand, n"' 850 , 857 , 858. 

(4) Raoul Rochelle , Mon. inédits, pi. X.\. Cf. mon Cut. Beugnot, n" 51 . 

(5) Grifi, Mon. di Cere ant., lav. V, 1. 



( 256 ) 
Dans le champ sont des cyprès et des oiseaux de proie. La 
seconde bande retrace les scènes de la chasse. Un lion 
foule aux pieds un homme nu; plusieurs personnages ac- 
courent pour délivrer leur compagnon et attaquent le lion 
à coups de lance et de flèche. Un autre groupe placé entre 
deux palmiers ofl're un homme sur le point d'enfoncer son 
glaive dans le corps d'un lion dressé devant lui. Une anti- 
lope qui franchit une montagne (1) pour se dérober aux 
poursuites d'un chien , des chasseurs à cheval , des oiseaux , 
des cyprès complètent l'ornementation de cette coupe 
précieuse. Enfin, au centre, paraît dans un bois de lotus 
le taureau assailli par deux lions (2). 

Tout concourt donc dans ces scènes aussi bien que dans 
celles des autres coupes d'argent, à nous convaincre que 
ces monuments appartiennent à l'art asiatique; les sym- 
boles, les costumes, tout est oriental. Quant aux re- 
présentations de chasses, on sait par le témoignage posi- 
tif de Ctésias (5) que les artistes babyloniens en avaient 
fait leur sujet favori. Toujours l'art oriental est resté fidèle 
à ses traditions, et jusque sur les monuments de l'époque 
des rois perses de la dynastie sassanide, les scènes de 
chasse ont été reproduites (4). Les vases grecs , et en parti- 
culier ceux qui nous montrent des imitations du style phé- 



(1) Figurée comme le mont Argée sur les médailles de Césarée de Cappa- 
doce. Raoul Rochette, Journal des savants , sept. 1843 , p. 560. 

(2) Groupe d'invention purement orientale. Cf. le Mémoire déjà cité de 
M. Lajard, p. 7. 

(ô) Ap. Diodor. Sicul., 11,8. 

(4) Voir un savant mémoire de M. Adrien de Longpérier sur une coupe 
sassanide dont M. le duc de Luyues vient de faire don au cabinet des médailles; 
Annules de l'iust. arch ., t. XV. 



( 257 ) 
nicien , tel que le fameux vase Dodwell (1), trouvé à Corin- 
tlie, sont ornés de scènes analogues. II est donc évident 
pour nous que les Tyrrhéniens, venus de la Lydie, avaient 
conserve le goût de leurs ancêtres pour ces représentations 
de chasses; mais il reste à savoir si les vases d'argent de 
-Caere ont été fabriqués en Étrurie, ou bien si ces vases ont 
été apportés d'Asie par les colons partis pour aller fonder 
des établissements dans la Péninsule italique (2). 

Nous arrivons maintenant aux objets d'or, les uns dé- 
couverts à Caere, les autres à Vulci. Sur les planches LXVIl 
à LXXV inclusivement sont gravés des ornements divers, 
des parures de femme, telles que fibules et boucles d'oreille, 
la plupart d'un travail fin et délicat. Quelques-uns de ces 
objets sont formés de feuilles d'or tellement minces, qu'on 
doit supposer que ces bijoux n'ont été fabriqués que pour 
l'usage des morts (3). 

Les planches LXXVI et LXXVII reproduisent des brace- 
lets de formes variées, des colliers de toute espèce et re- 
marquables sous le rapport du travail. Quelques-uns sont 
formés de feuilles bractéates repoussées et travaillées au 
marteau. On remarque sur une paire de bracelets un 
homme qui combat un lion (4) , sujet éminemment asia- 



(1) Maintenant à la Pinacothèque à Munich. Dodwell, Classical tour 
titroug Greece, t. II. p. 197. Plusieurs autres vases offrent des sujets ana- 
logues. 

(2) Cf. Raoul Rocbette, Journal des savants, sept. 1843, p. 357, et mou 
Rapporta M. le Ministre dans le Bulletin de l'académie royale de Bruxelles, 
tom. IX , n"7. — Une coupe et une p/(«a/e d'argent ont été publiées dansP^"- 
Iruria retjalis de Dempster . t. I , tab. LXXVII et LXXVIII. Ces deux mo- 
numents, qui offrent une grande analogie avec les vases de Caere , avaient été 
trouvés , il y a un siècle , dans le territoire de Chiusi. 

(3) Cf. lYouv. annales de l'inst. arch., 1 . p. 88. 

(4) Orifi , Mon. di Cereant., tav. 111 , 4. 



( 258 ) 
lique , et qui se voit sur un grand nombre de cylindres de 
travail assyrien ou babylonien. Ce groui^e se répète deux 
fois, et au centre est une figure debout de face, tenant de 
chaque main une tige de lotus (1) . 

Planche LXXVIII. Deux grandes bulles formées de feuilles 
bractéates très-minces, travaillées au repoussé (2). Les sujets 
représentés sur ces plaques montrent un quadrige attelé de 
chevaux ailés , sur lequel on voit Jupiter et Minerve; Vénus 
assise et tenant embrassés Éros ailé et un autre éphèbe 
dans lequel nous croyons pouvoir reconnaître Adonis. Une 
bordure de flots entoure ces sujets. 

Sur la même planche est reproduite une bulle sans orne- 
ment , attachée à une chaîne d'or. 

Les planches LXXIX-LXXXI nous offrent encore des 
colliers. Quelques-unes des plaques travaillées au repoussé, 
sont enrichies de sujets mythologiques, tels que le sphinx, 
la tète de Méduse d'un aspect gracieux , Alceste et la cavale , 
Vulcain travaillant à un casque, Oreste et Clytemnes- 
tre, etc. 

Sur les planches LXXXII et LXXXIII est gravé le pec- 
toral d'or trouvé dans la seconde chambre du tombeau de 
Cœre. Ce monument unique, travaillé en fdigrane, est 
enrichi de figures d'hommes et d'animaux symboliques, 
distribuées en neuf zones ou bandes concentriques , for- 
mant un demi-cercle autour du cou; au-dessous de ces neuf 
zones est une plaque carrée, divisée elle-même en quatre 
bandes horizontales remplies de figures qu'entourent, dans 



(1) Raoul Rochette , Journal des savants , sept. 1843, p. 554. 

(2) J'ai publié dans les Nouv. annales, I , pi. A, 1837, deux plaques ana-. 
logiics sur lesquelles on voit la naissance de Bacchus. 



( 259 ) 
une direction verticale, douze autres bandes semblables. 
Je n'entrerai point dans l'explication des figures d'hommes 
et d'animaux représentés sur ce précieux monument. 
M. Raoul Rochette (1), sans chercher à pénétrer dans le 
sens de ces symboles , s'est contenté d'exposer le système 
d'interprétation de M. le chevalier L. Grifi, système ingé- 
nieux sans doute, mais que M. Raoul Rochette n'est nulle- 
ment porté à partager. C'est au culte de Mithra que M. Grlfi 
rapporte tous les éléments des représentations figurées sur 
les monuments de Caere. Ainsi une doctrine purement 
persique, consignée dans les livres de Zoroastre, aurait 
été, chez les Étrusques , la base de toutes les institutions 
religieuses de ce peuple. Ce qui nous semble avéré, ce que 
personne ne contestera, c'est que les types empreints sur 
les monuments de Cœre appartiennent aux idées orientales, 
c'est que tout y indique une civilisation qui a eu sa source 
en Asie. Mais, comme le fait remarquer avec justesse 
M. Raoul Rochette (2) , les monuments étrusques trouvés 
dans la tombe de Coere, appartiennent à une bien plus haute 
antiquité que l'époque à laquelle M. Grifi en place l'exécu- 
tion, c'est-à-dire au moins un siècle après la réforme opé- 
rée par Zoroastre dans la religion des Perses. De plus, il 
resterait à savoir par quels rapports les Étrusques ont pu 
avoir connaissance de la civilisation et des idées religieuses 
des Perses , qui, dans les temps antérieurs à Cyrus , n'ont 
dû avoir presque aucune influence sur les contrées de l'Asie 
antérieure, voisines du pays qu'ils habitaient, et qui, à plus 



(1) Journal de» savants , '\\i\\\(i\. X^Aù , \). 41'J, et sept. 1843, p. 54-3 et 
liv. 
(2) Idem, sept. ISiS , p. 547. Cf. juillet 1845, p. 421 ctsiiiv. 



( 260 ) 
forte raison, n'ont pu avoir aucune relation avec les peu- 
ples de rOccident tels que les Étrusques. 

Les planches LXXXIII , LXXXIV et LXXXV, reprodui- 
sent l'ornement placé sur la tête du personnage dont on a 
retrouvé les restes dans la seconde chambre de la tombe 
de Caere. Cette coiffure, que M. Grifi (1) désigne par le nom 
de stemma, est composée de deux pièces, l'une supérieure 
et à peu près demi-circulaire, l'autre inférieure d'une 
moindre dimension et d'une forme ovale. On y voit des 
griffons, des lions, des autruches (2) , animaux qui se 
retrouvent sur plusieurs monuments produits par l'art 
oriental (3). 

Enfin les planches LXXXVI à XCI, qui terminent la 
série des objets d'or, nous offrent des couronnes d'or du 
travail le plus délicat, formées de feuilles de lierre, de 
chêne, d'olivier et de laurier. 

Le travail de ces bijoux d'or a été jugé inimitable (4). 
Ces feuilles bracléalcs, repoussées au marteau , ces filigra- 
nes, ces chaînes flexibles, semblables à celles qu'on fa- 
brique encore de nos jours dans les Indes, et dont les 
modèles ont été apportés en Europe par les Anglais, tous 
ces objets excitent l'étonnement et l'admiration des artistes 
et des archéologues. Mais que n'essaie pas la fraude? On 



(1) Mon. di Cere antica, tav. II. 

(~2) Je ne sais pas pour quelle raison M. Raoul Rochelle a adnais la déno- 
minalion de (jriffons el (Vaiitruches. Les prétendus griffons nous semblent 
être des chevaux ailés; quanl aux oiseaux , ce sonl évideramenldes canards. 

(5) Cf. les réflexions de M. Raoul Roclietle dans le Journal des savants, 
septembre 1843, p. 550 et suiv. Un ornement de tête analogue a été publié 
par M. Micali, Sloriadegli ant. pop. italiani, tav. XLV, 3. 

(4) Ungarelli, descriiîonedeinuovimuseiGregoriani aggiuntial Fati- 
cano, seconda edizione. Roma, 1859, p. 12. 



( 261 ) 
est parvenu à imiter avec une perfection inouïe les bijoux 
tirés des tombes étrusques, malgré cette délicatesse et 
cette singularité de travail que nous signalions tout à 
l'heure. Il y a environ trois ans, on vit à Londres une 
masse prodigieuse de bijoux d'or, qui par leur aspect sem- 
blaient être anciens. Les personnes qui ont été à même 
d'examiner ces bijoux contrefaits, assurent qu'ils étaient 
fabriqués avec une adresse extraordinaire. Mais dans le 
travail de ces objets d'or, il y avait certaines choses qui 
finirent par exciter la défiance et à faire naître des doutes 
sur leur authenticité. On cite, entre autres objets, une 
boîte sur le couvercle de laquelle on avait représenté le 
sujet du beau miroir qui appartient à M. Ed. Gerhard, 
Phuphlnus dans les bras de Semla (4); les inscriptions 
avaient été supprimées. D'autres indices encore firent re- 
connaître que tous ces bijoux étaient des imitations : on 
trouva dans l'intérieur des fils de fer tout neufs. Une pa- 
reille fraude est bien propre à mettre les amateurs en 
garde contre l'adresse de ceux qui ne se font aucun scru- 
pule de fabriquer des monuments. 

Les planches XCII à XCVII sont consacrées aux urnes 
de terre et d'albâtre et aux sarcophages. Sur la planche 
XCni, on voit une charmante urne de terre, peinte de di- 
verses couleurs. Adonis y est représenté, blessé à la cuisse 
et étendu sur le lit funèbre, au bas duquel est son chien 
de chasse (2). 

La planche XCVI nous offre un grand sarcophage de 
nenfro, orné de quatre bas-reliefs, deux sur les grandes 
faces et deux sur les faces latérales. Sur les pelils côiés on 



(1) Mon. inéd. de l'inst.arch. , I, pi. LVI, A. 

(2) Bull, de l'iml. arch. , 1837, p. 4; Nouv. annales, I, p. 310. 
TOM. XI. |<) 



( â6â ) 

voit : 1° Pyrrhus, qui est sur le point de tuer le vieux 
Priant; Aslyanax est dans les bras de son grand-père; 2° 
Pxjrrhus qui sacrifie Polyxène sur le tombeau d'Achille, 
Les grands côtés représentent d'une part, Élcocle et Poly- 
nice, qui s'entretuent; à droite Polynice assis sur son 
trône, Éléocle qui se présente devant son frère, puis deux 
Furies; à gauche un éphèbe guide les pas d'OEdipe aveu- 
gle, une Furie et enfin locuste assise sur un rocher. La 
seconde grande face nous offre Clytemnestre , étendue sur 
le lit funèbre; aux pieds du lit Éleclre qui pleure; à droite 
Pylade, Égisthe étendu par terre et deux personnages qui 
déplorent cette catastrophe; à gauche le vieux Pédagogue, 
qui verse des larmes, et enfin Oreste entre deux Furies. 

Planche XCVIII, divers fragments de statues et de bas- 
reliefs de marbre. 

Les planches XCIX à CIV nous offrent les peintures, 
qui décoraient l'intérieur des chambres sépulcrales, ou- 
vertes à Tarquinies. 

Les copies rehaussées des couleurs des peintures origi- 
nales, sont conservées au musée Grégorien. La plupart de 
ces compositions ont été publiées par les soins de l'institut 
archéologique (1). Ces curieuses peintures offrent dans 
leur ensemble et dans leurs détails plusieurs particularités, 
qui rappellent les mœurs de l'Asie et l'influence que les 
colonies lydiennes exercèrent sur le développement de l'art 
chez les Étrusques. 

Les planches CV et CVI reproduisent des inscriptions 
étrusques recueillies dans les hypogées. 

Enfin la planche CVII, qui termine le premier volume. 



(I) 1. pi. XXXII el xxxiii; II. pi. ii, m et iv. 



( 263 ) 
offre le plan du grand tombean de Caere {I) , dont j'ai eu 
souvent l'occasion de parler dans le cours de cette notice. 
Tel est le riche ensemble de monuments reproduits 
dans ce beau volume. J'ose me flatter que l'académie dai- 
gnera accueillir avec quelque indulgence la notice, sans 
doute trop succincte et incomplète sous plusieurs rap- 
ports, que j'ai l'honneur de lui adresser. Dans un second 
article je me propose de rendre compte du second volume 
du Muséum etruscum Gregorianum , publication , je le 
répète, de la plus haute importance pour les études ar- 
chéologiques. 



Notice sur Brunetto-Latini , par M. Marchai. 

M. Florian Frocheur, employé de l'ancienne bibliothè- 
que de Bourgogne, a offert à l'académie, en 1843, un exem- 
plaire de sa notice sur le manuscrit n° 10,228 intitulé : 
Le trésor des sciences par Brunetto-Latini. Ce volume fait 
partie de la librairie primitive de ce précieux dépôt litté- 
raire. On sait que cet ouvrage eut une grande vogue au temps 
où des copies en furent répandues dans le monde savant , 
pendant le XlIP siècle. C'est un des plus anciens recueils 
encyclopédiques. 

L'auteur étant né à Florence, M. Frocheur en envoya 
un exemplaire à l'administration actuelle de cette ville na- 
tale de Brunetto-Latini. M. Finnuini, conseiller d'état, 
gonfalonier de Florence, présenta cette notice à une réunion 
de la municipalité, au mois de février dernier. Ce collège 



(1) fiiili . Itfon. diCenant., tav. XII. 



( 264 ) 

fit adresser une lettre de remercîmeiits à l'auteur, et or- 
donna le dépôt de son ouvrage dans les archives. M. le 
gonfalonier, pour montrer combien ce travail est intéres- 
sant, fit observer dans cette lettre quelques erreurs vul- 
gaires concernant l'illustre encyclopédiste, erreurs qui de- 
vaient être rectifiées, entre autresqueBrunetto-Latininefut 
point effectivement exilé de Florence pour crime de faux , 
comme on l'a cru vulgairement; mais qu'il quitta sa patrie, 
craignant le parti gibelin , vainqueur à Montaperti , et qu'il 
se réfugia en France , d'où il revint à Florence après la vic- 
toire des guelphes : « Mais supposé, ajoute M. le gonfalo- 
» nier, qu'il eût été coupable, il n'aurait jamais pu y rentrer, 
» le pouvoir étant même entre les mains des guelphes. » 
Parmi d'autres observations, on remarque que M. Chap- 
tal est dans l'erreur en soutenant que Napoléon, pendant 
les guerres d'Italie, était allé visiter la bibliothèque mé- 
dicéo-laurentienne et qu'il y avait vu le texte français du 
Trésor historique. 

M. Finnuini dit qu'il n'existait et ne pouvait exister un 
texte français du trésor de Brunetto , qui ne se trouve dans 
aucune des bibliothèques soit publiques, soit particulières 
d'Italie, mais qu'au contraire il y en a beaucoup de traduc- 
tions italiennes de Bono-Giamboni. 

On sait qu'il y a plusieurs manuscrits français du Tré- 
sor des sciences dans l'ancienne bibliothèque de Bour- 
gogne. Nous terminons cette notice en ajoutant que deux 
concitoyens de Brunetto, c'est-à-dire, M. le chevalier 
Libri, professeur de mathématiques à Paris, et M. le 
chanoine Bencini , bibliothécaire de la Riccardiana, tra- 
vaillent depuis quelque temps à la publication dudit trésor; 
le premier sur l'original, et le second sur la version de 
Giamboni , avec le texte en regard. 



à 



( 260 ) 

i (les i 
seront doulilement accomplis. 



Ainsi les longs vœux des savants italiens et étrangers 



PALEOGRAPHIE. HISTOIRE LITTERAIRE. 

Suite des notices et extraits des manuscrits de la bibliothè- 
que royale. — Diversarum lectionum historicarum et 
antiquarum farrago de Nicolas Du Fief. — Un mot sur 
les Stampien ; par le baron de Reiffenberg. 

1. 

Nicolas du Fief vit le jour à Tournay, durant cette fatale 
année 1578, où toute la Belgique était plongée dans le 
trouble et le désordre. Après avoir fait sa licence en droit 
à l'université de Douay, il fut nommé , par le cbapitre de la 
cathédrale de Tournay, chanoine hospitalier. 

Quelque temps après, Nicolas Zoes, chanoine de la 
même église et conseiller ecclésiastique au grand-conseil 
de Malines, ayant été promu à l'épiscopat, Du Fief, qui 
passait pour un jurisconsulte instruit , fut appelé à le rem- 
placer dans ce corps. Ses lettres-patentes portent la date 
de 10 15. 

Il fut ensuite revêtu de la dignité de prévôt de l'église 
collégiale de Maubeuge, et, en 1635, nommé membre du 
conseil privé, à Bruxelles. 

Endn, le 11 mars 1657, le roi d'Espagne Philippe IV, 
lui conféra le titre d'évéque d'Arras. Mais tandis qu'il at- 
tendait ses bulles de Home, le chef-lieu de son diocèse fui 
assiégé et pris par les troupes du roi de France Louis XIII , 



( 1^66 ) 
et Du Fief aima mieux renoncer à l'effet de sa nomina- 
tion que d'obéir à une puissance étrangère. 

Il mourut à Bruxelles, le 20 octobre IGol , dans sa 
soixante-treizième année; son corps fat transféré à Tour- 
nay, où on lui érigea un mausolée dans l'église N.-D, 

Il laissa beaucoup de manuscrits, la plupart désignés 
par Foppens, et dont une grande partie était conservéedans 
la bibliothèque du chapitre de ïournay. Plusieurs sont en- 
core dans la bibliothèque de cette ville (1); d'autres se 
trouvent dans notre bibliothèque royale, et j'en ai déjà 
donné divers extraits (2), 

En voici un que Foppens passe sous silence, et qui fait 
partie du fonds Van Hulthem (n° 785, invent. 17301-2). Il 
fut acheté en 1808 à la vente de Nelis, qui l'avait entière- 
ment copié de sa main , en faisant de larges coupures à 
l'original (voy. n" 55 de son catalogue). 

Cet ouvrage, qui forme un in-folio de 157 pp. en papier, 
est intitulé : 

Nicolai Du Fief diversarum lectionum historicarum et 
anliquarum farrago. 

Ce n'est qu'au sein des littératures déjà vieilles et abon- 
dantes qu'apparaissent les recueils de cette espèce , livres 
faits avec des livres , choix destinés à épargner du temps 
et de la fatigue à la curiosité, résumés d'une lecture à 
laquelle peu de personnes ont le désir ou la possibilité de 
se livrer. Les anciens, quand le siècle des Virgile et des 



(1) Bulletins de la commission royale d'histoire . 1 , 27. De Flinne-JJa- 
bille . Précis historique et bibliojjraphique sur la bibliothèque publique de 
la ville de Tournai/ , 2' éd. Touriiny, 183;'). |>p. 28. 

(-') //it/'0(/. au deuxième vol. de Pli. Mouskcs. Btillcl. de t'acad., Hist. 
de$ ducs de Bourgogne, de M. de IJaranlc . cte. 



( 267 ) 
Cicéron fut passé , comptèrent grand nombre de ces com- 
plaisants compilateurs : Valère Maxime, Athénée, Ma- 
crobe, Photius, Paléphates, Ampeliiis, etc., ne sont pas 
autre chose. Chez les modernes le nombre en est immense. 
A la renaissance des lettres quantité de savants se servirent 
même d'un titre analogue à celui que Du Fief a employé; 
je ne citerai, en français, que les Diverses leçons (Y Antoine 
Duverdier, qui a imité celles de Pierre Messie. Sans doute 
ce genre de travail n'exige pas un grand talent : les ci- 
seaux y sont souvent plus nécessaires que la plume; mais 
ici même encore, pour bien faire, il faut certaines qualités 
dont le commun des fabricants de volumes ne se doute 
pas; du goût d'abord, pour choisir ce qui mérite d'être mis 
sous les yeux des lecteurs , un savoir réel ensuite, pour ne 
pas reproduire ce qui a été dit ou mieux dit, pour ne pas 
s'extasier sur des merveilles déjà mises au néant. 

Voyons ce qu'on peut penser de Du Fief, qui , ne l'ou- 
blions pas, n'écrivait que pour lui-même. 

Sa compilation , rédigée, tantôt en latin, tantôt en fran- 
çais , suivant les occurrences, est divisée en deux livres et 
en paragraphes qui n'ont entre eux aucune liaison logique. 

En commençant par signaler certains traits historiques 
admis jadis comme vrais et reconnus douteux depuis (ce 
qui rappelle un livre fort amusant de Lancellotti, traduit 
par l'abbé Oliva : Les impostures de nùstoire ancienne et 
profane. Londres et Paris, 1770, 2 vol. in-12) , il cite les 
annales deBaronius sous l'année 853, n° 01, oîi ce cardi- 
nal révoque en doute l'écroulement du temple de la Paix , à 
Home, lors de la naissance du Sauveur, la délivrance de 
l'âme dcTrajaii des enfers, par les prières de saint Grégoire, 
l'anecdote du |)apc Cyriac accompagnant à Cologne sainte 
Ursule et les onze mille vierges , les Sept Dormants , la magie 



( 268 ) 
du pape Sylvestre II, la mort d'Adrien, causée par une 
mouche, et raullienlicité de Turpin. 

Un l'ail auquel Du Fief refuse neltemenUle croire, c'est 
celui de la papesse Jeanne. Il ne veut pas non plus admettre 
que l'empereurHenriVII ait été empoisounépar une hostie. 

Liv. ï , § II. Pietatem mortalium divis directum rerum 
suaruin dominium adscripsisse. 

La vierge était dame souveraine de Chartres, le Vexin 
relevait de saint Denis, le comté de Boulogne aussi de la 
vierge, etc. , etc. 

V. Verane sit de Eginharti et filiae Caroli niagni imp. 
furtivo congressu et malrimonio narratio? 

Du Fief rejette cette histoire romanesque , mais gra- 
cieuse, qui n'en restera pas moins acquise à la poésie , et 
qui a été célébrée notamment dans un poëme de l'élégant 
auteur de Belzonce , le sensible et pur Millevoye. M. Que- 
telet, qui a beaucoup des qualités de cet écrivain, a fait 
autrefois un intéressant mémoire sur la romance, et a 
traduit de l'allemand, mais en prose cette fois, une Jolie 
ballade sur Emma et Eginhard. 

VI. (Add. au § LXXXI). Le mot canaille vient-il de cette 
coutume qui, dans certains cas, forçait un gentilhomme à 
porter un chien en parcourant un espace déterminé, cou- 
tume dont Guntherus parle ainsi : 

/« Ligurin. , lib. V. 

Qiiippe vêtus mos esl, ut si quis, rege remolo, 
Sanguine vel flamma vel seditionis aperlae 
Turbine , seu crebris regnum vexare rapinis 
Audeat, ante gravem qnam fuso sanguine poenam 
Excipiat , si liber erit , de more vetusto , 
Cogalur per rura cune.m confinio ferre ; 
Sin alius scllani. 



( 269 ) 

La selle cependant était portée aussi par des personnes 
titrées et même du rang le plus élevé. Voy. la Selle cheva- 
lière, de M. G. Peignot. 

X. An in Gallia primum viles lempore Probi imperatoris 
satae fuerint ? 

En 1616, on trouva àTournay, dans un souterrain, une 
fiole de verre pleine de vin, et quelques médailles de 
bronze de l'empereur Probus, fiole dont le dessin se 
voit dans r Histoire de Tournay, de J. Cousin. A cette oc- 
casion, D. De Villers soutint que ce vin avait dû être en- 
foui sous le règne de Probus, le premier qui permit aux 
Gaulois la culture de la vigne et l'usage du vin. Du Fief 
montre par Cicéron, Pline le naturaliste. Athénée et Justin, 
que cet usage était beaucoup plus ancien. 

XII. CurAngli caudati {quoués) dicantur? Polydore Vir- 
gile raconte que les habitants d'un bourg d'Angleterre , 
voisin de Rocheter, ayant coupé la queue du cheval de 
saint Thomas de Cantorbery, afin d'insulter ce vénérable 
personnage, leurs descendants naquirent avec une queue, 
en punition de cette insolence. Barclay, moins crédule, ex- 
plique cette expression proverbiale par la finesse et la du- 
plicité des Anglais, semblables en cela au renard, sans 
doute. 

XX. De cerevisia seu zylhi potu Gallis antiquitus 
usitato. 

XXI. Imperatores subscripsisse instrumentis aul actis en- 
causto purpureo. Addition au § XLIV. 

XXIV. Quo idiomate usi fuerint Galli, anlequam Gallia 
in provinciam redigerelur a Romanis , et post Francorum 
adventum. 

Du Fief, sur ce sujet , ne nous apprend rien de neuf. 

XXXIX. Verane sint quae de furtivo congrcssu Buchardi 



( 270 ) 
d'Avesnes et Manjarilae , sororis Joannae conslalino2)olila^ 
nae, comitis Flandriae , Iradunt aliqui auctores; annon 
polius fuerint legilimo malrimonio et bona fide , si eamdem 
Margaretam respicias,juncti ? 

L'ail leur cite Gilles Li Muisis et /. De Guy se. 

XXXII. (Add. au § XCI). De peste muriiim e terra eriun- 
pentium. 

Un ou deux ans avant la mort de Mathias Hovius , ar- 
chevêque de Malines, une quantité prodigieuse de souris 
se répandit dans les campagnes et en dévora les moissons. 
Le prélat dit à Du Fief que les paysans avaient imploré son 
secours pour arrêter ce iléau, qu'on lui avait montré dans 
le Manuale Cameracense des exorcismes contre cette espèce 
de souris , et qu'il en avait permis l'usage dans son diocèse. 
Dans le Manuel des pasteurs, publié par ordre de Pierre 
Simons ou Simoens, évêque d'Ypres, on lit une formule 
d'exorcisme, intitulée : Exorcismus contra quaecumque 
noxia animalia, vernies , mures, serpentes , in agris vel in 
aquis (fol. 85, p. m). 

XXXIII. En quel temps on a commencé hisage des ca- 
nons en Europe. 

Du Fief se contente de transcrire un passage de la vie du 
cardinal Albornoz, par le chevalier de l'Escale, fol. 20 et 
21 , et suivant lequel les Maures se servirent les premiers de 
canons au siège d'Algeziras, investie par les Espagnols le 
5 août 1542, et qui se rendit en mars 1544; ce qui précède 
de 58 ans la bataille navale de Chiozze, où quelques-uns 
prétendent que les Vénitiens employèrent les premiers le 
canon contre les Génois. 

XXXIV. (Add. aux § CIII et CVII.) Verane sit narratio 
qua femina princeps in Hollandia 505 proies (uno partu) 
enixa ferlur. 



(^71 ) 
Du Fief avait trouvé dans les papiers du chanoine De 
Villers l'attestation suivante ; 

« Universis christi fidelibus, soror Anna d'Egmont, abba- 
lissa monasterii monialinm in Lausduno , ordinis cisterciensis, 
Trajectensis dioecesis, salutem et praesenlibus firmam adhi- 
bere fidem. Quia multis extraneis populis difficile credilur hoc 
supernaturale luiraculum quod prope noslruui monasteriuin , 
in Castro de Hennenberch , per divinam potentiam, cui nihil 
prorsus est infactibile , ohm constat factura , ideo lenore prae- 
sentium firmiter certificamus, quod anno Dni. 1276nobilis do- 
mina Margareta , comitissa de Hennenberch , cujus marilus 
exstitit D. Hermannus , cornes de Hennenberch , ipso die pa- 
rasceves , horanona, uno partu miraculose enixa est §63 pue- 
ros , qui in nostra ecclesia a suffraganeo Trajectensi eadem 
hora baplisati sunt , adstantibus pluribiis baronibus, militibus, 
caeterisque nobiHbus. 

Infantes mascuHni sexus vocati sunt Joannes , feminini vero 
Elizabeth, Statim eodem die mater cum omnibus his pueris fé- 
liciter defuncta est, et in nostra ecclesia honoriûce sepulta, in 
cujus sepulcri sarcophage istud epitaphium inscriptum habetur : 

Ista lenet fessa matronae nobilis ossa, 

Quae dutn vivebat, Lausdunis laeta manebat 

Atque vocabatur Margareta , quiète fruatiir. 

Quae fuit germana ff^ilhelmi illustris régis germanici et comi- 
tissa de Hennenberch, quae obiit anno 1276, die ipso paras- 
ceves , hora noua. Orate pro ea (1). 

Et ut omnis dubietas abaudientium cordibus tolialur , scien- 
dum quod praefatae dominae Margaretae, coraitissae de Hen- 
nenberch , paler fuit Dominus Fiorentius XIV'"s Hollandiae 
atque Zélandiae cornes; ejus mater Machleit, fdiaHenrici ducis 



(1) Guicciaidini iloiinc une nuire é|ii(aplic. 



( 272 ^ 

Brabantiae; germanus ejiis Wilhelmus , Romanorum rox, soror 
ejus Aleidis, comitissa Hannoniae, palruus cjus D. Otto, épis- 
copiis Trajectensis. Haec omnia in libris nostris fideliler repe- 
riuntiir scripta. Sepulcrum hujus nobilis Margaretae magno in 
honore liabetur, et a miiltis extraneis, ad videndum tam grande 
miraculum , adhuc hodie quotidie visitatur. Insuper et duae 
pelves, in quibns supra scripli 365 piieri baptisati sunt, in 
mcmoriam facti a nobis conservantur et ostenduntur. Et quia 
omnia supra scripta veraciter contigisse scimus , duximus prae- 
sentibus in robur et firrailatera veritatis , nostrum abbatiale 
sigillura super imprimere. 

Datumin monaslerio noslro de Lausduno, anno Domini 1554 
die vero 3" mensis novenibris. Inferius erat sigillum. » 

On lit, d'après Van Heusden {Hist. episc. fœd. Belg., 
1719, in-fol., t. I , pp. 441) , une explication fort naturelle 
de ce prodige dans un journal commencé par M. J.-B. Les- 
broussart, et qui n'eut qu'une courte existence, quoiqu'il 
méritât de vivre plus longtemps : Journal lilt. et polit, des 
Pays-Bas autrichiens , n" \l\ , 8 avril 1786, p. 133-34, et 
n° XXV, 24 juin 1786 , pp. 408-410. 

XXXVI. Du titre d'archiduc d'Autriche. 

Cet article débute par une longue dissertation du comte 
de Gommicourt. 

XXXVII. Epitaphe de Godefroid de Bouillon estant enta 
ville de Jérusalem, tiré du livre des épilaphes de feu M. de 
Nedonchel, chanoine de Tournay. 

« Se void l'épitaphe en question escrit sur sa sépulture 
en Golgotha , au portail du temple du saint sépulcre, en 
celte sorte : 

Franconitn gantes Sien loca sancta pelenles 
Mirificum sydus, Diix hic rexit Godefridus, 
Aegypli leror, Arabum fuga , perfidis liorror ; 
Rex licel eleclus , rex nohiit altituinri , 



( 273 ) 

Nec diadema lulil ; voluit chrislo famulari. 
Ejus erat cura Sion sua reddere jura , 
Calholiceque sequi pia dogmala juris et aequi, 
Totum schisma teri , pietatem usque foveri. » 

XLIII, Raliones quibiis demonstratur comitatum Bur- 
guncliae ut feudum ad imperium pertinere , et proinde re- 
gcm , eo nomine, concordalis imperii in eodem coniitalu 
uti posse. 

XLVIII. Du proverbe : or de Toulouse. 

LV. De ocuîariorum (lunettes) anliquitale. 

LVl. An sinistri an dextri lateris locus fuerit olim hono- 
ratior ? 

LX. Primos christianos carnes non edisse , et quid de 
cibis ex sanguine quos boudinos dicimus , seu farcimina. 

Du Fief cite une loi de l'empereur Léon qui défend d'ap- 
prêter des mets avec du sang. 

«c Perlaliim... ad aures nostras est, quod intestinis, tanquam 
tunicis, illum (sanguinem) infuretum, velut consuetum ali- 
quem cibum, veniri praebent. » (Novell, const* S8,) 

Manger du boudin! quel crime abominable! la confis- 
cation des biens, le feu, l'exil en faisaient justice; mais 
bêlas ! que nous sommes dégénérés ! 

LXI. Diversi testandi rilus. 

« Perpétua est sententia in Hannonia neminem ex morbo de- 
ciimbenlem posse teslari, aut , ut Hannoncsdicunt : après avoir 
mis la tête sur Voreillier 

:> Id tamen statutum ailixam lecto uxorem puerperum non 
ligare docet Peckius 

Il Idem Peckius recenset in aliis locisconsueludinem esse 

non posse quemquam nisi sub die testari. Quod iiccedit mori 
quorundam Lusemburgensium degenlium juxta Stavelo, qui- 
bus testari non licet nisi in via regia , stantibus et adstanti ca- 



( 274 ) 

lervae oslenso poculo propinantibus : qui nios in quadam Hte, 
cujus enarratur fuit D. Peckius, postniodum Brabantiae can- 
cellarius , verificatus fuit , ut ab iis qui decisioni praesentes 
fuerunt, accepi. 

)> Aliis in locis, ait.... {de testanuntis conyMjfMtw) idem auctor, 
tempore condendi testamenli , orlium domus et cubiculi aper- 
lum esse débet , ul scilicet de majori libertate testandi boc 
modo appareat. i> 

LXV. (Add. au § XCIll). De la façon de prier Dieu de- 
bout ou assis, 

'< .... Aujourd'hui le clergé , en aulcunes églises , psalmo- 
die assis, en autres debout, comme aux plus anciennes, entre 
autres à Tournay. La façon de prier assis , qui se pratique es 
églises de Brabant et autres, est reprouvée par Petrus Damiauus 
ad D. Hugonem archiep. Bisuntinum. » Chiflet Desont. 11,216. 

LXYI, Musici et cantores in SS. literis vocati fuerepro- 
phetae. 

Cette observation a encore été faite récemment par 
M. Aubin Gaulthier dans son Histoire du magnétisme. 

LXXIV. De bello puerili. 

Le chef de ces enfants, qui voulaient faire une nouvelle 
croisade, était un certain Nicolas de Cologne, dont le père 
les avait vendus d'avance aux païens. C'est ce que dit Du 
Fief, d'après un MS. du Chronicon de Gestis Trevirorum , 
c. 53. m Theodorico; MS. que lui avait prêté le sieur le 
Comte. 

LXXIX. Qui olim dicti fuerint bagaudae. 

LXXX (voy. LTX). De toparchis primum sponsae concu- 
hilum , ex antiqua et barbara consuetudine , obtinentibus. 

L'évéque d'Amiens levait un droit sur lespremières nuits, 
duquel droit il fut débouté par arrêt du 29 mai iA09. Cf. 
le traité de Raepsaet sur le droit de marquette. 



i 



( ^73) 

LXXXV. Regibus Lusitaniae tituluDt majeslalis non fuisse 
atlribulum. 

LXXXIX. (3mù/ CAMBOTA {cahuta, camboca)? « Baculus 
pastoraîis...., » en français crosse. 

CIV. Fable d'un prodigieux amour de Charlemagne en- 
vers une femme ayant un anneau soubs la langue. 

V. Pétrarque, liv. I , ép. 3. 

Pétri a Beeck, in Aquisgr. historia, c. 3. 

Pasquier , liv. V , ch. 3 1 de ses Recherches. 

L.-P. Garasse, Recherches des recherches, sect. 7 et 8. 

Guill. du Peyrat, Hist. de la cha])elle du roi de France, 
liv. I,ch. 46. 

Scip. du Pleix, tom. J, de l'hisl. de France : Charlemagne. 

CV. Qui estoit Standonck , fondateur du collège de Stan- 
donck, à Louvain. 

et 11 était de Malines , sieur de Villelte, homme de bonne 
vie, instituteur des pauvres de Montagu , dicts vulgairement 
crupetles , dans l'université de Paris, d où il fut banni comme 
du reste du royaume, pour avoir parlé trop librement contre 
la nullité prononcée du mariage de Louis XII avec Jeanne de 
France, ainsi quepour laquerellede l'universitédeParis, contre 
Guy de Rochefort, son chancelier, etc. Il se retira à Malines, 
où il fonda, ainsi qu'à Louvain , un séminaire pour les pauvres. 
Voy. Massé en ses Chroniques , liv, 20, où il raconte d'autres 
particularités. Il fut rappelé à Pariset y mourut honorablement. 
Voy. Louis Douy d'Attichy , en VHist. de la bienheureuse Jeanne 
de France, chap. VI, fol. 9o et sqq. 

Lib. II. Nelis n'a fait que des excerpta de ce livre, mais 
il en donne la table complète. 

XXIII. Qui antiquitus dictifuerint barones. 

XXIV. Quid sit DUOiT de gave et unde dicatur. 

« In quodara lite abbatis Vedastini , cui inlerfui , apparebat 
plurimos incolas vel fnndorum proprietarios obslrictos esse, 



( 276 ) 

illorum ralione , diclo abbali solulioni du droict de gave. Haesi- 
talum fuit quid esset illud jus et unde ortum duceret » 

XXXII. De Erasmo, liv. V , §§ LV , CXXX , CLI, CLV, 
CLVII. 

XXXVI. An antiquis Gallis on aliquid significarit? 

« Audivi Franciscum Moncaeum Fridevallianum disseren- 
tem , antiquis Celtis on aquara dénotasse , idque probare nite- 
batur hoc Ausonii versu in Burdegala : 

Divona (Saligero Dutona) , Celtaruin lingua fons aJdiledivis. 

Âd idem lendit quod hodie multa Galliae flumina in on et one 
terminentur. » 

XLVIII el CXXXVII. Judicium aliquornm de fiaereticis 
morte non puniendis et vi non cogendis ad amplectendam 
veram religionem. 

LXXII. De eo qui primus Belgarum halleces satire mu- 
riaque condire in vasis docuit. 

<i GuilelrausBucekheldus piscalor obiit Biervlietianno 1397. 

Voir le Mémoire de feu M. Belpaire sur Ostende. 

XCIV. Etiam latine dici hominem pro servo velfamulo. 

XCVI. D'où vient le mot de sergeant? Deservire, ce qui 
est suffisamment connu. 

CV. Mansus, casa, casati, castitia. 

CVI. D'où procède le mot huguenot. 

Du Fief s'en réfère à Pasquier, et aux mémoires de Cas- 
telnau, liv. II, pi. 79. 

CXIII, CXÏX, CXXIII, CXXXVII. De legibus sompluariis. 

