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Full text of "Bulletin de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique"

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BULLETINS 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



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DE 



BULLETINS 

) 
L'ACADEMIE ROYALE 

DÈS 

SCIENCES , DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 
DE BELGIQUE. 

TOME XIX. — II- PARTIE. - 1832 



BRUXELLES , 

». iiaïez, iytniiiEL*B de l'académie royale de belgiquk 

1852. 



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BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE 
1852. — N° 5. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du 7 mai 1852. 

M. Kickx, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael, 
Martens, Dumont, Cantraine, Morren, Stas,De Koninck, 
Van Beneden, De Vaux, le baron de Selys-Longchamps, 
Nyst, Gluge, Melsens, Schaar, membres; Spring, associé; 
Poelman, correspondant. 

M. Borgnet, membre de la classe des lettres, et M. Ed. 
Fétis, membre de la classe des beaux-arts, assistent à la 
séance. 

Tome xix. — II e part. 1 



J 



(2) 
CORRESPONDANCE. 



M. le Minisire des travaux publics écrit, au sujet de l'ex- 
plosion dans une houillère d'Élouges, une lettre que nous 
reproduisons ici sommairement : 

« Le désastre dont la houillère de Long-Ternc-Ferrand 
a été récemment le théâtre, atteste l'insuffisance des 
moyens connus ou employés pour secourir immédiate- 
ment des ouvriers menacés de mort par l'invasion de gaz 
délétères dans les galeries souterraines. 

» L'humanité gémit à la pensée que , faute d'appareils 
de sauvetage assez prompts et assez puissants, on puisse 
être réduit, en quelque sorte, à assister à la perte de plus 
de soixante malheureux, comme cela est arrivé à Élouges, 
sans qu'il soit possible de leur venir en aide ou seulement 
de s'assurer s'ils existent encore. 

» Certes, on ne révoquera pas en doute la sollicitude 
de l'administration pour les ouvriers mineurs; les mesures 
de sûreté et de police, décrétées particulièrement dans ces 
dernières années, témoignent assez de sa vigilance et de 
ses efforts pour réaliser toutes les améliorations propres à 
garantir le bien-être et la conservation de cette classe de 
travailleurs. 

» Mais il est une vérité qu'il faut bien avouer, c'est que 
les accidents viennent trop fréquemment encore accuser 
d'imperfection le génie de l'homme et signaler des lacunes 
dans les moyens de sauvetage. La catastrophe de Long- 
Terne-Ferrand en fournit un exemple frappant, puisque 
les efforts les plus ardents et les plus soutenus n'ont pu 



(3) 
conduire à pénétrer, à travers les éboulements , jusqu'aux 
victimes de ce coup de feu; et cependant il existait, à 
proximité des travailleurs, entre eux et leurs infortunés 
compagnons, une communication libre en apparence, mais 
dont l'accès était interdit par la présence de gaz délétères, 

» L'Académie royale de Bruxelles, prenant l'initiative, 
a mis au concours de 1840 une question qui intéressait 
vivement le sort des ouvriers bouilleurs, la question de 
l'aérage et de l'éclairage des mines à grisou. 

» S'associant aux vues bienfaisantes de ce corps savant, 
le Gouvernement , sur la proposition d'un de mes prédéces- 
seurs, a ajouté une somme de 2,000 francs au prix fondé 
pour le meilleur mémoire. 

» L'appel fait à cette époque par l'Académie n'a pas été 
stérile; elle reçut plusieurs mémoires remarquables qui 
ont contribué à éclairer une des difficultés les plus impor- 
tantes de l'art de l'exploitation des mines, 

» Sous l'impression des circonstances spéciales obser- 
vées dans le sinistre de Long-Terne-Ferrand , j'ai pensé 
qu'il était du devoir de l'administration de stimuler les 
hommes ingénieux à la découverte de nouvelles ressources 
pour les travaux de secours, et j'ose compter que l'Acadé- 
mie voudra bien , comme en 1840, la seconder dans l'ac- 
complissement de ces intentions philanthropiques. 

» En conséquence, j'ai l'honneur de proposer à l'Aca- 
démie de fonder un prix extraordinaire pour récompenser 
l'auteur d'un « Procédé pratique , d'un emploi commode et 
sûr , qui permettrait à l'homme de pénétrer sans délai, à de 
grandes distances, de séjourner et de s'éclairer dans des 
excavations souterraines envahies par des gaz délétères. » 

« Le terme de ce concours pourrait être fixé au 51 dé- 
cembre 1852. 



(4) 

» Si cette proposition est accueillie, je provoquerai une 
disposition royale, pour faire ajouter une somme de 
2,000 francs au prix à instituer par l'Académie. 

y> Je n'ai fait qu'indiquer ci-dessus la question à résou- 
dre; je laisse à l'Académie le soin de la formuler de la 
manière qu'elle jugera la plus convenable. » 

Les propositions de M. le Ministre sont acceptées. 

MM. De Vaux, De Hemplinne et Stas sont invités à rédi- 
ger le programme de ce concours pour la prochaine 
séance. 

— MM. Kesteloot, Morren et Spring, membres de la 
classe, font hommage d'ouvrages de leur composition. 
Remerciments. 

— M. Mareska, correspondant de l'Académie, demande 
à pouvoir déposer un paquet cacheté. Accepté. 

— M. Zantedeschi transmet les résultats des observations 
faites, en 1851 , sur les époques périodiques des plantes, 
dans le Jardin botanique de Venise. 

MM. le baron de Selys-Longchamps, Quetelet et Dé- 
falque communiquent leurs observations sur l'état de la 
végétation au 21 avril et au 21 mars dernier. Il résulte des 
explications verbales données par les deux premiers obser- 
vateurs, que la végétation, vers la fin d'avril, était en 
retard de huit à dix jours. 

— M. De Koninck dépose, au nom de M. Boens, doc- 
teur en sciences, un mémoire manuscrit intitulé : Étude 
sur la vision de l'homme et des animaux. (Commissaires : 
MM. Gluge, Spring et Crahay.) 



(5) 

COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur des graines tombées de l'air dans la Prusse rhénane; 
note de M. Schwann, associé de l'Académie. 

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un échantillon 
de graines qui sont tombées de l'air dans la Prusse rhé- 
nane, il y a environ quatre à cinq semaines. Voici les ren- 
seignements que j'ai reçus, à Cologne, sur ce phénomène. 
Le journal Der Heinsberger Bote, du 17 avril , rapporte que 
le phénomène a eu lieu probablement dans la nuit du 
24-25 mars par un vent d'une force moyenne. D'après ce 
journal, des personnes qui élaient en route, pendant la 
nuit, ont senti les graines chassées par le vent dans leur 
figure et les ont considérées comme des grêlons. Elles ont 
été étonnées de voir que leurs habits ne se mouillaient pas. 
Le lendemain, on a trouvé des graines dans tous les en- 
droits qui permettaient de constater facilement leur pré- 
sence, par exemple, sur les chaussées, sur les linges éten- 
dus pour le blanchissage, sur les feuilles de colza. Le 
phénomène n'a pas eu lieu seulement dans tout l'arron- 
dissement de Heinsberg, mais encore à Erkelenz et à Ju- 
liers , c'est-a-dire sur une surface d'environ sept lieues 
d'étendue. Pour juger si ces graines se sont élevées seule- 
ment au-dessus du sol ou bien à une certaine hauteur dans 
l'atmosphère, j'ai pris des informations à Erkelenz et à 
Heinsberg, afin de savoir si on en avait trouvé sur les toits 
des maisons ou sur les tours des églises; je n'ai pu obtenir 
aucun renseignement sur ce point. 



(6) 

Quant à la direction du vent, c'était, d'après les uns, le 
vent du Nord , d'après d'autres, le vent du Nord-Est ou de 
l'Est. La quantité de graines tombée n'a pas été partout la 
même. Un cultivateur d'Erkelenz m'assure qu'il y en avait 
sur les terres à peu près trois fois autant qu'on en emploie 
pour ensemencer une terre de colza. Les graines que j'ai 
l'honneur de présenter à l'Académie ont été recueillies par 
un cultivateur de cette localité. J'en ai reçu encore d'une 
autre personne, qui les a trouvées environ trois semaines 
après le phénomène, sur des feuilles de colza, également à 
Erkelenz. Les graines sont les mêmes. 

» Je me borne à attirer l'attention de l'Académie sur 
ce phénomène, en laissant à MM. les botanistes le soin de 
déterminer l'espèce de ces graines, et de tirer les conclu- 
sions qui découleront de la connaissance de leur origine. » 



Sur les engrais, et particulièrement sur le guano. 

M. Meïsens fait une communication verbale sur le dosage 
des sels ammoniacaux dans les engrais, et particulièrement 
dans le guano. Il emploie une dissolution alcaline de chlo- 
rure décolorant, qui, comme on le sait, s'empare de l'hy- 
drogène des sels ammoniacaux et met l'azote en liberté; 
l'urée, l'acide urique,etc, subissent une décomposition 
analogue. Il pense que ce mode, très-rapide et très-sim- 
ple, pourra rendre service dans les recherches physiologi- 
ques et pathologiques. 

Le prochain Bulletin donnera un résumé des expé- 
riences. 



(? 



PHILOSOPHIE TÉRATOLOGIQUE 

D'une fleur double et pleine d'Ajonc épineux; par 
M. Ch. Morren, membre de l'Académie. 

J'ai fait remarquer dans mon travail intitulé : Philoso- 
phie lératologique d'une fleur double de légumineuse (1), que, 
dans les fleurs de Lotus qui se doublent, ce phénomène est 
tout différent de ce qu'il est dans les fleurs des autres fa- 
milles. En effet, quand une fleur augmente le nombre de 
ses pétales, c'est au détriment de l'androcée que se fait 
cette métamorphose : ce sont les étamines qui subissent la 
pétalomanie. Au contraire, chez le Lotus corniculatus à 
fleurs doubles, on trouve un emboîtement de carènes, une 
multiplication d'ailes et une superposition d'étendards qui 
indiquent clairement un dédoublement de l'appareil flo- 
ral, où même les éléments staminaux et pistillaires peuvent 
continuer d'exister, quoiqu'à l'état de déformation. Vu la 
nouveauté de cette interprétation des fleurs doubles d'une 
des familles de fleurs irrégulières les plus importantes, je 
disais, dans ce travail, qu'il serait intéressant d'observer de 
nouveaux cas tératologiques analogues à celui du Lotus , 
pour voir si les données philosophiques fournies par cette 
espèce se confirmeraient ou s'infirmeraient. 

Le présent travail est destiné à apporter une preuve nou- 
velle de mes appréciations antérieures, qui se sont pleine- 



(1) Voy. Bulletins de V Académie royale de Belgique, tome XVI, 
n° 10. — Fuchsia; par Morren, p. 135. 



(8) 
ment confirmées sur un végétal où l'existence des fleurs 
doubles était parfaitement connue, bien que je ne sache 
pas qu'il existe aucun écrit sur l'étude particulière de cette 
espèce amenée à cet état. Je veux parler de Y Ajonc épineux, 
Ulex europaeus, déjà cité par M. Moquin-Tandon, parmi le 
très-petit nombre de légumineuses où la culture a fait dé- 
velopper des fleurs doubles tout en les réduisant , par une 
métamorphose radicale et complète, à une stérilité totale. 
C'est donc cette fleur double à' Ulex que j'ai soumise à une 
dissection analytique et à l'interprétation des lois de la phi- 
losophie tératologique. 

La corolle des légumineuses a été appelée papillonacée 
depuis Tournefort, si pas avant, parce qu'elle offre dans 
son ensemble l'image d'un papillon à l'état de vol. La pé- 
lorie naturelle d'une fleur de légumineuse papillonacée est 
une rosacée. Or, quand on réduit une corolle de rosacée à 
son image symbolique ou, ce qui est plus exact, à sa figure 
géométrique, réduction qui doit servir de base à l'esthéti- 
que botanique , on arrive à une étoile à cinq rayons ou à 
un polygone régulier à cinq côtés égaux. C'est même à cette 
forme imaginaire qu'il faut ramener le torus pour lui voir 
produire, par l'irradiation de ses fibres, la forme de la co- 
rolle rosacée. Si maintenant on contemple une rose dou- 
ble, on reconnaît bientôt que ce symbole géométrique n'a 
point changé dans la pétalomanie des étamines, chaque 
rang de pétales est toujours une étoile à cinq rayons , et 
chaque section du torus idéal est un polygone à cinq côtés. 
Donc , dans la formation de la fleur double, l'image esthéti- 
que de la fleur simple ne change pas; elle ne fait que s'a- 
jouter à elle-même, et la fleur double ne résulte que de la 
multiplication et de la superposition du même type sym- 
bolique indéfiniment répété en nombre, mais nullement 



dévié de sa nature. Cette loi des fleurs doubles est aussi 
simple qu'élégante. Quand on a l'habitude de bien obser- 
ver les êtres de la nature et que l'esprit voit dans les fleurs 
des démonstrations d'une « géométrie vivante » , pour nous 
servir d'une expression philosophique de Dupetit-Thouars, 
les yeux souffrent devant les tableaux des iconographes 
qui, se laissant aller à leur imagination destructive des lois 
de l'univers, ne représentent pas dans une fleur de rose 
double cette alternance symétrique et cette figure géomé- 
trique comme la nature les forme. On s'aperçoit de suite 
que le peintre ne connaît pas les conditions naturelles de 
l'être que son pinceau a cependant pour but d'imiter. Son 
œil superficiel croit que, dans cette rose double , rien n'est 
régulier : il ne saisit pas la coordination de ses parties; 
l'harmonie de cette prétendue irrégularité lui échappe, et 
si l'homme du monde voit une rose très-belle dans celte 
peinture , l'homme de l'étude et de la vérité se sent blessé 
de celte inobservance de la structure réelle des choses. Ce 
sentiment pénible naît parfois devant des tableaux d'un 
grand prix. 

Les botanistes n'auront aucune peine à concevoir que, 
dans une fleur appartenant à un type symétrique et régu- 
lier, la pétalomanie qui préside à la formation de la fleur 
double ne change pas ce type : la régularité et la symétrie 
appartenant, dans ce cas, à l'essence de l'être et étant des 
qualités plus inhérentes à sa nature intime que les dévia- 
tions tératologiques des organes. Mais dans une fleur où la 
symétrie n'existe plus que partiellement, où elle est laté- 
rale comme dans une corolle papillonacée, où la régularité 
par ce fait même est abolie, on pouvait penser que, dans la 
pétalomanie des élamines ou dans la formation des fleurs 
doubles par dédoublement des verticilles floraux, l'irrégu- 



( 10) 

larité ne se serait plus conservée, et l'asymétrie aurait fait 
place à une symétrie qu'un œil superficiel croit, en effet , 
retrouver dans ce genre de fleurs doubles. C'est ce qui ar- 
rive dans l'Ajonc à fleurs doubles ou pleines. Quand un des- 
sinateur non botaniste dessine cette plante, il ligure les 
fleurs comme si elles étaient formées sur un plan régulier, 
et ce qui contribue à augmenter cette illusion , c'est que 
ces fleurs pleines, s'ouvrant moins que les autres, on dirait, 
en effet , dans une contemplation superficielle , que ce sont 
autant de fleurs rosacées analogues, moins la couleur (qui 
est jaune) à celle d'un amandier à fleurs doubles ou même 
à celles du Kerriajaponica. Et cependant si l'on vient à exa- 
miner avec plus d'attention ces fleurs de YUlex europaeus, 
flore pleno (voy. la planche, fig. 1), on s'aperçoit sans peine 
qu'elles ont encore le type du papillon volant. En face, on 
reconnaît encore cette image, bien qu'on y découvre quel- 
que chose de plus que dans le type simple de la famille, et 
qu'on y cherche aussi quelque chose qui semble ici être en 
moins : je veux parler de l'addition, de deux ailes sup- 
plémentaires et de la soustraction d'une carène qu'on a 
peine à y retrouver. Enfin , si l'on examine la fleur par der- 
rière (voy. la planche, fig. 2), là l'image de la corolle papil- 
lonacée est encore plus réelle, l'étendard se dessine nette- 
ment, les ailes s'ouvrent au large et diagonalement : on 
dirait de la jonction d'une paire nouvelle d'ailes. 

Ainsi donc, dans les fleurs doubles des familles à fleurs 
irrégulières, le type de la figure géométrique ne s'annihile 
pas plus que dans les familles à structure régulière. Ce 
type se répète, comme nous le verrons; il s'ajoute à lui- 
même, il se multiplie, mais il ne dévie pas, et à priori, 
étant donnée une fleur simple d'une famille à fleurs irrégu- 
lières, on pourrait, d'après ces lois et celles que nous expo- 



(11 ) 

serons dans le présent travail , prédire quelles formes 
auront réellement les fleurs doubles dans ces familles. Je 
n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de ces données 
dans l'horticulture de luxe, où, en général, les fleurs dou- 
bles sont bien plus recherchées que les fleurs simples , et 
sur le parti que peuvent tirer les jardiniers instruits de la 
connaissance de ces lois. 

Pour faire ressortir l'une de ces règles dans tout l'éclat 
de sa simplicité, et, par conséquent, de son élégance, je 
dois passer a la description topographique des organes, et, 
cette analyse anatomique faite, il sera beaucoup plus facile 
de saisir la vérité des déductions que nous pouvons tirer 
de l'étude des faits. 

Si nous prenons la fleur de YUlex europaeus par le dos, 
il sera facile d'en déterminer le premier étendard (voy. la 
planche, fig. 2), soit en A (fig. 3), ce premier étendard déta- 
ché. De même, les ailes se reconnaissent facilement dans 
la fleur non analysée (fig. 2). Soient donc ces ailes en B 
(fig. 3), détachées; puis en avant (fig. 1), on détermine tout 
aussi aisément la carène, laquelle étant détachée (fig. 3, C), 
montre qu'elle est formée de deux pétales distincts, cha- 
cun pourvu d'un onglet séparé et d'une dent presque paral- 
lèle à l'onglet. 

Voilà donc à ce premier verticille de la fleur double toutes 
les parties de la corolle génuine et papillonacée placées en 
dedans d'un calice non modifié. Si l'on vient alors à exami- 
ner ce qu'on trouve en dedans de ce verticille corollin, on 
ne tarde pas à reconnaître qu'il renfermait non pas un 
androcée et un pistil, mais la répétition de lui-même, c'est- 
à-dire une seconde corolle du type des papillonacées. Seu- 
lement, on retrouve ici au premier verticille deux ailes sup- 
plémentaires (voy. fig. 3, /)) , munies chacune d'un onglet, 



conformées à peu près sur le môme plan que les ailes véri- 
tables; mais on aperçoit aussi que ces ailes supplémentaires 
sont alternes entre les premières et l'étendard. Cette alter- 
nance fait découvrir leur nature : ce sont les représentants 
des deux faisceaux latéraux d'étamines. Les Ulex appartien- 
nent à la tribu des lotées et possèdent dix étamines mona- 
delpbes où la gaine des filets est entière. Ces dix étamines 
se groupent en deux faisceaux latéraux de cinq chacun 
(passage aux Polygalées), et l'un et l'autre de ces groupes 
sont représentés dans la fleur double par un pétale ali- 
forme, unique au même titre, que nous trouverons dans les 
verticilies emboîtés dans ce premier, la carène double ne 
formant plus, par soudure de plusieurs éléments, qu'une 
carène simple. 

Plus intérieurement à ce premier verticille, on en trouve 
un second formé sur le même plan, mais légèrement mo- 
difié; la pg. 4 en représente les détails : A est l'étendard, 
dont l'onglet est plus long, B les ailes plus étroites, C la 
carène, cette fois déjà unique, n'ayant qu'un onglet, mais 
possédant encore deux dents; la lame de cette carène uni- 
que montre évidemment que deux pétales sont entrés 
dans sa composition. Les ailes supplémentaires D, que leur 
position alterne a fait reconnaître pour réaliser au fond les 
deux groupes androcéens et que désormais nous pouvons 
appeler, pour les distinguer, les ailes staminales, distinctes 
des ailes corollines, sont déjà beaucoup plus longues; elles 
offrent un caractère particulier, c'est de replier angulaire- 
ment leurs lobes latéraux , comme s'il y avait encore chez 
elles une tendance à la forme canaliculaire, forme qu'elles 
eussent revêtue si elles avaient continué de se développer 
selon les conditions normales du type générique. 

En dedans de ce second verticille, où l'image du papil- 



(15) 

Ion de la corolle papillonacée est encore visiblement elorga- 
nographiquement conservée, nous trouvons une troisième 
corolle emboîtée, chez laquelle cette image est loin de se 
dessiner si nettement. L'analogie venant au secours des 
yeux, il est aisé de retrouver, dans le pétale étroit supé- 
rieur A (fîg. 5) , un étendard démesurément long, mais por- 
tant encore en haut l'émarginure générique, les ailes en B, 
aussi étroites, en C une carène où les dents latérales ont 
disparu, où un long onglet mène à une lame qui n'offre plus 
que les deux bords relevés. Enfin , les ailes staminales D 
deviennent sinueuses, linéaires; elles se raccourcissent ou 
se déforment, et même, dans certaines fleurs, on ne 
trouve plus, pour les représenter, que de simples poils 
isolés jaunes, et quand, nous disons poils, ce n'est point 
indiquer la forme de ces organes. 

Après cette troisième corolle papillonacée, philosophi- 
quement parlant, étoilée à six rayons pour les yeux, co- 
rolle où l'analogie et l'insertion ont seules fait reconnaître 
la nature des organes, on trouve encore une quatrième 
corolle, mais cette fois, du moins dans un grand nombre 
de fleurs d'Ulex pleines, réduite à trois éléments. L'éten- 
dard existe encore (4, fig. 6), et à côté de lui, les deux 
ailes staminales D. Les ailes corollines ont disparu ainsi 
que la carène. Le pôle supérieur de la fleur des légumi- 
neuses a une persistance plus grande au développement 
que le pôle inférieur : on remarquera que, quant à ce der- 
nier, sa fonction protectrice porte directement sur l'ovaire 
que la carène recouvre, tandis que l'étendard en se rele- 
vant et se rejetant en arrière pour ouvrir la fleur , accom- 
plit plutôt des fonctions de relation, puisqu'il appelle les 
insectes à fréquenter la fleur, à butiner le nectar et sub- 
sidiairement à aider à la fécondation. Or , dans celte fleur 



(14) 

double, la dissection de tous les verticilles nous le 
prouve, l'atrophie la plus complète a frappé l'élément pis- 
tillaire, dont pas une trace n'existe. On conçoit donc com- 
ment les enveloppes protectrices normalement de cet ap- 
pareil cèdent les premières à la force de l'avortement , 
puisque leur organe principal n'est pas destiné dans ce cas 
à exister. Au contraire, l'étendard est lié à l'androcée. 
Celui-ci, il est vrai, n'existe plus comme appareil sexuel, 
mais il existe encore, métamorphosé dans les deux ailes 
staminales, à titre d'organe matériel et* présent. Il se re- 
trouve même jusque dans les derniers verticilles floraux 
emboîtés, et cette présence rend compte de celle plus per- 
manente de l'étendard. 

Toutes les fleurs de VUlex europaeus, flore pleno, que nous 
avons disséquées, ont présenté les mêmes faits avec très- 
peu de variation. Nulle part on ne voit de trace d'étaimne, 
encore moins de pistil. On croit trouver quelque vestige 
d'un style et d'un stigmate dans une pointe un peu dure 
et parfois un peu verte, visible dans quelques fleurs; mais 
l'analyse montre bientôt que ce prétendu pistil est une 
carène d'un des verticilles floraux, carène plus dure sur sa 
nervure médiane et se prolongeant un peu en pointe. Peut- 
être y verrait-on une soudure d'un pistil en avorton , mais 
nous n'avons eu aucune raison pour légitimer cette ma- 
nière de penser. 

Quant au nombre des parties qui forment cette sorte 
de fleurs doubles et pleines, il y a plusieurs réflexions à 
faire. Les Ulex normaux ont , quant aux nombres et à la 
coordination de leurs organes, pour expression de leur 
type normal et idéal , et d'après notre mode ordinaire 
d'annotation, la formule suivante : 

5 4i Ca5 -+- S 40 -*- P 1 = 21 



(15) 
formule ou Cx indique le calice, Ca la corolle, S (stamina), 
les étamines et P le pistil. Mais celte formule exprimant 
la nature des légumineuses comme des cotylédones carac- 
térisées surtout par les deux rangs de l'androcée, devient 
comme formule exprimant le type spécifique réel du genre, 
la formule suivante : 



Ca?/*J2-t-Ca(|] 4 + sfjjlO 



PI = 17. 



En effet, les cinq sépales du calice se soudent , deux en 
haut pour former la lèvre supérieure et trois en bas pour 
former la lèvre inférieure : les éléments sépaiiques 5, de- 
viennent donc 2, expression d'un calice bilabié où la pa- 
renthèse renfermant le nombre 2 placé sur 5, et un point 
d'intercalation entre ces nombres indique clairement la 
composition normale et l'organisation générique. 

De même, la corolle formée normalement de cinq pé- 
tales , ce qu'indique la parenthèse ( i ), où la position res- 
pective de ces cinq pétales est représentée , les réduit à 
quatre par la soudure des deux inférieurs en une carène 
unique. Le reste des deux formules étant le même des 
deux côtés, on voit que, par la transformation de la for- 
mule normale idéale en formule du type générique (genre 
Ulex) , le nombre total des parties est réduit de 21 à 17. 

La formule de la fleur tératologique devient évidem- 
ment, d'après ce système extrêmement utile d'annotation , 
qui permet de saisir d'un simple coup d'œil les transfor- 
mations successives de l'organisme végétal , la formule de 
la fleur tératologique devient, disons-nous, celle-ci : 

CxZ + Cal + Ca6-f-Ca6-+-Ca3H-S0 -4- PO = 24. 
Donc le calice reste indifférent à l'action de la force de 



(16) 

déviation ; la corolle se multiplie ; elle augmente ses par- 
ties au détriment de l'androcée, qui devient nulle comme 
le pistil. Voilà une première induction à tirer de cette for- 
mule. 

Secondement, à priori le nombre d'organes dans une 
fleur à' Ulex typique étant 17, Combien en aurait-on dans 
une fleur double, ce nombre n'étant que 21 dans YUlex 
normal et idéal? Évidemment, cette question horticole 
étant posée à celui qui sème des Ulex en vue d'en obtenir 
des variétés nouvelles, il ne lui viendrait pas à la pensée 
de croire à l'existence d'une fleur double et paraissant 
certes très-double aux yeux de ceux qui contemplent cette 
variété acquise de semis, par la simple addition sur 21 
parties de trois nouvelles. Trois éléments de plus ne feront 
pas une fleur pleine : voilà certes quel serait le raisonne- 
ment général, et cependant l'étude réelle de cette monstruo- 
sité prouve qu'avec l'addition de ces trois parties, la fleur 
est bien double et pleine. 

Cette légère addition devient encore plus remarquable 
lorsqu'on la compare à l'extrême multiplication de parties 
à laquelle la nature a recours dans quelques chorises. 
M. Moquin-Tandon compta le nombre de pétales dans 
une fleur demi-pleine de Lychnis chalcedonica, et le trouva 
de 150 situés entre les pétales normaux et les pistils. Dis- 
trayons de ce nombre les étamines qui s'étaient pétalifiés, 
il reste 140 corps pétaloïdes de plus que dans l'état habi- 
tuel. Cette fleur était demi-pleine. Dans notre Ulex à fleurs 
doubles, l'addition de trois parties ont suffi pour produire 
le même résultat final. 

Il résulte encore de l'examen que j'ai fait de cette fleur 
double tfUlex, que les différentes corolles emboîtées les 
unes dans les autres, ne varient pas leur type de famille, 



Bull.de l'Acad.Jloy. 



To?ne \/\, Tf.^part.paaei' 




' 



Pcta2ûdCe de /'l/c.v europacus 



( 17 ) 

qu'elles se répètent toujours sur le même plan et que 
l'image papillonacée ne fait que s'ajouter à elle-même. 
Cette fixité est certes très-remarquable. 

En outre, aucune alternance ne se démontrant, les 
étendards emboîtant successivement les étendards plus in- 
ternes, les ailes staminales ou les ailes corollines recou- 
vrant respectivement leurs congénères, les carènes s'insé- 
rant toutes les unes devant ou derrière les autres, il est 
évident que l'axe de cette fleur, double certainement par 
prolification , n'a subi aucune torsion et n'a pu, par con- 
séquent , conduire à aucune loi d'alternance , dont la réa- 
lisation se démontre cependant dans la prolification des 
fleurs de Primevères et d'autres plantes. 

Enfin, il est évident que la fleur double et pleine du 
genre Ulex dms les légumineuses, qui en présentent si peu, 
doit être attribuée à une chorise corolline compliquée de 
pétalomanie des étamines pour une faible partie, et qu'ainsi, 
sans qu'il y ait eu torsion de l'axe, l'état double et plein de 
cette sorte de fleur peut être comparé à la prolification de 
l'appareil pétaloïde. 

EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig. 1. Fleur d'Ulex europaeus double, vue par devant. 

2. La même, vue par derrière. 

3. Parties du premier verticille corollin détachées. 

A étendard. B ailes. C carène. D ailes provenant des étamines. 

4. Parties du second verticille corollin aussi détachées. 

Les mêmes lettres indiquent les mêmes organes. 

5. Parties du troisième verticille corollin détachées. 

6. Parties du quatrième verticille corollin détachées et réduites à trois. 

Les mêmes lettres indiquent toujours les mêmes organes. 



Tome xix. — II e part. 



(18 



Note sur la division des terrains en trois classes, d'après 
leur mode de formation, et sur l'emploi du mot geyserien 
pour désigner la troisième de ces classes; par M. Dumont, 
membre de l'Académie. 

Plusieurs géologistes divisent maintenant les terrains 
qui composent l'écorce du globe en deux séries indépen- 
dantes auxquelles ils ont donné les noms de terrains nep- 
tuniens et de terrains plutoniens. 

Ces deux séries se distinguent non-seulement par leur 
origine mais aussi par leur nature, leur forme, leur struc- 
ture et leur texture. 

Les terrains neptuniens, stratifiés ou exogènes ont, sui- 
vant l'expression de M. de Humboldt, été engendrés exté- 
rieurement , ou sur l'écorce du globe, presque toujours 
sous l'influence de l'eau, par des phénomènes mécaniques, 
chimiques ou physiologiques; ils sont caractérisés par leur 
stratilication , les débris de corps organisés marins, lacus- 
tres, palustres, fluviatiles ou terrestres qu'ils renferment, 
ainsi que par les roches quarzeuses, schisteuses, argileuses, 
calcareuses, dolomitiques et charbonneuses, à texture feuil- 
letée, compacte, conglomérée, meuble ou organique qui les 
composent (1). 

Les terrains plutoniens, non stratifiés ou endogènes de 
Humboldt, beaucoup moins étendus que les neptuniens, 



(1) Ces terrains ont parfois été sous-divisés en terrains neptuniens ordi- 
naires et en terrains neptuniens métamorphiques, suivant qu'ils ont plus ou 
moins bien conservé leur nature et leur texture originaire, ou que cette 
texture ou cette nature a été modifiée d'une manière notable pard es agents 
dont l'origine est à l'intérieur du globe. 



(19) 

ont été engendrés intérieurement , sous l'influence de phé- 
nomènes ignés, et se distinguent par leur forme en typhons, 
filons, amas ou coulées, par l'absence de débris organiques, 
par les roches feldspalhiques qui les composent et par la 
texture cristalline uniforme (granitoïde, porphyroïde , 
amygdaloïde) , celluleuse (bulleuse, scoriacée, ponceuse), 
rarement compacte, conglomérée ou meuble qu'ils pré- 
sentent. 

Les terrains que j'ai nommés geyseriens constituent une 
troisième série indépendante, qui se distingue également 
des terrains plutoniens et des terrains neptuniens. 

De même que les terrains plutoniens, ils ont été engen- 
drés sous la surface du globe, sont en filons et en amas, 
non stratifiés et ne renferment point de fossiles; mais en 
diffèrent essentiellement par leur mode de formation et par 
leur nature : les terrains plutoniens ont été produits par 
fusion ignée, tandis que les geyseriens ont été formés 
par des émanations gazeuses et aqueuses, analogues à celles 
des geysers et des sources minérales; les uns ont , suivant 
l'expression de M. de Beaumont , été produits à la manière 
des laves , les autres à la manière du soufre. Ils s'en distin- 
guent, en outre, par les substances métallifères et lilhoïdes 
variées, rarement feldspalhiques, qui les composent, par 
leur texture cristalline non uniforme, concrétionnée, cellu- 
leuse, compacte, conglomérée ou meuble, très-différente 
de celle qu'on remarque dans les terrains plutoniens. 

D'un autre côté, si les terrains geyseriens ont, comme 
les terrains neptuniens, souvent été formés par voie hu- 
mide et sont quelquefois composés de roches dont la na- 
ture (quarzeuse, argileuse, calcareuse) et la texture rap- 
pellent celles des roches qui constituent ces derniers; ils 
s'en distinguent le plus souvent par les matières métal- 



(20) 

lifères ou lithoïdes qu'ils renferment , par leur texture sou- 
vent cristalline et conditionnée et, dans tous les cas, par 
leur origine, leur forme non stratifiée et l'absence des 
débris de corps organisés. 

Ainsi les terrains geyseriens diffèrent des plutoniens par 
leur mode de formation et leur nature, et des neptuniens 
par leur origine et leur forme, et ces différences nous ont 
paru suffisantes pour motiver l'admission de cette troi- 
sième série dans la carte géologique (1). 

On dira peut-être que les terrains geyseriens ne sont 
que des masses accidentelles au milieu des autres terrains; 
mais si leur étendue est loin d'être aussi considérable, leur 
importance, comme objet d'exploitation, compense ce qui 
leur manque sous ce rapport. On trouvera peut-être aussi 
que la limite entre certains dépôts geyseriens et neptu- 
niens de nature argileuse, sableuse, etc., n'est pas toujours 
tranchée. Je répondrai à cet égard que les matières argi- 
leuses ou sableuses éjaculées dans les fentes de l'écorce du 
globe et qui y ont conservé leur forme et leur texture, 
appartiennent aux terrains geyseriens, mais que ces ma- 
tières rentrent dans la série neptunienne quand elles ont 
pris d'autres formes ou d'autres textures par l'action de 
forces agissant à la surface du globe. On suit la même règle 
lorsque l'on range dans les terrains neptuniens les débris de 
ponce, les scories, etc., transportés par les eaux et déposés 
par couches dans un lieu plus ou moins éloigné de celui où 
ces fragments faisaient partie des terrains plutoniens. 

Les terrains neptuniens ont été divisés, suivant l'époque 



(1 ) Il est bien entendu toutefois que les terrains geyseriens pourront ren- 
trer dans la classe des plutoniens, quand il sera généralement admis que ces 
derniers n'ont pas un mode de formation exclusif. 



(21) 

de formation, en primaires, secondaires, tertiaires et qua- 
ternaires, et sous-divisés, d'après la même règle, en groupes, 
systèmes, étages, etc. Quant aux terrains plutoniens et gey- 
seriens, je n'ai pas cru devoir les diviser chronologique- 
ment, mais suivant leur nature, parce que le caractère 
minéralogique est celui sous lequel on les envisage ordi- 
nairement; cependant je me propose de faire connaître un 
jour le résultat de mes observations sur l'âge de ces ter- 
rains, qui peut souvent être déterminé très-exactement, 
soit directement, soit indirectement. Je dirai, par exemple, 
que le chlorophyre de Quenast est plus ancien que le ter- 
rain rhénan , puisqu'il le traverse , et plus récent que le 
terrain anthraxifère, puisque les premières couches de ce 
dernier en renferment des fragments; que les minerais 
de fer du Condros appartiennent au système auchenien, 
puisque ces minerais se lient intimement aux sables et 
aux argiles à lignites d'Àndenne, en tout semblables aux 
argiles aucheniennes à lignites de Beaudour, dont j'ai fixé 
la position géologique en 1849, etc. (1). 



Supplément à la Note sur les tremblements de terre ressentis 
en 1851 (2); par Alexis Perrey , professeur à la Faculté 
des sciences à Dijon. 

L'Académie m'a fait l'honneur d'insérer, dans son Bul- 
letin de la séance du 6 mars dernier, une note sur les 
tremblements de terre en 1851. Depuis l'envoi de cette 
note, j'ai reçu de nouveaux renseignements : 



(1) Voyez Bulletins de V Académie, tome XVI, p. 502. 

(2) Voyez p. 353 du Bulletin, n° 3, tome XIX. ' 



( 22 ) 

1° De M. Dalgue-Mourgue, directeur de l'établissement 
séricicole d'Aïn-Hamadé, près Beyrouth (Syrie), et de 
M. Giov. Félice Granich, docteur de l'établissement; 

2° Du R. P. de Bartolis, des Écoles Pies, professeur de 
physique à Raguse : un extrait de son journal m'a été com- 
muniqué par leR. P. Serpieri, directeur de l'Observatoire 
d'Urbino ; 

5° De M. Flauti , secrétaire perpétuel de l'Académie 
royale des sciences de Naples , lequel m'a envoyé les rap- 
ports des sociétés scientifiques de Potenza et de Salerne , 
sur le tremblement du 14 août. 



Nouveaux détails sur les secousses de Rhodes et de Macri; 
par M. Granich. 

Le 28 février, la première secousse eut lieu à Rhodes, à 5 h. 
2 m. du soir; elle fut verticale et suivie, sans intervalle, de deux 
autres ondulatoires dans la direction de 10. à TE. Toutes trois 
furent très-violentes et causèrent de grands dégâts. 

Le même jour et à la même heure, à Macri (45 milles géogr. 
à l'E. de Rhodes), après une épouvantable détonation, secousses 
désastreuses et prolongées : la terre s'entrouvrit et laissa échap- 
per une épaisse fumée d'odeur sulfureuse; le rivage de la mer 
s'abaissa d'environ deux pieds; la montagne dite Baba-Bagh 
(anc. Mendos, au sud de Macri ), haute de 2,050 pieds anglais 
(625 m.), s'écroula dans la mer, tandis que deux collines ense- 
velissaient sous leurs ruines le village de Ghedrack-Bugasi, qui 
disparut avec tous ses habitants. 

Les hourgs de Doveri ( 8 m. g. à l'E. de Macri), Carasolfa (24 
m. g. à l'E.), Levis (12 m. g. au S.), Séné (60 m. g. au SE.), 
ont pareillement été ruinés : 15 villages ont été plus ou moins 
endommagés. Dans toutes ces localités, les secousses ont été con- 
stamment dirigées de l'O. à l'E. 



■ ( 25 ) ' 

Le i8 avril, on écrivait de Rhodes : « On n'aperçoit plus au- 
cun indice de volcan sur la montagne de Sinvoulo; mais, par 
contre, une seconde, très-rapprochée de Macri, vomit, par inter- 
valles, une épaisse fumée et des vapeurs jaunâtres. » 

Le 23 mai, deux fortes secousses ont profondément ébranlé 
l'île de Kalki, à l'O. de Rhodes; plusieurs bateaux qui se trou- 
vaient dans le port ont failli chavirer; les maisons, toutefois, 
n'ont pas éprouvé de notables dommages. — A cette époque, les 
tremblements avaient entièrement cessé à Rhodes, depuis une 
quinzaine de jours. A Macri, les secousses devenaient tous les 
jours plus rares et moins sensibles. 

Le \%juin on écrivait de Rhodes : a Nous sommes délivrés 
des tremblements pour le moment, mais ils ne veulent pas ces- 
ser à Macri, et d'après ce qu'on nous écrit de cette échelle, les 
premiers jours de juin ont été signalés par de nouvelles secous- 
ses très- violentes. Nous n'avons pas de nouvelles de Kalki. » 

Le 24 juillet, 1 h. 5 m. du soir, à Smyrne, secousse assez forte. 

Le 25, au point du jour, secousse moins forte. — On ne parle 
ici ni du 25, ni du 28, qui ont été signalés d'après le D 1 Roué. 

Le 27, à Rhodes, plusieurs secousses sans dégâts nouveaux. 
A Macri, suivant des nouvelles du 5 août, les secousses, au lieu 
de diminuer, prenaient chaque jour-un caractère plus menaçant. 
L'île de Kalki en était exempte pour le moment. 

Le 49 août, 5 h. 25 m. du soir, à Rhodes, secousses assez 
prononcées. 

Le il septembre, 7 h. 37 m. du soir, à Smyrne, légère secousse. 

M. Granich écrit, en date du 29 septembre, que de violentes 
secousses ont été ressenties récemment dans l'île de Caxos ou 

Caso, située entre Candie et Scarpanto. 

> 

Tremblements divers signalés par M. Dalgue-Mourgue. 

Le 7 février, le tremblement qui a causé des dégâts à Car- 
thagène, n'a duré que neuf secondes environ. 



• ( 24 ) 

— Le 15 mai, la secousse à San-Francisco, a eu lieu à 8 h. 
20 m. du matin; elle a été assez violente pour faire sortir tout 
le monde des maisons : elle l'a été plus encore à Lagoon, distant 
de deux milles. 

— - Les secousses des 16 et 17 mai se sont renouvelées aux 
Antilles. 

Le 27, à la Guadeloupe, secousse molle, mais longue; temps 
à l'orage. 

Le 29, vers 11 h. Z U du soir, nouvelle secousse ondulatoire 
du SO. au NO. (sic), de 12 à 15 secondes de durée. Elle a été 
précédée d'un assez fort bourdonnement souterrain et suivie de 
nouvelles commotions qui se sont succédé à des intervalles irré- 
guliers, et avec une durée et une intensité variables, jusqu'à 
3 h. du matin, le 50. 

Dans la nuit du 50 et dans l'après-midi du 51 , nouvelles se- 
cousses aux mêmes lieux que le 16. 

Les 5, 6, 7, 8 et 10 juin, aux mêmes lieux encore, nom- 
breuses secousses. Pendant ces commotions, temps très-lourd; 
le vent manquait totalement. 

— Le 1 juillet, 5 h. 20 m. du soir, à Salonique, forte et lon- 
gue secousse de l'O. à TE. Un vent violent et excessivement chaud 
soufflait dans la même direction. Il a continué le lendemain , 
mais avec moins de force. 

— Le 19 juillet, 11 h. du soir, à la Guadeloupe, reprise du 
phénomène que l'on croyait passé. Ce fut une secousse unique 
et assez légère. 

Le 20, 2 h. 12 m. du matin, long bourdonnement suivi d'une 
secousse qui ébranla le sol à diverses reprises. À 8 h. 10 m. du 
soir, nouvelle secousse plus faible. 

Le 22, 10 h. */t du soir, autre secousse. Une heure aupara- 
vant, le vent soufflait avec violence et le thermomètre marquait 
26° C. 

Le 25 , 2 h. z h (soir ou matin?), secousse violente, suivie de 
deux autres plus faibles. 



(25) 

— Relativement aux secousses désastreuses du 12 octobre, en 
Albanie, j'ajouterai qu'elles ont été ressenties à Janina et dans 
toute la contrée. La partie septentrionale du Pachalik a été le 
plus maltraitée par cette catastrophe. Les villes de Valona , El- 
bassan et plusieurs villages ont été détruits en partie, et un grand 
nombre d'habitants ont péri. Des journaux portent le nombre 
des morts à 2,000. Mais je n'ai pas de renseignements certains. 
Ici encore, je regrette de ne pouvoir rien affirmer sur les ma- 
nifestations volcaniques qu'on a signalées près de Bérat. 

Cependant ce tremblement a été évidemment considérable ; il 
s'est étendu de Janina et Delvino au S., jusqu'à Elbassan et 
probablement plus loin au N. Il s'est même fait sentir au delà 
de la chaîne centrale, méridienne delà Macédoine, jusqu'à Mo- 
nastir (Bitolia) , où de légères secousses ondulatoires se sont 
renouvelées le 17 octobre, sans s'étendre toutefois jusqu'à Sa- 
lonique. 

— Le 30 octobre, 9 h. 8 m. du matin (à la turque), à Salo- 
nique , légère secousse. 

Le 31 , 3 h. 8 m. du matin, quelques secousses plus fortes, du 
N. au S., de quelques secondes de durée; le ciel s'était assombri. 
A 5 h. 29 m. avant midi, nouvelle secousse, encore du N. au S. 

— Vers la fin de l'année, Mexico et Pueblo ont ressenti, le 
même jour et à la même heure, deux secousses sans dommages. 
(/. du Havre, 1 er ou 2 janv. 1852.) 

M. Dalgue-Mourgue assure qu'on n'a remarqué aucune secousse 
en Syrie dans le cours de 1851 et les trois premiers mois de 
1852. 

Secousses constatées à Raguse, par le P. de Bartolis. 

Le 27 février, 5 h. 20 m. du matin, simple oscillation passa- 
gère. Temps serein , vent NE. 

Le 25 avril, h. 45 m. du matin, phénomène semblable; 
temps serein , vent vSE. 



( 20 ) 

Le 31 août, 10 h. 30 m. du soir, brusque oscillation de peu 
de durée; temps couvert, vent E. 

Le 1 er septembre, 2 h. 56 m. du soir, secousse notable de 3 
secondes de durée; nuages épais, vent SE. 

Le 12 septembre, 6 h. 30 m. du malin, simple oscillation 
passagère; temps serein, ventE.V* N. 

Nouveaux renseignements sur le tremblement du 44 août 1851, 
fournis par M. Flauti. 

« Le 14 août, vers 2 h. Va du soir, choc vertical, vio- 
lent, suivi immédiatement d'un mouvement ondulatoire qui, 
dans un espace de temps d'environ 40 secondes, ruina entière- 
ment Melfî et Barile, causa de grands dommages à Atella, Rio- 
nero, Rapolla, Venosa, et fut de moins en moins désastreux 
dans les provinces limitrophes, s'affaiblissant à mesure qu'il s'é- 
tendait davantage. Dans les provinces plus éloignées, ce ne fut 
plus qu'une simple secousse légère et sans dégâts. 

» Le même jour, des architectes étaient, par hasard, occupés à 
mesurer des terrains sur les flancs du Vultur, ancien volcan 
éteint, qui paraît avoir été le centre de l'ébranlement. Ils remar- 
quèrent, avant le tremblement, que la boussole affolée déclinait 
de plusieurs degrés 

» Antérieurement encore au tremblement , le P. Guardiano, 
du couvent situé sur le Monlichio, une des collines du Vultur, 
remarqua que, pendant le commencement d'août, l'eau des pe- 
tits lacs qui se trouvent aux environs du monastère, était beau- 
coup au-dessous du niveau qu'il observait depuis deux ans; mais 

cet abaissement avait été précédé d'une grande sécheresse 

Pendant la secousse, les eaux de ces lacs furent dans une grande 
effervescence, et au bruit des édifices qui s'écroulaient, se mêlait 
un horrible fracas dans toute l'atmosphère. 

» Deux jours après, survint, dans toutes ces communes, un 
ouragan terrible qui s'étendit à plusieurs milles jusqu'à Potonza, 



(27 ) 

avec un développement considérable de courants électriques et 
une grêle abondante qui fit beaucoup de mal aux campagnes. 
Malgré ce développement d'électricité (ad onta perà di cotanto 
sfogo), les secousses ne cessèrent pas; le tremblement se renou- 
vela le même jour, à 4 h. l k. Depuis, on a ressenti des secousses 
jusqu'au 21 courant, mais avec des intervalles de repos plus ou 
moins longs et quelquefois d'une semaine entière : les habitants 
voisins du Vultur ont émigré, et affirment qu'on entendait 
encore après les tremblements un grondement sourd dans les 

entrailles de la montagne » (Extrait d'une lettre de M. Fr. 

Echaniz, président de la Real Societa Êconomica delta provincia 
de Basilicata, datée de Potenza, 25 septembre 1851.) 

« Dans la commune d'Atella et dans les communes voisines, 
les dégâts se sont bornés à deux individus blessés et à quelques 
maisons plus ou moins endommagées. — A Rionero, la perte 
matérielle est évaluée à un million de ducats; il y a eu 62 morts 
et 98 blessés. — De Barile, il ne reste que le site; le nombre 
des morts s'élève à MO et celui des blessés à 250 environ. — A 
Rapolla, la partie supérieure de la ville, où se trouvaient les 
principaux édifices, a été seule détruite : 37 morts, 50 blessés 
environ. — 11 est à remarquer que la route qui conduit de cette 
commune importante à Rionero a été crevassée de manière que 
les voitures ne peuvent plus la suivre. — Melfi n'est plus qu'un 
amas de ruines, tout à peu près a été rasé. Jusqu'à ce jour, 
on a retiré des décombres environ 600 cadavres. Comme le 
reste de la population est dispersé dans les campagnes et les 
pays voisins , on ne peut encore donner le chiffre des victimes ; 
les blessés sont nombreux. — Venosa n'a eu que 4 blessés ; les 
dommages matériels s'élèvent à cent mille ducats. — A Lavello, 
peu de maisons se sont écroulées; deux personnes ont péri. » 
( Extrait du Rapport sur les dommages causés par le tremble- 
ment du 14 août 4851 , dressé par M. Echaniz, qui a été chargé, 
comme procureur général du Roi, près la grande cour criminelle 
de la province, de veiller à la sûreté générale.) 



(28 ) 

« Au point du jour, le 14 août, l'air était serein; il devint 

ensuite chaud , mais supportable, et la température fut variable. 
A 10 h. du matin, il s'éleva un vent du NO. qui, augmentant 
par degrés d'intensité, devint impétueux vers midi, et souffla ainsi 
avec une extrême violence jusqu'à 2 heures. Alors il se calma 
subitement , et après un court intervalle de temps durant lequel 
l'air fut tranquille, c'est-à-dire à 2 h. 25 m. , commença le trem- 
blement qui s'annonça par deux secousses verticales, assez fortes 
pour le pays, jusqu'ici à l'abri des grandes commotions souter- 
raines. A ces secousses succéda immédiatement un mouvement 
ondulatoire dans la direction Nord-Ouest, suivant les uns, et 
Nord-Sud, selon les autres, et de quelques secondes seulement 
de durée; la mer, très-agitée depuis 40 h. du matin , ne se calma 
que vers 4 Va h. du soir. A 5 */a h. du soir, le tremblement se 
manifesta de nouveau par un choc vertical moins intense que 
le premier, suivi d'un mouvement ondulatoire plus prolongé. 

» Le reste du jour n'offrit rien de remarquable jusqu'à il */i 
h. du soir; on aperçut alors un météore igné (bolide), d'un dia- 
mètre apparent d'un palme et demi (40 centimètres environ). 
Ce météore se dirigeait avec rapidité du S. à l'O., en lais- 
sant une longue traînée inclinée sur l'horizon. Au milieu de sa 
course, il se divisa en trois fragments. Malgré l'éclat de la lune 

à son 17 e jour, il répandit une lumière très-sensible » (Extrait 

d'une lettre de MM. Mich. Gasti et Anselmo Macri, président 
et secrétaire de la Real Societa Economica del Principato Ci- 
teriore , en date de Salerne, le 8 octobre 1854. ) 



(29) 



CLASSE DES LETTRES. 



Séance du 5 mai 1852. 

M. le baron de Gerlache, président de l'Académie. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le chevalier Marchai , Steur, le ba- 
ron deStassart, DeSmet, De Ram, Roulez, Lesbroussart , 
Moke, Gachard , Borgnet, le baron J. de Saint-Génois, 
David, Paul Devaux, De Decker, Schayes, Snellaert, 
Carton, Haus, Bormans, Polain , De Witte, membres. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur fait connaître qu'il se pro- 
pose de demander à Sa Majesté d'ajouter une somme de six 
cents francs à la médaille académique qui sera décernée, 
en 1855, pour la question concernant l'organisation de 
l'enseignement littéraire et scientifique dans les athénées 
et collèges. 



(30) 

— L'Institut de France remercie l'Académie pour l'en- 
voi de ses publications. 

— M. le baron de Stassart fait hommage de différents 
ouvrages rares qui manquaient dans la bibliothèque de 
l'Académie. — Remercîments. 



CONCOURS DE 1852. 



La classe avait mis au concours six questions sur dif- 
férents sujets; elle a reçu des réponses à trois de ces ques- 
tions, ce sont les 3 e , 4 e et 5 e . 



TROISIÈME QUESTION. 



Quelle est , dans l'organisation de l'assistance à accorder 
aux classes souffrantes de la société, la part légitime de la 
charité privée et de la bienfaisance publique ? 



Rapport de M* De Decker. 

€ La question relative à l'organisation de l'assistance 
publique a été remise au concours de cette année. Trois 
concurrents y ont pris part, et leur travail atteste une 
élude sérieuse de celte question aussi importante en elle- 
même que par le caractère d'actualité qui la distingue. 



• ( 31 ) 

Nous allons donner, d'abord, une analyse rapide mais 
exacte des trois mémoires envoyés au concours. 

Le mémoire n° 1 est intitulé : Essai sur la charité privée 
et ta bienfaisance publique en Belgique, dans leurs rapports 
avec l'organisation actuelle et leur part légitime dans l'as- 
sistance à accorder aux classes nécessiteuses du pays. Il 
porte pour épigraphe : La charité privée doit être l'ange 
tutélaire qui veille à prévenir tous les besoins qui se mani- 
festent dans la société, etc. 

Après avoir défini le caractère propre de la charité 
privée, qui est une vertu, une faculté d'aider, libre et per- 
manente, et celui de la bienfaisance publique, qui est une 
obligation d'aider, temporaire et accidentelle, l'auteur 
part du principe que ces deux modes d'assistance « sont 
inséparables, qu'ils se complètent, et se relaient; qu'ils 
forment deux bras d'un même corps , bras qui peuvent 
bien agir séparément, lorsqu'ils n'ont à soulever qu'un 
faible fardeau, mais qui doivent s'unir lorsque ce fardeau 
est trop lourd. » 

Pour éclairer la marche à suivre, l'auteur croit devoir 
examiner quelle est l'organisation actuelle de l'adminis- 
tration des secours, tant dans les établissements publics 
qu'à domicile. 

Cet examen forme la première partie du travail. A mon 
sens, cette partie est traitée avec des développements 
beaucoup trop considérables, et, après tout, inutiles. C'est 
ainsi que l'auteur consacre près de cent pages à constater, 
dans des tableaux qui embrassent toutes les communes du 
royaume, quelle est l'étendue des frais entraînés par l'ad- 
ministration des secours publics, soit sous forme de re- 
venus de la bienfaisance, soit sous forme de subsides 
ajoutés à ces revenus. 



(52) 

Dans la deuxième partie , l'auteur passe en revue toutes 
les institutions actuellement existantes, et indique le rôle 
que la bienfaisance publique et la charité privée ont à 
remplir pour régulariser et développer ces diverses créa- 
tions dans l'intérêt des classes nécessiteuses. Une telle 
indication, Fauteur l'avoue, est difficile à faire. Celle qu'il 
a faite me paraît défectueuse sur un double rapport. Il 
part du principe que les particuliers ne peuvent que con- 
courir par leurs libéralités aux différents services orga- 
nisés officiellement; d'un autre côté, là où il admet le 
concours de la charité privée, il ne dit rien des condi- 
tions auxquelles il l'admet. L'auteur est plus heureux, 
quand il rattache l'organisation de la bienfaisance à celle 
de la commune qu'il considère, à bon droit, comme la 
grande artère de la bienfaisance publique. 

Il se résume en donnant le programme de ce qu'il y 
a à faire dans la sphère de la charité privée , dans la 
sphère de l'État, dans la sphère des provinces et des 
communes. Ce résumé ne contient aucune donnée nou- 
velle. 

Le mémoire n° 2 a pour épigraphe ces mots de M. 
Thiers : Il doit y avoir une bienfaisance publique comme 
il y a une bienfaisance privée, car ce n'est pas trop des 
deux pour soulager la misère , tant particulière que gé- 
nérale , existant inévitablement dans toute société même 
riche et civilisée. 

La bienfaisance publique, selon l'auteur de ce mémoire, 
comprend toutes les institutions créées par voie d'autorité, 
en vertu des lois. La charité privée est ou individuelle ou 
collective. 

La charité individuelle doit être complètement libre. 



(55) 

La charité privée, collective, bien que différenciée 
d'avec la charité individuelle, doit aussi avoir sa liberté. 
Pas d'entraves préventives! — Quelle responsabilité grave 
pour le pouvoir qui créerait ces entraves! — Il peut y avoir 
des associations dangereuses pour l'ordre social; mais, 
par craintede ces exceptions, il ne faut pas reculer devant 
l'application d'un principe essentiel au développement des 
institutions de bienfaisance. — La charité privée, par voie 
collective, doit cependant agir au grand jour; elle doit 
soumettre sa gestion au contrôle de l'administration locale, 
plus apte pour l'apprécier; elle doit, dans cette publicité 
même de ses opérations, trouver une direction, afin que les 
secours soient accordés judicieusement et avec fruit. — 
C'est au pouvoir à obtenir cette confiance de la part de la 
charité privée. — Avant tout, il faut assurer le principe 
de l'indépendance, dont les associations charitables doi- 
vent jouir comme la charité individuelle, indépendance 
que la loi doit respecter et môme défendre au besoin. 

Après cet exposé de quelques vues générales, exposé qui 
malheureusement est insuffisant, l'auteur, abordant le 
domaine des faits, examine le mode d'assistance le plus 
convenable a établir. 

Il ne s'agit pas seulement, dit-il avec raison, de sou- 
lager la misère, mais aussi d'éteindre le paupérisme. Le 
mode d'assistance le plus usité aujourd'hui , c'est le secours 
à domicile, défectueux, parce que le côté moral de la 
charité y est perdu de vue, parce qu'il se borne à soulager 
les souffrances, sans chercher à les prévenir» 

Les observations présentées à ce sujet sont fort justes. 

L'auteur essaie ensuite de démontrer comment le Gou- 
vernement a l'obligation, dans l'état actuel de la société, 
de faire sentir sa protection au pauvre par un patronage 
Tome xix. — II e part. 3 



(34) 

résultant des lois et des institutions. Ce patronage est 
d'autant plus nécessaire que nous vivons sous un régime 
de liberté. Autrefois l'ouvrier trouvait dans les métiers et 
les gildes ce patronage qu'il faut remplacer par celui de 
l'État. 

Ce patronage doit avoir à la fois un caractère de pré- 
voyance et d'assistance, 

La prévoyance consiste tantôt en simple surveillance, 
tantôt en action directe de l'Etat. 

Bien que l'auteur convienne que la centralisation, déjà 
dangereuse en toute autre matière, peut devenir effrayante 
en matière de charité, amener des catastrophes et con- 
duire au communisme légal , il n'en persiste pas moins à 
présenter comme une nécessité la création d'un conseil 
d'État de la bienfaisance, chargé de coordonner, à l'aide 
de commissions provinciales et communales, toute l'ad- 
ministration charitable; de présider à la distribution des 
fonds du budget; d'éclairer le Gouvernement sur les lois 
à faire et les réformes à opérer dans l'intérêt de la bien- 
faisance publique. 

Déjà, au concours de l'année dernière, j'ai combattu 
l'idée d'une pareille création. L'auteur, réfutant ces ob- 
jections, allègue des raisons qui peuvent n'être point sans 
quelque fondement, mais qui me paraissent d'une impor- 
tance tout à fait secondaire en présente des dangers que 
j'ai indiqués comme devant résulter inévitablement de ce 
vaste système de centralisation. Que la bienfaisance pu- 
blique conserve avant tout, c'est le vœu de nos lois or- 
ganiques comme c'est l'intérêt des pauvres, son caractère 
communal. — On veut créer un contrôle efficace? Le seul 
efficace sera celui de la commune, si, bien entendu, l'ad- 
ministration communale est pénétrée de l'importance des 



(35) 

devoirs qu'elle a à remplir. — On veut simplifier les 
rouages existant actuellement? Mais, à cet effet, au lieu 
de remplacer la bureaucratie du département minislériel 
par la nouvelle bureaucratie d'un conseil d'État, qu'on 
décentralise plutôt et qu'on évite les lenteurs et les frais 
de la marche administrative actuelle, en étendant les pou- 
voirs de la province ou de la commune, toujours contenus, 
du reste, dans l'unité nécessaire, par l'action des lois et 
des règlements généraux. Après cela, faut-il conserver deux 
administrations distinctes pour les bureaux de bienfaisance 
et pour les hospices; faut-il conserver en biens-fonds les 
propriétés de ces établissements ou les convertir en rentes? 
Ces graves questions sont complètement indépendantes de 
la création d'un conseil d'État de la bienfaisance. 

Arrivant ensuite à l'assistance proprement dite, l'au- 
teur est, à juste titre, frappé de l'importance des mesures 
à adopter à l'égard de l'enfance indigente. Les enfants sont 
souvent la principale cause de la misère actuelle des fa- 
milles; ce sont eux aussi qui la perpétuent de génération 
en génération. On ne saurait donc accorder un patronage 
assez actif à l'enfance; j'avoue cependant, pour le dire en 
passant, que je ne comprends pas l'insistance mise par 
l'auteur à demander que, dans une famille indigente, les 
secours soient donnés non au père de famille, mais direc- 
tement à la famille. Je ne vois pas qu'il y ait quelque dé- 
gradation pour le père à recevoir des secours pour une 
famille à l'entretien de laquelle il ne parvient pas à suilire 
par un travail honnête et persévérant. Son honneur ne 
serait pas mieux sauvegardé, et, en revanche, l'unité de la 
famille serait compromise, si l'État, enlevant pour ainsi 
dire, les enfants à leur famille, se chargeait de les élever 
et de leur donner forcément une éducation obligatoire. 



(56) 

Non, respectons la nalurc; laissons-lui ses droits, mais 
aussi ses devoirs. Que, du reste, la bienfaisance publique, 
comme la charité privée, s'allache, avec un dévouement 
tout spécial, à créer des institutions en faveur de l'enfance, 
jusqu'à ce que, par son propre travail , elle puisse se passer 
de cette espèce de tutelle sociale; c'est le désir de tout 
cœur honnête, c'est le vœu de tout ami de son pays. 

Pour ce qui concerne l'assistance à accorder aux infir- 
mes ainsi qu'aux vieillards, la nécessité en est reconnue 
sous tous les régimes par lesquels nous avons passé; et ici 
encore, ce n'est pas trop des ressources combinées de la 
charité privée et de la bienfaisance publique. 

Revenant ensuite, sous forme de conclusion, sur quel- 
ques données générales à admettre en matière d'assistance, 
Fauteur dit que le législateur doit faire entrer la charité 
dans cette ère de liberté qui seule peut stimuler sa toute 
puissante action; qu'il ne doit pas se montrer trop jaloux 
de l'intervention du Gouvernement en matière de charité; 
mais qu'il doit surtout se garder de prétendre à la direc- 
tion absolue, à une sorte de monopole dans l'administra- 
tion des fondations charitables. Il fait des vœux en faveur 
d'une nouvelle législation sur ces deux bases : autorisation 
du Gouvernement pour accepter les legs et donations, 
faculté de contrôler la gestion des administrations spé- 
ciales. Aller plus loin, ajoute-t-il, ce serait tarir la source 
de la charité, lui porter un coup mortel. Or, la charité 
privée doit être considérée comme le fondement de tout 
système d'assistance publique , comme la bienfaisance 
publique en est le développement. 

Le mémoire n° 5 a pour devise ce vers de Virgile : 

Félix qui potuit rerum cognoscere causas. 

L'auteur trouve l'action de la charité privée et celle de 



(37) 

la bienfaisance publique, telle qu'elle est organisée de nos 
jours, également inintelligentes et insuffisantes. Il semble 
surtout préoccupé de la nécessité de prévenir la misère, 
si l'on veut arriver au résultat, but commun de tous les 
efforts. 

Dans les trois premiers chapitres , il examine ce que la 
bienfaisance publique peut et doit faire sous ce rapport. 
Ces devoirs du Gouvernement, il les classe, d'une façon 
assez originale, par ordre de départements ministériels. 
Le ministère de l'intérieur, comprenant l'instruction pu- 
blique, l'agriculture et l'industrie, peut beaucoup faire 
pour combattre préventivement le paupérisme. Le minis- 
tère des affaires étrangères ayant la direction du commerce 
et de tous les intérêts qui s'y rattachent, peut concourir 
aussi à atteindre le même but. Le ministère de la justice, 
par l'administration de la bienfaisance, des écoles de ré- 
forme et des prisons, peut aussi exercer une favorable in- 
fluence. L'auteur recommande de vendre les biens-fonds 
des administrations de bienfaisance, d'empêcher les abus 
dans la distribution des secours, de forcer chaque bureau 
de bienfaisance à créer des industries nouvelles, à orga- 
niser des fabriques pour l'exportation, des fermes pour le 
travail agricole, à instituer dans chaque province des éta- 
blissements en faveur des orphelins des deux sexes. 

L'auteur consacre son chapitre IV à examiner la part de 
la charité privée. Son système, c'est qu'il faut venir en aide 
à l'enfance et à la vieillesse, et .qu'il faut abandonner à 
lui-même l'âge adulte, qui est censé pouvoir se suffire. 

Par cette analyse, succincte mais fidèle, des trois mé- 
moires envoyés au concours, on peut se convaincre du 
soin mis par leurs auteurs à étudier les questions soule- 
vées à l'occasion de ce concours. Ces études, malheureu- 



(38) 

sèment, présentent encore, cette année, l'importante la- 
cune que j'avais déjà signalée dans mon rapport de l'année 
dernière. 

11 semble qu'on n'ait pas bien compris la question, telle 
qu'elle est posée par l'Académie. L'Académie demande 
quelle est la part, non pas légale, mais légitime de la bien- 
faisance publique et de la charité privée en matière d'as- 
sistance. 

Or, les concurrents se contentent d'examiner quelle est 
et quelle peut être, de fait, la part de la bienfaisance pu- 
blique et celle de la charité privée dans l'organisation de 
l'assistance publique telle quelle est actuellement en vigueur; 
ils ne recherchent pas assez quelle devrait être cette part, 
légitimement , et au point de vue de l'intérêt social. On fait 
de la statistique administrative; on perd de vue les ques- 
tions philosophiques et économiques qui se rattachent au 
problème important dont l'Académie a proposé la solution. 
Cependant, ce devait être là la partie principale des tra- 
vaux à envoyer au concours. Les faits ne sont que des idées 
réalisées; les systèmes de législation et d'administration 
sont d'ordinaire les conclusions pratiques tirées des pré- 
misses posées préalablement par la science. Les savants, on 
l'a dit plus d'une fois, précèdent, en éclaireurs, la marche 
de l'humanité dans la route du progrès. C'est aussi le but 
que se propose l'Académie en provoquant la solution des 
questions du genre de celle qui fait l'objet du concours ac- 
tuel. Or, ce but est manqué en grande partie, par l'allure 
petite, étriquée, donnée à la discussion du problème de 
l'assistance publique, dans les mémoires que nous avons 
eu à examiner. 

Pour moi, j'avais conçu autrement grand, autrement 
influent, le rôle da l'Académie dans ses rapports avec ces 



(39 ) 
questions sociales qui préoccupent à bon droit les gouver- 
nements et les peuples. La question de l'assistance publi- 
que est, entre toutes les autres, remarquable par l'impor- 
tance des intérêts qui y sont engagés. 

Je regretterais, et pour l'honneur de l'Académie, et 
pour le bien du pays, qu'une question, si grave et si belle, 
n'inspirât pas, en Belgique, des travaux dignes d'être com- 
parés aux travaux de même nature publiés, sous les aus- 
pices d'autres corps savants , chez des nations voisines. 

Je demande même la permission de placer ici , en pas- 
sant , une réflexion générale qui peut avoir son utilité. 

Je ne sais si je me trompe; mais j'ai cru remarquer que 
les auteurs prenant part aux divers concours pour l'exa- 
men desquels j'ai eu l'honneur d'être nommé commissaire, 
ont une tendance à se renfermer, trop exclusivement, 
dans l'observation des faits, sans remonter, soit à l'aide 
du raisonnement, soit à l'aide de la philosophie de l'his- 
toire, à l'investigation des principes qui dirigent la ma- 
tière qu'ils ont à traiter. On constate volontiers , mais on 
réfléchit moins. La statistique a usurpé le domaine de la 
philosophie , comme autrefois l'érudition , cette statistique 
du passé, absorbait pour ainsi dire toutes nos facultés in- 
tellectuelles. Car, ce défaut d'initiative a été remarqué, 
depuis des siècles, par ceux qui ont analysé l'esprit des 
Belges et qui en ont suivi les développements. 

Bien que l'Académie ne puisse pas avoir la prétention 
de diriger le génie national , encore est-elle obligée , par 
sa haute position et par les devoirs que cette position lui 
impose, de donner aux jeunes écrivains des avertissements 
salutaires, dans le but de neutraliser, dans une certaine 
mesure, l'effet de tendances reconnues trop exclusives, 
de l'intelligence des Belges. 



(40) 

Voici donc mes conclusions : 

Des trois mémoires envoyés au concours, celui qui porte 
le n° 2 est incontestablement supérieur aux autres. Néan- 
moins, comme la discussion des principes philosophiques 
et économiques se rattachant a la question de l'assistance, 
y est encore négligée cette fois, bien que cette omission 
ait déjà été positivement signalée l'année dernière, je ne 
saurais consentir, pour ma part, à accorder la palme aca- 
démique à l'auteur de ce mémoire. 

Est-ce à dire que je me dissimule le mérite relatif de ce 
travail? Nullement. L'auteur, au point de vue restreint où 
il s'est placé, a parfaitement étudié son sujet. Les questions 
y sont abordées avec bonne foi et traitées avec netteté. 
Quant à la forme , la méthode fait parfois défaut dans la 
conception du plan, de même que la concision dans le dé- 
veloppement des détails; mais l'ensemble est fort satisfai- 
sant sous le rapport du style , qui réunit les qualités que 
le sujet exige. 

Je propose d'accorder à l'auteur du mémoire n° 2 la 
médaille d'argent ou de vermeil, » 



Rapport de M. Pau? Derattx. 

« Des trois mémoires envoyés au concours sur la ques- 
tion relative à l'assistance publique, il en est deux dont 
l'examen ne peut donner lieu à aucune incertitude. Ce 
sont les n os 1 et 5. A peine la véritable question du con- 
cours a-t-elle été effleurée dans l'un et dans l'autre. 

Le mémoire n° 1 est un travail statistique sur les di- 
verses institutions de bienfaisance qui existent aujourd'hui 



(41 ) 

en Belgique. Ce serait une introduction d'un certain in- 
térêt si la discussion de la question principale la suivait. 
Mais au moment d'aborder le sujet du concours, l'auteur 
avoue que le temps lui a manqué et ne trouve à y con- 
sacrer que quelques pages, je pourrais dire que quelques 
lignes. Voici le rôle qu'il assigne à la hâte au Gouverne- 
ment, aux provinces et aux communes dans la bienfai- 
sance publique. 

Par le Gouvernement : 

1° Révision totale de la législation charitable et, par 
suite, érection et extension des établissements utiles. 

2° Aide aux communes, dans tous les cas où leurs res- 
sources ne suffiraient pas à l'entretien de leurs indigents 
par les bureaux de bienfaisance et dans les dépôts de 
mendicité. 

5° Création d'une commission centrale et de commis- 
sions provinciales et locales, chargées de proposer les 
mesures propres à amener des améliorations sérieuses 
dans l'existence des classes souffrantes, et à surveiller 
l'application des secours publics. 

4° Droit d'imposer les communes d'office pour la créa- 
tion des établissements indispensables à l'entretien des 
indigents, des infirmes, malades, etc. 

5° Résolution de n'accorder aucun subside aux com- 
munes qui négligent leurs devoirs envers les indigents. 

6° Organisation d'un service médical et hygiénique. 

7° Développement de l'instruction primaire et profes- 
sionnelle. 

8° Travaux publics pour occuper le plus grand nombre 
de bras. 

9° Introduction d'industries nouvelles pour remplacer 
celles qui sont en danger. Protection éclairée aux indus- 



(42) 

tries; primes, traités de commerce, réduction des droits 
sur les matières premières. 

10° Extension des écoles d'agriculture de divers degrés. 

11° Colonies libres agricoles pour les indigents. 

12° Encouragements aux émigrations qui offrent quel- 
ques chances de succès. 

15° Maisons pénitentiaires. 

14° Révision de la législation des monts-de-piété. 

15° Révision des octrois et réduction des droits sur les 
objets de première nécessité. 

16° Prohibition des loteries et autres jeux de hasard. 

17° Secours aux établissements privés, par exemp- 
tions de contributions, subsides, prestations de locaux, 
terres, etc. 

Telle serait la tâche du Gouvernement. Voici celle que 
Fauteur réserve aux provinces et aux communes. 

i° Entretien des indigents dans les dépôts de mendi- 
cité et les hospices, des aliénés, sourds et muets, aveu- 
gles, incurables. Instituts ophthalmiques, entretien des 
enfants trouvés, écoles de réforme avec le secours de la 
charité privée. 

2° Surveillance et contrôle des bureaux de bienfaisance, 
choix sévère de leurs membres.- Création d'un fond spécial 
affecté à l'amélioration physique et morale des indigents, 
et destiné à parer à toute éventualité fâcheuse. Efforts pour 
maintenir les indigents dans les localités. Création de 
travaux d'utilité publique pour les ouvriers inactifs. Exci- 
tation aux associations de prévoyance. Efforts incessants 
auprès des personnes bienfaisantes pour les amener a 
prendre part aux frais et améliorations des établissements 
charitables. Intervention dans l'assainissement des quar- 
tiers et habitations pauvres, et allocations d'un minimum 



(43) 

d'intérêt à cet effet. Institution d'agences pour la vente 
des denrées à prix réduit. Réduction successive des octrois 
sur les objets de première nécessité. 

5° Subvention aux bureaux de bienfaisance, partout 
où leurs ressources sont insuffisantes pour* les secours à 
domicile. 

4° Frais du service médical des pauvres et nomination 
des médecins. 

5° Interdiction des habitations insalubres et surveil- 
lance exercée à cet effet sur les pauvres secourus. 

G Conversion des biens-fonds en rentes sur l'État. 

7° Surveillance à l'effet d'empêcher les sophistications 
nuisibles. 

8° Efforts et encouragements tendant à multiplier les 
défrichements, les irrigations, par association ou de toute 
autre manière. 

L'auteur, on le voit, n'est pas exclusif. On ne lui repro- 
chera pas d'emprisonner la bienfaisance publique dans des 
limites trop étroites ou trop précises. Malheureusement 
ses vues ne sont qu'indiquées; il les énonce à peu près 
aussi sommairement que je viens de le faire; nul raison- 
nement, nulle discussion ne les accompagne. Cette partie 
du mémoire se trouvant ainsi dépourvue de tout carac- 
tère scientifique, je crois pouvoir me dispenser de l'ana- 
lyser avec plus d'étendue. 

Le mémoire n° 5 n'a pas une portée plus haute. Il se 
compose de 50 à 60 petites pages, dont le style n'est 
point irréprochable. L'auteur y exprime rapidement des 
idées peu raisonnées, parfois paradoxales, pour ne pas 
dire plus. S'il parle peu de la bienfaisance publique, il 
s'occupe de beaucoup de choses étrangères à son sujet. Cet 
écrit n'a droit, ni par la forme ni par le fond, d'occuper 
sérieusement l'Académie. 



( 44 ) 

Reste le mémoire n° 2 auquel je m'arrêterai plus long- 
temps. Une partie de ce mémoire avait déjà été envoyée 
au concours de Tannée dernière; l'auteur a étendu et mo- 
difié son travail ; tel qu'il se trouve aujourd'hui, il mérite 
de fixer notre attention; j'essaierai d'en faire connaître 
les idées principales. 

L'auteur ne détermine pas a priori, et par une dis- 
cussion de principes, quelle est la limite que la bienfai- 
sance publique doit atteindre ou qu'elle ne peut fran- 
chir. C'est en esquissant tout un système d'institutions 
charitables qu'il nous signale, dans chaque détail de son 
plan, la ligne de démarcation qui sépare le domaine de la 
charité publique de celui de la charité privée. Dans le 
courant de son mémoire, il énonce un principe important, 
qui eût mieux été placé au début; à savoir que la charité, 
si elle constitue un devoir pour la société, ne crée pas 
un droit pour l'individu. Devant ce principe tombent, 
comme dit rauleur, beaucoup d'exagérations et d'utopies. 
La société y puise le droit d'attendre en bien des cas la 
charité privée, de n'agir qu'à son défaut, de choisir les 
moyens et de n'adopter que ceux dont l'effet ne peut être 
nuisible. Un autre principe, que l'auteur ne formule pas 
d'une manière bien nette , domine évidemment l'ensemble 
des mesures qu'il propose, c'est que la charité publique 
doit craindre d'affaiblir le ressort de l'activité individuelle. 
Le stimulant du travail ne doit point être paralysé. Que 
les institutions sociales viennent en aide au pauvre contre 
ces causes de misère dont il ne peut trouver le remède 
dans ses propres forces, mais qu'elles n'essaient pas de 
lui enlever le fardeau qu'il peut et doit porter lui-même. 
L'oisiveté étend la plaie de l'indigence et ne la guérit pas. 
Faire de la bienfaisance publique le complément de la 



(45) 

charité privée, venant en aide a celle-ci là où elle manque 
de force ou d'aptitude; empêcher que la bienfaisance pu- 
blique n'enlève à l'individu sa dignité morale ou ce soin 
vigilant de ses moyens d'existence, qui depuis l'origine de 
la société a servi de mobile à l'activité de l'immense majo- 
rité des hommes, tels sont les principes qui nous parais- 
sent avoir dirigé l'auteur dans l'organisation qu'il propose, 
et dans laquelle il a eu le bon esprit de viser moins à 
introduire des institutions nouvelles qu'à compléter ou à 
améliorer celles qui existent. 

Avant d'intervenir dans les institutions charitables pro- 
prement dites, l'auteur veut que l'État avise à ces mesures 
préventives qui empêchent le développement de beaucoup 
de causes d'immoralité et de misère : tels sont les lois 
sur le travail des enfants; les règlements relatifs à la salu- 
brité des ateliers, à la séparation des sexes, a la tenue 
des livrets; telles sont encore l'extension de l'institution 
des prud'hommes; l'amélioration et l'extension de l'in- 
struction ; les mesures d'assainissement; l'intervention des 
prud'hommes pour surveiller l'exécution des règlements 
faits dans l'intérêt de la classe ouvrière. 

Viennent ensuite les institutions charitables. 11 n'en 
faut mettre la fondation ou l'entretien à charge de l'au- 
torité publique que lorsque, par leur nature, ces établisse- 
ments ne peuvent être laissés à l'initiative des particuliers. 

Au premier rang de ces institutions, l'auteur place les 
sociétés de secours mutuels , ayant pour but de parer à 
des malheurs accidentels et temporaires que la volonté 
de l'ouvrier ne peut faire cesser, tels que les maladies et 
incapacité momentanée de travail. Pour ces institutions, 
l'État surveillera l'exécution des lois et des règlements; il 
accordera la personnification civile après l'accomplisse- 



(46) 

ment de certaines conditions déterminées; les fonds de 
ces sociétés seront confiés à la caisse d'épargne. 

L'auteur accorde naturellement une grande importance 
aux caisses d'épargne; il pense que l'administration pu- 
blique offre seule une garantie convenable au déposant. 
Si la commune ne suffît pas à cette mission, la province 
et l'État doivent intervenir, surtout pour la surveillance 
et pour le placement des fonds. La difficile question du 
choix de ce placement n'est pas traitée dans le mémoire. 

Entre le mérile des caisses d'épargne et celui des 
caisses de retraite, il y a, selon l'auteur, une assez grande 
dislance. L'inconvénient des caisses de retraite , c'est que 
les avantages qu'elles promettent sont aléatoires. La mort 
emporte les économies; elles sont perdues pour la famille. 
Cette institution a ainsi une tendance à exciter l'égoïsme. 
L'ouvrier ne devrait y avoir accès qu'après avoir déjà dé- 
posé une certaine somme à la caisse d'épargne. L'auteur 
reproche à la législation belge d'avoir établi des caisses 
de retraite avant que les caisses d'épargne aient été légis- 
lativement organisées. 

Les monts-de-piété ne seront point exclus ; mais en pro- 
pageant l'esprit de prévoyance par d'autres institutions, 
il faut s'efforcer de rendre le recours aux monts-de-piété 
de plus en plus rare. Il ne faut point qu'on y perçoive un 
intérêt trop élevé. On doit tâcher cependant d'arriver à 
couvrir les frais de ces établissements par le produit de 
leurs opérations. Les hospices ont à faire un emploi plus 
utile de leurs capitaux. Mieux vaudrait percevoir un intérêt 
plus élevé que de rendre ces établissements onéreux, et de 
nuire ainsi à des institutions plus utiles. 

L'auteur voudrait voir s'élever dans toutes les localités 
des hospices de vieillards et d'infirmes, mais sans que 



(47) 
l'existence de ces institutions pût détourner personne des 
habitudes d'économie et de prévoyance. On y admettrait 
de droit les ouvriers vieux ou infirmes que leurs économies 
mettraient à même de payer une somme déterminée; les 
autres n'y seraient reçus que par exception, et n'y joui- 
raient pas d'un régime aussi favorable. 

L'auteur a cru devoir s'occuper avec quelque étendue 
d'une question souvent agitée depuis quelque temps; 
celle des legs charitables avec institution d'administrateurs 
spéciaux; il termine cette digression en émettant l'avis 
que les administrateurs spéciaux pourraient être soumis à 
la surveillance des commissions de prévoyance et d'assis- 
tance, dont il propose ailleurs la création. 

Aux institutions que j'ai citées, on peut en ajouter d'au- 
tres, tels que des hôpitaux, des établissements fondés en 
vue des maladies spéciales, elc, reposant sur des principes 
aualogues. Mais ce qui caractérise principalement le sys- 
tème de l'auteur , c'est l'ensemble des institutions qu'il 
propose en faveur de l'enfance pauvre. 

Par les mesures dont il s'est agi jusqu'à présent, on 
cherche à mettre l'ouvrier à l'abri de toutes les causes de 
misère qu'il est incapable de détruire par lui-même, qui 
sont indépendantes de son activité et de sa moralité; 
tels sont les maladies, les blessures, les infirmités, le 
chômage accidentel, la vieillesse; mais il reste encore 
une des causes les plus fréquentes d'indigence, contre 
laquelle, une fois qu'elle existe, les elforts de l'ouvrier 
sont souvent tout aussi impuissants; ce sont les charges 
que lui impose le soutien d'une famille nombreuse. Si 
l'on parvenait encore à écarter cette difficulté de sa car- 
rière, on pourrait dire en quelque sorte que le sort 
de l'homme du peuple serait désormais dans ses pro- 



( «) 
près mains; car il ne resterait plus que l'ouvrier valide, 
dans l'âge du travail , uni à une compagne qui se trouve- 
rait dans les mêmes conditions; son bien-être matériel 
dépendrait de sa conduite et de son habileté. Ce serait à 
l'éducation et à l'instruction à faire le reste, en le préser- 
vant des vices et de l'ignorance. Si les institutions de la 
charité publique pouvaient mettre l'ouvrier dans des con- 
ditions aussi favorables, elle n'aurait point pour cela dé- 
truit le mobile de son activité; il lui resterait toujours pour 
aiguillon ses propres besoins, ceux de sa compagne et le 
désir d'améliorer la position de la famille tout entière. 

Mais peut-on espérer que la société parvienne jamais à 
atteindre ce résultat? Le ferait-elle sans s'exposer à des 
inconvénients plus graves encore que ceux auxquels elle 
aurait voulu porter remède? L'auteur du mémoire pense 
qu'elle le peut, et voici, à cet effet, le système de mesures 
qu'il propose : 

Il veut que la charité veille sur l'enfant du pauvre dès 
sa naissance. C'est, il est vrai, à la bienfaisance privée qu'il 
abandonne les sociétés de charité maternelle, croyant 
qu'elle suffira à leur entretien et à leur propagation. Il 
n'admet l'intervention de l'autorité publique que pour 
exiger la publicité de leurs comptes et pour des subven- 
tions tout à fait exceptionnelles, dans le cas de défaut com- 
plet de ressources. Aussitôt après ces sociétés, consacrées 
aux femmes en couche, viennent celles qui, dans les 
crèches, donnent leurs soins aux plus jeunes enfants. 

Les crèches n'admettront que les enfants dont les mères 
travaillent nécessairement hors de chez elles; les enfants 
y resteront chaque jour, tant que durera le travail de la 
mère. Ce n'est pas dans les villes seulement que ces établis- 
sements doivent être fondés, l'auteur en voudrait, à la 



(49) 

campagne, un par commune. On y admettrait gratuite- 
ment les enfants des pauvres secourus par le bureau de 
bienfaisance. Les enfants des ouvriers moins nécessiteux y 
formeraient une seconde classe, et leurs parents payeraient 
une rétribution couvrant au moins une partie des frais. 
On a calculé à Paris que chaque enfant coûte dans ces éta- 
blissements 17 centimes par jour. Les mères de famille, 
travaillant au dehors, trouveraient une grande économie 
à payer cette rétribution en tout ou en partie. 

Dans la pensée de l'auteur, la charité privée se char- 
gerait encore ici de la principale tâche. Les hospices inter- 
viendraient en cas d'insuffisance; les bureaux de bienfai- 
sance à défaut des hospices, et les communes après les 
bureaux de bienfaisance. 

L'enfant, commençant à se développer et n'ayant plus 
besoin du même genre de soins, passerait de la crèche à 
l'école gardienne ou salle d'asile, qui tient le milieu entre 
la crèche et l'école primaire. Ici l'enfant resterait à l'école 
chaque jour aussi longtemps que dure le travail de la 
mère. Les enfants pauvres y recevraient la nourriture; 
chaque commune aurait son école gardienne comme sa 
crèche; dans les petites localités, le même bâtiment pour- 
rait les contenir toutes deux à la fois. 

D'après le rapport fait par le maire d'une commune fran- 
çaise, cité par l'auteur du mémoire, l'entretien de cent 
enfants y coûte par an 2,000 francs, y compris les vête- 
ments et le blanchissage, ou, si l'on ne tient pas compte 
de ces deux objets de dépense, 48 francs par an pour 
chaque enfant. 

Pour les enfants pauvres, la nourriture serait gratuite ; 
celle des autres enfants serait payée par les parents; mais 
tous auraient la même. 

Tome xix. — II e part. 4 



( «0 ) 

Les frais des écoles gardiennes seraient supportés par 
la charité privée d'abord , puis par les bureaux de bienfai- 
sance qui, comme nous le verrons plus bas, trouveraient 
des ressources considérables dans la suppression de leur 
principale charge actuelle. A défaut des bureaux de bien- 
faisance, les communes interviendraient; au besoin, les 
provinces et l'État. 

A l'école gardienne succède l'école primaire, mais avec 
une organisation différente de celle d'aujourd'hui : car l'a- 
telier d'apprentissage y serait annexé. L'enfant y resterait 
jusqu'au complet achèvement de son éducation profes- 
sionnelle; il n'y serait pas simplement externe, comme 
aujourd'hui, mais demi-pensionnaire: il y resterait chaque 
jour pendant toute la durée de la journée de travail de 
ses parents, et y recevrait l'alimentation. Ceux dont les 
parents sont secourus par le bureau de bienfaisance l'ob- 
tiendrait gratuitement; les autres moyennant une rétri- 
bution. 

Il est constaté, dit l'auteur, que la nourriture pour trois 
repas, dans les établissements publics, coûte 25 à 50 cen- 
times par homme; l'enfant, par conséquent, coûtera beau- 
coup moins. 

Pour couvrir les frais de ce système d'institution, l'au- 
teur compte d'abord sur la charité privée, qui fondera, 
soutiendra ou assistera des établissements aussi utiles. La 
bienfaisance publique ne viendra qu'à sa suite , et ne nour- 
rira que les enfants pauvres dont la charité privée ne se 
chargerait pas. 

Les bureaux de bienfaisance consacreront à cet objet 
les ressources nouvelles auxquelles nous faisions tout à 
l'heure allusion, c'est-à-dire celles que laissera dispo- 
nible la suppression à peu près complète des secours 



(M ) 

à domicile, aujourd'hui leur plus considérable dépense» 
On commencerait par supprimer les secours pour famille 
nombreuse, et l'on finirait par ne plus admettre de se- 
cours à domicile que dans des cas rares et tout à fait excep- 
tionnels. 

L'auteur montre combien, à tous égards, il est préfé- 
rable que ces secours, au lieu de passer par les mains du 
chef de famille, soient appliqués directement aux enfants; 
combien ce mode de secours est plus favorable à l'intérêt 
des enfants eux-mêmes, aussi bien qu'au maintien de l'ac- 
tivité et de la dignité morale des parents. 

L'idée de nourrir les enfants à l'école avait déjà été dé- 
veloppée par l'auteur, dans son mémoire de l'année der- 
nière. J'ai fait voir, dans mon rapport de cette époque, que 
de grandes difficultés pratiques viendraient contrarier l'exé* 
culion de cette mesure. Le mémoire de cette année la rend 
plus exécutable; il ne s'agit plus, comme l'année dernière, 
des enfants de toute celle partie de la population qui n'a 
pour vivre que le travail de ses mains, mais des enfants 
des familles secourus par les bureaux de bienfaisance. 

Je ne dois pas oublier de dire que, dans le système de 
l'auteur, les bureaux de bienfaisance, ou commissions lo- 
cales de charité, sont surveillés par des commissions pro- 
vinciales et par une commission centrale, la même pour 
tout le pays. L'auteur s'appuie ici de l'avis de M. de Gé- 
rando, de celui de M. Alban de Villeneuve, dans son Éco- 
nomie politique chrétienne , et de l'exemple de ce qui a été 
fait, avec succès, il y a quelques années , en Piémont, par 
Charles-Albert. La même idée avait déjà été émise en Bel- 
gique, par M. Arnould, dans son travail sur les monts-de- 
piété. Cette commission centrale ne viendrait point para- 
lyser ou gêner l'initiative des administrateurs locaux. Elle 



(52 ) 

n'aurait pas d'action directe; ce serait une autorité con- 
sultative : son but serait d'éclairer et de coordonner les 
établissements de prévoyance et d'assistance; elle réparti- 
rait les fonds du budget , donnerait son avis sur les de- 
mandes faites au Gouvernement, sur les récompenses à 
décerner, recueillerait les données statistiques, signalerait 
les lacunes des établissements publics, les comparerait 
entre eux, ferait voir en quoi ils s'écartent de la bonne 
route et comment ils y peuvent rentrer. A l'égard de la 
charité privé, son action serait tout à fait officieuse. Pour 
que cette commission centrale fût nommée avec plus d'im- 
partialité et d'indépendance, l'auteur en attribue la com- 
position, pour une partie, à chacune des deux Chambres 
et pour l'autre, au Gouvernement; les commissions pro- 
vinciales et locales recevraient une organisation ana- 
logue. 

Au commencement de son mémoire, l'auteur avait éta- 
bli une double distinction entre la charité publique et la 
charité privée d'abord, puis, dans les limites de cette der- 
nière, entre la charité individuelle et ce qu'il appelle la 
charité collective, c'est-à-dire par association. Il veut que 
la charité individuelle reste complètement libre dans son 
action; mais pour l'association où la liberté des individus 
a été enchaînée par le règlement, où l'administrateur agit 
pour le compte d'autrui , un contrôle est nécessaire. La 
publicité offrira ici des garanties, et des comptes annuels 
devront être soumis à l'autorité locale. 

Pris dans son ensemble , ce système de secours publics 
qui donne à l'instruction des classes indigentes une im- 
pulsion puissante et une direction pratique, qui cherche 
à écarter de l'ouvrier toutes les causes de misère dont sa 
propre énergie ne saurait triompher, qui cependant nepa- 



(55) 

ralyse pas son activité et le laisse en présence des besoins 
auxquels lui seul doit satisfaire , qui , d'autre part , lui offre 
tous les moyens d'utiliser ses économies pour la vieillesse 
et pour les mauvais jours, ce système a plus d'un côté re- 
marquable. Sans doute, s'il s'agissait de le mettre d'un 
seul coup tout entier en pratique, on rencontrerait d'assez 
grandes difficultés; mais il peut s'exécuter partiellement 
et par degré. Si l'on ne peut supprimer brusquement tous 
les secours à domicile, on pourrait peu à peu introduire ce 
nouvel emploi des fonds des bureaux de bienfaisance. Dans 
beaucoup de localités, ils seraient insuffisants peut-être. 
On s'en contenterait provisoirement. Au lieu de se charger 
de toute l'alimentation des enfants, on n'en défraierait 
qu'une partie. Ce sont des difficultés réelles, mais qu'il 
n'est point impossible de surmonter peu à peu. 

A l'objection que la bienfaisance publique deviendrait 
ainsi trop absorbante , exercerait une trop grande action 
sur le pays , l'auteur répond qu'il laisse la charité privée 
parfaitement libre de faire ce qu'il propose, et que l'auto- 
rité publique n'intervient qu'après elle et à son défaut. 11 
aurait pu ajouter qu'il ne s'agit ici que de l'action des bu- 
reaux de bienfaisance et des hospices, autorités peu absor- 
bantes de leur nature et dont la puissance ne peut inspirer 
des craintes bien sérieuses. Quel que soit le mode de se- 
cours que l'on préfère, les bureaux de bienfaisance pour- 
ront toujours exercer une certaine influence sur ceux qui 
les obtiennent : c'est la conséquence naturelle de toute 
charité, de tout bienfait; il ne semble pas qu'il y ait lieu 
de s'en alarmer. 

Quant à la question de savoir si la liberté de l'enseigne- 
ment ne serait pas gênée par cet appât que présenteraient 
aux parents pauvres les écoles où leurs enfants seraient 



(54) 

gratuitement nourris, on peut dire, avec l'auteur, que la 
charité privée serait libre de doter d'autres écoles des 
mêmes avantages. D'ailleurs, il n'est pas indispensable, 
dans le système dont il s'agit, que la nourriture soit don- 
née exclusivement aux élèves de certaines écoles. Peut- 
être sous ce rapport pourrait-on mettre sur le même pied 
les élèves pauvres des diverses écoles de la commune. C'est 
là une question à part. Si ce principe était admis, il serait 
facile d'empêcher, dans son application, que certaines 
écoles ne jouissent d'une faveur exclusive ou dangereuse. 

L'auteur, qui a le tort peut-être de ne pas se préoccuper 
assez des objections qui peuvent lui être faites, ne prévoit 
pas celle que des économistes pourront lui opposer, au 
sujet du danger de provoquer l'extension de la population 
en soulageant l'ouvrier d'une partie des charges de la fa- 
mille. A ce reproche, s'il l'avait prévu , il aurait répondu, 
sans doute : , que, si cette influence est à craindre, elle 
existe déjà aujourd'hui. Dans la distribution des secours 
publics , c'est surtout au nombre des enfants qu'on a égard , 
et aucun indigent ne l'ignore ; il n'en est pas qui ne sache 
que c'est là son titre le plus puissant à la bienfaisance pu^ 
blique et privée. 

Dans l'analyse que je viens de présenter, j'ai dû omettre 
la plupart des développements et les raisonnements que 
l'auteur apporte à l'appui de ses idées. Je n'ai pu parler 
non plus de la forme sous laquelle il les présente. Son 
style, qui pourrait être plus concis et qui pèche quelquefois 
par un peu de monotonie, est à la fois facile et grave; 
il ne manque pas d'élégance et ne vise pas à l'effet. A tous 
égards donc, pour le fond comme pour la forme, le mé- 
moire n° 2 est un travail très-estimable. Mais y a-t-il lieu 
de lui accorder le prix? 



(55) 

Je pense que les auteurs de la question mise au con- 
cours ont eu en vue une discussion de philosophie sociale, 
une solution générale et théorique. Sous ce rapport, l'au~ 
leur du mémoire n'a pas entièrement compris leur inten- 
tion, et du principal, il a fait l'accessoire. Je ne crois pas 
que, même sous le rapport pratique, son mémoire ait dit 
le dernier mot de la science sur la limite des deux chari- 
tés; mais la difficulté du sujet égalait son importance. 
L'auteur, en le traitant de son point de vue, a fait preuve 
d'un véritable mérite. L'expérience de deux années nous 
fait prévoir que , si le concours était prolongé encore , nous 
aurions peu de chances d'en obtenir une solution plus 
complète. Il est d'ailleurs admis, je pense, qu'en couron- 
nant un ouvrage de ce genre, l'Académie n'assume pas la 
solidarité de toutes les idées de son auteur. Dans une ma- 
tière d'une nature si épineuse, où une solution définitive 
est si peu prochaine, nous nous exposerions à décourager 
les concurrents, si nous exigions d'eux ce qu'on ne peut 
demander qu'au temps, et s'il ne nous suffisait pas qu'ils 
eussent apporté des idées utiles et des lumières nouvelles à 
la discussion de si difficiles problèmes. 

Guidé par ces considérations , je suis d'avis que le prix 
soit décerné à l'auteur du mémoire n° 2. » 



Rapport de in. Vabbé Carton. 

« L'auteur du mémoire n° 3 ne semble pas soupçonner 
toute la difficulté qu'offre la résolution de la question de 
la bienfaisance; la réponse à la question proposée par l'Aca- 
démie lui paraît facile : l'État, dit-il , doit se charger de 
l'enfance et de l'adolescence; les hommes de l'âge mûr 



(56) 

doivent suffire à leurs propres besoins; les vieillards et les 
infirmes sont à la charge de la bienfaisance privée; c'est 
simple comme une idée socialiste et aussi peu réalisable. 

Le mémoire qui porte le n° 1 offre peu d'idées nouvelles, 
et même dans sa forme, il est loin d'être irréprochable; 
on doit cependant lui reconnaître le mérite de nous pré- 
senter le faisceau assez complet des données statistiques 
recueillies en Belgique sur la situation des classes souf- 
frantes et sur les divers moyens employés pour les secourir. 

Le n° 2 a d'autres titres à l'attention et à un sérieux 
examen. Conçu avec la vigueur qui naît d'une profonde 
élude des questions relatives à la charité, il pose et discute, 
avec un talent remarquable, la plupart de ces vastes pro- 
blèmes du travail et de la misère qui pèsent sur l'organisa- 
tion politique de notre siècle. 

Bien qu'il soit difficile d'émettre des vues propres à 
améliorer l'état de la société sans subir l'entraînement qui 
résulte de la grandeur même de la question et des résul- 
tats qu'elle doit avoir, l'auteur a su porter beaucoup de 
prudence et de modération dans l'exposition et dans la 
discussion des plans qu'il propose pour l'amélioration de 
la condition des classes laborieuses. On voit qu'il domine 
bien sa matière et qu'il ambitionne plus qu'une récom- 
pense académique. Avec ce sentiment profond des misères 
humaines et ce désir réel de découvrir des remèdes pro- 
pres à la soulager, l'auteur paraît viser à une autre récom- 
pense; et il croirait l'avoir obtenue s'il voyait l'application 
de ses idées, le succès de ses bonnes vues, la réalisation 
de son plan. Dans un long exposé , au milieu même des 
discussions les plus sévères, on respire dans son mémoire 
quelque chose de sympathique qui attire l'esprit du lecteur 
vers une communauté de vœux et d'espérances. 



(57) 

Jamais dans les concours de l'Académie on n'avait posé 
de question plus importante; elle touche à toutes les dou- 
leurs, à tous les bienfaits, à toutes les misères, à toutes 
les vertus; mais elle est en même temps délicate. 

Dans l'état actuel des esprits , c'est bien plus souvent à 
l'intérêt des partis qu'on demande la solution du problème 
du secours à rendre aux malheureux qu'à l'intérêt des 
pauvres. 

Je sais parfaitement que l'Académie s'est contentée de 
demander : Quelle est la part légitime de la charité privée 
et de la bienfaisance publique dans l'organisation de l'as- 
sistance à accorder aux classes nécessiteuses de la société. 

Mais, Messieurs, il est presque impossible de répondre à 
cette question ou d'examiner et déjuger les réponses, sans 
toucher à tous les points de la matière et sans avoir une 
opinion formée sur toute la discussion si vivement agitée; 
cet examen est d'autant plus délicat que je suis prêtre; car 
nous traversons une époque à laquelle celte qualitité excite 
un préjugé. Par convenance, par devoir et par conviction, 
je suis bien décidé cependant à ne pas sortir des limites 
d'une discussion purement scientifique et étrangère a tout 
esprit de parti. 

Le seul moyen déjuger de la valeur de mon opinion sur 
les mémoires du concours, et sur le mérite des conclu- 
sions que je prendrai , c'est de me permettre de vous 
exposer les principes sur lesquels mon jugement est 
fondé. 

Évidemment, avant de pouvoir indiquer la part qui 
revient à la charité privée et à la bienfaisance publique, 
il est indispensable d'avoir une définition de la bienfai- 
sance. On doit être préalablement fixé sur la mission de 
la charité et de la bienfaisance. N'a-t-on pas vu de nos 



(58) 

jours des publicistes soutenir qu'elle n'en avait aucune et 
qu'elle était une duperie. 

La question louche à celle de l'origine du mal et de la 
misère. 

Je ne crois pas à la possibilité d'expliquer l'existence 
de la misère , et de l'inégalité des conditions, à moins d'ad- 
mettre que l'état actuel de l'homme est une expiation : 

Qu'une chute primordiale volontaire a vicié la position 
primitive de l'homme : 

Qu'il n'est pas sorti des mains du Créateur tel qu'il est 
actuellement. 

Si ce fait , révélé par la religion et constaté par la phi- 
losophie , n'est pas une vérité, la solution la plus logique, 
la plus raisonnable du terrible problème de la misère 
est le socialisme ou le communisme. 

Si l'inégalité des conditions est un fait humain, une 
invention sociale, la charité est une humiliation ou une 
insulte. 

L'absurdité de cette opinion résulte de l'immoralité 
de ses conséquences. 

Pour nous, la charité est un remède proposé par Dieu, 
et imposé à l'homme en faveur de l'homme après sa chute. 
C'est un précepte de la religion. 

La charité n'est pas facultative; elle est une obligation 
à laquelle l'homme peut se soustraire, parce qu'il est libre, 
et à laquelle il se soustrait malheureusement souvent. 

Si ce précepte était accepté et accompli , si les hommes 
l'exécutaient comme il est imposé, il y aurait toujours des 
pauvres , sans doute, — il y en aura toujours , — maïs il n'y 
aurait pas de misère sans consolation, pas un besoin sans 
secours. 

L'Église a mission de prêcher cette charité, mais elle n'a 



(59) 

que son influence morale pour forcer les hommes à l'ac- 
complissement de ce devoir, et trop de passions la combat- 
tent pour que son enseignement soit accepté et pratiqué 
toujours; or, de cette transgression du précepte de la 
charité privée, de ce non-accomplissement d'une obliga- 
tion religieuse est née la bienfaisance publique. 

La bienfaisance publique est donc la puissance humaine 
imposant un acte que la société aurait dû remplir par 
devoir religieux; 

C'est la contribution légale en place de la contribution 
volontaire et méritoire : 

C'est l'impôt en place de la vertu. 

La bienfaisance publique est donc une espèce de ther- 
momètre qui constate le degré auquel monte la charité 
privée. Heureux le pays où la bienfaisance publique n'est 
pas nécessaire ! Au lieu donc de vouloir accaparer la 
direction exclusive delà bienfaisance, l'État doit entourer 
la bienfaisance privée de toutes les garanties qui peuvent 
l'encourager; il doit développer l'émulation des nobles 
instincts et des pensées généreuses par le respect qu'il 
porte à ses dispositions, et ne s'opposer à son action que 
lorsqu'elle porterait atteinte au droit ou à la moralité. 
Toute la puissance de la bienfaisance publique et tout le 
dévouement de la charité privée ne sont pas trop pour 
fermer les plaies de l'état social moderne. La part de la 
bienfaisance publique restera toujours assez vaste, et mal- 
heureusement trop vaste. 

En dehors même de ces crises désastreuses où son 
action ne saurait être trop énergique ni trop prompte, elle 
a un champ très-vaste pour se déployer , dans le soulage- 
ment des misères qui réclament une organisation générale 
et régulière comme les hospices et les hôpitaux. 






(60) 

L'intervention de la bienfaisance publique en faveur 
des classes laborieuses s'exerce dans d'autres conditions 
encore : 

Quand, par de sages mesures, l'État vient en aide aux 
intérêts de l'agriculture et de l'industrie, afin que la pros- 
périté publique s'accroisse et que le travail ait sa rému- 
nération légitime ; 

Quand il s'interpose dans les rapports des maîtres et 
des ouvriers en développant l'autorité arbitraire des pru- 
d'hommes ou en limitant, selon les forces des jeunes ap- 
prentis, la durée du travail quotidien; 

Quand il veille à ce que la vie de l'ouvrier soit entourée 
de garanties protectrices; 

Quand il descend dans la demeure de l'ouvrier pour y 
introduire la salubrité. 

Elle s'exerce par l'appui que l'État accorde aux institu- 
tions d'épargne, de prévoyance , de mutualité. 

Mais comment cette incessante tutelle des classes indi- 
gentes et souffrantes agira -t -elle le plus efficacement? 
Quelle forme devra-t-elle revêtir pour produire les fruits 
les plus abondants et les plus durables? 

Confiée à l'autorité politique, variable et agitée, con- 
servera-t-elle ce caractère de sagesse, de prudence, d'im- 
partialité calme et sereine que réclame ce vaste réseau 
d'intérêts et de besoins qu'exige la situation des classes 
laborieuses? Peut-on trouver dans le pouvoir politique 
l'expérience que donnent seules de longues et pénibles 
veilles employées à méditer sur les misères que l'on a pal- 
pées d'une main active et bienfaisante? 

Lors même que le pouvoir politique serait dévolu à des 
hommes qui invoqueraient , comme le titre le plus glorieux 
df leur popularité, un dévouement constant et désintéressé 



(61 ) 

aux classes souffrantes; lors même que, dans ces condi- 
tions, le pouvoir ne subirait pas des influences d'une na- 
ture toute différente, pourrait-on espérer d'y rencontrer 
cette durée, cette stabilité que réclame la gestion perma- 
nente de la tutelle du pauvre et de l'ouvrier? 

Ce sont des considérations de celle nature qui engagent 
l'auteur du mémoire n° 2 à réclamer la création d'une ad- 
ministration spéciale qui, dans ses différents degrés, ne 
s'occuperait que de cette branche importante de l'organi- 
sation sociale. 

« On arriverait ainsi , dit-il, à suivre une série d'idées 
d d'amélioration morale et matérielle des indigents, à en 
» étudier la marche et à en noter les résultats dans la 
» pratique, à établir le système complet des institutions 
» nécessaires pour combattre la misère et en arrêter le 
> progrès. 

» Une administration centrale de prévoyance* et d'as- 
» sislance aurait la surveillance immédiate des établisse- 
» ments publics. Ce serait un véritable conseil d'État de 
» la bienfaisance, mettant sa haute intelligence et son 
» expérience au service des commissions locales...., s'oc- 
» cupant d'une manière permanente des questions de 
» bienfaisance et de prévoyance, voyant fonctionner sous 
» ses yeux les institutions les plus diverses, pouvant com- 
j> parer chaque jour la variété de leurs résultats, elle au- 
» rait l'attention continuellement fixée sur leur action, 
» elle en verrait les lacunes, elle en signalerait les incon- 
» vénients et les bienfaits. Elle serait l'organe et le con- 
» seil du Gouvernement, elle s'appliquerait à coordonner 
» les institutions publiques pour que les établissements 
» de prévoyance et d'assistance , qui doivent former une 
» suite non interrompue pour avoir toute leur efficacité. 



(62) 

» soient fondés partout en réunissant les conditions es- 
» sentielles à leur prospérité et à leur durée.... C'est par 
t> son intermédiaire que seraient répartis les fonds alloués 
> par le budget pour aider les administrations des pro- 

* vinces et des communes dans la mission qu'elles au- 
» raient d'encourager, de soutenir les associations de 

* prévoyance et d'assistance A l'égard de la charité 

» privée, son action serait tout officieuse. Elle constate- 
» rait tout ce qui serait établi d'œuvres de bienfaisance 
» dans le royaume, en recommandant les heureuses in- 
» novations que le génie de la charité introduit chaque 
» jour dans les institutions de bienfaisance ; peut-on douter 
» de l'utile influence que les conseils exerceraient sur la 
» direction de la charité privée? Nous pensons qu'elle 

* suffirait pour faire prendre un nouvel essor à la charité, 
» quelle qu'en soit la source. » (Pp. 47, 48, 49.) 

Nous*eroyons, du reste, être fidèles à la pensée de l'auteur 
en exprimant le vœu, si elle doit, si elle peut se réaliser, 
que cette institution soit étrangère à la politique même 
par ses éléments et sa source. 

Dans la pensée de l'auteur, et nous regrettons de ne pou- 
voir citer les développements qu'elle a reçus, ces institu- 
tions de bienfaisance formeraient la part la plus essen- 
tielle qui puisse appartenir à l'intervention de l'autorité, et 
c'est là qu'il faudrait chercher à la fois les limites de l'ac- 
tion de la bienfaisance publique et la source de ses rapports 
les plus utiles avec la charité privée. 

Je n'analyserai pas cette partie du travail de l'auteur du 
mémoire n° 2 où il passe en revue les divers établisse- 
ments de prévoyance et d'assistance qui méritent la pro- 
tection de l'autorité publique: dans bien des cas, l'autorité 
n'a pas manqué à sa mission. Il faut l'avouer franchement, 



(63) 
on ne rend pas toujours justice à ce qui se fait, à ce que 
l'on tente en faveur des classes souffrantes, et elles sont 
souvent victimes d'une opposition qui se soucie moins des 
intérêts sacrés de cette classe malheureuse que du plaisir 
de lancer une période bien accentuée et piquante. Je me 
bornerai à signaler l'opposition que rencontre l'établisse- 
ment d'écoles d'agriculture. L'auteur du mémoire n° 2 eu 
comprend toute l'utilité, mais il n'en est pas ainsi de tous 
les organes de la publicité. A entendre quelques-unes de 
ces déclamations passionnées, on croirait que l'agriculture 
n'a pas d'utiles et d'indispensables enseignements à de- 
mander à d'autres sciences, et qu'un cours d'agriculture 
devrait se borner à une leçon de maniement de la bêche. 

On ne saurait trop souhaiter que la bienfaisance publi- 
que et la charité privée se prêtassent un concours mutuel 
dans l'accomplissement de ces œuvres si éminemment 
utiles. 

Le devoir de l'autorité est d'attirer sans cesse la charité 
privée, hors du cercle des bienfaits isolés, vers de vastes 
institutions de bienfaisance. 

Mais elle doit avant tout, observe l'auteur, ne jamais ou- 
blier que la charité privée veut et doit être libre et que lui 
enlever la liberté, c'est lui donner la mort... Elle doit au- 
tant que possible laisser un libre cours aux volontés géné- 
reuses, aux dispositions des cœurs bienfaisants. Elle ne 
doit pas se montrer jalouse de l'intervention de l'État en 
matière de bienfaisance, et surtout se garder de prétendre 
à la direction absolue, à une sorte de monopole... Ce se- 
rait un moyen presque infaillible pour en tarir la source. 
(Page 116.) 

En abordant ces discussions importantes, le premier 
soin doit être de nous isoler de tout ce qui pourrait rap- 



(64) 

peler une polémique qui nous est étrangère, pour ne con- 
sulter que la conscience et la raison. 

Des discussions irritantes, des préoccupations étroites 
nous empêcheraient de découvrir, d'étudier et de com- 
prendre la grandeur et l'importance des intérêts de l'a- 
venir. 

Nous louons l'auteur du mémoire de l'avoir compris en 
descendant dans l'arène, toute indépendante et toute lit- 
téraire, que l'Académie ouvre aux discussions les plus 
élevées. « Il n'y a, dit-il, en matière de misère ni politique, 
» ni opinion, ni partis, et il ne doit de même y avoir en 
» matière de charité qu'un seul et grand principe qui de- 
» vrait même être écrit dans les constitutions, c'est l'égalité 
» pour tous dans la plus grande liberté possible, car il n'y 
» a que de bons sentiments qui puissent donner naissance 
» à des actes de charité. » (Page 128.) 

L'auteur du mémoire n° 2 a cru devoir donner à son 
opinion une autre garantie en étudiant l'histoire de la 
liberté de la charité privée, depuis les temps de la forma- 
tion des sociétés chrétiennes et civilisées. Il analyse la ju- 
risprudence romaine, telle qu'elle émane de Constantin, 
montant sur le trône des Césars pour fermer les plaies de 
la persécution Dioclétienne : il la décrit dans l'ancienne 
France et dans nos provinces des Pays-Bas espagnols ou 
autrichiens ; il l'examine encore , pour en faire sortir 
d'utiles enseignements, sous le règne de la Convention 
qui confisqua tous les établissements de charité. 

Plus on étudie cet immense problème et plus on en re- 
vient à ce vœu que forment tous les cœurs bienfaisants, 
qu'il n'y ait jamais dans une question de cette nature, qui 
touche à l'avenir des générations, des dissidences entre l'au- 
torité politique et religieuse, et qu'on ne voie jamais dans 



(65) 

l'extension de la charité privée un danger contre lequel 
une lutte à mort doit être entamée. Je ne connai3 pas les 
lois , mais un peu de bon sens ne suffit-il pas pour pouvoir 
regretter que « des hommes éminents et dont les opinions 
d sont empreintes d'un sage libéralisme, en soient venus 
d à craindre les résultats d'une liberté quelconque? qu'ils 
» aient surtout pu redouter un instant l'influence de la 
» liberté religieuse sur la charité et des nobles actions 
» que leur union fait naître? » 

Le mémoire n° 2 m'a paru de nature à faire faire un pas à 
cette question; il est écrit avec élégance et avec une grande 
connaissance de la matière; dans toute la discussion, l'au- 
teur a su conserver cette modération qui convenait à une 
discussion académique. Sans adopter toutes ses idées, je 
crois que son mémoire est digne de la médaille d'or. » 

Après avoir entendu ses commissaires, MM. De Decker, 
Paul Devaux et l'abbé Carton , la classe a décerné le prix 
au mémoire n° 2, dont l'auteur est M. Wéry, avocat à 
Mons. 



QUATRIEME QUESTION. 

Faire l'histoire, au choix des concurrents, de l'un de ces 
conseils : le grand conseil de Malines, le conseil de Brabant, 
le conseil de Hainaut , le conseil de Flandre. 

Rapport de M. Borgnei. 

« En réponse à cette question , un seul mémoire a été 
envoyé; il porte pour épigraphe ce passage attribué à Mon- 
ïo;,je xix. — II e part. 5 



(00) 

tesquieu : Les peuples sont très-attachés à leurs coutumes; les 
leur ôter violemment, c'est les rendre malheureux. Le Belge, 
plus qu'aucun autre peuple, tient à ses anciens usages, et on 
ne viendra pas à bout de l'en détacher en un jour. L'objet du 
mémoire, c'est X Histoire du conseil souverain de Hainaut. 

Après un court avant-propos, où l'auteur signale les 
difficultés de sa tâche et les sources où il a puisé, il aborde 
immédiatement son sujet. Son travail comprend huit 
chapitres. Le premier est intitulé : Histoire de la cour sou- 
veraine de Mons , depuis le XII e siècle jusqu'en 1611; le 
second est intitulé : Histoire du conseil ordinaire, depuis 
te XII e siècle jusqu'en 1611. 

Je cite les titres de ces deux chapitres pour rappeler 
qu'autrefois les attributions du conseil de Hainaut étaient 
réparties entre deux tribunaux différents. La marche 
adoptée par l'auteur en ce point me paraît déjà fort criti- 
quable. Je crois que, pour mettre de l'ordre et de la clarté 
dans son récit , il aurait dû avant tout signaler l'existence 
simultanée, jusqu'au XVII e siècle, de deux juridictions su- 
périeures : la cour, le conseil; examiner leur origine et 
les causes probables qui leur avaient donné naissance; 
établir nettement en quoi elles différaient l'une de l'autre 
sou& le rapport de la compétence. Sur tous ces points si 
importants, il ne donne que des notions vagues et incom- 
plètes. Après ces indispensables prolégomènes, il pouvait, 
sans inconvénient, aborder l'examen des événements qui 
ont signalé l'histoire de la cour et du conseil jusqu'à l'épo- 
que de leur réunion sous Albert et Isabelle; tandis qu'avec 
le système adopté par lui, le lecteur, pour commencer à 
comprendre, doit être parvenu au quart environ du mé- 
moire. À vrai dire, le défaut d'ordre dans la distribution 
des matériaux, et la manière même dont l'auteur expose 



(67) 

ses idées, ne contribuent pas médiocrement à répandre 
l'obscurité sur tout le travail. On en jugera par une ana- 
lyse du chapitre premier, qui est un des plus longs; il con- 
tient cinquante feuillets (5 à 54 inclus). 

Ce chapitre commence ainsi : « Grand nombre de mé- 
d moires produits dans différentes occasions par la cour 
j> souveraine et par le conseil, font remonter son institu- 
» tion aux dernières années du règne de la comtesse Ri- 
» childe (entre 1076 et 1084), lors de la création des 
» douze pairs de Hainaut. » Les mots son institution, 
qui ne se comprennent pas dans la phrase où ils se trou- 
vent, s'appliquent à la cour souveraine dont l'histoire est 
l'objet de ce chapitre. 

L'auteur ajoute que la plupart des annalistes font re- 
monter cette institution « jusqu'à une époque qui se per- 
» drait dans la nuit des premiers siècles du moyen âge. i> 
Puis , on lit cette phrase : « Sans nous arrêter longtemps 
» à l'examen de ces deux opinions, dont aucune n'est 
j> admissible, disons que la date de la création des pairs 
» de Hainaut n'est rien moins qu'exacte; elle est avancée 
» par des écrivains postérieurs à Gilbert, chroniqueur du 
» XII e siècle, qui ne parle pas de ce fait. Et il n'aurait 
d certainement pas omis de le consigner, puisqu'il rap- 
» porte que c'est Richilde qui institua les offices hérédi- 
» laires de sénéchal ou maître d'hôtel , d'échanson, de 
» panelier, de chef des cuisines , de chambellan et d'huis- 
» sier. » 

Ainsi, il rejette les deux systèmes dont il vient de 
parler, celui même qui reporte à la fin du XI e siècle l'ori- 
gine des pairies du Hainaut; cependant il cite deux pas- 
sages de Gilbert qui en attestent bien positivement l'exis- 
tence dans le siècle suivant, et il reconnaît lui-même que 



(68) 

ce chroniqueur, contemporain de Bauduin le Courageux 
(1171 à 1195), parle de ces pairies comme d'une chose exis- 
tant avant l'époque dont il a entrepris de nous retracer les 
annales. 

Si je saisis bien la pensée de l'auteur (et je n'ai pas, je 
l'avoue, la certitude d'y être parvenu, après avoir cependant 
relu plusieurs fois le feuillet où il la développe) , il admet 
l'existence de la cour avantleXIl e siècle; mais il croit qu'au 
lieu d'être composée exclusivement de douze pairs, elle 
comprenait tous les vassaux immédiats du comte. C'est 
établir surdes mots une discussion dont le sens m'échappe; 
les vassaux immédiats du comte de Hainaut étant pairs, 
au même titre que l'étaient en France les grands vassaux 
de la couronne. 

Après avoir dit ensuite que la cour jugeait d'après la 
coutume, l'auteur donne l'analyse d'une charte de Bauduin 
de Constantinople; puis, au feuillet 11 , après ces quelques 
données aussi obscures qu'incomplètes, il s'engage dans 
l'examen de la compétence et de la procédure. À propos 
des plaids qui se tenaient à des époques déterminées, je 
lis cette phrase (feuillet 15) : « Dès le XIV e siècle, on re- 
» marque aux plaids les trois corps d'État : chevaliers, 
» clercs ou ecclésiastiques et féodaux. » Il n'entend sans 
doute pas indiquer par là les trois ordres; mais que veut-il 
dire? 

Au milieu de l'exposé de la procédure suivie devant la 
cour, se trouve intercalée une longue digression sur l'or- 
ganisation des échevinages de Mons et de Valenciennes. 
Je la trouve d'autant plus inutile qu'elle ajoute fort peu de 
chose aux renseignements déjà donnés par De Boussu. 
Tout au plus admettrais-je l'utilité de quelques notions 
relatives au pouvoir judiciaire de l'échevinage., Mais à quoi 



(69) 
bon parler ici de ses attributions politiques et s'étendre 
sur la composition et les prérogatives du conseil de ville, 
qui ne participait qu'à l'administration proprement dite? 

A celte digression en succède une autre (feuillet 50) sur 
le travail de codification, qui aboutit à la première promul- 
gation des chartes et coutumes du Hainaut. Ce n'est pas 
absolument un hors-d'ceuvre dans la question traitée par 
l'auteur; mais c'en est un, à coup sûr, par l'étendue 
qu'il lui donne et par la place qu'il lui assigne. J'en dirai 
autant, et avec plus de raison encore, du passage qui vient 
immédiatement après, et qui traite de la construction 
d'un nouveau local pour les séances et pour les archives 
de la cour. 

Les cinq derniers feuillets du chapitre (50 à 54) sont 
consacrés au récit des faits qui amenèrent, en 1611, la 
première réunion de la cour et du conseil. 

Le chapitre II, beaucoup moins étendu que le premier 
(il ne comprend que huit feuillets, 55 à 62) , est consa- 
cré, comme déjà je l'ai dit, à l'histoire du conseil jusqu'à 
sa réunion à la cour, en 1611. L'auteur commence par 
dire ce qu'il sait de ce tribunal au XII e siècle et au XIII e . 
Ses explications sont obscures et embarrassées. Je trouve 
surtout qu'il aurait pu marquer plus distinctement la dif- 
férence des attributions de la cour et du conseil. 

II m'est démontré aussi qu'il aurait dû débuter par dire 
que le conseil comprenait trois sièges ou tribunaux dis- 
tincts : l'audience, le terrage et le grand bailliage. Au con- 
traire, il n'en parle que quand il est parvenu aux deux 
tiers environ de son chapitre, et donne sur leur compé- 
tence d'insuffisantes explications. A cet effet, il se contente 
de reproduire à peu près textuellement les définitions que 
lui fournit une consulte publiée par mon honorable con- 






(70) 
frère M. Gachard (1); ce document auquel il renvoie dans 
son avant-propos, aurait pu être, soit dit en passant, 
mieux utilisé par lui. 

A cet endroit, j'ai remarqué l'expression judicature ap- 
pliquée à ces trois sièges, comme synonyme de juridiction. 
Ailleurs encore j'ai fait la même observation, et j'ai aussi 
remarqué l'emploi du mot superstite pour survivant. Qu'on 
ne tronque pas un texte, je le comprends; mais à quoi 
bon employer, sans nécessité, le langage barbare de nos 
vieux praticiens? Delattre (2), qui doit lui avoir fourni ces 
expressions surannées et qui en contient d'autres encore, 
comme jurispécites et pristin état , n'a pas un style qu'il 
convienne de prendre pour modèle. 

L'auteur, ayant fini d'exposer ses idées sur l'origine du 
conseil, s'occupe du grand bailli, et communique un do- 
cument qui établit l'étendue de son pouvoir au commen- 
cement du XV e siècle. Dans un mémoire sur l'histoire du 
conseil de Hainaut, il doit être fait mention de ce haut 
fonctionnaire. Mais comme il était , en sa qualité de repré- 
sentant direct du souverain , chef de la cour aussi bien 
que du conseil, l'auteur avait à lui assigner une autre 
place. Ce seraient encore des renseignements à intercaler 
dans la partie du travail, qui me semble devoir être consa- 
crée, en commençant, à la cour et au conseil réunis sous 
une même rubrique. 

Après cette digression sur le grand bailli , l'auteur ter- 
mine en quatre pages ce qui lui reste à dire sur le conseil. 



(1) Procès-verbaux des séances de la Commission royale pour la pu- 
blication des anciennes lois et ordonnances de la Belgique , vol. I, p. 86. 

(2) Chartes du Hainaut; Mons, 1822. 



(71 ) 

Le chapitre NI, intitulé : Histoire de la noble et souve- 
raine cour, traite des deux tribunaux réunis une première 
fois pour une période de cinq années seulement. On y 
voit que les états de Hainaut, après avoir contribué à la 
réunion , cédèrent aux instances de quelques-uns de leurs 
membres, personnellement intéressés dans cette affaire, 
et sollicitèrent le rétablissement de l'ancien ordre de cho- 
ses. Les conférences qui eurent lieu à cette occasion sont 
racontées avec des détails trop minutieux, à mon avis. En 
revanche, il en manque sur les raisons qui servaient de 
fondement à la demande, et les quelques paroles que Fau- 
teur met dans la bouche des députés des états (feuillet 65) 
sont bien certainement insuffisantes. 

J'aurais voulu une appréciation de cette conduite des 
états, formulée autrement que par une phrase incidente 
(feuillet 63), et une appréciation aussi de la conduite des 
archiducs, qui eurent la faiblesse de céder à de sembla- 
bles réclamations. La consulte que j'ai citée plus haut, 
contient des renseignements dont on pouvait faire son 
profit. 

La réunion des deux tribunaux ayant cessé en 1617, et 
n'ayant été définitivement décrétée qu'en 1702, à l'époque 
où Louis XIV prit possession de la Belgique, au nom de 
son petit-fils Philippe V, les chapitres IV et V sont consa- 
crés, l'un à Y Histoire de la noble et souveraine cour, l'au- 
tre à Y Histoire du conseil ordinaire, pendant cet intervalle, 
qui comprend près d'un siècle. 

Le chapitre IV débute par un exposé des abus que ra- 
mena la séparation accordée, en 1617 , par Albert et Isa- 
belle. Cet exposé trouverait mieux sa place à la fin du 
chapitre II, où il est question des faits qui engagèrent à 
décréter une première fois la réunion. Il n'a pas d'ailleurs 






(72) 

une étendue suffisante. Prodigue de détails quand il ana- 
lyse des documents , l'auteur est d'une concision désolante, 
aussitôt qu'il s'agit d'abandonner ce que j'appellerai la 
partie extérieure de son sujet. Ce qui vient immédiatement 
après en fournit une preuve nouvelle. Dix lignes à peine 
ont-elles été consacrées au récit des inconvénients occa- 
sionnés par la séparation, qu'arrive tout un cortège de ren- 
seignements fastidieux et vulgaires sur une nouvelle publi- 
cation des chartes de la province en 1619. Puis, après sept 
feuillets ainsi mal employés, vient un passage relatif à la 
juridiction du receveur général des domaines et du bailli 
des bois. Cela peut ne pas être étranger à l'histoire du con- 
seil de Hainaut, mais il me paraît toujours que les notions 
relatives à la compétence du conseil , aussi bien qu'à celle 
de la cour, doivent se trouver au début des considérations 
qui concernent chacun de ces deux tribunaux. 

Je n'ai rien de particulier à dire sur le chapitre V, qui 
du reste est fort court. 

J'ai rappelé précédemment que la cour et le conseil 
furent réunis en un seul corps, au commencement du 
XVIII e siècle, sous le titre de conseil souverain de Hainaut. 
Il y eut bien encore quelques démarches faites pour obte- 
nir le rétablissement de l'ancienne forme; mais le Gouver- 
nement cette fois eut le bon esprit de les repousser, et 
l'organisation décrétée par Louis XIV fut maintenue 
quand le Hainaut passa, avec les autres provinces belges, 
sous la domination de l'Autriche, après la paix d'Utrecht. 

Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de 
Joseph IL Alors le conseil de Hainaut fut supprimé et con- 
verti en un tribunal de première instance par le diplôme 
du 1 er janvier 1787, qui changeait l'organisation judiciaire 
de toutes nos provinces. Mais ce diplôme fut rapporté au 



(73) 

bout de quelques mois, et le conseil reprit ses fonctions 
un instant interrompues. Les difficultés auxquelles donnè- 
rent lieu les événements des trois années suivantes, ame- 
nèrent une réorganisation, et l'ancienne dénomination fit 
place à celle de noble et souveraine cour à Mons. Quatre 
ans après, ce tribunal disparut avec toutes nos vieilles in- 
stitutions, et avec notre nationalité même, confisquée par 
la Convention au profit de la France. 

L'auteur du mémoire a cru que cette dernière partie de 
son travail, qui me paraît la moins critiquable, devait 
faire l'objet de deux chapitres, le VI e et le VII e , et il les 
intitule, l'un : Histoire du conseil souverain de Hainaut, 
1702 à 1791; l'autre : La noble et souveraine cour, 1791 à 
1794. La réorganisation de 1791, n'ayant eu, en définitive, 
d'autre objet que de changer le titre, et d'ajouter, provi- 
soirement encore, une troisième chambre aux deux qui 
existaient auparavant, je ne crois pas nécessaire cette di- 
vision en deux chapitres, d'autant moins que, dans les 
événements des quatre dernières années, l'auteur trouve 
à peine de quoi remplir cinq feuillets (205 à 209 inclus). 

Sur ces deux derniers chapitres, je n'ai que peu d'obser- 
vations particulières à présenter. Il y a, dans le chapitre VI, 
une assez longue digression (feuillets 145 à 155) sur les 
archives du conseil et sur l'impardonnable négligence avec 
laquelle on les traita. Ces renseignements sont loin d'être 
dépourvus d'intérêt, mais ils s'encadrent mal, par la faute 
de l'auteur peut-être, dans le chapitre où il les a placés. 

Je trouve aussi la fin du chapitre VII étranglée. Après 
avoir signalé les efforts du conseil, pour obtenir du Gou- 
vernement autrichien le rétablissement de sa juridiction 
sur les parties du Hainaut français conquises dans la cam- 
pagne de 1795, l'auteur termine ainsi son travail : « L'oc- 



(74) 
b cupation du territoire de la France par l'armée des 
j> Impériaux ne fut pas de longue durée. Le 16 juin 1794, 
» Jourdan gagna sur le prince de Cobourg la bataille de 
» Fleurus, qui fut le signal de la retraite définitive des 
» Autrichiens, et, le 1 er octobre 1795 (9 vendémiaire 
» an IV), la Convention publia la réunion de la Belgique 
» et des provinces rhénanes à la République française. » 

Cette dernière date mentionnée par l'auteur me paraît 
indiquer la limite naturelle de son travail et la nécessité 
de substituer 1795 à 1794 dans l'intitulé du chapitre. 
Quoique le conseil deHainaut, à la différence des conseils 
de nos autres provinces, n'ait pas été provisoirement main- 
tenu lors de l'arrivée des Français, en juillet 1794, l'orga- 
nisation judiciaire de la Belgique ne fut définitivement 
réglée que par le décret du 9 vendémiaire an IV, et il con- 
venait, je crois, d'aller jusqu'à cette époque. En tout cas, 
l'auteur aurait dû se montrer moins concis, quand il s'a- 
gissait pour lui de retracer les derniers instants d'une 
institution dont il avait entrepris l'histoire. 

Dans un chapitre VIII et final, l'auteur donne quatre 
listes : celle des grands baillis, celle des membres de la 
cour souveraine de 1617 à 1702, celle des membres du 
conseil ordinaire, aussi de 161 7 à 1702 , celle des membres 
du conseil souverain de 1702 à 1794. Ces listes, sans doute, 
sont plus exactes que celles publiées par De Boussu (1); 
néanmoins, je n'entrevois pas la nécessité de les publier de 
nouveau, et elles ne doivent assurément figurer que comme 
appendices. 

Les considérations qui précèdent doivent avoir fait pres- 



(1) Histoire de la ville de Wons, pages 98 et 351 à 361, 



(75) 

sentir la nature de mes conclusions : le mémoire envoyé 
à la Compagnie ne me paraît pas mériter le prix qu'elle 
est appelée à décerner. Je m'empresse toutefois d'ajouter 
qu'il y a là tous les éléments d'un bon travail , et il nous 
reviendra, j'espère, si, comme j'en fais la proposition, la 
question est maintenue au programme de l'année pro- 
chaine. L'auteur paraît avoir fait des recherches sérieuses 
aux Archives du royaume et au dépôt provincial que pos- 
sède la ville de Mons; elles lui ont fourni des notions in- 
téressantes qu'il s'agit de mettre en œuvre un peu plus 
habilement qu'il ne l'a fait. Je désire vivement que mes 
conclusions ne le découragent pas, et qu'il n'y voie qu'une 
occasion de faire mieux. L'œuvre soumise à mon examen 
atteste de l'inexpérience, et le style est loin d'être correct. 
Je suis disposé à croire que c'est là surtout le résultat du 
défaut de temps; six mois ne sont pas, en effet, un délai 
suffisant pour conduire à bonne fin un travail de cette 
étendue. A voir l'absence fréquente de liaison, les détails 
souvent oiseux, les extraits trop étendus de certaines 
pièces, on peut se convaincre que l'auteur n'a pas mûri ses 
idées, ni coordonné ses matériaux. La précipitation qu'il 
a été forcé d'apporter à son travail, ;est attestée encore par 
le caractère du manuscrit, espèce de brouillon chargé de 
corrections et de ratures, dont la lecture difficile a rendu 
assez lourde la tâche imposée à vos commissaires. 

En terminant, et dans l'espoir que l'auteur n'hésitera 
pas à nous renvoyer son travail amélioré, je lui conseil- 
lerai de ne pas chercher à utiliser indistinctement toutes 
les notes qu'il a recueillies, et je lui dirai de bien se con- 
vaincre que l'Académie apprécie le mérite d'un livre, non 
par son étendue, mais par l'emploi judicieux des maté- 
riaux mis en œuvre. » 



(76) 



Mtuppofi de M. €i È*ttn€lgag»tage, 

t Je ne puis que m'en rapporter à l'avis sévère, mais 
juste, de M. Borgnet. Il y a lieu d'espérer que le mémoire 
dont il s'agit et où il y a de bonnes choses, sera renvoyé au 
prochain concours avec les améliorations dont il est sus- 
ceptible. Les observations du premier rapporteur, en signa- 
lant les parties les plus défectueuses , rendra le travail de 
remaniement plus facile. Il m'a paru que l'auteur entrait 
trop brusquement en matière. Je voudrais qu'il ouvrît son 
ouvrage par quelques pages consacrées à un aperçu général 
de l'administration de la justice dans le Hainaut, où se- 
raient retracées avec rapidité les différentes phases qu'elle 
a subies aux différentes époques. Ce serait une sorte d'ex- 
posé analytique de tout le mémoire même, exposé très- 
court, très-substantiel, qui donnerait une vue d'ensemble 
dès le début et qui jetterait beaucoup de clarté sur les 
détails ultérieurs. J'insiste sur ce point, parce qu'il m'a 
semblé depuis longtemps que ce qui manque surtout à la 
plupart des mémoires adressés aux concours de l'Aca- 
démie, ce sont les idées d'ensemble, les idées générales. 
La science n'y manque pas à coup sûr, les recherches 
sont grandes, nombreuses et consciencieuses; mais les 
matériaux se trouvent trop souvent accumulés dans l'état 
un peu brut où ils ont été recueillis; et les auteurs s'appli- 
quent peu à en extraire, pour les mettre en relief, ce que 
j'appellerais volontiers les idées-principes, les idées fé- 
condes et génératrices. 

