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Full text of "Bulletin de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique"

18- °l- W- 



3 7o\8. 



BULLETINS 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 



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BULLETINS 

| DE ] 
L'ACADÉMIE ROYALE 

DES 

SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 
DE BELGIQUE. 

TOME XX. - II e PARTIE. - 1855. 



BRUXELLES, 

M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE l' ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE. 



1853. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE 
1853. — N° 5. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du 10 mai 1855. 

M. Stas, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents .* MM. D'Omalius d'Halloy, Pagani , Sau- 
veur, Timmermans , De Hemptinne, Crahay , Wesmael , 
Martens, Morren, De Koninck, Van Beneden, Ad. De 
Vaux, le baron Éd. de Selys-Longchamps, Nyst, Gluge, 
Melsens, Schaar, membres; Poelman, correspondant. 

MM. Grandgagnage et Nolet de Brauwere Van Slee- 
land, membres de ta classe des lettres, ainsi que M. Éd. Fétis, 
membre de la classe des beaux-arts, assistent à la séance. 

Tome xx. — II e part. 1 



( 2) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de la guerre fait parvenir, pour la biblio- 
thèque de l'Académie, un exemplaire de la V e livraison 
des feuilles gravées de la carte des environs du camp de 
Beverloo. 

M. le Ministre de l'intérieur envoie également un exem- 
plaire de Y Exposé de la situation du royaume, publié par 
la Commission centrale de statistique. 

— M. le secrétaire perpétuel communique, au sujet de 
l'échange des publications académiques, différentes lettres 
de la Société royale et de la Société géologique de Londres, 
du British Muséum, de la Société royale de Gôttingue, 
de l'Académie des naturalistes de Breslau, de la Réunion 
des naturalistes de la Prusse rhénane et de la Westpha- 
lie, etc. Ces lettres sont accompagnées de divers envois 
de livres. 

M. De la Bêche fait hommage, au nom du Gouverne- 
ment britannique, des neuf premières parties des planches 
de la Fauna antiqua sivalensis, par MM. Falconer et Caut- 
ley, ainsi que de la première partie du texte. 

Remercîments pour ces divers envois. 

— MM. Morren , de Selys-Longchamps , Nyst et Nolet 
de Brauvvere Van Steeland font hommage de différents 
ouvrages qui sont mentionnés dans le Bulletin bibliogra- 
phique. 



I 9 ) 

— M. Moiitigijy, processeur à l'athénée de INamur, de- 
mande à pouvoir déposer un paquet cacheté. Le dépôt est 
accepté. 

— M. le secrétaire perpétuel présente l'aperçu de l'étal 
de la végétation à Liège, à Waremme et à Namur, d'après 
les observations de MM. de Selys-Longchamps, Ghaye, 
Dewalqueet Bellynck, en y joignant ses propres observa- 
tions pour Bruxelles, à la même époque. 

M. Quetelet, par la comparaison des observations faites 
pendant les années antérieures, croit pouvoir conclure 
que la végétation, a l'époque de la séance (le 10 mai) , se 
trouve en retard d'une quinzaine de jours environ. 

D'après une lettre qu'il a reçue de M. Morren, les hiron- 
delles sont arrivées, à Liège, le 15 avril dans la matinée, 
et le rossignol chantait le 12. D'après la note de M. de Selys, 
YHirundo rustica était arrivée, à Liège, dès le 14. Or, ce 
dernier savant, dans son Calendrier de Faune, iixe l'arri- 
vée de YHirundo rustica au 7 avril ; il y avait donc un re- 
tard de 7 à 8 jours. 

— M. Quetelet fait également part d'une observation qui 
lui a été communiquée par M. Navez, son confrère, dans 
la classe des beaux-arts de l'Académie. M. Navez, dans la 
matinée du 5 mai , vers 7 heures Z U du matin , a vu un 
halo avec parhélie. Le parhélie, placé à la partie la plus 
élevée du cercle formant le bord du halo, paraissait légè- 
rement coloré d'une teinte rouge dans la direction du 
soleil , et se trouvait sur une ligne lumineuse qui passait 
par le centre de cet astre. 

— M. Morren lait connaître qu'une grande exposition 
d'horticulture, ouverte à toutes les nations, aura lieu à 



( M 
Cheltenham, dans le comté de Gloucester, le 12 juillet 
prochain. 

— M. Quetelet donne communication d'une lettre de 
M. le D r Carus, de Dresde, et dépose, conformément au 
désir de l'auteur, une note sur un nouveau moyen pour 
produire le mouvement de rotation des plateaux ligneux 
par l'électricité que développent plusieurs personnes for- 
mant la chaîne. « Le nom du célèbre physiologiste alle- 
mand, ajoute M. Quetelet, et l'estime que je professe pour 
son savoir et son caractère, m'ont porté à suivre attentive- 
ment des expériences faites dans le but indiqué; mais je 
dois avouer que je n'ai pu me faire aucune conviction à 
cet égard, et que les mouvements que j'ai vu produire, 
dans certaines circonstances, m'ont paru devoir être attri- 
bués soit à de la lassitude chez les expérimentateurs, soit 
à des mouvements involontaires produits chez des per- 
sonnes plus ou moins impressionnables. » 



RAPPORTS. 

Sur une note de M. Ign. Carbonnelle , intitulée : Théorie 

GÉOMÉTRIQUE DU PARALLÉLOGRAMME DE WATT. 
ïïttrppoi'l fie IH. TituiHcfittatts. 

« L'appareil connu sous le nom de parallélogramme de 
Watt, dit M. Timmermans, est destiné, comme on sait, à 
transmettre au balancier d'une machine à vapeur l'action 



(8) 
de la tige du piston en maintenant celle-ci dans une posi- 
tion sensiblement verticale. Cette condition de verticalité 
n'est remplie que fort imparfaitement par le parallélo- 
gramme, et le sommet de la tige, au lieu de décrire une 
ligne droite, décrit un arc d'une ligne courbe du sixième 
degré en forme de 8 très-allongée, dite courbe à longue 
inflexion, et la théorie mathématique de l'appareil a pour 
objet de déterminer les proportions de ses différentes par- 
ties, de manière que la portion de courbe décrite approche 
le plus possible d'une ligne droite. La solution de cette 
question avait déjà fixé l'attention de plusieurs géomètres, 
et leurs travaux ne laissent rien à désirer sous le rapport 
théorique; mais ils ont l'inconvénient de donner lieu à des 
calculs très-longs et tout au moins inutiles, puisqu'ils em- 
brassent la courbe dans toute son étendue, tandis que la 
petite portion de courbe décrite par l'extrémité du piston 
est seule utile à connaître. 

» M. Carbonnelle, par un heureux choix de coordonnés, 
est parvenu à dépouiller la question d'une généralité em- 
barrassante pour la restreindre dans des limites qui, dans 
la pratique, ne sont jamais dépassées. Il a rendu par là un 
véritable service aux praticiens auxquels son travail peut 
être utile, malgré les recherches de MM. Prony, Vincent 
et d'autres. J'ai, en conséquence, l'honneur de proposer 
l'insertion au Bulletin de la note de M. Carbonnelle. » 

M. Lamarle, second commissaire, souscrit aux conclu- 
sions de ce rapport, tout en regrettant que M. Carbonnelle 
n'ait pas fixé d'une manière plus précise les conditions à 
remplir pratiquement pour obtenir du parallélogramme de 
Watt les résultats les plus satisfaisants. 



(6) 

Après avoir entendu M. Schaar, son troisième commis- 
saire, la classe a ordonné l'impression de la notice de 
M. Carbonnelle. 



Sur un mémoire de M. Jules d'Udekem, ayant pour titre : 
Histoire naturelle du turifex des ruisseaux. 

Rapport de m. Van Beneden. 

« L'Académie nous a chargés, MM. Cantraine, Schwann 
et moi (Van Beneden), de lui faire un rapport sur un mé- 
moire de M. Jules d'Udekem, ayant pour titre : Histoire 
naturelle du Tubifex des ruisseaux. 

Tous les animaux qui ne sont ni vertébrés ni articulés 
étaient compris par Linné sous le nom de Vermes. Celait 
un vrai chaos. Cuvier a retiré de ce chaos un certain nom- 
bre d'animaux, sous le nom de Mollusques; il a retiré les 
annélides, ou vers à sang rouge, pour les mettre avec les 
articulés, et il a laissé ensemble tous les autres vermes de 
Linné, sous le nom de Zoophytes ou Radiaires. 

Il en est résulté que les vers proprement dits ont été 
séparés les uns des autres , et que les affinités les plus inti- 
mes ont été complètement méconnues. 

Les vers à sang rouge ne peuvent être séparés des autres 
vers, qu'ils soient parasites ou libres, terrestres ou fluvia- 
tiles : ils appartiennent tous à une seule et même classe, de 
la même valeur que les mollusques, sous le nom de Vers. 

Il n'y a ainsi qu'un certain nombre des vermes de Linné 
qui font partie de la classe des vers. Cuvier a mis de l'ordre 
dans les mollusques; dans ce moment, on en met dans 



(7) 
les vers, et le travail de M. d'Udekem a pour objet préci- 
sément un animal de ce groupe. 

M. d'Udekem a étudié, sous le rapport anatomique el 
embryogénique, un ver de nos étangs, avec lequel Trem- 
bley nourrissait, il y a un siècle, ses hydres d'eau douce. 

Le travail de M. d'Udekem est divisé en trois parties, 
qui sont précédées d'une introduction historique, dans 
laquelle il expose l'état actuel de nos connaissances sur 
l'organisation de ces singuliers animaux. Cette introduc- 
tion dénote que l'auteur est au courant de la littérature 
zoologique; j'exprimerai toutefois le regret que M. d'Ude- 
kem n'ait pas songé au grand travail de notre savant con- 
frère, M. Morren, sur le lombric terrestre, qui n'est pas 
sans avoir de grandes analogies avec les tubifex. 

La première partie du mémoire de M. d'Udekem com- 
prend la description des divers appareils. 

Ces descriptions sont accompagnées de fort belles figu- 
res, soigneusement achevées, et démontrent chez l'auteur 
toutes les qualités d'un bon observateur. Quelques systè- 
mes auraient pu toutefois être étudiés avec plus de soin 
encore : c'est ainsi que nous regrettons de ne pas trouver 
un mot sur le nerf grand sympathique ou splanchnique. Si 
l'on en juge d'après les belles recherches de M. de Quatre- 
fages, sur le système nerveux de quelques vers, ces nerfs 
existent chez les tubifex. Je regrette aussi que M. d'Ude- 
kem ne se soit pas un peu étendu sur la composition his- 
tologique de ce système. Toute la chaîne ganglionnaire, 
ainsi que les ganglions qui composent le collier œsopha- 
gien, sont décrits avec soin. 

Existe-t-il un appareil respiratoire dans ces vers? Tous 
les vers monoïques, depuis les scoléides jusqu'aux planai- 
res, portent un appareil excréteur, que la plupart des au- 



(8) 
teurs ont pris pour un appareil aquifère. M. d'Udekem a 
trouvé ce même appareil dans les tubifex; il confirme les 
observations de Leydig sur ces organes, et démontre qu'ils 
donnent naissance à un produit destiné à être évacué. 
Ainsi, le prétendu appareil aquifère de ces vers à sang 
rouge est semblable à celui des trématodes, des cestoïdes, 
des planaires, des rotifères, etc. 

Sur le trajet du canal excréteur, M. d'Udekem a vu des 
espèces d'ampoules transparentes, dont il n'a pas cherché 
la signification, et que Fr. Leydig regarde comme des 
petites glandes. 

L'appareil circulatoire est celui sur lequel les auteurs 
sont le moins d'accord. Dans ces derniers temps, on a 
signalé deux sortes de vaisseaux, et tout récemment M. de 
Quatrefages a reconnu une disposition des plus remarqua- 
bles dans une hirudinée. 

Cet appareil est assez simple, d'après la description de 
M. d'Udekem , dans le tubifex : tous les vaisseaux appar- 
tiennent à un système unique, rempli de sang rouge; il y 
a un vaisseau en dessus du corps, un autre en dessous, et 
à chaque anneau correspond une branche anastomotique 
qui conduit de l'un de ces vaisseaux à l'autre. La branche 
anastomotique du septième anneau se dilate fortement, 
se contracte régulièrement et remplit les fonctions d'un 
cœur. La branche qui enveloppe les organes génitaux pré- 
sente un développement très-grand. Personne, que nous 
sachions, n'a aussi bien représenté cet appareil. 

S'il faut juger des autres scoléides par le travail de 
M. d'Udekem, les vers terrestres et fluviatiles n'ont qu'une 
seule sorte de vaisseaux; mais ils montrent, comme les 
tubifex, dans la cavité périgastrique, un liquide chargé 
de globules, que l'auteur compare au sang lymphatique. 



(9) 

L'appareil sexuel montre diverses particularités fort 
remarquables. 

Le testicule est unique; les spermatozoïdes tombent dans 
la cavité du corps, et sont repris par deux trompes mâles, 
garnies au bout de nombreux cils vibratiles. 

Nous ne pouvons nous défendre de l'idée qu'il y a une 
lacune dans ces reclierches. La vésicule séminale est 
énorme, complètement séparée du canal déférent et du 
testicule; comment les spermatozoïdes arrivent-ils dans 
ce réservoir? Si nous devions juger ces organes par ana- 
logie, nous regarderions plutôt cette vésicule séminale 
comme un second testicule. 

Les œufs sont formés dans un ovaire, à la base duquel 
on voit un organe, que M. d'Udekem appelle cloaque; 
l'ovaire, dans ces vers, n'est-il pas divisé, et le premier 
de ces organes n'est-ce pas le germigène, et le soi-disant 
cloaque, le vilellogène? Eu admettant celte interprétation, 
nous ne comprenons, toutefois, pas la communication du 
vilellogène avec l'extérieur, à moins que le prétendu canal 
excréteur du cloaque ne parte de la matrice et passe en 
dessous du cloaque. 

Les œufs perdent la vésicule germinative après la sor- 
tie du corps, dit M. d'Udekem. Nous craignons qu'il n'y 
ait ici une erreur : la vésicule germinative doit avoir dis- 
paru à cette époque. 

M. d'Udekem a observé le sillonnement du vitellus; ce 
sillonnement est irrégulier. Une autre observation impor- 
tante, c'est que le blastoderme se forme simultanément 
tout autour du vitellus. 

Les œufs sont réunis dans une capsule commune. 

Le développement est direct, c'est-à-dire le blastoderme 
s'allonge aux deux pôles, et le ver a déjà sa forme défini- 



(10) 

tive avant son éclosion. Ce résultat était à prévoir; mais 
il importe que le fait soit constaté. 

Ces vers sont monogénétiques; ils n'ont que la repro- 
duction par sexe. Par la division artificielle, la portion 
qui porte la lête semble seule continuer à vivre. 

La description zoologique fait le sujet de la troisième et 
dernière partie; cette description est faite avec soin; l'au- 
teur a préféré, avec raison, le nom de tubifex à celui de 
sœnurus, qui est postérieur. 

Il résulte des observations de M. d'Udekem, que le Tubi- 
fex rivulorum a la plus grande analogie, d'une part, avec 
les nais, et, d'autre part, avec les lombrics, comme l'au- 
teur le fait remarquer, et ce ver, ainsi que l'a observé 
M. Grube, fait la transition des nais aux lombrics. 

Ce mémoire est accompagné de quatre planches supé- 
rieurement bien dessinées. 

En résumé, nous félicitons M. d'Udekem de la manière 
dont il a exécuté ce travail. Linné a fait l'inventaire de la 
nature; Cuvier et d'autres ont complété le travail de Linné 
par l'étude de la structure, et c'est aux travaux actuels à 
compléter les recherches de nos prédécesseurs, surtout 
par l'étude de l'embryogénie. Ce mémoire renferme des 
faits très-importants, et nous avons l'honneur de proposer 
à la classe d'adresser des remercîments à M. d'Udekem 
pour son intéressante communication, et d'insérer son 
travail dans les Mémoires des savants étrangers. » 

Conformément à ces conclusions, auxquelles ont adhéré 
les deux autres commissaires, MM.Schwann et Cantraiue, 
le mémoire de M. J. d'Udekem sera imprimé dans le recueil 
de l'Académie. 



( H ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Théorie géométrique du parallélogramme de Watt; 
par M. Ign. Carbonnelle. 

L'ingénieux appareil connu sous ce nom sert, dans la 
mécanique industrielle, à convertir l'un dans l'autre deux 
mouvements alternatifs, dont l'un doit être circulaire et 
l'autre rectiligne. Il existe dans les traités spéciaux de 
machines à vapeur des règles précises d'après lesquelles 
les constructeurs trouvent les proportions de ses différents 
éléments. L'objet de celte note n'est pas précisément de 
contrôler ces règles, ou de leur en substituer d'autres. Il 
faudrait pour cela des connaissances pratiques que je n'ai 
pas. Je me borne à étudier cet appareil au point de vue 
géométrique; et, pour l'application, je soumets entière- 
ment mes résultats au jugement des ingénieurs. La ques- 
tion que j'ai essayé de résoudre est celle-ci : Trouver dans 
des conditions de grandeur réalisables les proportions qui 
assurent au mouvement circulaire et au mouvement recti- 
ligne la plus grande étendue possible, en même temps qu'elles 
donnent à ce dernier toute la rectitude dont il est suscep- 
tible. 

Le mouvement que j'appelle ici rectiligne ne l'est pas 
rigoureusement. Le sommet du parallélogramme parcourt 
alors un certain arc d'une courbe, à laquelle sa forme a fait 
donner quelquefois le nom de courbe à longue inflexion. 



(12) 
Cependant, considérée généralement, celte ligne est loin 
de mériter toujours ce nom. Il serait, je crois, préférable 
de l'appeler ligne de Watt. Ce nom rappellerait sa destina- 
tion principale, et n'impliquerait pas une propriété qui 
n'existe que dans des circonstances particulières. 

M. de Prony, dans son Architecture hydraulique (1), et, 
plus tard, à la suite d'un rapport qui se trouve dans les 
Annales des mines, t. X, 182G, a donné une théorie du 
parallélogramme. M. Vincent s'en est également occupé 
dans les Mémoires de la Société royale des sciences de Lille (2), 
puis dans les Nouvelles Annales de mathématiques (5). Mais 
ces deux géomètres ne se sont pas donné à résoudre le 
problème précédent; il est donc naturel que le présent 
travail soit assez différent du leur, soit par la méthode, 
soit par les résultats. 

La restriction des grandeurs réalisables laisse à l'énoncé 
de ce problème quelque chose d'indécis, qu'on ne trouve 
pas ordinairement dans la géométrie. La méthode em- 
ployée pour le résoudre devra se ressentir de celte indé- 
cision , et ne pourra être entièrement analogue à celles qui 
servent d'ordinaire pour les questions de maximum. Voici, 
du reste, en peu de mots la marche que j'ai suivie. Sans 
considérer généralement le lieu géométrique du sommet 
du parallélogramme, j'étudie d'abord une certaine classe 
de ces courbes. J'arrive par là à certaines conditions de 
rectitude. Je démontre ensuite que toute autre combi- 
naison est moins avantageuse pour le mouvement recli- 
ligne, et que le problème est également résolu pour ce 



(1) 2 e partie, Traité des machines â feu. 

(2) Années 1830, 1837; pp. 5 et suiv. 
(ô) T. VII, pp. f>4 el suiv. 



(13) 

qui regarde le mouvement circulaire. Enfin, je donne le 
calcul des éléments de l'appareil d'après la théorie exposée. 

Qu'il me soit permis, avant d'entrer en matière, de si- 
gnaler un résultat que je crois nouveau , et qu'on ne cher- 
cherait pas dans cette note. Il est relatif à la lemniscate, 
courbe fameuse qui a été l'objet des recherches de plu- 
sieurs grands géomètres. Il résulte de cette étude qu'on 
peut la décrire d'un mouvement continu par deux procé- 
dés mécaniques très-simples, qui en donnent en même 
temps le centre et les foyers, ainsi que le moyen de con- 
struire la tangente et le rayon de courbure en un point 
quelconque. 

Dans la plus grande généralité, le lieu géométrique du 
sommet M (fig. 1) du parallélogramme est celui d'un point 

Fig. 1. 




situé sur une droite dont un segment constant glisse par 
ses deux extrémités sur les circonférences de deux cer- 
cles fixes et situés dans le même plan. En effet, soit C le 
point d'appui du balancier Cl, C celui de la bride Cm', 
la droite mm' sera évidemment dans les conditions énon- 
cées. Or, un point p de cette droite trace une courbe 
semblable à celle que décrit le point M; car il résulte du 
parallélisme de mm' et de l\l que la droite CM coupera 
constamment la droite mrnf au même point /*, et que le 



(14) 
rapport ^ est constant et égal à ~. Cette remarque 
démontre la proposition que nous avons avancée. On peut, 
du reste, en menant Cm" parallèle à M/, voir que le point 
M lui-même se trouve à l'iniersection des deux droiles Ml, 
Mm", qui toutes deux remplissent la condition que deux 
de leurs points parcourent des cercles. En effet, on ver- 
rait, comme précédemment, que l'intersection de chacune 
de ces droites avec la droite Cm' décrit un cercle semblable 
à celui que trace le point m', et il est évident que / et m" 
décrivent également des cercles autour du point C. On peut 
ajouter que sur l'une de ces deux droiles le point M est 
intérieur au segment constant, et qu'il lui est extérieur sur 
la seconde. 

Cela posé, nous allons étudier d'abord le lieu géomé- 
trique du point p situé d'une manière quelconque sur la 
droite mm', non dans les circonstances les plus générales, 
mais dans l'hypothèse que les deux rayons Cm, Cm sont 
égaux entre eux, et à l'unité. Représentons par 

x, y, x' , y', les coordonnées rectangulaires des deux 
cercles, 

9, ô\ les angles que l'ont Cm, Cm' avec la ligne des 
centres CC. Ces angles se comptent positivement de droite 
à gauche, à partir des points où le segment CC coupe les 
deux cercles. 

2a, le segment CC, 

26, le segment mm' ; nous aurons 

(x'—x)* -4- (y' — 2 /)2 = 46 2 ; 

mais, si nous prenons la ligne CC pour axes des abscisses, 
et (jue nous représentions par C, C les distances CO, CO 
des deux centres à l'origine, comptées de manière que 

c -v- c' = 2a, 



(15) 
il s'ensuivra 
x — c — — cos. ô , y — — sin. Q , x' -\- c' — cos. s\ y' = sin. 6\ 

x' — - # = cos. ù-\- cos. 0' — 2a, y' - t/ = sin. -h sin. 0'; 
ou, en posant 

= S, — — = D, 



2 2 

x' — x 2/' — y 

=cos.Scos.D — a, == sin. S cos. 1), 

2 2 

et par conséquent 

A . . . . cos. 2 D — 2a cos. S cos. D +- a? — b 2 == o. 

Celte équation ne renferme que deux variables S et D; 
el c'est elle que nous regarderons comme l'équation de la 
courbe; mais il est nécessaire de savoir comment les coor- 
données S et D en construisent les points. Pour cet objet, 
soient 

|, y), les coordonnées rectangulaires du point ^, 

n, n\ les dislances m/*, m'/*, comptées de manière que 

n h- n' = 26, 



on aura 



n x h- n# n y -+- ny 



n -+- n n h- n 

et en substituant les valeurs de x, y, x', y\ 

— n'cos.4-4-ncos.0' n'e — ne — n's'm.ô -t-ns'm.e' 

§ = ; 1 p, i = ; . 

n-f- n n-v-n n -+- w 

Déterminons la position O de l'origine par la condition 
n'e — ne' — o, 



(16 ) 
et représentons par /31a demi -différence ^J^, nous aurons 

n = b -f- $ , n' = b — 
et 

cos. S cos. D -+■ b sin. S sin. D 

*'"■ 6 ' 

B sin. S cos. D — 6 cos. S sin. I) 
,= _ 

On lire de là en appelant f> et w les deux coordonnées po- 
laires, 

/3 2 cos. 2 D -+- o 2 sin. 2 D 



/>* = 



tang. a 



Z> 2 
/3 sin. S cos. D — 6 cos. S sin. D 
/3 cos. S cos. D -f- 6 sin. S sin. D 



Avant d'entrer dans la discussion des équations A et B, 
remarquons que l'emploi des angles S et D pour coordon- 
nées a deux avantages principaux sur celui des coordon- 
nées rectilignes ou polaires. Le premier est qu'en vertu des 
rapports intimes qu'ils ont avec la génération de la courbe, 
ces angles en fourniront plus naturellement les proprié- 
tés; ils pourront faire connaître des relations remarquables 
qui, dans d'autres procédés, auraient passé inaperçues, 
et tout le calcul en deviendra généralement plus simple. 
Le second avantage est que les valeurs réelles de ces an- 
gles fourniront uniquement les points que peut construire 
le mouvement mécanique du parallélogramme de Watt, 
tandis que les valeurs réelles des coordonnées {, >?, ou ft w, 
n'entraînant pas nécessairement la possibilité de positions 
correspondantes de l'appareil , pourront quelquefois mener 
à d'autres résultats. Nous verrons qu'en effet, elles don- 
nent souvent des points conjugués que ne pourrait con- 



( H ) 
slruirele parallélogramme. Ces points ne peuvent manquer 
de gêner la discussion que nous avons entreprise. Il y a 
donc encore, sous ce point de vue, une plus grande faci- 
lité pour les calculs. 

Les équations B dépendent du rapport ^. Chaque va- 
leur de ce rapport détermine une position particulière du 
points sur la droite mm' , et par conséquent une courbe 
particulière. Ce rapport n'entrant pas dans l'équation A, 
que nous regardons comme l'équation de la courbe, il 
s'ensuit que cette même équation convient k toutes les 
courbes que tracent les points de la droite mobile. L'ori- 
gine et la signification des coordonnées S et D changent 
d'une de ces lignes k une autre; les relations qu'elles doi- 
vent satisfaire restent toujours les mêmes. Cette particu- 
larité permet de trouver un grand nombre de propriétés 
communes k toutes ces lignes par une seule discussion. 
Mais cette étude n'est pas nécessaire pour notre objet, 
et afin d'abréger, nous ne discuterons l'équation A que 
dans la seule hypothèse qui doive nous être utile, et qui 
est en même temps la plus simple. Supposons le point /u au 
milieu du segment mm'. C'est, comme nous le verrons 
ensuite, la position la plus avantageuse pour le but du pa- 
rallélogramme. 

Dans cette hypothèse, on a /S=o, l'origine est au milieu 
du segment CC, et les équations B deviennent 

B'. . . § = sin. D sin. S, y = — sin. D cos. S, 

et sous cette forme, elles nous apprennent que, dans un 
système de coordonnées polaires, sin. D est le rayon vecteur 
et S — |, l'angle compris entre ce rayon et l'axe des ab- 
scisses. S est donc l'angle compris entre le rayon vecteur 
Tome xx. — II e part. 2 



( 18 ) 
et la partie négative de l'axe des ordonnées. La courbe est 
donc toujours renfermée dans un cercle polaire dont le 
rayon est l'unité. On pourrait regarder ce cercle comme la 
ligne sur laquelle se compteraient les angles S et D. Re- 
cherchons maintenant les valeurs de a et de 6, qui nous 
donneront sur le lieu géométrique de p le plus grand arc 
à peu près rectiligne. 

Pour résoudre cette question, nous emploierons une 
méthode très-simple, mais assez féconde, et qui peut géné- 
ralement servir dans la discussion des courbes dont l'équa- 
tion non homogène ne renferme que deux paramètres. 
Cette méthode consiste dans la construction d'une sorte de 
tableau géométrique à double entrée, où les arguments 
sont continus , et qui permet de passer en revue d'un seul 
coup d'œil toutes les courbes que peuvent donner les diffé- 
rentes valeurs de a et de b. Avant de le construire établis- 
sons quelques conséquences des équations A et B'. 

Dans le sens actuel des coordonnées S et D , les équa- 
tions 

S = constante, D = constante, 

appartiennent, la première à une droite qui passe à l'ori- 
gine, la seconde à un cercle qui a ce même point pour 
centre et sin. D pour rayon. On peut donc d'abord conclure 
de ce que A est linéaire par rapport a cos. S, qu'un cercle 
polaire rencontre généralement la courbe en quatre points. 
Pour que ces quatre points se réunissent deux à deux, il 
faut et il suffit que l'on ait sin. S = o; ce n'est donc que sur 
l'axe des ordonnées que le cercle polaire devient tangent; 
et l'on voit, en outre, que la courbe coupe toujours cet axe 
à angle droit. Il faut pourtant faire une exception pour l'ori- 
gine. Car alors on a sin. b—o, et le cercle polaire tangent 



(19) 
n'existe plus. En second lieu , de ce que cette même équa- 
tion À est du second degré relativement à cos. D, on conclut 
qu'une droite polaire rencontre généralement la courbe, 
hors de l'origine, en quatre points. Car chaque valeur de 
cos. D en fournit deux égales et des signes contraires pour 
sin. D. La courbe est donc symétrique relativement aux deux 
axes des coordonnées rectangulaires; l'origine en est le 
centre, et lorsqu'elle y passe, elle y a nécessairement un 
point double et sur chacune de ses branches un point d'in- 
flexion. Ces remarques sont d'ailleurs une suite évidente 
de la génération de cette ligne. Il est, en outre, fort aisé de 
voir que sur l'axe des abscisses, il ne peut y avoir que des 
points doubles. Car pour cet axe cos. S=o et les deux va- 
leurs de cos. 2 D deviennent égales, tandis qu'elles sont iné- 
gales pour des directions très-voisines de part et d'autre. 
Celte circonstance n'ayant lieu , pour des valeurs réelles , 
que pour l'axe des abscisses, on en conclut qu'il n'y a de 
points multiples que sur cet axe. 

Pour n'avoir que des points construits par l'appareil de 
Walt, il faut, avons-nous dit , n'admettre pour S et D que 
des valeurs réelles; ou, ce qui revient au même, il faut 
n'admettre pour sin. S , cos. S, sin. D , cos. D, que des va- 
leurs réelles comprises entre -*- i et — 1. Celle restriction 
introduite dans l'équation A, y fera naître des distinctions 
dépendantes des valeurs de a et de b. Résolvons cette équa- 
tion par rapport à cos. D. 



cos. D = a cos. S ± V 6 2 — a 2 sin. 2 S. 

On voit qu'il est toujours possible de donner à sin. 2 S 
des valeurs assez petites pour rendre réelles les deux ra- 
cines correspondantes ; mais pour qu'elles soient toujours 
réelles, quel que soit l'arc réel S, il faut et il suffît que l'on 



(20) 
ait b" 2 — a 2 > o, ou , puisque a et b sont positifs, 

(1) a — b < o. 

Le produit des deux racines cos. D. cos. D'est toujours 
égal à a 2 — 6 2 , on a donc toujours 

cos.» D. cos. 2 D' = (a— 6) 2 (a + 6) 5 ; 

d'un autre côté, l'expression précédente de cos. D nous 
montre que la plus grande valeur de cos. 2 D correspond à 
sin. S=o, et est (a-t- &) 2 ; nous pouvons donc conclure que 
la plus petite est (a — fo) 2 ; ou bien que cos. 2 D est toujours 
compris entre (a — 6) 2 et (a-f-6) 2 ; et l'on voit, en outre, 
qu'il atteint ces deux extrêmes pour les valeurs réelles de' 
S correspondantes à sin. S==o. De là nous pouvons dé- 
duire, sur les carrés cos. 2 D, cos. 2 D', des racines suppo- 
sées réelles les conditions nécessaires et suffisantes pour 
que ces deux carrés soient toujours plus grands que 
l'unité 

(2) (a -6)* > 1, 

pour que l'un d'eux soit toujours plus grand que l'unité 
(3) (a*-b*)* > i, 

enlin, pour qu'ils soient tous deux toujours plus petits que 
l'unité 

(4) a -t- b < 1. 

Dans ces inégalités, tout est algébrique, leur expression 
et leur signification. Rendons géométriques à la (ois l'une 
et l'autre. 

Pour cela menons dans un plan deux axes de coordon- 



(21 ) 

nées rectangulaires OA, OB (pg. 2), prolongés seulement 
dans le sens positif, et concevons que, sur le premier, on 




compte les valeurs de a, et celles de b sur le second. 
Chaque système de valeurs pour a et b détermine un point 
(a, b) dans le plan BOA; et la position de ce point indi- 
quera facilement si les valeurs a et b de ses coordonnées 
satisfont ou non à une quelconque des quatre inégalités 
précédentes. Il est aisé de voir que la première est satis- 
faite pour tous les points non situés au-dessous de la ligne 
Oo, dont l'équation est 

a — b; 

que la seconde place le point (a, b) dans l'un des deux 
angles ARr, BRV, OR et OR' étant égaux à l'unité, et les 
deux droites Rr, R'r', ayant pour équations 

a — b «sa 4 , b — a = l; 

que la troisième place le point (a, b) dans les deux espaces 
Alty, BR'//; R/5 et R'/ 5 ' étant deux hyperboles équilatères 
conjuguées construites par les équations 

fl* — 6* == \ , fc* — a* = 1 ; 



(22) 

enfin, la quatrième n'appartient qu'aux points du triangle 
R'OR; car la droite R'R a pour équation 

a -+- b = 1. 

Quant à la signification géométrique de ces quatre con- 
ditions, remarquons d'abord que chaque point du plan 
BOA détermine un système de valeurs de a et de b. Si l'on 
introduit ces valeurs dans l'équation A, la courbe corres- 
pondante aura des propriétés différentes suivant la position 
de ce point. Quand il se trouvera dans les deux angles 
ARr, BRV, cette courbe n'aura aucun point réel; car les 
valeurs réelles de cos. 2 D, qui satisfont à l'équation A, sont 
toutes plus grandes que l'unité. Mais entre les deux paral- 
lèles Rr, R'r', chaque point (a, b) détermine une courbe 
réellement existante, et le tableau géométrique que nous 
venons de construire, divise toutes ces lignes en six 
classes, correspondant aux six compartiments qui y sont 
numérotés. 

Dans la première où a <fc, a + b < i , jamais on ira 
cos. 2 D = 1, ou sin. D = o; par conséquent, la courbe ne 
passe pas au centre. Mais pour toute valeur réelle de S, on 
a des valeurs réelles de D. Le rayon vecteur a toujours 
deux valeurs positives; la courbe rencontre les deux axes, 
et a deux points doubles équidislants du centre sur l'axe 
des abscisses. Le rayon vecteur atteint ses deux valeurs 
limites sur l'axe des ordonnées. La forme générale de la 
courbe est donc celle d'un majuscule; dont le renfle- 
ment se trouve sur cet axe. 

Dans la seconde classe, la courbe ne passe pas au cen- 
tre, ne rencontre pas l'axe des abscisses, et n'a plus de 
point double. Mais elle rencontre l'axe des ordonnées en 
quatre points, pour lesquels le rayon vecteur atteint ses 



(25) 

deux valeurs limites. Pour une valeur réelle de S délermi- 

t 2 
née par l'équation sin. 2 S = -,, le rayon vecteur, qui est 

alors V\ — a 2 -t-6 2 , est tangent à la courbe. Celle-ci est 
donc composée de deux parties séparées, entièrement fer- 
mées, et elle est toute comprise entre deux tangentes 
polaires, dans l'angle qui renferme l'axe des ordonnées. 

Dans la troisième classe, la courbe passe au centre où 
elle a nécessairement un double point d'inflexion. L'angle 
S des tangentes avec l'axe des ordonnées est alors donné 
par la formule 

1 H. a 2_62 

cos. S = — 

Elle a sur Taxe des abscisses deux points doubles qui 
convergent vers le centre, à mesure que le point (a, b) se 
rapproche de l'hyperbole R'p. Cependant le rayon vecteur 
n'a pas toujours deux valeurs. On aura une idée de la 
forme de cette courbe en traçant d'abord une sorte de co , 
qui aurait trois points doubles sur l'axe des abscisses, et en 
reliant ensuite les deux points doubles extrêmes par deux 
arcs symétriques à peu près circulaires qui coupent à angle 
droit l'axe des ordonnées. 

Dans la quatrième classe , la courbe passe au centre, et 
l'angle des tangentes est donné par la formule précédente : 
mais elle ne coupe plus l'axe des abscisses. Les rayons 
vecteurs correspondant à sin. 2 S=- 8 sont tangents à la 
courbe, et celle-ci est tout entière comprise entre ces 
deux tangentes. Elle a évidemment six points d'inflexion; 
car la tangente à l'origine lui est intérieure, tandis que 
le rayon vecteur tangent lui est extérieur; cette condition 
nécessite un point d'inflexion situé sur chacun des quatre 
arcs symétriques compris entre le centre et le point de 



( •* ) 

contact du rayon vecteur. Ces quatre points d'inflexion se 
rapprochent indéfiniment des deux autres, qui sont tou- 
jours au centre, à mesure que le point (a, b) se rapproche 
de l'hyperbole ï\p. Si celui-ci est sur l'hyperbole, les six 
points d'inflexion sont réunis trois à trois au centre, et il 
y a entre la courbe et chacune de ses deux tangentes cen- 
trales un contact du quatrième ordre. Il est déjà évident 
qu'il faudra, pour résoudre le problème qui nous occupe, 
recourir à cette quatrième classe. 

Dans la cinquième classe , la courbe passe encore au 
centre; mais les deux points doubles, situés sur l'axe des 
abscisses, ont disparu. Les points d'inflexion dont nous 
venons de parler ne s'y trouvent pas. Elle a généralement 
la forme d'un 8 et est toute comprise entre les deux tan- 
gentes centrales. 

La sixième classe ne se distingue de la cinquième par 
aucun caractèregéométrique saillant. Mais elle possède une 
propriété qui appartient aussi à la seconde et à la qua- 
trième classe, et à laquelle nous avons déjà fait allusion. 
Pour toutes ces courbes, les valeurs de S voisines de 90° 
rendent imaginaires les valeurs de cos. D; le rayon vecteur 
V \~ — cos. 2 D sera alors généralement imaginaire; excepté 
pourtant le cas où la partie réelle de cos. D s'évanoui- 
rait. C'est ce qui arrive au moment où l'on a S= ± 90°. 
Il reste alors 



cos 



.D==±V / 6 2 — a 4 , V\— cos. M) = l/i+a 2 — 6*. 



Cette valeur n'est plus imaginaire puisque a > b; mais 
elle est plus grande que l'unité, et si on l'admet pour rayon 
vecteur, le point qu'elle construira n'appartiendra pas à la 
ligne de Watt. C'est un point isolé situé sur l'axe des ab- 



(25) 
scisses. Il fait suite à la série des points doubles que nous 
avons trouvés sur cet axe dans la première et la troisième 
classe. L'équation en coordonnées polaires, ou en coor- 
données rectilignes, n'aurait pas séparé ces points de ceux 
que l'appareil de Watt peut réellement construire; car, 
pour l'exclure, il faudrait joindre à ces équations les res- 
trictions 

p 2 < î, S 2 m ? < *• 

Il est bien facile de voir ce qui arrive lorsque le point 
(a, b) se trouve sur les lignes qui séparent les divers com- 
partiments. Remarquons seulement la ligne médiane Oo, 
sur laquelle on a toujours a = b, ce qui remplace l'équation 
A par les deux suivantes : 

cos. D = o , cos. D = 2a cos. S. 

La première construit toujours Un cercle polaire dont le 
rayon est l'unité; la seconde une courbe intérieure à ce 
cercle, et qui le touche sur Taxe des abscisses. L'équation 
de celte courbe en coordonnées rectilignes ne serait plus 
que du quatrième degré. Il y en a trois cas particuliers 
remarquables. C'est d'abord celui où le point (a, b) est à 
l'intersection de RR ; et de Oo, à la limite commune des 
quatre premières classes. On a alors a = \; l'équation de- 
vient cos. D = cos. S, ou sin. D = ± sin. S; et construit 
deux cercles tangents à l'origine à l'axe des ordonnées; 
chacun d'eux a pour rayon J. 

Le second cas plus remarquable correspond au point 
situé sur Oo à une distance de l'origine égale à l'unité. On 
a alors a — V~ et l'équation devient 

cos. D==V / 2 cos. S, 

et se ramène facilement à une forme bien connue. Posons 



(26) 
S' = S — |, elle devient cos. D = — ^2 sin. S'. S' se 
compte maintenant à partir de l'axe des abscisses. De celte 
épuation on tire 

p * == \ — cos. 2 D = 1 — 2 sin. 2 S' = cos. 2S', 

Si l'on rétablit l'homogénéité, elle devient en remplaçant 
l'unité par r, ^ 2 =r 2 cos. 2S', enfin, si l'on prend a pour 
unité au lieu de r, comme on a «=ï^, r 1 devient égal à 
2, et l'équation se change en 

P = 2 cos. 2S\ 

Sous celte forme, on reconnaît celle de la lemniscate. 
On sait que les arcs de cette courbe sont des digamma dont 
l'angle du module est de 45°. L'angle D, qui se présente ici 
si naturellement, est le complément de l'amplitude. Nous 
connaissons donc un moyen mécanique fort simple pour 
décrire cette courbe curieuse d'une manière continue. Il 
suffît de fixer la diagonale d'un carré, et de faire tourner 
autour des deux sommets fixes les côtés réunis par la se- 
conde diagonale. Le milieu de celle-ci décrira une lemnis- 
cate. Le centre se trouvera au milieu de la diagonale fixe, 
et les deux foyers seront à ses deux extrémités, c'est-à-dire 
au centre des deux cercles directeurs. La similitude dé- 
montrée plus haut nous fournit une autre construction éga- 
lement facile, en partant d'un triangle rectangle isocèle. 
Faisons tourner le milieu de l'hypoténuse autour d'un des 
sommets aigus, pendant que l'extrémité, qui coïncide d'a- 
bord avec l'autre sommet aigu, trace un cercle autour du 
sommet de l'angle droit. La seconde extrémité tracera une 
lemniscate. Le sommet de l'angle droit sera l'un des foyers ; 
l'autre sommet the sera le centre. 

Ces deux propriétés fournissent, comme nous l'avons 



(27) 

dit, un moyen de construire la tangente et le rayon de 
courbure de la lemniscate; car elles placent cette courbe 
parmi les plus simples de celles qu'engendre une figure 
plane en se mouvant dans son plan ; et tout le monde con- 
naît la méthode générale donnée par M. Chasles pour ces 
constructions dans les courbes ainsi engendrées. 

Enfin, la troisième position remarquable sur la ligne Oo 
est à l'infini : la courbe intérieure se réduit alors à un dia- 
mètre du cercle. Le mouvement rectiligne a donc alors la 
plus grande étendue possible; mais les grandeurs exigées 
ne sont pas réalisables. 

Nous ne nous arrêterons pas à la quadrature de ces li- 
gnes; elle s'obtient très-facilement au moyen d'arcs de cer- 
cles; mais nous ferons remarquer encore, dans le tableau 
géométrique précédent, plusieurs propriétés intéressantes, 
dont la démonstration ressort de l'équation A, ou simple- 
ment de la remarque sur laquelle sont fondées les condi- 
tions (2), (5), (4). 

1° Si l'on y trace les deux hyperboles équilalères conju- 

Fig. 5. 




o S a R A 

guées, dont les sommets sont en a et b ((iq. 5), et dont 



(28 ) 
les équations sont 

a 4 — 6 2 = cî, 6* — rt 2 = c,*, 

c, 2 étant une constante positive, inférieure à Tunité; les 
points de la première déterminent une série de courbes 
pour lesquelles le rayon vecteur tangent a la même va- 
leur V\ — c, 2 . Ceux de la seconde en déterminent une 
autre série, où les deux points doubles situés sur l'axe des 
abscisses sont les mêmes; leur distance au centre est aussi 
V 1 — c, 2 . Par conséquent, un cercle polaire dont le rayon 
serait V\ — c t 2 rencontrerait à angle droit toute la pre- 
mière série, et renfermerait tous les points doubles de la 
seconde. Il faut évidemment excepter le point double du 
centre quand la courbe y passe. 

2° Si , dans ce tableau, on mène les deux droites Ss, SV, 
dont les équations sont 

a — 6 = c 2 , b — a = c 2 , 

c^ étant une constante positive inférieure à l'unité; toutes 
les courbes qu'elles déterminent se toucheront sur l'axe 
des ordonnées dans leur point le plus éloigné du centre; 
le rayon vecteur maximum est v\—c?. Et toutes celles 
que détermine la droite SS' dont l'équation est 



toucheront les précédentes sur le même axe; mais le point 
de contact sera pour elles le point le plus rapproché du 
centre. 

5° (Fig. A). Du point avec l'unité pour rayon, traçons 
la demi-circonférence de cercle RR'R '; puis imaginons 



( 9» ) 

une série d'hyperboles équilalères dont les eenlres oceu- 

Fig. 4. 




pent toutes les positions sur la droite RR", leur distance 
de l'origine étant représentée par Cs, dont l'axe trans- 
verse est parallèle à OB , et dont les sommets c sont sur 
la circonférence RR'R". Cs reste compris entre -M et — 1. 
Considérons une de ces hyperboles, joignons le sommet c 
à l'origine 0, et soit a. l'angle cOA. Toutes les courbes, dé- 
terminées par les points de cette hyperbole, passent au 
centre et y font un angle « avec l'axe des ordonnées. En 
second lieu, on pourrait remplacer la remarque 2°, en di- 
sant que toutes les courbes déterminées par les asymptotes 
de cette hyperbole coupent l'axe des ordonnées à une dis- 
tance égale au demi-axe transverse. Enfin , si de l'origine 0, 
on lui mène une tangente Ot, terminée au point de con- 
tact t, pour toutes les courbes que déterminera ce segment, 
le rayon vecteur mené sous l'angle « sera tangent. Il est 
facile de reconnaître que tous les points de contact t, que 
l'on obtient en menant de l'origine des tangentes à toutes 
les hyperboles que nous venons de construire, sont situés 



(50) 

sur l'hyperbole R/s, conjuguée de celle qui a son sommet 
au point R', et que, de plus, toutes ces hyperboles se 
coupent en R'. La démonstration d'un théorème analogue 
reste la même quand, au lieu du cercle RR'R" et de ses 
deux diamètres rectangulaires OR , OR' , on considère 
une ellipse et ses diamètres conjugués; on peut égale- 
ment, sans plus de difficulté, trouver deux théorèmes ana- 
logues dans les trois dimensions. Mais tout ceci s'éloigne 
de notre sujet. 

Cependant, en terminant celte discussion, je ne puis 
m'em pêcher de remarquer combien il serait facile d'en vé- 
rifier mécaniquement les résultats, au moyen d'un instru- 
ment composé essentiellement d'un plan et de trois rayons 
solides réunis par deux charnières. Cet instrument per- 
mettrait de décrire toutes les courbes dont nous venons 
de nous occuper, et même de vérifier une propriété impor- 
tante que nous démontrerons bientôt, et qui est une géné- 
ralisation du mouvement presque rectiligne. 

Appliquons maintenant ces résultats, et déterminons 
les deux constantes a et b de la manière la plus avanta- 
geuse à la rectitude du mouvement. De toutes les courbes 
que peut parcourir le milieu //du segment mm', celles 
que nous avons rangées dans la quatrième classe sont 
évidemment celles qu'il faut préférer, parce qu'elles ont, 
sur chacune des deux branches qui se coupent au centre, 
trois points d'inflexion qu'on peut rapprocher indéfiniment 
en faisant convergera 2 — 6 2 vers l'unité. Il suit, en effet, 
de cette propriété qu'en espaçant convenablement les trois 
points d'inflexion, on obtiendra un arc assez étendu d'une 
courbe serpentante; et comme il suffit, pour les espacer 
ainsi , d'établir une seule relation entre a et b , on sera 
encore maître d'en établir une seconde pour diminuer au- 



(51 ) 

tant que possible, dans l'étendue de cet arc, les écarls 
latéraux. Recherchons ces deux relations. 

Prenons pour direction générale de l'arc rectiligne , la 
tangente à son centre, parce que le centre est le seul des 
trois points d'inflexion où le rayon vecteur soit langent, 
et parce qu'au moment où sin. D = o, cette droite est per- 
pendiculaire sur le rayon Cm (fig. 1), propriété qui, dans 
l'application, rendra horizontal le balancier au moment 
où le piston atteindra le milieu de sa course. 

Cela posé, si nous suivons le mouvement du point dé- 
crivant au moment, où, partant de l'origine, il s'élève 
dans l'angle des coordonnées positives, nous le verrons 
bientôt se séparer de la tangente centrale, et s'en écarter 
à droite d'une quantité très-petite. Appelons ^l'angle très- 
petit que fait avec celte droite le rayon vecteur tangent p, 
la mesure de cet écart à son maximum sera très-sensible- 
ment pâ. Le point décrivant se rapprochera alors de la 
verticale, la coupera en un point où — cos. D=a 2 — 6 2 , 
et la dépassera en s'éloignant vers la gauche. Arrêtons-le 
au moment où ce nouvel écart sera égal au précédent. On 
aura alors, en représentant par^' et d' le rayon vecteur et 
l'écart angulaire correspondants 

à el à' doivent être très-petits de manière à pouvoir être 
négligés relativement à l'unité; nous aurons donc d'abord 
en appelant S l'angle S correspondant à la tangente cen- 
trale 

cos. S — cos. (S h- A 

= sin.(S + ef) ; 

mais si nous posons 

A*=i — ^ = o 2 — b*, 



(52) 
nous aurons par l'équation A , 






i -+- h* b k 

— cos.S = — — , sin.(S -+-cf) = -, — cos.(S o +<0 = - 

za a a 



donc 



-^i 1 -^ 



26 ' 
mais 

(l_^ = (|_V / r^) 2 = ^/: 2 +^/ 5 ^...j ==^ -+- etc., 

P 4 

et, par conséquent, il est indispensable que g^ soit né- 
gligeable relativement à l'unité. Ceci s'accorde avec ce que 
nous avions déjà vu, que a 2 — 6 2 doit être très-voisin de 
l'unité. 

L'équation p'iï— f>& nous donnera pour la valeur de $' , 
d' =£,(?, cl par conséquent 

Nous pouvons obtenir une autre expression de — (d+- d'). 
Eu effet, on a 

cos. (S — f) — cos. (S -t fl « sin. S («T + J") 
et 

sin. S = sin. (S -+- cJ*) — cos. S «f = cos. S J*; 

ci 

Si | n'est pas très-petit, cette dernière devient 

• q b 

sin. S = - ■ , 

a 
et en posant 



(35) 
on a 

_ C0 , (So -O--^; 

donc en substituant ces valeurs el celle que nous avons 
trouvée précédemment pour cos. (d -*-d) 

En égalant ces valeurs de — (3+ d') , nous aurons l'équa- 
tion 



(*). . . . (I-*) 2 



2*' 



Il faut se rappeler que k= VI — p* et /<:'= V\ — p'*; 
de sorte que cette équation détermine p et p' en fonction 
l'un de l'autre indépendamment de la valeur de b. Mais 
pour qu'elle ait lieu, il faut que- ne soit pas très-petit, et 
que^ soit négligeable relativement à l'unité. Cela sup- 
posé,/? et p' étant indépendants de 6, les valeurs de (c^-t-<î') 
nous montrent que l'écart angulaire est d'autant plus petit 
que b est plus grand. 

Il suit de là que l'équation (h) forme l'une des deux rela- 
tions que nous cherchions, et que la seconde est remplacée 
par cette conséquence qu'il faut donner à Ma plus grande 
valeur qu'il sera possible. 

Cette valeur ne peut dépasser certaines limites; car b est 
ici le rapport du petit côté M (fig. 1) du parallélogramme 
à la demi-longueur G du balancier. Mais nous allons dé- 
montrer maintenant, que pour une même valeur de ce 
rapport, aucune autre ligne de Watt ne peut fournir d'aussi 
avantageux résultats pour ce qui concerne le mouvement 
rectiligne. 

En effet, cette hypothèse revient à supposer constants 
Tome xx. — II e part. 3 



(34) 

le rayon Cm et la dislance mp. Supposons qu'on nous 
donne Ja direction de la droite suivant laquelle doit se mou- 
voir le point p. Faisons glisser en même temps m sur son 
cercle et ^ sur la droite, de manière que le point m s'é- 
carte également des deux côtés de la perpendiculaire abais- 
sée de C sur la droite donnée; dans les machines, cette 
perpendiculaire sera horizontale. Il résulte de tout ce qui 
précède que le point m', situé sur p m à une distance telle 
que jum'=^ m, parcourra, pour une certaine amplitude 
d'oscillation donnée à m, une courbe très-peu différente 
d'un cercle dont le rayon serait égal à Cm; car il suffirait 
d'altérer excessivement peu le mouvement du point p , pour 
que la différence fût nulle. Or, comme il faut toujours que 
l'horizontale coupe en deux parties égales l'angle des posi- 
tions extrêmes du balancier, il est clair que notre propo- 
sition sera établie, si nous démontrons qu'aucun autre 
point de la droite mm' ne parcourt alors une courbe qui, 
pendant plus longtemps, ressemble à un arc de cercle. Mais 
cette démonstration elle-même sera faite, si, reprenant l'ap- 
pareil des deux cercles égaux pour diriger le mouvement 
de mm\ nous prouvons qu'aucun autre point de celle droite 
ne décrit une courbe voisine d'un cercle pendant le parcours 
total de l'arc rectiligne. 

Cette proposition ressortira de quelques théorèmes rela- 
tifs aux courbes tracées, dans un même mouvement de 
l'appareil , par des points quelconques de la droite mobile. 
Reprenons les équations B, ou plutôt les deux suivantes, 
qui s'en déduisent immédiatement 



f 2 = 



tang. 



sin. S cos. D — b cos. S sin. D 
/3 cos. S cos. D — b sin. S sin. D ' 



(35) 
et remarquons que l'équation A est toujours également sa- 
tisfaite par deux valeurs de sin. 1) égales et de signes con- 
traires, pourvu que cos. S et cos. D ne changent de signe 
que tous deux ensemble. Supposons donc que, S ne chan- 
geant pas, sin. D change simplement de signe; ce change- 
ment dans la courbe décrite par le milieu de mm\ trans- 
porte d'une extrémité à l'autre sur un même diamètre. 
Appelons p\ &>' les nouvelles valeurs des coordonnées po- 
laires, nous aurons 

/3 sin. S cos. I) -+- b cos. S sin. D 
p .= ,>, tang. c - COS s cos. D — 6 sin. S sin. D* 

On tire de là par un calcul très-simple 

, • „ „„ 7 : *!i W. sin. 2D 

lang. («H-w) = tang.2S, tang. (m — «') = 



2 cos. 2 D — 6 2 sin 2 .D 



mais il ne faut pas oublier que pour chaque courbe l'origine 
est différente; car sa position est toujours déterminée par 

la relation 

c n . .. , 



L'équation tang. (w +«') = tang. 2S montre que la droite 
menée de l'origine et faisant l'angle S avec l'axe des abscis- 
ses coupe toujours en deux parties égales l'angle de w — &>' 
compris entre les deux rayons égaux p et p'. Par consé- 
quent, comme pendant le parcours de l'arc recliligne, S 
est à peu près constant et égal à S , la courbe est alors à 
peu près symétrique relativement à la droite qui fait avec 
l'axe des abscisses positives l'angle S . Cette dernière droite 
est perpendiculaire à la direction générale du mouvement 
rectiligne, puisque celle-ci fait l'angle S avec l'axe des 



i 



(36) 

ordonnées négatives. C'est à elle qu'il faut rapporter l'é- 
quation de la courbe pour tout l'arc correspondant au 
mouvement rectiligne. Pour tout cet arc, la variation de 
S doit être négligée, quand il s'agira de donner la forme 
approchée de la courbe, de sorte que l'angle du rayon vec- 
teur avec le nouvel axe sera 9 = °^- • Or, la valeur de 
tang (w — &>') nous donne 

(/3 2 cos. 2 D — 6 2 sin. 2 D) 2 
COS. 2 [a — a] 



COS. (co — a') 



i \ 1 +• COS. (w— û/)1 = COS. 2 = ~- -— i . : , 

L 2 /3 2 cos. 2 D-*-o 2 sin. 2 D 

ou en introduisant la valeur du rayon vecteur 

' /3 2 cos.D + 6 2 sin. 2 D ' /3 2 

/5 2 = , /> 2 cos. 2 f =~cos. 2 D, 

formant de là les valeurs de cos. 2 D , sin. 2 D , et les substi- 
tuant dans l'expression précédente du rayon vecteur, on 
aura enfin pour l'équation cherchée 



(/3 2 


cos. s 


']) 


-t- 6 2 


sin 


2 D) 


i» 


/3 2 


cos 2 


D- 


-6 2 


sin. 2 D 


M 


P 


COS. 2 


D- 


-o 2 


sin. 2 D " 


«2 


ce — Ci 


t 

1 




/3 2 


cos. 2 


D 



( sin - 2 ?-*- àwfîuj ^T { 



C'est celle d'une ellipse rapportée à ses axes. Le demi- 
axe parallèle au mouvement rectiligne est l'unité, l'autre est 



(1) Il faut ici, en extrayant la racine des deux membres de l'équation pré- 
cédente, ne donner au second membre que le signe -+- ; parce que co — co' doit 
être nul en même temps que sin. D. 



(37 ) 
V/r?» le centre est l'origine pour laquelle on a j,=^-,« 
Ainsi tant que l'angle S reste à peu près constant, ce 
qu'on obtiendra toujours pour une assez grande étendue 
du mouvement au moyen de l'équation (K) , tous les points 
de la ligne mm' tracent à peu près des ellipses dont les 
axes sont parallèles, l'un d'eux étant toujours égal à 2, 
l'autre à 2 V/S Cette propriété renferme comme cas par- 
ticuliers le mouvement rectiligne du point p où /3=o, et 
le mouvement circulaire des deux points m,wi', où /5 2 =6 2 . 
Mais ce qui est plus important, elle démontre en même 
temps la proposition que nous avions en vue, et établit 
ainsi que, pour le mouvement rectiligne, notre problème 
est résolu. 

Complétons-en la solution, en montrant que les propor- 
tions adoptées assurent également au mouvement circulaire 
du balancier la plus grande étendue. Il suffit pour cela de 
faire voir que ce maximum s'obtient nécessairement en 
même temps que l'autre. 

Or, dans l'appareil des deux cercles égaux, l'arc recti- 
ligne, compté depuis son milieu jusqu'à un point quelcon- 
que, est égal à son rayon vecteur sin. D; d'un autre côté, S 
étant constant, l'angle compris entre les deux positions 
extrêmes du balancier sera la différence entre les deux 
valeurs extrêmes de D; car 0=S-+-D. Par conséquent, la 
longueur totale dé l'arc rectiligne sera la corde de Tare 
décrit par le balancier. Cette dernière conclusion, qui ne 
renferme plus les angles S et D, est indépendante du moyen 
employé pour diriger le mouvement ; elle a donc lieu géné- 
ralement; et il s'ensuit que le mécanisme qui assure au 
mouvement rectiligne la plus grande étendue, l'assure éga- 
lement au mouvement circulaire. 



(38) 
Nous voici donc arrivés au but de ces recherches. Les 
propositions les plus avantageuses sont fournies par les 
équations (fig. 1). 

Cm =x= Cm' , fim = /xtn' , 
les quantités 2a, 26, ou CC, mm' étant liées par l'équation 

dans laquelle on a 

p' étant la demi-longueur de l'ascension du piston, et 6 
recevant la plus grande valeur qu'il sera possible de lui 
donner. Indiquons en peu de mots comment il faut se ser- 
vir de ces relations pour déterminer, d'après la théorie pré- 
cédente, les éléments du parallélogramme. 

La longueur Cm que nous avons prise pour unité n'a 
d'autre condition à satisfaire que celle d'être plus petite que 
la demi-longueur C/ du balancier. On pourra donc en dis- 
poser de manière à donner à l'appareil quelque qualité 
particulière. Par exemple, en posant Cm = f O, on rend 
égal à mm' le petit côté /M du parallélogramme. On se don^ 
nera arbitrairement b et la demi-longueur p' de la course 
du piston. On calculera ensuite la quantité p et a 2 — b* 
par l'équation (K). Si la quantité^ est négligeable relati- 
vement à l'unité et à | , on admettra les déterminations 
ainsi obtenues; sinon on en conclura que^' est trop grand 
ou 6 trop petit. 

On changera donc la détermination arbitraire de Tune 
de ces quantités, et l'on recommencera le calcul. Il est à re- 
marquer que l'équation (K) se compliquerait inutilement 



(39) 
si l'on en voulait chasser les radicaux. Mais elle est tou- 
jours très-facile à résoudre par deux essais successifs, par 
la raison que ses deux membres varient en sens inverse 
l'un de l'autre pour une même variation de p. Quant aux 
calculs numériques, les relations p* -4- # 2 =1, z 3 ' 2 -*-&'*= 1 
permettent de les abréger en employant les tables des 
lignes trigonométriques. 

Il ne restera plus qu'à déterminer l'inclinaison à l'ho- 
rizon de la ligne CC On a pour cela la formule 

1 -t- a* - 6* 

C0 , So ^ - 

11 est évident que si on incline CC de l'angle S , le balan- 
cier et la bride seront tous deux dans une position hori- 
zontale et au milieu de leur course, au moment où la tige 
du piston atteindra le milieu de la sienne, et que, de plus, 
ces deux droites seront toujours également inclinées à 
l'horizon. 



Tremblement a de terre ressentis, en 1852; note de M. Alexis 
Perrey, professeur à la faculté des sciences de Dijon. 

Janvier. — Le 3, vers 3 h. Z U du matin, à Reggio (Calabre) , 
légère secousse ondulatoire. 

— Le 3, vers 10 h. du soir, à Navarrenx (Basses-Pyrénées), 
forte secousse. 

— Nuit du 4 au 5, à la Guadeloupe, quelques nouvelles se- 
cousses. 

— Le 9, 5 h. l h et H h. du matin , à Melfi, deux secousses 
verticales de 3 secondes de durée, avec rombo. 






(40) 

Le 14, 1 h. Va du soir, autre secousse assez forte, d'abord 
verticale, puis ondulatoire; durée 6 secondes. 

— Le 10, à Bedford (Massachussetts), tremblement qui s'est 
étendu jusqu'à Connecticut River. 

— Le 15, vers 8 h. du soir, à Reggio (Calabre), fort rombo 
ou bruit dans l'air, suivi immédiatement d'un tremblement qui 
dura 10 secondes et qui, trois heures après, se renouvela pendant 
4 secondes. 

De ce jour jusqu'au 21, les secousses s'y renouvelèrent jour et 
nuit avec plus ou moins de force : les bâtiments furent légère- 
ment endommagés. 

— Le 20, 9 h. de la nuit (suivant M. Llobet, le matin), à 
Olot et dans une partie de la Catalogne , légère secousse. 

— Le 23, 5 h. 44 m. du soir, à Raguse, une secousse. 

— Le 24, 3 h. 45. m. du matin, dans le Sindh supérieur 
(Inde), tremblement désastreux qui a causé la mort d'un grand 
nombre de personnes, surtout dans les Mur reehills. Le fort de 
Kahun a été détruit; mais les désastres ont encore été plus con- 
sidérables vers le Nord. La route de Nuffoosk à Kahun a été bou- 
leversée, le cours de la rivière Lahree a été interrompu et ses 
eaux couvrirent la plaine. Les tribus ont quitté le pays ravagé 
et sont allées s'établir dans les plaines de Gundava, Dadur et 
Lahree. Ce tremblement s'est fait sentir dans le Cutch, à Gun- 
dava, Dadur, Bhagh, Lahree, Pooljee, Chuttur, etc., en même 
temps qu'à Khanghur , où il a été faible , et à Kahun , c'est-à- 
dire vers 4 heures du matin. 

Un résident de Chuttur a compté trois secousses distinctes , 
séparées par un intervalle de quelques secondes. 

On n'a pas eu de nouvelles du Sud, ni du Belouchistan occi- 
dental. On ne peut donc fixer les limites de l'étendue de ce trem- 
blement. Suivant M. Meister, il y a eu de grands dégâts dans le 
Guzerate. 

— Le 25, 10 h. 20 m. du matin (9 h. */* suivant M. Llobet) , 
nouvelle secousse en Catalogne, plus violente que celle du 20. 



(M ) 

Des pierres et des tuiles sont tombées. A Olot, les meubles ont 
été mis en mouvement. La direction était de l'O. à TE. 

— Le même jour, première secousse très-douteuse mentionnée 
par quelques journaux comme ayant été ressentie à Bordeaux. 

— Le 25 encore, à Melfî, secousse qui fut double à Àvello. 

— Les 25, 26 et 27, tremblement dans la commune de Tre- 
silico, près d'Oppido en Calabre. Dans le courant de décembre, 
on y avait déjà ressenti de légères secousses. 

Le 25, vers 6 h. 5 U du soir, première secousse, verticale 
et légère; le 26, vers minuit l U, secousse ondulatoire et plus 
sensible; la 3 e , verticale et plus forte, eut lieu vers 2 h. l k du 
matin, et la 4 e , encore verticale et d'une grande intensité, eut 
lieu vers 3 h. 35 m. du matin ; elle fut accompagnée d'un fort 
rombo et dura plus de 8 secondes. Le soir, les secousses recom- 
mencèrent, elles furent plus légères et durèrent jusque dans la 
matinée du lendemain : celle de 8 h. 35 m. du soir fut cepen- 
dant violente, le mouvement vertical dura 5 secondes. Phéno- 
mènes semblables à Oppido. 

— Nuit du 25 au 26, à Monteleone et autres communes voi- 
sines, trois secousses plus ou moins sensibles. 

Nuit du 26 au 27, autre secousse, sans dommages. 

— Le 27, à Messine, trois secousses : la première, qui fut forte, 
à 2 h. du matin, la 2 e , moins forte et passagère, à 2 h. 3 /4, et 
la 5 e très-forte, mais de courte durée, à 3 h. 5 /*. Elles ne cau- 
sèrent pas de dégâts, mais la population, épouvantée, quitta les 
maisons. 

— Le 26, vers 2 h. V* du matin, à Bordeaux, tremblement 
qui s'est étendu à des distances assez considérables. Voici ce que 
m'écrit M. Abria, au sujet de ce phénomène : 

« Les indications sur l'heure s'accordent pour indiquer de 2 
h. 15 m. à 2 h. 20 m. temps moyen. On a entendu un bruit 
qui a précédé la secousse : ce bruit a été comparé par la plupart 
des témoins à celui d'une charrette pesamment chargée. Quant 
à la direction du mouvement, il v a plus de variations; les uns 

i 



(42) 

indiquent celle du N. au S.; d'autres ont dit de l'E. à l'O. Je crois 
la première plus approchée de la vérité. Si j'en juge par mes 
impressions personnelles, ce serait celle du NE. au SO. La durée 
m'a paru avoir été de deux à trois secondes. 

» La secousse a été très-marquée et forte, mais les accidents 
sont nuls ou à peu près. Dans plusieurs maisons, on a entendu 
distinctement le bruit occasionné par le choc des verres , des 
vases de porcelaine , etc. 

» Quant aux observations météorologiques , le baromètre a 
indiqué une secousse due à l'effet mécanique du choc, mais point 
de variation remarquable dans la pression atmosphérique. Les 
observations, de 9 h. du soir pour le 25 et de 7 h. du matin 
pour le 26, donnent 767 mm ,24 et 767 ram ,27 (réd. à 0°). 

» Le ciel fut couvert le 25 jusqu'à 9 h., découvert en partie 
de 9 à \ heure, et couvert le reste du temps. Il était vaporeux 
dans la partie découverte. Le thermomètre est monté le 25 jus- 
qu'à 43°,2; la veille il avait atteint 9°,9; l'avant-veille 10°,5 : le 
lendemain il monta à H°,8. La température minima a été 6°,8 
le 26; 3°, 9 le 25; 3°, A le 27. Mais dans la nuit du 26 au 27 le 
ciel fut découvert. En un mot, la température a été plus élevée 
le 25 que les jours précédents; il en a été de même pour la nuit 
du 25 au 26 : il faut remonter jusqu'aux 21 et 22 janvier pour 
trouver des températures aussi élevées. 

» Les quatre observations du 25 donnent pour l'état hygro- 
métrique à 7 h. du matin, midi, 2 et 9 h. du soir, les nombres 
90, 56 7 58 et 83. L'état hygrométrique a donc décru très-rapi- 
dement, de midi à 2 heures et présente une valeur exception- 
nelle non-seulement pour le mois de janvier, mais aussi pour la 
saison météorologique. La température était à midi 10°,6 et à 
2 h. 13°,2, et cette augmentation dans la température est une 
des causes de la sécheresse observée : mais il y a eu aussi dimi- 
nution dans la tension. Les quatre valeurs de la force élastique 
sont, en effet, l mm ,5; 5 mm ,3; 4 mm ,5; 6 mm ,3. Le 26, la marche de 
l'état hygrométrique et de la tension ne présente rien d'anormal. 



(43) 

» L'observation du vent n'offre rien à noter : le vent du S. a 
régné depuis le 24, 6 h. du matin, jusqu'au 25, 2 h. du soir; 
calme de 2 h. à 11 h. du soir. Le vent s'élève a 11 h., diminue 
d'intensité de minuit à 2 h., et souffle ensuite sans interruption 
toute la journée du 26, toujours du Sud. » 

Ce tremblement paraît avoir été général dans toute la Gi- 
ronde. A Libourne, la population a été réveillée par un choc 
violent; les évaluations varient sur la durée. A La Sauve, quel- 
ques maison sont été lézardées. Même phénomène à Gradignan, 
ainsi qu'à La Bastide. A S l -Médard on a cru que la poudrière 
venait de sauter, et à Lormont que le tunnel du chemin de fer 
était englouti dans un immense éboulement. A Pessac , Cadan- 
jac, Mérignac, Bourg, Bayon, Camblanes, le mouvement a été 
très-sensible. 

Au Sud, il s'est étendu jusqu'à Pau (2 h, *|*) : les oscillations 
ont été du N. au S. et ont duré deux ou trois secondes. On ne 
cite rien de particulier dans les Landes, seulement quelques 
pins auraient été déracinés. 

Du côté de l'Est, il ne s'est pas étendu jusqu'à Agen ni à Mar- 
mande. 

Vers le Nord, il s'est avancé beaucoup plus loin. Des lettres 
de Royan , Saintes, Rochefort, La Rochelle et Maremmes annon- 
cent qu'on y a aussi ressenti la secousse. 

A Castillon (Dordogne), les secousses ont été horizontales du 
N. au S. Suivant M. Paquerée, les maisons reposant directement 
sur la mollasse ont été plus fortement agitées que les autres. Les 
secousses paraissent avoir été plus fortes sur les coteaux qui 
avoisinent la ville que dans la vallée même de la Dordogne. Ces 
coteaux sont couronnés par les calcaires d'eau douce et par le 
calcaire marin de la période miocène. 

— Le même jour 26, tremblement dans le Mississipi. 

— Le 28, à Tresilico , nouvelles secousses, qui durent jusqu'au 
7 février. 

— Le 29, 2 h. du soir, en Catalogne, nouvelle secousse. 

N 






( 44 ) 

C'est surtout sur le versant méridional des Pyrénées, m'écrit 
de Barcelone M. Llobet, aux environs de la formation houillère 
de San Juan de las Àbadesas que ces secousses ont été ressenties. 
Dans cette ville on sentit seulement le dernier tremblement et 
encore faiblement. 

Cependant je lis dans un journal français que c'est le 50 janr 
vier que la secousse a été éprouvée à Barcelone. À 2 h. l U du 
soir, quelques personnes ont éprouvé une commotion qui a duré 
peu de temps et qui est restée inaperçue pour la plus grande 
partie de la population. Toutefois les marchandes de la place 
S te -Catherine ont éprouvé presque toutes une secousse qu'elles 
n'ont pu s'expliquer. 

— On écrit de Messine, en date du 5 février: depuis 10 ou 14 
jours, nous avons une suite de secousses d'une force extraordi- 
naire qui répandent une grande terreur. 

— Dans le courant de janvier, en Calabre, secousses pendant 
plusieurs jours. Leur intensité inaccoutumée et leur fréquence 
ont forcé les habitants à se retirer sous des tentes. Elles ne pa- 
raissent avoir eu aucune correspondance avec celles de Melfi. 

Février. — Le 4 er , 4 h. Va du matin, au Phare de Livourne, 
bruit souterrain continu pendant 10 secondes; temps calme, 
ouragan à Malte et à Tripoli. 

Le 2, élévations et dépressions de la mer, près du Phare, à 
7 h. Ht du matin ; dans le courant du jour, nouveaux bruits 
souterrains. 

Le 4, 6 h. 55 m. du soir, au Phare et dans la ville, secousse 
ondulatoire bien prononcée ; elle dura peu et fut accompagnée 
d'un fort rombo. 

Le 5, vers midi, autre secousse. 

— Le 2, 40 h. Va du soir, à ïnspruck, une secousse. 

— Le 7, 5 h. Ha du matin, à Tresilico, secousse ondulatoire 
très-forte pendant sept secondes, accompagnée d'une sourde déto- 
nation. Depuis le 23 janvier, les mouvements n'avaient pas cessé : 
cependant les dommages se sont bornés à des murs lézardés. 



— Le 16, midi 25 m., ou 6 h. 40 ni du soir suivant d'autres, 
à Païenne, légère secousse ondulatoire du N. au S. Durée, trois 
secondes. 

— Le 1 7 , au Phare de Livourne , rumeurs souterraines bien 
prononcées, mais de courte durée; élévations et dépressions de 
la mer. 

Le 18, rumeurs, élévations et dépressions semblables. A 10 
h. l k du soir, à Pise, bruit provenant de la mer, qui fit re- 
douter quelque malheur. 

Les 19, 20 et 21 , nouveaux bruits avec élévations et dépres- 
sions des eaux au Phare de Livourne. 

— Le 17, 5 h. 20 m. du matin, éruption du Mauna-Loa, aux 
Sandwich (1). 

— Le 17 encore, à Stagno (Dalmatie) et Agram (Croatie), lé- 
gère secousse. 

— Le 22, vers 4 h. i k du matin, à Agrament (Catalogne), 
secousse qui, d'abord peu sensible, a fini par un choc très-fort : 
tous les meubles ont été mis en mouvement. Elle a été très-forte 
à Cervera où les édifices ont eu un mouvement d'oscillation très- 
sensible. Direction du N. au S. et de courte durée. Quelques jour- 
naux mentionnent deux secousses. On avait craint pour les 
montagnes d'Olot, Ripoll et San Juan de las Abadesas, mais on 
n'a rien appris de fâcheux. 

Le même jour, 5 h. précises du matin, à Tarbes (Hautes-Py- 
rénées), quatre secousses verticales, assez violentes, se sont suc- 
cédé sans interruption, accompagnées d'un bruit pareil à un 
tonnerre lointain. 

A Massât (Ariége) et dans les campagnes environnantes, la se- 
cousse a duré quelques secondes et a été précédée d'un bruit pa- 



(1) M. le professeur Dana en a publié une description avec planches et 
cartes, et M. Gaudry , l'un des secrétaires de la Société géologique de France, 
a lu, sur ce phénomène, le 28 mars dernier, un mémoire qui paraîtra dans 
le Bulletin de la Société. 



(46)' 

reil à Celui d'une grande quantité de pierres qui crouleraient 
d'une muraille. Il était 5 h., tout s'est agité dans les maisons. 
On cite encore Vicdessos, Sem , Goulier et Auzat : dans ces com- 
munes, la secousse aurait duré de 15 à 20 secondes et aurait 
été violente. 

A Bagnères de Bigorre, il était 5 h. 26 m., les oscillations de 
l'ONO. à 1ESE. parallèles à l'axe des Pyrénées, n'ont duré que 

2 ou 5 secondes. 

Une seconde secousse, beaucoup moins forte, a eu lieu quel- 
ques instants après. 

A Pau (Basses-Pyrénées), une secousse vers 5 h. Ife. 

— Le 25, au point du jour, à Athènes , trois secousses. Depuis 

3 mois, on en a ressenti plusieurs fois. 

— Le 28, àlnspruck, secousse très-forte du iNO. au NE. (sic), 
ressentie simultanément sur les deux rives del'Inn. 

— L' Omnibus de Naples, du 4 mars, dit que la ville de Ba- 
gnara (Calabre inférieure) a éprouvé un tremblement si violent 
que les habitants se sont retirés dans des baraques en bois hors 
de la ville. 

— Dans ce mois, les secousses continuent encore en Calabre et 
à Molli. 

Mars. — Le 2 , à Inspruck , deux secousses , la première à 4 h. 
-40 m. et la seconde, la plus forte, à 5 h. 10 m. On ne dit pas si 
c'est le soir ou le matin. 

— Le 11 , 4 h. *k du matin , dans le canton des Grisons, forte 
secousse dirigée de l'O. à l'E. 

— Le 17, à l'île S'-Thomas, légère secousse. 

— Le 19, de 4 à 5 h. du soir, à Guatemala, une secousse. 

— Le 20, à l'île S'-Thomas, légère secousse. 

— Le 21, 2 h. A k du soir, au Phare de Livourne, fort rombo 
venant du sud. La nuit rumeurs souterraines. 

— Le 22, 10 h. *k du matin , à Gironne et divers pays vers 
les Pyrénées, léger mouvement oscillatoire du N. au S. Ces con- 
trées sont remplies d'anciens volcans. 



( 47 ) 

— Le 26, 8 h. du matin, à Melfi, Rapolla, Batïle, Rionero 
et Venosa, une violente secousse verticale, puis ondulatoire; 
durée, quatre secondes; sans dommages. 

— Le 27 (de nuit), à la Guadeloupe, nouvelle secousse, courte, 
mais assez forte. Les habitants réveillés sont sortis des maisons. 
On se plaignait beaucoup de la sécheresse. 

— Le 30, vers 5 h. du soir, à Inspruck et dans les environs, 
une secousse assez violente avec un bruit éclatant et des oscil- 
lations dirigées du SO. au NE. Elle dura, dit-on, plusieurs mi- 
nutes à Inspruck. 

— Le 30 , 7 h. { k et 9 h. du soir, à Melfi et dans le voisinage, 
commencement de nouvelles et fortes secousses qui continuè- 
rent jusqu'au lendemain matin. 

Le 31 , vers 11 h. i k, eut lieu la dernière; elle fut d'abord 
verticale, puis ondulatoire, et dura sept secondes; elle fut suivie 
d'un rombo très-fort. Peu après, éclata une tempête effroyable 
avec éclairs et tonnerre. Les habitants furent contraints de ren- 
trer dans leurs misérables cabanes encore mal affermies. Des 
rapports transmis au Gouvernement, il résulte que, depuis 
plusieurs jours, on entendait mugir le Vultur. C'est le dernier 
fait que je trouve mentionné dans le rapport de MM. Palmieri et 
Siacchi sur le tremblement du 14 août 1851. Les secousses se 
sont ainsi renouvelées fréquemment au Vultur pendant sept mois. 

— On lit dans le Courrier du Lario du 5 avril : On a remarqué 
la semaine dernière , dans le lac de Varèse , un phénomène ex- 
traordinaire. Les eaux se troublèrent et s'épaissirent au point 
que les navires ne purent aborder. On ignore encore la cause de 
cet incident extraordinaire. Toutefois l'analyse chimique de ces 
eaux a démontré qu'elles avaient été troublées par une certaine 
quantité de matières organiques végétales, et surtout d'albu- 
mine mélangée à un abondant oxyde de fer. 

— Vers le milieu du mois, à la Trinidad (Antilles), éruption 
boueuse au centre de l'île, à 3 milles environ de l'habitation de 
New-Grant, dans la Mission de Savanah-Grande. Sur plusieurs 



(4ft) 

points se sont formés des soulèvements, des monticules, d'où 
s'échappent presque continuellement des ruisseaux de boues et 
des gaz. La principale éruption a été accompagnée de tremble- 
ments de terre et d'un bruit souterrain semblable à celui du ton- 
nerre qu'on entendait fort au loin et dans toutes les directions. 

— On lit dans les Saunders News, du 15 avril, qu'on a res- 
senti une légère secousse dans les Canaries. 

Avril. — Le 1 er , 5 h. l k du matin, à Cheddar, sur la rive 
méridionale de la Mendip (Angleterre), légère secousse. 

Le 3, quelques minutes avant 6 h. du matin, à Bristol et le 
long du canal, à Clifton, Chotam, Kingsdown, ainsi qu'à Wells 
età Cheddar, légère secousse. 

— Le 2, 10 h. l U du matin, à Melfî, secousse verticale et 
ondulatoire, peu intense, et de 3 secondes de durée; à H h. '/i, 
autre secousse verticale et ondulatoire, mais très-violente et de 
7 ou 8 secondes de durée, suivie d'un rombo sourd et prolongé: 
la population a été très-épouvantée. On l'a ressentie à Rapolla, 
Barile, Rionero et Venosa, mais sans dommages. Peu après, 
très-fort ouragan. 

— Le 4, au matin, aux Dardanelles, secousse qui épouvanta 
la population, mais dont les effets se bornèrent à des parois fen- 
dues et à des meubles dérangés. Le soir et la nuit suivante, 
deux nouvelles secousses. Dans l'intérieur et du côté de Galli- 
poli, le mouvement parait avoir été plus considérable. 

— Le 8, au Cap (Haïti), forte secousse sans dommages. 

— Nuit du 9 au 10, à Nantes et sur les bords de la Loire, 
forte secousse accompagnée d'un coup de tonnerre. 

— Le 11, à 8 h. du matin, à Melfi, forte secousse verticale 
et ondulatoire; durée, 4 secondes; à 2 h. du soir, secousse 

moindre. 

Le 12, à 4 h. du matin, secousse semblable à la première 
pour la direction et la durée. 

— Le 11, midi et l k et 8 h. du soir, à Raguse, deux se- 
cousses. 



(49) 

— Le 15, 4 li. 40 m., à la Martinique, secousse de TO. à 
l'E. de peu de durée et sans dommages. 

— Le I G, à S l -Michel (Açores), violente secousse de dix se- 
condes de durée, ressentie à bord des navires en rade. Beaucoup 
de maisons se sont écroulées et la plupart des habitants ont pris 
la fuite ou se sont retirés dans les églises. On craignait que 
l'île deTerceire, comme en 1841 , n'eût encore plus souffert. 

— On écrit de Constantinople, le J7, qu'on a ressenti de 
fortes secousses aux Dardanelles; le jour n'est pas indiqué. 

— Le 48, entre 6 h. l k et 6 h. *.k du soir, sur plusieurs 
points de l'Erzgebirge supérieur, légère secousse. 

— Le 20, 5 h. du matin, à l'île de Ténériffe, léger et court 
tremblement accompagné d'un bruit sensible. 

— Le 22, 5 h. 45 in. 10 s., à Bagnères, une forte secousse de 
10. à l'E. et de trois secondes de durée. Temps couvert, atmos- 
phère très -lourde. Baromètre au-dessus du variable. C'est la 
5 e depuis le commencement de l'année; jamais, dit-on, les se- 
cousses n'y ont été aussi fréquentes. 

— On écrit de Sondershauscn (principauté de Schwartzbourg- 
Sondersbausen) , le 28 avril : « Samedi dernier (le 24), au matin, 
dans un champ dépendant du bien de campagne de M. le D l Wer- 
ner, situé près de notre capitale, à une petite distance des bords 
de la rivière du Wupper, on entendit tout à coup une forte dé- 
tonation souterraine, et immédiatement après le sol s'ouvrit, une 
colonne de feu d'environ trois pieds d'épaisseur s'en échappa, 
et fut, au bout de quelques minutes, remplacée par un jet d'eau 
bouillante qui jaillit encore, et dont la température est de 
65° R. 

» Cette eau a une forte odeur de soufre, et l'analyse qui en a 
été faite a constaté qu'elle contient du soufre, du fer et du cui- 
vre. Dans le commencement, cette source rejetait de nombreux 
fragments de pierre et de bois; mais maintenant l'eau arrive 
sans mélange de substances solides. 

» Le sol où ce phénomène extraordinaire s'est manifesté a 

Tome xx. — II e part. 4 



( « ) 

toujours été regarde- comme volcanique. » M. Meister donne la 
date du *4. 

— Le 30, dans l'après-midi, sur plusieurs points des États- 
Unis, tremblement qui s'est fait sentir principalement à Was- 
hington, à Baltimore et dans le Maryland. 

Les Débats (14 mai) disent seulement que l'influence de ces 
tremblements de terre semble s'être étendue jusqu'aux îles Sand- 
wich, où l'on signale une éruption extraordinaire du Mouna-Loa. 
Ce journal signale aussi, mais sans détails, les tempêtes qui ont 
désolé les parages de Terre-Neuve. 

Mai. — Le 3, à Messine, tremblement léger. 

— Le 12 , 2 h. du matin, à Smyrne, légère secousse. La veille, 
par un air calme et une mer tranquille , les eaux, par un mouve- 
ment de rotation, inondent la plage et se retirent cinq minutes 
après, laissant le fond à sec sur une distance de plusieurs pas. 
Ce phénomène se répéta tout le jour en augmentant de force, 
à mesure que le soleil s'élevait sur l'horizon; le maximum eut 
lieu vers midi ; les roulements alors se succédaient à deux se- 
condes d'intervalle, puis le phénomène alla en décroissant jus- 
qu'au coucher du soleil. 

— Le 13, 9 h. 4 /4 du soir, à Reggio (Calabre) , deux fortes se- 
cousses successives de 3 secondes de durée; 40 minutes après, 
quatre autres secousses ondulatoires plus sensibles que la pre- 
mière; durée, 6 secondes. Les habitants ne rentrèrent chez eux 
qu'au point du jour. 

— Le 14, vers 7 h. Va du soir, à Erlangen (Bavière), secousse 
ressemblant au roulement d'un lourd chariot. 

— Le t5, à Terra-Nova et Caltagirone (Sicile), légères se- 
cousses. 

— Le 24, le soir, à Eschbach (grand-duché de Bade), secousse 
assez forte. 

— Nuit dn 25 au 26, minuit, à Pise, une secousse que 
M. Pistolesi regarde comme douteuse. 

— Le 26, minuit et demi, à Napoléon (Vendée), forte 






( w ) 

secousse du NO. au SE., de deux secondes de durée, avec bruit 
semblable à celui d'une lourde voiture passant au grand galop. 
Les habitants ont été réveillés, des meubles dérangés. 
On la ressentie sur plusieurs points du département. 

— Le même jour, 9 h. du matin, à Yvrée (Savoie), légère 
secousse ondulatoire de deux secondes de durée. 

— Le 28, dans la matinée, le Gedch (résidence de Tjandjoer à 
Java) a vomi des flammes et une immense quantité de cendres 
qui ont couvert une étendue d'environ une lieue et demie à la 
ronde, et ont détruit la végétation sur beaucoup de points. Le 
Gedeh a aussi rejeté des pierres de deux à douze pieds de dia- 
mètre, qui ont enfoncé la toiture de beaucoup de maisons; cinq 
personnes ont été écrasées par ces pierres. 

— Le 50, 2 h. du matin, à Pise, secousse douteuse. 

Juin, — Le 7, vers 10 h. 55 m. du matin, à l'île d'Iscbia, 
une secousse ; mer calme. 

Le 8, minuit et 50 m., secousse assez forte, précédée d'une 
détonation. 

— Le môme jour, 2 h. du matin, à Melfi, Kionero, Barile et 
Rapolla, secousse ondulatoire de 4 secondes de durée. 

— Le 9, minuit et 5 U, à Zara (Dalmatie), violente secousse. 
N'est-ce pas la même que la précédente? 

— Le 9, 6 h. du soir, à Alger, secousse ondulatoire de TE. à 
TO. N'est-ce pas du 29? 

— Le 10, 5 h. 16 m. du soir, à Lagonegro, légère secousse 
verticale qui se renouvela à 10 h. { k. 

— Le 12, 7 h. */a du matin, à Melfi, secousse ondulatoire 
assez forte; durée, 5 secondes. 

— Nuit du 16 au 17, à Neustadt sur la Waldnal (Bavière), 
une secousse. 

— Le 18, secousse à Aiguillon-sur-Mer (Vendée). 

— Le 19, 5 h. 5 m. du soir, à Berne, deux secousses du SE. 
au NO., suivant M. Studer, de Berne (du NE. au SO. suivant 
d'autres). A l'avertie (même heure), les meubles ont été ébranlés. 



Ut) 

Sous terre on entendait un bruit sourd , ainsi que dans les étages 
supérieurs. 

Ce tremblement a été précédé et suivi d'un fort vent. On cite 
Fribourg, Corcelles, Grandcourt, Larignan, Stavager, le Val de 
Travers, et M. Studer signale aussi Kirclidorf (entre Berne et 
Thoune) comme ayant ressenti une forte secousse à la même heure. 
Le baromètre est resté stationnaire. 

— Le 21, 5 h. du matin, à Laybach (Carniole), violente se- 
cousse. 

Le 22, 2 h. du matin, nouvelle secousse beaucoup plus vio- 
lente et de deux secondes de durée. Le ciel était serein et le baro- 
mètre marquait 27 p -, 9. 

M. Colla qui ne cite qu'une secousse, le 21 à 5 h. 28 m., in- 
dique la direction du SO. au SE. (sic) , et ajoute qu'elle fut pré- 
cédée d'un vent fort et suivie d'un bruit souterrain. Dans la 
grotte de Kraft, à 8 heures environ de Laybach, les mineurs 
épouvantés par le vent qui y régnait se hâtèrent de fuir. 

— Le 26, 7 h. 4 ft du matin , au Phare de Livourne, légère 
secousse ondulatoire. 

Le 27 , au même lieu , élévations et dépressions de la mer. 

— Le 29, 6 h. du soir, à Alger, une secousse de l'E. à l'O. 
M. Pistolesi la rapporte au 9; il y a sans doute erreur. 

— Le 30, chute d'une montagne au lac de Brienz. 

— Durant 15 jours du mois, dans la province de Kansuh 
(Chine) secousses désastreuses qui ont renversé 20,000 maisons ; 
500 personnes ont péri, 400 autres ont été très -grièvement 
blessées. 

Juillet. — - Le 7 , à la Jamaïque , le plus fort tremblement res- 
senti depuis 1812. Des constructions ont été endommagées. 

— Le 8, à Rhodes, une secousse. 

— Le même jour, vers 2 h. du matin, à Pise, légère secousse, 
douteuse pour M. Pistolesi. 

— Le 9 , 4 h. 10 m. du soir, dans les villages de S l -Luce, Pas- 
sina et Pomaja (Campagne de Pise) , forte secousse qui força les 
habitants à quitter leurs maisons. 



(53) 

— Le 11, midi, au Phare de Livourne,. légère secousse ver- 
ticale; pendant toute la journée, rumeurs souterraines, éléva- 
tions et dépressions de la mer. 

— Le 13, 10 h. du matin , à Pise, légère secousse consistant 
en deux chocs. 

— Le 13, 9 h. 5 M du matin , à la Spezzia (prov.de Gênes), une 
secousse ondulatoire de 5 secondes de durée. L'atmosphère n'a 
subi aucune altération. 

Le même jour, 9 h. 54 m. du matin, à Massa (Modénois), 
assez forte secousse de l'E. à l'O. Elle fut précédée du rombo. 

— Le 24, le soir, à Erzeroum , tremblement qui a coûté la vie 
à 17 personnes; 500 maisons ont été renversées , la plupart des 
autres ont été fortement endommagées. 

— Le 15, 1 h. Va du soir, à Pise, secousse très-légère. 

— Le 15, encore, dans la colonie de Goodshaub (Groenland), 
une forte secousse de 6 à 7 secondes de durée. 

— Le 19, 7 h. 20 m. du matin, le navire le Tropic, éloigné 
de 70 lieues de la Jamaïque, a éprouvé une secousse terrible 
pendant deux minutes. La mer était tout à fait tranquille. 

— Le 23, 9 h. du matin, a S te -Lucie (Antilles), violente se- 
cousse; sans dommages. 

— Le 25, 3 h. du matin , à Zurich, forte secousse pendant 
un violent orage dans la direction de l'O. à l'E. Cette secousse 
se lit sentir dans toute la Suisse orientale, dans les cantons de 
Schwytz, Glaris, S 1 - Gall (1 heure *k) et Thurgovie. On parle 
de mouvements alternatifs très-violents , dans une direction ho- 
rizontale du NO. au SE. , qui ont duré 6 à 10 secondes. On res- 
sentit aussi la secousse à Baden en Àrgovie et à Appenzell. Les 
notices qui la veulent faire continuer jusqu'à Baie, ajoute M. Mé- 
rian, me semblent trop vagues. A Sargans (G. de S l -Gall), la 
secousse a été suivie d'un orage. 

Le même jour (suivant d'autres, le 26), 2 h. 40 m. du ma- 
lin, secousse d'une seconde de durée, accompagnée d'un roule- 
ment. 



t 



( M) 

— - Le 2G, 2 h. 40 m. du matin, à Feld-Kirch (Tyrol), une 
secousse accompagnée d'un bruit semblable au roulement du 
tonnerre et qui a duré une seconde. Elle a été ressentie presque 
au même instant à Bregentz et Lindau. 

— Le 27, 9 h. Z U du matin, à Cbiavari (Piémont), légère 
secousse ondulatoire du N. au S.; quelques secondes de durée. 

Le même jour, 9 h. 55 m. du matin, à Parme, faible secousse 
ondulatoire de l'O. à TE. Pendant toute la journée on a remar- 
qué une diminution extraordinaire dans la déviation de la bous- 
sole de déclinaison au collège Marie- Louise. Le baromètre et le 
thermomètre ont aussi été très bas (27 p ,8 et \ 8° R. en moyennes). 
Pluie considérable. 

Cette secousse a aussi été ressentie à Modène et dans plusieurs 
villes du duché; à Gènes, la direction a été notée du JNE. au SO. 

Le même jour encore , 8 h. du soir, à Lindau (Bavière) , se- 
cousse assez forte. 

— Les 27 , 28 et 29 , à Silvaplana (sur l'Inn) , dans une vallée 
située très-haut (Engadine supérieure), plusieurs secousses : le 

27 entre 11 et 12 h. du soir, le 28 après-midi, et le 29 , à I h. 
40 m. et 2 h. 15 m.; la secousse du 29 avant 2 heures était la 
plus violente. 

A Celveina , deux lieues à l'Est de Silvaplana, la plus forte se- 
cousse eut lieu après 2 heures. Direction de l'O. à l'E. Au sommet 
du passage du Julier, au-dessus de Silvaplana , les secousses ne 
furent pas remarquées. Le temps était pluvieux, le vent NE le 

28 et SO. le 29. M. Studer donne seul la date mensuelle d'août. 

— Le 29, 1 et 2 h. du soir, à Sondrio, deux légères secousses 
ondulatoires. 

Août. — Le 6,2 h. et quelques minutes du matin, à Pau, 
secousse de quelques secondes de durée. 

— Le 7, à Cuba, secousse qui s'est fait sentir dans une 
grande partie de l'île. 

— Le 12 , 8 h. du matin , de Liskeard à Tavistock (Cornwall), 
secousse accompagnée d'un bruit semblable au tonnerre, lequel 



(«I 

a duré environ une demi-minute. Elle a été ressentie dans les 
mines. 

— Le 15, \ h, 15 m. du soir, à Bagnères, légère secousse du 
N. au S., qui n'a pas duré plus d'une seconde. Autre secousse 
aussi faible la nuit suivante. 

— Le 16, midi et demi, à Haguse, une secousse. 

— Le 18, vers 1 h. 45 m. du matin, à Banda, légère secousse 
de l'O. à l'E. 

— Le 20, 8 h. Va du matin, à Santiago de Cuba, secousse 
extrêmement violente, suivie de deux autres non moins intenses. 
On signale ensuite, parmi les nombreuses secousses de ce jour, 
celles de 3 h. Va, 5 h. 20 m. et 9 h. du soir. 

Le 21 , 5 h. Va et 5 h. du matin , deux nouvelles secousses 
très-violentes. A la suite de la dernière, l'atmosphère est restée 
plongée dans une obscurité profonde qui a contribué à augmenter 
la terreur. Le temps est resté couvert, pluvieux, d'apparence 
sinistre 

Les secousses ont continué plus ou moins fortes, plus ou moins 
désastreuses, mais celle de 3 h. 35 ni. du matin a été d'une vio- 
lence incroyable et s'est renouvelée deux minutes après, mais 
avec moins de force. 

On peut dire que, depuis lors jusqu'au matin du 22, la terre 
est restée continuellement en mouvement et que les secousses 
se sont renouvelées régulièrement (?) de demi-heure en demi- 
heure; les unes produisaient le bruit d'un canon lointain, et les 
autres* sans l'alarme où était plongée la population, on les eût 
prises pour le bruit d'une lourde charrette. 

A midi 25 m., nouvelle secousse ressentie dans toute l'île; 
elle s'est répétée quelques moments après d'une manière pres- 
que insensible. On en signale aussi une violente à i h. 50 m. 
du soir, et une autre plus violente encore à 9 h. V*. 

Le 22, dans la matinée, deux secousses légères. 

On évalue les désastres à deux millions de piastres. La cam- 
pagne qui avoisine la Sierra Maestra, dans les quartiers de l'Ami- 



(56) 

tié et de Limones, dans l'ENE. de Santiago, a éprouvé des se- 
cousses telles que si la ville en eût ressenti de semblables, pas 
une maison ne serait restée debout. Ainsi, dans une propriété 
appelée La Merced, 56 cases à nègres, à murailles basses, con- 
struites avec les excellents matériaux que fournit la Sierra 
Maestra , se sont écroulées d'un seul coup. Il est acquis , au sur- 
plus, que les commotions ont suivi, en quelque sorte, des routes 
ou ravines souterraines aussi contournées et capricieuses que 
celles formées par les eaux à la surface. En effet, à dix pas des 
56 cases à nègres de La Merced/jui ont été renversées par la pre- 
mière secousse, se trouve l'hôpital de l'habitation qui n'a pas 
éprouvé le plus petit dommage. Le même phénomène s'est re- 
produit dans la ville dont le haut a peu souffert, tandis que le 
bas a été fortement éprouvé. Dans les mêmes quartiers, on re- 
marque des directions, des lignes droites ou sinueuses suivies 
par le mystérieux agent de destruction. La connaissance de la 
nature du sol rendra, sans doute, compte de ces anomalies. 

Quoique inférieurs à ceux de la ville, les dommages delà cam- 
pagne sont considérables. 

— Le 20 encore, des rumeurs sourdes et trois violentes se- 
cousses précédèrent l'éruption de l'Etna, qui eut lieu dans la nuit 
du 21; la lave s'est répandue sur les localités de Zafferano, Ca- 
nette et Milo sur le versant SE. du côté de Yascali. 

— Nuit du 22 au 23; à Crolsheim, près Biberach (Wurtem- 
berg), l'église et quelques maisons ont été renversées par un 
tremblement de terre ou, suivant d'autres, par la chute d'une 
montagne que les pluies avaient minée. 