11 Maître Barthélemi Philippi, namurois, chapelain de l'é- 
glise de saint Pierre , à Louvain , proposa au collège des finan- 
ces un moyen de trouver deniers pour le service du roy en 
ceste nécessité publicque , sans toucher aux domaines du roy 
ni incommoder le petit peuple ; à sçavoir en faisant une or- 



donnance que ceux et celles qui cy-après porteroient habits de 
velours, panne, soye, dentelles ou passemens d'or ou d'ar- 
gent, etc. , n'estant de la qualité plus relevée seroient taxés à 
certaine somme d'argent , sans laquelle ne leur seroit libre ny 
permis de s'accoustrer desdites estoffes : laquelle proposition 
renvoyée au conseil privé pour advis , et estant sur icelle déli- 
béré le U d'octobre 1645, fut tenu que ce seroit chose raison- 
nable d'oster le luxe et excès qui va de plus en plus croissant es 
habits et tables , nonobstant la pauvreté qui court, à l'exemple 
des anciennes respubliques ; mais que restreignant l'usage de 
ces matières , y auroit préjudice aux manufactures d'Anvers et 
aultres villes de ces pays ; comme aussi à celles de Naples , Milan 
et autres lieux de l'obéissance du roy : pour lequel respect fut 
trouvé bon de demander advis des magistrats dudict Anvers, 
Brucelles et quelques autres villes principales en traficq, au- 
paravant que rien résoudre.... » 

Voir l'édil sompluaire de l'empereur Charles-Quint, du 
5 octobre iool , et celui du 30 janvier 1345. 

CXXXf X , CLII, Alrebalum telae. 

En voilà assez. Celte analyse suffit pour montrer quelle 
variété règne dans les adversaria de Du Fief. C'est un autre 
livre des singularités, mais moins piquant que celui de 
M. Peignot. 

II. 

A propos d'un passage de la chronique métrique de De 
Klerk,queDes Roches voulait appliquer à l'invention de 
rmiprimerie, il a été question à plusieurs reprises, dans 
ces Bulletins du mot stampien. M. Willems, savant cdi- 
Icur de De Klerk, a fort bien expliqué ce terme, dans le 
lieu où il est placé, par une espèce particulière de chan- 
sons ou d'airs de danse (1). Or , celte explication se trouve 



(I )/?uH.derac., IV, 240; éd. de De Klerk, par M. Willems, I,43C, noies 
ToM. XI. 20 



( 278 ) 

confirmée par celui-là même qui avait fourni à Des Roches 
les principaux éléments de son mémoire; c'est-à-dire par 
M. F.-J.-J. Mois (1). Lorsque ce mémoire fut imprimé, 
l'auteur le communiqua à M. Mois, qui y fit des remarques 
restées manuscrites, etqui sont conservées à la bibliothèque 
royale, sous le n" 139-63. 

A la page 529 du tome 1"' du Recueil de l'ancienne aca- 
démie de Bruxelles, Des Roches demande : Louis (Van 
Vaelbel<e) a-t-il imprimé d'abord des figures sans lettres ou 
des lettres sans figures? et M. Mois écrit en note : Non, 
monsieur, il a fait de (des) chansons. 

Un peu plus haut, sur la page 526, il s'exprime ainsi : 

« Je crains fort que le mot stampien n'ait une double 

signification , car voici un passage remarquable que j'ai 

trouvé dans Y Histoire littéraire des troubadours, Paris , 

1774, 2 vol. ; c'est au 1'"' tom,, page 285 : 

» A la cour du marquis Boniface (de Montferrat) arri- 
vèrent deux jongleurs de France, qui jouaient parfaite- 
ment du violon (vers 1204 ou quelque temps auparavant). 
Un jour qu'ils exécutèrent une stampide, dont tout le 
monde fut enchanté , Vaquieras (autre troubadour) , loin 
de partager le plaisir commun , demeurait plongé dans la 
tristesse. 

» Qu'avez-vous , seigneur Rambaud (nom de Vaquieras) 
lui dit Boniface? Pourquoi ne pas vous réjouir à entendre de 
si beaux airs et à voir une aussi belle dame qu'est ma sœur, 
la plus brave du monde et qui vous a retenu pour son servi- 
teur? — Je n'ai pas sujet d'air joyeux, répondit-il sèchement. 
Le marquis en savait la raison. Résolu de lui rendre le 



(1) Voy. Bull, du bibliophile belge, n" 2 , pp. 72-88. 



(â79 ) 
repos et la joie , il dit à sa sœur : — Pour l'amour de moi el 
de toute la compagnie, je veux que vous daigniez prier 
Rombaut de s'égayer pour l'amour de vous , de se réjouir el 
de chanter comme il faisait auparavant. 

» Vaquieras, encore plus docile aux ordres de sa maî- 
tresse , composa une chanson qu'elle lui avait demandée. 
Les couplets en sont de dix-huit vers, dont plusieurs de 
deux syllabes , et qui riment tous , excepté trois en e muet. 
On lui donne le nom destampide, dont il ne reste que cet 
exemple. » 

Voilà donc , ajoute M. Mois, le mot de stampide {stam- 
pien) pris pour une chanson et non pas pour une impres- 
sion; de sorte qu'il est très-probable que notre Louis Van 
Vaelbeke, aura été un troubadour (trouvère) et jongleur 
tout ensemble , qui le premier aura introduit parmi nous 
cette sorte de poésie qu'on appelait stampide en français 
et stampien en flamand. 

Ces vers, chantés sur un haut ton , obligeaient le chan- 
teur qui s'accompagnait lui-même, à marquer fortement la 
mesure. Kilianus, au mot stampyen, l'explique parsupplo- 
dere, insuUare. De tout cela il résulte que celle espèce de 
chanson aura été appelée stampide, parce qu'elle se^chan- 
tait sur un air fort vif, et dont la mesure était fortement 
marquée. Nos danses anglaises et allemandes peuvent 
fournir une idée de ces airs slampida. 

Le fonds de ces remarques fait certainement honneur à 
la sagacité el au savoir de M. Mois. 



( 280 ) 



Addition à l'article de M. Crahay (voir pag. 216). 

Pour calculer la quantité de chaleur abandonnée par 
le mélange d'air et de vapeur qui entoure le réservoir 
mouillé, et celle absorbée par la vapeur qui émane de ce 
dernier, soit 7t le poids qu'aurait la couche d'air sec à 0° 
de température et sous la pression moyenne de 760 milli- 
mètres ou P , celui d'un égal volume de ce fluide sous la 
pression p — e' et à la température t' sera n pf ~''^,. -, g étant 
le coeflicient de dilatation des gaz; et si y est la quantité 
de chaleur qu'abandonne l'unité de poids d'air pour un 
abaissement de température d'un seul degré, elle sera 
pour le poids ci-dessus , et pour une variation de tempé- 
rature det — t' degrés , 

p — e' 

- ^ (t — t')'y 



¥{l + cjt') 



Soit de même n le poids qu'aurait, à 0" de température 
et sous la pression P, un volume de vapeur d'eau égal à 
celui de l'air ci-dessus, le poids d'un pareil volume à la 
température t' et sous la force élastique e, sera 



en représentant par a le rapport entre le poids de la va- 
peur d'eau et celui d'un même volume d'air, à égalité de 
température et de pression. Ensuite, si k désigne la cha- 
leur abandonnée par l'unité de poids de vapeur d'eau; 



( 281 ) 
pour un refroidissement d'un seul degré, elle sera 

{t-f)h, 



Pil+gt'] 



pour le poids de la vapeur répandue dans la couche d'air, 
et une variation de t — t' degrés. 

Enfin, la vapeur émise par l'enveloppe mouillée pos- 
sède une tension e' — e, une température t' et un volume 
égal à celui de la couche d'air ci-dessus dans laquelle elle 
se répand ; son poids sera an j'~\,, • La chaleur totale 
contenue dans 1 unité de poids de vapeur d'eau étant T., 
celle latente dans le même poids, à la température t' est 
l — t' ; par conséquent, celle absorbée par la vapeur qui 
vient de se former sera 



P(i+^0 



{x-t'). 



Cette dernière étant égale à la somme des quantités de 
chaleur abandonnées par l'air sec et par la vapeur qu'il 
renfermait primitivement, on aura , après avoir supprimé 
les facteurs communs, l'équation suivante : 

{p — e'] {t—t')y-^. ae{t—t')k = a{e'—e) (A— #'). 



La séance générale est fixée aux 7 et 8 du mois de mai 
prochain. 



( 28â ) 
OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Bulletin de l'académie royale de médecine de Belgique. Année 
18^3-1844, tome III, n°^2 et 4. Bruxelles, in-8». 

Gazette médicale belge , n°' S à 8 , avec supplément au n" 8. 
Bruxelles , in-4°. 

.annales d'oculistique. Publiées par M. le docteur FI. Cunicr, 
VII^ année, tome XI, 2^ et 8° livr. , février et mars 18'i4. 
Bruxelles, in-8''. 

Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacologie , pu- 
blié par la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. 
2" année, cahiers de mars et d'avril 18i-4. Bruxelles, in-8''. 

Cours élémentaire de chimie générale inorganique , théorique 
et pratique. Par M. G. Louyet, tome II, feuilles 31 à 66. 
Bruxelles, 1844, in-8''. 

La revue de Liège. S" livr., 15 mars 1844. Liège, in-8''. 

Discussions à la chambre des représentants du royaume de 
Belgique, sur V orthographe flamande. Gaad, 1844, in-B". 

Annales de la société de médecine d'Anvers. Aunée 1843 , 
feuilles 8 à 12 ; année 1844, livr. de janvier. Anvers , in-B". 

Loi communale de la Belgique, expliquée et interprétée par 
les discussions du pouvoir législatif. Par M. J.-B. Bivort. 
Bruxelles, 1844, in-8». 

Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la 
maison de Bourgogne. Par M. Edward Le Glay. Bruxelles, 1843, 
2 volumes , in-8°. 

Éloge de Guillaume Marcquis. Par M. C. Broeckx. Anvers, 
1844, in-8». 

Journal historique et littéraire de Liège. Tome X, livr. 12, 
avril 1844. Liège, ia-8". 

Catalogue de livres anciens et modernes de A. Fandalc. 2° 
catalogue de 1844. Bruxelles, in-8. 



( 283 ) 

Annales et bulletin de la Société de médecine de Gand. Année 
1844, mars, l-i= vol., SMivr. Gand, in-S". 

jénnales de la société viédico-chiriirgicale de Bruges. Tome V, 
année 1844, V" livr. Bruges, in-8°. 

Rapport à M. le Ministre de l'intérieur , sur un manuscrit 
grec et deux manuscrits latins des lettres de Phalaris, déposés à 
la bibliothèque royale. Par M. Ph. Bernard. Bruxelles, 1844, in-8°. 

Histoire des doctrines religieuses. Par M. M.-J.-F. Ozeray. 
Paris, 1843, 1 vol. in-8". 

Des vices de la législation pénale belge et des améliorations 
quelle réclame. Par M. le chevalier De le Bidart de Thumaide. 
Mons, 1844, 1 vol. in-8". 

Des améliorations que réclame la législation pharmaceutique 
belge. Parle même. Mons, 1844, 1 vol. in-8°. 

Description des animaux fossiles qui se trouvent dans le ter- 
rain houiller et dans le système supérieur du terrain anthraxi- 
fère de la Belgique. Par M. L. de Koninck , 12" livr. Liège, 
1842, in-4°. 

Notice sur C.-G.-À. Laurillard-Fallot. Par M. le baron de 
Stassart. Liège, 1844, in-S". 

76° exposition de la société royale d'agriculture et de bota- 
nique de Gand. Mars 1844. Gand, in-8°. 

Journal vétéritiaire et agricole de Belgique. 3® année, janv. 
et fév. 1844. Bruxelles, in-8°, 

ytbhandlungcn der Physiologie und Pathologie. Anatomisch- 
niikroskopische Untersuchungen , von Gottlieb Gluge. Jena, 
1841, in-8". 

Subsidia ad illustrandam veterem et recentiorem Belgii topo- 
graphiam. Edidit P.-F.-X. de Ram. Fascilus I et II. Bruxellis, 
1843-44, in-8°. 

Notice sur Nicolas Cleynarts, par M. F. Nève. Luuv.,1844,in-18. 

Littérature historique de l'Jrménie. Histoire d'.4rménie , par 
.lean VI (extrait dcV Université catholique). Par le môme, in-8°. 

Des portraits de femme dans la poésie de l'Inde. Damayanti 
dans la for (t (extrait du Correspondant) ., par le mùme, in-8". 

Bulletin de la société géologique de France, 2" série, tome T', 



( 284 ) 

feuilles 8 h 10 ; toni. XIII, feuilles âS h 39. Paris, 1 843-1 844, in-B". 

Annuaire de la société philotechnique. Tome V, année 1844. 
Paris , 1 vol. in- 18. 

Nouvelles. Par M. J.-C.-F. Ladoucetle , 2" édilion. Paris, 
1844, 1 vol. in-B". 

Progra?nnie de la société des antiquaires de la Morinie, pour 
le concours de l'année 1844, in-4'». 

L'investigateur , journal do V institut historique. 11" année, 
lome IV, 2° série, 14° livr. Paris, 1844, in-8". 

Mémoire sur la découverte de la loi du choc direct , etc. Par 
M. J. Plana, feuilles o, 6 et 13, in-4''. 

Liste des tremblements de terre ressentis en Europe et dans 
les parties adjacentes de l'Afrique et de l'Asie , pendant l'année 
1843. Par M. Alexis Perrey. Paris, in-4°. 

Journal de la société de la viorale chrétienne. 3° série , tome 
I""^, n° 3, Paris, 1844, in-o°. 

Bulletin de la société géologique de France, 2" série, tome I"', 
feuilles 11 à 13,janv. 1844. Paris, in-8". 

The numismatic chronicle and journal of the numismatic 
Society. Edited by John Yonge Akerman , octobre 1843, n° 22. 
London , in-8°. 

Report on the central high school, for the year ending julij 
1842. Addressed to the committee of the board of controllers of 
the public schools. By A.-D. Bâche. Philadelphia, 1843, in-8°. 

Article IX. Observations ofthe magnetic intensitij at twenty- 
one stations in Europe. By the same, in-4°. 

Archiv der Mathematik und Physik. Herausgegeben von 
J.-A.Grunnert, IV^" Theil , S'«" Heft. Greifsvvald, 1843, in-8". 

Commentarii critici in codices bibliothecae academicae Gis- 
sensis graecos et latinos ^ etc. Scripsit E.-G. Otto. Gissae, 1842, 
1 vol. petit in-fol. 

Dydragen tôt de geschiedenis , oudheden , letteren , enz. , dcr 
provincie Nord-Braband. Door D"" C.-R. Hermans, eerstesluk. 
'sHertogenbosch, 1843, in-8". 



BULLETIN 

DE 

L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES 

ET 

BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 

1844. — N» 5. 

Séance générale des 7 et S mai. 

M. le baron de Stassart, directeur; 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

CORRESPONDANCE. 



L'association britannique pour l'avancement des scien- 
ces, fait connaître que sa quatorzième réunion aura lieu 
dans la ville d'York et commencera le jeudi , 26 septembre 
prochain. 

L'association des savants italiens annonce également que 
sa sixième réunion aura lieu à Milan , depuis le 12 jusqu'au 
27 .septembre. 

ToM. XI. 21 



( 286 ) 

L'académie reçoit les trois ouvrages manuscrits sui- 
vants : 

1° Considérations sur la nature du produit qui résulte 
de l'action réciproque des acides sulfureux et hypoazotique, 
suivies d'une démonstration expérimentale de la non-exis- 
tence de ce dernier acide dans les cristaux qui se forment 
pendant la fabrication de l'acide sulfurique, par M. le doc- 
teur Koene. Commissaires MM. Stas, de Koninck et de 
Hemptinne. 

2° Notes géologiques sur la Provence, par M. Marcel de 
Serres. Commissaires MM. D'Omaliusd'Halloy et Dumont. 

3° Mémoire sur les lois naturelles inhérentes à l'orga- 
nisation animale, par M. le docteur Sommé, correspondant 
de l'académie. Commissaires MM. Cantraine et Van Be- 
neden. 

M. le Ministre de l'Intérieur transmet quatre-vingts nou- 
velles réponses à la circulaire de l'académie, sur les anti- 
quités nationales. 

M. Galesloot , employé à l'hôtel de ville de Bruxelles , 
communique également des renseignements sur les anti- 
quités du royaume. 



CONCOURS DE 1844. 



L'académie avait proposé, pour le concours de 1844, 
sept questions dans la classe des lettres et sept dans la 
classe des sciences. L'examen des mémoires reçus en ré- 
ponse à quatre de ces questions, a présenté les résultats 
suivants : 



I 



( 287 ) 

CLASSE DES LETTRES. 

En réponse à la question : 

La famille des Berthout a joué , dans nos annales , un rôle 
important. On demande quels ont été l'origine de cette mai- 
son , les progrès de sa puissance et l'influence qu'elle a exercée 
sur les affaires dupays. 

L'académie n'a reçu qu'un seul mémoire; et après avoir 
entendu ses commissaires MM. le baron de Reiffenberg, 
Willems et le chanoine de Ram, elle a décerné une mé- 
daille d'or à l'auteur, M. le chevalier Félix Vandenbranden 
de Reeth, conseiller communal à Malines. 

M. le baron de Reiffenberg a présenté le rapport suivant 
sur ce travail : 

« Un mémoire sur la famille Berthout ne peut fournir 
à l'écrivain l'occasion de tracer des récits animés, de pein- 
dre et d'intéresser à la fois, ni de se livrer à ces considé- 
rations politiques et morales qui appartiennent à la philo- 
sophie de l'histoire. Il serait injuste d'exiger que l'auteur 
eût mis dans son travail ce qu'il ne pouvait y mettre. Il 
avait à traiter un sujet de critique et de minutieuse érudi- 
tion ; il me semble qu'il s'est acquitté dignement de sa tâche. 
Son style est ce qu'il doit être, simple, clair, facile. Ses 
recherches paraissent faites avec soin , et les résultats aux- 
quels il parvient, conformes à la vérité. Il a fort bien dé- 
brouillé, suivant moi, une matière qui, malgré sa séche- 
resse apparente, a aussi son intérêt, puisqu'elle tend à 
éclaircir l'ancienne organisation féodale du pays. L'auteur, 
sans s'arrêter aux opinions reçues, remonte à l'origine de 
la puissance des Berthout; il détruit quelques-uns de ces 



( ÈM ) 
comtés dont des généalogistes ignorants on complaisants 
ont surchargé nos annales. 

A l'article de Florent Berthout, il examine si, comme 
l'avance Froissard, ce seigneur fut un riche marchand, 
assertion qui scandalisa jadis quelques savants de Malines. 
L'auteur, moins chatouilleux, mais ami de l'exactitude, 
rejette le rapprochement qu'on avait établi entre les Ber- 
thout et les Médicis. 

En résumé, je regarde le mémoire, portant l'épigraphe 
Aiisi... celebrare domestica fada, comme remplissant toutes 
les conditions requises, et je propose pour l'auteur la mé- 
daille d'or. » 

MM. le chanoine De Ram et Willems ont adhéré aux 
conclusions de ce rapport; seulement le dernier commis- 
saire a exprimé le regret que l'auteur du mémoire n'ait 
point consulté certaines chroniques du XIIP et du WJ" 
siècle, danslesquelleslesBerthoutfigurent très-activement, 
par exemple la relation de la bataille de Woeringen, par 
Van Heelu, les Brabanlsche Yeeslen et autres annales con- 
temporaines. Les diplômes imprimés à la suite de ces chro- 
niques mentionnent très-souvent les noms de ces illustres 
Malinois. 

L'académie a décidé que l'auteur serait invité à avoir 
égard à ces observations. 

La classe des lettres a reçu également un mémoire eu 
réponse à la question suivante : 

Les anciens Pays-Bas autrichiens ont produit des juris- 
consultes distingués, qui ont publié des traités sur l'ancien 
droit belgique, mais qui sont, pour la plupart, peu connus 
ou négligés. Ces traités, précieux pour l'histoire de l'an- 



I 



( 289 ) 
cicuoe législation nationale, contiennent encore des no- 
tions intéressantes sur notre ancien droit politique; et, 
sous ce double rapport, le jurisconsulte et le publiciste y 
trouveront des documents utiles à l'histoire nationale. 

L'académie demande qu'on lui présente une analyse rai- 
sonnée et substantielle, 2)ar ordre chronologique et de matiè- 
res, de ce que ces divers ouvrages renferment déplus remar- 
quable pour l'ancien droit civil et politique de la Belgique. 

M. Grandgagnage, premier commissaire, a soumis à l'a- 
cadémie les considérations qui suivent, au sujet de ce 
travail. 

« J'ai présenté l'an dernier un rapport assez étendu sur 
le mémoire ou plutôt sur l'ouvrage soumis en ce moment 
au jugement de l'académie, et, d'accord avec mes collè- 
gues, MM. Steur et de Gerlache, j'ai demandé que la ques- 
tion fût remise au concours. Depuis ce premier rapport 
l'ouvrage a reçu de notables améliorations, et s'est même 
considérablement augmenté. Composé jusqu'à présent (et 
il n'est pas fini) de deux volumes presqu'in-folio, il ren- 
ferme dans le premier de ces volumes toute une histoire de 
la jurisprudence en Belgique, histoire que l'auteur a judi- 
cieusement divisée en quatre périodes, où il passe successi- 
vement en revue la vie et les écrits de nos jurisconsultes, 
depuis l'époque de la renaissance des études de droit, et 
même un peu plus haut, jusqu'à la fin du dernier siècle. Le 
second volume présente le tableau de notre ancienne légis- 
lation. C'est réellement le code général de l'ancien droit 
belgique que l'auteur s'est proposé de faire, mais, on le voit, 
le cadre était immense; et une année de plus n'a pu suf- 
fire pour le remplir entièrement. Nous pensons que l'aca- 
démie ne satirait témoigner trop haut sa satisfaction à 



( 290 ) 
l'auleur pour l'importance et la grandeur de l'œuvre qu'il 
a entreprise ; mais nous sommes au regret de ne pouvoir 
faire dès maintenant en sa faveur une proposition défini- 
tive. Ce serait peut-être manquer au désir qu'il paraît ex- 
primer lui-même, ce serait surtout risquer de compromet- 
tre la perfection d'un travail qui n'est pas entièrement 
achevé. Voici ce que nous lisons dans l'avant-propos de 
l'ouvrage : 

« Le temps pressait. Les matières abondaient. Nous de- 
» viens donc nous restreindre dans le code civil aux ma- 
» tières d'une utilité presque actuelle, aux matières les plus 
» coutwnières. Ces motifs nous ont porté à traiter de pré- 
» férenceavec quelque étendue les servitudes, les succes- 
» sions , et le contrat de mariage. Nous regrettons que le 
» temps ne nous ait pas permis de mettre au net les maté- 
» riaux recueillis pour les litres de la vente, des hypothè- 
B ques, du louage et de la prescription ; nous n'avons même 
B pu mettre la dernière main au chapitre des hypothèques, 
» relati f à to saisine et aux œuvres de loi » 

» Un peu plus bas l'auteur dit encore : 

« Nous aurions désiré ardemment avoir plus de temps 
» pour approfondir mieux ce sujet vaste et neuf, et surtout 
» pour revoir le mémoire sous le rapport du style. Si l'aca- 
» demie jugeait digne d'impression notre travail ou seule- 
» ment une partie, nous pourrions lui donner une forme 
» meilleure » 

» Je crois donc entrer dans les vues de l'auteur, en vous 
proposant d'étendre encore d'une année le terme du con- 
cours. Son travail ne peut être convenablement scindé ; et il 
serait vraiment malheureux de laisser imparfaite une œuvre 
aussi importante, et qui doit être éminemment utile, en 
mettant à la portée de l'époque actuelle les notions et la 



( 291 ) 
langue même d'une antique législation qui se perd. Du 
reste, j'ose exprimer l'espérance que l'académie, lors du 
jugement délinitif , ne se bornera pas à décerner la mé- 
daille ordinaire pour une œuvre qui sort réellement de la 
ligne ordinaire, et qui d'ailleurs aura exigé plus de quatre 
années d'étude et de travail; et j'ai lieu de croire que cha- 
cun de nous sera d'avis d'accorder à l'auteur un prix plus 
considérable. » 

Conformément à l'avis de M. Grandgagnage et de M. le 
baron de Gerlache , second commissaire , l'académie a dé- 
cidé que la question serait remise au concours pour l'an- 
née 1846. 

CLASSE DES SCIENCES. 

Deux mémoires ont été envoyés à l'académie en réponse 
à la question : 

Étendre aux surfaces, la théorie des points singuliers des 
courbes. 

MM. Timmermans , Pagani et Verhulst , ont présenté sur 
ces ouvrages le rapport suivant : 

« Dans le premier , ayant pour épigraphe : Tout se tient 
dans la chaîne des vérités,ï auteur entre en matière en éta- 
blissant d'abord une théorie des points singuliers des 
courbes, fondée sur la considération des paraboles oscula- 
trices d'un ordre quelconque. Passant ensuite aux surfa- 
ces, il substitue à celles qui lui sont données, des surfaces 
paraboloïdales osculatrices, dont la discussion lui fournit 
des moyens très-simples pour reconnaître l'existence de 
certains points singuliers; mais l'avantage qu'oflVe cette 
méthode sous le rapport de la simplicité, se trouve bien 
compensé par le défaut de généralité. En eflet, outre que 



( 292 ) 

les surfaces paraboloïdales ne présentent pas tous les gen- 
res de points singuliers, on conçoit que la substitution doit 
souvent être illusoire dans les points de la surface où se pré- 
sente une solution de continuité, c'est-à-dire là précisément 
où la substitution devrait être faite pour offrir de l'utilité. 

» Il est à remarquer aussi que l'auteur n'a pas fait men- 
tion des ombilics, ne fût-ce que pour les comprendre dans 
une classiflcation générale des points singuliers des sur- 
faces, ou pour rappeler les recherches intéressantes dont 
ils ont été l'objet de la part de Monge , de Poisson , de M. 
Dupin et d'autres géomètres contemporains. Cette lacune , 
ainsi que d'autres moins importantes , nous portent à soup- 
çonner qu'il n'aurait pas eu le temps d'achever son travail, 
qui se recommande d'ailleurs par beaucoup de méthode et 
de clarté. 

» Il est à regretter que ce genre de mérite ne se trouve 
pas au même degré dans le mémoire n° 2 , marqué de la 
lettreR.Demême que l'auteur du premier mémoire, celui- 
ci commence par exposer une théorie des points singuliers 
des courbes, en suivant une marche en quelque sorte in- 
verse de celle qui est généralement adoptée, c'est-à-dire , 
qu'au lieu de remonter de la connaissance d'un point sin- 
gulier au caractère analytique qui le spécilie, il part d'une 
Ibrme d'équation déterminée pour établir, par la discus- 
sion, les caractères analytiques propres à chaque espèce de 
point remarquable qu'offre la courbe représentée par l'é- 
quation. 

» Cette partie du mémoire, qui , du reste, n'est que fort 
secondaire , laisse peut-être à désirer sous le rapport de la 
généralité; mais l'auteur abordant ensuite la question qui 
fait l'objet du concours , c'est-à-dire la théorie des points 
singuliers des surfaces, se montre complètement à la hau- 
teur de son sujet, par la variété des méthodes qu'il em- 



( 293 ) 
ploie pour reconnaître l'existence des points singuliers 
dont il a établi les caractères analytiques. La théorie des 
points multiples surtout est traitée dans son mémoire 
avec beaucoup d'étendue. Malheureusement , au défaut de 
clarté que nous avons déjà signalé, se joignent plusieurs 
inexactitudes de détail et un certain manque de correc- 
tion dans le style et d'élégance dans les formules, qui nous 
empêchent de regarder cette composition comme ayant en- 
tièrement rempli le vœu de l'académie. 

» En conséquence, nous avons l'honneur de vous pro- 
poser de décerner une médaille d'argent à l'auteur du 
second mémoire , d'accorder une mention honorable à 
l'auteur du premier mémoire , et de remettre la question 
au concours de cette année. Si les deux concurrents ren- 
trent dans la carrière que nous désirons leur voir ouvrir 
de nouveau , il est probable que nous ne serons plus obli- 
gés de restreindre nos éloges. 

» Un troisième mémoire ayant pour titre : Coup d'œil sur 
les principes de la science mathématique a été envoyé au con- 
cours; mais comme le sujet est entièrement étranger à la 
question proposée par l'académie, nous pensons qu'il n'y a 
pas lieu de nous prononcer sur le mérite de cette pièce. » 

Conformément à ces conclusions, l'académie a décerné 
une médaille d'argent à M. H. Simonis de Gand, et une 
mention honorable à l'auteur du mémoire portant l'épi- 
graphe : Tout se tient dans la chaîne des vérités. 

La classe des sciences avait encore proposé au concours 
la question suivante : 

Eclaircir par des observations nouvelles le phénomène de 
la circulation dans les insectes, en recherchant si on peut la 
reconnaître dans les larves des différents ordres de ces 
animaux. 



( 294 ) 
MM. Charles Morren et Van Beueden ont donné succes- 
sivement lecture des rapports suivants , sur le seul mé- 
moire qui ait été présenté au concours. 

Rapport de M. Charles Morren. 

«s La nature suit dans l'organisation des êtres une mar- 
che à la fois si uniforme et si graduée que, lorsque se 
présente une exception aux lois générales , l'esprit se 
prend malgré lui à douter. Ainsi la circulation , ce trans- 
port du fluide vivant d'un centre de répulsion vers les 
parties périphériques, et ce retour de ces mêmes parties 
vers le centre, la circulation aperçue chez l'homme par 
Servet, démontrée par Harvey, devinée chez les plantes 
par notre illustre anatomiste bruxellois Spiegel , retrouvée 
ensuite successivement dans toutes les classes du règne 
animal , même dans les animalcules microscopiques, par 
celte phalange d'observateurs dont la science s'honore; la 
circulation semble une fonction tellement inhérente à la 
vie, qu'on a de la peine à se figurer un plan d'organisation 
où celle-ci se manifeste sans l'existence du torrent circu- 
latoire. Aussi, lorsque le grand Cuvier, mettant en rap- 
port ses magnifiques autopsies de mollusques, où il venait 
précisément de constater le développement considérable 
de l'appareil sanguin avec les admirables anatomies d'in- 
sectes que lui avaient léguées Swammerdam et notre maes- 
Irichtois Lyonet , dut expliquer comment le mollusque 
et l'insecte vivaient, l'un pourvu de riches vaisseaux et 
l'autre présentant à peine le simulacre d'un cœur et le 
rudiment d'un appareil vasculaire; il ne le put qu'en re- 
montant au principe même, au dernier résultat que veut 
accomplir la nature en faisant circuler dans l'être animé 



( 295 ) 
le fluide vital. Le sang pour lui portail la vie aux organes 
en leur portant le principe de l'air, l'oxygène; de sorte 
que si l'air lui-même allait trouver les organes, le but 
était accompli , et l'appareil circulatoire pouvait s'amoin- 
drir et disparaître. Cuvier le disait sans détour : la vie 
comportait pour essence une combinaison de l'air avec 
l'organisme. 

» La ricbesse de développement qu'acquiert chez les in- 
sectes l'appareil de la respiration , ces innombrables tra- 
chées spiraloïdes qui s'insinuent dans tous les organes 
semblaient, en eflet, donner gain de cause aux principes 
qui avaient guidé l'Aristote du XIX^ siècle dans sa distri- 
bution du règne animal en ses quatre embranchements. 
Le temps vint néanmoins modifier ces doctrines. D'excel- 
lents observateurs, Carus , Newport, Dugès, Wagner, Eh- 
renberg, Behn, Gruthuisen et d'autres annoncèrent suc- 
cessivement qu'il y avait un véritable torrent circulatoire 
dans les insectes, et même, chose intéressante, c'est dans 
les membres , parties périphériques , que ce mouvement 
du sang fut d'abord et le mieux aperçu. Or, l'observation 
est dans les sciences naturelles d'une importance si grande 
qu'un seul fait bien constaté eût pu ébranler le principe 
de Cuvier. On le conçoit, à la vue de noms si respectables 
et si nombreux, le doute était de rigueur. De plus, ces 
observateurs n'étaient pas d'accord entre eux. Les uns ad- 
mettaient un appareil circulatoire à vaisseaux, mais orga- 
nisé de manièreque le sang, arrivé aux limitesde l'appareil, 
en sortait et s'épanchait dans la trame des organes; les 
autres, au contraire, croyaient à l'exislence d'un assem- 
blage de vaisseaux clos, organisés sur le plan général de 
l'appareil sanguin, tel qu'on le trouve dans les autres clas- 
ses. Cuvier trouva encore dans M. Léon Dufour un ardent 



( -296 ) 
défenseur , et comme il arrive d'ordinaire dans les progrès 
^de la science , la vérité ne put être connue qu'après des 
allégations, des dénégations et toutes les luttes de la dis- 
cussion. 

» C'est au milieu de cet état de choses que l'académie 
royale des sciences et des belles-lettres de Bruxelles mit 
au concours la question sur la circulation du sang dans 
les insectes, sujet vaste et important : vaste, car, pour le 
résoudre, il exigeait beaucoup d'érudition, de connais- 
sances de faits écrits et d'autres que la nature offre direc- 
tement; il exigeait de plus un grand nombre d'observa- 
tions nouvelles, ces observations sont délicates et difficiles; 
important, car qui oserait nier la haute valeur de l'ana- 
lomie comparée pour l'entente de la nature et de ses 
règnes, et pour la connaissance de l'homme, la physio- 
logie et surtout pour les sciences médicales elles-mêmes. 
L'académie a reçue en réponse un mémoire portant pour 
épigraphe : La vérité n'est que dans l'observation. Ce tra- 
vail est accompagné de planches et de préparations. 

» Un rapport, jugement motivé, embrasse d'ordinaire la 
question historique et fait ressortir en quoi le nouveau 
travail diffère de ceux qui l'ont précédé. Celte tâche ne 
pourrait aujourd'hui incomber au rapporteur sans le forcer 
à copier pour ainsi dire l'introduction du mémoire même 
envoyé au concours. L'auteur paraît appartenir à ces pays 
où l'érudition est en honneur; il a une parfaite connais- 
sance de l'état des esprits, et à la conscience des citations 
il joint une entente des langues qui lui permet d'embras- 
ser les différentes nations de l'Europe. Le rapporteur ne 
saurait donc , sans nuire à l'intérêt que doit inspirer la 
lecture de ce mémoire, entamer la question historique. 
Ce qu'il en a dit plus haut suffira sans doute pour mon- 



( 297 ) 
lier de quel point de vue il envisage le sujet, et com- 
ment l'académie peut juger en toute connaissance de 
cause. 

» Sous le rapport de l'érudition , nous ne pouvons donc 
que rendre justice à l'auteur. Sous le rapport des obser- 
vations nouvelles, nous n'avons aussi qu'à lui adresser des 
félicitations, ses anatomies sont parfaites, ses planches 
sont dignes de rivaliser avec celles de Lyonet, de Straus- 
Durckheim , de Newport , enfin , de ce qu'il y a de mieux en 
ce genre. Prendre les insectes à tous les âges, les examiner 
dans tous les ordres et trouver partout des signes non 
équivoques d'un système circulatoire complet à vaisseaux 
déterminés, tel est le résultat définitif en lequel se résume 
ce beau travail. 

» Cependant, nous ne le dissimulons pas : à côté d'un tel 
succès, il y a quelques défauts à déplorer. L'auteur aime 
les digressions, il les aime trop. Sa pensée, un peu diffuse, 
tend singulièrement à la généralisation. Que de fois il 
s'élève de l'insecte à l'homme, et de l'homme aux astres; 
le tout à propos de quelques vaisseaux de chenille ! Sans 
doute, pour le naturaliste tout est grave, sérieux et di- 
vin dans la nature; mais, dans une question de faits , abu- 
ser de ces élans , c'est nuire à l'intérêt principal, c'est ra- 
petisser le sujet à force de l'élever. D'ailleurs, ce mémoire 
devant être fortement châtié sous le rapport de la langue, 
on pourra facilement élaguer quelques pages oiseuses et 
concentrer ainsi les vérités utiles pour leur donner encore 
plus de force. Le travail ne pourra que gagner à ces légers 
changements , d'autant plus excusables qu'il est évident 
que la langue française n'est pas celle du pays où ce mé- 
moire a été rédigé. 

» Si donc pour la forme nos éloges ont quelque reslric- 



( 298 ) 
tion , nous devons nous empresser de déclarer que pour le 
fond ils sont sans réserve, et nous n'hésitons pas à regar- 
der ce travail comme l'un des plus beaux que la compagnie 
ait reçus pour les sciences naturelles : il remplit parfai- 
tement le but que l'académie avait en vue, et nous lui 
proposons d'accorder à l'auteur la médaille d'or et les 
honneurs de l'impression, d 



Rapport de M. Van Beneden. 

« Le mémoire qui a pour épigraphe La vérité n'est que 
dans l'observation , répond tout à fait à la question. S'il ne 
contient point de faits entièrement neufs, il faut sans doute 
l'attribuer à la nature de la question; les anatomistes les 
plus distingués s'étaient déjà beaucoup occupés dans ces 
dernières années, du phénomène de la circulation chez les 
insectes, et nos moyens d'investigation n'ont guère été per- 
fectionnés depuis. 

» La préface de ce mémoire est passablement longue, peu 
claire, d'un style assez négligé et remplie de considérations 
générales que l'on n'aime pas de trouver du moins en aussi 
grand nombre dans un ouvrage de pure observation. 

»L'auteurénumèreàla finde sa préface les travaux écrits 
sur ce sujet, et qui ne sont point mentionnés dans l'ou- 
vrage estimé de notre savant confrère M. Lacordaire. Il était 
inutile, dit l'auteur avec raison, de donner toute la litté- 
rature, puisqu'elle est bien faite par M. Lacordaire. 

» Ce mémoire est divisé en deux chapitres : dans le pre- 
mier, qui a pour objet de prouver l'existence de la circu- 
lation chez les insectes, l'auteur nous semble se donner 
trop de peine pour combattre M. Léon Dufour, le seul 



( 299 ) 
aujourd'hui qui n'accorde point de cœur aux animaux de 
celte classe. Ce chapitre est trop long, et sans rien perdre 
de son importance, il pourrait se réduire au quart. 

» Sous forme de tableau , l'auteur a placé à la fin de ce 
même chapitre les insectes des différents ordres (Rhipip- 
tères exceptés) dans lesquels la circulation a été constatée, 
soit par ses devanciers, soit par lui-même. Beaucoup de 
personnes pourront se dire, après la lecture de ce chapitre, 
qu'elles n'y ont rien appris. L'auteur y fait preuve d'une 
grande érudition; il a consulté les bons ouvrages écrits 
dans les différentes langues européennes. 

» Dans le second chapitre, l'auteur fait connaître le résul- 
tat de ses observations; ce chapitre doit donc être le plus 
important. 

» ïl s'agit de savoir d'abord si le cœur est réellement com- 
posé tel que se le figurent les anatomistes qui se sont occu- 
pés en dernier lieu de ce sujet; l'auteur arrive à ce résul- 
tat : qu'il faut considérer la partie cardiaque du vaisseau 
dorsal comme un seul appartement, ainsi que l'a déjà fait 
justement Réaumur. 

» Il lui a été impossible de bien distinguer les trois mem- 
branes que MM. Slraus et Newport distinguent dans les 
parois du vaisseau dorsal. 

» Les ailes du cœur ne sont pas de nature musculaire. 
Elles forment une gaîne autour du vaisseau , qui lui sem- 
ble être la troisième membrane des auteurs et le sinus vei- 
neux de M. R. Owen. 

» Sans oser le nier, l'auteur ne croit pas que le vaisseau 
dorsal se divise en avant comme le pensent MM. Bower- 
bank et Newport, ni qu'il y ait des rameaux dans tout le 
corps. Il pourrait y avoir de courtes ramifications à l'ex- 
trémité antérieure; le liquide injecté s'est toujours épanché 
au sortir du vaisseau. 



( 300 ) 

» Il semble probable h l'auteur qu'il existe, outre le cou- 
rant d'arrière en avant dans le vaisseau dorsal , d'autres 
mouvements ondulatoires en sens inverse, du moins chez 
l'insecte parfait. Il y aurait quatre courants principaux de 
ces ondes : un sous le vaisseau dorsal , un autre à la partie 
ventrale, sous la chaîne nerveuse, et deux le long des troncs 
latéraux de chaque côté. Ou verrait donc confirmées, comme 
le reconnaît l'auteur, les observations faites par Malpighi 
et Réaumur ; contrairement à ce que M. Carus a prétendu , 
la circulation serait plus complète chez des insectes par- 
faits que dans des larves. 

» Nous aurions désiré que l'auteur se fût étendu davan- 
tage sur le corps mobile découvert par M. Behn dans les 
insectes hémiptères. Il reste là une petite lacune. 