Je conclus, avec M. Borgnet, à la remise de la question 
au concours. » 



(77) 



Mlttpporl de M. Steto'. 

« J'ai peu de choses à ajouter aux observations que vien- 
nent de vous faire mes honorables collègues sur l'ouvrage 
qui vous est présenté. Quelque rigoureux qu'il soit , le juge- 
ment qu'ils en portent me paraît à l'abri de toute critique. 

L'œuvre qui vous est envoyée n'offre aucun ensemble ni 
de suite dans la composition. De nombreux extraits de 
documents pris çà et là, dénués d'arrangement, présentés 
dans un état tellement confus et rudimentaire qu'ils ré- 
sistent à tout esprit d'analyse, voilà ce que présente au 
premier abord l'histoire de la cour de Mons. C'est l'image 
complète du chaos avant la création : 

RudiSj indigestaque moles. 

Et ce qui me paraît digne de remarque, c'est que l'auteur 
ne cherche nulle part à se justifier sur la brièveté du 
temps, quoique ce fût une raison bien faite pour être in- 
voquée. Il vous envoie son travail et n'insiste pas pour que 
la question soit remise au concours de l'année prochaine, 
afin de le compléter. 

L'initiative de cette proposition est due tout entière à 
M. Borgnet; je ne saurai donc mieux faire que de me 
joindre à l'avis de mes honorables corapporteurs, qui, re- 
lativement à ce point, sont parfaitement d accord entre eux. 

Persuadé que l'Académie voudra bien se prononcer dans 
le sens de celle proposition , je me permettrai de dire ce 
que je pense de ce mémoire et du remaniement qu'il doit 
nécessairement subir. La Compagnie ne s'est pas contentée 
de demander un essai, mais une histoire proprement dite 



(78) 
d'une de nos cours judiciaires. Cela suppose un travail 
historique fait d'après les règles sévères propres à ce genre 
de composition. 

Or, il est impossible de regarder comme tel l'espèce de 
chronique sèche et aride qui vous est présentée. Supposez 
à l'auteur tout le mérite possible comme savant laborieux, 
comme investigateur infatigable, compulsant dans les 
mille replis d'anciens dossiers, ouvrant des chartes ver- 
moulues dont les siècles ont respecté la poussière, vous 
rendrez justice à cette ténacité du savant compilateur, 
mais vous regretterez l'absence de plusieurs qualités es- 
sentielles à l'historien. 

Je n'en veux pour preuve que les sept premiers chapitres 
du mémoire, qui sont tous intitulés : Histoire de la cour, 
depuis le XII e siècle; Histoire du conseil, depuis le XII e siècle; 
Histoire de la noble et souveraine cour, depuis 1611 ; et ainsi 
de suite. 

Tout cela m'a l'air d'autant d'histoires différentes qui 
semblent ne point converger vers un but commun. 

Au lieu de cette marche compassée , de cette série de 
dates qui se succèdent et ne semblent se relier entre elles 
par aucune filiation, j'aurais plutôt aimé que l'auteur, em- 
brassant mieux son sujet, se fût attaché à nous initier 
dans ce qu'il est possible de savoir : 

De l'origine de la cour de Mons ; 

De sa compétence ; 

De ses attributions; 

De ses prérogatives; 

De son ressort territorial; 

De ses débats avec l'État, la province et la ville; etc., etc. 

Il aurait, de la sorte, trouvé tout naturellement à clas- 
ser cette foule d'extraits qui , jetés pêle-mêle dans son 



(79) 
recueil de documents, ne se lient guère entre eux par un 
lien d'agrégation. 

A Dieu ne plaise que je veuille en rien contraindre le 
libre arbitre de l'auteur! Si l'Académie maintient la ques- 
tion pour l'année prochaine, comme je l'espère, je con- 
seille à l'auteur de profiter de nos observations, tout en 
suivant l'essor parfaitement indépendant de sa pensée. 

Comme rapporteur, je cherche à lui faire comprendre 
que, bien que son œuvre, comme produit d'érudition, 
soit fort remarquable, elle offre à peine, comme histoire, 
l'ébauche d'un premier jet. 

En effet, classer sous une forme chronologique tous les 
extraits des documents compulsés; lier ces feuilles volantes 
par des soudures tellement apparentes qu'elles sautent aux 
yeux les moins habitués à ce genre de travail , c'est là, il 
faut bien l'avouer en passant, un facile moyen de compo- 
sition historique; mais ce n'est pas tout de compiler, 
même alors qu'on excelle dans ce genre. 

A côté des travaux du savant, qu'on estime à leur juste 
valeur, se placent ceux du narrateur qui ont bien aussi 
leur prix. 

C'est cette dernière qualité qui manque à l'auteur, ou , 
pour m'exprimer plus exactement, c'est cette partie de son 
travail qu'il a le plus négligée. 

Qu'il songe cependant à ce que pouvait être au moyen 
âge, une cour de justice exclusivement composée de 
seigneurs féodaux, n'ayant à redouter ni l'influence d'un 
tiers état jaloux , ni les richesses d'une bourgeoisie puis- 
sante; 

Qu'il entre par la pensée dans ce mélange adultère de 
justice et d'administration ; 

Qu'il voie ce que pouvaient être des magistrats rendant 



(80) 
la juslice, la balance et Pépée à la main, et il ne tardera 
pas à découvrir la raison d'être de beaucoup d'usages que 
les chartes seules ne sauraient lui apprendre. 

Après cela, je ne conserve aucun doute que l'auteur, en- 
visageant la question sous ce point de vue, ne tire de ses 
laborieuses éludes des inductions qui ne manqueront pas 
de jeler de l'intérêt et de l'animation dans son récit. 

Encore une observation avant de finir. 

Convient- il d'intercaler dans le texte d'une histoire 
cette foule d'extraits qui ôtent à la narration principale 
son élégance et sa rapidité naturelles? 

Autant que personne, j'apprécie la valeur des vieux do- 
cuments; je suis sensible à la naïveté charmante, à l'har- 
monie de langage de la plupart des écrits anciens ; mais 
ne vaudrait-il pas mieux de placer tous ces extraits dans 
des notes marginales ou dans un appendice à la fin du 
volume? C'est une idée que je soumets à l'appréciation de 
l'auteur. 

Enfin, n'y aurait-il pas moyen de varier la monotonie 
du récit par quelques détails biographiques sur les membres 
de la cour? Une anecdote , un mot bien placé , une réplique 
spirituelle, un fait mémorable digne d'être conservé, nous 
en apprennent souvent plus que de longues et fastidieuses 
narrations. L'auteur doit, en outre, s'efforcer de saisir 
cette couleur locale, si nécessaire à l'histoire; s'attacher à la 
rendre aussi vraie, aussi vive que possible, et ne pas 
colorer des mêmes teintes huit siècles qui offrent des 
caractères différents, pour ne pas dire opposés entre eux. 

Rendons toutefois justice a ce travail remarquable 
comme œuvre d'érudition et ne désespérons pas de l'au- 
teur, qui a su jeter les fondements solides et durables 
d'une bonne histoire de la cour de Mons. 



(81 ) 
Mes conclusions lendent aux mêmes fins que celles de 
mes honorables collègues. » 

Conformément aux conclusions de ses commissaires, 
MM. Borgnet, Grandgagnage et Steur, le prix n'a pas été 
décerné, mais la question sera reproduite au programme 
de 1855. 



CINQUIÈME QUESTION. 

Un mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme , dans 
leurs rapports avec la Belgique. 

Rapport fie Jtf. «le Haut. 

« Un seul mémoire portant pour épigraphe : Memorem 
mones, doctum doces et similia, a été présenté à l'Académie. 

Malheureusement l'auteur n'a pas compris la question. 
Au lieu de nous parler de la vie et des travaux d'Érasme 
dans leurs rapports avec la Belgique, il se borne à nous 
donner une esquisse rapide de sa vie, et surtout une analyse 
de ses ouvrages, esquisse et analyse qui n'ont pas même le 
mérite de former, dans leur ensemble, un bon article 
biographique. Les travaux historiques, faits de nos jours, 
ont jeté de si vives lumières sur les luttes religieuses et 
littéraires du XVI e siècle; l'auteur du mémoire n'en lient 
aucun compte : ce n'est qu'avec des idées préconçues qu'il 
nous montre Érasme combattant pendant toute sa vie l'i- 
gnorance et la superstition. 

Il y aurait plus d'une remarque sévère à faire, sur ce 
mémoire, pour le fond et pour la forme. J'ai indiqué la plus 
essentielle, celle de n'avoir pas répondu au point prin- 
Tome xix. — II e part. 6 



(82) 

cipal qui constitue proprement la question proposée par 
l'Académie. 

Un des volumes de nos Mémoires renferme un travail 
remarquable de feu notre confrère M. le baron de Reif- 
fenberg, sur la vie et les écrits de Juste-Lipse (1); pour 
nous faire r con naître l'époque qui précède celle de Juste- 
Lipse et pour nous donner un aperçu de l'histoire littéraire 
de la Belgique au XVI e siècle, ce laborieux savant avait 
réuni les matériaux d'une Vie d'Erasme dans ses rapports 
avec nos provinces : je me souviens d'avoir vu entre ses 
mains ce travail portant pour litre : Erasmi vita belgica (2). 
C'est une lacune qui doit être remplie. En conséquence, 
j'ai l'honneur de proposer à la Compagnie de maintenir 
la question au programme du concours de 1853. » 



Mlappoi't de M. Iflohe . 

« Une longue maladie ne m'a pas permis de faire les 
recherches nécessaires pour juger ce mémoire au point de 
vue où s'est placé, dans une partie de son rapport, notre 
savant et honorable confrère, M. le chanoine De Ram, 
si bien au courant de l'état actuel de la science sur toutes 
les questions de littérature et de biographie nationale : 
mais je partage son opinion quant au manque de pro- 
fondeur du mémoire , et je pense comme lui que la ques- 
tion est digne d'être remise au concours. » 



(1) De Justi Lipsii Vita et Scriptis commentarius ; Mémoires cou- 
ronnés, t. III. 

(2) Voyez la Notice sur M. de Keiflenberg, par M. Quetelet, dans VJn- 
nuairt de 1852, p. 114. 



( 83 



Rapport de Mf. MM*? Stnet. 

« L'Académie, comme on sait, proposa pour le con- 
cours de 1822, de faire connaître les rapports littéraires 
d'Érasme avec les habitants des Pays-Bas, etc. N'ayant reçu 
qu'un mémoire imparfait, elle proposa de nouveau le 
même sujet pour 1825. Feu notre savant confrère, M. le 
baron de Reiffenberg, remporta cette fois la médaille d'ar- 
gent; mais il ne put obtenir l'impression de son travail , 
qui pourrait bien être YErasmi vita belgica que M. De Ram 
a vue entre ses mains et qui se trouve peut-être parmi les 
manuscrits du défunt. 

Quoi qu'il en soit, je crois, sans l'avoir vu , qu'il sou- 
tiendrait avantageusement la comparaison avec le mé- 
moire sur la même question soumis à notre examen. Il 
est évident d'abord que l'auteur n'a pas saisi la portée 
de la question proposée, et dès lors il ne saurait y avoir 
lieu à récompense. Mais en adoptant le point de vue 
où s'est placé le concurrent, on ne pourrait y songer 
encore. Il se plaint d'être privé des ouvrages qu'on a pu- 
bliés sur Érasme en Allemagne et en Angleterre; mais 
est-il bien difficile aujourd'hui de se les procurer? Et à leur 
défaut, n'existe-t-il pas plus d'un ouvrage en français (1) 
et en hollandais sur ce sujet important, qu'on pouvait 
consulter avec fruit? Je ne serais pas éloigné de croire 
qu'un seul chapitre de la vie de Luther (2), par Audin , fait 
mieux connaître Érasme que tout le mémoire présenté. 



(1) L'auteur semble avoir connu le travail sur Érasme que M. Nisard a 
inséré dans la Revue britannique, XXI, 119. 

(2) Tom. II,chap. 4. 



(84) 

L'auteur nous donne une notice biographique sur 
Érasme, mais incomplète et souvent inexacte, au point 
qu'il se contredit d'une phrase à l'autre. Les parents d'É- 
rasme étaient pauvres, dit-il, et l'instant d'après, il ajoute 
que ses tuteurs avaient mal géré sa fortune. Ici Érasme 
orphelin est jeté dans un couvent de Maes qui n'exista 
jamais; là, ce qui est plus grave encore, on lui fait dresser 
la célèbre Confession d'Augsbourg, qui fut rédigée, comme 
personne ne l'ignore, par Phil. Melanchton. 

L'analyse des ouvrages du polygraphe hollandais n'est 
pas plus satisfaisante et prouve peu en faveur de la science 
et du jugement de l'auteur. Nous croyons inutile de trans- 
crire ici les remarques sévères qu'elle nous semble mériter. 

Le style n'est pas au-dessus du médiocre. 

Je me rallie entièrement à l'opinion de nos honorables 
confrères, MM. De Ram et Moke, et je pense, comme eux, 
que le sujet est digne d'être remis au concours pour une 
quatrième fois. » 

Le prix n'a pas été décerné, et la question sera remise 
au concours de 1855, conformément aux conclusions des 
commissaires MM. De Ram, Moke et De Smet. 



PROGRAMME DU CONCOURS DE 1855. 



PREMIÈRE QUESTION. 

Quelles ont été, jusqiïà l'avènement de Charles-Quint , les 
relations politiques et commerciales des Belges avec l'Angle- 
terre ? ♦ 



( 85 



DEUXIÈME QUESTION. 

Faire l'histoire, au choix des concurrents , de l'un de ces 
conseils : le grand conseil de Matines , le conseil de Brabant , 
le conseil de Hainaut , le conseil de Flandre. 

TROISIÈME QUESTION. 

Un mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme , dans 
leurs rapports avec la Belgique. 

QUATRIÈME QUESTION. 

Quelle influence la Belgique a-l-elle exercée sur les Provin- 
ces-Unies sous le rapport politique, commercial , industriel , 
artistique et littéraire, depuis F abdication de Charles-Quint 
jusqu'à la paix de Munster ? 

CINQUIÈME QUESTION. 

Quel est le système d'organisation qui peut le mieux as- 
surer le succès de l'enseignement littéraire et scientifique , 
dans les établissements d'instruction moyenne ? 

L'auteur ne traitera pas les questions politiques qui se 
rattachent à la matière de l'enseignement, et il aura prin- 
cipalement en vue la partie de l'instruction moyenne qui 
prépare aux études universitaires. 

Une somme de600fr. est ajoutée, parle Gouvernement, 
au prix proposé par l'Académie. 

SIXIÈME QUESTION. 

L'éloge de G ode froid de Bouillon. 

Le sujet doit être traité principalement au point de vue 



(86) 

littéraire. Il y aura deux prix, l'un pour la littérature fran- 
çaise, l'autre pour la littérature flamande. 

Le prix de chacune de ces questions sera une médaille 
d'or de la valeur de 600 francs. Les mémoires doivent être 
écrits lisiblement en latin, français ou flamand, et seront 
adressés, francs de port, à M. Quetelet, secrétaire perpé- 
tuel , avant le 1 er décembre 1852, pour la cinquième ques- 
tion et avant le 1 er février 1855, pour les questions 1 , 2, 
5, 4 et 6. 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les ci- 
tations; à cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer les 
éditions et les pages des livres qu'ils citeront. 

Les auteurs ne mettront point leurs noms à leurs ouvra- 
ges, mais seulement une devise, qu'ils répéteront sur un 
billet cacheté, renfermant leur nom et leur adresse. On 
n'admettra que des planches manuscrites. Ceux qui se fe- 
ront connaître, de quelque manière que ce soit, ainsi que 
ceux dont les mémoires auront été remis après le terme 
prescrit, seront absolument exclus du concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils 
sont déposés dans ses archives, comme étant devenus sa 
propriété, sauf aux intéressés à en faire tirer des copies à 
leurs frais, s'ils le trouvent convenable, en s'adressant à 
cet effet au secrétaire perpétuel. 

— La classe entend ensuite la lecture des pièces qui 
seront portées au programme de la séance publique du 
7 mai , savoir : 

1° Considérations sur la manière d'écrire l'histoire , par 
M. le baron de Gerlache, président de l'Académie ; 



(87) 

2° Notice de M. Gachard sur la mort de Floris de Mont- 
morency, baron de Montigny; 

3° Deux fables de M. le baron de Stassart; 

4° Notice sur Spontini, associé de l'Académie, par 
M. F. Fétis. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

LE POETE LAINEZ; 

Notice par M. le baron de Stassart, membre de l'Académie. 

Vers la fin du XVII e siècle, en 1688 ou 1689, la petite 
ville de Chimay fut mise en émoi par l'arrivée subite de 
l'intendant de Maubeuge qu'accompagnaient des gens de 
guerre. Il se dirigea vers la modeste demeure d'un homme 
que certains habitants voyaient d'assez mauvais œil... Il ne 
vivait pas à la manière de tout le monde : il ne s'occupait 
jamais de ses voisins; il ne paraissait dans aucune réunion 
de la bourgeoisie; il passait les jours, parfois même les 
nuits, au milieu de ses livres. Puissant motif de le dé- 
tester! Aussi des personnes officieuses Tavaient-elles cha- 
ritablement désigné comme l'auteur des nombreux pam- 
phlets provoqués par l'humeur conquérante de celui qu'on 
appelait le grand roi. 

M. Fautrier, l'intendant du Hainaut français, était un 
de ces hommes d'esprit avec qui toujours il y a de la res- 
source, parce que c'est avec intelligence qu'ils exercent le 
pouvoir. Il jette un regard scrutateur sur le personnage en 



(88) 

face duquel il se trouve et dont l'attitude, le maintien, 
le jeu de physionomie n'annonçaient nullement un cou- 
pable. Cependant l'on examine avec soin jusqu'au moindre 
chiffon de papier; mais au lieu d'écrits séditieux, de dia- 
tribes politiques, que découvre-t-on? De jolis vers, des 
notes savantes , de piquants souvenirs de voyage. L'homme 
dénoncé n'était ni plus ni moins qu'Alexandre Lainez qui, 
sachant le grec, le latin, l'espagnol et l'italien, s'amusait 
à traduire divers ouvrages de ces langues en français. 
Après avoir fait d'excellentes études à Reims, il avait ac- 
compagné le chevalier de Colbert à l'armée, puis s'était 
mis à parcourir l'Europe et l'Asie. Ses ressources épuisées, 
il était revenu dans sa ville natale (1) où, ne trouvant per- 
sonne qui sût le comprendre, il avait pris la résolution 
de s'isoler des humains. 

L'intendant lui fît beaucoup d'excuses de sa méprise : 
un échange d'idées, une conversation intéressante suffit 
pour établir la confiance entre ces deux hommes, et 
M. Fautrier finit par emmener, d'abord à Maubeuge, en- 
suite à Paris, le poëte qui fut là dans son élément. Il s'y 
vit rechercher, de toutes parts, comme un parfait con- 
vive, plein d'enjouement et d'esprit; Despréaux, La Fon- 
taine et le géographe Delisle l'admirent dans leur intimité. 
Les grands mêmes lui firent des avances; les ministres de 
Louis XIV le consultèrent plus d'une fois sur les affaires 
de l'Europe, car il avait fait une étude approfondie des 
pays qu'il avait visités; il en connaissait bien les intérêts, 
les institutions et les mœurs. Il aurait pu se placer d'une 
manière avantageuse au département des affaires étran- 



(1) Il naquit à Chimay vers 1650; on ignore la date précise de sa nais- 
sance. 



(89) 

gères, mais, dominé par la philosophie épicurienne, il avait 
rencontré dans Chapelle un joyeux compagnon de plaisir, 
et, sous l'influence du nectar champenois, il improvisait 
journellement des vers agréables que les beaux esprits 
colportaient de boudoir en boudoir, non toutefois sans de 
notables altérations. Aussi disait-il souvent qu'il serait 
obligé de fonder un hôpital pour ses pauvres enfants 
estropiés. 

On cite une foule de bons mots du poëte belge... Appre- 
nant que deux de ses vers : 

La débauche le fuit , 
La volupté le suit. 

avaient fourni la matière d'un volume, « l'auteur, dit-il, est 
» un drôle qui a pris une goutte de mon essence pour la 
» noyer dans un muid d'eau. » Un jour qu'il soupait chez 
la comtesse de Verue, il y brilla tellement, par les charmes 
de sa conversation et par la lecture de ses poésies, qu'un 
académicien, le marquis de Dangeau, lui demanda gra- 
cieusement par quel motif un homme de son mérite ne se 
présentait pas à l'Académie. Sa réponse : Eh! Messieurs les 
académiciens , qui serait votre juge? annonce encore plus 
d'orgueil que de malice. Quelqu'un s'étonnait de le voir 
entrer de grand matin dans la bibliothèque royale, après 
avoir passé douze heure sa table, un distique latin se pré- 
senta sur-le-champ même à son esprit pour expliquer qu'il 
savait allier l'amour de l'étude aux jouissances gastrono- 
miques : 

Régnât nocte calix , volvuntur biblia mane, 
Cum Phoebo Bacchus dividit imperium (1). 



(1) Pendant la nuit règne la coupe enivrante, et les livres sont feuilletés 
dès le matin; c'est ainsi que Bacchus se partage l'empire avec Apollon. 



(90) 

Grand admirateur de Bayle, il avait fait le voyage de 
Hollande sans autre but que de voir ce philosophe scep- 
tique. 

Aucune considération sociale ne pouvait le décider à se 
départir de son indépendance : le duc de Bourbon, qui 
se l'était fait présenter par M. de Lafaye, voulant l'avoir à 
souper, le soir même. « Monseigneur, répondit-il, six 
personnes m'attendent à l'image S l -Claude, Votre Altesse 
aurait mauvaise opinion de moi, si je manquais de parole 
à mes amis. » 

Malgré la bonne chère, il avait peu d'embonpoint : leste, 
agile, il prenait plaisir à grimper sur les arbres les plus 
élevés. Il se promenait, par une belle journée du mois de 
mai , dans la forêt de Fontainebleau , avec un gros abbé 
d'une allure pesante et qu'il conduisait au pas de charge. 
Le pauvre homme, tout essoufflé, s'arrête sous un énorme 
chêne au sommet duquel son compagnon s'était déjà 
perché. « Je le vois, Lainez, s'écria-t-il , et moi aussi ré- 
pond l'autre, je te vois, comme un oiseau qui regarde un 
bœuf. » 

Les copieux repas dont il faisait ses délices, abrégèrent 
ses jours; il mourut, à Paris, le 18 avril 1710, et, comme 
la veille de sa mort, mécontent d'un ecclésiastique qui pré- 
tendait s'emparer de ses papiers pour les détruire, il avait 
changé de domicile et de paroisse, il fut enterré à S'-Roeh. 
Il manifestait, en mourant, le regret de ne s'être pas fait 
transporter dans la plaine de Montmartre pour y contem- 
pler encore une fois le lever du soleil. 

Voltaire a consacré quelques lignes à Lainez dans son 
Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV. « C'était, 
dit-il, un poêle singulier, dont on a recueilli un petit 
nombre de vers heureux. » Il ligure honorablement sur le 



(91 ) 

Parnasse français de Titon du Tillet (1), dont il avait été, 
deux ans, le commensal. Le médecin Chambon se mit en 
devoir de réunir les poésies du défunt, mais il ne put en 
rassembler qu'une faible partie; YÉpître à Bayle et d'autres 
morceaux d'élite échappèrent à ses recherches. Remises au 
libraire Jombert, elles ne parurent qu'en 1753, par les 
soins de D'Aquin de Château-Lyon. Ce volume in-8° de 
xxn-112 pages est devenu fort rare, et je me félicite de 
pouvoir l'offrir à l'Académie. 

Tous les critiques s'accordent à reconnaître, dans les 
opuscules de Lainez, du naturel, de la facilité, de la grâce 
et des tours d'une originalité piquante. 

On a souvent cité les vers pour le portrait de M me de 
Martel : 

Le tendre Apelle, un jour, dans ces jeux si vantés 
Qu'Athènes autrefois consacrait à Neptune, 
Vit, au sortir de Tonde, éclater cent beautés, 

Et prenant un trait de chacune , 
Il fit de sa Vénus un portrait immortel. 

Sans cette recherche importune, 
Hélas ! s'il avait vu la divine Martel, 

Il n'en aurait employé qu'une. 

Néanmoins je préfère, comme marquée au coin d'une 
délicatesse exquise, la pièce intitulée : Le véritable amour. 

Projet flatteur d'engager une belle, 
Soins concertés de lui faire la cour, 



(1) C'est un monument de bronze que Titon du Tillet fit exécuter à ses 
frais, de 1708 à 1718, par Louis Garnier, élève de Girardon. Il se voit en- 
core dans une des salles de la grande bibliothèque de Paris. La description 
en fut publiée par Titon du Tillet lui-même, in-12, Paris, J.-B. Coignard 
fils, 1727. Il existe une édition in-folio de ce livre. Paris, 1760. 



(92) • 

Tendres écrits , serments d'être fidèle , 
Airs empressés , vous n'êtes point l'amour. 
Mais se donner sans espoir de retour, 
Par son désordre annoncer que l'on aime, 
Respect timide avec ardeur extrême , 
Persévérance au comble du malheur, 
Voilà l'amour, il n'est que dans mon cœur. 

VAlmanach des daines, de 1818, contient (page 27) un 
madrigal inédit qui n'est pas inférieur aux deux pièces 
précédentes : 

Un ruisseau m'endormait en tombant dans la Seine, 
Mille oiseaux m'éveillaient et ranimaient ma veine, 
Une aurore naissante éclairait le chemin 
D'où le zéphyr et Flore, avec leur douce haleine, 
Faisaient neiger sur moi la rose et le jasmin. 
J'aperçus tout à coup la beauté que j'adore, 

J'oubliai les ruisseaux, 

Je n'ouïs plus d'oiseaux, 

Je ne vis plus de flore. 
De roses, de jasmin, de zéphir ni d'aurore. 

Celte épigramme : 

Je sens que je deviens puriste , 
Je plante au cordeau chaque mot : 
Je suis les Dangeaux à la piste , 
Je pourrais bien n'être qu'un sot. 

prouve qu'au besoin , il aurait pu se montrer satirique tout 
comme un autre. Du reste, il avait peu de. fiel dans le 
cœur; son caractère le portait naturellement à la bien- 
veillance. 

Il s'était pris d'une sorte de passion pour les exploits de 
Charles Xlf, roi de Suède. Tl les célébra dans un poëme 



(93) 

d'environ deux mille vers (1). Le début m'en semble un 
peu trop emphatique. 
Vous en jugerez : 

Où suis-je à mon réveil ? et quel divin transport 
Entraîne tout à coup mon esprit vers le Nord. 
Le Don sort tout en feu du milieu de ses glaces, 
Deux cents bouches d'airain expliquent ses menaces. 



L'Elbe au moindre aquilon voit flotter sur ses rives 

Du Danois cuirassé les cohortes massives. 

Le monde est-il le but de tant d'apprêts divers? 

Un mineur (2) dans Stockholm fait trembler l'univers. 

Ce poëme, sauf quelques fragments, n'a jamais vu le 
jour, mais l'auteur en fit à son héros l'envoi qu'accompa- 
gnait la lettre suivante : 

« Sire, je vous envoie, au milieu de la Pologne, ce que 
j'aurais envoyé à Alexandre au milieu de l'Asie. Ce sont 
des tributs que l'on paie aux héros , bien moins pour mar- 
quer sa sujétion que pour se faire honneur. 

» Je souhaite, Sire, que vous jouissiez longtemps d'une 
gloire qui, tout immense qu'elle est, ne vous demande 
que de vous imiter vous-même. Je prie, etc. » 

On ne dit pas si Charles Xli se montra sensible à tant 
de courtoisie et s'il en témoigna sa reconnaissance au 
poète. 

Plusieurs ouvrages de Lainez, entre autres un poëme 



(1) Un de ses biographes, d'Aquin, de Château-Lyon, ne parle que de six 
cents vers, mais j'ai plus de confiance dans ce que dit sur ce point Titon du 
Tillet. 

(-2) Charles XII avait à peine 18 ans, lorsqu'il soutint la guerre contre le 
Danemark , la Pologne et la Moscovie. 



(94) 

en vers grecs sur Homère, une traduction de Pétrone et 
des cantates sont restés inédits. 

Alexandre Lainez, s'il faut s'en rapporter à Titon du 
Tillet, était de la même famille que le père Lainez, second 
général de la compagnie de Jésus (1), ce qui ferait supposer 
une origine espagnole. 

Vous excuserez, Messieurs, ces détails sur les produc- 
tions de Lainez. Les poètes belges du XVII e siècle ne sont 
pas nombreux, et celui-ci me paraît mériter d'être plus 
généralement connu qu'il ne l'est encore. 



— A cause de l'heure avancée, les autres communica- 
tions ont dû être remises à une séance prochaine. 



(1) Né dans le bourg cTAlmançario , diocèse de Siguença, en Castille , Pan 
1 51 2 , et mort à Rome , le 1 9 janvier 1 565. 



: 



(93) 



Séance publique du 7 mai 1852. 

M. le baron de Gerlache, président de l'Académie. 
M. le baron de Stassart, vice-directeur. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Classe des lettres : MM. le chevalier Marchai , Sieur, De 
Smet, De Ram, Roulez, Lesbroussart, Moke, Gachard, 
Borgnet, le baron J. de Saint-Génois, David, Van Meenen , 
De Decker, Schayes, Snellaert, Carton, Haus, Bormans, 
M.-N.-J. Leclercq, Polain, J. De Witte, membres; Nolet de 
Brauwere Van Steeland, associé; Kervyn de Lettenhove, 
Chalon , correspondants. 

Classe des sciences : MM. Kickx, directeur; Stas, vice- 
directeur; d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sauveur, Timmer- 
mans, DeHemptinne, Crahay, Wesmael, Martens, Dumont, 
Cantraine, Morren, De Koninck, Van Beneden, De Vaux, 
le baron Edm. deSelys-Longchamps, Nyst, Gluge, Schaar, 
membres ; Spring , associé. 

Classe des beaux-arts: MM. Alvin, Braemt, A F. Fétis, 
G. Geefs, Suys, Van Hasselt, Érin Corr, Snel, Partoes, 
Baron, Ed. Fétis, membres; Calamatta, associé. 

La séance est ouverte à 2 heures. 



( 96 



Considérations sur la manière d'écrire l'histoire. — Dis- 
cours de M. De Gerlache, président de l'Académie 
royale de Belgique, pour l'année 1852. 

Messieurs , 

Vous vous rappelez qu'à la réorganisation de l'Aca- 
démie, qui suivit de près la déclaration de notre indépen- 
dance, chacun de nous conçut de magnifiques espérances 
de notre avenir littéraire, en considérant, d'une part, les 
glorieux souvenirs de cette terre si féconde en grands 
hommes et en mémorables événements, et de l'autre, le 
merveilleux élan que venaient d'imprimer aux esprits notre 
émancipation nationale et les libres institutions que la 
Belgique s'était données. Pourquoi ces espérances ne se 
sont-elles pas toutes réalisées? Certes de nombreux et 
importants travaux ont été publiés en Belgique depuis 
1830. Mais pourquoi des ouvrages qui se distinguent sou- 
vent par la sagacité de la critique et la profondeur de 
l'érudition, laissent-ils généralement à désirer plus d'art 
et de perfection dans la forme? C'est une question que j'ai 
entendu souvent répéter ici à l'occasion des mémoires de 
concours soumis à votre jugement. Comment ce pays, qui 
a vu naître une foule d'artistes éminenls, renommés par 
toute l'Europe, n'a-t-il pas produit un nombre à peu près 
égal d'excellents écrivains, populaires chez eux et à l'é- 
tranger? Les uns attribuent notre infériorité sous ce rap- 
port au peu d'étendue de notre territoire; d'autres à notre 
ancien esprit provincial; d'autres, à la différence de nos 



( 97 ) 
idiomes nationaux, qui se mêlent et s'altèrent réciproque- 
ment; d'autres, à l'indifférence du public, trop absorbé 
par ses intérêts positifs et matériels. 

Je pense, pour moi, que ce qui a rendu jusqu'ici la 
condition de l'écrivain si défavorable chez nous, c'est 
d'appartenir à un pays qui, pendant deux siècles, n'a pesé 
que comme un appoint dans la balance de l'Europe; c'est 
devenir après ces puissantes nations, qui tour à tour ont 
eu leur grand âge littéraire, et dont les livres exercent 
une influence presque aussi vaste que leur politique à la- 
quelle ils prêtent un nouvel appui. Cette influence a été 
pour nous si fatale, nous oserions dire si oppressive, 
qu'une partie des événements de notre histoire semble 
avoir été dénaturée à dessein par les étrangers, et que 
plusieurs de nos grands noms historiques nous ont été au- 
dacieusement ravis. Quels efforts de génie ne nous fau- 
drait-il pas aujourd'hui pour lutter contre ces vieux 
préjugés et nous relever d'un oubli dont nous paraissons 
avoir été complices? 

Cependant les circonstances sont maintenant favora- 
bles pour prendre dans la carrière le rang qui nous appar- 
tient. Quelle nation offrit jamais une aussi riche moisson à 
l'écrivain? L'histoire de Liège et l'histoire de Flandre, si 
souvent et si heureusement explorées par des hommes de 
savoir et de talent, sont loin, à noire avis, d'être com- 
plètement épuisées. Que dirai-je de la grande lutte du 
XVI e siècle, de ce suprême effort du catholicisme contre 
le protestantisme, où les destinées de la civilisation euro- 
péenne étaient en jeu? L'ancienne et la nouvelle Acadé- 
mie, la Commission d'histoire, et les travaux spéciaux de 
plusieurs d'entre vous ont accumulé des matériaux pré- 
cieux qui n'attendent plus qu'une main habile pour les 
Tome xix. — IP part. 7 



(98) 

mettre en œuvre. Or, cet heureux ouvrier ne peut se ren- 
contrer que chez nous. Jamais un étranger, quel que soit 
son génie, ne pourra connaître à fond ni nos vieilles 
mœurs, ni nos vieilles institutions, ni nos vieux monu- 
ments historiques dont le véritable esprit lui échappera 
toujours. 

En revanche, nous avons aussi certains écueils particu- 
liers à éviter. L'esprit local ou communal n'a pas peu con- 
tribué, je pense, à fausser les théories de quelques-uns de 
nos jeunes écrivains. Entraînés par les opinions du mo- 
ment, ils oublient les intérêts généraux et l'avenir de la 
nation pour se concentrer presque exclusivement dans leur 
province ou leur cité. C'étaient assurément de grandes et 
puissantes communes que celles de Gand, de Bruges, de 
Liège, et qui firent des choses bien mémorables. Mais la 
commune d'Athènes lit de beaucoup plus grandes choses 
encore; ce qui n'empêcha point Thucydide, Xénophon, 
Platon, Arislote, qui se connaissaient en fait de liberté et 
d'héroïsme, de juger sévèrement les hommes dangereux 
qui la conduisirent à sa perle, en flattant et en exaltant à 
l'excès les passions populaires. 

Plus la carrière est vaste, plus il importe d'en mesurer 
de haut toute l'étendue. L'historien doit parler aujourd'hui 
de politique générale, de traités de commerce, d'agricul- 
ture, d'industrie, de finances, etc. , toutes choses qui in- 
fluent grandement sur l'existence des empires et dont 
s'occupaient fort peu les annalistes anciens. Toutefois il ne 
doit jamais oublier que l'homme lui-même occupe de droit 
la première place dans l'histoire, et que l'être immorie! a 
une autre fin dans le monde que de s'enrichir et de jouir. 
Le génie se rapetisse et s'éteint lorsqu'il se circonscrit 
dans le cercle des intérêts matériels. 



(99) 

L'historien doit réunira l'inspiration du poète la saga- 
cité du moraliste, et l'expérience de l'homme d'État. Il 
doit avoir beaucoup vu et beaucoup appris; goûté les gran- 
deurs et les amertumes de la vie et les avoir appréciées; 
il doit être animé de profondes convictions; avoir foi en 
Dieu , foi dans l'avenir de sa patrie, foi dans la vraie gloire, 
qui suit toujours la vertu; posséder assez d'empire sur lui- 
même pour dédaigner les passions du jour, si vives et si 
bruyantes, qui dominent les hommes vulgaires et qui dis- 
paraissent avec eux. C'est l'opinion des siècles et non celle 
du siècle qu'il doit écouter. Et s'il n'obtient point immé- 
diatement la justice qui lui est due, qu'il se console en 
songeant qu'un bon livre est une puissance et qu'aucune 
puissance ne peut abattre. 

L'historien doit être doué d'imagination , d'âme, et sur- 
tout de jugement; connaître bien les annales de son pays; 
avoir beaucoup médité sur les mœurs et les constitutions 
des divers peuples. J'ajouterai que, pour en bien parler, il 
doit avoir vu quelques-uns de ces terribles bouleverse- 
ments que l'on appelle révolutions, et qui en apprennent 
plus à l'observateur que tous les livres du monde. 

Les nouvelles découvertes historiques, les nouvelles 
pièces, les nouveaux faits ont parfois une immense portée, 
à tel point qu'ils peuvent modifier des opinions reçues et 
en quelque sorte passées en force de chose jugée. Ce sont 
là les bonnes fortunes des érudils. Et pourtant tout cela 
s'enlève; les idées elles-mêmes s'enlèvent. Le style seul 
assure la destinée d'un livre et en fait la propriété de l'au- 
teur; seul il rend populaire le nom d'un écrivain et le 
grave en caractères indélébiles sur les tablettes de la 
postérité. 

La première de toutes les conditions du style, c'est de 



( 100 ) 

savoir intéresser le lecleur en le transportant sur le 
théâtre des événements; de manière qu'il croie les voir 
se dérouler devant lui, en oubliant la main qui les lui 
montre. Un historien véritable est une espèce de magi- 
cien qui évoque et ressuscite les morts et les fait parler 
pour l'instruction des vivants. Mais la vie, le mouvement, 
le charme du récit , ce je ne sais quoi qu'il est impossible 
de dire, disparaissent sous la lourde main des écrivains 
sans génie. 

Vous savez quelle est la puissance des faits pour la solu- 
tion des grands problèmes qui intéressent l'humanité. Les 
discussions irritent et obstinent les esprits plutôt qu'elles 
ne les éclairent, parce qu'elles mettent toujours aux prises 
les passions et les amours-propres. Mais les faits sont des 
autorités qui emportent leurs preuves avec eux et qu'on 
n'infirme point par de subtils raisonnements, à moins 
qu'on n'en vienne jusqu'à nier l'évidence. Vous savez aussi 
quelle est la puissance de l'exemple. Si Ton nous convie 
à entrer dans le rude sentier du bien par d'éloquentes ex- 
hortations, chacun est tenté de répondre : Je ne puis : 
c'est au-dessus de mes forces ! Mais si l'on nous retrace 
la vie de quelqu'un de ces hommes qui se sont illustrés 
dans la science ou dans la vertu, à force de travaux, de 
persévérance, de privations; en luttant énergiquement 
contre la fortune et contre leur propre faiblesse, en se 
dévouant tout entiers à une grande cause ou à une grande 
idée, nous nous disons à nous-mêmes : Pourquoi n'en 
ferais-je pas autant? je suis un homme comme lui! Voilà 
le but, le noble but de l'histoire, Messieurs, et non pas 
d'amuser quelques instants des esprits frivoles ! 

Deux écoles, vous le savez, animées de tendances fort 
différentes, se disputent le domaine de l'histoire: Tune 






( <oi ) 

est l'école narrative, qui s'empreint de la couleur locale, 
qui retrace les événements sans prétendre les juger; l'autre 
est l'école philosophique, qui analyse et juge les faits plu- 
tôt qu'elle ne les raconte. Ce dernier système est celui du 
XVIII e siècle qui a été généralement abandonné de nos 
jours, et avec raison, car les faits, fidèlement racontés, en 
disent plus que toutes les théories du monde. Toutefois, 
l'un et l'autre système pris isolément ont leurs dangers. En 
effet, si vous rapportez simplement les faits tels qu'ils se 
trouvent exposés dans les annales et les chroniques con- 
temporaines, vous pourrez exciter vivement la curiosité 
du lecteur (I); mais sa raison, tenue trop à l'étroit dans 
cet horizon borné, ne sera point satisfaite; et la justice et 
l'opinion de votre siècle pourront s'en trouver blessées : 
or, elles ont aussi leurs droits qu'il n'est pas permis de 
méconnaître. D'un autre côté, si vous jugez avec l'esprit 
de votre époque les hommes et les choses d'autrefois, vous 
courez risque de mettre vos idées, et vos préjugés peut- 
être, à la place des leurs; et c'est la pire des infidélités. Je 
pense, quant à moi, que la meilleure méthode est celle 
qui raconte le fait impartialement, et le juge impartiale- 
ment; et c'est celle des grands maîtres. 

IL'impartialilé consiste à ne rien dissimuler, pas plus les 
fautes de ses amis que celles de ses ennemis. Les opinions 
et les intérêts changent; les partis disparaissent; la vérité 

(1) C'est le système de l'historien des Ducs de Bourgogne , qui a pris 
pour épigraphe de son livre, ces mots de Quintillien : Scribitur ad narran- 
âum , non ad probandum. 

(2) Historia testis temporum , lux veritatis , magistra vitae \ nuncia 
vplnstatis. De Oratorf., 1. 2. 



( 102 ) 

la vérité? Les uns disent : la vérité est quelque chose de 
relatif, qui n'^st ni à droite ni à gauche, qui n'est point 
dans les extrêmes, mais plutôt entre les deux. Je crois 
pour moi que ce système éclectique, qui est celui de beau- 
coup d'honnêtes gens bien avisés, est surtout mauvais en 
philosophie. La vérité est où elle est; il faut la chercher 
résolument , avec une curiosité ardente, infatigable, et dans 
sa propre conscience et dans la conscience du genre hu- 
main. Dieu, qui a mis au fond du cœur de l'homme un 
amour indomptable de cette divine lumière, lui a aussi 
donné les moyens de la trouver et de s'y reposer quand il 
la cherche de bonne foi. 

On ne peut être écrivain, publiciste, homme d'État, pa- 
triote éclairé, sans connaître à fond l'histoire de son pays, 
de son époque et de toutes les époques. 

L'histoire ancienne et l'histoire moderne s'éclairent et 
se contrôlent l'une par l'autre. aux yeux de l'observateur. 
On devine le passé par le présent; et l'on juge mieux le 
présent, si l'on compare avec attention les événements 
arrivés de notre temps à ceux d'autrefois. Au fond, ce sont 
toujours les mêmes hommes et les mêmes passions qui 
s'agitent, et des circonstances analogues ramènent à peu 
près les mêmes résultats. Sans méconnaître la part de la 
Providence, qui tient en ses mains les destinées des na- 
tions et qui déjoue souvent toutes nos prévisions, il est 
évident que la différence est grande entre celui qui, dans 
l'appréciation des affaires humaines, marche éclairé par 
l'expérience des siècles, et celui qui ne connaît d'autre 
lumière que ses pensées propres et son expérience indivi- 
duelle. Si cela ne m'éloignait trop de mon sujet, je pourrais 
citer tels hommes d'État, fort distingués d'ailleurs, aux- 
quels il n'a manqué qu'une connaissance plus approfondie 



III 

et 
Pi 



( 103) 

de l'histoire pour éviter beaucoup de funestes méprises. 
Combien de simples citoyens, dans des États libres, jouis- 
sant d'une honnête position sociale, mais avides de se 
créer une grande influence ou une réputation populaire, 
ont contribué de toute leur âme à soulever des questions 
et des passions dont ils ignoraient la force et la tendance, 
qu'ils croyaient pouvoir arrêter à leur point de vue, et 
dont ils devaient être les premières victimes! 

Que remarquons-nous en définitive flans l'histoire? Quel- 
ques nations s'élèvent au-dessus des autres, grâce à de 
sages institutions et aux grands hommes qui les gouver- 
nent. Tant que ces institutions restent debout, ces nations 
prospèrent. Rome croît en puissance et en vertus jusqu'à 
la fin de la seconde guerre punique; Athènes arrive au 
faîte de la gloire en luttant contre Xercès. Mais bientôt 
ceux que la crainte et le danger avaient réunis, se divi- 
sent; les croyances s'affaiblissent, les mœurs se dépravent, 
les partis se forment, et chacun veut dominer. La multi- 
tude prend le dessus, sous prétexte qu'elle est la plus 
nombreuse, la plus forte et la plus mal partagée; les dé- 
agogues l'excitent contre ceux qui tiennent le pouvoir 
t la fortune , et cela avec d'autant plus de facilité, que les 
plus puissants sont souvent les plus corrompus. Dès lors 
il n'y a plus de république. Liège et Gand ont eu, comme 
Athènes et Rome, leurs Cléons et leurs Clodius, toujours 
parlant des libertés du peuple, des droits du peuple, 
des franchises du peuple, le ruant contre les nobles, 
contre les riches, contre les meilleurs citoyens, contre 
le prince, et poussant vigoureusement l'État à sa ruine; 
et puis quand le pays est détruit, quand tout est ren- 
versé, on est trop heureux de se réfugier sous un maître 
absolu. 



( 104 ) 

« Un peu d'esprit et beaucoup d'autorité, dit Balzac (1), 
c'est ce qui a presque toujours gouverné le monde, quel- 
quefois avec succès, quelquefois non, selon l'humeur du 
siècle, selon la disposition des esprits, plus farouches ou 
plus apprivoisés. 

» Mais il faut toujours en venir là : il est très-vrai qu'il 
y a quelque chose de divin ; disons davantage : il n'y a rien 
que de divin dans les maladies qui travaillent les États. 
Ces dispositions, cette humeur, celte fièvre chaude de 
rébellion, cette léthargie de servitude viennent de plus 
haut qu'on ne s'imagine. Dieu est le poète, les hommes ne 
sont que les acteurs. 

» Ces grandes pièces qui se jouent sur la terre ont été 
composées dans le ciel ; et c'est souvent un faquin qui en 
doit être l'Atrée ou l'Agamemnon... » 

Messieurs, de telles considérations seraient susceptibles 
de développements infinis. Mais elles ont été souvent l'ob- 
jet de vos méditations, et en y insistant davantage, je croi- 
rais abuser outre mesure de votre bienveillante attention. 
Si je me suis permis de vous soumettre ici quelques aper- 
çus, nécessairement bien incomplets, sur un sujet si vaste, 
c'est uniquement pour obéir à des antécédents que je crois 
avoir contribué à établir moi-même, et pour vous prouver 
quel prix j'attache à l'honorable distinction qu'il vous a 
plu de m'accorder encore une fois. 



(1) Dans son Socrate chrétien. 



(105) 

Sur la mort de Floris de Montmorency, baron de Monligny 
et de Leuze, exécuté dans le château de Simancas, par 
ordre de Philippe II; notice de M. Gachard, membre de 
l'Académie. 

S'il est un nom qui soit impopulaire en Belgique, c'est 
celui de Philippe II. Ce nom rappelle les plus tristes sou- 
venirs de nos annales : la patrie opprimée, les libertés na- 
tionales anéanties, la persécution religieuse associée au 
despotisme politique, des milliers de citoyens périssant 
sur les échafauds, toutes les sources de la prospérité pu- 
blique desséchées, et, pour compléter ce tableau, la guerre 
civile déchirant le magnifique héritage que Charles-Quint 
avait laissé à son successeur. 

Un événement surtout de cette époque a rendu odieuse 
aux Belges la mémoire de Philippe II : c'est celui que 
retraçait naguère, dans une page sublime, ajoutée à tant 
d'autres chefs-d'œuvre, le pinceau d'un grand artiste, l'une 
des gloires de notre pays; c'est la mort des comtes d'Eg- 
mont et de Hornes. Après trois siècles écoulés, le supplice 
de ces illustres victimes de l'arbitraire excite encore dans 
les cœurs une réprobation qui se transmettra d'âge en âge 
jusqu'à nos derniers neveux. 

Eh bien! quelque atroce, quelque exécrable que soit 
l'assassinat juridique des comtes d'Egmont et de Hornes, 
il y a, dans l'histoire de Philippe II, un fait plus atroce, 
plus exécrable encore : je veux parler du meurtre de Floris 
de Montmorency, baron de Monligny et de Leuze(l). Car, si 



(1) Floris de Montmorency porta d'abord le titre de seigneur d'Huber- 
mont; il prit ensuite celui de seigneur de Monligny. Ayant acheté, en 1001 , 



( 106 ) 
les comtes d'Egmont et de ïïornes furent jugés et mis à 
mort, au mépris des lois du pays, des privilèges de Tordre 
de la Toison d'or et de toutes les formes tutélaires de l'in- 
nocence, il y avait au moins de l'audace à braver ainsi 
l'opinion publique : le meurtre du baron de Montigny, 
préparé avec un machiavélisme infernal , exécuté dans les 
ténèbres, dissimulé sous les apparences d'une mort natu- 
relle, fut un acie aussi cruel que lâche. 

Jusqu'à l'époque où je pénétrai dans les archives de 
Simancas, ce dépôt des monuments les plus secrets de la 
politique de Philippe II (1) , une profonde obscurité avait 
enveloppé les circonstances de la mort du baron de Mon- 
tigny; on ne savait même, d'une manière positive, ni le 
temps et le lieu où il avait cessé de vivre, ni quel avait été 
le genre de sa fin. Des deux historiographes de Philippe TI, 



la terre de Leuze, qui avait été érigée antérieurement en baronnie, il se qua- 
lifia de baron de Montigny et de Leiue. Cette qualification lui est attribuée 
dans deux actes officiels que j'ai sous les yeux : l'instruction du dernier février 
1oG4 (15C5, n. st.) que la duchesse de Parme lui donna, lorsqu'elle l'envoya 
à Bruges, pour conférer avec les commissaires d'Angleterre, et celle du 
20 mai 150G qu'il reçut, conjointement avec le marquis deBergbes, pour la 
mission dont ils furent chargés en Espagne. 

(1/ Il se passa, à ce sujet, quelque chose que je suis forcé de raconter ici. 

Des employés des archives de Simancas, mécontents de voir l'accès de ce 
dépôt accordé à un étranger, tandis qu'on le refusait à des nationaux, reti- 
rèrent , des liasses où elles étaient renfermées , pour que je n'en prisse pas 
connaissance, la plupart des pièces relatives à la détention et à la mort de 
Montigny ; leur œotii était qu'il fallait empêcher la divulgation de faits qui 
accusaient la mémoire de Philippe IL Vers le même temps,' un journal de 
Madrid publia que, selon le bruit qui courait, les pièces du procès de Mon- 
tigny avaient disparu des archives, et, à ce propos, il blâma le gouvernement 
d'avoir donné à des étrangers l'entrée du château de Simancas. Inutile de 
dire que je réclamai, et que le gouvernement se convainquit de la fausseté 
du bruit qui courait, ou qu'on voulait faire courir; mais voici ce qu'il y a de 



( 107) 
l'un, Cabrera, ne dît rien de cet événement; l'autre, Her- 
rera, fait mourir Montigny à Médina del Campe-, sans in- 
diquer la date de sa mort (1). Strada lui fait trancher la 
tôle à Ségovie (2), et Bentivoglio à Madrid (5); l'un et 
l'autre rapportent que ce fut peu de temps après son arres- 
tation. Selon de Thou, si bien informé en général, cinq 
ans se seraient écoulés entre celle-ci et la mort de Mon- 
tigny, qui aurait eu lieu à Médina (4). 

Nos historiens nationaux n'ont guère été mieux in- 
formés à cet égard que les historiens étrangers. Le Petit, 
qui attribue au poison la mort du marquis de Berghes (5), 
ne parle pas du baron de Montigny. Bor prétend qu'il fut 
décapité en 1568 (6); Grotius, qu'il perdit la vie par un 
supplice public, sans s'expliquer davantage (7), Vander 
Vynckt répète l'assertion de Strada (8). Van Meteren est 



curieux : les mêmes hommes qui ne voulaient pas qu'on connût les circon- 
stances de la mort de Montigny, par respect pour la mémoire de Philippe II , 
firent insérer les actes où elles était rapportées, dans la Coleccion de docu- 
mentes inédites para la historia de Espaha , t. IV et V. 

C'est à l'aide de ces documents que M. Viel -Castel a raconté, en 1846, 
dans un article de la Revue des Deux-Mondes } intitulé : La justice poli- 
tique en Espagne sous Philippe II , la fin du baron de Montigny. 

Après un travail aussi remarquable, je me serais gardé de traiter le même 
sujet, si je n'avais entrepris, depuis longtemps, de retracer les principaux 
épisodes de notre grande révolution du XVI e siècle. 

(1) Historia gênerai del mundo , part. I, liv. X. 

(2) De bello Belgico, déc. I, liv. VII. 

(5) Histoire des guerres de Flandre , traduite par Loisean, t. I, p. 266. 

(4) Histoire universelle, liv. XI J et XLVil. 

(5) Grande chronique de Hollande, liv. IX. 

(6) Nrdcrlantsche oorloahen, liv. IV, fol. 182. 

(7) Annales et histoire des troubles des Pays-Bas-, liv. II. 

(8) Histoire des troubles des Pays Bas, t. I, pp. 264 et 265 de l'édition 
de M. de Reiflfenberg. 



( 108) 
celui qui a le plus approché de la vérité, en rapportant que 
Montigny fui transféré de Ségovie au château de Simancas, 
où il mourut, au commencement d'octobre 1570, des 
suites du poison qu'un jeune page lui avait donné (1). 

Aujourd'hui la vérité tout entière est connue, et nous 
pouvons raconter, jusque dans les moindres détails, cette 
horrible tragédie. 

Nous dirons d'abord, en quelques mots, ce qu'était le 
baron de Montigny, et la part qu'il prit aux événements 
dont la Belgique fut, à celle époque, le théâtre. 

Floris de Montmorency descendait de celle branche de 
l'illustre maison de Montmorency qui s'élait établie aux 
Pays-Bas sous le règne de Philippe le Bon , et qui depuis y 
avait toujours tenu un rang distingué entre les grandes fa- 
milles de ces provinces. Il était le frère puîné du comte de 
Hornes. Son père, Joseph de Montmorency, seigneur de 
Nevele, d'Hubermonl, de Burcht, deZwindrecht, etc., avait 
épousé Anne d'Egmont, tille aînée de Floris d'Egmonl, 
comte deBuren, chevalier de la Toison d'or, gouverneur 
et capitaine général du comté de Flandre (2). 

Floris de Montmorency passa plusieurs années de sa 
jeunesse en France, chez le connétable Anne de Mont- 
morency, son cousin (5). ïl avait à peine vingt ans, lorsque 
Charles-Quint, étant à Augsbourg en 1548, le nomma 



(1) Histoire des Pays-Bas, liv. III, fol. 59 v° et GO, édil. de 1618. 

(2) Desormeaux, Histoire de la maison de Montmorency , t. I, p. 45 et 
suiv. 

(3) Desormeaux. — On lit, dans la réponse de Montigny à l'interrogatoire 
qu'il subit, le 7 février 1569, au château de Ségovie : Este confesanie desde 
muchaeho se crio très ahos con el condestable.... (Coleccion de docu- 
mentas in éditas para la hisloria de Espana, t. V, p. 59.) 



( 109 ) 

gentilhomme de sa maison (1). Ce monarque avait re- 
connu dans le jeune Floris des talents précoces. Il lui 
donna, en 1552, une mission en Espagne sur laquelle 
nous manquons de détails (2). Les années suivantes, il le 
chargea de plusieurs autres affaires au pays de Liège et 
dans l'Artois (5). 

Philippe II fit paraître d'abord, pour Floris de Mont- 
morency, les mêmes sentiments de bienveillance que 
l'Empereur, son père, lui avait montrés. Il lui conféra, en 
moins de trois années (1559-1562), les charges de gou- 
verneur de Tournai et Tournaisis, de grand bailli de la 
même province, et de capitaine de la bande d'ordonnances 
qu'avait commandée Ponce de Lalaing, seigneur de Bu- 
gnicourt. Plus tard , il le gratifia d'une pension et même 
d'une des commanderies dont il disposait en Espagne, 
mais ce ne fut alors qu'en cédant aux instances réitérées 
de la duchesse de Parme, sa sœur, gouvernante des Pays- 
Bas (4). Aux titres divers dont je viens de donner l'énu- 
mération , le baron de Montigny joignait celui de chevalier 
de la Toison d'or, qu'il avait reçu dans le chapitre tenu à 
Gand au mois d'août 1559 (5). 



(1) Journal des voyages de Charles- Quint, par Vandenesse, MS. de la 
Bibliothèque royale. 

(2) Compte de la recette générale des finances de 1552, aux archives de 
Lille. — Lettres des seigneurs, t. VII, fol. 233, aux Archives du royaume : 
papiers d'État. 

(3) Comptes de la recelte générale des finances de 1553 et 1554, aux ar- 
chives de Lille. 

(4) Compte de la recelte générale des finances de 1564, aux archives de 
Lille. — Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, 
publiée d'après les originaux conservés dans les archives royales de 
Simancas, t. I, pp. 290, 298, 30G, 513, 341, 349. 

(5) Histoire de la Toison d'or, par M. de Reiffenberg, p. 4G8. 



( HO) 
Le prince d'Orange, Guillaume le Taciturne, lorsqu'il 
s'unit à la princesse Anne, nièce de l'électeur de Saxe, 
exprima le désir que le roi se fît représenter à ses noces : 
la duchesse de Parme, au nom de son frère, y envoya le 
seigneur de Montigny (1). L'année d'après (1562), elle lui 
confia une mission plus importante. Des troubles venaient 
d'éclater en France, et inspiraient des inquiétudes pour la 
sûrelé des Pays-Bas; d'autre part, les seigneurs, mécon- 
tents de la trop grande influence du cardinal deGranvelle, 
refusaient leur concours à la gouvernante : Montigny fut 
chargé d'exposer au roi la situation et les vœux du pays (2). 
A son retour, à la fin de 1502 , sa présence devint néces- 
saire dans son gouvernement, où les partisans, très-nom- 
breux à Tournai, des doctrines de Calvin, se livraient à des 
manifestations qui compromettaient le repos public. Cette 
affaire lui donna beaucoup de souci : ce qui ne l'empêcha 
pas de prendre une part active à l'opposition dirigée contre 
Granvelle, et qui eut pour résultat la retraite de ce minis- 
tre. En 1565, la duchesse de Parme le nomma premier 
ambassadeur et commissaire du roi aux conférences de 
Bruges, où furent disculées, avec les envoyés de la reine 
d'Angleterre, les contestations qui s'étaient élevées entre 
les deux pays (3). Il se maria bientôt après, à Antoing, 



(1) Correspondance de Guillaume le Taciturne, publiée pour la pre- 
mière fois, etc., t. II, pp. 25, 575-577. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc. , 
t. I, p. 205. — Bulletins de l'Académie, t. XVI, l re partie, pp. 645 
et 644. 

(5) Ces contestations, dont nos historiens ne parlent pas, affectaient à un 
haut degré les relations commerciales des deux pays. C'est ce qui m'a engagé 
à en donner le précis dans un appendice à cette notice. 



(Hl ) 

avec Hélène de Melun, fille de Hugues, prince d'Épinoy, 
sénéchal de Hainaut (1). 

Nous passons rapidement sur tous ces faits, pour arri- 
ver plus tôt à ceux qui sont le sujet principal de cette 
notice. 

Philippe II, depuis son avènement au trône, n'avait 
cessé de recommander à la duchesse de Parme, aux gou- 
verneurs des provinces et aux conseils de justice la stricte 
exécution des placards publiés, du vivant de son père, pour 
le maintien delà religion catholique. Les choses en étaient 
venues au point, toutefois, qu'une conflagration générale 
était à craindre, si ces lois draconiennes, que les juges 
mêmes se refusaient à appliquer, n'étaient pas abrogées, 
ou du moins adoucies considérablement. C'est ce que le 
comte d'Egmont alla représenter au roi , à Madrid. Mal- 
heureusement, Philippe II avait, sur cette matière > des 
principes inflexibles. Au lieu de se rendre aux sages avis 
qui lui étaient donnés, il prescrivit, dans de nouvelles et 
de plus rigoureuses instructions, l'exécution ponctuelle 
des placards , et l'exercice sans limites de l'inquisition. On 
sait ce qui en advint. La noblesse, répondant au senti- 
ment du peuple, forma une ligue; un compromis fut 
signé, et les confédérés résolurent de venir présenter à la 
gouvernante, à Bruxelles, une requête où l'abolition de 
l'inquisition et des placards serait formellement demandée. 

Effrayée des conséquences possibles d'une démarche 
aussi grave, Marguerite d'Autriche réunit autour d'elle 
tous les grands du pays, pour la conseiller sur le parti 
qu'elle prendrait. Les discussions furent longues et ani- 



(1) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2 e série, t. I, p. 154. 



( «a ) 

mées. Enfin l'on décida non-seulement que la requête des 
nobles sérail acceptée par la gouvernante, mais encore 
qu'un seigneur principal se rendrait en Espagne, afin d'en 
appuyer l'objet auprès du roi. 

La duchesse de Parme aurait souhaité que le comte 
d'Egmont se chargeât de cette délicate mission : il ne le 
voulut pas, alléguant que le roi avait violé les promesses 
qu'il lui avait faites l'année précédente. Sur son refus, les 
seigneurs s'adressèrent au marquis de Berghes, qui con- 
sentit à faire le voyage, mais avec une extrême répu- 
gnance, et à la condition expresse que le baron de Mon- 
tigny l'accompagnerait. A son tour, ce dernier n'accepta 
pas sans difficulté (1). Il semblait que l'un et loutre eussent 
le pressentiment du sort qui les attendait en Espagne. 

L'avant- veille (2) du jour où les deux seigneurs devaient 
se mettre en roule, le marquis de Berghes, se promettant 
au Parc, où l'on jouait au mail , fut frappé à la jambe d'une 
pelote qui le blessa grièvement. Montigny, sollicité par la 
gouvernante de partir seul, s'en excusa d'abord, sur l'im- 
portance de l'affaire qu'il s'agissait de traiter (5). Il céda 
ensuite, et quitta Bruxelles le 29 mai (4). Le marquis de 
Berghes ne se trouva en état de le suivre qu'un mois plus 
lard (5); encore fut- il forcé de voyager à petites jour- 
nées (6). 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc. , 
t. I, p. 407. 

(2) 28 avril. 

(o) Correspondance de Philippe II , t. I , p. 412. 

(4) 76/d,p. 417. 

(5) II partit le 1 er juillet. 

(0) Correspondance de Philippe 11 , etc., t. 1, p. 428. 



( H5 ) 

Si le succès de la négociation confiée à Bergbes et à Mon- 
tigny n'eut dépendu que de l'habileté des négociateurs, on 
aurait pu attendre, avec conliance, à Bruxelles, le résultat 
de leur mission : mais que d'obstacles ne devaient-ils pas 
rencontrer! Sans parler de l'opiniâtreté du roi dans ses 
idées politiques et religieuses, tous deux étaient personnel- 
lement mal vus du monarque. Ils lui avaient été signalés, 
sous les rapports les plus défavorables, par le cardinal de 
Granvelle, par fray Lorenço de Yillavicencio, ce religieux 
augustin dont j'ai parlé ailleurs avec quelque détail, par 
le contador Alonso del Canto, par la duchesse de Parme 
elle-même (4). Il les regardait comme les auteurs princi- 
paux des embarras suscités à son gouvernement dans les 
dernières années; il ne suspectait pas moins leur foi reli- 
gieuse que leur attachement à sa personne. Aussi ne vou- 
lut-il nommer ni l'un ni l'autre conseillers d'État, quoique 
sa sœur les eût présentés pour cette charge, et qu'ils fussent 
fortement appuyés par les autres membres du conseil (2). 

Philippe apprit cependant avec joie que les deux sei- 
gneurs allaient venir à sa cour : il se dit que là ils seraient 
moins dangereux qu'à Bruxelles, et l'on peut supposer 
même que, dès ce moment, fut arrêtée dans son esprit la 
résolution de ne plus les laisser sortir d'Espagne, après 
qu'ils y seraient entrés. Le marquis de Berghes, qui était 
tombé malade en France, ayant montré des velléités de 
retourner sur ses pas, non-seulement il lui fit écrire par 
Montigny, mais il lui écrivit de sa main, et dans les termes 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. J, pp. 238, 239, 240, 245, 247, 249, 257, 264, 267, 268, 322, 359, 411, 
425 ; l. II, pp. xxxyi-xxxvii. 

(2) (bid.f 1. I, pp. 331 , 573. 

Tome xix. — II e part. 8 



( .»14 ) 
les plus propres; à le persuader, pour qu'il poursuivît son 
voyage (I). ' 

Nul prince ne porta plus loin que le fils de Charles- 
Quint l'art de la dissimulation. Berghes et Montigny s'at- 
tendaient à être reçus froidement, sévèrement peut-être : 
le roi leur fit, au contraire, un accueil plein de bienveil- 
lance et de caresse (2). Montigny eut, dès le lendemain de 
son arrivée, une audience qui ne dura pas moins de deux 
heures, et qui fut suivie, à peu de jours d'intervalle, de 
plusieurs autres. II crut ne devoir pas laisser ignorer au 
monarque l'opinion, qu'on avait aux Pays-Bas, qu'il était 
mécontent de la nation, et surtout de quelques-uns des 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. I, p. 439.— Correspondance de Marguerite d'Autriche, publiée par 
M. de Reiffenberg, p. 98. — Lettre du baron de Montigny à la duchesse de 
Parme, du 2 août 1566, aux archives de Simancas : Papeles de Estado, 
liasse 533. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. I, pp 426 et 439. — Montigny écrivait à la duchesse de Parme, le 2 août 
1566 : « Je puis asseurer V. A. que je trouve à S. M. toute la bonne affection, 
» amour et volunté , tant vers nostre pays que vers tous les subjectz et bons 
» serviteurs de delà, que ung prince doibt et peult avoir endroit ses subjectz , 
» et, de ma part, ne me sçauroye assez louer de la faveur bonne et bénigne 
» audience qu'il me donne toutes les fois que je la demande, ou lui parle de 
» ses affaires. » (Archives de Simancas, Papeles de Estado, liasse 533.) — 
Tisnacq écrivait à Viglius, le 22 août, de Ségovie : « Le marquis est icy passez 

» quelques jours S. M. luy a faict très grande caresse. » (Correspondance 

de Tisnacq avec Viglius, aux Archives du royaume.) 

Philippe II voulut, contre l'avis de la duchesse de Parme, que les dépêches 
qu'il recevait d'elle, et celles qu'elle lui écrivait, fussent communiquées aux 
deux seigneurs : mais il s'agissait, bien entendu, des dépêches en français; la 
correspondance secrète qu'il avait avec sa sœur, et qui était rédigée en italien 
et en espagnol, devait rester ignorée d'eux; les ministres belges à Madrid 
eux-mêmes n'en avaient pas connaissance. [Correspondance de Philippe 
II, etc., t. I, pp. 466, 490.) 



(115) 
seigneurs: il lui représenta que son service en souffrait. 
Philippe s'empressa de l'assurer que cette opinion était 
erronée; il ajouta qu'il était tort satisfait des seigneurs, 
comme de ceux qui lui avaient rendu tant de bons et 
grands services (1). Il tint depuis le même langage au 
marquis de Berghes. 

Montigny ne tarda pourtant pas à se convaincre des 
dilïicullés de la négociation dont il était chargé. Chaque 
fois qu'il sollicitait une décision, le roi lui donnait pour 
réponse qu'il avait besoin d'y penser, que la chose était 
d'importance (2). Il voulut écrire à Bruxelles, on ne lui 
permit pas d'expédier de courrier (5). Les ministres belges 
à Madrid, Tisnacq, Hopperus, Courtewille, au lieu de 
seconder ses démarches, s'éloignaient de lui (4). C'étaient 
là des signes manifestes du déplaisir que causaient, dans 
les régions officielles, les demandes qu'il avait mission de 
faire accueillir. 

Enfin, après trois mois de délibérations, le roi se dé- 
termina : il consentit que l'inquisition cessât dans les pro- 
vinces où elle avait été introduite, pourvu que les évêques 
pussent librement exercer leur juridiction; il écrivit à sa 
sœur qu'il était disposé à modérer les placards, mais qu'il 
voulait un autre projet que celui qui lui avait été soumis : 
quant au pardon que les confédérés désiraient aussi obte- 
nir, il autorisa la gouvernante à le leur accorder (5). 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays Bas, 
1. 1, p. 426. 

(2) Ibid.,pp. 426 et 434. 

(3) Ibid.,^. 426 et 439. 

(4) Lettre de Montigny à la duchesse de Panne, du 2 août, ci-dessus citée. 
(fi) Correspondance de Marguerite d'Autriche, publiée par M. de Reif- 

fenberg, pp. 96 et 105. 



( 116 ) 

Montigny, à qui Tisnacq et Hopperus eurent ordre de 
communiquer cette résolution, leur exprima le chagrin 
qu'elle lui causait : dans la situation où étaient les Pays- 
Bas, elle ne pouvait, selon lui, contenter la nation, puis- 
qu'elle laissait indécis le point des placards, qui était le 
principal. La restriction mise à l'abolition de l'inquisi- 
tion lui paraissait aussi de nature à inspirer de la défiance. 
Qu'eût-il donc dit, s'il avait su que, par des actes secrets, 
Philippe II s'était réservé le moyen de révoquer les conces- 
sions limitées qu'il venait défaire (1)? Les deux ministres 
lui répondirent que le roi ne s'était prononcé qu'après de 
mûres réflexions. Il leur répliqua « que le roi était le maî- 
» tre; que la chose dépendait de sa volonté, mais que, 
» quant à lui, il ne satisferait, ni à la charge qu'on lui 
i> avait donnée, ni au devoir d'un fidèle vassal, s'il ne 
)» représentait les inconvénients que la détermination 
» prise devait entraîner. » Il requit Tisnacq et Hopperus 
de faire connaître au roi qu'il y était contraire, et qu'il 
l'avait déclaré. Lui-même, ayant le soir vu le monarque, 
s'exprima, en sa présence, ainsi qu'il l'avait fait devant ses 
ministres (2). 

Dans les temps d'agitations politiques, rien n'est funeste 
aux gouvernements comme les irrésolutions et les demi- 
mesures. L'attente trop prolongée de la réponse de Philippe 
II avait causé déjà un grand mécontentement aux Pays- 
Bas : lorsque sa décision y fut connue, l'irritation ne fit 
que s'accroître. Les partisans fougueux des nouvelles sectes 



(1) \oy. la Correspondance de Philippe II, etc , 1. 1, p. cxxxm. 

(2) Lettre de Montigny à la duchesse de Panne, du 2 août 1500, ci-dessus 



citée. 



1 



(H7) 

religieuses, et tous ceux qui rêvaient le bouleversement 
de l'État, en profitèrent pour enflammer les passions de 
la multitude. Alors on vit la populace se ruer sur les 
églises et les monastères; briser les images, les tables 
d'autel, les fonts baptismaux, les orgues, les épitaphes, 
les sépultures; déchirer les livres et les ornements d'église: 
jeter au feu les chartes et les manuscrits. Ce qui périt en 
deux jours de monuments des arts et de trésors histo- 
riques, paraîtrait incroyable, si l'on ne savait avec quelle 
impétuosité procède le génie de la destruction. 

Le marquis de Berghes et le baron de Montigny ap- 
prirent avec douleur ces actes de vandalisme : ils en témoi- 
gnèrent hautement leur indignation , non pas seulement 
au roi , à ses ministres, à la duchesse de Parme (1), mais 
encore à leurs amis les plus intimes. Montigny, écrivant au 
prince d'Orange, lui exprima son étonnement que tant de 
seigneurs et de personnages principaux qu'il y avait aux 
Pays-Bas n'eussent pas empêché la dévastation des églises, 
alors que ce n'était « queungtasdeblistresquicommettiont 
» ces insolences et malheurtés : certes, monsieur, ajou- 
» tait-il, n'eussions jamais espéré que semblables choses 
» fussiont advenues, et moins nous estant icy envoyez 
» par vous aullres : que poyés considérer combien par ce 
» Ion nous donne occasion de nous trouver bien empes- 
» chés, et avecq très-grande raison (2). » 

Il était à prévoir, en effet, que la colère du roi n'aurait 
plus de bornes, et qu'elle se manifesterait par des mesures 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc. , 
t. I, p. 465. 

(2) archives ou Correspondance inédite de la maison d'Orange- 
Nassau , publiée par M. Groen Van Prinsterer, 1. H, p. 361 et 362. 



( H») 
violentes. Dans la position difficile où ils se trouvaient 
(c'est une justice que l'histoire doit leur rendre), les deux 
envoyés belges firent tout ce qui était en leur pouvoir, pour 
conjurer les maux prêts à fondre sur leur patrie : ils sup- 
plièrent le roi d'user de modération et de clémence; ils 
lui firent envisager les résultats fâcheux qu'aurait l'emploi 
de la force; ils lui conseillèrent d'envoyer aux Pays-Bas 
le prince d'Eboli, Ruy Gomez de Silva, qui, y étant aimé 
et estimé de tous les ordres de citoyens, n'aurait pas de 
peine à apaiser les troubles (1). Philippe II n'écouta rien : 
il lui importait peu de pacifier les Pays-Bas; ce qu'il vou- 
lait, c'était les mettre sous le joug : or, pour cette mission, 
le prince d'Eboli n'était pas l'homme qui convînt. Un autre 
ministre, qui partageait avec lui la faveur du monarque, 
devait avoir la préférence, et il l'eut. Berghes et Montigny 
ne tardèrent pas à apprendre que le sort de leur pays était 
remis aux mains du duc d'Albe. 

Leur séjour à Madrid devenait dès lors inutile; que pou- 
vaient-ils y faire encore? Ils sollicitèrent donc leur congé 
du roi. J'ai déjà dit que Philippe II était bien décidé à ne 
pas les laisser partir : leur arrêt était prononcé; ils de- 
vaient être enveloppés dans la proscription qui allait at- 
teindre les comtes d'Egmont et de Bornes, et à laquelle 
le prince d'Orange et le comte de Hoogstraeten n'échappè- 
rent que par leur retraite en Allemagne. Philippe se garda 
toutefois de leur répondre par un refus formel : il leur 
donna même d'abord quelque espoir, puis il leur exprima 
le désir qu'ils restassent auprès de lui, jusqu'à ce qu'il 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. [, pp. 408, 519; t. II , pp. 598-600. 



( H9) 

eût vu le succès des affaires de Flandre, leur disant qu'en 
cela ils lui rendraient un grand service (1). Son but n'était 
que de gagner du lemps. Ces délais donnèrent à réfléchir 
à Bergheset à Montigny: ils commencèrent à craindre que 
leur liberté ne fût menacée, et ils écrivirent à la duchesse 
de Parme, pour lui rappeler que, sans les assurances 
qui leur avaient été données, sans les promesses qui leur 
avaient été faites par elle et par les seigneurs, jamais ils 
n'auraient entrepris ce voyage; qu'ils ne l'avaient même 
fait en quelque sorte que comme contraints et forcés (2). 
Marguerite d'Autriche avait trop vécu dans les cours 
d'Italie, pour que la duplicité ne lui fût pas familière; elle 
le prouva bien en cette occasion. Paraissant céder aux 
instances des seigneurs du conseil , et du comte d'Egmont 
surtout, elle écrivit à son frère, à plusieurs reprises , en 
des termes pressants, pour qu'il laissât revenir à Bruxelles 
le marquis de Berghes et le baron de Montigny; la même 
demande lit l'objet d'un des articles de l'instruction qu'elle 
donna à Gaspar de Robles, seigneur de Billy, envoyé par 
elle en Espagne après la reddition de Valenciennes (5). 
Mais cette instruction de Robles, ces lettres au roi, dont 
je viens de parler, expédiées en langue française, par le 
canal des secrétaires d'État nationaux , et destinées en 
conséquence à être connues de tout le conseil, n'expri- 



( 1 ) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc. , 
t. I,pp. 498, 501,505,513. 

(2) Ibid., pp. 498,518. 

(3) Lettres au roi, des 3 janvier et 5 mars 1566 (1567, n. st.), dans le 
Registre des dépesches principales du roy à la duchesse de Parme, fol. 242 
v et 309, aux Archives du royaume. — Correspondance de Philippe II sur 
les affaires des Pays-Bas, etc., t. I, pp. 516, 526. 



( 120 ) 

maient pas les véritables sentiments de la gouvernante; 
elles servaient, au contraire, à les déguiser : dans sa cor- 
respondance confidentielle, écrite en italien et par elle- 
même, Marguerite engagea le roi à retenir près de lui les 
deux envoyés belges, qui, lui disait-elle, pouvaient faire 
beaucoup de mal aux Pays-Bas, en son absence (1). 

Sur ces entrefaites, le marquis de Berghes tomba dan- 
gereusement malade, et son retour dans son pays natal 
parut à ceux qui étaient auprès de lui, comme à ses méde- 
cins, le seul moyen de salut qui lui restât. Montigny se 
rendit à l'Escurial, où était le roi, pour le solliciter d'en 
accorder la permission. 

Il importait à Philippe II qu'on ne pût pénétrer ses 
intentions à l'égard des deux envoyés belges; car elles 
auraient donné l'éveil, aux Pays-Bas, à ceux que le duc 
d'Aibe avait ordre d'arrêter. Que fit-il ? 11 chargea le prince 
d'Eboli, Ruy Gomez, d'aller voir le marquis, et de s'as- 
surer de son état : s'il le trouvait trop mal pour qu'il pût 
se mettre en route, Ruy Gomez lui dirait que le roi l'au- 
torisait à quitter l'Espagne; si, au contraire, il y avait 
quelque apparence qu'il pût se rétablir, il se bornerait 
à lui donner l'espoir que le roi aurait égard à ses vœux (2). 

Quatre jours après la visite de Ruy Gomez, le marquis 



(1) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, pp. 480, 501 , 520, 525. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. I, p. 535. — Lettre de Montigny an comte de Homes, du 26 mai 1307, dans 
les Mengelingen de M. Willems, n° 5, p. 328. — Le garde des sceaux Tisnacq . 
qui n'était pas dans la confidence des desseins de Philippe II, écrivait au pré- 
sident Viglius , le 4 juin 1567 : « Il nous a fort despieu du trespas de feu M. le 
« marquis de Berghes.... A ce que les médecins en ont déclaré, il ne pouvoit 
« guaires survivre. S. M. luy avoit donné le congié, au commencement de 
» la recheute; mais Dieu ne luy en a concédé le fruict. Il a heu fort bonne 



( m) 

de Berghes mourut (1). Ce fut un grand bonheur pour 
lui, et que Montigny dut envier plus d'une fois dans la 
suite, car il échappa ainsi aux angoisses d'une captivité 
prolongée et aux tourments d'un supplice affreux. Phi- 
lippe H affecta de le regretter : il prescrivit que d'écla- 
tants honneurs fussent rendus à sa mémoire (2) , que les 
grands, la noblesse, la cour, les ordres religieux, le clergé, 
assistassent à ses obsèques (5). 11 dit à Montigny « qu'il 
j> avoit été fort marri de sa mort, pour y avoir perdu ung 
» si bon serviteur, et que pour tel l'avoit tousjours tenu , 
» et ne laisseroit d'avoir un soing particulier de tous ses 
» affaires (4). » Mais le marquis venait à peine de fermer 
les yeux, qu'un courrier était expédié de Madrid , portant 
à la duchesse de Parme l'ordre de s'assurer de la ville de 
Berghes et des autres biens du défunt (5). 



» fin. » (Archives <iu royaume, papiers d'État, reg. Correspondance de 
Tisnacq avec Viglius , fol. 160.) 

Montigny lui-même fut trompé par l'artifice de Philippe II. Voir sa lettre 
au comte de Hornes, ci-dessus mentionnée. 

(1) Le 21 mai 1567. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les 
affaires des Pays-Bas , etc., t. I, pp. 557 et 540, et la lettre de Montigny 
au comte de Hornes, du 26 mai 1567, ci-dessus citée. 

(2) N'y avait-il pas autant d'ironie que d'astuce dans ces instructions qu'il 
transmettait à Ruy Gomez : Si el marques muriere, sera bien hazer en 
él demostracion de que nos pesa de su muerte, y honramos en ella f mas 
que en vida , à los de aquellos Eslados : « Si le marquis meurt , il sera 
» bien de faire démonstration que nous le regrettons, et que nous honorons, 
» après leur mort, plus encore que pendant leur vie, les seigneurs des Pays- 
» Bas ? » (Archives de Simancas, Papeles de Estado f liasse 532.) 

(3) Billet d'Antonio Perez à Philippe II, du 17 mai 1567. (Archives de 
Simancas, Papeles de Estado , liasse 555.) 

(4) Lettre de Montigny au comte de Hornes, ci-dessus citée. 

(5) Correspondance de Philippe If sur les affaires des Pays-Bas, etc. , 
1. 1, pp. 535 et suiv. 



( 122 ) 

Où trouver, dans l'histoire, des exemples plus frappants 
d'astuce et d'hypocrisie? Ce n'était pourtant là que le pré- 
lude du système qui avait été concerté entre le roi et le 
duc d'Albe. Le marquis de Berghes mort, Philippe IT ne 
douta point que Montigny ne redoublât ses instances 
pour retourner aux Pays-Bas, et qu'il ne cherchât, en cas 
de refus, à s'enfuir en France : il commanda qu'on ne 
le perdît plus un instant de vue; il enjoignit aux vice- 
rois de Catalogne et de Navarre, ainsi qu'au gouverneur 
du Guipuzcoa, de faire surveiller les frontières, afin qu'il 
fût arrêté, s'il tentait de les franchir. On ne saurait s'ima- 
giner jusqu'à quel point le plus puissant monarque de l'Eu- 
rope, le souverain de l'Espagne et des Indes, s'inquiétait 
des suites qu'aurait l'évasion de Montigny: « Il nous ferait 
» un mal terrible en France, » écrivit-il à Ruy Gomez, 
« et, aux Pays-Bas, il pourrait troubler de nouveau les 
» affaires, qui ont pris un aspect si satisfaisant (1). » 

Montigny était loin pourtant de songer à un départ fur- 
tif : « Puisque on y est, » écrivit-il à son frère , « fault faire 
i> de nécessité vertu, et me suis résolu de le passer patiem- 
» ment, tout le temps que le maistre le voudra : car, 
» pour chose qui puisse advenir, je ne donneray jamais 
» ce contentement à mes ennemis , de faire chose dont 
» mon maistre puisse avoir juste occasion d'avoir ressen- 
» timent de moy (2). » Mais il reçut, de divers endroits, 
des avis qui lui inspirèrent des inquiétudes : il désira 
alors s'éclaircir des desseins du roi, et il lui adressa un 
mémoire dans ce but (3). 



(1) Billet de Philippe II à Ruy Gomez, du 16 mai. (Archives de Simancas, 
Papeles de Estado, liasse 532.) 

(2) Lettre du 26 mai 1567, ci-dessus citée. 

(3) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 553. 



( 425 ) 

Le moment n'était pas encore venu, pour Philippe II, 
de jeter le masque : il répondit à Montigny qu'il allait 
bientôt se mettre en route pour les Pays-Bas, et qu'il l'y 
emmènerait (1). C'était à la fin de juillet qu'il lui tenait ce 
langage. Le 19 septembre, arriva à l'Escurial le courrier 
du duc d'Albe, qui annonçait la prise des comtes d'Egmont 
et de Bornes; le même jour, dans la nuit, Monligny fut 
arrêté et conduit à l'alcazar de Ségovie (2). 

Laissé dans une ignorance entière des motifs de sa 
détention, Monligny s'adressa, pour les connaître, au 
prince d'Eboli , au duc de Feria et à l'évêque de Cuenca, 
confesseur du roi, avec lesquels il avait entretenu de tout 
temps des relations d'amitié (3); il réclama aussi l'inter- 
vention de la duchesse de Parme (4). Ces démarches furent 
vaines. Les ministres de Philippe II n'étaient que les exé- 
cuteurs de ses volontés; Marguerite d'Autriche, eût-elle 
été animée envers Montigny de sentiments de bienveillance 
qu'elle n'avait plus, ne pouvait rien pour lui; elle-même 
allait être obligée de céder à un autre les rênes du gouver- 
nement. Désormais, deux hommes disposeraient à leur gré 
des biens, de la liberté, de la vie des Belges : c'était le 
roi et son digne lieutenant, le duc d'Albe. 

Il y avait dix mois que Montigny gémissait dans une des 
tours du château de Ségovie, lorsque, désespérant d'obte- 
nir justice, il forma le dessein de s'évader. Son plan , bien 



(1) Correspondance de Philippe II , etc., t. I, p. 559. 

(2) Registro di lettere di monsig. arcivescovo di Rossano, p. 465, MS. 
de la Bibliothèque nationale de Madrid. 

(3) Coleccion de documentes inéditos para la historia de Espana, etc., 
t. V,p. 64. 

(4) Correspondance de Philippe IF, etc., t. I, p. 581. 



( m ) 

concerté, eût réussi, sans une fatale circonstance qui fit 
tout découvrir. Secondé avec zèle par ceux de ses servi- 
teurs qui avaient conservé leur liberté, il s'était procuré 
des limes, à l'aide desquelles il avait coupé l'un des bar- 
reaux de la chambre qui lui servait de prison; il était par- 
venu aussi à avoir des échelles de cordes. Des chevaux 
devaient être préparés, à peu de distance de la forteresse, 
pour lui, son majordome et son secrétaire. Un Polonais, 
qui lui était dévoué, avait pris les devants, afin de l'atten- 
dre à Ernani, d'où il ne lui aurait pas été difficile de gagner 
la France. Un des soldats espagnols de sa garde avait été 
mis dans ses intérêts; c'était par lui qu'il faisait passer ses 
lettres à ses serviteurs, et ces derniers mettaient leurs 
réponses dans les pains qui étaient cuits pour sa table. 
Malheureusement, deux ou trois jours avant celui fixé 
pour l'exécution, le capitaine de la garde s'avisa d'ouvrir 
le pain qu'on apportait au prisonnier (1), et il -y trouva le 
plan d'évasion exposé dans tous ses détails. On peut juger 
de ia rumeur que cela causa à Madrid. Le licencié Salazar, 
alcade de la cour et de la maison du roi , vint à Ségovie 
faire le procès à tous ceux qui avaient trempé dans la ten- 
tative si fatalement avortée : d'après les ordres exprès du 
roi, le majordome, le secrétaire, le valet de chambre de 
Montigny furent condamnés à mort, ainsi que le Polonais 



' (1) Van Meleren en impute la faute au maître d'hôtel de Montigny, Phi- 
lippe de Pombreul; il s'exprime ainsi : « Sur la fin, comme on avoit pourveu 
» à tout, et que toutes choses estoient prestes, le maistre d'hostel, estant 
» trop empesché à dire adieu à sa garce, oublia de bien délivrer le dernier 
» pain, lequel, avec la lettre, tomba es mains du capitaine de la garde, 
» qui ouvrit le pain et y trouva la lettre, et, par ce moyen, le tout fut des- 

»> couvert » (Histoire des Pays-Bas, liv. III, fol. 59 v n de l'édition de 

1fil8.) 



( 125 ) 

dont j'ai parlé, et les Espagnols qui s'étaient associés à leur 
entreprise : il n'y eut toutefois que le soldat de garde qui 
perdît la vie; le cuisinier en fut quitte pour deux cents 
coups d'étrivières. Les serviteurs de Montigny, après avoir 
été quelque temps détenus dans une maison forte, furent, 
à la sollicitation de la princesse de Portugal, sœur du roi, 
renvoyés en Flandre (1). 

A une année environ de cet événement, la dame de 
Montigny s'adressa à Philippe II, afin que son mari fût 
rendu à la liberté. Sa lettre était conçue dans des termes 
touchants: quoique convaincue, disait-elle, que le seigneur 
de Montigny n'était pas coupable des choses qu'on lui im- 
putait, elle se jetait aux pieds du roi, « toute confondue et 
» consommée en larmes et pleurs, » le suppliant, en con- 
sidération des services passés de ce seigneur, de son jeune 
âge à elle, qui n'avait été en la compagnie de son mari 
que quatre mois, et de la passion de Jésus-Christ, de vou- 
loir lui pardonner les fautes qu'il pouvait avoir commi- 
ses (2). Les comtesses d'Egmont et de Hornes avaient aussi 
invoqué la miséricorde du roi : « Vostre Majesté voudra- 
» t-elle souffrir, » lui écrivait Sabine de Bavière, « que 
» je sorte vos pays avec mes onze enfans, pour aller hors 
» d'iceulx chercher moyen de vivre, ayant été amenée par 
» feu de bonne mémoire l'Empereur vostre père (5) ? » Les 



(I ) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc. , 
t. II, pp. 52, 35, 37. — Coleccion de documentes inéditos para la his- 
toria de Espaha, t. IV, pp. 527-552, et t. V, pp. 65-66. — Van Meteren, 
Histoire des Pays-Bas, liv. III, fol. 59 v° et 60, édit. de 1618. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc., 
t. II, p. M. 

(3) 76W., t. I, pp. 598 et 600; t. II, p. 5. 



( 1-26 ) 
supplications de ces nobles femmes eussent attendri tout 
autre que Philippe H : lui, il n'était point accessible à la 
pitié; n'avait-il pas refusé de voir son propre iils, l'infant 
don Carlos, près de rendre le dernier soupir (1)? Antonio 
Perez connaissait bien son maître, lorsque, lui envoyant 
la relation de la maladie et de la mort de don Juan d'Au- 
triche, il lui disait : <r II n'y a rien , Sire, dans ce papier, 
» qui soit digne de l'attention de Votre Majesté » (2). 

Cependant le duc d'Albe avait fait instruire, à Bruxelles, 
le procès de Montigny. Quelque ingénieux que les agents 
du proconsul fussent à trouver des chefs d'accusation 
contre ceux qu'il avait été résolu de perdre, et quoiqu'on 
eût mis la main sur les papiers des principaux seigneurs, 
ainsi que sur ceux de leurs secrétaires, il fut plus difficile 
encore de justifier l'arrestation de Montigny que celle des 
comtes d'Egmont et de Hornes. Ce seigneur avait quitté 
les Pays-Bas avant les mouvements tumultueux du mois 
d'août 1566, et Ton a vu combien il les avait blâmés; il 
n'avait point assisté aux conférences de Termonde; on ne 
pouvait lui reprocher, comme à Egmont et à Hornes, 
d'avoir fait des concessions aux sectaires; il n'avait pas 
refusé le serment qu'Egmont n'avait prêté qu'après beau- 
coup de tergiversations, et contre lequel Hornes s'était 
énergiquement prononcé; toujours il avait protesté de sa 
fidélité au roi et de son attachement à la religion catho- 
lique; peu de mois avant qu'on l'arrêtât, dans une lettre 
dont le but ne pouvait être suspect, puisqu'elle s'adressait 



(1) Ce fait est rapporté dans une lettre de l'archevêque de Rossano, à 
cotte époque nonce en Espagne, que j'ai vue à la bibliothèque nationale à 
Madrid. 

(2) Archives de Simaucas, Papeles de Estado, liasse 578. 



( 1-27 ) 

à son frère, il se réjouissait du rétablissement de l'ordre et 
de l'autorité aux Pays-Bas; il s'exprimait sans ménagement 
sur la conduite de tirederode ; il blâmait le départ du prince 
d'Orange; enfin, il félicitait son frère de l'assurance, que 
celui-ci lui avait transmise, que rien ne le ferait changer 
de religion (1). L'embarras du procureur général se mani- 
festa dans l'acte d'accusation dressé par lui. Qu'impula-t-il, 
en effet, à Montigny? D'avoir pris part à la ligue contre 
le cardinal de Granvelle; d'avoir cherché à faire supprimer 
les conseils privé et des finances; d'avoir propagé le bruit 
que le roi voulait introduire aux Pays-Bas l'inquisition 
d'Espagne ; d'avoir favorisé les gentilshommes signataires 
du compromis; d'avoir tenu des discours contraires à la 
dignité et à la réputation du roi ; de n'avoir pas , a Tournai , 
châtié (es hérétiques comme il l'aurait dû, et d'y avoir, en 
présence du vicaire de l'évêque et de plusieurs chanoines, 
avancé des propositions maisonnantes; de s'être permis, 
en France , des paroles qui sentaient l'esprit de sédition ; 
d'avoir dit au conseil d'État, à Madrid, et d'avoir répété 
devant le roi, qu'aucun des seigneurs des Pays-Bas ne pren- 
drait les armes contre les révoltés, si l'on n'accordait pas 
aux gentilshommes confédérés ce qu'ils demandaient (2). 
Montigny fut interrogé sur tous ces faits, le 7 février 
1569, par l'alcade Salazar. Il refusa d'abord de répondre, 
soutenant qu'il n'était justiciable que du chapitre de la 
Toison d'or, ou du roi, comme chef de l'ordre; mais en- 
suite il consentit à s'expliquer, sous protestation. Sa ré- 



(1) Lettre du 26 mai 1567, ci-dessus citée. 

(2) Voy. dans la Coleccion de documentes inéditos para la historia de 
Espana, etc., t.V, pp. 16-18,une traduction de l'acte d'accusation du procu- 
reur général. 



( 128 ) 

ponse fut une réfutation complète du réquisitoire du pro- 
cureur général (1) ; mais à quoi cela pouvait-il servir? son 
sort n'était-il pas décidé d'avance? Invité à désigner les 
personnes qui seraient chargées de plaider sa cause devant 
le conseil des troubles, il lit choix du comte Pierre-Ernest 
de Mansfelt, du prince d'Épinoy, du seigneur de Noir- 
carmes, du vicomte de Gand et de plusieurs autres, parmi 
lesquels était Antoine de Penin , bourgeois de Béthune. Ce 
fut ce dernier qui le défendit, et il ne négligea aucun des 
moyens qui pouvaient mettre dans tout son jour l'inno- 
cence de l'accusé. Peine inutile! Le 4 mars 1570, le duc 
d'Albe rendit une sentence qui condamnait Montigny à 
avoir la tête tranchée, et prononçait la confiscation de ses 
biens (2). 

Arrêtons-nous un instant, pour jeter un coup d'œil sur 
la situation où se trouvaient alors les Pays-Bas. Comprimé 
déjà par la duchesse de Parme, dans les derniers mois de 
son administration, l'esprit de révolte y avait fait place, 
depuis l'arrivée du duc d'Albe, à un abattement universel 
et à une complète soumission. L'autorité royale s'y dé- 
ployait, plus absolue qu'elle ne l'avait jamais été. Sur tous 
les points du pays, l'exercice exclusif de la religion catho- 
lique était rétabli; les adhérents que comptaient les doc- 
trines de Calvin et de Luther, ou avaient péri sur les 

échafauds, ou avaient cherché un asile à l'étranger A 

la vérité, l'exécution de tant de malheureuses victimes, 
l'anéantissement des antiques privilèges de la nation, un 



(1) Voy. la Coleccion de documentes inédites } t. V, pp. 19-68. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas , etc., 
t. II, pp. 85, 88, 1)0, 125. — Coleccion de documentes inédites para la his- 
toria de Espaha, etc., t. IV, pp. 553-538, et t. V, pp. 70-73. 



( 129 ) 

arbitraire sans frein substitué à l'empire de la loi, l'in- 
troduction , par la violence, du 10 e denier, qui achevait la 
ruine de l'industrie et du commerce : tout cela excitait 
dans les esprits une fermentation sourde; mais il n'y avait 
nulle part d'apparence de soulèvement. Toute tentative de 
ce genre eût été suivie d'ailleurs d'une répression immé- 
diate : les villes principales de l'intérieur, comme les 
places frontières, étaient occupées par des troupes nom- 
breuses et dévouées. Le duc d'Albe écrivait au roi qu'il 
pouvait regarder les Pays-Bas comme étant tout à fait à sa 
discrétion (1). 

Dans ces circonstances, quel motif Philippe II pouvait-il 
avoir de verser encore du sang? Sa vengeance n'était-elle 
pas assouvie? Huit mille têtes abattues par le duc d'Albe, 
n'était-ce pas un holocauste suffisant pour apaiser sa co- 
lère, pour réparer les offenses qu'avaient reçues l'Église 
et la royauté? Il n'ignorait pas, lui que ses ambassadeurs 
instruisaient si bien, il n'ignorait pas la réprobation géné- 
rale qui avait accueilli , en Europe, le supplice des comtes 
d'Egmont et de Hornes; de nouvelles rigueurs devaient 
immanquablement attirer sur sa tête de nouvelles haines. 
Tout lui conseillait donc un acte de clémence envers Mon- 
tigny, tout, jusqu'à l'arrivée en Espagne de sa troisième 
femme, Anne d'Autriche, qui venait de traverser les Pays- 
Bas, où les parents , les amis du pauvre prisonnier avaient 
invoqué son intercession (2). 

Chose incroyable! Aucune de ces considérations n'é- 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. Il, p. 145. 

(2) Van Meteren, Histoire des Pays-Bas, liv. III, fol. 60 de l'édition 
de 1618. 

Tome xix. — II e part. 9 



( 130) 

chappa aux ministres de Philippe II; ils jugèrent même 
que la mort de Montigny ferait d'autant plus murmurer, 
qu'on dirait qu'il avait été condamné sans pouvoir se dé- 
fendre; et néanmoins ils opinèrent pour qu'il mourût! 
Seulement, ils furent d'avis qu'on mît fin à ses jours par 
le poison. Philippe aussi était pour la mort; mais il rejeta 
le moyen que proposait son conseil : selon lui , la justice 
n'aurait pas eu ainsi son cours. Il voulut que Montigny fût 
exécuté, mais d'une manière si secrète, qu'on crût en tout 
temps à la mort naturelle de ce seigneur. Il trouvait de 
la sorte le moyen de concilier ses scrupules avec la raison 
d'État (1). 

La chose résolue comme je viens de le dire, Montigny 
fut transféré au château de Simancas. Il ne convenait pas 
qu'on le laissât k Ségovie, où le mariage du roi allait être 
céléhré : d'ailleurs, il n'eût pas été aussi facile d'y sous- 
traire à tous les yeux le complot abominable qui avait été 
ourdi contre le malheureux seigneur, et dont le plan fut 
minutieusement tracé dans une instruction signée du doc- 
teur Velasco, l'un des ministres qui formaient le conseil 
intime du roi (2). 

Simancas est une petite ville ou plutôt un bourg, à deux 
lieues de Valladolid, capitale de la province de ce nom, 
où la cour d'Espagne résidait, avant que Philippe II l'eût 
fixée à Madrid. Le château de Simancas avait, à plusieurs 
époques, servi de prison d'État: en 1545, Charles-Quint 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. II , pp. 152 et 160. — Coleccion de documentos inéditospara la historia 
de Espaha, etc., t. IV , pp. 543 et 561. 

(2) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. I, pp. lxi et LXU. 



( 131 ) 

résolut d'en faire le dépôt des papiers de la couronne de 
Castille. Philippe II, adoptant les vues de son père, y fit, 
peu après son avènement au trône, construire de nouvelles 
salles, qui reçurent la même destination (1). 

Une partie du château restait toutefois libre encore; on 
y enferma Montigny. D'abord, on affecta de le traiter avec 
égard; on lui permit de se promener dans l'intérieur de la 
forteresse; on le laissa communiquer avec ceux qu'il dé- 
sirait voir : tout cela était afin de mieux le tromper. Un 
matin, le gouverneur du château, don Eugenio de Peralta, 
entra dais sa chambre, et lui reprocha, avec beaucoup 
d'amertume, d'avoir abusé de sa confiance : pour justifier 
ses reproches, il montra à Montigny un billet écrit en 
latin, qui avait été trouvé dans les corridors, et qui faisait 
supposer des intelligences entre lui et des personnes de 
l'extérieur, dans le but de lui ménager des moyens d'éva- 
sion. Il est inutile de dire que ce billet avait été fabriqué 
et jeté là parle gouverneur lui-même. Montigny jura qu'il 
était étranger à tout projet de fuite, qu'il ne savait ce 
qu'on voulait dire : le gouverneur, qui avait bien appris 
son rôle, n'en continua pas moins de se plaindre de la 
déloyauté, de l'ingratitude de son prisonnier. Prétextant 
ensuite les devoirs que sa responsabilité lui imposait, il 
donna à Montigny une prison plus étroite, et lui ôta tous 
ses serviteurs. 

C'était là le premier acte du drame qu'avait imaginé le 
docteur Velasco. Une fois Montigny mis au secret, le reste 
du plan devint dune exécution facile. Don Eugenio de 
Peralta répandit le bruit que le prisonnier était tombé ma- 



(1) Correspondance de Philippe II, etc., 1. 1, pp. 7, 11, 15, 1C, 38, 59. 



(132) 

lade, du chagrin d'avoir vu son projet d'évasion découvert : 
il appela au château un médecin sur la discrétion duquel 
il pouvait compter, et celui-ci, pendant plusieurs jours, y 
renouvela fréquemment ses visites, en ayant soin d'appor- 
ter, chaque fois, d'une manière ostensible, toute sorte de 
remèdes qu'il était censé administrer au seigneur de Mon- 
tigny. De jour en jour, le gouverneur et le médecin an- 
nonçaient à tout le monde que l'état du malade allait en 
empirant. Lorsque l'instant du dénouement approcha, ils 
déclarèrent que la fièvre dont il était atteint ne laissait 
plus aucun espoir. 

Le 14 octobre (c'était un samedi) , le licencié don Alonso 
de Arellano, alcade de Valladolid, chargé de l'exécution 
principale des volontés du roi, arriva à Simancas, après la 
nuit close, ainsi que les instructions de Velasco le pres- 
crivaient : il était accompagné d'un notaire de confiance et 
du bourreau. A dix heures du soir, il fit donner lecture 
à Montigny, par le notaire, en présence de don Eugenio 
de Peralta et de son lieutenant, de la sentence du duc 
d'Albe, des lettres réquisitoriales adressées au conseil de 
Castille, et du réquisitoire du fiscal de ce conseil. Monti- 
gny était loin de s'attendre à cet acte de rigueur : il se con- 
fiait dans son innocence, et l'arrivée de la reine, qu'il avait 
apprise, avait fait naître en lui l'espoir d'une délivrance 
prochaine; aussi fut-il extrêmement ému. Toutefois il ne 
tarda pas à se remettre : on parvint à lui persuader que le 
roi lui avait fait une faveur, en permettant que son sup- 
plice eût lieu secrètement. Un moine de l'ordre de Saint- 
Dominique, qui depuis acquit une grande célébrité, fray 
Hernando del Castillo, avait été envoyé de Valladolid, pour 
préparer le prisonnier à la mort; Montigny l'écoula avec 
beaucoup de tranquillité, de modération dans les paroles 



( 153 ) 

et de patience. Fray Hernando avait une opinion défavo- 
rable de ses principes religieux : il lui prouva qu'on l'avait 
calomnié; il lui donna des marques convaincantes de sa 
foi, de son orthodoxie; il lui délivra même, pour être pro- 
duit partout où on le jugerait convenable, un écrit qui 
contenait sur ce point les déclarations les plus explicites. 
L'exécution devait être faite dans la nuit du dimanche 
au lundi, entre minuit et deux heures, de manière que ceux 
qui étaient venus pour y assister, comme acteurs ou comme 
témoins, pussent être rentrés à Valladolid avant le jour : 
ainsi le prescrivait l'instruction du docteur Velasco. Le 
dimanche, de bonne heure, Montigny se confessa, enten- 
dit la messe, et reçut les sacrements. Sa piété, sa résigna- 
tion, édifièrent le religieux qui l'assistait dans ce moment 
suprême. Le reste du jour et toute la nuit suivante furent 
employés par lui à prier, à faire des actes de pénitence, et 
à lire quelques passages de fray Luis de Grenade (1), aux 
oeuvres de qui il avait pris beaucoup de goût dans sa capti- 
vité. Les ordres du roi ne permettaient pas qu'il fit un tes- 
tament : il n'avait que la faculté d'écrire un mémorial des 
dettes qu'il désirerait qu'on acquittât; encore ne pouvait-il 
y faire la moindre allusion à la fin qui l'attendait, et lui 
était-il prescrit de le rédiger comme un homme malade et 
qui se sentait près de mourir. Montigny se conforma à 
ces prescriptions : il recommanda au roi , pour des grati- 



(1) L'un des plus grands écrivains ascétiques de l'Espagne, né en 1505, 
mort en 1588, auteur d'un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels : Guide 
des pécheurs , Mémorial de la vie chrétienne, Traité de l'oraison et de la 
méditation. Catéchisme ou introduction au symbole de la foi, Sermones 
de tempore et actis. La plupart de ses ouvrages ont été traduits en latin et 
en français. 



( 154 ) 

fications qu'il indiquait, plusieurs de ceux qui l'avaient 
servi; il disposa du peu de choses qui lui restaient; puis il 
remit à fray Hernando deux anneaux qu'il le pria de faire 
parvenir à sa femme et à sa belle-mère, desquelles il les 
avait reçus. 

C'était par le garrote, genre de supplice encore aujour- 
d'hui usité en Espagne, et qui consiste à étrangler le pa- 
tient au moyen d'un collier de fer, que Philippe II avait 
résolu de faire mourir Montigny. Vers une heure, le bour- 
reau se présenta dans sa chambre; bientôt après, la terrible 
sentence était exécutée. Dès que le jour parut, don Euge- 
nio de Peralta publia la mort du prisonnier; le cadavre fut 
revêtu de l'habit de Saint-François, afin de cacher les 
marques de la strangulation, et l'on attendit que le soir 
fût venu, pour le déposer à l'église. En le remettant entre 
les mains du curé, le gouverneur déclara que le seigneur 
de Montigny était trépassé le matin , comme cela était no- 
toire et public. Il fit découvrir le visage du défunt, dont 
l'identité fut constatée. L'inhumation eut lieu ensuite dans 
la chapelle principale (1). 

Telle fut la fin de Floris de Montmorency; ainsi périt, 
à l'âge de quarante-trois ans (2) , un des seigneurs belges 
qui, par les qualités de l'esprit et du cœur, honoraient le 
plus leur pays. Philippe II ne négligea aucune précaution 
pour que cet odieux forfait demeurât enseveli dans un mys- 



(1) Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, etc., 
t. II, pp. 148, 152, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 162. — Coleccion de do- 
cumentos inéditos para la historia de Espana, etc., t. IV, p. 539-566. 

(2) Il déclara en avoir quarante et un, lorsque, le 7 février 1569, il fut 
interrogé par le licencié Salazar. {Coleccion de documentas inéditos para la 
historia de Espaha, t. V, p. 20.) 



( 135 ) 
tère impénétrable. Le secret fut imposé à tous ceux qui en 
avaient été les complices ou les témoins : l'exécuteur et le 
notaire qu'on avait appelés de Valladolid , furent avertis 
que la moindre révélation leur coûterait la vie; le gouver- 
neur du château de Simancas écrivit deux lettres au roi 
qui devaient être montrées à Madrid et à Bruxelles, et 
dans lesquelles il racontait la prétendue maladie de son 
prisonnier, ainsi que le résultat fatal quelle avait eu (1). 
Ces artifices d'un pouvoir honteux lui-même du crime 
qu'il commettait, expliquent parfaitement l'ignorance, où 
l'histoire a été, pendant trois siècles, des véritables cir- 
constances de la mort de Montigny. Mais, si le jour de 
la justice s'est fait longtemps attendre, il est enfin venu, 
et l'histoire désormais vengera la victime, en flétrissant le 
bourreau. 



APPENDICE. 

Sur les contestations avec l'Angleterre, et les conférences de 
Bruges, en 4565. 

Les Pays-Bas avaient, en ce temps , de nombreux et de graves 
sujets de plainte contre l'Angleterre. Depuis le règne de Marie 
Tudor, mais surtout depuis qu'Elisabeth était montée sur le 
trône, des infractions incessamment renouvelées avaient été 
faites par les Anglais aux traités d'entrecours qui existaient entre 
les deux pays. Ils avaient haussé les tonlieux et subsides sur les 
marchandises amenées des ports de Flandre, de Hollande, de 
Zélande, et prohibé même plusieurs de ces marchandises. Ils 

(1) Correspondance de Philippe II, etc., t. II, pp. 155, 159, 162. 



(136) 

avaient frappé d'un droit de sortie les denrées que les sujets d'An- 
gleterre chargeaient sur des navires des Pays-Bas , exempté de 
tout impôt le transport de poisson de mer fait par des bâtiments 
anglais, réservé exclusivement aux navires de leur nation celui 
des vins de France et des pastels de Toulouse. Ils soumettaient 
les Belges établis en Angleterre à des aides et subventions par- 
fois plus considérables que n'en payaient les nationaux. Ils les 
forçaient, lorsqu'ils importaient des marchandises, de donner 
caution, en garantie de ce qu'ils les vendraient dans un temps 
limité, et en emploieraient le produit à acheter des marchandises 
anglaises. Enfin l'exportation des laines, dont la draperie de 
Flandre avait un besoin indispensable, avait été fréquemment 
entravée , soit par le refus des licences nécessaires , soit par l'élé- 
vation exorbitante des droits de sortie, et celles qu'on livrait 
aux fabricants belges avec tant de difficulté, étaient le plus sou- 
vent de qualité médiocre. Toutes ces mesures, aussi contraires 
aux relations de bon voisinage qu'aux stipulations de traités 
solennels, avaient porté les coups les plus funestes au commerce, 
à l'industrie et à la navigation des Pays-Bas (I). 

Le conseiller d'Assonleville fut envoyé en Angleterre, pour en 
réclamer la révocation (2); il ne put rien obtenir. Alors le gou- 
vernement de Bruxelles eut recours à la voie des représailles. 
Il défendit que les manufactures des Pays-Bas et les matières 
dont elles étaient faites, fussent transportées en Angleterre; il 
appliqua la même défense à l'importation dans les Pays-Bas de 
manufactures anglaises. Il interdit, de plus, aux capitaines de 



(1) Voy.j aux Archives du royaume, dans le registre intitulé Négociations 
cf Angleterre , Instructions , 1518-1605, l'instruction du conseiller d'Asson- 
leville, envoyé en Angleterre, en date du 24 mars 1562 (1563, n. st.); le mé- 
moire délivré, le 5 juin 15G4, à don Diego Guzman de Silva, ambassadeur 
de Philippe II près de la reine Elisabeth, et les instructions données, le der- 
nier février 1564 (1565, n. st.), aux commissaires envoyés à Bruges. 

(2) Au mois d'avril 1563. 



(137) 

navires anglais de charger aucunes marchandises dans les ports 
des Pays-Bas (i). En outre, il donna des ordres, à Anvers, en 
Zélande et à Amsterdam, pour qu'on n'y permît point l'entrée 
des draps et étoffes de laine fabriqués en Angleterre (2). 

Cette dernière disposition devait être surtout sensible à la 
reine Elisabeth et aux marchands de Londres , car l'importation 
de la draperie d'Angleterre aux Pays-Bas avait, dans les der- 
nières années, pris des proportions énormes, et les avantages 
qu'ils en recueillaient étaient incalculables : « C'est une grande 
« pitié, disait à ce propos un ministre belge, que ladicte royne 
» thire plus de prou (Fit des païs de par deçà que ne faict le roi 

» propre H y a longtemps que ces Païs-Bas sont les Indes 

» d'Angleterre, et, tant qu'ilz les auront, ils n'en ont besoing 
» d'aultres. Les François taschent souvent usurper et surprendre 
» nos villes et forteresses du païs; mais les Anglois font la 
» guerre aux bourses et richesses du peuple, et entre eulx il n'y 
» a aultre différence (3). » 

Elisabeth, à son tour, publia une prohibition générale des 
biens, denrées et marchandises de Flandre, et permit à ses su- 
jets d'envoyer leurs draps partout où ils le jugeraient à propos, 
excepté aux Pays-Bas (4). Embden, dans l'Oost-Frise, fut choisi 
par les marchands anglais pour lieu d'étaple de leurs draps : 
mais quelle différence entre les ressources que leur offrait cette 
petite ville et celles qu'ils trouvaient auparavant à Anvers (5)! 
Le gouvernement de Bruxelles ne tarda pas d'ailleurs à les priver 
de leur débouché le plus important, en interdisant tout com- 



(1) Ordonnance du 7 décembre 1563. 

(2) Mémoire délivré à D. Diego Guzman de Silva. 

(3) Lettre du conseiller d'Assonleville au cardinal de Granvelle, du 20 no- 
vembre 1565, dans la Correspondance de Philippe II sur les affaires 
des Pays-Bas, t. I, p. 382. 

(4) Ordonnance du 24 mars 1564, publiée à Londres le 28. 

(5) Voy. la lettre écrite par Viglius à Granvelle, le 29 juin 1564, dans les 
Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VIII, p. 88. 



(138) 

merce avec eux (1). Alors le cabinet de Londres, qui jusque-là 
s'était montré si rétif à toute ouverture d'accommodement, of- 
frit de négocier, à condition que les édits promulgués de part et 
d'autre, depuis la mort de la reine Marie, seraient suspendus 
pendant les conférences à tenir (2). Les ministres qui connais- 
saient le mieux la situation et les besoins des deux pays, Gran- 
velle, le président Viglius, le conseiller d'Assonleville, n'étaient 
pas d'avis qu'avant d'avoir obtenu satisfaction sur les points dont 
on avait à se plaindre, l'on renonçât à la prohibition des draps 
anglais (3) : les seigneurs, influencés par les réclamations des 
marchands d'Anvers, firent adopter à la duchesse de Parme une 
opinion contraire (4). On convint que la communication dans 
laquelle seraient discutées les questions en litige, aurait lieu à 
Bruges. 

Ce fut sur le baron de Montigny que la duchesse de Parme 
jeta les yeux pour cette importante négociation : elle lui ad- 
joignit le conseiller d'Assonleville, l'avocat fiscal de Brabant, 
Joachim Gillis , et Jacques de la Torre , secrétaire du conseil 
privé (5). Le vicomte de Montaigu, chevalier de la Jarretière, 



(1) Par un édit du 21 mai 1564, inséré aux Placards de Brabant, t. Ij 
p. 281. 

(2) Voir, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VIII, 
p. 514 , l'acte du 30 novembre 1564. 

(5) Voir, dans la Correspondance de Philippe II sur les affaires des 
Pays-Bas, t. I, pp. 324, 359, 344, 349, les lettres du conseiller d'Assonle- 
ville au cardinal de Granvelle, des 24 janvier et 26 février 1565, et celles de 
Granvelle à Philippe II et à d'Assonleville, des 8 octobre 1564, 23 janvier et 

5 avril 1565; dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, 
pp. 411 , 590, 650, et t. VIII, p. 88, les lettres de Granvelle à la duchesse 
de Parme, des 15 mars et 3 mai 1564, et de Viglius à Granvelle, des 22 mai 
et 29 juin 1564. 

(4) Voir les lettres de Viglius à Granvelle, des 17 avril, 22 mai, 30 juin et 

6 décembre 1564 , dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, 
pp. 476 , 650, et t. VIII, pp. 88, 528. 

(5) Instructions du dernier février 1565, ci-dessus mentionnées. — ftap- 



(M) 

le docteur Wofton , qui avait rempli plusieurs missions diplo- 
matiques, et un troisième personnage furent les députés de la 
reine Elisabeth. 

Fixées d'abord au 26 janvier (1565) , puis au 2 mars, les con- 
férences de Bruges ne s'ouvrirent qu'à la fin de ce dernier mois. 
Elles furent suspendues au mois de septembre (4), pour que les 
cours de Madrid et de Londres pussent se prononcer sur plusieurs 
points qui y avaient été préliminairement adoptés. On les reprit 
au mois de mai 1566; mais ce ne fut plus alors le baron de Mon- 
tigny qui y représenta les Pays-Bas; il venait d'être chargé de 
se rendre en Espagne : il fut remplacé à Bruges par son oncle, 
Philippe de Montmorency, seigneur de Hachicourt, chevalier de 
la Toison d'or, et l'un des chefs des finances (2). Le colloque de 
Bruges (comme on l'appela) n'aboutit, du reste, à aucun arrange- 
ment, la reine Elisabeth n'ayant pas voulu faire de concessions 
à l'égard des laines, objet principal de la négociation pour les 
Pays-Bas (3). 



port sur différentes séries de documents concernant l'histoire de la Bel- 
gique, conservées aux archives de Lille, p. 333. 

(1) Par un recez du 29 septembre. 

(2) Instructions du seigneur de Hachicourt, du conseiller d'Assonleville et 
de l'avocat fiscal Gillis, du 27 avril 1566 , dans le registre intitulé Négocia- 
tions d' Angleterre , Instructions, 1518-1605, aux Archives du royaume. — 
Rapport sur différentes séries de documents concernant l'histoire de la 
Belgique, etc., p. 334. 

(3) Lettres de la duchesse de Parme à Philippe II , des 21 juin et 4 juillet 
1566, dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche, publiée par 
M. de Reiffenberg, pp. 39 et 62. 



140 ) 



FABLES. 

Par M. le baron de Stassart , membre de F Académie. 

ÏÏjC Caatov ef le Sapajou. 

Les castors sont d'honnêtes gens; 

C'est dommage que des méchants 
Ils ne redoutent pas assez les artifices. 

J'en connais un des plus intelligents : 
Chacun voulait bâtir sous ses auspices. 
Il avait élevé de nombreux édifices, 
Et sa demeure était un vrai bijou. 
Tous l'admiraient, sauf un vieux sapajou. 
De l'animal frondeur la rare clairvoyance 
Aperçoit un défaut léger, sans importance; 
11 en fait un grand bruit, l'annonce à son de cor... 

Il persuade le castor 

Qui s'accuse de négligence; 
Et ne voilà-t-il pas que se piquant au jeu , 
Notre architecte, armé d'une torche, s'élance 

Sur sa maison , y met le feu. 
Le défaut disparaît; il s'en applaudit peu : 
Tout manquait pour bâtir avec quelque élégance. 
Quand il eut essayé de vingt projets divers, 

Et que tout alla de travers, 
Il maudit, mais trop tard, sa folle complaisance. 

Castors et sapajous ont des imitateurs; 

On ne voit partout que frondeurs. 
Notre société certes n'est point parfaite; 

Néanmoins il ne faudrait pas 

Sur elle appeler la tempête, 
Et la livrer à la troupe indiscrète 
D'effrontés charlatans qui la mettraient à bas. 



( 141 ) 



M, fa Beatinéeê d'un CMen. 

Plaignez Médor : de son lieu de naissance , 
De la maison, séjour de son enfance, 
Ce pauvre chien fut exilé 
Pour un morceau de lard qu'un chat avait volé , 
Tant la justice est clairvoyante. 
Que devenir! Quel triste sort! 
Il blasphème les dieux, il gémit, se lamente, 
Quand vers lui tout à coup un berger se présente, 
a Ce chien, dit-il, me paraît fort; 
*> Il est, ma foi, de belle taille, 
» Aux loups il peut livrer bataille; 
» Je veux l'emmener avec moi; 
à De mon troupeau j'en fais le vice-roi. » 
Médor, heureux, vécut dans l'abondance, 
Et, parmi tous les chiens, cité pour sa vaillance, 
Au milieu des honneurs s'écoulèrent ses jours. 

C'est ainsi que la Providence , 
Lorsqu'on croit tout perdu, vient à notre secours. 
Elle se rit souvent de notre prévoyance , 
Et le but qu'on atteint n'est pas celui qu'on pense. 

Que sommes-nous , faibles humains ? 
D'aveugles instruments dans ses puissantes mains. 
Le chêne du Jura, tombant sous la cognée, 
Sait-il qu'à son pouvoir la mer est destinée? 



— M. Fétis donne lecture d'une Notice historique sur 
Spontini, l'un des associés de l'Académie, mort en 1850. 

— M. le secrétaire perpétuel termine la séance par la 
proclamation des résultats du concours de 1852 (voir 
pp. 65, 81 et 84). M. Wéry, avocat à Mons, auteur du 
mémoire couronné sur la question de l'assistance publique, 
est venu recevoir des mains de M. le président de l'Acadé- 
mie, la médaille d'or qui lui a été décernée. 



( 142) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance du G mai 1852. 

M. Roelandt, vice-directeur occupe le fauteuil. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents: MM. Braemt, Guillaume Geefs, Navez, 
Simcmis, Van Hasselt, Jos. Geefs, Érin Corr, F. Snel , 
Fraikin, Partoes, Baron, Ed. Fétis, membres; Calamatla, 
associé. 

MM. d'Ornalius d'Halloy, Dumont, Melsens, membres de 
la classe des sciences, et M. Roulez, membre de la classe des 
lettres, assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur transmet deux nouveaux 
rapports trimestriels de MM. Carlier et Bol, lauréats du 
grand concours de l'Académie royale des beaux-arts d'An- 
vers. Ces pièces sont envoyées à l'examen des commissaires 
précédemment désignés. 

— M. Pettit Griffith écrit qu'il a lu avec intérêt les 
rapports de MM. Baron, Bock et Roelandt sur son travail 
concernant le temple de Vesta à Tivoli, et il présente 
un nouveau mémoire manuscrit sur le même sujet. Ren- 



(143) 
voyé à l'examen des commissaires précédemment nommés. 

— M. le secrétaire perpétuel fait connaître que M. Schoo- 
nen a versé dans la Caisse centrale des artistes belges, au 

• nom de la Société des gens de lettres belges, une somme 
de fr. 128 25 c 8 . 

— M. Navez dépose la description d'une mosaïque an- 
cienne, que M. J.-J. Renier lui a fait parvenir de Rome 
pour être soumise à l'examen de l'Académie. Cette mosaï- 
que fait partie du riche pavé de la basilique patriarcale 
de $ l -Laurent, en dehors de la porte de ce nom, sur la 
route de Tivoli, et semble, selon l'auteur, appartenir au 
XII e siècle. (Commissaires: MM. Roulez, Van Hasselt et 
Navez.) 



RAPPORTS. 



Sur l'état des beaux-arts en Belgique. 

La classe s'occupe de la proposition faite par M. Éd. 
Fétis, dans la séance précédente , de demander au Gouver- 
nement de faire tracer, sous les auspices de l'Académie, 
un tableau du développement et du progrès des beaux-arts 
en Belgique, depuis 1850. Ce tableau, d'après l'auteur 
de la proposition, serait le pendant de celui qui s'exécute 
pour les lettres, dans une autre classe de l'Académie. 

Le secrétaire perpétuel fait remarquer que le rapport 
demandé par le Gouvernement relativement aux lettres, 
ne concerne que l'exposé des travaux historiques exécutés 
dans le royaume depuis 1850, pour faciliter les travaux 



( 144 ) 

ultérieurs; il donne ensuite lecture des rapports qui ont 
été faits à ce sujet. 

Il résulte de ces rapports et d'une discussion à laquelle 
plusieurs membres prennent part, qu'il y aurait danger, 
à publier, sous les auspices de l'Académie, une apprécia- 
tion d'œuvres d'artistes vivants et dont la plupart appar- 
tiennent à ce corps. On croit qu'il faudrait se borner à 
dresser une sorte de statistique des principaux ouvrages 
d'art produits depuis 1830, sans y mêler des jugements 
sur la valeur de ces ouvrages. M. Éd. Fétis est invité à 
vouloir bien présenter, pour une prochaine séance, un 
plan de travail combiné sur les bases indiquées. 

Inscriptions pour les monuments publics. 

M. le Ministre de l'intérieur avait demandé à la classe 
de se charger de rédiger des inscriptions pour les princi- 
paux monuments du pays, rappelant les époques de leur 
fondation, de leur agrandissement, des grands événe- 
ments dont ils avaient pu être témoins, les noms des archi- 
tectes, le caractère de l'architecture, etc. Une commission 
avait été nommée pour préparer des projets d'inscription. 

La classe avait à juger les projets qui lui ont été soumis; 
elle a adopté successivement , en y introduisant de légères 
modifications, les inscriptions pour l'église Notre-Dame de 
Tournay, l'église S l -Pierre et l'hôtel de ville de Louvain, 
l'église S l -Bavon de Gand et la halle de Bruges (1). 

Cette discussion sera reprise dans la prochaine séance. 



(1) Voyez ces inscriptions, tome XVIII des Bulletins, Impartie, pp. 132 
et suivantes. 



145 ) 



OUVRAGES PRÉSENTES. 



Oldenbarneveldï s Heerlijkheid , Rodenrijs , onuitgeyeven op- 
schriften van Vondel, enz. (Niet in tien handel. — Présent exem- 
plaar), tweede nitgave door J.-L. Kesteloot. Gent, 1851 ; 4 broeh. 
in-8°. 

Notions élémentaires des sciences naturelles, physiques et chi- 
miques, applicables aux usages de la vie. 2 me partie, Chimie; 
par Ch. Morren. Liège, 1852; 1 vol. in-12. 

A la mémoire de Joseph-François comte de Lichtervelde . (Of- 
fert par M. Ch. Morren). Liège, 1852; 1 broch. in-8°. 

Botanique, par A. Spring. Bruxelles, 1852; 2 vol. in-12. 

Conseil de salubrité publique de la province de Liège. Compte 
rendu des travaux du conseil pendant l'année 1851 , présenté, 
en exécution des articles 23 et 24 du règlement , dans la séance 
du 17 février 1852, par M. A. Spring, président. — Règlement. 
Liège, 1852; 2 broch. in-8°. 

Essai sur ïanatomie et la physiologie des parties constituantes 
de l appareil optique , ou organisation de l'œil et de ses annexes ; 
par P.-J. Valiez. Bruxelles, 1852; 1 vol. in-8°. 

Trois mois en Sicile, par Ernest Van Bruyssel. Bruxelles, 
1852; 1 vol. in-12. 

Un théorème de la philosophie des corps , par Amédée Fon- 
taine. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-8°. 

Le progrès. OEuvre dédiée à la Société libre d'émulation de 
Liège par son secrétaire général, Alb. d'Otreppe de Bouvette. 
Liège, 1852; 1 vol. in-12. 

Description d'un évangéliaire du Trésor de Notre-Dame de 
Tongres, par J. Petit de Rosen. Liège, 1852; 1 broch. in-8°. 

Débouché annuel de 65 millions et plus de kilogrammes de 
Tome xix. — II e part. 10 



( 146 ) 

charbon de terre, créé et offert aux établissements houillers de la 
Belgique, par un nouveau système de cuisson de pain; par 
A. Colson. Liège, 1852; 1 broch. in-8°. 

Rapport sur la situation de la Société archéologique deNamur, 
pendant l'année 1851, présenté par M. le président, dans l'as- 
semblée générale du 21 mars 1852. Namur, 1852; 1 broch. in-8°. 

Collections scientifiques d objets d'art, d'antiquités et de cu- 
riosités de la ville de Renaix, par E. Joly. Renaix, 1852; 
I broch. in-8°. 

Revue de la numismatique belge , publiée sous les auspices de 
la Société numismatique , par MM. R. Chalon , L. De Coster et 
Ch. Piot. 2 me série, tome H, l re livraison. Bruxelles, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Le Moniteur des travaux d'utilité publique. N os 18 à 21. 
Bruxelles, 1852; 4 feuilles in-plano. 

Bulletin administratif du Ministère de l'intérieur. Tome VI. 
N° 3. Mars 1852. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Bulletin du Bibliophile belge. Tome IX. N° 2. Bruxelles, 
1852; 1 broch. in-8°. 

Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliogra- 
phie de Belgique. Année 1852, l re livraison. Gand; 1 broch. 
in-8°. 

Journal historique et littéraire. Tome XIX. Liv. 1. Mai 1852. 
Liège; 1 broch. in-8°. 

Moniteur de l'enseignement, publié sous la direction de Fréd. 
Hennebert. Nouvelle série. Tome I. N os 17, 18 et 19. Tournai. 
1852; 3 broch. in-8°. 

Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique. Tome XI. 
N os 5 et 6. Bruxelles, 1852; 2 broch. in-8°. 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , publié 
par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. 
10 me année. 14 me volume. Mai, 1852; 1 broch. in-8°. 

Archives belges de médecine militaire. Tome IX. Mars et avril 
1852. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 



( 147 ) 

Annales de la Société de médecine d'Anvers. 15 me année. Mai 
1852. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Annales médicales de la Flandre occidentale, publiées par les 
docteurs Vanoye et Ossieur. Avril, 10 me livr. Roulers, 1852; 
1 broch. in-8°. 

La Presse médicale; rédaction : M. J. Hannon , 1852. N os 19 à 
22. Bruxelles; in-4°. 

Le Scalpel; rédaction : M. A. Festraerts. 4 mc année. N os 27, 
28 et 29. Liège, 4852;in-4°. 

La Santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs-: 
MM. A. Leclercq et N. Theis. 3 me année, 1851-1852. N os 21 et 
22. Bruxelles; 2 broch. grand in-8°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles par 
MM. Delwart et Thiernesse. l/ e année. Mai 1852. Bruxelles; 
1 broch. in-8°. 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 8 me année. Avril 1852. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique. Directeur : 
M. Galeotti. 10 me année, n° 2. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-12. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences; par MM. les secrétaires perpétuels. Tome XXXIV. 
IN 0S 16 à 49. Paris, 4852; 4 broch. in-4°. 

archives du Muséum d'histoire naturelle, publiées par MM. 
les professeurs-administrateurs de cet établissement. Tome V; 
4 me livraison. Tome VI, I re et 2 me livraisons. Paris, 1851; 2 vol. 
in -4°. 

Muséum d'histoire naturelle de Paris. Catalogue méthodique 
de la collection des mammifères et de la collection des oiseaux et 
des collections annexes, par MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 
J. Prévost et Pucheran. — Première partie , Mammifères. Intro- 
duction et catalogue des primates, par M. Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire. — Catalogue méthodique de la collection des reptiles, par 
MM. C. Duméril et A. Duméril. 2 me livraison. Paris, 1 85 1 ; 2 broch. 
in-8°. 



( 148 ) 

Notice sur les travaux scientifiques de M. H. Walferdin. Paris, 
1852; l broch. in-4°. 

E pitre à M. l'abbé L , par J.-K. — Épitre à M. Bounioul 

de Saint-Geniez , par J.-R. , devenu Triste. Paris , 1851 ; 2! feuilles 
in -8°. 

Annuaire de la Société philotechnique. Travaux de l'année 
1854. Torne XIII e . Paris, 1852; 1 vol. in-12. 

Recueil des actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et 
arts de Bordeaux. 13 me année; 1851. 4 me trimestre. Bordeaux. 
1852; 1 vol. in-8°. 

Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 32 me année, 
1850-1851. Metz, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département 
de Maine-et-Loire. 22 me année. Angers, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Société des antiquaires de la Morinie. Bulletin historique, 
1 re livraison. Janvier, février, mars 1852. Saint-Omer, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Société impériale de géographie de S l -Pétersbourg. 1 er bul- 
letin; 1852 (en langue russe). S l -Pétersbourg; 1 vol. in-8°. 

De vlaemsche beweging, maendschrift. N os 13 et 14. Mars et 
avril 1852. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Flora Batava of afbeelding en beschrijving van nederlandsche 
gewasseyi; door wijlen Jan Kops, vervolgd door P. M. E. Gevers 
Deijnoot, 168 e aflevering. Amsterdam ; in-4°. 

Systematische Darstellung der enlwickelung der Baukunst in 
den obersàchsischen Làndern vom X bis XV Jahrhundert. 
Bearbeitet und herausgegeben von L. Puttrich, unter beson- 
derer Mitwirkung von G.-W. Geyser dem Jungern in vereini- 
gung mit D r C.-A. Zestermann. Leipzig, 1852; 1 vol. in-folio. 

Beschreibung der an der Mùnchener Sternwarte zu den Beo- 
bachtungen cerwendeten neuey, Instrumente und Apparate. Von 
])' Lamont. Munich, 1851 ; 1 vol. in-4°. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, 
1852. — N° 6. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du ojuin 1852. 

M. Kickx, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. D'Omalius d'iialloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptjnne, Crahay, Wesmael, 
Martens, Dumont, Cantraine, Ch. Morreu, Stas, De Ko- 
uinck, Van Beneden, Ad. De Vaux, Gluge, Melsens, 
Schaar, membres; Sommé, Spring, Schwann, Lacordaire, 
associés; Donny, correspondant. 

Tome xix. — II e paut. 1 1 



( 150 ) 



CORRESPONDANCE. 



L'Institut national de Washington , l'Institut d'Àlbany , 
la Société royale de Gôttingue , l'Académie royale de Mu- 
nich , etc., remercient la Compagnie pour l'envoi de ses 
publications. 

— M. Alex. Vattemare, présent à la séance, dépose, de 
la part de l'Institut d'Albany, les cinq derniers volumes 
de Y Histoire naturelle de l'État de New- York; il donne 
en même temps quelques explications sur le système 
d'échange de publications, qu'il cherche à établir entre 
l'Europe et l'Amérique. 

— M. Duprez, correspondant de l'Académie, transmet 
le résumé des observations météorologiques qu'il a faites, 
à Gand, pendant l'année 1851 ; et M. Van Oyen, ses obser- 
vations botaniques et zoologiques recueillies à S*-Trond. 

La classe reçoit encore les ouvrages manuscrits sui- 
vants : 

1° Solution d'un coup singulier du jeu de dames, dans 
la partie à qui perd gagne, par M. La Marie, associé de 
l'Académie. (Commissaires: MM. Timmermans, §chaar 
et Quetelet.) 

2° Sur des fluctuations de la bulle des niveaux, obser- 
vées par M. d'Abbadie; note de M. Montigny, professeur 
à Namur. (Commissaires : MM. d'Omalius d'Halloy et 
Quetelet. ) 



( 151 



RAPPORTS. 



Sauvetage des ouvriers dans les mines. 

M. le Ministre des travaux publics avait consulté la classe 
sur l'utilité d'ouvrir un concours spécial pour perfectionner 
les moyens de sauvetage employés dans les mines, à la suite 
d'accidents ayant pour effet de vicier l'air des travaux. La 
classe avait désigné MM. De Vaux , Stas et De Hemptinne 
pour lui présenter un rapport à ce sujet. 

M. De Vaux lit, au nom de la commission, le rapport 
suivant : 

« Votre commission s'est livrée avec le plus vif intérêt 
à l'étude de la question soulevée par M. le Ministre des tra- 
vaux publics, dans sa dépêche du 17 avril dernier, n° 2271. 