— Le 28, 2 h. 6 m. du matin, à Santiago de Cuba, nouvelle 
secousse presque aussi violente que celles des 20 , 21 et 22 , et 
plus forte que celles des jours suivants pendant lesquels elles 
furent quotidiennes. 

Le 29, nouvelles secousses qui, quoique légères, augmentent 
la consternation. Elles continuent encore ensuite. 

— Le 51, 1 h. 5 /i du matin, à Palma (Mayorque) et dans 



(57) 

quelques villages voisins, secousse presque aussi forle que celle 
du 45 mai \SM : les nombreuses secousses qui suivirent for- 
cèrent la population à se retirer sur les places et en rase cam- 
pagne. Il y en eut 5 ou A très-fortes, mais sans dommages notables. 
On fait remarquer qu'à quelques minutes près, elle a eu lieu à 
la même heure que la première de l'année dernière. 

M. Llobet, qui donne la date du 50, regarde ce tremblement 
comme léger et ajoute qu'il ne s'est pas étendu sur le continent. 

Septembre. — Le 2, vers 2 h. 5 /i du matin , à Coarraze (Basses- 
Pyrénées) et dans toute la vallée du Gave jusqu'à Cauterets, une 
secousse de quelques secondes, suivie d'un grondement prolongé. 

— Le 3, 9 h. 4 /a du soir, à Penh (Ecosse), bruit violent 
qui fit vibrer les portes et les fenêtres, suivi, un quart d'heure 
après, d'un brillant éclair et d'un coup de tonnerre. L'orage dura 
ensuite pendant vingt minutes. Ce bruit fut accompagné d'une 
légère secousse ressentie, sans aucun doute, dans tous les en- 
virons. Durant l'orage, la foudre est tombée à Watergate. 

— Le 8, vers 10 h. Ht du soir, à Smyrne, une secousse du 
NO. au SE., de 7 secondes de durée. La mer monta, quoique 
le vent ne soufflât point avant 10 h. */a, 11 y eut un coup de vent 
impétueux et les chiens disséminés dans les rues poussèrent des 
hurlements affreux. 

Le 12, vers 5 h. du matin, à Smyrne, encore une légère se- 
cousse. 

•** Le 9, vers 6 h. du malin , à Rossano (Calabre citérieure), 
une secousse, d'abord de haut en bas (sic) , puis ondulatoire, qui 
a duré deux secondes. 

Le 1 1 , nouvelle secousse. Toutes deux ont été inoffensives. On 
a éprouvé aussi des secousses à Melfi et dans les communes limi- 
trophes. Le 8, vers 9 h., à Rossano, Catanzaro et Cotrone, 
globe lumineux, rouge, courant du N. au S. 

— Le 16, 6 h. */l du soir, à Manille, oscillations dont l'in- 
tensité s'accrut rapidement et qui se transformèrent en une tré- 
pidation violente, pendant une, ou, suivant d'autres, pendant 



(58) 

trois minutes. Ce premier tremblement a endommagé un grand 
nombre de maisons. Cinq autres secousses se sont succédé pen- 
dant la nuit : suivant d'autres, elles se seraient renouvelées, 
d'heure en heure, non-seulement dans la nuit, mais jusqu'au 19, 
en devenant moins longues et plus faibles. 

Cette fréquence n'est-elle pas exagérée? Toutefois, la première 
version, datée du 17 octobre et publiée dans le Moniteur du 18 
décembre, signale seulement : 

Le 17, 8 h du soir, une secousse; 

Le 18, 8 h. du matin, une secousse vigoureuse; 

Le 19, à midi , une légère secousse ; 

Le 20, 10 h. l U du soir, une dernière. La première seule 
est mentionnée comme ayant été accompagnée d'un bruit sou- 
terrain. Il y a eu aussi de grands dégâts dans les campagnes. Cette 
catastrophe fut précédée d'un calme absolu et accompagnée 
d'une chaleur étouffante et par moment d'une pluie fine et de 
peu de durée. 

La Espana des 26 et 28 décembre contient les rapports du 
gouverneur de l'île en date des 12 et 16 octobre : à cette époque, 
les secousses étaient encore très- fréquentes. Les détails contenus 
dans le journal espagnol confirment ceux qui précèdent et en 
donnent beaucoup d'autres. 

A la première secousse, un pendule éprouva une déviation 
de II à 12° du N. au S. A ce choc, succédèrent sans inter- 
valle trois mouvements de trépidation qui firent tourner circu- 
lairement le pendule. Vinrent ensuite de grandes oscillations 
dans lesquelles l'écartement du pendule s'éleva à la quantité 
énorme de 43° de l'ElNE. à l'OSO. Les autres tremblements ne 
lui imprimèrent plus que des écarts ne surpassant pas 40°,5. 

Le thermomètre marquait 23° et le baromètre 29 p ,82. Nous 
avons déjà dit que la température était étouffante; la mer était 
grosse et phosphorescente, les vents devinrent variables. Après 
avoir soufflé du SE., ils se fixèrent au N. L'eau monta tout d'un 
coup à une grande hauteur dans les puits. 



(59) 

Le briganlin espagnol le Romano qui venait de la Chine 
éprouva le premier choc par 17°50' lat. N. et 118°50' long. E. 
de Greenwich. 

La frégate française la Ville de Tonneins éprouva , à la même 
époque, trois jours de calme avec des chaleurs suffocantes. 

On signale encore pour le J6, la secousse de 8 h. 10 m. du 
soir. Quelques personnes en ont compté 19. 

Le 17, à 9 h., 10 h. */-* et 11 h. l U du matin, secousses 
violentes parmi beaucoup d'autres. Elles furent très-fréquentes 
le 19 et jusqu'au 50, jour où la ville commença à reprendre 
son état normal, malgré les inquiétudes de la population. 
On remarque que la seule province de Pampanga a peu souffert. 
Les volcans d'Albay et de Taal étaient en éruption continue. Le 
journal donne ensuite une théorie électrique du phénomène et 
fixe à 32 ans l'intervalle moyen qui sépare, dans ce pays, les 
grands tremblements de terre. 

— Les 17 et 18, inondations désastreuses dans la vallée du 
Rhin. 

On lit à ce sujet dans le Moniteur du 4 octobre : « La Nouvelle 
Gazelle de Zurich disait l'autre jour que les dernières inonda- 
tions provenaient en grande partie d'un tremblement de terre. 
A Wintherthur, on a dû remarquer dans les caves des exhalaisons 
de gaz méphitique. Elle dit aujourd'hui qu'on a fait la même 
remarque dans le canton d'Argovie, où l'on attribue à des érup- 
tions volcaniques les désastres du 17 et du 18. 

» L'atmosphère était chargée de vapeurs sulfureuses, et des 
gaz nauséabonds qui éteignaient les lumières se dégageaient des 
puits. Les lumières s'éteignaient aussi dans les caves et jusque 
dans les champs, où on a remarqué le bouillonnement de petites 
bulles gazeuzes qui éteignaient instantanément les corps incan- 
descents qu'on leur présentait. 

» On vit à diverses reprises des lueurs phosphorescentes dans 
les nuages sans accompagnement de tonnerre. Quant au trem- 
blement de terre, plusieurs personnes prétendent l'avoir ressenti. 



(60) 

Il y a de grandes crevasses dans les montagnes, et non-seule- 
ment la terre est sillonnée sur de grandes étendues, mais encore 
les rochers sont fendus. » (Indépendance suisse.) 

M. Meister m'écrit aussi que, le 18, on aurait ressenti une 
secousse dans les environs de Bâle pendant une pluie très-forte; 
M. Mérian qui habile cette ville ne m'en parle pas dans sa liste 
des tremblements ressentis en 1 852. 

— Le 20, à Santiago de Cuba , secousse remarquable : elles 
y furent fréquentes pendant tout le mois. 

— Le 25 , dans les Camarines du Sud (Luçon) , province située 
au pied sud de l'Àlbay , secousse très-violente, qui fut à peine re- 
marquée à Manille. 

Octobre. — Le 2, tremblement à Valparaiso. Le même jour, 
tempête violente dans la mer du Nord et la mer Baltique. 

— Le o, 4 h. 28 m. du soir, à Geisslingen (Wurtemberg), 
deux secousses verticales de bas en haut : la seconde a été plus 
forte que la première. En ce moment, la tempête déchaînée se 
calme à un tel point, qu'on ne voit pas remuer la plus petite 
feuille dans les jardins, ni dans les buissons. 

— Les 10, M et 12 , à Manille, nouvelles secousses violentes. 
Elles y sont fréquentes pendant tout le mois. 

— Le il, à Banda, secousse plus forte que celle du 18 
août. 

— Le 13, 4 h. 58 m. du matin, à Malaga, tremblement léger 
composé de 4 ou 5 secousses. Six minutes après, secousse encore 
plus légère. Pas de dommages. 

— Le 14 , entre 4 et 5 heures du matin , à Cadix, tremblement 
qui n'a duré que quelques instants. 

— Le 16, 5 h. 20 m. du matin, à Alger, tremblement remar- 
quable par sa durée et son intensité. On a compté douze mouve- 
ments oscillatoires dirigés, suivant les uns, de l'E. à l'O., et 
suivant les autres, du SE. au NO. Pas de dommages. 

— Le 1 6 encore , le matin , à Nice , faible secousse de l'O. à l'E. 

— Le 10, 3 h. 25 m. du matin, dans l'île de Cesme (côtes 



(<M ) 

d'Analolic), tremblement terrible. Quatre secousses, dont les 
deux dernières ont été les plus violentes, se sont succédé à de 
courts intervalles. L'air était agité comme pendant un ouragan. 
Le lendemain, à 7 h. Va, nouvelle secousse, ressentie à Smyrne, 
niais faiblement. Les oscillations étaient du SE. au NO. 

— Nuit du 19 au 20, au village de Gellivara (Laponie sué- 
doise) , forte secousse de quelques secondes de durée : direction 
du NE. au SO. La neige tombait depuis 24 heures. 

— Le 20, 4 h. V» du matin, en Angleterre, tremblement, 
signalé sans détails, 

— Le 20 mars, dans la matinée, à Antequera (province de 
Malaga), violente secousse, de courte durée et sans dommages. 

— Le 25 et le 30, secousses à Malaga (Espagne). On écrit de 
cette ville le 1 er novembre: « Deux fois pendant la semaine der- 
» nière, nous avons éprouvé de fortes secousses de tremblement 
» de terre : dans l'après-midi de lundi et dans la matinée de 
» samedi. Les commotions ont duré de 7 à 9 secondes; elles n'é- 
» taient accompagnées d'aucun bruit, et elles semblaient suivre 
» alternativement la direction du N. au S. et del'O. à TE. Chaque 

» fois le phénomène a eu lieu par un temps clair et calme » 

(Journaux français -.Débats, Constitutionnel, Moniteur, du 12 no- 
vembre.) 

J'avais lu déjà dans Y Union et le Constitutionnel du 9, sous la 
rubrique de Madrid, 3 novembre : « A Malaga, 1 h. ! /»du ma- 
» tin (sans date de jour), trois secousses précédées d'un grand 
» bruit. La chaleur était étouffante, l'aspect nébuleux du ciel 
)> faisait craindre le renouvellement des secousses et beaucoup 
» de familles ont passé la nuit à bord des bâtiments dans le port. » 

— Le 31 , à la Trinidad , tremblement sans dommages. 

— Dans le courant du mois, à Santiago de Cuba, secousses à 
des intervalles plus ou moins longs, surtout dans les premiers 
jours. 

Novembre. — Le 4, 10 h. 20m. du soir, à Acapulco (Mexique), 
une première secousse; plusieurs autres se sont fait sentir de- 



(62 ) 

puis (i), à peu près d'heure en heure. Hien n'avait annoneé ee 
tremblement, si ce n'est que, vers 6 h. du soir, le mercure s'était 
tout à coup élevé à 88° F., à 5" de plus que dans la journée. 

La terre, écrit-on, roula comme une vague de l'Océan et on 
éprouva pendant trente secondes une oscillation considérable. 
Trente des plus beaux monuments delà ville ont été détruits; la 
perte est au moins de 200,000 dollars. 

Les passagers du Cortès ont parfaitement vu un volcan à en- 
viron 60 milles au delà d'Acapulco. Avant le tremblement 
et pendant la relâche du Cortès, la chaleur était étouffante, avec 
un ciel clair et un soleil brûlant. 

— Le 5, de 10 à 1 1 h. du soir , à Gironne et aux mêmes lieux 
que le 22 mars, trois secousses légères. 

— Le 6, dans la Virginie (États-Unis), une secousse. 

— Le 8, vers 5 h. du matin , à Reggio (Calabre ult. i ,e ), deux 
légères secousses. 

La nuit suivante, à Cosenza (Calabre citérieure), deux autres 
secousses courtes et ondulatoires, sans accident fâcheux. 

— Le 9, 4 h. 20 m. du matin, à Liverpool et aux environs, 
deux secousses accompagnées d'un bruit sourd. Chacune a été 
très-violente et a duré plusieurs secondes. Il a plu un peu après. 

A Bangor et Holyhead, on ne mentionne qu'une secousse à 
4 h. 30 m., avec bruit sourd. 

On cite encore Manchester, Fletwood, Congleton et tout le 
pays de Galles, sans autres détails : l'heure seule est indiquée 
avec quelques variantes, ainsi que pour l'Irlande, où l'on cite 
Dublin, Kingston, Bray, Kilruddery, Dalkey, Glenagarry, Howth, 
Clontarf, Glusnevin , etc. La direction paraît avoir été du N. au S. 

— Le 9 encore, 4 h. */i du matin , à Reggio (Calabre), secousse 
légère à 8 h. 55 m.; à Cosenza, deux autres secousses ondula- 
toires, de courte durée. 



(I) D'après une lettre datée du 18. 



(03) 

— Le 10 , 7 h. */i du matin , au Phare de Livourne, légère se- 
cousse ondulatoire qui fut précédée et suivie du phénomène de 
l'exhaussement et de l'abaissement des eaux de la mer. 

— Le 1(5, 6 h. 10 m. du soir, à Trisail (StyrieJ, forte secousse. 

Le 17, 2 h. du matin, encore une secousse d'environ deux se- 
condes de durée; à 5 h. 5 m. du soir, autre secousse; quelques se- 
comlcsaprès, uneautre,encoreplus forte, suivie presque immédia- 
tement d'une dernière. Plusieurs de ces secousses ont été ressenties 
à Eagor (environs de Graelz) et à Szenitz comitat de Neustra.) 

Atmosphère extrêmement lourde le 17. 

— Le 19, à Amboine, légères secousses. 

Le 20, vers 3 h. du matin, à Poët-Laval (Drôme), secousse 
assez violente accompagnée d'un bruit sourd qui n'a pas duré 
plus d'un quart de minute. 

— INuit du 19 au 20, dans les montagnes de Tione (pays de 
Trente), deux secousses. 

Le 21 , 5 h. Va, autre secousse. 

Le 24, dans la matinée, choc assez fort avec trépidation. 

— Le 24, 1 h. moins dix minutes du soir, à San Remo (Pié- 
mont), secousse d'abord ondulatoire, puis verticale, de 10-12 
secondes de durée et précédée d'un bruit sourd. 

— Le 26, entre 3 h. *U ou 3 h. 3 */a, à Santiago (Cuba), une 
secousse violente, suivie d'oscillations qui diminuèrent peu à peu 
d'intensité. Elles n'avaient pas encore complètement cessé, lors- 
qu'une ondulation saccadée, semblable à celles que Ton éprouve- 
rait sur une mer à lames courtes et brisées, secoua et renversa les 
édifices. Quoiqu'il soit difficile d'apprécier rigoureusement la 
durée du phénomène, on peut évaluer celle-ci à environ quarante 
secondes. Le mouvement n'a pas été, comme en août, NE. et SO., 
mais franchement N. et S.; la direction des ruines et l'état des 
dégradations le prouvent d'une manière certaine. Depuis lors (1) 



(1) La lettre est du 30 novembre. 



(64) 

de légères seeousses se l'ont sentir deux ou trois fois par jour. La 
ville est devenue à peu près inhabitable; tous les édifiées, ainsi 
que la plupart des maisons, sont en ruine ou endommagés de 
telle sorte qu'il devient impossible de les réparer. On ne compte 
cependant que sept ou huit personnes tuées ou blessées. La cam- 
pagne a souffert également. 

Ce tremblement a été plus fort et plus long que celui des 20 et 
21 août. 

D'autres donnent l'heure de 5 h. 25 m. du matin pour la se- 
cousse la plus violente à Santiago et 5 h. l k pour celle de la vio- 
lente secousse ressentie ce jour dans les mines d'El Cobre qui 
n'avaient presque rien éprouvé dans les journées des 20 et 21 août. 

A 4 h. du matin, nouvelle secousse remarquable. 

A 8 h */*, dans la Sierra Maestra, tremblement horrible. On 
compta onze secousses dans une heure trois quarts; personne 
n'a péri sous les ruines des édifices déjà endommagés par les 
secousses antérieures. 

A 2 h. 23 m. du soir, secousse très-forte; à 2 h. Va, secousse 
faible; à 5 h. V*, choc et bruit violent; à 8 h. V*, secousse légère. 
Nuit très-belle; on a cru remarquer que les décès causés par l'épi- 
démie avaient un peu diminué. 

Le 27, nouvelles secousses. 

Le 28, nouvelles secousses; celle de 4 h. 20 m. du soir causa 
encore quelques ruines. 

Nuit du 28 au 29, minuit, léger tremblement. 

Le 29, vers 5 h. du matin , nouvelle secousse. 

— Le 26 encore, tremblement épouvantable dans l'Archipel 
indien. 

A 7 h. 40 m. du matin , une forte oscillation verticale eut lieu 
à Banda Neira. Ce mouvement se changea soudain en ondula- 
lions du NO. au SE. et dura cinq minutes. Tous les habitants 
s'enfuirent de leurs demeures. Il était impossible de se tenir de- 
bout sans l'aide d'un appui. Dans la matinée il était tombé un 
peu de pluie , mais le temps n'était pas mauvais. 



(65) 

Au premier mouvement, toutes les maisons tombèrent ou fu- 
rent trèsendommagées. Le village de Zonnégat fut entièrement 
détruit. A Greal-Banda, toutes les maisons s'écroulèrent. Les dis- 
tricts de Lonthoir, de Selamoe et de Fura furent détruits. Cepen- 
dant peu de personnes périrent, mais beaucoup furent blessées. 

Depuis un quart d'heure à peine le calme paraissait rétabli 
lorsque commença un épouvantable mouvement des eaux. A 
8 heures, la mer se gonfla et força les habitants à se réfugier 
dans lés hautes terres. En un instant la baie se vida et se remplit. 
Le bâtiment Aliat-al-Rachman toucha deux fois, étant mouillé 
sur cinq brasses, et le brick de Haai, cap. Van Roemer, fut 
entraîné loin de terre et rejeté plusieurs fois sur le rivage. Sui- 
vant ce capitaine , la hauteur des eaux a varié de 26 pieds. Cette 
perturbation de la mer a duré 2 heures. Great-Banda et Neira 
furent submergés. À Neira, les eaux montèrent dans les maisons 
et brisèrent toutes les portes. Les vagues dépassèrent le fort 
Nassau et arrivèrent au pied de la colline où est bâti le fort Bel- 
gica, en entraînant une quantité de poissons avec elles. Beaucoup 
d'hommes faisant partie des équipages des bâtiments ancrés à 
cet endroit cherchèrent un refuge sur les jetées, mais ils furent 
entraînés par les vagues : plus de 60 périrent ainsi. 

Des détonations souterraines se faisaient entendre. Cet état de 
choses (secousses et bruits) continuait encore au 22 décembre. 

Pendant ces commotions, qui ne se firent pas sentir au delà 
de Neira, le volcan Gunong-Api fut tranquille et la fumée qui en 
sortait ne fut pas plus intense. 

Les nouvelles du Rossengein et d'Aï sont aussi mauvaises. 

A Ceram, qui ressentit le tremblement, la mer envahit tout 
le pays, détruisit une quantité d'habitations et beaucoup de per- 
sonnes périrent. 

A Amboine, 8 h. */r, secousses pendant cinq minutes, mais 
sans accidents graves. Il n'en a pas été de même à Saparoua, où 
beaucoup de maisons et de bâtiments à l'ancre ont été endom- 
magés. Direction du NE. au SO. 

Tome xx. — II e part. 5 



(06) 

A Ternate et à Bachian , deux secousses peu dangereuses le 
même jour et à la même heure. Le temps était beau ; le volcan 
de Ternate resta calme, mais on entendit quelques explosions 
souterraines. Les secousses s'y renouvelèrent pendant plusieurs 
jours, mais sans dommages. 

Ce tremblement fut ressenti à Krawang , Magelang, Bantam, 
Banyumaas,Tagal, Pegalongan et Lanepong. 
A Surabaya et Sumanap, secousse légère. 
Le Singapore free Press du 4 février, traduit par les journaux 
français, emprunte ces détails au Java Bode et donne la date 
du i6 novembre pour le commencement des secousses terminées 
au 22 décembre. La Gazette de Gènes dit même expressément 
qu'elles ont duré ainsi un mois et six jours. Le Daily News, 
comme les feuilles françaises, tout en citant le journal indien, 
préfère la date du 20. Mais il est très-probable qu'il y a eu de 
nombreuses secousses dans l'Archipel pendant ces deux mois, Le 
Singapore free Press dit, en parlant des îles Banda, qu'il s'est à 
peine passé une heure sans que le sol ait été plus ou moins vio- 
lemment secoué du 16 novembre au 22 décembre; puis il ajoute 
que, le 26 novembre, il y a eu aussi à Ceram des mouvements 
semblables du sol et des eaux. 

De plus, M. Mornand dit, dans Y Illustration (n° 526, mars 
1855), que le même tremblement de terre s'est fait sentira 
Batjan dans les journées des 25, 26, 27 et 28 novembre. 
Le 25, trois secousses, le 26 cinq, le 27 trois et le 28 une. 
Décembre. — J'ai déjà signalé, sous la date du 4 novembre, un 
tremblement de terre violent à Acapulco; un autre récit donne 
la date du 4 décembre. Y a-t-il eu, comme à Santiago de Cuba, 
recrudescence du phénomène après un mois? ou bien y a-t-il 
erreur de mois? Dans l'incertitude voici la lettre insérée au Mo- 
niteur du 13 mars 1853 : 

« La catastrophe qui a frappé et complètement détruit Aca- 
pulco , dans la nuit du 4 au 5 décembre 1852, ne peut se décrire. 
A 10 h. 10 m. du soir, tout le monde fut frappé de terreur 



(07) 

par un violent tremblement de terre. La terre s'agita avee un 
bruit épouvantable, dans une direction perpendiculaire, et 
éprouva, autant que j'en puis juger, quatre ou cinq secousses par 
seconde. Presque toutes les maisons s'écroulèrent, des nuages 
de poussière remplissaient la ville, et les habitants s'élançaient 
dans les rues et sur les places, pour n'être point ensevelis sous 
les ruines de leurs maisons.... La ville n'était plus qu'un amas de 
décombres. Heureusement l'heure n'était pas encore trop avan- 
cée, et presque tout le monde était debout. C'est à cette cir- 
constance qu'on n'a dû n'avoir à déplorer que la perte d'une 
seule personne, mais beaucoup reçurent de légères blessures. 
La mer se retira d'environ 20 pieds, et on eut de vives in- 
quiétudes qu'elle ne revînt avec d'autant plus de force et n'en- 
gloutît tout, mais elle revint peu à peu à son point ordinaire. 
Le tremblement de terre dura toute la nuit, à de courts inter- 
valles. 

» Pendant la première quinzaine qui suivit, personne ne goûta 
de repos et, maintenant même, nous avons encore de temps en 
temps de légères secousses. Nous vivons sous des tentes au milieu 
des rues et des places publiques. 

» On estime la perte occasionnée par cette catastrophe à 5 ou 
400,000 piastres , ce qui est considérable pour une population 
d'à peine 4,000 habitants. » 

Le 9, il y eut encore des secousses désastreuses, suivant 
M. Meister. 

— Le 4, au Phare de Livourne, rumeurs souterraines, se 
renouvelant à des intervalles d'une heure et demie pendant tout 
le jour. 

Le 6 , à 8 h. du matin, il y eut un fort bruit semblable à celui 
du canon à distance, prolongé par les échos. 

Dans la nuit du 6 au 7, on y entendit encore par intervalles 
des rumeurs souterraines pareilles au bruit du ressac sur des 
écueils. 

- — Le 9, tremblement dans le royaume de Naples, à Foggia , 



(68) 

S. Sevcrino, Torre Maggiore, Apricena, Lucera, Monte S. An- 
gelo, S. Paolo, Lésina, S. Giovanni Rotondo et Cagnava. 

— Le même jour, recrudescence de leruption de l'Etna, qu'on 
croyait terminée. 

— Le H, de nuit, à Zafferana (roy. de Naples), secousse sen- 
sible. 

— Le 13, 2 h. */* du matin, à Ulm et Dillingen, secousse 
accompagnée d'un coup de tonnerre. 

— Le do, 9 h. du soir, à Albertville (Savoie), deux secousses 
médiocres, à peu d'intervalle de distance. On les ressentit à 
Uginis, à La Roche-Chevrin , à S l -Paul, à Blay, à Grignon et à 
Chevron. On ne s'en aperçut pas à S l -Pierre d'Albigny , Annecy, 
Moutier, ni S l -Jean de Maurienne. 

— Le 14 ', un peu avant 7 heures du matin, à Laval (Mayenne), 
secousse assez forte, qui a duré 5 ou 6 secondes. 

— Le même jour, à Santiago de Cuba, quelques nouvelles se- 
cousses. 

— Le 21, minuit trois quarts, à Batavia, secousses des plus 
violentes dans la direction du SE. au SO. (sic) , précédées d'un 
roulement souterrain semblable au mouvement d'un waggon. 
Les secousses, très-profondes, ont duré plusieurs minutes. 

Au même moment, à Buitenzorg, fort tremblement du Sud 
au Nord avec .crépitations. Ce tremblement ressenti dans diffé- 
rentes parties de Java parait avoir été d'un caractère plus cri- 
tique , dit-on, que ceux antérieurement éprouvés. Il a causé de 
grands dégâts. 11 a été ressenti à Krawang , Magelang, Bantam 
Banyumuas, Tagal, Pekalongan et dans le district de Lampong. 

Nous avons vu qu'on a signalé le 22 comme la fin des se- 
cousses dans l'Archipel. Cependant une autre lettre du 25 dé- 
cembre dit encore : 

Le 25, à 8 h. '/* du soir, nouvelles secousses aux mêmes 
lieux que le 26. 

Le samedi 24, 2 h. -'/a, deux nouvelles secousses; elles ont 
renversé les quelques maisons encore debout dans la ville. Les 



(69) 

plantations d'épices de Késie et de Norwegen, les seules qui 
n'eussent pas souffert, sont entièrement bouleversées. Le volcan 
a aussi lancé à ce moment quelques fragments de laves ou de 
roches. 

Un grand nombre depraws en rade et sur la côte de Céram 
ainsi que plusieurs autres mouillées devant Goram, ont été en- 
glouties ou brisées avec les habitations de la côte. Nombre de 
personnes ont perdu la vie dans ce sinistre; le nombre des 
praws naufragées est évalué à 400. 

Sauf quelques différences de détail , les mêmes effets ont été 
essuyés à Amboine,' Saparoua, Haroukou, Tiow, Houtalio, Oma, 
Wassou, ainsi qu'à Ameth, Akoan et Lenitou , localités de l'île 
de Naussa-Laut. 

— Le 24, à Manille, nouvelles secousses, légères. 

— Le même jour, à Santiago, encore deux faibles secousses. 

— Nuit du 25 au 26, à'Beaumont-le-Perthus (Vaucluse), 
quatre secousses à de courts intervalles. 



M. le D r Poelmaa, professeur d'anatomie comparée à 
l'Université de Gand et correspondant de l'Académie , 
donne lecture d'une notice sur des parasites trouvés dans 
les appareils respiratoire et circulatoire du Marsouin (Del- 
phinus pfiocaena. L.). 

L'auteur promet de reproduire sa notice dans une pro- 
chaine séance, après qu'elle aura subi quelques modifi- 
cations. 

Après cette communication , M. le directeur lève la 
séance, afin que les membres de la classe des sciences 
puissent se réunir à leurs confrères des deux autres classes 
pour régler ensemble les intérêts communs de l'Académie. 



(70, 
Trois lectures, annoncées par MM. Van Beneden j Mor- 
ren et Qnelelel, sont renvoyées à la prochaine réunion. 



Immédiatement après la séance de la classe des sciences 
a commencé la séance générale des trois classes de l'A- 
cadémie qui , aux termes du règlement, doit avoir lieu, 
au moins une fois l'an, vers l'époque de l'anniversaire du 
rétablissement de l'Académie. 



(71) 



CLASSE DES LETTRES. 



Séance du 9 mai 4855. 

M. le baron de Stassart, président de l'Académie. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le chevalier Marchai, Steur, le baron 
de Gerlache, Grandgagnage , de Ram, Lesbroussart, Ga- 
chard , Rorgnet, le baron J. de S'-Genois, David, Van 
Meenen, Paul Devaux, P. De Decker, Schayes, Snellaert, 
Carton, Haus, Bormans, M,-N.-J. Leclercq, Polain , 
Baguet, membres; MM. Arendt, Chalon , Ad. Mathieu, 
correspondants. 

MM. Sauveur et Ed. Fétis assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur transmet le rapport du 
jury nommé pour décerner le prix quinquennal de littéra- 
ture française , afin que le jugement du concours soit pro- 
clamé dans la séance publique de la classe des lettres. 

— M. le Ministre envoie aussi différents ouvrages des- 
tinés à la bibliothèque de l'Académie, ainsi qu'un travail 



(72 ) 

manuscrit de M. Bara , intitulé : Essai sur la théorie de la 
méthode pure, sur lequel , dit-il, l'auteur désire obtenir un 
rapport; cet ouvrage se compose de dix énormes volumes 
in-folio. 

L'auteur sera invité à réduire ses idées et à les présenter 
sous une forme plus concise, afin que l'examen demandé 
puisse avoir lieu. 

— La Société pour la conservation des monuments 
historiques et des œuvres d'arts, établie à Àrlon, fait 
hommage de deux exemplaires de ses annales. — Remer- 
cîments. 

Le rév. P. Dom Pitra annonce, de la part de l'abbé de 
Solesmes, le prochain envoi des Institutions liturgiques, 
de l 1 Histoire de saint Léger, de Yllistoire des évéques du 
Mans, et d'un volume (ï Études sur les Bollandisies. 

— M. Chalon présente deux mémoires sur les monnaies 
anciennes, et M. Quetelet, une notice sur M. Ed. Smits, 
autrefois directeur des travaux statistiques au Ministère de 
l'intérieur. 

— M. l.e baron de Stassart dépose deux nouvelles obli- 
gations de la banque pour être jointes à la somme déjà 
donnée par lui , dans le but de fonder un prix académique 
en faveur de l'auteur de la meilleure notice sur un Belge 
célèbre, pris alternativement parmi les historiens ou les 
littérateurs, les savants et les artistes. Ce présent est reçu 
avec reconnaissance. 



73) 



CONCOURS DE 1855. 



La classe avait mis au concours six questions sur diffé- 
rents sujets; elle a reçu des réponses à quatre de ces 
questions, ce sont les 5 e , 4 e , 5 e et 6 e . 

TROISIÈME QUESTION. 

Un mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme, dans 
leurs rapports avec la Belgique. 

Rapport de Ni» te chanoine de Mlatn. 

« L'Académie, dans sa sollicitude pour tout ce qui 
appartient à la gloire littéraire du pays, a mis au con- 
cours , pour la seconde fois, un mémoire sur la vie et les 
travaux d'Érasme, un des restaurateurs des belles-lettres 
au commencement du XVI e siècle. 

On connaît l'inscription consacrée à sa mémoire : 
Magno sgientiarum atque literaturae politioris vindici 
et instauratori. Cet éloge ne paraît aucunement outré 
lorsqu'on considère que c'est principalement à Érasme 
que l'on doit la renaissance des lettres dans le nord de 
l'Europe, les règles d'une saine critique, le goût pour 
l'antiquité et les premières éditions de plusieurs Pères de 
l'Église. A ce titre il a incontestablement droit à la recon- 
naissance de la postérité, et cette reconnaissance serait 
plus vive encore si l'on n'avait à lui reprocher une trop 
grande hardiesse de penser et d'écrire au sujet de certaines 



l 



(74) 

matières théologiques qui lui étaient peu familières, un 
esprit de critique qui le porta à traiter ses adversaires avec 
aigreur et dédain , et à grossir les vices d'une époque déjà 
trop féconde en abus. Les défauts d'un caractère, si admi- 
rable sous tant d'autres rapports, n'avaient pas échappé à 
Erasme lui-même. Sur la fin de ses jours, il se repentit de 
s'être appliqué à trop de genres différents de littérature et 
d'avoir embrassé la polymathie , comme il conste par une 
lettre à son ami Budaeus; ailleurs, en faisant un retour sur 
quelques-unes de ses publications et sur les libertés qu'il 
s'y était permises, il nous lègue cet aveu : Ut ingénue, quod 
verum est, fatear, sum natura propensior ad jocos quam 
fortasse deceat, et linguae libérions quam nonnunquam 
expédiât (1). 

Un écrivain anglais peu connu aujourd'hui a fait une 
vie d'Érasme considérée par rapport au temps qu'il passa 
en Angleterre, et contenant l'histoire des savants qu'il 
y eut pour amis et une notice sur l'état où la science et la 
religion étaient alors aux universités d'Oxford et de Cam- 
bridge (â). Ce qui a été l'ail d'une manière peu complète 
pour l'Angleterre devait se faire, mais mieux, pour le 
pays qui a vu naître Érasme. 

Notre histoire littéraire de presque toute la première 
moitié du XVI e siècle se rattache en grande partie à la 
vie et aux travaux d'Érasme. Tout ce que la Belgique 
comptait alors d'hommes distingués dans les lettres eut 
des rapports avec lui ou se ressentit de son influence : aux 
uns il donnait des conseils et des encouragements, d'au- 



(1) Epist., lib. I, epist. III. 

(2) Samuel Knifçt publia cette notice en 1726. 



(75) 
très les lui prodiguèrent à leur tour; avec les uns c'étaient 
les relations d'une vive et constante amitié , avec d'autres, 
très-peu nombreux, une lutte soulevée à l'occasion des 
malheureuses dissensions religieuses du luthéranisme. Son 
séjour à Louvain , ses rapports si intimes avec les profes- 
seurs les plus distingués de l'université à laquelle il rendit 
bien souvent des témoignages sincères de son admiration 
et de son dévouement, et plus tard ses contestations avec 
quelques docteurs de cette école, où se concentrait alors 
toute l'activité littéraire et scientifique du pays, occupent 
une part très- large dans la vie mobile et pour ainsi dire 
errante d'Érasme. Au milieu de ses voyages, comme pen- 
dant qu'il séjournait en pays étrangers, il n'oubliait ja- 
mais ses amis de la Belgique; dans ses lettres, il aimait 
à s'entretenir avec eux de ses travaux; il leur confiait ses 
joies et ses espérances, ses chagrins et ses désappointe- 
ments. Quinze jours avant sa mort, préoccupé de la triste 
idée de mourir sur une terre étrangère, à Bâle, loin de 
sa patrie, il s'écriait douloureusement dans une lettre 
adressée à son ami le professeur Goclenius de Louvain : 
Utinam Brabantia esset vicinior (1)! 

ïl s'était fixé à Bâle en 1521. La faveur accordée dans 
cette ville au luthéranisme le dégoûta d'un séjour qui lui 
avait été d'abord très- agréable. Les protestants le mépri- 
saient comme un homme auquel manquait le courage de se 
déclarer pour la vérité; les catholiques, d'autre part, lui 
reprochaient ses ménagements envers les chefs de la ré- 
forme et son séjour dans une ville qui s'était ouvertement 
prononcée pour les nouvelles doctrines. Flattant et cares- 



(1) Lettre du 28 juin 1556, epist. 1299. 



(76) 
sant lour à tour les deux partis, Érasme se voyait réduit 
par sa fraie à dire comme Montaigne : Je fus pelaudé à 
toutes mains; au Gibelin j'estois Guelfe; au Guelfe j'estois 
Gibelin. Alors aussi, fatigué de cette vie de haine et de 
troubles, il s'efforça de sortir de la fausse position qu'il 
s'était faite : il comptait que l'air natal pouvait lui rendre 
le repos de l'esprit et la santé du corps , et qu'il approchait 
du terme auquel il lui aurait été permis de se fixer défini- 
tivement en Brabant, où le rappelait avec instance la 
reine Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas (1). 
Cette princesse lui avait fait donner une gratification de 
trois cents florins pour les frais du voyage. 

Nous pensons que c'est à ce point de vue belge que l'Aca- 
démie a voulu que fut traitée la question sur la vie et les 
travaux d'Érasme. 

Il a été parlé ailleurs d'un travail analogue, mais resté 
inédit de feu M. de Reiffenberg (2). 

Le seul mémoire présenté sur cette question au con- 
cours de 1852 fut reconnu, d'après l'avis unanime des 
commissaires, comme n'ayant pas satisfait aux légitimes 
exigences de l'Académie. 

A un nouvel appel pour le concours de 1855, un seul 
champion a eu le courage de répondre. Dans ce manque 
d'empressement pour éclaircir et pour mettre en relief 
notre ancienne et si glorieuse histoire littéraire, il y a 
quelque chose d'affligeant ; et je ne puis m'empêcher d'en 
attribuer la cause, non pas à la difficulté même de la 



(1) Regina Maria, faeminarum hujus aevi laudatissima, revocat me 
in Brabantiam. Lettre du 3 mai 1552 à Josse Sasbout, epfst. 1219. 

(2) Bulletin de l'Académie, t. XIX, part. 2, p. 82. 



(77) 

question , niais a ce regrettable affaiblissement des études 
classiques qui, malheureusement, se propage de plus en 
plus et qui produit je ne sais quelle espèce d'indifférence 
à l'égard de nos écrivains les pins illustres par leurs tra- 
vaux sur la littérature ancienne. 

L'auteur du nouveau mémoire, qui a pris pour épi- 
graphe ces paroles d'Érasme : Non amo veritalem scdi- 
tivsam, nous présente-t-il une œuvre plus parfaite que 
celle de ses devanciers? L'Académie en jugera d'après une 
analyse que nous tâcherons de rendre aussi complète que 
possible. 

Le mémoire forme, sans {'Avant -propos, qui a deux 
pages, 52 pages in-8° d'une écriture assez serrée. C'est, 
dira-t-on , une étendue matériellement peu en rapport 
avec un sujet assez vaste. 

Dans Y Avant-propos, l'auteur parle des sources aux- 
quelles il a puisé. Ce sont les écrits de Nisard (1) et 
d'Audin (2) qu'il dit avoir interrogés, en comblant les la- 
cunes, que ces écrivains ont laissées, par des rechercbes 
faites dans plusieurs de nos recueils nationaux ainsi que 
dans des écrits publiés en Hollande. Je n'ai pu voir dans 
le corps du mémoire, où les citations sont très-rares, 
quels sont ces recueils et ces écrits. Le travail de Nisard , 
travail laissant beaucoup à désirer comme œuvre d'érudi- 



(1) M. Nisard, dans un article imprimé dans la Revue de Paris et re- 
produit en tête de la traduction de V Éloge de la Folie, qui a paru dans la 
collection de Gosselin, dite Bibliothèque d'élite, a examiné, dit Audin, 
sous des points de vue neufs et avec une admirable sagacité l'action d'É- 
rasme sur son siècle, mais on peut lui reprocher un enthousiasme trop vif 
pour son sujet. 

(2) Histoire de la vie, des écrits et des doctrines de Martin Luther , 
2 vol. in-8. 



(78) 

lion, paraît être le guide principal de l'auteur; les investi- 
galions laites en Allemagne sur les luttes religieuses et lit- 
téraires du XVI e siècle lui sont inconnues, et il ne cite pas 
même une biographie d'Érasme publiée par Erhard dans 
Y Encyclopédie d'Ersch et Gruber (I). 

Le Dictionnaire de Bayle, dit-il, lui a fourni quelques 
détails, notamment sur les opinions religieuses d'Erasme; 
mais l'enseigne du scepticisme peut-il nous inspirer quel- 
que confiance au sujet de la question? Pour ce qui me 
concerne, je m'en tiens à ce qui a été dit par Dœllinger (2) 
sur la position d'Érasme vis-à-vis de ses contemporains 
et de la réforme. Le savant professeur de îMunich a très- 
bien exposé comment Érasme favorisa d'abord ouverte- 
ment Luther et son entreprise, comment il lui retira 
ensuite graduellement son concours, comment éclata sa 
rupture avec Luther et quels jugements il porta sur sa 
nouvelle doctrine, sur ses résultats, sur son caractère, sur 
ses prôneurs et ses partisans. 

Pour l'appréciation des opinions religieuses, un ou- 
vrage de Marsollier (5) eût été plus utile à l'auteur du mé- 
moire que le Dictionnaire de Bayle. 

Le guide le plus sûr pour une biographie d'Érasme, c'est, 
dit- il ensuite, Érasme lui-même; ses lettres, ses préfaces 



(1) Allgemeine Encyclopaedie der JFissenschaften and Kiinste; 1" 
sect.,t. XXXVI,pp. 135-212. 

(2) Dans son ouvrage : La réforme, son développement intérieur et les 
résultais qu'elle a produits dans le sein de la société luthérienne } tra- 
duit de l'allemand par Perrot, t. 1, p. 1-19. Paris, 1848. ln-8\ 

(5) Apologie ou justification d'Erasme. Paris, 1715. Une réfutation de 
cet écrit, en général trop favorable à Érasme, se trouve dans les Mémoires 
de Trévoux. Juin 1714. Le père Gabriel (Vieilli de Toulon), augustin dé- 
chaussé , en fit une Critique. Paris , 1 71 1). 



(79) 
fourmillent de détails intéressants. En cela l'auteur a par- 
faitement raison; seulement nous regrettons qu'il n'ait pas 
puisé plus largement à ces sources, et qu'il ait trop négligé 
de les mettre en œuvre avec une critique habile. 

Le corps du mémoire renferme, d'un seul trait et sans 
distinction de chapitres ou paragraphes, des détails bio- 
graphiques sur Érasme, où le point de vue belge occupe 
une place trop secondaire. 

Il y a, au début, un passage que je crois devoir citer : 
« Cet homme illustre, dit l'auteur, n'est pas seulement 
» une gloire de la Hollande, sa patrie; comme tous ceux 
j» à qui il a été donné de deviner un des grands besoins 
a de l'humanité, il est aussi une gloire européenne. 
» Érasme, qui brilla pendant les désordres du XVI e siècle, 
» et qui , malgré sa modération , eut des jours de colère et 
» de passion, Érasme, l'éloquent restaurateur des lettres, 
» le sage défenseur de l'Église romaine, Érasme, au milieu 
» des fureurs des sectes, proclama le premier les bien- 
» faits de la tolérance, et, à ce titre, il mérite l'éternelle 
i> reconnaissance de tous les peuples. » J'espère bien 
qu'il n'y a de ma part ni intolérance ni ingratitude, si je 
trouve ce passage trop plein d'emphase et trop vide de 
raison. 

De la page 5 à la page 10, l'auteur parle de la jeunesse 
d'Érasme, de ses premières éludes, de ses protecteurs, de 
son séjour à Paris et à Orléans. 

A peine une page est consacrée au séjour qu'il fit à Lou- 
vain en lo02, aux rapports qu'il y établit, à cette époque 
et plus tard, avec des littérateurs et des théologiens dont 
les noms se retrouvent à chaque pas dans les lettres 
d'Érasme. 

De la page 11 à la page 2G, on trouve un aperçu des 



(80) 

ouvrages publiés par Érasme avant et immédiatement 
après son voyage en Italie. 

Il y aurait des détails curieux à ajouter à ce que l'auteur 
dit (p. 26-29) de la controverse qu'Érasme eut , au sujet de 
son Eloge de la Folie et de l'édition du Nouveau Testament, 
avec deux docteurs de Louvain, Martin Dorpius et Jean 
Briart, d'Ath, que l'auteur nomme Atensis. 

J'ajouterai, en passant, que plus d'un autre nom est mal 
écrit dans le mémoire; ainsi le fondateur du collège des 
Trois-Langues , Jérôme Busleiden, l'ami intime d'Érasme, 
y est nommé, page 55 , Buflidius. 

L'érection de ce collège pour l'enseignement des lan- 
gues latine, grecque et hébraïque, méritait une mention 
toute spéciale, à cause de l'influence salutaire que cet éta- 
blissement exerça sur le progrès des belles-lettres en Bel- 
gique. L'histoire de la vie et des travaux des premiers pro- 
fesseurs du collège des Trois-Langues est en quelque sorte 
celle d'Érasme même. Que de renseignements précieux ne 
pourrait-on pas recueillir dans ses lettres, ou dans d'autres 
écrits contemporains, sur Adrien Barlandus, Conrard 
Goclenius, Pierre Nannius, Rutger Rescius et plusieurs 
autres? 

Page 55 , l'auteur fait assez bien ressortir les rapports 
qu'Érasme eut avec Despautère et l'historien Jacques de 
Meyer , et plus loin , page 55 , tout ce que le chancelier 
Sauvage et d'autres protecteurs firent pour le retenir en 
Brabant ou pour le fixer à la cour. 

En 1521, Érasme quitta sa retraite d'Anderlecht pour 
se rendre à Baie (page 59). Les pages 41 à 51 renferment 
ce qui concerne ses derniers travaux jusqu'à sa mort, arri- 
vée le 12 juillet 1555. Sur son séjour à Bâle, sur les der- 
niers moments de sa vie, qui s'éteignit entre les bras d'un 






(81 ) 

prêtre belge, Lambert Coomans, de Turnhout, nous avons 
publié quelques renseignement que l'auteur du mémoire 
aurait peut-êire pu consulter avec fruit (1). 

On voit que l'auteur s'est renfermé dans un ordre chro- 
nologique. Cet ordre est celui d'une biographie ou d'un 
article de revue ; mais je doute qu'il convienne à un mé- 
moire, où il fallait entrer plus avant dans plusieurs ques- 
tions de personnes, d'érudition et de critique littéraire. 

N'aurait-il pas mieux valu consacrer à chacune de ces 
questions, ou au moins aux principales, un chapitre parti- 
culier? Si l'on voulait, par exemple, faire une étude sé- 
rieuse des rapports d'Érasme avec Adrien VI , depuis que 
celui-ci fut son maître et son ami à Louvain, jusqu'à l'épo- 
que où le fardeau de la tiare le lit mourir à Rome, on y 
trouverait des enseignements d'un haut intérêt pour l'his- 
toire. 

Les discussions littéraires et même quelquefois théolo- 
giques, où figurent des noms belges, auraient ainsi une 
place déterminée selon leur importance plus ou moins 
grande; chaque chapitre serait une espèce de scène ou 
d'acte représentant diverses phases de notre vie littéraire 
au XVI e siècle. L'auteur, dans le plan qu'il a suivi, indique 
ces discussions, mais il ne les approfondit point. Ce qui lui 
manque, c'est qu'il n'est pas encore entièrement maître 
de son sujet; pour le devenir, il aurait à faire de nou- 
velles recherches. 

Après avoir si longuement insisté sur les imperfections 
du mémoire, j'aime à reconnaître qu'il y a plusieurs pages 






(1) Bulletin de l'Jcadémie, t. IX, p. 462 , part. l re , et p. 457, part. 2 rae . 
Voyez aussi V Annuaire de l'Université catholique de 1852, p. 251, et 
celui de 1853, p. 245. 

Tome xi. — II' part. 6 



(82) 
qui sont bien écrites. Mais, est-ce une raison suffisante 
pour que l'Académie décerne le prix? Je ne le crois pas; et 
même ce ne serait qu'après avoir entendu l'avis des autres 
commissaires que je pourrais me résoudre à demander, non 
l'impression du mémoire, mais une mention honorable ou 
une médaille d'encouragement, si l'Académie juge conve- 
nable de maintenir la question au programme du concours 
de 1854. d 



ttappat't de Ht* Mtaguet. 

« La première impression que m'a fait éprouver la lec- 
ture du mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme a 
trouvé sa justification dans le rapport de M. le chanoine 
de Ram. L'auteur me paraissait avoir donné à son œuvre 
de trop petites proportions. Or, c'est particulièrement ce 
défaut que notre savant confrère a signalé et qu'il s'est at- 
taché à mettre en évidence. Jusqu'à quel point la classe 
doit-elle tenir compte de cette imperfection? voilà la ques- 
tion sur laquelle je me permettrai de dire quelques mots. 

Eu égard au peu d'étendue du mémoire, je ne puis 
blâmer l'auteur d'avoir adopté le plan qu'il a suivi dans 
son travail. Raconter, en s'astreignant à l'ordre cbrono- 
logique, les particularités de la vie d'Érasme, indiquer, 
d'après le même ordre, et apprécier succinctement ses tra- 
vaux et leurs rapports avec la Belgique, tel était naturel- 
lement le cadre qu'il devait se tracer pour mettre en œuvre 
les matériaux incomplets qu'il avait recueillis. Si, après 
cela, au lieu de terminer son mémoire par un simple ré- 
sumé sur l'inlluence exercée par Érasme, il avait abordé 



(83) 

certaines questions littéraires propres à (aire ressortir cette 
influence; si , en outre, il avait rendu compte, en faisant 
preuve d'érudition et de critique, des principales discus- 
sions qu'Érasme eut à soutenir contre des savants belges, 
je n'aurais pas hésité à proposer l'impression du mémoire. 
Une telle œuvre, en effet , quoique incomplète, eût porté 
l'empreinte d'un talent réel, et les lacunes qu'elle eût lais- 
sées eussent pu, dans la suite, être remplies par quelque 
ami des lettres, ayant à sa disposition les sources que notre 
savant confrère a indiquées. 

Il est donc à regretter que le plan du mémoire n'ait pas 
été conçu dans des proportions plus grandes. En s'ab- 
stenant même de reprocher à l'auteur l'insuffisance des 
sources auxquelles il a puisé, on ne pourrait le justifier' 
d'avoir passé légèrement sur un assez grand nombre des 
productions d'Érasme, parmi lesquelles les ouvrages com- 
posés spécialement pour des Belges méritaient bien, sem- 
ble-t-il, une mention particulière et une analyse détaillée. 
En un mot, l'auteur aurait dû être moins sobre de notices 
semblables à celles qu'il a données sur ÏEncomium Moriae 
et les Adagia d'Érasme. S'occupa nt de ce dernier ouvrage, 
il s'est même arrêté à examiner quelle part les Belges ont 
prise aux progrès de l'Apologue, considéré comme genre 
littéraire. Sans blâmer d'une manière absolue cette digres- 
sion , puisque l'auteur ne se l'est permise qu'en vue d'ap- 
précier l'influence de notre ancienne littérature nationale 
sur le génie d'Érasme, on peut dire qu'elle eût sans doute 
trouvé une place plus convenable dans une œuvre plus 
étendue. 

Au reste, le mémoire, tel qu'il est, n'est pas sans valeur; 
certaines parties sont traitées d'une manière satisfaisante; 
lé style est en général facile, coulant, fleuri et dénote une 



(84) 

plume déjà exercée. Il y aurait doue lieu, à mou avis, 
d'accorder à l'auteur une médaille d'encouragement, sur- 
tout si l'on considère qu'il s'agit d'un de ces travaux d'éru- 
dition qui deviennent de jour en jour plus rares. 

J'aime aussi à croire que si, comme je le désire, la 
classe maintient au programme du concours de 1854 la 
question relative à Érasme, le mémoire que nous ne pou- 
vons couronner en ce moment nous reviendra plus déve- 
loppé , plus savant et digne de figurer avec distinction 
dans les recueils de l'Académie. » 



Rapport de 9t. de Sl-Grnois. 

« L'excellent et lumineux rapport de M. le chanoine 
de Ram sur le Mémoire pour lequel vous avez bien voulu 
me nommer troisième commissaire, rapport avec lequel 
concordent aussi les conclusions du deuxième commissaire, 
M.Baguet, me dispensera d'entrer dans l'examen même de 
la matière qui fait l'objet de ce travail et avec laquelle, je 
l'avoue en toute humilité , je suis loin d'être aussi fami- 
liarisé que nos deux savants confrères. 

Envisagé comme une étude de la vie et des mérites lit- 
téraires d'Érasme, ce travail est certainement digne de 
toute notre attention, tant au point de vue de la forme 
que l'auteur lui a donnée qu'au point de vue des idées 
d'ensemble qu'il y a développées. Mais on ne saurait le 
regarder comme répondant d'une manière suffisante à la 
question posée par l'Académie. Ce n'est pas absolument 
un mémoire, c'est-à-dire une œuvre de critique où l'on 



(85) 

discute l'esprit et les tendances particulières d'un grand 
écrivain, où l'on compare, entre elles, ses différentes pro- 
ductions pour en tirer des conséquences générales sur 
son temps et les hommes qui l'ont entouré dans de cer- 
taines limites tracées. Nous maintiendrons donc intactes 
les judicieuses remarques émises à ce propos par le pre- 
mier commissaire, et nous reconnaîtrons avec lui qu'il y 
a des lacunes regrettables dans cet ouvrage , là surtout où 
il fallait envisager Érasme sous le rapport de l'incontes- 
table influence exercée par lui dans nos contrées sur le 
goût public, sur les lettres et sur l'esprit philosophique de 
son époque. L'auteur a trop consulté les érudits qui ont 
examiné les œuvres du savant de Rotterdam et a négligé 
de pénétrer dans l'intimité de ces œuvres mêmes; s'il s'était 
plus particulièrement consacré à cette partie de son im- 
portante tâche, son travail eût été sans contredit et plus 
original et plus neuf. En semblable cas, il vaut mieux 
juger par soi-même que s'appuyer sur les jugements des au- 
tres. Malgré ces imperfections, et si l'Académie ne jugeait 
pas convenable de remettre la question au concours de 
1854, nous voudrions, d'accord en ceci avec nos deux col- 
lègues, voir décerner à l'auteur une médaille d'encourage- 
ment.' Il serait, en outre, a désirer, si les règlements de la 
Compagnie ne s'y opposent point, qu'on pût imprimer dans 
nos mémoires cette brillante étude qui , considérée comme 
œuvre de style, est , à part un peu d'emphase déclamatoire, 
un des meilleurs écrits que nous ayons reçus. » 

Après avoir entendu ses commissaires sur le mérite du 
travail envoyé au concours, la classe a décerné une médaille 
d'argent à l'auteur, qui sera invité à se faire connaître. 



(86) 



QUATRIEME QUESTION. 

Quelle influence la Belgique a-t-elle exercée sur les Pro- 
vinces- Unies sous le rapport politique , commercial , indus- 
triel, littéraire et artistique , depuis l'abdication de Charles- 
Quint jusqu'à la fin du XVIII siècle. 

itnppnvt de M. le ha von J. de S 1 - Génois. 

« La réunion des dix-sept provinces des Pays-Bas sous 
un même sceptre n'est pas une conception politique de 
date récente, comme on le croit vulgairement. Il y a plus 
de cinq siècles, les premiers germes en apparaissent déjà 
dans l'histoire, alors qu'on eut senti la nécessité d'assurer 
un juste équilibre entre les puissants peuples de l'Europe 
occidentale et de balancer leurs influences rivales par la 
création d'un Élat intermédiaire. 

Essayée d'abord partiellement et dans un sens à la fois 
démocratique et fédéral, par Jacques Van Artevelde, le 
célèbre ruwaert flamand; reprise ensuite dans un but de 
monarchie absolue par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 
qui, tout eu se rendant maître de ces provinces, avait dû 
pourtant respecter leurs nationalités diverses, cette féconde 
idée faillit passer à l'état de fait accompli, lorsqu'en 1447 
et 1448, ce puissant prince envoya une ambassade à l'em- 
pereur Frédéric IV pour traiter de l'érection en royaume 
indépendant des possessions étendues de la maison de Bour- 
gogne (l).Sous Charles-Quint, qui regardait comme le plus 



(1) Voir un travail de M. E. Birk à ce sujet, dans le Oesterreichische ge- 
schichtforscher, I, 231. (Vienne, 1842. ) 



(87) 

beau rêve de sa vie de constituer ces riches contrées en 
État séparé, ce projet fut ressuscité (1) comme achemine- 
ment à l'exécution du plan conçu par le grand-duc d'Occi- 
dent. L'Empereur, au milieu des luttes de toute espèce qui 
l'occupaient sans cesse, parvint, dès l'année 1548 , à faire 
des Pays-Bas, sous le titre de cercle de Bourgogne , une 
sorte d'État politique fictif qui, tout en faisant partie du 
corps germanique, n'était point soumis à la juridiction 
impériale. Tl n'alla pas plus loin, et bientôt son abdication 
et les troubles sanglants qui la suivirent, ajournèrent 
l'accomplissement de ce projet vraiment national , jusqu'à 
ce que Philippe II érigeât de nouveau les provinces belges 
en souveraineté particulière en laveur des archiducs Albert 
et Isabelle. Mais on le sait, la stérilité de cette princesse 
lit retomber sous le joug espagnol ce pays tant éprouvé 
qui n'avait joui de son indépendance passagère que pour 
travailler à réparer ses longues infortunes. Ce n'est qu'un 
peu moins de deux siècles plus tard que fut enfin réalisé, 
dans toute sa plénitude, le généreux rêve de Charles-Quint. 
Le royaume des Pays-Bas fut créé, comme l'avait compris 
l'illustre Empereur, et les dix-sept provinces furent sou- 
mises à un même sceptre. Il n'appartient pas à notre sujet 
d'examiner les nombreuses causes qui , après un essai de 
quinze ans, amenèrent la dissolution de cette combinaison 
politique, élaborée de si longue main. Il suffira de recon- 
naître qu'en principe toutes les conditions de viabilité de 
ce nouveau royaume existaient aussi bien dans l'ordre mo- 
ral que dans l'ordre matériel. Un écrivain éminent qui 
siège parmi nous, et dont je me plais à invoquer ici l'ho- 



(1) De Gerlache, Histoire du royaume des Pays-Bas, I, xv, 2 e édit. 



(88) 
norable témoignage, s'exprime en ces termes sur cette 
question : « La Belgique industrielle et agricole et la 
» Hollande commerçante et maritime étaient faites pour 
» s'allier et se prêter un mutuel appui (1). » 

Ce qui était vrai en 1815 , l'était beaucoup plus encore 
à l'époque de l'avènement de Philippe II, alors que ces 
deux pays n'étaient pas encore séparés par la divergence 
des croyances religieuses. Formant autant de petites puis- 
sances distinctes, les Dix-sept provinces avaient cependant, 
depuis des siècles, une communauté de mœurs, de langage 
et d'intérêt qui les rapprochaient sans cesse et établissaient 
entre elles un lien de solidarité qui , dès lors, faisait déjà 
considérer les Pays-Bas comme un peuple homogène et 
susceptible d'être gouverné par une même main. 

Le grand déchirement religieux et politique qui, à la 
lin du XVI e siècle, désunit ce faisceau national , peut donc 
être envisagé comme une des plus fatales calamités dont 
notre histoire fasse mention, et l'on conçoit dès lors que 
les regrets que cet irréparable malheur inspira à tous ceux 
qui aimaient la patrie, durent bientôt se transformer en 
cris de malédiction et de haine contre ceux qui en avaient 
été les artisans. Bentrée sous le joug de l'étranger après 
une lutte sans issue, la Belgique resta longtemps morte 
pour la prospérité publique, tandis que le pays, qui s'en 
était détaché pour suivre un autre courant, atteignait 
bientôt à un degré de splendeur sans exemple dans les 
fastes de l'humanité , et laissait loin derrière lui une con- 
trée qui naguère l'avait devancé, à toutes les époques , dans 
les arts et les sciences, dans l'industrie et l'agriculture. 



(1) De Gerlache, Hnt. du royaume des Pays-Bas, I, xv, 2 e éd. 



(89) 

Le parallèle à établir entre ces deux états de choses n'est- 
il pas digne des méditations de l'historien qui recherche 
les causes de la grandeur et de la décadence des nations? 
Aussi avons-nous lieu de nous étonner qu'aucun auteur 
n'en ait jusqu'ici fait l'objet d'un travail spécial et complet. 
Un célèbre historien hollandais, S. Styl, a à peine touché 
la question dans son immortel ouvrage : De opkomst en 
bloie der vereenigde Nederlanden. 

Les provinces du nord des Pays-Bas n'avaient guère joué 
de rôle dans l'histoire avant la mort de Charles-Quint. Dans 
la première moitié du XVI e siècle, les doctrines de Luther 
les avaient bien remuées, comme elles avaient remué nos 
contrées, mais rien n'annonçait encore que les Pays-Bas 
du nord devraient un jour au mouvement social et reli- 
gieux de cette époque l'éclat qu'ils répandirent plus tard 
en Europe. 

Un fait peut-être unique dans l'histoire, c'est que, dans 
l'espace d'un peu plus d'un> siècle, la même contrée, les 
Provinces-Unies, fut redevable de son immense prospérité 
morale et matérielle à deux causes du même genre, aux 
persécutions religieuses. La première est celle qui prit son 
origine dans le vaste soulèvement national des Belges con- 
tre la domination tyrannique de Philippe II; la seconde, 
celle qu'amena, en France, la révocation de l'édit de 
Nantes en 1685. A la suite de ces persécutions, la Hol- 
lande devint le refuge d'une pépinière d'hommes forte- 
ment trempés et qui, pour reconnaître l'hospitalité que 
leur offrait un pays ami, y apportèrent le tribut de leur 
courage, de leurs convictions énergiques, de leur science 
et de leurs talents. 

S'il faut en croire les historiens du temps, la révocation 
de l'édit de Nantes fil émigrer plus de 800,000 dissidents 



(90) 
de France, el ce n'est pas sans regrets, on le sait, que 
Louis XIV vit, à cette occasion, passer dans la république 
des Provinces-Unies les hommes les plus éminents de son 
royaume. C'est alors que les Bayle, les Col lot d'Escury, les 
Ménard, les Bartas, les Beausobre, les Denis Papin et 
tant d'autres que Descaries avait déjà précédés depuis 
quelques années, allèrent former dans ce pays cette école 
d'érudits et d'hommes distingués dans toutes les branches 
qui fit, sous le rapport littéraire et scientifique, de la Hol- 
lande l'égale des plus grandes nations du monde. 

Nous verrons tantôt quelle part immense prirent, de 
leur côté, au mouvement social de ce pays les Belges émi- 
grés à la suite des sanglantes persécutions du XVI e siècle. 

En 1845, la société de Leyden mit au concours la ques- 
tion de savoir quelle influence les réfugiés français, à la 
suite de la révocation de l'édit de Nantes, exercèrent sur 
les Provinces-Unies , à la fin du XVII siècle, tant sous le 
rapport commercial et industriel que sous le rapport de la 
littérature, de la civilisation et des mœurs. Deux savants 
hollandais, MM. Koenen et Berg, essayèrent de les résou- 
dre; ie dernier lut seul couronné et reçut, en 1845, la 
médaille d'or. Toutefois, les deux mémoires furent impri- 
més, l'un porte pour titre : De Réfugiés in deNederlanden na 
de herroeping van net edict van Nanten, door J h -W.-E. Berg. 
Amsterdam , 1845, in-8°; l'autre : Geschiedenis van de ve$- 
tiging en den invloed der Fransche vluchtelingen in Neder- 
land, door H. -J. Koenen. Leyden, 1846, in-8°. Ils sont 
remplis d'inléressantes recherches, d'ingénieux aperçus 
et d'observations profondes. Les auteurs qui y parlent, 
comme on le pense bien, en fervents réformés, y dérou- 
lent le rôle si remarquable que les réfugiés français jouè- 
rent en Hollande, et montrent à chaque page l'appoint 



(91) 

important que ces émigrés apportèrent aux résultats de la 
culture de l'esprit et des entreprises commerciales et in- 
dustrielles dans cette contrée. 

Ces recherches, si curieuses au point de vue néerlan- 
dais, nous engagèrent à proposer à l'Académie d'inscrire 
au programme de son concours annuel une question du 
même genre, dont le sujet intéresse particulièrement les 
anciennes provinces belges. Cette proposition fut accueillie 
et la question formulée de la manière suivante : « Quelle 
i> influence la Belgique a-t-elle exercée sur les Provinces- 
» Unies sous le rapport politique, commercial, indus- 
» triel , littéraire et artistique , depuis l'abdication de 
» Charles-Quint jusqu'à la fin du XVIII e siècle. » Aucun 
concurrent ne s'étant présenté la première année, la ques- 
tion fut remise au concours pour l'année 1855; toutefois 
avec la modification, — vu l'étendue du sujet, — que le 
mémoire s'arrêterait à la paix de Munster (1648), époque 
qui termine la guerre de 80 ans, et après laquelle la ques- 
tion ne paraissait plus avoir logiquement déraison d'être. 

En ouvrant un concours sur cet intéressant point d'his- 
toire, disons-le de prime abord, pour éviter toute inter- 
prétation erronée, l'Académie a dû s'attendre à voir éta- 
blir par les concurrents un parallèle constant entre une 
contrée courbée sous le joug d'un despotisme anti-na- 
tional et délétère d'une part, et un pays d'autre part, où, 
sous le souille vivifiant d'une liberté illimitée en matière 
de croyances religieuses, bien que non exempte d'abus 
nombreux et de luttes intestines de tout genre, se déve- 
loppa rapidement la prospérité publique la plus étonnante. 
Partant de ce point de vue essentiellement inhérent à la 
nature de la question, toute l'admiration des auteurs, 
toutes leurs sympathies devaient se manifester pour ce 



(92) 
dernier étal de choses. En effet, il s'agissait pour eux de 
mettre sans cesse en relief la part de gloire qui revenait à 
la Belgique dans cette prospérité morale et matérielle. 

Un seul mémoire a été envoyé à l'Académie en réponse 
à la question posée. L'auteur de ce travail, remarquable à 
bien des égards, s'est placé de prime-saut au point de vue 
que nous venons de signaler, et a abouti, à fin de compte, 
à faire toucher souvent du doigt les déplorables résultats de 
la compression qui annihila, pendant longtemps, les res- 
sorts de la vie intelligente de la nation belge. Nous avons 
besoin d'émettre ces prémisses, alin qu'on ne se méprenne 
pas sur les intentions de l'auteur, et qu'on ne suppose 
point qu'il y a chez lui parti pris d'abaisser la religion ca- 
tholique, ou que son mémoire est un panégyrique pré- 
conçu de l'influence salutaire de la réforme dans les Pro- 
vinces-Unies. 

En faisant jouer sur la scène de cette époque un rôle si 
considérable à celte foule d'hommes de science, de con- 
viction et d'énergie qui sortirent de nos villes et de nos 
campagnes pour porter dans une contrée désormais étran- 
gère pour la Belgique, leur existence fugitive, vouée dans 
leur patrie à la mort et à la servitude, l'auteur a obéi à 
une noble pensée patriotique dont nous devons lui savoir 
gré en dépit de certaines exagérations dont quelques par- 
ties de son travail sont empreintes. Il s'est surtout donné 
pour but de montrer ce que la Belgique a perdu sous 
l'action de la tyrannie espagnole, sans qu'il ait eu pour- 
tant l'intention d'exalter la renonciation de ces hommes 
célèbres à tant d'égards à la religion de leurs pères, ou 
d'applaudir sans réserve à tous leurs actes, aux excès de 
beaucoup d'entre eux. 

A quelque point de vue que l'on se place, catholique 



(93) 
ou réformé, si l'on aime sa patrie, Philippe 11 et son long 
règne lurent pour nous la plus lourde calamité publique 
qui ait jamais pesé sur un pays autrefois libre et prospère, 
et, ce qui est surtout triste à constater, c'est que ce roi, 
du reste si sévèrement jugé par l'histoire, violenta ainsi, 
pendant près de quarante ans, les consciences sans profit 
pour le bien public ni même pour la religion, et qu'il n'a- 
mena à la suite de ses actes tyranniques que la ruine de 
nos institutions, l'émigration forcée d'un grand nombre 
de belles intelligences, la confiscation de notre esprit pu- 
blic propre et la perte de cette liberté qui éleva bientôt 
Amsterdam au détriment d'Anvers, et contribua à nous 
effacer, pendant plus de deux siècles, comme nation, de 
la carte de l'Europe. 

Il est vrai que Philippe II poursuivait dans tous ses actes 
un grand problème politique digne de sa persévérante té- 
nacité : il voulait établir dans nos provinces un gouver- 
nement despotique semblable à celui de l'Espagne et de 
l'Italie, et se faire absolu roi audit pays, intention qui ré- 
sulte manifestement d'un document extrêmement curieux , 
intitulé : Déclaration et avis de Louis Delrio, membre du 
conseil des troubles (1). 

Après ce préambule, qui nous a semblé nécessaire pour 
bien faire juger ce mémoire, nous abordons enfin notre 
tâche. 

Dans un avant-propos fort court, l'auteur explique son 
plan et s'excuse en même temps de n'avoir pu, faute de 
loisir suffisant, mettre la dernière main à la rédaction. 

é 






(1) Nous l'avons publié dans le Messager des sciences, année 1838, 
pp. 458-474. 



( 94 ) 

Vient ensuite l'introduction historique générale, où il 
esquisse à grands traits les événements qui précédèrent et 
qui suivirent l'époque des troubles, et donne ainsi la clef 
de cette émigration qui arracha au sol beige une popu- 
lation immense appartenant à toutes les classes de la so- 
ciété. 

Il est à regretter que Tau leur y reste généralement dans 
les banalités de l'histoire, au lieu de s'élever aux considéra- 
tions philosophiques que semblait comporter le sujet. Mais, 
hàtons-nous de le reconnaître, comme il fallait uniquement 
familiariser le lecteur avec la connaissance des faits, on 
conçoit qu'il en ait réservé les développements pour les 
chapitres qui répondent directement à l'objet de la ques- 
tion , à moins de tomber dans d'inévitables redites. — Tou- 
tefois, par suite de la concision qu'il a cru devoir employer 
dans cette introduction, il a négligé d'expliquer la cause 
de quelques événements qu'il eût fallu connaître à fond 
pour se rendre raison des faits subséquents. 

Nous citerons entre autres ce qui concerne les nouveaux 
impôts introduits par le duc d'Albe. 

En parlant de l'opposition qui se manifesta avec tant 
d'énergie contre les charges qu'on voulait établir sous le 
nom de X e , XX e et C e deniers, l'auteur n'indique que très- 
superiiciellement les causes de cette opposition, causes qui, 
mieux développées, en feraient comprendre toute la jus- 
lice. — Dans l'ancien régime tinancier de nos contrées, 
on le sait, tous les impôts s'appelaient aides ou subsides; 
ils devaient être consentis par les états des différentes pro- 
vinces. De là la locution proverbiale : Vlaenderen is een 
land van bede (un pays de subsides) « maxime qui signi- 
» liait en d'autres termes que le souverain devait se con- 
» tenter de ce que les provinces voulaient bien lui accor- 



(95) 
» (1er (1). » — Le duc d'Albe ne tint aucun compte de ces 
garanties si précieuses. Tout, dans ses actes, respirant le 
soldat qui commande et veut être obéi, les X e , XX e et C e 
deniers furent arbitrairement imposés par voie d'autorité. 
Ces charges excessives furent donc repoussées avec énergie, 
autant parce qu'elles constituaient une véritable spoliation 
que parce qu'elles étaient contraires aux lois du pays, 
qu'elles portaient une grave atteinte à la liberté et boule- 
versaient complètement un système financier consacré par 
le temps et une longue expérience. — Les soulèvements 
nombreux que l'introduction de nouvelles charges publi- 
ques arbitraires avait occasionnés sous les ducs de Bour- 
gogne, et surtout la révolution des Gantois de 1559, avaient 
déjà démontré une première fois combien il avait été dan- 
gereux de toucher à l'ancienne assiette des impôts. — On 
trouvera, du reste, des détails extrêmement intéressants 
sur le fameux X e denier, dans un mémoire ex professa, 
publié, il y a quelques années, sur ce sujet, par M. Bak- 
huizen van den Brinck(2). 

Nous avons aussi lieu de nous étonner que l'auteur ef- 
fleure à peine la condamnation et l'exécution des comtes 
d'Egmont et de Hornes, qui furent, avec l'arrivée du duc 
d'Albe qui les précéda et la reddition d'Anvers, en 1585, 
la cause la plus déterminante d'une émigration générale. 

Ajoutons que là où l'auteur s'est placé, il est impossible 
qu'il n'ait pas considéré comme légitime le soulèvement 
des Pays-Bas contre Philippe II; dès lors nous ne com- 
prenons plus pourquoi, dans celte introduction , il emploie 



(1) Messager des sciences historiques, 1845, p. 59, article de M. Vande- 
\ralte. 

(2) Messager des sciences, 1848 et 1849. 



(96) 

indifféremment, quand il parle de nos populations soule- 
vées , les mots insurgés, révoltés et rebelles , qui ne sauraient 
s'appliquer à des hommes qui se levaient en masse, animés 
la plupart par un sincère patriotisme contre l'oppression 
et la domination de l'étranger. — C'est une confusion dans 
les idées qu'il importe de voir disparaître. 

On nous permettra encore de relever une assertion ha- 
sardée que l'auteur émet , en disant que ceux qui se mettent à 
la tête des mouvements populaires sont toujours des hommes 
de talent et de génie. Les événements de tous les temps, et 
surtout ceux des dernières années, donnent un éclatant 
démenti à cette assertion ainsi généralisée, et , pour notre 
part, nous croyons, au contraire, que les hommes de cette 
espèce et de cette trempe sont rares dans les révolutions. 
Pour ne citer qu'un fait qui se rapporte à l'histoire des 
troubles des Pays-Bas, nous demanderons à l'auteur s'il 
pense, par exemple, que les fougueux tribuns gantois, 
Ryhove et Hembyse, qui firent pendant quelque temps le 
malheur de leur ville natale, peuvent être rangés parmi 
les hommes de génie et de talent , eux qu'on doit regarder 
comme ayant provoqué, dans l'origine, la séparation des 
deux parties des Pays-Bas, en violant outrageusement cette 
célèbre Pacification de Gand qui assurait le libre exercice 
des deux cultes dans l'antique cité flamande? 

L'Introduction se termine par quelques accusations acer- 
bes contre les archiducs Albert et Isabelle, que l'auteur 
semble vouloir rendre responsables des malheurs de leur 
époque, tandis que, succédant à trente années de troubles 
et de révolutions, ils ne purent en réalité qu'aider à réparer 
tant de maux. Nous ne prétendons pas que ces princes 
aient été des génies politiques ; mais au moins l'histoire 
est là pour prouver qu'ils cherchèrent constamment, dans 



(97) 
la mesure de leurs forces, à améliorer le sort de toutes les 
classes de la population. Tls suivirent et précédèrent dans 
cette voie tous ceux de nos princes qui s'étaient plutôt 
attachés au bien public qu'à une vaine gloire. Ils tâchèrent 
de gouverner avec cette simplicité patriarcale qui allait à 
notre bon sens pratique et à notre esprit national, sim- 
plicité qui n'excluait ni la grandeur ni la dignité. Charles- 
Quint, malgré ses sévérités politiques, Albert et Isabelle, 
Charles de Lorraine, Marie-Thérèse, sont à peu près les 
seuls princes dont la mémoire soit restée populaire chez 
nous. Cette popularité, ils en furent redevables au tact 
avec lequel ils surent mettre leur gouvernement au niveau 
de l'esprit public de nos provinces. Si les archiducs étaient 
superstitieux, comme on le comprend maintenant, s'ils 
n'entendaient point, ainsi que nous, la tolérance reli- 
gieuse, c'est qu'ils étaient enfants d'un siècle où le moindre 
écart de la voie orthodoxe était répréhensible au point de 
vue poli tiquetée SafibadÇ 

Si, pendant la fatale période qui précéda, les Provinces- 
Unies virent fleurir chez elles toutes les branches de la 
prospérité publique, au moins faut-il avouer que leur règne 
fut signalé chez nous par la renaissance des arts et des let- 
tres, et que jamais époque de notre histoire ne fut plus 
riche en savants, en écrivains, en peintres que la première 
moitié du XVII e siècle. 

« On a accusé ces princes, avons-nous dit ailleurs, de 
» négliger, absorbés qu'ils étaient par des sentiments de 
» piété exagérée, les moyens de rendre meilleure la condi- 
» tion matérielle du peuple, d'oublier, au sein d'une dévo- 
» tion outrée, les plus saints devoirs des gouvernants; 
» mais si l'on consulte, à tète reposée, les nombreux pla- 
» cards, les ordonnances multipliées qui émanèrent des 
Tome xx. — II e part. 7 



(<J8) 
» archiducs, de 1000 à 1055, sur toutes les branches de 
» l'administration, on devra au moins avouer que la piété 
» personnelle n'excluait point chez eux le sentiment du 
» bien public (1). » Si, après la mort d'Isabelle, la Belgi- 
que retomba dans une véritable époque de léthargie mo- 
rale, c'est que l'espoir d'échapper à la domination étran- 
gère avait disparu et que l'Espagne pesa de nouveau de 
tout son poids sur nos provinces languissantes. 

Nous avons aussi une erreur historique à redresser au 
sujet des commencements de la réforme. 

Les réformés , dit l'auteur, descendus des villages jusque 
dans les villes, réclamaient une liberté complète. 

Est-il bien exact de dire que, chez nous, les réformés 
se recrutèrent d'abord dans les villages pour passer de là 
au sein des villes? Nous pensons, au contraire, qu'en ce 
qui concerne les provinces belges, c'est la thèse inverse 
qu'il faut soutenir. C'est dans les villes qu'éclata le mou- 
vement réformateur, et, si l'on voit les premiers prêches 
protestants se tenir dans les bois et les lieux écartés , c'est 
que le troupeau de fidèles qui les fréquentait avait été 
formé d'habitants des villes, en môme temps que de mi- 
nistres venus des grands centres de population. 

Nous arrivons maintenant au mémoire proprement dit, 
qui se divise en deux parties distinctes; livre ï : partie 
générale; livre II : biographies. 

Ce I er livre se subdivise en cinq chapitres, qui em- 
brassent les différentes faces de la question : Chapitre I : 
Influence politique ; Chapitre II : Influence scientifique; Cha- 
pitre III : Influence littéraire; Chapitre IV : Influence com- 



(1) Le Château de TFildenborg , II, 20. 



( w ) 

mercialc et industrielle; Chapitre V : Influence artistique. 

Celte division méthodique nous a semblé logiquement 
déduite. En effet, dans un travail de cette nature, où il 
s'agit de rechercher, dans les annales d'une époque déter- 
minée, l'influence exercée, à divers litres, par un peuple 
particulier sur un peuple voisin , il est impossible de signa- 
ler cette influence en se bornant à raconter l'histoire pro- 
prement dite, comme on le fait habituellement. Il faut 
grouper les fails d'une certaine catégorie, et les présenter 
de telle façon , qu'à mesure qu'on avance dans le récit, on 
aperçoive d'une manière sensible que ces faits ne se sont 
produits qu'à l'aide de circonstances exceptionnelles, sous 
l'action desquelles ils se sont accomplis. Pour éviter la 
confusion, il a fallu classer ces mêmes faits dans un ordre 
convenable, aiin de donner à leur ensemble une physio- 
nomie propre et bien accusée, de façon que la question 
proposée par l'Académie ne s'est trouvée résolue qu'après 
la réunion en un seul faisceau de chacun de ces groupes, 
en apparence isolés. La méthode et la clarté d'exposition 
constituent un grand mérite dans un semblable travail, 
et nous n'hésitons pas à reconnaître que ce mérite se 
trouve souvent dans cette partie du mémoire qui a été 
soumis à notre examen. 

Le livre II, intitulé Biographies , fait l'office de pièces 
justificatives, c'est-à-dire que l'auteur a rejeté dans cette 
partie, neuve en bien des points pour la plupart d'entre 
nous, les détails biographiques de toute espèce, se ratta- 
chant aux Belges ou descendants de Belges qui ont joué un 
rôle mémorable dans les Provinces-Unies pendant la guerre 
de 80 ans , détails souvent trop minutieux qu'il eût peut- 
être été difficile, nous le reconnaissons, d'intercaler con- 
venablement dans le récit antérieur, à moins d'en ralentir 



( 100 ) 

la marche et de lui ôter la grandeur d'ensemble qui lui 
convient. 

Nous allons passer maintenant en revue chacun des cha- 
pitres du 1 er livre, en disant de prime abord avec un écrivain 
protestant moderne éminent, If, Groen van Prinsterer : 
« Les plus nobles intelligences sortirent du Brabant, de 
» la Flandre et des provinces wallonnes pour se réfugier 
>* en Hollande, de sorte que la grandeur des Provinces- 
» Unies fut bien fondée dans le nord , mais nullement par 
» le nord et que l'antique Belgique parvint à retrouver une 
» vie nouvelle dans la splendeur de la République (1). » 

Cet honorable témoignage se trouve surtout confirmé 
dans le chap. 1 er , Influence politique , qui est bien traité 
comme récit des événements et où nous trouvons en quel- 
que sorte une éloquente paraphrase de Y Introduction. L'au- 
teur y raconte toutes les péripéties de celte guerre de 80 
ans qui finit à la Paix de Munster, lutte incessante et cou- 
rageuse qui assura, en somme de compte, aux Provinces- 
Unies leur reconnaissance politique définitive parmi les 
nations de l'Europe, lutte héroïque, digne des temps an- 
ciens, au succès de laquelle les Belges émigrés et leurs 
descendants prirent une part non contestée : Marnix , les 
frères Boyssot, de Hornes, de Maulde, Bernard de Mérode, 
Guillaume Hembyse, Van Meetkercke et ses deux fils, 
Aerssens, enfin les plus beaux noms belges y figurent à la 
tête du mouvement; sur terre et sur mer, dans les cabi- 
nets du Taciturne et de Maurice, dans la diplomatie, par- 
tout nous y rencontrons quelques personnages que nous 



(1) Geschiedenis van de vredevan Munster, door J. Altmeyer et K. Nys. 
Antwerpen, 1852, in-8°, p. 43, note 1. 



( 101 ) 
avons à revendiquer comme des compatriotes. Marnix est 
surtout la cheville ouvrière de celte grande révolution, 
Marnix, guerrier, Marnix savant, Marnix, théologien et 
controversiste, occupe constamment l'avant -plan du ta- 
bleau. 

Nous avons été étonné de ne point rencontrer dans cette 
partie deux personnages qui jouèrent un rôle important 
dans l'histoire de l'émancipation politique des Pays-Bas, 
nous voulons parler (ÏOlivier Vanden Tijmpel et de Da- 
mien van llaeren. Olivier Vanden Tympel , gouverneur de 
Bruxelles, conseiller et ami intime de Guillaume le Taci- 
turne, après avoir contribué longtemps à assurer le succès 
des armes de son parti , périt enfin glorieusement au siège 
de Bois-le-Duc : « Soldat, disent MM. Henné et Wau- 
» ters (1), il se montra d'une bravoure a toute épreuve; 
» capitaine, il déploya pendant toute la durée de son com- 
» mandement des talents qui, employés sur un plus vaste 
» théâtre, l'eussent placé au rang de nos grands guerriers. » 

Damien YanHaeren contribua puissamment à la fameuse 
prise de la Brielle, en 1572. Il était né à Fauquemont et 
issu d'une ancienne maison limbourgeoise. Il fut le chef 
d'une famille illustre qui devint, pour les Provinces-Unies, 
une pépinière d'hommes d'État, de poètes et de savants (2). 

Dans ce chapitre, l'auteur ne nous montre peut-être pas 
assez que le soulèvement des peuples des Pays-Bas contre 
la domination de Philippe II ne put rester longtemps ho- 
mogène, par suite des tendances propres aux deux races 
qui partageaient ethnographiquement les Pays-Bas. La race 



(1) Hist. de Bruxelles y I, p. 511. 

(2) Bilderdijk, de Geuzen, TI, p. 203. 



( 102 ) 

du nord plus âpre, plus rude, préféra la liberté à l'orthodoxie 
religieuse, celle du midi, plus souple, plus impressionnable, 
plus sympathique au cul le extérieur, consentit à rentrer sous 
le joug espagnol plutôt que de perdre les croyances de ses 
ancêtres. Dès l'origine de la révolution , ces deux courants 
contraires se manifestèrent d'une façon ostensible aux 
yeux des plus clairvoyants, et ces tiraillements malheureux 
amenèrent fatalement la séparation des Pays-Bas. 11 y a trois 
siècles, ces divisions étaient plus vivaces, plus profondes 
qu'aujourd'hui. La civilisation moderne en a successive- 
ment adouci les aspérités. Mais, au XVI e siècle, il n'en était 
pas ainsi; l'élément romain ou latin et l'élément germa- 
nique étaient encore ennemis implacables, et l'on conçoit 
que chez nous, où ces deux éléments se rencontraient aux 
dernières limites de l'Europe occidentale, l'absence de 
sympathie qui existait entre eux, jointe à tant d'autres 
causes de divergence d'opinions, ait puissamment contri- 
bué à amener le résultat de la reddition d'Anvers, en 1585. 
Les Pays-Bas du midi curent la gloire de conserver leur 
vieille foi intacte, mais à ceux du nord éebut la liberté 
avec tons ses avantages, l'indépendance nationale avec 
tous ses bienfaits. 

Cette différence de races peut en partie donner l'expli- 
cation de la fatale lin qu'eut, chez nous, un soulèvement 
auquel toutes les opinions s'étaient associées dans le prin* 
cipe, s'entendant d'abord sur le but commun, mais se 
divisant bientôt, quand il se fut agi de régulariser le nou- 
vel état de choses. S'il fallait une preuve de ce que nous 
avançons ici, nous renverrions volontiers à la nomencla- 
ture des hommes remarquables qui émigrèrent en Hol- 
lande à la suite des troubles et dont la grande majorité 
appartenait aux provinces flamandes. 



( 105 ) 

Peut-être aussi , avons-nous à reprocher à l'auteur de 
recourir trop exclusivement aux sources réformées, néces- 
sairement partiales et disposées à accorder tout le relief 
aux Provinces-Unies au détriment du régime politique de 
la Belgique. 

L'influence des Belges émigrés dans les affaires politi- 
ques de la jeune République s'arrête à l'année 4619, c'est- 
à-dire près de 40 ans après la reddition d'Anvers, qui 
consomma la ruine des efforts patriotiques de la nation 
belge contre le roi d'Espagne. — Alors presque tous ces 
hommes exaltés, opiniâtres, souvent égarés par leurs exa- 
gérations, qui étaient sortis de nos contrées entre 1567 
et 1585, avaient été moissonnés par la mort. Il n'y avait 
plus pour représenter le nom belge que quelques-uns de 
leurs rares descendants. — L'auteur n'a donc pu recher- 
cher longtemps, au delà de cette époque, la part d'action 
que les émigrés avaient eue dans les Provinces-Unies. 

Ce chapitre est remarquable par des vues d'ensemble 
bien déduites, où l'auteur a habilement dissimulé son in- 
tention d'exalter le nom belge. 

Dans le chapitre II , il traite de Y Influence scientifique. 

Après les faits matériels arrivent les faits appartenant 
à l'ordre moral, après le bras la tête. L'auteur, sans aucun 
préambule, entre brusquement en matière en faisant quel- 
ques observations, du reste irès-judicieuses, sur la néces- 
sité où se trouvait Guillaume le Taciturne, de créer dans 
les Provinces-Unies une université qui pût victorieuse- 
ment balancer l'influence alors si prépondérante de Y Aima- 
Mater de Louvain. 

Nous aurions voulu , qu'en guise d'introduction à ce 
chapitre, l'auteur nous eût dit quelques mots des nom- 
breux sectaires belges, émigrés en Hollande ou dans les 



( 104 ) 

pays limitrophes longtemps avant l'abdication de Charles- 
Quint, et qui ne furent certes pas sans influence sur l'ave- 
nir des Provinces-Unies. Nous ne citerons qu'un exemple. 
Un littérateur gantois célèbre, Jean Uitenhove, dont 
l'auteur ne parle qu'en passant, quitta, dès avant 1546, 
sa ville natale pour cause de religion, et alla se fixer à 
Embden sur les confins de la Hollande. Ce fut lui qui 
régularisa en quelque sorte avec le polonais Holosko, le 
service des églises protestantes naissantes dans le nord 
des Pays-Bas. — Il traduisit les psaumes de David, avant 
Dathenus et Philippe de Marnix, et sa traduction acquit 
surtout de la popularité dans les provinces de Frise et de 
Groningue. Uitenhove est un des hommes de cette époque 
dont les historiens et les théologiens protestants font le 
plus de cas. 

L'université de Leyden fut créée en 1577, et dès son 
origine, nous y trouvons vingt professeurs belges, parmi 
lesquels le célèbre Brugeois Gomar, chef des gomaristes. 

L'auteur nous montre que la force des choses y amena 
bientôt la prédominance des études théologiques, car il 
fallait, avant tout, fortifier les nouvelles doctrines reli- 
gieuses. Quatre Belges y devinrent les fondateurs d'une 
école de dogmatique alors célèbre : Baudartius et Wal- 
laeus, traducteurs de la Bible de Dordrecht; Polyander 
et Thysius. Viennent ensuite les universités d'Utrecht et 
de Franeker , les Académies d'Amsterdam et d'Harderwyk, 
puis les historiens, les géographes, les mathématiciens, 
les médecins, les typographes, parmi lesquels la Belgique 
peut encore revendiquer les plus beaux noms. 

Tout ce beau chapitre forme une sorte de panégyrique 
en faveur de la liberté de la pensée, telle qu'on croit vul- 
gairement qu'elle a régné dans les Provinces-Unies. Nous 



( 105 ) 

eussions cependant voulu, qu'à côté de l'éloge et de l'admi- 
ration, l'auteur nous eût aussi signalé les excès mêmes de 
cette liberté dont certains Belges réfugiés, surtout les pré- 
dicants, ne restèrent pas toujours très-purs. Les irritantes 
dissensions des gomaristes et des arminiens, dont Olden 
Barneveld fut la plus illustre victime, n'en sont pas la 
preuve la moins palpable. 

L'auteur, du reste, y prouve, d'une manière incontesta- 
ble, que c'est à tous ces hommes de science, venus de nos 
provinces, que la Hollande dut l'éclat extraordinaire qu'elle 
jeta, pendant tant d'années, dans le domaine de l'intelli- 
gence. Quelque complet que paraisse ce chapitre, nous pour- 
rions cependant y signaler de nombreuses lacunes. Ainsi, 
par exemple, avons-nous lieu de nous étonner de ne point 
y voir figurer le célèbre Jean De Laet, qu'on peut regarder 
comme un des fondateurs de la science géographique, non- 
seulement dans les Pays-Bas, mais encore en Europe, et 
l'historien Van Meteren, dont la partiale et souvent peu 
véridique relation obtint les honneurs de la traduction. 

Van Meteren naquit à Anvers en 1555. Négociant et 
adepte fervent des doctrines nouvelles, il passa la plus 
grande partie de sa vie à Londres, où il s'était réfugié et 
où il écrivit sa célèbre histoire des Pays-Bas. Empreinte 
d'une couleur toute protestante et d'une partialité fla- 
grante contre ses anciens coreligionnaires, restés fidèles 
au roi d'Espagne, sa narration devait plaire aux réformés 
de Hollande, dont l'intolérance n'était pas le moindre des 
travers, aussi y fut-elle publiée plusieurs fois et y acquit- 
elle une immense popularité à cause de l'aspect sous lequel 
les faits y étaient présentés. Toutefois, nous devons à la 
vérité de déclarer que déjà, le 10 février 1599, les états 
généraux reconnurent que son histoire renfermait de nom- 



( 106 ) 
breuses erreurs, basées sur les idées et les préjugés de 
l'auteur : Met verkorting der eer van eenige prinssen en 
heeren die den staten daar over liadden geklaagd , terwyl de 
auteur gehoord zynde, geene redenen had weten te aile- 
geeren dan van hooren zeggm (1). Van Meteren servit de 
prototype aux nombreux historiens des troubles qui surgi- 
rent en Hollande, et dont P. Bor est en quelque sorte le 
chef de file. SI ne fut pas non plus sans influence sur la 
manière d'écrire de Hooft, qu'on considère, à juste titre, 
comme le Tacite de la Hollande. 

Jean De Laet, sur lequel notre savant confrère, M. Kickx, 
vient de publier une excellente notice (2), fut à la fois géo- 
graphe, naturaliste et philologue.il naquit à Anvers et alla 
s'établir en Hollande, on ne sait trop à quelle époque. Nous 
le trouvons fixé à Leyden , en 1624. II y mit au jour son 
grand ouvrage de Niemve Welreld, important traité de géo- 
graphie, qu'il publia surtout dans le but d'aider la célèbre 
Compagnie des Indes à s'orienter dans les différentes par- 
ties de l'Amérique qui étaient devenues le point d'explora- 
tion de ses vastes entreprises commerciales. Les belles 
cartes dont cet ouvrage, alors presque unique dans son 
genre, est orné, furent de la plus grande utilité pour les 
commerçants hollandais. De Laet, qui devint en quelque 
sorte leur guide obligé, publia, de 1625 à 1650, un grand 
nombre de travaux scientifiques, qui prouvent ses con- 
naissanees vastes et variées. 

Ce qui fait aussi un peu lacune dans ce chapitre , ce sont 
les citations des sources; l'auteur en est trop sobre, sur- 



(1) Bulletin de l'Académie , t. XIX, tn« partie, p. 582. 

(2) Vanwyn, Byvoec/sel op de Vad. ffist., IX, 25. 



(107) 
tout dans un travail qui appellera peut-être de nombreux 
contradicteurs. Il est vrai que ces détails sont plus com- 
plets dans le liv. Il, Biographies. 

Le cliap. III intitulé : Influence littéraire, s'ouvre par 
quelques idées générales sur les chambres de rhétorique, 
qui furent, dit l'auteur avec raison, dans l'ordre moral ce 
que les communes avaient été, trois siècles auparavant, 
dans l'ordre politique: celles-ci demandant le libre examen 
dans les affaires publiques, celles-là l'appelant plus éner- 
giquement encore pour tout ce qui concernait le dévelop- 
pement de la pensée. 

Nos écrivains flamands du XVI e siècle allèrent retremper 
la littérature des provinces du nord et lui donner une 
force qu'elle n'avait point eue auparavant; toute la vie qui 
se retira de nos contrées, pendant la première période es- 
pagnole, passa dans les productions littéraires de nos 
voisins, et en modifia profondément le caractère. 

Au sujet des écrits de Marnix et de Dalhenus, dont 
l'influence, comme prosateurs et comme poètes, est bien 
établie-, Fauteur entre dans quelques considérations lin- 
guistiques qu'il ferait bien de retrancher ou de placer en 
note; au reste, elles font double emploi avec ce qu'il dit 
sur le même sujet dans la notice biographique de Marnix. 

Il se livre ensuite à quelques considérations eslhéli- 
ques remarquables sur le génie de Vondel, Cats, Hooft, 
Zevecole, Nieuwlant , Heinsius, De Decker, fondateurs des 
écoles littéraires de divers genres qui fleurirent en Hol- 
lande au XVII e siècle. L'influence belge de Vondel, né à 
Cologne de parents anversois et devenu catholique dans 
la suite, de Cals et de Hooft dont les femmes étaient fla- 
mandes, est indubitable; les mœurs et les habitudes de 
ces dernières durent se refléter dans les productions poé- 



( 108 ) 

tiques de leurs époux, surtout quand on saura que ces 
femmes étaient aussi remarquables par leur esprit que par 
leur beauté. Les écrits de Vondel, de Cats et de Hooft sont 
donc empreints d'une couleur toute flamande. Ces idées 
avaient déjà été esquissées à grands traits par M. Snellaert, 
notre confrère et ami, dans son recommandable manuel 
intitulé : Histoire de la littérature flamande, manuel que 
l'auteur a, du reste, eu soin de citer à ce propos. 

L'auteur passe ensuite à l'examen des productions de 
la littérature latine. Quoique résultat naturel de l'engoue- 
ment général pour la renaissance des Grecs et des Ro- 
mains, la culture de la littérature latine n'eut pas, dans les 
Pays-Bas, l'importance de sa rivale. En effet, dans une 
contrée où il était de première nécessité pour un bon pro- 
testant de savoir lire la Bible en langue vulgaire, c'est à la 
culture de l'idiome du pays que les hommes de génie furent 
appelés désormais h consacrer leurs talents; dès lors l'étude 
de la langue flamande fut regardée comme une tâche na- 
tionale; celle du latin, au contraire, — quand il s'agissait 
de littérature proprement dite, — passa pour un pur dil- 
ettantisme auquel on s'adonnait plutôt par passe-temps 
que pour répondre à une mission philosophique; nous en 
avons un témoignage frappant à cette époque : les deux 
principaux poètes latins que nous trouvions alors en Hol- 
lande, Zevecote et Heinsius, furent avant tout deux émi- 
nents poètes flamands. 

Le chap. III renferme des vues larges et judicieuses, 
qui en font le morceau capital du mémoire. 

Le chap. IV est consacré à l'influence commerciale et 
industrielle. Il commence par un aperçu rétrospectif sur 
l'ancienne prospérité commerciale de Bruges, Gand, Ypres 
et Anvers. L'auteur ayant trouvé peu de renseignements 



( 109 ) 

sur celle partie, a suppléé à rinsuiïisance des documents 
par un long extrait de Louis Guichardin, concernant la 
puissance maritime de la ville d'Anvers. Bien que cet ex- 
trait serve à démontrer ce que cette riche cité perdit à 
i'émigralion belge, l'auleur eût pu l'abréger et se conten- 
ter de renvoyer à l'écrivain même qu'il cite, et qui est 
très-répandu. Il fait ensuite une excursion en Angleterre, 
et nous montre un grand nombre de Flamands qui étaient 
allés y établir leur industrie. 

L'auteur ne dit que quelques mots de la célèbre Compa- 
gnie des Indes et des différentes associations commerciales 
qui la précédaient. Nous en sommes d'autant plus surpris 
que plusieurs Belges émigrés prirent une part active à ces 
succès lointains, et entre autres l'intrépide Isaac Lemaire, 
originaire de Tournay et qui a donné son nom au détroit 
Lemaire. Le 15 mai 1610, Maurice de Nassau lui délivra 
permission et octroi « d'aller aux empires et royaumes 
» de Tartarie, Chine, Japon, Est-Inde, Terre australe, 
» isles de la mer du Sud, etc., pour contracter partout 
» alliances avec les habitants, tralicquer, achepter et 
» vendre. i> A cette occasion il reçut le commandement 
de deux navires : la Concorde et Hom. Toutefois, Lemaire 
ne partit qu'en 1615 (1). 