» L'auteur décrit et figure enfln avec plus de précision 
et de clarté, différentes dispositions anatomiques sur les- 
quelles les opinions n'étaient pas encore complètement 
arrêtées, et c'est à nos yeux un grand mérite. Rassembler 
tous les matériaux épars sur un point indécis, vérifier les 
faits acquis , et en modifier quelques-uns par des observa- 
tions nouvelles et représenter le tout sur des planches fort 
claires et très-intelligibles, c'est équarrir une pierre de 
l'édifice sur laquelle on pourra avec assurance en placer 
de nouvelles. C'est là le caractère du travail soumis à notre 
examen. 

» Le peu de temps que ce mémoire a été entre nos mains 
ne nous a guère permis que de le parcourir rapidement. Nous 
n'avons donc pas vérifié les citations , et nous n'avons pas 
cherché non plus à nous assurer par l'observation directe 
de l'exactitude de ces recherches. Mais le fini des dessins, 
l'exposition des faits et les soins minutieux dont il a fallu 
s'entourer pour commencer l'étude d'un sujet aussi délicat, 



{ 301 ) 
nous donnent la persuasion que ces observations ont été 
recueillies avec une consciencieuse attention. 

» En résumé, ce mémoire est fait avec soin, si on met de 
côté le style et les digressions; il montre dans l'auteur un 
habile observateur et un naturaliste instruit, qui est au 
courant de la littérature ancienne et nouvelle. On voit aussi 
que l'auteur a l'habitude du microscope, qu'il sait fort bien 
éviter les causes d'erreur et qu'il y joint l'inappréciable avan- 
tage de représenter fort bien lui-mêmeles objets. Le mémoire 
en effet est accompagné de trente figures fort bien dessinées. 

» Si l'académie est dans l'usage de donner la médaille d'or 
à tout mémoire qui remplit les conditions que le sujet ré- 
clame , nous sommes d'avis d'accorder à l'auteur le grand 
prix. » 

M. Wesmael , troisième commissaire, adhère aux con- 
clusions des rapports précédents, en n'admettant toutefois 
l'impression du mémoire que comme conditionnelle; l'a- 
cadémie a décerné ensuite sa médaille d'or à M. Verloren , 
d'Utrecht, auteur du travail soumis à son jugement. 

M. Verloren sera invité à revoir son mémoire avant l'im- 
pression , et à vouloir bien avoir égard aux observations 
de MM. les commissaires. 



L'académie propose, pour le concours de 1845, les 
questions suivantes : 

CLASSE DES LETTRES. 

PREMIÈRE QUESTION. 

Quel était l'état des écoles et autres établissements d'in- 
ToM. XI. 22 



( 302 ) 
slruction publique en Belgique , depuis Charlemagne jusqu'à 
l'avènement de Marie-Thérèse? Quels étaient les matières 
qu'on y enseignait, les méthodes qu'on y suivait, les livres 
élémentaires qu'on y employait , et quels professeurs s'y dis- 
tinguèrent le plus aux différentes époques ? 

DEUXIÈME QUESTION. 

Faire l'histoire de l'état militaire en Belgique, depuis 
Philippe-le-Hardi jusqu'à Vavénement de Charles-Quint , en 
donnant des détails sur les diverses parties de l'administra- 
tion de l'armée , en temps de guerre et en temps de paix. 

L'académie désire que le mémoire soit précédé, par 
forme d'introduction , d'un exposé succinct de l'état mili- 
taire en Belgique dans les temps antérieurs, jusqu'à la 
maison de Bourgogne. 

TROISIÈME QUESTION. 

Les anciens Pays-Bas autrichiens ont produit des juris- 
consultes distingués , qui ont publié des traités sur l'ancien 
droit belgique, mais qui sont, pour la plupart, peu connus 
ou négligés. Ces traités, précieux pour l'histoire de l'an- 
cienne législation nationale, contiennent encore des no- 
tions intéressantes sur notre ancien droit politique; et, 
sous ce double rapport, le jurisconsulte et le publicisle y 
trouveront des documents utiles à l'histoire nationale. 

L'académie demande qu'on lui présente une analyse rai- 
sonnée et substantielle , par ordre chronologique et de ma- 
tières, de ce que ces divers ouvrages renferment de plus 
remarquable pour l'ancien droit civil et politique de la Bel- 
gique. 



( 303 ) 

QUATRIÈME QUESTION. 

Les ducs et comtes qui ont régné dans l'ancienne Bel- 
gique , quelques évoques , des seigneurs et des corporations 
religieuses, ont battu monnaie tantôt au nom de leurs 
suzerains et au leur , tantôt en leur propre nom seulement. 

On demande vers quelle époque ils ont commencé , dans 
chaque localité, à battre des monnaies , tant en or qu'en ar- 
gent, et comment ils sont parvenus à exercer ce droit. 

CINQUIÈME QUESTION. 

Quelles ont été, jusqu'à l'avènement de Charles-Quint, les 
relations politiques et commerciales des Belges avec VAn- 
gleterre. 

SIXIÈME QUESTION. 

Comment, avant le régne de Charles-Quint, le pouvoir 
judiciaire a-t-il été exercé en Belgique? Quels étaient l'organi- 
sation des différents tribunaux, les degrés de juridiction , 
les lois ou lajurisprudence d'après lesquelles ils prononçaient ? 

SEPTIÈME QUESTION. 

Faire un exposé raisonné des systèmes qui ont été pro- 
posés pour l'éducation intellectuelle et morale des sourds- 
muets; établir un parallèle entre les principales institutions 
ouvertes à ces infortunés dans les différents pays , en expo- 
sant les divers objets de l'enseignement , les moyens d'in- 
struction employés , le degré d'extension donné à l'application 
de ces moyens dans chaque institution, et, enfin, déterminer, 
d'après un examen comparé de ces moyens d'enseignement ^ 
ceux auxquels on doit accorder la préférence. 

Par son arrêté du 7 juin 1843 , le Roi , sur la proposi- 



(304) 
lion de M. Nolhomb, ministre de l'intérieur, a bien voulu 
ajouter une somme de 600 francs au prix de l'académie , 
pour le meilleur mémoire en réponse à la question précé- 
dente. 

CLASSE DES SCIENCES. 

PREMIÈRE QUESTION. 

Étendre aux surfaces la théorie des points singuliers des 
courbes. 

DEUXIÈME QUESTION. 

Exposer et discuter les diverses explications données jus- 
qu'à ce jour sur les explosions des machines à vapeur. 

TROISIÈME QUESTION. 

Exposer et apprécier les travaux des géomètres qui ont 
le plus contribué aux progrès de la mécanique céleste , de- 
puis la mort de Laplace. 

QUATRIÈME QUESTION. 

Examiner et discuter les théories qui ont été proposées 
jusqu'à ce jour pour expliquer l'origine de l'électricité vol- 
taïque et le mode d'action des piles. 

CINQUIÈME QUESTION. 

Faire la description des fossiles des terrains secondaires 
de la province de Luxembourg , et donner l'indication pré- 
cise des localités et des systèmes de roches dans lesquels ils 
se trouvent. 

SIXIÈME QUESTION. 

Les nouveaux faits reconnus par M. Amici , relative- 



( 305 ) 
ment à la formation de l'embryon dans les plantes, n'é- 
tant pas d'accord avec la théorie publiée sur le même 
sujet par MM. Schleiden, Wydler, De Martius et d'autres, 
l'académie désire un mémoire où ces observations soient dis- 
cutées et où soient consignées de nouvelles recherches sur 
l'embryogénie végétale. 

SEPTIÈME QUESTION. 

Exposer et discuter les travaux et les nouvelles vues des 
physiologistes et des chimistes sur les engrais et sur la fa- 
culté d'assimilation dans les végétaux. Indiquer en même 
temps ce que l'on pourrait faire pour augmenter la richesse 
de nos produits agricoles. 

L'académie demande que le travail soit appuyé d'expé- 
riences. 

Le prix de chacune de ces questions sera une médaille 
d'or de la valeur de six cents francs. Les mémoires doivent 
être écrits lisiblement en latin , français ou flamand , et se- 
ront adressés, francs de port, avant le 1" février 1845 , à 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 



PRIX EXTRAORDINAIRE 

de 5,000 francs accordé par le Gouvernement. 

L'époque d'Albert et Isabelle est remarquable dans l'his- 
toire de la Belgique. Pour la première fois, le pays, ra- 
mené à l'unité, eut une administration nationale. Pendant 
cette période, il juoduisit une foule d'hommes distingués 
et exerça au dehors une puissante influence. L'académie 



( 306 ) 
demande une Histoire du règne de ces princes. Ce travail 
devrait s'étendre jusqu'à la mort d'Isabelle. 

On sent que ce n'est pas un simple mémoire qu'elle at- 
tend, maisunlivrequi unisse au mérite du fond celui delà 
forme, et où le sujet soit traité dans toute sa plénitude, 
c'est-à-dire sous les différents rapports de la politique in- 
térieure et extérieure, de l'administration , du commerce, 
de l'état social , de la culture des sciences , des lettres et des 
arts. Pour la complète intelligence des faits, l'ouvrage de- 
vra présenter , comme introduction , le tableau de la situa- 
lion de nos provinces à l'avènement des archiducs. 

Le travail des concurrents devra être remis avant le 1" 
février 1845. 

L'académie propose dès à présent , pour le concours de 
1846, les questions suivantes : 

CLASSE DES LETTRES. 



PREMIERE QUESTION. 

// existe un grand nombre de documents écrits dans les 
dialectes de l'Allemagne et appartenant aux VII', Vlir, 
IX^, X" et XI" siècles ; ils sont indiqués clans la préface de 
TAlthoclideutscher Sprachschalz de Graff, mais on ne con- 
naît guère d'écrits rédigés dans la langue teutonique usitée 
en Belgique antérieurement au XII" siècle. On demande : 
i° Quelle est la cause de cette absence de manuscrits belgico- 
germaniques? 2° Quelle a été la langue écrite des Belges-Ger- 
mains avant le XII" siècle? 3° Peut -on admettre que les 
Niederdeutsche Psalmen aus der Karolinger-Zeit, pwWîVs 
par Von der llagcn, le Heliand récemment mis au jour par 



( 307 ) 
Schmeller, et quelques autres ouvrages, appartiennent à la 
langue écrite dont on faisait usage en Belgique? 

DEUXIÈME QUESTION. 

On demande de rechercher d'une manière approfondie 
l'origine et la destination des édifices appelés basiliques dans 
l'antiquité grecque et romaine, et de faire voir comment la 
basilique païenne a été transformée en église chrétenne. 

TROISIÈME QUESTION. 

Faire l'histoire de l'impôt en Belgique, depuis les temps 
les plus reculés jusqu'à l'invasion française. 

L'académie désire qu'en répondant à cette question , 
on détermine les différentes espèces d'impôts, qui les 
frappait, et quel était le mode de leur perception? 

QUATRIÈME QUESTION. 

Assigner les causes des émigrations allemandes au XIXe 
siècle, et rechercher l'influence exercée par ces émigrations 
sur les mœurs et la condition des habitants de l'Allemagne 
centrale. 

CLASSE DES SCIENCES. 

Sur trois millions d'hectares de terre que renferme la 
Belgique, près de 300,000 sont encore incultes, spéciale- 
ment dans la Campine et les Ardennes. Déjà de nombreu- 
ses expériences ont été faites dans ces provinces où les 
landes abondent. 

L'académie demande une dissertation raisonnée sur les 
meilleurs moyens de fertiliser les landes de la Campine et 



( 308 ) 

des Ardennes , sous le triple point de vue de la création de 
forêts, de prairies et de terres arables. 

Le prix de chacune de ces questions sera également une 
médaille d'or de la valeur de six cents francs. 

L'académie exige la plus grande exactitude dans les ci- 
tations; à cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer les 
éditions et les pages des ouvrages qu'ils citeront. 

Les auteurs ne mettront point leurs noms à leurs ou- 
vrages, mais seulement une devise, qu'ils répéteront sur 
un billet cacheté, renfermant leur nom et leur adresse. On 
n'admettra que des planches manuscrites. Ceux qui se fe- 
ront connaître, de quelque manière que ce soit, ainsi que 
ceux dont les mémoires seront remis après le terme pres- 
crit, seront absolument exclus du concours. 

L'académie croit devoir rappeler aux concurrents que 
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils 
sont déposés dans ses archives, comme étant devenus sa 
propriété , sauf aux intéressés à en faire tirer des copies 
à leurs frais, s'ils le trouvent convenable, en s'adressant 
à cet effet au secrétaire perpétuel. 



RAPPORTS. 

Mémoire sur les tremblements de terre ressentis en France et 
en Belgique, depuis le IV^ siècle jusqu'à nos jours (1843), 
par M. Alexis Perrey , prof, suppl. à la faculté des sciences 
de Dijon, Rapport de M. Quetelet. 

« L'étude de la physique du globe a fait sentir la nécessité 
d'énumérer et de classer avec ordre les grands phénomènes 



( 309 ) 
que la nalure manifeste de loin en loin, et particulière- 
ment ceux que les sciences d'observation ne peuvent repro- 
duire, pour en examiner tous les détails. Il importe alors 
de recueillir soigneusement les documents historiques que 
nous ont laissés nos prédécesseurs; c'est le seul moyen 
que nous ayons pour examiner si ces phénomènes ont des 
similitudes entre eux; s'ils sont influencés par les temps et 
les lieux ; s'ils obéissent à des lois de périodicité; s'il existe 
des rapports de simultanéité entre ceux qui, pris isolé- 
ment , sembleraient au premier abord ne dépendre d'au- 
cunes causes communes. 

» C'est ainsi que Mairan et quelques autres physiciens, 
dans le dernier siècle, s'occupèrent de la rédaction de catalo- 
gues des aurores boréales; ces utiles travaux contribuèrent 
à faire reconnaître plusieurs faits importants , et spéciale- 
ment la concomitance qui existe en général entre ces 
phénomènes et les perturbations de l'aiguille magnétique. 

» Chladni, au commencement de ce siècle , rendit éga- 
lement un service aux sciences, en dressant un catalogue 
des chutes d'aérolithes, d'après les historiens de différents 
pays et de différentes époques. Il dissipa les doutes qui 
existaient encore sur plusieurs circonstances remarquables 
relatives à ces phénomènes; et n'eût-il démontré que leur 
réalité, dont on doutait encore, il faudrait lui savoir gré 
de la patience qu'il mit à classer et à discuter tant de docu- 
ments divers. 

» Les succès obtenus par ces premiers essais, ont fait 
sentir le besoin de cataloguer de la même manière tous 
les grands phénomènes de la nature. Malheureusement ces 
travaux sont pénibles, et exigent une grande prudence 
pour ne pas confondre des choses essentiellement diffé- 
rentes, et sur lesquelles lesrécitsdes anciens observateurs 
laissent souvent beaucoup ric vague. 



( 310 ) 

j> On conçoit que les Iremblemenls de lerre raérilentune 
place toute spéciale dans de pareilles énumérations; aussi 
s'est-on occupé depuis longtemps de recueillir les rensei- 
gnements qui les concernent. Ce n'est cependant que de- 
puis le commencement de ce siècle, que l'on a commencé à 
les étudier d'une manière sérieuse. M. Alexis Perrey mé- 
rite, sous ce rapport, d'être particulièrement mentionné. 
Plusieurs de ses mémoires ont été accueillis par l'académie 
royale des sciences avec la bienveillance qu'ils méritent; 
l'auteur s'y est successivement occupé de rechercher leur 
loi de production dans différents pays , et il a cru reconnaî- 
tre que les tremblements de terre sont plus fréquents pen- 
dant l'hiver et l'automne. Cependant ce caractère pourrait 
ne pas être général , comme il le trouve lui-môme pour 
l'archipel des Antilles. 

» Le mémoire qu'il a soumis à l'académie , ne concerne 
que les tremblements de terre ressentis en France et en 
Belgique, depuis le IV^ siècle de l'ère chrétienne. On con- 
çoit qu'un semblable travail n'est point susceptible d'ana- 
lyse, mais il est suivi de remarques où l'auteur discute 
judicieusement les principales conclusions qu'on peut dé- 
duire de ses tableaux. 

» Nous aurions désiré que les sources eussent été citées 
au commencement du mémoire, et que M. Perrey se fût 
borné, dans le texte , à renvoyer à ces sources au moyen de 
lettres conventionnelles pour éviter une prolixité de cita- 
tions, qui fatigue plus ou moins le lecteur. 

» Il paraît que M. Perrey n'a pas eu connaissance de 
plusieurs catalogues qui auraient pu lui être fort utiles, et 
notamment l'ouvrage publié par M. Charles-E.-A. Von Hoff, 
à Gotha, en 1840; cet ouvrage écrit en allemand et inti- 
tulé : Chronique des tremblements de terre, est fait avec 



( 311 ) 
beaucoup de soin et résume fort bien tous les travaux sem- 
blables faits antérieurement. M. Perrey a bien voulu me 
témoigner la conflance de s'en rapporter à moi pour les in- 
tercalations que je jugerais à propos de faire à son travail ; 
mais ces intercalalions sont assez nombreuses pour exiger 
le complet remaniement des tableaux, et cette révision ne 
pourrait être faite avec avantage que par l'auteur même. 

B J'ai en conséquence l'honneur d'inviter l'académie à 
l'emercier Monsieur Perrey pour son intéressante commu- 
nication , et à l'engager à revoir et à compléter son travail , 
qui figurerait ensuite avec avantage dans le Recueil des mé- 
moires des savants étrangers. » 

Conformément à ces conclusions, auxquelles M. Crahay , 
second commissaire, avait adhéré, l'académie décide que 
des remercîments seront adressés à M. Alexis Perrey. 



RAPPORT DE M. CRAHAY. 

Mémoire sur la cohésion des liquides et sur leur adhérence 
aux corps solides, par M. Donny, préparateur de chimie 
à l'université de Gand. 

« Plusieurs faits révèlent l'existence de la cohésion dans 
les liquides : la suspension des gouttes aux corps solides, 
la flottaison de corps sur la surface d'un liquide moins 
dense, l'emprisonnement de bulles de gaz au fond d'un 
liquide, l'adhésion de disques à la surface d'un liquide ou 
à d'autres disques avec interposition de liquide , etc., sont 
autant de phénomènes produits directement par l'adhé- 
lence des molécules de liciuidcs entre elles, c'est-à-dire, 
par leur tendance à se maintenir à de certaines distances 



(312) 
niuluelles, nécessaires à l'équilibre entre l'attraction mo- 
léculaire et la répulsion due au calorique interposé. Les 
phénomènes capillaires sont également produits par l'at- 
traction que les liquides exercent sur leurs propres par- 
ties, combinée avec celle qu'ils éprouvent de la part des 
solides. Mais un fait inconnu jusqu'ici , et que M. Donny 
vient de constater, c'est la grande énergie que montre cette 
force de cohésion lorsque les liquides sont privés de l'air 
absorbé dans leur intérieur. Il semble , d'après ses re- 
cherches, que la facile séparation des gaz d'avec les li- 
quides aide puissamment à la désagrégation que des forces 
extérieures tendent à apporter dans la masse liquide. Une 
des expériences les plus remarquables, parmi celles dé- 
crites dans le mémoire, est celle où l'auteur a pu élever 
jusqu'à 155 degrés la température de l'eau privée d'air, 
avant qu'il y eût ébullition , et par conséquent où la force 
qui suffit pour produire l'ébullition du même liquide dans 
les cas ordinaires , a été triplée; d'où il suit que dans l'ex- 
périence citée , la cohésion de l'eau a été équivalente à 
deux atmosphères. 

» Toutes les expériences décrites dans le mémoire té- 
moignent de l'habilité de l'auteur. Elles confirment l'opi- 
nion très -avantageuse qu'on a eu l'occasion de se former 
de ses connaissances scientifiques par la pompe pneumati- 
que qu'il a imaginée, et qui a figuré à l'exposition des pro- 
duits de l'industrie nationale, en 1841. 

» Je conclus à ce que l'académie votedes remercîments à 
M. Donny pour la communication de son beau travail , et 
qu'elle ordonne l'insertion du mémoire, soit dans le Bul- 
letin des séances , soit dans le Recueil des mémoires des sa- 
vants étrangers. 

» Cette conclusion , toutefois , ne doit pas être considérée 



( 313 ) 
comme une adhésion de ma part aux vues que l'auteur du 
mémoire croit pouvoir déduire de ses expériences , relative- 
ment à la théorie de l'ébuUition. Suivant moi, les nouveaux 
faits mis au jour ne nécessitent pas de modification de 
cette théorie, pas plus que celle-ci n'a eu besoin d'être 
changée par le phénomène de non-ébullition que présentent 
les liquides quand ils sont projetés sur des plaques forte- 
ment échauffées. La cohésion du liquide a toujours dû être 
considérée comme un des obstacles qui, ainsi que l'adhé- 
rence aux parois du vase, l'influence des matières dissoutes, 
la pression de l'atmosphère, celle du liquide lui-même, 
exigent d'être surmontés pour qu'il y ait ébuUition. L'un 
ou l'autre de ces obstacles peut, suivant les circonstances, 
changer d'intensité , sans qu'il en résulte de nécessité de 
modifier la définition ni la théorie de l'ébuUition. » 

Conformément aux conclusions de ce rapport et à l'avis 
de M. Plateau, second commissaire, ce mémoire sera in- 
séré dans le Recueil des mémoires des savants étrangers. 

Molusques. — Après avoir entendu ses commissaires, 
MM. Wesmael, Cantraine et Dumortier, l'académie a éga- 
lement ordonné l'impression du mémoire de M. Van Be- 
neden , membre de l'académie , sur l'organisation du genre 
Lagenella et les différents polypes bryozoaires qui habitent 
la côte d'Ostende. 



( 314 ) 
LECTURES ET COMMUNICATIONS. 

PALÉOGRAPHIE. HISTOIRE LITTÉRAIRE. 

Publius Victor de regionibus urbis romae. — Petite chro- 
nique d'Italie. — Addition relative à la légende de Josa- 
phat. — Suite des extraits et notices des manuscrits de la 
bibliothèque royale; par le baron de Reiffenberg. 

Dans le dépouillement successif des manuscrits de notre 
grand dépôt littéraire, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de 
donner des extraits du Liber Guidonis (i). J'en tirerai au- 
jourd'hui un traité emprunté à Publius Victor, sur Rome 
ancienne, et une petite chronique d'Italie depuis Héraclius 
jusqu'à l'année H08, époque peu éloignée de celle où le 
manuscrit qui porte aussi la date de 1119 a été exécuté. 

Le premier se trouve au feuillet 9 verso et la seconde est 
la lin d'une chronique qui commence à la création du 
monde, au verso du feuillet 57. 

Publius Victor , que M. Bergeron ne nomme même pas 
dans son Histoire analytique et critique de la littérature ro- 
maine , a paru en 1568 , chez Henri Etienne, dans le troi- 
sième volume du Corpus historiae romanae scriptorum 
lalinorum veterum ; ainsi que dans la collection de Fré- 
déric Sylburg , imprimée à Francfort en 1588. Son opus- 
cule De regionibus urbis Romae ne doit pas être confondu 



(1) Dans les Bulletins de l'académie et dans VAnmiaire de la biblio- 
thèque royale pour 1844, pp. 99-151. 



( 



( 315 ) 
avec un autre sur le même sujet par un auteur anonyme, 
que Sylburg a mis au jour et que Pancirolle a placé à la 
tête de la notice des dignités de l'empire d'Occident. 
M. Panckouke a eu le bon esprit d'admettre Publius Victor 
dans sa bibliothèque latine, et M. L. Baudet l'a traduit à la 
suite de Pomponius Mêla, de Vibius sequester et d'Aethicus. 
Paris, 1843, in-8°. 

Guido offre un texte très-différent. Il retranche souvent, 
ajoute par ci par là, transpose les détails, change la phra- 
séologie et varie surtout dans les chiffres. Le copiste est 
loin d'être toujours exact. 

Cette dernière observation s'applique aussi à la petite 
chronique d'Italie qui vient après. 

Quant aux retranchements de Guido, quelques-uns ont 
peut-être été dictés par les changements survenus dans 
Rome, depuis l'époque où Publius Victor a écrit, c'est-à- 
dire depuis Constantin. 

Au moment où j'achève cette notice , je reçois deux 
brochures, nouvelles preuves de l'intérêt qu'inspire au 
monde érudit notre bibliothèque royale. M. Le Noble, 
en examinant avec attention le manuscrit où se trou- 
vent des hymnes inédites d'Abailard, s'est aperçu que la 
lettre qui les précède surpasse en longueur le texte 
publié précédemment, et qu'elle est coupée en trois par- 
ties par les trois divisions adoptées pour les hymnes mê- 
mes (1). En conséquence, il a complété cette épître et l'a 
fait imprimer dans son entier. De son côté M. L. Lersch 
de Bonn , qui a fait une courte apparition dans no- 
tre établissement , a mis à profit ce peu de moments 



(1) Bulletindu bibliophile belge, n' 4, p. 198, n 40. 



(316) 

et a copié dans les manuscrits n" d0083 et 9172, deux 
textes de Fabius Planciades Fulgentius, De abstrusis ser- 
monibus, seu expositio sermonum antiquorum,, qu'il a pu- 
bliés avec tous les éclaircissements et les appendices que 
pouvait lui suggérer son profond savoir (1). 

Incipit liber de origine siluque et qualitate Bomanae urbis. 

Remus et Romulus duo fratres fuerunt et Romam sibi civi- 
tatem aedificaverunt. Deinde orta est contentio inter eos ex 
cujus nomine vocaretur civitas. Exierunt ergo in montem Ad- 
venlinum ut ibi caperent augurium. Deinde a militibus Ro- 
muli interfectus est Remus. Hinc et Roma dicitur a Romulo 
conditori [conditore) suo. 

Incipit de septem montibus urbis Romae. 

Septem montes urbis Romae : Tarpeius , Esquilinus , Pala- 
tinus, Coelius, Adventinus, Quirinalis , Viminalis. 

De aquarum ductibus Romam rigantibus. 

Nunc nomina quorum usibus aeternae urbis aquae formarum 
constructionibus advectae sunt , indicemus. 

Claudia inventa est et adducta a Claudio Caesare. 
Marcia inventa est a Marco Agrippa. 
Trajana inventa adductaque est a Trajano Augusto. 
Tepula item a Marco Agrippa inventa, deducta est. 



(1) Bonn., H.-B. KOnig , 1844, in-S" de xxiv et 100 pp. M. Mar- 
chai vient aussi, dans la séance de racadémie du 8 mai, de lire une 
notice sur un manuscrit précieux dont j'ai fait Tacquisition à Louvain , 
en 1842 , et dont j'ai dit quelques mots dans les Bulletins de la com- 
mission royale d'histoire , t. VI, p. 40. Je renverrai pour ses conjectures sur 
l'auteur des miniatures à ce que j'ai avancé dans mes Nouveaux souvenirs 
d'Allemagne, 1 , 53 , etc. 



( 317 ) 

Alsialina ileni invenla , perducla est a Claudio Caesare. 
Alexandrina inventa perducla est ab Alexandre. 
^ irgo inventa perductaque ah Agrippa Caesare. 
Drusia inventa perductaque est a Drusio, 

Praeter haec repletur etiam indigenis nymphis , quae [quas) 
admiratiir virgo. Aenean {/ieneas) taliter Ilaliara dixit : 

Nymphae , genus annibus (oinnibus) unde est. 

Jncipiunt regionesnrbis Romae cutn bremariis [breviariis] 
suis (1). 

Regîo prima. Porta Capena ; continet Aedem Honoris et Vir- 
lulis(2), Camoenas , Lacum Promethel et Vespasiani, Thermas 
Severianas et Commodianas, Aream Apollinis et Splenis (3) et 
Galles, Vicum Vitiorum (-4); Aream Pamiariam (5), Mutato- 
rium Caesaris, Balncum Volani (6) et Mamertini; Aream Car- 
sucae (7), Biciivium Abascanii (8) et Antiochiani, Aedem 
Martis et Wiuervae et Tempestatis , Fuimen Ammonis (9) , 
Arcum divi veri Palricii (10), et divi Trajani et Drusi. 

ViciX, aediculae X, vicomagistri XL nout (?) ciiratores II, 
insulae IICCL, domos CXX, horrea XVI, balnea LXXXVII , 
lacus LXXXI, pistrina XX. Conliuet autem pedes IICCXL (11). 

Regio seccrda. Caelio monte; contiuet Templum Claudii, 
Macellum Magnum , Lupanarios (12) , Antrum Cyclopis, co- 
hortes quinqiie vigilum , Castra peregrina , Caput Amitae(l3), 
arborera sanclara , Domum Philippi , Victiliana ( Fictilia- 
nam) (14) , Ludum Matutinum et Gallicum , Spoliarium (15) 
Samarium, Armamentarium, Alicam auream. 



(1) Tout ce conimeDcement manque dans le texte de M. Baudet. (2) Viens 
Honoris et Viitulis. (5) Spei. (4) Viens Trium Ararum. (5) Area Pinaria. 
Celte leçon est prohablement la bonne , il y avait en effet à Rome une famille 
consulaire appelée Pinaria. (G) Bolani. (7) Carsurae. (8) Balincum Abas- 
cantiani. (9) Aimo Flavius. (10) Paithici. (11) XIICCXXII. (12) Lupaiiae. 
(1-5) Africae. (14) Domus Vectiliana. (15) Spolium. 

ToM. .M. 23 



( 318) 

Vici VII, aecUculae VII, vicomagistri XLVHI , curatores II, 
insulae IIIDC , lacus LXV, pistrina XV. Continet autem 
pedes flCC (1). 

Regio tertia. Jsis et Serapis ; conlinet et Monetam , amphi- 
theatrum quod capit loca CCLXXXVII (2) , Liidum Magnum et 
Daciuin (3), Domum Bruti (4) praesentis (3), Samnra 
choracum (6), Laciim Pastrorum (pastorum) (7), Scholam 
Quaestorum et Caplaloriira (8) , Thermas Thicianas (9) et 
Trajanas, Porticum Libiae (10), Castra Misenalium. 

Vici XII, aediculae XII, vicomagistri XLVIII, curatores II, 
insulas IIDCCLVII , domos CLX , horrea XVIII , Jialnea LXXX , 
lacus LXV, pistrina XVI III. Continet autem pedes XI ICCCL (H). 

Regio qcarta. Templuni Pac/s; continet Porticum Âssidatum 
(cassidatam) (12) , auro (13) Vulcani auream, Bucinum (14) , 
ApoUinem Sandalarium, Templura Telluris, Horrea Castra- 
ria(lS), Vigilum sororuni(I6),Colossum altum pedes CCII (17), 
habens in capite radia (18) VII, singula pedumXXII(19), Metam 
sudantem, Tcmpium Rémi et Veneris, Aedem Jovis statoris, 
Viam Sacram , Basilicam Constantinianam , Basilicam novam et 
Pauli, Templum Faustinae, Forum Transitorium , Subura, 
Balneum Damphnidis(20). 

Vici Vlll , aediculas VIIII , vicomagistri XLVIII , curatores II, 
insuIaslIDCCLVII, domos CXXXVIlI,horreaXVlll,baInea LXV, 
lacus LXXXVII, pistrina XV. Continet autem pedes XIII. 

Regio qcinta. Esquilia (21) Conturri (22) {cum turri) ; 
Lacum Orphei , et Macellum Luvani («/ace//M»t Liviani) , Wi- 
phacum [ Nymphaeum) divi Alexandri, cohortes II (23) vi- 



(I) XlICC. (2) LXXXVIL (3) Ludiis Dacicus. (4) Domus Brjtliana. (5) 
Praetura praesenlissiraa. (6) Samium clioragium. (7) Lacus pastoris. (8) Ca- 
pulalorum. (9) TitiCaesaris Augusli. (10) Porticus Livia. (M) XII CCCC L. 
(12) Porticus absidala. (13) Area. (14) Buccina aurea vel Buccinum aureum. 
(15) Charlaria vel Tastaria aut Testaria. (16) Sororium Tigillum. (17) Cendim 
duo semis. (18) lîadios. (19) Singuli viginti duorum semis. (20) Balineum 
Daphnidis. (21)Ex(iuilina. (22) Tiirris et collis Viminalis. (23) Septem. 



( 319 ) 

gilum, Ortos (Aor^os) Palatianum (I), Herculem Sillanuni (2), 
Amphiteatriim Castronse {amphitheatrum caslrense) , Campum 
Viminalem , Subager (3) [Subagruni), Minervam medicam, 
Isidem patriciam. 

Vicos XV , aediculas XV , vicomagistros XLVIII , curatores II , 
insulas HI DCCCL , doraos CLXXX, horrea XXII , balnea LXXV, 
lacus LXXXVHI, pistrina XV. Conlinet autem pedes XIII (4). 

Regio sexta. Alla Semita; conlinet Templum Salustii (5) et 
Serapis, Templum Florae, Capitolium antiquum (6), Stastuam 
[statuant) Mamiri (7), Vêla Moris, Templum Dei Quirini, 
Malani Punicum (8), Ortos (Aorfos) Saluslianos, gentem Fla- 
viam , Thermas Diocletianus et Constanlinianae , Decem Ta- 
bernas, Gallianas albas (9), Aream Candidi(lO), cohortes III 
vigilum. 

Vicos XVII, aediculas XVII, vicomagislri {vicomagistros) 
XLVII, curatores II, insulas III CGC III, domos CXLVII, 
horrea XVIII, balnea LXXV, lacus LXXII, pistrina XVI. Con- 
linet autem pedes XV DCC (11). 

Regio sEPTiMA./'^/a/afo.Continet autem LacunîGanimedis( 12), 
cohortes primorum (/jrmarwwj) vigilum, Arcum ncvum, Ni- 
^h&eam {Nymphaeum) Jovis , Aediculam Caprariam , Campum 
Agrippae, Templum Solis et catra [castra) (là) , Porticura Gip- 
siani Constantini (14) , Templum (templa) duo nova Spei et 
Fortunae , EquosTiridati (lo), régis Armeniorum, Forum sua- 
riura , Hortos {hortos) Largianos (16), Mansuetas (17), Lapidem 
Pertusum. 

Vicos XV, aediculas... vicomagislri [vicomagistros) XLVIII, 
curatores II, insulas III DCCCV , domos GXX, horrea XXV, 
lacus LXXVI , pistrina XVI. Continetaulem pedes XV DCC (18), 

(1) Horti Pianciani vel Plantiani. (2) Hercules Sullaniis. (3) Sub agfjere. 
(4) XV XC. (3) Salutis. (G) Votus. (7) Statua Mamuri plurabea. (8) Malum 
punicum. (0) Ad Gallinas albas. (10) Area Calidii. (11) XV DC. (12) Gany- 
meJis. (13) Castra Gcntiana aliter Gipsiana. (14) Porticus Constantini. 
(13) Tiridatis. (10) Horti Argiani. (17) Ad Mansuetos. (18) XÏÏ LXX. 



( 320 ) 

Regio octava. Forum roniauum magnum ; continet Rosira lli 
Gentium populi romani (l), Seiialiiin, aureum equum Cons- 
tantini (2) , Atrium Minervae , Forum Caesaris Augusti , Nervae, 
Trajani, Templum divi Trajani et Columna Çcolumnam) Con- 
cidem (3), altam pedum CXXVIII, habente (habentem) intus 
gradus CLXXXV, feneslras XLV, cohortes VI vigllum, Basi- 
licam Argentariam, Templum Concidae (-4) et Saturni, Um- 
bilicum Romae, Templum Saturni et Vespatiani Titi, Capilo- 
lium, Miliarium aureum, Vicum Lugurinum [Ligurinum) (5), 
graeco Stadium , Basilicam Juliam, Templum Astrorum, Mi- 
nervae et Vestae, Horrea Germanici, alia Agrippiniana , 
aquam cernentem IIII Scauros sub aede, Antrum Caci , 
Vicum Jugarium , Vicum unguenlarium , PorticumMargarieta- 
rium [Margaritariam] , Elephantum lierbarium (6). 

Vicos XXXIII, aediculas XXXIIII , vicomagistri (^/co)MO(if^s- 
tros) XLVIII , curatores II , insulas îïï CCCC LXXX, domos CXXX, 
horrea XVIII, balnea LXXXV, lacus CXX , pistrina XX. Con- 
tinetautem pedes XIIII LXVIl (7). 

Regio isona. Circus Ftamvieus (8). Continet stabula IIII , fac- 
tionumVIII (9), Porticum Filippi , IVlinuitias II (10), Veterem 
et Frumentariam , Criptam Daibi , theatrum in t. IIII , impri- 
mis Balbi (11), quodcapit locaXIDX (12), Pompei quod capit 
loca XXX LXXXVllI, Campum Martis trigarium (U3), Ciconias 
nixas, Panthéon , Basilicam Neptuni , Matidies(l-4)el Marciani ; 
Templum divi Anlonii (13) et Columnam Coclidem(I6), altam 
pedes CLXXV, habente (kabentevi) gradus intus CCIII (17) 
fenestras LVI ; Thermas Alexandrinas et Agrippinas, Porti- 
cum Argonautorum { A rgonautarum ) , Meleagriscum (18), 



(1) Nostra populi Romani. (2) Equus aeneus Constantin!, (ô) Cochlidem. 
(4) Concordiae. (5) Viens Ligurum. (C) Elephantus herbarius. (7) XII DCCC 
LX. (8) Flaminius. (9) Omittitur. (10) Miniitia seu minutia. (11) Theatrum 
Balbi. (12) XXXXCV. (13) Campus Martis... Septa trigaria, (14) Macidii. 
(15) Anlonini. (16) Coclilide. (17) CCVI. (18) Melcagricum. 



( 3M ) 

Isium(l) et Serapiiim (2) , Mitiervam Clialcalicam , Divomm 
insula (insulam), Félidés (3). 

Vicos XXXV, aediculas XXXV, vicoraagistri (vtcomagistros) 
XLVMI, curatoresH, insulas I[ DCCLXXXVUI, domosCXL, 
horrea XXV , balnea LXVI , lacus CXX , pistrinaXX; continet 
aiitem pedes XXXll D (4). 

Regio DECIMA. Palatium. Continet et Casani Romuli , Aedem 
matris Deiim, Apollinis, Samnisi (5), Pentapi lu (6), do- 
nium Auguslianam et Tiberianam , Auguratoriam (7), Areara 
palati novam, Aedem Jovis vicloris, Domum Dionisii, Curia 
( Curiam ) Velerem , Fortunara respicientein , Seplizonium 
divi Severi, Vicloriam Germanicianam , Lupercal. 

Vicos XX , aediculas XX , vicomagislri ( vicomagistros ) 
XLVIII, curatores II, insulas II DCCXLII, domos LXXXVIIII, 
horrea XLVIII^ balnea XLIIII, lacus XC, pistrina XX. Continet 
autcm pedes XI DX. 

Regio odecima. Circus maximus qui capit loca CCCLXXXV. 
Continet aulem templum Solis et Lunae , Aedem matris Deum , 
Jovis arboratoris (arbitratoris), trigeminam, Apollinem coelum 
respicientcm , Herculem , Oiivarium, Vclabrura (8), Fortu- 
nium (9), arcum divi Constanlini. 

Vicos XVIIII, aediculas XVIIII, vicomag. XVIIII, curât. II, 
insulas II DCL, domos LXXXLVIIH , horrea XVI, balnea XV, 
lacus LXXXVIII , pistrina XVIII. Continet autem pedes XÏ D. 

Regio duodecima. Piscina Publica. Continet Aream Radica- 
riam, Viam Novam, Fortunam Mammosam , Fidem Athenoda- 
riam(lO), Aedem bonae Deae Subaxanae, Clivium Dclfini (11), 
Thermas Antonianas, VII domos l'arlliorum , Gampum Lana- 
lariuin, Domum Cilonis (12), cohortes III I vigilum, Domum 
Carnificis {Va), l'rivata Adriani (14). 



(I) Isciim. (2)Si;rapciini. (3) Insiila Pliilidii sivc Pliclidis. (4) XXX D 
(5) Acdcs Rhamnusiac. (fi) Pcrilapj Ion Jovis aibilratoiis. (7) Aiijuratoriiini 
(8) Vclabrum majiis. (9) Acdcs Parlumni. (10) Isis Antcnodoiia. (ll)Si(jniim 
(H|)liini, (Vi) Cliilonis. (I."?) Cornificii. (Mj lladiiani. 



( 3ââ) 

Vicos XVH , viconiagislris XLVIII , ciiralors II , insulas 
IICCCCLXXXVIH, domos CXI», horrea XX, balneaJCLIIII , 
lacus LXXXVIIII , pistrina XX. Conlinet aiilem pedes XI. 

Regio tertia DECIMA, ^^vetitinus. Continet Arnuluslrium (1), 
Templum Dianae et Minervae , Nymphaeia, Thermas Syras et 
Decian us ( Z?ecianas), Doloceura (2) , Privata Trajani , Map- 
piim auream Platonis (3) , Horrea Galbae et Aniceliana , Por- 
ticum Fabariiim (Faiariom) (4), Scala (Scalam) Cassei (5), 
forum Pistorium. 