Le but est trop généreux, il cadre trop bien avec les 
vues philanthropiques qui vous animent, pour que la pro- 
position de M. le Ministre ne rencontre pas chez vous la 
plus entière sympathie. 

Il s'agit, en effet, de venir en aide à la classe ouvrière, 
de stimuler le génie de l'invention , pour combler, s'il est 
possible, des lacunes signalées dans les moyens de sau- 
vetage. 

L'accident arrivé le 6 mars dernier, au charbonnage du 
Longterne-Ferrand, à Élouges, est venu réveiller, à ce 
sujet, l'attention et exciter, à un haut degré, la sollicitude 
incessante de l'administration des mines. Il a offert le 
spectacle désolant de l'impuissance des efforts soutenus 



( 152 ) 

d'un nombre illimité de travailleurs, pour parvenir, sinon 
à secourir, du moins à atteindre les victimes de cette 
catastrophe. L'éboulement, en plusieurs points de la gale- 
rie de traînage ou galerie principale, opposait, il est vrai, 
un obstacle insurmontable au prompt rétablissement de 
la circulation par cette voie; mais, selon toute probabilité , 
c'était au delà de ces éboulements , vers les tailles , que de- 
vaient se trouver les mineurs, et tout portait à croire que 
la voie supérieure, dite troussage, celle qui sert au retour 
de l'air, était restée libre et en bon état dans toute son éten- 
due (environ 600 m.), depuis l'entrée des travaux jus- 
qu'aux ateliers d'arrachement. Or, cette galerie par laquelle 
on eût été heureux de se précipiter vers les tailles, ne 
fût-ce que pour faire cesser toute incertitude sur le sort de 
65 frères, cette galerie envahie par des gaz délétères était 
littéralement inaccessible , et l'on ne pouvait y avancer de 
quelques mètres sans être frappé d'asphyxie. 

Quelques jours après , le 12 du même mois de mars , le 
charbonnage de Marihaye, à Seraing, province de Liège, 
était à son tour le théâtre d'une catastrophe dans laquelle 
sept ouvriers ont perdu la vie , dans des circonstances qui 
ont pu faire regretter, plus vivement encore peut-être 
qu'au Longterne-Ferrand , de ne pouvoir pénétrer instan- 
tanément dans des excavations remplies de gaz délétères. 
Les eaux d'anciennes exploitations firent irruption dans 
les travaux de la houillère de Marihaye; selon toute appa- 
rence, leur affluence ne fut pas telle que les ouvriers dus- 
sent nécessairement être entraînés par le courant; mais, 
indépendamment des gaz nuisibles qu'elles apportèrent 
dans les galeries, leur niveau atteignit en peu de temps 
une assez grande hauteur pour couper la circulation de 
l'air, et dès lors l'asphyxie devenait imminente pour tous 



( 155 ) 

ceux qui avaient pu résister au courant et s'élever au-des- 
sus de ce niveau. Or, ici les ouvriers n'avaient eu à subir 
l'épreuve ni du feu, ni de la terrible commotion qui ac- 
compagnent d'ordinaire les coups de grisou, et il y avait 
à peine 100 mètres à parcourir dans la voie d'aéragepour 
arriver à la taille, où l'on pouvait s'attendre à les trouver. 

Si nous nous bornons à ces deux relations, ce n'est 
pas que les exemples manquent; les cas d'asphyxie ne 
sont malheureusement que trop communs dans les mines, 
surtout à la suite de coups de feu , ou de coups d'eau. Mais 
nous avons hâte de faire remarquer, d'une part, que ce 
n'est pas seulement dans les travaux des mines que la vie 
des ouvriers se trouve accidentellement compromise par 
la production d'émanations délétères : les mêmes dangers 
se présentent fréquemment dans les excavations souter- 
raines peu profondes, qui se pratiquent journellement dans 
nos constructions superficielles; il en est ainsi de certains 
puits, égouts, fosses d'aisance, citernes, etc., et il con- 
vient de faire comprendre aux concurrents que la ques- 
tion proposée doit embrasser ces différents cas. 

D'autre part, que depuis longtemps, à la suite des nom- 
breux malheurs qu'on a eu à déplorer, on se préoccupe 
des moyens d'échapper à de telles éventualités; et que di- 
vers procédés ayant été successivement imaginés ou mis 
en pratique à cette fin , les concurrents doivent être rendus 
attentifs à tout ce qui a été fait ou publié en ce genre : 
ventilateurs, appareils respiratoires, pompes à air, appa- 
reil de Paulin pour les incendies, etc. 

Jl ne serait peut-être pas sans utilité pour eux que l'on 
donnât quelque publicité aux différents mémoires qui 
peuvent être parvenus au département de l'intérieur sur des 
objets analogues, et entre autres, à un rapport adressé 



( m ) 

à M. le Minisire de l'intérieur, le 14 juillet 1848, par 
une commission spéciale composée de MM. Vleminckx, 
inspecteur général du service de santé, De Hemptinne, 
membre de l'Académie, et Devaux, inspecteur général 
des mines. 

Les concurrents ne doivent pas ignorer non plus qu'au- 
jourd'hui même, et en attendant les lumières qui jailli- 
ront de l'appel fait aux inventeurs, l'administration des 
mines s'occupe activement des moyens de rendre pratique 
l'usage des appareils respiratoires, et d'obtenir des venti- 
lateurs mécaniques faciles à transporter et à monter sur 
place, et dont l'action, combinée avec l'emploi de larges 
tuyaux en tôle, puisse amener un prompt assainissement 
de l'air dans une excavation dont l'atmosphère est viciée. 

Quant aux termes dans lesquels la question est posée 
par M. le Ministre des travaux publics, votre commission 
n'a rien à y changer, c'est-à-dire « qu'un prix serait fondé 
i> pour récompenser l'auteur d'un procédé pratique, d'un 
» emploi commode et sûr, qui permettrait à l'homme de 
» pénétrer sans délai à de grandes distances, de séjour- 
» ner, de s'éclairer, et d'agir librement dans des exeava- 
» tions souterraines envahies par des gaz nuisibles. » 

Nous croyons devoir seulement insister sur ce point, 
que les personnes qui seront appelées à juger du mérite 
des réponses , ne sauraient trop se mettre en garde contre 
l'abus des considérations théoriques, c'est-à-dire, que le 
prix ne devrait être décerné qu'après que des essais suivis 
et concluants auraient bien démontré l'infaillibilité et 
la facilité de la mise en usage du procédé dans les diffé- 
rents cas qui peuvent surgir. 

Nous terminons en faisant remarquer que, vu la diffi- 
culté de la question et le temps que peuvent réclamer les 



( 155 ) 

essais, le terme de ce concours pourrait être fixé, au 
51 décembre 1855. » 

La question telle qu'elle est formulée dans le rapport 
précédent, est adoptée. Elle sera communiquée à M. le 
Ministre des travaux publics, en lui faisant connaître que 
la classe joindra sa médaille d'or au prix de 2,000 francs, 
dont il se propose de provoquer la fondation par une dis- 
position royale. Le terme fatal pour la remise des pièces 
du concours serait fixé au 51 décembre 1855. 



Étude sur la vision de l'homme et des animaux; par 
M. Hubert Boëns. 

Mtappot't r#«? M. Gluge. 

« Sous ce titre, l'auteur soumet à l'Académie, comme 
il le déclare lui-même, une étude , une idée déduite de ses 
lectures et de ses réflexions, qu'il se hâta d'écrire pour in- 
troduire un élément nouveau dans la recherche d'un 
problème. 

Le problème consiste à expliquer pourquoi nous voyons 
les objets droits, pendant que leur image paraît renversée 
sur la rétine. L'auteur ayant résumé lui-même son tra- 
vail , je vais en reproduire les conclusions : « l'œil est un 
» organe de tact spécial, destiné exclusivement à sentir 
» l'impression d'un fluide lumineux à l'aide d'un nerf 
» d'une nature particulière. 

» La substance connue en physique sous le nom d'éther 



( 150 ) 

» est l'agent normal, la cause extérieure déterminante de 
» la vision. 

» La vision est le résultat de la perception par le cer- 
» veau de la modification sut generis, imprimée aux élé- 
» ments de la rétine par l'agent normal lie la vision ou 
» par des agents internes ou morbides. 

» Cette modification sui generis révèle a l'animal la 
» couleur (qualité), l'éclat (intensité) et la direction des 
» ondes lumineuses émanant des corps éclairés. 

» La connaissance de la direction sur laquelle se trouve 
» chaque point des objets extérieurs est l'effet de la résul- 
» tante, facile à déterminer dans tous les cas possibles, 
» qui se produit chaque fois qu'un plus ou moins grand 
» nombre de forces composantes sont appliquées au même 
» instant sur un même point. 

» Les notions de la forme et de la position des objets 
» sont le fait de l'instantanéité et de l'unité de la percep- 
» tion de toutes les modifications sui generis, subies à la 
» fois par les divers points de la rétine que les rayons 
» lumineux sont venus toucher, chacun suivant les con- 
» ditions où il se trouve. » 

Aucune de ces conclusions ne renferme des idées bien 
neuves. Depuis longtemps déjà quelques auteurs ont com- 
paré l'œil à l'organe du toucher (Carus, Heidenreich, etc.). 
L'appréciation directe de la position des objets a été déve- 
loppée également par plusieurs physiologistes (V. Valentin, 
Physiologie). Cependant l'auteur entre dans des considéra- 
tions souvent très-intéressantes, et sans croire à la solution 
du problème, je crois devoir proposer l'insertion de la note 
dans le Bulletin. Seulement je désirerais en voir disparaître 
quelques expressions inexactes , et quelques détails trop 
connus de tout le monde. Peut-être l'auteur voudra- 



( <57 ) 
t-il aussi supprimer certaines expressions critiques trop 
vives, quelquefois môme injustes; car il est évident, par 
exemple, qu'il n'a pas lu le mémoire important de Volk- 
mann , inséré dans le dictionnaire de Wagner. La science 
gagne à être exposée avec simplicité et sans emphase, et 
la critique scientifique a besoin d'être modérée envers nos 
égaux et respectueuse envers les hommes haut placés dans 
la science, si elle veut se faire écouter. » 



Miapport de 91. Spviny. 

« Pas plus que mon honorable collègue M. Gluge, je 
ne puis me déclarer satisfait de l'hypothèse à l'aide de la- 
quelle M. le docteur H. Boëns essaie de résoudre le pro- 
blème séculaire du redressement de l'image rétinienne. 
J'avoue même être de ceux que M. Boëns dit engoués des 
opinions de MM. J. Mûller et Yolkmann , opinions grosses 
d'absurdités , selon lui. 

L'expérience m'a habitué depuis longtemps à user d'une 
certaine tolérance à l'égard des questions dont l'obscurité 
ne provient pas d'une lacune de l'observation, mais tient 
plutôt à la nature de notre raisonnement individuel. Re- 
connaissant d'ailleurs que YÊtude de M. Boëns emprunte 
un certain intérêt à des rapprochements parfois heureux, 
et voulant, en outre, encourager les travaux dirigés dans 
le sens de la physiologie pure, je m'associe volontiers à 
la proposition d'imprimer ce mémoire dans les Bulletins 
de l'Académie. Cette proposition n'est cependant faite 
qu'en tant que l'auteur consente à revoir son manuscrit, 
pour modifier le ton incisif et parfois pétulant de sa polé- 



(158) 

mique, et à retrancher, comme c'est aussi le conseil de 
M. Gluge, certaines considérations générales qui n'ont 
aucun rapport avec le sujet qu'il traite, et des détails 
qui pourraient tout au plus prendre leur place dans un 
traité élémentaire. » 



Rapport de M» Crahay. 

« La question du jugement des objets droits par des 
images renversées sur la rétine a donné lieu à diverses 
explications, parmi lesquelles il en est une qui a obtenu 
l'assentiment de la plupart des physiciens, et probable- 
ment de quelques physiologistes. Elle pose d'abord ce 
point, non contesté, que nous ne voyons pas l'image qui 
se peint sur la rétine : il a fallu le calcul de la marche des 
rayons dans l'œil et les recherches anatomiques pour 
nous l'apprendre. Mais nous sentons l'impression produite 
sur la rétine par les rayons émanés de chaque point de 
l'objet. Ces rayons, réfractés par les divers milieux de l'œil, 
sont réunis en autant de points distincts de la rétine, 
situés sur les directions menées des points respectifs de 
l'objet par le centre optique de l'œil, centre qui répond à 
peu près au milieu du cristallin. De là résulte que ces divers 
points de la rétine, affectés par la vue d'un objet, se trou- 
vent coordonnés entre eux dans le même ordre que les 
points correspondants de celui-ci, sauf le renversement de 
l'ensemble. La position relative des points impressionnés 
de la rétine nous est indiquée par la sensation; par suite, 
nous en déduisons les directions des rayons, et enfin les 
lieux relatifs des points correspondants de l'objet ; car une 



( 159 ) 

expérience constante nous les a fait toujours trouver sur 
ces droites. De là nous rapportons au haut dans l'objet la 
sensation produite sur la partie inférieure de la rétine, 
frappée dans la direction de haut en bas, etc. 

Cette explication est liée intimement avec celle de l'ap- 
préciation de la grandeur apparente de l'objet : d'après 
l'écartement des points affectés de la rétine, nous con- 
cluons l'angle visuel extérieur, qui est égal et opposé à 
celui que forment entre eux les axes des cônes de rayons 
réfractés dans l'organe. 

Si j'ai bien compris l'idée de M. Boëns, exposée dans le 
mémoire qu'il a présenté à l'Académie, elle reviendrait, 
pour le fond , à celle dont je viens de parler, c'est-à-dire : à 
juger de la position de l'objet par les directions que for- 
ment dans l'œil les rayons émanés des divers points. 
Cette idée, comme on le voit, est connue, quoique M. Boëns 
se figure en être l'inventeur, et qu'il croie devoir protester 
hardiment contre l'opinion erronée, professée dans les cours 
et les ouvrages de physique et de physiologie, dans les aca- 
démies et les séances artistiques et littéraires de Bruxelles, 
opinion d'après laquelle l'œil voit les objets droits, bien qu'il 
en reçoive des images renversées, parce qu'il a l'habitude 
de voir ainsi. 

Relativement aux ouvrages de physique, on peut en 
citer bon nombre où l'idée de juger de la position des 
objets, par la direction des rayons dans l'œil, est nette- 
ment énoncée. 

Kepler déjà , en 1600, avait proposé cette opinion en 
l'appuyant de considérations des plus convaincantes; elle 
est produite également, de la manière la plus claire, dans 
la Physique de Rohault (1685); puis, dans les deux éditions 
du Dictionnaire de physique de Gehler; le Traité de phy- 



( 160 ) 

sique de Van Musschenbroek ; celui de Baumgartner et 
Von Eltinghaus; le Traité d'optique de Radicke; le Traité 
de physique de Mùller, de Fribourg, traduction allemande 
sur le plan du Traité de physique de Pouillet (1847). En 
voilà assez, je pense, pour prouver que l'idée de M. Bôens 
n'est pas neuve; il est étonnant qu'aucun des nombreux 
ouvrages dans lesquels elle est consignée ne lui soit 
tombé entre les mains. Quant aux cours de physique, je 
puis lui assurer qu'il y en a plusieurs où cette théorie est 
enseignée avec les développements convenables. 

Sous le rapport de l'invention , la partie du mémoire de 
M. Boëns, qui traite du redressement des images, est donc 
sans objet. Néanmoins, si cette théorie y était présentée 
avec des considérations nouvelles, propres à convaincre 
ceux qui ne l'auraient pas acceptée encore , le travail aurait 
de l'utilité à être publié; mais il n'est pas dans ce cas : la 
plupart des arguments sur lesquels l'auteur se fonde sont 
de peu de valeur, et quelques-uns sont faciles à détruire. 
Même l'énoncé du point fondamental de cette théorie est 
embarrassé, et ce n'est qu'avec quelque peine que l'on par- 
vient à saisir nettement l'idée de l'auteur. Les développe- 
ments d'optique dans lesquels il entre sont en grande 
partie étrangers au sujet , ou roulent sur des parties bien 
connues; plusieurs sont incorrects. 

D'après tout cela, je pense que la partie physique du mé- 
moire ne présente pas assez d'intérêt pour trouver place 
dans nos Bulletins. Quant à la partie physiologique, qui 
renferme quelques vues nouvelles, quelques rapproche- 
ments heureux, elle pourrait être admise dans les annales 
de l'Académie, si l'auteur voulait remanier son travail de 
manière à le rendre indépendant delà partie physique, et 
sous la condition expresse posée par mes deux savants 



( *M ) 

confrères MM. Gluge et Spring : autant que ces Messieurs, 
je trouve inconvenant le ton qui règne dans tout le mé- 
moire, et surtout la manière dont M. Boëns s'exprime à 
Tégard de quelques hommes qui jouissent, à juste litre, 
d'une considération unanime pour leurs grandes con- 
naissances. En ne rapportant du Traité de physiologie 
du célèbre Millier qu'une phrase détachée, il ne donne 
qu'une idée incomplète et inexacte de la pensée qui y est 
développée. L'opinion de ce savant, sur le phénomène en 
question , n'est, au fond, pas aussi incompatible avec celle 
fondée sur la direction des rayons que M. Boëns se le 
représente : Tune est celle du physiologiste, l'autre celle 
de l'opticien-mathématicien. » 

Conformément à l'opinion de ses commissaires, la classe 
pense que le mémoire de M. Boëns, dans son état actuel, 
ne peut être livré à l'impression; des remercîments seront 
cependant adressés à l'auteur pour sa communication. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sût le théorème d'Euler, relatif à la décomposition du 
mouvement de rotation des corps. Note par M. Pagani, 
membre de l'Académie. 

Les expériences récentes, par lesquelles on a constaté 
la déclinaison du plan d'oscillation du pendule, ont ra- 
mené l'attention des géomètres sur le beau théorème 
d'Euler, au moyen duquel on peut expliquer assez sim- 
plement la loi de cette déclinaison. Mais pour mettre l'ex- 



( 162 ) 

plication de ce phénomène à la portée de ceux qui ne sont 
point familiarisés avec les calculs supérieurs, il manquait 
à la science une démonstration élémentaire de ce théo- 
rème, que l'on doit considérer comme le corrélatif de celui 
qui porte le nom de parallélogramme des forces, et qui 
sert aussi à la composition et à la décomposition du mou- 
vement d'un point matériel. Cette corrélation est formulée 
dans les théorèmes suivants : 

Théorème 1. Si l'on a un point matériel C, animé 




dans la direction CA d'une vitesse P = CA, et si l'on 
imprime, par un moyen quelconque, au point C une vi- 
tesse Q = CB dans la direction CB; le point C ira dans 
la direction CD avec une vitesse R = CD , en désignant 
par CD la diagonale du parallélogramme construit sur les 
droites CA et CB, considérées comme côtés adjacents. En 
outre, si l'on désigne l'angle ACD par a, et l'angle BCD 
par B, on aura les relations : 



P : Q : R : : sin. /3 : sin. à : sin. ( a -t- /3). 



( 165 ) 

Ce théorème renferme, comme on sait, toute la théorie 
de la composition et de la décomposition du mouvement 
de translation. 

Théorème IL Si l'on a un corps qui tourne autour de 
la droite CA avec une vitesse angulaire p proportionnelle 
à CA, et si l'on imprime, par un moyen quelconque, au 
même corps, autour de la droite CB, une vitesse angulaire 
q proportionnelle à CB, le corps tournera autour de la 
droite CD avec une vitesse angulaire n proportionnelle à 
la diagonale CD du parallélogramme construit sur les 
droites CA et CB, considérées comme côtés adjacents. En 
outre, si l'on désigne l'angle ACD par a, et l'angle BCD 
par /3, on aura les relations 

p : q : n : : sin. /3 : sin. a, : sin. (<x -+- /3). 

Démonstration. Du point C comme centre, et avec un 
rayon égal à l'unité de longueur, traçons, dans le plan de 
la figure un cercle qui coupe en a, d, b, les droites CA, 
CD,CB. 

En vertu de la vitesse angulaire p, le point d s'élèvera 
au-dessus du plan de la figure, et décrira, dans un temps 
excessivement court r un arc de cercle dont le plan est 
perpendiculaire à la droite CA, et dont le rayon est égal à 
sin. a. Donc le point d s'élèvera perpendiculairement au 
plan de la figure d'une quantité égale à xp sin. a. Mais en 
vertu de la vitesse angulaire q, le point d, pendant le 
temps t, s'abaissera, perpendiculairement au plan de la 
figure, d'une quantité égale à -q sin. /3. D'ailleurs, on doit 
avoir, d'après les définitions des quantités p, q, a, et /3, et 
les propriétés connues des triangles , 

(1) p : q :: sin. /3 : sin. a, 



( 164 ) 
d'où Ton tire 

rp sin. ex, = rq sin. /3; 

donc, en vertu des vitesses angulaires simultanées p et 
r/, le point d restera en repos. Mais ceci ne peut avoir lieu 
que si le corps tourne autour de la droite CD; donc la pre- 
mière partie du théorème est démontrée. 

Maintenant, le corps tournant autour de CD avec une 
vitesse angulaire n, le point b s'élèvera perpendiculaire- 
ment au plan de la figure et décrira dans le temps t un 
espace égal à m sin. (3. Or , cette quantité doit être égale 
à l'espace rp sin. (a -f- (3) que le point b décrirait en vertu 
de la vitesse angulaire p autour de CA, puisque ce point 
ne change pas de position en vertu de la vitesse angulaire 
q. On aura donc 

m sin. /3 =* rp sin. (a -t- P>). 

En combinant celte équation avec l'équation (1) , on en 
déduit immédiatement 

(2). p :q:ni: sin. £ : sin. a : sin. {a ■+■ jfl) (a, -f- 3). C. Q. F. D. 

Corollaire 1. Si l'on imprime à un corps trois mouve- 
ments simultanés de rotation autour des arêtes contiguës 
d'un parallélipipède, et que les vitesses angulaires de ces 
mouvements soient proportionnelles à ses trois arêtes, il 
en résultera une rotation unique autour de la diagonale 
du parallélipipède, avec une vitesse angulaire propor- 
tionnelle à celte diagonale. 

Corollaire H. Réciproquement, tout mouvement de 
rotation autour de la diagonale d'un parallélipipède avec 
une vitesse angulaire proportionnelle à la longueur de 



. ( 165 ) 

cette diagonale peut toujours se décomposer, à chaque 
instant, en trois rotations simultanées autour des arêtes 
du parallélépipède, avec des vitesses angulaires propor- 
tionnelles aux longueurs de ces arêtes. 

Ces propositions se démontrent de la même manière 
que leurs corrélatives dans la théorie de la composition et 
de la décomposition du mouvement de translation. 

Corollaire III. En supposant le parallélipipède rec- 
tangle, on aura les relations 

p = n cos. A , q = n cos. & , r = n cos. v> 

dans lesquelles p, q y r désignent les vitesses angulaires 
composantes, n la vitesse angulaire résultante, et A, p, v 
les angles que font les arêtes avec la diagonale. 

Corollaire IV. Si l'angle v est droit, on aura cos. v = o, 
cos. (* = sin. î, et les dernières équations donneront 

(5) . . . . p = n cos. A q = n sin. A. 

Donc, le mouvement de rotation de la terre autour de 
Taxe du monde avec la vitesse angulaire n, peut être con- 
sidéré à chaque instant comme le résultat de deux rota- 
tions inslantanées autour de l'horizontale menée par le 
centre de la terre dans le plan du méridien d'un lieu 
quelconque, et autour de la verticale du même lieu avec 
les vitesses angulaires respectives p et q, fournies par les 
équations (5). 



Tome xix. -— II e part. 12 



( 166 



Sophistication des farines; note par M. F. Donny, 
correspondant de l'Académie. 

Parmi les moyens que j'ai proposés, en 4846 (1), pour 
reconnaître les sophistications de la farine par la fécule 
de pommes de terre, les graines des légumineuses, le riz, 
le maïs, le sarrasin et la poudre de tourteaux de lin (2), le 
procédé destiné à reconnaître la présence de la farine de 
féveroles ou de vesces mérite une attention particulière, 
tant à cause de l'importance du sujet, que des soins parti- 
culiers que nécessite l'application du procédé. 

Comme on le sait, le procédé repose essentiellement 
sur la double propriété que possède la farine de féveroles 
ou de vesces : 1° de se colorer en rouge-cerise, par l'action 
successive de l'acide nitrique et de l'ammoniaque, et 2° de 
laisser, après le traitement par la potasse, un tissu cellu- 
laire particulier. Lorsque la farine de froment, traitée par 
ces réactifs, contient de la farine de féveroles ou de 
vesces, l'on y remarque un certain nombre de points 
rouge-cerise (5) et quelques débris de la matière cellulaire 
propre aux légumineuses. 

Jusqu'ici je n'ai jamais retrouvé ni l'un ni l'autre de ces 



(1) Mémoires de l'Académie royale des sciences de Bruxelles, t. XXII; 
Annales de chimie et de physique , 3 e série , t. XXI. 

(2) Les procédés pour reconnaître les fraudes, par le sarrasin et la poudre 
de tourteaux de lin , ont été publiés à la suite de recherches que M. Mareska 
et moi nous avions entreprises en commun. {Bulletin de l'Académie royale 
des sciences de Bruxelles; juin 1847.) 

(3) La coloration des féveroles ou des vesces se manifeste surtout lorsque 
la farine est légèrement humide. Afin de lui donner ce degré d'humidité, j'ai 



(167) 

deux caractères, dans les farines de froment parfaitement 
exemptes de matières hétérogènes (4); mais j'ai remarqué 
deux circonstances qui peuvent induire en erreur un expé- 
rimenter peu attentif: 

1° Traitées par l'acide nitrique et par l'ammoniaque, 
les farines de froment présentent souvent, même lors- 
qu'elles sont très-pures, des taches foncées plus ou moins 
nombreuses, et qu'on pourrait prendre pour des traces de 
féveroles; mais ces taches ne sont pas rouges (2) : en les 
examinant à l'aide d'un jour suffisant et d'un grossisse- 
ment adapté à la vue de l'observateur, on s'assure facile- 
ment que leur couleur varie de l'orangé au brun foncé. 
Elles sont dues à des parcelles de son ; on les trouve abon- 
damment dans les farines mal blutées, et surtout dans la 
farine provenant de l'espèce de froment étranger connu 
sous le nom de froment cubanca, dont le périsperme dur 
et corné donne une farine qu'il est impossible de bluter 
parfaitement. 



conseillé, dès 1847, de couvrir la capsule où se fait l'expérience d'un disque 
de verre, pendant l'action de l'acide nitrique. {Bulletin de la Société d'encou- 
ragement de Paris; juin 1847.) 

(1) Dans un article critique, inséré an Bulletin de la séance du 6 mars 1852. 
M. Biot, pharmacien à Namur, assure être arrivé à un résultat tout différent. 
D'après ce chimiste, la farine pure, celle de cubanca surtout, est susceptible 
de se colorer partiellement en rouge-cerise, parce que les germes de la graine 
du froment prennent cette teinte sous l'action des réactifs. On peut facilement 
isoler ces germes , les réduire en farine et constater par l'expérience que cette 
assertion est dénuée de tout fondement; car cette farine, provenant de ger- 
mes , ne se colore pas plus en rouge que le périsperme même de la graine. 

(2) M. Stas a déjà fait remarquer, dans un rapport inséré au Bulletin 
de la séance du 6 mars dernier, que la coloration des taches, dues aux féve- 
roles, est différente de celle des taches qu'on remarque dans le froment 
cubanca pur. 



( 168) 

Cette différence de couleur est plus tranchée encore si, 
dans le traitement, on remplace l'acide nitrique par de 
l'eau régale. Le son prend alors une couleur moins foncée 
et la farine de féveroles une teinte plus purpurine. 

Si, après tout cela, un observateur ne distinguait pas, à 
la simple inspection, des nuances si différentes, il pour- 
rait s'assurer de la nature des taches, en les traitant sur 
le porte-objet du microscope, par une dissolution de po- 
tasse contenant environ ~ d'alcali : traitées de cette ma- 
nière et comprimées légèrement entre deux lames de verre, 
les taches de son conservent a peu près leur forme et leur 
couleur (l'on y reconnaît même la structure intime de celte 
substance); tandis que les taches de féveroles ne laissent, 
pour résidu, qu'un empois incolore ou jaunâtre et des 
débris de matières cellulaires caractéristiques. 

Le fait n'a rien d'étonnant, puisque le son du froment 
est insoluble dans la liqueur alcaline, tandis que la farine 
de féveroles s'y dissout très-facilement. 

2° Dans de très- vieux échantillons de froment, de 
vesces, de pois , d'orge germée et de maïs, j'ai trouvé cer- 
tains excréments d'insectes, jouissant de propriétés assez 
remarquables pour qu'il me semble intéressant d'en faire 
un examen très-attentif. Pour le moment , je dirai seule- 
ment que ces excréments ont la propriété de se colorer 
en rouge vif sous l'action de l'acide nitrique et de l'ammo- 
niaque, et que la coloration se manifeste dans les mêmes 
circonstances que celle due aux féveroles ou aux vesces. 

Les farines, provenant de froments attaqués par ces 
insectes, peuvent renfermer des excréments, et présenter 
par conséquent quelques points rouges lorsqu'on les traite 
par les réactifs; mais il n'est pas difficile de distinguer ce 
genre de taches, de celles qui proviennent de féveroles ou 



il 



( 169) 
de vesces. Il suffit d'en placer quelques-unes sur le porte- 
objet du microscope et de les mouiller avec une dissolu- 
tion de potasse caustique contenant ^ d'alcali. Les taches 
de féveroles, comme je l'ai déjà dit, laissent, après la dis- 
solution de la fécule, des portions delà matière cellulaire 
propre aux légumineuses; tandis que les taches d'excré- 
ments ne laissent qu'un résidu poisseux , dans lequel ne 
se trouvent naturellement pas, les débris d'une substance 
organisée, qui n'est propre ni à l'insecte, ni au milieu dans 
lequel il a vécu. 

Mais supposons que l'observateur remarque des taches 
ne provenant ni du son , ni des excréments dont je viens 
de parler, et que ces taches soient évidemment d'origine 
légumineuse, devra-t-il conclure de là que la farine a été 
sophistiquée par une addition frauduleuse de féveroles ou 
de vesces? Il est autorisé, je pense, à déclarer qu'il y a 
de la farine de féveroles ou de vesces dans la masse analy- 
sée; mais la présence de cette farine ne prouve pas plus 
la fraude, que ne la prouverait la présence de quelques 
grains de vesces dans un sac de blé. Il se trouve en effet, 
fort souvent, dans les froments mal vannés, une quantité 
plus ou moins notable de ces petites vesces qui croissent 
spontanément dans les champs de blé; en passant au mou- 
lin , ces froments produisent une farine qui n'est pas pure, 
mais dont l'impureté ne provient pas de la fraude. En pa- 
reil cas, la déclaration de l'expert formera l'un des élé- 
ments de conviction des juges, mais ne sera pas leur guide 
unique et ne doit pas l'être. 

Il est clair que, si la déclaration peut indiquer approxi- 
mativement la proportion des vesces ou des féveroles que 
contient la farine analysée , elle fournira un nouvel élé- 
ment de conviction à la justice. 



( m ) 

Cette détermination n'est pas difficile. 

L'étendue que les taches féverolées occupent, sur une 
surface donnée de la farine suspecte, est sensiblement 
proportionnelle à la quantité de féveroles ou de vesces 
qui s'y trouvent , attendu que l'acide nitrique et l'am- 
moniaque colorent en rouge -cerise la surface entière 
de la farine de féveroles ou de vesces soumise à leur 
action (1), et, qu'au contraire, la farine pure de froment 
ne se colore sensiblement en rouge-cerise, dans aucune 
de ses parties. 

L'expérience confirme cette donnée théorique, autant 
que le permet la nature des opérations. Ainsi, une farine 
de froment qui renfermait 7^^ de féveroles, à l'état de 
fragments ayant en moyenne J de millimètre de côté, m'a 
présenté au moins une tache rouge par surface de 5 centi- 
mètres de côté; tandis qu'un échantillon de farine, conte- 
nant 5 p. °/o de féveroles, m'a offert plus de 700 taches 
sur une surface de même étendue. 

Il est toujours long et fastidieux d'apprécier ainsi la 
grandeur et de compter le nombre de ces taches rouges ; 
aussi est-il souvent préférable de comparer la farine sus- 



(1) M. Biot dit avoir remarqué que le germe seul des féveroles possède la 
propriété de rougir sous l'influence de l'acide nitrique et de l'ammoniaque : 
ce fait n'est pas exact. Je me suis assuré que les féveroles, privées de leurs 
germes, donnent, par la trituration, une farine qui se colore en rouge-ce- 
rise, sous l'action des réactifs. D'ailleurs, s'il en était autrement, si le germe 
seul rougissait et si le périsperme farineux restait incolore, la farine ordi- 
naire de féveroles, traitée par l'acide nitrique et l'ammoniaque, présenterait 
l'aspect d'une masse à peu près incolore , parsemée seulement d'un centième 
de fragments rouges ; car le germe des féveroles ne pèse qu'un centième de 
la masse totale de la graine. 



(171 ) 
pecte à un mélange, en proportions définies, soit de farine 
de froment et de farine de féveroles, soit de sable blanc et 
de sable rouge. 



TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 

Notice sur de vraies fleurs doubles chez les Orchidées, et 
spécialement sur la pétalodie et la cheilomanie de f Orchis 
morio; par M. Ch. Morren, membre de l'Académie. 

M. Seringe, professeur de botanique à Lyon, possède, 
dit M. Moquin-Tandon, un pied à'Orchis morio, où les 
fleurs commencent à doubler (Tératologie, p. 211). Parmi 
des milliers de pieds fleuris de cette espèce, trouvés dans 
les prairies entre Colonsler et Tilft, sur les bords de 
l'Ourle, nous avons été assez heureux de rencontrer un 
pied amaigri de cette plante, dont l'épi offrait cinq fleurs 
tératologiques. II y a peu de monstruosités plus intéres- 
santes; et ce qui ajoute à son prix, c'est l'excessive rareté 
des cas où, sur les milliards de fleurs d'Orchidées indi- 
gènes, on aperçoit quelque structure anormale. Cet Orchis 
morio présentait une allure si extraordinaire dans son 
port, les fleurs paraissaient tellement grandes et elles 
étaient si singulièrement posées, qu'en voyant la plante 
de loin , on se disait déjà qu'elle était frappée d'une ano- 
malie profonde. 

D'abord , dans les cinq fleurs, la supérieure seule, celle 
précisément où la pétalomanie était poussée au plus haut 
point, offrait la moitié de l'anthère normale pourvue d'une 
seule masse pollinique (fig. 6); et cette fleur aussi était la 
seule qui présentât la torsion de l'ovaire; encore celui-ci 



( 172 ) 

n'offrait-il ni stries, ni valves, ni cloisons visibles à l'exté- 
rieur. Toutes les autres fleurs, n'ayant pas subi de mouve- 
ment de résupination, étaient naturellement placées à 
l'envers des autres fleurs d'Orchis, c'est-à-dire le labellum 
en haut. Par suite de ce non-mouvement résupinatif , les 
ovaires sans torsion étaient tous lisses, pas une raie ni une 
strie ne se dessinait sur eux; ils étaient tous légèrement 
triangulaires, à surface unie et à angles émoussés. 

Il ressort de cette première observation que le mouve- 
ment résupinatif des Orchidées est un résultat de l'organi- 
sation de l'appareil sexuel, et si ces fleurs ont le labellum 
en bas et le casque en haut , c'est dans le but final , sans 
doute, que les masses polliniques se trouvent au-dessus 
du stigmate. Dans les Mormodes, cette torsion est moins 
sensible, précisément parce que les sexes sont moins dis- 
tincts, et ces Orchidées, en quelque sorte irrégulières 
dans le type irrégulier de leur famille, se rapprochent, sous 
ce rapport, des Orchis morio doubles ou semi-doubles que 
nous avons trouvés. 

Les bractées offraient une longueur et une coloration 
démesurées : ces bractées étaient corollines, roses, minces 
comme des pétales, et celles des premières fleurs offraient 
la même longueur qu'elles. 

La première fleur de l'épi était la plus petite, la plus 
verte : une virescence calicinale avait la velléité de se 
montrer chez elle; les deuxième, troisième et quatrième 
fleurs étaient les plus grandes; la cinquième se rétrécissait 
de nouveau , mais la coloration en pourpre violet augmen- 
tait chez cette dernière, où, comme nous l'avons dit, se 
rencontrait la moitié d'une anthère. Toutes les autres 
fleurs étaient frappées d'une stérilité complète par absence 
des deux sexes. 



(175) 

Prenons d'abord la fleur du bas (fig. 4,2,3), celle où 
les trois divisions calicinales prenaient le dessus dans le 
développement; elles montraient chacune cinq grandes 
nervures vertes se réunissant en bas en une coloration 
uniforme de cetle couleur. Sur celte fleur, le labellum 
était le plus étroit, le moins développé (fig. 4), et son côté, 
à peu près atrophié (a, fig. 4), présentait aussi celte cou- 
leur verte. De ce côté, une petite pointe violette déta- 
chée (b) devenait le seul simulacre du lobe latéral que 
possède normalement cet organe. 

En dedans de ce calice s'offraient, avec la même inser- 
tion que le labellum Co 3 , deux pétales ordinaires à peu 
près de même figure, mais colorés de grandes nervures 
vertes (fig. 4, Co, Co 2 ). 

En dedans de cetle corolle se répétait un nouveau ver- 
ticille ternaire d'organes pétaloïdes (P 1 P 2 P 3 ,/?g. 1), violets 
au bout, à nervures vertes au milieu et en bas; ces organes 
étaient seulement plus petits que les pétales extérieurs. 

Enfin, au centre de cette corolle supplémentaire, se 
trouvait de nouveau un verticille ternaire de trois or- 
ganes appendiculaires (Q 1 Q 2 Q 3 ), dont un seul, celui 
placé vis-à-vis le labellum, offrait la grandeur la plus 
remarquable (fig. 4 , Q 3 ). 

Quand nous eûmes isolé ce dernier verticille interne et 
en l'examinant à la loupe, on reconnaissait la colonne 
(e, fig. 5) qui en soutenait les parties. On retrouvait dans 
ad, ou la partie supérieure, un souvenir de l'anthère fer- 
tile du type. Les deux parties latérales a et /"représentent les 
loges de l'anthère, et d le connectif. Dans 6 c se retrouve la 
seconde étamine du type idéalisé des Orchidées, et dans g 
la troisième; mais cette fois, ces deux élamines secon- 
daires, au lieu de se métamorphoser en staminodes, sont 



( «4 ) 

devenues directement des productions pétaloïdes, comme 
l'étamine génuine s'est changée également en production 
pétaloïde. 

La formule organographique typique des Orchidées 
vraies est évidemment 

Ca3 + Co3 + S(|)l h- P(*)4 =8, 

indiquant ainsi que le calice a trois sépales, la corolle trois 
pétales, l'androcée formée en trois étamines, dont une 
seule de développée et de même un seul pistil de développé 
sur trois; en tout huit parties à la (leur. 

La fleur que nous venons de décrire est très-certaine- 
ment pleine et double, puisque le nombre d'organes péta- 
loïdes y est plus grand et qu'aucun sexe ne s'y trouve : en 
résumant sa structure, on trouve que la formule représen- 
tative de celte fleur pétalodée est 

Ca 5 * Co 3 -t- Co 5 -*- Co 3 m 12 , 

c'est-à-dire qu'en définitive, quatre parties étant venues se 
joindre aux huit parties formant le type générique, la fleur 
tératologique a possédé tous les organes pétaloïdes qui réel- 
lement pouvaient se développer chez elle. En effet, remar- 
quons que si les deux staminodes du type générique et les 
deux carpelles du pistil générique se développaient cha- 
cun en organe complet, comme le cas est déjà arrivé pour 
la pélorie de YQrchis latifolia, décrite par Richard , nous 
aurions évidemment pour formule de cette structure 

Ca 3 ■+■ Co 3 -f- S 5 -t- P 3 = 12. 

D'où il suit que cette fleur du sommet de notre épi 
représente aux yeux de l'esprit une fleur d'Orchidée, ré- 



(175) 

duite à sa nature typique, mais frappée seulement de ce 
fait tératologique, à savoir que les éléments qui auraient 
dû produire desétamines et des pistils, sont devenus des 
pétales. 

Si une rose ou une renoncule possédait chacune de ses 
étamines pétai ifiée, il est certes évident que le résultat 
serait une rose ou une renoncule double et pleine. Le 
nombre des pétales serait grand. Ici, où la géométrie 
vivante repose sur un triangle qui en comprend trois 
autres d'inscrits, les angles correspondant au milieu des 
côtés, respectivement, il est clair que la fleur d'Orchidée 
devient double et pleine au complet, avec ce nombre 12 
de parties. Notre monstruosité n'est donc pas une Orchidée 
qui commence à se doubler comme celle de M. Seringe, 
mais bien une Orchidée complètement double. Il existe 
donc de ces monstruosités, et les annales de la térato- 
logie n'avaient pas encore inscrit cette anomalie. Elle est 
remarquable pour plusieurs raisons qui tiennent à la 
science pure, mais elle préoccupera les horticulteurs, 
puisque désormais il est prouvé que les Orchidées peu- 
vent produire des fleurs doubles, phénomène qu'on n'osait 
pas affirmer jusqu'ici. 

Outre ce phénomène curieux , les fleurs du milieu de 
l'épi de noire Orchis morio nous ont montré l'existence 
d'un fait bien plus intéressant encore. Dans une de ces 
fleurs (fig. 4) nous vîmes deux labellums, dont l'un , le plus 
grand, placé à son lieu ordinaire, possédait un tout petit 
éperon , très-court et en capuchon ; le second labellum 
(fig. 4 P) était latéral, rose et blanc, tacheté de macules 
purpurines comme son voisin, mais irrégulier par le 
moindre développement d'un lobe latéral. Enfin, la fleur 
du sommet (fig. 5) présenlail trois beaux et magnifi- 



(176) 
ques labellums (/, fâ, /5). On conçoit que la présence de 
cet organe si important des Orchidées devait nous frap- 
per, d'autant plus que c'est la première fois que s'offrait 
une cheilomanie semblable. 

La dissection prouva ceci : le calice de la fleur à trois 
labellums était ordinaire, puis en dedans et au-dessus 
vinrent se placer le labellum (/, fig. 5) appartenant bien 
évidemment à la première corolle, la seule qui se déve- 
loppe dans l'état normal. Or, au centre de cette fleur 
(fig. 5, an t), on voyait manifestement uneétamine, dont 
l'anthère offrait deux loges, l'une avortée, vide et ouverte 
(fig. 6, a), l'autre ouverte, mais renfermant une masse pol- 
linique (fig. 6, b); puis, vis-à-vis de cette anthère, deux 
corps difformes c, d, présentant chacun une tubérosité 
retournée, analogue en consistance au dos et au milieu 
(connectif) de l'anthère à moitié développée. 11 est impos- 
sible de ne pas y voir les deux staminodes ou étamines 
avortées du type. Donc celte fleur était encore munie d'une 
androcée, chez laquelle se retrouvaient plusieurs condi- 
tions de la structure générique. 

Entre cet appareil , bien certainement mâle, et la corolle 
à labellum s'offraient deux verticilles superposés, chacun 
de trois parlies, dont l'une était le labellum (/2, fig. 5) et 
l'autre, également à trois parties, venait placer son label- 
lum en /5, fig. 5. Il y avait ainsi au bas de la fleur trois 
labellums placés angulairement, l'un vis-à-vis l'autre, dans 
la ligne horizontale, et le troisième perpendiculairement 
dans l'espace laissé par les deux autres. Vers le haut de la 
fleur se posaient les pétales, deux à deux, de chacun de 
ces verticilles corollins. L'un de ces pétales (pt, fig. 5) et 
un second placé vis-à-vis (jrtâ), montraient un développe- 
ment tel qu'il devenait visible, qu'avec une exubérance 



( «7 ) 

pétaloïde plus forte, eux aussi se seraient transformés en 
label I unis à trois lobes. 

Il faut en conclure qu'il ne serait pas impossible qu'on 
possédât un jour des Orchidées très-doubles où les pétales 
affecteraient , avec une certaine régularité, la forme si émi- 
nemment florale (pour l'œil, non pour les fonctions) des 
labellums, la partie corolline hypertrophiée dans un grand 
nombre de types génériques : ce qui serait une véritable 
conquête en fait d'horticulture. 

Ces deux fleurs tératologiques démontrent donc qu'outre 
la pétalomanie des organes sexuels des Orchidées, pétalo- 
manie dont la première fleur nous a donné des preuves 
si évidentes, l'appareil floral peut encore produire des 
fleurs doubles dans cette famille où l'on déclarait qu'à 
peine on en avait observé le commencement, par le dé- 
doublement des verticilles corollins. La formule d'organi- 
sation de cette fleur double avec présence d'une demi- 
anthère fertile devient donc ici 

Ca 3 -f- Co 3 -4- Co 5 h- Co 3 h- S 5 h- PO = 15. 

Ce qui indique une augmentation numérique de trois 
parties de plus, ou des éléments d'un verticille supplémen- 
taire ou dédoublé dans celte complication; et comme ici, 
contrairement au mode suivi dans le premier cas, il y a 
atrophie des trois feuilles pistillaires ou du gynécée dans 
son ensemble , le dédoublement a porté sur l'appareil de 
la corolle. 

Il y a encore dans ce cas intéressant d'un ordre de mons- 
truosités dont on ignorait l'existence, cette autre remar- 
que à faire, à savoir que le nombre total 15 conserve sa 
relation avec le nombre premier 5 répété 5 fois, relation 



(178) 

avec la théorie des nombres appliquée à l'étude de l'or- 
ganisation végétale, dont on a peut-être tenu trop peu 
compte dans une science où l'explication approfondie des 
phénomènes devient d'autant plus nécessaire qu'elle seule 
est philosophique et satisfait aux exigences de l'esprit. 

Nous avons prouvé que lorsqu'une fleur de papilionacée 
devient double, la nature multiplie, par étages successifs, 
les organes pétaloïdes en conservant le type générique. 
Ainsi, il y a emboîtement de carènes les unes dans les 
autres, et superposition d'étendards et d'ailes les uns sur 
les autres. Dans cespapilionacées, la torsion ne se fait pas 
sentir dans l'axe, et les organes s'insèrent non en alternant 
mais en s'opposant. On sait combien la torsion de l'axe est 
inhérente à la nature des Orchidées : la résupination de 
la fleur à l'anthèse, le spîralisme de l'ovaire, le spiralisme 
même de l'axe entier de l'inflorescence dans le genre spi- 
ranthes, sont autant de preuves de cette tendance spira- 
loïde dans les Orchidées. Les monstruosités que nous 
avons décrites naguère dans les Cypripédiées [speiran- 
thies (1)] ont encore mis au jour cette force de l'orga- 
nisme. Dans ces fleurs doubles d'Orchis, c'est évidemment 
cette même force qui fait poser les labellums chacun à un 
quart de cercle de son voisin, et successivement dans les 
mêmes intervalles en montant l'axe de la fleur jusqu'à son 
sommet. 

Il ne nous reste plus qu'à donner aux deux sortes de 
fleurs tératologiques les noms significatifs qui permet- 
tront de les classer dans leur genre. Les organes sexuels , 



(1) Voy. Lobelia ou recueil d'observations de botanique tératologique , 
1851, p. 55. 



Bidl.dcl'Aead.JUw, 




■ Vb d- après lai. 



Lidis pas- G Sûve-reuru , iitA. dé l'jéauù 

Fleurs doubles / pêtaZûdit et c/tei/cf/na/Ue de l'Ûrckù morve. 



(179) 

transformés en pétales, ont donné lieu à Pyrame de Can- 
dolle de se servir du nom de pétalodées pour indiquer les 
fleurs où ce phénomène se présente. Il est donc rationnel 
de nommer pétalodie le genre de monstruosité où cette 
métamorphose se manifeste. Dans le cas particulier qui 
nous occupe, on aura donc une pétalodie complète de 
YOrchis morio, et c'est, croyons-nous, le seul exemple 
connu dans toute la famille des Orchidées. 

Mais la pétalodie se complique d'un phénomène spé- 
cial. Ce phénomène est la cheilomanie ou la multiplication 
des labellums, organe qu'on a toujours comparé à une lèvre 
(xëùoç). La label! um est dans les Orchidées la plus haute 
expression de la richesse organique du type de famille. 
Dans la cheilomanie , il y a hypertrophie numérique de 
ce type. 

EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig. 1 . Fleur pétalodée d'Orc/ws morio, vue en avant, armée de sa bractée, 
agrandie trois fois. 

a b. Labellum. a Côté vert. 6 Petit lobe avorté. 

Cal , Ca2, Ca3. Sépales. 

Col , Co2, Coo. Pétales. Co3. Labellum. 

PI. P2. P3. Pétales supplémentaires, provenant des 5 étamines. 

Ql. Q2. Q3. Pétales supplémentaires, provenant des 3 carpelles. 
Fig. 2. Même fleur, vue par derrière. 
Fig. 3. Centre de la même fleur (voir le texte). 
Fig. 4. Fleur pétalodée et cheilomaniée, agrandie de trois fois. 

I. Labellum normal, seulement irrégulier. 

VU. Second labellum. IZ. Pétale allant devenir labellum. 
tg. 5. Fleur pétalodée et cheilomaniée, agrandie de 3 fois. 

/, J2, lu. Labellums au nombre de trois. 

Ça, Co, Ça. Calice ou sépales. 

Pf 1 . Pf2. Pétales allant devenir labellums. 

Ant. Demi-anthère. 
7 ig. 6. Demi-anthère fertile et deux staminodes pétalifiés. 

a. Loge stérile, b. Masse pollinique de la loge fertile. 

c d. Staminode. 



(180 



HISTOIRE DES SCIENCES EN BELGIQUE. 

Quelques fleurs de Lobelia jetées sur la tombe d'un père de 
la botanique belge, Mathias de L'Obel , né à Lille en 
Flandre en 1558, et mort à Highgate, près de Londres, 
en 1616; par M. Ch. Morren, membre de l'Académie. 

Il y a de nos jours deux espèces de Flamands : les Fla- 
mands de France et les Flamands de Belgique. Louis XIV, 
quoiqu'il les nommât des magots , ne fut pas fâché toutefois 
d'incorporer à son royaume (1668) quelques bonnes villes 
de cette antique Flandre, et de faire désormais des habi- 
tants de ces provinces des magots français. Jusqu'au 
temps de cette violente séparation, imposée par la con- 
quête à des pays possédant la même langue, la même 
foi, les mêmes mœurs et la même origine, il nous sera 
permis de regarder comme véritablement flamand ce peu- 
ple uni par les liens les plus naturels. C'est à ce titre que 
l'histoire des sciences a le droit incontestable de regarder 
comme flamand et, par conséquent, comme belge, l'illustre 
naturaliste à la mémoire duquel nous consacrons ces 
pages. D'ailleurs, la France doit s'étonner d'autant moins 
de voir passer cet homme célèbre dans le panthéon belge, 
et même de le trouver cité souvent comme une grande 
illustration de la science anglaise, que, flamand par sa 
naissance et par sa famille, on ne l'a vu lié à la patrie qui 
le revendique d'ordinaire, que par son éducation et quel- 
ques voyages. Sa vie, il la consacra à la Belgique, à la 
Hollande, à l'Angleterre; ses écrits, il les publia en latin 
et en flamand, tantôt à Anvers, tantôt à Londres; ses re- 



( l«'l ) 
lations furent entièrement belges et , à deux époques de sa 
carrière, anglaises; dans aucune de ses œuvres on ne le 
saisit portant ses affections vers la France, mais toujours 
vers le pays qu'il regardait lui-même comme sa patrie, 
vers la Belgique, dont il estimait la botanique et Thorticul- 
ureles premières de l'Europe, et dont il admirait tant les 
jardins qu'il consacra à leur étude constante et ses forces , 
et son savoir et une grande partie de sa fortune. L'en- 
semble de toute cette vie , si belle, si noble et si utilement 
remplie, ne peut laisser aucun doute à l'esprit sur la natio- 
nalité qu'il revendiquerait encore lui-même, si sa tombe 
pouvait retentir des vœux de son cœur. 

Curtius Sprengel, dans son Historia rei herbariae (1) , a 
bien soin de ne pas mettre cette nationalité en, doute. Do- 
donaci civis, dit- il, Malhias LobeUus, Insulis Belgii 1558 
nains. En effet, Matbias de L'Obel et non Lobel, comme l'é- 
crivent à tort le plus grand nombre des auteurs (2), naquit 
en 1538, peut-être en 1539, à Lille, d'une famille belge 
d'origine et qui l'est restée par la suite et de nos jours encore 
où elle a compté et compte de nobles défenseurs dans l'ar- 
mée. Son père était un homme de loi ; mais, comme Matbias 



- 



(1) Tome 1, pageo98. 

(2) Son portrait, gravé par Dellarame. porte le nom orthographié tel qu'il 
doit l'être. Les Anglais, comme Loudon {Jrboretum britannicum), l'écrivent 
correctement. Si celte particularité avait été connue de Linné, il est probable 
que nous aurions écrit Obelia au lieu de Lobelia } et Obéltacées en lieu et 
place de Lobéliacées. Les Don Quichotte de la nomenclature, qui prétendent 

ou voir un jour rendre le langage de la science rationnel, raisonnable, vrai 
euphonique, toutes choses plus aisées à souhaiter qu'à réaliser, trouve- 
nt dans ce nom de L'Obel une nouvelle matière à proposer des change- 
cnls. Il est vrai que l'usage , despotique comme la mode , se rira comme 
le de la raison. 

Tome xix. — II e part. 15 



( 182 ) 

l'apprend lui-même, un invincible attrait le portait comme 
malgré lui vers l'étude des fleurs , et cela dès l'âge le plus 
tendre. A seize ans, il était déjà botaniste. Les travaux 
qu'il publia plus tard avecPena, prouvent que ce furent les 
plantes indigènes de sa patrie qu'il étudia d'abord et pro- 
fondément, de manière à en bien distinguer les espèces. 
L'utilité de ces connaissances devait de toute nécessité le 
mener à la carrière médicale, et pour prendre ses degrés, il 
partit pour Montpellier, où florissait alors le fameux na- 
turaliste Rondelet. Ce dernier, qui avait été nommé en 
1545, professeur à Montpellier, sa ville natale, accompa- 
gnait souvent le cardinal de Tournon, et fit avec lui plu- 
sieurs voyages en Italie et dans les Pays-Bas. Il avait étudié 
avec ferveur les êtres naturels de notre pays, et quand de 
L'Obel vint s'asseoir sur les bancs de son auditoire, une 
intimité véritable s'établit bientôt entre le maître et l'élève, 
à cause de la communauté de leurs reclierches. Rabelais 
estimait comme un sage, Rondelet, dont il avait fait son 
rondibilis, et il le fait parler avec une haute raison : il était , 
en effet, regardé comme un des hommes éminents de ce 
savant XVI e siècle. De L'Obel se pénétra de cet esprit : il 
fut toute sa vie un homme de science profonde, d'imper- 
turbable gravité et de mœurs antiques. Son portrait que 
nous avons joint à cette notice indique bien l'union de 
ces qualités austères. 

Le ciel du Midi l'avait sans doute inspiré, et les plantes 
si belles et si nombreuses de ces heureuses contrées exer- 
çaient trop d'empire sur sa passion innée, pour que le jeune 
Belge ne s'empressât d'en faire une ample moisson. Il par- 
courut donc, comme on herborisait alors, à pied et à petites 
journées, les Pyrénées, la Suisse, le Tyrol, les Alpes et 
l'Allemagne. A Narbonne, il connut Pena, naturaliste non 



( 185) 
moins ardent que lui et sur le compte duquel nous devons 
nous arrêter quelques instants. La Biographie universelle 
représente Pierre Pena comme une victime de de L'Obel, 
et celui-ci n'aurait rien moins à se reprocher que l'in- 
gratitude, et peut-être même quelques escroqueries scien- 
tifiques. Celte double accusation est, croyons-nous, deux 
fois et radicalement mal fondée. On raconte que de L'Obel 
rencontra fortuitement Pena dans le Midi ; que ce dernier 
recueillit un grand nombre de plantes qu'il communiqua 
au botaniste de Lille; que ces plantes parurent dans les 
Adversaria, imprimés pour la première fois à Londres de 
1570 à 1572, avec 268 gravures; enfin, que les contem- 
porains de Pena le citaient comme un collaborateur de 
de L'Obel , tandis que Mathias se borne à mettre une fois 
son nom avec le sien en tête de ces Adversaria. Toutes ces 
assertions sont dénuées de preuves. Si Pena eût été un 
homme si extraordinaire par sa science et sa renommée, 
il est peu probable qu'on eût ignoré et le lieu et l'année de 
sa naissance, aussi bien que celle de sa mort : les uns en 
font un Narbonnais, parce qu'il habitait Narbonne; les au- 
tres (Plumier) le disent d'Aix. Pena. n'a d'ailleurs rien écrit 
de lui-même. Nous avons lu page par page tous les Adversa- 
ria, et nous n'avons aucun doute que le texte entier ne soit 
de la rédaction unique de de L'Obel : c'est son style, sa ma- 
nière, ses pensées habituelles, ses citations, son érudition 
familière; partout il cite la Belgique, sa patrie, les amis 
de son pays, l'Angleterre, les connaissances qu'il y a faites, 
les dons qu'il en a reçus, et chaque fois qu'il entame l'his- 
toire d'une plante du Midi , il en parle ou comme d'une 
espèce qu'il y a vue par lui-même ou comme d'une sorte 
sur laquelle des auteurs connus avaient déjà fourni des 
renseignements. Dans ce livre, il fait l'effet d'avoir profilé 



( 184 ) 

simplement des plantes et pas de toutes, loin s'en faut , de 
Pierre Pena, mais nullement d'avoir écrit une œuvre en 
commun avec ce dernier. Des exemples abondent pour 
prouver que c'est dans la simple communication de quel- 
ques espèces que consiste tout le secours du botaniste de 
Narbonne. A l'histoire du froment, de L'Obel parle du 
commerce des grains d'Anvers; il dit comment l'Espagne 
déversait à cette époque sur notre pays des masses de blés 
durs que les moulins indigènes ne savaient pas moudre; 
il donne le blé de mars comme une production toute et 
essentiellement flamande; il explique la fabrication de la 
bière par le seigle et par l'orge, sépare l'orge d'hiver sous le 
nom de soucrion, et fait de toutes les céréales une histoire 
tellement précise et tellement flamande, qu'il ne peut y avoir 
l'ombre du doute que jamais Narbonnais aurait pu deve- 
nir belge à ce point. Quand on traite ainsi de « byère * de 
« zythe » et de « curme » c'est qu'on est plein de son 
sujet, et un français du Midi succomberait à cette tâche-là. 
A propos des Asphodèles, de L'Obel cite ses amis Guil- 
laume Driesch et Pierre Coudenberg , ces deux célèbres 
cultivateurs de plantes exotiques dans nos provinces ; mais 
aucun détail analogue nulle part ne se trouve fourni par 
Pena sur des amis de sa localité, ce qui conduit à croire que 
de L'Obel seul a pu écrire et penser ce livre. Quand, à pro- 
pos de Y Erythronium , de L'Obel cite sa floraison au mois 
d'avril , à Lyon , dans le jardin de Donrez ( Lillois de nais- 
sance comme de L'Obel lui-même), qui cherchait cette es- 
pèce dans le Jura, il parle de cette particularité comme 
d'une chose qu'il a vue lui-même. En figurant le chou-marin 
pour la première fois, de L'Obel rapporte que depuis long- 
temps ïurner, célèbre botaniste anglais de l'époque, lui en 
avait donné des graines que le botaniste de Lille avait 



(185) 
semées en Belgique : nulle part on ne parle de faits sembla- 
bles qui auraient été posés à Narbonne. En citant la chico- 
rée, il fait connaître de quelle manière les Brabançons la 
cultivaient déjà de ce temps comme légume d'hiver, en 
étiolant les plantes dans la terre. Au chapitre du Stramo- 
nium peregrinum, il dit qu'il n'a vu fleurir celte espèce 
que dans les jardins de Padoue et de Belgique; fait qui 
prouve qu'il faisait les observations par lui-même et en 
voyageant, et jamais il n'en cite de semblables faites par 
Pena. Il raconte comment l'amour d'avoir, l'hiver, des 
plantes pourvues de couleurs vives, alors que les serres n'é- 
taient pas encore inventées, ou du moins répandues, por- 
tait les Belges à cultiver jusqu'aux grands froids, voluptatis 
causa, la brillante Alkekenge. Le Paris quadrifolia qu'il 
avait vu dans les forêts de son pays, en France, en Suisse, 
près de Bâle, devint l'objet de ses expériences sur les chiens 
vivants faites en commun avec un de ses amis intimes, le 
Suisse Bathone; Pena n'y intervint en rien. Si cependant 
il en avait fait de semblables avec le médecin Pena, le 
soin qu'il prenait de citer religieusement les autres lui 
aurait-il laissé taire le nom de son collaborateur aux Ad- 
versaria? Cela n'est pas probable, et tout porte à croire que 
celui-ci se borna à lui communiquer simplement des es- 
pèces dont sa plume exercée traçait l'histoire. En décrivant 
la rhubarbe, qui fut, comme on le sait, introduite en 
Europe par l'empereur Charles-Quint lui-même, de L'Obel 
relate, avec ponctualité, comment, sous le nom de rhu- 
barbe du pape, on en répandit, en 1561, une nouvelle 
espèce en Italie, comment il la vit employer dans les 
hôpitaux à Florence, à Venise et, en 1564, en Bohême; 
il y trouve une nouvelle occasion de citer son compatriote 
de Lille, Valerandus Donrez, valdè ingeniosus. Sa plume 



(186) 
ne souffrait donc pas de prodiguer l'éloge, et de choisir 
des adjectifs que le poêle Goethe trouvait quand ils s'adres- 
saient à lui, « jolis et agréables. » Partout, il rappelle les 
herborisations qu'il a faites dans les lieux les plus divers, 
et il ne néglige pas les plus chélifs détails, témoin le Pyrola 
qu'il a eu tant de plaisir à trouver à Berchem, près d'Anvers, 
YJnula helenium qu'il vit fleurir dans les forêts épaisses des 
environs d'Orléans, le Cypripedium calceolus qu'il admira 
en Suisse et aux abords d'fnspruck, le Gentiana minor de 
Maçon, etc. Les Âdversaria abondent en preuves de ce 
genre. Tant de conscience ne peut laisser soupçonner que 
s'il avait dû à Pena des détails analogues, il ne se serait 
pas fait faute de les honorer d'une citation particulière. 
En associant le nom du botaniste de Narbonne à la tota- 
lité de son œuvre, il lui a certes donné une part très-large 
dans la gloire que la postérité a vouée, en toute justice, à 
celte œuvre, et loin de tourner à blâme ce procédé plein 
de délicatesse , les biographes eussent mieux fait de cher- 
cher dans la lecture même de ces pages anciennes le vrai 
sentiment qui animait notre illustre botaniste. 

Sprengel n'hésite pas à déclarer que pour lui, qui avait 
comparé entre elles les œuvres des contemporains de de 
L'Obel, ce dernier était un homme remarquable par ses 
voyages, ses lectures, son esprit, le commerce qu'il entre- 
tenait avec les savants de son temps, et surtout par son im- 
mense connaissance des plantes. Il le place immédialement 
en valeur après Gesner et de L'Escluse, honneur de pre- 
mier mérite. L'affaire de Pena, si mal interprétée par les 
biographes universels, se réduit pour l'historien de la bo- 
tanique à la simple publication de ses notes, par son ami 
de L'Obel, qui avait reçu son assentiment à ce sujet. C'est 
là, en effet , la vraie manière d'envisager celte coopération. 



(187) 

Pulteney pense que, puisque les Adversaria ont paru à 
Londres, en 1570, avec une dédicace à la reine Elisabeth , 
de L'Obel s'était déjà rendu, avant celte époque, en Angle- 
terre. Ce qu'il dit du don des graines du Crambe maritima 
par Turner, et les nombreuses observations qu'il avait 
faites sur la llore britannique, autorisent à croire que réel- 
lement, à cette époque, l'Angleterre l'avait reçu et avait 
obtenu de lui une large part dans ses affections. 

Dans sa lettre à la reine Elisabeth qui précède l'édition 
des Adversaria faite à Londres, de L'Obel explique claire- 
ment le motif de son séjour en Angleterre : il fuyait les 
guerres civiles de sa patrie. Le père de famille, dit-il dans 
cette lettre, n'ira pas établir son ménage sur une mer sans 
cesse tourmentée par la tempête, et puisque Pindare ne 
chante pas au milieu des soldats, il ne voit pas pourquoi lui, 
l'homme des jardins et des fleurs, doit voir la terre arro- 
sée de sang humain. L'Angleterre offrant son antique hos- 
pitalité aux indigents, aux pauvres, aux vilains, aux in- 
connus comme aux nobles et aux riches, il a cru, dans 
l'intérêt de ses éludes, de son repos et de ses goûts, devoir 
user de cette éminente qualité nationale. D'ailleurs , il n'a 
pas voulu vivre sur le sol britannique sans l'enrichir du 
fruit de ses recherches. Il dit à la reine que son ouvrage 
prouvera combien déjà il avait étudié les espèces indigènes 
et de combien d'espèces utiles et remarquables, introdui- 
tes par ses soins, il avait doté les jardins. Il cite, à ce 
sujet, ses relations avec Turner, Robert Huick, Richard 
Master, tous médecins de la couronne, puis un grand nom- 
bre d'illustres Anglais avec lesquels il entretenait un com- 
merce littéraire et scientifique. Ce sont ces détails qui ont 
amené les historiens anglais à réclamer plus tard de L'Obel 
comme une de leurs illustrations nationales. Il est curieux 



( 188 ) 
pour les botanistes délire, dans cette lettre, comment de 
L'Obel puise dans la llore d'Angleterre des images et des 
idées qui devaient nécessairement plaire à la souveraine : 
Votre patrie, dit-il à Elisabeth, produit une toute petite 
herbe, appelée la rosée du soleil, mais le soleil lui-même voit 
sa splendeur éclipsée par la beauté de cette merveille. Et 
comme, pour empêcher la fille de Henri VIII, dont le carac- 
tère âpre sympathisait très-peu avec le monde si doux des 
fleurs, de sourire à cette image bucolique, l'adroit de L'Obel 
a soin d'ajouter que, sans une herbe aux botanistes connue, 
son aïeul Edouard, près de rendre le dernier soupir, n'au- 
rait pas conservé le souffle d'une vie qui se prolongea en- 
core plusieurs années a la plus grande gloire de sa maison. 

Dans cette première édition, dont les planches diffèrent 
totalement des figures publiées après, il parle des anatifes, 
des polypiers et de Yarbor Christi ledifolia, chapitres qui 
ne se trouvent plus dans l'édition de Planlin de 1586; mais 
à la fin des Stirpium observaliones de cette année, les poly- 
piers figurent de nouveau, ainsi que les anatifes qu'il dit 
avoir été reçus à Lille par un négociant de ses amis, André 
de Fourmestraux, et au sujet desquels il rappelle la singu- 
lière croyance du temps, à savoir que ces cirrhipèdes se 
transformaient en canards! Le canard moderne, dont un 
membre de l'Académie de Bruxelles, l'original et fantas- 
que Cornelissen, s'est attribué l'invention, se trouve déjà 
en germe très-viable dans les doctes écrits du botaniste 
royal de Jacques I er . 

De L'Obel revint dans sa patrie quand il la vit plus tran- 
quille. En 1575, n'étant encore âgé que de 57 ans (il n'en 
avait que 52 quand il publia ses immortels Adversaria) , il 
obtint à Bruxelles, en faveur de Plantin et pour le terme 
de dix ans, le brevet d'imprimer son Stirpium ou Plan- 



(189) 
tarum historia, enrichi de 448G figures nouvelles qui 
avaient déjà servi aux publications de Dodoëns, de L'Es- 
cluse et deMathiole. Il y joint son traité sur les succéda- 
nés, De Succedaneis , imitalione Rondelelii, qu'il déclare 
avoir puisé presque entièrement dans les leçons de son an- 
cien professeur et ami, déclaration de délicatesse dont 
beaucoup d'élèves sont fort peu soucieux de notre temps, 
où, comme on l'a vu, on blâme si légèrement nos modèles 
et nos maîtres. Ce traité des succédanés est très-remar- 
quable, et il y règne des principes de matière médicale qui 
passeraient pour neufs, si on venait à les reproduire. La 
similitude des propriétés y repose sur la similitude des 
corps : des racines y remplacent des racines, des herbes se 
prennent les unes au lieu des autres, les résines se sub- 
stituent à des résines, et ainsi de suite. Les odeurs, les sa- 
veurs, les âges, les états, les propriétés visibles et même 
les propriétés occultes doivent être analogues pour que les 
substitutions puissent s'établir avec utilité. La pharmaco- 
pée range les médicaments dans des casiers où les succé- 
danés se suivent d'après un ordre d'identité ou de simili- 
tude. Tout ce classement est fort ingénieux. Pour la 
publication de cet ouvrage, le pléban et chanoine de Notre- 
Dame d'Anvers, Sébastien Baer, lui délivre le certificat 

u'il n'y a rien dans cet ouvrage et dans le Plantarum his- 
toria qui puisse blesser la foi de l'Église romaine et les 
droits de l'État, et que, par conséquent, les imprimeurs 
peuvent répandre cet ouvrage au plus grand profil de tous. 
Cette soumission à l'Église catholique est donc une preuve 
que de L'Obel résista au protestantisme, ce qui lui donne 

ncore le caractère d'un écrivain véritablement belge. 

elle observation ne sera pas perdue pour un autre trait de 
vie. 



( 190 ) 

Au Stirpium adversaria nova, de L'Obel a ajouté, en 
1576, le Fruticum subfruticum cremiorum et arborum ad- 
versariaconcisœque recensiones, dans lequel il fait connaître 
des médicaments nouveaux ou des végétaux singuliers, 
entre autres les Sarracenia, qu'on appelait alors le Thuris 
limpidifolium, le caroubier, le jujubier, le laurier-tin, le 
chêne-liége, l'arbre de Judée, le platane, l'érable et d'au- 
tres espèces intéressantes. Il y joint un appendix de plantes 
nouvelles qui lui étaient restées inconnues , et un formu- 
laire de remèdes écrit par Rondelet. 

Pendant l'impression de ses œuvres, de L'Obel se fixa 
comme médecin à Anvers: il eut ainsi le moyen d'en sur- 
veiller les corrections. Il ne paraît pas qu'il ait quitté la 
métropole du commerce belge, dont il cite souvent les pré- 
cieuses introductions, avant 1581 ; car on trouve dans la 
traduction flamande de son Histoire des plantes qu'il y 
signa, le 1 er mai de cette année , la dédicace de son livre au 
prince d'Orange. 11 avait alors 45 ans; mais quelque temps 
après, attiré, sans doute, en Hollande par la famille du 
prince, il alla séjournera Delft, où il se livra aussi à la pra- 
tique de la médecine. 

La dédicace du Kruydboek de 1581 , donne d'ailleurs 
plusieurs motifs de son amitié pour les Hollandais. Il y 
fait connaître avec une vive reconnaissance que, grâce 
à l'activité et à la réputation des savants de cette nation , 
il a reçu un grand nombre de plantes des Indes, de Con- 
stantinople, d'Italie, d'Allemagne et d'Espagne. Il s'y loue 
d'une façon toute spéciale de la largesse de Charles de 
L'Escluse, qui, à cette époque, occupait les fonctions d'in- 
tendant du jardin botanique de Vienne, mais se trouvait, 
en 1580, en Angleterre. Ces deux hommes étaient sans 
doute faits pour s'estimer. Dans cette même dédicace, de 



( 191 ) 

L'Obel prend plaisir à citer quelques noms belges, chers 
à l'histoire de l'horticulture et de la botanique, dont nous 
le verrons bientôt peindre à grands traits le prodigieux 
développement dans nos provinces. Il mentionme les 
de Renoultre, de Brancion, Vanderdilft, morts à cette 
époque, et comme contemporains ayant le culte des fleurs 
en honneur, Philippe de Marnixde S l -Aldegondc, Charles 
de Houchin, seigneur de Longastre, Jean Boisot, Mathias 
Laurin, trésorier des états, Cornelis Druynen, également 
trésorier, maître Guillaume Martini et Jean de Hoboken, 
greffier de la ville d'Anvers, les gentilshommes Jacques 
Duym et Jaspar Roelofs, enfin Jean Mouton de Tournai 
et Jacques Durin. C'est à eux, dit-il, que la Belgique est 
redevable de l'introduction des plantes utiles d'Italie, 
d'Allemagne, d'Angleterre, du Languedoc et de la Pro- 
vence, et il les signale à la reconnaissance de la postérité. 

La première partie du Kruydboek, formée de 994 pages 
in-folio, et la seconde qui en comprend 512, sont suivies 
du Traité des succédanés, 15 pages, en tout 1321 pages 
sans les tables. Les figures sont plus nombreuses que dans 
les Adversaria, et avaient servi, entre les mains de Plantin, 
aux éditions de Fuchs, Dodoëns, de L'Escluse et de Ma- 
thiole. L'auteur y a joint à la fin un petit traité des cham- 
pignons, et les arbres, cette fois, se trouvent non plus 
séparés comme dans les Adversaria, mais forment un cha- 
pitre seulement dans le traité général. Le Kruydboek eut 
sans doute, dans les provinces flamandes et hollandaises, 
une vogue très-grande , puisqu'il est plus rare de le trouver 
aujourd'hui entier et bien conservé, que les Adversaria, 
dont la langue a permis cependant la diffusion dans toute 
l'Europe. 

De L'Obel avait dédié, pendant son séjour à Anvers, son 



( 492 ) 
Stirpium hisloria aux gouverneurs, magistrats et généraux 
de la Gaule Belgique. M. Louis Debacker, dans son ouvrage 
sur Les Flamands de France, études sur leur langue, leur lit- 
térature et leurs monuments, publié récemment(1 852), croit 
que la rareté des monuments littéraires de quelque valeur 
antérieurs au XV e siècle, ne doit être attribuée qu'à l'état 
de guerre où se trouvaient ces provinces. « Comment l'ou- 
vrier de la pensée, dit-il, l'écrivain, aurait-il pu se livrer 
à ses méditations au milieu de ces cris d'alarme, de tout 
ce bruit des batailles, à la vue de ces lueurs sinistres que 
projetaient les villes incendiées? Pour se produire, ajoute 
l'auteur, les lettres et les arts ont besoin de paix et de 
liberté : les armes effraient leur muse. » Déjà, un de nos 
critiques, à la fois sagaceet bienveillant, M. Edouard Fétis, 
a fait remarquer avec grande raison que cette observation 
de M. Louis Debacker n'est pas applicable au culte des arts, 
qui certes prirent une élévation considérable sous la puis- 
sante et guerroyante maison de Bourgogne. Comme il est 
facile de se l'expliquer par la nature même des monu- 
ments de ces siècles agités, le contre-poids des armes était 
le culte, et une phase toute religieuse se pose ici dans la 
série des progrès de l'art. La biographie de deL'Obel atteste 
encore le même fait. Pendant ce XVI e siècle, si sanglant 
et si abîmé, les savants s'occupaient, dans une sérénité par- 
faite, de l'élude des fleurs, les êtres les plus pacifiques et les 
plus placides de la création; et cependant à voir comment 
de L'Obel sent les événements de son époque, on reste 
convaincu que ce calme ne procède ni de l'insensibilité, 
ni de l'indifférence. Les botanistes aiment toujours leur 
patrie par un sentiment dont eux seuls peuvent apprécier 
le prix et la chaleur : ils adorent les fleurs; les premières 
qu'ils ont pu admirer se sont écloses près de leur ber- 



( 193 ) 
ceau , et l'on naît avec l'amour des ileurs comme on naît 
peintre, poète ou penseur. Ces impressions premières ne 
s'effacent jamais, et quand le botaniste songe à son pays, 
il en voit dans son esprit l'attachante image, entourée 
de l'auréole de ses (leurs nationales. Au souvenir du lieu 
natal et des premières affections, la nature elle-même 
vient joindre celui de ses plus gracieuses merveilles : 
comment alors ne pas aimer deux fois le pays de sa nais- 
sance et de ses premières amours! 

« Je ne puis pas assez déplorer, disait de L'Obel , aux 
gouverneurs, magistrats et généraux de son pays, les cala- 
mités de notre commune patrie, déchirée misérablement 
par une odieuse guerre civile; nos villes voient tomber 
leurs remparts et l'incendie les consume; l'eau, le fer et 
la famine tuent des milliers de nos compatriotes; nos 
champs sont dévastés, nos villages pillés, nos laboureurs 
exterminés. Ces provinces, livrées naguère au culte char- 
mant des Muses, qui semblaient avoir quitté la Grèce 
pour chercher au milieu de nous un moderne Hélicon, 
nos provinces n'entendent plus les chants des poètes, ni 
les discours des sages : le clairon des combats retentit 
seul dans les airs, quel est l'homme de mansuétude et 
de piété, qui contemplera sans une suprême douleur des 
dissensions si malheureuses, et des dommages si irrépa- 
rables! Et cependant, tout ce pays si noble et si antique, 
cette Gaule Belgique, connue depuis longtemps sous le nom 
de Flandre ou de Germanie inférieure, est le plus vaste 
et le plus célèbre bazar de toute l'Europe, où l'on porte 
en abondance par terre et par mer, tout ce que les diffé- 
rentes contrées du globe offrent de curieux et de remar- 
quable, où l'on voit accumulés les trésors de l'Europe, 
de l'Asie et de l'Afrique. Ce pays est fécond en hommes 



( 194 ) 

brillants par leur esprit, et livrés avec succès à letude 
des arts et des sciences. Et quoique cette région septen- 
trionale soit soumise à un ciel rigoureux, et devienne par 
conséquent moins propre à nourrir une infinité de plantes , 
tant sévissent les froids et les longs hivers, tant sont 
fortes les tempêtes et fréquentes les variations des temps; 
cependant telle est l'habileté de ce peuple, telle est sa con- 
stance et l'opportunité de ses soins dans l'art de protéger 
les plantes contre l'inclémence des saisons , qu'il est im- 
possible de trouver un végétal, quelque délicat qu'il soit, 
qu'on ne parvienne à élever et à faire prospérer par l'as- 
siduité et l'infatigable travail de ces hommes instruits et 
illustres qui n'épargnent, pour arriver à celte fin, ni dé- 
penses , ni peines. C'est par cette raison que je ne fais 
aucune difficulté de mettre les Belges au premier rang 
dans l'art de la botanique (in exœlenda re herbaria). Vous 
trouverez dans ce seul pays plus d'espèces et de variétés 
de plantes , d'arbustes et d'arbres que dans la Grèce an- 
tique, la spacieuse Espagne, toute l'Allemagne, l'Angle- 
terre, la France, dans l'Italie, si bien cultivée, ou dans tel 
royaume et telle province adjacents. Aussi cette floréale 
Belgique compte- elle en nombre de zélés amateurs de 
l'art des jardins; et pour moi, je ne cite que ceux qui 
me sont connus : ils brillent non-seulement par la cul- 
ture des fleurs, mais aussi par la culture des lettres. Tels 
sont Charles de Croy, prince de Chimay, Pierre de Bossu, 
seigneur de Jeumont, Charles de Bossu, vicomte de 
Bruxelles, feu le très-révérend seigneur Gérard d'Oignies, 
évêque de Tournay, Jean de Brancion , Charles de Hou- 
chin, seigneur de Longastre, Jean Dilft, Jean Boisot, 
Jacques Utenhoven, Philippe Deurnagle, seigneur de 
Vroyland, Jean de Limoges, surnommé Nonnius, Charles 



( 195 ) 

de L'Escluse, intendant du jardin de l'empereur Maximilien 
d'Autriche, le premier de tous les écrivains dans la science 
des plantes , et les professeurs royaux de l'antique et noble 
université de Louvain, Pierre de Breughel , Corneille 
Gemma et Jean Viringus, lesquels se sont livrés à cette 
étude avec un louable succès. Ces botanistes ont fait venir 
à grands frais de Constantinople, de la Grèce, d'Espagne, 
d'Italie, de différentes parties de l'Asie et de l'Afrique, et 
même du Nouveau Monde, récemment découvert, des vé- 
gétaux nombreux formant l'ornement de nos jardins. Moi 
même, j'en avais expédié d'Italie, de la Provence et du 
Languedoc, mais presque tous ont péri dans le sac de 
Lyon. » Ce passage des Adversaria est un magnifique éloge 
de l'horticulture ancienne de la Belgique, qui, depuis cinq 
siècles au moins, n'a pas failli dans cet amour raisonné 
et profondément senti des merveilles de la création. Aussi 
ces paroles, ou du moins une partie de ce passage, arran- 
gées avec plus ou moins de complaisance, selon les temps, 
les gouvernements et les vues politiques ou autres des 
écrivains, ont-elles été souvent reproduites ou rappelées : 
témoin les discours de Van Hulthem, la préface des Annales 
les sciences physiques, rédigées par Bory de S l -Vincent, 
r an Mons et Drapier, les écrits de Voisin , etc. Nous nous 
>mmes fait un devoir, nous, de donner ce passage de de 
/Obel tel qu'il est, sans restriction ni variante, et nous 
le pouvons, en effet, ne pas faire remarquer ici avec un 
sentiment pénible, qu'on ne comprend pas, dans cette 
citation des gloires du pays à l'endroit de la botanique, 
l'omission du nom de Dodoëus, dont le botaniste lillois 
connaissait si bien les œuvres, qu'à propos des espèces, 
il en fait usage un grand nombre de fois, et que là il le 
désigne religieusement. Dans l'édition anglaise des Adver- 



( 196 ) 

saria, on trouve une préface adressée aux professeurs de 
Montpellier, où l'auteur déclare que son but n'est pas de 
suivre dans l'histoire d'une tïore nationale le « très-docte 
et très-candide Dodonœus. » Il n'avait donc rien qui dût 
l'empêcher de rendre à l'illustre botaniste de Malines la 
justice qu'il avait si bien méritée. 

Après son séjour en Hollande, nous retrouvons de L'Obel 
une seconde fois en Angleterre, où il accomplit la der- 
nière partie de sa carrière. Pulteney, dans ses Esquisses 
historiques et biographiques des progrès de la botanique 
en Angleterre (t. I, p. 100), sans déterminer à quelle 
époque précise le botaniste de Lille alla se fixer au delà 
du détroit, croit pouvoir toutefois conclure qu'il était 
dans la capitale de la Grande-Bretagne en 1570. Sans 
doute, il y était alors, mais pas à demeure; de 1575, au 
moins, à 1581 (6 ans), nous le trouvons médecin à Anvers, 
et, plus tard, à Delft. Ce qui paraît certain, c'est que 
de L'Obel s'était fixé définitivement en Angleterre avant 
1592. On a vu comment, en Belgique, ses connaissances 
en botanique le mettaient en relation avec de nobles et 
influents personnages : ce fait se reproduit partout, dans 
tous les pays et à propos de la plupart des botanistes 
illustres. De L'Obel, arrivé en Angleterre, y fut fêté par 
de puissants seigneurs: il y connut lord Zouch, qui, 
envoyé en ambassade auprès de la cour de Danemark , en 
1592, pria de L'Obel de raccompagner. Les écrits anglais 
sur les introductions des plantes mentionnent, à cet égard, 
qu'il saisit celle nouvelle occasion pour ramener avec 
lui des espèces de ce pays, des raretés exotiques, incon- 
nues auparavant dans les Iles Britanniques, et pour établir 
avec les savants danois d'utiles correspondances. A son 
retour, il devint surintendant d'un jardin botanique, fondé 



( 197) 
par lord Zouch, à Hackney. Celte sorte de fonction était 
ambitionnée alors par plusieurs botanistes célèbres, et le 
fait se conçoit sans peine : nos temps actuels ont rem- 
placé les grands seigneurs sur le continent, par des gou- 
vernements, qui sont loin souvent, et très-loin, d'avoir la 
libéralité éclairée de ces premiers et généreux protecteurs 
des sciences. Nous voyons à cette même époque Gérard 
de Nantwicb, en Cheshire, né en 1545, devenu médecin , 
recevoir la protection de lord Burleigb, qui possédait un 
jardin botanique au Strand, à Londres. Gérard exploitait 
lui-même un jardin de plantes médicinales, à Holborn. 
Gérard et de L'Obel se connurent et s'estimèrent : notre 
botaniste flamand mentionne 1100 sortes de plantes qu'il 
a vues cliez son ami, à Holborn; et quand Gérard publia, 
en 1596, le catalogue de ses plantes cultivées, de L'Obel y 
inséra une lettre toute en faveur de son collègue. Il eut 
aussi des relations suivies avec Gray, riche pharmacien de 
Londres, et il le cite à propos de plusieurs plantes remar- 
quables. 

Le fds de Marie Stuart, Jacques I er , monta sur le trône 
d'Ecosse, en 1587. On sait que ce roi s'occupa de bota- 
nique, et que parmi les livres célèbres se trouve son fameux 
traité contre l'usage du tabac : Misocapnos sive de abusu 
tobacci, lusus regius, qu'il publia, en 1604, un an après 
être monté sur le trône d'Angleterre. L'amiral sir Walter 
Raleich fut, comme on le sait, le premier Anglais qui fuma 
dans son pays : il rapporta de Virginie l'usage des pipes, 
et l'on raconte que son domestique voyant de la fumée 
sortir de la bouche et du nez de son maître, s'imagina 
qu'il avait pris feu à l'intérieur et lui jeta un pot d'eau à 
la têlc pour éteindre celle combustion. De L'Escluse rap- 
porte comment le tabac fit fureur en Angleterre, surtout à 
Tome xix. — II* paut. 14 



(198) 

la cour. Jacques I er ne le souffrait pas , et dans son Miso- 
capnos, il regarde comme un soin qui ne déroge pas à la 
dignité de la couronne, d'écrire lui-même contre cet abus. 
« S'il vous reste quelque pudeur, ô mes concitoyens! » 
s'écrie-l-il , « laissez-la cette chose insensée: elle naquit 
» de l'ignominie; elle fut nourrie par l'erreur et propagée 
» par la folie. Cette fumée provoque la colère du Ciel; elle 
» altère la santé du corps; elle ruine le ménage; elle dé- 
» grade la nation; elle vieillit la demeure; elle empeste la 
» cité; elle est odieuse à voir, dégoûtante à sentir; elle 
» alourdit le cerveau et gangrène les poumons, et, il ne 
» faut pas hésiter à le dire, la fumée du tabac, c'est la 
» fumée de l'enfer. » A ce portrait, peu flatteur, précur- 
seur des lois qui mitigeaient ou proscrivaient l'usage du 
tabac, les jésuites répondirent par une brillante apologie 
de l'importation de Christophe Colomb. En 1604, l'année 
même où parut la première édition du Counterblast to 
lobacco, texte anglais du Misocapnos, Jacques I er bannit du 
royaume les prêtres catholiques. En 1605 éclata la fameuse 
conspiration des poudres, et les deux jésuites, Garnet et 
Oldcorn, furent pendus. Lambert, Gilles, Vincent et 
Thomas Morren , tous quatre prêtres, et quoique parents 
d'un membre de la haute chambre et de l'ambassadeur du 
roi lui-même, Bavon Morren, furent massacrés, martyrs 
de la foi catholique, avec les nombreuses victimes de la 
réaction. Lambert Morren, provincial des jésuites d'An- 
gleterre, dut fuir (1); et, en 1606, éclatèrent les divisions 



(l)Ces détails sont puisés dans les papiers" originaux de ma famille, que 
j'ai hérités de mon père, et que j'ai complétés plus tard en Angleterre, et 
surtout en Ecosse. 






( 199 ) 

entre le roi et le parlement. De L'Obel qui, peu d'années 
auparavant, avait déploré, comme nous l'avons vu, en 
termes si énergiques, les malheurs politiques et religieux 
de sa patrie , était allé se précipiter dans un gouffre nou- 
veau. C'est dans ces circonstances critiques que lui , catho- 
lique et belge, fut choisi par le roi comme botaniste royal, 
titre que n'eurent point ses contemporains nationaux, et 
qui n'excita de leur part ni plainte, ni récrimination : ce 
silence est un hommage éloquent à sa gloire, puisqu'il 
ratifie la justice que sa réputation lui avait acquise. 

A partir de cette époque et depuis cette nomination, 
de L'Obel , âgé alors de 68 ans, se repose. Pulteney pense 
qu'ayant marié sa fille à Jacques Coel, qui demeurait à 
Highgate, près de Londres, Mathias de L'Obel alla vivre 
avec son gendre. Il y mit la dernière main à un manuscrit 
sur les plantes alors inédites, et à leur propos, il mentionne 
souvent son jardin de Highgate. Ce manuscrit fut publié 
en 1055, trente-neuf ans après la mort de son auteur, par 
Guillaume How, sous le titre de : Stirpium illustraliones , 
plurimas élaborantes ineditas plantas, Joannis Parkinsonii 
rapsodiis sparsim gravatae. London, 1655, in-4°. 

En 1616, le 5 mars, mourut Mathias de L'Obel , âgé de 
soixante-dix-huit ans, ayant accompli une vie d'agitation 
et de labeurs, pleine d'études et de méditations qui eus- 
sent exigé du calme et qui furent accomplies cependant 
au milieu des malheurs de la guerre et des dissensions 
civiles et religieuses , exemple mémorable de l'indépen- 
dance que peut acquérir l'esprit et de la hauteur où peut 
se placer l'intelligence au-dessus des intérêts matériels de 
la vie commune. 

i Pulteney finit la vie de L'Obel en parlant de son por- 



( 200 ) 
anglaise ne l'avait vu qu'une seule fois dans la collection 
de gravures de M. Gulslon. Nous avons été plus heureux. 
Parlant un jour de la rareté de ce portrait, qu'on ne trouve 
pas, en effet, en tête des œuvres du botaniste de Lille, au 
respectable et savant M. Treviranus , professeur de bota- 
nique à Bonn, il se trouva que ce portrait avait été con- 
servé dans la famille de madame Treviranus, une des 
descendantes du célèbre Rivinus. Notre honorable collègue 
de Bonn nous a confié ce portrait que nous avons dessiné 
avec tout le soin dont nous sommes capable, et nous ve- 
nons de le faire graver sur bois pour en orner la présente 
publication. Désormais, ce portrait permettra de repré- 
senter de L'Obel, comme il était, avec sa large tête, son 
front ample et pur, ses yeux d'observateur doux et per- 
çants à la fois , sa barbe grave et digne , coupée carrément , 
comme l'était le caractère de cet homme antique de 
mœurs et de langage. Il y a loin de ce portrait au buste 
qu'on voit à Gand, au Jardin botanique, buste donné na- 
guère par Van Hulthem et fait de fantaisie. Sur l'original, 
dessiné et gravé par François Dellarame, on lit en tête du 
portrait : Praesentem monstrat quaelibet herba Deum; au- 
tour de la tête celte inscription : Matheas de L'Obel, mé- 
diats et botanographus Insidensis anno reparalae salulis 
1G45 aclatis 76. Cette date prouve d'abord que le portrait 
a été fait un an avant la mort de de L'Obel , et ensuite que 
sa naissance devrait être rapportée à 1559 et non à 1558, 
comme le disent tous ses biographes. L'erreur étant pos- 
sible des deux côtés, nous avons suivi la date générale- 
ment adoptée. 

De L'Obel fit placer sur son portrait, d'un côté, les 
armoiries de sa famille, une fleur de lis d'argent sur 
champ d'azur, et de l'autre un écusson que nous prenons 



( 201 ) 

volontiers pour des armes parlantes : c'est un jardinier 
plantant deux arbres. Sous le portrait se lisent les épigra- 
phes Candore et Spe, mots placés sous un chérubin , et 
plus loin : 

Melius a iimpidissimis fontium scaturiginibus 
Haurire quam turbidos confectari rivulos. 

3vh. 

Ce qui indique clairement que, dans les eaux troubles 
de son époque, de L'Obel ne pécha ni sa fortune ni son 
existence, mais qu'il fit l'une et entretint l'autre des œuvres 
de sa haute intelligence. Il n'était ni le savant flatteur des 
pouvoirs, ni l'intrigant politique faisant de son savoir un 
marchepied, et sa réputation dérivait de source pure, la 
science placée au-dessus de la puissance des hommes et à 
Dieu seul soumise : Deus scientiarum dominus est. 

Je ne sache pas que le mérite principal de de L'Obel 
comme botaniste ait jamais été mieux précisé que par Cu- 
vier. Son jugement, quoique de même nature que celui de 
Sprengel, embrasse les choses de plus haut et dans une 
appréciation philosophique; cette hauteur même est une 
qualité. « On aperçoit dans les ouvrages de de L'Obel, dit 
Guvier, le sentiment des familles naturelles; plusieurs 
même y sont assez bien distribuées : ainsi les gramens, les 
orchis, les palmiers, les mousses y sont déjà séparés et ca- 
ractérisés à peu près comme ils le furent plus tard dans les 
ouvrages modernes. Les labiées, les personnées, les om- 
bellifcres y sont aussi rapprochées les unes des autres, 
mais beaucoup d'autres plantes sont encore pêle-mêle. 
Toutefois, le désordre y est beaucoup moindre que dans 
les ouvrages antérieurs, et l'on y voit clairement un certain 
progrès. ïl est surtout remarquable que chaque section 



( 202 ) 

soit précédée d'un tableau synoptique des divisions des 
plantes. Ces divisions, quoique encore mal faites, pour- 
raient conduire à la détermination des espèces et des 
genres. Enlin, c'est dans de L'Obel qu'on trouve pour la 
première fois la distinction tranchée des plantes mono- 
cotylédones et des plantes dicotylédones. Cette séparation 
est aujourd'hui fondamenlale en botanique et y tient le 
même rang qu'en zoologie la division des animaux en ver- 
tébrés et en non vertébrés. » 

Ce jugement est un magnifique éloge, et la bouche qui 
le prononça est certes compétente. La Belgique peut donc 
s'enorgueillir de posséder dans son panthéon national le 
précurseur de Jussieu , et proclamer que c'est en flamand 
qu'ont été jetés les premiers fondements de la méthode 
naturelle. Les sciences de la nature sont des sciences 
toutes françaises, nos voisins du Midi ne cessent de nous 
le dire eux-mêmes dans chacune de leurs œuvres histori- 
ques : nous ne voyons aucun obstacle à cette prétention, du 
moment que, documents à la main , on veut y reconnaître 
un mélange de ce vieux sang de belge qui enfanta dans sa 
chaleur native ces gracieux contours de Van Dyck et ces 
brûlantes couleurs de Rubens. Si l'histoire des arts ne peut 
ensevelir dans l'oubli les phases glorieuses de notre école, 
l'histoire des sciences ne peut pas plus, sans cesser d'être 
juste, méconnaître l'influence et la gloire de nos artistes 
de la pensée. 




MATTHIAS DE L'OBEL 



1538 f 1616. 



205 ) 



Esquisses sur les ouvrages de quelques anciens naturalistes 
belges (1); par J.Kickx, membre de l'Académie. 

III. AftSELME BOECE DE BOODT. 

Anselme Boece de Boodt, de Bruges, à la fois juriscon- 
sulte, médecin distingué et naturaliste célèbre, naquit à 
la fin du règne de Charles-Quint, en 1550. Bruges avait 
déjà commencé à déchoir de son ancienne splendeur, et 
avec l'avènement de Philippe II devait s'ouvrir bientôt 
une période funeste qui acheva de porter un coup mortel 
au commerce de cette opulente cité. Cependant les arts, 
les lettres et les sciences y florissaient encore : les frères 
Clayessens, peintres habiles, étaient dans toute la vigueur 
de leur talent : Van Meetkercke se préparait à publier sa 
belle édition des Idylles de Bion et de Moschus, enrichie 
de commentaires qui sont encore recherchés de nos jours; 
Simon Stevin venait de naître, et sur son berceau planait 
l'étoile indice précurseur de sa gloire. 

De Boodt appartenait à Tune des plus anciennes fa- 
milles nobles de la Flandre. Il comprit que la noblesse, 
fût-elle des plus illustres, assure bien moins l'immortalité 
que le talent. Que dirons-nous de ses premières années, si 
ce n'est qu'il montra de bonne heure, d'après le témoignage 
de ses concitoyens , un irrésistible penchant pour les 
sciences naturelles, une grande aptitude au travail et ce 
caractère réfléchi et persévérant dont il nous a légué tant 
de preuves dans ses écrits. 

(1) Voir le t. V, p. 202, el le t. IX, 2 e part., p. 393, des Bulletins. 



( 204 ) 

Nous sommes porté à croire qu'il fit ses études à l'uni- 
versité de Louvain. Quoi qu'il en soit , après avoir reçu les 
grades de licencié en droit ancien et moderne, et en mé- 
decine^), il revint dans sa ville natale, où il acquit bien- 
tôt (2) une grande renommée. 

La cour de l'empereur d'Allemagne, Rodolphe II, bril- 
lait à cette époque par la protection que le souverain ac- 
cordait aux sciences et aux beaux-arts, ainsi que par la 
considération dont y jouissaient les hommes distingués que 
le monarque s'attachait à grands frais. La Belgique était, 
en outre , depuis longtemps en possession de fournir des 
médecins aux têtes couronnées de l'Europe. Dodoné, qui 
avait lui-même succédé à un autre Belge, Nicolas Biesius, 
de Gand, venait de quitter Vienne; et pour le remplacer 
le choix de Rodolphe tomba sur Anselme Boece de Boodt. 

Ce fut probablement lorsqu'il se rendit à sa destination, 
qu'il suivit, à Heidelberg, les leçons de Thomas Éraste (5) , 
célèbre professeur en médecine, puisque ce dernier quitta 
cette ville en 1581 , pour occuper une chaire à Baie. De 
Boodt n'était que licencié en médecine, et le préjugé domi- 
nant exigeait sans doute qu'il prît le bonnet de docteur 
pour figurer honorablement à la cour d'Autriche. Aussi, 
quoique ce nouveau grade ne dût pas lui donner plus de 
science, alla-t-il le prendre à Padoue, pendant qu'il était 
déjà attaché à Rodolphe (4). 



(1) Voir le titre de l'ouvrage intitulé, De Baene des Hemehj etc. 

(2) Ânalectes médicaux, par le docteur Meyer; Bruges, 1851 , p. 182. 

(3) Gemmarum et Lapidum historia, p. 417, édit. in 8°. 

(4) C'est là du moins ce que l'on peut conclure de ces mots : cum patavio , 
ubi doctoratus gradum receperam, eques rkdirem in Bohemiam. (Gemm. et 
Lap. hist., p. 267, édit. in-8°). On sait que les empereurs d'Autriche, et 
Rodolphe II en particulier, résidaient souvent à Prague. 



( 205 ) 

Le séjour de l'Autriche devint d'autant plus aisément 
agréable à notre compatriote, qu'il ne larda pas à jouir de 
toute la confiance et de toute l'intimité du monarque. Il l'ac- 
compagnait partout, et parcourut ainsi les diverses parties 
de ce vaste empire, circonstance qui lui permit de recueillir 
une foule de faits du plus haut intérêt qu'il utilisa plus tard. 

La patrie absente était d'ailleurs noblement représentée 
autour de lui : c'était, d'une part, le peintre anversois Bar- 
tholomé Spranger, qui, avant d'être à la cour de Vienne, 
avait reçu du cardinal Farnèse et de Pie V les plus grandes 
marques de faveur; d'autre part, Philippe de Mons, ainsi 
nommé de son lieu de naissance et maître de chapelle de 
Rodolphe; enfin, Jacques Typots, de Diest, historiographe 
de l'Empereur , tous également honorés de l'estime de leur 
Mécène. 

Ainsi s'écoula la vie de notre Anselme au milieu des 
jouissances de l'étude et des douceurs de l'amitié, jusqu'au 
moment où le décès de Rodolphe, survenu en 1612, le 
détermina à rentrer dans sa patrie. L'archiduc Mathias 
succédait à son père. Ce prince à qui les États belges, im- 
patients de secouer le joug de l'Espagne, avaient déféré, en 
1577, le gouvernement des Pays-Bas, n'avait laissé dans 
le cœur de nos compatriotes qu'un souvenir peu sympa- 
thique. De Boodt ne pouvait s'attendre à être traité par 
l'empereur Mathias avec les égards qu'avait eus pour lui 
son prédécesseur (1). Il revint donc à Bruges en 1614, et 
non en 1612, comme on l'a dit, après avoir résidé pendant 
trente ans environ (2) en Autriche. Ses concitoyens célé- 



(1) Voir dans l'Appendice l'extrait de Van Maie. 

(2) Voir la préface de l'ouvrage intitulé De Baene des ffemels, etc. 



( 206 ) 

brèrent son retour et lui firent une réception des plus 
honorables. 

L'ouvrage auquel notre compatriote doit surtout sa re- 
nommée, est son histoire des gemmes et des pierres pu- 
bliée en 1609, plus d'un siècle avant que ne parût, en 
France (1), le premier traité de minéralogie, et qui fut suc- 
cessivement plusieurs fois réimprimée (2). 

C'est par l'étude des gemmes ou des pierres précieuses 
qu'a commencé celle du règne minéral. Il ne pouvait en 
être autrement. Leur transparence, la vivacité de leur éclat, 
la richesse de leurs couleurs, la variété de leurs nuances, et 
ces reflets, ces jeux de lumière dont la plupart d'entre elles 
sont douées, devaient attirer plus spécialement l'attention 
sur ces belles productions de la nature. Pline les avait dé- 
crites comme on pouvait les décrire à son époque. Mais, en- 
traîné par la vogue dont elles jouissaient, ébloui par leur 
valeur, il n'avait pu se résoudre à les classer parmi les autres 
produits du règne minéral. Il les avait donc isolées dans 
son trente-septième livre qu'il leur consacre en entier. 

Depuis Pline jusqu'à De Boodt, malgré le long inter- 
valle qui sépare ces deux époques, l'histoire naturelle des 
pierres précieuses et des minéraux en général resta à peu 
près stationnaire. Les écrits d'Albert le Grand, de De la Rue 
ou Rueus (3) , d'Agricola, de Conrad Gesner, auxquels il 
faut ajouter les traités d'Epiphanius et de Baccio , sur les 



(1) « Malgré les essais antérieurs de d'Argenville, qui remontent à 1742, 
» on peut établir que c'est seulement de 1762 que date la minéralogie en 
» France. » (Lucas, De la minéralogie, Paris, 1818, p. 9.) 

(2) Voir ci-après la bibliographie de De Boodt. 

(5) De Gemmis aliquot Us praesertim qnarum divus Joannes apostolus 
in suâ Apocalypsi meminit, 1547. 



( 207 ) 

douze pierres précieuses qui ornaient les vêtements du 
grand prêtre Aaroo, ne sont en effet que des commentaires 
plus propres à obscurcir qu'à éclairer, et dans lesquels le 
merveilleux et l'absurde prennent la place de l'observation 
et de l'examen raisonné des faits. 

Il était réservé à De Boodt de mieux définir (1) ce qu'il 
fallait entendre par gemmes ou pierres précieuses (2) , et 
de donner à leur étude, ainsi qu'à celle des minéraux en 
général , une meilleure direction. Son ouvrage est un 
acheminement vers les vrais principes qui doivent guider 
le minéralogiste. 

Pour la première fois, les pierres précieuses y sont 
complètement assimilées aux autres corps inorganiques 
et classées comme parties intégrantes du règne minéral. 
Pour la première fois, l'art de les tailler est asservi aux 
lois de la cristallisation (3) , que De Boodt sut entrevoir 
soixante ans avant Stenone et quatre-vingt-seize ans avant 
l'époque où le Bolonais Domenico Guglielmini vint jeter 
les fondements de la cristallographie. 

Les caractères des minéraux vagues et mal définis jus- 
qu'alors, et même longtemps après, prennent aussi chez 



(1) Gemm. et Lap. hist. , p. 13. — Voir Glocker, De Gemmis Plinii 
imprimis de topazio. Vratislaviae, 1824, p. 6. 

(2) Ces deux mots , employés aujourd'hui comme synonymes , ne l'étaient 
pas pour De Boodt, qui distinguait dans le règne minéral : 1° les gemmes ou 
pierres fines, proprement dites, diamant, etc.; 2° les pierres précieuses, 
telles que l'aventurine, la topaze de Bohême, l'héliotrope, etc.; 3° les pierres 
grossières (lapides turpes). La seconde de ces catégories a également été dis- 
tinguée de la première, par Hauy. (Traité des car. pkys. des pierres pré- 
cieuses. Paris, 1817.) 

(3) Ainsi que l'ont fait remarquer depuis longtemps les rédacteurs des 
Annales générales des sciences physiques, I, xli. 



( 208 ) 

notre compatriote plus de précision. Il en fait la critique 
raisonnée, discute leur importance et distingue très- 
bien (1) les caractères essentiels de ceux qui sont acci- 
dentels. Il connaît la propriété qu'ont certains minéraux 
de devenir électriques par le frottement (2). Il indique 
la différence de pesanteur spécifique, comme pouvant 
servir à distinguer les pierres fines véritables de celles 
qui sont artificielles (5). Enfin, il admet dans les minéraux 
trois degrés de dureté (4) , selon qu'ils se laissent rayer 
par la lime, par l'émeri ou par le diamant. 

C'est là sans doute le premier essai qui fut tenté pour 
déterminer, d'une manière un peu rigoureuse, les diffé- 
rences de cohésion qu'offrent certaines espèces minérales, 
comparativement à d'autres. Les échelles de dureté admi- 
ses depuis cette époque, peuvent être considérées toutes 
comme dérivées de celle de De Boodt. 

Différents passages de l'ouvrage que nous analysons 
prouvent que l'auteur avait , au sujet de la classification 
des corps naturels, des idées très-nettes. Il se plaint (5) 
de ce que ses devanciers n'aient en général suivi aucune 
méthode. Il croit cependant (G) que l'on peut classer mé- 
thodiquement les minéraux aussi bien que les animaux et 
les plantes. Il attache tant d'imporiance au choix d'une 
classification, qu'ayant trouvé, pendant l'impression de 



(1) Pp. 11 et 14. 

(2) P. 18. 

(5) Pp. 22, 62 et 65. 

(4) P. \A. — Nous citons de préférence l'éd. in-8° de 1647, parce qu'elle 
est la plus répandue. Celle de 1655 porte la même pagination. Dans Tune et 
dans l'autre le texte est d'ailleurs conforme à celui de l'édition originale. 

(5) Voir la préface , p. 1 . 

(6) Ibidem ^.± 



( 209 ) 

son livre, le moyen de construire une méthode dichoto- 
mique meilleure que celle qu'il avait d'abord suivie, il 
en fit l'objet d'un tableau additionnel. Enfin, il exclut 
du cadre de sa méthode et relégua à la fin de son traité, 
en les y disposant d'après Tordre alphabétique, les espèces 
qui lui étaient restées inconnues et celles sur lesquelles 
il conservait des doutes (1), en un mot, les incertae sedis 
de nos auteurs modernes. 

Ce qui caractérise en outre l'ouvrage de notre compa- 
triote, c'est non-seulement le grand nombre de minéraux 
qu'il décrit, mais encore le soin avec lequel il donne, pour 
la plupart d'entre eux, des indications précises de localités. 
Très-différent en cela de tous ceux qui avaient écrit avant 
lui, et que l'on pourrait nommer des minéralogistes de 
cabinet, De Boodt était riche d'observations qui lui étaient 
propres. Les gîtes qu'il indique appartiennent presque 
tous à l'Autriche, à la Hongrie, à la Bohême, à la Saxe, 
à la Suisse et à l'Italie. La Belgique lui était moins connue. 
Elle n'est pas cependant oubliée : le cristal de roche de 
Clabbeek, les marbres de Namur, les sables calcarifères 
de Melsbroek, le bois fossile des environs de Tirlemont, 
les pierres ponces de l'Eiffel, et plusieurs autres produits 
de notre sol ou des contrées limitrophes sont mentionnés 
par l'auteur. Il signale également la découverte faite aux 
environs de Bruges, d'une forêt souterraine dont tous les 
arbres avaient leur cime dirigée vers l'Orient. 

La découverte de ces lignites est l'un des arguments 
que De Boodt invoque à l'appui de l'origine végétale du 
sucera. On sait que les naturalistes ont été de tout temps 



(I) P. 2 de la préface, et p. 547. 



( 210) 
partagés sur la nature de cette substance, que les uns 
regardaient comme une production minérale, d'autres 
comme une résine. En se prononçant en faveur du règne 
végétal, l'auteur résout cette question dans le sens où l'ont 
résolue la plupart des modernes. 

Notre compatriote parle aussi de la houille (1), dont il 
connaît plusieurs espèces. Il en cite des gisements en 
Saxe, en Bohême et dans le pays de Liège. Il raconte que, 
dans cette dernière localité, les mines de houille sont si 
nombreuses qu'elles pénètrent sous une partie de la ville. 
11 craint qu'elle ne soit tôt ou tard engloutie dans ces 
gouffres, que la soif du gain a même étendus jusque sous 
la iVleuse, et dans lesquels on descend, par des chaînes, 
les malheureux ouvriers sans cesse exposés à y être surpris 
par la mort. Et tout cela, s'écrie-t-il, pour une matière aussi 
vile que le charbon ! De Boodt ne prévoyait pas le rôle que 
ce charbon devait jouer dans la suite des siècles. 

L'usage de la houille, aujourd'hui général, était peu 
connu du temps du minéralogiste brugeois. Les forgerons 
seuls s'en servaient : encore ceux qui avaient à travailler des 
pièces de quelque importance ne l'employaient-ils point, 
parce qu'elle rend le fer cassant. Cependant, continue 
l'auteur, les Liégeois font des feux de houille pour cuire 
leurs aliments et chauffer leurs maisons : mais ce com- 
bustible vicie tellement l'atmosphère, que lorsqu'on n'y est 
pas habitué, on éprouve descéphalalgies très-fortes, et qu'on 
s'expose même, quand on ne renouvelle pas l'air, à être 
suffoqué ou frappé d'apoplexie. Ces préjugés étaient encore 
si répandus après un siècle et demi d'intervalle, qu'en 



(1) P. 339. 



(211 ) 

4775, Venel publia, par ordre des états de la province de 
Languedoc, un traité spécial (1) destiné à les combattre : 
et ils subsistent même aujourd'hui (2) dans certaines par- 
ties de la France. 

N'oublions pas qu'à l'époque où De Boodt écrivait les 
lignes que nous venons de citer , on brûlait la houille 
à feu ouvert, tandis que maintenant nos poêles, que l'art 
ne cesse de perfectionner, rendent l'odeur bitumineuse 
beaucoup moins sensible. En avançant, d'autre part, que 
la houille nuit au travail du fer, l'auteur constate un fait 
qu'on ne saurait nier (5), et dont la chimie moderne a 
pu aisément donner l'explication. Les houilles, en effet, 
renferment toutes une plus ou moins grande quantité de 
soufre, et c'est de là que dépend leur qualité plus ou moins 
nuisible dans le traitement du fer à la forge. 

Mais quittons l'impur charbon de terre et passons au 
diamant dont l'homme a fait la représentation du luxe et 
de l'opulence , bien qu'il ne se compose que de carbone 
pur et cristallisé. 

On sait que Newton, en se basant sur la puissance réfrac- 
live et sur la densité du diamant, annonça qu'il devait être 
combustible. Mais on ignore assez généralement que dès 
1609 notre De Boodt avait été conduit au même résultat, 



(1) Instructions sur l'usage de la houille, plus connue sous le nom impropre 
de charbon de terre, pour faire du feu; sur la manière de l'adapter à toutes 
sortes de feux , et sur les avantages , tant publics que privés , qui résulteraient 
de cet usage. Avignon , 1 775 , in-8°. 

(2) Voir aussi Brard, Minéral appliquée aux arts; Paris, 1821, 1. 1, 
pp. 1 18 et 119. Dans la note de la page 120, l'auteur a cru même devoir en- 
seigner la manière d'allumer un feu de houille. 

(5) Voir Brard, Minéral, appliquée aux arts; Paris, 1821 , 1. 1, pp. 115 
et 116. 



( 212 ) 
quoique par des motifs différents : toutefois aussi en com- 
parant, comme l'illustre physicien anglais, les propriétés 
physiques du diamant et du succin (1). Si Newton fonde 
son opinion sur des raisons plus décisives, nous n'en 
sommes pas moins autorisé à revendiquer, en faveur de 
notre compatriote, cette belle découverte que les expé- 
riences de Lavoisier et de Davy ont pleinement confirmée 
depuis lors. Nous rappellerons ici que c'est à un autre 
Brugeois, Louis de Berquem,que nous devons l'art de 
tailler le diamant et de le polir au moyen de l'égrisée. 

Après avoir fait ressortir en quoi se recommande 
l'œuvre du minéralogiste brugeois, nous devons aussi 
avouer, pour être juste, qu'elle donne lieu à plusieurs 
critiques fondées, surtout quand on la juge avec nos idées 
actuelles. 

Un premier reproche que l'on est en droit d'adresser à 
De Boodt, c'est de ne pas avoir exclu de son ouvrage plu- 
sieurs productions auxquelles il reconnaît lui-même une 
origine organique. Telles sont, entre autres : le corail, 
qu'il considère comme appartenant au règne végétal , au- 



(1) « Boece De Boodt, dans son Histoire des gemmes et des pierres, publiée 
» en 1609, a avancé le premier que la matière du diamant est ignée et sulfurée , 
« c'est à-dire inflammable; mais les raisons sur lesquelles il a établi son opinion 
» sont loin d'avoir la justesse de celles que Newton a déduites, environ cent 
» ans après } des lois de la physique. Le premier fondait son opinion sur la 
» facilité avec laquelle le diamant adhère au mastic, ce qui indiquait, sui- 
» vant lui, l'identité de nature, et sur ce qu'étant échauffé par le frottement, 
« il attire les corps légers, tels que de petites pailles, comme le fait l'ambre 
» jaune ou succin .... Le second a donné pour base à la sienne l'observation 
» de la puissance réfractive de ce corps, de beaucoup supérieure à celle des 
» autres gemmes transparentes, eu égard à sa densité et analogue à celle 
» des huiles et du succin. » {Dict. cVhist. nat. de Deterville; 1817, art. 
Diamant, par Lucas. ) 



( 213 ) 

quel on continua de le rapporter jusqu'à l'époque de Mar- 
sigîi el de Peyssonel , au commencement du XVIII e siècle; 
les concrétions appelées vulgairement yeux d'écrevisses ; 
les otolithes, que l'on trouve dans l'oreille de la carpe; 
enfin , ces molaires de la daurade (Sparus aura ta Linn.) , 
le plus souvent désignés sous le nom de crapaud i nés ou 
de bufonites, que nos ancêtres portaient enchâssés dans 
des métaux précieux pour leur servir d'amulettes. 

Ces bufoniles ou crapaudines étaient ainsi nommés, 
parce qu'on les croyait produits dans la tête du crapaud. 
On ajoutait même que, devenu vieux, l'animal s'en débar- 
rasse lorsqu'on le met sur un drap rouge. De Boodt nous 
apprend (1) , avec cette naïveté qui caractérise si bien les 
écrivains belges de son époque, que, jeune encore, il avait 
tenu pendant toute une nuit les yeux fixés sur un crapaud 
très-vieux qu'il avait placé sur un drap rouge, sans avoir 
rien vu paraître. Depuis ce temps, ajoute-t-il , je mets au 
rang des fables tout ce qu'on a raconté du crapaud, de la 
bu fo ni te et de son origine. 

Nous ne prétendons pas nier non plus que De Boodt 

i'ail quelquefois fait preuve de crédulité à l'endroit des 
ropriétés mystiques ou surnaturelles que la superstition 
ccordait à plusieurs espèces minérales. Mais qu'on le lise 
vec attention et l'on se convaincra que le plus souvent il 
aconte sans confirmer (2) et que, dans d'autres cas, il 
'explique de manière (5) à ne laisser aucun doute sur ses 
convictions. 11 n'est d'ailleurs pas toujours facile de se 
dépouiller complètement des erreurs de ses devanciers. 



(1) Patf. 301. 

(-2) Ferlur , narratur , scribunt aliqui , multi credUnt, etc. 

(") F.ntre autres, pages 103, 100, 125, i87, etc. 

Tome xix. — II e part. 15 



(214) 

Tout en sachant mieux que ceux qui ont précédé, on 
peut hésiter à nier ce qu'ils attiraient, à rompre trop 
brusquement avec ce passé auquel tant de liens rattachent 
l'homme presque malgré lui. 

Quoi qu'il en soit, nous devons être moins étonnés des 
fautes de notre compatriote que de ses succès. Les imper- 
fections qu'il a laissées dans son œuvre trouvent d'ailleurs, 
la plupart, leur origine dans l'impuissance même de la 
science à laquelle ni la chimie ni la physique ne pou- 
vaient à cette époque prêter leur flambeau. Nous n'igno- 
rons pas cependant les critiques dont De Boodt fut l'objet 
de la part de Rosnel (1) , de Robert de Berquem (2) et de 
Walsch (5); mais nous savons aussi que ces critiques ont 
déjà été réduites à leur juste valeur par deux hommes 
très-compétents, d'Argenville (4) et Schroter (5). La 
science a certainement fait depuis lors d'immenses pro- 
grès; toutefois, plus d'un auteur moderne est allé puiser (6), 
dans le traité de De Boodt, ce qu'il a donné pour neuf. 
Dutens, entre autres, lui emprunte, sans le citer, sa ma- 
nière d'évaluer le prix du diamant. 

Jusqu'ici nous avons uniquement considéré le savant 
brugeois comme minéralogiste. Cependant l'étude des mi- 



(1) Le Mercure indien ou le Trésor des Indes; Paris, 1067. 

(2) Les Merveilles des Indes orientales et occidentales; Paris, 1001. 
L'auteur nous apprend que Louis de Berquem, de Bruges , dont il a été parlé 
plus haut, était un de ses aïeuls. 

(3) Naturgeschichte der Versteinerungen , II Abschn. 2, 120,205. 

(4) L'histoire naturelle éclaircie dans une de ses parties, Vorycto- 
logie; Paris, 1755, p. 14. 

(5) Journal fur die Liebhaber des Steinreichs; 1774, 1 Band, p. 258. 
(0) Voir annales générales des sciences physiques 7 par Bory , Drapier 



( 215 ) 

néraux n'absorbait pas tellement ses loisirs, qu'il ne se 
livrait aussi à celle de la zoologie et de la botanique. Son 
herbier était anciennement conservé à la bibliothèque de 
Wolfenbuttel(l), où, d'après les renseignements qu'a bien 
voulu me transmettre M. Schonemann, il n'existe plus 
aujourd'hui. De Boodt se plaisait, en outre, à peindre les 
plantes qu'il cultivait, les animaux qu'il élevait ou qu'il 
avait l'occasion d'observer. Un fort beau recueil de figures 
dues au crayon et au pinceau de notre habile compatriote 
se trouve encore aujourd'hui dans la bibliothèque de M. le 
chevalier Florent Soenens à Gand. Nous sommes heureux 
d'exprimer publiquement notre gratitude pour l'obligeance 
avec laquelle M. Soenens a bien voulu mettre ce recueil à 
notre disposition. 

Ces précieuses reliques avaient été d'abord réunies en 
trois volumes reliés en parchemin et ornés sur le dos des 
armoiries de De Boodt, ainsi que nous l'apprend l'avis 
placé en tête du premier volume. Mais plus tard , et dans 
le but d'en faire une sorte d'iconographie générale, on y 
ajouta plus de 400 planches qui sont postérieures à l'épo- 
que du minéralogiste brugeois, de manière que, dans son 
état actuel , le recueil se compose de douze volumes portant 
pour titre : Jnselmi Boetii Historia naturalis (2). 

Nous ne nous arrêterons point sur ce qui , dans cette 
collection, est étranger à notre but. Ce qui lui donne sa 
valeur, ce sont les 258 planches signées de la main de 

>tre célèbre compatriote et sur l'authenticité desquelles 

icun doute ne saurait, par conséquent , être élevé. Ces 



(1) Boehmer, Bibliotheca scriptorum historiae naturalis , I, 142. 

(2) Voir Y Appendice. 



( 216 ) 

258 planches sont réparties comme suit : quadrupèdes 80, 
oiseaux 92, poissons, mollusques, insectes, etc., 34, plantes 
(parmi lesquelles beaucoup de liliacées et d'iridées, l'ana- 
nas, la pomme de terre, etc.) 82. Une liste écrite de la 
main de l'auteur, et qui accompagne le 8 e volume, porte 
à 1901e nombre de végétaux qu'il avait figurés. Plus de la 
moitié sont donc perdus, et il en est probablement de 
même pour les autres parties du recueil. 

Nous devons d'autant plus vivement regretter celte 
perte, que les ligures se distinguent à la fois par l'exacti- 
tude du dessin et par la vigueur et la vérité du coloris. 
On se rappelle avec plaisir, en les feuilletant, ce passage 
d'une épîlre adressée à De Boodt où le poëte Lambert 
Vossius célèbre son talent comme peintre : 

De visschen die de zee met scherpe wammen deelen, 
De voghels die de locht met saechte pluymen strcelen. 
De beesten die het woud doorloopen veelderley, 
De bloemen die den hofbeklêen met huer livrey , 
Hebl yy met u pinceel soo konstehjk gemaelen, 
Dut ooek den mensche selfwel soude konnen faelen 
Uytstekende syn hand , om vogel, bloem oft vis 
Te grypen, eer hy iceet dat hy bedroghen is (1). 

La collection de planches à laquelle ces vers font allu- 
sion , commencée en Autriche et continuée par notre 
compatriote après son retour dans sa ville natale (2), con- 
tribua surtout à charmer sa vieillesse. Habitué jusque-là 



(1) Allé de ivercken van Lambertus P'ossius; Brugghc, 1079, p. 56. 
Dans la Biographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale , 
les vers précités sont attribués à tort à Olivier Vredius. 

(2) De Boodt occupait la maison habitée depuis par M. Octave Delepierre 
et située vis-à-vis du pont du Béguinage, C 10, n° 52. (Meyer, Analectes 
médicaux. ) 



(217) 

à une vie active, De Boodt ne pouvait se faire à un repos 
absolu : il redoutait l'oisiveté et cherchait à se créer des 
occupations tranquilles (1) en rapport avec son âge et avec 
sa manière de vivre. 

C'est à ce besoin d'occupation que nous devons aussi 
l'ouvrage de De Boodt, intitulé : Florum herbarum et fruc- 
tuum selectiorum icônes et vires, où l'auteur a consigné 
tout ce que son expérience lui avait fait connaître relati- 
vement aux propriétés médicales de certaines plantes peu 
jisitées en Belgique. Lorsqu'il sentit approcher sa lin, il 
remit le manuscrit à son ami Olivier Vredius, en le 
priant (2) de le publier après sa mort. Le vœu du mourant 
fut religieusement rempli. Lambert Vossius voulut à son 
tour rendre aussi un hommage public au vénérable natu- 
raliste dans l'intimité duquel il avait vécu. Associant son 
nom à celui de l'éditeur, il ajouta aux dénominations 
botaniques dont s'était servi De Boodt une synonymie la- 
tine, flamande et française. 

L'ouvrage édité par Vredius a donné lieu à une accusa- 
tion trop grave pour qu'il nous soit possible de ne pas la 
relever. Aux yeux de quelques biographes, notre savant 
compatriote ne serait rien moins qu'un plagiaire! son 
travail ne serait qu'une compilation de YHorlus floridus 
de Passœus, dont De Boodt aurait supprimé le nom (5). 
Cette assertion a été reproduite par Michaud, dans sa 
Biographie universelle, par Broeckx et par d'autres. 

Pour vérifier jusqu'à quel point une pareille manière 



(1) Dédicace de l'ouvrage intitulé : De Baene des Hemels , etc. 

(2) Voir la dédicace des Florum, herbarum, et fructuum icônes. 
(-■)) Kloy, Dictionnaire de li médecine ancienne et moderne, T, 10Ï 



(218 ) 
de voir pouvait être exacte, il y avait un moyen bien 
simple, et ce moyen nous avons pu y recourir, grâces à 
l'obligeante entremise de notre bonorable collègue M. le 
baron de S 1 - Génois. Nous avons comparé minutieusement 
avec l'œuvre de Crispin du Pas (1) celle de De Boodt, et 
nous n'avons pas eu de peine à constater le peu de fon- 
dement de l'accusation. 

Disons d'abord que les deux textes n'ont rien de com- 
mun entre eux : tout le monde peut s'en convaincre. Nous 
ne craignons même pas d'affirmer que s'il fallait les appré- 
cier au point de vue botanique, le résultat de l'examen 
serait en faveur de De Boodt. 

Restent les figures. Celles-ci, à deux exceptions près, 
sont effectivement identiques avec celles de la seconde 
partie de Yllortus (ïoridus , quoique disposées d'après un 
autre ordre. Or, tous ceux qui s'occupent de l'histoire de 
la science ne savent-ils pas que les anciens botanistes 
se communiquaient et se cédaient les planches en bois 
dont ils s'étaient servis et que celles-ci étaient même sou- 
vent mises en vente publique après leur mort ou après 
celle de l'imprimeur? Dodoné, Lobcl et De l'Écluse ne se 
sont-ils pas servis en grande partie des mêmes planches? 

Ainsi s'évanouit le reproche immérité adressé à notre 
De Boodt! ainsi tombe une accusation qui frappait préci- 
sément des travaux entrepris à la fin d'une longue et 
honorable carrière , c'est-à-dire à celte époque de la vie où 



(1) Hortus floridus in quo rariorum et minus vulyarium florum icônes 
ad vivum delineatae et secundum IV anni tempora divisae , etc., Jrh- 
nemii 1 614. — Altéra pars in qua praeter flores varia etiam reperiunlur 
arborum / ructi fer arum , fruticum , plantarum quoque et herbarum me- 
dicinalium gênera. 



( 219 ) 
les motifs qui décident le plus souvent l'homme à com- 
mettre un plagiat, n'existent plus. 

Tous les passages de ses écrits où De Boodt parle de 
lui-même portent l'empreinte d'une grande droiture de 
cœur et d'une belle simplicité de mœurs. Ses contempo- 
rains le dépeignent de même et n'en parlent qu'avec les 
plus grands éloges. Doué d'une philosophie saine et pai- 
sible, il passa ses dernières années à développer en lui 
les sentiments religieux qu'il avait constamment nourris, 
et sur lesquels il avait toujours réglé sa conduite. Quatre 
ans avant sa mort, il composa un livre de piété en vers 
flamands : ce fut sa dernière publication. A mesure que 
le vieillard approchait du terme de ses jours, il se détacha 
de plus en plus de cette terre pour se rapprocher par la 
pensée et par la contemplation de cette existence incon- 
nue où il devait bientôt entrer. Il s'éteignit doucement le 
21 juin 1052, à l'âge de 82 ans (1). 

11 existe un beau portrait de De Boodt, ouvrage du 
célèbre graveur anversois Sadeler. Nous en avons trouvé 
un exemplaire dans la collection iconographique dont il 
a été fait mention , ainsi que dans un des manuscrits de 
Custis, intitulé : Fama Brugensis , et conservé à la bi- 
bliothèque de l'université de Gand. Le portrait, entouré 
des armoiries de la famille de De Boodt , porte l'inscription 
suivante : Hanc efligiem amico suo optime de se merito, 
anliqua apud grudios nobilitate claro , gratiludinis ergo 
sculpsit et dedicavit JEgidius Sadeler , S. M. sculptor. 



(1) D'après Vredius, dans la dédicace placée eu tête des Florum, her- 
barum et fructuum icônes. De Boodt a donc dû naître en 1550, et non 
pas en 1552, comme quelques auteurs l'ont dit. 



( 2-20 ) 

D'autre part, un de nos anciens botanistes, Natalis- 
Joseph DeNecker, a voulu aussi perpétuer le souvenir du 
naturaliste brugeois, en lui dédiant un genre de Caryo- 
phyllées; mais ce genre n'a pas été admis par les mo- 
dernes. 

Puissions-nous à notre tour avoir contribué à dérober à 
l'oubli la mémoire de notre compatriote et à faire appré- 
cier ses écrits comme ils le méritent! 



BIBLIOGRAPHIE D ANSELME BOECE DE BOODT. 
A. Ouvrages qui concernent les sciences naturelles. 

I. Ànselmi Boetii do Boodt Bnigensis Belgae, Rudolphi se- 
cundi imperatoris Romanoruoi , personne medici , Gemmarum et 
Lapidum Histoiia qna non solum ortus, natura, vis et pretium 
sed etiam modus quo ex iis olea, salia, tincturae, essentiae, 
arcana et magisteria arle chymica confie! possint oslenditur. 
Opus principibus, medicis, chymicis, physicis ac liberalioribus 
ingeniis utflissimura. Cmn variis figuris indiceque duplici et 
eopioso. Hanoviae typis Wechelianis Apud Claudium Marnium 
et haeredes Joannis Anbrii. MDCIX, in-4°, avec une dédicace 
à Rodolphe H. 

On rencontre «le cette édition de Hanau deux sortes d'exemplaires , quoi- 
que avec le même millésime. Dans les uns (bibl. de Bruges), le verso du titre 
est orné du portrait de l'auteur (1); la dédicace est signée De Bootd pour De 



(1) Ce portrait est semblable à celui gravé par Sadeler dont nous avons 
parlé plus haut. Seulement l'inscription est remplacée par la suivante : 

Obstânoo tortit castu pblimcs acerbot 
Bine uni ftdas, nom sic sbmbs st.vbim: lno. 

Les trois derniers mots formaient la devise de De Boodt. 



( 221 ) 

Boodt, et la dernière page de texle est abusivement numérotée 288, au lieu 
de 204. Dans d'autres, au contraire (bibl. de Louvain), le portrait manque, et 
les fautes précitées n'existent pas, bien que d'autres erreurs de pagination s'y 
rencontrent. 

Quelques auteurs, et parmi eux Sanderus, parlent d'une édition in-4», qui 
aurait également paru en 1G09, à Francfort, typis Marnii. Gronovius {Bibl. 
regni animal, atque lapidai, pag. 76) en mentionne une autre in-8 n de la 
même année, mais imprimée à Bruges. Nous ne croyons pas à leur existence. 

II. Gemmarum et Lapidum Historia quam olim edidit Ansel- 
mus Boetius De Boodt Brugensis, Budolphi II, imperatoris rae- 
dicus, nune vero recensuit, a mendis expurgavit, commentariis 
et pluribus melioribusque figuris illustravit, et mullo locuple- 
tiore indici auxit Adrianus Toll Lugd. Bat. med. I). Lugduni 
Balavorum exofficina Joannis Maire; 1056, ht-8°. (Bibliothèque 
de l'université deGand et bibliothèque royale à Bruxelles.) 

Celte édition parut après la mort de Toll, qui mourut de la peste en lflôo. 
Elle fut publiée d'après le MS. qu'il venait d'achever et dédiée aux magistrats 
de la ville de Leyde, selon la volonté expresse du défunt (Voir l'épître dédiea- 
toire). Les figures ajoutées sont au nombre de sept. Les commentaires n'ont 
en général que peu d'importance. 

A la page 15, l'éditeur a omis la dernière phrase du premier alinéa par 
laquelle De Boodt renvoie au tableau qui est placé en regard. A la page 22, 
il a omis, tout à la fin du chapitre VII, le mot placebit, ce qui a donné 
lieu, dans la traduction française, à une phrase inintelligible. 

III. Le parfait joaillier ou histoire des pierreries ou sont am- 
plement descriles leur naissance, juste prix, moyen de les con- 
noislre et de se garder des contrefaites, facultés médicinales et 
propriétés curieuses, composé par Anselme Boece De Boodt, 
médecin de l'empereur Bodolphe II, et de nouveau enrichi de 
belles annotations, indices et figures par André Toll, méd. 
doct. de Leyde. A Lyon, chez Jean-Antoine Huguetan, marchand 
libraire en rue Mercière, à l'enseigne de la Sphère. -164-4. Avec 
privilège du roi; in-8°. (Bibliothèque de l'université de Candi) 

La préface du traducteur est signée Jean Bachou et non pas François 
Bacon, comme le disent d'Argenvilîe et d'autres. 



( 222 ) 

IV. Gemmarum et Lapidum Historia quam olim edidit Ansel- 
mus Boetius De Boodt Brugensis, Rudoiphi II, iniperatoris me- 
dicus, postea Adrianus Toll, Lugd. Bat. med. D. recensuit; 
figuris meliot'ibus etcommentariispluribus il lustra vit, et indice 
auxit multo locupletiore. Tertia editio longe purgatissima. Cui 
accedunt Joannis de Laet, Antwerpiani , De Gemrnis et Lnpi- 
dibus libr. II et Theophrasti liber de lapidibus graecè et latine 
cum brevioribus notis. Lugduni Batavorum ex ofiicina Joannis 
Maire, 1647; in-S°. (Bibliothèque royale de Bruxelles.) 

Cette édition ne diffère de celle de 1656 , dont elle a la pagination, que par 
le titre et la dédicace, et parce qu'on y a joint un opuscule de Jean De Laet , 
destiné à servir de supplément au traité de De Boodt. 

Un chapitre entier est consacré, dans ce supplément, à l'histoire des 
coquilles fossiles. Le polygraphe anversois en représente une douzaine d'es- 
pèces, ainsi que quelques oursins et des glossopètres, dont il signale la res- 
semblance avec les dents des requins vivants. Jean De Laet est donc, plutôt que 
De Boodt (I), le premier belge qui ait décrit des fossiles : car si celui-ci en a 
mentionné quelques-uns, d'ailleurs en très-petit nombre, il les a envisagés 
comme des minéraux d'une (orme particulière, en méconnaissant leur origine. 
Le reste de l'opuscule de De Laet présente peu d'intérêt. Il corrige quelques 
assertions de De Boodt relatives aux pierres précieuses décrites par Pline et 
par Théophraste, et paraphrase largement d'autres passages- 

V. Gemmarum et Lapidum Historia, etc. Leyde, 1726; in-4°. 

Édition primitivement indiquée par Éloy, qui dit l'avoir vue, puis par 
Dupetit Thouars (Biographie univ. de Michand), qui lui donne par erreur 
le millésime 1626. Elle n'est pas connue au lieu de sa publication, d'après les 
renseignements que nous devons à M. le professeur De Vriese de Lejde, et 
toutes les recherches que nous avons faites pour en découvrir un exemplaire, 
soit en Belgique, soit à l'étranger, sont demeurées sans succès. Nous doutons 
donc, pour notre part, que cette édition existe. Elle paraît, en tous cas, ne 
pouvoir être qu'une réimpression, ou peut-être même un simple tirage in-4", 
de celle de 1647. 