Lemaire est un des noms les plus illustres de la marine 
hollandaise. Ses nombreuses découvertes donnèrent aux 
relations commerciales de sa patrie nouvelle un dévelop- 
pement qui prépara dignement la grandeur des Provinces- 
Unies sur mer. 

Un autre navigateur non moins célèbre et que l'auteur 



(1) Baron Jules de S'-Genois, Les voyageurs belges, II, 71 et suiv. 



( 110 ) 
a oublié, est Pierre Van den Brouck d'Anvers, qu'on peut 
à bon droit regarder comme le fondateur de la marine 
marchande de nos voisins, et comme le créateur des fac- 
toreries hollandaises dans les pays lointains qu'il explora. 
Né à Anvers, Van den Brouck fut un des agents les plus 
actifs de la Compagnie des Indes, fondée en 1002. Chargé 
des missions les plus délicates, directeur de la Compagnie 
pendant de longues années, amiral d'une flotte composée 
de neuf navires marchands, il eut l'honneur de recevoir 
des mains mêmes de l'illustre navigateur Antoine Van 
Diemen les insignes du commandement qui lui était con- 
fié, lorsqu'il quitta Batavia avec cette Hotte pour retour- 
ner dans sa patrie adoptive. II revint à Amsterdam en 1650 
et y fut comblé de faveurs par le stathouder Frédéric- 
Henri. Van den Brouck nous a laissé une curieuse rela- 
tion de ses voyages. On lit sous le portrait dont elle est 
ornée, ces quatre vers hollandais si honorables pour lui : 

Bit is die Fan den Brouck die Paerssens deed verwonderen 
Boen eerst de Batavier op *t lioode Meyr kwam donderen; 
Bie by den Arahier en Indus was te land, 
Bie eerst voor 'thollants volck den handel heeft geplant (1). 

A ces deux noms nous ajouterons les suivants : Gilles 
Miebaies, de Liège, qui faisait partie, comme premier mar- 
chand, de l'équipage de YEendragt, et qui participa en cette 
qualité, en 161C, à la découverte de la Nouvelle-Hollande; 
— Jacques Vegheer, de Louvain, chirurgien à bord du 
vaisseau Maurice, monté par le célèbre navigateur Jacques 
L'Hermite, quand il entreprit son voyage autour du monde, 
en 1625; — et enfin, JeanSeghers, de Bruges, qui se rendit, 



(1) Ibid., II, 57, 



( III ) 

en 1035 et 1054, au Groenland pour la pêche de la ba- 
leine, et qui fut un des rares Européens qui, à cette époque, 
eût hiverné au Spilzberg (1). 

Nous parvenons enfin au dernier chapitre : Influence ar- 
tistique. Entraîné par son sujet, l'auteur est arrivé dans ce 
chapitre à émettre une proposition que nous considérons 
comme très-contestable, à savoir : que les beaux-arts au- 
raient aussi émigré en masse à la suite du soulèvement du 
XVI e siècle. 

La peinture et la sculpture, au contraire, échappèrent 
à ce grand naufrage des hommes et des choses. Leur exis- 
tence fut, il est vrai, momentanément compromise par 
celle longue époque de troubles, suivie de la chute de la 
prospérité commerciale d'Anvers. Mais il était de leur 
essence de se relever bientôt dans nos provinces. Les 
froides doctrines du protestantisme étaient peu sympathi- 
ques aux beaux-arts, qui vivent surtout de symboles exté- 
rieurs et palpables et pour qui les abstractions n'ont point 
de signification visible. Aussi, tout en reconnaissant avec 
l'auteur que quelques artistes suivirent l'entraînement gé- 
néral, qui chassait les populations belges en Hollande, 
nous croyons qu'ils prirent ce parti moins par amour d'un 
pays d'où le culte extérieur de la religion était banui, que 
par des raisons personnelles et la crainte d'être poursuivis 
pour leurs nouvelles croyances. 

La révolution finie, les beaux-arts, dès l'avènement des 
Archiducs, reprirent largement chez nous la place qu'une 
longue époque de troubles leur avait fait perdre. Inutile 
de citer des noms propres, tout le monde les a présents à 



(1) Ibid., 1,57,58. 






( 112 ) 

Ja mémoire. Jordacns se faisant protestant, le séjour mo- 
mentané du cosmopolite Van Dyck dans les Provinces- 
Unies, l'émigration des Hais, des Bol, des Vinckenboom, 
des Van Mander et de quelques autres peintres habiles 
n'ont pas empêché une nouvelle pépinière d'artistes belges 
de se faire jour dans nos contrées dès le commencement 
du XVII e siècle, sous le souffle régénérateur du grand 
Rubens, qui resta au pays et dont l'âme impressionnable 
sympathisait essentiellement avec la majesté des pompes 
catholiques. 

En Belgique surtout, les arts se développèrent logique- 
ment sous l'influence des cérémonies du culte. C'est aux 
idées religieuses que nos artistes des XV e et XVI e siècles 
empruntèrent leurs plus belles créations. Van Eyck, Mem- 
ling, Jean de Maubeuge, Coxie, Porbus, Otto Venius, ne 
leur durent-ils par leur génie? N'étaient-elles pas la source 
vivifiante où tous allaient puisant à larges mains? On con- 
çoit donc qu'après le rétablissement normal des cérémo- 
nies du catholicisme , on vit éclore chez nous une école 
nouvel le , pleine de sève et de vigueur qui , en raison même 
des sujets qu'elle se plaisait à choisir, ne pouvait attirer 
sur elle les soupçons du gouvernement le plus sévère. L'ar- 
tiste, sous ce rapport, est plus heureux que le penseur et le 
philosophe : son talent se heurte rarement aux entraves du 
despotisme; il peut se produire à l'aise sans faire ombrage 
aux rigueurs qui le surveillent. 

Ces observations ne préjudicient en rien, du reste, à la 
vérité de certaines assertions de l'auteur, en ce qui con- 
cerne l'influence exercée par Jordaens et les autres sur la 
formation de l'école hollandaise de ce siècle; seulement 
nous pensons que cette influence a été beaucoup plus res- 
treinte que celle des sciences et de la littérature. L'auteur 



a eu le tort de trop généraliser sa thèse pour un pays, 
comme la Hollande, où la peinture avait déjà acquis un 
droit de bourgeoisie si bien et si longtemps établi, où 
Rembrandt, Hobbema et Ruysdael devaient bientôt créer 
un genre qui ne s'inspira d'aucune idée étrangère. 

Nous n'avons rien trouvé dans ce chapitre concernant 
les architectes, sculpteurs et graveurs. N'y avait-il rien à 
dire à ce sujet? C'est ce que nous ne sommes pas à même 
d'affirmer ici. 

Les cinq chapitres que nous venons d'examiner forment 
proprement, avec Vin traduction, la réponse à la question 
posée. Cette réponse, en ce qui concerne les trois premiers, 
est de nature à satisfaire l'Académie; elle a été faite avec 
une parfaite intelligence de l'histoire de celte époque. 
L'auteur a été moins heureux dans les deux derniers, sur- 
tout en ce qui concerne le commerce et l'industrie. Mais 
on ne doit pas se dissimuler que, pour obtenir sur ce point 
une solution complète, il eût dû pouvoir aller consulter 
dans les Pays-Bas mêmes les archives de la marine et des 
anciennes compagnies commerciales de ce royaume, et 
nous doutons fort qu'il y eût obtenu un libre accès! 

Nous devons reconnaître d'ailleurs que, posée comme 
elle l'a été, la question est trop vaste; chacune des faces 
sous lesquelles on aurait pu l'envisager, aurait fait un ex- 
cellent mémoire spécial. Encore a-t-elle été en quelque 
sorte restreinte dans des limites plus convenables par les 
modifications que l'Académie y a apportées en n'étendant 
pas l'action de l'influence dont il s'agit au delà de la paix 
de Munster. 

Quoi qu'il en soit, l'Académie ne peut se dissimuler qu'il 
est impossible de traiter un sujet aussi étendu d'une ma- 
nière complète dès la première fois. 

Tome xx. — II e part. 8 



( H4 ) 

Quant à la II e partie de l'ouvrage, que nous appellerions 
volontiers la partie probante du mémoire, nous dirons que 
ces biographies forment en quelque sorte un recueil de 
pièces justificatives qui confirment, éclaircissent ou com- 
plètent les détails donnés précédemment. L'auteur nous 
annonce d'avance, dans sa préface, qu'il y attache une 
grande importance et il a raison, car ces 165 biographies, 
rangées dans l'ordre alphabétique, attestent de sa part de 
longues et minutieuses recherches. Peut-être en a-t-il un 
peu grossi le nombre outre mesure et y a-l-il fait figurer 
des noms trop insignifiants. Quoi qu'il en soit , elles prou- 
vent une fois de plus combien les notions que nous possé- 
dons sur les Belges qui se rendirent célèbres à l'étranger 
sont imparfaites. Un travail du même genre entrepris sur 
une vaste échelle pour tous nos compatriotes qui ont 
obtenu de la renommée loin de leur partie, serait un ma- 
gnifique panthéon à élever à la gloire nationale, surtout 
exécuté sur les bases adoptées par l'auteur. Quelques-unes 
de ces biographies, telles que celles deMarnix, Aerssens, 
Barlœus, Boxornius, Dalhenus, De Decker, Drusius, 
Dodonée, Elzevier, Grulerus, Daniel Heinsius, Vanden 
Kerchove ou Polyander, Van Lansberghe, Yan Mander, 
Putchius, De Rycke, Vulcanius ou Desmet, S. Slevin, 
Vondel, Devos, Vander Waeyen , Walaeus, Zevecote, sont 
de véritables mémoires pleins de renseignements nou- 
veaux et de judicieux aperçus sur les mérites militaire, 
scientifique, politique ou littéraire de tous ces hommes 
remarquables. L'auteur ne s'y est pas circonscrit aux per- 
sonnages nés en Belgique, il a également fait figurer 
dans cette galerie biographique les hommes, belges d'ori- 
gine, mais qui étaient nés dans les pays limitrophes de 
nos provinces. 



( 115 ) 

L'auteur a trouvé ainsi l'occasion de développer les dé- 
tails qu'il n'avait fait que toucher dans l'ouvrage même, et 
c'est ce qui nous fait surtout regretter, comme nous le di- 
rons dans nos conclusions, qu'il ait péché, dans la rédac- 
tion délinitive, par un défaut d'ensemble. 

On conçoit cependant que cette liste soit encore assez 
incomplète; nous avons déjà signalé les noms de Van Me- 
teren , De Lael, Vandenbrouck, etc., qui n'y ont pas ob- 
tenu de notice. Nous pourrions encore y ajouter d'autres 
personnages de quelque valeur; nous citerons, par exemple, 
Josse de Menin ou Van Meenen, qui joua un rôle très-con- 
sidérable en Hollande à la fin de XVI e siècle. 

Né à Menin, il ne se distingua pas seulement comme dé- 
fenseur des libertés publiques, mais encore comme homme 
d'État et comme savant. Après avoir obtenu ses grades à 
l'université d'Orléans, il rentra dans sa patrie pour prendre 
part au soulèvement qui y avait éclaté. Il la quitta après 
l'arrivée du duc d'Albe, voyagea quelque temps en Italie, 
et à son retour alla s'établira La Haye, où il entra bientôt 
en faveur auprès de Guillaume le Taciturne. Celui-ci le 
nomma avocat fiscal, puis conseiller auprès de la cour de 
Hollande. Tout en exerçant ces fonctions, il professa à l'u- 
niversité de Leyde, à l'inauguration de laquelle il assista 
comme professeur. Le 2 mai 1584, il devint pensionnaire 
de la ville de Dordrecht, avec un traitement de 1,400 
florins. Peu de temps après, à l'entrée de Leicester dans 
cette ville, le 29 novembre 1586, ce fut lui qui fut chargé 
de lui adresser une allocution qu'il prononça en italien. 
L'année suivante, il fit partie, avec Van Zuylen, Nicaise Sillé, 
Valcke et Kaminga, de l'ambassade envoyée par les états 
généraux à la reine Elisabeth, pour lui offrir la souverai- 
neté des Provinces-Unies et lui demander le rappel de Lei- 



( 116 ) 

cester. Il fut désigné pour être l'orateur de cette ambassade. 

En 1594, il partit en mission pour le Danemark, 
chargé de renouer d'anciennes relations politiques avec le 
roi Christiern IV, et de demander la sœur de ce monarque 
en mariage pour le prince Maurice. Enfin, après des vicissi- 
tudes et des contrariétés de toute espèce, il fut nommé par 
les états historiographe de Hollande, avec charge d'écrire 
l'histoire des Pays-Bas en latin , français et flamand , à 
partir de l'abdication de Charles-Quint, de résider à La 
Haye et d'être toujours, en outre, à la disposition des états. 
Il leur remit, en 1599, la première partie de son travail, 
partie qui n'allait pas au delà de Tan 1568. Cet ouvrage ne 
fut jamais imprimé. On ignore la date de la mort de Josse 
de Menin, qui, on le voit, fut pendant longtemps un per- 
sonnage important dans la nouvelle République (1). 

Si nous avons signalé les omissions commises, dans ce 
mémoire, c'est moins, qu'on en soit convaincu, pour faire 
une vaine parade de science que pour engager l'auteur à les 
réparer quand il en aura l'occasion. Les sources citées par 
lui sont, en général, respectables. Nous voyons avec plaisir 
qu'il a consulté les nombreux auteurs hollandais récents, 
qui ont écrit sur les différentes phases de l'époque des trou- 
bles. Les écrivains modernes, aussi bien du pays que de 
l'étranger, lui sont également familiers. 

Après avoir épluché ainsi le mémoire sous le rapport 
historique , nous ajouterons quelques mots au sujet de la 
forme littéraire. Le style de l'auteur est en général très- 
inégal; dans certaines parties il est nerveux, élégant, fa- 



(1) Schotel, Letter en oudfieidkundige Jvondstonden. Dort., 1841, 
1,41. 



(«TJ 

cile et s'élevant à la hauteur du sujet. Dans d'autres, surtout 
dans les biographies, il est négligé et parfois même vul- 
gaire et incorrect. Il nous prévient, il est vrai, dans sa 
préface, que le temps lui a manqué pour soigner la rédac- 
tion définitive. Mais, dans un mémoire semblable, dont le 
fond est essentiellement un panégyrique d'une époque 
donnée et d'une certaine catégorie d'individus, la forme 
est importante. Le temps est passé chez nous, où il suffi- 
sait, pour être apprécié du public et pour se faire lire, d'a- 
voir de la science, de la sagacité et de la profondeur; la 
partie littéraire a aussi son prix et nous croyons que l'Aca- 
démie, tout en ne se montrant pas rigoureuse, a le droit 
pourtant d'être difficile sur ce point. 

Enfin, il y a aussi chez l'auteur une grande négligence 
dans l'orthographe des noms propres, et, dans le 1 èr livre 
de son mémoire , une regrettable sobriété de citations de 
sources. 

Il nous reste maintenant à prendre des conclusions. 
Malgré les lacunes que nous avons signalées , malgré cer- 
taines assertions hasardées qui déparent ce travail , nous 
n'hésitons pas à vous proposer d'accorder à l'auteur la mé- 
daille d'argent. Nous ne voterons point pour l'impression, 
parce qu'il y a, selon nous, dans le plan du mémoire, un 
défaut capital qui ne permet pas d'accorder cette distinc- 
tion. L'auteur aurait dû fondre habilement dans le texte 
de sa dissertation les intéressants détails de toute nature 
qu'il a rejetés dans les biographies, objet du livre IL Cette 
manière de procéder eût amené la suppression de quelques 
noms sans valeur, qu'on aurait pu signaler en note, en 
même temps qu'elle eût donné au mémoire une homogé- 
néité qui lui manque. Tel qu'il se présente aujourd'hui, il 
se compose de deux ouvrages distincts qui , ni séparément, 



(fit) 

ni réunis, ne répondent en réalité au but de la question 
proposée. 

Cette question, du reste, étant extrêmement importante, 
nous exprimons le vœu que la Compagnie veuille la mettre 
une troisième (ois au concours pour Tannée 1854. » 



Mapport de MM. le chmnoine E9t> S ut et. 

« Avant d'examiner en détail le mémoire qui nous est 
soumis, je crois utile de faire quelques observations sur la 
manière dont son auteur a envisagé la question et sur le 
plan auquel il s'est arrêté. 

N'a-t-il pas d'abord augmenté outre mesure le nombre 
des Belges qui ont exercé une influence quelconque sur 
l'état naissant des Provinces-Unies, en donnant à certains 
ouvrages une importance qu'ils n'ont jamais eue, ou en 
établissant leur action sur de simples apparences? C'est 
par la supériorité de caractère ou de génie, par des dé- 
couvertes de haute portée ou par la hardiesse à proclamer 
des doctrines qui paraissent nouvelles, qu'un individu, 
une société, ou une école exercent une influence réelle, 
et celte influence ne manque jamais de preuves. Com- 
ment révoquer en doute, par exemple, l'ascendant du 
premier des Artevelde sur la Flandre, quand on voit la 
face du pays se renouveler à vue d'œil par suite de ses 
conseils et de ses mesures? Comment hésiter à reconnaître 
l'effet des prédications communistes de Wicleff et de Wat 
Tyler, quand elles se traduisent en une insurrection re- 
doutable? 

Il en est de même pour les lettres et les arts. 






( 119 ) 

L'influence d'un pays sur un autre pays, d'une école sur 
une autre, doit se prouver, à mon avis, par une ressem- 
blance visible de moyens et des traces d'imitation, et non 
par la liaison qui a pu exister entre deux personnes de 
nation différente. Ainsi, l'admirable expression des formes 
et la perfection du dessin , en même temps que la faiblesse 
relative du coloris, montrent, dans les bons tableaux de 
David, quel ascendant l'étude des antiques avait eu sur le 
génie du peintre; mais si ces qualités manquaient, pour- 
rait-on déduire la même conclusion de son séjour à Rome? 
Ainsi, je n'ai qu'à ouvrir le Cid et le Menteur pour m'as- 
surer que l'Espagne a longtemps fait la loi à la poésie dra- 
matique en France, puisque je trouve à chaque pas des 
passages imités ou traduits de Guilhem de Castro, de Lopez 
de Vega et de Galderon; mais pourrait-on me persuader 
aussi aisément qu'Antonio Perez a contribué au progrès de 
la littérature en France, parce qu'il s'y est réfugié pour 
fuir la tyrannie du même Philippe II, qui obligeait une 
multitude de Belges de s'expatrier, et qu'il y écrivit, 
pendant un séjour de vingt ans , ses Relaciones et ses 
lettres? , 

L'auteur du mémoire est convaincu que les deux Anver- 
soises qu'épousa successivement le célèbre Hooft, eurent 
une grande influence sur la littérature hollandaise. J'aime 
à croire que l'une et l'autre contribuèrent au bonheur 
domestique du drossaert, et qu'elles embellirent la so- 
ciété choisie qui se réunissait à son château de Muiden , 
dont Marie ïesselschade Visscher tenait le sceptre, mais il 
n'existe aucune trace de leur action littéraire. Personne 
n'ignore que, dans ses ouvrages historiques, Hooft s'est 
modelé sur les anciens, et spécialement sur Tacite; comme 
le molle atque facetum de ses poésies est un fruit de ses 



( 120 ) 
voyages en Italie (1), au point qu'un critique hollandais 
l'appelle le Nourrisson des Muses italiennes. Quant à Vondel, 
que notre auteur rattache aussi au char de Mesdames Hooft, 
nées Van Erp et Hellemans, son astre en naissant l'avait 
créé poète, et pour la langue et la pureté des formes, il 
profita heaucoup des conseils de Hoofl lui-même; au point 
que Vollenhove a écrit (2) : 

Ja, Vondel waar geen Vondel zonder Hooft. 

Ne faudrait-il pas dire la même chose de plusieurs ar- 
tistes que notre écrivain loue, comme ayant exercé beau- 
coup d'ascendant sur les peintres hollandais, par le motif 
unique qu'ils se sont établis dans les Provinces-Unies? 
Il cite, par exemple, le frère jésuite Daniel Seghers , parce 
qu'il a peint de beaux tableaux pour le prince d'Orange : 
cette raison en est-elle une réellement? Je croirais plus 
facilement que Seghers a profité des leçons de De Hcem , 
qui abandonna Utrecht et vint passer à Anvers les der- 
nières années de sa vie. Les provinces septentrionales des 
Pays-Bas possédaient, sous Philippe II, une bonne école 
de peinture, témoin 0. Van Veen ou Otto Venius, et je 
pense qu'il serait difficile de trouver quelques vestiges 
d'une influence de peintres belges dans les tableaux des 
Rembrandt, Ruysdael, Terburg, etc. 

Par un patriotisme, que je suis bien loin de trouver blâ- 
mable, l'auteur du mémoire a voulu enrichir la couronne 



(1) Hooft las en sprak de zoetvloeinde dichters van Italie in hun eigene 
sprake, en vond by dezen dat zagte, dat tedere, dat zangryke in de poësy, 
welke hem in Ovidius behaagd had. P. Huis. Bakker, Gepr. Verh., bl. 113 
en volg. 

(2) Gedichten, bl. 470. 



(121) 

de la Belgique du plus grand nombre de fleurons possible, 
mais, avant tout, il faut être vrai et juste: 

Rien n'est beau que le vrai. 

En fixant son point d'arrêt à la paix de Munster, la 
classe a voulu réduire considérablement l'étendue de la 
question, mais cette réduction n'est qu'apparente, car 
le nombre de Belges qui exercèrent après cette époque 
quelque influence dans les Provinces-Unies est excessive- 
ment borné. Le cadre que présente la question n'en a donc 
pas moins de vastes, et peut-être de trop vastes dimen- 
sions. L'auteur du mémoire s'est plu cependant à l'élargir 
davantage en ajoutant au rapport politique, commercial , 
industriel, etc., le rapport scientifique, dont il n'était fait 
aucune mention, et qu'une Académie, longtemps divisée en 
deux classes, des sciences et des lettres, n'avait pu con- 
fondre avec le rapport littéraire. Il a dû s'occuper par là 
d'une multitude de fanatiques, qui tout en faisant parade 
de leur ignorance, tranchaient en maîtres les questions 
psychologiques les plus délicates, semblables à ces enfants 
de Platon qui s'efforçaient de sauter au delà de leur ombre. 
Quelques-uns d'entre eux qui avaient , sous d'autres rap- 
ports , un mérite réel , pouvaient aisément trouver place 
comme linguistes, historiens ou archéologues, parmi les 
hommes de lettres. 

D'une autre part, notre écrivain semble avoir trop 
étendu le sens du mot politique , qui comprend ce qui est 
relatif à l'administration d'un État et à ses relations di- 
plomatiques, mais ne s'étend pas aux faits militaires : 
ainsi Philippe de Marnix , Aerssens, Vanderwarck , sont 
à coup sûr des hommes politiques, mais peut-on recon- 
naître quelque droit à ce titre aux hommes qui n'ont 



( 122 ) 
d'autres qualités qu'une aveugle bravoure, tels que le sei- 
gneur de Toulouse, qui se fait tuer à Austruweel dans une 
entreprise désapprouvée par le prince d'Orange et sans 
aucune chance de succès? Pour nous faire voir quelle a 
été l'influence politique que les Belges out exercée aux 
Pays-Bas, l'auteur du mémoire nous cite pêle-mêle les 
magistrats, les guerriers, les diplomates, les prêcheurs 
du nouvel Évangile, qui contribuèrent à l'élablissement 
de la république des Provinces-Unies. C'est encore là, me 
paraît-il, traiter une partie notable de la question d'une 
manière incohérente et confuse. Après avoir lu ce qu'il en 
écrit d'abord et ensuite les biographies éparses qui s'y rat- 
tachent, il serait, je crois, bien difficile d'y trouver une 
solution quelque peu claire de cette partie de la question. 
Ces courtes observations regardent l'ensemble du tra- 
vail soumis à notre examen ; je dois y ajouter encore que 
le plan me sourit moins qu'à mon savant confrère, iM. le 
baron de S'-Genois. On nous donne d'abord une intro- 
duction historique, et ensuite, sous le titre de partie géné- 
rale, la réponse proprement dite à la question, en autant 
de chapitres qu'elle renferme d'objets différents; et finale- 
ment un livre second, qui n'est qu'un dictionnaire bio- 
graphique des Belges émigrés en Hollande, et ne se 
rattache au premier livre que par un fil bien mince. Aussi 
M. de S l -Genois Pa-t-il qualifié de Pièces justificatives. 
J'aurais préféré pour ma part de voir le mémoire s'ouvrir 
par un exposé de l'état où se trouvaient l'industrie, le 
commerce, les lettres et les arts, dans les deux parties des 
Pays-Bas, à l'abdication de Charles-Quint : il eût été facile 
d'indiquer ensuite les progrès de chaque branche dans les 
provinces septentrionales. J'aurais surtout désiré de voir 
fondre dans le mémoire proprement dit ce qu'il y avait de 



( 123 ) 

relatif à la question dans les biographies. Dans sa forme 
actuelle, le travail me paraît pécher beaucoup contre le 
précepte : 

SU quodvis simpîex dumtaxat et unum. 

Le mémoire compte 168 pages et les biographies plus 
de 800. Il y a là une masse considérable de matériaux, 
dont la recherche a dû coûter de longues veilles à Tau- 
leur, mais tous ne sont pas de même qualité, et, s'il 
avait connu le vieux proverbe flamand : « Tout bois n'est 
d pas bois de charpente (1) , » il en eût sans doute rejeté 
une partie. Restait à les mettre en œuvre et en former un 
tout régulier : malheureusement c'est là surtout ce qui me 
paraît manquer au mémoire. M. Villemain a donné un 
excellent conseil aux auteurs : 

. . ; Studiorum ostendite fructus , 

Non studia ; 

notre écrivain , faute de temps peut-être, ne l'a pas assez 
suivi. 

Mais il est temps d'examiner le mémoire dans la forme 
que lui a donnée l'auteur. Quoiqu'on possède une multitude 
d'ouvrages sur les troubles des Pays-Bas au XVI e siècle, 
l'histoire n'a pas dit son dernier mot sur cette époque mé- 
morable, et déjà la publication de la correspondance du 
Taciturne, d'Alexandre Farnèse, et surtout des Archives de 
Simancas, est venue donner une tout autre couleur à plus 
d'un événement. Dans l'introduction de notre mémoire, 
on ne lit que ce que chacun sait; point de nouveau fait, 
aucun aperçu neuf. Çà et là quelque légère erreur, comme 

(1) Al hout is geen timmerhout. 






( 124 ) 

lorsque l'auteur range Philibert de Savoie parmi les compé- 
titeurs au gouvernement général, qu'il venait précisément 
de quitter, pour retourner dans ses Étals que le traité de 
paix de Cateau-Cambrésis lui avait rendus; puis quelques 
assertions très-formelles, mais très- contestables. Ainsi 
l'auteur nous assure qu'en Hollande on respirait à pleins 
poumons toutes les libertés : lesquelles donc, s'il vous 
plaît? Liberté de renseignement? Point. Liberté de la 
presse? Inconnue. Liberté de conscience? On en avait 
beaucoup parlé (1), mais où existait-elle dans les Pro- 
vinces-Unies, quand les Lumey et les Sonoy (2) y pen- 
daient, égorgeaient ou brûlaient à petit feu les catholiques 
et surtout les prêtres; quand un peu plus tard , la préfé- 
rence accordée aux doctrines d'Arminius sur celles de 
Gomar conduisit Uitenbogaard à un bannissement perpé- 
tuel, avec confiscation de ses biens, Grotius à Loeveslein 
et Olden Barnevelt à l'échafaud? Il y avait liberté entière 
de déclamer à cœur joie contre le catholicisme et le roi 
d'Espagne, mais malheur à celui qui osait défendre l'un 
ou l'a u ire! 

Plus loin, on nous répète que la cause réformée s'identi- 
fiait avec la liberté : oui, si la liberté et la république 
oligarchique sont synonymes; mais en était-il ainsi? La 
liberté réelle, telle au moins qu'on l'entendait alors, avait 
été établie par la Pacification de Gand, et ce n'est pas aux 
catholiques qu'on peut imputer d'avoir déchiré ce pacte. 
Les provinces wallonnes font même de la ratification de 



(1) Zy predikten de verdraagzaamheid, dit Bilderdyk, om dat zy in 
hunnen kraam te pas kwam. 

(2) Le calviniste Van Kampen nomme ces personnages des scélérats 
(snoodaarts)] notre auteur en fait des hommes politiques. 



( 125) 
ce traité une conditio sine quâ non de leur réconciliation 
avec le roi : « Tous, tant ecclésiastiques que séculiers, 
» tombent sur la ratification de la pacification de Gand et 
» union depuis ensuivye, écrit Farnèse à Philippe II (1), 
» sans laquelle l'on ne veoit qu'on puisse rien faire avecq 
» lesdicts étatz. » « Les catholiques n'abandonnèrent pas 
» la cause commune, dit à son tour M. Groen Van Prins- 
» terer (2); ils se tinrent avec bien plus de fidélité que 
» leurs antagonistes aux bases sur lesquelles on avait 
» traité; ils obtinrent même plus qu'on n'avait primiti- 
» vement demandé... Il n'était pas question de pouvoir 
» absolu et illimité... Le respect outré de la majesté royale 
» n'était à l'ordre du jour, ni dans la France, ni aux 
» Pays-Bas; ni parmi les réformés, ni surtout parmi les 
» catholiques. » Il ajoute plus loin : « M. Meyer (5) ob- 
» serve que l'aristocratie dans la République fut bien plus 
j> oppressive que le gouvernement monarchique dans les 
» provinces qui restèrent au roi d'Espagne. » 

Notre écrivain accorde un brevet de talent et de génie 
à tous ceux qui se mettent à la tête des mouvements popu- 
laires, ce qui peut paraître une plaisanterie, quand on songe 
à quelques-uns de ces chefs de parti (4). Ensuite il lait la 



(1) Correspondance du prince de Parme, dans les Bulletins de la Comm. 
d'histoire, 2 e série, t. IV, p. 452. 

(2) Archives de la maison d'Orange, t. VI, pag. 677 et suiv. 

(5) M. Meyer, juge impartial, s'il en fut jamais, prouve, dans ses Institu- 
tions judiciaires , que les Pays-Bas espagnols jouissaient d'une liberté beau- 
coup plus grande et plus réelle que les Provinces-Unies. L'éloge des libertés 
hollandaises n'est qu'un langage de convention, un lieu commun, presque 
toujours démenti par les faits. 

(4) Henri deBrederode, par exemple, que Bilderdyk appelle un homme 
faible d'esprit et sans caractère, un joli modèle de héros, die fraaie held. 



( 126 ) 
guerre à Albert et Isabelle, parce qu'ils n'ont pu extirper 
le paupérisme; comme si celait là une chose qui dût éton- 
ner après un demi-siècle de guerre civile, qui avait ruiné 
complètement l'agriculture, l'industrie et le commerce; 
ou comme si les archiducs avaient été obligés d'opérer des 
miracles! M. de S l -Genois a fait justice de ces deux asser- 
tions : il aurait pu ajouter que faire dire aux archiducs, 
pour consoier le peuple, que l'apathie était le suprême bon- 
heur, et avancer que la cour de ces princes était luxueuse, 
au milieu de la pauvreté générale, c'était les calomnier 
bien gratuitement (1). 

Notre écrivain entre de là en matière, et sans pouvoir 
admettre tout ce qu'il avance, j'y trouve heureusement 
beaucoup plus à louer qu'à combattre. S'il a eu le tort, à 
mon avis, de mêler des sabreurs et des prédicants à des 
hommes d'État, il n'en a pas moins le mérite d'avoir fait 
sur ceux-ci de longues et fructueuses recherches. M. de 
S'-Genois y a signalé quelques noms oubliés, mais quel 
écrivain peut se vanter de n'avoir rien omis dans des in- 
vestigations de ce genre? J'y ai trouvé à mon tour, avec 
des redites, un nombre de personnages qui ont joué un 
rôle trop subalterne pour y mériter une place. 

Le chapitre suivant, qui commence l'examen de l'in- 
fluence scientifique, est, dit-on, un panégyrique de la 
liberté de la pensée; mais, comme je l'ai observé plus 
haut, et comme l'auteur du mémoire l'avoue lui-même 
plus d'une fois , les sectaires étaient aussi intolérants que 



Et dans des temps plus rapprochés de nous, Henri Vander Noot était-il réel- 
lement un homme de génie et de talent? 

(]) On sait qu'Isabelle se dépouilla de ses joyaux pour solder les troupes, 
et qu'à sa mort elle ne laissa pas de quoi suffire aux frais de ses obsèques. 



( 127) 

leurs antagonistes, et la liberté de pensée ne s'accordait 
qu'aux seuls calvinistes (1). Les catholiques, les luthériens, 
les anabaptistes et les remontrants en étaient exclus sous 
peine de la prison et de la hart. Comment appeler liberté 
un pareil état de choses et songer à en faire le panégy- 
rique ? 

Notre auteur parle en deux paragraphes distincts de la 
théologie et des minisires protestants, mais comme il n'y 
pouvait être question que de la théologie prétendue réfor- 
mée , c'était là encore se créer une source de doubles em- 
plois. On trouve en cette partie de nouvelles preuves des 
recherches multipliées et consciencieuses de l'auteur, qui 
méritent d'autant plus d'éloges qu'elles étaient plus diffi- 
ciles, parce que les grands hommes, dont il s'agit, sont 
aujourd'hui la plupart peu connus, même dans leur pro- 
pre communion. Comment se fait-il, au contraire, que 
des théologiens catholiques, tels que Corn. Jansenius, 
évêque de Gand, Lessius et à Lapide; des critiques, tels 
que Pamelius et Dollandus; des hellénistes et des hé- 
braïsants, tels que Livineius et André Masius; qui écri- 
vaient tous dans la Belgique frappée d'une léthargie mor- 
telle, conservent une réputation européenne? C'est une 
question qui n'entrait pas dans le cadre de ce mémoire. 

Notre auteur passe de la théologie à l'histoire, mais 
ce paragraphe est d'une pauvreté singulière. M. Dewind 
a trouvé dans les deux parties des Pays-Bas trente-quatre 
historiens de 1567 à 1600, trente cinq de 1600 à 1625 
et trente de 1625 à la paix de Munster; comment notre 



(1) M. de S'-Genois nous disait aussi tantôt : les réformés de Hollande 
dont l'intolérance n'était pas le moindre des travers. 



( 128 ) 
écrivain n'en a-t-il découvert que quatre ou cinq qui en- 
trassent dans son plan? Encore serait-il difficile de prouver 
que Fleming, auteur d'une monographie, très-détaillée 
mais obscure et confuse, du siège d'Ostende, était né en 
Belgique, et M. Z. Boxhornius était de Berg-op-Zoom. 
On a omis Van Mcteren, apparejmment parce qu'il vécut 
et mourut, non aux Pays-Bas, mais en Angleterre. Res- 
taient cependant Dom. Baudius, né à Lille et historio- 
graphe des états de Hollande, qui donna une bonne his- 
toire de la trêve de douze ans; Dan. Heinsius de Gand, 
auteur d'un ouvrage historique remarquable sur le siège 
de Bois-le-Duc et la surprise de Wezel, en 1629, et Jean 
Berthaut de Loo qui compila une histoire de Flandre très- 
médiocre. La Description de Dordrecht, par Balue, n'ap- 
partient pas à l'histoire proprement dite. 

Le paragraphe consacré à la médecine est presque 
rempli de considérations vagues et communes. Le petit 
nombre de médecins qu'on y cite, excepté peut-être 
J.-A. Vanderlinden, est entièrement oublié. Rembert Do- 
doëns a conservé sa réputation comme botanographe, 
mais il aurait fallu lui adjoindre Ch. de l'Écluse, né à 
Lille, mort, comme Dodoëns, à Leyde, et comme lui 
encore, botaniste de grand mérite. 

Pour les sciences exactes on ne nous signale que le 
seul Simon Stevin, mais aussi c'était là un mathématicien 
hors de ligne, auquel la Belgique, courbée sous le joug de 
fer des archiducs, ne pouvait opposer que Grégoire de 
S'-Vincent. Je ne sais s'il est exact de dire que les diffé- 
rentes parties de la physique lui durent de précieuses dé- 
couvertes; j'aurais écrit de la mécanique. Cet article de 
Stevin est bien pâle et très-incomplet, mais la notice biogra- 
phique qui lui est consacrée est beaucoup plus satisfaisante. 



( 129 ) 

Est-il agréable cependant de ne trouver d'abord qu'une 
esquisse imparfaite et d'avoir à passer quelques centaines 
de pages pour trouver le portrait terminé? C'est encore là 
un des inconvénients de la marche suivie par l'auteur. 

Il finit ce chapitre par la typographie, très-étonnée , 
sans doute, de se voir placée parmi les sciences. La zoo- 
logie, l'astronomie et la jurisprudence n'ont pas d'article. 

Remarquons, avec M. de S^Genois, que tout ce cha- 
pitre manque presque absolument de preuves. L'auteur 
renvoie quelquefois à ses biographies et semble ainsi se 
donner lui-même pour garant de ses assertions; mais il est 
évident que telle n'a pas été sa pensée. Il a voulu indiquer 
simplement par ces renvois que les notices incomplètes 
dans le mémoire se trouvaient développées et achevées 
dans les biographies. 

Le troisième article, qui a pour objet l'influence litté- 
raire, aurait pu s'embellir de cette épigraphe empruntée à 
Erasme : Ulricumque régnât Lulheranismus , ibi lilterarum 
interitus (1). M. de S^Genois l'a très-bien analysé, mais il 
s'est placé à un point de vue qui n'est pas le mien, en 
supposant toujours que la liberté de penser existait dans 
les Provinces-Unies, quoique les protestants eux-mêmes 
avouent qu'il n'y avait parmi eux ni tolérance ni liberté 
de la presse (2). Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà 
écrit à ce sujet. Parmi les littérateurs flamands ou latins 
dont il est question, il en est d'un talent incontestable, 
mais d'autres sont d'une médiocrité excessive. Ne pour- 



(1) Erasmi Epist, pp. 636, 637. Qu'eiit dit le caustique panégyriste de la 
Folie, s'il avait connu le calvinisme? 

(2) In onze Republick bestond toen nog geen vryheid van druk-pers. 
Vankampen, Gcschiedenis der Letteren, etc. t. I, p. 160. 

Tome xx. — ÏP paiit. 9 



( 130) 
rait-on pas se demander quelle influence ceux-ci ont 
exercée? Les critiques hollandais parlent même avec fort 
peu de respect de l'influence, qu'on ne saurait cependant 
révoquer en doute, des chambres de rhétorique. « On s'est 
» donné la peine, dit un d'entre eux (1), de bien exa- 
j> miner la paille des rhétoriciens et de leurs successeurs 
» immédiats, pour voir s'il était possible d'y découvrir 
» quelque pauvre petit grain. » 

Dans ces paragraphes, il n'est fait mention aucune des 
prosateurs. 

Suit l'influence des Belges sur l'industrie et le com- 
merce des Pays-Bas, ce qui sépare assez singulièrement 
les lettres des beaux-arts; c'est d'ailleurs un morceau très- 
incomplet et qui reste à faire, quoiqu'il commence par un 
exposé , réellement digne d'éloges , de notre commerce 
avant les troubles. 

Les beaux-arts aussi avaient émigré en masse, dit notre 
écrivain > et M. de S'-Genois pense que cela est tant soit 
peu exagéré; pour ma part, je crois que cette assertion , 
diamétralement contraire à la vérité, mérite une qualifi- 
cation beaucoup plus sévère. Qu'on regarde le nombre ou 
le mérite, les peintres qui ont l'ait la gloire du gouver- 
nement des Archiducs sont bien supérieurs à ceux des 
Provinces-Unies à cette époque. Quant à la sculpture, la 
gravure et l'architecture que la Belgique cultivait avec 
tant de succès, l'auteur du mémoire n'en fait aucune men- 
tion (2). Il ne parle pas davantage de la musique; mais il est 
vrai de dire que ni l'une ni l'autre partie des Pays-Bas ne 



(1) Vankampen, t. III, p. 58. 

{'2) Comment les arts de dessin pouvaient-ils acquérir toute leur perfec- 
tion sous le calvinisme , hostile par principe à la forme et à l'image ? 



( 131 ) 
possédait à cette époque des musiciens distingués. Les 
Hollandais ne peuvent guère citer que l'organiste Schwel- 
ling, et les Belges le luthiste Adriaenscns, d'Anvers, avec 
le compositeur Claude Lejeune, de Valenciennes. 

M. de S 1 - Génois semble croire que la peinture et la 
sculpture furent la seule gloire qui échappa au naufrage. 
Nous avons heureusement des motifs pour croire cela peu 
exact. Nos poètes latins, ïorrenlius, Becan , Wallius, 
Deslions, Devrient, Malapert, Lernutius et S. Hosschius 
sont bien souvent supérieurs à ceux du Nord à la même 
époque; et nos poètes flamands, Just de Harduyn, Anne 
Bvns, J.-B. Houwaert, Guil. Vanderborgl ont beaucoup 
de mérite. Kiliaen n'avait pas de rival dans la connais- 
sance de la langue flamande (1). Juste- Lipse, que nous 
pouvons revendiquer sans doute, puisqu'il revint se réfu- 
gier sous la tyrannie des Archiducs, était un polygraphe 
renommé, supérieur surtout pour l'histoire littéraire, la 
langue latine et les antiquités. Nie. Cleynaerts de Diest 
connaissait à fond les langues latine, grecque, hébraïque 
et arabe. Nous ne parlerons pas de nos éminents juris- 
consultes Damhouder, Peck, Wamesius, Vanderpiet, de 
Méan; de nos savants médecins De Dryvere, Vereycken , 
De Sorbait, etc.; de nos anatomistes Vesal, Spigelius, 
Verheyen; de nos astronomes Wendelin, Taquet, Verbiest. 
Il est trop facile de prouver que la gloire des beaux-arts 
ne fut pas l'unique consolation de nos pères. 

Les biographies, considérées à part , renferment un bon 
nombre de notices curieuses et pleines d'intérêt; mais 



(1) 'sMans lof, dit Ten Kate, kan niet hoog genoeg worden uytge- 
meten. 



( 132 ) 

aussi beaucoup d'autres qui sont insignifiantes ou rédi- 
gées avec trop peu de soin. Une révision sévère pourrait en 
faire un ouvrage réellement utile. 

Un ensemble peu régulier, l'absence des citations, des 
lacunes importantes ne me permettent pas de rien accorder 
au delà de la médaille d'argent, et uniquement à cause 
des recherches. » 

M. Borgnet, troisième commissaire, adopte les conclu- 
sions de ses deux collègues. 

Après avoir délibéré sur les conclusions de ses commis- 
saires, la classe a décerné une médaille d'argent à l'auteur 
du mémoire envoyé au concours. 

L'auteur est M. V. Gaillard, avocat à Gand. 



CINQUIÈME QUESTION. 

Quel est le système d'organisation qui peut le mieux 
assurer le succès de l'enseignement littéraire et scientifique 
dans les établissements d'instruction moyenne? 

L'auteur, ajoute le programme, ne traitera pas les 
questions politiques qui se rattachent à la matière de l'en- 
seignement, et il aura principalement en vue la partie de 
l'instruction moyenne qui prépare aux études universi- 
taires. 

Rapport de M. P. De r aux. 

« Un seul mémoire nous est parvenu en réponse à la 
cinquième question ; il porte la devise : SU quodvis sim- 
plex duntaxat et unum. 



(133) 

La clôture du concours avait été fixée par le programme 
au 1 er décembre 1852; ce n'est que le 25 du même mois 
que le mémoire a été déposé; mais, l'auteur se trouvant 
sans concurrent , je ne pense pas que, du chef de ce relard , 
il y ail lieu d'user envers lui de la rigueur d'une tin de 
non recevoir. 

Le mémoire n'est pas très-développé. Il se compose de 
neuf chapitres formant en tout 128 petites pages d'é- 
criture. 

L'auteur débute par quelques idées générales sur les 
principes, la direction et l'unité de l'enseignement moyen. 

L'idée principale de ce premier chapitre , c'est que le 
professeur doit se garder avant tout de considérer l'élève 
comme une matière inerte; il ne faut pas lui verser la 
science comme on verserait de l'eau dans un vase, cela 
ressemblerait trop, dit l'auteur, au tonneau des Danaïdes. 
Il faut, au contraire , se prescrire constamment pour but 
de tenir en éveil l'activité personnelle de l'enfant, d'exer- 
cer une action directe et incessante sur son intelligence, 
de manière à éveiller de plus en plus sa spontanéité. Le 
professeur est un guide, mais malheur à lui si l'élève 
qu'il est chargé de conduire le laisse s'avancer seul dans 
la carrière et ne le suit pas. 

Le but scientifique de l'enseignement moyen n'est pas 
de faire des savants, mais de préparer l'intelligence à des 
études plus approfondies. 

Parmi les moyens généraux qui sont à la disposition du 
professeur, il en est un que l'auteur met en première ligne 
et sur lequel il revient plusieurs fois dans le cours de son 
mémoire, c'est la répétition. La répétition, dit-il à plu- 
sieurs reprises , est l'âme de l'enseignement. 






( 154 ) 

Passons aux détails du plan d'organisation exposé dans 
Je mémoire. 

Un des obstacles qui s'opposent aux progrès des études, 
c'est la faiblesse des élèves à leur entrée au collège. Pour y 
obvier, l'auteur croit qu'il suffirait d'établir deux années 
d'études préliminaires communes à toutes les sections. On 
y enseignerait les éléments de la grammaire générale avec 
les spécialités de la langue maternelle; l'arithmétique, en 
évitant toutefois les théories abstraites et en se renfermant 
dans un enseignement plus pratique; la géographie, l'his- 
toire, mais simplement des descriptions de mœurs, des 
récits de grandes batailles, des biographies des grands 
hommes qui dominent toute une époque. 

Nous verrons plus loin comment l'auteur entend ren- 
seignement de la grammaire. 

La l re année comprendrait la grammaire générale, l'a- 
nalyse grammaticale, l'histoire et la géographie univer- 
selles. La 2 e toute l'arithmétique, toute la grammaire, l'ana- 
lyse logique, l'histoire et la géographie de la Belgique. 

Après ces deux années préparatoires, les élèves qui 
poussent plus loin leurs éludes se partagent en deux sec- 
tions : la section professionnelle et celle des 'humanités, 
dont la séparation sera absolue, car les matières n'y doi- 
vent pas être enseignées du même point de vue, ni aux 
mêmes fins. 

Aux yeux de l'auteur, l'un des grands vices de l'organi- 
sation actuelle de l'enseignemeut des humanités, c'est que 
chaque année l'élève change de professeur. De là une diffi- 
culté extrême d'obtenir de l'unité dans l'enseignement, 
d'imposer une méthode uniforme à toutes les classes. Est- 
il possible que , sous tant de guides différents, l'enfant ne 



( 155) 
dévie pas de la ligne droite? Le remède sera dans ce que 
l'auteur appelle la spécialisation des tâches. 

Il faut qu'un professeur conserve ses élèves pendant 
plusieurs années, qu'il fasse plusieurs classes, mais qu'il 
n'y enseigne qu'une seule matière : à celui-ci le latin, à 
celui-là le grec, à un troisième le français, à un autre l'his- 
toire, etc. L'homme n'est pas universel; si le professeur 
enseigne tout, il ne fait pas d'études approfondies; son 
temps se passe à se préparer chaque jour à tant de matières 
diverses et à corriger tant de devoirs différents. Le profes- 
seur ne connaissant pas les antécédents des élèves, ne sait 
pas ce qu'ils ont appris. Gomment appliquer le grand prin- 
cipe, que la répétition est l'âme de l'enseignement? Celui- 
là seul qui a eu l'élève sous ses yeux pendant plusieurs 
années, peut le faire revenir avec fruit sur ce qu'il a vu, 
parce que seul il est au courant des connaissances que le 
jeune homme a acquises et de celles qui lui manquent. 

Ce principe de la spécialisation conduit l'auteur à l'or- 
ganisation suivante. 

La durée de l'enseignement moyen serait réduite, pour 
les humanités, à cinq années, formant deux sections : la 
première section embrasserait les trois premières années, 
les deux annéessuivantes formeraient la section supérieure. 
Deux professeurs seulement seraient chargés de l'enseigne- 
ment du latin, l'un dans les trois classes inférieures, l'autre 
dans les deux classes les plus élevées. ïl y aurait également 
deux professeurs pour le grec, deux pour le français et un 
pour l'histoire et la géographie. 

Celte spécialité des chaires forme, avec un changement 
dans la méthode même de l'enseignement, le trait carac- 
téristique du plan de l'auteur. 



( 136 ) 

Toute la plaie de l'enseignement moyen dont l'auteur 
regarde la situation comme déplorable, est, suivant lui, 
dans la méthode actuelle , méthode anti-rationnelle , anti- 
naturelle, décrépite de vieillesse. Il se récrie surtout contre 
la manière dont on emploie aujourd'hui les dictionnaires 
et les grammaires. Une langue doit être considérée non 
comme une science à principes fixes conçus àpriori, mais 
comme un fait qui varie avec le caractère et les habitudes 
de ceux qui la parlent; elle doit être étudiée comme telle 
dans ses monuments. C'est en approfondissant Cicéron, 
Virgile. Salluste, Horace, qu'on apprend à connaître la 
langue des Romains. Le dictionnaire ne donne que des 
mots, la syntaxe que des spécialités; mais où trouver la 
phraséologie et le génie de la langue? Si elle était encore 
en usage, on l'apprendrait en la parlant. Il faut choisir 
un bon auteur, s'y attacher exclusivement pendant plu- 
sieurs années, en faire son vade-mecum, et se l'appro- 
prier de telle sorte qu'il puisse tenir lieu à la fois de dic- 
tionnaire et de grammaire. Pendant les premières années, 
l'élève ne fera d'autres thèmes que des thèmes d'imita- 
tion. Pour qu'il se pénètre de son auteur , pour qu'il l'étu- 
dié sous toutes les faces du fond et de la forme, mots, 
constructions, tournures, idiotismes, etc., il faut que cha- 
que passage soit soumis à divers genres d'explication, 
dont l'ensemble constitue la nouvelle méthode que le mé- 
moire propose. 

1° Il faut commencer par donner une idée générale du 
morceau , éveiller l'attention de l'élève en lui faisant com- 
prendre l'intérêt que présente le sujet. Il faut le lui expo- 
ser, le raconter soi-même, puis le faire exposer par l'élève 
à son tour. Le professeur traduira le morceau sur le ta- 
bleau ; les élèves le répéteront. 



(137) 

2° Les élèves appliquent les notions de grammaire gé- 
nérale qu'ils ont déjà acquises; ils désignent les substantifs, 
les verbes, etc. Ils disent à quelle déclinaison appartient tel 
nom , à quelle conjugaison tel verbe, ils donnent les autres 
cas du substantif, les autres temps du verbe. Le professeur 
leur fait connaître les temps primitifs des verbes irréguliers 
qu'ils rencontrent. Ils ont un cahier particulier dans lequel 
ils inscrivent les verbes irréguliers et défectueux ainsi que 
les déclinaisons irrégulières et autres particularités ana- 
logues. 

5° L'élève fait son propre dictionnaire; il y inscrit, par 
ordre alphabétique, les mots expliqués par le professeur 
en indiquant les morceaux où ils ont été puisés, et s'il y a 
lieu, les nuances diverses de leur signification que le pro- 
fesseur aura eu soin de bien faire comprendre. 11 en sera 
de môme pour les synonymes, composés ou dérivés. 

4° Comme son dictionnaire, l'élève fait lui-même sa 
grammaire; il a pour cela un second cahier dans lequel il 
inscrit les règles à mesure que le professeur les formule. 
C'est des exemples fournis par l'auteur qu'il explique, que 
le professeur tire chaque règle. Il a soin de procéder du 
plus facile au moins facile , de ne formuler une règle que 
lorsqu'elle ressort assez clairement d'un certain nombre 
d'exemples. L'élève n'inscrira la règle qu'à la suite des 
exemples. Cette grammaire résumée , aussi simple, aussi 
courte que possible, sert de conclusion et non de principe ; 
elle s'appuie sur des faits sus et expliqués par l'élève, elle 
soulage la mémoire au lieu de la surcharger. 

5° La construction est le complément nécessaire du dic- 
tionnaire et de la grammaire. Le professeur trouve dans 
les exigences de l'harmonie , dans celles de la pensée, dans 






(138) 
l'usage , dans le génie de l'écrivain , les motifs de la place 
que les mois occupent dans chaque phrase latine; dès le 
premier jour, il les explique; car la connaissance de la 
construction latine est trop longue à acquérir pour ne pas 
l'enseigner de bonne heure. 

6° Étude du fond. Procéder successivement par l'ana- 
lyse et la synthèse. Arriver toujours à découvrir l'idée fon- 
damentale du morceau, celle qui en fait l'unité; la faire 
découvrir à l'élève. Vérifier avec lui si tous les moyens 
convergent vers ce but. Quel est leur ordre et leur enchaî- 
nement. 

7° Liaison intime du fond et de la forme. C'est la con- 
séquence et la répétition de ce qui précède. On prou- 
vera que pas une phrase, pas un membre de phrase, pas 
un mot peut-être n'est déplacé dans le morceau qu'on 
explique. 

8° Exercices de mémoire. Il est impossible que l'élève 
qui a fait, ainsi une étude approfondie d'un passage ne le 
sache pas par cœur. Les morceaux expliqués doivent être 
imperturbablement sus. 

9° Imitations du fond et de la forme. Pour l'imitation 
du fond , le professeur aura soin d'indiquer nettement la 
matière, les détails nécessaires et le plan du travail; ce 
n'est qu'insensiblement qu'il amènera l'enfant à penser, à 
réfléchir , à composer. L'imitation de la forme n'offrira pas 
les mêmes difficultés. L'élève fera des thèmes d'imitation , 
tantôt oralement, tantôt par écrit. Il n'en fera pas d'autres 
et n'aura pour dictionnaire et pour grammaire que son au- 
teur et ses cahiers. 

Durant les deux premières années, le professeur n'expli- 
quera qu'un seul auteur, César ou Cornélius, les deux 






(159) 
auteurs auxquels le mémoire reconnaît le style le plus 
pur, le plus souple et le plus naturel; de préférence César. 
La première année les élèves expliqueront tout au plus 
un seul livre, la seconde, ils pourront en voir trois fois 
autant. 

La troisième année on continuera César, mais en lec- 
ture et comme répétition. Désormais l'auteur favori sera 
Sa!luste,mais rapproché souvent de César pour mieux faire 
connaître leur caractère propre, leurs similitudes, leurs 
différences. Les élèves, cette année, pourront lire Corné- 
lius et Phèdre. 

Vers la fin de la troisième année, le professeur mettra 
entre les mains des élèves une honne grammaire latine. Il 
leur fera citer, à l'appui des règles de cette grammaire, 
des passages tirés des auteurs expliqués et écrire dans leur 
cahier les règles et observations qu'ils ne connaissent pas 
encore. 

Dans les deux années de la section supérieure le nombre 
des auteurs s'étend. Virgile et Cicéron, la première année, 
sont accompagnés de quelques versions extraites d'autres 
écrivains; Salluste est donné en lecture. 

La dernière année, les deux auteurs principaux sont 
Horace et Tacite; Virgile, Cicéron et Tite-Live sont donnés 
en lecture. 

Dans cette section, le professeur s'occupera spécialement 
de la phraséologie, de la période oratoire, du nombre, de 
la mesure, du vers en général. 

Pour faire saisir les mille nuances qui caractérisent la 
manière de l'écrivain qu'il étudie, il fera sans cesse des 
parallèles et des comparaisons entre eux, ou plutôt il pro- 
voquera les élèves à les faire. Les élèves feront des narra- 



( 140 ) 
lions, des descriptions, des discours, n'employant que les 
mots et tournures de leurs auteurs, surtout de César. Main- 
tenant on peut leur donner des thèmes autres que ceux 
d'imitation. Tls peuvent finir par où ils ne pouvaient com- 
mencer. Rien n'empêche non plus que désormais on leur 
permette de se servir de dictionnaires. 

Voici le nombre d'heures de classes qui seront consa- 
crées au latin : 

l re année, i% heures par semaine; 2 me année 6; 5 mp G; 
4 m *5, eto rae 5. 

La même méthode s'appliquera exactement à la langue 
grecque, dont l'étude commencera une année après celle 
du latin et durera par conséquent quatre ans. 

L'auteur modèle, pendant deux ans, sera Xénophon; il 
sera continué ensuite en lecture. 

La première année de la section supérieure, on expli- 
quera Homère, un discours d'fsocrate ou un dialogue de 
Platon. Enfin, les auteurs grecs de la dernière année se- 
ront Démosthène et Sophocle ou Euripide; Homère et 
Platon en lecture. 

Le nombre des heures de classes pour le grec sera : la 
l re année, 0; la 2 e 10 heures par semaine; la o 1 ' 8; la 4 e 
G; la 5 e G. 

L'enseignement du français présentera cette différence 
avec celui des langues anciennes, que les élèves connais- 
sant assez la langue, à raison de leurs deux années d'études 
préliminaires, pourront dès le début avoir une grammaire 
entre les mains. Le professeur s'appliquera à leur faire 
saisir les règles générales de l'art d'écrire; Télémaque 
sera ici l'auteur par excellence. On le scrutera dans tous 
les sens, mots, phrases, périodes, qualités accidentelles 



( 141 ) 

et essentielles, style figuré, synonymes; que les élèves 
trouvent tout par eux-mêmes, qu'ils meltent à profit dans 
leurs compositions, ce qu'ils ont trouvé; que ces composi- 
tions soient variées, mais que directement ou indirecte- 
ment toutes se rapportent à l'auteur type. Quand l'élude de 
Télémaque sera épuisée, on abordera La Fontaine, M me de 
Sévigné ou quelque auteur non moins célèbre. 

A la fin de la 5 e année, le professeur s'occupera de la 
structure naturelle des vers français et des caractères qui 
distinguent la poésie de la prose. 

Le professeur de français des deux classes supérieures 
sera chargé, en même temps, de donner, dans ces deux 
classes, des leçons de littérature dans lesquelles, Ratta- 
chant peu aux détails du style, il s'occupera des principes 
généraux de l'art d'écrire et des lois particulières de cha- 
que genre. Ce professeur portera le nom de littérateur. Il 
déduira ses préceptes de l'analyse critique de divers chefs- 
d'œuvre; il caractérisera les grands écrivains des temps 
anciens et modernes; il les rapportera au siècle où ils ont 
vécu en unissant étroitement l'étude littéraire à l'étude his- 
torique. Sa mission sera ainsi de coordonner les divers élé- 
ments qui composent les études des humanités et d'en faire 
un tout compacte et indissoluble. 

La première année, il traitera des grands genres en vers, 
de l'épopée, de la poésie lyrique, du drame; puis des genres 
secondaires qui prendront peu de place et dont il parlera 
d'une manière accessoire. 

La seconde année ce sera le tour des grands genres en 
prose, l'éloquence et l'histoire, puis sommairement les 
genres moins importants. 

Voici un exemple de la manière dont le professeur con- 



( 142 ) 

ccvra sa tâche; choisissons un des genres dont il s'occupe 
la première année, l'épopée : 

1° Il fera une analyse détaillée de l'Iliade, du plan, des 
personnages, de la marche de l'action; 

2° Il amènera les élèves à constater que les principes gé- 
néraux y ont été fidèlement observés; 

5° Il exposera les lois de l'épopée relativement à l'action , 
à la marche du poëme, au caractère des personnages, au 
merveilleux; 

i° Il considérera le poëme comme expression des mœurs 
du peuple grec encore dans l'enfance; 

5° Il finira par une notice biographique sur l'auteur. 

Ces leçons seront l'occasion de compositions diverses, 
analyses, discours, parallèles, portraits. 

Pour chaque genre, le professeur aura un auteur favori, 
un type, qui sera, de préférence, choisi parmi les anciens. 
Les élèves pourront lire quelque traité de poésie ou d'élo- 
quence et expliquer vers la fin de leurs études Y Art poétique 
d'Horace ou de Boileau. 

Voici les heures de classes, consacrées chaque semaine 
au français : la l re année, 6 heures; la 2 e 5; la 5 e 5; la 4 e 
6, et la 5 e 6. 

A l'étude du latin, du grec et du français, les élèves de- 
vront ajouter celle de l'allemand. La méthode pour l'ensei- 
gnement de cette langue sera la même que pour les langues 
anciennes. Seulement, comme il y a ici une grande facilité 
de plus, que l'élève peut parler la langue avec son profes- 
seur, celui-ci tirera parti de cette ressource et habituera ses 
élèves à se familiariser par l'usage avec le mécanisme, les 
mois, les tournures, les inversions de la langue. 

L'enseignement de l'allemand commencera la 5 e année 



(143) 

et prendra, cette année, trois heures par semaine; deux 
heures seulement les deux années suivantes. 

Le professeur chargé de l'histoire et de la géographie se 
servira principalement de la méthode socratique, s'appli- 
quant à faire juger et penser ses élèves. La géographie pré- 
cédera l'histoire de chaque peuple. 

A la section inférieure correspond un cours d'histoire 
universelle; à la section supérieure, l'histoire nationale et 
la répétition de l'histoire ancienne. 

Pour l'histoire des temps reculés de l'Orient, le profes- 
seur se bornera à des notions ethnographiques et à quel- 
ques biographies de grands hommes, Sésostris, Cyrus, 
Darius, Moïse. Il passera rapidement aussi sur l'origine 
obscure des peuples grecs, mais s'arrêtera à la belle pé- 
riode qui s'étend depuis la législation de Lycurgue et de 
Sol on jusqu'à la mort d'Alexandre. Quant aux successeurs 
de celui-ci, on se bornera à en résumer l'histoire dans des 
tableaux. 

Pour Rome-, le professeur s'attachera particulièrement à 
la période qui commence aux guerres puniques et finit à la 
mort d'Auguste. L'histoire des empereurs et celle de l'in- 
vasion des barbares sera résumée en tableaux; le profes- 
seur y fera ressortir l'action bienfaisante du christianisme. 

L'histoire du moyen âge et l'histoire moderne seront trai- 
tées d'une manière analogue. On évitera soigneusement 
des questions irritantes qui sont au-dessus de la portée des 
jeunes gens. Les institutions seront passées sous silence, s'il 
n'est indispensable d'en parler pour l'intelligence des évé- 
nements. La première année comprendra toute l'histoire 
ancienne jusqu'au Christ. La seconde s'étendra depuis la 
naissance du Christ jusqu'aux croisades. La troisième se 



( 144 ) 

terminera à la révolution de 89. La quatrième année em- 
brassera l'histoire de la Belgique jusqu'à Philippe le Bon; 
elle se rattachera constamment à l'histoire générale. Celle 
de l'Orient et de la Grèce sera répétée avec de nouveaux dé- 
veloppements. La cinquième année, le professeur terminera 
l'histoire nationale et répétera avec de nouveaux développe- 
ments l'histoire de Rome et du moyen âge jusqu'aux croi- 
sades. 

Le temps consacré au cours d'histoire est de trois heures 
par semaine dans la section inférieure, et de quatre heures 
dans l'autre section. 

Les élèves ayant acquis dans les deux années d'études 
préliminaires la connaissance de l'arithmétique, débute- 
ront par l'algèbre et la pousseront, dès la première année, 
jusqu'aux équations du second degré inclusivement. La 
seconde année, ils s'occuperont de la géométrie plane. La 
troisième, de la géométrie plane et solide et de la trigo- 
nométrie rectiligne. 

Parvenus à la section supérieure, ils répéteront la pre- 
mière année l'arithmétique et l'algèbre avec de nouveaux 
développements. La deuxième année, ils répéteront de 
même, avec de nouvelles applications, la géométrie plane 
et solide et la trigonométrie rectiligne. 

L'enseignement des mathématiques sera de trois heures 
par semaine; on se bornera à deux heures la seconde année 
de la section inférieure. 

L'enseignement de la physique se réduira aux notions les 
plus essentielles et roulera sur les points les plus pratiques. 
L'auteur du mémoire voudrait que, réservant à l'université 
le cours de physique proprement dit, on le remplaçât par 
un cours de logique, dans lequel , écartant de longues et i nu- 



( 145 ) 

tiles subdivisions, on ne s'arrêterait que sur les points vé- 
ritablement essentiels de l'idée, du jugement et surtout du 
raisonnement. Ce cours se donnerait la première année de 
la section supérieure. 

Les concours généraux seront un des grands stimulants 
des professeurs. 11 y en aura deux : l'un pour la troisième 
classe de la première section, l'autre pour la seconde classe 
de la section supérieure. Nul ne passera d'une section à 
l'autre, sans avoir obtenu au concours général un nombre 
de points déterminés. 

Une composition spéciale aura lieu à la fin de l'année 
pour les classes qui ne prennent pas part au concours, et 
servira pour autoriser les élèves à passer d'une classe à une 
autre. 

Les fonctions de préfet des études seront confiées de pré- 
férence au professeur de littérature; toutefois là où une sec- 
lion professionnelle sera attachée au cours des humanités, 
le préfet ne donnera aucun cours. 

Le programme du concours voulait que les concurrents 
eussent principalement en vue cette partie de l'enseigne- 
ment littéraire et scientifique qui prépare aux universités, 
c'est-à-dire la section des humanités. L'auteur, ayant des 
doutes sur le sens de la rédaction du programme , a cru de- 
voir ajouter un chapitre sur l'organisation de la section pro- 
fessionnelle ; cette section , après les deux années d'études 
préliminaires, qui lui seraient communes avec l'autre, n'au- 
rait que trois années d'études spéciales. L'auteur applique 
ici les principes qui l'ont guidé dans le reste de son mé- 
moire. 

Ce chapitre ne contient d'autre idée nouvelle que celle 
d'une étude comparée des trois langues flamande, alle- 

TOME XX. — II e PART. 10 



( 146 ) 

mande el anglaise, venant couronner renseignement spé- 
cial de chacune de ces langues. 

Enfin , le mémoire se termine par une évaluation des dé- 
penses qu'occasionnerait l'organisation proposée, et par une 
distribution des différents genres d'établissements d'in- 
struction moyenne entre les divers ordres de localités du 
royaume. 

Les études préliminaires auraient deux 
professeurs , dont le traitement s'élèverait 
ensemble à fr. 2,500 » 

A la section scientifique ou profession- 
nelle appartiendraient cinq professeurs, dont 
les traitements s'élèveraient ensemble à . . 7,500 » 

Les traitements de dix professeurs de la 
section des humanités, le préfet des études 
compris, monteraient à 20,000 » 

La surveillance, l'enseignement du dessin, 
la musique, la calligraphie, a 5,000 » 

En tout pour les études préliminaires, la , 

section professionnelle et celle des huma- 
nités 55,000 » 

Le minerval serait partagé entre les professeurs. 

Chaque canton aurait dans une école primaire supérieure 
renseignement des deux années d'études préliminaires. 

Chaque petite ville, chaque gros bourg aurait une sec- 
lion scientifique, commerciale ou professionnelle. 

Les villes plus importantes posséderaient un collège 
d'humanités. 

Les grandes villes auraient les deux sections, et une 
section préparatoire y sérail annexée. 



( 147 ) 

On conçoit que, d'après les termes mêmes de la ques- 
tion, l'auteur du mémoire na pas eu à s'expliquer sur le 
point de savoir quelle serait, dans toute cette organisa- 
tion, la part réservée à l'État, aux provinces, aux com- 
munes et à l'enseignement privé. 

Tel est le système complet du mémoire que nous avons 
à juger. J'en ai analysé les idées avec quelque étendue, 
afin que mes confrères pussent par eux-mêmes en appré- 
cier la valeur, l'oiïice du rapporteur me paraissant être 
plus encore de les mettre à même de se former une opi- 
nion que de leur faire connaître la sienne. L'art. 58 du 
règlement m'imposait, d'ailleurs, un rapport détaillé. 

On a pu voir par ce qui précède que trois idées prin- 
cipales dominent tout le système de l'auteur. Réduction 
du cours d'études moyennes à cinq ans; extension de l'en- 
seignement de chaque professeur à plusieurs classes, et 
spécialisation de cet enseignement dans chacune d'elles; 
enfin, introduction d'une méthode nouvelle de traduction 
et d'explication. 

C'est sur ces trois points que nous avons à apprécier les 
vues de l'auteur, car tout le mérite du mémoire en dépend. 

1° Réduction du cours d'études à 5 années. 

L'affaiblissement des études classiques que l'auteur dé- 
plore, est un fait peu contestable, au moins en ce qui con- 
cerne l'étude de la langue latine ; car celle du grec avait un 
caractère trop élémentaire pour pouvoir s'abaisser beau- 
coup, et l'étude des mathématiques, dans la plupart des éta- 
blissements de nos grandes villes, est loin d'avoir perdu; 
il en est de même de l'enseignement de la langue française 



(148 ) 
et de celui de l'histoire, l'un et l'autre se sont développés. 

A quelles causes faut-il attribuer celte décadence de 
l'étude de la langue latine? L'auteur n'en reconnaît qu'une, 
tout au plus deux, à savoir : l'insuffisance de l'instruction 
que possèdent les élèves au moment où ils entrent dans 
les classes latines, mais surtout l'imperfection de l'an- 
cienne méthode; là est, à ses yeux, la plaie tout entière. 
En restreignant à ce point la source du mal, l'auteur 
cède à une préoccupation trop exclusive; car si les élèves 
arrivent aujourd'hui trop peu préparés, ils ne l'étaient pas 
mieux autrefois, au contraire. Si la méthode usitée a ses 
imperfections, le temps ne les a pas accrues; il les aurait 
plutôt diminuées. D'où vient donc que les résultats d'au- 
jourd'hui soient inférieurs à ceux que l'on obtenait jadis? 
Des causes si anciennes ne peuvent avoir produit à elles 
seules un mal si nouveau. Il doit en avoir de plus récentes. 
Il en est une sur laquelle l'auteur ferme complètement les 
yeux et qui cependant aurait dû le frapper avant toute 
autre, car c'est bien certainement la plus puissante et la 
moins contestable. 

Qu'est-il arrivé dans l'instruction moyenne depuis vingt 
à trente ans? Autrefois le latin dominait d'une manière ab- 
solue tout le reste de renseignement moyen. Ce n'était qu'à 
la quatrième année d'études que l'on commençait à accor- 
der une place très-secondaire au grec. L'année suivante, 
en troisième, venaient les sciences. Enlin , une année 
plus tard, en seconde ou en rhétorique, le français com- 
mençait à avoir quelques compositions spéciales. Tout le 
reste du temps des professeurs et des élèves appartenait 
au latin. Ce n'était qu'à propos du latin qu'on s'occupait 
du français. On se bornait à apprendre par cœur la petite 
grammaire de Lhomond. L'histoire n'avait ni enseigne- 



( 149. ) 
meut proprement dit, ni devoirs écrits. On se contentait 
de faire réciter de mémoire un certain nombre de leçons. 
Il en élait de môme de la géographie ; et quant au flamand , 
à l'allemand, à l'anglais, il ne s'en agissait pas. Depuis 
lors, il s'est opéré un grand changement. L'enseignement 
de toutes ces matières accessoires s'est développé. Toutes 
ont acquis plus d'importance, et chacune d'elles est venue 
prendre une part plus grande dans les heures de classes 
et d'études. Il a fallu trouver du temps pour l'enseigne- 
ment et les devoirs du français, de l'histoire, de la géogra- 
phie, du flamand, de l'allemand ou de l'anglais. Les 
sciences, de leur côté , ont fait effort pour s'étendre et le 
grec lui-même ne s'est plus résigné au rôle modeste qui 
lui était échu. C'est aux dépens du latin que toutes ces 
modifications ont eu lieu. C'est à lui qu'il a fallu prendre 
ce dont on enrichissait l'étude des autres matières. Ce 
n'est pas tout. Une autre cause est venue agir dans le même 
sens. Puisque le latin perdait une partie du temps qu'on y 
consacrait chaque année, il eût semblé naturel de com- 
penser cette perte en augmentant le nombre d'années du 
cours d'études, et en lui donnant l'extension qu'il a dans 
d'autres pays. Ce fut le contraire qui arriva. 

Plaçant tout à coup une confiance aveugle dans des 
méthodes nouvelles qu'on n'avait pas eu le temps d'éprou- 
ver, et qui ne parvinrent pas même à s'introduire dans la 
plupart des établissements qu'on réformait, en vue des 
merveilles qu'elles devaient accomplir, on en vint à exiger 
à la fois que l'enseignement moyen apprît beaucoup plus 
de choses et qu'il durât beaucoup moins de temps. Les 
sept années d'études latines furent réduites , ici à six 
années, là à cinq, ailleurs même à quatre. Il en résulta, 
en définitive, que le nombre des heures de classes con- 



( 150 ) 
sacrées au latin , pendant toute la durée de l'enseignement 
moyen, fut, suivant les établissements, réduit aux deux 
tiers, à la moitié, même au tiers. Le nombre des devoirs 
latins suivit la même progression décroissante. 

Dans les derniers temps , il est vrai , on a cherché à 
revenir sur ce qui avait été fait, mais ces retours ont été 
partiels et timides. ïl n'y a que deux moyens de rendre au 
latin le temps qu'on lui a enlevé. Le premier, c'est de faire 
rentrer l'enseignement des autres matières dans son an* 
cienne insignifiance; le second, d'étendre la durée géné- 
rale des études moyennes. 

Le premier de ces deux moyens, qui paraît d'abord fort 
simple, rencontre des objections graves dès qu'on en vient 
aux détails de son application. En effet, ou le résultat 
sera sans importance, on il faudra faire aux matières se- 
condaires des retranchements considérables, supprimer, 
par exemple, tout l'enseignement historique, et à peu 
près tout l'enseignement de la langue française; or, cela 
est-il praticable? Au degré de civilisation où nous sommes 
parvenus, sous un régime politique où le sort du pays 
dépend à chaque instant des lumières de l'opinion publi- 
que, quoi de plus indispensable que la diffusion des con- 
naissances historiques? Quoi de plus utile que de répandre 
partout les leçons de cette vaste expérience des nations 
que l'histoire nous transmet? Peut-on songer aujourd'hui 
à annuler l'enseignement historique dans tout le cours 
des études moyennes, et faudra-t-il que les universités, 
ayant à commencer cet enseignement depuis les premiers 
éléments, en diminuent la portée, et, se bornant aux 
faits, s'interdisent les vues élevées qui fécondent l'histoire 
et en font la plus haute utilité? Est-il plus possible de 
réduire à ses anciennes proportions, c'est-à-dire à son 



\m ) 

ancienne nullité, renseignement du français? Peut-on rai- 
sonnablement en revenir à faire des latinistes qui, au sortir 
du collège, ne sauront pas manier la langue usuelle de 
leur pays, que la moindre rédaction, la moindre allocu- 
tion viendra embarrasser? Une pareille organisation résis- 
terait-elle à l'énergie des réclamations qu'elle soulèverait 
de toutes parts? Ne méconnaîtrait-elle pas des besoins 
réels de la société? Ne semblerait-elle pas créée tout ex- 
près pour susciter une nouvelle opposition et de nouveaux 
ennemis aux études classiques ? 

Le second moyen, qui consiste à étendre la durée des 
études, n'offrirait pas les mêmes inconvénients. 

En se conformant , sous ce rapport , à ce qui existe dans 
plusieurs pays, où les éludes classiques fleurissent, on trou- 
verait place à la fois pour les langues anciennes et pour un 
développement raisonnable des autres branches de l'ensei- 
gnement moyen. On pourrait en même temps alléger le 
poids du travail quotidien , qui trop souvent surcharge les 
enfants aujourd'hui. Ils ne seraient plus obligés, aux dé- 
pens de leur santé et de la sérénité de leur caractère, de 
renoncer aux jeux de leur âge et de se priver même d'une 
partie de ce sommeil bienfaisant si nécessaire à la répara- 
tion et au développement de leurs forces. Mais ce serait 
marcher en sens directement opposé à des idées qui se sont 
répandues il y a quelques années. Le changement paraîtrait 
hardi, et il y a de ce côté d'assez grandes préventions à 
vaincre. Le Gouvernement, dans sa récente organisation 
des athénées, a voulu recourir au premier de ces moyens. 
Il l'a appliqué dans la limite de ce qui était raisonnable. 
Il n'a guère laissé que le strict nécessaire aux sciences, à 
l'histoire, au français et aux autres langues modernes, et 
il a donné au latin tout le temps que les autres matières 



( 152 ) 

ont laissé disponible. Le grec même a élé sacrifié et res- 
serré dans le cadre d'un enseignement tout à fait élémen- 
taire. Les retranchements qu'on pourrait faire au delà 
auraient un caractère exagéré et exciteraient de vives 
réclamations ou n'amèneraient plus qu'une économie de 
temps insignifiante. Et cependant, malgré tout ce que le 
Gouvernement a fait, malgré le vif désir qu'on avait de 
relever les études latines, on n'est parvenu par ce moyen 
qu'à leur rendre les deux tiers du temps qu'on leur con- 
sacrait jadis, 4,500 heures de classe en tout, au lieu des 
5,000 à 5,500 d'autrefois. Pour aller plus loin , il eût fallu 
étendre le nombre d'années d'études au delà de six. Le 
Gouvernement ne l'a pas osé. Il a craint de froisser des 
idées trop répandues et de ne pas avoir l'approbation des 
pères de famille. Sur la question du nombre des années 
d'études de l'enseignement moyen, il y avait eu dans le. 
conseil de perfectionnement partage des voix; le Gouver- 
nement a admis celle des deux opinions qui se prononçait 
pour la durée la plus courte. L'auteur du mémoire ne s'en 
tient pas même là. Ce n'est pas 2,500 heures de classes qu'il 
concède au latin, mais seulement en tout 1,400, un peu 
plus de la moitié de ce qu'admet l'organisation du Gouver- 
nement, un peu plus du tiers de ce qui existait il y a 20 
à 50 ans. Il s'éloigne bien plus encore de ce qui se pratique 
en Prusse, où on accorde à l'enseignement du latin de 
5,500 à 4,000 heures de classe, et de ce qui se fait dans 
d'autres établissements d'Allemagne où on lui en donne 
plus de 5,000. Et remarquons bien qu'il ne s'agit encore 
ici que des seules heures de classe, or, à chaque heure 
de classe correspond en général une heure d'étude con- 
sacrée aux devoirs. Quand le latin perd 1,000 heures de 
classe, il perd en même temps un nombre de devoirs 



( 155 ) 
correspondant à 1,000 heures d'études; la différence est 
donc en réalité double de celle qu'expriment les chiffres 
rapportés ci-dessus. Comment serait-il possible que, dans 
de telles conditions, les études latines ne s'affaiblissent 
pas? Comment obtenir les mêmes résultats dans des li- 
mites de temps si différentes? L'auteur ne s'aveugle-t-il 
pas sur une des causes les plus évidentes du mal et ne 
vient-il pas étendre de ses propres mains la plaie qu'il veut 
guérir? Oublie-t-on quelle est la valeur du temps dans l'ac- 
complissement de tout travail humain? Pense-t-on qu'il 
en soit devenu une condition insignifiante? Dans le tra- 
vail intellectuel , comme dans le travail matériel , n'y a-t-il 
pas, pour atteindre un certain but, un minimum de temps 
indispensable à la force moyenne des travailleurs? Et si ce 
minimum est de 7,000 à 10,000 heures en Allemagne, peut- 
on croire qu'il ne soit que de 2,800 en Belgique? Est-il 
raisonnable de prétendre aux mêmes résultats dans des 
conditions d'une si énorme inégalité? Et ne faut-il pas se 
faire illusion sur les effets de la supériorité d'une méthode 
quelle qu'elle soit, pour s'imaginer qu'elle puisse compen- 
ser de telles différences? 

Ce ne seront pas non plus les deux années préliminaires 
du français qui combleront, pour le latin , ce déficit de plu- 
sieurs milliers d'heures de classes et d'études. L'auteur ne 
paraît pas même, par cette mesure, exiger des élèves, pour 
les admettre dans les classes latines, plus de connaissances 
qu'on n'en requiert aujourd'hui. Sans doute il est utile 
qu'un certain degré d'instruction préalable soit exigé et 
qu'on tienne la main à ce que l'examen d'entrée des classes 
latines ne soit pas illusoire; il ne faut cependant pas se 
tromper à cet égard sur ce qui est possible. Il y aurait 
assurément un avantage pour l'élude des langues an- 



( m ) 

ciennes à ce qu'avant de les aborder, les élèves eussent 
une connaissance approfondie de la langue française; mais, 
dans la réalité des faits, une instruction approfondie ou 
complèle, en quelque matière que ce soit, peut-elle être 
obtenue des infants avant un certain âge? A l'époque où 
ils entrent au collège, sur cent d'entre eux, il en est cinq 
à dix qui, devançant les autres par la supériorité ou la 
précocité de leur intelligence, pourront avoir été poussés 
assez loin; mais, quant aux quatre-vingt-dix autres, ce 
n'est pas avant l'âge de 15 ou 16 ans qu'ils posséderont 
d'une manière un peu complète la connaissance théorique 
d'une languequelconque.il faudra se féliciter si, en entrant 
en troisième, le plus grand nombre en est là; on n'y par^ 
viendra certainement pas plus toi. Quoi qu'il en soit, et en 
supposant que ce que propose l'auteur ait pour résultat de 
faire séjourner les élèves une année de plus à l'école pri- 
maire ou dans des classes préparatoires, ce n'est pas par 
une seule année de plus consacrée à l'enseignement du 
français qu'il parviendra à compenser, pour le latin, tout 
le temps qu'il lui retranche dans l'économie générale de 
son plan. 

2° Extension de l'enseignement de chaque professeur 
à plusieurs classes. 

Attachant la plus grande importance à faire revenir les 
élèves sur ce qu'ils ont appris, l'auteur du mémoire veut 
que le professeur connaisse parfaitement leurs antécédents 
et que ce qui a été appris une année, ne soit pas perdu de 
vue l'année suivante. C'est par cette raison que, dans son 
système, les élèves ne changeront pas de maître tous les 



( 155 ) 

ans. Le professeur se bornera à une seule matière, mais 
l'enseignera dans plusieurs classes à la fois. 

Pour certaines classes et pour certaines matières, ce 
système peut offrir des avantages et n'avoir pas de graves 
inconvénients ; mais en est-il de même pour toutes? Dans 
le système du mémoire, un seul professeur enseignerait 
le latin dans les trois classes inférieures. Cela est-il prati- 
cable? Il y a tel collège où ce professeur aurait à corriger 
150 devoirs par jour. L'auteur eût mieux fait d'exiger, pour 
atteindre son but, que le professeur suivît pendant quel- 
ques années ses élèves et montât avec eux d'une classe à 
l'autre; c'est ce qui se pratique en Autriche. C'eût été d'une 
application plus facile, et en même temps il aurait pu 
éviter ainsi de pousser trop loin son principe de spécia- 
lisation auquel on fait, pour les classes inférieures sur- 
tout, une objection qu'il n'a pas rencontrée. On reproche 
à ce système , plus favorable à l'instruction qu'à l'éduca- 
tion, de priver les jeunes enfants de cette influence suivie 
d'un seul guide si nécessaire encore à leur âge, et de les 
abandonner à l'action faible ou divergente d'une direction 
multiple, et partant, sans responsabilité réelle. 

5° Méthode d'explication des auteurs. 

Cette partie du mémoire est celle qui contient le plus 
d'idées utiles. J'en ai donné plus haut une analyse fidèle. Si 
l'on ne doit pas demander au progrès des méthodes de réa- 
liser des prodiges, d'arriver, par exemple, à des résultats 
meilleurs en employant trois lois moins de temps, il ne faut 
cependant pas méconnaître que l'art de l'enseignement est 
assez complexe et assez difficile pour que longtemps encore 



( 156 Y 

et malgré une si longue expérience, les procédés de la 
transmission des connaissances humaines puissent être uti- 
lement perfectionnés. Il est certain qu'autrefois dans l'en- 
seignement des langues anciennes, on se préoccupait trop 
exclusivement de la correction grammaticale et pas assez 
des moyens de se pénétrer du génie même de ces langues, 
de se rendre familières leurs tournures, leurs construc- 
tions, leur élégance. A défaut de la conversation, qui est 
d'une si grande ressource pour l'acquisition de la con- 
naissance des langues modernes, il n'y a guère que deux 
moyens de remplir celle lacune: beaucoup lireet apprendre 
les textes par cœur, afin d'appliquer ensuite dans les exer- 
cices ce que la mémoire a acquis. L'auteur du mémoire con- 
seille les deux moyens à la fois. Il faut, en effet, lire plus 
de textes qu'on ne Ta fait jusqu'à présent dans notre en- 
seignement. Il ne suffit pas de ce pelit nombre de pages- 
qui s'expliquent chaque année dans nos classes; dès que 
l'élève a atteint une certaine force, il faut qu'il s'applique 
à lire couramment des auteurs faciles, exercice qui n'a pas 
toute la diiïicul lé qu'on lui croit, et qu'un certain degré 
d'habitude vient bientôt rendre plus aisé. N'est-il pas trop 
bizarre que tant d'hommes mettent tant de temps à appren- 
dre le latin dans leur jeunesse et que personne ou presque 
personne n'en vienne à lire un livre latin comme on lit des 
livres anglais ou allemands? Sur mille personnes qui ont 
fait leurs humanités, y en a-t-il trois qui aient jamais lu 
d'un bout à l'autre un ouvrage latin de l'étendue de deux 
volumes in-8°? Rien n'est plus risible que l'embarras 
de nos jeunes humanistes, habitués à éplucher des textes 
mot par mot et syllabe par syllabe, quand, arrivés dans la 
faculté de droit, ils se trouvent pour la première fois en 
présence de l'immense in-folio du corps de droit romain. 



(1S7) 
Ils comprennent le latin, mais à condition de mettre une 
heure à déchiffrer quelques lignes. Que ne leur a-t-on 
appris à lire du latin facile! Dans beaucoup de nos éta- 
blissements d'instruction moyenne, on fait apprendre par 
cœur les textes et on les fait réciter; mais trop souvent on 
se borne là, et ce travail reste stérile. L'auteur du mémoire 
veut, au contraire, qu'on s'ingénie à tirer parti de ce qui a 
été ainsi appris, en y revenant sans cesse. 

J'ai indiqué plus haut, dans l'analyse de ce chapitre, les 
diverses voies par lesquelles il espère atteindre ce but. Il 
n'y aurait que des éloges à donner à cette partie de son 
travail , s'il avait su se préserver de l'esprit d'exagération 
exclusive qui accompagne trop souvent l'enthousiasme des 
idées nouvelles. Plus de dictionnaire, s'écrie-t-il, plus de 
grammaire, plus d'autres thèmes que ceux d'imitation! 
S'il avait demandé que la mémoire suppléât souvent au 
dictionnaire, que les classes inférieures eussent leurs dic- 
tionnaires Rappliquant à des auteurs déterminés et autre- 
ment conçus que ceux de ce genre qui existent aujourd'hui, 
il n'eût voulu peut-être que ce qui était raisonnable ou du 
moins que ce qui était possible. Mais la suppression com- 
plète des dictionnaires est tellement impraticable qu'après 
les avoir bannis, l'auteur est obligé de les remplacer par 
des dictionnaires manuscrits dans lesquels les mots sont 
inscrits par l'élève à mesure qu'ils sont expliqués en classe. 
L'élève ne pourra jamais ainsi traduire aucun passage latin 
que le professeur ne lui ait déjà fait comprendre, car où 
apprendrait-il le sens des mots qui ne lui ont pas encore 
été expliqués? Comment l'auteur n'a-t-il pas reculé devant 
les seules difficultés matérielles de cette rédaction par 
ordre alphabétique d'un registre-dictionnaire dont il fau- 
dra déranger l'ordre tous les jours pour y intercaler les 



( 158) 
mois nouvellement expliqués? Puis, s'il faut un diction- 
naire manuscrit, n'en faut-il pas deux? un pour le thème, 
un pour la version? N'en faudra-t-il pas pour le grec, 
comme pour le latin? El toul cela on l'exigerait d'élèves 
qui en sont à leur première et seconde année d'éludés! 

Il y a incontestablement beaucoup à reprendre dans l'u- 
sage où sont certains professeurs de faire chaque jour récilcr 
de mémoire une page de grammaire, sans que jamais un 
mot d'explicalion préalable vienne éclaircir la règle qu'elle 
contient ou sans qu'on mette l'élève à même de prouver 
qu'il l'a comprise. L'auteur a raison de vouloir que la mé- 
moire ne soit chargée de retenir les règles qu'après que des 
exemples ou des explications les auront bien éclaircies. Il 
n'y aurait pas non plus, je pense, à le blâmer de préférer 
les grammaires courtes et faciles et de répugner à mettre 
entre les mains des enfants certains livres élémentaires 
qui, malgré leur titre, sont bien plutôt faits pour les pro- 
fesseurs que pour les élèves. Mais c'est se heurler contre 
une exagération pour en éviter une autre que d'interdire, 
pendant les premières années, l'usage de toute grammaire 
autre que le cahier dans lequel l'élève inscrit la règle, à 
mesure que la traduction de l'auteur expliqué l'amène. 
Quel avantage présentera cette grammaire manuscrite où 
les règles se suivront infailliblement avec peu d'ordre, dans 
laquelle l'élève apprendra tel jour les adjectifs qui se con- 
struisent avec le génitif et trois mois après seulement ceux 
qui gouvernent l'ablatif. La règle ne ressort-elle pas bien 
plus claire d'un exemple choisi tout exprès par le grammai- 
rien pour la faire comprendre, que d'une phrase de texte 
qui a été écrite à une tout autre lin et dans laquelle elle se 
trouvera souvent obscurcie, soit par des difficultés de tra- 
duction, soit par d'autres complications. Après avoir autre- 



( 159) 
fois tout fait pour la correction grammaticale, qu'on 
prenne garde aujourd'hui de ne pas faire assez pour elle 
et de la dédaigner. Il n'y a qu'un moyen de bien connaître 
les règles, c'est de les appliquer souvent; voilà pourquoi 
il faut que les élèves fassent beaucoup de thèmes, non- 
seulement des thèmes de pure imitation , mais des thèmes 
dans lesquels ils s'exercent à appliquer les règles qu'ils ont 
apprises. Que ces thèmes soient combinés de manière à 
faire imiter en même temps les locutions et les tournures 
de phrases de l'auteur ancien, ils n'en seront que plus utiles. 
Mais, dans le commencement surtout, la correction gram- 
maticale doit être prise pour principal but; c'est le seul 
moyen d'expulser les solécismes et les barbarismes du 
domaine des classes supérieures qu'elles ont— proh pudor ! 
— envahies aujourd'hui et de les refouler au delà de la 
troisième , extrême limite qu'il ne doit plus leur être donné 
de franchir. 

L'auteur n'a pas aperçu combien, dans cette partie de sa 
méthode, il a dévié du principe qu'il avait proclamé si haut 
et (ju'il s'était imposé comme point de départ. Il voulait 
qu'avant tout on tînt en éveil l'activité personnelle de 
l'élève; or, que devient, dans son système, le principal exer- 
cice de l'enseignement classique , la traduction ? Un pur 
exercice de mémoire auquel tout autre travail de l'intelli- 
gence semble devenir étranger. Les dictionnaires étant sup- 
primés et l'élève n'ayant plus de moyen de comprendre les 
mots qu'il n'a pas encore vus, ne peut plus traduire que 
ce que le professeur avait déjà traduit pour lui ; sa tâche se 
bornera à se souvenir de ce que le professeur a dit. Ne 
sait-on pas cependant combieu l'esprit garde et féconde 
mieux ce qu'il acquiert par son propre travail que ce qu'il 
revoit d'aulrui sans se donner de peine? Quelle perte ne 



( 160 ) 

serait-ce pas pour le développement des forces intellec- 
tuelles de la jeunesse que la suppression de ces efforts 
constants de pénétration que nécessite chaque phrase et 
pour ainsi dire chaque mot des traductions quotidiennes? 
Comment un exercice qui, ne s'adressant qu'à la mé- 
moire laisse toutes les autres facultés languir dans l'in- 
action, pourrait-il remplacer un genre de travail si propre 
à donner à la fois à l'esprit du ressort, de la iinesseetdela 
précision. Ces difficultés de la traduction contre lesquelles 
les jeunes intelligences luttent avec tant d'utilité, doivent, 
à la vérité, être proportionnées à leurs forces; si elles les 
dépassaient elles amèneraient le découragement et le dé- 
goût; une sage gradation est nécessaire. On ne peut son- 
ger à mettre un auteur ancien entre les mains des com- 
mençants sans notes imprimées ou explications verhales 
qui en facilitent l'intelligence. Les phrases les plus aisées 
à comprendre suffisent bien aux débutants; ce n'est que 
peu à peu qu'on peut leur demander davantage. Tenir même 
longtemps les élèves au latin facile est un des préceptes les 
plus prudents qu'on puisse suivre pour le succès du grand 
nombre. Mais autre chose est de mesurer les difficultés du 
travail à la capacité des élèves; autre chose est de suppri- 
mer l'exercice de celles des facultés de l'intelligence dont 
le développement est, pour l'enseignement moyen, un but 
plus important que l'acquisition d'aucune connaissance 
littéraire ou scientifique. 

Les observations qui précèdent font pressentir les con- 
clusions de ce rapport. Je ne les formule cependant pas 
sans un sentiment de regret; car l'auteur du mémoire n'est 
pas un esprit vulgaire. La forme d'une grande partie de 
son travail, d'utiles idées de détail et quelques observations 
générales le montrent suffisamment. Si , au lieu d'esquisser 

, TtfÂi *U — *zx 



( 161 ) 

tout un ensemble d'organisation, il avait pu se borner à 
donner des conseils au professeur en chaire, à lui enseigner 
l'art de diriger l'esprit de ses élèves, de les animer a l'élude, 
d'exercer par sa parole une puissante et féconde action sur 
leur intelligence, son travail, sur celte partie la plusdifli- 
cile et en quelque sorte la plus inlime de l'art du profes- 
seur, eût porté, je suis disposé à le croire, le cachet d'une 
distinction remarquable. Mais noire programme lui avait 
imposé une autre lâche : il s'agissait d'un système d'orga- 
nisation, sujet que ses méditations lui avaient sans doute 
rendu moins familier et sur lequel son expérience per- 
sonnelle ne lui fournissait probablement pas les mêmes 
lumières. 

Ainsi que j'ai essayé de le faire voir , la triple idée sur 
laquelle il veut faire reposer celte organisation constitue 
une base tellement défectueuse, que l'adopter, ce serait, au 
lieu de relever renseignement classique, lui porter un 
nouveau coup. En s'y montrant favorable, l'Académie vien- 
drait en aide à un genre d'idées qui a déjà eu trop d'in- 
fluence et que sa mission naturelle, comme représentant 
de la science sérieuse, est bien plus de combattre que de 
seconder. Si le mémoire contient d'autres idées de détail 
beaucoup plus sages et quelques considérations générales 
d'un mérite incontestable, elles n'y tiennent pas une place 
assez importante pour satisfaire aux exigences du pro- 
gramme et ne sauraient légitimer à elles seules l'bonneur 
d'une distinction académique. 

En conséquence , mon avis est de ne pas décerner le 
prix et de faire disparaître la question du programme où 
elle ligure depuis 1851. » 



Tome xx. — II e part, il 



162) 



Rapport de M, Bagttel. 

« L'analyse détail lée que notre honorable confrère, 
M. Devaux, a faite du mémoire que j'ai été chargé d'exa- 
miner comme second commissaire, a singulièrement sim- 
plifié ma tâche. Aussi n'hésiterais-je pas à formuler, sans 
préambule, mon opinion sur le mérite de ce mémoire, si 
une puissante considération ne m'arrêtait. 

Il me paraît à craindre que, dans l'appréciation du tra- 
vail qui nous est soumis, la classe , eu égard à la nature du 
sujet, ne se fractionne en plusieurs groupes, ayant chacun 
un point de vue différent. J'ai donc cru convenable de 
présenter d'abord quelques observations qui contribue- 
ront, je l'espère, à nous faire adopter un point de vue 
commun. 

Nous ne devons nullement nous étonner que l'Académie 
n'ait reçu qu'une seule réponse à la question relative à 
l'organisation de l'enseignement moyen. Cette question se 
rapporte à une matière dont beaucoup de personnes s'oc- 
cupent, il est vrai, mais sur laquelle on n'est point par- 
venu jusqu'à présent à se mettre d'accord , tant les opinions 
restent divergentes. Je me bornerai à signaler les deux 
opinions les plus tranchées. 

Suivant les uns, le latin doit faire la base et l'objet 
principal de l'enseignement moyen; selon les autres, l'é- 
tude de la langue maternelle devrait tenir le premier rang., 
le latin ne venant qu'en seconde ligne. Ces deux systèmes 
ne sont cependant pas aussi opposés qu'ils le paraissent 
au premier abord; dans l'un et dans l'autre, on attache 



( 163 ) 

une grande importance aux études appelées classiques. 
Mais c'est précisément à cause de ce point de contact entre 
les deux opinions que nous avons vu se succéder tant de 
projets, élaborés avec plus ou moins de talent, mais qui, 
en définitive, ne satisfont pas complètement, parce qu'ils 
ne sont en réalité que des systèmes de transaction. 

C'est ainsi qu'autrefois j'avais proposé de ne faire com- 
mencer l'étude du latin que lorsque les élèves entrent dans 
la cinquième classe d'un cours ordinaire d'humanités. 
Plus tard, je demandai que les six classes fussent divisées 
en deux sections de trois années chacune , de telle manière 
que l'on consacrât spécialement la seconde section à l'étude 
de l'antiquité, tout en y conservant une place notable à 
l'étude de la langue maternelle, dont la première section 
devait principalement s'occuper. Cette division fut admise 
dans le projet de réorganisation de l'enseignement que 
notre savant confrère M. Van de Weyer présenta aux Cham- 
bres législatives, en sa qualité de Ministre de l'intérieur. La 
retraite du Ministre lit oublier le plan que j'avais conçu, 
et il est resté douteux pour moi si ce plan eût fini par pré- 
valoir ou s'il eût succombé devant les feux croisés d'une 
discussion parlementaire. 