Vicos XXXV, aediculas XXXV, vicomagistri XLVIII , curato- 
res II , iusuIas II CCCCLXXXVIII , domos CLXII, horrea XXXV, 
balnea LXIIII , lacus LXXXIII, pistrina XX; continet autem 
pedes XVIII (6). 

Regio quarta décima. Trans Tiberim. Continet Gaianutn , 
Frigianura, Naumachias et Valicanum , Ortos ( hortos) Donai- 
lianos , Janiculum , Molinas, Balneum Ampelidis, Prisai, Dia- 
nae , Statuam Valerianam , cohortem {cohortes) VII vigilum , 
Capud (caput) Gorgonis , Fortis Fortunae , Coriariam Sepli- 
manam (7) , Herculem Cubantem , Campum Brulianum (8) 
et Codelanum , Ortos ( hortos ) Gerae (9) , Castra Lectica- 
riorum. 

Vicos LXXXVIIII, aediculas LXXXVIII , vicomagistri {vico- 
magistros XLVIIII, curatores III, insulas IIII CCCCV, domos 
et horrea XXII, balne a LXXX V, lacus CLXXX, pistrina XXIIII ; 
continet autem pedes XXXIII CCCCXXXVIII (10). 

Bibliothecas totius Romae urbis publicae viginti qua- 
tuor (II). 

Abeliscos (obeliscas) totius Romae urbis VI ; in lireo maximo 
duos, rainor habet pedes LXXXVIII (12); major vero pedes 



(I) Vicus Armilustri. (2) Doliolum. (ô) Mappa aurea, Platanon. (4) Fa- 
braria. (5) Schola Cassii. (6) XVI CC. (7) Area Septimiana. (8) CarapusBrul- 
tanus.(9)Getae.|(10)XXX CCCC LXXVIII.(II) Undetriginta (XXIX). 
(\^)y4dde semis. 



( 323 ) 

CXXII (1) ; in Valicano uniim aitum pedesLXXII. in Campo 
Martio unura altum pedes LXXII, in mausolaeo Augusti 11 altos 
singulos pedes XLIII (2) . 

(F)ontes octo , yEliiis , ^milius , Aurelius, Tarpeiiis, Pala- 
tinus , Esquilinus , Vaticanus , Janiculerisis (Janicularis). 

(C)ampi octo , Viminales , Agrippae, Marlis , Codetanus, 
Octavius, Pecuarius, Lanataris (3) ( Lanatarius ) , Briima- 
nus (A). 

(F)ori undecim , Romauum , Magnum (S), Caesaris, Au- 
gusti, Nervae, Trajnni Alhenobardi (y/henobardi) (Q) , Boa- 
rium, Pistorum , Gallorum, Rusticorum. 

(Bjasilicae decem (7), Julia , Ulpia, Pauli, Vestiaria (8), 
Neptuni (9), Matidies (10), Martianes (11), Vascellaria (12), 
Fosceliaria (13) , Constantiniana. 

(T)hermae decem (1-4), Trajanae, Ticianae , Agrippianae, 
Sirianae (15) , Commodianae , Severianae, Antonianae (16), 
Alexandrinae , Dioclitiauae [Diocletianae) et Decianae , Cons- 
tanlinianae. 

De aquis quae XVIII (17), Trajana, Annia, Atlica, Mar- 
tia, Claudia , Herculea (18) , Cerulea , Julia, Augustea, Ap- 
pia , Algentiana , Citninia , Sabatina (19), Aurélia, Dannata 
[Dumnata) , Virgo , Tepula , Sevenana , Antoniana , Alexan- 
driaa. 

De viis quae XXVIII (20) , Trajana , Appia , Lalina , Lavi- 
cana (21), P^aene^^lrina {Praenestina) , Tiburtina , Salaria, 
Numenlana (22) , Flamminea , vEmilia , Claudia , Valeria , 
Annia , Aulcria , Campana , Osliensis Laurentina , Ardeatina , 
Setina , Tiberina , Quintia , Cassia , Galiica , Cornelia , Trium- 
phalis , Patinaria , Asinaria , Ciminia. 

(1) CXXXIl. (2) XLIl semis. (5) Lanatarius. (4) Brultanus. (!i) Roma- 
num, (juoddicilur Magnum. (C) Acnoharbi. (7) Undecim. (8) Vestini. (9) Nep- 
tumnii.(10)Macidii. (1 1) Martiana. (12) Vaslellaiia. (lô) l'Iosclli. (14) Duo- 
decim. (13) S>iiacae. (10) Antoninianae. (17) Vi(;ii)h. (18) Hciculanca. 
(19) Sabbatina. (20) Viginti novem. (21) Labicana. (22) Nomentana. 



( 3â4 ) 

Horum breviarium, Capilolia duo , circi duo, anphithea- 
truna (amphitheatra) II, collossi [sic) II, colunnae [columnae), 
coclides (1) II, maceili (2) II, theatrum [theatra) Il (3), 

ludi Mil (-4), manmachial (5) nympliaea XI, equi 

XXII (6) , Dei aurei LXXX , eburnei LXIIII (7), arcus mar- 
morei XXXIIII (8) , aediculae CCCXXIIII, vicomag. DCLXXIII, 
curatores XXVIIII, insulae per totam urbemXLVI milia sexcen- 
tae duae , domus mille septrigentac LXXXXVII , horrea 
CCLXXXXI. 

Balnea DCCCCLVI , lacus I, puteos CCCLIII , officinae pis- 
toriae CCLIIII, lupanaria XLV, latrinae publicae CXLIIII, co- 
hortes praetoriae duae (9), urbanae quatuor, vigilum VII (10), 
similiter XXII quorum [quarum) sunt excubitoria XilII , vexilla 
comunia (communia) II, castra eqnitum singulariorum (1 1) II, 
peregrinorum , Misenatium , Ravenalium , tabelliorum (12) , 
lectio cariorum (13), victimariorum , sulicariorum , mensae 
oleariae II CGC (14). 

II. 

Italiae chronicon ab Heracleonade , ann. 641 , ad an. 1108. 

Heraclonas [Heracïeonas) cum matre sua Martina II. Sergius et 
Pirrus episcopi Acesalorum heresim instaurandum (Jnstauran- 
dam) unam operationem in Christo , divinitatis et humanitatis 
una, volunt adfirmare contra Theodorum, episcopum Romae. 

Constantinus , filius Eraclii mens. Vli sequitur. 

Constantinus, filius Constantini. Hic decaptus a Pautosicut 
Eraclius, avus ejus, una et Martinus papa congregavit multos 
episcopos. Subanatheraatizavit illas hereses. 

Constantinus, filius Constantini superioris régis. Saraceni 



(1) Codiliiles. (^2) Macella. (ô) Tria, (i) Quinque. (5) Qiiinqiie. (G) Equi 
aenci inaiiiati XXIV. (7) Equi ebuinci XCIV. (8) XXXVI. (9) Decem. 
(10)Sex.(11)Singulorum.(12)Tabellariorum.(13)Lccticaiioruiii.(14)XXlV. 



J 



( 325 ) 

Siciliam invadunlct cum spoliis multis recedunt , anno Doraini 
DCLXXXV. indict. XIII. 

Justinianus minor , filins Constantini. Saxorum (?) doctor 
Gulbertus. Liberius imperator. 

Gisulfus , dux LangobardorumBenevenli Campaniam igné et 
gladio et captivitate vastavit cumque non erat qui cjiis impe- 
tui resisteret, Johannes papa multos redemit. 

Aripertus, rex Langobardorum , multas donationes ad ec- 
clesias sedis apostolicae concessit. 

Justinianus secundo cum Tiberio Clio ann. VII. Constanti- 
nus; episcopus Roniac, quem ille ad se fecit venire , cum ho- 
nore suscepil ac dimisit. 

Philippus primus. Hic ejeclum de pontificato (sic) eumque 
abbatem fecit sui monasterii. 

Anaslasius tertius. Hic Philippi cum [Philippum) caplum 
oculis privavit. 

Luiprandus [sic) , rex Longobardorura et Karolus , rex Fran- 
corum. 

Theodosius imperator primus. Hic Ânastasium in bello vicit 
et presbyterum eum fecit. 

Léo imperator. Saraceni cum inmensu (imnienso) exercitu 
Constanlinopoli [Constantinopolim) venerunt. Très annos civita- 
tem obsidentes abscesserunt. Vulgarorum [Bulgaroriwi) gens, 
quae est super Uanubium, bello (?) et inde victa (victi) refugiunt. 

Luidprandus, rex Langobardorum, audiens quia Saraceni 
depopulassent Sardiniam, misit et tulit ossa Augustini epis- 
copi et transtulit ea cum honore in Papiam civilatem. 

Indtc. yiIII. In nomine Dninostri Jhu Christi, Dei aeterni 
anno ab incarn. cjus DCXXXf^. 

Rotharis rex regnavit ann. XVI et mcnses très. 

Rodoaldus rex. Filius cjus regnavit ann. XV et dies VIII. 
Anni Dni DCLXVI, indic. VIIII , quando obiit. 

Godopertus , filius ejus, regnavit ann. I et mcnsibus NI. 
Anni Dni DCLXVII, indic. XI, quando obiit. 



( 356 ) 

Grimualdus regnavit ami. VIIII. Ann. DniDCLXXVI, indic. 
IIII, quando obiil. 

Garipaldus, filius ejus regnavit mensibus III. 

Pertharit regnavit ann. X. Ann. Dni DCLXXXV indic. XIIII, 
quando obiit. 

Cunipert, filius ejus, regnavit ann. III. Cum pâtre suo pustea 
regnavit ann. XII. Ann.Dni DCXLVI, indic. XIIII, quando obiit. 

Liutpert, filius Cunipert, regnavit ann, II. Ann. Dni DCXC 
VIII indic. I, quando obiit. 

Aripertus, filius Ragiperti, regnavit ann. XII. Ann. Dmini 
DCCXIl , indic. XIIII quando obiit. 

Johannes papa. Apud Graecos Justinianus imperator re- 
gnabat. 

Insiprand regnavit menses III. 

Liutprand, ejus filius, regnavit ann. XXXIII. Ann. Dni 
DCCXLIII indic. XI quando obiit. Gregorius papa. Apud Grae- 
cos Anastasius papa regnabat. 

Ilprald regnavit menses VIII. 

Rachis, filius Ammoni , regnavit ann. V. Anni Dni DCC 
XVIII , indic. I , quando obiit. Zacharias pp. temporibus 
Leonis et Constantini itnperatorum. 

Aistulfus , frater ejus , regnavit ann. VIII. Ann. Dni DCCLV, 
indic. VIII , quando obiit. Slephanus papa et apud Graecos 
Constantinus secundus regnebat. 

Donnus [Dominus] Pipinus venit, Longobardiam coegit 
eum {ad suum) jusjurandum. Erat namque indic. VII, ann. 
Dni DCCLVl. 

Desiderius regnavit ann. XVII. Adrianus papa. 

Tune Karolus ejecit eum de regno. Erat namque indic. XI , 
et Italiam suo subjugavitiraperio (1). 

Causa fuit bellis quia papae facta rebellis, 
Perdunt Longobardi (sic) , capiunl diademata Galli. 

(I ) Eu marge se trouve une lour crénelée sur laquelle est écrit , Ravenna. 



( 3i>7 ) 

Ann. Dni DCCLXXIll. 

Karolus magnus imperator regnavit in Longobarclia ann. 
XXXIII et in Francia regnavil ann. V. Antea , ann. Dni DCCCVI 
indic. XIIII. 

Pipinus, filius ejus, regnavit ann. VII et in Francia antea 
ann. XXV. Ann. Dni CCCXIII , indic. VI. 

Lodovicus, Glius ejusdern Karoli , regnavit ann. VIIII. Ann. 
DniDCCCXII, indic. XIIII. 

Lolbarius imperator regnavit ann. XXVIII. Ann. Dni DCCCL, 
indic. Xill. 

Lodoicus [sic) junior regnavit ann. XXV et in XXVI obiit , 
ann. Dni DCCC , LXXVII , indictione X. 

Karolus de Francia regnavit ann. II. Ann. Dni DCCC 
LXXXIIII (LXXIX), indic. XII. 

Karolus Magnus regnavit ann. Dni DCCCLXXXI, indictione 
XIIII. 

Karolus, frater ejus,divina favente clementia, regnavit ann. 
VIIII ; antequum coronatus est Romae ann. Il et post quam se 
coronavit regnavit ann. VII. 

Anni (anno) Domni Berengarii et Widonis regnura (regum) 
primo, XII kal. april. in nocle parascevae luna XIIII obscurata 
est in modum sanguinis. Anni Dni DCCC LXXXVIII , indic. VI. 

Regnavit ipse Berengarius cum Guidone et Lamberto , filius 
(filio) Guidunis an. XXVIII antequam coronatus fuisset, et 
postea regnavit ann. VIII. 

Rodulfus rex regnavit in Longobardia ann. III. Ann. DCCCC 
XXVI, indic. XIIII. 

Erectus fuit Ugo ad regem II non. Julii et regnavil ann. XXI. 
Anno praedicti Ugonis régis V, indic. IIII , VI id. April. eleclus 
fuit Lolbarius, Glius ejus, ad regein, et regnavit ipse Lolba- 
rius ann. XVIIII et in XX obiit et erat indictione V, ann. DCCCC 
XLVII, kal. Jan. eadem indic. V. 

Eleclus fuit Berengarius et Adalberlus, filius ejus, ad regen» 
et rcgnaverunt insimul ann. XI. 



(328 ) 

Diim Franci , lamenlabanlur Romanis, ipsi sic responde- 
runt : 

Gallinae facli nobisciim plangile , Galli , 

Nos palriam totani , vos dentam {dempfaiii) flele coromam (1). 

Octo (Otto) vero rex Romam perrexit ibique coronam acci- 
piens totam Italiam suo subjugavit imperio , anno Dnicae incar- 
nationis DCCCC LXI , indic. IIII ; et post ipsemet Otto magnus 
imperatorregnarecoepil et regnavitann. XI; in XII ann. Dnicae 
incarnationis DCCCCLXXII , indict. XIII. Hoc anno obiit Olto 
magnus imperator. 

Et Otto secundus regnare coepit et regnavit ann. XI ; in XII 
obiit, anno Dnicae incarnationis DCCCC LXXXIII, indic. XI, 
hoc anno secundus obiit. 

Et Otto tertius , filius ejus, regnare coepit et regnavit ann. 
XVIIII ; in XX obiit. SignumDomini Ottonis serenissimi Caesaris. 
Signum Donni (Domni) Ottonis filii ejus piissimi régis (2). 

Anno Dnicae incarnationis MXIV, indic. XI. 

Henrigus (Nenricus) imperator coepit regaare in Ilalia et 
regnavit ann. XIIII; in quinto decimo obiit, anno Dnicae in- 
carnationis MXXVIII, indic. XI. 

Curradus [Cnnradus) imperator coepit regnare in Ilalia et 
regnavit ann. XVIIII, in XX obiit anno Dnicae incarnationis 
MXLVII, indic. XV. 

Henrigus imperator regnare coepit in Ilalia et regnavit annos 
VIIII , in decimo obiit anno Dnicae incarnationis MLVI, in- 
dictione VIIII. 

Henrigus imperator, (ilius Henrici, coepit regnare in Ilalia 
et regnavit annos quinquaginta et unum ; in quinquagosimo 
secundo obiit, anno Dnicae incarnationis MCVIII, indic. XV. 



(1) ^nn. de labibl. royale pour \Sii, p. 109. 

(2) C'est la formule qui termine les diplômes de ces princes. 



( 3^9 ) 

III. 

Eli recherchant les rapports de la légende de Josaphat 
avec la poésie romane (1), j'ai mentionné, entre autres, un 
texte en vers français , celui de Gui de Cambray , vu peut- 
être par M. Buchon au Mont-Cassin. M. Francisque Michel, 
en décrivant le manuscrit Cottonien Caligula, A, IX, 
donne l'extrait d'un autre texte, par le trouvère anglo- 
normand Chardri , texte que j'ai déjà cité d'après le même 
savant , mais sans dire que M. Francisque Michel en a pu- 
blié deux fragments d'une certaine étendue, dans un autre 
travail littéraire (2). 

2. Ici commence la vie de saint Josaphaz fol. 192 W 

Ki vout à nul bien aentencire 
Par essample poet mult aprendre 
A cireite veie de salu.... 

Ce poëme finit au fol. 215 recto .- 

Ici finit la bone vie 

De Josaphaz, le duz enfant. 

A ceus ki furent escutant 

Mande Chardri saluz sans fin 

Et au vespre et au matin. Amen (3). 

L'abbé de La Rue, qui consacre une notice à Chardri, 
ou Chardry , remarque aussi que Gui de Cambray, trouvère 
français, a mis en vers la vie de Barlaam et de Josaphat. 
« C'est lui, dit-il, qui nous apprend que cet ouvrage est 



(1) T. X de ces Bulletins , n" 10. 

(a) Documents inédits sur l'hist. du France. Rapports au Ministre. 
Paris , 18.31 , in-4", pp. 180-190. 
(ô) Dibl. du Roi, n^7593. 



( 330 ) 

(le saint Jean Dainascène, et qu il avait été porté en France 
par Jean, doyen de la cathédrale d'Arras (1). 

L'abbé de La Rue s'autorise du témoignage de Huet 
(Traité de l'origine des romans) et de Baiilet {Vie des Saints, 
vol. III, 27 nov.) pour révoquer en doute la légende de 
Barlaam et de Josapbat, suspicion qui s'établit suffisam- 
ment d'elle-même. Il ajoute que longtemps avant ces hom- 
mes érudits, Pierre Alphonse, dans son ouvrage intitulé • 
Disciplina Clericalis, et Boccace, dans son Décaméron, ont 
placé sous d'autres noms, parmi leurs contes, l'histoire de 
Barlaam et de Josapbat, et que le premier de ces auteurs 
confesse qu'il avait pris cette prétendue histoire parmi les 
contes des Arabes. 



Notice sur l'étude de la langue grecque dans l'empire des 
Carlovingiens , et sur la miniature grecque d'un évangé- 
liaire latin, transcrit en Allemagne, pendant le second tiers 
du IX" siècle; par M. Marchai. 

Ce précieux et magnifique manuscrit, acheté en 1842, 
est coté 18725 de l'inventaire général , au catalogue de l'an- 
cienne bibliothèque royale de Bourgogne; il est classé au 
répertoire de ce catalogue, titre troisième, chapitre pre- 
mier, troisième division, parmi les évangiles en langue 
latine, page 109, etc. 

Sur la première garde est attachée une note de M. Mono, 
l'un des érudits d'Allemagne qui connaît le mieux les ma- 
nuscrits de l'ancienne bibliothèque de Bourgogne; M. Mone 



(1) Essais histor. sur les Bardes, les Jongleurs et les Trouvères , III , 
127-1.50. 



( 331 ) 

y fait remarquer que le texte doit être d'environ l'année 
840, et que des glosses intercalaires très-anciennes, en lan- 
gue allemande, augmentent le prix de cet ouvrage. Insimt 
auletn glossae germanicae , quae tum obpriscum sermonem, 
(uni oh raritalem , praecipue opus liocce sane praestanlissi- 
mum reddunt. Telles sont ses expressions. 

Une annotation, d'une écriture du XV*^ siècle, au feuillet 
initial, porte ces mots : Insacrario S" Vicloris, ecdesiae 
XaiUliensis. Je n'ai pu m'assurer s'il y a entre autres un 
indice de cet évangile à la Bibliotheca bibliothecarum de 
Montfaucon. 

Nous allons examiner ce manuscrit sous d'autres rap- 
ports que ses glosses germaniques. L'écriture, comme nous 
le démontrerons à la conclusion de cette notice, est du 
second tiers du IX« siècle. L'opinion , d'ailleurs prépondé- 
rante, de M. Mone est fondée. Ce volume fut transcrit vers 
le temps où Lothaire, ûls de Louis le débonnaire, était 
empereur, où Charles le Chauve était roi de la France 
occidentale et où Louis le Germanique était roi de la 
France orientale. Ce volume est-il sorti de l'école grecque 
et latine d'Osnabrug, de l'école mère établie à Fulde, ou 
de celle de Corwey de Saxe (la nouvelle Corbie), toutes trois 
également florissantes pendant le IX'= siècle? Je l'ignore. 
S'il ne provient pas d'une de ces écoles, c'est du moins l'ou- 
vraged'un calligraphe libraire, élevé selon leurs principes. 
Est-il transcrit d'après un texte très-ancien des évangiles, 
(jui fut apporté à Echternach, dans l'Ardenne allemande, 
par saint Willibrord? C'est ce que je présumerai plus loin. 
Mais il n'y a point de doute que sa transcription et sa 
jirincipale miniature ne soient d'un temps peu éloigné de 
l'époque où les nations germaniques furent totalement 
converties au christianisme. Celle époque est en synchro- 



( 33â ) 
iiisme avec le commencement de la renaissance des éludes 
lilléraires et des beaux-arts en Occident , après la longue 
torpeur de l'intelligence humaine sous la dynastie des Mé- 
rovingiens. Notre opinion sur cette époque est expliquée 
plus amplement à l'histoire imprimée de la bibliothèque 
de Bourgogne. 

C'est au règne de Charlemagne que l'on voit sortir os- 
tensiblement et avec splendeur, l'œuvre de la renaissance. 
Alors lamarchede l'intelligence humaine estredevenuepro- 
gressive. C'est depuis Charlemagne , sans interruption jus- 
qu'à nos jours, que de génération en génération, de siècle 
en siècle, le domaine conquis par l'intelligence humaine 
s'est agrandi , comme l'atteste le nombre qui n'a pas cessé 
de s'accroître des illustrations littéraires, scientifiques et ar- 
tistiques, illustrations qui se sont continuellement succédé. 

On doit cependant faire une remarque peu connue, c'est 
qu'avant que le dernier des Mérovingiens eût été séquestré 
dans un cloître , deux maires du palais , nés en Belgique et 
propriétaires terriens d'une partie considérable du sol de 
nos contrées. Pépin de Herstal et surtout le grand Charles 
Martel, son fils, avaient préparé le réveil de l'intelligence, 
qui eut lieu pendant les jours glorieux de Charlemagne : 
on s'en aperçoit par les hommes de capacité dont ils se sont 
entourés. C'est ainsi, mais dans des circonstances fort 
différentes, que Richelieu fut le précurseur du grand roi. 

Je viens de dire que cette remarque est peu connue, 
parce que les chroniqueurs et les autres écrivains du VIII* 
siècle et même du IX% étant généralement des personnes 
de l'ordre du clergé, ont fait ressortir principalement les 
œuvres pieuses de ceux qui gouvernaient la France. 

Pour mieux constater le mérite del'évangéliaire manus- 
crit n° 18723, sorti du scriptorium d'une des librairies 



J 



( 333 ) 

germaniques, nous devons exposer quelques considérations 
sur la supériorité de l'état social du TX* siècle en Germanie, 
comparé au YIIP. C'était le résultat des moyens employés 
pour la propagation du christianisme chez les Germains 
dits transrhénans, relativement à la Gaule, et par l'éta- 
blissement et la très-prompte prospérité des écoles germa- 
niques. Les progrès des études, dans cette contrée, furent 
inhérents au progrès de la calligraphie, objet de cette notice. 

On sait que pendant les derniers temps de la mairie de 
Pépin de Herstal et pendant la mairie tout entière de Charles 
Martel, deux insulaires de la Bretagne, saint Willibrord, et 
quelques années plus tard, saint Boniface, l'un et l'autre 
d'une naissance distinguée, et très-profondément instruits 
dans toutes les études profanes de leur siècle, vinrent en 
Belgique, passèrent le Wahal et le Rhin, et travaillèrent à la 
conversion totale des nations de la Frise, de la Thuringe, 
de la Bavière, etc. La postérité récompensa leur zèle infa- 
tigable, par leur canonisation. 

Mais si le but de leur apostolat était la propagation de 
la foijils reconnurent que dans les cloîtres qu'ils fondèrent, 
il fallait instituer des établissements littéraires pour amé- 
liorer l'état social des néophites. Ils furent encouragés dans 
cette entreprise par les maires du palais; ceux-ci prévoyaient 
que les études profanes pouvaient contribuer à soumettre 
à la domination française, tous les peuples de la Germanie. 

Vers ce même temps où l'on travaillait à la civilisa- 
tion de la Germanie, les relations avec le chef de l'église 
romaine, et par conséquent avec l'artistique Italie, deve- 
naient plus fréquentes: elles étaient motivées sur un intérêt 
réciproque. Avant ce temps, comme on le voit surtout par 
le Reyisirum, ou correspondance du pape saint Grégoire 
le Grand, à la fin du VI* siècle, avec la reine Brunehault et 
ToM. XI. 24 



( 334 ) 

les évêques de l'église gallicane, il n'y avait eu que des rela- 
tions d'intérêts spirituels. On s'était occupé uniquement du 
maintien de la pureté de foi. Mais il y eut d'autres intérêts 
au pontificat de Grégoire II , qui commence en l'année 715 ; 
le roi de Lombardie employait tous les moyens pour s'em- 
parer de la ville de Rome, tandis que l'exarque de Ravenne, 
l'empereur d'Orient , son souverain et le patriarche de Con- 
stantinople, c'est-à-dire de la nouvelle Rome, tourmentaient 
par une politique iconoclaste, hostile et souvent violente, 
le chef de l'église, qui résidait dans l'ancienne et véritable 
Rome. Les fureurs de l'empereur Léon l'Isaurien avaient 
rendu cette position insupportable : invoquer le secours des 
maires du palais, en-deçà des Alpes, devenait indispensable. 

Les deux apôtres des peuples d'au delà du Wahal et du 
Rhin avaient reçu la consécration épiscopale du souverain 
pontife, dans Rome : saint Willibrord, vers l'année G95, par 
le pape Sergius I, saint Roniface, en 725 , par le pape Gré- 
goire Il , dont nous venons de parler. Grégoire II avait déjà 
envoyé en Germanie saint Corbinien , natif de Chartres , 
qui fut le premier évêque de Freisingen, en Ravière (voir 
les Rollandistes : 8 septembris). Il avait eu peu de succès. 

On sait que saint Willibrord séjourna principalement 
à Utrecht , et que saint Roniface résidait vers la fin de ses 
jours à May en ce. 

Quoique l'histoire n'ait conservé que peu de renseigne- 
ments sur les travaux de ces deux apôtres , en ce qui con- 
cerne les études littéraires , on ne peut cependant douter 
qu'ils en aient fait un grand usage. « Ce sont leurs élèves, 
» disent les auteurs de YHisloire littéraire de France (t. IV, 
» p. 222) , qui ayant adouci la férocité d'une grande partie 
» des anciens Relges, des Germains, des Frisons, leur 
3) firent préférer l'amour des lettres à leur barbarie, et le 



r 335 ) 
» christianisme à l'idolâlrie el aux superstitions païennes. » 

Qu i! me soit permis d'ajoulcr une conjecture. SaintWil- 
librord et saint Boniface, instruits des connaissances de l'an- 
tiquité classique , comme nous l'avons démontré ci-dessus, 
ont vu les chefs-d'œuvre de la ville qu'Ammien Marcellin , 
auteur païen , quatre siècles avant eux, avait appelé la ville 
éternelle. Ces monuments el les écrits de cette même an- 
tiquité classique, dans la ville où ils furent en grande partie 
rédigés , doivent avoir agrandi le génie de ces deux apôtres 
de la foi. C'est le résultat de l'admiration que cette reine 
des cités, jadis maîtresse de tous les états du monde ci- 
vilisé, a toujours inspirée aux hommes de génie qui l'ont 
visitée , quelle que soit la diflerence de leurs professions. 

Saint Willibrord mourut en 758 ou 741 , exerçant l'apos- 
tolat depuis cinquante années. Selon une chronique d'Ech- 
ternach, qui est en la bibliothèque de Bourgogne, il avait 
fondé l'abbaje d'Ecliternach ayant le dessein, disent Mar- 
tène et Durand, dans leur Voyage lilléraire de 1717, p. 297, 
« d'y élever des missionnaires qui pussent le seconder 
» dans ses travaux apostoliques. » Les mêmes voyageurs 
diplomatisles font connaître que, selon toute probabilité, 
saint Willibrord y avait apporté de l'île de Bretagne , sa pa- 
trie, un évangéliaire écrit en lettres anglo-saxon nés et corri- 
gé, à ce qu'on prétend , sur l'original même de saint Jérôme. 
Le texte porte pour l'explicit ; Indictione VIpost consulalum 
Basiiii VC anno decimo septimo. Cette date doit correspon- 
dre à l'année 559, car le consulat de Basilius, selon les fastes 
consulaires, est terminé avec l'année 542. L'indiction 
sixième correspond à 55 ^ dans les tables chronologiques. 
Si ce texte est encore aujourd'hui réputé pour le plus au- 
thentique, à plus forte raison il devait l'être au IX* siècle. 
Il aura donc servi, soit en original, soit par une copie, à 



( 336 ) 
la transcription de l'évangéliaire 18725, qui est l'objet de 
cette notice. 

Revenons à saint Boniface. Il avait fait un nouveau voyage 
à Rome en 732 ; le pape Grégoire III , qui venait de succé- 
der à Grégoire II, l'autorisa d'établir des évêcliés en Ger- 
manie , comme on peut s'en convaincre par le texte de 
ses agiographes au 14 mai. 

En conséquence, il fonda les sièges de Wurtzbourg, 
d'Eichstâdt, d'Erfurt. On sait qu'en 752, il conféra l'onction 
royale à Pépin le Bref. Cette solennité, comme le font ob- 
server les auteurs de Y Art de vérifier les dates , n'était pas 
une innovation. Pipinus , secundum morem francorum , 
eleclus est ad regem et unctus, dit Régi non, cité par Dom 
Bouquet, V, 55. C'était incontestablement une preuve de 
la haute faveur dont jouissait saint Boniface dans les deux 
cours de Rome et de France. On ignore quelle participa- 
tion politique il eut à cette grande et paisible révolution, 
qui investit les Carlovingiens du titre de roi. 

Six années auparavant, c'est-à-dire en 746, il avait in- 
stitué l'abbaye de Fulde. Ce monastère devint bientôt célè- 
bre par une école littéraire qu'il y fonda, et qui paraît être 
la plus ancienne de la Germanie. La prospérité de cette 
école s'accrut considérablement au IX'' siècle. Cette œuvre 
immortelle du saint apôtre , qui était également homme d'é- 
tat et de lettres, sous la protection du prince, est la preuve 
que le prince connaissait l'avantage que la religion pouvait 
procurer pour la civilisation et l'industrie. Ne dit-on pas 
vulgairement que les abbayes de Belgique, y ont donné 
l'élan à l'agriculture de cette terre classique de l'économie 
rurale? 

Le témoignage des auteurs de YJHstoire littéraire de 
France (t. IV), vient à l'appui de ce que j'ai avancé en ce 



( 337 ) 
qui concerne l'école de Fulde. Les voyageurs diplomalisles 
Mabillon et Lannoy le disent aussi dans leur lier germa- 
nicum, chapitre VIII, p. 40. Schola Fuldensis , qiio nullum 
fuit in Germania celebrius. Ils disent un peu plus loin : Erat- 
que laus et memoria Fuldensium monachorum apud impe- 
ratores, reges et principes magno pretio, non solum propter 
sanctitatem vitae , sed etiam propter incomparabilem scien- 
tiam litterarum, qud Fuldenses monachi, eo tempore, prae 
caeteris multum dicebantur eruditi. 

Environ quatre ans après que Charlemagne eut été pro- 
clamé empereur d'Occident, une autre école littéraire 
s'établissait par les soins de ce prince qui fondait un évêché 
et une autre colonie religieuse germanique, à Osnabrug. 
L'on y était dans l'obligation d'y enseigner également les 
deux littératures grecque et latine. Cette innovation est re- 
marquable, quoique sous les Mérovingiens la langue grec- 
que, importée dans les Gaules par l'antique influence com- 
merciale des Marseillais, ne fût pas encore oubliée dans les 
contrées méridionales jusqu'à Lyon. Il y a des preuves 
nombreuses de ce que j'avance chez les Collandisles. Le texte 
du capitulaire impérial de l'institution de l'évêché avec la 
double école d'Osnabrug a pour objet d'y former des hom- 
mes capables d'avoir des relations avec l'empire de Byzance, 
dont la frontière touchait à celle de l'empire Carlovingien. 
Voici la remarque d'Albert Cranlzius, qui se trouve dans 
l'itinéraire de Mabillon et Lannoy (pag. 44) : Ut mullo mer- 
caretur, habuisse tune se viros limjuae graecae gnaros, quos 
Carolus Magnus opponeret legalioni , qtiae ci tune vcnerat 
ex Constanlinopoli , ah Irène, regina et Nicephoro, pairicio. 

Voici le texte même du capitulaire impérial qui sert de 
corollaire à toutes ces preuves. Et hoc ea de causa staluimus 
quod in eodem loco Graecas cl Latinas scholas , in perpeluum 



( 338 ) 
manere ordinavimus , et nunquam cleros utriusque iinguac 
gnaros ibidem déesse confuliimis. Datum 13 kal. Jan. anno 
IV, Imperii nostri , XXXVII rcgni noslri in Francia , atque 
XXXI in Italia. Actum in palalio Aquisgrani. (Voir Baluzius, 
Capiiularia Begium Francorum, p. 418.) 

Remarquons accessoirement que ce même empereur 
n'eocourageait pas seulement la propagation des études 
grecques pour les relations evlérieures de son empire, 
mais il encouragea aussi l'étude de la langue teutonique 
(thcodisca lingua) pour soumettre la Saxe. 

J'en ai autrefois donné plusieurs preuves dans des mé- 
moires qui ont été imprimés en 1819, à Bruxelles, au jour- 
nal littéraire intitulé: Le Mercure Belge. C'est dans ces 
mémoires que j'ai démontré, le premier, l'usage non inter- 
rompu des idiomes rustiques, tant wallons que flamands, 
depuis des temps antérieurs à la domination romaine jus- 
qu'à nos jours, contrairement à l'idée vulgairement répan- 
due d'une langue celtique imaginaire. 

J'y ai établi, en désignant les localités, la ligne antique 
de séparation des deux idiomes, le wallon et le flamand, 
presque dans les mêmes limites où cette séparation existe 
encore actuellement, depuis Dunkerque et Gravelines jus- 
qu'à Maestricht , et Aix-la-Cliapclle d'un côté: depuis Calais 
jusqu'à Hervé de l'autre. Plusieurs écrivains, d'après mon 
travail , ont eu la confiance d'adopter mon opinion depuis 
l'année 1819, que ces mémoires ont été publiés. 

Sous l'empire de Louis le Débonnaire une troisième 
école littéraire devint la rivale de Fulde et d'Osnabrug par 
la fondation de l'abbaye de Corwey de Saxe, laNouvelle- 
Corbie. Si une famille belge a remplacé les Mérovingiens 
dans la royauté, une personne de cette même fomille en 
est le fondateur; c'est saint Adalard; il était neveu du roi 



( 339 ) 

Pépin le Bref, et cousin -germain de Cliarlemagne et de 
Louis le Débonnaire. Il naquit très-certainement dans un 
des domaines Carlovingiens entre l'Escaut et la Meuse, 
mais on ignore, selon le témoignage des Bollandistes (2 
Januarii, p. 95), si c'est aux environs d'Audenaerdeou près 
de Louvain. Ex Uscia, oriundum esse propc Aldenardem, 
vulgo Huyse (Bolland. loco citato). Les mêmes agiographes 
disent un peu plus loin: Alibi lego Usciam fuisse Bethle- 
mium, terrilorii Lovaniensis non obscurus pagus. 

Saint Adalard était très-instruit dans les bel les- lettres, 
selon le témoignage de Molanus {Nalales SS. Delgii, pag. 1^). 
Erat acuti ingenii, divilis eloqnentiae. Il parlait avec une 
égale facilité les trois langues, latine, ^vallone et flamande. 
Latina, gallica et «eu^onfca. Saint Adalard réunissait donc 
sous ce rapport, pour la prédication en Germanie, la même 
capacité que saint Willibrord et saint Boniface, anglo- 
saxons, ayant par conséquent le moyen de se faire com- 
prendre des Germains , ce qui était très-dilïicile pour les 
Wallons ou Gaulois d'origine, tels que saint Corbinien. 

Paschasius et Rathbertus sont les deux agiographes de 
saint Adalard ; le premier l'avait connu personnellement; 
ils disent qu'il préféra l'état monastique aux plaisirs de la 
cour de Charlemagne. Il se retira et se distingua à Corbie 
en Picardie; delà au Mont Cassin, dont le monastère détruit 
par les Lombards au VI™° siècle, avait été récemment ré- 
tabli et augmenté en 718, par le même pape Grégoire II , 
qui consacra l'évêque saint Boniface. 

Iîapj)eler le souvenir du Mont Cassin , c'est remonter à 
l'origine des ateliers monastiques de librairie, car un des 
préceptes de la règle de l'ordre de saint Benoît, fondateur 
de ce cloître, prescrit en termes formels, ce genre de tra- 
vail , qui nous a conservé les copies des plus précieux ou- 
vrages classi((ucs de l'antiquité profane. 



( 340 ) 

Saint Adalard fut ministre du roi Pépin, fils de Charle- 
magne, en Italie. Il était par conséquent homme d'état, 
comme il était homme de lettres. Son administration est 
citée avec éloge dans sa biographie par Rathhertus : Depo- 
suil enim illico, in ingressu, omnem lyrannicam potesta- 
tem eorum, qui velut praedones iniqui, in populo furebant. 
(P. 98, Bolland.) 

Il fut en disgrâce pendant sept années entières sous l'em- 
pire de Louis le Débonnaire. En 825 , il fonda près de Pa- 
derborn {Fonte patris) l'abbaye de Corwey, filiale de Cor- 
bie. Il y institua une école littéraire. 

On ne doit donc point s'étonner des progrès de l'art de 
transcrire les manuscrits en Germanie, l'impulsion géné- 
rale était donnée. L'on y était parvenu en très-peu de temps 
au même degré d'exactitude grammaticale et de pureté cal- 
ligraphique, et même de beauté dans les ornements, que 
chez les Gaulois, alors appelés Francs, et chez les Italiens 
appelés Lombards. 

Ce serait inutilement prolonger cette notice que d'entrer 
dans des détails sur les écoles littéraires dePrum, Hil- 
deslieim, Mayence et autres. Nous remarquerons seulement, 
en ramenant la question à la langue grecque et aux minia- 
tures grecques eu Germanie, qu'il nous faut démontrer 
que Fétude de cette langue était généralement répandue 
au IX""* siècle, parmi les hommes de lettres et d'état. Les 
preuves se trouvent aisément dans le quatrième volume 
de YHistoire littéraire de France. Nous allons donner quel- 
ques indications parmi ceux qui connaissaient la langue 
grecque. Voici leurs noms : 

Paschasius, abbé de Corbie, contemporain etagiographe 
de saintAdalard, comme nous l'avons dit: « Il est peu de ses 
écrits, ajoutent les auteurs de Y Histoire littéraire, pp. 288 



( 341 ) 
et 311, où il ne fasse usage de la connaissance qu'il avait 
des langues grecque et hébraïque. 

Saint Angilbert, aussi abbé de Corbie (p. 651). 

Druthmar, moine de Corbie (p. 84). 

Saint Anschaire, premier archevêque de Brème. 

Scot Erigène, l'une des lumières de ce siècle. Il dédia au 
roi Charles le Chauve, protecteur des lettres à l'égal de 
Charlemagne, aïeul de ce prince, plusieurs ouvrages tra- 
duits du grec , tels que l'hiérarchie céleste de saint Denis 
l'aréopagiste (p. 425). 

Saint Eric, abbé de S'-Germain d'Auxerre, qui dans ses 
ouvrages, aussi dédiés au roi Charles le Chauve, fait usage 
d'un grand nombre de mots grecs et même souvent de vers 
grecs tout entiers (p. 559). Angiome, moine de Luxeu 
(p. 134), etc. 

Le diacre Florus, dont les auteurs de Y Histoire littéraire 
de France disent que le manuscrit était perdu , tandis qu'il 
nous semble que c'est le n" 9570, de l'inventaire de la bi- 
bliothèque de Bourgogne. Ce ne serait pas la première fois 
que des étrangers de la plus profonde érudition , n'auraient 
point connu, avant'le règne de Marie-Thérèse, les richesses 
de la bibliothèque de Bourgogne, que cette bonne souve- 
raine rendit accessible au public, en 1772. 

Werembert de l'école de Fulde (p. 603). Ermeneric 
(p. 527), etc. , etc. 