VI. Anselmi Boetii de Boodt, J. C. Brugensis et Rudoiphi II, 
Imp. Rom. medici a cubiculis, florum, herbarum ac fructuum 

(1) Voir Bulletins de V Académie, 1851 , t. XVIII, II* partie, p. 655. 



( 3-23 ) 

selectionim icônes et vires pleraeque hactemis ignotae. E biblio- 
theca Olivarii Vredii J. C. Brugensis. Accessit Lamberti Vossii 
Rosellani Lexicon novum herbarum tri partit uni : latino-flandro- 
belgico-gallicum , flandro-belgico latinum et gallico-latinum. 
Brugis Flandrorum Ap. Joan. Baptistam etLucam Kerchovios 
anno 1640, in-4°, oblong. (Bibliothèque de M. Verhelst à Gand.) 

L'auteur donne pour chacune des soixante espèces dont il parle, 1° la 
figure, 2° le nom , 3 les caractères et le lieu natal , 4" les propriétés médicales. 

C'est cet ouvrage que l'on trouve cité à plusieurs reprises dans les Deliciae 
gallo-belgicae sylvestres, sous le nom de Boodt Flandr. INecker en donne 
lui-même le véritable titre à la page xxm. 

Seguier, Éloy , Boehmer (1), Pritzel et en général tous les bibliographes 
citent une édition des Icônes imprimée à Francfort en 1609. Éloy, Dupetit 
Thouars (2) et Broeckx ajoutent même que celle de 1640 est préférable, en 
ce qu'elle a été augmentée du Lexicon tripartitum de Vossius. Rien de tout 
cela n'est exact. Il n'existe de cet ouvrage de De Boodt qu'une seule édition : 
c'est celle de Bruges indiquée plus haut et publiée pour la première fois après 
la mort de l'auteur, comme le prouve la dédicace. L'erreur provient de Se- 
guier, qui a mal lu le passage de Sanderus (3), auquel il renvoie. L'historien 
des Flandres y indique, en effet, comme ayant paru à Francfort en 1609, 
la Gemmarum et Lapidum Historia. 

Observation. — Les indications que nous a obligeamment 
fournies M. l'abbé Carton, notre confrère à l'Académie, feraient 
supposer que De Boodt aurait aussi publié une brochure sur les 
lis, accompagnée de quelques planches; mais nous n'avons pu 
recueillir rien de précis sur cette publication. 

B. Ouvrages étrangers aux sciences naturelles. 

VU. Symbola varia diversorum principum, archiducum, du- 
cum, comitum et marchionum totius Italiae cum facili Isagoge 
Anselmi B. De Boodt. Pragae, 1603, in-fol. 



(1) Bibliotheca scriptorum historiae naturalis, t. III, p. 1. 

(2) Biographie universelle de Michaud, art. De Boodt. 

(3) De Brugensibus eruditionis fama claris libri duo. Antwerpiae, 



( 224 ) 

Cet ouvrage, qui a donné lieu à une erreur dans la Biographie des 
hommes remarquables de la Flandre occidentale (1), forme la troisième 
partie des Symbola divina et humana de Jacques Typots, qui étaient 
restés inachevés par la mort de l'auteur. De Boodt en fait mention Gemm. et 
Lap. Hist., pp. 158 et 220. Il y en a plusieurs éditions. 

VIII. Thealrum instrumentorum mechanicorum. 

De Boodt nous apprend lui-même {Gemm. et Lapid. Hist. } p. 475) qu'il 
avait l'intention de publier cet ouvrage. Les recherches que nous avons faites 
pour savoir s'il a paru sont restées sans résultat. Il en a été de même de celles 
auxquelles nous nous sommes livré, à l'effet de découvrir s'il n'existait pas à 
Vienne ou à Prague, deux villes longtemps habitées par De Boodt, des manu- 
scrits de notre compatriote. M. le baron de Hammer-Purgstal, de Vienne, a 
bien voulu nous prêter dans ce but son bienveillant concours, et nous le prions 
d'en recevoir ici nos vifs remercîmenls. 

IX. De Baene des kernels ende der deughden , vol schoone ghe- 
bedckens, liedekens, vermaeninghen ende meditatien naer maete, 
diclit, ghetal, ende opbefgcsteltdoor Anselmus Boetius De Boodt, 
licentiaet in beyde de rechten ende médecine. Te Bruggbe, by 
Nicolaus Breygel, aen de poorte van Sint Donaes onigangb. 
1028, in- 18. (Bibl. de M. le prof. Serrure.) 

L'auteur a réuni, dit-il dans ce volume, toutes les pièces de vers de sa com- 
position qui sont 8-9-syIlabiques. Il parle d'un autre de ses ouvrages, aussi 
intitulé : De Baene der deughden , mais imprimé à Anvers, et dont les vers 
n'ont au maximum que sept syllabes. (Dédicace, pp. 4 et 5.) 

Le Liber precum vernaculo rhythmo , mentionné par Van Maie (voir 
ci-après), ferait-il double emploi avec l'une de ces deux publications, ou for- 
merait-il un ouvrage distinct.' 



(1) De Boodt, dit l'auteur de l'article, publia encore un ouvrage en latin, 
ayant pour titre : Symbola pontificum, etc. Jacques Typolius y ajouta un 
troisième volume de IfiOO pages, imprimé à Prague (t. I, p. 54). 



( 225 ) 



APPENDICE. 



La collection de planches, intitulée : Anselmi Boelii Historia 
naluralis, dont nous avons fait mention dans cette notice, ren- 
ferme, indépendamment de quelques vers apologétiques et du 
portrait de Philippe de Mons, dessiné, paraît-il, par De Boodt, 
plusieurs autres pièces manuscrites, dont les trois suivantes 
méritent plus particulièrement de fixer l'attention. 

I. La première de ces pièces est un extrait de X Amphithealrum 
de Van Maie. Nous y avons puisé plusieurs renseignements, 
et nous la reproduisons d'autant plus volontiers, que l'ouvrage 
de Van Maie est resté jusqu'à présent manuscrit. En voici la 
copie : 

lia de Boetio nostro reverendus Dnus Jocmnes Peints Van Mule, 
dum viveret paslor in Vladsloo, dioecesis Brugensis, in opère 
suo manuscriplo, nobili viro Ayberto Van Huerne toparchae 
Desquerveldae (sic!) spectanti, cui titulus Amphitheatrum pa- 
trum, illustrium sniptorum, aliorumque doctorum virorum Bru- 
gensinm et Franconatensitim , continens illorum scripta ac gesta 
etc. xibi invenitur : 

Anselmus Boecius De Boodt. 

Familiam De Boodt quae longo tempore apud Brugenses et 
locuplcs et spectabilis fuit, maxime illustrarunt Judocus aller tus 
Judoci filins , utriusque juris doctor, cujus elogium in aenea 
lamina adhuc videri potest Brugis in aede divi salvatoris juxta 
chorum et Anselmus Boecius ejusdem gentilis qui in ipso adoles- 
cenliae flore variarum scienliarum Midis captus, ut rerum 
omnium naluram exactius cognosceret artis medicae arcana 
peculiari studio est persecutus , magnumque dein inter prae- 



( 226 ) 

stantissimos physicos nomen adeptus, in aulam Rudolphi Cae- 
saris consiliarii et domestici medici tilulo vocatus, non exiguo 
stipendio meruit cohouestari , adeo quidem potentissimo monar- 
chae clarus ut individuus cornes in omni peregrinatione illum 
sequeretur. 

Nec satis erat faecundissimo ingenio omni lempore naturae 
arcana rimari, ipse manu propria omnium fere ammalium for- 
mas adeo felici aum expressas habebat ut tum colore tum figura 
a veris vivisqitc vix differre viderentur. Praeterea composuit 
singularem tractalum de Gemmis et Lapidibus qui anno 1609 
Francofurti prodiit et quo aprtd philosophos et pldlologos non 
exiguam laudem sibi comparavit. Divina dein simul et humana 
symbola Jacobi typotii aeri incisa Pragae tribus volumimbus 
praelo subjecit, Us addens peculiarem librum suum de symbolis 
principum. Sed cum post haec , vigesima die january 1614 
augustissimus imper ator Rudolphus extremum diem clausisset y 
Anselmus noster satis super que providens non eumdem sibi apud 
Matfiaeum qui fratri in imperio successerat futurum locum, aulae 
valedixit et Brugis summo cum honore ab omni civium ordine 
reçeptus deinde sedem perpetuam habuit ac totus pietati deditus 
per viginti annos tranquillam vitam egit. Interea (ut puto) com- 
posuit libellum nostra lingua quem semitam virtutis indigitabat, 
a Lernutio Vredioque impense laudatum. Praeterea librum pre- 
cum vernaculo rhythmo quem memini me juvenem saepe legisse. 
Tandem vir ille omnibus pr obis atque eruditis charus, quum 
longa annorum série virtutis semitam trivisset, in urbe patria 
fato funclus est et sepultus in aede B. Mariae Virginis ubi laie 
ipsius epitaphium in pariete legitur. (Suit Tépitaphe telle à peu 
près qu'on la trouve dans la Biographie des hommes remar- 
quables de la Flandre occidentale, t. I, p. 35.) 

II. Une seconde pièce, dont nous avons à parler, est une attes- 
tation de noblesse de la famille De Boodt, délivrée par le magis- 
trat, sous la date du 20 mai 1601. C'est ce document, déjà 



( 227 ) 

publié (1), qui a fait croire qu'avant son départ pour l'Autriche, 
Anselme Boece De Boodt avait été conseiller pensionnaire de la 
ville de Bruges, et qu'il fut élu , pendant son absence , chanoine 
gradué de S l -Donat. Mais cette pièce ne nous paraît pas se rap- 
porter à notre minéralogiste. 

Un simple rapprochement suffît pour légitimer le doute. 
D'après M. Oct. Delepierre (2), Anselme Boece De Boodt, le natu- 
raliste, est fils d'Anselme et petit-fils de Jean : tandis que, dans 
le document invoqué par le même auteur, il s'agit d'un An- 
selme De Boodt, également fils d'Anselme, mais petit-fils de 
Guillaume. On y donne d'ailleurs exclusivement à cet Anselme 
le titre de licencié en droit, sans parler ni de sa qualité de mé- 
decin, ni de sa position à la cour de Rodolphe, circonstances 
qu'on n'aurait certainement pas négligé de mentionner. Le 
silence gardé par Van Maie sur la question qui nous occupe 
nous semble, en outre, fournir un nouvel appui à notre opinion. 

La confusion que nous venons de signaler s'explique aisément, 
du reste, par le fait de l'existence, vers la même époque, de plu- 
sieurs Anselme De Boodt, ainsi que l'on peut s'en convaincre 
en parcourant les manuscrits de Custis et en consultant un 
autre manuscrit, intitulé : Notitiae genealogicae diversarum no- 
bilium et antiquarum familiarum Belgicarum praeserlim Flan- 
drien per Cl. Bern. Vander strate in legitimum ordinem 

redactaeper Car. Visch priorem abbatiae de Dunis, 1659-1661. 
Ce dernier manuscrit nous a été communiqué par notre collègue 
M. le professeur Serrure, à qui nous nous faisons un devoir d'en 
témoigner notre gratitude. Il en existe aussi un exemplaire à la 
bibliothèque du séminaire de Bruges. 

Une bonne et complète généalogie de la famille De Boodt, à 



(1) Voir Biographie des hommes remarquables de la Flandre occiden- 
tale, t. I, p. 31. 

(2) Tbid., loc. cit. — Goethals, lectures, etc., IV, pp. 99-101. 
(5) Biographie, etc., I, pp. 51-35. 



( 228 ) 

ta ni d'égards remarquable, pourrait donc seule lever nos doutes. 
Mais ce travail s'éloigne trop de nos études habituelles pour que 
nous puissions l'entreprendre. 

III. Enfin, une troisième pièce, qui se trouve jointe aux pré- 
cédentes, est une quittance, datée du 14 mai 1627, signée 
Anselme De Boodt. 

Comme le nom d'Anselme De Boodt a été porté par plusieurs 
personnes, et que d'ailleurs la signature, placée au bas de la quit- 
tance, diffère, au point de vue calligraphique, de celle que l'on 
voit sur les planches peintes par Anselme Boece de Boodt, nous 
hésitons à croire que cette quittance soit réellement de notre 
minéralogiste. Elle pourrait tout aussi bien avoir été écrite par 
Anselme De Boodt, son neveu, qui se noya à Gand, et y fut 
enterré dans l'église de S l -Michel. 

Nous terminerons en faisant remarquer que plusieurs biogra- 
phes se sont mépris sur les noms du naturaliste brugeois. Les 
uns l'ont appelé Anselmus Boetius vidgo De Boodt (Sander., De 
Bruy. eruditione claris, p. 17), les autres, Anselme de Boodt, 
dit Boetius (Eloy); d'autres encore, Anselme Boece ou Boot 
(d'Argenville), prenant ainsi le mot Boetius pour la traduction 
latine de De Boodt. Selon nous, Anselme et Boece sont des noms 
de baptême, dont le dernier a été souvent écrit, par suite d'une 
orthographe vicieuse, Boetius au lieu de Boecius. Quant au nom 
de famille De Boodt, il se retrouve encore de nos jours dans la 
Flandre occidentale, et notamment à Vlisseghem. 



229 



CLASSE DES LETTRES. 



Séance du 7 juin 1852. 

M. le baron de Gerlache, président de l'Académie. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sonts présents : MM. le chevalier Marchai, Steur, le 
baron de Stassart, Grandgagnage, De Smet, de Ram, 
Roulez, Lesbroussart, Gachard, Borgnet, le baron J. de 
S l -Genois, David, Van Meenen, Paul Devanx, De Decker, 
Schayes, Snellaert, Haus, Bormans, M.-N.-J. Leclercq, 
Polain, Baguet, membres; Nolet de Brauwere van Stee- 
land, associé ; Bernard, Arendt, correspondants. 

MM. Alvin et Éd. Fétis, membres de la classe des beaux- 
arts , assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



La Société historique d'Utrechl témoigne le désir d'en- 
trer en relation avec l'Académie, pour l'échange des publi- 
cations. Ces offres sont acceptées. 

— M. Adrien de Longpérier fait parvenir un supplé- 
ment à son mémoire déposé dans la séance précédente 
Tome xix. — II e part. 16 



( 230 ) 

et relatif à un vase gaulois de la collection du Louvre. 
(Commissaire : M. Roulez.) 

— Le secrétaire perpétuel fait hommage, au nom de 
M. Zestermaun de Leipzig, d'un ouvrage sur le développe- 
ment de l'architecture dans la haute Saxe, mémoire que 
Ton peut considérer comme un appendice au travail du 
même auteur, couronné par l'Académie royale de Bel- 
gique. 



RAPPORTS. 



Rapport de M. de S'-Genois sur un mémoire de M. Gachard, 
intitulé : Notice historique et descriptive des archives 

DE LA VILLE DE GAND. 

« Vous avez bien voulu soumettre à notre examen un 
important mémoire que notre honorable et savant con- 
frère M. Gachard, vous a présenté, sous le titre de Notice 
historique et descriptive des Archives de la ville de Gand. 

Avant de vous rendre compte de ce travail , je ne crois 
pas inutile d'énumérer ici les nombreuses recherches du 
même genre qui sont dues à notre confrère. Personne plus 
que lui n'a donné une direction convenable à l'adminis- 
tration des archives, cette branche longtemps négligée du 
service public; personne n'a mieux fait comprendre l'uti- 
lité que les hommes de toutes conditions peuvent jour- 
nellement retirer du bon ordre introduit successivement 
dans les dépôts de documents anciens. Placé à la tête des 



(231 ) 

archives les plus riches, les plus considérables du pays, 
il fit paraître, en 1851, une première description de ce 
dépôt sous le nom de Notice sur le dépôt des Archives du 
royaume de Belgique. (Bruxelles, 1831, in-8°.) Sept ans plus 
tard, ce premier travail fut complété et considérablement 
augmenté, sous le titre de : Rapport détaillé adressé à M. le 
Ministre de l'intérieur sur les archives générales du royaume. 
(Bruxelles, 1858, in-8°.) 

Ces deux notices furent suivies, en 1845, 1845 et 1848, 
de trois volumes, in-folio, à' Inventaires des archives de la 
Belgique, dont le dernier comprend les cartes et plans. 

M. Gachard s'est, en outre, occupé de décrire les archi- 
ves de plusieurs de nos villes; il a successivement fait pa- 
raître des notices détaillées sur les archives de Namur, 
Bouvigne, Tournai, Bruges, Anvers, Malines et Louvain. 
Enfin les Bulletins de la Commission royale d'histoire, ceux 
de l'Académie royale, les Analectes, etc., sont remplis de 
notes et de communications consacrées à la description 
d'archives publiques ou privées. 

Les efforts tentés par l'honorable archiviste général pour 
faire connaître la richesse de nos différents dépôts d'ar- 
chives ont eu la plus salutaire influence sur plusieurs ad- 
ministrations locales qui, à leur tour, se sont piquées 
d'honneur et ont fait entreprendre le classement de leurs 
archives anciennes. 

Nous rappellerons encore ici que c'est à son intervention 
qu'on est redevable du triage et de la mise en ordre des 
archives de l'ancien conseil provincial du Hainaut, si 
habilement menés à bonne fin, comme on sait, par 
M. Al. Pinchart, aujourd'hui attaché aux archives géné- 
rales à Bruxelles. Nous ajouterons, enfin, que c'est à la suite 
de ses persévérantes démarches que le Gouvernement a 



( 232 ) 
pris les mesures nécessaires pour assurer la conservation 
et le classement des riches archives de l'ancien conseil de 
Flandre, travail important confié à M. l'avocat Gaillard, 
de Gand. 

On le voit donc, la connaissance que notre savant con- 
frère a de l'état de presque tous nos dépôts, le met à même 
d'en donner une description exacte. Aussi l'avons-nous vu 
avec plaisir s'occnper des archives de la ville de Gand, qui 
avec celles de Bruges, Ypres, Anvers, Louvain, Mons, 
Tournai, forment un ensemble de sources historiques de 
la plus haute importance pour la Belgique. 

En 1835 , MM. Parmentier et Van Lokeren, respective- 
ment archivistes effectif et honoraire de la ville, rédigèrent 
une première description des archives communales de Gand 
(Notice sur le dépôt des archives de Gand, 1855, in-8°, insé- 
rée dans le Messager des sciences et des arts de celte année). 

Ce premier travail exécuté avec soin et exactitude, au- 
tant que le permettait le degré d'avancement du classement 
à cette époque déjà loin de nous, faisait assez bien con- 
naître l'importance de ces archives. C'est ce travail dont 
M. Gachard vient d'agrandir le cadre, en y ajoutant les 
nombreuses notions que, dans l'intervalle, il n'avait cessé 
de recueillir lui-même sur ce sujet et en profilant des di- 
vers travaux de classement que M. Van Duyse, archiviste 
actuel, et faide-archiviste, M. Demoor, ont exécutés dans 
ce précieux dépôt. 

Nous passons maintenant à l'examen de la notice de 
notre confrère. 

Dans son avant-propos, il propose une organisation gé- 
nérale de toules les archives communales de la Belgique. 
En effet, l'article 100 de la loi communale, qui confie au 
collège des bourgmestre et échevins la garde des archives, 



( 233 ) 
n'assure pas d'une manière suffisante le classement et la 
mise en ordre détaillée de ces dépôts locaux. Le législateur 
eût agi sagement en imposant l'obligation aux magistrats 
de la commune de nommer partout où il y avait lieu , des 
employés spéciaux, préposés à ce travail. 

Il passe ensuite en revue tout ce qui a été écrit sur les 
archives de Gand , et consacre tout le premier paragraphe 
de son mémoire à l'analyse des mesures prises de temps 
immémorial pour garantir la bonne conservation des do- 
cuments administratifs et historiques de la commune gan- 
toise, ainsi que la confection des inventaires. Cette partie 
du travail est surtout intéressante; elle prouve, d'une part, 
que les Gantois, depuis une époque très-reculée, attachè- 
rent une grande importance à cette branche du service 
public et, d'autre part, qu'ils avaient des motifs fondés 
d'en agir ainsi. En effet l'on se rappellera que les archives 
locales étaient la pierre angulaire de leur constitution po- 
litique, le trésor où reposaient tous leurs privilèges, toutes 
leurs franchises. Aussi avons-nous lieu de nous étonner 
que l'auteur, quand il s'agit de la violation ou de la perle 
de ces chartes, si précieuses et tant enviées, trouve les 
prétentions des Gantois peu fondées, et blâme même assez 
sévèrement la résistance de la commune gantoise, résis- 
tance qui, dans ces occasions, il faut l'avouer, prenait 
ordinairement le caractère de la révolte ouverte contre ces 
tentatives d'oppression ou de spoliation. 

Loin de nous de vouloir excuser tous les soulèvements 
qui ruinèrent la prospérité et la tranquillité de la capitale 
de la Flandre au moyen âge; ce que nous voulons établir, 
c'est qu'il n'est pas très-difficile d'assigner des causes lé- 
gitimes à ces commotions populaires. Et cependant sous 
Charles le Téméraire comme sous l'archiduc Maximilien, 



( 234 ) 

sous Charles-Quint, comme sous le gouvernement du 
commandeur de Requescens, M. Gachard ne se montre 
guère favorable aux réclamations de la commune; aussi, 
à l'occasion de la révolte des Gantois en 1559, l'accuse- 
l-il d'avoir impitoyablement et avec une inhumanité sans 
exemple, fait exécuter Liévin Pien ou Pyn, convaincu d'a- 
voir extrait des archives de la ville divers privilèges qui 
assuraient aux Gantois la jouissance des plus précieuses 
libertés. Il regarde les crimes qu'on imputait au Grand- 
Doyen des métiers comme imaginaires, et en infère natu- 
rellement que sa condamnation fut injuste. 

Dans un mémoire récent, publié dans les Annales de la 
Société royale des beaux-arts de Gand , 1848-1850, t. III , 
M. J. J. Steyaert a soigneusement examiné la procédure 
criminelle qui eut lieu sur le fait de la trahison de Liévin 
Pien. D'après les documents respectables qu'il a con- 
sultés, il croit pouvoir affirmer que le Grand-Doyen était 
coupable d'avoir violé le Secret du Beffroi; les propres dé- 
clarations de l'accusé : dat hy eens zynen slculel gheleent 
had om in 'l secreet te gacn (qu'il avait un jour prêté sa clef 
pour pénétrer dans le secret du beffroi) en fournissent la 
preuve. Pien, comme Grand-Doyen, devait mieux savoir 
que tout autre qu'il était défendu de mettre le pied dans les 
archives secrètes du beffroi, sans le consentement exprès 
de la Collace et en présence de ses collègues en loi , et non 
pas la nuit et avec subtilité. 

Il est bien entendu que nous ne voulons pas soutenir 
que ce soit précisément la fameuse charte, connue sous le 
nom d'achat de Flandre, dont le Grand-Doyen chercha à 
s'emparer, charte dont l'on a, à tort ou à raison, contesté 
l'exislence; mais toujours est-il qu'il prêta, par impru- 
dence ou autrement les mains à l'enlèvement de pièces au- 



( 235 ) 
thentiques qui étaient, pour les Gantois, des actes d'exemp- 
tion de certains impôts et charges. 

M. Steyaert a examiné le procès avec impartialité, et 
malgré l'intérêt que lui inspire le vieillard respectable dont 
la tête est menacée dans ce procès terrible , il avoue que 
Pien, accusé de haute trahison et de lèze-majesté commu- 
nale, fut soumis aux formes de procédure ordinaire et 
que sa mort, si inhumaine qu'elle ait pu être, ne fut que 
l'expiation d'un crime dont l'évidence semblait prouvée. 
Que les horribles formalités, alors en usage, par exemple la 
torture, aient donné à celte procédure criminelle un carac- 
tère à la fois odieux et cruel, nous en convenons volon- 
tiers; mais l'acharnement avec lequel on poursuivit l'infor- 
tuné Doyen, accusé d'avoir enlevé la fameuse charte, est 
une preuve nouvelle de l'intérêt que la commune de Gand 
attachait à la conservation de ses archives. C'est le seul 
point que nous cherchons à défendre dans ce rapport. 

Si nous avons insisté sur cette condamnation mémo- 
rable, c'est qu'elle se rattache intimement a l'histoire des 
archives de Gand et en établit l'importance politique à une 
époque où tant de droits reposaient sur des titres écrits. 

Au reste, nous ne pouvons dissimuler que depuis un 
temps immémorial, les Gantois aient eu, sous la plume de 
la plupart des historiens, la réputation d'être turbulents, 
ingouvernables, toujours prêts à se soulever sans motif. 
Un écrivain aussi distinguée par son érudition que par son 
patriotisme, M. Kervyn de Lettenhove, dans sa belle His- 
toire de Flandre, a fait justice de la plupart de ces asser- 
tions accréditées sans examen depuis tant de siècles, et 
tout en nous découvrant les fautes et les torts des Gantois, 
il nous a montré que ce n'étaient pas toujours eux qui 
étaient les coupables. Longtemps avant lui et en dépit de 



( 236 ) 

la censure jalouse de Charles-Quint, Jacques Meyer avait 
timidement çà et là soutenu la même thèse. 

Il est un autre écrivain ancien, recommandahle par sa 
science et son érudition , dont nous sommes heureux d'in- 
voquer ici le témoignage en faveur du caractère des Gan- 
tois et des Flamands en général. Nous voulons parler de 
David Lindanus, un des historiens les plus éminenls du 
XVII e siècle. Dans une lettre autographe, datée de Ter- 
monde, lieu de sa naissance, le 18 août 1012, et conservée 
aux archives de Gand, nous trouvons les lignes suivantes 
que nous transcrivons ici en entier (M. Yan Duyse l'a 
publiée dans la notice biographique qu'il a consacrée à 
David Lindanus, p. 20; Termonde, 1850, in-8°). 

Fuere majores olim noslri opibus polenles , viribus 
timendi, animis nulli umquam populo secundi ; quae res et 
invidiam illis concitavit vicinorum, et principum suspi- 
ciones : sed et bella etiam , quae vario tempore , varia for- 
tuna, ut humanae res sunt, gessere. Horum quidem eventus 
multi lucubrationibus suis poslerilati consecrarunt ; sed in 
caussis plerique, aut ignorantiae caligine , aut studio par- 
tium , ita errarunt, ut omnem populi cum principe contro- 
versiam aliud nihil quant rebellionem existimantes , lectorum 
animis prave de nobis sentiendi et loquendi caussas dede- 
rint. Fuere nobis principes longe oplimi; sed quosdam pecu- 
niae, quosdam imper ii quam sat erat cupid tores liber tas 
publica non tulit. Alii autem , cum popularis ea potentia 
periculosa videretur , per occasiones eam minuere conati 
sunt, quod cum citra tumultum fieri nonposset, inpopulum 
culpa conjecla est , et arreptae occasiones , qui bus a plèbe ad 
oplimates respublica transferretur : quod quidem nemo 
umquam politicus damnavit; sed id ago , non umquam in- 
juria nostrates ab historicis notari, ut principibus injuriosos 



( 257 ) 

et narum obsequentcs. In hoc hominum prœjudicio refel- 
lendo, quid aliud agens praestiterim , eorum relinquojudicio 
qui nudae verilati plus tribuunt quam affectibus, etc. 

Ces lignes sont d'autant plus remarquables qu'elles 
sont écrites sous le règne d'Albert et Isabelle, alors qu'on 
n'était guère habitué à faire l'éloge de ceux qui osaient 
ou qui avaient osé résister à l'autorité des princes. 

Notre honorable confrère nous pardonnera cette petite 
digression : chercher à réhabiliter ou à disculper un in- 
dividu calomnié, une nation jugée avec trop de sévérité, 
est le devoir de tout homme juste et impartial. 

Passant aux détails du mémoire, nous nous permettrons 
de présenter encore ici quelques observations. 

M. Gachard , parlant, dans la note 2 de la p. 7 des Re- 
gistres criminels des Gantois, que, selon Diericx, Charles- 
Quint aurait fait brûler, regarde ce point comme hasardé. 
La note exacte des Registres criminels qui manquent existe 
aux archives de la ville; on y voit qu'ils appartenaient à 
diverses époques. On y possède aussi la note détaillée des 
années qui font lacune dans le Poortery-boek. 

A la p. 59 v°, la collection alphabétique que M. Gachard 
désigne sous le nom de Carlulaires et qui, il le reconnaît 
lui-même, ne peuvent être regardés comme des cartu- 
laires proprement dits, à cause du disparate de leur con- 
tenu, a toujours été nommé Registres; c'est ainsi qu'elle 
est désignée quasi officiellement dans l'inventaire connu 
sous le titre de Index der 47 registers, et M. Van Duyse a 
cru devoir adopter la même désignation dans son Inven- 
taire analytique des chartes et documents appartenant au 
dépôt confié à ses soins. Si nous insistons sur ce point en 
apparence oiseux , c'est qu'il est en général dangereux de 
modifier le titre de volumes ou de collections manuscrites 



( 238 ) 
que l'usage el le temps ont consacré; cela suffit souvent 
pour dérouter les explorateurs les plus intelligents. Plu- 
sieurs de ces registres ne renferment, du reste, ni chartes, 
ni privilèges, et nous aimons mieux voir M. Gachard adop- 
ter pour sa sixième division le titre de : Les 47 registres, et 
couserver ainsi une désignation établie de longue date. 

Pag. 44, c. M. Gachard décrit un registre in-folio, inti- 
tulé Lion blanc y par erreur sans doute du copiste pour 
Livre blanc. 

Nous ferons remarquer que le précieux cartulaire de la 
collection Van Hulihem, analysé sous le n° 567 du Catal. 
des Manuscrits, contient une grande partie des chartes 
et documents transcrits dans ce registre, quoique rangés 
dans un ordre différent. 

Sous le chap. VIT, p. 54, M. Gachard cite le Bref recueil 
des choses advenues en la ville de Gaud Cannée XVCLXVL 
Nous ferons remarquer que ce recueil n'a aucun caractère 
olïiciel et qu'il doit plutôt être considéré comme une 
collection de cancans et d'on-dit , dépourvue de toute va- 
leur historique. « C'est sans doute, dit M. Van Duyse, le 
» travail préparatoire que le secrétaire Hembyse aura 
» soumis à ses maîtres pour pouvoir répondre pertinem- 
d ment aux mandataires de Tolède. » 

Le registre de la loi de Gand, indiqué à la p. 58, comme 
n'allant pas au delà de 1815, a été intercalé de papier 
blanc et continué jusqu'à ce jour pour les magistrats com- 
munaux, nommés en vertu des lois des royaumes des 
Pays-Bas et de Belgique. 

A la suite des registres divers, indiqués pp. 02-04, il 
faut ajouter un registre formé par l'archiviste actuel et où 
ce dernier a réuni plusieurs pièces concernant la Joyeuse- 
Entrée , ainsi qu'un manuscrit in-4° du Père Roothaese , 



( 239 ) 
l'éditeur du P. De Jonghe, lequel complète les Gendtsche 
Geschiedenissen. 

Quant au registre Miscellanea 1408-1592, il est plus 
intéressant que ne semble le croire M. Gachard. On y 
trouve entre autres une pièce concernant un procès de 
sorcellerie en l'an 1604, communiqué par M. Van Duyse 
à M. Cannaert, dans le Belgisch Muséum, VÏIÏ, 115 (Ver- 
toog over een procès wegens toovery). M. Gachard n'a pas 
non plus fait figurer dans ce mémoire un registre sur les 
confiscations faites par Charles-Quint sur les corps et mé- 
tiers et qui a été acquis pour les archives à la vente du 
comte DHane de Steenhuyze. 

La lettre de H. Vander Noot, qui fait partie des au- 
tographes conservés aux archives de la ville, a été publiée 
par Ai. Van Duyse, dans le Messager des sciences histo- 
riques. A. Voisin, de son côté, a inséré dans le même 
recueil une lettre deSanderus, appartenant à la même 
collection d'autographes, sur la nécessité d'ériger à Gand 
une bibliothèque publique à l'hôtel de ville. D'autres let- 
tres curieuses se trouvent dans cette collection. 

Après avoir ainsi impitoyablement épluché ce travail, 
nous finirons en disant que M. Gachard nous y présente 
un aperçu substantiel et exact de toutes les richesses que 
renferment les archives communales de Gand. Le § 2 dé- 
crit, sous quinze différentes divisions, toutes les parties 
de ce vaste dépôt. Non content toutefois de signaler ces 
collections, grosso modo, à notre attention, il analyse sous 
les divisions 1, lf, VI et Vil, un grand nombre de chartes 
et de documents , en explique cà et là les points obscurs, 
les commente et en donne même quelquefois des extraits , 
prenant toujours pour point de départ l'histoire nationale 
et tout ce qui s'y rattache. 



( 240 ) 

Sous forme d'appendice, M. Gachard a réuni, à la (in du 
mémoire, des documents relatifs à l'histoire des archives 
de Gand , à savoir : L' Inventaire des lettres délivrées à l'ar- 
chiduc Maximilien, le 22 juillet 1485, par le magistrat de 
Gand; — Documents concernant les troubles de Gand en 
1566-1567; — Extrait de l'inventaire des titres remis au 
commissaire du Gouvernement des Pays-Bas à Lille, le M 
mars 1770, en exécution du traité du 16 mars 1769. 

Nous voyons avec plaisir que M. Gachard a aussi payé 
un juste tribut d'hommage à MM. les archivistes Hye, 
Parmentier, Van Lokeren, Van Duyse elDemoor, pour la 
part qu'ils ont successivement prise depuis près de 40 ans 
à la mise en ordre des archives communales, ainsi qu'à 
la sollicitude de l'administration de la ville de Gand, qui 
n'a cessé de veiller à la bonne conservation de ce précieux 
dépôt. 

En finissant, nous ajouterons encore qu'on forme au 
bureau des archives communales une bibliothèque spé- 
ciale de livres relatifs à la paléographie, à la diplomatique 
et à l'histoire locale. 

Après avoir ainsi passé en revue les différentes parties 
du mémoire de noire confrère M. Gachard , nous n'hési- 
tons pas à vous proposer, Messieurs, d'accueillir ce travail 
parmi vos mémoires académiques. » 

La classe, après avoir entendu M. le chanoine De Smet, 
seeond commissaire, ordonne l'impression de la notice 
présentée par M. Gachard. 



( 2*1 ) 



Rapport de M. Bormans sur une notice de M. de Chêne- 
dollé, relative à une correction proposée pour le vers 
45 de l'Épître aux Pisons. 

Après tant de commentaires, de dissertations et de dé- 
bats dont la Poétique d'Aristote a été l'objet ou l'occasion, 
les critiques et les philologues sont loin encore d'être 
d'accord soit sur l'appréciation des principes, soit sur la 
constitution du texte de cet écrit célèbre. Cela tient, d'un 
côté, à la manière de procéder d'Aristote, qui est toute phi- 
losophique, et au but qu'il s'est proposé de tout définir et de 
ramener, par une analyse rigoureuse, toutes les règles de 
l'art aux lois mêmes de la nature ; et d'un autre côté , à 
l'état de délabrement dans lequel ce livre nous est par- 
venu. On connaît les récits qui se rattachent à la publi- 
cation et à la transmission jusqu'à nous des ouvrages du 
Stagyrite. L' Art poétique d'Horace, composé environ trois 
siècles plus tard, et publié, selon toutes les apparences, 
par l'auteur lui-même, nous a été conservé beaucoup plus 
intact. Écrit en vers, et dans un mètre généralement 
connu, il était, jusqu'à certain point, protégé par sa forme 
même contre les disl radions des copistes et l'audace des 
inlerpolaleurs. Horace, d'ailleurs, ne cherche pas à définir, 
ne discute aucun principe et raisonne fort peu. Il se borne 
à énoncer des préceptes, à tracer des règles, à donner des 
couseils. Si parfois il entre dans quelques développe- 
ments ou s'abandonne à des réflexions; s'il compare, dis- 
tingue ou divise, ce n'est jamais pour remonter aux 
causes, à la raison première d'une règle, mais unique- 



( 242 ) 

ment pour mieux en faire ressortir les effets. Son but n'est 
pas la théorie, mais la pratique, et il n'en appelle qu'à 
l'expérience. Poëte, i! laisse au philosophe les subtilités 
d'une spéculation plus ou moins abstraite, plus ou moins 
inutile au point de vue de l'art , et se contente, en véri- 
table homme du métier, d'exposer quels sont, dans les 
différents genres de composition poétique, les principales 
conditions de tout succès véritable. 

En se renfermant ainsi dans des faits faciles à observer 
et appréciables au simple bon sens, qui est, en même 
temps, le bon goût, et en les exposant dans un langage 
familier et éloigné de toute recherche, il semblerait qu'il 
n'a guère pu laisser de doutes sur la portée de sa pensée 
et la valeur exacte de ses expressions, ni provoquer de ces 
disputes interminables qui viennent toujours à la suite des 
systèmes qui ne reposent que sur le raisonnement et l'a- 
nalyse. Mais les érudits tiennent, autant que les philoso- 
phes, à ne pas laisser prescrire leur droit héréditaire de 
disputer sur tout et de révoquer tout en doute. L'Art poé- 
tique ne leur a pas plus échappé qu'aucun autre écrit de 
l'antiquité. Au contraire, leur critique s'y est exercée avec 
une espèce de prédilection, et il est peu de livres sur les- 
quels nous ayons autant de commentaires particuliers et 
à l'égard desquels on ait soulevé plus de difficultés. Je ne 
parle pas des discussions qui ont eu lieu concernant l'en- 
semble de l'ouvrage, son mérite, le but qu'Horace s'y est 
proposé, le titre qu'il doit porter : si c'est une épître ou 
s'il faut en faire un livre spécial, et le classer parmi les 
écrits didactiques. Car il n'y a pas jusqu'à la place qu'il 
occupe, soit avant ou après les épodes, comme dans beau- 
coup de manuscrits et d'anciennes éditions, soit à la fin 
de toutes les œuvres, comme dans nos éditions vulgaires, 



( 243 ) 

qui n'ait été l'occasion de nombreux débats. Mais il est 
d'autres points de dispute qui concernent de plus près 
l'intelligence de l'ouvrage. Si la plupart des critiques le 
regardent comme complet, il y en a aussi qui croient y 
découvrir des lacunes; presque tous y signalent un grand 
désordre, et quelques-uns, plus hardis que le reste, ne 
font pas scrupule de transporter des cinquantaines de 
vers d'un endroit dans un autre. Quant aux passages isolés 
qui ont alimenté la critique, il serait trop long d'entre- 
prendre de les énumérer; je me contenterai de dire qu'on 
ne pourrait pas citer dix vers de suite de toute l'Épîlre aux 
Pisons, au sujet desquels il n'ait été soulevé quelque ques- 
tion , soit pour en déterminer le sens , soit pour en fixer 
la leçon. 

Il n'est donc pas étonnant que ceux qui prennent 
plaisir à ces sortes de recherches s'aventurent encore 
quelquefois sur ce terrain , tant exploité et toujours si 
fertile, de Y Art poétique et qu'on y fasse de temps en 
temps ou croie avoir fait une nouvelle découverte. 

Je suis obligé de faire cette distinction, parce que les 
faits de la première espèce, c'est-à-dire les véritables 
découvertes, sont extrêmement rares, au point que, de 
mémoire d'érudit, il ne s'en est pas présenté un seul qui 
ait passé pour incontestable, et que l'auteur de la notice 
qui vous a été présentée sur Je 45 e vers de l'Épîlre aux 
Pisons, n'a évidemment pas été plus heureux que la plu- 
part de ses devanciers. 

Vous connaissez tous ce passage où Horace parle du 
choix du sujet et de l'ordonnance du poème : 

. Cui lecta patenter erit res , 

Nec facundia desen t hune nec lucidus ordo. 
Ordinis hacc virlus erit et venus 7 aut ego fallor, 



( 3ft ) 

Utjam nunc dicat (:) jam mine debentia dici (;) 
Pleraque différât et praesens in tempus omiltat. 
Hoc amet, hoc spernat promissi carminis auclor. 

Ces cinq ou six vers sont un des endroits les plus con- 
troversés de tout le livre. Dacier déclare modestement 
que jusqu'à lui personne ne l'avait compris. Benllei, qui 
n'était pas homme à s'effrayer de peu , commence par 
s'écrier : Diflicilis locus , et consacre à son explication une 
note d'une demi-douzaine de pages in-8° ; ainsi des autres. 
En effet, toutes les difficultés qui peuvent se présenter 
séparément dans un texte viennent ici se réunir : 1° Incer- 
titude à l'égard de la leçon : au lieu de aut ego fallor, Fea 
donne liaud ego fallor, d'après les plus anciennes éditions 
et plus de trente manuscrits (1). 2° Incertitude de la 
ponctuation : les uns, comme Lambin, mettent un point 
et virgule après dici; d'autres, parmi lesquels Cruquius, 
Baxter, Nannius, joignent ensemble : jam nunc debentia 
dici Pleraque différât, et la ponctuation varie en consé- 
quence. 5° Incertitude à l'égard de la signification des mots: 
pour le grand nombre jam nunc signifie maintenant , à 
l'instant, au moment même; ce n'est qu'un jam ou un 
nunc renforcé. Pour Bentlei et son école, jam nunc répété, 
comme il l'est ici , ne saurait jamais signifier que tantôt.... 
tantôt, et il cite pour le prouver Horace lui-même (2). 



(1) J'avoue que, malgré cela, Fea a tort, mais j'ai dû mentionner le fait. 

(2) Déjà notre Badius, d'Assche, l'avait interprété ainsi dans une petite édit. 
in-4°, imprimée à Paris chez Ant. Bonnemere, aux frais du libraire Denys 
Roce, l'an 1508 : dicat jam mjinc, id est, uivo tempore, debentia dici, scr- 
vato ordine rerum gestarum; jam nusc, id est, alio tempore. Mais dans 
l'édit. de toutes les œuvres d'Horace, sortie des presses de Badius même, 
associé avec Jehan Petit et le même Denys Roce, en 1511 (accurationc ipsius 
jéteensii)) on lit : dicat jam swhc id est uiso tempore, debentia dici, ser- 



( 245 ) 

L'interprétation du mot patenter, au commencement, a 
également paru embarrassante. Faut-il le traduire par : 
Selon ses forces , dans la mesure de son talent, ou peut-on 
le prendre dans un sens moral et opposé à celui de impo- 
tentcr(a\ec passion, aveuglément, etc.)? (1) On est encore 
beaucoup moins d'accord sur l'expression praesens in tem~ 
pus, qui peut tout aussi bien signifier présentement , pour 
le moment [in praesentia) (2), que pour l'occasion favorable 
on pour un meilleur moment, comme l'a fort bien rendu 
dernièrement notre savant et spirituel confrère M. Baron. 
Que dirai-je de pronmsi carminis, que les uns prennent 
pour un long poème , les autres pour un poème promis ou 
attendu? Et il va sans dire que de part et d'autre les preuves 
et les autorités ne manquent pas. 4° Incertitude touchant 
le sens du précepte et la pensée du poëte. Cette difficulté 
résulte déjà nécessairement de celle de la ponctuation et 
de la valeur des expressions ; mais il y a plus. Il faut en 
outre décider si le vers : 

Hoc amet, hoc spernat promissi carminis auctor 

doit se rapporter à ce qui précède, comme on l'avait tou- 
jours cru jusqu'à Dacier, ou si, comme celui-ci le pré- 



vato ordine reram gestarum ; jam nuîvc, id est eodem tempore : variante 
remarquable non-seulement pour le philologue, mais encore pour le biblio- 
phile. 

(1 ) Un jeune philologue très-instruit, dont dernièrement vous avez accueilli 
avec faveur le mémoire sur l'origine de la fable chez les Grecs, m'a assuré 
que le prof' Welcker, de Bonn, trouvait assez plausible la conjecture d'un 
de ses élèves qui proposait pudenter à la place depotenter. Ce mot pourrait, 
en effet, convenir, s'il ne revenait, quelques vers plus bas, dans des conditions 
par trop semblables. 

(2) On me permettra de faire remarquer que in praesentia même est 
ordinairement un accusatif neutre. 

Tome xix. — II e part. 17 



( 246 ) 

tend, il forme un précepte à part concernant le choix des 
incidents. Il est vrai que Bentlei le raille à cette occasion, 
mais la question n'en est pas plus avancée, puisque, loin 
de s'en tenir à l'ancienne opinion, il en propose lui- 
même une nouvelle des plus hardies : selon lui, ce vers 
appartient à ce qui suit, et comme cela ne se peut à 
l'endroit où il se trouve, il l'ôte tout simplement de sa 
place pour le mettre après le vers suivant. Ainsi 5° incer- 
titude relativement à l'ordre et au rapport des vers entre 
eux. Il est clair que les difficultés ne s'arrêtent pas là , 
car en bougeant un vers on en bouge nécessairement deux 
et souvent davantage; mais il est inutile de chercher plus 
loin. L'auteur de la notice qui nous occupe va nous en 
signaler une nouvelle, inaperçue jusqu'à ce jour, dans les 
vers mêmes où nous venons déjà d'en rencontrer tant 
d'autres. Il trouve que la locution debentia dici , qui avait, 
je ne sais comment, échappé si longtemps à l'animadver- 
sion des critiques, n'est point latine, ou tout au moins 
est plate et indigne d'Horace; d'où il doit naturellement 
conclure qu'elle n'est pas de cet écrivain. 

J'examinerai tantôt les prémisses; mais une fois la con- 
clusion admise, il était naturel aussi qu'il cherchât à s'ex- 
pliquer comment ces mots étaient venus se placer dans le 
texte, et à deviner quelle avait dû être la leçon primitive, 
la main d'Horace, ipsa Horatii manus, comme disent les 
critiques. Ajoutons tout de suite, pour satisfaire votre cu- 
riosité, que, selon lui, ce n'a pu être que dicenda diuque. 

Malheureusement, pour ce qui concerne le premier 
point, la manière dont le texte a été corrompu, l'auteur 
de la notice, tout ingénieux qu'il se montre dans ses sup- 
positions, ne persuadera personne, car il n'est aucune- 
ment d'accord avec lui-même. Il paraît ne s'être pas 



( 247 ) 

aperçu qu'au lieu d'une explication suivie de sa preuve, 
il en donne deux toutes différentes et qui s'excluent mu- 
tuellement. D'un côté, il l'ait de debentia dici <r une glose 
» marginale ou interlinéaire d'un maître d'école du moyen 
ï> âge, qui, pour faciliter à ses élèves l'intelligence du 
» texte, traduisait à bonne intention les termes un peu 
» difficiles pour des commençants par des expressions 
» équivalentes, » et d'un autre côté, il essaie de démontrer 
cette thèse par « une petite opération arithmétique, » qui 
consiste à compter les lettres de part et d'autre , pour en 
conclure (on ne voit trop comment, mais dans tous les cas 
contre sa propre thèse) que « dicenda a pu facilement se 
» changer sous la plume d'un copiste en debenda (sic) et 
» diuque (ou diuq; abrégé) en dici. » Pourquoi recourir à 
cette forme intermédiaire et impossible de debenda? Pour- 
quoi surtout , sous prétexte de prouver sa première sup- 
position, en hasarder une seconde qui la détruit? Qu'est- 
ce que le nombre des lettres, et les éléments graphiques 
semblables, et la paléographie ont à faire dans tout cela, 
s'il ne s'agit que d'une glose d'un maître d'école reçue 
dans le texte, « grâce, comme dit la note, à une de ces 
» âneries si communes aux librarii, et dont on pourrait 
» sans peine citer une foule d'exemples? » 

Mais comment cette glose ou cette erreur de copiste 
[peu importe, pourvu que l'on choisisse (1)] a-t-elle évincé 
si complètement l'ancienne et véritable leçon, qu'il n'en 
soit pas resté la moindre trace, non -seulement depuis 
« les premières impressions » de l'Art poétique (qu'il eût 



(1) L'auteur se sert aussi jusqu'à deux fois du terme interpolation, mais 
sans y attacher, je pense, un sens rigoureux. 



( 248 ) 

mieux valu ne pas mentionner pour éviter l'apparence d'un 
anachronisme), mais encore dans cette foule de manuscrits 
qui nous restent du poète de Venouse, et dont plusieurs 
remontent au delà du X e siècle? Dira-l-on que tous ces 
exemplaires dérivent d'un seul et précisément de celui que 
la notice suppose avoir été corrompu? Gela n'est d'abord 
pas vraisemblable par lui-même; ensuite de quelle façon 
expliquera-t-on alors que dans tant d'autres endroits ils 
s'accordent si peu ensemble, que les critiques ont cru 
devoir les distinguer en familles? D'où vient que les sco- 
liastes si anciens d'Horace ne laissent pas même soup- 
çonner la chose et que celui de Cruquius, entre autres, 
reconnaisse ouvertement la leçon vulgaire? qu'il n'y ait 
pas, en cet endroit, comme l'auteur de la notice l'avoue, 
la moindre variante? 

Je dois lui rendre la justice de dire qu'il a senti la force 
de ces objections, et qu'il y a vu lui-même « un argument 
» puissant contre l'admission de la nouvelle leçon qu'il 
» propose. » Il a longtemps hésité et ne s'est enfin décidé 
à passer outre, que sur les instances de quelques « hommes 
» instruits qui, après des discussions amicales, ont fini par 
» se ranger à son sentiment. » Si je relève cette circon- 
stance , c'est moins comme excuse pour l'auteur de s'être 
fait illusion sur le mérite de sa conjecture, que parce que 
je suis heureux de constater que des discussions sur un 
point de littérature ancienne peuvent encore trouver place 
dans une conversation. Je signale la chose comme un bon 
exemple qui mérite d'être encouragé; et quoique je ne 
puisse approuver, ni les motifs du changement proposé , 
ni le changement en lui-même, je n'en sais pas moins gré 
à l'auteur d'avoir cru que la question pouvait également 
intéresser notre compagnie. 



( 249 ) 

Je lui dois, par conséquent, aussi de le suivre jusqu'au 
bout dans les considérations où il est entré. Vous avez 
vu qu'on peut difficilement être d'accord avec lui sur la 
manière dont l'une expression a été substituée à l'autre, 
quand même on lui accorderait qu'un maître d'école du 
moyen âge ait pu s'aviser d'expliquer une forme des plus 
connues, et qui se trouve dans les premiers paradigmes 
qu'on met entre les mains des enfants, par une autre plus 
ou moins insolite et que le critique déclare même cho- 
quante et peu latine. « Les petites notes de Jean Bond et 
» de Minellius » auxquelles il assimile un peu malignement 
les gloses du moyen âge, ne mériteraient pas de mention 
ici (nous possédons assez de manuscrits avec gloses et sco- 
lies pour savoir à quoi nous en tenir à cet égard) , si un 
commentateur français d'Horace n'avait, en effet, cru ra- 
connaître dans un manuscrit du XI e siècle (bibl. du Roi, 
MS. Dupuy I, n° 7974) une des sources où Jean Bond 
a puisé ses petites notes. Àchaintre ne craint pas de re- 
connaître quelque mérite à ces scolies, probablement parce 
qu'il croyait devoir tenir compte du but qu'on s'y était 
proposé, ce que l'auteur de la notice, et Saxius cité par 
lui, paraissent avoir un peu trop oublié de faire. 

Je passe maintenant à l'examen de la correction même, 
mais auparavant je dois adresser un grave reproche à l'au- 
teur. On ne démolit pas une partie d'un vieil édifice sans 
avoir soin d'étayer d'abord tout le reste, et avant de bâtir 
on commence par explorer et déblayer le terrain. J'ai 
fait voir que la demi-douzaine de vers qu'il cite, comme 
formant une espèce d'ensemble de préceptes liés entre eux, 
et au beau milieu desquels il introduit un changement 
aussi considérable, ne renferme pas moins qu'une dou- 
zaine de questions sur lesquelles aucune autorité n'a encore 



( 250 ) 

prononcé en dernier ressort. Comment se fait- il qu'il 
n'ait pas entrepris de terminer d'abord ce long et multiple 
débat ou, s'il croyait la chose au-dessus de ses forces 
(non peut-être à cause de la difficulté des questions, mais 
parce que chacun prétend les décidera sa manière), qu'il 
ne se soit pas donné la peine d'établir d'une manière 
nette et précise le sens adopté par lui pour chaque point 
controversé, afin qu'il nous fût possible, ainsi qu'à lui- 
même, de constater que la correction cadrait bien avec 
le reste, et qu'à des difficultés peut-être seulement appa- 
rentes (j'exprime ici non un soupçon, mais ma conviction 
véritable), il n'en ajoutait pas une plus réelle, celle de 
pouvoir encore trouver Horace d'accord avec lui-même. 
Tout ce qu'il dit à cet effet, après avoir transcrit le pas- 
sage d'Horace avec sa correction, se réduit à ces trois 
lignes : « Tous ces termes sont parfaitement en rapport ; 
» diu va bien avec promissi (étendu, de longue haleine), 
» et il est mis en opposition avec nunc etpraesens, qui à la 
» rigueur n'ont pas de corrélatif dans la leçon vulgaire. » 
Voyons; si en les examinant, je ne puis pas être tout 
à fait aussi bref, je tâcherai du moins de n'être pas trop 
long. « Diu va bien avec promissi , dit-il, étendu, de lon- 
» gue haleine. » Mais Bentlei lui soutiendra que promissi 
n'a pas ce sens, et que le vers même où ce mot se trouve 
(c'est celui qu'il transpose) appartient à un tout autre ordre 
d'idées. D'autres lui feront d'autres objections; mais peu 
importe : le fait est que, dans aucun cas, les mots diu et 
promissi, ni les idées qu'ils représentent ne peuvent avoir 
rien de commun ensemble, ici, dans Horace, dis-je, 
quelque rapport qu'il y ait d'ailleurs entre les notions 
longtemps et de longue haleine prises d'une manière abso- 
lue. J'ai oublié quel est le nom particulier que la logique 
donne à ce sophisme. — « Il {diu) est mis en opposition 



( 251 ) 
» avec nunc. » Avec quel nunc, car il y en a deux, ou plutôt 
deux fois jam nunc? Est-ce que cela est indifférent? Mais la 
vérité est encore une fois que dans : dites tout d'abord ce 
qu'il faut tout d'abord dire et différez longtemps la plupart 
des choses (je traduis littéralement et selon la ponctuation 
de l'auteur de la notice), il n'y a pas d'opposition possi- 
ble, parce que cela ne présente pas de sens. 11 y en aurait 
une si, même en omettant le mot longtemps (le diu qu'on 
veut y introduire pour en avoir une), il y avait : et différez 
le reste; mais alors l'opposition existerait, une double op- 
position , entre différez et dites tout d'abord (le premier 
tout d'abord) et entre le reste et : ce qu'il faut tout d'abord 
dire (le second tout d'abord ou plutôt tout ce membre de 
phrase). Quant à l'opposition de diu avec praesens (in prae- 
sens tempus), je n'y trouverais rien à redire, si l'auteur 
de la notice, en adoptant la traduction de M. Baron : 

Et réservez beaucoup pour un meilleur moment, 

ne la détruisait lui-même; car, ain^i entendu, in praesens 
tempus n'est plus que le diu, auquel on le veut opposer, 
mieux expliqué et plus déterminé. S'il ne fallait croire que 
l'auteur de la notice donne lui-même à ces mots un sens 
tout différent, ce serait la troisième fois qu'il commettrait 
la même faute de confondre le sens absolu des mots avec 
leur sens relatif. Mais pourquoi alors oppose-t-il praesens 
seul à diu, quand c'est de la locution praesens in tempus 
qu'il s'agit? N'est-ce pas toujours une contradiction ou un 
sophisme? 

Mais n'insistons pas davantage sur ce point, car j'avoue 
que je ne vois pas ce qu'une opposition de plus ou de 
moins dans ces vers, prouverait en faveur d'un change- 
ment tout à fait gratuit d'abord et souverainement ar- 
bitraire, et par-dessus le compte impossible, à moins de 



( 252 

supposer qu'Horace ait voulu offenser à la fois le bon sens 
et l'oreille. 

Je justifierai encore en peu de mots cette double asser- 
tion. Le debentia dici existe dans tous les manuscrits et dans 
tous les imprimés sans qu'il y ait l'ombre d'une variante; 
les scoliastes le reconnaissent, et le sens en est tellement 
clair que l'auteur de la note en fait une glose d'une autre 
expression qui elle-même est élémentaire. Ce sont presque 
les deux seuls mots de tout le passage cité qui n'aient 
jamais embarrassé personne, et ils se lient parfaitement 
avec le reste. La mesure du vers y est. Quelle nécessité , 
quelle raison ou quel prétexte peut-il donc y avoir pour 
y rien changer? Ce debentia dici, répond l'auteur de la 
note « m'a toujours choqué. Si je ne me trompe, il n'est 
» pas latin, ou tout au moins il est plat et indigne 
y> d'Horace. » Quelques lignes plus loin, il l'appelle une 
« expression parasite. » Mais tout cela sans la moindre 
preuve et sans que, malgré son doute, il se donne seule- 
ment la peine de s'assurer s'il ne se trompe pas. 

Cette manière de procéder contraste singulièrement, 
il faut bien le dire, avec sa tirade sur « les progrès mo- 
» dernes de la philologie critique et vraiment ration- 
» nelle, » et avec les grands noms qu'il cite ensuite. Les 
Wyttenbach , les Boissonade, etc., ne disent pas : cela 
me déplaît, donc cela ne vaut rien. Ils ont toujours de 
beaux et bons arguments à l'appui de leur opinion. Pour 
avoir une (elle confiance en son goût, il faudrait s'appeler 
Aristarque ou Martin Scribler (1). 



(1) Après avoir nommé Heyne, Wyttenbach, Boissonade, Letronne, Her- 
mann, Creutzer, l'auteur ajoute : « et notre regrettable Bekker. » Connaîtrait-il 
de fen le prof. G.-.l. Bekker d'autres travaux philologiques que son Spécimen 



( 255 ) 

Je ne méprise pas ce qu'on appelle la critique de mots, 
lors même qu'elle est purement conjecturale. C'est à elle 
que nous devons en grande partie de pouvoir lire aujour- 
d'hui les écrits des anciens sans être arrêtés à chaque ligne 
par les fautes ou les lacunes des textes, et avec quelque 
certitude que ceux-ci nous représentent la véritable pensée 
des auteurs. Cette critique en outre aiguise l'esprit, forme 
le jugement et nous habitue à saisir toutes les nuances du 
style et le caractère propre de chaque écrivain. Mais elle 
doit être sérieuse, sage, modérée et non pas légère, capri- 
cieuse et téméraire. Il faut qu'on ne l'applique que lors- 
qu'elle est nécessaire , quand la plaie est évidente et le 
remède plus ou moins certain. Quelque doux qu'il puisse 
être de parvenir, à force de sagacité, à s'admirer soi-même 
dans Horace ou Virgile, on doit éviter de faire des conjec- 
tures pour le seul plaisir d'en faire; ce serait de la parodie 
et non de la critique. L'auteur de la note, homme d'esprit et 
de savoir , n'a pas été assez en garde ici contre lui-même. 

J'ai dit aussi que ni l'oreille ni le sens ne peuvent s'ac- 
commoder de la correction proposée. Je me crois dispensé 
d'exposer longuement ce qui peut y plaire ou déplaire à 
l'oreille. L'oreille juge mais ne raisonne point. Toutefois 
je hasarde une seule observation, c'est qu'Horace n'eut 
jamais placé les mots diuque pleraque de suite, surtout 



phiîostrateum , et la recension dans les Heidelberger Jahrbiicher d'une 
nom elle édition des opuscules de Riihnken et de Wyltenbach? Il est trop 
versé dans l'histoire littéraire et la bibliographie pour que j'ose soupçonner 
qu'en associant ainsi ce nom à ceux des plus illustres représentants de la 
philologie moderne , de plusieurs homonymes il n'a fait qu'un seul person- 
nage. Personne, au reste, n'est plus disposé à rendre hommage au mérite 
de feu M. G.-J. Bekker que moi. 



( 254 ) 

comme ils se trouveraient ici, l'un à la fin d'un vers et 
l'autre au commencement du vers suivant : 

Ut jam nunc dicat jam nunc dicenda, diuque 
Pleraque différât, etc. 

et, en vérité, il n'y aurait pas mal aussi de dentales. 

Je laisse ce qui est essentiellement du domaine du sen- 
timent subjectif, et j'arrive à ce qui est du ressort du 
sens commun. Horace a voulu donner un précepte. Or un 
précepte doit avant tout être vrai, fondé, raisonnable. Il 
faut aussi qu'il soit clair et précis. De quoi s'agit-il en cet 
endroit? De la disposition et de l'ordonnance du sujet, de 
l'économie, si je puis m'exprimer ainsi, du poëme. Horace 
énonce ici comme précepte ce dont il nous montrera plus 
tard (vs. 448-49) l'application dans Homère : 

In médias res 

Non secus ac notas auditorem rapit(l). 

Il veut que le poêle ne suive pas l'ordre des événements, 
mais qu'il dispose les matériaux de son œuvre de telle 
sorte, qu'une fois entré en matière, il tienne la curiosité 
du lecteur constamment éveillée, moins par l'attente des 



(1) Je fais remarquer, en passant, que Bentlei se trompe ou n'est pas tout 
à fait de bonne foi lorsqu'il invoque le vers suivant : 

Et quae 

Desperat tactata nilesccre posse relinquit, 

contre l'explication donnée par Dacier du vers 45 e : 

Hoc amet hoc spernat , etc. 

Il a dû voir que les vers 43 et 149 se rapportent également à un même pré- 
cepte. Le bon Sanadon se contente de répéter l'observation de Bentlei. 



( 255 ) 

faits qui doivent suivre, comme dans une histoire, que par 
le désir de connaître ceux qui ont dû précéder. Il y a 
donc des choses qu'il dira d'abord, mais de manière à 
exciter l'intérêt et non à le satisfaire pleinement, et il y 
en a d'autres qu'il réservera pour plus tard. Ce sont celles 
qui ont précédé dans l'ordre des temps et que le lecteur, 
qui les a entrevues, sent le besoin de connaître; et les 
incidents ou épisodes, qui portent leur intérêt en eux- 
mêmes. Mais jusqu'à quel moment doit -il différer ces 
choses, et quand viendra leur tour d'être employées? C'est 
ce qu'Horace ne détermine, ni ne pouvait déterminer, car 
cela dépend spécialement du sujet, qui varie d'un poëme 
à un autre, et du goût, disons du génie du poète, dont il 
n'exige pas sans raison, comme on voit, qu'il soit maître 
de sa matière et qu'il la domine complètement. Tout ce 
qu'il en dit, c'est qu'il faut les mettre de côté jusqu'au 
moment opportun (praesens in tempus) (1). 

Maintenant supposons que l'auteur de l'Art poétique fût 
allé plus loin : qu'il eût prescrit d'une manière absolue 
de les différer longtemps (diu) et qu'il eût étendu cela à la 
plupart des choses (diuque pieraque différât); qui ne com- 
prend que ce précepte n'en serait plus un , puisqu'en prin- 
cipe il ne serait ni vrai , ni fondé, ni raisonnable, et qu'en 
pratique aucun poète ne s'y est conformé. Pour ne parler 
que de l'auteur de YÉnéide, nous savons tous qu'immédia- 



(1) Donner un autre sens à ces mots, ce serait tout à la fois prêter une tau- 
tologie à Horace, et ne lui faire exprimer que la moitié de sa pensée. Cicéron 
dit presque de la même manière à son frère Quintus (11. 8) : Caetera prae- 
senti sermoni reserventur. Ce sens, que omitto et in praesens , pris isolé- 
ment, ne donneraient point, résulte ici, comme dans une foule d'autres 
endroits, de leur réunion. 



( 256 ) 

temenl après l'arrivée d'Énée à Cartilage, c est-à-dire dès 
la fin du I er livre, commence le récit non interrompu de 
la prise de Troie et des sept années de courses du héros , 
récit qui remplit tout le II e et le III e livre. Si dans l'Odyssée 
d'Homère (et je citerai même, si l'on veut, l'Arioste) le 
récit se trouve coupé davantage, il y a encore loin de là à 
ce que prescrirait le diuque pleraque différât qu'on veut 
prêter à Horace. Il ne faut pas être poêle pour voir qu'un 
pareil précepte exécuté à la lettre serait le plus sûr moyen 
d'impatienter et de dégoûter le lecteur. L'auteur de la note 
n'a pu croire que diu, aussi bien que pleraque , pouvaient 
se prendre dans un sens moins rigoureux : la manière dont 
il oppose diu à d'autres mots prouve que telle n'a pas été 
sa pensée; mais en fût-il ainsi , dans ce cas encore l'énoncé 
du précepte ne serait ni clair , ni précis, ni par conséquent 
digne d'Horace. 

Je ne reviendrai pas sur les contradictions dans les- 
quelles l'auteur est tombé à l'occasion de ce dm, qui fait 
en outre un assez singulier effet avec un autre diu quatre 
vers plus haut (Versate diu, etc.), ni je n'examinerai si les 
questions que sa conjecture tranche implicitement ne sou- 
lèveraient pas d'autres difficultés aussi graves que celles 
que j'ai signalées. Il me reste seulement à justifier les ex- 
pressions d'Horace des reproches que l'auteur de la notice 
leur adresse. 

Il trouve le debentia dici plat. C'est affaire de goût; je ne 
disputerai donc pas spécialement sur ce point, pas plus 
que je ne l'ai fait plus haut sur ce qui est du ressort de l'o- 
reille. Il le trouve en outre parasite. Qu'est-ce à dire? trop 
répété? il n'existe que là; c'est un aiiat, leyé^evov , et c'est 
comme tel surtout qu'il demande à être justifié. Inutile? 
mais le crilique lui-même ne le rejette que pour le rempla- 



( 257 ) 

cor. Greffe sur un autre? c'est bien la prétendue correction 
même qui est greffée sur lui. Mais il n'est pas latin ! on l'af- 
firme, quoique sous la réserve qu'on ne se trompe point. A 
qui était-ce de commencer par vérifier d'abord la ebose? Car 
apparemment si le debentia dici s'était trouvé être latin , le 
critique se serait facilement réconcilié avec lui , et par suite 
se serait épargné la peine bien plus grande de dresser un 
acte d'accusation pour lequel il n'avait sous la main aucun 
élément de preuve. Ainsi je pourrais lui dire : puisque vous 
ne prouvez pas que l'expression n'est pas latine, elle l'est; 
et puisque vous ne prouvez pas qu'elle n'est point d'Horace, 
elle l'est pareillement. Mais elle est indigne de lui et vous 
en êtes choqué! à la bonne heure! pourvu que vous sachiez 
pourquoi ; mais comme vous ne me le dites pas, permettez- 
moi de continuer de n'en être pas choqué le moins du 
monde. 

Le participe debens considéré en lui-même est bien 
latin; il se trouve dans Virgile : 

. . . . juvenem nil jam coeleslibus ullts 
jDebentem 



Enéide , XI , 52. Dans Sénèque : Pertinax sit memoria 
debentium, de Beneff. T, 4. Dans Horace lui-même : 

diesque, 

Lenta (ou long a) videtur opus debentibus. . . . 

Épitres 1,1,21, et ailleurs. Et qu'on ne dise pas qu'il a 
ici une signification et une construction différentes; ce 
serait perdre de vue que debeo est un de ces verbes qu'on 
appelle formels ou auxiliaires, n'exprimant aucune notion 
(d'action ou d'existence) par eux-mêmes, mais simplement 
le rapport ou le mode des notions exprimées par d'autres 



( 258 ) 

verbes, et suppléant ainsi à l'insuffisance des formes gram- 
maticales. Je dois, je veux, je peux, j'ose , je vais , et plu- 
sieurs autres verbes, surtout dans les langues germani- 
ques, ne disent rien de positif, à moins qu'on n'ajoute ce 
qu'on doit, veut, peut, etc. , par exemple, écrire. Or, il est 
évident qu'ils ne constituent alors qu'un temps ou un mode 
spécial de l'action du verbe qu'ils accompagnent, repré- 
sentée comme simplement possible, ou comme future, ou 
comme moralement ou physiquement nécessaire. Il s'en- 
suit, lorsqu'ils sont seuls, qu'il faut toujours suppléer un 
autre verbe que, par opposition, j'appellerai réel. Ainsi 
dans les trois exemples cités, on aura à suppléer respective- 
ment solvere, reddere (gratiam), exsequi ou tels autres. 

La forme passive n'a pas plus de difficulté, et Horace en 
fournit, du reste, un autre exemple avec un verbe de la 
même espèce et dans des conditions absolument sembla- 
bles. Od. 11,2,5: 

Illum (Proculeium) aget penna metuente solvi, 
Farina superstes. 

Penna metuens solvi et res debens dici (debentia dici) est 
bien la même manière de parler, la même construction et 
la même circonlocution. La forme synthétique de l'un est 
insolubilis , celle de l'autre dicenda, et l'on connaît le rap- 
port qui existe entre les adjectifs en bilis et les participes 
passifs, particulièrement ceux en dus. Metuo est un verbe 
formel comme debeo, et il équivaut ici à nolo. Le contraire 
de penna metuente solvi serait cupiente, volente ou debente 
solvi, c'est-à-dire solvenda, comme nous avions tantôt di- 
cenda. S'il y a une différence entre les deux passages, elle 
consiste uniquement dans le plus de hardiesse du metuente 
solvi, qui est une véritable métalepse; mais en même 



( 259 ) 

temps l'emploi qu'Horace a osé faire de cette forme ana- 
lytique dans une ode du ton le plus élevé, doit nous 
empêcher de voir quelque chose de lâche ou de plat dans 
l'expression correspondante de l'Art poétique. Ainsi Ho- 
race la défend suihsamment lui-même, sans qu'il soit be- 
soin de recourir à des preuves tirées d'ailleurs, et l'auteur 
de la note, qui est si familiarisé avec ce poêle, aurait dû 
se rappeler l'exemple que j'ai cité et quelques autres, qui 
sembleraient prouver que cet écrivain si judicieux em- 
ployait assez volontiers certaines locutions avec le par- 
ticipe présent que notre délicatesse moderne, un peu 
pédante peut-être, serait quelquefois tentée de considérer 
comme plats ou comme des gallicismes. Mais ne lisons- 
nous pas aussi dans Ovide (de Ponto, IV, 5, 55) : 

Omnia sunt hominum tenui pendentia filo ; 

et dans Cicéron (De Divin. I. 25.) Est apud Plalonem So- 
crates, cum esset in custodia, dicens Critoni suo famiïiari? 
Il y aurait maintenant encore à examiner si debentia 
dici et le dicenda, qu'on voudrait y substituer, sont bien la 
même chose, et si l'un peut ici remplacer l'autre, sans que 
la pensée, que le poëte a voulu attacher au premier, soit 
notablement modifiée. Je ne le crois pas, mais cette dis- 
cussion m'entraînerait trop loin, non-seulement parce qu'il 
y aurait d'abord à vider les querelles soulevées parmi les 
critiques et les philologues au sujet du sens, de la valeur 
des mots et de la ponctuation de l'endroit d'Horace qui nous 
occupe, mais qu'il faudrait, en outre, déterminer d'une 
manière rigoureuse la signification du participe en dits, 
qui n'est pas un moindre sujet de dispute pour les gram- 
mairiens. Vous jugerez avec moi, Messieurs, que de pa- 



( 260 ) 

reilles questions ne peuvent pas se traiter d'une manière 
incidente. 

Je crois avoir démontré que l'auteur de la notice sur la- 
quelle vous m'avez chargé de vous présenter un rapport à 
condamné trop légèrement l'expression d'Horace et qu'il 
s'est fait illusion sur la valeur de sa prétendue correction. 
Sa conjecture est de tout point inadmissible. S'ensuit-il 
que vous ne devez pas davantage admettre sa notice dans 
votre Bulletin? Aucunement, Messieurs; et je ne crains 
pas que vous regardiez comme une contradiction la propo- 
sition que j'ai l'honneur de vous faire d'en ordonner l'im- 
pression. C'est chose reconnue, dans ces sortes d'études, 
qu'on a la permission de se tromper. Que signifierait sans 
cela le nom de critique conjecturale? Et puis n'exisle-t-il 
pas des centaines de volumes in~8°, in-4°, in-f°, remplis de 
conjecturae, lentamina critica,pericula crilica, suspiciones 
crilicae , etc., dont une grande partie n'ont pas plus de 
fond que les observations qui vous ont été communiquées. 
Les excursions critiques ressemblent aux voyages de dé- 
couverte. Ce sont des entreprises dont le mérite ne dépend 
pas uniquement de la réussite ni des résultats obtenus. 11 
suffit qu'on ait déployé un peu de courage et d'habileté 
pour être applaudi au retour, lors même qu'on est ramené 
sur un vaisseau étranger. La note de M. de Chênedollé, 
porte le cachet de l'esprit et de l'érudition de l'auteur ; 
mais en l'accueillant favorablement vous encouragerez 
surtout, ainsi que je l'ai déjà dit, un bon exemple. » 



Conformément aux conclusions de ce rapport, la notice 
de M. de Chênedollé sera imprimée dans le Bulletin de la 
séance. 



( m ) 

— La classe, après avoir entendu ses commissaires, 
MM. Rorgnet et Grandgagnage, a ordonné encore l'impres- 
sion d'un mémoire dé M. Roulez : Sur le contingent fourni 
par les peuples de la Belgique aux armées de l'empire romain. 



CONCOURS DE 1854 



La classe met, dès à présent, au concours de 1854, les 
trois questions suivantes : 

1° Faire sommairement l'histoire des doctrines qui ont 
influé sur l'état social , principalement en Belgique, depuis le 
commencement du XVF siècle jusqu'à nos jours. 

2° Faire l'histoire des diverses chambres de rhétorique de 
la Belgique, en fixant, autant que possible, leur origine, 
en exposant leurs constitutions particulières , les ouvrages 
quelles ont produits, les hommes célèbres qui y ont été affi- 
liés et l'influence qu'elles ont exercée. 

3° Faire l'histoire des anciens États d'une des provinces 
suivantes: Brabant, Flandre, Hainaut, Limbourg, Luxem- 
bourg ou Namur. 

Le prix de chacune de ces questions sera une médaille 
d'or de la valeur de 000 francs. Les mémoires doivent être 
écrits lisiblement en latin, français ou flamand, et seront 
adressés, francs de port, avant le 1 er février 1854, à M. Quc- 
telct, secrétaire perpétuel. 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les 
citations; à cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer 

TOîtfE XIX. — II* PART. 18 



( 262 ) 

les éditions et les pages des livres qu'ils citeront. On n'ad- 
mettra que des planches manuscrites. 

Les auteurs ne mettront point leurs noms à leur ou- 
vrage, mais seulement une devise, qu'ils répéteront sur un 
billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse. Ceux 
qui se feront connaître, de quelque manière que ce soit, 
ainsi que ceux dont les mémoires auront été remis après 
le terme prescrit, seront absolument exclus du concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que 
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils 
sont déposés dans ses archives , comme étant devenus sa 
propriété , sauf aux intéressés à en faire tirer des copies à 
leurs frais, s'ils le trouvent convenable, en s'adressant à 
cet effet au secrétaire perpétuel. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Voyage de Ferdinand, cardinal-infant , depuis Madrid jus- 
qu'à Bruxelles; par M. le chevalier Marchai, membre 
de l'Académie (1). 

S'il était permis d'écrire dans le style de bel esprit du 
temps de Louis XIII, période contemporaine du cardinal- 
infant, je dirais que la Muse de l'histoire est quelquefois 
oublieuse, car elle n'a pas donné, au temple de Mémoire, 
une place distinguée à ce jeune héros, descendant de 
Charles-Quint, mort à 52 ans, et qui a rendu d'immenses 



(1) Cette notice était destinée par l'auteur à être lue dans la séance pu- 
blique du 7 mai 1852. 



(263 ) 

services à sa famille, c'est-à-dire aux deux branches de la 
maison d'Autriche. Pour mieux les faire apprécier, je vais 
préalablement rappeler sa généalogie. 

Philippe III, roi d'Espagne et des Indes, des Deux- 
Siciles, de Portugal, prince souverain des Pays-Bas, duc 
de Milan , mourut le 51 mars 1621. Il laissait trois fils de 
Marguerite d'Autriche, sœur de l'empereur Ferdinand II. 
L'aîné lui succéda sous le nom de Philippe IV; il était né 
le 8 avril 1605; Charles, son deuxième fils, était né le 
14 septembre 1607; Ferdinand, son troisième fils, était 
né le 17 mai 1609 : c'est le cardinal-infant. Philippe III 
laissait aussi deux infantes : la première, qui était l'aînée de 
toute la famille, naquit en 1601. Elle est connue sous le 
nom d'Anne d'Autriche, depuis son mariage avec Louis XIII, 
roi de France. La seconde, née en 1610, appelée Marie- 
Anne, épousa, en 1631, Ferdinand, roi de Hongrie et de 
Bohême, fils de l'empereur Ferdinand II. Il ne faut point 
perdre de vue, dans le récit qui va suivre, que ce Ferdi- 
nand était beau-frère de Ferdinand cardinal-infant. 

Ce prince, dont je vais décrire le voyage, fut institué, 
peu de temps après sa naissance, prieur d'Ocrato, en Por- 
tugal et abbé d'Alcobaça. En 1618, il était âgé de 9 ans, 
lorsque le siège archiépiscopal de Tolède fut vacant. Le 
pape Paul V le lui conféra, par une bulle du 1 er mars 1619, 
avec le titre d'administrateur perpétuel et avec la clause 
qu'aussitôt qu'il aurait l'âge requis par le concile de Trente, 
il entrerait dans les ordres sacrés. Il ne pouvait avoir cet 
âge qu'en 1634. 

Le pape Paul V, par une seconde faveur, le créa car- 
dinal-diacre le 26 juillet 1619. De là lui vient le surnom 
de cardinal-infant. 

Il eut pour précepteur Don Luis de Salamanca, chanoine 



( 264 ) 

de Tolède, qui lui enseigna les études latines. Son élève 
lit de grands progrès, apprenant , pour les imiter, l'histoire 
classique des grands hommes de l'antiquité. Les historiens 
modernes l'ont également l'éloge de Charles, son frère, qui 
mourut avant d'avoir pu faire usage de ses talents. Le moins 
capable des trois frères était le roi Philippe IV, qui régna à 
l'âge de 16 ans. 

L'infante Isabelle, leur tante, gouvernante générale des 
Pays-Bas, après en avoir été jusqu'en 1621 princesse-sou- 
veraine, avait demandé, en 1650, au roi Philippe IV, son 
neveu, de lui envoyer un de ses deux frères pour l'aider au 
gouvernement et pour avoir, après elle, sa survivance. Le 
conseil d'État désigna, au mois de juin 1651, don Ferdi- 
nand cardinal-infant, probablement à cause de ses goûts 
militaires qu'il pouvait utiliser aux Pays-Bas. 

Ce jeune prince, au lieu de se rendre directement a 
Bruxelles, voulut s'instruire par des voyages. Il partit de 
Madrid le 12 avril 1652. Le roi et Charles, son autre frère, 
l'accompagnèrent jusqu'à Barcelone, en traversant le 
royaume de Valence. Ils y arrivèrent le 5 mai. Le roi fil 
assembler les étals de Catalogne; il leur déclara, étant 
sur son trône, que Ferdinand, son frère, allait exercer, 
pendant six mois, les fonctions de gouverneur et capitaine 
général de la Catalogne et du Roussillon. Le 19 mai, le roi 
et Charles s'en retournèrent à Madrid. 

Le cardinal-infant termina avec succès plusieurs affaires 
importantes. 

Au mois d'août, il fut informé que le prince d'Orange 
venait de prendre la ville de Maestricht. Il ordonna de réu- 
nir à Barcelone une armée, qu'il lit recruter en Fspagne 
et dans les Dcux-Siciles. Ayant appris que les états-géné- 
raux de Bruxelles étaient en négociations avec les états- 



( 265 ) 

généraux de La Haye, il retarda son départ pour les Pays- 
Bas, parce qu'il voulait réaliser d'importants projets en 
Allemagne. En effet, le roi de Hongrie, commandant en 
chef les armées de l'Empire et qui était son beau-frère de- 
puis 1051 , avait à soutenir une guerre malheureuse contre 
les Suédois: il résolut d'aller le secourir, lorsque, par son 
instruction militaire, il en serait capable. Le 12 avril 1655, 
jour anniversaire de son départ de Madrid, il s'embarqua 
avec son armée sur une flotte qui le transporta à Ville- 
franche , près de Nice. Il y aborde le 1 pr mai. Il a une entre- 
vue avec Viclor-Amédée I er , duc de Savoie, son cousin ger- 
main , dont les États avaient été envahis, en 1650, par une 
armée française, commandée par Louis XIII en personne, 
à l'instigation du cardinal de Richelieu , afin d'assurer à la 
maison de Gonzague, vassale du roi de France pour le duché 
de Nevers, la succession du duché de Mantoue. La paix s'était 
faite à Querasque, en 1652, mais on craignait que le car- 
dinal de Richelieu ne fît recommencer les hostilités; le car- 
dinal-infant assura au duc de Savoie l'alliance de l'Espagne. 

Le 5 mai, la flotte remit à la voile. Le 11 , elle aborda 
dans la rivière de Gênes. L'infant entra solennellement 
dans la ville de Gênes. Le sénat l'accompagna jusqu'à la 
frontière du Milanais. Le 24 mai, il arrive à Milan; il y 
séjourna en qualité de gouverneur général jusqu'au 50 juin 
de l'année suivante, se préparant à son expédition d'Alle- 
magne. Pendant son séjour, il reçut les hommages des 
princes de toute l'Italie. 11 y fut l'arbitre de plusieurs dif- 
férends, ainsi que des sept cantons catholiques de la Suisse. 

Le 50 juin 1654, il se transporta de Milan dans la Valte- 
line. Cette vallée des Alpes, de 16 lieues d'étendue, que 
l'Adda traverse avant d'entrer dans le lac de Corne, était, de- 
puis 1620, sous la domination espagnole pour protéger les 



( Zfâ ) 

catholiques, qui les avaient appelés à leur secours, contre 
les protestants de la ligue des Grisons dont ils dépendaient. 

La possession de la Valteline était importante à conser- 
ver, parce que, si elle est séparée du Milanais au sud par 
les États vénitiens, elle y confine à l'occident. Elle touche 
au Tyrol, à l'orient. C'était donc la ligne de jonction des 
États espagnols et allemands de la maison d'Autriche. 

Au mois de juillet 4654, il reçut, dans la Valteline, 
Ferdinand, son beau-frère, fils de l'empereur Ferdinand II, 
et qui commandait les armées impériales. Les deux beaux- 
frères se concertèrent sur les moyens d'arrêter la marche 
victorieuse des Suédois , chefs de la ligue protestante du 
nord de l'Allemagne. Quelques détails rétrospectifs sont 
nécessaires. 

Lorsqu'en 1617, l'empereur Mathias avait fait élire roi 
de Bohême l'archiduc Ferdinand , son neveu, qui fut après 
lui, en 1619, l'empereur Ferdinand II, les luthériens 
avaient voulu que l'on donnât la préférence à Frédéric V, 
électeur-palatin de leur communion. On prit les armes de 
part et d'autre; telle fut, en 1618, l'origine de la guerre, 
dite de 50 ans. Pendant 15 années, l'empereur Ferdi- 
nand II avait remporté de grands succès. Il avait cédé, 
en 1625, la couronne de Bohême, et, en 1627, la cou- 
ronne de Hongrie à Ferdinand, son fils, qui, en 1651, fut 
le beau-frère du cardinal-infant, se réservant l'archiduché 
d'Autriche et le titre d'Empereur. 

En 1650, la ligue protestante reprit une nouvelle vi- 
gueur par les négociations et les subsides d'un prince de 
l'Église romaine, du vainqueur de La Bochelle, le car- 
dinal de Richelieu. D'autres détails sont inutiles. Je rap- 
pellerai seulement que Gustave-Adolphe, roi de Suède, 
salarié par le cardinal de Richelieu, fut tué a Lutzen, le 



( 267 ) 

16 novembre 1652 , en remportant la victoire, et que le 
duc Bernard de Saxe-Weimar prit le commandement de 
l'armée suédoise et de la ligue protestante après lui. 

A cause des revers que l'armée impériale avait éprouvés , 
les deux beaux-frères concertèrent leur plan de campagne 
contre les Suédois , qui étaient au nord du Danube et qui 
se préparaient à passer le fleuve à Ratisbonne. Les troupes 
espagnoles, rassemblées dans le Milanais, traversèrent les 
Alpes du Tyrol et se réunirent aux troupes impériales, 
augmentées d'un contingent bavarois et d'une petite ar- 
mée commandée par Charles IV, duc de Lorraine, expulsé 
de ses États, au mois de septembre 1633, par une armée 
française, que le roi Louis XIÏÏ et le cardinal de Richelieu 
commandaient en personne. Tl y eut aussi un renfort de la 
Franche-Comté de Bourgogne, dépendant alors de la mo- 
narchie espagnole. 

Le 25 août 1654, le cardinal-infant entra solennelle- 
ment dans Munich. Il avait à sa gauche le duc de Lorraine, 
et, près de lui, le célèbre Piccolomini, lieutenant général 
du roi de Hongrie, et Jean de Weert, qui, peu d'années 
plus tard, lit une si grande peur aux Parisiens. 

Le roi de Hongrie avait le titre de commandant en chef 
de l'armée impériale, dite catholique, mais, en réalité, 
c'était le cardinal-infant qui la commandait. Une revue 
générale fut passée. Le roi de Hongrie admira la belle 
tenue de l'armée espagnole. Le jeune prince, qui l'avait 
organisée, connaissait, à l'imitation de César, disent les 
relations, tous ceux qui la composaient. 

Comme l'armée suédoise du duc de Saxe-Weimar s'était 
rapprochée de Ratisbonne, pour y passer le Danube, l'armée 
impériale traversa le fleuve en amont à Donauwœrlh, le 
50 août, pour envahir le duché de Wurtemberg, dont les 



( 268 ) 
Suédois tiraient leurs approvisionnements. L'armée im 
périale arrive à 5 lieues, au nord-ouest, devant Noerd- 
lingen, ville libre et luthérienne. Le magistrat ayant re- 
fusé de la recevoir dans la place, le siège en fut commencé 
le 3 septembre. L'artillerie impériale battit en brèche les 
remparts sur trois points. Le 5 septembre, à 11 heures du 
matin, les éclaireurs croates viennent annoncer au camp 
impérial que l'armée suédoise, ayant quitté sa direction 
sur Ratisbonne, qui est en aval , avait fait un détour pour 
arriver en toute hâte, en amont du Danube, par le chemin 
d'Ulm. Son projet était évidemment d'intercepter à l'armée 
impériale la communication avec ce fleuve. Une grande 
bataille devenait inévitable. Je vais en résumer le récit, 
surtout d'après deux livres contemporains et authentiques, 
mais qui sont peu connus des historiens. 

Le premier a pour titre : Voyage du prince don Ferdi- 
nand, infant d'Espagne, depuis le l°2 avril 1652 jusqu'au 
A novembre 1654, par Don Diego de Aedo i Gallart, con- 
seiller et secrétaire de Sa Majesté, de la chambre de Son 
Altesse; traduit de l'espagnol, par Jules Chifflet. An- 
vers, 1635. 

Le second est : Primacia de la santa iglesia de Toledo, 
par Don Diego de Castejon i Fonseca. Madrid, 1645. Cet 
ouvrage, dans lequel on ne devrait guère s'attendre à trou- 
ver autre chose qu'une histoire ecclésiastique, est terminé 
par des détails politiques et militaires sur le cardinal-infant, 
administrateur perpétuel de cet archevêché. L'auteur l'a 
dédié au roi, frère de ce jeune héros, qui était mort en 1641 . 

J'ai consulté, pour la partie topographique, Y Allas des 
plus mémorables batailles, par M. De Kausler, major à 
l'état-major général wurtembergeois. Carlsruhe, 1851. Ce 
magnifique recueil de grandes caries in-plano, est au 






( 269 ) 

nombre des ouvrages que M. Alvin, conservateur de la 
Bibliothèque royale, avait acquis à la vente qui vient d'être 
faite de la bibliothèque du roi Louis-Philippe. Cet atlas 
était à Neuilly. 

Je commence, en résumant, d'après Jules Chiftlet, l'ef- 
fectif des troupes des deux armées qui ont combattu : 

Armée impériale dite catholique. 

Chevaux. Piétons. 

Troupes impériales du roi de Hongrie 7,000 5,000 

» espagnoles du cardinal-infant 5,000 12,000 

» du duc de Lorraine 5,000 5,000 

Non compris les Croates et l'armée qui assiégeait 

Noerdlingen. Totaux. . . . 15,000 20,000 



Armée protestante dite suédoise. 

Troupes du duc de Saxe-Weimar, commandant en 

chef 4,500 5,000 

Troupes du maréchal Gustave Horn 4,000 2,500 

» de Cratz , autre général suédois .... 800 5,000 

» wurtembergeoises » 6,000 

Totaux. . . . 9,500 16,500 



Voici la topographie du champ de bataille, d'après la 
carte de M. De Kausler : 

Au nord de la carte, la ville de Noerdlingen est figurée 
par un petit cercle. Deux routes viennent y aboutir : la pre- 
mière, à l'est, un peu sud-est, est le chemin de Donau- 
vvœrth : on voit les parallèles du siège par les Impériaux. La 
seconde, qui commence à l'ouest au bas de la carte, est le 
chemin d'UIm. Il descend de la montagne de l'Arnzberg; 
il fait le coude sous l'Arnzberg, pour se diriger du sud au 
nord et aboutir ainsi à la place, après être passé sous deux 
collines qui le dominent, le Tangenberg et le Làndle. Il y 
a ensuite une plaine jusqu'à Noerdlingen. 



( 270 ) 

Supposons, depuis le corps de la place, le tracé d'une 
perpendiculaire du nord au sud, qui traverse le Làndle et 
vient aboutir à % de lieue dans une prairie qui s'allonge, à 
peu près en ligne droite, de l'occident à l'orient. Elle com- 
mence sous le versant de l'Arnzberg. Il y circule un ruis- 
seau alors appelé Goldbach, actuellement Regenbach. Cette 
prairie, longue d'une lieue, est bornée, sur sa droite et sur 
sa gauche, par des collines d'une pente très-douce. Celles 
qui sont à la gauche, entre le Goldbach et la ville, dominent 
les collines ou mamelons de la droite. Ce sont leTangen- 
berg, déjà nommé, ayant par derrière le Làndle; il y a 
ensuite en aval du Tangenberg l'Haefelberg et l'AIlbuch; 
mais l'AIlbuch s'avance en perspective vers le sud, comme 
si elle fermait la prairie ou vallée, en face de l'Arnzberg. 
Cet avancement a forcé le Goldbach de se détourner un 
peu, vers le sud, au pied de l'AIlbuch. Je compare cette 
position à la délicieuse et trompeuse vallée des Fourches 
Caudines, dont il y a une gravure au Voyage pittoresque 
du royaume de Naples, par Saint-Non, et qui séduisirent 
la vieille expérience des consuls romains. C'est dans ce 
piège et, si je puis le dire trivialement, dans cette souri- 
cière invisible, que le duc de Saxe-Weimar perdit son 
armée. J'achève cette topographie par l'observation indis- 
pensable, que le côté septentrional de l'AIlbuch, attenant 
à l'Haefelberg vers la ville, est couvert d'un petit bois qui 
épaule le plateau de l'AIlbuch, mais dont les coteaux, qui 
dominent la prairie et toute la perspective, n'ont point de 
bois. Il n'y a de même aucun arbre dans la prairie. 

Expliquons les mouvements des deux armées. Le 5 sep- 
tembre 1654, à A heures après midi, l'armée du duc de 
Saxe-Weimar, venant par le chemin d'Ulm, descend 
l'Arnzberg; elle suit le coude de ce chemin sous le Tan- 



( 271 ) 

genberg et le Lândle, espérant arriver jusqu'à la ville de 
Noerdlingen, mais elle en est empêchée par une batterie 
que le cardinal-infant avait fait établir sur le Làndle. Alors, 
le duc de Saxe-Weimar, se tournant vers l'orient, suit le 
cours du Goldbach dans la prairie, pour pénétrer dans le 
petit bois qui épaule l'Allbuch, et prendre à dos l'armée 
impériale, qui assiégeait la place et dont on entendait la 
canonnade. L'infant avait encore prévu ce mouvement. Il 
avait établi une batterie sur l'Haefelberg, elle n'a point 
servi, le petit bois étant à l'avancée; l'infant avait posé 200 
mousquetaires qui en défendaient l'entrée. Lorsque les Sué- 
dois s'en approchèrent, il envoya un renfort de 200 autres 
mousquetaires, soutenus par de l'artillerie. A cette époque, 
on ne faisait pas encore usage du fusil. La cavalerie espa- 
gnole, postée dans la prairie, soutint le choc de la cava- 
lerie suédoise jusqu'à ce que la nuit fût totalement close, 
à 7 heures du soir. Pendant l'obscurité, le duc de Saxe- 
Weimar persista dans l'attaque du petit bois. Il en fut le 
maître à deux heures du matin, parce que les renforts du 
roi de Hongrie étaient arrivés trop tard ; il était parvenu 
jusque sur le plateau découvert de l'Allbuch, mais sans 
sortir du bois à cause de l'obscurité. 

Pendant les 7 heures de nuit que dura celte mousque- 
terie, le cardinal-infant avait fait construire sur le plateau, 
par le père Gamaffa , jésuite et habile ingénieur, qui l'avait 
suivi depuis Madrid, un retranchement de deux bastions; 
devant la courtine qui les unissait, il avait détaché une 
demi-lune. Ce retranchement faisait également face au petit 
bois et à toute la prairie. Vers la fin de la nuit, les chefs 
de l'armée impériale tinrent conseil devant le carrosse 
du roi de Hongrie. L'infant leur expliqua, disent les rela- 
tions, que le gain de la bataille dépendait de l'artillerie des 



( 272 ) 
retranchements embaslionnés. Le fi septembre, au point 
du jour, les deux armées recommencèrent à se battre. La 
canonnade du siège continua, pour empêcher les assiégés 
de faire une sortie. L'infant donna l'ordre formel à don 
Martin ldiaques et à don Gaspard deToralto, d'empêcher 
de toute leur force les Suédois de sortir du bois et de s'ap- 
procher des retranchements, ce qui fut si bien exécuté que 
les Suédois non-seulement durent rentrer à l'intérieur du 
bois, mais l'évacuer, parce que leur présence était néces- 
saire dans la prairie pour secourir leur armée, comme on 
va l'expliquer. 

Le duc de Saxe-Weimar y avait dirigé toutes ses forces 
contre les retranchements de l'Allbuch. Il commandait 
l'aile droite de son armée, ayant à sa gauche le ruisseau, 
qui le séparait du maréchal Horn, placé au centre, et de 
Cratz, placé à l'aile gauche. Cette séparation par le ruis- 
seau, dans sa ligne de bataille, était une faute, comme le 
fait observer M. De Kausler. Un tonneau de poudre sauta 
sur les derrières de son armée. Cette explosion isolée lit 
peu de mai, mais il en résulta un moment de désordre dans 
les rangs des Suédois : le lieutenant général impérial Pic- 
colomini et Jean de Weert en profilèrent pour charger l'ar- 
mée suédoise. Le duc de Lorraine se battit comme un lion , 
telle est l'expression de Jules Chifïïet; l'infant, toujours à 
cheval, observant et dirigeant avec calme toutes les ma- 
nœuvres, envoyait ses réserves aussitôt qu'un corps de 
l'armée impériale faiblissait. Un de ses officiers généraux 
fut tué d'un coup de canon , à côté de lui ; le duc de No- 
chera, aussi à côté de lui, voulait aller combattre; il le 
retint, en lui disant affectueusement qu'il avait besoin des 
conseils de sa vieille expérience. 

Le duc de Saxe-Weimar, malgré l'obstacle du ruisseau, 



( *?8 ') 

persistait dans l'attaque de l'Allbuch, dont les retranche- 
ments embastionnés et la demi-lune étaient un volcan , un 
mont Etna qui lançait le feu de l'artillerie tout autour de 
la colline. La relation espagnole dit : Parecia la câlina 
un Mongibclo que exalava por todos partes fuegos. 

Les deux meilleurs régiments suédois, que Gustave- 
Adolphe lui-même avait formés, furent écrasés parmi les 
12,000 homms tués de l'armée protestante. Le maréchal 
ÏJorn et 4,000 hommes furent prisonniers. Cratz désespéré 
se relira du champ de bataille. Le duc de Lorraine arracha 
l'étendard du duc deSaxe-Weimar. Ce général en chef des 
Suédois ne dut sa liberté qu'à la vitesse de son cheval. 
A midi, les Impériaux étaient maîtres du champ de ba- 
taille. Ils prirent tous les drapeaux et les étendards ainsi 
que toute l'artillerie des Suédois. Il me semble voir, dans 
la mémorable bataille de Noerdlingen, une image de la 
destruction de la garde impériale de Napoléon et de la dis- 
persion de son armée au Mont-S^Jean de Waterloo. 

Le duc de Saxe-Weimar, tant de fois vainqueur, vaincu 
alors pour la première fois, arrive sous les murs d'Ulm 
avec six ou sept compagnons de son infortune. On lui 
refuse l'entrée de la place. Ce n'était pas ainsi, mais par 
des manifestations de condoléance, qu'après la bataille de 
Cannes, le sénat romain reçut à l'entrée de la ville éter- 
nelle celui des deux consuls qui avait survécu. 

Le Rhingrave, qui arrivait avec des troupes de la ligue 
protestante et que le duc de Saxe-Weimar n'avait pas 
voulu attendre pour commencer la bataille, quoique le 
maréchal Horn le lui eût conseillé, rebroussa chemin ; 
son armée se dissipa. 

Après la victoire, l'infant alla embrasser don Martin 
ldiaques et don Gaspar de Toralto, qui avaient empêché 



( 274 ) 

les Suédois de sortir du petit bois. Il combla d'éloges tous 
les chefs et tous les soldats; l'armée impériale n'avait 
perdu que 4,200 hommes. Il ordonna que la maison qui 
était sou logement fût l'ambulance des blessés. 11 se logea 
dans une chaumière. 

Le lendemain, la ville de Noerdlingen se rendit. Le roi 
de Hongrie , fils de l'Empereur, en confirma les privilèges. 
C'est ainsi que le passé fut oublié. Le 9 septembre, l'armée 
impériale, à l'instar des triomphes des anciens Romains, 
entra dans Noerdlingen. C'est bien réellement au cardinal- 
infant qu'il faut attribuer le gain de la bataille; les cris de : 
Vive l'Espagne! qui retentissaient dans l'armée allemande, 
en sont la preuve. L'inscription placée sur le champ de 
bataille le prouve également. On y lisait : Cardinalis Ferdi- 
nandus Austriacus, regum Hispaniarum filius, frôler, nepos, 
Caroli V Caesaris pronepos, et rex Hungariae Ferdinandus, 
Ferdinandi Caesaris filius, fratres patrueles, pro re Romana 
et nomine Austriae duces, caeso prope ad internecionem 
exercitu, profligaverunt , etc. Le nom de l'infant y précède 
celui du roi de Hongrie. 

Le 10 septembre, l'armée impériale prend possession 
de la ville d'Ulm. L'armée allemande se sépare de l'armée 
espagnole pour marcher vers le nord et dissiper le reste de 
la ligue protestante. L'armée espagnole se dirige au nord- 
ouest, dans le duché de Wurtemberg. 

Le duc de Saxe-Weimar se réfugia à Francfort-sur-le- 
Mein, et de là à Strasbourg, alors ville impériale. Plus tard, 
il vint à Paris, auprès du cardinal de Richelieu , qui avait 
fait répandre le sang de tant de braves gens dans l'Alle- 
magne entière et qui avait mis en jeu le sort de la religion 
catholique et romaine, pour abaisser la maison d'Autriche, 
ou, en d'autres termes, la famille de la femme de son roi, 



( 275) 

et qui se préparait, comme il le lit en 1057, à couvrir de 
sang les plaines de la Belgique. Le cardinal de Richelieu 
trompa le duc de Saxe-Weimar, en lui promettant la sou- 
veraineté du landgraviat d'Alsace et en faisant recom- 
mencer peu à peu une guerre qui ne se termina qu'en 
1048 par la paix de Munster. 

Le dernier soupir de cette première ligue suédoise expira 
près d'Asschaffen bourg. Le cardinal-infant y poursuivit le 
landgrave de liesse , le duc de Lunebourg et le général sué- 
dois Oxenstiern. Il avait divisé ses troupes en sept corps 
d'armée, qu'alors on appelait bataillons. Il fit débusquer, 
le 9 octobre, de Limbourg sur la Lahn , 200 Français qui 
faisaient des bravades. 

Cette campagne étant terminée, les deux beaux-frères 
se firent leurs adieux dans un champ, sous un arbre, à 
l'instar des héros de l'antiquité. L'armée espagnole passa 
le Rhin, près de Cologne. Alors don Ferdinand, cardi- 
nal-infant, commence ses fonctions de gouverneur général 
des Pays-Bas. Le marquis d'Aytona , qui l'avait remplacé 
par intérim , depuis la mort d'Isabelle , le 1 er décembre 
1655, vint au-devant de lui et lui présenta ses hommages, 
le 10 octobre 1054. Les électeurs de Mayence et de Cologne, 
l'évêque de Wurtzbourg et d'autres princes de l'Empire 
vinrent féliciter le vainqueur de Noerdlingen, qui avait 
alors précisément 25 ans et 5 mois, étant né le 17 mai 1609. 

Son armée, dont l'effectif s'était accru jusqu'à 10,000 
hommes d'infanterie et 5,500 de cavalerie, entra dans 
Juliers. Ce jeune prince y était attendu par cinq cents gen- 
tilshommes des Pays-Bas. Les relations de son voyage 
donnent la liste des personnes de cette haute noblesse. 

Le 27 octobre, départ solennel de Juliers, l'armée s'était 
encore augmentée de 1,000 hommes de cavalarie du duc 



( 276 ) 

deNeubonrg, d'une compagnie d'arquebusiers du marquis 
d'Aytona et de 1,000 cuirassiers du comte Du Bucquoi. 
À Heymbourg, Jean de Nassau, chevalier de la Toison d'or, 
augmenta encore cette armée par 3,000 hommes de cava- 
lerie. C'est alors que le cardinal-infant s'écria avec admi- 
ration : <r Ce n'est pas sans raison que la cavalerie fla- 
» mande est estimée la meilleure du monde! » 

Le 28 octobre, passage de la Meuse sur un pont de 
bateaux , à Stevensweerl , en aval de Maestricht. Le 50 , 
arrivée àDiest et à Montaigu. La reine Marie de Médicis, 
veuve de Henri IV, réfugiée au palais de Bruxelles, par la 
généreuse hospitalité de l'infante Isabelle, envoya le duc 
d'Elbeuf, son ambassadeur, pour complimenter le cardinal- 
infant. Le 1 er novembre, entrée solennelle dans la ville de 
Louvain. Le 5, le prince alla loger à ïervueren. Le samedi 
1 novembre 4654, le chemin de Bruxelles à Tervueren 
était couvert de cavaliers et de carrosses. A 5 Va heures de 
l'après-midi, le cortège de Son Altesse, dont la personne 
était accompagnée de 1,500 gentilshommes, arrive à une 
demi-lieue de Bruxelles, sur la roule de la porte de Lou- 
vain. Son Altesse descend de carrosse et monte à cheval. 
Son costume était de drap d'or; son épée avait appartenu 
à Charles-Quint, son bisaïeul. 8,000 bourgeois sous les 
armes, aux deux côtés de la route, le reçoivent par deux 
salves de mousqueterie. La magistrature de Bruxelles le 
reçut à la porte de Louvain. C'est alors qu'en le félicitant 
de son arrivée, on lui dit que seul il pouvait adoucir le cha- 
grin de la mort de leur sainte princesse, l'infante Isabelle. 

Les maisons sur son passage étaient décorées de ten- 
tures et illuminées de flambeaux. 500 hommes portaient 
des falots pour accompagner le cortège; la nuit était 
venue. La foule était immense. 



( 277 ) 

A l'entrée de l'église de S te -Gudule, l'archevêque de 
Malines, à la tête du clergé, présente la croix à Son Altesse, 
qui se mit à genoux sur un coussin pour l'adorer. Le Te 
IJeum fut chanté. 

Ensuite, le cortège continua sa marche par la rue d'As- 
saut, la longue rue de l'Écuyer, la Grand'Place. L'hôtel de 
ville était décoré de tentures écarlales; la tour deSMVlichel 
était illuminée en entier par des falots. Le cortège remonta 
les rues de l'Hôpital, de Ruysbroek, des Petits-Carmes, 
et entra par la rue de Namur dans les bailles ou grillages 
delà cour, esplanade du palais, actuellement remplacée 
par la moitié méridionale de la Place Royale. Enfin, Son 
Altesse entra dans le palais, qui fut, jusqu'à l'incendie de 
1751 , la résidence des princes souverains des Pays-Bas. 



Correction proposée pour le vers 45 de ÏÈpiïre aux Pisons ; 
par M. de Chênedollé. 

La lecture de la traduction à la fois fidèle, élégante et 
facile du commencement de Y Art poétique d'Horace, due a 
la plume exercée de M. Baron (1), m'a rappelé une con- 
jecture que j'ai formée, il y a déjà bien longtemps, sur le 
vers 45 de cet ouvrage de mon poêle de prédilection. Le 
moment est peut-être favorable pour la produire au grand 
jour, en la soumettant au jugement des savants philologues 
que l'Académie royale compte dans son sein, et pour sa- 



(I) Bulletins de V Académie, l. XIX, 1* partie, pp. 176-183. Janvier 
1852. 

Tome xix. — 11 e part. 19 



( 278 ) 

voir si, après mûr examen, elle pourra mériter leur ap- 
probation. Je la livre, du reste, pour ce qu'elle vaut, et je 
n'ai pas la prétention ridicule de faire adopter per [as et ne- 
fas la restitution qui s'est un jour présentée soudainement 
à mon esprit, mais qu'après de longues méditations et des 
discussions amicales avec des hommes instruits qui ont fini 
par se ranger à mon sentiment, je persiste à croire raison- 
nable et ne s'écartant pas des règles de la saine critique. 
Les manuscrits que j'ai été à portée de consulter, et 
toutes les éditions d'Horace, même celles qui offrent le 
plus grand nombre de variantes , donnent ainsi les vers 40 
et suivants de l'Ëpître aux Pisons : 

Cui lecta potenter erit res , 

Nec facundia deseret hune , nec lucidus ordo. 
Ordinis haec virtus erit , et venus , aut ego fallor , 
Utjam nunc dicatjam nunc debentia dici, 
Pleraque différât, et praesens in tempus omittat; 
Hoc amet } hoc spernat promissi carminis auctor. 

Cette unanimité des textes manuscrits et imprimés , cette 
absence complète de variante est, je ne me le dissimule 
pas, un préjugé défavorable contre la nouvelle leçon que 
je vais proposer, un argument puissant contre son ad- 
mission. 

Quoi qu'il en soit, voyons si elle est aussi téméraire 
qu'elle peut le paraître au premier coup d'œil à des esprits 
méticuleux. 

J'ai toujours été choqué, je dois le dire, du debentia 
dici, qui, si je ne me trompe, n'est pas latin, ou tout au 
moins est plat et indigne d'Horace. Plus j'y ai réfléchi, et 
plus je me suis conlirmé dans l'opinion que le texte est 
interpolé. Je pense donc qu'il faut lire : 






( 279 ) 

Ordinis haec virtus erit, et venus, aut ego fallor, 
Utjam nunc dicutjam nuric dicenda (1), diuque 
Pleraque différât, et praesens in tempus omittat; 
Hoc ametjhoc spemat promis si carminis auctor. 

Tous ces termes sont parfaitement en rapport; diu va 
bien avec promissi (étendu, de longue haleine), et il est 
mis en opposition avec nunc et praesens, qui , à la rigueur, 
n'ont pas de corrélatif dans la leçon vulgaire. Si je ne 
m'abuse sur la valeur de la correction proposée, le texte, 
débarrassé d'une expression parasite, acquiert une préci- 
sion plus grande, plus conforme au génie toujours logique 
du poëte que Gresset, dans sa Chartreuse, appelle si bien 
Y Ami du bon sens, philosophe sans verbiage. 

La traduction de M. Baron exprime heureusement la 
double nuance que je voudrais introduire dans le texte : 

De Tordre , si pourtant mon esprit prévenu 

Ne s'abuse, voici le charme et la vertu ; 

Exprimer tout d'abord ce qu'il faut d'abord dire, 

Puis, dans les traits divers qu'on doit plus tard produire, 

Adopter, rejeter avec discernement, 

Et réserver beaucoup pour un meilleur moment. 

Le debentia dici est sans doute une glose marginale ou 
interlinéaire d'un maître d'école du moyen âge, qui , pour 
faciliter à ses élèves l'intelligence du texte, traduisait à 
bonne intention les termes un peu difficiles pour des com- 
mençants par des expressions équivalentes, à la façon, je 
m'imagine , des petites notes de Jean Bond et surtout de 
Jean Minellius (2). Plus tard, cette glose se sera glissée 



(1) Cf. Horat., Epist., 1, 7, 72 : dicenda, tacenda, locutus. 

(2) Saxius, Onomasticon litterarium , t. V, p. 7, l'appelle avec raison : 
Puerilis et ineptus saepe Ubrorum veteris aevi latinorum interpres, et 



( 280 ) 

dans le texte, et en aura usurpé la place, en l'évinçant 
malencontreusement, grâce à une de ces âneries si com- 
munes aux librarii, et dont on pourrait sans peine citer 
une foule d'exemples. Il y a toujours eu, et il y aura tou- 
jours des expéditionnaires de la force de M. Belle-Main, 
disant comme lui: « Je l'ai copié, mais je ne l'ai pas lu (1). » 

Celte malheureuse interpolation ayant une fois pris 
pied dans les premières impressions d'Horace, a élé re- 
ligieusement conservée d'édition en édition. C'est ainsi 
qu'elle a fait son chemin et qu'elle est arrivée jusqu'à 
nous en passant inaperçue, comme bien d'autres, qui 
n'ont élé découvertes, dans les classiques, que depuis les 
progrès modernes de la philologie critique et vraiment 
rationnelle, dus aux travaux des Heyne, des Wyttenbach , 
des Boissonade, des Letronne, des Hermann, des Creuzer 
et de notre regrettable Bekker. 

Livrons-nous, en terminant, à une petite opération 
arithmétique, qui pourra devenir une espèce de démons- 
tration de la thèse que nous soutenons. Debentia dici ren- 
ferme douze lettres : Uicenda diuque n'en compte qu'une de 
plus , et encore on sait que que est souvent écrit q^ dans 
les codices et dans les éditions du XV e siècle faites à leur 
imitation. Dicenda a pu donc facilement se changer sous 
la plume d'un copiste en debenda, et diuq^ en dici. Ces 
permutations, si fréquentes dans les manuscrits, de quel- 
ques lettres ayant une forme à peu près identique, ces 



il ajoute : qui similem jejunitatem imitabantur , vu modub iuikellii 
priscos latinitatis auctores recognovîsse dicebantur. 

(I ) Dans Y Intérieur d'un bureau , jolie comédie-vaudeville en un acte de 
MM. Scribe, Imbert et Varnet, représentée pour la première lois le 2o te- 
rrier 1823. 



( 281 ) 

substitutions même de quelques mots, tracés avec des 
éléments graphiques semblables, n'ont rien qui surprenne 
les personnes versées dans la paléographie. Cette observa- 
tion importante, que nous prions les membres de la Com- 
pagnie de ne pas perdre de vue, tend à jusliiier jusqu'à 
certain point notre conjecture, et prévient en partie les 
objections que peut d'abord soulever la restitution sur la- 
quelle nous nous permettons d'appeler un instant l'atten- 
tion de juges bien compétents. 

L'Académie a naguère sanctionné, par l'insertion à son 
Bulletin, l'opinion ingénieuse d'un de ses membres, rela- 
tive à un passage d'un autre grand poëte de l'ancienne 
Rome (1). Nous nous estimerions heureux si les doutes 
que nous venons de hasarder étaient admis par elle non 
comme une vérité mathématique , mais au moins comme 
une conjecture reposant sur une probabilité. Nous serions 
fier si elle réservait à ces lignes sur Horace un aussi bon 
accueil que celui qu'elle a fait avec justice à la note sur 
Lucrèce. 



— A cause de l'heure avancée, la classe remet à une 
prochaine séance la lecture d'une notice de M. Schayes 
sur l'origine des Belges. 



(1) Note de M. J. H. Bormans concernant une transposition de 4 vers 
dans Pexorde du poème de Lucrèce, De la nature des choses; Bulletin , 
t. XVIII, l rr partie, pp. 162-175. Février 1851. 



( 282 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS, 



Séance du 3 juin 1852. 

M. Fétis, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alvin (1), Braemt, De Keyzer, 
G. Geefs, Navez, Roelandt, Suys, Van Hasselt, Jos. Geefs, 
Érin Corr, Snel, Fraikin, Ed. Fétis, Van Eycken, mem- 
bres; Calamatta, associé. 

MM. Stas, membre de la classe des sciences, et Nollet de 
Brauwere Van Steeland, associé de la classe des lettres, 
assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE, 



M. le Ministre de l'intérieur informe que, par arrêté du 
50 avril dernier , le Roi a accordé un nouveau subside de 
4000 francs à la Caisse centrale des artistes belges. 

Par une seconde lettre, M. le Ministre transmet expé- 
dition d'un arrêté royal du 19 avril, par lequel est ap- 
prouvée la disposition additionnelle de l'article 16 du rè- 



(1) Le nom de M. Alvin a été omis par erreur dans la liste de présence de 
la séance du 6 mai. 



( 283 ) 

glement de la Caisse centrale, selon la proposition de la 
classe des beaux-arts. Cet article porte: 

« Les pensions sont exclusivement destinées aux veuves; 
elles sont conférées par la classe des beaux-arts, sur la pro- 
position du comité ; elles ne peuvent excéder 1200 francs , 
et ne sont accordées , dans aucun cas , qu'après dix années 
de participation à la caisse. La veuve qui se marie cesse d'y 
avoir droit. » 

— La classe reçoit communication de trois nouveaux 
rapports de MM. Laureys, Carlier et Bal , lauréats du grand 
concours de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. 
Ces rapports sont renvoyés aux commissaires précédem- 
ment nommés. 



CONCOURS DE 1852. 

La classe avait mis au concours quatre questions sur 
différents sujets ; elle a reçu un mémoire en réponse à la 
question suivante : 

Quel est le point de départ et quel a été le caractère de 
l'école flamande de peinture sous le règne des ducs de Bour- 
gogne? Quelles sont les causes de sa splendeur et de sa déca- 
dence ? 

Ce mémoire, portant l'inscription pour Dieu , pour l'art 
et la patrie, est renvoyé à l'examen de MM. Al vin, Van 
Hasselt et Navez. 



( 284 



RAPPORTS. 



Notice de M. J.-S. Renier , pensionnaire d'Archis à Rome, 
sur une mosaïque de la basilique de S'- Laurent hors des 
murs. — Rapport de M. Roulez. 



« Un jeune artiste belge que le souvenir de la patrie 
n'abandonne pas au milieu des merveilles de la capitale 
du monde chrétien, M. J.-S. Renier de Verviers, pension- 
naire d'Archis, visitant la basilique de S l -Laurent hors 
des murs, porta son attention sur la mosaïque qui orne le 
pavé de la nef du milieu de la partie antérieure de cette 
église. Croyant y découvrir un monument relatif à notre 
histoire et le supposant tout à fait inédit, il en exécuta 
deux dessins, l'un à la plume et l'autre colorié. Ce sont ces 
pièces qu'il adresse à l'Académie, accompagnées d'une no- 
lice explicative. 

Au milieu de la mosaïque sont représentés deux cheva- 
liers armés de toutes pièces et montés sur des chevaux 
caparaçonnés à leurs armes; leurs lances sont surmon- 
tées de bannières armoriées. M. Renier reconnaît dans ces 
chevaliers deux comtes de Flandre, Robert de Jérusalem 
et son fils Baudouin Vil, et allègue des raisons histori- 
ques, qui lui paraissent expliquer l'existence, dans celte 
église, d'un monument consacré à leur mémoire. L'opi- 
nion de rauleur est basée sur l'hypothèse que c'est l'é- 
cusson de Flandre qui figure sur la mosaïque. Mais celte 
hypothèse ne saurait èire admise. En effet, ces armoiries 



( 285 ) 
nous montrent un champ de sable à la bande d'or accom- 
pagnée de deux lions rempants d'argent, tandis que l'é- 
cusson de Flandre a un champ d'or au lion rempant de 
sable. Non -seulement l'opinion de M. Renier n'est pas 
fondée au point de vue héraldique, elle est, en outre, en 
contradiction avec le témoignage de Panvini (1). Selon cet 
écrivain, le pavé de cette partie de la basilique de S'-Lau- 
rent fut exécuté aux frais de nobles romains; et il est 
vraisemblable que les deux chevaliers représentés sur la 
mosaïque sont les donateurs eux-mêmes. 

Quoique ce monument n'ait nullement trait à notre 
histoire, l'Académie pourrait attacher quelque intérêt à le 
publier si , comme le pense l'auteur, il était entièrement 
inédit. Mais la publication en a été faite depuis longtemps 
par Ciampini(2), dont la gravure toutefois pourrait bien 
être moins exacte que le dessin de M. Renier avec lequel 
elle olï're quelques légères différences. 

Je n'ai plus qu'une seule observation à ajouter : c'est 
relativement à la rédaction de la notice, qui laisse beau- 
coup à désirer. 

Par les considérations qui précèdent, j'ai l'honneur de 
proposer à la classe des beaux-arts de se borner à voter 
des remercîments à l'auteur pour sa communication. » 

La classe adopte les conclusions de ce rapport, aux- 
quelles ont adhéré les deux autres commissaires, MM. Navez 
et Van Plassell. 



(1) De septem urbis ecclesiis, Rom. 1570. Cf. Beschreibung der Stadt 
Rom von Platner, Bunsen, etc. III, 2, p. 321. 

tons., 1690. 



( 286 ) ' 
— Après avoir entendu l'avis de ses commissaires sur 
le mémoire supplémentaire de M. Griffith, concernant la 
construction du temple de Vesta à Tivoli, la classe décide 
qu'il n'y a pas lieu à faire un rapport sur ce travail. 



Histoire de l'art. 

M. Éd. Fétis donne lecture d'une nouvelle notice déve- 
loppant, d'après le désir de la classe, le plan qu'il voudrait 
voir suivre pour donner un aperçu de l'état des arts en 
Belgique depuis 1830. 

Quelques membres, tout en approuvant les vues de 
l'auteur, voudraient qu'on remontât un peu plus haut et 
que l'on s'attachât à suivre, dès son origine, l'impulsion 
récente imprimée aux arts en Belgique , impulsion dont la 
révolution de 1850 est venue activer le développement. 

M. Éd. Fétis déclare ne pouvoir se rallier à cette de- 
mande, et relire la proposition qu'il a déposée. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Peinture murale. 

Le secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre sui- 
vante de M. Van Eycken, relativement à un paquet ca- 
cheté déposé par cet artiste dans la séance du 8 août 1850. 

« Il y a trois ans, j'ai eu l'honneur de proposer à la 
classe des beaux- arts d'ouvrir un concours pour la pein- 



( 287 ) 

ture murale. Cette proposition avait un double but : in- 
troduire dans notre pays un genre de peinture qui depuis 
longtemps est pratiqué chez nos voisins, les Allemands 
et les Français , et élargir la carrière si restreinte de nos 
jeunes peintres d'histoire. 

» J'avais, en outre, Fespoir, et la rédaction de ma pro- 
position l'indiquait, de voir se reproduire un procédé plus 
en harmonie avec nos goûts que les procédés connus. 

» Malheureusement un seul concurrent répondit à votre 
appel : beaucoup d'autres avaient commencé ; j'appris en- 
suite que tous reculèrent devant les difficultés de l'exécu- 
tion. Un second concours eût peut-être produit un résultat 
plus heureux ; mais la classe en jugeant autrement n'a pas 
maintenu la question au programme. 

» Je résolus alors de chercher à réaliser moi-même les 
espérances que j'avais conçues. Il ne me semblait pas im- 
possible de trouver une manière plus agréable et plus facile 
que la fresque , qui demande plusieurs années de pratique 
aux artistes les plus exercés , et qui exclut toutes les cou- 
leurs végétales, comme sa sœur la peinture au Wasserglass. 
La première, vous le savez, Messieurs, a un élément des- 
tructeur dans la chaux fraîche; la seconde dans la potasse 
ou la soude qui compose en partie le Wasserglass. En 
outre, ces genres de peinture présentent toujours un ton 
cru auquel nous aurions de la peine à nous habituer, ac- 
coutumés que nous sommes au coloris magique de l'école 
flamande. De son côté, si l'encaustique n'a pas les mêmes 
inconvénients, elle conserve toujours une certaine mol- 
lesse résultant de son délayant. 

» Après de persévérantes recherches, j'ai eu le bonheur 
de voir mes essais couronnés de succès. La matière végétale 
la plus inaltérable, la gutta-percha , dont la vertu conser- 
vatrice préserve le fil conducteur de la pensée à travers les 



( 288 ) 
flots de l'Océan, m'a fourni le moyen de conserver l'expres- 
sion de la pensée sur les murs de nos monuments. 

» Peu de temps après cette découverte et d'après le con- 
seil d'un ami, j'adressai une note à l'Académie, avec prière 
de ne l'ouvrir qu'après que l'expérience m'aurait démontré 
la réalité des effets que j'attribuais a mon nouveau procédé. 
Le lendemain, je partis pour l'Allemagne, afin d'étudier les 
différents genres de peinture murale et les grands maîtres 
qui, depuis vingt ans, y couvrent les monuments de leurs 
chefs-d'œuvre. 

» Cornélius, Kaulbach, Bendeman, Deger, Scbaudolf, 
m'honorèrent de leurs conseils, et je revins enthousiasmé 
de ce que j'avais vu, la tête pleine des inspirations que 
j'avais puisées dans mes entretiens avec ces illustres ar- 
tistes. 

» Vers cette époque, mon digne émule et ami Por- 
taels visita également l'Allemagne dans le même but, avec 
la même conviction , avec les mêmes espérances. A notre 
retour, M. Rogïer, Ministre de l'intérieur, qui, il y a 
quinze ans déjà, dans un écrit remarquable, avait appelé 
l'attention des artistes et du Gouvernement sur la peinture 
monumentale, accueillit avec faveur l'occasion de mettre 
en pratique les principes qu'il avait émis naguère, et nous 
confia à chacun un travail de peinture murale. 

» La chapelle que j'ai peinte en suite de la commande 
qui m'a été faite le 20 décembre 1850, sera ouverte au 
public dans deux jours, et je viens vous prier, Messieurs, 
de vouloir bien prendre connaissance de la note que je 
vous ai adressée. Vous trouverez ci-jointe une autre note 
explicative du procédé dont il est question. » 

.< Procédé de peinture mur ah' . — Faire dissoudre au 



( 289 ) 

bain-marie dans trois parties, huile de lin purifiée, une 
partie gutta-percha. Quand la dissolution est complète, 
laissez refroidir cette préparation , qui devient gélatineuse. 
Au moment de broyer les couleurs avec cette préparation, 
rendez-la fluide au point que vous jugerez convenable en 
y ajoutant à chaud une petite partie d'huile de lin. 

» Il est à remarquer que celte composition reste fraîche 
pendant plusieurs mois, et que son contact avec le mur la 
fait sécher au bout de trois jours. 

» Avantages. — Cette préparation permet de travailler 
pendant trois jours à la même partie de peinture, et nous 
donne ainsi le moyen de la terminer complètement, avan- 
tage que n'offre aucun autre procédé. La dessiccation se 
fait, du reste, à volonté, en ajoutant de l'huile siccative. 
Ou employera sans danger, surtout à l'intérieur, toutes 
les couleurs dont on se sert pour la peinture à l'huile. 
Lorsque la peinture est sèche, on peut faire usage des 
glacis, soit en mêlant de l'essence de térébenthine à la pré- 
paration , soit en faisant dissoudre la gutta-percha dans 
l'essence de térébenthine même, ce qui se fait de la même 
manière qu'avec l'huile. 

» Préparation du fond sur le mur. — L'enduit de la pre- 
mière couche se compose de chaux hydraulique éteinte à 
lair et bien tamisée. Elle est versée ensuite dans une cuve 
que l'on remplit d'eau de pluie filtrée qui doit être fré- 
quemment renouvelée. Tous les jours on a soin d'enlever 
la croûte qui apparaît à la surface de l'eau. 

» Ce travail dure une quinzaine de jours. 

» Ensuite on mêle à la chaux du sable rude bien lavé 
et du gros gravier, ou de la cendre de houille, ou de la 
brique pilée, dans la proportion de 1 partie de chaux sur 
2 de gravier, ou de sable, etc. 



( 290 ) 

» Ce mortier doit être battu tous les jours pendant 
quinze jours. 

» Ce premier fond doit être très-rude, aiin de donner 
attache à la seconde couche formée de la même chaux, 
mais alliée cette fois à du sable lavé très-fin et à du marbre 
blanc en poudre; 

1 partie chaux. 
Proportion : ' 1 » sable. 
' 1 » marbre. 

» Ce mortier s'applique avec une truelle en bois. Le mur 
ainsi préparé devient d'une excessive dureté et absorbe 
facilement la couleur. On peut lui donner le grain que 
l'on désire, d'après la dimension du tableau. 

» Opération. — Quand le mur est bien sec, l'on y ap- 
plique une couche de cire blanche fondue dans de l'essence 
de térébenthine, que l'on fait pénétrer au moyen du réchaud. 

» Sur ce fond on peint le tableau. 

» La couleur y prend facilement; la partie grasse pénètre 
et va s'attacher au corps gras qui est en-dessous. La gutta- 
percha réunit le tout et , couvrant la surface d'un voile 
imperceptible, préserve les couleurs de tout agent exté- 
rieur nuisible. Les couleurs deviennent vives sans miroiter 
en séchant, tout en conservant leur vigueur, à peu près 
comme celle de la peinture à l'huile. » 

Après avoir fait l'ouverture du billet cacheté, la classe 
a constaté l'identité du procédé qui y était indiqué avec 
celui décrit dans la note précédente. 



( 291 



OUVRAGES PRESENTES. 



De l'emploi des auteurs profanes dans l'enseignement moyen ; 
par M. Baguet. Louvain, 1852; 1 broch. in-8°. 

Terres franches et droits régaliens en Belgique (cour d'appel 
de Bruxelles) ; par Charles Faider. Bruxelles; 2 feuilles in-4°. 

Statistique de la Belgique. Mines, minières, usines minéralur- 
giques et machines à vapeur. Années 1 845 à 1849. Compte rendu , 
publié par le Ministre des travaux publics. Bruxelles, 1852; 1 
vol. in-4°. 

Mémoire sur l'emploi de F électricité en médecine; par M. le doc- 
teur H. Valerius. Gand, 1852; 1 broch. in-8°. 

Notice sur le manuscrit Causa J.-B. Helmontii. (Magnétisme 
animal), déposé aux archives archiépiscopales de Malines; par 
C Broeckx. Anvers, 1852; 1 broch. in-8°. 

Poésies religieuses. — Les pâquerettes. — Causeries. — 
Etrennes aux enfants. — Impressions et rêveries. — Histoire 
d une petite fille racontée aux enfants. — La Reine et l'Ouvrier; 
par Louisa Stappaerts; 7 broch. 

De tesprit et du cœur; par Alb. d'Otreppe de Bouvette. 1 er 
volume. Liège, 1852; 1 vol. in- 12. 

La sœur de charité , poème; par Marcellin La Garde. 4 me édi- 
tion. Hasselt, 1852; 1 broch. in-8°. 

Fragments d'une description historique et archéologique de 
l'église Notre-Dame de Tongres; par J. Petit de Rosen. Liège, 
1852; 1 broch. in-8°. 

Coup d'œil sur l'armée. — De la garde civique; par A. Colson. 
Gand; 2 broch. in-8°. 

Réalisation sur une large échelle du système des échanges in- 
ternationaux; par l'agence de M. Al. Vattemare. Bruxelles, 1852; 
1 broch. in-8°. 



( 292 ) 

Le Moniteur des travaux d'utilité publique. N os 22 à 25. Brux., 
1852; 4 feuilles in-plano. 

Bulletin administratif du Ministère de l'intérieur. Tome VI. 
N» 4. Avril 1852. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Moniteur de l'enseignement, publié sous la direction de Fréd. 
Hennebert. Nouvelle série. Tome I. N os 20, 21 et 22. Tournay, 
1852; 5 broch. in-8°. 

La renaissance illustrée , chronique des arts et de la littérature. 
15 n,e année, feuilles 19 à 20. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-4°. 

Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg. 
Tome I. 1 er fascicule. Tongres; I broch. in-8°. 

Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et 
des lettres du Hainaut. Tome X, pages 57 à 248. Mons, 1852; 
1 broch. in-8\ 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , publié 
par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. 
iO me année. 14 ,ne volume. Juin 1852. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles; par 
MM. Delwart et Thiernesse. l re année. Juin 1852. 1 broch. in -8°. 

Annales et Bulletin de la Société de médecine de G and. 1 8 m " 
année. 3 me et 4 me livraisons. Gand, 1852; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société de médecine pratique de la province d'An- 
vers, établie à Willebroeck, février 1852. Malines; 1 broch. 
in-8°. 

La presse médicale; rédaction : M. J. Hannon, 1852. 1N 0S 25 
à 26. Bruxelles; in-4°. 

La Santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs : 
MM. A. Leclerq et N. Theis. o mc année. 1851-1852. N° 23. 
Bruxelles; 1 broch. grand in-8°. 

Le Scalpel; rédaction : M. A. Festraerts. 4 ,ne année. N os 50, 51 
et 32. Liège, 1852; in-4°. 

Journal d'agriculture pratique , d'économie forestière, d'écono- 
mie rurale et d'éducation des animaux domestiques du royaume 
de Belgique, publié sous la direction et par la rédaction princi- 



( 293 ) 

pale de M. Charles Morren. 5 rae année, avril et mai 1852. Liège; 
1 broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique; directeur : 
M. Galeotli. 10 me année. N° 3. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-12. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
.sciences ; par MM. les Secrétaires perpétuels. Tome XXXIV. — 
N<*20 à 24. Tables du 2 me semestre 1851. Tome XXXIII. Paris. 
1 852 ; 6 broch. in-4°. 

Industries comparées de Paris et de Londres , tableau présenté, 
le 4 janvier 1852, au conservatoire national des arts et métiers; 

1 broch. in- 12. — Notice sur quelques tributs des Français à 
l'exposition universelle; par M. le baron Charles Dupin. Paris, 
1852; 1 broch. in-4°. 

Épîtrc à Monsieur Guichardot , marchand de dessins et d'es- 
tampes anciennes. — Epître à Thémire; par J.-R. Paris, 1852; 

2 pages in-12. 

Revue et magasin de zoologie pure et appliquée ; par M. J.-E. 
Guérin-Méneville, 1852. N os 4 et 5. Paris; 2 broch. in-8°. 

Bulletin de la Société géologique de France. 2 me série. T. IX e , 
feuilles 1 1-14. Paris, 1851-1852; 1 broch. in-8°. 

L'investigateur , journal de l'institut historique. 19 me année. 
Tome II, 5 me série, 206 e à 209 e livr. Janvier à avril 1852. Paris; 
4 broch. in-8°. 

Mémoires de la Société nationale des sciences , de l'agriculture 
et des arts, de Lille. Année 1850. Lille, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Archives historiques et littéraires du nord de la France et du 
midi de la Belgique. 3 me série. Tome II, 4 me livr. Valenciennes, 
1852; i broch. in-8°. 

Bulletin de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres 
de Bayeux. Années 1850 et 1851. Paris, 1852; 1 vol. in-8°. 

Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts, 
séant à Douai, centrale du département du Nord. 2 n,e série. 
Tome I, 1849-1851. Douai, 1852 ; 1 vol. in-8°. • 

Résumé des observations thermométriques et barométriques 

Tome xix. — II e part. 20 



( 294 ) 

faites à t observatoire de Genève et au grand S'-Bemard pendant 
les dix années 1841 à 4850, suivi de tables hypsomélriques cal- 
culées d'après la formule de Bessel; 1 vol. in-4°. — Résumé mé- 
téorologique de l'année 1850 pour Genève et le grand S l -Bernard; 
par E. Plantamour. Genève, 1851; 1 vol. in-8°. 

Auguste- Louis-Frédéric Viesse de Marmont , Herlog van Ra- 
gusa Maarschalk van Frankrijk, etc., etc.; par G. Francken. Am- 
sterdam, 1852; 1 broch. in-8°. 

Catalogus librorum manuscriptorum qui inde ab anno 1 74 1 
bibliothecae Lugduno Batavae accesserunt. Descripsit Jacobus 
Geel. Leyde, 1852; 1 vol. in-4°. 

Perseus und Andromeda. — Sacram memoriam AugvM. H 
Clément, régis ac domini Ernesti Augusti régis Hannoverac ;", 
Inest G.-Fr. Hermanni disputatio de sceptri regii antiquitate et 
origine. Gottingue, 1852; 2 broch. in-4 . 

Gottingische Gelehrte Anzeigm. Unter der Aussicht der kônigl. 
Gesellschaft der Wissenschaften. Drei Fiand. Gottingue, 1851; 
5 vol. in-12. 

Nachrichten von der Georg-Augusts-Universittit un der kô- 
nigl. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gbttingen. Année 1851. 
N os 1-19. Gottingue; 1 vol. in-12. 

I. Zur Erinnerung an Albrecht von Haller und zur Geschichte 
der Societàten der Wissenschaften. Feslrede gehalten von Ru- 
dolpb Wagner. II. Ein blick auf die àussere Geschichte der ko- 
niglichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Gbttingen in ihrem 
ersten Jahrundert. Vorgelesen von J.-F.-L. Hausmann. Gottin- 
gue, 1852; 1 vol. in-4°. 

Abhandhmgen der mathemat.-physikalischen classe der kôenig- 
lich. bayerischen Akademie der Wissenschaften. Sechsten Bandes. 
Zweiten abtheilung. Munich, 1851 ; 1 vol. in-4°. 

Bcobachtungen des meteorologischen Observatoriums auf dem 
IJohenpeissenbery von 1792-1850, auf ôffentliehe Kosten he- 
rausgegeben von D r J. Lamont. 1 Supplemenlband zu den Anna- 
len der Miinchener Sternwarte. Munich, 1851; \ vol. in-8°. 