Quoi qu'il en soit, l'insuffisance de tout système de 
transaction se fait sentir de plus en plus. Tout semble 
présager qu'un temps viendra, et je souhaite, dans l'intérêt 
des études, que ce temps ne soit plus très-éloigné, où, par 
la force des choses, on se verra obligé de décider fran- 
chement laquelle des deux langues, le latin ou la langue 
maternelle, prédominera dans l'instruction publique. Voyez 
les concessions déjà faites aux tendances de notre époque 
par la création d'écoles moyennes et par la formation de 
sections professionnelles! Voyez surtout l'essor rapide qu'a 



( 164) 

pris depuis quelques années la littérature flamande! D'un 
autre côté, dirons-nous que c'est sans raison que des 
hommes de talent, des amis de notre nationalité appel- 
lent instamment notre attention sur le soin qu'exige la 
forme à donner à nos productions littéraires? Qui de nous 
a oublié les paroles si remarquables qu'a prononcées dans 
notre séance publique de l'année dernière le président de 
l'Académie, M. le baron de Gerlache? Au début de ses 
Considérations sur la manière d'écrire l'histoire, tout en 
reconnaissant que de nombreux et importants travaux lit- 
téraires ont été publiés en Belgique depuis 1830, notre 
honorable confrère s'est demandé pourquoi des ouvrages 
qui se distinguent souvent par la sagacité de la critique et 
la profondeur de l'érudition laissent généralement à désirer 
plus d'art et de perfection dans la forme? Comment ce pays, 
disait-il , qui a vu naître une foide d'artistes éminents , re- 
nommés par toute l'Europe, n 'a-t-il pas produit un nombre 
à peu près égal d'excellents écrivains populaires chez eux et 
à l'étranger? Et ensuite, le style seul, a-t-il ajouté, assure 
la destinée d'un livre et en fait la propriété de l'auteur : seul 
il rend populaire le nom d'un écrivain et le grave en carac- 
tères indélébiles sur les tablettes de la postérité. 

Est-il possible, après cela, de ne pas reconnaître que, 
dans sa sphère, l'enseignement a une tâche sérieuse à rem- 
plir pour contribuer à nous faire sortir de cet état d'infé- 
riorité où nous nous trouvons sous le rapport de la perfec- 
tion dans la forme de nos œuvres littéraires? Dira-t-on que, 
pour obtenir un tel résultat, il suffit d'être ce qu'on appelle 
un bon latiniste? Il y eut un temps, je le sais, mais ce temps 
n'est plus, où savoir le latin c'était tout savoir, ou pour 
mieux dire, c'était le moyen de tout connaître. A l'aide de 
cette langue on entrait en communication non-seulement 



( 165 ) 

avec le passé, mais aussi avec la science contemporaine. Et 
pour parler au monde savant avec quelque succès, il fallait 
avoir acquis le talent de manier la langue latine, comme il 
serait désirable que nous pussions manier aujourd'hui notre 
langue maternelle. 

J'en ai la conviction, on sera peu à peu amjené à assigner 
à la langue maternelle la première place dans l'enseigne- 
ment moyen. Le latin, on ne peut plus le nier, tend de jour 
en jour à devenir l'objet d'études spéciales. Si donc, en unis- 
sant tous nos efforts au lieu de les disséminer, si en travail- 
lant en commun avec zèle et persévérance, nous parvenons 
à maintenir cette langue comme un des moyens les plus effi- 
caces pour préparer convenablement les jeunes gens aux 
études universitaires, soyons satisfaits, ne demandons pas 
davantage. Car, quoi qu'on fasse, fût-il même possible de 
procurer à la jeunesse une connaissance du latin aussi éten- 
due que celle qu'on avait jadis , n'espérons plus voir , en de- 
hors des humanités, les ouvrages écrits dans cet idiome ail- 
leurs qu'entre les mains des personnesqui , pargoût, par état 
ou à cause de la nature de leurs occupations, continueront 
à cultiver les langues anciennes et à s'enrichir des trésors 
renfermés dans les monuments que ces langues ont servi à 
élever. 

Je puis ici invoquer le témoignage môme de M. Devaux. 
Notre savant confrère, examinant de quelle manière il se- 
rait possible de relever l'étude du latin, nous a dit qu'un 
premier moyen consisterait à faire rentrer l'enseignement 
des autres matières dans l'insignifiance qu'il avait autrefois. 
Mais il s'est hâté de prouver lui-même que ce moyen n'est 
pas réalisable. En effet, si on tentait de recourir à une pa- 
reille mesure, on provoquerait infailliblement une opposi- 
tion plus forte que celle que rencontra, en sens inverse, la 



( 166 ) 
réforme opérée sous le gouvernement de Marie-Thérèse, 
alors qu'on parvint à grand'peine à ajouter à l'enseigne- 
ment du latin celui du grec, de l'histoire, de la géographie, 
des mathématiques et des langues modernes. 

M. Devaux a déclaré ensuite qu'on ne réussirait à ren- 
forcer les études classiques qu'en étendant la durée des 
cours; mais en même temps, il nous a appris que le Gouver- 
nement, dans sa récente organisation des athénées, n'avait 
pas osé outre-passer le nomhre d'années admis auparavant 
et que, dans le conseil de perfectionnement, il y avait eu , 
sur ce point, partage de voix. 

Je m'arrête; je crois en avoir dit assez, trop peut-être 
pour déterminer, comme je me l'étais proposé en commen- 
çant, à quelpointdevue il convient d'apprécier le mémoire, 
en ce qui concerne le choix et la répartition des matières. 
Pouvons-nous exiger, je le demande, que l'auteur tranche 
la question laissée sans solution par le Gouvernement et 
qu'il se prononce pour l'une ou pour l'autre des deux opi- 
nions que j'ai exposées? Non, sans doute. Nous jugerons 
qu'il a agi sagement et avec beaucoup de prudence si son 
plan d'organisation embrasse le cadre ordinaire des études 
et assure une place convenable aux différentes branches de 
l'enseignement, surtout au latin et à la langue maternelle. 
Or, je n'hésite pas à dire qu'il en est ainsi. M. Devaux pense 
autrement; il a fait remarquer que l'auteur du mémoire ré- 
duit le cours d'études moyennes à cinq ans; pour moi, j'au- 
rais dit que cette réduction portail , non sur le cours d'études 
moyennes, mais sur le cours de latin , ce qui est différent. 
11 est évident, ce me semble, que remplacer la sixième par 
deux années d'études préliminaires serait une amélioration 
réelle. Et comme il n'y a rien d'aussi concluant qu'un fait, 
je me permettrai d'ajouter, qu'au collège communal deLou- 



( 167) 
vain , pendant que j'y occupais une chaire, on eut lieu de se 
féliciter d'avoir pu, dès 1830, ne faire commencer l'étude 
des langues anciennes qu'en cinquième. C'était cependant 
là une amélioration moins sensible que celle que l'auteur 
du mémoire veut réaliser. 

Au reste, l'organisation adoptée dans le mémoire me 
paraît, en grande partie, avoir été puisée dans le projet de 
loi élaboré par une commission instituée en vertu d'un 
arrêté du 50 août 1851. Je remarque, toutefois, une diffé- 
rence notable, dont la valeur ne peut échappera M. Devaux; 
la commission ne voulait que quatre années pour l'étude 
des langues anciennes, tandis que l'auteur du mémoire 
en réclame cinq. Cette commission se composait de 
MM. D. Arnould, Belpaire, Ernst aîné, Cauchy, Charles 
Lecocq et Quetelet, rapporteur. 

A l'appui de ce qui précède, je ne puis m'empècher de 
citer un passage du discours qu'un de nos savants con- 
frères, M. Borgnet, a prononcé, en 1849, à l'occasion de 
la distribution des prix aux lauréats du concours univer- 
sitaire. Après avoir rendu compte avec beaucoup de bien- 
veillance du projet d'organisation des collèges que j'avais 
publié, l'orateur, frappé, sans doute, de la justesse des 
considérations que j'avais empruntées au travail de la com- 
mission de 1851 , s'est exprimé ainsi : « Avec des mélho- 
» des convenables et une bonne répartition des heures de 
» leçon , nous ne doutons pas que trois et surtout quatre 
» années ne suffisent à l'élude des langues anciennes. A 
» présent, si l'on y consacre plus de temps, c'est qu'on 
» l'aborde trop tôt. En commençant à quatorze ou quinze 
ans, quand ils connaîtront les règles de leur langue 
maternelle, les jeunes gens trouveront plus de facilité 
à étudier le grec et le latin ; le dégoût, si fréquent au- 



( 168) 
» jourd'hui qu'on s'applique à trop de choses à la fois, ne 
» les atteindra plus; une intelligence mieux développée 
» les fera plus avancer en trois ou quatre ans que main- 
» tenant en sept. » 

C'est en raisonnant comme M. Borgnet que, pendant la 
discussion de la loi du 1 er juin 1850, j'adressai quelques 
observations à la Chambre des Représentants pour que les 
écoles moyennes fussent organisées de manière à servir 
d'intermédiaire entre l'école primaire et le collège. En 
effet, sans supposer les élèves bien préparés, il n'est pas 
permis de songer à diminuer le temps que réclame l'étude 
des langues anciennes. J'ajouterai avec M. Borgnet, dans 
le passage cité, qu'il faut, en outre, pouvoir compter sur 
des méthodes convenables. Il serait, par conséquent, témé- 
raire de juger d'une manière absolue l'organisation de 
l'enseignement présentée par l'auteur du mémoire; il est 
indispensable, en la jugeant, d'avoir égard à la méthode 
d'enseigner qu'il adapte à cette organisation. 

La même observation s'applique surtout à la partie du 
mémoire dans laquelle l'auteur propose de confier à un ou 
deux professeurs spéciaux l'enseignement de chaque ma- 
tière. Ce mode, dont j'ai plus d'une fois recommandé l'essai , 
a pour lui la sanction de l'expérience; il obtint même, à 
certaine époque, l'approbation du Gouvernement. 

Dans un rapport sur l'état de l'instruction moyenne 
présenté aux Chambres législatives en 1843, M. Nothomb 
a loué sans réserve l'organisation de l'enseignement à 
l'athénée de Bruges, organisation qu'il regardait comme 
parfaite; et cependant cet athénée ne comptait qu'un pro- 
fesseur de grec et trois professeurs de latin pour une sec- 
tion littéraire de sept années. Bien plus, le ministre, après 
avoir fait connaître la situation de cet établissement, 



( 169 ) 

ajoute ces mots : « On doit approuver la mesure qui a 
» confie presque toutes les branches de l'enseignement à 
» des professeurs spéciaux; chaque professeur s'efforce, 
ï> autant que possible, de faire avancer les élèves dans 
» la partie de l'instruction dont il est particulièrement 
» chargé. Du reste, afin d'empêcher que, par suite de 
» l'émulation excitée entre les maîtres, on exigeât des 
» élèves des efforts excessifs, un règlement a déterminé le 
j> nombre des devoirs et des leçons que chaque professeur 
» pourrait donner dans ses cours respectifs. » 

Quel changement s'est-il opéré depuis qu'un Ministre a 
tenu ce langage? Le Gouvernement s'est décidé à ne main- 
tenir le système de professeurs spéciaux que pour les bran- 
ches autres que les langues anciennes. Il est résulté de là 
que dans tel collège communal subsidié par l'État, collège 
que je pourrais nommer, on a renoncé aux avantages qu'on 
recueillait de l'application de ce système, et l'on s'est cru 
obligé récemment de revenir à peu près à l'ancienne dis- 
tribution des matières pour se rapprocher du mode suivi 
dans les établissements du Gouvernement. Dans d'autres 
collèges, au contraire, où le personnel est cependant nom- 
breux, ou a jugé qu'il était possible de laisser, sans incon- 
vénient, à trois professeurs tout l'enseignement des lan- 
gues anciennes. 

Aux nombreux arguments que l'auteur du mémoire 
n'a pas manqué de faire valoir en laveur de ce système, 
M. Devaux a opposé deux objections : la première consiste 
à dire qu'un professeur, chargé d'enseigner la même bran- 
che dans plusieurs classes, serait dans l'impossibilité de 
corriger tous les devoirs des élèves. Je répondrai qu'en 
présentant cette objection, M. Devaux a perdu de vue qu'il 
n'est aucun établissement, de quelque manière qu'il soit 



(170) 

organisé, où l'on donne chaque jour, sur toutes les ma- 
tières, des devoirs à faire par écrit. Il suffit d'ailleurs, 
pour n'avoir à craindre, sous ce rapport, aucun inconvé- 
nient dans le système des professeurs spéciaux, de se rap- 
peler l'observation qui termine le passage que j'ai extrait 
du rapport de M. Nothomb. 

La seconde objection paraît plus sérieuse. Ce système, 
dit M. Devaux, plus favorable à l'instruction qu'à l'éduca- 
tion, prive les jeunes enfants de l'influence d'un seul guide 
et les abandonne à une direction multiple. Mais ne serait- 
on pas en droit de répondre que, même dans le système 
actuel , on ne rencontre pas cette direction unique? J'y 
vois bien un professeur ayant plus de relations que ses 
collègues avec les élèves qui appartiennent à sa classe et 
exerçant sur eux une influence plus suivie; mais, après 
tout, cette influence ne peut jamais aller au delà d'un an. 
Avec des professeurs spéciaux, au contraire, l'influence du 
maître se fait sentir pendant plusieurs années consécuti- 
ves, et rien n'empêche que celui d'entre les professeurs 
qui, par la nature de ses fonctions, aura avec les élèves 
des relations plus intimes que les autres, n'exerce sur eux 
une action plus directe. Il n'est pas, du reste, impossible 
que des maîtres, quel qu'en soit le nombre, entrent en 
communauté de vues, par rapport à l'éducation, aussi bien 
qu'ils peuvent parvenir à imprimer à l'enseignement une 
direction uniforme. L'instruction et l'éducation sont deux 
sœurs inséparables. 

Il me reste à parler de la méthode d'enseigner que je 
considère réellement comme l'âme de l'organisation pro- 
posée par l'auteur du mémoire. C'est la méthode dont j'ai 
eu l'honneur de présenter un résumé à la classe, en l'entre- 
tenant successivement, dans trois séances, du but de l'en- 



(171 ) 
seignement, du procédé à suivre pour réaliser ce but et du 
devoir du maître. 

Les développements que le mémoire renferme sur ce 
point, dans des pages écrites avec talent, ont mérité à 
l'auteur l'approbation et les éloges de M. Devaux. Notre 
honorable confrère a seulement entrepris de prouver que 
l'application de la méthode à certaines parties de l'en- 
seignement offrait de graves inconvénients, qu'elle lui 
semblait d'une exécution presque impossible et qu'elle 
était même parfois en contradiction avec les principes 
établis par l'auteur. Je me vois donc obligé de descendre 
sur le terrain de la pratique; mais les éclaircissements 
que je donnerai et que l'auteur lui-même n'aurait proba- 
blement pas omis, s'il avait prévu toutes les objections, 
dissiperont, j'en ai la confiance, les doutes qui existeraient, 
à cet égard , dans l'esprit de mes honorables confrères. 

Cependant, avant d'entrer dans ces détails, je n'hésite 
pas à déclarer que je m'associe à M. Devaux pour blâmer 
quelques termes empreints d'exagération qui déparent le 
mémoire. Heureusement ces termes sont peu nombreux, 
et il serait aisé à l'auteur de les retrancher sans devoir 
remanier son travail. A cette occasion, je ne puis, sans 
manquer à l'Académie, sans manquer à moi-même, me 
dispenser de protester contre l'abus que l'on a l'ait de mon 
nom dans certain écrit, en employant un langage peu 
mesuré pour exposer des règles d'étude et d'enseignement 
a la propagation desquelles j'ai voué toute ma carrière. 

Quant à la qualification de nouvelle donnée à la mé- 
thode par l'auteur du mémoire, c'est uniquement lorsqu'il 
la considère comme présentant certains procédés particu- 
liers, différents des procédés généralement en usage, qu'il 
s'est permis d'employer cette dénomination. Pour ce qui 



( 172 ) 
est de la méthode envisagée dans ses principes et dans son 
ensemble, l'auteur a pris lui-même à tâche de prouver que 
ce système n'est pas nouveau , et qu'il ne renferme que des 
conséquences tirées d'idées connues. II a, à cet effet, réuni, 
dans une note annexée à la page 147 de son mémoire, de 
nombreux extraits d'ouvrages dont aucun n'appartient à 
un écrivain moderne. 

J'arrive aux objections que M. Devaux a rangées sous le 
titre : Méthode d'explication des auteurs. Elles se rapportent 
à ce qui concerne le dictionnaire, la grammaire, les thèmes 
et les traductions. J'abrégerai, autant que possible, les 
éclaircissements que je me suis engagé à fournir comme 
réponse à ces objections. 

L'auteur du mémoire bannit des classes inférieures 
l'emploi du dictionnaire. M. Devaux eût voulu qu'il se lut 
borné à demander que ces classes eussent leurs diction- 
naires Rappliquant à des auteurs déterminés et autrement 
conçus que ceux de ce genre qui existent aujourd'hui. Je 
dirai d'abord que c'est en partie pour remplir cette lacune 
que l'élève des classes inférieures est chargé de se faire 
deux vocabulaires, l'un pour le latin , l'autre pour le grec , 
dans lesquels il inscrit les mots nouveaux avec leur signi- 
lication, au fur et à mesure qu'il les rencontre dans les 
auteurs. Mais voici quelques-uns des avantages qui résul- 
tent de ce travail : l'élève se familiarise de plus en plus avec 
les mois qu'il écrit, il apprend à les orthographier correc- 
tement , il les retient mieux, il les retrouve à volonté avec 
toutes les nuances différentes qu'il a observées dans les 
diverses phrases d'où il les a extraits, il compare entre elles 
ces nuances, s'efforce de saisir l'analogie qui les unit et 
avance ainsi sûrement et rapidement dans la connaissance 
si importante de ce qu'on nomme la propriété des termes. 



(173) 

Il est, du reste, aisé de concevoir qu'en rangeant sim- 
plement les mots sous les différentes lettres de l'alphabet, 
l'élève n'a pas à craindre celte confusion qui existerait né- 
cessairement dans les lexiques volumineux où l'on se con- 
tenterait de placer les termes d'après l'ordre alphabétique, 
sans avoir égard aux lettres qui suivent l'initiale de chaque 
mot. 

Quant aux traités de grammaire, c'est également des 
classes inférieures qu'il s'agit uniquement de les proscrire. 
M. Devaux voudrait , et l'auteur du mémoire est du même 
avis, qu'il y eût, pour ces classes, des grammaires courtes, 
faciles, de véritables livres élémentaires. Ces traités de- 
vraient, en outre, être appropriés plus particulièrement 
aux langues anciennes, puisque les élèves, dans leurs 
études préliminaires, auraient déjà eu entre les mains la 
grammaire de leur langue maternelle. Mais, en admettant 
même l'existence de tels livres, on peut dire que le mode 
qui consiste à faire commencer l'étude du latin par la ré- 
daction d'une grammaire manuscrite n'est pas sans avan- 
tages. Ce procédé est propre à tenir constamment en éveil 
l'attention et l'activité de l'élève, en l'obligeant non-seule- 
ment à remarquer les différences que lui offre, sous le rap- 
port grammatical, le latin comparé avec la langue mater- 
nelle, mais aussi à prendre soigneusement note de ces 
différences. De cette manière aussi, l'élève peut à chaque 
instant recourir aux observations qu'il a consignées par 
écrit, s'en rendre compte, se les graver plus profondément 
dans la mémoire , et mieux juger si telle spécialité de lan- 
gage que présente l'auteur qu'il étudie est réellement nou- 
velle pour lui. Ce n'est pas là, je pense, montrer que l'on 
dédaigne la correction grammaticale , comme M. Devaux 
a semblé le craindre. 



( 174) 

Mais ce qui répugne le plus à notre savant confrère, c'est 
la difficulté ou plutôt l'impossibilité d'introduire de l'ordre 
dans le cahier destiné à recevoir les observations gramma- 
ticales. Si je pouvais mettre sous les yeux de la classe un 
cahier de ce genre, Join d'y voir un mélange confus de 
règles et d'exemples entassés les uns sur les autres, elle y 
remarquerait l'ordre le plus frappant, la régularité la plus 
parfaite. Ce cahier n'est, en effet, que le cadre d'une gram- 
maire, telle que M. Devaux la conçoit, cadre que l'élève 
remplit successivement en y classant les observations que 
suggèrent la lecture et l'élude des auteurs. 

Je n'insisterai pas davantage. Tl me paraît même superflu 
de parler du thème d'imitation que l'auteur du mémoire 
préfère à tout autre. Il a fait de cet exercice, qui est en 
usage dans beaucoup d'établissements, une partie inté- 
grante de son système d'études, parce que l'expérience a 
démontré que c'est le moyen le plus sûr et le plus direct 
pour parvenir , selon le vœu de M. Devaux, à se pénétrer 
du génie des langues , à se rendre familières leurs tournures , 
leurs constructions, leur élégance. 

Si je pouvais m'arrôler ici et conclure, je regarderais 
comme gagnée la cause que je défends; mais il me reste à 
suivre M. Devaux dans l'argumentation qu'il a réservée 
pour la fin de son rapport. Cette argumentation ne tend à 
rieu moins qu'à mettre l'auteur du mémoire en contradic- 
tion avec lui-même et à montrer que l'exercice de la tra- 
duction renverse de fond en comble les bases sur lesquelles 
sa méthode repose. Dans ce système, la traduction ne paraît 
plus à mon honorable confrère qu'un pur exercice de mé- 
moire auquel tout autre travail de l'intelligence semble 
devenir étranger. 

C'est encore une fois en me plaçant sur le terrain de la 



( 175 ) 

pratique que je trouverai un puissant moyen de défense. 
Voyons un instant l'élève en présence d'un passage nou- 
veau à traduire. Je supposerai même qu'il n'a à sa disposi- 
tion que des connaissances assez restreintes antérieurement 
acquises. Ces connaissances du moins sont positives et lui 
appartiennent sans restriction; car, d'après la marche qu'il 
a suivie et grâce à l'exercice de la répétition , avoir vu un 
mot , pour lui c'est le savoir, et il n'est jamais dans la né- 
cessité de recommencer indéfiniment les mêmes recherches 
pour retrouver la signification d'un terme , dès qu'une fois 
il a eu l'occasion de le rencontrer. Que fera-t-il donc pour 
traduire le passage donné? d'abord il profitera du vocabu- 
laire qu'il s'est approprié par ses études précédentes; il 
examinera ensuite avec attention les mots qui lui sont in- 
connus; il décomposera les uns pour en interroger les élé- 
ments ou pour en chercher le radical, il comparera les 
autres avec les racines qu'il connaît ; et , si ces moyens sont 
insuffisants, il recourra à la liste des mots-racines que le 
maître lui aura communiquée avec les règles de combi- 
naison et de dérivation qui s'y rattachent, règles dont l'ap- 
plication ne peut se faire qu'à l'aide du jugement et de la 
réflexion. Quel inconvénient y aurait-il d'ailleurs à ce que 
le maître indiquât lui-même le sens d'un petit nombre de 
mots qui offriraient de trop grandes difficultés? Nous ne 
devons pas perdre de vue qu'il s'agit ici de commençants. 
Or, on sait combien il est essentiel que les exercices aux- 
quels les élèves sont assujettis soient toujours gradués avec 
intelligence et n'excèdent jamais leur portée. 

Voilà, en peu de mots, comment se pratique l'exercice 
de la traduction dans le système que nous examinons en 
ce moment. M. Devaux n'y verra plus, j'en suis certain, 
un pur exercice de mémoire; il y trouvera, au contraire, 



(176) 
un travail sérieux propre à donner à l'esprit, comme il le 
demande, du ressort, de la finesse et de la précision. 

Je suis persuadé que, si mon honorable confrère avait 
connu en détail cette application pratique dont j'ai essayé 
de donner une idée, il eût modifié non-seulement les 
conclusions, mais aussi la marche de son rapport. De mon 
côté, n'étant plus arrêté par une série d'objections, dont 
il fallait bien tenir compte, je me serais particulièrement 
attaché à montrer l'enchaînement et l'accord de toutes les 
parties de l'organisation proposée par l'auteur du mé- 
moire; j'aurais fait ressortir tout ce que son plan renferme 
d'idées propres à améliorer l'état de l'enseignement; je 
n'aurais pas omis de parler de cette heureuse conception , 
d'après laquelle, pour les classes supérieures des huma- 
nités, un professeur serait spécialement chargé de coor- 
donner et d'unir les différentes branches d'instruction et 
de diriger les élèves dans l'élude comparée de productions 
littéraires appartenant aux grands écrivains anciens et 
modernes. 

Cependant, si je n'ai pas suivi dans mon rapport la 
marche que j'aurais voulu suivre, je crois avoir suffisam- 
ment motivé mon opinion sur la valeur du mémoire. La 
classe, je n'en doute pas, reconnaîtra avec moi qu'elle 
ne peut écarter un travail qui , mis au jour sous ses aus- 
pices, fera faire un grand pas dans l'art de l'enseignement, 
cet art, qui, comme nous l'a si bien dit M. Devaux, est 
assez complexe et assez difficile pour que, longtemps encore 
et malgré une si longue expérience, les procédés de la trans- 
mission des connaissances humaines puissent être utilement 
perfectionnés. 

Le Gouvernement, de son côté, témoin de l'accueil fa- 
vorable que l'Académie aura fait au mémoire, sanction- 



(177) 

nera de son autorité un plan d'études destiné à devenir 
dans ses mains la source d'importantes améliorations. Il 
remplira ainsi la tâche que sa haute mission lui impose, 
tâche qui, selon la remarque judicieuse faite, en 1851 , par 
M. Lesbroussart, alors administrateur général de l'instruc- 
tion publique, consiste à ne jamais cesser de tendre au 
perfectionnement de l'enseignement par des essais sagement 
mesurés. » leq gieToa om oj . sîq> 

aol ssluoJ eb fof»fcte , l te m — 

~èn* [fl 

arinohm oclq'fioe 9up oo JiioJ Iftrdsâ 

nappoMi d<- irr. QnoMei. 

■ 
-Binf ï iMes deux honorables confrères MM. Devaux etBaguet, 
ontanalyséelexarninéavecunsoin tout particulier la partie 
littéraire du mémoire soumis au concours de l'Académie; 
lenr attention s'est moins arrêtée sur celle relative aux 
sciences: peul-èlre ont-ils voulu m'en laisser l'examen, 
comme rentrant plus directement dans mes études habi- 
tuelles. La question du programme, en effet, ne parle pas 
seulement de l'enseignement littéraire, mais encore de 
l'enseignement scientifique donné, dans les écoles moyen- 
nes, principalement en vue de préparer aux études univer- 
sitaires. Il s'agissait donc de traiter des deux branches 
d'enseignement qui vont aboutir, l'une aux facultés des 
lettres et de droit, l'autre aux facultés des sciences et de 
médecine. La question était précise, et l'on ne conçoit pas 
comment l'auteur n'en ait pas complètement saisi le sens. 
Après deux années d'études préparatoires, il sépare, 
comme on l'a vu, les jeunes gens en deux sections : l'une 
des humanités et l'autre professionnelle. La première, celle 
qui doit préparer aux études universitaires, lui fournit à 
Tome xx. — II e part. 12 






( m ) 

peu près la matière de tout son mémoire; trois pages seu- 
lement sont consacrées aux sciences. Voici du reste le plan 
qu'il propose pour ces dernières études : 

Section inférieure. — V e année. — Algèbre pure jus- 
qu'aux équations du second degré inclusivement. 

2 e Année. — Géométrie plane. 

3 e Année. — Géométrie solide et trigonométrie recti- 
ligne. 

Section supérieure. — l re année. — Répétition de l'a- 
rithmétique et de l'algèbre avec de nouveaux développe- 
ments. 

2 e Année. — Répétition de la géométrie plane, de la 
géométrie solide et de la trigonométrie rectiligne avec de 
nouvelles applications. 

Quant à la physique, l'auteur la renvoie aux études aca- 
démiques et peut-être a-t-il raison; il voudrait la rempla- 
cer par un cours de logique. 

Les cours assignés à la section inférieure ne présentent 
rien de nouveau : c'est l'ancienne division ; mais on ne 
comprend pas pourquoi l'auteur reprend ensuite, dans la 
section supérieure, les mêmes cours exactement que ceux 
qui ont été donnés pendant les trois années précédentes. 
L'élève sait ou ne sait pas : s'il sait, il est inutile de reve- 
nir sur ce qu'il a appris, c'est l'ennuyer gratuitement; s'il 
ne sait pas, les cours qu'il a suivis ont été donnés en pure 
perte. L'auteur ajoute, il est vrai, qu'on enseignera avec 
de nouveaux développements. Mais quels sont ces dévelop- 
pements? il ne ledit pas. 

L'auteur semble étranger à l'enseignement scientilique 
ou ne s'est pas suffisamment rendu compte de ses pre- 
miers besoins. On doit lui savoir gré, du reste, d'avoir 
montré une prudente réserve et d'avoir cherché à simplifier 



(179) 

des études que l'on a tant compliquées de nos jours. Le 
point capital est que l'élève arrive aux universités non pas 
avec une grande variété de connaissances mal acquises et 
mal digérées, mais avec quelques saines notions des prin- 
cipes des mathématiques. On ne voit que trop souvent des 
jeunes gens afficher des prétentions à la connaissance de 
la haute géométrie ou du calcul infinitésimal, et se trouver 
fort embarrassés d'exécuter les plus simples opérations de 
l'arithmétique. 

L'auteur a senti probablement qu'il n'avait pas répondu 
à l'attente de l'Académie j et vers la fin de son travail , il 
demande ce que ce corps savant entend par les mots ensei- 
gnement scientifique. Il entre alors dans quelques détails 
sur l'enseignement professionnel et donne un aperçu de 
ce qu'il devrait être. 

Les cours, selon lui, devraient durer trois ans et com- 
prendre, d'une part, les langues française, flamande, alle- 
mande et anglaise, et, de l'autre, les éléments des sciences 
mathématiques, physiques et naturelles, ainsi que le com- 
merce, la géographie et l'histoire. Toute cette partie, à 
peine indiquée, est certainement la plus faible du mé- 
moire. On sent que Fauteur ne s'est pas occupé sérieuse- 
ment du sujet dont il traite, ou que le temps lui a man- 
qué; il ne prend pas la peine de justifier le plan qu'il 
propose et n'entre dans aucuns détails sur la méthode qu'il 
conviendrait de suivre dans l'enseignement. Toutes les 
sciences à peu près figurent dans son programme, mais 
rien n'indique jusqu'où il faut aller, ni quelle marche il 
faut suivre pour obtenir quelques fruits d'un enseignement 
aussi complexe. 11 me semble impossible que l'Académie 
couronne ce travail incomplet. 

Je ne parle ici que de la partie scientifique du mémoire, 



( 180) 
et j'éprouve un vif regret de devoir énoncer un jugement 
peut-être sévère, car la partie littéraire me semble traitée 
avec supériorité? J'ajouterai même que j'ai vu pratiquer, 
avec un grand succès, la méthode proposée par l'auteur 
pour l'enseignement des langues anciennes. Plusieurs jeu- 
nes gens, instruits par cette méthode, se trouvaient après 
5 à 4 ans d'études, plus avancés qu'on ne l'était après 5 
ou 6 ans par les méthodes ordinaires. Ils étaient tenus, 
comme l'indique le mémoire, de former par eux-mêmes 
leur grammaire et leur dictionnaire; ils n'avaient d'autre' 
guide qu'un tableau résumant les déclinaisons des sub- 
stantifs et des pronoms ainsi que les conjugaisons des 
principaux verbes. J'ajouterai même que, par ce mode 
d'enseignement tout rationnel , le jeune homme n'apprend 
pas seulement les langues anciennes, mais il s'habitue, ce 
qui est plus précieux encore, à penser par lui-même et 
à se former un jugement sûr. 

Je ne m'arrêterai pas davantage à la partie littéraire 
du travail, qui a donné lieu aux deux excellents rapports 
de nos honorables confrères; je ne puis cependant m'em- 
pêcher de faire remarquer que l'auteur supprime complè- 
tement le flamand de son programme d'études pour la sec- 
tion des humanités. Il place, il est vrai, l'allemand à côté 
du français; mais j'aurais voulu savoir au moins sur quels 
puissants motifs il appuie cette substitution. Je ne vois pas 
ce qui peut autoriser à négliger une langue parlée par la 
grande majorité d'une nation. 

Je termine ce rapport, déjà trop long peut-être, en 
exprimant le regret de ne pouvoir voter la médaille d'or 
en faveur du concurrent; son mémoire présente trop de 
lacunes. Je crois, du reste, que l'auteur est très en état 
de l'améliorer et qu'il ne manquerait pas de le revoir, si 



( 181 ) 
la question était maintenue au concours. Je serais disposé 
cependant à lui accorder une médaille en argent ou en 
vermeil avec une mention très-honorable. » 

Après mûre délibération , la classe décerne au mémoire 
une médaille d'argent, et décide que l'insertion du mé- 
moire aura lieu dans son recueil. L'auteur sera invité à 
se (aire connaître. 



SIXIÈME QUESTION. 

Éloge de Gode froid de Bouillon. 

(Littérature française.) 
Mtappoft tlf M. Wo/.f. 

<r Godefroid de Bouillon offre dans l'histoire du XII e 
siècle une ligure d'une pureté exceptionnelle. La fidélité à 
l'idée du devoir l'élève au-dessus des autres princes de son 
temps, dont il égale d'ailleurs l'héroïsme militaire. II n'y a 
de place dans son âme que pour cette idée qu'il comprend 
avec grandeur et qu'il suit avec un dévouement sublime. 

Neveu et fils adoptif de Godefroid le Bossu, duc de 
basse Lotharingie, il avait été appelé à recueillir son hé- 
ritage. Mais l'Empereur refusa de lui accorder la plus 
belle partie de cette grande succession, la dignité ducale 
et le marquisat d'Anvers qui s'y trouvait attaché. Il en 
avait le droit à la rigueur : cependant les grandes familles 
germaniques, et plus généralement encore celles de Lotha- 
ringie, avaient toujours combattu pour l'hérédité des di- 



( 482 ) 

gnités qu'elles possédaient, et conservé, de génération en 
génération, la prétention de les ressaisir quand elles en 
avaient été dépouillées. Le jeune Godefroid se contenta de 
défendre avec fermeté ses alleux et fut le plus fidèle vassal 
du souverain dont il avait subi l'arrêt sévère. 11 vola sous 
ses drapeaux quand il vit son trône menacé et montra 
une ardeur infatigable pour sa défense. 

Armé pour Henri IV, il eut à combattre contre le chef 
de l'Église. Mais, si légitime que fût au fond la cause de 
Grégoire VII, elle n'était pas adoptée en Lotharingie, et, 
dans toute cette grande lutte entre l'Empire et la papauté, 
l'Église de Liège soutint assez constamment le parti impé- 
rial. On ne doit donc pas s'étonner que Godefroid ne tînt 
compte que de ses obligations de vassal : c'étaient les 
seules dont il eût la notion certaine. 

Parvenu légitimement au rang ducal, il en remplit les 
devoirs avec une rare supériorité d'intelligence et de cœur. 
Il apaisa les troubles, concilia les princes ennemis, obtint 
par le respect ce que d'autres avaient demandé à l'épée. 
Remarquons encore sa renonciation au comté de Boulogne 
dont il était l'héritier naturel. Les comtes de Flandre et 
ceux de Hainaut reconnaissaient deux suzerains : l'Empe- 
reur et le roi de France. Godefroid s'était donné à l'Em- 
pereur et ne crut pas pouvoir relever d'un autre. Il laissa 
Boulogne à celui de ses frères qui venait après lui. 

Quand arriva le moment de la première croisade, il y 
marcha en chrétien, avec une élévation de sentiments qui , 
après lui , n'appartint peut-être qu'à saint Louis, venu un 
siècle et demi plus tard. Il avait vendu pour cette pieuse 
entreprise l'alleu de Bouillon, sa possession principale, 
qu'on l'avait vu défendre autrefois au risque de sa vie. 
Réuni à ce Ilot impétueux de seigneurs et de chevaliers, 



(185) 
qui portaient dans la guerre sainte une ardeur de courage 
mêlée d'orgueil et de passion , lui seul fut sans violence , 
sans inégalité dans son dévouement, sans ambition de 
gloire, sans découragement dans l'adversité. Maintenant 
qu'il comprenait un devoir plus grand que celui d'un vas- 
sal, il était le modèle d'un héroïsme plus pur. Il y avait, 
sans doute, autour de lui de nobles figures; il n'y eut 
peut-être aucune qui fût aussi complètement chrétienne. 

Le salut de Jérusalem demandait un dernier acte de 
dévouement. Aucun de ceux qui auraient pu monter sur 
le trônene voulait accepter l'exil qui en était la condition. 
Godefroid s'y soumit et refusa seulement les honneurs 
royaux. Sa pensée est écrite dans le titre qu'il adopta : 
celui de défenseur du saint sépulcre. Il régna de manière 
à le justifier. 

Si cette faible esquisse indique la grandeur morale de 
l'homme et les vertus du héros, elle marque aussi l'étendue 
et l'élévation du cercle d'idées où il faut puiser pour faire 
son éloge, et l'Académie devrait s'estimer heureuse si, du 
premier coup, elle avait rencontré parmi les concurrents 
un écrivain capable de remplir une si belle tâche. 

L'auteur du mémoire qui porte le n° 1 n'est pas resté 
tout à fait au-dessous de l'œuvre qu'il a entreprise. On doit 
lui rendre cette justice qu'il a fait preuve d'une étude ap- 
profondie du sujet, et d'une appréciation ordinairement 
juste des principaux actes de la vie du héros. Le fond de 
son travail est bon et offre un véritable mérite. Mais à cet 
éloge, je me crois forcé d'ajouter quelques réserves. Le 
tableau qu'il trace de l'époque de Godefroid n'a pas la pré- 
cision et la fidélité minutieuse de l'histoire. Il se laisse 
aller à des peintures trop chargées, et sa rigueur envers 
les ennemis du noble duc devient peu excusable quand elle 



( *8i ) 
s'étend à une princesse que l'histoire place au-dessus des 
âmes ordinaires (la comtesse Mathilde). Il ne tient aucun 
compte des versions diverses qui existent sur les événe- 
ments dont ii parle. Il omet des circonstances qui au- 
raient dû être signalées, et pour ne citer que sa principale 
inexactitude dans ce sens, il raconte l'élection de Gode- 
froid au trône de Jérusalem sans rien dire du refus préa- 
lable des deux Robert. Son travail aurait donc besoin 
d'être retouché pour prendre le caractère solide et sérieux 
qui lui manque sur quelques points. 

Je me permettrai aussi de blâmer certains défauts qui 
me frappent dans la forme de cet ouvrage. L'auteur n'est 
pas assez sévère sur le choix, la noblesse et la pureté des 
expressions; il écrit quelquefois assez bien, mais il ne le 
fait pas toujours. Il aime les mots retentissants, dont le 
vide effraie les esprits posés. Le ton qu'il prend se rap- 
proche davantage de celui de l'oraison funèbre que de 
l'éloge historique. Sous ce rapport donc il y a encore quel- 
que chose à refaire dans son œuvre. 

Ces remarques me conduisent à penser que l'Académie 
ne pourrait décerner, actuellement du moins, qu'un en- 
couragement du second ordre à l'auteur de cet éloge. Mais 
je le crois capable de mériter mieux une autre fois, et ne 
prévoyant pas que la médaille d'or soit obtenue cette 
année, je proposerais que le sujet fût remis au concours, 
afin de laisser à l'auteur la chance d'un succès complet. 

Je m'en remets, du reste, à l'opinion de mes honorables 
collègues, dont le jugement fera pour moi autorité. » 

« Le mémoire n° 2 est d'une infériorité incontestable 
pour le fond comme pour la forme. Il me paraît l'œuvre 
d'un jeune homme qui n'a pas encore réussi à débrouiller 
le chaos de ses idées et de son style. Je n'ai jamais lu de 



(185) 

période aussi ambitieuse et aussi diffuse que celle où il 
proclame, au début de sou travail , les droits du génie à la 
reconnaissance de la postérité. Il prend, un peu plus loin , 
la précaution bien déplacée d'excuser son héros d'avoir par- 
tagé ce qu'il appelle les idées fébriles de son époque, comme 
si ces idées n'étaient pas les plus grandes qui eussent encore 
animé les nations européennes. Il oublie ensuite de nous 
dire qui est Godefroid de Bouillon, quel lien de parenté 
rattachait à Godefroid le Bossu, quels étaient « ses peu- 
ples » (car il se sert de cette expression) , enfin tout ce qui 
devrait servir de base à son histoire. Il supprime égale- 
ment l'appui que lui donna l'évêque Henri de Liège, et fait 
un récit puéril de sa guerre contre le comte de Namur et 
l'évêque de Verdun. En revanche, il nous apprend que le 
conseil de l'Empire avait décidé, à l'unanimité, que le dra- 
peau impérial serait confié à Godefroid comme au plus 
digne, et il fait un tableau chimérique de la défaite de 
Rodolphe de Souabe et de la prise de Rome. 

Des rapports du héros avec la Belgique, pas un mot. Si 
Godefroid a possédé le marquisat d'Anvers et le titre de duc 
de basse Lotharingie, l'auteur n'y prend pas garde. Il ne 
s'intéresse pas non plus à son intervention entre l'évêque 
de Liège et les comtes voisins. 11 se contente de dire qu'il 
vendit ses biens immenses pour aller à la Terre-Sainte. 

Le récit de la croisade et du règne de Godefroid est la 
partie la moins médiocre de l'ouvrage; mais encore ne 
faut-il y chercher ni critique ni solidité. L'auteur a l'habi- 
tude d'exposer comme des faits une foule de détails ima- 
ginaires dont il embellit ses narrations, et ceux de nous 
qui, par devoir ou par curiosité, ont eu le courage de lire 
les vieux romans historiques de la Calprenède en retrou- 
veraient ici l'enflure et la redondance. 



(186) 

L'Académie n'hésitera sans doute point à rejeter un 
travail si incomplet et si peu sérieux. 11 serait à désirer 
qu'on n'osât pas se permettre de nous adresser de pareilles 
compositions empreintes d'ignorance, de paresse d'esprit 
et de présomption. Qu'un écrivain médiocre expose sans 
art le fruit de ses recherches, l'utilité qu'aura peut-être 
son ouvrage en excusera, jusqu'à un certain point, la forme 
imparfaite; mais écrire sur ce qu'on n'a pas même essayé 
de savoir, c'est manquer de conscience. » 

Les conclusions du rapport précédent, auxquelles ont 
adhéré les deux autres commissaires, MM. Grandgagnage 
et le baron de Gerlache, sont adoptées par la classe. 



Éloge de Gode froid de Bouillon. 

( Littérature flamande.) 
Rapport d« M. JBormanf. 

« Comme des trois éloges flamands de Godefïoid de 
Bouillon qui vous ont été envoyés pour prendre part au 
concours, et sur lesquels nous avons à vous faire un rap- 
port, le premier inscrit est le seul qui remplisse, jusqu'à 
certain point, les conditions du programme, nous croyons 
bien faire, en changeant l'ordre de leur inscription, de 
vous entretenir d'abord des n os 2 et 5. 

Le n° 2 portant pour épigraphe le vers : Godfriedsnaem 
zal eeuwig klinken, ne demande pas une longue apprécia- 
tion; il peut se juger en deux mots, qui sont en même 
temps sa condamnation : ce n'est d'un bout à l'autre qu'une 



( 187 ) 

misérable paraphrase de l'éloge de Godefroid de Bouillon 
par Schrant, faite par quelque écolier qui en est encore à 
apprendre ses déclinaisons et ses conjugaisons. 

Aucune analyse ne pourrait donner une idée de toutes 
les fautes de langage ou des absurdités dont cette étrange 
composition fourmille. Nous en transcrivons ici le début, 
la partie évidemment la moins mauvaise, d'après laquelle 
vous pourrez jusqu'à certain point juger ce que doit être 
le reste : 

De geschiedenis loochent niet, met ons de middel eeuwen 
le beschryven als een tyd van onwetenheid, van zedeloosheid 
endwang, die bekend ivaren door onverzoenelyke twislen en 
oorlogen, die niets dan plunderingen en moorden voorbrag- 
ten. Het was toen de regering van den barbaer die over de 
ongelukkige bewoners de dwinglandy deed heerschen; van 
den waren vorst die aen wetten en magt ontbrakt. 

Te vergeefs ivierd de godsdienst door de barbaren meer 
dan eens ovèrtreden en aen stukken gesc heurt , enz., enz. 

Il serait inutile d'aller plus loin ou de nous y arrêter 
davantage. Quant à l'écrit de Schrant, dont le concurrent 
s'est fait le maladroit plagiaire et dont il copie en marge 
toutes les autorités sans le citer lui-même, nous y revien- 
drons quand il s'agira du n° 1 er . 

Nous passons au n° 5, qui porte pour épigraphe les 
mots : Zyn gansch leven is eene onafgebrokene lofrede. Votre 
commission n'a pu voir dans la présentation de ce travail 
pour prendre part au concours qu'une sorte de malen- 
tendu. Au lieu d'un discours en prose, d'un morceau d'é- 
loquence oratoire, comme votre intention avait été de le 
demander, l'auteur a consacré à la mémoire de Godefroid 
tout un long poëme, dont l'ensemble comprend : l°jun pro- 
logue de 14 strophes, de quatre vers chacune; 2° l'éloge de 



(d88) 
Godefroid proprement dit en 107 strophes; 3° 15 strophes 
formant lepilogue; par conséquent, 126 strophes ou 504 
vers en tout. 

Il y a joint quelques observations sur le mètre dont il 
s'est servi et sur les libertés qu'il s'est permises par rap- 
port à la langue. C'est tout à la fois une profession de 
foi littéraire, une apologie des tentatives faites depuis 
quelque temps pour rendre à la langue flamande son an- 
cien caractère synthétique dont la perte l'a tant appauvrie, 
et une instruction, nous pourrions dire un avertissement 
pour ceux qui pouvaient être appelés à juger son œuvre. 

Voire commission regrette beaucoup que l'auteur n'ait 
pas vu que, par suite des conditions du concours, ces pré- 
cautions devenaient absolument sans objet. 

En inscrivant dans votre programme YÉloge de Gode- 
froid de Bouillon, vous avez eu soin d'avertir que le sujet 
devait être traité principalement au point de vue littéraire, 
et la classe, en adoptant celte question, avait formellement 
déclaré qu'elle n'entendait pas cette fois proposer un prix 
de poésie, mais d'éloquence. 

Sans décider la question, qui pouvait être faite, si les 
termes du programme, que nous venons de rapporter, 
excluent ou non la poésie d'une manière aussi absolue que 
la classe l'avait désiré, voire commission a reconnu, à 
l'unanimité, que le mérite littéraire d'un éloge de ce genre 
ne pouvait, dans aucun cas, se concilier avec l'emploi 
d'un mètre suranné et d'une langue qui n'est plus celle de 
notre époque, les tours de force et les singularités litté- 
raires constituant des genres, ou si le mot est impropre, 
des choses à part. 

Répudiant toutes les formes modernes de notre poésie, 
railleur a fait choix du vers et de la strophe des Nibe- 



(189) 
lungen, convaincu, dit-il, que les formes du moyen âge 
ne sauraient être déplacées quand il s'agit de chanter le 
plus grand des héros du moyen âge. Il aurait parfaitement 
raison s'il pouvait en même temps aller prendre ses lec- 
teurs dans le moyen âge, ou s'il étail possible que cette ver- 
sification primitive eût encore pour nous le même charme 
qu'elle peut avoir eu pour nos ancêtres à une époque où la 
poésie teu ionique était encore dans son enfance. 

Qu'auraient dit les Romains du temps d'Auguste si 
quelqu'un s'était avisé d'essayer de remettre en honneur 
l'ancien vers saturnien, qui a tant de rapport avec celui 
des Nibelungen, encore qu'il eût moins vieilli pour eux 
que celui-ci ne l'a fait pour nous? Peut-on douter du ju- 
gement qu'ils en auraient porté, lorsqu'on voit Horace 
féliciter son siècle de ce que les progrès de la civilisa- 
tion , et surtout l'intluence de l'art grec , les eût délivrés de 
ce vers grossier et barbare; je ne saurais traduire autre- 
ment l'épithète dont il se sert : 

Sic horridus ille 
Defluxit numerus saturnins, et grave virus 
Munditiae pepulére ? 

Or, encore une fois, pour la marche et le ton, le vers 
saturnien et celui des Nibelungen c'est tout un, ou s'il y 
a entre eux une différence elle est tout au désavantage du 
dernier. 11 n'est donc pas étonnant que nos poètes thyois 
l'aient abandonné de bonne heure, si tant est qu'ils l'aient 
jamais employé ailleurs que dans des traductions de vieux 
poèmes allemands. Tout ce qu'on en connaît aujourd'hui, 
ce sont deux fragments d'une traduction du XIII e siècle 
du poème même des Nibelungen, et une couple de pièces 
d'une originalité et d'une date également incertaines. On 



( 190 ) 

peut dire d'une manière générale qu'on n'en trouve pas 
d'autre trace pendant les cinq ou six siècles d'existence de 
notre littérature; il était si bien oublié même en Alle- 
magne qu'il a fallu tous les efforts et toute l'érudition des 
Lacbmann et des Von der Hagen pour parvenir à y recon- 
naître quelques lois. Ceci explique l'attention que l'auteur 
a eue de nous en décrire sommairement le mécanisme et 
les principales règles, avec lesquels votre commission 
aurait fort bien pu n'être pas plus familiarisée que le 
public. 

Ces réflexions s'appliquent en partie aussi à la langue 
que l'auteur s'est faite, et qu'il a naturellement dû cher- 
cher à mettre en harmonie avec le mètre auquel elle devait 
se plier. C'est un composé du langage des XII e , XIII e et 
XIV e siècles et de celui de nos jours. Les expressions appar- 
tiennent, en général, à notre époque, mais les formes 
grammaticales et les tours sont ceux du moyen âge. 

Nous reconnaissons de nouveau que le vieux thyois était, 
sous ce rapport, infiniment plus riche et plus parfait que le 
flamand moderne; nous ajouterons même qu'il serait sou- 
haitable que notre langue poétique surtout, sagement re- 
trempéeaux sources anciennes, y pût retrouver un jour celte 
flexibilité (mêmedans le sens grammatical) , cette précision , 
cette énergie de tours et cette naïveté d'expression qu'on ne 
se lasse point d'admirer dans nos vieilles poésies ; mais nous 
ne croyons pas qu'il soit possible d'introduire encore au- 
jourd'hui dans la langue un changement aussi radical, ni 
même, si la chose était possible, qu'il fût prudent de l'en- 
treprendre d'une manière aussi brusque et aussi violente 
que l'auteur semble vouloir le tenter. Ce n'est pas quand une 
littérature a déjà acquis un développement aussi considé- 
rable que celui qu'on ne peut plus méconnaître dans la 



(191 ) 

littérature flamande, quand elle est pleinement émancipée 
et en possession de tous ses droits, quelle laisse encore 
imposer une nouvelle grammaire à sa langue, ou mettre à 
elle-même, pour me servir de l'expression de l'auteur, une 
camisole de force (dwangkleed), celte camisole lut-elle 
mille fois, comme il le dit encore, son antique et riche 
dépouille (hel oude , ryke dwangkleedj. 

Parvenue à sa maturité, elle ne dépend plus des caprices 
d'un écrivain , ni des décisions arbitraires d'un grammai- 
rien. Elle ne reçoit plus des lois, elle les donne. Elle est la 
souveraine, elle règne; et, quoi qu'on dise de l'autorité de 
l'usage même, il n'est que son conseiller ou plutôt l'usage 
c'est encore elle. 

Ces observations ne sont pas les seules qu'on pourrait 
faire valoir contre le système de l'auteur; mais notre 
tâche n'est pas de le réfuter ou de le convaincre d'exagéra- 
tion. Nous avons dû vous rendre compte des considérations 
qui nous ont forcé d'écarter du concours une composition 
du reste très-remarquable. Le sujet y est traité d'une ma- 
nière aussi complète que les exigences poétiques pouvaient 
le permettre. La conduite et la marche du récit est régu- 
lière et en même temps libre, facile et suffisamment rapide. 
Le ton est varié autant que les scènes qu'on parcourt suc- 
cessivement. Le plus souvent il est grave, noble, soutenu 
d'une manière égale; d'autres fois il s'élève et semble s'in- 
spirer de l'énergie des guerriers et s'animer au bruit des ba- 
tailles; mais il devient gracieux, doux, touchant et respire 
une sensibilité vraie, chaque fois que le poète jette un re- 
gard sur la nature, qu'il nous peint les souffrances des hom- 
mes ou les vertus chrétiennes de son héros. Le sentiment 
religieux et l'amour de la patrie, empreints sur toutes les 
pages, y répandent un doux intérêt. Les tableaux ont du 



( 192 ) 

mouvement et de la chaleur. Les discours et les prières sont 
bien adaptés aux circonstances et courts; les rétïexions et 
les comparaisons justes. L'expression , quoique générale- 
ment simple et naturelle, ne manque pas de poésie, par- 
ticulièrement dans les descriptions. Le style a toute la 
vivacité que comportent les formes du vieux langage et la 
monotone et mélancolique lenteur de la slrophe des Nibe- 
lungen. Pourquoi faut-il que nous ajoutions encore cette 
restriction que la plupart des qualités que nous venons d'é- 
numérer, et qui sont très-réelles, ne deviennent bien sen- 
sibles, que lorsqu'on se place tout à fait au point de vue 
particulier de Tau leur et que l'on fait abstraction de l'é- 
trangeté de sa langue et de son mètre? 

Nous arrivons enfin au n° 1 er . Il est dans la forme vou- 
lue : c'est un éloge en prose, et nous nous hâtons d'ajouter 
que rauteur a compris que le mérite littéraire d'un écrit de 
ce genre, composé à une semblable occasion, devait être 
avant tout le mérite del'éiocution, la pureté, l'élégance, la 
dignité, la richesse, l'éclat et la magnificence du style. Dès 
les premières lignes, on s'aperçoit qu'il a entrepris d'écrire 
un véritable éloge académique et l'on ne tarde pas à se con- 
vaincre que, du côté de la langue et du talent, rien ne lui 
manque pour remplir dignement la partie la plus essen- 
tielle de sa tâche. Ses expressions sont justes et bien choi- 
sies, sa phrase nette et coulante, son style d'abord noble 
et grave, devient bientôt riche, brillant et harmonieux. Tl 
connaît toutes les ressources de l'instrument dont il se sert 
et il s'en sert en maître. Son introduction (nous explique- 
rons tantôt pourquoi nous ne disons pas son exorde), celte 
partie surtout est écrite avec un rare talent. On ne sait ce 
qu'on doit admirer le plus ou de la fermeté continue et du 
coloris delà diction , ou de la rapidité el dcl'intérêl du récit. 



( 193) 
Le reste se maintient généralement à cette hauteur de ton , 
et si parfois, pour y atteindre, l'auteur est obligé de planer 
au-dessus de son sujet, il accumule à son gré les ornements 
qui doivent masquer le vide et combler l'intervalle. Il pos- 
sède à un haut degré l'art de relever les détails et d'arron- 
dir sa phrase au moyeu d'une épilhètèet, malgré le retour 
fréquent de tant de circonstances semblables qu'il a a dé- 
crire, d'être toujours neuf et toujours également brillant 
par l'expression. 

Si nous pouvions nous arrêter ici, sans avoir, après un 
pareil éloge, à faire également la part du blâme, nos con- 
clusions seraient vite prises et vous vous empresseriez d'y 
applaudir, certains de couronner un chef-d'œuvre ou peu 
s'en faut. Malheureusement il n'en est pas tout à fait ainsi. 

Nous avons dû commencer par vous montrer, d'abord le 
beau côté de ce travail, parce que , parmi les qualités qui 
le distinguent, il en est plusieurs dont l'exagération, quand 
on s'obstine à y atteindre et qu'on les poursuit à outrance, 
est extrêmement difficile à éviter cl constitue, en même 
temps, une des fautes les plus graves et les plus sensibles; 
et que c'est précisément celte faute dont l'auteur de l'écrit 
que nous examinons n'a pas toujours su se garantir. 

Pour se maintenir constamment à une semblable éléva- 
tion sans tomber dans la recherche et l'affectation; sans 
que l'éloquence dégénère parfois en une faconde purement 
artificielle, ou que le faux, le maniéré, le guindé prennent 
la place de la hardiesse, de l'élégance, de la grandeur, il 
ne suffit pas d'être soutenu par un beau sujet et un grand 
talent, de joindre à une imagination plus ou moins vive une 
oreille très-sensible et de manier habilement sa langue : il 
faut encore un goût sûr, un jugement des plus exercés et 
une déliance de soi-même d'autant plus grande que l'illu- 

TOME XX. — II e PART. 45 



( m ) 

sion est plus facile. Rien ne ressemble plus à certaines ver- 
tus, que certains vices, parce que ce n'est pas la qualité qui 
fait la différence entre eux, mais la quantité; on prend 
le plus pour le mieux et l'on se laisse séduire par l'appa- 
rence. 

C'est ce qui est arrivé en plus d'un endroit à l'auteur de 
cet éloge. Il ne s'est que trop souvent laissé éblouir par le 
faux éclat d'un mot ou d'une expression et par un vain 
bruit de paroles. Pour ne citer qu'un seul exemple, nous 
placerons ici la description qu'il fait de la bataille de Ni- 
cée; elle suffira pour vous faire reconnaître la tendance de 
l'auteur au défaut que nous signalons ici , et vous vous 
convaincrez en même temps que nous n'avons rien exagéré 
en vantant, d'un autre côté, la richesse, l'élévation, la 
pompe et l'harmonie de son style. Voici ce morceau : 

Nu trokken de kruishelden ter heirvaert op en stuitten 
weldra op den voorpost van het Islamismus, het zwaer be- 
zette en sterk bemantelde JSkea. David Kilidj-Arslan , zoon 
van Soliman , hield zich op de omliggende hoogten verschanst 
en slond den Christenen te weer aen het hooft van honderd 
duizend krygers,uit al de gewesten van Klein- Azïè en Persiè' 
toegestroomd. Hoe sidderde het Ongeloofby den aenblik dier 
onoverzienbare menigle, verder uitgestrekt dan de gezicht- 
einderreikenkon! Dock nauwelyks hebbende Christenen hunne 
tenten om de vesling geslagen, ofde Sultan daelt van het ge- 
bergte en biedt den stryd. Beide légers rukken met gelyke 
vcoede op elkander aen : van wederzyds schilteren helmen en 
flikkeren ontbloole zwaerden; op verren af stand vemeemt 
men het geschok der op cen botsende panlsers; ontzet tende 
kreten galmen door de ruimte. De verwilderde rossen stei- 
geren by het gedruisch der wapens of storten ncêr onder de 
pylen der barbaren. De grond dreunt en davert; de vlakle is 



( 19o ) 
bezaeid met verminkle lykcn en stukken van gebrokcn wapen- 
tuig : ailes ademt bloedige vernieling ! 

En Godevaert ? M en zoeke hem waer de heldendood den 
dapperen tegengrimt. Met den geest der verdelging bezield 
zweefi hy , als ecn bovennatuerlyk wezen , de dichtste gelé- 
deren der Muzulmannen door. Zyn voorbeeld wakkert aen, 
zyne lael bemoedigt en stcrkt. De spitsbroederen spoort hy lot 
den zege of lot de martelkroon, deze overwinning , zelfs in 
den doodl Wie wederslaet aen zyne geduclite slagen? De 
vyand vlicdt, vliedend icerpt hy de wapens af en dekt zich 
hethoofd. De halve maen verbleekt voor het zegevierend kruis y 
en de faem verkondigt aen het verschrikle Aziè' den helden- 
moed der Christencn en den roem van hunnen aenvoerder. 

On ne saurait nier qu'on n'ait ici sous les yeux un morceau 
d'une grande magnificence; mais qu'on examine de près 
celte bataille qui y est encadrée; qu'y voit-on après que les 
deux armées se sont précipitées Tune contre l'autre avec 
une égale fureur? Des deux côtés, les casques élincellent, les 
épées, sorties de leurs fourreaux, brillent; on entend au loin 
le choc des cuirasses qui se heurtent , des cris émouvants re- 
tentissent dans l'espace; les chevaux se cabrent au bruit des 
armes ou s'abattent sous les flèches des barbares; la terre 
mugit , résonne et tremble; la plaine est parsemée de cadavres 
mutilés et de fragments d'armes et d'armures brisées. Tous 
les accessoires d'une bataille y sont, mais, dans tout ce 
tumulte, on cherche en vain une bataille, on ne voit pas 
un seul combattant. Et Godefroid? La question est de 
l'auteur, comme s'il avait pressenti que nous le réclame- 
rions; et il se hâte de nous dire que nous devons le cher- 
cher là où la mort des héros [de heldendood) montre ses 
dents menaçantes (ou comment traduirons-nous tegen- 
grimt?)* l'homme courageux. C'est pour cela apparem- 



( 196 ) 

ment que Godefroid ne paraît que lorsque tout ce grand 
fracas de la bataille est passé, car là une pareille mort ne 
pouvait que lui sourire. 

Que dirons-nous de cet esprit (l'exterminai ion (geesl dêr 
verdelging) dont est animé Godefroid qui, semblable à un 
être surnaturel, traverse les rangs les plus serrés des mu- 
sulmans? de l'ennemi (collectif) qui fuit en jetant ses ar- 
mes et en se couvrant la tête? Quelques-uns de ces traits 
peuvent êlre excellents, ou bons ou du moins excusables 
dans un poëte, dans le Tasse, par exemple, dont l'auteur 
s'est amplement inspiré, mais la prose, même oratoire, 
même académique, exige plus de sévérité. 

Nous pourrions pousser plus loin la critique de ce pas- 
sage, et il nous serait surtout facile de vous signaler dans 
les autres parties de cet écrit, un grand nombre de taches 
du même genre et quelques fautes peut-être plus fâcheu- 
ses; mais, comme nous l'avons dit, l'œuvre entière n'en 
reste pas moins une production de beaucoup de mérite. 
Aussi nous sommes convaincu que, dans la plupart des 
passages où il y a quelque chose à reprendre, c'est moins 
le discernement qui a manqué à l'auteur que le courage de 
sacrifier l'éclat à la vérité; le courage, ajouterons-nous du 
même trait, de ne dire certaines choses, que comme 
Schrant aurait pu les dire. 

Nous avons déjà cité le nom de Schrant plus haut. C'est 
ici le lieu de vous rappeler une circonstance que peu d'en- 
tre vous ignorent, mais qu'il importe que vous ne perdiez 
pas de vue pour bien comprendre non-seulement la posi- 
tion embarrassante à plusieurs égards dans laquelle le con- 
current doit s'être trouvé, et dont il est juste de lui tenir 
compte; mais encore la sévérité de votre commission dans 
l'appréciation de son travail. 



( 197) 

J.-M. Schrant, ancien professeur de littérature néerlan- 
daise à l'université de Gaud, et président de la Société de 
langue et de littérature néerlandaises de la même ville, 
entre autres travaux qu'il entreprit pour ladite société, y 
prononça, le 1 er février 1825, à l'occasion de la distri- 
bution solennelle des prix proposés par elle, un éloge de 
Godefroid de Bouillon. Ce discours publié l'année même et 
réimprimé parmi les œuvres de cet écrivain, en 1829 (t. 1 er , 
p. 179-255), sans être précisément un modèle de haute élo- 
quence, n'en est pas moins une composition fort recom- 
mandable, tant sous le rapport du plan que sous celui de 
la diction. Le style de Schrant a de la correction, de la 
fermeté , une élégance facile et sans recherche; il est rapide 
et animé en son lieu et ne manque ni de noblesse, ni 
d'élévation. Ce qu'on ne doit pas y chercher, c'est l'abon- 
dance, l'éclat, la pompe ou l'harmonie de l'éloquence 
académique. 

Nous ne poursuivrons pas plus loin cette appréciation. 
Nous en avons dit assez pour que vous compreniez comme 
nous, que l'auteur du travail qui vous est présenté a dû 
se préoccuper particulièrement, comme, du reste, votre 
programme semblait l'y inviter, de faire mieux que Schrant, 
c'est-à-dire de joindre aux qualités que nous venons de 
reconnaître en celui-ci , celles qui lui manquent ou qu'il 
ne possède pas à un degré assez élevé. 

Schrant avait d'ailleurs sur lui un double avantage, celui 
d'avoir réuni la matière, et de l'avoir coordonnée en un 
plan régulier et vraiment oratoire. En ce qui concerne 
le fond, notre concurrent ne pouvait que suivre son pré- 
décesseur, de près ou de loin, sous peine d'être incom- 
plet. Mais la matière est chose commune. Quant au plan 
c'était autre chose, et s'en écarter, c'était, à moins d'un 



(198) 

bonheur extrême, se résigner d'avance à en adopter un 
moins bon. Schrant, après avoir conduit son héros à 
Jérusalem, reprend une à une toutes les éminentes qualités 
qu'on a vues briller en lui depuis sa jeunesse, et qui le 
rendent digne de s'asseoir sur le trône de David et de 
Salomon : son courage, sa piété, sa justice, son esprit 
d'humilité et d'abnégation, son humanité, sa sobriété, sa 
courtoisie; sa loyauté comme vassal et comme allié, sa pru- 
dence comme chef et sa sagesse comme législateur. Chacun 
de ces points, quoique rapidement touchés, servent à met- 
tre dans une nouvelle lumière l'un ou l'autre trait de la 
vie du héros; et non-seulement les transitions sont habi- 
lement ménagées; mais il règne, en outre, dans tous ces 
petits tableaux une grande variété de dessin et un certain 
mouvement. 

L'auteur du travail que nous examinons a préféré se 
borner à l'ordre chronologique et suivre la marche des 
événements que de se faire le copiste de Schrant, et nous 
l'en félicitons, sans décider toutefois qu'entre l'ordonnance 
de Schrant et l'ordre chronologique, il n'y avait pas un 
autre plan possible. Seulement nous voudrions que l'au- 
teur eût réfléchi que cette espèce d'exposition historique, 
précédée d'un exorde qui ne contient lui-même que le ta- 
bleau des faits antérieurs, devait donner à celui-ci plutôt 
l'apparence d'une introduction que d'un véritable exorde, 
surtout s'il négligeait, comme il Ta fait, d'en indiquer les 
limites par une proposition ou une division formelle. 

Parlerons-nous des discours que Schrant a introduits 
dans son éloge? du tableau qu'il trace du moyen âge et des 
mœurs chevaleresques? de quelques réflexions qu'il a répan- 
dues dans son récit et qui naissaient comme d'elles-mêmes 
du sujet? Tout cela c'étaient autant d'obstacles ou de pierres 






( 199 ) 

d'achoppementjetéssurla route de celui qui devait le suivre, 
et, comme nous l'avons dit, quand le concurrent n'a pu tour- 
ner ces difficultés, ne pouvant les écarter de son chemin, 
il a forcément pris son vol au-dessus. Quant aux réflexions, 
aux pensées qu'un regard philosophique , jeté sur une pa- 
reille matière, devait en faire jaillir à chaque instant, il 
les a complètement supprimées en les abandonnant, ainsi 
qu'il le dit, au philosophe et à l'historien. 11 va sans dire 
que votre commission n'a pu admettre cette, distinction , 
qui réduirait l'éloge à une simple biographie et tarirait 
une des principales sources ouvertes à ce genre d'élo- 
quence. Elle a pensé, au contraire, qu'un des reproches 
les plus graves qu'elle avait à faire à l'auteur, c'était d'avoir 
ainsi renoncé volontairement à la seule partie de l'inven- 
tion où la lutte avec Schrant ne lui présentait peut-être 
pas d'avance un certain désavantage. 

Après ces observations, que vous voudrez bien consi- 
dérer comme le résultat d'un examen attentif et conscien- 
cieux du travail que nous avions à vous faire connaître, 
il ne nous reste plus qu'à déclarer, que votre commission 
a été unanimement d'avis qu'il n'y pas lieu à décerner le 
prix; mais en même temps elle a l'honneur de proposer 
à la classe de remettre la question au concours pour l'an- 
née prochaine. » 



( 200 ) 



RAPPORTS. 



Études sur le XIII e siècle , mémoire de M. Kervyn 
de Lettenhove, correspondant de l'Académie. 

Miapport elr M. l'abbé Carlo»». 

« Le mémoire de M. Kervyn sur la part que l'ordre de 
Cîteaux et le comte de Flandre prirent à la lutte de Boni- 
face VIII et de Philippe le Bel , contient sur cet épisode de 
l'histoire un grand nombre de documents inédits et des 
documents d'un si grand intérêt que je n'hésite pas un 
instant à vous en proposer l'impression. 

Je me permettrai cependant, Messieurs, d'exprimer ici 
mes regrets de ce que le savant auteur de l'Histoire de 
Flandre n'ait pas jugé à propos de refaire lui-même, au 
moyen des matériaux qu'il a si laborieusement réunis, 
toute la partie de l'histoire de Philippe le Bel qui se rap- 
porte à celle de notre comte. Il avait entre les mains tous 
les éléments nécessaires pour faire un magnifique travail 
sur cette époque. 

D'autres exploiteront ses recherches; le fruit n'en sera 
pas perdu. 

Déjà l'auteur de Y Histoire de la papauté pendant le 
XVIII e siècle , M. l'abbé Christophe , a su utiliser les indi- 
cations que M. Kervyn avait fournies dans sa notice sur 
un manuscrit des Dunes. Je regrette qu'il n'ait pas pu pro- 
fiter des pièces que notre confrère nous communique dans 
ce nouveau mémoire; M. Christophe y aurait trouvé des 



( 201 ) 

matériaux pour compléter une partie faible de son travail , 
si remarquable d'ailleurs. 

Vous connaissez tous , Messieurs, les démêlés de Philippe 
le Bel , qu'il me soit cependant permis d'en présenter une 
analyse, afin d'en faire ressortir l'importance des docu- 
ments réunis par M. Kervyn. 

Les historiens ont rendu justice aux qualités qui distin- 
guèrent Philippe le Bel. Il gouverna d'abord avec une 
grande supériorité, mais ses qualités mêmes changèrent 
en défauts. Sa magnanimité dégénéra en hauteur, son 
courage en témérité, et sa forte volonté en obstination; 
l'idée exagérée de son autorité le poussa à la tyrannie. Il 
fut habile, si l'on peut profaner ce mot en l'employant 
pour exprimer son astuce; il fut habile dans le mal , parce 
qu'il n'avait jamais égard à la moralité des moyens qu'il 
employait. La témérité de ses entreprises le jeta dans des 
embarras pécuniaires; de prodigue, il devint avare, et ces 
vices furent sinon la cause, du moins, en grande partie, 
l'occasion de ses démêlés avec le clergé. 
'L'abaissement des grands vassaux de la couronne sous 
les règnes précédents avait déjà donné à l'autorité royale 
une prépondérance incontestée; Philippe voulait davan- 
tage : il voulait être la seule autorité, la seule sans con- 
trôle; il s'affranchit de toute loi, de toute règle; il repoussa 
jusqu'à l'avertissement qui lui fut donné au nom de Dieu. 

Philippe trouva des personnes prêtes à exécuter ses 
ordres, à réaliser ses vues et à se rendre complices de ses 
injustices. Il ne resta aux opprimés que le recours au pape 
et Boniface VIII n'hésita pas devant l'accomplissement 
d'un devoir; il s'opposa, au nom du droit et des privilèges 
acquis, aux prétentions exorbitantes du roi. 

Malgré tous les égards et les ménagements que les his- 



( 202) 
loriens français ont coutume (l'observer envers Philippe, 
ils conviennent généralement qu'il avait amplement mérité 
les reproches sévères que lui adressait le pape. 

Malheureusement, Philippe rencontra des prélats dé- 
voués à sa cause, et sous prétexte de libertés de l'Église 
gallicane, ils le défendirent contre les bulles, a Avides 
» de servitudes, dit M. deSismondi , ils appelèrent liberté 
j> le droit de sacrifier jusqu'à leur conscience aux caprices 
» de leurs maîtres et de repousser la protection qu'un 
» chef étranger et indépendant leur offrait contre la ty- 
» rannie. Au nom des libertés de l'Église, on refusa au 
» pape le droit de prendre connaissance des taxes arbi- 
» traires que le roi levait sur son clergé; de l'emprisonne- 
» ment arbitraire de l'évêque de Pamiers; de la saisie 
» arbitraire des revenus ecclésiastiques de Reims , de 
» Chartres, de Laon et de Poitiers. On refusa au pape le 
» droit de diriger la conscience du roi, de lui faire des 
» remontrances sur l'administration de sou royaume et 
» de le punir par les censures ou l'excommunication lors- 
» qu'il violait ses serments (1). » 

Ce passage remarquable d'un auteur protestant exprime 
à peu près le jugement qu'un grand nombre d'historiens 
portent sur ces tristes démêlés. D'autres cependant con- 
tinuent encore à attribuer tous les torts au pape et à pré- 
tendre que, dans sa fameuse constitution, Unam sanctam, 
Boniface s'attribuait ouvertement le droit de disposer en 
monarque universel de tous les royaumes du monde. 

Des diatribes infâmes, de fausses bulles confectionnées 
et publiées sous l'inspiration ou du consentement du roi 



(1) Républ. ital,t. IV, chap. XXIV. 



( 203 ) 
égarèrent l'opinion publique, et ces documents menson- 
gers sont encore accueillis de nos jours. 

Bonif'ace cependant avait hautement protesté contre 
l'interprétation donnée à sa bulle. « Il y a quarante ans, 
» disait-il , que nous sommes initiés à la science du droit, 
» et nous savons qu'il y a deux puissances ordonnées de 
» Dieu. Comment donc croire qu'une pareille folie a pu 
» entrer dans l'esprit? Nous protestons que nous n'avons 
» eu l'intention d'usurper, en aucune manière, la juridic- 
» lion du roi ; mais le roi ne peut nier, non plus qu'aucun 
» fidèle, qu'il ne nous soit soumis, à raison du péché. » 

j> Il aurait été trop heureux pour les peuples, dit ail- 
» leurs M. Sismondi, que des souverains despotiques re- 
» connussent au-dessus d'eux un pouvoir venu du Ciel, 
» qui les arrêtât dans la roule du crime. » 

Si parmi les membres du clergé, quelques-uns s'inclinè- 
rent honteusement devant la tyrannie, d'autres parlèrent 
avec toute la liberté que leur inspiraient le bon droit, la 
justice et l'intérêt bien entendu de la monarchie. 

Un historien moderne accuse cependant l'ordre de Cî- 
teaux d'avoir subi sans résistance, ou pour mieux dire, 
d'avoir accepté complaisamment le joug tyrannique, en 
trahissant le pape. 

Michelet seul, qui a consulté les sources, cite, d'après 
Guill. de Nangis, la protestation de l'abbé de Cîleaux, 
lors de l'assemblée de Paris, Excepto dumtaxat abbate 
Cisterciensi ; mais c'était à ces quatre mots que se bor- 
naient les renseignements que l'on possédait sur le rôle 
joué par cet ordre puissant, savant et pieux. Les phases 
diverses de cette résistance étaient restées enveloppées de 
ténèbres profondes. 

M. Kervyn, dans sa notice sur un manuscrit de l'abbaye 



( 204 ) 

des Dunes, souleva un coin du voile qui couvre encore ces 
faits, mais dans le mémoire que nous examinons en ce 
moment, il présente plusieurs documents qui complètent 
ses premières noies et qui prouvent jusqu'à quel point sont 
injustes les accusations formulées contre l'ordre de Cîleaux. 

Grâces aux précieux documents découverts par M. Ker- 
vyn, il est acquis à la science historique que l'ordre de 
(liteaux remplit dignement ce que l'on peut considérer 
comme une mission providentielle durant ces malheureux 
temps. 

Nous savons à présent que ce Gui de Dampierre fut le 
représentant le plus éminent et le plus illustre de la ré- 
sistance des grands vassaux, la résistance de l'autorité reli- 
gieuse lut noblement représentée par l'ordre de Cîleaux; 
ce fut même sous sa protection que le clergé séculier, 
abandonné de ses chefs, présenta ses réclamations au chef 
de l'Église. 

Avant de citer les nombreux documents inédits qui 
serviront à préciser les détails de cette double lutte, l'au- 
teur rappelle les relations qui depuis longtemps unis- 
saient la maison des comtes de Flandre, et la Flandre 
elle-même, à l'ordre de Citeaux. 

Ce ne serait peut-être pas sortir tout à fait de mon sujet 
que d'émettre ici quelques conjectures sur la part qu'eut 
l'ordre des Bénédictins dans la naissance de nos premières 
communautés politiques , mais cette discussion serait 
longue; contentons-nous de remarquer que les constitu- 
tions de cet ordre ont dû fournir des éléments pour l'or- 
ganisation des constitutions communales et des gildes. 

M. Kervvn ne décrit ces relations qu'à commencer du 
XIÏ" siècle. 

a Ces relations, dit-il , étaient placées dans tous les sou- 



( 205 ) 
venirs sous le patronage du grand nom de saint Bernard. 

t> C'était sainl'Bernard qui était venu, en Flandre, choisir 
Robert de Bruges comme le seul qui fût digne de le rem- 
placer, lorsqu'il aurait terminé sa féconde carrière; c'était 
saint Bernard qui avait proclamé qu'entre tous les grands 
vassaux, le comte de Flandre était le soutien du royaume 
de France. Les Flamands avaient répondu à l'appel de 
saint Bernard; ceux-ci, en se retirant dans le cloître qu'il 
avait fondé , ceux-là , en mourant dans la croisade qu'il 
avait prèchée. 

j> Les princes eux-mêmes étaient entrés, sur les pas de 
l'abbé de Clairvaux, dans l'une ou l'autre de ces voies. 
Tandis que ïhierri d'Alsace prenait la croix, un de ses 
neveux, nommé Albéron, devenait religieux dans l'ordre 
de Cîteaux. 

» Ce fut à l'abbaye de Clairvaux que furent ensevelis le 
comte Philippe de Flandre, mort au siège de Ptolémaïde, 
et sa femme, Faîtière Mathilde de Portugal, qui ne lui 
survécut que pour voir les malheurs de la Flandre. 

» Jeanne de Constantinople éleva un monastère de 
l'ordre de Cîteaux pour obtenir du Ciel la lin de son veu- 
vage, et ce fut sous l'humble habit des vierges de Cîteaux 
qu'elle rendit le dernier soupir. Ses aumônes avaient été 
si abondantes que, pendant sa vie, on commençait les tra- 
vaux de la moisson, à l'abbaye de Clairvaux, par de solen- 
nelles prières pour elle. 

» Son exemple fut imité par sa sœur Marguerite et par 
Gui de Dampierre, qui ne crut pouvoir mieux appeler sur 
lui la protection du Ciel dans la désastreuse croisade de 
Tunis. 

» Les grandes abbayes cisterciennes avaient rendu à la 
Flandre les bienfaits qu'elles tenaient de la générosité de 



( fgf ) 

ses princes. Les laines de leurs troupeaux enrichissaient 
le tisserand flamand, et, en même temps, elles impri- 
maient un rapide essor aux travaux de noire agriculture. 
C'était dans les dunes arides, dans les marais insalubres, 
comme l'indiquait le nom même de la plupart de nos mo- 
nastères, qu'elles avaient fertilisé le sol et créé des sillons 
couverts de moissons. 

» La science elle-même allait, sous la protection de l'or- 
dre de Cîteaux, puiser aux sources fécondes de l'université 
de Paris. Dans le collège de ^-Bernard, fondé par Élienne, 
abbé de Clairvaux , avec le concours de Marguerite de 
Conslantinople, la Flandre compta de célèbres docteurs 
qu'entouraient des disciples si zélés et si nombreux. 

» Avant tout, les moines de Cîleaux étaient les frères 
du peuple par leur charité et leur dévouement. C'était à 
la porte de leurs monastères que se pressaient les pèlerins, 
les orphelins et les pauvres, et lorsque la sentence d'in- 
terdit descendait d'Arras ou de Tournay sur les villes et 
les campagnes désolées, c'était aussi au pied de leurs 
autels que les populations, gardiennes fidèles de la liberté 
politique, venaient chercher les consolations de la liberté 
religieuse, et se préparer aux combats par la prière. » 

C'était une consolation pour les Flamands de rencon- 
trer, dans l'ordre qu'ils estimaient surtout, un exemple et 
un appui; mais le succès ne répondit pas aux espérances 
du bon droit. 

L'ordre défendit ses privilèges, ses immunités, son 
existence, et, ferme lorsque ses droits étaient foulés aux 
pieds, il fut généreux dès que les exactions du roi revê- 
tirent seulement les apparences d'une demande; aucun 
sacrifice ne leur coûta aussi souvent que les besoins du pays 
l'exigeaient; mais l'ordre de Cîteaux s'opposa par un refus 



( 30" ) 
formel à toute contrainte despotique. Il lui, d'ailleurs, 
inébranlable dans sa iidélité au Saint-Père. Mais la justice 
fut impuissante contre la force brutale, et l'ordre fut réduit 
au dernier degré d'afïliction , lorsque le roi mourut en 
exprimant de tardifs regrets sur ses injustices. 

Le comte, de son côté, avait vu s'appesantir sur lui la main 
de Philippe le Bel; notre beau pays fut saisi et opprimé. 

La cruelle politique du roi avait exaspéré les Flamands, 
et le jour qu'ils prévoyaient dans leurs prières, arriva. Mal- 
gré les imprudentes mesures qui avaient amené une fatale 
division entre Gui et ses sujets, malgré l'appui hypocrite 
que Philippe accordait aux réclamations du peuple contre 
leur comte, les Flamands s'aperçurent que Philippe ne 
s'était posé en sauvegarde de leurs libertés qu'afin d'en 
venir plus facilement à bout de la résistance du comte, et 
qu'en réalité, il craignait et détestait autant l'élément des 
communes qu'il haïssait la puissance de son vassal. 

Le pays se révolta contre tant d'hypocrisie, contre tant 
de despotisme, et prouva encore cette fois qu'un peuple est 
presque invincible lorsqu'il défend le sol sacré de la patrie 
et ses libertés. 

Les pièces diplomatiques de cette double lutte forment 
une des plus curieuses publications sur l'histoire du moyen 
âge qui aient été faites depuis bien longtemps. 1» 



Rapport de Jf . le chanoine De Stnet. 

« Les annales de Flandre ne présentent aucune époque 
plus intéressante que la fin du XIII e et le commencement 
du XIV e siècle, quand le comte d'abord et les communes 



( 208 ) 

ensuite, n'ayant d'autre secours que les armes spirituelles 
du pape Boniface VIII , eurent à soutenir cette lutte si 
longue et si inégale contre Philippe le Bel. Les auteurs 
français, courtisans plutôt qu'historiens, nous l'ont défi- 
gurée à plaisir, et malheureusement leur récit a été long- 
temps accueilli comme conforme à la vérité. Ce n'est que 
de nos jours qu'on a réellement fait justice de quelques- 
unes de leurs assertions, et seulement pour la défense du 
pontife. M. Kervyn, envisageant ces tristes démêlés dans 
leur rapport avec la Flandre et avec l'ordre de Cîteaux, 
les a traités d'une manière entièrement neuve, et à l'aide 
de documents inédits aussi importants que nombreux, il 
a beaucoup éclairci la question. Je pense que son travail, 
solide et bien écrit, mérite à plus d'un titre une place dans 
nos Mémoires; mais, comme mon honorable confrère, 
M. l'abbé Carton, je regrette que le savant historien n'ait 
pas traité la question d'une manière plus large et plus gé- 
nérale. Espérons qu'il y reviendra plus tard. » 

Les conclusions des deux rapports précédents, auxquels 
adhère le 5 e commissaire, M. le baron de S l -Genois, sont 
adoptées par la classe. 



— Il a ensuite été donné lecture des pièces destinées 
à la séance publique du surlendemain. La rédaction du 
programme de 1854 a été renvoyée à la séance suivante. 



209 ) 



Séance publique du 11 mai 1853. 

M. le baron de Stassart, directeur de la classe et prési- 
dent de l'Académie, M. le chanoine de Ram, vice-directeur, 
et M. Quetelet, secrétaire perpétuel de l'Académie, pren- 
nent place au bureau. 

Sont présents : 

Classe des lettres : MM. le chevalier Marchai, Steur, le ba- 
ron de Gerlache, Grandgagnage, Lesbroussart, Gachard, 
Borgnet , le baron J. de Saint-Génois , David , Van Meenen , 
P. de Decker, Schayes, Snellaert, l'abbé Carton, Haus, 
Bormans, Polain, membres; Nolet de BrauwereVan Stee- 
land, associé; Arendt, Mathieu, correspondants. 

Classe des sciences : MM. Stas, directeur, Edm. de Selys- 
Longchamps, vice-directeur, d'Omaliusd'Halloy, Pagani, 
Wesmael, Ch. Morren, de Koninck, Van Beneden, Ad. De 
Vaux, Gluge, Schaar, Melsens, membres. 

Classe des beaux-arts : MM. Roelandt, directeur, Navez, 
vice-directeur, Alvin, Braemt, F. Fétis, G. Geefs, Érin 
Corr, Snel, Partoes, Baron, Éd. Fétis, membres; Geerts, 
de Busscher, Bosselet, correspondants. 

La séance est ouverte à 1 heure et demie. 



Tome xx. — II* paut. |4 



°v 



( 210 ) 

Discours de M. le baron de Stassart. 

Messieurs, 

L'Académie, il y a près de quatorze ans (1), appelait de 
ses vœux la fondation des prix quinquennaux. Ses désirs, 
à cet égard, sont aujourd'hui réalisés. 

Un remarquable ouvrage historique (2) obtint la pre- 
mière couronne, et c'était justice : l'histoire nationale de- 
vait être le premier objet, l'objet le plus intéressant de 
nos études. Aussi nos écoles moyennes et nos universités 
s'en occupent-elles avec ardeur; mais en rappelant à nos 
souvenirs des luttes anciennes où les torts étaient presque 
toujours réciproques, qu'on prenne garde d'exalter outre 
mesure les passions populaires!... Ce n'est pas avec un en- 
thousiasme aveugle qu'il convient d'envisager les libertés 
communales d'un autre âge; on ne doit pas perdre de vue 
ce que certains privilèges avaient souvent d'oppressif pour 
les classes soumises à l'aristocratie municipale. Il faudrait 
s'attacher surtout à faire ressortir les leçons de morale que 
nous présente le tableau des siècles écoulés. Que d'utiles 
enseignementsà recueillir dans le récit de ces scènes tumul- 
tueuses où tant de victimes étaient sacrifiées à l'ambition 
de quelques hommes avides de pouvoir, où les questions 
les plus ardues de gouvernement se décidaient par la force, 
par la violence et provoquaient ces fréquentes réactions 



(t) Discours prononcé à la séance publique du 16 décembre 1859. 
(2) Histoire de Flandre (par M. Kervyn de Lettenhove), 6 volumes in-8". 
Bruxelles, 1847-1850. 



(2H | 

politiques qui voyaient le vaincu de la veille devenir le 
vainqueur du lendemain, non sans faire succéder ses ven- 
geances à celles que venaient d'exercer ses adversaires! 

En comparant notre état social à celui de nos pères, nous 
apprécierons mieux la sagesse des institutions qui nous ré- 
gissent, et nous serons plus disposés à bénir la Providence 
du bonheur dont jouit la Belgique moderne. 

Les sciences ont obtenu, l'année dernière, le prix qui 
leur était destiné (1). 

La littérature française arrive à son tour, et si, parmi 
les ouvrages publiés, depuis le 1 er janvier 4848 jusqu'au 
51 décembre 1852, ne se trouvent point de ces chefs- 
d'œuvre destinés à faire époque et que s'approprient, par 
la traduction, les littératures étrangères, on y rencontre 
du moins, et même en assez grand nombre, des produc- 
tions estimables, tant en prose qu'en vers. Vous me per- 
mettrez, Messieurs, de les mentionner dans ce discours, 
bien que le rapport du jury, nommé par arrêté royal du 
50 janvier, doive vous être incessamment communiqué. 

Trois ouvrages d'une incontestable utilité se présentent 
d'abord : 

1° De la Rhétorique ou de la composition oratoire, par 
Baron (2). C'est un livre bien fait, c'est plus qu'une rhéto- 
rique, on pourrait presque dire que c'est un cours complet 
d'études littéraires; 



(1) II a été partagé entre M. de Koninck pour l'ouvrage intitulé : Descrip- 
tion des animaux fossiles qui se trouvent dans le terrain carbonifère de 
Belgique; M. Dumont, pour son Mémoire sur les terrains ardennais et 
rhénan, in-4°, Mémoires de l'Académie, tomes XX et XXII; et M. Van 
Beneden, pour son Mémoire sur les vers cestoïdes, in-4°, Mémoires de VA- 
cadémie, tome XXV. 

(2) In-8«. Bruxelles, Jamar; 1849. 



( 212 ) 

2° L'Histoire de la littérature française , par Moke (1) ; elle 
se fait lire avec intérêt et prouve, dans l'auteur, une con- 
naissance approfondie de son sujet; 

5° Le Guide du jeune littérateur, par J.-J. Broeckaert, de 
la Compagnie de Jésus (2). Ce livre semblerait devoir rap- 
peler, à raison de l'analogie des madères, le Guide des 
humanistes de l'abbé Tuet, mais il s'en éloigne par le plan 
tracé sur une beaucoup plus grande échelle. Il se recom- 
mande par des exemples bien choisis et par des appré- 
ciations généralement justes; on ne peut y méconnaître le 
cachet d'un maître expérimenté. 

Parmi les productions littéraires de M. Léon Wocquier, 
le public a particulièrement distingué la Dernière Marquise 
du Pont-d'Oye (5). 

M. Henri Golson, de Liège, a publié, sous le titre de 
Maubert (4), un roman qui présente, à travers quelques 
invraisemblances, des scènes intéressantes, des réflexions 
ingénieuses et un dénoûment bien amené. 

M. le baron de Saint-Génois nous a donné, dans ses 
Feuilles détachées (o), deux petits romans historiques qu'on 
lit avec plaisir. 

Félix Bogaerts, mort regretté de tous ceux qui l'ont connu, 
le 16 mars 1851 , venait de livrer au public le recueil de ses 
œuvres complètes (G), recueil trop volumineux peut-être, 
mais qui renferme plusieurs morceaux recommandables. 



(1) 4 vol. in-12. Bruxelles, Jamar; sans désignation d'année. 

(2) Édition revue et augmentée, 2 vol. in-8\ Liège, Blanchard; 1852. 

(3) Revue de Belgique de 1849 et de 1850. 

(4) 2 vol. in-18. Liège, Desoer; 1851. 

(5) In-16. Bruxelles et Gand; 1852. 

(0) Grand in-8"à deux colonnes. Anvers, J.-E. Buschmann; 1850. 



( 213 ) 

Son Lord Strafford assurément n'est pas dénué d'intérêt. 

Trois mois en Sicile, par Ernest Van Bruyssel (1), et 
Voyage à travers champs dans la province de Luxembourg , 
par Eugène Van Bemmel (2), sont deux petits volumes 
écrits de la manière la plus agréable. 

Si l'on peut contester à M. Alfred Michiels la qualité de 
Belge, malgré son origine anversoise, Y Histoire de la pein- 
ture flamande et hollandaise (3) n'en a pas moins été compo- 
sée et publiée en Belgique, sous le patronage d'un ministre 
ami des arts, M. Nothomb, que l'Académie se félicite de 
compter au nombre de ses membres; je crois devoir en dire 
quelques mots. On ne peut nier que ce ne soit une œuvre 
remarquable, bien que l'auteur, pour éviter les routes bat- 
tues, se jette dans de longues digressions politiques, phi- 
losopbiques et littéraires qui plaisent médiocrement aux 
partisans des choses positives; mais , à tout prendre, on y 
reconnaît un esprit vigoureux et méditatif. Le style est en 
général chaleureux, quoique de faux brillants s'y fassent 
remarquer en plus d'un endroit. L'ouvrage devait avoir cinq 
volumes. L'appréciation des tableaux de Jordaens termine 
le quatrième. M. Michiels, en 1848, a trouvé bon de re- 
tourner à Paris; il envoya, de cette ville, le 24 novembre de 
la même année, comme complément, quarante-six pages, 
où naturellement les objets ne sont qu'effleurés. 

Le Dictionnaire historique des peintres de toutes les éco- 
les (4) est un service rendu par M. Adolphe Siret à tous 



(t) In-18. Bruxelles, Decq; 1852. 

(2) Avec M. Gravrand. In-18. Bruxelles, Stiénon; 1849. 

(3) In-8°, 4 vol. et un complément. Bruxelles, Van Daele; 1845-1849. 

(4) Petit in-folio. Bruxelles, Périchon; 1848. C'est une production plutôt 
artistique que littéraire. Il en est de même de la savante Histoire de l'archi- 



( 214 ) 

les amateurs, à tous les artistes. 11 n'a reculé devant aucun 
sacrifice. Son Ambroise Spinola (4), opuscule de 81 pages, 
couronné par la Société royale des Beaux-Arts d'Anvers, 
renferme de charmants détails, entre autres la visite de 
Spinola chez Moretus, où se trouvent groupés les princi- 
paux artistes et les savants de l'époque, de cette belle épo- 
que où Rubens fondait l'école d'Anvers, où Juste-Lipse 
faisait briller l'université de Louvain d'un si vif éclat. 

De la littérature française en Belgique, par Théodore Oli- 
vier (2), est un livre tant soit peu systématique, mais où 
l'on puisera des conseils d'une utilité réelle. 

M. d'Otreppe de Bouvetle, par ses Études sur l'homme, 
a prouvé combien les méditations philosophiques lui sont 
familières (5). 

Les Souvenirs de voyages dans le pays rhénan (4) , par 
M. Petit de Bosen, sous le pseudonyme de Charles de 
Sainte-Hélène, présentent, dans les trois volumes dont ils 
se composent, une grande variété de faits curieux et d'ob- 
servations piquantes; ils seront consultés avec fruit par 
tous ceux qui se proposent de visiter celte charmante con- 
trée de l'Allemagne. 

Passant à la poésie, trois recueils, dont peut s'applau- 
dir la littérature belge, viennent se ranger sous nos yeux. 



tecture en Belgique, par M. Schayes, 2 vol. format Charpentier. Bruxelles , 
Jamar. Sans indication de Tannée. 

(1) In-8°. Anvers, Henri Verberckl ; 1851. 

(2) In-18. Tournay, Adolphe Delmée ; 1852. 

(3) De l'esprit et du cœur, ou l'homme considéré sous le rapport : 1° de 
la naissance; 2° de l'éducation; 5° de l'instruction , et 4° de l'application 
des connaissances acquises, 2 vol. in- 12. Liège, Carmann ; 1852. 

(4) 5 vol. in-18. Liège, Desoer; 1849-1850. 



( 215 ) 

1° Les Poésies de Théodore Weustenraad (1), qui rachè- 
tent quelques incorrections et quelques défauts de goût 
par de grandes beautés , par un admirable éclat poétique. 
Le Remorqueur est resté dans la mémoire de toutes les 
personnes qui se montrent encore sensibles aux charmes 
de la poésie. 

2° Les OEuvres en vers d'Adolphe Mathieu (2). 

L'auteur ne dédaigne pas de se livrer parfois à la satire; 
mais il méconnaît alors son véritable talent, celui de ren- 
dre avec bonheur les impressions philosophiques et les 
détails de sentiment. Dire que des larmes ont accueilli son 
élégie sur la mort de notre excellente Reine, c'est en faire 
le plus bel éloge... Le choix de certaine héroïne d'un de 
ses pbëmes (5) doit être considéré comme un regrettable 
écart d'imagination de l'écrivain, à qui nul, au surplus, 
ne contestera la verve poétique, le secret d'assortir ses 
couleurs et de varier ses formes avec art. 

5° Les poésies d' André Van Hasselt (4). Elles se distin- 
guent surtout par le sentiment de l'harmonie et par une 
étude approfondie de la coupe des vers. Si certains mor- 
ceaux, la Consolation, par exemple, se ressentent trop 
des doctrines de l'école romantique dans ce qu'elles ont 
d'exagéré, l'on doit pourtant convenir qu'il en est beau- 
coup d'irréprochables. Nous citerons, entre autres, les 



(1) In-12. Bruxelles, Auguste Decq; 1848. 

(2) In-12. Bruxelles, Devroye; 1852. 

(3) Ce poëme est intitulé : Théroine (Lamberline). Il est juste néanmoins 
de reconnaître que le poëte y condamne, autant que personne, les horreurs 
qui ont souillé la vie de cette malheureuse femme , morte à l'hospice de la 
Salpêtrière, dans un état de démence complète , en 1817. 

(4) In-12. Bruxelles,. ïamar; 1852. 



( 216 ) 

Stances sur la Belgique. Jamais peut-êlre la patrie n'a- 
vait été plus dignement célébrée. La Cathédrale de Colo- 
gne est une ode, ou plutôt un dithyrambe d'une grande 
beauté. 

Les Fleurs d'Allemagne et poésies diverses, par Edouard 
Wacken (1), sont des pièces imitées pour la plupart, de 
l'allemand. Il ne faut donc pas y chercher le mérite de 
l'invention ; mais on y retrouve , d'un bout à l'autre , 
le versificateur harmonieux qui s'était avantageusement 
fait connaître par André Chénier, drame en trois actes, 
en vers (2). 

On remarque dans les Satires et poésies diverses, par 
Charles Potvin (5) , des vers énergiques et qui ne sont pas 
dépourvus d'élégance. Il est fâcheux que trop souvent ils 
servent d'interprètes à des passions haineuses. 

César et Ambiorix, suivi de poésies diverses, par Denis 
Sotiau (4). Le poème national laisse à désirer plus de vi- 
gueur, mais les poésies diverses ne sont point sans mérite. 
Le style en est facile et ne manque pas d'une certaine har- 
monie dont l'oreille est flattée. Je me plais h citer particu- 
lièrement les Stances au célèbre violoniste IJonard; elles 
sont charmantes. 

Honneur à i\l me Louisa Stappaerts, qui n'a point dédaigné 
de consacrer sa muse à l'instruction de l'enfance! Ses dé- 
licieuses Causeries (5) sont venues se placer à côté des Pâ- 



(1) In- 12. Bruxelles, Labroue; 1850. 

(2) In- 18. Bruxelles, Géruzet; 1844. 

(5) Suivies d'une comédie-satire en 5 actes et en vers, le Choix d'un Etat, 
in-12. Bruxelles, Adolphe Deros; 1852. 

(4) In-8°. Liège, De Noël; 1851. 

(5) In-12. Bruxelles, Biene*; 1848. 



(217) 

querelles (i) publiées quatre ans plus tôt. A son exemple, 
d'autres poètes ont composé des chants gracieux et moraux 
pour les écoles (2). 