On pourrait aisément augmenter cette liste des hommes 
de lettres parlant la langue grecque, en consultant les ou- 
vrages les plus rc|)andus; mais je me borne à faire remar- 
quer, parmi les hommes notables d'état et d'église, les noms 
de Godescalc , d'une célébrité malheureuse à cause de ses 
opinions religieuses, Wahlafrid Slrabon, llaban Maur de 
l'école de Fulde, Uatrani de notre école belge de Lobbes 



( 34â) 
sur Sambre, et surtout Hincmar , dont les écrits latins ap- 
prochent de la pureté cicéronienne. 

Si la culture des lettres grecques était alors vulgaire , 
selon la volonté suprême de l'empereur, l'on doit en con- 
clure que la peinture des miniatures dans le style grec, ait 
alors été pratiquée , mais elle est moins généralement ré- 
pandue en Occident, que la littérature, malgré l'axiome: 
Maxime grœci librarii picluris et imaginibus quœ res ab 
aucloribus descripla nalivis coloribus atque picluris repré- 
sentant, dit Montfaucon, Palœographia grceca, p. 7. 

D'après tout cet exposé, l'on peut facilement expliquer 
que le manuscrit des évangiles, n° 18723, transcrit en 
Germanie, soit remarquable par une miniature qui doit 
être l'ouvrage d'un artiste grec. 

Ce n'est pas moi qui ai reconnu le premier le caractère 
spécial de cette miniature, c'est M. le commandant Sten- 
gel, qui a visité ces jours derniers, l'ancienne bibliothèque 
royale de Bourgogne. 

M. Stengel a copié lui-même, selon ma demande, pour 
la présente notice, celte miniature, qu'il a dessinée au 
simple trait. L'explication des couleurs est plus loin, en 
appendice. 

C'est donc l'ouvrage d'un artiste grec, qui habitait la Ger- 
manie; on ne peut en douter, parce qu'elle est inhérente 
au codice; elle se trouve à la suite de l'argumentum et du 
breviarium, sur le verso du feuillet, portant ces mots au 
recto : Explicit breviarium. 

C'est un artiste grec qui l'a composée, parce qu'alors 
tous les Occidentaux, sans exception, étaient de la commu- 
nion latine. Le schisme de la communion grecque, dont 
la tendance fut donnée par le patriarche Photius, un 
peu plus tard, et qui ne fut consommé qu'au XI" siècle 



( 343 ) 
par Michel Cérulaire , autre patriarche de Constantinople , 
n'existait pas encore. 

On reconnaît cette dilTérence entre des artistes peintres 
des deux communions au IX" siècle dans Rome même, sous 
les yeux du souverain pontife. On peut s'en convaincre en- 
tre autres, par les planches de l'ouvrage de Ciampini, 
Monumenta vetera. Il décrit au chapitre XXVII, p. IGl, 
tome II, les mosaïques de l'église de Sainte-Cécile, bâtie à 
Rome en 820 , par le pape Pascal P' . Ce souverain pontife 
avait ouvert dans Rome , un asile aux Grecs qui devaient 
fuir de l'empire de Byzance, pour avoir pris la défense des 
saintes images contre les iconoclastes. C'est peut-être un 
de ces artistes qui se réfugia en Allemagne et y composa, 
quelques années plus tard, entre 833 et 866, c'est-à-dire 
au second tiers du IX^ siècle , la miniature dont le simple 
trait est joint à cette notice. 

Tout porte à croire que ce ne fut pas un artiste latin de 
Germanie, parce que ce genre de miniatures grecques est 
de la plus grande rareté, tandis que les manuscrits du IX" 
siècle sont assez nombreux, mais en simple calligraphie. 

Pour constaterde quelle communion fut l'auteur, il suflit 
de voir la pose de la main droite du Christ donnant la béné- 
diction. C'est ce que M. le commandant Slengel me fît re- 
marquer; je ne l'avais pas encore aperçu. Voici le texte de 
Ciampini sur la différence des deux bénédictions, selon le 
liturgies grecque et latine, d'après une mosaïque de l'é- 
glise de Sainte-Cécile dont Ciampini donne le dessin. 

Subtus 7nanu, Clirislus, mundi Salvalor, veluti inter niibes 
slans adspicilur. Sinislra volumen obvolulum tenens, dex- 
Iram elevalam in benedicendi aclu ac pollicem cum annulari 
GiiAico MOUE, junclain exlendens. Dixi GH.^f:co moue, (fuo- 
niam Graeci in bencdiclione impur lienda , annularcni di<ii- 
tum cum polUce conjunyiinl. 



( 344) 

Ciampini décrit ensuite la bénédiction latine : Pollicem, 
indicem et médium extendens. On reconnaît plusieurs 
exemples de la bénédiction latine dans d'autres dessins du 
même auteur : Monumenta vetera, tandis qu'il ne s'y 
trouve qu'une seule mosaïque à la bénédiction grecque , ce 
qui prouve la rareté, même en Italie, de ce genre de pro- 
ductions d'artistes byzantins. 

La diflerence du signe de la bénédiction des deux obé- 
diences grecque et latine, ne se reconnaît pas seulement 
en Europe et en Asie, mais aussi en Afrique, dans l'Abys- 
sinie, qui est de la communion romaine. Je viens de re- 
marquer cette différence sur un manuscrit abyssin rempli 
de magnifiques miniatures que M. Blondeel , consul géné- 
ral de Belgique, en Egypte, a rapporté de son voyage en 
Abyssin ie. 

Ce manuscrit est une histoire de l'archange saint Michel, 
qui est auprès de Dieu , selon les légendes orientales , ce 
que le premier visir est auprès du monarque. C'est saint 
Michel, selon ce manuscrit, qui conduisit Moïse et les 
Hébreux au passage de la mer Rouge, et qui fit engloutir 
l'armée de Pharaon. Sur les miniatures de ses nombreux 
miracles, il y a le même archange, le Christ, et d'autres 
personnages qui donnent la bénédiction, selon la liturgie 
latine, en élevant l'index et le médius. 

Le dessin de la mosaïque de Sainte-Cécile, de la date 
de l'an 820, comme on vient de le dire, a une grande ana- 
logie avec le dessin de la miniature grecque de l'évangile 
latin-germanique n" 18725. « Cette miniature, dit M. le 
» commandant Stengel , dans une note qu'il m'a donnée, 
» offre un des exemples rares qui constatent la présence 
» des peintres grecs dans le nord-ouest de l'Europe , sou- 
» mis aux rois Carlovingieus et à leurs successeurs. » 



( 345 ) 

On verra au dessin ci-joint, que le Sauveur, roi de gloire, 
est assis au point culminant, sur un globe. Au-dessous de 
lui, sont les quatre évaugélistes dans la pose de rédacteurs : 
ils sont reconnaissables par les quatre (igures symboliques 
placées sur la tête de chacun d'eux, lange, le lion, le 
taureau et l'aigle. A leurs pieds sont les scrinia et d'autres 
ustensiles des calligraphes. 

Le devoir nous prescrit d'ajouter ici le jugement porté 
sur cette miniature, par M. le commandant Stengel : « La 
» composition, dit-il, en est sagement ordonnée, bien 
» qu'un peu froide. Le dessin et la touche ont les qualités 
» et les défauts des œuvres byzantines de cette époque; 
» une grande assurance de crayon , beaucoup de noblesse 
» dans les poses de certaines figures, comme dans le roi 
» de gloire, et des poses moins nobles, comme dans les 
» évaugélistes; une légèreté de touche admirable, mais 
» qui va jusqu'au laisser-aller du pinceau. En résumé une 
» facilité extrême, jointe à une négligence presque aussi 
» grande. » 

Qu'il nous soit permis d'ajouter, la simplicité, la finesse 
et la légèreté des draperies, héritage de l'antiquité helléni- 
que, précieusement conservé par l'école byzantine, trans- 
mis en Occident, comme on le voit entre autres au Campo- 
Santo de Pise en Italie, et au manuscrit inimitable qui 
appartenait à Jean, duc de Berry , et que, jusqu'à ce jour, 
j'ai pensé avoir été fait pour Venceslas, duc de Brabant. 
J'en donnerai une notice à la prochaine séance. 

Les qualités qui distinguent les draperies ont été mo- 
difiées par l'école de David Aubert, qui le premier fut le 
chef de la bibliothèque de Bourgogne, fondée par le duc 
Philippe le Bon. Mais les draperies du XV siècle sont quel- 
quefois maniérées dans leurs poses; on y voit |)lus d'art. 



( 346 ) 
plus d'arrangement dans les plis et les ondulations; mais 
ce n'est pas l'admirable simplicité hellénique. 

Après celte digression sur la miniature, il faut dire 
quelques mots sur la calligraphie de l'évangcliaire, pour con- 
stater que c'est une œuvre du second tiers du IX^ siècle. 
M. Moue , nous le réitérons , fixe la date à l'an 840 , 
M. Steogel le croît un peu moins ancien. 

Leurs opinions , qui diffèrent de quelques années, ce 
qui est beaucoup pour un travail d'une aussi grande ra- 
reté, se concilient aisément : nous allons voir que ce ma- 
nuscrit, d'une des librairies saxones-germaniques, est du 
second tiers du IX* siècle, c'est-à-dire de 855 à 8G6. 

Est-il de la librairie de Fulde , d'Osnabriig, de Corwey, 
ou de la librairie d'un autre monastère d'Allemagne? Je le 
réitère, c'est ce que j'ignore. Mais c'est incontestablement 
une écriture germanique. Je l'ai vérifiée en la confrontant 
avec la planche 55'"'' du Nouveau recueil de diplomalique , 
t. III, p. 384 

En effet, les lettres capitales, qui constatent mieux que 
les minuscules le siècle et la fraction du siècle , se rappor- 
tent à cette planche. Il y a passim dans l'évangéliaire , plu- 
sieurs capitales isolées et même des lignes capitales entiè- 
res, qui feraient honneur encore aujourd'hui à nos meilleurs 
fondeurs de caractères, par leur fermeté, leur régularité, 
leur grandiose. 

Quant aux minuscules, on en trouve des échantillons à 
ladite planche 55, t. III, p. 584 : descendons d'époque en 
époque pour y arriver. 

On remarque à cette planche le septième genre, pre- 
mière espèce , qui commence : Ik gihorta datseggendat 
sih, etc. Les auteurs de ce recueil sont de l'opinion que 
c'est une écriture d'un saxon, instruit par saint Boniface à 



lut//. Je /Jra,/.. iom M. l'''J',iilir. 



FoffcÔij. j 







1/1. 









^.: 







^ J>ri^pteft, fit^de l'Âcad. 



Kvan'^ôliniro de S*. A'icloi», à Sonlon. ( IV^'Sièolo) 



( 347 ) 
la lin du VHP siècle. Cet échantillon présente les bases 
du caractère du manuscrit 18723. 

Passant à la seconde espèce du même septième genre, 
ayant pour paradigme : Exemplar ex epistolis Hieromjmi ad 
Eustochiuin , monument de l'an 816; l'écriture se rappro- 
che davantage du manuscrit 18725. 

La troisième espèce : De filio suo qui factus est, est en- 
core plus analogue, ainsi que la quatrième espèce. Ce sont 
bien évidemment des œuvres du second tiers du IX^ siècle. 
Ainsi la date du manuscrit se trouve bien constatée. 

Telles sont nos remarques sur le texte et sur la minia- 
ture grecque qui l'accompagne. Nous ne dirons rien d'une 
autre miniature antique, placée immédiatement à la suite 
de celle-ci. Elle est peinte sur vélin pourpre, ce doit être 
aussi un évangéliste, rédigeant son livre, comme on le 
voit par sa pose; mais le dessin et les couleurs sont telle- 
ment détériorées, qu'il n'y a pas de possibilité d'en repro- 
duire une copie satisfaisante au simple trait. 



EXPLICATION DES COULEURS. 

Le fond est bleu de ciel à partir d'en haut, jusqu'à la moitié du globe; à 
partir de là il est vert clair jusqu'en bas ; la bande du milieu est un peu plus 
foncée, et les animaux y sont peints en grisaille verte, encore plus foncée. 
— Les tuniques du sauveur et des évangélisles sont d'un blanc-bleuâtre; 
les manteaux des mêmes, sont roses. — Les cheveux et la barbe du pre- 
mier sont foncés; les cheveux des évangélistes également. — On ne croit 
pas que le rond au fond ait été la lune, il est possible que ce soit un reste d'une 
goutte d'eau tombée sur la miniature. — Le globe est bleu clair plus foncé 
que le bleu du ciel du fond. — Le livre tenu par le roi de gloire est ver- 
millon. Il nous semble que le Sauveur a les yeux élevés et en extase, mais 
la détérioration des contours n'a point permis de l'exprimer; il aurait fallu 
moderniser ce regard sublime et intellectuel , dont les traits sont d'une finesse 
plus sentie que perceptible. 



( 348 ) 

— L'académie a voté des remercîmenls à M. le baron 
de Stassart, directeur sortant, qui a été nommé vice-di- 
recteur pour l'année 1844 à 1845, 

— M. le baron de Gerlache , directeur pour 1844 à 
1845 , a ensuite tixé l'époque de la prochaine réunion au 
samedi 1" juin. 



OUVRAGES PRESENTES. 



annales des uniiiersifés de Belgique. Année 18-42. Bruxelles, 
18-43, 1 vol. in-8°. — De la part de M. le ministre de l'inté- 
rieur. 

La génération des connaissances humaines. Par M. G. Ti- 
berghien. Bruxelles, 18-4-4, 1 vol. in-8''. — De la part du 
même. 

Catalogue des accroissements de la bibliothèque royale. Troi- 
sième partie. Bruxelles , 18-4-4, in-8°. — De la part du même. 

annales des travaux publics de Belgique. Tome II. Bruxelles, 
18^4-4, 3 exemplaires, in-8°. — De la part de M. le ministre 
des travaux publics. 

annales de la société de médecine d'Anvers. Année 18-44 , 
livr. de févr. et d'avril. Anvers, in-S". 

Gazette médicale belge. Deuxième année , 18.4"4, n"' 9 à 17. 
Bruxelles, in-4°. 

Compte rendu des séances de la commission royale d'histoire. 
Tome VII , n° 2 , et fin du tome VII ; tome VIII , n» 1. Bruxel- 
les , 1843-4-4, in-8». 

Notions élémentaires des sciences naturelles et physiques. 
Par M. Ch. Morren, 4' partie , botanique. Bruxelles, 1844, 
in-18. 

Documents relatifs aux troubles du pays de Liège, sous les 



( 349 ) 

princes-évêques Louis de Bourbon et Jean de Home, l-4oS- 
1503. Publiés sous la direction de la commission royale d'his- 
toire, par M. P.-F.-X. De Ram. Bruxelles, 1844, 1 vol. in-4''. 

De la situation de l'industrie du fer en Prusse (Haute Silé- 
sie). Par M. A. Del vaux de Fenffe. Liège, 1844 , in-B". 

Histoire politique, civile et monumentale de la ville de 
Bruxelles. Par IMM. Alex. Henné et Alph. Wauters , livr. 80 à 
90. Bruxelles, 1843, in-8°. 

Commentaire sur TŒdipe-roi de Sophocle. Par M. A. Scheler. 
Bruxelles, 1843, in- 18. 

annales et bulletin de la société de médecine de Gand. Année 
1844, mois d'avril, 14^ vol., 4*' livr. Gand, in-S". 

Bulletin de l'académie royale de médecine de Belgique. Année 
1843-44, tome III, n" 5. Bruxelles, in-8<>. 

Les quatre fils //ijuwn. Par M. Ferd. Henaux. Liège, 1844, 
in-8°. 

Rapport adressé à la députation permanente du conseil pro- 
vincial de Liège, par la commission d'agriculture, sur le défri- 
chement des landes et bruyères. — Delà part de M. Morren. 
Liège, in-8". 

Notice sur un denier d'or inédit de l'empereur Uranius An- 
toninus. Par M. De Witte. Paris , in-8°. 

Lettre à M. Th. Panofka sur une amphore de Nola. Par le 
même. Paris, 1843, in-8°. 

Le géant Ascus. Par le même. Blois, in-B". 

Journal historique et littéraire de Liège. Tome XI, V" livr. 
Liège, in-S". 

Annales d'oculistique. Publiées par le D"^ FI. Cunier, 1" an- 
née, tome XI, A' livr. Bruxelles, 1844 , in-8°. 

Messager des sciences historiques de Belgique. Année 1844 , 
1'" livr. Gand , in-8°. 

La reçue synthétique. Tome V, n» 1 , janvier 1844. Paris, 
in-8°. 

Journal d'agriculture pratique et de Jardinage. 2" série, 
tome l", n"' 9 et 10. Paris , in-8". 

ToM. XI. âo 



// 



( 3o0 ) 

Revue zoologique. Par la société CuviérienDe, 184-4, n" 2. 
Paris, in-S». 

L'Investigateur , journal de l'institut historique. IV année, 
tome IV, 2" série, 113" et 116'= livr. Paris, in-8". 

Mémoires de la société royale des sciences, des lettres et des 
arts dl4rras. Années 1829, 1833-36, 1838, 18-10 et 18-42. 
Arras, 1830-42, 8 vol. in-8». 

Séances publiques de la société royale d'^4rras. Années 1822, 
1824, 1823 et 1827. Arras , 1823-28 , 4 vol. in-8°. 

Mémorial historique et archéologique du département du Pas- 
de-Calais. Par M. Harbaville. Arras, 2 vol. in-8". 

Journal de la société de la morale chrétienne. 3" série , t. l", 
n" 4. Paris, 1844, in-8". 

Mémoires de la société royale d'émulation d'Jbbeville , 1 84 1 
à 1843. Abbeville, 1 voI.in-8°. 

archives du muséum d'histoire naturelle. Publiées par les 
professeurs-administrateurs de cet établissement, tome 111, 
livr. 4. Paris, 1843, 1 vol. in-4<'. 

Observations faites dans les Alpes sur la température d'ébul- 
lition de Veau. Par MM. Pellier et Bravais. Paris, in-4''. 

Stir les phénomènes que présentent les corps projetés sur des 
surfaces chaudes. Par M. Boutigny. Paris , in-8". 

Lettre à M . Hase., sur le discours de Dion Chrysoslome , inti- 
tulé : Éloge de la chevelure. Par M. J. Geel. Leyde, 18S9 , in-8'^^. 

Geschiedenis der Godsdiensten , henevens derzelven leerstelsels 
en plegtigheden , hij aile volkeren der aarde , enz. (door 
M. S. Polak). Amsterdam, 1843. Aflevering 1 tôt 7, in-4''. 

Algemeene geschiedenis der ivereld, van de schepping tôt op 
den tegentcoordigen tijd (door denzeifden). Amsterdam, 1841- 
43, 3 vol. gr. in-B". 

Berigten en mededeelingen door het genootschap voor land- 
bouw en kruidkunde te Utrecht. 2'*® Aflevering. Ulrecbt, 1844 , 
in-4°. 

Proef eener gcologischc kaart van de Nederlanden. Door 
D'^W.-C.-H. Staring. Groningen , 1844, in-fol. 



( 351 ) 

Proceedings of the royal Irish academy , for the year 18-42- 
43, part VIÏ. Dublin, 1844, in-8". 

The numismatic chronicle. Editée! by John Yonge Akerman , 
april 1844, n" 24. London , \n-%°. 

Proceedings of the royal society of Edinburgh, 1841-42, 
n"' 19 et 20, in-8". 

Transactions of the royal society of Edinburgh. Vol. XV , 
part 2. Edinburgh , 1842, in-4°. 

The journal of the royal asiatic society of Great Britain and 
Ireland. Vol. Vil. London , 184S, 1 vol. in-8°. 

Proceedings of the royal society, 1843, n°' S7 et 58. Lon- 
don , in-8°. 

Address of the inost noble the marquis of Northampton, the 
président , read at the anniversary meeting of the royal society. 
Nov. 30, 1843. London, in-8''. 

The council and fellows of the royal society. SO"' nov. 1843. 
London , in-4°. 

Philosophical transactions of the royal society of London for 
the year 1843, part. 2. London , 1 vol. in-4°. 

Jahrbuch fiïr praklische Pharmacie , unter der Rédaction 
von J.-E. Herberger und F.-L. Winckler. Band Vlll, Heft 1 
und 2. Landau, 1844, in-8". 

Bepertorium fur Anatomie und Physiologie, von G. Valen- 
lin. 8"^" Bandes 2"» Abtheilung.Bern undS'-Gallen, 1843,in-8". 

Annalen fiir Météorologie und Erdmagnetismus. Jahrgang 
1843 , 8"=' Heft. Miinchen , 1843, in-8°. 

Gôllingische y/nzeigcn. l"'" und 2""' Band , auf das .lahr 
1848. Gottingen , 2 vol. in-8''. 

Almanacco Aretino , 1836-1842. Montepulciano ed Arezzo , 
1833-1842, 6 vol. in-18. 

Sloria degli antichi vasi fillifi y/retini del Dott. A. Fabroni. 
Arezzo, 1841 , in-8''. 

Narrazione storica degli atli délia socielà filarmonica Arc- 
tina, in Arezzo (par le capitaine Orcsle Brizi). Arezzo , 1841 , 
in-8". 



( 352 ) 

Memorie istoriche ragguardanti la venuta di alti personaggi 
in Arezzo (par le même). In Arezzo , 18-42, in-8°. 

Sulle casse di risparinio , cenni del capitano O reste Brizi , 
.iretino. Firenze, 1841 , in-S". 

Osservazioni sulla milizia di Oreste Brizi, Aretino. Lucca , 
1839, in-8°. 

Atti dell' I. e R. accademia Aretina di scienze , lettere ed 
arti. Vol. I. In Arezzo, 1843, in-S». 



ERRATA POUR LE BULLETIN N» 4. 



Page 272, ligue avant-dertiière , leror , lisez.- lerror. 



273, 


— 18 , infuretum , 


— 


infarci tum 


ib-, 


— 26 , ptierperiim , 


— 


puerpernm 


276, 


— 14. halleces. 


- 


haleces. 


ib.. 


— 25 , sompfuariis , 


— 


sumptuarii 


278, 


- 27, A- air. 


— 


à' être. 


279, 


— avant-dernière , stampida , — 


stampides. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉmE ROYALE DES SCIENCES 



BELLES-LETTRES DE BRDXELLES. 



1844. — N° 6. 



Séance du 1" juin. 

M. le baron De Gerlache, directeur; 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 



CORRESPONDANCE. 



Le secrétaire annonce que la réunion des naturalistes 
Scandinaves aura lieu à Christiania, du 12 au 18 juillet 
prochain. 

M. le Ministre de l'intérieur écrit que le conseil com- 
munal de Tongres a consenti , sur sa demande , à ce que 
le fragment de la colonne milliaire romaine, découvert 
dans cette ville, soit déposé au musée de l'État. 

ToM. XI. 26 



( 354 ) 
L'académie reçoit plusieurs réponses à sa circulaire sur 
les antiquités nationales. Une de ces réponses, écrite par 
M. Flamont , curé et doyen de Pâturages , est accompagnée 
de trois médailles. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS. 



ASTRONOMIE. 

M. Quetelet rend compte des circonstances de l'éclipsé 
de lune qui a été observée la nuit précédente. L'état du 
ciel était très- favorable, et a permis de suivre toutes les 
phases de cet intéressant phénomène. 

Le premier contact avec l'ombre a eu lieu à O"* 26" 22'. 

Le commencement de réclipse totale >^ 10'' 29" 17». 

La fin de l'éclipsé totale « 11"» 46" 22\ 

Le dernier contact avec l'ombre " 12** 50" 10'. 

Ces résultats sont donnés en temps moyen de Bruxelles. 
L'occultation et la réapparition des principales taches de 
la lune ont également été observées par le directeur de 
l'observatoire et par MM. Liagre et Houzeau. 



( 355 ) 



BOTANIQUE. 

Enumemlio synoptica plantarum phanerogamicarum ab 
Henrico Galeotti in regionibus mexicanis collée tarum , 
auct. M. Martens et H, Galeotti. 

APOCYNEyE. JcssiEu et Endlicher. 
I. TABERNiŒMONTANA. Z. 

1. TABEn:\.CMOKTANA MACROPHYI.I.A? Potr. 
(Coll. H. Gai. N» 1590.) 

Foliis opposilis brève petiolatis nitidis ovalibus subacutis , 
nervis transversalibus parallelis, stipulis brevibus interpetio- 
laribus, pedunculis axillaribus cymosis infernè trifidis, floribus 
dichotomo-cymosis albis bracteatis, calyce S-partito laciniis 
obtusis. — Folia 8-8 pollices longa, 2-4 pollices lata, corollae 
tubus 3-linearis apice paulum ampliatus, laciniis limbi oblon- 
gis obliquisque tubo corollae sublongioribus. 

i . — Se trouve dans les bois humides de la colonie 
allemande de Mirador, près Yera-Cruz, à 5,000 pieds de 
hauteur absolue. FI. blanches odorantes. Avril. 

2. Taberii£hoi«tana? 

(Coll. H.Gal. N" 1577.) 

Obi. Spécimen mancum. Foliis obovato-oblongis oblusiusculis niliclis iu 
peliolum longe attcnuatis, Horibus dichotomo-corytnbosis albis, corymbo 
multifloro, calycis laciniis obtusis. 

*. — Se trouve dans les forêts de Chilloyac, près de 
Xalapa, à 4,000 pieds. FI. blanches. Mai. 



( 356 ) 

II. NERIANDRA. Alp. Dec. Prodr. T. 8. 

ô. IXeRIANDKA? AtRAKTIACA. Nobis. 
(Coll. H. Gai. N»1591.) 

Frutex glaber ; foliis alternis brève petiolatis oblongis nilidis 
coriaceis transverse venosis, pedunculis oppositifoliis subdi- 
chotomis multifloris, floribus fasciculato-umbellatis aurantia- 
cis. — Calix parvulus S-partitus eglandulosus laciniis ovatis 
acutis , corolla i-pollicaris hypocraterimorpha intus pilosa, 
tubo apice inflato, limbi quinquepartiti laciniis obliquis tiibo 
diiplo brevioribus, stamina 3 summo corollae tubo inserta iu- 
clusaj antherae subsessiles ovalo-lanceolatae acuminatae in 
filum productae conniventes, stylus Gliformis longitudine tubi 
corollae, stigraa capitatuna, ovaria duo glabra, fructus ignotus. 

t. — Où trouve cette belle plante au bord des ri- 
vières qui coulent dans le fond des ravins, près de San- 
tiago de Huatusco (département de Vera-Cruz), surtout 
au Rio Xaraapa , vers 3,500 à 4,000 pieds. FI. orangées. 
Avril. 

III. THEVETIA. Jussieu et Endl. 

4. Thevetia lal'rifolia. Juss. 

Syn. Cerbera thevetia. L. 

(CoU. H. Gai. No 1634.) 

s. — Croît dans les bois et les taillis des régions 
chaudes atlantiques , près de Vera-Cruz ( Consoquitla , 
Puente Nacional, etc.); dans la Cliinantla (Oaxaca), de 
500 à 2,000 pieds. FI. jaunes-citron. Août. 

IV. ECHUES. /. 

5. ECHITES SIAVEOLESS. NobiS. 

(Au Ecliitcs h\ [io\f.uca? Bentham.) 
Rosa de Sao Juan incolai-um . 

(Coll. H. Gai. N° 1593.) 

Caule suffruticoso ereclo pubescenli ramoso , foliis opposilis 



(357 ) 

siibsessilibus integerrimis oblongis margine revolulis supra 
piibescentibus, subtus incano-tomentosis , pedunculis unifloris 
folio brevioribus, corolla inagnâ hypocrateriforrai tubo pubes- 
centi-tomenloso , staminibus inclusis. — Raclix longa fibrosa , 
foba 2-pollices longa, S-6 lineas lala, tubus coroUae sesqui- 
pollicaris, limbus diamelro sesquipollicari, flos odoratissinius , 
albus. 

5- -- On trouve cette magnitique espèce dans les sa- 
vanes à hautes graminées, et sur les versants rocailleux 
des profonds ravins d'Arumbaro et de Jésus del Monte, 
près de Morelia de Michoacan , de 5,500 à 7,000 pieds! 
FJ. blanches très-odorantes. Juin-septembre. 

6. ECHITES LAKLGIXOSA. IVohis. 
(CoU. H. Gai. No 1594.) 

Caille erecto fruticoso, ramulis foiiis et calyce molliter to- 
mentoso-lanatis , foiiis oppositis brève peliolatis subcordato-ro- 
tundalis integerrimis dense tomenlosis, supra jxillide viridibus 

subtus incanis , floribus solitariis brève pedunculatis axiilaribus 
longissimis ochroleucis, staminibus inclusis. — Folia vix polli- 
caria, lubus corollae 2^-poHicaris. 

^. — Croît sur les versants calcaires et schisteux du 
grand ravin de Mextitlan au NNE. de Mexico, à 6,0(M) 
pieds. FI. jaunâtres. Septembre. Très-rare. 

7. ECHITES JASUniFLORA. Nobis. 
(CoU. H. Gai. N" 1375.) 

Gaule fruticoso gracili pubescenli volubiii , foiiis oppositis 
brève peliolatis sagiltato-cordatis lanceolatis acuminalis supra 
glabriuscuiis subtus molliter villoso-pubescentibus, peliolis vil- 
losis, racemis axiilaribus pedunculatis folio longioribus, tloribu.s 
hypocrateriformibus luagnis calyce parvulo mullum longiori- 
bus , staminibus inclusis, folliculis longissimis torulosis 

XOims Echititoroaae, Jacq.; a qua foiiis non lineari-lanceolatis 
diffcrt. Flores iioilicares lulei. 



( 358 ) 

tu. — Se trouve dans les taillis, près de l'Hacienda 
del Mirador (département de Vera-Cruz) , à 5,000 pieds. 
FI. jaunes et orangées. Juillet. 

8. Ecrites tubiflora. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 1579.) 

Caule gracili volubili, foliis oppositis brève petiolatis cor- 
dato-lanceolatis acuminatis supra glabris, subtus cinereo-velu- 
tino-tomentosis , floribus racemosis reflexis subtubulosis, limbo 
brevi patenti laciniis obtussisimis, calyce glabro 8-partito 
corolla quadruplo breviore , folliculis binis gracilibus longis 
appressis. 

*u, — Se trouve avec l'espèce précédente. FI. jaunes. 
Octobre. 

9. Ecrites glaucescens. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 1582.) 

Glabra, caule volubili, foliis oppositis petiolatis cordato- 
ovato-acutis subtus glaucis, racemis paucifloris pedunculatis 
axiliaribus subsecundis folio longioribus , floribus racemosis 
pedicellatis infundibuliformibus, antheris inclusis. — Pedun- 
culi elongati apice flores 3-4 racetnosos gerentes , calycis laci- 
niae lanceolatae parvulae, corolia 1 |-pollicaris iufundibulifor- 
mis tubo |-pollicari , limbo magno subcampanulato laciniis 
rotundatis, squamulae 5 crassae hypogynae. 

5o. — Croît dans les bois et dans les taillis de la 
Sierra de Yavezia et du Cerro de San Felipe, près 
d'Oaxaca, de 6,500 à 7,500 pieds. FI. jaunes. Juin. 

10. Ecrites citrifolia? HBK. 

(Coll. H. Gai. N" 1583.) 

Foliis raagnis brève petiolatis elliplicis acuminatis glaberri- 
mis nitidis, pedunculis axiliaribus bifidis racemiferis , floribus 
hypocratcriformibiis. — Corollac lubus brevis |-pollicaris vix 



( 359 ) 

calyce longior limbo explanato diametro 8-10-lineari , laciniis 
rotuodatis, folia 6-8-poIlicaria. 

^u. — Croît au bord des rivières de la Chinanlla 
(Oaxaca), à 3,000 pieds. FI. jaunes rayées de brun. Juin. 
Rare. 

11. ECHITES LANATA. NobiS. 
(Coll. H. Gai. N" 1584.) 

Caille fruticoso pubescenli, foliis sessiiibus coriaceis obo- 
valis acuminatis basi cordatis , supra dense pubescentibiis 
subtus lanalis, racemis Iaxis axillaribus folio longioribus, flo- 
ribus pedicellatis hypocrateriformibus , staminibus inclusis , 
calycis laciuiis ovalis obtusis. — Flores subpoliicares. — Spe- 
cies affinis Echiti montanae, HBK.; sed laciniis calycis la- 
tioribus glabriusculis differt. 

Croît au bord de la grande rivière de Sola, à 20 
lieues au S. d'Oaxaca, à 4,000 pieds. FI. jaunes. Sep- 
tembre. 

12. Ecrites aspera. Nobis. 

(Coll. Il, Gai. N» 1587.) 

Gaule lignoso erecto pubescenti, foliis brève petiolalis ovato- 
lauccolalis acuminatis suprà hispidis subtùs villoso-canescen- 
tibus , pedunculis brevibus bifloris , corolla hypocrateriformi 
limbi laciniis obovato-oblongis , calycis laciniis subulatis, sta- 
minibus inclusis , folliculis lineari-niiformibus canescenti-vil- 
losis. — Flores lutei f-poUicares. 

S. — Dans les bois humides du ravin du Rio de las 
Vuel tas, près Don Dominguillo (route de Tehuacan à 
Oaxaca). FI. jaunes. Aoiit. 

V. THENARDIA. IIIiK. 

13. TlIEKAItDIA;* SDAVEOLEIVS. NoIliS. 

Syn. Siruqua incolarum. 

(Coll. Il Gai, N" 1557.) 

Foliis ovalo-Ianccolalis acuminatis glabris, caulo ranioso 



( 360 ) 

frulicoso volubili , pedunculis axiilaribus ac terminalibus mul- 
tifloris , floribus sub-umbellalis longé pedicellatis , pedicellis 
basi bracteolatis , corollae lobis tubo parum longiaribus. — Flo- 
res rosei odorem vanillae spirantes , semipollicares , sligma hir- 
sutuna, folia 2pollices longa pollicem lata. — Affinis Thenardiae 
floribundae , HBK.; sed flores non albo-virescentes nec corolla 
tubo brevissimo rotata. 

So. — Cette magnifique liane dont les ileurs roses ré- 
pandent une délicieuse odeur de vanille, se trouve à Urua- 
pan dans le Michoacan. Ce qui rend cette espèce remar- 
quable c'est que les indiens ne connaissent qu'un seul 
pied de cette liane qui croît sur un énorme Lmirus dans 
le village même. Aussi font-ils voir cette plante aux étran- 
gers comme une curiosité, et ils en sont fort jaloux, FI. 
roses. Août-septembre. 

VI. HOEMADICTYON. Lindl. et Mp. Dec. 

14. HœUADICTTOSi CONTORTUM. Nobts. 
(Coll. H. Gai, N» 1588.) 

Foliis petiolatis subcordalo-ovalibus acuminatis supra pu- 
bescentibus subtus pubescenti-velutinis, floribus pedunculatis 
cymoso-congestis, cymis bifidis axiilaribus folio longioribus , 
laciniis calycinis lineari-lanceolalis , corolla hypocraterifonui 
tubo elougato conlorlo laciniis limbi ovalo-rolundatis subie- 
flexis, antheris exsertis. — Corolla rubra subpollicaris. 

2J.U. — Croit dans les bois de Zacatepeque , près de 
l'Océan pacifique (département d'Oaxaca), de 2,500 à 
4,000 pieds. Fi. rougeâtres. Septembre. 

VII. PRESTONIA. n. Brown. 
lo. Prestokia sericka. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 1586.) 

Caulefruticoso volubili villoso , foliis opposilis subsessilibus 



( 361 ) 

subcordato-ovalo-lanceolatis acuminalis suprà villosis scabrius- 
culis subtùs flavescenti-sericeo-tonientosis , pedunculis axilla- 
ribus corymbiferis folio minoribus fulvo-tomentosis , calycis 
Sphylli laciniis amplis cordato-ovatis acuminalis villosis, brac- 
teislinearibus acuminalis, coroUaehypocrateriformis lubo seri- 
ceo-villoso limbi laciniis obovatis , staminibus subinclusis ap- 
pendicibuscoronaenullis. — Affinis Prestomaemexicanae,^ndr. 
\j. — Croît dans les taillis sur le rivage de l'Océan 
pacifique (État d'Oaxaca). FI. jaunes. Septembre. 

ASCLEPIADE^. R. Bbown. 
I. METASTELMA. B. Brown. 

1. Metastelma Schleciitesdalii. Decaisne. 
(Syn. M. parviflorum Schlecht. 

(Coll. H. Ga!. No 1541.) 

^^. — Dans les bois et taillis de la colonie de Zacua- 
pan, à 3,000 pieds. FI. blanches. Août. 

II. VINCETOXICUM. Endl. 

2. ViscETO.viCL'M SEPiuM. Decaisne. 

(Coll. H. Gai. N» 1533.) •" 

4. — Dans les haies de la Sierra de Yavezia (Oaxaca ) , 
à 6,500 pieds. FI. blanches. Juin. 

m. ROULINIA. Jd. Brogn. 

3. RouEiNiA Jacqui-ivi. Decaisne. 
Syn. Cynanchum fœtidum. UBK. 

(CoU, H. Gai. N» 1538.) 

4^- — Dans les haies de Tehuacan de las Granadas et 
d'Oaxaca, à 5,0(J0 pieds. FI. blanches. Août. 

IV. SARCOSTEMMA. R. Brown. 
^. SAr.(:usTr.M.MA cimssifoi.u.m. Decaisne. 

(Coll. H. Gai. N» 1529.) 

^H — Dans les bois de Cuicallan, Don Dominguillu 



( 362 ) 

(route de Tehuacao à Oaxaca), à 2,000 pieds. FI. blan- 
ches odorantes. Août. 
s. Sarcostehma cuhanense. ffBK. 

(Coll. H. Gai. N" 1527.) 

2J.O. — Belle espèce qui entoure les arbres , près des 
côtes de l'Océan pacifique (département d'Oaxaca). FI. 
blanches très-odorantes. Septembre. 

6. Sarcostemma bicolor. Decaisne. 

(CoU. H. Gai. N" 1537.) 

4^. — Dans les taillis de Tehuacan de las Granadas , 
à 5,000 pieds. FI. brunes et blanches. Août. 

7. Sarcostemma elegans. Decaisne. 

(Coll. n. Gai, N» 1534.) 

li-U. — Croît dans la Sierra de Yavezia, le long des haies, 
de 6 à 7,000 pieds. FI. brunes et blanches à odeur de va- 
nille. Juin. 

V. ASCLEPIAS. L. 

8. ASCLEPIAS LASIL'GINOSA. JÏBK. 

(CoU. H. Gai. N» 1510.) 

21. — Sur les rochers et près des ruisseaux de la Misteca 
Alla (Penoles), et de la Sierra de Yavezia, de 6 à 7,000 
pieds. FI. blanches. Novembre-avril. 

9. ASCLEPIAS GLAUCESCEKS. HBK. 

(Coll. H. Gai. N" 1508.) 

4. — Se trouve avec l'espèce précédente et dans les en- 
droits humides, près d'Oaxaca, de 5 à 7,000 pieds. FI. 
blanches. Juin-octobre. 

10. ASCLEPIAS CDRASSAVICA. £. 

(Coll. ». Gai. N" 1511.) 

é . — Au bord des ruisseaux et dans les endroits humi- 
des des régions chaudes et tempérées (Quiolcpec, Xalapa , 



( 363 ) 

de 2 à 5,000 pieds; Oaxaca, Tehuacan, de 4 à 5,000 
pieds, etc.). FI. rouges et jaunes. Juin-décembre. 

11. ASCLEPIAS SETOSA. Betïth . 

Syn. Contrayerba incolarum. 

(CoU. n. Gai. N" 1506 et 1547.) 

4. — Dans les savanes de Zacuapan , près Vera-Cruz, à 
2,000 pieds, et dans les bois des ravins d'Arumbaro (Mi- 
choacan), à 5,500 pieds. FI. blanches. Juin-août. 

12. AscLEPiAS PRATEjisis. Beuth. 

(Coll. H. Gai. N" 1549.) 

4. — Dans les prairies humides, près de Morelia de 
Michoacan, à 5,000 pieds. FI. blanches. Août. 

13. AscLEPiAS ovATA. Nobis. 

(CoU. H. Gai. N» 1554.1 

Caule sufiFruticoso erecto dense pubescenti , foliis oppositis 
siibsessilibus ovatis acutiusculis basi rotundatis suprà glabrius- 
culis subtus pubescenti-villosulis , umbellis longè pedunculalis 
Iaxis multifloris axillaribus et terminalibus, corollae laciniis 
ublongis reflexis pedicelli dimidiam partem subaequantibus , 
cucullis gymnostegio stipitato subbrevioribus processu lineari 
falcato longiore , pedicellis pubescentibus pedunculo breviori- 
bus. — - Folia 2-3-pollicaria , pedunculi l-l|-pollicares, pedi- 
celli |-pollicares, flores albovirescentes. — Affinis priori speciei, 
sed umbellis axillaribus longè pedunculalis, gymnostegio sti- 
pitato et villositate omnium partium praeserlim diversa. 