( 295 ) 

Die gegemoàrtige Aufgabc der Philosophie, von D r Cari. PrantL 
Munich, 1852; I broch. in-4°. 

Jahrbuch der kaiserlich kôniglichen geologischen Reichsanstalt , 

1851. II Jahrgang. N° 4. October, November, December. Vienne, 
■1851; 1 vol. grand in-8°. 

Oesterreichisches Botanisches Wochenblalt. 1 Jahrgang. Redi- 
girtvon A. Skofilz. Vienne, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Entomologische zeitung. Herausgegeben von dem entomologi- 
schen Vereine zu Stettin. 12 me année. Stettin, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Linnaea entomologica . Zeitschrift herausgegeben von dem en- 
tomologischen Vereine in Stetlin. Tome VI. Berlin, 1852; 1 vol. 
in-8°. 

Die Tyrannis in ihren beiden Perioden bei den alten Griechen, 
von H.-G. Plass. Brème, 1852 ; 2 vol. in-8°. 

Deutsche Zeitschrift fur die Staats Arzneikunde; herausge- 
geben von P.-J. Schneider und H.-J. Schùrmayer. Jahrgang 

1852. Neue folge. Eilfter Band, zweites Heft. Fribourg en Bris- 
gau; 1 broch. in-8°. 

Diefunf Wurfelschnitte. Denkschrift auf den 6 October 1851, 
als den Jahrestag der stiftung der Pollichia , eines naturhisto- 
rischen vereins der Pfalz. Von W.-Th. Gûmbel. Landau, 1852; 
1 broch. in 4°. 

Die Staaten im Stromgebiet des La Plala , in ihrer Bedeutung 
fur Europa. Grundlage von Vortragen im geografischen Verein 
zu Frankfurt A/M. Anfangs, 1852, von D r Freihernn von Reden. 
Darmstadt, 1852; 1 vol. in-8°. 

Wûritembergische naturwissenschaftliche Jahreshefte. Achter 
Jahrgang. Zweiter Heft. Stuttgart, 1852; 1 broch. in-8°. 

Heidelberger Jahrbiicher der Literatur, tinter Mitwirkung 
der vierFacultâten. Fùnfundvierzigster Jahrgang , zweites und 
drittes Doppelheft. Marz bis Juny. Heidelberg, 1852; 2 broch. 
in-8°. 

Observations made ai the magnctical and meteorological obser- 
vatory at Hobarlon , in Van Diemen Island, prinled under ihe 



( 296 ) 

superintendence of colonel Ed. Sabine. Vol. H. Londres, 1852; 
1 vol. in-4°. 

The quaterly Journal of the chemical Society. Vol. V. N° 17. 
Londres, 1852; 1 broch. in-8°. 

Transactions of the Cambridge philosophical Society. Vol. IX. 
Part. H. Cambridge; 1851 ; 1 vol. in-4°. 

Abstract of the seventh census; 1 feuille in-4°. — Statisticsof 
American railroads ; 1 feuille in-8°, by J.-C.-G. Kennedy. Was- 
hington, 1852. 

Journal ofthe Academy of nalural sciences of Philadelphia. 
New séries. Vol. II. Part. IL Philadelphie, 1852; in-4°. 

Se daïï influenza politica deÏÏ antico paganesimo derivassero 
maggiori vantaggi o svantaggi , memorie due di Andréa Zam- 
helli. Milan, 1851 ; 1 broch. in-4°. 

SulV influenza politica del sacerdozio indiano ed egizio , me- 
morie duedi Andréa Zambelli. Pavie, 1852; 1 broch. in-8°. 

Corrispondenza scientiftca in Roma. Bullettino universale. 
Anno secondo. N° 33. Rome , 1852; 1 feuille in-4°. 

Atti dell' accademia pontificia de' nuovi lincei compilati dal se- 
gretario. Tome I. Anno I. (1847-48.) — Anno IV. Sessione Vil 1 
del 27 giugno 1851. Rome, 1851 ; 2 vol. in-4°. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1852. — N° 7. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance duo juillet 1852. 

M. Stas, vice-directeur, occupe le fauteuil. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptinne, Wesmael , Martens, 
Dumont, Cantraine, Morren, De Koninck, Ad. De Vaux, 
Gluge, Melsens, Schaar, membres; Sommé, Spring, Lacor- 
daire, associés; Liagre, correspondant. 

M. Ed. Fétis, membre de la classe des bcanx-arls, assiste 
à la séance. 

Tome xix. — II e part. 21 



( 298 



CORRESPONDANCE, 



Le Congrès scientifique de France fait connaître que sa 
19 e session aura lieu à Toulouse, du 6 au 15 septembre 
prochain. 

— La Société scientifique et littéraire, récemment fon- 
dée à Tongres, témoigne le désir d'entrer en relation avec 
l'Académie. Cette proposition est acceptée. 

— La Société de physique deRerlin, celle de Francfort, 
les Sociétés des sciences de Nancy, de Metz , de Bayeux, etc., 
font hommage de leurs dernières publications. 

Le secrétaire perpétuel met sous les yeux de la classe la 
carte géologique d'Angleterre, que la commission chargée 
de l'exécution de ce grand travail lui a fait parvenir pour 
être déposée dans la bibliothèque de l'Académie. 

M. Timmermans fait hommage d'un exemplaire auto- 
graphié de deux ouvrages servant de texte à ses leçons à 
l'école du génie civil de Gand; et, au nom de M. Lamarle, 
de la première partie d'un cours de construction , professé 
dans la même école. 

Le secrétaire perpétuel dépose, de la part de M. Chas- 
les, associé de l'Académie, un exemplaire de son nouvel 
ouvrage : Traité de géométrie supérieure. « J'ai pris occa- 
sion de rappeler dans la préface, lui écrit M. Chasles, que 
cet ouvrage fait suite à Y Aperçu historique que l'Académie 



( 299 ) 

a honoré de son approbation. Je puis dire que c'est à l'Aca- 
démie que je dois, à un double titre, d'avoir fait cet 
Aperçu historique, qui depuis a eu du succès : car c'est en 
réponse à une question proposée par elle que je l'ai entre- 
pris, et ensuite c'est sur vos réclamations pressantes que 
je me suis décidé à le livrer à l'impression , quand je vou- 
lais le laisser inachevé. » 

M. Buys-Ballot fait connaître qu'il a commencé, à 
Utrecht, la publication d'une collection de documents mé- 
téorologiques, faites dans différentes stations et entreprises 
dans la vue de déterminer les déviations des principaux 
éléments météorologiques par rapport à leur état normal. 
Il fait en même temps hommage des différents écrits qu'il 
a publiés déjà sur ce sujet. 

Des remercîmenls seront adressés pour cet envoi , ainsi 
que pour ceux dont les indications précèdent. 

— La classe reçoit en outre les ouvrages manuscrits 
suivants : 

1° Études d'un chaînon des Cordillères du Brésil, mé- 
moire par M. Ch. Pinel, de la Nouvelle-Fribourg par Rio- 
Janeiro. (Commissaires : MM. d'Omalius et Dumont.) 

2° Considérations générales sur la végétation au Brésil, 
par M. Ch. Pinel. (Commissaires : MM. Spring et Martens.) 

5° Catalogue de quelques cryptogames nouvelles pour 
la Flore de Louvain, par M. J.-F. Leburton, de la compa- 
gnie de Jésus. (Commissaire : M. Kickx.) 

4° Sur une cause perturbatrice qui s'est manifestée dans 
les expériences pour déterminer la densité de la terre avec 
l'appareil de Cavendish; note de M. le professeur Monti- 
gny. (Commissaires : MM. Schaar et Pagani.) 



( 300 ) 

5° Observations et réflexions pour l'aire suile à une 
no liée intitulée : Sur certains procédés proposés pour 
constater quelques falsifications des farines céréales , par 
M. Biot-Wautlet, de Namur. (Commissaires : MM. Stas et 
De Hemplinne.) 

G" Examen des cas douteux dans les triangles sphéri- 
ques; notice de M. Ign. Carbonnelle, candidat en sciences 
physiques. (Commissaires : MM. Timmermans et Schaar.) 

7° Sur l'emploi de l'infini dans les mathématiques, mé- 
moire de M. l'ingénieur Manilius. (Commissaires: MM. La- 
marle et Pagani.) 

8° Observations sur les phénomènes périodiques des 
plantes, faites au jardin botanique de Munich , en 1851, 
et communiquées par M. le professeur xMartius. 

Observations analogues faites au jardin d'horticulture 
de Bruxelles, pendant la même année, par M. Schram. 

Observations sur les plantes, faites à Leeuwaerde et à 
Paterwolde, en 1850, et communiquées par M. Buys- 
Ballot. 



RAPPORTS. 



Rapport de M. Quetelet , sur une note de M. le professeur 
Montigny , relative aux fluctuations de la bulle des ni- 
veaux. 

« M. Montigny rappelle des expériences récemment 
mentionnées à l'Institut de France par M. d'Abbadie, et 
ayant pour objet de faire connaître les oscillations qu'é- 



( 301 ) 

prouvent, dans certains cas, des niveaux très-sensibles, 
établis sur le roc ou sur les massifs les plus solides. 

M. d'Abbadie cite des observations faites dans le voisi- 
nage de masses d'eau, pendant des crues extraordinaires, 
et croit pouvoir attribuer les déplacements des bulles des 
niveaux soumis aux expériences, à des lïexions du sol sous 
les charges extraordinaires qu'il avait à porter. 

M. Monligny se demande, dans sa note, si l'attraction 
de la masse d'eau extraordinaire sur le liquide contenu 
dans le tube du niveau , n'est pas intervenu dans le dépla- 
cement de la bulle; et il répond négativement à cette 
question, en citant des calculs de M. Struve. L'illustre 
directeur de l'observatoire de Pulkova a trouvé, en effet, 
que, dans le canal de Bristol, toute la masse d'eau, entre 
les plus basses et les plus hautes marées (de 50 pieds an- 
glais), produirait, sur le fil à plomb, une déviation qui, 
dans la position la plus avantageuse, s'élèverait à peine 
à 0",23. 

M. Monligny croit que des observations faites avec des 
niveaux sensibles et longtemps continuées, pourraient 
faire distinguer les variations provenant de mouvements 
du sol , des variations dues à des changements très-petits et 
périodiques de la direction de la pesanteur. Et, ici, il détruit 
encore l'hypothèse quant à l'action que pourraient exercer 
les deux astres les plus influents sur notre planète. Ainsi, 
il reconnaît que l'attraction de la lune qui, dans le phé- 
nomène des marées, est à peu près le triple de l'action du 
soleil, ne pourrait, dans les circonstances les plus favo- 
rables, faire dévier le lîl à plomb de la verticale que d'une 
fraction de seconde excessivement petite et qui échappera 
toujours aux observations. 

En troisième lieu, M. Montigny a recours, pour Pex- 



( 302 ) 
plication du phénomène en question, à l'action des marées 
que doit subir, à l'intérieur du globe, la masse de notre 
planète qui s'y trouve encore à l'état de fusion; et il 
semble s'y arrêter. 

Ces considérations conduisent un peu loin du fait ob- 
servé, dont l'examen me semble devoir attirer, avant tout, 
l'attention du physicien. Je crains que M. Montigny ne 
montre un peu trop de confiance dans les indications du 
niveau à bulle d'air; cependant, une note intéressante, 
insérée par M. Liagre, dans nos Bulletins (tome II, 2 e 
partie, page 274), peut montrer avec quelle réserve il faut 
procéder à cet égard. M. d'Àbbadie lui-même fait preuve 
d'une sage circonspection, parce que l'expérience a pu 
lui apprendre combien il faut se défier d'indications de 
niveaux observés à de longs intervalles et sous des tempé- 
ratures variables, surtout quand il s'agit d'appréciations 
de très-petites quantités. 

En résumé, j'aurai l'honneur de proposer à la classe de 
remercier M. Montigny pour la nouvelle communication 
qu'il a bien voulu lui faire. » 

« Tout en m'associant aux savantes considérations qui 
précèdent, dit M. d'Omalius, second commissaire, et en 
ajoutant que, dans le cas où les observations de M. d'Ab- 
badie mériteraient la confiance qu'on leur conteste, je pré- 
férerais l'explication ordinaire appuyée sur des oscillations 
partielles du sol à celle suggérée par M. Montigny. » 

Conformément aux conclusions des commissaires, des 
remercîments seront adressés à M. Montigny pour sa com- 
munication. 



( 30-> ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur quelques propriétés curieuses que présentent les résultats 
d'une série d'observations , faites dans la vue de détermi- 
ner une constante, lorsque les chances de rencontrer des 
écarts en plus et en moins sont égales et indépendantes les 
unes des autres; par A. Quetelet, membre de l'Académie. 

Quand, dans les sciences physiques, on cherche à dé- 
terminer une constante par des expériences répétées, il 
arrive généralement que Ton trouve des valeurs ou trop 
grandes ou trop petites; et Ton prend, pour la valeur 
cherchée, une moyenne entre tous les résultats auxquels 
on est parvenu. 

II est de la plus haute importance, en pareil cas, de faire 
connaître, non-seulement la grandeur de cette moyenne, 
mais encore les limites extrêmes entre lesquelles se trou- 
vent comprises toutes les déterminations particulières. La 
théorie des probabilités montre la nécessité de suivre une 
pareille marche, qui contribue à fixer le prix qu'on peut 
attacher à la moyenne ainsi déterminée. 

Mais ce qu'ignorent en général la plupart des observa- 
teurs, c'est que toutes les valeurs particulières, obtenues 
en vue de déterminer la moyenne, obéissent à une cer- 
taine loi, quand on les classe par ordre de grandeur. Ainsi, 
je mesure la hauteur d'un arbre cent fois de suite, je 
trouverai peut-être cent valeurs différentes; ces valeurs 
différeront d'autant moins que j'aurai mis plus de soin et 



( SOI ) 

d'adresse à les obtenir, et que j'aurai employé des instru- 
ments plus précis. Il y a plus, si je classe mes nombres 
par ordre de grandeur, en groupant ensemble ceux qui 
sont à peu près de même valeur, et si les écarts sont pure- 
ment accidentels, je pourrai assigner à l'avance combien 
environ entreront dans cbaque groupe. Cette loi remar- 
quable que j'ai cherché à éclaircir par de nombreux exem- 
ples dans un ouvrage spécial (1), m'a conduit à quelques 
nouvelles observations qui l'ont l'objet de cette note. 

Je prendrai, en même temps, occasion de faire con- 
naître un autre principe non moins curieux sur l'ordre 
dans lequel les résultais individuels se présentent; en 
sorte que ce qui est généralement considéré comme l'effet 
du hasard, des caprices de la nature ou des maladresses de 
l'observateur, se trouve assujetti à des principes tout aussi 
sûrs que les phénomènes naturels sur le retour desquels 
nous sommes le plus habitués à compter. Cette seconde 
propriété m'a été indiquée par mon fils, jeune officier au 
corps du génie. 

Remarquons d'abord qu'il existe, dans la nature, diffé- 
rentes séries d'événements pour l'arrivée desquels les 
chances favorables et les chances défavorables sont en 
nombre égal. Lorsque cette circonstance se présente, les 
nombres en donnent l'indice de la manière la plus cu- 
rieuse. Je suppose le cas le plus simple, celui où non-seu- 
lement les chances sont égales, mais encore absolument 
indépendantes les unes des autres, comme si l'on mettait 
dans une urne un même nombre de boules blanches et 
de boules noires, n'ayant aucune dépendance entre elles. 
De plus, je supposerai les boules assez nombreuses pour 



(1) lettres sur la théorie des probabilités. 1 vol. in-8°; Hayez, 1846. 



( 505 ) 

que la sortie d'un certain nombre n'altère pas l'égalité 
numérique de celles qui restent dans l'urne; ou bien, si 
le nombre des boules est limité, que l'on remet ebaque 
fois dans l'urne, la boule que l'on vient d'en tirer. 

Maintenant, après un certain nombre d'expériences, 
S par exemple, il sera sorti a boules blanches et b boules 
noires; je dis que le nombre et les arrangements peuvent 
être déterminés a priori, comme je vais essayer de le 
démontrer. 

Distribution par groupes. — Considérons , avant tout , le 
partage de la série d'observations par groupes consécutifs 
de deux boules, de trois boules, de quatre boules, etc. 

Ainsi, dans le partage de la série par deux boules, sur 
quatre groupes, on en trouvera un de deux boules blan- 
ches, deux d'une boule blanche et d'une boule noire, et 
un de deux boules blanches. Ces nombres seront repré- 
sentés respectivement par les coefficients du binôme (a* b) 
élevé à la seconde puissance 

(a + b)* = o 2 h- 2a& -f- 6 2 . 

En partageant la série des boules tirées par groupes de 
trois boules, on aura, sur huit tirages, quatre espèces de 
groupes qui seront encore représentés par les coefficients 
des différents termes du binôme (a-*-b) élevé à la troisième 
puissance 

(a -4- 6) 3 = a 5 -+- 3a 2 6 -+- 5a6 2 -4- 6 3 . 

En général, si l'on partage la série par groupes de m boules, 
on aura la formule générale 

(a -+- b)" 1 = o- -*- ma'" 1 b -4- ™±~— —'- a'"~ 2 b* -t- 

1.2 

m [m — 1) (m — 2) ... (m— w-t-i) 

4.2.3 ... n 



( 506 ) 

Or, si Ton suppose a=6, c'est-à-dire que les chances sont 
égales, il vient : 

m{m — \) m(m — \){m— 2) ...(m — n + 4) 

2 m =1 h- m-*-— --♦-...-+- 



4.2 4.2.5 ... n 

Les différents termes représentent respectivement, sur 
2 M tirages de m boules chacun, combien de tirages ren- 
ferment m boules blanches, combien m — 1 boules blan- 
ches et une boule noire , combien m — 2 boules blanches et 
2 boules noires, etc. On sait que, dans un pareil développe- 
ment , le terme le plus grand se trouve justement au milieu 
et que les termes diminuent à mesure qu'ils se rappro- 
chent des extrémités, en sorte que l'événement qui a le 
plus de chances en sa faveur est celui qui compte autant 
de boules noires que de blanches, et les cas les plus défa- 
vorables sont ceux qui établissent le plus de différence 
entre les sorties des boules blanches et des boules noires. 
Or, supposons l'expérience faite; si A m indique le nombre 
de groupes entièrement composés de boules blanches, A,^ 
le nombre de groupes composés de m — 4 boules blanches 
et d'une noire, A wl _ 2 le nombre de groupes composés de 
m — 2 boules blanches et de deux boules noires, etc., on 
aura m+ 4 nouveaux groupes donnant les valeurs suivantes : 

Dans le cas où les boules blanches seraient en même 
nombre que les boules noires, et n'auraient aucune dé- 
pendance entre elles, on aurait, après 2 W tirages de 
m boules chacun , 

m (m — \) 
A m = 1 , K-x = W, A m _ 2 = — — — etc. 



( 307 ) 

Cette égalilé ne serait pas absolue; la théorie des pro- 
babilités montre que, par l'effet des causes accidentelles, 
jamais les résultats de l'expérience et ceux du calcul ne 
sont absolument identiques. Mais l'accord tend d'autant 
plus à s'établir que les expériences sont plus nombreuses. 

Voyons maintenant comment, au moyen de trois termes 
consécutifs du développement, on peut reconstruire le dé- 
veloppement en son entier. Le terme général a pour valeur : 

M = m(m- \)(m — 2) ... (m — n+1) * 
4.2.3 ... n 

le terme suivant est 

m(m — 4) (m — 2) ... (m — n) 

N = — M , ' S a"'-"-*- 1 b n+1 ; 

1.2.3 ... n+ 1 

le quotient de ces deux quantités donne 

M n -+- 4 a 
N m — n b 

De même on aura , pour le terme P qui suit N dans le dé- 
veloppement, 

N n-t- 2 a 

P m — n — 4 b 

En se servant des trois termes consécutifs M , N, P, on peut 
éliminer le rapport ~ , et il vient 

n-+-2 M n-4-4 N 

m — n — 4 N m — n P 

En considérant m comme l'inconnue, la résolution de 
cette équation donne : 

n(n -t- 2) MP — {n -+- 4 ) 2 N 2 



m 



(rn-2)MP — (n+1) N 2 ' 



( 308 ) 
en déduit, pour le rapport | , 

a MN 



b (w-t-2) MP — (n -f- l)N 2 

Pour le cas où a —b, on a 

(w-t-2) MP — (nH-l)N 2 = — MN, 

et, par substitution , on obtient 

t N 
m = n -+- ( n -*- I ) -- ; 
M 

n — 1 indique le,rang du ternie M qui précède N dans le 
développement. 

Faisons maintenant quelques applications de celte théo- 
rie. 

J'ai eu la curiosité de rechercher si les pluies ont de l'in- 
fluence sur la marche du thermomètre et produisent des 
anomalies dans les températures de l'air. A cet effet, j'ai 
comparé, pour un espace de neuf années (1842 à 1850), 
les températures pendant les pluies aux températures 
moyennes des mêmes époques dans les circonstances ordi- 
naires; puis j'ai classé les écarts en plus et en moins par 
ordre de grandeur. JYi trouvé ainsi, que, sur 1562 obser- 
vations, 188 m'ont donné des écarts absolument nuls ou ne 
dépassant pas un demi -degré centigrade; deux observa- 
tions m'ont donné , pour plus grand écart en plus, 10 de- 
grés , et une seule m'a donné — 10 ; tous les autres écarts 
ont été compris entre ces deux valeurs extrêmes; 682 
étaient positifs et 692 négatifs. Je les ai classés en groupant 
ensemble ceux qui étaient d'un même nombre de degrés , 
sans différer d'un-demi degré en plus ou en moins; ce qui 
m'a fourni 21 groupes qu'on trouvera, dans le tableau 



( 309 ) . 

ci-joint, 5 e colonne; et, dans la colonne suivante, se trou- 
vent les mêmes nombres réduits proportionnellement de 
manière à donner pour somme 1000. En jugeant de l'a- 
venir par le passé, j'étais donc autorisé à considérer 
comme égales les chances d'avoir des écarts thermomé- 
triques positifs ou négatifs. 



iic.vnr 
de 

I.A TEMPÉRATURE 

normale. 


NOMBRE 
18 42 à 44. 


d'observations de 


TOTAUX. 


NOMBRES 
pro- 
portionnels. 


NOMBRES 
calculés. 


1S4.-; à 47. 


1848 à 50. 


H- 10° 








2 


2 


1.5 


1.3 


4- o 


1 


1 


1 


3 


1.9 


2.3 


4- 8 


5 


4 


2 


9 


5.8 


5.2 


4- 7 


G 


5 


5 


1G 


10.2 


11.1 


4- G 


15 


4 


9 


26 


10.7 


21.1 


4- 5 


27 


19 


13 


59 


37.8 


56.4 


4- 4 


42 


28 


29 


99 


63.4 


56 8 


4- 5 


54 


27 


37 


118 


75.5 


80.4 


+ 2 


GG 


54 


GO 


180 


115.2 


103.1 


4- 1 


7G 


49 


45 


170 


108.8 


119.5 





62 


G2 


64 


188 


120.4 


125.6 


— 1 


70 


G2 


57 


189 


121.0 


119.5 


ç) 


54 


58 


30 


162 


103.7 


105.1 


— 3 


51 


51 


35 


137 


87.7 


80.4 


_ 4 


25 


30 


28 


83 


53.2 


50 8 


— 5 


21 


29 


25 


75 


48.0 


56.4 


— G 


13 


4 


G 


23 


14.7 


21.1 


— 7 


7 


G 


2 


15 


9.6 


11 1 


— 8 


4 


1 





5 


3.2 


5.2 


— 9 





1 


1 


2 


1.3 


2.3 


— 10 
Total. . 








1 


1 


0.6 


1.3 


595 


495 


472 


1,562 


1000.0 


1000.0 



(310) 

On remarquera que les groupes, en plus et en moins, 
placés à égale distance du groupe du milieu, sont com- 
posés à peu près exactement d'un même nombre d'unités. 
Les différences seraient moindres encore, si les observa- 
tions avaient été plus nombreuses. 

Maintenant que l'on compare ces nombres à ceux qui 
sont donnés dans la 7 e colonne du tableau et qui résultent 
immédiatement du calcul, on trouvera qu'ils en diffèrent 
moins qu'ils ne diffèrent entre eux. Ainsi, l'on a compté 
108 observations pour lesquelles la température pendant 
les pluies s'est écartée de -+- 1° de la température habi- 
tuelle; et 121 pour lesquelles l'écart de la température a 
été de — 1°. Ces écarts diffèrent entre eux plus qu'avec le 
nombre 119 que donne la théorie. Les deux groupes sui- 
vants sont 115 et 105; ce dernier est identiquement le 
même que celui donné par la théorie : les deux groupes 
suivants encore sont 75 et 87; la théorie donne 80, et 
ainsi de suite. 

Les écarts par rapport à la température normale pen- 
dant les pluies , se sont donc présentés , comme se présen- 
teraient des boules blanches et noires en même nombre 
sortant dune urne, par groupes de 20 et pouvant donner 
toutes les combinaisons possibles, depuis celle qui ren- 
ferme 20 boules noires jusqu'à celle qui renferme 20 boules 
blanches. Le groupe le plus probable est celui où les 
boules blanches et noires sont en nombre égal, et, dans 
notre exemple, où les écarts positifs sont compensés par 
les écarts négatifs. Ainsi, les anomalies de température 
pendant les pluies, se neutraliseraient dans les résultats 
généraux de l'année. Cependant cette neutralisation n'a pas 
rigoureusement lieu : en opérant sur la moyenne des sai- 
sons , j'ai trouvé un petit écart en plus de 0,4 de degré. 



( 311 ) 
J'ai recherché ensuite , par des procédés analogues, la 
marche du baromètre pendant les pluies et ses écarts par rap- 
port à l'état moyen; mais, ici , les chances pour la hausse 
et la baisse ne sont plus égales : les résultats que j'ai ob- 
tenus sont consignés dans le tableau suivant. La première 
colonne indique le nombre de centimètres qu'il faut ajouter 
à 71 centimètres pour avoir la hauteur du mercure; on a 
négligé les décimales. 



CENTIMÈTRES 

au-dessus 


NOMBRE D'OBSBRV. FAITES DE 


TOTAUX. 


NOMBRES 
pro- 


NOMBRES 












de 71 cent. 


1842 à 44. 


1845 3 47. 


184Sà50. 




portionnels. 


calculés. 




6 


6 


3 


12 


21 


13 


4 




5 


144 


103 


112 


359 


225 


228 




4 


342 


290 


255 


887 


555 


554 




3 


124 


78 


85 


287 


179 


198 




2 


20 


12 


10 


42 


26 


15 




1 


2 


1 


1 


4 


2 


1 




Total . . 


658 


487 


475 


1,600 


1,000 


1,000 





Les trois séries d'observations s'accordent à porter le 
maximum à 4 centimètres, qu'il faudrait ajouter à 71 cen- 
timètres pour avoir la hauteur moyenne du baromètre 
pendant les pluies. En calculant, en effet, cette moyenne 
avec plus de précision d'après les nombres de la 5 e colonne, 
on trouve 750 mm ,l. Cette valeur diffère très-peu de celle 
750 nun ,4, donnée par l'ensemble des observations, en ne 
négligeant rien. Elle est de 5 mm ,12 inférieure à la moyenne 
barométrique générale, observée dans les circonstances 



( 312 ) 

ordinaires (l), c'est-à-dire que tout se passe, pendant les 
pluies, comme si notre observatoire se trouvait élevé d'un 
peu plus de 50 mètres au-dessus de sa position actuelle. 

Les variations du baromètre autour de la moyenne ne 
présentent plus la même symétrie que dans l'exemple pré- 
cédent; les excursions en plus sont moindres que les ex- 
cursions en moins, les chances pour les écarts positifs sont 
plus Faibles que pour les écarts négatifs : la théorie montre 
que le rapport a : b est de 25 à 75 ou de i à 5; c'est celui 
qui a servi dans le calcul des nombres de la dernière co- 
lonne (2). 

Arrangements dans la série tolale. — Voici une autre pro- 
priété aussi curieuse que la précédente, page 505 : elle ca- 
ractérise également le cas où les chances pour et contre sont 
en nombre égal et indépendantes les unes des autres : elle ne 
se rapporte plus au nombre de boules blanches ou noires 
qui peuvent entrer dans chaque groupe dont se compose 
une série d'observations, mais au nombre des places res- 
pectives que peuvent occuper une ou plusieurs boules 
blanches par rapport aux boules noires dans la série tolale. 

Par exemple, supposons que les places des boules, au 

sortir de l'urne, soient distinguées par les numéros d'ordre 

1 , 2, 5, 4, 5, etc.; et prenons-les trois à trois, ainsi qu'il 

suit : 

123, 234, 545, 456, etc., 

on pourra obtenir les dispositions 

aaa, aab, aba, baa, abb, bab, bba, bbb, 



(1) Il faudrait, à la rigueur, comparer la pression atmosphérique pendant 
les pluies, à ce qu'elle est en l'absence des pluies, et non à la pression en 
général ; la différence serait plus grande encore. 

(2) Voyez Lettres sur la théorie des probabilités , p. 409. 



(513) 

en nombre 8; et il n'y a pas de raison pour que l'une arrive 
plutôt que l'autre; ainsi en nommant S le nombre de 
boules, on aura, pour le nombre de fois que a se trouvera 
entre deux &,g«^« 

On trouverait de même que la disposition b aab se re- 
produirait un nombre ^ de fois; et, en général, la disposi- 
tion où a se trouverait n fois de suite, serait représentée 
par ^+- • D'après la théorie, la suite devrait donc être une 
progression géométrique de raison r — \ , dans laquelle a 
se trouve une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, etc., 
entre deux 6, 

ri 1 1 -i 

Comme on aurait une suite semblable par rapport à b, on 
trouverait pour leur somme 

„H i \ \ 1 

S — -t- — + -h — : -*- etc. ; 

mais dans la série des boules sorties S, et dans chaque ar- 
rangement b a b, la lettre a n'occupe qu'une place; dans 
chaque arrangement b a a b, la lettre a occupe deux places; 
dans chaque arrangement b a a a b, la lettre a occupe trois 
places , etc.; il en est de même par rapport à la lettre b; 
en sorte que le nombre total des places occupées par la 
lettre a ou la lettre b prises une fois, ou deux fois de suite, 
ou trois fois de suite, etc. , donne 

c cl" 1 2 5 4 1 

^ — k ™ "*- ^ + •- 4- —h- etc. ; 
L# 1* 2* 2 3 j 

Tome xix. — II e part. 22 



( 314) 
on tire de là 

12 3 4 

i = f- — h -+■ f- etc. , 

22 g 3 2 4 2 3 

expression très-simple dans laquelle les différents termes 
représentent les probabilités respectives de trouver, dans 
la succession des boules sorties, chaque boule de même 
couleur, soit isolée, soit dans une combinaison binaire, 
ternaire; etc. La somme de toutes les probabilités, comme 
l'on doit s'y attendre, égale 1, symbole de la certitude. 

Maintenant faisons une application de ce qui précède. 
J'ai trouvé pour Bruxelles, et pour une période de 18 
années, que le nombre des jours de pluie est sensiblement 
égal au nombre de jours sans pluie , en sorte que si l'on 
assimile ces jours à des boules noires et blanches n'ayant 
aucune dépendance entre elles, toutes les formules précé- 
dentes sont applicables aux nombres trouvés sur la succes- 
sion des jours de pluie pendant la période de 18 années. 

Ainsi sur les 1995 combinaisons qu'ont offertes les obser- 
vations, une moitié devrait comprendre les combinaisons 
comptant un jour de pluie ou sans pluie; l'autre moitié, les 
combinaisons de deux , trois, quatre , etc. jours consécutifs 
de pluie ou sans pluie (voyez la 2 e colonne du tableau ci- 
contre). En effet, reprenons la formule 

r 1 1 1 1 -i 

N = S— -f--~-f.--f-.--H- etc. ; 
|_2 2 2 3 2 4 2 3 

nous pouvons l'écrire d'une manière plus générale en 
faisant ± = a 

2<* 3 S 

N — = 2a 3 S [1 -f- a. -+- a 2 -f- a 3 -t- a 4 -f- etc.] = 



1 



(515) 
Quand «=f , il vient N=£ S. Le nombre des combinai- 
sons N est égal à la moitié du nombre des jours qui ont 
concouru à produire ces combinaisons; de plus la moitié 
de ce nombre N est , comme je l'annonçais, égale au pre- 
mier terme du développement qui indique combien on a 
dû compter de jours isolés de pluie et sans pluie. Les 
aulres combinaisons vont ensuite en diminuant par moitié. 
Les résultats de ce calcul sont inscrits dans la 3 e colonne 
du tableau qui suit. 



joims. 


JOUttS CONSÉCUTIFS ] 


)E PLUIE. 

calculé. 


HEURES. 


PLUIES D'APRÈS LEUR DURÉE. 




Nombre 


Nombre 


Nombre 


Nombre 
















calculé 






observé. 


a =0,5. 


a=0,635. 




observé. 


« = 0,7. 




1 


729 


997 


729 


f 


458 


518 




2 


404 


499 


463 


2 


411 


565 




3 


260 


249 


294 


3 


245 


254 




4 


155 


125 


187 


4 


180 


178 




5 


119 


63 


119 


5 


114 


125 




6 


81 


31 


75 


6 


99 


88 




7 


63 


16 


48 


7 


55 


61 




8 


56 


8 


30 


8 


57 


43 




9 


27 


4 


19 


9 


32 


31 




10 


19 


2 


12 


10 


25 


22 




11 


21 


1 


8 


14 


12 


15 




12 


14 


» 


5 


12 


15 


11 




13 


6 


» 


3 


13 


15 


7 




14 


7 


» 


2 


14 


7 


5 




15 


10 


» 


1 


15 


8 


4 




16 


5 


» 


» 


16 


4 


3 




17 


4 


» 


» 


17 


4 


2 




18 


2 


» 


à 


18 


5 


1 




19 


4 


» 


» 


19 


2 


» 




20 





» 


» 


20 


1 


» 




21 


1 


» 


» 


21 


4 


» 




22 


1 


» 


» 


22 


1 


» 




23 





» 


» 


23 


5 


» 




24 


1 


» 


» 


24 


1 


» 




Audelàde24j. 
Totaux. 


6 


» 


» 


25 


1 


» 




1,995 


1,995 


1,995 


1,751 


1,731 





On remarquera que la première suite donnée par la théo- 



( 516 ) 
rie décroît beaucoup plus rapidement que celle donnée par 
l'observation. Les jours de pluie ou sans pluie isolés, ont 
clé beaucoup moins nombreux que ne l'indique le calcul; 
il semble donc qu'il y a une tendance, quand la pluie ou le 
beau temps a commencé, à ce qu'il se prolonge pendant 
plusieurs jours. Si, comme l'indique d'ailleurs le tableau , 
les chances pour la pluie et celles contre la pluie sont 
égales, il faut admettre que ces chances ne sont pas indé- 
pendantes et qu'elles se lient de manière qu'une chance 
réalisée tend à en réaliser une autre de même nature. 

Nous pouvons juger jusqu'à un certain point de la pré- 
pondérance que prend la chance réalisée : en effet, dans 
notre exemple N=199o et « 2 S = 729; on pourra donc 
poser 

729 1 266 

1995 = ; d'où l'on tire «'==; • = 0,635. 

i — « 4995 

J'ai recommencé les calculs dans cette hypothèse; on peut 
en voir les résultats dans la 4 e colonne du tableau précé- 
dent. 

Les résultats sont plus satisfaisants que dans l'hypo- 
thèse qui n'établit aucune dépendance dans la succession 
des jours de pluie ou sans pluie. Si on les rend sensibles 
par deux courbes , on voit que les deux lignes ont le môme 
point de départ : celle observée descend d'abord plus rapi- 
dement que celle donnée par la théorie; elle la coupe 
bientôt; puis lui reste supérieure. 

D'après la marche des nombres, le rapport 0,655, qui 
est assez satisfaisant pour le calcul des premiers groupes, 
l'est moins ensuite, car la série calculée diminue encore 
trop rapidement. Le rapport semble croître un peu à me- 
sure que la série de jours de pluie ou sans pluie se pro- 



(5i7) 

longe. Ces conjectures se fortifient par d'autres considé- 
rations que j'ai rapportées dans un nouveau chapitre Sur 
le climat de la Belgique (1), qui ne tardera pas à paraître. 

Voici un autre exemple analogue au précédent; il con- 
cerne le classement des pluies cVaprés leur durée. Ainsi, j'ai 
compté combien de pluies ont duré moins d'une heure, 
combien ont duré de 1 à 2 heures; de 2 à 5, et ainsi de 
suite (voyez la 6 e colonne du tableau). J'ai cherché ensuite 
si les nombres obtenus de cette manière étaient liés par 
une loi de continuité qui pût se formuler sans peine; sans 
que je puisse dire ici que les chances sont égales, j'ai trouvé 
que la même formule qui nous a servi précédemment était 
applicable en substituant 0,7 à 0,655 dans la valeur de a. 

La série calculée dans la 7 e colonne s'écarte peu de celle 
donnée par l'observation : le premier terme cependant serait 
trop petit de 60 unités , sans douté à cause des omissions 
quand les pluies sont très-courtes, peut-être aussi parce 
qu'un certain nombre de pluies ont été reportées sur le 
chiffre suivant. Du reste, les nombres calculés sont alter- 
nativement plus grands et plus petits que ceux observés. 
Cependant, pour les pluies qui dépassent 45 à 16 heures, 
il s'en trouve 10 à 12 qui sortent des limites assignées par 
la théorie, soit parce qu'elles ont été inscrites comme con- 
tinues lorsqu'elles ne l'étaient réellement pas, soit parce 
que les causes agissantes tendent à se maintenir avec une 
force légèrement croissante, comme nous l'avons vu pré- 
cédemment. 



(1) annales de F Observatoire royal de Bruxelles, t. IX. 



518 ) 



Sur l'état de l'électricité statique et de l'électricité dynamique, 
pendant plusieurs averses observées à Bruxelles le \ 4 juin 
1852; par A. Quetelet, membre de l'Académie. 

Je ne connais guère d'observations faites simultané- 
ment, pendant les pluies et les orages, sur l'électricité 
statique et sur l'électricité dynamique de l'air. Ces deux 
éléments météorologiques sont cependant de la plus grande 
importance, et rarement ils marchent d'accord; c'est-à- 
dire que, pendant des tensions électriques très-puissanles, 
assez souvent on ne voit aucun indice de courant; et par- 
fois, au contraire, il existe des courants très-prononcés 
sans que l'électromètre manifeste rien d'extraordinaire. 

Les averses dont je vais rendre compte ont présenté 
quelques particularités qui m'ont paru, sous ce rapport, 
dignes d'attention. L'électricité dynamique était observée 
au moyen d'un galvanomètre très-sensible deGourjon ; l'un 
des fils était mis en rapport avec la terre, et l'autre avec 
un conducteur placé sur la toiture de l'Observatoire. 
L'électricité statique était observée au moyen d'un élec- 
tromètre atmosphérique de Peltier : les observations se 
faisaient sur le sommet de l'une des tourelles de l'Obser- 
vatoire, et sur une petite plate-forme dominant les alen- 
tours. 

Le 14 juin 1852, il avait plu, à différentes reprises, 
pendant la matinée; on avait recueilli 2 mm ,55 d'eau. Vers 
midi, d'épais nuages flottaient dans les régions inférieures 
de l'atmosphère, et laissaient voir, à travers de larges 
éclaircies, une partie du ciel et des cumuli, dont la blan- 



( 519 ) 
c heur éclatante contrastait avec leur teinte grisâtre, légè- 
rement cuivrée. Le thermomètre centigrade marquait 
L~",(>; et le baromètre 759 inm ,75; la pression atmosphé- 
rique passait en ce moment par un état minimum.. La 
direction des nuages, d'accord avec celle de la girouette, 
indiquait un vent d'OSO assez modéré. 

L eleclromètre de Peltier, interrogé à différentes reprises 
et à des intervalles de2à5 minutes, accusa successivement 
—49°, —50°, —55°, —40°, —50°. Une pluie se voyait dans 
la direction de l'OSO; et, pendant la dernière observation, 
un petit nuage qui passait au zénith , laissa tomber quel- 
ques gouttes d'eau. Il était alors midi et 10 minutes envi- 
ron, et le nimbus qui versait de la pluie à l'OSO, appro- 
chait insensiblement. 

Je descendis aussitôt pour inviter M. Bouvy, l'un de 
mes aides, à suivre la marche du galvanomètre de Gour- 
jon, pendant que je continuerais mes observations sur le 
sommet d'une des tourelles de l'Observatoire , au moyen de 
lelectromètre de Peltier; mon dessein étant de juger des 
états respectifs de l'électricité statique et de l'électricité 
dynamique de l'air, pendant la chute d'eau qui devait 
bientôt avoir lieu. Puis, je remontai précipitamment. 

Vers 12 h 15 m , je recommençai mes observations électri- 
ques que je continuai à des intervalles de 2 à 5 minutes; 
j'obtins successivement — 4G°, — 57°, — 61°, — 04°, — 65°; 
pendant celte dernière observation, le nimbus qui s'était 
de plus en plus rapproché, touchait au zénith par son 
premier bord; le vent se renforça très-sensiblement, et les 
premières gouttes de pluie commencèrent à tomber; l'élec- 
tromètre indiquait — 69°; et au moment où l'averse se 
déclara, — 75°, il était 12 h 5ô m ; deux minutes plus tard, la 
pluie tombait moins fort, et lelectromètre marquait — 74°, 



( 520 ) 

puis, — -75°. A 12*57% la partie la plus sombre du nimbus 
avait dépassé le zénith, et le restant du nuage ne donnait 
plus d'eau ; mais une pluie nouvelle s'était formée au S et 
au SE, l'électromètre marquait 0°: consulté immédiate- 
ment après, il indiqua -t- 75°. Je voulus prendre l'heure, 
mais je m'aperçus, avec étonnement, que ma montre s'é- 
tait arrêtée. 

Cependant la pluie qui s'était formée au S s'étendait 
jusqu'à Bruxelles, mais donnait très-peu d'eau; elle con- 
tinua à se développer avec intensité vers l'horizon, tandis 
qu'en même temps il se formait des pluies nouvelles dans 
la direction de l'E, du NE et du N. J'estime qu'il était en- 
viron 12 h 48 m ; le nuage pluvieux qui se trouvait au zénith 
s'élargissait, et il donna de l'eau pendant quelques minutes 
seulement; l'électromètre continua à être observé, et ne 
cessa d'indiquer -f- 75°, degré le plus élevé qu'il pût at- 
teindre (1). 

Il était à peu près 1 heure; le dernier bord du nuage 
touchait au zénith, le soleil brillait par intervalles; la 
pluie était encore très-forte entre le S et l'ENE, l'élec- 
tromètre n'avait pas cessé d'indiquer -+- 75°; peu après, il 
descendit à -*- 72°, le zénith commençait à se dégager; les 
nuages marchaient dans différentes directions; lèvent, 
dans les régions très-inférieures, était encore entre le 
SO et l'OSO; et les nuages pluvieux formés au SE se 
rapprochaient ; leurs bords étaient fortement ondulés. 



(1) Par suile d'une réparation récemment faite à l'instrument, l'échelle 
que peut parcourir l'aiguille se trouve un peu resserrée. Toutefois, je ferai 
remarquer que, par la rapidité des oscillations de l'aiguille, je pouvais juger 
qu'en ce moment l'intensité électrique était à son maximiun. 



( 321 ) 

Vers 4 h 40 nl , je descendis, et l'on me remit les observa- 
tions laites par M. Bouvy qui, ayant dû sortir, avait cédé 
sa place à un autre observateur. Voici les indications que 
le galvanomètre lui avait données, tandis que je recueil- 
lais celles de l'électromèlre. 

Jusque 2 minutes après le commencement de la pluie, 
le galvanomètre n'avait point cessé de conserver son état 
d'équilibre habituel 5° A (1); l'aiguille se mit en mouvement 
à 42 h 54 m et elle oscillait entre 49° B et t°A; à 42 h 55 m , 
son oscillation s'étendait dans un arc compris entre 4° B 
et 54° B; puis entre 50° B et 40°,5 A. A 42" 56 m ,5, la pluie 
cessait et l'aiguille oscillait autour de sa position habi- 
tuelle, de 0° à 40° A; ensuite, de 2°,5 A à 9° A ; enfin elle 
se mit à l'état de repos à 5°,5 A. 

Il y avait donc eu un courant descendant, mais pendant 
la durée de l'averse seulement; et l'aiguille s'était remise à 
l'état de repos au moment où l'électricité avait changé de 
signe d'une manière si remarquable. Les oscillations re- 
commencèrent à 42 h 48 m , en même temps que la seconde 
pluie, qui fut très-faible et de très-courte durée; la pre- 
mière impulsion porta l'aiguille de 8° à 12° A; elle oscilla 
alors autour de sa position d'équilibre, de 1° à 8° A , puis 
de 5° à 7° A; la direction du courant avait changé, il était 
ascendant. Un nouveau changement s'opéra ensuite, l'ai- 
guille oscilla de 5° B à 4° A; puis de 2° B vers 4° A jusqu'à 
1 heure, pour s'arrêter encore à 5° A. 

Ce qui m'étonna surtout, ce fut d'apprendre que la 
montre de M. Bouvy s'était arrêtée presque en même temps 



(!) Quand la tête de l'aiguille se porte vers IJ, le courant est descendant; 
quand elle se porte vers A, le courant est ascendant. 



( 322 ) 

que la mienne, c'est-à-dire à 12 h 57 m , au moment où se 
faisait le changement brusque dans le signe de l'électricité 
atmosphérique. Était-ce accidentellement ou par un effet 
électrique? c'est ce qu'il serait difficile de décider; je me 
borne à signaler les faits. 

A partir de l h 15 m , on continua à observer le galvano- 
mètre, mais il ne quitta plus la position d'équilibre; je 
retournai, de mon côté, à mon observatoire électrique, et 
je trouvai l'électromètre indiquant toujours -+- 75°. Les 
nuages continuaient à marcher dans différentes directions; 
on les voyait s'avancer les uns vers les autres, s'arrêter et 
s'attirer pour se fondre ensemble. Les nuages pluvieux qui 
venaient du SE se réunirent insensiblement à d'autres 
nuages venus du NO, l'électromètre marquait 4- 72°. Le 
zénith se couvrit, quelques gouttes tombèrent, -+- 75°. 
Puis,àl h 24 m , la pluie tourna vers l'E , -f- 72°. Les nuages, 
vers le zénith et le SO, étaient si peu épais, qu'ils permet- 
taient d'entrevoir le disque solaire, -t- 64°. 

A l h 28 m , un peu de pluie; les nuages se dirigeaient du 
SO au NE dans le sens marqué aussi par la girouette. 
L'électromètre indiquait -+- 61°; on continuait à entre- 
voir le soleil. A l h 34 m , le soleil reparut, le zénith se dé- 
gagea , l'électromètre marqua zéro ; la pluie avait tourné 
à l'E. 

A l h 36 m , le zénith se chargea de nouveau; l'électro- 
mètre indiqua successivement — 2°, — 18°, — 28°, — 15°. 
A l h 45 m , la pluie tomba encore dans différentes direc- 
tions, mais point à Bruxelles; le soleil brillait par inter- 
valles, et l'électromètre marquait — 6°. 

Je dois faire remarquer que, pendant ces pluies, on 
n'entendit pas un seul coup de tonnerre, et qu'on ne vit 
pas le moindre éclair. 



( 523 ) 
L'exemple que je viens de citer fera mieux comprendre 
comment, pendant une même pluie, selon l'instant où 
l'on observe, on peut avoir de l'électricité, soit positive, 
soit négative; cette électricité, pendant les averses, est en 
général , très-énergique. Si on la recueille au moment d'une 
inversion dans le signe, elle peut être nulle ou à peu près 
nulle; ces inversions, du reste, sont toujours de courte 
durée. 



Note sur la falsification des farines; par M. Martens, 
membre de l'Académie. 

Dans une notice de M. Biot, pharmacien à Namur, pu- 
bliée dans le Bulletin de l'Académie, t. XIX, pp. 597 et 598, 
on a prétendu que la méthode que j'avais indiquée pour 
découvrir la sophistication de la farine de blé par les légu- 
mineuses était vicieuse, et qu'elle pouvait induire en er- 
reur, par la raison que certaines farines de blé, et entre 
autres celle de l'épeautre, cédaient à l'eau un principe pré- 
cipitable par l'acide acétique à l'instar de la légumine. Il 
semblerait, d'après cela, que, dans la recherche des falsifica- 
tions des farines par les légumineuses, je me suis toujours 
borné à constater que la solution , obtenue par la macé- 
ration de la farine avec de l'eau, précipitait par l'acide 
acétique; mais on n'ignore pas que j'ai dit expressément 
que ce caractère seul ne suffisait pas pour indiquer la falsi- 
fication dont il s'agit (1), et que l'on ne pouvait admettre 




(1) Bulletins de V Académie, t. XVII, l re partie, p. 207. 



( 524 ) 

la présence de la farine des légumineuses dans le blé 
qu'après y avoir rencontré la légumine, principe propre à 
la farine des légumineuses et qui, jusqu'ici, n'a pas été ren- 
contré dans les céréales. Ainsi, tant que l'on n'aura pas 
démontré que les macérations aqueuses obtenues avec cer- 
taines céréales pures, et entre autres avec l'épeautre ou le 
froment exotique, renferment delà légumine, ou se com- 
portent identiquement de la même manière que les solu- 
tions de ce principe extrait d'une farine de légumineuse, 
on n'aura pas le moins du monde infirmé l'utilité du pro- 
cédé que j'ai indiqué pour rechercher la sophistication de 
la farine de blé par les légumineuses. 

Ce procédé, en effet, quoi qu'on en ait dit fort mal à 
propos, ne se borne pas à constater la précipitation du 
macéré de la farine suspecte lorsqu'on vient à l'aciduler 
légèrement par l'acide acétique; il se fonde sur un ensem- 
ble de caractères et non sur un caractère unique. Aussi 
ai-je eu grand soin de déclarer, comme l'a fait également 
depuis M. Stas, dans son rapport sur la notice de M. Biot, 
qu'il était très-important , dans une expertise judiciaire , de 
ne pas se borner à un caractère isolé pour constater la pré- 
sence des féveroles ou des vesces dans la farine de blé, mais 
d'avoir égard ci l'ensemble des caractères et de se prononcer 
surtout d'après cet ensemble et d'après l'identité des résultats 
obtenus dans des expériences comparatives faites avec du blé 
adultéré (1). C'est la marche que je n'ai pas manqué de 
suivre lorsque j'ai été consulté en justice sur des farines 
supposées falsifiées. Toutefois, je n'attache aucun prix à la 



(1) Remarques sur la recherche des falsifications des farines. (Bituetiin's 
ije l'Académie, i. XVII, I" partie, p. 200.) 



( 525 ) 

recherche du tissu cellulaire à mailles hexagonales des 
légumineuses, parce que le même tissu réticulé se ren- 
contre ailleurs, et même dans le son du blé, comme je 
l'ai observé à l'aide d'un bon microscope. On sait, d'ail- 
leurs, que rien n'est plus commun dans le règne végétal 
que la variété de tissu cellulaire à mailles hexagonales; 
de sorte que cette forme de tissu ne peut servir de carac- 
tère distinctif a telle ou à telle graine. Je n'attache pas 
non plus d'importance à Y odeur propre aux légumineuses 
dont a parlé M. Stas dans le rapport précité, parce que 
c'est un caractère trop vague que tout homme ne sau- 
rait constater ou apprécier. La moindre avarie de la fa- 
rine peut, d'ailleurs, lui communiquer une odeur parti- 
culière, masquant ou modifiant celle des légumineuses. 
J'attache, au contraire, une assez grande importance aux 
caractères qu'a fait connaître en dernier lieu M. Lecanu, 
consistant dans la cicatrice linéaire ou cruciale des glo- 
bules amylacés des légumineuses, et dans la coloration 
rouge -lie de vin de la partie de ces farines que l'acide 
chlorhydrique dilué ne dissout pas. 

En tout cas, comme la présence de la légumine distingue 
particulièrement la farine des légumineuses de celle des 
céréales, où ce principe organique n'a pas été rencontré 
jusqu'ici, c'est sans contredit à la recherche de ce prin- 
cipe qu'il faut surtout s'attacher pour reconnaître les fal- 
sifications de la farine de blé par les féveroles, les lentilles, 
les fèves et les pois. Or, comme la légumine est très-solu- 
ble dans l'eau et précipitable par l'acide acétique, acide 
qui ne précipite pas l'albumine du blé, il en résulte que 
la marche la plus rationnelle pour découvrir dans la farine 
de blé des farines de légumineuses, c'est de la laisser ma- 
cérer pendant une heure avec le double ou le triple de sou 



■(■32(5 ) 
poids d'eau à 25° C, de filtrer ensuite et de rechercher dans la 
liqueur filtrée, la légumine à l'aide de l'acide acétique et des 
autres réactions qui lui sont propres. Ce procédé, exécuté 
avec sagacité, peut conduire, quoi qu'on en ait dit, à des 
résultats parfaitement concluants, pourvu, bien entendu, 
que l'on ne se borne pas à la constatation pure et simple 
du précipité fourni par l'acide acétique. Toutefois ce ca- 
ractère, dont on a singulièrement exagéré l'imperfection, 
n'est pas aussi incertain qu'on a bien voulu le dire. Jus- 
qu'ici je n'ai pas rencontré une seule farine de céréales 
pure, non avariée et convenablement blutée, qui présentât 
ce phénomène. J'ai essayé du blé d'Odessa et du blé d'E- 
gypte; ils se sont comportés comme notre froment ordi- 
naire. Je suis parvenu, en dernier lieu, à me procurer de 
l'épeautre des environs de Dinant, car j'étais curieux de con- 
stater si, comme l'assure M. Biot, pharmacien de Namur, 
la farinede cette sorte de blé donnerait une solution aqueuse 
précipitant par l'acide acétique, à l'instar de la farine de 
froment sophistiquée par des féveroles; mais cette farine 
d'épeaulre bien blutée et macérée avec de l'eau m'a donné, 
par la fîltration, un liquide que l'acide acétique ne troublait 
en aucune manière. Il est vrai qu'en employant la même fa- 
rine imparfaitement blutée, c'est-à-dire contenant encore 
du son, j'ai obtenu un macéré que l'acide acétique rendait 
un peu opalin, mais sans y produire de véritable précipité 
ou dépôt, séparable par la filtration et la décantation, 
comme on l'obtient avec le macéré d'une farine de froment 
additionnée de 7 à 10 p. % de farine de féveroles. 

Au reste, il était facile de s'assurer que l'action de l'a- 
cide acétique sur le macéré de la farine d'épeautre non 
blutée au tamis de soie, provenait de la présence du son : 
car en opérant avec ce dernier seul , j'ai obtenu un liquid< 



( 527 ) 

que l'acide acétique troublait notablement. Ce caractère 
n'est pas exclusivement propre au son d'épeautre. Le son 
de froment ordinaire le manifeste, au moins, au même 
degré; mais, chose remarquable, les liquides filtrés pro- 
venant de la macération du son, perdent au bout de peu 
de temps et toujours en moins d'une heure, la propriété de 
précipiter par l'acide acétique, tandis que les macérés de 
féveroles ou de farine de froment sophistiquée par des 
légumineuses conservent cette propriété après la filtration 
pendant plus de deux jours, et en tout cas aussi longtemps 
que la légumine n'a pas été détruite par la putréfaction. 
Ainsi, puisque le macéré de son ne se trouble plus sensi- 
blement par l'acide acétique quelque temps après sa pré- 
paration, c'est un indice que la réaction de l'acide ne doit 
pas être attribuée à la légumine. On peut, d'ailleurs, éviter 
celte complication dans l'examen des farines, en n'opérant 
que sur des farines bien blutées ou passées au tamis de soie 
avant leur mise en macération dans l'eau. C'est une précau- 
tion que M. Biot et d'autres ont probablement négligée; 
puisqu'ils ont annoncé que les macérés des farines d'é- 
peautre précipitent par l'acide acétique. 

Quoi qu'il en soit, comme le précipité produit par les 
acides acétique et phosphorique trihydraté dans un macéré 
de farine ne fournit un indice concluant de sophistication 
que pour autant qu'il se rattache à la présence de la légu- 
mine, il n'est pas difficile d'éviter les méprises que l'on 
serait exposé à commettre en se bornant au seul phéno- 
mène de précipitation indiqué; on doit toujours s'assurer, 
par d'autres caractères, si le macéré aqueux de la farine 
contient réellement une substance azotée offrant les pro- 
priétés distinctives de la légumine. Or, on sait que le 
macéré aqueux et filtré d'une farine de légumineuse et 



( 328 ) 

entre autres de féveroles, abandonné à lui-même dans 
l'air pendant 5 à 5 jours, à une température de 25 à 50° e., 
s'altère profondément, contracte une odeur fétide et fournit 
un abondant coagulum qui, de même que le liquide sur- 
nageant, a une forte réaction alcaline et dégage beaucoup 
d'ammoniaque par l'addition de la chaux. Le macéré de la 
farine de froment additionnée de Vio de farine de féverole 
présente des phénomènes analogues, mais à un degré moins 
marqué. Au contraire, les macérés de farines de froment 
ou d'épeautre, blutées ou non blutées, offrent des phéno- 
mènes tout différents par leur altération spontanée; ils ne 
se troublent que légèrement, ne contractent pas d'odeur 
putride ou ammoniacale, mais plutôt aigre, n'offrent pas 
de réaction alcaline, mais bien une réaction plus ou moins 
acide par l'effet de leur altération , et le léger dépôt qui s'y 
forme ne dégage pas une quantité sensible d'ammoniaque 
par l'addition de la chaux. 

Ces phénomènes étaient faciles à prévoir. On sait que le 
contenu azoté des céréales est moins abondant que celui des 
graines légumineuses et, de plus, que les principes azotés 
des premières sont presque entièrement insolubles dans 
l'eau, tandis que les farines de légumineuses cèdent à ce 
liquide presque toute leur matière azotée, qui constitue la 
légumine. Le macéré aqueux des farines de féveroles, len- 
tilles, fèves, etc., quoique filtré et clair, doit donc con- 
tenir beaucoup de substance azotée, tandis que celui des 
farines des céréales, et surtout du froment, et même de 
répeau tre, n'en contient presque pas. Voilà pourquoi ce 
dernier liquide ne devient pas ammoniacal par son altéra- 
tion spontanée, mais plutôt acide; ce qui lient à la matière 
gommoso-sucréc que la plupart des farines des céréales 
abandonnent à l'eau. Celle-ci, à la vérité, en extrait aussi 



( 329 ) 
tant soit peu d'albumine, mais celte substance azotée ne 
s'y trouve qu'en quaiililé minime, et peut d'ailleurs en 
être séparée très-facilement. Au contraire, en épuisant 
par la macération, avec le moins d'eau possible, une 
farine légumineuse de ses principes solubles, on obtient 
un liquide qui renferme une quantité notable de matière 
très -azotée semblable au caséum; c'est la légumine ou 
caséine végétale qui, en s'altérant rapidement en été, 
donne naissance à des composés ammoniacaux, faciles à 
reconnaître et analogues à ceux qui se produisent dans 
l'altération spontanée du caséum ou de la caséine ani- 
male. Je crois inutile de rappeler ici les autres caractères 
de la légumine, qu'il convient de constater pour découvrir 
les sophistications en question ; je renvoie, du reste, pour 
cet objet, à la notice que j'ai publiée dans le Bulletin de la 
séance de l'Académie du 2 mars 1850. 

Après avoir reconnu dans une farine la présence de la 
légumine, il ne reste plus qu'à examiner, à l'aide du mi- 
croscope, si elle contient, en effet, des globules amylacés 
étrangers à sa composition, sans négliger aussi l'examen 
des autres caractères qui ont été signalés comme propres 
aux farines de blé , mêlées de féveroles ou de vesces. On 
arrivera ainsi facilement à un résultat concluant relative- 
ment au plus ou moins d'impureté de ces farines. Il se 
peut, à la vérité, que le froment étranger, et même l'é- 
peautre indigène, qui sont loin d'être généralement aussi 
purs que notre froment, contiennent accidentellement des 
féveroles ou des vesces, et surtout des lentilles, qui ont 
passé avec le blé au moulin et qui se trouveront dans la 
farine, sans qu'il y ait eu sophistication proprement dite; 
mais , abstraction faite de ce cas, qui ne peut être constaté 
que par l'examen physique du blé dont la farine est pro- 
Tome xix. — II' part. 23 



( 350 ) 

venue, je doute infiniment qu'il y ait du blé exotique ou 
même de l'épeautre indigène qui puisse offrir toutes les réac- 
tions chimiques propres à une farine de légumineuses, et 
je ne crains pas d'aliirmer que ceux qui , en employant des 
farines d'épeautre ou de blé exotique, ont obtenu , comme 
ils l'assurent, des réactions semblables à celles que don- 
nent les farines de froment mêlées de farines de féveroles 
ou de vesces, n'ont probablement eu à leur disposition 
que des farines provenant d'un blé impur ou ont opéré sur 
des farines avariées ou non blutées, dont certaines réac- 
tions, prises isolément, peuvent en imposer à un observa- 
teur peu attentif et lui faire croire à une falsification qui 
n'existe pas. 



TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 

Notice sur les fleurs de Pétunia doublées par chorise stami- 
naleet atteintes de calyphyomie, ou adhérence anormale 
du calice à la corolle ; par M. Ch. Morren , membre de 
l'Académie. 

Toutes les fleurs doubles, si intéressantes sous le rap- 
port de la philosophie typique des organes, des lois qui 
président à leur variation , et si importantes pour l'horti- 
culture, celte application de l'esthétique ou de l'art du 
beau à la science des plantes, toutes les Heurs doubles 
étaient naguère et sont même encore aujourd'hui rangées 
dans une seule et même classe d'êtres tératologiques. Ce 
sont des monstres dont les organes floraux, sexuels sur- 



( 331 ) 

tout, ont subi la métamorphose de dilatation ou d'expan- 
sion. Les fleuristes, M. Moquin-Tandon l'a déjà lait re- 
marquer avec raison, avaient eu la prescience de la 
tératologie en distinguant par des noms spéciaux l'origine 
et la nature des organes transformés. Les folioles du calice 
deviennent-elles des pétales sous le rapport de la couleur 
et de la contexture, leur position exierne leur donne le 
nom de manteau. Sont-ce les vrais pétales qui se dédou- 
blent, augmentent en nombre et subissent des variations 
de figure, de couleur ou de tissu , ils deviennent des cor- 
dons. Sont-ce les étantlnes qui se métamorphosent en pé- 
tales, soit par l'anthère ou par le fil et isolément, soit par 
tous deux à la fois, elles affectent en général la forme d'un 
bec d'oiseau et acquièrent moins de volume que les pétales 
ordinaires, ce sont alors des béquillons. Enfin s'il y a trans- 
formation du pistil en organe pétaliforme, ce qui est plus 
rare, la structure la plus générale du stigmate ne disparaît 
pas entièrement dans l'organe femelle, le plus résistant 
de tous aux causes de déviation , et les organes déformés 
pistil laires deviennent pour l'horticulteur les peluches ou 
pannes, dénomination représentative de la forme stigma- 
tique chez laquelle l'expansion produit en effet la figure 
d'une frange. Ces termes, quoique vulgaires et puisés non 
pas aux sources des étymologies grecques , comme les 
expressions savantes , mais au dictionnaire de la langue 
usuelle, n'en sont pas moins aussi scientifiques que les 
mois les plus profondément imaginés , par la raison qu'ils 
sont vrais, exacts et qu'à leur sens précis ils ont même 
le mérite d'ajouter des images qui les font retenir facile- 
ment. Il est même fâcheux qu'une science aussi hérissée 
de termes que la botanique, n'ait pas joui plus souvent de 
la bonne fortune de cette simplicité et de cette précision. 



( 552 ) 

Donc, en horticulture, des (leurs doubles peuvent être 
mantelées, si c'est le calice qui se pétalifîe, cordonnées, si la 
corolle augmente ses pétales, béquiUonnées , si les étamines 
se transforment en pétales, peluchées si le pistil devient 
pétaloïde. Ces distinctions sont claires et précises, si elles 
sont prises isolément, mais on conçoit facilement que le 
calice et le pistil , les deux pôles foliaires de la fleur, les plus 
difficiles à être atteints par les forces de déviation, sont 
précisément les appareils le moins souvent métamor- 
phosés, tandis que les pétales et les étamines se modifient 
le plus facilement et offrent peu de résistance aux causes 
de perturbation. Les fleurs doubles cordonnées et béquil- 
lonnées seront donc les plus communes. 

Il y aurait bien des modifications à proposer à cette 
méthode de classer les fleurs doubles, en admettant même 
ces bases. Nous ne citerons ici, pour ne pas entrer dans 
une digression trop longue à ce sujet, que le cas de la pé- 
talodie des Narcisses, par exemple, genre de fleurs doubles 
très-connu des horticulteurs. Il leur serait certes difficile 
de classer ces fleurs dans une de leurs divisions, même 
mixte. D'abord le mantelet (calice pétalifîe) y est typique; il 
existe toujours, dans les fleurs simples comme dans les 
doubles, puisqu'il fait partie d'un périgone; puis le pre- 
mier rang d'organes pétaloïdes qu'on rencontre dans un 
Narcisse double n'est que la répétition d'un périgone sem- 
blable élevé à la seconde puissance; s'il y a un troisième 
rang, c'est encore un périgone à la troisième puissance, 
et ainsi du reste. Les béquillons du centre, on les voit 
naître non des étamines exclusivement, mais de la coupe 
(scyphus) dont on a aisément déterminé la signification en 
disant que c'est un nectaire, mais dont, par cela même, on 
n'a pas lixé la nature : il y aurait donc au moins des bé- 



( 533 ) 

quillons neclariens, comme il y aurait des béquillonssta- 
minaux. On le voit à cet exemple, si cette méthode 
d'expliquer et de classer les lïeurs doubles a trouvé son 
utilité en horticulture, elle est sujette, pour une science 
plus approfondie, comme la tératologie, à des observations 
qui en diminuent la valeur réelle. 

Outre ces métamorphoses, Pyrame De Candolle, dans 
son mémoire sur les Heurs doubles (1), démontra qu'il fal- 
lait faire entrer en ligne de compte les multiplications or- 
ganiques, signalées déjà par Linné, mais dont l'impor- 
tance avait échappé à l'illustre auteur de la Philosophie 
botanique. De Candolle éclaircit ce phénomène de la mul- 
tiplication des éléments organiques dans l'appareil floral, 
et plus tard, MM. Dunal et Moquin-Tandon étudièrent 
bien plus profondément encore cette disposition de la 
nature vivante : le phénomène prit enfin la forme d'un 
corps de doctrine et s'exprime sous le nom de chorise. Il y 
avait donc dans la théorie des fleurs doubles, des fleurs 
chorisées ou, comme on l'a écrit aussi , choristées, c'est-à- 
dire des fleurs modifiées où se constataient des excès de 
parties au-dessus du nombre normal, non plus par méta- 
morphose, mais par dédoublement ou multiplication d'or- 
ganes typiques. 

Nos travaux particuliers, publiés successivement, sur les 
fleurs doubles des légumineuses (Lotus, Ulex), sur celles 
des Orchidées (Orchis), sur la pélalification successive des 
fleurs doubles des Saxifragées (Saxifrages) , sur l'adénopé- 
talie des Lopéziées (Lopezia) , sur les fleurs doubles des 
Personnées due à une solénaïdie (Antirrhinum), sur les 



(1) Mémoires de la Société d' Avcueil , 1817, t. III, pp. 307 et 402. 



( 554 ) 

synanthies des mêmes fleurs , etc. , toutes ces recherches 
ont prouvé que, dans ce phénomène de la pétalodie des 
fleurs, c'est-à-dire dans la transmutation des fleurs simples 
et typiques en fleurs doubles, il y avait encore un grand 
nombre de lois spéciales à découvrir, que plusieurs de ces 
lois étaient d'une grande élégance et se rattachaient in- 
timement aux idées les plus élevées de la philosophie de 
l'organisation. Nous n'aurions besoin ici que de rappeler, 
pour prouver l'importance de ces lois, V alternance dés 
métamorphoses dans l'androcée multisériée, h répétition 
des formes colylédonaires, primordiales et caulinaires des 
feuilles dans celles desétamines pétalodées, la superposition 
sans alternance des appareils corollins dans les Papilio- 
nacées, les Narcissées, les Orchidées, la chéilomanie ou 
reproduction indéfinie de la plus haute forme florale au 
profit des éléments corollins répétés, etc., etc. Toules ces 
expressions de la diversité des moyens employés par la na- 
ture pour frapper ces fleurs doubles et monstrueuses d'une 
stérilité nécessaire à la conservation de l'ordre, deviennent 
en effet d'autant plus intéressantes à reconnaître et à pré- 
ciser que leur étude particulière en démontre la richesse et 
l'importance. 

Mu par ces différentes raisons, nous avons cru pouvoir, 
dans ce travail, nous occuper d'une manière spéciale d'un 
ordre de fleurs doubles où d'autres modifications non 
moins curieuses que celles qui ont été renseignées anté- 
rieurement, ont été soumises à nos investigations. 

Depuis que la culture des Pétunia s'est étendue dans 
nos jardins et nos serres, on commence à exposer dans 
nos fêtes floréales des Pétunia à fleurs doubles : ils sont 
même très- recherchés des horticulteurs. C'est chez ces 
Pétunia (P. violacea Hook) et surtout sur les variétés 



( 355 ) 

blanches que nous avons pn observer comment se for- 
maient, chez ces Solanées, les appareils pétalodés. 

Nous prenons d'abord une ileur (fig. 1) sur laquelle le 
phénomène est à son principe. Ce qui frappe d'abord, c'est 
que cette ileur est courbe au lieu d'être droite et, par une 
monstruosité très-rare, le calice est soudé à un lobe de la 
corolle qui a forcé celle-ci, beaucoup plus longue que le 
calice (4 à 5 fois), à se plier, à s'incliner, comme si elle 
était tenue par un lien, ce qui est en effet. Cette sorte 
de véritable adhérence entre le calice et la corolle est ex- 
trêmement rare. « Je ne ctmnais qu'un seul fait de cette 
anomalie, écrit M. Moquin-Tandon , dans son Traité de 
tératologie (p. 254) : c'est un Géranium nodosum dans le- 
quel un pétale s'était dévié de sa situation normale et collé 
par le dos de sa partie inférieure à une des folioles du ca- 
lice. » Nous pouvons ajouter un second cas de cette adhé- 
rence dans ce Pétunia. On conçoit que, dans le Géranium 
nodosum de M. Moquin, pourvu d'une corolle polypétale, 
le pétale soudé s'est seul ramené vers le calice auquel il 
était soudé; mais ici, dans le Pétunia, où la corolle est 
gamopétale, la liaison des pétales, devenus lobes, a dû 
entraîner la corolle tout entière vers le calice. Même le 
lobe soudé s'était violemment séparé (sans déchirure tou- 
tefois) d'un de ses voisins, ce qui explique la fente qui 
s'aperçoit de ce côté sur la figure. 

Le calice, vu isolément, a été dessiné (fig. 2). Ses cinq 
folioles existent et ont leur forme et leur dimension ordi- 
naire, seulement deux sont plus écartés, et on voit poindre 
entre eux le lobe supplémentaire (calice chorisé) qui est 
allé s'unir à la corolle : c'est une bride verte, poilue, se 
prolongeant dans cet état sur le lobe blanchi corollin, 
suivant, en se tordant un peu, non la nervure médiane de 



(53G ) 

ce lobe , nervure verte aussi , mais le bord du lobe , ce qui 
indique une alternance qui est génuine dans ce genre. 

Puis sur la foliole latérale et normale on aperçoit (fig. 2) 
partant du bord un organe filiforme, de couleur et de con- 
texture corollines, odorant comme la corolle. Cet organe se 
tourne, à une certaine hauteur, en spirale et, après trois 
tours sur lui-même, s'élance en pointe pour se terminer 
un peu plus haut. Son insertion empêche d'y voir une fleur 
atrophiée et, comme il se trouve sur le bord d'une foliole 
du calice, il est bien plus naturel d'y voir le commence- 
ment, mais un commencement dérangé, d'une pétalodie 
du calice dont le lobe voisin soudé à la corolle fournit un 
exemple plus complet. Une telle structure ramène évidem- 
ment l'esprit de l'observateur vers la forme à la fois si 
belle et si curieuse du Campanula persicaefolia var. Coro- 
nata, que nous avons décrite et figurée dans notre ouvrage 
Belgique horticole, t. I , p. 159. Dans celte Campanule, on 
voit, dans sa plus grande élégance, le calice se pétai ih'er et 
se souder régulièrement par sa base à la corolle, de sorte 
que les fleuristes possèdent, dans cette Campanule, une fleur 
double mantelée. Depuis que nous avons publié l'histoire 
de celte variété si recherchée de Campanule, nous avons 
obtenu des fleurs mantelées et totalement doubles par 
métamorphose et par chorise pétalodée des étamines. Cette 
comparaison de la campanule double avec notre Pétunia 
en train de le devenir, reposant et sur l'insertion des 
organes et sur leur changement de contexture, s'appuie 
encore sur leur caractère commun , à savoir, que tous deux 
sont des corolles gamopétales. 

M. Moquin -Tandon a vu le pétale du Géranium nodomm 
collé, par le dos de sa partie inférieure, à une des folioles 
du calice. Ici , nous vovons le haut de la foliole du calice 






(537) 

collé au milieu de retendue du lobe de la corolle. D'où il 
suit qu'entre le bas de la corolle et le haut du calice, il 
devait y avoir un vide. Cette adhérence à dislance n'esl 
pas commune dans les monstruosités végétales, mais on 
voit qu'elle est possible. L'adhérence tératologique du ca- 
lice à la corolle pourrait recevoir le nom de Calyphyomie 
(xàtaf, calice, ^opu, adhérer). Ce genre d'aberration est, 
comme nous venons de le voir, excessivement rare, et, dans 
l'étymologie de son nom, il ne faut pas oublier qu'en bota- 
nique, adhérence et cohérence ont deux sens prescrits et 
déterminés: l'adhérence est toujours composée d'éléments 
hélérologues, la cohérence toujours d'éléments homologues. 

Vue de face, cette fleur de Pétunia présentait trois bé- 
quillons, dont un premier simulant un pistil , un second 
offrant toute une lame corolline longue de 12 millimètres 
et un troisième soudé en partie au lobe même correspon- 
dant de la corolle (voy., fig. 5, l'aspect général de la (leur). 
En ouvrant la fleur, on apercevait non pas -cinq élamines, 
comme on devait s'y attendre, mais dix, dont cinq plus 
longues et cinq plus petites (voy. fig. -4). Ces élamines of- 
fraient à divers degrés le développement normal et le dé- 
veloppement légèrement hypertrophié des anthères. L'une 
d'elles, appartenant au rang le plus haut (voy. fig. A , A), 
présentait cette pointe simulant le pistil dans la Heur non 
ouverte, et celte pointe n'était autre qu'un coiineclif pro- 
longé. Malgré cette prolongation, les loges anthériennes 
étaient bien formées et pollinifères. Cette étamine offrait 
un lilet dilaté et contourné en spirale. 

Une seconde étamine du même rang était aussi dilatée 
au filet; l'anthère plus grosse que de coutume et bosselée : 
pollinifère, elle montrait une tendance à la déformation 
(Bfig.4). 



( 338 ) 

Une troisième étamine (E fig. 4) avait son filet entière- 
ment soudé à la corolle, l'anthère seule séparée et le bas de 
cette anthère prolongé en pointe corolline. 

Les étamines du rang le plus bas (F G H 1 et K) étaient 
toutes bien formées. La cinquième seule (A') ne laissait 
aucun doute sur sa conversion en béquillon. Le filet large 
et aplati , l'anthère pollinifère encore en bas et déjà sur les 
côtés, et surtout le haut une grande lame repliée en lobe, 
pétaloïde, blanche et odorante : telle était sa structure 
indiquant une transformation complète. 

Arrêtons-nous un instant sur ce monstre avant de passer 
à l'étude des fleurs de Pétunia entièrement et complète- 
ment doubles. 

Le genre Pétunia, delà tribu desNicotianées, dans la 
famille des Solanacées, possède cinq éléments au calice 
(sépales) soudés, cinq éléments pélaloïdes soudés en une 
corolle, cinq étamines distinctes et un pistil à style unique, 
mais à ovaire biloculaire; donc sa formule typique est : 

Ca 5 h- Co 5 -4- S5 +- P2 = 17 

Les parenthèses verticales indiquent , dans ce mode d'an- 
notations, la soudure en un seul appareil, par cohérence, 
des différentes parties qui le composent. Ceci posé, il est 
évident que la formule indicative de la structure de la 
fleur affectée d'une chorise staminale devient : 

Ca 6 -+- Co 5 •+- S10 -+- Po == 21 

Remarquons, en effet que, dans cette fleur, il n'y avait 
aucune apparence d'un appareil pistillaire quelconque. La 
différence d'une fleur génuine à cette fleur chorisée est 
donc de 4, et même elle ne serait que de 3, si le calice, ce 



( 539 ) 

qui est parfaitement indépendant dans le cas général, avait 
été constitué, comme il l'est ordinairement, de cinq élé- 
ments. Cependant cette fleur tend à devenir double; elle 
est, aux yeux du fleuriste, demi-double, et, pour obtenir 
ce résultat, la nature, en réduisant à zéro le verlicille pis- 
tillaire central , ou en soustrayant deux éléments orga- 
niques de la structure normale, ne lait qu'affecter d'une 
chorise à la première puissance l'appareil staminale. Cette 
chorise n'est pas même destructive de la puissance fonc- 
tionnelle, puisqu'elle continue aux étamines la propriété 
de produire du pollen fécond. Il serait même très-intéres- 
sant de s'assurer si ce pollen possède la propriété de pro- 
duire des embryons plus susceptibles de chorise ultérieure 
dans les fleurs à développer d'eux, ou, en d'autres termes, 
si la faculté de se monstruosifier se transmet par généra lion 
et par le sexe mâle, comme l'origine de certaines fleurs 
doubles le fait présumer. On sait que, dans ces derniers 
temps, M. Vilmorin a expliqué par la théorie du parallé- 
logramme des forces et en admettant qu'une des forces 
génératives soit Y atavisme, ou la ressemblance avec les 
aïeux, et qu'une autre force générative soit Yidyosijn- 
crasie, ou l'individualisme de l'être, il a expliqué, disons- 
nous, les analogies ou les dissemblances des êtres produits 
comparés aux producteurs. Ces fleurs de Pétunia, où les 
mâles vont bientôt devenir stériles par l'expansion des 
parties florales, offriraient, par l'emploi de leur pollen, le 
moyen de s'assurer si, pratiquement, l'hypothèse de M. Vil- 
morin se confirme. La théorie si difficile des ressemblances 
dans les familles aurait tout à gagner à ces expériences. 
Si maintenant nous jetons les yeux sur la fleur la plus 
double et la plus régulièrement double qu'il a été possible 



( 540 ) 
jusqu'à cetle heure de produire par les semis successifs, 
nous arrivons à la représentation de la figure 5. 
Cette lïeur double devient 

Ca5-4-Co5-t-Co5 -*- Co 5 -+- So -*- Po = 20. 

En effet, trois corolles de cinq parties s'ajoutent les unes 
aux autres; la première seule a ses organes soudés; les 
deux autres les ont libres : les élamines sont nulles, parce 
qu'elles sont changées en pétales, et les pistils le sont aussi 
par la même cause. On voit dans ce cas une singulière con- 
version de la formule typique (générique) en formule téra- 
tologique dont la nature s'approche beaucoup plus de la 
formule cumorphique générale des dicotylédones à quatre 
rangs floraux simples que la formule générique elle-même. 
Cetle formule eumorphique (forme légitime) serait en effet 

Ca 5 -+- Co 5 + S5 h- P5 = 20 

abstraction faite des soudures. La formule typique porte 
P2, parce qu'il y a réduction des cinq carpelles en deux, 
mais quand l'organisation générique passe à la métamor- 
phose complète des organes floraux en fleurs doubles, la 
formule eumorphique devient de nouveau applicable, parce 
qu'indépendamment de leur forme et de leurs fonctions, 
tous les éléments floraux se font jour. Cette loi est beau- 
coup plus généralisée qu'on ne pourrait le croire. Elle est 
aussi une des plus remarquables auxquelles conduit la phi- 
losophie (ératologique, comme nous la comprenons. 

Nous pourrions facilement démontrer, par les lois les 
plus simples de l'esthétique végétale, pourquoi, dans nos 
sociétés horticoles et nos expositions, le jury, le public et 
en général tous ceux qui jugent de la beauté des fleurs uni- 



( 541 ) 

quement par leur instinct cl leur appréciation spontanée, 
donnent la palme à ces sortes de Pétunia. Elles réalisent, 
en effet , pour l'œil qui se plaît plus à voir un pétale qu'une 
étamine, un vêtement, une draperie bien modelée qu'un 
torse nu, fût-il des mieux faits, une certaine surface qu'un 
point, les conditions de symétrie, de coordination, d'am- 
pleur, de coloris et de parfum, conditions nécessaires pour 
qu'une fleur soit belle au point de vue de l'art. Le natura- 
liste seul , préoccupé de ce principe que toute chose ici-bas 
a sa mission d'utilité et d'activité dans le mécanisme du 
monde et de son harmonie, demande à voir des sexes, 
parce qu'il sait que sans sexe il n'y a pas de procréation 
possible; le fleuriste, l'homme des sens, donc l'homme 
des arts, se contente de penser ou de supposer même 
qu'une belle fleur peut se multiplier sans se reproduire, 
et il s'inquiète fort peu de découvrir des sexes où son œil 
cherche des couleurs et son odorat des parfums. L'esthé- 
tique artistique tient donc, en ce qui regarde la botanique, 
à posséder des fleurs régulières, symétriques, coordonnées 
selon les lois de l'alternance, réalisant une certaine gran- 
deur, ornées des couleurs les plus pures si elles sont iso- 
lées, les plus harmoniques si elles sont multiples, et enfin, 
pourvues de ces parfums qui , agissant sur le sens de l'ima- 
gination, mettent l'homme qui admire une telle fleur, dans 
la meilleure situation pour recevoir et apprécier les im- 
pressions d'où découle l'idée du beau. Toutes ces condi- 
tions sont remplies chez les Pétunia doubles organisées 
comme nous venons de le voir. 

Mais, si nous jugeons de ces fleurs en léralologue et 
non en artiste, nous devons nous expliquer que, puisque 
le calice reste ce qu'il est dans une iïeur simple, la co- 
rolle ne change pas non plus, que seulement on aperçoit 



( 342 ) 

au dedans de celle-ci deux étoiles alternant dans leurs 
rayons, formées, la première, de cinq pétales plus petits 
que les lobes de la corolle extérieure; la seconde de cinq 
pétales moindre encore, nous devons nous expliquer com- 
ment une telle fleur double a été formée. 

Or, nous disons que si nous n'avions pas assisté à sa 
formation par l'étude des états intermédiaires, nous au- 
rions dû croire que cette fleur double était due à une 
métamorphose de cinq étamines en pétales, et en une 
métamorphose en pétales de cinq feuilles carpellaires qui 
existent primitivement dans les Solanées à titre de dico- 
tylédones. Eh bien! cette assertion , qui eût paru si natu- 
relle et si conforme aux prescriptions d'une organographie 
ordinaire, tombe devant les faits. Ces faits prouvent au 
contraire : 

1° Que la fleur double des Pétunia est le résultat d'une 
chorise staminale où le nombre des étamines est doublé, 
et que ces organes forment alors deux rangs à l'androcée; 

2° Que ces étamines, existant réellement et matérielle- 
ment dans ce cas, se transforment, par la modification du 
conneclif en pétales, en une corolle polypétale à deux 
rangs, de sorte que, dans la fleur double, il y a trois corol- 
les emboîtées les unes dans les autres ; 

3° Que les lois de l'alternance continuent à exister dans 
ces cas de métamorphoses, et qu'ainsi il faut admettre, 
contrairement à ce qui a lieu dans la formation des fleurs 
doubles chez les Orchidées, lesNarcissées, les Légumineu- 
ses , etc. , que l'axe floral continue de subir une spiralisa- 
tion où les éléments organiques font successivement, de 
verticille en verticille, un chemin mesuré par la moitié 
d'un angle droit; 

4° Que cette genèse de fleurs doubles par chorise stami- 



BuU.de i'Avad.Hiy. 



Tarn . \ /\ , 2! part, page >'>'J> 




'f/res nat- 



l.ità. pas* (r Sepereyno, lu-à-.da- l'Acad-. 



Flairs douâtes par charùe ftamùuUe et CaZypkyamù. du Pétunia vwlaxett 



( 343 ) 

nale entraîne l'avortement complet du gynécée, et qu'ainsi 
chez ces fleurs, où les mâles sont métamorphosés, quoique 
chorisés (augmentés en nombre) et où les femelles sont 
atrophiées, toute procréation est impossible; 

5° Que, par contre, la multiplication par bouturage an- 
nuel assure la conservation de cette monstruosité une 
fois qu'elle a été produite. 

EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig. 1. Fleur de Pétunia violacea, Hook. , grandeur naturelle, vue du 
côté frappé de calyphyomie. 
2. Calice de la même fleur, vue d'en haut. 

5. Fleur de la même plante chorisée partiellement et portant trois bé- 
quillons , dont un soudé. 

4. Étamines séparées, grandies au double de leur grandeur. 
A. E. K. Étamines béquillonnées. 

C. Étamine à anthère dilatée. 
Les autres naturelles. 

5. Fleur de Pétunia complètement chorisée ou double. 



Cristaux de chalkolite trouvés près de Vielsalm. 

M. Dumont annonce que, dans un voyage géologique 
qu'il a fait à Vielsalm, pendant le mois dernier, avec les 
élèves de l'École des mines et de l'Université de Liège, 
l'un de ses élèves (M. Horion) a rencontré de petits cris- 
taux verts présentant les caractères physiques de la chal- 
kolite (phosphate double d'urane et de cuivre). Cette dé- 
couverte intéressante augmente à la fois le nombre des 
phosphates et celui des éléments chimiques connus dans 
le sol de la Belgique. 

Il annonce ensuite que le tubage du puits artésien de 
la station de Hasselt est sur le point d'être terminé, et 



( 544 ) 

que, dans un essai , l'eau s'est élevée dans les tubes à o m ,80 
au-dessus des rails, c'est-à-dire à un niveau qui dépasse 
de 4 m ,70 celui qu'elle atteignait le 10 novembre dernier. 
Cette force ascensionnelle, beaucoup plus considérable 
que celle de toutes les autres sources jaillissantes de la 
Belgique, permettra d'alimenter, sans le secours de pom- 
pes, non-seulement les locomotives du chemin de fcr, 
mais encore toutes les parties de la ville de Hasselt. 

M. Dumont fait remarquer combien il serait important 
d'entreprendre de semblables travaux en divers points de 
la Campine (notamment au camp de Beverloo), où l'on 
manque d'eau potable, et qui se trouvent compris dans les 
limites du même bassin hydrographique souterrain. 



Observations sur la constitution géologique des terrains ter- 
liaires de l'Angleterre, comparés à ceux de la Belgique, 
faites en octobre 1851 (l); par André Dumont, membre 
de l'Académie. 

Dans un voyage que j'ai fait en Angleterre , au mois 
d'octobre 1851, j'ai pu, au moyen des indications que 
M. J. Prestwich a bien voulu me donner, voir en une 
huitaine de jours la plupart des points classiques et les 
coupes les plus importantes des terrains tertiaires de ce 
pays. Aux environs de Londres, ces terrains ont une res- 



(1) Ces observations ont été présentées à la séance du 5 juin, mais l'heure 
avancée ne m'a pas permis d'en donner lecture. 



( 545 ) 

semblance si frappante avec ceux de la Belgique occiden- 
tale, que leur détermination ne m'a, pour ainsi dire, offert 
aucune difficulté; mais dans le Ilampshire et l'île de Wight, 
des circonstances locales ont produit des différences miné- 
ralogiques et paléontologiques qui rendent leur synchro- 
nisme assez difficile à établir. Je n'ai pas l'intention d'en 
donner ici une description complète, surtout en présence 
des nombreuses publications dues aux géologistes anglais; 
mais de faire simplement connaître la manière dont je les 
ai vus, ce qui ne sera peut-être pas sans intérêt au moment 
où l'on s'occupe activement de coordonner les divisions et 
les sous-divisions faites dans ces terrains en Angleterre, 
en France et en Belgique (I). Cette considération justi- 
fiera , j'espère , la publication des observations qui vont 
suivre. 

On sait que les terrains tertiaires constituent, en Angle- 
terre, deux grands massifs, l'un au N. l'autre au S. de la 
bande crétacée qui s'étend du Wiltshire au Pas-de-Calais. 
Le premier de ces massifs, connu sous le nom de bassin de 
Londres, a la forme et la position d'un golfe dont l'extré- 
mité serait située vers Marlborougli (Wiltshire), le milieu 
vers Londres et l'ouverture dans la mer du Nord, entre 
Ipswich (Suffolk) et Margate (Kent). Le second, nommé 
bassin du Ilampshire et de l'île de Wight , a son extré- 
mité occidentale située à l'E. de Dorchester (Dorsets- 
hire), son extrémité N. à l'ENE de Salisbury, les points 
les plus méridionaux, au N. de l'île de Purbeck et vers 

. _ 

(1) M. Charles Lyell, qui a étudié avec soin les divers systèmes que j'ai 
établis clans les terrains tertiaires de la Belgique, doit faire connaître les ana- 
logies que les faunes de ces systèmes ont avec celles des couches tertiaires 
de l'Angleterre. 

Tome xix. — II e part. 24 

i 



( 346 ) 

le milieu de l'île de Wight, et le point le plus oriental , 
que l'on connaisse, près de Brighthelmstone (Sussex). 

Le massif de Londres comprend, sous les noms de 
plastic clay, de London clay et de Bagshot sand, des sys- 
tèmes de roches que j'ai nommés, en Belgique, landenien, 
ypresien, bruxellien et laekenien; celui du Hampshire réu- 
nit, sous le nom de plastic clay, Bognor clay, Bracklesliam 
sand, Barton clay, des roches appartenant aux mêmes sys- 
tèmes, et en outre un dépôt lacustre que je rapporte à l'é- 
poque des mers tongriennes. 

Voici les caractères généraux des roches de chacun de 
ces systèmes : 

Sysfètne iantieniet* ( plastic clay ). 

Le plastic clay est divisé en deux étages bien distincts, 
savoir : un étage inférieur marin et un étage supérieur 
fluvio-marin. 

L'étage marin commence généralement par un bauc de 
silex réniformes de m ,25 à O m ,50 d'épaisseur, remplissant 
les anfractuosités du terrain crétacé qui lui sert de base. 
A l'île de Wight, cet étage n'est représenté que par ce 
banc et par une couche de sable argileux à gros grains 
qui n'atteint pas deux mètres d'épaisseur; mais dans le 
bassin de Londres, il comprend, outre les silex, une série 
de roches arénacées, consistant, à la partie inférieure, en 
psammite à grains très-fins, dont la moitié est en silex 
noirâtre; vers la partie moyenne, en sable argileux à grains 
moins fins, dont un dixième est encore de nature siliceuse, 
et à la partie supérieure en sable parfaitement meuble, ne 
renfermant plus que 4 p. % de silex. Le psammite a tout 
au plus 2 mèlres d'épaisseur; le sable argileux atteint 8 



( 547 ) 

mètres et commence quelquefois par un banc de psammite 
glanconifère; enfin , le sable meuble a au moins 20 mètres 
d'épaisseur. 

Silex réni formes. — Les silex qui forment la base du 
plastic clay dans les bassins de Londres et du Hampshire, 
proviennent d'une dénudation que la craie a subie au com- 
mencement de l'époque tertiaire, et qui a eu pour effet 
d'enlever la matière calcareuse désagrégeable et de laisser 
à peu près sur place les silex qu'elle renfermait. Ces silex 
sont en rognons très-irréguliers, peu usés (ce qui annonce 
qu'ils ont peu roulé), à texture compacte, à cassure con- 
choïde écailleuse, translucide sur les bords, de couleurs 
diverses, gris, blond, brunâtre, noirâtre, souvent zonaire, 
et presque toujours vert à la surface; ils sont entremêlés 
de sable à grains de silex noirs et légèrement glauconifère 
(bassin de Londres), ou de sable argileux à grains quar- 
zeux très-inégaux, fins, moyens et gros, anguleux et ar- 
rondis, caillouteux, et forment un banc peu collèrent, 
d'un gris jaunâtre passant au brunâtre (île de Wight), de 
n, ,25 à n, ,50. Ce banc de silex s'observe tant vers le bord 
septentrional du bassin de Londres (Hedgerley, près de 
Windsor) que près du bord méridional (à l'O. de Wool- 
vvicli, au NO. de Bromley, à l'O. de Chiselhurst) et dans 
l'île de Wight (baie d'Alum). Il peut être considéré comme 
l'équivalent des cailloux et du poudingue glauconifère qui 
forment la base du système landenien en Belgique. 

Sable argileux à gros grains. — Du sable argileux à gros 
grains, semblable à celui dont les silex de l'île de Wight 
sont entremêlés, forme au-dessus de ces derniers, dans 
la baie d'Alum , une couche d'environ l m ,50, dans laquelle 
les silex ne se trouvent plus qu'en petits fragments. Ce 
sable et les silex réniformes que je viens de décrire sont 



( 348 ) 

les seuls représentants de l'étage inférieur du système lan- 
denien dans l'île de Wighl. 

Psammite à grains noirs, ou sileœifère. — Ce psammile 
est composé de grains quarzeux très-fins, hyalins, de 
grains de silex noirâtres, anguleux, un peu moins fins, 
en proportion à peu près égale, et d'argile uniformément 
entremêlés. Il forme sur les silex, au SO. du parc de 
Sunderidge et à l'O. de Chiselhurst , une couche de l m ,50 
à â" d'épaisseur, d'un gris clair mêlé de gris verdâtre 
foncé, plus ou moins friable, dans laquelle on rencontre 
assez rarement des grains de glauconie. 

Psammite glauconifère. — Le psammite à grains noirs de 
Chiselhurst passe, vers sa partie supérieure et sur une 
épaisseur d'environ O m , 50, à un psammile friable, d'un 
gris clair, distinctement pointillé de vert foncé et tacheté 
de brun, qui paraît être composé de grains quarzeux ex- 
trêmement fins, d'environ 10 p. °/ de glauconie, en grains 
moins lins, et de matière argileuse; il est de même nature 
et a le même aspect que les psammites glauconifères à 
grains lins qui se trouvent près des parties supérieures de 
l'étage inférieur du système landenien. 

Sable argileux à grains noirs , ou silexifêre. — Le sable 
argileux qui succède aux psammites est composé de grains 
quarzeux fins, anguleux, hyalins, d'environ 10 p. °/ de 
grains noirâtres, la plupart siliceux, quelques-uns glau- 
conieux, et de matière argileuse. Il est peu cohérent ou 
meuble, résineux au toucher, d'un gris clair ou d'un gris 
verdâtre , bigarré de jaune brunâtre (vers la partie infé- 
rieure d'une coupe située à l'O. de Woolwich et dans la 
coupe d'un puits construit pour exploiter la craie à l'O. de 
Chiselhurst), et ressemble au sable glauconifère à grains 



(549) 

fins qui se trouvent en Belgique, près de la partie supé- 
rieure du môme étage. 

Sable à grains moyens silexifère. — Ce sable est composé 
de grains quarzeux moyens ou demi-fins, anguleux, généra- 
lement hyalins, parfois colorés en brunâtre à leur surface, 
et de quelques grains noirs (4 °/ ), la plupart anguleux et 
de nature siliceuse, les autres arrondis et de nature glau- 
conieuse. Il est parfaitement meuble, d'un blanc grisâtre 
clair, pointillé de noir, et s'observe à la partie supérieure 
de l'étage inférieur du plastic clay, à l'O. de Woolwich, 
près du parc deSunderidge, au NO. de Bromley et à l'O. de 
Chiselhurst. Ce sable et le précédent ont ensemble une 
épaisseur d'environ 15 mètres à Chiselhurst et de 25 mè- 
tres à Woolwich. 

Obsekvations. — Les roches qui, en Angleterre, con- 
stituent l'étage inférieur du plastic clay, ont les mêmes 
caractères que celles de l'étage inférieur du système lande- 
nien de la Belgique, se succèdent dans le même ordre, 
mais y sont moins complètement développées. La couche 
de silex est la même de part et d'autre. Les psammites glau- 
conifères à gros grains qui, à Tournay et à Angre, sont 
superposés à cette couche, ne m'ont pas paru être repré- 
sentés dans les coupes que j'ai visitées : ces premières 
couches psammitiques et leur faune, qu'on trouvera sans 
doute un jour en d'autres points du bassin de Londres 
plus anciennement émergés, manquent à Woolwich, à 
Chiselhurst, etc., comme en certains points de la Belgique. 
Quant au psammile à grains fins, au psammite glauconi- 
fère et au sable meuble, on les trouve également dans les 
deux pays (Tournay, etc.). 

A l'époque où les couches landeniennes, supérieures aux 
silex, se formèrent, le sol n'avait pas la position qu'il prit 



( 550 ) 
plus tard; il présentait une inclinaison au N. telle que ces 
couches purent se déposer dans le bassin de Londres et 
vers la partie septentrionale de celui du Hampshire, sans 
atteindre le bord méridional de ce dernier bassin, alors 
émergé ou à fleur d'eau, et où les silex restèrent à décou- 
vert. 

L'étage fluvio-marin, ou supérieur du plastic clay des 
environs de Londres, et qui correspond à l'étage supérieur 
du système landenien, me paraît pouvoir être divisé en 
deux parties : la partie inférieure commence par un lit de 
cailloux de silex ovulaires; à ce lit succèdent des sables 
glauconifères qui, à mesure qu'on s'élève, perdent leur 
glauconie, puis alternent avec des lits d'argile; vient en- 
suite un petit banc de limonite; enfin, une couche très- 
fossilifère, divisée en deux par de l'argile quarzilère, ter- 
mine cette partie. 

La partie supérieure commence aussi par un lit de cail- 
loux de silex ovulaires ou par un banc de calcaire caillou- 
teux fossilifère. Ce lit sert de base à des sables à grains 
moyens très-meubles. Les argiles plastiques bigarrées des 
limites supérieures du système ne se montrent pas aux 
environs de Londres, mais vers les parties occidentales et 
méridionales du bassin et dans l'île de Wight, où elles 
recouvrent ordinairement les silex de la partie tout à fait 
inférieure du système landenien. 

Premier lit de cailloux. — Les cailloux de silex qui com- 
mencent l'étage supérieur sont ovulaires et avellanaires, 
parfaitement arrondis, entremêlés de sable glauconifère 
de même nature que celui qu'il supporte, et forme, à 
Woolwich, au-dessus des sables landeniens inférieurs, 
une couche de O m ,15. 

Sable glauconifère. — Ce sable est composé de grains 



(551 ) 

quarzeux, anguleux, moyens ou demi-fins, plus ou moins 
revêtus de matière terreuse, d'un gris verdàtre sale ou 
d'un jaune brunâtre, et de grains de glauconie d'un vert 
foncé ou olivâtre, dont la proportion varie à mesure qu'on 
s'élève entre 12 et 2 p. °/o; il est meuble ou peu cohérent, 
d'un gris verdàtre, passant au jaune brunâtre et finement 
pointillé de vert foncé; les grains de glauconie y sont par- 
fois remplacés par des grains de silex noirâtres et d'un 
blanc mat. Vers la partie supérieure, le sable devient argi- 
leux, renferme des coquilles d'eau douce, telles que Cyrena 
obovala, Cyrena cuneiformis, Melania inquinata , etc., et 
alterne avec des lits d'argile schistoïde, fine, d'un gris 
verdàtre clair, tacheté de brun , quelquefois rougeâtre, se 
polissant plus ou moins bien dans la coupure et se désa- 
grégeant dans l'eau. 

Ces roches s'observent dans la coupe de Woolwich, où 
elles ont ensemble 4 à 5 mètres d'épaisseur, et au S. du 
parc de Sunderidge (où elles n'ont plus que 2 mètres). On 
doit peut-être y rapporter le sable exploité dans une car- 
rière située à l'O. d'Hedgerley. 

Limonite. — Au-dessus des couches précédentes, on 
voit, à Woolwich, un banc probablement accidentel de 
limonite cloisonnée, géodique, d'un brun foncé, dont les 
cavités sont occupées par de la limonite terreuse, d'un 
brun clair ou jaunâtre, simple ou quarzifère. On y trouve 
quelques fossiles. 

La couche fossilifère, d'environ 3 mètres d'épaisseur, qui 
s'observe dans la coupe de Woolwich, consiste en coquilles 
fluviatiles et d'embouchure de fleuve, entières et brisées, 
dont le test est plus ou moins blanchi, entassées les unes 
sur les autres et entremêlées d'argile assez fine, d'un jaune- 
limon, qui se désagrège dans l'eau et ne fait pas efferves- 



I 



( 352 ) 

cence clans les acides. Cette couche est divisée, en deux 
parties principales, par un lit d'argile quarzifère schis- 
toïde de n \20 d'épaisseur. La partie inférieure renferme 
principalement des huîtres (Oslrea bellovacina, etc.), et 
la partie supérieure des Cyrènes [Cyrena cuneiformis , 
Cyrena obovata) et des lits d'argile schistoïde. 

L'argile quarzifère schistoïde, qui divise le dépôt fossi- 
lifère, est à grains quarzeux moyens, d'un gris foncé, bi- 
garré de brunâtre, rude au couper, se polit plus ou moins 
bien dans la coupure et se désagrège dans l'eau. 

Deuxième lit de cailloux. — Le lit de cailloux qui recou- 
vre, à Woohvich, le dépôt fossilifère précédent, et com- 
mence la partie supérieure de l'étage fluvio-marin, consiste 
en silex ovulaires et avellanaires arrondis, entremêlés de 
sable à grains moyens; il renferme des Cyrènes (Cyrena 
tellinella) dans la position normale d'existence qui prouve 
qu'elles ont vécu sur le lieu même. 

Sable à grains moyens. — Le sable de la partie supérieure 
de la coupe de Woohvich est à grains égaux, anguleux, la 
plupart hyalins (quelques grains seulement sont colorés 
à la surface), parfaitement meuble, d'un blanc un peu 
jaunâtre; il renferme environ 2 p. % de grains siliceux 
noirâtres, de grosseur moyenne, et vers la partie infé- 
rieure des débris de coquillage et des cailloux. Il faut pro- 
bablement rapporter aux roches précédentes le sable à 
grains quarzeux, moyens, anguleux, parfaitement meuble, 
d'un gris jaunâtre, pointillé de noir, et renfermant environ 
7 p. % de grains siliceux noirs, que l'on trouve dans le 
parc de Sunderidge, au NE. de Bromley, en couches dont 
les parties sont disposées diagonalement, comme si elles 
avaient été violemment repoussées par l'action des eaux, 
et qui renferment : 

i° Des bancs de calcaire poudingiforme et fossilifère 



( 353 ) 

consistant en cailloux ovulaires et avellanaires de silex 
noirâtres et en coquilles dont le lest est blanchi (Cyrena 
obovala, Ostrea bellovacina, Métairies, Nucules, Astar- 
tes, etc.), réunis par un ciment de calcaire cristallin fibreux 
ou lamellaire jaunâtre; 

2° Et des bancs de grès plus ou moins calcareux, à grains 
moyens entremêlés de cailloux et de coquilles (Ostrea bel- 
lovacina, etc.). 

Argile plastique bigarrée. L'argile qui , dans l'île de 
Wight et dans certaines parties occidentales du bassin de 
Londres, représente à peu près seule l'étage supérieur du 
système landenien, est compacte, fine, plastique, très-co- 
hérente, de couleur grise, rouge, jaune, brune, ordinai- 
rement bigarrée ou panachée, rarement uniforme, d'un 
aspect terne, douce au toucher et au couper. Elle se polit 
dans la coupure, happe à la langue et se désagrège lente- 
ment dans l'eau. On y trouve accidentellement des parties 
blanchâtres calcareuses (Hedgerley), un lit de sable argi- 
leux légèrement glauconifère (^), à grains fins, d'un gris 
verdâlre, friable et rude au toucher, de 0,1 d'épaisseur, 
et des couches à' argile plus ou moins sableuse, à grains 
quarzeux extrêmement fins, de diverses couleurs, qui se 
désagrègent aisément dans l'eau et qui renferment des 
traces lignileuses (île de Wight). 

Une couche d'argile finement sableuse, de couleur bi- 
garrée, grise, jaune, brune et rouge brunâtre, avec traces 
ligniteuses, s'observe à la partie supérieure de l'argile 
plastique de la baie d'Aluni, dans l'île de Wight. 

La formation argileuse aurait, suivant M. Preslwich, 
26 m ,21 d'épaisseur dans la baie d'Alum et 42 m ,67 dans 
celle de While Cliff. 

Observations. — Si l'étage inférieur du plastic clay offre 



( 554 ) 
beaucoup d'analogie avec l'étage inférieur du système lan- 
denieu, il n'en est pas tout à fait de même à l'égard de l'é- 
tage supérieur de ces dépôts. Dans les deux pays, le dernier 
étage renferme des sables glauconifères , des sables à grains 
moyens parfaitement meubles, des glaises et des lignites; 
mais, en Angleterre, il contient, en outre, des couches 
caillouteuses et des coquilles fluviatiles et d'embouchure 
de fleuve dont on n'a pas jusqu'à présent trouvé de traces 
en Belgique. Cette différence tient sans doute à la forme 
particulière du golfe de Londres et au niveau des eaux à 
l'époque où ces roches se déposèrent. 

L'étage supérieur ayant débordé sur l'étage inférieur, et 
ce débordement ayant surtout été considérable à l'époque 
où se déposèrent les argiles bigarrées qui terminent la 
série (comme à Hedgerley et à l'île de Wight, où ces ar- 
giles recouvrent les silex de la base du plastic clay sans 
en être séparées par les couches intermédiaires de la sé- 
rie), on doit en conclure que le sol s'est progressivement 
enfoncé pendant la formation du plastic clay, fait qui 
concorde avec le débordement progressif qui eut lieu en 
Belgique, à la même époque, pendant la formation du sys- 
tème landenien. 



Système ypre*ien (London clay et Bagghot sanrt Inférieur). 

L'étage inférieur du système ypresien est représenté, en 
Angleterre, par le London clay, et l'étage supérieur par le 
Bagshot sand inférieur. 

Étage inférieur ou london clay. — Le London clay 
commence par un banc de sable argileux plus ou moins 
glauconifère, peu épais, passant quelquefois au grès fer- 



( 355 ) 
rugineux, mais se compose presque exclusivement d'ar- 
giles plastiques et sableuses d'un gris sombre renfermant 
des Seplaria. 

Le sable glauconifêre (^) qui se trouve à la base du Lon- 
don clay, dans le bassin de Londres, à Hedgerley, est 
très-argileux, calcareux, à grains très-fins, d'un gris som- 
bre passant au jaunâtre et au brun par altération, fine- 
ment pailleté, cohérent, mais friable, rude au toucher et 
au couper; il fait effervescence dans les acides et se désa- 
grège rapidement dans l'eau. La partie inférieure de ce 
sable renferme quelques cailloux de silex pisaires et avel- 
lanaires, des dents de Lamna et des coquilles dont le test 
est devenu blanc ( Oslrea pulchra var. de PO. Bellovacina 
Desh., etc.), et la partie supérieure une grande quantité de 
Dentales et des rognons de grès durs, calcareux, glauco- 
nifères à grains fins, à cassure inégale, d'un gris verdâtre, 
pointillé de vert sombre par de la glauconie, et renfer- 
mant des Dentales et autres fossiles dont le test est blanchi. 
Ces rognons font effervescence dans les acides et y laissent 
des grains de quarz et de glauconie. 

Dans la couche sableuse et glauconifêre de l'île de 
Wight, ces fossiles et la matière calcareuse ont disparu , et 
les grains de glauconie sont parfois remplacés par des 
grains de silex. A la baie d'Alum, la partie inférieure du 
banc passe, sur une épaisseur de 0,1 , à un grès ferrugineux 
à grains fins, d'un brun foncé, renfermant des grains mi- 
liaires de glauconie, quelques grains oligisteux et quel- 
ques grains quarzeux , arrondis, de 1 à 2 millimètres. Vers 
la partie supérieure, le sable argileux passe à l'argile sa- 
bleuse et à l'argile plastique. 

Argile plastique et argile sableuse. — L'argile qui con- 
stitue la masse principale du London clay, est pure ou 



( 556 ) 
finement sableuse, rarement calcareuse, plastique, très- 
cohérente, massive ou sehistoïde, compacte ou terreuse, à 
cassure droite ou inégale, gris verdàtre, gris foncé ou brun- 
cannelle, uniforme ou tachetée, très-finement pailletée, 
d'un aspect terne. Suivant qu'elle est pure ou sableuse, 
elle est douce ou rude au toucher, se polit plus ou moins 
bien dans la coupure et se désagrège avec moins ou plus 
de facilité dans l'eau et à l'air. 

Les argiles inférieures sont ordinairement les plus 
plastiques; elles renferment, à Hedgerley, un lit de sable 
argileux glauconifère, à grains quarzeux fins et moyens, 
anguleux et arrondis, revêtus de matière argilo-ferrugï- 
neuse, peu cohérent, friable, d'un brun sale mêlé de gris 
sombre. Les argiles moyennes renferment surtout, vers 
leurs parties supérieures, suivant M. Prestwich, un grand 
nombre de fossiles (Highgate Archway). 

Enfin, on trouve, à diverses hauteurs, du lignite, des 
pyrites et des rognons de calcaire argileux (Seplaria) , 
compacte ou subcompacle, à cassure droite ou largement 
conchoïde, d'un gris terne moins foncé que l'argile qui les 
contient, et passant au jaune brunâtre par altération. Ces 
rognons sont durs, assez tenaces, donnent une odeur 
argileuse par l'action de l'haleine, et sont traversés par des 
fissures remplies de calcaire fibreux jaunâtre, à fibres 
perpendiculaires aux parois des fissures (Chiselhurst).Les 
Seplaria font effervescence dans les acides et y laissent un 
dépôt argileux considérable ou un fragment inattaquable, 
suivant la proportion de matière argileuse qu'ils contien- 
nent. 

Les caractères que je viens de donner conviennent au 
London clay des diverses localités que j'ai eu l'occasion 
d'explorer dans le bassin de Londres (à Hedgerley, 2 



( 557 ) 

lieues au N. de Windsor, à Higligate Archway, près de 
Woolwicl), de Chiselhurst, etc.). A Woolwich, les parties 
inférieure et moyenne de l'argile de Londres ont ensemble, 
suivant M. Prestwich, près de 200 mètres. 

Observations. — Les argiles de Londres et d'Ypres ont 
une ressemblance presque parfaite, sous le rapport de la 
position , du développement et des caractères minéralogi- 
ques (1), ce qui prouve qu'elles ont été formées dans une 
mer commune. La circonscription du London clay par le 
plastic clay, tant dans le bassin de Londres que dans celui 
du Hampshire, prouve, en outre, que le sol , qui s'était pro- 
gressivement abaissé pendant la formation du plastic clay, 
a, pendant celle du London clay, eu un mouvement as- 
censionnel correspondant au mouvement d'élévation con- 
tinental, marqué, en Belgique, par la retraite des mers 
ypresiennes sur un sol légèrement incliné vers le NNE , 
et dans le nord de la Fiance, par l'absence, vers Paris, de 
couches représentant exactement les argiles de Londres 
et d'Ypres (2). 

Étage supérieur ou Bagshot sand inférieur. — Sous le 



(1) Les seules différences sont que le London clay renferme beaucoup de 
fossiles et deSeptaria, tandis que l'argile ypresienne en est presque dé- 
pourvue. 

(2) Les paléontologistes qui se sont occupés du parallélisme des couches 
tertiaires des bassins de Paris et de Londres , ont successivement rapporté 
le London clay au calcaire grossier (d'Archiac, etc.) et aux sables infé- 
rieurs (Prestwich); mais il est facile de voir, par l'explication qui précède , 
que, pendant la formation des argiles de Londres et d'Ypres, les mers ne 
s'avançaient pas au S d'une ligne passant près de S'-Omer, de Béthune, au 
:N. île Douai entre Valenciennes et Tournay, vers Mons, etc.; que le sol était 
émergé vers Paris, et qu'il est, par conséquent, inutile d'y chercher un 
équivalent stratigraphique ou paléontologique du London clay ou de l'argile 
ypresienne. 



( 358 ) 
nom de Bagshot sand, on réunit un grand nombre de cou- 
ches que l'on a cru devoir laisser dans une même forma- 
tion, et que l'on a divisées en trois étages, savoir: 1° un 
étage inférieur presque dépourvu de fossiles correspondant 
à l'étage supérieur du système ypresien (1). 

2° Un étage moyen caractérisé par des roches glauconi- 
fères et les fossiles de Bracklesham correspondant à la 
partie inférieure du système bruxellien ; 

3° Un étage supérieur composé, dans le bassin de Lon- 
dres, de sable presque sans fossiles, et dans celui du 
Hampshire, d'argile fossilifère (Barton clay) et de sable 
sans fossiles (Headon Hill sand) , dépôts qui se rapportent 
à la partie supérieure du système bruxellien et au système 
laekenien. 

Je m'occuperai d'abord du premier de ces étages. 

L'étage inférieur du Bagshot sand du bassin de Londres, 
comparé à celui du bassin du Hampshire, présente des 
différences notables tenant à la forme et à la profondeur 
de ces bassins. La profondeur des eaux a même eu une 
influence considérable sur la nature des dépôts qui se sont 
formés, dans le même bassin , aux extrémités opposées de 
l'île de Wight. Dans le bassin de Londres, on trouve, dans 



(1) M. Prestwich a réuni les sables inférieurs de Bagshot aux sables moyens 
et supérieurs qui les recouvrent , parce qu'ils se distinguent nettement du 
London clay sous le rapport minéralogique. De mon côté, j'ai cru devoir 
les placer dans le même système, parce qu'en Belgique, ces roches passent 
minéralogiquement et par alternance d'une manière si graduelle, qu'il est 
pour ainsi dire impossible de les séparer stratigraphiquement, et parce qu'il 
existe , au contraire , une ligne de démarcation tranchée entre ces sables et la 
base du système bruxellien qui correspond au Bagshot sand moyen, ligne 
qui me paraît encore plus importante depuis que je l'ai vue aussi tranchée 
en Angleterre (Woking) qu'en Belgique. 



( 359 ) 

l'ordre ascendant: 1° des sables fins glauconifères renfer- 
mant quelques lits argileux; 2° des couches alternatives 
de sables à grains moyens et de sables à gros grains recou- 
verts par des argiles finement sableuses et ligniteuses. 
Dans la baie d'Alum, les sables lins glauconifères n° 1 
sont peu développés, tandis que les roches n°2 sont re- 
présentées par des couches alternatives de sables à grains 
de diverses grosseurs, simples, ferrugineux, argileux , rare- 
ment glauconifères, passant quelquefois au grès; d'argile 
sableuse; d'argile plastique, et de lignite. Dans la baie de 
White Cliff, les sables fins n° 1 sont également peu déve- 
loppés, et les couches n° 2 sont pour ainsi dire réduites à 
un seul dépôt de sable à grains moyens. 

Le sable fin glauconifère , qui constitue la partie infé- 
rieure de l'étage, présente à peu près les mêmes carac- 
tères dans les bassins de Londres et du Hampshire. ïl est 
composé de grains quarzeux très-fins, anguleux, hyalins, 
ou colorés en gris, en jaune verdâtre ou en brun à leur 
surface; de grains de glauconie, également fins, arrondis , 
d'un vert olivâtre dont la proportion varie en général entre 
5 et 10 p. °/o, et de quelques paillettes de mica très-petites. 
Il forme une masse meuble ou peu cohérente, friable, 
quelquefois straloïde(à l'E de Gallovv), d'un gris verdâtre 
ou d'un gris jaunâtre, passant au jaune brunâtre, finement 
pailletée, moins glauconifère à la partie supérieure qu'à la 
partie inférieure. On y trouve parfois des grains de silex 
très-lins (entre Hampstead et Highgate, île de Wight), des 
matières argileuses qui lui donnent un peu plus de cohé- 
rence, et enfin des lits d'argile sableuse à grains quarzeux 
très-lins, pour ainsi dire pulvérulents, à texture schisloïde 
et terreuse, à cassure droite ou largement conchoïde, de 
couleur gris clair, passant au jaunâtre et au brunâtre, 



( 560 ) 

uniforme ou tacheté, d'un aspect terne, un peu rude au 
toucher, ne se polissant pas dans la coupure, se désagré- 
geant dans l'eau, et renfermant quelques empreintes vé- 
gétales (à l'E de Gallow). 

Ces roches ressemblent parfaitement à celles qui, en 
Belgique, occupent la môme position géologique. Elles ac- 
quièrent une assez grande puissance dans la partie occi- 
dentale et dans la partie centrale du bassin de Londres 
(Woking, entre Gallow et Stroud-Green , à l'O deThorpe, 
entre Hampstead et Highgate) ; mais dans l'île de Wight , 
elles se trouvent réduites à quelques mètres d'épaisseur. 
Elles alternent, vers la partie inférieure, avec quelques 
couches d'argile de Londres, ce qui établit un passage 
entre les deux étages. Ce passage, par alternance, s'observe, 
dans le bassin de Londres, aux briqueteries d'Egham, à 
Highgate Archway, et dans celui du Hampshire, à White 
Clin" bay et à Alum bay; mais il a lieu entre des limites 
beaucoup plus rapprochées qu'en Belgique, ce qui fait que 
la séparation des deux étages y est mieux marquée. 

Le sable à gros grains est presque exclusivement formé 
de grains quarzeux inégaux, fins, moyens et gros, qui at- 
teignent quelquefois 1 ou 2 millimètres, et très-rarement 
la grosseur d'un pois, qui sont anguleux ou arrondis, 
colorés en jaunâtre ou en jaune brunâtre h la surface, et 
entremêlés avec environ 2 p. / o de silex en grains noirâtres 
et blanchâtres, et 2 p. °/ de glauconie plus ou moins alté- 
rée. Il est tantôt parfaitement meuble, gris ou gris jau- 
nâtre, pointillé de noir et de blanc; tantôt sali par des 
matières argileuses qui lui donnent une couleur grisâtre 
ou brunâtre et un aspect hétérogène (principalement vers 
le haut de l'étage); enfin, il prend parfois de la cohérence 
et passe au grès graveleux. 



(561 ) 

Le sable à gros grains l'orme, dans la baie d'Aluni , des 
couches qui atteignent 4 mètres environ de puissance à la 
base et vers le milieu de la partie qui nous occupe. On le 
trouve aussi, mais à grains généralement moins gros et 
plus uniformes, dans la baie de White Clitf et clans le 
bassin de Londres (à Woking, entre Stroud-Green et 
Trottsworth , à TE de Gallow, à un quart de lieue au N. 
de Chobham, près de Trottsworth, entre Trottsworth et 
Stroud-Green). 

Le sable à grains moyens, qui prédomine dans la seconde 
partie de l'étage, est composé de grains quarzeux moyens 
ou demi-fins, anguleux, ou peu arrondis, hyalins ou co- 
lorés en gris jaunâtre. Ce sable est meuble, blanc, gris 
ou jaune, rarement rouge ou brun, ferrugineux, et con- 
tient quelquefois 2 p. °/ de grains siliceux ( 4 /so). Il forme, 
dans la baie d'Aluni, des couches nombreuses dont l'épais- 
seur varie de 1 à 25 mètres, passant rarement au grès, 
et renfermant parfois des lits d'argile plastique et de li- 
gnite, et, dans le bassin de Londres, des couches au milieu 
du sable lin glauconifère (à l'E de Galiow), et surtout au- 
dessus de ce dernier, où il alterne avec le sable à gros 
grains. 

Les sables ferrugineux à gros grains et à grains moyens 
sont moins communs que les sables ordinaires, et s'en 
distinguent par leur couleur brunâtre et leur tendance à 
passer à des grès ferrugineux plus ou moins friables. 

On observe dans la baie d'Alum, vers la partie moyenne 
de l'étage, une couche de sable ferrugineux à gros grains 
de 4 mètres de puissance, et à la base de l'étage, c'est-à- 
dire au-dessus des sables lins glauconifères, un banc de 
grès ferrugineux également à gros grains et de couleur 
brunâtre. On observe enfin , dans la même baie des cou- 
Tome XIX. — II" PART. 25 



( 562 ) 

ches de sables ferrugineux à grains moyens ou demi-fins, 
passant à des grès ferrugineux, friables, à grains moyens 
ou lins, légèrement arrondis et entremêlés de matière ter- 
reuse ou pulvérulente, tachante, qui imprime à la masse 
une couleur brunâtre. 

Ces roches renferment quelques lits de sables argileux 
à grains fins, d'un gris clair uni ou maculé de rouge. 

Le sable argileux simple, rarement glauconifère , l'argile 
sableuse, l'argile plastique et le lignite qui, dans la coupe 
d'Alum bay, alternent avec les roches précédentes, et qui 
nous restent à décrire, ne se montrent pas dans le bassin 
de Londres, ou du moins ne paraissent y être représen- 
tés que par l'argile sableuse renfermant un lit de sable 
argileux glauconifère, et le lignite, qui forment, à Wo- 
king, la partie tout à fait supérieure de l'étage. La position 
supérieure de ces dernières roches m'engage à les décrire 
à part et après celles qui caractérisent les dépôts ypresien 
d'Alum bay. 

Sable argileux glauconifère. — Ce sable est composé 
de grains quarzeux moyens, inégaux, d'environ 10 p. % de 
glauconie en grains de même grosseur, et d'une quantité 
assez considérable d'argile grise, terreuse et tachante. Ces 
divers éléments réunis constituent, vers le tiers du dépôt, 
une couche friable d'un gris clair, lâcheté de vert, de !2 mè- 
tres d'épaisseur. A un niveau inférieur, on trouve une autre 
couche de sable argileux glauconifère, mais plus argileux 
et à grains plus lins. 

Sable argileux. — Ce sable est plus ou moins argileux, 
à grains fins, slraloïde, de couleur grisâtre de diverses 
nuances. Il forme, dans la partie moyenne du dépôt, des 
couches, dont l'une atteint 5 mètres d'épaisseur et dans 
lesquelles on trouve des lits d'argile plus ou moins sa- 



( 363 ) 

bleuse, d'un gris foncé, légèrement pailletés à leur surface 
et contenant des débris de végétaux. 

Argile sableuse. — L'argile sableuse de la baie d'Alum est 
à grains quarzeux très-lins, d'un gris clair uni ou tacheté 
de jaune ou de rouge amarante, rarement d'une couleur 
rouge uniforme; elle est cohérente, tachante, rude au 
toucher et au couper, ne se polit pas daus la coupure et se 
désagrège rapidement dans l'eau. 

Cette roche est assez commune et acquiert une puis- 
sance considérable dans la partie supérieure du dépôt, où 
elle passe au sable argileux et à l'argile plastique. On ren- 
contre, vers la partie moyenne du même dépôt, une couche 
d'argile sableuse à grains très-fins, d'un gris clair tacheté 
de jaune-nankin, ressemblant aux argiles sableuses qui 
terminent la formation ypresienne à Woking. 

Argile plastique. — L'argile plastique est compacte, 
massive ou schistoïde, d'un gris foncé, douce au toucher; 
elle se polit parfaitement dans la coupure, se désagrège 
promptement dans l'eau et ne fait pas effervescence dans 
les acides. L'argile schistoïde, dont les feuillets sont sou- 
vent séparés par des lits sableux très-minces, se trouve 
le plus souvent dans les parties inférieures et moyennes du 
dépôt, tandis que l'argile massive à couches ligniteuses 
se montre particulièrement vers les parties supérieures. Ces 
argiles forment des couches de 1 à 12 mètres d'épaisseur. 

Lignite. — Le lignite est compacte, quelquefois fragmen- 
taire ou organoïde, tendre, d'un noir brunâtre terne, se 
polit dans la coupure et renferme des rognons résineux 
de coulure brune. Le lignite organoïde forme des lits 
minces dans les sables, et le lignite compacte des couches 
dans les argiles massives qui se trouvent vers la partie 
supérieure du dépôt. 



( 564 ) 

Argile sableuse, sable glauconifère et lignite du bassin de 
Londres. — L'argile sableuse qui se trouve à la partie su- 
périeure du système ypresien , dans la coupe de Woking , 
paraît être presque exclusivement composée de silice pul- 
vérulente. Elle est massive ou straloïde, terreuse, à cassure 
inégale, d'un gris clair passant au brun-cannelle tendre, 
un peu rude au couper, happe à la langue, donne une 
odeur argileuse par l'action de l'haleine et se délite très- 
promptement dans l'eau. 

Cette argile renferme, 1° des végétaux fossiles d'un brun- 
chocolat; 2° des cavités (provenant de la deslruction de 
végétaux fossiles) remplies de sable glauconifère; 5° un lit 
de sable argileux glauconifère (Vs), peu cohérent, friable, 
d'un gris jaunâtre très-pointillé de vert, composé de grains 
quarzeux lins et demi-fins, de 55 p. % de glauconie en 
grains moyens, réniformes, d'un vert foncé, et de matière 
terreuse. Elle est, enfin, recouverte par un lit de lignite 
terreux d'un noir brunâtre qui termine la formation et 
sert de base au système bruxellien ou Bagshot sand 
moyen. 

Le dépôt argileux que je viens de décrire a 4 à 5 mètres 
d'épaisseur. Il forme la partie tout à fait supérieure du 
Bagshot sand inférieur et représente peut-être le système 
paniselien. Quoi qu'il en soit, il y a une ligne de démarca- 
tion des plus tranchées entre ces dépôts et les roches 
glauconifères du Bagshot sand moyen qui le recouvre. 

Observations. — L'étage inférieur du Bagshot sand 
peut, comme l'étage supérieur du système ypresien, qu'il 
représente, èlre divisé en parties inférieure et supérieure 
respectivement caractérisées par des sables fins glauconi- 
fères et par des sables à grains plus gros. 

Les sables fins glauconifères de la Belgique, du bassin de 



( 363 ) 

Londres et de l'île de Wight ont une ressemblance frap- 
pante; mais les roches de la partie supérieure de l'étage 
offrent des différences minéralogiques déjà assez notables, 
lorsque l'on compare celles de la Belgique à celles du bas- 
sin de Londres, et bien plus considérables encore lorsque 
l'on compare celles du bassin de Londres à celles du 
Hampshire. 

Dans le bassin de Londres, les sables sont en général 
moins glauconifères et à grains plus gros qu'en Belgique. 
Dans le Hampshire, les sables glauconifères ont presque 
disparu, et les sables à grains moyens, à gros grains, 
simples ou ferrugineux, alternent avec des couches d'argile 
plastique ou sableuse et des couches de lignite qu'on ne 
trouve pas en général dans le bassin de Londres. Ces diffé- 
rences s'expliquent en admettant que, pendant la forma- 
tion des parties supérieures de l'étage, le golfe de Londres 
avait moins de profondeur que les mers de la Belgique, et 
que le bassin du Hampshire en avait moins encore, surtout 
vers l'extrémité occidentale (Alum bay), où il ne s'est pour 
ainsi dire produit que des dépôts fluviatiles. 

Le mouvement ascensionnel, qui commença à l'époque 
où les premières couches ypresiennes ou londoniennes se 
formèrent, se continua pendant la formation dessables 
ypresiens ; mais ce mouvement n'eut pas lieu d'une manière 
égale : il fut plus rapide dans le bassin de Londres que 
dans celui du Hampshire et correspondit au mouvement 
de bascule qui eut lieu entre la Belgique et la France et qui 
occasionna, dans le premier pays, une retraite des mers 
vers le N. et , dans le second , un envahissement par des 
eaux marines , qui déposèrent sur les couches ligniteuses 
du Soissonnais les sables et les lits coquillers marins 
situés entre ces dépôts fluviatiles et le calcaire grossier. 



566) 



Syglètne bruûcellien ( Bagshot sand moyen et supérieur en 

partie). 

Le système bruxellien est représenté, en Angleterre, par 
deux étages très-distincts. L'étage inférieur est caractérisé 
par des roches glauconifères analogues à celles que l'on 
rencontre, en Belgique, dans la même position et qui sont 
connues sous le nom de Bagshot moyen dans le bassin 
de Londres et sous celui de sable de Bracklesham dans 
celui du Hampshire. L'étage supérieur est, dans le bassin 
de Londres, caractérisé par les sables à grains moyens de la 
partie inférieure du Bagshot sand supérieur, mais dans 
celui du Hampshire, je n'ai pu le reconnaître entre les 
sables glauconifères correspondant au Bagshot sand moyen 
et les argiles de Barton, à moins qu'on ne veuille y rap- 
porter le rudiment de sable glauconifère meuble qui se 
trouve à la base de ces argiles, dans la baie de White 
Cliff. Ces différences m'engagent à décrire séparément les 
roches des deux bassins. 

BASSÏN DE LONDBES. — étage inférieur ou Bags- 
hot sand moyen. — Le Bagshot sand moyen du bassin de 
Londres se distingue parfaitement par les roches glauconi- 
fères qui le composent, des sables à grains moyens sans 
glauconie qui constituent la partie inférieure du Bagshot 
sand supérieur (bruxellien supérieur). 11 commence par des 
sables très-glauconifères (^i) plus ou moins argileux, ren- 
fermant quelques lits de sable argileux fin, et se termine 
par des sables moins glauconifères (Vs), argileux ou non, 
renfermant quelques lits d'argile verte. 

Le sable glauconifère (^/s-Vs) plus ou moins argileux , 
situé à la base du Bagshot sand moyen, est composé de 



( 5«7 ) 
grains quarzeux inégaux moyens et quelquefois assez gros 
vers la partie inférieure, puis lins et demi-fins, anguleux 
ou arrondis, colorés en vert clair ou en jaune brunâlre,et de 
68 à 55 p. % de grains de glauconie réni forme, de grosseur 
moyenne, d'un vert foncé, réunis par une faible proportion 
de matière argileuse grise ou verte, en une masse ordinai- 
rement peu eobérente, friable, rude au toucher, d'un vert 
plus ou moin sombre, mêlé de gris et parfois tacheté de 
jaune verdâtre ou de brun par altération. Il renferme des 
rognons de grès glauconifère passant au grès ferrugineux 
d'un vert sombre ou brunâtre (Woking) , et, suivant 
M. Preswïch, des Corbules et des Nummulites (Nummu- 
liies laevigata.) J'ai observé ces sables à Woking, au S. de 
Chobham , entre Long-Cross et la briqueterie de Chobham 
et dans la coupe de Knowle Hill. 

Le sable argileux, qui forme des lits dans le sable pré- 
cédent, est à grains quarzeux très-tins, réunis par de l'ar- 
gile en une masse plus ou moins plastique ou friable, rude 
au toucher et au couper , d'un gris verdâtre ou jaunâtre 
mêlé de brun, pailleté et pointillé par quelques grains de 
glauconie (environ 2 p. %), de grosseur moyenne, épars 
ça et là. J'ai observé cette roche dans le sable glauconi- 
fère, au S. de Chobham, au-dessus de ce sable, dans une 
briqueterie au N. de Chobham , et entre la briqueterie et 
Long-Cross, où elle atteint 2 ou 5 mètres d'épaisseur. 

Le sable argileux glauconifère (Vs) consiste en grains 
quarzeux fins et moyens, inégaux, anguleux et arrondis, et 
en grains réniformes fins et moyens de glauconie d'un 
vert foncé, réunis par de l'argile verte et de l'argile bruue, 
en une masse plastique cohérente, rude au toucher et au 
couper, d'un vert d'herbe bigarré de brun. Il se montre à 
Woking et dans une briqueterie au N. de Chobham. Celui 



(568 ) 

qui termine l'élage moyen dans la coupe de Knowle Hill 
est moins glauconifère (Vio), moins plastique, d'un gris 
verdâtre clair mêlé de brun et pointillé de vert. 

Le sable glauconifère ( i k- i lio) J qui l'orme la partie supé- 
rieure du Bagshot sand moyen, est composé de grains quar- 
zeux anguleux ou arrondis, colorés en verdâtre ou en jaune 
brunâtre, et de grains de glauconie réniforme très-inégaux. 
Il est meuble, d'un vert d'berbe plus ou moins clair, ta- 
cheté de brun par altération; renferme ordinairement de 
la poussière de glauconie et ressemble aux sables bruxel- 
liens des environs de Louvain; on l'observe à Woking, à */a 
de lieue au NO. de Chobham, et dans la coupe située entre 
Long Cross et la briqueterie de Chobham Place. 

L'argile est plastique, compacte, fine, d'un gris ver- 
dâtre, souvent bigarrée de brun jaunâtre et d'un aspect 
hétérogène; elle se polit dans la coupure et se désagrège 
dans l'eau. On la trouve en lits minces, dans la partie su- 
périeure de l'étage, à Woking et entre Long-Cross et la 
briqueterie de Chobham Place. 

Étage supérieur ou Bagshot sand supérieur. — Le 
sable que je rapporte à l'étage supérieur du système bruxel- 
lien, et qui constitue la partie inférieure ou Bagshot sand 
supérieur, est presque exclusivement composé de grains 
quarzeux moyens, quelquefois assez gros, plus anguleux 
qu'arrondis, jaune ou jaune brunâtre à la surface; il est 
meuble, d'un jaune clair ou d'un jaune brunâtre et renferme 
quelques grains de glauconie (Vso). (Entre Folly et Three 
Barrows, Slreets Heath, à Z U lieue à l'O. de Chobham, 
Knowle Hill?) 

BASSIN DU HAMPSHIRE. — Étage inférieur ou 
Bagshot sand moyen. — Le Bagshot sand moyen est repré- 
senté, dans le bassin du Hampshire, par des roches qui 






( 569 ) 

diffèrent un peu de celles qui leur correspondent strali- 
graphiquement dans le bassin de Londres. Des différences 
assez notables s'observent même dans la constitution de 
cet élage aux deux: extrémités de l'île de Wight. Dans la 
baie de Wliite Cliff, il comprend, de bas en haut, les 
roches suivantes : 

1° Un lit de cailloux ovulaires; 

2° Quelques couches d'argile sableuse et de sable argi- 
leux ; 

5° Des couches de sable argileux glauconifère, passant au 
psammite glauconifère et au macigno glauconifère à Vene- 
ricardia plankostata, alternant avec des lits d'argile schis- 
toïde. 