La Cinéide, ou la Vache reconquise, poème national hé- 
roï-comique en vingt-quatre chants (5) , est une piquante 
débauche d'esprit.... Pour retracer les événements de cette 
étrange guerre, causée par l'enlèvement d'une génisse et 
qui rendit célèbre la petite ville de Ciney au XIII e siècle, 
de cette guerre sanglante qui désola le Condroz pendant 
trois années (4), l'auteur aurait bien fait de préférer les 
vers de dix syllabes, ou mieux encore les vers de diffé- 
rentes mesures aux majestueux alexandrins. Quoi qu'il en 
soit, si l'on peut reprocher à l'ouvrage des longueurs et 
des expressions parfois un peu triviales, il n'est pas permis 
de méconnaître qu'on en est dédommagé par des détails 
ingénieux, des aperçus vrais des mœurs du moyen âge et 
des tableaux tracés d'une main habile. 

Fables de Joseph Gaucet ! M. Gaucet, connu déjà par 
plusieurs productions recommandables (5), est mort, le 
16 novembre 1852, au milieu de sa carrière, laissant une 



(1) In-12. Bruxelles, Jamar et lien; 1844. 

(2) Chants et prières , poésies lyriques du jeune âge, in-12. Bruxelles, 
Deprez-Parent, 1852, par M. Clément Michaëls fils, auteur d'une tragédie 
de Cléopâtre, en 5 actes en vers (petit in-18. Bruxelles, Lelong; 1851). 

(5) In-12. Liège, Grammont-Donders; 1852. 

(4) 1275-1277. 

(5) Le roman intitulé : Frère et sœur, un recueil de poésies sous ce titre : 
Fougères, in-12. Liège, Redouté; 1842. Gaucet était l'auteur d'une cantate 
et des paroles d'un opéra : les Chaperons blancs, couronnées a la suite 
du concours ouvert par le Gouvernement. M. Soubre avait composé la mu- 
sique de l'opéra qui , j'ignore par quel motif, n'a pas encore été joué sur le 
théâtre de Bruxelles. 



( 218 ) 

famille dans la détresse. 11 venait de publier vingt fables (1) 
vraiment remarquables par des traits tout à la fois ingé- 
nieux et naturels. Le deuxième livre, imprimé depuis le 
décès de l'infortuné poète (2) , se compose de douze fa- 
bles qui ne sont pas indignes de leurs aînées. 

M. le baron de Reiffenberg a fait paraître, en 1848, un 
recueil de quatre-vingts fables (5), et, l'année suivante, 
un supplément de 20 fables (4), puis encore quelques 
autres qui furent insérées dans les bulletins de l'Académie. 
Elles sont très-spirituelles, trop spirituelles peut-être... 
Toutefois la lecture en est fort agréable. J'aime à rappro- 
cher, de ces dernières étincelles de l'esprit d'un confrère 
regrettable à plus d'un titre, les Juvenilia (5) et les Péchés 
de jeunesse (6) , qui firent concevoir, de son fils aîné, des 
espérances que le temps, sans doute, ne démentira point. 

Dantan chez les contemporains illustres, croquis du 
XIX e siècle (7), par Benoît Quinet, est une galerie mo- 
rale de l'originalité la plus séduisante. Plusieurs portraits 
y sont tracés avec une vigueur peu commune; ce sont des 
satires de bon aloi , dirigées contre les saltimbanques 
politiques et que le casuiste le plus sévère ne réprouvera 
point. 

Chansons d'Antoine Clesse (8). ÏI s'agit maintenant d'un 



(1) In-16, 84 pages. Liège, Desoer; 1852. 

(2) Par les soins de M. le baron de la Rousselière et de M. Zésirabrouçk, 
in-16, 56 pages. Liège, Desoer; 1852. 

(3) In-1 2. Bruxelles, Muquardt; 1848. 

(4) In-1 2. Bruxelles, Muquardt; 1849. 

(5) In-8» Bruxelles, Stapleaux; 1848. 

(6) In-8'. Bruxelles, Slingeneyer; 1852. 

(7) Grand in-16. Mons, Masquillier et Lamir; 1852. 

(8) In-1 8. Bruxelles, Delfosse; 1852. 



( 219 ) 
vrai bijou. Ce recueil , qui fait honneur à la typographie 
bruxelloise, respire un parfum de grâce, de naturel et de 
bons sentiments que rien n'égale. Les chansons du poète 
belge peuvent n'avoir pas , au même degré que celles de 
Béranger, la verve et le coloris poétique; mais elles ont 
leur cachet particulier, ce qui certes ne laisse pas d'être 
un très-grand et très- rare mérite (1). 

La poésie dramatique n'a pas non plus été stérile. 

Nous trouvons d'abord Fleur d'églantine (2) , pièce gra- 
cieuse d'un jeune littérateur qui pouvait se prévaloir de 
plusieurs autres succès au théâtre et qui fut enlevé trop 
tôt à notre littérature, Charles Lavry, dont les œuvres 
posthumes parurent en 1851 (3) et reçurent du public un 
accueil favorable. 

Deux comédies méritent surtout d'être distinguées : Un 
premier Mensonge, en trois actes et en vers, par Joseph 
Wilborts (4). C'est une bonne comédie de mœurs; elle est 
eu général bien versifiée; on n'y trouve à reprendre que 



(1) Si les vers inspirés par nos patois si naïfs et si énergiques ne formaient 
pas une catégorie à part , j'aurais cité châre et panâhe ou les oûves com- 
plettes de J.-f. Dchin, maisse chaudroni à Lige , in-12 (Liège, Desoer; 
1850)5 les chansons wallonnes, par Ch. Wérotte, in-18, deuxième édition 
(Namur, Emile Legros; 1850), et des Fables de Lafontaine, traduites en 
patois de Mons (Essai de littérature rrtontoise, in-8°. Mons, Masquillier et 
Lamir; 1848). J'espère que, pour en faciliter l'intelligence, M. Charles 
Grandgagnage achèvera, quelque jour, son excellent Dictionnaire étymolo- 
gique de la langue wallonne, dont nous n'avons encore que les lettres A-O, 
in-8°, premier volume, Liège, Oudart; 1847. Première partie du tome II. 
Liège, Desoer; 1850. 

(2) Petit in-18. Bruxelles, Lelong; 1848. 

(3) Par les soins de M. le baron Van Bemmel, in-12. Bruxelles, Auguste 
Decq. Charles Lavry est mort le 2 juillet 1850, à trente-deux ans. 

(4) Petit in-18. Bruxelles, Lelong, 1851. 



( 220 ) 
peu d'expressions impropres; et Pic, repic et capot, en 
deux actes, en vers, par Jules Guilliaume (1). L'auteur, à 
qui l'on doit les Parasites (2) et qui déjà comptait plus d'un 
succès dramatique, semble s'être surpassé cette lois. Le 
fond de la pièce est assez léger , mais on y fait jouer à 
M : Scarron (depuis la marquise de Main tenon) le rôle 
honorable qui lui convenait. Les personnages parlent 
comme ils ont dû parler réellement, ce qui n'est pas un 
faible mérite. Cette petite comédie brille surtout par la viva- 
cité du dialogue et par une versification soignée, sans que 
le travail s'y fasse sentir. La comtesse de Leicesler, drame 
en cinq actes, en vers (5), par M. Bergeron, l'élégant tra- 
ducteur de Térence (4), ne doit pas non plus être oubliée. 

M. Gustave Vaes ( Van Nieuwenhuysen), dans son drame 
iVAgneessens (5), a fait preuve de cette intelligence par- 
faite de la scène que personne ne lui refuse. Il a, du reste, 
présenté le tribun bruxellois sous un tout autre jour que 
ne l'a fait M. de Bavay , procureur général , dans un de ses 
éloquents discours de rentrée (G). 

Si vous ajoutez, Messieurs, à cette longue série, les tra- 
vaux historiques qui n'étaient pas admis au concours, 
puisque des récompenses spéciales leur sont destinées; les 
productions de quelques membres du jury, et, pour n'en 



(1) In-16. Bruxelles, Vanderauwera ; 1852. 

(2) Cette comédie, en un acte, en vers, a été imprimée dans le journal 
V Indépendance ; 1851. 

(5) In-16. Bruxelles, Lelong; 1852. 

(4) 5 volumes , in-8° , Bruxelles , Lacrosse ; 1 822. 

(5) In-16. Bruxelles, Lelong; 1852. 

(6) Le conseil souverain de Brabant, discours prononcé par M. le 
procureur général de Bavay , à l'audience de rentrée de la Cour d'appel de 
Bruxelles, le 15 octobre 1 849 , in-8°, Bruxelles, Devroye. 



(221 ) 

citer qu'une, le Désert de Marlagne (1), par M. Grandga- 
gnage (2); d'élégantes traductions d'ouvrages anglais et 
italiens qui n'ont pas été mis dans le commerce et dont 
jouissent quelques bibliophiles privilégiés (5); enfin d'in- 
téressantes notices, insérées dans divers recueils (4), vous 
conviendrez que la dernière période quinquennale a pro- 
duit d'assez heureux résultats (5). Cependant l'on ne peut 
trop recommander aux jeunes littérateurs de soigner le 
style et de se tenir en garde contre ces formes étranges, 
prétentieuses, ridicules, que le mauvais goût met à la 
mode , en faisant oublier la convenance d'approprier à la 



(1) In-8°. Namur. Wesmael-Legros ; 1849. 

(2) L'auteur des Voyages et aventures de M. Alfred Nicolas au 
royaume de Belgique, par Justin XXX (Grandgagnage), 2 vol. in-16. 
Bruxelles, Leroux; 1833. 

(3) Tout le monde sait que nous en sommes redevables à l'auteur de 
Maldeghem-la-Loyale (in-8°. Bruxelles, veuve Wouters, 1849), madame 
la comtesse de Lalaing. 

(4) Par MM. Broeckx, d'Anvers; l'abbé Carton (de Bruges), Florian Fro- 
cheur, Th. Juste, Charles Rahlembeck, de Chênedollé, Ruelens, Alphonse 
Wauters, le savant archiviste de Bruxelles; Kervyn de Volkaersbeke, Prudens 
Vanduyse, Serrure, Edmond de Busscher (de Gand), Ulysse Capitaine, Fer- 
dinand Henaux (de Liège), Camille Wins, Léon Paulet (de Mons), Jules 
Borgnet(de Namur), Hennebert (de Tournai), etc., etc. 

(5) Je dois faire remarquer en outre que je puis avoir ignoré l'existence 
de plusieurs livres recommandables. Ne serions-nous pas en droit de revendi- 
quer aussi , comme appartenant à notre littérature , les livres publiés à l'é- 
tranger par des Belges, tels que M. de Baecker, à Bergues-Sainl-Winock , 
M. Delepierre, à Londres, M. Clavareau, à Maestricht, M. le comte Vander 
Straten-Ponthoz, à Metz, etc., etc.? 

Les ouvrages de M. Félix Van Hulst : ses attachantes Notices biographi- 
ques (in-8°, Liège, Oudart, 1840); ses Mélanges (in-8°, Liège, 1845); le 
Rhin, de Cologne à Mayence (in-8°, Liège, 1847) ont devancé la période 
quinquennale. Sans cette circonstance, je me serais fait un devoir d'en parler 
dans ce discours. La même observation s'applique aux Rameaux d'Ernest 
Busschmann, où se trouvent la belle ode sur Notre-Dame d'Anvers et la 
satire contre la présence des femmes aux exécutions publiques. 



( 222 ) 

nature du sujet qu'on traite le choix des images et des 
expressions. « La simplicité et le naturel, comme l'ob- 
serve si judicieusement Mennechet (1) , ont plus de chances 
de plaire que la bizarrerie et l'exagération. Dans tous les 
cas , ajoute-t-il , une rudesse native et une négligence in- 
volontaire choquent moins qu'une barbarie étudiée et une 
incorrection préméditée. » 
Le sage précepte de Boileau : 

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » 

semble aussi trop généralement négligé. L'on veut se faire 
une réputation avant de l'avoir méritée. Comptant sur les 
réclames (2) de ses amis ou de soi-même, on s'empresse de 
livrer ses ébauches au public; c'est ainsi que d'informes 
productions encombrent le champ de la littérature, non 
sans étouffer celles qui mériteraient d'être au grand jour. 



— M. le baron Jules de Saint-Génois prend ensuite la 
parole et donne lecture de son rapport sur un mémoire 
envoyé au concours de l'Académie, concernant l'influence 
que la Belgique a exercée sur les Provinces-Unies depuis 
l'abdication de Charles-Quint jusqu'à la fin du XVIII e siècle. 
(Voir page 86 de ce Bulletin.) 



(1) Matinées littéraires , cours complet de littérature moderne, édition 
de Paris, 1848, t. I er , pages 230 et 231. Ce livre, d'une morale si pure, 
devrait être dans les mains de tous les jeunes gens. L'érudition s'y montre 
sous les formes les plus variées, les plus attrayantes. Le style en est plein de 
charme. 

(2) Je fais usage de ce mot d'après l'acception nouvelle qu'on lui donne 
généralement, et que rendent nécessaire les manœuvres employées dans les 
journaux, par la plupart de nos grands hommes du jour, trop modestes sans 
doute pour compter sur des éloges spontanés. 






( 2-23 ) 

— M. le secrétaire perpétuel prend la parole en ces 
termes : 

« Je vais avoir l'honneur de vous donner connaissance 
du jugement relatif au concours pour le prix quinquennal 
de littérature française. L'arrêté royal qui institue les 
prix quinquennaux porte que le jugement est attribué à 
des jurys de sept membres , nommés par le Roi , sur la 
proposition de l'Académie. Les juges du concours actuel 
étaient MM. le baron de Gerlache, le baron de Stassart, 
Lesbroussart , Paul Devaux , P. de Decker , Grandgagnage 
et Hallart. 

Bien que le jury soit entièrement indépendant de 
l'Académie, l'arrêté royal porte que son jugement sera 
proclamé dans la séance publique de la classe de l'Aca- 
démie sur la proposition de laquelle le jury a été nommé. 
C'est par suite de cette disposition que M. le Ministre de 
l'intérieur a renvoyé à l'Académie la pièce dont je vais 
donner lecture. » 



Rapport fait à M. le Ministre de l'intérieur , par le jury 
institué pour le jugement du concours quinquennal de 
littérature française. 

Monsieur le Ministre, 

Le jury, nommé par arrêté royal du 50 janvier 1855, 
pour décerner le prix quinquennal de littérature française, 
a pris connaissance des productions littéraires qui ont été 
publiées en Belgique, par des écrivains belges, du 1 er jan- 
vier 1848 au 51 décembre 1852. Il en a fait l'objet d'un 
examen consciencieux; et, après une sérieuse délibéra- 
tion, il croit convenable de diviser le prix entre trois ou- 



(224 ) 
vrages, comme l'art. 5 de l'arrêté du 6 juillet 1851 l'y 
autorise. Non pas qu'il n'ait jugé aucun de ces écrits digne 
d'obtenir le prix intégral, mais parce que leur mérite se 
balance assez dans des genres divers pour lui rendre diffi- 
cile une préférence absolue, et qu'il lui semble plus équi- 
table de les laisser sur le même rang. 

Le premier de ces ouvrages est intitulé : De la rhéto- 
rique ou de la composition oratoire et littéraire, par Baron. 
Ce livre, aussi littéraire que didactique, s'élève fort au- 
dessus de tous les traités qui avaient paru jusqu'ici sur le 
même sujet. Utilité positive , moralité irréprochable , saine 
raison, netteté de la méthode, précision et chaleur du 
style; toutes ces qualités y sont encore relevées par une 
certaine nouveauté d'idées que l'on n'eût pas espérée dans 
un sujet aussi souvent traité. 

Les chapitres de l'invention, des lieux communs, des 
passions, de la narration, du sublime, des figures, ainsi 
que la conclusion du livre, se font surtout remarquer par 
le talent d'éviter à la fois les banalités et le danger des 
innovations et de rendre neufs et intéressants des pré- 
ceptes usés, précisément parce qu'ils sont incontestables. 

Le choix des exemples prouve une grande délicatesse 
de goût. On voit que cette œuvre est le fruit de profondes 
études. Ajoutons qu'elle a pour mérite aussi d'être une 
rhétorique adaptée aux besoins de l'époque actuelle, de ne 
plus se borner aux préceptes de l'éloquence, mais de s'oc- 
cuper d'une manière beaucoup plus complète du style et 
de la composition littéraire en général. 

Le second ouvrage est Y Histoire de la littérature fran- 
çaise , par Moke. En prouvant une connaissance appro- 
fondie de son vaste sujet , l'auteur a su le concentrer, dans 
un espace limité, sans rien omettre d'essentiel. A la fois 
rapide et complet, il montre partout un jugement sûr et 



( 225 ) 

exercé, une appréciation juste et souvent ingénieuse des 
époques et des hommes. Enfin il varie , suivant la diversité 
des matières qu'il traite, un style toujours clair, correct 
et élégant. 

Le troisième et dernier ouvrage est le Recueil de poésies 
de Théodore Weustenraad. De tout ce qui a été publié en 
vers pendant les cinq dernières années, les poésies de 
Théodore Weustenraad nous ont paru les plus remarqua- 
bles par la vivacité de l'inspiration, par l'élévation des 
sentiments et de la pensée, par le mouvement du style. 
Celle œuvre est d'ailleurs celle qui, avec le plus de talent , 
se ressent le moins de l'imitation des poêles français con- 
temporains. L'auteur, trop lot ravi à la littérature et à son 
pays, a ouvert une source nouvelle à la composition poé- 
tique; environné des merveilles de l'industrie, son génie 
s'est allumé à ce feu qui ne semblait devoir vivifier que les 
intérêts matériels; ces intérêts, ces productions du génie 
industriels, il les a poétisés; il leur a donné, ainsi qu'à 
plusieurs idées, toutes modernes, des couleurs pleines de 
force et d'éclat. Entre tous nos écrivains, Weustenraad est 
peut-être le plus populaire. Son brillant Remorqueur a 
franchi la frontière; et la France, autant que la Belgique, 
a su apprécier toute la beauté de ce poëme. 

Nous proposons de diviser le prix en trois parties éga- 
les, entre les trois ouvrages dont nous venons de faire 
ressortir le mérite. Et comme M. Weustenraad a cessé de 
vivre, nous proposons, en outre, de faire don du prix à sa 
veuve. Telles sont, M. le Minisire, les conclusions que le 
jury s'empresse de porter à votre connaissance. » 



Tome xx. — II e paut. 15 



( 226 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance du 11 mai 1853. 

M. Roelandt, directeur. 

M, Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alvin , Braemt, F. Fétis, G. Geefs, 
Hanssens, Navez, Érin Corr, Snel, Partoes, Baron, Éd. 
Fétis, membres; Calamatta, associé; De Busscher, Bosselet, 
Alph. Balat, correspondants. 

MM. d'Omalius d'Halloy et De Koninck, membres de la 
classe des sciences, assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur informe la classe que, par 
arrêté en date du 8 avril, le Roi a accordé un subside de 
500 francs au comité administratif de la Caisse centrale 
des artistes belges. 

Par une seconde lettre, M. le Ministre de l'intérieur 
annonce l'envoi de 21 ouvrages différents destinés à être 
déposés dans la bibliothèque de l'Académie. — Remcrcî- 
ments. 

Ce haut fonctionnaire demande, d'une autre part, quels 






(W) 

sont les trois membres de la classe des heaux-arts qui , aux 
termes de l'article 5 de l'arrêté royal du 5 mars 1849, 
devront former la section permanente du jury chargé de 
juger le concours de composition musicale qui s'ouvrira le 
4 juin. 

— M. le secrétaire perpétuel dépose un mémoire ma- 
nuscrit portant la devise : La Théorie de l'architecture est 
nécessaire aux artistes comme au public. Cet ouvrage répond 
à la question d'architecture portée au programme de la 
classe pour le concours de 1855. 

— M. Éd. De Busscher, correspondant de l'Académie, 
fait hommage d'un écrit intitulé : Livre de la corporation 
des peintres et sculpteurs gantois (1558 à 1559 et 1574 à 
1712), suivi de la liste originale des doyens, jurés et 
francs-maîtres peintres et sculpteurs de la corporation de 
Gand. — Remercîments. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Quelques renseignements nouveaux sur la vie de Rembrandt 
Van Ryn, analysés par M. Alvin, membre de l'Académie. 

Dans notre dernière séance, M. le secrétaire perpétuel 
a déposé, au nom de M. P, Scheltema, archiviste de la 
Nord-Hollande, un ouvrage intitulé : Redevoering over het 
leven en de verdiensten van Rembrandt Van Ryn, etc., dis- 
cours sur la vie et les mérites de Rembrandt Van Ryn, 
accompagné de nombreuses pièces justificatives puisées 



( 228 ) 

pour la plupart à des sources authentiques. Ce travail, écrit 
en hollandais, contient plusieurs renseignements nouveaux 
qui rectilienl certaines erreurs accréditées sur la vie de cet 
homme célèbre. J'ai pensé qu'il pourrait être utile et qu'il 
serait surtout agréable à ceux des lecteurs de notre Bulletin, 
qui ne comprennent point l'idiome néerlaudais, de pré- 
senter une courte analyse de l'ouvrage de M. Schellema. 
Disons d'abord à quelle occasion ce travail a été entre- 
pris. Le 27 mai 1852 eut lieu, à Amsterdam, l'inaugura- 
tion de la statue de Rembrandt. Un statuaire d'origine 
belge, M. Royer, correspondant de notre classe, avait été 
choisi par une commission pour reproduire la personne 
du plus grand peintre dont s'honore la Hollande. L'idée 
de cet hommage, peut-être un peu tardif, rendu à l'im- 
mortel coloriste, avait pris spontanément naissance au 
milieu d'un banquet offert, le 11 juin 1841, par les artistes 
hollandais, à notre compatriote et confrère N. de Keyser. 
Un discours d'apparat devait être prononcé dans la céré- 
monie d'inauguration de la statue. La commission invita 
M. Schellema à se charger de l'éloge du peintre., et le sa- 
vant archiviste de la Nord-Hollande, ne voulant point se 
borner à reproduire les anecdotes, plus ou moins apo- 
cryphes, qui traînent dans toutes les Vies des peintres, 
s'appliqua à rassembler des documents authentiques qui 
pussent éclaircir du moins quelques points de l'existence 
de l'homme célèbre. Il avoue que les résultats qu'il a ob- 
tenus ont été moins importants qu'il ne l'avait espéré (1). 
Quoi qu'il en soit, le travail de M. Schellema n'est pas 



(1) M- Imraerseel, dans son Éloge de Rembrandt, publié en 1841, que 
l'auteur cite assez souvent, avait déjà réfuté plusieurs des erreurs accrédi- 
tées sur ce peintre. 






( 229 ) 
aussi indifférent que sa modestie semble le croire; on en 
jugera par le résumé qui suit. 

L'opinion commune fait naître Rembrandt en 1606, 
M. Scheltema pense pouvoir établir qu'il naquit en 1608. 
Il se fonde sur l'acte de mariage , passé à Amsterdam, en 
1034, et dans lequel Rembrandt lui-même déclare être âgé 
de 26 ans. On a également avancé, mais sans preuves, qu'il 
naquit dans un moulin situé sur le bord du Rhin , entre les 
villages de Liederdorp et de Koudekerk. M. W.-J.-C. Ram- 
melman-Elsevier avait récemment prouvé que Rembrandt 
naquit à Leyde, dans un moulin à drôche. 

Parmi les détails que l'auteur donne sur la famille de 
Rembrandt, en voici quelques-uns qu'il a puisés à des 
sources officielles , les pièces de l'état civil. Les noms des 
frères et des sœurs du peintre se trouvent dans les registres 
du 200 e denier de 1646 à Leyde. Rembrandt et sa plus 
jeune sœur Lisbeth sont inscrits comme pauvres. Le père 
de Rembrandt doit être décédé en 1654 ; sa mère mourut 
en 1040, à Leyde. Suivent quelques détails sur le patri- 
moine laissé par ses parents. 

Les renseignements personnels relatifs aux maîtres qui 
lui enseignèrent la peinture, au premier tableau qu'il exé- 
cuta , à l'époque de son séjour à Amsterdam , à son ma- 
riage, aux prétendus voyages que certains biographes lui 
attribuent , ainsi qu'aux défauts qui ont été reprochés à son 
caractère, peuvent être résumés dans les points suivants. 

Jacob Isaac-Zoon de Swanenburg, peintre à Leyde, lui 
enseigna les premiers principes de son art. Son deuxième 
maître fut Pierre Laslman, d'Amsterdam, qui s'est acquis 
plus de réputation que le premier et dont les ouvrages sont 
fort rares. Plus lard, il passa encore quelques mois chez 
Jacob Pinas, à Harlem. 



( 230 ) 

L'auteur rejette l'anecdote racontée par Houbraken au 
sujet du premier tableau de Rembrandt; il n'y voit point 
la moindre apparence de vérité. 

M. Scheltema donne beaucoup de détails locaux sur la 
demeure de Rembrandt à Amsterdam; ils intéressent plus 
particulièrement la localité. Rappelons seulement que la 
date fixe du commencement de son séjour dans cette ville 
est l'année 1650. 

Aux registres d'Amsterdam : le 10 juin 1654, Rem- 
brandt, âgé de 26 ans, présente le consentement de sa 
mère à lin d'épouser Saskia Vuylenburg de Leeuwaerden. 
Le 22 juin se sont mariés Rembrandt et Saskia Vuylenburg. 
Le mariage eut lieu en Frise. Rembrandt ne vécut avec sa 
compagne que pendant huit ans. Elle mourut en juin 1642. 
Il en eut deux enfants : l'un qui mourut en bas âge; l'autre, 
Titus, fut peintre aussi, mais s'acquit peu de réputation et 
mourut en 1668, âgé de 27 ans, laissant un enfant. 

Après la mort de Saskia, Rembrandt se remaria. 
M. Scbeliema n'a pu découvrir aucun document positif re- 
lalivement à cette seconde union du peintre, sinon qu'il 
en naquit deux enfants, dont les noms ne nous ont pas 
même été conservés. 

Rembrandt, d'après M. Scheltema, ne quitta jamais son 
pays. Notre auteur conteste la validité des documents sur 
lesquels on s'est fondé pour avancer que Rembrandt au- 
rait été à Venise, qu'il aurait vu l'Angleterre et la Suède; 
il regarde ces faits comme absolument controuvés. En ce 
qui concerne le séjour du peintre hollandais à Venise, 
cette opinion n'est fondée que sur le mol Venetiis que l'on 
a cru lire sur les eaux-fortes du maître, qui portent, dans le 
catalogue de Bartsch, les n os 286, 287, 288. M. Scheltema 
préteud qu'il faut lire Rendus, nom de Rembrandt latinisé. 



( 251 ) 

Lies trois pièces dont il est ici question ouvrent la 
dixième classe des eaux-fortes de Rembrandt, d'après le 
catalogue de Bartsch. Cet auteur, ainsi que Gersaint^ et plus 
tard Claussin , désignent ces pièces sous le nom de télés 
orientales, et c'est sous cette dénomination qu'elles sont 
connues des amateurs. Les trois écrivains, se copiant l'un 
l'autre, lisent Venetiis dans les caractères inscrits à la suite 
du nom de Rembrandt. M. Ch. Le Blanc, dans la l re livrai- 
son de l'ouvrage qu'il consacre à reproduire \ par la pho- 
tographie, les eaux-fortes de Rembrandt, a donné la pre- 
mière de ces trois têtes, le n° 286. Il n'admet pas le mot 
Venetiis; il lit Rhenelns avec un h de plus que M. Scheltema. 
Il avance en outre que cette tête est le portrait du célèbre 
poëte hollandais Jacques Cats. Si cette assertion est fondée, 
et M. Ch. Le Blanc l'appuie de preuves assez plausibles, 
mais que je n'ai pas encore eu l'occasion de vérifier, il n'est 
pas probable que le portrait du littérateur hollandais ait été 
gravé à Venise par son compatriote * et c'est un argument 
de plus en faveur de la thèse que soutient M. Scheltema. 

La Bibliothèque royaîe ayant acquis récemment de 
magniliques épreuves des deux premières pièces dont il 
s'agit, les n os 286 et 287 j j'ai pu, quant au mot Venetiis, 
vérifier par moi-même, et je ne balance pas à me ranger à 
l'opinion de MM. Scheltema et Ch. Le Blanc. La première 
lettre du mot qu'on lit après le nom de Rembrandt sur ces 
deux estampes ne saurait être un Y; elle n'est pas facile à 
déchiffrer, mais on peut l'accepter pour un R ou pour IV 
suivi d'un h. Quant au signe qui a été pris pour lï, c'est 
évidemment un u fort bien formé et surmonté d'un accent 
circonflexe. 11 faut donc lire Menetus, mot par lequel le 
peintre a voulu traduire Van Ryn , son nom patronymique. 

Houbraken parle des richesses amassées par Rembrandt 



( 252 ) 
au moyen des productions de son génie. Le savant archi- 
viste de la Nord-Hollande conteste les assertions de cet 
écrivain , évidemment mal renseigné et très-partial envers 
Rembrandt, dont il ignorait le désastre arrivé en 165C. 
M. Scheltema produit nombre de preuves à l'égard de la 
faillite de l'illustre peintre, dont la maison, les meubles, 
les tableaux, les dessins et les cuivres gravés furent vendus 
par exécution judiciaire (1). 

Après ce malheur, Rembrandt travailla avec ardeur à 
réparer ses pertes; mais plein de tristesse et voué à l'isole- 
ment d'une existence devenue tellement obscure que long- 
temps on est demeuré dans l'ignorance de l'époque et du 
lieu de sa mort. M. Scheltema a trouvé qu'il fut enterré, à 
Amsterdam, dans la Wesler Kerk, le 8 octobre 1669. 

L'auteur consacre plusieurs pages à défendre Rembrandt 
des diverses accusations portées contre lui. On éprouve 
une satisfaction réelle à la lecture de ce plaidoyer chaleu- 
reux. Il n'est que trop commun de rencontrer chez les 
biographes des artistes la manie de mettre en évidence les 
défauts réels ou supposés de l'homme dont ils racontent 
l'histoire. Si du moins, quand ils inventent, ces auteurs 
se bornaient à imaginer des choses honorables pour l'hu- 
manité, on leur saurait gré de leurs frais d'imagination; 
mais il semble qu'ils ne se mettent en dépense qu'en faveur 
de la médisance ou même de la calomnie. On saura donc 
gré au moderne panégyriste de Rembrandt de l'avoir dé- 
fendu , par exemple, de l'accusation de ne fréquenter que 



(1) On trouve dans l'ouvrage de M. Immerseel, cilé plus haut, la liste des 
objets vendus à la faillite de Rembrandt. Une chose fort remarquable, c'est 
qu'on y rencontre grand nombre de copies des chefs-d'œuvre de la statuaire 
antique. 



(235 ) 

les classes infimes et dégradées, et de s'adonner à l'ava- 
rice. Trois lettres de Rembrandt, citées par l'auteur, prou- 
vent sinon du désintéressement, du moins une certaine 
modération dans les prix que le grand peintre hollandais 
demandait pour des ouvrages qui sont aujourd'hui plus 
précieux que l'or. 

Telle est l'analyse du livre qui vous a été offert par son 
auteur, auquel vous avez voté des remercîments. Si toutes 
les obscurités qui entourent la vie de Rembrandt ne se sont 
point dissipées à la lumière produite par les laborieuses in- 
vestigations de M. Scheltema, les amis des arts lui doivent 
certainement de la reconnaissance pour les soins qu il a 
pris d'une des gloires de l'ancienne école hollandaise, si 
intimement liée, par son principe, à l'école tlamande. 



COMMISSION DES INSCRIPTIONS POUR LES MONUMENTS PUBLICS. 

Sur la proposition de la Commission, la classe admet, 
après examen, l'inscription suivante pour l'église S 1 - Aubin, 
à Namur : 

Au X e siècle. — Simple ciupelle hors des murs. 

1047. Érigée en collégiale, par le comte Alrert II. 

1559. Érigée en cathédrale. 

1750. Démolition de l'ancienne église. 

21 juin 1750. Pose de la première pierre de l'église actuelle. 

1767. Achèvement. 

20 septembre 1772. Dédicace. 

Style moderne. Archit. : Pizzoni. 

Long. 78 met., dont 29 m. pour le chœur. 
Larg. 53 met. aux transepts, 35 m. aux nefs, 17 met. dans 
le chœur. 



( 254 ) 

Les dimensions de l'église devront élre soigneusement 
vérifiées. M. Balat fait connaître qu'il possède des mesures 
exactes et s'engage à les communiquer. 



OUVRAGES PRÉSENTES. 



Notice sur M. Edouard Smits, par A. Quetelet. Bruxelles, 
4855; 4 broch. in-4°. 

Un dépôt de monnaies du XII e siècle, trouvé à Saint- Aybert ; 
par Renier Chalon. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-8°. 

Un denier de Henri l Oiseleur frappé à Anvers ; par R. Chalon. 
Bruxelles, 1853; 1 feuille in-8°. 

Bulletin administratif du ministère de l'intérieur. Tome VII. 
N° 4, avril , 4853. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Notice sur l'ancienne corporation des peintres et sculpteurs à 
Gand; par Edmond De Busscher. Bruxelles, 4853; 4 broch. 
in-8°. 

Acta sanclorum octobris ex latinis et graecis aliarumque 
gentium monumentis, servata primigenia veterum scriplorum 
phrasi, collecta, digesta, Comrhentariisque et Observationibus 
illustrata a J. Van Hecke, B. Bossue, V. De Buck, À. Tirinebroek. 
Tomus VIII. Bruxelles, 4853; 1 vol. in-folio. 

Catalogue des accroissements de la bibliothèque royale. 14 e et 
42 e parties. Bruxelles, 1850 et 1852; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société d'émulation pour l'étude de l'histoire et 
des antiquités de la Flandre. Tome IX. 2 e série. N os 1 et 2. Bruges, 
4854; 4 broch. in-8°. 

Types d'architecture gothique empruntés aux édifices les plus 
remarquables construits en Angleterre pendant les XII% XIII e , 



( 255 ) 

XIV', XV e et XVI e siècles, et représentés en plans, élévations, 
coupes et détails géométraux ; par A.-W. Pugin. Traduit de 
l'anglais par le lieut.-colonel Delobel. Troisième volume, livrai- 
sons 41 à 55. Liège, 4853; 1 vol. in-4°. 

Parallèle des maisons de Bruxelles et des principales villes de 
la Belgique construites depuis 1830 jusque nos jours, représentées 
en plans, élévations, coupes et détails intérieurs et extérieurs, 
mesurées et dessinées pa? Auguste Castermâns. Livraisons 4 et 5 , 
in-folio. Liège, 1852. 

Observations sûr les formations tertiaires des environs d'An- 
vers ; par M. Norbert-Ch. Dewael. — Rapport de MM. Nyst et 
d'Omalius sur ce travail. Bruxelles, 1853; 1 br. et 1 feuille in-8°. 

Biographie de Thierry Martens d'Alost , premier imprimeur 
de la Belgique, suivie de la bibliographie de ses éditions, par 
A.-F. Van Iseghem. Malines, 1852; 1 vol. in-8°. 

Un mot à propos de l'ouvrage intitulé : Biographie de Thierry 
Martens d'Alost, premier imprimeur de la Belgique, suivie de la 
bibliographie de ses éditions , par F. -A. Van Iseghem. Malines , 
Hanicq, 1852; *n-8° de 354 pages, par F.-C. Vander Meersch. 
Gand, 1853; 1 broch. in-8°. 

Sur la restauration de l église Notre-Dame de Tongres, par 
J. Petit de Rosen. Gand, 1853; 1 broch. in-8°. 

Notice sur R.-A.-C. Van Bommel, évêque de Liège. 3 e édition. 
Liège, mai 1853; 1 vol. in-8°. 

Opuscules et discours académiques de Camille Wins, Mons, 
1853; 1 vol. in-12. 

1m Belgique horticole, journal des jardins, par M. Ch. Morren, 
2 e et 3 e vol. N 06 1 à 9. Juillet 1851 à mars 1853. Bruxelles, 1 vol. 
et 9 broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique; directeur : 
M. Galeotti, 1 1 e année. N° 2. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-8°. 

Le Moniteur de renseignement, publié sous la direction de 
Fréd. Honnebèrt. Nouvelle série. Tome III. N 08 12 et 13. Tournay, 
1853; 2 broch. in-8°. 



(230) 

Le Moniteur des intérêts matériels. N os 47 à 20. Bruxelles, 
4853; 4 feuilles in-plano. 

Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliographie 
de Belgique. Année 1853. l re livraison. Gand, 1853; 1 broch. 
in-8°. 

Journal de la librairie belge et étrangère. N os I à 10. Bruxelles, 
1853; 10 feuilles in-8°. 

Journal historique et littéraire. Tome XX. l re livraison, mai 
1853. Liège; 1 broch. in-8°. 

Règlement de la Société libre d'émulation . Liège, 1853 ; 1 broch. 
in-8°. 

Rapport sur la situation de la Société archéologique de Namur, 
pendant l'année 1852. Namur, 1853; 1 broch. in-8°. 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie , publié 
par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 
1 I e année. Mai 1853. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Archives belges de médecine militaire. Tome XI. Mars 1853. 
Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

La presse médicale belge , rédacteur : M. J. Hannon. 5 e année. 
N os 18 à 21. Bruxelles, 1853; in-4°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles, par 
MM. Delwart , Thiernesse, Demarbaix et Husson. 2 e année. Mai, 
1853; 1 broch. in-8°. 

La santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs : 
MM. A. Leclercq et N. Theis. 4 e année. N os 20 et 21. Bruxelles, 
1853; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société de médecine pratique de la province 
d'Anvers , établie à Willebroeck. Livraisons de novembre et dé- 
cembre 1852. Malines; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société mèdico -chirurgicale de Bruges, 14 e année. 
Tome 1 er , 4 e livraison. Bruges, 1853; 1 broch. in-8°. 

Annales médicales de la Flandre occidentale; publiées par les 
docteurs Vanoye et Ossieur, 2 e année. 7* livraison. 1852-1855. 
Bonlers; 1 broch. in-8°. 



( 237 ) 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 9 e année, avril 1853. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Le scalpel; rédacteur : M.-A. lestraerts. 5 e année. N 05 27 et 
28. Liège, 1853; in-4°. 

Levensberigt van Jacob Lodewijk Kesteloot , door D r J. Nolet 
de Brauwere Van Steeland. Leyde, 1853; 2 feuilles in-8°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences, par MM. les secrétaires perpétuels. Tome XXXVI. 
N os 15 à 18. Paris, 1853; 4 broch. in-4°. 

Prodrome de la classification des reptiles ophidiens. Mémoire 
lu dans la séance du 2 novembre 1852, par M. Duméril. Paris, 
1 855 ; 1 vol. grand in-8°. 

Bulletin de la Société géologique de France. 2 e série. Tome IX. 
Feuilles 28-35. Paris, 1851-1852; 1 broch. in-8°. 

Société impériale et centrale d'agriculture. Bulletin des séances, 
compte rendu mensuel, rédigé par M. Payen. 2 e série; tome VIII. 
N° 4. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

Bévue et magasin de zoologie pure et appliquée, par M. F.-E. 
Guérin-Méneville. 1853. N° 3. Paris; 1 broch. in-8°. 

L'Investigateur, journal de t Institut historique. Tome 111, 
5 e série, 220 e livraison. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

L'Athenaeum français, journal universel de la littérature, de 
ta science et des beaux-arts. 2 e année. N os 17 à 20. Paris, 1855; 
4 doubles feuilles in-4°. 

Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, 
belles-lettres et arts de Bouen pendant l'année 1851-1852. Rouen, 
1852; 1vol. in-8°. 

Mémoires de l'académie des sciences, arts et belles-lettres de 
Dijon. 2 e série. Tome I. Année 1851. Dijon, 1852; 1 vol. in-8°. 

Société des antiquaires de la Morinie. Bulletin historique. Se- 
conde année. l re livraison. Saint-Omer, 1853; 1 broch. in-8°. 

Séance publique de la Société d'agriculture , commerce, sciences 
et arts du Département de la Marne, Année 1851. Châlons, 
1852; 1 broch. in-8°. 



( 258 ) 

Rouissage des plantes textiles % mode français, breveté , par 
M. Louis Terwangne. Analyses comparatives. Procédé améri- 
cain Schenck , Watt et Thomas Delisse. Procédé Terwangne dé- 
crit. Ses machines rurales de préparations pour le lin et le 
chanvre. Lille, 1853; 1 broch. m-S a . 

Kônigl. Akademie der Wissenschaften zu Munchen. Bulletin. 
1853. N 08 1-29. — Gelehrte anzeigen, 35 ter Band. Munich, 
1853; 2 vol. et 2 broch. in-4°. 

Annalen der kôniglichen Sternwarte bei Munchen, herausge- 
geben von D r J. Lamont. V Band. Munich, 1852; 1 vol. in-8°. 

Ueber den Chemismus der Végétation. Von D r A. Vogel Jun. 
Munich, 1852; 1 broch. in-4°. 

Daarstellung ùber das Leben und Wirken von Jos. Andréas 
Schmeller, Rede von Fr. V. Thiersch. Munich, 1853; 1 broch. 
in-4°. 

Gottingische gelehrte Anzeigen. Unter der Aufsicht der kônigl. 
Gesellschaft der Wissenschaften. Jahrgang 1 852. Vol. 1 , 2 und 
3. Gottingue, 1853; 3 vol. in-8°. 

Nachrichten von der Georg- Augusts- Universitàt und der kô- 
nigl. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôttingen. Vom Jahre 
1852. N os 1-14. Gottingue, 1853; 1 broch. in-8°. 

Atti delf Accademia de Nuovi Lincei, compilati dal segrelario. 
Anno V, Sessione H a , del 22 Febbrajo 1852, Rome, 4855; 1 vol. 
in-8°. 

Rendiconti délie adunanze délia R. accademia dei Georgofili. 
Aprile 1853. Florence; 1 broch. in-8°. 

Proceedings ofthe royal Society of London. Vol. VI. N os 83 to 
93. Londres, 1853; 11 feuilles in-8°. 

Philosophical transactions ofthe royal Society of London for 
the year MDCCCLII. Part. 1 and IL — Fellows ofthe Society. 
Londres, 1852; 2 vol. et 1 broch. in-4°. 

The quaterly journal of the geological Society. Vol. VIII. 
Part. 2, 5 and 4. Vol. IX. Part. 1. Londres, 1852 et 1853; 
4 broch. in-8°. 



( 239 ) 

Address delivered al the anniversary meeting of the geoloyical 
Society of London. On the 20 Th. of February , 1852; prefaced 
by the announcement of the award of the Wollaston palladium- 
medal and proceeds of the donation ftmd for the same year, by 
William Hopkins. Londres, 1852; 1 broch. in-8°. 

Fauna antiqua sivalensis , being the fossil zoology of the se- 
walik hils, in the north of India. By Hugh Falconer and Proby 
E. Cautley. Letter-Press. — Part. I. — Illustrations. — Part. I 
to IX. Londres, 1846 à 1849; 9 broch. in-folio et 1 broch. 
in-8°. 

On the Electro- chemical polarity ofgases. By W.-R. Grove. 
Londres, 1852; 1 broch. in-4°. 

The american journal of science and arts, conducted by pro- 
fessors B. Silliman , B. Silliman Junior, and James D. Dana. 
Second séries. N os 41 and 44. New-Haven ; 2 broch. in-8°. 



ERRATA. 

(TOME XX, PREMIÈRE PARTIE.) 

Page 152, ligne 32, au lieu de Farthergels , lisez : FothergilL 

— — — — — Fathergelli, — Fothergilli. 

— 155, — 18, — Nemophilla, — Mcmophila. 

— 513, — 8 et 9, — Chaudrac, — Chaudruc. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES , 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, 
1853. — N° 6. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du {juin 1855. 

M. Stas, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. D'Omaiius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, Martens, Kickx, Morren, De Koninck, 
Van Beneden, Ad. De Vaux, le baron Edm. deSelys-Lon- 
champs, Gluge, Melsens, Schaar, membres; MM. Élie de 
Beaumont, Sommé, Spring, Schwann, Lacordaire, asso- 
ciés, et Liagre, correspondant. 

M. Éd. Fétis, membre de la classe des beaux-arts, assiste 
à la séance. 

Tome xx. — II e part. 16 



( 242 ) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur met à la disposition de la 
classe une fiole renfermant un poison très-actif, dans le- 
quel les Malais trempent la pointe de leurs flèches. Cette 
fiole se trouvait parmi différents objets chinois et javanais, 
dont M. le comte L. de Robiano, sénateur, et son frère, 
M. le comte Maurice de Robiano, viennent de faire don au 
Musée d'antiquités et d'armures. 

MM. Stas et Schwann se sont chargés d'examiner la na- 
ture et le mode d'action de ce poison. 

— L'Académie royale des sciences d'Amsterdam et 
l'Académie des sciences de l'Institut de Rologne font par- 
venir le programme de leur prochain concours. 

— M. Quetelet présente, de la part de M. Houzeau, une 
notice manuscrite sur la manière de déterminer simultané- 
ment la latitude, la longitude, l'heure et l'azimut, par des 
passages observés dans deux verticaux. (Commissaires : 
MM. le colonel Nerenburger et Quetelet.) 

Le même membre donne communication de deux let- 
tres particulières qu'il a reçues de M. le colonel Sabine, 
secrétaire de la Société royale de Londres et associé de 
l'Académie royale de Belgique. Dans l'une de ces lettres, 
M. le colonel Sabine parle de l'état de la végétation : le 
lilas , qui, en 1846 , avait fleuri le 19 avril , dans les envi- 
rons de Londres, ne s'est épanoui, celte année, que le 
22 mai. M. Quetelet fait connaître que les lilas, à Bruxelles, 



( 245 ) 

étaient en fleur le 19 mai, et que le relard de la végéta- 
tion était alors de vingt jours. Ce retard a un peu diminué 
depuis; mais, au commencement de juin, il se trouve être 
encore d'une quinzaine de jours. Une seule année, sur une 
période de seize ans, peut lui être comparée pour le re- 
tard dans lequel se trouve la floraison, c'est 1845, qui, à 
la suite des deux mois de février et mars, les plus froids 
qu'on ait observés dans l'espace de vingt ans, a vu fleurir, 
au commencement de juin, les mêmes plantes qui s'épa- 
nouissent cette année, à la même époque. 

Sous ce rapport, le calendrier de la floraison est un in- 
strument si sensible que, pour les travaux des jardins et 
de l'agriculture, il peut préciser, à un ou deux jours près , 
l'état d'avancement ou de retard de la végétation. Il donne 
la mesure des effets combinés produits antérieurement par 
tous les agents météorologiques, tandis que le thermo- 
mètre , par exemple , n'accuse que Yétat actuel de la tem- 
pérature. 

— M. le Secrétaire perpétuel communique aussi l'extrait 
suivant d'une lettre particulière qu'il a reçue de M. Ter- 
quem , rédacteur des Nouvelles Annales de Mathématiques , 
au sujet des droits de notre célèbre compatriote Simon 
Stevin à l'invention du calcul décimal. 

«... Nous lui devons entièrement le calcul décimal.Vldée 
de diviser le rayon d'un cercle suivant une puissance de 10, 
pour faciliter les calculs trigonométriques, ne constitue pas 
le calcul décimal : jamais invention n'a été faite, jamais 
invention ne se fera pour laquelle on ne puisse indiquer 
quelque chose d'analogue qui s'est dit ou s'est fait anté- 
rieurement; mais le mérite d'une invention, son essence 
est dans la fécondation, dans le développement et la réali- 



( 244 ) 

sation pratique d'une idée. Certes, on trouve des traces du 
calcul infinitésimal chez Fermât, Barrow et même chez 
Archimède. Cela n'empêche pas que l'inventeur de la hié- 
rarchie infinitésimale est Leibnitz, et il a mieux compris 
cette hiérarchie, essence de la méthode, que Newton; 
ceci ressort de la comparaison des deux notations. Ainsi , 
Stevin est le vrai inventeur du calcul décimal, et c'est ce 
que dit aussi Wallis, qui n'est pas suspect de partialité 
quand il s'agit d'un non-Anglais. Nous avons toujours les 
défauts de nos qualités; les meilleurs érudits, ceux qui 
cultivent le mieux le passé ont toujours une tendance, ou 
éprouvent une certaine satisfaction à enrichir le passé aux 
dépens du présent. Fort peu de savants résistent à cette 
tendance, dont il faut peut-être chercher la source pre- 
mière dans ce que Stevin nomme la Philantie... » 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur les variations périodiques et non périodiques de la tem- 
pérature, d'après les observations faites, pendant 20 an- 
nées, à l'Observatoire royal de Bruxelles. 

M. Quetelet dépose un mémoire manuscrit sur ce sujet 
et donne un aperçu des principaux résultats auxquels il 
est parvenu. 

Les variations périodiques, dues aux mouvements de 
translation et de rotation de la terre, ont depuis long- 
temps fait l'objet d'études suivies sur tous les points du 
globe : quant aux variations non périodiques, elles ont 



( 245 ) 

moins fixé l'attention. M. Dove, l'un des physiciens qui 
s'en sont Je plus occupés, dans ces derniers temps, com- 
prend sous ce nom les variations dont on ne saurait avec 
certitude annoncer le retour régulier, ni même avec une 
certaine probabilité. 

Un examen attentif du problème des températures ter- 
restres a conduit M. Quetelet à séparer les variations non 
périodiques en trois classes : 

1° Les variations accidentelles que subit, d'une année à 
l'autre, entre des limites déterminées, la température 
moyenne d'un même jour, pris dans une saison quel- 
conque. On reconnaît que les causes qui les produisent 
restent les mêmes et combinent leurs actions d'une ma- 
nière si régulière qu'elles procèdent en général avec autant 
de symétrie que les variations périodiques mêmes; 

2° Les anomalies périodiques qui se manifestent" tous les 
ans, à une époque déterminée, par un abaissement ther- 
mométrique ou une élévation extraordinaire par rapport à 
l'élat normal; 

On pourrait rapporter aussi à ces variations celles qui 
sont dues, selon quelques savants, à la rotation du soleil 
sur son axe, à l'existence de taches solaires, à l'interposi- 
tion d'aérolithes , étoiles fdantes, etc., dont les retours 
seraient périodiques, sans que la périodicité fût en rapport 
avec celles des saisons. 

5° Enfin , les variations non périodiques proprement 
dites, dont le nombre et l'intensité se restreindront sans 
doute à mesure que nos connaissances s'étendront da- 
vantage. 

C'est des variations accidentelles et des anomalies pério- 
diques des températures que traite spécialement le travail 
soumis à l'Académie. 



(246 ) 

Dans la première partie, on voit que les variations acci- 
dentelles s'accomplissent de la manière la plus régulière 
autour d'un état normal et entre des limites déterminées, 
qui sont plus larges en hiver et plus resserrées en été; 
de plus, la température, pendant le cours de l'année, en 
oscillant des deux côtés de la courbe normale des tempé- 
ratures, produit, en la coupant, des nœuds d'ondulation 
plus ou moins distants les uns des autres. L'étendue des 
périodes de chaud et de froid que ces nœuds déterminent, 
est également soumise à des lois curieuses : ainsi, le ther- 
momètre, en dépassant son état normal dans l'un ou l'autre 
sens, a plus de chances de s'ij maintenir en hiver quen été. 
La période en moyenne est de cinq jours environ : elle est 
d'un jour plus longue en hiver et de près d'un jour plus 
courte en été. 

Quant aux anomalies périodiques, il n'existe guère de 
périodes de froid et de chaud assez bien déterminées, pour 
qu'on puisse assurer que des observations ultérieures ne 
viendront pas détruire les conjectures qu'on pourrait faire 
à cet égard. Il est peu de sujets qui intéressent à un plus 
haut point la météorologie et l'agriculture; cependant, 
cette classe de faits a été peu étudiée jusqu'à présent; on ne 
possède guère que quelques indications qui se rapportent 
à deux ou trois périodes de froid. ïl est temps que, dans 
chaque pays, on commence à réunir des matériaux qui 
pourront guider au milieu de ce dédale; c'est pour faci- 
liter cet examen que M. Quetelet énonce ses conjectures au 
sujet des anomalies qui concernent notre climat : voici les 
principales, en commençant parcelles qui présentent le 
plus de probabilité. 

1° La période de chaleur, qui commence le 22 janvier 
pour finir au commencement de mars, et qui présente sou- 



( 247- ) 
vent les aspects d'un printemps précoce avec une végétation 
trop hâtive; 

2° La période de froid du 7 au 11 janvier, qui com- 
prend le jour le plus froid de l'année; 

5° La période de froid du 9 au 22 avril , qui comprend 
les derniers jours de gelée ; le 17 semble servir de limite : 
il a gelécejour-là,enl855,en 18.58, en 1842, en 1847, 
en 1852; pendant le cours de vingt années, il n'a gelé 
que dans trois circonstances après cette époque ; 

4° La période de chaleur du 4 au 8 juillet, qui com- 
prend le jour le plus chaud de l'année, et qui se place 
entre deux abaissements remarquables de température ; 

5° Les périodes de froid du 20 au 29 octobre et du 10 
au 19 novembre, qui commencent et achèvent la chute 
des feuilles; 

G La période de froid du 14 au 25 mai , qui se fait plus 
particulièrement ressentir dans le nord de l'Europe. 

Selon l'usage, le mémoire est renvoyé à l'examen de com- 
missaires : MM. Grahay et Plateau sont désignés à cet effet. 



Note sur des parasites trouvés dans les appareils respiratoire 
et circulatoire du Marsouin (Delphinus phocaena. L.); 
par le D r C. Poelman , correspondant de l'Académie (1). 

La présence d'animaux parasitaires dans les tissus et 
dans les cavités des êtres vivants est un phénomène qui, 
quoique observé souvent, n'en est pas moins digne de 

(1) Voir Bulletins de l'Académie, t. XX, 2' part., p. 69. 



( 248 ) 
toute l'attention du physiologiste. Ces êtres vivent et se 
reproduisent dans les tissus, parfois même dans le sang et 
dans des organes auxquels sont dévolues des fonctions im- 
portantes, et l'individu ne se doute souvent pas de la pré- 
sence des nombreux convives qui se nourrissent à ses 
dépens. 

Presque tous ces entozoaires ont un lieu d'élection tou- 
jours le même, sont sans représentants au dehors et, comme 
certaines variétés se rencontrent dans des cavités parfaite- 
ment closes, qui n'ont aucune communication avec l'ex- 
térieur, on a été souvent bien embarrassé quand il s'est 
agi de se prononcer sur la question de leur première appa- 
rition. Nous croyons ne pas nous tromper en disant que 
la génération de ces helminthes est un phénomène qui, 
au moment actuel, est encore entouré d'une certaine ob- 
scurité. 

Sans nous prononcer à cet égard, nous estimons que le 
meilleur moyen d'arriver à un résultat satisfaisant, en ce 
qui concerne ce point controversé, est d'enregistrer les ob- 
servations qui peuvent jeter quelque lumière sur la présence 
de ces êtres dans les tissus animaux et sur les transforma- 
tions qu'ils peuvent subir, c'est ce qui nous fait prendre la 
liberté de communiquer à l'Académie quelques détails sur 
un nombre considérable de vers parasitaires trouvés der- 
nièrement dans les appareils respiratoire et circulatoire 
d'un Marsouin (Delphinus phocaena L.), que la collection 
d'anatomie comparée de notre université doit à l'obli- 
geance de M. le sénateur Dhane de Potter. 

En ouvrant la trachée artère, je fus surpris de trouver 
ce tuyau aérien presque complètement obstrué par un 
nombre considérable de Glaments blanchâtres, de diffé- 
rentes dimensions, que je pris d'abord pour des matières 



( 249) 
étrangères, introduites accidentellement, mais je ne tar- 
dai pas à me convaincre que ces lilaments étaient des pro- 
ductions parasitaires animales, juxtaposées les unes à côté 
des autres, au nombre de plus de cinquante. 

La présence d'entozoaires dans la trachée me fit sup- 
poser qu'il en existait encore ailleurs, et celte supposition 
ne tarda pas à se vérifier pour certaines parties de l'appa- 
reil de la circulation. 

Dans la trachée, les vers les plus petits étaient tout à 
fait libres et enroulés autour des grands. Ceux-ci, par leur 
extrémité orale, présentaient des adhérences très-intimes 
avec le tissu pulmonaire, et pour les voir d'une manière 
complète, j'ai été obligé d'ouvrir les dernières ramifications 
bronchiques. 

A la surface des deux poumons, je remarquai un certain 
nombre de petits kystes, plus résistants que le tissu pul- 
monaire, et renfermant également des parasites. 

Après la trachée et les poumons, c'est dans les veines de 
la base du crâne; dans les sinus veineux intracrâniens et 
dans l'oreille interne que j'ai trouvé un nombre considé- 
rable d'entozoaires. Dans les veines jugulaires entre autres, 
à leur entrée dans la boîte crânienne, ils étaient si nom- 
breux que ces vaisseaux se trouvaient réellement distendus. 
Dans les autres veines de la partie antérieure du corps, 
ainsi que dans les cavités droites du cœur, il n'y en avait 
que fort peu. Enfin, en ce qui concerne toutes celles de la 
partie postérieure du corps, je n'ai trouvé que deux petits 
vers dans la veine cave postérieure, au moment où elle 
va se rendre dans l'oreillette droite du cœur. 

Dans tout l'arbre artériel, dans les cavités gauches du 
cœur, dans les vaisseaux pulmonaires, dans les cavités 
digestives, dans les tuniques intestinales, dans la cavité 



( 250 ) 
péritonéale, dans les mésentères et dans les muscles, je 
n'ai rien trouvé. 

En examinant ces différentes parties, j'ai eu surtout en 
vue de rechercher s'il n'existait pas quelque part des ento- 
zoaires à différents degrés de développement ou des formes 
intermédiaires entre les trichines et les filaires ou les 
strongles. J'ai examiné avec beaucoup d'attention les tuni- 
ques intestinales, les mésentères, ainsi que les muscles 
volontaires où les trichines ont été vus le plus souvent. 
J'ai également soumis au microscope le liquide des cavi- 
tés digestives et le sang des veines et du cœur, mais cette 
investigation, faite avec soin, ne m'a conduit à aucun 
résultat, en ce qui concerne la présence de parasites mi- 
croscopiques ou d'ovules. 

J'avais d'abord considéré les vers trouvés dans les voies 
respiratoire et circulatoire comme étant tous des filaires 
à différents degrés de développement , de l'espèce que 
Creplin a décrite sous le nom de Filaria crassicauda (1), et 
queRosenthal, en 1825, a trouvée en grand nombre dans 
les corps caverneux du pénis d'une Balaena rostrala. Mais 
un examen ultérieur n'a pas tardé à me démontrer que 
j'avais devant les yeux plusieurs espèces différentes, se 
rapprochant la plupart plus des strongles que des filaires. 
Beaucoup de ces parasites offrent les mêmes caractères 
que ceux décrits par Rudolphi (2), par Creplin (5) et par 
d'autres helminthologistes, sous le nom de Strongylus 
inflexus. 



(1) Nov. Jet. phys. medic. nat. curios., t. XIV, part. II, p. 873, tab. 52. 

(2) Synopsis, p. 34, et Entoz., t. II, i, p. 227. 

(3) Nov. observ.de entoz., p. 13. 



(251) 

Or, Raspail s'est aperçu le premier que Rudolphi, sous 
cette dénomination, avait confondu deux espèces (1), dont 
Dujardin a fait les types des genres Stenurus et Pseudalius. 
Ce sont les individus qui appartiennent à ces deux caté- 
gories qui ont servi en partie à Diesing à établir le genre 
Prosthecosacter, dans lequel ce savant a rangé quatre espè- 
ces, parmi lesquelles il y en a deux qui répondent, l'une, 
aux sténures et l'autre, aux pseudalies de Dujardin (2). 
Sauf une différence dans les dimensions, les caractères de 
plusieurs parasites trouvés par nous concordent avec ceux 
des trois premières espèces du genre Prosthecosacter de 
Diesing. 

Dans le système veineux crânien, ainsi que dans la cavité 
tympan ique, j'ai rencontré un nombre considérable d'hel- 
minthes appartenant au Pr. minor. (Dies.) (5) 

Les mâles, moins nombreux que les femelles, ont de 
12 à 14 millimètres de long sur un tiers de millimètre de 
large, et les femelles de 18 à 20 millimètres de long sur 
un demi-millimètre de large. Dans le sang veineux du 
cœur, je n'ai vu que deux de ces helminthes. 

Les vers de la trachée et des bronches appartiennent à 
plusieurs espèces différentes; la plupart, beaucoup plus 
longs et plus larges que ceux de l'appareil vasculaire, pré- 
sentent les caractères du Fiiaria crassicauda de Creplin. 
Les femelles ont une longueur de 150 à 170 millimètres et 
une largeur de 1 à 2 millimètres; les mâles, une longueur 
de 70 à 80 millimètres et une largeur d'environ 1 mil- 



(1) Strongylus major et minor, Anx. scienc. d'observ., 1830, t. II, 
p. 244 , pi. 7 et 8. 

(2) Dies., Systema helminthum, t. II, p. 322. 

(3) Stenurus inflexus (Duj.), Strongylus minor (Rasp.). 



( 252 ) 

limètre. Les autres vers de l'appareil aérien se rapportent 
aux espèces décrites par Diesing, sous les noms de Pros- 
Ihecosacter inflexus (1) et de Prosthecosacter convolulus (2). 
Comme ce sont des espèces déjà décrites , je me contente 
de les indiquer. En parlant des Filaria crassicauda, trou- 
vés par Rosenthal dans les corps caverneux d'une baleine, 
Creplin (5) fait remarquer que constamment leur partie 
antérieure était profondément cachée dans le tissu érectile, 
tandis que la partie postérieure était libre dans le canal 
urétral. J'ai eu occasion de faire la même observation, en 
ce qui concerne le tissu pulmonaire. En effet, tous les fi- 
laires sont fortement adhérents au tissu pulmonaire par 
leur extrémité orale et libres par le côté opposé, qui se 
continue dans les ramifications bronchiques. Le micros- 
cope m'a permis de voir, chez tous les enlozoaires exami- 
nés, des organes reproducteurs. Les mâles sont pourvus 
d'un ou de deux spicules aplatis, contournés ou soudés 
en une lame triangulaire roulée en cornet. Les femelles 
sont vivipares et renferment un oviducte chargé d'œufs et 
rempli d'embryons. J'ai pu constater ce fait même pour 
le Filaria crassicauda, chez lequel Creplin n'a pu distin- 
guer exactement les organes internes. 

Siebold a donné le nom de Filaria inflexocauda (4) à 
une espèce douteuse qu'il a trouvée, ainsi que Quekett et 
Eschricht, dans des kystes pulmonaires chez le Marsouin. 



(1) Pseudalius filum (Dnj.) , Strongylus major (Rasp.). 

(2) Strongylus convolutus (Kuhn.) Dies, op. cit., p. 324. 

(3) Op. cit., p. 877. 

(4) Strongylus inflexus pulmonalis Eschricht , in Frorieps neu notiz. 
XX, No. 433, 231. — Et lais , 1842; 704, Strongylus invaginatus Que- 
k.-tt. Voir Diesing, op. cit., p. 281 



( 255 ) 

J'ai examiné soigneusement les helminthes, au nombre 
de un, deux ou trois, qui se trouvaient dans les kystes de 
la surface pulmonaire; mais je ne leur ai trouvé aucun 
caractère assez saillant pour en faire un genre ou une es- 
pèce distinct des précédents. Ce qui m'a frappé, c'est que, 
parmi une douzaine de kystes que j'ai ouverts, j'ai trouvé, 
dans trois d'entre eux deux Pr. inflexus femelles avec un 
Pr. convolutus mâle. Dans deux autres, qui communi- 
quaient avec les bronches, il y avait un Filaria crassicauda 
bien développé, fortement engagé dans le tissu pulmo- 
naire par l'extrémité orale. Le volume de ces kystes varie 
depuis celui d'un haricot jusqu'à celui d'une fève ordinaire. 
Chaque paroi est formée de deux membranes, une interne 
délicate, luisante, et une externe, plus résistante, qui 
probablement est le résultat d'une exsudation qui a eu 
lieu aux dépens du tissu pulmonaire. 

La question à résoudre, en ce qui concerne les animaux 
dont nous nous occupons, n'est pas celle de leur existence, 
que des faits nombreux ont prouvée depuis longtemps, 
mais celle de leur génération et des transformations qu'ils 
peuvent subir. 

Dans deux mémoires communiqués à la Société royale de 
Gœttingue, dans ses séances du 21 novembre 1851 et du 
45 août 1852, le professeur Herbst a consigné des obser- 
vations remarquables sur le mode de propagation du Tri- 
china spiralis. Dans un cas où il avait trouvé une quantité 
considérable de Filaria sanguinis dans le sang de tous les 
vaisseaux, il a observé également des œufs de trichine dans 
le sang coagulé du cœur. L'exacte et complète ressem- 
blance des œufs répandus partout où il existait des tri- 
chines, notamment dans le mésentère et entre les mem- 
branes intestinales, avec ceux des oviductes du Filaria 



(254 ) 
attenuata, lui parait une preuve que les trichines qu'il a 
trouvés chez un grand nombre d'animaux vertébrés ne 
sont que de jeunes filaircs. Par des expériences directes, 
il s'est ensuite assuré que de jeunes trichines introduits 
avec les aliments pouvaient donner naissance à des ani- 
maux de la même espèce. Ainsi, en donnant à de jeunes 
oiseaux et à des mammifères avec leurs aliments quelques 
portions de la chair de taupe infectée de ces parasites, tous 
ont présenté des trichines sur les muscles et le foie. 

Les résultats auxquels Herbst est arrivé et les conclu- 
sions qu'il en tire sont d'accord avec les observations de 
M. le docteur Gros (1), et avec celles faites par M. deSie- 
boîd (2) sur la transformation des vers vésiculaires ou cys- 
ticerquesen tœnias, expériences répétées par notre savant 
collègue, M. le professeur Van Beneden , qui , dans la réu- 
nion du 5 février dernier, a montré à la classe un exemple 
frappant de la transformation des cysticerques pisiformes 
du péritoine des lapins et des lièvres en Tœnia serrala dans 
le canal digestif du chien. 

Ces recherches jettent un jour nouveau sur les causes 
de la présence de certains parasites dans les tissus et sont 
de nature à débrouiller la question de leur génération , 
longtemps indécise ou à l'état d'une théorie admise par les 
uns et rejetée par les autres. C'est la connaissance du ré- 
sultat auquel on est arrivé récemment, en ce qui concerne la 
transformation de certains entozoaires, qui nous a engagé 
à examiner soigneusement tous les tissus et tous les vis- 
cères où on rencontre ordinairement des trichines, et à 



(1 ) Voyez Note sur la génération spontanée et l'embryogénie ascendante 
<lans Annales des sciences naturelles, t. XVII, 3 me série, 1852, p. 19Ô. 
(2) Communiquées à la Soeiélé nationale de Bieslau, le 7 juillet 1852. 



( 255 ) 

soumettre à l'examen microscopique les liquides contenus 
dans le tube gastro-intestinal et dans l'appareil vasculaire. 

Contre notre attente, ces investigations ont été infruc- 
tueuses, en ce sens que nulle part nous n'avons trouvé ni 
ovules ni trichines, soit libres, soit capsulaires. Mais la 
présence simultanée dans les ramifications bronchiques et 
dans les kystes pulmonaires d'individus de deux espèces 
différentes, assez voisines l'une de l'autre, tendrait à nous 
faire admettre que les caractères qui ont servi à les distin- 
guer pourraient bien être en rapport avec un développe- 
ment plus ou moins avancé de ces parasites. Ce qui nous 
confirme dans cette opinion , c'est que les caractères dis- 
tinctifs, d'une appréciation facile pour quelques individus, 
étaient très-difficiles à observer pour ceux qui étaient les 
moins développés. 

C'est là, au reste, une question qui demande des re- 
cherches ultérieures et que nous ne faisons qu'indiquer, en 
avouant que, pour le moment, les éléments nous man- 
quent pour pouvoir la résoudre. 



Noie sur une dent de phoque fossile du crag d'Anvers; 
par P.-J. Yan Beneden, membre de l'Académie. 

En attendant l'occasion de pouvoir communiquer à la 
classe le résultat de mes recherches sur les cétacés fossiles 
du crag d'Anvers, j'ai l'honneur de lui faire part de la dé- 
couverte d'une dent qui m'a été remise par un de nos sa- 
vants confrères, M. Nyst. 

Cette dent a été trouvée dans le crag d'Anvers, et si 



( 256 ) 

toul fossile offre un intérêt sous le rapport zoologique et 
géologique, il en est peu, parmi les mammifères, d'un plus 
grand intérêt que les ossements du groupe des phociens, ou 
mammifères amphibies, auquel cette dent doit appartenir. 
Les ossements de phoque sont, en effet, assez rares 
partout. On sait que les os des environs d'Angers, attri- 
bués au genre phoque, par Cuvier, sont rapportés par 
MM. de Christol , de Blainville et Paul Gervais au genre 
Halitherium de Tordre des Siréniens. 

M. Paul Gervais a trouvé des phoques miocènes à Ro- 
mans (département de la Drôme) , à Uzès (département du 
Gard), à Fausson (département de l'Hérault), et des phoques 
pliocènes dans les sables marins de Montpellier. 

M. Hermann de Meyer indique des 
phoques dans le bassin de Vienne (mio- 
cène), et M. Paul Gervais rappelle une 
observation de M. Nordmann sur l'exis- 
tence d'ossements fossiles de phoques 
dans les faluns de la Bessarabie. 

La dent qui fait le sujet de cette notice 
est, jusqu'à présent, la seule pièce du crag 
d'Anvers que l'on puisse rapporter avec 
certitude à ce groupe de mammifères. 

Cette dent est longue de huit centimè- 
tres, ainsi que l'indique la figure ci-jointe; 
la racine, comme dans tous ces animaux, 
est excessivement développée et plus de 
trois fois aussi longue que la couronne; 
le plus grand diamètre est vers le milieu 
de la courbure. 

La couronne est ainsi proportionnel- 
lement petite; elle est de forme conique 




( 257) 

et ressemble a quelques dents de dauphin; la pointe est com- 
plète; l'émail la recouvre tout entière; la surface est lisse et 
luisante sans stries. Tout près du collet, il existe un bour- 
relet circulaire, qui, si ce n'était une disposition acciden- 
telle ou maladive, pourrait servir de caractère spécifique. 

On trouve dans cette dent tous les caractères d'une 
canine, mais on sait que les incisives externes du côté 
supérieur prennent, dans plusieurs genres de phoques, la 
forme et le volume de véritables canines, et il n'est pas im- 
possible que ce soit une de ces incisives; toutefois, si l'on a 
égard à la taille de l'animal d'où provient cette dent, cela 
est moins probable; cette taille est, du reste, déjà énorme et 
serait hors de toute proportion avec celles des phoques qui 
vivent encore actuellement, si c'était une de ces incisives. 

La découverte de nouvelles pièces décidera seule cette 
question. 

J'ai comparé cette dent avec celles des phoques du 
Muséum d'histoire naturelle de Paris, grâce à l'obligeance 
de MM. Duvernoy et Ém. Rousseau, et s'il n'est pas pos- 
sible de déterminer spécifiquement cette pièce , je crois 
pouvoir assurer, en tout cas, que ce phoque d'Anvers est 
voisin des Otaries. C'est aussi l'avis de mon savant ami 
M. Gervais, qui vient de se placer au premier rang des 
paléontologistes. 

Notre savant confrère, M. De Koninck, m'a fait voir, 
dans son cabinet, une vertèbre caudale provenant proba- 
blement aussi d'un phoque et qui, comme la dent, a été 
trouvée dans le crag d'Anvers. 

— Après la lecture de cette notice, M. De Koninck fait 
observer qu'outre la vertèbre dont parle M. Van Bene- 
den, il possède encore une première côte d'un phoque, 
Tome xx. — IP part. 17 



( 258 ) 

dont la taille a dû être beaucoup plus grande que celle de 
nos phoques ordinaires. 
Comme la vertèbre , elle a été découverte par M. Nyst. 



Sur un poisson rare de nos côtes (Scimnus glacialis) et ses 
parasites; par P.-J. Van Beneden. 

Un poisson , propre à la mer du Nord , très-commun sur 
la côte d'Islande et du Groenland, mais excessivement rare 
sur nos côtes , a été pris au commencement du mois de 
mai de cette année, par nos pêcheurs d'Ostende. 

Ce poisson est connu des pêcheurs belges sous le nom 
Aepekalle; les Islandais l'apellent Haakal; son nom scien- 
tifique est Scimnus glacialis ou Lœmargus barealis, J. Mull. 
etHenl (1). 

Les pêcheurs qui vont à la pêche de la morue en pren- 
nent de temps en temps; il n'y a pas de chair plus mau- 
vaise , mais le foie est huileux et d'un énorme volume, et ils 
l'ajoutent aux foies de morue qu'ils conservent aujourd'hui 
avec soin pour en faire de l'huile; pour distinguer le baril 
qui renferme ce foie, ils y clouent la queue deYAepekalle 
et en obtiennent un prix plus élevé. 



(1) Un squale de cette même espèce vint échouer à Eure, dans la grande 
baie de l'embouchure de la Seine, dans la nuit du 550 mars au 1 er avril 1 831 . 
Il était long de 155 pieds. M. Valenciennes l'a décrit sous le nom de Scimnus 
micropterus } et la peau est préparée au Muséum d'histoire naturelle de 
Paris. C'est à tort qu'on lui rapporte une colonne vertébrale, apportée du 
cap nord de Norwége et déposée au cabinet d'anatomie comparée du Mu- 
séum. La colonne vertébrale de ce squale est tellement molle qu'on ne peut 
pas la conserver desséchée. 



( 259 ) 

J'ai reçu ce Scimnus giacialis très-frais, je dirais presque 
vivant, par les soins de M. Doude d'Ostende, et quoiqu'il 
ne fût pas parvenu encore à la moitié de sa croissance, il 
nourrissait un grand nombre de parasites qui étaient tous 
dans un parfait état de conservation. 

Ce sont ces parasites qui font le sujet de cette notice, 
mais, avant de donner leur description, je ferai l'énumé- 
ration des animaux qui lui avaient servi de nourriture. 

L'estomac de ce poisson renfermait en abondance des 
carapaces <¥Aega emarginata ; il y en avait au moins une 
vingtaine : des cristallins de l'œil , un bec corné et une 
partie de la coquille dorsale d'un calmar; plusieurs pi- 
quants provenant de l'échiure de Gartner et quelques au- 
tres débris plus difficiles à distinguer. 

Voici la répartition des parasites : 

L'œil droit était couvert en partie par un énorme 1er- 
néen qui était solidement fixé à la sclérotique; la vue, de 
ce côté, devait en être singulièrement troublée? C'est le 
même lernéen que M. Kroyer a observé sur le même pois- 
son provenant de la côte du Groenland et que le savant 
naturaliste de Copenhague a nommé Lerneopoda elongala. 

Dans la cavité abdominale étaient logés trois grands 
tétrarhynques à l'état de scolex, attachés, à l'aide de leurs 
trompes, à la surface du péritoine. Ce tétrarhynque est 
nouveau pour la science. 

Dans l'intestin spiral et dans la partie étroite de l'esto- 
mac se trouvaient plusieurs grands et beaux cestoïdes à 
l'état de strobila , dont quelques-uns mesuraient jusqu'à 
un pied de longueur; ils étaient tous encore vivants; ils 
forment une espèce nouvelle dans le genre Anthobothrium. 

Dans l'estomac, au milieu des débris, vivaient plusieurs 
centaines de nématoïdes que nous n'avons pas eu l'occa- 



(260) 

sion encore de déterminer. Une des extrémités du corps 
est toujours enroulée en spirale. 

Sur les branchies se trouvaient cinq exemplaires de 
polystome (onchocotyle), que M. Kroyer a vu également 
sur le Scimnus glacialis de la côte du Groenland, mais qu'il 
a confondu , ainsi que Diesing , avec le Pohjsk appendicu- 
lata qui vit sur le Mustelus vulgaris et le Scillium canicula. 
Ce beau trématode du Scimnus est nouveau et , chose re- 
marquable, ces deux espèces diffèrent tellement entre 
elles, que l'on devra plus tard en faire deux genres diffé- 
rents. Le dernier a des crochets en forme d'Y sur l'appen- 
dice caudal , tandis que l'autre en est complètement privé; 
nous désignons ce nouveau trématode sous le nom d'On- 
chocotyle borealis. 

Nous faisons suivre ici la description du tétrarhynque 
et de Y Anthobothrium ; nous aurons l'honneur de commu- 
niquer, à l'une des premières séances, nos observations 
sur YOnchocolijle borealis, qui doit compter parmi les plus 
beaux vers du groupe si peu nombreux des polystomes. 

Tetr. Linguatula. V. B. 

Scolex. — Longueur totale : 50 mm . 

— de la tête, sans l'appendice vésicu- 
laire, 20 mm . 
Largeur de la tête , 6 mm . 
llab. — J'ai trouvé trois exemplaires dans la cavité abdo- 
minale du Scimnus glacialis; ils étaient tous les trois atta- 
chés aux parois de l'abdomen. 

Descript. — La forme de ce ver s'éloigne tellement de 
toutes les espèces que j'ai eu l'occasion d'observer, que 
l'on ne se doute pas que c'est un tétrarhynque quand on 



( 261 ) 
le voit pour la première fois; il ne ressemble même ni à 
un ver rubané ni à un ver vésiculaire. Il est tout blanc. 

Dans l'état où se trouvent les trois individus que j'ai 
recueillis, le ver est formé de deux parties distinctes, une 
antérieure assez large et très-consistante, une autre pos- 
térieure, allongée et aplatie comme un ruban, et dont le 
tissu est très-délicat. Autant la partie antérieure est épaisse 
et consistante, autant cette dernière est mince et délicate. 
C'est la même différence que celle que l'on observe entre 
la vésicule et le corps des scolex de Ténia. 

La partie antérieure, qui est la tête, porte quatre 
trompes qui nous semblent caractéristiques de ce tétrar- 
bynque. Ces trompes sont très-courtes et fort peu exten- 
sibles; elles ont la forme d'un calice quand on les arrache. 
Les crochets sont grands, forts et à peu près semblables; 
ils sont en quinconce. On en voit une dizaine sur la lar- 
geur d'un côté, ainsi une vingtaine pour faire le cercle. 

Chaque crochet est formé d'une partie recourbée sous 
forme d'une épine qui se dirige en avant quand la trompe 
n'est pas déroulée, et d'un talon assez grand, implanté 
dans l'épaisseur de la peau, arrondi d'un côté, effilé du 
côté opposé. 

Les étuis qui logent les trompes et leur muscle rétrac- 
teur ne présentent rien de remarquable, pas plus que le 
corps vésiculaire qui les termine en dessous. 

Nous avons vu dans des individus, conservés deux fois 
vingt -quatre heures dans la liqueur, des corpuscules 
blancs et des filaments qui ressemblent assez bien à des 
ganglions et à des nerfs. Nous n'oserions, toutefois, affir- 
mer que ces filaments appartiennent au système nerveux. 

La tête est aplatie comme le corps de la linguatule du 
chien; les bords sont tranchants. On voit au milieu de 



( 262) 

chaque côté un sillon indiquant la réunion des bothri- 
dies; il n'y en a que deux; le sillon de chaque côté ne 
s'étend que jusqu'à la moitié de la longueur de la tête. 

Ces vers étaient vivants, mais nous n'avons pas observé 
de mouvements dans les bothridies. 

Anthobothrium perfectum. Y. B. 

D'après les caractères du genre Anthobothrium , le ver 
dont nous allons donner la description lui appartient évi- 
demment. C'est un cestoïde dont le scolex porte quatre 
bothridies sans crochets, qui se creusent au milieu de di- 
verses manières, dont les bords ne se crispent pas et ne 
forment pas non plus de replis parallèles. 

Caractères. — Bothridies creusées en avant d'une ven- 
touse et dont toute la partie postérieure prend habituelle- 
ment la forme d'un canot. 

Le strobila est formé d'un grand nombre d'individus; 
il est étroit en avant et en dessous des bothridies; large et 
assez épais à sa partie postérieure. La segmentation ne se 
montre qu'à une certaine distance du scolex. 

Les proglottis sont plus longs que larges, fort épais 
quand ils sont adultes, et montrent au milieu une matrice 
très-bombée qui devient noire au contact de la lumière. 
Ce sont les œufs qui se colorent. Chaque proglottis pré- 
sente au milieu une tache noire. Les œufs sont très-allon- 
gés, mais sans filaments. 

Longueur du slrobila, 50 à 40 centimètres. 

Largeur de la tête du scolex, l-2 mm . 

Largeur du proglottis adulte, 5 mm . 

Cette espèce habite le canal intestinal du Scimnus gla- 
cialis, au milieu des replis en spirale. Nous en avons trouvé 
cinq exemplaires. 



BuB.d* l'Août. JUu 





W 






Tom. XX, 2? part. paye 2 671, 










Bu7l.de /\\r<«/. /?<></. 



Tof/tW, 2?part.paae 2Ô'J. 







(263 ) 
Ce ver ne ressemble, ni à l'état de scolex, ni à l'état de 
strobila, à aucune des espèces connues. VAnthobothrium 
musteli a le slrobila très-uni , fort mince et extrêmement 
délicat. Les bothridies portent une ventouse en dessous , 
et elles se creusent tout entières comme un gobelet. 
UAnthobotrium cornucopia a le proglottisécailleux, et les 
bothridies sont sans ventouses; elles se creusent aussi 
tout entières en affectant la forme d'une corne ou en 
s'aplatissant comme un disque. Dans tous les états, l'es- 
pèce que nous décrivons ici est donc facile à distinguer. 

EXPLICATION DES PLANCHES. 

PLANCHE I. 
Tetrarhynchus linguatuîa. V. B. 

Fig. 1. Le ver, tel qu'il sort de la cavité abdominale, de grandeur naturelle : 

a. Tête. 

b. Trompes. 

c. Sillon des lobes. 

d. Portion rubanaire. 

2. Le même ouvert, un peu grossi pour montrer les étuis des trompes, 

3. Une trompe isolée. 

4. Les crochets au grossissement de 500. 

PLANCHE II. 
Jnthobotrium perfectum. V. B. 



Fig. 



canaux excréteurs. 
2. Le même tel qu'il se présente conservé dans la liqueur. 
5. Strobila de grandeur naturelle. 

4. Proglottis adulle détaché artificiellement, montrant en avant le pénis 

et le canal spermatozoïdal ; au milieu on voit la matrice gonflée et 
remplie d'œufs. 

5. Quatre œufs retirés de la matrice. 



( 264) 



TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 

De la nature des couronnes et subsidiairement de deux 
monstres, par diaphysie, chez les Narcisses; par M. 
Ch. Morren , membre de l'Académie. 

Le tube corollin, placé dans l'intérieur du périanthe 
des narcisses, est ramené par tous les auteurs actuels aux 
appendices de la corolle et prend spécialement le nom de 
couronne (corona). Goethe y voyait des corolles supplé- 
mentaires, mais avec cette différence que les pétales 
doivent leur formation à une expansion, tandis que les 
couronnes devraient la leur à un resserrement. Évidem- 
ment, d'après l'auteur de la Philosophie botanique, la coarc- 
tation, force présidant à la métamorphose de la feuille, 
organe typique, en étamine, commençait, à se manifester 
ici, et Link fait observer que, dans l'esprit de Goethe, la 
couronne était une partie ambiguë, vague entre la corolle 
et l'androcée (1). 

Link regarde comme analogue et de même nature la 
couronne des narcisses et celle des Pancratium; il la dis- 
tingue de la coronule formée par des appendices séparés 
attachés aux pétales comme dans les Silène, laquelle co- 
ronule doit être distinguée à son tour des appendices 
latéraux des pétales comme dans les Cucubalus. M. Ger- 
main de S^Pierre a tort d'affirmer que Link appelle la 



(1) Comparez Goethe, Philos. &of.,chap. LV (édit. de Paris, 1857, p. 228), 
et Link, Philos. bot. t t. II, p. 140. 



(265 ) 

couronne des narcisses une paracorolle. Le professeur de 
Berlin nommait paracorolle une corolle nouvelle, fausse, 
née de la vraie, différente de forme d'avec celte dernière, 
de manière à n'en être pas une duplicature : corolla altéra 
spuria juxta veram enata, facie ab hoc diversa, ita ut ejus 
duplicata esse nequeat. La paracorolle est la couronne ra- 
diée des passiflores (1). Au contraire, la couronne n'est 
pas une corolle supplémentaire (Afterblume) , mais une 
soudure d'appendices d'une corolle préexistante. 

C'est l'opinion de Link qu'a combattue M. Auguste de 
S l -Hilaire, dans sa Morphologie végétale. «La première idée, 
dit-il (2) , qui se présente, c'est d'assimiler cette couronne 
à celle des silènes, et de la considérer comme formée 
par des dédoublements pétaloïdes qu'auraient formés les 
pièces des enveloppes florales, et qui se seraient soudés 
ensemble. Cette conjecture ne saurait être infirmée , sans 
doute, par les Narcissus poelicus et Pseudonarcissus , car 
leur couronne, composée de parties intimement soudées, 
n'offre à son sommet qu'un grand nombre de petites dents, 
dont plusieurs appartiennent évidemment à la même pièce. 
Mais tous les narcisses ne nous présentent pas de sembla- 
bles caractères : souvent les parties qui ont formé leur 
couronne, ne sont point, à beaucoup près, soudées dans 
une aussi grande longueur que chez le Pseudonarcissus, 
et alors on voit, à l'extrémité supérieure de cette même 
couronne, six lobes plus ou moins prononcés. Si ces lobes 
provenaient du dédoublement des pièces des deux verti- 
cales floraux, ils seraient opposés à ces dernières, mais 



(1) Comparez Germain de S'-Pierre, Guide dit botaniste, Dict., p. 498, 
et Link, Philos, bot, t. II, pp. 141 et 144. 

(2) Morphologie, p. 807. 



(266 ) 

ils alternent avec elles; par conséquent, ils sont le résul- 
tat d'une multiplication, car le dédoublement amène con- 
stamment l'opposition , tandis que la multiplication amène 
l'alternance. La couronne des narcisses est donc compo- 
sée , comme l'enveloppe qui la précède, de deux verticilles, 
dont l'un alterne avec le verticille intérieur de cette même 
enveloppe, tandis que l'autre alterne avec le premier; et 
très-rapprochés , soudés intimement, les deux verticilles 
ont, ainsi que ceux du Rollinia, formé une sorte d'enve- 
loppe monopétale. » 

Cette théorie de la couronne est admise par l'univer- 
salité des auteurs; la théorie de Link est abandonnée. 
D'après celle-ci, la couronne serait un dédoublement; 
d'après la théorie de M. Auguste de S'-Hilaire, ce serait une 
multiplication des six éléments périanthiques extérieurs. 

Mais analysons ce périanthe. L'insertion de ses six par- 
ties, trois par trois, et des monstruosités dont nous par- 
lerons plus loin, prouvent ce qui, d'ailleurs, est clairement 
démontré par les genres voisins, à savoir que les trois di- 
visions inférieures sont calicinales et les trois internes 
corollines. Le périanthe est donc formé de 

0(3) -t- Ca(3). 

Si l'insertion est la loi générale qui détermine la nature 
des organes, et si l'on admet que la couronne est la ré- 
pétition du périanthe, il faudra bien admettre aussi que 
cette couronne est décomposable en 

Gr(3) -t- Ca(3) , 

ce qui doit donner une corolle dans un calice et dans cette 
corolle un calice renfermant à son tour une corolle. Un 
calice inséré dans une corolle est un fait, il faut l'avouer, 



( 267 ) 

qui n'est pas conforme à la loi de l'insertion, puisque cette 
loi détermine le nom et la nature de l'organe par sa hau- 
teur dans le rang de l'insertion. Cette seule considération 
aurait pu conduire les auteurs à ne pas regarder la théorie 
de Link comme si contraire aux vrais principes de la bo- 
tanique philosophique, et un dédoublement expliquerait 
peut-être mieux la nature de la couronne qu'une multipli- 
cation. 

Il existe une monstruosité très-commune du Narcissus 
major Curtis, que nous signalons à l'attention des orga- 
nologues. Nous la représentons fig. 1. Elle est très-com- 
mune dans les jardins de Belgique et doit être fort an- 
cienne, car Sweert, dans son Florilegium de 4641 , pi. 21, 
la figure déjà sous le nom de Narcissus duplice tuba. Dans 
cette monstruosité, le périanthe est normal, formé de 
Gz(5) 4- Ca(5), mais une couronne à six lobes se place en 
dedans, non pas de manière que chaque lobe alterne avec 
les divisions du périanthe, mais de manière, au contraire, 
que chaque lobe soit parfaitement opposé à une division 
(voyez la fig. 1.). En dedans de cette couronne paraît de 
nouveau un périanthe à six divisions, chacune opposée et 
au lobe de la couronne inférieure et à la division du pre- 
mier périanthe. Puis , en dedans de ce second périanthe , 
encore une couronne toujours à lobes opposés, plus encore 
un troisième périanthe toujours opposé, et ainsi de suite 
jusqu'à cinq couples d'organes; de sorte que là formule de 
ce monstre devient, avec les ctamines et le pistil , 

Cx(o) -+- Ca(5) -+- C#(3) -t- Ca(5) -f- 0(3) -4- Ca(3) -h Ca?(3) -*- Ca( 5) 

-^Gr(3)-*-Ca(3)+.S6-*-P3 
ou 

5 [Cx (3) 4- Ca (3)] 4- S6 4- P3=39. 



( 268 ) 

L'opposition des organes pétaloïdes est ici de toute évi- 
dence; de sorte que si l'on admet le principe de M. Auguste 
deS l -Hilaire, ces cinq périanthes et ces cinq couronnes 
emboîtés les uns dans les autres seraient les résultats non 
de multiplications, mais bien de vrais dédoublements , ce 
qui est beaucoup plus conforme à la théorie générale des 
fleurs doubles. 

Il ne peut y avoir aucun doute sur la nature périan- 
thique des divisions entourant les couronnes successives, 
puisque leur forme est constante, lancéolée, entière, acu- 
minée; leur couleur n'est pas moins constante, verdâtre, 
leur nervation de même; ce sont des organes planes, nul- 
lement ondulés, et à chaque étage, la soudure existe entre 
le périanthe et la couronne, soudure qui se retrouve entre 
ce dernier organe et le périanthe immédiatement supérieur. 

Au centre d'une telle tleur que deviennent les étamines? 
Parfois, elles restent libres et bien formées (voy. fig. 2a), 
mais le plus souvent, elles sont pétalifiées (fig. 2fcc), 
et dans ce cas, le pétale qui en résulte n'est jamais ana- 
logue au pétale du périanthe, mais il est identique de 
forme, d'aspect, de marginure, de texture et de couleur, 
avec un lobe de la couronne. 

De même, tantôt le pistil montre des styles de forme 
normale : ils sont alors isolés, mais dans un grand nombre 
de fleurs, les styles se déforment en pétales, comme on peut 
le voir fig. 2 , en d, e et f: e représente un style isolé, d un 
style soudé avec le troisième, f, entièrement métamorphosé 
en lame jaune, en tout semblable à un lobe de la cou- 
ronne qui serait isolé. 

C'est cette ressemblance des organes slaminaux et pis- 
tillaires avec la couronne qui nous porte à croire que la 
couronne représente non pas une multiplication du pé- 



( 269 ) 
rianthe, mais un double rang d'étamines modifiées en 
pétales, et avec cette explication si simple se comprend 
très-bien cette succession indéfinie de périanthes et de 
couronnes toujours annexées par paires. En effet, la mons- 
truosité ici décrite, devient alors une prolification de fleurs 
en tout semblable à celle si commune dans les primula- 
cées, les rosacées, etc. Dans cette hypothèse, si c'en est 
une, les lois de l'alternance et de l'insertion ne sont nul- 
lement enfreintes, et ces beaux principes restent debout. 

Représentons par un diagramme la nature d'une fleur 
de narcisse (fig. 5), Gr 1 , C# 2 , Car 5 seront les trois sépales 
du calice, Ca\ Ca 2 , Ca 5 les trois pétales. Supposons que 
l'androcée vienne immédiatement après et soit formée de 
deux rangs chacune de trois étamines. Le premier aura 
ses étamines en S 1 , S 2 , S 3 , en opposition avec les segments 
du calice, le second les aura en p\ p 2 , p 5 , en opposition 
avec les pétales. Transformons ces deux rangs androcéens 
en pétales et soudons-les en tube nommé couronne , mais 
laissons à chaque organe anthérien manifester la forme 
de ses loges par deux lobes , il s'en suivra qu'il y aura 12 
lobes, accouplés deux à deux au bord de la couronne. 

Ceci admis , prenons la couronne d'un Narcissus major 
simple. Que voyons-nous? Les six grands lobes émarginés 
profondément, et pourquoi l'œil voit-il une alternance 
entre ces six grands lobes et les six divisions du périanthe? 
Uniquement parce que la fissure du milieu d'un lobe est 
plus profonde que la fissure de séparation entre deux lobes 
contigus. 

De là est arrivé que M. Auguste de S l -Hilaire a cru voir 
une alternance entre les lobes de la couronne et les parties 
du périanthe, mais au fond et d'après la genèse de la cou- 
ronne, les lobes de cet organe sont opposés aux sépales et 



( 270 ) 

aux pétales du périanthe, comme doivent l'être des parties 
formées par des étamines en deux rangs transformées en 
enveloppe pélaloïde. C'est ce que la fleur double du Nar- 
cissus pseudonarcissus et celle du Narcissus major dé- 
montrent clairement dans l'emboîtement successif de cou- 
ronnes et de périanthes superposés. 

D'après cette explication , la nature de la couronne se- 
rait, comme celle de beaucoup de nectaires et d'appendices 
de la corolle (Symphytum, calycanthus , etc.), des étamines 
modifiées, et rien de plus. La nature de cet organe rentre- 
rait dans la loi commune , au lieu d'admettre qu'elle fût 
pétaloïde, corolline et une vraie corolle supplémentaire, 
comme le voulait Goethe. Cette manière de voir les choses 
peut invoquer en sa faveur la loi des insertions , la loi des 
alternances, la métamorphose des étamines en organes si- 
milaires et les monstruosités connues de ces plantes. 

La monstruosité décrite rentrerait ainsi dans la classe 
des diaphysies (diaphysis) d'Engelmann (1) , où des fleurs 
produisent d'autres fleurs complètes ou incomplètes de 
leur axe et renfermées les unes dans les autres. 

La formule explicative d'un narcisse normal devien- 
drait, d'après cette théorie de la couronne, en ramenant 
les organes à leur nature primitive et en exprimant par m 
placé au-dessus des lettres représentatives de l'organe leur 
métamorphose , 

m xa 

Ca?(3) h- Ca(3) -*- S(5) -f- S(3) -f- S3 + S3 -*- P3 , 
au lieu de 

C#(3) -t- Co(3) -h Ca?(5) + Co(3) + S5 h- S3 h- P3 , 



(1) Deantholysi. Francf., 1852. In-8°, p. 45. 



( 271 ) 

et la formule représentative de la diaphysie axile, au lieu 
de celle donnée plus haut et déduite de la théorie de la 
couronne que nous croyons erronée, serait, d'après les 
idées expliquées ici, 

tn m in m 

Gr(3) -f- Ca(3) h- S(3) -4- S(3) -4- Ca?(5) -+- Ca(3) -4- S(3) -4- S(3) 

mm mm 

-4- C#(3) -4- Ca(3) -4- S(3) -f- S(3) -f- C#(3) + Ca(3) -4- S(3) -4- S(3) 

m m 

-4-S(3)-4-S(3)-4-P3, 

les termes de celte formule se multipliant autant de lois 
qu'il y a de fleurs prolifiées dans le monstre; ce nombre 
moyen est de cinq. 

Il existe une autre espèce de monstruosité dans les 
Heurs du Narcissus major, c'est celle que nous pourrions 
nommer diaphysie muitiaxillaire. Dans la diaphysie dé- 
crite plus haut, les fleurs se suivent et s'emboîtent selon 
Taxe, les unes dans les autres. Mais on trouve des fleurs de 
narcisse doubles par cette cause compliquée d'une autre. 
Aux aisselles de quelques parties internes et surtout des 
folioles de la couronne se développent latéralement des 
fleurs spéciales plus petites et aussi frappées de diaphysie, 
comme l'ensemble. Svveert, en 1C41 (lab. 26) , a représenté 
un Pseudonarcissus duplex divisa calice odoralus atteint de 
cette déviation. Vers le milieu d'une rosace irrégulière for- 
mée d'un grand nombre de périanthes et de couronnes di- 
visées, on voit naître quatre couronnes régulières renfer- 
mant chacune des étamines et des pistils comme dans une 
fleur parfaite. Ce sont quatre fleurs de narcisse dans une 
seule déjà modifiée. Nous possédons des fleurs de narcisse 
(Narcissus major) frappées de la même monstruosité. L'une 
des plus curieuses est celle dessinée fig. 4. Il y a trois 
centres de fleuraison en a, en b et en c. Deux de ces centres 



( 272 ) 

formés d'une succession nombreuse de couronnes divisées 
en leurs lobes onduleux et frangés, alternant avec les fo- 
lioles d'un périanthe plus petites, mais semblables au type, 
sont atteints de virescence, tandis que le troisième centre 
est un singulier mélange de coloration corolline (colora- 
tion coronale surtout) et de virescence. C'est la partie c de 
la figure 4. On y voit chaque partie d'un jaune d'or très- 
brillant, mais les bords seulement verts. On voit un lobe 
d'une couronne divisée, fig. 5 en a. Le milieu jaune d'or 
et le bord vert ondulé. Au contraire, les divisions du pé- 
rianthe (sépales et pétales) conservent plus généralement 
leur jaune verdâtre du type. 

Dans cette diaphysie multiaxillaire , il y a métamorphose 
complète des étamines et des pistils, tandis que, dans la 
diaphysie axile, il y a souvent conservation de ses organes 
importants, ainsi que des ovules, comme on le voit fig. 2 ; 
de sorte que la fécondation, possible dans la seconde mon- 
struosité, transmet, selon les horticulteurs, la déviation 
dans une série de générations. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE. 



Fig. 1. Fleur du Narcisms major Curtis, atteinte de diaphysie axile. 

2. Étamines et pistils se transformant en partie de couronnes. 

3. Diagramme explicatif de la couronne des narcisses. 

4. Fleur de la même espèce , atteinte de diaphysie multiaxillaire. 

5. Foliole du périanthe et lobe de la corolle j le second atteint de vires- 

cence marginale. 



BuU.de l'Acad.Jlov* 



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( 273 



TEHATOLOGIE VEGETALE. 

Une fleur double de Lilas; par M. Ch. Morren, membre 
de l'Académie. 