$. — Croît dans les forêts de chênes des montagnes de 
El Sabino, près d'Izmiquilpan, au N. de Mexico , à 6,500 
pieds. FI. blanc-jaunâtre. Septembre. 

14. ASCLEPIAS ROSEA. IfBK. 

(Coll. II. Gai. N"' 151<i cl 1542.) 

71. — Dans les savanes arides, près de Zacuapan (Vera- 
Cruz) , ii 2,500 pieds, et sur les rochers por|»hyriques de 



( 304 ) 

la Sierra de Yavezia (Oaxaca), à 6,000 pieds. FI. rosées. 
Juin-décembre. 

13. ASCLEPIAS LiniIFOLI.4. HBK. 

(CoU. H. Gai. No 1509.) 

t . — Au bord des ruisseaux de la Misteca Alla (à l'O. 
d'Oaxaca) , de 6,500 à 7,300 pieds. FI. blanches. Avril. 

16. ASCI.EPIAS LINARIA. Cav. 
(CoU. H. Gai. N»s 1515 et 1555.) 

î . — Croît dans les prairies et endroits marécageux du 
grand plateau central (environs de Puebla, Mexico, mon- 
tagnes d'Izniiquilpan) , de 6,000 à 7,500 pieds, sur les 
rochers calcaires d'Acultzingo (route de Yera-Cruz à Te- 
huacan), à 6,300 pieds; enfin, sur les monts gneissiques 
de la Misteca Alla, à 7,000 pieds. FI. blanches. Mai-dé- 
cembre. 

17. AscLEPiAs LOKGicoRNU. Bentli. 

(CoU. U. Gai. N°« 1512 et 1543.) 

4. — Dans les champs et dunes, près Vera-Cruz, et 
dans les plaines de Tehuacan et d'Oaxaca , à 5,000 pieds. 
FI. blanches. Août. 

18. AscLEPiAS MEi.AivTHA. Decaisue. 

(CoU. H. Gai. N» 1514.) 

Obs. Species insignis , flores atro-purpurei , cuculla in cornu longum su- 
bulalum patenti-recurvum producta. 

2f,. — Cette belle et rare espèce croît dans les forêts de 
chênes et de pins du Cerro ou Pelado de San-Andres, dans 
la Sierra de Yavezia, à 8,000 pieds. FI. noir-pourpre. 
Juin. 

19. ASCLEPIAS AURICl'IiATA. HBK. 

(CaU. H. Gai. N" 1507 et 1513.) 

4. — Croît dans les forêts de Gonsoquitla, près deZa- 
cuapan,à 2,000 pieds; dans la Chinantla (Oaxaca), à 



( 365- ) 
ïonaguia, vers 4,000 pieds, et à Juquila (cordillère occi- 
dentale d'Oaxaca) , de 4 à 5,000 pieds. FI. blanches. Mai- 
août. 

VI. OXYPETALUM. R. Brown. 

20. OXÏPETALI'M RIPARIUM. ffBK. 

(Coll. H. Gai. N» 1576) 

4^- — Croît dans les haies de Mirador et de Zacuapan, 
prèsVera-Cruz, de 2 à 3,000 pieds. FI. jaunes. Juillet. 

VII. GONOLOBUS. Mich. 

21. GosoLOBis ERiAKTHis. Becatstie. (Vide Dec, /'/•odr., t. 8.) 

(Coll. H. Gai. Nos 1519 et 1532.) 

4o. — Croît dans les bois de Mirador, à 3,000 pieds, 
et dans les haies, près de la rivière à Sola (Oaxaca), à 
4,000 pieds. FI. vertes et brunes. Juin-septembre. 

22. GonjOLOBi's trifloris. IVobis. 

(Coll. H. Gai. N" 1539.) 

Ramis pubescentibus , foliis cordatis ovatis et ovato-lanceo- 
latis acuminatis utrinque pubescenti-pilosiusculis, pedunculis 
trifloris axillaribus petiolo brevioribus, pedicellis pedunculo 
longioribus, sepaHs lanceolatis apice longe subulato-acumina- 
tis pilosiuscubs lacinias coroilae ovato-lanceolatas glabras sub- 
aequantibus. — Flores magni virescenles immaciilati , corona 
pentagona viridis. — Differt a priori specie , cui affinis, foliis 
subtus non tomentosis, sepalisque anguste lanceolatis elongatis 
nec tomentosis. 

*^- — Croît dans les bois de la Misteca Alta ( départe- 
ment d'Oaxaca), à Penoles, à 6,500 pieds. FI. vertes. 
Avril. 

23. Gooi.OBis .sTRiATLS. Nobis. 

(Coll. II. Gai. N» 1558.) 

Ramis petiolis pedunculis foliisque pubescenti-hirtis, pe- 
dunculis subtrifloris petiolo vix longioribus, foliis profunde 



( 366 ) 

cordalis ovalis acuminalis , sepalis lanceolalo-linearibus acu- 
minatis pilosis, corollae laciuiis ovato-lanceolatis longe acumi- 
nalis extus pilosiusculis intus glabris calycem diiplo superan- 
tibus. — Flores virides striati diametro poUicari , corona pen- 
lagona fusco-purpurea , folia 2-pollicaria petioli pollicares. 
Aflînis Gonolobo grandifloro, Bot. Reg. 

2|.c^. — Croît dans les bois de chênes des montagnes de 
El Sabino, près El Fajayuca, au N, de Mexico, à 6,500 
pieds. FI. vertes , rayées. Septembre. 

24. GoNOLOBus Fusciis. Decaisne. 

(Coll. H. Gai. N» 1546.) 

2;o. — Dans les ravins humides d'Arumbaro, près Mo- 
relia, à 4,000 pieds. FI. brunâtres. Août. 

23. GoitOLOBus TiNGENS. Dccaism. 

(CoU. H. Gai. N" 1559.) 

2i.u. — Se trouve avec le Gonolobus striatus Nobis. FI. 
brunes et vertes. Septembre. 

26. GoNOLOBCs CHLORASTHUS. Decaisïie. 

(Coll. H. Gai. N" 1523.) 

5c_). — Croît dans les bois de^Xalapa, à 4,000 pieds. FI. 
vert-jaunâtre , rayée. Mai. 

27. Gonolobus viresceks. Decaisne. 

(Coll. H. Gai. No 1552.) 

40. — Croît dans les haies de San Pedrito , près 
Mexlitlan (au NNE. de Mexico) , à 4,500 pieds. FI. ver- 
dâtres. Septembre. 

28. GosoLOBcs NEiuoROSus. Decttisne. 

(Coll. H. Gai. No 1540.) 

4o. — Croît dans les bois de Perîoles (Misteca Alla, 
Oaxaca) , à 6,500 pieds. FI. vertes. Avril. 

29. Gonolobus gracilis. Decaisne- 

(Coll. H. Gai. No 1531.) 

'2l(^. — Croît dans les taillis de Sola (déparlement 



( 367 ) 
d'Oaxaca), au bord des ruisseaux, à 4,800 pieds. FI. vei- 
dâtres et brunes. Septembre. 

30. GoKiOLOBus LiTTORALis. Decotsne. 

(CoU. H. Gai. Nû 1545.) 

4^. — Dans les taillis et sur les dunes du littoral de 
Vera-Cruz. FI. verdâtres. Septembre. 

31. Go.iiOLOBL's TRisTis. Decaisne. 

(CoU. H. Gai. No 1530.) 

^^- — Autour des arbres , au bord de la rivière de Ya- 
vezia, surtout à l'Hacienda del Socorro, à 6,250 pieds. FI. 
verdâtres. Novembre. 

32. GOSOLOBI'S B.ARBATt'S. I/BK. 

(Coll. H. Gai. N» 1525.) 

40. — Croît sur les dunes de la côte d'Oaxaca baignée 
par l'Océan pacifique. FI. verdâtres. Septembre. 

33. GOKOLOBl'S NIGER. R. BrowH. 
(Coll. H. Gai. N» 1522.) 

4«J. — Dans les taillis du littoral de Vera-Cruz et de 
l'Antigua. FI. noirâtres. Juin. 

34. GoMOLOBVs coNGESTus. DecaisHB. 

(Coll. II. Gai. N» 1528.) 

40. — Dans les bois de Juquila (près de la côte pacifi- 
que d'Oaxaca), à 5,000 pieds. FI. brun-pourpré. Sep- 
tembre. 

38. GoNOLOBiis LAKCEOLATi's. Dccaisne. 

fCoIl. II. Gai. N° 1518.) 

4^- — Dans les bois de la colonie allemande de Mira- 
dor, à 3,000 pieds. FI. vertes tachetées. Juin. 

36. GOKOI.OBIIS SID.CFOI.It'S. Nohis. 
(Coll. H. Gai, N" 1520 et 1561.) 

Gaule petiolisque fulvo-hirsuto-pilosis, foliis longé petiolatis 



( 368 ) 

amplis sinu anguslo et profundo cordatis apice abrupte et 
longé acuminatis margine ciliatls supra pubescenli-hirtis 
subtus glabriusculis , pedunculis hirsutis petiolo raultum bre- 
vioribus, calyce pubescenti-velutino corolla dimidio l)reviore, 
sepalis elliptico-elongatis , corolla rotata plana laciniis ovato- 
rolundatis fuscis supra glabris atro-purpureo-reticulatis sub- 
tus hinc glabris hinc pubescenti-velutinis. — Petioli 8-10-pol- 
licares , folia adulta subpedalia cordato-rotundata acuminata, 
inflorescentia et fructus ob specimina incompleta ignoti. 

So. — Cette belle liane entoure les arbres les plus éle- 
vés des ravins de Mirador et de Zacuapan, à 2,000 pieds. 
FI. rouge-orangé. Juin. Très-rare. 

VIII. POLYSTEMMA. Decaisne. 
37. Poi.TSTEMMA viRiDiFi.ORA. Decaisne. 

(CoU. H. Gai. N» 1517.) 

Obs. Habitus Gonolobi; sed corona staminea ligulis 5linearibus patulis 
purpureis, setis pluribus nigricantibus interpositis , donata. 

4c. — Dans les bois et taillis de Santiago de Huatusco , 
près Mirador, à 4,000 pieds. FI. vertes et brunes. Août. 

IX. BLEPHARODON. Decaisne. 
58. Blepharodom mucronatum. Decaisne. 

Syn. Astephanus mucronatus Schlecht. 

(Coll. H. Gai. N" 1524.) 

4o. — Dans les bois de Mirador et de Zacuapan, à 
5,000 pieds. FI. blanches. Juillet. 

51). Blepiiarodo:« keriifoi.iijm. Decaisne. 

(Coll. H. Gai. N° 1535.) 

$ . — Croît au bord des rivières de la Chinantla à Joco- 
tepeque, à 2,000 pieds. FI. brunes. Juin. 



( 369 ) 

X. CHTHAMALIA. Decaisne. 
40. Chtrahalia pedumcl'i.ata. Decaisne. 
Syn. Xalayote (") incolariim. 

{Coll. H. Gai. N»^ 1548 et 7211.) 

4- — Croît sur les rochers et dans les champs de Santa 
Maria , près Morelia de Valladolid , à 6,000 pieds , et dans 
les forêts de El Sabino (au nord de Mexico), où les habi- 
tants en mangent le fruit, qu'ils appellent xalayote. FI. 
brun-jaune. Juin-septembre. 

GENTIANES. Jdss. Griseb. 

I. GENTIANA. Tourn. 

1. Gestiana spath ace a. Willd. 

(Coll. H. Gai. N» 1481.) 

0. — Croît dans les montagnes de la Sierra de Capulal- 
pan (cordillère orientale d'Oaxaca), de 5 à 7,000 pieds. 
FI. bleues. Août. 

2. GeSTIANA LiEVIGATA. NohiS. 
(Coll. H. Gai. N" 1481 bis.) 

[Cyane Ren.) Gaule erecto gracili simplici, foliis oppositis 
lanceolatis trinerviis laevigatis, floribus pedicellatis oppositis 
terminalibus bracteatis azureis , calyce scarioso campanulato 
subintegro denticulato, corolia infundibuliformi-campanulata, 
limbo decemGdo lobis intermediis minoribus bi-vel trifidis , 
fauce inaberbi. — Affinis Gentianae spathaceae, ff^illd.; sed foliis 
et bracteis angustioribus , calyce non spathaceo-Gsso diversa. 

0. — Croît avec l'espèce précédente. FI. bleues. Août. 

3. Gektiana ovai.is. Nobis. 

(Coll. II. Gai. No 1483 bis.) 

Gaule adscendenti unifloro , foliis ovali-rotundatis subsessi- 
(') Prononcez Chalayote. 

ToM. XI. 27 



( 370 ) 

libus approximalis trinerviis, flore terminal! solilario sessili 
campanulato decemPitlo faiice nuda , calyce S-7fido , lobis obo- 
vato-oblongis inaeqiialibus. Caulis pedalis , folia 8-10 lineas 
longa , 6-7 lineas lala , flos niagnus campanulatus limbo erecto 
diametro subsesquipolHcari. 

0. — Cette jolie espèce croît dans les bois du pic d'Ori- 
zaba, de 8 à 9,000 pieds. FI, bleues. Septembre. 

4. Gentiana cespitosa. Nobis. 

(Coll. H, Gai. N" 1483.) 

Caulibus caespilosis subproslralis adsccndenlibus unifloris, 
foliis oblongo-elliplicis coriaceis margine revolutis, flore soli- 
tario terminali subsessili campanulato decemfîdo fauce nuda , 
calycis laciniis linearibus elongatis, coroUa magna caerulea. 

Obs. Species haec proxiraè accedit praeceJenli , a qiiâ foliis angustioribns 
laciniisque calycis linearibus Jiffert. 

0. — Se trouve avec l'espèce précédente. FI. bleues. 
Septembre. 

II. HALENIA. Griseb. 

â. IIaI.EINIA I.ONGICORBil'. Nobt's. 
(Coll. H. Gai. NO 7166.) 

Gaule caespitoso adscendenli simplici folioso , foliis inferio- 
ribus peliolatis subspathulatis 3-Snerviis, caulinis subconna- 
tis ovato-oblongis obtusis 8nerviis , floribus terminalibus sub- 
umbellatis , calycis laciniis oblongis obtusis corolla duplo 
minoribus, calcaribus incurvis deflexis divaricatis corollâ vix 
brevioribus. — Folia poUicaria, flores majusculi semi-polli- 
cares flavi apice virescentes, laciniae corollae ovato-rotundatae 
obtusissimae. — Afiinis Swertiae Michauxianae R. et Se. 

0. — Croît dans les endroits humides des forêts de 
pins, chênes et arbousiers du Cerro de San Felipe, près 
d'Oaxaca, de 8,500 h 9,500 pieds. FI. jaunâtres. Juin-sep- 
tembre. 



( 371 ) 

G. IIai.ema m;dicai:i.i$. IVobis. 

(Coll. II. Gai. N" 7220.) 

Glabra; caule gracili subsimplici apice telragono basi tan- 
tum folioso , fuliis triuerviis spathulato-lanceolatis longé pe- 
tiolatis , floribus lerminalibus cymoso-umbellalis , cymis 
paucifloris bracteolatis, calcaribus incurvis coroUa triplo bre- 
vioribus. — Folia |-l-po!licaria , petioli pollicares, caulis apice 
subramosus , involucri foliola lineari-subulata pedicellis inae- 
qualibus minora, flores liitei 3-4 lineas longi , sepala oblonga 
corolla duplo minora. — Affinis Haleniae multiflorae Benth. 

0. — Croît dans les forêls humides du haut pic d'Orizaba, 
fie 9 à 11,000 pieds d'élévation absolue. FI. jaunâtres. 
Août. 

7. Hale.^ia suTASis. Nohii. 

(Coll. H. Gai. NO 7222.) 

Caule erecto simplicl subtetragono nudiusciilo, foliis infe- 
rioribus obovato-oblongis in pelioliim altenualis, caulinis 
lanceolato-Iinoaribus sessilibus, floribus solitariis opposilis 
nutantibus laxè subracemoso-spicatis , calcaribus gracilibus 
corolla Irijjlo minoribus, sepalis spatbulato-linearibus obtusis 
corolla duplo minoribus, pelalis obovato-rutundatis obtusis. 
— Folia inferiora pollicaria peliolis semipollicaribus, folia 
floralia lineari-lanceolata pedunculis aequalia. — AiBnis Hale- 
niae gracili Griseb. 

9. — Se trouve avec l'espèce précédente. Fi. jaunâtres. 
Août. 

8. Uai.ema APiciTATA. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N" 7166.) 

Caule liumili subsimplici , foliis inferioribus oblongis Sner- 
viis longé petiolatis, caulinis sessilibus lanceolatis oblusius- 
culi subconnalis, floribus cymoso-umbellalis pendulis , calca- 
ribus incurvis corolla duplo brevioribus, pelalis ovatis obtusis 
apiculatis, sepalis oblongis obtusis corollA triplo minoribus, 



( 37â ) 

cymad ensa muUiflora. — Caulis 4-5-poIlicaris , folia l-l|-pol- 
licaria, flores brevi pedicellati 5 lineas longi, laciniae corollac 
distincte apiculata. 

0. — Se trouve avec YHalenia longicornu nobis auCerro 
de San Felipe, de 8 à 9,000 pieds. FI. jaunâtres. Sep- 
tembre. 

III. EXADENUS. Griseb. 

9. ExADEsrs ALATi's. IVobis. 

(CoU. H.Gal. N» 7221.) 

Planta pusilia glabra ; caule simplici erecto subalato nudius- 
culo, foliis radicalibus congestis subsessilibus oblongo-linea- 
ribus obtusis subtrinerviis caule duplo brevioribus , foliis 
floralibus linearibus oppositis , floribus axillaribus solitariis , 
pedunculis tetragonis alatis , calycis quadripartiti lacioiis 
ovatis oblusiusculis coroUa subrotata vix brevioribus. — Planta 
3-4-pollicaris basi foliosa , apicep auciflora , coroUa lutea 4-fida 
laciniis ovato-ellipticis. 

e- — Se trouve dans les forêts et sur les rochers trachy- 
tiques du pic d'Orizaba , de 9 à 11,000 pieds. FI. jaunâtres. 
Août. 

10. ExADEivus PAi'ciFOLius. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N» 7219.) 

Caule adscendenti gracili subaphyllo , foliis linearibus elon- 
gatis acutis semi-atnplexicaulibus, pedunculis axillaribus ge- 
niinis 1-3-floris, calycis .4-partiti laciniis linearibus acuniinatis 
tubo corollae vix brevioribus , corollae subrotatae laciniis 
ovatis acuminatis. — Caulis pedalis vix ramosus, folia caulinia 
1 |-pollicaria , flores iutei parvi. 

0, — Se trouve avec l'espèce précédente , de 9 à 12,000 
pieds. FI. jaunes. Août. 

IV. ERYTHRiEA. Renealm. 

11. Erythr^ea tekl'ifolia. Nobis. 

(CoU. H. Gai. N" 1478.) 

Annua, glabra; caule -igono alato , foliis lineari-subulatis 



(373 ) 

intermeclio longioribus , floribus dichotomo-pedimculatis sub- 
aphylbs, corolla rosea subrotata lobis oblongis tubo duplo 
longionbus. - Flores |polIicares, anlherae aurantiacae dé- 
ganter sp.ratira tortae. Affinis Erythreae texensi Griseb. ; sed 
toliis angustioribus, corollae lobis multo raajoribus differt. 

e. — On trouve cette belle plante sur le mont volcani- 
que nommé Cerro del Coll, près de Guadalaxara , à 5,500 
pieds. FI. roses. Décembre. Rare. 

12. EryTHR^A PAtCIFLORA. IVobis. 
(CoU. H. Gai. No 1482.) 

Caule tenui angulato subsimplici erecto basi folioso apice 
nudiusculo ac parum ramoso, ramis unifloris, foliis inferiori- 
bus subspathulatis, superioribus lineari-lanceolatis acutis 
corollae lobis ovato- oblongis subapiculatis , capsula ovoideà 
mllata. — Flores lutei , caulis fpedalis. 

0. — Croît dans les bois du pic d'Orizaba , à 8 et 9,000 
pieds. FI. jaune-rosé. Septembre. 

V. URANANTHUS Benth. 
13. Uraranthus GLAtciFoms. jBenth. 
Syn. Chlora exaltaia Grib. 

(CoU. H. Gai. N" 1480.) 

05*. Calycis profundè partit! laciniae lineari-subulatae eloDgatae planae 
— ^ihilixs Chloraeper foliatae L. fu-c- 

e. - Croît aux bords du Rio Antigua, près Vera-Cruz. 
rJ. blanches. Juin. 

VI. ARENBERGIA. Gen. nov. ('). 
Car. gen. Calyx campanulatus Sf.dus carinato - angulatus 
lacim.s elongatis lineari-subulatis carinatis erectis, corolla 
•jypogyna rotato-subhypocrateriformis marcescens limbi Sfidi 



{') Dixinius m l.onorcm Sermissimi ducis d'./rmOery planlarum ex 
' arum m nt|(;io cultoris <lili|;cnlissinii. 



( 374 ) 

lohis oblongis tiibo longioribus , stamina S summo corollae 
liibo inserla, e.vserla, aiilherae oscillatoriae immutatae longi- 
tiidinaliter déhiscentes, ovariiim marginibus introflexis semi- 
biloculare, ovula juxta introflexos valvulamtn margines plu- 
rima miuula, stylus lerminalis reclus exserlus slarainibus 
longior persislens ; sligma bilamellatum , lamellae obovato- 
rotundatae divaricatae marginibus revolulis ; capsula oblonga 
subovoidea lubo corollae marcidae scarioso obtecta. — Habitus 
Chlorae. 

Obs. Ad tribiim Chlorae Griseb. erat référendum geniis nostrum nisi 
stylo in capsula matura pcrsislenti ab illo reccderit, itaque ad (ribum 
Lisianthcae Griseb. pertinet. Diflert ahErythraea anllieris imrautatis, calyco 
campanulatn, capsula oblongo-suhovoidea ; a Callopisma Mart. calyce 
campanulato S-fido , staminibiis 3 ; a Chlora Gris, calyce alalo, capsula 
semibiloculare; a Zygostigma Griseb. stigmatibus non conglutinatis, co- 
rolla rolata ; a Lisiantho Aubl. calyce carinato-alato. 

14. AnENEERGIA GLAL'CA. 

(Coll. H. Gai, N" 1474.) 

Ânnua. Caule lereti glauco ereclo sub-Schotomo-ramoso, 
foliis ovato-oblongis connatis obtusis integerrimis glaucis sub- 
Snerviis, floralibus vcl bracteis lineari-filiformibus, floribus 
dichotomo-paniculalis subcorymbosis , pedunculis angulatis, 
calycis laciniis carinatis ovatis apice subalato-atlenuatis elon- 
gatis. — Flores pallidè rosei limbo Spartito laciniis lineari-lan- 
ceolalis ^pollicaribus, capsula |pollicaris, antherae subrecur- 
vatae. 

Obs. Species Iiaec Lisiantho glauci folio Jacq. (ic. rar. tab. 33) 
proximè accedit; sed diflert calice alato , foliis internodio longioribus, 
floralibus lineari-filiformibus. 

0. — On trouve celte belle plante dans les forêts du Ma- 
nantial, route de Vera-Cruz à Xalapa, dans la région 
chaude de la côte. FI. roses. Mai. 

VII. LISIANTHUS. L. 

lii. LiSIASTHL'S CUASSICALMS. NoMs. 
(Coll. II. Gai. N" 7176 ) 

Gaule herbacco crasso clalo fistuloso Iclragoiio alalo , apicc 



( 375 ) 

subapliyilu, foliis oppositis amplis subconnatis obovalo-lanceo- 
lalis acuminatis basi attenuatis margine membranaceo, pani- 
cula terminalis cyuiosa laxa dichotoma , calycis campanulali 
laciniis ovalis obtusissimis , corolla infundibuliformi calyce 
quintuplo longiore, laciniis limbi ovatis oblusis. — Flores pc- 
duncuiati virescenles, l|pollicares ; folia caiilina ovalo-lan- 
ceolata 8 pollices longa , 2-3 pollices lala ; folia floralia ovata 
2-B pollices longa , 1 ', pollicem lata. 

2J.. — Celle belle plante croît dans les taillis et les sa- 
vanes situées sur les versants des montagnes de Choapam , 
dans la Chinantia (Oaxaca) , à 3,000 pieds. FI. vertes. 
Juin. 

VIII. LEIANTHUS. Griseb. 
IG. LEiA;<Tiit°s KiGRESCEXS. Gn'seb. 
Syn. Lisiantlius nigrescens. Schlecht. 

(CoU. H. Gai. N° 1473.) 

2j.. — Croît dans les bois peu épais, dans les savanes, et 
sur les rochers de Mirador et de Zacuapan, près Vera-Cruz , 
et dans toute la Chinantia (Oaxaca), de 2 à 5,000 pieds. 
FI. noir-purpurin. Juillet. 

IX. VILLARSIA Fent. 
17. YiLLARSIA IIlmboldtiana. HBK. 
Syn. LimnanlhemuDi Humboldtianum Griseb. 

(Coll. H. Gai. No 1461.) 

4. — Croît dans les marais et au bord des ruisseaux , 
près Vera-Cruz. FI. jaunes. Juin-novembre. 

SPIGELI.\CE;ï:. Endl. 
SPIGELIA. Z. 
1. Spiggi.ia spf.ciosa. ffBK. 

(Coll. II. Gai. N" 1471.) 

4. — Cette belle espèce, à grosses racines charnues, 



( 376 ) 

croît dans les champs et sur les lisières des forêts , près de 
Penoles à l'Hacienda del Carmen { Misteca Alta) , à 7,000 
pieds. Fi. pourpres et vertes. Avril. 

2. Spicelia longiflora. Nohis. 

(Coll. H. Gai. N" 1477.) 

Foliis obovato-oblongis acurainatis supra glabris subtus pilo- 
siuitculis, spicis terminalibus plurimis , corolla tubulosa gracili 
elongata subspiraliter torta, staminibus subexertis. — Corolla 
2 pollices louga, vix 2 lineas lata , punicea , limbo vix ampliato. 

2j.. — On trouve celte espèce remarquable dans les en- 
virons de Régla, près Real del Monte, à 6,500 pieds. FI. 
pourpres. Septembre. 

3. Spigelia pauciflora. Nobis. 

(Coll. H. Gai. N»5 1475 et 1479.) 

Herbacea ; caule hirto subglanduloso, foliis ovatis subcorda- 
tis semi-amplexicaulibus nervosis integerrimis ciliatis supra 
glabris subtus piloso-hirtis , inferioribus oblusis subconnatis , 
superioribus acutis majoribus , spica terminali brevi secunda 
erecta 2- 4-flora. ^Corolla violacea tubuloso-infundibuliformis 
sesquipoUicaris calyce triplo longior , calycis laciniae liueari- 
lanceolatae |-pollicares. — Afiinis Spigeliae scabrellae , Benth. 

2J.. — Croît dans les forêts des ravins d'Arumbaro , près 
des sources thermales, à 5,000 pieds, et sur les rochers 
de Santa Maria, village situé près de Morelia de Michoa- 
can, à 6,000 pieds. FI. violâtres. Juin-août. 



Notice sur un recueil d'anciennes chansons françaises, par 
M. Willems. 

Dans mes recherches qui ont pour but de rassembler les 
matériaux d'un recueil de chansons flamandes, que je me 



1 



( 377 ) 
propose de publier incessamment avec des mélodies, j'ai eu 
beaucoup de peine à reconnaître l'origine véritablement 
flamande de certaines productions de ce genre, en ce qui 
concerne la musique ou l'air, surtout depuis le XVP siè- 
cle, alors que la réforme religieuse, agitant les esprits de 
nos ancêtres, fit arriver de France beaucoup de mélodies 
étrangères, avec les psaumes de Marot. Plus tard , les trou- 
pes du duc d'Alençon nous en apportèrent encore d'autres; 
de sorte qu'avant la fin de ce même siècle, les joyeux cou- 
plets des poètes français eurent assez généralement la vogue 
en Flandre et en Brabant, tout comme aujourd'hui. Déjà en 
157G on avait commencé d'en imprimer un certain nom- 
bre à Anvers, sous le titre de : Recueil et eslite de plusieurs 
belles chansons joyeuses, honnestes et amoureuses, parties 
non encore veucs et autres, collige'es des plus excellents poètes 
français, par J. W. Livre premier , un volume petit in-12 
de 008 pages, que je n'ai pas eu le bonheur de rencontrer, 
mais que je trouve cité dans Brunet, sous le nom iX Etienne 
Walcourt, ainsi que dans le second volume du Recueil de 
chants historiques français, publié par Le Roux de Lincy, 
page C44. 

La plupart de ces chansons françaises portaient l'em- 
preinte d'une galanterie quelque peu excessive. Elles durent 
avoir beaucoup d'influence sur les mœurs de ce qu'on ap- 
pelle la bonne société, en Belgique; car j'ai pu constater 
que nos dames flamandes, môme les plus dévotes , les con- 
naissaient. Elles les chantaient probablement, se montrant 
ainsi ferventes à l'amour de Dieu sans perdre de vue les 
plaisirs que l'on goûte à l'amour des hommes; témoin tous 
ces recueils de chants religieux qui ont été imprimés dans 
la première moitié du XVII" siècle, tels que le Geestelycken 
Leeuwercker de G, Bolognino, le Blyden Requiem et autres, 



( 378 ) 
dans lesquels on Irouve des indications d'airs franvais 
très-éroliques, par exemple ceux-ci : 

Air : Philis, cachez voire beau sein. 

•> Qu'un baiser me semble doux. 

» Amour, puisque le feu de ta flamme divine. 

» Il n'est plus temps de faire résistance. 

» J'ayme la blonde et la brune. 

1) Quand je vois la gorge ouverte. 

<■ Dieux, que Bacchus a des charmes. 

i> Que la débauche est déleclable. 

» Nuict, agréable mère des plaisirs. 

» Que celle brune est parfaite. 

» Si c'est pour mon pucellage, etc., etc. 

Un recueil de pareilles chansons est dernièrement tombé 
entre mes mains, et j'en ai fait l'acquisition. C'est un vo- 
lume manuscrit de l'année 1608 , de forme oblongue in-4° , 
contenant soixante-dix-huit feuillets, dont le texte, quant 
à la composition poétique, semble appartenir presqu'entiè- 
rement au XVP siècle. Il a été écrit en Flandre ou en 
Brabant; du moins je le suppose; car des pièces y sont 
marquées comme devant être chantées sur des airs natio- 
naux, tels que le chant de Nassau et le chant de Fransken 
Floris. D'autres portent eu tête Air de France. 

Comme ce volume, composé de 89 chansons amoureu- 
ses, parmi lesquelles il y en a de très-libres, contient quel- 
que chose d'intéressant pour l'histoire littéraire, et même 
des morceaux compris dans une publication de l'académie, 
je me fais un devoir de le mettre sous les yeux de cette 
compagnie et d'en donner un léger aperçu. 

Et d'abord je ferai remarquer qu'on y lit trois chansons 
qui se retrouvent dans les albums de Marie de Bekerke et 
d'Hélène de Mérode, notamment de celles qui ont été pu- 



(379) 
bliées par notre honorable confrère iM. André Van Hassell , 
à la suite de sa dissertation couronnée sur l'histoire de la 
poésie française en Belgique, pages 502-510. J'en citerai 
les deux premières lignes : 

r Au feuillet 10, recto : 

Cruelle départie 
Malheureux Jour .' 

(Sept couplets; ainsi un de plus que dans le XIII'^^ volume des 
Mémoires couronnés de l'académie , page 302. ) 

2° Au feuillet 24, verso : 

Jienist soit l'œil hrun de ma dame, 
Pour quy j'ay l'amoureuse flamme. 

(18 couplets au lieu des dix que donne M. Van Hasselt,pp. 508 
elôoa.) 

Il existe une chanson flamande commençant par les 
mêmes mots : 

Ghesegcnt sij'ii mijn liefs bruyn oonhen , 

et dont la musique, pour la partie de superior et de bassus, 
est imprimée dans le recueil Den boeck der gheestelyche 
sanghen, Blyden Requiem, Antw., 1G51 , p. 125. 

5° Au feuillet 58, verso : 

Une jeune fillelle 
De noble cœur. 

(Dix couplets. M. Van Hasselt n'en a fait imprimer que six , 
peut-être a-t-il fait choix des meilleurs seulement, p. 310.) 

Beaucoup de variantes sont à signaler dans les deux 
textes; toutefois je ne crois pas devoir m'en occuper. Mais, 
ce qui s'y trouve de pins curieux à voir c'est que le premier 



( 380 ) 

des trois morceaux dont nous venons de parler, com- 
mence par un couplet entièrement conforme au refrain 
d'une chanson généralement attribuée à Henri IV, roi de 
France. En effet, je lis dans mon manuscrit : 



1. 

Cruelle départye 
Malheureux jour! 
Que ne suis-je sans vie 
Ou sans amour ! 



Que ne le puis-je suivre, 
Soleil ardant ! 
Ou bien cesser de vivre 
En te perdant, etc. 

Le commencement de la chanson de Henri IV;, adressée 
à sa maîtresse, est comme suit : 

Charmante Gabrielle , 
Percé de mille dards, 
Quand la gloire m'appelle 
Sous les drapeaux de Mars, 

Cruelle départie, 

3Ialheureux jour ! 

Que ne suis-je sans vie 

Ou sans amour (1) ! 

Cette concordance nous permet de croire que le royal 
amant aura emprunté ce refrain à une chanson fort en vo- 
gue durant son règne et que Gabrielle d'Estrées affection- 
nait peut-être préférablementà toute autre. Je n'en doute 

(1) Aiij;uis, les Poètes français avant Malherbe, vol. VI, p. 5. 



( 381 ) 
aucunement. Ou peut citer des milliers d'exemples de 
pareils emprunts faits aux airs vulgaires. Malheureuse- 
ment pour la mémoire littéraire du poète souverain , ces 
quatre lignes étaient ce qu'il y avait de mieux dans sa com- 
position. 

Au verso du 33^ feuillet de mon manuscrit se lit la belle 
chanson : 

O nuict, jalouse nuict, contre moi conjurée , 
Quy renflammes le ciel de nouvelle clarté, 
T'ay-je donc aujourd'huy tant de fois désirée 
Pour estre sy contraire à ma félicité? 

Peut-être est-ce la meilleure de toutes celles du XVï" 
siècle. J'en connais plusieurs imitations, même dans le 
volume qui nous occupe, et jonker Jacques Ymmeloot, 
seigneur de Steenbrugghe en Flandre, en parle avec éloge 
dans son ouvrage : La France et la Flandre reformées , 
traictié enseignant la vraye méthode d'une nouvelle poésie 
française et tinjoise, harmonieuse et délectable (1) page 47, 
tout en se permettant d'y critiquer quelques messéances de 
rhythme. « Quant à la chanson , dit-il , qui commence 
» nuict , jalouse nuict, contre moi conjurée, etc., nous ne 
9 sçavons qui en est l'auteur , mais bien souvent en nostre 
» Jeunesse de l'avoir ouy chanter les dames mille fois, et 
» n'y avoit autre plus en vogue qu'icelle. » 

La mélodie en est charmante : je la publierai dans le 
recueil de ma collection , avec la traduction flamande pour 
les trois premiers couplets, due au même seigneur de 
Steenbrugghe (elle en a quinze dans l'original). 



(I) Traité fort curieux et extrêmement rare, imprimé en 1C26 avec le 
Triple meslange poétique latine, française et thyoise, du même auteur, 
cliez Jean Bcllet, à Iprc, un volume in-4", oblong. 



( 3«2 ) 

Quant au texte français de ce morceau autrefois si ré- 
pandu en notre pays, j'avais d'abord espéré, h raison même 
de cette grande publicité, signe ordinaire de l'indigénat, 
de pouvoir l'attribuer à queiqu'éminent poêle de la Belgi- 
que; mais j'ai été bien déçu dans mon espoir en le retrou- 
vant entièrement dans les œuvres de Philippe Desportes, 
abbé de Thiron, page 385 de l'édition imprimée chez 
Arnould Coninx, à Anvers, en 1596, et page 518 de l'édi- 
tion de Rouen, de l'année IGll. 

Enfln, au feuillet 43 recto, nous lisons une Chanson 
(le Madame la sœur du roy , sur ce chant : Je voudrais eslre 
morte. Sans aucun doute cette sœur du roi ne peut être 
autre que Marguerite de Valois, née le 14 mai 1552, sœur 
des rois de France, François II, Charles IX et Henri III, 
puis femme , mais femme bientôt répudiée de Henri IV. 
Elle s'est fait connaître par son extrême galanterie, et une 
dévotion non moins outrée pendant le temps de sa réclu- 
sion au château d'Usson (1), et mieux encore par des mé- 
moires historiques d'une élégance peu commune, que je 
regrette de ne pas voir cités dans YEssai sur les meilleurs 
ouvrages écrits en prose française de M. le comte François 
de Neufchâleau. 

Cette chanson donc, composée probablement pour l'a- 
mant de la reine , d'Aubiac , je l'ai vainemen t cherchée dans 
toutes les collections d'anciennes poésies françaises à moi 
connues. Par ce motif, je terminerai ma présente notice en 
la reproduisant ici textuellement. 

1. 

J'ayme en ce village 
Ung jeune berger, 

(1) Voir le dictionnaire (le Bayle, à l'art. Usson. 



( 383 ) 

^iiy n'est point volage, 
Ny son cœur léger. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



Il y est agréable, 
De bonne façon , 
D'autant plus amiable 
Qu'il est beau garçon. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



L'amour est la flamme 
Quy brusla son cœur, 
Embrasant mon ame 
De pareille ardeur. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



Celles quy d'envie 
Me le vont blasmant 
N'auront en leur vie 
Ung pareil amant. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 

b. 

Je scay qu'il n'adore 
Que nioy seulement; 
Et moy qui l'honore. 
On m'en va blasmant! Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



( '"i»^ ) 

6. 

Je scay que pour rien 
Ne vouldroit changer 
Sa gaye bergère (1) , 
Pour une aultre aymer. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



Quoy que on le soupçonne 
D'aymer aultre part , 
Je scay qu'à personne 
Son cœur ne départ. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



Je scay bien qu'il n'ayme 
Que moy soubs les cieux ; 
Son amour extrême 
Se lit dans ses yeux. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 

9. 

Sy en ma présence 
A quelque aultre il rit, 
Ce n'est qu'apparence, 
Point ne la chérit. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



(1) Ceci ne rime pas avec rien. Il est probable qu'ici , comme aussi au 15' 
couplet , le copiste a mal copié. 



( 385 ) 

10. 

Je suis asseiirée 
De sa loyaullé ; 
Il me l'a jurée, 
C'est la vérité. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'aynie plus que ma vie. 

11. 

Sy tost qu'il souspire 
Je fonds toute en pleurs; 
S'il plaint mon martire 
Je plains ses douleurs. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que la vie. 

12. 

Las, je ne puis vivre 
Si je ne le vois ; 
Mon cœur pour le suivre 
S'absente de moy. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 

13. 

Parle quy vouldrat ! 
Jamais je n'auray 
Servant plus loyal. 
Pluslost je mouray. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 

14. 

Vien donc , mon amy , 
Approche de moy ; 

ToM. XI. 28 



( 386 ) 

Passe ton envie , 
Il ne tient qu'a loy. Gay. 
Quoy que l'on luy porte envie 
Je l'ayme plus que ma vie. 



PALEOGRAPHIE. HISTOIRE. 



Suite des extraits des manuscrits de la bibliothèque royale. 

— Ancien manuscrit de Priscien. — Vie de S^-Vulfilaïc. 

— Lettre de Sismond sur le chronicon centulense. — 
Guillaume Wiltheim. — Catalogue des abbés de Saint- 
Vit. — Rit de la séquestration d'un lépreux dans l'an- 
cien diocèse de Trêves; par le baron de Reiffenberg. 

Le jésuite Alexandre Wiltheim , dont le souvenir est 
encore vivant parmi toutes les personnes qui , dans le 
Luxembourg, ont quelque sympathie pour les lettres , et 
dont M. le docteur Neyen a publié récemment l'ouvrage le 
plus important, entretenait une correspondance scientifi- 
que des plus étendues. Les immenses relations de sa société, 
sa réputation , ses amis , tout contribuait à le mettre 
au courant de ce qui se faisait de considérable dans le 
domaine de l'érudition. De là des recueils de toute espèce 
formés de pièces composées par A. Wiltheim lui-même ou 
qui lui étaient communiquées, des notes , des extraits, des 
transcriptions , etc. La bibliothèque royale en possède 
beaucoup , sinon la totalité, et déjà j'en ai tiré des mor- 
ceaux importants , tels que de petites chroniques de Sta- 
velot et de S'-Maximin de Trêves, un mémoire sur saint 
Vulfilaïc , etc. Ces extraits sont empruntés , sans exception , 



( 387 ) 

au t. P"^ des CoUectiones scriplorwn minusculorum Alexan- 
dri Wiltheim, n"' 2105—2153. 