4° Du sable glauconifère passant, vers la partie supé- 
rieure, au grès calcareux, glauconifère et renfermant en- 
core un banc d'argile glauconifère. 

Les n oS 1 et 2 se retrouvent à Alum bay; le n° 5 n'y est 
probablement représenté que par des couches d'argile sa- 
bleuse glauconifère, et, quant aux roches n° 4, elles ne 
paraissent pas y être-représentées. 

Cailloux. — Le lit de cailloux, que je considère comme 
la base de l'étage, consiste en silex pugillaires, ovulaires et 
avellanaires, arrondis et entremêlés de sable argileux gris 
clair ou jaunâtre, à grains quarzeux, demi-fins, moyens, 
anguleux et arrondis, dépassant parfois 1 millimètre. Il 
passe à un poudingue très-cohérent, très-dur, à cassure 
inégale, d'un brun plus ou moins foncé, à pâte de grès 
ferrugineux, dans lequel les grains de quarz sont fins, 
moyens et gros, anguleux et arrondis. 
. Uargile sableuse est à grains quarzeux fins, grise ou 
gris noirâtre, plastique, rude au toucher et au couper; ne 
se polit pas dans la coupure, ne fait pas effervescence dans 






(570) 
les acides et se désagrège promptement dans l'eau. Elle 
passe à un sable argileux à grains très-fins, cohérent, 
friable, d'un gris un peu brunâtre, non effervescent. Ces 
roches ont ensemble, dans la baie de White Cliff , une 
puissance d'environ 44 m ; elles ont moins d'épaisseur dans 
la baie d'Alum. 

Les sables argileux et les psammites glauconifères sont 
composés de grains quarzeux moyens et demi-fins, inégaux, 
anguleux ou plus ou moins arrondis, d'un aspect terne à la 
surface; de 10 à 20 p. % de glauconie en grains demi-fins 
ou moyens, réniformes, d'un vert foncé passant au vert 
olivâtre, et d'argile en proportion plus ou moins consi- 
dérable. Ces roches sont grenues, d'un gris verdâtre, plus 
ou moins cohérentes, plus ou moins friables et très-désa- 
grégeables dans l'eau. Elles constituent, vers la partie 
moyenne de l'étage inférieur du système bruxellien, une 
couche qui, à White Cliff bay, atteint 22 mètres, et dans 
laquelle on trouve YOstrea flabellula, la Turitella imbriva- 
taria, la Venericardia planicostata, et, vers la partie su- 
périeure, de grandes Nummulites. En se chargeant de 
matière calcareuse, ces roches passent au macigno glau- 
conifère. 

L'argile est schisloïde, compacle, fine, à cassure droite, 
largement conchoïde ou feuilletée, d'un gris sombre ou 
noirâtre, terne; elle se polit parfaitement dans la coupure, 
ne fait pas effervescence dans les acides et se désagrège 
dans l'eau. On y trouve des Scptaria, des lits minces de 
sable argileux glauconifère et des traces de végétaux. Elle 
constitue, dans la baie de Whiie Cliff, une couche de 18 
mètres d 'épaisseur, entre la couche à grandes Nummulites 
et le macigno glauconifère à Vénéricardes. Plus bas, on en 
voit une seconde plus schistoïde et moins épaisse. 



(371 ) 

Le macigno glauconifère est composé de grains quarzeux 
fins, anguleux et moyens, arrondis, de 5 p. °/„ de glauconie, 
en grains réniformes de même grosseur, d'un vert foncé, 
de coquilles de diverses espèces, dont le test est blanchi , 
et d'argile; il est d'un gris sombre, pointillé de vert foncé 
et tacheté de blanc, cohérent et friable, se désagrège 
rapidement dans l'eau, et fait une vive effervescence dans 
les acides. Cette roche forme, à White Cliff bay, entre l'ar- 
gile précédente et le sable glauconifère, une couche d'en- 
viron 4 mètres d'épaisseur, renfermant des Turritelles, 
des Venericardia planicostata , et, vers la base, quelques 
cailloux. 

L'argile sableuse glauconifère contient i 5 à 20 p. °/ de 
glauconie, et diffère en général du sable argileux glau- 
conifère par sa nature plus argileuse et la finesse des 
grains. Elle est cohérente, rude au toucher et au couper, 
friable, d'un gris sombre ou d'un gris noirâtre un peu ver- 
datre, ne se polit pas dans la coupure, renferme quelques 
fossiles, et fait alors effervescence dans les acides. 

Dans la baie d'Alum, cette argile a au moins 10 mètres 
d'épaisseur, tient probablement la place des roches pré- 
cédentes, et renferme un banc de sable argileux à grains 
fins, d'un gris un peu brunâtre ou chocolat clair, cohérent, 
friable, non effervescent. 

On trouve, dans la baie de White Cliff, entre le sable 
glauconifère et le grès calcareux, une argile sableuse glau- 
conifère (Vs) à grains moyens, d'un gris sombre pointillé 
de vert, renfermant des coquillages et qui atteint 20 mè- 
tres d'épaisseur. 

Le sable glauconifère est principalement composé de 
grains quarzeux moyens, inégaux, anguleux, hyalins ou 
colorés en jaunâtre à leur surlace; il renferme 5 à 40 p. °/ 



( 572 ) 
de glaucome en grains réniformes de même grosseur, d'un 
vert olivâtre et quelques grains siliceux noirâtres. Ce sable 
est meuble, d'un gris clair, passant au jaune brunâtre par 
altération et pointillé de noir. Il forme, à White Cliff bay, 
vers la partie supérieure de l'étage, une couche de 4 mètres 
d'épaisseur (1). 

Le grès calcareux glauconifère est formé de grains quar- 
zeux moyens, anguleux, d'un aspect terne; de grains de 
glauconie et de silex noirâtre, dont la proportion s'élève 
à 5 p. °/ , et de grains calcareux blanchâtres environ 
40 p. 7ô> uniformément entremêlés et réunis en une masse 
straloïde d'un gris clair pointillé de vert et de blanc, légè- 
rement pailletée. Ce grès constitue un banc de 2 mèlres 
d'épaisseur à la partie supérieure du système bruxellien de 
la baie de White Cliff. 

Observations. — Les roches glauconifères du Bagshot 
sand moyen du bassin de Londres ressemblent parfaite- 
ment à celles que l'on rencontre à la base du système 
bruxellien. Vers l'ouverture du bassin du Hampshire, dans 
la baie de White Cliff, les roches glauconifères sont plus 
argileuses, très- fossilifères et alternent avec des lits d'ar- 
gile schistoïde, qui annoncent que les eaux avaient moins 
de profondeur. Vers l'extrémité opposée de l'île, les roches 
sont encore plus argileuses et en même temps moins 
glauconifères et moins fossilifères, les sables glauconifères 
meubles de la baie de White Cliff y ont disparu, ce qui 
prouve que le bassin y avait encore moins de profondeur 
et se comblait par des sédiments vaseux à mesure que le 



(I) On trouve aussi, vers la partie inférieure de l'étage, une couche de 
9able glauconifère (*/ 10 ) renfermant des lits minces d'argile schistoïde. 



(375) 
mouvement de bascule, dont j'ai parlé plus haut, abaissait 
sous le niveau des eaux les dépôts nouvellement formés; 
mais ce mouvement ne lut pas assez rapide ni, par consé- 
quent, les eaux assez profondes pour permettre aux sables 
de l'étage supérieur du système bruxellien de s'avancer 
jusqu'aux baies de While Cliff et d'Alum. 



, 



Sy s tèm e iaekcn icn. 



i les roches que je rapporte au système bruxellien pré- 
sentent, dans les bassins de Londres et du Hampshire, 
des différences assez notables pour motiver une description 
spéciale par bassin; celles que je considère comme ap- 
partenant au système laekenien en offrent de bien plus 
grandes encore qui tiennent à des circonstances locales : 
ce qui m'engage à les décrire aussi par bassins. 

BASSIN DE LA TAMISE. — Les collines sableuses de 
Bagshot s'étendent de l'O. à l'E. entre Strathlield Say et 
Ewel, et du N. au S. entre le parc de Windsor et Wan- 
borough; elles s'élèvent notablement au-dessus de l'argile 
de Londres, au N., et de l'argile plastique au S., et se di- 
visent en trois étages, comme on l'a vu précédemment. Mais 
ces étages sont souvent très-difficiles à reconnaître, parce 
que les plateaux et les pentes des collines sont presque 
partout recouverts de cailloux, de fragments de silex, d'é- 
boulemenls divers et de bruyères qui cachent le Bagshot 
sand sur des espaces considérables. Cependant on parvient 
à distinguer les sables supérieurs des sables inférieurs, par 
leurs caractères minéralogiques, et surtout au moyen de 
l'horizon géognostique des sables glauconifères du Bagshot 
sand moyen. Le Bagshot sand supérieur se compose de 
sables dont les premières assises doivent, par leurs carac- 



( 374 ) 

tères et leur position, se rapporter à Pelage supérieur du 
système bruxellien; mais dont les dernières, ou assises 
supérieures, pourraient fort bien appartenir au système 
laekenien. N'ayant pu découvrir une coupe complète du 
Bagsliot sand supérieur, il m'a été impossible de «n'as- 
surer s'il s'y trouvait une ligne de démarcation correspon- 
dant à celle qui , en Belgique, sépare les systèmes bruxellien 
et laekenien, aussi n'est-ce qu'avec doute que je rapporte 
à ce dernier système le sable tout à fait supérieur des 
collines de Bagshot (1) et qui consistent, suivant l'ordre 
ascendant, en sable demi-tin glauconilère, sable demi-fin, 
grès blanc et sable à grains moyens. 

Le sable glauconifère est composé de grains quarzeux 
anguleux demi-fins, colorés en jaunâtre, et de 10 p.°/o de 
glauconie en grains arrondis olivâtres. Il est très-meuble, 
d'un gris verdâtre ou d'un gris jaunâtre passant au brun, 
finement pointillé de noir, très-peu pailleté, et parfois mé- 
langé de matière argileuse qui lui donne un peu de co- 
bérence. (Station de Farnborough, coupe de Cliobham 
Bidges.) Ce sable ressemble à celui que l'on trouve, en 
Belgique, à la partie inférieure du sable laekenien non 
fossilifère. 

Sable demi-fin. — Au-dessus du sable précédent, on trouve 
des sables à grains demi-Pins anguleux, meubles, d'un gris 
jaunâtre ou d'un jaune brunâtre brillant, peu pailleté, 
renfermant quelques grains arrondis (2 p.°/o) de glauconie 



(1 ) La limite eût été facile à établir si , dans le bassin de Londres , le système 
laekenien eût, comme dans celui du Hampshire, été représenté par des ro- 
ches argileuses, mais on ne doit guère espérer d'y rencontrer les argiles de 
Karlon , parce que la forme et la profondeur du bassin de Londres ne se prê- 
taient pas, à cette époque, à la formation de sédiments vaseux. 






. ( 575 ) 
plus ou moins transformée en limonite. Ce sable est par- 
fois un peu argileux et, dans ce cas, faiblement collèrent. 
(Chobham Ridges, et Golden Fariner, à Va lieue au SO. de 
Bagshol.) 

Le grès blanc est distinctement grenu, à cassure inégale, 
d'un blanc pur, plus ou moins cohérent, parfois friable, 
et paraît presque exclusivement composé de grains quar- 
zeux moyens assez gros, anguleux , hyalins, entre lesquels 
on voit rarement quelques grains de silex. Ce grès, qui 
n'est qu'un sable devenu cohérent, pourrait bien repré- 
senter le sable blanc, exploité, pour les verreries, dans la 
baie d'Alum. 

Sables à grains moyens jaunâtres. — Au niveau du grès 
blanc ou un peu au-dessus, on trouve à Golden Farmer, à 
Va lieue au SO. de Bagshot, un sable à grains- quarzeux 
moyens demi-lins, colorés en brun jaunâtre, renfermant 
quelques grains de glaucome altérée (Vioo) et quelques 
grains de silex (7«m>). Ce sable représente peut-être le sable 
jaune supérieur au sable blanc de la baie d'Alum. 

BASSIN DU HAMPSHIRE. — Les roches que je consi- 
dère comme les représentants du système laekenien, dans 
les falaises de White Cliff bay, d'Alum bay et d'Ilordwell , 
se groupent en deux étages bien distincts, qui ont reçu les 
noms de Bai ton clay et de Headon-Hill sand. 

L'étage inférieur ou Barton clay commence par un lit 
de sable calcareux avec petites Nummuliles et quelques 
cailloux, suivi d'un banc d'argile sableuse glauconifère 
d'environ 1 mètre d'épaisseur , dans lequel on trouve éga- 
lement des Nummuliles et quelques cailloux. Au-dessus de 
ce banc vient un premier massif composé d'argile plas- 
tique et d'argile linement sableuse, d'une épaisseur assez 
considérable et qui, vers sa partie supérieure, passe à une 



( 376 ) 
argile sableuse glauconifère. Sur ce premier massif argi- 
leux repose une couche assez épaisse de sable, dont la 
partie inférieure est glauconifère dans la côte d'Hordwell. 
Cette couche sableuse sert de base à une seconde assise 
d'argile plastique et d'argile pins ou moins sableuse, ana- 
logues à celles qui constituent le premier massif, mais 
dans laquelle les Nummulites paraissent avoir disparu. 
Enfin, la formation de Barton se termine par une couche 
de sable argileuse à grains (ins qui sert de base au sable 
d'Headon Hill. 

Voici la description de ces roches dans l'ordre suivant 
lequel elles se présentent le plus ordinairement : 

Le sable calcareux à petites Nummulites qui se trouve à 
la base des argiles de Barton , dans la baie de WhiteClitf, 
est à grains fins, légèrement glauconifère, cohérent, fria- 
ble, d'un gris brunâtre foncé; il renferme beaucoup de 
petites Nummulites, quelques cailloux subpisaires et res- 
semble parfaitement au sable calcareux à Nummulites va- 
riolaria du système laekenien de la Belgique. L'épaisseur 
de ce sable ne dépasse guère m ,l. 

L'argile sableuse glauconifère , parfois un peu calcareuse, 
est d'un gris sombre terne ; se polit imparfaitement dans 
la coupure, se désagrège promptement dans l'eau , et ren- 
ferme irrégulièrement des grains quarzeux hyalins de 
grosseur moyenne, quelques cailloux de quarz pisaire et 
subpisaire, des grains de glaucome et beaucoup de Corbula 
pisum et de petites Nummulites. Elle forme une couche 
d'environ \ mètre d'épaisseur dans les baies d'Alum et 
de White Clifl'. 

LJargile est simple ou légèrement calcareuse, compacte 
ou schistoïde, d'un gris sombre ou noirâtre, pailletée à la 
surface des feuillets; se polit dans la coupure , se désagrège 



( N7 ) 

lentement dans l'eau, fait parfois effervescence dans les 
acides et renferme des fossiles. 

L'argile sableuse, qui l'accompagne, est à grains quarzeux 
très-fins, d'un gris sombre, d'un gris noirâtre un peu bru- 
nâtre ou tacheté de brun, d'un aspect terne, rude au tou- 
cher et au couper; elle ne se polit pas dans la coupure, se 
désagrège dans l'eau et ne fait effervescence dans les acides 
que lorsqu'elle est fossilifère (Alum bay). 

Ces roches renferment des pyrites, des cristaux de gypse, 
quelques cailloux (à 50 m de sa limite supérieure) et des 
Sèptafîa ou rognons de calcaire argileux plus ou moins 
glauconifère, compacte, très-dur, à cassure droite ou lar- 
gement conchoïde, à bords tranchants, d'un gris foncé, 
un peu verdâlre ou d'un brun grisâtre terne peu distinc- 
tement pointillé de vert, fossilifère, faisant effervescence 
dans les acides et y laissant des grains et quelques frag- 
ments inattaqués. 

L'argile sableuse glauconifère (*/&), qui se trouve vers la 
partie supérieure du massif inférieur au sable de Barton, 
est à grains quarzeux très-fins, et à grains de glauconie un 
peu moins fins, réunis par une grande quantité d'argile 
en un lit cohérent d'un gris sombre, remarquable par la 
grande quantité de Corbules qu'elle, renferme (coupe 
d'Alum). 

Le sable glauconifère est composé de grains quarzeux 
demi-fins, inégaux, de 20 p.°/ode grains de giauconie et 
d'une petite proportion de matière terreuse. Il forme, au- 
dessus du premier massif argileux de la formation de 
Barton , dans la coupe d'Alum bay, une couche peu cohé- 
rente, friable, d'un gris sombre, sans fossiles, de 7 à 8 
mètres d'épaisseur. 

Le sable simple qui, avec le sable glauconifère précédent, 
Tome xix. — II e part. 26 



( 378 ) 

divise en deux massifs les argiles de Barlon, est à grains 
quarzeux moyens, demi-fins, plus anguleux qu'arrondis, 
meuble, d'un gris blanchâtre, quelquefois jaunâtre, d'un 
gris sombre ou chocolat clair; il renferme parfois un peu 
d'argile, quelques grains charbonneux, quelques grains 
de glauconie et des fossiles. Ce sable a 10 mètres environ 
d'épaisseur dans les falaises d'Hordwell, et o mètres dans 
celle d'Alum bay, où il passe, vers la partie inférieure, au 
sable glauconifère. 

Sable argileux à grains fins. — Ce sable est composé 
de grains quarzeux très-fins et d'une grande quantité d'ar- 
gile uniformément entremêlés. Il est cohérent, friable, 
rude au toucher et au couper, tantôt d'un gris sombre ou 
d'un gris clair, tacheté de jaune-soufre, tantôt d'un brun- 
chocolat clair bigarré de brun jaunâtre; ne se polit pas 
dans la coupure, se désagrège lentement dans l'eau et ne 
fait pas effervescence dans les acides. On le trouve au pas- 
sage du Barton clay, au Headon Hill sand, dans la coupe 
d'Hordwell, où il a l m ,50 d'épaisseur, et dans celle de la 
coupe de White Cliff où il renferme quelques fossiles. 

L'étage supérieur ou Headon Hill sand, commence par 
des sables fins, légèrement argileux ou argilo-ferrugineux, 
et se termine par des sables à grains moyens, qui alternent 
parfois avec des sables argileux et de l'argile finement 
sableuse. 

Sable fin argilo-ferrugineux. — Ce sable est composé de 
grains quarzeux fins, anguleux et de matière ferrugineuse 
ou argilo-ferrugineuse, pulvérulente et tachante. 11 est 
meuble ou friable, de couleur gris jaunâtre, jaune clair 
brillant ou jaune brunâtre uniforme ou bigarré, et ressem- 
ble beaucoup au sable sans fossiles de notre système la<;ke- 
nien. On le trouve dans les coupes d'Hordwell , d'Alum bay 






( ">79 ) 
et de While Cliff bay, où il atteint 85 mètres d'épaisseur? 

Le sable à grains moyens est composé de grains quar- 
zeux, anguleux ou arrondis, hyalins ou colorés en jaune 
brunâtre à leur surface. Il est parfaitement meuble, jaune 
ou jaune brunâtre, quelquefois gris ou blanc. Il renferme 
à peine quelques grains noirs, en partie glauconieux (^), 
et quelques paillettes. Le sable jaune, à grains moyens, 
des coupes d'Hordwell et d'Alum bay, atteint 20 mètres 
d'épaisseur, et est divisé en deux parties par une couche 
de sable blanc très-pure, qui, dans la dernière localité, 
est exploitée pour les verreries. Dans la coupe de While 
Cliff bay, les mêmes sables à grains moyens alternent avec 
des sables argileux à grains très-fins, d'un gris jaunâtre 
clair, tachetés de brunâtre et avec de l'argile finement 
sableuse jaunâtre. 

Observations. — Les descriptions qui précèdent per- 
mettent d'apprécier les analogies et les différences que 
présentent le système laekenien et les dépôts qui s'y rap- 
porient, en Angleterre, dans le bassin de Londres et dans 
celui du Hampshire. Le sable calcareux à petites Nummu- 
lites et à petits cailloux, qui se trouve à la base des argiles 
de Barton, ressemble à la couche à Nummulites variolaria 
qui, à Cassel et aux environs de Bruxelles, commence le 
système laekenien; mais cette petite couche est bientôt 
suivie par des roches de nature argileuse, bien connues 
sous le nom d'argile de Barton, et qui diffèrent beaucoup 
de celles qui , dans le bassin de Londres et en Belgique, 
semblent occuper la même position géologique. 

Pour expliquer ces différences entre deux bassins aussi 
voisins que ceux de Londres et du Hampshire, on doit 
admettre que le mouvement de bascule dont j'ai parlé a 
continué à avoir lieu dans le même sens, très-lentement, 



( 580 ) 

et que le Barlon clay s'est formé dans des conditions à peu 
près semblables à celles dans lesquelles se sont déposées 
les couches argileuses du système bruxellien sous-jacent, et 
probablement aux dépens du London clay, qui formait le 
bord du golfe dans lequel ces dépôts s'effectuaient. 

Le mouvement de bascule continuant, le bassin du 
Hampshirc devint, enfin, aussi profond que celui de Lon- 
dres, pendant l'époque où se forma l'étage supérieur du 
système Iaekenien, dont les sables sans fossiles se ressem- 
blent assez bien dans ces deux bassins et dans celui de la 
Belgique. 



Système tottyrien ( Formation lacustre et fluvio-marluc de 
l'île de Wlght). 

La formation lacustre du Hampshire et de l'Ile de Wight 
est divisée en deux étages, commençant chacun par un 
dépôt fluvio-marin peu épais et se terminant par un puis- 
sant massif lacustre. Les couches qui constituent cette 
formation étant très-variées et très-multipliées, je me bor- 
nerai à donner ici les caractères généraux des diverses 
espèces de roches qui se présentent dans chacune des qua- 
tre divisions principales que je viens d'indiquer. 

Étage inférieur. — La partie inférieure du premier étage 
se compose de sable à grains moyens, demi-fins et très- 
fins, meuble, argileux ou argilo-ferrugineux, passant rare- 
ment au grès ferrugineux; d'argile pure ou finement sa- 
bleuse, massive ou schistoïde, gris bleuâtre, noirâtre ou 
verdâtre, et de lignite. Ces roches renferment des coquilles 
d'eau douce dès la base de l'étage; mais, à la baie de White 
ClilF, les couches sableuses avec coquilles marines alter- 
nent avec les couches lacustres et annoncent que des oscil- 



( 581 ) 
lations du sol avaient lieu à l'époque où le golfe marin du 
Hampshire se transformait en lac. 

Les sables à grains moyens, anguleux, égaux ou iné- 
gaux, sont parfaitement meubles et de couleur grisâtre ou 
jaunâtre. Le sable gris, que l'on observe dans la partie 
moyenne de la côte d'Hordwell, a l m ,50 d'épaisseur et 
renferme des fossiles; le sable jaunâtre, qui se trouve vers 
la partie supérieure de la coupe, est sans fossiles et n'a 
que O m ,50. 

Les sables à grains moyens passent à des sables argileux 
ou argilo- ferrugineux à grains demi-fins, anguleux ou ar- 
rondis, inégaux, réunis par une portion plus ou moins 
considérable d'argile simple ou ferrugineuse, et forment 
une masse plus ou moins cobérente, friable, d'un gris ver- 
dâtre sale ou d'un jaune brunâtre. 

On observe un lit de sable argileux gris verdâtre de 
O m ,l sur le sable sans fossiles d'Hordwell, et une coucbe 
de sable argileux jaunâtre vers la partie supérieure du 
dépôt lacustre d'Hordwell. 

Le sable argilo-lérrugineux qui se trouve à la séparation 
des sables sans fossiles d'Headon Hill et de la formation 
lacustre d'Alum bay, est transformé en grès argilo -ferru- 
gineux géodique concrétionné, brunâtre, d'un aspect hé- 
térogène, sur une épaisseur d'environ O m ,05. 

Les sables fins sont plus communs dans cet étage que les 
sables à grains moyens. Ils se composent de grains quar- 
zeux extrêmement fins, pulvérulents, simples ou légère- 
ment argileux; sont d'un gris clair, passant quelquefois au 
gris jaunâtre, au gris verdâtre ou au gris foncé, d'une 
nuance uniforme ou lacbeté de jaune brunâtre, peu cohé- 
rents, friables ou meubles, rudes au toucher comme du 
tripoli. On y trouve des lits presque entièrement eompo- 



( 382 ) 

ses, tantôt de coquilles bivalves, tantôt de coquilles uni- 
valves et de lits d'argile verte. 

Ces sables se montrent à White Clifï" bay et dans les 
falaises d'Hordwe!!, où plusieurs couches ont jusqu'à 5 et 
4 mètres d'épaisseur. 

Sables argileux et argile sableuse. — Les sables fins ou 
pulvérulents précédents passent à des sables argileux et à 
des argiles sableuses à grains également fins, d'un gris de 
cendre uni ou bigarré de brun, plus ou moins cohérents, 
rudes au toucher et au couper, qui ne se polissent pas dans 
la coupure et se désagrègent lentement dans l'eau. Ils al- 
ternent avec quelques lits d'argile schisioïde finement sa- 
bleuse, d'un gris jaunâtre terne, qui ne se polissent pas 
non plus dans la coupure. Ces diverses roches se trouvent 
principalement vers la base du système. A White Cliiï bay, 
elles ont une épaisseur totale d'environ 50 mètres, et ren- 
ferment quelques coquilles marines; mais sont séparées du 
système de 'Bar ion par une couche d'argile verdâtre à 
coquilles d'eau douce de 1 à 2 mètres de puissance. Vers 
la partie supérieure de la coupe d'Hordwe!!, on volt aussi 
deux couches d'argile sableuse d'un gris clair dont l'épais- 
seur est d'environ 1 mètre. 

Les argiles offrent deux variétés principales, qui se dis- 
tinguent particulièrement par leur structure sehistoïde ou 
massive. 

Les argiles schistoïdes sont fines, d'un gris bleuâtre plus 
ou moins foncé passant au jaunâtre, douces au toucher ; se 
polissent dans la coupure et se désagrègent promptement 
dans l'eau. Elles forment des couches d'environ O m ,50 d e- 
paisseur vers le sommet de la coupe d'Hordwcll, et une 
couche de 5 mètres renfermant un banc de calcaire argi- 
leux à Lymnées, près de la jonction des parties infé- 






( 383 ) 

rieure et supérieure tlu premier étage, à White Cliff bay. 

Les argiles massives sont pures ou légèrement sableuses, 
quelquefois un peu calcareuses, d'un gris plus ou moins 
verdâtre ou noir, parfois bigarrées de brun par altération, 
d'un aspect terne; elles sont rudes au couper, se polissent 
plus ou moins bien dans la coupure et se désagrègent 
dans l'eau. On y trouve parfois quelques grains quarzeux 
subpisaires et des rognons de calcaire blanchâtre, com- 
pacte ou terreux, de même grosseur. 

Une couche d'argile noire fossilifère s'observe vers le 
bas de la formation, dans la coupe d'Hordwell , où elle sert 
de base à une couche d'argile verte, parfois un peu calca- 
reuse, de 5 mètres d'épaisseur. 

Une seconde couche de 4 m ,50 d'épaisseur se montre plus 
haut dans la même coupe; enfin, des couches semblables 
renfermant des coquilles dont le test est blanchi, se trou- 
vent dans les coupes d'Alum bay et de White Cliff bay. 

La marne est très-finement sableuse, terreuse, d'un gris 
clair, un peu verdâtre, d'un aspect terne, un peu rude au 
couper et au toucher; elle ne se polit pas dans la coupure, 
se désagrège rapidement dans l'eau, et produit dans les 
acides une effervescence et un dépôt argileux considérable. 
Elle forme un lit de O m ,l à la base de la deuxième couche 
d'argile verte d'Hordwell. 

Le lignite est organoïde ou schisloïde, noir ou noir bru- 
nâtre, tendre; il se polit dans la coupure et se recouvre à 
l'air defflorescences de sulfate de ier. 

Le lignite organoïde forme une couche de O m ,15 entre 
l'argile noire et la première couche d'argile verte des fa- 
laises d'Hordwell; le lignite schistoïde forme également 
une couche peu épaisse vers la partie supérieure des mêmes 
falaises. 



( 584 ) 

La partie supérieure du premier étage se compose prin- 
cipalement de calcaire argileux, compacte, celluleux, à 
cavités fossilifères, à cassure inégale, d'un gris clair pas- 
sant au gris jaunâtre lerne, dur, cohérent, qui se dissout 
dans les acides en n'y laissant qu'un léger dépôt argileux. 
Ce calcaire lacustre renferme beaucoup de Lymnées et 
quelques lits de marne compacte d'un gris blanchâtre, 
fine, fragile, un peu rude au couper, qui ne se polit pas 
dans la coupure, se divise aisément en petits fragments 
par l'action des agents atmosphériques, se désagrège dans 
l'eau et produit par l'action des acides une effervescence 
et un dépôt savonneux considérable. 

Etage supérieur. — La partie inférieure ou fluvio-ma- 
rine de cet étage, que j'ai eu l'occasion d'observer dans la 
baie de White Cliff, a environ c 2 mètres d'épaisseur, et se 
compose d'argile à Cyrènes, de macigno à Ostracites, de 
marnolite et de sable calcareux à Cyrènes, dont voici les 
principaux caractères : 

L Argile verte à Cyrènes est compacte, se polit dans la 
coupure, se désagrège rapidement dans l'eau, et ne lait 
qu'une faible effervescence dans les acides; on en trouve 
une couche de 1 mètre d'épaisseur à la base de l'étage. 

Le macigno à Ostracites est cohérent, à cassure inégale, 
rude au toucher, d'un gris verdâtre, fait effervescence dans 
les acides et laisse dans ce dissolvant un dépôt argileux 
gris verdâtre et des grains quarzeux fins. Il constitue, dans 
la coupe de White Cliff bay, deux couches chacune d'en- 
viron O m ,10 d'épaisseur, séparées par un banc de mar- 
nolite. 

La marnolite qui se trouve entre les couches de ma- 
cigno à Ostracites est compacte, plus ou moins dure, 
cohérente, à cassure inégale, fragmentaire, d'un gris clair 



(585) 

ou d'un gris verdâtre pâle, d'un aspect terne; ne se polit 
pas dans la coupure ou s'y polit imparfaitement, ne se 
désagrège pas dans l'eau et produit dans les acides une 
effervescence et un dépôt savonneux épais. 

Cette roche présente des zones verdâtres de diverses 
nuances et renferme des Cyrènes. Son épaisseur est de 
m ,40. 

Le sable calcareux à Cyrènes est composée de grains 
quarzeux demi-fins, anguleux et de fragments de Cyrènes 
dont le lest est blanchi; il forme une couche friable d'un 
gris verdâtre mêlé de blanc de m ,25. 

La parité supérieure ou lacustre du deuxième étage pré- 
sente, dans la baie de White Clitf, un grand développe- 
ment de marne gris verdâtre clair et de marnes rouge et 
verte, dont je donnerai seulement les principaux carac- 
tères, le4emps ne m'ayant pas permis d'étudier en détail 
cette partie de la coupe. 

La marne gris verdâtre clair, compacte, subschisloïde, 
d'un aspect terne, se laisse aisément couper, se polit assez 
bien dans la coupure, se désagrège dans l'eau, fait effer- 
vescence dans les acides et y produit un dépôt argileux 
considérable et d'une apparence savonneuse. 

Elle est divisée en deux massifs par une couche de 
marne rouge et verte, d'un aspect terne de 2 mètres d'é- 
paisseur et sous-divisée par quelques lits de marnolite. 
Parmi les fossiles qui se trouvent dans la partie inférieure, 
on remarque la Cyrena obovata et peut-être la Cxjrena 
semi-slriata? 

Observations. — On a vu que pendant la formation 
landenienne, le sol de l'Angleterre s'était progressivement 
abaissé par rapport au niveau de l'Océan, ce qui occa- 
sionna une sorte de débordement jusqu'à la fin de cette 



( 386 ) 

formation, mais qu'à l'époque où les premières couches 
d'argile de Londres et d'Ypres se déposèrent, le sol des 
deux pays éprouva un mouvement ascensionnel général 
modifié dans ses effets par un mouvement simultané de 
bascule. 

Le mouvement ascensionnel eut pour résultat de res- 
treindre les limites des bassins, et le mouvement de bas- 
cule d'en déplacer le centre, c'est-à-dire le point le plus 
profond. Ainsi, dans le bassin de Londres, les limites du 
plastic clay, du London clay et du Bagshot sand lurent 
de plus en plus resserrées, et le centre qui, à l'époque du 
London clay, était situé près de la capitale, l'ut, à l'époque 
du Bagshot sand reporté au SO. Dans le bassin du liamp- 
shire, où les limites des divers systèmes sont aussi succes- 
sivement inscrites les unes dans les autres, on remarque 
que le centre du bassin qui, à l'époque laekenienne (du 
Barlon clay et du Headon Hill sand), était, en Angleterre, 
au NE. de Lymiugton, fut, pendant la formation lacustre 
ou tongrienne, reporté vers la partie septentrionale de l'île 
deWight. 

Ce double mouvement, dont j'ai déjà parlé dans ma 
notice sur le synchronisme des formations tertiaires de la 
Belgique, de l'Angleterre et du N. de la France (1), explique 
parfaitement les différences importantes que présentent 
les formations des trois pays à l'époque tongrienne. Pen- 
dant que ce mouvement reculait vers leN. les limites des 
mers de la Belgique et mettait à sec le bassin de Londres, 
il déplaçait, vers le S., le centre géologique des bassins 
de Paris et du Hampshireet transformait enfin ces bassins 



(1) Lue à la séance de l'Académie^, le 2 août 1851. 



(387 ) 

marins en lac. Un abaissement plus rapide du sol au S. 
de l'axe d'oscillation, suivi d'un abaissement général, ra- 
mena, comme on l'a vu, les eaux marines dans le bassin 
de Paris, phénomène pendant lequel se déposèrent, d'un 
côté, les marnes marines et les sables de Fontainebleau , 
et de l'autre, les argiles à Cyrena semi-striala de l'étage 
supérieur du système tongrien et les sables inférieurs du 
système ru pe lien. 

Comme la formation fluvio-marine, qui divise en deux 
parties les dépôts lacustres de l'île de Wight, annonce un 
abaissement momentané du sol de cette contrée , et que 
cet abaissement semble concorder avec celui dont je viens 
de parler, je suis porté à croire que cette formation a eu 
lieu à la même époque que les marnes marines supérieures 
au gypse de Montmartre et que les argiles à Cyrènes du 
Limbourg. Cette manière de voir serait appuyée par la 
présence de la Cytherea incrassata , du Cerithium tricinc- 
tum, etc., dans le dépôt fluvio-marin, qui s'étend entre 
Âlum bay et Yarmoulh, et par celle de la Cyrena semi- 
striata? dans celui de White Cliff bay, coquilles qui ca- 
ractérisent, comme on sait, la partie supérieure de notre 
système tongrien. Si cette détermination se confirmait, 
l'âge du dépôt lacustre supérieur serait aussi définitive- 
ment fixé. 

Je terminerai ces observations par le tableau chronolo- 
gique et la classification des couches tertiaires des bas>ins 
de Londres et du Hampshire, suivant les divisions admises 
en Belgique, et pour justifier pleinement les déductions 
géologiques dont j'ai entretenu l'Académie, je donnerai 
comme annexe, à la prochaine séance, la description mi- 
néralogique de quelques-unes des coupes que j'ai pu visi- 
ter pendant mon séjour en Angleterre. 



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CLASSE DES LETTRES. 



Séance du 5 juillet 1852. 

M. le baron de Stassart, vice-directeur, occupe le fau- 
teuil. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents: MM. le chevalier Marchai, Sieur, De 
Smet, de Ram, Roulez, Lesbroussart , Gachard, Borgnet, 
le baron J. deS l -Genois, Van Meenen, Schayes, Snellaert, 
Carton, Haus, Bormans, Leclercq, Baguet, membres; 
Arendt, Faider, Chalon, correspondants. 

M. Ch. Morren, membre de la classe des sciences, et 
MM. Al vin et Éd. Fétis, membres de la classe des beaux- 
arts, assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



La Commission centrale de statistique du royaume an- 
nonce qu'elle a conçu le projet de réunir à Bruxelles, sous 
les auspices du Gouvernement, un congrès de savants, 
afin d'essayer de donner une impulsion nouvelle aux tra- 
vaux de statistique, en proposant, dans les différents 
États, l'adoption de bases uniformes pour les opérations 



( 391 ) 
et les publications officielles relatives à ces travaux. Elle 
communique, en même temps, le programme de cette 
réunion, dont l'époque n'est pas encore fixée. 

— M. Baguet, membre de l'Académie, fait hommage 
d'une notice sur l'emploi des auteurs profanes dans l'ensei- 
gnement moyen. 

M. le chanoine de Ram présente, de la part de M. Le 
Normand, associé de l'Académie, des Études sur les frag- 
ments cophtes des conciles de Nicée et d'Éphèse. — Remer- 
cîments. 

— M. Quelelet lit un passage d'une lettre qu'il vient de 
recevoir de M. Baron, membre de l'Académie, au sujet 
d'un article inséré tout récemment dans un de nos jour- 
naux'sur la comédie de Molière, le Médecin malgré lui, et 
d'une trouvaille que l'auteur croit avoir faite relativement 
à celte pièce. « Cette trouvaille est un conte russe, dit 
M. Baron, extrait d'Olearius, dans son Voyage en Orient. 
Mais Olearius avait déjà été cité par tous les commenta- 
teurs de Molière, entre autres par Bret et Aimé Martin. 
Il l'avait été par Grotius, par Barbasan , par Le Grand 
d'Aussy, dans leurs recueils de fabliaux : il y a plus, le 
Voyageur français, qui cite le conte russe, t. Vif, p. 290, 
dit que ce conte est pris d'un de nos vieux fabliaux; et, 
en effet, Barbasan et Le Grand d'Aussy (au t. III, p. 1) 
donnent tout entier le fabliau, intitulé : du Vilain mire 
(du paysan médecin), lequel est tout entier la fable de 
Molière, dont Molière a évidemment tiré sa fable, s'il l'a 
tirée de quelque part Mais, dit-on , Molière ne connais- 
sait pas le fabliau publié longtemps après lui : il n'allait 
pas fouiller dans les manuscrits de la Bibliothèque royale, 



(392) 
où gisait depuis longtemps le fabliau. Soit; mais ne sait- 
on pas que ces fabliaux sont conservés dans la tradition 
de plusieurs provinces, racontés en prose dans plusieurs 
écrits, et que Molière a pu le prendre là, ou ne l'a pris 
nulle part, pas plus dans Olearins qu'ailleurs? Encore fal- 
lait-il ajouter que le conte russe était connu en France 
200 ans auparavant, d 

M. Lesbroussart entre dans des détails au sujet du conte 
russe, qui ne date que du XVI e siècle, tandis que le fabliau 
français est du XIV e . M. le chevalier Marchai fait observer 
qu'il existe à la Bibliothèque royale de Bruxelles un ancien 
manuscrit du fabliau en question. 



RAPPORTS. 



Rapport de M. Roulez sur une notice relative à un vase 
gaulois de la collection du Louvre; par M. Adrien de 
Longpérier, conservateur des antiques de ce musée. 

« Le curieux vase dont le savant antiquaire de Paris a 
bien voulu adresser à l'Académie un dessin accompagné 
d'une notice, est un monument votif consacré au génie 
tutélaire des Tournaisiens. Il intéresse au plus haut point 
notre histoire nationale; car, à quelque opinion que Ton 
s'arrête sur l'époque de sa fabrication, il reste toujours le 
plus ancien document où se rencontre la mention de 
Tournai. Avant d'entrer au Louvre, le vase avait appar- 
tenu à un célèbre collecteur, M. le chevalier Durand. Mais 



( 393 ) 

on ignore commeut il était venu en la possession de ce 
dernier et qnel est le lieu de sa provenance. On doit pré- 
sumer cependant qu'il a été découvert à Tournai ou dans 
les environs. 

L'auteur de la notice place l'âge du vase au commence- 
ment du I er siècle de l'ère chrétienne; il se fonde première- 
ment sur ce que les vases rouges de la finesse de celui-ci 
ne se rencontrent dans les fouilles qu'avec des monnaies 
gauloises ou des premiers empereurs, et, en second lieu, 
sur la comparaison de l'écriture de l'inscription avec celle 
d'une inscription de Pompéi , ayant une date certaine. Je 
me plais à reconnaître toute la valeur de ces arguments ; 
d'autre part, cependant, je ne puis pas ne point prendre 
en considération un autre fait constaté par les monuments 
épigraphiques et numismatiques, c'est que le culte des 
génies locaux ne paraît s'être répandu dans l'empire ro- 
main qu'à partir de la fin du second siècle (1). Cetle rai- 
son, à laquelle on ne saurait dénier non plus sa valeur, 
n'est pas un obstacle absolu, je l'avoue, à l'acceptation de 
l'opinion de M. de Longpérier. Mais je me permettrai de 
soumettre à ce savant et habile antiquaire une question 
dont j'abandonne la solution à son jugement. Ne serait-il 
pas possible que le vase ne remontât pas plus haut que 
le milieu du deuxième siècle après Jésus-Christ? N'a-t-on 
plus produit, à cette époque, de la poterie de la même 
finesse, et n'a-t-on plus su tracer des caractères d'une main 
aussi ferme? Je ne regarderais pas, pour mon compte, cette 



(1) Voy. Lersch, Centralmuseum Rheinîàndischer Inschriftm , I, 
p. 4 sq., et ma notice sur une figurine représentant un génie, dans les 
Jahrbiicher des P'ereins von Mterthumsfreunden im Rheinlande, XI, 
p. 1 72 sqq. 

Tome xix. — II e part. 27 



( 394 ) 
hypothèse comme inconciliable avec la particularité qu'of- 
fre l'orthographe de l'inscription. 

La notice de M. de Longpérier fut apportée à l'Acadé- 
mie par M. De Witte, à la séance du 5 mai. Le grand 
nombre d'objets à l'ordre du jour ne permit pas que la 
présentation s'en fît dans cette séance. Au sortir de l'Aca- 
démie, M. De Witte me parla du vase du Louvre. Je lui 
demandai si l'on était bien sûr que l'inscription fût an- 
cienne. Sa réponse , qu'elle avait été examinée avec soin 
par M. de Longpérier et par lui , dissipa mes doutes, et je 
n'avais pas attendu, pour former ma conviction sur son 
authenticité, que la lecture de la notice m'apprît que le 
vase avait en outre passé sous les yeux de deux antiquaires 
d'un jugement aussi sûr que M. le duc de Luynes et M. Le- 
normant. Je témoignai ensuite mon étonnement de trouver 
une inscription votive sur une poterie d'aussi peu de valeur 
et d'importance; mes souvenirs ne m'en rappelaient pas 
alors d'autres exemples; mais quelques recherches que je 
m'empressai de faire à mon retour à Gand levèrent mes 
scrupules. Mes remarques se bornèrent là. 

M. De Witte ayant rapporté à M. de Longpérier la con- 
versation qu'il avait eue avec moi, celui-ci a cru devoir 
envoyer à l'Académie des observations supplémentaires, 
qui , quoique devenues sans but pour ce qui me concerne, 
n'ajoutent pas moins du prix à sa notice. J'ai donc l'hon- 
neur de proposer à la classe l'insertion dans ses Bulletins 
de l'une et l'autre pièce, ainsi que des deux planches qui 
les accompagnent. 

Je ne serai certainement pas le seul à regretter que ce 
vase, de la collection du Louvre , qui a pour la Belgique 
un intérêt historique, ne soit pas placé dans l'un des 
musées de notre pays. Sa publication dans un recueil 



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( 595 ) 

belge nous offrira, jusqu'à un eerlain point, un dédomma- 
gement de cette privation. M. de Longpérier a compris les 
regrets des amis de nos antiquités nationales et a cherché 
à les adoucir. Pour mon compte, je lui sais le plus grand 
gré de sa délicate attention, et j'ose croire que la classe, 
partageant mes sentiments, lui votera des remercîments. » 

Ces conclusions sont adoptées, et la notice de M. de 
Longpérier sera imprimée dans le Bulletin de la séance. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Notice sur un vase gaulois de la collection du Louvre; 
par M. Adrien de Longpérier. 

Le monument céramique dont j'ai l'honneur d'adresser 
à l'Académie un dessin de grandeur naturelle (voir la 
planche), provient de cette immense collection d'objets 
d'arts que le roi Charles X avait acquise de feu M. Durand. 
C'est un vase de terre très-fine, revêtu d'une belle couver- 
ture rouge, et décoré d'une guirlande de lierre qui se détache 
en relief sur la panse. Le col porte une inscription circu- 
laire, tracée à la pointe, qui n'avait point été mentionnée 
dans le catalogue manuscrit rédigé par M. Durand, non 
plus que dans l'inventaire du Musée. Je serais porté à penser 
que cette inscription n'avait pas été étudiée, qu'on l'avait 
considérée comme déparant le vase, et que c'est par cette 
raison que le monument avait été relégué au fond d'une 



( 396 ) 

armoire où je l'ai trouvé, en faisant un rangement nou- 
veau et complet de tous les vases que possède notre Musée. 
Quoi qu'il en soit, cette inscription est indubitablement 
antique. Je ne demanderai pas à l'Académie de s'en rap- 
porter, à cet égard, à mon témoignage; je puis invoquer, 
en faveur de l'authenticité de ce texte épigraphique, l'opi- 
nion de M. De Witte, de M. Lenormant, de M. le duc de 
Luynes; car ces savants antiquaires ont vu le monument 
et n'élèvent aucun doute sur l'antiquité de l'inscription , 
qui est ainsi conçue : 

GENIO TVRNACESIV. 

Le vase a donc été dédié au Génie des Tournaisiens , et 
cette circonstance me paraît d'autant plus intéressante que 
le style du vase, très-pur, très-élégant, permet d'en faire 
remonter l'origine tout au commencement du 1 er siècle de 
l'ère chrétienne. On peut prendre pour point de compa- 
raison une inscription tracée à la pointe à Pompéi, et qui , 
contenant les noms de M. iEmilius Scaurus et de Cneus 
Firmus, consuls en 766 de Rome (13 deJ.-C), donne une 
date parfaitement positive. (Bulletino napoletano, t. IV, 
pi. IV, n° 5; voir le fac-similé.) Très-certainement le nom du 
génie des Tournaisiens est écrit avec autant de fermeté que 
celui des deux consuls. Les vases rouges fins, comme ce- 
lui-ci , ne se rencontrent dans les fouilles qu'avec des mon- 
naies gauloises ou des premiers empereurs. J'insiste lon- 
guement sur l'âge de ce vase, parce que, si mon opinion à 
ce sujet est admise, ce serait, je crois, le plus ancien docu- 
ment relatif à Tournay que l'on ait encore retrouvé. Éloigné 
comme je le suis de la Belgique, n'ayant pas à ma dispo- 
sition l'ouvrage d'Andréas Catullus sur Tournay, ni les 
brochures de Lambiez, je ne puis savoir précisément si 



(597 ) 

Ton a quelque monument antique des Tournaisiens; ce- 
pendant je pense que, jusqu'à présent, les mentions de 
l'itinéraire d'^Ethicus, la table Théodosienne et les tiers de 
sol mérovingiens étaient les seules preuves incontestées 
de l'existence antique de Tournay. 

L'orthographe de cette inscription est encore un gage 
d'antiquité reculée. Dans GENIO TVRNACES1V, il man- 
que un N et un M pour lire Turnacensium. 

Dans les inscriptions funéraires des Scipions, à Rome, 
on remarque exactement la même particularité; dans celle 
de L,Scipio Barbalus , on trouve: TAVRASIA* CïSAVNA: 
SAMNIO- CEPIT- SVBÏGIT- OMNE- LOVCANA- La lettre 
M manque à tous ces accusatifs. Dans l'épi ta phe de Lucius 
Cornélius Scipio, on voit COSOL et CESOR pour consul 
et censor. Cet usage d'omettre les M et les N dans l'écriture , 
quoiqu'on les prononçât à la lecture, est commun au san- 
scrit dès son origine, au zend dans les inscriptions cunéi- 
formes de la Perse, au grec et au latin. Ce son, qui ne s'écrit 
pas et qui néanmoins se prononce, se nomme en sanscrit 
anousvara. Dans un travail qui n'a pas encore paru, j'ai 
exposé ces faits avec plus de développements. Je dirai 
seulement ici que lorsqu'on trouve sur des vases peints : 
TIMAAPA pour Ttyoripa ; ATAAATE pour 'AraXâynj ; 
NIOAI pour vl^oll , il ne faut pas croire à une erreur de la 
part de l'artiste; ce n'est là que la conséquence de Yanous- 
vara commun à toutes les langues d'origine indienne. 

J'ai parlé plus haut des preuves incontestées de l'exis- 
tence antique de Tournay; j'aborde maintenant l'examen 
des monuments numisma tiques sur l'attribution desquels 
on a beaucoup trop hésité, attribution que la découverte 
de notre vase gaulois me paraîtrait mettre hors de doute. 

Eckel, qui n'avait pas une grande sympathie pour les 



( 398 ) 

médailles gauloises, avail l'esprit tout rempli de douter 
lorsqu'il s'agissait de leur donner une patrie déterminée. 
Il n'était pas bien certain que le nom antique du Tournay 
moderne ait été Tornacum : Verum non satis constat, fue- 
rit ne Tornacum vêtus nomen hodierni Tournay. Il ne pou- 
vait pas distinguer avec plus de sécurité si Durnacus est 
un nom de chef ou un nom de ville : Quare certi nondum 
sumus f sit ne Durnacos nomen oppidi , an reguli. Nous 
n'éprouvons pas autant de scrupules que le célèbre anti- 
quaire viennois, et nous dirons même qu'en admettant 
que Durnacus ne soit pas le nom de la ville, l'attribution 
n'en serait pas moins bonne, puisque ce nom pourrait être 
celui du peuple ou du génie local , du genius Turnacensium 
auquel est consacré le vase du Louvre. On connaît assez 
les monnaies gauloises sur lesquelles on lit : TVRONVS, 
SANTONVS, REMVS, SEGVSIAYVS, AVLIRCVS, et 
qu'on ne fait point difficulté d'attribuer à Tours, à Saintes r 
à Reims, à Feurs et à Évreux, quoiqu'elles ne donnent 
pas les noms de Cœsarodurum , de Mediolanum , de Duro- 
cortorum , de Forum et de Mediolanum que ces villes por- 
taient. Comme tous ces noms et d'autres qu'il serait 
trop long de rapporter accompagnent , aussi bien que 
DVRNACYS, une tête d'homme nue ou casquée, il serait 
très-possible qu'ils désignassent les génies éponymes. M. le 
professeur Serrure, en maintenant à Tournay le denier à 
la légende Durnacus, dans son excellente Notice sur le 
cabinet monétaire de S. A. le prince de Ligne, a donc agi 
très-sagement, et nous sommes heureux de fournir un 
argument de plus à l'appui de son opinion, en présen- 
tant à l'Académie un vase, à nos yeux contemporain de 
cette monnaie, et qui offre le nom antique des Tournai- 
sie*ns. 



599 



Supplément à la note précédente. — M. De Witte ni'ayant 
appris que des doutes setaient élevés dans l'esprit d'un 
très-savant antiquaire sur l'authenticité de l'inscription 
GENIO TVRNACESIV, j'ai pensé que l'Académie vou- 
drait bien me permettre de lui adresser quelques rensei- 
gnements supplémentaires, qui auront pour effet de rendre 
plus digne d'elle la communication que j'ai eu l'honneur 
de lui faire. 

Ces doutes se fondent, si je ne me trompe, sur le 
peu de probabilité qu'il y a que l'on ait consacré à un 
dieu un vase si peu important par ses dimensions et par 
sa matière; secondement, sur l'absence jusqu'à présent 
totale d'inscriptions tracées à la pointe sur des vases 
rouges. 

J'ai déjà eu l'honneur de dire que le vase gaulois du 
Louvre avait été examiné par les plus habiles connaisseurs, 
par des antiquaires dont les noms est la meilleure de toutes 
les garanties. En supposant donc qu'il n'eût pas d'ana- 
logue, je me croirais autorisé à l'accepter comme une 
exception incontestable. 

Oserai-je ajouter qu'après avoir étudié les monuments 
épigraphiques de toutes natures que renferment nos mu- 
sées et un grand nombre de collections particulières, j'ai 
pu moi-même me former une idée assez exacte des carac- 
tères qui distinguent les inscriptions tracées soit sur mé- 
tal, soit sur le marbre et la pierre, soit enfin sur l'argile 
des vases? 

Il est fort difficile d'établir les limites où doit s'arrêter 
le choix des objets destinés à être consacrés aux dieux. 
Nous trouvons des inscriptions votives non-seulement sur 
des vases de métal précieux, comme ceux qui ont été décou- 



( 400 ) 

verls à Berthonville, à Àuxerre, à Notre-Dame de Brissac 
près d'Alençon , mais encore sur de très-petites plaques 
de métal, de terre vernissée, sur des lampes sans aucune 
valeur. Je connais un poids portant l'inscription DEAE 
SEGETIAE. 

Pour ce qui est des vases, et des vases de terre à reliefs 
enduits d'une couverte rouge, je puis citer ceux qui ont 
été trouvés à Rheinzabern et sur lesquels on lit : DEO 
CESONIO EX VOTO POSVT [rie) PATERNVS 0; — 
MERCVRIO TOOR-ENCETANO ; — SILVANO TETEO 
SERVS FJTACIT EX VOTOR. Ces légendes sont, à la 
vérité, tracées dans les moules et non pas écrites à la 
pointe; mais le fait important de la dédicace d'un vase 
d'argile à une divinité n'en est pas moins, par là, établi 
d'une façon irrécusable. 

Il est arrivé quelquefois, même chez les Grecs, d'ajouter 
après coup sur les vases des inscriptions gravées à la 
pointe sèche , afin de les adapter à un emploi particulier. 

J'ai vu au Musée de Naples une belle hydrie cannelée swr 
la panse de laquelle on a gravé : 

XAPMINOC OEOOAMIAA 
KQIOC 

Charminus, fils de Théophamidas , natif de Cos. On assure 
que ce vase provient de Carthage. Son style pourrait don- 
ner lieu de croire qu'il a été trouvé dans la Cyrénaïque. 
Un autre vase cannelé, très-certainement découvert dans 
cette dernière contrée, a été cédé récemment au Musée du 
Louvre par M. de Bourville. Ce beau monument céramique 
porte, à la naissance du col , le nom AIOMEAQN écrit à 
la pointe. (Voir le fac-similé), nom que j'ai eu le plaisir de 



Bnllrfat de I ',/rad. Roy. 



Tome, XIX, Z?p. 4<a. 




J/uvcî'iphon tracée à lapai/de/ mir une //un ru /te de/ Ibrnvéi/; a?i iJ de' J.C. 
Inscription/ tracée/ a la/ voijde/ sur l& rsasc ûisreneeiis die .Louvre/ 



hiscripàon t/Yicéc a la vàûiée/ sur un/ vase/ ivicae/. Musée/ de '' /Vantes-. 





Inscription/ tracée d la pointe/ su?' u?t vase/ trouvé à/ Gievres. 

CAT\/GA/V/; 

///sr/'iption/ tracée/ à la ', vouiic ' sar terv vase/ trouvé à/ Mcaucc/ 



( 401 ) 

découvrir en lavant le vase , encore tout couvert de terre 
lorsqu'il fut apporté à Paris. 

Les vases gaulois portant des inscriptions tracées après 
h cuisson ., sans être précisément communs , ne sont pas 
cependant bien difficiles à rencontrer. Sans avoir fait de 
recherches particulières à ce sujet, je puis en indiquer 
deux à Bourges, deux au Musée de Nantes, deux à Blois, 
un à Meaux. L'un des vases de Nantes est une coupe ver- 
nissée en rouge; on y lit le nom PATERNVS écrit en ca- 
ractères gaulois (voir le fac-similé). M. de la Saussaye, dans 
les fouilles qu'il a faites à Soings, près de Blois, a recueilli 
un beau fragment de coupe rouge, ornée de feuilles de lierre 
en relief, sur lequel on lit la fin d'un nom ....TTVSCO, qui 
lui a paru être celui d'une divinité locale à laquelle le 
vase aurait été consacré. J'ai déjà expliqué, dans la Revue 
archéologique, l'inscription d'un des vases de Bourges, et 
j'ajoute quelle offre, comme le mot TVRNACES1V, deux 
exemples d'anousvara , c'est-à-dire qu'il y manque deux M. 
Il est à présumer qu'en consultant les antiquaires qui pos- 
sèdent des collections de vases gaulois, on se procurerait 
un certain nombre de monuments analogues à ceux que je 
viens de citer. 



( 402 ) 



Notice sur des chartes relatives à la prévôté de Mersen el 
sur un sceau de l'empereur Frédéric Barberousse ; par 
M. le chanoine de Ram, membre de l'Académie. 

L'Académie a daigné accueillir avec indulgence les re- 
cherches sur les sceaux des comtes de Louvain et des ducs 
de Brabant (1) , ainsi que la notice sur un sceau inédit de 
Godefroid de Bouillon (2). Elle voudra bien me permettre 
aujourd'hui de l'entretenir de quelques anciens diplômes 
relatifs à la prévôté de Mersen, et surtout d'une charte de 
l'année 1152 qui nous fait connaître un sceau de l'empe- 
reur Frédéric I , surnommé Barberousse, duc de Souabe et 
neveu de l'empereur Conrad 111. 

Frédéric, désigné par Conrad lui-même pour lui succé- 
der, fut élu roi de Germanie par les princes assemblés à 
Francfort, le 4 mars 1152, et couronné le 9 du même 
mois, à Aix-la-Chapelle. Il porta sur le trône une ambi- 
tion démesurée : son idée fixe était de se croire le succes- 
seur des Césars et de vouloir exercer sur le chef de l'Église 
et sur tous les princes de la terre une autorité souveraine. 
Si l'impartialité de l'histoire articule de graves accusa- 
tions contre la mémoire de ce prince, elle fait cependant 
l'éloge de son zèle pour la bonne administration de la jus- 
tice. Un acte de ce genre, concernant nos provinces, se 
révèle dans les mesures qu'il prit, pendant les premiers 
jours de son règne, pour faire cesser les empiétements de 



(1) Nouv. Mémoires, t. XXVI. 

(2) Bulletins, t. XIII, part. I, p. 355. 



( 403 ) 

l'avoué de l'église de Mersen sur les droits de l'abbaye de 
S'-Remi de Reims. 

Mersen ou Meersen (Marsna ou Marsana), sur la rivière 
de Gheule, entre Fauquemont et la Meuse, était un ancien 
palais , célèbre par les assemblées qu'y tinrent, en 847 et 
851 , les fils de Louis le Débonnaire , l'empereur Lo- 
thaire 1, Louis, roi de Germanie, et Charles le Chaifve, 
roi de France (1). Ces deux derniers , après la mort de leur 
neveu , Lothaire II , roi de Lorraine, s'y réunirent encore 
en 870 pour s'emparer des États des enfants de leur frère 
Lothaire 1, et pour y faire ce traité de parlage qui a con- 
servé le nom de traité de Mersen (2). Un diplôme de Charles 
le Chauve, de 847 , mentionne ce palais comme une simple 
villa (5); dans les Annales de Fulde, sous l'année 870, 
il est nommé locus qui dicitur Marsana juxta Mosam, et 
ailleurs on ajoute secus municipium Trajectum (4). Ger- 
berge, sœur de l'empereur Otton I et femme de Louis 
d'Outremer, roi de France, ayant reçu en dot l'alleu de 
Mersen, de son premier mari Giselbert, duc de Lorraine, 
à qui le roi Charles le Simple l'avait cédé, le donna avec 



(1) Voyez dans Mirœus, Diplom. belg. 7 t. I, p. 23 : Conventus apud 
Marsnam, prope Trajectum Mosae, anno 847 celebratus per Lotha- 
rium imperatorem 7 Ludovicum Germaniae et Carolum Calvum Fran- 
ciae reges, fratres. 

(2) Divisio regni Lotharii imperatoris 7 anno 870 idus Augusti, inter 
Carolum Calvum Franciae et Ludovicum Germaniae reges , fratres 7 
facta in Procaspide ad Mosam fl. haud procul ab Heristallio ; dans Mi- 
raeus, ouvr. cet., 1. 1, p. 28. Voyez notre édition de la grande chronique de 
De Dynter, t. I , p. 244. 

(3) Apud villam Marsnam. Voyez Grandidier, Hist. de l'église de 
Strasbourg, L II, preuves, p. 228. 

(4) Bouquet, lierum Franc, script, t. VU, p. 67, 198 et 603. 



( 404 ) 

toutes ses dépendances, en 968, à l'abbaye de S'-Remi dé- 
Reims (1). Les religieux de ce monastère y établirent, sur 
Jes ruines de l'ancien palais, une résidence ou un petit 
monastère (cella), nommé abbatia Marsna dans un di- 
plôme de l'empereur Otlon III, de l'an 986 (2). C'est à celte 
époque que remonte l'origine de la riche prévôté de Mersen, 
qui fut obligée, en 1561, de concourir à la dotation du 
nouvel évêché de Ruremonde(3), et que, plus tard, l'abbaye 
de S l -Remi céda aux chanoines réguliers de l'abbaye d'Eau- 
court en Artois, en échange du prieuré de Florival {Vallis- 
Florida) au diocèse de Noyon (4). 

Les empereurs s'étaient réservé la qualité d'avoués su- 
prêmes de l'église de Mersen et de ses dépendances; ils 
nommaient, d'après l'usage de l'époque, un sous-avoué, 
ou avoué judiciaire, pour défendre, en leur nom , les pro- 
priétés de l'église contre les attaques extérieures et pour 
exercer la juridiction pénale. Dans la charte donnée à 
Utrecht en 1145, par laquelle l'empereur Conrad III con- 
firme la donation de l'alleu de Mersen faite à l'abbaye 
de S'-Remi , et détermine les droits de l'avouerie , nous 
lisons à cet égard : Hoc eliam latcre posteras nolumus, quod 



(1) L'acte de donation se trouve dans Mirœus, ouvr. cit., t. I , p. 48. Voy. 
la chronique cit. de De Dynter, t. I, p. 308; et Knippenberg, ffist ceci, 
ducatus Geldriae, p. 54. 

(2) Bouquet, ouvr. cit., t. IX, p. 396 et 666. 

(5) Elle payait une rente annuelle de 800 florins de Brabant à la mense 
épiscopale. Voyez Knippenberg, ouvr. cit.., p. 54; et Mirœus, t. I, pp. 482 
et 486. 

(4) Gallia christ, nov. t. IX, p. 227; et Coppens, Nicuwe beschryviny 
van hel bisdom van s' Hertogenbosch , t. III, 2 e part., p. 364. — La maison 
prévôtale de Mersen est aujourd'hui une ferme appartenant aux héritiers da 
comte de Belderbusch, sénateur de l'Empire et préfet de Beauvais. 



( 405 ) 

singula ecclesiae S. Hemigii privilégia in praefalis possessio- 
nibus (de Marsna cum suis appendiciis), nullum specialiter 
advocatum déterminant, nisi regem Romanorum. Nostrae 
siquidem discretionis est , legaliter providere tant legitimum 
monachis advocatum , qui potius prodesse noverit , quam 
obesse , potius alodium tueri f quam vastare (1). Le but 
principal de cette charte, donnée à la prière d'Odon, abbé 
deS'-Remi, était de mettre un terme aux vexations des 
avoués subalternes qui s'étaient emparés des biens de l'é- 
glise de Mersen (2). 

La charte de Conrad ÏIÏ et l'acte de donation de Ger- 
berge énumèrent les dépendances de l'alleu de Mersen : ce 
sont les terres nommées Cluma (5) , Lila (4) Hertra (5) , 
Àngledura (6) et Becca (7). 

Vers l'année 1140, Godefroid le Barbu, premier duc 
héréditaire de Lolhier et de Brabant, restitua, à la de- 
mande de Conrad ITI , à l'abbaye de S l -Remi la terre de 
Lita. Ego Godefridus, dit-il (8), et filii mei Godefridus 
alque Henricus, notum facimus... nos alodium beàti JRe- 



(1) Miraeus, ouvr. cit., 1. 1, p. 105. Voyez aussi la chronique citée de De 
Dynter, t. H, p. 86. 

(2) Gallia Christ, nov., t. IX, pp. 232 et 233. 

(3) Le village Clummen ou Climmen, près de Fauquemont. 

(4) Ou Litta, le viilage de Lithoyen, dans le décanat d'Oss, au diocèse 
de Bois-le-Duc. Voyez Coppens, op. cit., t. III, part. 2 e , p. 363. 

(5) Gerberge fit son acte de donation In villa quae dicitur Ilarta, nom 
qui se lit aussi Hacta ou Sarta, et qui , peut-être , est le même que Hertra , 
Ertrem ou Herten , village près de Looz. 

(6) Angleur , près de Liège. 

(7) Elle n'est pas mentionnée dans la donation primitive; elle ne l'est que 
dans la charte de Conrad III. 

(8) Miraeus, ouvr. cit., 1. 1, p. 525. 



( 40G ) 
migii, quod Litta dicitur, diu tenuisse. Tandem vero coin- 
puncti et poenitentia ducti... jam dictum alodium , cum 
omnibus ad ipsum pertinentibus > Deo et beato Remigio red- 
didimus, nec non fidei sacramento et jurejurando firma- 
vimus. Insuper in praesentia Domini Conrardi imperatoris 
illud abdicavimus , quod a modo numquam per nos nec per 
aliquem noslrorum saepe dictum monasterium de ipsius 
alodii rébus aliquod damnum patietur, sed ex integro 
eidem maneant sua omnia, sicut dédit et confirmavit Ger- 
berga venerabilis Francorum regina. 

Vers 1158, les officiers de la maison de Brabant profi- 
tèrent du jeune âge du duc Godefroid III pour se mettre 
de nouveau en possession de la terre de Lita. L'empereur 
Frédéric Barberousse en écrivit au jeune prince et chargea 
son archichancelier Renaud de Dassel, archevêque de 
Cologne, et Henri de Leyen, évêque de Liège, de faire 
effectuer la restitution. Godefroid III s'empressa d'obtem- 
pérer aux ordres de l'empereur. Notum facto, dit-il dans 
une charte de 1160 (1) , me alodium beati Remigii, Fran- 
corum apostoli, quod Litta dicitur, duobus annis tenuisse. 
Tandem vero compunctus et poenitentia ductus, nec non 
mandato domini imperatoris (Frederici I) coactus , et a 
Coloniensi archiepiscopo Rainaldo, et a domino Leodiensi 
episcopo admonitus , jam dictum alodium cum omnibus ad 
ipsum pertinentibus Deo et beato Remigio prompta devo- 
tione reddidi , nec non fidei sacramento firmavi et in prae- 
sentia baronum meorum abdicavi. 

La prévôté de Mersen éprouva des vexations plus dures 
de la part de Goswin II , seigneur de Fauquemont et de 



(1) Miraeus, ouvr. cit., t. I, p. 185. 



( 407 ) 

Heinsberg (i). Il parvint a se faire donner le titre d'avoué 
de l'église de Mersen, et n'usa de sa puissance que pour ran- 
çonner le territoire de Fauquemont et de Maeslricht. Dès 
l'année 1122, les chanoines de S l -Servais profitèrent de la 
présence de l'empereur Henri V à Liège, pour se plaindre 
de l'oppression et des outrages dont Goswin continuait à 
accabler leur église. Cité par l'Empereur pour être ouï en 
sa défense, il refusa de comparaître. Ce prince chargea le 
duc de Lothier, Godefroid le Barbu, de contraindre le 
sire de Fauquemont à son devoir par la force des armes. 
Le duc assiégea le château qu'il força au bout de six se- 
maines et le détruisit de fond en comble (2). 

En 1144, le château de Heinsberg essuya le même sort 
de la part de Henri II, duc de Limbourg, qui se vengea 
ainsi de Goswin , pour n'avoir point voulu déguerpir de 
deux fiefs de la couronne (3). 

La charte citée plus haut, que l'empereur Conrad III 
donna, en 1145, en faveur de l'église de Mersen , avait 
momentanément mis un frein à la rapacité de l'avoué. 
Mais peu de temps après, Goswin suscita de nouveaux 
embarras à ceux de Mersen , et il se porta à de si grands 
excès qu'il fallut encore une fois, en 1152, avoir recours 
à l'autorité de l'empereur. Frédéric Barberousse ordonna 
une enquête et réintégra les opprimés dans leurs droits 



(1) Il succéda à son père Goswin I, vers 1100, et mourut entre 1166 et 
1 170, après avoir fondé, à Heinsberg, un monastère de Tordre des Prémontrés. 
Voyez Mirœus, ouvr. cit., t. I, pp. 280 et 281; Knippenberg, ouvr. cit., 
p. 71 , et Y Art de vérifier les dates, t. XIV, p. 330, édit. in-8° de 1819. 

(2) Voyez la chronique cit. De Dynter , t. II , p. 71 , et Butkens, Trophées 
de Brabant, t. I, p. 99. 

(3) Voyez Einst, Ifist. de limbourg, t. III, p. 92. 



( 408 ) 

par deux diplômes : l'un, donné à Aix-la-Chapelle le M 
mars 1152, le second jour après son couronnement, 
confirme l'abbaye de S'-Remi dans la pleine et entière pos- 
session de l'alleu de Mersen; l'autre, donné à Paderborn, 
au commencement du mois de mai de la môme année, 
renferme des dispositions pour mettre un terme aux vexa- 
tions de l'avoué. 

Le premier document ne nous est connu que par l'ana- 
lyse suivante qui nous a été conservée par De Dynter (\) : 
Fredericus I divina favente clementia Romanorum rex per 
suas literas patentes, datas in palatio Aquisgrani anno Do- 
minice incamationis MCLII, indictione XV, regni sui anno 
primo, ad humilem petitionem Hugonis abbatis sancti Re- 
migii (2),... in palatio suo Aquisgrani, die secunda post- 
quam unctionem sacram in Romanorum regem accepit, 
quasdam possessiones quondam a gloriosa regina Franco- 
rum Gerberga predicto cenobio légitime contraditas, et a 
dive memorie primo Ottone, item quoque Otlone secundo 
per privilegii donationem in perpetuum confirmatas , con- 
firmavit , et presentis auctoritate privilegii suo regio banno 
corroboravit, scilicet Mersnam cum fisco et omnibus appen- 
diciis, scilicet Hartha, Cluma, Litta, Angledura, Stuma (5) 
et Becca, quae ad eam pertinent, nec non et in pago Mo- 
sago (4) Coslam cum omnibus appendiciis suis, id est 
Beethem, Glana, Capella, Peffemlibach alque Mons sancti 



(1) Chron. lib. IF, cap. 41 , t. II , p. 95. 

(2) C'est Hugues , troisième abbé de ce nom, mort en 1162. Voyez Gallia 
Christ, nov. , t. IX , p. 233. 

(3) Peut être Strucht, près de Galoppe. 

(4) Le Masgau, ou pays de Meuse, s'étendait sur les deux bords de la 
Meuse, depuis Viset jusque près de Bois-Ie-Duc. 



( 409 ) 

llemigii; ut ipse abbas et monachi per omnia succedentia 
tempora libérant potestatem habeant prescriplas villas cum 
omni integritale et appendiciis ipsarum ordinandi , fruendi 
et disponendi sine ullius persone contradictione. L'Empereur 
rappelle, dans cette charte, comment le duc de Lothier, 
Godefroid le Barbu , restitua la terre de Lita (1) , el prend 
certaines dispositions à l'égard de l'avouerie de Mersen , 
dispositions confirmées par un deuxième diplôme donné à 
Paderborn. 

Ce document est imprimé dans le recueil diplomatique 
de Miraeus (2). Une ancienne copie, faite sur l'original et 
munie du fac-similé du sceau de l'Empereur, nous permet 
d'en reproduire un texte plus fidèle; nous y ajouterons en 
note les éclaircissements qu'exige ce document. 

Fredericus Del gratia Romanorum rex (5). Ad praeci- 
dendas occasiones dissentionum inter dominum G. de Hei- 
nesberg (4) et confratres de ecclesia sancti Remigii , qui in 
curia Marnensi (5) gravent injuriant a praedicto G. ( Gos- 
wino) se perpessos esse saepius conquesti sunt, misimus 
nuncios noslros R. decanum Aquensem, et A. sculletum , 
et Macelinum marscalcum nostrum , qui diligenti inquisi- 
tione perquirerent , quid juris dominus G. (Gosvvinus) in 
curia Marnensi ex advocatia, quae ad regnum pertinet, 



(1) Voyez ci- dessus, p. 405. 

(2) Tom.I,p.537. 

(3) Le 18 juin 1155, il se fit couronner Empereur parle pape Adrien IV. 

(4) Goswin II, seigneur de Heinsberg. On lit à tort dans Miraeus, G. de 
ffenneberg. 

(5) Notre copie , comme celle de Miraeus, porte constamment Marnensis au 
lieu de Marsnensis ou Marsanensis. Le mot curia est souvent synonyme 
de claustrum ou conventus; mais, comme il conste par ce qui suit, il signifie 
ici une espèce de cour féodale. 

Tome xix. — II 9 part. 28 



( 410 ) 
habere deberet, et veritatem rei scripti attcstatione nobis 
représentaient. Sicut igitur praedicti nuncii noslri ab ho- 
minibus, qui ad praenominatam curiam pertinent, sub 
juramenli asserlione veraci assertione cognoverunt , scripto 
praesentis paginae ad communem notitiam deferebant, in 
curia Marnensi haec sunt jura regni : In tribus generalibus 
placitis (1), tertia pars omnium, quae acciderint, domini 
régis est; duae vero reliquae ad curiam pertinent. Alio 
autem tempore, si quid forte emerserit, videlicet effusio 
sanguinis, vel latrocinium , prima quidem domini régis 
est, altéra vero curiae, tertia autem comilis erit. Praeterea 
in singulis generalibus placitis viginti solidos et unum ex de- 
bito jure dominus rex habebit, et modium tritici. Super sunt 
adhuc très curiae Cluma (2), Schinna (o) et Schinmortera (4), 
quae parlim (5) in singulis praedictis placitis decem et novem 
solidos et modium tritici reddunt; praeterea sexaginta et 
unum et dimidium avenae maldra (6), in natali Domini 
solvenda. Adhuc etiam praedicta curia, Cluma scilicet , 
quadraginla maldra, pro marna, domino quoque régi per- 



(1) Charlemagne avait réduit le nombre des plaids généraux à trois par 
année; les comtes les avaient multipliés pour augmenter les émoluments des 
plaids. Ces tria placita de Mersen {Dry voeght gedingen ou Jaer ge- 
dingen) étaient fixés par l'avoué, et le chef de chaque famille devait y com- 
paraître sous peine d'amende. Voyez ce que Raepsaet dit ùesplaids généraux 
sous la période franque et la période coutumière , OEuvres, t. III , pp. 549 et 
suiv. 

(2) Voyez ci-dessus, p. 405, not. 5. 

(5) Schinnen , commune de l'ancienne seigneurie de Fauquemont. 

(4) Peut-être Schin-sur-Gheule, dans le même territoire. 

(5) On lit pariler, dans Miraeus. 

(6) Maltra, maltrum ou maldrum, mesure germanique contenant 
quatre muids. 



( 411 ) 

solvit : in saepe dictis placilis Becca etiam sex solidos, 
toto aulem anno duodecim avenae maldra, duobus sum- 
brinis minus (1). Asserit praelerea saepe dicta curia Mar- 
nensis et veraciter affirmât , se nullum prorsus debere habere 
advocatum , nisi vel ipsum dominum regem , vel eum quem 
ipse propria manu sibi substituent. Hac veritate cognita , 
de curia Marnensi sub obtentu gratiae nostrae praecipimus , 
ne ultra praescriplum servilium quisquam advocatus majus 
servitium in posterum exposlulare praesumat. Hujus rei 
testes sunt : Arnoldus , Coloniensis arciiiepiscopus (2); Ber- 
nardus Padeburnensis (5) ; Arnoldus cancellarius (4) ; Hen- 
ricus notarius (5); dux Welpho (6); marchio Albertus (7); 
cornes Ulricus de'Lencenburg (8) ; Marcuarius (9). Acta sunt 
haec anno Dominicae incarnalionis M C° Z> 11°, indklione 
XIIII , anno etiam domini régis Frederici primo. Data 
Padeburnae per manus Arnoldi cancellarii. 



(1) Sumberinus ou sumbrinus, autre espèce de mesure. 

(2) Arnold de Weda, qui sacra et couronna Frédéric à Aix-la-Chapelle; il 
mourut en 1156. 

(3) Bernard d'Osede, qui fonda les abbayes de Hardenhausen et de Beren, 

(4) Voyez le Chronicon Gottwicense, t. I, p. 580, 

(5) Dans un acte du 23 mars 1153 (Pertz, Monum. Germ. Legum , 
t. II, p. 92), il est nommé Magister llenricus notarius; c'est probable- 
ment le même qui signe comme chancelier en 1103. Voyez Chron. Gott- 
wicense , t. I , p. 383. 

(6) Welphe VI, Cls de Henri Vil, dit le Noir, duc de Bavière; il eut pour 
sa part les biens paternels situés en Italie. 

(7) Albert I, dit FOurs, margrave de Brandebourg. 

(8) Dans le Pacium cum Bertolfo duce (Pertz, Monum. Germ. Legum, 
t. II, p. 91) on lit : Cornes Oudelricus de Lencenburch ; et à la fin du 
Pactum cum Eugenio III papa, du 23 mars 1155 (Ibid., p. 94) : Cornes 
Ulricus de Lenzburch. 

(9) Dans Miraeus on lit : Marcuardus. 



( 412 ) 

La copie d'après laquelle nous venons de transcrire 
ce diplôme est d'un grand intérêt archéologique, parce 
qu'elle nous donne le fac-similé du sceau primitif de l'em- 
pereur Frédéric Barberousse, et qu'au sujet de ce sceau, 
il y a plus d'une particularité sigillographique à faire res- 
sortir. 

Considérons-le d'abord dans son ensemble. Le sceau , 
en forme ronde, imprimé en cire rouge, est attaché à la 
charte par une double queue en parchemin. L'Empereur 
y est représenté assis sur un trône peu orné, portant une 
robe longue avec ceinture , et ayant une chlamyde ou 
manteau attaché sur l'épaule droite et dont l'ouverture se 
trouve également # droite, en sorte que le bras droit est 
libre et le bras gauche caché en partie sous le vêtement. 
De la main droite il tient un sceptre terminé par une fleur 
de lis , et de la main gauche le globe surmonté d'une croix , 
semblable à celle de la couronne ouverte qu'il a sur la 
tête. La légende porte : Fredericvs Dei gratia Romano- 
rum rex. 

Voyons maintenant quelques observations de détail. 

Frédéric Barberousse est le premier des empereurs 
d'Allemagne qui ait scellé en cire rouge, à l'exemple des 
empereurs de Constantinople (1). L'éclat de cette couleur, 
approchant de la pourpre et du cinabre, dont les anciens 
empereurs ont fait tant d'usage, devait avoir la préférence 
de Frédéric. Plus de cinquante ans avant lui, Guillaume le 
Roux d'Angleterre scellait aussi en cette couleur ; et plus 
anciennement encore, les sceaux des rois de France de la 



(1) Voyez le Chronicon Gottwicense, t. I, p. 565, et Natalis de Wailly, 
Éléments de paléographie, t. II, p. 55. 



( 413 ) 

première et de la seconde race offrent assez fréquemment 
une cire rougeâtre, tantôt pâle, tantôt rembrunie. 

Frédéric est aussi le premier des empereurs d'Allemagne 
qui ait suspendu le sceau de cire à ses diplômes (1). Sous 
les rois de France des deux premières races, et même 
sous les Capétiens du dixième et du onzième siècle , les 
sceaux en placard furent d'usage. Au douzième siècle, 
Louis le Gros scellait en placard la plupart de ses diplômes. 
Tous les empereurs d'Allemagne, jusqu'à Frédéric, ont 
suivi celte ancienne méthode; ce dernier y substitua l'u- 
sage des sceaux pendants, à l'exemple des sceaux de métal 
que Charlemagne et ses successeurs suspendaient aux di- 
plômes importants. Dès le sixième et le septième siècle , 
les papes suspendaient ainsi leurs bulles de plomb. 

Le sceau est attaché par une double queue ou bande de 
parchemin. Cette espèce d'attache, comme les bandelettes 
de cuir, était en usage dès les premiers temps; on remar- 
que cependant que les attaches de cuir deviennent rares à 
la fin du douzième siècle, et que celles de parchemin sont 
plus fréquemment employées à mesure que l'on se rap- 
proche des temps modernes (2). 

Heineccius pense que Frédéric I a conservé l'ancien 
usage de sceller en placard. Ex imperatoribus nostris, 
dit-il (5) , nullus anle saeculum XII sigillum pensile adhi- 
buit, ipsoque saeculo XII constanter antiquum morem r Mi- 
nuit Henricus V, Lotharius, Conradus III et Fredericus I, 



(1) Voyez le Chronicon Gottwicense, t. I, p. 561, et de Wailly, ouvr. 
cit., t. H, p. 26. 

(2) De Wailly , ouvr. cit. , t. II , p. 55. 

(5) De Sigillis, part. I, cap. XVI, p. 170. 



( 414 ) 
quorum nemo ceram membranae appendit. xMais le savant 
auteur du Chronicon Gollwicense , qui avait sous les yeux 
une charte originale de S'-Emméran , à Ralisbonne, avec 
un sceau pendant, lui répond (1) : Apparet Heineccium 
Frederico 1 ritum appensionis sigillorum non altribuere. 
Verum, cum optimum probalionis genus in rébus hujus- 
modi sit ocularis inspectio et expcrientia aclualis , in aliam 
procul dubio sententiam abiisset Heineccius, si occasionem 
simile pensile sigillum Fredericianum inspiciendi nactus 
fuisset; statuimus nos proinde Fredericum I inter impe- 
ratores noslros primum exstitisse, qui, practer bullas tum 
aureas tum plumbeas, sigilla etiam cerea suis annectere 
diplomalibus coeperit. Le sceau que nous publions con- 
firme pleinement ces observations. 

L'usage de se faire représenter assis sur un trône, à 
l'exemple des empereurs de Constantinople, n'a été intro- 
duit en Allemagne qu'au onzième siècle par Henri II, dit 
le Saint; ses successeurs l'ont continué (2). C'est de là que 
date le sceau de majesté (sigillum majestatis) qui prenait 
cette dénomination de ce que le prince y était représenté 
assis sur un trône et revêtu des attributs de la souverai- 
neté. 

Le trône ressemble à un grand siège à dos et à bras, 
d'une forme triangulaire ou ovale. 

L'Empereur y est représenté avec les symboles de la 
royauté. 



(1) Op. cit., 1. 1, p. 3G1. 

(2) Les sceaux des Empereurs précédents ne présentent guère que des 
bustes ou des figures à mi-corps. Voyez Dom de Vaines, Dictionnaire de 
diplomatique, t. II , p. 275. 



( «5 ) 

Il porte une couronne ouverte, terminée par une croix 
et enrichie de perles, avec deux pendants ornés , à ce qu'il 
paraît, de pierreries. Sur le sceau d'un diplôme de 1157, 
et sur d'autres, publiés par Heineccius et par les Bénédic- 
tins (1) , Frédéric porte une couronne fermée en forme de 
mitre, semblable à celle que prit Charlemagne, devenu 
Empereur, et que portaient les empereurs d'Orient. 

Le sceptre , marque de la puissance souveraine , est ter- 
miné par une fleur de lis. Dans d'autres sceaux , Frédéric 
porte un sceptre pommelé, également terminé par une 
Heur de lis; dans ceux des Empereurs, ses prédécesseurs et 
d'autres princes, on voit des fleurs de lis tant au bout du 
sceptre qu'à la couronne, d'où il résulte que cette fleur a 
été longtemps un ornement arbitraire avant de figurer dé- 
finitivement sur les sceaux des rois de France (2). 

Le globe, symbole de la domination sur le monde, fut 
affecté, par les empereurs romains et grecs , sur leurs mé- 
dailles. Ceux-ci ajoutèrent une croix sur ce globe, qu'on 
retrouve aussi sur quelques monnaies mérovingiennes et 
dans les monuments des empereurs francs. Dès le règne 
d'Otton II, le globe avec la croix paraît sur les sceaux des 
empereurs d'Allemagne (5).| 

Les habits impériaux de Frédéric sont moins simples 
que ceux de ses prédécesseurs; on y distingue des broderies 
et certains ornements en perles ou en pierreries. In sigillis 
Teutonicorum nostrorum regum ac imperatorum , dit l'au- 



(1) Voyez Chronicon Goltwicense, t. I, p. 358 et 563; et De Wailly, 
ouvr. cit., t. II, p. 124. 

(2) Voyez De Wailly, ouvr. cité, t. II, pp. 81 et 82. 

(3) Ouvr. cité, t. II, p. 79. 



( 416 ) 
teur du Chronicon Gottwicense (\),a Conrardo I usque ad 
Conrardum III, aut si mavis Fredericum I , nihil hujus-r 
modi apparatus gemmati conspicitur... Âpparet igitur Fre- 
dericum I inler imperatores Teutonicos primum fuisse, qui 
habitum gemmatumjam antea tum a regibus Francicis tum 
etiam a Teutonicis imperatoribus usitatum, a reliquis mo- 
numentis ad ipsa sigilla primus traduxit, ut nimirum eo 
major iisdem splendor accéder et , et suborta intcr Romanum 
et Constantinopolitanum imperatores subConrado Maemu-> 
latio seu contentio majestatico isthoc habitu, quo Graeci a 
reliquis singulare sibi quidpiam vcndicare volebant, démon- 
straretur. 

Le même écrivain, en comparant le sceau de la charte 
de 1157 avec d'autres, dit encore (2) : Habent hoc etiam 
commune allata hactenus sigilla quod in iis Fredericus num- 
quam imberbis, sed semper facie barbata et quasi seniliexhi- 
beatur. Au contraire, notre sceau nous montre l'Empereur 
sans barbe et sous les traits de la jeunesse. 

La légende du sceau : Fredericus Dei gratia romanorum 
rex, fut modifiée après son couronnement à Rome, en 
1455; depuis lors, comme on le voit dans le sceau de la 
charte citée de 1 157, il adopta la légende qui exprime son 
titre d'empereur : Fredericus Dei Gra. romanor. impera- 
tor AUGS. 



(1) T. I, pp. 362 et 363. 

(2) Op. cit., t. I, p. 363. 



Bull.dt rjcad.Roi/. 



Tome XIX, '! fp. p.Jj.6 




417 ) 



Réplique à la réponse de M. Roulez à mes remarques sur sa 
dissertation intitulée : de l'origine, de la langue et de 

LA CIVILISATION DES PEUPLES QUI HABITAIENT LA BELGIQUE 

actuelle a l' arrivée de césar ; par M. Schayes, membre 
de l'Académie. 

Lorsque j'écrivis mes remarques sur la dissertation de 
M. Roulez , qui a paru dans le t. XVII des Bulletins de 
l'Académie, ce fut, comme je le dis alors, malgré moi que 
je pris la plume , et nullement dans la seule intention de 
combattre les vues de mon honorable confrère sur les ori- 
gines belges (1). J'avais donc lieu d'espérer que cette po- 
lémique ne se serait plus prolongée au delà de ma réponse. 
M. Roulez en a décidé autrement. Force m'est d'user du 
même droit pour maintenir mes assertions. Je tâcherai , 
du reste, d'être aussi bref que possible, me bornant à 
répondre aux objections principales ou nouvelles et aban- 
donnant les autres à l'appréciation des hommes compétents 
qui veulent bien s'intéresser à cette controverse. 

Après un préambule auquel je crois inutile de m'arrê- 
ter, parce que ma réplique tout entière lui sert de réponse, 
mon savant confrère revient d'abord à la question des 
noms des rivières de la Belgique. J'avais dit que, pour 
avoir droit d'affirmer que ces dénominations sont d'origine 
celtique, il ne suffisait pas d'une simple citation de cinq 
ou six noms. M. Roulez répond que, s'il s'en est tenu à 



(1) Ou, si Ton veut, celles de quelques savants de l'Allemagne méridionale, 
dont M. Roulez s'est fait l'interprète et le défenseur. 



( 418 ) 

ce nombre, c'est que les auteurs modernes qui lui ser- 
vaient de guides, ne lui en ont pas fait connaître davan- 
tage. Mais les étymologies de ces quelques dénominations 
sont-elles au moins claires et précises? nullement, elles 
ne sont rien moins que cela, et si M. Mone, la principale 
ou pour mieux dire la seule autorité que M. Roulez ait 
invoquée à ce sujet, s'est mépris sur l'origine des noms 
de la Lieve, pourquoi aurait-il été plus infaillible sur l'é- 
tymologie de l'Escaut, de la Meuse, de l'Ourthe, de la 
Sambre et de l'Yser? 

Mais en acceptant même les conjectures de ce savant, 
est-on fondé à prétendre que, parce que ces rivières, qui 
toutes prennent leur source dans la partie des Gaules oc- 
cupée exclusivement par des populations celtiques, ont 
des noms celtiques, les noms de la Lys, du Rupel , de la 
Dendre, de la Dyle et nombre d'autres rivières de la Bel- 
gique actuelle, tant grandes que petites, reconnus jus- 
qu'ici comme dérivés du teuton, appartiennent également 
à la langue celtique? Du reste, comme M. Roulez a avoué 
lui-même dès le principe que cette question était d'un in- 
térêt tout secondaire pour la thèse que nous soutenons, 
et que, sous ce rapport, je suis parfaitement d'accord avec 
lui, je crois superflu de continuer la discussion sur ce 
point. 

Je ne m'arrêterai pas davantage à la question des noms 
de peuples et d'hommes. Il me suffit d'avoir démontré par 
des exemples aussi nombreux que frappants, combien sont 
vaines et illusoires les preuves que l'on prétend tirer de 
la ressemblance mutuelle de certains noms propres pour 
les rapporter au celtique plutôt qu'au teuton; que, si l'on 
trouve dans le centre et le midi des Gaules quelques noms 
propres qui se rapprochent plus ou moins de noms ger- 



( 419 j 

mano-belges, la même similitude existe entre ces der- 
niers et les noms de peuples et d'hommes appartenant à la 
Germanie; et que, par conséquent, des preuves de cette 
nature ne sauraient être invoquées pour faire de noms 
germano-belges des noms purement celtiques (1). 

Sur la numismatique gauloise, M. Roulez veut bien 
me faire de larges concessions; il se résigne à abandon- 
ner à leur provenance incertaine les monnaies préten- 
dues éburonnes et lournaisiennes (2), mais il ne se 
montre pas d'aussi facile composition pour le Germanus 
Indutillit des Tréviriens; il me reproche de n'avoir pas 
cité la dissertation de M. Senckler sur YHistoire monétaire 
des pays rhénans , dans laquelle ce savant combat l'opi- 



(1) Voir ce que dit à ce sujet M. Ch. Grandgagnage , dans sa savante et 
judicieuse dissertation sur Y Origine des Wallons (1 er Bulletin de l'Institut 
archéolog. de Liège). 

M. Roulez prétend à tort qu'il y avait dans les Gaules plusieurs peuples 
portant le nom d'Éburons. On trouvait des Eburovices dans le diocèse actuel 
d'Évreux (Normandie) , mais il n'y avait d'autres Éburons que ceux de la pro- 
vince de Liège. 

Il me reproche aussi d'avoir cité mal à propos le passage de Mannert sur 
le doute qui existe au sujet de l'origine des Ambrons. II me semble que cette 
citation ne pouvait trouver sa place nulle part mieux qu'ici où il s'agit d'une 
controverse analogue; et en fait d'autorités, celle de l'illustre géographe ba- 
varois vaut bien, je pense, celle de M. Muller, l'auteur du Nordische Grie- 
chenthum, livre semblable pour le fond et le but aux fameux Champs 
Elysées de M. de Grave, et même celle de M. Diefenbach, profond linguiste, 
sans nul doute, mais, comme tel, substituant un peu trop les mots et les syl- 
labes aux faits positifs de l'histoire et ajoutant une foi par trop implicite à 
l'histoire fabuleuse des rois de Tongres et aux contes dont sont farcies les 
annales primitives de l'Irlande. 

(2) Cependant M. Roulez ajoute en note qu'il apprend de bonne source 
que MM. de la Saussaye et de Longperrier sont d'avis de maintenir à Tournai 
l'attribution des monnaies portant la légende Durnacos. Mon honorable 



( 4-20 ) 

nion de M. Duchalais, qui avait établi que cette prétendue 
monnaie d'Induciomare notait qu'une imitation des petits 
bronzes d'Auguste. Si j'ai passé sous silence le mémoire 
de M. Senckler, c'est que la dernière livraison des Annales 
de la Société des antiquaires du Rhin (Jahrbùcher des 
Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande) qui ren- 
ferme ce travail, ne m'était pas encore parvenue. La ré- 
futation de M. Senckler se réduit, du reste, à prétendre 
que les petits bronzes d'Auguste ont été frappés après les 
monnaies d'or et d'argent de cet empereur qui portent 
un taureau et la légende imp. X, XI ou XII, c'est-à-dire 
après l'an de Rome 742; et que, par conséquent, la mon- 
naie gauloise avec la légende Germanus Indutillil , bien 
que reproduisant fidèlement le type des petits bronzes, ne 



confrère ne dit pas sur quoi se fonde l'opinion de ces savants et célèbres nu- 
mismates. Pour ma part, je soutiendrai toujours que, pour attribuer ces pièces 
à la ville de Tournai, il faut commencer par prouver : 1° que le nom de 
Durnacos n'est pas un nom d'homme, mais un nom de ville j 2° que cette 
ville est bien celle que les Romains n'ont connue que sous le nom de Tor- 
nacum; 3° que cette ville, mentionnée pour la première fois sur la carte de 
Peutinger, dressée sous le règne d'Alexandre-Sévère, au III e siècle, existait 
déjà antérieurement et même du temps de César et de Strabon , qui assurent 
que les Ménapiens n'avaient pas de villes et n'habitaient que de simples vil- 
lages. Puis , la légende latine de ces monnaies n'annonce-t-elle pas un peuple 
depuis longtemps en relation avec les Romains? Je propose aux numismates 
la solution de ces questions. 

J'aurais cité dans ma première réponse , si je les avais connues alors , deux 
dissertations de la Revue numismatique de Blois, année 1847, l'une dans 
laquelle M. Anatole Barthélémy revendique pour les Aulerci Cenomani et 
les Aulerci Eburovices (peuples de la Normandie actuelle) les monnaies 
gauloises avec la légende Durnacos et toutes celles que l'on a attribuées 
jusqu'ici aux Éburons ; l'autre de M. Duchalais sur les prétendues monnaies 
d'Ambiorix. Ces judicieux travaux m'ont encore raffermi dans l'opinion que 
je me suis faite depuis longtemps sur la numismatique germano-belge. 



(421 ) 

saurait être une imitation barbare de ces derniers, parce 
qu'à cette époque, plus de 15 ans après l'organisation 
romaine des Gaules , les Romains n'auraient permis d'y 
frapper que des monnaies de leur propre coin. Ces deux 
assertions sont aussi hasardées l'une que l'autre; et pour 
la seconde, l'auteur en fait en quelque sorte l'aveu lui- 
même; en effet, rien n'empêche de croire que ceux des 
Gaulois , qui avaient reçu le titre de peuples libres et d'al- 
liés, ou au moins quelques-uns, n'aient joui pendant un 
laps de temps plus ou moins long du droit de conserver 
leurs ateliers monétaires. C'est cependant sur des hypo- 
thèses aussi vagues que celles-là que M. Senckler se base 
uniquement pour reconnaître Induciomare dans le fameux 
IndutillU, et dans le prénom Germanus le héros fier de son 
origine germanique! Pour M. Senclder, le taureau du 
revers ne peut plus être, comme de raison , le taureau des 
petits bronzes ; et pour être conséquent, il en fait un au- 
rochs (Urus) de la forêt Hercynienne! Le peu de solidité 
de toute cette argumentation n'a pu échapper à mon savant 
confrère, aussi se hâte-t-il d'ajouter: « Admettons cepen- 
dant pour un moment que ces monnaies soient imitées des 
petits bronzes d'Auguste, cette circonstance leur enlève- 
rait-elle le caractère de monnaies gauloises? Pas le moins 
du monde. Or, que les Tréviriens aient fabriqué des mon- 
naies d'un coin gaulois du vivant ou après la mort d'In- 
duciomare , la chose est indifférente pour la thèse que je 
soutiens. » Je n'ai jamais nié que les monnaies en ques- 
tion fussent des monnaies gauloises; mais où est la preuve 
qu'elles aient le moindre rapport aux Tréviriens, ou qu'elles 
aient été frappées sur le territoire de ce peuple plutôt que 
dans toute autre partie des Gaules? Je l'ai déjà dit, et je 
le répète sans craindre aucun démenti , il est impossible 



( 422 ) 

de constater qu'aucune îles monnaies gauloises, avec lé- 
gendes en caractères romains , que l'on a attribuées jus- 
qu'ici par pure conjecture aux peuples anciens de la Bel- 
gique actuelle, ait été véritablement frappée par ces peuples; 
les seules monnaies d'origine trévirienne sont les monnaies 
impériales sorties de l'atelier romain de Trêves, établi au 
III e siècle. 

De la numismatique, M. Roulez passe à l'examen des 
textes anciens, dans lesquels il croit découvrir que les 
peuples germano-belges sont désignés comme Celtes ou 
Gaulois. C'est d'abord dans le passage des Commentaires : 
Plerosque Belgas esse ortos ab Germants, qu'il trouve que 
César, en écrivant que la plupart des Belges étaient Ger- 
mains d'origine, de race germanique, au lieu de dire 
simplement que c'étaient des Germains, avait voulu faire 
entendre par là qu'ils ne pouvaient plus être considérés 
comme tels. La preuve du contraire, c'est que César qua- 
lifie ailleurs de véritables Germains (ex gente et numéro 
Germanorum) plusieurs peuples de la confédération belge, 
les Éburons, les Condruscs, les Cérèses, les Pémanes et 
les Sègnes (1). Il suffit môme de lire en entier le passage 



(1 ) Condrusos, Eburones, Caeresos, Paemanos, qui uno nomine Ger- 
mant appellantur. (Caes., 1, IV, c. 4.) 

Lorsque César procéda à l'extermination des Éburons , les Sègnes et les 
Condruses lui envoyèrent une députation pour le supplier de ne pas les 
traiter en ennemis, et l'assurer que la cause des Éburons n'était pas celle 
de tous les Germains cisrhénans : Segni Condrusique, ex gente et numéro 
Germanorum , qui sunt inter Eburones Trevirosque , legatos ad Cae- 
sarem miserunt oratum , ne se in hostium numéro duceret neve om- 
nium Germanorum qui essent extra Rhenum caussam esse unam ju- 
dicaret : nihil se de bello cogitasse, nulla Ambiorigi auxilia misisse. 
(Caes., 1. VI, c. 52.) Ces paroles ne prouvent-elles pas formellement que 



( 425 ) 

des Commentaires allégué par M. Roulez, pour se con- 
vaincre que l'expression Germanicae originis n'y a pas la 
signification restreinte que lui donne mon savant confrère: 
Reperiebat plerosque Belgas esse orlos à Germants Rhenum- 
que antiquitus transductos , propler loci fertilitatem Un 
consedisse, Gallosquc qui ea loca incolerent expulisse (1). La 
dernière phrase, Gallosque, etc., n'exclut-elle pas, natu- 
rellement chez César, écrivant ces lignes, non-seulement 
l'idée d'une métamorphose complète des Germano-Belges 
en Celtes, mais môme celle d'une simple fusion avec les 
vaincus (2)? 

M. Roulez veut bien encore m'accorder que le nom col- 



les Ëburons, les Sègnes et les Condruses se tenaient pour de vrais Ger- 
mains, et que César les considérait aussi comme tels. Et cependant, au livre 
précédent (C. 37), Ambiorix qualifie ses propres sujets de Gaulois : Non 
facile Gallos Gallis negare potuisse. 

(1) Caes.,1. II, c. 4. 

(2) Le passage suivant du discours que le chef Eduen Divitiac adressa à 
César, lorsqu'il vint implorer son secours contre Àrioviste , sert encore à 
constater que, dans leurs envahissements successifs, avant la conquête ro- 
maine, les Germains expulsaient toute la population celtique du territoire 
qu'ils voulaient occuper d'une manière permanente , ou que cette population 
émigrait elle-même en masse lorsqu'elle ne se sentait plus en état de résister 
à l'ennemi : Sed pejas victoribus Sequanis quam Aeduis accidisse, prop- 
terea qnod Ariovistus, rex Germanorum , in eorum finibus consedissct 
tertiamque partem agri Sequani, qui esset optimus totius Galliae, occu- 
pavisset, et nuncde altéra parte tertia Sequanos decedere juberet ; prop- 
ter ca quod paucis mensibus ante, Harudum milita hominum XXI F ad 
eum venissent, quibus locns ac sedes pararentur. Futcrum esse paucis 
annis, uti o>ï>es È Gallïae fimbus pellerentur atque odiaes Germani 

RnENtiu TRANSinENT Nisi quid in Caesare populoque romano sit 

auxilii, omnibus Gallis idem esse faciendum, quod Belvetii fecerunt , 
ut domo emigrent } aliud domicilium, alias sedj:s remotas a Germanis, 
pétant. (Caes., 1.1.) 



( 424 ) 

lectif de Gaulois, sous lequel César désigne parfois les 
Belges, peut être pris comme l'équivalent d'habitants des 
Gaules sans distinction de race(1); seulement, il établit 
deux exceptions, l'une pour le passage relatif à l'esclave du 
nervien Vertico , que Q. Cicéron , assiégé par les Éburons , 
les Nerviens et les Atuatiques, chargea d'un message pour 
César; J'autre pour celui où César rapporte que la de- 
meure d'Ambiorix était isolée dans un bois comme le sont 
la plupart des habitations gauloises. Il me semble, à moi, 
que ces deux passages sont précisément les plus contraires 
à la thèse de mon honorable confrère. Sur la qualification 
de Gallus inter Gallos, donnée par César à l'esclave de Ver- 
tico, je me suis, je le pense, expliqué assez clairement 
pour ne plus devoir y revenir. Celle de Gaulois, par la- 
quelle il désigne le cavalier chargé de porter sa réponse à 
Cicéron, n'a pas un sens plus particulier, puisqu'un peu 
plus loin , il traite aussi de Gallum le Nervien esclave de 
Vertico (Gallum ab eodem Verticone quem supra demon- 
stravimus, etc.); mais ce que M. Roulez n'a pas dit , c'est 
que la lettre dont César chargea ce cavalier était écrite en 
caractères grecs, afin que, si les ennemis parvenaient à 
l'intercepter, ils ne pussent en comprendre le contenu (2); 
or, dans le tableau qu'il trace des mœurs et des usages des 



(1) «La Belgique, dit M. Ch. Grandgagnage , faisait partie de la Gaule 
dans le sens étendu de ce mot Gallii (Gallia est omnis divisa in partes 
très , quarum unam incolunt Belgae); donc, dans ce même sens général , 
les Belges sont aussi des Gaulois , et rien de plus naturel que de les appeler 
de ce nom , lorsqu'il ne s'agit point de leur individualité propre. » {De V Ori- 
gine des TV allons , p. 30). 

(2) Tum cuidam ex equitibus Gallis magnis praemiis persuadet, uti 
ad Ciceronem epistolam déférât, ffanc graecis conscriptam litteris mittit 



( 425 ) 

Gaulois, quelques pages plus loin, César dit que ces der- 
niers ne se servaient que de lettres grecques dans tous 
leurs actes publics ou privés (1). De là, il faut nécessaire- 
ment conclure de deux choses Tune, ou que César ne con- 
sidérait pas les assiégeants comme de vrais Gaulois, ou 
qu'il a commis une étrange bévue en écrivant sa lettre en 
caractères grecs. 

Ce que M. Roulez objecte à mes observations sur le se- 
cond passage, celui qui concerne la demeure d'Ambiorix, 
ne les infirme en aucune manière. En effet, si les de- 
meures des Germains étaient semblables à celles des Gau- 
lois, pourquoi lorsque, comme dans le cas présent, il 
avait à parler des Gaules, César aurait-il été prendre son 
point de comparaison au delà du Rhin , dans la Germanie , 



ne intercepta epistola, nostra ab hostibus consilia cognoscantur (Caes., 
liv. V.) 

Montanus , commentateur de César, dans la première moitié du XVII e 
siècle, interprète de la même manière le nom collectif de Gaulois donné par 
César aux Germains cisrhénans. (Voir son édition des Commentaires cum 
notis varior. Leyde , 1651 , p. 181.) 

En prenant cette dénomination strictement à la lettre , on en arriverait 
jusqu'à contester aux Belges leur qualité de Gaulois, car en parlant du siège 
de Bibrax par les Belges , César dit : Gallorum eadem atque Belgarum 
oppugnatio est (lib. II). Mais ce passage sert seulement, comme tant d'au- 
tres, à prouver que César faisait une grande distinction entre les mœurs et 
les usages des Belges et ceux des Celtes, sans quoi sa remarque que je viens 
de transcrire aurait été superflue. 

(1) Neque fas esse existimant ea (doctrinam Druidum) litteris man- 
dare, quum in reliquis fere rébus publicis privatisque rationibus (Galli) 
graecis litteris utantur. (Idem, ibid.) 

In castris ffelvetiorum tabuiae repertae sunt literis graecis confectae 
et ad Caesarem perlatae , quibus in tabulis nominatim ratio confecta 
erat, qui numerus domo exisset eorum, qui arma ferre possent , etc. 
(Idem, lib. I.) 

Tome xix. — II e part. 29 



( 426 ) 
sur les mœurs et les usages de laquelle il n'avait que des 
notions assez vagues? Du reste, ce que César dit des habi- 
tations des Éburons n'est-il pas entièrement conforme à ce 
que Tacite rapporte de celles des Germains en général? La 
chaumière royale du rude et énergique Ambiorix, cachée au 
milieu des bois (aedificio circumdato silva), rappelle d'une 
manière frappante le colunt (Germani) discreti ac diversi , 
ut forts, ut campus, ut nemus placuit, de la Germania de 
Tacite, comme les demeures des Éburons, sujets d'Am- 
biorix, vivant, au témoignage de César, dans des villages 
et des cabanes éparses (1), nous ramènent aux nullas Ger- 
manorum populis urbes habitari satis notum est , ne pati 
quidem inter sejunctas sedes (2). En bien d'autres points, les 
Éburons apparaissent dans les campagnes de César comme 
un peuple d'une rudesse germanique toute primitive. 

Au sujet de la contradiction manifeste qui existe entre 
César et son continuateur Hirtius, sur la cause des mœurs 
farouches des Tréviriens et de la douceur relative de celles 
des Ubiens , M. Roulez m'accuse d'avoir voulu trancher 
arbitrairement cette difficulté. Quoi de plus simple, de 
plus naturel, cependant, de n'attribuer cette différence 
de mœurs qu'au caractère diamétralement opposé de ces 
deux peuples de même race? Si c'avait été uniquement 
par leur contact avec les Gaulois que les Ubiens, qui ha- 
bitaient le sol même de la Germanie, étaient parvenus à 
un degré de civilisation plus avancé que leurs voisins , 
pourquoi les Nerviens , qui occupaient dans les Gaules une 
position plus centrale que les Tréviriens, étaient-ils restés 



(1) Caes., 1. VI, c. 34 et 45. 
(2; Tacit. Germ., c. 16. 



( 427 ) 

plus barbares encore que ces derniers (1)? N'est-ce pas 
également dans le caractère farouche des Nerviens, dans 
leur fierté germanique et leur antipathie pour la race cel- 
tique qu'il faut chercher la cause de cette rudesse de 
mœurs (2)? Certes, lorsque Strabon a avancé que les Gau- 
lois ne différaient guère dans leur manière de vivre des 
Germains, il ne peut avoir eu en vue que les Gaulois sep- 
tentrionaux, c'est-à-dire les Belges; et cette idée, il ne 
peut se l'être formée que d'après ce que César dit dans le 
livre I de ses Commentaires (5) et dans la relation de ses 
campagnes contre les Nerviens, les Éburons et les Trévi- 
riens. 

M. Roulez donne ensuite la traduction de ce passage de 
la Germania de Tacite : Treviri et Nervii circa affecta- 
tionem Germanicae originis ultro ambitiosi sunt , tanquam 
per hanc gloriam sanguinis a similitudine et inertia Gallo- 
rum separentur. « On voit, ajoute-t-il, que ces peuples se 
prévalaient de leur origine germanique et non de leur qua- 
lité de Germains. » Les paroles de Tacite me paraissent, 
au contraire, indiquer clairement que les Trévirienset les 
Nerviens ne se vantaient pas seulement de leur origine 
germanique, mais qu'ils se défendaient également de toute 
ressemblance avec les Gaulois qu'ils traitaient de nation 



(1) Voir ma première réponse, p. 645 du Bulletin.) 

(2) M. Roulez dit que Hirtius n'a pas vu des Germains dans les Tréviriens. 
Cela prouve uniquement que cet auteur est en contradiction avec Strabon et 
Tacite, comme il Test avec César. Le fait lui-même est sans importance. 

(5) Horum (Gallorum) omnium fortissimi sunt Belgae: propterea 
quod à cultu alque humanitate provinciae longissime absunt, mini- 
meque ad eos mercalores saepe commeant , atque ea qtiae ad effemi- 
nandos animos pertinent , important. La dernière phrase a particulière- 
ment rapport aux Nerviens. 



( 428 ) 

molle et efféminée (à simililudine et inertia Gallorum sepa- 
rentur[\); et si ces prétentions avaient été mal fondées, 
si ces peuples avaient parlé la langue des Gaulois, avaient 
adopté leur culte et leurs usages, nul doute qu'un juge 
aussi sévère que Tacite n'en eût fait l'observation, lui si 
méticuleux sous ce rapport et qui ne manque jamais de 
renier comme Germains tout peuple du fond de la Ger- 
manie même, qui, soit par l'idiome qu'il parlait, soit par 
la manière dont il se gouvernait, soit pour tout autre 
motif, ne lui paraissait pas offrir le type du véritable Ger- 
main. Par cette raison , le haud dubie dans le passage 
de la Germania qui concerne les Vangions, les Tribocs et 
les Némètes, n'a pas non plus la portée que lui prête mon 
honorable confrère et ne peut se traduire par « cela est 
moins douteux »; ce n'est qu'un simple mode de liaison 
équivalent à aussi , également , sans contredit. Enfin , dans 
la phrase ne Ubii quidem quanquam romana colonia esse 
meruerint ac libentius Agrippinenses conditoris sui nomine 
vocentur , origine erubescunt, mis en parallèle avec ce que 
Tacite dit un peu plus haut des Nerviens et des Tréviriens, 
je trouve une nouvelle preuve, bien qu'indirecte, du ca- 
raclère et des mœurs vraiment germaniques de ces deux 
peuples. Tacite rapporte des Ubiens qu'ils ne rougissaient 
pas de leur origine germanique, quoique devenus colonie 
romaine et transformés eux-mêmes en Romains; pour les 
Nerviens et les Tréviriens, loin de dire qu'ils étaient fiers 
de leur origine germanique , quoique devenus Gaulois par 
la langue et les mœurs, il avance, au contraire, que non- 
seulement ils se vantaient d'être issus des Germains, mais 



(1) M. Roulez (ou Dureau de la Malle) omet de traduire les mots à simiU- 
tudine, qui sont ici d'une haute importance. 



( 429 ) 

encore d'être restés fidèles aux traditions et aux usages de 
leurs ancêtres, et de n'avoir pas adopté la manière de vivre 
des Gaulois; pensée que rend très -clairement la phrase : 
a similitudine et inertia Gallorum separentur, et que con- 
firme le tableau que César a tracé des mœurs et usages des 
Nerviens. 

En somme, l'expression à'origo germanica n'a pas chez 
Tacite une signification plus particulière, une portée plus 
restreinte que chez César celle de ortos esse a Germants. 
Épiloguer sur ces termes pour en tirer des déductions 
étrangères à la pensée et au but de leurs auteurs, c'est 
risquer de se perdre dans ces subtilités scolastiques dont 
certains historiens et linguistes modernes font tous les 
jours un si étrange et si déplorable abus. 

M. Roulez voit dans les mots terram veslram caetero- 
rumque Gallorum du discours que Tacite fait tenir par 
Cérialis aux Lingones et aux Tréviriens, dans le liv. ÏV 
de son Histoire romaine , la preuve que cet historien ne 
considérait pas les Tréviriens comme des Germains. Mais 
n'est-ce pas là encore la reproduction pure et simple de 
l'argument du nom collectif de Gaulois donné par César 
aux Germano-Belges comme habitants des Gaules? Si ce 
passage ne m'avait échappé en écrivant ma première ré- 
ponse, je n'aurais certainement pas manqué de le citer 
moi-même à l'appui de ce fait; en effet, Tacite ayant re- 
connu ailleurs formellement les Tréviriens pour Ger- 
mains (1) , il est de toute évidence que leur qualification de 
Gaulois ne peut équivaloir ici qu'à celle d'habitants des 
Gaules. C'est ainsi que, par rapport à leur position géogra- 



(1) Taciti Ger mania , c. 28. 



( 430 ) 
phique, Tacite, dans le même livre de son Histoire, compte 
parmi les Gaulois, les Bataves et les Caninéïales (4) , qu'il 
ne cesse de dépeindre comme des Germains de pure 
souche. 

J'ai dit, d'après Dion Cassius (2), qu'Auguste avait donné 
a la majeure partie du territoire des Germains cisrhénans 
le nom de Germanie inférieure et supérieure, et j'ai fait 
observer que cette dénomination n'aurait pas eu de raison 
si cette population était devenue complètement gauloise et 
n'avait plus conservé qu'un vague souvenir de son origine 
germanique. Comme la circonscription des deux Germanies 
excluait de leurs limites une grande partie de la Belgique 
actuelle , M. Roulez en tire « la conclusion que les Tre- 
vères, les Nerviens et les Ménapiens ont continué à faire 
partie de la Belgique, parce qu'ils avaient perdu la qualité 
de Germains. » D'abord, je n'ai pas prétendu que toute la 
population germano-gauloise fût strictement renfermée 
dans les bornes des deux Germanies; puis je demanderai 
au moins grâce à mon honorable confrère pour les Trévi- 
riens, voisins du Rhin, qui ont dû, me semble-t-il, y être 
compris dans le principe; de mon côté, j'ajouterai à la liste 
de ses ci-devant Germains les Toxandres et les Tongrois, 
ces derniers n'étant redevenus Germains qu'au III e siècle, 
ou, en d'autres termes, n'ayant été distraits de la province 
Belgique et englobés dans la seconde Germanie que par 
la nouvelle circonscription des Gaules qui eut lieu à cette 
époque. Mais pour parler sérieusement, mon savant con- 
frère sait fort bien que les deux Germanies n'étaient primi- 



(1) Caninefates B 'atavique, exigua Gàlliarum portio. 
C2)Hist.ftom. } LUn } c.\± 



( 451 ) 
tivement que de simples territoires ou administrations 
militaires, constituées par Auguste ou Tibère pour la dé- 
fense de la frontière du Rhin , et s'étendant, pour ce motif, 
depuis l'embouchure de ce fleuve jusque vers la ville ac- 
tuelle de Bâle. Si on leur donna le nom de Germanies, ce 
ne fut point parce qu'elles renfermaient tous les peuples 
germains d'en deçà du Rhin , mais parce qu'elles étaient 
habitées exclusivement par des Germains, ou si Ton aime 
mieux par des Germano-Belges, car la Belgique s'étendait 
alors jusqu'à proximité des sources du Rhin. Ce ne fut 
qu'au IIP siècle que les deux Germanies devinrent des 
provinces civiles, et alors on agrandit la Germanie infé- 
rieure, qui reçut le nom de seconde Germanie, du terri- 
toire des Toxandres et des Tongrois. Comprendre le reste 
de la Belgique actuelle dans les deux nouvelles provinces, 
c'eût été leur donner une étendue démesurée et hors de 
proportion avec celles des autres provinces des Gaules. 
Dans les grandes divisions administratives, civiles et mi- 
litaires, de cette contrée , les Romains ne s'inquiétaient 
guère plus de la délimitation exacte des races que dans 
leurs mesures itinéraires. 

Je crois pouvoir passer sur tout ce qui se trouve aux 
pages 721 à 724< de la réplique de mon savant confrère , 
parce que je n'y vois que de simples redites ou des con- 
jectures présentées par l'auteur lui-même sous la forme du 
doute, et n'offrant point, par conséquent, matière à un 
examen rigoureux. 

Le reste de la réponse de M. Roulez est relatif à la Bel- 
gique sous la domination romaine. Si l'on en excepte la 
question qui concerne la langue parlée par les Belges, les 
points peu nombreux qui y sont traités sont de nul ou 
d'un très-faible intérêt pour la thèse défendue par mon 



( 452 ) 

honorable confrère, celle de la celtisation des Germano- 
Belges avant la conquête romaine, 

M. Roulez commence par aborder la question des autels 
romains ou gallo-romains découverts sur le territoire des 
Tréviriens. Il convient qu'ils ont pu n'avoir été érigés que 
par des familles romaines ou gauloises qui s'étaient fixées 
à Trêves. « Mais, ajoute-t-il, qu'importe à ma thèse la 
qualité des consécrateurs des autels s'il était établi que ces 
divinités étaient en vénération dans le pays? Or, en pré- 
sence du nombre relativement si grand de ces monuments 
du culte trouvés sur un si petit coin de pays, les règles de la 
critique ne permettraient pas de tirer une conclusion con- 
traire. » A ceci je répliquerai que ce grand nombre d'au- 
tels découverts uniquement sur une partie du territoire 
trévirien et leur absence dans le reste de la Belgique , 
tendraient précisément à prouver que le culte des divinités 
auxquelles ces autels étaient consacrés, ne s'était guère 
étendu au delà de cette fraction minime du pays où nous 
savons que l'élément gallo-romain était devenu prépondé- 
rant sous l'Empire. Je ferai observer encore que les déesses 
mères (maires, matronae), les seules, avec la déesse Ar- 
duinna ou Ardoinna, que cite M. Roulez, étaient des divi- 
nités topiques, autant vénérées dans la Germanie que dans 
les Gaules (1). Du reste, je suis loin de contester que des 
peuples germains, comme les Tréviriens, aient pu, tout 
en restant fidèles au culte de Thor et d'Odin, vouer éga- 
lement, dès avant la domination romaine, un culte aux 



(1 ) Voir sur les matres et matronae germaniques de la Batavie : Van den 
Bergh, Nederlandsche Folksoverleveringen en Godenleer , p. 73; Woor- 
denboek der nederlandsche Mythologie, p. 155-141 ; J. Grimm, Geschichte 
der deutschen Sprache, 2 tpr b A S. 587. 



( 435 ) 

divinités purement locales, honorées de temps immémo- 
rial dans la partie des Gaules dont ils avaient expulsé les 
habitants de race celtique. Ainsi, j'admettrai volontiers 
que, de même qu'ils ont conservé le nom celtique de la 
forêt des Ardennes, ils auront également sacrifié au génie 
tulélaire de cette forêt, la déesse Ardoinna, eux qui adres- 
saient leurs vœux aux arbres, aux rochers, aux montagnes, 
aux lacs, aux sources et aux rivières, ou plutôt aux divi- 
nités subalternes, qu'ils identifiaient avec les éléments de 
la nature. Ce panthéisme était commun aux Germains et 
aux Celtes. 

M. Roulez passe ensuite à la soi-disant druidesse de 
Tongres, et prétend que j'ai mal compris le passage de 
Vopiscus, où, suivant mon savant adversaire, la devine- 
resse serait désignée comme la maîtresse même du logis 
où séjournait Dioclétien. Pour ma part, je ne vois nulle- 
ment que ce fait résulte des termes cum druide quadam 
muliere rationem convictus sui quotidiani faceret; si la 
diseuse de bonne aventure avait été l'hôtelière de Dioclé- 
tien, Vopiscus se serait-il contenté de la désigner ainsi 
par les mots vagues de druide quadam muliere (une cer- 
taine femme druidesse), au lieu de dire cum hospita sua 
druide muliere? En vérité, je ne saurais me faire à l'idée 
d'une druidesse transformée en gargolière. J'insisterai 
moins sur la question du concubinage, non pas que je 
croie, comme mon honorable confrère, à la haute mo- 
ralité de Dioclétien soldat, par un acte public émané de 
Dioclétien empereur, mais parce que j'ai pu prendre dans 
un sens trop littéral le mot convictus (1). « Supposons un 



(1) Convictus synonyme de contubernium , actus convivendi. (Forcel- 
lini Diction, la t.) 



( 454 ) 
» instant, ajoute M. Roulez, que cette druidesse, au lieu 
» d'appartenir à une de ces familles déchues des druides, 
» fût simplement une diseuse de bonne aventure, toujours 
» demeurerait-il vrai que ce nom n'a pu être donné à une 
» devineresse que dans un pays où il exerçait de l'empire 
» et du prestige sur l'esprit de la population , dans un 
» pays donc où le druidisme avait jadis été en honneur. 
» Des véritables Germains eussent appelé d'un autre nom 
» une femme de cette espèce. » J'en demande pardon à 
mon savant confrère, mais il me semble que c'est prendre 
aussi les choses un peu trop à la lettre et s'élancer avec 
trop de hardiesse dans l'incommensurable carrière des 
suppositions. Ce ne sont ici ni des Gaulois ni des Ger- 
mains qui donnent la qualification de druidesse à la si- 
bylle de Tongres , mais un historien romain et écrivant à 
Rome; or, comme on savait dans cette ville que les drui- 
desses se livraient à la divination et que les Gaulois les 
consultaient comme des oracles, est-il étonnant que toute 
tireuse d'horoscope, dans les Gaules, y passât pour une 
véritable druidesse (1). C'est là encore toujours, sous une 
autre face , le Gallus inter Gallos de César. Je maintiens 
donc que, chez Vopiscus, la dénomination de druidesse 
n'a pas un sens différent et une valeur plus réelle que chez 



(1) Les auteurs de la Pictorical history of England, ouvrage qui, en 
dépit de son titre, présente le travail peut-être le plus savant et le plus judi- 
cieux qui ait été fait jusqu'ici sur l'histoire primitive de la Grande-Bretagne , 
regardent aussi, comme de simples diseuses de bonne aventure, les drui- 
desses mentionnées par Lampride, dans la Vie d'Alexandre Sévère , et par Vo- 
piscus, dans celle d'Aurélien : Fopiscus relates that the emperor Jurelian 
on one occasion consulted certain female fortune-tellers of Gaul, 
whom this historian calls druidesses ; and one of thèse personages also 
another time deîivered a warning to Alexander Severus ; but the- wo* 



( 435 ) 
nous celle de bohémienne et de pylhonisse donnée à une 
diseuse de bonne aventure. 

En réponse à ce que j'ai dit sur le système leugaire 
adopté par les Romains pour les mesures itinéraires de 
toutes les grandes voies qu'ils construisirent dans la Gaule 
chevelue, M. Roulez m'objecte qu'il n'existe aucune espèce 
de preuve que ce système ait été adopté dès l'époque 
de l'achèvement de ces routes. Rien que ce fait n'importe 
guère à la question qui nous occupe, je soutiens, à mon 
tour , qu'il n'existe aucune preuve du contraire ; car si-, 
d'après mon savant confrère, la plus ancienne borne rou- 
tière connue, sur laquelle les distances sont marquées en 
lieues gauloises, ne remonte qu'au règne de Septime Sé- 
vère, un pareil motif suffit-il pour prétendre, comme il le 
fait, que le système leugaire n'aurait été introduit dans les 
Gaules qu'au III e siècle, et qu'antérieurement les Romains 
s'y servaient du système milliaire? Outre que le nombre de 
ces bornes, découvertes jusqu'ici, est trop peu considérable 
pour pouvoir servir de témoignage à cet égard, est-il bien 
certain que le chiffre M , inscrit sur ces colonnes, indique 
constamment le mille romain? Non sans doute, puisque, 
pour les routes romaines, tracées sur la colonne de Ton- 



men in question seem to hâve been merely a sort of sibyls or witches. 
( tom. I , p. 63. ) 

Les anciens biographes des empereurs romains attachent une grande im- 
portance à ces niaises et ridicules superstitions. Suétone rapporte, dans la 
Vie de Vilellius, une prédiction faite à cet Empereur par une mulier fatidica 
Catte, qui rappelle d'une manière frappante la druidesse de Tongres, ap- 
partenant indubitablement à la même catégorie : Vaticinante Catta mulier c, 
cui velut oraculo acquiescebat. « Ita demum firmiter ac diutissime im- 
peraturum si superstes parenti exstitisset. » (Sueton in Vitell, c. 14.) 



( 436 ) 
grès (1), la lieue gauloise équivaut exactement au mille qui 
marque les distances de ces mêmes routes sur la table de 
Peutinger et dans l'itinéraire d'Antonin. 

Au surplus, dans le récit des auteurs anciens qui ont 
parlé du système itinéraire des Gaules, rien ne fait pré- 
sumer un changement quelconque à ce sujet depuis son 
introduction par Agrippa. Ammien Marcel lin se contente 
de dire, en parlant de Lyon : Qui locus exordium est Cal- 
liarum. Exinde non millenis passibus sed leucis itinera 
metiuntur (2). ; 

Arrivant au passage du commentaire de saint Jérôme, 
sur l'Épître aux Galates, où ce Père de l'Église assure que 
ces derniers s'exprimaient dans un idiome à peu près sem- 
blable à celui des Tréviriens, M. Roulez, pour prouver 
que c'était le celtique que parlaient les habitants du Tré- 
virois, suppose que, dans toute la traversée des Gaules, 
saint Jérôme n'a entendu parler que le latin, et que ce 
n'est que pendant son séjour à Trêves qu'il a eu connais- 
sance de la langue celtique. Que répondre à une coujec- 



(1) Le monument d'Autun, que M. Roulez compare à la colonne leugaire 
de Tongres, aurait eu, suivant Millin, une tout autre destination. (Millin, 
Voyage dans les départements du midi de la France, t. I, p. 340.) Si cela 
est, j'ai le droit de continuer à proclamer cette colonne un monument jus- 
qu'ici unique dans son genre. 

Suivant M. Roulez, la colonne de Tongres aurait été posée plutôt pour 
l'usage des habitants de la ville que pour celui des militaires. Je ne saurais 
admettre ce fait. Cette colonne était placée au point d'intersection de plu- 
sieurs grandes voies romaines qui divergeaient vers le Nord et le Midi; et, 
comme ces routes avaient été construites dans un but purement militaire , il 
me paraît évident que les bornes qui y marquaient les distances, et qui par 
conséquent en faisaient partie intégrante, devaient avoir été érigées dans un 
but tout à fait semblable. 

(2) Àmm. Marcell., 1. XV, cil. 



( 457 ) 

ture aussi hasardée, sinon qu'il serait bien étrange que, 
dans un si long voyage à travers de vastes provinces exclu- 
sivement peuplées d'habitants celles, saint Jérôme n'eût 
soupçonné l'existence de la langue celtique qu'à l'extrême 
limite des Gaules, chez un peuple de race germanique, et 
où, depuis un temps immémorial, il n'existe aucune trace 
de la langue celtique. N'est-il pas plus rationnel de croire 
que les Galates parlaient eux-mêmes le teuton, ou au moins 
un idiome dans lequel ce dernier prédominait? J'ai fait 
remarquer qu'une de leurs peuplades portait le nom ger- 
manique de Teuto-Bodiaques , ce qui rend déjà plus que 
probable que la population de la Galatie ne se composait 
pas uniquement de Celtes émigrés de la Gaule au VI e siècle 
avant l'ère chrétienne , et qui , avant de passer dans l'Asie 
Mineure, avaient fait un long séjour dans la Germanie; 
puis, ce qui fait présumer encore que non-seulement ces 
émigrants, en quittant cette dernière contrée, entraînè- 
rent avec eux plusieurs de ses peuplades, mais qu'ils 
avaient encore adopté eux-mêmes, au moins en partie, la 
langue et les mœurs des Germains, c'est que Gésar assure 
que de son temps la division des émigrants gaulois, qui 
n'avait pas voulu suivre ses compatriotes en Orient, et 
s'était fixée dans la Germanie, ne se distinguait plus en 
rien des Germains eux-mêmes (1). 

Je saule encore les pages 752, 733 et 734 de la disser- 
tation de mon confrère, qui concernent la terminaison en 
acum de plusieurs noms de stations romaines de la Bel- 



(1 ) Quae gens (Volcae Tectosages) ad hoc tempiis Hs sedibus se contmet, 
summamque habct jiistitiae et bellicae laudis opinionem, mincque in 
endem inopia, egestate , patientia, quâ Germant, permanent, eodem 
victu etcultu corporis utuntur. (Caes., 1. VI, c. XXIV.) 



( 438 ) 

gique, le préfixe or dans celui d'Orolaunum et l'emploi de 
deux ii pour e dans l'inscription de Juslenville (1) , pour 
m'arrêter à un fait plus essentiel , l'accusation que m'a- 
dresse M. Roulez d'avoir, à propos du passage des Com- 
mentaires où César dit, en termes précis, que l'on parlait 
trois langues différentes dans les trois parties de la Gaule 
chevelue, reproché à Strabon de n'être pas toujours un 
interprète fidèle de cet historien. « Je ne saurais sous- 
» crire à ce jugement, dit mon honorable confrère; Stra- 
» bon, me paraît-il, était beaucoup mieux placé que nous 
» pour apprécier le sens et la portée de la phrase du con- 
» quérant romain. » Or voici plus d'une preuve péremp- 
toire et sans réplique à l'appui de mon assertion : César 
trace de la manière la plus claire les limites de la Cel- 
tique proprement dite, qui comprenait toute l'étendue de 
pays bornée par la Garonne, la Seine et la Marne , et néan- 
moins Strabon, induit sans doute en erreur par la nou- 
velle division qu'Auguste avait faite des Gaules , confond 
la Celtique avec la Narbonnaise, qui ne figure pas dans 
la Gaule de César; et, faute plus grave encore, il étend 
la Belgique jusqu'à la Loire et à la Lyonnaise, fraction 
détachée de la Celtique de César par Auguste. De cette 
manière, il compte parmi les Belges tous les peuples des 
côtes de la Normandie et de la Bretagne actuelles (2). Si 
ce célèbre géographe s'est trompé si grossièrement sur la 
division générale des Gaules, est-il étonnant qu'il soit 



(1) Voir, sur ces questions, la dissertation de M. Grandgagnage, pp. 32 
et suiv. 

(2) Strabo, 1. IV, c. I,IH,IV. 



( 459 ) 

tombé dans une foule d'autres erreurs sur des points plus 
ou moins importants? La forme et l'étendue même des 
Gaules lui étaient inconnues; il croyait que le détroit qui 
sépare la France de l'Angleterre se prolongeait dans une 
largeur à peu près égale (520 stades), depuis l'embouchure 
du Rhin jusqu'aux Pyrénées. Il se trompe encore sur la 
position et les limites des Séquanais et des Éduens, deux 
des peuples les plus puissants des Gaules; sur celle des 
Ménapiens, etc. 11 n'est pas jusqu'à la description que 
César a faite des navires des Vénètes qu'il ne reproduise 
infidèlement et même d'une manière ridicule (1). En un 
mot, tout prouve que le plus grand géographe de l'anti- 
quité n'avait que des idées confuses sur plusieurs des 
points les plus essentiels de la géographie des Gaules. 

M. Roulez m'objecte ensuite que, dans le passage des 
Commentaires : Gallia est omnis divisa in très partes, etc., 
César n'établit aucune distinction entre les deux races de 
la population belge, l'une germanique, l'autre celtique; 
sans doute cette distinction n'existe pas ici , et j'en ai fait 
moi-même l'observation en interprétant ce passage, mais 
elle résulte de ce que César dit ailleurs , c'est-à-dire plus 
loin, de l'origine germanique de la plus grande partie 
des Belges, et nous savons, tant par lui que par Strabon, 
Tacite et d'autres écrivains romains, quels sont les peu- 
ples belges qui appartenaient à cette catégorie et quels sont 
ceux qui étaient de race celtique. Je le répète, il est donc 
facile de comprendre que, lorsque César a dit que les 



(t) César avait dit que les Vénètes attachaient leurs ancres avec des chaî- 
nes; Strabon transforme les ancres en voiles. 



( 440 ) 
Belges parlaient une autre langue que les Celtes et les 
Aquitains, cette différence ne peut s'étendre qu'aux Ger- 
mano-Belges et non aux Celto-Belges , dont la langue 
était la même que celle des peuples de la Celtique pro- 
prement dite. 

Enfin, à la supposition toute gratuite que la population 
entière de la Belgique aurait été exterminée ou absorbée 
par les Francs, — supposition rejetée par les meilleurs his- 
toriens de l'école moderne qui ont écrit sur cette époque, 
les Guizot, les Lehurou, les Petigny, les Lôbel , les Léo, les 
Gaupp, etc. (1), — et que par là la langue celtique y aurait 
entièrement disparu pour faire place à l'idiome leuion, 



(1) Dans son excellent ouvrage intitulé : Études sur l'histoire f les lois et 
les institutions de l'époque mérovingienne , M. de Petigny démontre, par 
des preuves incontestables : « Que la chute de l'empire romain n'a pas été 
l'effet d'une catastrophe subite et violente , mais d'une dissolution lente et 
progressive, dont le germe existait dans les vices intérieurs de l'organisation 
politique et de la constitution sociale de cet empire; que les barbares ne se 
sont point établis dans l'Empire par la force brutale et instantanée de la 
conquête. Tous leurs établissements ont été fondés sur des traités avec les 
Empereurs. Us n'ont pas déchiré l'Empire ; ils s'y sont incorporés. Que la 
domination des Francs fut particulièrement acceptée et désirée par la Gaule. 
Clovis, comme roi barbare, ne pouvait disposer que des forces d'une seule 
tribu salienne et avait toutes les autres pour ennemies. II n'a donc pas exter- 
miné ou subjugué les Gaulois par les armes des Francs; il s'est, au contraire, 
servi des milices gauloises pour soumettre les Francs à son autorité; il a 
dominé dans la Gaule non comme conquérant, mais comme chef de parti, et 
du parti le plus puissant de tous alors, du parti catholique. — Que les Gaulois 
n'ont été ni asservis ni dépouillés par les Francs. Les classes privilégiées et 
propriétaires ont conservé leurs propriétés et leurs privilèges ; les classes 
anciennement asservies et tributaires sont restées dans la servitude. — Que la 
législation romaine, le régime municipal des villes et même en grande partie 
l'organisation politique et administrative de l'Empire ont subsisté, avec peu 
de modifications, jusqu'au milieu du VII e siècle. » (T. III, p. 614.) 