Auger de Busbecq, de Commines en Flandre, nommé am- 
bassadeur de Ferdinand I er , près la Sublime Porte, en 1555, 
était un ^rand amateur de plantes et s'occupait de botani- 
que. Les Turcs eux-mêmes passaient avec raison peut-être, 
à cette époque, pour des horticulteurs de premier mérite. 
C'est à l'occasion de la plante qui fera l'objet de cette lec- 
ture que De L'Escluse disait, en 1601 : « Nam postquam 
dixit (Bellonius) Turcos nullisparcere sumptibus et summam 
adhibere diligentiam, in conquircndis exoticis arboribus quae 
elegantibus floribus sint preditae...(\) » Ils aimaient, à cause 
de ce penchant pour d'élégants arbustes, le lilas appelé 
alors Lillach et Lilac. Auger de Busbecq introduisit ce bel 
arbuste dans sa patrie, et de là il se répandit dans toute 
l'Europe. Van Hulthem, dans son Discours sur l'agriculture, 
affirme que notre ambassadeur flamand envoyait ses plantes 
à Matthiole, célèbre botaniste de Sienne. J'avoue qu'en pré- 
sence des nombreux et très-savants botanistes que comp- 
tait alors la Belgique, cette préférence pour u,ne gloire 
étrangère au pays, quelque grande qu'elle fût d'ailleurs, 
m'eût semblé une inconvenance, sinon quelque chose de 
pis. Mais non , Auger de Busbecq n'a pas à se reprocher 
un acte de cette nature. Van Hulthem a tort et Matthiole 
lui-même en est une preuve. Matthiole n'a pas reçu d'Auger 



(1) Clusii Rariorum plantarum historiée. 1001. (p. Î5G.) 

Tome xx. — II e part. 18 



( 274 ) 

de Busbecq la communication du lilas, et en voici des 
preuves authentiques : Lilac, dit De L'Escluse, hune vocat 
doctissimus Matthiolus et ex pictura quae Constantinopoli 
fuit Mi allata, cum ramulis flore et fructu re fer tis ab Anto- 
nio Cortuso sibi missis qui ex Africain acceperat (1). C'est 
Antoine Cortusus qui envoya au botaniste de Sienne la 
figure d'une branche de lilas chargée de Heurs et de fruits , 
et ce dessin venait de Constantinople. Matthiole (2) lui- 
même nous apprend que le lilas en nature accompagna 
l'ambassadeur de Commines à son retour chez lui : Hanc 
autem plantam cujus hic imaginent damus , dit Matthiole , 
Constantinopoli secum attulit clarissimus vir Augerius de 
Busbeke qui continuis septem Caesaris Ferdinandi primi 
apud Solimanum Turcarum imperatorem oratorem egit , 
sub hoc nomine Mac. Ainsi c'est bien Auger de Busbecq 
qui rapporta le lilas avec lui , et quand Dodoëns écrivit 
le manuscrit de ses Pemptades, qui parurent en 1616, le 
bel arbuste du Bosphore était déjà abondamment répandu 
dans les jardins de la Belgique. Aliunde, dit l'auteur de 
Malines, quoque in Belgium haec stirps venit hortorum facla 
alumna. Le lilas était devenu , pour l'horticulture natio- 
nale, un fils d'adoption. Or, pour se répandre si prompte- 
ment , il fallut de toute nécessité que le diplomate des 
Flandres ne pensât point à l'Italie, mais bien à sa patrie, 
et grâces lui en soient rendues, c'est un cadeau qui survit 
à ses œuvres littéraires , connues seulement des érudits , 
cadeau qui transmettra son nom à nos populations jusqu'à 
ce qu'il ait un jardin pour leur plaire. 



(1) Ibid, 1. c. 

(2) Malthioli Commentant. Édit. de Venise, 1565, p. 1236. 



( 275 ) 

La date exacte de l'introduction du lilas dans le centre 
de l'Europe est donc celle de 1562. A voir, d'un côté, l'at- 
tention que donnent les anciens auteurs, comme Dodoëns , 
De l'Esduse et Matthiole, aux fruits et aux graines du 
lilas, et, de l'autre, le silence où ces mêmes écrivains 
laissent la question de la reproduction de cet arbuste , on 
peut raisonnablement conclure que, dans les premières 
années de sa propagation, on employait plutôt les semis 
que les boutures. Malgré ces semis et la vulgarisation de 
ce végétal, il a fallu attendre près de trois siècles avant de 
voir se produire, pour le lilas, le phénomène si facile à 
naître dans d'autres genres, à savoir l'existence des fleurs 
doubles. C'est à peine même si l'on commence à répandre, 
dans quelques jardins d'amateurs, cette forme, qui doit 
d'autant plus exciter l'attention , qu'elle est en elle-même 
belle et élégante , en même temps que rare et très-peu 
connue. La très-grande simplicité de la structure florale 
de ce genre d'oléacées, structure dépendant avec évidence 
du nombre 2 et de son carré (deux étamines , deux car- 
pelles et quatre lobes au calice et à la corolle), devait 
faire croire aux botanistes, pendant un si long laps de 
temps, que ni la multiplication ni le dédoublement n'au- 
raient pu produire, chez ce genre réduit à si peu d'élé- 
ments organiques, une fleur double quelconque. 

C'est cependant en 1845 que, pour la première fois, si 
nous ne nous trompons, un horticulteur belge, M. Libert, 
de Liège, produisit par le semis un lilas double, que l'on 
désigne aujourd'hui sous le nom de Syringa vulgaris flore 
duplo Liberti, afin de conserver à une jolie forme le nom 
de son producteur. 

Le lilas double de Libert a la végétation entière carac- 
térisée par moins d'ampleur que le Syringa vulgaris. On 



( 276 ) 
dirait d'une hybride entre le lilas de Constantinople et le 
lilas de Perse, bien cependant qu'il soit venu d'un semis 
du premier. L'arbuste à fleurs doubles est plus léger dans 
son allure; les feuilles sont plus petites, leslhyrses moins 
fournis, moins gros, les fleurs moins grandes et la colo- 
ration elle-même subit des changements. Sur le lilas à 
fleurs doubles les boutons sont roses, les fleurs sont vio- 
lettes par dessous et dans leurs premières corolles et d'un 
beau bleu de ciel pâle dans la corolle double et le dessus 
des fleurs; de sorte que ces teintes de rose, de violet, de 
lilas et de bleu jouent ensemble sur les thyrses de cette 
production. Les thyrses, enfin, sont souvent pourvus à leur 
base de rameaux thyrsifères eux-mêmes, ce qui donne un 
aspect de grande richesse à cette végétation. 

Les oléacées et les jasminacées sont de ces familles où 
la régularité ne saurait se confondre dans la structure 
florale avec la symétrie. Cette structure y repose sur une 
dualité d'étamines et de carpelles à l'ovaire avec une orga- 
nisation quaternaire du calice et delà corolle, et chez cette 
dernière si elle revient à la symétrie originaire pentago- 
nale des dicotylédones, dans quelques jasminacées, la co- 
rolle y est aussi pourvue de huit divisions (Jasminum, 
Nyctanthes, Menodora) procédant de la multiplication de 
quatre, lequel nombre reconnaît comme radical deux, ce 
qui fait qu'on peut dire que, dans ces jasminacées et oléa- 
cées, toute l'organisation procède au fond et en réalité du 
nombre 2 et de ses multiples. 

Devant ce fait fondamental rappelé pour l'intelligence de 
la fleur double que nous allons décrire, par les figures 1 et 2 
de la planche, il devient encore plus intéressant de recher- 
cher ce qui s'est passé dans la formation de cette fleur téra- 
tologique du lilas. M. Auguste de S^IIilaire avait déjà été 



( 277 ) 

frappé de la non -symétrie organique de la fleur régulière 
du lilas : cet observateur ingénieux avait noté la non-alter- 
nance du verticille staminal avec le verticillc corollin (1), 
et la discordance des nombres dans les parties des verti- 
cilles calicinal et corollin d'une part, staminal et ovarien 
de l'autre (2). 

Dans le Sijringa normal , le calice offre quatre dents, la 
corolle présente un tube unique divisé en haut en quatre 
portions limbaires à estivation valvaire. Chacune de ces 
divisions est pourvue au centre d'une nervure médiane, et 
sur les deux côtés ce qu'on prendrait pour une nervure est 
un simple pli résultant du reployement en dedans de la 
division du limbe dans la préfloraison. Rien ne décèle donc, 
ni dans le calice ni dans la corolle, le type fondamental 
quinaire ou la géométrie pentagonale des dicotylédones. 
Aucun lobe, ni calicinal ni corollin, n'est plus grand ni 
plus irrégulier que les autres, et la seule ressource qui reste 
à la théorie des réductions est de regarder le nectaire su- 
perficiel du fond du tube et du pourtour de l'ovaire comme 
pouvant représenter les organes absents, encore cette 
hypothèse est-elle stérile en elle-même et probablement 
erronée, comme nous l'apprendra la fleur double du lilas. 

Les deux étamines du lilas, réduisant donc l'appareil 
staminal à la plus simple expression du verticille, appareil 
essentiellement multiple dans son essence même, n'offri- 
raient pas, d'après les idées de M. Auguste de S*-Hilaire, 
une alternance appréciable avec les autres parties de la 
fleur. Mais quand on examine avec soin les fleurs d'un 
thyrse, on voit d'abord : 



(1) Morphologie , p. G05. 

(2) Ttf.,1. c.,p.606. 



( 278 ) 

1° Que les fleurs naissent généralement trois à trois sur 
des plans perpendiculaires à l'axe du thyrse ou à Taxe des 
rameaux de ce dernier ; 

2° Que le calice offre ses dents de manière à en placer 
deux dans le plan des fleurs et deux dans le plan des axes 
de l'inflorescence; 

5° Que, par suite des lois de l'alternance très-visiblement 
conservées entre les verticilles calicinaux et corollins du 
lilas, les sinus du limbe de la corolle sont situés dans le 
plan des dents du calice; ce qui revient à dire que les lobes 
corollins alternent avec les dents calicinales; 

4° Que les deux étamines sont toujours placées vis-à-vis 
des deux sinus de la corolle compris dans le plan de pédon- 
cules ou dans le plan perpendiculaire à celui des axes de 
l'inflorescence; position qui implique, de la part de ces 
étamines, une alternance évidente avec les lobes de la 
corolle et une position opposée aux éléments (sépales) du 
calice; 

5° Que les deux autres étamines qui auraient dû se 
placer en opposition avec les deux dents calicinales com- 
prises dans l'axe des inflorescences n'étant pas dévelop- 
pées, il est clair que cette alternance avec les éléments de 
la corolle doit échapper non à l'esprit de l'observateur, 
mais à sa vue. 

Ramenée de cette manière par l'observation à la théorie 
générale de la géométrie organographique, la fleur de lilas, 
régulière mais non symétrique, n'échappe cependant pas 
autant aux lois de cette géométrie que les vues morpholo- 
giques de M. de S l -Hilaire pourraient le faire croire. Mais 
en retrouvant même avec ces réductions et ces projections 
des organes sur des plans réguliers une partie de cette 
symétrie, toujours est-il qu'elles sont insuffisantes pour 



(279 ) 
nous faire lire clairement dans une fleur de lilas ce que la 
nature a fait pour changer le polygone pentagonal en carré 
et la combinaison quinaire en dualité. Nous dirigeons cet 
écrit dans cette voie, parce que là où la perspicacité de 
l'homme pourrait fort bien échouer, un simple monstre 
peut nous faire arriver à la vérité. 

La formule représentative de l'organisation du genre Stj- 
ringa est, dans la famille des oléacées, la suivante : 

&jû(i) + Ca[4) + S2 + P(2) = 12, 

et normalement elle devrait être 

Gr(5) +■ Ca(5) + S5 * P(5) ** 20. 

D'où il suit qu'il y a absence de huit pièces organiques. 
Cette absence se distribue de la manière suivante : un sé- 
pale au calice, un pétale à la corolle, trois étamines à l'an- 
drocée, trois carpelles à l'ovaire. Or, c'est précisément 
pour résoudre cette question, à savoir: que sont devenues 
ces parties dans la création du genre lilas hors d'un type 
de dicolylédone? que le lilas monstrueux devient un indis- 
cret dont la révélation est des plus précieuses; il résoudra 
le problème pour le calice, la corolle et l'androcée et ne 
nous laissera plus dans l'ignorance que pour le pistil, appa- 
reil , au reste, le plus soumis à la loi des variabilités dans 
la fixation et la formation des genres vraiment naturels. 

En effet, analysons le lilas double de Libert. Le calice 
offre, dans l'immense majorité des fleurs, les cinq dents 
voulues {fig. 5); il est retourné à sa nature pentagonale et 
à la coordination quinaire de ses cinq sépales, seulement 
ils sont restés soudés. 

Le bouton de la fleur double, vu d'en haut, montre en- 



( 280 ) 

core (fig. 4) la préfloraison valvairepar quatre parties, mais 
déjà entre les valves on aperçoit quelque chose de plus, 
et le bouton vu de côté montre en effet que des lobes de 
corolles naissent les uns au-dessus des autres (fig. 5). L'é- 
closion des fleurs rend compte de cette différence d'avec 
les boutons des fleurs normales. Sur l'immense majorité 
des fleurs doubles (fig. 6 A, fig. 7), on voit au bas de la 
fleur, généralement frappée d'une diminution de longueur 
dans le tube corollin, un limbe épanoui en cinq lobes, 
puis, en dedans, une seconde corolle dont le tube, court 
aussi, est emboîté dans la gorge de la première et s'épa- 
nouit de nouveau en cinq lobes, rarement en six et dont 
les deux derniers sont ordinairement beaucoup plus longs 
que les autres. (Voy. fig. 10, 11.) 

Ces deux corolles, formées le plus souvent de cinq lobes 
chacune, présentent évidemment un passage d'insertion de 
l'une à l'autre, et avec un peu de dextérité on peut suivre 
bientôt une insertion spiraloïde qui engendre les pétales 
ou les lobes des limbes. La corolle du bas ou l'externe cor- 
respond , par sa position et son coloris violet, à la corolle 
génuine de l'espèce normale (fig. 9), puis on voit cette co- 
loration violette existant encore sur les bords des lobes, soit 
du premier rang, soit du second, s'évanouir et faire place à 
une belle teinte bleu céleste qui envahit toute la seconde 
corolle. 

En suivant la position respective des lobes de ces deux 
corolles dans une fleur double où le type quaternaire nor- 
mal s'était encore observé (fig. 8), il est facile de s'assurer 
que les lobes 1, 2, 5 et A appartiennent à la première co- 
rolle et les lobes 5 , G, 7 et 8 à la seconde, et de plus, il est 
évident que la seconde corolle alterne ses lobes avec ceux 
delà première. D'après cela, on ne peut voir dans la se- 



( 281 ) 
conde corolle un dédoublement de la première, et l'alter- 
nance des lobes, plus l'absence complète d'étamines prou- 
vent que cette seconde corolle est une métamorphose du 
verticille androcéen ayant développé ici les quatre éléments 
du type générique, verticille androcéen métamorphosé en 
corolle par le changement bien connu des organes mâles 
en organes pétaloïdes. 

Si de cette fleur double à type quaternaire nous passons 
à la forme la plus généralement multipliée sur les pieds 
du lilas de Libert, nous trouvons les mêmes natures de co- 
rolles, la génuine d'abord, la staminale ensuite, procréées 
en alternance l'une de l'autre, mais développées selon le 
type quinaire (Voy. fig. 6. A et fig. 7.) Cela est de toute évi- 
dence. 

Mais dans ces fleurs à deux corolles, formées chacune 
de cinq pièces, ce qu'il y a d'intéressant, c'est de voir la 
position, dès la corolle pétaloïde et surtout dans la stami- 
nale, des lobes superposés les uns au-dessus des autres, 
selon une ligne spiraloïde qui vient se terminer au centre 
de la fleur, ou mieux vers la gorge de la seconde corolle, 
par un long pétale, lequel se tient d'ordinaire recoquillé 
sur lui-même et qui ferme l'ouverture de cette gorge. De 
cette manière, on ne voit pas le style intact et les deux 
stigmates de la fleur double. Sur les figures 9 et 10 on peut 
suivre l'insertion spiraloïde des lobes, la première est vue 
par la face inférieure, la seconde par la face supérieure. 

Enfin , dans cette fleur double , le pistil est intact : il est 
fertile, et incontestablement avec de la patience, en ou- 
vrant les corolles staminales, la fécondation pourrait se 
faire avec d'autant plus de sécurité, qu'il n'y a pas, dans 
cette fleur, d'étamine quelconque génuine de développée. 

Notre méthode d'annotation des parties florales nous 



( 282 ) 

mène donc à la formule suivante pour exprimer ce lilas 
monstrueux : 

Ca?(5) -*- Ca(5) + Co(5) -f- P(2) = 47. 

Évidemment, le troisième membre ou la seconde expres- 
sion corolline Ca(5) remplace ici l'expression S(5); car, 
d'après ce que nous avons dit de l'alternance, il n'y a 
pas de doute sur la nature de cette expression qu'on peut 
donc substituer à la première; de sorte que nous aurons 

0(5) -+- Ca(5) -f- S(5) -f- P(2) = 17. 

Ce qui nous ramène à la formule régulière, symétrique 
et autochthonique du lilas typique, n'existant pas dans la 
nature, mais dont le monstre de Libert est sans aucun 
doute beaucoup plus près que le lilas normal d'Auger de 
Busbecq. 

Au lieu de 8 éléments organiques qui, sur 20, man- 
quent au lilas pour réaliser les conditions de la géométrie 
naturelle des dicotylédones, la tleur monstrueuse n'aurait 
besoin que du tiers de ces éléments pour atteindre à cette 
condition, et encore ces éléments appartiennent- ils au 
pistil, peu important dans la symétrisation d'une fleur. 

On peut donc dire réellement que ce lilas monstre est 
plus parfait que le lilas naturel, qu'il est aussi plus beau, 
car les lois les plus simples de l'esthétique botanique prou- 
vent que les combinaisons multipliées du type quinaire 
doivent se rapprocher davantage de la beauté absolue que 
les coordinations procédant du nombre deux et de son 
carré. Ici donc la monstruosité, en faisant développer des 
organes latents dans l'organisme normal , a réalisé des 
conditions supérieures en élégance, en beauté, en symé- 



( 285 ) 
trie à celles de la nature de la création primitive, car on 
peut affirmer, sans crainte de se tromper, que le lilas dou- 
ble n'était pas compris dans cette première création. 

Si nous revenons à notre demande philosophique : Où 
sont, dans une fleur de lilas normal, les organes man- 
quants pour l'œil , à savoir un sépale, un pétale et trois 
étamines, si, disons-nous, nous faisons cette demande à 
un lilas génuin, il aura de la peine à répondre; mais le 
lilas monstre répondra de suite : 1° que le sépale manquant 
est dans le calice même qui le recèle, et peut le faire déve- 
lopper seulement en s'épanouissant dune manière plus 
complète dans son évolution , et cette réponse est telle- 
ment juste, qu'avec un peu de peine on trouve une grande 
quantité de fleurs à plan quaternaire ayant cinq dents au 
calice; 2° que le pétale manquant, plus les trois étamines 
d'une androcée de sa nature catapélalique, sont fondus 
ensemble dans la corolle même quaternaire, dont l'épa- 
nouissement évolutif, plus libre et plus complet, amène, 
eu effet, la présence du pétale celé et des trois étamines 
fondues dans le verticille corollin. Ainsi, ce n'est pas dans 
le nectaire réduit à une simple surface qu'il faut chercher 
la représentation de ces organes, mais bien dans des appa- 
reils qui , sans hypertrophie et irrégularité, mais avec toute 
l'apparence modeste d'un organisme appauvri, ont cepen- 
dant absorbé plusieurs éléments essentiels de la structure 
végétale. 

Cette fleur double de lilas nous a donc paru très-riche 
en enseignemenls, et elle nous prouve une fois de plus 
que l'histoire des fleurs doubles est une mine toute neuve 
que la botanique philosophique a le plus grand intérêt à 
exploiter. 



(284 ) 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 



Fig. 1. Fleur de lilas vulgaire, agrandie à la loupe. 

2. La même coupée en deux pour montrer l'intérieur. 

3. Calice de lilas double à cinq dents. 

4. Bouton de lilas double , vu d'en haut. 

5. Bouton de lilas double, vu de côté. 

6. Deux fleurs de lilas double, A et B. 

7. Autre fleur de lilas double par étage. 

8. Fleur double de lilas , vue d'en bas. 

1 , 2, 5, 4, pétales du premier verlicille. 
5, 6, 7, 8, pétales du second verticille. 

9. Fleur double de lilas, vue d'en bas. 

I , 2, 3, 4, pétales violets du premier verticille. 

5, pétales du premier verticille passant au second. 

6, 7, 8, 9 et 10, pétales du second verticille. 

10. Fleur double de lilas, vue d'en haut. 

I I , pétale très-grand , supérieur. 

1 1 . Pistil de fleur double de lilas. 

Toutes ces figures sont agrandies à la loupe de trois fois leur grandeur naturelle. 



BuU.deUâcad.Mov 



/o///. . L I, 2?part.nàa& l>S4- 




Fleur f/oitbfc de /*//«<?. 



( 285 ) 



CLASSE «ES LETTRES. 

Séance du 6 min 185o. 

M. le baron de Gerlache occupe le fauteuil. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents: MM. le chevalier Marchai, Grandgagnage, 
De Smet,Lesbroussart, Gachard, Borgnet, Paul Devaux, 
De Decker, Schayes, Snellaert, Haus, Bormans, M.-N.-J. 
Leclercq, Polain, Baguet, De Witte, membres; Nolet de 
Brauwere van Steeland, associé; Arendl, Ad. Mathieu, 
Chalon , correspondants. 

MM. Sauveur et De Koninck, membres de la classe des 
sciences, ainsi que M. Éd. Fétis, membre de la classe des 
beaux-arts, assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur fait parvenir différents 
ouvrages destinés à la bibliothèque de l'Académie. 

La Compagnie reçoit aussi la collection des publica- 
tions faites par les Bollandistes de l'abbaye de Solesmes, 
les derniers bulletins archéologiques de Naples, et un 
mémoire de M. Lenormand , l'un de ses associés. — Remer- 
cîments pour ces différents envois. 

L'Académie des sciences de l'Institut de France et FA- 



( 286 ) 

cadémie pontificale des nouveaux Lyncées établie à Rome, 
remercient la classe pour l'envoi de ses publications. 

— M. le secrétaire perpétuel fait connaître que, depuis 
la dernière séance, MM. Gaillard et E. Rottier, avocats a 
Gand, et M. François de Give, docteur en philosophie et 
lettres, et professeur de rhétorique au collège communal 
de ïirlemont, se sont fait connaître comme auteurs des 
trois mémoires auxquels ont été accordées des médailles 
d'argent au dernier concours de la classe. L'ouverture des 
billets cachetés a effectivement justifié ces déclarations. 
Les autres billets cachetés, après avoir été vérifiés, ont été 
brûlés séance tenante. 

— La classe s'est occupée ensuite de la rédaction de son 
programme pour l'année 1854. Trois questions avaient 
déjà été adoptées pour ce concours dès l'année précédente : 
à la suite de discussions auxquelles les différents membres 
ont pris part, le programme nouveau a été arrêté délîni- 
tivement dans les termes suivants : 



PROGRAMME DU CONCOURS DE 1854. 



PREMIERE QUESTION. 

Faire sommairement l'histoire des doctrines qui ont in- 
flué sur l'état social, principalement en Belgique, depuis le 
commencement du XVI e siècle jusqu'à nos jours, 

DEUXIÈME QUESTION. 

Faire l'histoire des diverses chambres de rhétorique de la 



( 287 ) 
Belgique , en fixant , autant que possible , leur origine , en 
exposant leurs constitutions particulières , les ouvrages 
quelles ont produits , les hommes célèbres qui y ont été affi- 
liés et r influence qu'elles ont exercée. 

TROISIÈME QUESTION. 

Faire l'histoire des anciens Étals d'une des provinces 
suivantes : Brabant, Flandre, Hainaut, Limbourg, Luxem- 
bourg ou Namur. 

QUATRIÈME QUESTION. 

Quelles ont été, jusqu'à l'avènement de Charles-Quint, 
les relations politiques et commerciales des Belges avec l'An- 
gleterre? 

CINQUIÈME QUESTION. 

Un mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme, dans 
leurs rapports avec la Belgique. 

SIXIÈME QUESTION. 

Quelle influence la Belgique a- 1 -elle exercée sur les 
Provinces - Unies sous le rapport politique, commercial, 
industriel, artistique et littéraire, depuis l'abdication de 
Charles-Quint jusqu'à la fin du XVIIP siècle? 

Le prix de chacune de ces questions sera une médaille 
d'or de la valeur de six cents francs. Les mémoires doivent 
être écrits lisiblement en latin, en français ou en flamand, 
et seront adressés, francs de port , avant le 1 er février 1854, 
à M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les 
citations; à cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer 
les éditions et les pages des livres qu'ils citeront. On n'ad- 
mettra que des planches manuscrites. 



( -288 ) 

Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage, 
mais seulement une devise, qu'ils répéteront sur un billet 
cacheté, renfermant leur nom et leur adresse. Les mémoires 
remis après le terme prescrit ou ceux dont les auteurs se 
feront connaître, de quelque manière que ce soit, seront 
exclus du concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils 
sont déposés dans ses archives, comme étant devenus sa 
propriété. Toutefois, les intéressés peuvent en faire prendre 
des copies a leurs frais, en s'adressant , à cet effet, au secré- 
taire perpétuel. 



CONCOURS DE 1855. 

La classe propose, dès à présent, les deux questions 
suivantes : 

I. Faire l'histoire, au choix des concurrents, de l'un de 
ces conseils : le grand conseil de Malines , le conseil de Bra- 
bant , le conseil de Hainaut, le conseil de Flandre. 

IL Tracer un tableau historique et politique du règne de 
Jean I°\ duc de Brabant. 

Outre le récit circonstancié des événements, ce tableau 
devra faire connaître l'état social du duché de Brabant, 
sous le rapport de la législation, du commerce, de l'indus- 
trie, de l'agriculture , des lettres et des arts. 

Les conditions sont les mômes que pour le concours de 
1854. 



289 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS, 



Séance du % juin 1853. 

M. Roelandt , directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alvin, Braemt, F. Fétis, Van Has- 
selt, Jos. Geefs, Érin Corr, F. Snel, Fraikin, Baron, 
Éd. Fétis, membres; Calamatta, associé. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur transmet les rapports tri- 
mestriels de MM. Carlier, Laureys, Debock et Bal , lau- 
réats du grand concours d'Anvers. 

M. Bal se borne à faire connaître qu'il a terminé la gra- 
vure qu'il avait commencée d'après un tableau de Gallait, 
et qu'il en adresse une copie à l'Académie royale d'Anvers. 

M. Debock rend sommairement compte de ses études 
sur la statuaire à Paris, où il se trouve en ce moment. 

M. Carlier entre dans quelques détails sur le plan d'é- 
tudes qu'il s'est tracé pour tâcher de réunir les connais- 
sances nécessaires au peintre d'histoire. Son rapport, cette 
fois , contient le résumé de ses réflexions sur la sculpture 
Tome xx. — II* part. 19 



( 290 ) 

chez les Égyptiens et chez les Grecs avant l'époque de Phi- 
déas. 

M. Laureys s'est occupé de l'architecture byzantine; 
son rapport, trop étendu pour pouvoir être lu en séance, 
a été renvoyé à l'examen de M. Roelandt. 

— M. Henri xAntoine Rosar, chef de musique du 6 e régi- 
ment d'infanterie de ligne, demande à être admis comme 
membre de l'association de la Caisse centrale des artistes 
belges. Cette demande est acceptée. 



CONCOURS DE 1855. 

M. le secrétaire perpétuel annonce qu'il n'a reçu qu'un 
seul travail pour le concours de 1855; c'est un mémoire 
portant l'épigraphe : La théorie de l'architecture est néces- 
saire aux artistes comme au public, et servant de réponse 
à la question : 

« Décrire les transformations qu'ont subies les bases 
» et les chapiteaux dans la succession des divers styles 
» d'architecture. Donner les raisons de ces transforma- 
» tions. » 

Commissaires : MM. Roelandt, Renard et Partoes. 



CONCOURS POUR LA CANTATE. 



La commission , nommée pour le jugement des poëmes 
envoyés au concours de composition musicale, institué 



( 291 ) 
par arrêté royal du 16 août 1852, fait connaître qu'elle a 
éprouvé le regret de ne pouvoir, cette année, décerner le 
prix fondé par le Gouvernement. Le rapport de la com- 
mission a été transmis à M. le Ministre de l'intérieur. 



CONCOURS DE COMPOSITION MUSICALE. 

PRIX EXTRAORDINAIRE. 



Sur la proposition de M. Fétis , la classe décide de met- 
tre au concours la composition d'une grande symphonie 
triomphale, en quatre parties , pour être exécutée à l'occa- 
sion des fêtes données pour la célébration du mariage de 
S. A. R. le duc de Rrabant. 

Le prix sera une médaille d'or de la valeur de six cents 
francs. 

Les étrangers et les nationaux sont également admis à 
concourir. 

Les partitions devront être adressées , franches de port, 
avant le 1 er août prochain, à M. Quetelet, secrétaire per- 
pétuel de l'Académie. 

Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage, 
mais seulement une devise, qu'ils répéteront sur un billet 
cacheté, renfermant leur nom et leur adresse. Les parti- 
tions remises après le terme prescrit ou celles dont les au- 
teurs se feront connaître, de quelque manière que ce soit, 
seront exclues du concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que* 



( 292 ) 

dès que les ouvrages ont été soumis à son jugement , les 
manuscrits sont déposés dans ses archives, comme étant 
devenus sa propriété. Toutefois, les intéressés peuvent en 
faire prendre des copies à leurs frais, en s'adressant, à cet 
effet, au secrétaire perpétuel. 

Il a été décidé ensuite que des démarches seront faites 
auprès de M. le Ministre de l'intérieur, pour qu'il veuille 
bien, de son côté, ajouter une somme à la médaille aca- 
démique. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Médailles de Salonine, par J. De Witte. Bruxelles,' 1855; 
4 broch. in-8°. 

Conseil de salubrité publique de la province de Liège. Discours 
contenant le compte rendu du conseil pour l'année 4852, par 
M. A. Spring. Liège, 1855; 1 broch. in-8°. 

Liste chronologique des édits et ordonnances de la principauté 
de Stavelot et de Malmédy, de 650 à 4795. Bruxelles, 4852; 
4 vol.in-8°. 

Résumé de la statistique générale de la Belgique, publiée par 
le Département de l'intérieur, pour la période décennale de 1841 
à 4850, par Xavier Heuschling. Bruxelles, 4855; 4 vol. in-8°. 

Population de la Belgique. Résumé décennal ; — Actes de 
l'état civil et registres de population; — Naturalisations; — In- 
digénat ; — Émigrations; par Xavier Heuschling. Bruxelles, 1 852; 
4 broch. in-4°. 



( 293 ) 

Hommage à S. A. R. le prince héréditaire, duc de Brabant, à 
l'occasion du 18 e anniversaire de sa naissance; par l'abbé Meyn- 
ders. Bruxelles, 4855; 1 broch. in-8°. 

Geschied- en letterkundig praelschrift ter overheerlyke nage- 
dachtenis van H. M. Ludov.-Maria-Carol.-lsab. vorstin van 
Bourbon- Orléans , overleden-koningin der Belgen, door H. Meyn- 
ders. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-8°. 

Monument historique et littéraire à V auguste mémoire de 
S. M. Louise-Marie-Charlotte- Isabelle d'Orléans, décédée reine 
des Belges, par l'abbé Meynders. Bruxelles, 4852; 4 broch. 
in-8°. 

Solutio de circuli quadratura problematis cum suis sequelis 
de vera inclinatione ecliptici et magna astronomica periodo. 
Auctor atque repertor Rev. J.-J. ODonnelly. Bruxelles, 1855; 
I vol. in-12. 

Journal belge de l'architecture et de la science des constructions, 
publié sous la direction de MM. C.-D. Versluys et Ch. Vande- 
rauwera, 9 e livraison. Bruxelles, 4855; 4 broch. in-8°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique; directeur : 
M. Galeotti, 41 e année. N°5. Bruxelles, 1855; 1 broch. in-8°. 

Flore générale de la Belgique, contenant la description de 
toutes les plantes qui croissent dans ce pays ; par G. Mathieu. 
10 e livraison. Bruxelles, 1855; 4 broch. in-8°. 

Le jardin fleuriste, journal général des progrès et des intérêts 
botaniques et horticoles, rédigé par Ch. Lemaire. Vol. IV. 5 e , 6 e 
et 7 e livraisons. Gand , 1855; 2 broch. in-8°. 

Bulletin du bibliophile belge. Tome IX. N° 6. Bruxelles, 1852; 
4 broch. in-8°. 

Annales de la Société royale des beaux-arts et de littérature 
de Gand. 4851-4852. 5 e et 4 e livraisons. Gand, 4852; 4 broch. 
in-8°. 

Le Moniteur de l'enseignement , publié sous la direction de 
Fréd. Hennebert. Nouvelle série. Tome III. N os 44, 45 et 46. 
Tournav, 4855; 5 broch. in-8°. 



( 294 ) 

Le Moniteur des intérêts matériels. N os 21 à 24. Bruxelles, 
1853 ; 4 feuilles in-plano. 

Journal de la librairie belge et étrangère. N os 11 et 12. 
Bruxelles, 1853; 2 feuilles in-8°. 

Journal historique et littéraire. Tome XX. 2 e livraison, juin 
1853. Liège; 1 broch. in-S°. 

académie royale d'Anvers. Cours de 1852-1853. Proclama- 
tion et distribution solennelle des prix. 1 er mai 1853. Anvers; 
1 brocli. in-8°. 

Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, publié 
par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles , 
11 e année. Juin 1853. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Archives belges de médecine militaire. Tome XI. Avril 1853. 
Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

La Presse médicale belge , rédacteur : M. J. Hannon. 5 e année. 
N os 22 à 25. Bruxelles, 1853; in-4°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles, par 
MM. Delwart, Thiernesse, Demarbaix et Husson, 2 e année. Juin 
1855; 1 broch. in-8°. 

La Santé , journal d'hygiène publique et privée ; rédacteurs : 
MM. A. Leclercq et N. Theis. 4 e année. N os 22 et 23. Bruxelles, 
1855; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société médico -chirurgicale de Bruges, 14 e 
année. Tome I er , 5 e livraison. Bruges, 1853; 1 broch. in-8°. 

Annales médicales de la Flandre occidentale ; publiées par 
les docteurs Vanoye et Ossieur, 2 e année. 8 e livraison. 1852- 
1853. Roulers; 1 broch. in-8°. 

Journal de pharmacie , publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 9 e année. Mai 1853. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Annales de la Société de médecine d'Anvers. 14 e année. Li- 
vraison d'avril et mai 1853. Anvers, 1 broch. in-8°. 

Annales et bulletin de la Société de médecine de Gand. 19 e 
année, 3 e et 4 e livraisons. Gand, 1855; 1 broch. in-8°. 

Le Scalpel; rédacteur : M. A. Feslraerts. 5 e année. N os 29 à 3L 
Liège, 1853; in-4°. 



( 295 ) 

Berigten en beschouwingen inhetjaar 1852, door D r F. Krecke 
Utrecht, 1852; 1 broch. in-8°. 

Notice sur le mouvement du pendule, ayant égard à la rota- 
tion de la terre, par G.-F.-W. Baehr. Middelbourg , 1853; 1 
broch. in-4°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'académie des 
sciences, par MM. les secrétaires perpétuels. Tome XXXVI. 
N os 19 à 22. Paris, 1853; 4 broch. in-4°. 

anciennes étoffes. — De l'étoffe conservée à la couture du 
Mans. — De l'étoffe dite de St-Mesme, à Chinon ; par Ch. Le- 
normant. Paris, 1850; 1 broch. in-4°. 

Note relative à l'exécution d'un puits artésien en Egypte , 
sous la XV IIP dynastie; par Ch. Lenormant. Paris, 1853; 
1 broch. grand in-8°. 

Etudes sur la Collection des actes des Saints par les RR. PP. 
jésuites Bollandistes , précédées d'une dissertation sur les an- 
ciennes collections hagiographiques , et suivies d'un recueil de 
pièces inédites, par le R. P. dom Pitra. Paris, 1850, 1 vol. in-8°. 

Histoire de saint Léger, évêque d'Autun et martyr, et de 
l'église des Francs au VII e siècle, par le R. P. dom J.-B. Pitra. 
Paris, 1846; 1 vol. in-8°. 

Histoire de l'église du Mans, par le R. P. dom Paul Piolin. 
Tome I er . Paris, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Institutions liturgiques , par le R. P. dom Prosper Guéranger. 
Tomes l à III. Le Mans et Paris, 1847 et 1851 ; 3 vol. in -8°. 

Question de la céruse et du blanc de zinc , envisagée sous les 
rapports de l'hygiène et des intérêts publics, par M. Coulier. 
Paris, mai 1852; I broch. in-8°. 

Mémoire sur les archives des abbayes de Liessies et de Ma- 
roilles, par M. Le Glay. Lille, 1853 ; 1 vol. in-8°. 

Revue et magasin de zoologie pure et appliquée, par M. F.-E. 
Guérin-Méneville. 1853. N°4. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

L'Investigateur, journal de l'institut historique. Tome III, 
3 e série. 221 e livraison. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 



( 296 ) 

LAthenœum français, journal universel de la littérature, de 
la science et des beaux-arts. 2 e année. N os 21 à 24. Paris, 4853; 
4 doubles feuilles in-4°. 

Société de la morale chrétienne. Tome III. N° 3. Paris, 1853; 
1 broch. in-8°. 

Recueil des actes de V Académie des sciences, belles-lettres et 
arts de Bordeaux. 14 e année. 1852, 4 e trimestre. Bordeaux; 1 
vol. in-8°. 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie. Année 1853. 
N° 1. Amiens, 1 broch. in-8°. 

Bullettino archeologico napolitano. Nuova série. N os 5-21. 
Settembre 1852. — Aprile 1853. Naples, 1852 et 1853; 1 
broch. grand in-8°. 

Notizia de' lavori dell : Accademia pontaniana per gli anni 
1848, 1849 e 1850, letta dal segretario perpetuo Giulio Miner- 
vini. Naples, 1853; 1 broch. grand in-8°. 

Corrispondenza scientifica in Roma. — Bullettino universale. 
Anno secondo. N° 43. Rome, 1853; 1 double feuille in-4°. 

Rendiconti délie adunanze de lia R. accademia dei Georgofili. 
Maggio 1853. Florence; 1 broch. in-8°. 

On the Siliceous bodies of the chalk and other formations , 
in replu to Mr. J. Toulmin Smith. — Microscopical observa- 
tions ofthe structure ofthe Bones o/Tterodactylus giganteus and 
other fossil animais. — On a Siliceous zoophyte, alcyonites 
parasiticum. — On the Ptérodactyles ofthe chalk formation; 
By J.-S. Bowerbank. Londres, 1847-51; 4 broch. in-8°. 

On the causes which may hâve produced changes in the earth's 
superficial température. ByW. Hopkins. Londres, 1852; I broch. 
in-8°. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1853. - N° 7. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Séance du 2 juillet 1855. 

M. Stas , directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Pagani, Sauveur, De Hemptinne, 
Crahay , Wesmael , Martens , Plateau , De Koninck , Van 
Beneden, Gluge, Schaar, Melsens, membres; Élie de 
Beaumont, Schwann , Sommé, associés; Duprez et Liagre, 
correspondants, 

M. Éd. Fétis, membre de la classe des beaux-arts, assiste 
à la séance. 

Tome xx. — II e part. 20 



( 298 ) 

M. le secrétaire perpétuel dépose le 27 e volume des 
Mémoires des membres de l'Académie, qui vient de paraître, 
ainsi que la 2 e partie du tome V de la nouvelle collection 
in-8° des Mémoires couronnés. 



CORRESPONDANCE. 



11 est rendu sommairement compte de différentes lettres 
relatives aux échanges des collections académiques, reçues 
de l'Académie impériale des sciences à Vienne, de l'uni- 
versité des États-Unis d'Amérique, de l'Académie pontifi- 
cale des nouveaux Lyncées à Rome, de l'Académie des 
sciences de l'Institut de Rologne, de la Société dunker- 
quoise, etc. 

— M. Gustave Crusell , docteur en médecine à S l -Pé- 
tersbourg, transmet une note manuscrite sur l'emploi si- 
multané de l'iodure potassique intérieurement et de la 
solution de l'iode extérieurement. 

M. Gluge fait observer que l'Académie des sciences a 
constamment admis dans ses recueils des travaux concer- 
nant l'anatomie et la physiologie, qui forment la base de la 
médecine, mais que l'art de guérir n'entre point dans ses 
attributions. La classe se prononce dans le même sens : il 
sera toutefois adressé des remercîments à l'auteur pour 
sa communication. 

— M. Quetelet communique une lettre particulière qu'il 
a reçue de M. Genocchi de Turin , concernant un théorème 



( 299 ) 

d'Euler, et une autre de M. Binet sur les résidus quadrati- 
ques (M. Schaar, commissaire). 

La classe reçoit aussi le résumé des observations météo- 
rologiques faites, à Gand, en 1852, par M. Duprez, cor- 
respondant de l'Académie, ainsi que les observations sur 
la feuillaison des plantes en 1855, dans le Jardin bota- 
nique à Bruxelles, par M. Schramm. 



RAPPORTS. 



Il est donné lecture des rapports de MM. Crahay et 
Plateau sur le mémoire présenté par M. Quetelet à la 
séance précédente et intitulé : Sur les variations périodi- 
ques et non périodiques de la température, d'après les obser- 
vations faites pendant vingt années, à l'Observatoire royal 
de Bruxelles. Conformément aux conclusions des com- 
missaires, le mémoire sera inséré dans le recueil de l'A- 
cadémie. 



Sur la détermination de la latitude, de la longitude, de 
l'heure et de l'azimut , par des passages observés dans 
deux verticaux; par M. Houzeau. 

Mlappot't de M. Worenbitryot: 

« Dans le mémoire qu'il soumet au jugement de l'Aca- 
démie, M. Houzeau a pour objet d'offrir aux voyageurs 
une mélbode facile et suffisamment exacte , pour déter- 



( 500 ) 
miner les coordonnées géographiques d'un point terrestre 
dans un court espace de temps, quelques heures, par 
exemple. Le moyen qu'il propose est d'observer deux cou- 
ples d'étoiles fondamentales à leurs passages dans deux 
verticaux, et de noter simplement les instants de ces pas- 
sages, sans mesurer aucun angle. Quelques mots suffiront 
pour donner une idée de la méthode de M. Houzeau, mé- 
thode qui , au fond , a beaucoup d'analogie avec celle que 
notre jeune et savant confrère, le capitaine Liagre, a ex- 
posée dans un mémoire qui a été imprimé dans le recueil 
de l'Académie (1). 

Les coordonnées des étoiles principales sont connues 
aujourd'hui avec une grande précision : tout grand cercle 
qui passe par deux de ces étoiles est donc déterminé de 
position. Que deux cercles semblables se coupent, et il 
sera facile de calculer les coordonnées de leur point d'in- 
tersection. Or, si ces deux cercles sont des verticaux, le 
point d'intersection sera le zénith lui-même, dont on con- 
naîtra ainsi la position par rapport au pôle de la sphère 
étoilée. Cette position donne à la fois la latitude et l'heure. 
Si, déplus, l'un des verticaux contient la lune, l'ascension 
droite de l'astre en résultera , et par suite la longitude du 
lieu. 

Il n'arrivera presque jamais, à la vérité, que l'on puisse 
ainsi trouver deux étoiles qui soient situées dans un môme 
vertical, et déduire immédiatement l'équation de ce plan 
des coordonnées des deux astres; mais cette condition 
n'est pas indispensable : il suffit de noter, sur le chrono- 



(1) Sur la détermination de V heure, de la latitude et de l'azimut, au 
moyen des doubles passages d'une étoile par différents verticaux. (Mém. 

COURONNÉS ET MÉM. DES SAVANTS ÉTRANGERS, tODie XXIII.) 



( 301 ) 

mèlre, les intervalles de temps écoulés entre les passages, 
pour pouvoir établir par le calcul, la simultanéité des 
observations faites successivement. 

Les formules auxquelles l'auteur est conduit sont élé- 
gantes par leur simplicité, et leur forme se prête très-bien 
à l'emploi de la méthode des moindres carrés , soit pour 
faire concourir à la détermination de chaque vertical au- 
tant d'étoiles que Ton veut, soit pour faire concourir à la 
détermination du zénith tous les verticaux dont on a trouvé 
les équations. 

La solution dont on vient de donner une idée fait 
l'objet du premier paragraphe du mémoire. Dans le 
deuxième, l'auteur examine l'influence des erreurs d'ob- 
servation , et trouve que, pour nos climats, elles n'entraî- 
nent que des erreurs probables de 4",5 pour la latitude, 
de S ,7 pour l'heure, et de 9" pour l'azimut. Ces nombres 
sont fondés sur l'hypothèse que l'instant du passage des 
étoiles est apprécié au dixième de la seconde, exacti- 
tude que ne paraissent pas comporter les instruments de 
voyage. 

Dans le troisième paragraphe, l'auteur montre comment 
il faut tenir compte de la collimation de la lunette et de 
l'inclinaison de son axe. Il y suppose que les éléments de 
ces corrections sont parfaitement observés : peut-être eût-il 
été désirable qu'il calculât l'erreur qui affecterait les résul- 
tats, si un de ces éléments était un peu défectueux. Ne 
semble-t-il pas, par exemple, qu'une légère incertitude 
sur l'inclinaison de l'axe de rotation pourrait, dans cer- 
tains cas, altérer sensiblement la latitude, puisque l'une des 
conditions posées dans le deuxième paragraphe , c'est que 
l'une des étoiles de chaque couple soit observée dans le 
voisinage du zénith? 



( 302 ) 

La détermination des longitudes par le passage de la 
lune dans un des verticaux fait l'objet du quatrième para- 
graphe. Les calculs qu'exige ce procédé sont beaucoup plus 
sûrs et plus expéditifs que les réductions des distances 
lunaires. En effet, ils sont indépendants de la réfraction et 
de la parallaxe, et font usage de la déclinaison de la lune, 
telle qu'on la trouve immédiatement dans les tables. La 
méthode proposée par M. Houzeau jouit donc, sous ce 
rapport, d'une simplicité très-grande, et semble supé- 
rieure à toutes celles qui sont ordinairement employées 
par les voyageurs. 

L'auteur a ajouté à son mémoire un exemple numé- 
rique, et calculé une observation qu'il a faite dans le voi- 
sinage de Mons. Cet exemple est utile pour servir de guide 
aux calculateurs. Si l'auteur avait rapporté un plus grand 
nombre d'observations, on pourrait, en comparant les 
résultats entre eux, juger de l'exactitude probable que 
donne sa méthode : un seul exemple ne suffit pas pour per- 
mettre de porter un jugement à cet égard. Quelle que soit 
cette exactitude, comme le but principal de M. Houzeau 
était d'offrir aux voyageurs une méthode expéditive et 
simple, tant sous le rapport de l'observation que sous celui 
du calcul, je crois qu'il a atteint ce but d'une manière 
très-heureuse; en conséquence, j'ai l'honneur de proposer 
à la classe d'insérer le mémoire dans le recueil de l'Aca- 
démie. » 

La classe adopte les conclusions de ce rapport aux- 
quelles a adhéré M. Quetelet, second commissaire nommé 
pour l'examen de ce travail. 



( 303 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur l'erreur probable d'un passage observé à la lunette mé- 
ridienne de l'Observatoire royal de Bruxelles. Note de 
M. le capitaine Liagre, correspondant de l'Académie. 

I. 

Une des qualités qui caractérisent particulièrement les 
observateurs de nos jours, c'est le soin qu'ils mettent à 
calculer l'erreur moyenne de leurs résultats, et l'étendue 
probable des limites entre lesquelles cette erreur est com- 
prise. Un pareil calcul n'est pas seulement utile pour 
permettre de juger du degré de confiance qu'on peut ac- 
corder aux observations; il est indispensable lorsque l'on 
veut combiner d'une manière scientifique deux ou plusieurs 
séries d'observations obtenues par des procédés, par des 
instruments, par des observateurs différents, et les faire 
concourir ensemble à la formation d'un résultat final. 
Dans ce dernier cas, en effet, comment accorder à chacune 
des séries la juste importance qui lui revient, si l'on ignore 
son poids ou son erreur probable ? 

La deuxième partie du t. VIII des Annales de l'Observa- 
toire royal de Bruxelles renferme une belle série d'obser- 
vations méridiennes faites par M. Quetelet, depuis le mois 
de mai 1857 jusqu'au mois d'août 1859 : les calculs de 
réduction ont été faits par M. Mailly. J'ai cru qu'il serait 
intéressant d'apprécier l'exactitude de ces observations mé- 
ridiennes, et le sujet m'a paru mériter les calculs longs et 



( 304 ) 

pénibles qu'entraîne ce genre de recherches. Voici en quel- 
ques mots la marche que j'ai suivie. 

Lorsqu'une même étoile a été observée plusieurs fois 
dans le courant d'une année, toutes les observations qui en 
ont été faites, étant réduites à une même époque, devraient, 
à la rigueur, conduire à une seule et même ascension 
droite. Si les résultats de ces réductions ne sont pas tous 
identiques, la différence qui existera entre chacun d'eux 
et leur moyenne arithmétique pourra être considérée 
comme l'erreur de l'observation ; et cette erreur proviendra 
non-seulement de ce que l'observateur n'est pas parfait, 
mais encore de ce qu'il a été impossible au calculateur 
d'appliquer les corrections de l'instrument, rigoureuse- 
ment telles qu'elles existaient à l'instant même du passage; 
et enfin de ce que les réductions uranographiques, telles 
que l'aberration, la nutalion, la précession, le mouve- 
ment propre annuel , peuvent encore laisser de très-légères 
incertitudes. 

Chaque étoile fournit donc autant d'erreurs qu'elle a été 
observée de fois. Élevant chacune de ces erreurs au carré, 
faisant la somme des résultats, et la divisant par le nom- 
bre d'observations diminué d'une unité; puis, extrayant la 
racine carrée du quotient , on obtiendra Yerreur moyenne 
d'un passage de cette étoile. Multipliant enfin cette erreur 
moyenne par le coefficient 0,67449 (1), on aura Yerreur 
probable d'une observation. 

Le relevé des trois années d'observations, dont j'ai parlé 
précédemment, m'a fourni 2,985 passages méridiens, ap- 



(1) Voy. Calcul des probabilités et théorie des erreurs, par J. Liagre, 
§ 1 05 et suiv. 



( 305 ) 

partenant à des étoiles qui toutes avaient été observées au 
moins deux fois dans la même année : j'ai groupé ces étoiles 
par zones de 10° de largeur en déclinaison, depuis l'équa- 
teur jusqu'à la distance de 80°. A cette limite, j'ai formé 
une nouvelle zone de 80 à 85° de déclinaison; enfin, j'ai 
groupé séparément les observations de deux circompolaires 
très-voisines du pôle, savoir 6 Ursae minoris (86° Vs) et la 
polaire (88° */*). 

Pour permettre d'apprécier le degré de constance des 
nombres, j'ai d'abord calculé séparément chacune des trois 
années d'observations, réduite au 1 er janvier: les résultats de 
ce premier calcul sont consignés dans le tableau suivant : 

Tableau n° 1. 



! If p \ ti \ 


, ^ « 

ERREURS PROBABLES D'UN PASSAGE. 


DÉCMNAISOKS. 




mmm 




1082 1837. 


1838. 


1839. 


De Oo à ±10° 


0,077 par2Hobs. 


s 
0,091 par311obs. 


s 

0,076 par 195 obs. 


±10 à ±20 


0,078 » 194 * 


0,088 » 337 » 


0,087 » 240 » 


±20 à ±30 


0,098 » 204 » 


0,094 » 277 » 


0,086 » 205 » 


±30 à ±40 


0,071 » 67 » 


0,129 » 88 » 


0,076 » 62 » 


40 à 50 


0,078 » 14 » 


0,105 » 35 » 


0,071 » 38 » 


50 à GO 


0,123 » 31 » 


0,129 » 52 » 


0,105 » 29 » 


60 à 70 


0,176 » 51 » 


0,195 » 70 d 


0,076 » 17 » 


70 à 80 


0,191 » 39 » 


0,229 » 38 » 


0,169 » 4 » 


80 à 86V2 


0,622 » >3 » 


0,389 » 16 » 


0,767 » 26 » 


88 0, /â (polaire.) 


0,648 » 23 » 


0,660 » 35 » 


0,576 » 63 » 



Un nouveau calcul , effectué pour les trois années simul- 
tanément, a ensuite fondu en un seul les nombres du ta- 
bleau n° 1. J'ai évalué l'erreur probable d'un passage méri- 
dien, soit en temps, soit en arc de parallèle, et j'y ai ajouté 



( 306 ) 

{'incertitude probable de chaque détermination. Cette der- 
nière quantité s'obtient (1) en multipliant chaque détermi- 
nation par la fraction ' , , p représentant le nombre 
d'observations qui ont concouru au calcul de l'erreur pro- 
bable. Le tableau ci-dessous présente l'ensemble des résul- 
tats que j'ai obtenus. 







Tableau ri 


2. 








ERREUR PROBABLE d'uK 




INCERTITUDE PROBABLE DK II 


DÉCLINAISONS. 


PASSAGE 


NOMBRES 
d'observa- 


CHAQUE DETERMINATION 1 








tions. 








en temps. 


en arc. 




en temps. 


en arc. 


De 0° à ±10» 


0*083 


1,25 


717 


=F0'002 


q^o',02 


±10 à ±20 


0,085 


1,28 


771 


0,002 


0,02 


±20 à ±30 


0,092 


1,39 


686 


0,002 


0,03 


±30 à ±40 


0,099 


1,50 


217 


0,003 


0,05 


40 à 50 


0,086 


1,30 


87 


0,004 


0,07 


50 à 60 


0,120 


1,81 


112 


0,005 


0,08 


60 à 70 


0,176 


2,64 


138 


0,007 


0,11 


70 à 80 


0,206 


3,10 


81 


0,011 


0,16 


80 à 85 


0,575 


8,62 


24 


0,057 


0,86 


86° »/« 


0,647 


9,70 


31 


0,056 


0,85 


88V2 


0,610 


9,15 


121 


0,026 


0,40 



La régularité avec laquelle marchent les nombres de ce 
tableau, la faiblesse des incertitudes relatives des résultats, 
me paraissent devoir inspirer la plus grande confiance. On 
remarquera qu'il existe une légère anomalie entre les pa- 
rallèles de 20 à 40 degrés : l'erreur probable d'un passage 
y est un peu plus forte que ne le voudrait la marche con- 



(1) Foy. ouvrage cité, § 108. 



( 507 ) 
tinue de la série. Cette particularité m'ayant paru devoir 
résulter des réfractions latérales dans le voisinage de l'ho- 
rizon, j'ai recommencé le calcul de l'erreur probable d'un 
passage, pour les quatre premières zones, en séparant les 
déclinaisons australes des déclinaisons boréales; et j'en ai 
conclu : 1° Que pour les 20 premiers degrés en déclinaison, 
les passages qui s'effectuent au-dessus de l'équateur don- 
nent exactement la même précision que les passages qui 
s'effectuent au-dessous. Il en résulte que pour les déclinai- 
sons australes inférieures à 20° (ou pour les hauteurs 
au-dessus de l'horizon supérieures à 19°), l'influence des 
réfractions latérales est totalement insensible; 2° que, 
passé cette limite, l'influence des réfractions latérales se 
manifeste, d'une manière très-faible, il est vrai, mais net- 
tement caractérisée. En effet, on obtient pour Terreur 
probable d'un passage : 

de -*- 20° à -*- 30° .... 9 ,090 = 4 ",35 
de -+- 30 à -»- 40 .... s ,09i = 1",36. 

Comparant ces résultats à ceux du tableau n° 2, on voit 
que, de 10 à 20° de hauteur, l'effet des réfractions laté- 
rales entre pour 8 ,002 = 0",04 dans l'erreur probable 
d'un passage; tandis qu'il atteint 8 ,008 = 0",14, de 0° à 
10° de hauteur. 



II. 

Pour lier entre elles par une formule d'interpolation les 

erreurs probables des passages observés aux différentes 

déclinaisons, j'ai adopté la relation empirique 

b 
E = a + -, 

COS. â 



( 508 ) 

dans laquelle E représente Terreur probable d'un passage 
méridien , $ la déclinaison de l'étoile observée, a et b des 
constantes à déterminer. En faisant usage de la méthode 
des moindres carrés, j'ai trouvé pour les valeurs les plus 
convenables de ces deux constantes : 



a = 0",97 = 8 ,065 
6 = 0",38 = S ,025. 

;omono 5 
Calculant à l'aide de la formule précédente les erreurs 

probables d'un passage aux différentes déclinaisons, on 

trouvera * 

easrfofiJno ino'tcggnsiBq top 

Tableau n° Z.sBlhhiobioos JfiOff 

do saiî aviio 7 aidmsi 





ERRBURS PROBABLES CALCUMÎES 


[Wb 


DÉCLINAISONS. 




— — - 


oiq luoi 




en temps. 


en arc. 


gq nu'np 
»û gffoil 


5° 


8 ,090 


WijoT 


iinboaq 


15 
25 
35 


0,093 
0,090 


1>37 QUI 
1,39 

1,44 




45 


0,101 


1,51 




55 


0,109 


l,Gi 




G5 


0,125 


1,88 




75 


0,1G3 


2,45 


ifi'î c'K;iïï 


82 Va 


0,2G1 


3,91 




8GV2 


0,485 


7,25 


881/2 


1,040 


15,G1 






! — ^^ 


\\<j't\ 



Les nombres de ce tableau s'accordent en général avec 
ceux qui ont été réellement observés, dans les limites des 
oscillations qui se présentent d'une année a l'autre. Il faut 



( 509 ) 

excepter toutefois la polaire, pour laquelle l'erreur pro- 
bable calculée est sensiblement plus forte que l'erreur 
probable observée. Cet écart est dû à l'accroissement ra- 
pide que prend la sécante de la déclinaison, lorsqu'on 
approche à un ou deux degrés du pôle. 

Je dois faire remarquer que, sur les trois mille obser- 
vations environ qui ont servi de base à mon travail , je n'en 
ai pas rejeté une seule. J'aurais pu, imitant en cela plu- 
sieurs astronomes, calculer d'abord l'erreur probable d'un 
passage méridien en faisant usage de toutes les observa- 
tions; puis procéder à un nouveau calcul en rejetant celles 
qui paraissaient entachées d'erreurs trop grandes pour être 
purement accidentelles. C'est ainsi qu'à la date du 21 sep- 
tembre 1858 je trouve une observation de la polaire qui 
surpasse la moyenne de 5 S ,69, c'est-à-dire de neuf fois l'er- 
reur probable : la théorie des probabilités nous apprend 
qu'un pareil écart ne doit pas arriver une fois sur cent mil- 
lions, et j'aurais été autorisé à rejeter l'observation qui l'a 
produit. Toutefois, cette marche ne serait complètement 
légitime que si nous connaissions la véritable loi de géné- 
ration des erreurs : or, la répartition de ces dernières sui- 
vant la courbe de possibilité n'est autre chose qu'une 
hypothèse. Celte hypothèse , il est vrai , représente en gé- 
néral les observations d'une manière très-satisfaisante; 
mais l'accord cesse d'ordinaire lorsque l'on approche des 
limites extrêmes de l'erreur probable. L'expérience prouve 
que les grands écarts se présentent en réalité bien plus 
fréquemment que ne l'indique la théorie. 



•fiion? 



■ 



\Hmil eàJ 



310 ) 



III. 



La discussion à laquelle nous nous sommes livré dans 
cette note montre que, jusqu'à 50° de déclinaison , l'erreur 
probable d'un passage, observé par M. Quetelet à la lunette 
méridienne de son observatoire, est moyennement de neuf 
centièmes de seconde; et que, pour la polaire, cette erreur 
ne s'élève qu'à six dixièmes de seconde. Cette précision est 
très-remarquable, et elle est due à la fois au talent de 
l'observateur, à la bonté de l'instrument et à l'exactitude 
des corrections de la lunette. Si l'on compare nos résultats 
à ceux que 0. Struve a déduits de la discussion des obser- 
vations méridiennes de Dorpat, on trouvera que les obser- 
vations russes ont un léger avantage pour les faibles dé- 
clinaisons, mais qu'elles le perdent à mesure que l'on 
approche du pôle. Pour l'étoile polaire, par exemple, l'er- 
reur probable d'une observation de Dorpat s'élève à une 
seconde et demie. 

J'ajouterai pour terminer que les nombres des tableaux 
précédents sont tous un peu trop forts, et qu'ils ne repré- 
sentent pas précisément l'erreur probable d'un passage 
observé aux cinq fils de la lunette. En effet, j'ai donné un 
poids égal à toutes les observations que j'ai fait entrer dans 
mes calculs; mais parmi elles il s'en trouvait plusieurs 
pour lesquelles certains fils avaient été manques, et il y a 
lieu de corriger de ce chef les résultats obtenus. 

Soit N le nombre d'observations méridiennes qui ont 
concouru au calcul d'une erreur probable E; F le nombre 
de fils qui ont été manques sur ces N passages : l'erreur 
E correspondra en réalité à un passage moyen observé à 



( 3H ) 

~^ fils; et pour la ramener à la valeur E' qu'elle aurait 
dans le cas d'un passage complet observé aux cinq fils, il 
faut poser la proportion , 



**? v^'« 



d'où 



E'-Ey/^ 



F 

5N 



Or, en exceptant 3 Ursae minoris et la polaire pour les- 
quelles j'ai fait un calcul particulier, je trouve qu'en 

moyenne sur 1,000 passages, ou sur 5,000 fils supposés 

p 

observés, il a été manqué 400 fils. Le coefficient ^ est 
donc égal à 0,08 , et il vient 

<;*Ut* E'^El/0^2; 

-lal «Qlqmaxaiieq «diifiloq âîioJ 

E' 

|! J y = 0,959. 

Telle est la fraction par laquelle il faut multiplier les 
nombres des tableaux précédents pour avoir l'erreur pro- 
bable d'un passage aux cinq fils. 

Quant à $ Ursae minoris, sur 31 observations de cette 
étoile, 32 fils ont été omis, d'où 

/ = 0,891 ; 

Enfin, pour la polaire, 98 fils ont été perdus sur 121 
observations, ce qui donne 







(512 ) 






Appliquant ces corrections au tableau n° 5, il deviendra 


en définitive : 








DÉCLINAISONS. 




ERREURS PROBABLES CALCULÉES 






en temps. 


en arc. 






5 


0*086 


l','29 






15 


0,087 


1,31 






25 


0,089 


1,53 






55 


0,092 


1,38 






45 


0,097 


1,45 






55 


0,105 


1,57 






65 


0,120 


1,80 






75 


0,157 


2,35 






821/2 


0,250 


3,75 






86V2 


0,431 


6,46 






88V2 


0,955 


14,29 





Tels sont les nombres que l'on pourra employer avec 
confiance, lorsqu'on voudra calculer l'erreur probable d'un 
passage observé par M. Quetelet aux cinq fils de la lunette 
méridienne de l'Observatoire royal de Bruxelles. 



Sur l'ouragan du 28 juin 1853; note de M. A. Quetelet, 
secrétaire perpétuel de l'Académie. 

La journée du 28 juin avait été remarquablement belle 
et la température élevée; le thermomètre centigrade qui, 
à midi, marquait 25°,5 degrés, s'était élevé successivement 
jusque vers 6 heures; il indiquait à cette époque 28°,5. Il 



(315) 
se forma ensuite quelques nuages orageux dans la direction 
du SO, et, après 8 heures, il tomba de larges gouttes de 
pluie; cependant, à 9 heures, l'horizon se chargeait, dans 
la même direction, de gros nuages d'un gris plombé, d'où 
partaient des éclairs presque continuels. Cette partie du 
ciel semblait illuminée par un vaste incendie, dont un 
nuage obscur cachait le foyer; elle était incessamment 
sillonnée par des traits de feu très-vifs et finement den- 
telés. Tout annonçait rapproche d'un violent orage. 

Vers 9 h. 50 m., on entendit les premiers roulements 
d'un tonnerre éloigné, et presque aussitôt après, le galva- 
nomètre se mit à dévier, en indiquant un courant des- 
cendant. Les premiers nuages orageux avaient atteint le 
zénith; vers 9 h. 50 m., il commença à pleuvoir; l'aiguille 
du galvanomètre faisait des oscillations étendues autour 
de sa position d'équilibre. Enfin , vers 10 h. 9 m., le 
vent s'éleva avec violence, la pluie devint très-forte, et le 
courant électrique changea de direction. Dans la minute 
suivante, on entendit un coup de tonnerre très-sec, et 
l'aiguille du galvanomètre, fortement rejetée dans un sens 
opposé, indiqua que le courant était redevenu descendant. 
A la pluie avait succédé une grêle très-intense; les arbres 
étaient violemment agités par le vent, de même que les 
fenêtres et les portes des habitations. L'ouragan sévissait 
dans sa plus grande intensité. 

Vers 10 h. 20 m., la pluie recommença, mais l'orage 
s'éloignait, les roulements du tonnerre devenaient plus 
sourds; le galvanomètre indiquait chaque fois un courant 
descendant; l'aiguille continua d'indiquer le même étal 
électrique jusque vers 11 heures : la pluie alors cessa jus- 
que vers 11 h. 15 m.; ou entendit de nouveau le tonnerre, 
et le courant redevint ascendant, pour changer encore 
Tome xx. — II e part. 21 



( 314 ) 
quatre minutes après. Le lendemain, on s'est aperçu que 
l'aiguille du galvanomètre était restée déviée de 10 degrés 
sous l'influence des courants électriques. 

C'est alors seulement que Ton put juger des ravages 
exercés par le passage de l'ouragan : le jardin de l'obser- 
vatoire était couvert de débris d'arbres; des carreaux 
avaient été brisés : un grand peuplier avait été déraciné et 
renversé par l'orage. Mais les dégâts étaient beaucoup plus 
considérables le long des boulevards, dans le parc, le long 
de l'Allée-Verte et surtout dans l'avenue qui conduit vers 
Laeken : vingt-trois grands arbres y avaient été déracinés 
et quinze autres avaient également été renversés dans un 
champ attenant à la route. Tous ces arbres étaient couchés 
dans la direction du vent, de l'OSO à l'ENE. 

On a remarqué, vers 10 heures %, que les troncs des 
arbres, dans la rue des Palais , étaient lumineux par par- 
ties comme s'ils étaient phosphorescents. 

La foudre est tombée à différentes reprises sur plusieurs 
points de Bruxelles et des environs, mais sans occasionner 
de grands dégâts. Il n'en a pas été de même du vent et de la 
grêle : des arbres déracinés, des carreaux brisés, des toi- 
tures endommagées, marquaient partout les traces de leur 
passage. 

On a remarqué que le thermomètre, qui avait graduelle- 
ment baissé depuis 6 heures du soir, et qui , à 9 heures 
marquait 22°,8, a monté un peu pendant l'ouragan, pour 
descendre encore immédiatement après. 

Le baromètre marquait à midi 755 mra ; il baissa gra- 
duellement jusque vers 10 heures du soir, et il marquait 
alors 749 mm ,3; il remonta ensuite, et vers 11 heures, il 
éprouva encore un léger mouvement de baisse. 

Lors de la chute des gréions, à 10 h. 10 m. , un certain 




( 3*5 ) 
nombre d'entre eux fut lancé à l'intérieur d'une maison 
dans le voisinage de l'église S te -Gudule; ils étaient tous de 
forme lenticulaire, déprimés et légèrement concaves sur 
les deux faces, en sorte que le bord formait 
bourrelet; les deux faces concaves étaient 
lisses, tandis que le bourrelet était rugueux, 
inégal. Présentés à la lumière, ils avaient 
l'aspect de morceaux de glace parfaitement 
transparents; au centre seulement on aper- 
cevait quelques petites veines opaques qui 
semblaient rayonner du centre. Les plus 
grands pouvaient avoir approximativement 42 à 44 milli- 
mètres de diamètre sur 4 à 5 d'épaisseur. 

La force du vent à 40 h. */*, d'après l'appareil d'Osier, cor- 
respondait à une pression de 40 kil ,65 sur une surface d'un 
pied anglais de côté. 

La quantité d'eau recueillie sur la terrasse et tombée 
pendant l'orage seul a été de 9 mm ,80. 

En résumé, d'après tous les renseignements que j'ai pu 
recueillir, l'ouragan du 28 juin avait pris naissance en 
France. A Valenciennes, il a exercé des dégâts nombreux 
qui ont été constatés par les journaux (4) ; presque en même 
temps il envahissait nos frontières du côté de Hensies et 
de Quiévrain et s'étendait sur un espace compris entre 
Mons et Tournay. Des désastres nombreux ont été signalés 
entre ces villes; à Antoing, Galonné, S*-Maur, Guegnies, 



(1) « A dix heures moins un quart, dit Y Écho de la frontière de Valen- 
ciennes, une grêle effroyable, venant de l'ouest, est venue briser toutes les 
vitres placées dans cette direction, les châssis, les lanterneaux , etc., et 
mettre, en quelques instants, la ville dans un état à peu près semblable à 
celui qui résulte d'un siège. » 



( 316 ) 

les récoltes ont été hachées par la grêle. L'ouragan marcha 
rapidement, de l'OSO vers l'ENE, par Ath, Enghien, 
Hal , Saintes, Lennick, Molenbeek-S^Jean, Bruxelles, 
Laeken, Haeght, se dirigeant vers la Campine, qui proba- 
blement aura servi de limite à son parcours, car aucun 
sinistre n'a été renseigné de ce côté. 

D'après les journaux , l'ouragan , dans sa plus grande 
intensité, éclatait à Valenciennes vers dix heures moins un 
quart; il passait sur Bruxelles à 10 heures 11 minutes. En 
moins de 26 minutes , il avait donc parcouru les 20 lieues 
qui séparent les deux villes. Ce qui fait une vitesse d'en- 
viron 50 lieues de France par heure; c'est en effet la vi- 
tesse que l'on attribue aux ouragans. 

Ce qu'il y a de remarquable c'est que le champ des dé- 
sastres se resserrait, à mesure que le phénomène avançait 
dans sa marche. A Bruxelles, qu'il n'a guère dépassé du 
côté de l'Orient, il se trouvait déjà resserré dans des li- 
mites très-étroites, et il ne s'étendait guère au delà de trois 
à quatre lieues dans la direction de Maîines. En sorte que 
le véritable champ dans lequel la grêle et les vents ont 
exercé leurs ravages, se trouve limité par deux lignes 
droites dont l'une passe par Tournayet Malines, et l'autre 
par Mons et Woluwe-S^Étienne, dans le voisinage de 
Bruxelles. Le point de concours de ces deux lignes droites , 
où l'ouragan semble avoir fini sa course désastreuse , a dû 
se trouver du côté d'Herenthals. 

Il serait difficile de préciser le lieu où le phénomène 
a pris naissance : entre Mons et Tournai, il sévissait sur 
un espace de 9 à 10 lieues. Du côté de Valenciennes, l'es- 
pace devait être plus vaste encore. Malheureusement c'est 
le lieu le plus éloigné pour lequel nous ayons des rensei- 
gnements sûrs. Le savant géologue français, M. Élie de 



Bulletin de l'Académie,. 



Tome .VA, :i c />art ., /<■■'!/ 




Marrlie de l oracTe,le 28 Juin [853, 



(517) 

Beaumont , qui se trouvait dans la station de Yalenciennes, 
au plus fort de l'ouragan , a bien voulu me donner quelques 
renseignements sur les effets qui y ont été ressentis : ils 
y furent aussi violents que de courte durée, comme à 
Bruxelles. La grêle et lèvent, dans la plus grande vio- 
lence, ne persistèrent que pendant quelques minutes. Un 
autre voyageur distingué, M. Young, astronome américain , 
a également passé par Valenciennes, mais après le dé- 
sastre, et ce n'est guère qu'en approchant de cette ville 
qu'il a pu constater les dégâts causés le long du chemin 
de fer. 

La petite carte ci-jointe pourra donner une meilleure 
idée de la superficie qu'a parcourue l'ouragan : les deux 
lignes-limites marquent la partie de terrain dévastée par 
la grêle et le vent; la pluie est tombée bien en dehors de 
ces limites; mais sans présenter les mêmes caractères. 



Note sur une apparition de vers après une pluie d'orage ; 
par P.-J. Van Beneden. 

J'ai eu l'honneur de communiquer verbalement, à la der- 
nière séance, l'apparition brusque, au commencement du 
mois de juin, d'un grand nombre de vers sur les plates- 
bandes des jardins dans l'intérieur de la ville de Louvain. 
L'Académie m'a invité à lui communiquer une note sur 
ce sujet; la voici : 

Dans la nuit du 51 mai au 1 er juin , il a paru , dans les 
jardins de la partie haute de la ville, une énorme quantité 






(318) 
de vers de quatre à cinq pouces de long et aussi minces, 
ou plus minces même qu'une chanterelle de guitare. 

Leur nombre était tel qu'il n'était pas difficile d'en re- 
cueillir quelques centaines au bout d'une demi-heure. 

Plusieurs personnes, en entrant le matin dans leur jar- 
din, en furent frappées, et m'envoyèrent quelques exem- 
plaires pour me demander des explications sur leur nature 
et leur apparition. On n'était pas éloigné de croire qu'il y 
avait eu une pluie de vers pendant la nuit. Que l'on juge 
par là de leur nombre ! 

Nous n'avions plus eu de pluie depuis plusieurs jours; 
les plantes desséchaient sur pied, et, dans la nuit du 51 mai 
au 1 er juin, un orage, suivi d'une pluie abondante, avait 
éclaté sur la ville. 

J'ai tenu ces vers en vie, dans la terre humide, depuis 
le 1 er jusques aujourd'hui 25 juin; la plupart, toutefois, 
sont morts depuis plusieurs jours, et ceux qui sont vivants 
encore ne contiennent que des œufs incomplètement dé- 
veloppés. Les œufs n'ont pas encore leurs filaments. 

Exposés à l'air sec, ces vers dessèchent au bout de quel- 
ques heures, cassent comme du verre, et ne donnent plus 
aucun signe de vie en les mouillant de nouveau. 

Sur deux cents vers que j'ai examinés, il n'y a pas un 
seul mâle; ce sont tous des femelles chargés d'œufs; tous 
aussi sont au même degré de développement > et mesurent 
à peu près une longueur de quatre pouces. Les uns ont 
une teinte jaunâtre, les autres présentent des stries noires 
dues à la présence des œufs qui remplissent tout l'inté- 
rieur. Ces œufs mûrs sont, en effet, d'un brun foncé. 

Ces vers se meuvent avec vivacité, se tortillent et res- 
semblent à une pelote de fil, ou bien se déroulent et s'é- 
tendent comme un bout de corde de violon mouillée. 



( 319 ) 

Sans en avoir fait l'analomie, je puis cependant dire 
quelques mots de leur organisation, afin de mieux les 
faire connaître; je donnerai même quelques détails, qui ne 
sont pas sans importance, sur la formation des œufs et de 
l'embryon. 

Toute la peau, depuis la tête jusqu'à la queue, est régu- 
lièrement couverte de stries fines qui se croisent et qui 
leur donnent un aspect tout particulier: c'est un caractère 
propre aux gordiacés. 

A la tête, on voit distinctement un tube membraneux 
qui semble s'ouvrir par plusieurs orifices; il correspond 
au tube digestif. Ce tube s'étend, dans la longueur du 
corps, sans présenter des circonvolutions, et ne semble 
pas s'ouvrir au dehors en arrière; le tube digestif nous 
paraît, en effet, incomplet. 

L'appareil femelle consiste en canaux étroits couchés 
sur le tube précédent, et qui renferment dans leur inté- 
rieur des œufs à divers degrés de développement. Ces œufs 
sont libres dans l'ovaire et dans l'oviducte, depuis le pre- 
mier moment de leur apparition. J'ai vu la ponte par un 
orifice non loin de la tête. 

J'ai vu des œufs à toutes les phases de leur évolution. 
On voit les plus simples formés d'un amas de globules vi- 
tellins, entourés d'une enveloppe d'abord unique, mais à 
laquelle se joint ensuite une coque. 

Ce vitellus se condense comme dans tous les nématoïdes ; 
la surface s'organise, le blastoderme, qui est tout le ver, 
se recourbe sur lui-même, et finit par s'allonger de ma- 
nière à former plusieurs circonvolutions dans l'œuf. La 
coque avait d'abord une forme ovale; elle devient mainte- 
nant sphérique; aux deux pôles apparaît une petite am- 
poule au. bout de laquelle naît un filament qui s'allonge 



( 520 ) 
successivement, prend l'aspect d'un fouet, et l'œuf porte 
deux lanières légèrement divisées au bout. Cet œuf reste 
tout à fait libre dans l'oviducte; il ne contracte aucune 
adhérence avec les parois. 

La première enveloppe de l'œuf est devenue brune; la 
dernière, avec les ampoules, devient foncée, et l'oviducte 
en étant rempli, rend le corps du ver tout noir. 

En écrasant ces œufs entre deux lames de verre, on met 
les embryons à nu et on les voit se mouvoir lentement dans 
le liquide au milieu des débris de leurs coques. 

Ils sont donc vivipares. 

Ces embryons sont déjà très-allongés, ressemblent com- 
plètement à des nématoïdes, et ces vers ne subissent aucun 
changement de forme pour devenir adulte. La partie anté- 
rieure du corps est légèrement arrondie; la partie posté- 
rieure, au contraire, est effilée; dans l'intérieur, on dis- 
tingue quelques globules, comme des restes du vitellus, 
logés dans un tube digestif et terminés en avant par un 
œsophage. 

Ces vers ne subissent donc plus de métamorphoses après 
leur éclosion et deviennent directement adultes s'ils ga- 
gnent le milieu auquel ils sont destinés. 

Ils ont déjà été observés et décrits par quelques auteurs. 

Goëze a écrit un ouvrage remarquable sur les vers, à la 
fin du siècle dernier; il parle de vers répandus par cen- 
taines sur des plates-bandes, au mois de juin (1785), après 
une forte pluie d'orage; Goëze rapproche ces vers des 
Gordius. Ce sont évidemment les mêmes. Il n'entre dans 
aucun détail à leur sujet. Il se contente de signaler le 
fait. 

En mai et juin 1841 , M. Dujardin reçut du docteur 
Frêne, pendant son séjour à Rennes, cinq vers vivants 



( 521 ) 

recueillis après la pluie sur la terre et sur les plantes des 
bordures , notamment le buis. C'est le même vers dont il 
est question dans cette note et auquel le savant helmintho- 
logiste a donné le nom de Mermis nigrescens. Il est voisin 
des gordiacés, mais il ne peut être conservé dans un même 
genre. M. Dujardin a donné des détails anatomiques d'un 
haut intérêt, et s'il n'a pas débrouillé complètement leur 
histoire, il faut l'attribuer aux grandes difficultés de cette 
étude anatomique. 

Un troisième auteur, M. Von Siebold , a étudié ce même 
Mermis, et il a de plus enrichi la science de plusieurs 
espèces nouvelles, trouvées dans le corps des insectes. 

Faisons remarquer que les observations de ces deux 
savants ne s'accordent pas sur quelques points, qui sont 
cependant fort essentiels et qui pourraient facilement in- 
duire en erreur sur le degré d'affinité qui existe entre ces 
vers et leurs voisins. 

D'après M. Dujardin, il existe, à la face interne du tube 
qui renferme les œufs, une bande ou un placenta longi- 
tudinal, comparable, en quelque sorte, au placenta de 
certains végétaux , et le long duquel se développeraient 
les œufs par une double rangée d'ovules. 

Ce n'est pas ainsi que j'ai vu les œufs; ils apparaissent 
libres dans les ovaires, comme dans tous les nématoïdes, 
ne contractent aucune adhérence avec les parois, et sont 
pourvus de lanières à leurs pôles, comme les œufs de plu- 
sieurs trématodes. Ce n'est donc pas un caractère de haute 
importance, comme on l'avait cru; M. Von Siebold avait 
déjà vu, du reste, les œufs sans filaments libres dans 
l'ovaire. 

D'où viennent-ils, ces vers? Sont-ils tombés du ciel tout 
formés? Il est évident qu'ils ne se sont pas développés sur 



( 322 ) 

la terre où on les trouve; il n'est pas moins évident qu'ils 
ont apparu là brusquement et tout formés! D'où viennent- 
ils donc? De l'intérieur du corps de certains insectes, aux 
dépens desquels ils ont vécu, et qu'ils quittent quand la 
terre est trempée, pour répandre leur semence. C'est sur- 
tout de la larve du hanneton qu'ils proviennent. M. Dujar- 
din avait déjà soupçonné cette origine; j'ai eu l'occasion 
de vérifier ce soupçon. Dans diverses larves, j'ai trouvé 
des Mermis en voie de développement. 

On sait que ces vers longs sont dioïques ; jusqu'ici toute- 
fois on ne paraît avoir observé que des femelles, et sur 
450 à 200 individus que j'ai eus sous les yeux, il n'y avait 
pas un mâle. 

Ne trouverait-on pas l'explication de ce phénomène, 
d'abord dans la rareté des mâles comparativement aux 
femelles, ensuite dans leur taille, qui est beaucoup plus 
petite dans tous ces animaux , et enfin en ce que le mâle, 
devenu inutile après la fécondation, est évacué après l'ac- 
complissement de l'acte principal de sa vie, tandis que 
les femelles ne quittent le corps de leur hôte que quand 
les circonstances extérieures sont favorables à la propa- 
gation des germes. Un grand nombre de femelles sont 
mises en liberté en même temps. 

Si la femelle était évacuée pendant la sécheresse, ce 
corps si grêle, ne pouvant conserver ses humeurs, se 
racornirait et dessécherait sur place, au lieu de répandre 
ses œufs. 

Ces œufs étant pondus, les jeunes sortent bientôt tout 
formés; mais comment ils pénètrent dans le corps des 
larves des hannetons, c'est ce que nous ignorons. 

En résumé, ces vers, qui apparaissent brusquement sur 
les plates-bandes des jardins, et souvent sur les arbustes, 



( 323 ) 

ne tombent pas du ciel, mais sont évacués par les insectes, 
surtout le hanneton , qu'ils ont habités en parasites et 
qu'ils abandonnent pendant les pluies d'orage, pour répan- 
dre leurs œufs et propager l'espèce. 



ENTOMOLOGIE. 

Sur une émigration de demoiselles; par M, Ch. Morren, 
membre de l'Académie. 

Le 16 juin 1855, vers 4 heures de l'après-midi, à Has- 
seignies, près de Bel-OEil (province de Hainaut), on vit, 
pendant environ trois quarts d'heure et sur une étendue 
d'au moins trois quarts de lieue, passer des quantités 
innombrables de demoiselles ou libellules venant du sud- 
est et se dirigeant vers le nord-ouest. Les plus près de 
terre se tenaient à environ deux mètres cinquante centi- 
mètres du sol; mais il était impossible d'apprécier la hau- 
teur à laquelle passaient les plus élevées. M. le notaire 
Choppinet, d'Enghien, qui a bien voulu me communiquer 
ce fait intéressant dans l'histoire des émigrations des in- 
sectes, m'a remis en même temps un exemplaire de l'es- 
pèce qui formait ces nuages émigrants : c'est le Libellula 
depressa de Linné. 

Cette espèce est des plus communes en Belgique, comme 
ailleurs, mais je ne sache pas qu'on ait observé ce phéno- 
mène curieux de son émigration en très-grande quantité. 

Le 16 juin était un jour chaud pour nos climats; mais, 
informations prises, on n'a pas renseigné, dans les envi- 
rons, d'étang desséché à cette époque, ni toute autre cause 



( 324 ) 

hydrographique qui ait pu déterminer le départ en com- 
pagnie et dans une direction donnée de tant d'insectes 
dont le sort est lié à l'existence de l'eau. Toute la popula- 
tion de ces localités a vu ce passage et a été frappée de la 
régularité dans la marche, de l'ordre dans le vol de ces 
demoiselles, qui ne semblaient pas reconnaître de chef et 
voyageaient dans un silence parfait, tandis que les saute- 
relles font du bruit dans leurs émigrations. 












rasttanri 



<<ï uip t i 



( 325 ) 



CLASSE «ES LETTRES. 



Séance du 4 juillet 1853. 

M. le baron De Stassart, président de l'Académie. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le chevalier Marchai , Steur, le 
baron de Gerlache , De Smet, de Ram , Roulez , Lesbrous- 
sart, Gachard , Borgnet, Van Meenen , De Decker, Schayes, 
Snellaert, Haus, Bormans, Baguet, membres; Nolet de 
Brauwere Van Steeland, associé; Arendt, Ad. Mathieu, 
Chalon , correspondants. 

MM. Stas, membre de la classe des sciences ,et MM. Alvin 
et Éd. Félis, membres de la classe des beaux-arts, assistent 
à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



Il est donné communication de différentes lettres de 
M. le Ministre de l'intérieur ayant pour objet : 

1° De transmettre une expédition de l'arrêté royal du 
51 mai dernier, qui partage ex œquo, le prix quinquennal 
de littérature française, pour la période de 1848 à 1852, 
entre MM. Baron, Moke et Weustenraad; 

2° D'informer que S. M. le roi de Prusse a bien voulu 



( 526 ) 

faire don à l'Académie royale de Belgique d'un exemplaire 
du grand ouvrage de M. Lepsius sur l'Egypte. Remerci- 
ments; 

5° De demander un exemplaire de la collection des 
Bulletins de l'Académie pour la bibliothèque de Dresde; 

4" De demander un projet d'inscription pour la statue 
du duc Charles de Lorraine. Une seconde table en bronze, 
ajoute M. le Ministre, représenterait les armes du duc, 
et les deux autres retraceraient en bas-relief des épisodes 
de la carrière militaire de ce prince (la bataille de Prague 
et le passage du Rhin). 

Cette dernière demande est renvoyée à une commission 
composée de MM. le baron de Gerlache, Gachard et 
Roulez. 



RAPPORTS. 

M. Roulez fait un rapport sur une notice manuscrite 
de M. Namur, professeur à Luxembourg, concernant un 
véritable lacrymatoire , découvert en 1852 dans le grand- 
duché de Luxembourg. Conformément aux conclusions qui 
lui sont présentées, la classe ordonne l'impression de cet 
écrit. 

« Parmi les archéologues, dit M. Namur, les uns pré- 
tendent que les Romains avaient l'usage de recueillir des 
larmes et de les verser sur les cendres ou de les conserver 
avec ces cendres dans des urnes cinéraires. Les autres 
nient entièrement l'existence de cet usage et prétendent 
que les vases connus sous le nom de lacrymatoires étaient 



( 327 ) 
destinés plutôt à contenir des baumes liquides, des huiles 
odorantes et même de l'huile ordinaire que l'on répandait 
sur les corps placés dans le bûcher et sur les cendres 
avant de les renfermer dans des urnes. » 

Dans cet état de choses, M. Namur a cru devoir re- 
courir à la science, et il a prié M. le professeur Reuter de 
faire l'analyse chimique du liquide contenu dans un vase 
lacrymatoire, trouvé dans un tombeau gallo-romain du 
IV e siècle. M. Stas, second commissaire de l'Académie, 
appelé, avec M. Roulez, à examiner la communication 
du savant luxembourgeois, est d'avis que cette analyse 
mérite aussi d'être imprimée. » 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Quetelet donne connaissance à la classe qu'un con- 
grès de statistique doit avoir lieu, à Rruxelles, le 19 sep- 
tembre prochain, et qu'il aura spécialement pour objet 
de chercher à introduire de l'unité dans les statistiques 
ollicielles que publient les gouvernements, de manière à 
rendre comparables les résultats enregistrés. 

Ce congrès, dont les bases ont été posées à Londres 
par des savants de différents pays, lors de la grande expo- 
sition de 1851, a été organisé, avec le concours des mêmes 
savants et sous les auspices du Gouvernement belge, par 
la Commission centrale de statistique du royaume. La ville 
de Bruxelles, par sa position centrale entre l'Angleterre, 
la France, l'Allemagne, la Hollande, a été choisie comme 



( 328 ) 
lieu de réunion , el l'on s'est entendu dès lors sur les prin- 
cipales questions qui y seront traitées. C'est le programme 
de ces questions avec le projet des solutions, que M. Que- 
telet présente à la classe. II invite en même temps , au 
nom de la Commission centrale de statistique, MM. les 
membres à prendre part aux travaux du congrès; déjà 
Ton peut compter sur le concours d'un grand nombre de 
savants étrangers, parmi lesquels se trouvent quelques 
associés de l'Académie, entre autres MM. Mittcrmaier, 
Yillermé et Ramond de la Sagra. Tout fait espérer que 
ce royaume, où les sciences morales et politiques ont pris 
un développement si rapide dans leurs applications , ne 
sera pas stationnaire sous le rapport des études théoriques 
qui leur servent de base. 

Ù £)! 1KS 8)OEf! 89 

— M. Kervyn de Lettenbove annonce que M. Le Glay , 
associé de l'Académie, se propose de rééditer le recueil 
diplomatique de Miraeus. 

L'Académie reçoit avec le plus vif intérêt cette commu- 
nication. 

Elle forme le vœu que M. Le Glay, dont les travaux ont 
répandu déjà tant de lumières sur l'histoire de la Belgique, 
les couronne par l'importante publication qu'il projette. 

Une nouvelle édition de Miraeus, revue et corrigée par 
un savant aussi distingué que M. Le Glay, d'après les 
diplômes originaux, serait un service inappréciable rendu 
à la science historique. 

— A la suite de celte communication, M. Kervyn de Let- 
tenhove soumet à la classe quelques résultats des recher- 
ches qu'il a faites récemment aux archives de Lille. Entre 
autres documents d'une haute importance, il signale, pour 

m a anoT 



( 329 ) 

l'époque des ducs de Bourgogne, ceux qui se rapportent 
aux projets de démembrement de la France conçus par 
Charles le Mauvais, aux négociations de Jean sans Peur 
avec le Dauphin, avant l'entrevue de Montereau, et au traité 
qui fut conclu immédiatement après à Rouen, entre le duc 
Philippe et le roi d'Angleterre. Il entre à ce sujet dans 
quelques détails sur des pièces d'une authenticité douteuse 
que l'on croyait enlevées et portées en Angleterre et qui 
viennent d'être retrouvées au village de Linzelles, d'après 
lesquelles le duc de Bedford et le comte de Suffolk au- 
raient voulu faire assassiner le duc de Bourgogne dans un 
tournoi à Paris, parce qu'ils le croyaient trop bien protégé 
par l'affection des Parisiens pour oser le combattre ouver- 
tement. 

Enfin, après quelques mots sur les comptes de la croi- 
sade de Gui de Dampierre à Tunis, dont M. Gaillard pré- 
pare la publication, M. Kervyn de Lettenhove termine en 
faisant connaître qu'une lettre de Paulin Paris lui an- 
nonce la découverte d'un précieux manuscrit de Guibert 
de Tournay et que, d'autre part, le rév. Dom Pitra a bien 
voulu lui adresser un extrait des anciennes annales de 
S l -Vaast , écrites vers le IX e siècle, qui constate l'origine 
saxonne des ancêtres de Charlemagne. 





Tome xx. — II e part. 22 



( 330 ) 

Notice historique et critique sur Guillaume de Dampierre, 
comte de Flandre , par le chanoine De Smet , membre 
de l'Académie. 

Ostendent terris hune tantum fala , ncque ultra 
Esse sinent. iEsEÏ»., VI , v. 870. 

Comment se fait-il que, dans un siècle où l'adresse et la 
valeur personnelle semblaient encore surpasser tout autre 
mérite, et où retentissait si fréquemment, dans les joutes 
et les passes d'armes : Honneur aux vaillants ! gloire aux 
fils des preux! on ait si peu parlé du jeune Guillaume de 
Dampierre, renommé comme singulièrement adroit à tous 
les jeux guerriers et brave parmi les braves dans les com- 
bats réels? Une mort triste et prématurée, occasionnée 
par un crime peut-être , devait rendre le jeune prince plus 
intéressant encore : elle devait causer de douloureux re- 
grets, en particulier aux Flamands, qui essuyèrent bien des 
malheurs sous l'administration du comte Guy, dépourvu 
des talents militaires, comme du caractère chevaleresque 
et généreux de son frère aîné. A peine cependant ont-ils 
consacré quelques lignes au jeune héros de Mansourah. 
Essayons de payer à sa mémoire un tribut tardif: 

Et fungar inani ., mM 
Munere (1). 

; Parlons d'abord un instant de la naissance de Guillaume. 
L'union que Marguerite de Constanlinople avait con- 
tractée avec Bouchard d'Avesnes fut déclarée nulle, comme 



(1) sEneïd., VI, v. 88G. 



(351 ) 

chacun sait , parce que ce gentilhomme, afin d'obtenir les 
dignités de chantre dans l'église de Laon et de trésorier 
dans celle de Tournay, s'était vu dans l'obligation de rece- 
voir l'ordre sacré du sous-diaconat à Orléans, ce qu'il avait 
longtemps caché à ses plus intimes amis. La princesse 
épousa ensuite Guillaume de Dampierre, frère puîné d'Ar- 
chambaud le Grand, sire de Bourbon, mais bachelier de 
petite finance. Le peuple cria, dit-on, que, pour Guillaume 
aussi, il existait un empêchement canonique au mariage, 
puisqu'il avait possédé une dignité ecclésiastique; qu'il en 
avait existé un semblable pour Thomas de Savoie, second 
époux de la comtesse Jeanne, et d'abord trésorier de l'église 
de Lyons (1) : qu'on semblait avoir ainsi deux poids et 
deux mesures. — Comme Jean d'Avesnes, qui , pour défen- 
dre ses droits, n'épargne ni mauvaises raisons (2), ni gros- 
sières injures à sa mère, ne fait cependant aucune men- 
tion de ces faits, il est plus que probable que l'allégation 
n'était point fondée et que le peuple s'était trompé, ainsi 
que les chroniqueurs qui accueillirent ces bruits populai- 
res. Guillaume et Thomas avaient été promus, il est vrai, 
à des dignités ecclésiastiques, mais il n'en résultait aucu- 
nement qu'ils eussent été élevés aux ordres sacrés. Les 

[)8QfiM 0.1 

. 

(1) L'article de ce prince, dans la Biographie universelle , quoique rédigé 
par M. Sismonde de Sismondi , laisse beaucoup à désirer. On y lit que Thomas 
gouverna les deux comtés jusqu'à la mort de sa femme, et qu'après il les 
céda au comte de Dampierre f héritier naturel de Jeanne. Ce qui prouve 
une fois de plus que le prétentieux Genevois est un guide peu sûr. 

(2) Il prétendait qu'en Flandre les enfants naturels héritaient des fiefs de 
leur mère; mais Phil. Wielant, auteur très-compétent, enseigne que les 
enfants des prêtres, diacres et de tous ceux qui avaient fait vœu de chasteté, 
qu'on nommait notarios, ne pouvaient succéder ni à père ni à mère : or, tel 
était Jean d'Avesnes. 



( 552 ) 

statuts d'une église n'étaient pas ceux d'une autre. Il est 
donc très-possible que celles de Laon et de Tournay n'ad- 
mettaient personne parmi leurs dignitaires qui n'eût au 
moins reçu le sous-diaconat, sans qu'on doive en inférer 
qu'il en était de même à Lyons et ailleurs. Aujourd'hui 
encore, et dans notre pays même, il est tel chapitre où 
l'on ne saurait être pourvu d'un canonicat sans être prê- 
tre, tandis qu'il suffirait, dans tel autre, d'avoir simple- 
ment reçu la tonsure cléricale. Quant au comte Thomas, 
Philippe Mouskés dit positivement qu'il n'avait pas été 

admis à un ordre majeur : 

ruo) Jno «linp 

Et si ot lonctans estet clers j 

Cière et hardie com lions, ittâiMttW 

Et s'iert trésoriers de Lions : 

Et autres guarissons avoit, 

Mais de rien ordenés n'estoit(l). 

b èuuibni 
Il est singulier qu'on n'ait pas objecté aux Dampierre 
qu'il existait entre Guillaume de Bourbon et leur mère un 
autre empêchement canonique, celui de parenté naturelle 
ou de consanguinité, dont la preuve n'était pas difficile. 
Il se démontre par le petit tableau suivant : 

rroà ; eôi : siifi) 

Thibaud IV, comte de Blois, de Troie, etc. 

— — ■— — — — — — — — — i03iïO 

Henri I er , comte de Troie. Marie. Eudbs II , duc de Bourg. 

Marir dk Tboib. Baudouin IX, emp. Adèle. Archambaud VII de Bourbon. 

Marguerite pb Constantinople. Margubr. de Bourbon. Gui de Dampierre. 

Guillaume de Dampierre. 



(1) Chron. rimée, v. 29469 et suiv. 



( 535 ) 

On peut toutefois s'expliquer aisément le silence des 
d'Avesnes sous ce rapport. Leur père Bouchard étant pa«- 
rent de Marguerite presque au même degré que Guillaume, 
l'argument se rétorquait contre eux; d'autant plus que 
l'union de Bouchard avec la princesse datait de l'an 1212, 
et par conséquent d'une époque antérieure au IV e concile 
de Latran, XII e général (1), qui avait restreint l'empêche- 
ment de consanguinité au quatrième degré. Le pape Gré- 
goire IX avait d'ailleurs ratifié le mariage avec Guillaume, 
en 1250. Ce qui est plus étonnant, c'est que les commis- 
saires du pape Innocent IV, qui déclarent formellement 
qu'ils ont tout examiné avec soin : Receplis testibus ineodem 
negotio produclis , juratis , diligenter examinatis, depositio- 
nibus eorumdem publicatis , inspectis actis ejusdem negotii 
universis (2), ne mentionnent en aucune manière cet em- 
pêchement de consanguinité, quoique Innocent IV l'eût 
indiqué dans la bulle d'excommunication qu'il avait ful- 
minée, en 1215, contre Bouchard d'Avesnes (5). Les 
D'Hosier du temps, Gilles Anselme de Valenciennes, et 
Simon de Beaumont n'avaient pas été consultés apparem- 
ment par les commissaires pontificaux. 

On nous pardonnera de nous être appesanti sur ces dé- 
tails : les nombreux annalistes qui ont narré les faits, se 
sont peu mis en peine de les éclaircir ou d'en exposer les 
circonstances d'une manière exacte. D'ailleurs, le savant 
Dacier ne dit-il pas, avec raison, que « la conscience de 
l'érudit s'étend aux moindres détails, et qu'il n'y a pas plus 



(1) Célébré par Innocent III, en novembre 1215. 