Je vais encore en tirer quelques pages qui pourront in- 
téresser les gens de lettres. 

Mais d'abord je dirai , ne fût-ce qu'en faveur de M. Linde- 
mann (I), que Wiltheim nous donne le signalement d'un 
manuscrit très-précieux d'un grammairien sur lequel il y 
aurait encore à faire un beau travail philologique. Je veux 
parler d'un Priscien de la bibliothèque de S*-Maximin de 
Trêves dont je ne connais pas la destinée ultérieure. 

Ce MS. fort ancien offrait ces lignes avant le Prooemium : 

Scripsi ego Theodorus Dionysii V. D. memorialis sacri 
scrinii epistolarum et adjutor V. M. questoris in urbe Roma 
Constanlinopolitana me. Kl. octob. indictione V, Olibrio 
V. C. Cons. 

En tète du sixième livre , on lisait : 

Incipit liber VI féliciter. Scripsi ego Theodorus Dijo- 
nisii V. D. memorialis sacri scrinii epistol. et adjutor viri 
M. questoris S. pal. in urbe Roma Constantinopolitana , 
Olibrio viro C. C. 

A la fin du huitième livre on trouvait : 

Artis Prisciani viri discrlissimi grammatici Cesariensis 
docloris urbis Rome Constantinopolitane praeceptoris met 
lib. VIII de verbo explic. féliciter. Incipit ejusdem lib. VIII J 
de generali verbo , déclinât, fl. Theodor. Dyonisii memorialis 
epistolarum et adjutor viri magni questor. S. P. scripsi ar- 
tem Prisciani grammatici docloris mei manu mea in urbe 
Roma Conslanlinopolit. die III id. Januarias, Mavorlio 
viro consule, indictione quinta. 



(1) Éditeur (lu Corpus yrammaticorum Intinorum veterum , Lips. , 1851 
pt suiv. , in-4". 



( 388 ) 

lûsciiption qui diflëre un peu de celle d'un manuscrit 
dePriscien de l'abbaye de S'-Laurent de Liège, ainsi que 
l'a observé Laevinus Torrentius. 

Le livre douzième se termine par celle formule : 

Theodorus memorialis S. S. epistolarum et adjutor V. M. 
questoris S. P. I. scripsi manu mea in urbe Roma Constan- 
tinopol. Nonis februariis, Mavartio csule. 

Les indications du P. Willheim ne nous en apprennent 
malheureusement pas davantage. 

Nos autres extraits consistent dans une vie fort courte 
de Vulfilaïc , celui-là même dont Grégoire de Tours nous 
a fait connaître aussi les terribles austérités. Vulfilaïc était 
lombard, et ces barbares, en renonçant au paganisme, 
semblaient transporter dans leur nouvelle croyance l'en- 
thousiasme farouche, la sévérité impitoyable de leurs 
mœurs sauvages. Vulfdaïc, sous un climat rigoureux, s'éta- 
blit en plein air au sommet d'une colonne, pour imiter 
saint Siméon d'Antioche; mais admirez la sagesse de l'é- 
vêque de Trêves ! en louant la piété de Vulfilaïc , il le rap- 
pelle à la modération , il ne veut pas qu'il soit si cruel pour 
lui-même, et lui montre qu'il est d'autres voies plus rai- 
sonnables qui mènent à Dieu. Grégoire de Tours nous avait 
déjà révélé ce fait si apostolique, et c'est une grande leçon 
pour les imaginations échauffées qui voient la perfection 
où elle n'est pas réellement, pour cet orgueil qui triomphe 
dans de fastueuses macérations. 

Cette légende est suivie d'une lettre datée de iC49 et 
écrite par le docte jésuite Sirmond , relative au Chronicon 
Centulense qui a paru dans le tome IV du Spicilegium de 
Dachery. Paris, 1655-1677, in-4°. 

Une autre lettre, de ces circulaires que les Jésuites en- 
voient à la société pour l'informer de la mort des leurs, 



( 389 ) 

coulient une biographie de Guillaume Wiltheim, père 
d'Alexandre, et montre en lui l'alliance de la piété et de la 
science , du détachement du monde et du dévouement à 
l'humanité. 

Vient ensuite un catalogue des abbés de S*-Vit , qui peut 
servira la rédaction de hBelgicasacra. Enfin quelques dé- 
tails touchants , dans leur rude simplicité, sur les lépreux 
de l'ancien diocèse de Trêves. Ce mélange de cruauté 
et de pitié religieuse , cet exil désespérant prononcé au 
nom d'un dieu de charité, arrachent presque des larmes et 
font souvenir des pages admirables du comte Xavier de 
Maistre. 

Je ne finirai pas ce court préambule sans ajouter deux 
mots à la remarque que je me suis permis de faire derniè- 
rement sur les peintures des anciens évangéliaires. M. F.- 
H. Millier , directeur de la galerie de S. A. R. le grand duc 
de Hesse , a donné dans ses Beidraege zur teutschen Kunst- 
und Geschichtskunde durch Kunstdenkmale (Leipz., 1837, 
in-4'', p. 43) ,1e fac-similé d'une miniature représentant l'é- 
vangéliste S'-Jean, d'après un évangéliaire du XP siècle, 
conservé dans le dépôt dont il a la surveillance. Cette mi- 
niature est presque identique avec celles de plusieurs de 
nos évangéliaires , notamment celui deS'-JacquesdeLiége. 

Qu'y a-t-il d'étonnant? Il existait des types que les mi- 
niaturistes copiaient fidèlement et dont l'usage n'atteste 
pas toujours le temps ni le pays où le manuscrit a été 
exécuté. Quant aux symboles avec lesquels on a représenté 
lesévangélistes, on se souvient que M. Peignot a écrit une 
dissertation sur ce sujet (I). 

(1) Notice sur un bas-retief représentant les figures mysiérieitses et syin- 
boliqvies dont les quatre évani/élistes sont ordinairement accompagnés , sui- 
vie de recherche:! sur l'origine de ces symboles. Dijon, 1839, 10-4" de 
10 pp. 



( 390 ) 

I. 

Narratio Eberwini abbatis de S. Vulfilaïco. 

Scribit de S. Vulfilaïco Eberwinus abbas ad S. Martianum Treviris, A. C. 
995, ut habet vêtus MS Confluentinum vitae S. Magnerici per Eberwinum 
conscriptae. Scribit autem magna fide , nam ea quae aetatem suam antece- 
dunt , conscribit iisdem prope verbis quibus Gregorius Turonensis , testis ocu- 
latus , usus est. Ea vero quae addit de translatione S. Yulfdaïci, sunt res 
gestae quibus aliquam partem coram ipse vcnit Eberwinus , testis etiam 
proinde oculatus. Eberwino igitur et Gregorio , reor nemo potentior ad tes- 
tandam Vulfdaïci sanctitatem adduci poterit. 



De memoralo autem superius ex Italia viro (de S. Vulfilaïco 
sermo fuerat) cujus et ipse Magnerici temporibus vitae et con- 
versationis fuerit, libet ut dicamus. Hic etenim vir génère 
Longobardus, nomine Wolfilaïcus, cum adhuc puer esset, 
audita fama bonarum virtutum S. Martini , cum primum se pro 
amore Dei in illis Galliarum parlibus contulisset , B. Âredio ab- 
bâti , cujus superius menlionem fecimus , discipulo S. Nicetii , 
connivens, et in ejus monasterio conversatus est , a quo et ec- 
clesiastice instructus , sanctarum scripturarum notitiara me- 
ruit , ila ut eas assidue meditando et legeret et scriberet. Cujus 
etiam optimae conversationis et sanctitatis imilator effectus, 
jejuniis, vigiliis et orationibus indesinenter vacabat , et elee- 
mosynas faciebat. Jam vero proficiente aetate , cura quadam 
vice (1) cum codera abbate Turonis venisset, et ad sepulchrum 
S. Martini orasset , parum pulveris de eodem sepulcbro sibi 
pro benedictione collegit, et ad collum suspendit; quod mo- 
nasterio revertens (2) cum detulisset, ita pulvis in capsula (3) 



(1) Die? 

(2) Alias reversus. 

(3) Alias capsella. 



( 391 ) 

in qua inerat (l) , crescere coepit ut foras scaturiret ; quo viso 
miraculo amplior ei erga patrocinium S. Martini amor excrevit. 
Deinde ad Magnericura episcopum veniens, locutn in territo- 
rio urbis Trevericae expetit , in monte qui non longe ab Epo- 
sino (2) Castro octo millibus distat, in cujus cacumine orato- 
rium nec non habitaculum proprio labore coûstruxit, sed et 
columnara sibi statuit, secundum quod Simeonem , sanctum 
illum Antiochenum, legimus fecisse ; in qua cum grandi cru- 
ciatu sine ullo pedura perstabat tegmine. Itaque cum hyemis 
tempora advenissent , ita glaciali rigore urebatur , ut ungues 
pedum ejus vis algoris excuteret , et in barba ejus congelata 
dependeret. Cibus ejus et potus erat parumper panis et oleris 
ac raodicum aquae. Reperit tamen ibi Dianae simulachrum quod 
adhuc ex fece gentilitatis supererat , quodque a stulto rustico- 
rum populo colebatur. Verum ubi ad eum ex proximis villulis 
multitude confluere coepit, praedicabat jugiter, nihil esse Dia- 
nam , nihil esse simulachra, vana esse prorsus et diabolica 
omnia quae colebantur. Flexit Domini misericordia mentem 
rusticam, ut scilicet relictis idolis Dominum sequerentur. Qua- 
dam autera die convocatis his qui secum erant fralribus, cum 
simulachrum illud immensumtentarent evertere, factadifficul- 
tate (nam super ipsum antiquus hostis sedebat), orationi incu- 
buit, rogans ut virlus illud divina destrueret. Et surgens ab 
oratione, immisso fune simulachrum illud ad terram diruit, 
quod malleis comminuendo in pulverem redegit. Ilico autem 
malitia Diaboli apparuit. Nam statim antequam vir Dei cibum 
acciperet, ita totum corpus ejus repletum est pustulis, ut 
nullus in eo inveniretur locus vacuus. Ingressus itaque solus 
ecclesiam ad orationis virtutem confugit , et coramsancto altari 
nudum se exposuit, acceptaque ampuUa, quam de basilica 
S. Martini secum detulit, omnes artussui corporisoleo sancto 



(1) Alias crat. 

(2) Alias Evosino. 



( 392 ) 

perunxit, raoxque sopori se contulit. Circa médium vero noc- 
tis , cum ad cursum solito reddendum surrexisset, ita sanum se 
reperit, ut nullius in corpore ulceris vestigia invenire potuis- 
set. Ex uno apparat ulcéra illa immissione diabolica viro Dei 
inflicta, sed curatione angelica divinitus fuisse sanata. Eccle- 
siam autem, quam aedificavit, ut diximus, episcopo sacrante , 
Beati Martini aliorumque sanctorum reliquiis iilustravit, se- 
cumque nonnullos illuc fratrum aggregavit. Ipse deinde in 
magna contritione, carnis (1) macéra tione, Deo serviens , in 
praedicta columnae suae statione permansit. Adquemcum, 
ex more visitationis gratia , venisset episcopus , videns cum 
tanto labore cruciari et pêne corpore debilitari , compassus 
ejus doloribus ad viam illum discretionis revocat, atque ab hac 
statione desistere utiliter suadet. « Non enim , inquiens , aequa 
est via quam sequeris ; nec Simeoni Antiocheno , qui in columna 
stetit , comparari poteris , nec cruciatum hune te ferre loci 
permittit positio , quia videlicet magnam regio illa persaepe 
dicitur hyemem sustinere. » Descendere itaque eum et cum- 
fratribus quos secum aggregaverat, commanere jubet, majus 
hoc, id est communiter vivere, aliosque instruendo et aedifi- 
cando lucrari , utiliusesseapprobans (2). Quam jussionem licet 
moleste suscipiens, quia tamen incongruum valde visum est 
praeceptis non obedire pontificum , descendit et cum fratribus 
quos aggregaverat, ambulabat, cibumque improbat, praeca- 
vens autem episcopus ne iterum ad stationem illam rediret , 
iterum laboriosa et humanis inexperla viribus praesumeret , 
quodum die eum ad alium locum destinans, operarios intérim 
venire fecit, qui praedictam columnam incidentes ad terram 
eliserunt Gnemque stationi illisimul et praesumptioni fecerunt. 
Incrastinum homo Dei reversus et columnam destructam re- 
periens , salis acgre tulit , sed, meiiore via usus, cum fratril>ns 



(1) AWai carnisque 

(2) Alias upprobat. 



J 



( 393 ) 

deinceps se contulit , multisque post hac clarus virtutibus in 
pace quievit , sepultusque est in eodem loco , in ecclesia quam 
ipse aediGcavit, in qua multa apud ejus raemoriam referuntur 
crebro miracula. Nostris namque temporibus, cum locus idem 
ex antiquitate esset neglectus , contigil ob incuriam ut qua- 
dam die incendium pateretur ; cumque ecclesiam et omnia in 
circuitu ejus absumeret, moesti cives deturbari de B. virire- 
liquiis coeperunt, quia eas velut fracto loculo détectas antiqui- 
tas reliquerat. Et ecce sedato igue diligenler intuentes, ossa 
S. viri ab hac ustione intacta repererunt (1) et ita illuosa ac 
si nullum locus ille incendium esset perpessus, impletumque 
est quod de sanctis. Psalmista ait : Custodit Dominus omnia ossa 
eoruin , unus ex eis non conterelur. 

Oh hanc ergo causam , et maxime quia solitarius erat locus , 
visum est Domino venerabili Egeberto , Trevirorum episcopo , 
ut ossa S. viri ad alium transferrentur locum, in memoratum 
videlicet castrum, quatenus ibi majori cum reverentia et cus- 
todia reliquiae sanctae haberentur. Inito itaque consilio cum 
ex eodem loco praesente episcopo et clericis(2)etmonachisalia- 
que populi frequentia , deportarentur , euntibus illis , cum jam 
fluvium processissent (i) , larga super nos (-4) repente pluvia 
descendit : sed ut tanti viri meritum Dominus ostenderet, per 
omne quod a praedicto loco ad caslrum tendebatur spatium , 
cum nequaquam imber cessaret , super sancti viri feretrum 
ncc una pluviae gutta cecidit , ita ab illa inundatione protec- 
tus , sicut a supradicta fuerat ignis laesione defensus. Et haec 
de tanto viro dicta sufllciant. 



(1) Alias reperiunt. 

(2) Alias vcl. 

(3) Vovlc praetert'sscnt , ul tiabel codex Kubrae Vallis. 

(4) Alias eoi. 



( '^94 ) 
II. 

Lettre de J. Sirmond à A. Willhcim , sur le chronicon 

CENTULENSE. 
Révérende pater in christo. 
Pax Christi. 

In codice Petaviano post longam exspectationem spes nostra 
nos fefellit. Ubi enira ejus copia facla est, deprehendimus in 
membranis illis , vetustis sane et antiquis , aliud nihil conlineri 
praeter originem primam et fundationem monasterii et eccle- 
siae S. Richarii. Integrum chronicum et historiam abbatum 
Centulensium nactas aliquando quidam e nostris, brève in 
compendium rédigerai (sic). Inde quae de Elizachare (1) ha- 
bebat , ipso annuente , descripsi et his literis inclusi, si quid 
forte usui esse possil Reverentiae vestrae. Mitto etiam una ex- 
cerptum quiddam ex historia édita archiepiscoporum Senonen- 
sium , ex qua hausisse crediderim auctorem Galliae christianae 
paucula illa quae habet de coenobio et ecclesia S. Maximini. 
Non video quid amplius expectare bac de re liceat. Amolonis 
epistola ad Gothescalcum miriGce placuit : neque haec sola in 
illo codice , sed et alfa etiam luce, opinor, non indigna. Utinam 
haberemus quibus hoc Reverentiae vestrae beneficium et alia 
plurima compensarentur. De vita Joannis Gorziensis , quam ad 
Mussipontanos nostros pervenisse jampridem litteris suis Re- 
verentia vestra testata est , nullum hucusque verbum ab illis fac- 
tura est; nec conjicere possum quae causa silentii. Reveren- 
tiae vestrae precibus et sanctis sacrificiis me unice commendo. 
Parisiis die 28 Junii 1649. 

R. V. 

Servus in Christo , 

Jacobus Sirmondu.x. 
(1) Neuvième abbé de S'-Ricbor. 



( 395 ) 

III. 

Lettre circulaire sur la mort du P. Guillaume Wiltheim. 
RnE liv CoToP. 

Pax ejusdem. 

Hodie 26 Martii felix pascha et transitum ad meliorem vi- 
tam, uti speramus, iovenit, omnibus eeclesiae sacraraentis 
rite munitus, carissimus nobis in Christo P. Guilielmus Wil- 
theim. 

Agebat aetatis annum 42 , iuitae societatis 2-4 , a professione 
quatuor votorum octavum ; quanto tempore in societate vixit , 
variis in locis varia obivit munera , non minore signiGcatione 
virtutis quam ingenii laude. Graecas litteras , poeticam , rhe- 
loricamque in hac provincia docuit annos quinque , theolo- 
giam audivit Duaci et Ingolstadii ; philosophiae triennalem 
cursum explicuit Friburgi Brisgoiae. Inde ad nos reversus do- 
cuit in hoc collegio Theologiam moralem annis tribus. Sodali- 
tatem Parlhenicam virorum litteratorum bis rexit, aliquot an- 
norum intervallo. Concionator ad populum fuit ordinarius ; ad 
rusticos dixit saepius. Ita erat ad omnia societatis munera 
promptusaptusque, ut quam lubenter ea susciperet,tam bene 
perfecteque omnibus satisfaceret. Itaque tum domesticis tum ex- 
ternis carus admodum fuit, atque ejus jacturam utrique magno 
moerore prosequuti sunt. Magno redimendam dixerunt, si 
redimi posset. 

Tanta erat in eo scienliarum omnium et historicae antiqui- 
tatis cognitio , ut eo nomine admirationi essel; tantus vero 
animi candor ac simplicitas, ut omnium animos sibi conciliaret. 
Res eas quae inani splendore vulgi oculos perstringunt, ipse 
adeo contemnebat, ut eum contemplum non tam studio acqui- 
sisse videretur , quam a natura atque a Deo accopisse. Erant 
praeterea in eo virtutcs omnes , sed cae magis emincbant quae 
cum societatis iustiluto magis conjuDclae sunt , et quae volis 



( 396 ) 

religiosis continentur. In cuitu corporis ac vestitu , in supel- 
lectilium cubiculi paupertatis se stiidiosum semper ostendit. 
Imaginum , rosariorum, numismalum recularuraque id genus 
post mortem reperlum prorsus nihil; cumquehistoriarum corn- 
mentariis quos posteritati parabat , continenter occuparetur, 
saepe res gravissimas scribebat in studiosorum thematis , ut 
parceret chartae. Ea de re tanquam de inulili parcimonia rao- 
nitus a familiari quodam suo , respondit ante se idem factitasse 
Bellarniinum , aliosque gravissimos socielatis nostrae patres. 

Obedientiae vero ac reverentiae erga siiperiores illi ipsi 
testes sunt quibus eam exhibebat, fatenturque fuisse excellen- 
tem atque omnibus numeris absolutum.Frater ejus germanus , 
hujus urbis graphiarius, cum extremum eivale per quempiam 
nostrorum diceret ac sibi benedici ab eo postularet, nihil tam 
justis precibus impelravit, donecintellexit aegrotus, bona ve- 
nia superioris , licere sibi fratris benedictionem impertiri. 

De ejus castitate supervacaneum est multa scribere , ange- 
lica fuit. Raro cum sororibus germanis loquebatur ; rarissime 
cura aliis mulieribus ; nunquam cum ulla , nisi abjectis ac de- 
fixis in terram oculis. Qui a puero ipsum noverunt, constanter 
referunt ipsum jam tum in tenella aetate muliebrem ornatum 
odisse , fugisse conspectum. Jam caeterarum virtutum quae 
a societatis religioso potissimum requiruntur, illustria huic 
collegio reliquit exempla. Temporis summam semper rationem 
habuit , ne qua ejus pars absque fructu efflueret. 

Agebat vitam inter libres, nunquam legendo scribendove 
defessus : atque id studium non ad inanem oblectationem, sed 
ad proximi salutem ac Dei majorera gloriam referebat. Id ita 
esse ex chartula in ejus cubiculo inventa, corapertura est , in 
qua scripserat sibi propositum esse de hurailitate , de palientia , 
dequeDei gloria proraovenda exaraen particulare facere.Et vero 
id illi propositura fuisse vedetur non recens sed antiquura et 
crebro repetitum , in quo lantum profecisse ejus oranisvita dé- 
clarât. Nemo illum de re ulla conquaerentera audivit , nerao 
unquam iratum vel offensum vidit, ne leviter quidera. Fere- 



( 397 ) 

bataliorum defectus non modo patienter , scd etiam cum tanla 
caritate ut si quae colloquia de eis misceri sentiret , ea vel si- 
lentio sopiret, vel alio illato sermone compesceret. 

Morbi dolores et insomnes noctes aequissiino semper animo 
tulit , ac, sui oblitus , Christi morientis cruciatus interea medi- 
tabatur. Quare subinde a pâtre spirituali rogatus quid animo 
volveret, respondit se processiones obire cum Christo , etjam 
ad tribunal id , quod nominabat pervenisse. Née mortem magis 
timuit , quam horruit morbum. Expetivit illam potius ac palam 
professus est cupere se jam nunc mori , nisi forte vitam pro- 
trahendo melior esset evasurus. Cuidamimpensius se consola- 
vit, dixit se non modo ab omni tristitia liberum esse, verum 
etiam superabundare gaudio. 

Humilitatem ejus noverunt omnes cum quibus vixit, inter 
quos vixit ut agnus , sine felle , sine fastu , vir tamen magni 
animi. Incessus, verba, facta , omnia sui ipsius contemptum 
prae se ferebant. Ejus virlutis hoc extremum dédit spécimen. 
Confortabatur ipsum sacerdos noster ut fldenti animo mortem 
exspectaret , multis videlicet operibus piis ac vertutibus pa- 
ratam inventurum in coelum viam. At ille : « Ego vero , inquit, 
mi pater, de iliis meritis ne cogitare quidem volo. » Quin 
etiam religioni ducebat ac humilitati jure minime putabat 
convenire, sanitatem recuperare miraculo. Allatae sunt de- 
cumbenti reliquiae S. 3Iaximini, quem sanctum praecipuo 
amore prosequebalur , cujus etiam historiam meditabatur. 
Hune suppliciter ac pie veneratus est ac sacrum ejus caput 
suo capiti applicari voluit. Alias cum de aliis quoque sanctis 
invocandis mentionem fecisset non nemo . respondit haec jam 
praestita esse, se Dei voluntatem praestolari nec cupere sa- 
nari miraculo. 

Omitto quae ad fraternam caritatem spectant, ut extremum 
hoc attexam de divinae gloriae studio. Hujus propagandae 
studio ac saluti animarum procurandae cum nondum sacris 
initiatus esset, impetravit ab admodum R. P. N. potestatem 
ad Sinas proficiscendi cum V. Trigaultio ; jamque parentibus 



( 398 ) 

valedixerat , itineri se daturus, nisi aliud rescriptum Roma 
abeuDtem detinuisset. Ita profectio quidem illa impedita est, 
animus vero pro Deo et proximo laborandi minime est retar- 
datus. Quamvis enim plenimque domeslicis sludiis occupare- 
lur, taraen ubi se offerebat occasio, e musaeo prosiliebat in 
civitatem , in agrum, ad concionandum civibus, ruslicis, ad 
solandos pauperes , visitandos , juvandos morientes. Atque 
hisce operibus mortem sibi bonus pater videtur accersivisse. 
Cum enim in pagiira excurrisset militum injuriis adeo afflictum, 
ut mortui multi cura aegris eodem strato decumberent , alii 
ad valvas templi jacerent insepulti , ipse et moribundorum 
confessiones excepit, et raortuos lerrae suis manibus mandare 
juvit. Itaque non modico pedore hausto domum reversus, so- 
rorem , virginem Deo devotam , invenit gravi affectam morbo : 
cui cura animam agenti aliquot noclibus praesto fuisset, eadem 
febri correptus est, nec deinceps uUa arte vel somnus illi re- 
conciliari potuit, vel morbus repelli. 

Dolemus eum virum immatura morte nobis ereptum esse , 
cujus opéra maxime hoc collegium indigebat : gaudemuseum 
ita vixisse ut raerito sperare debeamus ejus animam in coelo 
degere. Si quid tamen humani naevi inler tôt virtutes illi ad- 
haesisset , R. V. pro eo consuela societatis sufFragia dignabitur 
suis indicere meque suis SS. sacrificiis commendatum habere. 
Luxemburgi, 26 Martii MDCXXXVI. 

Scripta per R. P. Lud. Rombault , tum studionim Luxem- 
burgi praefectum. Nae audita epistola R. P. Pelrus Halloix, 
defuncto olim amicus, ob res litlerarias , maxime graecas, 
dixit : « Pater Guillielmus vitas SS. contexebat ; atqui ipslus- 
met vita, utsancti etmagni viri, conscribenda foret. » 

R. V. 

Servus in Christo , 
JoANWES Pétri. 



( 399 ) 





IV. 




Cathalogus ahbatum Sancti Vitoni 


1. 

2. 
3. 


Humbertus electus anno Dni 9S2. 

Âdelmarus. 

Adelardus. 


4. 
5. 
6. 


Ermenricus. 

Rothardus. 

Lambertus. 


7. 
8. 


Fingenius. 

Richardus electus 1005, obiit 1046. 



9. Valerannus electus 1046, ob. 1060. 

10. Grimoldus electus 1060, ob. 1078. 

11. Rodulphus electus 1078, ob. 1089. 

12. Laurentius electus 1089, ob. 1138. 

13. Segardus electus 1138, ob. 1142. 

14. Cono electus 1142, ob. 1178. 

15. Richerus electus 1178 , resignavit anno sequenti. 

16. Allestanus junior (1) (?) eodem anno 1179 electus et 

mortuus. 

17. Allestanus senior (2) (?) electus ann. 1179, resignavit 

1183. 

18. Thomas, 1187. 

19. Hugo, 1196. 

20. Slephanus, 1197. 

21. Ludovicus frater Albertiexi Vird. , 1238. 

22. Guillelmus, deinde abbas Sti Mansueli, post hune va- 

cavit abbatia per octo annos. 
2.3. Radulphus,1267. 
24. Joannes, 1281. 



(1) Senior. 

(2) Junior. 



( 400 ) 

2o. Thiericus, 1291. Posthunceligitur Gerbertus, sed suc- 
cessit 

26. Philippus d'Orne. 

27. Hugo deRemy, ob, 1303. 

28. Baudotus de Facuy (?) ob. 130S. 

29. Nicolaus Marlet , ob. 1316. 

30. Symon de Nanceio , ob. 1318. 

31. Theobaldus de Bazailles, ob. 1319. 

32. Errardus de Bazailles , ob. 1349, 

33. Raymundus d'Athie. 

34. Gerardus de Vauldenay, 13S3, ob. 1381. 
3!j. Joannes Destain, 1382. 

36. Henricus de Passavant , ob. 1-417. 

37. Reginaldus Paillardel,ob. U17. 

38. Stephanus Burgensis , ob. US2. 

39. Joannes de Aianaeio (Nanceio) , ob. 1462. 

40. Guillelmus Cardinalis. 

41 . Antonius des Guerres. 

42. Matheaus de Dompmane. 

43. Gerardus. 
4 5. Ludovicus. 

45. Waricus,ob. 1509. 

46. Gobertus, 1842. 

47. Nicolaus a Lotharingia. 

48. Carolus a Lotharingia Archiep. Remens. 

49. Toussanus Hossi. 

50. Carolus a Lotharingia. 

51. Nicolaus Psalmaeus , episc. Vird. 

52. Nicolaus Boresmard , episc. Vird. 

53. Carolus Cardinalis Vaudemontan , episc. Vird. 

54. Nicolaus Bouclier, episc. Vird. 

55. Erricus a Lotharingia episc. Vird. 

56. Carolus a Lotharingia , episc. Vird. 

57. Franciscus a Lotharingia episc. Vird. 



( -îoi ) 



Modus ejiciendi seu separandi leprosos a sanis in diocaesi 
Trevirensi. 

In primis euim leprosus vestibus habitu solito existens, in 
domo sua adventum presbiteri iluri ad domumipsius et ad ec- 
clesiam ductiiri, sic exspectet : presbiter indutus superpellicio 
et stola , cruce praecedente et populo sequente, progrediatur 
ad domum infirmi, alloquatur eum et demonstretquod per banc 
inGrmitatem corporalem sanitatem animae et domum salutis 
aeternae, benedicendo et laudando Deum omnipotentem pa- 
tienterque toleratido , consequelur. Presbiter leprosum aqua 
benedicta respersum ducat ad ecclesiam, cruce praecedente , et 
presbiter deinde infirmo et parochianis a longe sequentibus 
cantet : Libéra me, Domine, etc. 

In ecclesia vero, ante altare summum, dévote missnm au- 
diat, qua finita débet confiteri in ecclesia et non amplius, 
deinde stet leprosus ante portara, aspergat eum salutari aqua 
benedicta et recommendet populo, et modo praedicto eum 
cruce, vexillo, luminaribus ad domum in qua morari débet 
deducendus est, cantando : Libéra me, Domine, etc., quo 
idem pervento sacrae scriplurae utendo documentis (videlicet : 
Memorare novissima tua, etc. , unde Auguslinus : Facile con- 
temnit omnia qui se semper cogitât moriturum) presbiter palea 
terram super quemlibet pedemejus projiciet dicendo -.Sismor- 
tuus mundo, vivens iterum Deo. Et eum consoians et in patien- 
tia eum corroborans verbis Isaia de Domino noslro Jesu Christo 
dicendo : Fere languores nostros ipse tulit et dolores nostros ipse 
portavit et repulavimus eum quasi leprosum percussum a deo et 
humiliutum , dicatque : si infirmitatis corporalis causa se pa- 
tientia Christo assimilaverit , pro/ecto sperare potes quod spiritu 
eum Deo laetaberis. Hoc tibi concédât altissimus , in libro vitae 
scribens te eum fidelibus , awien , 

ToM. XI. 29 



( 402 ) 

Nota. Ântequam intret domum suam débet habere tunicara 
et caliges de grisio , sotulares proprios videlicet simplices, et 
suum signum, clamitellas, unum caputium et unam togam , 
duplicia lintearaina, unam hus clam?, unum iulrusorium ; 
unam corrigiam , unum cultcllum et unam scutellam , domus 
enim débet esse parva, unus puteus (^unum puteuin) , unumcu- 
bile ornatum linteaminibus , auriculare, unam arcam, unam 
mensam, unam sedem, unum luminare , unam paleam, unum 
potum et alia necessaria. 

Nota. Missa celebrabitur in exclusione ejusdem ad libitum 
presbiteri autinfirmi, sed tamen consuetum est dicere inlroi- 
tum : Circumdederunt me gemitus , etc. 

Sequuntur inhibitiones verbis latinis. 

1. Praecipio libi nunquam intrare in ecclesias , in forum , 
in molendinum, in furnum et in societates populorum. 

2. Praecipio tibi nunquam lavare manus tuas nec etiamalia 
tibi necessaria in fontibus neque in rivulis cujuscunque aqua- 
rum , et si vis bibere , hauries aquam cum luo basillo vel alio 
vase. 

8. Item defendo ne de caetero vadas sine habitu leprosati , 
ut cognoscaris ab aliis , et noli decalceatus intra domum tuam 
ire. 

4. Commendo tibi ne tangas rem ab'quam quam volueris 
emere, in quocunque loco fueris, nisi cum quadam virga vel 
baculo, ut cognoscatur cujus generis sis. 

5. Item commendo libi ne de caetero intres tabernasvel alias 
domos , si velis vinum emere, vel quod tibi daturfac illud po- 
nere in tuo busillo. 

6. Item praecipio tibi ne commiscearis alicui mulieri nec 
luae conjugi. 

7. Item praecipio tibi, eundo per itinera, alicui tibi obvianti 
et interroganti ne respondeas, nisi prius fueris extra iter sub 
vento , ut non de te maie habeat ; etiam quod non de caetero 
vadas per strictum vicum, ne obvies alicui. 



(403 ) 

8. Item praecipio tibi , si nécessiter urgent te per quoddam 
pedagium , supra aquam vel alibi , ut non tungas stipiles vel 
instrumenta mediantibus quibus transieris, ni prius tuas im- 
posueris chirotecas. 

9. Item commendo libi ne tangas infantes atque juvenes , 
quicumque sint, vel aliis de tuis bonis dederis. 

10. Item praecipio tibi ne de caetero comedas vel bibas in 
societatibus bominum , nisi cum leprosis , ut scias quando mo- 
rieris, in domo tua sepultus eris (nisi fuerit , de gratia prae- 
cedente petita , in ecclesia). 



ARCHÉOLOGIE. 

Lutte d'Hercule et de Triton; peinture de vase expliquée 
par M. Roulez. 

Les vases peints représentant Hercule luttant avec un 
dieu marin existent en assez grand nombre depuis les 
fouilles de Vulci. La plupart ont été décrits, mais quelques- 
uns seulement se trouvent publiés. M. Gerhard, à l'occa- 
sion de la publication de l'un de ces monuments, a dressé 
une liste de tous ceux qui sont connus (1); il manque tou- 
tefois à cette liste une hydrie de la collection Pizzati , dont 
la planche ci -jointe reproduit le dessin. Le fils d'Alc- 
mène couvert de la dépouille du lion el ayant son carquois 
sur l'épaule, est à cheval sur son adversaire qu'il étreint 
entre ses bras vigoureux. Celui-ci est figuré sous la forme 
d'un être humain dont le corps se termine par en bas, à 
partir de la i)oilrine, en une large queue de poisson, cou- 



(1) Voy. Amerlesene Griech. Fasenbilder. Th. H, s. 05. fog., not. 12. 



( 404 ) 
verte de grandes écailles et se repliant sur elle-inème. Son 
front est ceint d'une couronne, et une barbe très-longue et 
touffue ombrage son menton. On a attribué d'abord (1) à 
cette divinité marine le nom de Nérée, ce célèbre devin 
que , malgré ses refus et ses diverses métamorphoses, Her- 
cule força à lui découvrir In demeure des Hespérides (2); 
et même après l'apparition de trois vases à inscriptions où 
le dieu marin est appelé Triton (3), on n'a pas moins con- 
tinué à croire qu'il s'agissait toujours de la même divinité 
et du même fait mythologique (4). Mais M. Gerhard (5) a 
revendiqué dernièrement pour toutes les représentations 
analogues, le nom de Triton écrit sur les vases susmen- 
tionnés, et rejeté celui de Nérée, par la raison d'abord que 
ces compositions n'offrent aucune trace des transforma- 
lions à l'aide desquelles le fils de Pontus cherche à se sous- 
traire aux exigences d'Hercule, et ensuite par le motif plus 
concluant encore, que, sur quelques-unes, Nérée assiste 
sous la forme humaine à la lutte entre le dieu-poisson et le 
héros thébain. 

Pour expliquer la défaite de Triton par Hercule , le savant 
archéologue de Berlin a mis en avant deux hypothèses. H 
suppose en premier lieu, que, d'après une version diffé- 



(1) Voy. MiUingen, Jncient unedited monuments , I, p. 29. Panofka , 
Antiques du cabinet Pourtalês , p. 68. De Witte, catalogue Durand, 
n" 299 svv. 

(2) Apollodore, II, 5, 11. 

(3) UepxxXso^, Tpnovvoi: Gerdhard , Berlins antike Bildtverke , I, 
n» 697 ; UspXKXs:;, Tpnov : BrOndsted, A brief descript. of greek vases, 
n" VII ; HepccxXesi; , TpiTov , Nepeuç : De Witte , Catalogue étrusque, n» 84. 

(4) Voy. De Witte, Catalogue Beugnot, n" 31, et Etude du mythe de 
Géryon, p. 71. 

(5) Auserles. Gr. Fasenh., s. 96. 



( 403 ) 

rente de la tradition suivie par tous les auteurs parvenus 
jusqu'à nous, ce serait de Triton et non de Nérée que le fiJs 
d'Alcmène aurait voulu apprendre où étaient les pommes 
des Hespérides. Nous savons positivement que Triton ren- 
dit des oracles aux Argonautes (1) , et d'ailleurs le talent de 
divination constitue un caractère particulier des divinités 
marines (2). La seconde hypothèse consiste à voir dans les 
représentations en question non pas une simple lutte dans 
le but d'obtenir une révélation , mais un combat sérieux 
entre Hercule et Triton , considéré comme personnification 
de la mer. En effet, Euripide, dansune de ses tragédies (5), 
fait allusion à une victoire d'Hercule sur la mer, et la compte 
au nombre des douze travaux du héros. C'est à cette der- 
nière explication que M. Gerhard accorde la préférence. 
Tout en reconnaissant qu'elle est aussi savante qu'ingé- 
nieuse, j'avoue cependant qu'elle me paraît moins vraisem- 
blable que la première. 

Remarquons que sur le vase publié ici la composition 
est réduite à sa plus simple expression , c'est-à-dire qu'elle 
n'offre que les deux adversaires aux prises; tandis que, 
sur d'autres monuments, des Néréides, quelquefois Nérée 
et Neptune sont présents à la lutte. Tous ces personnages 
désirent ou favorisent la victoire du dieu marin; Hercule 
au contraire reste isolé. Cet isolement n'a rien d'étonnant 
alors que le héros ne court aucun danger sérieux, comme 
cela a lieu dans le cas où il veut forcer Triton à un aveu. 
Mais dans ces rudes combats qui lui sont comptés pour des 
travaux , les divinités qui le protègent ne peuvent pas l'aban- 



(1) Herodot. , IV, 179. Apollon. Rhod., IV, 1562. 

(2) Cf. Panofka , Musée Blacas, p. 62. 
(5) Hercxd. fur., 397. 



( 406 ) 

donner à l'influence funeste de celles qui lui sont défavo- 
rables. Telles me paraissent avoir été les idées qui ont con- 
stamment guidé les artistes anciens. Aussi je pense qu'on 
pourrait citer fort peu d'exemples où Hercule se trouve seul, 
sans compagnon, en présence d'un ennemi appuyé par une 
divinité supérieure , comme l'est ici Triton par Neptune. 

Si par les considérations précédentes j'admets que le 
sujet de notre vase, ainsi que des peintures analogues, a rap- 
port à une variante de la fable connue de Nérée, le même 
motif doit ni'empêcher d'attribuer à cette même fable de 
Nérée la représentation qui décore une amphore de la col- 
lection Durand possédée aujourd'hui parM. Panckoucke(l), 
bien qu'on y lise l'inscription NEPEuç. Car, outre que l'ad- 
versaire d'Hercule n'a rien qui le fasse ressembler à Nérée , 
figuré partout ailleurs sous la forme d'un vieillard aux che- 
veux blancs (2), le fils d'Alcmène est accompagné de Miner- 
ve , tandis qu'une autre femme se tient debout derrière son 
antagoniste. Je pense, en conséquence, qu'il convient de 
revenir au nom d'Antée donné d'abord à ce dernier (3) et de 
regarder l'inscription comme le résultat d'une erreur de 
celui qui l'a tracée (4). 

Les anciens dépeignent Triton comme un être moitié 
homme moitié poisson (6), et l'on croirait qu'Apollonius de 
Rhodes avait devant les yeux une représentation semblable 
à la nôtre quand il a fait cette peinture du dieu-marin (6). 



(1) Publiée par M. Gerhard , ^userZ. Gr. Fasenhilder, Taf. CXIII. 

(2) Voy. Gerhard, ibid. s. 96,not. 18. 

(3) De Witfe, Catalogue Durand, n" 305. 

(4) Le même soupçon se trouve déjà exprimé par M. Gerhard hii-même , 
ibid., s. 101. 

(5) Voy. seulement le scholiaste de Lycophron, 54. 886. 89a. 
(G) Argonautic. , IV, 1610 sqq. 



( 407 ) 

^é^.aç, âé ol e| ùnâroio 

Kpxazoi à^Kfi Te vc3t« imù t^ûxq SffT inl v/jàùv , 
AvTtxpù iJLouxpsaai œu/jv eycKoyXov s tv.xo' 
AÙTxp vnal layôvfjiv âtKpcupx oi evBa xal zvBa 
KrjTSOS cly.aÎYi p:r,y..wzTO 

La couronne de laurier que le peintre de notre vase a 
donnée à Triton et dont on rencontre ailleurs plusieurs 
exemples , semble faire allusion au don qu'il avait de con- 
naître l'avenir. 