( 441 ) 
j'ai répondu que les parties de la Belgique où, dans l'hy- 
pothèse de mon savant confrère, il devrait rester le moins 
de traces de cette population, sont précisément celles où 
il en subsiste le plus dans les actes du moyen âge. M. Rou- 
lez convient que le pagus Menapiscus et le pagus Toxan- 
driae rappellent les Ménapiens et les Toxandres; mais il ne 
veut voir là que de simples noms , lesquels , comme ceux 
de Bohême et d'Élrurie, ne font qu'attester l'ancienne 
existence de ces peuples. Cette comparaison me paraît peu 
exacte. Nous savons, par les historiens anciens, que les 
Étrusques et les Boiens disparurent, les uns de la Bohême, 
les autres de l'Étrurie, dont les noms seuls rappelaient leur 
souvenir; mais aucun document ancien n'autorise à suppo- 
ser la disparition de la population germano-belge à la suite 
des invasions des* Francs; au contraire, dans beaucoup 
d'actes antérieurs au XIII e siècle, il est fait mention , non- 
seulement du pays des Ménapiens et des Toxandres, mais 
des Ménapiens et des Toxandres eux-mêmes (4) ; et, preuve 
que ce n'est pas là une vaine dénomination , les annalistes 



(1) Descendit (Lambertus) evangelicae praedicationis gratia, ad popu- 
los ipsi Taxandriae finitimos, quo fluvius Mosa Rheni fluminis aquis 
infectus et tumidus, jamque se ipso major, fontique suo per omnia dissi- 
miliSj non longe a mari anglico, Taxandros et caeteros ejusdem regio- 
nis accolas a Frisonibus dividit. (Vita S. Lamberti a Nicolao canon. Leod. 
Apud Chapeauville, t. I, p. 590.) Erat in proximo provincia Tessandro- 
rum. (Vita S. Lamb. a Renero ad S. Laur. monach. Ibid. , p. 42 1 .) Le chanoine 
Nicolas et le moine Renier écrivaient, l'un et l'autre, dans les premières 
années du XII e siècle, mais d'après des documents beaucoup plus anciens. 

Quelle que soit l'interprétation que l'on veuille donner au terme à Scaldi 
extera, dont se sert Pline pour désigner la position des Toxandres, il n'en 
est pas moins certain que c'est dans la Campine qu'habitaient les différentes 
peuplades qui portaient ce nom collectif. 

Tome xix. — II e part. 50 



( m ) 

contemporains des invasions des Normands distinguent 
parfaitement les Ménapiens des autres peuples qui occu- 
paient alors également leur territoire (1). 



Froissart, Edouard III et le comte de Salisbury; par 
M. Kervyn de Lettenhove, correspondant de l'Aca- 
démie. 

Je ne viens point défendre une opinion victorieusement 
combattue par l'un de nos savants confrères, qui a dé- 
montré que la chronique de Jean le Bel ne s'arrête point, 
comme je l'avais cru, à 4340. Je forme le vœu que le 
même succès qui a déjà couronné les recherches de M. Po- 
Iain ne manque point aux espérances qu'il conserve si légi- 
timement, et c'est à M. Polain lui-même que je soumettrai 
mes nouveaux doutes. Faut-il supposer que Jean le Bel ne 
conduisit pas son récit au delà de la bataille de Crécy, où 
finit la vie militaire de son héros, Jean de Beaumont (2)? 



(1) Normanni... Menapios et Suevos usque ad internecionem deleverunt. 
(Gesta Normaîworum ante Rolonem ducem, ad ann. 880; Acta SS. Belgii, 
t. IV, p. 200.) Normanni Taruana, urbe Morinorum vastata, omnem 
terram Menapiorum perambulando ferro et igné vastant. ( Auctor ine- 
ditus, apud Vredium, Fland. etimica, c. I.) 

(2) Si tous les passages où Froissait parle de Jean de Beaumont sont em- 
pruntés à Jean le Bel, il est permis de conclure des dernières lignes du cha- 
pitre CCL de son premier livre, que Jean le Bel écrivit sa chronique vers 
1350. Une phrase de la chronique de Jean le Bel, publiée par M. Polain, 
semble confirmer cette hypothèse : En l'an de grasce M CCC XXXIX , soy 
» départit li roy Eduart de Vilvort... Et avoit aveque li saize cents armures 
» de fier et noble chevalerie desqueis ilh y asloit li jovene comte d'Erbry 



( 443 ) 

Faut-il, en s'appuyantsur le manuscrit Soubise, qui semble 
distinguer trois œuvres diiï'érentes (1) , attribuer à quelque 
chroniqueur inconnu, successeur de Jean le Bel et prédé- 
cesseur de Jean Froissart, le fragment qui sépare la ba- 
taille de Crécy de la bataille de Poitiers? Faut-il, au con- 
traire, accepter dans toute son étendue l'affirmation de 
Froissart : « monseigneur Jean le Bel mit bonne diligence 
» en cette matière et la continua tout son vivant. » Ad- 
huc subjudice lis est. 

La tâche que je me propose de remplir aujourd'hui est 
bien plus facile : il ne s'agit que de défendre l'autorité de 
Froissait, ébranlée ou tout au moins contestée. 

M. Polain a comparé deux narrations tout opposées des 
amours d'Edouard 1 II et d'Alix de Salisbury, l'une de Frois- 
sart, l'autre de Jean le Bel, et à ce sujet, il a reproduit 
quelques lignes d'une lettre de M. de Cayrol, où l'on accuse 
à la fois Edouard III d'avoir employé tous les moyens dont 
un prince puissant pouvait disposer pour anéantir les in- 
discrétions d'un narrateur trop véridique, et Froissart de 
s'être prêté avec complaisance au rôle d'historien infidèle 
que l'on attendait de lui. 



» fils à monsingnour Henry à Court- col , comte de Lancastre, qui puis fist tant 
» de proièches que ons le doibt bien tenir por prêt». Et après le trespasse de 
» son père, ilh fut comte de Lancastre, dont li roy Éduart li donnât le nom 
» d'eistre dus. » Henri de Derby ne devint duc de Lancastre qu'en 1 550 ou 1 351 . 
(1) « Cy commencent les croniques de France et d'Angleterre, commencées 
par discrète personnes, monseigneur Jehan le Bel, chanoine de Saint-Lam- 
bert de Liège, et continuées jusques à la bataille de Poitiers; et après sa mort 
furent compilées et parfaites par vénérable homme, monseigneur Jehan 
Froissart. » Froissart ne commença , en effet , la rédaction de ses chroniques , 
où il compila et parfit ce qui avait été fait avant lui , qu'après la mort de 
Jean le Bel. Dans tous les cas, il faut réserver à Froissart le magnifique 
épisode du siège de Calais, dicté ou inspiré par Gauthier de Mauny. 



( 

On a trop souvent reproché à Froissart d'être favorable 
aux Anglais (1). Je comprends qu'ayant à retracer les 
journées mémorables de Grécy et de Poitiers, il se soit 
laissé éblouir par la gloire du roi d'Angleterre ou celle du 
prince de Galles , mais je ne connais pas un seul chapitre 
de ses chroniques où la vérité ait été sacrifiée au désir de 
(latter ses bienfaiteurs. 

En 1388 , Froissart passa trois mois à la cour du comte 
de Foix, où il salua, dans leur poétique éclat, les dernières 
traditions de ces cours, si chères aux troubadours, d'O- 
range et de Béziers. Froissart y lut son Meliadus, et en 
échange de ses virelais et de ses pastourelles, il eut, comme 
il le dit lui-même, « grand profit à son département. » Et 
c'est toutefois Froissart qui , au nom des devoirs impres- 
criptibles de la vérité historique , nous raconte la captivité 
du jeune Gaston dans la tour d'Orthez et le crime du 
comte de Foix. 

Il faut bien remarquer que Froissart ne cherche pas à 
subsituer son récit à un autre récit anéanti , grâce à sa 
complicité. Loin de passer sous silence l'accusation de 
Jean le Bel , il l'aborde sans hésitation pour la repousser 
dans les termes les plus solennels : « Vous avez bien chy- 
d dessus oy parler comment li rois Englès fu énamourés 
j> de le comtesse de Sallebrui : toutefois les cronikes de 
» monsieur Jehan le Bel paroi lent de ceste amour plus 
» avant et moins convigijablement que je ne doie faire, 
» car, se il plaist à Dieu , je ne pense jà à encoupper le roy 



(1) Trouverait-on dans Froissart une phrase relative aux Français aussi 
énergique que celle-ci : « Par nature Anglois sont trop envieux sur le bien 
» d'autrui? » Froissart dit lui-même: « j'ay fait mon livre ordonner , parmy 
l'ayde de Dieu, sans coullourer l'un plus que l'autre. » 



( 445 ) 

» d'Engleterre, ne le comtesse de Sallebrui de nul villain 
» reproche... Je vous di, se Dieux m'ait, que j'ay moult 
» repairiet et conversé en Engleterre en l'ostel dou roy 
» principaument et des grans seigneurs de celui pays, 
» mes oncques je n'en oy parler en nul villain cas. » 
Froissart, qui nous montre ailleurs la reine d'Angleterre 
combattant les Écossais « pour l'honneur de son seigneur, » 
et Edouard III lui accordant la vie d'Eustache de Saint- 
Pierre « le cœur amollie par la bonne dame sa femme » 
a soin d'ajouter , comme preuve de la fausseté de l'accu- 
sation exprimée par Jean le Bel , que le comte de Salis- 
bury servit toute sa vie Edouard III. 

Froissart, dans cette observation, répondait à quelques 
lignes de Jean le Bel que M. Polain a fait connaître par la 
traduction latine d'un moine de Saint-Jacques de Liège : 
Post aliquantulum temporis , contigit Salesberiensem comi- 
tem ad Angliam redire ut uxorem inviseret : Ma commissae 
rei pandit ordinem. Me utpote vir perspicax, sumto secum 
filio duodenni(\), Londoniam properat , régi infamiam ex- 
planat, tandemque moestus angliae valedicens, trans- 

FRETAT IN HISPAN1AS , ET DEMUM CONTRA CULTORES MAHOMETI 
VIRILITER PUGNANS OCCURUIT. 

Les Grandes chroniques de Flandre, dont l'impression 
est si impatiemment attendue par tous les amis de notre 
histoire nationale , accusent aussi Edouard III d'avoir eu 
recours à la violence pour satisfaire une passion adultère, 
et, comme Jean le Bel, elles en trouvent la preuve dans la 



(1) Le fils du comte de Salisbury avait-il cet âge? On peut en douter, s'il 
est vrai que le mariage du comte de Salisbury est postérieur au Vœu du 
Héron. 



( 4i() ) 
fiiile du comte de Salisbury, qui disparut, on ne sait de 
quelle manière , après avoir découvert à Philippe de Valois 
la trahison des barons bretons. 

Évidemment, Froissart a raison contre Jean le Bel et 
contre les Grandes chroniques de Flandre, et je ne sais si , 
en renversant le système qu'on lui oppose , il ne me sera 
pas permis de chercher dans le dévouement que le comte 
de Salisbury ne cessa de conserver à Edouard III, la base 
de la réhabilitation de la comtesse de Salisbury elle-même. 

Dans le poëme du Vœu du Héron, Robert d'Artois, après 
avoir obtenu le serment d'Edouard, s'adresse au comte de 
Salisbury, et celui-ci répond en priant « sa mie gente et 
courtoise » de poser un doigt sur son œil, qui restera fermé 
jusqu'à ce qu'il ait pénétré en France (4). Alix de Derby, 
au lieu d'un doigt, en accorde deux et elle ajoute : 

Je veu et promes à Dieu de paradis 

Que je n'aray maris pour homme qui soit vifs, 

Pour duc, conte, ne prenche demanne, ne marchis 

Devant que chiex ara tous les points acomplis 

Du veu que pour m'amour a si hault entrepris, 

Et quant il revenra, s'il en escappe vifs, 

Le mien corps H ottroye, de boin cuer, à toudis. 

Cependant le comte de Salisbury mérite la main d'Alix 
de Derby par les services les plus signalés. En 1557, il est 
chargé de conclure un traité avec les communes flamandes; 
en 1540, il reçoit leurs serments au nom d'Edouard III; 
la même année, il reste en otage en Flandre comme garant 
de la promesse du roi d'Angleterre de retourner à l'Écluse 
avant les fêtes de la Saint-Jean; mais avant que ce moment 



(1) Froissart confirme, dans ses chroniques, ce que raconte le poète. 



( 447 ) 
soit arrivé, le comte deSalisbury est fait prisonnier par les 
Français , dans un combat près de l'abbaye de Marquette , 
et conduit au Châlelet à Paris. 

Ce fut pendant sa captivité qu'Edouard III, poursuivant 
les Écossais , retrouva au château de Salisbury « la gentil 
» dame qu'il n'avoit vue puis les noces dont elle estoit 
» mariée. » Edouard III s'applaudissait-il de l'absence du 
comte de Salisbury? Chercha-t-il à la prolonger? Rien 
n'est moins exact, puisqu'il mit pour condition à la trêve 
conclue avec les Écossais, « que le comte de Moret devoit 
» eslre quitte de sa prison si le roi d'Ecosse pouvoit tant 
» pourchasser devers le roi de France que le comte de Sa- 
» lebrin fust quitte aussi de sa prison. y> En effet, le comte 
de Salisbury ne tarda point à retourner en Angleterre (1). 



(1) Les pièces officielles, insérées dans les Jetés de Rymer, attestent 
combien furent actives les négociations confiées par Edouard III au comte 
de Moray, son prisonnier, pour qu'un échange eût lieu entre le comte de 
Salisbury et lui. Dès le 18 juillet 1540, nous le voyons retourner en Ecosse, 
après avoir remis des otages. Le 25 octobre, il rentre au château de Wind- 
sor, et le lendemain, Edouard III déclare, dans un document fort remarqua- 
ble, céder au comte de Salisbury lui-même, tous ses droits sur le comte de 
Moray : Sciatis quod, cum dilectus et fidelis nosler Willielmus de Monte 
acuto , cornes Sarum et marescallus Jngliae , nuper pro recuperalione 
et salvatione jurium nostrorum in partibus transmarinis progrediens 
per hostes nostros captus fuisset; nos, ad laudabilem gestum ipsius comi- 
tis , neenon ad intolerabiles sumptus quos ipse occasione deliberationis 
suae facere oportebit, considerationem habentes , volentesque ipsum eo 
praetextu gratiosius prosequi in hac parte, de assensu praelatorum , 
comitum, baronum et aliorum de concilio nostro , concessimus eidem 
comiti corpus Johannis comitis de Murref nuper de guerra capti et ad 
nostram dispositionem in omnibus existentis, ad ordinandum libère de 
eodem prout meiius et ad majus commodum ipsius comitis Sarum vide- 
bitur expedire in subsidium deliberationis ejusdem comitis Sarum. 

Le 8 février suivant, le comte de Moray se rend en France, d'où il revient 



( 448 ) 

Ceci se passait vers le mois de juin 1542. Lorsque, peu 
de mois après, le comte de Salisbury passa de nouveau la 
mer, ce ne fut pas, comme le prétendent Jean le Bel et 
les Grandes Chroniques de Flandre , pour se dérober, égaré 
par le désespoir et avide de vengeance, au souvenir de sa 
honte : c'était pour aller, avec Robert d'Artois, soumettre 
la Bretagne aux armes anglaises et étendre de plus en plus 
la gloire et la puissance du prince dont il était le conseil- 
ler et l'ami. Nous le voyons lutter contre la flotte de Louis 
d'Espagne au combat de Guernesey ; nous le retrouvons au 
siège de Vannes , puis au siège de Rennes, qu'il ne quitta 
que pour rejoindre l'armée d'Edouard III, que le duc de 
Normandie semblait vouloir attaquer. 

Faut-il placer en 1545 la fuite du comte de Salisbury et 
expliquer ainsi le supplice des barons bretons qui eut lieu 
cette année? Mais ceci n'est pas moins impossible, puis- 



le 20 mai. Il part le 1 er juin pour l'Ecosse, et retourne en Angleterre le 
20 juillet. La guerre d'Ecosse, pendant laquelle fut assiégé le château de 
Salisbury (novembre à janvier 1341 , v. st.), était à peine terminée, quand 
Edouard III envoya de nouveau , le 22 février, le comte de Moray en France. 
Enfin la trêve dont parle Froissart fut conclue au mois d'avril, et, le 20 mai , 
Edouard III permit au comte de Salisbury d'accepter la condition que Phi- 
lippe de Valois mettait à sa délivrance, celle de ne plus porter les armes 
contre la France : Supplicavit nobis dilectus et ûdelis noster Williehnus 
de Monte acuto, cornes Sarum, quod, cumpridem occasione servitii nostri 
per inimicos nostros de Francia captus fuisset de guerra et prisonae 
domini Philippi de Valesio mancipatus , a qua , licet ad hoc viis omni- 
bus sibi possibilibus institissct, libcrari nonpotest nisi priusjuret quod 
contra dictum Philippum infra regnum Franciae se nunquam armabil , 
set ipse sic jurare récusât nisi a nobis Hcentiam habeat specialem , veli~ 
mus super hoc pro dicto comité prout placuerit et decuerit ordinare ; nos, 

DELIBERATrONEM IPSIUS COMITIS CORDITEK AFFECTANTES, COnCedtmUS tidem 

sic jurare , etc. 



( 449 ) . 
qu'en 1544, Edouard III conlia au comte de Salisbury le 
commandement de l'armée envoyée en Irlande. 

Enfin , lorsque l'ordre de la Jarretière fut fondé, le comte 
de Salisbury fut inscrit le septième parmi les nouveaux 
chevaliers, et la reine d'Angleterre présida elle-même, au 
château dé Windsor, à la fête où il ceignit le ruban bleu , 
qui portait en lettres d'or : Honi soit qui mal y pense! 

Edouard III tient , par des liens étroits, à l'époque la plus 
glorieuse de la Belgique communale et industrielle : le 
comte de Salisbury vécut dans nos foyers , et ce fut sous 
nos drapeaux qu'il rendit son épée. 

A ce titre, il est de quelque intérêt pour l'Académie 
qu'une discussion approfondie des faits démontre l'erreur 
de Jean le Bel et de Zantfliet. 

La réhabilitation de la comtesse de Salisbury touche 
aussi de fort près à l'honneur des lettres, s'il est vrai 
qu'elle eut pour aïeul le sire de Joinville. Je me plais à 
l'admirer dans les récits de Froissart, fidèle aux souvenirs 
du pieux compagnon de saint Louis, couvrant son cœur de 
l'armure de fer qu'elle portait dans son château assailli par 
les Écossais, et repoussant les hommages qu'Edouard III 
offrait à sa beauté pour n'accepter que ceux qui s'adres- 
saient à sa gloire; j'aime surtout à voir l'historien des 
chevauchées chevaleresques du XIV e siècle défendre et pro- 
téger devant l'avenir la petite-fille de l'historien des croi- 
sades (1). 



(1) Les historiens modernes et les généalogistes l'appellent Catherine, et lui 
donnent pour père lord Grandison ou lord Grafton. Le témoignage de Frois- 
sart, de Jean le Bel et de tous les chroniqueurs contemporains est trop formel 
•pour qu'on puisse lui attribuer un autre nom que celui d'Alix; et l'auteur du 
jpoëme du Fœu du Héron dit expressément qu'elle était la fille du comte de 



( 450 



Du devoir du maître dans l'enseignement ; par M. Baguel, 
membre de l'Académie. 

Quand on émet ane idée qui semble, jusqu'à un certain 
point, s'écarter des idées reçues , il est utile de la montrer 
sous divers aspects, afin de dissiper les doutes qui pour- 
raient exister sur sa valeur réelle. 

C'est cette pensée, Messieurs, qui m'a engagé à vous 
présenter quelques réflexions à l'appui des considérations 
que j'ai eu l'bonneur de soumettre à la classe sur le but 
de l'enseignement et sur le moyen de réaliser ce but. Ces 
réflexions se rattachent à la définition même de l'ensei- 
gnement. 

Une bonne définition a une importance qui n'est mé- 
connue de personne. Donnant une idée nette d'un objet ou 
d'un mot dont elle détermine exactement la portée, elle 
prévient toute discussion qui aurait sa source dans les dif- 
férents modes possibles d'appréciation ou d'interprétation. 

En outre, lorsqu'une science quelconque est bien défi- 
nie, la définition sert de point de départ pour l'étude de 
celte science, et elle devient ensuite la synthèse finale dans 
laquelle la science acquise se retrouve tout entière. 

Si tous ceux qui enseignent étaient d'accord sur la défi- 
nition de l'enseignement, il en résulterait une étonnante 



Derby. Selon l'ordre chronologique, qui ne paraît donner lieu à aucune diffi- 
culté, si Ton admet qu'il n'en faut point trouver dans le silence des docu- 
ments officiels, Alix de Derby, née vers 1317, serait fille de Henri de Derby, 
qui épousa, avant 1516, Alix de Joinville, et petite-fille de Jean de Joinville 
et d'Alix de Risnel. 



( 451 ) 
conformité de vues et de méthode. Une même direction , 
partant du même principe pour aboutir au même but, 
serait partout imprimée aux études, et l'on ne verrait 
plus, comme il arrive si souvent, l'instruction des élèves 
compromise par le seul changement de maîtres. 

Ce n'est pas à dire que, par suite d'un pareil accord, 
tout progrès dans l'enseignement serait impossible. Il ne 
faudrait plus, il est vrai, remettre chaque jour en question 
tout ce qui louche à l'organisation des études; néanmoins 
il resterait à améliorer sans cesse l'emploi et l'application 
des moyens propres à faire atteindre ce qu'une délinition 
exacte aurait signalé comme étant le but réel de l'ensei- 
gnement. 

Mais quelle sera cette définition que nous voudrions voir 
généralement adoptée? Un simple raisonnement sur la 
manière dont s'acquiert l'instruction nous la fournira. 

On s'instruit en apprenant, on apprend au moyen de 
l'élude. Or, l'étude c'est l'intelligence mise en exercice par 
la faculté de vouloir, et dirigée de manière à nous faire 
parvenir à la connaissance que nous désirons posséder. 
L'enseignement, ou le devoir du maître, consistera donc 
à donner l'impulsion à la volonté de l'élève et à le guider 
dans la roule que son esprit doit suivre pour acquérir la 
science. 

Je me bornerai à justifier cette définition et à répondre 
aux objections qu'elle peut soulever. 

Que dans l'enseignement il soit nécessaire, avant tout, 
de s'assurer le concours de la volonté de l'élève, personne, 
sans doute, ne le contestera. Cependant nous n'oserions 
affirmer qu'on donne à cette partie si importante de l'édu- 
cation tous les soins qu'elle réclame. Les faits sont là qui 
nous montrent, dans beaucoup d'établissements d'instruc- 



( 452 ) 

tion publique, un certain nombre de jeunes gens dont les 
uns ne font guère de progrès et dont les autres sont ré- 
putés incapables. Ce nombre, croyons-nous, diminuerait 
considérablement , si , dans les rapports avec les élèves , 
on ne perdait jamais de vue que la volonté est la faculté 
principale de l'âme et que c'est d'elle, en définitive, que 
dépend le succès des études, puisque son action provoque 
nécessairement la réaction des autres facultés. 

Ajoutons à cela que ce n'est pas seulement au point de 
vue des études que l'éducation de la volonté, si je puis 
parler ainsi, a de l'importance; elle est surtout indispen- 
sable pour former le caractère moral. Quelle que soit, en 
effet, la position qu'un homme occupe dans la société, 
toujours il a besoin d'une volonté forte et active qui le 
tienne à la hauteur de ses devoirs et qui le rende apte à 
produire des œuvres solides et durables. 

C'est donc avec raison que nous demandons comme une 
condition nécessaire de l'enseignement que le maître ait 
constamment l'œil ouvert sur l'état où se trouve la volonté 
dans chacun de ses élèves. Il sera ainsi ingénieux à décou- 
vrir les moyens les plus propres à inspirer et à entretenir 
le goût de l'étude; en même temps il ne négligera aucune 
des ressources que lui fourniront son zèle et sa prudence 
pour aider les jeunes gens à écarter les obstacles de toute 
nature qui peuvent, à chaque instant, arrêter leur ardeur 
et entraver leurs progrès (4). 

Mais ce n'est pas assez que l'attention de l'élève soit 
éveillée et soutenue par l'impulsion donnée à sa volonté, 



(1) Voir, à ce sujet, mes Réflexions sur l'enseignement moyen , Louvain, 
1842, pp. 5 et suiv. 



( 455 ) 

il faut aussi quelle soit dirigée de telle manière que les 
jeunes gens acquièrent, avec le développement spontané 
de leurs facultés intellectuelles, des connaissances posi- 
tives et surtout l'aptitude à la science. J'ai indiqué dans les 
dernières considérations sur l'enseignement, dont j'ai eu 
l'honneur de donner lecture à la classe (1), quel procédé 
conduit à ce but. Je n'examinerai , en ce moment, que les 
objections qui peuvent être faites contre ce mode d'en- 
seigner. 

Et d'abord, on dira peut-être que c'est singulièrement 
rabaisser l'enseignement que de réduire les fonctions du 
maître au simple rôle de moniteur et de guide. La réponse 
est facile; pour que cette objection eût quelque valeur, il 
faudrait qu'il fût possible de donner l'instruction sans la 
coopération active de celui qui veut s'instruire, ou, en 
d'autres termes, il faudrait que la nature de l'homme fût 
différente de ce qu'elle est et, par conséquent, que le but 
de l'enseignement pût être changé. 

Or, il suffît de penser aux motifs qui rendent l'ensei- 
gnement nécessaire pour rester convaincu que le devoir 
essentiel du maître est précisément de servir de guide aux 
élèves. D'abord , il est certain que , pour que là jeunesse 
soit animée du désir constant de travailler activement à 
son instruction, elle a besoin, en général , d'être surveillée, 
d'être encouragée, d'être stimulée à chaque instant. En- 
suite, l'expérience démontre que le développement des 
facultés intellectuelles s'opère graduellement au moyen 
d'une étude régulière et que les connaissances solides s'ac- 



(1) Voir le tome XIX , n° 1 , des Bulletins. Voir aussi De la méthode d'en- 
seigner et Étude littéraire sur Salluste (extraits de la Revue catholique). 



( m ) 

quièrent par une suite d'exercices convenablement dirigés. 
De plus, il n'est pas douteux que , si l'enseignement a été 
limité au temps de la jeunesse, c'est pour qu'il vienne à 
cesser au moment où l'on a des motifs suffisants de croire 
non pas que l'élève n'ait plus rien à apprendre , mais qu'il 
a acquis assez de connaissances préliminaires et qu'il est 
capable de continuer son instruction sans avoir ultérieu- 
rement besoin de guide. 

J'ajouterai que c'est sans doute en raisonnant de la 
sorte que le législateur a, de son côté, fixé l'âge auquel le 
citoyen devient majeur. II a présumé qu'à certaine époque 
de la vie, déterminée par la loi, un jeune homme avait 
assez d'expérience et de jugement pour être, sans danger, 
émancipé de toute autorité tutélaire et môme de la puis- 
sance paternelle. 

Il est donc évident que l'enseignement est principale- 
ment nécessaire, parce que les jeunes gens ont besoin 
d'être dirigés d'une manière suivie dans tout le cours de 
leurs études. 

Cependant, je ne crains pas de dire qu'alors même 
qu'on envisage l'enseignement au point de vue sous lequel 
je viens de le considérer, bien loin de le rabaisser, ou 
l'ennoblit et on en rehausse le caractère. Est-il en effet 
une plus noble mission que de contribuer par des soins 
incessants à fortifier et à développer dans les jeunes gens 
des facultés qu'ils possèdent à la vérité, mais dont ils ne 
connaîtront jamais ni la valeur ni la portée, s'ils ne sont 
l'objet d'une constante sollicitude? A moins de prétendre 
que l'enseignement est plus relevé, lorsque le maître ne 
voit dans les élèves qu'un écho de ses paroles plus ou 
moins savantes, sans pouvoir même se llatter que cet écho 
sera fidèle, parce qu'il manque à ses auditeurs ce qui fait 



( 455 ) 
le charme le plus puissant de l'étude, l'intervention ac- 
tive de l'intelligence. 

Mais, si le devoir du maître est tel que je l'ai indiqué, 
pourquoi, demandera-t-on , assujettir l'aspirant au pro- 
fessorat à l'obligation de fournir la preuve qu'il possède 
des connaissances étendues sur un grand nombre de ma- 
tières? Pourquoi, demanderai-je à mon tour, ne préfére- 
rait-on pas à tout autre un guide instruit et éclairé? Qui 
ne voit l'avantage que présente celui qui a parcouru lui- 
même avec succès la route qu'il doit ouvrir à d'autres? 
Indépendamment de l'ascendant et de l'autorité que donne 
le savoir, un maître habile fera servir sa propre instruc- 
tion à l'instruction de ses élèves, en les éclairant de son 
expérience et de son exemple, sans nuire à l'activité de 
leur intelligence. Il est, en effet, une vérité qu'on ne sau- 
rait rappeler trop souvent, c'est que la force, la puissance 
de l'esprit, ne peut être connue que de ceux qui l'ont ap- 
préciée eux-mêmes par une étude persévérante. Aussi, 
j'ose le dire hautement, le maître qui, comprenant par 
lui-même ce que c'est que l'étude, sera parvenu à le faire 
également comprendre à ses élèves, à l'aide d'exercices 
bien réglés , aura obtenu le plus beau et le plus important 
résultat de l'enseignement. Est-il, d'ailleurs, rien de plus 
déplorable que l'aveuglement de ces hommes superficiels 
qui, n'ayant jamais soupçonné ce dont est capable un es- 
prit attentif, s'imaginent connaître ce qu'ils n'ont fait 
qu'entrevoir et croient avoir réellement approfondi ce qu'ils 
ont à peine effleuré? Qu'un savant leur dise que plus il 
avance dans ses investigations laborieuses, plus il voit s'é- 
tendre devant lui l'horizon de la science, ils regarderont 
cet aveu , bien sincère cependant, comme une pure fiction 
ou comme l'expression d'une modestie exagérée. 



(456 ) 

Un maître instruit fera donc en sorte que ses élèves 
comprennent qu'il n'est aucun sujet , dans le domaine de 
nos connaissances, qui puisse jamais être épuisé par l'étude. 
Tl les accoutumera à examiner les différentes faces sous 
lesquelles un objet peut être envisagé , et à ne pas se con- 
tenter, dans l'étude d'une œuvre quelconque, d'apercevoir 
les simples rapports qu'une médiocre attention saisit sans 
peine, mais à combiner ces rapports , à les comparer entre 
eux ; afin de découvrir des rapports nouveaux. 

Si l'instruction du maître peut être utilisée au profit des 
élèves, comme je viens de le montrer, il est, en outre, des 
circonstances où elle acquiert une importance particulière. 
Ces circonstances se rencontrent principalement dans l'en- 
seignement supérieur, alors qu'il importe, non d'initier 
les élèves aux éléments des sciences , mais de leur faire 
entreprendre l'étude approfondie d'une science complète. 
Or, cette science où la trouveront-ils telle qu'ils puissent 
s'y appliquer d'une manière suivie, si elle ne leur est pré- 
sentée dans son ensemble par une personne qui en a fait 
et qui continue à en faire l'objet spécial de ses travaux , 
c'est-à-dire, qui aura compulsé un grand nombre d'écrits, 
comparé une foule de systèmes opposés les uns aux autres, 
apprécié mille opinions diverses, pour former enfin, du 
résultat de ses recherches, un corps de doctrines bien 
coordonné? 

Cependant, quelle que soit, dans de pareilles circon- 
stances, la valeur de l'instruction du maître, la marche 
que l'élève doit suivre , pour parvenir à la science, reste la 
même. Il faut que, par une étude sérieuse, il se rende 
compte à lui-même des doctrines qu'on lui communique, 
qu'il en saisisse l'enchaînement et qu'il s'attache à en bien 
pénétrer l'esprit. Et , quoique l'on soit en droit de présu- 



(457.) 

mer qu'arrivé au degré supérieur de l'instruction, le jeune 
homme sente toute l'importance d'un travail assidu et ré- 
gulier, on aurait tort de croire que le maître peut, sans 
danger, se dispenser du devoir commun à tous ceux qui 
enseignent. Il importe toujours qu'il constate, qu'il vérifie 
soigneusement les progrès des élèves. 11 faut surtout que, 
par une vigilance continuelle, il fasse éviter aux jeunes 
gens l'écueil contre lequel vont infailliblement échouer 
ceux qui ont recours à la mémoire plutôt qu'à la réflexion 
pour s'approprier le résultat des investigations d'autrui. 
Les considérations qui précèdent suffisent, je pense, 
pour justifier les termes dans lesquels j'ai formulé la défi- 
nition de l'enseignement. Si je me fais illusion à cet égard, 
du moins la classe ne méconnaîtra pas le motif qui me 
porte à lui communiquer quelques idées sur un sujet dont 
elle apprécie l'importance; ce motif n'est autre que le désir 
de contribuer à rendre, dans nos établissements d'instruc- 
tion publique, les études plus fortes et plus sérieuses. 



Tome xix. — II e part. 51 



458 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance du 1 er juillet 1852. 

M. Fétis, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

MM. Alvin , Braemt, Guill. Geefs, Leys , Madou, Navez, 
Roelandt, Van Hasselt, Jos. Geefs, Érin Corr, F. Snel , 
Fraikin, Éd. Fétis, membres : Calamatta, associé. 

M. le Ministre de l'intérieur écrit qu'il a communiqué 
à M. le comte de Beauffort , inspecteur général des beaux- 
arts, les projets d'inscription pour les monuments publics, 
adoptés dans une des séances précédentes , et il fait part 
du désir exprimé par M. de Beauffort de voir ligurer dans 
ces inscriptions les noms des souverains sous le règne 
desquels les divers monuments ont été construits. Cette 
lettre est renvoyée à la commission chargée de rédiger les 
projets d'inscription, demandés par le Gouvernement. 

— Le secrétaire perpétuel fait connaître qu'il s'est 
adressé à M. le Ministre de l'intérieur, afin d'obtenir, en 
faveur des collections de l'Académie , un exemplaire des 
médailles commémoratives des principaux faits historiques 
du pays, et spécialement un exemplaire de la médaille 
destinée à conserver le souvenir de la réorganisation de 
l'Académie, en 1845. 

— Il annonce également qu'il a reçu, pour 1852, un 



( 459 ) 
subside de i,000 francs , accordé par le Gouvernement à la 
Caisse centrale des artistes. 

M. Braemt, trésorier, fait connaître que les fonds ac- 
tuellement en caisse dépassent la somme de 25,000 francs 
et que différents artistes ont témoigné le désir de devenir 
membres de l'association. 

— Le secrétaire perpétuel dépose les listes de présenta- 
lion pour les prochaines élections, qui lui ont été remises 
au commencement de la séance , par les différentes sec- 
tions de la classe. Ces listes seront imprimées pour être 
remises aux membres avant les élections, qui auront lieu 
au mois de septembre prochain. 

La classe aura à nommer alors un membre dans la 
section d'architecture; elle aura, de plus, à nommer à 
trois places de correspondants devenues vacantes par la 
mort de MM. Jehotte père, Mengal, Félix Bogaerts, et à 
huit places d'associés, en remplacement de MM. Granet, 
Schadow, Bartolini, Pradier, Bianchi , Wyon, Spontini 
et Quatremère de Quincy. 

— M. Alvin rend compte verbalement de planches gra- 
vées qu'il a trouvées à la Bibliothèque royale et dont plu- 
sieurs appartiennent à des maîtres distingués; il parle de 
l'importance qu'il y aurait à augmenter ce dépôt et à se 
procurer le moyen de faire des échanges de gravures au 
bénéfice de l'établissement coniié à ses soins. Il se réserve 
de faire à cet égard des propositions au Gouvernement* 



4()0 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Les partis parlementaires et le pouvoir en Belgique, de 1839 
à 1846; par Paul Devaux. Bruxelles, 1852; 1 vol. in-8°. 

École du génie civil de Garni. Leçons de mécanique. — Leçons 
sur le calcul différentiel et sur le calcul intégral; par M. Timmer- 
mans. Gand, 1858-1840 et 1850; 2 vol. in-4°, autographiés. 

Stabilité des constructions. Notes recueillies par les élèves à l'é- 
cole du génie civil; par M. E. Lamarle; l re partie, autographiée et 
paginée, à partir du n° 1 jusqu'au n° 140. Gand; 2 cahiers in-4°. 

Mémoire sur la pleuropneumonie épizootique exsudative du 
bétail et sur les moyens de l'en préserver, adressé à M. le Ministre 
de l'intérieur, par M. Louis Willems. Bruxelles, 1852; 1 broch. 
in-8°. 

De l'usage du sel ammoniac dans quelques maladies des voies 
urinaires; par le docteur René Van Oye. Roulers, 1851; 1 broch. 
in-8°. 

Types d'architecture gothique empruntés aux édifices tes plus 
remarquables construits en Angleterre, pendant les XII e , XIII e , 
XIV e , XV e et XVI e siècles, et représentés en plans, élévations, 
coupes et détails géométraux ; par A. W. Pugin. Traduit de l'an- 
glais par le lieut.- colonel Delobel. S*" 8 vol. Liège, 1851; 1 vol. 
in -4°. 

Notre-Dame de consolation à Vilvorde. Monographie de cet 
établissement religieux; par Éd. Terwecoren, S. J. Bruxelles, 
1852; 1 vol. in- 12. 

De l'état de la mendicité et de la bienfaisance dans la province 
de la Flandre orientale, depuis le règne de Marie- Thérèse jusqu'à 
nos jours (1740-1850); par P.-C. Vander Meersch. Bruxelles, 
1852; 1 vol. in-4<\ 



( 461 ) 

Dit commerce et de l'industrie à Liège. — Rapport de la cham- 
bre de commerce en 1854. Liège, 1852; 1 broch. in-8°. 

Du passé et de l'avenir de la Société libre d'émulation de Liège > 
et essai de tablettes liégeoises; par Alb. d'Otreppe de Bouvette. 
Liège, 1854; 1 broch. in- 12. 

De l'esprit et du cœur de l'homme; par Alb. d'Otreppe de Bou- 
vette. 2 n,e volume. Liège, 1852; 1 vol. in-12. 

Bibliographie liégeoise; XVI e siècle; par Ulysse Capitaine. 
Bruxelles, 1852; 1 broch. in-8°. 

Bibliographie. OEuvres d'Oribase. Analyse par C. Broeckx. 
Anvers, 1852; 1 broch. in-8°. 

Album des expositions de la Société royale des beaux-arts et 
de littérature de Gand. Gand, 1852; 1 broch. in-8°. 

Annales des travaux publics de Belgique. Tome XI , premier 
cahier. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-8°. 

Journal de l'architecture et des arts relatifs à la construction. 
Revue des travaux exécutés en Belgique. 4 me année. 8 ,ne à !2 IBe 
livraisons. Bruxelles, 1852; 5 broch. grand in-8°. 

Le Moniteur des travaux d'utilité publique. JN 0S 26 à 32. 
Bruxelles, 1852; 6 feuilles in-plano. 

Revue nationale de Belgique. Tomes 1 à 17. Bruxelles, 1839 à 
1847; 17 vol. in-8°. 

Bulletin administratif du Ministère de lintèrieur. Tome VI. 
N 08 5 et 6. Mai et juin 1852. Bruxelles; 2 broch. in-8°. 

La Renaissance illustrée. Chronique des beaux-arts et de la 
littérature. 13 me volume, feuilles 21 à 23. 14 n,e volume, feuilles 
1 et 2. Bruxelles, 1852; in-4°. 

Bulletin du bibliophile belge. Tome IX. N° 3. Bruxelles, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Journal historique et littéraire. Tome XIX. Livraisons 2, 3 
et 4. Juin, juillet et août 1852. Liège; 3 broch. in-8°. 

Annales de la Société d'émulation pour l'élude de l'histoire et 
des antiquités de la Flandre. Tome VIII, 2 me série, n° 4. Bruges, 
1850;! broch. in-8°. 



( 462 ) 

annuaire de l'enseignement moyen; présenté à M. le Ministre 
de l'intérieur, par Fréd. H. 4 me année, 1852. ïournay ; 1 broch. 
in- 18. 

Moniteur de l'enseignement , publié sous la direction de Fréd. 
Hennebert. Nouvelle série. Tome I. N os 23-25. Tome II. N os 1-2. 
Tournay, 1852; 4 broeb. in-8°. 

Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique. T. XI. 
N os 7-9. Bruxelles, 1852; 3 broch. in-8°. 

Académie royale de médecine. Mémoires de concours et des 
savants étrangers. 2 me fasc. du t. H. Bruxelles, 1852; 1 vol. in-4°. 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , publié 
par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. 
!0 rae année. 15 me volume. Juillet 1852. 1 broch. in-8°. 

Archives belges de médecine militaire. Tome IX. Mai et juin 
1852. Bruxelles; 2 broch. in-8°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles; par 
MM. Delwart et Thiernesse. l re année. 7 me cahier. Juillet 1852. 
1 broch. in -8°. 

Annales de la Société de médecine d'Anvers. 13 me année. Juin 
1852. 1 broch. in-8°. 

Annales de la Société médico-chirurgicale de Bruges. Tome XIII. 
Année 1852. 2 me livraison. Bruges; 1 broch. in-8°. 

Annales et Bulletin de la Société de médecine de Gand. 1 8 me 
année. 5 me livraison. Gand, 1852; 1 broch. in-8°. 

Annales médicales de la Flandre occidentale; publiées par les 
docteurs Vanoye et Ossieur. Mai. ll me livraison. Boulers, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 8 me année. Juin et juillet 1852. Anvers; 2 broch. in-8°. 

La presse médicale ; rédaction : M. J. Ilannon, 1852. N os 27 
à 52. Bruxelles ; in-4°. 

La Santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs : 
MM. A. Leclerq et N. Theis. 4 me année. 1852-1853. N os 1 et 
2, Bruxelles; 2 broch. grand in-8°, 



( 4G3 ) 

Le Scalpel; rédaction : M. A. Festraerts. 4 me année. N os 33 à 
36. Liège, 1852; in-4°. 

Journal d'agriculture pratique , d'économie forestière , d'écono- 
mie rurale et d'éducation des animaux domestiques du royaume 
de Belgique, publié sous la direction et par la rédaction princi- 
pale de M. Charles Morren. 5 me année, juillet 1852. Liège; 
1 broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique; directeur : 
M. Galeotli. 10 me année. N° 4. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-12. 

De vlaemsche beweging, maendschrift. N° 15. Mai 1852. 
Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences; par MM. les Secrétaires perpétuels. Tome XXXIV, n 03 25 
et 26. Tome XXXV, n os 1 à 4. Paris, 1852; 6 broch. in-4°. 

Traité de géométrie supérieure; par M. Chasles. Paris, 1852; 
1 vol. in-8°. 

Cours de géométrie descriptive. — Première partie. Du point, 
de la droite et du plan. 2 me édition, revue et augmentée; par 
M.Théodore Olivier. Texte et atlas. Paris, 1852; 2 vol. in-4°. 

Mémoire sur la substitution des électromoleurs aux machines à 
vapeur, et description d'un électromoteur d'une grande puissance 
et d'une horloge électromagnétique à force régulatrice rigoureu- 
sement constante. — Note sur les observations faites à Cherbourg, 
pendant l'éclipsé du 28 juillet 1851. — Addition à un mémoire 
intitulé : Théorie mathématique des oscillations du baromètre, 
et recherche de la loi de la variation moyenne de la température 
avec la latitude; par M. Emmanuel Liais. Paris, 1852; 3 broch. 
in-8°. 

Essai sur l'histoire de la cosmographie et de la cartographie 
pendant le moyen âge , et sur les progrès de la géographie après 
les grandes découvertes du XV e siècle; par le vicomte de San- 
tarem. Paris, 1852; 1 vol. in-8°. 

Études sur les fragments cophtes des conciles de Nicée et 
d'Éphèse; par Ch. Lenormant. Paris, 1852; 1 vol. in-4°. 



( 404 ) 

Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Droz; par 
M. Mignet. Paris, 1852; 1 broch. in-8°. 

Epltreà Monsieur Bouniol de Saint-Geniez ; par J. R. Paris, 
1852; 1 Va feuille in-8". 

Les Pourânas. Etudes sur ks derniers monuments de la litté- 
rature sanscrite; par Félix Nève. Paris, 1852; 1 broch. in-8°. 

Revue et magasin de zoologie pure et appliquée ; par M. J.-E. 
Guérin-Ménevillc, 1852. N° 6. Paris; I broch. in-8°. 

L'investigateur , journal de l'institut historique. 19 me année; 
Tome II, 3 me série, 210 e et 211 e livraisons. Mai-juin 1852. Paris; 
1 broch. in-8°. 

Bulletin de la Société de Chistoire de France. N° 5. Mars 1852. 
Paris, 1852; 1 broch. in -8°. 

Mémoires de la Société des sciences , lettres et arts de Nancy. 
1850. Nancy, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Société vaudoise des sciences naturelles. Bulletins n GS 23 et 24. 
Tome III. Année 1851. 2 broch. in-8°. 

Meteorologische waarnemingen in Nedcrland 1 85 ! ; door 
ÏFC.-H.-D. Buys Ballot. Utrecht, 1852; 1 vol. in-8°. 

Uithomslen der meteorologische waarnemingen gedaan in 1 849 
en 1850 le Utrecht, en op eenige andere plaatsen in Nederland; 
door I) p C.-H.-D. Buys Ballot. Utrecht, 1851; 1 vol. in-4°. 

Windwaarnemingen in Nederland gedurende de jaren 1 849 
en 1850; bijeenverzameld door D r F.-W.-G. Krecke. Utrecht, 
1852; 1 vol. in-4°. 

Historiche en letterkundige verhandeiingen van de hollandsche 
Maatschappij der ivetlenschappen te Harlem. Eerste deel. Har- 
lem, 1851 ; 1 vol. in-4°. 

Nieuwe verhandeiingen van het balaafsch Genootschap der 
proej'ondervindelijkc wijsbegcertc te Rotterdam. Deel IX, 2 de stuk., 
X, XI en XII. l ste stuk. Botterdam, 1851 ; 4 vol. in-4°. 

Die Fortschritte der Physik im Jahre 1848, dargestellt von der 
physilialischen Gesellschaft zu Berlin. IV Jahrgang. Bedigirt 
von Prof. D r G. Karsten. Berlin, 1852; 1 vol. in-8°. 



( 465 ) 

Deutsche Zeitschrift fur die Staats Arzneikunde; herausge- 
geben von P.-J. Schneider und H.-J. Schurmayer. Jahrgang 
1852. Neue Folge, zwôlfter Band , erstes Heft. Fribourg in Bris- 
gau ; 1 broch. in-8°. 

Heidelberger Jahrbùcher der Literalur, tinter Mitwirkuruj 
der vier Facultuten. Fûnfundvierzigster Jahrgang. Viertes Dop- 
pelheft. Juli und August. Heidelberg, 1852; 1 broch. in-8 . 

Archiv der Mathematik und Pliysik. Herausgegeben von 
J.-A. Grunert. Achtzehnter Theil. 2 te und 3 te Heft. Greifswald, 
1852; 2 broch. in-8". 

Ueber GerberCs ivissenschaftliche und politische Stellunr/. 
Inaugural- Dissertation von Marcus - Maximilian Budinger. 
Marbourg, 1851 ; 1 broch. in-8°. 

De Columbino et Berberino observationes. Dissertatio inaugu- 
ralis medica, quam scripsit F.-G.-H. Guenste. Marbourg, 1851 ; 
i broch. in-8°. 

Paul Flemming , nach seiner literargeschichtlichen Bedeuturtg 
dargestelit. Inaugural -dissertation von K.-W. Schmitt. Mar- 
bourg, 1850; \ broch. in-8°. 

De Pétri Abœlardi libro sic et non commentatio. Dissertatio 
inauguralis quam publiée defendet G.-S. Lindenkohl. Marbourg, 
1851, 1 broch. in-8°. 

De divisione inter paucos ex pluribus condominis vel cohere- 
dibus facienda. Dissertatio inauguralis quam publiée defendet 
Ernestus Zimmermann. Marbourg, 1851 ; 1 broch. in-8°. 

Depericulo in contractibus innominatis praestando. Disserta- 
tio inauguralis quam publiée defendet C.-P. Fuchs. Marbouriz, 
1851 ; 1 broch. in-8°. 

De sudore unilaterali profuso et habituali observatio rara. Dis- 
sertatio inauguralis medica quam publiée defendet G.-F. Sœch- 
ting. Marbourg, 1851 ; 1 broch. in-8°. 

Ueber den Basait und seine Verânderimgen durch Verwittern. 
Inaugural- dissertation von Cari Bickell. Marbourg, 1851 ; 1 
broch. in-8°. 

Tome xix. — II e part. 32 



( 466 ) 

De operationibus in canali respiratorio instituendis et de nova 
guadam eius aperiendi methodo agitur. Dissertatio inauguralis 
quant scripsit Mauritus. Marbourg, 1851 ; 1 broch. in-8°. 

Quaedam de pretio duorum ecclesiam evangelicam constituendi 
moder (indique generum, aller ius consister ialis , altcrius prebys- 
terialis ae synodalis. Dissertatio inauguralis quam scripsit 
Fr. Schumacher. Marbourg, d 851 ; 1 broch. in-8°. 

Tractatus de errore optico quodam asymetria bulbi oculi 
effecto. Dissertatio inauguralis quam publiée defendet A. Fick. 
Marbourg, 1851; i broch. in-8°. 

Die Bimssteinkôrner bei Marburg in Hessen und deren Ab- 
stammung aus Vulkanen der Eifel. Inaugural-Dissertation von 
F.-R. Schâffer. Marbourg, 1851; 1 broch. in-8°. 

The quaterly journal of the chemical Society. Vol. V, n° 18. 
Londres, 1852; î broch. in-8°. 

Del rinnovamento civile d' ltalia; uer Vincenzo Gioberti. Paris, 
1851; 2 vol. in-8°. 

De funerali di archemoro rappresentati sopra un vaso greco 
dipinto che si conserva nel real Museo Borbonico. Dissertatione di 
Bernardo Quaranta. Naples, 1851 ; 1 broch. in-4°. 

Influenza délia scienza , mi prodotti délia industria di tutle le 
nazioni alla grande exposizione di Londra. Ragionamento di 
E. Fabri-Scarpellini. Home, 1852; 1 broch. in-8°. 

Rendicontï délie Adunanze délia R. Àccademia dei Georgo/ili. 
Gennaio, 1851. — Aprile 1852. Turin, 1851 et 1852; 8 broch. 
in-8°. 

Corrispondenza scientifica in Roma. Bullettino universale. 
Anno secondo. N° 54. Rome, 1852; 1 feuille in-4° 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, 
1852. — N° 8. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du 7 août 1852. 

M. Kickx, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael , 
Martens, Dumont, Cantraine, Morren, Stas, DeKoninck, 
Ad. De Vaux, le baron de Selys-Longchamps, Nyst, Gluge, 
Melsens, Schaar, membres; Sommé, Spring, Schwann, 
Lacordaire, associés; Liagre, Mareska, correspondants. 

M. Éd. Fétis, membre de la classe des beaux-arts, Nollet 
De Brauwere Van Steeland, associé de la classe des lettres, 
et le professeur Van Galen assistent à la séance. 

Tome xix. — II e part. 55 



468 ) 



CORRESPONDANCE. 



La classe reçoit avec douleur l'annonce de la perte 
qu'elle vient de faire par la mort de M. Jacques-Louis 
Kesteloot, décédé à Gand, le 5 juillet dernier. M. Keste- 
loot appartenait à l'Académie depuis l'époque de sa réor- 
ganisation, en 1816. 

— M. le secrétaire perpétuel dépose une ampliation de 
l'arrêté royal qui ajoute une somme de 2,000 francs au 
prix extraordinaire fondé par l'Académie, pour le meilleur 
mémoire sur les moyens de sauvetage des ouvriers dans 
les mines. 

— La Société géologique de France annonce que sa 
session de 1852 se tiendra à Metz (Moselle), et que la 
première réunion aura lieu le dimanche 5 septembre 
prochain. 

— M. De la Bêche, directeur général de la carte géolo- 
gique de la Grande-Bretagne, fait parvenir, comme com- 
plément à son envoi précédent, les divers ouvrages qui ont 
été publiés par le comité géologique. Remercîments. 

— Il est donné connaissance qu'une Société météoro- 
logique vient de s'établir à Paris, à l'instar de celle récem- 
ment fondée à Londres. Les principaux membres sont : 
MM. Duperey, Bravais, Daussy, d'Abbadie, Ch. Deville, 
Mauvais, Walferdin, Haeghens, etc. 



( 469 ) 

— L'Institution smithsonienne de Washington , la So- 
ciété de physique de Berlin, la Société des sciences ex- 
périmentales de Rotterdam, la Société de Nancy, etc., 
remercient l'Académie pour l'envoi de ses publications. 

— Il est donné communication d'une lettre annonçant 
qu'une comète nouvelle a été découverte dans la constel- 
lation des Poissons, le 24 juillet, parle docteur Westphal 
de Goetlingue; la comète se présente sous l'aspect d'une 
nébuleuse assez claire de plusieurs minutes d'étendue. 
A celte époque, son ascension droite était de l h ll m ,7, et 
sa déclinaison de -+- 1° 4'. 

— La classe reçoit les ouvrages manuscrits suivants : 

1° Nouvelle notice sur quelques Cryptogames récem- 
ment découvertes, en Belgique, par M. le docteur Westen- 
dorp. (Commissaires : MM. Kickx et Martens.) 

2° Remarques sur une notice de M. Donny, relative à 
la falsification des farines et imprimée dans le n° 6 des 
Bulletins de 1852, par M. Biot, de Namur. (Commis- 
saires : MM. Stas et De Hemptinne.) 

5° Appendice à la notice de M. Montigny sur les expé- 
riences relatives à la détermination de la densité de la 
terre. (Commissaires : MM. Schaar et Pagani.) 



( 470 



RAPPORTS. 



Rapport de M. Plateau sur un travail présentée l'Académie 
par M. Emile Bède, et intitulé : Mémoire sur l'ascension 

DE LEAU ET LA DÉPRESSION DU MERCURE DANS LES TUBES 
CAPILLAIRES. 

<r La théorie de Faction capillaire, sans donner la loi 
précise qui régit l'ascension ou la dépression d'un liquide 
dans un tube cylindrique, montre que, si l'on prend des 
diamètres de plus en plus petits , cette loi doit converger 
vers la raison inverse du diamètre, et qu'elle doit cesser d'en 
différer sensiblement à partir d'un diamètre assez minime 
pour que la pesanteur n'ait plus d'influence notable sur la 
forme de la surface qui termine la colonne soulevée ou dé- 
primée. Gay-Lussac est, je crois, le seul physicien qui, 
avant une époque très-récente, ait essayé de continuer 
par l'expérience cette dernière conséquence de la théorie. 
Bien qu'il n'eût opéré qu'entre des limites très-peu éloi- 
gnées, on s'était contenté de ses résultats qui, entre ces 
limites, s'accordaient avec la conséquence théorique dont 
il s'agit , et l'on regardait la loi de la raison inverse du 
diamètre comme sutfisamment vérifiée, lorsque, en 1851, 
parut, dans les Annales de chimie et de physique, un mé- 
moire expérimental de Simon, qui vint soulever des diffi- 
cultés. En effet, les résultats contenus dans ce travail , 
résultats qui se rapportent à une série nombreuse de dia- 
mètres dont les valeurs sont comprises entre 5 centime- 



( 471 ) 

très et 6 millièmes de millimètre, varient suivant une loi 
notablement plus rapide que la raison inverse du diamètre, 
non-seulement pour les grands diamètres comme le veut 
la théorie, mais encore pour les plus petits. Cependant, 
comme Simon a fait usage d'un procédé indirect, c'est-à- 
dire a déduit les hauteurs des colonnes liquides d'un autre 
phénomène intimement lié avec elles, on peut soupçon- 
ner l'influence de quelque cause perturbatrice inaperçue; 
d'ailleurs, ses résultats ne concernent que les faits d'as- 
cension et non ceux de dépression. Il était donc à désirer 
que l'on entreprît, pour les petits diamètres, de nouvelles 
séries d'expériences en employant la méthode directe, et 
en observant aussi bien les phénomènes de dépression 
que ceux d'ascension. Or, c'est ce qu'a fait M. Bède. Il a 
été conduit à ses recherches par un autre motif, savoir 
par une difficulté qu'il a rencontrée dans les formules de 
M. Gauss; mais, selon moi, la véritable importance de 
son travail repose sur les considérations que je viens 
d'exposer. 

Les expériences de M. Bède me paraissent dirigées avec 
beaucoup de sagacité, et de manière à éviter autant que 
possible l'influence des causes d'erreur; elles ont été faites 
sur le mercure et sur l'eau , dans des tubes de verre au 
nombre de 23 ; pour le mercure , le plus grand diamètre 
était de 5 mm ,028, et le plus petit de O mm ,075; pour l'eau, 
le plus grand diamètre était encore de 5 mm ,028, mais le 
plus petit était de mm ,094. 

Les résultats que l'auteur a obtenus à l'égard du mer- 
cure, après avoir subi les petites corrections qu'indique la 
théorie, ont montré que, quant aux phénomènes de dé- 
pression , on peut regarder la loi de la raison inverse du 
diamètre comme sensiblement satisfaite à partir d'un dia- 






• ( 472 ) 

mètre maximum égal à un millimètre. En effet, si cette 
loi était rigoureuse, le produit de la dépression par le 
diamètre ou par le rayon serait une quantité constante; 
or, en multipliant chaque dépression par le rayon corres- 
pondant, l'auteur a trouvé des nombres qui ne présentent 
entre eux que des écarts peu considérables et distribués 
d'une manière irrégulière, du moins tant que le diamètre 
est inférieur à la limite ci-dessus ou la dépasse peu. Pour 
reconnaître si ces produits, qui sont au nombre de douze, 
ont une tendance à l'accroissement en allant du plus grand 
diamètre au plus petit, l'auteur a calculé les moyennes 
respectives des six premiers et des six seconds, ce qui lui 
a donné les nombres 4,808 et 4,886. Il y a bien , comme 
on le voit, une augmentation , mais elle est très-petite et 
n'excède probablement pas celle qu'on tirerait de la théorie 
si l'on pouvait intégrer l'équation de la surface capillaire. 

Il n'en a pas été ainsi des produits relatifs à l'eau sou- 
levée dans des tubes préalablement mouillés : chose re- 
marquable , ces produits ont manifesté un accroissement 
beaucoup plus prononcé, et sont venus de la sorte con- 
firmer la singulière conclusion à laquelle conduisent les 
résultats de Simon. 

Que penser maintenant de ce désaccord entre la théorie 
et l'observation, désaccord qui ne peut provenir du mode 
d'expérimentation, puisque les deux physiciens qui l'ont 
constaté ont opéré par des méthodes absolument diffé- 
rentes? Faut-il admettre un vice dans la théorie, ou faut-il 
croire qu'il y a, dans les expériences, quelque cause d'er- 
reur inséparable de ce genre de recherches et indépendante 
de la théorie? Le principe fondamental de La Place con- 
cernant la pression exercée par un liquide sur lui-même 
en vertu de l'attraction mutuelle de ses molécules, est si 



( 475 ) 

pleinement vérifié par mes propres expériences, sur les 
masses liquides soustraites à l'action de la pesanteur, qu'il 
m'est impossible de concevoir le moindre doute à l'égard 
de ce principe et de son application aux phénomènes ca- 
pillaires; je suis donc convaincu que le désaccord dont 
il s'agit n'est qu'apparent. Or, une considération extrê- 
mement simple, que j'avais communiquée à M. Bède, 
et dont il rend compte dans son mémoire, suggère, en 
effet, une correction nouvelle que doivent nécessairement 
subir les résultats observés, et qui peut faire rentrer ces 
résultats sous l'empire de la théorie. Voici cette considé- 
ration : 

La conséquence qui se tire immédiatement de la théorie, 
c'est que la hauteur de la colonne soulevée dans un tube 
suffisamment étroit et préalablement mouillé est en raison 
inverse du rayon de l'hémisphère creux qui termine supé- 
rieurement cette colonne. Or, cet hémisphère étant tan- 
gent par son contour à la couche liquide qui mouille la 
surface intérieure du tube au-dessus de la colonne, son 
rayon est évidemment celui du tube moins l'épaisseur de 
cette couche mouillante. Pour que la hauteur de la colonne 
fût en raison inverse du rayon ou du diamètre du tube 
lui-même, il faudrait donc regarder l'épaisseur de la couche 
dont il s'agit comme tout à fait négligeable, et rien n'y 
autorise; cette épaisseur est certainement très-petite , mais 
eniin elle n'est pas nulle, et en admettant, ce qui est bien 
probable, qu'elle soit sensiblement indépendante du dia- 
mètre du tube, il est clair qu'en prenant des tubes de plus 
en plus étroits, on arrivera toujours à des valeurs du dia- 
mètre au-dessous desquelles elle ne pourra être négligée, 
puis à d'autres au-dessous desquelles elle aura une très- 
grande inlïuence. Eh bien, il suffit de supposer l'épaisseur 



(474 ) 

en question égale à un millième de millimètre, ce qui 
est certainement très -admissible, pour qu'en effectuant 
les produits des hauteurs observées par M. Bède par les 
rayons correspondants évalués dans cette hypothèse, on 
obtienne des résultats dont l'accroissement soit aussi 
faible qu'à 1 égard du mercure. 

A la vérité, M. Bède a fait aussi une série d'observations 
sur l'ascension de l'eau dans des tubes non préalablement 
mouillés, et les produits résultants ont montré un accrois- 
sement considérable; mais, comme le fait remarquer l'au- 
teur, et comme on le savait, du reste, déjà, il y a, dans 
ce dernier genre d'expériences, une cause perturbatrice 
provenant de la difficulté avec laquelle l'eau s'étend sur 
la surface du verre, quand cette surface n'est point toute 
récente comme serait celle d'une cassure qui viendrait 
d'être produite. C'est pour se mettre à l'abri de cette cause 
perturbatrice que Gay-Lussac a mouillé les tubes dont il 
s'est servi. M. Bède se propose de revenir sur ce sujet dans 
un travail subséquent. 

Il y a, dans le mémoire objet de ce rapport, un autre 
point qui serait bien digne d'attention s'il se confirmait. 
Dans la série d'expériences relative au mercure, et dans 
celle qui se rapporte à l'eau dans les tubes mouillés, outre 
les tubes qui ont fourni les produits réguliers dont j'ai 
parlé, il y en avait d'autres qui ont donné des produits 
notablement trop forts ou trop faibles; or, ces tubes avaient 
des parois beaucoup plus épaisses ou beaucoup plus minces 
que ceux auxquels correspondent les produits réguliers, 
et l'auteur en a conclu que, contrairement à ce qui est 
admis, l'épaisseur des parois a une influence appréciable 
sur les phénomènes. Je suis assez disposé à croire que la 
valeur du rayon d'activité sensible de l'attraction molécu- 



( 475 ) 
laire n'est pas aussi minime qu'on le pense; cependant, 
comme les résultats exceptionnels de M. Bède conduiraient 
à étendre cette valeur à plusieurs millimètres, ce qui me 
semble bien difficile à accepter, et comme d'ailleurs ces 
mêmes résultats sont en très-petit nombre, il me paraît 
probable que les anomalies qu'ils présentent sont dues à 
quelque cause accidentelle. Aussi l'auteur n'émet la con- 
clusion ci-dessus qu'avec réserve, et annonce l'intention 
de la soumettre plus tard à de nouvelles épreuves. 

Je déclare, en terminant, que le travail de M. Bède me 
paraît digne de figurer dans les collections de l'Académie, 
et j'ai l'honneur d'en proposer l'impression. » 

Ces conclusions, appuyées par M. Duprez, second com- 
missaire, sont adoptées. Des remercîments seront adressés 
à l'auteur. 



Rapport de M. Timmermans sur un mémoire de M. La- 
marle, associé de l'Académie, intitulé : Solution d'un 

COUP SINGULIER DU JEU DE DAMES. 



a Le mémoire de notre savant confrère M. Lamarle a 
pour objet d'indiquer une marche sûre qui conduit néces- 
sairement au gain de la partie au jeu de dames, connue 
sous le nom de à qui perd gagne. L'auteur présente son 
travail comme une récréation mathématique, bien qu'il ne 
rentre directement dans aucune des branches des sciences 
mathématiques proprement dites. Il appartient plutôt à 
un genre de recherches désigné par Vandermonde sous le 
nom de : Problèmes de situation, recherches dont Euler a 



( 476 ) 

posé les premiers fondements dans son célèbre problème 
sur la marche du cavalier au jeu des échecs. Cette théorie, 
qui jusqu'aujourd'hui était restée a l'état d'ébauche, ne peut 
manquer de recevoir une nouvelle impulsion , par suite de 
l'application qu'en a faite M. Lamarle à une question inté- 
ressante et populaire, et nous n'hésitons pas à proposer 
l'impression du mémoire dans le recueil de l'Académie. » 

Ces conclusions, appuyées par les deux autres com- 
missaires, MM. Schaar et Quetelet, sont adoptées. 



Rapport de M. Schaar sur un mémoire de M. Montigmj 
relatif aux expériences pour déterminer la densité de la 
terre. 

« M. Montigny commence par rappeler les effets parti- 
culiers qui se manifestèrent dans le cours des expériences 
qu'entreprirent successivement Cavendish et Baily, pour 
déterminer la densité moyenne de la terre, et il attribue 
les perturbations observées dans les mouvements du levier 
de la balance de torsion à l'effet de la rotation de la terre. 

Si les passages que l'auteur emprunte à un résumé des 
expériences de Baily (Annales de ch. et de ph., 5 e série, 
t. V, pp. 558 et 548) peuvent faire croire que ces pertur- 
bations ont pu, jusqu'à une certaine limite, trouver leur 
origine dans l'effet de la rotation de la terre, un examen 
attentif de la question m'a convaincu que ce phénomène 
est impuissant à produire les anomalies indiquées. 

Au lieu de suivre M. Montigny dans toutes les considé- 
rations et les calculs, qui ne sont rien moins que con- 



( 477 ) 

cluants, sur lesquels il s'appui pour justifier son assertion, 
je me bornerai à démontrer que la rotation de la terre n'a 
pu exercer aucune influence sensible sur les mouvements 
du levier de la balance, et par conséquent sur les résul- 
tats obtenus. 

En adoptant les mêmes rotations que dans mon Mémoire 
sur le mouvement du pendule en ayant égard à la rotation 
de la terre (t. XXVI, des Mém. de l'Acad.), on a pour dé- 
terminer les oscillations d'un point matériel assujetti à se 
mouvoir sur une sphère, les équations : 



d^x Nx 
dp 



te ~ dy . dz \ 

— = 2n — sin. ô+ — cos. ô ■+• n^x, 

l \dt dt I 



rf 2 w Nw dx 

— - h - = — 2rcsin. ô h n 2 sm.â(wsin.&-f-,scos.â), 

dp l dt 

dPz N.£ dx 

— h = — 2n cos. ô 1- n 2 cos. (y sin. ô -+- z cos. 6) -+- g. 

dp l dt 



Dans ces équations, l'axe des z est dirigé dans le sens 
de la chute des corps pesants, l'axe des x vers l'est et l'axe 
des y vers le nord. Si l'on veut appliquer ces équations 
au mouvement d'un système de deux points matériels de 
même masse, liés entre eux par une ligne droite rigide 
sans pesanteur, pouvant tourner librement autour de son 
milieu, supposé fixe et sollicité par des forces dont les 
composantes dirigées suivant les trois axes sont X, Y et Z, 
on aura, pour déterminer le mouvement d'un de ces 
points, les équations : 

d?x N# i (dy . dz \ 

\ = 2n — sin. ô h cos. ô -+- w-x -+- X, 

dp l \dt dt 1 • 



( 478 ) 

dhf Nw dx , 

— j- h — - = — 2nsin. — • -t-n 2 sin.e(2/sin.ô-f-^cos.e) + Y, 

eto 2 / dt 

d^z N# </# 

— - •+■ — = — 2w cos. — h- n 2 cos. ô [y sin. 6 -i- z cos. â) -+- Z. 

tw t ttf 

Si l'on ajoute, membre à membre, ces équations, après 
les avoir multipliées respectivement par %dx, My, Mz, 
on aura, en intégrant et en désignant par c la constante 
arbitraire, 

-+- n 2 [# 2 -f- (i/sin. 6 -*- z cos. ô)*], 

ou bien, en désignant par v la vitesse et par ù la perpen- 
diculaire abaissée du point oscillant sur la parallèle me- 
née par le point de suspension à l'axe terrestre, 

(a) . . . v* m c -+- %f(Xdx m Ydy + Zdz) + nV 2 . 

Soit v' ce que deviendrait v dans le cas de n = o, on 
aura 

v' 2 = c + S&/(Xrf* h- Y<fy -h Zdz) , 

d'où 

v 2 — v' 2 = n 2 c? 2 . 

On peut déjà conclure de celte équation, à cause de la 
petitesse de n, que la différence entre v et v' est toujours 
une quantité insensible. Mais poursuivons et appliquons 
l'équation (a) à la balance de torsion, dont les oscillations, 
à cause du mode de suspension, se font dans un plan sen- 
siblement horizontal. 



( 479 ) 

Je désigne par o l'angle que le levier de la balance fait 
avec la ligne de repos, et par R la résultante des forces X, 
Y, Z; l'équation (a) donnera 

p Lïj = c -t- 2/R dr + nH* (cos. 2 ? -f sin. 2 sin. 2 f). 

Il est permis, pour l'objet qui nous occupe, de supposer 
R égal à une force constante g', située dans le plan des 
xy; de cette manière l'équation précédente devient 

fd ? Y 
Z 2 I-—I =c-f- 2^'/ cos. ? h- rc 2 / 2 (cos. 2 y -*- sin. 2 4 sin. 2 ?), 

dont l'intégrale s'obtient facilement au moyen des fonc- 
tions elliptiques. Mais nous pouvons nous borner à con- 
sidérer le cas des très-petites oscillations, ce qui nous 
permettra d'apprécier d'autant mieux l'influence de la ro- 
tation de la terre sur les oscillations du levier de la balance. 
En négligeant donc les quatrièmes puissances de <p, on 
aura, en désignant par k la très-petite valeur initiale de 
la vitesse angulaire ^, 

/ fà) = / (k* -t- n 2 ) + y — ( /n 2 cos. H + g') f , 

d'où l'on tire 

<„ dfVl 

fH — ■ , 

V//(& 2 -t-n 2 )-t- 2#' — (Zn«ços.*0-t-0')f* 
et en intégrant 



V L 2 cos. 2 *W sm.(Y^^eos^). 



( 480 ) 

De cette équation on déduit, pour le temps d'une demi- 
oscillation, 



=v; 



Iri* cos. 2 ô 



J'observe maintenant que 6, qui est le complément de 
l'angle que la direction de la chute des graves fait avec 
l'axe terrestre, ne diffère pas sensiblement de la latitude 
géographique du lieu où se fait l'observation. 

Or, si l'on observe que le terme In* cos. 2 9 qui se trouve 
ajouté à g' n'est autre chose que la force centrifuge due à 
la composante de la vitesse angulaire de la terre autour 
de la méridienne, on est conduit à cette proposition re- 
marquable, que les petites oscillations du levier de la ba- 
lance de torsion s'effectuent suivant la même loi que si 
la terre était en repos et si l'attraction que les masses de 
plomb exercent sur les boules était augmentée de la force 
centrifuge dont ces dernières sont animées en raison de 
la composante de la vitesse angulaire de la terre autour 
de la parallèle à la méridienne menée par le centre de la 
terre. Il suit de là que si le terme In* cos. 2 B n'était pas 
négligeable relativement à g\ les résultats obtenus par 
Cavendish et Baily seraient trop forts; mais on s'assure 
sans peine, par le temps d'une oscillation du levier de l'ap- 
pareil de Cavendish (15 minutes), que le terme In* cos. 2 9 
< 0,00000001 1 n'est pas la dix millième partie de g'. Le 
phénomène de la rotation de la terre n'a donc pu affecter 
ni les oscillations du levier de la balance, ni les résultats 
obtenus par les célèbres observateurs que je viens de citer. 

Dans une deuxième partie de son travail , l'auteur pro- 
pose un nouveau procédé destiné à remplacer celui de 
Cavendish et qui consiste à mettre en présence deux pen- 



( 481 ) 

dules à oscillations synchrones : l'un composé d'une sphère 
métallique suspendue à une verge attachée à un couteau 
de suspension; l'autre d'une petite balle de plomb suspen- 
due à un fil , et à observer les petites oscillations qu'au 
bout de quelque temps les oscillations du premier pendule 
doivent produire dans le second, supposé d'abord en repos. 
Mais comme l'emploi de ce moyen exige préalablement la 
solution d'une question d'analyse qui me paraît présen- 
ter d'assez grandes difficultés, je dois me borner à prier 
l'Académie de déposer le travail dans ses archives. 

La classe, après avoir entendu M. Pagani, second com- 
missaire, adopte ces conclusions. 



Rapport de M. d'Omalius sur un mémoire de M. Ch. Pinel, 
concernant un chaînon des Cordillères. 

« La notice intitulée : Études d'un chaînon des Cordillères 
du Brésil, que M. Ch. Pinel a présentée à l'Académie, 
contient quelques détails sur la constitution géognostique 
de la Sierra de Morro Queimado, et sur les principaux mi- 
néraux que l'on y rencontre. Je n'ai pas trouvé dans ces 
détails des choses qui étendissent nos connaissances sur le 
Brésil; d'un autre côté, les faits y sont exposés dans une 
langue qui n'est pas précisément la plus usitée dans les 
sciences, et cette exposition est accompagnée de théories 
qui ne s'accordent pas très-bien avec celles qui sont le 
plus généralement reçues. 

C'est ainsi qu'à la première ligne l'auteur dit que le 
Brésil est une immense roche de granit, et qu'un peu 



( 482 ) 

plus loin, il cite des blocs de plus d'un mille de hauteur 
verticale. 

Il dit aussi (page 2) que « la cristallographie, comme 
» moyen de reconnaissance des substances minérales, est 
j> une illusion scientifique », et il repousse la théorie du 
soulèvement des montagnes, parce que l'on remarque des 
lignes qui ont conservé leur horizontalité dans les mon- 
tagnes granitiques du Brésil. 

Toutefois, si l'auteur ne partage pas la manière de voir 
de la plupart des naturalistes modernes, j'avoue que, de 
mon côté, je ne me rends pas très-bien raison de sa théo- 
rie sur la formation des minéraux précieux lorsque, après 
avoir rapporté qu'ils deviennent d'autant plus abondants 
que l'on approche des sommités élevées, il en conclut 
que, « à l'époque de leur formation, l'agent qui les pro- 
» duisait avait d'autant plus de force que les aspérités du 
» globe étaient ardues, et d'autant moins qu'elles étaient 
» basses, d'où l'on pourrait tirer l'induction que ce ré- 
d sultat desdites matières minérales est dû à un agent 
» externe et non à un agent interne. » 

Du reste, l'Académie devant voir un acte de déférence 
dans la démarche que M. Pinel a faite en lui communi- 
quant le résultat de ses observations, j'ai l'honneur de pro- 
poser à la classe de le remercier de sa communication. » 

Conformément aux conclusions de ce rapport, aux- 
quelles adhère M. Dumont, second commissaire, le mé- 
moire de M. Pinel sera déposé dans les archives, et des 
remercîments seront adressés à l'auteur pour sa commu- 
nication. 



( 485 ) 



Rapport de M. Spring sur un mémoire de )/. Cu. Vïml, 
intitulé : Considérations générales sur la végétation 
au Brésil. 

« Le manuscrit que M. Ch. Pinel a adressé à l'Académie 
sous le titre de Considérations générales sur la végétation au 
Brésil, comprend une série de notes sur différents points 
de botanique étudiés dans la solitude d'une fazenda brési- 
lienne. L'auteur, qui témoigne d'un zèle louable comme 
naturaliste-collecteur et comme observateur, n'est pas assez 
botaniste, je regrette de devoir le déclarer tout d'abord, 
pour avoir pu suppléer aux ressources littéraires qui lui 
manquaient sans doute dans la localité où il a écrit ses 
notes. Et cependant, à l'époque actuelle, on doit élever 
certaines exigences envers ceux qui traitent de l'un ou de 
l'autre point relatif à la végétation au Brésil. Grâce sur- 
tout à la merveilleuse activité que MM. Auguste S*-Hilaire, 
Miers et Cbarles- Frédéric-Philippe de Martius ont dé- 
ployée comme voyageurs, comme écrivains et comme bo- 
tanistes de premier ordre, il n'est peut-être aucun pays 
sous les tropiques dont nous ayons acquis une connais- 
sance plus complète et plus solide que de cet immense 
territoire qui s'étend d'un côté depuis la Serra Parimé jus- 
qu'au Rio de la Plata, et de l'autre côté depuis le versant 
oriental de la Cordillère du Pérou jusqu'à l'océan Atlan- 
tique. Pour ce qui regarde spécialement la Serra dos 
Orgaôs, le Morro do Queimado et la colonie de Novo-Fri- 
burgo, auxquels les observations de M. Ch. Pinel se rap- 
portent, ces régions ont été exploitées , entre autres, par 
Tome xix. — II e part. 54 



( 484 ) 

Lhotsky, dont j'ai vu les plantes dans l'herbier de De Can- 
dolle à Genève; par Gardner, qui voyageait pour le compte 
du Jardin royal de Kew ; par mon regrettable ami Guil- 
Iemin, dont les collections sont déposées au Muséum de 
Paris; par le baron de Karwinski et par Luschnath, dont 
j'ai pu étudier les plantes dans l'herbier de M. de Martius, 
à l'époque où j'ai eu le bonheur de jouir des conseils et 
de la direction de cet illustre naturaliste. Dans la même 
région est située la Fazenda Mandiocca, célèbre rendez- 
vous des naturalistes pendant le temps qu'y résidait, en 
qualité de consul général de la Russie, le baron de Langs- 
dorff, dont les journaux annoncent la mort au moment 
où j'écris ces lignes. La flore de ces environs a été étudiée 
particulièrement par MM. de Martius, Auguste S*-Hilaire, 
Gaudichaud, par M. de Langsdorff lui-même, par le prince 
de Neuwied et par Raddi, le naturaliste florentin qui est 
allé plus tard en Egypte mourir au pied des Pyramides. 
Une région botanique , qui a été parcourue par tant et de 
si éminents naturalistes, n'est plus au nombre de celles 
dont on accepterait, de bonne foi , les moindres nouvelles. 

Aussi, l'Académie attend de ses commissaires qu'ils ap- 
pliquent à l'examen de la communication que M. Ch. Pi- 
nel a bien voulu lui faire, toute la sévérité de la critique 
scientifique. 

La première partie des Considérations dont nous avons 
à rendre compte est relative à la succession des végétaux 
qu'on observe sur le sol d'une forêt vierge détruite par la 
hache et le feu. Si les voyageurs et les botanistes ne nous 
avaient pas souvent parlé de ce mode de défrichement 
usité au Brésil, nous le connaîtrions d'après le saisissant 
tableau dont Fenimore Coopéra animé un de ses romans. 
Au fur et à mesure que la civilisation avance, les géants 



( 485 ) 
des forêts tombent les uns après les autres pour nourrir 
de leurs cendres le maïs et de vilaines plantes fouragères. 
Les voyageurs parlent de cette destruction avec une amer- 
tume dont le naturaliste et le poète seuls reconnaîtront 
la légitimité. Mais, pour en revenir aux observations de 
M. Ch.Pinel, croirait-on qu'un fait bien simple, bien na- 
turel, qui se présente à l'occasion de ces dévastations, à 
savoir, le remplacement des anciennes espèces par d'autres 
d'une nature différente , ait été saisi par les partisans de 
la génération spontanée, pour défrayer un moment leur 
polémique? Pour se rendre compte de ce fait, a-t-on même 
besoin de recourir, comme M. Ch. Pinel semble en avoir 
la tendance, à l'hypothèse que les graines des nouvelles 
espèces aient préexisté dans le sol et qu'elles y aient at- 
tendu, pendant des milliers d'années, l'occasion de se 
développer? Ceci ne ressemblerait-il pas trop au fameux 
système d'emboîtement ou de préformation syngénésique 
qui a figuré si glorieusement parmi les trois cents et quel- 
ques théories de la procréation qui grossissaient le bagage 
scientifique des physiologistes du dernier siècle ? 

Le catalogue que M. Ch. Pinel donne des espèces qui se 
succèdent sur les terrains défrichés, nous fournirait l'oc- 
casion de faire des réserves relativement à la détermina- 
tion de plusieurs plantes bien connues des botanistes qui 
se sont occupés de la flore du Brésil; mais ces réserves 
mêmes ne sont pas nécessaires , puisque tout le catalogue 
ne nous apprend rien de neuf, et ne nous apprend pas 
autant que les pages consacrées à ces défrichements par 
MM. Auguste S'-Hilaire, de Martius et par le prince de 
Neuwied. 

Une deuxième note est consacrée aux Orchidées que 
M. Ch. Pinel considère comme « la dernière œuvre de la 



( 486 ) 

» nature, en ce sens qu'elles ont atteint ce degré de perfec- 
» lion que met un habile artiste à ses dernières œuvres. » 
M. Ch. Pinel est émerveillé surfout des espèces qu'il ap- 
pelle microscopiques , c'est-à-dire de celles qui, comme les 
Oncidium, ont environ trois centimètres et demi de hau- 
teur. Sous le nom de Oncidium articulatum, il décrit une 
espèce qu'il considère comme nouvelle. Suit le catalogue 
des Orchidées qui croissent au sommet du Morro-Quei- 
mado, dans les forets vierges; puis celui des espèces qui 
habitent exclusivement les terrains défrichés ou les bois 
de seconde apparition. Les remarques sur Yhabitat, la 
multiplication, la direction des racines, la floraison et 
les couleurs des Orchidées épiphytes du Brésil n'offrent 
presque rien qui ne soit déjà exposé dans les volumes du 
Botanical Regîster et du Botanical Magazine , à l'occasion 
des Orchidées envoyées en Angleterre par Harrison, Pear- 
son, Hesketh , et par d'autres jardiniers-voyageurs. Je 
transcris cependant une observation relative à la repro- 
duction des Orchidées par graines; elle pourra avoir de 
l'intérêt par rapport à la question des métamorphoses par 
totalité, dont on vient à peine de découvrir quelques exem- 
ples dans les végétaux inférieurs. 

« Les Orchidées livrées à elles-mêmes, dit M. Ch. Pinel , 
d ont leur enfance, leur virilité et leur vieillesse. Elles 
» passent d'un de ces états à l'autre, non pas comme la 
» généralité des autres végétaux qui se développent en 
d hauteur et en épaisseur, mais par une série d'individus 
» dont les premiers sont pour ainsi dire avortés, dont les 
» intermédiaires offrent le degré de force et de beauté 
i> propre à l'espèce, et dont les derniers, par défaut de 
» sève, arrivent à un point de sécheresse qui ne permet 
» plus d'en espérer des fleurs nouvelles. » 



( 487 ) 

L'auteur termine en blâmant la répartition en huit tri- 
bus des cent onze genres d'orchidées; c'est sans doute la 
classification suivie par Lindley, dans sa grande monogra- 
phie, qu'il veut désigner. J'avoue que, dans les limites, 
d'ailleurs très-restreintes , de mes connaissances sur les 
orchidées exotiques, quelques-unes des remarques diagnos- 
tiques et quelques rapprochements de genres tentés par 
M. Ch. Pinel m'ont paru mériter l'attention; mais le tout 
se présente sous une forme trop vague et trop peu scien- 
tifique pour pouvoir ébranler la confiance qu'on accorde 
jusqu'ici à l'illustre monographiste de cette curieuse fa- 
mille. C'est une erreur, d'ailleurs, de croire que jusqu'ici 
on a classé et défini les genres d'après les formes exté- 
rieures. Un simple coup d'œil jeté dans les ouvrages de 
R. Brown, de L. G. Richard et de Lindley aurait convaincu 
M. Ch. Pinel qu'on accorde généralement plus d'influence 
à la structure des organes sexuels, et spécialement à la 
colonne et aux masses polliniques, qu'au labelle et aux 
folioles du périgone en général. 

Une note sur l'accroissement des palmiers , et spéciale- 
ment sur le développement de leurs racines et de leur ré- 
gime, semble également renfermer quelques observations 
intéressantes; mais l'absence d'une déduction scientifique 
suffisamment sévère les prive de l'autorité qui pourrait seule 
les faire recevoir dans le cadre de la science. 

Sans transition aucune, M. Ch. Pinel passe à la des- 
cription de deux plantes qu'il considère comme nouvelles. 
La première qu'il appelle Aperianthus Vignertii, en l'hon- 
neur de M. Vignerte, représentant du peuple à l'Assemblée 
nationale de France, serait fort intéressante au point de 
vue scientifique, si elle était réellement, comme l'auteur 
le dit en toutes lettres, une Conferve appartenant à la 



(488 ) 

classe des Thalamiflores de Jussieu et à la Pentandrie mo- 
nogynie de Linné. Un échantillon séché est joint à la 
notice, mais il y manque les fructifications. L'examen que 
j'en ai fait me déciderait à le classer dans la famille des 
Podostemmacées , et peut-être dans le genre Mourera 
d'Aublet. Je n'ai pas essayé de vérifier la détermination de 
la seconde espèce, dont l'auteur donne le dessin accom- 
pagné d'une fleur desséchée. Selon lui, ce végétal serait un 
Agaricus phanérogame. Il possède, en effet, six étamines 
attachées à une corolle monopétale et un pistil à trois 
stigmates. 

La dernière partie du mémoire est un catalogue des 
plantes que M. Ch. Pinel a observées dans les environs de la 
colonie de Novo-Friburgo, et dont un assez grand nombre 
sont considérées comme nouvelles et dénommées par lui. 
Quoiqu'il ne s'y rencontre plus ni des Conferves ni des 
Agaricus suspects, la publication de ce catalogue n'aurait 
de l'utilité que si l'on pouvait contrôler les noms à l'aide 
de détails descriptifs qui manquent. 

En résumé, quoique nous ayons eu le regret de signaler 
de graves défauts, au point de vue de la botanique scienti- 
fique, défauts qui eussent été moindres si l'auteur avait 
pu disposer des ressources littéraires qu'offrent les grandes 
villes de l'Europe, nous engageons la classe à tenir compte 
du zèle dont M. Ch. Pinel a fait preuve, et à lui voter des 
remercîments. » 

Conformément aux conclusions de ce rapport, aux- 
quelles adhère M. Martens, second commissaire, le mé- 
moire de M. Pinel sera déposé dans les archives et des 
remercîments seront adressés à l'auteur pour sa commu- 
nication. 



( 489 ) 



Rapport de M. Kickx sur un Catalogue de quelques Cryp- 
togames NOUVELLES POUR LA FLORE DE LOUVAIN , par 

M. Leburton , de la compagnie de Jésus. 

« Le catalogue adressé à l'Académie par M. Leburton 
renseigne 191 espèces ou variétés qui n'avaient pas en- 
core été observées aux environs de cette ville, et dont 
une vingtaine à peu près étaient même inconnues en Bel- 
gique. 

La besogne dont nous a chargé l'Académie nous a été 
surtout rendue facile par l'obligeance de l'auteur, qui a 
bien voulu nous communiquer la plupart des espèces dont 
il est parlé dans sa notice. Nous en avons examiné quel- 
ques-unes, et tout nous porte à croire que les analyses sont 
exactes. 

Nous engageons donc vivement M. Leburton à conti- 
nuer ses recherches sur la flore cryptogamique de notre 
patrie. Un champ aussi vaste et aussi fécond ne saurait 
être exploré avec succès que moyennant le concours simul- 
tané d'un grand nombre de botanistes éparpillés dans des 
localités différentes. 

D'après ce qui précède, nous estimons que le travail de 
M. Leburton mérite d'être favorablement accueilli par 
l'Académie, et nous en proposons l'insertion dans les 
Bulletins. » 

Ces conclusions sont adoptées. 



( 490 



Rapport de M. Lamarle sur un mémoire de M. l'ingénieur 
Manilius, relatif à l'emploi de l'infini dans les mathéma- 
tiques. 

« La note de M. Manilius a pour objet l'emploi de l'in- 
fini dans les mathématiques. 

L'auteur annonce en commençant que son but unique 
est de démontrer l'existence réelle des infiniment petits. 
Toutefois, il est à remarquer qu'il s'attache beaucoup 
moins à fournir cette démonstration qu'à résoudre, par 
des moyens connus, certaines difficultés relatives à l'in- 
terprétation des quantités infinitésimales. • 

Admettant, comme axiome fondamental, que les di- 
mensions de l'espace sont infiniment grandes, M. Manilius 
énonce qu'à l'aide de ce simple axiome, il a prouvé qu'il 
existe réellement, d'une part, des longueurs sans fin, vis- 
à-vis desquelles les longueurs finies sont rigoureusement 
nulles; d'autre part, des longueurs infiniment petites, les- 
quelles à leur tour disparaissent et s'annulent devant les 
quantités finies. Voici d'ailleurs, comment procède l'au- 
teur dans les déductions qu'il rappelle sans les reproduire. 

îl conçoit une droite prolongée autant que l'espace le 
permet. Cette droite, dit-il, a une longueur infiniment 
grande et elle représente une des trois dimensions du vo- 
lume de l'espace. Pour la distinguer, il en fait le diamètre 
de l'univers ou si l'on veut, la longueur de l'espace, pour 
l'exprimer il se sert du signe o©. Le reste va de soi, les 
infiniment petits résultant de la division d'une longueur 
finie par la longueur infiniment grande du diamètre de 
l'univers. 



( 491 ) 

On voit par ces détails que tout ici repose sur une simple 
assertion. M. Manilius entend par espace le lieu de la 
création et il affirme de ce lieu qu'il n'est pas fini. Dans la 
note ci-jointe, M. Manilius est un peu plus explicite, car 
il ajouie : « A celui qui dirait que l'espace a des limites, 
» nous demanderions, s'il lui est possible d'imaginer 
» qu'au de là de ces limites l'espace manque. » 

Malgré ma répugnance à entrer dans l'examen d'une 
question purement métaphysique et sur laquelle les plus 
grands philosophes n'ont pu tomber d'accord , je me vois 
forcé d'aborder ce terrain glissant où M. Manilius a cru 
pouvoir s'établir avec solidité. 

Il est exact de dire que l'espace est infini, lorsqu'on 
entend par espace l'étendue intelligible, et par infini, l'exten- 
sion sans bornes que comporte en soi l'idée de l'étendue 
finie. De là l'espace absolu. Quant à l'espace relatif, c'est- 
à-dire au lieu même de la création , où va-t-on prendre que 
son étendue soit nécessairement illimitée? Serait-ce que 
l'étendue non idéale subsiste par elle-même, qu'elle est 
antérieure à la création et coexistante à Dieu? Non sans 
doute. On doit donc admettre que cette étendue a été 
créée. Veut-on alors que Dieu, lorsqu'il la fit sortir du 
néant, n'ait pu la limiter , et s'il l'a pu, comment prouver 
qu'il ne l'ait point fait? 

M. Manilius ne comprend pas qu'au delà des limites de 
la création l'espace manque. Comprend-t-il mieux que l'es- 
pace puisse subsister d'une manière effective et, en quel- 
que sorte, matériellement, sans être déterminé par des 
limites qui le circonscrivent de toutes parts? 

Parlant de la droite qu'il considère, l'auteur dit qu'il la 
conçoit prolongée autant que l'espace le permet, et il en 
conclut qu'elle est infiniment grande. Qu'entend-il par là. 



( 492) 

Si l'espace que M. Manilius a en vue est illimité, la droite 
qu'il y conçoit peut s'y prolonger toujours. Or, tant qu'on 
la prolonge, sa longueur est indéterminée, et dès qu'on 
cesse de la prolonger elle demeure finie. Il est incontes- 
table et incontesté qu'une droite peut se prolonger tou- 
jours , sans jamais cesser d'être finie. C'est là une donnée 
immédiate de la conception de l'espace, considéré comme 
constituant V étendue intelligible. Peut-on rationnellement 
concevoir quelque chose au delà de cette possibilité de 
prolongement qui se conserve sans fin , toujours la même, 
toujours inépuisable? Or, puisqu'avec cette possibilité, 
l'on ne peut sortir du fini, n'est-il pas évidemment ab- 
surde et contradictoire d'imaginer qu'il y ait dans l'échelle 
des grandeurs autre chose que des quantités toujours 
comparables entre elles, bien que les unes puissent être 
indéfiniment grandes, les autres indéfiniment petites. 

On s'étonne à juste titre de voir subsister aujourd'hui 
des erreurs qui, depuis plus de cent ans déjà, ont été 
combattues par des arguments irréfutables. Qu'il me soit 
permis à cette occasion de reproduire une page où le 
génie de Buffon se présente sous un jour brillant de clarté 
mathématique (1) : 

« Dès les premiers pas qu'on fait en géométrie, l'on 
» trouve l'infini , et dès les temps les plus reculés, les géo- 
» mètres l'ont entrevu. La quadrature de la parabole et le 
j> traité De numéro arenae d'Archimède prouvent que ce 
» grand homme avait des idées de l'infini , etmême des idées 
» telles qu'on les doit avoir. On a étendu ces idées, on les 
» a maniées de différentes façons; enfin, on a trouvé l'art 
» d'y appliquer le calcul ; mais le fond de la métaphysique 



(1) Essai d'arithmétique sociale, § XXIV. 



( 495 ) 

» de l'infini n'a point changé, et ce n'est que dans ces 
» derniers temps que quelques géomètres nous ont donné 
» sur l'infini des vues différentes de celles des anciens et 
» si éloignées de la nature des choses et de la vérité qu'on 
» l'a méconnue jusque dans les ouvrages de ces grands 
y> mathématiciens. De là sont venues toutes les opposi- 
» tions. toutes les contradictions qu'on a fait souffrir au 
» calcul infinitésimal. De là sont venues les disputes 
» entre les géomètres, sur la façon de prendre ce calcul 
» et sur les principes dont il dérive. On a été étonné des 
» espèces de prodiges que ce calcul opérait. Cet étonne- 
» ment a été suivi de confusion. On a cru que l'infini 
» produisait toutes ces merveilles; on s'est imaginé que la 
» connaissance de cet infini avait été refusée à tous les 
» siècles, et réservée pour le nôtre. Enfin, on a bâti sur 
» cela des systèmes qui n'ont servi qu'à obscurcir les idées. 
» Disons donc ici deux mots de la nature de cet infini 
» qui, en éclairant les hommes, semble les avoir éblouis. 
» Nous avons des idées nettes de la grandeur; nous 
» voyons que les choses en général peuvent être augmen- 
» tées ou diminuées,, et l'idée d'une chose devenue plus 
» grande ou plus petite est une idée qui nous est aussi 
» présente et aussi familière que celle de la chose même. 
» Une chose quelconque nous étant donc présentée, ou 
» étant seulement imaginée, nous voyons qu'il est pos- 
i> sible de l'augmenter ou de la diminuer. Rien n'arrête, 
» rien ne détruit cette possibilité. On peut toujours con- 
» cevoir la moitié de la plus petite chose , et le double de 
» la plus grande chose. On peut même concevoir qu'elle 
» peut devenir cent fois, mille fois, cent mille fois plus 
» petite ou plus grande, et c'est cette possibilité d'aug- 
» mentation sans bornes en quoi consiste la véritable 
» idée qu'on doit avoir de l'infini. Cette idée nous vient 



( 494 ) 

» de l'idée du fini. Une chose finie est une chose qui a 

j> des termes, des bornes; une chose infinie n'est que 

» cette môme chose finie à laquelle nous ôtons ces termes 

» et ces bornes. Ainsi l'idée de l'infini n'est qu'une idée de 

» privation et n'a point d'objet réel. Ce n'est pas ici le 

» lieu de faire voir que l'espace, le temps, la durée ne 

» sont pas des infinis réels; il nous suffira de prouver 

» qu'il n'y a point de nombre actuellement infini ou infini- 

» ment petit , ou plus grand ou plus petit qu'un infini , etc. 

» Le nombre n'est qu'un assemblage d'unités de même 

» espèce : l'unité n'est point un nombre, l'unité désigne 

» une seule chose en général , mais le premier nombre 2 

» marque non-seulement deux choses, mais encore deux 

» choses semblables, deux choses de même espèce; il en 

» est de même de tous les autres nombres. Or , ces nom- 

» bres ne sont que des représentations et n'existent jamais 

» indépendamment des choses qu'elle représentent. Les 

» caractères qui les désignent ne leur donnent point de 

» réalité; il leur faut un sujet ou plutôt un assemblage de 

» sujets à représenter pour que leur existence soit pos- 

» sible. J'entends leur existence intelligible, car ils n'en 

» peuvent avoir de réelle. Or, un assemblage d'unités ou 

» de sujets ne peut jamais être que fini , c'est-à-dire qu'on 

» pourra toujours assigner les parties dont il est com- 

» posé; par conséquent, le nombre ne peut être infini 

» quelque augmentation qu'on lui donne. 

» Mais, dira-t-on, le dernier terme de la série natu- 

» relie 1,2,5,4, etc. n'est-il pas infini? N'y a-t-il pas 

» des derniers termes d'autres suites encore plus infinis 

» que le dernier terme de la suite naturelle? Il paraît 

» qu'en général les nombres doivent à la fin devenir in- 

» finis, puisqu'ils sont toujours susceptibles d'augmen- 

» tation. A cela je réponds que cette augmentation dont 



- , ( 495 ) 

» ils sont susceptibles prouve évidemment qu'ils ne peu- 
» vent être infinis. Je dis, de plus, que, dans ces suites, ii 
» n'y a point de dernier terme; que môme leur supposer 
» un dernier terme, c'est détruire l'essence de la suite , 
» qui consiste dans la succession des termes qui peuvent 
» être suivis d'autres termes , et ces autres termes encore 
» d'autres , mais qui tous sont de même nature que les 
» précédents, c'est-à-dire tous finis, tous composés d'u- 
» nilés. Ainsi lorsqu'on suppose qu'une suite à un der- 
» nier terme, et que ce dernier terme est un nombre 
» infini, on va contre la définition du nombre et contre 
» la loi générale des suites. 

» La plupart de nos erreurs en métaphysique viennent 
» de la réalité que nous donnons aux idées de privation : 
» nous connaissons le fini , nous y voyons des propriétés 
» réelles, nous l'en dépouillons, et en le considérant après 
» ce dépouillement nous ne le reconnaissons plus , et 
» nous croyons avoir créé un être nouveau , tandis que 
* nous n'avons fait que détruire quelques parties de celui 
» qui nous était anciennement connu. » 

Les détails qui précèdent montrent suffisamment que 
M. Manilius se fait illusion lorsqu'il s'imagine avoir dé- 
montré l'existence réelle des quantités infinies. D'un autre 
côté, la note qu'il adresse à la classe repose tout entière 
sur l'hypothèse de cette existence. Dépourvue , selon moi , 
de tout fondement sérieux, et n'offrant rien d'ailleurs qui 
soit neuf ou utile à signaler, cette note ne me paraît point 
de nature à figurer convenablement, ni dans les Mémoires 
de l'Académie, ni dans le recueil de ses Bulletins. » 

Ces conclusions, appuyées par M. Pagani , second com- 
missaire, sont adoptées. 



( 496 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur l'électricité de l'air, d'après les observations de Munich 
et de 'Bruxelles; lettre de M. Quetelet à M. Lamont, 
directeur de l'Observatoire de Munich. 

Je me fais depuis longtemps le reproche de ne pas avoir 
répondu à la lettre obligeante par laquelle vous m'avez 
demandé de faire des observations comparatives sur l'élec- 
tricité de l'air. Mon dessein était de vous prier de me com- 
muniquer d'abord des renseignements sur les instruments 
dont vous faites usage et sur les résultats auxquels vous 
êtes parvenu , afin de m'assurer que nos observations seront 
comparables. J'ai pu, en partie, satisfaire mes désirs en 
lisant votre description des instruments de Munich, que 
vous avez bien voulu m'adresser, ainsi que l'article inséré 
dans le n° 4 pour 1852 des Annales de Poggendorff. 

En parcourant le tableau de vos observations , de 1850 
à 1851 , j'ai été frappé du peu de ressemblance que pré- 
sentent vos nombres avec ceux de Bruxelles : pour que 
vous puissiez en juger, je rapprocherai des résultats men- 
suels que vous donnez pour l'heure de midi, ceux que j'ai 
obtenus moi-même pour la même heure. Vos résultats sont 
consignés dans la seconde colonne a du tableau suivant; 
les miens sont contenus dans la troisième colonne b. Seu- 
lement vous avez pu voir par mon premier travail, publié 



(497) 

au mois de juillet 1849, que les nombres observés immé- 
diatement par l'électromètre Peltier, n'expriment pas les 
valeurs absolues de la tension électrique, lesquelles sont 
données dans la colonne suivante b\ d'après les observations 
réduites de chaque jour; ce seraient donc ces derniers nom- 
bres qui devraient être comparés aux vôtres. Afin de facili- 
ter les comparaisons, j'ai réduit toutes ces valeurs à une 
même unité, à la moyenne mensuelle déduite des résultats 
des douze derniers mois qui figurent au tableau (dans les 
colonnes a, /3 et /5'). 









NOMBRES OBS1 


ÎRVÉS. 
elles. 


NOMBRES RÉDUITS. 


MOIS. 


Munich. 

a. 


Brux 


Munich. 

ce. 


Bruxelles. 


b. 


V. 


J3. 


)3'. 


1850. Mai .... 


3,08 


19 


145 


0,72 


0,62 


0,91 


Juin . . 






2,80 


14 


25 


0,65 


0,45 


0,16 


Juillet . 






3,28 


12 


22 


0,76 


0,39 


0,14 


Août . . . 






3,72 


22 


84 


0,87 


0,71 


0,52 


Septembre 






3,23 


28 


96 


0,75 


0,91 


0,60 


Octobre . 






4,88 


36 


153 


1,14 


1,17 


0,96 


Novembre 






5,51 


35 


162 


1,28 


1,14 


1,01 


Décembre 






7,20 


45 


272 


1,68 


1,46 


1,70 


1851. Janvier . 






6,34 


50 


446 


1,48 


1,63 


2,78 


Février . 






5,98 


51 


470 


1,39 


1,66 


2,93 


Mars . . 






5,18 


28 


106 


1,21 


0,91 


0,66 


Avril . . 






3,04 


27 


95 


0,71 


0,88 


0,59 


Mai . . 






2,56 


21 


53 


0,60 


0,68 


0,33 


Juin . . 






3,11 


19 


45 


0,72 


0,62 


0,28 


Juillet . 






3,15 


20 


50 


0,73 


0,65. 


0,31 


Août . . 






3,03 


21 


53 


0,71 


0,68 


0,33 


Septembre 






2,83 


24 


65 


0,66 


0,78 


0,41 


Octobre . 






3,59 


29 


104 


0,83 


0,94 


0,65 



i 498 ) 

Si Munich et Bruxelles se trouvaient dans les mêmes 
conditions électriques, ce seraient les nombres a et j3' qui 
devraient être les mêmes , ou du moins qui présenteraient 
les mêmes fluctuations. Ainsi que tous les physiciens qui 
se sont occupés de l'électricité de l'air, nous trouvons que 
la tension électrique est plus forte en hiver qu'en été: mais 
le rapport que vous obtenez n'est guère que de 2 à 1 , et se 
trouve, pour Bruxelles , de 9 à 1 environ. Cette énorme dif- 
férence tient-elle à des causes locales? J'ai peine à le croire. 
Gomme vous n'avez pas publié jusqu'à présent le recueil de 
vos observations, et que vous n'êtes entré dans aucun dé- 
tail sur la manière dont vos moyennes ont été calculées, 
j'ignore si toutes les observations indistinctement ont con- 
couru à les former. 

Dans ce doute, j'aurais voulu rapprocher de nos résultats 
ceux qui ont été obtenus dans d'autres localités; je ne connais 
malheureusement, pour ces derniers temps, qu'une série 
d'observations sur cette partie si intéressante et si négligée 
de la météorologie : ce sont les observations faites à Kew, 
par M. Ronalds, de 1845 à 1847 (1); je les donne dans le 
tableau suivant, avec les résultats généraux de Bruxelles , 
pour les sept années de 1845 à 1851. Les observations de 
Munich , Bruxelles et Kew se rapportent à l'heure de midi ; 
elles ont été rendues comparables dans trois colonnes 
spéciales, en prenant pour unité la moyenne mensuelle. 



(1) Report of the 19 ,h meeting of the British Association , held ai Bir- 
mingham in sept 1849; voyez le mémoire de M. Birt, p. 113. 



( 499 





NOMBRES OBSERVÉS. 


NOMBRES PROPORT. 


BRUXELLES. 




MOIS. 




r~"^i^~ 




» TH^ 


1 


pîT* 




. 


Bruxell. 


Kew. 


Munich. 


Bruxell. 


Kew. Munich. 


Nomb. 
proport. 


Nomb. 
obscrv 1 . 




Janvier. . . 


518° 


182?4 


6?34 


2,82 


2,40 


1,48 


1,61 


50» 




Février. . 






333 


179,3 


5,98 


1,81 


2,35 


1,39 


1,45 


45 




Mars. . 






169 


58,2 


5,18 


0,92 


0,76 


1,21 


1,13 


35 




Avril. . . 






105 


40,7 


3,04 


0,57 


0,54 


0,71 


0,77 


24 




Mai . . 






81 


41,3 


2,56 


0,44 


0,55 


0,60 


0,65 


20 




Juin. . 






40 


26,8 


3,11 


0,22 


0,35 


0,72 


0,55 


17 




Juillet . 






42 


31,8 


3,15 


0,23 


0,42 


0,73 


0,55 


17 




Août. . 






62 


28,5 


3,03 


0,34 


0,38 


0,71 


0,68 


21 




Septembre 






74 


31,0 


2,83 


0,40 


0,41 


0,66 


0,81 


25 




Octobre. 






140 


65,1 


3,59 


0,76 


0,85 


0,83 


1,03 


32 




Novembre 






230 


80,5 


5,51 * 


1,25 


1,34 


1,28 


1,29 


40 




Décembre 






412 


126,3 


7,20* 


-2,24 


1,65 


1,68 


1,48 


46 




L'année. . . 


184 


74,3 2 


4,29 


12,00 


12,00 


12,00 


12,00 


31 




1 Ces nombres appartiennent à 1850; les préc 


édents à 1851. 






2 La notice donne le nombre 75,4 , qui n'est 


ias la moyenne de l'an 


née. 





Il résulte de ces observations que les tensions électri- 
ques, en hiver et en été, sont comme 9 à 1 pour Bruxelles , 
comme 6 à 1 pour Kew, et comme 2 à 1 seulement pour 
Munich. Des différences aussi grandes, si elles existent 
réellement, intéressent la science au plus haut point; si 
elles tiennent à l'imperfection des instruments ou des 
méthodes, elles n'en méritent pas une attention moins 
grande. 

Il est donc essentiel de rechercher, avant tout, si la 
cause de ces discordances réside dans la manière de re- 



TOME XIX. — II e PART. 



55 



( 500 ) 

cueillir les résultats des observations ou dans celle de les 
calculer. 

Tout en admettant l'instrument de Pelticr, avec quel- 
ques modifications , vous avez suivi une autre marche que 
ce physicien pour rendre vos résultats comparables. M. Pel- 
tier estimait la valeur des degrés de son instrument, en rap- 
portant les charges électriques directement à la balance de 
Coulomb; et il indiquait par une table la tension électri- 
que correspondante à chaque angle d'écarlement 9 de l'ai- 
guille mobile de son électromètre. 

J'ai employé une table pareille, fondée sur un principe 
un peu différent, sur la méthode du partage de l'électricité 
entre des boules d'égale surface. J'ai trouvé que la table, 
calculée de cette manière pour les degrés de mon électro- 
mètre, s'accorde parfaitement avec celle que Peltier avait 
calculée, d'après ses expériences, pour le même instru- 
ment. Les deux méthodes expérimentales ont donc pré- 
senté les mêmes résultats. 

Vous avez préféré suivre une autre voie; vous vous en 
êtes rapporté au calcul; et, en admettant l'hypothèse que 
l'électricité se répand uniformément dans le conducteur et 
dans l'aiguille mobile, vous trouvez que la tension élec- 
trique y] est très-près d'être proportionnelle à l'angle 9, en 
sorte que l'on peut prendre >7 = 9 -*- F (9) , équation dans 
laquelle F (9) représente une petite correction dépendante 
de l'angle 9. Vous considérez cette correction et celle pro- 
venant de la torsion du fil , comme négligeables dans l'éten- 
due d'un arc de 65° environ, représenté chez vous par 
9 divisions de votre échelle. 

Ce résultat de vos calculs ne s'accorde pas avec les ré- 
sultats déduits de l'observation par M. Peltier et par moi, 



( 501 ) 
même pour de faibles tensions électriques. En l'admettant, 
les valeurs ê et $ du premier tableau, relatives à Bruxelles, 
seraient sensiblement égales; or, il s'en faut de beaucoup 
qu'il en soit ainsi. C'est un point essentiel sur lequel je me 
permets d'appeler votre attention. 

En prenant, avec vous, les valeurs directement obser- 
vées à Bruxelles, comme représentant les tensions électri- 
ques de l'air, sans y apporter de correction, je trouve que 
mes nombres se rapprochent beaucoup des vôtres, et que 
le rapport, pour l'hiver et l'été, est moindre que 3 à 1; 
mais cette substitution est-elle légitime? 

Qu'il me soit permis de vous soumettre encore une autre 
observation : vous dites, à la page 5 de la description des 
nouveaux instruments et appareils de l'Observatoire de 
Munich , que l'électromètre dont vous vous servez est con- 
struit d'après le principe de l'instrument de Peltier en 
usage à l'Observatoire de Bruxelles; mais que la méthode 
suivie pour déterminer, d'après les lectures de l'instru- 
ment, la tension électrique de l'air diffère essentiellement. 
Je retrouve, en effet, dans votre dessin, toutes les parties 
principales de l'électromètre qui sert à mes observations, 
et que M. Peltier avait fait construire pour notre Obser- 
vatoire ; cependant j'y remarque une différence impor- 
tante dans les proportions : la boule qui surmonte mon 
instrument est considérablement plus grande que dans 
le vôtre, du moins si j'en crois le dessin, car vous n'en 
donnez pas les dimensions. 

J'aurais désiré connaître les motifs qui ont porté un 
observateur aussi habile que vous, à réduire la boule à des 
dimensions aussi petites relativement à la tige qu'elle sur- 
monte; cette réduction dans les dimensions doit avoir pour 



( 502 ) 

effet, me semble-t-il, de donner une sensibilité beaucoup 
moindre à votre appareil. C'est dans ce sens que M. Pel- 
tier disait que l'électricité d'influence, coercée à l'extré- 
mité de la tige, laisse à celle de nom contraire le reste 
de la longueur pour s'y distribuer; mais que plus cette 
tige sera relativement longue, moins la part qui en revien- 
dra à l'aiguille indicatrice sera grande et moins il y aura 
de divergence. 

Vous voudrez bien m'excuser, Monsieur et cher con- 
frère, si je vous soumets mes doutes. Il m'a paru de 
la plus grande importance de reconnaître les véritables 
causes des erreurs, s'il en existe; et je le fais avec toute 
la confiance que m'inspirent vos talents et l'amour de la 
vérité qui nous anime tous deux. 

Bruxelles, le 5 aoûtl 852. 



Sur la loi de répartition des hauteurs barométriques , par 
rapport à la hauteur moyenne; par M. Liagre, corres- 
pondant de l'Académie. 

I. 

La moyenne arithmétique, M, d'un grand nombre de 
hauteurs barométriques observées dans un lieu donné, 
représente-t-elle réellement la hauteur moyenne de la co- 
lonne? en d'autres termes, l'indication M s'offre- t-el le à 
l'observateur plus fréquemment que toutes les autres, et 
celles-ci se groupent-elles autour de la première en obéis- 
sant à la loi de possibilité? — C'est une question à laquelle 



( 503 ) 

il semble difficile de répondre à priori ; il pourrait arriver 
en effet, conformément à des idées qui ont déjà été émises, 
qu'il existât des causes spéciales, tendant à fixer la pres- 
sion barométrique vers un certain point, par exemple, 
vers 760 mm ; tandis que des causes opposées tendraient à 
la fixer vers 750 mm . Dans ce cas, la courbe des possibilités 
affecterait deux maxima, l'un vers 760 mm , l'autre vers 750; 
la moyenne arithmétique des hauteurs, 755 mm , ne serait 
qu'une valeur médiane, et bien loin de représenter la vé- 
ritable pression moyenne, elle pourrait n'être observée 
que très-rarement. 

La précieuse collection d'observations météorologiques 
faites depuis 1855 à l'Observatoire royal de Bruxelles, 
permet aujourd'hui de trancher cette question, et d'affir- 
mer que : 

« La pression atmosphérique oscille autour d'un état 
» moyen , représenté par la moyenne des pressions obser- 
ï vées : ses écarts autour de cet état se distribuent, d'après 
» leur ordre de grandeur, suivant la loi de possibilité. » 



11 



Pour mettre ce fait en évidence , j'ai procédé de trois 
manières différentes : 

1° J'ai fait le relevé de 8680 observations directes, faites 
à l'Observatoire pendant les années 1845 et 1844 : on ob- 
servait quatorze fois par jour à des intervalles à peu près 
égaux. La moyenne générale de toutes ces hauteurs ba- 
rométriques est 755 mm ,l ; en les groupant autour de cette 
moyenne, à des intervalles successifs de un millimètre, j'ai 
formé le tableau suivant: 



504) 



Écart» 


NOMBRE 


Écarts 




NOMBRE 


Écarts 


NOMBRE 


POSITIFS. 


d'observa- 
tions. 


NÉGATIFS. 


d'observa- 
tions. 


ABSOLUS. 


d'observa- 
tions. 


Entre 




Entr« 






Entre 




mm. mm. 

Oet-t- 1 


488 


mm. 
Oct- 


mm. 


461 


mm. mm. 

0et± 1 


949 


-t- 1 » -h 2 


485 


— f » - 


- 2 


449 


db 1 »± 2 


954 


2 » 3 


470 


2 » 


3 


430 


2 » 5 


900 


3 » 4 


442 


3 » 


4 


413 


5 » 4 


855 


4 » 5 


393 


4 » 


5 


395 


4 » 5 


788 


5 » 6 


384 


5 » 


6 


355 


5 » 6 


719 


6 » 7 


365 


6 » 


7 


276 


6 » 7 


641 


7 » 8 


308 


7,» 


8 


244 


7 » 8 


552 


8 » 9 


250 


8 « 


9 


207 


8 ». 9 


457 


9 » 10 


217 


9 » 


10 


182 


9 » 10 


599 


10 » Il 


187 


10 » 


H 


139 


10 » 11 


326 


11 » 12 


140 


H » 


12 


101 


11 » 12 


241 


12 » 13 


84 


12 » 


13 


88 


12 » 15 


172 


13 >• 14 


71 


13 ». 


14 


85 


15 » 14 


154 


14 » 15 


75 


14 » 


15 


71 


14 >. 15 


146 


15 » 16 


70 


15 » 


16 


55 


15 » 16 


123 


16 » 17 


45 


16 » 


17 


55 


16 » 17 


100 


17 » 18 


» 


17 ». 


18 


46 


17 » 18 


46 


18 » 19 


». 


18 » 


19 


55 


18 » 19 


35 


19 » 20 


» 


19 » 


20 


50 


19 .. 20 


50 


20 » 21 


» 


20 » 


21 


19 


20 » 21 


19 


21 » 22 


» 


21 » 


22 


10 


21 .. 22 


10 


22 » 25 


» 


22 » 


23 


9 


22 »» 25 


9 


23 » 24 


»> 


25 » 


24 


10 


25 » 24 


10 


24 » 25 


» 


24 » 


25 


10 


24 » 25 


10 


25 » 26 


9 


25 » 


26 


10 


25 » 26 


10 


26 » 27 


» 


26 » 


27 


12 


26 » 27 


12 


27 » 28 


» 


27 » 


28 


10 


27 » 28 


10 


28 » 29 


V 


28 .. 


29 


v 9 


28 » 29 


9 


29 » 30 


» 


29 » 


30 


7 


29 >. 50 


7 


30 » 31 


» 


30 »» 


31 


6 


50 » 51 


6 


31 » 32 


» 


31 .. 


52 


5 


51 » 52 


5 




4,474 






4,206 




8,680 



(505 ) 

En additionnant les nombres de la dernière colonne, on 
voit que, pour arriver à la somme 4340, moitié de 8680, 
il faut aller jusqu'à un écart de ± 4 mm ,9 : tel est V écart pro- 
bable par rapport à la moyenne; un écart absolu inférieur 
à 4 mm ,9 serait donc aussi probable qu'un écart supérieur 
à cette quantité. Si Ton opérait d'une manière analogue 
sur la 2 e et la 4 e colonne en particulier, on trouverait éga- 
lement 4 mm ,9 pour l'écart probable relatif à chacune d'elles. 

Cette valeur de l'écart probable permet de calculer faci- 
lement la série suivant laquelle se distribueraient les 8680 
observations, si elles satisfaisaient exactement à la loi de 
possibilité : il suffit pour cela de recourir à la table des va- 
leurs de l'intégrale définie 



2 /* 



tu, 



calculée pour des valeurs de t exprimées en fonction de 
l'écart probable, r, pris pour unité. On sait que cette inté- 
grale indique la répartition des écarts accidentels, suivant 
leur ordre de grandeur, ou le nombre de ces écarts qui 
tombent entre les limites =fc t. Faisant donc r = 4 mm ,9, 
d'où l mm = 0,204 r, on trouve (1): 

Pour t = 0,204, P = 0,d09 

< = 0,408, P = 0,2*7 

« = 0,612, P = 0,520 
etc. etc. 

Retranchant chaque nombre du suivant, et multipliant les 
restes par 8680, nombre des observations, on pourra dres- 
ser le tableau comparatif ci-après. 

(1) Voyez Wittstein, Vie Méthode der kleinsten Quadrate. 



( 500 ) 



1 < tl&l* 


NOMBRE D 

d'après 
LA THÉORIE. 


ES ÉCARTS 

d'après 
l'observation 




mm. mm. 

Entre et ± 1 . 

» ± 1 » ± 2. 

» 2 » 3. 
» 3 » 4. 

4 » 5. 

5 » 6 . 
» 6 » 7.. 
» 7 » 8. 
» 8 » 9 . 
» 9 » 10. 
» 10 » H . 
» 11 » 12. 
» 12 » 13. 
» 15 » 14. 

14 » 15 . 
» 15 » 16 . 
» 16 » 17. 
» 17 » 18 . 
,» 18 » 19 . 

19 » 20. 
» 20 » 21 . 
» 21 » 22 . 
» 22 » 23 . 
» 23 » 24 . 
» 24 » 25 . 

25 » 26 . 
» 26 » 27. 
» 27 » 28 . 
» 28 » 29 . 
» 29 » 30 . 
» 30 » 31 . . 
» 31 » 32 . . 








946 

937 

894 

851 

781 

720 

634 

556 

486 

408 

330 

278 

217 

174 

130 

95 

69 

52 

43 

30 

20 

15 

9 

5 

» 

» 
» 


949 

934 

900 

855 

788 

719 

641 

552 

457 

399 

326 

241 

172 

154 

146 

123 

100 

46 

33 

30 

19 

10 

9 

10 

10 

10 

12 

10 

9 

7 

6 

3 












8,680 


8,680 





On voit que le calcul s'accorde parfaitement avec l'ob- 
servation , et que les diverses hauteurs barométriques ob- 
servées se distribuent autour de la moyenne avec autant 
de régularité que si la colonne mercurielle était invariable 
de hauteur , et qu'on eût observé 8680 fois cette hauteur 
constante : seulement il faudrait admettre, pour l'assimila- 



( 507 ) 

lion , que le procédé d'observation fût assez imparfait pour 
donner une erreur probable de 4 mm ,9. Ce résultat concorde 
avec les idées émises par M. Quetelet dans plusieurs de ses 
ouvrages, notamment dans ses Recherches statistiques, et 
dans ses Lettres sur la théorie des probabilités. 




( 508 ) 

La fig. 1 traduit graphiquement les nombres de notre 
second tableau, et montre la concordance qui règne entre 
la théorie (courbe pleine) et l'observation (courbe ponctuée). 
Les abscisses représentent les écarts de millimètre en mil- 
limètre, et les ordonnées, les nombres d'observations cor- 
respondant à chacun de ces écarts. — A la vérité, si l'on 
construisait séparément la branche positive et la branche 
négative de la courbe observée, la figure ne serait pas tout 
à fait symétrique : les grands écarts en plus sont un peu 
moins nombreux que ne l'indique la théorie; les grands 
écarts en moins sont au contraire un peu plus nombreux : 
mais la différence n'est que de ^, et elle n'altère pas de 
un dixième de millimètre l'écart probable de chacune des 
deux branches. 



III. 



2° Dans la seconde méthode que j'ai suivie, j'ai employé 
les 19 années d'observations barométriques faites à l'Ob- 
servatoire royal, depuis 1835 jusqu'à 1851 inclusivement. 
J'ai établi, par décades, le relevé des hauteurs observées à 
midi; les 684 résultats ont donné pour moyenne 755 mm ,8. 
Les groupant à droite et à gauche de celte moyenne, en 
procédant par écarts de 1 millimètre, j'ai obtenu les nom- 
bres suivants : 







(509 ) 






Écarts 


NOMBRE 


Écarts 


NOMBRE 


Écarts 


NOMBRE 


POSITIFS. 


d'observa- 
tions. 


NÉGATIFS. 


d'observa- 
tions. 


ABSOLUS. 


d'observa- 
tions. 


Entre 




Entre 




Entre 




mm. mm. 
Oet-4- 1 


78 


mm. mm. 

Oet— 1 


50 


mm. mm. 
Oetdb 1 


128 


-4- 1 » -4- 2 


44 


— 1 ». — 2 


62 


± i » ± a 


100 


2 » 3 


53 


2 » 3 


54 


2 » 3 


107 


3 » 4 


36 


3 » 4 


34 


3 » 4 


70 


4 » 5 


38 


4 ». 5 


29 


4 » 5 


67 


5 » 6 


21 


5 p 6 


31 


5 » 6 


52 


6 » 7 


28 


6 » 7 


20 


6 » 7 


48 


7 » 8 


14 


7 » 8 


16 


7 » 8 


30 


8 » 9 


8 


8 » 9 


14 


8 » 9 


22 


9 » 10 


8 


9 » 10 


8 


9 » 10 


16 


10 » 11 


6 


10 » 11 


7 


10 » Il 


13 


11 » 12 


5 


11 » 12 


i 


11 s 12 


6 


12 » 13 


4 


12 » 13 


3 


12 .. 13 


7 


13 » 14 


3 


13 » 14 


1 


13 » 14 


4 


14 » 15 


3 


14 » 15 


i 


14 » 15 


4 


15 » 16 


» 


15 » 16 


3 


15 » 16 


3 


16 » 17 


- 


16 » 17 


1 


16 » 17 


1 




349 




335 




684 



L'écart probable est exactement de 3 mra pour chacune 
des deux branches de la courbe. Calculant, d'après cela, le 
nombre d'observations qui devraient se trouver dans la 
dernière colonne du tableau précédent, si les écarts ob- 
servés étaient purement accidentels, nous trouvons, en 
suivant la même marche théorique que ci-dessus : 



( 510 ) 





NOMBRE DES ÉCARTS 




ÉCARTS. 


d'après 


d'après 






LA THÉORIE. 


l'observation. 




mm. mm. 
Entre et ± 1 . . 




120 


128 




» ± 1 r> ± 9 . 






117 


106 




» 2 » 3 . 






104 


107 




» 3 » 4 . 






• 

89 


70 




» 4 » 5 . 






74 


67 




» 5 » 6 . 






57 


52 




» 6 » 7 . 






42 


48 




» 7 » 8 . 






30 


30 




» 8 » 9 . 






20 


22 




» 9 » 10 . 






13 


16 




» 10 » 11 . 






8 


13 




H » 12 . 






4 


6 




» 12 » 13 . 






3 


7 




» 13 » 14 . 






2 


4 




» 14 » 15- . 






1 


4 




» 15 » 16 . 






» 


3 




» 16 » 17 . 






» 


1 










684 


684 





Les courbes qui traduisent ces résultats numériques 
sont représentées fig. 2. Sauf quelques irrégularités inévi- 
tables, on voit que l'identité de leur allure est nettement 
caractérisée. 



( 5H 



Fig. 2. 



observations. 



Courbe des moyennes décadaires. 




1 S 3 4 5 C 7 8 9 10 11 12 13 44 13 1G millim. 



( 512 



IV. 

5° Enfin, au lieu de prendre par décades les hauteurs ba- 
rométriques, j'ai relevé, pour l'heure de midi , les moyennes 
mensuelles des 228 mois écoulés depuis janvier 1855 jusqu'à 
décembre 1851, et je les ai groupées comme précédem- 
ment. L'écart probable s'est encore réduit; il est devenu 
2 mm pour chaque branche en particulier : son rapport avec 
l'écart probable du paragraphe précédent est donc à très-peu 
près V^IO : V^50, comme cela doit être. Calculant la courbe 
théorique, j'ai pu dresser le tableau suivant. 





















Écarts 

POSITIFS. 


. 1 

« '-5 

g s 

O v 

m M 

o 
T3 


Écarts 
ne'gati 


PS. 


s 
M .2 

g i 

s t 

* 1 

* 


Écarts 
ABSOLUS. 


ta ^ 

! 

z 


en 

« "5 
S | 
o S 

E 




Entre 




Entre 






Entre 








mm. mm 

Oet-+- 1 


35 


mm. 
Oet- 


mm 
- 1 


30 


mm. mm. 

Oet± l 


65 


60 




4-1 » -+- 2 


24 


-1 » - 


- 2 


26 


±i » ±2 


50 


54 




2 » 5 


27 


2 » 


3 


19 


2 » 3 


46 


43 




3 » 4 


7 


3 » 


4 


13 


3 » 4 


20 


29 




4 » 5 


9 


4 » 


5 


10 


4 » 5 


19 


19 




5 » 6 


5 


5 » 


G 


4 


5 » 6 


9 


11 




6 » 7 


2 


6 » 


7 


4 


Q » 7 


6 


6 




7 » 8 


3 


7 » 


8 


4 


7 » 8 


7 


3 




8 » 9 


2 


8 » 


9 


2 


8 » 9 


4 


2 




9 » 10 


1 


9 o 


10 


» 


9 » 10 


1 


1 




10 » 11 





10 » 


11 


» 


10 » 11 





» 




Il a 12 


1 


11 >» 


12 


» 


11 » 12 


» 


» 




110 


112 


228 


228 





( 513 ) 
Ici encore on voit que les observations se groupent au- 
tour de la moyenne suivant la loi de possibilité, et la fig. 5 
montre l'accord qui règne entre l'observation et la théorie. 

Fig. 5. 



65 


. observations. 


60 


N^ 


55 


\ 


50 


V\, 


45 




40 




55 




50 




25 




20 




15 




10 





Courbe des moyennes mensuelles. 



2 3 



7 8 9 10 11 millimètres. 



On remarquera que, dans ce dernier cas, les grands écarts 
mensuels au-dessus de la moyenne sont un peu plus nom- 
breux que les grands écarts au-dessous. Le contraire a lieu, 
avons-nous vu, lorsque l'on combine les observations parti- 
culières. C'est que les grands abaissements de la colonne 
barométrique sont presque toujours brusques et de peu 
de durée : par suite, leur effet, déjà peu sensible dans les 
moyennes décadaires, s'efface complètement des moyennes 
mensuelles. Au contraire, le baromètre se maintient quel- 
quefois au beau pendant une longue série de jours , et cette 
tendance l'emporte sur les dépressions accidentelles, lors- 
que l'on prend les moyennes par mois. 



( 514 ) 

— M. Quetelet rappelle qu'il s'est occupé accessoirement 
du même sujet dans une note qu'il a lue à la séance pré- 
cédente Sur quelques propriétés curieuses que présentent les 
résultats d'une série d'observations faites dans la vue de dé- 
terminer une constante , etc. (voy. Bulletin, pag. 503). Un 
des exemples cités est relatif à la marche du baromètre pen- 
dant les pluies. M. Quetelet a trouvé, comme M. Liagre, 
que les résultats de l'observation sont d'accord avec ceux 
du calcul des probabilités; seulement la courbe de possi- 
bilité n'est pas symétrique, et montre que les causes qui 
tendent à déprimer le mercure dans le baromètre agissent 
dans des limites plus larges que celles qui tendent à l'é- 
lever au-dessus de sa hauteur moyenne. 



Note sur l'emploi des caractères géométriques résultant des 
mouvements lents du sol, pour établir le synchronisme des 
formations géologiques ; par André Dumont. 

Diverses méthodes sont employées pour établir le syn- 
chronisme des masses minérales formées sur des points 
plus ou moins éloignés de la surface du globe. Parmi ces 
méthodes la seule qui soit rigoureuse est l'observation 
de la continuité des couches d'un point à l'autre; mais 
comme cette observation n'est pas possible lorsque les 
couches sont interrompues d'une manière quelconque, on 
cherche à y suppléer par les caractères géométriques, mi- 
néralogiques ou paléontologiques (1) qu'elles présentent 
dans les différentes parties que l'on compare. 

(1) Nous avons déjà discuté la valeur relative de ces caractères. 



(515) 

Les caractères géomélriques, surtout ceux qui consistent 
dans les dispositions particulières de terrains produites 
par les mouvements successifs ou simultanés que le sol a 
subis avant, pendant ou après la formation des couches, 
ont souvent une précision que n'ont pas en général les 
autres caractères. 

Ces mouvements ont eu lieu d'une manière plus ou 
moins lente ou brusque. 

Les mouvements brusques (1) ont formé des chaînes de 
montagnes et redressé fortement les couches suivant des 
zones d'une étendue souvent très-considérable. 

La discordance que l'on observe entre la stratification 
de divers systèmes de couches redressées annonce que le 
soulèvement de ces systèmes n'a pas eu lieu en même 
temps et permet de déterminer rigoureusement leur date 
relative, ce qui a conduit M. De Beaumont à reconnaître 
que chaque soulèvement avait eu lieu parallèlement à un 
grand cercle du globe, que les soulèvements successifs 
avaient suivi des grands cercles différemment orientés 
et que, enfin, « lorsque les soulèvements dont l'âge nest pas 
» identique affectent des directions semblables ou peu diffé- 
» rentes, ils ont eu lieu à des périodes géologiques très-éloi- 
•» gnées. » 

D'après cette théorie du célèbre géologiste français, on 
pourra donc reconnaître, par la direction des couches, si 
leur soulèvement sur des points éloignés a eu lieu ou non 



(1) On a la preuve que le soulèvement a été brusque par la discordance 
de stratification que l'on remarque sur certains points entre deux systèmes 
de couches qui, sur d'autres points, ont une stratification en concordance et 
offrent un passage minéralogique annonçant qu'il n'y a pas eu d'interrup- 
tion notable dans le phénomène de la sédimentation. 

Tome xix. — II e paut. 56 



( 516 ) 

à la même époque : lorsque les couches présenteront une 
direction parallèle à un même grand cercle de la sphère , 
la probabilité que leur soulèvement a eu lieu en même 
temps sera très-grande, et cette probabilité augmentera 
d'autant plus que ces couches seront plus près d'être dans 
le prolongement les unes des autres; lorsque, au con- 
traire, les couches que l'on comparera suivront respecti- 
vement des grands cercles différents, on devra croire que 
leur soulèvement a eu lieu à des époques différentes. 

M. De Beaumont ayant maintenant reconnu 22 soulève- 
ments brusques successifs , on a, dans le temps écoulé 
depuis l'origine des dépôts neptuniens jusqu'à l'époque ac- 
tuelle, 22 dates relatives fixes limitant autant de périodes 
pendant chacune desquelles se sont formés des dépôts 
contemporains sur divers points du globe (1). 

Les soulèvements brusques ont donc laissé, dans les 
masses minérales , des caractères qui permettent de syn- 
chroniser les parties des soulèvements observés sur des 
points éloignés et, par conséquent, les dépôts qui se sont 
formés pendant les périodes intermédiaires; mais ces ca- 
ractères ne nous donnent que des limites ou des points 
de repère dans la série des temps et dans la série générale 
des formations, sans nous fournir les moyens de sous-di- 
viser le temps compris entre deux révolutions successives 
et de synchroniser les diverses parties des dépôts formés 
dans l'intervalle de ces révolutions. 

Les mouvements plus ou moins lents qui ont eu lieu 



(1) Lorsque des couches s'étendent horizontalement au pied d'une mon- 
tagne et se redressent ailleurs, suivant la pente d'une autre montagne, la 
formation de ces couches a nécessairement eu lieu dans le temps écoulé entre 
le soulèvement des deux montagnes. 



(517) 

à toutes les époques géologiques d'une manière pour ainsi 
dire continue et en divers sens, ont, au contraire, produit 
dans la disposition des roches des particularités qui per- 
mettent d'apprécier toutes les phases de ces mouvements 
et l'ordre suivant lequel ils se sont succédé : ainsi, par 
exemple, les abaissements du sol ont produit des débor- 
dements; les mouvements ascensionnels , ont déterminé 
les retraites des mers ; les mouvements oscillatoires ont 
produit, suivant leur direction et leur amplitude, des mo- 
difications dans la disposition des dépôts successifs; les 
changements dans la direction des mouvements ont amené 
des changements dans la direction des côtes, etc. 

Quoique les mouvements lents ne se soient pas étendus 
sur des espaces aussi considérables que les soulèvements 
brusques, ils ont souvent laissé des traces non équivo- 
ques sur des longueurs de plusieurs centaines de lieues. 
Or, lorsqu'on des localités différentes, on constate que 
divers mouvements lents se sont succédé dans le même 
ordre, en présentant les mêmes circonstances, on peut 
souvent en conclure qu'ils ont été produits simultanément; 
que l'élévation ou l'abaissement observé en un point cor- 
respond à l'élévation ou à l'abaissement observé dans 
l'autre; que les mouvements qui ont eu lieu d'un côté 
d'un axe d'oscillation sont corrélatifs aux mouvements en 
sens inverse qui se sont manifestés de l'autre , et que, par 
conséquent, les couches qui se sont disposées de part et 
d'autre , pendant ces mouvements simultanés, sont contem- 
poraines, quelles que soient d'ailleurs les différences miné- 
ralogiques ou paléontologiques qu'elles peuvent présenter. 