(2) Mirœi, Diplom. , Iib. I, cap. 88. 

(3) Consanguineam svam... non est veritus fraudulenter abducere. 



( 554 ) 

en histoire qu'en physique de faits véritablement indiffé- 
rents (4)? » 

Quelques-uns de nos anciens chroniqueurs ont cru qu'il 
fallait compter le mari de Marguerite parmi les comtes de 
Flandre : Willem van Dampiere, dit l'un d'eux (2), behu- 
wede Vlaenderen en Henegauwen aen Magriete zinen ivive. 
Hy was de twee en twintichsle grave outrent eenjaer. Mais 
comme il est constant que Guillaume mourut en 1241 , 
et que sa femme ne put prendre possession des comtés 
qu'après le décès de Jeanne, en 1244, l'erreur de l'écri- 
vain est palpable. 

Au reste, la seconde union de Marguerite n'avait pas 
été stérile. II en était issu trois fils : Guillaume, objet de 
cette courte notice; Gui , comte de Flandre après sa mère, 
et Jean, sire de Dampierre et de S l -Disier; et deux filles : 
Marie, abbesse de Flines, et Jeanne, qui épousa successi- 
vement Jean, comte de Rouci, et Thibaut, comte de Bar, 
mais ne laissa pas de postérité. L'aîné des princes montra 
dès son adolescence, avec une aptitude peu commune pour 
tous les exercices de la chevalerie et une vive passion pour 
la gloire des armes, un cœur haut et généreux. On eût dit 
que l'empereur Baudouin, son grand-père, revivait en 
lui. Aussi gagnait-il tous les jours davantage dans l'esprit 
des Flamands et se faisait-il pardonner la prédilection de 
sa mère. 

Dans la discussion que Marguerite eut en présence de 
saint Louis, touchant les droits éventuels des d'Avesnes 



(1) Eloge de dom Brial. 

(2) Guillaume de Dampierre obtint les comtés de Flandre et de Uainaut 
par son mariage avec Marguerite. Il fut le vingt-deuxième comte (de 
Flandre) pendant un an. Cron. vais Jaj. van Dixmode, di. 138. 



( 535 ) 

et des Dampierre à sa succession , Guillaume s'emporta et 
se donna le tort de reprocher à ses frères utérins le vice 
de leur naissance; il devint ainsi la cause de cette scène 
dégoûtante, où Jean d'Avesnes et sa mère s'insultèrent mu- 
tuellement de la manière la plus ignoble. Il parut d'ail- 
leurs peu soucieux de leur différend, et se soumit avec 
reconnaissance à la sentence arbitrale de saint Louis et 
du légat pontifical , qui lui assurait le comté de Flandre. 
Le pieux monarque, qui n'avait pas oublié les intérêts de 
sa politique dans le partage, admit volontiers à l'hommage 
ce jeune guerrier. 

Dès ce moment, les chroniqueurs, tant nationaux que 
français, et en particulier le bon sire de Joinville (1), 
donnent constamment à Guillaume le titre de comte de 
Flandre : quel droit pouvait-il avoir à le porter? Si l'on 
en croit nos vieilles chroniques, Marguerite avait renoncé 
au comté, avec réserve de retour si le prince mourait sans 
hoirs avant elle, comme il arriva en effet (2). Les histo- 
riens modernes pensent, au contraire, qu'il ne fut qualifié 
de comte qu'à titre d'héritier présomptif. Nous pensons 
que ni l'une ni l'autre de ces assertions n'est rigoureuse- 
ment exacte. La première ne soutient pas même une dis- 
cussion, puisqu'un grand nombre d'actes bien connus 
prouvent que Marguerite gouverna sans interruption les 
deux comtés. Mais il est évident, d'une autre part, qu'elle 
ne se contenta point de déclarer Guillaume son héritier 
en Flandre, et qu'elle se l'associa réellement dans son 



(1) Les derniers éditeurs de ce naïf historien, ignorant sans doute que 
Guillaume de Dampierre, le père, était mort en 1241, lui attribuent tous 
les exploits du fils. 

(2) TVillem van Dampyere, dyejonghe Margrieten $one , die si hadda 



(336 ) 

gouvernement. Un acte, par lequel Marguerite et son fils 
garantissent un privilège aux Gantois, et qui est daté du 
mois de juin 1248, commence par ces mots : Margarela 
Flandrie et Harmonie comitissa, et Willelmus ejus filius 
cornes Flandrie et dominus de Dampetra, universis présentes 
litteras inspecturis , salutem (1). D'autres chartes lui don- 
nent le même titre, et dans le diplôme étendu, par lequel 
les deux d'Avesnes déclarent de nouveau qu'ils acceptent 
la sentence arbitrale de saint Louis et de l'évêque deTus- 
culum, ils donnent eux-mêmes le titre de comte de Flan- 
dre à Guillaume de Dampierre : Cum autem postmodum 
defuncto GuiUelmo fratre nostro, comité Flandriae supra- 

dicto (2). Le judicieux Meyer a donc pu écrire, sans 

manquer à son exactitude ordinaire : Margareta de- 
functo jam marito cum iilio natu niaximo prudenter ac 
strenue gubernare cepit (3). Cette association à son auto- 
rité du jeune Guillaume était encore, de la part de Mar- 
guerite, une de ces mesures que lui suggérait un désir 
ardent d'assurer aux Dampierre la possession du comté de 
Flandre. Aussi, bien qu'irritée contre Gui à cause de son 
mariage précipité avec Mathildede Béthune, elle ne man- 
que pas de se l'associer à son tour après la mort de son 
frère aîné. Thierri d'Alsace avait pris une précaution sem- 
blable en faveur de Philippe, son héritier. 



bi Willem van Dampiere, soude geweest hebben die XXIII e grave van 

Vlaenderen up condicie, storve ht sonder hoir soo soude syn vrau 

moeder weder al Vlaendre hebben. Excell. Chron., fol. xxxix, verso. 

(1) V. d'Oudegherst, t. II, p. 151 ; note. 

(2) Cette pièce importante , dont l'original se conserve aux archives de la 
Flandre orientale, est imprimée dans Y Histoire de la Flandre de Warn- 
kônig , pièces just., p. 370. 

(3) Flandr. Annal., lib. IX, ad initium. 



(337 ) 

La prévoyante comtesse avait eu soin en même temps 
de ménager à son fils bien-aimé une puissante alliance. 
Elle obtint pour lui la main de Béatrice, fille de Henri le 
Magnanime, duc de Brabant, et, quoique encore à la tleur 
de lage, douairière de Herman, landgrave de Thuringe. 
C'était une princesse douée des qualités les plus heureuses. 
Ou lui assigna pour douaire la ville et la châtellenie de 
Courtrai , ce qui lui fit donner plus tard le nom de dame de 
Courlrai, qu'elle illustra par ses bienfaits et par ses vertus. 

Mais ni les soins de l'administration ni les jouissances 
du bonheur domestique ne pouvaient refroidir l'ardeur 
guerrière qui dévorait le jeune comte. Aussitôt qu'il apprit 
que saint Louis s'était croisé, en relevant à peine d'une 
maladie très-grave , il prit joyeusement la croix avec les 
plus puissants barons de France, son frère Gui et quelques 
seigneurs flamands , parmi lesquels Despars distingue le 
châtelain de Bergues-S^Winnoc et le seigneur de Melle (4). 
Cependant les préparatifs nécessaires le retinrent quelque 
temps, et le roi de France se trouvait déjà dans l'île de 
Chypre, quand Guillaume put se mettre en route pour le 
rejoindre, accompagné d'une troupe délite, assez nom- 
breuse, de Flamands et d'un religieux de la Sainte-Trinité, 
à qui se confessèrent plus tard beaucoup de seigneurs qui 
voyaient déjà le cimeterre des musulmans levé sur eux (2). 

Les croisés quittèrent l'île de Chypre au mois de mai 
i 249 ; mais la flotte , composée de dix-huit cents bâtiments 
de toute grandeur, fut dispersée par les vents contraires et 
poussée en grande partie vers les côtes de Syrie. On n'ar- 
riva devant Damiette qu'au commencement de juin, et, 



(1) Cronycke, 1. 1, blacb. 485. 

(2) Joinville, p. 71. Édit. Du Cange. 



(538) 
dans un conseil, auquel fut appelé le jeune comte de Flan- 
dre, il fut résolu qu'on attaquerait l'ennemi, quoique le 
roi n'eût réuni qu'un tiers de ses gens, ce qui prouve que 
Makrizi (1) s'est trompé, peut-être sciemment, quand il 
donne à saint Louis une armée innombrable. 

L'émir Fakr'eddin, qui commandait l'armée nombreuse 
des infidèles, s'était campé à Djizeh, que le Nil séparait de 
Damiette (2); il avait cru que le bruit et les clameurs de 
ses troupes suffiraient pour jeter l'épouvante dans l'armée 
chrétienne, mais à peine eut-il vu le sang-froid et l'intré- 
pidité qui présidaient à la descente de l'armée croisée, 
qu'il lui abandonna la rive occidentale du fleuve (5). Rien 
n'avait été oublié par le sultan pour la défense de Damiette; 
les munitions de guerre et de bouche s'y trouvaient en 
abondance, et les Arabes de la tribu des Benou-Kenaneh, 
dont la valeur était éprouvée, en défendaient les murailles. 
La retraite de Fakr'eddin jeta la terreur parmi eux; ils 
évacuèrent la ville sans attendre l'ennemi, et les habitants, 
plus effrayés encore, l'abandonnèrent à leur tour. Les 
chrétiens s'en approchèrent avec précaution, et, comme 
ils virent les portes ouvertes, sans que personne veillât à 
leur garde, ils craignirent quelque stratagème et s'arrêtè- 
rent quelque temps; mais enfin convaincus de la fuite de 
la garnison et des habitants, ils y entrèrent sans obsta- 
cle (4) et prirent possession des machines de guerre, des 
(iïuomdl ws ès%h'û< 

(1) L'histoire de cet auteur est intitulée : Effulouk li marifet il duvel il 
Muloukj c'est-à-dire Histoire des sultans Ayoubites et Mamelouks. 

(2) Djebal' eddin. 

(3) Aboulfeda, Jlmokstasser fy akhbar albaschar } ou Abrégé d'histoire 
générale , an 647 de l'hég. 

(4) Makrizi, an 647. 



( 539 ) 

armes, des provisions et des richesses qu'on leur aban- 
donnait (4 juin 4249). 

Tel est le récit que font les historiens arabes des pre- 
mières entreprises de l'armée chrétienne en Egypte, mais 
il n'est pas entièrement conforme à la vérité. De sanglants 
combats avaient marqué le débarquement de l'armée de la 
croix, tant sur mer que sur terre, et l'émir ne s'était retiré 
qu'après avoir essuyé de grandes pertes ; Damiette à son 
tour n'avait été évacuée par les Benou-Kenaneh qu'après un 
horrible massacre des familles chrétiennes qui l'habitaient. 

L'épée du comte de Flandre n'était pas demeurée oisive 
dans la bataille, mais il se vit forcé de la remettre trop tôt 
et trop longtemps dans le fourreau. Quoiqu'on eût succes- 
sivement rallié les divisions que les vents avaient disper- 
sées au départ de l'île de Chypre, et même les troupes des 
chevaliers du temple et de S^Jean, qu'on avait accusés 
d'être hostiles à la croisade, on perdit plus de cinq mois à 
Damiette pour attendre les renforts qui se réunissaient en 
France. Bientôt la discipline s'énerva, l'autorité du roi fut 
méconnue, et, quand il aurait fallu poursuivre l'épée dans 
les reins un ennemi dont la terreur avait paralysé les bras, 
on lui donna le temps de se reconnaître et de retremper 
son courage pour se livrer à tous les désordres. Enfin, 
l'armée se remit en marche le 20 novembre, mais presque 
désorganisée et minée par des maladies. 

On se dirigea sur Mansourah , qui couvrait la route du 
Caire. Le duc de Bourgogne fut commis à la garde du 
camp et le reste de l'armée marcha vers l'Aschmoûm (1), 



(1) VAschmoûm, que les historiens latins appellent Thanis, est la branche 
la plus orientale du Nil. Louis IX le passa le 8 janvier 1250. 



(340 ) 

que le roi traversa, suivi du corps principal d'armée, au 
gué qu'avait indiqué un bédouin, en chassant devant lui 
un corps nombreux de Sarrasins. Mais le comte d'Artois, 
qui commandait l'avant-garde avec les Templiers et les 
Anglais, oublia, dans sa bouillante ardeur, les lois de la 
prudence et de la subordination, passa le poste où il de- 
vait s'arrêter pour assurer les communications et se lança 
étourdiment à la poursuite des ennemis jusqu'au bourg de 
Mansourah. Saint Louis trouva ainsi son plan entièrement 
manqué et se vit bientôt environné de masses considéra- 
bles d'infidèles. Les comtes de Poitiers et de Flandre, qui 
s'étaient jetés du côté où le péril était le plus imminent, 
furent bientôt obligés de demander de prompts secours (1) : 
le roi se préparait à leur en donner, quand presque au 
même instant Himbert de Beaujeu, connétable de France, 
vint annoncer que les comtes d'Artois et de Salisbury 
allaient succomber dans Mansourah. Le roi réfléchit un 
instant, mais un grand nombre de chevaliers, sans attendre 
ses ordres, s'élancent, ceux-ci au secours des comtes de 
Flandre et de Poitiers, ceux-là au secours du comte d'Ar- 
tois. Il était trop tard pour ce dernier : il fut impossible 
de pénétrer jusqu'à lui, et, après s'être défendu avec une 
bravoure héroïque, il périt avec le comte de Salisbury et 
un nombre considérable d'Anglais et de Templiers. 

Guillaume et son compagnon d'armes furent plus heu- 
reux, et parvinrent à se replier sur l'armée chrétienne; 
mais ils y trouvèrent une grande confusion, et, sans les 
exploits personnels de saint Louis, la déroute serait deve- 
nue générale. Les infidèles avaient essuyé, de leur côté, de 



(1) Joinville, p. 50. Ëdit. du Louvre. 



( 541 ) 

grandes pertes et vu mourir quelques-uns de leurs chefs : 
« Les Francs, dit Ibn-Alatsyr, envoyèrent Fakr'eddin sur 
» les bords du fleuve céleste, et sa fin fut une belle fin. » 
11 ajoute que si l'action eût duré plus longtemps et si toute 
l'infanterie eût passé l'Àschmoûm, c'en était fait des mu- 
sulmans. 

Le lendemain était le mercredi des Cendres, que les 
guerriers chrétiens passèrent en prières et en préparatifs 
de défense; on s'occupa en particulier de jeter un pont sur 
l'Aschmoûm pour communiquer avec le camp du duc de 
Bourgogne et renforcer l'armée par l'infanterie qui était 
sous ses ordres. En quelques heures tout fut achevé et fort 
heureusement, car le vendredi (41 février), les musulmans 
parurent dans la plaine, et déployant en lignes immenses 
leurs cavaliers et leurs fantassins, ils firent sonner la 
charge vers le milieu du jour. Les croisés combattirent la 
plupart avec un véritable enthousiasme, et le saint roi 
surtout brava tous les périls. Cependant l'honneur de la 
journée appartint cette fois aux Flamands : « Voians les 
» Sarrazins, dit naïvement le sire de Joinville (1), que la 
» bataille de monseigneur le conte de Flandres leur estoit 
j> en couste de leurs visaiges, ils ne ousèrent venir férir 

» en la nostre, dont je loué Dieu Monseigneur Guil- 

» laume, conte de Flandres, et sa bataille firent merveilles. 
» Car aigrement et vigoureusement courirent sus à pié et 
» à cheval contre les Turcs, et faisaient de grans faiz 

» d'armes Et tantoust qu'ilz (les Turcs) sentirent qu'on 

» les bleczoit eulx et leurs chevaulx, ilz commencèrent à 
» fuir et à habandonner leurs gens à pié. Et quant le 



(1) Joinville, p. 55. Édit. Du Cange. 



( 342 ) 

» conte de Flandres et l'armée virent que les Turcs 
» fuyoient, ilz passèrent par dessoubz la lice et coururent 
» sur les Sarrazins, qui estoient à pié : et en tuèrent grant 
» quantité, et gaignèrent plusieurs de leurs targes. » 

La victoire fut fidèle cette fois encore à l'étendard de la 
croix, mais il restait à ses défenseurs des ennemis plus dif- 
ficiles à vaincre que les musulmans : le scorbut, les fièvres 
contagieuses et bientôt la disette. Les barques des croisés 
qui remontaient rAschmoûm, pour prendre des vivres à 
Damiette, étaient enlevées par les infidèles : on s'étonnait 
de n'en voir revenir aucune, et déjà quatre-vingts gallées 
étaient prises et ceux qui les montaient mis à mort, quand 
une embarcation flamande vint en donner des nouvelles. 
« Nous ne sceumes onques nouvelles de ces choses , dit 
» encore Joinville (1), jusques à tant que un vaisselet au 
> conte de Flandres, qui eschappa d'eulz par force, le 
» nous dit. » 

Il fallut songer à négocier. Le saint roi proposa de 
rendre Damiette au sultan, à condition qu'on lui cédât 
Jérusalem et quelques places de Syrie, enlevées aux chré- 
tiens pendant les dernières guerres (2), et la proposition fut 
acceptée par le chef infidèle, parce qu'il redoutait encore 
la bravoure héroïque des croisés; mais il prétendait avoir 
le roi lui-même en otage, et fit rompre ainsi toute la né- 
gociation. La retraite des croisés ne put se faire sans de 
nouveaux combats, et la partie n'était plus égale : les mu- 
sulmans n'eurent pas besoin de miracles pour vaincre un 
ennemi en désordre, réduit à un petit nombre de guerriers 



(1) Joinville, p. 65. Édit. du Louvre, 

(2) Ibn-Alatsyr. 



( 345 ) 
et dont le chef se soutenait non sans peine à cheval. L'ar- 
rière-garde que le roi n'avait pas voulu quitter, atteignit 
après bien des pertes le bourg de Minich-Abou-Ab-d'Allah. 
Les conférences pour un accommodement avec le soudan 
furent reprises, et l'on était sur le point d'en obtenir une 
trêve, quand un nommé Marcel, que Joinville appelle 
« ung traistre mauvais huissier, » se mit à crier, sans 
aucun ordre, que le roi mandait qu'on eût à se rendre. 
Le roi , les seigneurs et leurs troupes se virent ainsi pri- 
sonniers à la merci des Sarrasins. Ceux-ci firent passer 
sur quatre de leurs vaisseaux les chefs les plus considérés : 
les comtes de Bretagne, de Flandre et de Soissons, le con- 
nétable îlimbert de Beaujeu, les chevaliers Baudouin et 
Gui d'Ebelin furent placés sur le même bâtiment que le 
bon sénéchal de Champagne (1). 

Le sultan Malek-Moadham qui paraissait disposé à un 
arrangement, fut assassiné peu après par lesBaharites, et 
sa puissance passa aux émirs que l'historien de saint Louis 
métamorphose en admiraulx. De là des craintes nouvelles 
pour les captifs. Cependant on les avertit que leurs nou- 
veaux maîtres voulaient reprendre les négociations et qu'ils 
attendaient des députés à cet effet : Guillaume de Dam- 
pierre, dont la prudence égalait la valeur, fut envoyé avec 
le comte de Soissons et quelques autres seigneurs. Alors 
enfin se conclut le traité définitif, par lequel saint Louis 
rendait Damiette pour sa rançon et un million de besants 
d'or pour celle de ses compagnons d'armes. 

Le comte de Flandre suivit encore le pieux monarque à 
S^Jean-d'Acre, et fut de nouveau appelé, avec les frères du 



(1) Joinville, p. 75. Édit. du Louvre. 



( 344 ) 

roi et les barons les plus puissants, au conseil que le roi 
convoqua pour délibérer sur l'opportunité de son prompt 
retour en France (1). Son opinion fut pour le retour im- 
médiat, et, si le roi ne la suivit pas, il donna son assen- 
timent au départ du jeune comte. 

Blessé assez grièvement à la jambe droite (2) et souffrant 
encore, Guillaume avait besoin de repos, mais à peine eut-il 
embrassé sa mère qu'on lui apprit qu'une passe d'armes 
devait avoir lieu au château de Trazegnies, entre Mons et 
Valenciennes. Une foule de ducs, de comtes et de hauts 
barons s'y rendaient de toutes parts, le jeune comte de 
Flandre ne se serait point pardonné d'y manquer, et partit 
malgré les vives instances de sa mère, avec un brillant cor- 
tège. Le 6 juin 1251 , jour fixé pour le tournoi, les cheva- 
liers, armés de pied en cap et visières baissées, attendaient 
avec une vive impatience que la lice fût ouverte, et, plus 
ardent que ses compagnons d'armes, Guillaume s'agitait 
violemment sur son coursier. Aussi les hérauts n'eurent 
pas plutôt donné le signal du combat, que le prince et ses 
barons se précipitèrent impétueusement sur leurs adver- 
saires, la lance en arrêt, et, les lances rompues, on se 
servit de la hache d'armes et de l'épée avec la même énergie. 
On croyait que les tenants allaient s'avouer vaincus, quand 
une troupe de chevaliers qui ne s'était pas annoncée, 
(Faprès les règlements des tournois, se jeta tout à coup par 
derrière sur le comte Guillaume et les Flamands. Ce ne fut 
plus qu'une affreuse mêlée. Chevaux et cavaliers se débat- 



Ci) Joinville, p. 88. Édit. du Louvre. 

(2) Zeer grievelick ghequetst zynde in zyn rechtere cuyte. Despars, 
t. I, p. 488. 



( 345 ) 

taieni, sans succès possible au milieu de cette double et 
perfide agression, et les juges du tournois laissaient faire. 
Guillaume, blessé à mort sur son destrier, jeta un cri, 
tourna sur la selle en étendant les bras et roula dans 
l'arène, où il fut écrasé sous les pieds des chevaux. Le soir 
on retrouva le cadavre du jeune comte de Flandre horri- 
blement meurtri, mutilé, couvert de sang et de boue (1). 

Tel est le récit exact et fidèle que nous ont laissé les 
écrivains contemporains de ce douloureux événement (2). 

Un prince qui, à vingt-cinq ans, avait porté avec gloire le 
lion de Flandre aux rives du Nil et l'Asehmoûm, qui avait 
obtenu l'amitié intime d'un aussi bon juge que saint Louis 
et s'était acquitté avec succès des missions, difficiles autant 
qu'importantes, que lui avait confiées ce grand monarque, 
est traîné dans la fange et massacré, par le guet-apens le 
plus déloyal, dans le pays même dont sa mère est dame 
et souveraine! 

La mort aussi cruelle que prématurée d'un héros, dont les 
solides et brillantes qualités lui avaient fait concevoir de si 
hautes espérances, couvrit d'un voile de deuil la Flandre en- 
tière. Sans doute ses habitants étaient en droit de redire : 

« Non Flandrica quondam 
Ullo se tantum tellus jactabit alumno. 
Heu pietas, heu prisca fides, invictaque bello 
Dextera! non Mi se quisquam impune tulissel 
Obvius armato, seu quum pedes iret in hostem, 
Seu spumantis equi foderet calcaribus armos (3). 

Mais personne n'en fut aussi affligée et irritée que Mar- 



(1) J. deGuysc,lib. XV, p. 108. 

(2) Le docteur Léo avance que Guillaume mourut d'une maladie qu'il prit 
à son retour de S'-Jean-d'Acre : quelques chroniques le disent en effet. 

(o) Mnéid., t. VI, v. 878 et seq. 

Tome xx. — II e part. 23 



( 346 ) 
guérite de Constantinople (1), qui perdait un fils si digne 
de son amour et d'une manière si cruelle. Elle se tordit les 
mains et s'arracha les cheveux , accusant de cette mort les 
d'Avesnes et appelant sur ces frères dénaturés toutes les 
vengeances du Ciel. 

Ces tristes soupçons étaient-ils entièrement mal fondés? 

Les d'Avesnes protestèrent avec serment de leur inno- 
cence, et Henri le Débonnaire, duc de Brabant, dont Guil- 
laume de Dampierre avait épousé la sœur (2), jura lui- 
même sur les reliques des Saints que les chevaliers qui 
s'étaient jetés sur les Flamands n'avaient eu d'autre but 
que de secourir leurs amis sur le point de succomber. Ces 
raisons ne paraissent pas bien péremptoires et seraient 
assurément alléguées sans succès devant un tribunal in- 
tègre. Sans partager en rien les préjugés de Bilderdyk 
contre toute la famille des d'Avesnes, on doit avouer, 
puisque les faits le prouvent, que Jean d'Avesnes se 
montra plus d'une fois peu scrupuleux en matière de ser- 
ment; puis sa haine contre les Dampierre était connue et 
le vieil axiome « Is fecit cuiprodest » prévenait contre lui. 
Le témoignage du duc de Brabant ne mérite pas plus de 
considération. Il était zélé partisan du roi des Romains, 
Guillaume de Hollande, et partant, allié de Jean d'Avesnes, 
beau-frère et protégé de ce roi. Ensuite, dans la supposi- 
tion qu'il ait assisté au pas d'armes de Trazegnies, com- 
ment a-t-il pu connaître l'intention de ceux qui ont causé 
la mort du jeune comte? Son explication paraît d'ailleurs 

Iflovuoiq 9» soiiïio? 

(1) .1. deGuyse,t. XV, p. 110. 

(2) La fille, dit M. Edw. Le Glay , mais il se trompe ; Henri le Magnanime , 
père de la comtesse Béatrice, était mort en 1247. 



(347) 

inadmissible. Les tournois avaient une législation particu- 
lière qui ne permettait pas l'arrivée imprévue de chevaliers, 
dont les droits à s'y montrer étaient inconnus et dont les 
juges du camp n'avaient pas examiné les coursiers et les 
armes. Elle tolérait bien moins encore une attaque aussi 
déloyale que celle qui coûta si cher aux chevaliers fla- 
mands : si l'on voulait secourir les tenants, il fallait se 
joindre à eux et combattre en face leurs adversaires. 

On lit dans une chronique manuscrite de la Biblio- 
thèque de Bourgogne (1), que feu M. le baron de Reiffen- 
berg attribuait à Bouchard d'Avesnes, la relation sui- 
vante : « Mesires Willaumes de Dampiere li aisnés d'iaulz 
» deus, de qui nous vous avons dessusdiz, fu moult preus 
» as armes et anta volontiers les tournois. Sy fu à Trase- 
» gnies à 1 tournoy, où il fu des mieuls faisans. Et là fu 
» ochis par envie de chiaulz qui estoient de le partie as 
» enffans que li contesse Margritte avoit eus de nions 1 " Bou- 
» cart d'Avesnes, si comme on dist, car il ne peurent 
» onques amer l'un l'autre. » Si ce passage se rencontrait 
dans la véritable chronique de Baudouin d'Avesnes, il 
aurait à coup sûr une importance majeure, mais il prou- 
verait aussi que ce manuscrit ne saurait avoir pour auteur 
le iils de la Noire Dame. La chronique véritable, qui ne 
s'arrête qu'à l'an 4276, ne dit rien cependant des démê- 
lés de Marguerite et des d'Avesnes. Le passage que nous 
avons transcrit est d'un continuateur, qui Ta intercalé 
dans l'ouvrage primitif et d'après l'opinion publique , 
comme le prouvent ces mots : « si comme on dist; » il 
n'est pas sans intérêt. 

(1) RIS. 10255-36. 



( 548 ) 

Marie de France, citée par notre savant confrère, 
M. Kervyn (1), n'est pas moins explicite : 

« Là endroit eut un félon cas , 
Ou orgues vint et feillonie : 
Mesdis qui o lui eut envie 
Ne férié mie à gabelés. 
Quant en peu d'eure font les èi 
Del escu au lion voler 
En piéches, celui revierser 
Qui aine pui ne fu ou cheval. 



Mais quant il se vit entrepris 

Il s'asicha sor les eslriers : 

Devant d'encoste et de desriers, 

Féri del espée esmoulue , ,\ &b UVJtnii il 

Mais tost sa riesne desrompue 

Orent cil qui cure n avoient 

De proeche, ne se voloient 

Qui cil resquist , ains Tacorèrent (2) 

Et de ce siècle le posèrent 

En l'autre où puis n'orent povoir. » 

Parmi les chroniqueurs flamands, Despars est celui qui 
accuse le plus formellement les d'Avesnes : « Il fut, dit-il, 
» misérablement lue, massacré et foulé aux pieds des 
» chevaux, par ordre de Jean et Baudouin d'Avesnes, qui 
> ne haïssaient au monde personne autant que lui (5). » 

Enfin Jacques Meyer, dont l'exactitude consciencieuse 
et la profonde connaissance des faits de notre histoire ne 
sont contestées par personne, nous paraît ici l'autorité la 



(1) Histoire de Flandre , t. II, p. 261. 

(2) Lui percèrent le cœur. 

(3) Daer hy zeerjammerlick verslegen, vernielt ende van diepeerden 
nverloopen wiert, by den toedoene van Jan ende Bodewyn van Jvennes f 
die hem ter weereît aldermeest hateden. ( Cronycke, D. ï, bl. 489. ) 



( 349 ) 

plus imposante, d'autant plus qu'il en appelle lui-même 
au témoignage des contemporains : Traziniis, écrit-il (1) , 
.... MiserabilUer occisus est ac pedibus equorum conculcatus, 
quod Joannis Balduinique [ratrum, qui pessime illum ode- 
rant, proditione factum, scriptores lestanlur. 

D'après ces graves autorités, on peut conclure, ce 
semble, que la mort du jeune comte de Flandre fut le ré- 
sultat d'une trahison à laquelle ses frères utérins ne de- 
meurèrent pas étrangers. 

Avant de se livrer à une vengeance cruelle, que per- 
sonne n'excusera sans doule, Marguerite lit faire à son (ils 
bien-aimé de magnifiques funérailles et lui érigea un mo- 
nument de marbre blanc dans l'abbaye de Marquette, où 
ses malheureux restes furent inhumés près de ceux de son 
père et de sa lanle, Jeanne de Constantinople. Ce|mausolée 
existait encore à l'époque où Buzelin écrivait ses Annales 
Gallo-Flandriae (2); mais le bronze et le marbre ne suffi- 
sent pas pour assurer aux grands hommesî'une gloire dura- 
ble. Guillaume a eu le sort de ces guerriers valeureux qui 
sont restés dans l'oubli, parce qu'ils n'ont pas eu le bon- 
heur de trouver un Homère pour chanter leurs exploits. 



(1) Annal, ad. an. MCCLI. 

(2) Page 285. 

Comme l'édition de Joinville , dite du Louvre , et celle de Du Cange dif- 
fèrent quelquefois notablement, nous avons dû suivre tantôt l'une , tantôt 
l'autre. 



• 



550 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance du 7 juillet 1855. 

M. Roelandt, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM, Alvin, Braemt, F. Fétis, Guillaume 
Geefs, Hanssens, Navez, Joseph Geefs, Érin Corr, Snel, 
Fraikin, Éd. Fétis, membres; Daussoigne-Méhul , associé; 
Bosselet et Alph. Balat, correspondants. 

CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'intérieur écrit que le Gouvernement 
s'associe, avec empressement, à la décision prise par la 
classe des beaux-arts, dans sa séance précédente, et qu'il 
ajoutera un prix de 900 francs à la médaille académique de 
600, destinée à l'auteur de la meilleure symphonie triom- 
phale, composée à l'occasion du mariage de S. A. R. le 
duc de Brabant. 

— Par une seconde lettre, M. le Ministre fait connaître 
que M. Massart s'est adressé à lui pour obtenir de la classe 
des beaux-arts un examen de sa nouvelle méthode élémen- 
taire de musique à l'usage des écoles communales. 



( 551 ) 

Un membre fait observer qu'il est contraire aux règle- 
ments que des rapports soient faits sur des ouvrages 
déjà publiés; qu'il existe bien une exception à cette règle 
quand le Gouvernement désire connaître l'avis de l'A- 
cadémie sur une question qui l'intéresse, mais que ce 
n'est pas le cas dans la circonstance actuelle, ainsi que le 
constatent évidemment les termes mêmes de la lettre de 
M. le Ministre. 

La classe reconnaît qu'il pourrait, en effet, résulter de 
graves abus de ces fréquentes violations du règlement, et 
M. le secrétaire perpétuel est chargé d'appeler sur cet objet 
l'attention de M. le Ministre de l'intérieur. 

— Le comité directeur de l'Association des artistes pein- 
tres, sculpteurs, graveurs et architectes hollandais, con- 
stituée sous le nom à'Arli et amicitiae, fait savoir qu'il a, 
dans sa séance du 7 mars dernier, résolu d'ouvrir, le 5 
du mois de septembre prochain, sa 14 e exposition des 
ouvrages de peinture, sculpture, architecture et gravure 
des artistes hollandais et étrangers. 

— La Société dunkerquoise pour l'encouragement des 
sciences, des lettres et des arts fait parvenir le programme 
de son concours de 1854 Elle demande , pour la peinture, 
une esquisse représentant un épisode de la bataille des Dunes 
(1658); et, pour la musique, un morceau d'ensemble au 
choix du compositeur. Les objets du concours doivent être 
remis avant le 1 er mai 1854. 

— M. Alvin fait hommage d'un exemplaire de son rap- 
port sur l'enseignement des beaux-arts en Belgique, fait 
au nom d'une commission spéciale. 



( 552 ) 
— M. Balat dépose une note renfermant des renseigne- 
ments sur les dimensions de leglise S'-Aubin, à Namur, 
pour compléter l'inscription destinée à cet édifice. 

\ 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Les artistes belges à l'étranger. Jean Warin; par 
M. Éd. Fétis, membre de l'Académie. 

Jean Warin est né à Liège, en 1605, suivant des bio- 
graphes qui n'ont pas été démentis. On manque de ren- 
seignements sur sa première enfance. Y a-t-il lieu d'en 
éprouver beaucoup de regret? Nous ne le pensons pas. Les 
détails puérils, rassemblés laborieusement par certains 
écrivains pour grossir l'histoire du personnage dont ils 
ont entrepris de raconter la vie, ne sont propres qu'à re- 
buter le lecteur, peu curieux de connaître des particula- 
rités dénuées d'intérêt. S'il s'agit d'un artiste, on apprend 
volontiers quelles furent ses premières éludes, dans quelles 
circonstances se manifesta sa vocation et à quelles sources 
il puisa les éléments de l'instruction technique dont l'in- 
fluence devait se faire sentir sur la suite de sa carrière; 
mais on ne se soucie guère d'être initié aux petits incidents 
d'une phase de l'existence où les destinées de l'homme de 
génie ne se préparent point encore. 

A l'âge de douze ans, Jean Warin entra au service du 
comte de Rocheforl, prince du Saint-Empire, en qualité de 



( 553 ) 

page. Son père, Pierre Warin, sieur de Blanchard, quel- 
que peu gentilhomme et attaché lui-même à la maison du 
comte, ne soupçonnant pas encore ses dispositions natu- 
relles pour les arts du dessin , avait cru satisfaire suffisam- 
ment sa future ambition en lui procurant cette place. 
C'était conforme, du reste, aux idées du temps. De même 
qu'on voit, de nos jours, les pères rechercher pour leurs 
fils la carrière des emplois publics, de même, à l'époque 
où vivait Warin , les gens de la bourgeoisie ou de la petite 
noblesse regardaient comme une faveur de faire admettre 
leurs enfants dans la haute domesticité d'un grand sei- 
gneur. Appartenir à un prince, comme on disait alors, 
était chose dont on tirait vanité. 

Jean Warin appartenait donc au comte de Rochefort 
qui l'avait reçu au nombre de ses pages. Les occupations 
auxquelles l'obligeaient les devoirs de sa charge ne s'ac- 
cordaient que médiocrement avec ses instincts d'artiste. 
11 passait de longues heures au manège ou à la salle d'es- 
crime. Qu'exigeait-on d'un page? Qu'il sût monter gracieu- 
sement à cheval, tirer l'épée, figurer avec avantage dans 
un carrousel. Pourvu qu'il remplît ces conditions, on le 
tenait quitte de toute culture intellectuelle. A ce compte, 
Warin était un page des moins recommandables. Tout le 
temps qu'il pouvait soustraire aux exercices dans lesquels 
ses camarades plaçaient leur seul mérite, il l'employait à 
dessiner. Sans maître, sans autre guide que le sentiment 
dont la nature l'avait doué, il fit des progrès qu'on aurait 
admirés, si l'on avait pu ne pas trouver mauvais qu'un 
page s'occupât de telles frivolités. On ne sait dans quelles 
circonstances Warin quitta le service du comte de Roche- 
fort; mais il n'est pas contraire à la vraisemblance que ce 
seigneur ait été mécontent des services d'un serviteur beau- 



( 554 ) 

coup trop artiste, et qu'il Tait congédié pour lui donner 
un successeur dont les goûts fussent plus conformes à son 
état. 

Que fît Warin en quittant la maison du comte de Roche- 
fort? On l'ignore. Il règne une grande obscurité dans cette 
partie de sa biographie. On le perd de vue jusqu'au mo- 
ment où il fut appelé à Paris pour prendre possession 
d'un emploi considérable, ainsi qu'on le verra plus loin. 
On nous dit que le roi Louis XIII, instruit de ses talents 
comme dessinateur et comme graveur en médailles, le fil 
venir, lui accorda des lettres de naturalisation et le char- 
gea de présidera une refonte générale des monnaies. De 
quelle façon ces talents, dont la renommée parvint jus- 
qu'au roi de France, s'étaient-ils manifestés; par quels 
travaux Warin s'était-il fait connaître? C'est ce dont ses 
contemporains n'ont pas pris le soin de nous instruire. 
En l'absence de renseignements positifs, le champ est 
ouvert aux conjectures; il n'en est pas de si hasardées 
qu'on ne soit fondé à émettre, en ayant soin de déclarer 
qu'on les livre à la sagacité du lecteur, laissé juge du fon- 
dement qu'elles peuvent avoir. Du reste, il ne s'agit pas 
ici d'une conjecture, mais d'un commencement de preuve 
fourni par la découverte d'un document retrouvé dans les 
archives du royaume par M. A. Pinchart, employé de ce 
dépôt. 

Le document en question nous apprend qu'au mois de 
mai 1628, quatre individus furent arrêtés à Orchimont, 
sur le territoire de l'ancien duché de Luxembourg, por- 
teurs d'une somme considérable en fausse monnaie, qu'ils 
se proposaient d'introduire en France. Une fois sous la 
main de la justice, ces hardis spéculateurs avouèrent aux 
magistrats chargés d'instruire leur procès, qu'ils faisaient 



( 555 ) 
partie d'une association ayant pour but la fabrication et 
l'émission de la Causse monnaie. Le siège principal de leur 
établissement était à la Tour-à-Glaire, village des environs 
de Sedan. S'ils ne mirent pas de forfanterie dans leur 
crime, trois cents livres de cuivre auraient à peine suffi 
pour alimenter journellement les six presses qui fonction- 
naient sans relâche. Le métal était tiré de Dinant, d'où les 
bateaux de la Meuse l'apportaient par pleins chargements. 
Quinze ouvriers étaient occupés à confectionner la menue 
monnaie. D'autres, plus habiles et mieux rétribués, avaient 
les espèces d'or et d'argent dans leurs attributions. Le chef 
de l'entreprise s'appelait Du Plessis. 11 était spécialement 
chargé des émissions, pour lesquelles il avait établi des 
agences tant à Paris que dans les grandes villes de France. 
Lorsqu'il fallait transporter cette marchandise, de contre- 
bande s'il en fût, Du Plessis se mettait à la tête d'une dou- 
zaine de ses associés, robustes et bien armés. Un trom- 
pette précédait la colonne expéditionnaire, pour donner 
l'alarme en cas de péril. Les choses, on le voit, étaient 
bien organisées dans celte société commerciale et des plus 
anonymes assurément. Il nous reste à dire quel rapport 
il y a entre les faux monnayeurs arrêtés à Orchimont et 
l'artiste dont l'histoire nous occupe. Ce rapport est très- 
direct. Il résulte, en effet, des déclarations consignées 
dans le document des archives, que parmi les individus 
associés au sieur Du Plessis ou employés par lui, figuraient 
deux graveurs de Liège, appelés les frères Warin. Nous 
n'affirmons pas encore que l'un des frères Warin affiliés 
à la compagnie des faux monnayeurs de la Tour-à-GIaire, 
et celui qui devint conducteur général des monnaies de 
France, fussent un seul et même individu; mais nous 
sommes obligé de reconnaître que de graves présomp- 



( 356 ) 
tions s'élèvent en faveur de ce fait, tout bizarre qu'il soit. 
Or ces présomptions prendront un caractère de certitude, 
quand le moment viendra d'invoquer un témoignage que 
nous regardons comme irrécusable, mais qu'on aurait pu 
contester, s'il s'élait produit eu l'absence de toute autre 
preuve. C'est pourquoi nous continuons à raisonner comme 
si ce témoignage n'existait pas, nous réservant de le faire 
intervenir en temps et lieu. 

En 1628, Jean Warin avait 25 ans, âge où le talent de 
l'artiste est formé, âge où l'on fait des folies et où l'on 
commet parfois de hautes imprudences. C'eût été une coïn- 
cidence étrange, on en conviendra, qu'il se fût trouvé à la 
fois à Liège deux familles du nom de Warin, ayant toutes 
deux produit d'habiles graveurs en médailles. 

Les détenteurs de fausse monnaie, arrêtés à Orchimont, 
firent encore d'autres déclarations consignées dans les 
pièces trouvées aux archives. De ces déclarations, il résul- 
tait qu'un atelier semblable à celui de la Tour-a-Glaire 
existait dans une localité voisine, à Cugnon. Le chef de 
cet atelier fut pris, et à la nouvelle de son arrestation , le 
curé de Cugnon fit jeter dans la rivière les coins dont il 
était dépositaire. Cugnon était situé sur les terres du comte 
de Loevenstein-Rochefort, qui, à titre de seigneur souve- 
rain, fit frapper de la monnaie à son effigie dans l'atelier 
en question, concurremment avec les ducats de Turquie, 
de Venise, de Hongrie et les pistoles de Milan , dont on y 
avait établi une fabrication illicite. Ces faits sont consignés 
dans l'instruction poursuivie contre les prisonniers d'Or- 
chimont. 

Nous voyons figurer ici le comte de Rochefort , et on a 
lu plus haut que Warin fut page d'un seigneur de cette 
famille. Autre rapprochement singulier. 



(557) 
Pouvons-nous hésiter beaucoup à compromettre Warin 
dans une affaire de fausse monnaie, quand une enquête 
judiciaire y mêle le nom d'un comte de l'Empire et y im- 
plique un prêtre? 

Le directeur de l'atelier Cugnon était Jean de la Noue, 
maître de la monnaie de Charleville. Les coins qu'on y 
employait avaient été faits par Daniel Goffin, graveur de 
la monnaie de Sedan. Pourquoi ne serait-il pas permis de 
supposer que Warin, qui n'avait ni renommée, ni position 
acquise, eût pu mettre son burin au service de l'atelier dé 
la Tour-à-Glaire? 

Le délit, ou si l'on veut le crime de fausse monnaie, 
était beaucoup plus commun jadis que de notre temps. 
Cela tenait à plusieurs causes qu'ont fait disparaître les 
modifications de l'état politique des peuples, ainsi que le 
progrès des arts mécaniques. La première de ces causes 
résidait dans le nombre considérable d'ateliers établis par 
les seigneurs ayant droit de battre monnaie. La surveil- 
lance exercée sur les ouvriers employés dans ces ateliers 
était impuissante à empêcher qu'ils ne se livrassent à la 
falsification des espèces ayant cours dans les pays voisins. 
Parfois aussi le seigneur ne se faisait pas grand scrupule 
de laisser ou même de faire pratiquer semblable fraude 
au détriment d'un ennemi. Au premier abord, cette idée 
révolte nos principes en fait de loyauté politique et de 
probité vulgaire; mais l'histoire moderne n'offre-t-elle pas 
l'exemple d'actes semblables; n'a-t-on pas vu l'Angleterre 
répandre en France des masses énormes d'assignats , lors 
de la première révolution, pour ruiner le crédit du gou- 
vernement républicain? 

La médiocrité des types qui n'exigeaient pas, pour être 
imités, le travail d'un burin fort habile; l'imperfection des 



( 558 ) 

moyens matériels d'exécution à une époque où l'emploi 
des machines ne s'était pas encore introduit dans la fabri- 
cation des monnaies et où toutes les pièces se frappaient 
au marteau; enfin l'absence d'un juste rapport entre la 
valeur réelle et la valeur conventionnelle, différences qui 
présentaient aux faussaires les changes de bénéfices consi- 
dérables, toutes ces causes réunies avaient, comme nous 
le disions tout à l'heure, singulièrement multiplié le délit 
de fausse monnaie. 

La signification morale de certaines actions ne peut 
s'apprécier d'une manière absolue; souvent elle est relative 
aux idées, aux besoins, aux préjugés d'une époque. Les 
princes avaient donné tant d'exemples des altérations mo- 
nétaires, soit par cupidité personnelle, soit en vertu de 
faux principes d'économie politique, soit eniin pour obéir 
à de prétendues nécessités financières, que les peuples ne 
croyaient pas commettre un grand crime en risquant la 
même spéculation. Les faux monnayeurs étaient pendus, 
circonstance fâcheuse à la vérité pour les patients, mais 
qui n'emportait pas pour eux la flétrissure de l'opinion 
publique au même degré qu'en notre siècle, où les falsifi- 
cations des espèces monétaires ne sont pas plus permises 
au chef de l'État qu'à de simples particuliers. 

En rapportant les circonstances de la capture des faus- 
saires d'Orchimont, d'après le document du dépôt des 
archives, M. Pinchart fait remarquer qu'il est surprenant 
qu'on se soit servi du mot de presse dans le texte de l'en- 
quête judiciaire en parlant du matériel saisi dans l'ate- 
lier de la Tour-à-Glaire, attendu qu'il n'avait pas encore 
été constaté qu'on eût fait usage de cette machine en Bel- 
gique avant la fin du dix-septième siècle. Nous considérons 
cette particularité comme un nouveau témoignage à l'appui 



( 559 ) 
de notre hypothèse relativement à Warin. Les biographes 
du conducteur général des monnaies de France diseut qu'il 
fut appelé par le roi Louis XIII, non-seulement à cause 
de son habileté de graveur, mais parce que étant très-in- 
dustrieux, il avait imaginé plusieurs machines ingénieuses 
pour monnoyer les médailles qu'il avait gravées. ïl est fort 
possible qu'on n'ait employé généralement en Belgique les 
presses monétaires qu'à la fin du XVII e siècle, tandis que 
l'industrieux Warin aurait introduit cinquante ans aupa- 
ravant, dans les ateliers de la ïour-à-Glaire, des procédés 
de fabrication inconnus de ses compatriotes. 

Si nos suppositions sont justes, et l'on ne peut nier 
qu'elles n'aient les apparences pour elles, toute la période 
obscure de la biographie de Warin se trouve éclaircie. A 
douze ans, il entre en qualité de page dans la maison du 
comte de Rochefort. Il montre plus de dispositions pour 
le dessin et la gravure que pour l'escrime et l'équitation. 
Le seigneur qu'il sert ne le congédie pas; mais il lui donne 
d'autres fonctions. Le page devient graveur. Il exécute, pour 
le comte, les coins de sa monnaie seigneuriale, et Du Plessis, 
le chef des faussaires de la Tour-à-Glaire, a recours à lui 
pour diriger les travaux de son atelier. La réputation de 
Warin s'étend; elle parvient d'une façon particulière dont 
il sera parlé plus loin, jusqu'à Richelieu qui songeait à 
une refonte générale de la monnaie de France, et qui, 
voyant le parti qu'il peut tirer du burin et du génie indus- 
trieux de l'artiste liégeois, lui confie l'exécution de cette 
grande entreprise, sans se laisser arrêter par ce qui a pu 
transpirer des révélations des prisonniers d'Orchimont. 

Quoi qu'il en soit, Warin arrive à Paris. À peine est-il 
dans cette capitale, qu'il reçoit la mission de présider à une 
réforme de tout le système monétaire. Type, moyens de 



( 360 ) 
fabrication, rapport du titre avec la valeur énoncée, tout 
changea par son initiative. Il eut à combattre la routine 
toujours fort effarouchée par les innovations; mais il finit 
par triompher des obstacles qu'elle essaya de lui opposer. 

Sous le règne de Henri II, un menuisier nommé Aubry 
Olivier inventa une machine propre à frapper la monnaie, 
qui, depuis le commencement de la monarchie, s'était 
toute faite au marteau. Il fut admis à présenter au roi 
cette machine à laquelle il avait donné le nom de moulin. 
La supériorité de ses procédés sur ceux en usage fut re- 
connue, et il obtint des lettres patentes qui ordonnaient 
que le travail grossier du marlean fût remplacé à l'avenir 
par le monnayage au moulin. Cet avenir fut de courte 
durée. En vain Aubry Olivier s'était-il associé Jean Blon- 
del et Etienne de Laulne, les plus habiles graveurs du 
temps, qui lui firent ses poinçons et ses carrés; en vain les 
connaisseurs proclamaient-ils la monnaie sortie de ses 
ateliers très-supérieure à celle qui se fabriquait avant lui , 
les partisans du marteau finirent par l'emporter et par faire 
interdire le monnayage au moulin comme étant plus coû- 
teux, allégation absolument contraire à la vérité. 

Nous dirons tout à l'heure comment Warin intervint 
dans la querelle du marteau et du moulin et comment l'au- 
torité qu'il avait prise dans son art finit par faire triom- 
pher celui-ci des prétentions séculaires de son antagoniste; 
mais il nous faut auparavant signaler une seconde et très- 
fâcheuse victoire remportée, dans le même temps, par la 
routine sur l'esprit de progrès. Nicolas Briot, tailleur gé- 
néral des monnaies, avait créé tout un système de machi- 
nes composé de la presse, du balancier, du coupoir et du 
laminoir, dont les opérations promptes et régulières pro- 
curaient une notable économie, en même temps qu'elles 



( 361 ) 
amélioraient la fabrication. Il fit , en présence des hommes 
réputés compétents, des expériences qui furent couronnées 
d'un plein succès; mais les défenseurs du marteau eurent 
assez de crédit pour faire repousser ses inventions, qu'il 
porta en Angleterre où elles furent accueillies avec faveur. 

À Warin était réservée la gloire d'opérer la réforme du 
monnayage en France et de provoquer une décision royale 
qui déclarait le marteau à jamais déchu de ses droits et 
privilèges. Aubry Olivier, l'inventeur du moulin, était 
mort; mais son ingénieuse machine était restée en la 
possession de ses héritiers. Warin en fit l'acquisition et 
la perfectionna : « de sorte, dit un auteur entendu dans 
la matière, qu'il n'y eut plus rien de comparable pour la 
force, la vitesse et la facilité avec laquelle on y frappait 
toutes sortes de pièces, qui y recevaient l'empreinte d'un 
seul coup, au lieu qu'auparavant on ne pouvait les mar- 
quer que par sept ou huit coups, dont l'un gâtait bien sou- 
vent l'empreinte des autres. » 

L'auteur du Traité historique des monnaies de France, en 
signalant les avantages des procédés de fabrication intro- 
duits par Warin , ajoute qu'ils sauvèrent la vie à un grand 
nombre de sujets du roi « en les mettant hors d'état de 
rogner ni falsifier les nouvelles espèces; car il était impos- 
sible de pouvoir arrivera la beauté des coins de Warin, et 
de fabriquer avec autant de justesse que lui. » 

Si, comme le rapprochement de certains faits et de 
certaines dates nous autorise à le supposer, Warin avait 
coopéré aux travaux clandestins de la ïour-à-Glaire, nul 
ne connaissait mieux que lui toutes les manœuvres ayant 
pour but la falsification des monnaies; nul n'était plus en 
état de prendre des mesures propres à prévenir cette fraude, 
dont les profits tentaient d'autant plus de gens, qu'elle 
Tome xx. — II e part. 24 



( 362 ) 

était plus facile à pratiquer, et qui envoyait chaque année 
beaucoup de délinquants à la potence. C'était pour Warin 
un moyen de racheter son péché d'autrefois, que d'employer 
au service de la morale et de l'humanité l'expérience qu'il 
avait acquise dans des vues moins désintéressées. 

Chez Warin , le génie du graveur marchait de pair avec 
celui du mécanicien; tandis qu'il perfectionnait l'art de 
frapper les monnaies qui, jusqu'alors, s'était traîné dans 
l'ornière de la routine, son burin créait des types qui exci- 
tèrent une admiration générale. « Il faut avouer, » dit Le 
Blanc, qiïe nous citons volontiers, car ses paroles font au- 
torité, « il faut avouer qu'on n'avait jamais rien vu de si 
beau pour les monnaies, depuis les Grecs et les Romains, 
que ces nouvelles espèces (celles gravées par Warin); elles 
avaient même cet avantage par-dessus les antiques, qu'il 
n'était pas possible de les rogner sans qu'il parut , de sorte 
que ce fut avec justice qu'on frappa plusieurs pièces en 
l'honneur du roi avec cette inscription : Ludovico XIII > 
reslitutori monetae. » 

Est-ce bien avec justice, comme le dit l'auteur dont nous 
venons de citer les paroles, qu'on frappa une médaille à 
l'effigie de Louis XIII comme restaurateur de la monnaie 
nationale, et n'est-ce pas plutôt à Warin que revenait cet 
honneur? Il n'est pas impossible que cette réflexion se soit 
présentée à son esprit, tandis qu'il employait son burin à 
célébrer une gloire qui, parle fait, était la sienne, et que 
d'arbitraires conventions devaient faire attribuer au roi de 
France. Du reste, s'il est une calégorie d'hommes émi- 
nents qu'on puisse se passer d'honorer par des médailles 
et par des statues, c'est celle des artistes. Ils se chargent 
eux-mêmes de léguer à la postérité des monuments de leur 
génie bien autrement glorieux que ceux qu'ils pourraient 



( 563 ) 

recevoir de la reconnaissance publique. Les guerriers, les 
grands politiques, les orateurs ne laissent qu'un souvenir 
auquel il est souvent nécessaire que le marbre et le bronze 
donnent un corps visible el tangible pour le soustraire à 
l'oubli de la foule, tandis que les chefs-d'œuvre exposés 
dans les musées empêchent que les noms de Raphaël , de 
Rubens, de Durer, de Murillo, de Poussin ne sortent de 
la mémoire des générations. 

Il n'y avait rien d'exagéré dans les éloges prodigués à 
Warin par ses contemporains. Non-seulement les types de 
ses monnaies sont d'une beauté dont il n'avait pas été 
donné d'exemple depuis les anciens, selon le témoignage 
d'hommes qui ont fait de la numismatique une étude ap- 
profondie; mais les graveurs, qui, venant après lui, ont 
pu profiter de ses travaux et auxquels des machines sans 
cesse perfectionnées offraient l'avantage d'une interpréta- 
tion plus parfaite de leur pensée , lui sont demeurés infé- 
rieurs. Dans les pièces dont il exécuta les coins, la tête de 
Louis XIÏÏ est d'une pureté de dessin et de modelé que les 
graveurs des siècles précédents ne s'étaient pas même atta- 
chés à réaliser, convaincus, sans doute, que l'effigie du 
souverain sur la monnaie était une sorte de formalité lé- 
gale dans laquelle l'art n'avait pas mission d'intervenir. 

Warin n'atteignit pas de prime abord la perfection que 
rêvait son génie; il n'y parvint qu'après des essais succes- 
sifs constatés par des exemplaires de différents états que 
se disputent les amateurs, lorsqu'une collection célèbre 
vient à être mise aux enchères. Le savant M. Combrouse 
cite trois modifications de l'effigie royale gravée par Warin 
pour le louis d'or. Comparée aux suivantes, celle du pre- 
mier essai manque de noblesse dans le port : le front est 
déprimé, l'œil sans animation. L'artiste avait fait, en étu- 



( 564 ) 

diant de près sou modèle, un portrait trop ressemblant. 
C'était le Louis XIII de l'histoire, le monarque faible et 
dominé par le génie du ministre qui régnait sous son 
nom. Dans un second essai , la tête commence à s'idéaliser, 
quoiqu'on y remarque encore, à la partie supérieure, un 
reste de la dépression du premier type. L'artiste n'est pas 
satisfait de lui-même; il reprend sa lâche une troisième 
fois et fait un chef-d'œuvre. La figure du roi est empreinte 
de bonté, de douceur et de grandeur en même temps; le 
modelé en est admirable; ce n'est pas l'image fidèle de 
Louis XIII, mais c'est l'effigie du roi de France. Pas un 
graveur, avant Warin, n'avait songé qu'il fallût réunir 
tant de choses sur la simple empreinte d'une monnaie, 
pas un n'avait soupçonné que la poésie, voire la philoso- 
phie, fussent de mise en pareille matière. Combien, après 
lui, s'en sont avisés! 

Warin avait commencé la réforme des monnaies par 
les pièces d'or : le louis, le double louis et le quadruple 
louis. Il la compléta par la série des pièces d'argent; le 
louis d'argent ou escu blanc, les pièces de 30 sols, de 
i5 sols et de 5 sols. « Le célèbre Varin, dit l'auteur du 
Traité historique des monnaies, en avait fait les coins. 
Jamais les monnaies n'ont élé si belles, ni si bien mon- 
noyées que pendant que cet habile homme, l'honneur de 
notre siècle, en a eu l'intendance. » 

Si, comme nous venons de le dire, les graveurs des 
monnaies françaises, avant Warin, ne s'étaient pas at- 
tachés à donner un intérêt d'art à leur travail, les numis- 
mates, en revanche, ne faisaient, à ce point de vue, nul 
cas des productions de leur burin. Ils ne les plaçaient 
dans leurs collections qu'à titre de documents histori- 
ques. Aussi un écrivain, presque contemporain de l'ar- 






( 565 ) 

tisle liégeois, a-t-il fait la remarque suivante, en parlant 
des nouvelles monnaies que chacun admirait : « Toutes 
celles qu'il a faites sont d'une si grande beauté, que beau- 
coup de curieux les ont conservées et les gardent comme 
des médailles qui ne cèdent en rien aux antiques les plus 
estimés. Ses pièces de huit et dix pistoles peuvent être 
mises au rang des plus beaux médaillons. » Un autre s'ex- 
prime ainsi : « On n'avait encore rien que de très-mé- 
diocre pour le dessin et la gravure de nos monnoies en 
France, et si. nous étions sortis de l'ignorance gothique et 
de la barbarie sous François. I er , il s'en fallait beaucoup 
que nous pussions prétendre à l'élégance grecque et ro- 
maine. » Voltaire, enfin, a tracé à la gloire de notre 
artiste les lignes suivantes dans le Siècle de Louis XIV : 
a Nous avons égalé les anciens dans les médailles. Varin 
fut le premier qui lira cet art de la médiocrité sur la fin du 
règne de Louis XIII. C'est maintenant une chose admirable 
que ces poinçons et ces carrés, qu'on voit rangés par ordre 
historique dans l'endroit de la galerie du Louvre occupé 
par les artistes. 11 y en a pour deux millions et dont la 
plupart sont des chefs-d'œuvre. Sans Varin, nous n'au- 
rions point ces trésors. » 

Voilà qui est bien et dûment établi , voilà qui est incon- 
testable, Warin est le créateur de l'art monétaire en 
France. A la valeur positive du titre, il ajoute la valeur 
idéale de l'objet d'art. Sa manière fait école. Les graveurs 
de son temps comprennent l'importance du progrès qu'il a 
fait faire à leur art et s'efforcent de marcher dans la voie 
qu'il a ouverte. Tous ne l'égalent point; tous n'ont pas le 
sentiment de la forme, la science du dessin, et le goût, 
qui sont, chez lui, des qualités innées; mais tous se 
perfectionnent en l'imitant. Désormais la gravure en mé- 



( 566 ) 

dailles ne retombera pas dans la médiocrité d'où il l'a tirée. 

En disant qu'une médaille avait été frappée à l'effigie de 
Louis XIII comme restaurateur de la monnaie en France, 
nous avons ajouté que, sans les convenances qui obli- 
geaient à rapporter toutes les gloires et tous les mérites 
au chef de l'Etat, il eût été plus juste de décerner cet 
honneur à Warin. Le cardinal de Richelieu y avait bien 
aussi quelque droit. C'est lui qui conçut le plan d'une re- 
fonte des monnaies et qui appela Warin pour l'exécuter. 
Notre artiste ne fut pas ingrat. En différentes circon- 
stances, il donna des marques de gratitude à son protec- 
teur, ainsi qu'il le pouvait faire, c'est-à-dire en apportant 
à l'exécution des médailles où figurait l'effigie du puissant 
ministre, plus de soin qu'à aucun autre de ses ouvrages. 
Le sceau qu'il fit pour l'Académie française et sur lequel 
était représentée la figure grave et méditative de Richelieu, 
était regardé comme un chef-d'œuvre. 

Warin voulut signaler sa reconnaissance pour le mi- 
nistre de Louis XIII par un monument d'un autre genre, 
et qui sortait de la sphère habituelle de ses travaux. La 
nature l'avait doué d'une aptitude singulière pour les arts 
plastiques. Il réussissait dans la statuaire presque autant 
que dans la gravure en médailles, et l'on ne peut douter 
qu'il n'eût pris rang parmi les plus habiles sculpteurs de 
son temps, s'il eût fait de plus fréquentes applications 
d'un talent qu'il n'exerçait que d'une manière accessoire. 
Il modela un buste de Richelieu dont il saisit admirable- 
ment la physionomie, en l'ennoblissant par une de ces flat- 
teries plus permises encore au statuaire qu'au peintre. Le 
génie qui gouvernait la France se reflétait sur les traits 
du cardinal-ministre. C'est ainsi, du moins, qu'en jugèrent 
les contemporains, et malheureusement il ne nous est 



(567) 

pas donné de pouvoir contrôler leur appréciation. Le buste 
de Richelieu n'existe plus. Warin, qui n'avait pas plus 
épargné la matière que la façon dans cette œuvre toute de 
prédilection, l'avait fait en or, du poids de 55 louis. Deux 
causes se réunirent donc pour qu'il ne pût point échapper 
au grand naufrage de 1793. D'une part, la haine populaire 
ne devait pas épargner l'image du ministre de Louis XIII, 
et de l'autre la valeur du métal dont était faite cette 
image conspirait pour sa perte. On a supposé que ce 
buste précieux avait été fait à la demande de Richelieu 
pour être offert à la reine; mais rien ne conûrme l'exacti- 
tude du fait. Que devint ce buste à la mort du cardinal? 
Son testament ne nous fournit pas de lumières sur ce 
point. Passa-t-il dans les mains de la duchesse d'Aiguillon 
avec les tableaux, cristaux et autres objets qui servaient 
d'ornement à l'hôtel du Petit-Luxembourg? Échut-il à 
Armand de Yignerot, qui eut parmi ses legs « la tapisserie 
de l'histoire de Lucrèce, toutes les figures, statues, bustes, 
tableaux, etc., » qui garnissaient le palais du cardinal? C'est 
ce qu'on ignore. On sait seulement qu'en 1696, il était en 
la possession de M. de Menars, président à mortier, dont la 
famille le conserva sans doute précieusement, jusqu'au jour 
où le vent des révolutions vint disperser tant de monu- 
ments intéressants pour l'histoire et pour les arts. 
; Un second buste du cardinal de Richelieu, par Warin, 
existait encore à la Sorbonne vers la fin du siècle dernier. 
Piganiol de la Force nous l'apprend dans sa Description de 
Paris, où nous trouvons ces lignes au chapitre consacré à 
la Sorbonne: « On y voit aussi un buste en bronze du 
même cardinal (Richelieu) , qui est de la main du fameux 
Jean Varin. Ce précieux morceau a été donné à cette 
maison par la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal. » 



( 568 ) 

Ce second buste était en bronze. Peut-être existe-t-il en- 
core. Nous ne possédons à cet égard aucun renseignement 
certain. 

Si le talent de Warin s'était hautement signalé dans 
l'exécution des types monétaires, il brilla d'un éclat plus 
vif encore dans les médailles qu'il lut chargé de graver en 
commémoration des événements qui intéressaient la gloire 
de la France. Toute l'histoire numismatique de la fin du 
règne de Louis XIII , de la régence d'iVnne d'Autriche et 
de la minorité de Louis XIV, est le fruit de ses travaux 
intelligents. Il y déploya un goût et une habileté pratique 
qui ne se démentirent pas. Son burin consacra le souvenir 
du succès des armes de la France, et transmit à la posté- 
rité les traits de ses grands hommes de guerre. La mé- 
daille du prince deCondé n'est pas une des moins remar- 
quables de l'œuvre de Warin. 

Les hauts faits militaires ne réclamaient pas seuls le 
talent de notre artiste. Il s'appliquait également à rap- 
peler des événements d'un ordre pacifique. La proclama- 
tion du nouveau règne, le sacre de Louis XIV, le voyage 
de la reine de Suède en France, d'autres circonstances 
encore qu'il est inutile d'énumérer, lui fournirent les su- 
jets de quelques-unes de ses plus belles médailles. Jetait- 
on les fondements de quelque grand édifice, c'était à lui 
qu'il appartenait d'en fixer la date authentique. C'est ainsi 
qu'il fit pour le frontispice du Louvre, pour l'Observatoire 
et pour l'église du Val-de-Grâce des médailles commémo- 
ralives qu'on scella, suivant l'usage, à la base de ces mo- 
numents, lors de la pose officielle de la première pierre. 

Warin modela successivement le profil des trois puis- 
sants ministres qui gouvernèrent la France au XVII e siècle. 
Après avoir fait la médaille de Richelieu, il exécuta celles 



( 569 ) 

de Mazarin et de Colbert. Seulement, il n'alla point au delà 
de cet hommage rendu au génie de ces grands politiques. 
Le buste d'or de Richelieu n'eut point de pendant. 

Louis XIV tenait trop à tout ce qui pouvait contribuer 
à l'éclat de son règne, pour ne pas faire le plus grand cas 
de Warin , et pour ne pas le maintenir dans les fonctions 
et prérogatives qui lui avaient été dévolues sous son pré- 
décesseur. Sa vanité était directement intéressée à conti- 
nuer à l'artiste liégeois une faveur que celui-ci justifiait si 
bien, et l'on sait si cette considération influait sur les déci- 
sions du grand roi. Il était de toute nécessité que le graveur 
auquel était confiée la délicate mission de transmettre aux 
générations futures les iraits augustes du monarque, soit 
sur les monnaies destinées à une circulation universelle, 
soit sur les médailles faites pour illustrer les événements 
glorieux de son règne, fût un homme habile et entouré 
de considération. Aux charges de graveur, de garde et 
de conducteur général des monnaies de France qu'il avait 
déjà, Warin vit ajouter successivement celles d'intendant 
des bâtiments, de secrétaire du roi et de conseiller d'État. 
Il répondit, du reste, à ce que Louis XIV attendait de lui 
lorsqu'il le comblait de ses grâces royales. Ses médailles des 
premières années d'un siècle fécond en grandeurs de tout 
genre, sont du plus noble style. Non-seulement la tête du 
souverain a la noblesse et l'ampleur qui répondent à l'idée 
qu'on se fait de Louis XIV; mais les compositions allégo- 
riques, qui occupent les revers, sont aussi remarquables 
par l'élégance et par la pureté du dessin, que par la forme 
ingénieuse donnée à des flatteries dont l'exagération avait 
pour excuse le ton général de la poésie et des autres arts. 

Depuis le buste de Richelieu , Warin avait poursuivi ses 
travaux dans l'art de la sculpture. x\yant la conscience de 



(570) 
sa force , il osa entreprendre une tâche qui ne souffrait pas 
d'exécution médiocre, une lâche dont l'accomplissement 
devait être , sous peine de disgrâce , couronnée d'un plein 
succès. Il sollicita et obtint la faveur de faire le buste du 
roi. Aux obstacles qui naissaient des exigences naturelles 
d'un genre dont il avait moins d'habitude que de la gra- 
vure en médailles, et des exigences bien plus grandes de 
la vanité de son modèle, se joignait, pour rendre son 
entreprise plus périlleuse, une concurrence redoutable. 

Colbert avait appelé de Rome le Bernin, afin de le con- 
sulter sur le plan du Louvre. Les choses se faisaient gran- 
dement alors pour les arts et pour les artistes. Louis XIV 
avait écrit de sa main, au célèbre Italien, une lettre qu'il 
lui avait expédiée par un courrier extraordinaire. A cette 
lettre était joint un premier présent de 50,000 livres pour 
les frais du voyage. Or, ces frais ne durent pas monter 
très-haut, car, d'après les ordres du roi, les magistrats des 
villes que traversa le Bernin allèrent à sa rencontre le 
complimenter et lui offrir le vin d'honneur, hommage 
accordé par l'étiquette aux seuls princes du sang, et, de 
plus, des officiers de la cour réglèrent partout les apprêts 
de ses repas. Époque dont les grandeurs contrastent avec 
les mesquineries de la nôtre! La première fois que l'artiste 
italien fut présenté à Louis XIV, il pria le monarque de 
lui permettre de faire son buste, faveur qui devait être et 
qui fut aisément accordée. Dès la première séance, une 
ilatterie adroite mit le sculpteur dans les bonnes grâces 
de son modèle. Le Bernin s'approcha du roi , écarta une 
boucle de cheveux qui lui couvrait en partie le front, et, 
comme on s'étonnait déjà de cette hardiesse, il fit naître 
parmi les courtisans un murmure d'approbation, en disant : 
« Votre Majesté peut montrer son front à toute la terre. » 



(371 ) 

Faut-il demander si ce mol fit fortune; pendant huit jours, 
il ne fut pas question d'autre chose à Versailles. Les cour- 
tisans, à l'exemple du maître, avaient tous le front om- 
bragé d'une mèche bouclée. Ils s'empressèrent de la sup- 
primer pour adopter la coiffure à la Bernin. 

Quel danger pour Warin dans l'impression causée par 
le trait d'habile politique qui venait de marquer l'appari- 
tion du sculpteur italien et qui obtint tant de succès! 
L'artiste liégeois pouvait faire un buste égal, supérieur 
môme à celui du Bernin; mais il n'avait plus de boucle 
de cheveux à écarter. Devait-il essayer d'une flatterie d'un 
autre genre? Ce n'eût pas été prudent. Ne trouve pas un 
bon mot qui veut, et d'ailleurs le Bernin avait l'avantage 
de la priorité. Warin se contenta donc de mettre tout son 
art à modeler le buste du roi. Il y réussit, et si bien que le 
Bernin fut obligé, disent les biographes, de reconnaître la 
supériorité du travail d'un rival. Louis XIV se montra com- 
plètement satisfait de ce busteque Warin avait fait noble et 
majestueux. Il va sans dire que toute la cour fut de l'avis 
du roi. Ce qui ajouta au mérite dont Warin fit preuve en 
cette circonstance, c'est qu'il alla bien plus lestement en 
besogne que le Bernin. Les deux bustes parurent en même 
temps, quoique Warin se fût mis à l'œuvre longtemps 
après son concurrent. Écoutons Dreux du Radier, l'auteur 
de l'Europe illustrée : « On dit que Varin, dont la main 
» adroite répondoit à un génie vif et étendu, entreprit le 
» buste en marbre du roi autant pour mortifier le cava- 
le lier Bernin, qui se faisoit admirer en France, que pour 
» sa propre gloire. Il fut aussi heureux dans l'exécution 
» que hardi dans l'entreprise, et ce buste sortit de des- 
» sous son ciseau aussitôt que celui dont le Bernin flaltoit 
» notre attente depuis longtemps. Ce dernier en eut du 



( 572 ) 
» dépit; cependant il ne put refuser à Varin les louanges 
» et l'approbation qu'il méritoil. » 

Warin était décidé à ne laisser au Bernin aucun avan- 
tage sur lui. Le sculpteur italien, en retournant à Rome, 
avait annoncé qu'il enverrait une statue équestre de 
Louis XIV. Il tint parole quelques années après. Le mou- 
vement du groupe était fort beau; mais la tête du monar- 
que fut trouvée disgracieuse, et comme l'amour-propre de 
Louis XIV en souffrait, on la remplaça par une tête copiée 
sur l'antique par Girardon, en sorte que la statue du roi 
de France devint celle d'un empereur romain, métamor- 
phose que favorisait l'application des idées du temps en 
matière de costume historique, car pas n'est besoin de 
dire que Louis XIV était vêtu comme César ou Auguste. 
La statue du Bernin, surmontée de la tête de Girardon, 
fut placée à Versailles, à l'extrémité de la pièce d'eau des 
Suisses. 

Warin fil , à son tour, une statue colossale de Louis XIV. 
Il eut la satisfaction d'apprendre que le roi en approuvait 
l'ordonnance, et que toute la cour joignait ses suffrages à 
ceux du monarque. Après avoir ligure au Musée des monu- 
ments français, fondé à l'époque de la révolution, celte 
siatue a été de nouveau transportée à Versailles où elle 
occupe une des niches de l'escalier des princes. Le busle 
du roi, par Warin, fait partie de la même collection. 
1793 l'a épargné; il n'était point en or. 

Un événement étrange, dramatique, lugubre, vint ajou- 
ter une célébrité fâcheuse à la renommée que Warin avait 
acquise par ses travaux. Il avait une iille, suivant les uns, 
une belle-fille, selon d'autres. Avare quoique riche, peut- 
être serait-il plus juste de dire parce qu'il était riche, il 
s'obstinait à lui faire faire ce qu'on nomme un mariage 



( 575 ) 

d'argent. De gré ou de force, il l'obligea à contracter une 
union pour laquelle elle éprouvait une vive répugnance. 
Peu de jours après elle s'empoisonna. Cette tragique aven- 
ture lit grand bruit à Paris. Voici en quels termes le célè- 
bre médecin Guy Patin en parle dans une lettre datée du 
22 décembre 1651. 

« Le 50 de novembre passé, il arriva ici une chose 
j> bien étrange. Monsieur Varin, qui a fait de si belle 
» monnoie et de si belles médailles, avoit tout fraîche- 
» ment marié une sienne fille belle (il y a belle-fille dans 
» certaines éditions), âgée de 25 ans, moyennant 25 mille 
» écus, à un correcteur des comptes nommé Oubry, fils 
» d'un riche marchand de marée. Il n'y avoit que dix 
» jours qu'elle éloit épousée. On lui apporta un œuf frais 
» pour son déjeuner; elle tira de la pochette de sa jupe 
» une poudre qu'elle mit dans l'œuf, comme on y met 
» d'ordinaire du sel; c'étoit du sublimé qu'elle avala 
d ainsi dans l'œuf, dont elle mourut trois quarts d'heure 
» après, sans faire d'autre bruit, sinon qu'elle dit : 11 faut 
» mourir puisque l'avarice de mon père l'a voulu. » Dans 
la suite de cette lettre, qui est fort longue, Guy Patin 
donne des détails intimes sur la cause et sur les circon- 
stances de ce suicide qu'il attribue au chagrin qu'éprouva 
la jeune fille en s'apercevant que son mari était si horri- 
blement contrefait, qu'on était obligé de le démonter 
comme on aurait fait d'une machine; puis il ajoute : « En- 
» lin elle est morte, et quand elle auroit pris de l'anti- 
» moine préparé à la mode de la cour, elle n'en auroit 
» pas été plus vite expédiée. » 

Voici une inculpation bien grave pour le caractère de 
notre artiste. Warin ne se serait pas borné à contraindre 
l'inclination de sa fille pour lui faire contracter un mariage 



( 374 ) 
avantageux; ii l'aurait vendue moyennant 25 mille écus, 
et ce serait ce honteux marché qui l'aurait tuée. 

Loret raconte le même événement dans sa Muse histo- 
rique. Quelques jours à peine se sont écoulés depuis qu'il 
a eu lieu, car le suicide est du 50 novembre, et il écrit le 
5 du mois suivant. Cependant il en parle comme s'il s'agis- 
sait d'une chose plaisante, d'une simple espièglerie. Tel 
est le début de sa narration rimée : 

Il faut bien plutôt que j'essaye 
De vous dire une histoire vraye, 
Mais histoire à causer du chagrin, 
C'est de la fille de Varin , 
Lequel Varin, vêtu de soye, 
Est officier de la monnoye , 
Et grand fabncateur encor 
De louis tant d'argent que d'or. 
Cette fille jeune et jolie , 
Par une incroyable folie, 
L autre jour la mort se donna, 
Dans un œuf qu'elle empoisonna. 
On avoit fait le mariage 
D'elle avec un certain vizage , 
Qui n'ayant aucun agrément , 
Luy déplaizoit mortellement... etc. 

Voici venir un témoignage qui nous est précieux , non- 
seulement parce qu'il s'accorde avec les autres relations de 
l'aventure dont la fille de Warin fut la triste héroïne; mais 
parce qu'il nous donne la pleine confirmation d'un fait que 
nous nous sommes borné à présenter sous une forme dubi- 
tative, au commencement de cette notice, en groupant les 
circonstances de nature à faire ressortir sa probabilité, afin 
de n'être pas obligé de croire sur parole l'écrivain qui seul 
nous le certifie. Ce témoignage est celui de Tallemant des 
Reaux. L'auteur des Historiettes s'exprime ainsi : 



. ( 575 ) 

« Varin étoit faiseur de jetons de son métier; Latfemas 
l'alloit faire pendre pour la fausse monnoie; mais le car- 
dinal de Richelieu ayant ouï parler que c'étoit un excel- 
lent artisan, voulut qu'on le sauvât; il ne fut que bannis. 
On le rappela d'Angleterre, où il s'étoit retiré, quand on 
voulut travailler aux louis d'or et d'argent. Il changea de 
religion , car il étoit huguenot; il fit fortune à la monnoie 
et est fort riche. On l'a accusé aussi d'avoir empoisonné le 
premier mari de sa femme, etc.... » 

Tallemant rapporte les incidents du mariage à peu près 
comme les a indiqués Guy Patin, puis il arrive à l'empoi- 
sonnement : « On a dit que la veille de ses noces elle avoit 
voulu s'empoisonner; mais qu'elle ne put. Au bout de huit 
jours, elle en vint à bout. Le jour de devant, elle parut 
la plus gaie du monde. Ce fut avec du sublimé, qu'elle mit 
dans ses œufs comme du sel. Après elle envoya quérir Va- 
rin ; mais c'étoit si tard , qu'il n'y avoit plus de remède. Elle 
eut pourtant le loisir de se confesser. Chez lui, on a dit que 
c'avoit été par mégarde, que le sublimé sert à la monnoie 
et qu'elle le prit pour du sel. » 

Nous nous gardons de prendre pour fondées toutes les 
allégations de Tallemant qui était grand ami du scandale, 
l'accueillait facilement, et ne se faisait faute de le propager. 
Nous ne croyons nullement que Warin ait empoisonné le 
premier mari de sa femme. C'est un bruit qui parvint , 
sans doute, jusqu'à Tallemant et qu'il enregistra, mais qui 
ne s'appuie sur aucune présomption sérieuse. Il n'en est 
pas de même de l'affaire de fausse monnaie. Ici les informa 
lions de l'écrivain sont exactes et ses indications sont pré- 
cises. « Warin était faiseur de jetons de son métier; Laffe- 
mas l'alloit faire pendre. » Les faits sont positifs. Isaac de 
Laffemas fut avocat au parlement, puis lieutenant civil de 



( ~>76 ) 
Paris. Il allait donc faire pendre Wariti pour crime de 
fausse monnaie, quand Richelieu, apprenant que c'était 
un excellent artisan, voulut qu'il fût dispensé de la po- 
tence et provisoirement banni. Warin va se cacher quel- 
que part, en Angleterre, dit-on, puis, lorsqu'un temps 
moral s'est écoulé, on le rappelle pour lui confier l'exé- 
cution de l'importante mesure d'une refonte générale des 
monnaies d'or et d'argent. ïl faut avouer que si la rigide 
équité des principes du gouvernement constitutionnel et 
l'égalité absolue des citoyens devant la loi ont de précieux 
avantages, l'exercice illimité de l'autorité souveraine avait 
parfois son bon côté. De nos jours un ministre qui aurait, 
par aventure, les grandes idées de Richelieu, ne pourrait 
pas gracier un coupable, fût-ce un artiste éminent, ca- 
pable de rendre à l'État les plus signalés services. 

Pour en revenir à la révélation des poursuites dirigées 
contre Warin du fait de l'emploi illégal qu'il faisait de 
son talent et à la faveur que lui accorda le cardinal de ne 
le pas faire pendre, si l'on s'étonnait que ses biographes 
n'en eussent point parlé, nous ferions remarquer qu'ils 
ont très-probablement ignoré des circonstances que l'au- 
torité avait intérêt à tenir secrètes, voulant confier à l'ar- 
tiste liégeois des fonctions importantes. Ces circonstances, 
les mémoires de Taliemant des Reaux ne les leur ont pas 
apprises, par l'excellente raison que leur publication ne 
remonte qu'à l'année 1854. Quoi qu'il en soit, la compa- 
raison du passage si explicite de l'auteur des Historiettes 
avec les documents retrouvés par M. Pinchart aux Archives 
du royaume, ne laissera subsister aucun doute entre l'iden- 
tité des deux Warin : le graveur des ateliers clandestins de 
la Tour-à-Glaire et le conducteur général des monnaies 
de France. 



(377) 

Warin n'avait plus rien à demander à la fortune, qui lui 
avait prodigué ses dons avec une libéralité dont il est peu 
d'exemples. Il était riche et en possession de places qui 
lui assuraient la considération publique. Le 27 septembre 
1665, l'Académie de peinture et de sculpture l'admit au 
nombre de ses membres. Son rival en portraiture royale, 
le Bernin, avait été élu par cette compagnie peu de jours 
auparavant, en sorte que l'histoire des arts réunit encore 
leurs noms dans cette occasion. 

Non-seulement Warin était sculpteur en même temps 
que graveur, mais il était peintre. Félibien lui consacre, 
dans ses Entretiens, un passage où nous lisons ce qui 
suit : « Celui d'entre les académiciens qui s'est beaucoup 
distingué a été Jean Varin, intendant des bâtiments et 
maître de la monnoye de Paris. Il a peint quelques por- 
traits assez beaux et bien ressemblants. » On ignore quel 
fut le destin des portraits de Warin. Les catalogues des 
collections publiques de France n'en mentionnent aucun. 
Peut-être s'en trouve-t-il au Musée de Versailles dans la 
nombreuse catégorie de toiles anciennes portant la vague 
désignation de « tableaux du temps. » Quant au portrait 
de Warin lui-même, il figure, peint par Jacques Lefebvre, 
parmi les personnages illustres du XVII e siècle , dans ce 
Panthéon consacré par le roi Louis-Philippe à toutes les 
gloires de la France. 

Warin s'occupait d'une histoire numismatique de 
Louis XIV, quand la mort vint le surprendre et glacer 
sa main qui dirigeait le burin avec autant de fermeté que 
jamais. C'est le 26 août 1672 qu'il rendit le dernier soupir; 
il était âgé de 69 ans. Nous ne savons sur quoi se fonde 
Perrault, lorsqu'il termine la notice de Warin, dans ses 
Hommes illustres, par cette singulière allégation : « Il étoit 
Tome xx. — II* part. 25 



(578) 
d'une constitution à vivre encore plusieurs années, et l'on 
croit qu'il a esté empoisonné par des scélérats à qui il 
avoit refusé des poinçons de monnoye. » Ce n'est là , sans 
doute, qu'une fable; mais n'est-il pas bizarre qu'à trois re- 
prises l'idée de poison vienne se mêler à la relation des 
événements de la vie de notre artiste? D'abord c'est Talle- 
mant qui l'accuse d'avoir empoisonné le mari d'une femme 
qu'il épouse ensuite; puis c'est sa fille qui s'empoisonne 
pour se soustraire à un hymen odieux; enfin, lorsqu'il 
meurt, on veut que ce soit par l'effet du poison. 11 aurait 
péri victime de son zèle à défendre les poinçons dont la 
garde lui était confiée, lui qui avait commencé par faire 
de la fausse monnaie! Ne semble-t-il pas qu'on ait voulu, 
par cette fin mystérieuse , lui faire racheter les fautes de 
sa jeunesse? 

Le Mercure Galant annonça en ces termes la mort de 
Warin : « 11 étoit intendant des bâtiments du roi et maî- 
tre de la monnoye, et c'est à lui qu'est due non-seulement 
l'invention du louis d'or, mais encore de toutes les espèces 
d'or et d'argent de la fabrication au moulin. Il étoit admi- 
rable pour le creux et le poinçon. Jamais peintre n'a eu 
l'imagination si forte, et sur la simple description qu'on 
lui faisoit des traits du visage d'une personne, il en faisoit 
un portrait ressemblant. Il n'étoit pas moins grand sta- 
tuaire que grand peintre, et le buste du roi, qu'il a fait 
dans le temps que le chevalier Bernin étoit à Paris, a si 
bien parlé à sa gloire, qu'on ne sauroit lui donner trop 
de louanges; et, depuis ce temps, il a fait la figure de 
Sa Majesté de sa hauteur et la lui a donnée par testament. 
Il travailloit, quand il est mort, à l'histoire du roi en 
médailles, et à celles de la Guerre et de la Paix. » 

Le testament dont parle le Mercure Galant, et dans le- 



(379) 

quel Warin priait, en effet, Louis XIV d'accepter le legs 
qu'il lui faisait de sa statue , est heureusement parvenu 
jusqu'à nous. Il existe en original, à Paris, dans la col- 
lection de M. Fossé-Darcosse , conseiller référendaire à la 
Cour des Comptes. 

Le 21 du mois d'août 1672, cinq jours avant sa mort, 
Warin fit venir deux notaires du roi au Châtelet de Paris, 
et leur dicta ses dernières volontés. 

Après avoir recommandé son âme à Dieu, à Jésus-Christ, 
à la Vierge et aux saints, le testateur exprime le vœu que 
sa dépouille mortelle soit inhumée dans l'église S l -Ger- 
main-1'Auxerrois, où déjà repose sa femme. Il lègue mille 
livres à l'hôpital général de Paris , et trois cents livres aux 
pauvres de sa paroisse. De plus, il donne six cents livres à 
l'église S^Germain et à celle des capucins de la rue Neuve- 
S l -Honoré, pour deux annuels de messes à son intention. 

Suivent diverses libéralités faites par Warin à ses do- 
mestiques et entre autres à son cocher, ce qui prouve que, 
malgré son avarice , il tenait équipage. Il lègue à Jeanne 
Warin, sa sœur, veuve du feu sieur Nicole, deux cents 
livres de rente et trois cents livres une fois payées à son 
filleul Jean Jacques, fils de sa sœur. 

Aux demoiselles Anne-Marie-Jeanne et Marianne Jau- 
bert de Brécourt, ses petites-filles , Warin lègue cent vingt 
mille livres à partager, en spécifiant que, dans le cas où 
Marie Jaubert de Brécourt, leur sœur, novice dans le mo- 
nastère des religieuses de la congrégation à Vernoy , n'y 
ferait pas profession, ladite somme de cent vingt mille 
francs sera divisée par tiers. 

Le testateur déclare ensuite avoir été averti que François 
Warin , le plus jeune de ses fils, a contracté clandestine- 
ment mariage avec la nommée Gobillon , bien qu'il lui eût 



( 380 ) 

témoigné plusieurs fois son mécontentement de le voir 
fréquenter cette personne. Si son fils a commis, en effet, 
cette faute indigne de pardon , le testateur le déclare déchu 
de tout droit à une part quelconque de son héritage. 

Le 25 août , la veille de sa mort , Warin rappelle les no- 
taires et leur dicte un codicile qui révoque la disposition 
par laquelle il avait deshérité son fils. Il prie seulement 
celui-ci de ne pas contracter le mariage auquel il a fait 
allusion , si ce n'est déjà un acte accompli. 

Dans un second codicile , Warin supplie humblement le 
roi de vouloir accepter le présent qu'il lui fait de sa statue 
qu'il a sculptée en marbre blanc, comme marque de son 
respect et de sa reconnaissance pour les bontés dont il a 
plu à Sa Majesté de lui accorder , en plusieurs occasions 
€ des témoignages fort avantageux. » Il recommande en- 
suite sa famille à la protection du roi et le prie d'agréer 
la démission qu'il donne, en faveur de François Warin, 
son fils, de sa charge de conducteur des machines des 
monnaies au moulin de Paris. 

Nous avons rapporté plusieurs des dispositions du tes- 
tament de Warin, parce qu'elles renferment des traits carac- 
téristiques. Les fondations faites pour assurer le repos de 
son âme par de nombreuses messes dites à son intention 
dans deux églises , nous prouvent que la conscience du tes- 
tateur n'était point parfaitement tranquille au moment où 
il allait comparaître devant le juge suprême. Le père qui 
déshérite son fils, parce qu'il s'est marié sans son assenti- 
ment, est bien celui qui a causé la mort de sa fille en s'ob- 
stinant à la marier contre son gré. Enfin, la demande qu'il 
fait de la survivance de sa charge pour son fils, immédia- 
tement après avoir offert au roi le don de sa statue, peint 
admirablement l'homme intéressé qui se livre à des spécu- 



(581 ) 

lations posthumes et calcule ce que pourra rapporter un 
legs, sinon à lui-même, du moins aux siens. Ces particula- 
rités ne tiennent pas à la vie de l'artiste; mais elles servent 
à faire connaître l'homme, et l'un se complète par l'autre. 

Le médaillier de la Bibliothèque royale ne possède au- 
cune pièce de l'œuvre de Warin. Il serait à désirer que 
notre gouvernement adressât une demande à celui de 
France , a l'effet d'obtenir soit des exemplaires en bronze 
tirés sur les coins gravés par le célèbre artiste et qui exis- 
tent à la Monnaie de Paris , soit des copies moulées en 
plâtre sur les originaux du dépôt impérial. Cette négocia- 
tion ne serait pas indigne de la diplomatie belge. 

Nous terminerons cette notice en rétablissant, au moyen 
du titre autographe dont nous venons de donner l'analyse, 
l'orthographe du nom de l'artiste liégeois que la plupart 
de ses biographes appelent Varin et qui signait Warin. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 

i 

Discours de M. le chanoine de Ram, recteur de l'Université 
catholique de Louvain, prononcé à Isque, le %8juin 1853, à l'oc- 
casion de l'inauguration du monument consacré à la mémoire de 
Juste Lipse. Louvain , 1853; \ broch. in-8°. 

Note sur la ventilation naturelle des hôpitaux et des édifices 
publics en général, par André Uytterhoeven. Bruxelles, 1855; 
I broch. in-8°. 

Le songe d'un antiquaire, nouvelle fantastique, par Ph. Kervyn 
de Volkaersbeke. Gand, 4853; 1 vol. in-12. 

Bibliographie montoise. Annales de l'imprimerie à Mons, de- 
puis 1580 jusqu'à nos jours, avec des aperçus historiques et litté- 



( 582 ) 
retires, par Hipp.Rousselle.l re livraison. Mons, 1852; 1 vol.in-8°. 

De Paris à Meaux, par Ch. de Sainte-Hélène. Liège, 1855; 
1 broch. in-8°. 

amélioration des principales races bovines de Belgique , par 
T.-N. Bruxelles, 4853; 1 broch. in-8°. 

L'Ange du foyer, tableau populaire en un acte, suivi de La 
Majorité du Prince, tableau patriotique en un acte, par Clément 
Michaèls fils. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-18. 

Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus 
remarquables construits en Angleterre pendant les XII e , XIII e , 
XIV e , XV e et XVI e siècles, et représentés en plans, élévations, 
coupes et détails géométr aux , par A.-W. Pugin. Traduit de l'an- 
glais par le lieutenant-colonel Delobel. Troisième volume, livrai- 
sons 56 à 60. Liège, 1853; i vol. in-4°. 

Parallèle des maisons de Bruxelles et des principales villes de 
la Belgique, construites depuis 1830 jusqu'à nos jours, représen- 
tées en plans , élévations , coupes et détails intérieurs et extérieurs, 
mesurées et dessinées par Auguste Castermans. 6 e livr. Liège, 
1852, in-folio. 

Bulletin administratif du ministère de ïintérieur. Tome VII, 
n° 5; mai 1853. Bruxelles, 1 broch. in-8°. 

Flore générale de la Belgique, contenant la description de toutes 
les plantes qui croissent dans ce pays, par G. Mathieu. 11 e liv. 
Bruxelles, 1853; 1 broch. in-8°. 

Le Jardin fleuriste, journal général des progrès et des intérêts 
botaniques et horticoles, rédigé par Ch. Lemaire. Vol. IV, 8 e liv. 
Gand, 1853; 1 broch. in-8°. 

Le Moniteur de l'enseignement, publié sous la direction de 
Fréd. Hennebert. Nouvelle série, tom. III, n os 17-19. Tournay, 
1853; 3 broch. in-8°. 

Le Moniteur des intérêts matériels ; n os 25 à 28. Bruxelles , 
1853; 4 feuilles in-plano. 

La Renaissance illustrée. Chronique des arts et de la littérature. 
14 e année; feuilles 16 à 21. Bruxelles, 1853; in-4°. 



( 385 ) 

Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique. Tome X, 
3 e livraison. Anvers, 1853; 1 broch. in-8°. 

Journal historique et littéraire. Tome XX, 3 e livraison; juillet, 
1853. Liège; 1 broch. in-8°. 

La Presse médicale belge; rédacteur : M. J. Hannon. 5 e année, 
n 08 26 à 29. Bruxelles, 1853; in-4°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles par 
MM. Delwart, Thiernesse, Demarbaix et Husson. 2 e année, juillet 
1853; 4 broch. in-8°. 

La Santé, journal d'hygiène publique et privée; rédacteurs : 
MM. A. Leclercq et N. Theis. 4 e année, n os 24 et 25. Bruxelles, 
1853; 2 broch. in-8°. 

Annales de la Société médico-chirurgicale de Bruges. 14 e année. 
Tome 1 er , 6 e livraison. Bruges, 1853; 1 broch. in-8°. 

Annales de la Société de médecine d'Anvers. 14 e année, livrai- 
sons de juin et juillet 1853. Anvers; 2 broch. in-8°. 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 9 e année; juin 1853. Anvers; 1 broch. in-8°. 

Annales de la Société de médecine pratique de la province 
d'Anvers, établie à Willebroeck. Livraison de janvier 1853. 
Malines; 1 broch. in-8°. 

Annales et bulletin de la Société de médecine de Gand. 19 e an- 
née; 5 e et 6 e livraisons. Gand, 1853; 1 broch. in-8°. 

Le Scalpel; rédacteur : M. A. Festraerts. N os 32 à 34. Liège, 
1853;in-4°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences, par MM. les secrétaires perpétuels. Tome XXXVI, n os 23 
à 26. Paris, 1855; 4 broch. in-4°. 

Lettre à M. l'éditeur de la revue archéologique, sur la valeur 
des hachures dans l'art héraldique, par Duchesne aîné. Paris, 
1853; 1 feuille in-8°. 

De la comparaison des membres chez les animaux vertébrés, 
par M. Paul Gervais. Paris, 1853; 1 broch. in-4°. 

Bemarqnes sur les poissons fluviatiles de l'Algérie, et descrip- 



( 384 ) 

tion de deux genres nouveaux , sous les noms de Coptodon et Tellia, 
par M. Paul Gervais. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

Coup d'œil sur la nouvelle organisation de la statistique géné- 
rale en France et les organisations antérieures, par Xavier 
Heuschling. Paris, 1855; 1 broch. in-8°. 

Cartes géographiques et géographie. — Le régiment des dro- 
madaires à l'armée d'Orient (4 798-1801). — Emploi du chameau 
à la guerre chez les anciens. — Note sur le méat biscuit (biscuit 
de viande à l'usage des voyageurs). — Remarques au sujet du 
voyage du docteur Barth dans CAdamawa. — Rapport sur le 
concours au prix annuel pour la découverte la plus importante 
en géographie. — Société de géographie. Rapport sur le concours 
pour le prix annuel (voyages de 1849). — Réunion égyptienne du 
dernier lundi de mars 1853; — par Jomard. Paris, 1851 à 1855; 
6 broch. et 1 feuille in -8°. 

Note sur les effondrements de divers terrains. — Note sur un 
effet de coloration des nuages, observé le 9 mai 1852, à Oullins. — 
Sur la température anomale de quelques sources, par M. J. Four- 
net. Lyon, 1852; 1 broch. et 2 pages in-8°mfo^ 

Observations météorologiques faites à S'-Rambert-en-Bugey 
(Ain), par M. Sauvanau, publiées par M. Fournet. Lyon, 1852; 
1 broch. in-8°. 

Nuage orageux observé sous le point culminant de l'Edough , 
près de Bone, le 2 avril 1842. — Double détonation entendue 
sur la montagne de l'Edough , près Bone. — Note sur un arc-en- 
ciel lunaire, observé à Philippeville (Algérie), par M. Ledoux. 
Lyon, 1853; 1 feuille in-8°. «teiik tttwwt »&$wcM 

Analyses de plusieurs produits d'art d'une haute antiquité, 
2 e mémoire, par J. Girardin. Rouen, 1852; 1 broch. in-8°waieil 

Etat, progrès et avenir du drainage en France. De sa prati- 
que et de son application dans le déparlement de la Moselle, 
par le comte F. Van der Straten-Ponthoz. Metz, 1853; 1 vol. 
in-8°. ^idzllll &ZM 

Recueil des actes de l'Académie des sciences , belles-lettres et arts 



( 585 ) 
de Bordeaux. 15 e année, 1853; 1 er trimestre. Bordeaux; 1 vol. 
in-8°. 

Mémoires de l'Académie impériale de Metz. 23 e année, 1851- 
1852; l re et 2 e parties. Metz, 1852 et 1853; 2 vol. in-8°. 

Bulletin de la Société géologique de France. 2 e série, tome IX, 
feuilles 36 à 40. Paris, 1851-1852; 1 broch. in-8°. 

Bévue et magasin de zoologie pure et appliquée, par M. F.-E. 
Guérin-Méneville. 1853. N° 5. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

L'Investigateur, journal de l'Institut historique. Tome III, 
3 e série, 222 e livraison. Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

L'Athenœum français, journal universel de la littérature, de 
la science et des beaux-arts. 2 e année. N os 26 et 28. Paris, 1853; 
2 broch. in-4°. 

Bulletins de la Société de l'histoire de France. N° 5; mai 1853. 
Paris, 1853; 1 broch. in-8°. 

Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien. Philoso- 
phisch-historische Classe. Sitzungsberichte , VIII Band, 3-5 Heft, 
undIX Band, 1-2 Heft. — Mathematisch-naturwissenschaftliche 
Classe. Sitzungsberichte , VIII Band, 4-5 Heft, und IX Band, 
1-2 Heft. Denkschriften, III Band, 2 Lieferung, und IV Band, 
2 Lieferung. — Almanach /Ïirl853. — Verzeichniss derim Buch- 
handel befindlichen Druckschriften. — Die feierliche Sitzung am 
29 Mai 1852. — Notizenblatt , 1852, n os 11-24. — Archiv fur 
Kunde ôsterreichischerGeschichtsquellen, VIII Band, 1-2. Vienne, 
1852 et 1853; 2 vol. in-4°, M vol. et 2 broch. in-8° et 1 vol. 
in-12. 

Fontes rerum Austriacarum. Oesterreichische Geschichts- 
quellen. Herausgegeben von der historischen Commission der 
kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien. Zweite Ab- 
theilung, Diplomataria et acta; Codex Wangianus. VBand, 
Vienne, 1852; 1 vol. in-8°. 

Kaiserlich - kôniglichen geologischen Beichsanslalt. Jahrbuch 
1852. III Jahrgang, n° 4, October-December. Vienne, 1855; 
1 vol. grand in-8°. 

Tome xx. - II e pakt. 26 



( 386 ) 

Oesterreichisches botanisches Wochenblatt. 11 Jahrgang. Redi- 
girt von A. Skofitz. Vienne, 1852; 1 vol. in-8°. 

Abhandlungen der philosoph-philolog . Classe der koemglich 
bayerischen Akademie der Wissenschaften. Band VII, eerste Ab- 
theilung. Munich, 1853; 1 vol. in-4°. 

Afrika vor den Entdeckungen der Portugiesen; Festrede von 
D r F. Kunstmann. Munich, 4853; 1 broch. in-4°. 

Verhandlungen des naturhistorischen Vereines der preussis- 
chen Rheinlande und Westphalens. Herausgegeben von Prof. 
D r Budge. Jahrgang X, bogen 1-8, erstes Heft. Bonn, 4853; 
4 vol. in-8°. 

Neun verschiedene C oordinaten-Sy sterne , im Zusammenhang 
untersucht, von J.-G.-H. Swellengrebel. Bonn, 4853; 4 vol.in-4°. 

Monographie der Petrefacten der Âachener Kreideformation , 
von D r J. Mûller. Eerste und zweite Abtheilung. Bonn , 4847 et 
1854; 2 broch. in-4°. 

Beitràge zur vorweltlichen Fauna des Steinkohlengebirges , von 
D r Goldfuss. Bonn, 1847; 4 broch. in-4°. 

Beitràge zurlebens- und Entwickelungsgeschichte der Rùssel- 
kàfer aus der Familie der Atlelabiden, von D r M. Debey. Eerste 
Abtheilung. Mit einer mathematischen Zugabe von E.Heis.Bonn, 
4846; 4 broch. in-4°. 

Wurttembergische naturwissenschafliche Jahreshefte, heraus- 
gegeben von Prof. Mohl, Plieninger, Fehling, W. Menzel und 
Krauss. Neunter Jahrgang, sweites Heft. Stuttgart, 4853; 4 br. 
in-8°. 

Handbuch der Pathologie und Thérapie, von D r C.-A. Wun- 
derlich. Zweiter Band , zweite und dritte Abtheilung. Stuttgart, 
4853; 4 broch. in-8°. 

Archiv der Mathematik und Physik. Herausgegeben von 
J.-A.Grunert. XXTheil, 3 Heft. Greisswald, 1853; 1 broch. in-8°. 

Heidelberger Jahrbûcher der Literatur, unter Mitwirkung der 
vier Facultàten. 46 ter Jahrgang. 3 tes Doppelheft : Mai und Juni. 
Heidelberg, 1853; 1 broch. in-8°. 



(387 ) 

Observations made at the magnetical and meleorological obser- 
vatory at Uobarton , in Van Diemen Island. Printed by order of 
her Majesty's government, under the superintendence of colonel 
Sabine. Vol. III, commencing with 1846. Londres, 1853; 1 vol. 
in-4°. 

The quaierly journal of the geological society. Vol. IX, part. II. 
Londres, 1853; 1 broch. in-8°. 

The quaierly journal of the chemical society. Committee of 
publication : Brodie, Hofmann , Miller and Williamson. N°XXI. 
Londres, 1853; 1 broch. in-8°. 

The annals and magazine of natural history , including zoo- 
logy, botany and geology. Second séries, vol. II , n os 61-66. Jan. 
— June 1853. Londres; 6 broch. in-8°. 

Aslronomical observations made at the Radcliffe observatory , 
in the year 1851. By M.-J. Johnson. Vol. XII. Oxford, 1853; 
1 vol. in-8°. 

Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, 
publié sous la rédaction du docteur Renard. Année 1852, n° II. 
Moscou, 1852; 1 vol. in-8°. 

The amer ican journal of science and arts, conducted by pro- 
fessors B. Silliman , B. Silliman junior, and James D. Dana. 
Second séries. N° 45; may 1853. New-Haven; 1 broch. in-8°. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, 
1853. — N° 8. 



CLASSE «ES SCIENCES. 

• 

Séance du 29 juillet 1853. 

M. Stas, directeur de la classe. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. D'Omalius d'Halloy, Sauveur, Tim- 
mermans, De Hemptinne, Wesmael, Martens, Morren, 
De Koninck, le vicomte B. Du Bus, Schaar, Melsens, 
membres; Sommé, Lacordaire, associés. 

M. Éd. Fétis, membre de la classe des beaux-arts, assiste 
à la séance. 

Tome xx. — II e part. 27 



( 590 ) 



CORRESPONDANCE, 



M. le Ministre de l'intérieur envoie les trois premières 
livraisons des Annales de la Commission royale depomologie. 

M. Lacordaire, secrétaire de la Sociélé royale des sciences 
de Liège, dépose, au nom de cette société, le 8 e volume de 
ses Mémoires. 

MM. Martens et Ad. Mathieu, membres de l'Académie, 
présentent également des ouvrages de leur composition. 
Remercîments. 

— L'Association britannique pour l'avancement des 
sciences fait connaître que sa prochaine session s'ouvrira 
dans la ville de Hull , le 7 septembre prochain. 

— M. Montigny, professeur de physique à Naimir, 
transmet le tableau de ses observations météorologiques 
en 1852. 

— M. Castel Henry envoie également le tableau compa- 
ratif des observations météorologiques qu'il a faites à Lille 
en 1851 et 1852; et M. Schram les observations qu'il vient 
de faire dans les serres du Jardin des plantes de Bruxelles 
sur les relations entre les températures et la floraison du 
lilas ordinaire, du Rhododendron ponlicum et de la Spirœa 
bella. 

— M. le baron deSelys-Longchamps, membre de l'Aca- 
démie, présente un mémoire manuscrit : Synopsis des 
Caloptcrygines. (Commissaires : MM. Lacordaire et Van 
Beneden.) 



(391) 



RAPPORTS. 



Démonstration élémentaire d'une formule logarithmique de 
M. Binet; par M. Angelo Genocchi, de Turin. 

ïïtappoft de M. Sehaatf. 

« La note communiquée à l'Académie, par M. Genocchi , 
a pour but la démonstration de la formule de M. Binet, 
relative au développement en série convergente de la fonc- 
tion log. T(x). 

La marche suivie par l'auteur le conduit à déterminer, 
au moyen d'une valeur unique de la fonction, une constante 
arbitraire introduite par une intégration suivant le signe 2; 
or, on sait que les constantes qui complètent les intégrales 
aux différences sont des fonctions arbitraires périodiques, 
et il restait, par conséquent, à faire voir que C conserve 
la même valeur dans l'intervalle compris entre x et x+l. 
Mais comme la démonstration est fort simple et assez élé- 
mentaire, j'ai l'honneur de proposer à l'Académie d'or- 
donner l'impression de la note de M. Genocchi dans les 
Bulletins. » 

Ces conclusions sont adoptées, et la classe, sur la 
demande de M. Schaar, vote en même temps l'impres- 
sion de l'extrait d'une lettre adressée à M. Quetelet par 
M. Genocchi , au sujet d'une règle qu'Euler a donnée dans 
les Mémoires de Berlin, 1772, pour juger laquelle des 
deux formules ÎO* — i ou 10* -+- 1 est divisible par un 
nombre premier donné 2p -t- 1. 



( 392 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Démonstration élémentaire d'une formule logarithmique de 
M. Binet; par M. Angelo Genocchi, de Turin. 

On sait que, dans un mémoire très-remarquable, inséré 
au Journal de l'École Polytechnique de Paris, 27 e cahier, 
M. Binet est parvenu à remplacer par une série toujours 
convergente la série divergente de Stirling. Sa méthode 
est fondée sur une analyse que M. Cauchy appelle juste- 
ment fort délicate, et à laquelle M. Cauchy lui-même n'a 
suppléé qu'à l'aide de théories très -élevées, dans le 2 e 
volume de ses Exercices d'Analyse. Comme on n'a, que je 
sache, aucune autre démonstration de cet important ré- 
sultat, j'espère qu'on verra avec plaisir une manière de 
l'établir tout à fait simple et de nature à pouvoir être in- 
troduite dans les éléments, qui fournit même une expres- 
sion du reste de la série après un nombre quelconque de 
termes. 

Posant 

z s — — , on a identiquement z — T T % > 

x + ol M x -+- k x-h- k 

quel que soit k, et faisant successivement /c=0, 1,2,5,..., 

on en tire 

4 a 1 a — 1 

X X X H- 1 X +■ i 



Z=s 



4 a — 2 



x ■+■ 2 Z ' etC ' ' 








( 393 ) 


d'où, par des substitutions successives, on déduit 


1 


al a. a. [cr. — 1 ) 


X 


x ~ x x(x-t-i) ' x(x-*-i)~ 


\ a 





x x[x+\) x (x+\)(x-h%) x(x+l)(x+Z) 
et l'on en conclut la formule suivante, due à Slirling (*), 

11 x a.(x — 1) 

X -t- a X X (X -+- \ ) X (X H- 1) (X -+■ 2) 

«(«-!)... (a-rn-l) B *(«-!)... (a- n) 

a?(x-hl)... (j?-hw) #(#-*-!) ... (aM~ra) (a?-na) 



ji- 



sbodlèi 

Multiplions par da les deux membres de cette équa- 
tion, et intégrons ensuite tous les termes entre les limites 
a=zo, «=1 : en posant 



S*i , ., i . .. 



d* 9 X 



i 



1.2 ... t • x 

y - uj gt; 1.2 ... i 

~ x(x + l) ... (an-t)' 
nous aurons mdm 

log. ^1 h- -J » X — a l X l + * 2 X a — ... 

«(s — i) ... (« — n) dx 



+ (-l) n a n \ n — (— \Y t 

J x(x+\)..,(x+n)[x+*) 

o 

Celte série, mais sans l'expression du reste, a élé don- 



(*) Nicole a donné une formule plus générale dans les anciens Mémoires 
de l'Académie des sciences de Paris, année 1727, pag. 257. 



(394 ) 

née par Lagrange. On peut remarquer qu'elle est conver- 
gente pour toutes les valeurs positives de x, car le reste, 
qui la complète après n termes, décroît indéfiniment à 
mesure que n croît : en effet, la fonction 



X^X-^i) ... (XH-îî) (#-4-a) 

est le quotient des deux produits 

*(* + «) (!+*)( l-4-|) ... (in-,;), 
et lorsqu'on passe de n à n -t- 1 , on ajoute au dividende 

M 

le facteur 1 — = , au diviseur le facteur 1 -4- - — - , 

n + 1 n-t- 1 

le premier inférieur et le second supérieur à l'unité, puis- 
qu'on a o < a < 1 , #>o, d'où il suit que cette fonc- 
tion est décroissante; de plus, elle décroît au delà de toute 
limite, puisque le diviseur, étant plus grand que 



X (#-t-a) -+- # 2 (x -\- 



[ 1 1 ï\ 

a) \\ -4- - -4- - -4- ... -t- - 



croît au delà de toute limite avec la somme 1 -+- 1 -*- 1 h- ... 
-4- ~ : il en sera de même à l'égard de son intégrale prise 
entre les limites a = o, a = l. 

Considérons maintenant la fonction u = (x — f)log.#— x, 
et prenons sa différence en supposant Ax = 4 : il vient 



AU 



l g.* + (s-4--jl0g. (l + -) -1. 



( 395 ) 

Si l'on substitue ici l'expression précédente de log. (1 ■+■ y) : 
en remarquant que 

(*-+-^]x o =lH--i-, (* + i)X, ΠiX,_ t --(i--i)X, f 

et faisant 

on obtient 

AU = log. or- ( * 1 '~"* ) .+fl X 1 — fl,X, + 0.X.- ... 
or 

-t-(-ir/3 n _ 8 x J4 _ 1 -(-ir(n-i)« n x / ,-(-ir 

X* «(«-*) ... (*-n)(*-t-£) ^ 
#(#-4-1) ... (#-+-n) (x-4-a) 

Mais on a a x ==f, et 

ù I v y C * ( « — !)... M)(^|) 

% J #(#-t-l) ... (x-t-n) (x-\-a.) 

u 

/«(a — 1) ... (a — W-+-i)(a — £ 
#(#-*-!)... (#-+-n — \)(x-*-a 



il 



donc cette formule se réduit à 



am = log. # h- /3 X I — 3, X a -f- /3 3 Xj — ... 



M)"^****** 



^J #(#-4-1) ... (#-f-w— 1 ) (#-*-a) 



Intégrons enfin par 2 tous les termes de cette équation , 
et mettons n+1 à la place de » : si l'on observe que 



( 596 ) 

IX< = — X^i , on en déduira le développement suivant 
de 2 log. x: 

S log. *«=(*—*) log. x — x +• /3 X — /3.X, -f- /3 a X a - ... 
^ * (r-+-l ) ... (#-+-n) (#-*-*) 

o 

où l'on a remis pour u sa valeur. On trouvera en outre, 
au moyen de l'expression de a, et de la relation 

, x - — d*. 



' ^/ 1.2 ... (i 



Le dernier terme de la formule précédente renferme, 
sous les signes 2, j\ une fonction composée de deux 
facteurs 

#(#-+- 1) ... (x-^n) (x + a) 

^ûifl *M 
dont le premier est indépendant de n, et le second con- 
verge vers zéro avec £, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus : cette 
fonction converge donc elle-même vers zéro avec f t , et la 
même chose aura lieu pour son intégrale définie relative 
à a et prise entre les limites « = o, a = 1 , et aussi pour 
l'intégrale désignée par 2 et relative à x, qui peut être 
regardée comme la somme d'un nombre fini de valeurs 
de l'intégrale relative à «, en convenant d'ajouter au se- 
cond membre de la formule précédente une arbitraire G. 
Ainsi, le dernier terme de cette formule tend à s'évanouir 
pour des valeurs croissantes de n : on a donc la série con- 
vergente 

3.X.-/3.X.-»-0,X,-AX.-*- ... 



(397 ) 
et en désignant sa somme par p(x) , il vient 

£ log. x = C •+- ( x — l ) log. x — x -+- (x. [x). 
.,. — X. 

Il est visible que, pour # = oo , la fonction (j.(x) se ré- 
duit à zéro, ainsi que les quantités X , X, , X a , ... : à l'aide 
de cette propriété et de la formule de Wallis, on détermi- 
nera l'arbitraire C, de la même manière qu'on le fait pour 
la série de Stirling, et l'on trouvera C = £ log. 2rc. Nous 
en concluons 

s log. x = ■£ log. 2t h- ( x — £ ) log. x — x 

* O X O -/3,X I+ 2 X 2 — /3 3 X 3 -h ... , 

ce qui est la formule de M. Binet; et le reste de cette série, 
après le terme ( — l) n_i /3„_ 4 X n _ 4 , aura pour expression 

vl) ô£)80< / « (a — i).-..(a — ft)(a — £) 
-jf #(#-h!) ... (#■+- n) (x-h<x) 

o 

Je crois que cette expression du reste de la série de 
M. Binet n'était pas connue. 
-noD bnoooa b\ te ;« eb tafibnaqè^ mmq al 

. : euaaob-b U7 fil no 

«Sur wn<? propriété des nombres. Extrait d'une lettre de 
M. Angelo Genocchi, de Turin, à M. Quetelet. 

« A propos de mon travail Sttr la théorie des résidus 
quadratiques (*) , je demande, Monsieur, la permission de 
vous communiquer de courtes observations sur une règle 
qu'Euler a donnée dans les Mémoires de l'Académie de Berlin 
(année 1772, p. 55), pour juger laquelle des deux formules 



(*) Inséré dans le t. XXV des Mémoires couronnés et Mémoires des sa- 
vants étrangers. 



( 598 ) 
IQp — \ ou 10? h- \ est divisible par un nombre premier 
donné %p -+- 1 , ce qui revient à déterminer si 10 est 
résidu ou non-résidu quadratique du nombre 2p -t- 1. Ces 
observations sont bien faciles et bien simples, et il est 
probable qu'elles auront déjà été faites; mais comme je 
l'ignore, j'ai pensé, à cause de l'intérêt qui s'attache à tou- 
tes les productions d'Euler, pouvoir vous les soumettre : 
vous en ferez ensuite tel cas qu'il vous plaira. 

» Euler distingue si le nombre premier donné est de la 
forme 4n -4- 1 ou de la forme An — 1 , et il prescrit de con- 
sidérer , dans la première hypothèse, les diviseurs des trois 
nombres n, n — 2, n — 6, et, dans la seconde, ceux des 
nombres n, rc -t- 2 , n -+- 6 : si parmi ces diviseurs on trouve 
les deux nombres 2 et 5 ou aucun d'eux, c'est une marque, 
dit- il, que la formule 10* — 1 sera divisible; si seule- 
ment l'un des nombres 2 ou 5 s'y trouve, alors la formule 
10 p -+- 1 sera divisible. Il ajoute que « ces règles sont fon- 
y> dées sur un principe dont la démonstration n'est pas 
i> encore connue ». Le principe auquel Euler fait allu- 
sion, est la loi de réciprocité, dont on possède à présent 
tant de démonstrations différentes : voici en effet, comment 
elle sert à démontrer la règle d'Euler réduite aux seules 
conditions nécessaires. 

» Soit 2p-f- 1 =N : le nombre 10 sera un résidu qua- 
dratique de N si ses facteurs 2 et 5 sont tous les deux 
des résidus ou tous les deux des non-résidus, et sera uu 
non-résidu, si l'un de ces facteurs est un résidu et l'autre 
un non-résidu. Or, en vertu de la loi de réciprocité, le 
facteur 5 est un résidu ou un non-résidu de N, suivant 
que N est un résidu ou un non-résidu de 5, c'est-à-dire 
suivant que N est de la forme 5m± 1, ou de la forme 
5m ± 3 ; car ± l est résidu , ± 5 est non-résidu de 5. D'un 



(399 ) 

autre côté, en supposant N = 4n-*-i, ou N=4n — 1, 
le facteur 2 sera un résidu de N si n est pair, sera un non- 
résidu si n est impair. Maintenant l'égalité An -t-4 = 5m ± 1 
donne 4n = 5m ou An -+- 2 = 5m, et cette dernière peut 
se mettre sous la (orme A(n — 2) =5 (m — 2) , d'où il suit 
que, dans ce cas, n ou n — 2 sera divisible par 5; l'autre 
égalité An — l=5m±l fournit 4n = 5m ou 4(n-i-2) 
= 5 (m -+- 2) , savoir n ou n -+- 2 divisible par 5 : ainsi 5 
sera un résidu de N=4n±4 lorsque cette condition 
sera satisfaite, autrement il sera un non-résidu. De là on 
conclut que 10 sera résidu quadratique de N et 40 p — 1 
divisible par N, si, n étant pair, l'un des nombres n, 
n — 2, ou n, w -f- 2 (suivant que N est égal à 4n + 1 ou à 
An — 1) est divisible par 5, et encore, si n est impair, et 
aucun des mêmes nombres nest divisible par 5 : bors de 
là, N sera un diviseur de 10 p -t-l. Cette conclusion s'ac- 
corde avec la règle d'Euler et la simplifie en même temps, 
en dispensant de considérer les diviseurs de l'autre nom- 
bre h ±6. Au reste, ce nombre, pair ou impair, comme 
n et n±2, ne peut jamais être divisible par 5, N étant 
un nombre premier, car si l'on avait n — 6 = Sx et 
N = An ■+- 1 , ou n -# 6 — 5a? et N = An — 1 , il s'ensui- 
vrait N=20#-+-25 ou N = 20x — 25; en sorte que N 
serait un multiple de 5 : il était donc évident à priori, 
que la considération de ce nombre devait être inutile. Il 
est surprenant que cette remarque ait échappé à Euler. 
» En supposant An ■+• 1 = 5m dz 5 , on trouve 4 (»-*-2) 
= 5 (m -4- 2) , ou 4 (n -+- 6) = 5 (m -+- 4) ; en supposant 
An — 1 = 5m ± 5 , on trouve A(n — 2) = 5 (m — 2) , ou 
A(n — 6) = 5(m — 4) : ainsi, lorsque N est non-résidu 
quadratique de 5 , l'un des nombres n ± 2, n ± 6 est divi- 
sible par 5. On peut donc tirer une autre règle de la con- 



( 400 ) 

sidération des deux nombres n-*-2, n-*-G dans le cas de 
N = 4n-4-l, et des deux nombres n — 2, n — 6 dans le 
cas de N = An — 1 : si l'un seulement des nombres 2 et 5 
se trouve parmi les diviseurs desdits nombres »i± 2, n±6, 
alors IOp — 1 sera divisible par N; si tous les deux ou au- 
cun, lO^-f-l sera divisible par N. 

» J'ajoute, que ces théorèmes peuvent servir dans la 
recherche du nombre des chiffres de la période lorsqu'on 
transforme i en fraction décimale, et que ce fut à l'occa- 
sion de cette équation traitée par J. Bernouilli, qu'Euîer 
lui communiqua sa règle. » 

— .mim Jnomifiiv eJsfta bsd 

■h si iom xsrh &iihsn Jft i 

/inn'l ob Jonid/jo ol mog oldfiîd 
Sur l'emploi du fer de fonte dans la confection d'aimants 

artificiels; par M. Crahay, membre de l'Académie. 

Lfîîû OÎ 1UB 39U7 SO'ÎQO'KT 298 fjolf)?! .PAlQîi 

On a trouvé , il y a trois ou quatre ans , que le fer de 
fonte est susceptible d'acquérir , par la trempe , une force 
coercitive assez grande pour admettre, d'une manière du- 
rable, un fort degré de magnétisme polaire. Cette propriété 
de la fonte, qui était restée généralement inconnue, ou du 
moins qui était laissée sans examen et sans application , a 
été étudiée par M. Florimond , professeur de physique à 
l'institution des Joséphites à Louvain, et utilisée par lui 
dans la construction de machines magnéto-électriques. 

On comprend l'importance de cette application, par la 
diminution notable qu'elle apporte dans le prix de ces 
machines, dans lesquelles les barreaux aimantés, qu'on a 
faits jusqu'ici en acier, forment une grande partie de la 
dépense, à cause de la valeur de la matière et à cause de 
la difficulté que présente la courbure des barreaux pour 



( 401 ) 
leur donner la forme de fer à cheval , opération dans la- 
quelle, à raison de leur grande largeur, les laines sont 
sujettes à acquérir des gerçures qui obligent de les reje- 
ter ; tandis que les barreaux en fonte reçoivent leur forme 
dans le moulage et n'exigent que d'être un peu égalisés 
sur la meule, si la coulée a été faite avec quelque soin. 
Les quatre machines magnéto-électriques que M. Flori- 
mond a fait construire successivement avec des barreaux 
en fer de fonte ont toutes conservé complètement leur 
force. Celle exécutée en dernier lieu, qui était la plus 
grande, et qui était à dix-sept lames aimantées, produisait 
des effets vraiment remarquables par leur grande inten- 
sité, et fit naître chez moi le désir d'en acquérir une sem- 
blable pour le cabinet de l'université. M. Florimond 
s'offrit de la manière la plus obligeante à en diriger la 
construction. Elle fut exécutée, sauf quelques modifica- 
tions, selon ses propres vues, sur le plan des machines de 
Clarke ou plutôt de Von Ettinghaus, sur une échelle plus 
grande que la machine dont il a été question plus haut; 
elle est à seize aimants en fer à cheval, en fonte, réunis 
par leurs pôles homonymes; ils ont 45 centimètres de 
hauteur; chaque lame a 5 centimètres de largeur sur 
1 Va d'épaisseur; les branches sont espacées à \(y centimè- 
tres, extérieurement. Six de ces aimants, assemblés en 
faisceau, sont couchés horizontalement, tandis que les 
dix autres, réunis également en faisceau, sont disposés 
dans un plan vertical , parallèle aux extrémités du faisceau 
couché. De ces dix barreaux, cinq, plus courts que les 
autres, reposent par leurs bouts sur les extrémités polaires 
du faisceau couché, et les bouts de ce dernier, tous dis- 
posés dans un même plan vertical, se trouvent appuyés 
contre les extrémités des cinq autres aimants verticaux, 



( 402) 

prolongés, dans ce but, d'une quantité égale à l'épaisseur 
du faisceau horizontal. 

Deux inducteurs ou électro-aimants accompagnent l'in- 
strument et peuvent successivement s'y adapter. Ils tour- 
nent dans un plan vertical , vis-à-vis des pôles du faisceau 
vertical, et, par conséquent, parallèlement aux branches de 
ce dernier. L'un des inducteurs est à fil mince et long, 
l'autre à lil gros; tous les deux portent un appareil pour 
produire les interruptions des courants. Le second est 
muni, en outre, d'un commutateur destiné à ne transmet- 
tre qu'un seul des deux courants opposés excités dans le 
conducteur. 

Les effets de cette machine dépassent de beaucoup ceux 
de l'instrument mentionné plus haut. Les commotions par 
l'inducteur à fils fins, semblables à celles que produit une 
grande bouteille de Leyde chargée au maximum, seraient 
capables, je crois, à cause de leur continuité, de tuer en 
peu de temps un chien des plus forts. Par l'inducteur à fils 
gros, la décomposition de l'eau est rapide, comme par une 
grande pile galvanique. De petits fils de platine sont mis 
en vive ignition, même à l'extrémité de conducteurs de 
200 mètres de longueur. Enfin, l'aimantation d'un cylin- 
dre de fer est produite avec force, lors même que le con- 
ducteur interposé a plusieurs kilomètres de développement; 
de sorte que probablement la force de cette machine serait 
suffisante pour transmettre des signaux à de grandes dis- 
tances par un télégraphe de construction appropriée. 

Désirant répandre la connaissance de cette utile appli- 
cation de la fonte, M. Florimond a bien voulu me remet- 
tre, avec autorisation de la communiquer à l'Académie, 
la note suivante, qui contient les résultats principaux de 
ses recherches sur le choix de la fonte, sur sa trempe et 



i 



( 405 ) 
sur son aimantation ; ces détails seront précieux aux per- 
sonnes qui voudront employer le fer coulé à la construc- 
tion de fortes machines magnéto-électriques. 

Voici celte note : 

« La fonte grise est la plus convenable pour faire des 
aimants; la fonte blanche est trop fragile et la fonte de 
première qualité ne donne que des résultats médiocres. 

» La fonte acquiert, comme l'acier, une force de coer- 
cition magnétique par la trempe; et du degré de dureté de 
la trempe dépend la persistance du magnétisme qu'on y 
développe. Un barreau trempé au rouge obscur s'aimante 
puissamment, mais il perd tout son magnétisme en vingt- 
quatre heures. Si la trempe se fait au rouge, les barreaux 
non-seulement prennent une forte dose de magnétisme, 
mais ils la conservent indéfiniment. L'expérience m'a fait 
reconnaître que la trempe à l'eau pure n'est pas la meilleure 
pour l'objet en question. Parmi un grand nombre de sub- 
stances essayées , le prussiate jaune de potasse m'a con- 
stamment paru la plus favorable. Voici la manière de pro- 
céder, lorsque les pièces sont de grande dimension : on 
les chauffe au rouge dans un fourneau à vent, puis on les 
extrait, une à la fois; on saupoudre les deux faces de la 
lame, aux trois quarts de la longueur, avec du prussiate 
pulvérisé, et on la plonge immédiatement dans une grande 
quantité d'eau froide , en agitant violemment. 

» Il est bon de donner aux lames de fonte un peu plus 
d'épaisseur qu'on n'en donne aux lames d'acier; elles en 
seront moins sujettes à se courber pendant la trempe, et 
elles s'aimanteront plus avantageusement. 

» L'aimantation se fait le plus facilement et le plus 
énergiquement à l'aide d'un électro-aimant en fer à cheval. 
Celui que j'emploie est mis en activité à l'aide de quatre ou 



( 404 ) 

cinq éléments de Bunsen de médiocre grandeur. Il est 
capable alors de supporter un poids d'environ 200 kilos. 
On applique les deux pôles de Pélectro-aimant sur les deux 
branches du fer à cheval à aimanter, à l'endroit où ces 
branches deviennent parallèles entre elles; on glisse les 
pôles jusqu'aux extrémités polaires de ces branches (ou , ce 
qui revient au même pour le résultat, on glisse le fer à 
cheval contre les pôles de l'électro-aimant laissé immobile), 
on les détache au delà, pour recommencer une deuxième, 
une troisième et une quatrième friction, toujours de la 
même manière que la première; puis on retourne le fer 
à cheval pour lui donner le même nombre de frictions sur 
la face opposée, en ayant soin de toujours toucher les deux 
branches avec les mêmes pôles de l'électro-aimant qui les 
ont touchées respectivement sur la première face, et en 
opérant d'ailleurs comme il a été dit pour celle-ci. 

» Il est important de remarquer que si, après avoir 
aimanté une lame de fonte dans un sens, on voulait l'ai- 
manter en sens contraire, c'est-à-dire renverser ses pôles, 
il faudrait, pour annuler la première charge et lui en 
donner ensuite une nouvelle de même intensité, faire 
usage d'une force magnétique beaucoup plus grande que 
celle qui a servi à la première aimantation; j'ai trouvé 
que si , par exemple, pour la première opération, l'électro- 
aimant avait été excité par deux éléments de Bunsen, il 
en faudrait employer au moins douze à quinze à former 
l'électro-aimant pour pouvoir, par son moyen, communi- 
quer au fer à cheval une polarité renversée aussi forte 
que la primitive. Il est donc important , quand on veut 
faire un aimant composé d'une série de lames, de marquer 
soigneusement les côtés qui doivent prendre la même 
espèce de magnétisme, afin de n'avoir pas à réaimanter 






( 405 ) 

en sens contraire quelques-unes de ces pièces. Il est bon 
aussi de réunir les lames, dans Tordre convenable, peu de 
temps après l'aimantation, et de ne plus les désunir; car 
à chaque fois qu'on les sépare, elles subissent une perte de 
magnétisme. 
9 , } jj, Enfin, il s'entend qu'immédiatement après avoir em- 
ployé le faisceau aimanté à l'usage auquel il est destiné, 
on doit fermer ses pôles par l'application d'un fer de con- 
tact, en fer forgé bien doux, et d'une masse proportionnée 
à celle du faisceau. » 

iû o( aainoJd'i no 

'iblI0j£TJJ0[l/Gl ab nie 

eol iop Jflfifnk~o'ij^it/( ùb pôl&j eoftièn? 

Sur les chaleurs des 7, 8 et 9 juillet 1855, et sur leurs effets 

désastreux; par A. Quetelet , membre de l'Académie. 

iiov£ fctmjfi , j/î oiip r i9jjp76ai9'i $U ia&Sioqmi ■ 

-iB T lliduo7 no *<uss sw aoeb ojno* , j 6)at(ai& 

Dans un mémoire sur les températures présente a la 

séance du 4 juin dernier, j'ai signalé, d'après les obser- 
vations des vingt dernières années, la période du 4 au 
8 juillet, <îomme se faisant remarquer en général par des 
chaleurs extraordinaires et comme offrant les jours les 
plus chauds de l'année. 

L'expérience de 1855 est malheureusement venue con- 
firmer ces prévisions : plusieurs violents orages ont éclaté 
en Belgique, et des chaleurs excessives ont causé la mort 
d'un assez grand nombre d'hommes. 

Il paraît que les chaleurs les plus fortes ont été ressen- 
ties dans les environs de S l -Trond; voici, en effet, les tem- 
pératures centigrades maxima observées respectivement, 
à Bruxelles par les aides de l'Observatoire, à Louvain par 
Tome xx. — II e part. 28 



( 406 ) 

M. Crahay, à Tirlemont par M. Vanden Berghe, à S l -Trond 
par M. Van Oyen, et à Liège par M. D. Leclercq : 

Le 7. Le 8. Le 9. 

Bruxelles (1) 28?6 30°7 29°5 

Louvain ........ 27,4 29,9 29,2 

Tirlemont : . 31,7 31,9 31,5 

S'-Trond 29,0 33,5 32,1 

Liège 28,8 30,8 31,3 

La température la plus élevée, 55°,5, a donc été obser- 
vée à S'-Trond le 8 juillet. C'est à peu près le point le plus 
haut auquel s'élève le thermomètre dans notre pays, et 
c'est ce jour-là même qu'on a eu à déplorer la perte de 
plusieurs militaires : 14 fantassins ont péri en allant du 
camp de Beverloo à Hasselt; 5 en se rendant de Jodoigne 
à Diest (2) ; quelques accidents se sont manifestés égale- 
ment dans un corps de troupes en marche de Huy vers 
Liège et dans une batterie d'artillerie qui se rendait au 
camp de Beverloo. 

Remarquons toutefois que des températures de 55 à 



(1) Le rayonnement solaire observé , à midi, au moyen de l'actinomètre 
d'Herschel, n'a rien présenté d'extraordinaire. Ses indications par un ciel 
serein sont, en moyenne , pour le mois de juillet, de 23 à 24 degrés. Or, le 
7 juillet, l'instrument, à l'heure de midi, indiquait 25°,4; et, le 9 juillet, 
24",1. 

L'électricité de l'air a présenté des fluctuations très-remarquables , mais 
vers les époques des orages seulement: son état statique, observé à midi, 
au moyen de l'électromètre de Peltier, n'a offert, du 1 er au 15 juillet, des 
circonstances exceptionnelles que dans la journée du 8; l'électricité était 
négative; le tonnerre grondait vers le nord et il tombait de la pluie. Quant 
à l'électricité dynamique, il en est rendu compte dans la notice. 

(2) Le Moniteur du 1 1 juillet , qui rend compte de ces accidents , parle 
aussi d'un grand nombre d'hommes qui ont dû être transférés dans les hôpi- 
taux. 



( 407 ) 
35 degrés centigrades ne sont point mortelles pour l'espèce 
humaine, si à ces chaleurs ne viennent se joindre d'autres 
causes délétères. Ce même jour se trouvaient à l'observa- 
toire de Bruxelles deux astronomes égyptiens, MM. Mah- 
moud et Ismaël, et ils m'assuraient qu'ils souffraient au- 
tant par la température de 50°,7 que nous avions alors, 
que sous le ciel ardent de leur pays, lorsqu'à l'observa- 
toire du Caire, ils constataient, à l'ombre, la température 
excessive de 54° centigrades. Le thermomètre, en général, 
est un instrument insuffisant, quand on le consulte seul, 
et qu'on veut mesurer les effets des températures extrêmes 
sur l'économie animale. 

Voici les détails recueillis sur les orages qui ont éclaté 
le 7, le 8 et le 9 juillet. 

A Bruxelles, le 7, le temps était lourd et orageux dans 
la soirée; entre 10 heures et minuit, le baromètre subis- 
sait quelques oscillations et l'on apercevait des éclairs au 
SO; vers i heure du matin, on entendait un tonnerre 
lointain. — Cette même nuit, un orage sévissait avec une 
grande violence en Hollande, mais particulièrement dans 
le Brabant septentrional; en plusieurs endroits, les ré- 
coltes ont été détruites par la grêle et par des pluies torren- 
tielles, les arbres brisés et déracinés par le vent. Les grê- 
lons étaient d'une grosseur tout à fait extraordinaire: à 
Bois-le-Duc, la quantité de vitres brisées a été considérable. 
Dans les communes de Gessel, Scheindel,Berlicum,«Dinter 
et Heeswyck, les récoltes ont été dévastées. — Vers 5 heures 
du matin, dans la nuit du 7 au 8, un violent orage, qui 
paraît se rattacher au précédent, a éclaté sur la vallée de 
la Ruhr, en Westphalie. Il n'a duré que quelques minutes, 
mais ce peu de temps a suffi pour détruire les récoltes. 
L'orage s'étendit de xMulheim sur Kittewog et Werden, et 



( 408 ) 

jusqu'à Steele et Hattiugen. Les environs de Werden ont 
surtout beaucoup souffert. 

Le 8, dans la soirée, l'air semblait manquer totalement, 
mais le temps était serein et le baromètre ne présentait 
rien de remarquable à Bruxelles; de 8 heures *k à minuit, 
d'épais nuages noirs bordaient l'horizon au nord; ils avan- 
çaient lentement de l'O. à TE. et se divisaient en deux 
couches superposées; leur intervalle était continuellement 
sillonné d'éclairs; vers 11 heures, le ciel s'est voilé et, vers 
minuit, s'est élevé un vent frais du NE. qui chassait devant 
lui des vapeurs rapides. — Un fort orage a éclaté cette 
nuit sur divers points dans la direction des Flandres; il 
est tombé beaucoup d'eau aux environs de Termonde. A 
Anvers, l'orage a sévi également avec violence; la foudre 
est tombée aux environs , à Wilryck et à Deurne. — Dans 
les communes de Blerick, Baarloo, Kessel, Belfeld , Ven- 
loo, Tegelen, Masbrée, Sittard et Geleen (Limbourg hol- 
landais), un orage épouvantable a éclaté, le 8 juillet, au 
soir et y a causé de forts dégâts. La grêle et la pluie se 
sont mêlées aux éclairs et au tonnerre, qui se succédaient 
presque sans interruption. En divers endroits, il est tombé 
des grêlons de la grosseur d'un œuf de poule. A Baarlo, 
notamment, la récolte a été à moitié détruite et des oiseaux 
tués sur le coup. A Mechelen (Limbourg belge) , la foudre 
est tombée sur plusieurs habitations. 

Le 9, dans la matinée, régnait, à Bruxelles, une tempé- 
rature suffocante, et à midi, le thermomètre avait atteint 
déjà 29°,5; le baromètre, qui, le matin, marquait 757 mm ,2, 
était descendu, à 1 heure, à 754 mm ,9, lorsqu'on vit s'a- 
vancer de l'OSO une immense couche de nuages dont le 
bord disposé en arc présentait sa convexité vers le zénith; 
cette couche entière paraissait subir un mouvement de 



(409 ) 

rotation lente et offrait l'aspect le plus sinistre; sa sur- 
face inférieure paraissait ondulée comme les vagues de la 
mer (1) . Plus bas , de gros cumulo-stratus roulaient ça et là, 
et vers l'horizon paraissaient quelquefois toucher le sol. 
A 1 h. 42 m., on aperçoit les premiers éclairs dans la di- 
rection de l'ONO , et l'on entend presque aussitôt le ton- 
nerre; le galvanomètre de l'Observatoire indique d'abord 
un courant ascendant (vers A), puis bientôt un courant 
descendant (vers B), chacun de 40 à 12°. A 1 h. 39 m., 
le galvanomètre oscillait autour de sa position d'équilibre; 
à 1 h. 42 m., une bourrasque violente soulève tout à coup 
des flots de poussière au moment où le sommet de l'arc 
formé par les nuages atteint le zénith; pendant quelques 
instants, il est impossible de distinguer les maisons situées 
de l'autre côté du boulevard. A 1 h. 44 m., l'oscillation du 
galvanomètre est de 5°A à 3°B. Al h. 46 m., la pluie 
commence et le galvanomètre oscille de 5°B à 4°A; à 1 h. 
49 m., de 15°B à 4°A, et à 1 h. 51 m., la pluie et le vent 
redoublent d'intensité. A 1 h. 52 m., les oscillations va- 
rient successivement de 5°B à 5°A et de 16°B à zéro. A 1 h. 
55 m., l'aiguille dévie de 24° vers B., puis revient à 17° A; 
le vent et la pluie diminuent (2). A 1 h. 55 m., le vent 
passe de l'OSO au SSO , et immédiatement après la pluie 
cesse et le temps redevient calme. A 2 heures, le galvano- 



(1) Une particularité remarquable, c'est la coloration en vert-pomme d'un 
immense nuage qui se trouvait au milieu des nuages orageux d'une teinte 
plus ou moins cuivrée. Cette teinte était-elle un effet optique produit par la 
juxtaposition des couleurs? 

(2) Dans l'intervalle d'un quart d'heure, l'appareil d'Osier accuse trois 
bourrasques , correspondant à des pressions successives de 2 kil. , de 2 k ,55 
et de C w ,15 sur une surface d'un pied anglais de côté. 



( 410 ) 
mètre n'oscillait plus que de 5°B à 5°A , la température 
était descendue de plus de 3 degrés (26°,3), et le baro- 
mètre avait remonté brusquement à 755 mm ,8, pour conti- 
nuer, dans la soirée, une marche ascendante. 

L'ouragan du 9, en particulier, a exercé de grands ra- 
vages entre Bruxelles, Assche et Vilvorde. Une trombe, 
dont la formation semblait déterminée par la rencontre 
de deux courants opposés, est venue fondre, avec une 
grande impétuosité sur une étendue de 5 à 6 lieues de lon- 
gueur et de 5 lieues de largeur du SO. au NE. de Bruxelles; 
elle a occasionné les plus cruels dégâts. Des grêlons, de la 
grosseur d'un œuf de pigeon , de véritables glaçons sont 
tombés, et, chassés par un vent furieux, ont haché les ré- 
coltes, brisé les branches d'arbres et cassé presque tous 
les carreaux de vitre dans les communes de Grimbergen, 
Meysse, Bever, Wemmel, Relleghem, Molhem, Cobbe- 
ghem, Zellick, Grand-Bigard, Berchem, Ganshoren, Dil- 
beek, Koekelberg, Molenbeek, Laeken, Jette, Dilighem, 
Strombeek, Neder-Overheembeek , Dieghem, Trois-Fon- 
taines, Borgt et Vilvorde. Les plus gros grêlons recueillis à 
Berchem, Laeken, Jette, Dillighem, Wemmel, Strombeek, 
Trois-Fontaines et à Vilvorde, pesaient un demi-kilo- 
gramme, et avaient jusqu'à 50 centimètres de circonférence. 

A Trois-Fontaines, la grêle est tombée, avec une force 
prodigieuse et en morceaux énormes ; un homme a reçu 
sur la nuque un grêlon qui l'a mis hors de connaissance. 
A Jette, trois chevaux ont été tués. A Strombeek, un 
troupeau qui se trouvait en pleine campagne, a péri en 
grande partie. A Borght, une femme a été tuée roide par 
un seul grêlon. A Wemmel, un enfant a péri. D'autres 
personnes, surprises dans les champs par l'orage, ont été 
fortement contusionnées par la grêle, leur corps a été tout 



( 411 ) 

meurtri; les paysans qui travaillaient aux champs se je- 
taient à plat ventre, sous les blés et dans les fossés. Des 
pigeons, des perdreaux et des lièvres ont été trouvés morts, 
une grande partie des récoltes sont perdues, et tous les 
carreaux des fenêtres exposées au SO ont été brisés; des 
serres situées entre Jette et Vilvorde, il n'est pas resté un 
seul carreau, et, circonstance plus remarquable, les tuiles 
étaient percées à jour comme si elles avaient été mitrail- 
lées. En somme, on estime, en exagérant sans doute, les 
dégâts de toute espèce a plus de 2,200,000 francs. 

On aura une idée de la dureté des grêlons par ce seul 
fait que, le lendemain soir, les enfants en rapportaient 
en ville, dans leur blouse, un grand nombre de la gros- 
seur d'un œuf, qu'ils avaient été recueillir dans les localités 
atteintes par le sinistre, et le surlendemain, on pouvait 
en ramasser encore dans les rigoles du bas de la côte à la 
montagne de Dilighem : ils étaient en général rugueux, 
irréguliers, transparents; le noyau seul était opaque, et 
entouré de cinq à six enveloppes concentriques. 

D'après les renseignements fournis par les journaux, 
cet ouragan paraît avoir pris naissance en France. Une 
trombe de grêle s'était abattue, vers neuf heures du matin, 
sur Rouen, avait mitraillé la ville et ses environs pendant 
cinq minutes; la foudre est tombée sur plusieurs poiuls. 
Les grêlons élaient énormes et ont occasionné d'immenses 
dommages; quelques-uns pesaient 75 grammes. La quan- 
tité tombée a été si considérable que, trois heures après 
l'orage, on en voyait encore des amas que la chaleur n'a- 
vait pas complètement fondus. 

Au Havre et à Elbeuf, l'ouragan a sévi avec une violence 
moindre qu'à Rouen ; le canton de Boos a été le plus mal- 
traité. Nous ignorons si en France il a dévasté d'autres 






( 412 ) 

localités plus rapprochées de nous; mais c'est vers midi 
qu'il a envahi nos frontières du côté de Peruwelz. 

A Baugnies, Bury, Roucourt, les désastres sont grands; 
l'orage avait commencé vers le couchant, à 11 h. hkï II est 
tombé, vers midi et demi, une averse de grêlons de la 
grosseur d'un œuf de moineau; d'autres avaient la gros- 
seur d'un œuf de pigeon, mais ils étaient en moindre 
quantité, et sur vingt, il s'en trouvait un de la grosseur 
d'un œuf de poule: les vitres, les tuiles ont été brisées, 
les récoltes en grande partie hachées et les arbres fort en- 
dommagés, tant par les grêlons que par une tempête qui 
s'est déchaînée au plus fort de l'orage. Les eaux ont été si 
abondantes que le village de Baugnies a été complètement 
inondé, et à Roucourt, un enfant a été tué d'un coup de 
grêlon. La dévastation s'est étendue jusqu'à Brasmenil , et 
a continué vers Bruxelles, car à Grammont, Gammerage, 
Vollezeele et Ninove, la grêle, vers 2 heures, a occasionné 
également de grandes pertes : les grêlons avaient la gros- 
seur d'une noix. 

A Bruxelles, l'orage n'a fait que passer sur la ville, où 
l'on n'a entendu qu'un coup de tonnerre, en même temps 
qu'un coup de vent furieux a soulevé, vers 1 h. 3 /4, d'é- 
normes flots de poussière; mais au NO de la ville ça été, 
comme nous l'avons dit, une véritable trombe. 

Un témoin oculaire de l'orage à Trois-Fontaines dit que 
sa formation et sa marche offraient un spectacle terrible 
et imposant: « Le tonnerre, depuis plusieurs heures, gron- 
dait sans interruption. Un nuage immense blanc- gris, 
roulant très-bas et tourbillonnant avec une vitesse dont 
rien ne peut donner une idée, se portait tantôt sur Ever et 
Dieghem, et tantôt vers Bruxelles. Le vent, qui soufflait 
par rafales, soulevant d'énormes tourbillons de poussière 



(413) 
passa tout à coup au NE, et amena le redoutable tour- 
billon dans la direction de Ninove. De là on le vit s'ap- 
procher rapide comme la foudre, et, vis-à-vis de Trois- 
Fontaines, il prit la forme d'une trombe Rabaissant sur le 
canal au point de toucher l'eau , remplissant l'air d'une 
vapeur telle qu'on ne voyait rien à dix pas , et se mouvant 
en tout sens avec une force indescriptible. Le vent le porta 
soudain à une grande hauteur, et la grêle commença à 
tomber avec fracas, faisant jaillir l'eau du canal à plus de 
trois pieds de hauteur, au point qu'on crut un instant 
qu'elle allait déborder. Le spectacle en ce moment était 
prodigieux et formidable. Ce n'était pas de la grêle, c'était 
des morceaux de glace lenticulaires et hérissés de pointes 
d'une régularité remarquable. On n'en pouvait mettre deux 
ensemble qu'ils ne se soudassent immédiatement avec une 
force singulière. » 

A Malines et à Louvain , l'on n'a éprouvé qu'un orage 
ordinaire, mais entre ces deux villes, à Haecht et à Wes- 
pelaer, vers 5 heures du soir, un violent orage, accom- 
pagné d'une pluie de grêlons énormes et de la grosseur 
d'une forte poignée, est venu signaler le passage de la 
trombe; l'orage a duré 15 minutes et a dévasté toutes les 
campagnes. A la station de Wespelaer, au passage du con- 
voi, on montrait aux voyageurs des morceaux de glace de 
la grosseur d'un œuf de canard. 

Nous n'avons pas ouï-dire que l'ouragan ait sévi plus loin 
vers Diest, la Campine ou le Limbourg belge; seulement à 
Winghe-S^Georges, entre Louvain et Diest, on a essuyé une 
violente bourrasque accompagnée de pluie et de tonnerre. 

En attendant qu'une enquête officielle ait constaté l'é- 
tendue des ravages causés par l'ouragan du 9 août, peut- 
être sera-t-il intéressant de connaître les dégâts causés par 



( 414 ) 
la grêle et évalués en francs, que de pareilles enquêtes ont 
constatés dans nos provinces pendant les trois années de 
1844 à 1846 (1) : 



PROVINCES. 



1844. 



1845. 



1846. 



Anvers 

Brabant .... 
Flandre occidentale 
Flandre orientale . 
Hainnut .... 

Liège 

Limbourg . . . 
Luxembourg . . 
Namur. .... 

Le royaume. . 



705 
» 
274,909 
10,000 

» 
17,910 
04,645 
20,717 



388,886 



11,059 
36,367 

97,514 

» 

62,752 

33,005 

144,187 

16,253 

401,137 



12,311 
21,823 
16,159 

» 
27,900 
59,907 
29,619 
3,416 
50,085 



221,220 



En diminuant de beaucoup les pertes évaluées par l'ou- 
ragan du 9 juillet, il en résulterait cependant encore que 
leur valeur dépasserait le total de toutes les pertes éprou- 
vées dans le royaume pendant les trois années 1844, 1845 
et 1846. 

Il est à regretter que Ton n'ait pas de renseignements 
bien préciser l'instant où le phénomène a éclaté dans les 
diverses localités du pays; mais en somme, il est certain 
qu'il a suivi la direction du SO au NE, et qu'il a franchi 
en 5 i k heures environ l'espace entre Rouen et la fron- 



(1) Ces renseignements sont puisés dans des documents officiels déposés 
au Ministère de l'intérieur. 



( 415 ) 

tière belge. Arrivé à Peruwelz, vers midi el demi, il s'est 
avancé sur Bruxelles où il a été ressenti à 1 heure Z U; au 
nord de cette ville, vers Vilvorde, il aurait rencontré un 
courant contraire du NE qui aurait déterminé la forma- 
tion d'une trombe ; celle-ci aurait été ramenée d'abord en 
arrière sur Ninove et Grammont où elle a sévi vers 2 heu- 
res, pour reprendre avec une nouvelle furie, sa course vers 
le NE , et venir s'abattre sur les fertiles plaines situées 
entre Assche, Vilvorde et Bruxelles; la vallée de la Dyle, 
dans les environs de Haecht, paraît avoir servi de limite 
à son parcours. 

Je ferai remarquer, en terminant, que l'orage du 9 a 
suivi presque la même marche que celui du 28 juin der- 
nier, et qu'il s'est arrêté à peu près au même lieu. Ce lieu 
a été ravagé encore de la manière la plus déplorable dans 
d'autres circonstances, et notamment par les pluies dilu- 
viennes du 4 juin 1859, qui ont détruit le hameau de 
Borght, près de Vilvorde, et plus de 40 de ses habitants. 
L'étude des localités comprises entre Bruxelles et Vilvorde 
mériterait d'attirer l'attention la plus sérieuse des météo- 
rologistes et des géologues. Il ne peut être douteux que 
certaines localités soient beaucoup plus exposées que d'au- 
tres aux désastres causés par les grêles et les orages. 

— A la suite de cette communication , M. d'Omalius cite 
la commune d'Halloy, qui, depuis soixante-cinq ans, n'a 
point été ravagée, tandis que les localités voisines l'ont 
été. Les orages arrivés là, dit-il, se partagent en deux par- 
ties : l'une suk la Meuse et l'autre le bord de l'Ardenne. 
M. Lacordaire signale le même fait pour Liège et M. Du 
Bus pour Anvers. 



( 416 ) 






CLASSE DES LETTRES 



Séance du 29 juillet 1855. 

M. De Ram, vice-directeur, occupe le fauteuil. 
M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le chevalier Marchai, le baron de 
Gerlache, Roulez, Lesbroussart, Gachard, Rorgnet, David, 
Van Meenen, Paul Devaux, P. De Decker, Schayes, Snel- 
laert, Haus, Polain, Baguet, membres; Nollet de Rrauwere 
van Sleenland, associé; Arendt, Ad. Mathieu, Chalon, 
correspondants. 

M. Stas, directeur de la classe des sciences, MM. Alvin 
et Éd. Fétis, membres de la classe des beaux-arts, assis- 
tent à la séance. 

^ïBdoeO 
CORRESPONDANCE. 

_ ihfid3 onb ub 

aûé 
M. le secrétaire perpétuel fait connaître qu'il a reçu le 
grand ouvrage de M. Lepsius sur l'Egypte, dont S. M. le 
roi de Prusse a bien voulu disposer en faveur de l'Aca- 
démie; l'envoi avait été annoncé dans la séance précé- 
dente. ffl9(fl 
Il présente ensuite, de la part de M. le baron Ch. Dupin, 
associé de l'Académie, un exemplaire du discours que ce 



(417) 

savant a prononcé devant l'empereur au nom de la com- 
mission française, instituée pour l'exposition universelle 

de Londres. 

AftSJITI 

L'Académie belge d'histoire et de philologie d'Anvers 

fait hommage d'un exemplaire de ses publications, par 

l'intermédiaire de son président, M. Éd. le Poittevin de 

La Croix. 

L'Académie royale de Turin fait parvenir les trois der- 
niers volumes de ses Mémoires. Des envois semblables sont 
faits par différentes sociétés savantes étrangères. 

La classe vote des remercîments pour ces diverses pu- 
blications qui seront annoncées au Bulletin. 
1 

t aoIcd3 <usidiM <bk ? )bWT 

RAPPORTS. 

Inscription pour la statue du duc Charles de Lorraine. 

M. Gachard, membre de commission précédemment 
chargée de présenter un projet d'inscription pour la statue 
du duc Charles de Lorraine, demande que la classe veuille 
bien examiner d'abord : 

1° Si l'inscription doit être rédigée en latin ou dans une 
langue moderne; j Wi > 

2° Si la commission est autorisée à faire des représen- 
tations sur les sujets choisis pour les bas-reliefs du monu- 
ment (la bataille de Prague et le passage du Rhin). 

Pour ce qui concerne le premier point, la classe est 
d'avis que l'on conserve l'inscription latine telle qu'elle 



( 418 ) 

avait été formulée sur le piédestal de l'ancienne statue du 
duc Charles par décision des états de Brabant. 

Sur la face opposée du piédestal , on substituerait aux 
armes du duc, une inscription mentionnant l'époque du 
renversement et celle du rétablissement de la statue par la 
reconnaissance du public et de l'État. 

Quant aux sujets des bas-reliefs, la classe pense qu'il 
serait préférable de substituer à des faits militaires étran- 
gers au pays, des sujets en rapport avec la carrière admi- 
nistrative du bon prince dont le souvenir est encore si 
cher aux Belges. Quoique la classe n'ait point été consultée 
sur cet objet , on pourra le soumettre à l'appréciation du 
Gouvernement. 



Sur une notice de M. Namur relative à un lacrymatoire 
trouvé, en 1852, dans le grand-duché de Luxembourg. 

Mapport de SM. Mtoulez. 

<l Dans une lecture faite à l'Académie en 1858 (1) , j'ai 
combattu l'opinion des antiquaires qui admettent l'usage, 
chez les Romains, de répandre sur la cendre des morts 
des larmes recueillies dans de petits vases qu'ils appellent 
lacrymatoires, mais qui n'ont pas de nom particulier dans 
la langue latine; j'ai prouvé que, pour appuyer ce senti- 
ment de l'autorité de textes anciens, il avait fallu leur 



(1) Bulletins de V Académie, t. V, n<> 4, p. 226 sv. , et n° 5, p. 315 sv. 



( 419 ) 
donner un sens forcé (1). Pendant mon séjour à Rome, 
en automne 1859, en examinant les divers objets retirés 
du tombeau du boulanger M. Vergilius Eurysaces, et qui 
se trouvaient encore dans une baraque près de la Porta 
Maggiore, j'ai remarqué une petite bouteille dont je repro- 
duis ici le dessin conservé dans mes notes : elle était rem- 
plie jusqu'à la hauteur e f, ainsi à deux tiers à peu près , 



d'un liquide incolore ressemblant à de l'eau. Le corps de la 
bouteille a b paraissait d'un verre rougeâtre, tandis que le 
pied d, qui y était soudé, et la partie supérieure c, fermée 
hermétiquement, étaient de verre blanc. J'ai jugé, et feu 
Olf. Mùller et M. Ad. Schoell en compagnie desquels je 
me trouvais, ont jugé, comme moi, que la coloration en 



(1) M. Braun en convient lui-même {voy. l'ouvrage cité dans la note sui- 
vante) : So iiberzeugend und fasslich die Bemerkungen des Herrn Profes- 
sor Roulez ueber die vermeintlichen Thraenengefdsse geschrieben sind , 
und obwohl philologisch kein Grund vorhanden ist } den Ausdruck La- 
crymatorium festzuhalten , etc. 



( 4°20 ) 

rouge était l'effet d'un dépôt du liquide. Au dire du gar- 
dien des objets, la panse de la bouteille aurait été fabri- 
quée d'une matière différente, qu'il avait le tort, du reste, 
d'appeler de l'ambre. Un célèbre archéologue allemand 
résidant à Rome, M. Braun , publia, quelque temps après, 
une courte notice sur cette découverte (1). ïl ne dit rien 
de l'état extérieur de la bouteille, mais il pense qu'elle 
contenait des larmes, parce que, à son avis, l'unique 
raison qu'on a pu avoir de la fermer hermétiquement, 
c'est de réunir à jamais ces larmes à la cendre du défunt. 
Cet argument est peut-être plus spécieux que vrai : on dé- 
posait dans les urnes cinéraires des bouteilles renfermant 
des essences liquides, aussi bien que des lacrymatoires ; 
on pourrait donc avoir désiré également que ces essences 
se conservassent aussi longtemps que les cendres. Ce fait 
archéologique, resté incomplet par le manque de l'analyse 
chimique du contenu de la bouteille, n'avait donc pas 
avancé de beaucoup la question. 

Lorsque M. Namur m'annonça la découverte, dans une 
urne cinéraire, d'une ampoule en verre bleuâtre et hermé- 
tiquement fermée, je l'engageai à faire analyser le liquide 
qui y était renfermé. M. le professeur Reuter a procédé à 
cette analyse et a rendu compte de ses opérations dans 
une note qui est jointe au travail de M. Namur. Notre col- 
lègue de la classe des sciences. M. Slas, chargé d'examiner 
ce compte-rendu , trouve que l'analyse a été convenable- 
ment faite, et déclare adhérer à la conclusion du chimiste 
luxembourgeois, laquelle porte simplement que le liquide 



(1) Dans le Muséum fur Philologie, herausg. von Welcker und Ritschl., 
t. I, p. 124. Frankfurt A/M, 1842. 



( 421 ) 

de l'ampoule présente de l'analogie avec des larmes. Ce 
second fait, quoique plus concluant que le premier, ne 
décide cependant pas encore la question. En attendant que 
d'autres faits se produisent, je demanderai à la classe la 
permission de lui soumettre quelques nouvelles observa- 
tions sur l'usage des iacrymatoires. 

Il est indubitable que des larmes versées sur les cendres 
du mort étaient regardées par les Romains comme un hom- 
mage pieux rendu à sa mémoire. Mais pour accomplir ce 
triste devoir, il n'y avait nulle nécessité de recueillir leslar- 
mes dans un vase quelconque; il était plus naturel et plus 
commode à la fois de pleurer, soit sur la cendre brûlante 
encore, soit sur la cendre refroidie et placée dans l'urne. 
La difficulté de recueillir des larmes est beaucoup plus 
grande qu'on se l'imagine (1). Vainement m'objecterait-on 
l'existence des praeficae ou pleureuses à gages. Ces femmes 
d'abord n'intervenaient que dans le convoi funèbre où leur 
rôle principal était de chanter la nénie ou poëme en l'hon- 
neur du défunt (2). Elles s'arrachaient, à la vérité, les 
cheveux et donnaient les signes extérieurs d'une vive dou- 
leur (5) ; mais, supposé même qu'elles sussent verser des 
larmes de commande, la vivacité de leurs démonstrations 
et la marche devaient être un obstacle à ce qu'elles pussent 



(î) Selon M. Simon, une des- raisons pour lesquelles la connaissance chi- 
mique des larmes est encore si peu avancée consiste dans la difficulté d'en 
obtenir en quantité suffisante pour opérer. Voy. Handbuch des angewandten 
medizinischen Chemie , t. II, p. 80. 

(2) Plaut., Truculent., II, 6, 14. Asinar., IV, 1, 63. Horat., Art. poet., 
431. Varro, de L. Z., VII, 70. Paul., Excerpt. e Festo s. voc, p. 223, 
éd. Miïller. Nonius Marcell., De propr. serm., p. 47, éd. Gerlach et Roth. 

(3) Lucilius, ap. Non., 1. c. 

Tome xx. — II e part. 29 



( 422) 

les recevoir dans un vase. Ensuite les praeficae qui, primiti- 
vement, n'étaient employées qu'en l'absence de parents (1), 
ne parurent probablement plus tard qu'aux funérailles de 
personnes de distinction, et cela principalement dans la 
capitale de l'Empire, tandis que les fioles, appelées vulgai- 
rement lacrymatoires, se rencontrent le plus fréquemment 
au fond des provinces dans des sépultures qui n'offrent 
rien moins que des traces d'opulence. Ces considérations 
et celles que j'ai présentées dans mon premier travail me 
semblent tellement puissantes que je serais disposé à 
regarder quelques découvertes de vases renfermant réelle- 
ment des larmes, comme des cas exceptionnels, plutôt que 
comme des indices d'un usage général. La communication 
de M. Namur n'en a pas moins un grand intérêt dans celle 
discussion, j'ai donc l'honneur de proposer à la classe de 
lui voter des remercîments et d'ordonner l'impression de 
sa notice dans nos Bulletins. 

Il me reste maintenant à répondre à quelques questions 
qui me sont adressées dans le rapport de mon honorable 
confrère M. Stas : elles concernent les moyens de fabrica- 
tion de l'ampoule, de sa fermeture hermétique et de l'in- 
troduction du liquide. Le premier point ne me paraît pas 
douteux : l'ampoule a été soufflée. Ce procédé était pra- 
tiqué anciennement comme de nos jours (2). Le second 
point revient à savoir si les Romains se seraient déjà servis 
du chalumeau, dont on attribue aujourd'hui l'invention à 
Antoine Swab, en 1758. Aucun auteur ancien, que je 



(1) Nonius, De hon. etnov. vet dictis, p. 99. 

(2) Plin., Hist. nat, XXXVI , 2fi , 06 : aliud flatu figura!ur , aliud 
torno teritur, aliud argenli modo caelalur. 



(425 ) 

sache, ne mentionne cet instrument, mais s'il est indis- 
pensable pour fermer hermétiquement un vase en verre, 
j'en conclurai que les Romains le connaissaient, ou du 
moins qu'ils possédaient un autre moyen de parvenir à la 
même fin; ce sera un exemple de plus où les faits archéo- 
logiques viennent suppléer au silence des textes. Quant 
au troisième point, l'introduction du liquide dans l'am- 
poule, M. Slas suppose quelle a eu lieu par un procédé 
qui repose sur la connaissance du principe de physique, 
d'après lequel l'air renfermé dans un vase se dilate par la 
chaleur et se contracte par le refroidissement. Je ne trouve 
ce principe consigné dans aucun des ouvrages anciens par- 
venus jusqu'à nous. Si néanmoins l'hypothèse de notre sa- 
vant confrère était fondée et seule possible, il faudrait affir- 
mer que les Romains l'ont connu ou du moins qu'ils l'ont 
mis en pratique. Mais je crois, pour mon compte, que le 
liquide a été introduit dans l'ampoule simplement à l'aide 
d'un petit entonnoir (infundibulum). Je liens l'opération 
pour très-praticable, puisqu'elle a été faite en ma présence 
au laboratoire de chimie de l'université de Gand avec une 
ampoule dans les mêmes conditions que celle dont il s'agit. 
Bien plus, il existe dans le cabinet d'antiquités de M. Hou- 
ben, à Xanten, cinq ampoules semblables de diverses cou- 
leurs, dans lesquelles on a cru reconnaître des restes de 
fard rouge et blanc (1). 



(1) Denkmaeler von Castra Fêtera in Houben f s Ântiquarium su 
Xanten mit Erlàuterungen von Fiedler, Tab. XL , 1-5, p. 62. 






424 



Wlappovt de 9M. S tau. 

€ L'analyse du liquide contenu dans l'ampoule, dite 
lacrymatoire , me paraît faite avec tous les soins et la pré- 
cision désirables. L'ensemble des résultats coïncide avec 
ceux que doivent fournir les larmes renfermées pendant 
longtemps dans un vase de terre à base de potasse. L'état 
de nos connaissances sur la nature chimique des larmes, 
joint à la minime quantité de matière que M. le profes- 
seur Reuter a eue à sa disposition , ne permettent pas qu'on 
affirme d'une manière absolue leur identité. Mais cepen- 
dant celte identité me paraît très-probable. J'approuve la 
conclusion de M. Reuter, qui déclare simplement que le 
liquide de l'ampoule présente de l'analogie avec les larmes. 
Je suis aussi d'avis que cette analyse mérite d'être imprimée. 

La notice de M. Namur soulève plusieurs questions que 
je me permets d'indiquer à la sagacité de mes savants con- 
frères MM. Roulez et Schayes. Ce sont celles des moyens 
de fabrication de l'ampoule, de l'introduction du liquide 
et de la fermeture hermétique. La forme et la délicatesse 
de ce vase, et surtout la manière dont il a été fermé, 
présupposent, à mon sens, l'usage du chalumeau. Or, il 
n'est pas à ma connaissance que les Romains s'en soient 
servis. L'éclaircissement du moyen employé pour faire 
pénétrer le liquide dans l'ampoule est incontestablement 
d'une grande importance pour l'histoire de la physique. 
Que l'on suppose le vase, avant l'introduction du liquide, 
muni soit d'un tube effilé plongeant dans les larmes, soit 
d'un tube effilé et élargi vers l'ouverture béante, destiné 
à contenir le liquide devant entrer dans le lacrymatoire. 




s Y 



v \, 



{ 425 ) 

il faut, pour faire pénétrer le liquide à l'intérieur de l'am- 
poule, que l'on sache que l'air renfermé dans celle-ci se 
dilate par la chaleur et se contracte par le refroidisse- 
ment. Or, ce sont des connaissances qu'en principe nous 
n'accordons pas aux anciens. Les ont-ils possédées en 
fait, c'est à mes honorables confrères à le décider. » 

M. Schayes adhère aux conclusions présentées par MM. 
Roulez et Stas, et la classe ordonne l'impression de la 
notice de M. Namur. / 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Notice sur un véritable lacrymatoire découvert, m 1852, 
dans le grand-duché de Luxembourg; par M. A. Namur. 

Entre Rigonviîle et Wolvelange (grand-duché de Luxem- 
bourg) , des ouvriers travaillant sous la direction du can- 
tonnier communal, ont découvert, à quelque profondeur 
sous terre, deux urnes romaines renfermant des cendres 
et des ossements calcinés, et parmi les cendres dans cha- 
que urne un flacon en verre de forme globulaire, de cou- 
leur bleue, entouré de filets en verre blanc qui sont super- 
posés en spirale irrégulière du haut en bas de la fiole (voir 
la planche ci-jointe). * 

Une de ces fioles et les deux urnes ont été brisées; l'au- 
tre a été conservée intacte et acquise pour le musée de la 
Société archéologique de Luxembourg par les soins de 



( 426 ) 

M. l'instituteur Biaise, membre correspondant de cette 
société. 

La fiole conservée renferme un liquide qui a l'apparence 
de l'eau; après l'introduction du liquide, elle a été hermé- 
tiquement fermée. 

Sous l'une des urnes cinéraires se trouvait également 
une monnaie en bronze, qui malheureusement a été jetée 
sans avoir été examinée par un numismate. 

Quelque nombreux que soient les vases en verre et en 
terre cuite, de formes variées, que l'on connaît sous la 
dénomination générale de lacrymatoires, la destination 
de ces vases n'est pas encore établie d'une manière incon- 
testable jusqu'à nos jours. 

Parmi les archéologues, les uns prétendent que les Ro- 
mains avaient l'usage de recueillir des larmes et de les 
verser sur les cendres ou de les conserver avec ces cendres 
dans les urnes cinéraires (1). Les autres nient entièrement 
l'existence de cet usage, en prétendant que les vases connus 
sous le nom de lacrymatoires étaient destinés plutôt à con- 
tenir des baumes liquides, des huiles odorantes et même 



(1) L'opinion qui admet l'existence de lacrymatoires, dit M. Roulez (Bul- 
letins de l'Académie royale de Bruxelles, t. V , p. 226) , date du XV e siècle 
et fut attaquée d'abord par Schœpflin (de Apoth. imp. rom. , 1790; Alsalia 
illustrata, t. I, p. 524, et Con. Middleton, Germana quaedam antiqui- 
tatis erudita monumenta , p. 04) et quelques autres antiquaires. Elle le fut 
ensuite par iMongez (Histoire de l'Académie des inscriptions , t. VII , p. 92), 
à l'occasion de l'interprétation d'une sculpture qui existait, en 1780, à Cler- 
mont en Auvergne , sur un des murs de l'église des Charitains et représentait 
une pompe funèbre. Mongez démontra que ce monument n'était pas antique 
et persista à ne voir dans les prétendus lacrymatoires que des vases destinés à 
contenir des baumes liquides, etc. 

Quoiqu'aujourd'hui, continue M. Roulez, la plupart des antiquaires par- 



( 427 ) 

de l'huile ordinaire, que l'on répandait sur les corps placés 
dans le bûcher et sur les cendres avant de les renfermer 
dans des urnes. Grand nombre de savants sont aujourd'hui 
de cette opinion, que plusieurs découvertes semblent con- 
firmer. La découverte du cimetière gallo-romain du IV e 
siècle faite, en 4850, sur les hauteurs de Steinfort (grand- 
duché de Luxembourg) (1), a mis au jour plusieurs llacons 
en verre destinés les uns à renfermer des matières hui- 
leuses dont ils ont conservé le résidu, les autres à conte- 
nir l'eau bénite que les premiers chrétiens avaient l'habi- 
tude de déposer dans les tombes. Plusieurs découvertes 
analogues ont fourni le môme résultat. 

Les défenseurs des deux opinions contradictoires préci- 
tées appuient leurs assertions sur quelques textes d'auteurs 
et sur des locutions que l'on rencontre dans des inscrip- 
tions sépulcrales. 

Dans son intéressante notice sur les lacrymatoires (2), 
M. Roulez a prouvé avec beaucoup de discernement qu'au- 
cun des auteurs anciens n'a mentionné le prétendu usage 
et que la contestation sur les lacrymatoires ne provient que 
de la différence d'interprétation de certaines expressions 
sur lesquelles les savants ne s'accordent pas. 



tagent cette opinion , quelques uns cependant prennent encore la défense de 
l'ancienne opinion, soit absolument, comme le docteur Emele (Besckreibung 
Rom. u. deuscher Alterthumer ; Mainz, 1853, p. 25), soit avec des restrictions, 
comme deux savants illustres , MM. Raoul Rochette {Mon. înéd. d'ant. figu- 
rée, p. 45) et Creuzer [Ein alt-athenisches Gefàss, p. 51), dont le dernier ne 
semble disposé à accorder le nom de lacrymatoires qu'aux petites fioles en 
verre. 

(1) Public, de la Soc. arch. de Luxembourg , 1850. 

(2) Notice sur les vases vulgairement appelés lacrymatoires (Bullbtihs 

DK l'ACALÉMlli UOYALË DE BilDXKLLES, t. V, p. 220 svv. et p. 513 sv.) 



( 428 ) 

II ne me reste donc plus, pour parvenir à un résultat po- 
sitif, qu'à consulter le témoignage silencieux du sein de la 
terre, qui recèle les traces des différentes générations qui 
se sont succédé sur notre globe et qui est destiné à jeter une 
vive lumière sur la vie publique et privée de ces générations. 

Un fait de haute importance sous ce rapport, résultant 
d'une découverte faite à Rome, m'a été communiqué par 
M. Roulez (1), auquel j'avais fait part de notre découverte. 

« Parmi les différents objets, dit-il, qu'on a retirés du 
» tombeau du boulanger M. Vergiiius Eurysaces, décou- 
» vert à Rome, en 1858, près de la porta Maggiore, se 
» trouve une fiole en verre remplie d'un liquide qui a la 
j> couleur et l'apparence de l'eau. Après l'introduction du 
» liquide, la fiole a été hermétiquement fermée. J'ai exa- 
» miné moi-même fort attentivement cet antique. J'ai re- 
» marqué que le verre du pied et de la partie supérieure 
i> de la fiole est blanc, tandis que celui de la panse est 
» rougeâtre. Cette coloration m'a paru , comme à mes 
» compagnons, MM. Ottfried Mùller et Ad. Sclioell, le 
» résultat d'un dépôt du liquide. 

j> La découverte en question a été annoncée et com- 
» mentée par M. Emile Braun , secrétaire de l'Institut 
» archéologique de Rome, dans un article intitulé : Va- 
» riétés archéologiques (Arcliâologisches) , inséré dans le 
» Rheinisches Muséum fur Philologie, herausgegeben von 
» Welcker und Ritschl, I. 1842. » 

M. Roulez ignore ce qui est advenu de la fiole précitée; 
si on en a analysé le contenu, ou bien si on a préféré la 
conserver intacte. 



(1) Lettre de M. Roulez , du 9 novembre 1852. 



( 429 ) 

M. Braun suppose qu'elle renferme des larmes. On n'au- 
rait eu aucune raison, dit-il, de boucher avec tant de 
soin un vase renfermant un autre liquide. 

M. Roulez ne partage pas entièrement cette opinion, et 
nous pensons qu'on ne peut la partager entièrement qu'a- 
près avoir fait l'analyse du contenu. 

Comme notre trouvaille est identique avec celle que 
nous venons de rapporter et que les faits archéologiques 
de cette espèce sont aussi rares qu'importants pour la so- 
lution de la question litigieuse qui nous occupe, nous 
avons, malgré notre grand respect pour les antiques, 
extrait le liquide au moyen d'une petite ouverture prati- 
quée dans la fiole, et soumis ce liquide à l'analyse chi- 
mique dont a bien voulu se charger M. le professeur 
Reuter, notre honorable collègue à l'Athénée. 

Nous croyons rendre service à la science et à l'histoire 
en donnant de la publicité au résultat de cette analyse. 
• 

Analyse du liquide. — Rapport de M. le professeur Reuter. 

« La matière soumise à l'analyse se trouvait dans une 
» boule blanc-bleuâtre, enveloppée d'un filet blanc. La 
» boule a un diamètre de 5 \k c. à peu près et renfermait 
» 1 V 2 g r « de substance. Le verre du vase était bien con- 
» serve à l'extérieur; à l'intérieur, et principalement à 
» l'endroit où le liquide était en contact avec le verre, 
» ce dernier a subi une légère altération. 

» La matière à analyser est sans odeur, presque inco- 
» lore et d'un goût en tout comparable à celui des larmes. 
» Elle laisse déposer quelques grains durs d'un blanc 
* grisâtre. 



( 430 ) 

> Elle présente une forte réaction alcaline sans renfer- 
» mer des traces d'ammoniaque. 

j> Évaporée au bain- marie, elle laisse un résidu de 
» 1,4 °/o de matière solide, de couleur jaune, qui attire 
y facilement l'humidité de l'air. 

» Traité par l'eau, le résidu solide se dissout en partie. 
» L'acide chlorhydrique étendu dissout à son tour une 
» certaine quantité de la substance insoluble dans l'eau, 
» et laisse une faible quantité d'un corps gélatineux. 

» La matière soluble dans l'eau présente une forte réac- 
» tion alcaline. Évaporée sur une feuille de platine, elle 
» laisse un résidu brun qui blanchit lorsque la tempéra- 
» ture s'élève davantage. L'azotate d'argent y produit un 
j> précipité blanc, soluble dans l'ammoniaque. Leperchlo- 
» rure de mercure y détermine la formation d'un louche 
» blanc très-prononcé. 

» L'oxalate d'ammoniaque dénonce la présence de la 
» chaux. Le chlorure de platine donne naissance à un 
d précipité jaune peu sensible. 

» La présence de la soude est constatée à la flamme de 
» la lampe à alcool. 

)> Enfin , la substance organique qui se trouve dans le 
» liquide n'esl pas coagulable par la chaleur. 

)> La matière insoluble dans l'eau et soluble dans l'acide 
» chlorhydrique étendu se compose d'acide phosphorique , 
» d'acide carbonique, de chaux. 

» La substance gélatineuse qui reste après que la masse 
» a été traitée par l'eau ei l'acide chlorhydrique est tout 
» simplement de l'acide silicique. 

» D'après ces réactions, l'on remarque que le corps 
» analysé renferme : 

t> 1° De l'eau; 



( 431 ) 

» 2° Du chlorure de sodium; 

d 5° De la potasse; 

» 4° De la chaux; 

» 5° De l'acide silicique; 

* 6° De l'acide carbonique; 

» 7° De l'acide phosphorique; 

» 8° Une substance organique non coagulable par la 
v chaleur, mais précipilable par le chlorure de mercure. 

» Cette analyse montre que le liquide précité a de l'a- 
» nalogie avec les larmes. 

» 1° 11 a le goût des larmes; 

» 2° Il renferme du chlorure de sodium; 

» 3° Il laisse 1,4 p. °/o de résidu par i'évaporation. (Les 
» larmes laissent un résidu de 1 ,2 p. °/o, d'après Fourcroy) ; 

» 4° Il contient un liquide albumineux, non coagulable 
» par la chaleur, précipitable par le chlorure de mercure; 

» 5° Il présente une réaction alcaline. 

» Pour ce qui concerne la silice gélatineuse trouvée, 
» l'on doit remarquer que l'action prolongée de l'eau a 
» pu déterminer la décomposition du verre, que la po- 
» tasse est restée en dissolution, et qu'elle a augmenté la 
» réaction alcaline du liquide, ainsi que le poids des 
» matières solubles. » 

Nous pouvons conclure de ces faits que l'usage de dé- 
poser des lacrymatoires en verre existait, du moins partiel- 
lement, dans nos contrées à l'époque gallo-romaine (î). 



(1) Une fiole semblable à celle que nous venons de décrire se trouve dans 
la collection d'antiquités de M. de La Fontaine, ancien gouverneur du 
Grand-Duché. 



452 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance du 11 août 1853. 

M. Roelandt, directeur. 

M. Quetelet, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alvin, Fétis, Guillaume Geefs, 
Hanssens, Navez, Eug. Simonis, Érin Corr, Snel, mem- 
bres; Daussoigne-Méhul , associé; Éd. De Busscher, Bos- 
selet, Alph. Balat, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de l'intérieur transmet une expédition 
de son arrêté qui confère au sieur Pauwels, lauréat du 
grand concours de peinture de 1852, la pension de 
2,500 francs, à laquelle il a droit pour quatre ans, afin 
d'aller se perfectionner à l'étranger, dans l'art de la 
peinture. 

Par une seconde lettre, ce haut fonctionnaire informe 
la classe que le jury du grand concours de composition 
musicale de 1855 a décerné le second prix à M. Pierre 
Demol, élève du Conservatoire royal de Bruxelles : le 
premier prix n'a pas été décerné. 



( 435 ) 

a A défaut de premier prix, ajoute M. le Ministre, la 
cantate de M. Demol devrait être exécutée à la séance 
publique de la classe des beaux-arts de cette année. Mais 
ne conviendrait-il pas d'ajourner cette cantate à 1854, et 
d'exécuter cette année-ci la symphonie qui obtiendra le 
prix au concours ouvert par la classe des beaux-arts, à 
l'occasion du mariage de S. A. R. le duc de Brabant? » 

Il sera répondu dans le sens afïirmatif à la proposition 
de M. le Ministre de l'intérieur. 

— La classe renvoie à la commission pour les inscrip- 
tions des monuments publics, une troisième lettre de M. le 
Ministre de l'intérieur, renfermant quelques observations 
de l'administration communale de Bruges, sur l'inscrip- 
tion destinée au beffroi de cette ville. 

— MM. Cockerell et Donaison, associés de l'Académie 
à Londres, remercient la classe pour l'envoi de ses Bul- 
letins. 

— M. Éd. De Busscber, correspondant de l'Académie, 
fait hommage d'un ouvrage qu'il vient de publier avec 
M. Félix De Vigne, sous le titre : Chars du cortège des 
comtes de Flandre. — Remercîments. 

nijcup iijoq Jioib i; ii $ii 

CONCOURS POUR LA SYMPHONIE. 

M. le secrétaire perpétuel fait connaître que la ciasse a 
reçu 51 partitions destinées à prendre part au concours 
ouvert par la classe à l'occasion du mariage de S. A. R. le 



( 434 ) 

duc de Brabant. Ces partitions sont désignées ainsi qu'il 
suit : 

1 . Deus Abraham, Deus Isaac et Deus Jacob vobiscum sit. 

2. Avec Dieu! 

3. Nicht indem ist die selter Kraft gegeben, etc. 

4. In vitium ducit culpae fuga, si caret arte. 

5. Billet sans devise. 

6. Une lyre pour emblème. 

7. Musica Dis curae est. 

8. Légitime certantibus. 

9. Sans billet cacheté. 

10. Jubilato omnes gentes, omnes populi. 

il. Der hochverehrten Erzherzogin Heimathklânge. 

12. Eiri [este Burg ist miser Gott. 

13. Der Jubels brausende Harmonie, etc. 

14. Billet sans devise. 

i5. Une étoile pour emblème. 

16. Sol omnibus lucet. 

17. La voix du peuple est la voix deJ)ieu. 

18. La patience est l'art d'espérer, 

19. Dieu et justice. 

20. Allons, essayons. 

21. Heil dem Gônner! 

22. Union. 

23. Che sarà, sarà. 

24. Billet sans devise. 

25. Tout annonce le Roi... La nef tremble à ce cri. 

26. Salve Regina ! 

27. Ehre dem Singer, dem Besieger, Friede! 

28. L'amour de l'étude est en nous la seule passion éternelle, 

toutes les autres nous quittent. 

29. Gloire à Dieu , honneur au prince. 



(435) 

30. Dans la réflexion méditative du passé, Dieu nous fait 

connaître le présent, pour pouvoir y fonder notre 
avenir. 

31. In magnis voluisse sat est. 

Une 52 e partition n'a pu être admise au concours, pour 
n'avoir point satisfait à plusieurs conditions essentielles 
du programme. Elle sera tenue à la disposition de Fauteur 
qui s'est fait connaître. 

L'impossibilité d'examiner, dans l'espace de dix jours, 
les trente et une partitions qui leur sont parvenues, force 
les commissaires de la classe à ajourner leur rapport sur le 
concours. Ils demandent, en conséquence, un délai jus- 
qu'au 1 er septembre prochain. Ce délai est accordé : la 
classe se réunira exlraordinairement le jeudi 1 er septem- 
bre, à midi, pour juger les pièces du concours. 

— Avant de se séparer, la classe décide que, confor- 
mément à la proposition du conseil de la Caisse centrale 
des artistes, une somme de 300 francs sera accordée à 

M me veuve , dont le mari faisait partie de l'Association 

depuis son origine, en 1849, et qui laisse, sans fortune, 
trois enfants en bas âge. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Bulletin administratif du Ministère de l'intérieur. Tome VII. 
N 08 6 et 7. Bruxelles, 1853; 2 broch. in-8°. 

Exposé de la situation administrative des neuf provinces. 
(Session des conseils provinciaux. Exercice 1853). 9 vol. in-8°. 



( 436 ) 

Chars du cortège des comtes de Flandre, dessinés par Félix 
De Vigne, avec un texte historique et descriptif, par Edmond De 
Busscher. Gand, 1855; 1 vol. in-8°. 

DAubignê. Comédie en deux actes et en vers, par Adolphe 
Mathieu. Bruxelles, 1855; 1 hroch. in-12. — A LL. AA. BR. 
et 1. le Duc et la Duchesse de Brabant, le 25 août 1855; par 
Adolphe Mathieu. Bruxelles, 1 broch. in-18. 

Mémoires de la Société royale des sciences de Liège. Tome Vif I. 
Liège, 1855; 1 vol. in-8°. 

Bulletin de ïïnstilut archéologique liégeois. Tome I. 5 e livrai- 
son. Liège, 1855; 1 vol. in -8°. 

Mémoires et publications de la Société des sciences , des arts et 
des lettres du Hainaut. Année 1852-1855. Mons, 1853; 1 vol. 
in-8°. 

Mémoires de i Académie belge d'histoire et de philologie, fondée, 
à Anvers, en 1851. i re livraison, 1855. Anvers, 1855; 1 broch. 
in-8". — Statuts de l'Académie belge d'histoire et de philologie. 
Anvers, 185!; 1 broch. in-8°. 

Bulletins de la Société scientifique et littéraire du Limbourg. 
Tome ï. 5 e fascicule. Tongres, 1855; 1 broch. in-8°. 

Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai. 
Tome 111. Fascicule 2. Tournai, 1855; 1 vol. in-8°. 

Zvwrtopwit. DicJitverscheidenden , door D r I. Nolet de Brau- 
were van Steeland. Amsterdam, 1855; 1 vol. in-8°. 

Précis généalogique et historique de la maison d'Autriche, et 
ses alliances avec un grand nombre de maisons souveraines et 
princières de l'Europe, par F.-L. Van Dycke. Bruges, 1855; 
1 vol. in-12. 

Histoire des environs de Bruxelles, par Alphonse Wauters. 
12 e livraison. Bruxelles, 1852; 1 broch. in-8°. 

Cours dliistoire nationale , par l'abbé A.-J.Namèche. l re partie. 
Tomes ï et II. Louvain , 1855 ; 2 vol. in-8°. 

Revue de la numismatique belge. 2 e série. Tome III. 2 e livrai- 
son. Bruxelles, 1855; 1 broch. in-8°. 

Catalogue des larves des coléoptères, connues jusqu'à ce jour. 



(437) 

avec la description de plusieurs espèces nouvelles; par M. F. Cha- 
puiset M. E. Candèze. Liège, 1853; 4 vol. in-8°. 

Flore générale de la Belgique, contenant la description de toutes 
les plantes qui croissent dans ce pays, par C. Mathieu. 12 e livrai- 
son. Bruxelles; 1 broch. in-8°. 

Messager des sciences historiques, des arts, et de la bibliographie 
de Belgique. Année 1843. 2 e livrais. Gand, 1853; 1 broch. in -8°. 

Sur les registres des archives de la ville de Gand que Charles V 
aurait fait détruire. Note de M. Van Duyse. Gand, 1853; 1 Vs 
feuille in-8°. — Justus Lipsius. Va feuille in-8°. 

Notice sur la pierre Brunehault, par F.-F.-J. Lecouvet. Gand, 
1853; 1 broch. in-8°. 

Notice sur les tombes gallo-frankes du grand-duché de Luxem- 
bourg, par M. A. Namur. Luxembourg, 1853; 1 broch. in-4°. 

Journal historique et littéraire. Tome XX. Livraison 4. Liège, 
1855; 1 broch. in-8°. 

Aperçu historique sur la franc-maçonnerie à Liège, avant 
1830, par Ulysse Capitaine. Liège, 1853; 1 broch. in-8°. 

Essai de tablettes liégeoises , nouvel hommage à la Société libre 
d'émulation de Liège, par le secrétaire général Alb. d'Otreppe de 
Bouvette. Livraisons 5 et 6. Liège, 1853; 2 broch. in-12. 

La renaissance illustrée, chronique des beaux-arts et de la lit- 
térature. Bruxelles, 1855; 1 broch. in-4°. 

Journal belge de V architecture et de la science des constructions, 
publiée sous la direction de MM. C.-D. Versluys et Ch. Vande- 
rauwera. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-8°. 

Annales de pomologie, publiées par la Commission royale. 
Livraisons 1-3. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-4°. 

Journal d'horticulture pratique de la Belgique , ou guide des 
amateurs et jardiniers. Directeur M. Galeotti. N os 4 et 5. Juin et 
juillet. Bruxelles, 1853; 2 broch. in-12. 

Le jardin fleuriste, journal général des progrès et des intérêt 's 
botaniques et horticoles, rédigé par Ch. Lemaire. 4 e volume. 9 ,f . 
10 e et 11 e livraisons. Gand , 1855; S broch. in-8°. 

Tome xx. — II e part. 30 



( 47)8 ) 

Moniteur de f enseignement , publié avec la coopération habi- 
tuelle de plusieurs personnes, et sous la direction de Fréd. Hen- 
nebert. Nouvelle série. Tome III. N os 20, 21 et 22. Tournai, 
4853; 3 broch. in-8°. 

Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacologie , publié 
par la Société des sciences naturelles de Bruxelles. 17 e volume. 
Cahiers de juillet et d'août. Bruxelles, 1855; 2 broch. in-8°. 

Archives belges de médecine militaire, journal des sciences 
médicales, pharmaceutiques et vétérinaires. Tome XL 5 e et 6 e 
cahiers. Bruxelles, 1853; 1 broch. in-8°. 

Annales de médecine vétérinaire, publiées à Bruxelles par 
MM. Delvvart, Thiernesse, Demarbaix et Husson. 2 e année. 8 ca- 
hiers. Bruxelles, 4855; \ broch. in-8°. 

Annales d'oculistique, publiées par le docteur Florent Cimier. 
45 e année. Tome XXIX. 5 e série. Tome 5. 3 e et 4 e livraisons. 
Bruxelles, 1855; 2 broch. in-8°. ,ghc<I M jmol \é 

La presse médicale belge, rédaction : M. J. Hannon. N os 50 à 
35. Août et juillet. Bruxelles, 1855; in-4°. 

La santé, journal d'hygiène publique et privée. Salubrité pu- 
blique et police sanitaire, rédacteurs : les docteurs Alphonse 
Leclercq et N. Theis. 5 e année. N os 2 et 3. Bruxelles, 1853; 
2 broch. in-8°. 

Le scalpel, organe des intérêts scientifiques et professionnels de 
la médecine, de la pharmacie et de Xart vétérinaire; le docteur 
A. Festraerts, rédacteur. N os du 20 juillet au 20 août. Liège, 
4853; 4 feuilles in-4°. 

Journal de pharmacie, publié par la Société de pharmacie 
d'Anvers. 9 e année. Juillet, 4850. Anvers, 4853. 

Annales de la Société médico-chirurgicale de Bruges. 4 4 e année. 
2 e série. Tome I. 7 e livraison. Bruges, 4853; 1 broch. in-8°. 

Annales médicales de la Flandre occidentale, publiées par 
le docteur René Van Oye et Joseph Ossieur. 2 e année. 9 e livraison. 
Boulers, 4855; 4 broch. in-8°. 

De l'inoculation du bétail, opération destinée ù prévenir la 



( 439 ) 

pleuro-pneumonie exsudalive des bêtes bovines, par J.-M.-J. De 
Saive. Paris, 4853; 1 broch. in-8°. 

Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France. 
Tomes XX et XXIII. Paris, 1849 à 1853; 2 vol. in-4°. 

Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des sciences 
de l'Institut de France. Tomes X, XI et XIII. Paris, 1848 à 1852; 
3 vol. in-4°. 

Mémoires de l'Institut de France. Académie des sciences morales 
et politiques. Tomes VI, VII et VIII. Paris, 1850 à 1852; 3 vol. 
in-4°. 

Mémoires de l'Institut de France. Académie des inscriptions et 
belles-lettres. Tomes XVI, l ,e partie, XVII, 2 e partie, XVIII, 
3 e partie, et tome XIX. Paris, 1848 à 1853; 5 vol. in-4°. 

Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres de l'Institut de France. 2 e série. Tome I, 
l re série, tome II. Paris, 1849 et 1852; 2 vol. in -4°. 

Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et 
autres bibliothèques, publiés par l'Institut de France. Tome XVII. 
Paris, 1851; 1 vol. in-4°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des 
sciences, par MM. les secrétaires perpétuels. Tome XXXVII, n os l 
à 6 inclus. Paris, 1853, 6 broch. in-4°. — Tables des comptes 
rendus des séances de l'Académie des sciences, 2 e semestre, 1852. 
Tome XXXV. Paris, 1853; 1 broch. in-4°. 

Commission française instituée pour l'exposition universelle 
de 1851. Compte rendu présenté, par le baron Charles Dupin, à 
S. M. l'Empereur des Français. Paris, 1853 (extrait du Moni- 
teur universel). 1 broch. in -8°. 

Mémoires de l'Académie impériale de médecine de France. 
Tome XVII. Paris, 1853; 1 vol. in-4°. 

Bulletin de l'Académie impériale de médecine de France , rédigé 
sous la direction de MM. F. Dubois et Gilbert. Tome XVII. Paris, 
1852; 1 vol. in-8°. 

Société des antiquaires de la Morinie. Bulklin historique. 



C 440 ) 
2 e année. 2 e livraison. Mars et avril, 1853. S l -Omer. 1 broch. 
in-8°. 

Memorie délia Reale Accademia délie scienze di Torino. 2 e série, 
tomes X, XI et XII. Turin, 1849, 1851 et 1852; 5 vol. in-4°. 

Classipcazione dei terreni stratificati délie Alpi Ira il monte 
Bianco e la contea di Nizza, del Cav. Angelo Sismonda. Turin , 
1852; 1 vol. in-4°. 

Bulletin de la Société impériale géographique de Russie, pour 
£ année 1853. Livr. 1 et 2. — Mémoires. Tome VIL S l -Péters- 
bourg, 1853; 3 vol. in-8°. 

Annales de l'Observatoire physique central de Russie, publiées 
par A.-T. Kupffer. Année 1849. N os 1 , 2 et 3. S l -Pétersbourg , 
1852;3vol.in-4°. 

Compte rendu annuel, adressé à S. E. M. De Brock, secré- 
taire d'Etat, dirigeant le Ministère des finances, par A.-T. Kupffer. 
Année 1851. Supplément aux Annales de l'Observatoire physique 
central de Russie, pour Cannée 1849. S l -Pétersbourg. 

Agriculture of New-York, comprising andaccount ofthe clas- 
sification, composition and distribution of the soils and rocks, 
and the natural waters of the différent geological formations. By 
Kbenezer Emmons. Vol. III, and plates. Albany, 1851; 2 vol. 

111-4 * 

Palœontology of New-York. Volume II. Containing descrip- 
tions of the organic remains of the lower middle division of the 
New- York syslem. By James Hall. Albany, 1852; 1 vol. in-4°. 

Transactions of the médical society ofthe state of New-York, 
at Us semi-annual meeting, held in June, 1852, at the city of 
New-York; and at Us annual meeting he city of Albany held 
february, 1853. Albany, 1853; 1 vol. in-8°. 

Annual report of the trustées of the state library of the state 
of New-York. Albany, 1853; 1 vol. in-8°. 

Sixty-fifth annual report of the régents of the university of 
the state of New-York. — Report in answer to a resolution of 
the asscmbly, ofthe 27 ,h ofmarch, 1852. — Sixth annual report 



? 



( 441 ) 

on the condition of the state cabinet of natural history. Albany, 
1852 et 1853; 1 vol. et 2 broeh. in-8°. 

Thirty-foufth annual report and documents of the New-York 
institution for the instruction ofthe deafand dumb. Albany, 1853; 
1 vol. in-8°. 

annual report of the executive comitee of the state normal 
school ofthe state of New-York. Albany, 1853; 1 vol. in-8°. 

Annual report of the superintendent of the Onondaga sait 
springs. Albany, 1853; 1 broch. in-8°. 

Transactions of the agricullural societies in the state of Mas- 
sachusetts , for 1851. Boston, 1852; 1 vol. in-8°. 

Abstract exhibiting the condition of the banks in Massachu- 
setts on the first saturday of may, 1851. By Amasa Walker. 
Boston , 1 851 ; 1 broch. in-8°. 

Annual report ofthe board of inspectors of the Massachusetts 
state prison, september 30 th , 1851 , together ivith the annual report 
of the officiers of the institutions. — Report on prison. Boston , 
185-2; 2 broch. in-8°. 

Abstract ofthe returns ofthe overseers ofthe poor in Massa- 
chusetts, for the year ending november 1, 1851, prepared by 
Amasa Walker. — Abstract of returns of the keepers of jails 
and overseers ofthe houses of correction. Boston, 1852; 2 broch. 
in-8°. 

Fifth annual report of the trustées ofthe state reform sehool, 
at Westborough. Boston, 1852; 1 broch. in-8°. 

Eighth report to the législature of Massachusetts , relating to 
the registry and returns of berths , marriages and deaths , in the 
commonwealth, form may 1, 1848, tojanuaryi, 1850. By Amasa 
Walker. Boston, 1851 ; 1 vol. in-8°. 

Annual report of the attorney gênerai , of the commonwealth 
of Massachusetts t 1851. Boston, 1851; 1 broch. in-8°. 

Nineteenth annual report of the trustées of the state lunatic 
hospital, al Worcester, december 1851. Boston, 1852; 1 broch. 
in-8°. 



( 442 } 

Report concerning a law to suppress the tra/fîc in intoxicating 
drinks. Boston, 1852; 1 broch. in-8°. 

Tliird and final report on the expérimental school for teaching 
and training idiotie children. Boston, 1851 ; 1 broch. in-8°. 

Fifteenth annual report of the board of éducation. — Report 
on the state normal school of the state of Massachusetts. Boston, 
1852; 2 broch. in-8°. 

Annual report of the librarian of the state library. Boston , 
1852; 1 broch. in-8°. 

Address ofhis excellency Georges Boutwell, to the two branches 
of the législature of Massachusetts , januar y 15, 1852. Boston, 
1853; 1 broch. in-8°. 

Message concerning Boston, Harbor and Back-Bay, 1852. 
Boston , 1 852 ; 1 broch. in-8°, avec carte. 

Abstract of the returns of insurance companies incorporated 
with spécifie capital. By Amasa Walker. Boston, 1851; 1 broch. 
in-8°. 

Report of the commissioners of Alien passengers and foreign- 
paupers. Boston, 1852; 2 broch. in -8°. 



FIN DK LA DEUXIÈME PARTIE DU TOME XX. 




4 



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