Au-dessus de cette peinture principale de l'hydrie, règne 
une frise que j'ai jugé inutile de reproduire par un dessin. 
Au milieu de la composition s'avance Bacchus barbu et cou- 
ronné de lierre. Il est vêtu d'une tunique recouverte d'un 
manteau et tient dans la main droite un céras. Aux deux 
extrémités du tableau on voit deux satyres séparés du dieu 
par deux ornements en forme d'œil. 



Notice sur un livre d'heures qui apparlenail à Jean le Ma- 
gnifique , duc de Berry , frère de Charles V , roi de 
France; par M. Marchai. 

Un des plus beaux manuscrits sur vélin et à miniatures 
de l'ancienne bibliothèque royale de Bourgogne, est in- 
diqué sous les n°^ 14060 et H 061, à Y Inventaire géné- 
ral. C'est un livre d'heures de la fin du XIV* siècle ou du 
commencement du XV% et qui parait être, sous le rapport 
des miniatures, l'un des plus précieux de l'Europe entière. 
Ce que j'avance n'est pas une exagération. Ce volume , to- 
talement achevé, ce qui est assez rare, est aussi complet, 
aussi bien conservé, que s'il venait de sortir des ateliers 
du calligraphc et du dessinateur. 



( 408 ) 

J'ai pensé jusqu'à présent, que ce livre d'heures avait été 
fait pour Wenceslas, duc de Brabaut et de Luxembourg, 
qui mourut en 1583 et qui était frère de l'empereur Char- 
les IV. C'est sous le nom de ce Wenceslas que je l'ai indiqué 
à Vlnventaire général; mais je viens de reconnaître qu'il 
a été fait par ordre de Jean , duc de Berry, frère de Char- 
les V, roi de France. J'ai constaté cette erreur, en faisant 
la révision de l'inventaire général et des autres parties du 
catalogue, 

Jean le Magnifique, duc de Berry et d'Auvergne, comte 
de Poitou, était fils de Jean, roi de France, qui , à l'imitation 
de Philippe de Valois , père et prédécesseur de celui-ci, 
avait inspiré à sa famille, pour le progrès de la civilisation , 
le goût delà bibliographie. Jean, duc de Berry était biblio- 
phile comme deux de ses frères le roi Charles V, fondateur 
de la bibliothèque du Louvre, et le duc Philippe le Hardi, 
qui jeta les fondements de la bibliothèque de Bourgogne, 
devenue un des ornements de l'Europe depuis le règne de 
Philippe le Bon , et dans laquelle il y a plusieurs manu- 
scrits de la bibliothèque du Louvre et de celle du duc de 
Berry. Nous indiquerons en appendice à la présente notice, 
les manuscrits signés de la main de ces deux princes et qui 
se trouvent en la bibliothèque de Bourgogne, indépendam- 
ment d'autres que nous soupçonnons provenir de leurs 
librairies respectives. 

Jean , duc de Berry, était oncle du malheureux roi Char- 
les VL II avait épousé en 1560, à l'âge de 20 ans, Jeanne 
d'Armagnac, dont j'ignore la date du décès. Il épousa, 
par un second mariage, à l'âge environ de 50 ans, Jeanne 
de Boulogne et d'Auvergne, en 1589, selon le témoignage 
de l'Histoire générale de Languedoc, t. IV, p. 594. Il don- 
nait à celte seconde femme le surnom d'Oursine, comme 



( 409 ) 
nous l'expliquerons plus loin. Tous ces détails, en grande 
partie fort connus, doivent être réunis pour l'explication de 
ce qui va suivre. Je dois y ajouter que le roi Jean , son père , 
avait épousé Bonne de Luxembourg , sœur de l'empereur 
Charles IV et de Wenceslas , duc de Brabant et de Luxera- 
bourg et que la maison impériale de Luxembourg , proté- 
geait les lettres à l'égal de la branche royale de Valois. 
Ce n'était donc pas extraordinaire que ce beau manuscrit 
eût été fait pour Wenceslas. Mais la chronologie s'y oppose, 
car si nous allons reconnaître le surnom d'Oursine sur 
toutes les miniatures de ce manuscrit, sans exception, 
si Jean épousa en d389 , Jeanne, sa seconde femme , à la- 
quelle il donnait ce surnom, si Wenceslas mourut le 7 
décembre i383, il y a impossibilité que ce volume ait été 
fait pour ce dernier, ou lui eût été donné. 

Enfin, nous devons dire que Jean, duc de Berry, 
mourut le 15 juin 1416, à l'âge très-avancé de 70 ans. 

Mon erreur d'avoir attribué la possession primitive de 
ce livre d'heures à Wenceslas, est provenue d'une annota- 
tion qui est sur les six premiers feuillets que l'on trouve 
avant le texte. Elle est en langue latine, d'une très-belle 
écriture de la fin du règne de Marie-Thérèse , mais sans 
signature. Nous présumons qu'elle a été rédigée vers 
l'année 1772, à l'époque où plusieurs savants rétablirent 
les anciens catalogues des imprimés et des manuscrits de 
la bibliothèque de Bourgogne, d'après ceux de 1577 et de 
1751 , pour la rouvrir au public. 

Celte annotation commence par l'indication des diverses 
parties du texte, qui sont : l'office de la Vierge, quelques 
litanies, les sept psaumes de la pénitence, l'olfice de la 
Sainte Croix, l'ollice des morts. Ces détails sont aussi né- 
cessaires que les précédents, pour ce qui va suivre. Il y a, 



(410) 

après celle table , une liste raisonoée des miniatures que 
l'annotation attribue avoir été faites pour le duc Wen- 
ceslas. Elles sont au nombre de vingt ; elles sont paginales , 
c'est à dire de la grandeur de la page entière, selon une 
nomenclature que nous avons dû inventer et qui se trouve 
détaillée au résumé historique du catalogue publié en 1842. 

Nous devons expliquer collectivement les trois pre- 
mières de ces miniatures; nous parlerons ensuite som- 
mairement des dix-sept autres. 

Le dessin au simple trait de la première de ces trois minia- 
tures n'a pu être publié avec la présente notice à cause de 
la grandeur de son format. Celui de la seconde , qui est 
l'ouvrage de M. de Brou , dessinateur de Mgr. le duc d'A- 
renberg, est publié depuis l'an 1842 au premier volume 
du catalogue. Ces deux miniatures doivent être posées en 
regard l'une de l'autre ; la seconde est la contre-partie in- 
dispensable de la première. Nous allons le démontrer. 

La première renferme pour objet principal , le portrait 
du possesseur primitif de ce livre d'heures. J'appelle ico- 
nisme ce genre de miniature, très-commun aux anciens 
manuscrits, du mot grec et latin icon, iconis, portrait. Ce 
possesseur primitif n'est pas un Wenceslas , comme le dit 
l'annotation, mais un personnage ayant le nom de Jean , 
comme on va le prouver. Il a une robe blanche, avec un ca- 
mail et un laticlave d'hermine ducale. 11 est en profil et à ge- 
noux devant un prie-dieu. Il est très-chauve, ses cheveux 
sont blanchâtres, il a l'apparence d'un homme de cinquante 
ans au moins , ce qui se rapporte à l'année 1389 ou 1590 , 
comme nous l'avons dit. Sa pose est en adoration devant la 
madone tenant l'enfant Jésus qui est sur l'autre miniature. 

Le prie-dieu est recouvert d'un tapis d'étoffe blanche : 
on y voit le dessin du livre d'heures que nous décrivons. 



( ^'^11 ) 

On ne peut en douter à cause de l'incipit -.Domine, labiamea 
aperies, qui est le même que celui du texte. Les tranches 
du livre sont d'or, telles qu'on les voit encore aujourd'hui. 
Les fermoirs, qui n'existent plus et qui étaient en forme de 
boucle à lanières, étaient d'or. La reliure actuelle, de soie 
noire, est très-mutilée par la vétusté; elle a été faite sans 
doute pendant le règne de Charles-Quint; d'autres reliures 
semblables étant incontestablement de cette époque, aussi 
glorieuse pour la Belgique en général que pour la biblio- 
thèque de Bourgogne en particulier; je l'ai démontré au 
catalogue. 

Derrière le duc de Berry sont deux personnages qui ont 
chacun la tête entourée d'une auréole matte. Ce sont les 
deux saints Jean, Celui qui est le plus avancé est saint Jean- 
Baptiste; il tient dans les bras l'agneau paschal , agnus Dei , 
qui est tourné vers la madone de l'autre miniature. L'agneau 
a l'auréole de la divinité, c'est-à-dire renfermant la croix de 
feu. Derrière cette auréole est une hampe d'émail de 
gueules, supportant la bannière de saint Jean-Baptiste, 
précurseur du Messie; elle est bifide et d'argent à la croix 
de gueules; cette hampe est sommée de la croix pattée d'or. 

Ce personnage étant incontestablement saint Jean-Bap- 
tiste, c'est le patron du possesseur primitif de ce volume, 
Jean, duc de Berry. Ni ce saint Jean-Baptiste ni l'autre 
patron, dont nous parlerons plus loin, ne ressemblent en 
aucune manière, par le costume, à saint Wenceslas, qui 
était duc de Bohême et que l'église reconnaît pour martyr, 
parce que , le 28 septembre i)50 , il fut détrôné et assassiné 
par son frère, qui était païen et ennemi du christianisme. 

L'agneau paschal , ou en style héraldique plus vulgaire, 
le mouton, est l'emblèmcarmorial de la ville de Bourges, 
capitale et séjour de prédilection du duc Jean de Berry. On 



(412) 
voit le même emblème de l'agneau paschal auréolé, avec la 
hampe et la bannière de saint Jean-Baptiste, sur plusieurs 
monnaies du Berry, frappées à la iin du XIV^ et au XV* 
siècle. On en retrouve le dessin et la description aux ouvra- 
ges numismatiques deTobiesen Duby, publiés en 1786 et 
1790, et tout récemment aux planches de l'histoire moné- 
taire du Berry, publiée en 1842, par M. Pierquin de Gem- 
bloux. Sur la plupart de ces monnaies il y a : Joh. Dux 
{Joannes Dux). Ces agnelets ou moutons étaient fort répan- 
dus dans le commerce. 

Plusieurs empreintesdes armoiries, tant anciennes qu'ac- 
tuelles de Bourges, portent trois moutons : 2,1 , ce qui n'est 
pas un problème héraldique, mais une vérité très-connue, 
malgré la facétie inventée depuis le règne de Henri IV, des 
prétendues armes de Bourges , facétie dénuée de toute 
vraisemblance. 

L'autre personnage divin , placé derrière le duc de Berry, 
le soutient en signe de protection , par la main droite ap- 
puyée sur la robe de ce prince. Il porte sur l'épaule droite 
une croix alignée et lisse; ce n'est pas une croix de saint 
André, qui serait formée de deux cotices en sautoir aigu. 
Ces cotices de saint André, ou bâtons noueux, seraient de 
gueules. Il y en a de nombreux exemples aux supports des 
armoiries de Bourgogne, dans toutes les provinces des 
Pays-Bas. 

Ce personnage qui porte la croix, est donc saint Jean 
l'évangéliste, qui accompagna le Sauveur au Calvaire. Les 
deux saints Jean sont donc les patrons du duc de Berry. 

Les trois robes, le tapis et la fourure, sur laquelle se 
trouve l'hermine, sont en blanc, ou pour mieux dire le 
dessinateur a laissé le vélin a découvert. Le lainage de 
l'agneau est légèrement moutonné bleuâtre. Les tètes des 



( ^13 ) 
trois personnages, les pieds, les mains sont coloriés au na- 
turel , mais d'une transparence qui laisse voir le fond de 
parchemin. 

L'or, sévèrement apposé aux auréoles, à la tranche et 
aux fermoirs du livre, fait ressortir la blancheur de tous 
ces fonds et l'admirable simplicité des contours au simple 
trait à peine ombré. 

Le travail est tellement franc et pur, qu'on distingue 
partout le fruste du vélin, même entre les rides des tètes 
et jusque dans les yeux. Les ondulations des draperies 
sont aussi diaphanes que simples et légères. 

On blâmera peut-être , après avoir admiré la perfection 
des trois têtes, le contour des mains et surtout des pieds, 
mais ce faux goût est un sacriflce que le dessinateur de la 
fin du XIV' siècle devait faire à la mode de son temps; 
car dans tous les temps, comme nous l'avons démontré 
au catalogue, la mode vient entraver le progrès. Une con- 
sidération plus grande doit être ajoutée : l'anatomie était 
alors mal connue, parce que les loisdéfendaienl la dissec- 
tion. Il n'y avait pas comme aujourd'hui, les méthodes 
graduées des principes académiques de dessin du corps hu- 
main. D'ailleurs, dans des temps beaucoup plus modernes, 
on voit le même défaut, entre autres au célèbre tableau de 
Rubens, qui représente saint François d'Assise épouvanté, 
réclamant l'indulgence du Christ armé de la foudre, qui va 
frapper la perversité humaine. Ce tableau admirable est 
au musée de Bruxelles. 

Que de temps il a fallu au dessinateur de cette miniature 
pour l'inventer, la coordonner et en harmoniser la com- 
position, avant de la poser sur le vélin; que de talent, de 
fermeté il a fallu , pour l'exécuter. C'est ainsi que des vers 
de Racine, tellement simples que chacun se croirait capa- 



( -^l-* ) 

ble de les improviser, ont été métamorphosés un grand 
nombre de fois, avant d'être écrits. 

Mais ce qui estun nouvel objet d'admiration, etcn termes 
artistiques un tour de force, c'est le repoussoir ou fond 
gouache à fleurages gros bleu sur bleu , qui est tellement 
délicat et nuancé qu'il faut la plus grande attention pour en 
analyser les détails à peine visibles. Il y a impossibilité de 
le reproduire au simple trait : c'est par ce motif que M. de 
Bron n'a point dessiné cet iconisme pour le catalogue. 

Cette miniature est un des chefs-d'œuvre de l'art du 
dessin ; les figures et leurs accessoires ne sont guère que 
des traits à peine ombrés, un fond admirable les fait déta- 
cher et ressortir, c'est tout au plus si les chairs sont colo- 
riées ; cependant le teint de bistre des personnages est vi- 
goureux. Michel-Ange, cent cinquante ans plus tard, au- 
rai t-il mieux fait? 

Ce n'est pas moi qui exprime cette opinion, je l'ai entendu 
souvent dire par des artistes du plus haut mérite, tant ré- 
gnicoles que des autres contrées du monde, qu'on me par- 
donne cette expression, car des Américains du Nord et des 
Mexicains ont admiré ce chef-d'œuvre; ils ont tous déclaré 
qu'il fallait une longue étude au talent le plus transcen- 
dant, pour rivaliser avec ce travail. Nous ne trouvons de 
rivalité que dans la miniature d'Hoefnagel d'Anvers, faite 
en 1570; nous en parlerons une autre fois. 

Le pendant de cet iconisme est la madone placée en re- 
gard; elle est assise sur un trône d'ivoire; elle reçoit, pour 
l'enfant Jésus qui ne s'interrompt pas d'allaiter, en tenant de 
la main gauche, le sein de sa mère, l'adoration du duc de 
Berry ; l'enfant le regarde du coin de l'œil , car il est sur l'autre 
miniature , sous la protection des deux saints Jean. La ma- 
done tient aussi de la main gauche, l'extrémité d'un rouleau 



( 413 ) 

dont les circonvolutions passent derrière l'enfant , celui-ci 
écrit sur ce volumen, telle est l'expression véritable et anti- 
que de la forme des rôles de comptabilité féodale , comme il 
y en a beaucoup dans les dépôts d'arcbives. Serait-ce , selon 
les idées pieuses du XIV' siècle, le livre de vie, sur lequel 
s'inscrivaient les actions des hommes? J'ignore si c'était 
l'intention du dessinateur, mais très -certainement les 
actions du duc de Berry n'étaient point sans tâche. Ses 
avilissantes concussions pendant son gouvernement du 
Languedoc pour les rois son frère et son neveu ; ses agents 
criminels, tels que Bethisac, qui ne purent échapper au 
dernier supplice; ses intrigues , pendant sa régence, après 
la mort de son frère , pour s'emparer de la totalité du pou- 
voir, terniraient totalement sa mémoire, si la protection 
qu'il accordait aux beaux-arts et aux belles-lettres n'avait 
été un palliatif de tous ses vices et un moyen noble de faire 
usage des trésors acquis par les moyens les plus ignobles. 
Certes, notre Wenceslas, duc de Brabant, malgré de nom- 
breuses inconséquences chevaleresques, lui est bien supé- 
rieur; celui-ci était d'ailleurs un zélé protecteur des lettres 
et littérateur lui-même, comme Jean, duc de Berry, son 
cousin-germain. 

Revenons au dessin de la seconde miniature : même 
blancheur des draperies , même fermeté, pureté, simplicité 
dans les contours. Le coloris rosé des chairs de la madone 
et de l'enfant a une telle délicatesse, que l'on aperçoit dans 
les traits et jusque dans les yeux, comme à la miniature 
précédente, le fruste du vélin; c'est un contraste sublime 
avec les chairs bistrées de l'autre miniature. 

La blancheur de l'ivoire des pilastres d'accotements du 
trône est rehaussée par les tentures des coussins brodés 
d'or sur écarlate. 



( -^le ) 

Le fond, que j'appelle angélique , paraît d'abord être 
formé de hachures au verrnillou. Ou doit regretter que l'im- 
pression de la gravure de M. de Brou n'ait pu le reproduire 
qu'en noir, ce qui en fait perdre la magie. Ce fond de ver- 
millon, c'est-à-dire de couleur de feu , lorsque l'œil de l'ob- 
servateur s'accoutume à le remarquer un certain temps, 
est reconnu peu à peu pour l'orchestre céleste des anges. 
D'un côté de ce chœur d'harmonie est la partie instrumen- 
tale ; on y voit des instruments à corde , à vent et des cym- 
bales; de l'autre côté est la partie vocale; les anges y tien- 
nent des rouleaux où sont inscrits les hymnes : Gloria in 
excelsis, Hozanna, Lœtare, etc. ; au-dessous de l'orchestre , 
derrière le trône de la madone, d'autres anges innombra- 
bles sont, de tous côtés, en adoration devant l'enfant Jésus. 

A quel degré de perfection poétique et artistique est ar- 
rivé le dessinateur, pour avoir comprimé toute cette com- 
position de traits et de demi teintes en vermillon, de ma- 
nière à produire l'illusion de la métamorphose des hachu- 
res, en un ciel ouvert au fond du tableau! Est-ce l'ouvrage 
d'un artiste italien précurseur de Raphaël d'un siècle entier? 
est-ce celui d'un des artistes français qui travaillaient aux 
librairies du roi Charles V? est-ce d'un artiste belge, nourri 
des études italiques? car au XIV et au XV^ siècle, les sa- 
vants des républiques lombardes étaient continuellement 
en relation avec les Flamands et les Brabançons, tels que 
Pétrarque, Villani, Brunetto-Latini , et tant d'autres ita- 
liens illustres qui ont séjourné dans nos contrées. Je le 
présume d'un artiste italien. 

Comme il n'y a ni signature , ni chiffre d'artiste , on ne 
peut en reconnaître l'auteur. Mais il vivait très-certaine- 
ment plus de deux générations avant l'époque appelée la 
renaissance par les flatteurs des Médicis, époque qui ap- 



( -417 ) 
parliendrait avec autant d'équité à noire Pliilippe-le^Bon, 
dont le règne immortel commence plusieurs années avant 
les Médicis. La vraie renaissance, j'ai essayé de le démon- 
trer dans une précédente notice , commence au siècle de 
Charlemagne. 

La troisième miniature réunit la composition des deux 
précédentes, c'est-à-dire que Jean, duc de Berry, protégé 
par ses deux patrons, est en adoration devant l'enfant Jésus 
tenu par la madone assise sur un trône; l'enfant donne la 
bénédiction à ce prince. Le fond est un chœur angélique, 
dessiné au carmin , comprimé dans le genre de la deuxième 
miniature. Le duc a un manteau écarlate : le blanc du 
parchemin ne domine plus. Cette miniature serait un chef- 
d'œuvre, si elle n'était éclipsée par les deux premières. 

Plusieurs artistes qui ont vu ces deux iconismes m'ont 
assuré qu'il y avait la plus grande ressemblance du por- 
trait avec la statue du duc de Berry , qui est à Bourges. 

Nous venons de démontrer que le possesseur primitif 
de ce livre d'heures était appelé Jean , et qu'il était investi 
de la dignité ducale. Il faut en constater la spécialité et 
l'époque approximative. Nous y parviendrons par l'enca- 
drement de toutes les vingt miniatures. On y trouve la ré- 
pétition : 1° des mêmes armoiries placées aux quatre coins 
ou angles; 2° par le chiffre V E; 5° par un ours; 4° par 
un cygne blessé au cœur. 

i° Sur les deux admirables et premières miniatures , les 
armoiries du sommet de chacun des quatre angles de l'en- 
cadrement, sont d'azur aux fleurs de lis sans nombre, à 
la bordure engrêlée de gueules. Ces armoiries sont des ducs 
de Berry du sang royal de France. Sur les dix-huit autres 
miniatures, les mêmes armes n'ont que trois fleurs de lis. 
Nous devons en conclure qu'elles sont du commencement 
ToM. XI. 30 



(418 ) 

(Ju règne de Cliaiies VI, car on sait (ju'à celle époque les 
trois fleurs de lis furent insensiblemenl substituées aux 
fleurs de lis sans nombre. 

J'ai recherché sans succès les lettres royaux qui ordon- 
nent ce changement. Je n'ai rien trouvé, ni dans les ordon- 
nances des rois de France, ni dans l'immense recueil 
héraldique du père Anselme , ni dans d'autres ouvrages. Je 
présume que ce changement du sceau royal aura été fait 
par une simple convention. Voici mes inductions : 

Sous le roi Charles V, il y avait encore, en 1372 , les fleurs 
de lis sans nombre; on ne peut en douter, parce que le 
manuscrit 9553 de la bibliothèque de Bourgogne qui ap- 
partenait à ce roi, porte, après l'explicit, une note de son 
écriture, datée de cette même année. La voici : « Ce livre 
» des moralitez et des moches à miel est à nous; fîniez, 
» translater, escrire et parfaire, l'an M. CCC. LXXIJ. » Il 
y avait la signature du roi Charles, elle a été efi'acée au 
grattoir, très-probablement en 1794, lorsque ce manuscrit 
fut, par ordre des représentants du peuple français, trans- 
porté de Bruxelles à Paris , car alors on efl"aça au charbon, 
à d'autres manuscrits, la tête de Philippe-le-Bon ; c'était 
immédiatement après le régime de Robespierre; mais une 
partie des lettres et du paraphe a repoussé. Ce manuscrit 
est indiqué au tableau ci-après. On y voit au-dessous de 
la première page, l'écusson de France aux fleurs de lis 
sans nombre. Elles sont gardées par deux lions en repos, 
emblèmes adoptés spécialement par Charles V (on sait que 
les autres Valois prenaient généralement les anges pour 
supports de leurs armes) , comme on le voit aussi aux MSS. 
des ducs de Bourgogne , branche cadette des Valois; mais 
après l'année 1574, le roi Charles V avait l'inleution de 
n'admettre que trois fleurs de lis, comme on l'apprend par 



( ^19 ) 
la préface de Raoul dePresles, traducteur français de la Cité 
de Dieu, par S'-Augustin. « Elsi vous portez, dit-il au roi, 
» les armes de trois fleurs de lis en signe de la bénoile Tri- 
nité. » Je transcris ce passage du magnifique manuscrit 90 1 5 
qui est de la même époque. On y voilà l'iconisme, l'écus- 
son aux trois fleurs de lis; cet écusson paraît sortir du ciel. 

Cependant cet usage n'était pas général ; je n'ai point vu 
de diplômes de la fin du règne de Charles V. On peut faci- 
lement le vérifier aux archives royales de France. 

Au texte des monuments de la monarchie française par 
Monlfaucon, il y a (t. III, p. 40) l'intercalalion d'un grand 
dessin paginai qui représente l'entrevue à Paris, du même 
roi Charles V avec l'empereur Charles IV, le 4 janvier 1377 
(1378). Les fleurs de lis de l'écusson de France y sont sans 
nombre. Il est vrai que ce changement se remarque à un 
grand dessin du sacre de Charles VI, à Rheims, le 4 no- 
vembre 1580; mais très-certainement ce dessin est beau- 
coup plus moderne que la date de l'événement, dès lors il 
ne peut rien constater. Il est dans le même ouvrage des 
monuments de la monarchie française par Montfaucon, 
t. III, p. 74. Il est copié, dit ce même auteur, d'une tapis- 
serie qui était eu la chapelle impériale à Bruxelles , ce qui 
signifie la cour brûlée en 1731. J'y remarque au-dessus du 
trône royal l'écusson de France aux trois fleurs de lis , mais 
je remarque aussi que parmi les douze pairs de France qui 
assistent à cette solennité , ceux qui ont des armoiries 
fleurdelisées à leurs écussons, les portent sans nombre. 
J'en tire la conséquence que c'est seulement plusieurs an- 
nées après le sacre de Charles VI , qu'on adopta générale- 
ment pour le roi et les princes, l'écusson aux trois fleurs 
de lis. 

J'en conclus que si Wcnccslas mourut en 1585; si Jean, 



( 4â0 ) 
duc de Berrj , se remaria en 1389 avec Jeanne qu'il appelait 
son Oursine, comme je l'ai dit, le manuscrit a été fait après 
1389. 

Personne ne pourra admettre l'opinion que ces armoiries 
sur le manuscrit soient de Bourbon , comme le porte l'an- 
notation ci-dessus aux premiers feuillets du volume qui 
attribue ce livre à Wenceslas : Eligerat prisca Borbonidum 
familia, à cause de Béatrix de Bourbon , mère de Wences- 
las. Celte erreur est évidente, Bourbon ancien portait : 
D'or au lion de gueules, à l'orle à huit coquilles d'azur. 
Bourbon porta ensuite : De France au péri de gueules pour 
brisure. Ce péri ou bâton, placé au milieu du champ, n'est 
certainement pas l'engrêlure ou l'entourage. 

Une autre preuve se trouve à la miniature vingtième et 
dernière du manuscrit. Elle est placée en regard du com- 
mencement de l'office des morts. Outre les quatre écussons 
aux trois fleurs de lis, aux quatre angles droits du cadre, il y a 
dans le dessin, un catafalque entouré de prêtres qui récitent 
l'office. Ce catafalque est bordé de six écussons de France 
aux trois fleurs de lis. A la lettrine miniaturée qui est en 
regard, il y a un cadavre devant lequel un évéque, reconnais- 
sable par la crosse et la mitre , récite des prières ; cet évêque 
a une chape fleurdelisée de France, sans nombre. 

2° La seconde de nos quatre remarques qui se fait sur 
tous les vingt encadrements sans exception, est le mono- 
gramme composé des lettres superposées V , E : ce chiffre 
est reproduit au moins deux fois sur les deux grands côtés 
à chaque encadrement. L'auteur anonyme de l'annotation 
latine croit y reconnaître les lettres initiales du nom de 
Wenceslas. C'est de là sans doute que provient l'erreur que 
moi-même j'ai longlemps suivie. Il dit : Paginis 10" et 11" 
Wenceslaus, cornes Luxemburgcnm , junior et adhuc dum 



( 421 ) 
domicellus, médius inter sanclum Joannem Baplistam et 
bealum Andream aposlolum sub praesidio B. M. V. confu- 
git. Il ajoute un peu plus loin : In utroque singularum ico- 
num reperitur litterarum V et E implexus. Implexus ille ro 
Wenceslas dénotât, et quidem per simplex F,juxta imita- 
tam temporiim illorum orthographiam. La lettre E se trouve 
donc superposée à la lettre V comme je l'ai dit, ce qui se- 
rait Venceslas selon l'annotation. 

Nous ferons observer au contraire, qu'aucun des écrits 
contemporains, ni même les écrits exacts des modernes, 
soit diplomatiques, soit historiques, en latin, en français, 
en flamand, en allemand , ne porte le nom de Wenceslas par 
un V simple, mais par un W (double W). Ce serait aussi irré- 
gulier que pour les motsWilhelm, Wallon, Wandelbert et 
d'autres; mais nous ferons aussi observer que l'orthographe 
latine admet V pour la lettre U moderne. Autrefois on l'ap- 
pelait U consonne. Le monogramme V E devant se pro- 
noncer UE, ne signifie pas Wenceslas, mais tfrsine, qui 
est le mot Oursine. 

Nous l'avons dit au commencement de cette notice, Jean, 
ducdeBerry, épousa par un second mariage, en 1389, 
Jeanne de Boulogne et d'Auvergne; il l'appelait son Our- 
sine. Tous les historiens sont d'accord sur la devise qu'il 
adressait à sa femme : Ursine le lems venra. Cette devise 
cachait l'idée séditieuse, que le temps viendrait oîi il serait 
roi de France, après les désordres du malheureux règne de 
Charles YL II y a , encore une fois, impossibilité d'adapter 
cette devise au règne vigoureux de Charles V avant 1580. 

5° et 4° La troisième et la quatrième remarque ne lais- 
sent aucun doute sur le mot Ursine, car à tous les vingt 
encadrements, sans aucune exception, il y a près du mo- 
nogramme V E, un ours tantôt muselé par un ruban de 



( 422 ) 

gueules, tantôt couché sur des fleurs de lis, tantôt suppor- 
tant l'écusson élevé de Berry aux fleurs de lis sans nombre , 
ce qui est une preuve qu'en 1389, après son second ma- 
riage, les trois fleurs de lis n'étaient pas encore rigoureu- 
sement héraldiques. On verra pour la quatrième et dernière 
remarque, à tous les encadrements, au côté supérieur et 
au côté inférieur, un cygne blessé au cœur. La blessure est 
une tache de sang, qui est saillante sur la blancheur du 
plumage. Qui ne reconnaît point là un emblème de la se- 
conde femme du vieux bibliophile, remarié en 1389? On 
ne peut douter par conséquent de l'explication phonétique 
des mots : ours , cygne ; c'est ce qu'en style trivial on appelle 
le rébus du mot Oursine. 

En résumé, ce volume est évidemment plus moderne que 
l'année 1389, c'est-à-dire qu'il a été confectionné après la 
mort de Wenceslas, duc de Brabant, décédé en 1383, et 
n'a, par conséquent, jamais pu lui appartenir, soit par 
confection , soit par donation. 

Nous regrettons de ne pouvoir excéder les bornes d'une 
notice pour décrire les 17 admirables miniatures qui sui- 
vent les trois premières que nous avons expliquées. Elles 
ont pour objet l'histoire du Nouveau Testament , depuis 
l'Annonciation jusqu'à la sépulture de Jésus-Christ et son 
entrée aux Limbes. On voit ici le Christ y portant la ban- 
nière de saint Jean-Baptiste, patron du duc de Berry. 

Mais nous devons nous arrêter sur la scène raphaélique 
(qu'on me permette cette expression) , du Slabat Mater à 
la miniature du Calvaire , en voici la description sommaire : 

La mère du Sauveur tombe évanouie, tandis que sur la 
plupart des peintures, elle est debout, en regardant son 
lils. Ici son visage est décoloré. Saint Jean s'efforce de la 
soutenir. Deux saintes femmes viennent la secourir; une 



( 423 ) 
d'elles la tenant dans les bras, lève les yeux vers le Christ, 
qui la regarde la tête penchée et qui paraît achever de 
prononcer ces mots : voilà votre fils. Derrière ce groupe 
sont des bergers, ceux qui, sans doute, assistèrent à la 
naissance du Christ. De l'autre côté du crucifix, sont les 
exécuteurs de son supplice. Il y a un grand désordre parmi 
eux, dans le mouvement qui les agite de diverses manières. 
Un d'entre eux, au premier plan, lève impérieusement la 
tête et la main; sans doute il ordonne au Christ, qu'il re- 
garde, de se taire. 

La miniature suivante est la descente de croix. On s'a- 
perçoit aisément que Rubens l'a consultée avant de com- 
poser un de ses chefs-d'œuvre, qui est l'ornement de l'église 
cathédrale d'Anvers. 

Il y a, par annexe à ce volume, une sainte face peinte sur 
cuir, dans le style bysantin du XIV" siècle; c'est un chef- 
d'œuvre d'un autre genre. L'auteur de l'annotation dit : 
Pagina S' effigies Salvatoris nostri J.-C. juxla prototypum 
Venetiis asservatum, sed temporis diuturnitate ac frequenti 
frictions prorsus obsoleta. 

Nous terminons cette notice en donnant le tableau des 
manuscrits de la bibliothèque de Bourgogne , qui portent 
la signature de Charles V et de son frère le duc de Berry , 
selon l'indication faite ci-dessus. 



( 424 



Indication des iiianiiscrits de la bibliothèque de Bourgogne , 
rcrctus des sigtiatures du roi Charles V et de Jean, duc de 
Berrij, son frère. 



dcrinvciilairc 
actuel ilclabi- 
bliolhéqucdc 
Itotirgogni'. 



NOMS DES AtlTEDRS 



Observations. 



9507 



9553 



9542 



9555 



Bibliothèque dit Louvre 
OH de Charles f^, roi de 
France. 



Thomas Cantimpré.— Li- 
vre du Bien universel, 
selon la considération 
des Mousclies à miel , 
transcrit par Henri du 
Trevon,enrann. 1372. 



nnnarque : Aucun des volumes ci-conirc ne 
se trouve ni à l'inventaire de la bibliothi-<|Uc du 
Louvre, publié par M. Uarn>is. 
de la liihliolhèip ' ' ' 
tilG, Icsdonai: 



I de < 



: du duc de Berry, dêcddé 
i étant antérieures à ta réd 
} deux inventaires. 



C'est le n" 138 du catalogue publié 
par M. Van Praet, eti J836 (pag. 34). 

On lit après l'explicitl'annotation sui- 
vante de l'écriture de Charles V, roi de 
France : 

Il Ce livre <le moralité et dez mocliez 
» a miel est à nous. 

i> Finiez, translater, escrire et par- 
faire, l'an M. CGC. LXXiJ. » 

La signature du roi est mal effacée; 
on voit seulement le reste du paraphe: 
j e présume qu'elle aura été détruite dans 
le temps de la republique française. 



Bibliothèque de Jean, duc 
de Berry, etc., frère du 
roi Charles V ■ 



S' Grécoihe. — Dialo- 
gues (XIV= et dernier 
tiers siècle). 



Le chevalier Latodr. — 
Enseignem'^à ses filles 
(XIT» J/. siècle). 



Le Mirouer des Dames et 
aullres livres (XIV' ''/. 
siècle). 



On lit au dernier feuillet : " Ce livre 
1) est à Jehan, fils de roy de France, duc 
" de Berry et d'Auvergne, conte de Poi- 
>i touetd'Auvergne. (i'/g-nc) Jehan. 

" Ledit monseig'' de Berry l'a donné 
» .1 monseig'' de Bourgogne. » 

Au feuillet initial il y a la signature 
de Jean , duc de Berry. 

Au dernier feuillet il y a : n Ce livre est 
!• au duc île Berry el d'Auvergne, conte 
n de Poitou et d'Auvergne. » 

{Signé) Jehan. 

Au feuillet initial il y a : <i Ce livre est 
» au duc de Berry. » (.y/g-ne") JebaN. 

La même indication avec la signature 
se retrouve au feuillet Cnal. 11 y a en ir o- 
nismc le portrait de Jeanne d'Evreux, 
femme du roi Chailcs IV , dit le Bel , 
grand'tantc de Jean, duc de Berry. 



(425) 

— M. le directeur, en levant la séance, a lixé l'époque de 
la prochaine réunion au samedi 6 juillet. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Bulletin de Vacadémie royale de médecine de Belgique. Année 
1841-1842, n° 4; année 1843-1844, tome 111, n" 6. Bruxelles, 
in-B". 

Belgisch muséum. 1844, 1''* aflevering. Gent, in-8°. 

Monographie des orchidées mexicaines. Par MM. A. Richard 
el H. GaleoUi. Paris, in-4°. 

Rapport sur le travail des enfants et la condition des ouvriers 
dans la province d'Anvers. Par MM. Berchem, G. Broeckx et 
F.-J. Mathyssens, rapporteur. Anvers, 1844 , in-8°. 

Recherches sur la vie et les travaux de quelques imprimeurs 
belges établis à l'étranger, pendant les XP^^ et XVI^ siècles. Par 
M. P.-C. Van der Meersch. I. Gérard de Lisa de Flandria. Gand , 
1844, in-S». 

Journal de înédecine , de chirurgie et de pharmacologie , pu- 
blié par la société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 
2" année , cahier de mai 1844. Bruxelles, in-8°. 

Dictionnaire de morale , choix de pensées et de maximes ex- 
traites des meilleurs écrivains. Par M. Henri Logé. Bruxelles, 
1844, 1 vol. in-12. 

La revue de Liège. 6" livr. , 13 mai 1844. Liège , in-S». 

Annales et bulletin de la société de médecine de Gand. Année 
1 844 , mois de mai , XIV^ vol. , 5" livr. Gand , in-8°. 

Annales de la société d'émulation pour l'étude de l'histoire et 
des antiquités de la Flandre. Tome II , 2° série , n"' 1 et 2. 
Bruges, 1844, in-8°. 

Essai d'étijmologie philosophique, ou recherches sur l'origine 
ToM. XI. 31 



(426 ) 

et les variations des mots qui expriment les actes intellectuels et 
moraux. Par M. l'abbé Chavée. Bruxelles, 1844, 1 vol. in-S". 
Journal historique et littéraire de Liège. Tome XI, iivr. 2. 
Liège , in-8°. 

Mémoires de f académie royale de Metz . Lettres, sciences, arts, 
agriculture. Années 1821 à 1822; 1822 à 1823; 1826 à 1843. 
Metz, 1822-1843, 22 vol. in-8". 

académie royale de Metz. Exposition des produits de l'indus- 
trie, de l'agriculture et de l'horticulture du département de la 
Moselle, ouverte à Metz, du 5 au 23 septembre 1843. Metz, 
1844, in-8". 

Faune ornithologique de la Sicile. Par M. Alfred Malherbe 
(de l'île de France). Metz, 1843, 1 vol. in-S". 

Journal de la société de la morale chrétienne. S° série, tome 
I", n° 3. Paris, 1844, in-S". 

Bulletin de la société géologique de France. 2® série , tome I'"'^ , 
feuilles 14-18. Paris, 1843-1844, in-S". 

Bibliothèque de médecine et de chirurgie pratiques, représen- 
tant en relief les altérations morbides du corps humain. Par le 
docteur Félix Thibert. Paris, 1844, 1 vol. in-S". 

Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la biblio- 
thèque communale de la ville d'Amiens . Par M. J. Garnitr. 
Amiens, 1843, 1 vol. in-8°. — De la part du conseil municipal 
de la ville d'Amiens. 

Annales academiae Lugduno-Batavae annorum 1813-1840. 
Lugd. Batav. et Hagae Comit. , 1817-1842, 23 vol. in-4''. 

Het instituut ofverslagen en mededeelingen . Uitgegeven door 
de vier klassen van het koninklijk Nederlandsch instituut van 
wetenschappen, letterkunde en schoone kunsten, over den 
Jare 1842, n<" 2-4; over den Jare 1843, n"' 1-2. Amsterdam, 
1843, 3broch. in-S". 

Over het onmatig gchruik van sterken drank, en de middelen 
cm hetzelve te keer te gaan. Door A.-W.-F. Herckenrath. Utrecht, 
1843, 1 vol. in-8°. — De la part de la société provinciale des 
arts et sciences d'Ulrecht. 



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( 427 ) 

Hvt gehruik en viishruik der geeslrijke dranken. Door H. -M. 
Duparc Utrecht, 1843, in-S". — De la part de la même so- 
ciété. 

Geschiedenis der joden in Nederland. Door M. H.-J. Koenen. 
Utrecht , 1843, 1 vol, in-8°. — De la part de la même société. 

Algemeene geschiedenis der wereld. Door M. S. Polak , %^° deel , 
bladz. 1-360. Amsterdam, 184-4, in-8°. 

Theannalsand magazine of nalural history . Vol. XII, n° 78, 
London , in-8", 

yi theory of the structure ofthe sidéral heavens. Part the first. 
London, 1842, in-4°. 

Ueber Granit und Gneuss, vorziiglich in Hinsicht der dus- 
seren Form, mit toelcher dièse Gehirgsarten auf der Erdflàche 
erscheinen. Von Leopold von Buch, Berlin, 1844, in-4°. 

Jsis. Encyclopddische Zeitschrift. Von Oken, 1844. Heft 
Mil. Leipzig, in-4°. 

y4nnalen der Staats- Ârzneikunde, Herausgegeben von 
Schneider, Schûrmayer und Hergt. 9''='' Jahrgaug , 1"" Heft. 
Freiburg ini Breisgau, 1844, in-8°. 






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