J'ai constaté depuis longtemps que le sol de la Belgique 
s'était progressivement abaissé par rapport au niveau de 
l'Océan, pendant la formation des couches landeniennes, 



( 518 ) 

et qu'à dater de l'époque ypresienne, il avait subi un 
double mouvement ascensionnel et de bascule, jusqu'à la 
fin de l'époque tongrienne. Comme ces mouvements du 
sol de la Belgique ont pu s'étendre au delà des limites de 
ce royaume jusqu'en Angleterre, et que nous voyons les 
effets de ces mouvements se reproduire dans ce dernier 
pays jusque dans leurs plus petits détails, on doit con- 
clure que ces mouvements sont corrélatifs, et que, par 
conséquent, les dépôts qui se sont formés pendant leur 
durée sont contemporains. Ainsi on peut dire que le sys- 
tème landenien en Belgique et le plastic clay en Angle- 
terre sont contemporains, puisqu'ils ont l'un et l'autre été 
formés pendant un certain abaissement simultané des 
deux pays ; que l'argile d'Ypres et l'argile de Londres ont 
commencé à se former à l'époque où le mouvement pré- 
cédent changea pour devenir ascensionnel ; etc. , etc. 

La méthode que je signale ici fournira, si on la suit con- 
venablement, des résultats indépendants des caractères 
minéralogiques et paléontologiques presque aussi cer- 
tains que ceux que l'on obtient par l'observation de la 
continuité des couches. Je m'en suis servi avantageuse- 
ment en août 1851, pour établir le synchronisme des for- 
mations tertiaires de la Belgique et du nord de la France , et 
en octobre de la même année pour détermiuer celui des 
dépôts tertiaires de l'Angleterre et de la Belgique. On 
trouvera des faits relatifs à cette dernière détermination 
dans les Observations sur la constitution géologique des 
terrains tertiaires de l'Angleterre, comparés à ceux de la 
Belgique, que j'ai lues à la dernière séance de l'Académie. 



( 519 



TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 

Étude d'un genre particulier de monstruosités par stase ou 
phyllomorphie générale, nommé spécialement Stésomie 
florale; par M. Ch. Morren, membre de l'Académie. 

En 1855, le professeur M. Adolphe Brongniart, auquel 
je vouerai toute ma vie une reconnaissance sans limites 
pour les excellentes leçons de botanique qu'il nous expo- 
sait avec tant de talent, il y a un quart de siècle, faisait 
la juste remarque que la tératologie ne marcherait jamais, 
si on ne publiait, avant tout, les cas remarquables de 
monstruosités qu'on peut observer avec soin. Rien n'est 
plus vrai. On connaît déjà un assez grand nombre d'ano- 
malies, mais elles ne sont pas classées en groupes carac- 
téristiques, et ce qu'on sait le moins, c'est la théorie 
des limites entre lesquelles elles peuvent avoir lieu. Les 
groupes cependant ne seront jamais déterminés, si ces 
limites ne sont pas clairement assignées. Il n'est pas de 
botaniste, disait encore M. Brongniart, qui n'ait observé 
des monstruosités, mais on n'a signalé que les plus singu- 
lières, les plus extraordinaires, tandis que le véritable jour 
ne luira sur la philosophie de la structure des plantes, 
que du moment où tous les changements successifs que 
les organes peuvent éprouver à mesure qu'ils s'éloignent 
de leur type habituel, seront connus. Ce principe, posé il 
y a vingt ans, est encore vrai aujourd'hui, et le vœu du 
savant professeur de la Sorbonne n'est pas rempli. J'ap- 
porte mes pierres pour l'édifice; je serais heureux de 
voir les monstres recevoir, enfin, leur législation et ren- 
trer dans une science réglée. 



( 520 ) 

M. Brongniart exprimait ces considérations générales 
au sujet d'une anomalie des plus profondes dont il avait 
constaté la présence chez le Primula sinensis. Dans cette 
monstruosité compliquée, il avait reconnu : 

1° L'hypertrophie du calice; 

2° L'atrophie du même organe affectant des fleurs frap- 
pées cependant à d'autres égards du même genre de mon- 
struosité; 

5° La virescence de la corolle; 

4° Un état imparfait des anthères privées de pollen; 

5° Une hypertrophie de l'ovaire; 

6° Un placentaire central terminé par une masse d'ovules, 
tous transformés en petites feuilles tri- ou quinquelobées, 
ou devenant peu à peu , de vrais ovules qu'ils étaient en- 
core, de véritables feuilles. 

Toutes ces anomalies, M. Brongniart les résumait dans 
une même dénomination : c'était pour lui une chloranlhie 
de Primula sinensis (1). 

Il faisait remarquer que l'ensemble présentait un phé- 
nomène d'autant plus singulier, que dans le plus grand 
nombre de monstruosités, c'est presque toujours l'inverse 
qui a lieu. Tci, dans ce Primula sinensis, les ovules devien- 
nent feuilles, et tout autour de ce placenta central por- 
tant ces réductions à l'état primitif et rudimenlaire, les 
organes se modifient, mais peu en proportion : aucun ne 
devient feuille véritablement. Au contraire , dans un grand 
nombre de cas connus, sépales, pétales, étamines et nec- 
taires se changent en feuilles, et les ovules restent ce 



(1) Note sur un cas de monstruosité des fleurs du Priuula sinensis, 
par M. Adolphe Brongniart, Ann. des se. nat., 2 e série, t. I, p. 508. Le mot 
chloranthie se trouve au bas de la planche 9. 



( 521 ) 

qu'ils sont. En effet, tous ceux qui ont fait des monstruo- 
sités végétales une étude suivie, savent que de tous les ap- 
pareils celui qui jouit de la plus grande force de résistance 
aux forces tératologiques, est l'appareil femelle. Qu'on 
soit ou non partisan de la philosophie des causes finales, 
toujours est-il qu'il y a dans cette résistance un fait dont 
l'importance ne peut échapper à l'observateur des choses 
d'ici-bas et des lois qui en assurent la conservation. 

En 1841, Auguste -Pyrame De Candolle, ayant déjà 
un pied dans la tombe (1) , et son fils, M. Alphonse De 
Candolle, publièrent ensemble un Premier fascicule de 
monstruosités végétales, dans les Nouveaux mémoires de la 
Société helvétique des sciences naturelles, où ils firent con- 
naître une monstruosité du Primula sinensis , analogue à 
celle décrite par M. Brongniart. Nous devons résumer les 
observations de ces éminents botanistes : 

1° Les fleurs avaient la corolle panachée de vert et de 
blanc (virescence commençante); 

2° Le calice montrait un tube de moitié plus grand 
que de coutume (hypertrophie); 

3° Les étamines stériles (nous verrons par quel phéno- 
mène}; 

4° L'hypertrophie de l'ovaire au point de dépasser le 
tube de la corolle ; 

5° Rupture de l'ovaire et atrophie complète de style; 

6° Déformation du placenta central; 

7° Imperfection des ovules, mais sans réduction de 
ceux-ci à l'état de feuilles. 

Les botanistes de Genève n'assignent pas la classe où ces 



(1) Il mourut le 9 septembre 1841 



( 522 ) 

anomalies devaient faire ranger cette monstruosité de 
Primula. Comme ils le font remarquer avec raison , les cas 
observés par eux ne montraient pas l'organisation réduite 
à un état si simple de développement que le monstre de 
M. Adolphe Brongniart, mais ils offraient aussi des modi- 
fications qu'on ne rencontre pas chez lui. Enfin, M. Hey- 
land qui a tant dessiné pour Pyrame De Candolle, s'éton- 
nait de ce que les étamines dans cette fleur si profondément 
modifiée, ne se fussent pas métamorphosées en pétales. 

Enfin, les conclusions philosophiques finales de ces 
deux mémoires, l'un de M. Brongniart, l'autre de M. De 
Candolle, portaient sur un fait d'organographie dont ac- 
tuellement la théorie ne souffre plus de difficulté sérieuse, 
à savoir : la nature de la placentation qui, on le sait main- 
tenant, peut devenir centrale ou axile quand elle occupe 
le milieu de l'ovaire «ou son axe. M. Brongniart assimilait 
les ovules de la placentation axile aux bulbilles des bords 
de la feuille ou aux folioles d'une feuille composée, et les 
ovules de la placentation centrale aux feuilles naissant de 
l'axe prolongé dans l'ovaire même. Évidemment ce savant 
botaniste préludait ainsi aux idées émises depuis par 
M. Schleiden, sur la nature de toute placentation quel- 
conque, et, par conséquent, sur l'origine constante de 
l'ovule, à savoir : leur nature de bourgeon. M. Alphonse 
De Candolle concluait plus simplement de l'étude de sa 
monstruosité à la disposition prolifère des placentas dans 
les Primulacés, et à la différence de nature des ovules d'une 
placentation se trouvant dans l'axe de l'ovaire, d'avec ceux 
naissant du bord des feuilles carpellaires. 

La direction des esprits était donc évidente des deux 
côtés : la tératologie servait principalement de preuve à 
des théories organologiques, mais les faits observés étaient 



( 525 ) 

moins envisagés dans leurs rapports avec la science même 
des monstruosités. Or, on sait comment les théories de la 
placenta tion se sont éclaircies depuis par les voies directes : 
l'organogénésie et l'anatomie comparée des faits normaux. 

On conçoit que nous avons dû attacher quelque impor- 
tance à étudier des Primula sinensis affectés des mêmes 
aberrations que celles observées par d'aussi éminents pré- 
décesseurs, et nous avons senti notre intérêt s'augmenter 
quand , dans la série de ces monstres, nous en avons trouvé 
qui expliquaient des faits sur lesquels il était resté des 
doutes. Hâtons-nous d'ajouter que tous les ans, parmi les 
nombreux pieds de Primula sinensis, semés pour les be- 
soins de l'horticulture, dans notre floréale Belgique, on 
peut trouver avec facilité des monstruosités de ce genre. 
Nous devons les monstres les plus remarquables de ce genre 
que nous avons pu étudier à l'obligeance de M. Masson , 
directeur de la fonderie de zinc, à Vivegnis, lez-Liége, qui 
a mis généreusement à notre disposition toutes les fleurs 
vertes et singulières de ses semis. 

On sait que les horticulteurs s'imaginent, à l'aspect de 
ces anomalies, que ce sont des variétés, et quelques-uns 
pensent même à ce propos que ces fleurs vertes recèlent en 
elles le germe d'un miraculeux progrès. Voici comment 
ils raisonnent (le fait a été publié) : Tout vert provient du 
bleu et du jaune combinés; donc tout vert contient du 
bleu. Les fleurs des primevères procédant de la série xan- 
thique ou jaune, ne peuvent produire du bleu; donc, il 
n'y a pas de primevères bleues. Mais puisque déjà, par les 
variations obtenues de semis, on possède des h* eu rs ver- 
tes, et que toutes les fleurs blanches, roses, jaunes ou 
pourpres ont été vertes à leur première naissance dans le 
bouton, puisque le vert est une couleur indifférente, in- 



(524 ) 

termédiaire entre les deux séries cyanique et xan tique, il 
y aurait peut-être moyen de faire converger les progéni- 
tures de la fleur verte, non plus vers le jaune, mais vers 
le bleu , et pour obtenir ce résultat, il faut seulement éli- 
miner le jaune. Donc, c'est sur les fleurs vertes surtout 
que doit se porter l'activité de l'horticulteur. On a pu- 
bliquement recommandé ce système pour produire des 
dahlias bleus; il est venu aussi à l'esprit pour faire naître 
des primevères bleues. Seulement, nous ajouterons que, 
par un petit malheur qui tient à la fixité des lois de la 
tératologie, ces fleurs vertes sont stériles, et par vice de 
conformation dans les organes femelles, et par un avor- 
tement complet de la matière mâle chez les fleurs de ce 
sexe. La viridité dans les fleurs les réduit à l'état de 
feuilles, et il n'y a pas de graines à espérer d'elles. Le 
rêve physiologique des horticulteurs se dissipe ainsi en 
espérances irréalisables. 

Nous avons disséqué un grand nombre de fleurs de 
Primula sinensis, atteintes de tous les phénomènes nom- 
breux qui avaient fixé l'attention de MM. Brongniart, 
De Candolle père, De Candolle fils et Heyland; nous 
nous attacherons surtout aux fleurs dont les organisations 
déviées ont atteint le maximum de leur déviation , en 
examinant chaque organe en particulier. 

1° Le calice est généralement, dans toutes ces fleurs, 
hypertrophié, vert, de la consistance d'une feuille même 
plus ferme et plus sèche que les feuilles ordinaires. Son 
hypertrophie est d'autant plus grande que la corolle est 
moins développée. Ainsi, dans une fleur où la corolle, 
augmentée d'un lobe supplémentaire, avait atteint un 
développement plus considérable que dans une fleur nor- 
male (fig. i), le calice renflé offrait la longueur de la 



( 525 ) 
moitié du tube de cette corolle. Au contraire , dans une 
fleur où la corolle dépassait à peine les dents du calice, 
celui-ci acquit un volume correspondant aux masses réu- 
nies du calice et de la corolle (fig. 2). 

Le renflement de ce calice correspond à la portion de 
l'ovaire où se trouve le placentaire couvert de ses ovules 
modifiés, et vu que ce placentaire a un pied assez long, le 
renflement calicinal se trouve au-dessus du tube de cet 
organe. Les gonflements dont l'ovaire est susceptible dans 
cette partie ovulifère, sont tels que, dans plusieurs fleurs, 
il y a ou rupture du calice ou replîment par sillons cor- 
respondant à ceux qu'on voit sur la partie de l'ovaire 
(comparez fig. 2 et fig. 6). Le calice est donc frappé d'une 
virescence compliquée d'hypertrophie. 

2° La corolle est le plus souvent formée de son tube et 
de son limbe à cinq lobes, bien que le nombre de ceux-ci 
soit porté parfois à six, comme le montre la figure 1. La 
coloration de l'appareil varie; elle est d'autant plus corol- 
line, c'est-à-dire blanche ou rose, que la monstruosité est 
moins accomplie; elle est d'autant plus foliaire que cette 
même monstruosité est plus profonde. Tantôt c'est le blanc 
ou le rose et la contexture pétaloïde qui subsistent en par- 
tie, et dans ce cas les parties qui les conservent le plus , 
sont les bords des lobes et la partie inférieure et moyenne 
du tube (fig. 5) ; tantôt c'est le vert de tout l'appareil qui 
est plus jaunâtre et plus pâle. Les nervures centrales, 
quand elles existent, conservent au contraire le plus la 
viridité , et quand la virescence est à son comble, il n'y a 
pas phyllomorphie, c'est-à-dire que les lobes n'affectent 
pas pour cela ni la forme ni le système de nervation des 
feuilles. Ainsi, dans ce genre de monstruosité, nous avons 
encore une raison de plus pour distinguer les virescences 



( 526 ) 

des phyllomorphies, deux genres distincts d'affections té- 
ratologiques sur la différence desquelles nous avons in- 
sisté dans un travail précédent (1). 

Quant au volume de l'appareil, il varie: en général, la 
corolle virescente est d'autant plus grande que le calice 
est plus petit, et vice versa, et on aperçoit aussi un cer- 
tain rapport de volume entre celui de la corolle modifiée 
et la masse de l'ovaire. Ce dernier porte à la partie supé- 
rieure un gonflement vert dont nous parlerons tantôt, et 
plus ce gonflement est gros, plus la corolle diminue; mais 
cependant cette diminution ne va pas jusqu'au point où 
l'amène le développement hypertrophique du calice. 

La corolle virescente porte des poils semblables à ceux 
de toutes les parties vertes et caulinaires de la plante. La 
pilosité devient surtout foliaire. 

5° L'androcée se forme de cinq étamines. Nous avons 
trouvé ce nombre sur toutes les fleurs que nous avons 
ouvertes. Les étamines sont adhérentes par le bas des 
filets à la partie inférieure du tube de la corolle (fig.5) 9 
lequel tube, comme nous l'avons dit, conserve souvent 
sa couleur pétaloïde. M. Heyland est le seul qui ait dessiné 
les anthères des élamines observées sur les fleurs mon- 
strueuses analogues : il dessine ces anthères, jaunes et sa- 
gittées, mais il ne donne aucun détail sur leur contenu : il 
s'étonne seulement qu'elles ne soient pas changées en 
pétales. 

Or, c'est précisément l'inverse qui arrive : au lieu de 
voir pousser l'étamine à la pélalomanie, on voit tout l'en- 



(1) Voyez Lobelia ou Recueil d'observations de tératologie , pa$. 95; 
Bruxelles, un vol.; 1851. 



( 527 ) 

semble de la monstruosité rétrograder vers la plryllomanie 
ou stater dans cet état. Les étamines n'échappent pas à 
celte force d'arrêt, pas plus qu'aucune autre partie de 
toute la fleur, et c'est dans la constatation de ce fait que 
nous trouverons, à la fin de cet écrit, la raison philoso- 
phique de tous les phénomènes qui appartiennent à cet 
ordre de monstruosité. Quand la phyllomorphie, c'est-à- 
dire l'organisation foliaire, s'empare des appareils de la 
fleur, il est tout simple qu'elle imprime à chacun les ca- 
ractères de sa propre nature. Ainsi, dans les étamines, 
il est surabondamment prouvé en philosophie botanique 
que le filet représente le pétiole de la feuille, et que l'an- 
thère représente la lame de cette feuille. Si donc, dans les 
étamines de la primevère monstrueuse, il y a phyllomor- 
phie, il est évident que cette action doit être plus visible sur 
l'anthère que sur le filet. C'est précisément ce qui arrive. 
D'abord, beaucoup de ces anthères sont vertes. Exami- 
nées à la loupe, elles montrent plus ou moins une orga- 
nisation qui explique à la fois et leur stérilité et la dévia- 
tion de leur forme. Pour ne pas étendre cet écrit , nous 
prenons une des déformations les plus prononcées: voyez 
fig. 4 et 5. Vue de côté, l'anthère a la forme d'une nacelle 
dont la proue est relevée à la manière des vaisseaux ro- 
mains. Vue de face, on aperçoit que les deux logettes sont 
creuses, ouvertes en avant, formant deux sillons longitu- 
dinaux et vides, et entre ces logettes se trouve un con- 
nectif relevé en lame arrêtée dans son extension. Puis, au 
bas de l'anthère, on voit poindre en avant deux pointes 
qui sont le prolongement des deux moitiés de la lame fo- 
liaire formant l'anthère même; enfin, sur le dos et sur les 
côtés de l'anthère, se développent des poils glandulifères 
nombreux. 



( 528 ) 

Il n'y a pas à s'y méprendre : cette anthère est phyllo- 
morphée, c'est-à-dire qu'elle a reculé dans la série des mé- 
tamorphoses, ou, si l'on veut être plus juste, qu'il y a eu 
arrêt dans une des stases de son développement. Feuille 
de sa nature, feuille dans son développement, organe 
mâle ou étamine par progrès ultérieur dans son évolu- 
tion, cette étamine frappée de phyllomorphie est restée en 
chemin, justement au moment où l'anthère allait com- 
pléter ses logettes et où les cellules pollinigères allaient 
commencer à se former. Ces cellules ont avorté et avec 
elles le pollen qu'elles auraient dû engendrer. 

Le phyllomorphie est tout un ensemble de monstruo- 
sités qu'il faut nécessairement distinguer en autant de 
groupes qu'il y a de sortes d'organes qu'il peut affecter. 
Ici, dans le cas particulier qui nous occupe, le filet sta- 
minal conserve ses rapports, ses insertions, ses formes: 
il n'est affecté en rien. Le pétiole échappe à la force d'ar- 
rêt. Il n'en est pas de même de l'anthère : c'est elle qui 
est frappée de virescence et de phyllomorphie. Nous dirons 
donc qu'il existe ici un genre particulier de monstruosité 
qui , dans notre nomenclature , prend le nom d'anthéro- 
phijllie. 

Uanthërophijllie est indépendante, comme on le voit, 
de la phyllomorphie du lilet. Nous examinerons dans un 
travail spécial comment l'étude de Yanthérophyllie contri- 
bue à résoudre cette question intéressante de la philoso- 
phie botanique, à savoir : s'il faut considérer l'anthère 
comme formée par le reploiement des deux bords de la 
feuille primitive sur la nervure médiane devenant le con- 
nectif, ou s'il faut prendre l'anthère comme une lame de 
feuille gonflée en dedans de son mésophylle et engendrant 
le pollen dans les cellules de ce mésophylle : modes gêné- 



( 529 ) 

tiques de l'anthère sur lesquels les auteurs les plus pru- 
dents, M. Adrien de Jussieu entre autres, ne se pronon- 
cent pas dans le code actuel de la science. 

4° Le gynécée ou l'ovaire présente des modifications 
plus profondes, plus essentielles. En examinant la figure 6, 
on voit qu'il est formé d'un tube renflé, rose, poilu et par- 
couru longitudinalement de sillons creux. Puis vient un 
étranglement où l'enveloppe se rétrécit et se replie en 
dedans. Au-dessus de cet étranglement se développe une 
espèce de ballon formé de grands lobes saillants, séparés 
par des creux en sillons. Il y a cinq sillons et cinq lobes. 
Chacun de ces derniers offre une commissure au milieu, 
et ces lobes se réunissent au sommet pour donner nais- 
sance au style, quand celui-ci existe. MM. De Candolle ont 
observé déjà que ce renflement de l'ovaire est parfois ou- 
vert et qu'alors le style manque, ce qui est parfaitement 
exact; nous avons trouvé aussi cette forme dans la série 
des fleurs monstrueuses. Le renflement correspond à la 
partie du placentaire qui porte les ovules déformés, et 
parfois il sort de la fleur, en forme de clou saillant, au- 
dessus des lobes de la corolle virescente. L'ovaire offre 
dans une série de fleurs une suite de transformations 
toutes analogues, mais poussées à des points divers de 
métamorphoses. Nous avons choisi l'étal qui permet le 
mieux l'explication du phénomène. 

Le tube rose et le renflement vert et foliacé reflètent 
évidemment l'état similaire que nous venons de constater 
dans la corolle. La virescence se présente en haut; une 
coloration pétaloïde s'offre en bas. Or, quand on étend 
une telle enveloppe ovarienne et qu'on la déplie, on ne 
tarde pas à s'apercevoir que le renflement vert représente 
exactement cinq lames de feuilles dont les pétioles sont 



( 550 ) 
les cinq parties profondes ou les cinq sillons de la partie 
rose. Les cannelures saillantes rappellent les ailes de ces 
pétioles. De même le renflement formé de cinq lames sou- 
dées a chaque moitié de chacune de ces lames gonflée et 
poussée en dehors , d'une consistance foliacée et portant 
les poils glandulifères des feuilles génuines. La significa- 
tion de cet ovaire devient alors claire et positive. Non- 
seulement le haut de l'ovaire est virescent, mais tout 
l'appareil est phyllomorphé. C'est une réduction de l'o- 
vaire, en tant que constituant une enveloppe du placentaire 
central en ses cinq feuilles primitives. La cohérence entre 
ses parties respectives étant un caractère intrinsèque aux 
ovaires multiples, elle continue à exister dans cet appa- 
reil, mais il y a retour plus évident à leur nature primi- 
tive de feuilles. Cette modification est donc du même 
genre que celle dont nous avons aussi constaté l'existence 
sur l'androcée, et de même qu'il y avait pour les étamines 
anthérophyllie , il y a pour l'ovaire entier gynophijllie , 
c'est-à-dire conversion de ses éléments organiques en 
feuilles, ou, si on le préfère, stase à l'état de feuilles de 
ses éléments frappés d'arrêt dans leur développement. 
Quand MM.DeCandolle trouvèrent l'ovaire ouvert en haut 
et le style atrophié, ce phénomène s'explique naturelle- 
ment par la séparation au sommet des cinq lames de 
feuilles formant l'ovaire lui-même. Ici, dans le cas figuré, 
celte phyllomorphie n'a pas été poussée si loin , et la coa- 
lescence des cinq nervures médianes a encore eu lieu pour 
former le style surmontant ce ballon vert, creux, et repré- 
sentant les cinq lames soudées. Le nom de gynophyllie 
convient, ce nous semble, parfaitement pour exprimer 
cet état. 
Quoique nous puissions démontrer en temps et lieu 



( sa ) 

que la soudure de deux feuilles s'opère soit par leurs bords 
voisins, soit par leurs nervures médianes et les deux faces 
supérieures se soudant, et soit, enfin, par leurs faces infé- 
rieures ou stomatiphores, cependant il est prouvé que, dans 
le plus grand nombre de cas, la soudure par les bords 
respectivement voisins est la plus commune et la plus gé- 
nérale. Dans ce Primula sinensis , les cinq feuilles carpel- 
laires se sont soudées bords à bords, et les parties repré- 
sentant les lames ont conservé leur viridité; leurs pétioles 
devenant ailés, ont développé leur matière colorante rouge 
comme dans les feuilles génuines. 

5° En outre , dans cet ovaire (fig. 7 et 8) , on trouve un 
placentaire en colonne libre terminé par une houppe 
verte , et au bas de cette colonne existent quelques organes 
atrophiés dont il convient de déterminer la nature. Le fait 
de l'existence de ces organes basiliaires ne s'est présenté 
ni à M. Brongniart ni à MM. De Candolle. Les figures 7 et 
8 les représente en position, et la figure 15 en reproduit 
le plus complet agrandi à la loupe. 

Si, en comparant plusieurs feuilles entre elles, nous 
n'étions parvenu à trouver de ces appendices dans leur état 
tellement développé qu'il ne peut exister de doute sur leur 
nature , on aurait pu croire un instant qu'il existait dans 
cet ovaire cinq placentaires, dont un seul développé et 
quatre atrophiés, de manière à concorder avec la théorie de 
M. Schleiden sur la divarication de l'axe ovulifère dans un 
ovaire multicarpellaire. Mais en examinant quelques-uns 
de ces appendices, on ne tarde pas à reconnaître que ce 
sont de vraies feuilles. Il y en a ordinairement cinq ; les 
unes ont un pétiole rose et un bouton vert terminal pour 
représenter la lame; les autres ont deux boutons verts ter- 
minaux; enfin, il en est, comme le fait voir la figure 15, 
Tome xix. — II e part. 57 



. ( 5o2 ) 
où se montrent des lobes distincts, au nombre de trois ou 
de cinq, et une lame rose finissant en un pétiole de la 
même couleur; le tout portant des poils non glandulifè- 
res , mais simplement cloisonnés. 

Ce verticille de cinq feuilles à la base du placentaire 
central et à l'aisselle des cinq feuilles dont la soudure par 
les bords forme l'ovaire, indique clairement un dédou- 
blement en nombre égal des éléments organiques ova- 
riens. Seulement ces éléments sont frappés d'atrophie y 
mais ils existent. Il n'y aurait rien d'étonnant à rencon- 
trer ainsi dans une autre espèce de monstruosité de cette 
plante, où les étamines virescentes pousseraient plus loin 
leur phyllomorphie, un premier rang de feuilles carpel- 
laires isolées réalisant le dernier terme de la gynophyllie, 
et en dedans un second rang de folioles représentant ces 
éléments à peine réductibles ici à leur véritable nature. 

6° Enfin , nous arrivons au placentaire central , colonne 
libre , terminée par une tête qui vient aboutir dans le ren- 
flement vert de l'ovaire. C'est là que M. Brongniart a 
trouvé tantôt des ovules convertis en feuilles en dehors et 
au bas de cette tête ou goupillon, tantôt tous les ovules 
convertis en feuilles tri- ou quinquelobées, tantôt tous les 
ovules réduits à un état rudimentaire, mais affectant 
différentes formes. MM. De Candolle n'ont vu que des 
ovules imparfaits , mais non des feuilles. 

Nous n'avons dessiné que ce que nous avons cru neuf, 
car les feuilles existent bien réellement et sous différentes 
phases de leur développement. Aucun des trois auteurs ne 
décrivant ce qu'ils appellent des ovules imparfaits , nous 
avons voulu suppléer à leur silence. 

Or, les figures 9, 10, 11 et 12 représentent ce qu'on a 
nommé des ovules imparfaits. Ce sont des corps verts ayant 



( 553 ) 

un support cellulaire et portant sur la face extérieure de 
ce support des poils glandulifères. Ce support est rare- 
ment droit, mais presque toujours contourné de manière 
à faire tourner son sommet contre une partie de son mi- 
lieu ou de son haut. L'extrémité supérieure se gonfle en 
un bourrelet replié en dedans (fig. 9 et 10) , représentant 
sur le côté une espèce de coupe, et sur la face interne de 
tout l'appareil , on voit que ce bourrelet a une rainure 
{fig. 11), tandis que, sur d'autres, cette rainure corres- 
pond à un bouton verdâtre se reployant sous le bourrelet 
figure 12. 

Qu'est-ce que cet organe? Est-ce un ovule? est-ce une 
feuille? On ne peut hésiter qu'entre ces deux alternatives. 
M. Schleiden prétend que tout ovule est un dernier bour- 
geon, appareil formé d'enveloppes protectrices et d'un axe 
central. Or, évidemment dans l'organe décrit , il n'y a pas 
d'enveloppes, car il est lui-même une enveloppe, et de 
plus, c'est un organisme latéral ayant un support et un 
renflement, et ce renflement est oblique, il a lui-même une 
base distincte. Ces considérations nous portent à croire 
que ces appendices terminaux, formant le goupillon du 
placentaire central, sont des feuilles et rien que des feuil- 
les, mais des feuilles réduites à un état très-rudimentaire. 
Le support est le pétiole, le bourrelet la lame, la rainure 
du bourrelet est la partie où se séparent les deux bords de 
la lame de la feuille , et le bouton, quand il existe, est la 
réunion des deux lobes inférieurs de cette lame rabougrie. 
Supposez le développement d'un corps semblable en vraie 
lame de feuille, vous n'aurez besoin que de vous figurer 
l'extension du bourrelet, de chaque côté et en dessus, en 
lame verte, et la feuille sera toute formée. 

On comprendra facilement que le fait observé par 



( 534 ) 

M. Brongniart, et que nous avons pu vérifier par nous- 
même, à savoir, l'existence de vraies feuilles trilobées, ou 
quinquelobées aux lieu et place des ovules , est une con- 
firmation péremptoire en faveur de notre opinion sur la 
nature foliaire de ces singuliers organes. 

Mais ici se présente la dernière question. Ces feuilles du 
placentaire sont-elles des ovules convertis en feuilles, ou 
si l'ovule est un bourgeon, sont-elles les feuilles exté- 
rieures de ce bourgeon développées comme telles et non 
comme testa? Évidemment on ne peut adopter que celte 
dernière opinion, puisque c'est la seule voie qui reste à la 
raison de s'expliquer comment l'ovule pourrait devenir 
ce qu'il n'est pas, ce qu'il n'est pas essentiellement. Un 
bourgeon est une partie axile, non appendiculaire. La 
feuille ne fait que naître de l'axe et n'est pas axe elle- 
même. Ces vérités sont des axiomes d'organologie. Donc , 
les feuilles du placentaire monstrueux ne peuvent pas être 
des ovules, mais seulement des teslas d'ovules, des pri- 
mines, si on le veut, réalisant la forme de ce que les testas 
ou les primines sont effectivement, c'est-à-dire des feuilles. 

S'il existe donc, comme on l'admet généralement et 
sans trop avoir examiné le fond de la question , une an- 
thérophyllie et une gynophyllie, c'est-à-dire une réduction 
par métamorphose descendante d'anthère et de carpelle en 
feuilles, il devrait y exister aussi une ovariophyllie (zo ùkpiw, 
ovulum); mais, comme on l'a vu, la théorie de l'ovule 
s'oppose à ce que jamais cette sorte de monstruosité puisse 
exister; ce ne serait tout au plus que les enveloppes de 
l'ovule, la testa et le tegmen qui pourraient se métamor- 
phoser en feuilles, jamais le nucelle. Quant à la phyllo- 
morphie de la testa et du tegmen, ou leur changement 
respectivement en feuilles, elle est dans la nature; et vu 



( 535 ) 

les lois inflexibles de l'insertion, vu qu'il y a, dans le cas 
présent, des feuilles en lieu et place des ovules, vu que les 
ovules comme bourgeon ne peuvent pas se transformer en 
feuilles, vu que la feuille isolée et réalisant le premier 
appendice placentique existe sans une seconde feuille en 
dedans, nous n'hésitons pas à la prendre pour la première 
enveloppe tégumentaire de l'ovule dans son état primitif 
de feuille, ou , en d'autres termes, et pour exprimer claire- 
ment en un seul mot ce genre de monstruosité dépendant 
des phyllomorphies , il y a ici lépyrophyllie , c'est-à-dire 
réduction, ou mieux arrêt de la testa à l'état de feuille 
(lénvpov , écaille d'ovule, et ©uXLv, feuille.) 

Ces différents faits posés, il nous sera permis d'envisa- 
ger cette monstruosité générale de Primula sinensis dans 
son ensemble. On a pu voir qu'elle est très-compliquée, et, 
telle qu'elle était décrite par les savants de premier ordre, 
MM. Brongniart et De Candolle, il eût été difficile de la 
classer fixement dans une méthode tératologique rigou- 
reuse. En effet, calice, corolle, étamine, ovaire, placen- 
taire, ovules, tout y est déformé, et, au fond, elle pré- 
sente bien plus d'intérêt que les plus belles pélories, si 
élégamment nommées des prodiges par Linné. 

C'est pourquoi nous avons procédé , dans son examen , 
comme nous l'avons fait. Nous avons voulu, à propos de 
chaque appareil, remonter à l'essence de la déviation, et, 
le lecteur voudra bien se le rappeler, si l'on résume en 
quoi cette analyse vient concorder , c'est évidemment dans 
une réduction uniforme en feuilles. En effet : 

1° Le calice est virescent et hypertrophié; 

T La corolle est virescente ou atrophiée, ou hypertro- 
phiée, ou chorisée; 

3° Les étamines sont atteintes d'anthéFophyllie; 



( 556 ) 

4° L'ovaire est atteint de gynophyllie; 

5° Le placentaire central porte en bas un dédouble- 
ment de feuilles; 

6° Les ovules sont frappées dans leur testa de lépyro- 
phyllie. 

Donc, il y a partout, dans chaque appareil, une même 
cause qui agit, c'est partout une force de même nature, 
une stase à l'état de feuille, une réduction à l'état de 
feuille, si une réduction est possible. Toute la monstruo- 
sité se résume dans cette seule expression d'une force 
tératologique dont la manifestation est connue. 

Incontestablement, on perd beaucoup dans une science 
qui se composera un jour d'un grand nombre de faits, de 
ne pas pouvoir exprimer, par un seul mot , une série de 
phénomènes qui se présentent toujours de la même ma- 
nière et avec les mêmes attributs. Linné, par instinct, 
avait senti ce fait. Sans doute, qu'en disant pélorie on 
exprime un état tératologique aujourd'hui bien connu et 
bien défini, mais dans lequel il entre une foule de faits 
ou de genres de monstruosités particulières, tels que la ré- 
gularité de la corolle normalement irrégulière dans ce 
cas, le développement en nombre normal des étamines 
ou l'avortement complet de toute l'androcée, l'indifféren- 
tisme de l'appareil femelle à tous ces changements. Cepen- 
dant toutes ces choses s'expriment d'un mot, pélorie, et 
chacun l'entend. 

La monstruosité compliquée du Primula sinensis s'est 
donc présentée, de 1854 à 1852, à plusieurs observateurs 
toujours de la même manière et avec des faits intéressants 
au plus haut point, formulés d'après les mêmes lois. 
Nous avons donc cru qu'on devait lui donner une place 
déterminée dans les classifications tératologiques. M. Mo- 



(537 ) 

quin Tandon en avait dit un mot à propos de ses méta- 
morphoses en feuilles ou les virescences, place où elle se 
trouve mêlée a un grand nombre d'anomalies très-distinctes 
les unes des autres. Pour nous, cette monstruosité est non 
une métamorphose proprement dite , mais une réduction 
à l'état typique, ou, pour être encore plus exact, l'état per- 
manent d'une phase organogénésique antérieure au déve- 
loppement complet. C'est un recul dans la série des déve- 
loppements en avant, et ce sont ces développements en 
avant qui seuls peuvent constituer des métamorphoses, 
des changements de formes. La chenille se métamorphose 
en chrysalide, la chrysalide se métamorphose en papillon. 
Quand un papillon porte une tête de chenille, on ne dit 
pas que la tête de l'un s'est métamorphosée en la tête de 
l'autre, on dit, et on a raison, que la tête de la chenille 
est restée à son état stationnaire. Une métamorphose qui , 
en fait, est un développement, devient impossible en 
marchant à reculons dans la voie même des développe- 
ments : on ne rétrograde pas en progressant. Ce sont ces 
raisons évidentes, ce nous semble en logique, qui nous 
font considérer comme des arrêts les prétendues méta- 
morphoses en feuilles, et nous ne serions pas éloigné de 
proposer en ce sens, pour exprimer d'un mot l'ensemble 
des phénomènes de stases ou de phyllomorphies que nous 
ont présentés les fleurs décrites de Primula, le nom et le 
genre de stésomie florale (crrr/jc/^, s'arrêter, n'aller pas 
plus loin), destiné à former une division spéciale dans la 
série des fleurs tératologiques. 

Une métamorphose proprement dite est, considérée 
dans ses rapports avec le travail de l'organisation, comme 
un mouvement en avant. En ce sens, Goethe avait raison 
d'admettre des métamorphoses ascendantes. Mais il ne 



( 538 ) 

l'avait plus quand il admettait des métamorphoses descen- 
dantes. 

Une métamorphose descendante consisterait dans le 
changement d'un organisme ou d'un élément de l'organisme 
élevé à un certain type en un type inférieur ; après qu'il 
eut lui-même revêtu la forme supérieure, il en descen- 
drait pour en revêtir une inférieure. Or, c'est ce phéno- 
mène qui n'a lieu que dans les changements des organes 
en autres organes qui ne sont pas des feuilles, par exem- 
ple la modification d'une étamine en pétale. Une étamine 
ne devient pas étamine pour changer en feuille, mais elle 
reste à l'état de feuille d'une manière permanente, parce 
qu'avant d'être étamine, elle était effectivement feuille. 
De même un ovaire, un ovule ne sont pas respectivement 
ni un ovaire ni un ovule pour devenir feuilles : leurs élé- 
ments étant nés comme feuilles, le restent. 11 n'y a point 
de recul, il n'y a pas ffanachorésie («va^wp^ç, recul) dans 
le travail organique qui imprime aux parties des corps 
vivants leurs formes originelles, il y a simplement 
stase (azdviç ■ position fixe), et c'est ainsi que la théorie 
des métamorphoses descendantes dans le théorème des 
phyllomorphies nous semble devoir être complètement 
modifiée, sinon récusée, car l'idée-mère qu'elle suppose 
de toute nécessité, le changement, sans lequel le mot de 
métamorphose n'a pas de sens, ne peut être adoptée, 
comme les dénominations employées et les explications 
qu'on en donnait le voulaient impérieusement. Le recul 
est simplement apparent, illusoire; il ne saurait être un 
fait. 

Nous n'insisterons pas, en cette occasion , sur la lumière 
nouvelle que jette , dans cette question , l'étude de la téra- 
tologie sur un des principes les plus radicaux de la philo- 



',9 .Al U\-d\> 



fiult.f/c ï'Mad, à 



û//i AI A, 2 ?part.J*ag. 53g. 










Stesomie f/ora/e du Prùnula. rfïnertsis 



( 539 ) 
sophie botanique; les conséquences sautent aux yeux, et 
les botanistes, familiarisés avec ces sortes de théorèmes, 
en apprécieront facilement la valeur. 



EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig. 1. Fleur entière et de grandeur naturelle du Primula sinensis 
atteinte de virescence et de phyllomorphie générale ; 

2. Autre fleur à calice beaucoup plus grand et à corolle petite et 
incluse; 

o. Corolle ouverte, grandeur naturelle; 

4. Anthère anthérophyllée, vue de côté, agrandie à la loupe; 

5. Anthère anthérophyllée vue de face, agrandie à la loupe; 

6. Ovaire vu en dehors gynophyllé, agrandi deux fois; 

7. Le même ouvert , agrandi deux fois ; 

8. Placentaire séparé, agrandi deux fois; 

9. Ovule lépyrophyllé , vu sur le dos ; 

10. Un autre, vu de côté; 

11. Sommet d'un ovule semblable, vu d'en haut; 

12. Un autre ovule, vu de côté; les figures de 9 à 12, vues au micros- 

cope et agrandies de 25 diamètres; 
15. Feuille du bas du placentaire, isolée et vue à la loupe. 



Catalogue de quelques Cryptogames nouvelles pour la flore 
de Louvain; par J.-F. Leburton, de la Compagnie de 
Jésus. 

a En livrant à l'impression le résultat de nos recherches, 
» nous avons eu surtout pour but d'engager ceux de nos 
y> compatriotes à qui leur position le permet, à s'occuper 
» de travaux analogues, afin de hâter l'époque où nous 
y> puissions avoir une flore générale et complète de notre 
» patrie. » Ces paroles de l'auteur de la Flore cryptogamique 



( 540 ) 

des environs de Louvain n'ont pas été stériles : tandis que 
M. le professeur Kickx entreprenait de nouvelles analyses 
dans les Mémoires de l'Académie royale, d'autres botanistes 
s'occupèrent activement de la recherche des Cryptogames 
indigènes. Bientôt des travaux du même genre, commencés 
sur presque tous les points de la Belgique, prouvèrent au 
savant botaniste de Gand que son appel avait été entendu 
et que, grâce à son heureuse initiative, notre pays pouvait 
enfin espérer une flore complète. Il nous suûira de nom- 
mer un. de ses élèves les plus distingués, M. le docteur 
G.-D. Westendorp, qui ne recule devant aucune difficulté 
pour enrichir la science d'un Herbier cryptogamique na- 
tional : cette publication, dont les fascicules se succèdent 
avec rapidité , fournira de précieux matériaux pour la fu- 
ture flore générale de la Belgique. 

Nous avons cru devoir aussi apporter notre obole au 
trésor commun, et nous nous y sommes décidé d'autant 
plus volontiers que le catalogue, que nous avons l'honneur 
de présenter à l'Académie, nous paraît offrir un double 
avantage: d'un côté, il indique plusieurs espèces que nous 
croyons inédites ou nouvelles pour la flore belge; de l'au- 
tre, il peut servir de supplément à un ouvrage qui joint 
au mérite de la science l'honneur d'avoir le premier fait 
connaître, depuis bientôt dix-huit ans, un des champs les' 
plus féconds de l'histoire naturelle dans notre patrie. 

Pour rendre l'emploi de ce catalogue plus général et à 
la fois plus facile, nous avons eu soin d'indiquer les dif- 
férentes localités du pays où nos espèces ont été trouvées 
aussi par d'autres botanistes. A cet effet, nous avons con- 
sulté surtout les Centuries de M. Kickx, les deux Notices 
et Y Herbier cryptogamique de M. Westendorp, le Catalogue 
dt MM. Westendorp et Van Haesendonck, enfin celui du 



( 541 ) 

P. Bellynck, professeur d'histoire naturelle au Collège de 
la Paix, à Namur. Les espèces nouvelles pour la flore 
belge seront marquées d'un astérisque. 

Nous saisissons avidement cette occasion de témoigner 
notre gratitude à M. le docteur Westendorp et au P. Bel- 
lynck, qui n'ont cessé d'accueillir avec la plus grande bien- 
veillance nos demandes si souvent réitérées. 

On verra que nous devons aussi la découverte de plu- 
sieurs espèces intéressantes à M. l'abbé Ëug. Coemans, de 
Gand, et au P. Franco S.4., de Turin, qui, pendant leur 
séjour à Louvain , ont bien voulu nous prêter leur utile 
concours : M. Nève-Delwaerde, de Louvain , a de même eu 
l'extrême obligeance de mettre à notre disposition son 
riche herbier. Nous prions ces Messieurs d'agréer l'expres- 
sion de notre reconnaissance. 

CHARACÉES. 

1. CllAIlA VULGARIS, L. 

Louvain, dans les eaux dormantes d'un fossé, près de la porte de Diest : 

il y était en fructification au mois de novembre 1851. — Rare. 
(West. Herb. crypt. 451.) 

MOUSSES. 

2. Bryum akdrogynuih, Hedw. 

Héverlé, sur les racines découvertes dans les chemins creux. Févr.-Mars 
1850. Les individus que nous avons trouvés étaient tous terminés par 
des capitules. — Assez rare. 

(Ypres, Kx. 2 e Cent. 4. — West. Herb. crypt. 104.) 

3. Hypnom serpens, L. 

Louvain, au pied des murs. — Mars 1851. — Assez commun. 
(Namur, Bllk. Cat. 82. — Willebroek, West, et VH. Cat. G.) 

HÉPATIQUES. 

4. JuNGBRMAiVWA BYSSACEA, IiOth. 

riierbeck . dans les lieux humides. Février 1852. — Rare. 



( 542 ) 

<Dans les Flandres, Kx. \ Te Cent. 15. — Namur, sur les rochers de Bouges, 
Bllk. Cat.Ul.) 

5. Sphaerocarpus Michelii, Bell. 

Kessel-Loo , assez commun sur le bord des champs près des endroits tour- 
beux. Nous l'y avons observé depuis novembre 1851 jusqu'en mars 1852. 

(Cumplich, près d'Anvers et Desterberge, près de Gand : West, et TH. 
Cat. 14. — West. Herb. crypt. 355.) 

LICHENS. 

6. Usnea barbata rç articulata, Fr. 

Linden, sur le tronc du hêtre. Décembre 1850.— Nous n'avons rencontré 

cette espèce qu'une seule fois. 
(West. Herb. crypt. 404.) 

7. Cladonia furcata S stricta, Schaer. {C. furc. subulata, Flk). 
Héverlé. (M. Coémans.) 

* 8. Cenomyce radiata , Ach. (Formae <y contortuplicata et S aciinota). 
Flierbeck, Héverlé. Avril 1852. 

9. Cenomyce pityrea, Ach. 

Linden, Flierbeck, Vieux-Héverlé , sur les berges et les collines sèches. 

— Février 1851. (J.-J. Franco, S. J.) 

(Géronsart, près de Namur : Bllk. Cat. 150. — West. Herb. crypt. 55.) 

10. Collema tenuissimbm, Ach. 
Héverlé, sur les berges. (M. Coemans.) 
(Namur, à Bouges : Bllk. Cat. 166.) 

11. Lob aria perlata v. cetrarioïdes , Dub. 
Sur les arbres à écorce lisse. (M. Coemans.) 

12. Imbricaria venusta, DC. 

Zoetvoaeter , sur le chêne. — Rare. (M. Coemans.) 
15. Imbricaria ulothrix, DC. 
Sur l'orme. (M. Coemans.) 

14. Imericaria clementiana, Ach. (sub Parmelia). 

Vlierbeck, sur le frêne. Mars 1851. — Héverlé (M. Coemans), sur !e noyer. 

— Rare. 

(Ypres, Kx.2 e Cent. 21. — West. Herb. crypt. 515.) 

15. Imbricaria piiïsodes v. tubulosa, Schaer. (sub Parmelia). 
Héverlé, sur le hêtre. — Rare. (M. Coemans.) 

16. Imbricaria sinuosa, Ach. 
Commune partout sur l'écorce des arbres. 

(Flandres, Kx. 1" Cent. 18. — Namur, Bllk. Cat. 205. — West. Herb. 
crypt. 261.) 



( 543 ) 

17. Imbricaria parietina v. candelaria , ¥v. {sub Parmelia). Imbri- 

caria flavo-glaucescens, Lib. 
Sur le peuplier j l'orme et V érable. 
(Gand, Tournai, Anvers } Kx. l re Cent. 15.) 

18. Pettigkra horizontalis, Hoffm. 

Héverlé , sur le revers des fossés. Mars 1852. (M. Coemans.) 

19. Opegrapha dispersa , Chev. 
Louvain, sur le châtaignier. (M. Coemans.) 
(West, et VH. Cat. 25.) 

20. Opegrapha betdlina, Ach. 

Héverlé, sur le bouleau. — Rare. (M. Coemans.) 

21. Opegrapha murobum, Fée. 

Louvain, sur le mur d'enceinte de l'ancienne Chartreuse. (M. Coemans.) 
(Damme, Kx. l re Cent. 21.) — Rare. 

22. Opegrapha rubella, Duf. 

Flierbecky sur l'écorce lisse du frêne. Octobre 1850. — Héverlé (M. Coe- 
mans), sur les jeunes chênes. 
(Namur, BHk. Cat. 190. — West. Herb. crypt. 515). 
25. Opegrapha herpetica, Chev. 
Héverlé } sur le frêne. — Rare. (M. Coemans.) 
(Gand, entre Meulestede et Langebrugge, Kx. l re Cent. 25.) 

24. Lecidea pinicola, Borr. 

Héverlé, sur l'écorce du sapin. (M. Coemans.). 
(Ypres et Aeltere, Kx. 2 e Cent. 51.) 

25. Lecidea myriocarpa , Chev. 

Louvain, le long du canal, sur le tilleul. (M. Coemans.) 
(Kx. 2 e Cent. 51. — West. Herb. crypt. 518.) 

26. Lecidea uliginosa, Ach. 

Héverlé, sur la terre dans les bois. (M. Coemans.) 
(West, et VH. Cat. 27.) 

27. Lecidea decolorans ]3 granulosa , Ach. 

Sur les Hypnum et les Barbula des murs et des toits. (M. Coemans.) 
(Menin , West. Herb. crypt. 559.) 

28. Lecidea crustulata , Schaer. 

Héverlé, sur les pierres ferrugineuses. (M. Coemans.) 

29. Lecidea triptophylla j3 coronata , Schaer. 
Héverlé et Pellenberg , sur la terre. (M. Coemans.) 

30. Lecidea geographica, Fr. 
Héverlé , sur les murs. (M. Coemans.) 

(Renaix, sur le grès ferrugineux, Kx. 5 e Cent. 15.) 



( 544) 

31. Lecioea rosella , Ach. 

Héverlé, dans les fentes du hêtre, sur le chêne et sur Vérable. (M. Coe 
mans.) 

(Gand,Kx. 4 L Cent 17.) 
52. Lecanora albella , Ach. 

Héverlé } sur le chêne. (M. Coemans.) 

(Namur, Bllk. Cat. 170.) 

55. Urceolaria opegraphoides, Chev. 

Au château (VHéverlé, sur les pierres calcaires. (M. Coemans.) 
54. Urceolaria calcarea (3 contorta , Schaer. 

Louvain, sur les murs des remparts. (M. Coemans.) 
(Audenarde et Alost, Kx. 2 e Cent. 56.) 

* 35. Calycium inquinans S sessile , Schaer. 

Héverlé, parasite sur Ylsidium coccodes, Ach. — Rare. (M. Coemans.) 

56. Calycium hyperellum, Wahl. 
Zoetwaeter, sur les vieux mélèzes. (M. Coemans.) 
(Bois d'Ursèle, Kx. 2 e Cent. 58.) 

57. Calycium lenticulare , Fr. 
Héverlé, sur le chêne. (M. Coemans.) 
(Grammont, Kx. 5 e Cent. 17.) 

*58. CONIOCYBE FURFURACEA fulVd , Fi*. 

Héverlé , sur une vieille souche de chêne. — Rare. (\I. Coemans.) 
59. Variolaria leucocephala, DC. 

Héverlé, sur le chêne et l'orme. (M. Coemans.) 

(West. Herb. crypt. 15.) 
*40. Isidium coccodes, Ach. 

Héverlé, sur les vieux chênes. — Rare. (M. Coemans.) 
Ml. Isidium lutescens, Turn.et Borr. 

Héverlé, sur les vieux chênes. (M. Coemans.) 

* 42. Arthonia biformis b spilomatica , Schaer. 

Héverlé, sur les vieux chênes. Mai 1852. (M. Coemans.) 
43. Spiloma tumidulum, Ach. 

Héverlé , sur un jeune chêne. — Rare. (M. Coemans.) 

(Bois de la Cambre, West, et VH. Cat. 25. — West. Herb. crypt. 516.) 
"44. Spiloma viridans, Schaer. (M. Coemans.) 

HYPOXYLÉES. 

45. Cytispora carphosperma, Fr. 

Louvain, sur branches mortes d'un pommier. — Janv. 1852. — Rare. 
(Namur, Bllk. Cat. 258. — West. Herb. crypt. 519.) 



545 ) 

Vlierbeckj sur feuilles et tiges languissantes du Lysimachia numm. — 

Décembre 1851. — Rare. 
(Champion, près de Namur, Bllk. Cat. 300.) 

47. Phoma hederae , Desmaz. 

Kesselberg , sur rameaux secs du lierre. — Avril 1852. 

(Live, près de Namur, Bllk. Cat. 299. — Ypres, West. Herb. crypt. 110.) 

48. Phoma samarorum, Desmaz. 

Louvain , sur samares du Fraxin. pend., et Vlierbeck, sur ceux du 

Fraxin. exceîs. — Janvier 1851. 
(Ypres West. Herb. crypt. 469. — West. 1 re Not. 7.). 

49. Phoma equiseti , Desmaz. 

Vlierbeck, sur tiges sèches de YEquiset palustr. — Janvier 1851. 
(Mont d'Avelghem, West. 2 e Not 52. West. Herb. crypt 659.) 

50. Phoma Phaseoli, Desmaz. 

Vlierbeck , sur tiges desséchées du Phaseol. vulg. — Janvier 1 852. 
(West. Herb. crypt 470.) 

51. Phoma subordinaria, Desmaz. 

Vlierbeck, sur hampes desséchées du Plantag. lanceol. — Fév. 1852. 
(Courtrai, West. 2 e Not 53.) — Rare. 
*52. Phoma herbarum, West 

Louvain, sur tiges sèches d'Iris. — Décembre 1851. (M. Coemans.) 

53. Phoma spiraeae, Desmaz. 

Louvain, sur tiges sèches du Spiraea arunc. — Octobre 1850. — Rare. 
(Bruxelles , West, et VH. Cat 39.) 

54. Hypoxylon berberidis } West, et VH. 

Louvain, sur branches mortes de Yépine-vinette. — Juin 1852. — Assez 
rare. 

55. Hypoxylon bullatum, West, et VH. 

Louvain, sur branches mortes du Salix capr. — Novembre 1851. — Rare. 
(Forêt de Soigne, West, et VH. Cat 53. — West. Herb. crypt. 68.) 

56. Hypoxylon cinnabarinum, West, et VII. 
Louvain, sur bois mort. — Été 1850. 

(Namur, Bllk. Cat. 270. — West, et VH. Cat. 4Q. — West. Herb. crypt. 
364.) 

57. Hypoxylon coccineum, Kx. 

Louvain, au Jardin Botanique, parasite sur ÏHypoxyl. cupul. Kx. — 
Janvier 1852. — Rare. 

(Gand, Kx. l re Cent. 33. — Le P. Bellynck nous Ta communiqué des en- 
virons de Namur.) 



( 540 ) 

58. Hypoxylon mveum, West, et VH. 

Berthem, près de Louvain, sur branches mortes du peuplier. ■— Février 

1851. — Rare. 
(Parc de Bruxelles , West, et VH. Cat. 49.) 

59. Hypoxylon laburni , West, et VH. 

Louvain, sur branches sèches du Cytis. iaburn. — Aut. 1851. 
(Bruxelles, West, et VII. Cat. 47. — West. Herb. crypt. 363. — M. A. de 

Limminghe Ta recueilli dans les environs de Gentinnes, Bllk. Cat. 272.) 
CO. Xylaria polymorpha, Grev. 

Louvain, sur vieilles souches enterrées. — Décembre 1850. — Rare. 
(Namur, Bllk. Cat. 403. — S'-Willebrord , près d'Anvers , West, et VH. 

Cat. 56.) 

61. Xylaria carpopiiila, West, et VH. 

Vlierbeck, assez commun sur et dans le péricarpe du hêtre. — Mars 1852. 
(Bois de la Cambre, West, et VH. Cat. 57. —West. Herb. crypt. 114. — Le 
P. Bellynck nous Ta envoyé de Namur.) 

62. ASTEROMA PRUNELLAK, PuH. 

Vlierbeck, Terbank, sur les feuilles du Prunell. vulg. — Janvier 1851. 
(West. Herb. Crypt. 169. — Commun à Namur , Bllk. in litt.) 

*63. ASTEROMARETICULATUM, CfieV. 

Bois de Linden, sur feuilles sèches du Convall. bifol. — Dec. 1850. — 

Rare. 
(Mentionné par West. 2 e Not. 106. — West. Herb. crypt. 636.) 

64. Verrucaria gemmata, Ach. 

Vlierbeck , sur l'écorce du frêne. — Février 1 852. 
(Namur, Bllk. Cat. 398. — Ruysbroeck, près de Bruxelles, West, et VII. 
Cat. 62.) 

65. Verrucaria cwerea, Kx. 
Louvain, sur le saule. (M. Coemans.) 

(Ypres, Kx. 2 e Cent. 44. — West. Herb. crypt. 22.) 

66. Verrucaria muralis, Ach. 

Vlierbeck , sur le vieux plâtre du mur qui enclôt le cimetière. — Janvier 

1851. 
(West, et VII. Cat. 58.) 

67. SPnAERIA QUATERNATA, PerS. 

Vlierbeck, où cette espèce couvrait les branches mortes du hêtre. — 

Décembre 1851. 
(Entre Wetteren et Alost, Kx. l re Cent. 37. — Namur, Bllk. Cat. 384.) 

68. Sphaeria ditopa, />. 

Kesscl-Loo , Parc , sur branches mortes de Yaune. — Janvier 1851. 



( 547 ) 

(Namur, Bllk. Cat. 361. — West. Herb.crypt. 477.) 
09. Sphaeria epidermidis b microscopica, Desmaz. 

Vlierbeck et Louvain , sur les samares du frêne. — Décembre 1 850. 

(West. Herb. crypt. Zl A.) 
*70. Sphaeria maculans, Desmaz. 

Viemis , près de Linden , sur la partie ligneuse des vieux pieds du colza. 

— Janvier 1851. — Rare. 

(West. 2 e Not. 23. — West. Herb. crypt. 331.) 

71. SPHEItIA OCELLATA, Ft. 

Vlierbeck, dans le jardin de l'abbaye, sur le saule. — Décembre 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 378. — Courtrai, West. 2 e Not. 30.) 

72. Sphaeria tesselata, Pers. 

Louvain, sur branches mortes du saule. — Février 1851. — Rare. 
(Namur, Bllk. Cat. 391. — Ypres, West. 2 e Not. 31.) 

73. Sphaeria buxi , Desmaz. 

Vlierbeck, dans le jardin de l'abbaye, sur feuilles languissantes du buis. 

— Novembre 1851. (J.-J. Franco.) 

(Namur, Bllk. Cat. 356. — West. Herb. crypt. 26.) 

74. Sphaeria rtjsci, Wallr. 

Louvain, au Jardin Botanique, sur les feuilles du Ruscus acul. — Mars 

1852. 
(Gand, Kx. 3 e Cent. 27. — West. Herb. crypt. 535. — Namur, Bllk.. m 

litt) 

75. Sphaeria païella , Pers. 

Près tfAttenhoven, sur les tiges desséchées du Daucus carot. — Septem- 
bre 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 379. — West et VH. Cat. 66. —West. Herb.crypt. 324.) 

76. Sphaeria isariphora , Desmaz. 

Bleyenberg, près de Louvain, dans un chemin creux, sur les feuilles 

mortes du Stellar. holost. — Mars 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 369. — Ypres, West. l re Not. 27. — West. Herb. 

crypt. 174.) 

77. Sphaeria leguminis-cytisi, Desmaz. 

Louvain, sur les gousses sèches du Cytis. laburn. — Janvier 1851. 

(Namur, Bllk. Cat. 378. — Ypres et Bruges, W r est. l re Not. 24. — West, 
et VH. Cat. 74. — West. Herb. crypt. 62.) 
* 78. Sphaeria spartii , Nées. 

Vlierbeck, sur tiges mortes du Spartium scopar. — Janv. 1852. —Rare. 
* 79. Sphaeria turgida, Fr. 

Vlierbeck, sur rameaux secs du hêtre. — Février 1852. 

Tome xix. — II e part. 38 



(548 ) 

80. Sl'IIAERIA CONGLOMERATA, Wallr. 

Louvain, sur les feuilles du Cercis siliquastr. (M. Coemans.) 
(Flandres, Kx. 4 e Cent. 55. — Namur , BUk. in lût.) 

81. Sphaeria coniformis, Fr. 

riierbeck, sur tiges sèches de Y ortie. — Mars 1852. 
(Bruxelles, West, et VH. Cat. 65.) — Rare. 

82. Sphaeria lïcuenicola, Fr. 

Entre fféverlé et Corbeck-Dyle , sur les scutellesde plusieurs Lecanora. 

— Avril 1852. — Rare. 

(Dave, près de Namur, BUk. Cat. 572. — Gand, Kx. ¥ Cent. 34.) 
85. Valsa leiphaemia, Zie. 
Louvain, sur branches mortes du chêne. — Été 1851. — Rare. 
(Flandres, Kx. 5 e Cent. 21. — Namur, BUk. Cat. 371.) 

84. DlPLODIA SALICINA , Lév. 

Vlierbeck, dans le jardin de l'abbaye, sur branches mortes du saule. ~ 

Hiver 1850. — Rare. 
(Champion, Bllk. Cat. 252.) 

*85. DlPLODIA TRUNCATA, LeV. 

riierbeck, sur les jeunes rameaux secs du frêne. — Décembre 1851. 
(Courtrai, West. 2 e Not. 59.) 

*86. DlPLODIA CONGESTA, LeV. 

Louvain et Vlierbeck, sur branches mortes du noyer. — Décembre 1851 . 

— Rare. , 

*87. Diplodia xylostei, West. (Sphaeria, Fr.) 

Louvain, sur l'écorce d'un chèvrefeuille. — Été 1851. — Rare. 

88. Hendersonia sarmentorum, West. 

Louvain, sur les jeunes sarments de la vigne. — Février 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 265. — West. 2 e Not. 60.) 

89. Septoria Ciielidonii, Desmaz. 

•fféverlé, sur les feuilles du Chelidonium maj. — Juin 1852. 
(West, fferb. crypt. 425.) 

90. Septoria ficariae , Desmaz. 

Kessel-Loo, abondante sur les feuilles de la Ficaire. — ■ Mars 1852. 
(Dave , près de Namur, Bllk. Cat. 525. — West. Herb. crypt. 235.) 

91. Septoria urticae, Rob. 

Louvain, sur les feuilles de YUrtica urens. — Juin 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 348. — West, fferb. crypt. 489.) 

92. Septoria ranunculi, West, (in litt.) 

Cette espèce, qui paraît inédite, couvrait les feuilles du Ranunc. sr.eler. , 
dans les tourbières de riierbeck , en décembre 1851. 



( 549 ) 

95. Septoria buxi , Bellynck. 
Louvain, sur les feuilles du buis. — Juin 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 321.) 

94. Septoria stellariae, Rob. 

Kessel-Loo, sur les feuilles de YAlsine med. — Mars 1852. 
(Courtrai, West. 2 e Not. 72.) 

95. Septoria populi , Desmaz. 

Louvain et Flierbech, sur les feuilles du peuplier. (J.-J. Franco.) 
(Namur, Bllk. Cat. 538. — West. Herb. crypt. 500.) 
90. Septoria orchidearum , West. 
Kessel-Loo } dans les prés, sur les feuilles de YOrchis latif. — Juin 1852. 

— Rare. 
(West. 2 e Not. 74. — West. Ilerb. crypt.) 

97. Phacidium lauro-cerasi , Desmaz. 

Louvain, sur les feuilles mortes et tombées à terre du Prunus lauro- 

cerasus. — Octobre 1850. 
(Ypres , West. l re Not. 29. — Namur, Bllk. Cat. 295. - West. Berb. 

crypt. 75.) 

98. ECTOSTROMA LIRIODENDRI, iF>\ 

Louvain, au jardin botanique, sur les feuilles du tulipier. — Dec. 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 262. — West. Herb. crypt. 480.) 

99. Ectostroma tiliâe , Fr. 

Héverlé , sur les feuilles languissantes du tilleul. — Janvier 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 263.) 

100. Leptothyrium ribis , Lib. 

Louvain, sur les feuilles du Ribesrubr. — Novembre 1851. -—(J.-J. 

Franco.) 
(Namur, Bllk. Cat. 286. — West. Herb. crypt. 179.) 

101. Phyllosticta brassicae, West. 
Kessel-Loo, sur les feuilles du colza. — Mai 1852. 

(Courtrai, West. 2 e Not. 92. — Champion, Bllk. Cat. 320. — West. Herb. 
crypt. 294.) 

102. Phyllosticta camelliae, West. 

Louvain, sur les feuilles du Camell.japonic. — Mars 1852. ' 

(Courtrai, West. 2 e Not. 96.) 
105. Phyllosticta rhododendri, West. 

Louvain, sur les feuilles d'un Rhodod. — Février 1852. 

(Courtrai, West. 2 e Not. 100.) 
104. Pqyllosticta mercurialis, Desmaz. 

Héverlé et Kessel-Loo, sur les feuilles du Mercur. ann. — Dec. 1851. 



( 550 ) 

(Namur, Bllk. Cat. 507.— West. 2 e Not. 82 sub Septoria. -- West. fferb. 
crypt. 488.) 

105. PlIYLLOSTICTA PIUMULAECOLA , DcSmaZ. 

Louvain, sur les feuilles du Primul. elat. — Juin 1852. 

(Namur, Bllk. Cat. 509. — West. fferb. crypt. 487.) 
106. Phyllosticta violae, Desmaz. 

Louvain, sur les feuilles languissantes du Viola odor. — Dec. 1851. 

(Namur, Bllk. Cat. 512. — West, fferb. crypt. 486.) 
M 07. Hysterium nitidum, West. 

Vlierbeck, sur les tiges languissantes de la pivoine. — Octobre 1850. 

GASTÉROMYCES. 

108. SCLEROTIUM VARIUM, PerS. 

Louvain, sur des carottes pourries sous terre. — Février 1851. 
(West, et VH. Cat. 92. — West, fferb. crypt. 182.) 

109. SCLEROTIUM BETULINUM , Fr. 

Flierbech, dans le jardin de l'abbaye, sur les feuilles languissantes du 
bouleau. Octobre 1850. 

(West, fferb. crypt. 279. — West. 2 e Not. 112.) 
* 110. Sclerotium sphaeriaeforme leguminum , West. 

Louvain, sur les gousses sèches d'un Lathyrus. — Décembre 1851. 
111. Sclerotium compactum j3 juglandinum , West, et VH. 

Louvain et Linden , dans les coques de noix. — Décembre 1 850. 

(West, et VH. Cat. 89.) 
*112. Sclerotium compactum j3 tagetis , Desmaz. 

Louvain, sur l'involucre et les semences d'un Tagetes. — Décembre 1851. 
M 15. Sclerotium aesculi , West. 

Héverlé, dans le péricarpe du marronnier. — Novembre 1850. 

114. Sclerotium castaneae , West. 

Linden, dans le péricarpe du châtaignier. — Janv. 1851. (J.-J. Franco.) 
(Champion, Bllk. Cat. 450.) 

115. Sclerotium pyrinum, Nées. 

Louvain, sur une pomme pourrissant sous l'arbre. — Février 1852. 
(West, et VH. Cat. 90.) 

116. Sclerotium punctum, Lib. 

Linden, sur feuilles sèches du Convall. matai. — Janvier 1851. (J. J. 

Franco.) 
(Marches-les-Dames , près de Namur , Bllk. Cat. 454. — Jardin botanique 

de Bruxelles, West, et VH. Cat. 87. ) 

117. Sclerotium clavus y Lolii, Wallr. 



( 551 ) 

Flierbeck. — Décembre 1851. — (J.-J. Franco.) 
(Brasschael, West, et VH. Cat. 95.) 

118. Melampsora euphorbue, Cast. 

Kessel-Loo et Héverlé, sur les feuilles de YEuphorbia heliosc. — Sep- 
tembre 1851. 
(Courtrai, West. 2 e Not. 117.) 

119. Rhizomorpha sambuci, Chev. 

Louvain, à l'intérieur des branches du sureau. — Janvier 1852. 
(Bruxelles , West, et VH. Cat. 98. — Namur, Bllk. in lût.) 

120. Erysiphe compositarcm a Lappae, Duby. 

Vlierbeck, dans le jardin de l'abbaye, sur les feuilles de la bardane. — 

Aut. 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 417. — Blankenberghe, où nous l'avons observée en 

octobre 1850. — West. Hcrb. crypt. 411.) 

121. Erysiphe compositarum b Artemisiae } Lk. 

Louvain, sur les feuilles de Y armoise. — Décembre. (J.-J. Franco.) 

(Namur, Bllk. Cat. 409. — West. Herb. crypt. 411.) 
M 22. Erysiphe commuais h onagrariarum , Fr. 

Louvain, sur les feuilles du Circaea lutet. — Août 1850. (J.-J. Franco.) 
125. Erysiphe coryli, DC. 

Vlierbeck, dans le jardin de l'abbaye, sur les feuilles du coudrier. - 
Novembre 1850. (J.-J. Franco.) 

(Namur, Dave, Bllk. Cat. 412. — West. Herb. crypt. 413.) 

124. Erysiphe pisi, DC. 

Terbanck, sur les feuilles du Pisum sativ. — Dec. 1851. (J.-J. Franco.) 
(Champion, Bllk. Cat. 419.— West. Herb. crypt. 120.) 

125. Erysiphe viburni opuli, Mong. 

Flierbeck, sur les feuilles du Viburn. opul. — Dec. 1851. (J.-J. Franco.) 

126. Chaetomium eiatum, Kunze. 

Kessel-Loo, sur fanes sèches de la pomme de terre. — Décembre 1850. 
(Courtrai, West. 1" Not. 34. — West. Herb. crypt. 83.) 

127. DlDYMIUM CINEREUM, Fr. 

Vlierbeck, aux nœuds des branches mortes du peuplier.— Mai 1852. 
(Ypres et Thourout, Kx. 2 e Cent. 61. — West. Herb. crypt. 382.) 

128. Cenococcum geophilum, Fr. 

Bois (Tfféverlé, sur le terreau. — Mai 1852. (M. Coemans.) 
(Bois de la Cambre, West, et VH. Cat. 109. — Bruges, West. Herb 
crypt. 79.) 



( 552 ) 

URÉDINÉES. 

129. Roestelia cornuta , West, 
fféverlé, sur les, feuilles du Sorbus auc. — Juin 1852. — Rare. 
(Namur, Bllk. Cat. 511.) 

150. Aecidium bellidis , JYob. 

Nous avons trouvé cette espèce inédite (?), près de la porte de Diest, sur 
les feuilles de la pâquerette. — Décembre 1851. — Rare. 

151. Aecidium ficariae, Nées. 

Vlierbeck, sur les feuilles de la ficaire. ~- Avril 1852. 
(FooZjBilk. Cat. 452.) 

152. Aecidium ranunculi acris, Pers. 

Vlierbeck, sur les feuilles du Hanunc. acr. —- Avril 1852. 
(Dave , près de Namur, Bllk. Cat. 460.) 
155. Aecidium asperifolii, Pers. 
Louvain, sur les feuilles du Lycopsis arvensis. (M. Ch. De Brou, de Lou- 
vain.) 

154. Aecidium orchidearum , Desmaz. 

Kessel-Zoo, dans les prés, sur les feuilles de VOrchis latif. — Mai 1852. 
(West. Herb.crypt. 560. — Kx. 4 e Cent. 46.) 

155. Aecidium Periclymeni, DC. 

Linden, sur les feuilles du Lonieera periclymenum. — Juin 1852.— 

Rare. 
(Namur, Bllk. Cat. 457.) 

156. Uredo cubica, Strauss. 

Louvain, sur tiges et feuilles du Tragopog. prat. ~ Septembre 1851. 
(West, et VH. Cat. 115. — West. Herb. crypt. 529.) 

157. Uredo caprëarum, DC. 

Flierbeck, sur les feuilles du Salix capr. — Septembre 1850. 
(Namur, Bllk. Cat. 525.) 

158. Uredo mixta, Chev. 

Vlierbech, sur tiges et feuilles des jeunes saules. — Septembre 1851. 
(Namur, Bllk. Caf.545. - West, et VH. Cat. 125.) 

159. Uredo pinguis, DC. 

Vlierbech, , sur les feuilles et les pétioles de quelques rosiers. -— Juin 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 548. — Gand,Kx. 4 e Cent. 49.) 
140. Uredo violarum, DC. 
Linden, sur les feuilles du Viola canin. ~ Décembre 1850. 
(Amée, près de Namur, Bllk. Cat. 569. — Bois de la Cambre, West, et VH. 
Cat. 119.) 



(553 ) 

141. Uredo kuphrasiae, ic/iwm. 

Linden, sur les feuilles et les tiges de YEuphras. offtc. — Septembre 1851. 

(J.-J. Franco.) 
(Namur, Blik. Cat. 552. — West. Herb. crypt. 584.) 

142. Uhedo melampyri, DC. 

Même lieu, sur les feuilles et les tiges du Melampyr. sylv. — Septembr 

1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 544.) 

143. Uredo pruni, Cast. 

Louvain, sur les feuilles du prunier dômes t. — Été 1851. 
(West. Herb. crypt. 569.) 

144. Uredo luzulae, Desmaz. 

Bois d'Héverlé, mêlée au Puccinia luzulae, Lib n sur les feuilles du Lu- 

zula vern. — Octobre 1851. 
(Wagnée, Namur, Bllk. Cat. 542. — West. Herb. crypt. 566, à Avelghem.) 

145. Uredo pustulata« epilobiorum, Pers. 
Louvain, sur les feuilles de Vépilobe. — Juillet 1851. 

146. Uredo cichoracearum, DC. 

Louvain, sur les feuilles des Apargia et de VHierac. vulg. — Juin 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 524. — Blankenberghe , où nous l'avons observée en 
1850. — West. Herb. crypt. 287.) 

147. Uredo ovata, Strauss. 

Hérent, sur les feuilles du Popul. tremul. — Sept 1851. (J.-J. Franco.) 
(Dave, Bllk. Cat. 546.) 

148. Uredo aecidioides, DC. 

Vlierbeck, sur les feuilles du Populusalba. — Juin 1852. 
(Namur, Bllk. Cat 517. — West. Herb. crypt. 127.) 

149. Uredo armeriae, Dub. 

Louvain, sur les feuilles et les hampes de VJrmeria vulg. — Juin 1852, 
(Kx. 4 e Cent. 50. — Namur, Bllk. Cat. 519.) 

150. Uredo potentiel arum, DC. 

Vlierbeck, sur les feuilles et les pétioles du Potentill. frag. — Avril 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 551.) 

151. Uredo labiatarum, DC. 

Rosselaer, sur les feuilles des menthes. — Septembre 1851. 
(Anvers, West, et VH. Cat. 126. — Dave, Bllk. Cat. 540. - West. Herb. 
crypt. 388.) 

152. Uredo hypericordm, DC. 

Linden y Terbanck, sur les feuilles des Hyperic. perfol. et pulch. — 
Août 1851. 



( 554 ) 

(Jardin botanique d'Anvers, sur V Hyper, andros. — West, et VH. Cat. 

117. — Wépion, Bllk. Cat. 559. — West, fferb. crypt. 565.) 
1 55. Uredo campanulae , Pers. 
Linden, Vlierbeck, Kesselberg , fféverîé , etc. , etc., sur les Campanul. 

rotundif., trachel. et rapunc. — Aut. 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 522. —West, et VH. Cat. 118. — West, Herb. crypt. 

385.) 

154. COBTHEBfl DISCIFORME , Kutize. 

Louvain , mêlé au VaUa leiphaemia, Fr. , sur les branches mortes 

du chêne. — Été 1851. — Rare. 
(Flandres, Kx. 4 e Cent. 58.) 

155. Stilbospora macrosperma, Pers. 

fféverîé, sur l'écorce vivante du charme. — Décembre 1851. 
(Sleydinge, Kx. l re Cent. 53. — West. fferb. crypt. 575.) 

156. EXOSPORIUM MACULANS , Lk. 

Vlierbeck, abonde sur les fanes de la pomme de terre. 
(Namur, Bllk. Cat. 47 1. — West, et VH. Cat. 128. — West, fferb. crypt. 
579.) 

157. Meianconium ovatum, Lk. 

Louvain et Vlierbeck, sur rameaux secs du noyer. — Février 1851. 
(Flandres, Kx. l re Cent. 51. — West. Herb. crypt. 151.) 

158. Pestalozzia funerea , Desmaz. 

Vlierbeck , sur feuilles sèches des Thuya. — Février 1851. 
(West. 2 e JYot. 165. — West, fferb. crypt. 491.) 

159. Pestalozzia guepini /3 rhododendri , West. 

Louvain et Vlierbeck, sur feuilles de Rhododend. — Aut. 1851. 

160. Fusarium roseum, Lk. 

Louvain , sur gousses sèches d'un Lathyrus et sur feuilles du Zea maïs. 

— Aut. 1851. — Rare. 
(Jardin Botanique de Bruxelles, West, et VH. Cat. 152.) 

161. Vermicularia dianthi, West. 

Louvain, sur tiges mortes duDianthus barb. — Aut. 1851. 
(Courtrai, West. 2 e Not. 146. — West, fferb. crypt. 292.) 

162. PUCCINIA DIANTHI, DC. 

Louvain, sur les feuilles du Dianth. barb. — Octobre 1850. 
(Dave. Bllk. Cat. 494. — West, fferb. crypt. 292.) 

165. PUCCINIA CLINOPODII , DC. 

fféverîé et Terbanck, sur feuilles et tiges du Clinopod. vulg. — Aut. 1 851 . 
(Grammont, Kx. 4 e Cent. 55. — Namur, Bllk. Cat. 492.) — Rare. 

164. PUCCINIA VAILtANTIAE, PerS . 



( 555 ) 

Bleyenberg , près de Wilsele, dans un chemin creux, sur les feuilles du 

Vaillantia cruciat. — Septembre 1 851 . — Rare. 
(Avelghem, West. 2 e Not. 154. —West. Herb. crypt. 584.) 

165. PUCCINIAHETEROCHROA, Rob. 

Héverlé , sur les feuilles du Vaillantia cruciat. — Décembre 1851. (J.-J. 

Franco.) . 
(Courtrai, West. 2 e Not. 155. — West. Herb. crypt. 584.) 

16G. PCCCINIA GLECHOMATIS , DC. 

Linden et Zoetwater, sur les feuilles du Glechoma J/eder. — Sept. 1851 . 
(Nieukerken , Kx. 4 e Cent. 54. — West. Herb. crypt. 421.) — Rare. 

167. Coniothecium betulinum, Corda. 

Vlierbeck , abondant sur les branches sèches du bouleau. 
(Flandres, Kx. 3 e Cent. 47. — Namur, Bllk. Cat. 467. — West. Herb. 
crypt. 574.) 

CHAMPIGNONS. 

168. Periola tometttosa, Fr. 

Louvain, sur les pommes de terre, dans les caves. — Décembre 1851. 
(Flandres, Kx. l re Cent. 55. — West. Herb. crypt. 43.) 

169. Cenangium quercinum , Fr. 

Linden , sur branches sèches du chêne. — Décembre 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 586. — West. Herb. crypt. 86.) 

170. PezizahumosAj/V. 

Linden, Kessel~Loo, Kesselberg, Héverlé, Louvain, sur la terre, parmi 

la mousse. — Février 1851. 
(Wetteren, Kx. l re Cent. 58.) 
* 171. Peziza citrina, Batsch. 

Kessel-Loo , sur souches d'awne. — Hiver 1851. 
(West. 2 e Not. 176.) 
M 72. Peziza villosa, Pers. 

Vlierbeck, sur tiges languissantes du Spartium scop. — Février 1851. — 
Rare. 

173. Daedalea unicolor, Fr. 

Bois de Linden, sur vieilles souches. — Décembre 1850. — ■ • Rare. 
(Forêt de Soigne, West, et VH. Cat. 160. — Amée, Bllk. Cat. 594.) 

174. POLYPORDS RIBIS,/V. 

Louvain et Vlierbeck, au pied du Ribesrubr.— Hiver 1850. 
(Flandres, Kx.l re Cent. 84.) 
M 75. Polyporus zonatus, Fr. 

Bosch , près de Kesselberg, sur bois pourri. — Février 1851. — Rare. 



(556) 

] 70. Clavaria mjgosa , Bull. 

Sapinières de Linden , sur la terre. — Janvier 1851. — Rare. 
(West. 2 e Not. 183.) 

177. CONIOPHORA MEMBRANACEA , DC. 

Louvain, sur le plâtre d'un plafond humide. — Rare. 
(M. Ch. de Brou , de Louvàin.) 

RYSSOIDÉES. 



Héverlé, sur les feuilles de Y Jcer pseudoplat. — Dec. 1851. (M. Coe- 
mans.) 

179. Erineum purpurascens , Gaertn. 

Vlierbeck, sur les feuilles de Vacer campestr. — Décembre 1851. (M. Coe- 

mans.) 
(Dave,BHk. Cat. 649.) 

180. Erineum fagineum (3 purpurascens , Desmaz. 

Wespelaer , dans la villa de M. de Marneffe, sur les feuilles du hêtre 

pourpre. — Août 1851. 
(Jardin botanique de Bruxelles, West, et VH. Cat. 166.) 
* 181. Erineum aesculeum, iVb&. 
Nous avons trouvé cette espèce , qui paraît inédite , sur les feuilles du mar- 
ronnier, à Flierbeck. — Octobre 1851 . 

182. Oïdium tuckeri , Berli. 

Louvain y sur les deux faces des feuilles et sur les fruits de la vigne. — 

Août 1851. (J.-J. Franco.) 
(Namur, Bllk. Cat. 662. — Gand, West. 2 e Not. 186.) 

183. TORULA HERBARUM, LU. 

Louvain , sur tiges languissantes du Malva sylvat. — Décembre 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 669. — West, et VH. Cat. 171 . — West. sHerb. crypt. 
342.) 

184. Cladosporium dendriticum, Wallr. 
Flierbeck, sur les feuilles du poirier. — Mai 1852. 
(Namur, Bllk. Cat. 639. — West. 2 e Not. 188.) 

185. Sepedonium mycophilum, Lk. 

Bois de Linden } sur les bolets en décomposition. — Décembre 1850. 
(Brasschaet, West, et VH. Cat. 181. — Bllk. Cat. 666. — West. Herb. 
crypt. 436.) 

186. Chaetostroma buxi, Corda. 

Louvain, sur feuilles languissantes du buis. — Décembre 1851. 
(Namur, Bllk. Cat. 655. — West. 2 e Not. 197. — West. Herb. crypt. 49.) 



( 357 ) 

187. SrOKENDOJlKMA CASEI , DeSmUZ. 

Louvain, sur les fromages salés de Hollande. (M. Éd. Martens, de Lou- 

vain.) 
(West. 1" Not. 52. — West. Herb. crypt 300. — Namur, Bllk. Cat. 667.) 

188. Fusidium parasiticum, West. 

Flierbech, parasite sur le stroma du Xylaria cornuta. 

(West. 2 e Not. 187. — Namur, Bllk. Cat. 694. — West. Herb. crypt. 595.) 

ALGUES. 

1 89. Protococcus vulgaris , Kutz. 

Louvain , sur le tronc des arbres. — Décembre 1850. 

(Bllk. Cat. 684. - West. 2 e Not. 214. — West. Herb. crypt. 599.) 

190. Protococcus ciiustaceus , Kutz. 

Louvain, sur le tronc du noyer. — Décembre 1851. 
* 191. Palmella cruenta, Lyngb. 

Linden et Louvain , au pied des murs humides. — Print. 1 851 . 
192. Chthonoblastus Vaucheri, Kutz. 

Linden , sur la terre , au pied des murs. — Juin 1852. 

(West. 2 e Not. 212. — Herb. crypt. 598.) 



( 558 



CLASSE DES LETTRES. 



Séance du 2 août 1852. 

M. le baron de Gerlache, président de l'Académie. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le chevalier Marchai , Steur, le baron 
de Stassart, de Ram, Roulez, Lesbroussart , Gachard, 
Borgnet, le baron J. de S l -Genois, Yan Meenen, De Dec- 
ker, Schayes, Bormans, M, N. Leclercq, membres; Nolet 
de Brauwere van Steenland, associé; Mathieu, Ghalon , 
correspondants. 

MM. Alvin , Éd. Fétis , membres de la classe des beaux- 
arts, et le professeur Van Galen assistent à la séance. 



GORRESPONDANGE. 



M. Paul Devaux, répondant à un appel fait à tous les 
membres de l'Académie, fait parvenir, pour être déposé 
dans la bibliothèque de la compagnie, un exemplaire com- 
plet de la Revue nationale, et un volume renfermant les 
articles politiques qu'il a publiés dans ce recueil. 

M. V. Gioberti , associé de l'Académie, fait également 



( 559 ) 

hommage d'un exemplaire de son ouvrage Del rinnova- 
mento civile d'Italia. 
Remercîments. 

— La Société royale artistique de Londres remercie 
l'Académie pour l'envoi de ses publications , et commu- 
nique les résultats de ses travaux. 

— M. le colonel Renard fait parvenir un ouvrage ma- 
nuscrit intitulé : Réponse aux nouvelles recherches de M. le 
chanoine David sur le cours primitif de l'Escaut. — ( Com- 
missaires : MM. le chanoine De Smet et le baron J. de 
S l -Genois). 



PUBLICATIONS PROJETÉES PAR L'ACADÉMIE. 

Le secrétaire perpétuel rappelle qu'aux termes d'un 
arrêté royal en date du 1 er décembre 1845, l'Académie a 
été chargée de l'exécution des travaux suivants : 

d° D'une biographie nationale; 

2° D'une collection des grands écrivains du pays , avec 
traductions, notices, etc.; 

3° De la publication des anciens monuments de la lit- 
térature flamande. 

Par suite du manque de fonds nécessaires pour com- 
mencer ces grandes entreprises , l'Académie s'est vue 
forcée d'en ajourner l'exécution. Cependant, M. le Ministre 
de l'intérieur ayant fait connaître, dans ces derniers temps, 
qu'il était disposé à demander à la Législature un subside 
extraordinaire, il a été nommé trois commissions spé- 
ciales chargées de préparer les éléments d'un rapport gé- 



( 560 ) 

néral exposant la marche à suivre pour satisfaire à l'arrêté 
précité, et un aperçu des dépenses que nécessiteraient les 
trois publications faites simultanément. 

Deux de ces commissions ont déjà déposé leurs rap- 
ports par l'intermédiaire de M. le baron de Stassart et de 
M. Snellaert. La troisième, celle de la biographie natio- 
nale, n'a pas encore terminé son travail. M. Fétis, par 
suite des occupations nombreuses que lui impose la direc- 
tion du Conservatoire, n'a pu achever encore le rapport 
spécial qu'il avait bien voulu consentira rédiger. La classe 
a été d'avis de laisser au savant rapporteur le temps né- 
cessaire pour terminer son travail, et de donner à M. le 
Ministre de l'intérieur les renseignements nécessaires sur 
les causes du retard. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Du delta de l'Escaut, seconde notice concernant le canal de 
Gand au Sas-de-Gand et à Terneuzen; par le chevalier 
Marchai , membre de l'Académie. 

J'ai expliqué, par mes notices du 5 mars et du 5 décembre 
de la même année 1849 (1), les causes de la construction 
du canal de Bruxelles au Rupel et de Gand au Sas-de-Gand. 
Les travaux de l'un et de l'autre furent commencés en 1550 
et 1551. Celui de Bruxelles fut achevé en 1561 , celui de 



(1) Bulletins, tome XVI, l re partie, p. 369, et 2* partie, p. 562. 



( 561 ) 
Gand en 1565. La construction de tous les deux avait pour 
objet une communication avec la pleine mer, pour Futilité 
de la navigation commerciale , mais celui du Sas-de-Gand 
devait servir aussi à l'écoulement des eaux surabondantes 
de l'intérieur de la ville de Gand. Je vais expliquer que ce 
canal est le renouvellement du principal des bras septen- 
trionaux du delta de l'Escaut, totalement distincts du bras 
oriental, qui a conservé le nom de ce fleuve, ou d'Escaut 
inférieur relativement à la ville de Gand. 

Tous les fleuves ont un delta. Les causes de leur forma- 
tion en palme ou éventail, ont été décrites par MM. Huot, 
Balbi , Ritter et d'autres géographes, comme je l'ai dit dans 
ma notice du 5 décembre 1849. Ce phénomène provient 
de la résistance que l'eau douce et fluviale éprouve, surtout 
à chaque marée montante, en se mêlant à l'eau pélagique, 
qui est plus pesante. Tels sont le delta du Nil , qui a donné 
son nom à tous les autres, ceux du Rhône , du Gange, etc. 
Si plusieurs fleuves n'ont pas encore un delta visible, il 
n'en existe pas moins sous les eaux; il en sortira dans un 
temps à venir. Telle est la barre de la Loire, de la Seine, 
du Tage. 

Ces mêmes géographes ont aussi constaté que d'autres 
fleuves ont ce qu'ils appellent un faux delta, c'est-à-dire 
un delta dont un des bras est déjà obstrué, tandis que 
l'autre bras est devenu le déversoir unique. Telle est la 
Gironde. 

L'Escaut présente un autre phénomène qui ne s'observe 
nulle part. Après l'entrée de ce fleuve dans la ville de Gand, 
au pied du versant oriental de l'antique Mont-Blandin ou 
de S'-Pierre, il y a, de l'autre côté de ce promontoire, au 
pied du versant occidental , l'entrée de la Lys, qui a son 
confluent dans l'Escaut , au pied du versant septentrional 



( 562 ) 

de ce même promontoire, par plusieurs embranchements, 
tant naturels qu'artificiels. Après ce confluent, les eaux se 
partagent, dans la ville même de Gand , en deux ramifica- 
tions, sans compter le déversoir de la Lieve, à l'occident, 
dont l'une qui forme un courant unique, se dirige, à l'o- 
rient, vers Termonde et Anvers. L'autre déversoir sort au 
nord de la ville de Gand, circule dans la direction du nord 
pendant environ deux lieues jusque sur le territoire de la 
paroisse de Mendonck. Là, il se sépare en palme ou éven- 
tail; ses ramifications aboutissent au Hont, principale- 
ment par Biervliet, Axel, Hulst, Schaftingen, et dans le 
bras oriental de l'Escaut, par la Durme à Thielrode, entre 
Termonde et Rupelmonde. 11 me semble que l'on doit re- 
connaître dans cette bifurcation du bras septentional avec 
sa palme ou éventail, à travers le pays de Waes et du bras 
oriental ou Escaut inférieur autour du pays de Waes, tous 
les caractères d'un delta. Qu'importe s'il commence dans 
la ville même de Gand, du côté où circule la Lys et s'il 
paraît provenir de la Lys après son confluent avec l'Es- 
caut, comme il est dit au MS. 45111 et dans d'autres 
ouvrages, ce n'en est pas moins un delta. En effet, le 
canal du Sas-de-Gand n'est pas alimenté par une simple 
prise d'eau, comme, entre autres, le canal de Bruxelles, 
mais c'est un déversoir continuel des eaux surabon- 
dantes, qui actuellement se jettent en cascades, à l'extré- 
mité du nord de la ville, par les trois ouvertures d'une 
écluse à poutrelles à côté de laquelle, à l'orient, se trouve 
une écluse à sas pour la navigation ; ces travaux, améliorés 
pendant les dernières années du Gouvernement précédent, 
lorsque le canal du Sas-de-Gand fut prolongé jusqu'à Ter- 
neuzen, sont fort supérieurs à ceux que Ton voit sur les 
anciennes cartes de la ville de Gand, qui ont paru depuis 



( 563 ) 

celle qui est annexée à la Flandria illustrata de Sanderus. 
On peut consulter aussi le plan à vue d'oiseau dessiné en 
1534 et publié en 1852. 

J'ai expliqué, dans ma notice du 5 décembre 1849, que le 
bief, depuis les trois cascades et l'écluse à sas, est, en terme 
moyen, d'un mètre dix centimètres au-dessous de la nappe 
des eaux de l'intérieur de la ville; qu'à deux myriamètres 
ou quatre lieues en aval , dans la ville même de Sas-de- 
Gand , il y a une seconde écluse à sas, dont les eaux sur- 
abondantes s'écoulent, aussi continuellement, aux deux 
côtés du bassin ; alors le second bief est de 1 mètre 48 cen^ 
timètres jusqu'à Terneusen : par conséquent, la plaine de 
la ville de Gand n'est qu'à 2 mètres 58 centimètres au- 
dessus des eaux pélagiques du Hont. 

Selon un rapport de M. l'inspecteur divisionnaire des 
ponts et chaussées Vifquin, au Ministre des travaux pu- 
blics, concernant un projet de canalisation tant de la Lys 
que de l'Escaut en amont de la ville de Gand , rapport 
imprimé en février 1840, il n'y a pour l'Escaut en amont 
jusqu'à Audenarde , sur une distance de 48 kilomètres, que 

4 mètres 15 centimètres de chute d'eau et jusqu'à Tournay, 
sur une étendue de 107 kilomètres, que 9 mètres 96 cen- 
timètres. La Lys, à Haerlebeek, n'a en amont que 5 mètres 

5 centimètres au-dessus des eaux de Gand. L'on jugera, 
par ces faibles niveaux, combien les deux Flandres sont 
peu élevées au-dessus des eaux pélagiques. 

Le déversoir septentrional de ce delta, séparé de celui 
de Termonde en amont d'Anvers par un sol d'alluvion , ce 
qui démontre l'origine d'un delta (voir la carte géologique 
deM. Dumont,notre honorable collègue), a toujours existé. 
On appelait, avant sa canalisation, achevée en 1565, Burg- 
graven Visscherye, la pêcherie du burggrave ou châtelain, 
Tome xix. — II e part. 39 



( 564 ) 

la section jusqu'à la palme de ses ramifications en la pa- 
roisse de Mendonck. Il en est fait mention dans plusieurs 
diplômes, entre autres dans celui de 1290, de Guy de 
Dampierre et celui de 1529, qui est l'acte de vente de 
cette pêcherie, par le châtelain, à la commune de Gand. 
Sanderus, dans la description des rivières de Gand (voir 
Flandria illustrata) , lui donne le nom de Moer, c'est-à-dire 
marécage. 

Pour mieux démontrer l'ancienneté de la palme ou éven- 
tail du bras septentrional de l'Escaut, je joins ici le calque 
d'une carte qui est la copie authentique d'une partie d'un 
dessin hydrographique de la fin du XIII e siècle ou des 
deux premiers tiers du XIV e . M. Warnkônig (Histoire de 
Flandre ,tome II, p. 26) lui conteste la date de l'année 1274. 
Cependant, c'est le dessin grossier de toutes les cartes de 
cette époque, comme on le voit dans plusieurs MSS. de la 
Bibliothèque royale, sur lesquels les rivières seules sont 
tracées : il n'y avait pas encore de grandes routes. 11 faut 
1285, comme je le prouverai plus loin d'après Meyerus. 

Cette copie authentique provient de l'abbaye de Saint- 
Pierre; elle est actuellement déposée aux archives de la 
Flandre orientale. M. l'archiviste Vander Mersch et 
M. Parthon, archiviste-adjoint, ont eu l'obligeance de 
m'en laisser prendre un calque. On lit au pied de la carte : 
Dese chaerte is de doubel van eene ghelycke chaerte, my 
ondersc 6 ter handt ghedaen, by heer en M r Jan Jaques de 
Brabant, hcere vand r Havere, Raet ordinaire inden rade 
van Vlanderen, by my Lieven van Thuyne, geometer, 1617. 
(Signature : Manu propria.) La date que je viens de donner 
à l'original de cette carte paraîtra probable, parce qu'on 
n'y voit pas les traces de l'épouvantable cataclysme du 16 
novembre 1577 , qui forma la crique du Hont, à laquelle le 



( 565 ) 

canal du Sas-de-Gand est venu aboutir en 1503. Ce désas- 
tre inonda 17 villages, à l'embouchure de la ramification 
deGand et Mendonck, aboutissant à Biervliet; je l'ai mar- 
quée en pointillage par les lettres A , A , A. Alors Biervliet, 
qui était sur le continent, comme on le voit sur la carte, se 
trouva dans une île (en 1377), comme on le remarque entre 
autres dans la carte antérieure à 1567, qui est à la première 
édition de la description des Pays-Bas par Guichardin. 

La plupart de ces villages étaient situés du côté du 
Franc-de-Bruges. L'annaliste Meyerus, qui en donne la 
liste, ajoute : Damnum hic acceptum vix aestimariposset, 
extincta omne genus animantia, quis quiret dinumerare? 
Domus, horrea , fortunaeque hominum super aquas fluctua- 
bant. Ce désastre est indiqué au bas de la carte, par une 
annotation, en langue flamande, avec celle de deux autres 
inondations: la première, en 1173, sur la Lys; la seconde, 
en 1274 (il faut 1285, selon Meyerus; voir ci-dessus), à 
l'île de Duiveland en Zélande. Ces annotations ont été faites 
en 1617, par le copiste, sur cette carte ancienne. Le bras 
aboutissant à Biervliet, au lieu d'être une crique y est une 
rivière dont le cours n'est pas interrompu depuis Men- 
donck; il s'élargit peu à peu, comme il arrive à toutes les 
rivières vers leurs embouchures. Comme cette rivière est 
devenue, en 1563, le canal de Gand au Sas-de-Gand, je 
ferai observer que, depuis B jusqu'à C, il y a une courbure 
vers l'orient. Dans l'intérieur, à peu près au centre, se 
trouve le village de Selzaete; à l'extérieur, il y a deux 
jonctions D, E, qui réunissent cette ramification à la 
rivière qui aboutit à Westdorp et Axel. Tout porte à croire 
que cette déviation a été poussée vers l'orient, parce qu'il 
y avait, à l'intérieur, une dune de mer plusieurs fois dé- 
chirée par des cataclysmes. Elle se sera étendue (voir F, 



( 566 ) 

F, F) sur la courbure avec les deux jonctions et les aura 
ensablées. La description en a été faite par feu notre hono- 
rable collègue M. Belpaire, dans un mémoire académique 
sur les changements de la côte, depuis Anvers jusqu'à 
Boulogne, que j'ai cité dans ma notice du 5 décembre 1849. 
J'y explique, en donnant le texte de l'octroi de canalisation 
de 1547, que cette dune était la Lantdyk, citée dans cet 
octroi, qui devait être déblayée, et que la crique du Hont, 
dans l'ordonnance, en langue flamande, de 1551 , explica- 
tive de l'acte de 1547, était le Verdronckenland. J'ai mar- 
qué, sur la carte, le déblai du canal par un pointillage 
depuis B jusqu'à la lettre C. Le tronçon remontant, avant le 
déblai, jusqu'à la ramification vers Mendonck, était la par- 
tie septentrionale, devenue marécageuse, du Burggraven 
Visscherye. (Voir les lettres X) 

Je ne dirai rien d'une autre carte copiée par le même 
géomètre , en 1617, qui est le dessin des îles de la Zélande 
et de la rive flamande «du Hont. M. Warnkônig en fait men- 
tion (t. II, p. 26); elle est gravée incorrectement à la 
page 120 de la chronique de Smallegang; je n'en ai pu faire 
usage, parce qu'elle ne s'étend pas jusques à Gand; cepen- 
dant je dois faire quelques observations sur les ensable- 
ments du delta de l'Escaut qui ont formé le pays de Waes. 

Le Rhin, en descendant du sud au nord, est forcé, par 
les collines du pays de Clèves , de se détourner brusque- 
ment vers l'occident. Il rencontre, après la bifurcation du 
Vahal et de l'Yssel , les bouches de la Meuse , qu'il force , 
par sa puissance supérieure, de se détourner aussi vers l'oc- 
cident. Les deux fleuves exercent la même pression sur le 
bras de l'Escaut qui descend d'Anvers à Berg-op-Zoom. Il 
est résulté de tout cela les alluvions ou la formation des 
îles de la Hollande et de la Zélande et les deux bras de mer, 



(567) 

dont l'un a le nom d'Escaut oriental , l'autre celui d'Escaut 
occidental ou de Hont; mais ce dernier croise perpendicu- 
lairement toutes les embouchures de la palme septentrio- 
nale du delta, provenant des eaux surabondantes de la ville 
de Gand : l'obstacle est augmenté deux fois, chaque jour, 
par la marée montante : c'est donc un barrage qui fait hâ- 
ter les atterrissements. Ceux du Sas-de-Gand à Terneuze, 
depuis l'an 1563, pourraient servir de base pour calculer 
l'époque où ils commencèrent près de la ville de Gand ; ils 
ne remontent peut-être pas de 3,500 à 4,000 ans. 

J'ajouterai que, sur la carte ci-jointe du XIII e ou XIV e 
siècle, on voit mieux que sur les cartes modernes, que la 
ramification de Biervliet se prolonge à l'autre rive du Hont, 
entre les deux îles de Beveland et celle de Walcheren. Il 
serait possible que, dans un temps antérieur à la puissance 
du Hont, celte prolongation eût été celle du bras septen- 
trional, descendant directement du sol où est bâtie actuel- 
lement la ville de Gand. 

Avant la construction du canal du Sas-de-Gand, le bras 
principal fut celui d'Axel. Sanderus dit : Fluvio Wasiano 
miscetur, Inde versus Axelam, Oceanum petit. En effet , sur 
les cartes de la fin du XVI e siècle et de la première moitié 
du XVII e , le tracé depuis Gand jusqu'à Axel et au Hont 
est marqué par une grosse ligne; c'était donc le principal 
des déversoirs septentrionaux du delta. On le voit : 

1°, A la page 216 de la l re édition de 1567 et dans les 
autres éditions de Guichardin ; 

2° A la page 62 de l'atlas : Nieuw nederlansche Caert- 
boek, avec des descriptions de Reiner us-Tel le. Amsterdam , 
Abraham Goes, 1616; 

3° A la page 44 de l'atlas, intitulé : Germania inferior, 
par Kœrius. Amsterdam, 1617; 



( 568 ) 

4° A la page 154-155 , t. P r de la l re édition de 1G41 de 
la Flandria illustrata, par Sanderus. Voir la carte: Epi- 
scopatus gandavensis. Voir aussi tome III e , p. 617-618. 

Enfin, si l'on consulte les cartes modernes de Ferraris, 
de Capitaine et autres , on aura la certitude non-seulement 
de la communication des eaux avec Axel, mais aussi des 
sillons de la palme des ramifications vers Hulst, Schaf- 
tingen et autres jusqu'au Hont, de la Durme jusqu'à Thiel- 
rode, dans le bras oriental qui a conservé le nom de 
l'Escaut. 

C'est donc par ces ramifications septentrionales aboutis- 
sant au Hont, sur lesquelles des bateaux circulent encore 
actuellement tous les jours , que les flottes, ou pour mieux 
dire les yoles, canots très-légers à voiles et à rames, et les 
chaloupes de Charlemagne descendaient du Portus gan- 
densis à la pleine mer. Les Normands remontèrent par les 
mêmes voies jusqu'au même Portus gandensis. Je l'ai dé- 
montré dans un appendice à ma notice du 5 décembre 
1849, concernant l'état de la marine jusqu'au temps des 
croisades. Mais lorsqu'aux XII e , XIII e , XIV e et XV e siècles 
les navires flamands d'un fort tonnage faisaient le cabotage 
de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, jusqu'à Constanti- 
nople, la Terre-Sainte et Alexandrie d'Egypte, la riche et 
puissante commune de Gand obtint de son souverain, le 
comte de Flandre, après avoir abandonné les ramifications 
en partie ensablées jusqu'au Hont et d'une navigation 
pénible, plusieurs privilèges pour améliorer la canalisa- 
tion de la Lieve, depuis la ville de Gand jusqu'au port de 
Damme, sur le Zwyn , rivière de Bruges , couverte des na- 
vires de commerce de toutes les nations. Il en existe plu- 
sieurs titres diplomatiques, je me bornerai à citer : 1° Celui 
de l'année 1228, avec les lettres patentes de 1251 (Voir 



(569 ) 

Sanderus, Flandria illustrata); 2° celui de l'année 1269; 
5° Le tarif des péages de l'année 1522. (Voir MS. 16712 
de la Bibliothèque royale.) Les bourgeois de la commune 
de Gand en étaient exempts , ce qui fut une des causes de 
l'augmentation de leur prospérité. 

Mais lorsque , pendant le premier tiers du XVI e siècle, la 
rivière de Bruges, et surtout le port de l'Écluse, qui en est 
l'entrée, s'ensablèrent tellement que la navigation pour les 
gros bâtiments en devint difficile , les marchands préfé- 
rèrent le port d'Anvers. Alors le magistrat dé la ville de 
Gand sollicita du souverain, et en obtint, à l'imitation de 
la construction du canal de Bruxelles , l'autorisation de 
faire le curage et de redresser le Burggraven Visscherye, 
propriété de la ville de Gand, de creuser la Lantdyck, 
d'aboutir à la crique du Hont et d'y construire la ville 
et l'écluse du Sas-de-Gand. Par cette grande opération, 
l'antique déversoir de Biervliet redevint, au lieu de celui 
d'Axel, le principal bras septentrional du delta; il fut ca- 
nalisé. De là proviennent les termes du diplôme en lan- 
gue française, du 26 mai 1547, qui autorise cette cana- 
lisation, et qui porte que ceux de Gand ont trouvé un 
vieil fouyz prendant commenchement hors la rivière d'icelle 
ville, etc. J'ai cité, en entier, le texte de cet octroi dans la 
notice du 5 décembre 1849; je pourrais y ajouter l'ordon- 
nance de l'an 1551 en langue flamande, qui en est le dé- 
veloppement , et dans lequel on lit que l'on doit déblayer 
eene nieuve schoone rivier ofte vaert. De là le nom de Nieu- 
waert donné à ce canal , selon le texte contemporain de 
Guichardin ; il dit que les eaux s'écoulent de la ville de 
Gand vers la mer « avec grande commodité de navigaige, 
par le Nieuwaert, qui est un grand canal renouvelé, aug- 
menté et amplifié puis naguères; » delà enfin, le mémoire, 



( 570 ) 
de l'année 1747, de l'ingénieur Franquet, et les magni- 
fiques travaux exécutés pendant les dernières années du 
Gouvernement précédent- ils sont cités dans le mémoire 
de M. l'inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées 
Vifquin, concernant les voies navigables en Belgique. 

Enfin, pour compléter le récit de la construction du 
Nieuwaert, je dois dire qu'une déclaration royale, du 6 dé- 
cembre 1556, de Philippe II, imprimée aux placards de 
Flandre, accordait aux « francs navieurs » de la ville de 
Gand (de vrye schippcrs), les mêmes privilèges que ceux an- 
térieurement octroyés pour l'Escaut, la Lys et la Lieve. 

Quelques détails sont nécessaires sur la Fosse Otto- 
nienne, construite en 941 ou 949, selon la chronique de 
S'-Bavon. Cependant je lis sur la carte du XII e au XIII e siè- 
cle une annotation qui est écrite dans le Hont, près de 
l'île de Walcheren, et finit près de l'entrée de Biervliet; 
je la crois rédigée par le géomètre en 1017 : In 't jaer 
980 waren de duynen duergraven tuschen Vlaenderen en 
Zeelande byden keysser Otlo diet men hier noempt de Wyel- 
linghen ende hadde die name Otto Gracht. 

J'ai parcouru plusieurs fois ce canal en entier (X, X, 
X, etc.); j'y ai observé qu'il s'y trouve deux embranche- 
ments, celui d'orient vers le pays de Waes (F), et celui 
d'occident (Z) vers les faibles collines qui séparent le bassin 
des bras septentrionaux du delta de i'Escaut, rivière de 
Gand, d'avec le bassin du Zwyn, rivière de Bruges. 

Comme il y a, sur le chemin de halage, des piquets 
d'hectomètre en hectomètre, depuis la ville de Gand, j'in- 
diquerai, par les numéros de ces piquets, tous les détails 
qui vont suivre. 

L'embranchement de droite, ou d'orient vers le pays de 
Waes, commence au piquet n° 98, c'est-à-dire à environ 



(571 ) 

deux lieues de distance de la ville de Gand ; j'en ai fait 
mention au 4 e paragraphe de la présente notice, en disant 
qu'il sort du bras septentrional du delta en la paroisse de 
Mendonck. Il a toujours existé, comme on le voit à la carte 
ci-jointe du XIII e ou XIV e siècle. C'est, comme je l'ai dit, 
l'origine de la palme dont les ramifications sillonnent le 
pays de Waes, c'est-à-dire le commencement du Moervaert. 
A l'entrée, on a construit une écluse à sas pour empêcher 
l'excès de la déviation des eaux du canal du Sas-de-Gand 
ou des eaux pendant les temps de sécheresse, de l'intérieur 
de la ville de Gand. 

L'autre embranchement à l'occident, le Burggraven 
Slroom , à la gauche du bras vers les collines qui séparent 
le versant de la rivière de Gand et celui de la rivière de 
Bruges, est l'objet d'une explication plus étendue. Tout 
porte à croire que c'est la continuation de la Fosse Otto- 
nienne. On voit son embranchement Z, près du pont de 
Langerbrugge, au piquet n° 50, par conséquent, à une 
distance à peu près égale, ou à une lieue, entre la ville de 
Gand et le Moervaert. On peut voir sur la carte ancienne 
ci-jointe, que cet embranchement est dans le même aligne- 
ment que la section du Burggraven Visscherye jusqu'en la 
ville de Gand, celui-ci se détournant vers le nord-est et 
Mendonck (Y), On voit aussi que l'alignement cesse, vers 
le nord, à un tronçon a la lettre G; on y observera que 
j'ai marqué ensuite des pointillages jusqu'à un courant 
marqué H. Ces pointillages désignent les ensablements F, 
F, etc., décrits par M. Belpaire et qui ont obstrué la 
Lantdyck. 

Je retrouve ce tracé sur la carte de Sanderus ; mais une 
observation importante doit être faite. Le Burggraven 
Stroom ne sort point du Burggraven Visscherye, comme 



( 572 ) 

il est dit à la page deuxième de la Relation historique des 
tentatives faites par les Gantois, depuis plusieurs siècles, 
pour s'ouvrir une communication directe avec l'Océan, 
imprimée à Gand, en 1829, et au t. Il, p. 26 de YHistoire 
de Flandre, par M. Warnkônig, qui cite cette relation; 
tout au contraire, il a son embouchure dans le Burggraven 
Visscherye, canal actuel du Sas -de -Gand, ce qui est 
visible : 

1° A la carte du XIII e ou XTV° siècle; son parcours y 
est indiqué par les lettres J, /, /, il a une seconde ramifi- 
cation descendante (voir /, J). 

2° A la carte de l'édition de 1567 et des autres éditions 
de Guichardin. Sur cette carte, il est appelé: De Vaert; 
on le nomme vulgairement le Burggraven Stroom, le tor- 
rent du Burggrave ou du châtelain : c'est un gros ruisseau 
navigable, ayant toute l'apparence des redressements d'un 
canal , ce qui est une induction en faveur de la Fosse Otto- 
nienne. 

Comme mon témoignage est en opposition avec le texte 
de la Relation historique, que je viens de citer, et avec 
celui de M. Warnkônig, j'ai prié, par une lettre, M. le 
bourgmestre de Cluysen, commune entre Gand et Selzaete, 
de me donner la description du cours du Burggraven 
Stroom. Ce fonctionnaire m'a fait l'honneur, par une ré- 
ponse obligeante, du 17 juillet dernier, de m'écrire ce qui 
suit : 

a Le Burggraven Stroom commence à Adegem, près de 
» la Lieve (voir L, L , L), dont il est séparé par une digue. 
» (Voir aussi sur la carte ci-jointe la lettre IL) Il parcourt 
» les communes d'Eecloo , Waerschot, Sleydinge, Lem- 
i» beck, Oost-Eecloo, Eertveld, Cluysen et Everghem, il 
* se jette dans le canal du Sas-de-Gand à Everghem , au 



/Jf( l( . (I 




'.',7/1 



(575) 

» hameau de Langerbrugge (c'est près du piquet n° 50, 
» voir M) , à Cluysen au hameau de Terdonck (c'est près 
» du piquet n° i 07, voir iV), à Eertvelde, au hameau de 
» Riemen (c'est au piquet n° 439, voir 0). i» 

Je termine enfin en faisant observer que la dune qui a 
été percée pour donner un passage au Nieuwaert , com- 
mence au piquet n° 445 et finit à l'entrée de Selzaete, au 
piquet n° 1G8. La frontière du territoire belge est après le 
piquet n° 180. 



( 574 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS, 



Séance du 5 août 1852. 

M. F. Fétis, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alvin, Braemt, Guill. Geefs, L. Roe- 
landt, Jos. Geefs, Érin Corr, F. Snel, Baron, Éd. Fétis, 
membres. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur fait parvenir à la classe un 
rapport adressé au Gouvernement par M. Éd. Lassen, 
lauréat du concours de composition musicale de 1851. Ce 
rapport sera transmis à la section permanente du jury 
nommée dans le sein de l'Académie, conformément à 
l'art. 24 du règlement du 5 mars 1849. 

— M. Éd. De Busscher fait hommage, de la part de la 
Société royale des beaux-arts et de littérature de Gand, de 
la première livraison de Y Album des expositions annuelles , 
dont elle a repris la publication en 1851. — Remercî- 
ments. 

— M. Baron présente, au nom de M. J. Petit de Rosen, 



(575) 
une note manuscrite sur la restauration de l'église Notre- 
Dame de Tongres. (Commissaires : MM. Roelandt et Van 
Hasselt.) 



INSCRIPTIONS POUR LES MONUMENTS PURLICS. 

La classe s'occupe des observations présentées par M. le 
comte de Beauffort et communiquées par M. le Ministre 
de l'intérieur, au sujet des inscriptions des monuments 
publics du royaume : M. le comte de Beauffort désirerait 
que les noms des souverains sous les règnes desquels les 
monuments ont été construits fussent compris dans les 
inscriptions. 

Plusieurs membres font observer que cette marche a été 
suivie quand le nom du souverain qui a ordonné la con- 
struction de l'édifice ou qui a concouru directement à son 
achèvement était suffisamment connu ; mais ils font remar- 
quer en même temps qu'il eût été fastidieux de rapporter 
les noms de tous les souverains pendant les règnes desquels 
l'édifice se construisait. Ce qui prouve les inconvénients 
résultant de l'application d'un tel système, c'est l'exemple 
même cité dans la lettre de M. le comte de Beauffort : au 
sujet de l'inscription qui concerne l'église de SMBavon à 
Gand, il dit que « les noms des comtes de Flandre, qui 
ont régné de 941 à 1559, ne s'y trouvent nullement. » On 
conçoit, en effet, que cela devait être; une inscription qui 
renfermerait la série des noms de princes qui ont gouverné 
pendant plus deYix siècles, serait d'une longueur déme- 
surée, et par cela même ne pourrait trouver une place 
convenable dans un édifice public. 



( 576 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Baron donne lecture du fragment suivant de sa tra- 
duction de Y Art poétique d'Horace (1). 



On me nomme poète , et mon défaut d'adresse 
Ou de savoir confond les couleurs et les tons ! 
Pourquoi, par fausse honte, à d'utiles leçons 
Préférer l'ignorance? Un sujet est comique, 
Garde-toi de l'offrir sous la forme tragique ; 
Et s'il faut raconter Thyeste et son festin , 
Repousse un vers bourgeois digne du brodequin. 
Que toute œuvre ait ses lois , et se tienne en sa place. 

Parfois la comédie a pourtant son audace , 
De Chrêmes indigné fait gronder le courroux, 
Et le tragique pleure en un style humble et doux. 
Pauvres et dans l'exil , Telephus et Pelée 
Rejetteront bien loin toute phrase ampoulée, 
Tout mot long d'une toise, alors que, vrais acteurs, 
Par leur plainte ils voudront toucher les spectateurs. 

C'est peu qu'un beau poème, il faut qu'il sache plaire. 
La douceur fait de nous tout ce qu'elle veut faire. 
Vois le visage humain , c'est le miroir des cœurs ! 
Sourire à ton sourire, et pleurer à tes pleurs. 
Veux-tu donc me frapper du malheur qui t'accable ? 
Toi-même le premier prends un ton lamentable, 
Pelée ou Telephus; mes pleurs sont à ce prix. 
Remplis mal ton mandat, je sommeille ou je ris. 
Un front triste demande une parole amère, 
La menace est le ton qu'exige la colère , 
Le langage badin convient à la gaîté , 
Le style sérieux à l'air de gravité. 
La nature, en effet, d'avance nous façonne 



(1) Un premier fragment a été publié dans le Bulletin de janvier dernier, t. XIX 
i re partie, p. 176. 



( 577 ) 



TEXTE LATIN. 



Descriptas scrvare vices, operumque colores, 
Cur ego, si nequeo, ignoroque, poeta salutor? 
Cur nescire, pudens prave, quam discere malo ? 
Versïbus exponi tragicis res comica non vult. 
90 Indignatur item privatis , ac prope socco 
Dignis carminibus narrari coena Thyestae. 
Singula quaeque locum teneant soriita decenter. 
Jnterdum tamen et vocem comoedia tollit , 
Iratusque Chrêmes tumido delitigat ore; 
95 Et tragicus plerumque dolet sermone pedestri. 
Telephus et Peleus, quumpauper et exuluterque, 
Projicit ampullas et sesquipcdalia verba , 
Si curât cor spectantis teiigisse querela. 
Non satis est pulchra essepoemata, dulcia sunto; 

400 Et, quocumque volent, animum auditoris agunto. 
Ut ridentibus arrident, ita flentïbus adflent 
Humani vultus. Si vis me flere , dolendum est 
Primum ipsi tibi; tune tua me infortunia laedent, 
Telephe , vel Peleu ; maie si mandata loqueris , 

405 Aut dormitabo, aut ridebo. Tristia maeslum 

Vultum verba décent : iratum , plena minarum : 
Ludentem, laspiva : severum, séria dictu. 
Format enim natura prius nos intus ad omnem 
Fortunarum habitum : juvat, aut impellit ad iram, 

119 Aut ad humum maerore gravi deducit , et angit : 



( 578 ) 

Aux sentiments divers que la fortune donne , 
A la joie, au courroux, à la sombre douleur 
Qui nous courbe la tète et nous serre le cœur , 
Et la langue à la fin , de notre âme interprète , 
Vient traduire au dehors l'impression secrète. 

La personne et le ton ne sont-ils pas d'accord? 
Et peuple et chevaliers éclateront d'abord. 
Il faut que l'auditeur distingue à leur langage 
L'esclave et le héros, le vieillard mûr et sage 
Du jeune homme qu'emporte une fougueuse ardeur, 
Le marchand vagabond du simple agriculteur , 
La nourrice empressée et toujours complaisante 
De la noble matrone à la mine imposante , 
L'Assyrien rusé de l'enfant de Colchos , 
L'homme nourri dans Thèbe et l'habitant d'Argos. 

Suis les traditions , ou que , si ton génie 
Invente, tout s'accorde et soit en harmonie. 
Tu reproduis Achille, offre-le tout entier, 
Vif, ardent, irritable, inexorable, altier, 
N'acceptant d'autre droit que le droit de l'épée , 
Tel enfin que jadis l'a chanté l'épopée. 
Peins Médée implacable et farouche, Ixion 
Perfide, Ino plaintive, Io fuyant Junon, 
Oreste environné de sinistres images. 

Que si tu veux, créant sujet et personnages, 
Hasarder sur la scène un héros inconnu, 
Qu'il soit tel jusqu'au bout que d'abord on l'a vu, 
Et d'accord avec soi. Mais rien de moins facile 
Que de s'approprier par la vertu du style 
Le domaine commun ; et plutôt que traiter 
Ces sujets ignorés que nul n'osa tenter, 
Mieux vaux encor tirer tes cinq actes d'Homère. 
Sur ce thème public l'écrivain peut se faire 
Un droit privé, s'il sait rester original, 
Ne se point renfermer dans le cercle bartal , 
Ne pas mettre ses soins, traducteur trop fidèle, 
A nous rendre toujours mot pour mot son modèle , 
Ni se jeter enfin dans un sentier étroit, 
Sans avoir d'en sortir ou l'audace ou le droit. 



(579) 

Post effert animi motus interprète lingua. 
Si dicentis erunt fortunis absona dicta, 
Romani tollent équités, peditesque cachinnum. 
Intererit multum Davusne loquatur, an héros : 

H 5 Maturusne senex , an adhuc florente juventa 

Fervidus : an matrona potens , an sedula nutrix : 
Mercalorne vagus, cultorne virentis agelli : 
Coichus, an Assyrius : Thebis nutritus , an Argis, 
Aut famam sequere, aut sibi convenientia fmge , 

\ 20 Scriptor. Honoratum si forte reponis A chiïlem ; 
Impiger, iracundus, inexorabilis , acer, 
Jura neget sibi nata, nihil non arroget armis. 
Sit Medea ferox, inviciaque, flebilis Ino , 
Perfîdus Ixion, Iovaga, tristis Orestes. 

1 25 Si quid inexperlum scenae committis , et audes 
Personam formare novam, servetur ad imum 
Qualis ab incepto processerit, et sibi constet. 
Difficile est proprie communia dicere : tuque 
Rectius Jliacum carmen deducis in actus , 

1 50 Quam si pro ferres ignota, indictaque primus. 
Publica materies privati juris crit , si 
Nec circa vilem, patulumque moraberis orbem : 
Nec verbum verbo curabis reddere fidus 
Interpres : nec desilies imita tor in arctum , 

1 35 Unde pedem proferre pudor vetet, aut operis 1er. 



Tome xix. — II e part. 40 



( 580 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Exposé de la situation administrative des neuf provinces. 
(Session des conseils provinciaux. Exercice 1852). 4852; 9 vol. 
in-8°. 

Bulletin administratif du Ministère de l'intérieur. Tome Vï. 
N° 7. Juillet 4852. Bruxelles; 4 broch. in-8°. 

Rapport sur ï organisation de renseignement industriel, adressé 
à M. le Ministre de l'intérieur par la commission nommée par 
arrêté royal du 14 décembre 185! - Bruxelles, 4852; 1 vol. 
in-8°. 

Histoire des environs de Bruxelles ; par Alphonse Wauters , 
7 e et 8 e livraisons. Bruxelles, 1852; 2 broch. in-8°. 

La gravure en Belgique , sa situation , son avenir , par Adolphe 
Siret. Gand, 4852; 4 broch. in-8°. — F. G. Pirson, Notice bio- 
graphique, par Adolphe Siret. Namur, 4852; 4 broch. in-8°. 

Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliogra- 
phie de Belgique. Année 4852, 2 e livraison. Gand; 4 broch. 
in-8°. 

Journal d agriculture pratique , d'économie forestière, d'éco- 
nomie rurale et d'éducation des animaux domestiques du royaume 
de Belgique, publié sous la direction et par la rédaction princi- 
pale de M. Charles Morren. 5 me année. Août 4852. Liège; 4 
broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique; directeur : 
M Galeotti. 40 me année, n° 5. Bruxelles, 4852; 4 broch. in-42. 

Journal historique et littéraire. Tome XIX , liv. 5. Septembre 
1852. Liège; 4 broch. in-8°. 

Annales de la Société archéologique de Namur. Tome il, 
3 e livr. Namur, 4852; 4 broch. in-8°. 



(581) 

La Renaissance illustrée. Chronique des beaux-arts et de la 
littérature. 14 me volume, feuilles 3 à 6. Bruxelles, 1852; in-4°. 

Moniteur de l'enseignement, publié sous la direction de Fréd. 
Hennebert. Nouvelle série. Tome H, n ,s 3, 4 et 5. Tournay, 
1852; 5 broch. in-8°. 

Le Moniteur des travaux d'utilité publique. N os 33 et 34. 
Bruxelles, 1852; 2 feuilles in-plano. 

Vlaemsch midden-comiteit. Pryskamp tusschen de leerlingen 
der athenca en collégien van Belgie. Bruxelles, 1852; 1 feuille 
in-plano. 

De eendragt , veertiendaegsch tydschrift voor letteren , kunsten 
en ivetenschappen. Zevende jaer, n os 5 et 6. Gand, 1852; 2 
feuilles in-plano. 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , pu- 
blié par la Société des sciences médicales et naturelles de 
Bruxelles. 10 rae annnée, 14 me volume. Août 1852; 1 broch. 
in-8°. 

La presse médicale; rédacteur : M. J. Hannon. 1852. N os 35 
à 36. Bruxelles ; in-4°. 

La santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs : 
MM. A Leclercq, J.-N. Theis. 4 me année; 1852-1855, n os 5 et 4. 
Bruxelles; 2 broch. grand in-8°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles, par 
MM. Delwart et Thiernesse. l re année, 8 e cahier. Août, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Annales et bulletin de la Sociélé de médecine de Gand. I8 ine 
année. 6 me livraison. Gand, 1852; 1 broch. in-8°. 

Le scalpel; rédacteur : M. A. Festraerts. 5 me année, n os 1, 2 
et 3. Liège, 1852; in-4°. 

Annales de la Société de médecine d'Anvers. 13 rae année. 
Juillet 1852. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 8 e année, août 1852. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Le camp romain de Dalheim. Fouilles instituées en 1851 par 



( 582 ) 

l'administration des travaux publics du grand duché de Luxem- 
bourg. Premier rapport. Luxembourg, 4852; 1 broch. in-4°. 

JEgyptische monumenten van het nederlandsche Muséum van 
Oudheden te Leyden. Uitgegeven door D r C. Leemans. 13 e li- 
vraison. Leyde, 1852; 1 cahier in-plano. 

Le rétiaire et le mirmillon , par C. Leemans. Paris, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Waarnemingen te Utrecht , door D r F.-W.-C. Krecke. Maart en 
april 1852. Utrecht, 1852; 2 feuilles in-4°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences; par MM. les Secrétaires perpétuels. Tome XXV, n os 5, 
6 et 7. Paris, 1852; 3 broch. in-4°. 

Bulletin de la Société géologique de France. 2 me série, t. VIII, 
feuilles 35-40. Tome IX, feuilles 15-19. — Liste des membres 
au 1 er juillet 1852. Paris, 1852; 3 broch. in-8°. 

Revue et magasin de zoologie pure et appliquée; par M. J.-E. 
Guérin-Méneville. 1852 , n° 7. Paris; 1 broch. in-8°. 

Recherches sur les Zoospores des Algues et les Anthéridies des 
Cryptogames, par Gustave Thuret. Paris, 1851; 1 vol. in-8°. 

L'Investigateur, journal de l'Institut historique. 19 e année, 
tome H, 3 me série, 212 e livraison. Juillet 1852. Paris; 1 broch. 
in-8°. 

Dialogue de Jean Rigoleur et de Corniculot. Paris, 1852; 
1 feuille in-8°. 

Recueil des actes de V Académie des sciences , belles-leltres et arts 
de Bordeaux. 14 me année. 1852, 1 er trimestre. Bordeaux, 1852; 
1 vol. in-8°. 

Société des antiquaires de la Morinie. Bulletin historique. 2 e 
livraison. Avril et mai 1852. Saint-Omer, 1852; 1 broch. in-8°. 

Nouveaux analectes ou documents inédits pour servir à l'his- 
toire des faits, des mœurs et de la littérature. — Mémoire sur les 
archives des églises et maisons religieuses du Cambrésis. — No- 
tice sur les mémoriaux de l'abbaye de S'-Aubert, par M. Leglay. 
Lille, 1852; 2 vol. et 1 broch. in-8°. 



<* 



( 585 ) 

Observations météorologiques faites à Morges. Décembre 1850. 
Septembre 1851. Morges. 10 feuilles in-8°. 

On the physical character of the Unes of magnetic force , by 
Michael Farady. Londres, 1852; 1 broch. in-8°. — Expéri- 
mental researches in electricity. Twenty-ninth séries; by Michael 
Faraday. Londres, 1852; 1 broch. in-4°. 

Report of the twenty-prst meeting of the British Association 
for the advancement of science, held at Ipswich in july 1851. 
Londres, 1852; 1 vol. in-8°. 

The transactions of the Linnean Society of London Vol. XXI. 
Part the first; 1 vol. in-4°. — Proceedings of the Linnean So- 
ciety, 1851. N os 55, 56 et 57; 5 feuilles in-8°. — List of the 
Linnean Society of London, 1851; 1 feuille in-^°. Londres, 
1851 et 1852. 

The journal of the royal Asiatic Society of Great-Britain and 
îreland. Vol. XIII, part. 1. — Memoir on the Babylonian and 
Assyrian inscriptions, by lieut. col. H.-C. Rawlinson. Vol. XIV, 
part. 1. Londres, 1851 ; 2 vol. in-8°. 

Architectural Botany , setting forth the geometrical distribution 
offoliage, flowers, fruit , etc. — Ancient gothic churches, their 
proportions and chromatics. Part the third , by William Pettit 
Griffith. Londres, 1852; 2 broch. in-4°. 

The annals and magazine ofnatural history , including zoo- 
logy, botany, and geology. Second séries, vol. IX, n os 49-54. 
January-June 1852. Londres; 6 broch. in-8°. 

The numismatic chronicle and journal ofthe numismatic So- 
ciety. N° LVII. July 1852. Londres; 1 broch. in-8°. 
. Catalogue of stars near the ecliptic , observed at Marhree du- 
ring the tjears 1848, 1849 et 1850. Vol. I, containing 14,888 
stars. Dublin, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Denkschriften der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. 
Philosophisch-historichc Classe. Dritter Band. — Mathematisch- 
natumcissenschaftliche Classe. Dritter Band. Dritter Lieferung. 
Vienne, 1852; 2 vol. in-4°. 



( 584 ) 

Sitzungsberichte der kaiserlichen Akademie der Wissen- 
scha/ten. Philosophisch-historiche Classe. Band VII! , Heft 1 und 
2. — Malhematisch-naturwissenschaftliche Classe. Band VIII, 
Heft 1,2,5. Vienne, 1852; 4 vol. in-8°. 

Archiv fur Kunde ôsterreichischer Geschichts-Quellen. Heraus- 
gegeben von der zur Pflege vaterlândiseher Geschichte aufge- 
stellten Commission der kaiserlichen Akademie der Wissenschaf- 
ten. Siebenter Band. 1851 , Vienne, 1852; 1 vol. in-8°. 

Almanach der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften. 
ZweiteJahrgang. 1852. Vienne, 1852; 1 vol. in-12. 

Tafeln zur Réduction der in Millimetern abgelesenen Barome- 
terstânde auf die Normaltemperatur von 0° Celsius. Berechnet 
von J.-J. Pohl und J. Schabus. — Tafeln zur Vergleichung und 
Réduction der in verschiedenen Lângenmassen abgelesenen Baro- 
meterslânde , von J.-J. Pohl und J. Schabus. Vienne, 1852; 2 
broch. in-8°. 

Notizenblatt. Beilage zum Archiv. fur Kunde ôsterreichisches 
Geschichlsquellen. Herausgegeben von der historischen Com- 
mission der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in 
Wien. N os 5-10. Vienne, 1852 ; 8 broch in-8°. 

Kalender der Flora des Horizontes von Prag. Entworfen 
nach zehnjàhrigen Vegetations-Beobachtungen von Karl Fritsch. 
Vienne, 1852; 1 vol. in-8°. 

Kritische Durchsicht der von Dawidow verfassten Wôrter- 
sammlung aus der Sprache der Ainos t von D p Aug. Pfizmaier. 
Vienne, 1851; I vol. in-8°. 

Abhandlungen der philosoph-philologischen Classe der kônig- 
liche bayerischen Akademie der Wissenschaften. Sechsten Bandes. 
Dritte Abtheilung. — Abhandlungen der mathemath-physikal 
Classe der kdniglich bayerischen Akademie der Wissenschaften. 
Sechsten Bandes, dritte Abtheilung. Munich, 1852; 2 vol. in-4°. 

Ueber die wissenschaftliche Seite der praktischen Thâligkeit. 
Rede gehalten von Fr. V. Thiersch. Munich, 1852; 1 broch. 
in-i". 



( 585 ) 

Architektonischen Zeichnungen von Ed. Mezger. Mit einem 
Vorwortevon Fried. Thiersch. Munich, 1852; 1 broch. in-4°. 

Berichte ùber die Verhandlungen der kôniglich sâchsischen Ge- 
sellschaft der Wissenschaften zu Leipzig. Math, physis. Classe, 
4854 , II. Leipzig, 4 851 ; 4 vol. in-8°. 

Elektrodynamische Maassbestimmungen insbesondere ûber 
Diamagnetismus , von Wilhelm Weber. — .Neue Versuche mit 
der Drehwaage, von F. Reich. — Zusàtze zum florentiner 
Problemvon M.-W. Drobisch. Leipzig, 4852; 5 broch. in-8°. 

Ueber ein Bild der hôniglichen Gemàldeg aller ie zu Dresden , 
von Julius Hùbner. Dresde, 4852; 4 broch. in-4°. 

Heidelberger Jahrbùcher der Literatur , unter Mitwirkung 
der vier Facultàlen. Fûnfundvierzigster Jahrgang. Fùnftes Dop- 
pelheft. Seplember und October. Heidelberg, 4852; 4 broch. 
in-8°. 

Die Quadratur des Zirkels; lettre de M. Lintz. Trêves, 4852; 
4 feuille autographiée. 

Rendiconti délie Adunanze délia R. Accademia dei Geor- 
gofiU. Maggio-Luglio. 1852. Turin; 3 broch. in-8°. 

Rendiconto délie adunanze e de' lavori délia reale Accademia 
délie scienze. Sezione délia société reale Borbonica. Nuova série. 
N os 4 ed 2. Gennajo fino Aprile 1852. Naples, 1852; 2 broch. 
in-4°. 

// monte Vulture ed il tremuoto del dl 14 Agosto 1851 da 
Luigi Palmier i, ed Arcangelo Scacchi. Naples, 1852; 1 vol. 
in-4°. 

Corrispondenza scientifica in Roma. Bidlettino universale. 
Anno secondo. N° 35. Rome, 1852; 1 feuille in-4°. 

Catalogue des manuscrits et xylographes orientaux de la bi- 
bliothèque impériale publique de S { -Pétersbourg. S l -Pétersbourg, 
1852; 1 vol. in-8°.